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Les femmes domestiques en ont assez d’être traitées en esclaves domestiques et en esclaves sexuels

samedi 18 juin 2011

L’affaire DSK n’est pas un cas isolé.

L’esclavage des domestiques

Premier critère, la confiscation systématique du passeport, qui est le moyen le plus efficace pour placer la victime en situation d’irrégularité et d’asservissement.

Deuxième critère, des conditions de travail contraires à la dignité humaine, 15 à 21 heures par jour, sept jours sur sept, sans aucun congé, pour une rémunération variable : nulle pour les Africaines, 20 à 50 dollars mensuels pour les Malgaches ou les Indiennes, 50 à 200 dollars pour les Indonésiennes, Philippines ou Sri-Lankaises au service de diplomates indélicats en poste à Paris. Il faut ajouter des conditions d’hébergement indignes, une natte ou un tapis dans le salon ou la cave, les restes des repas, quand il y en a, pour seule nourriture. En juin 1998, le Comité a pris en charge Himali, une jeune Sri-Lankaise de 22 ans qui ne mangeait que du riz depuis cinq mois. En plein Paris, à la fin du XXème siècle, Himali a contracté le scorbut.

Troisième critère, la séquestration, qui peut prendre deux formes : la séquestration par l’employeur, et ce qu’on peut appeler l’autoséquestration, la victime étant avertie sans cesse que si elle sort, la police l’arrêtera, la jettera en prison et l’expulsera. La peur installe la soumission.

Quatrième critère, la rupture des liens familiaux, l’interdiction d’envoyer ou de recevoir du courrier ou des communications téléphoniques.

Cinquième critère enfin, l’isolement culturel. Les domestiques migrantes sont ignorantes de leurs droits, isolées et sans repères ; elles ne savent pas où chercher du secours.

Il faut malheureusement ajouter que l’esclavage domestique ainsi défini s’accompagne, dans un quart des cas, de violences physiques, d’agressions sexuelles, voire d’actes de torture ou de barbarie.

A ce jour, 200 victimes ont été prises en charge par le Comité, dont les deux tiers ces 18 derniers mois, ce qui est très lourd pour une association comme la nôtre. Il faut trouver un hébergement, assurer un suivi médical et psychologique, commencer l’alphabétisation puis une formation professionnelle – en un mot, aider la victime à se reconstruire. Il faut aussi l‘assister sur le plan juridique, et faire pour elle les démarches de régularisation.

Les cas d’esclavage domestique en milieu diplomatique, pour lesquels toute action en justice est impossible, représentent plus d’un tiers des dossiers traités. Parfois, l’un d’eux tourne au drame. En octobre 1997, une jeune Indonésienne tombe du sixième étage d’un immeuble de la région parisienne en essayant de fuir le domicile d’un diplomate saoudien où elle était séquestrée. Un arbre amortit sa chute. Grièvement blessée, elle a été rapatriée par son ambassade après trois semaines d’hôpital. Elle n’a pas été indemnisée, le diplomate n’a pas été inquiété. Nous avons eu de ses nouvelles il y a six mois : elle travaille en Arabie saoudite … La misère ne permet pas de choisir sa vie.

En septembre dernier, une domestique indienne de 16 ans s’enfuit du domicile d’un diplomate indien en poste à Paris. Les services médicaux qui la prennent en charge après une tentative de suicide découvrent qu’elle a été mutilée sexuellement. La jeune fille accuse son employeur, une information judiciaire est ouverte. Mais l’immunité ne permet pas au juge d’entendre le diplomate. Immunité est alors synonyme d’impunité.

Depuis l’Albanie, le crime organisé fournit en femmes l’Italie, la Grèce et d’autres pays occidentaux. La prostitution est un phénomène odieux, qui ne saurait être accepté comme solution à la pauvreté et il est bon que les prostituées, les femmes maltraitées apportent leur témoignage. Pourtant, on pourrait dire que ce processus criminel est toléré et que, faute d’instruments juridiques adaptés, les femmes sont à la merci des trafiquants et des fonctionnaires corrompus. La prostitution et le trafic sont devenus des affaires lucratives. Dès le début de la période de transition, des individus et des groupes ont créé des structures de crime organisé. Celui-ci a prospéré dans la confusion de la société albanaise, développant les stratégies les plus profitables et les méthodes les plus sophistiquées pour commettre des crimes contre les femmes et les enfants, vulnérables donc victimes, faute de structures de protection et de réhabilitation. Les recettes de ce trafic viennent alimenter le commerce illicite des armes et des stupéfiants.

Les femmes migrantes sont particulièrement exposées aux actes de violence commis par les hommes d’abord en raison de leur faiblesse économique liée à leurs difficultés d’accéder à un emploi dans des secteurs structurés, ce qui les empêche de jouir d’une protection sociale, les laissant souvent à la merci des réseaux de trafiquants. Ensuite, parce que l’octroi du permis de résidence peut être subordonné à la relation avec un citoyen ou un immigrant « primaire ». Lorsque cette relation vient à se rompre, leur statut légal peut être remis en cause, ce qui laisse, une nouvelle fois, la voie libre aux trafiquants. Souvent tiraillées entre deux cultures, celle du pays d’accueil et celle du pays d’origine, la désorientation et le déracinement social rendent les femmes migrantes particulièrement vulnérables. Enfin, si la sexualité féminine est souvent perçue comme un des facteurs majeurs de la violence, les femmes qui migrent seules sont particulièrement exposées. De nombreuses sociétés patriarcales identifient le concept de l’honneur et de la domination à une expression collective de violence à l’encontre des femmes. Les traditions mais aussi certaines religions sont souvent invoquées pour justifier la violence et, finalement, la subordination de la femme.

Les femmes migrantes sont particulièrement exposées aux actes de violence commis par les hommes d’abord en raison de leur faiblesse économique liée à leurs difficultés d’accéder à un emploi dans des secteurs structurés, ce qui les empêche de jouir d’une protection sociale, les laissant souvent à la merci des réseaux de trafiquants. Ensuite, parce que l’octroi du permis de résidence peut être subordonné à la relation avec un citoyen ou un immigrant « primaire ». Lorsque cette relation vient à se rompre, leur statut légal peut être remis en cause, ce qui laisse, une nouvelle fois, la voie libre aux trafiquants. Souvent tiraillées entre deux cultures, celle du pays d’accueil et celle du pays d’origine, la désorientation et le déracinement social rendent les femmes migrantes particulièrement vulnérables. Enfin, si la sexualité féminine est souvent perçue comme un des facteurs majeurs de la violence, les femmes qui migrent seules sont particulièrement exposées. De nombreuses sociétés patriarcales identifient le concept de l’honneur et de la domination à une expression collective de violence à l’encontre des femmes. Les traditions mais aussi certaines religions sont souvent invoquées pour justifier la violence et, finalement, la subordination de la femme.

Le cas des indonésiennes

Sitri Iskandar a atterri en Arabie Saoudite en septembre 2004, après avoir été recrutée en Indonésie pour travailler dans une famille de professeurs saoudiens vivant à Taëf. Aînée d’une de quatre enfants, dépourvue d’éducation, elle a accepté cet emploi pour le salaire : 150 euros par mois. Mais quelques semaines après son arrivée, le cauchemar a commencé. La petite bonne aux cheveux courts et au corps de fillette est devenue l’exutoire de la maîtresse de maison. Puis de ses fils. Tous les jours, des coups. Des brûlures aussi, « au fer à repasser, à l’eau ou l’huile bouillante, sur le corps, sur le visage », murmure la jeune femme sur son lit d’hôpital.

L’enfer a duré 8 mois dans la maison saoudienne pour Sitri Iskandar, enfermée dans l’obscurité quand elle ne travaillait pas. Dans son malheur, elle a pourtant eu de la chance d’arriver jusqu’au Qatar. Pris en charge par les autorités locales et son ambassade, elle a reçu le soutien de toute la communauté indonésienne qui a rassemblé 10 000 dollars pour « qu’elle puisse rentrer chez elle, se faire soigner et retrouver un peu de dignité. » Mur Niyati, elle, est encore en Arabie Saoudite. Entrée fin mars aux urgences d’un hôpital de Riyad, cette jeune femme de 22 ans originaire de l’île de Sumbawa a failli être amputée des mains et d’un pied à cause de la gangrène. Battue et torturée pendant 18 mois, ses coupures et ses brûlures s’étaient infectées. « Comme la famille ne supportait plus l’odeur, on m’a installée dans une cabane à l’extérieur, enfermée », a-t-elle raconté aux diplomates indonésiens venus lui rendre visite.

Dans un autre établissement de la capitale saoudienne, il y a encore Suniati Sujari. Elle aussi employée de maison. Elle aussi indonésienne. Elle aussi battue, torturée et violée. Son corps est brûlé à plus de 50% et ses parties génitales mutilées. La jeune femme est aujourd’hui dans le coma.

« Nous enregistrons entre 10 et 15 plaintes chaque jour, rien qu’à Riyad, pour des cas de mauvais traitements, de harcèlement sexuel ou de salaires impayés », raconte Muhamed Sugiarto, fonctionnaire en poste dans la capitale saoudienne, « et encore, seule une minorité des victimes a la possibilité de venir jusqu’à nous. » « Quand nous sommes informés, ce qui n’est pas systématique, nous contactons les autorités. Dans la plupart des cas, elles se contentent d’un interrogatoire, mais cela ne se termine jamais devant un juge », ajoute-t-il, citant l’exemple d’une jeune femme battue à mort à Djedda et dont les employeurs s’en sont sortis en payant 15.000 dollars de dédommagement à la famille.

Côté saoudien, on affirme le contraire. « Tout est pris au sérieux. Nous avons enquêté sur 7000 plaintes en 2003 », a affirmé le ministre du travail, Ghazi al-Gossaibi, à la presse locale. L’augmentation permanente de ces violences, constatée par les diplomates indonésiens, prouve pourtant le contraire. Devant l’inaction des autorités du royaume, qui préfèrent nier l’évidence en parlant de cas isolés –elles se seraient même plaintes auprès du Qatar après la médiatisation de l’affaire de Sitri Iskandar- l’Indonésie tente de réagir.

En février, Djakarta a ainsi officiellement interdit le recrutement des domestiques dans tout le Moyen-Orient, en particulier dans les Etats du Golfe, « bien que la situation soit tout à fait différente au Koweït, à Bahreïn ou au Qatar », admet Gulfan Afero, premier secrétaire de la représentation indonésienne dans ce dernier émirat. « Depuis le début du mois d’avril, tous nos ressortissants doivent signer un contrat avant leur départ, avec noms, adresse et numéros de téléphone des employeurs. A leur arrivée, ils font enregistrer ce contrat auprès du consulat, ce qui nous permet de savoir où ils travaillent et d’identifier rapidement leurs patrons », explique ce diplomate désemparé qui conclut froidement, « c’est surtout pour dissuader. »

Partout, une violente oppression qui est loin de diminuer quand elle n’augmente pas...

Et partout dans le monde, de tout temps, dans les périphéries des casernes, des camps de réfugiés, des maquis investis, des villes bombardées, partout quand la guerre, les armes et la mort commande à la vie, les femmes et leur corps sont l’enjeu de la violence sexuelle et meurtrière des hommes.

Partout, quand règne sans limite l’argent, quand on déplace les travailleurs, quand on ghettorise les émigrés - chez qui on envoyait en punition les filles à l’abattage ! - autour des mines, des champs pétroliers, des usines.

Mais encore dans la douceur de la paix, pas loin des parcs, des supermarchés regorgeant des produits de la mondialisation, à la sortie ou en plein coeur des cités embellies par l’art et la culture, là où s’épanouissent sans frein la démocratie et la vie citoyenne, où des femmes et des hommes se mobilisent le dimanche, leurs enfants sur les épaules, contre le trou de la couche d’ozone, pour sauver la planète, les baleines et l’ours blanc, dans ces villes avec leurs temples modernes du savoir, de la science et de l’Art, à Paris, Londres, Madrid, à deux pas de la Tate Gallery, du Prado et du Louvre, dans toutes ces villes on esclavagise aussi les femmes.

Et aussi à Alger, la ville blanche, sans temple, ni du savoir ni de l’Art, on esclavagise les femmes. Et dans tout le pays. Alors que s’efface de la mémoire les BMC, les bordels militaires de campagne, que disparaît enfin l’image orientaliste des Ouled Naïls et que jaunissent les cartes postales des corps dénudés et offerts à l’objectif voyeuriste du « voyageur », la prostitution « entre nous » se propage, s’insinue dans la moindre faille, la moindre brèche faite par la misère, la fragilisation des populations acculées à livrer leurs enfants, l’abandon des femmes, des enfants jetés à la rue par des hommes confortés par la coutume, la religion et la loi, et l’indifférence des services publics. Sur les hauts plateaux, le long des côtes sauvages, dans chaque restaurant-bar surplombant la mer limpide, là où le vin, au lieu de présider à des agapes lyriques, attire comme des mouches des hommes abêtis, on prostitue des femmes.

1 Message

  • point de vue 21 juin 2011 17:50, par S de bamako

    oui cela ne fait aucun doute que les femmes domestiques vivent un enfer quotidien causé par les employeurs.un constat que je qualifie amer mais loin d’être un fait naturel car nous sommes dans un monde ou il est nécessaire de mettre au clair des effets de la domination d’une sociale sur une autre.bref je veux dire que si les femmes domestiques sont traitées ainsi,c’est par ce qu’elles sont issues de la classe dominée.
    et je dis merci et bon courage à tout ceux qui se donnent la peine d’être la voix de ces sans voix aux mains des loues féroces.

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