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Les répercussions médicales et psychiatriques du confinement

dimanche 19 avril 2020, par Khider Mesloub

Les répercussions médicales et psychiatriques du confinement

Au-delà du préjudice socio-économique occasionné par le confinement, possiblement corrigible, se pose la question des conséquences sanitaires et des lésions psychologiques, définitivement irréversibles. Dans l’absolu, l’instauration improvisée du confinement avait comme objectif de réduire la mortalité des malades du coronavirus, et non d’éviter totalement les décès. Avec une épidémie, par essence, impossible d’obtenir zéro mort. Le confinement permet juste de soulager les services d’urgence, d’étaler la mortalité. Il ne fait pas du tout disparaître l’épidémie. Confinement ou pas, le Covid-19 est voué à s’installer durablement dans le paysage sanitaire, politique, économique, social, culturel et mental. Sans mise sur le marché d’un vaccin, en l’état actuel des capacités déficientes sanitaires et médicales, la pandémie pourrait se prolonger jusqu’en 2022, selon les spécialistes.

Aujourd’hui, après plusieurs semaines, non seulement le confinement, appliqué dans de nombreux pays par défaut d’équipements sanitaires et de matériels médicaux, n’a pas eu les effets escomptés, le nombre de décès ne cesse d’augmenter (il suffit de citer l’exemple de l’Italie, de l’Espagne et de la France), mais il pourrait avoir des conséquences délétères sur la santé publique. En effet, la crise sanitaire du Covid-19 a fait passer au second plan les diverses pathologies chroniques invalidantes et létales. En raison du confinement et du climat de psychose généralisé, mais aussi de l’engorgement des établissements de soin, de nombreux malades chroniques négligent leurs suivis médicaux, évitent de se rendre à l’hôpital par crainte de contracter le virus ou par souci d’éviter d’encombrer les services hospitaliers. « Nous constatons une diminution de l’accès aux soins liée aux consignes de confinement, et cela nous inquiète énormément », a déclaré Olivier Saint-Lary, médecin et chercheur en sciences de la santé à l’université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.

Ne pas recevoir les soins médicaux et les prescriptions habituelles est source d’angoisse, de symptômes de stress aigu, un terreau fertile d’aggravation des pathologies chroniques, avec comme effet inéluctable le décès prématuré du malade.

Autres répercussions médicales : la chute des dépistages des cancers et des vaccinations des nourrissons. Ces négligences médicales peuvent gravement impacter la santé, par l’augmentation de la mortalité des cancéreux et l’exposition à des conséquences sur la santé des bébés.

Plus gravement, à court et à long terme, le confinement massif aura des effets délétères sur la santé psychique. Du fait de l’isolement social anormal (inhumain ?), de la rupture des liens sociaux, de l’inactivité professionnelle, de la frustration et de l’ennui, aggravés par l’insécurité financière due à la perte de l’emploi, des millions de personnes, fragilisées par la crise du Covid-19, risquent de développer des pathologies psychiatriques, dont les premiers symptômes commencent déjà à se manifester, notamment par l’anxiété généralisée. Selon les informations communiquées par les médecins référents, de nombreuses personnes sont en situation de détresse psychologique, due notamment à la modification radicale de leurs activités quotidiennes. Réduites à une vie végétative, elles vivent très mal le confinement.

A cet égard, la durée du confinement est un facteur aggravant : une durée supérieure à dix jours est prédictive de symptômes post-traumatiques, de troubles psychiatriques.

En tout état de cause, tout isolement social, autrement dit confinement, a des effets à long terme. Une étude scientifique chinoise, portant sur des employés confinés à la suite du SRAS, a mis en lumière la présence d’affections post-traumatiques et des symptômes de dépression trois ans après le « déconfinement ». L’étude a relevé également l’augmentation exponentielle de la consommation d’alcool et l’explosion des addictions. De surcroît, le personnel mis en quarantaine a développé de multiples pathologies : épuisement professionnel et émotionnel, sentiment de culpabilité, anxiété, irritabilité, impulsivité, nervosité, colère, insomnie, tristesse, difficultés de concentration, tendance à la procrastination, baisse d’efficacité et de motivation au travail. Dans les formes graves : déconnexion mentale d’avec la réalité (dépersonnalisation, déréalisation). Certains comportements adoptés pendant l’épidémie perdurent des mois, voire des années, tels lavage compulsif des mains, l’évitement des personnes, « confinement autistique ».

D’autres études canadiennes ont montré que la mise en isolement prolongé provoque par la suite des conduites d’évitement, de l’agoraphobie. Les enfants confinés présentent également des symptômes post-traumatiques. La situation de confinement crée également ses propres troubles, matérialisée par le dérèglement alimentaire. En effet, l’anxiété provoque des effets secondaires, caractérisés par la boulimie, la consommation excessive de sucreries, de tabac, d’alcool, induisant la prise de poids, avec comme corollaires ultérieurs des problèmes de diabète, des maladies cardiovasculaires, etc. Le confinement devient a posteriori, lui-même, vecteur de pathologies.

À l’évidence, subir à la fois une pandémie et un confinement est une expérience particulièrement traumatisante. Néanmoins, face à certaines imprévisibles perturbations sociales ou psychologiques, les personnes réagissent différemment. Certaines populations sont plus vulnérables que d’autres. Notamment du fait de leurs conditions sociales et économiques, leurs antécédents médicaux, leur situation financière, mais aussi leurs capacités de résilience. De surcroît, le confinement réveille d’autres traumas. Les personnes fragiles sont parfois celles qui ont vécu d’autres traumatismes. En outre, être confiné en famille dans un logement exigu ou avoir des enfants constitue un facteur aggravant de stress.

Sans conteste, le confinement prolongé de quatre milliards de personnes aura un impact dramatique sur la santé mentale. Accablés par un sentiment d’incertitude, d’angoisse et d’impuissance, des milliards de personnes sombreront progressivement dans la dépression et développeront de multiples pathologies invalidantes. A plus forte raison si le confinement tendait à se prolonger. Selon les spécialistes, plus la date de « déconfinement » est reculée, plus l’impact psychologique est sévère, particulièrement vrai quand il est accentué par l’impécuniosité et les pénuries alimentaires, notamment dans les pays sous-développés. Avec comme risque, l’allongement de la vulnérabilité psychiatrique durant plusieurs années.

Des travaux tirés de précédentes épidémies ont montré que l’émergence des troubles psychiatriques nécessite une prise en charge médicale chez 5% de la population au bout de trois semaines de confinement. Le coronavirus provoque moins de 2% de décès, majoritairement parmi les populations âgées et vulnérables. Le confinement va précipiter dans les hôpitaux psychiatriques 5% de la population, auparavant en bonne santé. Définitivement exclues de la vie sociale et professionnelle. Autrement dit, elles seront psychologiquement et socialement mortes.

Ainsi, l’impact du confinement sur la santé mentale est incontestablement important. De la détresse émotionnelle aux troubles mentaux graves, plusieurs symptômes se manifestent chez les personnes confinées. Avec des effets durables. Parmi les symptômes les plus invalidants, nous avons cité les troubles d’évitement. En effet, de nombreuses personnes continuent de développer des comportements d’évitement longtemps après la période de la levée du confinement. Elles évitent les endroits clos ou bondés. La rupture de la routine habituelle et la réduction des relations sociales et physiques, corrélées au sentiment d’isolement du monde, voire de fin du monde, induisent un dérèglement psychique, favorisant les conduites d’évitement. L’ennui et la frustration contribuent également à la fragilisation psychologique. La frustration est d’autant plus grande avec la perte d’activité professionnelle, l’insécurité financière, la pénurie des produits de première nécessité.

Comme dans l’après-guerre perdue, le « déconfinement » se vivra avec le sentiment d’une défaite personnelle, d’une débâcle nationale, d’une calamité économique, d’un échec social, d’une faillite médicale, d’une déroute psychologique, d’un désenchantement existentiel, d’un naufrage humain.

À l’anémie alimentaire viendra se greffer l’anomie sociale, la vilenie politique, l’inertie économique, l’infamie morale, l’ignominie culturelle.

L’au-delà du confinement aura un goût funèbre d’outre-tombe.

Si le confinement était un remède pire que le mal, le déconfinement se révélera un mal pire que le confinement. La sortie du confinement sera brutale, fatale, létale.

Mais l’espoir est permis. Certes, ce sera la chute finale du vieux monde, mais aussi l’émergence de la lutte finale pour un nouveau Monde.

Mesloub Khider

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