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Où en est le capitalisme ?

jeudi 18 septembre 2014

Dans Alternatives Economiques – Hors série n° 97 – troisième trimestre 2013 :

« Deux siècles de crise

« Rupture d’équilibre pour les uns, produit de l’instabilité chronique des économies capitalistes pour les autres, depuis le milieu du dix-neuvième siècle, les crises jalonnent l’histoire économique et divisent les économistes. Elles marquent aussi les esprits pour les plus importantes d’entre elles : 1929 et 2008.

Dans les sociétés traditionnelles, principalement agricoles, elles se présentent sous la forme d’une insuffisance de la production et d’une flambée des prix. Avec le développement du capitalisme marchand, puis industriel, la crise a pris des formes nouvelles, parfois paradoxales, tels la surproduction, le surendettement et les krachs boursiers, obligataires ou monétaires.

Particulièrement visible au dix-neuvième siècle, l’instabilité des économies capitalistes a culminé avec la Grande Crise des années 1930… A la différence des crises à l’ancienne, caractéristiques des sociétés agricoles, les crises du monde capitaliste sont essentiellement endogènes, c’est-à-dire le produit de son propre développement. Dans des économies dynamisées par le progrès technique et la généralisation de la logique concurrentielle, la crise se présente sous le jour nouveau de l’excès de production. La baisse des prix élimine les marges de profit et décourage l’investissement, déprimant l’emploi et les salaires… Aiguillonné par la quête du profit et le jeu concurrentiel, facilité par le crédit, le développement des capacités productives s’opère de façon anarchique, portant la production globale à un niveau incompatible avec la valorisation de l’ensemble du capital engagé. L’instabilité du système est accentuée par les conflits de répartition, la pression exercée par les capitalistes sur les salaires en vue de maximaliser les profits entravant l’écoulement de la production sur le marché intérieur. Solution violente et momentanée des contradictions existantes, la crise vient alors forcer la dévalorisation des capitaux investis en excès, la baisse des prix mettant en faillite les unités de production les moins rentables, encourageant la concentration et la rationalisation de la production, jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour une reprise de l’accumulation…

Dès lors que le point de retournement du marché est atteint, la chute des prix prend la forme d’un mouvement auto-entretenu. La dévalorisation rapide des actifs déséquilibre les bilans financiers des investisseurs qui perdent l’accès au crédit et n’ont d’autre choix que de liquider en catastrophe les actifs achetés au prix fort. La reprise du marché est alors conditionnée par la purge des bilans financiers, tant des agents débiteurs que des banques qui les financent, processus qui peut s’étaler sur plusieurs années en fonction des niveaux d’endettement atteints, de l’ampleur des pressions déflationnistes et de la réaction des autorités monétaires. Ce schéma, réitéré avec une régularité étonnante jusqu’à la Première guerre mondiale (1817, 1825, 1837, 1847, 1857, 1866, 1873, 1884, 1890, 1900, 1907, 1929), semble implacable…

L’évolution de la forme des crises suit précisément les phases successives de l’intégration financière internationale : crise d’endettement bancaire dans les pays en développement dans les années 1980 ; crises de finance directe (Mexique, Asie, Russie), qui font suite à l’ouverture financière des économies émergentes dans les années 1990 ; crises bancaires dans les pays scandinaves et au Japon à la même époque ; crise de la finance complexe à partir de 2007, consécutive à l’essor des produits dérivés et aux innovations financières de la fin des années 1990…. Les périodes d’excès de crédits et de bulle de prix des actifs soulignent alors combien le système financier peut devenir un lieu de diffusion des risques plutôt qu’un endroit qui aide à les gérer… C’est ainsi que les problèmes de Lehman Brothers, une banque d’affaires américaine moyenne prise dans la tourmente du crédit immobilier aux Américains les plus pauvres, a failli emporter tout le système bancaire mondial en 2008… Au cours des années 1980, le capitalisme a pris une forme nouvelle, dominée par la finance…

Les Etats-Unis jouent un rôle décisif dans ce processus : le Royaume-Uni de Margaret Thatcher et les Etats-Unis de Ronald Reagan bien sûr, sous l’influence de l’économiste Milton Friedman et de l’école de Chicago. Mais aussi la France de François Mitterrand qui, après quelques hésitations, s’engage pleinement dans le processus de libéralisation et de dérégulation… Première conséquence de cette mutation : les grands groupes industriels sont devenus des groupes quasiment financiers. Ils sont tenus par des exigences de rentabilité et de liquidité difficilement compatibles avec des stratégies industrielles qui, elles, s’inscrivent par nature dans la durée. Qu’il s’agisse de General Electric, de Total ou de Wal-Mart, ce basculement s’observe chez les grands groupes mondiaux dans tous les secteurs. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer la structure du bilan des grandes entreprises à quarante ans d’intervalle… Si on regarde les bilans des grands groupes mondiaux aujourd’hui, la situation est radicalement. Les investissements ont été réduits, en particulier dans l’industrie. En revanche, les flux de financement ont augmenté : on a délocalisé et les coûts et les salaires ont été comprimés à l’extrême, avec pour objectif de faire gonfler la rentabilité financière. Grâce à ses flux plus importants, les dividendes distribués aux actionnaires sont sans commune mesure avec ceux versés dans les années 1970. Alors qu’à l’époque, un dividende représentant de l’ordre de 10% ou 20% des bénéfices était considéré comme tout à fait correct, on dépasse aujourd’hui les 50%, voire les 80%, dans des pays comme les Etats-Unis. Cette logique va jusqu’au « buy back », qui consiste, pour une entreprise, à racheter ses propres actions pour les annuler afin de faire augmenter mécaniquement le cours de l’action.

A l’ère du capitalisme financier, la dette a changé de fonction. Dans les années 1960-1970, elle était un accélérateur permettant à l’entreprise d’acquérir les moyens de son développement industriel et commercial. Dans la période récente et particulièrement durant la décennie 2000, elle a été utilisée avant tout par les entreprises pour booster leur rentabilité financière au service des actionnaires…

L’importance de l’effet de levier est devenue le critère déterminant pour le choix des investissements. Ce mécanisme est notamment au cœur d’une pratique qui s’est multipliée jusqu’à la crise : le LBO (Leverage Buy Out), qui consiste à financer le rachat d’une entreprise quasi exclusivement par l’endettement, en espérant pouvoir rembourser son emprunt simplement grâce à la rentabilité dégagée par l’entreprise… Résultat : nombre d’entreprises qui ploient sous les dettes liées à des LBO, tel le fabricant de pneus Continental, imposent à leurs salariés des plans sociaux drastiques et des politiques sociales régressives.

Pour s’assurer que la rentabilité financière devienne l’objectif premier des entreprises, les intérêts des dirigeants ont été alignés sur ceux des actionnaires. Grâce en particulier aux stock-options, les managers sont devenus eux-mêmes actionnaires de l’entreprise. Dans le même temps, la nature des actionnaires a aussi changé : alors que la durée moyenne de détention d’une action était de six ou sept ans, selon les pays, dans les années 1950 et 1960, elle est aujourd’hui inférieure à un an… Au moment même où l’actionnaire est devenu dominant dans le système économique, il se désintéresse en réalité des entreprises… Les actionnaires d’aujourd’hui sont volatiles et infidèles, ils achètent et revendent à tout moment pour réaliser des profits spéculatifs. Leurs attentes de rendement – les fameux 15% - sont cependant sans rapport avec les possibilités de croissance offertes par l’économie réelle et il vient un moment où il est difficile de n’accumuler que de la richesse virtuelle.

Autre caractéristique majeure de cette mutation : l’insistance sur la liquidité. Immeubles, machines, illiquides dans le bilan des entreprises, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent se convertir rapidement en argent liquide, le deviennent potentiellement par le mécanisme de la titrisation. Il s’agit en quelque sorte d’une négation du temps nécessaire au processus productif, puisqu’avant de pouvoir encaisser l’argent, les entreprises, par définition, sont obligées d’investir, et donc de posséder des équipements et des usines qui leur sont utiles pour fabriquer des biens qui seront stockés avant d’être vendus… Une conséquence de cette logique, c’est que les entreprises sont poussées à céder ou à externaliser une part croissante de leurs installations, quitte à menacer leur rentabilité future…

Pour les salariés, la conséquence de ce mouvement de financiarisation se lit dans le partage de la valeur ajoutée : dans les années 1980, 67% de la valeur ajoutée allait à la rémunération des salariés, alors qu’aujourd’hui elle ne pèse plus que pour 57%, soit dix points de moins, ce qui est considérable. Au-delà des chiffres, ce renversement du rapport de force entre capital et travail s’est traduit par du chômage et des délocalisations, des conditions de travail dégradées, une précarité accrue et des politiques salariales déflationnistes, comme en Allemagne où le salaire médian a baissé de 7% au cours de la dernière décennie sous l’effet des lois Hartz qui ont libéralisé le marché du travail.

D’une certaine façon, nous sommes entrés dans une société où le travail n’est plus reconnu. Un travailleur non qualifié aujourd’hui aux Etats-Unis gagne moins en valeur réelle que son grand-père…

Le génie du capitalisme jusqu’ici a été de réussir constamment à renouveler l’espace des besoins humains par l’innovation en les incarnant dans un objet…

Le capitalisme va souffrir d’une contradiction qu’il ne pourra pas dépasser, celle de ne pouvoir envisager l’augmentation de la richesse que sous le registre de la propriété privée, alors que les besoins sociaux et les réserves d’intelligence tirent aujourd’hui des secteurs qui ne s’inscrivent pas dans cette logique… »

Le capitalisme est-il une fatalité ?

par Martin Masse

"Karl Marx a fameusement émis l’hypothèse que le système capitaliste comporte des contradictions internes qui provoquent des crises économiques et qui mèneront inévitablement à son autodestruction. Alors que nous entrons dans une période de bouleversements économiques qui pourraient rivaliser avec ceux de la Grande Dépression, cette thèse revient à la mode et s’exprime de diverses façons. Même la plupart de ceux qui ne souhaitent pas renverser le capitalisme en acceptent la prémisse, celle de l’instabilité chronique de ce système. Une instabilité que l’État aurait la responsabilité de tempérer en intervenant pour sauver le capitalisme de ses contradictions.

Pratiquement tous les gouvernements du monde sont intervenus d’une façon ou d’une autre en 2008 pour imposer de nouvelles couches de réglementation et « injecter » des centaines de milliards de dollars de fonds publics ou de crédit créé par les banques centrales pour relancer une économie en panne. On ne se surprendra évidemment pas de voir des gouvernements de gauche profiter de cette crise pour instaurer de nouvelles mesures étatistes. Mais même des gouvernements perçus comme étant plus favorables aux principes de marché ont emboîté le pas. Aux États-Unis, le président George W. Bush et son secrétaire au Trésor Henry Paulson ont ainsi présidé à la plus gigantesque intervention étatique dans l’économie de l’histoire du monde dans le but de sauver les marchés financiers de la déroute. Le président français Nicolas Sarkozy parle quant à lui de « refonder » le capitalisme.

Il s’est aussi trouvé beaucoup de défenseurs traditionnels du libre marché pour appuyer les interventions des gouvernements. De nombreux économistes partisans des théories de Milton Friedman ont plaidé pour des injections monétaires dans le système financier. Mark Mullins, le patron de l’Institut Fraser de Vancouver, le plus important think tank canadien défendant des politiques s’appuyant sur le libéralisme économique, a écrit dans le National Post que « (t)he capitalist system that has created the greatest prosperity and quality of life in history is inherently cyclical and emotional [...] (1) » et s’est dit en faveur de certaines formes d’interventions.

Il semble qu’il n’y ait plus personne qui doute que le système capitaliste n’a rien de naturel et que son existence est tout sauf une fatalité. La seule alternative qui s’offre à nous est soit de le laisser s’effondrer (ce que seule une minorité d’anticapitalistes radicaux souhaite), soit de le renflouer en ayant recours à l’intervention de l’État....

Non seulement la banque centrale crée-t-elle constamment de l’argent à partir de rien pour accroître la masse monétaire, mais le système de réserves fractionnaires permet aux institutions financières d’augmenter encore plus la quantité de crédit qui circule dans l’économie. Lorsque la création monétaire est soutenue, une bulle financière émerge qui se nourrit d’elle-même, des prix plus élevés permettant aux propriétaires de titres gonflés de dépenser et d’emprunter davantage, ce qui amène une création additionnelle de crédit, ce qui fait grimper encore plus les prix, et ainsi de suite.

La justification pour intervenir semble toujours s’appuyer sur la peur de revivre la Grande Dépression. Si nous laissons trop d’institutions s’effondrer pour cause d’insolvabilité, nous dit-on, il y a risque d’un effondrement généralisé des marchés financiers, ce qui entraînerait un assèchement complet des flux de crédit et des effets catastrophiques sur tous les secteurs de la production. Cette opinion, que partagent Ben Bernanke, Henry Paulson, et une bonne partie de l’establishment politique et économique de droite, se fonde sur la thèse de Milton Friedman selon laquelle la Réserve fédérale aurait provoqué la Dépression en n’injectant pas suffisamment d’argent dans le système financier suite au krach de 1929.

Même si l’analyse des causes n’est pas exactement la même, les solutions proposées par les monétaristes sont très semblables à celles des keynésiens. Dans une telle situation de crise, les deux principales écoles de pensée économique de la « gauche » et de la « droite » s’entendent pour appuyer des interventions des gouvernements dans le but de « soutenir la demande » – un objectif totalement absurde du point de vue autrichien, selon lequel il est inutile de soutenir artificiellement la demande si les processus de production existants ne correspondent pas à une demande réelle et ne sont pas rentables. Pourquoi devrait-on par exemple soutenir la demande pour des maisons dont les prix ont gonflé à des niveaux astronomiques et dont les acheteurs non solvables ont été subventionnés ? Les prix doivent au contraire redescendre à des niveaux normaux et les contribuables n’ont pas à payer pour ceux qui ont pris des décisions trop risquées, individus ou institutions financières.

Depuis le déclenchement de la crise, les gouvernements ont toutefois suivi les recommandations interventionnistes de la presque totalité des économistes, qu’ils soient de gauche ou de droite. Ils procèdent donc à des injections de « liquidités » dans le secteur bancaire et lancent divers plans de sauvetage des banques en difficulté et du secteur financier en général, dont le rôle crucial dans la transmission et l’allocation du crédit ne doit pas être compromis. Maintenant qu’il s’est avéré que ces mesures sont insuffisantes pour empêcher la contraction du crédit, parce que les investisseurs échaudés se retirent du marché et que les institutions financières refusent de s’exposer davantage et accumulent des réserves au lieu de faire des prêts risqués dans un contexte d’incertitude, les gouvernements cherchent à intervenir plus directement.

À l’automne 2008, pour faire suite au plan Paulson voté par le Congrès de 700 milliards de dollars de soutien au secteur financier et à de nombreux plans de sauvetage ciblés comme celui de Bear Sterns et Citigroup, le gouvernement américain et la Fed ont ainsi annoncé un autre plan de 800 milliards de dollars, celui-là pour soutenir directement le crédit à la consommation. La Fed ne joue plus simplement le rôle traditionnel d’un prêteur de dernier recours pour les banques ; elle achète maintenant directement des obligations adossées à des hypothèques et d’autres types de dettes de divers prêteurs institutionnels pour leur permettre de se débarrasser de ces prêts et d’obtenir en échange des fonds qu’ils pourront prêter de nouveau.

Ce faisant, elle injecte encore des quantités gigantesques de faux crédit dans l’économie. Elle force les taux d’intérêt à se maintenir artificiellement bas, alors qu’ils devraient remontrer pour refléter la rareté relative du crédit depuis le début de la crise. Et elle ralentit le processus de normalisation des prix et de liquidation des malinvestissements qui est nécessaire pour que l’économie retrouve un certain équilibre.

Logiquement, le crédit des uns doit nécessairement être l’épargne – c’est-à-dire un report à plus tard de la consommation permettant de rendre des ressources disponibles – des autres. Et ce crédit doit être alloué à ceux qui ont une capacité de le rembourser, pas simplement pour soutenir une consommation irresponsable. Sinon, tout ce qu’on crée avec ce faux crédit, c’est de l’inflation monétaire.

Cette logique économique de base ne tient toutefois plus dans la situation actuelle d’hystérie politique. La source même du problème – le crédit surabondant – est fallacieusement considérée comme sa solution. Les gouvernements tiennent absolument à faire quelque chose, et ils ont décidé de tenter futilement de prolonger le boom artificiel des dernières années. Ils ne font ainsi que continuer de creuser plus profondément le trou dans lequel nous nous trouvons. Le réajustement nécessaire n’en sera que plus prolongé et dévastateur pour plus de gens, comme l’a été la Grande Dépression à cause d’interventions semblables du gouvernement Roosevelt...

L’évolution de notre civilisation vers le capitalisme n’est certainement pas une fatalité....

Dans Le Monde du 16 juillet 2012 :

La crise expliquée par le sous-investissement productif aux USA -1960-2010 (I)

Voilà un an, l’examen du taux d’investissement des entreprises nous a conduit à examiner les relations entre l’accumulation du capital et la crise. Dès cet hiver, nous avons plaidé pour la thèse suivante : la crise n’est pas une crise financière, mais la crise d’une économie financiarisée.

Une économie est financiarisée quand les phénomènes de production de richesse, de répartition de revenu, de formation des patrimoines sont intimement liés à une sphère financière avec laquelle ils interagissent en profondeur.

L’affaiblissement de la capacité de production de richesse du pays est donc en liaison permanente avec des circuits d’échange de marchandises et de flux financiers qui permettent au système de prospérer en même temps qu’il s’affaiblit.

Nous avons tenté d’expliquer que cet affaiblissement avait pour cause ultime la double accumulation de capital – financier et productif – des entreprises placées sous la pression d’une rivalité patrimoniale. L’examen détaillé du rôle des revenus des diverses formes de capital nous a permis de vérifier cette thèse de manière analytique.

Cette relation entre l’affaiblissement productif des USA, la montée de sa dépendance extérieure - mesurée par les déficits de sa balance des paiements et de sa balance des flux financiers, la création monétaire systémique de son marché financier stimulée par l’épargne importée, le gonflement de la valeur des patrimoines financiers et l’endettement général qui les accompagne devait se terminer en crise financière. Mais la crise ne peut être uniquement vue comme une crise financière.

Nous avons pour notre part mis en exergue un phénomène qui nous paraît essentiel : plus le système productif s’affaiblit, plus les revenus agrégés des ménages américains les plus aisés s’accroissent. Nous avons régulièrement expliqué que les déficits extérieurs étaient très largement le résultat de l’intérêt des ménages les plus riches à contenir la progression des salaires afin de capter une part croissante de la richesse. Dans cette mesure, les déficits qui résultent de la dégradation de la balance commerciale des biens de consommation s’inscrivent dans un modèle de croissance où l’enrichissement des plus riches et les déficits des comptes extérieurs conduisent à la crise financière. La crise financière doit toujours être reliée à l’ensemble des phénomènes avec lesquels elle tisse des liens profonds.

Nous voudrions dans ce post montrer que le seul facteur qui explique l’affaiblissement productif de l’économie américaine réside dans la captation d’une fraction grandissante de la richesse par 20 % des ménages (en comptant très large). Pour cela il faut d’abord montrer que ni les coûts du travail au sens large, ni les dépenses publiques n’ont été la cause de la baisse de l’investissement productif aux USA.

Nous aurions pu faire ce travail plus tôt. Mais si nous avions commencé par là, il nous aurait été impossible de comprendre le jeu des rivalités patrimoniales entre les détenteurs d’actifs mobiliers et immobiliers, rivalité qui a abouti à faire des entreprises des accumulateurs de capital productif et des accumulateurs de capital financier. De même, il ne nous aurait pas été possible de comprendre la relation entre la montée de l’endettement des entreprises et cette double accumulation alors que les entreprises ont toujours disposé d’une marge d’autofinancement suffisante en théorie si l’on tient compte de leur chiffre d’affaire avant que n’interviennent les soustractions des revenus de la propriété.

Et au final, nous aurions été dans l’incapacité de montrer que depuis l’acmé de la crise en 2008-2009, la logique de l’investissement productif est de privilégier l’accumulation financière au détriment de l’investissement productif. C’est cette Logique qui condamne le trésor des USA à soutenir l’économie à coup de billiards de dollars alors que la FED par ces opérations de QE 1 et de QE 2 tend à soutenir le marché financier, et à orienter les entreprises américaines vers des investissements financiers qui ne peuvent extraire le pays de la crise. La persistance du chômage et le gonflement d’un chômage de longue durée n’ont pas d’autre origine. On peut aussi dans cette perspective soutenir que l’économie américaine est condamnée à la rechute.

Si l’on doit statuer sur le statut de la crise, il est temps de dire que la dépression actuelle persistera tant que la croissance économique financiarisée sera à l’avantage d’une fraction réduite de la population américaine : toute l’organisation et les (dys)fonctionnements d’une économie financiarisée s’enracinent dans une distribution de revenu où la propriété directe et indirecte du capital est au cœur du transfert de richesse vers le haut de la pyramide sociale.

Ce sont les rapports de classe autour de la distribution du revenu qui sont à la base la crise du capitalisme américain et de l’incapacité du pays à sortir de la crise.

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Dans ce papier nous examinerons pourquoi les inégalités croissantes de répartition du revenu sont la seule réponse explicative de la crise, tous les autres phénomènes économiques leur étant subordonnés. Nous publierons dans un second papier, l’analyse synthétique des effets de la répartition du revenu en régime de double accumulation du capital sur le système productif des USA.

Nous ne nous sommes jamais livrés à cet exercice auparavant car de nombreuses vérifications statistiques devaient être faites avant d’aborder une question d’ensemble : pourquoi l’investissement productif a t’il décliné aux USA ? Nous devions pour répondre à cette difficile question examiner en détail, les raisons pour lesquelles les entreprises anonymes, les entreprises détenues à titre privé et le secteur financier ont tous du réduire leur investissement sous l’action du poids écrasant représenté par le solde net des revenus de la propriété du capital .

Nous passerons dans un second papier à la généralisation des conclusions partielles présentées depuis cet hiver dans toute une série de papiers concernant les entreprises anonymes non financières (Non Financial Corporate business), les entreprises détenues à titre privé (Non Corporate non financial business) et le secteur financier (Financial business).

Dans un troisième papier nous nous servirons de statistiques de la répartition des revenus pour montrer que les analyses présentées ici recoupent celle de la répartition de la richesse entre les ménages américains.

L’ensemble de ces papiers paraîtront cette semaine. Cette fréquence rapide explique notre silence depuis la fin du mois de Juin, il fallait préparer une basse statistique pour traiter ces problèmes.

A – La sous accumulation historique de capital aux USA et ses conséquences.

L’accumulation du capital est le résultat des investissements cumulés qui augmentent le stock de capital productif constitué des outils de production (equipment and software), des bâtiments (structure ou non residential invesment) et des stocks (Inventories ). Le capital accumulé année après année augmente son volume en raison des investissements qui se succèdent, ce capital accumulé peut être mesuré en données physiques ou en valeur.

Pour montrer qu’il y a eu sous investissement de capital productif aux USA nous avons retenu deux sources : les données statistiques du Bureau of Economic Analysis (BEA) et les données des MacroEconomic Integrated Accounts (MEIA) publiées en commun par la FED et le BEA.

L’appel à deux sources statistiques pose le problème de la cohérence des données qui ne sont pas toujours congruentes entre elles. Les mesures que nous donnons étant le plus souvent établies avec de très gros indicateurs, les écarts entre les chiffres n’affectant pas l’ensemble des analyses que nous proposons.

Nous sommes remontés aussi loin que le permettaient les statistiques. Nous aurions souhaité remonter jusqu’en 1950, mais les données exploitables ne démarrent qu’en 1960. C’est une période suffisante pour comprendre l’arrière-plan de la crise actuelle puisque nous disposons de données économiques couvrant un demi-siècle.

L’analyse des données de l’investissement sur le PIB permet de mesurer l’effort productif des USA en tenant compte de l’ensemble de la richesse produite par le pays. Nous faisons pour une fois appel à l’intuition du lecteur. Aucun pays ne peut soutenir durablement une croissance forte en laissant filer ainsi son investissement productif . A un moment ou à un autre la croissance économique doit ralentir et s’aligner sur l’investissement productif. Or ce n’est pas ce qui s’est exactement produit aux USA pour des raisons que nous avons expliquées dans une série de papier. La croissance a été soutenue à dater du milieu des années 90 par les déséquilibres des comptes extérieurs. Nous avons parlé de surcroissance pour expliquer ce phénomène.

Il faut noter qu’il existe une divergence entre l’investissement brut, l’investissement net et le taux de consommation du capital fixe. L’investissement brut remonte jusqu’au tournant des années 80, mais il n’en va pas de même de la consommation de capital fixe qui ne cesse tendanciellement de grimper de 1960 à aujourd’hui. Nous voyons dans la montée des consommations de capital fixe l’affirmation croissante des services dans la création de richesse : ils sont moins efficaces productivement et plus gros consommateur de capital en raison du poids croissant des bâtiments dans le capital accumulé.

La consommation croissante de capital fixe est le signe que la croissance du PIB aurait dû ralentir depuis les années 60. Il n’en a pas été ainsi car les USA ont mobilisé toujours plus fortement leur population en âge de travailler, et fait des gains de productivité suffisants pour compenser la montée d’emplois de service moins créateurs de valeur. La croissance a réussi par un mixte de caractère extensif et intensif à créer suffisamment de valeur pour éviter un ralentissement durable de la création de richesse qui aurait dû se faire sentir très fortement dès lors qu’au milieu des années 90, une base productive devenue trop étroite s’est trouvée dans l’incapacité de poursuivre la mobilisation de la population en âge de travailler.

La surcroissance artificielle de la décennie précédant la crise a occulté ce phénomène tout en créant les conditions d’une dépression. Le déficit commercial a en effet été couplé à une entrée massive d’épargne étrangère qui a constitué un véritable moteur importé de croissance nationale.

L’examen des relations entre la consommation de capital fixe et le ralentissement du PIB est particulièrement évident sur ce second graphique. Plus la consommation de capital fixe augmente, plus la croissance devient extensive sous l’action de la montée en puissance des services et du recul de l’industrie, plus la croissance du PIB réel ralentit. La consommation de capital fixe est un bon indicateur de la nature de la croissance des USA au même titre que la croissance importée qui se constitue autour de quantité croissante de marchandise étrnagère consommée sans contrepartie et d’épargne offerte gratuitement par l’étranger car le solde des Intérêts, profits et dividendes réalisé entre les USA et le monde est toujours à l’avantage des américains.

Mais il y un paradoxe : pourquoi la croissance du PIB réel ne tombe pas plus vite avec la chute très forte de l’investissement brut à partir du milieu des années 80 ?

La réponse est double. D’une part la croissance de la productivité n’est pas abolie par une croissance devenant de plus en plus extensive. Elle est simplement moins forte. Si l’on mesure l’effort productif d’un pays à l’importance de son investissement net, il est frappant de constater que la croissance du PIB s’aligne tendanciellement sur le niveau de son effort d’investissement productif additionnel. C’est le signe que l’effort d’investissement supplémentaire du pays est l’expression d’une croissance de moins en moins intensive. Cette croissance serait intensive si l’investissement net était fort.

D’autre part, les années 80 voient se mettre en place des stimuli qui vont doper la croissance bien au dessus des capacités de production de valeur réelle de l’économie américaine. Ce phénomène est présent dès les années 80, mais c’est surtout dans les années 90 qu’il s’envole au point de créer dans la décennie précédant la crise un phénomène de sur-croissance et de sur-productivité.

Nous venons d’en dire quelques mots en parlant de croissance importée, nous reprenons cet élément pour éclairer notre commentaire du graphique. Sur longue période (1980-2007), la surconsommation des ménages américains se traduit par un affaiblissement de l’épargne, mais elle permet aussi aux entreprises américaines de disposer de débouchés importants. Quant au déficit de la balance des paiements, il est contrebalancé par des importations de capitaux qui fournissent des liquidités au marché financier et autorise une expansion du crédit que l’épargne nationale ne permet plus de faire sur une aussi grande échelle. L’endettement des acteurs économiques peut alors s’étendre sur fond de dynamisme économique, financier et patrimonial de longue durée. Ainsi la croissance du PIB peut ne pas s’aligner sur la chute de l’investissement brut car elle est différée. Seule la consommation de capital fixe trahit les faiblesses de la croissance en montrant que l’affirmation d’une croissance extensive sur longue période ne peut qu’entraîner un ralentissement de la croissance du PIB.

Durant les 10 années précédant la crise les stimuli artificiels ont été le moteur d’une croissance dont les ressorts étaient de plus en plus extérieurs aux pays. D’où le paradoxe d’une croissance qui ne s’aligne pas sur la chute du taux d’investissement brut et se maintient à des niveaux élevés après 1996-1997 alors que le ralentissement général de l’économie aurait dû se produire nettement plus fortement auparavant. Un PIB gonflé ne peut que rendre une crise plus douloureuse quand le niveau de production de richesse est aligné par la crise sur les capacités réelles de production de valeur du pays.

On ne peut donc strictement rien comprendre à la financiarisation complète de l’économie américaine si l’on ne part pas des paradoxes d’une croissance (mal) soutenue par un investissement insuffisant. La finance était là pour faire entrer les capitaux étrangers, elle permettait aux ménages et aux entreprises de profiter d’une croissance tirée par la surconsommation, elle se nourrissait de l’épargne américaine et étrangère et d’une création monétaire massive permettant le gonflement de la valeur des patrimoines mobiliers et immobiliers dans un endettement privé général.

La finance devait gagner d’autant plus en volume que la base productive du pays perdait en efficacité.

B - Deux thèses à écarter pour expliquer la sous-accumulation du capital aux USA.

Il n’est pas dans notre attention d’aller plus loin dans l’analyse des relations entre finance et investissement productif sur longue période. Nous voudrions simplement écarter deux thèses qui pourraient être avancées pour expliquer le sous-investissement chronique aux USA.

La première explication pourrait être constituée par l’habituel argument de la dépense publique, toujours trop lourde pour certains esprits qui mériteraient d’entrer dans le dictionnaire des idées reçues. Nous avons pour examiner ce point pris la dépense publique hors comptes sociaux (Funds et Trust Funds). C’est au sens strict la dépense des administrations fédérales et subfédérales « on budget. »

Le graphique est clair. La dépense publique ne peut expliquer le recul de la part de l’investissement productif dans le PIB. Ce recul est tendanciel après 1967 ; il faut attendre la crise du millenium pour que cette tendance s’inverse. Il n’y a donc pas de relation évidente entre la chute des taux d’investissement aux USA et les évolutions de la dépense publique « on budget ».

Le poids des dépenses des administrations publiques dans le PIB n’a en rien distrait des ressources importantes de l’investissement productif. Les dépenses publiques ne peuvent être incriminées pour expliquer le sous investissement des USA dans leur appareil productif.

2° Les évolutions du Coût du travail

Les évolutions du coût privé du travail tiennent compte des salaires directs, des primes et des assurances sociales (dont les cotisations retraites) payées par les entreprises privées, c’est ce que les Américains désignent par le mot « compensation ».

L’évolution des coûts privés du travail après 1980 ne permet pas de corréler baisse de l’investissement productif et coûts privés du travail. Bien au contraire les coûts privés du travail ne cessent de baisser à dater des années 80, cette évolution à la baisse des coûts du travail est une tendance lourde de l’économie américaine depuis trente ans.

On notera que cette baisse des coûts du travail est indissociable des mécanismes compensatoires qui vont se mettre en place à partir des années 80.

Le recul industriel des USA et les importations massives de biens de consommation bon marché vont permettre aux consommateurs américains connaissant un ralentissement de la progression de leurs revenus de conserver un très haut niveau matériel de vie. Les déciles 1-80 des ménages vont ainsi pouvoir atténuer les effets négatifs de la lente progression de leur pouvoir d’achat qui s’effectue à l’avantage des déciles supérieurs des ménages.

L’achat des logements au prix d’un endettement croissant va être la base d’un compromis national-patrimonial en partie financépar l’entrée de capitaux étrangers qui fourniront la base financière de l’expansion du marché financier alors que l’épargne des Américains baisse. L’euphorie consumériste, dopée par la valorisation des patrimoines mobiliers et immobiliers, conduira aux illusions d’une croissance forte de la consommation, tirant un investissement productif plus modeste. Une croissance multipliant les déséquilibres et les illusions de dynamisme économique et d’enrichissement collectif se retournera en 2008.

3° Les coûts des transferts publics et les compensation

La comparaison des coûts des transferts publics constitués par l’ensemble des opérations des funds et Trust funds comptabilisé off budget et des coûts du travail nous conduirait à relativiser la thèse d’une baisse du coût de la compensation privé intégrant salaires, primes et ensemble des assurances sociales. Dans les faits si les coûts privés de la « compensation » ont baissé dans le PIB à dater des années 80, cette baisse des coûts de la « compensation » a été en partie équilibrée pour l’ensemble des salariés et assurés sociaux par une augmentation du solde des dépenses sociales de l’Etat fédéral en leur faveur. Nous avons retenu les dépenses fédérales car elles couvrent les dépenses sociales des administrations subfédérales (state and local Governments) par les transferts financiers fédéraux qui leur sont dédiés.

La baisse des compensations payées par les employeurs ayant globalement été équilibrée par l’augmentation des transferts publics, ce ne sont pas les coûts des assurances sociales privées et publiques qui ont privé l’investissement des entreprises de ressources. On ne peut donc pas expliquer la faiblesse du taux d’investissement par les évolutions des coûts directs et indirects, privés et publics du travail aux USA.

C – Passage à la valeur ajoutée.

Arrivé à ce point nous devons constater que les trois causes permettant d’expliquer la baisse de l’investissement productif ne sont pas probantes. Il nous faut donc quitter les comparaisons de l’investissement et du PIB pour examiner la valeur ajoutée.

Mais cette transition suppose que la réduction de l’examen à la valeur ajoutée soit justifiée. Nous allons aussi passer des données dominées par les statistiques du BEA et de l’ IMEA aux seules données de l’IMEA.

Cette transition est rendue possible par notre graphique. On voit que la comparaison entre les Taux d’investissement en % du PIB ou en pourcentage de la valeur ajoutée est isomorpheen dépit du changement de base des calculs : les taux d’investissement brut (bleu), les taux de consommation du capital fixe (gris) et les taux d’investissement net (vert) ont sensiblement les mêmes évolutions. La différence ponctuelle et marginale de leur trajectoire tient aux modalités de leur calcul par des institutions différentes.

Si les courbes sont globalement similaires et si les facteurs expliquant les évolutions des taux d’investissement ne peuvent être rapportées ni aux dépenses publiques, ni aux salaires et à l’ensemble des prestations sociales, alors, l’explication de la baisse du taux de profit suppose d’examiner cette question sur la base de la valeur ajoutée produite.

Nous allons faire ce que nous n’avons jamais fait auparavant : examiner les données de l’ensemble des tables IMEA en intégrant les données des entreprises anonymes, des entreprises détenues à titre privé et les entreprises du secteur financier. Il s’agira de montrer que la cause déterminante du sous-investissement des entreprises est constituée par un déséquilibre croissant de la répartition du revenu lié aux diverses formes de propriété du capital.

1 Message

  • Où en est le capitalisme ? 1er juin 2015 07:30

    Démontrant ainsi que rien n’est réglé dans l’économie, la BCE va maintenir le cap des rachats d’actifs, de titres pourris et de dettes…Quant à la FED, elle inquiète les investisseurs américains qui marquent leur défiance… Là non plus, rien n’éest réglé.

    La BCE (Banque centrale européenne) va racheter 60 milliards d’euros par mois de dette publique et privée dès mars 2015 et jusqu’en septembre 2016. Soit 1140 milliards d’euros en 19 mois.

    Le conseil des gouverneurs "a décidé de lancer un programme élargi de rachats d’actifs", a annoncé Mario Draghi, président de la BCE, lors de sa conférence de presse à Francfort, lançant l’offensive monétaire tant attendue de la BCE.

    Version moderne de la planche à billets, un tel programme dit d’"assouplissement quantitatif" est souvent désigné par son acronyme anglo-saxon "QE". Déjà utilisé par la Banque centrale du Japon et la Fed américaine, il consiste à injecter des liquidités pour peser sur les taux d’intérêt, afin de relancer l’activité économique par le biais du crédit, et faire remonter les prix.

    Attendue depuis des semaines, l’annonce de la BCE a fait chuter l’euro : celui-ci s’enfonçait à des niveaux inédits depuis plus de 11 ans face au dollar. Vers 17h45, la monnaie unique européenne valait 1,1375 dollar, après une chute jusqu’à 1,1369 dollar quelques instants auparavant, à son niveau le plus bas depuis début septembre 2003.

    Wall Street a nettement baissé mardi, premier jour d’échanges de la semaine, doutant de la pérennité de ses hauts niveaux face aux incertitudes sur l’attitude de la Réserve fédérale (Fed) : le Dow Jones a perdu 1,04% et le Nasdaq 1,11%.

    Selon des résultats définitifs, l’indice vedette Dow Jones Industrial Average a cédé 190,48 points à 18.041,54 points, et le Nasdaq, à dominante technologique, 56,61 points à 5.032,75 points. La Bourse n’avait pas ouvert la veille, à cause d’un jour férié aux Etats-Unis.
    L’indice élargi S&P 500, très suivi par les investisseurs, a reculé de 1,03%, soit 21,86 points, à 2.104,20 points.

    "Pour tout avouer, je ne m’attendais pas à un tel accès de faiblesse", a reconnu Mace Blicksilver de Marblehead Asset Management. "J’aurais tendance à ne pas y attacher trop d’importance. La Bourse a récemment battu des records (et) une ou deux séances de baisse, c’est normal dans un marché globalement orienté en hausse."

    "Les gens sont sceptiques quant à des valeurs montées en épingle", a-t-il cependant reconnu. "Je pense notamment à Shake Shack, dont la valeur a triplé depuis son entrée en Bourse (fin janvier). Maintenant cela valorise environ 15 millions de dollar chaque enseigne d’une chaîne de hamburgers. C’est ce genre de choses qui met le marché mal à l’aise."
    Shake Shack a chuté mardi de 7,65% à 85,76 dollars.

    En ce qui concerne les éléments plus spécifiques à l’actualité de mardi, le marché a digéré une quantité importante d’indicateurs sur l’économie américaine, qui se sont avérés plutôt favorables mais ont paradoxalement "remis la Fed sur le devant de la scène, dans la crainte que cela la conduise à relever ses taux plus tôt que prévu", a jugé Michael James, de Wedbush Securities.

    Les investisseurs se demandent quant la Fed commencera à retirer son soutien à l’économie en relevant ses taux, actuellement proches de zéro, et Janet Yellen, présidente de la banque centrale a jugé vendredi qu’il serait "approprié" de le faire avant la fin de l’année.
    "Etant donnés les propos de Janet Yellen, si les chiffres économiques continuent à s’améliorer d’ici la réunion (de politique monétaire) de juin", un relèvement des taux avant l’été "deviendra une possibilité", a jugé M. James.

    Parmi les indicateurs auxquels il faisait allusion, les commandes de biens durables ont dépassé les attentes le mois dernier, bien qu’elles aient baissé, le moral des ménages a enregistré une hausse modeste mais inattendue ce mois-ci, et d’autres chiffres ont rassuré sur le secteur immobilier, très surveillé pour son rôle potentiel dans la reprise de l’économie américaine.

    En plus d’inquiéter sur l’attitude de la Fed, ces chiffres ont aussi contribué à une "flambée du dollar", défavorable aux multinationales américaines, qui a déprimé le marché, ont mis en avant les experts de la maison de courtage Charles Schwab.

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