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Les crimes de l’église catholique contre la révolution prolétarienne en Espagne

jeudi 7 janvier 2021, par Robert Paris

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Los crímenes de la iglesia franquista durante la revolucion espanola

La iglesia y la guerra civil española

La iglesia catolica complice del genocidio franquista en la guerra civil

La iglesia española y a guerra civil

El papel de la Iglesia Católica durante y después dela Guerra Civil Española

Denuncian a España ante la ONU por ocultar crímenes del franquismo

Iglesia y guerra civil

Les crimes de l’église catholique contre la révolution espagnole, rapportés par un adepte de l’église catholique et du franquisme - Los crímenes de la Iglesia católica contra la Revolución española, denunciados por un seguidor de la Iglesia católica y el franquismo

Militant et écrivain d’extrême-droite actif en Espagne avant même la révolution, Georges Bernanos, pourtant lui-même monarchiste, anticommuniste et antisocialiste viscéral, catholique militant, ex-phalangiste militant, ex-franquiste rapportait le massacre perpétré contre un peuple travailleur pacifique à Majorque où il avait participé à la formation de la Phalange d’extrême-droite devenue pilier du franquisme.

Georges Bernanos dans « Les grands cimetières sous la lune » : « Quel anarchiste, ce Bernanos ! direz-vous. Pourquoi veut-il priver ces braves gens d’une innocente satisfaction d’amour-propre puisqu’ils sont fiers de partager avec les élites la défense de l’Ordre et de la Religion ? (…) J’ai vu là-bas, à Majorque, passer sur la Rambla des camions chargés d’hommes. Ils roulaient avec un bruit de tonnerre, au ras des terrasses multicolores, lavées de frais, toutes ruisselantes, avec leur gai murmure de fête foraine. Les camions étaient gris de la poussière des routes, gris aussi les hommes assis quatre par quatre, les casquettes grises posées de travers et leurs mains allongées sur les pantalons de coutil, bien sagement. On les raflait chaque soir dans les hameaux perdus, à l’heure où ils reviennent des champs ; ils partaient pour le dernier voyage, la chemise collée aux épaules par la sueur, les bras encore pleins du travail de la journée, laissant la soupe servie sur la table et une femme qui arrive trop tard au seuil du jardin, tout essoufflée, avec le petit balluchon serré dans la serviette neuve : « A Dios ! recuerdos ! » (adieu, ne m’oublie pas !)

Vous faites du sentiment, me dit-on. Dieu m’en garde ! Je répète simplement, je ne me lasserai pas de répéter que ces gens n’avaient tué ni blessé personne. C’étaient des paysans semblables à ceux que vous connaissez…

« Nous ne doutions pas qu’ils étaient d’assez braves gens, en effet, vont sans doute répliquer les évêques espagnols, car la plupart de ces malheureux se sont convertis in extremis. Au témoignage de Notre Vénérable Frère de Majorque, dix pour cent seulement de ces chers enfants ont refusé les sacrements, avant d’être expédiés par nos bons militaires. »

C’est un fort pourcentage, je l’avoue, et qui fait grand honneur au zèle de Votre Seigneurie. Que Dieu vous le rende ! (…)

Sous la direction d’un aventurier italien, du nom de Rossi, la Phalange est devenue la police auxiliaire de l’Armée, systématiquement chargée des basses besognes… Où que le général de l’épiscopat espagnol mette maintenant le pied, la mâchoire d’une tête de mort se referme sur son talon, et il est obligé de secouer sa botte pour la décrocher. Bonne chance à Leurs Seigneuries ! (…)

Certes, mes illusions sur l’entreprise du général Franco n’ont pas duré longtemps – quelques semaines. Aussi longtemps qu’elles ont duré je me suis honnêtement efforcé de vaincre le dégoût que m’inspiraient certains hommes et certaines formules… Ils n’ont trouvé devant eux qu’une population terrorisée. Cette population majorquine s’est toujours signalée par une grande indifférence à la politique… Au témoignage du chef de la Phalange, on n’aurait pas trouvé dans l’île cent communistes réellement dangereux. où le Parti les aurait-il recrutés ? C’est un pays de petits maraîchers, un pays d’olives, d’amandes et d’oranges, sans industrie, sans usines…

J’affirme, j’affirme sur l’honneur qu’au cours des mois qui précédèrent la guerre sainte, il ne s’est pas commis dans l’île aucun attentat contre les personnes ou contre les biens.

« On tuait en Espagne », direz-vous. Cent trente cinq assassinats politiques du mois de mars au mois de juillet 1936. Soit. La terreur de droite a donc pu y garder le caractère d’une revanche, même féroce, même aveugle, même étendue aux innocents, des criminels et de leurs complices.

En l’absence d’actes criminels, il n’a pu s’agir, à Majorque, que d’une épuration préventive, une systématique extermination des « suspects ».

La plupart des condamnations légales portées par les tribunaux militaires majorquins – je parlerai ailleurs des exécutions sommaires bien plus nombreuses – n’ont sanctionné que le crime de « desafeccion al movimiento salvador » (désaffection au mouvement sauveur), se traduisant par des paroles et même par des gestes. Une famille de quatre personnes, d’excellente bourgeoisie, le père, la mère et les deux fils, âgés respectivement de seize ans et de dix-neuf ans, a été condamnée à mort sur la foi d’un certain nombre de témoins qui affirmaient les avoirs vus applaudir, dans leur jardin, au passage d’avions catalans…

Deux cents habitants de la petite ville de Monacor, jugés suspects par les italiens, avaient été tirés de leurs lits, en pleine nuit, conduits par fournées au cimetière, abattus d’une balle dans la tête et brûlés en tas un peu plus loin.

Le personnage que les convenances m’obligent à qualifier d’évêque-archevêque avait délégué là-bas un de ses prêtres qui, les souliers dans le sang, distribuait les absolutions entre deux décharges.

Je n’insiste pas plus longtemps sur les détails de cette manifestation religieuse et militaire, afin de ménager, autant que possible, la susceptibilité des héroïques contre-révolutionnaires français, évidemment frères de ceux que nous avons vus, ma femme et moi, fuir l’île à la première menace d’une invasion hypothétique (celle des révolutionnaires de Catalogne – note M et R), comme des lâches. J’observe simplement que ce massacre de misérables sans défense ne tira pas un mot de blâme, ni même la plus inoffensive réserve des autorités ecclésiastiques qui se contentèrent d’organiser des processions d’actions de grâces…

Je l’ai écrit, je l’écrirai encore. Cinq cent phalangistes le 17 juillet (à Majorque la veille du pronunciamiento de Franco). Quinze mille quelques semaines plus tard, puis vingt-deux mille. Bien loin de contrôler ce recrutement vertigineux, l’autorité militaire le favorise de tout pouvoir, car elle a son plan. Le jour venu, la besogne faite, rien ne sera plus facile que de désarmer une multitude dont la poussée a rompu les anciens cadres et à laquelle on en a fourni de nouveaux, faits à sa mesure, des cadres policiers. Puis on la versera, par fournées, dans la troupe. L’épuration sera terminée.

Car l’épuration est le dernier mot de cette guerre, tout le monde le sait, ou commence à le savoir, ou le saura… L’épuration de Majorque a connu trois phases, assez différentes, plus une période préparatoire. Au cours de cette dernière, on nota sans doute des exécutions sommaires, opérées à domicile, mais qui gardaient, ou semblaient garder, le caractère de vengeance personnelle plus ou moins réprouvée par tous, et dont on se confiait les détails à voix basse. C’est alors qu’apparut le général comte Rossi.

Le nouveau venu n’était, naturellement, ni général, ni comte, ni Rossi, mais un fonctionnaire italien, appartenant aux Chemises noires. Nous le vîmes, un beau matin, débarquer d’un trimoteur écarlate. Sa première visite fut pour le gouverneur militaire, nommé par le général Goded… Il était l’organisateur de la Terreur.

Dès lors, chaque nuit, des équipes, recrutées par lui, opérèrent dans les hameaux et jusque dans les faubourgs de Palma. Où que ces messieurs exerçassent leur zèle, la scène ne changeait guère. C’était le même coup discret frappé à la porte de l’appartement confortable, ou celle de la chaumière, le même piétinement dans le jardin plein d’ombre, ou sur le palier le même chuchotement funèbre, qu’un misérable écoute de l’autre côté de la muraille, l’oreille collée à la serrure, le cœur crispé d’angoisse.

« - Suivez-vous ! »… Les mêmes paroles et la femme affolée, les mains qui rassemblent en tremblant les hardes familières, jetées quelques heures plus tôt, et le bruit du moteur qui continue à ronfler, là-bas, dans la rue… Puis c’est l’escalade du camion, où l’on retrouve deux ou trois camarades, aussi sombres, aussi résignés, le regard vague… Hombre ! La camionnette grince, s’ébranle. Encore un moment d’espoir, aussi longtemps qu’elle n’a pas quitté la grand route. Mais voilà déjà qu’elle ralentit, s’engage en cahotant au creux d’un chemin de terre. « Descendez ! » Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille, ou seulement l’ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan !

Les cadavres sont rangés le long du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête éclatée, la nuque reposant sur un hideux coussin de sang noir coagulé. Je dis fossoyeur, parce qu’on a pris soin de faire ce qu’il fallait non loin d’un cimetière. L’alcalde écrira sur son registre : « Un tel, un tel, un tel, morts de congestion cérébrale. » (…)

Mise en méfiance par le grandissant dégoût qu’elle sentait monter autour d’elle…l’autorité militaire adopta une troisième méthode d’épuration plus discrète encore. La voici dans sa simplicité. Les prisonniers jugés indésirables recevaient un matin la nouvelle de leur libération, consécutive à un non-lieu… A deux heures du matin, on les libérait deux par deux. C’est-à-dire qu’au seuil de la porte ils se trouvaient dans une ruelle déserte, en face d’un camion parmi des hommes revolver au poing. « Silence ! Nous vous ramenons chez vous ! » On les emmenait au cimetière. (…)

Une fois presque terminée l’épuration sur place, il fallut penser aux prisons. Elles étaient pleines, vous pensez ! Pleins aussi les camps de concentration. Pleins encore les bateaux désarmés, les sinistres pontons gardés nuit et jour… Alors commença la seconde phase, celle de l’épuration des prisons.

Car un grand nombre de ces suspects, hommes ou femmes, échappaient à la loi martiale faute du moindre délit matériel susceptible d’être retenu par un conseil de guerre. On commença alors à les relâcher par groupes, selon leur lieu d’origine. A mi-chemin, on vidait la cargaison dans le fossé.

Je sais… Vous ne me laissez pas continuer. Combien de morts ? (…) Au début de mars 1937, après sept mois de guerre civile, on comptait trois mille de ces assassinats (sur la seule île de Majorque, petite île qui peut être facilement traversée en deux heures de bout en bout)… Ces chiffres ne sont pas ignorés par monseigneur l’évêque de Palma.

La personne que les convenances m’invitent à nommer Mgr l’évêque de Majorque a signé la lettre collective de l’épiscopat espagnol (lire la note 1). J’espère que la plume a dû trembler dans ses vieilles mains. Il n’a rien pu ignorer de ces meurtres. Je le lui dirai en face, où et quand l’on voudra.

Je lui rapporterai encore ce témoignage. Un des chanoines de sa cathédrale qu’il connaît bien, prédicateur en renom, licencié en théologie, avait toujours paru approuver sans restriction l’autorité militaire. Ce parti pris inquiétait l’une de ses pénitentes qui n’avait jamais osé cependant l’interroger. Ayant eu connaissance de faits, elle crut l’occasion bonne pour rompre le silence. Le malheureux l’écouta sans marquer la moindre surprise. « Mais enfin vous n’approuvez pas que…
- Je n’approuve ni ne désapprouve, répondit ce prêtre sinistre. Votre Grâce ne se fait malheureusement aucune idée des difficultés de notre ministère, dans cette île. A la dernière réunion générale des curés, sous la présidence de Monseigneur, nous avons eu la preuve que l’année dernière, 14 pourcent seulement des majorquins avaient fait leurs Pâques. Une situation aussi grave justifie des mesures exceptionnelles. »

Elle les justifiait en effet… Quelques semaines plus tard avant Pâques, l’autorité religieuse, d’accord avec l’autorité militaire, procéda au recensement des fidèles… Désormais, il fallait disposer d’un document prouvant qu’on avait accompli ses obligations religieuses… Il n’est pas de prêtre majorquin qui oserait nier qu’une telle mesure, prise en pleine Terreur, ne pouvait que multiplier les sacrilèges…

Pendant des mois, à Majorque, les équipes de tueurs, transportées rapidement de village en village par des camions réquisitionnés à cet effet, ont froidement abattu, au su de tous, des milliers d’individus jugés suspects, mais contre lesquels le tribunal militaire lui-même eût dû renoncer à invoquer le moindre prétexte légal.

Mgr l’évêque de Palma était informé de ce fait, comme tout le monde. Il ne s’en est pas moins montré, chaque fois qu’il a pu, aux côtés de ces exécuteurs dont quelques-uns avaient notoirement sur les mains la brève agonie d’une centaine d’hommes… L’entreprise n’a coûté qu’un million d’hommes…

J’illustrerai ce propos d’un exemple. J’ignore ce que firent ou ne firent pas les Croisés (Bernanos appelle la contre-révolution franquiste « la Croisade » - note M et R) de la Péninsule. Je sais seulement que les Croisés de Majorque exécutèrent en une nuit tous les prisonniers ramassés dans les tranchées catalanes. On conduisit le bétail jusqu’à la plage où on le fusilla sans se presser, bête par bête.

Mais non, Excellences, je ne mets nullement en cause votre vénéré Frère, l’évêque-archevêque de Palma ! Il se fit représenter comme d’habitude, à la cérémonie, par un certain nombre de ses prêtres qui, sous la surveillance des militaires, offrirent leurs services à ces malheureux. On peut se représenter la scène : « - Allons, Padre, celui-là est-il prêt ? », « - Une minute, monsieur le capitaine, je vais vous le donner tout de suite. »

Leurs Excellences affirment avoir obtenu dans de pareilles conjonctures des résultats satisfaisants…

Le travail achevé, les Croisés mirent les bestiaux par tas, bétail absous, non absous, puis les arrosèrent d’essence, que l’on appelle là-bas gazoline. il est bien possible que cette purification par le feu ait revêtu alors, en raison de la présence des prêtres de service, une signification liturgique…

Nous ne songeons pas à soutenir que les milliers d’Espagnols fusillés par nos Croisés fussent des assassins de prêtres ou de religieuses… »

Note 1 : En juillet 1937, parut la lettre collective de l’épiscopat espagnol en soutien au franquisme. Cette lettre était signée par la quasi totalité des évêques et archevêques qui exprimaient leur approbation plébiscitaire à la dictature franquiste et leur volonté d’engager les forces de dieu pour lutter contre les forces du mal (le camp républicain) par tous les moyens possibles.

Les signataires étaient :

- Isidoro, cardinal Goma y Tomas,archevêque de Tolède

- Eustaquio, cardinal Iliundain y Esteban, archevêque de Séville

- Prudencio, archevêque de Valence

- Manuel, archevêque de Burgos

- Rigoberto, archevêque de Saragosse

- Tomas, archevêque de Santiago

- Agustin, archevêque de Grenade, Alméria, Guadix et Jaen

- José, archevêque de Majorque

- Adolfo, Évêque de Cordoue et Ciudad Real

- Antonio, Évêque d’Astorga

- Léopoldo, Évêque de Madrid et Alcala

- Manuel, Évêque de Palencia

- Enrique, Évêque de Salamanca

- Justino, Évêque d’Urgel

- Miguel de los Santos, Évêque de Carthagène

- Fidel, Évêque de Calahorra

- Florencio, Évêque d’Orense

- Rafael, Évêque de Lugo

- Félix, Évêque de Tortosa

- Albino, Évêque de Ténériffe

- Juan, Évêque de Jaca

- Juan, Évêque de Vich

- Nicanor, Évêque de Tarazona et Tudela

- José, Évêque de Santander

- Feliciano, Évêque de Plasencia

- Antonio de Chersonèse

, Évêque de Crète et d’Ivice

- Luciano, Évêque de Ségovie

- Manuel, Évêque de Zamora

- Manuel, Évêque de Curio et de Ciudad-Rodrigo

- Lino, Évêque de Huesca

- Antonio, Évêque de Tuy

- José Maria, Évêque de Badajoz

- José, Évêque de Gérone

- Justo, Évêque d’Oviedo

- Francisco, Évêque de Coria

- Benjamin, Évêque de Mondoñedo

- Tomas, Évêque d’Osma

- Anselmo, Évêque de Teruel- Albarracin

- Santo , Évêque d’Avila

- Balbino, Évêque de Malaga

- Marcelino, Évêque de Pampelune

- Antonio, Évêque des Canaries

- Ylario Yaben, vicaire de Siguenza

- Eugenio Domaica, vicaire de Cadix

- Emilio F Garcia, vicaire de Ceuta

- Fernando Alvarez, vicaire de Leon

- José Zurita, vicaire de Valladolid

- Tous les prêtres d’Espagne, pour la plupart modestes, pour la plupart éloignés du pouvoir et pour la plupart proches du peuple, se plièrent de gré ou de force aux principes promus par cette lettre de soutien inconditionnel au général Franco et durent mettre leur soutane par-dessus leur conscience.

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