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L’Orient et la Révolution

lundi 14 septembre 2020, par Robert Paris

L’Orient et la Révolution

G.I. Safarov

Décembre 1920

Le 2e Congrès de l’Internationale Communiste a reconnu que, « les masses des pays arriérés, conduites par le prolétariat conscient des pays capitalistes développés, arriveront au communisme sans passer par les différents stades du développement capitaliste. ». La reconnaissance de ce principe a été imposée par l’expérience des républiques soviétistes nationales sur le territoire de l’ex-empire russe, et par l’éveil révolutionnaire des peuples coloniaux et des nationalités opprimées de l’Orient : Inde, Chine, Perse, Turquie, etc... Ces peuples avaient été coupés par l’impérialisme européen de la voie de leur développement historique. Ils se sont trouvés en dehors de la révolution technique, du bris des anciennes formes sociales et du progrès de la civilisation. Le capitalisme européen n’a point révolutionné, dans ces pays, le mode de production. Il n’a fait qu’élever sur le régime féodal-patriarcal, qui s’y était constitué au cours des siècles, sa propre superstructure, sous la forme d’une bureaucratie impérialiste, d’une agence commerciale du capital européen et d’une industrie « d’importation » européenne. Il a renforcé l’exploitation de la population agricole, en opérant la mainmise sur les terrains les meilleurs, sur les sources des matières et du combustible, mais n’a pas anéanti l’antique exploitation féodale réactionnaire. Où il a pu, par exemple aux Indes, il a tué l’industrie locale des petits artisans, en remplaçant sur le marché indigène les articles de fabrication locale par des articles manufacturés d’Europe. La main-d’œuvre, rendue vacante par la suppression des petits métiers, a été employée à l’agriculture. L’instauration de l’hégémonie industrielle et de la dictature militaire et politique du capital européen dans les colonies a entraîné, pour ainsi dire, « l’attachement à la terre » de la grande majorité de la population indigène et, par une conséquence inévitable, l’émigration dans les rayons industriels de l’excédent de la population (ainsi, l’exode des Persans réduits à venir chercher du travail à Bakou) et les mortalités effrayantes qui désolent périodiquement certains pays, aux époques de disettes (Inde). Le rôle du capitalisme européen

Ainsi, le capitalisme européen a retardé aux colonies le développement économique, aussi bien que celui de la culture ; il a maintenu artificiellement les anciennes formes sociales et la vieille idéologie réactionnaire. Certes, il ne pouvait se manifester autrement sur cette partie du globe et, à tout prendre, il a rempli son rôle d’agent révolutionnaire inconscient. Friedrich Engels lui-même reconnaissait cette « mission civilisatrice », même en ce qui concerne l’ancienne Russie tsariste. « La domination russe — écrivait-il, le 23 mai 1851, dans une lettre à Karl Marx — malgré sa turpitude, malgré toute sa malpropreté slave, a une influence civilisatrice sur la mer Noire et la mer Caspienne, sur l’Asie Centrale et sur les Bachkirs et les Tartares ». Mais là n’est pas la question. Le capitalisme « d’importation » avait ceci de particulier que, aux colonies, il ne suivait pas dans son action la même méthode qu’en Europe et en Amérique. Il ne labourait pas la terre pour la fabrique capitaliste. Il s’en tenait au système de la jachère : les terrains à défricher étaient incendiés, on y laissait croître toutes les céréales jusqu’à complet épuisement du sol, puis on les abandonnait pour d’autres. C’était la culture intensive dans toute sa rapacité. L’artisan ruiné ne se transformait pas en prolétaire industriel, il était transporté de force sur la terre, où il devait travailler en qualité de journalier demi-serf et où il devenait littéralement la bête de somme du riche propriétaire ou du directeur, d’une exploitation européenne. Le nomade qui perdait son troupeau avait le même sort. Quand au petit producteur autonome, qui n’allait pas vendre sa main-d’œuvre dans une ferme capitaliste, il était réduit à la misère, il devenait le débiteur insolvable de l’usurier de l’endroit et du commissionnaire européen. Détruisant la petite industrie indigène et ruinant l’économie agricole, le capitalisme européen, en même temps, réservait toutes les charges, tous les honneurs et tous les postes importants aux porteurs de la « haute culture », aux Européens.

L’européen est ingénieur, contremaître, commissionnaire, administrateur ; l’indigène, manœuvre et agriculteur. De même que, dans la société capitaliste, tout le développement des forces de production s’effectue sous forme de renforcement de la domination du capital sur le travail, dans les colonies, ce développement n’a fait qu’augmenter l’antagonisme de classe entre la nation dominatrice et la nation opprimée. Le capitalisme européen n’a guère inquiété les milieux dirigeants, ni les exploiteurs des peuples qu’il opprimait. Les gros propriétaires, les marchands, les usuriers indigènes, le clergé et même les sous-ordres policiers sont restés à leur poste, consacrés par l’habitude, la religion et l’histoire. Seulement, au-dessus d’eux, ont surgi de nouvelles figures ; ce sont les représentants de la bureaucratie impérialiste et du capital européen, les missionnaires chrétiens et les agents commerciaux. A l’exploitation féodale du paysan par le gros propriétaire, l’usurier et l’Etat despotique est venue s’ajouter l’oppression de la nation tout entière par le capital étranger. Aussi le joug européen, loin de détruire les coutumes civiles et familiales arriérées, ainsi que la traditionnelle idéologie ancestrale, n’a-t-il fait que les consolider en les rendant chères aux masses opprimées, qui voient en elles une forme de conservation de leur culture nationale, en tant qu’une arme dans la lutte qu’elles soutiennent pour leur autonomie politique et leur culture propre contre l’assimilation violente du capital européen. C’est ce qui explique la force de l’influence du panslavisme, du panmongolisme, du panasiatisme (« l’Asie aux Asiatiques »), et des autres mouvements analogues tendant à consolider la position des classes possédantes dans les nationalités opprimées.

« Le désir de sauvegarder de l’invasion du capitalisme les anciennes formes arriérées de production : voilà la base économique qui a réalisé sans difficulté l’unification des masses immenses dispersées sur les continents de l’Asie de l’Afrique et de l’Europe »1. Le panislamisme ainsi que les autres mouvements analogues en sont des exemples frappants.

Le capitalisme européen n’avait pas encore eu le temps de dissoudre, dans la chaudière industrielle, la population des colonies et des peuples à demi asservis de l’Orient, que la révolution communiste du prolétariat européen éclata. Celle-ci fut la conséquence fatale de cette disproportion de développement des différentes parties de l’économie mondiale, disproportion qui constitue l’essence même du mode capitaliste de production. Le capitalisme a creusé un abîme entre l’industrie développée et l’économie rurale arriérée. Le capitalisme a provoqué une contradiction entre la production des objets de consommation et la production des moyens de production eux-mêmes. Il a fait se heurter le progrès industriel de l’Europe avec l’état économique arriéré des colonies. C’est justement la transformation du capitalisme industriel en l’impérialisme qui a été la cause de la guerre mondiale.

Pendant la guerre impérialiste, beaucoup de peuples coloniaux ont été contraints de fournir des contingents militaires et des armées ouvrières pour la guerre en Europe. La guerre impérialiste a fait surgir la question nationale sur l’échelle historique mondiale sur l’échelle de l’économie mondiale. S’appuyant sur la Turquie, l’impérialisme allemand a tenté d’attirer dans son camp les peuples de l’Orient. L’impérialisme de l’Entente, en vertu de sa situation internationale, devait naturellement plutôt spéculer sur ses affinités latines et slaves en Europe. Dictature militaire et politique de conquête

La guerre impérialiste a privé les colonies de tous les « avantages » de leur liaison avec le capital européen : marchandises, moyens techniques et capitaux européens ; en même temps, au tribut habituel des colonies elle a ajouté la chair à canon et une foule de matières premières. Le joug politique a été également renforcé. Le résultat de la guerre a été, d’un côté, le partage de Versailles, et de l’autre la révolution prolétarienne russe et la crise révolutionnaire en Europe. Et ainsi était prédéterminée la marche de la révolution en Orient. La guerre a restreint la base, le fondement du mode capitaliste de production, non seulement pour l’économie nationale de chaque pays en particulier, mats pour toute l’économie mondiale. De même que, en Europe, le capitaliste industrieux et entreprenant du temps de paix, qui, embauchant partout de la main-d’œuvre et perpétuellement à la recherche de capitaux disponibles, déversait sans interruption sur le marché des flots de marchandises, a été remplacé par le spéculateur, ennemi déclaré de la grande consommation, protagoniste conscient de la réduction continuelle de la production sociale, de même, en Orient, le commis-voyageur, européen, le « conquérant pacifique » a été remplacé par le véritable conquérant, par le pacificateur aux épaulettes d’or, revêtu de l’armure menaçante de la technique militaire européenne, et muni d’un « mandat » sur une quantité indéterminée d’esclaves coloniaux et sur des territoires illimités. En Europe, la guerre civile a fait de la dictature militaire une nécessité économique. L’éveil des peuples opprimés d’Asie à la lutte pour leur existence nationale, a fait également du renforcement de la politique de conquêtes du capital, en Orient, une nécessité économique. La dictature militaire en Europe, et la politique de conquêtes en Asie ont été pour le capitalisme, au milieu de la désorganisation mondiale et de la crise révolutionnaire générale, les seuls moyens d’élargir sa base de production. Piller l’un pour faire des cadeaux à l’autre, faire des cadeaux à celui-ci pour piller un troisième, et ainsi de suite, sans fin : voilà l’essence réelle de la politique de l’impérialisme international, obligé de louvoyer devant la révolution prolétarienne en Europe et la révolution coloniale en Asie.

La communauté du danger suscite la communauté des intérêts et la solidarité dans la lutte. L’alliance avec le prolétariat communiste européen a surgi, devant les peuples de l’Orient, comme une impérieuse nécessité historique. La large voie de l’histoire mondiale a vu la collision du capitalisme avec ses héritiers directs : les prolétaires révolutionnaires et avec ses bâtards : les peuples opprimés. Le capitalisme a divisé l’humanité en nations dominatrices et nations opprimées. La révolution a réalisé l’union des travailleurs des nations dominatrices avec la majorité des travailleurs des nations opprimées.

C’est par la révolution prolétarienne en Russie qu’a débuté la crise révolutionnaire mondiale. La victoire du prolétariat dans l’empire des tsars, cette « prison des peuples », a donné une détermination concrète du contenu de cette alliance. Le révolutionnaire russe A. I. Herzen a écrit : « Les Européens considèrent que la Russie, c’est l’Asie ; des Asiatiques, eux, considèrent que la Russie, c’est l’Europe ». Telle était la situation de la Russie tsariste En Europe, elle remplissait le rôle de gendarme international ; en Asie, elle menait la politique de grande puissance des bandits européens. Quelque étrange que cela puisse paraitre, l’ancienne formule, mais retournée, pourrait servir à caractériser la situation actuelle. Aux yeux de l’Europe, des banquiers et des grands propriétaires, la République Socialiste Fédérative Russe des Soviets apparaît comme le propagateur d’une terrible infection dénommée : « Le bolchevisme asiatique ». En Orient, la Russie s’est trouvée être le porteur des idées de la révolution communiste européenne. C’est en cette occurrence que s’est manifestée toute l’importance révolutionnaire de notre situation géographique entre l’Orient et l’Occident. Le prolétariat russe, le premier, a dû résoudre pratiquement la question de l’accession de la masse des petits producteurs à la révolution communiste ; le premier, il a dû résoudre la question de la transformation des mouvements nationaux, national-démocratiques en mouvements socialistes-révolutionnaires... La marche antérieure du développement historique lui rendait la victoire facile. Concentré dans des foyers intenses de la grande industrie, disposant pour manœuvrer d’espaces immenses, le prolétariat, du premier coup, s’est trouvé dans une position stratégique plus avantageuse que ses ennemis ; c’est des confins du pays où elle avait tenté de s’appuyer sur les milieux possédants et exploiteurs, des nations auparavant opprimées par le tsarisme, que la contre-révolution a dû prendre l’offensive. En effet, toute l’histoire antérieure de la Russie avait été « l’histoire de la colonisation » !2

L’un des premiers actes du gouvernement prolétarien fut de promulguer « la déclaration des droits des peuples de la Russie » (2 novembre 1917), dans laquelle il reconnaissait à tous les peuples de l’ancien empire du tsar, le droit à disposer d’eux-mêmes, jusques et y compris celui de se séparer de la Russie, pour former un Etat national distinct. Néanmoins, pour incarner le droit à l’autonomie nationale dans les formes soviétistes, il fallait avant tout surmonter la contradiction historique qui existait entre la ville russe et le village non russe privé de tous droits nationaux. Il fallait gagner la confiance des masses laborieuses des nationalités opprimées, en faisant disparaître chez les couches retardataires de la masse ouvrière russe le nationalisme inconscient dont elles sont imprégnées, et en montrant clairement aux opprimés la nature véritable du pouvoir soviétiste, du pouvoir des travailleurs. En réalité, cette tâche coïncidait avec une autre : celle d’attirer la masse des petits producteurs, des paysans moyens de la Russie Centrale au régime soviétiste, et c’est ce qui en facilita la solution. La contre-révolution aida à démasquer la démocratie bourgeoise aux yeux du paysan moyen qui vit, derrière le socialisme révolutionnaire avec ses grandes phrases, surgir la figure du propriétaire foncier. La contre-révolution contribua à enlever leurs illusions sur la démocratie nationale-bourgeoise aux travailleurs des nations opprimées par le tsarisme ; en effet, durant la guerre civile, ceux-ci virent nettement, derrière les intellectuels nationalistes belliqueux, se dresser les figures de l’ancien gendarme russe, du patriote russe fabricant de cotonnades et de l’impérialiste européen. Koltchak, Dénikine, Mannerheim, Skoropadski, les généraux alliés et allemands démasquèrent ainsi l’ « Alach-Orda » kirghize, les partisans ukrainiens de Petlioura et de beaucoup d’autres encore. La séparation des classes

On peut dire, sans exagération, que c’est au cours de la guerre civile que s’est effectuée la séparation bien tranchée des classes chez les nationalités opprimées par le tsarisme. C’est dans la lutte directe, c’est au cours de la collision des intérêts de classe que les masses ont acquis l’expérience révolutionnaire et que se basant sur cette expérience révolutionnaire, elles ont passé à de nouvelles formes d’organisation sociale. Les steppes kirghizes donnèrent naissance à l’ « Alach-Orda », partisan déclaré de la Constituante de Samara, laquelle amena l’avènement de Koltchak et c’est sous la botte de Koltchak que les masses laborieuses kirghizes se rallièrent consciemment au pouvoir soviétiste. La Bachkirie fit la même expérience. L’Ukraine devait parcourir une série encore plus longue d’étapes successives : tout d’abord, ce fut la lutte entre la Rada et le pouvoir soviétiste qui s’appuyait surtout sur les ouvriers nouvellement arrivés ; ensuite vint le général allemand Eichhorn avec l’ataman Pavlo Skoropadski ; après eux, ce fut le tour de Petlioura et des généraux français ; puis, la brève domination du pouvoir soviétiste renversée par les émeutes des gros bonnets campagnards et des partisans de Petlioura ; à la suite de ces derniers apparut le représentant de la Russie « une et indivisible », Denikine ; et enfin, par la logique inéluctable des événements, le pouvoir soviétiste ukrainien. La métamorphose de Vinnitchenko3, chef de la Rada bourgeoise, en vice-président du Conseil des Commissaires du Peuple de la République Soviétiste Ukrainienne est plus éloquente que toutes les démonstrations.

C’est dans le cours de la guerre civile entre la dictature du prolétariat et l’impérialisme que le pouvoir soviétiste est devenu la forme de l’autonomie nationale et de la différenciation des classes chez les masses laborieuses des nationalités opprimées par le tsarisme. Sur le territoire de l’ex-empire russe, d’alliance des peuples opprimés avec le prolétariat révolutionnaire s’est effectuée sous la forme de la fédération socialiste des républiques nationales soviétistes. La révolution soviétiste chez les peuples de l’Orient, qui formaient auparavant partie intégrante de l’empire russe, a jeté un pont entre l’Occident communiste et l’Orient révolutionnaire.

Le prolétariat russe a su profiter de sa situation spéciale pour dresser simultanément contre l’impérialisme des millions de communistes dans la personne des prolétaires d’Europe et une muraille menaçante dans la personne des travailleurs révoltés de l’Orient Le camarade Lénine a bien signalé l’importance internationale de plusieurs traits essentiels de notre révolution, quand il a parlé de « la répétition historique inévitable, à l’échelle internationale, de ce qui c’est passé chez nous »4. Le pouvoir soviétiste, en tant que forme étatique de l’organisation de classes des masses laborieuses, a victorieusement subi l’épreuve de la pratique dans la ville révolutionnaire industrielle de Pétrograd, aussi bien que dans le hameau russe du gouvernement de Viatka : parmi les paysans tartares, riverains de la Volga comme dans les villages ukrainiens ; dans l’Orient si fortement attaché à ses coutumes nationales, dans l’Orient où règne le patriarcat et où les liens de consanguinité sont encore si vivaces comme dans le pays des Kirghizes, comme en Bachkirie, comme au Turkestan et en Azerbaïdjan. Partout il a montré sa valeur. Karl Marx avait déjà signalé cette particularité du gouvernement prolétarien dans sa critique de la Commune de Paris. « La multiplicité des interprétations auxquelles la Commune a été soumise, et la multiplicité des intérêts qu’elle a exprimés montrent que c’était une forme politique tout à fait susceptible d’expansion, tandis que toutes les formes antérieures de gouvernement avaient été essentiellement répressives. Son véritable secret, le voici : c’était essentiellement un gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouvée qui permettait de réaliser l’émancipation économique du travail »5.

La révolution accélère au plus haut point la marche des événements Elle accentue à l’extrême, même dans les milieux les plus arriérés, les contradictions de classes. Le long apprentissage historique fait place à un apprentissage selon la méthode révolutionnaire Les peuples et les classes sociales vivent, en quelques mois, plus qu’en des douzaines d’années de développement normal. Oppresseurs et opprimés

La révolution mondiale contre l’impérialisme met au même rang les oppresseurs et les opprimés.

La transformation des mouvements bourgeois-nationaux en mouvements social-révolutionnaires a sa source dans le conflit des intérêts de classe, conflit qui se manifeste avec une acuité particulière chez les nations, lors de la conquête de leur indépendance, et qui peut également être provoqué par une influence extérieure : celle de la conjoncture internationale. La suppression de la domination bourgeoise au sein des nations avancées entraîne fatalement les pays plus arriérés dans la voie de la révolution soviétiste. La contre-révolution entre en scène dans le rôle de parti agresseur.

La dictature de l’impérialisme démasque le nationalisme bourgeois en Occident, aussi bien qu’en Orient. Les milieux dirigeants des nations opprimées s’efforcent immédiatement de s’emparer de la machine étatique comme de leur proie de classe. Pour eux, la révolution nationale est l’élargissement du fondement national de l’exploitation. Cet élargissement consiste en ce que le fabricant, le marchand et le grand propriétaire expulsent les intrus étrangers et créent leur propre appareil étatique d’oppression de classe. D’autre part, en même temps que la production, « se développe une classe d’intellectuels et une langue écrite propre se transforme en un besoin de culture nationale pure, même si cette culture, par son contenu, devait être tout ce qu’il y a de plus international. Et si une nation éprouve le besoin d’une classe intellectuelle nationale, cette classe, à son tour, ressent le besoin d’une grande nation intellectuellement très développée »6.

La bourgeoisie nationale et la classe des intellectuels bourgeois veulent avoir leur marché, leur Bourse, leur bureaucratie, leur corps d’officiers, leurs écrivains et leurs journalistes, leurs ministres, leurs députés, leurs professeurs et leurs musiciens. Au début, leur besoin national trouve son expression dans le développement bourgeois. Mais ce besoin, dans la désorganisation économique et la crise révolutionnaire mondiales, se heurte fatalement aux contradictions de classes dans une nation qui conquiert son indépendance nationale. La démocratie, au nom de l’intérêt national, se transforme en une dictature nationale bourgeoise. La Finlande, pays de vieilles traditions démocratiques, en est un exemple frappant. « II nous semblait — écrit le camarade Kuusinen sur le début de la révolution en Finlande — que la démocratie parlementaire ouvrait à notre mouvement ouvrier une voie large et unie menant droit au but. Notre bourgeoisie n’avait à sa disposition ni armée, ni police tant soit peu sûre ; bien plus, elle n’avait même pas la possibilité de les organiser légalement, car, pour cela, il aurait fallu l’assentiment de la majorité socialiste du parlement »7. Et néanmoins, la bourgeoisie organisa sa garde blanche et défit la classe ouvrière finnoise avec l’aide des impérialistes allemands.

La démocratie bourgeoise ne peut assurer non plus la paix nationale dans les pays devenus indépendants et renfermant des minorités nationales. C’est là la conclusion pratique de l’expérience de l’Ukraine : « La démocratie petite-bourgeoise ne peut se maintenir au pouvoir en Ukraine, car la lutte intestine la fractionna en partis adverses »8. La classe des intellectuels et la bourgeoisie, dans une nation qui s’affranchit, professent un nationalisme bourgeois agressif, et cela les amène à trahir la cause de la libération nationale, à passer dans le camp des impérialistes, auxquels ils achètent leur domination bourgeoise au prix de la liberté nationale. Les exemples sont légion : la Lettonie, l’Ukraine, la Finlande, la Pologne, l’Estonie, la Tchécoslovaquie, la Géorgie, le gouvernement moussavat de l’Azerbeïdjan, la Grèce. « l’Etat israélite de Palestine », l’Etat pseudo-national de Perse qui, de peur de la révolution soviétiste. s’est jeté dans les bras des Anglais, etc., Le nationalisme agressif de la bourgeoisie et des grands propriétaires fonciers au sein des nations opprimées fait de ces dernières les Etats-tampons des puissances impérialistes contre la révolution. Par suite, le conflit social, l’antagonisme de classe se manifeste tout d’abord dans le domaine des intérêts nationaux : les masses laborieuses réclament l’indépendance nationale qui les délivre du joug social des impérialistes ; les milieux exploiteurs ont besoin de leurs privilèges de classe dominante et, comme le joug étranger a été, jusqu’à l’heure actuelle, un puissant moyen de conservation des formes les plus réactionnaires de l’exploitation de classe — en Orient, des coutumes féodales et patriarcales, — l’éveil révolutionnaire des masses laborieuses transporte la révolution, du terrain national, sur le terrain des relations sociales. La question nationale se pose comme une question d’inégalité de classe. La raison en est parfaitement compréhensible : si le capital industriel et la classe des intellectuels sont, les premiers temps, des protagonistes de la libération nationale, les grands propriétaires fonciers et la bureaucratie indigène sont les partisans déclarés de l’assimilation européenne. La révolution nationale dirigée contre les envahisseurs étrangers et les grands propriétaires fonciers indigènes pousse alors la classe marchande dans le camp de valets de l’impérialisme. Et ainsi la conclusion générale est claire : tous les mouvements nationaux-bourgeois dirigés par les milieux possédants, par les milieux des exploiteurs, ont une tendance objective à s’adapter à l’impérialisme, à entrer dans le système impérialiste des « grandes puissances », à se transformer en « Etats tampons » et en colonies. Au début, la tendance inconsciente purement historique de tous les mouvements nationaux-révolutionnaires des masses laborieuses, dans les colonies et dans les pays à demi asservis est de s’appuyer sur une organisation étatique révolutionnaire, une organisation de classe du prolétariat des pays avancés, pour s’assurer ainsi la liberté du développement national dans le système en formation de l’économie socialiste mondiale.

L’avènement des organes de la gestion révolutionnaire autonome des endjoumen lors de la première révolution persane, l’expérience des républiques soviétistes nationales de l’Orient, le début du mouvement paysan révolutionnaire en Orient, la naissance des mouvements communistes en Perse, en Turquie, en Chine, et aux Indes : tout cela prouve que les masses laborieuses de l’Orient marchent vers la fédération internationale des républiques soviétistes nationales. Pour le groupement des éléments communistes

C’est en se basant là-dessus que le 2e Congrès de l’Internationale Communiste a décidé de soutenir les mouvements révolutionnaires nationaux dans les colonies et dans les pays arriérés, mais à la condition expresse que les éléments vraiment communistes des futurs partis prolétariens dans les dits pays soient groupés et instruits de leurs tâches spéciales, de leur devoir de combattre le mouvement bourgeois-démocratique au sein de leur nation ; l’Internationale Communiste doit entrer en alliance temporaire avec la démocratie bourgeoise des colonies et des pays arriérés, sans toutefois jamais fusionner avec elle ; et en conservant à tout prix l’indépendance du mouvement prolétarien, même dans sa forme embryonnaire. En Orient, comme en Occident, la voie a été frayée au pouvoir soviétiste par tout le processus du développement capitaliste lui-même. En Occident, elle l’a été par la transformation du capitalisme industriel « pacifique », de l’impérialisme et de la démocratie bourgeoise en dictature militaire ; en Orient, par l’implantation du capitalisme. en qualité d’organisation étrangère de la domination de classe, en qualité de superstructure de la société indigène. Dans l’Inde, comme le signale le communiste indien, le camarade Roy, « nous voyons, pour la première fois dans l’histoire, tout un peuple exploité économiquement par un pouvoir d’Etat authentique »9. Mais il n’en a pas été ainsi que pour l’Inde. Le Turkestan russe, jusqu’à la révolution, a été dans la même situation Aujourd’hui encore, le même état de choses règne en Perse, en Chine, dans toutes les colonies. Quant à l’organisation gouvernementale des groupes d’exploiteurs indigènes, elle est relativement faible en Orient, où elle revêt un caractère purement féodal.

Sur, la Perse, Victor Bérard s’exprime ainsi : « La Perse n’est ni un Etat ni une nation. C’est l’étrange combinaison d’une anarchie féodale et d’une fiscalité centralisée, l’instable mélange de tribus nomades et de cultivateurs à peine fixés au sol, Moulouk-ous-Sawaïf, disent les indigènes, fédération monarchique ou, plus exactement, troupeau royal de nations »10.

Le caractère oppresseur et exploiteur du pouvoir étatique apparaît ici dans toute son évidence. La base de toute la vie sociale, c’est le petit agriculteur, férocement exploité par l’État féodal, par le grand propriétaire foncier et par le capital commercial, véritable usurier.

Le fait que, en Orient, le pouvoir d’État — aussi bien le pouvoir féodal indigène que le pouvoir des « intrus » : les impérialistes européens — se manifeste avant tout comme l’exploiteur immédiat de la population dans le domaine économique a une immense importance politique : aucune révolution politique n’est possible ici sans une révolution économique. C’est ce que l’expérience confirme. « À l’instar de ses congénères occidentaux, la ploutocratie exploiteuse des pays du Levant, s’est efforcée de donner à son pouvoir l’apparence d’un pouvoir populaire. C’est le mot d’ordre « Liberté et Egalité » qui a présidé à l’introduction du régime parlementaire en Turquie et en Perse, ainsi qu’à la transformation en républiques démocratiques de la Géorgie — sous la direction des menchéviks, de l’Arménie — sous la direction des dachnaks et de l’Azerbaïdjan — sous la direction des moussavats. Néanmoins, tous ces politiciens n’ont pu arriver à donner même l’illusion de la démocratie. Les masses populaires plongent dans une misère inouïe tandis que les agents de l’impérialisme étranger nagent dans l’opulence ; la terre reste au pouvoir de ses anciens possesseurs ; au grand dommage des travailleurs, l’ancien système fiscal est conservé : l’Etat non seulement tolère, mais encourage l’usure. »11 La forme de la révolution en Orient

La. révolution « bourgeoise démocratique », en Orient, prend inévitablement la forme d’une révolution dynastique : elle élargit les privilèges des exploiteurs, mais n’allège aucunement le fardeau de l’exploitation pour les opprimés. La féodalité indigène ne fait qu’endosser la défroque de « la démocratie européenne ».

L’Orient, c’est l’histoire vivante. On y retrouve encore par endroits des survivances du régime communautaire primitif (clan, patriarcat), les coutumes patriarcales et féodales s’y sont conservées dans toute leur force. La religion de l’Orient est une religion à la fois sociale et politique. Elle consacre le régime civil et familial existant. Elle est le soutien direct de l’inégalité sociale. Elle joue à peu près le même rôle que le catholicisme au moyen âge. « Du point de vue musulman orthodoxe, l’État musulman théocratique est la communauté des croyants dont le représentant sur la terre est le « sultan » (souverain, dirigeant) ; celui-ci n’est rien de plus que le délégué de Dieu ici-bas, délégué ayant pour mission de s’occuper — conformément aux exigences de la « charia » (loi religieuse) — des affaires civiles et religieuses de la communauté qui lui a été confiée par Dieu ; pour cela, il reçoit, de même que les « amiliami » (collecteurs du « zakat », impôt rituel) et les autres serviteurs de la communauté, la modeste gratification de quarante kopecks par jour. Le « zakat » qui devrait être employé à aider les pauvres, les orphelins, les invalides, à mener la guerre contre les infidèles, qui devrait être affecté, en somme, aux besoins de la société et de l’Etat, est devenu, entre les mains des derniers souverains musulmans, un revenu personnel dont ils disposent à leur gré, sans contrôle aucun et d’une façon absolument illégale ; les troupes et même la milice populaire, créées pour guerroyer contre les infidèles, répandre par la force des armes l’Islam et protéger la communauté des ennemis extérieurs, se sont transformées peu à peu entre les mains des souverains, en gardes du corps opprimant le peuple et servant exclusivement les intérêts personnels ou dynastiques de ces souverains. La communauté musulmane s’est transformée en rayat, en troupeau d’esclaves dociles, muets »12.

La mainmise, durant une longue série de siècles, sur la plus-value totale du travail devait être un obstacle à l’extension de la production sociale et empêcher tout progrès technique et économique. L’éterpe13 primitive (ketmen), la charrue primitive (omatch) sont, actuellement encore, presque les seuls instruments agricoles du cultivateur en Asie Centrale. Là, le Capital s’est naturellement arrêté dans son développement ; il n’est pas allé plus loin que l’usure et le trafic des articles de bazar.

La loi religieuse (charia) définit ainsi le droit de propriété. « Tout ce que l’homme possède, que ce soit la chose elle-même ou ses fruits, c’est là la propriété (mulk) ». Cette définition est le décalque fidèle des formes primitives de la production : la religion reconnaît au propriétaire le droit de vendre les choses qui lui appartiennent, ainsi que leurs « fruits » ; elle lui reconnaît le droit d aliéner l’excédent du produit de ses biens naturels.

Toute une série de peuples de l’Orient ne sont pas encore complètement arrivés, dans leur évolution, à la vie agricole (Kirghizes, Turcomans, Arabes, peuplades de l’Inde septentrionale, Kurdes, etc...). Néanmoins, parmi ces peuples les survivances du régime communautaire primitif sont, depuis longtemps, devenues une source d’exploitation de la majorité pauvre par les riches chefs de clans. Comme exemple, nous citerons les Kirghizes des steppes. « Possesseurs d’une économie étendue, le Kirghize riche a déjà complètement renoncé au labeur physique ; il n’est plus que le dirigeant, l’administrateur ; ceux qui font son travail, ce sont les journaliers. Le nombre de ces derniers varie en moyenne de sept à neuf par économie, mais il y a des économies, où l’on exploite le travail de vingt ouvriers, et même davantage. Un phénomène curieux à observer dans l’économie du richard Kirghize, c’est l’union des traits caractéristiques du capitalisme contemporain avec ceux de la société nomade primitive... Le clan, malgré sa décomposition évidente, demeure encore, dans la conscience du Kirghize le propriétaire légitime d’un territoire donné plus ou moins étendu. Le riche Kirghize, tout en se soumettant à cette indélimitation du droit de jouissance sur la terre, en retire des avantages considérables : il fait paître sans obstacle ses nombreux troupeaux sur tout le territoire de ses consanguins. Aussi n’a-t-il point, jusqu’à présent, de stimulant qui le pousse à délimiter sa terre de celle de la masse du peuple kirghize »14). La tâche qui s’impose

Par ce qui précède, on comprendra facilement, pourquoi le Congrès des peuples révolutionnaires de l’Orient (Bakou, septembre 1920) a reconnu que « le système soviétiste est le seul qui donne vraiment aux masses laborieuses la possibilité de priver du pouvoir leurs ennemis naturels : les privilégiés (grands propriétaires fonciers, spéculateurs, hauts fonctionnaires, officiers), et de décider elles-mêmes de leur sort. Seul le pouvoir soviétiste permet aux travailleurs pauvres de conserver entre leurs mains le pouvoir nécessaire pour garder la terre enlevée aux propriétaires fonciers. Le fusionnement des soviets en grandes fédérations et leur autonomie dans les cadres de ces fédérations : c’est là le seul moyen susceptible d’assurer aux travailleurs des différents pays, qui auparavant s’entr’égorgeaient en Orient, une vie paisible, la destruction du pouvoir des oppresseurs étrangers et indigènes, et la victoire sur toute tentative de la part de ces derniers de restaurer l’ancien état de choses ». A l’organisation de la petite production par la force et l’exploitation d’en haut, la révolution substitue l’organisation autonome révolutionnaire des petits producteurs — des demi-prolétaires — sous la forme des soviets de travailleurs. « Supprimer la cause première de toute oppression et de toute exploitation, c’est-à-dire le pouvoir des capitalistes envahisseurs étrangers et des tyrans indigènes : sultans, shahs, khans, beys, avec toute leur séquelle de bureaucrates et de parasites ; s’emparer du pouvoir et l’exercer dans tous les domaines : administratif, économique et financier ; refuser de se soumettre à quelque obligation que ce soit envers les propriétaires féodaux ; renverser l’autorité de ces derniers ; supprimer toute dépendance personnelle aussi bien qu’économique, à l’égard de ces propriétaires ; abolir la grande propriété foncière, sous quelque forme juridique qu’elle se dissimule ; enlever les terres aux grands propriétaires sans rachat et sans indemnité aucune, et partager ces terres entre les paysans, les fermiers et les journaliers qui les cultivent »15 : telle est la tâche qui s’impose. L’alliance des républiques soviétistes paysannes de l’Orient avec les républiques socialistes soviétistes de l’Occident : telle est la voie que doit suivre le communisme, pour s’emparer de toute l’économie mondiale.

Le prolétariat d’Occident aidera les travailleurs de l’Orient de ses connaissances, de sa technique et de ses forces organisatrices. Les républiques soviétistes paysannes fourniront à l’industrie socialiste de l’Occident les matières brutes et le combustible qui lui sont nécessaires. Une telle division internationale du travail entre la ville et le village, sur les bases d’une collaboration amicale, est imposée par toute la logique de la lutte contre Ia désorganisation économique mondiale, manifestation évidente de la décomposition du capitalisme. Ce n’est que par cette division du travail que l’on pourra supprimer la dépendance qui maintient l’économie populaire des peuples de l’Orient sous la tutelle des banques, trusts et syndicats européens et américains.

La voie du salut pour l’industrie européenne qui souffre du manque des matières brutes et du combustible nécessaires à son développement, c’est la colonisation industrielle socialiste de l’Orient. Les soviets ne sont pas un régime de contrainte sur les coutumes nationales et sur les traditions des peuples de l’Orient, ils ne traînent pas ces peuples de force dans le royaume de la liberté. Au contraire, ils les font chercher leur propre chemin vers le communisme, par la coopération des petits producteurs, par l’organisation des travaux publics (système d’irrigation) et la constitution d’entreprises d’Etat.

G. SAFAROV, Tachkent

Notes

1 Effendieff. Courants politiques parmi les musulmans, La vie des nationalités (N° 33, p. 41, 1919).

2 L’expression est de Klioutchevski. (Note de Safarov) Vassili Klioutchevski, historien russe (1841-1911). (Note de la MIA).

3 Ou Vynnytchenko (Volodymyr), 1880-1951. (Note de la MIA).

4 Lénine. La Maladie Infantile du Communisme.

5 Karl Marx, La guerre civile en France.

6 Kautsky, Les problèmes nationaux, L1, T. 2, p. 42, 1918.

7 Kuusinen, La Révolution en Finlande (1919).

8 M. Rafès, Deux années de révolution en Ukraine (1920), p. 107.

9 Roy, Le mouvement révolutionnaire dans l’Inde, Internationale communiste n°12.

10 V. Bérard, Révolutions de la Perse ; les provinces, les peuples et le gouvernement du roi des rois (1910), p.21.

11 Thèses sur le pouvoir soviétiste en Orient, du camarade Béla Kun, adoptées par le Congrès des Peuples de l’Orient (septembre 1920).

12 V. Nalivkine, Les indigènes, autrefois et maintenant (1913, p. 15 à 17).

13 Bêche plate servant à tondre les landes.

14 Questions de colonisation (N° 5, 1909) : « Structure sociale du peuple kirghize », P. Roumiantseff.

15 Thèses sur la question agraire, adoptées par le Congrès des peuples révolutionnaires de l’Orient, à Bakou (septembre 1920).

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