English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > Comment les ouvriers peuvent lutter contre les fermetures d’usines (...)

Comment les ouvriers peuvent lutter contre les fermetures d’usines ?

vendredi 2 octobre 2009

Léon Trotsky

Résolution du Comité Exécutif du Soviet concernant la lutte contre les lockouts

14 novembre 1905

Citoyens ! Plus de cent mille ouvriers sont jetés à la rue à Petersbourg et dans d’atures villes.

Le gouvernement au service de l’autocratie a déclaré la guerre au prolétariat révolutionnaire.

La bourgeoisie réactionnaire s’est unie à l’autocratie. Elle a l’intention de contraindre les ouvriers au moyen de la faim à demander grâce. Son ojectif est de désorganiser la lutte pour la liberté.

Le Soviet des députés ouvriers déclare que ce licenciement de masse sans précédent constitue une provocation de la part du gouvernement. Le gouvernement veut pousser le prolétariat de Petersbourg à s’épuiser en escarmouches isolées ; tournant à son profit le fait que les ouvriers des autres villes ne se sont pas suffisamment unis à ceux de Petersbourg, le gouvernement projette de briser séparément les uns et les autres.

Le Soviet des députés ouvriers proclame la liberté en danger. Mais les ouvriers ne se laisseront pas provoquer par cette manoeuvre du gouvernement. Les ouvriers n’accepteront pas le combat dans les conditions défavorables où le gouvernement cherche à les provoquer à se battre. Nous devons appliquer tous nos efforts, aujourd’hui et demain, afin d’unifier en un tout la lutte du prolétariat de l’ensemble de la Russie, la lutte de la paysannerie, ainsi que celle de l’armée et de la flotte qui se lèvent déjà héroïquement au nom de la liberté.

A cette fin, le Soviet des députés ouvriers décide :

1) Toutes les usine fermées doivent être réouvertes immédiatement, et tous les camarades licenciés doivent être réintégrés. Toutes les couches de la population qui chérissent la liberté, non en paroles, mais en acte, sont invitées à soutenir cette exigence.

2) Pour soutenir cette exigence, le Soviet des députés ouvriers estime indispensable d’en appeler à la solidarité de tout le prolétariat de Russie, et au cas où cette exigence serait repoussée, d’appeler à la grève générale politique et à d’autres formes de lutte radicale.

3) Pour soutenir cette exigence, le Soviet des députés ouvriers mandate le Comité exécutif d’entrer en contact, à l’aide de délégués ou par d’autres moyens, avec les ouvriers des autres villes, avec les unions de cheminots, de postiers, de paysans ou d’autres unions, ainsi qu’avec l’armée et la flotte.

4) Après la réalisation de cette tâche préalable le Comité exécutif convoquera une session extraordinaire du Soviet des députés ouvriers qui prendra la décision finale au sujet de la grève.

5) Le prolétariat de Petersbourg propose à tous les ouvriers et à toutes les couches de la société et du peuple à soutenir les ouvriers licenciés par tous les moyens possibles, matériels, moraux et politiques.

7 Messages de forum

  • 3) Pour soutenir cette exigence, le Soviet des députés ouvriers mandate le Comité exécutif d’entrer en contact, à l’aide de délégués ou par d’autres moyens, avec les ouvriers des autres villes, avec les unions de cheminots, de postiers, de paysans ou d’autres unions, ainsi qu’avec l’armée et la flotte.

    5) Le prolétariat de Petersbourg propose à tous les ouvriers et à toutes les couches de la société et du peuple à soutenir les ouvriers licenciés par tous les moyens possibles, matériels, moraux et politiques.

    Répondre à ce message

  • Un délégué syndical CFDT chez Freescale à Toulouse fait l’objet d’une procédure de licenciement.

    cliquer ici

    Ci dessous la grève des ouvriers de Freescale vu par la l’ex fraction de LO.

    Freescale (Toulouse) en lutte contre 1 100 licenciements

    En avril dernier, après avoir annoncé 236 licenciements liés à l’abandon de la branche téléphonie (CPG) dès fin 2009, la direction de Freescale-Toulouse (1600 salariés) annonçait 830 licenciements liés à l’arrêt de la production prévu fin 2011.

    Quelle réponse apporter à la menace d’être licencié dans plus de deux ans et demi ? Pas évidente, on l’imagine. Les mois de mai, juin et juillet passèrent en interrogations, discussions et quelques actions de protestations : assemblées générales (regroupant entre 400 et 600 salariés) hebdomadaires, assemblées également de chacune des équipes de fabrication, plusieurs débrayages et même grèves d’une journée organisés par l’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC, participation remarquée aux manifestations du 1er mai, 26 mai et 13 juin.

    FO (majoritaire aux deuxième et troisième collèges, mais ingénieurs et techniciens forment la majeure partie du personnel du site), CGC et UNSA s’opposaient aux revendications « irresponsables »de l’AG (une indemnité de licenciement de 150 000 € minimum, vous pensez !) et essayaient de mettre en place des AG concurrentes. Sans succès. Dans les négociations ouvertes avec les syndicats, le patron, lui, ne voulait parler que formations et conditions de reclassement et pas des éventuelles indemnités. En juillet il suspendait même ces négociations à propos des 830 travailleurs de production, préférant ouvrir des discussions sur un PSE (« Plan de sauvegarde de l’Emploi ») concernant les seuls travailleurs (essentiellement ingénieurs et techniciens) de la branche téléphonie CPG.

    Début de la grève…
    Fin août, l’impatience et le mécontentement des travailleurs de la fabrication sont plus que palpables. Le 31, une AG, encore réduite par les congés (200 personnes), décide de remettre une lettre au directeur (signée « intersyndicale de l’AG ») lui donnant une semaine pour faire des propositions sérieuses sur les indemnités. À cette lettre, qui lui est portée immédiatement par une délégation… de 75 personnes, le patron se contente de répondre par mail : « on reprendra les négociations après le PSE de CPG », sans parler d’indemnités. Or le calcul de celles-ci fait sur la même base que pour les CPG aboutirait pour beaucoup d’ouvriers de la fabrication à 30 000 €, loin de la revendication. Si le patron voulait mettre de l’huile sur le feu, il a réussi.

    À l’AG du lundi 7 septembre de nombreux travailleurs sont encore en congés pour une ou deux semaines. Pourtant 300 présents : 246 pour la grève, une vingtaine contre, 158 pour la grève immédiate, 80 pour attendre encore huit jours. La grève démarre donc dans la foulée. L’énorme majorité des grévistes sont des ouvriers de fabrication. Quelques techniciens aussi, mais les ingénieurs et la maîtrise ne bougent pas. Pas plus les CPG, à qui le patron fait miroiter la possibilité d’un repreneur… pour 50 ou 80 d’entre eux.

    … et son organisation
    Un comité de grève, proposé par l’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC elle-même, est élu le lendemain. Depuis il se réunit selon les besoins, parfois plusieurs fois par jour, et comprend une trentaine de membres dont une large part de non-syndiqués qui y prennent des responsabilités importantes. Les leaders reconnus de la grève sont les responsables CFDT et CGT. Mais l’intersyndicale CGT-CFDT-CFTC a cessé de se réunir en tant que telle.

    C’est sous la direction du comité de grève qu’un campement à l’entrée du site s’organise rapidement, notamment avec l’aide de militants de la CGT d’ERDF. Celle-ci a prêté une puis deux tentes et a accéléré le raccordement de l’électricité. Puis se créent quatre commissions : camions, filtrage, bouffe, communication afin d’organiser au mieux. Enfin est impulsé le brassage des équipes (le travail en continu et en week-end fait que de nombreux ouvriers ne se rencontrent jamais et ne se connaissent pas). Il reste pourtant partiel, certains du week-end ne voulant pas ou ne pouvant pas modifier leurs horaires habituels.

    La grève est majoritaire au niveau des ouvriers et ouvrières de la production (qui est en grande partie arrêtée) mais très minoritaire si on rapporte les 300 grévistes aux 1600 employés du site (sans compter les sous-traitants). Ce n’est évidemment pas sans poser problème.

    Ainsi, malgré la volonté de bloquer l’usine, les piquets immédiatement mis en place sont « filtrants ». Les voitures personnelles n’ont plus accès aux parkings à l’intérieur du site mais les non grévistes peuvent entrer… à pied, direction comprise. On imagine l’irritation de celle-ci. Certains cadres ou ingénieurs profitent quand même de ce passage devant le piquet pour exprimer une solidarité en versant à la caisse de grève. Et pendant deux semaines, le millier ou plus de voitures qui sont garées sur les terre-pleins alentour constituent une démonstration spectaculaire pour tous les Toulousains passant devant le site.

    Par ailleurs le blocage est évidemment bien réel pour les véhicules livrant des produits nécessaires à la fabrication (sauf ceux nécessaires au maintien en état des machines) ainsi que pour les camionnettes venant chercher des plaquettes de semi-conducteurs (la production normale d’une journée tient dans quelques cartons !). Entre l’obligation de rentrer à pied ou l’impossibilité de sortir la production, on ne sait ce qui est le plus pénible à la direction. Mais que la grève lui soit insupportable ne fait en tout cas pas de doute…

    Patron, hauts cadres, justice, police, même combat
    Le patron commence par jouer la provocation : vendredi 11 septembre, 4 cadres sortent en procession portant des cartons jusqu’à une camionnette qui attend devant l’usine. Pas question d’accepter. Les cartons reprennent le chemin de l’usine. Mais dans la semaine qui suit, on voit de hauts cadres sortir avec de gros sacs à dos, et même le directeur avec une grosse mallette…

    Dès le début la direction convoque aussi une huissière. C’est sur la base (assez fragile au demeurant) de ses constats que le patron assigne lundi 14 au soir deux responsables CFDT en référé pour le lendemain à 14 h 30. La petite salle d’audience est remplie de grévistes de Freescale mais aussi de travailleurs de TDF (en lutte contre la menace de 500 suppressions de postes). Ils peuvent écouter la piteuse plaidoirie de l’avocat de la direction (qui leur apprend quand même que la grève a un impact puisque Valeo a menacé Freescale d’amendes, ses usines commençant à manquer de plaquettes) et apprécier celle de l’avocat des grévistes (le même que celui des Molex). Mais deux jours plus tard le juge décide finalement que les grévistes doivent libérer les accès à l’usine pour vendredi à 8 heures. Et dès 10 heures soixante CRS imposent le retrait du piquet. Des CRS qui prennent ouvertement et directement leurs ordres auprès du directeur… De nombreuses camionnettes viennent alors charger les stocks en souffrance.

    Fin donc de la première phase de « filtrage ». Elle a quand même permis de constater que plus importante encore que le blocage, c’est la grève qui peut faire pression sur le patron. Car filtrage ou pas, la production reste très réduite (et sans doute de mauvaise qualité, une partie des opérations étant faite maintenant par des chefs peu compétents). Elle a permis aussi de faire des grévistes un bloc soudé.

    Un début de convergence des luttes…
    Dès la première semaine, des grévistes de TDF viennent au piquet de grève et co-organisent avec le comité de grève une manifestation interentreprises le jeudi 17, qui réunit 300 à 400 travailleurs de Freescale, TDF, Molex (qui viennent de voter l’arrêt de leur mouvement), ERDF (en butte à des menaces de sanctions après leur grève victorieuse au printemps), mais aussi Carrefour SAV (en cours de liquidation), Continental (ex-Siemens, situé juste en face), Thalès (2 usines voisines de Freescale)... La manifestation, commencée sur le site de TDF et France3 s’achève devant Freescale, avec des prises de parole prônant la convergence des luttes.

    Vendredi 18, le patron a quand même réussi à sortir le stock de plaquettes, et le filtrage ne semble plus ni utile ni possible sans risque (150 € prévus par le juge pour chaque cas constaté d’entrave à la circulation des biens et des personnes). D’où un petit flottement tant dans le comité de grève que dans l’AG sur la conduite à tenir. Envahir l’usine ? Mais quel accueil pouvait-on attendre des si nombreux cadres et ingénieurs ? Préparer une manifestation régionale des travailleurs menacés ou déjà victimes de licenciements (ce qui aurait donné du sens à des actions vers les autres entreprises et aussi nécessité de s’adresser aux salariés des autres secteurs) ? Mais certains grévistes insistent sur la nécessité d’une présence massive devant l’entrée du site. Certains membres du comité de grève ne sont pas non plus convaincus. L’idée de s’adresser aux autres n’est alors reprise que mollement par l’AG du lundi.

    Finalement le mardi 22, une partie seulement des grévistes va manifester avec les postiers, les autres restant devant la boite après avoir abandonné l’idée d’y entrer pour discuter avec les non grévistes. Heureusement le moral de tous est remonté par la satisfaction affichée de ceux qui sont allés retrouver les postiers et ont discuté avec eux, puis par un blocage du métro improvisé dans l’après midi. Comme quoi rien ne vaut le sentiment de trouver une solidarité chez les autres travailleurs pour ressouder les troupes.

    C’est largement confirmé le lendemain avec le blocage du principal dépôt de bus, commencé vers 5 heures du matin et préparé avec des syndicalistes du réseau de transports publics. Les grévistes sont bien dégagés par la police vers 13 h mais ce sont alors les chauffeurs de bus qui bloquent eux-mêmes en signe de solidarité. Résultat : les médias découvrent et couvrent enfin la grève ; et les grévistes sont galvanisés non seulement d’enregistrer leur impact mais surtout d’avoir constaté qu’il était possible de gagner le soutien d’autres travailleurs.

    Les actions de jeudi 24 et vendredi 25 – intervention à l’université du Mirail contre la présence d’un dirigeant de Freescale au Conseil d’administration, pique-nique devant la préfecture et manifestation en ville (qui a déclenché une absurde fermeture préventive du métro par la direction de celui-ci !), filtrage de l’entrée d’une des usines Airbus – continuent dans cette voie. Et du coup une soixantaine de grévistes sont incités à faire enfin un tour dans l’usine pour discuter avec des non grévistes et découvrir qu’au moins chez une partie de ceux-ci il n’y a aucune hostilité, bien au contraire.

    Une semaine bien remplie, terminée par une petite fête des grévistes, de leurs familles et de leurs amis devant l’usine samedi soir. Assez en tout cas pour amener le patron à faire une simili-ouverture ce vendredi 25 : « démontez votre campement dès samedi, reprenez le travail lundi et je discute indemnités mardi » . L’AG repousse unanimement la levée du camp et la reprise du travail. Mais doit-on faire un geste (annuler l’action prévue lundi) au cas où le patron annoncerait une réunion (sans condition préalable) sur les indemnités ? Une discussion dans le calme se conclue par un vote qui, à une majorité des deux tiers, repousse l’éventualité d’un tel geste. Et le lundi 28, les grévistes bloquent l’aéroport de Blagnac.

    ... qui appelle une suite
    Ainsi au terme de 3 semaines de grève, le type d’organisation, comité de grève et AG représentant et regroupant tous les grévistes, syndiqués et non-syndiqués, et se sentant pleinement responsables, montre son importance pour affronter les nombreux et pressants problèmes posés au mouvement.

    Pas le problème de continuer la lutte. Il est évident pour tous que rien ne sera plus comme avant et que, quelle que soit l’issue immédiate de cette grève-là, le patron aura du mal à obtenir du rendement. Evident aussi, y compris pour ceux qui mettent quand même quelques espoirs dans les éventuelles négociations évoquées par le patron, que ce n’est qu’en continuant et même accentuant la pression qu’on obtiendra satisfaction. Mais justement comment accentuer cette pression ? En continuant la grève ? Mais comment mettre des non-grévistes dans le coup ?

    En annonçant la fermeture de la fabrication dans plus de deux ans, la direction elle-même a engagé les salariés dans un combat prolongé durant lequel il leur faudra certainement trouver bien des formes diverses de lutte. De celles qui permettent au mouvement de se renforcer en recueillant de plus en plus de soutien aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la boîte. Et on sait qu’imaginer des actions qui permettent de s’adresser aux autres travailleurs en leur proposant un but commun n’est pas si facile, en tout cas demande organisation et volonté.

    Des délégations de Freescale ont participé à la manifestation de Châtellerault le 30 juillet, à la réunion de Blanquefort le 5 septembre, à la manifestation parisienne de la métallurgie le 17 septembre. À cette occasion, le comité de grève de Freescale a repris l’appel des Fabris à mettre sur pied un collectif des entreprises en lutte contre les licenciements (voir notre article « … quand les boîtes en luttes entreprennent de se coordonner » , p 20).

    Les Freescale étaient au moins une soixantaine, le 9 septembre aux côtés des Molex, ou à la manifestation le 22 des postiers toulousains. Le blocage conjoint avec les chauffeurs de bus a sans doute ouvert les esprits sur la possibilité de coordonner sinon d’étendre les luttes. C’est la voie à suivre par les Freescale… comme par les nombreuses autres entreprises qui dès ce mois de septembre ont engagé ou repris la lutte.

    28 septembre 2009

    Félix RODIN

    Répondre à ce message

  • ’Toutes les usines fermées doivent être réouvertes immédiatement, et tous les camarades licenciés doivent être réintégrés. Toutes les couches de la population qui chérissent la liberté, non en paroles, mais en acte sont invitées à soutenir cette exigence’

    Répondre à ce message

  • GMetS : une fois de plus la CGT mène une lutte contre une fermeture, contre des licenciements, de manière isolée, dans une seule entreprise alors que l’attaque est générale : des dizaines d’entreprises sont dans le même cas, des centaines sont menacées, et la CGT se garde de globaliser la lutte.

    Répondre à ce message

Répondre à cette brève

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0