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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Souvenirs de Klara (ou Louise), militante trotskyste</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Barta</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Klara Feigenbaum &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvenirs de &#034;M&#233;m&#233;&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
5 d&#233;cembre 1993 &lt;br class='autobr' /&gt;
Roumanie &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'avais 13-14 ans, vers 1934, on disait dans l'entourage de mon p&#232;re que je serai une future Rosa Luxembourg. Il y avait &#224; peine quinze ans que Rosa avait &#233;t&#233; assassin&#233;e pendant l'insurrection spartakiste &#224; Berlin, mais pour moi elle &#233;tait au firmament lointain, dans les limbes de l'histoire, parmi les h&#233;ros morts dans le combat pour les opprim&#233;s et les offens&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa jeunesse, mon p&#232;re &#233;tait militant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Barta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Klara Feigenbaum&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenirs de &#034;M&#233;m&#233;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 d&#233;cembre 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roumanie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'avais 13-14 ans, vers 1934, on disait dans l'entourage de mon p&#232;re que je serai une future Rosa Luxembourg. Il y avait &#224; peine quinze ans que Rosa avait &#233;t&#233; assassin&#233;e pendant l'insurrection spartakiste &#224; Berlin, mais pour moi elle &#233;tait au firmament lointain, dans les limbes de l'histoire, parmi les h&#233;ros morts dans le combat pour les opprim&#233;s et les offens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa jeunesse, mon p&#232;re &#233;tait militant socialiste. La guerre de 14, dont il avait v&#233;cu les horreurs comme soldat de l'arm&#233;e austro-hongroise, l'avait amen&#233; en Bucovine, province de l'empire, o&#249; il avait rencontr&#233; ma m&#232;re. Lui &#233;tait ouvrier m&#233;canicien fils unique d'un artisan juif de Graz, ville imp&#233;riale, elle &#233;tait la fille a&#238;n&#233;e de petits commer&#231;ants ais&#233;s de Radautz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re contestait la monarchie, ma m&#232;re v&#233;n&#233;rait le nom de Fran&#231;ois-Joseph &#233;mancipateur des Juifs. La guerre avait ruin&#233; l'Autriche, r&#233;duite apr&#232;s son d&#233;membrement &#224; la mis&#232;re et &#224; la mendicit&#233;. Gr&#226;ce &#224; ses qualifications, mon p&#232;re trouva du travail en Bucovine, annex&#233;e par les vainqueurs &#224; la Roumanie. C'est &#224; la campagne pr&#232;s de Radautz que je suis n&#233;e par un rude matin d'hiver, un 16 janvier 1920. La sage-femme, une paysanne, se r&#233;conforta avec un verre d'alcool puis lan&#231;a le contenu d'un deuxi&#232;me sur les vitres givr&#233;es, en guise de pr&#233;sage de bonheur et d'une grande destin&#233;e. Mon p&#232;re m'inscrivit &#224; l'&#233;tat civil sous le nom de Clara, fille de Regina Wolf et d'Emmanuel Feigenbaum. J'ignore pourquoi on me choisit ce nom. Bien plus tard, ma m&#232;re m'a racont&#233; qu'une de ses cousines, Clara Wolf, avait &#233;t&#233; cantatrice &#224; l'op&#233;ra de Vienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retenu de ma m&#232;re quelques r&#233;cits de cette &#233;poque. Par ces temps d'apr&#232;s-guerre et de famine les policiers traquaient dans les trains le petit &#034;march&#233; noir&#034;. Il arriva &#224; ma m&#232;re de se faire t&#226;ter le ventre, comme toutes les femmes enceintes, car parfois la &#034;grossesse&#034; dissimulait du ravitaillement. Le pain &#233;tait fait &#224; la maison ; on p&#233;trissait pendant des heures la p&#226;te dans un bac en bois qu'on couvrait ensuite pour lui laisser le temps de lever. On s'&#233;clairait avec des lampes &#224; p&#233;trole. J'&#233;tais fascin&#233;e par la vari&#233;t&#233; des formes du vase et des tuyaux de verre, par le fait qu'en baissant ou en remontant la m&#232;che on variait l'intensit&#233; de la lumi&#232;re. Ma m&#232;re eut un jour une grande frayeur, j'avais disparu et elle m'appelait en vain. Elle imagina avec horreur que j'avais pu &#234;tre mang&#233;e par la truie. Mais je m'&#233;tais seulement gliss&#233;e sous le lit o&#249; &#233;taient stock&#233;es des pommes pour l'hiver et m'&#233;tais endormie gris&#233;e par leur parfum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents essayaient de me familiariser un peu avec leur vie pass&#233;e, d'un monde d&#233;sormais r&#233;volu. Ma m&#232;re me parlait des bals avant la guerre, des toilettes pour lesquelles il fallait serrer sa taille dans un corset, des cheveux qu'on coiffait en grandes boucles avec le fer &#224; friser. Elle &#233;voquait aussi un souvenir &#233;mouvant au milieu des mis&#232;res de la guerre. Au moment o&#249; les Russes avaient occup&#233; le pays, un jour un soldat de haute stature &#233;tait venu &#224; la maison. Eux parlant l'allemand et lui le russe, ils ne pouvaient &#233;videmment communiquer. Il prit un enfant sur ses genoux, et se mit &#224; jouer un air gai sur son accord&#233;on tout en s'accompagnant de la voix. Qu'est devenu par la suite ce soldat ? Mon p&#232;re &#233;voquait le cauchemar des tranch&#233;es, les assauts &#224; la ba&#239;onnette en hurlant, les gaz, le camarade tomb&#233; &#224; ses c&#244;t&#233;s le cr&#226;ne emport&#233; par un obus. Il m'apprit &#224; chanter &#034;Ich hatt' einen Kameraden, einen besseren findest Du nicht&#034; (j'avais un camarade, de meilleur tu n'en trouves pas), un chant de combat du d&#233;but du 19&#176; si&#232;cle, et que les troupes hitl&#233;riennes rendirent odieux pendant la deuxi&#232;me guerre. Mais il m'apprit bien d'autres rondes enfantines, toujours vivantes, et je m'&#233;merveillais de son &#034;yodeln&#034;, le chant tyrolien que je n'arrivais pas &#224; imiter. J'admirais son courage lorsqu'il me racontait qu'&#224; cause de la vente du journal socialiste dans la rue il lui arrivait de coucher la nuit au poste de police. En ce temps-l&#224; d&#233;j&#224; certains de ses camarades ne regrettaient pas cette occasion de manger un peu mieux que quand ils &#233;taient en libert&#233;. Peu de temps apr&#232;s la guerre, &#224; Radautz, mon p&#232;re voulut associer celle qu'il courtisait &#224; ses ventes &#224; la cri&#233;e. Mais la jeune fille de bonne famille, celle qui devint ma m&#232;re, n'osa pas &#034;s'exposer&#034; dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialiste, ath&#233;e et exempt de pr&#233;jug&#233;s, mon p&#232;re &#233;tait loin d'&#234;tre une exception dans la population juive de l'empire germanique. L&#233;nine soulignait ce trait dans un texte de 1910 sur la question nationale : &#034;La culture nationale juive, c'est le mot d'ordre de nos ennemis. Mais il est d'autres &#233;l&#233;ments dans la culture juive et dans l'histoire juive. Sur les dix millions et demi de Juifs existant dans le monde entier, un peu plus de la moiti&#233; habitent la Galicie et la Russie, pays arri&#233;r&#233;s, &#224; demi sauvages, qui maintiennent les Juifs par la contrainte dans la situation d'une caste. L'autre moiti&#233; vit dans le monde civilis&#233;, o&#249; il n'y a pas de particularisme de caste pour les Juifs et o&#249; se sont clairement manifest&#233;s les nobles traits universellement progressistes de la culture juive : son internationalisme, son adh&#233;sion aux mouvements progressifs de l'&#233;poque (la proportion des Juifs dans les mouvements d&#233;mocratiques et prol&#233;tariens est partout sup&#233;rieure &#224; celle des Juifs dans la population en g&#233;n&#233;ral).&#034; En Bucovine la population citadine parlait l'allemand. Les paysans qui venaient &#224; la ville pour vendre leurs produits &#233;taient en majorit&#233; des Roumains, mais aussi des Ukrainiens (Ruth&#232;nes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait fier de moi, parce qu'avec l'esprit d'observation propre aux enfants, je savais distinguer, sans doute d'apr&#232;s le v&#234;tement, une Roumaine d'une Ukrainienne et que selon le cas, en enfant bien &#233;lev&#233;e, je leur disais bonjour dans leur propre langue. Cette diversit&#233; n'&#233;veillait en moi ni curiosit&#233;, ni interrogation. Allemands, Roumains, Ruth&#232;nes, Tsiganes, Juifs, Russes, il y avait des gens habill&#233;s diff&#233;remment, parlant diff&#233;remment, pour moi tous &#233;taient simplement des &#234;tres humains. Je fus d&#233;pouill&#233;e d&#232;s l'enfance de tout sens de nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#233;tait la Roumanie des ann&#233;es vingt ? Un pays qui avait doubl&#233; de superficie avec le d&#233;membrement principalement de l'empire austro-hongrois. Entr&#233;e en guerre aux c&#244;t&#233;s de la Triple alliance (en 1916) son arm&#233;e s'&#233;tait pourtant fait battre au premier affrontement. Elle &#233;tait riche en c&#233;r&#233;ales, en fruits, l&#233;gumes, vignes, en p&#233;trole, en minerais, mais la paysannerie et le prol&#233;tariat &#233;taient mis&#233;rables. C'&#233;tait d&#251; &#224; l'h&#233;ritage d'un pass&#233; semi-f&#233;odal et &#224; l'existence d'une f&#233;roce oppression de classe. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais lui octroya, en m&#234;me temps que les nouvelles provinces (la Bucovine, la Transylvanie, la Bessarabie, la Dobroudja) un statut de semi-colonie. La banque centrale &#233;tait gouvern&#233;e par un haut-fonctionnaire fran&#231;ais. L'hymne national, appris &#224; l'&#233;cole, commen&#231;ait par &#034;Vive le roi&#034;... L'Allemand Ferdinand de Hohenzollern avait inaugur&#233; la dynastie en 1914 ; son fils Carol, qui r&#233;gnait de mon temps, vivait publiquement avec sa ma&#238;tresse, Mme Lupescu. Un cousin de mon p&#232;re appel&#233; au Palais pour des r&#233;parations de plomberie, nous racontait que les robinets des salles de bain &#233;taient en or ! Dans la ville de Radautz, que nous avions quitt&#233;e, vivait encore la famille de ma m&#232;re. J'y allais souvent en vacances. J'aimais porter le &#034;dirndel&#034;, la petite robe &#224; fleurs traditionnelle en Autriche. Je retrouvais le bistrot o&#249; les paysans venaient boire les jours de march&#233;, la boutique* de ma grand-tante avec les tonneaux de conserves, les pains de sucre et les pains de sel, et les d&#233;licieux wafferl que je pouvais manger &#224; volont&#233;. Les chevaux &#233;taient un riche th&#232;me de conversation, il y avait &#224; leur sujet mille anecdotes, sur leur intelligence, leur sagacit&#233;, leur fid&#233;lit&#233;. Ma grand'm&#232;re racontait que jeune veuve, elle entendit une nuit sa m&#232;re, qui n'&#233;tait plus de ce monde, l'appeler : r&#233;veille toi ma fille, on vole tes chevaux. Le hennissement des chevaux lui fit sans doute faire ce mauvais r&#234;ve, mais quand elle se r&#233;veilla, un cheval manquait en effet dans l'&#233;curie. Elle et sa s&#339;ur aimaient bien raconter des histoires de revenants. Le soir dans mon lit j'&#233;coutais le tic-tac r&#233;gulier de la pendule, attendant le message de quelque au-del&#224;. Mais je n'en re&#231;us jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne &#233;tait toute proche. Il y avait &#034;l'idiot du village&#034; que nous aimions beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le suivions en bande, dansant et chantant &#034;rote Hoserl gr&#252;ne Banderl, oh Marianderl du bist mein Schatz&#034;. Il ne connaissait que cette ritournelle, mais elle nous ravissait. C'est avec effroi que j'assistai un jour au spectacle d'une paysanne sortant ivre du bistrot et s'&#233;croulant dans le caniveau, des bouff&#233;es de vapeur bleue s'&#233;chappant de sa bouche. On pr&#233;tendait que les paysans, une fois leur marchandise vendue, d&#233;pensaient leur argent &#224; boire. Ce dont j'&#233;tais t&#233;moin, c'est qu'ils arrivaient pieds nus &#224; la ville, tenant &#224; la main leurs sandales tress&#233;es, et qu'ils se nourrissaient surtout de &#034;mamaliga&#034;, bouillie de farine de ma&#239;s (la polenta en italien), qui, comme je l'appris plus tard &#224; l'&#233;cole, causait la pellagre. Une cousine de ma m&#232;re avait fait un mariage riche ; elle habitait une maison luxueuse o&#249; j'&#233;tais bien re&#231;ue et o&#249; je jouais avec mes petits-cousins. Mais j'&#233;tais moins &#233;merveill&#233;e par ces richesses que par la boutique d'un vieil artisan juif qui fabriquait des peignes en corne. Il y avait une odeur tr&#232;s sp&#233;ciale un peu suffocante dans son atelier sombre, mais c'&#233;tait fascinant de le voir travailler pench&#233; sur ses outils. C'est &#224; Radautz aussi que j'entendis parler pour la premi&#232;re fois de Paris. Une des cousines r&#233;cemment rentr&#233;e de son voyage de noces, parlait avec enthousiasme de la &#034;Eiffel Turm&#034; (prononc&#233; A&#239;fel). Des ann&#233;es plus tard je d&#233;couvris avec surprise la v&#233;ritable prononciation de cette merveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les vacances finies, je retournais dans la capitale, la comparaison n'&#233;tait pas &#224; l'avantage de celle-ci. A Radautz, qui avait pourtant souffert de la guerre, la mis&#232;re et la crasse &#233;taient moins apparentes qu'&#224; Bucarest. Mon p&#232;re avait perdu sa place, bien qu'ayant &#233;t&#233; pr&#233;venu par le truchement d'un messager envoy&#233; &#224; ma m&#232;re, de ne pas faire de &#034;propagande&#034; dans l'usine. Ce fut la raison de notre d&#233;m&#233;nagement &#224; Bucarest ; sa qualification lui permit de trouver du travail, et j'entendais les ouvriers l'appeler &#034;meister&#034; (ma&#238;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays pauvre, aux grandes in&#233;galit&#233;s sociales, le langage populaire &#233;tait farci de jurons grossiers. Les gens des couches sociales plus ais&#233;es traitaient avec morgue les gens du peuple et les tutoyaient, m&#234;me sans les conna&#238;tre. J'ai commenc&#233; &#224; aller &#224; l'&#233;cole de bonne heure, &#224; cinq ans. Mon p&#232;re concevait l'&#233;ducation de fa&#231;on s&#233;v&#232;re, et se servait du martinet pour punir la d&#233;sob&#233;issance. Ma m&#232;re n'approuvait pas cette m&#233;thode, elle avait recours &#224; la morale et aux dictons. Il y en avait pour toutes les occasions : la parole est d'argent, le silence est d'or ; ne remets pas &#224; demain ce que tu peux faire aujourd'hui, dont l'&#233;quivalent en allemand &#233;tait assez dr&#244;le : &#034;morgen, morgen, nur nicht heute, sagen alle faule Leute&#034; (demain, demain, pas aujourd'hui, disent tous les paresseux). La politesse, la bonne tenue avaient aussi beaucoup d'importance. Passe encore, pensais-je, de manger la bouche ferm&#233;e, mais c'est bien difficile d'en faire autant pour bailler. Ma grand'm&#232;re paternelle, veuve, habitait chez nous ; elle &#233;tait la f&#233;e du logis. Petite, effac&#233;e, travailleuse, habill&#233;e de noir, un fichu sur la t&#234;te, elle &#233;tait mon idole et j'&#233;tais sa prot&#233;g&#233;e. Elle connaissait des rem&#232;des pour toutes les maladies de l'enfance et racontait des contes que je ne me lassais pas d'&#233;couter, cent fois les m&#234;mes. Mon amie &#233;tait aussi notre servante, une paysanne comme il y en avait tant qui venaient travailler &#224; la ville ;* elle avait laiss&#233; au village ses enfants et son mari &#224; qui elle envoyait l'argent de sa paye. Elle me confiait des &#233;pisodes de sa vie ; ainsi l'humiliation qu'elle ressentit le lendemain de sa nuit de noces, quand, selon la coutume, on exposa les draps pour t&#233;moigner de sa virginit&#233;. Encore jeune, v&#234;tue d'une ample jupe longue et les cheveux serr&#233;s dans un fichu, elle ne laissait voir que son beau visage. Quand elle s'&#233;tait pr&#233;sent&#233;e chez nous cherchant une place de domestique, elle avait remis &#224; ma m&#232;re son livret de travail. Tout salari&#233; en avait un obligatoirement. Sa pr&#233;c&#233;dente patronne, une enseignante (par hasard mon professeur de roumain), avait marqu&#233; sur le livret &#034;communiste&#034;. La paysanne ne savait pas lire et on se garda de lui traduire cette inscription &#034;infamante&#034; ; elle s'int&#233;gra loyalement dans notre famille, alors qu'elle avait par n&#233;cessit&#233; fait le sacrifice d'abandonner la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un caract&#232;re plus hautain et plus s&#233;v&#232;re (&#034;moi, Beila Wolf&#034;, aimait-elle souligner), la grand'm&#232;re maternelle venait chez nous seulement en visite. Elle me laissa un souvenir d&#233;sagr&#233;able le jour o&#249; elle m'emmena dans un sauna et m'imposa un bain de vapeur. Plus on montait de marches, plus je criais, moins elle l&#226;chait ma main. Elle avait deux autres filles (ma m&#232;re &#233;tait l'a&#238;n&#233;e) : H&#233;l&#232;ne avait d&#233;j&#224; &#233;migr&#233; au Canada, tandis que Ida, la plus jeune, habitait chez nous en attendant de partir &#224; son tour. Toutes les deux nous avons &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;es dans les activit&#233;s th&#233;&#226;trales de mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne se contentait pas de la vie au jour le jour, il avait besoin d'une vie sociale. Je l'accompagnais au club de lecture et de discussion (gr&#226;ce &#224; quoi je lui pardonnais sa s&#233;v&#233;rit&#233; p&#233;dagogique). M&#234;me si je ne comprenais pas grand'chose aux d&#233;bats, le jeu me passionnait ; ainsi, pourquoi ce participant approuvait-il toujours avec conviction, dans une discussion contradictoire, le dernier qui avait parl&#233; ? Dans ce cercle d'amis, un personnage m'impressionnait particuli&#232;rement : hongrois, il avait perdu une jambe pendant l'insurrection de 1919 &#224; Budapest ; il avait connu Bela Kun et avait fui la r&#233;pression apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution. Il y avait d'autres Hongrois parmi les gens que je c&#244;toyais, notamment des ouvriers, ravis quand je pronon&#231;ais quelques mots dans leur langue. Notre ami, tailleur, chantait d'une voix superbe, comme sa fille, une enfant orpheline de m&#232;re. H&#233;las, le p&#232;re s'&#233;tait remari&#233; avec une blonde mar&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe de th&#233;&#226;tre amateur &#233;tait tr&#232;s actif. A la veille d'un des spectacles mon p&#232;re m'avait pr&#233;venu qu'un personnage de la pi&#232;ce allait faire semblant d'&#234;tre tu&#233;, et que le sang qu'on allait voir couler n'&#233;tait que de l'encre rouge. Mais pour moi l'acteur mourait v&#233;ritablement, c'&#233;tait son vrai sang, la fiction &#233;tait plus forte que la r&#233;alit&#233;. Cette activit&#233; extra-scolaire contrariait ma m&#232;re, qui insistait qu'un enfant devait se coucher de bonne heure. En vain : mon p&#232;re voyait en moi une future grande actrice et voulait mettre en valeur mon talent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais d&#233;clamer, et en classe je n'en voulais pas aux petites filles qui se moquaient de moi parce que je mettais du pathos dans la r&#233;citation et la lecture &#224; haute voix. Il en fut autrement un jour o&#249; ma voix s'&#233;trangla et des larmes brouill&#232;rent ma vue. C'&#233;tait &#224; la lecture d'un passage de &#034;Cuore&#034;, le roman d'une enfance de d'Amicis, traduit en roumain ; j'ai d&#251; passer mon tour et personne ne rit ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais le rire aussi facile que les larmes. Ce n'&#233;taient pas les &#034;blagues&#034; des adultes, mais des situations qu'eux ne trouvaient pas dr&#244;les qui me faisaient rire aux &#233;clats ; ma m&#232;re s'en inqui&#233;tait, m'expliquant que les gens pouvaient prendre ce rire pour de la b&#234;tise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mon &#233;cole primaire j'ai gard&#233; le souvenir d'une ma&#238;tresse m&#233;chante, qui tirait les oreilles des petites filles, frappait avec une r&#232;gle les paumes de la main, nous faisait mettre au coin &#224; genoux. Il fallait bien calligraphier les lettres, et c'&#233;tait difficile de tracer un rond bien rond et un trait bien droit. Lors d'une &#233;pid&#233;mie de poux, toutes les petites filles (les &#233;coles n'&#233;taient* pas mixtes) se retrouv&#232;rent en classe le cr&#226;ne ras&#233;, pour notre plus grand amusement. Les maladies d'enfants &#233;taient fr&#233;quentes. Je me souviens d'une &#233;pid&#233;mie de scarlatine : on &#233;tait d'office hospitalis&#233; et maintenu en quarantaine. Les parents pouvaient nous voir seulement &#224; travers la vitre. Au plus fort de ma fi&#232;vre, j'assistais comme dans un cauchemar au vol de mon orange par une autre gamine. Les oranges &#233;taient une friandise, qu'on ne distribuait qu'&#224; No&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les enfants &#233;taient soign&#233;s &#224; la maison avec des moyens traditionnels : tisanes (tilleul, camomille, verveine, guimauve, queues de cerises), compresses, cataplasmes, &#224; l'occasion l'huile de ricin, et chaque hiver la d&#233;sagr&#233;able cure d'huile de foie de morue, d'un go&#251;t tellement d&#233;plaisant qu'on retenait sa respiration pour avaler, et qu'on m&#226;chait apr&#232;s une olive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de rem&#232;des ma grand'm&#232;re pratiquait aussi la magie. Ainsi, elle versait dans de l'eau froide une cuiller&#233;e d'&#233;tain en fusion et interpr&#233;tait les figures form&#233;es par le m&#233;tal refroidi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour o&#249; j'avais de la fi&#232;vre, elle m'enveloppa &#224; l'insu de ma m&#232;re dans une couverture et alla me &#034;vendre&#034; &#224; la voisine : le mauvais &#339;il qui &#233;tait entr&#233; dans notre maison ne pouvait plus m'atteindre. Puis elle me reprit aussit&#244;t. J'en gardai le souvenir comme d'un conte surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me d&#233;fendait aussi de toucher &#224; notre chat noir qui sommeillait toute la journ&#233;e sur une soba (nom russe du po&#234;le, adopt&#233; en roumain). Le chat &#233;tait para&#238;t-il un animal sournois et elle me racontait des histoires terrifiantes, &#224; la Edgar Allan Poe, qui m'&#233;tait alors inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les r&#233;cits de ma grand-m&#232;re il y avait un climat fantastique ou inqui&#233;tant. Un pauvre tsigane qui avec ses compagnons traversait la for&#234;t dans une charrette, apercevant des loups se mit &#224; jouer fr&#233;n&#233;tiquement de son violon ; la musique tenait les loups &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais arriv&#233; sain et sauf au village, il ne pouvait plus s'arr&#234;ter de jouer. La peur lui avait &#244;t&#233; la raison. La &#034;sorcellerie&#034; de ma grand-m&#232;re &#233;tait pour moi un monde enchant&#233;. Mais mon p&#232;re appelait cela de la superstition, une maladie incurable. La preuve : il se souvenait qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait encore enfant, sa m&#232;re partie faire des courses &#224; la tomb&#233;e du jour, revint hors d'haleine, terrifi&#233;e d'avoir vu un fant&#244;me au coin de la rue. Son &#233;poux, arm&#233; d'un b&#226;ton, la prit par le bras et l'entra&#238;na jusqu'au &#034;fant&#244;me&#034; qui n'&#233;tait qu'un tonneau peint en blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Voil&#224; ce que je fais de ton fant&#244;me&#034;, dit-il en frappant le tonneau de son b&#226;ton. Le surnaturel avait cependant un grand attrait. J'ai vu &#224; la maison des amis de mes parents se r&#233;unir autour d'une table, y poser leurs mains &#224; plat et invoquer les disparus. Je regardais cela d'un &#339;il sceptique, d'autant plus que le comportement de mes parents d&#233;mentait toute croyance au surnaturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ath&#233;e, mon p&#232;re n'allait pas &#224; la synagogue, ne parlait jamais de religion. Mais &#224; P&#226;ques il nous r&#233;unissait autour d'un repas solennel et s'adressant selon la tradition &#224; sa fille a&#238;n&#233;e nous racontait la sortie d'Egypte du peuple juif. J'aimais le go&#251;t du pain azyme, comme j'aimais la brioche de la p&#226;que chr&#233;tienne. Ma grand'm&#232;re allumait des bougies dans un cand&#233;labre le vendredi soir. Elle me racontait que pendant la guerre, elle allumait chaque jour une bougie invoquant Dieu pour qu'il &#233;pargne la vie de son fils unique. Que l'homme ne vit pas seulement de pain, je l'appris d&#232;s ma petite enfance. Mais je v&#233;cus la spiritualit&#233; sous de multiples facettes, et ne fis un choix que vers mes treize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es vingt le charleston et le tango &#233;taient &#224; la mode ; d&#233;monstration &#224; l'appui, ma m&#232;re disait que la polka et la mazurka &#233;taient bien plus jolies, et je pensais qu'elle avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gramophone &#034;La Voix de son Ma&#238;tre&#034; &#233;tait orn&#233; d'un haut parleur en forme d'une grande corolle ouverte, et on remontait &#224; la manivelle le disque qui s'essoufflait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A aucun prix je n'aurais manqu&#233; ma s&#233;ance hebdomadaire de cin&#233;ma. Je v&#233;cus la transition du film muet au parlant sans y voir un &#233;v&#233;nement. Le Tombeau hindou &#233;tait d'autant plus troublant qu'on n'y parlait pas, quant &#224; Laurel et Hardy, ou &#224; Charlot, accompagn&#233;s au piano dans la salle, leur mimique en disait plus que les mots, et on comprend que Charlot ait longtemps h&#233;sit&#233; &#224; franchir le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de quelque festivit&#233;, autour de la table chacun son tour devait pousser une chanson ou dire une anecdote. Ce fut pour moi un grand moment d'&#233;motion quand mon p&#232;re f&#234;ta avec ses amis la chance d'avoir &#233;chapp&#233; &#224; la mort : &#224; l'usine, le foulard qu'il portait autour du cou s'&#233;tait pris dans une machine, et c'est de justesse qu'il avait &#233;vit&#233; l'&#233;tranglement. On accrocha l'&#233;charpe au plafond dans la pi&#232;ce o&#249; tout le monde &#233;tait r&#233;uni pour la f&#234;te. Mon p&#232;re savait tout faire de ses mains : plomberie, menuiserie, m&#233;canique et le reste. C'est lui qui fendait &#224; la hache les b&#251;ches pour faire provision de bois, qui construisait en hiver l'abri de paille autour de la pompe &#224; eau dans la cour ; et je n'ai jamais eu de plus beaux jouets que les meubles miniature fabriqu&#233;s par lui - chaises, table, armoire, lit - qu'il m'offrit pour un anniversaire. C'est peut-&#234;tre de l&#224; que datent mon respect et mon admiration pour les gens travaillant de leurs mains. C'est aussi une poup&#233;e de chiffon qui &#233;tait ma pr&#233;f&#233;r&#233;e, car je l'ai vue na&#238;tre des mains de ma grand'm&#232;re. Les poup&#233;es en porcelaine n'avaient pas d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le credo de ma m&#232;re &#233;tait la propret&#233;, l'ordre et le travail. Les draps, les serviettes, le linge &#233;taient rang&#233;s dans la grande armoire, attach&#233;s en pile avec des rubans. Les cuivres &#233;taient polis r&#233;guli&#232;rement, et les &#233;tag&#232;res recouvertes de napperons blancs sur lesquels &#233;taient brod&#233;s des objets et des dictons. Elle n'avait pas de pratique religieuse, mais son parler &#233;tait &#233;maill&#233; de &#034;dieu merci, si dieu le veut, &#224; la gr&#226;ce de dieu&#034; ; des ann&#233;es plus tard, &#233;tant en correspondance avec ma tante Ida au Qu&#233;bec, elle m'avoua son &#233;tonnement de n'avoir jamais trouv&#233; dans mes lettres l'expression &#034;Gott sei Dank&#034;. De ma m&#232;re aussi j'appris qu'il existait quelque part un pays de cocagne : d'une personne privil&#233;gi&#233;e, on disait qu'elle vivait &#034;wie Gott in Frankreich&#034; (comme Dieu en France), une expression qui remontait sans doute au 18&#176; si&#232;cle. Mais ce n'est que bien plus tard que j'ai d&#233;chiffr&#233; l'origine de &#034;schank-und-tan&#034; : il s'agissait de payer &#034;argent comptant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indulgente, ma m&#232;re me dispensait des courses dans les magasins et achetait sans moi mes v&#234;tements et m&#234;me mes chaussures. Je d&#233;testais le marchandage et le bakchich, pratique incontournable dans ce pays aux m&#339;urs levantines. Ne disait-on pas en roumain aux enfants turbulents : si tu n'es pas sage j'appelle les Turcs ? Souvenir d'une &#233;poque o&#249; la Valachie faisait partie de l'empire ottoman ; gouvern&#233;e par des &#233;missaires grecs, la province subissait sans doute p&#233;riodiquement des raids de punition, quand la Sublime Porte ne recevait pas la d&#238;me pr&#233;lev&#233;e sur la malheureuse population et empoch&#233;e par les Phanariotes. Il faut lire &#224; ce sujet les romans de Pana&#239;t Istrati, vagabond et &#233;crivain de g&#233;nie, fils d'une paysanne roumaine et d'un contrebandier grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers mes six ans, ma m&#232;re eut son deuxi&#232;me enfant, Erika. Puis suivirent Lili et Suzi, rien que des filles au grand dam de mon p&#232;re. La petite Suzi, qu'il ne voulut pas voir &#224; sa naissance, se r&#233;v&#233;la un vrai diablotin, vive et espi&#232;gle, et mon p&#232;re chantonnait avec humour la lamentation d'un paysan ukrainien : &#034;nous avons quatre filles, quatre filles nous avons&#034;. Ma m&#232;re nous lavait les cheveux avec une d&#233;coction de camomille, pour entretenir notre blondeur, mais nous avions droit aussi au p&#233;trole, pour &#233;loigner les poux ! Avec mes joues rondes et mes nattes, j'avais l'air, me disait-on, d'une &#034;babouchka&#034;. Erika, au regard bleu ciel, &#233;tait timide, un peu renferm&#233;e ; Lili, &#233;nergique et d&#233;termin&#233;e, ressemblait &#224; notre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pays &#233;tranger et dans des conditions si diff&#233;rentes de sa jeunesse, mon p&#232;re ne s'engagea plus politiquement. Mais sa sympathie allait nettement &#224; la Russie des soviets. En Roumanie le parti communiste &#233;tait ill&#233;gal. Les militants arr&#234;t&#233;s &#233;taient tortur&#233;s et jet&#233;s en prison pour de longues ann&#233;es. Il y avait parmi ces militants pas mal de juifs et il courait &#224; ce sujet une anecdote : quand des brutes polici&#232;res arr&#234;tent un juif ils le battent &#224; mort en hurlant, &#034;sale juif, &#231;a t'apprendra &#224; &#234;tre communiste dans notre pays&#034;. Mais quand ils arr&#234;tent un Roumain, ils le battent &#224; mort en hurlant, &#034;t'as pas honte d'&#234;tre communiste, &#231;a t'apprendra de trahir la patrie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antis&#233;mitisme &#233;tait enracin&#233; dans le langage populaire : on ne disait pas 'evreu' (juif), mais 'jidan' (youpin). La pr&#233;tendue d&#233;mocratie n'&#233;tait qu'une parodie et les &#233;lections &#233;taient truqu&#233;es. J'entendais dire que dans les bureaux de vote on triait les &#233;lecteurs : &#034;ceux qui sont pour le gouvernement, mettez-vous &#224; droite, ceux qui sont contre alignez vous &#224; gauche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait &#224; peine une boutade. Des sentinelles veillaient le long du Dniestr (Nistru en roumain) qui marquait la fronti&#232;re avec l'URSS (la Bessarabie, partie de la Moldavie qui avait appartenu &#224; l'empire tsariste, avait &#233;t&#233; annex&#233;e &#224; la Roumanie). Il arrivait fr&#233;quemment que des t&#233;m&#233;raires essayant de passer soient abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le climat continental de la Roumanie, les saisons &#233;taient tranch&#233;es. Le printemps arrivait brusquement, comme par enchantement, et tout se mettait &#224; fleurir avec une d&#233;bauche de parfums, muguet, &#339;illets, violettes, ch&#232;vrefeuille, roses, tilleuls, et surtout le lilas que je pr&#233;f&#233;rais entre tous. L'&#233;t&#233; &#233;tait torride, avec des pluies abondantes, mais aussi une abondance de fruits. Je n'ai pas de souvenir particulier de l'automne, mais l'hiver &#233;tait une saison terriblement rude. Le matin il fallait d&#233;blayer la neige avant de pouvoir ouvrir la porte. A la maison nous &#233;tions &#224; l'abri du froid, avec les sobas, ces grands po&#234;les en c&#233;ramique, artistement d&#233;cor&#233;s, qui chauffaient les pi&#232;ces. Mais il n'en &#233;tait pas de m&#234;me pour tout le monde. Un ami de mon p&#232;re qui organisait des loisirs pour les enfants pauvres, nous interrogea sur les saisons. Les enfants, mal v&#234;tus, mal nourris, trouvaient l'hiver triste. Alors il nous parla des bonhommes de neige, des glissades sur la glace, des sapins de No&#235;l... A sa mani&#232;re de peindre la vie, il nous fit rire de bon c&#339;ur et oublier les mis&#232;res. Il y avait un moment joyeux &#224; No&#235;l : munis d'un b&#226;ton auquel &#233;taient fix&#233;es des clochettes et une &#233;toile en papier colori&#233; au sommet, les enfants allaient de porte en porte chantant &#034;joyeux No&#235;l&#034;, en &#233;change de quoi ils recueillaient des friandises et de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mendiants &#233;taient l&#233;gion. Je m'interrogeais, pourquoi cette d&#233;ch&#233;ance d'&#234;tres humains pareils &#224; moi ? Malades, mutil&#233;s, en haillons, couch&#233;s par terre, qu&#233;mandant d'un ton suppliant, ils suscitaient en moi un sentiment de douleur et de r&#233;volte. Leur donner une pi&#232;ce de monnaie ne changeait pas leur condition ; il fallait trouver le moyen de changer cet &#233;tat de choses. Ma grand-m&#232;re avait son pauvre attitr&#233;, qui lui rendait visite chaque semaine : elle lui pr&#233;parait un sac de provisions, de vieux v&#234;tements, passait un moment avec lui. Il me paraissait que les toilettes, les bijoux, &#233;taient une insulte &#224; cette humanit&#233; mis&#233;reuse. Je voulais me d&#233;barrasser de mes boucles d'oreilles (toutes les filles en portaient) et j'imaginai le stratag&#232;me d'en &#034;perdre&#034; une. Au bout de deux ou trois fois de ce man&#232;ge, ma m&#232;re qui n'&#233;tait pas dupe, renon&#231;a de m'en acheter d'autres. Je ne portais donc plus de bijoux, sauf un jour par an le &#034;martsisor&#034;, une coutume remontant peut-&#234;tre aux Romains : chaque ann&#233;e le 1er mars les petites filles recevaient en cadeau un collier pour f&#234;ter l'arriv&#233;e du printemps. Pour les plus modestes c'&#233;tait une simple cordelette avec une petite m&#233;daille au bout. C'est &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me saison qu'arrivaient les f&#234;tes de P&#226;ques. Les enfants faisaient provision d'&#339;ufs durs peints et colori&#233;s, et nous jouions &#224; cogner l'&#339;uf contre celui d'un autre. Le jeu &#233;tait de garder le sien intact ; je disais en m&#234;me temps, comme le voulait la coutume, &#034;le Christ a ressuscit&#233;&#034; et on me r&#233;pondait, &#034;en v&#233;rit&#233; il a ressuscit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays &#233;tait orthodoxe, c'est-&#224;-dire qu'il y avait les rites et les coutumes de l'&#233;glise byzantine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le clerg&#233;, les popes n'&#233;taient pas aim&#233;s. Entre enfants, nous disions que croiser un pope portait malheur, et nous imitions le cri du corbeau sur son passage. Il faut dire que les popes &#233;taient des sangsues, car ils se faisaient payer tous les actes religieux par ces pauvres paysans qui n'auraient pas pu supporter de na&#238;tre ou de mourir sans l'assistance de l'&#233;glise. 90% ou peut-&#234;tre plus d'entre eux &#233;taient analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre partie pauvre de la population &#233;taient les tsiganes, de plus m&#233;pris&#233;s. Ferblantiers, chaudronniers, vivant dans des roulottes, on les traitait de voleurs, et je devais m'en m&#233;fier parce qu'ils volaient aussi des enfants ! Moi j'enviais les petits tsiganes qui, tout nus, prenaient des douches sous la pluie torrentielle en &#233;t&#233;. A force de supplication, j'avais obtenu de ma m&#232;re la permission d'en faire autant, mais dans la cour de notre maison, &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(A peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque en France, comme me l'a racont&#233; plus tard une coll&#232;gue de travail, la petite bretonne catholique qu'elle &#233;tait devait fermer les yeux en se d&#233;shabillant et murmurer : &#034;mon Dieu gardez-moi l'innocence de mon enfance&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tsiganes jouaient du violon dans les f&#234;tes et c'est sur leur musique que les paysans dansaient la &#034;hora&#034;. Ils &#233;taient aussi montreurs d'ours, un spectacle qui attirait les adultes et amusait les enfants. Mais de m&#234;me que je n'aimais pas le cirque, je m'affligeais &#224; la vue de ce pauvre ours attach&#233; par les narines &#224; une cha&#238;ne et r&#233;duit en esclavage. Il me faisait piti&#233; et je d&#233;testais la cruaut&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, je ne m'apitoyais pas sur les oies gav&#233;es par ma grand-m&#232;re. Je n'imaginais pas qu'on leur infligeait ainsi une torture. Nous vivions dans la familiarit&#233; des animaux domestiques. La truie qui nourrissait une quantit&#233; de porcelets, la chienne-berger qui avait mis bas en m&#234;me temps et ne repoussait pas les petits cochons voraces, les pigeons dont on exaltait la fid&#233;lit&#233; : un pigeon s'&#233;tait laiss&#233; p&#233;rir de faim apr&#232;s la mort de sa compagne. Les mouches, un fl&#233;au en &#233;t&#233;, se laissaient prendre au pi&#232;ge sur les grandes bandes collantes qui pendaient au plafond &#224; leur intention. Comme les autres enfants, je m'amusais &#224; les capturer du revers de la main. Je n'&#233;crasais pas les fourmis ni les araign&#233;es, dont j'admirais la toile magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de vie de ma famille &#233;taient besogneuses, mais nous ne manquions de rien. Ma grand'm&#232;re faisait la cuisine, pr&#233;parait les yaourts, p&#233;trissait la p&#226;te qui lui servait &#224; confectionner les nouilles et des g&#226;teaux de toute sorte. Le d&#233;licieux strudel, qui demandait une longue pr&#233;paration, &#233;tait d'origine autrichienne, le baklava, le halva et le chichkebab &#233;taient turcs. Les &#034;mititei&#034; (brochettes de viande) et le fromage de brebis &#233;taient roumains, le goulache hongrois, et la bi&#232;re Pilsen que buvait mon p&#232;re venait de Boh&#234;me. On pourrait allonger la liste. Les activit&#233;s saisonni&#232;res &#233;taient bien r&#233;gl&#233;es. Pendant l'&#233;t&#233; ma m&#232;re pr&#233;parait, en pr&#233;vision de l'hiver, des conserves et des confitures, les cornichons marin&#233;s dans la saumure aux plantes odorantes, les cerises &#224; l'eau de vie qu'elle servait aux invit&#233;s en m&#234;me temps que le sorbet et le caf&#233; turc ; on lisait l'avenir dans le marc de caf&#233;. Mais &#224; toutes ces bonnes choses je pr&#233;f&#233;rais les fruits ; les pommes encore vertes avaient un d&#233;licieux go&#251;t sur, je mangeais m&#234;me la fleur sucr&#233;e de l'acacia. A la fin de l'&#233;t&#233; le raisin arrivait en abondance, et des marchands ambulants vendaient des noix d&#233;cortiqu&#233;es conserv&#233;es dans des bocaux. La past&#232;que avait un double usage : nous d&#233;coupions au sommet un couvercle pour &#233;vider et manger la pulpe fra&#238;che et sucr&#233;e ; puis nous percions quelques trous sur le pourtour, fixions une bougie &#224; l'int&#233;rieur, et le soir nous nous promenions dans la rue avec notre lanterne. Pour les jeux un peu plus sportifs, glissades, saut &#224; la corde, je me tenais prudemment &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents ne faisaient rien pour corriger ce d&#233;faut ; il en serait all&#233; autrement si j'avais &#233;t&#233; un gar&#231;on...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re aurait aim&#233; me donner le go&#251;t des activit&#233;s m&#233;nag&#232;res, indispensables pour la tenue du foyer, comme la virginit&#233; pour le mariage. En vain ; j'&#233;tais trop occup&#233;e &#224; observer et &#224; &#233;couter autour de moi. Ainsi les confidences entre femmes du peuple : &#034;vous savez, une telle, son mari ne la bat plus, c'est qu'il ne doit plus l'aimer&#034;, une contradiction qui me laissait perplexe. Mes parents prenaient rarement des vacances. Je me souviens d'un &#233;t&#233; que je passai avec ma m&#232;re sur les bords de la Mer Noire. Non loin de Constantza, le lieu d'exil d'Ovide, il y avait une station baln&#233;aire (Mamaia) o&#249; les curistes, hommes et femmes s&#233;par&#233;s, prenaient des bains de boue. Une vraie joie : le corps nu, enduit de vase, on se laissait s&#233;cher lentement &#224; l'air et au soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929 le krach de la Bourse de New-York se fit sentir aussi &#224; Bucarest. L'entreprise o&#249; mon p&#232;re travaillait ferma ses portes. C'&#233;tait il me semble une grande scierie et j'avais souvent jou&#233; &#224; cache-cache avec mes petits camarades derri&#232;re les piles de planches. La maison o&#249; nous habitions appartenait &#224; l'entreprise. Le temps de se retourner, mes parents me mirent en pension chez des missionnaires luth&#233;riennes. Dans la chambre o&#249; on m'installa, seule, je passais la premi&#232;re nuit en sanglots ; puis mon regard se fixa sur deux images au mur, repr&#233;sentant, comme l'indiquait la l&#233;gende, les sept vierges sages et les sept vierges folles. La m&#233;ditation adoucit mon chagrin. Les s&#339;urs &#233;taient gentilles. Celle qui s'occupait de moi, me voyant maladroite, m'aidait &#224; fabriquer, dans le secret de ma chambre, les cadeaux de No&#235;l que nous devions imaginer et confectionner de nos mains. Chaque semaine les s&#339;urs accueillaient des femmes pauvres autour d'un go&#251;ter et leur offraient une aum&#244;ne. Je fus tr&#232;s &#233;tonn&#233;e de les entendre dire du mal des religieuses. Vaste sujet de r&#233;flexion sur l'ingratitude envers la charit&#233;. On murmurait que le pasteur, qui &#233;tait mari&#233; et avait des enfants, faisait la cour aux filles. Tout cela ne me d&#233;tourna pas de ma r&#233;solution : j'allais &#234;tre missionnaire, peut-&#234;tre dans des pays lointains, et me vouer aux d&#233;sh&#233;rit&#233;s. Jamais je n'&#233;galerai le sacrifice de J&#233;sus-Christ pour l'humanit&#233;. Mais au bout d'une ann&#233;e, je retournai chez mes parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses &#233;conomies, mon p&#232;re avait rachet&#233; &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville une station d'essence en faillite. Ma m&#232;re et lui eurent vite fait de la remonter, peut-&#234;tre aussi le pays sortait-il de la crise. La maison d'habitation &#233;tait spacieuse, avec plusieurs chambres et la cuisine ; au fond une remise pour les travaux domestiques : lessive, pr&#233;paration des conserves, etc. ; une cour cl&#244;tur&#233;e nous s&#233;parait de la station d'essence, qui donnait sur la rue. En plus de la vente des carburants il y avait l'atelier de m&#233;canique, et les autobus de la ville venaient s'approvisionner chez nous. Mon p&#232;re attirait la sympathie et les chauffeurs l'appelaient famili&#232;rement par un diminutif, Manoul&#233;. Des femmes et des enfants achetaient du p&#233;trole au litre, pour l'&#233;clairage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous avions l'&#233;lectricit&#233; et l'eau courante. Mais pas de salle de bains. Je me baignais dans une grande cuve, une fois par semaine, bien &#224; l'abri des regards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma nouvelle &#233;cole, tenue par une mission anglicane, &#233;tait install&#233;e dans un immeuble bourgeois en ville et nous n'&#233;tions qu'une dizaine par classe. Pour m'y rendre je devais prendre le tram, et en hiver, malgr&#233; le manchon de fourrure, le froid me pin&#231;ait les doigts. Nous portions l'uniforme &#224; la mode anglaise : jupe, chemisier, cravate et chapeau. Des enseignantes, et un seul homme, le pasteur. Un jour j'osai lui demander pourquoi on nous apprenait que l'homme descend du singe, alors que c'est Dieu qui cr&#233;a Adam et Eve. En me r&#233;pondant que je ne devais pas poser ce genre de questions, il se discr&#233;dita &#224; mes yeux &#224; jamais. Pourtant je ne connaissais pas &#224; l'&#233;poque cette belle formule de Diderot : &#034;Si la raison est un don du ciel et que l'on puisse dire autant de la foi, le ciel nous a fait deux pr&#233;sents incompatibles et contradictoires&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;coles missionnaires ne manquaient pas, certaines &#233;taient fran&#231;aises. L'&#233;cole secondaire anglicane n'&#233;tait pas l'&#233;quivalent du lyc&#233;e. On enseignait &#224; peine les sciences et les maths, mais largement la litt&#233;rature, les langues, et la Bible. Les moins ennuyeuses &#233;taient les enseignantes anglaises. Une dissertation sur Paradise Lost de John Milton n'&#233;tait pas incompatible avec des jeux et des chansons. On oublie plus facilement les noms des &#233;pouses de Henri VIII, que le texte et la m&#233;lodie de &#034;I married a woman, she was worse than the first&#034;, ou &#034;Pull him away the drunken sailor&#034;, et ainsi de suite. La directrice, Miss Boyd, ses nattes autour de la t&#234;te et des poils au menton, remettait chaque fin de semaine, &#224; la classe la plus m&#233;ritante, l'&#233;cusson &#034;Amor vincit omnia&#034;. Fr&#228;ulein Roth, professeur d'allemand, aimait la po&#233;sie : Goethe, Schiller, Heine... Je ne pouvais m'emp&#234;cher d'apprendre d'une traite de longs po&#232;mes. Comment s'arr&#234;ter en chemin avec la &#034;Lorelei&#034; : &#034;Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin, ein M&#228;rchen aus alten Zeiten das kommt mir nicht aus dem Sinn&#034; ? (Je ne sais ce que signifie ma tristesse, un conte des temps anciens ne quitte pas mon esprit). Un jour la prof m'interrompt au milieu de la r&#233;citation ; nous voil&#224; dans une autre classe, o&#249; elle demande &#224; sa coll&#232;gue la permission de me faire r&#233;citer devant ses &#233;l&#232;ves. Et je d&#233;clame &#224; ma mani&#232;re, en trag&#233;dienne, le &#034;Erlk&#246;nig&#034; (Le roi des Aulnes) : &#034;Wer reitet so sp&#228;t durch Nacht und Wind ? Es ist der Vater mit seinem Kind&#034;... (Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent, c'est le p&#232;re avec son enfant). Je n'aimais cependant pas la comp&#233;tition ; au risque d'une punition, je m'arrangeais m&#234;me pour que ma voisine puisse discr&#232;tement copier sur moi dans les interrogations &#233;crites. Bien des ann&#233;es plus tard, je lisais dans une enqu&#234;te men&#233;e par des &#233;ducateurs am&#233;ricains en Alaska, que les enfants eskimos ignoraient l'esprit de comp&#233;tition et s'entraidaient dans leur travail scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prof de fran&#231;ais, une Mademoiselle, fille d'ambassadeur dont j'ai oubli&#233; le nom, vieille fille aux allures aristocratiques, nous faisait la lecture d'un journal r&#233;actionnaire &#034;Le Petit Parisien&#034; (alors qu'on trouvait dans les kiosques le magazine bourgeois de gauche &#034;Marianne&#034;). Elle nous parlait vaguement de Voltaire et de Rousseau, mais c'est seulement des ann&#233;es plus tard, en France, que je d&#233;couvris le nom de Diderot. La prof de math, indiff&#233;rente, dormait quasiment en classe, ne nous manifestant aucun int&#233;r&#234;t ; celle de sciences aurait voulu bien faire, mais disposait de si peu d'heures. Je trouvais pourtant merveilleux le monde des sciences naturelles et la g&#233;ologie. Nous avions aussi l'&#233;ducation m&#233;nag&#232;re ; c'est ma m&#232;re qui faisait l'ouvrage de broderie ou de tricot que nous devions pr&#233;senter en fin d'ann&#233;e, et la prof gentiment fermait les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes camarades de classe me paraissaient futiles, &#224; parler toujours de robes et de gar&#231;ons (il est vrai qu'elles avaient un ou deux ans de plus que moi). Dans mon entourage familial il y avait des pr&#233;occupations sociales, un d&#233;bat d'id&#233;es. C'est de l&#224; que me vint de tr&#232;s bonne heure le go&#251;t de la lecture. Enfant je me plongeais dans les magazines &#233;quivalents de B&#233;cassine ou autres Pieds nickel&#233;s, dont je n'&#233;tais pas priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolescente, je lisais de la &#034;vraie&#034; litt&#233;rature. Mais j'adorais aussi le cin&#233;ma, et ne d&#233;daignais pas les films mi&#232;vres, allemands ou am&#233;ricains, des ann&#233;es 30. Je pastichais m&#234;me les chansons sirupeuses de Jan Kiepura et Martha Eggert (&#034;Meine Liebe, Deine Liebe sind ja beide gleich&#034;), ou celles de Fred Astaire et Ginger Rogers (&#034;Darling, never, never change&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1933 un &#233;v&#233;nement tragique eut un grand retentissement. L'arm&#233;e tira sur des cheminots en gr&#232;ve, au d&#233;p&#244;t des chemins de fer de Grivitza. Pendant qu'on entendait hurler les sir&#232;nes que les gr&#233;vistes avaient d&#233;clench&#233;es, je composais un po&#232;me que je leur d&#233;diais (je ne l'ai pas gard&#233;). Dans l'entourage de mon p&#232;re il y avait des sympathisants et des militants communistes. Quelques sionistes aussi, mais on plaisantait &#224; leur sujet : &#034;qu'est-ce qu'un sioniste ? c'est un juif qui fait la qu&#234;te aupr&#232;s d'un autre juif pour en envoyer un troisi&#232;me en Palestine.&#034; Mais en Russie, en Pologne et ailleurs il y avait aussi une culture &#034;yiddish&#034; qui n'avait rien de sioniste ; il suffit, pour s'en rendre compte, de lire les &#034;M&#233;moires d'un r&#233;volutionnaire&#034; de Hersch Mendel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En librairie on trouvait plus facilement des livres en fran&#231;ais qu'en roumain. Je d&#233;couvris ainsi Andr&#233; Malraux, Pearl Buck, l'Introduction &#224; la psychanalyse de Sigmund Freud dont on parlait beaucoup, Ilya Ehrenbourg, F&#233;dor Gladkov, Isaac Babel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lisais &#224; voix haute des pages de La M&#232;re de Gorki, cette paysanne illettr&#233;e reprenant le combat clandestin de son fils emprisonn&#233;. Fini le temps o&#249; dans les spectacles scolaires de fin d'ann&#233;e j'interpr&#233;tais avec ferveur les premiers r&#244;les, d&#233;sormais je voulais jouer un r&#244;le &#224; la hauteur des r&#233;alit&#233;s. Quelques dizaines d'ann&#233;es plus tard, je me reconnaissais dans ces lignes de Man&#232;s Sperber (&#034;Le Pont inachev&#233;&#034;) : &#034;la conscience d'avoir une mission &#224; remplir &#233;tait &#224; ma mesure, comme c'est le cas pour tant de jeunes gens qui, &#224; une &#233;poque de grandes catastrophes, cherchent leur chemin, et, pour le trouver, s'associent &#224; des mouvements qui pr&#233;tendent accomplir une t&#226;che historique : lib&#233;rer telle race, tel peuple, telle classe, l'humanit&#233; enti&#232;re.&#034; Pour moi, l'avenir de l'humanit&#233; devait &#234;tre une soci&#233;t&#233; sans classes, c'est- &#224;-dire sans privil&#232;ges ni d&#233;sh&#233;rit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pris clandestinement contact avec des militants communistes. On me confia, comme c'&#233;tait l'usage, des petites t&#226;ches : transmettre du mat&#233;riel de propagande &#224; un ouvrier &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville. J'ignorais quels &#233;taient les salaires ou les conditions de travail des ouvriers. Mais il m'arrivait de voir en passant devant une fabrique, &#224; la belle saison &#224; l'heure de midi, les ouvriers accroupis par terre, avec leur casse-cro&#251;te : un quignon de mamaliga (pain de ma&#239;s) et un oignon cru. Je me souviens confus&#233;ment avoir travers&#233; un terrain vague et d&#233;sol&#233; avant d'arriver &#224; l'adresse indiqu&#233;e et de frapper &#224; la porte d'une masure. L'ouvrier, d'aspect mis&#233;rable, &#233;tait assis &#224; une table sur laquelle il y avait une lampe &#224; p&#233;trole. Il ne me reste aucun souvenir de notre entretien, peut-&#234;tre me suis-je content&#233;e de lui remettre ce que j'avais &#224; lui donner. Je me vois aussi allant &#224; un rendez-vous sous une pluie diluvienne, qui avait immobilis&#233; les trams. Inqui&#232;te, je me demandais s'il &#233;tait &#034;juste&#034; de se d&#233;placer dans des conditions aussi exceptionnelles. Mais mon camarade &#233;tait au rendez-vous ; moralit&#233;, on ne doit pas reculer devant les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais &#224; peine entam&#233;, &#224; l'insu de mes parents, cette relation, qu'eut lieu en ao&#251;t 1936 le proc&#232;s de Moscou. Staline faisait juger par un tribunal, sur r&#233;quisitoire d'un procureur ex-menchevik, un nomm&#233; Vychinski, les anciens dirigeants du parti bolchevik et de la r&#233;volution d'Octobre pour trahison &#224; la solde de Hitler, et les condamnait &#224; mort. L'accusation &#233;tait &#233;norme et inattendue, car je ne savais rien du r&#233;gime stalinien. J'interpellais mon entourage, et la r&#233;ponse &#233;tait : est-ce que tu sais mieux que Staline ? Pourtant je ne pouvais douter : Staline commettait un crime, ses complices &#233;taient des usurpateurs. Trotski avait &#233;t&#233; banni, Zinoviev, Kamenev et quatorze autres bolcheviks de la premi&#232;re heure furent fusill&#233;s. Je ne savais pas que des milliers d'autres, plus obscurs, avaient d&#233;j&#224; subi le m&#234;me sort, sans proc&#232;s. Partout dans le monde, des militants pr&#234;ts &#224; donner leur vie pour la r&#233;volution, ne voulaient pas ou ne pouvaient pas ouvrir les yeux. Pour eux, l'URSS &#233;tait le pays du socialisme et se confondait avec ses dirigeants. Je vis, pour la premi&#232;re fois, ce qu'un engagement pouvait comporter d'aveuglement. J'assistai &#224; une controverse entre l'ami de mon p&#232;re et une militante communiste ; l'entretien tourna court quand elle lui dit : je ne peux pas te croire, parce que ce serait renier ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus t&#244;t, en juillet 36, une grande lueur s'&#233;tait lev&#233;e &#224; l'ouest : le soul&#232;vement ouvrier victorieux de Madrid contre le putsch du g&#233;n&#233;ral Franco. C'&#233;tait le d&#233;but de la guerre civile, l'espoir de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la m&#234;me &#233;poque je m'&#233;tais li&#233;e d'amiti&#233; &#224; la seule camarade de classe avec qui je me trouvais une affinit&#233;. Nous discutions sans fin en nous raccompagnant l'une l'autre apr&#232;s la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me parla de son cousin, un communiste &#034;diff&#233;rent&#034;. Nelu Grinberg, un gar&#231;on fris&#233; &#224; lunettes, &#233;tait ins&#233;parable de son ami Delu (D&#233;lou, diminutif de David) K&#246;rner, &#226;g&#233; de 22 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militants trotskistes, ils avaient d&#233;cid&#233; de partir pour l'Espagne insurg&#233;e ; ils nous expliqu&#232;rent le bien-fond&#233; de cette d&#233;marche. Ma camarade de classe ne voulait pas se lancer dans l'aventure. Un ami de mon p&#232;re et sa compagne, qui partageaient nos convictions, jugeaient plus utile de rester au pays. Quant &#224; moi, ma r&#233;ponse fut imm&#233;diate, j'&#233;tais volontaire pour l'Espagne. En moi-m&#234;me je me demandais comment j'allais pouvoir servir, avec mon gabarit de 1 m.50 et mes 45 kg. Ce n'&#233;tait pas une question d'&#226;ge (j'avais 16 ans et demi), des jeunes de 15 et 16 ans &#233;taient enr&#244;l&#233;s dans les milices. Je me disais que, de toute fa&#231;on ils avaient besoin l&#224;-bas de &#034;main-d'&#339;uvre&#034;, cantini&#232;res ou autres aides, et qu'on allait bien trouver &#224; m'employer. Le sort de l'humanit&#233; se jouait en Espagne, on avait beau se trouver &#224; des milliers de kilom&#232;tres, l'enjeu &#233;tait &#233;vident, terrible, et du monde entier des volontaires accouraient pour aider la r&#233;volution ou pour vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pensais pas &#224; la peine que je pouvais faire &#224; mes parents, &#224; ma grand'm&#232;re ; ma conscience et mes convictions me dictaient d'accomplir mon devoir. Dans la suite toute ma famille allait p&#233;rir avec des millions d'autres, du fait d'une barbarie que nous voulions alors combattre et d&#233;truire. Chacun sait que l'horreur a d&#233;pass&#233; ce que les r&#233;volutionnaires les plus endurcis pouvaient imaginer. Je garde en m&#233;moire les derni&#232;res images, celle de ma grand-m&#232;re, reportant sa tendresse sur ses trois petites-filles, ma m&#232;re un peu alourdie, toujours sur la br&#232;che, mon p&#232;re us&#233; par le travail, avec son pince-nez pour lire et sa montre attach&#233;e au gousset. Un an avant mon d&#233;part il fut tr&#232;s malade et nous craignions de le perdre. Ma m&#232;re restant aupr&#232;s de lui, j'assumais &#224; mes heures libres les fonctions de caissi&#232;re, et les chauffeurs qui venaient payer leur essence (la &#034;benzine&#034;) voyaient mon visage baign&#233; de larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour m&#233;nager mes parents, mes nouveaux camarades proc&#233;d&#232;rent avec tact. Ils mirent en sc&#232;ne une demande en mariage de la part de Delu, qui partait, disions-nous, faire ses &#233;tudes &#224; Paris. Son premier voyage &#224; Paris datait de 1933 (il avait 19 ans) et il s'&#233;tait effectivement inscrit &#224; la Facult&#233; de droit, o&#249; il ne mit jamais les pieds. Les bacheliers roumains avaient l'&#233;quivalence avec le bachot fran&#231;ais et pouvaient donc s'inscrire &#224; l'universit&#233;. C'est ainsi qu'un de ses cousins, Solo, que j'allais bien conna&#238;tre par la suite, faisait ses &#233;tudes de m&#233;decine &#224; Montpellier. Delu &#233;tait un gar&#231;on cultiv&#233;, de &#034;bonne famille&#034;, qui ne pouvait que faire bonne impression &#224; mes parents. D'ailleurs en tant que mineure je n'aurais pas pu quitter l&#233;galement le pays, je me souviens que nous avons voyag&#233; avec un passeport commun. Un petit incident se produisit &#224; la mairie le jour du mariage, dont je n'eus l'explication que plus tard, &#224; Paris. Mes parents commen&#231;aient &#224; s'inqui&#233;ter de l'absence du futur mari&#233;, qui n'arriva qu'avec quelque retard. Aussit&#244;t mari&#233;s, nous part&#238;mes sans autres festivit&#233;s &#224; destination de Paris, o&#249; nous devions recevoir des directives de l'organisation. Nous n'&#233;tions que quatre &#224; quitter la Roumanie ; Nelu et sa compagne voyag&#232;rent de leur c&#244;t&#233;, sans doute par mesure de prudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voyage fut agr&#233;able, avec une longue halte &#224; Venise. Dans le train nous partagions le compartiment avec un couple de petits bourgeois qui se gavaient de bonnes choses, sans avoir la politesse de nous en offrir. A notre surprise, nous les v&#238;mes remonter dans le train &#224; Venise avec des visages tum&#233;fi&#233;s par les piq&#251;res de moustiques. Nous deux avions &#233;t&#233; pr&#233;venus par la brave logeuse, qui nous donna des fumig&#232;nes pour chasser les insectes. Il y avait une justice immanente. Delu ne me d&#233;clara pas sa flamme, mais me fit bient&#244;t comprendre qu'un mariage fictif n'emp&#234;chait pas une idylle vraie. Pouvais-je d&#233;daigner un gar&#231;on intelligent, avec de beaux yeux et une volont&#233; r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;barqu&#226;mes un matin, le 3 octobre 1936, &#224; la gare de Lyon, dans un Paris encore tout fr&#233;missant de la victoire de Juin remport&#233;e par les humbles sur les puissants. Telle n'avait pas &#233;t&#233; en son temps l'impression de Jaur&#232;s, arrivant tout jeune &#224; Paris de son Tarn natal : &#034;...Il me semblait que les milliers et les milliers d'hommes qui passaient sans se conna&#238;tre, foule innombrable de fant&#244;mes solitaires, &#233;taient d&#233;li&#233;s de tout lien. Et je me demandais avec une sorte de terreur impersonnelle comment tous ces &#234;tres acceptaient l'in&#233;gale r&#233;partition des biens et des maux, comment l'&#233;norme structure sociale ne tombait pas en dissolution.&#034; Pour moi, un tout autre sentiment devant ces rues anim&#233;es, &#233;tonnement aussi devant la noirceur des immeubles. Au bistrot en face de la gare, ambiance gaie, odeurs de caf&#233; et de croissants chauds. &#034;Qu'est-ce que je te sers mon vieux ?&#034; Traduit automatiquement en roumain, ce &#034;mon vieux&#034; insolite adress&#233; &#224; un jeune gar&#231;on me fit presque &#233;clater de rire. Il fallut d'ailleurs faire le sacrifice de notre langue. Dans le but d'un apprentissage rapide et efficace, &#224; partir de ce moment nous ne devions plus nous adresser la parole qu'en fran&#231;ais. D&#233;sormais je m'appelais Louise, le nom que m'a donn&#233; Delu ; lui &#233;tait d&#233;j&#224; connu dans le mouvement trotskiste sous le pseudonyme de Barta. Il avait fait plusieurs aller-et-retour entre Bucarest et Paris, y avait v&#233;cu les &#233;v&#233;nements de f&#233;vrier 34, le combat pour le Front unique contre le fascisme, l'entr&#233;e dans la SFIO. C'est l'organisation qui devait d&#233;cider de notre sort et de notre action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous rend&#238;mes au local du POI (Parti Ouvrier Internationaliste), passage Dubail, non loin de la gare de l'Est. Une ruelle &#233;troite, un local peu soign&#233; en haut d'un escalier. La camarade Suzanne Charpy offrit de nous h&#233;berger pour quelques nuits, elle habitait seule un appartement. Brave Suzanne, les larmes coulaient sur son joli visage : Fred Zeller venait de la quitter pour une autre aventure. Venus tous deux des Jeunesses socialistes, ils avaient rejoint les b.-l. (bolcheviks l&#233;ninistes) fin 34 et en avaient &#233;t&#233; exclus en m&#234;me temps qu'eux &#224; l'&#233;t&#233; 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fred Zeller, ancien secr&#233;taire des Jeunesses SFIO, &#233;tait une vedette, et me donnait l'impression de se comporter comme telle. Suzanne avait tout ce que j'imaginais d'attrayant de la midinette. Je fus d'autant plus surprise de voir le peu de confort et l'hygi&#232;ne sommaire dont elle se contentait ; ce qui me fut r&#233;v&#233;l&#233; par la suite comme un trait g&#233;n&#233;ral de ce pays civilis&#233; et admir&#233; : pas de salle de bains dans les appartements bourgeois, pas de douches dans les usines, pas d'eau courante dans les logements ouvriers, sans parler de la crasse &#224; la campagne ... et jusque dans les wc des caf&#233;s de Paris. Au bout de quelques jours les camarades trouv&#232;rent &#224; nous loger dans un petit appartement provisoirement inoccup&#233;, dans le 19&#176;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nelu et sa compagne &#233;taient arriv&#233;s en m&#234;me temps. Et &#224; mon &#233;bahissement, ce fut la s&#233;paration. Delu mit &#034;cartes sur table&#034; : j'appris qu'apr&#232;s m'avoir propos&#233; de faire partie de leur &#233;quipe pour l'Espagne, Nelu &#233;mit l'id&#233;e de ne pas m'emmener (je n'&#233;tais qu'une &#034;oie blanche&#034;), tout en prenant l'argent que j'avais subtilis&#233; par petites sommes &#224; mes parents &#034;pour la bonne cause&#034;. Je d&#233;couvrais ainsi la raison du retard de derni&#232;re minute &#224; la c&#233;r&#233;monie de mariage ! Delu trouvait cette logique immorale au point de d&#233;cider la rupture, et partagea notre &#034;magot&#034; en deux parts &#233;gales. Mais nous ne part&#238;mes pas pour l'Espagne ! J'ai rapidement appris que la situation se d&#233;gradait en Espagne du fait de l'emprise stalinienne sur le gouvernement r&#233;publicain. Ici les ouvriers criaient en vain &#034;des canons, des avions pour l'Espagne&#034;, L&#233;on Blum (&#224; la t&#234;te du gouvernement fran&#231;ais) restait &#034;neutre&#034; et verrouillait la fronti&#232;re ; c'&#233;tait la politique franco-anglaise de la &#034;non-intervention&#034; pendant que les fascistes de Mussolini intervenaient ouvertement &#224; c&#244;t&#233; de Franco et que les escadrilles de Hitler bombardaient Guernica. Les Russes envoyaient quelques avions et quelques armes contre de l'or, en &#233;change leurs s&#233;ides du PC espagnol et leurs agents &#233;trangers (Andr&#233; Marty en faisait partie) assassinaient en toute impunit&#233; les militants r&#233;volutionnaires, Erwin Wolf, Andr&#232;s Nin, Kurt Landau et tant d'autres. Apr&#232;s le premier proc&#232;s de Moscou la Pravda &#233;crivait &#034;qu'en Catalogne l'&#233;limination des trotskistes et des anarcho-syndicalistes a d&#233;j&#224; commenc&#233; et se poursuivra avec la m&#234;me &#233;nergie qu'en URSS&#034;. Le POUM et ses milices, tax&#233;s de trotskisme, &#233;taient en butte &#224; une pers&#233;cution f&#233;roce. L'organisation trotskiste proprement dite &#233;tait extr&#234;mement faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski mettait tous ses espoirs dans la mont&#233;e du mouvement ouvrier en France : &#034;le destin de la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne pour les d&#233;cennies &#224; venir est en train de se d&#233;cider en France. Il nous faut soutenir de toutes nos forces notre section fran&#231;aise&#034;, &#233;crivait-il en juillet 36. En juin la vague de gr&#232;ves avec occupation des usines avait d&#233;ferl&#233; sur le pays comme un raz-de-mar&#233;e. &#034;La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;&#034; affirmait Trotski en t&#234;te d'un article envoy&#233; de son exil en Norv&#232;ge. Et c'en &#233;tait une, si l'on pense &#224; ce qu'&#233;tait la condition ouvri&#232;re avant juin 36. Pour s'en faire une id&#233;e il suffit de lire, sous ce titre, le livre &#233;crit par Simone Weil, cette intellectuelle qui &#233;tait all&#233;e au peuple et s'&#233;tait fait embaucher comme ouvri&#232;re en usine (pendant que sa condisciple Simone de Beauvoir d&#233;couvrait l'existence du prol&#233;tariat par le releveur du compteur &#224; gaz : voir son livre &#034;M&#233;moires d'une jeune fille rang&#233;e&#034;). Le parti communiste &#233;tait l&#233;gal ; mais ses militants ne pouvaient pas s'afficher ouvertement comme tels &#224; leur travail. Trotski citait l'exemple d'un ouvrier malade jet&#233; &#224; la porte du sana o&#249; il &#233;tait soign&#233;, parce qu'il avait &#233;t&#233; surpris &#224; lire l'Humanit&#233;. Et ce vieil ouvrier alg&#233;rien de chez Citro&#235;n, qui racontait avec fiert&#233;, &#224; la gamine que j'&#233;tais sans doute &#224; ses yeux, comment il avait milit&#233; dans la clandestinit&#233;, seul ouvrier communiste dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; que des dizaines de milliers d'adh&#233;rents affluent maintenant au PC, des millions &#224; la CGT enfin unifi&#233;e. Finies les queues de ch&#244;meurs et les charges des flics, ceux &#224; pied et ceux &#224; cheval. Les ouvriers pouvaient se sentir enfin ma&#238;tres des usines et ma&#238;tres de la rue o&#249; ils manifestaient par centaines de milliers au chant de l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, en m&#234;me temps que je d&#233;couvrais qu'on distinguait le prol&#233;taire avec sa casquette du bourgeois qui portait le chapeau, je v&#233;cus en cet automne 36, la trahison du Front populaire : une alliance au sommet entre le PCF de Thorez et Duclos, la SFIO de Blum et le parti radical bourgeois des Herriot et Daladier, une alliance pourrie rendue possible apr&#232;s le tournant stalinien dict&#233; par Moscou et le pacte Laval-Staline de 1935. Avec son &#034;il faut savoir terminer une gr&#232;ve&#034; Thorez imposait la collaboration de classe et vendait la classe ouvri&#232;re &#224; ses ennemis. Alors qu'en Allemagne, jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de Hitler au pouvoir, les staliniens traitaient les socialistes de &#034;social-fascistes&#034; et refusaient le front unique, il avait fallu en France les &#233;v&#233;nements du 6 f&#233;vrier 34, l'attaque des Croix-de-Feu, pour que sous la pouss&#233;e d'en bas ait lieu le l2 f&#233;vrier l'immense cort&#232;ge unitaire. Et c'est cette alliance ouvri&#232;re que le PC pervertit, sur ordre de Moscou, en &#034;front populaire&#034; avec des politiciens bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la base on ne sentait que l'euphorie et la liesse populaire apr&#232;s les grandes conqu&#234;tes de juin, les conventions collectives, des salaires augment&#233;s, les cong&#233;s pay&#233;s, les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier. Quels immenses cort&#232;ges de foules ouvri&#232;res d&#233;filaient dans la rue, quelle bonne humeur r&#233;gnait parmi les ouvriers, quelle libert&#233; d'expression ! Je voyais de mes yeux la r&#233;volution en marche. Mais quel laisser aller aussi dans l'organisation trotskiste. On allait et venait au gr&#233; de chacun, aucune discipline n'&#233;tait impos&#233;e. Nous avions le privil&#232;ge de c&#244;toyer des hommes d'une haute culture, totalement engag&#233;s, Pierre Naville, Jean Rous, Roger Clair, Blasco (Pietro Tresso), de plus jeunes comme Yvan Craipeau, Marcel Hic ; mais nous n'avions pas le sentiment qu'ils &#233;taient &#224; la barre d'un navire naviguant vers un cap. Je d&#233;couvrais chez certains une faconde pour moi fascinante, j'apprenais le jargon parisien. Mais le jour o&#249;, ayant enrichi mon vocabulaire, j'utilisais &#224; mon tour l'adjectif &#034;con&#034;, je d&#233;clenchai un rire hom&#233;rique ; sans doute n'y avais-je pas mis le ton ad&#233;quat. Pourtant ce mot, &#224; c&#244;t&#233; de &#034;merde&#034;, je l'entendais cent fois par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens de mon premier hiver, o&#249; c'est en janvier seulement que quelques flocons &#233;pars tomb&#232;rent sur la ville. Quelle chose extraordinaire, un hiver sans gel et sans neige ! Le jour de mes 17 ans je me pris pour Rastignac (sans avoir encore lu Balzac) : je ne me dis pas &#034;&#224; nous deux Paris&#034;, mais &#034;maintenant tu dois donner ta mesure&#034;. Ce discours &#233;tait tout int&#233;rieur, car nous ne f&#234;tions pas nos anniversaires. Je changeai aussi d'allure ; depuis peu je portais des lunettes, et &#224; peine arriv&#233;e je fis couper mes nattes : peigner et tresser les longs cheveux aurait &#233;t&#233; du temps gaspill&#233;. Plus de futilit&#233;s ! Un jour o&#249; nous &#233;tions all&#233;s chez Marcel Hic, qui habitait avec sa compagne un modeste appartement dans le 14e arrondissement, je m'&#233;tonnai de voir sur la table des fleurs dans un vase. Exc&#232;s de &#034;romantisme r&#233;volutionnaire&#034; ? Dans ses souvenirs sur Rosa Luxembourg, Louise Kautsky raconte : &#034;habitu&#233;e qu'elle &#233;tait aux mani&#232;res des &#233;tudiantes russes, je lui causai une d&#233;ception cruelle, ainsi qu'elle l'avoua en riant par la suite. 'La femme de Karl Kautsky porte tablier ! quelle surprise, quelle &#233;pouvantable d&#233;couverte ! ce n'est qu'une de ces m&#233;nag&#232;res allemandes &#224; l'esprit born&#233; !'&#034; Pour l'heure, mon activit&#233; militante n'&#233;tait qu'un apprentissage. Remplir et coller des enveloppes, aller aux r&#233;unions et dans les meetings... C'est dans une immense salle pleine de monde que j'entendis pour la premi&#232;re fois p&#233;rorer Thorez. Comment un pareil d&#233;magogue boursoufl&#233;, me disais-je, peut-il &#234;tre un dirigeant accept&#233; par la classe ouvri&#232;re ? J'avais encore beaucoup &#224; apprendre. Un jour o&#249; j'allais voir un ouvrier &#224; qui je vendais le journal, nous parl&#226;mes longuement de la duperie du Front populaire. Il semblait tout &#224; fait d'accord avec moi. A la fin il me dit : &#034;mais Edouard Herriot, c'est quand m&#234;me quelqu'un de bien&#034;. Ce politicien radical-socialiste de la bourgeoisie fourbe lui en imposait. Je restai sans voix. Avec les militants communistes, la discussion &#233;tait m&#234;me impossible : nous &#233;tions l'ennemi, les &#034;hitl&#233;ro-trotskistes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tude des textes de Trotski (Cours Nouveau, Thermidor et bonapartisme, La R&#233;volution trahie) je compris comment la r&#233;volution russe, parce qu'elle ne pouvait survivre isol&#233;e, dans la Russie arri&#233;r&#233;e et d&#233;vast&#233;e par l'intervention &#233;trang&#232;re et la guerre civile, sans que la r&#233;volution allemande et le prol&#233;tariat d'Europe viennent &#224; son secours, avait &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e et d&#233;voy&#233;e par une bureaucratie, caste de profiteurs du &#034;socialisme dans un seul pays&#034;. Mais aussi comment l'immense retentissement qu'avait eu cette r&#233;volution sur les masses travailleuses du monde entier, pouvait permettre &#224; cette m&#234;me bureaucratie usurpatrice de les tromper, derri&#232;re le masque d'h&#233;riti&#232;re de L&#233;nine et du bolchevisme, et de devenir le frein le plus puissant de la r&#233;volution dans les autres pays. Les moyens que leur donnait le pouvoir de l'Etat, leur permettaient non seulement de falsifier et de dissimuler les textes, notamment ceux de L&#233;nine, mais de faire na&#238;tre une l&#233;gende haineuse pouss&#233;e jusqu'au crime &#224; l'&#233;gard des opposants et notamment de Trotski. La calomnie et les pers&#233;cutions staliniennes faisaient rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi nous avions tant de mal &#224; nous faire entendre par les ouvriers qui croyaient militer pour le communisme. Comme devait l'&#233;crire plus tard, dans son livre &#034;Sept ans aupr&#232;s de L&#233;on Trotski&#034;, Van Heijenoort (que nous appelions famili&#232;rement Van) : &#034;il ne faut pas oublier les difficult&#233;s de ces ann&#233;es terribles. Comment faire revivre aujourd'hui, pour ceux qui ne les ont pas connues, les ann&#233;es 30 ?&#034; Je devais apprendre &#224; m'accommoder d'autres contradictions, il est vrai plus frivoles. D'un c&#244;t&#233; les r&#233;citals de Fr&#233;hel ou de Damia, Jacques Pr&#233;vert, le groupe Octobre, &#034;Paris-Irun&#034; ; de l'autre la chansonnette de Tino Rossi qui contredisait l'id&#233;e que je me faisais du peuple fran&#231;ais. D&#232;s les premiers jours j'avais &#233;t&#233; subjugu&#233;e par le prolo parisien (nous &#233;tions il est vrai en 1936) : l'humour, le franc parler, la ga&#238;t&#233; et m&#234;me le manque de vulgarit&#233; dans le langage. Mais je d&#233;couvris aussi le chauvinisme, m&#234;me si chez les ouvriers il n'&#233;tait pas de m&#234;me nature que celui des Croix de feu et de la bourgeoisie r&#233;actionnaire. Le terme &#034;m&#233;t&#232;que&#034; &#233;tait couramment employ&#233; et, &#224; l'ext&#233;rieur de l'organisation, je n'&#233;tais pas &#224; l'aise quand, &#224; cause de mon accent, on me demandait d'embl&#233;e mon origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris &#233;tait encore la ville des marchands ambulants, des chiffonniers, de la voiture &#224; bras, des allumeurs de r&#233;verb&#232;res, du crottin de cheval et du dernier tramway. Dans la rue je m'&#233;tonnais de voir les passants prendre leur journal sur un tr&#233;teau, sans vendeur, et d&#233;poser l'argent. De bonne heure le matin, dans le m&#233;tro, j'observais les visages des gens mal r&#233;veill&#233;s, fatigu&#233;s avant d'avoir commenc&#233; leur journ&#233;e de travail. Les conversations &#233;taient rares. Quelques-unes cependant se sont grav&#233;es dans ma m&#233;moire : un ouvrier se vantait de n'avoir jamais manqu&#233; un jour &#224; son travail ; un autre, bien que vieux parisien, ne connaissait pas la place de la Concorde. La r&#233;clame &#034;Du beau, du bon, Dubonnet&#034; dans le tunnel du m&#233;tro m'amusait, mais je n'aimais pas les affiches &#034;Y'a bon Banania&#034; montrant un n&#232;gre hilare. Delu m'emmena &#224; l'op&#233;ra. Quel bel et impressionnant &#233;difice ! Mais les vigiles nous firent faire demi tour &#224; cause des pantalons de golf, tenue &#224; la mode mais non admise &#224; l'op&#233;ra, m&#234;me au poulailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en tenue &#034;correcte&#034; que nous sommes revenus pour l'enchanteur &#034;Lac des cygnes&#034; de Tcha&#239;kovski. Sur les grands boulevards il y avait des boutiques o&#249; l'on pouvait, casque sur les oreilles, &#233;couter des disques. Fascin&#233;e j'entendis l&#224; la Rhapsodie hongroise de Liszt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;t&#233; nous partions sac au dos en faisant de l'auto-stop, souvent en compagnie de notre camarade Henri Kunstlinger, mort plus tard en d&#233;portation. Je me mettais en avant-poste et quand une voiture s'arr&#234;tait (elles &#233;taient assez rares &#224; l'&#233;poque) les deux gar&#231;ons se montraient aussi ; l'astuce marchait toujours. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du peuple, les jeunes comme leurs a&#238;n&#233;s, pouvaient partir en vacances, d&#233;couvrir le pays, ou simplement se reposer. Tr&#232;s fr&#233;quent&#233;es, les Auberges de jeunesse (cr&#233;&#233;es par le socialiste L&#233;o Lagrange) offraient un h&#233;bergement peu co&#251;teux et amical. Elles ne m'enthousiasmaient gu&#232;re ; j'aimais la compagnie des gar&#231;ons et des filles, mais je d&#233;plorais leur ignorance, leur na&#239;vet&#233;. Une chanson stalinienne &#224; la mode &#233;tait &#034;Allons au-devant de la vie, allons au-devant de l'amour&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme planait sur l'Europe, la guerre se profilait &#224; l'horizon, mais on ne pr&#233;parait pas cette jeunesse &#224; faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, arriv&#233;s tard, nous &#233;chou&#226;mes dans un camping sans avoir d'&#233;quipement. Chacun se casa au hasard et &#224; l'aveuglette sous une tente, et je me retrouvai entre deux gar&#231;ons, dormant comme des souches. Mon &#233;ducation me retenait de me blottir contre l'un d'entre eux pour me r&#233;chauffer. Au petit jour, je rampais dehors, grelottant et appelant d'une voix faible mes deux compagnons de route. Ils me firent avaler un verre d'alcool, pour me remettre. C'est la premi&#232;re fois de ma vie que je go&#251;tais un tel breuvage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; notre absence de &#034;titres&#034;, nous avions acc&#232;s &#224; la Biblioth&#232;que Nationale que nous fr&#233;quentions journellement, ainsi que d'autres camarades. David Rousset en faisait partie ; rondouillard, portant des lunettes sombres, il avait la plaisanterie facile. Je ne fus cependant pas vex&#233;e de l'entendre dire &#224; la ronde : &#034;Barta et sa femme de douze ans&#034;. C'est peut-&#234;tre lui aussi qui lan&#231;a un jour : &#034;Nadeau et sa femme de poche&#034;. Marthe, une bien jolie fille, &#233;tait toute petite &#224; c&#244;t&#233; de son compagnon. A la pause caf&#233;, nous allions en groupe au &#034;Poccardi&#034;, &#224; quelques pas de la B.N. Il faut croire que le petit caf&#233; n'&#233;tait pas cher, pour nos finances indigentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 30 &#233;taient l'&#226;ge d'or du roman qui n'avait rien de proustien. Marx avait appr&#233;ci&#233; Balzac, parce que mieux que tout historien ou sociologue, il mettait &#224; nu la soci&#233;t&#233; de son temps. Nous lisions au fur et &#224; mesure de leur parution les volumes des &#034;Hommes de bonne volont&#233;&#034; de Jules Romains ; &#034;Pr&#233;lude &#224; Verdun&#034; et &#034;Verdun&#034; sont un r&#233;quisitoire terrible contre la boucherie de 14. Il y avait Erich-Maria Remarque (A l'ouest rien de nouveau), Ignazio Silone (Fontamara), Knut Hamsun (La faim), Andr&#233; Malraux (Les Conqu&#233;rants, La condition humaine), les am&#233;ricains Hemingway, Traven, Upton Sinclair, Sinclair Lewis, et des dizaines d'autres. Victor Serge, avec notamment &#034;S'il est minuit dans le si&#232;cle&#034; et &#034;L'affaire Toulaev&#034;, &#233;tait l'&#233;crivain phare dans le combat contre le stalinisme. Dans &#034;Ville conquise&#034; son personnage Zvereva &#233;tait devenu pour nous embl&#233;matique de la mentalit&#233; born&#233;e et du pouvoir arbitraire de la bureaucratie qui se mettait en place. Les meilleurs &#233;crivains russes prenaient le chemin de la &#034;dissidence&#034;, du samizdat et de l'exil (comme Victor Serge). Pour comprendre et nous ouvrir au monde, nous avions autant besoin de cette litt&#233;rature que des livres d'&#233;tude. C'&#233;tait une litt&#233;rature pr&#233;occup&#233;e avant tout d'un monde secou&#233; de convulsions et de crises, qui allait bient&#244;t s'ab&#238;mer dans la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois ici avouer un p&#233;ch&#233; d'orgueil. Des ann&#233;es plus tard, quand furent publi&#233;es des lettres adress&#233;es &#224; Trotski par Denise Naville, je d&#233;couvris mon nom mentionn&#233; dans l'&#233;quipe qui, &#224; la B.N., devait consulter des livres sur l'histoire de la r&#233;volution fran&#231;aise, pour extraire des citations qui &#233;clairent le rapport entre la personnalit&#233; et le milieu. Le Vieux en avait besoin pour son livre sur Staline, qu'il &#233;crivait &#224; Mexico, et rest&#233; inachev&#233; au moment de son assassinat. Combien modeste devait &#234;tre ma contribution !! Peut-&#234;tre Denise Naville avait-elle de la sympathie pour ma jeunesse et mon &#034;s&#233;rieux&#034;. Avec nos a&#238;n&#233;s, j'&#233;tais une &#233;l&#232;ve attentive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intellectuelle et militante, Denise tenait aussi la biblioth&#232;que de pr&#234;t au local de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; exiger la modeste cotisation du lecteur m'&#233;tonnait, je compris plus tard seulement qu'elle refusait ainsi l'amateurisme et l'indiscipline. En 1887 (d&#233;j&#224; !) Clara Zetkin &#233;crivait &#224; propos des organisations fran&#231;aises, aussi bien politiques que syndicales : &#034;comment une organisation politique peut-elle exister si elle n'impose aucune obligation mat&#233;rielle &#224; ses membres, si elle n'exige pas le paiement des cotisations ?&#034; Comme dans tout courant non conformiste, il y avait dans le sillage de l'organisation des boh&#234;mes ; la compagne de Blasco, qui avait milit&#233; sous le fascisme italien, les d&#233;sapprouvait et disait qu'un militant devait &#034;gagner sa vie&#034;. Ce raisonnement m'&#233;tonnait, je ne le comprenais pas. &#034;V&#233;rit&#233; en-de&#231;a, mensonge au-del&#224;&#034;. C'est au local aussi que j'entendis r&#233;sonner la belle voix de baryton de Blasco, chantant en duo avec Barta des airs d'op&#233;ra italiens : la dona e mobile... Blasco &#233;tait le pseudonyme de Pietro Tresso, un ancien dirigeant du PC italien. Il m'impressionnait par sa taille et sa prestance. Pierre Naville, totalement engag&#233; dans la vie militante, restait distant et s'exprimait comme un intellectuel. Clair, avec son accent parisien, semblait plus proche du peuple. Je me souviens d'un matin dans un bistro, revenant de l'imprimerie, et Clair disant &#224; Barta &#034;je te paie une tomate&#034;. Pauvre Barta, qui n'aimait pas l'alcool et qui s'attendait &#224; un jus de tomate. Il avala le breuvage en grima&#231;ant, mais accepta la plaisanterie. C'est encore Clair qui, alors que nous d&#233;jeunions dans un petit resto ouvrier, me posa une devinette en pronon&#231;ant tr&#232;s vite les mots : &#034;trou s'y fit rat s'y mit&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrivai pas &#224; la d&#233;chiffrer et Barta non plus ! C'&#233;tait quand m&#234;me une bonne fa&#231;on d'assimiler la langue. Ce genre de devinettes, mon p&#232;re me les posait jadis, mais en allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Clair, fier d'&#234;tre un vieux parisien du 11&#232;me arrondissement, nous d&#233;ambulions dans la rue et je l'&#233;coutais confier &#224; Barta ses id&#233;es utopiques sur les moyens de renflouer les finances de l'organisation. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les r&#233;sultats obtenus n'&#233;tant pas &#224; la hauteur des efforts, tout le monde critiquait tout le monde. Mais le jour o&#249; je crus pouvoir &#233;mettre devant Barta une critique &#224; l'&#233;gard de Rous, il m'arr&#234;ta tout net : je ne pouvais pas me permettre de juger les autres, aussi longtemps que je n'aurai pas fait moi-m&#234;me mes preuves. C'est dans cet esprit qu'il prit un jour une d&#233;cision. Notre journal &#233;tait &#034;La Lutte Ouvri&#232;re&#034;. A chaque parution, hebdomadaire, les bonnes volont&#233;s s'offraient au local pour faire l'exp&#233;dition, dans la paga&#239;e et la bonne humeur. Aussi la direction recevait-elle sans cesse des lettres d'abonn&#233;s de province protestant contre l'irr&#233;gularit&#233; des envois. Barta demanda &#224; &#234;tre charg&#233; de l'administration du journal. A partir de ce moment, il allait chercher le journal &#224; l'imprimerie, et &#224; nous deux nous faisions l'exp&#233;dition. Une partie de mon travail &#233;tait d'&#233;crire les adresses sur les bandes qui enveloppaient le journal ; j'appris ainsi rapidement par c&#339;ur les noms des quatre-vingt dix d&#233;partements (il n'y avait pas de code postal &#224; l'&#233;poque) avec leurs pr&#233;fectures, sous-pr&#233;fectures et chef-lieux. Le travail disciplin&#233; &#233;tant efficace, la direction ne re&#231;ut plus de r&#233;clamations. Mais personne ne s'int&#233;ressait de savoir comment nous nous y prenions. Ni m&#234;me si j'avais de quoi m'acheter un ticket de m&#233;tro, ce qui n'&#233;tait justement pas le cas. Je me d&#233;pla&#231;ais donc &#224; pied. Notre p&#233;cule &#233;tait si maigre que nous faisions attention &#224; chaque sou d&#233;pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'arrivait d'acheter la baguette de pain avec la consigne de la bouteille de lait que je rendais, de d&#233;jeuner d'une tasse de caf&#233; au lait avec du pain ou d'une tranche de foie de porc, c'est ce qu'il y avait de moins cher. La concierge, &#224; qui rien n'&#233;chappait, s'aper&#231;ut de notre pauvret&#233; et vint un jour frapper &#224; ma porte, pour m'offrir un plat de poireaux &#224; la vinaigrette. Je la remerciais d'un regard reconnaissant mais intrigu&#233;, car je n'avais jamais mang&#233; de poireaux ainsi accommod&#233;s. &#034;Mangez ma petite, me dit-elle, vous verrez, c'est bon&#034;. Une autre fois (il n'y eut que cette fois-l&#224;) un jeune camarade italien m'offrit deux artichauts cuits. Nous nous d&#233;lect&#226;mes avec les feuilles, sans deviner que sous la barbe de l'artichaut il y avait le c&#339;ur ; on le jeta. C'&#233;tait une bien maigre nourriture pour un tel volume. Quel ne fut mon &#233;bahissement le jour o&#249;, d&#233;jeunant dans un petit restaurant v&#233;g&#233;tarien pr&#232;s de la BN, un convive &#233;tait justement en train de manger... un c&#339;ur d'artichaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#233;serves tiraient &#224; leur fin et nous d&#233;cid&#226;mes de rentrer au pays pour nous &#034;refaire une sant&#233;&#034;. C'&#233;tait pendant l'&#233;t&#233; 38. H&#233;las, l'argent qui nous restait nous permettait de payer le train jusqu'&#224; Budapest seulement. Barta avait son id&#233;e. En dernier ressort, nous pouvions aller au consulat et raconter qu'on nous avait vol&#233; le portefeuille avec les billets. En attendant il tenta sa chance sur le quai de la gare ; quand l'Orient-Express s'arr&#234;ta il monta dans le train, et tomba justement sur un ami de la famille, un m&#233;decin qui revenait ou allait &#224; quelque congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans h&#233;siter il lui pr&#234;ta l'argent qui nous permit d'acheter le billet jusqu'&#224; Bucarest. Nous voil&#224; revenus &#034;en vacances&#034;, &#224; la joie de mes parents. Ma m&#232;re, qui ignorait bien s&#251;r mon style de vie, fut bien surprise de me voir arriver avec des cheveux courts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent des vacances agr&#233;ables, nous nous sommes requinqu&#233;s, et en partant je ne pensais pas que je voyais mes parents pour la derni&#232;re fois. Un petit &#233;pisode comique m&#233;rite le d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e &#224; Paris du fin fond des Balkans o&#249; les gens pratiquent des jurons grossiers et des blagues cochonnes, mais affichent publiquement la pruderie, j'avais &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233;e de voir les jeunes s'embrasser dans la rue, se tenir serr&#233;s l'un contre l'autre dans le m&#233;tro. A Bucarest 18, Delu voulut m'offrir une d&#233;monstration : un jour dans le tram il fit mine de m'embrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t le wattman stoppa le tram et nous intima rudement l'ordre de descendre imm&#233;diatement. Ce que nous f&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois je fis la connaissance de ma belle-s&#339;ur Matilda, la s&#339;ur de Delu, de deux ans son a&#238;n&#233;e, une tr&#232;s belle femme, mari&#233;e &#224; un jeune homme de famille riche, marchands de textiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se refusait cependant de subventionner son fr&#232;re : il devait, selon elle, assumer les cons&#233;quences de la voie qu'il avait librement choisie. Ex-pensionnaire des &#034;s&#339;urs de Notre-Dame du Sacr&#233; C&#339;ur&#034;, elle parlait parfaitement le fran&#231;ais. (Les &#233;coles missionnaires &#233;taient nombreuses dans le pays). Je fis aussi le voyage en train &#224; Buhusi, une petite ville de Valachie, lieu de naissance de Delu o&#249; vivaient sa m&#232;re, son p&#232;re, des cousins et des cousines. De la gare je pris un fiacre attel&#233; d'un cheval fourbu, &#224; l'image du cocher. Dans ce bourg o&#249; ses parents tenaient un petit commerce, il n'y avait sans doute pas de lyc&#233;e ; Delu avait donc fait ses &#233;tudes &#224; Ploesti, une importante ville p&#233;troli&#232;re, o&#249; il vivait en famille chez des parents proches. Il m'a racont&#233; plus tard qu'il avait pass&#233; son bac de justesse ; en classe il pr&#233;f&#233;rait lire Alexandre Dumas plut&#244;t que d'&#233;couter le prof.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre s&#233;jour &#224; Bucarest devait surtout nous permettre, gr&#226;ce aux relations de Delu, d'obtenir le divorce. Je pourrai ensuite &#233;pouser un Fran&#231;ais et avoir ainsi le droit de travailler. C'&#233;tait une pratique courante dans les milieux immigr&#233;s. L'organisation obtint l'accord d'un jeune camarade de 23 ans, postier dans la Sarthe. Je dois faire ici un petit retour en arri&#232;re. Quelque temps apr&#232;s notre arriv&#233;e en 1936, j'allai demander &#224; un parent de Delu, m&#233;decin &#224; Aubergenville (une commune de ce qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque le d&#233;partement de Seine-et-Oise) de m'aider &#224; trouver du travail. Il me recommanda &#224; un chirurgien, install&#233; avenue de l'Observatoire : le Dr. Pierre Rouqu&#232;s &#233;tait patron d'un service &#224; l'h&#244;pital de Cr&#233;teil, mais aussi membre du Comit&#233; central du PC. Les probl&#232;mes des &#233;trangers, des r&#233;fugi&#233;s, lui &#233;taient connus, et il ne posa pas de questions indiscr&#232;tes &#224; la petite &#233;trang&#232;re que j'&#233;tais. Mais quel emploi me proposer ? Il en inventa un : certains jours de la semaine j'allais l'accompagner &#224; l'h&#244;pital o&#249; il me dicterait les compte-rendus de ses interventions. Je fis connaissance avec le milieu des malades, des infirmi&#232;res, des internes et de leurs blagues de carabins. A la premi&#232;re op&#233;ration &#224; laquelle le chirurgien me demanda d'assister, je tournais naturellement de l'&#339;il. Il soignait aussi, dans un dispensaire &#224; Paris, les bless&#233;s des Brigades internationales rapatri&#233;s d'Espagne. Et plus d'une fois, malgr&#233; l'hommage que je rendais &#224; leur sacrifice, mon c&#339;ur se serrait &#224; la vue de ces hommes jeunes, revenus invalides et trahis par ceux en qui ils mettaient leur confiance. Le Dr. Rouqu&#232;s &#233;tait un homme g&#233;n&#233;reux. Mais la g&#233;n&#233;rosit&#233; ne met pas &#224; l'abri des pires errements. Le docteur avait un ami bulgare, que j'ai rencontr&#233; ; m&#233;decin, communiste, il &#233;tait r&#233;fugi&#233; politique en France. Un jour il disparut et des bruits suspects de trahison circulaient &#224; son sujet. Qui sait quel sort le GPU lui aura r&#233;serv&#233;. Le Dr. Rouqu&#232;s encaissa cette ignominie, et il n'&#233;tait pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'automne 1938, quand nous sommes revenus de Bucarest, j'allai demander au Dr Rouqu&#232;s de me faciliter mon mariage. Cela n'avait pour lui rien d'insolite. Il prit contact avec le maire communiste de Bonneuil-sur-Marne et tout fut arrang&#233; le plus l&#233;galement du monde (domiciliation, bans, etc.). Le jour du mariage j'attendais devant la porte de la Mairie, avec &#224; la main un exemplaire du &#034;Temps&#034; (le journal du Comit&#233; des forges comme nous l'appelions et que nous lisions quotidiennement). Marcel Baufr&#232;re, mon promis, devait avoir le m&#234;me signe de reconnaissance. En m'apercevant il eut un regard &#233;tonn&#233; et h&#233;sita un instant ; je ne faisais pas mes 18 ans (voir la blague de Rousset). Nous nous pr&#233;sent&#226;mes devant M. le maire et nous voil&#224; unis pour le meilleur et pour le pire. En grande partie du moins, cela &#233;tait vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma nouvelle citoyennet&#233;, je pouvais chercher un travail correctement r&#233;mun&#233;r&#233;. Le Dr Rouqu&#232;s s'&#233;tonna que je veuille &#233;changer la libert&#233; contre l'esclavage et, malgr&#233; quelques r&#233;flexions ironiques, convint qu'il fallait bien &#034;gagner son pain &#224; la sueur de son front&#034;. Mais de quelle mani&#232;re ? Mon atout &#224; l'&#233;poque, o&#249; on ne cultivait pas du tout en France les langues &#233;trang&#232;res, &#233;tait de conna&#238;tre l'allemand et l'anglais. Je postulai, en cherchant dans les petites annonces, un emploi de secr&#233;taire. Le patron d'une entreprise de roulements &#224; billes m'embaucha pour un salaire modeste. En plus d'une petite usine qu'il avait en banlieue, il importait des roulements &#224; billes d'une grande firme allemande (Kugelfischer). Je commen&#231;ai donc, rue Br&#233;guet dans le 11&#232;me arrondissement, mes activit&#233;s de secr&#233;taire st&#233;nodactylo que je pr&#233;tendais &#234;tre. Le patron me demanda de venir au bureau un samedi (on travaillait le matin) pour faire connaissance avec les lieux et de prendre mes fonctions le lundi. A la fin du mois je constatai que la comptable avait &#233;tabli ma fiche de paye &#224; partir du lundi ; sur mon salaire mensuel il y avait donc un manque &#224; gagner de deux jours, samedi et dimanche. J'allai r&#233;clamer aupr&#232;s du patron, qui convoqua la comptable, une vieille fille, et lui donna tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait bien la peine, me disais-je, d'&#234;tre le chien fid&#232;le du patron. Mais en fait de chiens fid&#232;les, j'eus des exemples plus ex&#233;crables. L'ing&#233;nieur, centralien, jovial, donc au premier abord sympathique, nous raconta un jour des souvenirs de son service militaire en Alg&#233;rie. En riant, comme s'il avait &#233;voqu&#233; une d&#233;ratisation, encore que cela n'aurait rien eu de dr&#244;le, il raconta comment ils (les Fran&#231;ais) mettaient le feu &#224; des grottes o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233; des Alg&#233;riens, bouchaient la sortie et les enfumaient &#034;comme des rats&#034;. Je l'&#233;coutais avec horreur, mais restai muette. Je le regrette encore. Mon patron me &#034;pr&#234;ta&#034; pour quelque temps &#224; l'usine Timken ; je partageais le bureau avec la secr&#233;taire de direction, qui ne connaissait pas de langues &#233;trang&#232;res. Devant moi, sans g&#234;ne, le directeur &#233;changeait avec sa secr&#233;taire des commentaires sur les rapports des mouchards appoint&#233;s. Chaque ouvrier &#233;tait fich&#233;. C'est ainsi que je d&#233;couvris sur le vif l'existence de la surveillance polici&#232;re et l'espionnage exerc&#233;s contre les ouvriers, dans ce pays tout &#224; fait d&#233;mocratique. Les petits employ&#233;s avaient une mentalit&#233; assez r&#233;actionnaire. Heureusement qu'&#224; proximit&#233; du bureau (dans le 11&#232;me) il y avait un petit bistrot o&#249; j'allais d&#233;jeuner pour 4 francs, en compagnie de prolos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps la r&#233;volution espagnole trahie &#233;tait d&#233;faite. En mai 37 le soul&#232;vement ouvrier de Barcelone est r&#233;prim&#233; ; George Orwell bless&#233;, de retour en Angleterre, &#233;crit son magnifique livre &#034;Hommage &#224; la Catalogne&#034; ; le POUM est interdit, son journal &#034;La Batalla&#034; supprim&#233;, ses dirigeants arr&#234;t&#233;s, Nin assassin&#233;. En septembre 38 le gouvernement r&#233;publicain ordonne le retrait des brigades internationales. D&#233;but 39, c'est la capitulation, les r&#233;fugi&#233;s franchissent en masse la fronti&#232;re et la plupart sont intern&#233;s dans des camps, dans les pires conditions, sous la garde de militaires. En Espagne les r&#233;volutionnaires &#233;taient tomb&#233;s victimes du GPU. Mais en France m&#234;me, le GPU assassinait Rudolf Klement, militant allemand secr&#233;taire du Vieux et du Secr&#233;tariat international, L&#233;on Sedov, le fils de Trotski, et attirait dans un guet-apens en Suisse, Ignace Reiss, un fonctionnaire du GPU qui avait rompu avec staliniens et adh&#233;r&#233; publiquement &#224; la IVe Internationale. Il faut lire &#034;L&#233;on S&#233;dov, le fils, le militant, l'ami&#034;, ce texte poignant que Trotski d&#233;diait &#224; la jeunesse de tous les pays apr&#232;s la mort de son fils, deux ans et demi avant que lui-m&#234;me ne soit abattu par un agent stalinien au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Munich, la guerre La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de novembre 1938, manifestation tardive de col&#232;re et de d&#233;ception, fut un terrible &#233;chec. Je revois les visages constern&#233;s de Rous et d'Agostini, sa compagne, au cours d'une r&#233;union. De gros nuages s'accumulaient &#224; l'horizon. Apr&#232;s le pacte de Munich entre Hitler, Chamberlain et Daladier, analysant la situation dans un article (&#034;Apr&#232;s Munich&#034;), Trotski fixait presque au mois pr&#232;s l'&#233;clatement de la deuxi&#232;me guerre mondiale. Des foules avaient acclam&#233; &#224; sa descente d'avion Daladier (il apportait la paix), qui aurait murmur&#233; &#034;les cons !&#034; (voir Sartre &#034;Les chemins de la libert&#233;&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tante Ida nous offrit l'asile au Qu&#233;bec. L'horreur de la guerre, la menace d'une victoire de Hitler, pesait sur nos t&#234;tes. Mais apr&#232;s avoir d&#233;lib&#233;r&#233; et r&#233;fl&#233;chi, nous d&#233;cid&#226;mes, Barta et moi, de vivre ici notre engagement jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces de notre organisation n'augmentaient pas, mais d&#233;clinaient plut&#244;t. Fin 38 un nouveau parti, fort de quelques milliers d'adh&#233;rents, &#233;tait n&#233; d'une scission de la SFIO. Issu de la Gauche prol&#233;tarienne, le PSOP (Parti ouvrier et paysan) avait &#224; sa t&#234;te des personnalit&#233;s comme Marceau Pivert, Michel Collinet, ou encore Daniel Gu&#233;rin, proche de Trotski. Des camarades, sous la direction de Rous et de Craipeau, se pronon&#231;aient pour l'entr&#233;e dans le nouveau parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski, qui avait si souvent s&#233;v&#232;rement critiqu&#233; les insuffisances et l'incapacit&#233; de l'organisation de se lier aux masses, revenait sur ce sujet en avril 39, dans une interview avec des camarades am&#233;ricains : &#034;notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence de conditions qui lui permettraient l'improvisation&#034;. De m&#234;me qu'en 1934 pour la SFIO, il pr&#233;conisait l'entr&#233;e au PSOP, comme une chance de trouver un milieu favorable pour la diffusion de nos id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d'&#226;pres d&#233;bats - James Cannon, un dirigeant de la section am&#233;ricaine (le Socialist Workers Party), &#233;tait m&#234;me venu &#224; Paris pour soutenir les th&#232;ses du Vieux - une fraction du POI adh&#233;ra au PSOP en f&#233;vrier 39, avec toute libert&#233; d'expression et la possibilit&#233; d'avoir son propre organe, un mensuel &#034;La Voie de L&#233;nine&#034;. Barta y collaborait. Naville, Hic et quelques autres ne nous suivirent pas. Pour moi, ce tournant fut tout &#224; fait rentable. Je fus affect&#233;e &#224; la 3&#232;me section des Jeunesses (JSOP), quartier de la R&#233;publique, o&#249; il y avait un bon nombre de filles et de gar&#231;ons dont les parents &#233;taient de petits artisans juifs. Le quartier &#233;tait vivant et les jeunes pleins de bonne volont&#233;. Avec ma &#034;culture trotskiste&#034; je pris aussit&#244;t de l'ascendant : l'esprit d'&#233;quipe, la discipline, l'&#233;ducation, cela leur convenait tout &#224; fait. On avait un ordre du jour strict et on v&#233;rifiait l'ex&#233;cution de nos t&#226;ches : prospection du quartier, recensement des commissariats et des casernes, collage de papillons et d'affiches, compte-rendus de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On allait aussi en groupe &#224; des s&#233;ances de cin&#233;ma, dont on d&#233;battait ensuite. Les r&#233;sultats se firent sentir et me valurent les f&#233;licitations du comit&#233; central de notre fraction ! Cependant l'esprit de discipline devait aller de pair avec le respect de l'individu et de la d&#233;mocratie. J'en fis la preuve le jour o&#249; Foirier, un militant connu du groupe Molinier vint, apr&#232;s d'autres, nous expliquer avec emphase les raisons de son adh&#233;sion au PSOP. D&#232;s qu'il e&#251;t fini son discours, je demandai &#224; Fanny, une jeune camarade nouvelle dans la section, de nous dire &#224; son tour les raisons de son adh&#233;sion : en quelques mots, elle parla de fa&#231;on simple et fort bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t pour moi &#233;tait de passer enfin du simple apprentissage - dans le POI je m'&#233;tais le plus souvent content&#233;e d'&#233;couter - &#224; une activit&#233; pratique de recrutement et d'&#233;ducation. Les JSOP avaient leur journal, la Jeune Garde. Ma seule contribution, sur l'insistance d'un camarade, fut un article sur la presse f&#233;minine. J'achetai, pour me documenter, tous les magazines de la presse du c&#339;ur, avec leurs images de princes charmants &#233;pousant des midinettes. L'article parut, je ne sais pas s'il &#233;tait bien &#233;crit, je ne l'ai pas conserv&#233;. Pour une courte p&#233;riode je fus charg&#233;e de la tr&#233;sorerie. Notre tr&#233;sorier, appel&#233; au service militaire, me repassa la casquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai revu Louis Bonnel seulement des dizaines d'ann&#233;es plus tard &#224; une f&#234;te de Lutte Ouvri&#232;re ; malgr&#233; les outrages du temps il m'a reconnue, et c'est lui qui vint &#224; ma rencontre pour me rappeler ce vieux souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au JSOP que je recrutai notre camarade Fanny avec qui je devais rester li&#233;e pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son souvenir (moi-m&#234;me j'ai oubli&#233; cet &#233;pisode) je l'abordai au local : &#034;quel &#226;ge as-tu ?&#034; A cette question qui lui parut un peu insolente venant d'une &#034;fillette&#034; elle me r&#233;pondit : &#034;et toi ?&#034; Nous nous d&#233;couvr&#238;mes le m&#234;me &#226;ge, &#224; quelques mois pr&#232;s : 19 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le local du PSOP se trouvait Bd. Rochechouart ; il y venait beaucoup de monde et selon les bonnes habitudes, on y discutait beaucoup. Un jour, exc&#233;d&#233;e, je me pris de bec avec un jeune qui p&#233;rorait avec d&#233;magogie, &#224; mon sens d'une fa&#231;on indigne pour un militant trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris des dizaines d'ann&#233;es plus tard que le jeune Boussel n'&#233;tait autre que le futur Lambert, l'h&#233;ritier politique de Molinier. Ce groupe ne manquait pas de d&#233;magogues. Pour moi, un militant n'est pas un pr&#234;cheur, encore moins un bateleur. C'est un homme, une femme parmi d'autres, essayant d'&#233;lever son savoir et sa conscience &#224; la hauteur du combat pour l'&#233;mancipation du genre humain. &#034;L'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes&#034;. En m&#234;me temps nous savions que &#034;le capitalisme condamne les travailleurs &#224; l'ignorance, limitant &#224; l'avant-garde du prol&#233;tariat la possibilit&#233; de d&#233;passer ses difficult&#233;s pour arriver &#224; une claire compr&#233;hension des t&#226;ches de la classe ouvri&#232;re&#034;. D&#232;s ma premi&#232;re prise de conscience, bien avant d'avoir lu ce texte du Vieux &#233;crit en 1929, c'est &#224; ce r&#244;le que j'identifiais l'engagement du militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le PSOP, qualifi&#233; par nous de parti centriste, allait avoir une existence br&#232;ve. En ao&#251;t 1939 le pacte germano-sovi&#233;tique &#034;de non agression&#034;, avec une clause secr&#232;te de partage de la Pologne, &#233;tait sign&#233; par Ribbentrop pour l'Allemagne et Molotov pour l'URSS. La France et l'Angleterre qui n'avaient pas bronch&#233; au moment de l'Anschluss de l'Autriche, de l'annexion des Sud&#232;tes, puis de l'occupation de Prague par Hitler, cri&#232;rent &#224; la trahison sovi&#233;tique. Les staliniens, bien entendu, la justifi&#232;rent. Daladier en prit pr&#233;texte pour dissoudre par d&#233;cret le PC et, dans la foul&#233;e, toutes les organisations d'extr&#234;me-gauche. D'ailleurs, aussit&#244;t apr&#232;s, en riposte &#224; l'occupation par les Allemands de Danzig, enclave polonaise en Prusse, la guerre &#233;tait d&#233;clar&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants se dispers&#232;rent, certains &#233;taient mobilis&#233;s, ceux qui restaient ne pouvaient plus avoir d'activit&#233; l&#233;gale. Rous demanda &#224; me voir et, m'expliquant la situation, me chargea de garder les contacts avec les camarades dans toute la mesure du possible. Mais ce possible &#233;tait r&#233;duit &#224; n&#233;ant. (Barta a pr&#233;cis&#233; par ailleurs dans une note, comment il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; quitter le groupe apr&#232;s une r&#233;union avec des camarades &#034;responsables&#034; au jardin du Luxembourg).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrions dans l'&#232;re de la &#034;dr&#244;le de guerre&#034;. Des millions d'hommes &#233;taient mobilis&#233;s, mais rien ne se passait. Nous vivions avec le couvre-feu, le camouflage des fen&#234;tres, les masques &#224; gaz en bandouli&#232;re, les affiches &#034;Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts&#034; et &#034;Les oreilles ennemies nous &#233;coutent&#034;. Pour la premi&#232;re fois je pouvais contempler la lune et les &#233;toiles dans le ciel sombre de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Petite Roquette J'avais maintenu des relations avec des jeunes de mon secteur des JSOP. Ce fut suffisant pour d&#233;cider Barta &#224; sortir une feuille polycopi&#233;e, intitul&#233;e &#034;L'Ouvrier&#034;. Une camarade du POI, Julie, me permit d'utiliser sa machine &#224; &#233;crire ; je tapais les textes sur des stencils, et nous nous r&#233;partissions au mieux les feuilles &#224; diffuser. La police daladi&#233;riste arr&#234;tait en masse les militants communistes, ceux qui n'acceptaient pas de d&#233;savouer le parti et le fameux pacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez prit la poudre d'escampette &#224; Moscou. Mais dans la foul&#233;e, la police ne s'en prenait pas seulement au PC. C'est ainsi que fut arr&#234;t&#233; aussi en ao&#251;t 39 notre camarade Marcel Baufr&#232;re, et incarc&#233;r&#233; &#224; Fresnes. Seule la famille pouvait rendre visite au prisonnier. Il n'en avait pas &#224; Paris, &#224; part son &#034;&#233;pouse&#034;. J'allais donc chaque semaine lui rendre visite &#224; Fresnes, o&#249; les d&#233;tenus vivaient dans les plus mauvaises conditions. L'hiver ils n'&#233;taient pas chauff&#233;s, et je vois encore ses mains enfl&#233;es, des engelures aux doigts. La nourriture &#233;tait infecte. Le d&#233;tenu parlait &#224; son visiteur &#224; travers une double grille et sous la surveillance d'un gardien. Le r&#233;confort que je lui apportais fut de courte dur&#233;e. J'ignorais qu'un des gar&#231;ons de notre cercle &#233;tait en relations avec des militants du groupe Molinier. Quand ils furent arr&#234;t&#233;s, ce jeune indiqua aux policiers l'adresse o&#249; nous devions nous rencontrer. C'est ainsi qu'un soir o&#249; nous &#233;tions r&#233;unies, trois filles, Fanny, Rachel et moi, nous v&#238;mes d&#233;barquer trois inspecteurs malabars qui demand&#232;rent qui d'entre nous &#233;tait Louise. Bien s&#251;r, nous ne connaissions pas de Louise, mais ils nous embarqu&#232;rent quand m&#234;me. Dans la voiture qui nous emmenait au commissariat, les flics demand&#232;rent aux deux filles qui portaient un nom &#224; consonance &#233;trang&#232;re, de tourner la t&#234;te pour voir si elles avaient un profil juif. Et on n'&#233;tait pas encore sous l'occupation nazie ! L'arrestation ne suscita en moi aucun sentiment de panique. &#034;Voil&#224;, c'est arriv&#233;&#034;. Victor Serge a bien d&#233;crit ce moment dans un de ses romans (Les hommes dans la prison).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ma carte d'identit&#233; j'&#233;tais domicili&#233;e &#224; l'adresse de Baufr&#232;re, dans le 1er arrdt. (il &#233;tait &#224; ce moment employ&#233; &#224; la Poste du Louvre). Les flics m'y emmen&#232;rent donc ; je demandai la cl&#233; &#224; la concierge, qui me connaissait, et nous voil&#224; dans le petit appartement qui &#233;tait rest&#233; en l'&#233;tat, c'est-&#224;-dire dans le plus grand d&#233;sordre, depuis l'arrestation de Marcel, cinq mois avant. Les flics renonc&#232;rent &#224; la perquisition, avec cette r&#233;flexion d&#233;daigneuse : &#034;vous ne faites pas souvent le m&#233;nage&#034;. Nous pass&#226;mes un temps au commissariat, en attendant nos d&#233;positions, assises c&#244;te &#224; c&#244;te sur des chaises dans un couloir et surveill&#233;es par nos flics en civil ; au moment o&#249; ils sommeillaient dodelinant de la t&#234;te, Fanny chuchota : &#034;Louise&#034;. Un moment d'angoisse ! Heureusement les flics n'avaient rien entendu. Ensuite nous f&#251;mes transf&#233;r&#233;es &#224; la Conciergerie pour les formalit&#233;s d'usage. Je passai une nuit dans une cellule avec une d&#233;tenue de droit commun qui se lamentait ; mais quand elle aper&#231;ut deux petites souris sorties de leur trou, elle se mit &#224; pousser des cris d'&#233;pouvante. J'essayais de la raisonner, tout en trouvant la sc&#232;ne comique. Enfin, mesur&#233;es, pes&#233;es, &#233;tiquet&#233;es, nous f&#251;mes embarqu&#233;es dans le panier &#224; salade pour la Petite Roquette, en d&#233;tention pr&#233;ventive. Le lendemain de mon arriv&#233;e &#224; la prison fut aussi celui de mon 20&#232;me anniversaire. J'avais une forte migraine et obtins d'une bonne s&#339;ur un cachet d'aspirine. Les gardiennes &#233;taient toutes des religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se prot&#233;ger, en tant qu'&#233;tranger, Barta avait r&#233;ussi &#224; se faire embaucher comme ouvrier &#224; l'usine Hispano. Du fait de la mobilisation, les patrons et les fabricants d'armes manquaient de main-d'&#339;uvre ; on en exempta donc et on maintint au travail un certain nombre d'ouvriers, &#034;affect&#233;s sp&#233;ciaux&#034;. Un vieil ouvrier parisien enseigna au nouvel apprenti l'ajustage et l'invitait le dimanche &#224; partager en famille le gigot haricots. Nous habitions &#224; l'&#233;poque Bd. Serrurier une chambre de bonne, sans eau courante, avec seulement un robinet sur le palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette adresse resta inconnue aux flics. Le jour de mon arrestation, en partant &#224; ma r&#233;union j'avais laiss&#233; un mot sur la table : &#034;le lait est bouilli&#034;. Ce fut le dernier message qu'il eut de moi (il s'en rappelait encore des ann&#233;es apr&#232;s) et nous ne communiqu&#226;mes plus jusqu'&#224; ma lib&#233;ration. En fait de &#034;message&#034;, les flics en avaient trouv&#233; un dans mon sac : une lettre inachev&#233;e, destin&#233;e &#224; un jeune camarade mobilis&#233; dont j'&#233;tais la &#034;marraine&#034; et l'informant que je lui envoyais &#034;Le Temps&#034;. C'&#233;tait s&#251;rement un mot de code cach&#233; ! Il me fallut argumenter pour les persuader que c'&#233;tait tout simplement un journal, le grand quotidien du soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Petite Roquette nous &#233;tions assises en rangs serr&#233;s dans une immense salle, sur des chaises basses, et sous la surveillance d'une religieuse juch&#233;e sur un pupitre qui nous imposait le silence. Pour nous parler, nous devions donc chuchoter. La nuit, qui tombait t&#244;t, on nous enfermait dans nos cellules. Elles &#233;taient pr&#233;vues pour une personne, nous &#233;tions trois dans la mienne ; je la partageais avec une ouvri&#232;re des presses et l'&#233;pouse d'un maire, toutes les deux communistes, comme le reste des d&#233;tenues. L'hiver &#233;tait rigoureux et les cellules n'&#233;taient pas chauff&#233;es. Je passai ma premi&#232;re nuit &#224; grelotter. Mais d&#232;s le lendemain mes compagnes d'infortune m'apprirent comment faire mon lit &#034;en portefeuille&#034; et tout alla bien par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t le matin, au r&#233;veil, nous &#233;tions align&#233;es en file, seins nus, pench&#233;es sur des robinets d'o&#249; coulait une eau glaciale. La s&#339;ur nous surveillait d'un regard s&#233;v&#232;re. La nourriture &#233;tait plus qu'infecte. Des vers grouillaient dans le riz charan&#231;onn&#233;, plat exclusif. Mais la plupart d'entre nous recevaient de l'argent du dehors et se nourrissaient &#224; la cantine. Ce n'&#233;tait qu'un modeste menu, un seul plat, mais mangeable, souvent du hachis parmentier. On allait le chercher &#224; la cuisine et on mangeait &#224; notre place. J'exigeai de Fanny qu'elle ne picore pas dans le plat sur le trajet - il fallait traverser toute la salle - notre dignit&#233; ne devait-elle pas se manifester dans chaque geste ? Pour ma part je ne recevais pas d'argent. Fanny &#233;tait bien soutenue par ses parents et partageait tout avec moi. Son p&#232;re, ouvrier tailleur immigr&#233; de Pologne, avait &#233;t&#233;, comme tant d'autres de sa g&#233;n&#233;ration, li&#233; au mouvement socialiste. Ne voyant pas rentrer sa fille, il prit aussit&#244;t la pr&#233;caution de cacher tout ce qui pouvait &#234;tre &#034;subversif&#034;, et les flics venus perquisitionner ne trouv&#232;rent rien. Par chance ils n'aper&#231;urent pas non plus une brochure rest&#233;e par m&#233;garde bien en vue sur la table ! Nous avons souvent repens&#233; &#224; &#034;La lettre vol&#233;e&#034; d'Edgar Allan Poe... Rachel se tenait &#224; l'&#233;cart, d&#233;cid&#233;e &#224; ne plus recommencer pareille aventure. Gr&#226;ce sans doute &#224; un bon avocat, elle fut la premi&#232;re &#224; &#234;tre rel&#226;ch&#233;e. Chaque jour nous avions droit &#224; la promenade, nous tournions en rond dans la cour, comme dans la gravure de Gustave Dor&#233; (reprise par Van Gogh). Des moineaux grassouillets &#233;taient les seuls messagers d'un monde au-del&#224; des murs. Dimanche, au moment de la promenade, la bonne s&#339;ur arrivait avec un chaudron fumant et nous tendait &#224; chacune, au passage, un morceau de viande de pot-au-feu au bout de sa fourchette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre grande chance fut l'existence d'une biblioth&#232;que. A longueur de journ&#233;e, nous lisions les romans de Balzac et les commentions (entre nous) &#224; voix basse. Quel monde extraordinaire, nous en oubliions nos mis&#232;res. &#034;Je suis plus libre que beaucoup de ceux qui se prom&#232;nent &#224; ciel ouvert&#034;, avait &#233;crit Louise Michel dans sa prison de St. Lazare ; &#034;ceux-l&#224; sont prisonniers par la pens&#233;e, ils sont encha&#238;n&#233;s par leur propri&#233;t&#233;, par leurs int&#233;r&#234;ts d'argent, par leur stricte n&#233;cessit&#233; de vie, absorb&#233;s au point de ne pouvoir vivre en &#234;tre humains, en &#234;tres pensants.&#034; Fanny essaya aussi de m'apprendre &#224; tricoter. J'y mettais de la bonne volont&#233;, sans succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle finit par tricoter elle-m&#234;me le beau pull en laine bleu-roi qu'elle m'offrit, et qui pour moi entra dans la l&#233;gende. La messe dominicale &#233;tait peu fr&#233;quent&#233;e. Sur les fiches d'&#233;tat civil qu'on nous demanda de remplir &#224; notre arriv&#233;e &#224; la Petite Roquette, figurait aussi, &#224; mon grand &#233;tonnement, la religion. A l'insistance de la gardienne nous oppos&#226;mes un obstin&#233; &#034;sans religion&#034;. Pour nous &#233;viter d'&#234;tre mises en quarantaine par les d&#233;tenues staliniennes, ce qui est arriv&#233; &#224; nos camarades trotskistes (du groupe Molinier), nous nous pr&#233;sentions comme des syndicalistes. Je n'ai d'ailleurs jamais entendu ces femmes &#233;changer des r&#233;flexions politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles parlaient de recettes de cuisine, de faits divers, ou se faisaient lire les lignes de la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous pr&#233;venait &#224; l'avance du jour o&#249; nous devions passer devant le juge d'instruction. Au Palais de Justice l'attente &#233;tait longue. Dans la cellule o&#249; on nous enfermait d&#232;s le matin, barbouill&#233;e d'inscriptions ad hoc, on avait droit aussi &#224; un livre correspondant au niveau extr&#234;mement bas qu'on nous supposait. Notre tactique consistait &#224; jouer les na&#239;ves. Menant les interrogatoires &#224; la cha&#238;ne, le juge Rousselet demanda &#224; Fanny : &#034;enfin, vous, qu'est-ce que vous &#234;tes ?&#034;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#034;St&#233;nodactylo, monsieur le juge...&#034; Quant &#224; moi, devant mon air innocent, il s'&#233;tonna que je ne sois pas &#224; Fresnes, avec les mineures. Nous pouvions nous permettre ce jeu, &#233;tant donn&#233; qu'il n'y avait contre nous aucune preuve ; m&#234;me un livre politique aurait suffi, mais chez Fanny les parents avaient intelligemment fait le m&#233;nage, et chez moi, c'est-&#224;-dire &#224; mon adresse, les flics avaient tourn&#233; les talons. Un jour, ce fut la seule fois, je fus moi aussi appel&#233;e au parloir, &#224; mon grand &#233;tonnement. Je parlai &#224; travers la grille &#224; une jeune femme qui se pr&#233;senta comme la s&#339;ur de Marcel ; elle &#233;tait venue de la Sarthe pour voir son fr&#232;re &#224; Fresnes, et le premier souci de Marcel fut de lui demander de me rendre visite &#224; la Petite Roquette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es pour &#034;atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat&#034; ; mais faute de preuves nous fin&#238;mes par obtenir un non-lieu. Quel &#233;blouissement de se trouver un matin de printemps dans la rue, sur le trottoir, devant les grilles du Palais de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'avais devant moi un grave probl&#232;me &#224; r&#233;soudre et je m'empressai d'aller consulter un m&#233;decin de notre bord, qui bravait les lois contre l'avortement en vigueur. Dans la situation o&#249; nous &#233;tions et devant les &#233;v&#233;nements qui se pr&#233;paraient, il n'h&#233;sita pas &#224; me faire hospitaliser dans une clinique pour une intervention qui se d&#233;roula dans de bonnes conditions. Je ne nourrissais aucun d&#233;sir d'avoir des enfants, et encore moins quand nous avions devant nous, et nous le savions, les plus dures &#233;preuves. L'exode &#233;tait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forte de mon non-lieu, je retournai voir mon ancien employeur. Il me re&#231;ut avec sympathie et me fit une authentique le&#231;on de d&#233;mocratie. Je m'entendis dire &#224; peu pr&#232;s ceci : &#034;c'est bien que vous soyez de retour parmi nous, mais &#224; l'avenir sachez qu'en France on a le droit de tout dire, mais pas de faire&#034;. Ce m&#234;me mois de mai les chars allemands, les &#034;Panzerdivisionen&#034;, d&#233;ferl&#232;rent sur la Belgique, sur le nord de la France et se dirigeaient sans obstacle sur Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne Maginot contourn&#233;e, les soldats &#233;taient fait prisonniers par dizaines de milliers, les officiers d&#233;sertaient &#224; l'approche de Hitler, que beaucoup d'ailleurs admiraient dans leur for int&#233;rieur. Parmi la population, c'&#233;tait l'indiff&#233;rence devant l'impasse, un &#034;d&#233;faitisme passif&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde &#224; Paris parlait d'&#233;vacuation. Mon employeur proposa au personnel de nous replier avec lui par camion en province, ou de verser une indemnit&#233; &#224; ceux qui voulaient se d&#233;brouiller par eux-m&#234;mes. Je choisis bien s&#251;r la derni&#232;re solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce p&#233;cule, nous voil&#224; quittant un Paris d&#233;sert, par un beau temps ensoleill&#233; de juin, un balluchon &#224; la main, pour une longue randonn&#233;e &#224; travers la France. Files interminables de gens de tous &#226;ges, avec ou sans v&#233;hicule, charg&#233;s de toutes sortes d'objets, s'&#233;grenant sur les routes, fuyant le danger. C'&#233;tait l'exode. Nous n'avons pas &#233;t&#233; t&#233;moins de bombardements, que certains r&#233;fugi&#233;s ont subi. On couchait parfois dans des granges ou des &#233;tables, plus ou moins bien accueillis, parfois en plein champ. Devant un verger d'abricotiers, que nous regardions avec convoitise, le paysan nous encouragea d'en cueillir. Les probl&#232;mes de ravitaillement ne se posaient pas encore. Et c'est ainsi que, dans notre tour de France, nous arriv&#226;mes &#224; Perpignan, belle ville ensoleill&#233;e, trop m&#234;me. Heureusement il y avait la fra&#238;cheur des jardins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas le souvenir que nous ayons fait tout ce long chemin autrement qu'&#224; pied ; mais la m&#233;moire peut &#234;tre d&#233;faillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tirailleurs s&#233;n&#233;galais, en costume militaire et ch&#233;chia rouge, stationnaient dans la ville, sans doute en instance de d&#233;part. Comme chacun sait, ils avaient pris part &#224; la &#034;d&#233;fense de la patrie&#034;. M'&#233;tant approch&#233;e d'un petit groupe, l'un d'entre eux interpr&#233;ta &#224; sa mani&#232;re ma curiosit&#233; et me proposa le mariage, une belle vie en Afrique. Les malheureux tirailleurs s&#233;n&#233;galais laissaient malgr&#233; eux un bien triste souvenir : ils avaient servi comme gardiens dans les camps o&#249; &#233;t&#233; parqu&#233;s les r&#233;fugi&#233;s espagnols apr&#232;s la victoire de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jours paisibles en Savoie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre &#233;tait finie, l'armistice sign&#233; par le mar&#233;chal P&#233;tain, le &#034;h&#233;ros de Verdun&#034;. Nous pr&#238;mes le chemin du retour. Me payant d'audace, j'allai &#224; la mairie de Perpignan demander une aide pour le retour. &#034;Vous les Parisiens, vous croyez qu'on est riches et qu'on peut donner de l'argent &#224; tout le monde&#034;. Dite avec l'accent du Roussillon cette remarque me surprit et me fit aussi plaisir : je me voyais trait&#233;e de parisienne, moi &#224; qui on demandait toujours &#224; Paris &#034;d'o&#249; j'&#233;tais&#034;. Je n'eus pas de subvention. Delu connaissait l'adresse de son cousin, Solo K&#246;rner, m&#233;decin &#224; Epierre, un village de Savoie non loin de Chamb&#233;ry. Ce sera notre premi&#232;re &#233;tape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Epierre, nous apprenons que le docteur avait &#233;t&#233; mobilis&#233;, mais qu'il avait donn&#233; de ses nouvelles et serait bient&#244;t de retour. Sans m&#233;fiance on nous ouvrit la maison, une vieille demeure spacieuse, avec un grand jardin. De hautes montagnes se dressaient &#224; l'horizon, autour de nous tout &#233;tait vert, le jardin regorgeait de l&#233;gumes et de fruits en ce mois d'ao&#251;t, les vaches rentraient le soir &#224; l'&#233;table en faisant tinter leurs clochettes, nous allions chercher le lait et le fromage &#224; la ferme. La guerre n'&#233;tait pas pass&#233;e par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur ne tarda pas &#224; rentrer. Il faisait partie des notables, et le maire, qui essayait sans succ&#232;s de le marier &#224; sa fille, nous invitait souvent dans sa maison, et nous r&#233;galait d'excellentes liqueurs de fruits. Le docteur &#233;tait bien int&#233;gr&#233; et tr&#232;s appr&#233;ci&#233; comme m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'il avait commenc&#233; sa carri&#232;re au village de Termignon, non loin de Modane, et c'est &#224; dos de mulet qu'il grimpait dans la montagne pour porter secours aux malades, qui en g&#233;n&#233;ral appelaient le m&#233;decin en derni&#232;re extr&#233;mit&#233;. C'&#233;tait un plaisir de l'&#233;couter raconter des anecdotes dr&#244;les ; il ne s'&#233;pargnait pas lui-m&#234;me et avouait qu'&#233;tudiant il avait r&#233;pondu dans un examen que la maladie du charbon &#233;tait une affection des mineurs. En 1940 il y avait encore dans cette r&#233;gion des hameaux o&#249; les maisons n'avaient pas de fen&#234;tres et les paysans goitreux &#233;taient nombreux. Le changement ne vint que plus tard, avec l'installation de l'industrie dans la vall&#233;e de la Maurienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me rendre utile, le docteur ayant d&#233;j&#224; une femme de m&#233;nage, j'offris de faire la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un pari p&#233;rilleux, puisque je ne savais rien faire. A Paris, pour faire cuire des p&#226;tes, ne les avais-je pas plong&#233;es dans l'eau froide ? Mais au village il y avait une ambiance tr&#232;s sociable. Je demandai donc de l'aide &#224; une jeune femme qui me conseilla volontiers. C'est ainsi que je r&#233;ussis m&#234;me &#224; faire des flans pour le dessert, dont on jouait les parts &#224; la belote ; j'avais toujours la plus petite part, ce qui de toute fa&#231;on n'&#233;tait que justice. Je m'attaquai aussi &#224; la soupe de l&#233;gumes, avec les l&#233;gumes du jardin. Prudente, je montrai d'abord ma cueillette au docteur : malheur, ce que j'avais pris pour des poireaux &#233;taient des tiges d'iris ; j'avais failli nous empoisonner. La &#034;blague&#034; eut beaucoup de succ&#232;s et nous en parlions encore longtemps apr&#232;s. Se moquer d'autrui, n'est-ce pas le propre de l'homme ? A condition de respecter les limites : &#034;&#234;tre saoul comme un Polonais&#034; par exemple, valut &#224; Solo une s&#233;v&#232;re le&#231;on de morale de la part de Delu. Cependant, je fus d&#233;&#231;ue par un geste de pingrerie chez ce brave Solo. Mon unique paire de chaussures, avec laquelle j'&#233;tais partie de Paris, &#233;tait maintenant en piteux &#233;tat. Or il y avait au village un cordonnier qui fabriquait des chaussures rustiques &#224; bas prix. Mais le docteur refusa de me donner l'argent pour les acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait maintenant temps de songer &#224; remonter sur Paris. Delu avait l'adresse d'un camarade, que nous avons connu en 39 &#224; Paris. A cette &#233;poque il &#233;tait amoureux &#233;conduit d'une jolie rousse, fille d'une &#034;pacifiste&#034; amie de Jean Giono. C'est gr&#226;ce &#224; elle que j'ai d&#233;couvert la musicalit&#233; de la langue fran&#231;aise : comme le parler de cette fille &#233;tait m&#233;lodieux, comme son accent &#233;tait charmeur et raffin&#233; ! A partir de ce jour je d&#233;cr&#233;tai que le fran&#231;ais &#233;tait la langue la plus belle au monde et n'en d&#233;mordrai plus. (&#034;Gott beh&#252;te&#034; (que Dieu nous garde), comme aurait dit ma m&#232;re, qu'on ne l'entende un jour &#233;ruct&#233;e par un Hitler national).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cet &#233;t&#233; 40, Jacques Ramboz &#233;tait instituteur en Is&#232;re. Enfourchant un v&#233;lo, Barta alla lui proposer de se joindre &#224; nous pour &#034;nous remettre au travail&#034;. Sur le chemin du retour, p&#233;dalant derri&#232;re un camion dans une c&#244;te, il fit une chute en tendant machinalement le bras pour attraper la corde qu'on lui lan&#231;ait. Rentr&#233; avec une clavicule cass&#233;e, il &#233;tait heureusement entre de bonnes mains chez le docteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 ao&#251;t 1940 un entrefilet dans un journal local nous apprit l'assassinat de Trotski &#224; Mexico. J'&#233;clatai en sanglots de d&#233;sespoir. Mais la tragique nouvelle ne faisait que renforcer ma d&#233;termination de lutter, &#224; avec mes moyens, jusqu'&#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d&#233;but septembre, nous f&#238;mes nos adieux pour rentrer &#224; Paris. L'arm&#233;e allemande avait occup&#233; la moiti&#233; nord de la France, la moiti&#233; au sud de la Loire &#233;tait &#034;zone libre&#034;, sous l'autorit&#233; du gouvernement de Vichy. Entre les deux il y avait une &#034;ligne de d&#233;marcation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; cette ligne, des contr&#244;leurs allemands v&#233;rifiaient si les voyageurs dans le train &#233;taient en r&#232;gle, tout en scrutant leur faci&#232;s. Nous pass&#226;mes sans encombre. Il me semble que c'est par notre camarade Ramboz, qui avait sans h&#233;siter quitt&#233; son poste d'instituteur et nous avait suivi &#224; Paris, que nous avons pu nous loger rue de la Grande Chaumi&#232;re, dans le quartier Montparnasse, au dernier &#233;tage d'un vieil immeuble. Un Am&#233;ricain, un de ces nombreux intellectuels ou artistes fr&#233;quentant Paris, avait habit&#233; l&#224; ce petit appartement meubl&#233;, d'une pi&#232;ce cuisine. Tout &#233;tait rest&#233; en l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pari sur l'avenir Paris occup&#233; &#233;tait paisible. L'entreprise o&#249; j'avais travaill&#233; avait repris son activit&#233; sous le contr&#244;le des Allemands ; j'y fus r&#233;embauch&#233;e. Le rationnement &#233;tait institu&#233; pour l'alimentation, le tabac, les textiles. Tout le monde devait s'inscrire &#224; la mairie, qui distribuait les cartes de ravitaillement. Les rations, pour les denr&#233;es essentielles, &#233;taient en dessous du minimum vital, et le march&#233; noir se mit en route. En m&#234;me temps des mesures discriminatoires &#233;taient &#233;dict&#233;es contre les Juifs ; habitu&#233;s au respect de la l&#233;galit&#233;, peu de gens les transgressaient. J'avais une gentille coll&#232;gue de travail, n&#233;e en France de parents polonais. Quand le port de l'&#233;toile jaune fut d&#233;cr&#233;t&#233;, je lui expliquai qu'elle courait moins de dangers &#224; ne pas la porter. Mais, me r&#233;pondit-elle, tout le monde dans le quartier nous conna&#238;t (elle habitait le 11&#232;me). Elle venait donc au bureau avec l'&#233;toile jaune, jusqu'au jour o&#249; on ne la revit plus. L'inspecteur allemand, un monsieur de haute taille, en civil, venait r&#233;guli&#232;rement voir mon patron et j'assistais souvent &#224; ces entretiens, pour prendre des notes. Courtoisement, me parlant en allemand, il releva un jour mon &#034;accent autrichien&#034;. Etait-il dupe ? Je ne le pense pas. Cet Allemand n'&#233;tait certainement pas nazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions rentr&#233;s avec l'intention de reprendre le travail dans l'ill&#233;galit&#233;, mais nous formions une &#233;quipe bien maigre : &#224; part nous, Ramboz et ma camarade Fanny, que j'avais retrouv&#233;e &#224; son domicile, chez ses parents. Le hasard faisant parfois bien les choses, Barta rencontra un jour Bd. Montparnasse, un camarade du POI, Sabas, qui travaillait dans le cin&#233;ma. Il apprit par lui que des militants s'&#233;taient retrouv&#233;s et avaient reconstitu&#233; un groupe sous le nom de &#034;Comit&#233; pour la 4&#232;me Internationale&#034;. Sous le choc de la d&#233;faite fulgurante, de millions de prisonniers, de l'exode des populations et de l'occupation du pays par l'arm&#233;e allemande, des militants, parmi lesquels Marcel Hic et Jean Rous, &#233;taient tomb&#233;s dans le pi&#232;ge du nationalisme allant jusqu'&#224; pr&#233;coniser une alliance avec &#034;les bourgeois pensant fran&#231;ais&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta se mit sur le champ au travail pour d&#233;fendre les id&#233;es fondamentales du texte-manifeste &#034;La Quatri&#232;me Internationale et la guerre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelant simplement les pronostics du Vieux, Barta &#233;crivait en novembre 40 (nous &#233;tions encore &#224; huit mois de l'invasion de l'URSS par Hitler) qu'Hitler aurait en Russie le m&#234;me sort que Napol&#233;on, et que son r&#232;gne &#034;mill&#233;naire&#034; ne durerait pas dix ans. C'&#233;tait reprendre ce que Trotski avait &#233;crit le 30 juin 1940 dans son texte &#034;Notre voie reste inchang&#233;e&#034;. Ainsi vit le jour la brochure de novembre 40 &#034;La lutte contre la deuxi&#232;me guerre imp&#233;rialiste&#034; ; sur la page de couverture Ramboz avait grav&#233; un poing lev&#233; au-dessus des chemin&#233;es d'usine. Le texte &#233;tait tap&#233; au stencil et polycopi&#233; avec de l'encre et un rouleau sur un &#034;plat&#034;. Il fallait faire attention en marchant dans la pi&#232;ce, partout sur le plancher les feuilles fra&#238;chement tir&#233;es &#233;taient pos&#233;es pour s&#233;cher. On peut dire que cette brochure qui d&#233;fendait les th&#232;ses sur la guerre telles que Trotski les avait d&#233;velopp&#233;es maintes fois, mais que les trotskistes sous le choc des &#233;v&#233;nements avaient tout d'un coup oubli&#233;es, resta &#034;confidentielle&#034;, c'est-&#224;-dire qu'elle eut une diffusion infime. Cette guerre ne connut pas son Zimmerwald. Par la suite seulement, la brochure devait conna&#238;tre un sort meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1941 l'attaque de Hitler contre l'URSS modifia le paysage politique. Les staliniens qui en 1939 avaient retourn&#233; leur veste apr&#232;s la poign&#233;e de main Molotov-Ribbentrop - en 1940 Duclos avait m&#234;me demand&#233; aux Allemands l'autorisation de faire para&#238;tre l'Humanit&#233; - firent une nouvelle volte-face et redevinrent farouches patriotes fran&#231;ais. Nous savions que le sort de la guerre allait se jouer en URSS. Radio-Londres, que tout le monde &#233;coutait en sourdine (&#034;ici Londres, ici Londres, les Fran&#231;ais parlent aux Fran&#231;ais&#034;) &#233;tait notre seule source d'information. Barta &#233;pingla au mur une carte de l'URSS sur laquelle il d&#233;pla&#231;ait des &#233;pingles en m&#234;me temps que se d&#233;pla&#231;aient les fronts. D&#232;s la nouvelle de l'attaque, on diffusa un tract intitul&#233; &#034;Vive l'arm&#233;e rouge&#034;. Nous continu&#226;mes &#224; publier d'autres tracts, dans lesquels nous nous adressions surtout aux militants communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions d&#233;cid&#233; de ne pas rechercher le contact avec d'anciens militants, mais de recruter des &#233;l&#233;ments neufs et de construire un noyau. Notre premi&#232;re recrue fut Mathieu Bucholz ; c'est comme si nous avions d&#233;croch&#233; une &#233;toile du firmament. Ramboz avait &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve au lyc&#233;e Michelet, y avait milit&#233; aux JC et anim&#233; un club culturel ; c'est l&#224; qu'il connut Mathieu, de quelques ann&#233;es son cadet. En 1941 Ramboz n'eut pas de mal &#224; le gagner &#224; notre cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beau, intelligent, courageux, Mathieu avait de par ses dons plus d'une corde &#224; son arc. Il commen&#231;a par gagner son jeune fr&#232;re, puis deux autres recrues ; ancien camarade de classe de l'&#233;cole primaire de Goussainville, JC &#233;galement, Pierre Bois rejoignit aussit&#244;t notre groupe, avec son fr&#232;re cadet Jean. La machine &#233;tait lanc&#233;e. Jouant au r&#233;sistant, Mathieu sut nous procurer de vraies-fausses cartes d'identit&#233;, des cartes de ravitaillement, des exemptions du STO, le service de travail obligatoire pour l'Allemagne. De proche en proche nous recrutions d'autres jeunes ; parmi eux un gar&#231;on que nous appelions &#034;petit Paul&#034;, parce qu'il vivait chez sa m&#232;re, veuve, et lui &#233;tait tr&#232;s attach&#233;. Je me souviens de mon &#233;tonnement en apprenant qu'ils habitaient leur logement depuis plus de vingt ans, une &#233;ternit&#233; ! Avec le temps, bien s&#251;r, ma perception de la dur&#233;e devait se modifier totalement. Pour obtenir une &#034;permission&#034; pour petit Paul, parti en STO en Allemagne, je pr&#233;sentai &#224; la Kommandantur des papiers ad&#233;quats de mariage ; il rentra effectivement, mais ne devint pas militant. A quelque temps de l&#224; je retournai &#224; la Kommandantur, je ne me souviens plus sous quel autre pr&#233;texte. Je n'avais pas pr&#233;vu que j'allais me trouver en face de la m&#234;me employ&#233;e : elle me regarda, me dit d'une voix calme quelque chose comme &#034;vous &#234;tes d&#233;j&#224; venue&#034; ou &#034;je vous ai d&#233;j&#224; vue&#034;. C'&#233;tait la fin... Mais l'employ&#233;e mit les cachets n&#233;cessaires sur les papiers et me dit au revoir. Ce genre de complicit&#233; devenait, avec le temps, de plus en plus courant. Les &#233;tudiants b&#233;n&#233;ficiant d'un r&#233;gime de sursis pour le STO, Mathieu (que nous appelions d&#233;sormais Pamp) eut l'id&#233;e de munir certains camarades de cartes d'&#233;tudiant. Il s'adressa &#224; un professeur &#224; la Sorbonne ; apeur&#233;, celui-ci pr&#233;tendit ne rien pouvoir faire. Pamp expliqua alors carr&#233;ment l'enjeu au concierge, et obtenait d&#233;sormais autant de cartes en blanc qu'il voulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Bois, muni d'une carte d'&#233;tudiant en philosophie, l'orthographia avec un &#034;y&#034;. Je revois Pamp riant de bon c&#339;ur, la t&#234;te un peu pench&#233;e sur le c&#244;t&#233;, comme il en avait l'habitude quand la moquerie &#233;tait fraternelle. D'o&#249; lui venait son pseudonyme ? Du fait de la p&#233;nurie, on avait mis sur le march&#233; un ersatz (le mot allemand &#233;tait entr&#233; dans le langage) de th&#233;, le &#034;Mat&#233; Pamp&#233;ro&#034;, sorte de tisane. De Mathieu &#224; Pamp il n'y avait qu'un pas. Et Pamp est entr&#233; dans l'histoire, dans notre c&#339;ur et notre souvenir. Il distribua quelques autres pseudonymes astucieux. Pierre Bois travaillait comme employ&#233; aux chemins de fer ; il devint &#034;Vic&#034;, puisque le syndicat des cheminots russes en Octobre 17 (menchevik d'ailleurs) s'appelait Vikjel. Jean &#233;tant son fr&#232;re, il devint Lef&#232;vre. Le fr&#232;re cadet de Pamp travaillait comme laborantin &#224; l'Institut catholique, rue N.D. des Champs ; il devint Labb&#233;. Soit dit en passant, notre &#034;abb&#233;&#034; nous fabriqua au labo du savon (on en manquait totalement) qui avait bien l'aspect d'un savon, mais faute d'huile ne moussait pas. Les pseudonymes que nous nous &#233;tions donn&#233; nous-m&#234;mes &#233;taient ternes. Barta &#233;tait d&#233;sormais Albert, moi j'&#233;tais devenue Ir&#232;ne, Ramboz &#233;tait Lucien, Fanny s'appelait Lucienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos r&#232;gles de vie &#233;taient tr&#232;s strictes, impos&#233;es par le danger. Vic &#233;tant venu avec &#224; peine quelques minutes de retard &#224; son premier rendez-vous, Pamp lui recommanda d'&#234;tre ponctuel au prochain rendez-vous et, en guise de le&#231;on, prit cong&#233;. Une des relations bourgeoises de Pamp mit son appartement &#224; sa disposition ; on convint de s'y r&#233;unir, en recommandant &#224; tous d'avoir une tenue de circonstance. Vic avait m&#234;me mis un chapeau ; mais Ramboz, qui n'avait peut-&#234;tre pas bien retenu la consigne &#224; cause de sa surdit&#233;, arriva en tenue de campeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t la concierge entreb&#226;illa la porte de sa loge, pour lui demander o&#249; il allait. Il bredouilla une r&#233;ponse et passa. Les concierges n'&#233;taient pas toujours du mauvais c&#244;t&#233;. Ainsi, le concierge de l'immeuble o&#249; Ramboz occupait une mansarde, le pr&#233;vint du passage de la police venue enqu&#234;ter ; pour le remercier, Ramboz lui offrit un paquet de papier &#224; cigarettes (encore fallait-il trouver le tabac). Bien s&#251;r, la p&#233;nurie &#233;tait grande, malgr&#233; tout la modestie de ce &#034;cadeau&#034; nous a sembl&#233; quelque peu d&#233;risoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pamp jugea que nous n'&#233;tions pas en s&#233;curit&#233; rue de la Grande Chaumi&#232;re. Il trouva &#224; louer &#224; mon nom un studio confortable dans le 15&#232;me arrdt, ce qui nous rapprochait de lui ; il habitait chez ses parents, &#224; Issy-les-Moulineaux. La Grande Chaumi&#232;re fut un temps occup&#233;e par le camarade Raptis. Barta le connaissait du temps du POI ; c'&#233;tait un militant grec de vieille date, architecte de profession, qui avait fait de la prison comme trotskiste dans son pays, et s'&#233;tait exil&#233;, avec sa compagne, en France. C'est le hasard qui nous l'a fait rencontrer sous l'occupation, et pendant quelque temps Raptis milita dans notre groupe. Les jeunes camarades &#224; l'&#233;poque eurent la chance de s'instruire dans ses cours d'&#233;ducation, d'un haut niveau. Notre s&#233;paration eu lieu sur un diff&#233;rend politique. Il pensait que nous devions rejoindre les trotskistes regroup&#233;s, alors que Barta voulait conserver notre ind&#233;pendance, pour les raisons qu'il a d&#233;velopp&#233;es en 1943 dans son &#034;Rapport sur l'organisation&#034;. Cette s&#233;paration n'emp&#234;cha pas bien s&#251;r de lui laisser l'usage du logement, tout en le pr&#233;venant qu'il n'&#233;tait pas s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme son s&#233;jour se prolongeait, Barta m'envoya en &#034;service command&#233;&#034; lui dire qu'il devait d&#233;m&#233;nager. Bien nous en prit : peu de jours apr&#232;s son d&#233;part, la concierge m'arr&#234;tait au bas de l'escalier pour me pr&#233;venir que la Gestapo (ou la police) &#233;tait pass&#233;e la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouvait plus de litt&#233;rature marxiste. Tous les livres &#034;subversifs&#034; avaient &#233;t&#233; rafl&#233;s au moment de la vague d'arrestations de 39-40 ; je me souviens avoir vu, dans la nuit pass&#233;e au commissariat (en janvier 40), les livres s'empiler dans un grand tas au fur et &#224; mesure que les heures passaient. Ils ont d&#251; faire l'objet d'un trafic, car par la suite on en trouvait &#224; acheter sur les quais. Pendant les ann&#233;es de clandestinit&#233;, et m&#234;me quelque temps apr&#232;s la fin de la guerre, nous &#034;&#233;ditions&#034; et diffusions des extraits d'ouvrages classiques que nous avions ou que nous nous procurions. J'ai conserv&#233; des copies p&#226;lies de quelques-unes de ces pages que je tapais &#224; la machine. Pamp r&#233;cup&#233;rait des livres chez des &#233;migr&#233;s allemands, publi&#233;s dans les ann&#233;es vingt en caract&#232;res gothiques ; c'est ainsi que j'ai h&#233;rit&#233; d'une vieille &#233;dition de &#034;l'Origine de la famille et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034; d'Engels et de &#034;l'Origine du christianisme&#034; de Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Biblioth&#232;que Nationale nous avait &#224; nouveau ouvert ses portes. Nous y allions tous, une fonctionnaire complaisante nous d&#233;livrait des cartes d'entr&#233;e bien qu'aucun d'entre nous n'avait de titre universitaire, et tous les livres interdits dans les librairies ou les biblioth&#232;ques &#233;taient l&#224;, &#224; notre disposition. Lors l'une des pauses pendant lesquelles nous arpentions le couloir, dans ce fastueux immeuble de la rue de Richelieu, Ramboz fit l'objection qu'on consacrait trop de temps aux livres, au lieu de passer &#224; l'action. &#034;Mets ce r&#233;pit &#224; profit pour t'instruire&#034;, lui r&#233;pondit Barta, &#034;tu en auras bien besoin pour l'action le moment venu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action pour l'action n'&#233;tait pas notre but. Il ne s'agissait pas &#233;videmment du travail clandestin de propagande, que nous faisions &#224; notre mesure de diverses fa&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les temps &#233;taient durs. Un jour, Fanny s'approcha de Barta, pench&#233; sur son livre sous la lampe &#224; abat-jour vert de la BN, pour lui montrer discr&#232;tement un &#339;uf qu'elle avait r&#233;ussi &#224; se procurer. Mais selon Barta, ce n'&#233;tait vraiment pas le lieu ! Nous avions encore un pot de confiture &#233;paisse de cerises noires, qui nous restait d'un colis envoy&#233; par ma m&#232;re (avant que les liaisons ne soient pour toujours interrompues). Je revois la sc&#232;ne o&#249;, assis &#224; quatre autour de la table, rue de la Grande Chaumi&#232;re, Barta nous sert &#224; chacun une portion. Apr&#232;s avoir mang&#233; les cerises avec d&#233;lice, nous comptons les noyaux. Un ouf ! de soulagement et une s&#233;ance de rigolade : chacun avait dans son assiette le m&#234;me nombre de noyaux ! Les tickets de ravitaillement, cens&#233;s donner droit au &#034;minimum vital&#034;, &#233;taient en r&#233;alit&#233; bien en-dessous de ce minimum. Les jeunes d'une certaine tranche d'&#226;ge avaient des cartes &#034;J3&#034; et b&#233;n&#233;ficiaient de suppl&#233;ments, ainsi que les &#034;travailleurs de force&#034;. Les hommes recevaient des tickets de tabac, que les non-fumeurs &#233;changeaient contre d'autres tickets. Le rationnement portait sur tout, pain, viande, beurre, etc. Hiver comme &#233;t&#233;, avant m&#234;me le lever du jour, des queues s'allongeaient devant les boutiques. Le rutabaga, jadis r&#233;serv&#233; aux b&#234;tes, &#233;tait devenu un l&#233;gume familier, et objet de plaisanterie. En &#233;t&#233;, heureusement il y avait des arrivages de fruits. Ceux qui avaient de l'argent se procuraient de tout au &#034;march&#233; noir&#034; et au-del&#224; de leurs besoins : confirmation par l'absurde que dans le socialisme, o&#249; il y aura suffisamment pour tous, personne ne convoitera le superflu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En hiver les maisons n'&#233;taient pas chauff&#233;es, et malgr&#233; le brasero qu'on avait au bureau, j'avais des engelures &#224; tous mes doigts. Nous n'avions pas non plus d'eau chaude, l'&#233;lectricit&#233; fonctionnait avec des coupures ; un bain-douches &#233;tait ouvert dans le quartier &#224; proximit&#233;, o&#249; nous allions une fois par semaine. Le soir nous nous calfeutrions dans la petite entr&#233;e du studio pour travailler, lire, &#233;crire. On en oubliait les soucis, au point qu'un soir, ayant mis au four &#233;lectrique un lapin, dans la minuscule cuisine, je l'y laissai toute la nuit ; consternation de le trouver carbonis&#233; le lendemain matin. Pour prendre la mesure du drame, il faut dire que le lapin, que Pamp nous avait apport&#233;, provenait d'un troc que sa m&#232;re faisait avec la campagne (tricots contre ravitaillement) et que nous n'en avons jamais eu d'autre. Une fois nous sommes all&#233;s nous ravitailler &#224; la campagne dans une ferme, recommand&#233;s par la m&#232;re de Pamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#233;t&#233;, nous campions et &#233;tions heureux. Comme la p&#233;nurie portait aussi sur le papier de toilette, on s'offrit de bonnes tranches de rire en lisant &#224; haute voix dans Rabelais - que nous avions par co&#239;ncidence dans notre sac - la description des mille et une mani&#232;res de se torcher le derri&#232;re dans la nature. On prolongeait la s&#233;ance de rigolade en demandant &#224; Fanny de nous chanter, avec des tr&#233;molos, &#034;Malbrough s'en va-t-en guerre...&#034; Je ne me souviens malheureusement pas des noms et des visages des jeunes que nous avions &#034;en liaison&#034;. Je leur faisais des cours d'&#233;ducation, pour lesquels je puisais ma &#034;science&#034; dans les livres en prenant consciencieusement des notes. Mon cours de morale sur le mensonge, tout &#224; fait improvis&#233; celui-l&#224;, me parut tr&#232;s convaincant. Aura-t-il convaincu les autres, notamment le jeune ouvrier de chez Gnome-et-Rh&#244;ne qu'il visait particuli&#232;rement ? Je ne r&#233;ussis pas &#224; le gagner au militantisme. Nos forces en tout cas &#233;taient suffisantes pour d&#233;cider, fin 1942, de sortir r&#233;guli&#232;rement un &#034;journal&#034;. L'ing&#233;niosit&#233; de Pamp fit merveille. D&#233;guis&#233; en vieux professeur un peu vo&#251;t&#233;, muni de documents d'un sanatorium pour tuberculeux de l'Is&#232;re, il acheta dans un magasin de la rue de Richelieu une machine &#224; &#233;crire Vary-typer, et tout ce qu'il fallait pour la frappe et le tirage des stencils. La vente de ce genre de mat&#233;riel &#233;tait &#233;videmment interdite, sauf dans des cas sp&#233;ciaux, comme celui que Pamp avait mis en sc&#232;ne. La vary-typer fonctionnait avec une navette, ce qui permettait de varier les caract&#232;res (gras, italiques, etc.) et de justifier les marges. En tant que dactylo j'ai d&#251; me recycler dans cette nouvelle technique, non sans quelque mal au d&#233;but. Et &#224; partir d'octobre 42 nous sortions r&#233;guli&#232;rement &#034;La Lutte de Classes&#034;, une feuille recto-verso, sur deux colonnes, et une mise en page &#034;professionnelle&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre activit&#233; prenant de l'ampleur, je d&#233;cidai de donner ma d&#233;mission de l'entreprise o&#249; j'&#233;tais employ&#233;e &#224; temps complet, pour consacrer plus de temps au travail militant. Je recommandai au patron ma camarade Julie, qui me rempla&#231;a. Notre inconfort mat&#233;riel &#233;tait largement compens&#233; par notre jeunesse et la force de notre engagement. On &#233;tait confin&#233;s dans Paris, mais en &#233;t&#233;, par le m&#233;tro, on pouvait facilement aller le dimanche prendre l'air dans le bois de St. R&#233;my de Chevreuse. Les camarades comblaient mes lacunes culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vic m'apprit la chanson des troufions, &#034;le caporal c'est une l&#233;gume... etc... &#231;a ne sait m&#234;me pas &#233;crire son nom, c'est plus b&#234;te qu'un cochon&#034;. Un &#233;tudiant chartiste et norv&#233;gien, m'enseignait &#034;j'ai mal occup&#233; ma jeunesse&#034; en &#233;tirant les syllabes, ou &#034;dans un amphith&#233;&#226;tre y'avait un macchab&#233;e&#034;, et encore d'autres. Sans doute y &#233;taient-ils encourag&#233;s par ma mine, qui a fait dire &#224; notre camarade Blondet, des ann&#233;es plus tard en r&#233;ponse &#224; la curiosit&#233; de sa fille, que j'avais l'air d'une &#034;&#233;l&#232;ve du pensionnat de Saint Cucufa&#034;. Loin de m'en offusquer, je m'amusais de ces plaisanteries grivoises. Car la vulgarit&#233; n'est pas dans les mots mais dans l'usage qu'on en fait et les attitudes entre les &#234;tres humains. Diderot a &#233;crit &#034;Les bijoux indiscrets&#034; et Balzac &#034;Les contes drolatiques&#034;, et nous ne nous privions pas d'y faire r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratiquement nous &#233;tions tous dans la ligne de Barta, sans aucune divergence sur ses &#233;crits et ses prises de position. Il faut dire qu'il avait une exp&#233;rience, une culture et une pens&#233;e politique ; de plus, le don d'aller &#224; l'essentiel, ce que j'avais remarqu&#233; depuis longtemps en contraste avec tant d'autres qui avaient surtout le don de la rh&#233;torique, ou au pire du bavardage. Les articles de La Lutte de Classes, quasiment tous r&#233;dig&#233;s par lui, conservent toute leur force. (Gr&#226;ce au travail d'un camarade de la g&#233;n&#233;ration d'apr&#232;s-guerre, Richard Moyon, cette collection des ann&#233;es 1942-1945, a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;e en 1992).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut vivre avec peu, des millions de gens le font, mais ce n'est pas par amour de l'art. Pour am&#233;liorer notre ordinaire, nous avions trouv&#233; un arrangement avec Fanny : nous prenions ensemble notre repas de midi, chez elle, rue Castagnary, ce qui n'&#233;tait pas loin de chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanny, d'un naturel loquace, ne pouvait s'emp&#234;cher de raconter ses prouesses, elle &#233;tait fi&#232;re de trouver du beurre, denr&#233;e rarissime, et elle en parlait. Au point qu'un jour Barta imposa une r&#232;gle : d&#233;sormais le beurre s'appellerait &#034;L&#233;on&#034;. Fanny en rit franchement et en parla par la suite beaucoup moins. Je ne sais pas comment nous faisions pour nous v&#234;tir. Je me souviens seulement avoir port&#233; pendant l'hiver 42 ou 43 un chaud manteau en fausse fourrure, r&#233;cup&#233;r&#233; par Pamp. Cela faisait de l'effet ! La tenue des gens ordinaires &#233;tait assez us&#233;e et tout le monde portait des chaussures &#224; semelles de bois. La coquetterie ne perdant pas ses droits, les femmes peignaient sur leurs mollets un trait vertical simulant la couture des bas, qu'elles n'avaient pas. Le temps de &#034;l'honn&#234;tet&#233;&#034; &#233;tait r&#233;volu ; il n'&#233;tait pas question de laisser sa bicyclette dans la rue, m&#234;me cadenass&#233;e elle &#233;tait aussit&#244;t vol&#233;e. Le carburant pour les voitures n'&#233;tait accessible qu'aux privil&#233;gi&#233;s. Des alertes avaient lieu de temps &#224; autre, mais malgr&#233; le hurlement des sir&#232;nes nous ne descendions plus &#224; la cave, on avait compris que Paris n'&#233;tait pas une cible de la RAF. Il fallait &#234;tre vigilant et garder son sang froid quand en sortant du m&#233;tro on apercevait les flics aux aguets en haut des marches et surtout ne pas avoir le r&#233;flexe de faire demi-tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population parisienne vaquait &#224; ses affaires, tout le monde &#233;coutait Radio-Londres et attendait la victoire des alli&#233;s. Les rafles et les arrestations faisaient partie du paysage ; certains passaient indiff&#233;rents, d'autres s'arr&#234;taient pour lire les affiches sur les murs annon&#231;ant l'ex&#233;cution d'otages &#224; la suite de tel ou tel attentat. La plus connue reste celle de f&#233;vrier 44 concernant l'ex&#233;cution des &#034;terroristes&#034; du groupe Manouchian, militants communistes de la MOI (main d'&#339;uvre immigr&#233;e). La direction stalinienne ne les avait pas &#034;livr&#233;s&#034; &#224; la Gestapo, mais les avait sacrifi&#233;s. Dans la Lutte de Classes n&#176; 25, sous le titre &#034;D&#233;fense des terroristes&#034;, Barta &#233;crivait : &#034;vingt-quatre &#034;terroristes&#034; s&#233;lectionn&#233;s viennent d'&#234;tre livr&#233;s &#224; la publicit&#233; par la Gestapo. La classe ouvri&#232;re est r&#233;solument pour ceux qui ont pris les armes contre les bourreaux fran&#231;ais et allemands qui martyrisent les peuples. Mais elle ne comprend pas pourquoi des militants qui autrefois combattaient sans compromis la bourgeoisie de tous les pays, m&#232;nent actuellement la lutte sous le drapeau tricolore et au b&#233;n&#233;fice des arm&#233;es de Washington, de Londres et d'Alger. Servir la classe ouvri&#232;re, c'est lutter pour les Etats-Unis socialistes d'Europe, pour la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile, pour le socialisme. Lutter pour le triomphe de la soi-disant d&#233;mocratie contre le fascisme, c'est renouveler la trahison de 1914.&#034; (Alger &#233;tait le si&#232;ge du gouvernement provisoire gaulliste, avec la participation de ministres &#034;communistes&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel &#233;tait le leitmotiv de notre propagande, repris dans le num&#233;ro sp&#233;cial du 9 juin 44, au moment du d&#233;barquement des troupes alli&#233;es en Normandie : &#034;la m&#234;l&#233;e &#224; l'ouest est une m&#234;l&#233;e imp&#233;rialiste ; vive les Etats-Unis socialistes d'Europe... Il faut profiter de toutes les circonstances pour nous armer, surtout en provoquant la d&#233;composition des arm&#233;es imp&#233;rialistes par la fraternisation avec les soldats sous quelque uniforme qu'ils soient.&#034; Et encore le 22 juin (n&#176; 31) : &#034;la question de savoir qui de la bourgeoisie ou du prol&#233;tariat l'emportera, se r&#233;sume &#224; celle-ci : qui l'emportera du chauvinisme ou de l'internationalisme ; la parole est aux travailleurs.&#034; Rien de tel ne se produisit, et les soldats allemands accul&#233;s r&#233;sist&#232;rent le dos au mur un an encore, au sacrifice de leurs vies et de la destruction du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une propagande internationaliste, pour la fraternisation, a &#233;t&#233; men&#233;e &#224; ce moment par l'organisation trotskiste en liaison avec des camarades allemands ; s'adressant aux soldats allemands le journal &#034;Arbeiter und Soldat&#034; eut une vie br&#232;ve ; des camarades fran&#231;ais, dont les &#233;poux Fili&#226;tre, furent d&#233;port&#233;s, Widelin, le responsable allemand, liquid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on a su par la suite que les Alli&#233;s &#233;taient au courant de l'emplacement des camps d'extermination, qu'ils n'ont cependant jamais bombard&#233;s et sur lesquels ils gardaient le silence. C'est seulement au retour des quelques survivants que nous appr&#238;mes ce que furent les camps de concentration et l'&#233;tendue de l'horreur, d&#233;crits par les livres de rescap&#233;s, David Rousset, Primo Levi, Charlotte Delbo. Plus tard aussi, ce que furent les batailles, les morts et les souffrances des peuples de Russie, et la r&#233;sistance de Stalingrad, immortalis&#233;e par le livre de Vassili Grossman &#034;Vie et Destin&#034; (confisqu&#233; par le KGB mais publi&#233; en occident).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 44 a lieu la lib&#233;ration de Paris. L'Humanit&#233; para&#238;t avec un titre &#233;norme en premi&#232;re page : &#034;A chacun son Boche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens sont en toute premi&#232;re ligne pour la mise en sc&#232;ne d'un spectacle ignoble et &#233;c&#339;urant. La police, qui op&#233;rait au service de l'occupant arrestations et rafles, passe en bloc du c&#244;t&#233; de la &#034;r&#233;sistance&#034;. On fait la chasse aux &#034;collaborateurs&#034;, pr&#233;texte &#224; r&#232;glements de comptes. Je vois dans la rue, sous les hu&#233;es et les quolibets, des jeunes femmes &#224; qui on a ras&#233; le cr&#226;ne, pour avoir, dit-on, &#034;couch&#233;&#034; avec des Allemands, spectacle r&#233;pugnant d'un moyen- &#226;ge. Dans des villes et m&#234;me dans des villages on exhibait des femmes torse nu, t&#234;te ras&#233;e, des croix gamm&#233;es trac&#233;es sur le cr&#226;ne ou la poitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re &#233;tait litt&#233;ralement empest&#233;e. C'est au milieu de cette honteuse mascarade de &#034;lib&#233;ration&#034; que j'avais rendez-vous, un jour de septembre, chez une militante communiste du 19&#232;me arrdt. Je l'avais connue &#224; la Petite Roquette. Sans m'&#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme trotskiste, la propagande que nous faisions, alors qu'elle et ses amis avaient perdu le contact avec l'appareil, convenait tout &#224; fait &#224; leurs aspirations. Beaucoup de communistes (et c'est pour cela que nous nous adressions &#224; eux) en leur for int&#233;rieur n'avaient pas reni&#233; l'Internationale. (Le Komintern avait &#233;t&#233; dissous en 1943).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour j'ignorais qu'entre-temps, c'est-&#224;-dire dans un tr&#232;s court intervalle de temps, des &#034;responsables&#034; avaient repris en mains ce secteur. Le m&#233;tro &#233;tant arr&#234;t&#233;, Pamp, qui se servait d'un v&#233;lo ce qui n'&#233;tait pas mon cas, proposa de me remplacer. De ce rendez-vous, o&#249; l'attendaient les tueurs staliniens des FTP, il n'est pas revenu. Nos moyens &#233;taient beaucoup trop faibles pour essayer de le retrouver ou de le sauver. Une de nos sympathisantes qui connaissait Georges Cogniot, un stalinien haut plac&#233; dans l'appareil, s'&#233;tait propos&#233;e de le solliciter (je ne sais pas si elle l'a fait). La police ne voulait pas s'attaquer aux staliniens, trop contente de jouer le jeu de &#034;l'&#233;puration&#034;, se mettant ainsi elle-m&#234;me &#224; l'abri. Le corps martyris&#233; de Pamp a &#233;t&#233; retrouv&#233; dans la Seine, et ses parents m&#234;me n'ont pas pu obtenir l'ouverture d'une enqu&#234;te. Pierre et Jean Bois ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on, pour les m&#234;mes motifs, propagande aupr&#232;s de jeunes communistes (les J.C. de Suresnes). Mais ils eurent plus de chance ; l'astuce et le hasard aidant, ils purent s'&#233;chapper, chacun de son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Pamp fut pour moi une trag&#233;die. Des semaines, des mois durant je croyais encore le voir marcher dans la rue, entendre sa voix, je n'arrivais pas &#224; admettre qu'il fut mort, et dans des conditions aussi atroces. Le nom de Pamp, notre Pamp, s'ajoutait &#224; la longue liste des martyrs r&#233;volutionnaires victimes de la terreur stalinienne. Nous perdions un ami cher &#224; notre c&#339;ur, et surtout un militant de grande valeur ; &#034;un jeune qui devint tout courage et volont&#233; par les effets d'une pens&#233;e riche et g&#233;n&#233;reuse&#034; devait &#233;crire Barta, en lan&#231;ant l'appel &#224; un comit&#233; d'enqu&#234;te, qui n'aboutit jamais. &#034;Les criminels qui l'ont supprim&#233; ont fait plus que nous enlever &#224; nous notre meilleur camarade. Ils ont enlev&#233; une t&#234;te &#224; la classe ouvri&#232;re, une t&#234;te de talent, et les talents, faisait remarquer L&#233;nine, ne surgissent pas par centaines&#034;. (Lutte de Classes n&#176; 67, 18 septembre 1946).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions maintenant dans la l&#233;galit&#233; ; m&#234;me si dans un premier temps nous n'avons pas pu obtenir l'autorisation de publier un journal et une allocation de papier (il fallait pour cela justifier d'actes de r&#233;sistance), nous n'en avons pas tenu compte. Nous avons m&#234;me reproch&#233; aux trotskistes du PCI de se justifier comme r&#233;sistants devant le gouvernement gaulliste. Un militant de l'Union Communiste (c'&#233;tait le nom de notre groupe) &#233;tait ouvrier typo &#224; l'Imprimerie Nationale. Jour apr&#232;s jour il sortait des caract&#232;res d'imprimerie, cach&#233;s sous son imperm&#233;able. On se procura une presse, qu'on installa dans un appartement bourgeois de Bourg-la-Reine, non habit&#233;. Il appartenait aux parents d'un jeune camarade m&#233;decin. La Lutte de Classes commen&#231;a ainsi &#224; para&#238;tre sur une feuille petit format, imprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espoirs nouveaux Notre groupe se d&#233;veloppait rapidement. Nous avions des contacts dans quelques entreprises, Gnome &amp; Rh&#244;ne, Thomson, Carnaud, Citro&#235;n, etc. C'&#233;tait notre objectif num&#233;ro un, nous avions &#233;t&#233; trop marqu&#233;s par le manque de liaison avec la classe ouvri&#232;re dans le pass&#233;. Chez Renault nous avions un camarade, Renard, qui prit le nom de Goupil. Vic, qui avait travaill&#233; comme ma&#231;on dans son adolescence, puis, apr&#232;s avoir r&#233;ussi le concours, comme employ&#233; &#224; la SNCF, reprit la vie d'ouvrier chez Citro&#235;n, puis chez Renault. Impri (notre typo de l'Imprimerie Nationale) avait recrut&#233; un camarade de travail qui prit le pseudonyme de Tallerdin. Ma curiosit&#233; fut bien r&#233;compens&#233;e quand je lui demandai le pourquoi : &#034;eh bien, parce que j'ai l'air d'un...&#034; Dans la nouvelle fourn&#233;e militante il y avait aussi des provinciales venues faire des &#233;tudes &#224; Paris : Denise, de Bayonne, Fran&#231;oise, fille de fromagers de Lorraine, Dani&#232;le, du Limousin. Nous faisions du &#034;porte &#224; porte&#034;, des ventes &#224; la cri&#233;e, des r&#233;unions, bref le travail militant habituel. Ramboz installa son domicile dans un atelier d'art &#224; deux niveaux, impasse du Rouet, dans le 14&#232;me : nous y tenions une permanence, Ramboz donnait des cours d'&#233;ducation, on avait une biblioth&#232;que de pr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans se consacrer &#224; l'art, Ramboz aimait peindre et sculpter. Une figurine en bois de sa femme nue, enceinte, &#233;tait une vraie &#034;V&#233;nus callipyge&#034;. Pour le b&#233;b&#233; &#224; venir, il &#233;crivit une fable chinoise sur les personnages &#233;go&#239;stes de &#034;Ki-Ha-Gr&#244;&#034; et &#034;Ki-Ha-Otan&#034;. Elle &#233;tait moins r&#233;ussie que sa sculpture. J'avais fait d&#233;couvrir &#224; Barta le mus&#233;e Rodin (nous ne connaissions avant que sa statue de Balzac, &#224; Vavin). Mais c'est davantage la musique qui faisait partie de notre culture &#034;collective&#034;. Aux concerts Colonne (place du Ch&#226;telet) on pouvait, la veille du concert, assister gratuitement &#224; la r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale ; du haut du poulailler on voyait la calvitie du chef d'orchestre Eug&#232;ne Bigot. Nous fr&#233;quentions aussi de temps en temps la salle Pleyel ; en sortant d'un concert apr&#232;s le triple concerto de Beethoven, je manifestai une telle ivresse qu'on me surnomma &#034;violoncelle&#034;. (Surnom vite abandonn&#233; pour celui de &#034;Jiminy&#034;, l'insecte qui dans le film de Walt Disney &#233;tait la conscience morale de Pinocchio).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assise &#224; un concert &#224; c&#244;t&#233; de Lis&#233; (un tout jeune camarade d'origine modeste), je le vis piquer du nez et ronfler doucement ; il ne se d&#233;couragea pas pour autant et continua &#224; participer &#224; nos sorties musicales. Nous n'avions rien invent&#233; en ce domaine. Raptis nous avait racont&#233;, qu'en prison en Gr&#232;ce, il avait r&#233;ussi &#224; introduire dans sa cellule un tourne-disque et des disques. Il se r&#233;jouissait de faire &#233;couter &#224; ses camarades la musique de Beethoven. H&#233;las, apr&#232;s un moment un des d&#233;tenus s'impatienta : &#034;tu ne peux pas nous faire jouer quelque chose de plus gai ?&#034; Aimer le beau, c'est aussi une question d'&#233;ducation, telle &#233;tait la le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on appelait la &#034;lib&#233;ration&#034;, n'avait am&#233;lior&#233; en rien les conditions mat&#233;rielles d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;nurie, le rationnement et le march&#233; noir ne disparurent pas comme par enchantement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle aubaine le jour o&#249; je re&#231;us de ma tante Ida du Qu&#233;bec, un gros colis avec des v&#234;tements, du lait, des &#339;ufs en poudre, du chocolat. On se r&#233;unit &#224; plusieurs pour festoyer. Ma tante entreprit aussi des recherches aupr&#232;s de la Croix-Rouge en Europe pour retrouver la trace de mes parents. Ce fut sans r&#233;sultat. J'appris plus tard, par la s&#339;ur de Barta, qu'ils avaient quitt&#233; Bucarest pour retourner en Bucovine, rattach&#233;e &#224; l'URSS en juin 1940. Mes parents jug&#232;rent sans doute qu'ils y seraient plus &#224; l'abri. Mais les atroces p&#233;rip&#233;ties de la guerre eurent vite fait de les pr&#233;cipiter dans la tourmente. Je ne saurai jamais quelle fut leur destin. A cette &#233;poque je ne portai pas leur deuil. Mon &#233;tat d'esprit &#233;tait enti&#232;rement &#224; la lutte, non pas dans l'euphorie, mais dans la tension des forces et la volont&#233; de vaincre. Le Vieux, dans toute sa vie d'exil&#233;, nous avait inspir&#233; cette foi en l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette force de conviction, plus que mes capacit&#233;s intellectuelles, qui entra&#238;nait les jeunes que je voulais gagner &#224; notre combat. Comme aimait &#224; le dire Pamp : &#034;il faut faire bouger les gens d'un millim&#232;tre&#034;. Isabelle, la compagne de notre camarade L&#233;glise, m&#233;decin, m'avoua que ce qui la touchait ce n'&#233;tait pas tant ce que je lui disais, mais ma fa&#231;on de le dire. Elle avait &#233;t&#233; coiffeuse de madame Say, et &#224; ce titre log&#233;e au ch&#226;teau avec une nombreuse domesticit&#233; ; les souvenirs qu'elle retenait de cette &#233;poque ne manquaient pas de sel. J'avais aussi une relation amicale avec le fils d'un artisan italien, le camarade Davas, farouchement anti-militariste ; il m'a racont&#233; plus d'une anecdote sur la vie &#224; la caserne, et les bagarres entre &#034;ceux de Lille&#034; et &#034;ceux de Marseille&#034;. Un jour il me demanda : &#034;qu'est-ce qui te pousse &#224; militer avec des ouvriers ?&#034; -&#034;J'aime les gens&#034;. Ma r&#233;ponse spontan&#233;e ne le satisfaisait pas ; pour lui, les hommes &#233;taient &#233;go&#239;stes, m&#233;chants, ils avaient trop de faiblesses. Le hasard nous fit nous rencontrer bien des ann&#233;es plus tard, &#224; un meeting, et apr&#232;s quelques mots &#233;chang&#233;s il m'embrassa. Le souvenir des temps difficiles ne s'&#233;tait pas effac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945 Marcel Baufr&#232;re est revenu de Buchenwald et nous avons divorc&#233;, pour lui permettre d'&#233;pouser sa compagne. Nous restions camarades et amis. Il me parla de sa vie dans le camp ; s'il &#233;tait encore de ce monde, me dit-il, c'est gr&#226;ce au prisonnier qui lui fit manger une gousse d'ail le jour o&#249; il n'avait plus la force de se lever (ce qui signifiait la mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'assistai &#224; un meeting o&#249; Roland et Yvonne Fili&#226;tre qui eux aussi revenaient de d&#233;portation, &#233;taient &#224; la tribune. Yvonne, que j'avais connue active et volubile, avait le regard d'une revenante d'outre-tombe. David Rousset a bien racont&#233; cette existence entre la vie et la mort, qu'il avait partag&#233;e, dans &#034;L'univers concentrationnaire&#034; et &#034;Les jours de notre mort&#034;. Quand je parlai &#224; Marcel du travail que nous avions entrepris et dans quelle perspective, il me dit que nous &#233;tions irr&#233;alistes. Lui-m&#234;me reprit sa vie de militant avec ses anciens camarades au PCI et au journal &#034;La V&#233;rit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la guerre, en rachat des pers&#233;cutions endur&#233;es par les juifs, un d&#233;cret autorisa les changements de nom, par un jugement de tribunal. Le mien &#233;tant d'une prononciation difficile, j'en profitai pour le franciser. De plus, on ne peut jamais exclure un retour de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustration de l'&#233;tat d'esprit de l'&#233;poque : l'avou&#233; qui fit pour moi les d&#233;marches, refusa d'&#234;tre pay&#233;. Je n'ai que m&#233;pris pour les gens qui, le danger pass&#233;, exhibent leur jud&#233;it&#233;. Ainsi Clara Malraux, qui se vantait de ses origines, alors que pendant la guerre elle avait par pr&#233;caution fait baptiser sa fille. On sait que beaucoup de familles, pour sauver leurs enfants de la d&#233;portation et de la mort, les avaient &#224; bon escient cach&#233;s dans des institutions catholiques ou protestantes. &#034;Au revoir les enfants&#034;, le film de Louis Malle, en est un beau t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1945 c'est la fin de la guerre ; c'est aussi le bombardement de Dresde et de Berlin, et la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki. Pourtant, les &#034;alli&#233;s&#034; ont perp&#233;tr&#233; ces massacres alors qu'ils avaient d&#233;j&#224; gagn&#233; la guerre. En France, les intellectuels versatiles se prosternent devant le PCF, qui se dit le &#034;parti des 75.000 fusill&#233;s&#034; ; ils ferment les yeux sur le r&#233;pugnant chauvinisme des staliniens, qui interdiront aux ouvriers fran&#231;ais de donner un morceau de pain ou d'&#233;changer une parole avec les prisonniers allemands r&#233;quisitionn&#233;s, leurs compagnons de travail. Picasso lui-m&#234;me adh&#232;re au PCF et lui offre comme embl&#232;me sa c&#233;l&#232;bre &#034;colombe de la paix&#034;. De Gaulle amnistie Thorez, d&#233;serteur en 1939 et rentr&#233; de Moscou, et le nomme vice-premier ministre. En &#233;change de leur participation au gouvernement, les staliniens d&#233;sarment les milices patriotiques (les vieux militants en pleuraient), enterrent les JC devenues UJRF (union des jeunesses r&#233;publicaines de France). Le 1er mai 1945 la CGT donne aux ouvriers la consigne de travailler, mais doit s'incliner devant leur refus. Les d&#233;put&#233;s &#034;communistes&#034; votent les cr&#233;dits pour la guerre d'Indochine, et Charles Tillon ministre de l'air, endosse les bombardements sur S&#233;tif en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le partage du monde entre &#034;Grands&#034; &#224; Yalta (en f&#233;vrier 45) qui mettait des garde-fous &#224; la r&#233;volution et octroyait &#224; la Russie la main-mise sur la moiti&#233; de l'Europe, les bureaucrates staliniens ne pouvaient-ils pas r&#234;ver de faire la loi comme en &#034;d&#233;mocratie populaire&#034; ? Au moment m&#234;me o&#249; la classe ouvri&#232;re n'avait ni logements, ni v&#234;tements, ni nourriture et o&#249; le patronat, sous pr&#233;texte de se remettre &#224; flot, exigeait de longues heures de travail pour de bas salaires, les staliniens assum&#232;rent ouvertement le r&#244;le de gardes-chiourme contre les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas &#034;il faut savoir terminer une gr&#232;ve&#034; comme en 36. Non, c'&#233;tait mieux que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La gr&#232;ve est l'arme des trusts&#034;. &#034;Produire d'abord, revendiquer ensuite&#034;. Tels &#233;taient leurs slogans officiels. Dans les Houill&#232;res nationalis&#233;es Thorez exhortait les mineurs du nord &#224; la &#034;bataille du charbon&#034;, au d&#233;passement des normes. (Trois ans plus tard les mineurs gr&#233;vistes s'affrontaient &#224; la police, aux CRS et aux paras de Massu envoy&#233;s par le ministre &#034;socialiste&#034; Jules Moch).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'en &#233;tait trop pour une classe ouvri&#232;re sortant de cinq ann&#233;es de mis&#232;re, croyant qu'enfin on allait pouvoir vivre mieux. C'&#233;tait l'occasion ou jamais pour nous de d&#233;masquer la vraie nature de la bureaucratie stalinienne et r&#233;formiste, de faire rena&#238;tre une avant-garde r&#233;volutionnaire au sein de la classe ouvri&#232;re. Mais dans ce combat sans merci il y avait un contraste &#233;vident entre notre politique et celle des trotskistes du PCI. Dans leur journal &#034;La V&#233;rit&#233;&#034; on appelait les bureaucrates &#034;camarades&#034; (voir notre &#034;Lettre ouverte contre la propagande pivertiste dans le mouvement trotskiste&#034;, de juillet 1945). Nos militants travaillant en usine diffusaient clandestinement des tracts (d'une demi-page ou d'un quart de page) sign&#233;s &#034;un groupe d'ouvriers&#034;. La CGT r&#233;gnait en ma&#238;tre et un ouvrier surpris &#224; diffuser un tract &#233;tait d&#233;nonc&#233; et mis &#224; la porte. Les militants, gar&#231;ons ou filles, qui vendaient &#034;La Lutte de Classes&#034; &#224; la porte de l'usine ou aux sorties du m&#233;tro &#233;taient agress&#233;s physiquement ; ils ne se laissaient pas intimider et ripostaient, d'autant plus que les ouvriers d&#233;sapprouvaient ces agissements. Mais les trotskistes du PCI, qui s'obstinaient &#224; consid&#233;rer le PCF comme le parti de la classe ouvri&#232;re, pr&#233;tendaient qu'il ne fallait pas donner pr&#233;texte &#224; la provocation et se battre entre ouvriers ! Celui qui ne veut pas voir est aveugle. Voici tel qu'il me l'a racont&#233; plus tard, un &#233;pisode v&#233;cu &#224; l'&#233;poque par notre camarade Rival : &#034;Avec une camarade, au m&#233;tro La Motte-Picquet Grenelle, nous vendions la Lutte de Classes, lorsque quelqu'un s'est approch&#233; et nous a demand&#233; &#224; voir le journal : 'Vous &#234;tes des hitl&#233;ro-trotskistes, des salauds, je vais envoyer la police'. On a pris &#231;a &#224; la rigolade, mais quelques minutes apr&#232;s deux inspecteurs de police nous ont demand&#233; le permis de colportage, l'autorisation de vendre sur la voie publique. Ils nous ont emmen&#233;s au commissariat, le stalinien t&#233;moignait : 'moi, monsieur, je fais partie du PC fran&#231;ais, je suis un patriote, ces gens sont contre la reconstruction de la France'. Ce qui reste grav&#233; dans ma m&#233;moire, c'est la r&#233;flexion du commissaire de police : 'j'ai jamais vu &#231;a, des rouges qui font arr&#234;ter des plus rouges qu'eux', quelque chose qui voulait dire, ils vont se battre entre eux, on n'aura plus besoin de faire la chasse aux communistes.&#034; (Ils furent quittes pour 300 francs d'amende). Le patronat appr&#233;ciait l'aubaine qui leur venait des staliniens, sans que la bourgeoisie leur en sut gr&#233; pour autant. Les patrons &#233;taient les gagnants dans cette collaboration. PCF et PS &#233;taient au gouvernement avec un parti de droite (MRP), et un parti d'extr&#234;me-droite se d&#233;veloppait sous l'&#233;gide de de Gaulle, qui avait d&#233;missionn&#233; en janvier 46.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout il nous fallait atteindre la classe ouvri&#232;re. D&#232;s octobre 45 nous f&#238;mes para&#238;tre &#034;La Voix des Travailleurs&#034;, un journal petit format portant en sous-titre &#034;bulletin de l'Opposition syndicale lutte de classe (CGT)&#034;. En m&#234;me temps la Lutte de Classes, notre journal de propagande et d'&#233;ducation politique qui traitait de probl&#232;mes nationaux et internationaux, des luttes d'&#233;mancipation dans les colonies, des combats ouvriers dans d'autres pays, continuait de para&#238;tre. Non sans difficult&#233;s financi&#232;res. Je me souviens que notre camarade Fran&#231;oise (Marguerite Bongrain), qui avait fait l'&#233;cole de la Croix-Rouge, s'embaucha pour un temps comme infirmi&#232;re de nuit dans une usine. Cela lui permettait de militer dans la journ&#233;e et une partie de son salaire allait &#224; l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La Voix des Travailleurs une grande place &#233;tait laiss&#233;e aux &#034;&#233;chos&#034;, aux articles envoy&#233;s par nos camarades ou sympathisants ouvriers. Des gens &#224; qui on ne donnait jamais la parole, m&#234;me dans les r&#233;unions syndicales, parlaient de leurs conditions de travail, des horaires trop longs, de l'ins&#233;curit&#233;, de la nourriture insuffisante, des conflits avec la ma&#238;trise et les bureaucrates (de vrais &#034;suppl&#233;tifs&#034;), de leur vie en dehors de l'usine, de leurs griefs et de leurs aspirations. C'&#233;tait un journal vivant, passionnant m&#234;me. Mais au bout de douze num&#233;ros nous avons d&#251; y renoncer, pour ne pas mettre en p&#233;ril La Lutte de Classes. C'est dire que les appuis venant de l'ext&#233;rieur &#233;taient maigres. D&#233;sormais les &#233;chos d'usine paraissaient au verso de notre journal politique, organe de l'Union Communiste (trotskiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette &#233;poque (1946) que Goupil, notre principal militant chez Renault, s'avisa que son travail ne menait &#224; rien et donna sa d&#233;mission. Nous avions tort, selon lui, de tout miser sur le travail ouvrier, il fallait viser plus loin, discuter de &#034;la nature de l'URSS&#034;. C'&#233;tait un vieux d&#233;bat ressass&#233; dans le mouvement trotskiste. Pourtant la r&#233;flexion politique ne manquait pas &#224; l'UC. Trois ans auparavant d&#233;j&#224; (Lutte de Classes n&#176;10 du 28.2.43) Barta &#233;crivait : &#034;l'arm&#233;e peut vaincre, mais l'URSS succombera en tant qu'Etat ouvrier si le capitalisme sort indemne de la guerre.&#034; Et dans le N&#176;13 (24.5.43) : &#034;le rapport de forces changera chaque jour davantage en faveur du capitalisme et provoquera l'effondrement brusque de toutes les conqu&#234;tes socialistes qui subsistent encore en URSS.&#034; En mars 1949, dans une r&#233;union, Barta rappelait : &#034;en avan&#231;ant hors du territoire de l'URSS la bureaucratie a inaugur&#233; une politique de pillage des pays occup&#233;s ; c'est en 1944, en exigeant le retrait de toutes les troupes d'occupation, que nous avons marqu&#233; la rupture avec la d&#233;fense de l'URSS.&#034; Souvent des camarades trotskistes nous faisaient ce reproche : &#034;o&#249; sont vos th&#232;ses ?&#034; qu'on avait fini par tourner en plaisanterie. Nous apportions le plus grand s&#233;rieux &#224; notre instruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation recommandait l'&#233;tude des classiques, r&#233;&#233;ditait des brochures, des camarades ouvriers fr&#233;quentaient p&#233;riodiquement la Biblioth&#232;que nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre ouverte de juillet 45 au PCI (d&#233;j&#224; cit&#233;e) Barta &#233;crivait : &#034;l&#224; se r&#233;sume tout le programme de notre travail. Comment faire bien comprendre la situation &#224; une centaine d'ouvriers, les gagner corps et &#226;me &#224; la politique r&#233;volutionnaire, en faire des cadres de la classe ouvri&#232;re et du trotskisme, c'est par eux que nous pourrons appara&#238;tre aux masses comme leur seuls d&#233;fenseurs, dans ce moment o&#249; elles n'ont que des ennemis. Ce sont l&#224; les probl&#232;mes de la construction du parti, de sa prol&#233;tarisation, de l'attitude envers les questions th&#233;oriques, du lien entre la th&#233;orie et la pratique.&#034; Nos &#034;th&#232;ses&#034; c'&#233;tait d'apprendre &#224; gagner la confiance des ouvriers. Trotski l'avait maintes fois exig&#233; de la part des militants ; nous essayions d'appliquer son conseil : &#034;en premier lieu une bonne oreille et seulement en second une bonne langue&#034; (Oeuvres compl&#232;tes, 10.X.1937). Il y avait une note comique dans notre volont&#233; de rendre compte de cette &#233;coute dans le d&#233;tail : &#034;il m'a dit... alors je lui ai dit... alors il m'a r&#233;pondu...&#034; On s'impatientait parfois : &#034;abr&#232;ge, r&#233;sume...&#034; Mais tout en plaisantant, nous attachions une grande importance &#224; ce dialogue, et le journal en &#233;tait le reflet. Nous &#233;tions dans la bonne tradition socialiste, celle qu'illustre cette pens&#233;e de Jaur&#232;s : &#034;tout progr&#232;s vient de la pens&#233;e ; il faut donner d'abord aux travailleurs le temps et la force de penser&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;fection de Goupil, et compte tenu de la situation, il fut d&#233;cid&#233; d'investir toutes nos forces sur un seul point strat&#233;gique, le bastion ouvrier de Renault Billancourt, avec ses 30.000 travailleurs et son aura des luttes men&#233;es dans le pass&#233;. &#034;Concentrer les forces pour un certain temps sur une certaine t&#226;che, sur un certain quartier, sur une certaine usine m&#234;me&#034;, tel avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; le conseil de Trotski aux militants en 1937. Huit militants formaient notre &#034;commando&#034; (que les staliniens dans leur rage devaient estimer plus tard &#224; 200). Les fr&#232;res Bois, Pierre et Jean, respectivement 24 et 22 ans en 1946, fils d'ouvrier ma&#231;on communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre devait devenir le leader, ou le capitaine du navire comme s'exprimera plus tard Barta, et dont le nom restera associ&#233; &#224; la gr&#232;ve d'avril-mai 47. Henri Durieux, qu'on appelait Blondet parce qu'il &#233;tait blond, 24 ans, d'une famille ouvri&#232;re de l'est. Schwartzman, fils d'artisan de la rue des Rosiers, dont le pseudonyme Lis&#233; rappelait sa boulimie des livres... qu'il oubliait de rendre. Jules Pichot (Gaston), fils de ma&#231;on d'Antony, apprenti p&#226;tissier. Gustave Gel&#233; (Tatave) fils d'ouvrier tulliste et militant communiste de Calais, 19 ans, travaillant en usine tout en poursuivant des &#233;tudes en cours du soir au CNAM. Andr&#233;e Hardy (Claire), une bien jolie rousse, apprentie couturi&#232;re, et enfin le seul qui n'&#233;tait pas d'origine ouvri&#232;re, Labb&#233;, le fr&#232;re cadet de Pamp. Ils avaient chacun leur personnalit&#233; propre, mais leur trait commun &#233;tait une soif illimit&#233;e d'apprendre, d'&#234;tre digne du nom d'avant-garde ouvri&#232;re. Tatave s'&#233;tait fait embaucher avec son vrai CAP d'&#233;lectricien ; ce m&#234;me certificat, maquill&#233;, servit aussi &#224; faire embaucher Pichot et Labb&#233;, qui n'avaient pas de r&#233;f&#233;rences professionnelles. Ils eurent vite fait de s'adapter &#224; un autre poste que celui d'&#233;lectricien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre propagande en usine se faisait toujours &#034;sous le manteau&#034;. Une fois concert&#233;e, l'&#233;quipe marchait comme un seul homme, et &#034;l'intendance&#034;, dont je faisais partie, suivait. Je connaissais assez bien l'argot ouvrier (apr&#232;s dix ans d'apprentissage), et pourtant ! Un jour o&#249; je tapais un texte manuscrit de Vic, je m'arr&#234;tai perplexe devant une phrase que je d&#233;chiffrai comme &#233;tant : &#034;nous voulons du vin et pas de la bibine !&#034; L'&#233;criture n'&#233;tait pas assez nette, je n'avais aucun moyen de joindre Vic et le travail pressait. Il fallait se lancer ; dans l'angoisse de l'incertitude, allons-y pour bibine. Quel soulagement le lendemain de savoir qu'il s'agissait bien de ce mot, en l'occurrence une bi&#232;re de mauvaise qualit&#233; qu'on servait &#224; la cantine, le reste du menu n'&#233;tant pas mieux. Le journal avait d'ailleurs une rubrique r&#233;guli&#232;re sur les cantines et le ravitaillement dont, noblesse oblige, Fanny (Lucienne) &#233;tait la sp&#233;cialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part ce travail de dactylo, je prenais en st&#233;no les compte-rendus des discussions dans les r&#233;unions, surtout des expos&#233;s de Barta qui &#233;taient de v&#233;ritables cours d'instruction politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autodidacte en st&#233;no (du temps o&#249; je travaillais chez un patron), j'en imposai &#224; tout le monde par la rapidit&#233; de mes hi&#233;roglyphes. Les notes, tap&#233;es &#224; la machine, &#233;taient distribu&#233;es aux camarades. Gr&#226;ce &#224; ces compte-rendus, conserv&#233;s, on peut retracer l'&#233;laboration de notre travail. Ainsi cette r&#233;union o&#249; nous discutions de la possibilit&#233; d'aller vendre le journal devant Gnome &amp; Rh&#244;ne. Allons-nous devoir tenir t&#234;te, dans cette bo&#238;te nationalis&#233;e, &#224; 300 nervis staliniens, chiffre suppos&#233; des membres du PC, comme le craignaient certains camarades ? ou, comme le supposait Barta, les militants abrutis et cogneurs ne pouvaient pas &#234;tre plus de 30 ; ce qui allait s'av&#233;rer juste. Ou encore cette discussion &#224; propos des agressions staliniennes : Blondet avait &#233;crit dans un tract &#034;&#339;il pour &#339;il, dent pour dent&#034;. Faux, disait Barta, nous voulons imposer la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, pas la vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ponctualit&#233;, le travail impeccable en temps et en heure, &#233;taient des qualit&#233;s indispensables &#224; notre force de frappe. J'y veillais. N'&#233;tais-je pas la plus ancienne, celle qui avait milit&#233; avant la guerre ? Cela me valut aussi, pour peu de temps heureusement, le sobriquet de &#034;petit Staline&#034;, traduisez &#034;secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral&#034;. Cependant les probl&#232;mes d'organisation &#233;taient enti&#232;rement subordonn&#233;s &#224; la r&#233;flexion et au d&#233;bat sur nos perspectives politiques. J'avais eu maintes fois l'occasion de v&#233;rifier la hauteur de vues et la lucidit&#233; de celui dont je partageais la vie et le travail militant, et qui &#233;taient la source de notre moral &#233;lev&#233; (de notre &#034;f&#233;licit&#233;&#034; selon l'expression de Barta dans sa brochure de 43). Et cette richesse de pens&#233;e ne pouvait pas ne pas &#234;tre contagieuse pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent il s'inspirait jusque dans le d&#233;tail des &#233;crits du Vieux, sans les avoir sous les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi dans l'article pol&#233;mique &#034;Qu'est-ce qu'un gouvernement ouvrier et paysan&#034; (du 14 novembre 1945) il cite le h&#233;ros shakespearien du Songe d'une nuit d'&#233;t&#233;, le menuisier Snug qui rev&#234;tu d'une peau de lion promet aux belles dames de rugir comme une colombe. Or on trouve cette m&#234;me &#034;parabole&#034; dans un article de Trotski du 23 mars 1934, &#034;Encore une fois sur le centrisme&#034;. Les &#233;ditoriaux du journal &#233;taient r&#233;dig&#233;s par Barta, ainsi que des articles qu'il signait d&#233;sormais. Mais il n'&#233;tait plus le seul r&#233;dacteur, tout le monde devait prendre sa plume ; selon le cas, les camarades signaient d'un pseudonyme, ou de leur nom quand ils &#233;taient devenus publiquement connus. Certains avaient du talent journalistique ; h&#233;las, ce n'&#233;tait pas mon cas. Mais j'y allais quand m&#234;me de mon article dans chaque num&#233;ro, m'aidant de mes lectures et de nos discussions. Comme il ne contenait rien d'original, je refusais de le signer malgr&#233; l'insistance de Barta. Souvent j'allais travailler chez Fanny. Elle m'interrogeait : &#034;alors, qu'est-ce que tu veux dire ?&#034; -&#034;Eh bien...&#034; suivait mon expos&#233;. -&#034;Ecris-le, comme tu l'as dit.&#034; La m&#234;me angoisse, cependant, me reprenait &#224; la veille de chaque num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis fi&#232;re, r&#233;trospectivement, d'avoir r&#233;dig&#233; dans le n&#176; 53 du journal, &#034;Le soleil luit de l'Orient&#034;, qui t&#233;moigne de notre pers&#233;v&#233;rante propagande anti-colonialiste. Elle ne se manifestait pas seulement par de nombreux articles, et &#224; l'occasion des tracts. Nous avions un militant vietnamien, Tho, d'un bon niveau politique, qui &#233;tait en relation avec les travailleurs indochinois parqu&#233;s dans les camps d'internement - pendant que la France faisait la guerre en Indochine - ce qui nous permettait de r&#233;v&#233;ler r&#233;guli&#232;rement les informations sur les traitements auxquels ils &#233;taient soumis. Il est remarquable que dans nos listes de souscription pour le journal, les sommes vers&#233;es par les ouvriers des camps, vivant avec une d&#233;risoire allocation, &#233;taient plus &#233;lev&#233;es que celles que nous recueillions par ailleurs. En 1949 l'UC publia une brochure, r&#233;dig&#233;e par Ramboz. Tho finit par rentrer au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'absorb&#233;s par notre travail, Barta et moi ne vivions pas en nous ignorant. Nos go&#251;ts &#233;taient communs, il n'y avait entre nous le moindre accroc. Nous discutions beaucoup du travail, de l'orientation politique, et Barta se plaignait que sa pens&#233;e aille plus vite que le temps n&#233;cessaire pour l'exprimer. Quoi qu'il en soit, ses articles, &#224; mon sens, &#233;taient forts parce qu'ils &#233;taient concis, sans digressions, allant droit au but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 46, marqu&#233;e par un intense effort d'agitation, de propagande, d'&#233;ducation, a &#233;t&#233; aussi celle d'un m&#233;morable pied de nez aux bureaucrates. Notre camarade Rival, &#226;g&#233; de 26 ans &#224; l'&#233;poque, travaillait chez Thomson, dans le 15&#232;me arrdt., et y sortait r&#233;guli&#232;rement un bulletin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prot&#233;g&#233; par des camarades, il portait seul, haut et ferme, dans le d&#233;fil&#233; du 1er mai, une pancarte &#034;Echelle mobile des salaires&#034; : c'&#233;tait une de nos revendications essentielles, interdite par les staliniens. Rival raconte lui-m&#234;me cet &#034;exploit&#034; dans ses souvenirs (non publi&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ici qu'il faut sauter &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est en 1947 que notre commando chez Renault allait montrer de quoi il &#233;tait capable. Il est vrai que la conjoncture s'y pr&#234;tait. Encore fallait-il la comprendre. Car comme l'avait dit Trotski dans sa conf&#233;rence de Copenhague en 1932 : &#034;Le soul&#232;vement des masses n'est pas une entreprise isol&#233;e que l'on peut d&#233;clencher &#224; son gr&#233;. Il repr&#233;sente un &#233;l&#233;ment objectivement conditionn&#233; dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Mais les conditions du soul&#232;vement existent-elles, on ne doit pas attendre passivement la bouche ouverte : dans les affaires humaines aussi, il y a comme le dit Shakespeare, des flux et des reflux : 'there is a tide in the affairs of men which taken at the flood, leads on to fortune'.&#034; (Il y a une mar&#233;e dans les affaires humaines qui, prise au flot montant, m&#232;ne &#224; la fortune). A mainte et mainte reprise le Vieux avait rappel&#233; ce devoir de vigilance. C'est ainsi que dans mes notes de lecture je retrouve cette phrase extraite de son Histoire de la R&#233;volution russe : &#034;la logique de la lutte de classes ne nous dispense pas d'employer notre logique subjective. Celui qui ne sait pas trouver d'espace pour son initiative, son &#233;nergie, son talent et quelque h&#233;ro&#239;sme dans les cadres de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique, celui-l&#224; ne poss&#232;de point le secret philosophique du marxisme.&#034; Il faut savoir saisir l'occasion, il faut aussi s'y pr&#233;parer. Les staliniens y allaient trop fort, la mis&#232;re &#233;tait grande (le plan Marshall n'avait pas encore &#233;t&#233; lanc&#233;), les ouvriers en avaient ras-le-bol. Mais les explosions spontan&#233;es ici ou l&#224; restaient sans lendemain. La gr&#232;ve des ouvriers de la presse, qui avait eu un certain retentissement bien que calomni&#233;e par Croizat, ministre stalinien du Travail, n'avait pas entra&#238;n&#233; les ouvriers de l'industrie. La gr&#232;ve d'avril-mai chez Renault, d&#233;clench&#233;e dans le secteur Collas o&#249; travaillait Pierre Bois, &#233;clata comme un coup de tonnerre. Pierre Bois a racont&#233; l'&#233;v&#233;nement, sous son aspect anecdotique, dans une brochure &#233;dit&#233;e par &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; en 1971. En juin 1947 d&#233;j&#224; la &#034;R&#233;volution Prol&#233;tarienne&#034; avait publi&#233; un article de Bois. Mais pour l' analyse politique de la gr&#232;ve il faut se reporter &#224; la s&#233;rie d'articles &#233;crits par Barta (il signait A. Mathieu) en 1948 dans &#034;La Voix des Travailleurs&#034; sous le titre &#034;Il y a un an&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;pisode exaltant pour nous tous ! C'&#233;tait la bataille de David contre Goliath. La premi&#232;re image que j'ai retenue, c'&#233;tait &#224; midi, place Nationale, le lundi 28 avril (la gr&#232;ve avait commenc&#233; le vendredi 25, confirm&#233;e par le comit&#233; de gr&#232;ve et le vote des ouvriers le lundi suivant). Je sortais du m&#233;tro, seule, le c&#339;ur battant. Y aura-t-il du monde ? Les ouvriers de toute l'usine r&#233;pondront-ils &#224; l'appel du Comit&#233; de gr&#232;ve Collas ? La place Nationale &#233;tait noire de monde ! Je me m&#234;le &#224; la foule, pr&#232;s d'un groupe de femmes. Bois, d&#233;j&#224; juch&#233; sur ce qui me semble &#234;tre une tribune, harangue les ouvriers. Une ouvri&#232;re dit &#224; sa voisine : &#034;tu vois, le gars qui parle c'est un des n&#244;tres&#034;. Paroles pour moi inoubliables. En d'autres mots : maintenant nous allons pouvoir dire ce que nous avons sur le c&#339;ur. Dans les jours qui ont suivi je suis all&#233;e quotidiennement &#224; Billancourt. On tenait une permanence, au caf&#233; Le Terminus, plus tard au Bon Accueil. Je discutais avec les ouvriers, aucun ne m'a jamais demand&#233; qui j'&#233;tais, d'o&#249; je venais. J'&#233;tais l&#224; pour les aider, je parlais leur langage (m&#234;me si c'&#233;tait avec un &#034;accent&#034;), cela leur suffisait. Un jour au bistrot, un ouvrier des forges, plus tout jeune, me prend &#224; t&#233;moin de la trahison des bureaucrates : Linet, qui se pr&#233;tend m&#233;tallurgiste, ne travaille plus de ses mains depuis des d&#233;cennies, et pr&#233;tend dicter aux ouvriers ce qu'ils doivent faire. Il trouvait utiles les petits tracts anonymes que nous diffusions avant la gr&#232;ve ; ne sachant pas &#224; qui en demander, il en avait copi&#233; un &#224; la main en sept exemplaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berthemin nous est rest&#233; fid&#232;le jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1er mai de cette ann&#233;e l&#224;, le Comit&#233; de gr&#232;ve Renault lan&#231;ait un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le tract, r&#233;dig&#233; par Barta et imprim&#233; gratuitement &#224; 100.000 exemplaires par les ouvriers de l'imprimerie de presse R&#233;aumur (t&#233;moignage &#233;loquent de leur soutien) &#233;tait diffus&#233; dans le cort&#232;ge de la manifestation, en d&#233;pit des injures et des bagarres provoqu&#233;es par 40 les staliniens. Tatave faisait office de garde du corps attitr&#233; et discret de Ramboz ; dangereusement vuln&#233;rable d'une oreille, il n'aurait malgr&#233; cela pas accept&#233; d'&#234;tre absent de l'&#233;v&#233;nement. Le 4 mai, les staliniens craignant d'&#234;tre &#034;d&#233;pass&#233;s sur la gauche&#034; (selon l'expression de Duclos) se laiss&#232;rent &#233;jecter du gouvernement du &#034;socialiste&#034; Ramadier. Mais les c&#233;g&#233;tistes man&#339;uvr&#232;rent pour saboter la gr&#232;ve. Faute d'hommes et de femmes &#233;duqu&#233;s, capables de tenir t&#234;te partout, localement, &#224; la pression des petits bureaucrates aux ordres des bonzes syndicaux, les ouvriers ne dirigeaient pas eux-m&#234;mes leur lutte. Partie sur une revendication de 10 francs sur le taux de base, l'usine reprit avec une &#034;prime&#034; de 3 francs. Les ouvriers n'avaient pas de r&#233;serves pour tenir longtemps ; mais la solidarit&#233; aurait pu jouer, la gr&#232;ve pouvait &#234;tre contagieuse. Plus tard Barta se reprochait une erreur de tactique : nous n'aurions pas d&#251; accepter le vote pour la prime de 3 frs impos&#233; par la CGT apr&#232;s la deuxi&#232;me semaine de gr&#232;ve, alors que le vote apr&#232;s la premi&#232;re semaine avait donn&#233; une majorit&#233; pour la continuation de la gr&#232;ve jusqu'&#224; l'obtention des 10 frs. Bois r&#233;cusait cette pr&#233;tention : il n'&#233;tait pas en notre pouvoir de nous y opposer ! Mais la gr&#232;ve elle-m&#234;me d&#232;s le d&#233;part, son succ&#232;s ou son &#233;chec n'ont-ils pas d&#233;pendu d'une strat&#233;gie ? Au d&#233;but Bois et ses camarades ne se sont-ils pas violemment oppos&#233;s aux staliniens, se r&#233;pandant dans les ateliers, arr&#234;tant les machines que les nervis remettaient en marche ? Je me souviens d'un &#233;pisode interne &#224; l'organisation : les militants du PCI chez Renault se proposaient de cr&#233;er des &#034;comit&#233;s de lutte&#034; et Bois fut pressenti la veille de la gr&#232;ve d'en faire partie. Je vois encore Barta, dont les interventions &#233;taient toujours calmes et pos&#233;es, marteler ses paroles (que je retiens de m&#233;moire) : &#034;si nous entrons dans ces combines la gr&#232;ve est fichue, nous devons avancer seuls&#034;. Ainsi fut fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le que nous avons tenu dans cette gr&#232;ve allait nous plonger dans un oc&#233;an de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers combatifs, mais minoritaires, avaient rompu consciemment les amarres avec les bureaucrates et refusaient de reprendre leur carte &#224; la CGT. D&#233;j&#224; dans les mois pr&#233;c&#233;dents, alors que nous voulions rester dans le syndicat et y imposer la d&#233;mocratie, une majorit&#233; d'ouvriers montraient leur d&#233;saffection en ne payant plus leur timbre syndical ; ils s'&#233;tonnaient m&#234;me que Vic le fasse. Ces quelques centaines d'ouvriers devaient-ils &#234;tre laiss&#233;s inorganis&#233;s, leur exemple n'allait-il pas &#224; la longue faire tache d'huile ? Un comit&#233; d'action ne pouvait &#234;tre qu'un organisme &#233;ph&#233;m&#232;re. D'o&#249; l'id&#233;e du SDR, Syndicat D&#233;mocratique Renault, une organisation des ouvriers &#224; la base. Dans un premier temps m&#234;me l'ex-secr&#233;taire de la Commission ex&#233;cutive CGT &#224; Collas (une nouvelle CE &#233;lue par les ouvriers n'avait pas &#233;t&#233; reconnue par la centrale) adh&#233;ra au SDR, ainsi que plusieurs centaines d'ouvriers de la CGT ou de la CFTC (le syndicat chr&#233;tien). Le SDR ne fut &#233;videmment pas reconnu par la direction et une bataille de proc&#233;dure, qui devait durer deux ans, commen&#231;a pour la reconnaissance de sa &#034;repr&#233;sentativit&#233;&#034;. La l&#233;gislation institu&#233;e en 45 &#224; l'instigation des staliniens avait supprim&#233; toute d&#233;mocratie dans l'&#233;lection des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'atelier. Seuls les syndicats &#034;reconnus&#034; pour faits de r&#233;sistance pouvaient pr&#233;senter une liste bloqu&#233;e sur l'ensemble de l'usine ; ainsi, dans beaucoup d'ateliers les ouvriers ne connaissaient m&#234;me pas leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s &#034;&#233;lus&#034;, en r&#233;alit&#233; impos&#233;s d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve impuls&#233;e par nos militants et l'existence du SDR, &#233;pine au pied des bureaucrates, chang&#232;rent d'une mani&#232;re spectaculaire la vie quotidienne &#224; l'usine. Un vent de libert&#233; soufflait, tout au moins dans le comportement des ouvriers avec la hi&#233;rarchie. Plus question de se laisser insulter par la chiourme patronale ou c&#233;g&#233;tiste, plus question de se cacher pour diffuser un tract. Il suffit de rappeler que dans notre journal, avant la gr&#232;ve, un &#233;cho &#034;O&#249; va se nicher la d&#233;mocratie&#034;, avait relev&#233; des inscriptions hostiles aux bonzes syndicaux dans... les WC. Mais quand le rapport de forces eut chang&#233;, le chef d'atelier qui un jour a surpris Gus 41 assis &#224; lire un livre sur le lieu de travail, lui fit simplement une observation polie. En d'autres temps cela pouvait valoir une mise &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintes revendications mineures furent impos&#233;es gr&#226;ce au SDR. Le bulletin du syndicat avait aussi un r&#244;le &#233;ducatif, donnant un point de vue sur le r&#244;le du Comit&#233; d'entreprise (on y participait &#224; titre d'observateurs) et sur d'autres probl&#232;mes d'ordre g&#233;n&#233;ral. Des slogans contre les heures suppl&#233;mentaires, tels que &#034;accomplir aujourd'hui le travail de demain c'est faire de toi un ch&#244;meur certain&#034;, &#233;taient relay&#233;s par La Voix des Travailleurs. La cr&#233;ation, non orthodoxe aux yeux du PCI, du syndicat a &#233;t&#233; expliqu&#233;e et argument&#233;e dans plusieurs articles de la Voix. L'argument qui nous &#233;tait ass&#233;n&#233; de bonne ou de mauvaise foi &#233;tait : &#034;vous &#234;tes des diviseurs&#034;. Or voici ce qu'on pouvait lire dans la Voix des Travailleurs du 20 ao&#251;t 1947, sous le titre &#034;Unit&#233; d'action&#034;, &#224; propos d'une simple revendication sur les prix de la cantine : &#034;...si le SDR, en agissant pour la cantine, a oblig&#233; la CGT &#224; en faire autant sous peine de se discr&#233;diter, n'a-t-il pas r&#233;alis&#233;, en m&#234;me temps, l'unit&#233; ? On aurait pu rester longtemps encore tous &#034;unis&#034; derri&#232;re la CGT sans que, pour cela, quoi que ce soit change dans l'usine. Mais les ouvriers conscients qui, en s'organisant ind&#233;pendamment, sont pass&#233;s &#224; l'action sans se soucier des accusations des bonzes, avec confiance dans la force des ouvriers et en se mettant &#224; l'apprentissage de leurs t&#226;ches syndicales, sont, eux, les v&#233;ritables r&#233;alisateurs de l'unit&#233; dans l'action de d&#233;fense des revendications ouvri&#232;res - comme l'ont &#233;t&#233; les camarades du SDR depuis le d&#233;but de leur existence.&#034; On pouvait certes rappeler l'opposition du Vieux &#224; la cr&#233;ation de petits syndicats. Mais Trotski n'enseignait pas des dogmes. Dans le Programme de Transition (1938) il &#233;crivait : &#034;S'il est criminel de tourner le dos aux organisations de masse pour se contenter de fictions sectaires, il n'est pas moins criminel de tol&#233;rer passivement la subordination du mouvement r&#233;volutionnaire des masses au contr&#244;le de cliques bureaucratiques ouvertement r&#233;actionnaires ou conservatrices masqu&#233;es (&#034;progressistes&#034;). Le syndicat n'est pas un but en soi, mais seulement un des moyens &#224; employer dans la marche &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&#034; Cependant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sur laquelle nous avions mis&#233; ne se produisit pas. Les mois suivants virent seulement des mouvements sporadiques, en juin aux chemins de fer, dans le m&#233;tro, dans quelques usines. La CGT avait repris un langage revendicatif (on entrait dans l'&#232;re de la guerre froide) : en novembre 47 elle d&#233;clencha une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale arbitrairement, sans consulter les ouvriers, et sans revendication s&#233;rieuse. La gr&#232;ve finit en queue de poisson au bout d'un mois. Le tournant op&#233;r&#233; par les staliniens ne changeait en rien leur nature. Nos camarades devaient se garder contre leurs provocations &#224; l'int&#233;rieur de l'usine, et d&#233;fendre notre droit &#224; la parole physiquement contre leurs nervis &#224; l'ext&#233;rieur, dans les meetings, ou dans la rue. Relevons pour l'histoire que le PCI, loin de nous soutenir, accusait Bois, dans &#034;La V&#233;rit&#233;&#034;, d'&#234;tre &#034;li&#233; &#224; des &#233;l&#233;ments jaunes au service de Lefaucheux&#034; !! Le SDR ne gagnait pas en effectifs. Le chiffre de vente du journal, qui &#233;tait de quelque 2.000 au d&#233;but, stagnait, puis baissait. Les cercles d'&#233;ducation n'attiraient que peu d'ouvriers. Dans une r&#233;union du Conseil syndical, peu de mois apr&#232;s la gr&#232;ve, Bois d&#233;plorait l'absence de cette conscience de classe dont s'enorgueillissait la vieille g&#233;n&#233;ration. &#034;La raison du manque d'&#233;cho &#224; notre politique r&#233;volutionnaire, devait ajouter Barta (r&#233;union du 25.9.49), s'explique par le retard de la conscience r&#233;volutionnaire des masses et par cons&#233;quent l'absence d'une avant-garde, qui ne peut pas se cr&#233;er tant qu'il n'y a pas un courant r&#233;volutionnaire authentique dans toutes les classes. Dans le meilleur des cas les ouvriers posent &#224; leurs dirigeants des probl&#232;mes d'ordre syndical.&#034; Les ouvriers s'en remettaient &#224; nouveau &#224; la &#034;grande CGT&#034;, une fois que celle-ci ne leur montrait plus ouvertement un visage ennemi. En fonction de la volte-face c&#233;g&#233;tiste, notre tactique changea aussi. A c&#244;t&#233; de la CGT et de la CFTC, un autre syndicat &#233;tait apparu, FO (Force Ouvri&#232;re) apr&#232;s la scission fin 47 au sein de la bureaucratie syndicale, entre Frachon et les staliniens d'un c&#244;t&#233;, Jouhaux et les r&#233;formistes de l'autre. Le SDR militait pour imposer l'unit&#233; d'action et sa participation dans le cartel des syndicats avec le droit de libre expression ; c'&#233;tait le seul moyen de mettre les bureaucrates au pied du mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 47 paraissait &#034;La Voix des Travailleurs-Renault&#034; imprim&#233;e. Il nous fallut en revanche renoncer, faute de moyens, &#224; la publication de la Lutte de Classes. Dans le dernier num&#233;ro dat&#233; du 15 mai, sous le titre &#034;Qui l'emportera ?&#034;, Barta dressait le bilan de la gr&#232;ve : &#034;ils (les ouvriers) sont en gr&#232;ve contre la volont&#233; des dirigeants c&#233;g&#233;tistes et c'est &#224; ces derniers que revient, dans beaucoup de secteurs, la direction d'un mouvement dont ils ne veulent pas. C'est l&#224; que commencent les &#034;victoires&#034; de la CGT.&#034; Un an apr&#232;s, en mai 1948, La Voix des Travailleurs (devenue &#034;organe de lutte de classe&#034;) cessa &#224; son tour de para&#238;tre. Pourtant, cela n'avait pas &#233;t&#233; une mince satisfaction pour nous de lire dans la lettre que Sedova nous adressait le 22 octobre 1947 : &#034;ce journal est bien fait, le ton est combatif et la position prise juste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avions plus de journal quand se produisit la rupture de Tito avec Staline. Barta fit oralement, en r&#233;union, une analyse de l'&#233;v&#233;nement, dont j'ai gard&#233; les notes. Il expliquait le caract&#232;re nationaliste du PC yougoslave et de la politique de Tito, alors que les autres trotskistes le portaient d&#233;j&#224; aux nues comme un chef &#034;r&#233;volutionnaire&#034;. L'histoire devait confirmer enti&#232;rement le caract&#232;re fantaisiste des appr&#233;ciations du PCI. Barta ne savait pas &#224; l'&#233;poque que son analyse rejoignait enti&#232;rement celle de Sedova. En septembre 1951, la &#034;R&#233;volution Prol&#233;tarienne&#034; publiait une lettre sign&#233;e Natalia Trotski, dat&#233;e de Mexico, le 9 mai 1951, et adress&#233;e au Comit&#233; ex&#233;cutif de la Quatri&#232;me Internationale. J'en extrais ces lignes : &#034;Il m'est impossible de vous suivre dans la question yougoslave. ...Il faudrait tirer avantage des concessions que le r&#233;gime de Tito se trouve &#224; pr&#233;sent oblig&#233; de faire &#224; son peuple. Mais ce qu'on trouve dans tous vos &#233;crits, c'est une id&#233;alisation inexcusable de la bureaucratie titiste... Cette bureaucratie n'est qu'une r&#233;plique, sous une nouvelle forme, de la vieille bureaucratie stalinienne ; elle s'est form&#233;e dans les id&#233;es, la politique et la morale du Gu&#233;p&#233;ou ; fondamentalement, son r&#233;gime ne diff&#232;re en rien de celui de Staline, et il serait absurde de croire ou d'enseigner qu'une direction r&#233;volutionnaire du peuple yougoslave pourra sortir de cette bureaucratie, ou autrement que de la lutte contre elle.&#034; Sedova rompait avec la direction de la 4&#176; Internationale sur un d&#233;saccord fondamental : &#034;Obs&#233;d&#233;s par de vieilles formules p&#233;rim&#233;es&#034;, &#233;crivait-elle dans cette lettre, &#034;vous continuez de consid&#233;rer l'Etat stalinien comme un Etat ouvrier. Je ne peux ni ne veux vous suivre sur ce point.&#034; D&#232;s 1948 un malaise s'&#233;tait install&#233; dans notre organisation ; nous sentions le besoin de faire sortir des camarades de l'usine, notamment Bois, pour leur faire reprendre des forces ; on parlait de redonner sa place au travail politique, qui &#233;tait pass&#233; au second plan &#224; cause des t&#226;ches syndicales. Or notre objectif &#233;tait d'apporter aux ouvriers une conscience politique, car l'action syndicale, indispensable pour pr&#233;server leur dignit&#233; d'hommes, &#233;tait insuffisante pour leur &#233;mancipation. Mais nous &#233;tions entra&#238;n&#233;s par le courant et chaque petit succ&#232;s nous faisait une obligation de continuer. Ce dilemme &#233;tait devenu un leitmotiv : retourner &#224; l'instruction de cadres pour un travail en dehors de l'usine, tout en maintenant notre acquis dans l'usine. Barta r&#233;p&#233;tait sans cesse &#034;on a le choix entre deux genres de mort&#034; : renoncer au travail ouvrier pour revenir au journalisme &#233;tait un genre de mort, c'en &#233;tait un aussi de continuer &#224; se cantonner dans ce travail, faute de forces militantes nouvelles. Il se plaignait de sa solitude, du manque d'&#233;changes &#224; son niveau. Je pensais pour ma part que nous aurions d&#251; faire une retraite strat&#233;gique, impos&#233;e par le rapport de forces. Mais je ne formulai pas ouvertement ce point de vue, et je n'&#233;tais plus dans les m&#234;mes rapports quotidiens avec Barta pour en d&#233;battre avec lui. Plus tard, en revenant sur cette p&#233;riode, Barta se proposait d'&#233;crire un texte intitul&#233; &#034;Efficacit&#233; et limites de l'initiative r&#233;volutionnaire&#034;. Il ne fit que l'&#233;baucher, mais telles quelles les notes qu'il me confia &#233;clairent bien les obstacles sur lesquels nous avons tr&#233;buch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut la peine d'en citer ces quelques lignes : &#034;Appuy&#233;s sur la volont&#233; de r&#233;sistance ouvri&#232;re aux conditions morales et &#233;conomiques que la bourgeoisie imposa &#224; la &#034;lib&#233;ration&#034; aux travailleurs avec l'aide des staliniens et des social-d&#233;mocrates, une poign&#233;e de militants agissant sur des bases r&#233;volutionnaires put infliger des coups s&#233;rieux aux social-tra&#238;tres et arracher partiellement les ouvriers &#224; leur influence, dans certaines usines parisiennes. Cette action efficace culmina dans la gr&#232;ve Renault d'avril-mai 1947. Mais la volont&#233; ouvri&#232;re fit compl&#232;tement d&#233;faut &#224; la cr&#233;ation de nouvelles organisations prol&#233;tariennes.&#034; C'&#233;tait l'impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut subir une d&#233;faite parce qu'on a suivi une politique radicalement fausse. Mais on peut aussi, avec une politique juste, &#234;tre victime d'un rapport de forces d&#233;favorable, &#233;crivait Trotski en mars 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre engagement militant &#233;tait bas&#233; sur une volont&#233; qui avait ses racines dans l'histoire du mouvement ouvrier : celle de contribuer &#224; former une avant-garde instruite et capable de s'&#233;lever &#224; la hauteur de ses t&#226;ches. Nous &#233;tions tous sur la br&#232;che. On affichait, pour pouvoir en rire, la devise : &#034;il est interdit de tomber malade ou de mourir sous peine d'exclusion&#034;. Aux r&#233;unions hebdomadaires du conseil syndical assistaient une vingtaine d'ouvriers et Barta y participait parfois ; malgr&#233; les r&#233;ticences de Bois il expliquait les raisons qui nous dictaient une nouvelle orientation : apr&#232;s le tournant stalinien nous devions agir dans le sens d'un front unique de tous les syndicats et faire admettre notre pr&#233;sence dans leur cartel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claire, notre militante aux presses, donna sa d&#233;mission dans une lettre o&#249; elle adoptait le point de vue du PCI et nous reprochait la cr&#233;ation du syndicat. J'eus de la peine, car j'aimais cette fille du peuple intr&#233;pide et franche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre quelques jours de repos, Pichot, Labb&#233;, Barta &#224; tour de r&#244;le, allaient &#224; Calais o&#249; les parents de Tatave les accueillaient &#224; bras ouverts dans leur coron. Gustave le p&#232;re, ouvrier communiste d&#232;s sa jeunesse, &#233;tait rest&#233; internationaliste et ouvert &#224; la discussion avec les camarades trotskistes de son fils. Plus tard Gus m'a racont&#233; comment, marchant avec Barta pendant des heures, celui-ci &#233;valuait les qualit&#233;s des uns et des autres, cherchant une issue &#224; nos difficult&#233;s. Les camarades organis&#232;rent, &#224; l'intention des militants du SDR, un voyage en Italie et pour la plupart ce fut leur premier voyage &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me &#233;t&#233; 48 Denise m'invita pour une semaine chez ses parents &#224; Bayonne. De condition modeste, ils habitaient non loin de la cath&#233;drale, dont la cloche sonnait les heures. Le p&#232;re &#233;tait taciturne, la m&#232;re volubile et d'une grande gentillesse. Fille unique, Denise &#233;tait venue &#224; Paris pour faire des &#233;tudes, comme &#233;l&#232;ve de la Croix-Rouge. &#034;J'ai mauvaise conscience &#224; l'&#233;gard de ma m&#232;re&#034;, m'avait-elle dit un jour o&#249; elle se voyait engag&#233;e dans le travail militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pense &#224; toutes les m&#232;res&#034; : ma remarque, inspir&#233;e de Gorki, lui convenait. Je n'ai jamais oubli&#233; cette m&#232;re qui m'a si cordialement accueillie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naufrage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle ann&#233;e terrible que cette ann&#233;e 48 ! Les militants en usine s'&#233;puisaient &#224; la t&#226;che. Barta lui-m&#234;me &#233;tait dans un &#233;tat de grande fatigue. Souvent quand des camarades venaient chez nous pour le travail, ils le trouvaient allong&#233; une compresse froide sur le front ; sans doute s'interrogeaient-ils sur cette d&#233;faillance. Et voil&#224; qu'au beau milieu de nos soucis et peut-&#234;tre &#224; cause d'eux, Barta avait cherch&#233; refuge dans une relation amoureuse avec une camarade. Ce fut pour moi un coup tr&#232;s rude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant d'autres ressources que mon salaire, je travaillais alors quelques heures par semaine chez le caricaturiste Jean Effel. Ses dessins avaient du succ&#232;s. Un exemple d'humour de l'&#233;poque : dans un caf&#233; fr&#233;quent&#233; par les &#034;existentialistes&#034; (comme on appelait &#224; l'&#233;poque Sartre et sa cour), la &#034;dame-pipi&#034; renseigne un curieux : &#034;ce sont les excr&#233;mentialistes&#034;. J'eus droit aussi &#224; ma caricature, en petit ange ail&#233;, figure et lunettes rondes. Tous ses dessins, c&#233;l&#232;bres &#224; l'&#233;poque, portaient &#224; c&#244;t&#233; de sa signature une petite marguerite ; c'&#233;tait le nom de sa femme. Ce qui ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre &#034;galant&#034; par ailleurs. J'&#233;tais loin de ce genre de pr&#233;occupations ! Nous &#233;tions un petit groupe, nous nous c&#244;toyions tous les jours, la situation cr&#233;&#233;e par Barta &#233;tait pour moi intenable ; il essaya de m'expliquer que malgr&#233; tout nous restions unis &#034;comme les deux doigts de la main&#034;. Mais peut-on raisonner dans ces cas ? Je me souvenais avec amertume qu'en 1938 j'avais rapport&#233;e dans ma valise un joli corsage roumain brod&#233;. Je le portais justement un jour o&#249;, sans malice, je racontais &#224; Barta que notre camarade Baufr&#232;re aimait m'entendre prononcer avec l'accent du &#034;terroir&#034; certains mots roumains relev&#233;s dans les romans en fran&#231;ais de Pana&#239;t Istrati : &#034;dor&#034; par exemple, l'&#233;quivalent intraduisible de nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans dire un mot Barta vint vers moi et d&#233;chira en deux mon corsage. M&#233;dus&#233;e, je restai sans voix et l'incident fut enterr&#233; sans commentaire. Et certainement oubli&#233; par lui. Dans les &#034;Nouvelles de nulle part&#034; William Morris imagine un monde parfait, libre et harmonieux, o&#249; la jalousie reste le seul d&#233;faut dont les hommes ne se sont pas d&#233;barrass&#233;s. Pouvais-je, moi seule, faire exception ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne rel&#226;chai pas l'activit&#233; qui &#233;tait ma vraie raison de vivre, mais peut-&#234;tre les camarades s'apercevaient-ils que je n'&#233;tais plus tout &#224; fait la m&#234;me &#034;Ir&#232;ne&#034;. D&#233;but 49 (de f&#233;vrier &#224; avril) nous sort&#238;mes trois cahiers polycopi&#233;s de La Lutte de Classes ; l'article &#034;Qui unifiera l'Europe ?&#034; m&#233;rite encore d'&#234;tre lu aujourd'hui. En avril 49 nous re&#231;&#251;mes une grande nouvelle : la reconnaissance d&#233;finitive par le juge de paix, apr&#232;s deux ans de d&#233;marches l&#233;gales et de luttes men&#233;es dans l'usine, de la repr&#233;sentativit&#233; du SDR. C'est aussi le dernier jour de ce mois d'avril 1949 qu'est venu au monde mon fils Mathieu. Barta releva la co&#239;ncidence de ces deux &#034;&#233;v&#233;nements&#034; heureux. Mais nous n'habitions d&#233;j&#224; plus ensemble, et je m'&#233;tais rendue seule &#224; la maternit&#233; Tarnier, rue d'Assas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;decin ami qui m'avait suivie et dirig&#233;e vers cette maternit&#233;, m'avait &#034;tir&#233;e d'affaire&#034; en d'autres occasions et l'aurait fait cette fois, si je le lui avais demand&#233;. Mais la force morale m'avait manqu&#233; et inconsciemment, sans raisonner, je pense que je voyais en cet enfant un lien qui me rattacherait encore &#224; son p&#232;re perdu comme compagnon. Quand le nouveau-n&#233; ouvrit pour la premi&#232;re fois les yeux, je fus &#224; la fois &#233;tonn&#233;e et &#233;merveill&#233;e. Etonn&#233;e, parce que j'avais gard&#233; le souvenir de mes petites s&#339;urs aux yeux clairs, et les siens &#233;taient sombres ; &#233;merveill&#233;e par son regard lumineux, rayonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de l'accouchement, le 1er mai donc, j'eus la visite de Barta et de Tatave. Ag&#233; alors de 22 ans, il avait v&#233;cu avec nous toutes les temp&#234;tes depuis 46 ; il nous &#233;tait attach&#233; sentimentalement, et dans le conflit entre Bois et Barta, il &#233;tait du c&#244;t&#233; de celui-ci parce qu'il lui donnait raison. Je demandai &#224; sortir avant le d&#233;lai pr&#233;vu de cet h&#244;pital o&#249; je partageais une salle avec une vingtaine d'accouch&#233;es, les berceaux au pied du lit, les pleurs et le bruit nuit et jour. Un patron plein de morgue faisait son tour le matin dictant aux infirmi&#232;res des ordres aberrants. D&#232;s que je fus sortie Marguerite Bongrain arriva avec un trousseau complet de layette de l'assistance publique. J'entrai dans mon nouveau r&#244;le : pr&#233;paration de biberons, langes, visites au dispensaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Marguerite qui nous m&#233;nagea des vacances d'&#233;t&#233;. Une de ses s&#339;urs, Madeleine, religieuse des Missions d'Orient, faisait une retraite &#224; Pau, dans une maison superbement install&#233;e dans un parc. Me voil&#224; donc partie avec le b&#233;b&#233; de deux ou trois mois &#224; Pau. La m&#232;re sup&#233;rieure m'accueille et me demande si l'enfant est baptis&#233;. Constern&#233;e devant ma r&#233;ponse n&#233;gative, elle m'exhorte d'accepter la b&#233;n&#233;diction du cardinal Sali&#232;ge qui se trouve justement l&#224;. (Ainsi l'enfant irait au paradis, s'il venait &#224; mourir. Sinon...) Pour moi c'&#233;tait l'occasion ou jamais de voir de pr&#232;s un cardinal. Ce court s&#233;jour fut en tout cas b&#233;n&#233;fique. L'humeur joyeuse de l'enfant &#233;tait contagieuse : quand je le soulevais en l'air il riait aux &#233;clats, r&#233;clamant encore et encore cet exercice d'envol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos militants l'ann&#233;e 49 fut marqu&#233;e pour la premi&#232;re fois par la participation du SDR aux &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s sur l'ensemble de l'usine, ce qui nous valut d'avoir des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour Barta notre grand succ&#232;s fut, en novembre 49, la r&#233;union dans un meeting commun du cartel des syndicats (CGT, CFTC, FO) o&#249; le SDR avait impos&#233; sa pr&#233;sence, avec libert&#233; d'expression. Ce ne fut pas acquis sans mal. Les c&#233;g&#233;tistes agressent constamment nos militants quand ils s'adressent aux ouvriers, quand ils distribuent un tract. Au d&#233;partement 50, le d&#233;l&#233;gu&#233; c&#233;g&#233;tiste refuse la parole &#224; un ouvrier espagnol, parce qu'il est &#233;tranger ! Le 1er mai 49 la CGT conteste au SDR le droit de participer &#224; la manifestation. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente la m&#234;me interdiction avait &#233;t&#233; faite &#224; un groupe nord-africain. Dans ce contexte, notre participation au meeting du cartel &#233;tait de toute &#233;vidence une victoire strat&#233;gique ; mais le syndicat ne repr&#233;sentait plus qu'une force morale, sans troupes. Le levier manquait pour transformer notre politique en action. A la fin de la m&#234;me ann&#233;e la scission de l'organisation &#233;tait accomplie, dans un climat de m&#233;fiance et de conflit entre les camarades. Je trouvais cette situation absurde, et je ne voyais pas comment on aurait pu l'&#233;viter. Aux &#233;lections de d&#233;l&#233;gu&#233;s de juin 1950, o&#249; le SDR ne recueillait que 500 voix, il avait pratiquement cess&#233; d'exister. Si l'on pouvait comparer des &#233;v&#233;nements de m&#234;me nature &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes, je citerais cette phrase am&#232;re de Rosmer : &#034;Ainsi va l'histoire. Le prol&#233;tariat d'Europe a laiss&#233; les Russes seuls&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 50 Barta reprenait la publication de la Lutte de Classes, une feuille imprim&#233;e petit format. C'est dans le premier num&#233;ro de ce modeste bulletin qu'il &#233;crivait : &#034;Dans l'&#233;tat actuel de dispersion des groupes et des individus se r&#233;clamant d'un socialisme authentique... nous devons nous r&#233;signer &#224; ce qui nous est possible... En tout cas, la d&#233;fense des masses contre leurs oppresseurs est toujours r&#233;aliste quelle que soit la petitesse des moyens mis en &#339;uvre&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#034;Nouvelle Etape&#034;, Lutte de Classes n&#176; 1, 12 janvier 1950).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bulletin du SDR Bois se d&#233;marquait de notre journal. Sans organisation, sans diffusion possible, il n'alla pas au-del&#224; de neuf num&#233;ros. Quand &#233;clata, fin 50, la guerre de Cor&#233;e, Barta adressa une lettre &#224; quelques camarades de l'ex-UC pour leur proposer une collaboration politique, sans lien organisationnel. Mais cette d&#233;marche n'eut pas de suite. Tandis que la guerre froide mena&#231;ait 46 de devenir la guerre tout court, les autres groupes trotskistes connaissaient aussi un recul et m&#234;me une d&#233;sagr&#233;gation ; le PCF de son c&#244;t&#233; cessait d'&#234;tre &#034;le&#034; grand parti de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une note qu'il m'adressait l'&#233;t&#233; 50, Barta &#233;crivait : &#034;le malheur, c'est qu'il faut qu'une s&#233;rie de conditions existent ensemble pour entamer un travail. Mais parmi ces conditions, celles qui d&#233;pendent de nous, donc r&#233;alisables, seront-elles r&#233;alis&#233;es ? Avant je ne voyais que les c&#244;t&#233;s positifs de ce que j'entreprenais, les c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs ne se pr&#233;sentaient qu'abstraitement &#224; mon esprit, et c'est cela qui faisait ma force et me poussait &#224; entreprendre. Maintenant, les obstacles, bien qu'ils ne m'effraient pas, se pr&#233;sentent dans toute leur r&#233;alit&#233; et me font douter.&#034; Peut-&#234;tre aurions nous d&#251; reconna&#238;tre notre &#233;chec avant d'en venir &#224; des querelles qui me semblaient humiliantes, que nous aurions d&#251; &#233;viter. Des ann&#233;es apr&#232;s notre d&#233;faite, je m&#233;ditais sur ces lignes d'El&#233;anor Marx, &#233;crites en 1883, &#224; propos de la Premi&#232;re Internationale transf&#233;r&#233;e &#224; New-York apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune : &#034;Il (Marx) dit que sa vraie t&#226;che avait &#233;t&#233; accomplie, que nous ne devions pas nous survivre et nous effondrer lamentablement ; que la fin devait &#234;tre volontaire et d&#233;cente&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment reconstituer par la m&#233;moire ce qui &#233;tait pour moi un double naufrage ? Je vivais avec une profonde douleur, et ne me confiais &#224; personne. La s&#339;ur de Delu qui allait arriver cette ann&#233;e &#224; Paris, fut tr&#232;s choqu&#233;e par notre s&#233;paration. Matilda, Tildica, &#233;tait venue une premi&#232;re fois en 1947 pour une cure &#224; Vichy. A l'arriv&#233;e du nouveau r&#233;gime &#034;communiste&#034; en Roumanie, elle avait essay&#233; de s'int&#233;grer dans une activit&#233; sociale. Mais elle avait vite d&#233;chant&#233;. En 1950, gr&#226;ce &#224; ses relations, en laissant aux bureaucrates l'appartement, des bijoux et de l'argent, elle put quitter le pays avec son mari et sa m&#232;re, la &#034;m&#233;m&#233;&#034; de Mathieu, qui reste vivante dans mon souvenir. Tildica me proposa de prendre l'enfant chez elle ; la famille &#233;tait confortablement install&#233;e dans un appartement non loin du Sacr&#233;-C&#339;ur et je pouvais y venir tous les soirs, apr&#232;s le travail. On y f&#234;ta le premier anniversaire de Mathieu, il apprit &#224; marcher (il ne se tra&#238;na jamais &#224; quatre pattes) et &#224; parler. M&#233;m&#233;, qui ne connaissait pas le fran&#231;ais et n'avait plus tellement l'&#226;ge d'apprendre, l'apprit quand m&#234;me pour pouvoir parler &#224; l'enfant : c'&#233;tait la consigne de Tildica. A l'heure du repas elle l'installait sur sa chaise haute et lui donnait &#224; manger au son de percussions, c'est-&#224;-dire qu'elle tambourinait sur une casserole avec une cuill&#232;re, et lui donnait la bouillie avec l'autre. M&#233;m&#233; me donna &#224; sa fa&#231;on une le&#231;on de sagesse. Comme je la voyais faire la vaisselle en trempant ses mains dans l'eau bouillante, je lui sugg&#233;rai de se servir d'une lavette &#224; manche. Ayant l'esprit ouvert et indulgent, elle accepta de faire un essai. Mais elle revint rapidement &#224; la vieille m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintes fois j'y ai repens&#233; depuis, me voyant agir de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours Mathieu avait droit &#224; sa promenade, gr&#226;ce &#224; quoi il apprit &#224; parler avec l'accent des gamins du quartier, pronon&#231;ant cependant les mots en entier, avec &#034;distinction&#034;, &#224; la mani&#232;re de sa tante. Quel champ d'observation qu'un enfant ! La pu&#233;riculture, une de mes premi&#232;res et &#233;ph&#233;m&#232;res vocations, m'aurait certainement passionn&#233;e. J'observai un jour le petit jouant avec d'autres b&#233;b&#233;s au square, et le voil&#224; qui donne son jouet &#224; un autre, qui le regarde &#233;tonn&#233;, ou incr&#233;dule. Je me pose la question : aurait-il ce besoin de partage qu'on observe rarement chez les enfants ? C'est aussi avec satisfaction que je constatai tr&#232;s t&#244;t son sens de l'orientation, qui me manquait h&#233;las totalement. On n'h&#233;rite pas de tous les d&#233;fauts de ses parents et heureusement de quelques-unes de leurs qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide et la pr&#233;sence de Tildica &#233;taient pour moi inappr&#233;ciables. Quand elle est arriv&#233;e &#224; Paris, mon d&#233;sarroi &#233;tait tel que je pleurais &#224; tout bout de champ. Je d&#233;cidai, avant de chercher du travail, de me prendre d'abord en main. Au contr&#244;le m&#233;dical de la S&#233;curit&#233; sociale, une doctoresse, sans m&#234;me me poser une question, m'accorda une prise en charge m&#233;dicale d'un mois dans une maison de repos &#224; Grasse ! A part les charlatans, ceux qui ont besoin de croire aux miracles de la Ste Vierge, &#224; Lourdes, ou ailleurs, sont des gogos. Il m'a suffi de ce printemps m&#233;ridional, baign&#233; de parfums d'orangers, pour que d&#232;s le premier soir, au lieu de mouiller mon oreiller de larmes, je m'endorme apais&#233;e : j'&#233;tais gu&#233;rie de ma m&#233;lancolie. La maison &#233;tait r&#233;serv&#233;e aux femmes, la plupart jeunes, avec des probl&#232;mes de surmenage, de d&#233;prime, etc. J'y ai rencontr&#233; des filles qui faisaient d'interminables journ&#233;es de travail, des m&#232;res de famille qui assuraient la double journ&#233;e. A plusieurs, selon les affinit&#233;s, nous nous promenions dans cette belle campagne, et j'y fis m&#234;me une petite r&#233;volution. Sur une terrasse o&#249; nous pouvions prendre des bains de soleil &#224; l'abri des regards, je me mis un jour toute nue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres n'attendaient que cet exemple, comme quoi il faut toujours que quelqu'un commence ! J'appris que les fleurs d'oranger servaient &#224; faire du parfum, mais que les odeurs dans une distillerie n'avaient rien d'agr&#233;able. Je n'eus pas l'occasion de le v&#233;rifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me m&#233;nager du temps libre, j'avais le plus souvent travaill&#233; de fa&#231;on intermittente avec des horaires r&#233;duits ; les offres d'emploi ne manquaient pas, et leur vari&#233;t&#233; enrichissait mon exp&#233;rience. Ainsi ce laboratoire m&#233;dical qui offrait, par petite annonce, un emploi temporaire de st&#233;nodactylo. Rue de la Glaci&#232;re, une femme professeur &#224; la facult&#233; de m&#233;decine, chef du laboratoire de contr&#244;le des produits pharmaceutiques, m'accueille. D'un abord sympathique, elle m'explique qu'elle va me dicter les textes pour une tourn&#233;e de conf&#233;rences en province. Je d&#233;couvre le laboratoire, les souris blanches en cage et les grenouilles d&#233;pec&#233;es dont les pattes continuent de remuer, les blouses blanches qui manipulent tout cela. Le (la) professeur contr&#244;le et dirige le travail. C'est dans ses moments de pause que je lui deviens utile : alors elle s'installe et commence &#224; dicter. Souvent elle d&#233;jeune d'un caf&#233; au lait et de tartines. Elle est membre du PC et pr&#233;pare une tourn&#233;e de conf&#233;rences pour d&#233;fendre les th&#232;ses de Lyssenko ! Autrefois je m'&#233;tonnais que des hommes de science puissent croire au bon dieu et aller &#224; l'&#233;glise, puis j'avais lu une interpr&#233;tation plausible dans un texte de Lafargue, qui soulignait le lien entre l'&#233;glise et l'int&#233;gration sociale de l'individu. Eh bien cette femme m&#233;decin, int&#233;gr&#233;e au courant &#224; la mode des intellectuels dits communistes, d&#233;fendait des th&#232;ses reconnues absurdes sur la s&#233;lection artificielle et l'h&#233;r&#233;dit&#233;, invent&#233;es par un certain Mitchourine, reprises par Lyssenko et qui avaient l'heur de plaire &#224; Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;pisode instructif : une organisation juive de secours aux enfants (OSE) dans le 7&#232;me ardt., o&#249; j'avais des relations tr&#232;s amicales avec mes coll&#232;gues, des jeunes femmes. Un jour, &#224; la cantine o&#249; nous d&#233;jeunions d'habitude, un convive voisin de table me parle de sa haine des Arabes. Je prends une mine constern&#233;e : &#034;comment, vous, le rescap&#233; des chambres &#224; gaz, vous &#234;tes raciste ?&#034; Le monsieur reste muet. Trois fois h&#233;las, il n'&#233;tait pas seul de son esp&#232;ce. Je ne connaissais pas &#224; l'&#233;poque la r&#233;putation en Isra&#235;l de Yechayahou Leibovitz, opposant au r&#233;gime et auteur de l'expression les &#034;jud&#233;o-nazis&#034;, &#224; qui on doit cette formule : &#034;&#224; partir du moment o&#249; le nationalisme devient une valeur l'homme tourne &#224; la b&#234;te sauvage&#034;. C'est aussi &#224; l'OSE que le hasard me fit rencontrer bri&#232;vement l'Espagnol Julian Gorkin, ancien dirigeant du POUM, et Jozef Kruk, un des dirigeants isra&#233;liens du MAPAM (l'aile gauche du parti socialiste). Gorkin m'invita m&#234;me en t&#234;te &#224; t&#234;te dans un caf&#233;, mais nous n'&#233;change&#226;mes que quelques banalit&#233;s. Il m'a sembl&#233;, peut-&#234;tre &#224; tort, qu'il &#233;tait un personnage tr&#232;s ordinaire ; sans doute parce que les temps n'&#233;taient plus les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant je devais d&#233;sormais envisager un travail r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; temps complet. J'ai trouv&#233; un emploi de secr&#233;taire dans un bureau &#034;import-export&#034; rue Ste Anne. Tous les jours je passais devant la BN, h&#233;las sans y entrer. En fait d'export, les margoulins envoyaient en Afrique des babioles, des caisses de montres bon march&#233; qui ne marchaient pas. Je n'ai pas pu supporter ce commerce d'escrocs, m&#234;me si les relations entre employ&#233;s &#233;taient bonnes. Je changeai de patrons, cette fois des juifs new-yorkais marchands de ferraille, qui avaient un bureau &#224; Paris, sur les Champs-Elys&#233;es. Le directeur technique, M. Teplitz, n&#233;gociait au t&#233;l&#233;phone la tonne de cuivre ou de quelque autre m&#233;tal en mentant d'une fa&#231;on si &#233;vidente, que je m'en &#233;tonnai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est convenu, m'expliquait-il, l'autre ment aussi, mais on se comprend. Il y avait donc un code du mensonge. Ce brave homme, d'origine polonaise, qui avait travaill&#233; dans un kibboutz, se demandait ce que deviendraient les ouvriers s'il n'y avait pas de patrons. Nos patrons &#224; nous (ils &#233;taient deux fr&#232;res) n'avaient d'autre souci quand ils venaient &#224; Paris que d'aller voir les filles. Le directeur commercial, un Fran&#231;ais avec un nom &#224; particule, leur servait de guide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ma coll&#232;gue, une gentille et modeste dactylo, je n'ai pu conna&#238;tre son salaire qu'en lui r&#233;v&#233;lant d'abord le mien ; telles &#233;taient les m&#339;urs inculqu&#233;es, m&#234;me &#224; ce humble niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 54 je me pr&#233;sentai rue de Longchamp, pr&#232;s du bois de Boulogne, au si&#232;ge de l'ATIC, une d&#233;pendance des Charbonnages de France. A l'&#233;poque on pouvait n&#233;gocier le salaire et j'exigeai un bar&#232;me sup&#233;rieur &#224; celui que le chef du personnel m'attribuait. Quant aux horloges pointeuses, il m'expliqua qu'elles n'&#233;taient l&#224; que pour la forme. N'emp&#234;che que tout le monde, &#224; commencer par le directeur, avait son petit carton. On &#233;tait aux d&#233;buts de la CECA (Communaut&#233; Europ&#233;enne du Charbon et de l'Acier) et mon travail &#233;tait de traduire des documents allemands en fran&#231;ais. J'appris que les int&#233;r&#234;ts des patrons fran&#231;ais dans la Ruhr (et vice-versa en Lorraine) n'avaient pas &#233;t&#233; touch&#233;s par la guerre. Ce qui &#233;tait une confirmation de ce que nous disions dans notre propagande d&#232;s le d&#233;but de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On importait du charbon de Pologne. Le directeur de l'Agence, charg&#233; des int&#233;r&#234;ts charbonniers fran&#231;ais, s'int&#233;ressait pour son compte au p&#233;trole, misant ainsi sur tous les tableaux. Le monsieur qui m'avait fait passer mon test d'embauche &#233;tait un colonel &#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs plus jeunes &#233;taient des cadres sortis des grandes &#233;coles, Sciences-po et autres, &#224; la fois comp&#233;tents et born&#233;s. L'un racontait des blagues stupides et expliquait que les ouvriers d&#233;pensent leur argent au bistrot (sous-entendu pas la peine de leur en donner trop).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre ne comprenait pas pour quelles raisons l'Angleterre avait bien pu accorder l'ind&#233;pendance &#224; l'Inde ! Une agr&#233;g&#233;e de lettres s'&#233;tait li&#233;e d'amiti&#233; avec moi et nous nous promenions &#224; l'heure de midi au bois de Boulogne. J'entrepris de la convaincre, avec succ&#232;s, que Balzac &#233;tait un grand &#233;crivain ! Balzac, dans ces ann&#233;es-l&#224;, n'&#233;tait pas &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps un changement &#233;tait intervenu dans ma vie quotidienne. Ioji, le mari de Tildica, n'ayant pu obtenir le d&#233;blocage de ses fonds d&#233;pos&#233;s dans des banques anglaises, ils durent renoncer &#224; leur projet de s'installer en France. Mathieu n'avait pas encore trois ans quand ils &#233;migr&#232;rent en Australie. A cet &#226;ge on acceptait d&#233;j&#224; les enfants &#224; la maternelle, et je m'arrangeai pour qu'il y aille &#224; demi-journ&#233;e ; &#224; midi une vieille dame du quartier allait le chercher, le faisait manger et s'occupait de lui en attendant mon retour du travail. Un matin, comme je l'accompagnais &#224; la maternelle, rue St. Lambert, il me dit d'un ton d&#233;cid&#233; qu'il &#233;tait assez grand pour y aller tout seul. Il y avait deux rues &#224; traverser ; aussi pendant quelque temps je l'ai suivi, un peu en retrait. Il &#233;tait si attentif &#224; bien faire, qu'il ne surprit pas ma ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que Gus l'emmena &#224; Calais il avait deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite photo, qui ne m'est pas rest&#233;e, les montrait juch&#233;s en pyramide, lui tenant sur un bras l'enfant, qui &#224; son tour tient son nounours qui ne le quittait jamais. Mouchka, comme l'appelaient affectueusement ses trois fils, accueillit avec affection le &#034;p'tit malheureux&#034;. A peine arriv&#233; il r&#233;clama des pommes frites (Mouchka comprit &#034;bonnes&#034; frites) et proposa &#224; la famille un spectacle, qui devint c&#233;l&#232;bre. Il demanda une bo&#238;te d'allumettes, en prit une, l'alluma, la pr&#233;senta au public, puis souffla dessus : le spectacle &#233;tait termin&#233;. N'est-ce pas un spectacle merveilleux que cette flamme surgissant d'un bout de bois ? Ce m&#234;me &#233;t&#233; 51 je traversai la Manche pour passer quelques jours de vacances en pension au bord de la mer, pr&#232;s de Brighton. Nullement g&#234;n&#233; par la diff&#233;rence du langage, Mathieu s'adressait aux autres enfants sur le terrain de jeux, en fran&#231;ais, qui lui r&#233;pondaient aussi naturellement en anglais ; et &#231;a n'avait pas l'air d'un dialogue de sourds. Le patron du man&#232;ge l'appelait Froggy, puisque c'est bien connu, les Fran&#231;ais mangent des grenouilles, et lui offrit m&#234;me des tours gratuits. Pour celui qui arrive en Angleterre pour la premi&#232;re fois, la surprise est le d&#233;paysement, dans un pays pourtant si proche. Tout est diff&#233;rent, la langue, les habitudes, la nourriture, l'habitat. Je fus &#233;tonn&#233;e par exemple de voir les gens faire la queue &#224; l'autobus sans essayer de tricher (nous avions pris pendant la guerre de mauvaises habitudes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir des voyages est d'ailleurs dans ce d&#233;paysement, qui confirme la formule des biologistes : &#034;tous parents, tous diff&#233;rents&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie &#224; Paris n'&#233;tait pas facile. Mais je passais de bons moments quand, apr&#232;s la journ&#233;e de travail, l'enfant couch&#233; dans la pi&#232;ce unique, je recevais dans la minuscule cuisine tant&#244;t Jeannette (la s&#339;ur de Marguerite), tant&#244;t Rival, qui &#233;tait employ&#233; aux chemins de fer, ou encore Gus, qui s'&#233;tait embauch&#233; comme &#034;agent technique&#034; dans une autre usine, et que nous discutions de longs moments sur les affaires du monde. J'avais gard&#233; aussi l'amiti&#233; de Fanny (Lucienne) qui travaillait encore chez Renault, dans les bureaux, et avait deux jeunes enfants, une fille, Denise, et un gar&#231;on, Jacques, de l'&#226;ge de Mathieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas eu la 3&#232;me guerre mondiale, que nous n'&#233;tions pas les seuls &#224; penser in&#233;vitable, mais la r&#233;action et le maccarthysme au pays de la chasse aux sorci&#232;res. Einstein demandait en 1953 au pr&#233;sident Eisenhower la gr&#226;ce des &#233;poux Rosenberg, soi-disant espions, mais ne r&#233;ussit pas &#224; les sauver de la chaise &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1953 Staline mourait. En juin &#224; Berlin les ouvriers se soulev&#232;rent contre la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent r&#233;prim&#233;s, et Bertolt Brecht interrogeait les bureaucrates : &#034;puisque, par sa faute, le peuple avait perdu la confiance du gouvernement, ne serait-il pas plus simple que le gouvernement dissolve le peuple et en &#233;lise un autre ?&#034; Les deux blocs, dont les fronti&#232;res avaient &#233;t&#233; dessin&#233;es par les accords de Yalta pour museler les peuples, se dressaient l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1954 voyait la d&#233;faite fran&#231;aise de Dien Bien Phu et la fin, provisoire, de la guerre d'Indochine (les Am&#233;ricains allaient prendre plus tard le relais) ; en novembre commen&#231;ait la guerre d'Alg&#233;rie, sans que la classe ouvri&#232;re r&#233;agisse contre cette nouvelle exp&#233;dition coloniale. Le PCF &#233;tait pour l'Alg&#233;rie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interm&#232;de australien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que Tildica, qui avait du mal &#224; s'adapter &#224; l'environnement australien et avait la nostalgie de l'Europe, me proposa de venir la rejoindre avec l'enfant. Quelque temps auparavant ma tante du Qu&#233;bec m'avait &#233;galement invit&#233;e de lui rendre visite, mais il fut impossible d'obtenir le visa canadien. Par ces temps de guerre froide, mon casier judiciaire, malgr&#233; un non-lieu, r&#233;v&#233;lait ma malfaisance communiste. Il n'en fut pas de m&#234;me du c&#244;t&#233; australien. Tildica paya mon voyage &#224; je ne sais quelle association pour &#233;migrants, qui s'occupa du reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un retournement inattendu s'&#233;tait produit, comme nous en r&#233;serve parfois le sort. Je n'allais plus vivre seule. Gus, le camarade et l'ami proche, allait devenir mon compagnon pour les 38 ann&#233;es qui lui restaient &#224; vivre. Gus, aujourd'hui disparu, dont j'emporterai dans la mort l'image de tendresse et d'infinie g&#233;n&#233;rosit&#233;. J'&#233;tais aussi sensible &#224; son charme physique : grand, mince, le cheveu noir boucl&#233;, le front haut, des yeux couleur noisette dans un visage aux traits fins et r&#233;guliers, facilement souriant. Fils de la classe ouvri&#232;re, acharn&#233; &#224; s'instruire et avide de culture, il &#233;tait communiste, &#034;partageux&#034; dans l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions o&#249; nous vivions &#224; l'&#233;poque, il e&#251;t &#233;t&#233; dommage de renoncer &#224; l'occasion unique de faire le voyage en Australie. Il fut d&#233;cid&#233; que s'il valait la peine d'y faire un long s&#233;jour, ou peut-&#234;tre m&#234;me de s'y installer, Gus viendrait me rejoindre. Me voil&#224; donc avec Mathieu &#224; G&#234;nes, pr&#234;ts &#224; embarquer sur un bateau de la Flotta Lauro. Le quartier du port semblait assez mis&#233;rable. Je m'apitoyais sur le sort d'un jeune homme en train de bricoler devant un camion, quand il se mit &#224; chanter d'une belle voix avec entrain ; je trouvai ma commis&#233;ration ridicule. Dans l'autobus, une femme &#226;g&#233;e c&#232;de sa place &#224; un jeune freluquet en soutane, qui l'accepte ! J'en &#233;tais sid&#233;r&#233;e. C'est la premi&#232;re fois que je voyais se manifester sous cette forme la d&#233;votion religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous embarquons, et des centaines d'&#233;migrants italiens avec nous. Je me retrouve, comme les autres, &#224; fond de cale, dans la promiscuit&#233;, sans lumi&#232;re, dans des odeurs naus&#233;abondes. Le voyage qui devait durer un mois dans ces conditions ne me disait rien. Je d&#233;cide de d&#233;barquer &#224; Naples, premi&#232;re escale, &#224; la grande d&#233;ception de Mathieu. A Naples, l'employ&#233; de la compagnie &#224; qui je donne, en fran&#231;ais, quelques explications, m'assure que le billet me reste acquis pour entreprendre ce voyage ult&#233;rieurement. Et pour me manifester sa sympathie, il m'offre... un plan de Paris. Magie de la ville lumi&#232;re ! Je devais reprendre le m&#234;me bateau deux mois plus tard (le temps de son aller et retour). En payant une diff&#233;rence qui n'avait rien d'excessif, nous voyagions cette fois dans une cabine &#224; deux lits, une douche, et un hublot laissant passer la lumi&#232;re du jour. Les repas &#233;taient servis par des hommes en veste blanche et n&#339;ud papillon, dans une &#233;l&#233;gante salle &#224; manger. Le capitaine et les officiers y avaient leur table. Au d&#238;ner, ces messieurs dames &#233;taient en tenue de soir&#233;e. J'ai toujours pens&#233; que l'argent rendait le comportement des gens riches grotesque. La nourriture &#233;tait surabondante, comme s'il avaient peur d'en manquer le lendemain. Le commissaire de bord, qui avait fait de Mathieu sa coqueluche et le promenait partout, me fit visiter la salle des machines, un enfer de bruit et de chaleur. Je passais mes journ&#233;es sur le pont, &#224; contempler l'eau et le ciel. Jamais je n'aurais pens&#233; que cela pouvait &#234;tre un spectacle aussi vari&#233;, aussi changeant. Les nuages qui se faisaient et se d&#233;faisaient dessinaient dans le ciel des figures que l'imagination pouvait interpr&#233;ter et redessiner &#224; l'infini. Quand je portais mon attention sur l'oc&#233;an, le bruit et le mouvement des vagues, les petits poissons volants ou de temps &#224; autre le plongeon d'un c&#233;tac&#233;, il me semblait que j'aurais bien pass&#233; ma vie &#224; naviguer. Les matelots partageaient en quelque sorte mon sentiment ; quand ils avaient trim&#233; pendant un bout de temps sur le bateau, ils avaient h&#226;te, me disaient-ils, de se retrouver chez eux ; mais aussit&#244;t apr&#232;s il leur tardait de retrouver la mer. A l'approche des escales, des myriades d'oiseaux accompagnaient le bateau, et surtout, dans la zone australe, ces superbes, magnifiques albatros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre route passait par le canal de Suez, l'oc&#233;an Indien en longeant les c&#244;tes d'Arabie, de l'Inde, de la Malaisie, enfin l'Australie du sud. Je d&#233;couvrais des lieux o&#249; je n'aurais jamais r&#234;v&#233; pouvoir aller. Sur la c&#244;te ceylanaise le bateau fit escale &#224; Colombo. L&#224;, dans une for&#234;t proche, nous avons vu l'&#233;l&#233;phant compagnon de travail de l'homme ; il portait sur sa trompe d'&#233;normes troncs d'arbres et l'homme l'accompagnait vers l'endroit o&#249; il devait les d&#233;poser. A nouveau je pensai que le zoo &#233;tait vraiment une invention perverse de l'homme. Nous visit&#226;mes une pagode, o&#249; les moines en robe jaune et cr&#226;ne ras&#233;, tournaient en rond. Un immense Bouddha, aux pieds et aux oreilles d&#233;mesur&#233;s, tr&#244;nait devant l'entr&#233;e de la pagode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu en fut tr&#232;s impressionn&#233;. Un jour o&#249; je lui parlais du dilemme de choisir une religion puisque toutes, catholique, protestante, juive, se valent, l'enfant r&#233;fl&#233;chit : &#034;alors je serai bouddhiste&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici enfin Sydney, son immense baie et le pont qui l'enjambe. La ville avait un centre commercial et financier moderne, avec ses gratte-ciel, ses monuments et ses jardins, puis une s&#233;rie de quartiers r&#233;sidentiels o&#249; la population se groupait par origine et niveau social. La famille &#233;tait install&#233;e &#224; Dover Heights, un de ces quartiers fortun&#233;s, en haut d'une falaise d'o&#249; l'on descendait en pente douce vers l'oc&#233;an proche. La maison &#233;tait spacieuse, entour&#233;e d'un jardin. Nous arrivions juste pour le sixi&#232;me anniversaire de Mathieu, fin avril, et il eut droit &#224; une belle f&#234;te et des cadeaux. Il retrouvait aussi sa m&#233;m&#233;, qui avait maintenant aussi deux petites-filles : Janine, 4 ans, n&#233;e &#224; Paris, et Ir&#232;ne, un b&#233;b&#233; d'un an. De ce c&#244;t&#233;-ci de l'h&#233;misph&#232;re on &#233;tait en automne et les enfants commen&#231;aient une nouvelle ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu, le nouveau, se vit entour&#233; d'une nu&#233;e d'enfants lui posant tous la m&#234;me question : &#034;what's your name ?&#034;, ce qui avec l'accent australien donnait quelque chose comme &#034;what's your na&#239;m&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tildica portait la nostalgie de l'Europe dans son c&#339;ur. Elle refusait de m'accompagner dans mes promenades, ainsi &#233;galement le jour o&#249; j'allai dans un quartier d'aborig&#232;nes, qu'elle ne connaissait pas. On sait le sort qui leur avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; par la colonisation. Dans les ann&#233;es 50 l'immigration &#233;tait ouverte seulement aux blancs. Les asiatiques, g&#233;ographiquement tout proches, en &#233;taient exclus. Tous les blancs n'&#233;taient pas riches. Ceux qui arrivaient avec de l'argent s'enrichissaient un peu plus, ceux qui n'avaient que leurs bras restaient des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'avais l'impression qu'ils subissaient ici une exploitation moins f&#233;roce, surtout quand je voyais les terrassiers appuy&#233;s sur leur pelle ou leur pioche, &#224; la &#034;pause caf&#233;&#034;. Pour ne pas rester oisive, je m'embauchai comme employ&#233;e dans un bureau dont j'ai compl&#232;tement oubli&#233; le genre d'activit&#233;. Je fr&#233;quentais aussi, en auditrice libre, l'universit&#233;, o&#249; un ma&#238;tre de conf&#233;rences, un immigr&#233;, me fit bient&#244;t une proposition de mariage ; la population comptait, para&#238;t-il, beaucoup plus d'hommes que de femmes. Ce brave homme vint me dire adieu, sur le bateau, un bouquet de fleurs &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tildica aurait aim&#233; nous voir rester &#224; Sydney, o&#249; nous &#233;tions en famille. La nature &#233;tait belle, luxuriante m&#234;me. Mais je me rendais compte que nous ne pourrions pas faire peau neuve, que nous risquions de v&#233;g&#233;ter coup&#233;s de notre milieu culturel, de nos camarades d'id&#233;es. En juillet je fis donc mes adieux. Cette fois sur le bateau il n'y avait plus d'immigrants, mais des touristes, pas besoin de prendre un billet de 1&#232;re classe, tout &#233;tait am&#233;nag&#233; en fonction de cette client&#232;le. Mathieu menait joyeuse vie. On franchit l'&#233;quateur en faisant la f&#234;te, avec grandes plong&#233;es dans la piscine. Sous les auspices de Neptune, l'enfant fut baptis&#233; &#034;sardine&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne fus pas peu flatt&#233;e quand un Australien, d'origine anglaise, me demanda s'il &#233;tait mon petit fr&#232;re. Deux &#233;tudiantes asiatiques, embarqu&#233;es &#224; je ne sais plus quelle escale, m'avou&#232;rent leur perplexit&#233; : comment pouvait-on supporter ces hommes blancs avec leur poitrine et leurs bras velus, &#231;a devait &#234;tre plut&#244;t d&#233;sagr&#233;able...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voil&#224; de retour &#224; Paris. Une page &#233;tait tourn&#233;e. Sans que nos convictions, nos esp&#233;rances ou notre volont&#233; d'agir aient chang&#233;, par la force des choses nous devions organiser diff&#233;remment notre vie. En attendant l'ouverture de l'&#233;cole, j'emmenai Mathieu en Savoie, o&#249;, comme chaque &#233;t&#233;, il retrouvait son copain Guy, le plus jeune fils de &#034;maman H&#233;l&#232;ne&#034;, et les autres gamins du village. Il revenait toujours de ces vacances, fort appr&#233;ci&#233;es, en parlant avec un vrai accent savoyard. H&#233;l&#232;ne Etellin, une avenante et gentille m&#232;re de famille, vivait &#224; Aiguebelle (non loin d'Epierre) avec son &#233;poux et ses quatre gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naissance d'un &#034;leader&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai revu les camarades, qui avaient l'ambition de reconstruire l'organisation. Bois avait d'abord repris une activit&#233; avec des militants qui appartenaient au groupe Socialisme et barbarie. Entre-temps il avait demand&#233; son transfert dans les bureaux et la direction le lui avait accord&#233; ; c'&#233;tait pour elle, une fa&#231;on de le neutraliser. Hardy entreprit de reconstituer un groupe avec l'aide de Denise. Fils d'ouvrier espagnol et de m&#232;re fran&#231;aise, venu &#224; l'UC en 1944 &#224; l'&#226;ge de 17 ans, il n'avait pas v&#233;cu le s&#233;isme de la gr&#232;ve de 47 ; il &#233;tait soign&#233; &#224; l'&#233;poque d'une tuberculose contract&#233;e sous l'occupation. Gus et moi nous fr&#233;quentions aussi le cercle d'&#233;ducation politique, o&#249; Hardy avait r&#233;uni des jeunes du lyc&#233;e Condorcet, certains venant des jeunesses sionistes socialistes, Hashomer Haza&#239;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hardy pensait que ce qui nous avait fait &#233;chouer, c'est de nous &#234;tre fix&#233; des buts qui &#233;taient au-dessus de nos forces. Pour agir il fallait d'abord b&#226;tir la maison, brique par brique. Je n'approuvais pas ce raisonnement simpliste. On reprochait ainsi aux bolcheviks d'avoir pris le pouvoir en octobre 17 puisqu'ils ont &#224; la longue &#233;chou&#233;. Rosa Luxembourg qui avait eu un point de vue critique &#224; l'&#233;gard de L&#233;nine et de Trotski, approuva pourtant en ces termes leur pari : &#034;ils sont jusqu'ici les seuls qui puissent s'&#233;crier avec Ulrich de Hutten : 'j'ai os&#233;'. ...C'est ce qui est essentiel et ce qui reste de la politique des bolcheviks.&#034; (La R&#233;volution russe, brochure &#233;crite en prison). &#034;Notre&#034; Rosa, comme disait L&#233;nine, raisonnait en r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx avait eu la m&#234;me r&#233;action devant la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graduellement Hardy &#233;mergeait comme le dirigeant du groupe, que Bois avait rejoint. Ce n'&#233;tait pas sa vision politique, mais son temp&#233;rament et son caract&#232;re qui lui valaient ce r&#244;le ; il savait &#034;diriger&#034;, tenir les r&#234;nes. Il se permettait aussi une certaine vulgarit&#233; dans le langage ; pour se disculper il me disait, avec humour, qu'enfant il avait v&#233;cu rue Quincampoix au voisinage des filles de la rue Saint-Denis. L'ennui c'est que son style trouva beaucoup d'imitateurs. En 1956 il entreprit la publication d'une feuille ron&#233;otyp&#233;e intitul&#233;e Lutte de Classes. Bient&#244;t parurent &#224; nouveau des bulletins d'usine, sous le titre la Voix Ouvri&#232;re. En octobre de cette ann&#233;e les chars russes entraient &#224; Budapest pour mater la r&#233;volte ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus, qui travaillait maintenant chez Thomson &#224; Gennevilliers, avait gard&#233; des relations amicales avec un ouvrier &#233;lectricien du service d'entretien chez Renault. Il habitait &#224; Houilles, o&#249; nous allions lui rendre visite ; par ailleurs je le voyais &#224; Billancourt pour r&#233;diger avec lui le texte de son bulletin de d&#233;partement. Publi&#233;s r&#233;guli&#232;rement, ces bulletins &#233;taient indispensables pour d&#233;noncer les conditions de travail, pour entretenir le sentiment de solidarit&#233; et d'int&#233;r&#234;t collectif. Les distributions de tracts ou la vente du journal &#233;taient soigneusement organis&#233;es et j'&#233;tais souvent de &#034;l'&#233;quipe de guet&#034;. Nous observions les alentours pour pr&#233;venir aussit&#244;t les diffuseurs &#224; la moindre alerte. Ce n'&#233;tait plus tellement les stals &#224; l'&#233;poque qu'on avait &#224; craindre, mais les flics. J'ai assist&#233; pendant un temps aux r&#233;unions de la cellule Renault, qui s'&#233;tait reconstitu&#233;e avec Vic bien s&#251;r, et aussi avec de nouveaux militants. C&#233;dar (surnom lui venant de ses cheveux en brosse, allusion au balai O'C&#233;dar), ancien anarchiste, &#233;tait outilleur au d&#233;partement 37, o&#249; travaillait &#233;galement le futur bureaucrate stalinien Halbeher, qui &#224; l'&#233;poque, avant d'avoir suivi l'&#233;cole du parti, avait plut&#244;t un profil bas. C&#233;dar apporta un jour &#224; l'usine plusieurs exemplaires des &#034;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent de monde&#034; de John Reed, mis sous le boisseau par les staliniens, et qui venait d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233;. Les c&#233;g&#233;tistes furent tourn&#233;s devant tout le monde en ridicule : &#034;ce n'est pas un livre pour vous, Pif le Chien vous suffit&#034; (un magazine alors &#233;dit&#233; par le PC). Il organisa &#224; l'usine un meeting avec la participation de Mme Weill-Hall&#233;, une femme m&#233;decin qui militait en faveur de la contraception, pendant que Jeannette Vermeersch, l'&#233;pouse de Thorez, d&#233;fendait les valeurs de la famille. Avec son humour de bon aloi, C&#233;dar annon&#231;a le meeting en pr&#233;cisant que les &#034;p&#232;res lapins&#034; adeptes de Mme Vermeersch pouvaient y assister. Une camarade nous rapporta que dans une &#034;bo&#238;te&#034; o&#249; les ouvriers souffraient gravement des nuisances du bruit, les techniciens en ergonomie avaient imagin&#233; un test : ils install&#232;rent des lapins en cage dans les ateliers, afin d'observer leurs r&#233;actions. Au d&#233;but les pauvres bestioles affol&#233;es s'agitaient en tous sens, mais assez vite elles se calm&#232;rent et rongeaient tranquillement leur herbe. Le hic, c'est qu'il fallut constater que les lapins &#233;taient devenus sourds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; part ces joyeux cours de p&#233;dagogie, les discussions politiques manquaient totalement dans nos r&#233;unions. On passait son temps &#224; pr&#233;ciser dans les moindres d&#233;tails les probl&#232;mes de vente, de diffusion, de tr&#233;sorerie et ainsi de suite. J'avais essay&#233; en vain de faire remarquer que tout cela pouvait se r&#233;gler entre les gens concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe se d&#233;veloppait, la nouvelle strat&#233;gie &#233;tait apparemment payante. &#034;Qui va piano va sano&#034; ; mais surtout ne vous fatiguez pas &#224; r&#233;fl&#233;chir (d'autres le font pour vous). Un jour dans une r&#233;union Hardy me parla sur un ton tellement violent, que stup&#233;faite je me levai et quittai la r&#233;union. Motif de l'engueulade : avoir pris l'initiative de r&#233;diger un tract pour Renault, ce qui n'avait d'ailleurs pas &#233;t&#233; une initiative ; des camarades &#233;taient venus me demander de suppl&#233;er &#224; l'absence du militant &#034;responsable&#034;. Je ne saurai jamais si j'ai eu tort dans ce tract de traiter le patron de voleur, ou de court-circuiter le responsable, ou les deux. Une sorte de caporalisme s'instituait, avec une hi&#233;rarchie &#224; galons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un autre exemple de ce &#034;cours nouveau&#034;. C'est un souvenir qui remonte &#224; 1963. Nous &#233;tions r&#233;unis dans une salle de bistrot, au premier &#233;tage, avec des ouvriers de chez Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mineurs de certains puits de Lorraine venaient de se mettre en gr&#232;ve, et dans le contexte de l'&#233;poque on pouvait penser que cette gr&#232;ve ne resterait pas sans &#233;cho. Je demande donc, au d&#233;but de la r&#233;union, qu'on mette cette gr&#232;ve &#224; l'ordre du jour. Vic m'arr&#234;te : nous sommes ici pour discuter des affaires de Renault, et pas d'autres sujets. L'autorit&#233; ayant parl&#233;, personne ne soutient ma proposition. Quelques jours plus tard, la gr&#232;ve se g&#233;n&#233;ralise, des mineurs de toutes les r&#233;gions montent manifester en masse &#224; Paris. &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034; envoie enfin des militants prospecter dans les r&#233;gions mini&#232;res o&#249; ils r&#233;ussissent d'ailleurs &#224; &#233;tablir des contacts durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lulu &#233;tait alors d&#233;l&#233;gu&#233;e du personnel CFDT et par elle nous avons eu l'adresse d'une famille de mineurs pr&#232;s de Valenciennes, que Gus et moi sommes all&#233;s voir. Ces gens ne demandaient qu'&#224; parler et &#224; faire conna&#238;tre leur situation, leur travail malsain et ext&#233;nuant dans les mines m&#233;canis&#233;es. Le mineur encore jeune qui nous accueillait, nous montrait ses mains d&#233;form&#233;es par le marteau piqueur. Son beau-p&#232;re &#233;tait malade de la silicose. Mais ils b&#233;n&#233;ficiaient du privil&#232;ge d'&#234;tre log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disponibilit&#233; et la discipline des militants en imposaient aux autres groupes rest&#233;s dans la vieille tradition fran&#231;aise. Une coll&#232;gue de travail, militante au PSU me faisait part de l'&#233;tonnement de ses camarades de voir les gars de L.O. (&#034;Voix Ouvri&#232;re&#034; &#233;tait devenue &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; en 1968) &#234;tre toujours &#224; l'heure au rendez-vous ! En 1970 les deux organisations menaient en commun une campagne contre l'augmentation du prix des transports dans le m&#233;tro. Mais la formule &#034;militer avec ses pieds&#034;, qui avait cours, &#233;tait pour moi nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais fini par comparer cette organisation &#224; une PME prosp&#232;re avec un bon &#034;business man&#034; &#224; sa t&#234;te. Pour moi, il y manquait le sel de la terre. O&#249; &#233;tait la libert&#233; de l'individu ? Comment s'&#233;panouir sans la possibilit&#233; de prendre des initiatives, de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me ? Le stalinisme n'avait-il pas d&#233;j&#224; an&#233;anti les efforts de g&#233;n&#233;rations de militants en les soumettant aux ordres ? C'est vers cette &#233;poque que Barta essaya de reprendre contact avec &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034;. Il avait d&#233;j&#224; collabor&#233; au bulletin &#034;Lutte de Classes&#034; pendant une courte p&#233;riode en 1956 (ce que j'ignorais). Mais cette nouvelle et derni&#232;re tentative &#233;choua ; le comit&#233; de r&#233;daction du journal se r&#233;unissait seulement le samedi matin, jour o&#249; Barta, ma&#238;tre auxiliaire dans l'enseignement, ne pouvait pas se rendre disponible. A la lettre de Bois qui lui signifiait cet obstacle apparemment incontournable, Barta r&#233;pondait (le 11 mars 1965) : &#034;Je suis pr&#234;t &#224; examiner toute proposition qui permettrait une collaboration efficace. Mais plut&#244;t que des obstacles mat&#233;riels ce sont, je crois, des obstacles politiques qui emp&#234;chent cette collaboration. Les probl&#232;mes fondamentaux de la construction du parti (et c'est l'objectif principal que vous faites figurer en t&#234;te de votre journal) sont surtout d'ordre qualitatif. Pour vous, c'est maintenant une question de vie et de mort. Rien ne sera r&#233;solu par la simple r&#233;p&#233;tition ou l'accroissement du travail de la veille (en ce qui concerne la direction, bien entendu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer ainsi c'est la scl&#233;rose d&#233;finitive, quel que puisse &#234;tre l'accroissement quantitatif. La construction d'un parti oblige &#224; passer d'une &#233;tape &#224; l'autre quels que soient les risques. Sinon vous serez un groupe parmi d'autres, dont le ciment sera les relations et les convenances personnelles beaucoup plus que l'attitude politique.&#034; Cette lettre n'eut pas de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais des griefs contre mes anciens camarades, mais je m'en sentais solidaire. Malgr&#233; tout, le groupe comptait &#224; son actif des r&#233;sultats valables &#224; mon sens, ne fut-ce que d'avoir int&#233;ress&#233; beaucoup de jeunes aux probl&#232;mes politiques. Et c'est avec une certaine amertume que je cessai &#224; cette &#233;poque (vers 1965) ma collaboration &#224; l'organisation. Gus avait depuis longtemps pris ses distances. Son temp&#233;rament ne lui aurait pas permis de militer dans ces conditions ; cependant sur son lieu de travail, &#224; l'usine, il r&#233;ussissait quelquefois &#224; motiver des jeunes &#224; prendre contact avec l'organisation et &#224; s'instruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; quelque chose malheur est bon, ce tournant nous a permis de d&#233;couvrir d'autres horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous avions une origine et un pass&#233; diff&#233;rents, notre conception du monde nous rendait tr&#232;s proches. Nous avions la m&#234;me sensibilit&#233; pour l'art, la musique, la litt&#233;rature, le m&#234;me d&#233;sir de d&#233;couvrir des ailleurs, de voyager. Si dans la vie quotidienne je chicanais parfois sur des v&#233;tilles (par p&#233;ch&#233; de rigorisme), cela ne portait pas &#224; cons&#233;quence. Quand Gus est mort, et que les souvenirs de m&#233;lodies, de lectures, d'&#233;pisodes v&#233;cus revenaient p&#234;le-m&#234;le, j'ai relu le texte du Vieux d&#233;di&#233; &#224; son fils L&#233;on S&#233;dov, mort assassin&#233;, et j'ai relev&#233; avec une intense &#233;motion ce passage : &#034;&#224; un &#339;il superficiel, il pourrait sembler que nos rapports &#233;taient empreints de s&#233;v&#233;rit&#233; et de distance. Mais sous cette apparence vivait et br&#251;lait la flamme d'un profond attachement mutuel, fond&#233; sur quelque chose d'incomparablement plus grand que les liens du sang : la solidarit&#233; des id&#233;es et des jugements, des sympathies et des antipathies, des joies et des souffrances v&#233;cues ensemble, et des grandes esp&#233;rances qui nous &#233;taient communes.&#034; J'ai souvent trouv&#233; un r&#233;confort dans les &#233;crits de Trotski, notre ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une t&#226;che bien difficile de reconstituer, pour sauvegarder les traces du souvenir, pr&#232;s de quarante ann&#233;es de vie commune. En rentrant d'Australie il m'a fallu d'abord chercher du travail. Une voisine dans l'immeuble, fonctionnaire &#224; l'Unesco, l'antenne culturelle de l'ONU, me conseilla d'y tenter ma chance. J'y voyais un double avantage : ce n'&#233;tait pas une n-i&#232;me bo&#238;te commerciale, et on y avait six semaines de vacances. Apr&#232;s un test en fran&#231;ais et en anglais, je fus embauch&#233;e comme dactylo, au m&#234;me salaire &#224; peu pr&#232;s qu'aux Charbonnages (ici on ne n&#233;gociait pas !). Les bureaux &#233;taient install&#233;s dans un ancien h&#244;tel avenue Kl&#233;ber, avant de d&#233;m&#233;nager plus tard dans un immeuble neuf, d'architecture moderne, place Fontenoy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Organisation ou bureaucratie internationale ? Ce nouvel univers me faisait une impression &#233;trange. En me confiant &#224; Jeanne, une survivante de Ravensbr&#252;ck et une des deux seules amies fid&#232;les, avec Madeleine, que je me suis faite l&#224; en 25 ann&#233;es de carri&#232;re, je comparais la maison &#224; un aquarium, o&#249; les poissons glissent, se c&#244;toient, paisibles mais voraces, avec un langage &#224; eux seuls compr&#233;hensible. J'y plongeais chaque matin pour en &#233;merger heureusement &#224; 6 heures du soir jusqu'au lendemain 9 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un monde cosmopolite d'hommes et de femmes venant des quatre coins du globe et parlant toutes les langues. Dans la cat&#233;gorie dite &#034;professionnelle&#034; (je faisais partie des &#034;services g&#233;n&#233;raux&#034;) il y avait des universitaires, des scientifiques de diverses disciplines, des &#233;crivains. Mais tout grands cerveaux qu'ils &#233;taient, ils &#233;taient avant tout des fonctionnaires travaillant dans la neutralit&#233;, traduisez la soumission, impos&#233;e par en haut. Les fonctionnaires venus d'URSS se distinguaient par leur &#034;r&#233;serve&#034; ; ils avaient sans doute l'ombre du KGB &#224; leurs trousses. Ce monde si divers et si riche, qui aurait pu &#234;tre passionnant, devenait ainsi terne et fade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait quelques exceptions. J'ai rencontr&#233; l&#224; Roger Caillois, qui a r&#233;ussi &#224; faire conna&#238;tre et publier (sous l'&#233;gide de l'Unesco) la pl&#233;iade des &#233;crivains latino-am&#233;ricains : Miguel Angel Asturias, Octavio Paz, Ciro Alegria (Vaste est le monde), Gabriel Garcia Marquez (Cent ans de solitude), Alejo Carpentier, Jorge Icaza (La fosse aux Indiens), Jorge Luis Borges. D'autres, comme Julio Cortazar par ailleurs &#233;crivain, se contentaient de fournir le travail &#034;alimentaire&#034; qui leur &#233;tait demand&#233;. L'Anglais Ennals d&#233;missionna pour s'atteler &#224; la cr&#233;ation, dans les ann&#233;es 60, de l'organisation &#034;Amnesty International&#034;. Quand je lui rendis visite &#224; Londres, il &#233;tait install&#233; dans de modestes locaux, avec un personnel r&#233;duit. Les murs &#233;taient tapiss&#233;s d'affiches &#233;loquentes d&#233;non&#231;ant les exactions des dictatures dans le monde. Leur action pour la d&#233;fense des prisonniers politiques prenait de l'ampleur, mais &#224; l'Unesco elle n'avait qu'un faible &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des noms sont tomb&#233;s pour moi dans l'oubli. Mais je me souviens du cas de Jeanne Hersch, une universitaire suisse, que le directeur de l'&#233;poque, Ren&#233; Maheu, avait engag&#233; pour cr&#233;er un d&#233;partement &#034;philosophie&#034;. Femme dynamique, elle rassembla en un temps record une impressionnante anthologie de maximes et citations de grands penseurs &#224; travers les &#226;ges, sur les droits de l'homme. Mais elle publia aussi un article dans le bulletin de l'association du personnel (notre pseudo syndicat) dans lequel elle jugeait pour le moins incoh&#233;rent le fait que l'Unesco m&#232;ne des campagnes d'alphab&#233;tisation dans le monde, et se d&#233;sint&#233;resse des hommes et des femmes illettr&#233;s (en majorit&#233; des immigr&#233;s africains ou arabes) qui font le m&#233;nage dans la maison. L'article fit du bruit. Cela valut &#224; Jeanne Hersch le non renouvellement de son contrat de deux ans. Ainsi le d&#233;partement philosophie ne vit pas le jour, et les analphab&#232;tes rest&#232;rent analphab&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco envoyait dans les pays o&#249; s&#233;vissait l'analphab&#233;tisme des experts en &#233;ducation. Un jour nous re&#231;&#251;mes &#224; la r&#233;daction de notre bulletin de presse (&#034;Informations Unesco&#034;) une lettre am&#232;re d'un expert en mission au Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pouvez-vous parler d'alphab&#233;tisation, &#233;crivait-il, quand je ne dispose ici ni de livres, ni de papier, ni de crayons, ni m&#234;me de bancs pour faire asseoir les enfants ? Le seul r&#233;sultat positif &#224; grande &#233;chelle avait &#233;t&#233; obtenu par la mobilisation populaire &#224; Cuba, sous le r&#233;gime de Castro. Mais l'Unesco soutenait &#224; grand renfort de publicit&#233; la campagne d'alphab&#233;tisation lanc&#233;e en Iran par la s&#339;ur du chah, et dont les r&#233;sultats &#233;taient nuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des gens, leur &#034;identit&#233; culturelle&#034; comme on aimait dire &#224; l'Unesco, m'a certainement permis de supporter ces mornes ann&#233;es de bureau, mieux que dans quelque administration fran&#231;aise aux couleurs grises de l'uniformit&#233;. Comment ne pas se rappeler le burlesque de ce conflit entre un responsable de publications sud-am&#233;ricain sollicitant une promotion bien m&#233;rit&#233;e pour sa secr&#233;taire espagnole, et le chef administratif anglais qui la lui refuse ? Le sud-am&#233;ricain (qui avait une grand'm&#232;re noire) pasticha dans la langue m&#234;me de Shakespeare, la harangue de Marc-Antoine contre Brutus devant le cadavre de Jules C&#233;sar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la place du c&#233;l&#232;bre &#034;but Brutus is a honourable man&#034;, il y avait &#034;but Tom Flann is a honourable man&#034;. Il fit circuler son libelle et en moins de temps qu'il n'a fallu pour que tout le monde le lise, Mercedes obtenait sa promotion. On pourrait raconter mainte anecdote de ce genre, et d'autres moins dr&#244;les. Ainsi cet exemple d'&#034;anti-f&#233;minisme&#034; d'un m&#233;decin femme : le docteur Rasch, du service m&#233;dical de l'Unesco, refusait d'accorder &#224; Jeanne, enceinte de son deuxi&#232;me enfant, une prolongation du cong&#233; de grossesse. &#034;Et si j'&#233;tais un monsieur avec un gros ventre cirrhotique, vous me l'auriez accord&#233; ?&#034; Devant cette remarque, madame le docteur c&#233;da. On trouve, noblesse oblige, des arguments semblables dans le livre d'August Bebel, &#034;La femme et le socialisme&#034; ; et bien avant lui chez Condorcet, qui r&#233;clame le droit de vote pour les femmes : &#034;Pourquoi un groupe d'&#234;tres humains - seulement parce qu'elles peuvent &#234;tre enceintes et se sentir occasionnellement indispos&#233;es - ne pourrait-il pas exercer les droits dont on n'a jamais priv&#233; ceux qui chaque hiver souffrent de la goutte et s'enrhument un peu ?&#034; Les conditions de travail en revanche &#233;taient agr&#233;ables. Pas d'horloge pointeuse, un petit chariot qui v&#233;hiculait dans les couloirs le caf&#233; et le th&#233; du matin et de l'apr&#232;s-midi, une bonne cantine, une coop&#233;rative o&#249; on pouvait aller, dans certaines limites, m&#234;me pendant les heures de travail. C'&#233;tait un peu le meilleur des mondes de Huxley, avec en plus les intrigues et les rivalit&#233;s propres &#224; toute bureaucratie. Un tel a eu de l'avancement, tel autre l'attend toujours, etc. J'avais du mal &#224; convaincre Jeanne qu'&#224; l'Unesco, tous tant que nous &#233;tions, nous brassions du vent. Il faut se rappeler qu'en ces ann&#233;es 50 les illusions n'&#233;taient pas encore dissip&#233;es. L'Organisation des Nations Unies (l'ONU) cr&#233;&#233;e &#224; New-York au sortir de la guerre, promettait de ne pas &#234;tre une nouvelle SDN (Soci&#233;t&#233; des Nations) qui entre les deux guerres avait jou&#233; un r&#244;le si lamentable. La D&#233;claration universelle des droits de l'homme affichait d'admirables principes, et une s&#233;rie d'agences internationales furent mises sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation m&#233;t&#233;orologique internationale, l'organisation internationale du travail (le BIT existait d&#233;j&#224; avant la guerre &#224; Gen&#232;ve), l'organisation pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), l'agence atomique, etc... et l'Unesco, sigle anglais de l'organisation des nations unies pour l'&#233;ducation, la science et la culture. Install&#233;e &#224; Paris, elle devait &#234;tre le lien, le trait d'union d'une coop&#233;ration internationale dans ces domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais croire aux bonnes volont&#233;s, c'est s'interdire de comprendre que dans un monde domin&#233; par l'imp&#233;rialisme, aucune de ces belles r&#233;solutions n'&#233;tait r&#233;alisable. C'est seulement au cocktail d'adieu offert pour sa retraite anticip&#233;e (&#224; 56 ans) que Jeanne, qui croyait &#224; la mission de l'Unesco, fit une critique si pertinente et si s&#233;v&#232;re de la bureaucratie, que je regrette toujours qu'il ne soit pas rest&#233; trace de ce discours. C'&#233;tait une illustration du m&#233;canisme qui tient les hommes dans un &#233;tat de d&#233;pendance, prisonniers de petits et grands privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours avant ce cocktail, ses amis avaient organis&#233; pour elle une petite f&#234;te &#034;intime&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait pas mal de monde, vingt &#224; trente hommes et femmes d'Europe, du Moyen Orient, d'Am&#233;rique du sud et d'ailleurs. Je les observais, m&#233;dus&#233;e. Aucun d'eux n'avait le visage et le langage de la personne que je connaissais depuis des ann&#233;es. C'&#233;tait tout d'un coup, d&#233;barrass&#233;s de leur masque de hauts fonctionnaires, des gens intelligents, ayant un pass&#233;, des opinions. O&#249; &#233;taient pass&#233;s les zombis ? C'est &#224; l'Unesco aussi que je me liai d'une longue amiti&#233; avec Madeleine. Fille d'un p&#232;re fran&#231;ais et d'une m&#232;re anglaise, elle avait v&#233;cu quelques ann&#233;es en Afrique. A la torpeur de la bureaucratie elle pr&#233;f&#233;ra bient&#244;t se chercher un autre emploi, passa le concours du CAPES et entra dans l'enseignement, avant de se consacrer d&#233;finitivement &#224; la peinture. Pendant son passage &#224; l'Unesco, nos discussions l'amen&#232;rent &#224; adh&#233;rer &#224; &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034; o&#249; elle milita pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeannette, une jolie rousse parisienne, nous chantait souvent &#034;Comme un coquelicot mon &#226;me&#034; la chanson du franco-kabyle Mouloudji. Elle-m&#234;me &#233;tait mari&#233;e &#224; un Alg&#233;rien kabyle, dont un proche parent s'est tu&#233; &#224; Alger en sautant par une fen&#234;tre pour &#233;chapper aux tortionnaires fran&#231;ais. Apr&#232;s la guerre d'ind&#233;pendance leur retour au pays fut un &#233;chec : pour Jeannette et sa fille Leila le r&#244;le impos&#233; &#224; la femme &#233;tait insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens aussi de Marie, une Libanaise taciturne. Inspir&#233;e sans doute par son expression d'ennui et de spleen, un jour je me mis &#224; r&#233;citer comme pour moi-m&#234;me, &#224; voix haute : &#034;le ciel est par-dessus le toit, si bleu si calme, un arbre par-dessus le toit berce sa palme&#034;... et Marie d'encha&#238;ner aussit&#244;t : &#034;mon dieu mon dieu, la vie est l&#224;, simple et tranquille, cette paisible rumeur l&#224; vient de la ville...&#034; Verlaine, de sa prison, avait ouvert le dialogue entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mes d&#233;buts je travaillais avec Jeanne dans le m&#234;me service, dont la t&#226;che &#233;tait de viser des documents que d'autres services avaient r&#233;dig&#233;s. Fille d'&#233;migr&#233;s juifs allemands, elle &#233;tait venue en France en 1933 vers l'&#226;ge de dix ans. Arr&#234;t&#233;e &#224; dix-huit ans pour activit&#233;s politiques avec un groupe de trotskistes autrichiens, en zone libre, elle a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e en zone occup&#233;e puis d&#233;port&#233;e au camp de concentration de Ravensbr&#252;ck. Cultiv&#233;e, courageuse, g&#233;n&#233;reuse, s'engageant dans maint combat, telle &#233;tait Jeanne, morte &#224; 61 ans d'un cancer. Quand nous nous sommes connues elle avait une fillette, H&#233;l&#232;ne, du m&#234;me &#226;ge que Mathieu ; les deux devinrent naturellement copains de jeux et parfois de vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant, une personne &#224; part enti&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etais-je une bonne m&#232;re pour Mathieu ? Je ne le sais pas. Quant &#224; Gus, il r&#233;unissait en lui une &#226;me d'enfant et un d&#233;vouement de p&#232;re. Tout au long de son existence il a donn&#233; mainte et mainte preuve de sa sensibilit&#233; &#224; l'&#233;gard des enfants. Cette communication passait par les jeux, les promenades du dimanche, et aussi par la litt&#233;rature. Ainsi la lecture &#224; haute voix de la &#034;Ch&#232;vre de M. Seguin&#034;, si jolie &#034;avec ses yeux doux, sa barbiche de sous-officier, ses sabots noirs et luisants, ses cornes z&#233;br&#233;es et ses longs poils qui lui faisaient une houppelande !&#034; L'enfant n'aimait pas la fin vaillante, mais trop triste, de la petite ch&#232;vre... Apr&#232;s un mois de scolarit&#233; en CP Mathieu savait lire et &#233;crire. Son jeune ma&#238;tre, M. Morel, &#233;tait digne de la grande tradition des instituteurs de la r&#233;publique ; la lettre &#034;i&#034; &#233;tait identifi&#233;e au cri de la petite souris, et la fess&#233;e qu'il faisait semblant d'administrer au chahuteur &#233;tait rythm&#233;e par toute la classe au chant des Trois jeunes tambours qui s'en allaient en guerre. Il nous expliquait, dans la cour de r&#233;cr&#233;ation, qu'il &#233;tait illusoire de priver les enfants de jouets guerriers ; &#224; d&#233;faut de revolver, ils braquaient sur l'adversaire deux doigts point&#233;s en avant. Chaque No&#235;l Mathieu recevait un tank en cadeau de maman H&#233;l&#232;ne, et il n'y avait pas d'enfant plus pacifique. Dans la petite rue du 15&#232;me o&#249; nous habitions il y avait encore des terrains vagues o&#249; les enfants pouvaient jouer, et &#224; la cantine o&#249; les menus laissaient &#224; d&#233;sirer, les gosses m&#226;chaient le m&#234;me chewing-gum &#224; tour de r&#244;le sans se soucier de l'hygi&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours &#233;l&#233;mentaire (CE1) la ma&#238;tresse m'expliqua que le temp&#233;rament de Mathieu &#233;tait de ceux qui ont besoin d'&#234;tre stimul&#233;s ; elle me conseillait de lui faire sauter une classe. Mais voil&#224;, le directeur avait des principes : chez lui on ne sautait pas de classe, autrement dit, nivelons par le bas. J'allai solliciter le directeur d'une &#233;cole rue Falgui&#232;re, celle que fr&#233;quentait la fille de Jeanne. Ici le directeur avait l'esprit plus ouvert. Pour voir s'il pouvait faire passer l'enfant en cours moyen (CM1) il allait d'abord lui faire passer des tests. Le soir Mathieu nous annonce : &#034;demain je passe le bac&#034;. On en a ri pendant longtemps. Que s'&#233;tait-il pass&#233; ? Pour juger dans quel groupe on pouvait l'int&#233;grer, on lui fit faire plusieurs op&#233;rations et il s'&#233;tait retrouv&#233; en fin de parcours au niveau le plus &#233;lev&#233;. Il n'&#233;tait pas peu fier ! Une excellente institutrice, Mme Gabriel, adepte des m&#233;thodes Freinet, enseignait dans ce CM1. Elle aussi &#233;tait fi&#232;re de me raconter que Mathieu, neuf ans, lui avait expos&#233; les th&#233;ories de Copernic. Il faut dire qu'il &#233;tait un lecteur assidu de litt&#233;rature scientifique pour enfants et fr&#233;quentait r&#233;guli&#232;rement le Palais de la D&#233;couverte. Les s&#233;ances du Plan&#233;tarium, dirig&#233;es par un monsieur grisonnant en blouse blanche, la vo&#251;te c&#233;leste tournant aux accents d'une musique de Wagner, avaient quelque chose de magique et l'enfant en connaissait le d&#233;roulement par c&#339;ur. Pendant un temps il installa un th&#233;&#226;tre de marionnettes &#224; domicile ; des pommes de terre servaient &#224; fabriquer la t&#234;te des personnages et le texte &#233;tait aussi de sa composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mathieu avait eu droit &#224; sa premi&#232;re sortie au cin&#233;ma &#224; l'&#226;ge de quatre ans. Une salle, avenue de l'Op&#233;ra, &#233;tait sp&#233;cialis&#233;e en dessins anim&#233;s pour enfants. Au bout de trois s&#233;ances du m&#234;me programme nous avons d&#251; l'arracher &#224; son fauteuil : &#034;Vas-y Pedro, vas-y Pedro&#034;, le petit avion, un jeune courrier postal, traversait pour la premi&#232;re fois seul dans la temp&#234;te la Cordill&#232;re des Andes. Avec les ann&#233;es, Gus sera encore souvent son &#034;complice&#034;, sans moi, pour voir &#034;Ben Hur&#034;, &#034;Les canons de Navarrone&#034; et autres p&#233;plums pour un bon carnet scolaire ou autre pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolescent, Mathieu pouvait &#233;videmment sortir le soir sans restriction. Quand le t&#233;l&#233;phone sonna en pleine nuit pour nous pr&#233;venir, de l'h&#244;pital, qu'il venait d'avoir un accident de mobylette (sans gravit&#233;, heureusement), Gus ne dormait pas : il appelait &#034;pressentiment&#034; ce qui &#233;tait son extr&#234;me sensibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 57, gr&#226;ce &#224; nos deux salaires nous avons pu acheter une 2 CV. Jusque l&#224; Gus voyageait en Lambretta, le c&#233;l&#232;bre scooter italien ; il n'aimait pas le train, un mauvais souvenir du temps de la guerre. Quelle voiture spacieuse et luxueuse que cette populaire 2 CV ! Cet &#233;t&#233; nous mettons le cap sur le midi ; en passant par les gorges du Tarn, Carcassonne et Perpignan, l'ancienne capitale de la Catalogne, nous nous arr&#234;tons entre Elne et Argel&#232;s. Les campings des plages sont bond&#233;s. Le propri&#233;taire d'un mas nous permet d'installer notre tente sur son terrain, un paradis entour&#233; de p&#234;chers aux fruits m&#251;rs. Cela nous donne aussi l'occasion de bavarder avec le couple de cultivateurs (on peut &#224; peine les appeler paysans) ; la femme nous conte en riant l'anecdote d'une jeune citadine, qui s'&#233;tonne de voir dans la basse-cour des poules au cou nu : &#034;pourquoi les avait-on plum&#233;es ?&#034; Tous les jours nous faisons les quelques km pour aller &#224; la mer. Avec un ma&#238;tre nageur Mathieu apprend en quatre le&#231;ons &#224; nager, &#224; moi il m'en faut nettement plus, mais j'y r&#233;ussis. Etant donn&#233; mes ant&#233;c&#233;dents, je craignais d'&#233;chouer : dans les ann&#233;es 40 Labb&#233; s'&#233;tait propos&#233; de m'apprendre &#224; monter &#224; v&#233;lo, chose utile pour notre travail. Tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e ! Lui qui pensait que le langage &#233;tait un casset&#234;te et qu'on aurait bien assez de 300 mots, se lamentait : il est tout de m&#234;me plus facile de travailler de ses jambes que de sa t&#234;te ! H&#233;las pour moi, les jambes et la t&#234;te &#231;a va ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne sais toujours pas faire du v&#233;lo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e d'avant nous avions pass&#233; un mois en Bretagne &#224; camper en itin&#233;rants, sous une pluie incessante, Mathieu fier de notre paratonnerre (une pomme de terre piqu&#233;e en haut du m&#226;t de la tente), et de la bo&#238;te en t&#244;le qui servait de r&#233;chaud. Nous n'avions pas encore de butane, ni ce &#034;Primus&#034; qu'on voyait chez les touristes allemands. La Bretagne n'est pas un pays qu'on fuit &#224; cause de la pluie. Elle a cette magie qu'on retrouve chez les &#034;cousins&#034; au Pays de Galles, ou en Cornouailles, aussi en Ecosse, ces pays o&#249; le ciel n'est pas toujours bleu, o&#249; veillent les menhirs et naissent les l&#233;gendes myst&#233;rieuses dans les ch&#226;teaux hant&#233;s. L'ann&#233;e o&#249; nous sommes all&#233;s en Ecosse, notre 2 CV a fait sensation, on la regardait sous tous les angles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels originaux ces Fran&#231;ais ! Le syst&#232;me anglais &#034;bed and breakfast&#034; nous permettait de loger chez l'habitant, c'&#233;tait &#224; la fois plus confortable et plus instructif. La pluie n'emp&#234;chait pas les promenades sur les petits chemins de la lande, ni la compagnie des troupeaux de moutons &#224; t&#234;te noire ou de bovins &#224; longue robe laineuse. On mangeait nos cornflakes au lait et on buvait du th&#233;, comme les Anglais, qui s'arr&#234;taient sur la route, qu'il pleuve ou qu'il vente, pour le &#034;five o'clock tea&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, dans un coin perdu, nous trouvons un g&#238;te chez une dame plus toute jeune. Elle vivait seule, avec son chien de garde ; le soir m&#234;me elle nous raconte longuement sa vie, photos &#224; l'appui. Elle avait &#233;t&#233; actrice de cabaret dans sa jeunesse, s'&#233;tait mari&#233;e sur le tard avec un monsieur qui, en ce moment, &#233;tait en d&#233;placement pour son travail &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, et elle aimerait bien aller le voir, si seulement nous avions la gentillesse de l'y emmener. Le lendemain il fait un beau soleil. Madame met quand m&#234;me son manteau de fourrure, appelle son chien, et en route. Arriv&#233;s sur les lieux, nous d&#233;couvrons dans une &#233;quipe de terrassiers un pauvre vieux pioche &#224; la main, pas du tout content de notre visite. On ne s'attarde pas. Sur le chemin de retour, madame nous demande de l'arr&#234;ter devant un pub et de lui accorder une demi-heure, pour se reposer et faire provision de quelques bouteilles de bi&#232;re. Le temps d'une promenade, et nous la retrouvons ivre morte. Assise sur le si&#232;ge avant de la 2 CV elle s'agrippe &#224; Gus et tient des propos incoh&#233;rents. Sur le si&#232;ge arri&#232;re, moi et le molosse qui veille sur sa ma&#238;tresse. Arriv&#233;s &#224; la maison, nous d&#233;cidons de repartir aussit&#244;t. Mais voil&#224;, pour avoir l'heure au bistrot elle avait emprunt&#233; la montre-bracelet de Gus ; impossible de la lui enlever, le chien veillait pr&#232;s du lit o&#249; elle &#233;tait allong&#233;e et ne laissait personne approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Je me mets &#224; lui parler, tout en m'approchant &#224; petits pas, elle me r&#233;pond par des borborygmes que le chien interpr&#232;te comme un dialogue, je peux enfin doucement lui prendre le poignet et enlever la montre. Nous nous &#233;clipsons en laissant l'argent de la pension et un mot d'adieu. Et voil&#224; l'histoire de notre rencontre avec Maisy Desmond, au cours de notre seule journ&#233;e sans pluie, au pays de Arthur Conan Doyle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien en avance sur la France, dans certaines villes anglaises des quartiers ouvriers neufs ont surgi gr&#226;ce au programme de reconstruction du gouvernement travailliste de M. Attlee. A Newcastle nous avons m&#234;me log&#233; dans une de ces maisons individuelles avenantes, re&#231;us en &#034;amis&#034; chez des inconnus ! Arriv&#233;s dans cette grande ville industrielle, nous nous arr&#234;tons au hasard sur une place, dans un quartier ouvrier ; un homme, pour qui nous sommes visiblement des &#233;trangers, nous aborde : si nous cherchons un g&#238;te, il peut nous h&#233;berger. Je pense &#224; un &#034;bed and breakfast&#034;, nous acceptons. Il est mari&#233;, sans enfants. Je n'ai pas retenu quel travail il faisait, il me semble qu'il &#233;tait au ch&#244;mage. Sa femme nous fait la d&#233;monstration d'un dialogue avec son perroquet. Le lendemain matin, apr&#232;s le petit d&#233;jeuner, notre h&#244;te refuse d'accepter un paiement : nous &#233;tions ses invit&#233;s. Il nous accompagne m&#234;me au pub pour nous offrir une bi&#232;re. Deux &#233;normes chopes sont servies aux hommes, apr&#232;s quoi Gus offre sa tourn&#233;e. Mais &#224; peine la deuxi&#232;me chope vid&#233;e, l'Anglais veut payer une nouvelle tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement Gus peut invoquer, pour refuser, la sobri&#233;t&#233; au volant ! Puisque nous avions une voiture, il &#233;tait logique, pensais-je, que j'apprenne &#224; conduire. Apr&#232;s la s&#233;rie de le&#231;ons impos&#233;e, le jour de l'examen arrive. Mon moniteur &#233;tait sceptique, disons plut&#244;t s&#251;r de l'&#233;chec ; moi je prenais l'&#233;preuve pour une formalit&#233;, j'avais de toute fa&#231;on pay&#233; les le&#231;ons. Quelle ne fut la stup&#233;faction du moniteur de me voir sortir de la voiture avec le petit billet rose donnant droit au permis ! Comble de l'injustice, juste avant moi un jeune homme, sachant r&#233;ellement conduire, s'&#233;tait vu refuser le m&#234;me billet rose. L'examinateur avait peut-&#234;tre &#233;t&#233; tromp&#233; par mon &#034;sang-froid&#034; bien qu'il m'ait dit, tout en remplissant le papier convoit&#233; : &#034;quand vous conduirez il faudra aussi passer de temps en temps la troisi&#232;me&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! Je fis quelques kilom&#232;tres au volant de notre 2 CV, &#224; c&#244;t&#233; de Gus ; puis un jour, en n'appuyant pas assez &#233;nergiquement sur la p&#233;dale de frein, je heurtai l'arri&#232;re d'une camionnette, qui ne s'en aper&#231;ut m&#234;me pas. Mais Gus, scrupuleux et intransigeant, d&#233;cr&#233;ta que si je devais conduire une voiture, je serais un &#034;danger public&#034;. Et l&#224; s'arr&#234;ta ma carri&#232;re, d'autant plus facilement qu'&#224; l'&#233;poque je n'avais qu'un quart d'heure de trajet pour me rendre au travail. Je devais le regretter am&#232;rement plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaste est le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque p&#233;riode de vacances &#233;tait l'occasion d'une nouvelle d&#233;couverte. La premi&#232;re fois o&#249; nous sommes all&#233;s en Alsace (et nous y sommes retourn&#233;s souvent), je fus &#233;tonn&#233;e... de l'&#233;tonnement de Gus : &#224; Strasbourg, dans les bistrots, les boulangeries, dans la rue, les gens parlaient tous l'allemand (c'&#233;tait bien s&#251;r le dialecte alsacien) ! Pour Gus, instruit &#224; l'&#233;cole de la 3&#232;me r&#233;publique, l'Alsace &#233;tait fran&#231;aise. Oui, mais &#224; la fronti&#232;re du monde germanique, qui s'&#233;tendait sur une bonne partie de l'Europe. Ici, au pays de &#034;l'ami Fritz&#034;, je retrouvais les po&#234;les en fa&#239;ence et la literie de mon enfance, non pas le lit bord&#233; avec une couverture, mais un bon &#233;dredon au duvet d'oie. A Colmar o&#249; nous &#233;tions h&#233;berg&#233;s chez l'habitant, notre logeuse s'indignait de ce qu'on n'enseign&#226;t pas l'allemand &#224; l'&#233;cole. Les choses ont semble-t-il chang&#233; depuis, gr&#226;ce en partie aux efforts du grand dessinateur alsacien (franco-allemand) Tomi Ungerer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 50 on pouvait voyager en Allemagne, en pleine reconstruction, avec un mark qui valait 80 centimes. En Espagne, la c&#244;te n'&#233;tait pas encore barr&#233;e par un mur de b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie &#233;tait un lieu id&#233;al pour le farniente, et on n'avait pas toujours &#224; craindre les voleurs et les filous qui donnaient au pays si mauvaise r&#233;putation. Une nuit dans la r&#233;gion de Barletta (les Pouilles), nous &#233;tions couch&#233;s tous trois dans un champ de vignes, enroul&#233;s dans nos couvertures. A l'aube nous entendons les voix des paysans venus travailler : &#034;son turisti, son turisti&#034;. Un bien agr&#233;able r&#233;veil. Mais &#224; une autre occasion, &#224; peine &#233;tions nous endormis que les phares et le bruit des tracteurs nous firent nous sauver. A cause de la chaleur accablante, les paysans travaillaient leur champ la nuit. Sur la c&#244;te calabraise, en juillet, on ne craignait pas la foule. De jeunes campeurs italiens, et Mathieu avec eux, sautaient comme des dauphins dans les vagues, tout en chantant le succ&#232;s du jour : &#034;sapore de sale, sapore de mare, sapore de te&#034; ! Mais d&#232;s le d&#233;but d'ao&#251;t il fallait prendre le large, devant le peuple napolitain et sa nombreuse prog&#233;niture. Un jour, arrivant de bon matin dans une ville, nous voyons partout inscrit sur les murs et les magasins &#034;sciopero&#034;. Nous ne connaissions pas ce mot. Une banderole en t&#234;te d'une manif' nous en fournit bient&#244;t la traduction ; d&#233;sormais nous savons dire &#034;gr&#232;ve&#034; en italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslavie le tourisme montait en fl&#232;che. Etatis&#233;, il &#233;tait remarquablement bien organis&#233; et d&#233;centralis&#233;. Les gens du pays se comportaient avec une grande dignit&#233; et on avait l'impression qu'il y avait chez eux l'espoir dans l'avenir. Je me souviens des paroles de cette jeune femme de chambre dans un h&#244;tel nouvellement am&#233;nag&#233; ; elle parlait un allemand hach&#233;, une langue qui avait de vieilles traditions dans cette r&#233;gion croate : ma fille va &#224; l'&#233;cole, moi je n'ai pas eu cette chance, on n'envoyait pas les enfants pauvres &#224; l'&#233;cole, aujourd'hui tout est chang&#233;. Mais quand nous traversions en voiture un bourg ou un village sur des routes qui n'&#233;taient pas encore pav&#233;es, il arrivait que les enfants nous jettent des pierres : une vieille habitude, l'expression du ressentiment envers les riches. Au fil des ann&#233;es, le tourisme se mit au go&#251;t d'une certaine client&#232;le, et nous ne m&#238;mes plus les pieds dans les h&#244;tels, m&#234;me si, avec notre devise, ils &#233;taient bon march&#233; ; les serveurs &#224; n&#339;ud papillon m'&#233;taient insupportables, et de plus j'aurais manqu&#233; l'&#233;pisode suivant qui me prouvait encore une fois qu'il faut rester avec les siens. Dans un camping de l'&#238;le de Cres notre tente &#233;tait install&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de celle d'un couple allemand, bien &#233;quip&#233; pour vivre &#224; l'aise, y compris de fauteuils prot&#233;g&#233;s par des housses. Mais on ne saurait penser &#224; tout. L'homme avait oubli&#233; son tournevis et il s'adressa &#224; Gus, en lui expliquant par des gestes de quoi il avait besoin. &#034;C'est un tournevis cruciforme&#034;, lui dit Gus (qui avait &#233;videmment l'objet dans la bo&#238;te &#224; outils). &#034;Ja, ja&#034;, lui r&#233;pond l'autre, tout content ; et nous voil&#224; devenus amis, l'Allemand expliquant qu'il travaillait chez Krupp, mais maintenant ils fabriquaient des casseroles, plus question de faire de l'armement. L&#224; aussi, c'&#233;tait encore le temps des illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que le soir tombait les rues devenaient grouillantes de monde. Jeunes filles et gar&#231;ons, les moins jeunes aussi, se prom&#232;nent, rient, bavardent. L'animation est contagieuse. Nous observons les m&#234;mes habitudes en Italie. Mais pas en Allemagne, o&#249; les rues devenaient d&#233;sertes d&#232;s que les magasins fermaient et que les gens rentraient chez eux apr&#232;s leur journ&#233;e de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en Turquie que nous avons fait le dernier voyage avec Mathieu, avant qu'il ne vole de ses propres ailes et que les copains ne remplacent d&#233;finitivement les parents comme compagnons de route. Ceux qui aiment voyager ne cesseront jamais de s'&#233;merveiller. Nous traversons quelques pays d'Europe, nous voil&#224; &#224; l'autre bout de la Bulgarie, un pas de plus et nous sommes en Turquie. C'est toujours l'Europe, mais le d&#233;cor a chang&#233; comme par magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edirne surgit brusquement avec ses minarets innombrables, les hommes et les femmes ne sont pas v&#234;tus de la m&#234;me fa&#231;on, n'ont pas la m&#234;me d&#233;marche. Nous d&#233;laissons les h&#244;tels destin&#233;s aux touristes. Malgr&#233; quelque r&#233;ticence de la part de mes deux hommes, je me sens en s&#233;curit&#233; avec eux et nous voil&#224; log&#233;s dans un caravans&#233;rail, comme les Turcs. Les chambres, dispos&#233;es autour d'une cour int&#233;rieure, sont propres, &#233;quip&#233;es de lits m&#233;talliques (pour mieux &#233;loigner les punaises) et il y a une douche &#224; l'&#233;tage. Quand il y a beaucoup de monde, on met des lits aussi dans le couloir. Une lune immense, comme je n'en ai jamais vue, se l&#232;ve derri&#232;re la montagne. Des paysans nous proposent, et nous refusons, ce que nous supposons &#234;tre du hachisch. Les bistrots sont tapiss&#233;s d'images de femmes provocantes &#224; demi-nues ; mais dans la rue beaucoup sont v&#234;tues de noir de la t&#234;te aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chats fam&#233;liques, qui ont appris &#224; se m&#233;fier de l'homme, se tiennent &#224; bonne distance m&#234;me quand on leur lance de la nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Istanbul aux mille merveilles, semble une ville laiss&#233;e &#224; l'abandon, mal entretenue, d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, &#233;tonnement du profane : au zoo des cochons dans un enclos sont montr&#233;s au public. Bien s&#251;r, nous sommes en pays musulman, les paysans n'&#233;l&#232;vent pas de cochons. On visite une mosqu&#233;e, chef-d'&#339;uvre d'architecture et de d&#233;coration. Les touristes femmes sont admises, il suffit, avant d'entrer de se d&#233;guiser avec la robe et le foulard de rigueur. Et voil&#224; que nous tombons nez &#224; nez, dans ce lieu saint, avec Arnoux, un jeune camarade de &#034;Voix Ouvri&#232;re&#034;, et sa copine ; je me r&#233;jouis, &#224; voix basse : &#034;bonjour, qu'est-ce que vous faites-l&#224; ?&#034; -&#034;On fait de l'entrisme&#034;, me r&#233;pond Arnoux avec son humour habituel. Il &#233;tait en vacances chez son oncle, juif d'Istanbul. Le monde est petit. La circulation dans cette ville est chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; cela ne tienne, Gus &#034;s'assimile&#034; et, comme les Turcs, zigzague dans tous les sens en klaxonnant. Pourtant nous ne sommes t&#233;moins d'aucun accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques kilom&#232;tres seulement d'Erdek, une station estivale grouillante de monde, nous installons notre tente en bord de mer dans un coin tranquille Il y a l&#224; une buvette tenue par Ahmed, tr&#232;s accueillante dans la journ&#233;e pour les baigneurs. La nuit tomb&#233;e, dans une mare proche les grenouilles d&#233;clenchent leur concert monotone. Je me r&#233;signais d&#233;j&#224; &#224; l'id&#233;e de d&#233;camper le lendemain. Mais cette musique se r&#233;v&#233;la comme la meilleure des berceuses, que nous attendions chaque soir pour nous endormir paisiblement. De bon matin l'&#226;ne nous r&#233;veille avec son hi-han. Nous l'avons vu au travail, trottant en t&#234;te d'une file de chameaux, le paysan fermant la marche. On nous dit que l'&#226;ne poss&#232;de un bon sens de l'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#232;re des HLM Nous avions, en ces ann&#233;es-l&#224;, un s&#233;rieux probl&#232;me de logement. Malgr&#233; nos deux salaires, qui n'&#233;taient pas des plus mis&#233;rables, nous restions confin&#233;s dans un espace exigu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne avait une politique de reconstruction et se relevait rapidement de ses ruines. En France, o&#249; le b&#226;timent stagnait depuis des ann&#233;es, il y avait une grave &#034;crise du logement&#034;. On &#233;tait dans un cercle vicieux : pour maintenir les bas salaires, exig&#233;s par le patronat, le gouvernement avait bloqu&#233; le prix des loyers et les promoteurs ne trouvaient plus leur int&#233;r&#234;t &#224; b&#226;tir. Les panneaux d'antan : &#034;appartement &#224; louer&#034; avaient d&#233;finitivement disparu. A la longue les promoteurs trouv&#232;rent une astuce pour &#034;investir dans la pierre&#034;. Ils construisaient des immeubles, dont les appartements &#233;taient vendus en copropri&#233;t&#233;. La p&#233;nurie &#233;tait telle que ceux qui disposaient de la somme n&#233;cessaire, le plus souvent en empruntant, achetaient leur appartement &#034;sur plan&#034;, avant m&#234;me que la maison fut achev&#233;e. Plus on descendait dans l'&#233;chelle, plus les gens &#233;taient vol&#233;s sur la marchandise (insonorisation, &#233;tanch&#233;it&#233;, hauteur des plafonds, etc.). Nous n'avions pas les moyens d'acheter ni personne aupr&#232;s de qui emprunter. Finalement la solution vint du c&#244;t&#233; de l'Unesco, qui s'apercevant de la gravit&#233; du probl&#232;me prit une mesure sociale : des pr&#234;ts en proportion du salaire, &#224; 4% sur dix ans. Pour y avoir droit, on remplissait un questionnaire et les plus mal lotis avaient, cela va de soi, la priorit&#233;. C'est ce que je pensais. Mon exp&#233;rience de &#034;contestataire&#034; ne m'avait pas d&#233;pouill&#233;e de toutes les illusions. J'attendais en vain un avis favorable de la commission charg&#233;e d'examiner les demandes, lorsque je d&#233;couvris un passe-droit flagrant : une coll&#232;gue c&#233;libataire, qui en tant qu'&#233;trang&#232;re touchait une indemnit&#233; de logement, avait, elle, obtenu un pr&#234;t. Je me voyais oblig&#233;e de faire ce qu'on fait h&#233;las dans notre soci&#233;t&#233; de classe et de bureaucratie : intervenir au bon endroit, plaider et menacer. Le pr&#234;t me fut accord&#233;. Mais &#224; force d'avoir perdu du temps, la conjoncture s'&#233;tait retourn&#233;e contre moi. Les pieds noirs revenaient en masse d'Alg&#233;rie, faisant monter les prix, et avec l'argent qui m'aurait permis, six mois avant, d'acheter un logement dans le 15&#232;me, &#224; l'&#233;poque encore quartier populaire, nous d&#251;mes pour un m&#234;me deux-pi&#232;ces, nous expatrier en banlieue. Et comme la loi du profit ne conna&#238;t pas de limites, nous e&#251;mes pour notre argent un logement de 65 m2 aux murs sans enduits et sans peinture. Gus s'attela &#224; l'ouvrage, y consacrant des soir&#233;es et ses fins de semaine, pendant que nous continuions &#224; loger, en attendant, dans le studio du 15&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche, Mathieu et moi nous venions lui tenir compagnie. On appr&#233;ciait le calme, les petits pavillons, la verdure, le jardin qui longeait notre b&#226;timent de deux &#233;tages. Quelle surprise quand nous avons emm&#233;nag&#233; ! Comment n'y avions-nous pas pens&#233; ? Ce calme &#233;tait r&#233;serv&#233; au dimanche ; en semaine des centaines de voitures roulaient, transportant les banlieusards au travail et les ramenant, tandis que le train passait sur le pont. On dormait mal la nuit et cela nous semblait au d&#233;but insupportable ; mais on finit par s'y habituer. Et voil&#224; comment nous sommes devenus, comme des centaines de milliers d'autres, des banlieusards &#034;m&#233;tro, boulot, dodo&#034;. Encore n'habitions nous pas une HLM, une de ces tours et barres hideuses construites &#224; la h&#226;te dans les ann&#233;es 60, qui surgissaient de terre autour des grandes villes en m&#234;me temps que les patrons importaient de plus en plus de main-d'&#339;uvre &#034;&#233;trang&#232;re&#034;. On y relogeait ainsi dans de meilleures conditions d'espace et d'hygi&#232;ne les familles qui s'entassaient par milliers dans les taudis des sordides bidonvilles (comme celui devenu c&#233;l&#232;bre de Nanterre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lulu, qui avec ses deux enfants habitait aux Halles un logement sans WC et sans douche, obtint gr&#226;ce au &#034;1% patronal&#034; de Renault (contribution &#224; la construction) un appartement plus confortable &#224; Meudon-la-For&#234;t. Pour &#233;riger les tours on avait ras&#233; de grandes &#233;tendues bois&#233;es, et dans leur avidit&#233; de gain les promoteurs avaient trac&#233; des rues et des trottoirs si &#233;troits, qu'on avait &#224; peine la place de circuler entre les voitures. On &#233;tait entr&#233;s dans l'&#232;re de la bagnole, car si les ouvriers n'avaient pas les moyens de bien se loger, ils pouvaient gr&#226;ce &#224; la productivit&#233; qui abaissait les prix, s'acheter une auto. C'est &#224; l'&#233;poque que M. Dreyfus, directeur de la R&#233;gie entreprise nationalis&#233;e, fut interrog&#233; par un journaliste : &#034;pourquoi ne construisez-vous pas plut&#244;t des logements qui manquent tant ?&#034; -&#034;Ce n'est pas mon affaire, je dirige une usine d'automobiles et mon souci c'est d'en vendre.&#034; Des urbanistes et des architectes qui participaient &#224; cette pagaille, &#233;crivaient par ailleurs des articles la d&#233;non&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vain. L'argent &#233;tait roi, la sp&#233;culation sans frein aussi, comme du temps de Zola et d'Haussmann, pire encore. Quand des manifestations ouvri&#232;res encadr&#233;es par la CGT d&#233;filaient, on entendait psalmodier lamentablement : &#034;Pompidou des sous&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie fran&#231;aise poursuivait la reconqu&#234;te de son empire colonial : apr&#232;s huit ann&#233;es de guerre en Indochine (46-54) devaient suivre huit ann&#233;es de guerre en Alg&#233;rie (54-62). Ces guerres se d&#233;roulaient dans l'indiff&#233;rence de la classe ouvri&#232;re. La mentalit&#233; des ouvriers &#233;tait loin d'&#234;tre anti-colonialiste. Des jeunes appel&#233;s refusaient de monter dans les trains, se couchaient sur les rails, mais il n'y eut pas de manifestations populaires pour les soutenir. Les &#034;porteurs de valises&#034;, comme on appelait ceux qui aidaient le mouvement nationaliste alg&#233;rien, &#233;taient une minorit&#233; d'intellectuels dont le chef de file &#233;tait Francis Jeanson. Le PCF avait depuis longtemps oubli&#233; son opposition &#224; la guerre du Rif et c'est nous, l'U.C. (4&#232;me Internationale), qui avions r&#233;&#233;dit&#233; en juillet 45 une brochure d'avril 1926 du PC (qui n'&#233;tait pas encore PCF), intitul&#233;e : le P.C. et la guerre du Maroc - &#034;On croit se battre pour la patrie, on meurt pour les industriels et les banquiers&#034; (Anatole France). Une brochure o&#249; l'on pouvait lire : &#034;nous disons aux soldats fran&#231;ais : &#034;fraternisez avec les Rifains !&#034; et aux ouvriers et paysans : &#034;dressez vous pour soutenir la fraternisation des soldats !&#034; Rien de semblable dans les ann&#233;es cinquante : le PCF &#233;tait d&#233;sormais pour l'Alg&#233;rie fran&#231;aise. Pour mener une propagande contre le chauvinisme, il n'y avait aucune organisation ayant l'oreille des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Alg&#233;rie n'emp&#234;cha pas la bourgeoisie fran&#231;aise de se lancer en 1956 aux c&#244;t&#233;s des Anglais (et avec la participation d'Isra&#235;l) dans une exp&#233;dition contre l'Egypte, pour abattre Nasser qui avait nationalis&#233; le canal de Suez ; exp&#233;dition stopp&#233;e net sur l'injonction des Am&#233;ricains. La m&#234;me ann&#233;e les chars russes &#233;crasaient l'insurrection ouvri&#232;re de Budapest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens fran&#231;ais, qui avaient ni&#233; l'existence du &#034;rapport secret&#034; sur les crimes de Staline r&#233;v&#233;l&#233;s par Khrouchtchev au 20&#232;me congr&#232;s du PC russe, approuvaient par contre sans r&#233;serve la r&#233;pression sanglante de Budapest, et traitaient les ouvriers hongrois de fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 58 de Gaulle fut rappel&#233; au pouvoir pour mettre fin &#224; la guerre aux moindres frais pour la bourgeoisie. Mais du c&#244;t&#233; des Alg&#233;riens l'heure n'&#233;tait plus au compromis, et de tractations en tergiversations la guerre dura encore quatre ans. Apr&#232;s le putsch manqu&#233; des g&#233;n&#233;raux &#224; Alger en avril 1961, les bandes d'&#034;ultras&#034; de l'OAS (Organisation de l'arm&#233;e secr&#232;te) qui s&#233;vissaient d&#233;j&#224; en Alg&#233;rie, d&#233;clench&#232;rent une s&#233;rie d'attentats en France. C'est alors seulement que la population se mit &#224; r&#233;agir par des manifestations de rue. Celle rest&#233;e dans les m&#233;moires, eut lieu en r&#233;ponse &#224; un attentat de l'OAS qui avait arrach&#233; un &#339;il &#224; une fillette de 4 ou 5 ans, la petite Delphine Renard. Je me souviens bien de ce morne d&#233;fil&#233; de deuil d'un demi-million de personnes (auquel j'ai particip&#233;), portant les portraits des gens assassin&#233;s au m&#233;tro Charonne : des manifestants qui, chass&#233;s par la police, s'&#233;taient simplement r&#233;fugi&#233;s dans le m&#233;tro et que les flics pi&#233;tin&#232;rent &#224; mort. C'&#233;tait en f&#233;vrier 62. (Dix ans plus tard un d&#233;fil&#233; tout aussi nombreux allait avoir lieu pour la mort du jeune mao&#239;ste Pierre Overney, assassin&#233; par les flics de la R&#233;gie Renault, mais dans un tout autre climat). La tuerie du m&#233;tro Charonne venait quatre mois apr&#232;s le massacre sauvage, &#224; Paris, le 17 octobre 61, de manifestants alg&#233;riens dont les cadavres furent jet&#233;s &#224; la Seine et dont on ne parla gu&#232;re &#224; l'&#233;poque. Pendant que les patrons commen&#231;aient &#224; importer massivement de la main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re, l'OAS s'attaquait aussi aux locaux syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est finalement la guerre coloniale men&#233;e par les Am&#233;ricains au Vietnam qui mobilisa la jeunesse. De jeunes Am&#233;ricains, qui refusaient d'aller se faire tuer pour une mauvaise cause, d&#233;sertaient de l'arm&#233;e ; des manifestations monstre, &#224; Washington devant la Maison Blanche, et partout ailleurs, s'affrontaient aux policiers, la jeunesse s'insurgeait contre la guerre et contestait cette soci&#233;t&#233;. Parmi les &#233;tudiants naissait le mouvement beatnik et hippie. &#034;The times they are changing&#034; chantait Bob Dylan ; une chanson qui se voulait proph&#233;tique. Ce &#034;gulf stream&#034; venant d'Am&#233;rique r&#233;chauffa l'Europe. A Paris les jeunes manifestaient aux cris de &#034;Ho-Ho-Ho-Chi-Minh&#034; et &#034;Che-Che-Guevara&#034;, au grand dam des staliniens auxquels souvent ils s'affrontaient. Les &#034;gauchistes&#034; qu'on n'appelait pas encore ainsi, et qui allaient devenir les &#034;enrag&#233;s&#034;, &#233;taient n&#233;s. J'ai conserv&#233; une coupure de journal avec une photo o&#249; Mathieu, lyc&#233;en &#224; Buffon, est aux premiers rangs d'une manifestation. Une tr&#232;s large fraction de la jeunesse se sentait concern&#233;e, dans tous les pays. En Allemagne, Rudi Dutschke, le leader &#233;tudiant, &#233;tait mortellement bless&#233; par un &#034;fanatique&#034; le 11 avril 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; en pleine croissance &#233;conomique, la contestation &#233;tudiante n'inqui&#233;tait pas trop la bourgeoisie, dont beaucoup de ces jeunes &#233;taient d'ailleurs issus. Cependant, si de jeunes ouvriers se laissaient aller &#224; avoir les cheveux longs, comme c'&#233;tait la mode, ils &#233;taient brim&#233;s et il y a m&#234;me eu des cas extr&#234;mes de pers&#233;cution. Les filles n'&#233;taient pas admises en classe en pantalons. J'ai m&#234;me d&#251; expliquer &#224; Vic, qui sermonnait une jeune militante, qu'une fille en pantalons n'avait rien de bourgeois ni de choquant, et qu'on allait vite s'y habituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, je pris avec un certain retard le train des Beatles, mais nous avons aim&#233; d'embl&#233;e la chanson de Bob Dylan sur la &#034;bonne conscience&#034; de l'Am&#233;ricain moyen. Mai 68 n'&#233;tait pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une r&#233;volution ? Non, une r&#233;volte Bien que plus d'un signe avant-coureur aurait pu la pr&#233;sager, l'explosion de mai au Quartier latin, dont la fac de Nanterre avait allum&#233; la m&#232;che, prit bien des gens au d&#233;pourvu. Occup&#233;e par les &#233;tudiants, la Sorbonne &#233;tait &#233;vacu&#233;e le 3 mai par la police et les CRS au prix de brutalit&#233;s et d'arrestations. Quelques jours avant les affrontements du 3 mai aux cris de &#034;lib&#233;rez nos camarades !&#034;, Voix Ouvri&#232;re (journal dit trotskiste) expliquait que le mouvement &#233;tudiant &#233;tant petit-bourgeois, il n'y avait pas grand'chose &#224; en attendre. Les staliniens y &#233;taient bien s&#251;r violemment oppos&#233;s. Je me souviens bien de l'entretien &#224; distance transmis par la radio (tout le monde &#224; cette &#233;poque avait l'oreille coll&#233;e au &#034;transistor&#034;) entre Georges S&#233;guy, le boursoufl&#233; bureaucrate en chef de la CGT, et les gr&#233;vistes des chantiers de St. Nazaire, qu'il voulait persuader de reprendre le travail. C'est l&#224; qu'il prof&#233;ra au sujet du porte-drapeau le plus populaire du mouvement &#233;tudiant, sa phrase devenue c&#233;l&#232;bre : &#034;Cohn-Bendit connais pas&#034;. Quelques jours plus tard, devant la forte &#233;motion populaire suscit&#233;e par la nuit des barricades, le 10 mai au Quartier latin, S&#233;guy &#233;tait oblig&#233; de d&#233;filer, le 13 mai, avec 500.000 manifestants Cohn-Bendit en t&#234;te. La nuit des barricades s'&#233;tait sold&#233;e par 367 bless&#233;s et 500 arrestations. Le 24 mai on comptait en France dix millions de gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les villes, jour apr&#232;s jour, du matin au soir et tard dans la nuit, des dizaines de milliers de jeunes, bras dessus bras dessous, en rangs serr&#233;s, avancent au pas de course, parfois en sautillant hop hop - &#034;ce n'est qu'un d&#233;but, continuons le combat&#034; ; ce slogan r&#233;sonnait dans toutes les oreilles. C'est ce printemps de la jeunesse, sa solidarit&#233;, sa r&#233;sistance devant la r&#233;pression (&#034;CRS-SS&#034;), sa d&#233;monstration de force et de d&#233;termination qui servirent d'exemple et d&#233;clench&#232;rent finalement une vague de gr&#232;ves, puis la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, brisant les r&#233;sistances des dirigeants staliniens et c&#233;g&#233;tistes. L'irr&#233;sistible vent de la libert&#233; entra&#238;na des intellectuels et des artistes &#224; suivre le mouvement. Qu'est devenu Evariste, math&#233;maticien, auteur de l'inoubliable chanson &#034;La r&#233;volution&#034; : &#034;ah, si tu travailles comme &#231;a j'ai peur, qu'tu passes pas dans la classe sup&#233;rieure&#034; dit le p&#232;re ; &#034;les diff&#233;rences de classe nous les supprimerons, c'est pour &#231;a qu'on fait la r&#233;volution&#034;, r&#233;pond le fils. On parle aujourd'hui des &#233;tudiants qui ayant fait par la suite carri&#232;re sont rentr&#233;s dans le rang. Mais on ne parle bien s&#251;r pas de ceux, sans doute bien plus nombreux, qui n'ont pas suivi cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police exer&#231;ait sa brutalit&#233; et ses s&#233;vices sur les &#233;tudiants, des cars entiers prenaient la direction de l'h&#244;pital Beaujon, mais le gouvernement h&#233;sitait encore &#224; faire couler le sang. La r&#233;pression ne prenait plus du tout de gants quand elle s'exer&#231;ait contre les ouvriers ; c'est ainsi que venu soutenir les ouvriers &#224; Flins, l'&#233;tudiant Gilles Tautin pourchass&#233; par les flics se noya dans la Seine ; c'est ainsi que la police tira et tua deux ouvriers chez Peugeot &#224; Sochaux, soixante-sept autres &#233;taient bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous v&#233;c&#251;mes intens&#233;ment ces quelques semaines, non seulement &#224; travers Mathieu, mais en participant le plus souvent aux manifestations de rue. Gus &#233;tait en gr&#232;ve avec le coll&#232;ge ; moi j'allais au bureau, mais &#224; pied, les transports &#233;tant arr&#234;t&#233;s. Nous habitions d&#233;j&#224; &#224; Vanves et de l&#224; jusqu'&#224; la place Fontenoy, dans le 7&#232;me, j'organisais mon trajet pour faire le tour des usines en gr&#232;ve ; il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire de conna&#238;tre leur adresse, sur toutes flottait le drapeau rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Thomson-CSF d'Issy-les-Moulineaux je m'arr&#234;tai longuement pour recopier un po&#232;me affich&#233; au mur, manifestement compos&#233; par un ouvrier dans le m&#234;me esprit que la r&#233;volte des jeunes. Leur principal slogan n'&#233;tait-il pas &#034;il est interdit d'interdire&#034; ? Ne clamaient-ils pas &#034;ouvriers, &#233;tudiants, m&#234;me combat&#034; ? Quai de Javel devant Citro&#235;n, j'assistai &#224; une v&#233;h&#233;mente joute oratoire entre des &#233;tudiants venus soutenir les gr&#233;vistes, et un bonze syndical, qui n'eut pas le dessus. Pr&#232;s du lyc&#233;e Buffon, lui aussi en gr&#232;ve, je fus t&#233;moin d'un dialogue entre des mamans inqui&#232;tes et leur prog&#233;niture. N'&#233;taient-ils pas trop jeunes pour n&#233;gliger ainsi leurs &#233;tudes ? C'est alors qu'un gamin de 12-13 ans prit la parole, et me remplit d'aise : &#034;Madame, aux &#226;mes bien n&#233;es la valeur n'attend pas le nombre des ann&#233;es&#034;. On peut, madame, &#234;tre r&#233;volt&#233; et n&#233;anmoins bon &#233;l&#232;ve connaissant ses classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole &#233;tait dans la rue. Mais pas seulement la parole. Partout des slogans inscrits sur les murs : &#034;Soyez r&#233;alistes, demandez l'impossible&#034; ; &#034;Il est interdit d'interdire&#034; ; &#034; Sous les pav&#233;s, la plage&#034; ; &#034;L'imagination prend le pouvoir&#034; ; &#034;Cours camarade, le vieux monde est derri&#232;re toi&#034;... ou encore un path&#233;tique &#034;j'ai quelque chose &#224; dire, mais je ne sais pas quoi&#034;. Les &#233;tudiants des Beaux-arts, organis&#233;s en &#034;collectifs&#034;, couvraient Paris et la banlieue de vraies &#339;uvres d'art : des affiches, qui se vendirent plus tard en Am&#233;rique, quand on en trouvait encore, au prix fort. Voyez ce CRS devant un micro au si&#232;ge de la t&#233;l&#233;vision (ORTF), bard&#233; de son bouclier et de matraque : &#034;La police vous parle tous les soirs &#224; 20 h.&#034; La radiot&#233;l&#233;vision &#233;tait en gr&#232;ve et occup&#233;e par la police. M&#234;me un L&#233;on Zitrone, chroniqueur des cours royales, &#233;tait devenu un contestataire ! Un jour je demandai &#224; Lulu : &#034;tu as vu les affiches des &#233;tudiants ?&#034; Non, mais elle eut aussit&#244;t une bonne id&#233;e : les &#233;tudiants des Beaux-arts tenaient portes ouvertes, comme ceux de la Sorbonne, et nous allions nous y rendre pour les voir travailler. Arriv&#233;es rue Jacob, Lulu se pr&#233;sente comme travaillant chez Renault. On lui fait f&#234;te ! Ce fameux jour du 16 mai o&#249; les ouvriers avaient d'eux-m&#234;mes d&#233;clench&#233; la gr&#232;ve et occup&#233; l'usine, les &#233;tudiants tant attendus n'arriv&#232;rent en cort&#232;ge &#224; Billancourt qu'assez tard le soir et furent accueillis avec des applaudissements par les jeunes ouvriers mass&#233;s sur les toits de l'usine. Un rire hom&#233;rique r&#233;pondit &#224; une jeune &#233;tudiante qui leur avait cri&#233; : &#034;vous avez faim ?&#034; Beaucoup de monde &#233;tait d&#233;j&#224; mass&#233; Place Nationale et les discussions &#233;taient anim&#233;es. J'entends un jeune ouvrier r&#233;p&#233;ter les saloperies c&#233;g&#233;tistes sur Cohn-Bendit. Je lui demande : &#034;tu connais Cohn-Bendit ?&#034; -&#034;Non&#034;. -&#034;Alors pourquoi tu en dis du mal ?&#034; Le jeune se tait, g&#234;n&#233;. D&#232;s l'arriv&#233;e du cort&#232;ge &#233;tudiant, les staliniens occupent l'estrade qui avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e, et un bureaucrate fra&#238;chement promu, Halbeher du d&#233;partement 37 (celui de C&#233;dar) prend le micro et monopolise la parole. Il ne se trouva personne pour le d&#233;loger, et malgr&#233; les protestations, les &#233;tudiants furent emp&#234;ch&#233;s de s'exprimer. Et voil&#224; que quelqu'un de chez Renault se pr&#233;sente chez eux, les &#233;tudiants des Beaux-Arts. Tout de suite ils d&#233;cident de faire une affiche. Plusieurs se mettent au travail, et leurs dessins sont soumis &#224; un vote. L'affiche retenue est placard&#233;e partout les jours suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, le mouvement &#233;tait d&#233;j&#224; sur son d&#233;clin. Chez Renault les ateliers &#233;taient vides ; les commandos staliniens qui faisaient courir le bruit que les &#233;tudiants voulaient casser les machines, montaient la garde &#224; toutes les portes et ne laissaient personne approcher. Et personne n'osa les affronter. S&#233;guy s'&#233;tait fait huer une premi&#232;re fois par les gr&#233;vistes de Renault, avant que la CGT n'obtienne enfin par la n&#233;gociation et les &#034;accords de Grenelle&#034; (le 25 mai) des augmentations de salaires, surtout du SMIG, le salaire minimum de l'&#233;poque. La fusion entre la r&#233;volte &#233;tudiante et le mouvement gr&#233;viste ne s'&#233;tait pas faite, et les ouvriers reprirent le travail avec de maigres satisfactions. En m&#234;me temps le gouvernement prenait un arr&#234;t&#233; d'expulsion contre &#034;l'&#233;tranger&#034; Cohn-Bendit, fils de juifs allemands r&#233;fugi&#233;s en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes manifestaient dans la rue aux cris de &#034;nous sommes tous des juifs allemands&#034;, &#034;les fronti&#232;res on s'en fout, Cohn-Bendit avec nous&#034;. Dany &#233;tait n&#233; en France, mais ses parents &#233;taient &#233;trangers, et lui-m&#234;me n'avait pas voulu faire son service militaire. Un jour, &#224; l'Unesco, mon amie Jeanne, qui habitait tout pr&#232;s, m'invite &#224; venir prendre le caf&#233;. Une surprise m'y attendait. Dany se cachait chez elle, en attendant une d&#233;cision. Ses parents et ceux de Jeanne, r&#233;fugi&#233;s en France en 1933, avaient &#233;t&#233; amis. Je connaissais Dany, avec sa tignasse rousse et ses yeux bleus, pour l'avoir vu grimper en haut d'un lampadaire et dominer la foule, pour l'avoir crois&#233; sur le boul'Mich', pour l'avoir vu entra&#238;ner les &#233;tudiants au Champ de Mars apr&#232;s la dislocation de l'immense manif populaire du 13 mai, pour avoir vu partout l'affiche qui le montrait narguant avec le sourire un CRS. Et voil&#224; que ce gar&#231;on de 23 ans, avec ses taches de rousseur et son regard p&#233;tillant, me tend la main ; dans l'autre il tenait &#034;Que faire&#034; de L&#233;nine. Les jeunes ne se contentaient pas de parler et de discuter, ils lisaient aussi beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dany n'&#233;tait pas marxiste, ni l&#233;niniste (son fr&#232;re a&#238;n&#233; &#233;tait anarchiste), il n'&#233;tait pas non plus avec les mao&#239;stes qui, eux, &#034;&#233;tudiaient&#034; Le petit livre rouge de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gard&#233; de cette &#233;poque des archives comme la collection de l'Enrag&#233; avec d'excellentes bandes dessin&#233;es - n'y aurait-il que celle de Cabu, &#034;La ch&#232;vre de M. S&#233;guy&#034; gambadant sur la montagne Ste Genevi&#232;ve -, des reproductions d'affiches, des coupures de journaux. Je me souviens m'&#234;tre dit plus d'une fois : si je venais &#224; mourir j'aurai au moins encore v&#233;cu cela ! Ce mois de mai avait &#233;clat&#233; en France &#034;&#224; la fran&#231;aise&#034;, dans la spontan&#233;it&#233;, l'improvisation, les extraordinaires s&#233;ances de d&#233;bats &#224; la Sorbonne &#224; nouveau occup&#233;e, sur laquelle flottait le drapeau rouge, la cr&#232;che avec l'aide des grand'm&#232;res du quartier pour permettre aux jeunes m&#232;res de participer et aux enfants de respirer l'air de la r&#233;volution, le lyrisme, le clin d'&#339;il permanent &#224; la vieille tradition r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un souvenir amusant de ce temps est le film am&#233;ricain de Milos Forman, &#034;Taking off&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cin&#233;aste tch&#232;que, auteur de &#034;l'As de pique&#034; et autres films satiriques, Forman s'&#233;tait exil&#233; aux Etats-Unis. &#034;Taking off&#034; &#233;tait une &#339;uvre &#224; la fois sarcastique et tendre sur le mouvement hippie. &#034;Hair&#034;, qui allait suivre, donnait la parole &#224; la jeunesse am&#233;ricaine contre la guerre du Viet-Nam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 68 les chars russes entraient &#224; Prague pour mater ceux qui voulaient un &#034;socialisme &#224; visage humain&#034;. Je me souviens de l'&#233;t&#233; o&#249; nous passions nos vacances dans un camping yougoslave, sur l'&#238;le de Cres. Nos voisins &#233;taient un couple de jeunes Anglais hippies, le gar&#231;on avec une longue chevelure rousse. Nous entamons une conversation avec un &#233;tudiant tch&#232;que, interdit d'&#233;tudes chez lui. &#034;Pourquoi les &#233;tudiants chez vous se r&#233;voltent-ils contre la d&#233;mocratie ? Ce n'est pas juste. Chez nous c'est la dictature, et vous ne nous avez pas aid&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de lui expliquer que notre d&#233;mocratie, &#224; laquelle il aspire, est une fa&#231;ade trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile. Car eux, ils souffrent et nous, nous vivons dans &#034;l'abondance&#034;, la soci&#233;t&#233; de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre de l'ann&#233;e 68, les &#233;tudiants se font massacrer sur la Place des 3 Cultures &#224; Mexico, dans ce pays o&#249; les riches devenaient toujours plus riches, et les pauvres toujours plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant en Europe m&#234;me, o&#249; les conditions de vie, dans certains pays, s'am&#233;lioraient rapidement, la prosp&#233;rit&#233; n'&#233;tait pas une manne c&#233;leste qui tombe du ciel pour tous. Comme le dit un dicton populaire anglais cit&#233; par George Orwell : &#034;The rain it raineth every day upon the just and unjust fellow, but more upon the just because the unjust has the just's umbrella&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(La pluie tombe sur l'homme juste et sur l'injuste, mais davantage sur le juste car c'est l'injuste qui a le parapluie du juste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le mouvement de mai 68 ne devait pas s'&#233;teindre comme un feu de paille. Cohn- Bendit &#233;tait expuls&#233;, et le drapeau rouge, qui avait remplac&#233; la serpilli&#232;re (c'est ainsi que les jeunes avaient surnomm&#233; le tricolore) ne flottait plus sur la Sorbonne. Mais des revendications avanc&#233;es par les &#233;tudiants avaient &#233;t&#233; satisfaites, tous les bacheliers de l'ann&#233;e 68 eurent leur bachot d'office, la notation dans les &#233;coles &#233;tait supprim&#233;e, des universit&#233;s furent cr&#233;&#233;es &#224; la p&#233;riph&#233;rie et m&#234;me une universit&#233; ouverte &#224; tous, &#224; Vincennes. L'&#034;Universit&#233; populaire&#034; avait &#233;t&#233; un des slogans des &#233;tudiants. Les enseignants, du secondaire jusqu'&#224; l'universit&#233;, avaient le profil bas. Ils avaient bien des choses &#224; faire oublier, ou &#224; se faire pardonner. Deux ans plus t&#244;t, au bachot 1966, 27% seulement des &#233;l&#232;ves de ce qu'on appelait les &#034;math &#233;l&#233;m&#034; &#233;taient re&#231;us. Mathieu &#233;tait dans le lot des recal&#233;s, avec une note &#233;liminatoire en physique, mati&#232;re dans laquelle il avait eu d'excellentes notes en cours d'ann&#233;e. Etonn&#233;e, j'allai sur le champ interroger l'examinateur. Son explication, laconique, &#233;tait en substance celle-ci (je n'ai pas retenu les mots exacts) : on m'a fait souffrir quand j'&#233;tais &#233;l&#232;ve, je fais souffrir &#224; mon tour. Ces petits despotes avaient tous bien m&#233;rit&#233; le retour de b&#226;tons de 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 67, quand Gus commen&#231;a sa carri&#232;re de professeur auxiliaire dans un CET, Coll&#232;ge d'enseignement technique d'&#233;lectricit&#233;, (&#224; 40 ans il tournait la page de plus de 20 ans de travail en usine), c'&#233;tait l'&#233;cole caserne : des jeunes de 15 &#224; 17 ans marchaient en rang et se faisaient &#224; l'occasion gifler par le directeur. Les staliniens qui avaient mis toutes leurs forces &#224; freiner le mouvement de 68 (Gus en fut t&#233;moin dans son coll&#232;ge) furent r&#233;compens&#233;s par une d&#233;faite cinglante aux &#233;lections de juillet 68, qui virent le triomphe de la droite. Les jeunes avaient beau crier &#034;&#233;lections pi&#232;ge &#224; cons&#034;, la France profonde prenait sa revanche dans les urnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parmi les jeunes le vent chaud de mai 68 allait souffler encore pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; 69 les &#233;tudiants organis&#232;rent un peu partout dans le pays des camps d'&#233;tudes. Dans les quartiers et banlieues populaires ils montaient des spectacles de rue, ouvraient des maisons de la culture, que M. Malraux ministre allait fermer sous divers pr&#233;textes, pour cr&#233;er &#224; leur place, sous sa tutelle, les &#233;ph&#233;m&#232;res MJC. Il y a culture et culture ! Les feux de mai 68 La contestation contamina les &#233;coles d'apprentissage qu'on appelait les CET, coll&#232;ge d'enseignement technique, aujourd'hui les LEP, lyc&#233;e d'enseignement professionnel (&#034;lyc&#233;e&#034; au lieu de &#034;coll&#232;ge&#034; ne change cependant rien au contenu). Je me souviens d'une manifestation de ces &#034;coll&#233;giens&#034;, fils de familles ouvri&#232;res : ils avaient des entonnoirs sur la t&#234;te et criaient des slogans contre Michel Debr&#233;, auteur d'un projet de loi visant &#224; embrigader plus t&#244;t les jeunes dans l'arm&#233;e. C'&#233;tait en avril 73 et une mar&#233;e de jeunes envahissait les rues : &#034;chaud, chaud, le printemps sera chaud !&#034; &#034;Cinq ans d&#233;j&#224;, coucou nous revoil&#224; !&#034; Cette r&#233;f&#233;rence &#224; mai 68 devait revenir plus tard dans presque toutes les manifestations de jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971 le 100&#232;me anniversaire de la Commune fut marqu&#233; par une grande manifestation au P&#232;re Lachaise, des milliers de jeunes s'&#233;taient joints au cort&#232;ge organis&#233; par les trotskistes de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; (ancienne V.O.) et de la LCR (Ligue Communiste R&#233;volutionnaire). La m&#234;me ann&#233;e nous assistions &#224; Presles &#224; la premi&#232;re f&#234;te de L.O. &#224; laquelle particip&#232;rent dans la bonne humeur des gens comme Ariane Mnouchkine et son th&#233;&#226;tre de la Cartoucherie de Vincennes (cr&#233;ation dans le sillage de mai 68), ou la duchesse d'Albe, grande dame espagnole ennemie de Franco, qui avait &#233;crit un excellent livre intitul&#233; &#034;La gr&#232;ve&#034;. La f&#234;te attira par la suite des personnages comme le &#034;petit juge&#034; Pascal et bien d'autres. L'apr&#232;s mai 68 a vu na&#238;tre de nombreux mouvements de contestation : celui des conscrits (impuls&#233; par la Ligue) qui r&#233;clamaient le droit de se syndiquer, celui des d&#233;tenus contre leurs honteuses conditions de vie dans les prisons, le mouvement f&#233;ministe, et dans son sillage celui des prostitu&#233;es, le mouvement anti-nucl&#233;aire, pr&#233;curseur des &#233;cologistes. En 1972 la loi Veil pour la libert&#233; de l'avortement (avec certaines restrictions) fut enfin vot&#233;e, sous un gouvernement de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains intellectuels prenaient le parti du peuple, mais pas tous ; en tant que couche privil&#233;gi&#233;e ils restaient au service des nantis. En 1973 avait &#233;clat&#233; ce qu'on a appel&#233; la crise p&#233;troli&#232;re : par une entente des grandes compagnies les prix se mirent tout d'un coup &#224; flamber. On fit aussit&#244;t appel aux sp&#233;cialistes pour justifier le ph&#233;nom&#232;ne. J'&#233;tais bien plac&#233;e pour les entendre, car l'Unesco patronnait le &#034;Club de Rome&#034;, un panel d'experts et de savants qui expliqu&#232;rent preuves &#224; l'appui que les ressources min&#233;rales de la terre &#233;taient taries et que du p&#233;trole il n'y en aurait bient&#244;t plus. Comment osent-ils affirmer cela ? me disais-je dans mon ignorance, mais me doutant de leurs intentions. La Shell et autres Standard Oil, une fois qu'ils eurent r&#233;ussi leur man&#339;uvre, se mirent &#224; installer de gigantesques forages et &#224; d&#233;couvrir du p&#233;trole en Mer du Nord et au large du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 73 eut lieu la grande marche sur Besan&#231;on, qui rassembla 100.000 manifestants sous la pluie venus soutenir les ouvriers de Lip. La r&#233;sistance, depuis des mois, de ces ouvriers de l'horlogerie licenci&#233;s qui faisaient marcher l'usine - &#034;on fabrique, on vend, on se paye&#034; - avait un &#233;norme retentissement dans tout le pays. (Des acteurs pr&#233;sent&#232;rent m&#234;me &#224; Paris une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre tr&#232;s r&#233;ussie, mettant en sc&#232;ne &#034;le rapport de forces&#034;). Avec Gus je me trouvais sur la route quand, dans cette immense foule, nous rencontrons notre camarade Ramboz, que nous avions perdu de vue depuis des ann&#233;es. Nous &#233;changeons quelques mots, puis apercevant un petit groupe de Nord-africains il nous quitte : &#034;je vais avec eux&#034;. Et nous le perdons de vue &#224; nouveau. L'action exemplaire des Lip, qui se prolongea sur une longue p&#233;riode, avec la cr&#233;ation d'une coop&#233;rative, se termina sur un &#233;chec. Comme le disait l'un d'entre eux, face au patronat la coop&#233;rative ouvri&#232;re c'&#233;tait la lutte du pot de terre contre le pot de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e 73 m'offrit l'occasion de renouer un contact avec des jeunes. Ceux des coll&#232;ges techniques, des lyc&#233;es en g&#233;n&#233;ral, restaient r&#233;ceptifs &#224; la contestation et par ce biais &#224; la politique. Gus &#233;tant prof au CET rue de la Roquette, Mathieu et quelques-uns de ses copains avaient l&#224; un filon tout trouv&#233;. Ils se r&#233;unirent en groupe, lanc&#232;rent une feuille hebdomadaire intitul&#233;e le Court-Circuit (titre oblig&#233; pour un CET d'&#233;lectricit&#233;), et au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, les beaux jours de la Roquette ! Pour une imagination romantique, cela pouvait rappeler des pr&#233;c&#233;dents historiques, l'union de l'intelligentsia avec le peuple. Dans le groupe du &#034;Court-Circuit&#034; il y avait quatre polytechniciens, un centralien, une normalienne, deux ou trois autres en facult&#233; (dont un pion au CET) ; cela faisait beaucoup de monde pour un seul bahut, mais il y avait du travail pour tous, car tout en &#233;tant pr&#233;sents sur le terrain ils faisaient aussi leur propre culture marxiste, avec un programme d'&#233;tudes et de d&#233;bats. Ainsi, l'&#233;tude collective du Capital de Marx (avec &#224; la suite une brochure de vulgarisation), l'histoire du socialisme, ou d'autres th&#232;mes philosophiques ou scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact avec les jeunes fut facile &#224; &#233;tablir et certains venaient r&#233;guli&#232;rement aux r&#233;unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Court-Circuit devint &#034;l'organe officiel&#034; du coll&#232;ge, les profs autant que les &#233;l&#232;ves le lisaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une pol&#233;mique au sujet d'une collecte destin&#233;e &#224; sauver les oiseaux victimes d'une gigantesque mar&#233;e noire provoqu&#233;e par un p&#233;trolier, l'Amaco-Cadiz, sur les c&#244;tes bretonnes. Un prof avait envoy&#233; un article au bulletin, pour contredire notre point de vue ; mais il fallait bien dire la v&#233;rit&#233; : les capitalistes ont carte blanche pour saccager la plan&#232;te en se remplissant les poches, puis on fait appel au bon c&#339;ur du peuple (en l'occurrence les jeunes du coll&#232;ge) pour r&#233;parer quelques d&#233;g&#226;ts ; et on n'est m&#234;me pas s&#251;rs que les dons arrivent &#224; destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment avais-je moi-m&#234;me &#233;t&#233; coopt&#233;e &#224; leur &#034;comit&#233;&#034; ? L'id&#233;e vint de D&#233;d&#233;, l'un de l'&#233;quipe ; il faut dire qu'ils adh&#233;raient tous au trotskisme, bien que n'appartenant &#224; aucune organisation. J'assistais donc aux r&#233;unions, apportant le point de vue de &#034;la vieille&#034; dans les d&#233;bats. Je ne sentais aucune barri&#232;re entre moi et les coll&#233;giens, tous de famille ouvri&#232;re. Au contraire, m&#234;me quand il m'arrivait de faire de la &#034;p&#233;dagogie&#034;. Ainsi, quand un de nos jeunes (avec son dr&#244;le de surnom &#034;Rocosnic&#034;) prit l'habitude de fumer, ce que ne faisaient pas les autres, je lui fis remarquer que la fum&#233;e du tabac m'incommodait. -&#034;Et ma libert&#233; alors ?&#034; objecta le fumeur. On transigea sur un compromis : une &#034;r&#233;cr&#233;&#034; pendant laquelle il pouvait sortir sur le balcon le temps de fumer une cigarette. Cela se passait dans le logement d'un jeune couple (faisant partie du groupe), dans une de ces horribles tours du 13&#232;me arrondissement, joyau de l'&#232;re Pompidou. Apr&#232;s la r&#233;union, D&#233;d&#233; qui me ramenait toujours en voiture, me reprocha d'avoir &#233;t&#233; trop s&#233;v&#232;re avec ce jeune. Mais ne lui avais-je pas appris ainsi &#224; distinguer entre libert&#233; et &#233;go&#239;sme ? La p&#233;dagogie, au sens large, faisait partie de nos pr&#233;occupations. J'avais lu en son temps (comme nous tous) &#034;Le chemin de la vie&#034; de Makarenko, le p&#233;dagogue russe qui avait pris en charge des &#034;bezprisorny&#034;, enfants vagabonds des ann&#233;es 20. Je venais aussi de d&#233;couvrir l'&#339;uvre de Janusz Korczak, m&#233;decin et p&#233;dagogue polonais, mort avec ses orphelins &#224; Auschwitz. Et j'appr&#233;ciais maintes r&#233;flexions de Bruno Bettelheim, dont j'avais lu les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortis du coll&#232;ge, CAP (certificat d'aptitude professionnelle) en poche, les jeunes entraient dans la production ; c'&#233;taient les ann&#233;es de plein emploi. L'un de ceux-l&#224;, Maurice, fut embauch&#233; chez Citro&#235;n. Fid&#232;le au Court-Circuit, il &#233;crivit une chronique qui relatait comment on y traitait les jeunes ouvriers. Comment la chiourme et la flicaille de Citro&#235;n a-t-elle eu un de ces textes en main, comment a-t-elle su de qui ils &#233;manaient ? Toujours est-il que Maurice fut mis &#224; la porte et on ne lui en cacha m&#234;me pas la raison. Heureusement il fut embauch&#233; aux Postes o&#249; il eut une carri&#232;re moins p&#233;rilleuse, tout en participant &#224; quelques gr&#232;ves &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Court-Circuit &#233;tait un pur produit de la r&#233;volte de 68. &#034;Oui papa, oui monsieur, oui chef, oui patron&#034; : c'est contre ce dressage, du berceau &#224; l'&#233;cole, de l'arm&#233;e &#224; l'usine, que s'insurgeaient les jeunes. Des enqu&#234;tes sur le travail, les transports, les loisirs, &#233;taient men&#233;es par l'IROP, lisez &#034;Institut Roquette d'Opinion Prol&#233;tarienne&#034;. Et voici un cours &#034;d'instruction civique&#034; (C.C. du 4.6.75) : Devoirs du Capitaliste par Paul Lafargue. Le capitaliste doit dire : la soci&#233;t&#233; c'est moi ; la morale, c'est mes go&#251;ts et mes passions ; la loi, c'est mon int&#233;r&#234;t. Il ne cherche pas si la Libert&#233; est bonne en soi ; il prend toutes les libert&#233;s pour n'en laisser que le nom aux salari&#233;s. Voler en grand et restituer en petit, c'est la philanthropie. Pr&#233;vert &#233;tait souvent &#224; l'honneur, mais on pouvait aussi se familiariser avec Balzac. Ainsi cet extrait du C.C. du 14.10.76 &#034;Le C.E.T. pour Balzac (1) Premi&#232;re rentr&#233;e : Les illusions perdues L'administration : Une t&#233;n&#233;breuse affaire La salle des profs : Le cabinet des antiques Les non-gr&#233;vistes : (Splendeur) et mis&#232;re des courtisanes Les vacances : La peau de chagrin Le premier boulot : Les illusions perdues (1) Balzac : &#233;crivain du 19&#176; si&#232;cle, auteur de la Com&#233;die humaine, le plus grand peintre de la soci&#233;t&#233; de son temps. Parmi ses &#339;uvres, celles cit&#233;es ci-dessus.&#034; (sign&#233; : Prolle) Le Court-Circuit (dont j'ai gard&#233; la collection, car ces textes m&#233;ritent encore d'&#234;tre lus aujourd'hui) eut une vie dense mais br&#232;ve, de cinq ann&#233;es. Les effectifs scolaires se renouvelant, le mouvement s'essoufflant, le journal contestataire de la Roquette cessa de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est &#224; la Roquette aussi que j'ai eu la d&#233;monstration comment un communiste pouvait &#234;tre un vrai p&#233;dagogue sans avoir fait d'&#233;tudes ni comme psychologue, ni comme enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait pour cela &#234;tre issu de la classe ouvri&#232;re, &#234;tre altruiste et avoir une grande culture socialiste. Toutes qualit&#233;s que r&#233;unissait Gus. Je veux dire, sans emphase, qu'il aimait ses &#233;l&#232;ves et qu'ils le lui rendaient bien. R&#233;fl&#233;chir, avoir un esprit critique, &#234;tre fraternel, n'avoir pas de m&#233;pris pour les autres, &#234;tre conscient de sa dignit&#233; ouvri&#232;re, on pouvait enseigner tout cela en m&#234;me temps que son m&#233;tier. Il fallait &#234;tre Gus pour interrompre son cours par un air d'op&#233;ra chant&#233; &#224; pleine voix, pendant que les &#233;l&#232;ves commentaient entre eux le match de foot ; et devant leur &#233;tonnement - &#034;vous bavardez, alors moi je chante&#034; - obtenir ainsi le silence. Ou tourner en d&#233;rision un apprenti-raciste en lui faisant remarquer qu'il avait sans doute une ascendance arabe, puisqu'il s'appelait Fr&#232;re (les arabes ne s'interpellent-ils pas ainsi entre eux ?). Porter des jeans trop courts et se faire surnommer &#034;le rocker&#034;. Raconter sans cesse le t&#233;moignage v&#233;cu de terribles accidents du travail, pour mettre les jeunes en garde contre le laisser-aller ou le &#034;gain de temps&#034; au p&#233;ril de sa vie. Donner de mauvaises notes n'&#233;tait pas, selon lui, un rem&#232;de, encore moins un encouragement. Un &#233;l&#232;ve qui n'avait pas le c&#339;ur &#224; l'ouvrage lui confia que son d&#233;sir &#233;tait de faire du cirque, mais que son p&#232;re voulait qu'il apprenne l'&#233;lectricit&#233;, une profession bien cot&#233;e &#224; l'&#233;poque. &#034;Au cirque on a aussi besoin d'&#233;lectriciens, tu pourras faire les deux&#034;, lui sugg&#233;ra Gus ; &#224; partir de ce moment le jeune s'int&#233;ressa &#224; la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gard&#233; de cette &#233;poque un &#233;chantillon de son humour qui devait se muer plus tard en inspiration po&#233;tique ; c'est une carte postale adress&#233;e &#224; Mathieu : &#034;La Louvesc (07), 13.2.69 H&#244;tel des Voyageurs Cher moine Matt&#233;o, M&#232;re sup&#233;rieure et ton serviteur St.Joseph que la providence a men&#233;s &#224; la Louvesc (prononcez La Louv&#233;) avons trouv&#233; St.R&#233;gis (patron des denteli&#232;res) absent. Pour nous consoler absorbons force petits jambons, saucissons exquis, omelette aux champignons d&#233;nomm&#233;s charbonniers (puisque St.Etienne n'est pas loin) et ce soir des endives au jambon cuites dans une b&#233;chamel digne de La Reyni&#232;re. Pour rendre gr&#226;ce &#224; notre seigneur de tous ces bienfaits terrestres nous r&#233;citons force Ave et Pater le long des routes tranquilles, de chapelle en crucifix, pour d&#233;couvrir une v&#233;ritable &#233;glise romane de l'an mille : Veyrines. Temps froid mais beau. A bient&#244;t. Bisous au clo&#238;tr&#233;.&#034; Malgr&#233; les journ&#233;es pass&#233;es au coll&#232;ge ou au bureau, et &#224; part le temps consacr&#233; &#224; la lecture, ou aux balades du dimanche &#224; la campagne, il nous restait encore un espace de libert&#233;, les vacances, que nous mettions souvent &#224; profit pour voyager et d&#233;couvrir &#034;grandeur nature&#034; ce que nous avions entrevu dans les livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi ce bref s&#233;jour en Irlande. Voici la ville de Dublin. La pauvret&#233; &#233;tait l&#224; sous nos yeux : dans les pubs, des ouvriers aux v&#234;tements crasseux devant leur chope de bi&#232;re, vocif&#233;rant ; des enfants d&#233;guenill&#233;s ; des maisons d&#233;labr&#233;es. Jonathan Swift, d&#233;j&#224;, l'acerbe &#233;crivain et clergyman irlandais, ne conseillait-il pas aux riches (au d&#233;but du 18&#232;me si&#232;cle) de manger la chair tendre des petits enfants, pour qu'il reste ainsi moins de bouches &#224; nourrir ? Les jeunes ne connaissent cependant de lui que les &#034;Voyages de Gulliver&#034;. Le roman de O'Flaherty, &#034;Famine&#034;, relate l'histoire de l'&#233;migration irlandaise massive en Am&#233;rique, apr&#232;s la disette tragique de 1848. On n'en est plus l&#224;. Mais quand, dans le sud de l'Angleterre, je voyais des hommes mal v&#234;tus tra&#238;ner sur un banc une bouteille &#224; la main, je savais, on me l'avait dit, que c'&#233;taient des Irlandais. A Belfast, en Irlande du nord, une jeune femme &#233;mergeait sur la sc&#232;ne politique dans le sillage des ann&#233;es 60. Bernadette Devlin, qui &#233;tait socialiste et militait contre l'id&#233;ologie nationaliste et religieuse, acquit m&#234;me une certaine notori&#233;t&#233;. Avec le reflux, son nom est tomb&#233; dans l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Tunisie, nous nous embarquons sur un paquebot &#224; Marseille. La compagnie (dont j'ai oubli&#233; le nom) offrait aux touristes des conditions de confort on ne peut plus agr&#233;ables. Les travailleurs tunisiens, qui rentraient chez eux, &#233;taient confin&#233;s sur le pont et n'avaient pas acc&#232;s au restaurant ou au salon. Apartheid du fric. Bien s&#251;r, comme toujours dans les voyages, notre curiosit&#233; fut combl&#233;e. Mais &#224; Sfax, la ville des phosphates, o&#249; se trouve un prestigieux mus&#233;e de mosa&#239;ques romaines (et aussi un camping moderne), je rev&#233;cus une sc&#232;ne de mon enfance : &#224; l'heure du d&#233;jeuner, adoss&#233;s au mur de leur usine, les ouvriers mangeaient un casse-cro&#251;te assis par terre. Plus affligeant encore, la horde d'enfants qui suivait les touristes en mendiant ou en proposant de laver le pare-brise de leurs voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique, d'est en ouest En 1972 nous allons enfin &#224; la d&#233;couverte du Nouveau monde. Le &#034;coup de pouce&#034; fut le voyage que Mathieu, avec deux copains, avait fait l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, sillonnant le continent d'un bout &#224; l'autre en Greyhound, ces cars gr&#226;ce auxquels on pouvait m&#234;me se passer d'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus avait &#233;t&#233; d'abord r&#233;ticent &#224; quitter l'Europe, o&#249; il pouvait voyager sans contrainte, seul ma&#238;tre &#224; bord... de son volant. Mais une fois d&#233;barqu&#233;s d'avion en Am&#233;rique, nous retrouvions la m&#234;me libert&#233; en louant une voiture, et quelle voiture, une limousine Chrysler aupr&#232;s de laquelle notre Peugeot n'&#233;tait qu'une naine. C'est d'ailleurs la m&#234;me impression que nous firent, en comparaison avec notre belle France, les routes et les espaces, immenses, infinis. J'avais calcul&#233; que pour subsister un mois avec notre p&#233;cule, il ne fallait pas d&#233;passer 20 dollars par jour, tout compris. Une nuit d'h&#244;tel ordinaire valait ce prix. Mais nous n'en avions pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On couchait dans la voiture sur des terrains de camping, o&#249; on pouvait se laver, on mangeait des hamburgers dans les coffee-shops, et avec ce budget on couvrait m&#234;me les frais de la location et de l'essence, trois fois moins ch&#232;re qu'en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En atterrissant &#224; New-York, nous allions pouvoir d&#233;couvrir l'Am&#233;rique &#034;en direct&#034;. Jeanne m'avait donn&#233; l'adresse de sa cousine (immigr&#233;e dans les ann&#233;es 40, mari&#233;e &#224; un Am&#233;ricain, tous deux trotskistes). Ils habitaient le Bronx, et Ruth nous offrit l'hospitalit&#233; pour quelques jours dans l'appartement de sa m&#232;re qui &#233;tait &#224; Cape Cod en vacances. Nous &#233;tions en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la grande surprise de Gus, New-York &#233;tait une ville peupl&#233;e de noirs : dans le m&#233;tro, (o&#249; nous d&#233;couvrions les &#034;tags&#034;), dans les rues de Manhattan ou d'ailleurs. L'explication fut facile &#224; trouver : on &#233;tait en &#233;t&#233;, les blancs &#233;taient en vacances, loin de la ville. Sur l'immense plage de Long Island une foule joyeuse, install&#233;e pour la journ&#233;e en famille, en majorit&#233; des noirs aussi. Tentative infructueuse de visiter le Museum of modern art : devant l'entr&#233;e des employ&#233;s tournent en rond, des pancartes accroch&#233;es au cou. C'est le piquet de gr&#232;ve. Ils n'emp&#234;chent pas les gens d'entrer, mais il n'y a gu&#232;re qui le font. Dans l'autobus, le chauffeur et son coll&#232;gue discutent, eux aussi, d'une possible gr&#232;ve ; malgr&#233; leur accent j'en saisis assez pour comprendre qu'il s'agit de &#034;strike&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Detroit, o&#249; nous faisons une visite guid&#233;e des usines d'automobiles Ford, les ouvriers, des noirs surtout, sont au travail. C'est dans cette ville qu'habite une de mes cousines, fille d'une s&#339;ur de ma m&#232;re, &#233;migr&#233;e au Canada dans les ann&#233;es 20. Faigie, de douze ans plus jeune que moi, est mari&#233;e, ils ont deux filles. Elle est chef de rayon dans un magasin de luxe, lui vend des pneus pour autos. Ils habitent une maison confortable avec pelouse, sans cl&#244;ture, dans une sorte de banlieue &#233;loign&#233;e du centre. Rien que des blancs. Par contre, dans le centre de Detroit (le down town) nous croisons tout le temps des noirs, et apercevons les filles derri&#232;re les vitres qui attendent le client. Nous comprenons enfin que les gens ais&#233;s, les petits bourgeois en g&#233;n&#233;ral n'habitent jamais le centre, et que de toute fa&#231;on noirs et blancs ne se m&#233;langent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Chicago c'est aussi dans une rue du centre que je m'adresse &#224; un colosse qui vend le journal des Panth&#232;res noires. Nous &#233;changeons quelques mots, ce n'&#233;tait pas commode, il m'aurait fallu un escabeau. Leur mouvement &#233;tait pers&#233;cut&#233;, par la suite la d&#233;mocratie am&#233;ricaine chargea ses tueurs d'&#233;liminer physiquement les militants. Dans cette ville impressionnante (pensez seulement au Rockefeller Center) le hasard nous m&#232;ne &#224; visiter un mus&#233;e consacr&#233; &#224; l'histoire des noirs d'Am&#233;rique. Nous n'en croyons pas nos yeux : c'&#233;tait un petit local meubl&#233; de quelques objets h&#233;t&#233;roclites, au point qu'il ne m'en reste pas de souvenir, je me souviens seulement de l'impression de d&#233;rision qui nous a saisis. Quel contraste avec le mus&#233;e prestigieux de Denver consacr&#233; aux Indiens d'Am&#233;rique. Sans doute devions nous chercher la raison dans le fait que ceux-ci &#233;taient morts (extermin&#233;s) et les autres encore bien vivants mais toujours consid&#233;r&#233;s comme des hommes de deuxi&#232;me zone. Quant au mus&#233;e sur la technique et l'industrie de Chicago, unique au monde, c'est le moins pour la riche et puissante Am&#233;rique, qui se savait admir&#233;e et envi&#233;e du monde entier. N'avons-nous pas &#233;t&#233; abord&#233;s, plus d'une fois, par des gens simples dans la rue - notre allure de touristes &#233;trangers &#233;tait sans doute &#233;vidente - qui nous demandaient : &#034;do you like America ?&#034; (aimez-vous l'Am&#233;rique ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, bien s&#251;r ! Dans les petites villes la banni&#232;re &#233;toil&#233;e &#233;tait visible partout, et pas seulement sur les b&#226;timents officiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Washington nous faisons la m&#234;me exp&#233;rience qu'&#224; Detroit, dans le centre nous nous retrouvons parmi les noirs, il y en a m&#234;me un qui s'approche de Gus pour lui demander un joint (avec un &#233;tranger il pouvait se le permettre). &#034;No understand&#034; dit Gus, avec le sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons ici personne de notre connaissance, on se risque donc d'aller &#224; l'h&#244;tel, un h&#244;tel pour noirs : dix dollars seulement la chambre. L'h&#244;telier, derri&#232;re son guichet, nous d&#233;visage d'un regard &#233;tonn&#233;. Pas de tapis dans l'escalier, un ameublement rudimentaire, des douches sur le palier. Nous passons une nuit paisible. Notre deuxi&#232;me exp&#233;rience d'h&#244;tel fut &#224; Kansas-City.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; l'h&#244;telier &#233;tait blanc, et l'h&#244;tel style 19&#232;me si&#232;cle far-west. L'ascenseur, manipul&#233; par un noir de haute et imposante stature, nous m&#232;ne &#224; notre chambre ferm&#233;e par une double porte ; nous sommes bien gard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bord de notre limousine nous traversons les campagnes, les for&#234;ts, les d&#233;serts. Une fois, dans le Kansas, nous embarquons m&#234;me un auto-stoppeur noir. Au fur et &#224; mesure que nous longeons les champs de culture ou les &#233;levages de b&#233;tail ou de volaille, il nous expliquait : tout ceci appartient &#224; un homme riche, &#034;a rich man, a rich man&#034; ; il l'a r&#233;p&#233;t&#233; bien des fois avant que nous ne le laissions &#224; bon port, dans une petite localit&#233;. Avan&#231;ant toujours vers l'ouest, nous tombons un jour sur ce que nous croyons &#234;tre une f&#234;te folklorique. Mais les gens avaient simplement leur aspect de tous les jours, c'&#233;taient des descendants d'Indiens, Navajos ou autres. L'ouest (Albuquerque, Santa F&#233;, Pueblo) gardait des traces compl&#232;tement disparues &#224; l'est. Combien d'impressions, que nous pouvions maintenant comparer avec ce que nous croyions savoir de nos lectures, qui nous aidaient aussi &#224; mieux comprendre ce que nous voyions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre int&#233;r&#234;t est devenu plus vif &#224; Pittsburgh (Pennsylvanie), gigantesque cit&#233; industrielle qui avait brass&#233; dans ses usines tant d'ouvriers venus de tous les coins d'Europe et connu un grand pass&#233; de luttes et de souffrances ouvri&#232;res. Dans un bistrot, &#224; l'heure de la pause, nous nous serions crus &#224; Billancourt. Qu'est-ce qui fait donc que les ouvriers d'ici et d'ailleurs se ressemblent tant ? En visitant un cimeti&#232;re, nous d&#233;couvrons que toutes les plaques portaient des noms polonais. Les Irlandais, qui avaient fourni aux magnats de Pittsburgh de forts contingents de prol&#233;taires, avaient aussi leur propre cimeti&#232;re. N'&#233;taient-ils pourtant pas, les uns et les autres, des catholiques ? Buffalo, au bord du lac Eri&#233;, est l'autre ville h&#233;riss&#233;e de chemin&#233;es d'usine qui nous a laiss&#233; un souvenir particulier. Le hasard nous a fait d&#233;ambuler dans une cit&#233; ouvri&#232;re, peupl&#233;e uniquement de noirs. Comme beaucoup semblaient d&#233;s&#339;uvr&#233;s, nous apprenons qu'il y avait &#034;crise&#034; et que la plupart &#233;taient au ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;voquerai pas Boston, Los Angeles ou San Francisco, Salt Lake City la ville des Mormons, le Colorado et le Grand Canyon, il y aurait trop de choses &#224; dire que je ne saurais pas bien dire. Ce sont les coups de c&#339;ur qui me laissent les plus forts souvenirs. Ainsi ce petit cimeti&#232;re pr&#232;s d'une vieille &#233;glise &#224; Baltimore, o&#249; nous nous sommes recueillis devant la tombe d&#233;labr&#233;e de Edgar Allan Poe, pr&#232;s de celle de son grand-p&#232;re. Sur la plaque tombale &#233;tait grav&#233;e l'inscription &#034;never more&#034;. Nous connaissions pour ainsi dire par c&#339;ur ce &#034;jamais plus&#034; du po&#232;me Le Corbeau, traduit par Baudelaire, comme tout l'&#339;uvre de Poe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que Gus avait constat&#233; que l'Atlantique franchi, il pouvait retrouver son ind&#233;pendance et un volant, il proposa le Mexique pour les prochaines vacances. Etait-ce pour aller sur les traces de Zapata, ou plut&#244;t pour un p&#232;lerinage &#224; Coyoacan, o&#249; Trotski avait v&#233;cu les trois derni&#232;res ann&#233;es de sa vie et &#233;tait mort tragiquement ? Transform&#233;e en forteresse apr&#232;s la premi&#232;re tentative d'assassinat, la maison &#233;tait am&#233;nag&#233;e en mus&#233;e ouvert au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jardin, une plaque rappelait que l&#224; reposaient les cendres de Trotski et de Natalia Sedova. L'int&#233;rieur de la maison, d'une grande simplicit&#233; : la pi&#232;ce o&#249; travaillait le Vieux, le bureau derri&#232;re lequel il &#233;tait assis quand le pic de l'assassin le frappa &#224; la t&#234;te ; la chambre &#224; coucher, o&#249; s'&#233;tait d&#233;roul&#233; de nuit le premier attentat, auquel avait particip&#233; avec d'autres staliniens, le peintre Siquieros. La maison de Diego Rivera, o&#249; Trotski exil&#233; d'Europe avait &#233;t&#233; accueilli &#224; son arriv&#233;e, &#233;tait &#233;galement ouverte au public. Nous y avons d&#233;couvert les tableaux de Frida Kahlo, la femme de Diego, elle aussi peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment parler du Mexique dans les limites de mon r&#233;cit, et de mes faibles moyens ? Les vestiges artistiques des Pr&#233;colombiens - Olm&#232;ques, Zapot&#232;ques, Azt&#232;ques, Mayas - sont inou&#239;s, malgr&#233; les saccages et les massacres perp&#233;tr&#233;s par les &#034;conquistadors&#034; venus d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mus&#233;e de Mexico, d'une grande richesse, t&#233;moigne des civilisations qui se sont succ&#233;d&#233; ou c&#244;toy&#233; sur cette terre avant la d&#233;couverte. Elles ont inspir&#233; les fresques grandioses de Diego Rivera et d'Orozco, qui couvrent les murs des &#233;difices publics, &#224; l'int&#233;rieur et souvent aussi &#224; l'ext&#233;rieur. L'invasion chr&#233;tienne, pour sa part, a cr&#233;&#233; des &#233;glises ruisselantes de dorures (le fameux or pill&#233; et transport&#233; en Espagne). Des monuments se dressent ici et l&#224; &#224; la m&#233;moire des h&#233;ros de la r&#233;volution des peones de 1911, Emiliano Zapata et Pancho Villa, mais les paysans sont toujours sans terre. Ce sont toujours les m&#234;mes Indios, avec leurs ponchos et leurs sombreros, habitant des villages en terre battue. Je remarque leur d&#233;marche indolente, leur fa&#231;on de cracher par terre. Simples touristes, un policier nous arr&#234;te sur la route : il s'agit, para&#238;t-il, d'un d&#233;passement de vitesse, il faut payer. Nous nous ex&#233;cutons, l'agent empoche, circulez... Pas m&#234;me un semblant de formalit&#233; de quittance. Ainsi fonctionne l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en juillet, c'est la saison des pluies, et les riches &#034;gringos&#034; n'&#233;taient pas l&#224;. Seuls de jeunes Am&#233;ricains ou autres, sac au dos, escaladaient les marches &#233;troites jusqu'au sommet des pyramides. Selon notre habitude, nous n'allons pas dans les h&#244;tels pour touristes ; nous trouvons suffisamment d'auberges, o&#249; les chambres toujours dispos&#233;es autour d'une cour int&#233;rieure nous donnent de plus un aper&#231;u de la vie locale. Apr&#232;s Vera Cruz, Camp&#234;che, M&#233;rida et Chichen Itza, voici Acapulco, haut lieu du tourisme d'agr&#233;ment. Non loin de l&#224;, une sorte de village de bungalows pour vacanciers. Le gardien, un Mexicain d'allure paysanne, nous explique que nous avons le choix : tout est vide, ce n'est pas la saison touristique. Nous nous installons confortablement, au bord du Pacifique, o&#249; il n'est cependant pas question de se baigner, tellement les vagues hautes se brisent furieusement contre le rivage. J'essaie, sans conna&#238;tre l'espagnol, d'entamer une conversation avec notre gardien. &#034;Sommes nous des gringos ?&#034; -&#034;Non, nous venons de France.&#034; -&#034;C'est en Am&#233;rique, Francia ?&#034; -&#034;Non, c'est plus loin, en Europe.&#034; Il m'explique que ces bungalows sont la propri&#233;t&#233; d'une coop&#233;rative paysanne, dont il fait partie. Frustr&#233;e de ne pouvoir mieux m'exprimer, sur une inspiration subite je me mets &#224; lui chanter la Cucaracha, le chant de marche r&#233;volutionnaire que je connaissais en espagnol. Nous continuons, lui et moi en duo : &#034;La cucaracha, la cucaracha, Ya no puede caminar Porque le falta, porque no tiene, marijuana que fumar&#034;. Un grand moment pour moi. J'avais la preuve que Zapata restait vivant dans la m&#233;moire du peuple ; il n'&#233;tait pas mort, selon la l&#233;gende qui avait cours, et il reviendrait un jour. Je ne sais plus si c'est avant ou apr&#232;s cette &#034;fraternisation&#034; que nous avons eu droit &#224; une d&#233;licieuse soupe de tortue. Mais quand m&#234;me, d'avoir vu, avant, cette &#233;norme tortue vivante, avec un regard si triste comme si elle se doutait de son sort... Non loin de ce havre touristique vivaient des familles dans des conditions primitives. C'&#233;tait la saison de la p&#234;che au tuberon, sorte de petit requin. Les p&#234;cheurs allaient quasiment nus, dans le village erraient des chiens fam&#233;liques. Nous reprenons l'avion &#224; Mexico : adieu le Mexique, nous emportons nos souvenirs et un pincement au c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ces deux voyages, &#233;chapp&#233;es sur le &#034;vaste monde&#034;, se situe un &#233;pisode qui me laisse encore aujourd'hui un go&#251;t amer : la d&#233;couverte que, chez des camarades, profession de foi et rectitude morale n'allaient pas forc&#233;ment de pair. J'avais signal&#233; &#224; Barta la parution d'une brochure, &#034;Les enfants du proph&#232;te&#034;, dans laquelle Jacques Roussel, un ex-militant de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034;, faisait &#224; sa fa&#231;on l'historique de l'U.C. Cet opuscule m&#233;diocre suscita de la part de Barta (ao&#251;t 1972) une &#034;Mise au point&#034; adress&#233;e &#224; l'&#233;diteur de la brochure, Ren&#233; Lefeuvre (directeur des Cahiers Spartacus), et publi&#233;e &#224; compte d'auteur. Un texte s&#233;rieux, m&#234;me si pour de jeunes militants il avait un ton pessimiste, car il concluait sur ces lignes : &#034;quand la R&#233;volution est tarie &#224; la source, son ombre n'est plus refl&#233;t&#233;e que par des simulacres r&#233;volutionnaires&#034;. Quelques ann&#233;es plus tard, dans des entretiens avec J.P. Boussac, un &#233;tudiant sympathisant de Lutte Ouvri&#232;re, Barta devait compl&#233;ter ainsi sa pens&#233;e : &#034;l'histoire a pris un autre cours que celui qui &#233;tait entre 1914 jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre ; que ce soit &#224; l'&#233;chelle nationale ou internationale, les probl&#232;mes se posent d'une autre fa&#231;on... il y a un retour vers des formes nationales, de solidarit&#233; nationale, de r&#233;action nationale.&#034; En 1972 (ann&#233;e de la Mise au point), Pierre Naville avait analys&#233; presque dans les m&#234;mes termes la situation d'apr&#232;s-guerre (dans sa pr&#233;face &#224; un recueil de textes de Trotski) : ...&#034;Ce qui triompha en d&#233;finitive, ce fut le nationalisme, que ce soit dans les &#034;d&#233;mocraties populaires&#034; de l'Est, ou dans les grands pays capitalistes de l'Ouest. La seconde guerre mondiale ne se terminait pas comme la premi&#232;re, par une c&#233;sure sociale d&#233;finitive comme l'avait &#233;t&#233; la r&#233;volution d'Octobre 1917.&#034; Barta avait toujours eu pour r&#232;gle d'appeler les choses par leur nom, et c'est ce qu'il avait essay&#233; d'enseigner &#224; ceux qui avaient milit&#233; avec lui. Mais parmi ces anciens militants, Hardy, qui &#233;tait le dirigeant incontest&#233; de Lutte Ouvri&#232;re, prit une plume venimeuse pour r&#233;pondre &#224; Barta dans un bulletin int&#233;rieur. Quand j'eus lu ce texte, que Jean-Pierre (le gendre de Lulu) m'avait donn&#233; bien que je ne f&#251;t plus dans l'organisation, ma consternation fut telle que je n'imaginai m&#234;me pas qu'il pouvait &#234;tre &#233;crit par Hardy. Pourtant il l'&#233;tait. Et ce &#034;libelle&#034;, qui rappelait &#224; chaque ligne les proc&#233;d&#233;s du stalinisme, il ne le signa pas de son nom, mais engagea l'organisation comme telle, en signant &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; (octobre 1972). &#034;Nous dirons aussi, en ce qui concerne &#034;l'h&#233;ritage&#034;, qu'un pass&#233; auquel on renonce ne nous appartient plus&#034; : &#224; elle seule cette phrase qui visait Barta, provoqua chez moi un tel haut-le-c&#339;ur, que je me sentis oblig&#233;e d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant toujours eu des difficult&#233;s &#224; m'exprimer par &#233;crit, je me limitai &#224; une lettre de deux pages et demie, adress&#233;e &#224; quatre ou cinq dirigeants que je connaissais. Elle fut port&#233;e &#224; la connaissance de tous, et certains, qui ne savaient pas encore se moucher seuls, me trait&#232;rent de folle. Triste exp&#233;rience de l'esprit moutonnier de soumission, qui avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; tant de ravages ; quelle ne fut pas ma surprise quand au meeting mensuel de L.O. &#224; la Mutualit&#233;, o&#249; j'allais r&#233;guli&#232;rement, les militants qui me connaissaient me tourn&#232;rent le dos, y compris P. Bois ! Ce m&#234;me Vic dont j'&#233;tais en quelque sorte la &#034;marraine&#034;. Cela me rappelait une sc&#232;ne que j'avais v&#233;cue en 1937 ou 38. Un jeune stalinien refusa de serrer ma main (trotskiste), apr&#232;s une discussion pourtant pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avais-je donc dit dans la lettre qui me valait ce traitement ? Je leur reprochais, faits &#224; l'appui, de falsifier l'histoire, en ajoutant : &#034;de pareils proc&#233;d&#233;s ont des pr&#233;c&#233;dents, nous appelons cela du stalinisme&#034;. Lulu donnait sa d&#233;mission en accusant la direction de L.O. de &#034;m&#233;thodes d&#233;lib&#233;r&#233;ment malhonn&#234;tes&#034; (sa lettre du 8.1.73). Mais son fils, militant de LO &#224; l'&#233;poque, ne demanda pas le pourquoi et le comment de ce qui avait amen&#233; sa m&#232;re, vieille militante depuis 1939, &#224; cette d&#233;marche. Gus trouvait cela intol&#233;rable. Tout jeune militant devrait conna&#238;tre cet avertissement donn&#233; par Trotski en 1928 devant la mont&#233;e du stalinisme : &#034;La discipline, n&#233;cessaire comme le sel aux aliments, s'est substitu&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; la nourriture elle-m&#234;me. Mais personne n'est encore arriv&#233; &#224; se nourrir de sel.&#034; (Oeuvres compl&#232;tes, tome II, page 220).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toute mon enfance j'avais connu la neige en hiver, en ville comme &#224; la campagne, tombant en gros flocons des jours et des jours sans rel&#226;che, accompagn&#233;e d'un froid mordant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France je mis de longues ann&#233;es avant de la d&#233;couvrir, dans toute sa splendeur, &#224; la montagne. Gr&#226;ce &#224; mes six semaines de vacances, je pouvais m'octroyer le luxe de partir quelques jours &#224; No&#235;l, et Gus pouvait le faire d'autant plus facilement depuis qu'il &#233;tait enseignant. Ce ne sont pas les stations de sport d'hiver qui nous attiraient, nous les aurions plut&#244;t &#233;vit&#233;es. Il y avait tant de villages dans le Massif central, le Jura, les Vosges, qui n'&#233;taient pas &#233;quip&#233;s de remonte-pentes, mais o&#249; il y avait des petits h&#244;tels confortables et des chemins de promenade &#224; perte de vue. Nous avons commenc&#233; par le Doubs, Mathieu avait &#224; peine dix ans. C'est un choix au hasard qui nous emmena &#224; Mouthe, le bourg qui bat le record du froid en hiver. Mais quand le soleil brille faisant scintiller la neige givr&#233;e sur les branches, qu'on est v&#234;tu d'un bon anorak et qu'on revient d'une longue marche en for&#234;t, on est tout &#233;tonn&#233; de voir le thermom&#232;tre indiquer moins 35&#176;. Au fil des ann&#233;es nous avons ainsi d&#233;couvert un grand nombre de ces bourgs de montagne ; il ne se passait pas de jour que nous ne fassions entre 20 et 30 km de marche, parfois plus. Et ce qui ne g&#226;te rien, dans ces petits h&#244;tels de province, on y mangeait bien. Cela faisait surtout le bonheur de Gus qui, frugal en temps ordinaire, appr&#233;ciait fort &#224; cette occasion la bonne cuisine et le bon vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais un pi&#232;tre convive, je mangeais peu et ne buvais pas. Comment expliquer ce fait, pensait Gus, si ce n'est par un regrettable manque de &#034;traditions fran&#231;aises&#034; ? En quoi il se trompait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde sait que les &#233;trangers appr&#233;cient &#034;la bonne bouffe&#034;, exemple mon gentil coll&#232;gue anglais Jeremy, qui &#224; peine arriv&#233; &#224; Paris s'empressa d'acheter un guide des bons restaurants. J'&#233;tais simplement &#034;une petite nature&#034;. Mais nous &#233;tions souvent en bonne compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hiver 77 est le seul dont j'ai des traces dans mes archives, car nous ne prenions jamais de photos. Il en fut autrement cet hiver l&#224; ; nous &#233;tions &#224; Bagnols, dans le Puy-de-D&#244;me, un bourg paisible que nous connaissions d&#233;j&#224;, non loin de la Tour-d'Auvergne. Mathieu, qui avait servi pendant seize mois comme &#034;coop&#233;rant&#034; &#224; Montr&#233;al, venait de rentrer avec Brigitte et leur fille &#226;g&#233;e de quatre mois. Ils d&#233;cid&#232;rent de f&#234;ter ce retour avec deux anciens camarades de classe de Mathieu (et du Court-Circuit), leurs compagnes et leurs enfants, en nous rejoignant pour quelques jours &#224; Bagnols. Quelle joyeuse compagnie, &#224; table ou en promenade sur les petits chemins. Aujourd'hui je peux encore regarder la touchante image de Gus, assis sur une souche dans la neige, et tenant dans ses bras, bien emmitoufl&#233;e, la petite Zo&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'arrivait aussi, pour &#034;voler&#034; un peu de libert&#233;, de me faire octroyer un cong&#233; de cure thermale. En revanche je ne manquais jamais un jour par-ci, deux jours par-l&#224;, comme le faisaient la plupart sous divers pr&#233;textes. M&#234;me mes migraines (dites &#034;psycho-somatiques&#034;), un vrai calvaire, se d&#233;clenchaient toujours en fin de semaine. Ma cure, &#224; Plombi&#232;res, consistait &#224; prendre un bain le matin, le reste de la journ&#233;e &#233;tant libre pour la promenade, la lecture, et un peu pour rattraper mon retard dans les cours de russe. L'Unesco offrait &#224; son personnel des cours de langue, trois fois par semaine, de 13 h. &#224; 14 heures. M. Train, notre professeur de russe, &#233;tait un universitaire, disciple de Pierre Pascal. Je n'avais pas la chance, comme certains, de pouvoir &#233;tudier mes cours au bureau, ni non plus &#224; la maison, o&#249; j'avais d'autres pr&#233;occupations. Restait le quart d'heure du matin, le temps de descendre &#224; pied jusqu'au m&#233;tro ; en marchant je r&#233;citais &#224; voix basse, mais en y mettant le ton, des vers de Pouchkine, ou de Lermontov. J'en &#233;tais arriv&#233;e &#224; ce que notre r&#233;p&#233;titrice, Mme V&#233;rachaguine, m'assure que je pourrais me produire dans un r&#233;cital ! Il est vrai que pour les &#034;r&#034; j'avais tout &#224; fait l'accent. J'aimais cette langue ; car mis &#224; part les &#034;r&#233;f&#233;rences historiques&#034; (beaucoup de gens n'&#233;tudiaient-ils pas le fran&#231;ais pour les m&#234;mes raisons), sa sonorit&#233; ne le c&#233;dait en beaut&#233; (&#224; mes oreilles) qu'au fran&#231;ais, si on peut se permettre ce genre de comparaison. H&#233;las, je n'allai pas assez loin dans l'&#233;tude, et il ne m'en reste plus aujourd'hui que quelques notions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tester nos connaissances, M. Train convoqua une fin de trimestre tous ses &#233;l&#232;ves &#224; un &#034;examen blanc&#034;. Mon &#034;chef hi&#233;rarchique&#034;, une femme qui suivait aussi les cours de russe, mais &#224; un niveau sup&#233;rieur, y participait. Le prof nous proposa une version (un th&#232;me aurait pr&#233;sent&#233; plus de difficult&#233;s) ; c'&#233;tait un texte de Dosto&#239;evsky, extrait, me semble-t-il, des Souvenirs de la Maison des Morts. Avec des mots que je ne connaissais pas, mais dont je devinais le sens d'apr&#232;s le contexte, ma traduction me valut un 16, note sup&#233;rieure d'un point &#224; celle de ma &#034;patronne&#034;. A la cafeteria, devant une tasse de caf&#233;, nous plaisantions tous au sujet de cet exercice scolaire... sauf Pierrette. Si malgr&#233; des conditions de travail privil&#233;gi&#233;es, j'en &#233;tais arriv&#233;e, au bout de vingt ans de carri&#232;re (ou de gal&#232;re) &#224; un point de saturation, Pierrette y &#233;tait pour quelque chose ; journaliste de m&#233;tier, comp&#233;tente sur le plan professionnel, elle avait un caract&#232;re ex&#233;crable et comme tous les &#034;chefs&#034; investis d'un pouvoir, elle s'entendait &#224; rendre la vie p&#233;nible &#224; tous les sans-grades, et m&#234;me aux autres. Je demandai donc, en 1974, un cong&#233; sabbatique (sans solde) pr&#233;vu dans les statuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; The reds under the beds &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut l'occasion d'un s&#233;jour de deux mois en Angleterre. Je ne pouvais mieux choisir, car &#224; la m&#234;me &#233;poque le gouvernement conservateur de M. Edward Heath venait de tomber &#224; la suite d'une gr&#232;ve des mineurs, et les &#233;lections battaient leur plein. A Brighton, une agglom&#233;ration de quelque 150.000 habitants qui est &#224; la fois une station baln&#233;aire et une ville avec une grande banlieue industrielle, je plongeai de plein pied dans la politique. Tout d'abord, dans un meeting travailliste. A l'entr&#233;e on distribuait une feuille avec le texte de l'Internationale. Foule populaire, les familles avec leurs enfants. A la tribune, des vieux et des jeunes. On commence par le chant, puis viennent les discours. Une jeune femme, qui se pr&#233;sente comme membre du &#034;Militant&#034;, la fraction de gauche du Labour Party, est tr&#232;s applaudie. A la fin, un vieux &#224; la tribune prend la parole : pour faire peur &#224; la population, dit-il, les conservateurs nous menacent avec &#034;the reds under the beds&#034; (les rouges cach&#233;s sous le lit). Vous allez leur montrer ce que vous en pensez. Et le voil&#224; faisant la qu&#234;te, dans l'hilarit&#233; g&#233;n&#233;rale, avec un pot de chambre peint en rouge. C'est la premi&#232;re fois que je voyais ce style de propagande populaire. J'avais d&#233;j&#224; remarqu&#233; qu'en Angleterre, beaucoup plus qu'en France, on pouvait distinguer les classes sociales, par leurs v&#234;tements et leur allure. Ainsi, le meeting des conservateurs ressemblait presque &#224; une caricature. Tous ces messieurs-dames &#233;taient &#034;middle-class&#034;, des messieurs distingu&#233;s occupaient la tribune, et il ne m'est rien rest&#233; de leurs discours. Les travaillistes sortirent vainqueurs des &#233;lections, et avec un certain Harold Wilson comme premier ministre, men&#232;rent une fois de plus la politique de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'assistai aussi &#224; des r&#233;unions de diff&#233;rents groupes trotskistes, car dans ce pays aussi il y en avait au moins trois. Celui du &#034;Militant&#034; &#233;tait int&#233;gr&#233; au Labour party. Le plus influent &#233;tait le SWP (Socialist Workers Party), qui &#233;tait pr&#233;sent dans les quartiers populaires et avait un journal vivant, agr&#233;able &#224; lire. Je fis la connaissance d'un jeune couple de militants qui habitait avec leur b&#233;b&#233; en squatters dans une maison style Regency du secteur chic de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de nombreux squatters s'&#233;taient install&#233;s dans des maisons inoccup&#233;es, qui avaient besoin d'&#234;tre r&#233;nov&#233;es ; ils subissaient des brimades, par exemple des coupures d'eau &#224; certaines heures, mais on n'osait pas utiliser contre eux la m&#233;thode forte. La plus grande pagaille r&#233;gnait chez mes jeunes camarades, dont l'accueil &#233;tait chaleureux. Un autre couple de militants, des vieux, logeait dans les m&#234;mes conditions. En leur rendant visite, je trouvai le comportement de la femme plut&#244;t &#034;loufoque&#034;. D&#233;cid&#233;ment, apr&#232;s Maisie Desmond, il me fallait conclure que le terreau anglais &#233;tait propice aux personnages bizarres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1984, dix ans apr&#232;s la gr&#232;ve des mineurs qui avait fait tomber le conservateur Heath, 180.000 mineurs dans tout le Royaume Uni entraient &#224; nouveau en gr&#232;ve contre un plan de fermeture des puits. Malgr&#233; les privations et les affrontements avec la police, les mineurs vaillamment soutenus par les femmes, ont tenu un an avant de baisser pavillon devant le gouvernement de Mme Thatcher. Une d&#233;l&#233;gation de mineurs &#233;tait alors venue &#224; la f&#234;te de Pentec&#244;te de L.O. ; ils furent re&#231;us tr&#232;s discr&#232;tement par nos &#034;internationalistes&#034;, occup&#233;s &#224; faire leur propre publicit&#233;, et nous ne f&#251;mes que quelques dizaines &#224; assister au forum tenu par les mineurs et &#224; leur verser un soutien. Aux vacances de l'&#233;t&#233; 85, la gr&#232;ve &#233;tant finie, nous sommes all&#233;s au Pays de Galles et dans le Yorkshire. Tout &#233;tait rentr&#233; dans l'ordre, les rues d&#233;sertes, ambiance morne dans les pubs, un paysage de corons pauvres, par-ci par-l&#224; un mouton paissait l'herbe dans le jardinet devant la maison. Dans un h&#244;tel bon march&#233;, la patronne me dit que les choses vont mal parce que les ouvriers n'aiment pas travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; lors de mon s&#233;jour &#224; Brighton, o&#249; l'&#233;cole que je fr&#233;quentais m'avait log&#233;e chez un couple de retrait&#233;s, ma logeuse m'expliquait que les ouvriers &#233;taient des paresseux. Mais qui a construit ici ces belles avenues et vos confortables maisons ? lui demandai-je poliment. Pas de r&#233;ponse. Cette vieille dame avec ses pr&#233;jug&#233;s, avait bon c&#339;ur, tous les jours elle remettait au lendemain la d&#233;cision d'abr&#233;ger l'existence de son vieux chien impotent, &#034;to put him to sleep&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cours de langue &#233;taient suivis par des jeunes gens venant des pays du Moyen-Orient, d'Am&#233;rique latine, d'un peu partout. Malgr&#233; la diff&#233;rence d'&#226;ge ils me parlaient volontiers et je gagnai m&#234;me l'amiti&#233; d'une jeune sud-am&#233;ricaine, Lourdes. Son pr&#233;nom, m'expliqua-t-elle, &#233;tait un hommage &#224; sainte Bernadette et &#224; sa ville miracul&#233;e. Les &#233;l&#232;ves arabes &#233;taient tous fils de familles riches. L'un d'entre eux n'arr&#234;tait pas de bavarder pendant le cours, ce qui g&#234;nait tout le monde, y compris la prof qui n'osait pourtant pas le rappeler &#224; l'ordre. Je finis par demander poliment au bavard de se taire. L'arrogant jeune homme me r&#233;pondit avec impertinence, et une escrime verbale s'ensuivit, sans que personne n'intervienne. A partir de ce jour cependant nous e&#251;mes la paix ; je gagnai de plus la sympathie de la prof, qui m'invita chez elle et me fit conna&#238;tre sa m&#232;re et sa fillette. Elle &#233;tait mari&#233;e &#224; un sikh. C'est elle qui me fit d&#233;couvrir la richesse du th&#233;&#226;tre amateur anglais ; nous allions r&#233;guli&#232;rement voir des pi&#232;ces jou&#233;es par des groupes d'amateurs, &#224; Brighton ou dans les environs, &#224; l'universit&#233; du Surrey o&#249; les &#233;tudiants avaient aussi leur groupe de th&#233;&#226;tre. Londres n'&#233;tant qu'&#224; 80 km de Brighton par le train, j'y fis plusieurs fois le voyage. C'est ainsi que j'ai pu voir sur sc&#232;ne la c&#233;l&#232;bre actrice Vanessa Redgrave, membre d'une organisation trotskiste, le RWP (Revolutionary Workers Party).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, o&#249; nous sommes revenus par la suite, il y avait de quoi occuper son temps, ne fut-ce que d'aller faire un tour dans les quartiers populaires, ou de parcourir Charing Cross o&#249; vous &#233;tiez s&#251;r de d&#233;nicher les livres que vous n'aviez pu trouver nulle part ailleurs. La librairie du SWP, dans un quartier nord de la ville, &#233;tait aussi bien fournie. Paddington et son march&#233; aux puces, la City avec ses messieurs &#224; chapeaux-melon, Hyde Park et ses orateurs improvis&#233;s, les quartiers bourgeois de l'ouest, et les quartiers p&#233;riph&#233;riques du peuple avec leur m&#233;lange de races, le cimeti&#232;re d&#233;saffect&#233; de Highgate et la tombe de Marx flanqu&#233;e d'un abominable buste d'architecture stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution des &#339;illets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ann&#233;e de &#034;l'alternance&#034; pacifique en Angleterre, 1974 fut celle du coup d'Etat qui au Portugal mit fin &#224; quarante ans de dictature sur le mod&#232;le fasciste, ce qu'on appelait le salazarisme. Des officiers de l'arm&#233;e enlis&#233;e depuis des ann&#233;es dans une guerre coloniale en Afrique (Angola, Mozambique), s'empar&#232;rent de l'appareil d'Etat qui tomba comme une pomme pourrie au signal d'une chanson diffus&#233;e par la radio de Lisbonne le 25 avril &#224; minuit. &#034;Grandola, villa morena, terra de fraternidade&#034; fut par la suite chant&#233;e et fredonn&#233;e sans cesse, tout le monde connaissait cette chanson forte, entr&#233;e dans l'histoire. Son auteur, Jos&#233; Afonso, en a compos&#233; bien d'autres, tout aussi fortes et belles, grav&#233;es sur des disques que j'ai conserv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat fut le d&#233;clic qui souleva un vent de r&#233;volte de tout le peuple contre l'ancien &#233;tat de choses. Accueillis avec des &#339;illets, soldats et officiers arboraient tous ce signe de ralliement : ce fut donc &#034;la r&#233;volution des &#339;illets&#034;. Son premier acte fut d'ouvrir les prisons et de l&#233;galiser les organisations ouvri&#232;res, partis, syndicats, journaux. D&#232;s l'&#233;t&#233; suivant la destination de nos vacances s'imposait : direction Lisbonne. Nous travers&#226;mes l'Espagne assoupie dans une morne attente : les jours de Franco et du franquisme &#233;taient compt&#233;s. En fin d'apr&#232;s-midi non loin de la fronti&#232;re, &#224; Badajos, dans un caf&#233; les ouvriers commentent un match quelconque. Quand nous arrivons de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; Evora, il fait nuit. Tour de magie : les fen&#234;tres sont &#233;clair&#233;es, les gens d&#233;ambulent, des affiches sont placard&#233;es dans la rue, des voix fortes nous arrivent d'une maison aux fen&#234;tres ouvertes o&#249; se tient sans doute une r&#233;union. Comment est-ce possible, &#224; quelques kilom&#232;tres de distance, d'un c&#244;t&#233; les t&#233;n&#232;bres, le silence, de l'autre tout d'un coup la lumi&#232;re, la rumeur, la vie : ici le peuple a pris la parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons le lendemain &#224; Lisbonne ; premier objectif, trouver un h&#244;tel pour la nuit. Ce sera chose facile, les h&#244;tels sont vides, les r&#233;volutions effraient les touristes. J'ai h&#226;te de m'arr&#234;ter, car j'ai mal aux pieds et je boite. Soudain, &#224; un tournant de rue, surgit une manif drapeaux rouges au vent, en t&#234;te des soldats en uniforme criant des slogans. L'h&#244;tel peut attendre, nous nous joignons aussit&#244;t &#224; eux, nous marchons avec entrain jusqu'&#224; ce que le cort&#232;ge se disloque. Et quand enfin nous nous remettons en qu&#234;te de l'h&#244;tel, je r&#233;alise que pendant tout ce temps je n'avais plus eu mal aux pieds. Que s'&#233;tait-il pass&#233; ? Quand je disais que nous aussi nous avons nos miracles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisbonne n'a plus l'aspect que nous lui avons connu il y a une dizaine d'ann&#233;es, quand la petite bonne en robe noire et tablier blanc, suivait &#224; distance ses ma&#238;tres dans la rue. La ville est d&#233;bordante de vie ; des comit&#233;s de locataires organisent l'installation des mal log&#233;s dans les immeubles vides ; des commissions de contr&#244;le d'ouvriers et d'employ&#233;s sont en place dans beaucoup d'entreprises. Nous en avons un exemple &#224; la banque o&#249; nous allons changer nos francs : des instructions sign&#233;es du comit&#233; d'employ&#233;s sont affich&#233;es. Dans le camping luxueux o&#249; nous sommes install&#233;s, il y a un restaurant et la t&#233;l&#233;vision ; les gens suivent attentivement les interviews et les reportages transmis en direct de la rue, des usines, des assembl&#233;es. Quand un leader consid&#233;r&#233; comme ti&#232;de et conciliant s'exprime, les campeurs vocif&#232;rent : fascista ! Il ne m&#233;rite peut-&#234;tre pas cet opprobre, mais ces gens craignent &#224; juste titre les tergiversations, la trahison, ils veulent aller le plus loin et le plus vite possible. Les enfants leur embo&#238;tent le pas : dans leurs jeux ils poursuivent le voleur en criant &#034;fascista, fascista&#034; ! Jusque tard dans la nuit les locaux des organisations politiques, MFA (Mouvement des forces arm&#233;es), communistes, socialistes, trotskistes, (la droite s'est ab&#238;m&#233;e dans le n&#233;ant), accueillent militants, sympathisants, passants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin de Lisbonne, les grands chantiers navals travaillent sous contr&#244;le d'un comit&#233; ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le midi, &#224; l'heure de la sortie des ateliers, la foule dense qui se d&#233;verse dans la rue est un spectacle qui nous est familier. Mais il y a une diff&#233;rence : nous sommes impressionn&#233;s, et le mot est faible, par l'attitude fi&#232;re de ces gens, leur chemise d'une propret&#233; impeccable, &#224; croire qu'ils sortent d'un salon. En est-il toujours ainsi au Portugal, ou est-ce encore un signe des temps ? Si les touristes habituels sont absents, nous rencontrons quand m&#234;me sur la plage un groupe de jeunes Allemands, assis en rond avec des jeunes Portugais, &#233;changeant questions et r&#233;ponses. Les Allemands ne connaissent visiblement pas le portugais, et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'emp&#234;che, ils trouvent les mots pour se comprendre. Dans l'Alentejo, province de latifundia, les propri&#233;taires ont pris la fuite, et les paysans se sont organis&#233;s avec l'appui du MFA en coop&#233;ratives. Dans un village, notre regard toujours aux aguets, un homme vient vers nous : venez avec moi, je vais vous montrer ce que nous avons r&#233;alis&#233; dans notre coop&#233;rative. Je ne me souviens plus d'autre chose que de ce geste, ses explications dans une langue que je ne connaissais pas &#233;taient trop ardues. Nous &#233;tions en &#233;t&#233;, et la v&#233;g&#233;tation luxuriante apportait aussi une note de gaiet&#233; et d'espoir. Je garde aussi un souvenir fort de Portimao, le grand port de p&#234;che : nous avons observ&#233; longuement les p&#234;cheurs au travail, il nous semblait, par leur mani&#232;re de se parler, que chez eux aussi il y avait l'espoir dans un autre avenir. Et leur langue &#233;tait belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cet enthousiasme et cette explosion d'&#233;nergie ont-ils pu finir, deux ans seulement apr&#232;s la r&#233;volution des &#339;illets, par la reprise en main compl&#232;te du pays par la bourgeoisie, par le retour des propri&#233;taires fonciers, des anciens politiciens, l'emprisonnement des officiers insurg&#233;s du MFA ? Il faudrait pour le comprendre &#233;tudier de pr&#232;s ces &#233;v&#233;nements. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y avait pas eu de prise du pouvoir par les conseils ouvriers, ni de parti r&#233;volutionnaire dirigeant, ni donc, de ce fait, une politique qui aurait pu mener jusqu'au bout la r&#233;volution. Les socialistes avec Mario Soares &#224; leur t&#234;te, majoritaires dans les &#233;lections, firent tout pour que les choses rentrent dans l'ordre, l'ordre des riches contre les pauvres. Il n'y a eu ni guerre civile, ni combats. Fin 1975 le MFA &#233;tait &#233;cart&#233; du pouvoir apr&#232;s la mise en sc&#232;ne d'un putsch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, en Espagne Franco &#233;tait &#224; l'agonie et le r&#233;gime franquiste expirant mettait &#224; mort cinq militants par le garrot. La barbarie de cette ex&#233;cution souleva l'indignation. A L'Unesco, &#224; l'initiative de quelques Espagnols, le personnel &#233;tait appel&#233; &#224; une minute de silence dans le hall. Nous &#233;tions &#224; peine r&#233;unis, nombreux, que l'ordre de dispersion vint de M. le directeur M'Bow, un noir mauritanien qui se targuait de tiers-mondisme. Nous ob&#233;&#238;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco &#233;tait une organisation &#034;neutre&#034;, il ne fallait faire nulle peine &#224; un Etat membre. La m&#234;me attitude n'avait-elle pas d&#233;j&#224; &#233;t&#233; suivie vis-&#224;-vis de la France dans la guerre d'Alg&#233;rie ? Dans les &#034;Informations Unesco&#034; (le service de presse o&#249; j'&#233;tais employ&#233;e), si on parlait souvent, et tant mieux, de l'apartheid, l'Afrique du Sud n'&#233;tant pas membre de l'ONU, la guerre d'Alg&#233;rie n'existait tout simplement pas. Ma patronne ne se g&#234;nait pas de dire qu'elle &#233;crivait ce pour quoi elle &#233;tait pay&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrivait souvent que nous nous d&#233;cidions pour un voyage sur un &#034;coup de c&#339;ur&#034;, &#224; la suite d'une lecture, d'un &#233;v&#233;nement, d'une rencontre. C'est ainsi qu'un jour au d&#233;but d'ao&#251;t, apr&#232;s un r&#233;cit de D&#233;d&#233;, nous part&#238;mes au pied lev&#233; pour la Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premi&#232;re halte est &#224; Tampere. C'est l&#224; que L&#233;nine, avec perruque et sous une fausse identit&#233;, s'&#233;tait cach&#233; apr&#232;s l'&#233;chec du soul&#232;vement ouvrier de juillet 1917 &#224; Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convaincu que le gouvernement de Kerenski dirigerait la r&#233;pression contre les bolcheviks (Trotski fut emprisonn&#233;), L&#233;nine, conscient de son r&#244;le dans la r&#233;volution, ne voulait pas courir le risque de tomber entre les mains de l'ennemi. En janvier 1919 Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht furent massacr&#233;s par des soudards sous l'autorit&#233; du gouvernement &#034;socialiste&#034; de Ebert et Scheidemann. Nous m&#233;ditons sur ce pass&#233; tout en d&#233;ambulant dans les rues, quand notre attention est attir&#233;e par d'&#233;normes poubelles jaunes, bien propres d'aspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La curiosit&#233; me pousse &#224; soulever un couvercle. Eberlu&#233;e, je le repose aussit&#244;t. En guise de d&#233;chets, dans la poubelle il y avait un clochard. Il avait bien de la chance d'&#234;tre en d&#233;mocratie, apparemment on lui fichait la paix. Nous avions lu &#034;Sainte Mis&#232;re&#034; de Sillanp&#228;&#228;, et d'autres romans &#224; contenu social, comme &#034;La faim&#034; de Knut Hamsun ; mais cette sc&#232;ne &#034;de mes yeux vue&#034; je ne l'avais pas rencontr&#233;e dans les livres. Je n'essaierai pas de d&#233;crire les lacs et les for&#234;ts de bouleaux, les Lapons et les rennes, les cr&#233;puscules de minuit, les saunas et les cabanes en bois o&#249; nous nous &#233;clairions &#224; la chandelle. Un couple de Suisses rencontr&#233; en route nous confiait leur ind&#233;cision &#224; rentrer : &#034;nous sommes envo&#251;t&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers jours de septembre 1976 nous nous trouvions &#224; Audierne. La ville et toutes les routes des environs &#233;taient couvertes d'inscriptions et d'affiches de protestation : les Bretons, avec le soutien d'&#233;cologistes et de gauchistes d'ici et d'ailleurs, &#233;taient en pleine campagne contre la construction d'une centrale nucl&#233;aire. Le gouvernement et l'EDF durent renoncer &#224; leur projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Audierne que nous avons appris, en t&#233;l&#233;phonant &#224; Paris, que Barta venait de d&#233;c&#233;der, alors qu'il passait avec sa femme et sa fille des vacances en Espagne. Il avait 62 ans. Il y avait tant d'ann&#233;es que nous &#233;tions s&#233;par&#233;s et que nous ne nous voyions pratiquement plus ! Les derniers temps d'ailleurs il vivait &#224; Limoges, au pays d'origine de sa femme. &#034;Rouge&#034;, le journal de la LCR, publia le 21 septembre une courte n&#233;crologie. A la suite, Lutte Ouvri&#232;re sortait &#224; l'usage de ses militants un texte pr&#233;tentieux et indigne, &#034;A propos de la mort de Barta&#034; qui finissait sur ces mots : &#034;...il ne nous para&#238;t pas indispensable de publier une notice n&#233;crologique...&#034; Puis, se ravisant, Lutte Ouvri&#232;re publia quand m&#234;me le 2 octobre, une dizaine de jours apr&#232;s Rouge, une n&#233;crologie aussi &#034;neutre&#034; que possible. D&#233;cid&#233;ment l'honn&#234;te Hardy, comme Macbeth, n'arrivait pas &#224; se d&#233;barrasser du spectre de Barta. Un article parut dans Le Monde, ainsi qu'une lettre de J.P. Boussac, qui avait &#233;t&#233; en relation avec Barta dans les derniers temps de sa vie (1975-1976). Comme quelques autres avant lui, il avait fait le 82 projet d'&#233;crire une histoire de l'U.C. Pour &#234;tre &#034;agr&#233;&#233;&#034;, Jean-Paul avait invoqu&#233; la m&#233;moire de son grand'p&#232;re, combattant des Brigades internationales en Espagne. Il avait eu avec Barta un &#233;change de lettres et plusieurs entretiens enregistr&#233;s sur cassette, documents d&#233;pos&#233;s par la suite aux archives du CERMTRI &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Mathieu enfant, Barta n'avait pas entretenu des relations suivies. Les rencontres, &#233;pisodiques d'abord, s'espac&#232;rent puis bient&#244;t cess&#232;rent. Mathieu avait dans les 16 ans quand je pris l'initiative d'intervenir pour renouer les liens entre eux. A la mort de Barta, Mathieu se trouvait &#224; Montr&#233;al, comme &#034;coop&#233;rant&#034; dans un service d'informatique : c'est ce qui tenait lieu de service militaire &#224; la fin de son sursis comme &#233;tudiant. L'exp&#233;rience canadienne &#233;tait loin d'&#234;tre banale. Dans cette province du Qu&#233;bec, peupl&#233;e d'&#233;migr&#233;s fran&#231;ais depuis le d&#233;but du 17&#232;me si&#232;cle, devenue colonie anglaise vers la fin du 18&#232;me, c'est seulement entre 1974 et 1977 que le mouvement ind&#233;pendantiste imposa le fran&#231;ais comme langue officielle et professionnelle, &#224; la place de l'anglais. C'&#233;tait dr&#244;le de voir dans les grands magasins les vendeuses anglophones s'effor&#231;ant de s'adresser aux gens en fran&#231;ais. L'&#233;glise catholique, qui pendant des si&#232;cles avait pes&#233; sur la &#034;belle province&#034; comme une chape de plomb, perdit brusquement son emprise. Et comme souvent, apr&#232;s avoir trop endur&#233; on passe d'une extr&#234;me &#224; l'autre, beaucoup de femmes refusaient le mariage et certaines &#233;taient fi&#232;res d'&#234;tre &#034;filles-m&#232;res&#034;. C'&#233;tait l'&#233;poque de F&#233;lix Leclerc et de Gilles Vignault, des chansonniers qui mariaient le folklore &#224; la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savions qu'un enfant &#233;tait attendu : le 29 ao&#251;t 1977 Zo&#233; naissait. Gus fit aussit&#244;t sa valise et prit l'avion, puis, &#224; la rentr&#233;e scolaire, ce fut mon tour. Je tenais dans les bras un beau b&#233;b&#233;, nourri au sein. La famille &#233;tait confortablement log&#233;e pour un loyer modeste. Par contre Mathieu travaillait toute la journ&#233;e &#224; la lumi&#232;re &#233;lectrique. Pour se prot&#233;ger de l'hiver rigoureux, au centre ville bureaux et boutiques &#233;taient install&#233;s dans les immeubles en soussol. On pouvait parcourir des kilom&#232;tres sans voir le ciel. Brigitte et Mathieu s'&#233;taient facilement fait des amis, au travail ou &#224; l'universit&#233; o&#249; Brigitte suivait des cours. Gr&#226;ce &#224; ces relations on se familiarisait mieux avec la vie du pays. Une jeune femme, de p&#232;re b&#251;cheron, nous racontait que n&#233;e pr&#233;matur&#233;ment dans une famille nombreuse, le four de la cuisini&#232;re servit de couveuse. Mais les choses avaient bien chang&#233; depuis. Un gamin &#224; qui nous offrions un jus d'orange press&#233;, nous en demanda un &#034;vrai&#034;, vers&#233; d'une bouteille &#224; ingr&#233;dients chimiques ; la civilisation avait invers&#233; les valeurs. A la fin de cette ann&#233;e 77 le chapitre canadien &#233;tait clos. La vie, le travail, les soucis reprenaient &#224; Paris. Gus devint &#034;un merveilleux grand-p&#232;re&#034; (c'&#233;tait le titre d'un livre traduit du tch&#232;que que Zo&#233; a relu des dizaines de fois dans sa petite enfance) ; moi je m'appelais d&#233;sormais, pour tout le monde, &#034;m&#233;m&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfance est un monde en soi et c'est un privil&#232;ge de pouvoir l'approcher. Parfois Zo&#233; nous &#233;tait confi&#233;e pour la nuit, le plaisir &#233;tait alors double d'&#233;couter et de lui faire &#233;couter, pour l'endormir, une sonate de Schubert. Et combien il &#233;tait plus dr&#244;le d'&#233;couter les chansons &#034;anars&#034; en compagnie des enfants : Le matin du grand soir, Le m&#233;tingue du m&#233;tropolitain (&#034;le samedi soir apr&#232;s le turbin&#034;), Ils ont les mains blanches (&#034;ils n'ont pas travaill&#233;&#034;), Le conseil de r&#233;vision (&#034;je suis &#224; poil' et cependant je ne suis pas chez ma voisine&#034;) Le triomphe de l'anarchie (&#034;...l'heure est venue, il faut nous r&#233;volter... c'est reculer que d'&#234;tre stationnaire&#034;) et tant et tant d'autres. Il &#233;tait beau le chant de la fourmi rouge : &#034;adieu mes compagnes, j'ai trop travaill&#233;, je quitte la mine pour la libert&#233;&#034; ; h&#233;las le disque a voyag&#233; et s'est perdu, et je ne me souviens pas de son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus po&#232;te Mais la &#034;divine surprise&#034; fut la r&#233;v&#233;lation chez Gus d'un talent po&#233;tique que nous ne lui connaissions pas. Son p&#232;re, qui avait pourtant quitt&#233; l'&#233;cole &#224; douze ans, aimait s'exprimer en vers (ses lettres en t&#233;moignent), faire des calembours et de bons mots. Si son fils a&#238;n&#233; avait h&#233;rit&#233; de ce don, il l'avait bien cach&#233;, ou peut-&#234;tre les pr&#233;occupations de sa jeunesse avaient-elles &#233;t&#233; telles que cette part de sa personnalit&#233; &#233;tait rest&#233;e en sommeil. Gustave Gel&#233;, le p&#232;re, ouvrier tulliste &#224; Calais, militant communiste combatif et cultiv&#233;, mort en 1955 &#224; l'&#226;ge de 50 ans, avait l&#233;gu&#233; au fils non seulement le talent qui &#233;tait rest&#233; si longtemps en friche, mais une magnifique tradition socialiste de droiture et de dignit&#233;, une exigence de culture et de connaissances, qui ont &#233;t&#233; la trame de la vie enti&#232;re de Gus, et de ses efforts pour changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tincelle po&#233;tique chez Gus fut allum&#233;e par les enfants. Mais bient&#244;t tout son entourage alimentait son inspiration ; il d&#233;dia m&#234;me un po&#232;me dr&#244;le &#224; l'instituteur de CM2 de Zo&#233;, M. Martin, qui aimait m&#234;ler l'humour &#224; la p&#233;dagogie. Gus &#233;tait po&#232;te, mais f&#233;ministe aussi, pour imaginer ce conte d&#233;mystifiant la l&#233;gende du P&#232;re No&#235;l ; car le P&#232;re No&#235;l, semble-t-il, faisait faire toute la besogne &#224; la M&#232;re No&#235;l et s'en attribuait le m&#233;rite ! Il offrit le conte &#224; Ya&#235;lle, la fille de Bernadette, une de la &#034;bande des copains&#034;. De tr&#232;s bonne heure Zo&#233; commen&#231;a &#224; faire de la po&#233;sie, et ce furent d&#233;sormais de v&#233;ritables joutes po&#233;tiques. Gus donna un nom de plume &#224; la nouvelle po&#233;tesse : Zo&#233; Hochelaga, le nom indien de Montr&#233;al du temps o&#249; la ville n'&#233;tait qu'un village appartenant aux Iroquois. Cela se traduisait ainsi (un exemple choisi parmi d'autres) : Le vingt-neuf ao&#251;t mille neuf cent soixante-dix-sept la jolie Zo&#239;a, en la ville de Hochelaga que vouliez-vous qu'elle f&#238;t ? qu'elle naquit ! Bient&#244;t ses yeux &#233;tonn&#233;s d&#233;couvrirent la t&#233;l&#233; &#244; rage, &#244; d&#233;sespoir, &#244; trahison ! je ne veux pas, criait-elle, de ce poison t&#233;l&#233;, unique objet de mon ressentiment qui fait mourir lentement mon esprit et mes dons ! je te ha&#239;rai avec raison ! Courage, si le combat n'est pas facile c'est aussi la morale de l'histoire qu'&#224; vaincre sans p&#233;rils on triomphe sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus Corneille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous prenions &#224; c&#339;ur notre nouveau statut. Majorque &#233;tait un lieu de vacances que nous fr&#233;quentions depuis quelques ann&#233;es. Notre amie Fran&#231;oise avait fait l'acquisition d'une maison &#224; San Pedro, un village dans le nord de l'&#238;le. Contrairement aux plages du sud, la c&#244;te ici &#233;tait rocheuse et n'attirait pas la foule des touristes. Il n'y avait presque pas d'h&#244;tels, on s'int&#233;grait &#224; la vie du village. Sous un soleil sans &#233;clipse on pouvait aussi bien paresser sur une chaise longue avec un livre, se promener sur de petits chemins, ou se baigner dans la mer. Le temps ou les Espagnoles entraient dans l'eau tout habill&#233;es &#233;tait bien r&#233;volu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un &#233;t&#233; o&#249; nous avions avec nous &#224; San Pedro, Zo&#233;, neuf ans, et Laetitia, huit ans et demi, la fille de nos amis de Dunkerque. Comment faire des vers si on ne trouve pas de rimes ? Je rassurai Laetitia : on peut aussi &#233;crire de la po&#233;sie en vers blancs. Elle s'int&#233;gra ainsi au club des po&#232;tes et trouva, avec le temps, des rimes. Les filles me d&#233;cern&#232;rent un certificat, sign&#233; en due forme, de laveuse &#233;m&#233;rite de vaisselle (je garde pr&#233;cieusement cet authentique dipl&#244;me). Gus &#233;tait le cuisinier, sous le nom de &#034;Boguse&#034;, et les filles se chargeaient de mettre artistiquement la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus aimait f&#234;ter son anniversaire. C'&#233;tait la Toussaint, un jour f&#233;ri&#233;, pr&#233;cisait-il, pas le jour des morts, malgr&#233; les chrysanth&#232;mes que les gens d&#233;posaient sur les tombes. Pourtant quand il est n&#233;, le 1&#176; novembre 1927, Gus y avait &#233;chapp&#233; de peu. L'accouchement de la m&#232;re, long et &#233;puisant, n'aboutissait pas et la sage-femme finit par c&#233;der sa place au m&#233;decin ; il r&#233;ussit &#224; extraire au forceps le b&#233;b&#233;, le nouveau-n&#233; cria, et le p&#232;re s'est &#233;cri&#233; : &#034;tiens, il n'est pas mort celui-l&#224; !&#034; Ce fils, l'a&#238;n&#233; de trois, devint son pr&#233;f&#233;r&#233;, marchant dans les pas de son p&#232;re, prol&#233;taire et communiste. On appr&#233;ciait la bonne humeur de Gus &#224; l'occasion de cette &#034;f&#234;te&#034;, plut&#244;t intime. Mais un 1&#176; novembre, quand pour ses 47 ans Brigitte lui offrit un chaton, il se mit en col&#232;re, car il ne voulait pas d'animal domestique. Cependant cela me permit d'&#234;tre t&#233;moin d'une relation rare entre cet homme et l'animal. Pendant les neuf ann&#233;es de sa vie, Poussinet nous a accompagn&#233;s dans nos randonn&#233;es, sur les petits chemins, en for&#234;t, dans les dunes, sans jamais &#234;tre tenue en laisse, jouissant d'une grande libert&#233;, r&#233;pondant &#224; notre appel, dialoguant m&#234;me avec Gus : le chat avait son langage qui exprimait des reproches, des interrogations, du plaisir, de la complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70 : Longwy, Le Creusot, Dunkerque L'&#233;crivain Jean-Pierre Chabrol dit dans un de ses textes : &#034;il y a ceux qui ont quelque chose &#224; dire mais ne savent pas le dire, et ceux qui n'ont rien &#224; dire mais savent si bien le dire&#034;. C'est vrai en temps ordinaire. Cependant, les ann&#233;es 70 ont fait exception &#224; la r&#232;gle. Le 1&#176; mai 74 le PC et le PS avaient annul&#233; le cort&#232;ge traditionnel pour cause d'&#233;lections ; mais 25.000 manifestants d'extr&#234;me-gauche se retrouvaient dans la rue. Le 1&#176; mai 76 le service d'ordre de la CGT emp&#234;chait un groupe de la &#034;Coordination femmes&#034; d'int&#233;grer le cort&#232;ge : mais les femmes se firent entendre bruyamment. Le 1&#176; mai 77 quelque deux cents soldats en uniforme d&#233;filaient masqu&#233;s ; depuis 1975 des militants animaient un &#034;Journal du Comit&#233; anti- militariste&#034;. En novembre 77 un collectif qui signait &#034;groupe Adret&#034; faisait la d&#233;monstration scientifique du g&#226;chis capitaliste, dans un opuscule intitul&#233; &#034;Travailler deux heures par jour&#034; : temps suffisant dans une soci&#233;t&#233; &#233;quilibr&#233;e, sans parasitisme et sans exploitation. Cent ans plus t&#244;t, d&#233;j&#224;, dans son c&#233;l&#232;bre pamphlet &#034;le Droit &#224; la paresse&#034;, Lafargue limitait &#224; trois heures la journ&#233;e de travail et d&#233;non&#231;ait le m&#234;me g&#226;chis. On comptait, en ce mois de Novembre 77, 1.500.000 ch&#244;meurs, et la &#034;crise &#233;conomique&#034; s'amplifiait de jour en jour. La sid&#233;rurgie &#233;tait mal en point. Alors que d'un c&#244;t&#233; les patrons encaissaient de l'Etat des milliards de subventions, de l'autre ils licenciaient en masse les ouvriers. Le bassin lorrain &#233;tait particuli&#232;rement touch&#233;. En 1978 les militants de la CFDT cr&#233;ent &#224; Longwy une station de radio &#034;SOS emploi&#034;. Telle &#233;tait sa popularit&#233; qu'une tentative des CRS pour d&#233;manteler la station &#233;choua. Devant le succ&#232;s de cette initiative, la CGT cr&#233;a de son c&#244;t&#233; &#034;Lorraine C&#339;ur d'Acier&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernadette, syndiqu&#233;e CFDT &#224; l'EDF, organisa notre voyage &#224; Longwy. Hier encore centre sid&#233;rurgique, la ville, aux murs couverts d'affiches, avait un aspect sinistr&#233;. Ce n'est pas un hasard si le militant qui nous accueillit portait un nom italien, Bernardini. La randonn&#233;e que nous f&#238;mes par la suite nous r&#233;v&#233;la la forte implantation de l'immigration ouvri&#232;re italienne dans toute la r&#233;gion. La population &#233;tait tr&#232;s accueillante, les ouvriers ne demandaient qu'&#224; parler, &#224; faire conna&#238;tre l'existence qui leur &#233;tait faite. Les &#233;missions des deux nouvelles radios &#233;taient publiques. Nous nous rendions &#224; ces s&#233;ances o&#249; tout le monde prenait la parole. Je me souviens d'un jour o&#249; &#224; Lorraine C&#339;ur d'Acier il y avait beaucoup de monde. Une jeune fille d'une quinzaine d'ann&#233;es nous aborde : elle nous explique le r&#244;le de la radio, l'inqui&#233;tude des ouvriers, les raisons de les soutenir. Que n'avais-je le r&#233;flexe du journaliste ! j'aurais enregistr&#233; ses paroles, pris une photo qui m'aurait rappel&#233; pour toujours ce visage. Nous &#233;tions m&#234;l&#233;s &#224; la foule, avides de suivre ses r&#233;actions et guettant les rebondissements de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son savoir-faire en la mati&#232;re la CGT prit le monopole de &#034;Lorraine C&#339;ur d'Acier&#034; et emp&#234;cha progressivement toute libert&#233; d'expression. Au local de la CFDT les discussions &#233;taient anim&#233;es. Une militante proposa de nous faire visiter le quartier qui avait &#233;t&#233; construit pour loger les ouvriers immigr&#233;s maghr&#233;bins. Maintenant qu'on licenciait en masse, on leur offrait une modeste somme de d&#233;part pour qu'ils retournent dans leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la m&#234;me &#233;poque nous avons fait une tourn&#233;e au Creusot, avec une &#233;quipe de la &#034;bande des copains&#034;. Visite obligatoire &#224; l'Ecomus&#233;e qui retrace l'histoire du r&#232;gne de la dynastie des Schneider sur la vie, du berceau au tombeau, des travailleurs de la r&#233;gion. Une histoire pr&#233;sent&#233;e davantage sous les couleurs de la &#034;bienfaisance&#034;, du paternalisme, et tr&#232;s peu sous celles des luttes ouvri&#232;res. Ici aussi les probl&#232;mes du ch&#244;mage et de la reconversion vers l'industrie des cuves nucl&#233;aires pour le baron Empain, &#233;taient &#224; l'ordre du jour. Nous &#233;tions log&#233;s dans un foyer ouvrier de la Sonacotra &#224; Montceau-les-Mines. Les chambres &#233;taient propres, mais d'une telle exigu&#239;t&#233; qu'il y avait tout juste la place pour le lit, une table, une chaise et un petit placard. Nous mangions &#224; la cantine du foyer, mal ; j'ai vu des r&#233;sidents prendre deux ou trois yaourts &#224; la place du plat principal. Au moment de quitter les lieux, poliment je fis part au &#034;g&#233;rant&#034; de mes observations. Et que croyez-vous qu'il me r&#233;pondit ? Que nous n'&#233;tions pas dans un h&#244;tel trois &#233;toiles ! Il re&#231;ut en r&#233;ponse une bonne douche froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une inspiration de tribun (que je n'ai pas d'ordinaire) me fit trouver les mots pour le remettre &#224; sa place de valet et d&#233;noncer le syst&#232;me. Des ouvriers attir&#233;s par l'algarade nous entouraient, et j'eus la satisfaction au moment de partir de voir l'un d'eux, un nord-africain, me sourire comme pour me dire : c'est la v&#233;rit&#233;, bien parl&#233; ! L'histoire fit encore des bulles, puisque Bernadette re&#231;ut une lettre de sa correspondante de l'&#233;comus&#233;e pour lui reprocher notre ingratitude. C'est facile de dire que les ouvriers ne doivent pas courber l'&#233;chine ; encore faut-il qu'ils soient dans des conditions o&#249; leur solidarit&#233;, la confiance en eux-m&#234;mes leur permettent de r&#233;agir. Et l&#224; encore il faut un porte-parole, qui puisse dire tout haut ce que tout le monde pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;rie de nos p&#233;r&#233;grinations, c'est notre s&#233;jour &#224; Dunkerque qui nous apporta le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs ann&#233;es des conflits durs avaient oppos&#233; au patronat les quelque 10.000 ouvriers qui travaillaient &#224; l'&#233;poque &#224; Usinor. Non seulement les conditions de travail &#233;taient p&#233;nibles dans cet enfer d'acier, avec de nombreux accidents graves et m&#234;me mortels, mais l'avant-garde ouvri&#232;re &#233;tait consciente aussi que la politique de licenciements men&#233;e ailleurs se retournerait un jour contre eux. &#034;On tue Denain, on tue Longwy, on tue Louvroil pour construire deux coul&#233;es continues &#224; Usinor-Dunkerque et &#224; Fos s/mer&#034; devait nous expliquer un aci&#233;riste. A plusieurs reprises les sid&#233;rurgistes &#233;taient descendus &#224; Paris pour manifester. A Usinor une &#233;quipe d'ouvriers combatifs venait de d&#233;missionner de la CGT apr&#232;s un conflit avec les &#034;chefs&#034;, et avait adh&#233;r&#233; &#224; la CFDT. Ils avaient d'abord d&#233;battu de l'opportunit&#233; de constituer un syndicat &#224; la base. Mais ils ne devaient se r&#233;soudre &#224; cette d&#233;marche que quelque temps plus tard, apr&#232;s s'&#234;tre heurt&#233;s &#224; la m&#234;me bureaucratie obtuse, cette fois &#224; la CFDT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; une quinzaine, avec des jeunes du CET, nous f&#251;mes log&#233;s dans un foyer tr&#232;s convenable. Une visite de l'usine fut organis&#233;e &#224; notre intention. Spectacle impressionnant, pour les jeunes et pour nous-m&#234;mes, les coul&#233;es du m&#233;tal en fusion, le bruit et la chaleur, le danger. Les ouvriers de &#034;l'opposition&#034; nous invit&#232;rent &#224; un d&#233;bat o&#249; ils nous expliqu&#232;rent la situation et les probl&#232;mes du moment. Gus, qui avait son exp&#233;rience de Renault, intervenait souvent pour poser des questions ou faire des observations, ce qui rendait plus anim&#233; l'expos&#233;, dont j'ai conserv&#233; les notes. Nos h&#244;tes lou&#232;rent un car et nous firent visiter la r&#233;gion industrielle de Dunkerque et le port p&#233;trolier, o&#249; se profilaient &#224; perte de vue les usines de la sid&#233;rurgie, de la chimie, du raffinage. Dans les bistrots, beaucoup de visages basan&#233;s. L&#224; comme ailleurs, beaucoup de main-d'&#339;uvre immigr&#233;e, et pas seulement d'Afrique du nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un de nos guides, Pierre Suray, un aci&#233;riste tr&#232;s en pointe, &#233;tait un &#034;immigr&#233;&#034; blond des Ardennes, attir&#233; par les offres d'embauche. Des lotissements avaient &#233;t&#233; construits en masse &#224; Grande-Synthe, Petite-Synthe, etc... Quelques ann&#233;es apr&#232;s, les maisons vid&#233;es de leurs habitants ne trouvaient plus preneurs. Nous avons nou&#233; des relations d'amiti&#233; avec des ouvriers dont les id&#233;es &#233;taient tr&#232;s proches des n&#244;tres, et nous sommes retourn&#233;s &#224; plusieurs reprises &#224; Dunkerque. Mais les licenciements aidant, les gens se sont dispers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette ann&#233;e 79 je voyais enfin approcher le moment o&#249; allaient s'ouvrir devant moi les portes de la libert&#233;... la retraite. Comment allais-je employer ces loisirs, tard retrouv&#233;s, mais ne dit-on pas qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire ? Gus penchait pour un engagement aux c&#244;t&#233;s des &#233;cologistes. Si ce n'est en France, du moins au niveau international, c'&#233;taient eux qui menaient des actions contre le saccage de la plan&#232;te. En Allemagne le mouvement prenait de l'ampleur. Une de leurs affiches pastichait avec humour le po&#232;me tr&#232;s populaire de Heine, la Lorelei (devenu &#034;anonyme&#034; sous le r&#232;gne nazi) ; ce qui donnait ceci : &#034;Ich weiss nicht was soll es bedeuten dass ich so traurig bin, der Rhein so sauber vor Zeiten, jetzt stinkt er zum Himmel s'ist schlimm.&#034; (Litt&#233;ralement : comment dire ma tristesse, le Rhin si propre jadis, maintenant il empeste jusqu'au ciel, c'est grave). En France, Bombard, Cousteau, Ren&#233; Dumont (&#034;l'Afrique est mal partie&#034;), les anti-nucl&#233;aires, s'exprimaient de fa&#231;on plus percutante que les politiciens dits de gauche, mais ils n'avaient pas d'impact politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant je ne me sentais pas d'affinit&#233; avec les &#233;cologistes. En attendant j'essayais de mettre &#224; profit mes derniers jours dans le &#034;bocal&#034;. L'Unesco disposait d'une biblioth&#232;que de documentation, avec des dictionnaires, des encyclop&#233;dies et des ouvrages de r&#233;f&#233;rence de nombreux pays. Qui cherche trouve, dit le proverbe. Je remarquai dans un fichier le titre d'un ouvrage anglais, consacr&#233; &#224; la vie d'Eleanor Marx. L'auteur &#233;tait une femme, Yvonne Kapp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Unesco pouvant obtenir les ouvrages en pr&#234;t, je me procurai les trois volumes de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un travail remarquable, consacr&#233; tant &#224; la vie de la famille Marx, qu'&#224; la personnalit&#233; si peu connue d'El&#233;anor, la plus jeune des trois filles (n&#233;e en 1855) de Karl et Jenny Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militante socialiste et f&#233;ministe, elle a jou&#233; un r&#244;le &#233;minent dans le mouvement ouvrier anglais du 19&#232;me si&#232;cle. Il est bien dommage que seul le premier volume (Family life) ait &#233;t&#233; traduit aux Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup du destin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1980 j'atteignais mes 60 ans. J'avais demand&#233; d'&#234;tre dispens&#233;e du traditionnel cocktail d'adieu, mais on ne m'&#233;couta pas, et pourquoi aurais-je d&#233;rog&#233; &#224; la tradition ? J'ai relu plus d'une fois la lettre que me glissa ce jour-l&#224; Jane, une jeune secr&#233;taire anglaise : &#034;I hope that now you'll have a chance to travel, to read and to enjoy life to the full. You deserve to Claire, I've always admired your patience and open-mindedness and I wish you a very happy future...&#034; (J'esp&#232;re que maintenant tu pourras voyager, lire, profiter pleinement de la vie. Tu le m&#233;rites Claire, j'ai toujours admir&#233; ta patience, ton ouverture d'esprit et je te souhaite un avenir heureux). Avais-je m&#233;rit&#233; cette appr&#233;ciation ? J'avais pens&#233; r&#233;unir &#224; cette occasion les jeunes de l'&#233;quipe de Mathieu pour leur raconter &#034;ma vie&#034;. Mais je n'osais pas, je craignais de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur. Jeanne, &#224; qui je confiai mes &#233;tats d'&#226;me, me dit en plaisantant &#224; moiti&#233; : tu n'as qu'&#224; leur chanter un bout de &#034;la Grande Capitulation&#034; : &#034;Voil&#224; ce que je me disais dans la fleur de ma jeunesse : toi ma fille t'es pas pareille aux autres... t'as de l'allure et de l'ambition ! Le pinson dans la cour siffle : cause toujours !... Un deux, tout le monde dans le rang : l'homme propose, dieu dispose... Tout &#231;a c'est du flan !&#034; C'&#233;tait la complainte de M&#232;re Courage, tra&#238;nant sa carriole de cantini&#232;re au milieu des malheurs des guerres de religion. Nous aimions le th&#233;&#226;tre de Brecht, &#224; l'&#233;poque ses pi&#232;ces &#233;taient jou&#233;es &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une ann&#233;e fertile en &#233;v&#233;nements, heureux et malheureux. Pour moi elle reste symbolis&#233;e par l'image d'une gravure de D&#252;rer : le Chevalier, la Mort et le Diable. L'ann&#233;e avait pourtant bien commenc&#233;. En m&#234;me temps que je retrouvais ma libert&#233;, Gus pr&#233;parait le concours pour passer du statut de ma&#238;tre auxiliaire &#224; celui de titulaire ; il allait pour cela mettre &#224; profit les vacances de P&#226;ques, que nous devions passer &#224; Fort Mahon. Cette petite station au bord de la Manche, entre la baie d'Authie et la baie de Somme, nous &#233;tait famili&#232;re, car depuis un premier s&#233;jour en 1970, nous y &#233;tions revenus bien des fois &#224; l'occasion d'un week-end ou de courtes vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lieux de vill&#233;giature qui, avec un arri&#232;re-pays plat, s'&#233;grenaient le long du littoral devant une immense plage de sable, n'offraient alors qu'un confort rudimentaire et n'&#233;taient fr&#233;quent&#233;s que par les gens du peuple. En &#233;t&#233; il y avait foule : bruns, roux ou blonds, avec beaucoup d'enfants, ils se ressemblaient tous ; des &#034;clones&#034;, selon l'expression de Lulu, et le surnom leur resta. A l'&#233;t&#233; 39 des militants anglais de l'ILP (Independent Labour Party) avaient tenu un camp d'&#233;t&#233; &#224; Fort-Mahon ; l'&#233;quipe du Court-Circuit y installa quelquefois ses tentes pendant les vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la mer, la plage et les dunes, on faisait ample provision de bon air. Nous descendions toujours au m&#234;me h&#244;tel sans pr&#233;tention et sans &#233;toile. Dans cette r&#233;gion o&#249; le ciel est si changeant - selon un dicton on voit les quatre saisons dans la m&#234;me journ&#233;e - ce mois d'avril 1980 &#233;tait exceptionnellement beau. Faute de place &#224; l'h&#244;tel, la fille du patron nous avait install&#233;s dans un petit appartement inhabit&#233;, qui lui appartenait ; et Gus potassait ses manuels assis au soleil sur le pas de la porte. J'avais toujours &#233;cart&#233; l'id&#233;e d'avoir ici un pied-&#224;-terre, comme Gus l'aurait souhait&#233;. Or justement ce printemps, tout &#224; fait en bord de mer, on mettait les fondations d'un petit immeuble dont les appartements se vendaient sur plan, les prix &#233;taient abordables, et on pourrait contempler de chez soi le vol des mouettes. Les d&#233;s en &#233;taient jet&#233;s. Le p&#233;cule de la retraite aidant, on signa l'achat d'un appartement d'une cinquantaine de m&#232;tres carr&#233;s, au troisi&#232;me et dernier &#233;tage, o&#249; nous allions pouvoir emm&#233;nager dans un an. Mathieu ayant fortement soutenu Gus dans son choix, je ne pus que m'incliner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois d'ao&#251;t nous appr&#238;mes que notre amie Jeannette &#233;tait rentr&#233;e du Kenya, o&#249; elle habitait depuis quelques ann&#233;es : Braz, son mari venait de mourir. Jeannette, la s&#339;ur de Marguerite Bongrain, notre ancienne camarade de l'UC, &#233;tait une amie de longue date ; nous avions aussi bien connu Braz, un Indien de la province de Goa, ing&#233;nieur architecte, mais aussi peintre et violoncelliste. Je d&#233;cidai de me rendre aupr&#232;s d'elle. Gus &#233;tait occup&#233; &#224; peindre sa chambre &#224; Vanves ; je lui d&#233;conseillai donc de m'accompagner. Mais chez lui, encore une fois, l'int&#233;r&#234;t c&#233;da le pas au sentiment. Laissant l&#224; peinture et pinceaux, nous voil&#224; &#224; la Tamiserie-Haute, &#224; la lisi&#232;re d'un bois, en pays p&#233;rigourdin. Aupr&#232;s de Jeannette il y avait d&#233;j&#224; sa s&#339;ur Marie-Th&#233;r&#232;se, une religieuse des Petites s&#339;urs de l'Assomption. La chaleur &#233;tait torride. Marchant dans l'herbe, Gus s'aper&#231;ut, bien que n'ayant pas ressenti de douleur, qu'il venait d'&#234;tre piqu&#233; &#224; la cheville par une vip&#232;re. La maison n'avait pas de t&#233;l&#233;phone, et elle &#233;tait loin de toute ferme. Aucune de nous savait conduire. Le temps d'arriver en voiture, par ses propres moyens, chez le m&#233;decin du village et d'&#234;tre transport&#233; par les pompiers &#224; l'h&#244;pital de P&#233;rigueux, Gus avait souffert une h&#233;morragie interne. Il subit trois transfusions de sang et resta environ une semaine &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; Marie-Th&#233;r&#232;se je logeais au foyer des religieuses pr&#232;s de la cath&#233;drale Saint-Front &#224; P&#233;rigueux. Soeur Joseph-Marie, une religieuse &#224; la retraite, me donnait tous les jours un petit m&#233;daillon b&#233;ni &#224; porter au malade. La souffrance, la maladie, le deuil, elle les connaissait. De famille paysanne, elle avait servi, jeune novice, comme infirmi&#232;re dans un h&#244;pital. Son p&#232;re tomba alors gravement malade, mais son engagement ne lui permettait pas de quitter son poste pour aller le voir. Et elle dispensait ses soins &#224; un ivrogne, qui la traitait de putain ! Nous nous en &#233;tions bien tir&#233;s, du moins je le croyais. Mais &#224; peine un mois plus tard Gus tombait malade avec une forte jaunisse. C'&#233;tait le premier sympt&#244;me d'une h&#233;patite virale, l'h&#233;patite C inocul&#233;e par les transfusions. A l'&#233;poque ce virus, non encore identifi&#233;, &#233;tait appel&#233; &#034;non A non B&#034; et la maladie &#233;tait incurable. Apr&#232;s trois mois de repos complet au lit, Gus reprit des forces et nous savions, tacitement, qu'il fallait pour vivre garder l'espoir. Il reprit son travail &#224; l'&#233;cole. Pendant notre s&#233;jour &#224; la Tamiserie nous avions fait la connaissance du P&#232;re Oxarango, un ami des Bongrain qui &#233;tait de passage. Ce pr&#234;tre d&#233;j&#224; &#226;g&#233;, plein d'humour et de sagesse, nous racontait qu'il avait &#233;t&#233; aum&#244;nier en Indochine, o&#249; un grad&#233; incapable de prononcer son nom l'appelait le p&#232;re Oscar. Dans son village il disait la messe en basque. Il nous avait d&#233;crit sous de si jolies couleurs le petit village d'Esteren&#231;uby, non loin de St.Jean-Pied-de-Port, que nous avons saisi la premi&#232;re occasion pour faire une vir&#233;e dans les Pyr&#233;n&#233;es, sur les sentiers de montagne o&#249; paissent les moutons au profil basque et o&#249; guettent les vautours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soul&#232;vement en Pologne Cette m&#234;me ann&#233;e 80, une diversion de taille nous d&#233;tourna de nos soucis et de notre angoisse : la r&#233;volte du prol&#233;tariat polonais et la vague de gr&#232;ves qui s'&#233;tendit &#224; toute la Pologne sous la banni&#232;re de &#034;Solidarnosc&#034; ; sorti de l'ill&#233;galit&#233;, le syndicat compta bient&#244;t dix millions d'adh&#233;rents ! D&#233;j&#224; dix ans auparavant, en d&#233;cembre 1970, des manifestations et des gr&#232;ves ouvri&#232;res avaient &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es sans piti&#233;, et avaient fait na&#238;tre le KOR, organisation d'opposants cr&#233;&#233;e par des intellectuels comme Jacek Kuron, Modzelewki, Adam Michnik, Kolakowski et d'autres. La gr&#232;ve d&#233;marra, comme en 70, aux chantiers navals de Gdansk. Le nouveau leader, l'&#233;lectricien Lech Walesa, encore inconnu au niveau national, gagna son prestige gr&#226;ce &#224; son flair et &#224; son opportunisme. Il avait d'abord accept&#233; la reprise &#224; Gdansk, la direction ayant c&#233;d&#233; sur les revendications. Mais devant la formidable pression des ouvriers des autres secteurs et la combativit&#233; de ceux de Gdansk, il prit la t&#234;te du mouvement qui d&#233;sormais d&#233;passait de loin les revendications de salaires. Dans certains secteurs m&#234;me, les dirigeants syndicaux mettaient en place des comit&#233;s de contr&#244;le de la production et de la distribution. Ce fut le cas &#224; Lodz. A l'occasion d'une r&#233;union organis&#233;e par des militants syndicaux &#224; l'EDF, j'ai pu entendre Zbigniew Kowalewki, un des dirigeants de Lodz ; j'appris plus tard qu'il &#233;tait aussi un militant trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le courant de 1980-81 des d&#233;l&#233;gu&#233;s de Solidarnosc &#233;taient venus &#224; Paris prendre contact avec les syndicats fran&#231;ais. Contrairement &#224; la CGT, ouvertement hostile, la CFDT soutenait activement Solidarnosc. Des camions partaient r&#233;guli&#232;rement leur apporter une aide mat&#233;rielle et technique. C'est ce que faisaient d'ailleurs aussi les catholiques. L'&#233;glise polonaise n'avait jamais subi de pers&#233;cution dure de la part du pouvoir et pouvait ainsi plus facilement se payer le luxe de l'opposition. La bureaucratie au pouvoir faisait des concessions aux cur&#233;s plut&#244;t qu'aux militants ath&#233;es et socialistes, pers&#233;cut&#233;s. La classe ouvri&#232;re n'&#233;tait pas aussi attach&#233;e &#224; l'&#233;glise qu'on voulait bien le dire. Mais les intellectuels, m&#234;me ceux qui n'&#233;taient pas catholiques, accept&#232;rent cette confusion (alors que l'&#233;glise n'avait en rien int&#233;r&#234;t au succ&#232;s du mouvement ouvrier). Venant s'y ajouter la crainte d'une intervention russe, les dirigeants les plus en vue de Solidarnosc h&#233;sit&#232;rent, tergivers&#232;rent, au lieu de conduire le mouvement vers le seul objectif valable, la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte c'est donc Jaruzelski (chef du gouvernement et du parti) qui proclama &#034;l'&#233;tat de guerre&#034; en d&#233;cembre 81. Les syndicats furent suspendus, les militants par milliers emprisonn&#233;s, les gr&#232;ves de protestation r&#233;prim&#233;es par l'arm&#233;e. Cette p&#233;riode fut fertile en publications et beaucoup de livres ont paru en France. La revue &#034;L'Alternative&#034; publi&#233;e par Fran&#231;ois Masp&#233;ro, consacrait r&#233;guli&#232;rement &#224; la Pologne des articles, des interviews et des reportages du plus haut int&#233;r&#234;t. Pour nous, aller sur place comme nous l'aurions voulu, et sans doute fait en d'autres temps, n'&#233;tait plus envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France : la grande illusion Pendant ce temps en France on se pr&#233;parait aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Avec Fran&#231;ois Mitterrand, qui avait &#233;t&#233; ministre de l'int&#233;rieur pendant la guerre d'Alg&#233;rie, et s'&#233;tait converti depuis 1971 au socialisme pour reprendre le fonds de commerce d'un PS moribond, on allait battre la droite, depuis plus de vingt ans au pouvoir. Giscard d'Estaing illustrait son fin de r&#232;gne par le &#034;scandale des diamants&#034;, un cadeau offert par l'empereur Bokassa, dictateur cannibale en R&#233;publique centrafricaine et ancien sergent de l'arm&#233;e fran&#231;aise. Parmi les meilleurs humoristes de l'&#233;poque, Desproges et Thierry le Luron pr&#233;sentaient un excellent sketch &#224; la t&#233;l&#233;vision. Interview&#233; par Desproges, dans le r&#244;le du journaliste stupide, le Luron imitant &#224; merveille la voix du Pr&#233;sident, saluait le public : &#034;mesdiams, messieurs, bonsoir&#034;. La libert&#233; de se moquer des &#034;grands&#034; est un privil&#232;ge de la d&#233;mocratie. Coluche, devenu tr&#232;s populaire, avait m&#234;me pr&#233;sent&#233; sa candidature aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, soutenu par le Canard Encha&#238;n&#233; et Charlie-Hebdo. Dans les sondages sa cote montait &#224; vue d'&#339;il. Mais c'est ce qui l'amena justement &#224; arr&#234;ter le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 81 vit le triomphe de Mitterrand. Le soir de son &#233;lection des dizaines de milliers de gogos en liesse se rassembl&#232;rent place de la Bastille. Se prenant pour Jules C&#233;sar, le pr&#233;sident se fit filmer par toutes les t&#233;l&#233;visions dans une c&#233;r&#233;monie au Panth&#233;on. L'assembl&#233;e nationale (&#233;lue en 78) fut dissoute et les nouvelles &#233;lections aboutirent &#224; un gouvernement socialiste avec la participation (&#233;ph&#233;m&#232;re) de quatre ministres &#034;communistes&#034;. Le peuple attendait un changement. La semaine l&#233;gale de travail fut ramen&#233;e de 40 &#224; 39 heures et le retraite fix&#233;e &#224; 60 ans. Gr&#226;ce &#224; Robert Badinter, nomm&#233; ministre de la justice, le parlement vota une mesure, qui n'&#233;tait d'ailleurs pas forc&#233;ment populaire : l'abolition de la peine de mort. Certaines entreprises et quelques banques furent nationalis&#233;es mais les actionnaires indemnis&#233;s, et les grands patrons continu&#232;rent de toucher des subventions, de sp&#233;culer, de d&#233;localiser, de licencier. Comme le pr&#233;c&#233;dent, le nouveau gouvernement envoya ouvertement en Afrique des militaires et des mercenaires, au Gabon pour soutenir le dictateur Bongo (garant de l'exploitation du bois, du p&#233;trole, de l'uranium, par les banques &#233;trang&#232;res), au Tchad pour aider tant&#244;t l'un tant&#244;t l'autre des chefs de clan en guerre, et en maint autres endroits. Pourtant d&#232;s 1962 Ren&#233; Dumont avait lanc&#233; l'avertissement &#034;L'Afrique noire est mal partie&#034; (titre de son livre). En Nouvelle-Cal&#233;donie la politique colonialiste et les int&#233;r&#234;ts capitalistes amen&#232;rent le gouvernement Rocard &#224; soutenir la guerre que les Caldoches (descendants des colonisateurs) menaient aux Canaques, la population autochtone. Pourtant, le mouvement ind&#233;pendantiste FLNKS (Front de lib&#233;ration nationale kanak et socialiste) se r&#233;clamait du socialisme, et son leader reconnu, Jean-Marie Tchibaou vint &#224; Paris chercher le soutien de ceux qui pr&#233;tendaient se r&#233;clamer des m&#234;mes principes. Mais les troupes fran&#231;aises envoy&#233;es dans l'&#238;le men&#232;rent une guerre sans merci aux Kanaks et tous leurs leaders, l'un apr&#232;s l'autre, furent assassin&#233;s. Tels furent les hauts faits de Mitterrand, et j'en oublie sans doute d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s sept ans de r&#232;gne, il fut quand m&#234;me r&#233;&#233;lu en 1988. Mais cinq ans plus tard les &#233;lections l&#233;gislatives donnaient une majorit&#233; &#233;crasante &#224; la droite. Et c'est ainsi que dans le syst&#232;me d&#233;mocratique, le peuple oscille entre blanc bonnet et bonnet blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De trois ans plus jeune que moi, Jeanne avait pris sa retraite &#224; 56 ans et s'&#233;tait inscrite &#224; l'universit&#233; pour des &#233;tudes de langue allemande. Elle disait vouloir prendre une revanche sur le sort qui lui avait fait quitter le lyc&#233;e &#224; 15 ans pour rapporter &#224; la maison un salaire. Si le th&#233;&#226;tre de Bertolt Brecht, d&#233;couvert en France seulement dans les ann&#233;es 60, &#233;tait connu, les noms de grands &#233;crivains comme Ernst Toller (suicid&#233; en 1935), Kurt Tucholsky (suicid&#233; en 1939), ou Alfred D&#246;blin &#233;taient ignor&#233;s, comme avait &#233;t&#233; occult&#233;e du reste en France toute la culture allemande d'entre les deux guerres. Je d&#233;couvris ces auteurs en m&#234;me temps que Jeanne qui m'en parlait. Satiriste et r&#233;volutionnaire, Kurt Tucholsky dans &#034;Apprendre &#224; rire sans pleurer&#034; ou &#034;Bonsoir r&#233;volution allemande&#034; tournait en d&#233;rision la soci&#233;t&#233; bourgeoise, exprimait sa haine de la caste militaire, des assassins de Rosa et de Karl. La mont&#233;e du fascisme dans &#034;Berlin Alexanderplatz&#034; d'Alfred D&#246;blin, la trilogie autobiographique de Elias Canetti, ou encore l'inclassable Thomas Bernhard, pourfendeur de l'Autriche bourgeoise, furent parmi nos d&#233;couvertes de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981 Jeanne apprit qu'elle &#233;tait atteinte d'un cancer. Apr&#232;s une intense radioth&#233;rapie, elle me demanda de l'accompagner pour un court s&#233;jour de repos dans les C&#233;vennes. A l'unique h&#244;tel de Coubi&#233;rettes, notre village, la cuisine &#233;tait r&#233;gionale et les champignons, cueillis par les clients, accommod&#233;s de cent mani&#232;res. En fin d'apr&#232;s-midi, les hommes se r&#233;unissaient au caf&#233; pour une partie de cartes ; leur conversation se passait en dialecte c&#233;venol, pour nous herm&#233;tique. Nous &#233;tions en octobre. Dans la for&#234;t les arbres &#233;taient rev&#234;tus de toutes les couleurs de l'automne, du jaune au rouge, de l'&#233;carlate au brun ; de la terre montaient les odeurs de champignons et de toutes sortes de plantes dont Jeanne connaissait le nom et l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous marchions sur les chemins d'un bon pas, devisant sur toutes choses, remontant dans le pass&#233;. Jeanne avait 13 ans en 1936, moi j'en avais 16, et ce court &#233;cart d'&#226;ge nous avait laiss&#233; une vision diff&#233;rente du pass&#233;. Elle avait gard&#233; un bon souvenir des faucons rouges (version la&#239;que des scouts) ; moi je lui disais combien j'avais d&#233;test&#233; l'optimisme de commande des staliniens pendant qu'ils assassinaient la r&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ath&#233;e, elle se voulait tol&#233;rante pour la religion. Mais il n'y a pas de religion sans &#233;glise et l'&#233;glise est l'instrument du pouvoir qui nous opprime. Qui mieux que Marx a su d&#233;finir le sens de la religion, sa fonction spirituelle et sociale : &#034;la religion est le soupir de la cr&#233;ature accabl&#233;e, l'&#226;me d'un monde sans c&#339;ur, comme elle est l'esprit d'une existence sans esprit. Elle est l'opium du peuple. ...La critique de la religion est donc particuli&#232;rement la critique de la 91 vall&#233;e de larmes dont la religion est l'aur&#233;ole.&#034; L'ath&#233;isme et l'anti-cl&#233;ricalisme ne nous emp&#234;chaient pas d'admirer la splendeur des cath&#233;drales, et nous en connaissions beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle de Laon, perch&#233;e sur une butte, au clocher entour&#233; de superbes statues de b&#339;ufs, hommage des artisans aux b&#234;tes de somme qui avaient charri&#233; les pierres de l'&#233;difice. Ou encore la cath&#233;drale de Chartres, sans doute une des plus somptueuses, qui &#233;tait souvent notre but de promenade. Mais quelle rigolade un jour, o&#249; &#233;tant entr&#233;s au moment d'un office, le cur&#233; chantait avec componction (bien s&#251;r devant un micro) : &#034;priez, priez sans cesse, prier c'est la jeunesse, prier c'est le bonheur&#034;... Nous avons souvent repris le refrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces ann&#233;es-l&#224;, ayant davantage le temps de lire, je pris l'habitude de noter les titres de mes lectures. Des milliers de livres paraissaient en librairie. &#034;La joie de lire&#034; de Masp&#233;ro avait h&#233;las p&#233;riclit&#233; victime des vols, cette retomb&#233;e frelat&#233;e d'un soi-disant esprit libertaire post 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Masp&#233;ro avait &#233;t&#233; un des premiers &#233;diteurs &#224; publier en plusieurs volumes la correspondance de Rosa Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les nombreux auteurs sovi&#233;tiques publi&#233;s et qu'on appelait &#034;dissidents&#034; parce qu'interdits chez eux, il y avait Soljenitsyne (n'aurait-il &#233;crit qu'&#034;Une journ&#233;e dans la vie d'Ivan Denissovitch&#034; !) ; mais aussi Vladimir Vo&#239;novitch (Les aventures singuli&#232;res du soldat Tchonkine, dignes de celles que v&#233;cut, sous Fran&#231;ois-Joseph, le Brave soldat Chveik de Karl Hasek), Erofeev, Chalamov, A&#239;tmatov, Sevela (&#034;Arr&#234;tez l'avion je veux descendre&#034;), Natalia Baranska&#239;a, et tant d'autres. Tous ces &#233;crivains utilisaient l'arme de la d&#233;rision. Ils avaient de qui tenir et l'h&#233;ritage &#233;tait de taille : Gogol (le Revizor, les Ames mortes), Tch&#233;khov, Gontcharov (Oblomov !), etc... A l'exemple du traditionnel humour juif, les Sovi&#233;tiques aussi savaient qu'il valait mieux rire de ses malheurs pour ne pas avoir &#224; en pleurer. Ainsi cette devinette : &#034;De quelle nationalit&#233; &#233;taient Adam et Eve ? - Sovi&#233;tiques. Parce qu'ils vivaient nus, n'avaient qu'une pomme &#224; se partager, et qu'ils se croyaient au paradis.&#034; (L'Arme du rire, &#233;d. Ramsay, 1979). Cependant il me semble qu'une mention particuli&#232;re revient &#224; Vassili Grossman pour son chef-d'&#339;uvre &#034;Vie et destin&#034;, qui doit tenir sans conteste dans l'histoire une place &#233;gale &#224; &#034;Guerre et paix&#034; de Tolsto&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es de &#034;prosp&#233;rit&#233;&#034; les &#233;diteurs, des plus grands aux plus modestes, rivalisaient d'imagination dans les publications de toute sorte. Aujourd'hui j'ai quelques dizaines de livres &#224; port&#233;e de la main sur des &#233;tag&#232;res. Mais dix fois plus sont rang&#233;s dans des bo&#238;tes en carton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me reproche souvent leur &#034;rel&#233;gation&#034;, due &#224; mon besoin de vivre dans un espace aussi nu et d&#233;pouill&#233; que possible. Je ne sais comment expliquer ce besoin d'&#034;aust&#233;rit&#233;&#034;, qui remonte loin dans mes jeunes ann&#233;es. Des murs nus, aucune recherche non plus dans les objets d'ameublement, presque tous d'ailleurs fabriqu&#233;s par Gus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acheter une t&#233;l&#233;vision nous avions attendu que Mathieu termine le lyc&#233;e et c'est chez un cousin de Gus, &#224; Clamart, que nous avons v&#233;cu sur le petit &#233;cran l'exploit de Gagarine dans son spoutnik. Le cousin Tahon s'&#233;tonnait que nous n'ayions pas de t&#233;l&#233;. Mais le plus souvent, quand Gus allait &#224; Clamart, le programme &#233;tait mauvais, et il s'entendait dire : &#034;tu aurais d&#251; venir hier&#034;. On en avait fait un sujet de plaisanterie, dans le genre &#034;demain on rase gratis&#034;. A l'&#233;poque la bo&#238;te magique &#233;tait encore loin d'occuper la place qu'elle tient aujourd'hui. C'est plus tard que Fellini, ce magicien de l'image, devait dire &#224; une journaliste du Monde : &#034;la t&#233;l&#233;vision a mutil&#233; notre capacit&#233; de solitude... Encha&#238;n&#233;s par un rituel envahissant, nous fixons un cadre lumineux qui vomit des milliards de choses s'annulant les unes les autres, dans une spirale vertigineuse. ... D&#233;sormais, nous ne pouvons plus attendre de nous, au maximum, qu'une r&#233;action de spectateurs, annihilant toute vell&#233;it&#233; de r&#233;flexion et presque d'&#233;motion.&#034; Mais en d'autres mains la t&#233;l&#233;vision pourrait-elle jouer le m&#234;me r&#244;le qu'en son temps le cin&#233;ma, que le Vieux a appel&#233; le septi&#232;me art ? Combien de fois n'ai-je pleur&#233; ou ri aux larmes dans une salle obscure. Je me souviens d'une s&#233;ance &#224; l'unique cin&#233;ma-th&#233;&#226;tre de Vanves. On y passait en version originale &#034;Ay Carmela&#034;, un admirable film de Carlos Saura qui relate un &#233;pisode de la guerre d'Espagne ; l'h&#233;ro&#239;ne, aux deux sens du mot, est une actrice d'une petite troupe de th&#233;&#226;tre dans les rangs r&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un apr&#232;s-midi, et &#224; l'initiative sans doute d'un professeur d'espagnol du lyc&#233;e, la salle &#233;tait remplie de jeunes. Quelques rares adultes seulement. Pendant la projection, des jeunes bavardaient entre eux, riaient aussi. Le film d'ailleurs n'&#233;tait pas morose. J'&#233;tais assise &#224; c&#244;t&#233; d'une femme &#226;g&#233;e. Quand la lumi&#232;re revint, elle me dit avec un sourire : j'ai v&#233;cu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais aim&#233; pouvoir lui dire : moi aussi, mais pas d'aussi pr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous &#233;tions en fin de compte r&#233;sign&#233;s &#224; la t&#233;l&#233; presque de la m&#234;me fa&#231;on qu'on ne pouvait se passer de t&#233;l&#233;phone (dont j'ai d&#251; pourtant plaider la n&#233;cessit&#233; aupr&#232;s de Gus), il en avait &#233;t&#233; autrement de la radio et de l'&#233;lectrophone. Pour ce dernier il lui fallait ce qu'il y avait de plus parfait. Nous avons achet&#233; un ensemble &#034;haut de gamme&#034; dans un magasin sp&#233;cialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bonheur, &#224; en pleurer d'&#233;motion, d'&#233;couter telle symphonie, tel trio, telle sonate des compositeurs que nous aimions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut mentir tout le temps &#224; tout le monde &#187; L'ann&#233;e 82 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un bref voyage &#224; Berlin. Devant nous, grandeur nature, une mise en sc&#232;ne d'un &#233;pisode des guerres de religion moins les massacres, puisqu'on ne tuait que de temps &#224; autre un transfuge qui escaladait &#034;le mur&#034;. Cette grande ville, ancienne capitale de l'Allemagne mais aussi du mouvement ouvrier social-d&#233;mocrate, &#233;tait coup&#233;e en deux et entre les deux se dressait un mur et un no man's land. D&#233;sormais capitale de l'Allemagne de l'est (RDA) sous contr&#244;le russe, la moiti&#233; ouest de la ville restait cependant sous contr&#244;le des alli&#233;s (Am&#233;ricains, Anglais, Fran&#231;ais) ; les Russes &#233;taient d&#233;sormais les ennemis. Pour aller de l'ouest &#224; l'est il fallait franchir la fronti&#232;re, montrer ses papiers, r&#233;pondre aux questions de policiers &#224; la trogne renfrogn&#233;e, et repartir le jour m&#234;me. La ville qui abritait de prestigieux mus&#233;es, aurait pu elle-m&#234;me en &#234;tre un, s'il n'y avait eu les nouveaux immeubles style HLM &#224; la p&#233;riph&#233;rie. Dans une salle de ce vaste mus&#233;e qui abrite les fouilles de Schliemann en Asie mineure, une gardienne, sans que nous l'ayons abord&#233;e, tient &#224; nous expliquer que le peuple vivait aujourd'hui bien mieux que sous l'ancien r&#233;gime. Dans la rue, une femme mendiait discr&#232;tement. Cependant, pas de pauvret&#233; visible, pas de queues devant les magasins. Au restaurant un pianiste joue de la musique d'ambiance, dans la tradition. A l'ouest musique aussi dans une brasserie, mais avec accord&#233;on et chanteuse. Ici des groupes de jeunes font concurrence aux Anglais pour la coupe et la coloration des cheveux. La ville ne manque pas de mus&#233;es modernes, de grands parcs, de belles avenues. Mais dans le m&#233;tro un jeune nous aborde : avez-vous &#233;t&#233; au Kreuzberg ? Non ? Il faut y aller. Nous d&#233;couvrons dans ce quartier un autre Berlin. Celui des squatters dans des immeubles qui n'ont pas encore &#233;t&#233; r&#233;nov&#233;s, des fresques et des inscriptions contestataires sur les murs, et une population bigarr&#233;e, due &#224; l'immigration turque. La plupart des restaurants sont turcs, on y mange bien, et la client&#232;le allemande ne les boude pas. Dans la rue beaucoup de fillettes la t&#234;te couverte d'un foulard, t&#233;moignage de la force des habitudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut notre dernier &#034;vagabondage&#034;. Fin 84, pour la premi&#232;re fois, nous nous r&#233;signons &#224; &#234;tre &#034;pris en charge&#034; dans un voyage organis&#233; par les &#034;Amiti&#233;s franco-chinoises&#034;. Et pendant deux semaines nous allons d&#233;couvrir la Chine, ou plut&#244;t une infime partie de ses merveilles. Bien s&#251;r nous allions voir ce qu'il fallait montrer aux touristes, et rien d'autre. Mais si nous &#233;tions log&#233;s et nourris dans des h&#244;tels confortables pour &#233;trangers, si Canton, Guilin, Kunming et P&#233;kin n'&#233;taient pas toute la Chine, il y avait pourtant de quoi en prendre plein ses yeux et ses oreilles. Une foule dense, des vieux bus bond&#233;s, d'innombrables v&#233;los. Des balayeurs prot&#233;g&#233;s de la poussi&#232;re par un demi-masque. Des crachoirs dispos&#233;s un peu partout, mais les gens n'ont pas tous perdu l'habitude de cracher par terre. Une assez grande uniformit&#233; de v&#234;tements &#034;mao&#034;, pantalons et veste bleu fonc&#233;. Vestige du pass&#233;, quelques vieilles trottinent sur leurs petits pieds qu'on avait band&#233;s dans leur enfance. Une de nos jeunes guides nous dit qu'elle avait &#233;pous&#233; le gar&#231;on de son choix, et pas celui que lui d&#233;signaient ses parents : les temps ont chang&#233;. Mais un &#233;tudiant, faisant lui aussi office de guide, nous explique que le choix des &#233;tudes n'est pas libre. Les &#233;tudiants sont r&#233;partis selon les places disponibles dans telle ou telle universit&#233;. Nos guides nous offrent une halte dans un village, et nous tombons vraiment bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une noce venait d'&#234;tre c&#233;l&#233;br&#233;e, et les villageois r&#233;unis autour des jeunes mari&#233;s f&#234;taient l'&#233;v&#233;nement. Les mari&#233;s en costume mao avaient un ruban rouge &#224; la boutonni&#232;re. L'ambiance &#233;tait joyeuse, on servait aux invit&#233;s un simple verre d'eau chaude, le &#034;th&#233; du pauvre&#034;, et nous e&#251;mes droit au n&#244;tre. Les maisons &#233;taient en terre battue. Un vieux nous demanda de le prendre en photo avec ses petits enfants. Heureusement, pour la premi&#232;re fois nous voyagions avec un appareil de photo. Mais le vieux fut d&#233;&#231;u, car nous n'avions pas le d&#233;veloppement automatique, comme d'autres touristes. Sur les routes nous croisons sans cesse des charrettes et aussi des files d'hommes et de femmes portant des palanches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;kin nous pouvons p&#233;n&#233;trer dans la Cit&#233; interdite, avec ses pagodes, ses jardins, les appartements des concubines, les douves sur lesquelles glissent les patineurs, il y avait de quoi &#233;blouir les plus frustes comme les plus raffin&#233;s. Sur la place Tian An Men une longue file de curieux s'&#233;gr&#232;ne devant la momie de Mao Tse Toung, notre groupe s'empresse de faire la visite. Nous pr&#233;f&#233;rons parcourir les ruelles des quartiers populaires, fl&#226;ner sur les march&#233;s en plein air, o&#249; on trouve de tout y compris chiens et chats &#233;corch&#233;s, et aller ensuite d&#233;jeuner, avec les autres touristes, au &#034;Temple du soleil&#034;. Nous sommes log&#233;s &#224; la p&#233;riph&#233;rie dans un h&#244;tel construit dans les ann&#233;es 50 pour les experts sovi&#233;tiques. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on les g&#226;tait. Nous avons droit &#224; une chambre &#224; coucher, un cabinet de travail avec t&#233;l&#233;vision, une salle de bains. Le soir, au th&#233;&#226;tre du &#034;Pont du ciel&#034;, le spectacle de danse et de musique est superbe, mais nous mod&#233;rons nos applaudissements, pour ne pas nous d&#233;marquer du public chinois qui manifeste son enthousiasme avec retenue. A l'h&#244;tel nous disposons d'un journal en anglais, le China Daily. On apprenait ainsi qu'en 1984, &#224; P&#233;kin, 17 h&#244;tels de luxe et 80.000 appartements nouveaux avaient &#233;t&#233; construits, mais que la surface moyenne par habitant &#233;tait de 6 m2. La politique de l'Etat, disait le journal, est de transformer l'&#233;conomie rurale auto-suffisante en &#233;conomie de march&#233;. Dans la rue des affiches avec les portraits d'hommes condamn&#233;s &#224; mort pour faits criminels, mais aucune information sur les d&#233;tenus politiques. Wei Jingsheng, le plus connu &#224; l'&#233;tranger, et ses camarades qui en 1979 avaient form&#233; &#034;l'alliance pour les droits de l'homme&#034; et avaient affich&#233; des dazibao (journaux muraux), &#233;taient toujours en prison. Nulle part leurs noms n'&#233;taient mentionn&#233;s. Presque dix ans plus tard une nouvelle explosion de la jeunesse &#233;tudiante et ouvri&#232;re, dont la t&#233;l&#233;vision &#233;trang&#232;re s'est fait le t&#233;moin sur la place Tian An Men, fit de nouvelles victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement au moment o&#249; se d&#233;roulait cette r&#233;volte &#233;tudiante &#224; P&#233;kin, que le sort nous r&#233;servait notre ultime d&#233;paysement, un voyage &#034;France-URSS&#034; d'une semaine, &#224; Moscou et &#224; L&#233;ningrad. Il n'avait jamais &#233;t&#233; question pour nous de faire un voyage au pays de la terreur stalinienne. Deux ans seulement avant le tournant de la &#034;glasnost&#034;, le caricaturiste Viatcheslav Sysso&#239;ev, qui se cachait pour &#233;chapper &#224; l'asile psychiatrique, &#233;tait arr&#234;t&#233; pour avoir dessin&#233; les bureaucrates avec des t&#234;tes au carr&#233; sans visage. (Masp&#233;ro publia ses dessins, avec une pr&#233;face de Sin&#233;). Mais depuis 1985 Gorbatchev, promu &#224; 54 ans au secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral apr&#232;s les r&#232;gnes brefs et la mort successive d'Andropov et de Tchernenko, se donnait pour mission de r&#233;ussir l&#224; o&#249; Khrouchtchev avait &#233;chou&#233; trente ans plus t&#244;t. Glasnost et perestro&#239;ka furent les deux slogans qu'il lan&#231;a pour sauver le pays de la d&#233;liquescence dans laquelle il s'enfon&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glasnost d'abord : laisser les gens s'exprimer librement, permettre la comp&#233;tition des id&#233;es, pour pouvoir ensuite faire sauter les verrous qui bloquaient l'&#233;conomie, r&#233;tablir la comp&#233;tition du march&#233;. Gorbatchev ne demandait pas au peuple de mettre &#224; bas la bureaucratie, de s'approprier le pouvoir dont il avait &#233;t&#233; spoli&#233;. Il s'adressait &#224; l'occident, demandait l'aide du capital &#233;tranger, de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain en premier. Dans les d&#233;buts, la glasnost suscita un grand &#233;lan surtout parmi les intellectuels, qui pouvaient de nouveau se r&#233;unir ouvertement, tenir des colloques, publier des livres et des journaux. Mais les trente millions de bureaucrates, surtout les plus privil&#233;gi&#233;s, firent &#233;chouer l'entreprise, entra&#238;nant le pays dans le chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme devait le d&#233;clarer le &#034;Comit&#233; des nouveaux socialistes de Moscou&#034; en avril 90 : &#034;le march&#233; dans les mains du bureaucrate revient &#224; &#233;changer &#224; un barbare sa massue contre une mitraillette&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous sommes arriv&#233;s &#224; Moscou, en juin 89, nous avons d&#233;couvert une ville &#224; l'aspect morne. La pauvret&#233; ne s'&#233;talait pas dans la rue, mais il n'y avait pas abondance dans les magasins. Log&#233;s dans un h&#244;tel pour touristes, nos menus &#233;taient tr&#232;s modestes. Le personnel proposait discr&#232;tement l'&#233;change de devises contre des roubles, offrant un change dix fois sup&#233;rieur &#224; celui fix&#233; par la banque, par exemple 100 roubles contre 10 francs, au lieu de la parit&#233; 100 contre 100. L'absence d'affiches publicitaires dans les rues nous frappe agr&#233;ablement. (Tout le contraire du sentiment amer que nous avons ressenti dans une de nos banlieues, &#224; Malakoff, o&#249; un supermarch&#233; a recouvert impun&#233;ment de sa publicit&#233; hideuse une belle fresque murale, r&#233;alis&#233;e par les enfants d'une &#233;cole). L'immense, et impressionnant, parc d'exposition des r&#233;alisations scientifiques est tr&#232;s visit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Leningrad nous cherchons &#224; retrouver les traces de l'&#233;pop&#233;e de 1917. De l'h&#244;tel Moskva, place Alexandre Nevski, nous prenons le m&#233;tro pour nous rendre au mus&#233;e de la r&#233;volution d'Octobre. A c&#244;t&#233; de nous, un &#233;tudiant nous parle en fran&#231;ais des difficult&#233;s de la vie, rien n'a encore chang&#233; ; sans doute pense-t-il que nous nous faisons des illusions sur le &#034;nouveau&#034; r&#233;gime. Il nous indique la station (marqu&#233;e en lettres cyrilliques) et demande &#224; une personne qui descend au m&#234;me arr&#234;t de nous accompagner jusqu'au mus&#233;e ; ce qui est fait avec une grande gentillesse. Le mus&#233;e, install&#233; au palais Ktechinska&#239;a, est &#233;galement tr&#232;s visit&#233;. Enfin le nom de Trotski est r&#233;tabli aux diff&#233;rentes &#233;tapes de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leningrad est une belle ville aux innombrables palais. Les &#233;glises ne sont pas encore rendues au culte, et dans la cath&#233;drale St. Isaac le guide nous explique que Pierre le Grand fit b&#226;tir cette merveille (et d'autres) au prix de la vie de dizaines de milliers de moujiks serfs, morts &#233;puis&#233;s dans ces murs. On nous fait visiter la forteresse Pierre-et-Paul, et aussi le quartier Narva o&#249; se trouvaient jadis les usines Poutilov, bastion du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, rebaptis&#233;es usines Kirov. Ni le mus&#233;e de la r&#233;volution, ni la salle de concerts o&#249; fut jou&#233;e dans la ville assi&#233;g&#233;e la symphonie Leningrad de Chostakovitch (signal&#233;e par une plaque &#224; sa m&#233;moire) ne faisaient partie des visites guid&#233;es. Chostakovitch avait compos&#233; et dirig&#233; cette musique dans la ville qui devait subir dans des conditions inhumaines trois ann&#233;es de si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La symphonie Leningrad, d'une puissance et d'une beaut&#233; rares, nous &#233;tait connue avant ce voyage ; Gus avait m&#234;me une sorte de culte pour Chostakovitch, qui nous apparaissait comme un personnage path&#233;tique, &#224; l'&#233;gal de Beethoven.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains sont plus &#233;gaux que d'autres &#187; Dans les ann&#233;es 80 Gus avait au coll&#232;ge une vie sociale. J'avais, pour ma part, quelques occupations de &#034;retrait&#233;e&#034;. C'est ainsi que je recevais chaque mercredi la fille de &#034;l'homme de peine&#034; de l'immeuble, une gamine de l'&#226;ge de Zo&#233;, que j'aidais &#224; faire ses devoirs et &#224; prendre go&#251;t &#224; la lecture. Orpheline de m&#232;re, avec un p&#232;re ayant quitt&#233; l'&#233;cole &#224; l'&#226;ge de 12 ans, elle avait beaucoup de difficult&#233;s &#224; raisonner dans l'abstrait. Son sort semblait trac&#233; par ce dessin paru dans le Court-Circuit du 5.12.74 : sous la l&#233;gende &#034;Non, l'&#233;galit&#233; des chances n'existe pas !&#034;, deux jeunes gar&#231;ons c&#244;te &#224; c&#244;te sur le starting bloc ; devant l'un, un ascenseur sur lequel est indiqu&#233; &#034;fils de cadres&#034;, devant l'autre un escalier o&#249; une fl&#232;che indique &#034;fils d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions pour voisins de palier un couple de militants PSU, lui ing&#233;nieur, elle anesth&#233;siste &#224; l'h&#244;pital. Avec leurs deux petites filles, ils d&#233;m&#233;nag&#232;rent bient&#244;t dans un pavillon &#224; Ch&#226;tillon-sous-Bagneux. Un jour, au t&#233;l&#233;phone, la jeune femme me raconte avec des larmes dans la voix qu'elle avait d&#233;cid&#233; de mettre ses filles dans une &#233;cole priv&#233;e ; elles prenaient trop de retard &#224; l'&#233;cole publique o&#249; le niveau &#233;tait trop bas. Je repense &#224; cette histoire v&#233;cue, chaque fois que j'entends plaider pour la &#034;libert&#233; de l'enseignement&#034; et des subventions &#224; l'&#233;cole priv&#233;e. Le dicton &#034;on ne pr&#234;te qu'aux riches&#034; devrait se dire &#034;on ne donne qu'aux riches&#034;. L'Etat bourgeois laissait l'&#233;cole la&#239;que se d&#233;labrer et venait en aide &#224; &#034;l'initiative priv&#233;e&#034;, &#224; la satisfaction d'une petite bourgeoisie &#233;litiste. Du temps de la scolarit&#233; de Gus, le lyc&#233;e n'&#233;tait tout simplement pas &#224; la port&#233;e des pauvres. Les jeunes entraient dans la production souvent d&#232;s l'&#226;ge de quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que Mathieu ne soit d'&#226;ge d'aller au lyc&#233;e, je r&#234;vais pour lui d'un enseignement diversifi&#233;, qui associerait travaux manuels et culture g&#233;n&#233;rale. Si de pareilles &#233;coles avaient exist&#233;, mais elles n'existaient pas, elles auraient permis de former des hommes accomplis. J'ai trouv&#233; dans &#034;l'Id&#233;ologie allemande&#034;, l'ouvrage abandonn&#233; par Marx et Engels &#224; &#034;la critique rongeuse des souris&#034;, cette projection de l'homme &#034;multi-culturel&#034; : &#034;Aussit&#244;t que le travail commence &#224; &#234;tre divis&#233;, chacun a un cercle d&#233;termin&#233; d'activit&#233; qui lui est impos&#233; et dont il ne peut sortir : il est et doit rester chasseur, p&#234;cheur, ou critique s'il ne veut pas perdre ses moyens de subsistance - tandis que dans la soci&#233;t&#233; communiste, o&#249; chacun n'a pas un cercle exclusif d'activit&#233;, mais peut s'entra&#238;ner dans n'importe quelle branche selon son d&#233;sir, la soci&#233;t&#233; r&#232;gle la production g&#233;n&#233;rale et rend ainsi possible pour moi de faire ceci aujourd'hui, cela demain, de chasser le matin, de p&#234;cher l'apr&#232;s-midi, d'&#233;lever du b&#233;tail dans la soir&#233;e et de critiquer apr&#232;s le d&#238;ner, exactement selon mon bon plaisir, sans jamais devenir chasseur, ou p&#234;cheur, ou critique.&#034; Il arrivait aussi qu'on me demande d'&#233;crire l'histoire de l'U.C. Je n'&#233;tais pas &#224; la hauteur d'une telle t&#226;che. Barta de son c&#244;t&#233; avait r&#233;pondu aux questions d'un certain nombre de militants ou d'historiens, Yvan Craipeau et Jacqueline Pluet notamment. Son t&#233;moignage n'est rest&#233; que dans l'interpr&#233;tation que lui ont donn&#233;e ses interlocuteurs dans leurs livres. Mais le hasard devait se frayer encore un autre chemin dans cette recherche du pass&#233;. C'&#233;tait &#224; une f&#234;te de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034;. Gus et moi cheminions dans une all&#233;e parmi la foule, quand tout d'un coup quelqu'un s'arr&#234;te net devant nous : Louise ! s'exclame l'homme, tu me reconnais ? Non, je ne me souvenais pas de lui. Et pourtant, nous &#233;tions de la m&#234;me &#034;famille&#034; et ne nous &#233;tions pas revus depuis 45 ans. En 1939 Louis Bonnel et moi faisions partie de la tendance du POI qui avait adh&#233;r&#233; au PSOP. Appel&#233; au service militaire, il m'avait confi&#233; la tr&#233;sorerie des JSOP dont il &#233;tait responsable. Et le destin renouait les fils. Gr&#226;ce &#224; Bonnel j'ai fait la connaissance de Paolo. Ce jeune Italien trotskiste, en marge du militantisme commen&#231;ait &#224; se consacrer &#224; la recherche historique. Quand Bonnel me le pr&#233;senta, la r&#233;action de Paolo fut &#224; la fois touchante et dr&#244;le ; telle fut sans doute la r&#233;action des ap&#244;tres devant le Christ redescendu sur terre pour leur laisser son dernier message. &#034;Last but not least&#034;, c'est Bonnel qui me mit en relation avec Richard Moyon ; comme d'autres avant lui il avait quitt&#233; L.O. o&#249; il avait milit&#233; de nombreuses ann&#233;es et fini par avoir le sentiment de vivre, si ce n'est dans un carcan, du moins avec des &#339;ill&#232;res ; c'est ce qui le poussait &#224; vouloir creuser le pass&#233; de cette organisation qui se r&#233;clamait de la tradition &#034;glorieuse&#034; de l'U.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire interpr&#233;t&#233;e Et c'est ainsi que par les chemins du hasard, je repris &#224; partir du printemps 86 mon statut de &#034;secr&#233;taire&#034; dans une troisi&#232;me m&#233;tamorphose ; la premi&#232;re avait &#233;t&#233; &#224; l'UC pour la r&#233;volution, la deuxi&#232;me pour &#034;gagner des fafiots en allant au boulot&#034;, la troisi&#232;me enfin comme archiviste de l'histoire. Gus avait, de sa propre initiative, pris les devants. Profitant des facilit&#233;s qui lui &#233;taient offertes au coll&#232;ge, il avait photocopi&#233; tous les documents que nous conservions, journaux, proc&#232;s-verbaux, etc., tri&#233; et photocopi&#233; un &#224; un les articles par sujet, pour en faire des recueils th&#233;matiques. Je ne me rappelle pas ce qui a d&#233;cid&#233; Ramboz &#224; &#233;crire l'histoire de l'U.C. Il avait tir&#233; des conclusions assez n&#233;gatives de notre pass&#233;, et ne poss&#233;dait pas d'archives. Nous lui avons aussit&#244;t remis les collections compl&#232;tes des journaux et je m'attelais &#224; un minutieux travail de classement et de listage de tous nos documents, aussi bien les compte-rendus des r&#233;unions que les tracts ou les bulletins d'usine. Il y en avait pour des mois de travail ; en m&#234;me temps j'essayais de r&#233;concilier sa m&#233;moire avec une vision plus fid&#232;le de l'&#233;poque, h&#233;las sans y avoir vraiment r&#233;ussi. En 1988 Ramboz achevait son travail sous le titre &#034;Contribution &#224; l'histoire de l'Union Communiste (trotskiste) 1940-1950.&#034; Ce texte n'est pas sans m&#233;rite. Cependant, je ne pouvais que d&#233;sapprouver les remarques o&#249; il dit que la &#034;rigidit&#233; doctrinale (de l'UC) frappait sa strat&#233;gie de st&#233;rilit&#233;&#034;, que nous avions &#034;une conception messianique de la classe ouvri&#232;re&#034; ou que &#034;Trotski, champion d'un communisme libertaire, n'en a pas moins r&#233;prim&#233; l'insurrection libertaire de Kronstadt et militaris&#233; l'Arm&#233;e rouge&#034; (il ajouta quand m&#234;me, sur mon insistance, un erratum pour pr&#233;ciser qu'en 1921 Trotski &#034;est membre du gouvernement qui &#233;crase le soul&#232;vement libertaire de Kronstadt, sans participer personnellement &#224; la r&#233;pression&#034;). Ramboz, &#224; qui j'avais fourni les copies des lettres de Barta &#224; Boussac, aurait &#233;t&#233; bien inspir&#233; de m&#233;diter sur ces lignes : &#034;Il faut reconstruire le pass&#233; &#224; partir des probl&#232;mes, de la situation et des buts et espoirs (aussi) des protagonistes au moment historique o&#249; ils agissaient.&#034; (Lettre du 3.5.76). Ramboz appelait &#034;rigidit&#233; doctrinale&#034; l'espoir que nous entretenions dans un changement de soci&#233;t&#233;, &#034;de la nuit de la guerre voir na&#238;tre un jour nouveau&#034;. C'est un proc&#233;d&#233; banal et trop facile de jouer les proph&#232;tes apr&#232;s coup. Et beaucoup plus difficile d'analyser une situation nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 novembre 1922, au cinqui&#232;me anniversaire de la r&#233;volution d'octobre, paraissaient dans &#034;l'Humanit&#233;&#034; ces lignes sous la signature d'Anatole France : &#034;N&#233;s dans l'indigence, grandis dans la famine et la guerre, comment les Soviets eussent-ils pu accomplir leur grand dessein et r&#233;aliser la justice int&#233;grale ? Du moins, ils en ont pos&#233; le principe, ils ont jet&#233; les semences qui, si les destins le favorisent, se r&#233;pandront sur la Russie et f&#233;conderont un jour l'Europe.&#034; Mais l'histoire prit un autre cours. Dix-huit ans plus tard, le 12 f&#233;vrier 1940 Trotski r&#233;pondait ainsi &#224; un journaliste qui lui demandait quelle aurait &#233;t&#233; sa politique s'il avait &#233;t&#233; le chef de l'Etat sovi&#233;tique : &#034;Je n'aurais pu &#234;tre le &#034;chef&#034; de l'Etat sovi&#233;tique actuel : seul Staline convient &#224; ce r&#244;le. Ce n'est pas moi personnellement qui ai perdu le pouvoir et ce ne fut pas par hasard, mais parce que la p&#233;riode r&#233;volutionnaire a fait place &#224; une &#233;poque r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longs efforts et d'innombrables victimes, les masses, fatigu&#233;es et d&#233;&#231;ues, ont reflu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avant-garde a &#233;t&#233; isol&#233;e. Une nouvelle caste privil&#233;gi&#233;e a concentr&#233; le pouvoir entre ses mains et Staline, qui ne jouait auparavant qu'un r&#244;le secondaire, est devenu son chef. La r&#233;action en URSS a progress&#233; parall&#232;lement &#224; la r&#233;action dans le monde.&#034; (Oeuvres compl&#232;tes, tome 23). Rappelons seulement encore cette phrase d'Engels (dans son livre sur Ludwig Feuerbach) : &#034;les hommes font leur histoire, quelque tournure qu'elle prenne, en poursuivant chacun leurs fins propres, consciemment voulues, et ce sont pr&#233;cis&#233;ment les r&#233;sultats de ces nombreuses volont&#233;s dans des sens diff&#233;rents, leurs r&#233;percussions vari&#233;es sur le monde ext&#233;rieur, qui constituent l'histoire.&#034; Le travail de notre nouvel ami Paolo fut par force moins ambitieux. Avec l'aide de Richard, qui r&#233;digea les introductions, il publia sous la forme de deux brochures du Centre d'&#233;tudes Pietro Tresso qu'il dirige, la correspondance de Barta avec Sedova et le Rapport d'organisation de 1943. Instruit par l'exp&#233;rience, Richard s'est attel&#233; &#224; un travail plus en profondeur. Il a r&#233;ussi &#224; faire &#233;diter par la Br&#232;che (imprimerie de la LCR) un premier volume contenant l'int&#233;gralit&#233; des Lutte de Classes d'octobre 1942 &#224; juillet 1945, avec une bonne introduction historique. L.O. a facilit&#233; financi&#232;rement l'entreprise en achetant mille exemplaires. Richard r&#233;ussit aussi &#224; faire publier dans la s&#233;rie des Cahiers L&#233;on Trotski dirig&#233;e par Pierre Brou&#233;, une brochure : Barta et l'Union Communiste pendant la guerre (n&#176;49, juillet 1993). La pr&#233;face de Richard, d'une quarantaine de pages, est un tr&#232;s bon aper&#231;u de l'histoire de l'UC. Il continue son travail de &#034;gal&#233;rien&#034; (&#034;pourquoi t'es tu embarqu&#233; dans cette gal&#232;re ?&#034; &#233;crivait Barta &#224; son jeune correspondant, Jean-Paul Boussac, en janvier 76). Je l'aide dans la mesure de mes moyens, techniquement, et aussi &#034;moralement&#034; ; de la vieille garde il n'en reste plus beaucoup parmi nous. Un deuxi&#232;me volume, avec des textes de l'UC de 1945 &#224; 1947 est pr&#234;t aujourd'hui, en d&#233;cembre 93 (un troisi&#232;me et dernier suivra). Mais j'ai encore fait un saut dans le futur, et il me faut revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, bient&#244;t la maladie qui avait lentement &#233;volu&#233;, commen&#231;a &#224; donner des signes inqui&#233;tants. En plus de la fatigue, Gus avait des difficult&#233;s &#224; respirer, et une longue s&#233;rie d'examens &#233;prouvants avec de brefs s&#233;jours r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; l'h&#244;pital devaient assombrir sa vie. Mais nous avions encore un sursis. En 1985 nous d&#233;couvrions le livre d&#233;nonciateur de G&#252;nther Wallraff, &#034;T&#234;te de Turc&#034; publi&#233; par les &#233;ditions de la D&#233;couverte, successeur de Masp&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque l&#224; personne n'avait parl&#233; de cet &#233;crivain (n&#233; en 1942), alors qu'il &#233;tait connu en Allemagne depuis les ann&#233;es 60 pour ses actions d'&#233;clat, poursuivi par les tribunaux, menac&#233; de mort par les sbires du patronat ou de la presse v&#233;nale. Muni de faux papiers, d&#233;guis&#233; avec une perruque, des moustaches et des lentilles &#224; la place de ses lunettes, il s'&#233;tait fait embaucher comme ouvrier immigr&#233; turc chez Thyssen. Les conditions de vie et de travail, au m&#233;pris de toute norme de sant&#233; et de s&#233;curit&#233;, faisaient l'objet de son livre T&#234;te de Turc. &#034;Il faut tromper pour ne pas &#234;tre tromp&#233;, enfreindre les r&#232;gles du jeu pour divulguer les r&#232;gles secr&#232;tes de domination&#034;, r&#233;pondait-il &#224; ceux qui s'indignaient de son subterfuge. C'est tout le syst&#232;me de la soci&#233;t&#233; qu'il mettait en cause. &#034;Economie libre de march&#233; : terme ad&#233;quat, car les dirigeants de l'&#233;conomie sont v&#233;ritablement libres, et d'ailleurs presque les seuls &#224; l'&#234;tre dans ce pays : ils ont la libert&#233; de pratiquer l'usure et la fraude, le recel, le vol, l'intoxication, l'oppression... Ils empoisonnent nos fleuves et nos mers, nos malades, nos vieux, nos enfants dans les entrailles de leur m&#232;re, nos loisirs, nos familles, nos illusions, notre facult&#233; de faire confiance, d'aimer et de pleurer.&#034; Pour d&#233;noncer la soci&#233;t&#233; &#034;lib&#233;rale&#034; preuves &#224; l'appui, Wallraff avait successivement rev&#234;tu le r&#244;le d'un conseiller minist&#233;riel n&#233;gociant l'embauche d'unit&#233;s paramilitaires au service des patrons, servi de cobaye comme ouvrier &#233;tranger pour des tests de m&#233;dicaments dangereux, et travaill&#233; comme journaliste &#224; la r&#233;daction du journal &#224; scandales &#034;Bild&#034; du groupe Springer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette presse pourrie faisait la chasse au groupe Fraction Arm&#233;e Rouge les traitant de nazis, alors qu'elle cachait sous une stricte censure le pass&#233; d'ancien officier SS de Hans-Martin Schleyer, grand patron enlev&#233; puis tu&#233; par les terroristes.. (Tous ces militants furent condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie, certains s'y sont suicid&#233;s, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; le cas pour les criminels nazis). L'&#233;crivain Heinrich B&#246;ll, qui avait stigmatis&#233; cette presse dans &#034;L'honneur perdu de Katharina Blum&#034; (publi&#233; en 1974) disait qu'il fallait &#034;cr&#233;er une douzaine de Wallraff&#034;. Les syndicats, qui avaient failli &#224; leur t&#226;che, se sentirent enfin oblig&#233;s de le soutenir et publi&#232;rent m&#234;me par tracts certains de ses reportages en usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la f&#234;te de &#034;Lutte Ouvri&#232;re&#034; de 1986 Alain Brossat, le traducteur fran&#231;ais de &#034;T&#234;te de Turc&#034; pr&#233;senta le livre. Un ouvrier fran&#231;ais, militant de la LCR, parla &#224; cette occasion de son exp&#233;rience de mineur dans la Sarre, mais l'&#233;motion l'emp&#234;cha de finir son expos&#233; : il racontait qu'&#224; sa plus grande honte, les mineurs allemands lavaient le dos de leurs camarades comme c'&#233;tait l'usage, mais refusaient de le faire pour les mineurs turcs ! A l'&#233;chelle plan&#233;taire, l'&#233;v&#233;nement de cette ann&#233;e 86 fut l'explosion d'un r&#233;acteur nucl&#233;aire &#224; Tchernobyl, en Ukraine , qui entra&#238;na un d&#233;sastre dont nous ne pouvions mesurer l'ampleur, car aux &#233;chelons responsables on en cacha et minimisa les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, en novembre 86 commen&#231;ait une gr&#232;ve dure des cheminots ; fait nouveau, elle &#233;tait dirig&#233;e par des &#034;coordinations&#034; &#233;lues, en opposition avec les dirigeants des syndicats hostiles &#224; la gr&#232;ve. Par une man&#339;uvre dont elle &#233;tait coutumi&#232;re - en d&#233;clenchant d'une gr&#232;ve de l'EDF impopulaire et mal contr&#244;l&#233;e - la CGT finit par casser le mouvement. Interrog&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision, un dirigeant des conducteurs de trains en pleurait de rage. Mais en m&#234;me temps la jeunesse se manifestait &#224; nouveau. Une &#233;ni&#232;me r&#233;forme d'un ministre de l'&#233;poque visant les &#233;tudiants, les avait soulev&#233;s en masse, entra&#238;nant les lyc&#233;ens. Avec entrain, ceux de Paris comme ceux des banlieues chantaient d'une seule voix dans la rue, sur un air connu : &#034;Devaquet si tu savais, ta r&#233;forme, ta r&#233;forme, Devaquet si tu savais ta r&#233;forme o&#249; on s'la met ; et ils encha&#238;naient : &#034;aucu, aucu, aucune h&#233;sitation&#034;. Pasqua, le flic-ministre de l'int&#233;rieur &#233;tait pri&#233; d'aller se faire voir ailleurs : &#034;libert&#233; pour Mandela, on vous envoie Pasqua&#034;, clamaient les jeunes. Les brutalit&#233;s de la police provoqu&#232;rent au Quartier latin la mort d'un jeune maghr&#233;bin, Malik Ouss&#233;kine. Le mouvement devait se prolonger avec des affrontements jusqu'&#224; la mi-d&#233;cembre et le ministre finit par mettre sa r&#233;forme au panier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 88 nous &#233;tions nombreux au P&#232;re Lachaise pour rendre hommage &#224; la m&#233;moire de Daniel Gu&#233;rin ; un de ses camarades rappela qu'en 1986 Gu&#233;rin avait rencontr&#233; Dany sur le passage d'une manifestation de jeunes et l'avait interrog&#233; : &#034;alors, on l'aime toujours la r&#233;volution ?&#034; Le livre post-68 &#233;crit par Cohn-Bendit s'intitulait &#034;Nous l'avons tant aim&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, 86 n'&#233;tait pas 68. En 86 les jeunes craignaient un avenir de ch&#244;meurs et restaient sur la d&#233;fensive ; en 68 la jeunesse voulait monter &#224; l'assaut du ciel et changer la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque qu'au retour d'un voyage chez Ramboz &#224; Uz&#232;s, nous sommes all&#233;s revoir notre vieux camarade Rival, install&#233; &#224; Carros, une cit&#233; populaire &#224; 20 km de Nice. Il &#233;tait toujours sur la br&#232;che et militait avec sa femme Mich&#232;le &#224; l'&#233;chelon local. Nous avions bien des souvenirs en commun. Quand j'y suis retourn&#233;e, apr&#232;s la mort de Gus, Rival me fit un bref r&#233;cit de sa vie, et je conserve ainsi une dizaine de pages r&#233;sumant l'itin&#233;raire de ce militant communiste, un &#034;partageux&#034; comme il devait l'&#233;crire dans un tr&#232;s bon article en 91, au moment de l'hyst&#233;rie d&#233;cha&#238;n&#233;e sur la &#034;mort du communisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin Quand Tildica (la tante de Mathieu) vint en visite &#224; Paris l'&#233;t&#233; 87, l'&#233;tat de sant&#233; de Gus fut un choc pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait pour lui une vraie affection, car il lui avait t&#233;moign&#233; &#224; chaque occasion une disponibilit&#233;, un accueil qui ne pouvaient que lui aller droit au c&#339;ur. C'est ainsi que, sur son insistance, en janvier 88 nous pr&#238;mes l'avion pour Sydney. L&#224;-bas c'&#233;tait l'&#233;t&#233; et on y f&#234;tait justement un bicentenaire que les aborig&#232;nes n'appr&#233;ciaient gu&#232;re : celui de la colonisation blanche (c'est-&#224;-dire l'installation des premiers bagnards anglais). Tildica habitait toujours la maison confortable, dans un beau quartier, que j'avais connue en 1955. Nous f&#251;mes int&#233;gr&#233;s dans la famille. Les deux filles &#233;taient maintenant adultes, et Janine l'a&#238;n&#233;e avait elle-m&#234;me une fille et un gar&#231;on. Le petit, &#226;g&#233; de 7 ans, avait un c&#339;ur grand comme la terre enti&#232;re ; chaque jour, en venant chez sa grand'm&#232;re, il apportait quelque menu cadeau &#224; Gus, et &#034;I love Gus&#034; avait sa r&#233;ciproque &#034;I love Ace&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, me promenant avec lui sur la grande pelouse en haut de la falaise, on buta sur un petit h&#233;risson mort ; &#233;tait-il vraiment mort ? ne pouvions-nous pas essayer de le ranimer en le ramenant &#224; la maison ? Je r&#233;ussis &#224; convaincre le gamin qu'il fallait le laisser l&#224;, que le h&#233;risson retournait &#224; la m&#232;re nature. Bondi Beach, une magnifique plage de sable, n'&#233;tait pas loin et nous nous y rendions chaque jour par un court trajet en autobus. Gus commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque &#224; souffrir d'une sensation permanente de froid, mais l&#224;, en plein soleil il pouvait exposer son maigre corps &#224; la chaleur et ressentir du bien-&#234;tre. Je rentrai &#224; Paris d&#233;but mars, Gus &#224; son tour d&#233;but avril. Ce s&#233;jour avait &#233;t&#233; un r&#233;pit b&#233;n&#233;fique. Un an apr&#232;s, en mars 89, nous devions apprendre la mort de Tildica ; elle allait avoir 77 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France on f&#234;tait le bicentenaire de la R&#233;volution. Une abondante litt&#233;rature marqua l'&#233;v&#233;nement, des centaines de livres, mais Daniel Gu&#233;rin ne fut pas r&#233;&#233;dit&#233;. Il est vrai que sa &#034;Lutte de Classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique&#034; (intitul&#233;e &#224; l'origine &#034;Bourgeois et bras nus&#034;) traitait des &#233;v&#233;nements de 1793 et qu'il avait mis en exergue cet extrait du Manifeste des Egaux de Babeuf : &#034;la R&#233;volution fran&#231;aise n'est que l'avant-courri&#232;re d'une autre r&#233;volution bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la derni&#232;re&#034;. Ce m&#234;me &#233;t&#233; nous avons d&#233;couvert, non loin de Calais, un curieux vestige de la guerre de 1940. Gus y avait v&#233;cu les bombardements, les &#034;feux d'artifice&#034; comme il disait, de la Royal Air Force, les destructions et la peur, la course au charbon et au ravitaillement, et l'omnipr&#233;sence des soldats allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une trace de leur mal du pays &#233;tait conserv&#233;e : &#224; Wissant, au caf&#233; Nicole, sur toute la largeur d'un mur, deux soldats avaient peint une fresque repr&#233;sentant la cath&#233;drale de Cologne et le quartier autour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le grand &#233;v&#233;nement de l'ann&#233;e 1989 fut la chute du mur de Berlin le 10 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gus, alit&#233;, ne manifesta aucun enthousiasme, aucun d'entre nous d'ailleurs. Ce n'&#233;tait pas l&#224; l'effet d'une r&#233;volution, mais d'une d&#233;composition, qui nous faisait penser &#224; la nouvelle terrifiante de Poe, &#034;Le cas de Monsieur Valdemar&#034;. Malgr&#233; l'existence de groupes et de courants oppositionnels d'avant-garde en RDA (l'Allemagne de l'est), qui se manifestaient depuis des ann&#233;es, nous savions que dans la conjoncture pr&#233;sente, l'occident avec ses bienfaits et ses leurres allait s'emparer du pays et le mettre &#224; la botte du capital. Parmi les nombreux intellectuels de la RDA contestataires du r&#233;gime stalinien, Christoph Heym se retrouva doyen du Bundestag apr&#232;s l'unification ; or ce parlement d&#233;mocratique refusa d'ins&#233;rer au journal officiel son discours d'ouverture, parce que trop critique &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime capitaliste... En d&#233;cembre nous regardions &#224; la t&#233;l&#233; le &#034;bal tragique&#034; de Bucarest, la mise &#224; mort du despote Ceausescu par ceux-l&#224; m&#234;me qui avaient ex&#233;cut&#233; ses basses oeuvres, tuant leur complice pour garder le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait de la peine de voir les forces de Gus d&#233;cliner. Si je me retourne sur ce pass&#233;, je me rends compte aujourd'hui seulement du courage de cet homme dans l'adversit&#233;. Il essayait de vivre aussi activement que possible, sans jamais se plaindre. Malgr&#233; sa volont&#233; de &#034;tenir&#034; jusqu'au bout, il avait d&#251; cesser le travail un an avant la retraite. Dans une lettre &#224; notre camarade Ramboz il relatait ainsi ce moment d'une &#034;fin de carri&#232;re&#034; : &#034;Je fais, depuis trois mois, partie du troisi&#232;me &#226;ge. C'est fort agr&#233;able s'il n'y avait cette paperasserie qui me d&#233;go&#251;te, pour toucher ces quelques sous que j'ai vers&#233;s pendant quarante-cinq ann&#233;es. Je n'ai encore rien per&#231;u. La semaine derni&#232;re, mes coll&#232;gues et le lyc&#233;e ont organis&#233;, comme c'est l'usage, une petite r&#233;ception pour mon d&#233;part et celui d'un copain &#034;vaccin&#233;&#034; mais qui est tr&#232;s humain et affectueux &#224; mon &#233;gard. Cela a &#233;t&#233; une f&#234;te comme je n'en ai jamais vu &#224; l'&#233;cole, un d&#238;ner de plats indiens pr&#233;par&#233;s par le nouveau cuistot de l'&#233;cole qui avait exerc&#233; ses talents pendant vingt ann&#233;es pour ces messieurs les officiers de Pondich&#233;ry. Apr&#232;s &#034;la bouffe&#034; et les discours, les prof' de fran&#231;ais nous ont r&#233;cit&#233; des po&#232;mes (les Conqu&#233;rants), lu des textes &#224; deux de Victor Hugo. Il m'a fallu r&#233;pondre de m&#233;moire en r&#233;citant le po&#232;me de Victor. Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent.... ensuite on s'est mis &#224; chanter des chansons de marins, puis &#034;Le temps des cerises&#034;, le r&#233;pertoire &#034;Salut &#224; vous braves soldats du 17&#232;me&#034;, &#034;La butte rouge&#034;, les chansons r&#233;alistes du d&#233;but du si&#232;cle, pour encha&#238;ner avec &#034;La jeune garde&#034;, &#034;L'appel du Komintern&#034;, etc... celles de mai 68, et nous avons, apr&#232;s plus de quatre heures d'&#233;bats fraternels, debout poing lev&#233; conclu la soir&#233;e par une vibrante &#034;Internationale&#034;.&#034; Le copain &#034;vaccin&#233;&#034; dont parlait Gus &#233;tait un coll&#232;gue, p&#232;re de nombreuse famille, rest&#233; fid&#232;le au PC mais qui ne tenait pas rigueur &#224; Gus de son trotskisme, car il appr&#233;ciait l'homme, ses connaissances, ses rapports affectueux avec les jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps de 1990, quand sa sant&#233; s'&#233;tait d&#233;j&#224; s&#233;rieusement d&#233;grad&#233;e, nous sommes all&#233;s &#224; Troyes visiter le &#034;mus&#233;e de la pens&#233;e ouvri&#232;re&#034;, un vieux projet. Gus marchait p&#233;niblement, mais il prit un grand plaisir, lui qui aimait tant l'ouvrage bien faite, &#224; admirer l'extraordinaire vari&#233;t&#233; d'outils de toutes les &#233;poques, o&#249; l'utilit&#233; et la beaut&#233; de l'objet allaient de pair. La pens&#233;e socialiste pr&#244;ne l'abolition de la division du travail entre intellectuels et manuels. Les &#233;coles actuelles offrent l'exemple contraire ; d'un c&#244;t&#233; des lyc&#233;es o&#249; l'&#233;lite bachotte, de l'autre les &#233;coles techniques vers lesquelles on oriente les &#034;mauvais&#034; &#233;l&#232;ves, destin&#233;s &#224; trimer. Par le travail ali&#233;n&#233;, la m&#233;canisation, la robotique, le capital transforme l'ouvrier en outil. Appeler aujourd'hui un O.S. (ouvrier sp&#233;cialis&#233;) &#034;agent de production&#034;, et un contrema&#238;tre &#034;animateur d'&#233;quipe&#034; n'y change rien. Le mouvement ouvrier de la fin du 19&#232;me si&#232;cle et du d&#233;but du 20&#232;me s'&#233;tait justement donn&#233; pour t&#226;che d'&#233;lever le niveau culturel des travailleurs, de former des &#233;lites instruites &#224; travers des &#233;coles et des universit&#233;s du soir, des biblioth&#232;ques, etc., en vue de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re. Le p&#232;re de Gus faisait partie de cette g&#233;n&#233;ration et Gus continuait la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maladie entretenait une sensation permanente de froid et de faiblesse, malgr&#233; consultations, examens et analyses, dont je commen&#231;ais &#224; penser qu'ils lui faisaient plus de tort que de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pouvait-on prendre le risque de se passer des m&#233;decins et de leur savoir ? Pendant les mois d'&#233;t&#233;, &#224; Fort-Mahon, il se reposait le plus souvent dans une chaise-longue sur le balcon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il essayait encore de se rendre utile ; quand il descendait pour faire quelques pas dans la rue, il prenait le balai pour d&#233;blayer le sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 91 fut celle de la guerre du Golfe (on devrait dire du p&#233;trole) men&#233;e par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ; celle aussi de la chute de Gorbatchev et la fin de sa br&#232;ve carri&#232;re, non pas pour le meilleur mais pour le pire. Les &#233;v&#233;nements qui allaient suivre &#233;taient dans la logique de l'histoire. Trotski les pr&#233;voyait ainsi d&#232;s 1936, dans &#034;la R&#233;volution trahie&#034; : &#034;La chute du r&#233;gime sovi&#233;tique am&#232;nerait infailliblement celle de l'&#233;conomie planifi&#233;e et, d&#232;s lors, la liquidation de la propri&#233;t&#233; &#233;tatis&#233;e. Le lien oblig&#233; entre les trusts et entre les usines au sein des trusts se romprait. Les entreprises les plus favoris&#233;es seraient livr&#233;es &#224; elles-m&#234;mes. Elles pourraient devenir des soci&#233;t&#233;s par actions ou adopter toute autre forme transitoire de propri&#233;t&#233; telle que la participation des ouvriers aux b&#233;n&#233;fices. Les kolkhoses se d&#233;sagr&#233;geraient &#233;galement, plus facilement encore. La chute de la dictature bureaucratique actuelle sans son remplacement par un nouveau pouvoir socialiste annoncerait ainsi le retour au syst&#232;me capitaliste avec une baisse catastrophique de l'&#233;conomie et de la culture.&#034; Ainsi prenait fin aussi le long &#233;pisode de la guerre froide, et en 1990 un ministre russe d&#233;clarait : &#034;nous avons perdu la troisi&#232;me guerre mondiale sans avoir tir&#233; un seul coup de fusil&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant des foyers de vraie guerre devaient bient&#244;t s'allumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions ce No&#235;l 91, avec Brigitte et Mathieu, dans une petite station en For&#234;t Noire. Gus ne sortait plus du tout, il se levait seulement pour venir &#224; table, o&#249; il ne mangeait presque pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il gardait son sourire. Marcher, respirer l'air, contempler le paysage, avait-il conscience de ce dont il &#233;tait d&#233;sormais priv&#233;, ou le peu de souffle qui lui restait suffisait-il pour le raccrocher &#224; la vie ? Plus tard, quand il m'est arriv&#233; de penser qu'il fallait l'aider &#224; abr&#233;ger une vie dont toutes les facult&#233;s &#233;taient annihil&#233;es, le m&#233;decin qui l'avait suivi pendant ces tristes ann&#233;es, et qui &#233;tait le beau-fr&#232;re de Brigitte, a eu cette parole de r&#233;confort qui m'a marqu&#233;e : tant qu'il y a dans l'&#234;tre encore un regard ou un sourire, il fait partie de notre vie. Je devais me souvenir qu'il en &#233;tait ainsi longtemps encore apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 92, la derni&#232;re de la vie de Gus, fut une ann&#233;e terrible et tragique. Depuis quelque temps, lui qui avait &#233;t&#233; un lecteur passionn&#233; ne pouvait plus concentrer son attention et fixer son regard sur un livre. Restait encore l'&#233;coute. Et telle &#233;tait sa passion pour la musique, que dans les premiers jours de f&#233;vrier il trouva des forces pour venir avec nous &#233;couter &#224; la Bastille l'op&#233;ra de Chostakovitch, Lady Macbeth de Minsk. Nous avions organis&#233; cette sortie &#224; son intention, et ce fut sa derni&#232;re. La faiblesse et la sensation de froid le tenaient clou&#233; au lit. &#034;Il fait 32&#176; &#224; la Martinique&#034; me disait-il, chaque jour. Il se raccrochait &#224; l'id&#233;e d'un s&#233;jour au soleil comme &#224; une planche de salut. Depuis toujours Gus avait &#233;t&#233; notre sp&#233;cialiste du temps qu'il fera ; il suivait dans Le Monde la rubrique m&#233;t&#233;o et le &#034;32&#176; &#224; Pointe-&#224;-Pitre&#034; (que Gus situait en Martinique au lieu de Guadeloupe) &#233;tait devenu comme une obsession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;marches et formalit&#233;s accomplies, le 6 mars Gus prenait l'avion pour la Martinique, &#224; Cap Est o&#249; il y avait une maison de repos. J'ai eu tort de ne pas l'accompagner. Mais nous avions alors le sentiment qu'une courte s&#233;paration nous serait b&#233;n&#233;fique, car depuis des mois je le veillais jour et nuit. Apr&#232;s que Bernadette, qui l'avait accompagn&#233;, l'e&#251;t quitt&#233; au bout d'une semaine, son &#233;tat empira. La chaleur &#224; laquelle il avait tant aspir&#233; ne lui &#233;tait pas propice. Le 30 mars il &#233;tait transf&#233;r&#233; dans un &#233;tat de semi-coma &#224; l'h&#244;pital de Fort-de-France, et c'est l&#224; que nous l'avons retrouv&#233; le lendemain. J'avais demand&#233; &#224; Mathieu d'&#234;tre du voyage, c'&#233;tait peut-&#234;tre la derni&#232;re fois qu'il le verrait. Situ&#233; sur une colline au milieu d'une luxuriante verdure et entour&#233; de jardins, la Meynarde est un h&#244;pital moderne et bien &#233;quip&#233;. Gus prit encore une fois le dessus. En attendant de repartir, nous logions non loin de la mer chez des Martiniquais, un couple de gens du peuple d&#233;j&#224; &#226;g&#233;s, qui avaient leur petite maison pourvue de douches et de wc, avec une t&#233;l&#233;vision dans le s&#233;jour, et une cour o&#249; ils &#233;levaient des poules et des lapins ; &#224; l'aube nous &#233;tions r&#233;veill&#233;s au chant du coq. Ils n'&#233;taient pas parmi les plus pauvres, car dans certains quartiers de la ville nous avons travers&#233; des rues enti&#232;res o&#249; s'alignaient en guise de maisons des huttes et des baraques en planches. Nous savions qu'il y avait beaucoup de ch&#244;meurs. Mais pour le touriste, le soleil, le ciel bleu et la luxuriance du paysage l'emportaient sur tout le reste. Il y avait l&#224;, comme dans d'autres pays, ce contraste entre paradis terrestre et mis&#232;re humaine. Les visages de ces hommes et de ces femmes jeunes ou vieux (mais la plupart jeunes) &#233;taient beaux et leur allure n'avait rien de mis&#233;rable. Nous nous sommes bien amus&#233;s le jour o&#249; nous avons vu d&#233;barquer un groupe de touristes am&#233;ricains en croisi&#232;re ; avec leurs appareils de photo en bandouli&#232;re, leur bedaine, leurs lunettes de soleil et leurs chapeaux, ces messieurs et ces dames avaient vraiment un air ridicule. C'&#233;taient les m&#234;mes que Tomi Ungerer avait dessin&#233;s &#224; New-York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre s&#233;jour fut bref. Le 4 avril nous prenions l'avion de retour, Gus sur une civi&#232;re, transf&#233;r&#233; d&#232;s notre arriv&#233;e &#224; l'h&#244;pital de la Cit&#233; universitaire. Il devait y rester trois semaines. Les conditions &#233;taient bonnes, les chambres spacieuses, un malade par chambre. Mais faute d'un traitement possible on devait envisager le d&#233;part. Par Jeannette j'appris que le p&#232;re Oxarango, celui qui nous avait fait d&#233;couvrir le pays basque, &#233;tait aum&#244;nier dans une maison de sant&#233; &#224; Cambo, &#224; quelques kilom&#232;tres de Bayonne. Nous nous install&#226;mes fin avril dans cette belle r&#233;sidence du 19&#232;me si&#232;cle, qui avait servi de sanatorium pour tuberculeux avant que cette maladie ne disparaisse. Les chambres avaient toutes un balcon et s'ouvraient sur un grand parc plant&#233; d'arbres centenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous re&#231;&#251;mes des visites de Paris. Richard nous &#233;crivait r&#233;guli&#232;rement, nous tenant au courant de son travail opini&#226;tre pour faire publier les textes de l'U.C. Sans doute Gus appr&#233;ciait-il ces t&#233;moignages d'affection, mais il n'avait plus la force de le manifester. Le docteur Yammine, qui le voyait quotidiennement, me faisait part, avec son accent libanais, de son pessimisme ; il voulait me pr&#233;parer au pire. Mais cette fatalit&#233; on la repousse, on ne veut pas y croire, pas tout de suite en tout cas, le plus tard possible. Au bout de trois mois il fallut se r&#233;soudre &#224; partir, car la maison n'&#233;tait pas habilit&#233;e pour de longs s&#233;jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but ao&#251;t nous avions un rendez-vous &#224; l'h&#244;pital St.Antoine avec l'h&#233;patologue qui avait suivi Gus depuis le d&#233;but de sa maladie. Une greffe de foie &#233;tait peut-&#234;tre encore faisable, c'est ce que nous avait sugg&#233;r&#233; un m&#233;decin &#224; l'h&#244;pital universitaire. L'h&#233;patologue &#233;carta d'embl&#233;e cette possibilit&#233;, par contre il jugea que dans son &#233;tat Gus devait &#234;tre hospitalis&#233; : &#034;nous allons vous requinquer&#034;, tel fut son dernier mot avant que Gus ne fut couch&#233; sur un lit o&#249; devait commencer son calvaire. Je m'&#233;tais laiss&#233;e pi&#233;ger et Gus n'avait plus la force d'avoir ou d'exprimer une volont&#233; ; il se laissait faire. Bien s&#251;r, les h&#244;pitaux ne sont plus ce qu'ils &#233;taient du temps de St. Vincent de Paul, ou m&#234;me il y a encore quarante ans. Les malades ne sont plus align&#233;s &#224; trente ou quarante dans une m&#234;me salle. Gus avait sa chambre individuelle, mais il fut confi&#233; &#224; une interne et trait&#233; en cobaye. Je mis du temps &#224; r&#233;agir, car je croyais qu'il &#233;tait sous la surveillance du professeur qui l'avait hospitalis&#233;. Ce n'&#233;tait pas le cas. L'interne se lan&#231;a dans des examens r&#233;p&#233;t&#233;s et &#233;prouvants. Le personnel faisait son travail, mais dans de conditions telles, qu'un jour une infirmi&#232;re me dit : &#034;il va falloir nous remettre en gr&#232;ve&#034;. Une allusion aux mouvements de protestation qui avaient eu lieu r&#233;cemment contre le manque d'effectifs. Quand au bout de deux semaines j'exigeai sa sortie &#034;sous ma responsabilit&#233;&#034;, Gus &#233;tait au plus mal. J'envoyai une lettre au professeur h&#233;patologue dans laquelle je lui d&#233;crivais l'inhumanit&#233; du traitement auquel le malade avait &#233;t&#233; soumis. Sa r&#233;ponse exprimait &#034;regret&#034; et &#034;&#233;tonnement&#034; ! sans plus. Je r&#233;ussis &#224; obtenir une nouvelle hospitalisation &#224; l'h&#244;pital universitaire, o&#249; Gus reprit ses esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il rentra &#224; la maison le 16 septembre. L'hospitalisation &#224; domicile accord&#233;e, une parfaite organisation de soins fut mise en place. Gus faisait preuve d'une &#233;mouvante bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ses nuits &#233;taient de plus en plus agit&#233;es ; dans un &#233;tat de demi-inconscience, il essayait de s'&#233;chapper de sa prison. Je dus faire appel &#224; Michel qui venait dormir chez nous une nuit sur deux ou sur trois, pour me permettre de me reposer &#224; mon tour. Brusquement Gus eut un acc&#232;s brutal de fi&#232;vre. Nous &#233;tions le 11 novembre, jour f&#233;ri&#233;. Le docteur de &#034;SOS m&#233;decins&#034; d&#233;cida l'hospitalisation et nous dirigea en urgence sur B&#233;cl&#232;re, &#224; Clamart. Nous voil&#224; partis en ambulance &#224; l'h&#244;pital o&#249; Denise et Jean-Pierre sont venus nous rejoindre. Longue attente de Gus sur une civi&#232;re dans un couloir, puis longue attente dans une salle pour examen, et autre longue attente avant qu'il soit enfin install&#233; dans une chambre. Ce fut &#224; nouveau le cauchemar : &#224; nouveau des perfusions, &#224; nouveau des injections et des prises de sang. Le troisi&#232;me jour j'&#233;tais d&#232;s 9 heures du matin &#224; l'h&#244;pital pour demander le retour du malade chez lui ; j'ai d&#251; insister et attendre, attendre des heures. Brigitte &#233;tait aupr&#232;s de moi. Enfin l'ambulance se pr&#233;senta &#224; 13 h.30. Un jeune m&#233;decin se pencha sur Gus, allong&#233; sur la civi&#232;re : &#034;vous allez rentrer chez vous&#034;. Il r&#233;pondit d'une voix faible : &#034;c'est normal&#034;. Ce furent ses derni&#232;res paroles. A 14 heures nous &#233;tions &#224; la maison. C'&#233;tait un samedi apr&#232;s-midi, le 14 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brigitte alla aussit&#244;t &#224; la pharmacie chercher les antibiotiques prescrits &#224; l'h&#244;pital. J'&#233;tais pr&#232;s de Gus, je venais de le faire boire, j'&#233;coutais son souffle oppress&#233;. Brusquement sa t&#234;te s'inclina sur le c&#244;t&#233; et ce fut le silence, pour toujours. Quand je me pr&#233;cipitai pour appeler les services de secours, comme j'en avais l'habitude, il &#233;tait 16 heures. Les pompiers arriv&#232;rent 5 minutes plus tard, avec des infirmiers et un m&#233;decin, ils essay&#232;rent une r&#233;animation. Mais il &#233;tait mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il m'est d&#233;j&#224; arriv&#233; dans le pass&#233;, je ne ressentis pas la douleur sur l'instant ; elle cheminait insidieusement. La tradition aust&#232;re dont j'&#233;tais p&#233;trie me commandait de ne pas me plaindre, de ne pas me confier. Les larmes coulaient en silence, dans la solitude. Les &#034;pompes fun&#232;bres&#034; fix&#232;rent au 19 novembre l'incin&#233;ration au P&#232;re Lachaise. Je passais, en attendant, les nuits chez Mathieu, et occupais mes journ&#233;es &#224; toute sorte de formalit&#233;s administratives. Au P&#232;re Lachaise nous avons attendu &#224; l'ext&#233;rieur le temps de la cr&#233;mation. Il y avait l&#224; tous nos proches, mais encore bien d'autres amis ou camarades. Certains dont il s'&#233;tait &#233;loign&#233; depuis longtemps : Vic, avec qui il avait &#233;t&#233; si li&#233; dans le dur combat des ann&#233;es 47 &#224; 49, Denise qu'il avait connue en premier &#224; l'U.C., Hardy qui venait sans doute rendre hommage &#224; un ancien. Et parmi ceux qui ne l'ont connu que dans ses derni&#232;res ann&#233;es, notre ami Richard ou notre vieux camarade Bonnel. Je ne connaissais aucun de ses coll&#232;gues du coll&#232;ge o&#249; il avait enseign&#233; pendant vingt ans ; ils sont venus nombreux et certains ont &#233;voqu&#233; les souvenirs qu'ils gardaient d'un bon camarade de travail. Gardien de la tradition, Bonnel, &#224; l'intention surtout des jeunes, nous emmena au Mur des f&#233;d&#233;r&#233;s avant que nous nous quittions. La journ&#233;e &#233;tait ensoleill&#233;e et nous faisions ce dernier adieu &#224; Gus sous un ciel bleu, parmi des tombes dont beaucoup portent des noms entr&#233;s dans l'histoire. Pour moi, la pr&#233;sence de ceux qui le respectaient, qui l'aimaient, &#233;tait un r&#233;confort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voulais pas disperser les cendres au cimeti&#232;re, comme cela avait &#233;t&#233; fait l'ann&#233;e d'avant pour notre vieux camarade Fili&#226;tre. Mathieu m'accompagna &#224; Calais. L&#224;-bas au cimeti&#232;re &#233;taient enterr&#233;s les parents de Gus et son fr&#232;re G&#233;rard. Le 23 novembre nous y avons enterr&#233; aussi, pr&#232;s du caveau, l'urne contenant les cendres du fils a&#238;n&#233;. Nous &#233;tions une quinzaine r&#233;unis autour de la tombe ; dans ce pays o&#249; le ciel est si souvent pluvieux et gris, en ce jour d'automne il &#233;tait d'un bleu pur sous le soleil. Je m'attardai un peu devant le carr&#233; des croix de bois de la guerre de 14, et aussi devant le carr&#233; des familles anglaises install&#233;es depuis le 19&#232;me si&#232;cle &#224; Calais dans l'industrie de la dentelle. L'arri&#232;re grand-p&#232;re maternel de Gus avait &#233;t&#233; un de ceux-l&#224;, mais il n'&#233;tait pas mort &#224; Calais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#224; Paris, je sentis le besoin d'&#233;crire ce que Lulu devait appeler ma &#034;lettre de deuil&#034;, mais que je ne ressentais pas ainsi. C'&#233;tait plut&#244;t un r&#233;cit de la vie de Gus, de ce que je savais et connaissais de lui, que je voulais laisser pour que son souvenir demeure. L'&#233;criture n'est pas mon fort, j'ai souvent &#233;t&#233; contrari&#233;e par le d&#233;calage entre ce que je veux exprimer et les moyens de le faire. Les dix pages d&#233;di&#233;es &#224; Gus expriment avant tout le profond attachement que j'avais pour lui et qui restera. Pas un jour, pas un instant o&#249; il ne soit toujours pr&#233;sent &#224; mes c&#244;t&#233;s. Peu de temps apr&#232;s sa mort il me revint soudain en m&#233;moire un po&#232;me de Heine que j'avais appris &#224; l'&#233;cole, sans doute autour de mes 14 ou 15 ans, &#034;Die Wallfahrt nach Kevlaar&#034; (Le p&#233;lerinage &#224; Kevlaar) ; c'est le beau po&#232;me d'un c&#339;ur meurtri par la mort de l'&#234;tre cher et que seule la mort gu&#233;rit. (Je n'ai trouv&#233;, dans une &#233;dition bilingue, qu'une maigre traduction litt&#233;rale en fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas au ciel, ni &#224; aucune puissance surnaturelle, qui me viendrait en aide. Je dois vivre avec ma souffrance. D'autres avant moi l'ont fait et c'est dans leur exemple que je cherche du r&#233;confort. Le texte du Vieux &#233;crit &#224; la mort de L&#233;on S&#233;dov et qui lui &#233;tait d&#233;di&#233;, se termine par ses lignes : &#034;Jeunesse r&#233;volutionnaire de tous les pays, accepte de nous le souvenir de notre L&#233;on, adopte-le, comme ton fils, il en est digne, et que d&#233;sormais, il participe invisible &#224; tes luttes, puisque le sort lui a refus&#233; le bonheur de prendre part &#224; ta victoire finale.&#034; Plus d'un demi-si&#232;cle apr&#232;s que ces lignes furent &#233;crites, la jeunesse d'aujourd'hui n'est ni au seuil d'un monde nouveau, ni engag&#233;e dans un combat r&#233;volutionnaire. De la premi&#232;re guerre mondiale, dans laquelle mon p&#232;re a combattu et qui a mis l'Europe &#224; genoux, on disait qu'elle &#233;tait &#034;la der des der&#034;. Mais le d&#233;coupage de fronti&#232;res et les conditions de paix impos&#233;es par les vainqueurs, la France notamment, devaient engendrer vingt ans apr&#232;s une nouvelle guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, dans laquelle mes parents et mes s&#339;urs ont p&#233;ri et qui a atteint le degr&#233; absolu de l'horreur et de l'abjection, on avait dit : plus jamais &#231;a ! Alors l'h&#233;g&#233;monie de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain sur le monde et la mainmise de la Russie sur l'Europe de l'est et les Balkans ont engendr&#233; un autre genre de guerre, sous le signe de la bombe atomique, &#034;la guerre froide&#034;. Ennemis mais complices, tout a &#233;t&#233; fait par les vainqueurs pour emp&#234;cher la r&#233;volution, la chute du syst&#232;me qui &#034;porte en lui la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage&#034;, selon la formule de Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les pires fanatismes religieux, les haines nationalistes et chauvines attisent des guerres de clans, aliment&#233;es par les marchands d'armes. La France occupe une des premi&#232;res places dans l'exportation d'engins de mort. Dans l'ex-URSS &#233;clat&#233;e, les nostalgiques du tsar et des pogromes parlent haut et fort au nom de la &#034;Grande Russie&#034;. Dans l'Europe civilis&#233;e, la guerre en ex-Yougoslavie est une honte pour l'humanit&#233;, un remords pour chacun de nous qui assistons impuissants &#224; une guerre sauvage de &#034;purification ethnique&#034;. Les anciennes colonies d'Afrique sont &#224; la merci des multi-nationales qui entretiennent &#224; leur solde des dictateurs corrompus et sanguinaires. &#034;Tout le monde sait, &#233;crit sans ambages le Monde, qu'on ne peut pas faire d'affaires au Za&#239;re sans alimenter les caisses du g&#233;n&#233;ral Mobutu&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays capitalistes avanc&#233;s, plus d'un si&#232;cle apr&#232;s la cr&#233;ation de la Premi&#232;re Internationale, la classe ouvri&#232;re n'a plus de liens par-del&#224; les fronti&#232;res ; politiquement prostr&#233;e par les ravages du stalinisme, elle ne s'appuie plus sur de fortes organisations pour r&#233;sister &#224; l'exploitation capitaliste. La r&#233;alit&#233; est bien celle que montre le dessin de Plantu, o&#249; un patron bedonnant demande &#224; un ch&#244;meur : &#034;Qu'est-ce que vous pr&#233;f&#233;rez ? Un stage bidon, ou un emploi &#224; la con ?&#034; Dans les banlieues des grandes villes les jeunes sont aujourd'hui la r&#233;serve du nouveau lumpen-prol&#233;tariat. Jamais, dans pr&#232;s de soixante ann&#233;es de vie &#224; Paris, je n'ai vu autant de clochards et de mendiants, hommes et femmes, dans le m&#233;tro et dans la rue ; au point que j'en suis amen&#233;e &#224; donner ma petite pi&#232;ce, lamentable philanthropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte de septembre 1939, &#034;l'URSS dans la guerre&#034;, Trotski &#233;crivait qu'en absence d'une r&#233;volution au cours de la guerre ou imm&#233;diatement apr&#232;s, si &#034;le prol&#233;tariat est partout rejet&#233; en arri&#232;re, sur tous les fronts, alors, nous aurons &#224; coup s&#251;r &#224; poser la question d'une r&#233;vision de notre conception de la pr&#233;sente &#233;poque et de ses forces motrices.&#034; Tout en &#233;crivant ces lignes Trotski n'a cess&#233; d'agir pour armer une avant-garde r&#233;volutionnaire, jusqu'au dernier jour de sa vie, celui o&#249; il fut assassin&#233;, le 20 ao&#251;t 1940. Car rien dans le cours de l'histoire n'est jamais d&#233;finitif. J'ai toujours v&#233;cu avec cet optimisme militant qui rend la vie supportable, et parfois belle. Point de retours sur le pass&#233;, de regrets ou de reproches. Ma passion &#233;tait de regarder vers l'avenir, de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'on allait pouvoir faire, le lendemain m&#234;me. D'ailleurs, si Gus avait &#233;t&#233; encore de ce monde, je n'aurais pas &#233;crit ces pages. Nous &#233;tions trop tourn&#233;s vers les autres, pour avoir envie de parler de nous. Mais le Vieux lui-m&#234;me n'a-t-il pas, au milieu de tant de combats et de travaux politiques, consacr&#233; du temps &#224; &#233;crire &#034;Ma Vie&#034;, non pas pour dresser un monument &#224; sa gloire, mais pour lutter contre l'imposture stalinienne. Ma vie militante fut br&#232;ve, une goutte dans l'oc&#233;an. Elle ne fut pas non plus h&#233;ro&#239;que. Mais j'esp&#232;re que ces quelques pages, dans lesquelles je raconte tant bien que mal mon itin&#233;raire, aideront au moins ceux qui les liront &#224; m&#233;diter sur la condition humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que Richard a publi&#233; mon court r&#233;cit sur Gus, suivi d'un texte de Mathieu, sensible et juste. Les ann&#233;es passent, et je me sens comme un visiteur qui s'attarde. Il ne m'est sans doute pas donn&#233; de quitter la sc&#232;ne autrement que par la volont&#233; du destin. Et je finirai avec ces paroles de Heine : &#034;moi en tant qu'homme j'ai &#233;chou&#233;, mais les armes avec lesquelles j'ai combattu sont intactes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25.7. - 5.12.1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IMAGINE (John Lennon)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imagine there's no heaven it's easy if you try no hell below us above us only sky imagine all the people living for today... imagine there's no countries it isn't hard to do nothing to kill or die for no religion too imagine all the people living life in peace... imagine no possessions i wonder if you can no need for greed or hunger a brotherhood of man imagine all the people sharing all the world... you may say i'm a dreamer but i'm not the only one i hope some day you'll join us and the world will be as one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affiche manuscrite sur les murs de l'usine Thomson-CSF &#224; Issy-les-Moulineaux (mai-juin 1968) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Matin, midi et soir, &#224; l'heure tu pointeras et sous aucun pr&#233;texte ta place ne quitteras tes absences sans arr&#234;t tu justifieras et tes arr&#234;ts de maladie &#224; notre contr&#244;le soumettras. De tes coll&#232;gues de travail tu te m&#233;fieras et ton salaire bien secr&#232;tement tu garderas sans r&#233;flexion ton travail ex&#233;cuteras et ta cadence continuellement augmenteras. Sur tes temps libres ton perfectionnement r&#233;aliseras et &#224; tout travail ta personne s'ex&#233;cutera pour fid&#233;lit&#233;, assiduit&#233;, &#224; des primes tu auras droit et qu'elles sautent sans cesse accepteras. De ta personne l'entreprise disposera et ton licenciement sans broncher accepteras pour toi l'entreprise pensera et d&#233;cidera et du confort bourgeois voulu par elle te r&#233;jouiras. Les vieux, les malades, les handicap&#233;s oublieras et de toutes les mis&#232;res jamais ne te pr&#233;occuperas le syndicat bien s&#251;r tu renieras pour ne penser qu'&#224; toi seul continuellement. Le reste par surcro&#238;t, l'entreprise te l'octroiera. Nous n'en voulons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte de circonstance : Extraits du livre d'Emile Guillaumin, &#034;Le Syndicat de Baugignoux&#034; (syndicat paysan, d&#233;but du si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...Je fustige avec acrimonie, avec &#226;pret&#233; les absents ; je leur reproche leur inertie, assurant que, s'ils sont malheureux, c'est bien de leur faute. Et j'essaie de soulever, d'&#233;lectriser ceux qui sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous au moins, camarades, vous n'h&#233;siterez pas &#224; vous joindre &#224; nous ; vous viendrez grossir le bloc des audacieux et des vaillants qui sont d&#233;cid&#233;s &#224; l'effort n&#233;cessaire pour am&#233;liorer leur situation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, la p&#233;riode finie, quand je les observe de sang froid, j'ai conscience de l'inutilit&#233; profonde de mes exhortations ; je sens que mes paroles glissent sur leur triple cuirasse d'ignorance, de m&#233;fiance et d'apathie. Je me dis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Non, certes, ils ne marcheront pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, pas plus que les absents, ils ne sont dispos&#233;s &#224; risquer une d&#233;marche grave pour un r&#233;sultat trop peu certain. Et quand je leur affirme que beaucoup sont pr&#234;ts &#224; la tenter, cette d&#233;marche, je m'illusionne moi-m&#234;me pour t&#226;cher de les entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peine perdue, d'ailleurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au surplus, peut-&#234;tre vaut-il mieux qu'ils se tiennent tranquilles ! Sauraient-ils faire avec calme et dignit&#233;, comme je le con&#231;ois, le geste de fermet&#233; qu'on leur conseille ? Dans la lutte n&#233;cessaire pour le pain quotidien, ils font preuve d'une t&#233;nacit&#233;, d'une vaillance qui les ennoblit. Mais, sortis de l&#224;, ils sont &#233;go&#239;stes, faibles et grossiers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unis, ils sont, en plus, bruyants et un peu sauvages, et ils n'ont pas de vie int&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi me harcelaient ces consid&#233;rations d&#233;courageantes ; et mon enthousiasme &#233;tait fictif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, me sont apparues d'autres &#233;vidences qui me demeuraient encore voil&#233;es en ce temps-l&#224;. A l'heure qu'il est, je me demande si ce n'est pas un tr&#232;s grand malheur pour un homme du peuple d'avoir le go&#251;t du mieux social et du d&#233;veloppement intellectuel, ce qui l'am&#232;ne &#224; vivre en isol&#233; dans sa classe - parce que sa pens&#233;e n'est plus en harmonie avec celle de ses fr&#232;res de souffrance, dont il a cess&#233; d'&#234;tre le fr&#232;re d'ignorance.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/feigenbaum/works/1993/louise.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/feigenbaum/works/1993/louise.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4496&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4496&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article5580&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5776&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5776&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/korner-louise-dite-irene-dite-louise-barta-dite-klara-en-roumanie/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/korner-louise-dite-irene-dite-louise-barta-dite-klara-en-roumanie/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1997/05/louise.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1997/05/louise.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En 1945, la Quatri&#232;me Internationale officielle trahit le trotskysme</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7715</link>
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		<dc:date>2026-08-16T22:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettre ouverte aux militants et sympathisants du PCI Barta &lt;br class='autobr' /&gt; Pour combattre la contrebande pivertiste au sein du Mouvement de la Quatri&#232;me Internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
2 juillet 1945 &lt;br class='autobr' /&gt;
La V&#233;rit&#233; du 4 juin porte en titre &#034; La Parole aux Trotskystes &#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle fait suite &#224; la campagne entreprise pour disculper de l'accusation empoisonn&#233;e d' &#034;hitl&#233;risme&#034; lanc&#233;e par la bourgeoisie et les staliniens, le mouvement de la IV&#232;me Internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles que soient les m&#233;thodes que vous ayez jug&#233; bonnes pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique195" rel="directory"&gt;11- Organisation internationale des travailleurs r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lettre ouverte aux militants et sympathisants du PCI&lt;br class='autobr' /&gt;
Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour combattre la contrebande pivertiste au sein du Mouvement de la Quatri&#232;me Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 juillet 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La V&#233;rit&#233; du 4 juin porte en titre &#034; La Parole aux Trotskystes &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fait suite &#224; la campagne entreprise pour disculper de l'accusation empoisonn&#233;e d' &#034;hitl&#233;risme&#034; lanc&#233;e par la bourgeoisie et les staliniens, le mouvement de la IV&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que soient les m&#233;thodes que vous ayez jug&#233; bonnes pour mener cette campagne, elles ne devraient en aucun cas servir de pr&#233;texte pour d&#233;figurer, afin de vous d&#233;fendre, les principes, le langage et l'enseignement r&#233;volutionnaire du trotskysme. Car si votre langage actuel correspond &#224; ce que vous &#234;tes, vous reniez le trotskysme ; ou alors vous essayez de vous faire passer pour ce que vous n'&#234;tes pas, et on en revient au raison&#173;nement stalinien, fatal &#224; l'esprit communiste : &#171; les intentions sont bonnes, mais la &#034; tactique &#034; exige des concessions... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre tendance, menant la lutte sans discontinuer depuis septembre 1939 pour d&#233;fendre le drapeau et le programme de la IV&#232;me Internationale dans le mouvement ouvrier, estime que la fa&#231;on dont vous avez entrepris cette campagne constitue un reniement de l'enseignement r&#233;volutionnaire du trotskysme et une concession &#224; l'id&#233;ologie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intention d'ouvrir une discussion, nous soumettons devant tous les militants se r&#233;clamant du trotskysme la critique de la politique de votre organisation. &#201;tant donn&#233; que dans le pass&#233; cette discussion nous fut refus&#233;e, si ce n'est une de pure forme, nous vous rappelons que Trotsky faisait un des plus grands m&#233;rites au Parti bolch&#233;vik d'avoir trait&#233; avec le plus grand s&#233;rieux m&#234;me les organisations qui l'&#233;taient peu. Notre orga&#173;nisation ayant cependant montr&#233; sa continuit&#233; politique et le s&#233;rieux de son action pra&#173;tique, il serait criminel d'utiliser les faux-fuyants d&#233;j&#224; utilis&#233;s dans le pass&#233; (tel que : nous discuterons &#224; condition que vous entriez chez nous), et de continuer &#224; vouloir ignorer notre critique par des explications arbitraires donn&#233;es &#034;entre quatre yeux&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; est le reniement du trotskysme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous d&#233;fendre contre la calomnie, vous revendiquez pour vous le titre de &#034;premiers r&#233;sistants&#034;. Or vous-m&#234;mes, dans le num&#233;ro 23 (7/4) de La V&#233;rit&#233;, &#233;crivez &#034; la r&#233;sistance elle-m&#234;me est bas&#233;e sur une duperie : la duperie de la collaboration de classes &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; sous le Front Populaire, la politique trotskyste consistait &#224; expliquer aux ouvriers la duperie de cette collaboration de classe, dont le prol&#233;tariat faisait les frais, et pour laquelle une partie de la bourgeoisie imp&#233;rialiste s'&#233;tait d&#233;guis&#233;e en &#034; d&#233;mocrate &#034;. Le Front Populaire pr&#233;tendait mener une politique en faveur des masses et avait comme mot-d'ordre d&#233;magogique la lutte contre les trusts. Pour les r&#233;volutionnaires ce mot-d'ordre &#233;tait un but r&#233;el ; mais la similitude des formules permettait-elle &#224; l'organisation r&#233;volutionnaire de se r&#233;clamer du Front Populaire, dans le but par exemple de ne pas se couper des masses ? C'e&#251;t &#233;t&#233; contribuer &#224; les duper. La politique trotskyste a consist&#233; &#224; se d&#233;limiter du front populaire et &#224; le combattre, malgr&#233; les calomnies staliniennes qui pr&#233;sentaient tous les adversaires du front populaire, surtout ceux de gauche (les trotskystes) comme des fascistes. Nous n'avons pas plus pr&#233;tendu &#224; l'&#233;poque &#234;tre les meilleurs ou les premiers &#034; front populaire &#034;, du fait que nous avons &#233;t&#233; les premiers &#224; pr&#233;coniser le front unique socialiste-communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1940, les r&#233;volutionnaires devaient mener une politique de r&#233;sistance (c'est&#173;&#224;-dire de d&#233;fense des masses) vis-&#224;-vis de l'occupation imp&#233;rialiste allemande. Mais ils continuaient en m&#234;me temps l'opposition r&#233;volutionnaire vis-&#224;-vis de leur propre bourgeoisie et tenaient compte des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat fran&#231;ais aussi bien que des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat allemand, en ne renfor&#231;ant pas, comme la r&#233;sistance officielle, la domination de Hitler par le d&#233;cha&#238;nement chauvin. Cela ne nous emp&#234;chait pas de prendre &#034;les pommes de terre&#034; de l'imp&#233;rialisme anglo-saxon et de la bourgeoisie gaulliste, comme l'ont fait les bolch&#233;viks en 1918 dans la lutte contre l'imp&#233;rialisme allemand, en acceptant l'aide technique de la bourgeoisie de l'Entente. Mais il fallait par-dessus tout affirmer &#224; la face du monde entier que notre base politique restait la lutte de classe men&#233;e jusqu'au bout dans toutes les directions et que nous ne consid&#233;rions pas l'imp&#233;rialisme anglo-saxon comme un moindre mal par rapport &#224; l'imp&#233;rialisme fasciste, raisonnement stali&#173;nien qui entra&#238;nait automatiquement l'abandon de la lutte de classe en faveur de la lutte commune contre l'occupant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, internationalistes, &#233;tions les seuls d&#233;fenseurs des int&#233;r&#234;ts des masses tout au long de cette guerre, avant et apr&#232;s l'occupation. Par contre, pour la bourgeoisie la r&#233;sis&#173;tance n'&#233;tait que l'opposition au capitalisme allemand ; elle lui a servi de mise sur le ta&#173;bleau imp&#233;rialiste anglo-am&#233;ricain ; par l'interm&#233;diaire des social-chauvins la bourgeoi&#173;sie a &#233;galement r&#233;alis&#233;, &#224; travers la &#034;r&#233;sistance&#034;, l'union sacr&#233;e et a prolong&#233; sa domi&#173;nation de classe. Comme le d&#233;non&#231;ait LaV&#233;rit&#233; elle-m&#234;me en 1943 et 44, la r&#233;sistance servait de camouflage m&#234;me aux organisations d'extr&#234;me-droite et aux partis fascistes. La r&#233;sistance, d'apr&#232;s le sens qu'a pris ce terme &#224; travers les &#233;v&#233;nements, est une organisation politique de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Le parti r&#233;volutionnaire peut-il s'en r&#233;clamer ? L'absurdit&#233; d'une r&#233;ponse affirmative saute aux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En luttant pour votre l&#233;galisation, vous cherchez la cons&#233;cration de votre titre de &#034; r&#233;sistants &#034; par l'obtention d'un certificat public de la R&#233;sistance (personnifi&#233;e par les Bayet, Saillant, Frenay, Bidault, etc...). Au moment m&#234;me o&#249; les querelles entre l'Angle&#173;terre et la France montrent aux masses la vraie nature imp&#233;rialiste des alli&#233;s, au moment o&#249; les ouvriers ont d&#233;j&#224; eu le temps de se rendre compte que la r&#233;sistance s'est termin&#233;e par l'arriv&#233;e au pouvoir d'un gouvernement des trusts, au lieu de pouvoir en ce moment rehaus&#173;ser notre propre autorit&#233; morale pour avoir d&#233;nonc&#233; &#224; temps la duperie de la r&#233;sis&#173;tance, vous cherchez &#224; vous camoufler sous son masque r&#233;pugnant ! Une pareille l&#233;galisa&#173;tion ne serait pas une victoire remport&#233;e sur notre propre terrain, celui de l'internationa&#173;lisme et de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lettre &#224; Bayet (18/9/44) le Comit&#233; central dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Il s'agit de savoir si la IV&#232;me R&#233;publique naissante reprendra l&#224; o&#249; avait sombr&#233; la III&#232;me R&#233;publique glissant vers l'autoritarisme r&#233;actionnaire de P&#233;tain, o&#249; si elle sera effectivement d&#233;mo&#173;cratique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui pense-t-on tromper par un pareil raisonnement ? C'est la besogne des staliniens et des r&#233;formistes de vouloir faire croire aux masses que nous sommes encore de&#173;vant la perspective : IV&#232;me R&#233;publique d&#233;mocratique ou r&#233;actionnaire. La t&#226;che des r&#233;volu&#173;tionnaires est de montrer aux ouvriers que, les social-chauvins les ayant illusionn&#233;s sur l'&#233;puration &#034;, ils ont laiss&#233; subsister les organes de l'&#201;tat gangren&#233; de la III&#232;me R&#233;publique qui a servi avec succ&#232;s &#224; Daladier aussi bien qu'&#224; P&#233;tain, et que nous nous trouvons sous de Gaulle en pleine dictature bureaucratico-polici&#232;re. Au moment o&#249; l'Humanit&#233; elle-m&#234;me d&#233;nonce le r&#233;gime dictatorial subi par la presse, pouvons-nous faire croire que la l&#233;galisation de La V&#233;rit&#233; serait le crit&#232;re d'une &#034;d&#233;mocratie effective&#034; ? La t&#226;che des r&#233;volutionnaires, enseignait Trotsky, est de nommer les choses par leur nom, et non de se faire les auxiliaires des &#034; d&#233;mocrates &#034; pourris qui s&#232;ment des illusions dans les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La V&#233;rit&#233;, en s'adressant aux r&#233;formistes et aux stalinistes, use constamment du terme &#034; camarade &#034;. Il suffit pourtant de se r&#233;f&#233;rer &#224; un texte de Trotsky pour d&#233;couvrir ce qu'il y a derri&#232;re cette terminologie. L.T. &#233;crit dans La r&#233;volution allemande et la bureaucratie stalinienne (Et Maintenant) (page 36) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; L&#233;on Blum, le d&#233;fenseur des r&#233;parations, le comp&#232;re socialiste du banquier Oustric, est trait&#233; de &#034; camarade &#034; dans les pages des journaux de Seydewitz. Est-ce de la politesse ? Non, c'est un manque de principes, de caract&#232;re, de fermet&#233;. &#034; Des chicanes &#034;, dira un quelconque savant de cabinet. Non, dans ces chicanes, le fond politique se manifeste avec beaucoup plus de v&#233;rit&#233; et de clart&#233;, que dans la reconnaissance abstraite des soviets, non &#233;tay&#233;e par l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. Il est inutile d'appeler Blum &#034;fasciste&#034;, en se rendant ridicule. Mais celui qui ne ressent pas du m&#233;pris et de la haine pour cette esp&#232;ce de politiciens, celui-l&#224; n'est pas un r&#233;volutionnaire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La V&#233;rit&#233; a pris maintenant l'habitude de parler &#224; chaque pas des &#034; d&#233;mocrates sinc&#232;res et honn&#234;tes &#034; et, &#224; l'occasion, des &#034;d&#233;mocrates apeur&#233;s&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; sous la monarchie tsariste, les bolch&#233;viks (ils faisaient partie de la social-d&#233;mocratie), pour se distinguer l&#233;galement des autres d&#233;mocrates, mettaient souvent l'accent sur le fait qu'ils constituaient, en tant que parti du prol&#233;tariat, les seuls d&#233;mocrates cons&#233;quents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1934 Trotsky enseignait que dans les conditions de la d&#233;cadence capitaliste et de l'exacerbation de la lutte de classe la d&#233;mocratie bourgeoise &#233;tait d&#233;finitivement morte en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce qu'&#233;crivait Trotsky dans O&#249; va la France (pages 16-17) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La soci&#233;t&#233; contemporaine se compose de trois classes : la grande bourgeoisie, la prol&#233;tariat et les &#034; classes moyennes &#034; ou petite-bourgeoisie. Les relations entre ces trois classes d&#233;terminent en fin de compte la situation politique dans le pays. Les classes fondamentales de la soci&#233;t&#233; sont la grande bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Seules ces deux classes peuvent avoir une politique ind&#233;pendante, claire et cons&#233;quente. La petite bourgeoisie se distingue par sa d&#233;pendance &#233;conomique et son h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Sa couche sup&#233;rieure touche imm&#233;diatement la grande bourgeoisie. La couche inf&#233;rieure se fond avec le prol&#233;tariat et tombe m&#234;me &#224; l'&#233;tat de lumpen-prol&#233;tariat. Conform&#233;ment &#224; sa situation &#233;conomique, la petite-bourgeoisie ne peut avoir de politique ind&#233;pendante. Elle oscille toujours entre les capitalistes et les ouvriers. Sa propre couche sup&#233;rieure la pousse &#224; droite ; ses couches inf&#233;rieures, opprim&#233;es et exploit&#233;es, sont capables, dans certaines conditions, de tourner brusquement &#224; gauche. C'est par ces relations contradic&#173;toires des diff&#233;rentes couches des &#034; classes moyennes &#034; qu'a toujours &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e la politique confuse et absolument inconsistante des radicaux, leurs h&#233;sitations entre le car&#173;tel avec les socialistes, pour calmer la base, et le bloc national avec la r&#233;action capitaliste, pour sauver la bourgeoisie. LA D&#201;COMPOSITION D&#201;FINITIVE DU RADICALISME COMMENCE AU MOMENT OU LA GRANDE BOURGEOISIE, ELLE-M&#202;ME DANS L'IMPASSE, NE LUI PERMET PLUS D'OSCILLER. &#034; (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;composition du r&#233;gime capitaliste met fin &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise. Les repr&#233;sentants &#034; d&#233;mocratiques &#034; de la bourgeoisie n'ont plus qu'une phras&#233;ologie &#224; offrir. Dans ces conditions m&#234;me un de Gaulle arrive &#224; se pr&#233;tendre d&#233;mocrate. La t&#226;che n'est donc pas de chercher &#224; distinguer, par quelque introspection, les d&#233;mocrates honn&#234;tes et malhonn&#234;tes, mais de poser devant les ouvriers la question : qui donnera le ton ? La bourgeoisie par l'interm&#233;diaire de ses fascistes, r&#233;actionnaires, cur&#233;s, professeurs, d&#233;mocrates, ou le prol&#233;tariat qui en se d&#233;tachant de la bourgeoisie et de ses agents ralliera &#224; lui les autres couches opprim&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que, dans Et Maintenant, Trotsky &#233;tait le plus acharn&#233; d&#233;fenseur du front unique, mais m&#233;prisait ceux qui traitaient Blum de camarade, nous rappelons que dans la r&#233;volution espagnole nous d&#233;fendions les libert&#233;s d&#233;mocratiques des ouvriers contre le fascisme les armes &#224; la main, mais il ne serait venu &#224; l'id&#233;e d'aucun trotskyste d'analyser l'honn&#234;tet&#233; d'Azana ou de Negrin. Ils analysaient leur nature de classe et les qualifiaient d'agents de la bourgeoisie, par&#233;s du masque de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En donnant les &#233;tats de service des camarades du Comit&#233; directeur, La V&#233;rit&#233; dit de Demazi&#232;re : &#034; Il milite ill&#233;galement dans les rangs du PCI jusqu'&#224; la lib&#233;ration &#034;. Et de Baufr&#232;re : &#034; Il sait que la lutte ne s'arr&#234;te pas &#224; la chute de Hitler &#034;. Encore une fois, pouvons-nous, sous pr&#233;texte de nous d&#233;fendre, bafouer notre propre id&#233;ologie ? La V&#233;rit&#233; du 22/6/44 sous le titre &#034; Ils se valent &#034;, &#233;crivait : &#034; refuse de te faire mobiliser dans &#034; l'arm&#233;e de la lib&#233;ration &#034;. En mai 1944, un num&#233;ro sp&#233;cial de La V&#233;rit&#233; disait : &#034; Pas de lib&#233;ration possible sans les prol&#233;taires allemands et contre eux &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisqu'il s'agit de d&#233;fendre les principes trotskystes, laissons la parole &#224; Trotsky lui-m&#234;me. Dans son &#233;tude Apr&#232;s la &#034;paix&#034; imp&#233;rialiste de Munich &#8211; une le&#231;on toute fra&#238;che, il &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Dans tous les cas o&#249; les forces contre-r&#233;volutionnaires tentent de revenir de &#034; l'&#201;tat d&#233;mocratique &#034; pourrissant, en arri&#232;re vers le particularisme provincial, vers la monarchie, la dic&#173;tature militaire, le fascisme, le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, sans prendre sur lui la moindre responsabilit&#233; pour la &#034; d&#233;fense de la d&#233;mocratie &#034; (elle n'est pas d&#233;fendable !), opposera &#224; ces forces contre&#173;r&#233;volutionnaires une r&#233;sistance arm&#233;e, pour en cas de succ&#232;s, diriger son offensive contre la &#034; d&#233;mocratie &#034; imp&#233;rialiste. Cette politique n'est applicable, cependant, que pour ce qui concerne les conflits int&#233;rieurs, c'est-&#224;-dire dans le cas o&#249; l'enjeu de la lutte est v&#233;ritablement la question du r&#233;gime politique : c'est ainsi, par exemple, que s'est pr&#233;sent&#233;e la question en Espagne. La participation des ouvriers espagnols &#224; la lutte contre Franco &#233;tait leur devoir &#233;l&#233;mentaire. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment et uniquement parce que les ouvriers n'ont pas r&#233;ussi &#224; remplacer &#224; temps le pouvoir de la d&#233;mocratie bourgeoise par leur propre pouvoir, que la &#034;d&#233;mocratie&#034; a fait place au fascisme. Cependant, c'est pure tromperie et charlatanisme que de transporter m&#233;caniquement les lois et les r&#232;gles de la lutte des diff&#233;rentes classes d'une seule et m&#234;me nation dans la guerre imp&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire la lutte d'une seule et m&#234;me classe de diff&#233;rentes nations. Actuellement, il n'est, semble-t-il, pas besoin de d&#233;montrer que les imp&#233;rialistes luttent l'un contre l'autre non pour des principes politiques, mais pour la domination sur le monde, sous le couvert des principes qui leur semblent bons &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on pr&#233;sente la d&#233;faite d'Hitler comme une premi&#232;re &#233;tape gagn&#233;e dans la lutte (&#034; la lutte ne s'arr&#234;te pas l&#224; &#034;), on utilise un raisonnement purement stalinien : &#034; la lutte contre le fascisme ext&#233;rieur et ses prolongements &#224; l'int&#233;rieur &#034;. La d&#233;faite de Hitler venant &#224; la suite de la victoire d'un camp imp&#233;rialiste sur l'autre, n'a pas &#233;t&#233; une victoire du prol&#233;tariat allemand, fran&#231;ais, ou autre. Encore dans Apr&#232;s Munich Trotsky dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La question du sort des Tch&#232;ques, des Belges, des Fran&#231;ais, des Allemands, en tant que nations, nous ne la relions pas &#224; des d&#233;placements conjoncturels des fronts militaires lors d'une nou&#173;velle m&#234;l&#233;e des imp&#233;rialistes, mais &#224; l'insurrection du prol&#233;tariat et &#224; sa victoire sur tous les imp&#233;rialistes &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le drapeau de la lutte imp&#233;rialiste la chute de Hitler n'a &#233;t&#233; qu'un d&#233;placement conjoncturel des fronts militaires. De m&#234;me que la d&#233;faite de 1940 de la bourgeoisie fran&#173;&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; la victoire du prol&#233;tariat uniquement parce que cette d&#233;faite n'a pas &#233;t&#233; acquise par l'activit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Le langage communiste e&#251;t &#233;t&#233; de dire je continue la lutte parce que plus que jamais les masses se trouvent &#233;cras&#233;es par l'imp&#233;rialisme. Plus que jamais la lutte entre les brigands imp&#233;rialistes se poursuit sur le dos des masses. Imagine-t-on, en 1918, l'IC disant :&#034; La lutte ne s'arr&#234;te pas &#224; la chute du Kaiser ? &#034; La d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait-elle une &#233;tape dans la lutte prol&#233;tarienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie r&#233;volutionnaire est l'expression et la garantie supr&#234;me de la nature de la direction d'une tendance prol&#233;tarienne. La fausse terminologie d&#233;veloppe le confusionnisme, rabaisse le niveau des cadres r&#233;volutionnaires et ouvre une br&#232;che &#224; l'id&#233;ologie en&#173;nemie [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce que dit encore Trotsky (IV&#232;me tome de la R&#233;volution Russe, page 229) : &#034; Les distances indispensables &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;ologie bourgeoise &#233;taient maintenues dans le Parti par une vigilante intransigeance dont l'inspirateur &#233;tait L&#233;nine. Il ne cessait de travailler du scalpel, tranchant les liens que l'entourage petit-bourgeois cr&#233;ait entre le Parti et l'opinion publique offi&#173;cielle. En m&#234;me temps, L&#233;nine apprenait au Parti &#224; former sa propre opinion publique, s'appuyant sur la pens&#233;e et les sentiments de la classe qui montait. Ainsi, par s&#233;lection et &#233;ducation, dans une lutte continuelle, le Parti bolch&#233;vik cr&#233;e son milieu non seulement politique mais aussi moral, ind&#233;pen&#173;dant de l'opinion publique bourgeoise et irr&#233;ductiblement oppos&#233; &#224; celle-ci. C'est seulement cela qui permit aux bolch&#233;viks de surmonter les h&#233;sitations dans leurs propres rangs et de manifester la virile r&#233;solution sans laquelle la victoire d'Octobre e&#251;t &#233;t&#233; impossible. &#034;Comment se d&#233;fendre contre la calomnie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec raison, La V&#233;rit&#233; dit que le but de la bourgeoisie est de nous &#233;touffer. Mais en m&#234;me temps (num&#233;ro du 4/6) elle met en demeure de Gaulle de choisir entre le camp fas&#173;ciste qui &#233;touffe les trotskistes, et le camp d&#233;mocratique (Angleterre, etc...) qui ne les &#233;touffe pas. Mesurez la hauteur de ce raisonnement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La calomnie contre-r&#233;volutionnaire, comme l'antis&#233;mitisme et autres manifestations empoisonn&#233;es, &#233;lev&#233;es &#224; une &#233;chelle politique, font partie de la lutte de classe et ne s'&#233;l&#232;vent pas au-dessus d'elle. C'est pour cela que notre premi&#232;re t&#226;che, pour combattre la calomnie, c'est une offensive politique &#233;nergique men&#233;e en direction des masses pour d&#233;masquer politiquement les calomniateurs, afin que celles-ci puissent se convaincre que ceux qui nous calomnient ne sont pas leurs amis mais bien leurs ennemis. Il faut ensuite un travail suivi d'&#233;ducation socialiste dans les rangs ouvriers (&#233;dition de brochures populaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi une lutte directe contre le gangst&#233;risme staliniste ; nous avions fourni en automne dernier &#224; votre direction une occasion pr&#233;cise d'une action &#224; entreprendre pour le d&#233;masquer publiquement [2]. Votre direction s'y est d&#233;rob&#233;e. Apr&#232;s avoir fui le combat, quel est le s&#233;rieux des d&#233;fis lanc&#233;s par La V&#233;rit&#233; invitant les staliniens &#224; des commissions compos&#233;es &#034; de toutes les tendances du mouvement ouvrier et de la r&#233;sistance &#034; ? Nous sommes pr&#234;ts &#224; fournir &#224; une commission de contr&#244;le de votre parti tous les d&#233;tails de cette affaire et de l'attitude criminelle de votre direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'&#233;ducation socialiste, t&#226;che fondamentale de travail commu&#173;niste, vous semblez l'ignorer. Dans les contacts que nos camarades ont pu avoir avec vous, il semble que m&#234;me pour les membres de l'organisation ce travail passe au troisi&#232;me plan (&#034; la r&#233;volution est l&#224;, ce n'est pas le moment de lire Marx &#034;). Comment voulez vous combattre l'obscurantisme et les pr&#233;jug&#233;s, si vous ne remplissez pas votre r&#244;le d'&#233;ducateurs socialistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, les efforts de l&#233;galisation se sont transform&#233;s en pi&#232;ge pour votre organisation. Voici deux mois que La V&#233;rit&#233; a abandonn&#233; toute propagande r&#233;volu&#173;tionnaire et qu'elle ne se fait plus le d&#233;fenseur des masses devant les mesures r&#233;actionnaires du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous &#234;tes r&#233;fugi&#233;s dans des justifications vis-&#224;-vis de la bourgeoisie et les appels aux &#034; d&#233;mocrates &#034;. Ainsi La V&#233;rit&#233; du 4/6 dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous ne sommes pas un groupe de conspirateurs... Nos t&#226;ches sont : &#233;clairer en &#233;duquant, guider en expliquant. Notre arme : c'est la propagande r&#233;volutionnaire, et rien d'autre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mensonge la bourgeoisie ne le croira pas et aux travailleurs nous n'avons pas le droit de mentir. Des centaines de fois L&#233;nine a expliqu&#233; aux militants : la r&#233;volution est une guerre. Une guerre se fait-elle seulement &#224; l'aide de la propagande ? Trotsky a &#233;crit un livre intitul&#233; : D&#233;fense du Terrorisme. Nous avons &#233;t&#233; les premiers et continuons &#224; &#234;tre les seuls d&#233;fenseurs des Milices ouvri&#232;res et de l'armement du prol&#233;tariat. Nous ap&#173;prouvons la devise de Blanqui : qui a du fer a du pain. Comment peut-on avec une pareille doctrine pr&#233;senter les r&#233;volutionnaires comme des pr&#234;cheurs et ap&#244;tres d'une propagande &#034; de la v&#233;rit&#233; et du progr&#232;s social &#034; (V&#233;rit&#233; 4/6). L&#233;nine a enseign&#233; au Parti r&#233;volution&#173;naire la plus grande m&#233;fiance envers tout gouvernement bourgeois, m&#234;me le plus d&#233;mocratique. Une partie de l'appareil de l'organisation doit toujours rester dans l'ill&#233;galit&#233; pour parer &#224; toute mesure arbitraire de la part du gouvernement bourgeois. Vous-m&#234;mes ne pr&#233;tendez pas livrer toute l'organisation &#224; la l&#233;galit&#233;, quelles que soient les mesures de l&#233;galisation dont vous ferez l'objet. N'est-ce pas dans ce cas renforcer la calomnie contre nous que d'affirmer : &#034; Nous ne sommes pas des conspirateurs &#034; ? Au moment o&#249; le rapport de forces nous impose la lutte clandestine pour pouvoir exprimer des id&#233;es r&#233;volutionnaires en faveur des masses, le raisonnement l&#233;niniste ne serait-il pas plut&#244;t de dire aux travailleurs : &#034; la bourgeoisie conspire, couverte de sa propre l&#233;galit&#233;, contre le niveau de vie et la vie m&#234;me des masses ? Nous, r&#233;volutionnaires, appelons les travailleurs conscients &#224; se pr&#233;parer, clandestinement s'il le faut, au renversement de la bourgeoisie. La propa&#173;gande ouverte n'est qu'une partie de notre travail. Demander aux ouvriers de cacher des armes, aux soldats de se r&#233;unir en cellules de caserne, aux ouvriers d'usine d'&#233;diter des organes d'opposition sans adresse et sans nom, tout cela, n'est-ce pas un travail de conspirateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inutile, nous l'esp&#233;rons, d'ajouter que cela n'a rien de commun avec le terrorisme anarchiste, lutte individuelle contre des repr&#233;sentants isol&#233;s de la classe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1917, le rapport de forces entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie a ouvert la voie &#224; la calomnie capitaliste et social-chauvine contre les bolch&#233;viks. Le regroupement des masses a fait sauter en l'air la calomnie quelques mois apr&#232;s. Combien r&#233;confortant pour les r&#233;volutionnaires est le raisonnement de ce soldat russe, que rapporte Kroupska&#239;a dans sa brochure de Souvenirs sur L&#233;nine : &#034; Sais-tu que ton L&#233;nine est un espion allemand ? dit un Monsieur instruit au soldat en faction. Non, je ne le sais pas, r&#233;pond celui-ci, je n'ai pas assez d'instruction pour &#231;a, mais ce que je sais, c'est que tout ce que L&#233;nine dit sur la terre est juste &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais faut-il seulement s'en r&#233;f&#233;rer &#224; 1917 ? Les camarades voudront bien r&#233;fl&#233;chir &#224; des exemples plus r&#233;cents, que nous leur soumettons. A la fin du mois de mai, quand le gouvernement rejette les revendications pr&#233;sent&#233;es par la CGT &#224; la suite des mouvements de gr&#232;ve, les social-chauvins n'osent bien entendu pas r&#233;futer les arguments de la bourgeoisie dirig&#233;s contre les ouvriers. Notre organisation r&#233;pand quelques milliers de tracts, sign&#233;s par les trotskystes, par la IV&#232;me Internationale, pour prendre la d&#233;fense des ouvriers, d&#233;masquer les bureaucrates et indiquer nos solutions. De multiples endroits nous parvient l'&#233;cho d'ouvriers du rang, qui constituent la grande masse, approuvant le tract et le faisant circuler, sans s'inqui&#233;ter de la signature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une usine importante de la r&#233;gion parisienne, des camarades ouvriers entreprennent un travail d'opposition syndicale enti&#232;rement sur des bases communistes et r&#233;volutionnaires [3]. La bureaucratie social-chauvine r&#233;pand imm&#233;diatement le bruit qu'il s'agit de la 5&#232;me colonne. Ne c&#233;dant pas &#224; la pression des adversaires, le travail de l'opposi&#173;tion continue conspirativement, pour ne pas donner prise &#224; la r&#233;pression. N'est-ce pas &#224; nous de tenir bon, de d&#233;montrer aux ouvriers les n&#233;cessit&#233;s qui nous sont impos&#233;es par la lutte, ne s'apercevront-ils pas que ceux qui nous accusent les trahissent, mais que nous ne cesserons de les d&#233;fendre ? Le journal de l'opposition est le seul qui dans toutes les occasions prend intelligemment et avec continuit&#233; la d&#233;fense des ouvriers. Aussi le font-ils circuler, sans s'inqui&#233;ter des accusations des bureaucrates. Nos camarades organisent quelques ouvriers plus avanc&#233;s en noyau de l'opposition syndicale ; ils adoptent la conspiration comme une n&#233;cessit&#233; faisant partie de notre travail. L'opposition arrive &#224; imposer politiquement sa l&#233;galit&#233; : le repr&#233;sentant de la direction syndicale prend l'engagement de ne pas faire arr&#234;ter les repr&#233;sentants de l'opposition si ceux-ci se d&#233;masquent. Mais cette invitation manque son effet, car l'opposition ce n'est plus seulement un noyau isol&#233;, c'est un courant politique dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes-nous r&#233;clam&#233;s pour ce travail de la r&#233;sistance ? Notre propagande est-elle tendancieuse dans le sens des pr&#233;jug&#233;s existants ? Nullement. En voici un exemple : un camarade qui fait un travail syndical d'usine avec notre concours, &#233;crit dans son projet de journal : la guerre &#233;tant finie rien ne s'oppose plus &#224; nos revendications. Notre camarade lui explique que cette fa&#231;on de s'exprimer peut laisser entendre aux ouvriers que la politique des bureaucrates ayant frein&#233; les ouvriers &#224; cause de la guerre (des capitalistes) pouvait se justifier. Or il ne faut en aucun cas utiliser de pareilles &#233;quivoques, parce que ce qui importe par dessus tout c'est d'&#233;lever la conscience des ouvriers. Notre camarade sympathisant convient de la justesse de ce raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voici que le raisonnement ci-dessus &#233;cart&#233; d'un journal d'usine, nous le retrouvons dans l'organe central du PCI. La V&#233;rit&#233; du 4/6 dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Aujourd'hui la guerre est finie. Nous attendons du ministre l'autorisation de pa&#173;ra&#238;tre l&#233;galement. Rien ne justifie plus les mesures d'exception qui nous frappent &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre justifiait-elle donc les mesures d'exception ? Pendant la guerre la bourgeoisie prenait le pr&#233;texte de la &#034; d&#233;fense nationale &#034;. Mais aujourd'hui la bourgeoisie dit par la voix des social-chauvins et de tous ses partis : &#034; Nous avons gagn&#233; la premi&#232;re manche par tant de sacrifices, allons-nous maintenant tout compromettre ? Notre union qui &#233;tait n&#233;cessaire contre l'ennemi est n&#233;cessaire maintenant pour refaire la France &#034;. C'est &#224; l'aide de cette argumentation que les Thorez et Cie veulent imposer &#224; la classe ouvri&#232;re la politique du produire, produire, produire... Notre t&#226;che ce n'est pas de passer l'&#233;ponge sur le pass&#233; et l'opposer au pr&#233;sent, car pour sa politique actuelle la bour&#173;geoisie tire justement argument du pass&#233;. Si des mesures contre nous &#233;taient justifi&#233;es pendant la guerre, elles le sont encore aujourd'hui, parce que la guerre et la paix ne sont que la continuation de la politique de la bourgeoisie imp&#233;rialiste, axiome que Trotsky a si souvent rappel&#233; et que vous oubliez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons voulu par ces quelques exemples d&#233;montrer aux camarades que pour combattre nos adversaires il ne faut pas se laisser imposer leur tactique et leur argumentation. C'est par une id&#233;ologie et une argumentation radicalement contraire &#224; celle de nos ennemis que nous pouvons imposer notre point de vue prol&#233;tarien, et non pas en acceptant les pr&#233;misses du raisonnement de la bourgeoisie, pour en tirer d'autres conclusions. Si nous engageons la lutte contre la calomnie sur le terrain de nos adversaires, nous sommes battus d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi vous brandissez actuellement comme principal argument les morts de la r&#233;sistance. Mais le PC se r&#233;clame de ses dizaines de milliers de morts pour la r&#233;sis&#173;tance, connus dans tout le pays. C'est au nom de ces morts qu'il nous accuse et nous pourchasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait notre force, c'est notre politique &#233;nergique de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des masses, poursuivie sans h&#233;sitation et sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au lieu de cette intransigeance vous l&#226;chez prise dans chaque occasion grave, vous c&#233;dez &#224; la pression ennemie au moment o&#249; il faudrait le plus y r&#233;sister. Le 10 juin 1944 La V&#233;rit&#233; &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Les forteresses volantes et les tanks d'Eisenhower n'apporteront pas la lib&#233;ration des travailleurs de l'Europe. A la place de l'imp&#233;rialisme allemand qui s'&#233;croule, ils viennent imposer la domination du capital financier yankee et anglais &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois apr&#232;s, au moment du plus grand d&#233;cha&#238;nement chauvin et du d&#233;ferlement de la &#034; lib&#233;ration &#034;, La V&#233;rit&#233; &#233;crit (le 11 Ao&#251;t) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Hitler s'effondre. Les Am&#233;ricains approchent de Paris. La classe ouvri&#232;re doit mettre &#224; profit la situation... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La V&#233;rit&#233; est-elle assez na&#239;ve pour croire qu'on pouvait transformer en insurrection prol&#233;tarienne une situation dont tout le cours ant&#233;rieur avait pr&#233;par&#233; les masses &#224; la &#034; lib&#233;ration nationale &#034;, notamment du fait du monopole d'influence des social-chauvins ? En r&#233;alit&#233;, La V&#233;rit&#233; a ploy&#233; sous la pression des &#233;v&#233;nements et le PCI a engag&#233; ses militants &#224; participer &#224; &#034; l'&#233;puration &#034;, duperie monstrueuse qui a permis &#224; l'&#201;tat bourgeois de traverser indemne les &#233;v&#233;nements (rappelons-nous &#034; l'insurrection &#034; de la police).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, La V&#233;rit&#233; a d&#233;nonc&#233; sous l'occupation la r&#233;sistance d'union sacr&#233;e, mais l&#226;che prise maintenant devant l'opinion publique petite-bourgeoise et en arrive &#224; se r&#233;clamer de la r&#233;sistance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, le levier pour le renversement de la situation, n'est pas dans des discussions avec &#034; l'opinion publique &#034;. Il est dans une politique r&#233;volutionnaire, hardie : &#224; l'&#173;heure o&#249; les masses voient qu'elles sont trahies de toutes parts, &#224; l'heure o&#249; l'offensive gouvernementale se poursuit contre elles et que les chefs &#034; ouvriers &#034; se perdent en discours, les trotskistes doivent montrer aux masses que, ne s'effrayant ni de la calomnie ni des menaces, ils restent seuls &#224; prendre la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts. Les ouvriers sont fatigu&#233;s d'ann&#233;es de souffrances et de privations. Ils arrivent &#224; ex&#233;crer les chefs tra&#238;tres qui d&#233;tiennent actuellement dans les usines le r&#244;le de premiers garde-chiourme. Dans ces conditions, deux ouvriers r&#233;volutionnaires, par un travail clandestin et intelligent, tiennent en &#233;chec toute une direction syndicale, parce que les ouvriers ont pu se rendre compte qu'il y avait quelqu'un pour prendre leur d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de mener son offensive, La V&#233;rit&#233; se perd en discussions et en disputes avec &#034; l'opinion publique &#233;clair&#233;e &#034;, avec les &#034;d&#233;mocrates sinc&#232;res&#034;. Et les ouvriers assis&#173;tent &#224; ces pleurnicheries, au lieu de rencontrer dans La V&#233;rit&#233; un organe de combat et une r&#233;ponse &#224; leurs propres pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une interview de 1937, Trotsky a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Je suis s&#251;r que dix ouvriers qui comprennent tr&#232;s bien la situation... gagneront une centaine d'ouvriers, et les cent ouvriers un millier de soldats. Ils seront victorieux &#224; la fin de la guerre ; &#231;a me semble tr&#232;s simple, mais je pense que c'est une bonne id&#233;e &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; se r&#233;sument tous les probl&#232;mes de notre travail. Comment faire bien comprendre la situation &#224; une centaine d'ouvriers, les gagner corps et &#226;me &#224; la politique r&#233;volutionnaire, en faire des cadres de la classe ouvri&#232;re et du trotskisme ; c'est par eux que nous pourrons appara&#238;tre aux masses comme leurs seuls d&#233;fenseurs, dans ce monde o&#249; elles n'ont que des ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; les probl&#232;mes de la construction du parti et de sa prol&#233;tarisation, de l'attitude envers les questions th&#233;oriques, du lien entre la th&#233;orie et la pratique. Ces probl&#232;mes il faut les poser devant l'ensemble du mouvement et &#224; l'aide d'une discussion approfondie, &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience, poser un premier jalon dans la voie du redressement th&#233;orique et pratique du mouvement trotskiste en France. Hors de l&#224; un sort pire que celui du POUM attend notre mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion du bilan de nos deux organisations ne serait pas &#224; l'heure actuelle une concession de votre part, mais le devoir le plus &#233;l&#233;mentaire de notre travail r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juillet 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNION COMMUNISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(IV&#232;me Internationale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nous demandons aux militants de lire ou de relire les ouvrages de Trotsky que nous avons cit&#233;s O&#249; va la France, Et Maintenant et Apr&#232;s la &#034;Paix&#034; imp&#233;rialiste de Munich. [Note de Barta]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Il s'agit de la d&#233;signation d'une commission d'enqu&#234;te sur l'assassinat de Pamp (Mathieu Bucholz) par le PCF en septembre 1944. En juillet 1945 l'UC avait renouvel&#233; sa demande, pr&#233;alablement &#224; toute discussion politique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Voix des Travailleurs, Bulletin inter-usines de l'opposition syndicale Lutte de Classes ne para&#238;tra qu'en octobre 1945. Mais l'UC avait d&#233;j&#224; engag&#233; un travail dans cette direction et certaines de ses publications d'entreprise portaient d&#233;j&#224; ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470627.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/natalia.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/natalia.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>The new international situation requires a new revolutionary international of workers</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8787</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>

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&lt;p&gt;The new international situation requires a new revolutionary international of workers &lt;br class='autobr' /&gt;
The Fourth International is dead. Faced with war, we must build the &#034;Fifth International, the world party of socialist revolution&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
In two articles devoted to the preparation for the founding of the Fourth International, which would take place in 1938, Trotsky wrote : &lt;br class='autobr' /&gt; The Bolshevik-Leninists consider themselves a fraction of the international movement being built &#034;Labels&#034; and &#034;Numbers&#034; (August (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;The new international situation requires a new revolutionary international of workers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;The Fourth International is dead. Faced with war, we must build the &#034;Fifth International, the world party of socialist revolution&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In two articles devoted to the preparation for the founding of the Fourth International, which would take place in 1938, Trotsky wrote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The Bolshevik-Leninists consider themselves a fraction of the international movement being built&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Labels&#034; and &#034;Numbers&#034; (August 7, 1935)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a document dated July 14, 1935, Trotsky had determined the name of the Fourth International :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; It seems to me that the only suitable name for our International is World Party of the Socialist Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; World Party of the Socialist Revolution (July 14, 1935)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These two texts, ignored by all the parties that claim to &#034;rebuild the Fourth International&#034; and that call themselves &#034;Trotskyists&#034;, with the blessing of the bourgeois media, are relevant to raise the question of the need for a new communist, Marxist international, the Fifth, against that of the parties which like LO, the NPAs, RP claim to be of the &#034;Fourth International&#034; founded by Trotsky, but which no longer have anything in common with Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marceau Pivert, the model of the French far left&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One of the two texts by Trotsky cited above is a letter responding to that of Marceau Pivert, a member of the left wing of L&#233;on Blum's SFIO, whose party had just excluded Trotsky's supporters :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Marceau Pivert's letter concerning the expulsion of the leaders of the revolutionary youth of the Seine, despite its laudable aim, contains a number of inaccuracies which, in their development, could lead to serious errors. Warning young comrades against these errors is the true duty of a Marxist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pivert himself accuses our friends of making a major &#034;psychological error&#034; by adopting the name Bolshevik-Leninists. Since &#034;original Bolshevism,&#034; according to Pivert, denied the democratic structure of the party, equality (?) for all tendencies, etc., by its very name, the Bolshevik-Leninists are giving the party bureaucracy a weapon against itself. In other words, the &#034;psychological error&#034; consists of an insufficient adaptation to the psychology of the party bureaucracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky's supporters in France had joined the SFIO, the socialist party of the time, adopting the title of Bolshevik-Leninist Fraction. It is this latter term that Pivert disparages, describing it as &#034;sounding awful&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolshevik-Leninists, that's what we are in 2026 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This Pivertist reproach has been incorporated into the language and identity of French far-left groups : none of them claim to be &#034;Bolshevism-Leninism.&#034; They use the term &#034;Trotskyist,&#034; a convenient but far less precise abbreviation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky continues his letter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pivert's judgment represents a very serious &#034;political error,&#034; indeed a series of errors. It is not true that &#034;initial Bolshevism&#034; denied the democratic structure of the party. I assert the exact opposite : there has never been, and there is no, more democratic party than Lenin's. This party was formed from below. It depended solely on the advanced workers. It was unaware of the hidden, masked, but all the more harmful dictatorship of the bourgeois &#034;friends&#034; of the proletariat, the careerist parliamentarians, the self-serving mayors, the armchair journalists&#8212;all that parasitic fraternity that allows the party rank and file to speak &#034;freely,&#034; &#034;democratically,&#034; but tenaciously maintains itself within the apparatus and, ultimately, does as it pleases. This kind of &#034;democracy&#034; within the party is nothing more than a copy of the bourgeois-democratic state, which also allows the people to speak &#034;freely,&#034; but then leaves real power to a handful of capitalists. Pivert makes a very serious political error by idealizing and embellishing the hypocritical and deceitful &#034;democracy&#034; of the SFIO, which, in fact, hinders and paralyzes the revolutionary education of the workers by stifling their voices with the chorus of municipal councilors, parliamentarians, and others who are steeped to the core in selfish petty-bourgeois interests and reactionary prejudices. The task of the revolutionary, even if the course of development forces him to work in the same organization as the reformists, these political exploiters of the proletariat, consists not in taking the attitude of the prot&#233;g&#233; and adopting that of the deceitful friendship for these agents of the bourgeoisie, but in opposing in the face of the masses as clearly, as bitterly, as implacably as possible the opportunists, the patriots, the absolutely bourgeois &#034;socialists&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;To oppose the opportunists, the patriots, the absolutely bourgeois 'socialists' in the face of the masses as clearly, as fiercely, as relentlessly as possible&#034; is what parties like LO, the NPAs and the RP never do.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky's historical reminder, &#034;This party was formed from below. It depended solely on the advanced workers,&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
is fundamental for us. It is by building upon these worker nuclei that a revolutionary leadership will become an embryo, a fraction of a future workers' party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The tactic of these far-left groups is to obtain bureaucratic union labels for their activists, present them in local and national elections, which will allow them to claim bureaucratic union labels again and so on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These small groups, which all claim to be the least sectarian in the world, are incapable of uniting as different factions of the same party because they are in competition with the union bureaucracies. &#034;The reformists, those political exploiters of the proletariat,&#034; who are never referred to by those names.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Adopting the attitude of the prot&#233;g&#233; and adopting a false friendship with these agents of the bourgeoisie&#8221; is therefore precisely what LO, the NPA-R, and RP are doing with regard to LFI, the CGT, or Sud Solidaires. For today's Bolshevik-Leninists, &#8220;agents of the bourgeoisie&#8221; is the only accurate label to apply to LFI, the CGT, or Sud Solidaires, and this is something these small groups never do.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lack of trust in the working class is what characterizes these small groups. Yet, Trotsky reminded us that for Marxists, the decisive factor lies in the working class, not in individual &#034;personalities&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Those who will ultimately choose and decide will not be the Blums and the Zyromskis, but the masses, the millions of exploited. It is with them that we must align ourselves, it is for them that we must build a party. Pivert's misfortune is that, until now, he has not severed the umbilical cord that binds him to the small world of the Blums and the Zyromskis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainly these groups denounce personalities like JL M&#233;lenchon but not as class enemies, agents of the bourgeoisie, only as &#034;institutional&#034;, therefore moderate, and to put forward &#034;personalities&#034;, JP Mercier, N. Arthaud, fitting into the mold of bourgeois politics, which selects &#034;talking heads&#034; who &#034;speak well&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We are Bolshevik-Leninists&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is time to reclaim this name. It is the one Trotsky chose for his supporters in France. The LO and NPA-R parties solemnly repeat : we are for the construction of a revolutionary communist party. But this abstract term has always been claimed by the &#034;so-called communists&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; At every new opportunity, [Pivert] looks at his &#8220;friends&#8221; and anxiously takes their pulse. And it is this false, illusory, unrealistic policy that he demands of the Bolshevik-Leninists ! They must, it seems, renounce their own name. Why ? Does this name frighten the workers ? On the contrary. If the so-called &#8220;communists,&#8221; despite all the betrayals and crimes they have committed, retain a significant portion of the proletariat under their banner, it is solely because they present themselves to the masses as the bearers of the traditions of the October Revolution. The workers fear neither Bolshevism nor Leninism. They simply ask (and rightly so) : &#8220;Are they true Bolsheviks, or false ?&#8221; &#034;The duty of consistent proletarian revolutionaries is not to renounce the name of Bolsheviks, but to show in deeds to the masses their Bolshevism, that is to say, the consistent revolutionary spirit and absolute devotion to the cause of the oppressed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The term Bolshevism-Leninism clearly refers to October 1917, to the dictatorship of the proletariat, as Trotsky explained :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; But why, Pivert insists, stick a label on one's navel (?) instead of &#034;following the lessons it contains&#034; ? But doesn't Pivert himself bear the &#034;label&#034; of socialist ? In the realm of politics, as in other areas of human activity, it is impossible to proceed without &#034;labels,&#034; that is to say, without denominations and qualifiers as precise as possible. The name &#034;socialist&#034; is not only insufficient but absolutely misleading, since in France anyone who wants to can call themselves a &#034;socialist.&#034; By their name, the Bolshevik-Leninists tell everyone that their theory is &#034;Marxism,&#034; that it is not the distorted and prostituted &#034;Marxism&#034; of the reformists (like Paul Faure, Jean Longuet, S&#233;verac, etc.) but the true Marxism restored by Lenin and applied by him to the fundamental questions of the imperialist era ; that they draw upon the experience of the October Revolution, as developed in the decisions of the first four congresses of the Communist International ; that they stand in solidarity with the theoretical and political work carried out by the &#034;Left Opposition&#034; of the Communist International (1923-1932) ; and finally, that they rally under the banner of the Fourth International. In politics, the &#034;name&#034; is the &#034;flag.&#034; He who renounces a revolutionary name today for the sake of L&#233;on Blum and his ilk will just as easily renounce the red flag tomorrow for the tricolor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The experience of the October Revolution, developed in the decisions of the first four congresses of the Communist International ; (...) [the] theoretical and political work carried out by the 'left opposition' of the Communist International (1923-1932)&#034; are references never invoked by these extreme-left groups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarding the first 4 congresses : the famous &#034;21 conditions&#034; which were stated there in 1920, these parties do not fulfill any of them, which is why they no longer claim to follow these texts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarding the Left Opposition : when Trotsky was expelled from the USSR by the counter-revolutionary bureaucracy in 1929, he rallied the international &#034;Left Opposition&#034; around three points, one of which was the denunciation of Stalin's collaboration with British trade union leadership within the Anglo-Russian Committee. Now, collaboration with French trade union leadership is the alpha and omega of the &#034;tactics&#034; of our far-left groups. Their spokespeople are systematically union delegates loyal to the leadership that appointed them : Sud-Solidaires for JP Mercier (LO), Anasse Kazibe (RP), and Ga&#235;l Quirante (NPA-R).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To claim that LO, RP, and NPA-R betrayed the ideals of the Fourth International would be to flatter them : these small groups are in no way the heirs of the Third International of 1919-1922, of the left-wing opposition to Stalinism within the Communist Parties in 1923-1933. They belong to that constellation of non-Stalinist groups that called themselves socialist or communist, but were irredeemable and against which Trotsky polemicized.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Fifth International is a current issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarding the numbers, Trotsky replied to Pivert :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pivert proclaims the right of every socialist to hope for a better International &#034;with or without a change of number.&#034; This somewhat misplaced irony about the &#034;number&#034; represents a political error of the same kind as the irony about the &#034;label.&#034; Politically, the question is this : can the world proletariat succeed in fighting war, fascism, and capitalism under the leadership of reformists or Stalinists&#8212;that is, under Soviet diplomacy ? We answer : it cannot. The Second and Third Internationals have exhausted their content and have become obstacles on the revolutionary path. &#034;Reforming&#034; them is impossible, because their entire leadership is radically hostile to the tasks and methods of the proletarian revolution. Anyone who has not fully grasped the collapse of the two Internationals cannot raise the banner of the New International. &#034;With or without a change of number&#034; ? This phrase is meaningless. It is no coincidence that the three former Internationals were numbered. Each &#034;number&#034; corresponds to a specific era, program, and methods of action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky's observation is unfortunately still relevant today : &#034;The Fourth International (resulting from splits within the one founded by Trotsky) has exhausted its content and has become an obstacle on the revolutionary path. 'Reforming' it is impossible, because its entire leadership is radically hostile to the tasks and methods of the proletarian revolution.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fact that there are currently several Fourth Internationals is analogous to the fact that, at the time Trotsky was writing, there were the Second and Third Internationals. These internationals, including that of the NPA-A and NPA-R (these parties excommunicate each other in France but congratulate each other internationally in their joint organization, like Marion Aubry falling into Van der Leyen's arms in the European Parliament !), are &#034;two corpses whose summation would be futile, their negation being the path to follow&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The New International must be not the sum of two corpses, as the old social-patriot Zyromsky dreams, caught in his unexpected recognition of the &#034;defense of the USSR,&#034; but the living &#034;negation&#034; of these corpses and, at the same time, the &#034;continuation&#034; of the historical work accomplished by previous Internationals. In other words, it is the Fourth International. The &#034;number&#034; here signifies a definite perspective and program, that is to say, a &#034;flag.&#034; Let the philistines mock this. We must not imitate them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky founded the Fourth International, continuing the legacy of the Third, which itself was founded in opposition to the social-patriots. For LO, the NPA, and RP, the very term &#034;social-patriot&#034; doesn't exist ! In this sense, these parties are no longer even worthy of the left wing of the Second International, where Rosa Luxemburg inaugurated the Marxist struggle against these social-patriots by founding her Polish newspaper &#034;The Workers' Cause&#034; as early as 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky founded the Fourth International in opposition to the Popular Front policies implemented by Stalin's Comintern in 1935 at its Seventh (and final) Congress. However, in 2024, the NPA-A joined the new Popular Front. The NPA-R denounced this but wanted to maintain its position within the same Fourth International as the NPA-A. The NFP of the NPA-s in 2024 is comparable to the Popular Front of 1935 for the Communists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To be a revolutionary leader is to decide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The typical argument of LO or the NPA-R is the &#034;lack of worker consciousness.&#034; This argument is typically Stalinist, already well known to Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The aversion to &#034;labels&#034; and &#034;numbers&#034; in politics is as dangerous as the aversion to precise definitions in the scientific field. In both cases, we have the infallible symptom of a lack of clarity in the ideas themselves. Invoking the &#034;masses&#034; in such cases only serves to mask one's own hesitations. The worker who still believes in Vandervelde or Stalin will undoubtedly be an opponent of the Fourth International. The worker who has understood that the Second and Third Internationals are dead to the cause of the revolution will immediately rally to our banner. This is precisely why it is criminal to hide this banner under the table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haughty and brutal contempt for the alleged lack of conscience of workers ; on the contrary, obsequious modesty towards reformism when it comes to taking responsibility, these are two poles between which centrists oscillate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The far left in the Sacred Union&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Third International held its founding congress in 1919, but it was the betrayal of the Second International, which joined the Sacred Union, that made it necessary to announce its foundation as early as 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Fourth International was founded in 1938, but its necessity had been proclaimed by Trotsky as early as 1933, in the face of the capitulation of the Stalinist parties after Hitler's rise to power. With the Stalin-Laval Declaration, the French Communist Party openly joined the Sacred Union in 1935, the equivalent for the Communist parties of August 1914 for the Socialist Party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first lie of the French far left is to whitewash reformist leadership by suggesting they are no longer part of the Sacred Union. As if after each war, we start from scratch, waiting for the next one. But the question regularly posed by these parties is not whether these leaderships will rejoin the Sacred Union during the next war. The CGT and the Socialist Party (like its successor, La France Insoumise) have been part of it since 1914 and have never left. The Communist Party has been part of it since 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By repeatedly claiming that &#034;we are heading towards a national unity government,&#034; these organizations conceal the fact that we are already there, positioning themselves as the &#034;vigilant&#034; far-left wing of Sud-Solidaires and the CGT, endorsing them with their &#034;critical support.&#034; Support without participation is the worst form of support for the bourgeois government, because it is the most hypocritical. This was the CGT's policy in 1936 in the face of the Popular Front government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The leadership of the CGT and Sud are in the Sacred Union, and their policies are becoming increasingly openly reactionary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One of the forms that war takes is fiscal racketeering against workers through indirect taxes, which are one of the components of inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While the French Workers' Party, whose program was written under Marx's supervision around 1880, included the abolition of indirect taxes in its economic component, far-left organizations denounce this type of measure as &#034;a diversion,&#034; imitating union leaderships that want to confine the working class to symbolic wage increases granted during annual salary negotiations. Wage increases are purely economic demands ; the issue of taxes is a political one. Not only would the elimination of fuel taxes represent an almost unprecedented increase in the standard of living for the majority of workers, but by seizing this slogan, the working class would also bring along the middle class, already burdened by these taxes. Politically and economically stifling the proletariat is what this rallying of the opportunistic far left to the sole issue of wages, under the guise of Marxist orthodoxy, means. It is to pay their share of the tax racket that workers should demand wage increases !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Covid, sanctions against Russia, war against Iran, customs duties, public debt &#8211; all these extra-economic means of generating profits are typical of a period of war :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The war has brought about a transformation in capitalism. The systematic exploitation of surplus value, which was once the sole source of income for the entrepreneur, now seems a rather dull pursuit for the bourgeois gentlemen, who have grown accustomed to doubling, even multiplying tenfold, their dividends in a matter of days through sophisticated speculation based on international plunder. The bourgeois has shed some of his former prejudices and, in return, acquired a certain knack for it that he previously lacked. The war has accustomed him, as to the most ordinary of activities, to reducing entire countries to famine through blockades, to bombing and burning peaceful towns and villages, to infecting springs and rivers by dumping cholera crops into them, to transporting dynamite in diplomatic pouches, to issuing counterfeit banknotes imitating those of the enemy, and to employing corruption, espionage, and smuggling on an unprecedented scale. The methods employed in warfare remained in force in the commercial world after the conclusion of peace. Commercial operations of any significance are conducted under the aegis of the state. The latter has become akin to a criminal organization armed to the teeth. The scope of global production shrinks daily, and the control of production becomes all the more frantic and all the more costly. Prevention : that is the ultimate word of capitalist policy, the motto that has replaced protectionism and free trade !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By denouncing the slogan &#034;Abolish fuel taxes (excise and VAT) !&#034; as a &#034;National Rally diversion,&#034; when it was actually Marx's program, a party like Lutte Ouvri&#232;re (LO) is embarking on a reactionary path, asking workers to &#034;win the battle of taxation,&#034; just as the Communist Party (PC) asked them to win the post-war &#034;battle of production.&#034; These so-called heirs of Trotsky are opposing the proletariat's struggle for its economic survival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The warning shot that heralded this war capitalism was the 2008 financial crisis. None of the major far-left organizations saw it as the collapse of capitalism. Yet the seeds of revolution are essentially economic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : going to war is now a possibility.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pseudo-Trotskyist parties are becoming increasingly open political satellites of La France Insoumise (LFI) and the bourgeois state. The recent demonstration of support for the LFI mayor of Saint-Denis marks a further step in this direction. The mayor of a major city is no longer an agent of the bourgeoisie because he is &#034;on another level&#034; ; he is no longer the enemy of the workers, but &#034;someone who won't change much&#034; ; anti-racism in defense of the poor replaces class struggle&#8212;it is with such nonsense that Lutte Ouvri&#232;re (LO) justifies its support for LFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; This elite group thus found itself not only opposed to Bally Bagayoko, but above all to the impoverished population of a working-class city. Even if the election of a rebellious mayor will not change much for the residents of these housing projects, given that their problems lie on a completely different level, this vile campaign is a clear indication of the bourgeoisie's and its political class's desire to silence anything resembling a challenge to its policies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the march to war is accelerating. Isn't it time to plant the flag of a Fifth International, reiterating Trotsky's observation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The Bolshevik-Leninists consider themselves a faction of the emerging International. It seems to me that the only suitable name for our International is World Party of Socialist Revolution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nouvelle situation internationale n&#233;cessite une nouvelle internationale r&#233;volutionnaire des travailleurs</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8711</link>
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		<dc:date>2026-04-08T22:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>
		<dc:subject>Voix des Travailleurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les IV&#232;mes internationales sont mortes. Face &#224; la guerre, il faut b&#226;tir la &#034;V&#232;me Internationale, parti mondial de la r&#233;volution socialiste&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans deux articles consacr&#233;s &#224; la pr&#233;paration de la fondation de la IVe Internationale, qui aura lieu en 1938, Trotsky &#233;crivait : &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolch&#233;viks-l&#233;ninistes se consid&#232;rent comme une fraction de l'internationale qui se b&#226;tit &#171; &#201;tiquettes &#187; et &#171; Num&#233;ros &#187; (7 ao&#251;t 1935) Dans un &#233;crit du 14 juillet 1935, Trotsky avait d&#233;termin&#233; le nom de la IVe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot321" rel="tag"&gt;Voix des Travailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les IV&#232;mes internationales sont mortes. Face &#224; la guerre, il faut b&#226;tir la &#034;V&#232;me Internationale, parti mondial de la r&#233;volution socialiste&#034; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans deux articles consacr&#233;s &#224; la pr&#233;paration de la fondation de la IVe Internationale, qui aura lieu en 1938, Trotsky &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les bolch&#233;viks-l&#233;ninistes se consid&#232;rent comme une fraction de l'internationale qui se b&#226;tit&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/%C2%AB_%C3%89tiquettes_%C2%BB_et_%C2%AB_Num%C3%A9ros_%C2%BB&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#201;tiquettes &#187; et &#171; Num&#233;ros &#187; (7 ao&#251;t 1935)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;crit du 14 juillet 1935, Trotsky avait d&#233;termin&#233; le nom de la IVe Internationale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que le seul nom qui convienne pour notre Internationale soit parti mondial de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/Parti_mondial_de_la_r%C3%A9volution_socialiste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Parti mondial de la r&#233;volution socialiste (14 juillet 1935)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces deux textes, ignor&#233;s de tous les partis qui pr&#233;tendent &#034;reconstruire la IV&#176; Internationale&#034; et qui se qualifient de &#034;trotskistes&#034;, avec la b&#233;n&#233;diction des media bourgeois, sont d'actualit&#233; pour poser la question de la n&#233;cessit&#233; d'une nouvelle internationale communiste, marxiste, la V&#232;me, contre celle des partis qui comme LO, les NPAs, RP se r&#233;clament de la &#034;IV&#232;me internaltionale&#034; fond&#233;e par Trotsky, mais qui n'ont plus rien de commun avec Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marceau Pivert, le mod&#232;le de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des deux textes de Trotksy cit&#233; plus est une lettre r&#233;pondant &#224; celle de Marceau Pivert, membre de l'aile gauche de la SFIO de L&#233;on Blum, dont le parti venait d'exclure les partisans de Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La lettre de Marceau Pivert sur les exclusions des chefs de la jeunesse r&#233;volutionnaire de la Seine, malgr&#233; son but louable, renferme un certain nombre d'id&#233;es inexactes qui, dans leur d&#233;veloppement, peuvent conduire &#224; de s&#233;rieuses erreurs. Pr&#233;venir les jeunes camarades contre ces erreurs est le vrai devoir d'un marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pivert lui-m&#234;me accuse nos amis de commettre une grande &#171; erreur psychologique &#187; en prenant le nom de bolcheviks-l&#233;ninistes. Puisque le &#171; bolchevisme initial &#187;, selon Pivert, niait la structure d&#233;mocratique du parti, l'&#233;galit&#233; (?) pour toutes les tendances, etc. par leur nom m&#234;me, les bolcheviks-l&#233;ninistes donnent &#224; la bureaucratie. du parti une arme contre eux-m&#234;mes. En d'autres termes, l' &#171; erreur psychologique &#187; consiste en une adaptation insuffisante &#224; la psychologie de la bureaucratie du parti.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de Trotsky en France &#233;taient entr&#233;s &#224; la SFIO, le parti socialiste de l'&#233;poque, adoptant le titre de Fraction bolch&#233;vique-l&#233;niniste. C'est ce dernier qualificatif que Pivert d&#233;nigre, le pr&#233;sentant comme &#034;faisant mal aux oreilles&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolch&#233;viks-leninistes, c'est ce que nous sommes en 2026 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce reproche pivertiste, les groupes fran&#231;ais d'extr&#234;me-gauche l'ont int&#233;gr&#233; &#224; leur langage, &#224; leur identit&#233; : aucun d'eux ne se r&#233;clame du &#034;bolchevisme-l&#233;ninisme&#034;. Ils reprennent le terme de &#034;trotskiste&#034;, raccourci certes commode, mais bien moins pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky continue sa lettre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce jugement de Pivert repr&#233;sente une &#171; erreur politique &#187; tr&#232;s s&#233;rieuse, et m&#234;me une s&#233;rie d'erreurs. Il n'est pas vrai que le &#171; bolchevisme initial &#187; niait la structure d&#233;mocratique du parti. J'avance l'affirmation absolument contraire : il n'y a pas eu et il n'y a pas de parti plus d&#233;mocratique que celui de L&#233;nine. Ce parti s'&#233;tait form&#233; par en bas. Il d&#233;pendait seulement des ouvriers avan&#173;c&#233;s. Il ne connaissait pas la dictature cach&#233;e, masqu&#233;e, mais d'au&#173;tant plus n&#233;faste, des &#171; amis &#187; bourgeois du prol&#233;tariat, des parle&#173;mentaires carri&#233;ristes, des maires affairistes, des journalistes de salon, de toute cette confr&#233;rie parasitaire qui permet &#224; la base du parti de parler &#171; librement &#187;, d&#233;mocratiquement &#187;, mais se maintient elle-m&#234;me avec t&#233;nacit&#233; &#224; l'appareil et, en fin de compte, fait ce qu'elle veut. Ce genre de &#171; d&#233;mocratie &#187; dans le parti n'est rien d'autre qu'une copie de l'&#201;tat d&#233;mocratique-bourgeois, qui lui aussi permet au peuple de parler &#171; librement &#187;, puis laisse le pouvoir r&#233;el &#224; une poign&#233;e de capitalistes. Pivert commet une tr&#232;s grande erreur politique en id&#233;alisant et en embellissant la &#171; d&#233;mocratie &#187; hypo&#173;crite et mensong&#232;re de la S.F.I.O. qui, en fait, freine et paralyse l'&#233;ducation r&#233;volutionnaire des ouvriers en &#233;touffant leur voix par le ch&#339;ur des conseillers municipaux, des parlementaires et autres qui sont impr&#233;gn&#233;s jusqu'&#224; la moelle d'int&#233;r&#234;ts petits-bourgeois &#233;go&#239;stes et de pr&#233;jug&#233;s r&#233;actionnaires. La t&#226;che du r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la marche du d&#233;veloppement le contraint &#224; travailler dans la m&#234;me orga&#173;nisation que les r&#233;formistes, ces exploiteurs politiques du prol&#233;tariat, consiste non pas &#224; prendre l'attitude du prot&#233;g&#233; et &#224; faire sienne celle de l'amiti&#233; mensong&#232;re pour ces agents de la bourgeoisie, mais &#224; &lt;strong&gt;s'opposer en face des masses le plus clairement, le plus &#226;prement, le plus implacablement possible aux opportunistes, aux patriotes, aux &#171; socialistes &#187; absolument bourgeois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'opposer en face des masses le plus clairement, le plus &#226;prement, le plus implacablement possible aux opportunistes, aux patriotes, aux &#171; socialistes &#187; absolument bourgeois &#187; est ce que ne font jamais des partis comme LO, les NPAs et RP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rappel historique de Trotsky &#171; Ce parti s'&#233;tait form&#233; par en bas. Il d&#233;pendait seulement des ouvriers avan&#173;c&#233;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
est pour nous fondamental. C'est en s'appuyant sur des noyaux ouvriers, qu'une direction r&#233;volutionnaire deviendra un embryon, une fraction d'un futur parti ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la tactique de ces groupes d'extr&#234;me-gauche, c'est d'obtenir des &#233;tiquettes bureaucratiques syndicales pour leurs militants, les pr&#233;senter aux &#233;lections locales et nationales, ce qui leur permettra de revendiquer &#224; nouveau des &#233;tiquettes bureaucratiques syndicales et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupuscules qui se veulent tous les moins sectaires du monde sont incapables de se r&#233;unir comme diff&#233;rentes fractions d'un m&#234;me parti, car ils sont en concurrence aupr&#232;s des bureaucraties syndicales. &#171; les r&#233;formistes, ces exploiteurs politiques du prol&#233;tariat &#187;, qui ne sont jamais d&#233;sign&#233;s sous ces noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prendre l'attitude du prot&#233;g&#233; et &#224; faire sienne celle de l'amiti&#233; mensong&#232;re pour ces agents de la bourgeoisie &#187; est donc exactement ce que font LO le NPA-R et RP vis-&#224;-vis de LFI, la CGT ou Sud Solidaires. Car &#171; agents de la bourgeoisie &#187; est pour les bolch&#233;viks-l&#233;ninistes d'aujourd'hui le seul qualificatif juste &#224; appliquer &#224; LFI, la CGT ou Sud Solidaires, et c'est ce que ne font jamais ces groupuscules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de confiance en la classe ouvri&#232;re, c'est ce qui caract&#233;rise ces groupuscules. Pourtant, Trotsky rappelait que pour les marxistes, c'est la classe ouvri&#232;re, non pas les &#034;personnalit&#233;s&#034; en qui r&#233;side le facteur d&#233;cisif :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;ceux qui choisiront et qui trancheront, ce seront, en fin de compte, non les Blum et les Zyromski, mais les masses, les millions d'exploit&#233;s. C'est. sur eux qu'il faut s'aligner, c'est pour eux qu'il faut b&#226;tir un parti. Le malheur de Pivert, c'est que jusqu'&#224; maintenant il n'a pas rompu le cordon ombilical qui le relie au petit monde des Blum et des Zyromski&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Certes ces groupes d&#233;noncent des personnalit&#233;s comme JL M&#233;lenchon mais pas comme des ennemis de classe, des agents de la bourgeoisie, seulement comme des &#034;institutionnels&#034;, donc mod&#233;r&#233;s, et pour mettre en avant des &#034;personnalit&#233;s&#034;, JP Mercier, N. Arthaud, se coulant dans le moule de la politique bourgeoise, qui s&#233;lectionne des &#034;moulins &#224; parole&#034; qui &#034;parlent bien&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes des bolch&#233;viks-l&#233;ninistes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de reprendre ce nom. C'est celui que Trotsky choisit pour ses partisans en France. Les partis LO et NPA-R r&#233;p&#232;tent d'un ton solennel : nous sommes pour la construction d'un parti communiste r&#233;volutionnaire. Mais ce terme abstrait a toujours &#233;t&#233; revendiqu&#233; par les &#171; pr&#233;tendus communistes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;A chaque occasion nouvelle, [Pivert] regarde ses &#171; amis &#187; et leur t&#226;te le pouls avec inqui&#233;tude. Et c'est cette politique fausse, illusoire, non r&#233;aliste, qu'il r&#233;clame des bolcheviks-l&#233;ninistes ! Ils doivent, para&#238;t-il, renoncer &#224; leur propre nom. Pourquoi ? Est-ce que ce nom effraie les ouvriers ? Au contraire. Si les pr&#233;tendus &#171; communistes &#187;, malgr&#233; toutes les trahisons et tous les crimes qu'ils ont commis, retiennent sous leur drapeau une partie importante du prol&#233;tariat, c'est uniquement parce qu'ils se pr&#233;sentent aux masses comme les porteurs des traditions de la r&#233;volution d'Octobre. Les ouvriers ne craignent ni le bolchevisme ni le l&#233;ninisme. Ils demandent seulement (et ils font bien) : &#171; Sont-ils de v&#233;ritables bolcheviks, ou de faux ? &#187; Le devoir des r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens cons&#233;quents est, non pas de renoncer au nom de bolcheviks, mais de montrer dans les faits aux masses leur bolchevisme, c'est-&#224;-dire l'esprit r&#233;volutionnaire cons&#233;quent et le d&#233;vouement absolu, &#224; la cause des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Le terme de bolch&#233;visme-l&#233;ninisme fait clairement r&#233;f&#233;rence &#224; Octobre 1917, &#224; la dictature du prol&#233;tariat, comme Trotsky l'expliquait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi donc, insiste Pivert, se coller sur le nombril une &#233;tiquette (?) au lieu de &#171; suivre les enseignements qu'elle comporte &#187; ? Mais Pivert lui-m&#234;me ne porte-t-il pas l' &#171; &#233;tiquette &#187; de socialiste ? Dans le domaine de la politique tout comme les autres domaines de l'activit&#233; humaine, il est impossible de proc&#233;der sans &#171; &#233;tiquettes &#187;, c'est-&#224;-dire sans d&#233;nominations et qualificatifs aussi pr&#233;cis que possible. Le nom de &#171; socialiste &#187; est non seulement insuffisant mais absolument trompeur, car s'intitulent &#171; socialistes &#187; en France tous ceux qui en ont envie. Par leur nom, les bolcheviks-l&#233;ninistes disent &#224; tous et &#224; chacun que leur th&#233;orie, c'est le &#171; marxisme &#187;, que c'est non pas le &#171; marxisme &#187; d&#233;natur&#233; et prostitu&#233; des r&#233;formistes (&#224; la Paul Faure, Jean Longuet, S&#233;verac, etc.) mais le v&#233;ritable marxisme restaur&#233; par L&#233;nine et appliqu&#233; par lui aux questions fondamentales de l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme ; qu'ils s'appuient sur l'exp&#233;rience de la r&#233;volution d'Octobre, d&#233;velopp&#233;e dans les d&#233;cisions des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste ; qu'ils sont solidaires du travail th&#233;orique et politique accompli par l' &#171; opposition de gauche &#187; de l'Internationale communiste (1923-1932) ; enfin qu'ils se rangent sous le drapeau de la IV&#176; Internationale. En politique, le &#171; nom &#187;, c'est le &#171; drapeau &#187;. Celui qui renonce aujourd'hui &#224; un nom r&#233;volutionnaire pour le bon plaisir de L&#233;on Blum et consorts, celui-l&#224; renoncera aussi facilement demain au drapeau rouge pour le drapeau tricolore&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'exp&#233;rience de la r&#233;volution d'Octobre, d&#233;velopp&#233;e dans les d&#233;cisions des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste ; (...) [le] travail th&#233;orique et politique accompli par l' &#171; opposition de gauche &#187; de l'Internationale communiste (1923-1932) &#187; sont des r&#233;f&#233;rences jamais invoqu&#233;es par ces groupuscules d'extr&#234;me-gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les 4 premiers congr&#232;s : les c&#233;l&#232;bres &#034;21 conditions&#034; qui y furent &#233;nonc&#233;es en 1920, ces partis n'en remplissent aucune, c'est la raison pour laquelle ils ne se r&#233;clament plus de ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'Opposition de gauche : quand en 1929 Trotsky fut expuls&#233; d'URSS par la bureaucratie contre-r&#233;volutionnaire, il rassembla autour de trois points l' &#171; opposition de gauche &#187; internationale, un de de ces points &#233;tant la d&#233;nonciation de la collaboration de Staline avec les directions syndicales britanniques dans le cadre du Comit&#233; anglo-russe. Or la collaboration avec les directions syndicales fran&#231;aises, c'est l'alpha et l'om&#233;ga de la &#034;tactique&#034; de nos groupes d'extr&#234;me-gauche. Leurs porte-parole sont syst&#233;matiquement des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux fid&#232;les &#224; la direction qui les a nomm&#233;s : Sud-Solidaires pour JP Mercier (LO), Anasse Kazibe (RP) et Ga&#235;l Quirante (NPA-R).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que LO, RP et NPA-R ont trahi les id&#233;aux de la IV&#232;me internationale serait donc d&#233;j&#224; les flatter : c'est de la III&#232;me internationale de 1919-1922, de l'opposition de gauche au stalinisme dans les PC en 1923-1933, que ces groupuscules ne sont en rien les h&#233;ritiers. Ils se rangent parmi cette pl&#233;iade de groupuscules non staliniens qui se disaient socialistes ou communistes, mais irr&#233;cup&#233;rables et contre lesquels Trotsky pol&#233;miqua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La 5&#232;me internationale est d'actualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos des num&#233;ros, Trotsky r&#233;pondait &#224; Pivert :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pivert proclame le droit de tout socialiste d'esp&#233;rer en une meilleure Internationale &#171; avec ou sans changement de num&#233;ro &#187;. Cette ironie un peu d&#233;plac&#233;e sur le &#171; num&#233;ro &#187; repr&#233;sente une erreur politique du m&#234;me type que l'ironie sur l'&#171; &#233;tiquette &#187;. Politiquement, la question se pose ainsi : le prol&#233;tariat mondial peut-il arriver &#224; lutter avec succ&#232;s contre la guerre, le fascisme, le capitalisme, sous la direction des r&#233;formistes ou des staliniens - c'est-&#224;-dire de la diplomatie sovi&#233;tique ? Nous r&#233;pondons : il ne le peut pas. La II&#176; et la III&#176; Internationales ont &#233;puis&#233; leur contenu et sont devenues des obstacles sur la voie r&#233;volutionnaire. Les &#171; r&#233;former &#187; est impossible, car toute leur direction est radicalement hostile aux t&#226;ches et aux m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Celui qui n'a pas compris jusqu'au bout l'effondrement des deux Internationales, celui-l&#224; ne peut pas lever le drapeau de la Nouvelle Internationale. &#171; Avec ou sans changement de num&#233;ro &#187; ? Cette phrase est d&#233;nu&#233;e de sens. Ce n'est pas par hasard que les trois anciennes Internationales se sont trouv&#233;es num&#233;rot&#233;es. Chaque &#171; num&#233;ro &#187; correspond &#224; une &#233;poque d&#233;termin&#233;e, un programme et des m&#233;thodes d'action.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Le constat de Trotsky est malheureusement d'actualit&#233; : &#171; Les IV&#176; Internationales (issues de scissions de celle fond&#233;e par Trotsky) ont &#233;puis&#233; leur contenu et sont devenues des obstacles sur la voie r&#233;volutionnaire. Les &#171; r&#233;former &#187; est impossible, car toute leur direction est radicalement hostile aux t&#226;ches et aux m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'il y ait actuellement plusieurs IV&#232;me internationale est analogue au fait qu'il y avait &#224; l'&#233;poque o&#249; Trotsky &#233;crivait, la II&#232;me et la III&#232;me. Ces internationales, dont celle du NPA-A et NPA-R (ces partis s'excommunient en France mais se congratulent mutuellement au niveau international dans leur organisation commune, comme Marion Aubry tombe dans les bras de Van der Leyen au parlement europ&#233;en !) sont &#171; deux cadavres dont faire la somme serait vain, leur n&#233;gation &#233;tant la voie &#224; suivre &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle Internationale doit &#234;tre non pas la somme des deux cadavres, comme le r&#234;ve le vieux social-patriote Zyromski, surpris dans sa reconnaissance inattendue de la &#171; d&#233;fense de l'U. R. S. S. &#187;, mais la &#171; n&#233;gation &#187; vivante de ces cadavres et, en m&#234;me temps, la &#171; continuation &#187; du travail historique accompli par les Internationales pr&#233;c&#233;dentes. En d'autres termes, il s'agit de la IV&#176; Internationale. Le &#171; num&#233;ro &#187; signifie ici une perspective et un programme d&#233;termin&#233;s, c'est-&#224;-dire un &#171; drapeau &#187;. Que les philistins ironisent l&#224;-dessus. Il ne faut pas les imiter.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Trotsky fonda la IV&#232;me internationale, dans la continuit&#233; de la III&#232;me qui elle-m&#234;me fut fond&#233;e en opposition aux socio-patriotes. Pour LO, les NPAs, RP, le terme m&#234;me de &#034;social-patriote&#034; n'existe pas ! En ce sens, ces partis ne sont m&#234;me plus dignes de l'aile gauche de la II&#232;me internationale, o&#249; Rosa Luxemburg inaugura la lutte des marxistes contre ces socio-patriote,s en fondant son journal polonais &#034;La cause ouvri&#232;re&#034; d&#232;s 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky fonda la IV&#232;me Internationale contre les politiques de Fronts populaires mises en place par l'Internationale de Staline en 1935 lors de son VII&#232;me (et dernier) congr&#232;s. Or le NPA-A en 2024 a rejoint le nouveau Front Populaire. Le NPA-R l'a d&#233;nonc&#233;, mais a voulu gard&#233; sa place dans la m&#234;me IV&#232;me internationale que le NPA-A. Le NFP des NPA-s en 2024 est comparable aux FP de 1935 pour les PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre une direction r&#233;volutionnaire c'est d&#233;cider&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument typique de LO ou du NPA-R, c'est le &#034;manque de conscience des travailleurs&#034;. Cet argument est typiquement stalinien, d&#233;j&#224; bien connu de Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'aversion pour les &#171; &#233;tiquettes &#187; et les &#171; num&#233;ros &#187; en politique est aussi dangereuse que l'aversion pour les d&#233;finitions pr&#233;cises dans le domaine scientifique. Dans un cas comme dans l'autre, nous avons l&#224; le sympt&#244;me infaillible d'un manque de clart&#233; dans les id&#233;es elles-m&#234;mes. Invoquer les &#171; masses &#187; ne sert, dans de tels cas, qu'&#224; couvrir ses propres h&#233;sitations. L'ouvrier qui croit encore &#224; Vandervelde ou &#224; Staline sera sans doute adversaire de la IV&#176; Internationale. L'ouvrier qui a compris que la II&#176; et la III&#176; Internationales sont mortes &#224; la cause de la r&#233;volution se rangera imm&#233;diatement sous notre drapeau. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi il est criminel de cacher ce drapeau sous la table.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#233;pris hautin et brutal envers le pr&#233;tendu manque de conscience des travailleurs ; au contraire modestie obs&#233;quieuse envers le r&#233;formisme lorsqu'il s'agit de prendre ses responsabilit&#233;s, ce sont deux de p&#244;les entre lesquels les centristes oscillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'extr&#234;me-gauche dans l'Union sacr&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La III&#232;me internationale connut son congr&#232;s fondateur en 1919, mais c'est la trahison de la II&#232;me internationale, entr&#233;e dans l'Union sacr&#233;e qui avait rendu n&#233;cessaire d'annoncer sa fondation d&#232;s 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La IV&#232;me internationale fut fond&#233;e en 1938, mais c'est d&#232;s 1933, face &#224; la capitulation des partis staliniens apr&#232;s la prise du pouvoir par Hitler, que sa n&#233;cessit&#233; avait &#233;t&#233; proclam&#233;e par Trotsky. Par la d&#233;claration Staline-Laval, le PC fran&#231;ais entra ouvertement dans l'Union sacr&#233;e en 1935, l'&#233;quivalent pour les PC de l'ao&#251;t 1914 pour les PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mensonge de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise est de blanchir les directions r&#233;formistes en faisant croire qu'elle ne sont plus dans l'Union sacr&#233;e. Comme si apr&#232;s chaque guerre, on repartait &#224; z&#233;ro, en attendant la prochaine. Or la question n'est pas celle pos&#233;e r&#233;guli&#232;rement par ces partis, de savoir si ces directions entreront &#224; nouveau dans l'Union sacr&#233;e lors de la prochaine guerre. La CGT et le PS (comme son avatar LFI) y sont depuis 1914, et ne l'ont jamais quitt&#233;e. Le PC y est depuis 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;p&#233;tant &#224; l'envi que &#171; l'on se dirige vers l'Union sacr&#233;e &#187;, ces organisations cachent le fait qu'on y est d&#233;j&#224;, se posent en aile &#034;vigilante&#034; d'extr&#234;me-gauche de Sud-Solidaires et de la CGT, les cautionnant par leur &#171; soutien critique &#187;. Le soutien sans participation est la pire des formes, car la plus hypocrite, de soutien au gouvernement bourgeois. Ce fut la politique de la CGT en 1936 face au gouvernement de Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les directions de la CGT et de Sud sont dans l'Union sacr&#233;e, et leurs politiques sont de plus en plus ouvertement r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des formes que prend la guerre, c'est le racket fiscal exerc&#233; contre les travailleurs &#224; travers les imp&#244;ts indirects qui sont une des composantes de l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Parti ouvrier fran&#231;ais, dont le programme fut &#233;crit sous le contr&#244;le de Marx vers 1880, comprenait dans sa partie &#233;conomique : abolition des imp&#244;ts indirects, les organisations d'extr&#234;me-gauche d&#233;noncent ce genre de mesure comme &#034;une diversion&#034;, imitant les directions syndicales qui veulent cantonner la classe ouvri&#232;re &#224; des augmentations de salaires symboliques augment&#233;es lors des NAO. Les augmentations de salaires sont des revendications purement &#233;conomiques, la question des taxes est une revendication politique. Non seulement la suppression des taxes sur les carburants serait une augmentation quasiment sans pr&#233;c&#233;dent du niveau de vie de la majorit&#233; des travailleurs, mais la classe ouvri&#232;re en s'emparant de ce mot d'ordre entrainerait derri&#232;re les classe moyennes pr&#233;ssur&#233;es par ces taxes. Etouffer politiquement et &#233;conomiquement le prol&#233;tariat, c'est ce que signifie ce ralliement de l'extr&#234;me-gauche opportuniste &#224; la seule question des salaires, sous couvert d'orthodoxie marxiste. C'est pour payer leur part au racket fiscal que les travailleurs devraient demander des augmentations de salaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Covid, sanctions contre la Russie, guerre contre l'Iran, droits de douanes, dette publique, tous ces moyens extra-&#233;conomiques pour tirer des profits sont typiques d'une p&#233;riode de guerre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La guerre a fait subir au capitalisme une &#233;volution. Le pressurage syst&#233;matique de la plus-value qui fut jadis pour l'entrepreneur la seule source de revenu, semble &#224; pr&#233;sent une occupation trop fade aux messieurs les bourgeois qui ont pris l'habitude de doubler, de d&#233;cupler leurs dividendes dans l'espace de quelques jours, au moyen de sp&#233;culations savantes bas&#233;es sur le brigandage international. Le bourgeois a rejet&#233; quelques pr&#233;jug&#233;s qui le g&#234;naient et acquis par contre un certain coup de main qui lui manquait jusqu'ici. La guerre l'a accoutum&#233;, comme aux actes les plus ordinaires, &#224; r&#233;duire par le blocus des pays entiers &#224; la famine, &#224; bombarder et incendier des villes et villages pacifiques, &#224; infecter les sources et les rivi&#232;res en y jetant des cultures du chol&#233;ra, &#224; transporter de la dynamite dans des valises diplomatiques, &#224; &#233;mettre des billets de banque faux imitant ceux de l'ennemi, &#224; employer la corruption, l'espionnage et la contrebande dans des proportions jusque-l&#224; inou&#239;es. Les moyens d'action appliqu&#233;s &#224; la guerre rest&#232;rent en vigueur dans le monde commercial apr&#232;s la conclusion de la paix. Les op&#233;rations commerciales de quelque importance s'effectuent sous l'&#233;gide de l'&#201;tat. Ce dernier est devenu semblable &#224; une association de malfaiteurs arm&#233;s jusqu'aux dents. Le terrain de la production mondiale se r&#233;tr&#233;cit chaque jour davantage et la mainmise sur la production devient d'autant plus fr&#233;n&#233;tique et revient d'autant plus ch&#232;re. Emp&#234;cher : voil&#224; le dernier mot de la politique du capitalisme, la devise qui remplace le protectionnisme et le libre-&#233;changisme !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;non&#231;ant le mot d'ordre d'&#171; Abolition des taxes (accise et TVA) sur les carburants ! &#187; comme &#034;diversion du RN&#034;, alors que c'&#233;tait le programme de Marx, un parti comme LO s'engage dans une voie r&#233;actionnaire, demandant aux travailleurs de &#034;gagner la bataille de la taxation&#034;, comme le PC leur demandait de gagner la &#034;bataille de la production&#034; d'apr&#232;s-guerre. Ces soi-disant h&#233;ritiers de Trotsky s'opposent &#224; la lutte du prol&#233;tariat pour sa survie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de semonce qui annon&#231;a ce capitalisme de guerre fut la crise financi&#232;re de 2008. Aucune des grandes organisations d'extr&#234;me-gauche n'y vit l'effondrement du capitalisme. Or les pr&#233;misses de la r&#233;volution sont essentiellement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : l'entr&#233;e en guerre est d'actualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis pseudo-trotskistes deviennent politiquement de plus en plus ouvertement des satellites de LFI et de l'Etat bourgeois. La r&#233;cente manifestation de soutien au maire LFI de Saint-Denis marque un pas de plus dans cette ligne. Le maire d'une grande ville ne serait plus un agent de la bourgeoisie, car il est &#034;&#224; un autre niveau&#034; ; il n'est plus l'ennemi des travailleurs, mais &#034;quelqu'un qui ne changera pas grand-chose&#034; ; l'antiracisme en d&#233;fense des pauvres remplace la lutte des classes, c'est avec de telles balivernes que LO justifie son soutien &#224; LFI :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Ce beau monde s'est ainsi retrouv&#233; non seulement contre Bally Bagayoko, mais surtout contre la population pauvre d'une ville ouvri&#232;re. M&#234;me si l'&#233;lection d'un maire insoumis ne changera pas grand-chose &#224; ce que vivent les habitants des cit&#233;s, tant ses probl&#232;mes se situent &#224; un tout autre niveau, cette campagne immonde est bien significative de la volont&#233; de la bourgeoisie et de son personnel politique de faire taire tout ce qui peut ressembler &#224; une contestation de sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour le NPA-R qui est dans la m&#234;me ligne, le drapeau fran&#231;ais de la mairie de Saint-Denis, remplace le drapeau rouge :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/png/capture_d_ecran_2026-04-08_182106.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH241/capture_d_ecran_2026-04-08_182106-5ca33.jpg?1792893501' width='500' height='241' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://npa-revolutionnaires.org/contre-le-racisme-venu-den-haut-lunion-des-travailleurs-fait-la-force/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contre le racisme venu d'en haut&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la marche &#224; la guerre s'acc&#233;l&#232;re. N'est-il pas temps de planter le drapeau d'un V&#232;me internationale, en renouvelant le constat de Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Les bolch&#233;viks-l&#233;ninistes se consid&#232;rent comme une fraction de l'internationale qui se b&#226;tit. Il me semble que le seul nom qui convienne pour notre Internationale soit parti mondial de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Who needs war ?</title>
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		<dc:date>2025-10-16T04:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>H&#244;pital</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Who needs war ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Who needs the war starting in Europe and what for ? Ukraine, a prelude to a world war between imperialisms ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Many people imagine that the war will remain confined to Ukraine, and that's possible for some time. But it's not just a military accident that will end there. Even if negotiations lead to a Russian military withdrawal, this opens a new period of confrontation between blocs, of wars or threats of war, of the arms race, of violent confrontations that will justify (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot260" rel="tag"&gt;H&#244;pital&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Who needs war ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Who needs the war starting in Europe and what for ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ukraine, a prelude to a world war between imperialisms !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Many people imagine that the war will remain confined to Ukraine, and that's possible for some time. But it's not just a military accident that will end there. Even if negotiations lead to a Russian military withdrawal, this opens a new period of confrontation between blocs, of wars or threats of war, of the arms race, of violent confrontations that will justify violent policies by states, both internal and external. This is a new period for Europe and for the world.&lt;br class='autobr' /&gt;
Two imperialist camps at war !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Western camp wants to make people believe that this is not an inter-imperialist war and that only Russia wants war. It is very complicated for Western leaders, as we have just seen with the president of the French bourgeoisie and blue-white-red imperialism, to say they are at war alongside the Ukrainian people and, at the same time, to affirm that they are not at war and that only Russia is. It is essential to make this great leap of declarations to, on the one hand, explain that we are militarily occupying Eastern Europe to militarily help the invaded Ukrainians, and, on the other, that we have not declared war on Russia, that we absolutely do not want it, that we have no interest in it, that the entire Western camp would be purely pacifist in this affair which would only oppose Russia and Ukraine. This is taking people for naive people : it is obvious that NATO, the USA and Europe are on one side of this war and Russia on the other.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of course, everyone in the Western camp believes that it is Russia that has everything to gain from this war to reconstitute its empire, which has been shattered since the fall of the USSR, and also to make Putin more popular among Russian nationalists. Of course, everyone believes that it is Putin who has every interest in cultivating Russian national feelings and who has long since capitalized on this aspiration of a part of the Russian population for a return to the past grandeur of the empire, of which Ukraine was an essential part. He demonstrated this well, they believe, in Crimea.&lt;br class='autobr' /&gt;
Biden, butcher of the Iraq War, wants war against Russia and China !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To the general public, Putin appears much more dictatorial and militaristic than Biden, but that's just an appearance. Biden led the American war for many more years and in a much bloodier manner than Putin. Because Biden is the chief organizer of the American war in Iraq. It was at that time that the American army locked its enemies (or supposed enemies) in huge containers which were then machine-gunned. And this is just one example of the massive American violence ordered by a certain Biden...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biden based the bulk of his political platform on war against Russia and China, and it was on this basis that he was elected. It must be said that his opponent, Trump, based his campaign on peace with the enemy bloc and claimed to be able to turn America against the opposing bloc economically. But he failed to do so. This led international commentators, well before any Russian inclinations in Ukraine, to assert that Biden's election as US president meant war with Russia and China in the short term ! They did not then attribute the exclusive responsibility for the war to Russia and Putin alone, but to an irrepressible need of the United States to fight its main economic adversary on the military front !&lt;br class='autobr' /&gt;
Counter the rise of Russian and Chinese imperialism !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the contrary, the Russia-China bloc constantly repeated that it only wanted peace, which would allow them to constantly gain market share and conquer increasingly dominant positions. To the point that the number of countries joining their international alliance grew more than the number of countries (mainly in Eastern Europe) joining NATO, an anti-Russian alliance. Peace is therefore necessarily more interesting for the Russia-China camp and not out of pacifism !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, Russian imperialism, after its bitter failure in Afghanistan, has learned much more than American imperialism, which has suffered many defeats without being threatened, notably in Korea or Vietnam and throughout Indochina, that a military defeat can lead to a loss of a lot of power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is not to say that the imperialist Russia-China bloc and their allies are pacifist, anti-war, less dangerous, or less imperialist than the USA-Canada-Australia-Japan-Europe bloc. They do not have the same assets, the same past, the same sources of supply, the same types of armies, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Before going to world war ! Gain time to bring the population into line by establishing authoritarian, dictatorial or fascist regimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Everyone knows that a head-on confrontation with all the military means of each power at play would mean a terrible setback for humanity, but great powers can confront each other more slowly, on a smaller scale, more locally, and in a slower way than simply sending missiles carrying nuclear warheads against the enemy's major cities. Imperialisms can perfectly well choose to put the world at war and first practice a phoney war, allowing them to make their side even more dictatorial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Increase anti-Russian chauvinism ! All those who oppose it are enemies of the nation at war and of the pseudo-camp of imperialist democracy !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In every country, anyone who did not support their war would be accused of treason and treated as such. All countries would thus turn into dictatorships. We can already see this type of development emerging, with attacks against people of Russian origin, in many professions in art, sport, and entertainment, dismissed like the Russian conductor Valery Gergiev from the Vienna Orchestra simply because they are Russian and did not make a public anti-Putin statement ! When a country is at war, a public figure who does not show solidarity with this war is directly threatened...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When Western powers attack all Russians, just because of their nationality, eliminate them from sports games, artistic participation, activities of all kinds, attack them as musicians, as restaurateurs, as intellectuals, as well as as billionaires or generals, attack not dictators but an entire people, is it to demonstrate the democratic character of the Western world, or is it rather to stir up violent chauvinism, to make all Russians stand in solidarity with Putin by forcing all Westerners to stand in solidarity with Biden ?&lt;br class='autobr' /&gt;
The decline of American capitalism and the struggle to maintain its political and economic domination !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is true that for years, American world domination was completely unchallenged. But this is no longer the case, and there cannot be multiple centers of domination without them desiring confrontation, if only to gauge who is winning and decide. But this is far from the only reason for the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The US's particular hostility toward Russia does not date back to Biden, and not even to Putin. American imperialism, more or less aided in this by the greatest European powers, has long since surrounded Russia with states that are violently hostile to it and violently pro-American, such as Poland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is clear that in 2004, the entire Western world pushed the Ukrainian people against Russia. It is thus remarkable that the latter found the Maidan mobilization remarkable, while not supporting any of the similar uprisings in the world. It is also remarkable that these were the only anti-democratic and reactionary forces that this so-called democratic world supported within the 2004 uprising in kyiv. In the name of Ukraine's freedom, the main aim was to form a new nation of the anti-Russian cordon sanitaire. And NATO hoped to make it join the anti-Russian alliance in turn. It was this threat, more than any other, that lit the fuse. This means that the US was perfectly capable of avoiding conflagration and that, on the contrary, it sought to push for it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If a part of the Ukrainian population thought that it had nothing to lose by going into confrontation with Russia, it is because it believed that Europe and the USA would intervene militarily and immediately in the event of a Russian military attack and, visibly, it was mistaken. Western public opinion was also mistaken. However, the so-called &#034;democratic&#034; Western camp has been careful not to explain this and the commentators under orders have not asked the question. The armies of the Western camp intervene in part of Eastern Europe but not at all in Ukraine !&lt;br class='autobr' /&gt;
The people of Ukraine are being used as cannon fodder to force capitalist Europe to align with American interests !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The war in Europe has another advantage for American imperialism : that of forcing all Western powers, and especially those in Europe, to align themselves strictly with American interests. European leaders pretend to have wanted this of their own free will, but it is clear that they followed through under duress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another surprise : Western forces have limited their military aid to Ukraine and have provided none to the Ukrainian population. Arming the people has never been part of the customs and practices of capitalist governments in any conflict, in any region of the world. They can provide weapons to armed gangs, but in a very limited way, and they do not provide them to the population at all. Let us recall that the Western alliance during the Second World War did not really want to arm the resistance in France or arm the maquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the pretext for imperialist armed interventions is to help peoples, it never goes so far as to help these peoples liberate themselves. Even worse, if it turns out that a people tends to liberate itself from a dictator, like the Iraqi people against Saddam Hussein, then imperialism still saves the dictator against his people, even if it means then waging a war supposedly to overthrow him !&lt;br class='autobr' /&gt;
The adulterated pacifism of Western democracies is preparing the Sacred Union, as in 1914, for War and is allowing all social and political protests to be silenced !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But, you might say, the Western powers are pacifists and don't want war. Yet you only have to listen to Macron say that the war will spread throughout Europe and that it will be long-lasting to feel how satisfied he is to have a good pretext to announce to the French people hard times and financial aid to the capitalists and how much he expects the war to save him from all the social struggles, from all the struggles of the yellow vests, from all the struggles of the anti-pass, from all the social revolt that is rising. And that's not all, he expects the war to allow him to stifle all criticism, all freedom. Thus, we begin by asserting that anyone who supports Putin becomes an enemy, then it is anyone who does not declare themselves to be against Putin. Moreover, we immediately see all the presidential candidates taking the turn, all the media, all the trade union organizations, all falling into line, standing at attention behind the French government, supposedly to shout &#034;down with war&#034; but not, especially not, down with France's war in Europe, down with sending the French army to Romania for example !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Others may point out that Western powers are trying another weapon that could force Putin to back down : &#034;economic warfare.&#034; This is the term used (and then withdrawn) by French Economy Minister Le Maire. It is also the reality of one of the US interventions, with multiple measures blocking trade, banking, and financial relations. But it is difficult to pass off this aggressive economic intervention against Russia as a reaction to the Russian war, since most of these measures were decided and implemented before the war in Ukraine. It was even these measures, decreed and maintained while Russia announced it was stopping its military maneuvers, that pushed Russia toward radicalizing the confrontation, since there was nothing left to lose. The firebrand of the war was therefore much more Biden than Putin. Even Macron, who calls himself a pacifist, first addressed the armed forces to tell them that they would be called upon in the war against Russia, before addressing the population to tell them that he was not at war with Russia. A fine display of hypocrisy and a return to &#034;war lies&#034; !&lt;br class='autobr' /&gt;
The economic war of the Western imperialist camp to steal market shares !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Economic warfare, presented as a peaceful weapon to stop war altogether, is in fact much more the goal than a simple &#034;non-violent&#034; means. Indeed, the Western powers consider that, if peace favors the Russia-China camp, they can force them back through war and in particular through economic warfare which can make them lose much more economically than militarily !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yes, if in peacetime the Western camp loses market share, in times of economic war, it is rather the Russia-China camp that loses it.&lt;br class='autobr' /&gt;
The third great global collapse of capitalism and the third great global class war against the people !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And it is indeed the economy that explains the war and not only by the competition between the two great world imperialist blocs. The capitalist economy has entered a critical phase, one where each economic or financial measure to help the system only makes it sink further, and in particular the massive financial interventions to &#034;help the economy&#034; which create a mass of &#034;liquid&#034; capital which ultimately suffocates the economy. From then on, economic war can be a means found to alleviate this situation, in particular to provide new justifications for on the one hand helping the capitalists, notably by the revival of arms production, and on the other by the sacrifices demanded from the population under the pretext of war to help an attacked people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France and its Western allies aren't the only ones playing the hypocrite. Currently, Russia and China are pretending to be less close and to defend their interests separately, with China also playing the pacifist. In this camp, too, the war lie reigns supreme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The current decay of the capitalist system is in no way a product of the Ukrainian war. It did not wait for this to manifest itself and threaten the capitalist world. The collapse threatens not only the Western bloc but also the Russia-China bloc. Both sides have no solution to the fall in profitable productive investments, a fall relative to total capital and due to the fact that this total has reached heights far too high for the system to find outlets for them. While Chinese industry, for example, or Russian industry in some areas, has experienced success, this is by no means sufficient to absorb the mass of newly accumulated capital. As a result, speculation is rife, and central banks are spending colossal sums buying up rotten securities, swallowing up government debt, and saving trusts and banks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of course, war, by pushing up arms production, raising the price of raw materials, and justifying state aid to capitalists, helps some of them, but it is not enough to save the system. Chinese, Russian, and Western capitalists know this.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;They all know very well that it is not the war in Ukraine that will determine the moment when the entire capitalist world will prefer world war to armed peace. This moment will be determined by the existence of an absolutely inevitable collapse, and war will break out a few days before...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;World war is therefore as inevitable as the fall of capitalism, and its date is determined by it. As long as it is not irresistible, as long as the central banks can react financially to the economic collapse, as long as the liquidity crisis and the inflation crisis do not take a catastrophic turn, the war will remain suspended over our heads without breaking out, without the two blocs directly confronting each other, and hypocrisy will remain the order of the day. This is why the Western powers still refuse to intervene in Ukraine, and their supposed solidarity with the Ukrainian people remains nothing more than supposed pacifism. They cannot explain this without revealing all of their calculations and their pessimism about the future of capitalism. The people, for their part, remain ignorant of the issues and the prospects...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;More than ever, for working people, the only future lies not in shouting &#034;peace&#034; or &#034;wages&#034; but in preparing for the difficult task of assuming the leadership of human society, because capitalism has become a system of the past, even if it clings to power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Down with the war of all imperialisms : Russian in Ukraine, allied with the Chinese, and, against them, American, English, Japanese, Canadian and Australian, supported by French, German and European imperialisms !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Down with the policy of open Sacred Union of the CGT with the PCF and the Insoumis... and of hypocritical Sacred Union of the electoralist extreme left (LO, NPA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The ruling classes of the capitalist world are determined to lock us into diametric oppositions. After the ultimatums : either terrorism or warlike anti-terrorism, or Islamic fundamentalism or far-right anti-fundamentalism, or Covid denial or panic fear of Covid, or lack of protective measures or mandatory vaccination and health passes, we are being asked to align ourselves with one of the following two camps : war with Russia or war with NATO, or imperialism from the West or imperialism from the East.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reaction is only doing its job, said the revolutionary Blanqui, emphasizing that it is the false friends of the people who betray. But in the face of these policies, what do the &#034;left&#034; political, associative, and trade union currents propose, calling us to action or inaction, to march or to vote, supposedly in the name of &#034;our interests&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faced with the threat of a European or even world war, they all put forward an old reactionary policy : the &#034;Sacred Union&#034; of the proletariat of each country with &#034;its country,&#034; that is to say, &#034;its&#034; capitalist state, &#034;its&#034; bourgeoisie and &#034;its&#034; army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This policy of Sacred Union hides behind ideals of peace, rejection of war, ... even the rejection of the Sacred Union. From Zemmour to M&#233;lenchon, all the candidates present themselves as loyal servants of the French ruling class, so they are clearly in the Sacred Union ; the workers have nothing to expect from them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But it is important to understand how the main workers' organization, the CGT, and its political satellites, not only the Insoumis and the PCF, but also the official parties of the electoral far-left (LO and NPA and their presidential candidates N. Arthaud and P. Poutou), are also in the Sacred Union, even if they claim the opposite. We have no need to blacken paper demonstrating the nationalism of M&#233;lenchon and the PCF, because they openly claim it, which means that they support the capitalist and imperialist nation. Roussel and M&#233;lenchon propose that imperialisms make peace and do not propose that we overthrow them in a revolutionary manner. We will see that the official far-left, which calls itself internationalist and revolutionary, does no better.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In its document &#034;Peace in Ukraine - Freedom in Russia&#034; of March 2, the CGT gives an analysis of the war in Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This title (which rejects freedom in Ukraine and peace with Russia) contains within itself the worst element of the program, a line taken up by LO and NPA : this war would be primarily a Russian-Ukrainian problem, which would not concern us directly, or only remotely. Thus, &#034;If there is a real fight against this bloody war of Putin, it is the resistance of the Ukrainian people. It is also the demonstrations taking place in Russia by opponents of the war, despite the bans, the persecutions and the thousands of arrests,&#034; writes the NPA. In France, there is no action on the program for these people, apart from the elections !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For N. Arthaud of Lutte Ouvri&#232;re, in the face of the war that threatens not only Russia and Ukraine but all of Europe, has the time for workers' action not come ? Since, according to her, the working class is not ready, the urgency remains... the election : &#034;If we do not want to be subjected to worsening exploitation today and become cannon fodder tomorrow, we must organize to defend our class interests. And as long as our social class is not capable of overthrowing this rotten system, at least anger against it must be expressed. Voting for my candidacy in the presidential election will provide the opportunity.&#034; This is what Lutte Ouvri&#232;re declares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yet in his campaign pamphlet &#034;The Workers' Camp,&#034; N. Arthaud had not made any slogans about the dangers of war ! N. Arthaud's denunciation of capitalism is only from an economic point of view : inequalities between rich and poor. Instead of uttering anti-worker insults like &#034;our social class is not capable,&#034; taken from the Stalinist tradition, LO should apply to itself Trotsky's conclusions about these Stalinists on the eve of war : &#034;The world political situation as a whole is characterized above all by the historic crisis of the leadership of the proletariat.&#034; It is because he rallied to socialism that Jaur&#232;s, as early as 1894 (and not as a naive man surprised in 1914), could affirm : &#034;your society carries war within it.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The blockage of capitalism since 2008 carries within it war, neither the CGT, nor LO, nor the NPA have warned workers of this danger, and this is another aspect of their participation in the Sacred Union for years.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the conclusion of its document, the CGT, by not proposing any role for the working class, puts forward political demands that have not been known to it in France since 1914, for a change of regime : &#034;finally to free this country [Russia] from the totalitarian, nationalist and imperialist darkness in which it has been plunged for more than twenty years.&#034; However, the CGT did not recognize the totalitarian darkness in which Russia was already plunged under Stalin when its general secretary B. Frachon wrote in 1946 : &#034;we have friendship and gratitude for the USSR, like all men who love freedom and are not blinded by partisan hatred.&#034; The CGT broke its ties with Russia with the fall of the USSR, its profession of Russian anti-nationalist and anti-imperialist faith is the form taken by its complete and complete allegiance to French nationalism and imperialism, which it had already shown in 1914 and 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The CGT's condemnation must first and foremost strike the aggressor, in this case Vladimir Putin,&#034; writes the CGT. This analysis echoes that of the French government. By concentrating all the responsibilities on Putin, by leaving hope for a change of person, the CGT is establishing a framework that the far left is following. In his editorials in the company bulletins, N. Arthaud also places all the responsibility on Putin, while omitting the fact that Putin is only the spokesperson for Russian imperialism, restored following capitalism in Russia in 1991. N. Arthaud denies the very existence of a Russian imperialism, heir to that of the Tsars denounced by Lenin and Trotsky : &#034;Down with Putin's wars,&#034; &#034;The military intervention decided by Putin,&#034; &#034;Putin's attack on Ukraine,&#034; etc. N. Arthaud denies the existence of this Russian imperialism, at a time when it takes the form of a war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The CGT dares to make people forget that in 1914, this organization was in the Sacred Union with its secretary L&#233;on Jouhaux who became Commissioner of the Nation and demands :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Our pacifism, the one that has its roots in the Zimmerwald Conference of 1915.&#034; Yet it is the very basis of this Zimmerwald Conference (the international alliance against war in the midst of the imperialist slaughter of 1914, which was supported in particular by Lenin and Trotsky) that the CGT denies (a conference in which it did not participate !) : the existence of a French imperialism that is responsible for the war in Ukraine in the same way as Russian imperialism, regardless of the fact that it was Putin &#034;who started it.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zimmerwald's first observation was in fact to denounce in his Manifesto the imperialist character of the 1914 war : &#034;After a year of massacre, the clearly imperialist character of the war has become more and more evident ; this is proof that its causes lie in the imperialist and colonial policies of all governments, which will remain responsible for the unleashing of this carnage. (...) Whoever is immediately responsible for the unleashing of this war, one thing is certain : the war that has provoked all this chaos is the product of imperialism.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, regarding the current war, it is indeed a person responsible (Putyin) and not the imperialist system as a whole that the CGT invokes, it is therefore in the Sacred Union with the Macron government, not in the line of Ziimmerwald ! N. Arthaud follows the CGT in certainly using the term imperialism more often, but in forgetting the one that revolutionaries always denounce : that of their own country. None of the LO editorials published since the invasion of Ukraine by the Russian army mentions or uses the term &#034;French imperialism&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The sending of French troops to Romania, a direct effect of this war ? LO neither mentions nor condemns it ! It was from Romania that a hundred years ago the French General Staff organized the crushing of the revolutions in Russia-Ukraine and Hungary, failing in the first case, succeeding in the second. Romania received Bessarabia (present-day Moldova) from Cl&#233;menceau in 1918 and Hitler in 1941. So is the time of alliances between French or German imperialism and Romanian nationalism at the expense of Ukraine over ? For the CGT, Poutou, and Arthaud, this is indeed the case.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The CGT does not propose any task to the workers here in the face of this war. Since France is supposedly not involved in it (but then why does it send troops to Romania and claim to mobilize the armies, congratulate them and appeal to their sense of duty ?), it is up to the Russians and the Ukrainians to sort things out, relying on the sanctions of our leaders, the only ones authorized to deal with foreign policy. &#034;A lasting peace can only be obtained by [Putin's departure] and this will only come about through the conjunction of three factors : strong and truly effective international sanctions, a Ukrainian resistance that we must hope will be victorious and support for the democratic and progressive Russian opposition.&#034; The NPA, even among one of its factions that calls itself Marxist, sees things in a similar way : &#034;If there is a real struggle against this bloody war of Putin, it is the resistance of the Ukrainian people. These are also the demonstrations taking place in Russia by opponents of the war, despite the bans, the persecutions and the thousands of arrests. (...) It is to these opponents of the war that our solidarity goes. &#034;We could quote LO. The government has nothing to worry about : the CGT, LO and the NPA are not calling for any serious action in France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neither LO nor the NPA takes up the perspective that was that of the left wing of the Zimmerwald conference, and which is the only possible program for workers facing a war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Against the open sacred union of the CGT, hypocritical of the electoral extreme left (LO, NPA), this program of Zimmerwald takes on all its relevance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The imperialist war inaugurates the era of social revolution. All the objective conditions of the present epoch place the mass revolutionary struggle of the proletariat on the agenda. It is the duty of socialists, without renouncing any of the legal means of struggle of the working class, to subordinate them all to this pressing and essential task, to develop the revolutionary consciousness of the workers, to unite them in the international revolutionary struggle, to support and advance all revolutionary action, to seek to transform the imperialist war between the peoples into a civil war of the oppressed classes against their oppressors, into a war for the expropriation of the capitalist class, for the conquest of political power by the proletariat, for the realization of socialism.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us not ask imperialisms to make peace, let us overthrow them and replace them with workers' power !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi le mouvement trotskyste a &#233;chou&#233;...</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7466</link>
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		<dc:date>2025-10-11T22:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;mancipation des ouvriers ne peut &#234;tre l'oeuvre que des ouvriers eux-m&#234;mes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des d&#233;faites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des l&#233;gendes, de monter des proc&#232;s d'imposture, &#8212; de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'&#224; une fin : prolonger la domination d'une coterie d&#233;j&#224; condamn&#233;e par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;L'&#233;mancipation des ouvriers ne peut &#234;tre l'oeuvre que des ouvriers eux-m&#234;mes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des d&#233;faites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des l&#233;gendes, de monter des proc&#232;s d'imposture, &#8212; de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'&#224; une fin : prolonger la domination d'une coterie d&#233;j&#224; condamn&#233;e par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir &#224; l'&#233;mancipation des masses. Voil&#224; pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que les masses ne sont pas sans p&#233;ch&#233;. Nous ne sommes pas enclins &#224; les id&#233;aliser. Nous les avons vues en des circonstances vari&#233;es, &#224; diverses &#233;tapes, au milieu des plus grands bouleversements. Nous avons observ&#233; leurs faiblesses et leurs qualit&#233;s. Leurs qualit&#233;s : la d&#233;cision, l'abn&#233;gation, l'h&#233;ro&#239;sme trouvaient toujours leur plus haute expression dans les p&#233;riodes d'essor de la r&#233;volution. A ces moments, les bolcheviks furent &#224; la t&#234;te des masses. Un autre chapitre de l'histoire s'ouvrit ensuite, quand se r&#233;v&#233;l&#232;rent les faiblesses des opprim&#233;s : h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, insuffisance de culture, manque d'horizon. Fatigu&#233;es, d&#233;&#231;ues, les masses s'affaiss&#232;rent, perdirent la foi en elles-m&#234;mes et c&#233;d&#232;rent la place &#224; une nouvelle aristocratie. Dans cette p&#233;riode les bolcheviks (les &#034;trotskistes&#034;) se trouv&#232;rent isol&#233;s des masses. Nous avons pratiquement parcouru deux cycles semblables : 1897-1905, ann&#233;es de flux ; 1907-1913, ann&#233;es de reflux ; 1917-1923, ann&#233;es marqu&#233;es par un essor sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; puis une nouvelle p&#233;riode de r&#233;action qui n'est pas encore finie. Gr&#226;ce &#224; ces &#233;v&#233;nements, les &#034;trotskistes&#034; ont appris &#224; conna&#238;tre le rythme de l'histoire, en d'autres termes la dialectique de la lutte des classes. Ils ont appris et, me semble-t-il, r&#233;ussi &#224; subordonner &#224; ce rythme objectif leurs desseins subjectifs et leurs programmes. Ils ont appris &#224; ne point d&#233;sesp&#233;rer parce que les lois de l'histoire ne d&#233;pendent pas de nos go&#251;ts individuels ou de nos crit&#233;riums moraux. Ils ont appris &#224; subordonner leurs go&#251;ts individuels &#224; ces lois. Ils ont appris &#224; ne point craindre les ennemis les plus puissants, si la puissance de ces ennemis est en contradiction avec les exigences du d&#233;veloppement historique. Ils savent remonter le courant avec la conviction profonde que l'afflux historique d'une puissance nouvelle les portera jusqu'&#224; l'autre rive. Pas tous ; beaucoup se noieront en chemin. Mais participer au mouvement les yeux ouverts, avec une volont&#233; tendue, telle est bien la satisfaction morale par excellence qui puisse &#234;tre donn&#233;e &#224; un &#234;tre pensant !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;Leur morale et la n&#244;tre&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste international a eu du mal &#224; se constituer et est rest&#233; faible en nombre et en comp&#233;tences politiques et sociales ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : nous nous revendiquons du trotskysme et c'est &#224; ce titre que nous d&#233;nions tout droit &#224; se revendiquer du trotskysme &#224; des organisations ne faisant aucune propagande ni ne menant aucune action en faveur des soviets, des conseils de travailleurs et de la perspective du pouvoir des conseils ouvriers r&#233;volutionnaires, ne faisant aucun effort pour vaincre les ennemis du prol&#233;tariat, notamment les r&#233;formistes mais aussi les courants pseudo-radicaux militaires ou islamistes notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Le mouvement trotskyste a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;, l&#224; o&#249; il n&#233;, en Russie, carr&#233;ment &#233;radiqu&#233;, massacr&#233; et aussi discr&#233;dit&#233; d&#233;finitivement. Il n'a pas pu rena&#238;tre car l'essentiel de la politique du stalinisme visait &#224; emp&#234;cher une renaissance du mouvement r&#233;volutionnaire en Russie puis dans le reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Le mouvement trotskyste a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;, d&#233;cri&#233;, combattu et ses dirigeants assassin&#233;s partout dans le monde par les agents de Staline, sp&#233;cialement apoint&#233;s pour cela. Des intellectuels ont &#233;t&#233; embauch&#233;s partout dans le monde pour cr&#233;diter la th&#232;se &#171; hitl&#233;ro-trotskyste &#187; et les dirigeants syndicaux aussi ont &#233;t&#233; manipul&#233;s par les officines de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Ceux qui ont rejoint le mouvement trotskyste, &#224; part un ou deux dirigeants dans chaque pays, ne venaient pas d'une ancienne forrmation communiste et rejoignaient plus par r&#233;pulsion du stalinisme que par v&#233;ritable militantisme et formation communiste r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Une grande partie des trotskystes, hors de Russie, ont &#233;t&#233; coup&#233;s du prol&#233;tariat, notamment pas la chasse aux trotskystes dans les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Le mouvement trotskyste est n&#233; dans une phase de d&#233;faites successives du prol&#233;tariat qui ont marqu&#233; les nouveaux militants. Et c'&#233;taient des d&#233;faites d&#233;terminantes comme celle, sans combat, du prol&#233;tariat allemand devant le fascisme. Non seulement mais l'aspect repoussant et d&#233;moralisant du stalinisme pour tous ceux qui le combattaient. M&#234;me si cela donnait raison &#224; Trotsky, cela ne le renfor&#231;ait pas. Le basculement des troskystes espagnols dans le sens nationaliste catalan et d&#233;mocratique petit-bourgeois a sign&#233; la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) La mainmise stalinienne sur l'URSS a permis la mainmise sur le mouvement ouvrier communiste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) La campagne mondiale sur les proc&#232;s de Moscou, relay&#233;e par la presse bourgeoise, a contribu&#233; &#224; discr&#233;diter les trotskystes dans l'opinion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Le mouvement trotskyste, malgr&#233; l'influence de Trotsky, a, du coup, &#233;t&#233; victime de tendances petites bourgeoises qui n'&#233;taient pas compens&#233;es par une implantation ouvri&#232;re. Il a m&#234;me rejet&#233; longtemps sa constitution en IVe Internationale, repouss&#233; longtemps son programme de transition, souvent refus&#233; de faire du travail en direction de la classe ouvri&#232;re, eu des illusions sur les fronts populaires, parfois m&#234;me refus&#233; de d&#233;noncer fermement les crimes du stalinisme, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Dans ces conditions, l'assassinat de Trotsky, seul dirigeant r&#233;volutionnaire porteur des le&#231;ons du pass&#233;, a &#233;t&#233; d&#233;terminante pour tuer politiquement le mouvement trotskyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Les meilleurs militants trotskystes ont &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233;s par la guerre et l'apr&#232;s-guerre et particuli&#232;rement par l'absence d'une vague r&#233;volutionnaire apr&#232;s la guerre, vague &#233;radiqu&#233;e par avance par le bombardement syst&#233;matique des quartiers ouvriers des pays vaincus par les forces alli&#233;es anglo-am&#233;ricaines. Les bombes atomiques ont achev&#233; de terroriser les peuples, d&#233;j&#224; tortur&#233;s par la barbarie de la guerre dans les deux camps. La guerre mondiale a servi de bain de sng pr&#233;ventif comme pare-feu face aux risques r&#233;volutionnaires d'apr&#232;s-guerre. L'influence du stalinisme et du nationalisme ont permis que les r&#233;volutions coloniales ne prennent pas un tour prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) L'alliance Staline/Hiltler suivie de l'alliance Staline/USA/Angleterre ont transform&#233; l'URSS bureaucratique en agence de l'imp&#233;rialisme mondial et fait basculer le diagnostic de Trotsky (Etat ouvrier &#224; d&#233;formations bureuacratiques) dans le sens des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. Ceux qui sont rest&#233;s &#224; l'analyse &#171; Etat ouvrier &#187; de la Russie n'en sont pas ressortis plus arm&#233;s, au contraire. Ils ont continu&#233; &#224; pr&#244;ner la &#171; d&#233;fense de l'URSS &#187;, soi-disant par fid&#233;lit&#233; &#224; Trotsky, alors m&#234;me que, Natalia Trotsky et Muniz le soulignaient, la situation mondiale avait chang&#233; et que la Russie elle-m&#234;me n'&#233;tait plus qu'un facteur contre-r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Finalement, des groupes trotskystes allaient prendre des positions rompant avec le marxisme r&#233;volutionnaire, pr&#234;tant au stalinisme la capacit&#233; de cr&#233;er des Etats &#171; ouvriers &#187; sans r&#233;volution, sans soviets, sans autre intervention que celle de l'arm&#233;e de Staline avec l'accord des imp&#233;rialismes occidentaux ou de l'arm&#233;e de Mao, ou de celle de Castro ou d'autres encore. Ils allaient soutenir des fausses r&#233;volutions, de faux socialismes, des guerilla et autres mouvements situ&#233;s en dehors de l'action r&#233;volurionnaire du prol&#233;tariat, et soutenir aussi les gauches bourgeoises, les syndicats bureaucratis&#233;s et r&#233;formistes, les faux &#233;cologistes, les faux f&#233;ministes, les propagandistes du climat et bien d'autres mouvements qui n'ont rien de r&#233;volutionnaires et rien de socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de Trotsky en Russie ne voulait pas dire que ce dernier avait eu tort ou &#233;tait devenu contre-r&#233;volutionnaire, contrairement &#224; ce que les staliniens ont pr&#233;tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;taient les trotskystes en URSS ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6864&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6864&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6526&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6526&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6286&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6286&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6035&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6035&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4464&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6952&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6952&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin d'une r&#233;volution isol&#233;e et trahie - la contre-r&#233;volution stalinienne assassine les opposants communistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat m&#233;thodique des dirigeants trotskystes dans le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5985&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5985&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6620&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6620&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, le grand organisateur des d&#233;faites prol&#233;tariennes des ann&#233;es trente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme a m&#233;thodiquement achet&#233; des intellectuels et les a dress&#233;s contre le trotskysme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1923-24, des gens ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de diff&#233;rents partis pour la seule raison qu'ils n'&#233;taient pas d'accord pour condamner imm&#233;diatement Trotsky. Par la suite, ces &#233;l&#233;ments ont &#233;t&#233; contraints de regrouper leurs forces, sans avoir ni traditions r&#233;volutionnaires ni fondement th&#233;orique sous leurs pieds. Certains d'entre eux ne se sentaient m&#234;me pas faire partie d'une organisation r&#233;volutionnaire et en ont vite profit&#233; pour l'abandonner. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie comprend Madeleine et Maurice Paz, et dans une certaine mesure le vieux Loriot et Souvarine qui, n'ayant pas eu le temps de devenir marxiste, est devenu libre penseur, comme je l'ai d&#233;j&#224; &#233;crit plus haut. En Allemagne, Urbahns a compromis pendant plusieurs ann&#233;es l'Opposition entre la social-d&#233;mocratie et le sapronovisme. Enfin, en Belgique, Van Overstraten - et ce fut une grande surprise pour moi - s'est r&#233;v&#233;l&#233; impressionniste et dilettante. Sans compr&#233;hension marxiste, il recommence &#224; z&#233;ro sur chaque question, comme sur une page blanche, comme un autodidacte politique, malgr&#233; sa formation intellectuelle. J'ai rencontr&#233; Overstraten &#224; plusieurs congr&#232;s et lors de deux ou trois visites qu'il m'a rendu au commissariat militaire. Si je me souviens bien, il ne parlait jamais aux congr&#232;s et dans les conversations personnelles, il &#233;coutait plus qu'il ne parlait. Il est tout &#224; fait clair qu'il ne se sentait pas &#224; l'aise dans le Comintern de L&#233;nine : mais maintenant il l'admet ouvertement. Il a perdu la discipline th&#233;orique et organisationnelle, et je crains qu'il ne puisse plus la r&#233;cup&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les oppositionnels d'Europe occidentale n'ont jamais v&#233;cu une vie id&#233;ologique et politique coh&#233;rente, n'ont pas abord&#233; les grandes questions, ne se sont pas impliqu&#233;s dans la vie interne des autres partis. C'est ainsi que tous ces compagnons de route accidentels (Urbahns, Overstraten, Souvarine, Paz ) apparaissaient aux autres ainsi qu'&#224; nos camarades, et ils se voyaient tels. Mais au fond, ils nous ont caus&#233; beaucoup de tort, en bloquant aux id&#233;es de l'opposition la voie de l'entr&#233;e dans le parti, qu'ils ont d&#233;clar&#233; mort et liquid&#233;. Cette approche &#233;tait beaucoup plus facile et donnait la possibilit&#233; de vivre tranquillement dans son coin, avec une heure par semaine de discussions oppositionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre travail &#224; l'&#233;tranger ces deux derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; de mettre un terme &#224; ces fictions, &#224; la multiplication des malentendus fondamentaux et de d&#233;velopper les fondements de l'Opposition de gauche internationale. Pendant ces deux ann&#233;es, j'ai pass&#233; plus de temps &#224; d&#233;fricher qu'&#224; construire. Mais c'&#233;tait un travail pr&#233;alable absolument n&#233;cessaire, si l'on tient compte du fait que le sol est tr&#232;s encombr&#233;, non seulement par les ordures de l'appareil officiel, mais aussi par la confusion et le chaos des regroupements d'opposition al&#233;atoires et accidentels. Une organisation oppositionnelle fonctionnelle n'a &#233;t&#233; pratiquement pr&#233;sente, dans aucun pays, au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es. La meilleure organisation &#233;tait probablement le groupe am&#233;ricain, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il s'est r&#233;ellement constitu&#233; r&#233;cemment, recevant une forte et nouvelle impulsion du VIe Congr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/nin_21111930.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/nin_21111930.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre destructrice des proc&#232;s de Moscou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3150&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme s'est mobilis&#233;, par exemple en France, contre les militants ouvriers trotskistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6838&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6838&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les staliniens fran&#231;ais &#233;taient mobilis&#233;s contre le trotskisme, proclam&#233; ennemi num&#233;ro un et agent du fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mou\'ement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouv&#232;mcnt r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier. Quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%2021.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%2021.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment Trotsky critiquait le courant trotskyste de France sur la question syndicale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article469&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article469&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les militants de l'Opposition de gauche sont ex&#233;cut&#233;s sans proc&#232;s, et nombre d'entre eux ont sans doute p&#233;ri dans le cours de la pr&#233;paration des proc&#232;s &#224; spectacle, de ces amalgames dont on con&#231;oit sans peine combien Staline e&#251;t aim&#233; y faire figurer, dans le r&#244;le d'accus&#233; avouant ses crimes et battant sa coulpe, l'un des &#171; irr&#233;ductibles &#187; qui n'avaient cess&#233; de le braver depuis des ann&#233;es. Trotsky lui m&#234;me redoutait, non sans raison, &#224; l'annonce de chaque proc&#232;s, d'y voir figurer l'un d'entre eux, bris&#233; par les m&#233;thodes perfectionn&#233;es dont il ne sous estimait pas l'efficacit&#233;. Parmi tous les hommes qui n'avaient pas capitul&#233;, Staline pourtant ne r&#233;ussit finalement qu'&#224; briser le seul Mouralov, celui l&#224; m&#234;me qu'il avait curieusement &#233;pargn&#233; en le laissant exercer librement sa profession d'agronome dans la r&#233;gion de Novosibirsk. Ce coup tr&#232;s dur pour Trotsky demeura unique. Parmi les accus&#233;s des trois grands proc&#232;s de Moscou ont figur&#233; certes nombre d'anciens dirigeants ou militants de l'Opposition, mais, &#224; l'exception de Mouralov, tous ces hommes avaient d&#233;j&#224; &#171; capitul&#233; &#187; des ann&#233;es auparavant et s'&#233;taient reni&#233;s publiquement, Zinoviev et Kamenev, Piatakov et Krestinsky d&#232;s 1928, Smirnov, Mratchkovsky, Boguslavsky, Ter Vaganian apr&#232;s Radek en 1929, Rakovsky en 1934 enfin. Mais aucun des bolcheviks l&#233;ninistes maintenus en isolateur depuis des ann&#233;es, rest&#233;s fid&#232;les &#224; l'organisation et &#224; son programme, n'a finalement collabor&#233;, m&#234;me sous la torture, aux proc&#232;s pr&#233;fabriqu&#233;s et la majorit&#233; d'entre eux ont pay&#233; ce refus de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons sur ce qu'&#233;taient ces hommes en 1936 qu'un seul t&#233;moignage, celui de Victor Serge. Il &#233;crit &#224; Trotsky, le 27 mai 1936, peu apr&#232;s sa lib&#233;ration et son arriv&#233;e en Belgique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes en ce moment fort peu nombreux : quelques centaines, dans les cinq cents. Mais ces cinq cents ne fl&#233;chiront plus. Ce sont des hommes tremp&#233;s, qui ont appris &#224; penser et &#224; sentir par eux m&#234;mes et qui acceptent avec tranquillit&#233; la perspective d'une pers&#233;cution sans fin. Dans les isolateurs, nos camarades sont quelques dizaines au total, sur des centaines de zinovi&#233;vistes, droitiers et autres staliniens v&#233;reux. Parmi nous, il n'y a pas grande unit&#233; de vues. Boris Mikh(ailovitch Eltsine) disait : &#034;C'est le G.P.U. qui fait notre unit&#233;&#034;. Deux grandes tendances se divisent &#224; peu pr&#232;s par moiti&#233; : ceux qui estiment qu'il faut tout r&#233;viser, que l'on a commis des fautes depuis le d&#233;but de la r&#233;volution d'Octobre et ceux qui consid&#232;rent le bolchevisme &#224; ses d&#233;buts comme inattaquable. Les premiers sont enclins &#224; consid&#233;rer que dans les questions d'organisation vous aviez raison, avec Rosa Luxemburg, dans certains cas, contre L&#233;nine autrefois. En ce sens, il y a un trotskisme dont les attaches remontent loin (personnellement, je suis aussi de cet avis, pensant toutefois que les principes d'organisation de L&#233;nine ont fait leurs preuves dans une p&#233;riode et un pays donn&#233;, particuli&#232;rement arri&#233;r&#233;). Nous nous divisons aussi par moiti&#233; sur les probl&#232;mes de la d&#233;mocratie sovi&#233;tique et de la dictature (les premiers, partisans de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re la plus large dans la dictature : mon impression est que cette tendance est en r&#233;alit&#233; de beaucoup la plus forte). Dans les isolateurs, un groupe dit du &#034;capitalisme d'&#201;tat&#034; (Goskappisty) s'est d&#233;tach&#233; : ils professent que le capitalisme d'&#201;tat vers lequel s'acheminent &#233;galement Mussolini, Hitler et Staline, est aujourd'hui le pire ennemi du prol&#233;tariat. Ils sont peu nombreux, mais il y a parmi eux quelques camarades des plus capables [ ... ] Il devient de plus en plus difficile, sinon impossible de tenir [ ... ] En g&#233;n&#233;ral, il n'y a plus d'autorit&#233;s : les vieux se sont discr&#233;dit&#233;s, les jeunes entendent penser par eux-m&#234;mes. Par &#034;vieux&#034;, j'entends ici la g&#233;n&#233;ration d'opposants de 23 28 dont il ne reste que quelques cadres admirables, des jeunes d'ailleurs comme les Iakovine et les Dingelstedt. Dans les isolateurs et ailleurs, on trouve surtout maintenant les opposants trotskystes de 1930 1933. Une seule autorit&#233; subsiste : la v&#244;tre. Vous avez l&#224; bas une situation morale incomparable, des d&#233;vouements absolus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Staline s'appr&#234;tait &#224; revenir sur le chemin de la r&#233;volution, il n'aurait pas extermin&#233; et d&#233;moralis&#233; les r&#233;volutionnaires. En derni&#232;re analyse, Mussolini a raison lorsqu'il &#233;crit dans le &#171; Giornale d'italia &#187; que &#171; personne jusqu'ici n'a port&#233; de coups plus rudes &#224; l'id&#233;al du communisme (de la r&#233;volution prol&#233;tarienne) ni extermin&#233; de communistes avec autant d'acharnement que Staline. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &#8211; 9 mars 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de Trotsky ach&#232;ve le travail de destruction du trotskysme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6008&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5671&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5671&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale, plusieurs groupes trotskystes ont vir&#233; de bord et quelques rares ont partiellement tenu le cap&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faiblesses du trotskysme en France ont jou&#233; un r&#244;le important&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301125a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301125a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky rappelle &#224; propos des trotskystes am&#233;ricains : &#171; j'&#233;crivais &#224; Cannon :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le Parti a seulement une minorit&#233; de v&#233;ritables ouvriers d'usine... Les &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens repr&#233;sentent un levain tr&#232;s n&#233;cessaire et je crois que nous pouvons &#234;tre fiers de la qualit&#233; de ces &#233;l&#233;ments. Mais... notre Parti peut &#234;tre inond&#233; par des &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens et peut m&#234;me perdre son caract&#232;re r&#233;volutionnaire. Evidemment notre t&#226;che n'est pas d'emp&#234;cher l'afflux des intellectuels par des m&#233;thodes artificielles... mais d'orienter toute l'organisation vers les usines, les gr&#232;ves, les syndicats...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Prenons un exemple concret : nous ne pouvons pas consacrer suffisamment ou autant de forces &#224; toutes les usines. Notre organisation locale peut choisir comme champ d'activit&#233; durant la p&#233;riode prochaine une, deux ou trois usines dans son rayon et concentrer toutes ses forces sur ces usines. Si nous avons, dans l'une d'elles, deux ou trois ouvriers, nous pouvons cr&#233;er une commission sp&#233;ciale de soutien de cinq membres non ouvriers dans le but d'&#233;largir notre influence dans cette usine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La m&#234;me chose doit &#234;tre faite dans les syndicats. Nous ne pouvons pas introduire des membres non ouvriers dans les syndicats ouvriers. Mais nous pouvons constituer, avec des chances de succ&#232;s, des commissions de soutien pour l'action orale et litt&#233;raire en connection avec nos camarades au sein du syndicat. Les conditions invariables de cette action doivent &#234;tre : ne pas commander les ouvriers, mais seulement les aider, leur donner des suggestions, les armer de faits, d'id&#233;es, de journaux d'usines, de tracts sp&#233;ciaux, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Une telle collaboration aurait une &#233;norme importance &#233;ducative, d'une part pour les camarades ouvriers, d'autre part pour les membres non ouvriers qui ont besoin d'une solide r&#233;&#233;ducation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Vous avez par exemple, un nombre important d'&#233;l&#233;ments juifs non travailleurs dans vos rangs. Ils peuvent &#234;tre un levain de valeur, si le Parti r&#233;ussit &#224; les extraire peu &#224; peu d'un milieu clos, et &#224; les lier aux ouvriers d'usines au moyen d'une activit&#233; quotidienne. Je crois qu'une telle orientation assurerait aussi une atmosph&#232;re plus saine &#224; l'int&#233;rieur du Parti...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous pouvons poser sans tarder une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale : un membre du Parti qui n'a pas gagn&#233; au Parti un nouvel ouvrier au cours de trois ou six mois n'est pas un bon membre du Parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Si nous assurions s&#233;rieusement une telle orientation g&#233;n&#233;rale et si nous en v&#233;rifiions chaque semaine les r&#233;sultats pratiques, nous &#233;viterions un grand danger, celui de voir les intellectuels et les ouvriers en faux col supplanter la minorit&#233; ouvri&#232;re, la condamner au silence et transformer le Parti en un club de discussion tr&#232;s intelligent, mais absolument inhabitable pour les ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les m&#234;mes r&#232;gles devraient &#234;tre appliqu&#233;es sous une forme correspondante en ce qui concerne le travail et le recrutement de l'organisation de jeunesse, sans quoi nous courons le danger d'&#233;duquer de bons &#233;l&#233;ments jeunes en dilettantes r&#233;volutionnaires et non en combattants r&#233;volutionnaires.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette lettre prouve clairement, je l'esp&#232;re, que je n'ai pas invent&#233; le danger d'une d&#233;viation petite-bourgeois&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma7.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma7.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re chose qu'il faut comprendre dans la situation mondiale, et si on ne la comprend pas tout s'embrouille et l'action devient st&#233;rile, c'est que l'Etat et le gouvernement russes actuels, loin d'avoir pour base la r&#233;volution bolchevique de 1917, ou le moindre de ses restes, repr&#233;sentent face &#224; elle la plus f&#233;roce et achev&#233;e des contre-r&#233;volutions. L'actuel gouvernement russe a contribu&#233; &#224; lui seul &#224; la d&#233;faite de la r&#233;volution mondiale et &#224; l'&#233;tat de prostration des masses bien plus que tous les gouvernements capitalistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans Moscou et le stalinisme mondial, ou bien la guerre imp&#233;rialiste n'aurait pas &#233;clat&#233;, emp&#234;ch&#233;e par la r&#233;volution europ&#233;enne, ou bien la guerre se serait vite et victorieusement transform&#233;e en guerre civile. C'est cette derni&#232;re direction que prenait l'action spontan&#233;e des masses sous l'occupation nazie, action que le stalinisme et le capitalisme mondial ont, sous un &#233;tendard unitaire, r&#233;orient&#233;e vers la guerre imp&#233;rialiste via les mouvements nationaux. Nous en sommes ainsi arriv&#233;s &#224; l'actuelle compl&#232;te domination r&#233;actionnaire du monde par les Trois Grands victorieux, ce qui entra&#238;ne une menace continuelle de nouvelle guerre imp&#233;rialiste et qui donne aux masses une am&#232;re sensation de frustration, gage de domination stalinienne et r&#233;formiste. La crise du mouvement ouvrier mondial se r&#233;sume donc dans la capacit&#233; organique du stalinisme (la social-d&#233;mocratie est un second couteau de peu d'importance) &#224; clouer l'activit&#233; des masses, pendant et apr&#232;s la guerre, dans le cercueil mis en place par les vieux imp&#233;rialismes et la contre-r&#233;volution russe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la guerre le parti am&#233;ricain a eu une attitude opportuniste comparable &#224; celle du centrisme et non &#224; celle qui doit &#234;tre la n&#244;tre. Lui-m&#234;me l'a d&#233;finie comme non-soutien, transformation de la guerre imp&#233;rialiste en vraie guerre contre le fascisme, opposition politique, etc... et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale s'est abstenu d'agitation et de travail sp&#233;cifique contre la guerre, tant &#224; l'arri&#232;re qu'au front. Et la politique de ce parti est apparue face au monde, pendant des ann&#233;es, comme la politique officielle de la IV&#176; Internationale ! D'autre part, ce qui faisait office de centre international l'a tacitement accept&#233; comme bonne. Evidemment, la politique du parti am&#233;ricain a entra&#238;n&#233; vers l'opportunisme tous les groupes de la IV&#176; Internationale dans le monde. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les camarades qui pendant l'occupation, dans de terribles conditions, ont continu&#233; la lutte g&#233;n&#233;rale pour la r&#233;volution sur la base de nos id&#233;es, se sont montr&#233;s redevables de l'estime et de l'admiration de toute l'Internationale. Notre respect et notre amiti&#233; va &#224; tous ceux qui sont tomb&#233;s et ceux qui continuent. C'est cela m&#234;me qui nous oblige &#224; signaler les erreurs qui entravent aujourd'hui la croissance de l'organisation et la marche r&#233;volutionnaire. Pour r&#233;soudre positivement sa crise, pour aider l'Internationale &#224; r&#233;soudre la sienne, le parti fran&#231;ais doit analyser sa conduite et celle de l'Internationale pendant la guerre imp&#233;rialiste, et condamner les opportunismes et les vacillements. L'erreur la plus grave en ce domaine vient de la nouvelle direction &#233;lue &#224; la Pr&#233;-conf&#233;rence d'avril 1946. Depuis plus d'un an elle n'a toujours pas mis en discussion la politique des principaux partis pendant la guerre imp&#233;rialiste (...). Son erreur risque d'&#234;tre davantage mortelle pour notre mouvement quand cette nouvelle direction rechigne &#224; mettre &#224; l'ordre du jour du Congr&#232;s mondial en pr&#233;paration l'attitude des principaux partis face &#224; la guerre imp&#233;rialiste et aux mouvements nationaux. Une erreur peut &#234;tre grave ou tr&#232;s grave, mais un parti qui sait les corriger poursuivra son chemin vers la r&#233;volution. Une erreur non rectifi&#233;e produit la phtisie th&#233;orique, l'ankylose organique, la destruction t&#244;t ou tard. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas, comme le consid&#232;rent malheureusement quelques tendances, consubstantiel &#224; notre mouvement. Le crit&#232;re qui a toujours pr&#233;valu dans notre attitude vis-&#224;-vis de la question est celui-ci : la d&#233;fense de l'U.R.S.S. dans une guerre contre des ennemis ext&#233;rieurs aide t-elle ou entrave t-elle la r&#233;volution mondiale ? [...] La &#171; d&#233;fense inconditionnelle de l'U.R.S.S. &#187; s'est r&#233;v&#233;l&#233;e incompatible avec la d&#233;fense de la R&#233;volution mondiale. La d&#233;fense de la Russie doit &#234;tre abandonn&#233;e de toute urgence parce qu'elle lie tous nos mouvements, p&#232;se sur notre progr&#232;s th&#233;orique, et nous donne aux yeux des masses une physionomie stalinisante. Il est impossible de d&#233;fendre la R&#233;volution mondiale et la Russie en m&#234;me temps. C'est l'un ou l'autre. Nous nous pronon&#231;ons pour la R&#233;volution mondiale, contre la d&#233;fense de la Russie, et vous invitons &#224; vous prononcer dans le m&#234;me sens [...] pour &#234;tre fid&#232;les &#224; la tradition r&#233;volutionnaire de la IV&#176; Internationale, nous devons abandonner la th&#233;orie trotskyste de la d&#233;fense de l'U.R.S.S. ; nous produirons ainsi dans l'Internationale la r&#233;volution id&#233;ologique indispensable pour la r&#233;ussite de la R&#233;volution mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat russe a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; par le stalinisme dans tout le mouvement ourier comme premier pays socialiste alors que L&#233;nine et Trotsky affirmaient le contraire&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement trotskyste en France, le plus&#8230; &#224; droite de tout le trotskysme mondial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5230&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5230&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3738&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3738&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la Quatri&#232;me Internationale fond&#233;e par L&#233;on Trotsky a &#233;chou&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'extr&#234;me gauche opportuniste a soutenu les ennemis du prol&#233;tariat sous pr&#233;texte de lutte contre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre principale divergence avec l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise : ils ne sont pas clairs vis-&#224;-vis de la nature de l'Etat capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi la Quatri&#232;me internationale &#233;tait en &#233;chec en 1939</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7664</link>
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		<dc:date>2025-08-05T22:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
avril 1939 &lt;br class='autobr' /&gt; James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. A la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique195" rel="directory"&gt;11- Organisation internationale des travailleurs r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discussion avec Trotsky sur IVe Internationale &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;avril 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; James. - 1. Je serais heureux d'entendre ce que pense le camarade Trotsky de la fantastique mont&#233;e de la combativit&#233; des ouvriers fran&#231;ais et, parall&#232;lement, de l'incontestable d&#233;clin de notre propre mouvement en France durant la m&#234;me p&#233;riode. A la conf&#233;rence de fondation, on a consacr&#233; six s&#233;ances &#224; la question fran&#231;aise [1] et, au dernier moment, il y a eu encore une discussion sur la r&#233;solution qu'on allait pr&#233;senter. Cela donne une id&#233;e des difficult&#233;s. Cannon et Shachtman pensaient qu'il s'agissait exclusivement d'un probl&#232;me de direction et d'organisation. Blasco pensait que les camarades fran&#231;ais &#233;taient capables d'analyser la situation politique, mais incapables d'intervenir activement dans la lutte des masses. Mon opinion personnelle est qu'un tel &#233;tat de choses r&#233;sulte de la composition sociale du groupe, de sa concentration &#224; Paris et de l'int&#233;r&#234;t pr&#233;dominant qu'il porte aux questions purement politiques au d&#233;triment des probl&#232;mes des usines, encore que j'aie pu remarquer au milieu de 1937 un grand changement de ce point de vue. Je crois cependant qu'il s'agit d'une question qui demande une r&#233;flexion et une analyse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2. La question de l'Espagne. Je crois qu'il n'est pas trop tard pour commencer, &#224; partir de toutes les sources disponibles, une enqu&#234;te sur l'activit&#233; organisationnelle de nos camarades en Espagne &#224; partir de 1936. D'apr&#232;s tout ce que j'ai entendu dire, 500 camarades bien organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. auraient &#233;t&#233; capables d'essayer de prendre le pouvoir en mai 1937 [2] . Je crois que nous avons beaucoup &#224; apprendre des m&#233;thodes de travail appliqu&#233;es par nos camarades, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U.M [3] . Et comme, de m&#234;me qu'en France et peut&#8209;&#234;tre en Hollande, et en Grande&#8209;Bretagne o&#249; il y a entre nous et la social&#173;-d&#233;mocratie des partis centristes dans lesquels il est vraisemblable que nous ayons &#224; travailler comme nos camarades ont d&#251; le faire dans le P.O.U.M., pour toutes ces raisons, je crois qu'il est tr&#232;s important de travailler &#224; partir de l'exp&#233;rience r&#233;elle de nos camarades en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La section britannique. Vous &#234;tes tous au courant de l'histoire de cette section : la scission de 1936 [4] et la formation de deux groupes, l'un enracin&#233; dans le Labour Party [5] et l'autre &#224; l'ext&#233;rieur [6] . Quand le camarade Cannon est arriv&#233;, &#224; l'&#233;t&#233; 1938, la Revolutionary Socialist League a r&#233;sult&#233; d'une fusion entre l'ancienne Marxist League, qui avait fait scission avec Groves [7] et le Marxist Group [8] , et &#233;tait en contact avec une vingtaine de camarades admirables d'Edinburgh [9] . Le pacte d'unit&#233; et de paix stipulait que chaque groupe devait continuer son activit&#233; propre et qu'au bout de six mois, on tirerait un bilan. Aux derni&#232;res nouvelles, les frictions ont continu&#233; et c'est maintenant le groupe &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party qui domine [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe aussi un autre groupe &#8209; celui de Lee [11] - &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, qui a refus&#233; de rien avoir &#224; faire avec la fusion, disant qu'elle &#233;tait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le groupe Lee est tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit au camarade Cannon qu'en fin de compte j'&#233;tais arriv&#233; &#224; la conclusion a) que je n'avais aucune objection &#224; ce que m&#234;me la majorit&#233; des camarades du groupe fusionn&#233; soient dans le Labour Party, b) mais que le groupe ind&#233;pendant, avec son journal, devait continuer. En derni&#232;re analyse, la fraction dans le Labour Party ne gagnerait pas beaucoup d'adh&#233;rents dans les circonstances actuelles et notre ind&#233;pendance de groupe, avec un journal &#233;tait absolument n&#233;cessaire. Wicks, Sara, Sumner [12] et autres, de l'ancienne Marxist League, qui ont travaill&#233; pendant quatre ans dans le Labour Party et s'y trouvaient encore, &#233;taient tout &#224; fait d'accord avec nous sur la n&#233;cessit&#233; d'une organisation ind&#233;pendante. Les camarades du Labour Party voulaient un organe comme New International. Nous avons dit non ; nous voulions un journal comme l'ancien Militant [13] mi&#8209;th&#233;orique et mi-d'organisation. Il n'y a pas eu lieu de discuter plus avant la question britannique dans la mesure o&#249; on a eu le temps de l'&#233;tudier de loin. Il est clair que ni des conseils ni une politique ne peuvent faire des miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de l'Independent Labour Party est pourtant importante pour nous [14]. Organisationnellement, il est faible, mais il a quatre d&#233;put&#233;s, un journal qui se vend entre 25000 et 30000 exemplaires par semaine, ses congr&#232;s et ses d&#233;clarations sont l'objet de publicit&#233; dans la presse bourgeoise ; il a suffisamment de soutien financier pour pr&#233;senter quinze candidats au &#233;lections dont la majorit&#233; ont perdu le d&#233;p&#244;t de 750 livres par candidat. En g&#233;n&#233;ral, il dit plut&#244;t le m&#234;me genre de choses que nous et recueille tout le soutien moral et financier qui nous revient, par exemple aux Etats&#8209;Unis o&#249; il n'y a rien, entre la social-d&#233;mocratie et nous, du type de ce parti. En outre, l'I.L.P. a pass&#233; son temps &#224; s'ouvrir puis se fermer, mais nous avons &#233;t&#233; incapables d'exploiter les scissions r&#233;p&#233;t&#233;es et le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral de sa gauche. Si nous pouvions scissionner l'I.L.P. et, ainsi que Maxton a, de sa propre initiative, menac&#233; de le faire, entra&#238;ner les Ecossais et laisser le champ libre en Angleterre, nous ne pourrions certes pas cr&#233;er tout de suite un grand parti dirigeant, mais nous ferions un progr&#232;s extraordinaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la r&#233;solution de 1936 sur les partis centristes, qui affirmait que l'l.L.P. allait bient&#244;t tomber dans le stalinisme, &#233;tait une erreur [16] qui a d&#233;sorient&#233; la section anglaise. Maintenant, il semblerait que nos progr&#232;s futurs en Grande&#8209;Bretagne dans la direction de l'l.L.P. vont d&#233;pendre largement des succ&#232;s de notre section fran&#231;aise (et de sa capacit&#233;) &#224; attirer &#224; elle les meilleurs &#233;l&#233;ments du P.S.O.P. [17]. Je propose cependant que notre section britannique ne n&#233;glige nullement l'I.L.P. et que, par des brochures, dans sa presse par des articles, elle concentre son offensive sur ses points faibles et ses divergences internes et s'emploie de son mieux &#224; aggraver les scissions qui se dessinent constamment en son sein afin de faciliter sa destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a enfin la question des camarades qui vont dans les usines, comme on l'a d&#233;j&#224; fait dans une ou deux r&#233;gions d'Am&#233;rique du Nord, o&#249; les intellectuels, d&#233;termin&#233;s &#224; entrer en contact avec les masses, sont entr&#233;s dans l'industrie de l'alimentation et dans d'autres, partout o&#249; cela a &#233;t&#233; possible et, en certains endroits, avec un grand succ&#232;s. Il me semble qu'en France et, tr&#232;s certainement en Grande&#8209;Bretagne, cela constitue un moyen &#224; tenter pour renforcer ce contact avec les masses qui est l'un des plus gros points faibles de notre parti dans les grandes villes comme Londres, Paris, et dans une certaine mesure, New York, tandis que le parti belge, bas&#233; en province sur une r&#233;gion industrielle [18] est extr&#234;mement bien organis&#233; et, en d&#233;pit de certaines faiblesses politiques au cours de la derni&#232;re p&#233;riode [19], d&#233;montre que, dans toute mont&#233;e comme celle qui s'est produite en France [20], il jouerait vraisemblablement un r&#244;le plus important et r&#233;aliserait au moins des progr&#232;s infiniment plus substantiels que ne l'a fait notre section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky &#8209; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis. Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouvement r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier, quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. C'est que les masses ne font pas leur &#233;ducation &#224; travers des pronostics ou des conceptions th&#233;oriques, mais &#224; travers l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale de leur vie. C'est l&#224; l'explication globale : l'ensemble de la situation est contre nous. Il faut que se produise un tournant dans la prise de conscience de classes, dans les r&#233;actions et les sentiments des masses, un tournant qui nous donnera la possibilit&#233; de remporter un grand succ&#232;s politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des discussions en 1927 &#224; Moscou apr&#232;s l'&#233;crasement des ouvriers chinois par Tchiang Ka&#239;&#8209;chek [21]. Nous l'avions pr&#233;dit dix jours auparavant et Staline nous avait r&#233;pondu par des affirmations de ce genre : &#171; Borodine est vigilant &#187;, &#171; Tchiang Ka&#239;&#8209;chek ne peut mat&#233;riellement nous trahir &#187;, etc Huit ou dix jours plus tard, c'&#233;tait la trag&#233;die et nos camarades exprim&#232;rent leur confiance : notre analyse &#233;tait si manifestement correcte que tout le monde s'en apercevait et que nous &#233;tions s&#251;rs d'entra&#238;ner le parti. Je r&#233;pondis que l'&#233;tranglement de la r&#233;volution chinoise &#233;tait mille fois plus important pour les masses que toutes nos pr&#233;dictions. Nos pr&#233;dictions pouvaient convaincre une poign&#233;e d'intellectuels qui s'int&#233;ressaient &#224; ces probl&#232;mes, mais pas les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire militaire de Tchiang devait in&#233;vitablement provoquer un reflux, une d&#233;moralisation, et ne pouvait en rien favoriser la progression d'une fraction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1917, nous avons connu une longue suite de d&#233;faites. Nous sommes comme des gens qui tenteraient d'escalader une montagne et qui recevraient toujours et toujours des avalanches de pierre et de neige. Il s'est cr&#233;&#233; dans les masses en Asie et en Europe un sentiment nouveau de d&#233;sespoir. Elles ont entendu quelque chose comme ce que nous disions il y a dix ou quinze ans du parti communiste, et elles sont pessimistes. C'est l&#224; l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral des masses. C'est la raison la plus g&#233;n&#233;rale. Il ne nous est pas possible de nous situer en dehors du courant historique g&#233;n&#233;ral, hors de la disposition g&#233;n&#233;rale des forces. Le courant est contre nous, c'est clair. Je me souviens de la p&#233;riode entre 1908 et 1913, en Russie. A cette &#233;poque aussi nous &#233;tions en pleine r&#233;action. En 1905 pourtant, nous avions les ouvriers avec nous, mais en 1908, et m&#234;me en 1907, d&#233;j&#224;, commen&#231;a la grande r&#233;action, le grand reflux. Tout le monde inventait des mots d'ordre et des m&#233;thodes nouvelles pour conqu&#233;rir les masses, mais personne n'y arrivait. Tout ce qu'on pouvait faire &#224; cette &#233;poque, c'&#233;tait de former des cadres, mais ils fondaient ensuite litt&#233;ralement. Il se produisit de nombreuses scissions, &#224; droite, &#224; gauche, vers le syndicalisme, ailleurs... L&#233;nine restait &#224; Paris avec un petit groupe, une secte. Il gardait pourtant confiance, car il savait qu'il y aurait bient&#244;t des possibilit&#233;s de redressement... C'est ce qui se produisit en 1913, o&#249; il y eut une vague dont la guerre brisa le d&#233;veloppement. Pendant la guerre, il r&#233;gna d'abord parmi les ouvriers un silence de mort. Les gens qui se r&#233;unirent &#224; Zimmerwald [22] &#233;taient en majorit&#233; des &#233;l&#233;ments tr&#232;s confus. Au plus profond des masses, dans les tranch&#233;es et ailleurs, il existait bien un &#233;tat d'esprit nouveau, mais tellement souterrain, tellement terroris&#233; encore, que nous nous ne pouvions ni l'atteindre ni lui donner une expression. C'est pour cela que le mouvement se sentait si mis&#233;rable, et m&#234;me la majorit&#233; des gens qui s'&#233;taient rencontr&#233;s &#224; Zimmerwald allaient virer &#224; droite pendant le mois suivant. Je ne cherche pas &#224; d&#233;gager leurs responsabilit&#233;s personnelles mais, l&#224; aussi, il faut une explication globale : c'est que le mouvement zimmerwaldien avait &#224; nager contre le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre situation &#224; nous est incomparablement plus difficile que celle d'aucune autre organisation, &#224; aucune autre &#233;poque. Nous avons &#224; subir le poids terrible de la trahison de l'Internationale Communiste qui s'&#233;tait dress&#233;e justement contre la trahison de la II&#176; internationale. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la III&#176; Internationale s'est accomplie si rapidement et de fa&#231;on tellement inattendue que c'est la m&#234;me g&#233;n&#233;ration &#224; qui nous avons autrefois annonc&#233; sa formation qui est encore l&#224; pour nous entendre aujourd'hui d&#233;noncer sa trahison. Et ces hommes se souviennent qu'ils ont d&#233;j&#224; une fois entendu tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte aussi de l'importance de la d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie. Car la IV&#176; Internationale, par sa naissance, est li&#233;e &#224; l'Opposition de gauche russe, et les masses, d'ailleurs, nous appellent les &#171; trotskvstes &#187;. On nous dit : &#171; Trotsky veut prendre le pouvoir. Mais pourquoi donc l'a-t-il perdu ? &#187; C'est &#233;videmment une question de fond. Nous devons commencer par y r&#233;pondre en expliquant la dialectique de l'histoire, de la lutte de classes : toute r&#233;volution engendre une r&#233;action. Max Eastman a &#233;crit que Trotsky accordait &#224; la doctrine trop d'importance et que, s'il avait eu plus de bon sens, il n'aurait pas perdu le pouvoir. Effectivement, il n'est rien au monde qui soit plus convaincant que le succ&#232;s et rien de plus repoussant, surtout pour les larges masses, qu'une d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut donc ajouter la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'Internationale communiste, d'un c&#244;t&#233;, et, de l'autre, la terrible d&#233;faite de l'Opposition de gauche en Russie, suivie de son extermination. Ces faits&#8209;l&#224; sont mille fois plus convaincants pour la classe ouvri&#232;re que notre pauvre petit journal, m&#234;me quand il atteint le tirage fantastique des cinq mille exemplaires de notre Socialist Appeal [23] . Nous sommes sur un fr&#234;le esquif au milieu d'un courant terrible. Sur cinq ou six bateaux, l'un coule, et on dit tout de suite que c'est la faute du pilote. Mais la v&#233;ritable raison n'est pas l&#224;. La v&#233;rit&#233;, c'est que le courant &#233;tait trop fort. Voil&#224; l'explication la plus g&#233;n&#233;rale, celle que nous ne devons jamais oublier, si nous ne voulons pas sombrer dans le pessimisme ou le d&#233;couragement, nous qui sommes l'avant&#8209;garde de l'avant&#8209;garde. Car cette ambiance marque tous les groupes qui se rassemblent autour de notre drapeau. Il y a des &#233;l&#233;ments courageux qui n'aiment pas aller dans le sens du courant : c'est leur caract&#232;re. Il y a des gens intelligents qui ont mauvais caract&#232;re, n'ont jamais &#233;t&#233; disciplin&#233;s et ont toujours cherch&#233; une tendance plus radicale ou plus ind&#233;pendante : ils ont trouv&#233; la n&#244;tre. Mais les uns et les autres sont toujours plus ou moins des outsiders, &#224; l'&#233;cart du courant g&#233;n&#233;ral du mouvement ouvrier. Leur grande valeur a &#233;videmment son c&#244;t&#233; n&#233;gatif, car celui qui nage contre le courant ne peut pas &#234;tre li&#233; aux masses. Aussi la composition sociale d'un mouvement r&#233;volutionnaire qui commence &#224; se construire n'est&#173; elle pas &#224; pr&#233;dominance ouvri&#232;re. Ce sont les intellectuels qui sont les premiers m&#233;contents des organisations existantes. Par&#173; tout, il y a aussi beaucoup d'&#233;trangers qui, dans leur propre pays, ne se seraient sans doute pas m&#234;l&#233;s aussi facilement au mouve&#173;ment ouvrier. Un Tch&#232;que sera plus facilement membre de la IV&#176; Internationale au Mexique ou aux Etats&#8209;Unis qu'en Tch&#233;coslovaquie m&#234;me. Et de m&#234;me pour un Fran&#231;ais aux Etats&#8209;Unis. Car l'athmosph&#232;re nationale exerce une profonde influence sur les individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juifs, par exemple, sont souvent &#224; moiti&#233; &#233;trangers, pas tout &#224; fait assimil&#233;s : ils adh&#232;rent volontiers &#224; toute tendance nouvelle, critique, r&#233;volutionnaire ou &#224; moiti&#233; r&#233;volutionnaire, que ce soit en politique, en art ou en litt&#233;rature. Une tendance r&#233;volutionnaire nouvelle, qui va contre le courant g&#233;n&#233;ral dominant de l'histoire &#224; un moment donn&#233;, se cristallise d'abord autour d'hommes qui sont plus ou moins coup&#233;s de la vie nationale, dans quelque pays que ce soit : et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour eux qu'il est le plus difficile de p&#233;n&#233;trer dans les masses. Bien entendu, nous devons critiquer la composition sociale de notre organisation et la modifier, mais nous devons aussi comprendre qu'elle n'est pas tomb&#233;e du ciel, qu'elle est d&#233;termin&#233;e, au contraire, aussi bien par la situation objective que par le caract&#232;re de notre mission historique en cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire que nous puissions nous satisfaire d'une telle situation. Pour la France, par exemple, il existe, en outre, une vieille tradition du mouvement ouvrier qui n'est pas sans rapport avec la composition sociale du pays, surtout dans le pass&#233; : d'un c&#244;t&#233; une mentalit&#233; petite&#8209;bourgeoise &#8209; l'individualisme - et de l'autre, un &#233;lan, une extraordinaire capacit&#233; d'improvisation. Si on les compare &#224; l'&#233;poque classique de la II&#176; Internationale, on s'aper&#231;oit que le parti socialiste fran&#231;ais et la social-d&#233;mocratie allemande, avaient au parlement le m&#234;me nombre d'&#233;lus. Mais il n'est m&#234;me pas possible de comparer les organisations. Les Fran&#231;ais &#233;taient tout juste capables de collecter 25 000 francs, et encore au prix des pires difficult&#233;s, tandis que pour les Allemands, trouver un demi&#8209;million ne posait pas de probl&#232;mes. Les Allemands avaient dans leurs syndicats plusieurs millions d'ouvriers, les Fran&#231;ais, eux, quelques millions qui ne payaient pas leurs cotisations. Engels terminait en ces termes une lettre dans laquelle il avait caract&#233;ris&#233; l'organisation fran&#231;aise : &#171; Et comme d'habitude, les cotisations ne rentrent pas ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre organisation fran&#231;aise souffre de la m&#234;me maladie, le mal fran&#231;ais traditionnel, cette incapacit&#233; d'organisation et, bien entendu, en m&#234;me temps, de l'absence des conditions qui permettraient l'improvisation. En outre, dans la mesure o&#249; la France a connu une mont&#233;e ouvri&#232;re, elle s'est produite en liaison avec le Front populaire. Dans ce contexte, la d&#233;faite du Front populaire a constitu&#233; la preuve que nous avions raison comme, auparavant, l'extermination des ouvriers chinois. Mais une d&#233;faite est une d&#233;faite, et elle se retourne directement contre les tendances r&#233;volutionnaires, au moins jusqu'&#224; ce que se produise une nouvelle mont&#233;e &#224; un niveau sup&#233;rieur. Il nous faut nous pr&#233;parer surtout et attendre un &#233;l&#233;ment nouveau, un facteur nouveau dans la configuration g&#233;n&#233;rale des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en France des camarades comme Naville et d'autres qui sont venus &#224; nous, il y a quinze, seize ans, alors qu'ils &#233;taient encore de tout jeunes gens ; ce sont maintenant des hommes m&#251;rs, et, pendant toute leur vie consciente, ils n'ont re&#231;u que des coups, subi que des d&#233;faites, de terribles d&#233;faites, et ils en ont l'habitude. Ils appr&#233;cient hautement la justesse de leurs conceptions, ils sont capables de bonnes analyses, mais ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de p&#233;n&#233;trer dans les masses, d'y travailler, ils n'ont jamais pu apprendre &#224; le faire. Or il est terriblement n&#233;cessaire de regarder ce qui se passe dans les masses. Mais nous avons en France des camarades qui sont ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais beaucoup moins bien la situation britannique, mais je crois qu'il y a l&#224; aussi des gens comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons&#8209;nous perdu des hommes ? Apr&#232;s ces terribles d&#233;faites mondiales, la mont&#233;e ouvri&#232;re en France s'est r&#233;alis&#233;e &#224; un niveau tr&#232;s bas, tr&#232;s primitif politiquement, sous la direction du Front populaire. Toute la p&#233;riode du Front populaire a &#233;t&#233; une sorte de caricature de notre r&#233;volution de f&#233;vrier. C'est une honte pour la France, qui traversait voici cent cinquante ans, la plus grande r&#233;volution bourgeoise du monde, que ce mouvement ouvrier ait eu &#224; passer par une caricature de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Vous ne rejetterez donc pas toute la responsabilit&#233; sur le parti communiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; Il constitue un facteur important dans l'&#233;laboration de la mentalit&#233; des masses, et on peut dire, en effet, que la d&#233;g&#233;nerescence du parti communiste a &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1914, les bolcheviks dominaient compl&#232;tement le mouvement ouvrier. Les statistiques les plus s&#233;rieuses d&#233;montrent qu'&#224; la veille de la guerre les bolcheviks ne repr&#233;sentaient pas moins des trois quarts de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re. Pourtant, avec le d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier, les &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s, les paysans, les soldats, et m&#234;me d'anciens ouvriers bolcheviques ont &#233;t&#233; attir&#233;s dans ce courant Front populaire. Le parti bolch&#233;vique fut r&#233;duit &#224; l'isolement et tr&#232;s affaibli. Le courant g&#233;n&#233;ral &#233;tait &#224; un bas niveau politique, mais il &#233;tait puissant et il aboutit finalement &#224; la r&#233;volution d'Octobre. Il s'agit d'une question de rythme. En France, venant apr&#232;s toutes ces d&#233;faites, le front populaire a attir&#233; des &#233;l&#233;ments qui avaient des sympathies pour nous sur le plan des id&#233;es, mais qui &#233;taient engag&#233;s dans le mouvement des masses, et nous avons &#233;t&#233; encore plus isol&#233;s qu'auparavant, du moins pendant quelque temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir compte de tous ces &#233;l&#233;ments. Je peux m&#234;me affirmer que nombre de nos dirigeants &#8209; attention, pas tous !, surtout dans les sections les plus anciennes, se verront rejet&#233;s hors du mouvement de masse r&#233;volutionnaire lors du nouveau tournant et que de nouveaux dirigeants, une direction fra&#238;che, na&#238;tront dans le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la r&#233;g&#233;n&#233;ration de notre groupe a commenc&#233; [24] avec l'entr&#233;e dans le parti socialiste. Cette politique ne fut pas clairement comprise par tous ; elle nous permit pourtant de gagner de nouveaux militants. Malheureusement, ces recrues &#233;taient habitu&#233;es &#224; un milieu large et, apr&#232;s la scission, elles se sont un peu d&#233;courag&#233;es. Au fond, elles n'&#233;taient pas suffisamment tremp&#233;es, elles n'ont pas su s'accrocher et elles ont &#233;t&#233; reprises par le courant du Front populaire. C'est regrettable, mais explicable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, ces m&#234;mes raisons ont jou&#233; un r&#244;le identique, en plus ce d&#233;plorable facteur qu'a constitu&#233; le comportement du groupe de Nin. C'est lui qui repr&#233;sentait en Espagne l'Opposition de gauche russe, et, au cours de la premi&#232;re ann&#233;e nous n'avons pas tent&#233; de mobiliser et d'organiser nos forces de fa&#231;on ind&#233;pendante. Nous esp&#233;rions pouvoir gagner Nin a une conception correcte, etc. En public, l'Opposition de gauche le soutenait. Dans une correspondance priv&#233;e, nous avons essay&#233; de le convaincre, de le pousser, mais nous n'avons pas r&#233;ussi. Nous avons perdu du temps. Fallait&#8209;il le faire ? C'est difficile &#224; dire. Si nous avions eu en Espagne un camarade exp&#233;riment&#233;, nous aurions connu une situation bien plus favorable, mais nous n'en avions pas un seul. Nous avons plac&#233; nos espoirs en Nin, et sa politique a consist&#233; en une s&#233;rie de man&#339;uvres personnelles, destin&#233;es &#224; esquiver ses propres responsabilit&#233;s. Il jouait avec la r&#233;volution. Il &#233;tait sinc&#232;re, mais sa mentalit&#233; &#233;tait celle d'un menchevik. C'&#233;tait l&#224; un handicap effroyable, et qu'il &#233;tait difficile de ne surmonter qu'au moyen de formules correctes mais falsifi&#233;es d&#232;s le d&#233;part par ceux&#8209;l&#224; m&#234;me qui nous repr&#233;sentaient dans la premi&#232;re p&#233;riode, les Nin. N'oubliez pas que nous avons perdu la premi&#232;re r&#233;volution, celle de 1905... Avant 1905, nous avions une tradition de grand courage et d'esprit de sacrifice, des forces. Apr&#232;s, nous &#233;tions r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de mis&#233;rable minorit&#233;, de trente &#224; quarante hommes peut&#8209;&#234;tre. Puis il y eut la guerre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Combien le parti bolchevique comptait&#8209;il de militants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky. &#8209; En 1910, dans tout le pays, quelques dizaines. Il y en avait pas mal en Sib&#233;rie. Mais en fait ils n'&#233;taient pas organis&#233;s. Les gens que L&#233;nine pouvait atteindre par lettre ou par un agent n'&#233;taient pas plus de trente ou quarante. Notre tradition, les id&#233;es que nous avions r&#233;pandues parmi l'avant-garde ouvri&#232;re constituaient un extraordinaire capital qui devait &#234;tre utilis&#233;, plus tard, au cours de la r&#233;volution, mais pratiquement, &#224; cette date, nous &#233;tions compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire a ses lois propres, tr&#232;s puissantes, plus puissantes que notre propre conception th&#233;orique de l'histoire ! Aujourd'huit en Europe, c'est la catastrophe, le d&#233;clin, l'exter&#173;mination de tous les pays. Cela p&#232;se lourdement sur les ouvriers. Ils voient d'un c&#244;t&#233; toutes ces combinaisons diplomatiques, ces mouvements d'arm&#233;es, et de l'autre un groupe minuscule avec un petit journal qui donne les explications. Or le probl&#232;me, pour eux, c'est qu'ils vont &#234;tre mobilis&#233;s demain, que leurs enfants peuvent &#234;tre tu&#233;s. Il y a une terrible disproportion entre la t&#226;che et les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre &#233;clate maintenant, et il semble qu'elle doive &#233;clater -, dans le premier mois, nous perdrons les deux tiers des militants que nous avons en France aujourd'hui. Ils seront dispers&#233;s d'abord : jeunes, ils seront mobilis&#233;s ; mais subjective&#173;ment, ils resteront fid&#232;les au mouvement. Quant &#224; ceux qui ne seront ni arr&#234;t&#233;s, ni mobilis&#233;s et qui resteront fid&#232;les , &#8209; peut&#173;-&#234;tre trois ou quatre, je ne peux dire combien au juste &#8209;, ils seront compl&#232;tement isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s plusieurs mois que critique et d&#233;go&#251;t commenceront &#224; se manifester &#224; une grande &#233;chelle et un peu partout : nos camarades isol&#233;s, un bless&#233; dans un h&#244;pital, un soldat dans une tranch&#233;e, ou une femme dans un village, sentiront que l'atmosph&#232;re a chang&#233;, et prononceront une parole hardie. Et celui&#8209;l&#224; m&#234;me qui &#233;tait un camarade tout &#224; fait inconnu dans une section parisienne deviendra le leader d'un r&#233;giment, d'une division et se sentira un dirigeant r&#233;volution&#173;naire. C'est caract&#233;ristique de notre p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faille nous r&#233;signer &#224; l'impuissance de notre organisation fran&#231;aise. Je crois sinc&#232;re&#173;ment que, si les camarades am&#233;ricains nous aident, nous pouvons gagner le P.S.O.P. et faire un grand bond en avant. La situation est en train de m&#251;rir et elle insiste pour que nous sachions exploiter cette occasion. Si nos camarades se laissent convaincre qu'il faut virer, la situation changera. Nos camarades am&#233;ricains doivent absolument retourner en Europe, et ne pas se contenter de donner des conseils. Avec le secr&#233;tariat international, il faut d&#233;cider que notre section doit entrer dans le P.S.O.P. Il compte plusieurs milliers de membres [25]. Pour une r&#233;volution, la diff&#233;&#173;rence n'est pas &#233;norme mais pour le travail de pr&#233;paration de l'avant&#8209;garde, elle est consid&#233;rable. Avec des &#233;l&#233;ments neufs, nous pouvons faire un &#233;norme pas en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, aux Etats&#8209;Unis, nous avons un autre type de travail, et je crois que nous pouvons &#234;tre tr&#232;s optimistes sans nous faire d'illusions, et sans exag&#233;rer. Aux Etats&#8209;Unis, nous avons un cr&#233;dit&#8209;temps sup&#233;rieur. La situation n'est pas imm&#233;diatement aussi pressante, aussi aigu&#235;. C'est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, je suis d'accord avec le camarade Stanley [26] qui &#233;crit que nous pouvons maintenant remporter des succ&#232;s tr&#232;s importants dans les pays coloniaux et semi&#8209;coloniaux. Nous avons un mouvement tr&#232;s important en Indochine [27]. Je suis absolument d'accord avec le camarade James qu'il nous est possible d'avoir un tr&#232;s important mouvement n&#232;gre, parce que ces gens n'ont pas travers&#233; de la m&#234;me mani&#232;re l'histoire des deux derni&#232;res d&#233;cennies. En tant que masse, ils n'ont rien su de la r&#233;volution russe, ni de la Ill&#176; Internationale. Ils peuvent commencer l'histoire comme si elle en &#233;tait &#224; ses d&#233;buts. Il nous faut absolument du sang frais. C'est pourquoi nous avons plus de succ&#232;s dans la jeunesse. Dans la mesure o&#249; nous avons pu l'aborder, nous avons eu de bons r&#233;sultats. Les jeunes sont tr&#232;s attentifs &#224; un programme r&#233;volutionnaire, clair et honn&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grande&#8209;Bretagne et l'I.L.P. ? C'est aussi une t&#226;che particuli&#232;re. Je l'ai suivie d'un peu plus pr&#232;s quand j'&#233;tais en Norv&#232;ge. Il me semble que nos camarades qui sont entr&#233;s dans l'I.L.P. ont fait avec lui la m&#234;me exp&#233;rience que nos camarades am&#233;ricains avec le S.P. Mais tous nos camarades ne sont pas entr&#233;s dans l'I.L.P. et, autant que j'aie pu le voir, ils ont men&#233; une politique opportuniste et c'est pourquoi leur exp&#233;rience dans l'I.L.P. n'a pas &#233;t&#233; si bonne. L'I.L.P. est rest&#233; presque comme il &#233;tait avant, alors que le P.S. am&#233;ricain s'est vid&#233;. Je ne sais comment il faut l'aborder maintenant. C'est une organisation de Glasgow [28]. C'est un appareil local, avec de l'influence sur la machine municipale, dont j'ai dire qu'elle &#233;tait tr&#232;s corrompue. C'est un travail &#224; part de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;voltes de la base sont un ph&#233;nom&#232;ne familier dans l'I.L.P. Au cours de la pr&#233;paration d'un congr&#232;s, Fenner Brockway [29] devient le patron de la partie qui se rebelle et obtient la majorit&#233;. Maxton annonce alors qu'il va d&#233;missionner. Fenner Brockway s'&#233;crie : &#171; Non, nous abandonnerons notre victoire ? Nous pouvons abandonner nos principes, pas notre Maxton ! &#187; [30]. Je crois que le plus important, c'est de les compromettre &#8209; de les rouler dans la boue &#8209;, les Maxton et les Brockway. Il faut les identifier avec des ennemis de classe. Il faut compromettre l'I.L.P. par des attaques f&#233;roces, impitoyables, contre Maxton. Il est le bouc &#233;missaire de tous les p&#234;ch&#233;s du mouvement britannique, en particulier de l'I.L.P. C'est par de telles attaques, concentr&#233;es contre Maxton, des attaques syst&#233;matiques dans notre presse, que nous pourrons h&#226;ter la scission dans l'I.L.P. En m&#234;me temps, il nous faut souligner que, si Maxton est le laquais de Chamberlain [31] , Fenner Brockway, lui, est le laquais de Maxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James. &#8209; Et que pensez&#8209;vous d'un journal ind&#233;pendant, pour fustiger Maxton, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky - C'est une question pratique. Si notre section en France entre dans le P.S.O.P., je crois que le S.I. devrait publier la Quatri&#232;me Internationale pour tous les pays de langue fran&#231;aise, deux fois par mois. C'est juste une question de possibilit&#233; juridique. Je crois que, m&#234;me si nous travaillons &#224; l'int&#233;rieur du Labour Party, il nous faut avoir un journal ind&#233;pendant, non pas en opposition &#224; nos camarades qui sont dedans, mais plut&#244;t pour &#233;chapper au contr&#244;le de l'I.L.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La conf&#233;rence de septembre 1938 ne dura qu'une journ&#233;e, mais elle avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e de r&#233;unions de commissions. James avait assist&#233; &#224; la commission fran&#231;aise qui avait trait&#233; la question de l'attitude &#224; l'&#233;gard du P.S.O.P., du P.C.I. de Molinier. L'unanimit&#233; s'&#233;tait faite sur la triste situation pr&#233;sente de la section fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mai 1937, les ouvriers de Barcelone s'&#233;taient lanc&#233;s dans une insurrection qui avait spontan&#233;ment &#233;clat&#233; apr&#232;s une tentative manqu&#233;e des forces de police de reprendre le central t&#233;l&#233;phonique au contr&#244;le des miliciens de la C.N.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le gros des forces trotskystes se trouvait &#224; l'ext&#233;rieur du P.O.U. M. et ne d&#233;passait pas deux douzaines ; les trotskystes &#233;taient exclus du P.O.U.M. dont les fondateurs ex&#8209;trotskystes s'&#233;taient engag&#233;s &#224; ne pas construire de fraction. C'est au moins ce que les documents nous apprennent. Mais James laisse supposer qu'il y avait &#224; l'int&#233;rieur du P.O.U.M. un &#171; travail de fraction &#187; engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La scission de la section britannique avait &#233;t&#233; consacr&#233;e par les deux conf&#233;rences des 10 et 11 octobre 1936 et le fait que tous les membres n'avaient pas &#233;t&#233; d'accord pour appliquer la r&#233;solution vot&#233;e sur la section britannique &#224; la conf&#233;rence internationale de &#171; Gen&#232;ve &#187; en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Il s'agissait du Militant Group anim&#233; par D. D. Harber et Ken Alexander. Il &#233;tait form&#233; de militants entr&#233;s dans le Labour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il s'agissait du groupe dit &#171; independent &#187;, puisqu'il avait &#233;t&#233; tr&#232;s vite exclu de l'I.L.P., regroup&#233; autour de James et du Journal Fight. Rappelons que l'Independent Labour Party (I.L.P.) &#233;tait une vieille formation centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Reg Groves (n&#233; en 1908), membre du P.C., fondateur du &#171; Balham Group &#187;, exclu en ao&#251;t 1932, avait &#233;t&#233; le principal fondateur de la Communist League, puis s'&#233;tait oppos&#233; &#224; l'entrisme dans l'I.L. P. Apr&#232;s la scission de 1933, il &#233;tait entr&#233; dans le Labour Party et &#233;tait devenu l'un des dirigeants de la Socialist League &#224; Londres. Il s'&#233;tait s&#233;par&#233; de son ancien groupe, la Marxist League.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Il s'agit en r&#233;alit&#233; du Militant Group.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Il s'agissait du Revolutionary Socialist Party dirig&#233; par Frank Maitland et qui provenait d'une formation &#171; DeL&#233;oniste &#187; du Socialist Labor Party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la nouvelle organisation &#233;tait un ancien des jeunesses communistes qui avait rejoint les trotskystes dans le Labour en 1936, Eric Starkey Jackson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Ralph Lee, militant sud&#8209;africain d'origine, se plaignait de n'avoir pas &#233;t&#233; soutenu contre les calomnies staliniennes par la direction du Militant Group. Bien que le S.I. lui ait donn&#233; raison, il avait pris pr&#233;texte de cette affaire pour cr&#233;er sa propre organisation, la Workers International League, avec une poign&#233;e de militants, six ou sept au d&#233;part dont plusieurs devaient jouer ult&#233;rieurement un r&#244;le important dans le mouvement trotskvste britannique (Gerrv Healv. Jock Haston, Betty Hamilton).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Venu de l'anarchisme, Henry Sara (1888&#8209;1953) avait &#233;t&#233; du Balham Group, puis de la Marxist League. Harry Wicks (n&#233; en 1905) cheminot r&#233;voqu&#233; en 1926, responsable J.C., avait connu le m&#234;me itin&#233;raire et beaucoup milit&#233; dans le comit&#233; contre les proc&#232;s de Moscou dont le secr&#233;taire &#233;tait Hilary Sumner dit Charles Sumner (1911&#8209;1976), petit&#8209;fils d'un ami de Lincoln et fils du secr&#233;taire de John Reed, recrut&#233; dans le Labour Party en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Il s'agit ici non de The Militant, organe du groupe dans le Labour Party, mais de l'ancien organe de la C.L.A. jusqu'en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les trotskystes avaient milit&#233; dans l'Independent Labour Party de 1933 a 1936 mais en avaient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s. James avait souhait&#233; y rester et y continuer un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] James reste apparemment fid&#232;le &#224; la strat&#233;gie qui avait &#233;t&#233; la sienne en 1936, o&#249; il avait esp&#233;r&#233; un instant faire passer la coupure entre le fief &#233;cossais de Maxton &#8209; irr&#233;cup&#233;rable &#8209; et Fenner Brockway qui incarnait &#224; ses yeux la confusion d'une majorit&#233; de militants anglais honn&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Cette r&#233;solution intitul&#233;e &#171; Le Bureau international pour l'unit&#233; socialiste r&#233;volutionnaire (bureau de Londres) et la IV' Internationale &#187; est reproduite dans &#338;uvres, 10, pp. 209&#8209;212. Elle affirmait la n&#233;cessit&#233; de &#171; d&#233;noncer syst&#233;matiquement et sans compromissions les h&#233;sitations, les &#233;quivoques et les actes hypocrites du bureau de Londres en tant qu'obstacle le plus proche et le plus imm&#233;diat sur la voie de la poursuite de la construction de la IV&#176; Internationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Le P.O.I. &#233;tait toujours profond&#233;ment divis&#233; sur la fa&#231;on dont il devait se comporter &#224; l'&#233;gard du P.S.O.P. dont l'existence m&#234;me lui &#244;tait pratiquement toute perspective de d&#233;veloppement. Le P.S.O.P. &#233;tait dirig&#233; par Marceau Pivert et form&#233; essentiellement des anciens &#233;l&#233;ments de la gauche de la S.F.I.O. exclus en juin 38 &#224; son congr&#232;s de Royan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le bastion de la section belge avait de tout temps &#233;t&#233; la F&#233;d&#233;ration de Charleroi et ses mineurs de charbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Trotsky faisait &#224; la section belge deux reproches de taille : celui d'avoir soutenu la candidature du premier ministre bourgeois van Zeeland contre le &#171; rexiste &#187; Degrelle, s'alignant ainsi que la position &#171; antifasciste &#187; de capitulation du P.C. et du P.O.B., et celui d'avoir organis&#233; en pays wallon des syndicats scissionnistes apr&#232;s des exclusions de la centrale r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Allusion &#224; la mont&#233;e qui avait culmin&#233; avec les gr&#232;ves de juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le mar&#233;chal Tchiang Ka&#239;&#8209;chek (1887&#8209;1975), ancien chef de l'&#233;cole militaire du gouvernement de Canton, puis chef militaire et principal dirigeant de ce gouvernement et du parti nationaliste chinois le Guomindang, avait consenti pendant plusieurs ann&#233;es &#224; utiliser les communistes. En avril 1927, s'alliant a la p&#232;gre et aux banques, il les avait massacr&#233;s &#224; Shanghai et mis hors&#8209;la&#8209;loi dans tout le pays. La politique de soumission du P.C.C. &#224; Tchiang, con&#231;ue et d&#233;fendue par Staline et Boukharine, avait &#233;t&#233; critiqu&#233;e par Trotsky et l'Opposition de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] La Conf&#233;rence de Zimmerwald, en septembre 1915, marque le premier regroupement internationaliste cons&#233;quent dans le cours de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Socialist Appeal &#233;tait l'organe du Socialist Workers Party, la section am&#233;ricaine de la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] La fraction trotskyste &#233;tait entr&#233;e en 1934 dans la S.F.I.O., en ao&#251;t-septembre, constituant le &#171; G.B.L. &#187; (Groupe bolchevik&#8209;l&#233;niniste de la S.F.I.O.). Ses premi&#232;res recrues avaient &#233;t&#233; les dirigeants des Jeunesses de l'Entente de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] L'&#233;valuation de Trotsky est d'une grande prudence. Jean&#8209;Paul Joubert dans R&#233;volutionnaires de la S.F.I.O. estime &#224; 10 000 l'effectif initial du P.S.O.P., mais pense que ce chiffre baissa tr&#232;s vite en particulier au lendemain de la crise internationale de Munich qui le divisa profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Sherman Stanley &#233;tait le pseudonyme de Stanley Plastrik (1915&#8209;1981), un jeune militant du S.W.P. gagn&#233; dans les jeunesses socialistes, Y.P.S.L. Il se passionnait pour les Indes et avait pris des contacts notamment avec le parti socialiste du congr&#232;s et avait commenc&#233; &#224; &#233;changer une correspondance avec Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Trotsky disposait d'une information assez succincte sur l'activit&#233; du groupe trotskyste indochinois que dirigeait Ta Tu Thau et qui &#233;ditait La Lutte &#224; Sa&#239;gon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le bastion de l'I.L.P. se trouvait &#224; Glasgow dont son principal dirigeant James Maxton (1885&#8209;1946) &#233;tait d&#233;put&#233; depuis 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] James avait pens&#233; pouvoir gagner Brockway en 1935, une date &#224; laquelle Trotsky avait perdu toute illusion, &#224; supposer qu'il en ait eu, &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Trotsky fait allusion ici au congr&#232;s de Keighton de l'l.L.P. les 11 et 12 avril 1936 ; le chantage de Maxton &#224; la d&#233;mission avait conduit Brockway et ses partisans &#224; remettre en cause un vote du congr&#232;s et faire se d&#233;juger ce dernier. Cf. &#338;uvres 9 pp. 203&#8209;210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] James Maxton avait d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre des Communes qu'il aprouvait enti&#232;rement ce que Chamberlain avait fait pour la paix pendant la p&#233;riode de crise internationale qui s'&#233;tait termin&#233;e par les accords de Munich (Cf. &#338;uvres 19, pp. 144&#8209;148.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>The Fourth International in Danger !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>

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&lt;p&gt;Natalia Sedova, G. Munis &amp; Benjamin P&#233;ret &lt;br class='autobr' /&gt;
The Fourth International in Danger ! &lt;br class='autobr' /&gt;
(27 June 1947) &lt;br class='autobr' /&gt;
At the Plenum held at the end of March, 1947, the IEC adopted regulations relative to the holding of the World Congress of the Fourth International, the bureaucratic character of which, inspired by old Stalinist maneuvers, represent a most alarming symptom. The IEC, indeed, has divided the world into three categories : countries of great, moderate and slight importance, What is the (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Natalia Sedova, G. Munis &amp; Benjamin P&#233;ret
&lt;p&gt;The Fourth International in Danger !&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(27 June 1947)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the Plenum held at the end of March, 1947, the IEC adopted regulations relative to the holding of the World Congress of the Fourth International, the bureaucratic character of which, inspired by old Stalinist maneuvers, represent a most alarming symptom. The IEC, indeed, has divided the world into three categories : countries of great, moderate and slight importance, What is the criterion which inspired such an outrageously arbitrary division ? No one has deigned to share it with anyone in the International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We imagine that the IEC is going to tell us that it was guided by the example of the First Congress of the late Communist International. But are we participants in the same situation as in 1919, or a real imitation of the First Congress of the CI ? At the time of the First Congress the Russian Revolution had just triumphed, the Bolshevik Party numbered hundreds of thousands of members, though in the rest of the world the Communist Parties were still only little groups, for the most part comparable to ours today ; so much so that the Bolsheviks were led to diminish the weight of their party in the young international in order by the free play of an apparent democracy to avoid the latter's automatically becoming a majority against the rest of the world and imposing its uncontested will upon it. It was a question of permitting the entire world to express itself even against the Russian party, that is to say, of assuring the operation of an effective as possible democracy in the International. Is this the same end that the IEC seeks today ? We categorically affirm that it is not, and we are going to demonstrate that the IS and the IEC with their division of the world into three categories have in mind completely opposite ends, While the CI aimed at the weakening of the strong parties and the strengthening of the weak parties in order to assure a maximum of democracy, our IEC aims at the strengthening of the strong parties and the weakening of the weak parties in order to maintain itself in power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Criterion of the Big Three&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us ask once again : What criterion was used in making this division of the world ? The numerical importance of the sections ? No, obviously, since Germany, where the section has just been reconstituted, figures in the first category, though it is of necessity very weak because of its recent formation, while Italy, whose section numbers nearly as many members as France, is placed in the second. We can say as much of the Russian section &#8211; which must obviously be insignificant &#8211; when it is compared with any other section in countries of &#8220;moderate importance.&#8221; It is, then, not a numerical criterion which governed the divisions moreover, we will see further on that the consideration of numbers was taken into account and not for reasons of democracy. Besides, even if it were, this criterion would be fallacious. Let us suppose that the Bolivian section numbers 200 members and that the country has 3,000,000 inhabitants let us admit, also, that the American section in claiming 1,600 members in a country of 150,000,000 is not exaggerating and that this figure is the exact expression of the truth. It is clear that the 200 Bolivian comrades have much more importance in the political life of their backward country than the 1,600 American comrades in theirs. For the relation of forces to be apparently the same, the American section would have to have 10,000 members. Further, this relation of forces would only be superficially equal, since 200 comrades in Bolivia, a backward country, play an infinitely greater role &#8211; they have demonstrated it &#8211; than 10,000 members of the American section would be able to play in the U.S., an advanced country and the principal imperialist country of the entire world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nor is it the revolutionary importance of the countries considered on the arena of the world class struggle which has motivated this division, since it seems that neither the United States nor England will be called upon to play a decisive role in the revolutionary wave which is becoming manifest, while Spain, Italy, Austria, Belgium, Holland, Greece, Indo-China, North Africa, Indonesia, Poland, Hungary, etc., all excluded from the first category, are obviously destined to play an important revolutionary role in the immediate future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These reasons set aside, there remains only the criterion of the Big Three, which has doubtlessly inspired the division of the world. It is, in fact, only the importance on the world capitalist arena which has guided the IEC in its choice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Majority as a Measuring Rod&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To rest content with this declaration, however, would be to consider only one side of the question, its external aspects ; in addition, the adopting of such a criterion shows an unconscious submission to imperialist influence and to the Russian counter-revolution, which must be ceaselessly combated,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is known that the questions which will be discussed at the World Congress, whether the IEC or the IS wishes it or not, concern the politics of our sections during the imperialist war and in relation to the nationalist resistance movements, the problem of the Russian counter-revolution and world Stalinism, the tactic of the Fourth International in regard to Stalinism and reformism (united front, SP-CP-CGT Government) and our pre-war transitional program, But, as if by chance, a good number of sections in &#8220;countries of great importance,&#8221; some of them subjected to a bureaucratic leadership, others badly informed, or not informed at all, on the problems to be discussed, have up to now through their majorities, put themselves on record in favor of the conservative position of the IS and the IEC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The resolution of the IEC decides in parts 5 and 6 of paragraph 3 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To give three delegates to each organization of from one to 150 members if they belong in Category A, two delegates if they belong in Category B, one delegate if they belong in Category C, 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For 150 to 500 members, and with an approximate minimum of 300 members &#8211; one additional delegate. For 500 to 1,000 members, and with an approximate minimum of 750 members &#8211; another delegate &#8211; and so on successively.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here let us insert a piece of figuring, which, for all of its being of necessity approximate, will be nonetheless edifying.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;it immediately stands out that seven countries (of the first category) will receive 28 delegates, while 26 countries (of the second and third category) will receive 45 delegates. In other words, seven countries of &#8220;first importance&#8221; will receive from 35% to 38% of the votes at the Congress. They will then lack only nine delegates to assure themselves control of the Congress. Of course, our Table No. 1 indicates six minority delegates. Even assuming that our estimate of the minority representation from the countries of &#8220;first importance&#8221; is not exaggerated, the six minority delegates that we note will be easily compensated for by support of the sections from countries of &#8220;moderate&#8221; and of &#8220;slight importance.&#8221; Further, Tables No. 2 and No. 3 clearly show this. It can be seen, therefore, that the division adopted by the IEC inevitably and bureaucratically assures it the majority in the World Congress, a majority which it will sit tight on while avoiding discussion of the major problems which are posed before our International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It should be observed also that in the second table the 13 sections of &#8220;moderate importance&#8221; include Spain, whose revolutionary experience &#8211; even if it did not have more members than the Russian section &#8211; is particularly valuable for our epoch since it marks a decisive turn in the history of the Russian counter-revolution and of Stalinism, while the Russian experience, with all its enormous value, refers precisely to a period which the Spanish revolution brought to a close. Similarly found in this list, which is as outrageously arbitrary as the first, is Italy, which offers immense revolutionary possibilities, if a clear policy is followed in regard to revolutionary anti-Stalinist organizations (Bordighists, anarchists, left-socialists), Greece, whose admirable revolutionary combativity ought to give the IEC cause for reflection, Poland and other countries occupied by Russia, which the IEC totally forgets and which offer immense possibilities for action against the Stalinist reaction on condition that the demand is not made to defend the &#8220;degenerated workers' state&#8221; which oppresses them. Finally comes Indo-China, where support to our section has been forgotten for so long and where even to demand who assassinated Thu-Thau has been forgotten in order to support, without serious criticism, the Stalinist government of Ho-Chi-Minh, greetings from whom were so warmly hailed by The Militant and La Verit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It has been seen that the resolution of the IEC creates an important majority in favor of the present leadership which the vote of countries of &#8220;slight importance&#8221; would not be able to modify even if they were able to send all the delegates the IEC grants them and if they all voted against the present leadership, But that is still based on the most favorable hypothesis, for it is impossible for the poor Latin-American sections to send the 10 or 12 delegates given them by the IEC. Moreover, the prohibition against proxy votes in actuality denies a number of sections in countries of &#8220;moderate&#8221; or &#8220;slight&#8221; importance the possibility of making themselves heard and of voting at the Congress, which does not prevent the IEC from demanding in advance the acceptance of the decisions which will be made by the World Congress and of desiring to prohibit all discussion after the Congress. The majority thus cunningly worked out by the IS and the IEC is thereby reinforced. Better yet, with this system, not a single opposition can hope to convince the Congress. What except ideological defeat and organic strangulation can the International expect from a leadership which has taken such decisions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, according to the system wich the IEC means to impose, even if the method were rectified by giving the same basis of representation to all the sections so as to agree with the counties of &#8220;first importance&#8221; it can be seen (Tables 2b and 3b) that a majority is assured for the present International leadership by the fact that the western European, North American and Canadian sections will be almost the only ones able to send all the delegates accorded them. How can it actually be supposed that Mexico, Poland, Peru, Indo-China and other countries will find the necessary means to send two or three delegates ? We have difficulty in believing that this represents ignorance on the part of the International leadership ; on the contrary, we believe that a question of deliberate calculation is involved, for it could not have imagined that the International would accept such an arbitrary division without protest, But the tendencies which seized the leadership thanks to the conditions immediately following the war calculated that the sections in countries of &#8220;moderate&#8221; or &#8220;slight&#8221; importance would demand in principle to be placed on an equal footing with Countries classed as those of &#8220;first importance.&#8221; In most cases they would not be able to send the delegates granted them even if the IEC did justice to their objections &#8211; and justice probably would have been rendered in order to preserve the democratic fa&#231;l ;ade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;only five sections have a membership equal to or greater than 500 persons ; while seven range between 100 and 400. members and 21 have only 50 members or less. If it is really desired to follow the First Congress of the CI, which diminished the weight of the strong sections and increased the weight of the weak ones, a sole method of representation would : be genuinely democratic : one delegate for 1 to 25 members and another delegate for 25 additional members or fraction of 25, up to a maximum of four delegates. To this method of representation must be added still another major democratic regulation : the transfer of majority and minority votes from one section or another or to individuals having a common position so that minorities can participate in the World Congress. To forestall the creation of artificial minorities which might threaten to swamp the Congress, it is important, therefore, to demand that minorities represent at least 20% of the members of their section in order to vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It can be seen that our proposal assures a more democratic representation at the Congress, the economic weaknesses of the distant and poor sections being compensated for by a larger representation for the small sections in general and especially the sections which will not be able to send their delegates to the Congress much less vote, while the IEC acts inversely and systematically discriminates against them in order to favor its combinations. This resolution of the IEC constitutes an immediate and mortal danger to the whole International, It must be revoked.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We are witnessing, as has been seen, an attempted bureaucratic seizure of the International leadership by elements interested in stifling a loyal discussion which would provoke their overthrow, It cannot be a question of anything else. Let us recall under what conditions the Pre-Conference of April 1946 was convened and the motives for its convocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The IS and the IEC, which had been designated at the emergency conference of 1940 had only a vegetative political existence and led an almost non-existent organic activity during the whole war, the functioning of these bodies having been paralyzed by personal and political struggles in the atmosphere of the American section. As early as 1944 the Spanish Group in Mexico demanded the convening of a World Congress. Its request found not a single echo. The following year the IEC was consulted on the possibility of the convening of a pre-conference with limited objectives. This pre-conference proposal was accepted, for it was the only possible way of resolving the situation of an IS which was incapable, because of its internal divisions, of organizing a real discussion and preparing a genuine World Congress. It was then explicitly understood that this gathering would have as its task the selection of new leading bodies whose principal mission would be to animate and extend the international discussion in view of the World Congress. Then total Silence. After that, no one in the International was informed of the place and the date of meeting of the projected pre-conference, no discussion or even exchange of views preceded it, the agenda was unknown to almost the whole International. Members of the IEC were uninformed while the French police were perfectly informed. Everything was organized in the dark by leaders interested in assuring themselves the hegemony in this gathering, The composition of the pre-conference, in addition, was as little democratic as possible, which was excusable given the conditions under which it was convened. But its nondemocratic, not to say, anti-democratic character ought to have encouraged the leading bodies which it had elected to compensate for their origin by measures authentically democratic. It is precisely the opposite which we have witnessed. Hardly had it got together when this pre-conference proclaimed itself a conference under the pretext of throwing dust in the eyes of the outside world and issued a manifesto which claimed to introduce the international discussion which it was charged with opening. Then the IS and the IEC began to threaten expulsion and to legislate as if they were the product of a genuine conference delegated full powers by the International ; in a word, they began to prepare the future World Congress majority, totally forgetting their principal mission : the loyal organization of a full discussion of all the problems posed before our International and the working class movement. They have even so completely forgotten their task that in all the discussion bulletins published under their guidance, more than a year after the pre-conference, of all the principal problems which confront our movement, only one, the Russian problem, has been extensively treated, and it still reflects only the official opinion. To our knowledge, only extracts from a thesis of the anti-defensist minority have been published. Can that be called a full and loyal discussion in preparation for a World Congress after seven years of a war which has produced changes of major importance ? No, the discussion has, in its entirety, still to be organized.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Strangulation of Minorities&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We affirm that the IS and the IEC are seeking to prepare their majority at the World Congress, In addition to the calculations which we have already unmasked what shows it clearly is the minute care they have taken to secure a maximum limitation of representation for minorities, both in number and in power. The next to the last part of paragraph three of the resolution of the IEC says : Minorities will be proportionally represented &#8220;in cases where the number of delegates permits it&#8221;. In other cases, all minorities constituting approximately a quarter of their sections at least will be represented with a consultative vote. First of all, proportional representation of minorities, if it is placed alongside of the arbitrary representation of the sections criticized earlier, is only a snare. What minorities could be proportionally represented ? Obviously those of &#8220;countries of first importance&#8221; and yet not all, since that of the American section would have only the satisfaction of revealing its theses. The resolution clearly suggests : &#8220;In cases where the number of delegates permits it.&#8221; For it is obviously not the Peruvian, Polish or Austrian sections, for example, which will have a sufficient number of delegates so that one of them can represent the minority. These sections in countries &#8220;of first importance,&#8221; in addition to the privilege of importance, find themselves granted an additional privilege by the IEC, the luxury, so to speak, of one or more minorities. Precisely among these sections is numbered that of the most imperialist country in the world, and the PCI of France, where the Craipeau majority and the Frank minority have no serious political differences. Moreover, why is a fourth and not a third or fifth of the members required and why is only a consultative vote given ? The resolution does not deign to inform us. What it signifies, we may already know. The reason probably is that there is not a single section at the present moment, thanks to the good offices of the IS, where the minority represents a quarter of the a membership, except the French minority led by Frank, who is under the guardianship of the present world leadership.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nevertheless, the present International leadership is going to be obliged to permit a little discussion to take place, in order to save appearances. The minorities will more or less have the illusion of a discussion, but from now until the end of the year they will not have the time to develop and group themselves, since the IS and the IEC have evaded all discussion of the major questions ; these minorities will therefore not have the time to win a quarter of the members of their sections. Moreover, even if they reached that proportion, most of the non-European sections would be incapable, as we have already stated, of sending all the majority delegates to which they were entitled, not to speak of the s minority delegates. Thus, the stifling of the discussion organized for more than a year by the International leadership, was designed to prevent the growing of an opposition in our movement, The demand for a quarter now gives the coup de grace to minorities in preventing them from being represented at the World Congress. And in case that were not sufficient, now comes the prohibition against proxy votes, and, in consequence, the forestalling of the growth of new formed oppositions, who are prevented from being heard and from voting. For a long time the IS has declared that the next World Congress must above all be a Congress of serious sections of the International. We now know what it understands by that : the sections which support or accept its opportunism, its ideological conservatism, and its organic bureaucratism. Finally, to crown its work, the IEC in its resolution refuses to call the Congress legally on the pretext that the legal convening is &#8220;totally unrealizable under present conditions&#8221; and &#8220;would prevent the presence at the Congress of a series of sections and comrades.&#8221; We cannot accept that statement ; in fact, what prevents the convening of a legal Congress which would hold secret sessions in the course of which illegal comrades would be heard ? The fear of bourgeois and Stalinist repression ? But from how many countries has the authorization to hold a legal Congress been asked ? Obviously from not a single one. First of all, authorization must be asked everywhere for permission to hold a legal congress before taking refuge in conspiratorial methods. Secrecy, added to the restrictive methods already criticized, permit the leadership to combine and maneuver and assures that it will retain the leadership of the International. We confront you &#8211; and, with us, the whole International will demand the withdrawal of your resolution, the beginning of a real discussion of major problems, and the preparation of a democratic congress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For a Genuine World Congress&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the World Congress to represent real progress for the Fourth International, it is first of all necessary for it to be convened under such conditions that not a single comrade will have the slightest reason for thinking of maneuvering by the leadership.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the Congress to adopt resolutions which are necessary for the social revolution all minorities must be represented.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We therefore ask :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; That the sections be represented on the basis of one delegate for every 25 members and additional fractions of 25 up to a maximum of four delegates for each section, minorities being represented in the same manner. However, only minorities representing at least 20% of the membership of their section will have the right to vote. Others will have only a consultative vote. It is in this fashion that the democratic example given us by the Cl at its birth will be followed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sections and minorities will have the right to transmit their vote to sections, minorities, or comrades outside their section.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Organizations close to the Fourth International with differences on this or that point of cur program will be invited to the Congress with the same rights as the official sections, on condition of recognizing the fundamental principles of the International, even if fusion with the official sections has not been realized before the opening of the Congress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; The agenda will comprise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; examination of the politics of the principal parties during the imperialist war and their position in regard to the naticnal resistance movements during the Nazi occupation ;&lt;br class='autobr' /&gt; Character of the war between China and Japan ;&lt;br class='autobr' /&gt; Balance sheet of the Spanish civil war ;&lt;br class='autobr' /&gt; Support or abandonment of the unconditional defense of Russia and the question of world Stalinism (SP-CP-CGT government, united front with Stalinism, etc.) ;&lt;br class='autobr' /&gt; Outmoding of, or timeliness of, the transitional program and the manner of application of the, parts of the program which remain valid ;&lt;br class='autobr' /&gt; Problem of the tactics of the construction of revolutionary parties ;&lt;br class='autobr' /&gt; Colonial questions ;&lt;br class='autobr' /&gt; Nature of the present historic period and immediate s oe revolutionary perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This agenda is not at all exclusive. All questions of general interest which this or that section or group of comrades would like to present for the examination of the Congress will be discussed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We call upon the whole International to express themselves on the preceding proposals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If the World Congress meets under the conditions decided by the IEC, and even under better conditions, without a through preliminary discussion of the problems which confront our movement (see our open letter to the French PCI} the Congress will constitute a mortal blow for the Fourth International. The situation demands the energetic intervention of the sections and of comrades within the sections. The IEC must immediately withdraw its resolutions ; otherwise the Fourth International will be bureaucratically asphyxiated.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; For the revocation of the decision of the IEC or the resignation of the International leadership !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; For a free discussion in the International !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; For a genuine Congress of the International organized on democratic bases !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Long live the Fourth International !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Long live the world socialist revolution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mexico, D.F. June 27, 1947&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sections, groups of comrades, or individuals who share our criticisms and proposals are asked to communicate their complete or partial agreement immediately to the IS and to the following address : G. Munis, Apartado Postal 8942, Mexico, D.F.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;on Trotsky et le choix de fonder la quatri&#232;me internationale</title>
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		<dc:date>2025-07-20T22:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky et le choix de fonder la quatri&#232;me internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun f&#233;tichisme sur le nombre &#171; quatre &#187; de quatri&#232;me internationale. C'est seulement un choix politique qui indique que les internationales pr&#233;c&#233;dentes sont mortes et enterr&#233;es en temps qu'internationales communistes, comme centres vivants de la r&#233;volution mondiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune surestimation des forces non plus : Trotsky n'ignorait rien des faiblesses du courant trotskyste. Il s'agissait de lever un drapeau, de proclamer une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique195" rel="directory"&gt;11- Organisation internationale des travailleurs r&#233;volutionnaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky et le choix de fonder la quatri&#232;me internationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aucun f&#233;tichisme sur le nombre &#171; quatre &#187; de quatri&#232;me internationale. C'est seulement un choix politique qui indique que les internationales pr&#233;c&#233;dentes sont mortes et enterr&#233;es en temps qu'internationales communistes, comme centres vivants de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune surestimation des forces non plus : Trotsky n'ignorait rien des faiblesses du courant trotskyste. Il s'agissait de lever un drapeau, de proclamer une perspective politique nouvelle et indispensable vue l'arriv&#233;e de la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait le premier &#224; avoir souhait&#233; retarder cette proclamation tant que le stalinisme n'avait pas fait la preuve de son caract&#232;re r&#233;volutionnaire et tant que le mouvement ouvrier allemand n'&#233;tait pas &#233;cras&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la trahison stalinienne en Allemagne en 1933, trahison que Trotsky avait pr&#233;vue, il tourne et d&#233;cide de proclamer la quati&#232;me internationale, proclamation qui sera retard&#233;e par la faiblesse politique du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour construire des partis communistes et une nouvelle internationale &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le plus dangereux en politique, c'est de se laisser enfermer dans sa propre formule qui hier convenait, mais qui est aujourd'hui d&#233;nu&#233;e de tout contenu. [&#8230;] Une organisation qui n'a pas &#233;t&#233; r&#233;veill&#233;e par le tonnerre du fascisme et qui se soumet docilement &#224; des actes aussi scandaleux que de ceux de la bureaucratie d&#233;montre ainsi qu'elle est morte et que rien ne pourra jamais la ranimer. Le dire ouvertement et publiquement est notre devoir direct envers le prol&#233;tariat et son avenir. Dans tous nos travaux ult&#233;rieurs, il est n&#233;cessaire de prendre comme point de d&#233;part l'effondrement historique de l'Internationale communiste officielle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky en 1933, &#171; Pour construire des partis communistes et une nouvelle internationale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/germany/1933/330715.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/germany/1933/330715.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la Quatri&#232;me Internationale ? Celle de L&#233;on Trotsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6247&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#233;tait l'Internationale communiste (ou IIIe Internationale) de L&#233;nine et Trotsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5929&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5929&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1928&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'internatinale communiste apr&#232;s L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1929&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aux Ouvriers R&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1929/08/verite.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1929/08/verite.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1933&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Quatri&#232;me Internationale et l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/10/331001a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/10/331001a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration sur la n&#233;cessit&#233; et les principes d'une nouvelle internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/08/QI.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/08/QI.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la nouvelle Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/09/lt19330902.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/09/lt19330902.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La troisi&#232;me internationale est morte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/03/330314.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour construire des partis communistes et une nouvelle internationale &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/germany/1933/330715.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/germany/1933/330715.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1934&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La guerre et la IVe Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/34061000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/34061000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1935&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la IV&#176; Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350600a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350600a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg et la Quatri&#232;me internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/rosaquatre.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/rosaquatre.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ILP et la Quatri&#232;me Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1935/09/ilp-fi.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1935/09/ilp-fi.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sectarisme, centrisme et Quatri&#232;me Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1935/10/sect.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1935/10/sect.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1938&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur la fondation de la Quatri&#232;me internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1938/10/foundfi.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1938/10/foundfi.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Programme de transition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;solution sur les t&#226;ches de la section fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/1938/4int_19380900.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/1938/4int_19380900.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel pour la classe ouvri&#232;re espagnole&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1938/4int_19380900.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1938/4int_19380900.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1939&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Discussion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Questions de la IV&#232;me Internationale, par Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1939/06/barta_vl3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1939/06/barta_vl3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1940&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Manifeste d'alarme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/05/lt19400523.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1940/05/lt19400523.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1943&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De la premi&#232;re &#224; la quatri&#232;me internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article876&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article876&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1951&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Natalia Sedova &#224; la Quatri&#232;me internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1467&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1467&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2009&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une continuit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2016&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la Quatri&#232;me Internationale fond&#233;e par L&#233;on Trotsky a &#233;chou&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le trotskysme en Chine</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7404</link>
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		<dc:date>2025-05-26T22:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Chine China</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le trotskysme en Chine &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky sur la r&#233;volution chinoise : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical23.html &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/08/300828b.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article1342&amp;_x_tr_sl=fr&amp;_x_tr_tl=en&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/03/lt_19280302.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical31.html (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Chine China&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le trotskysme en Chine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotsky sur la r&#233;volution chinoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical23.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical23.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/08/300828b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/08/300828b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article1342&amp;_x_tr_sl=fr&amp;_x_tr_tl=en&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article1342&amp;_x_tr_sl=fr&amp;_x_tr_tl=en&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/03/lt_19280302.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1928/03/lt_19280302.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical31.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical31.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/11/lt19291110.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1929/11/lt19291110.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article809&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article809&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/09/320922.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chine 1927 : le stalinisme livre le prol&#233;tariat &#224; la r&#233;pression&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1123&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1123&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pcint.org/03_LP/486/486-chine.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pcint.org/03_LP/486/486-chine.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Chen Du-xiu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4080&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4080&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article180816&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article180816&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chen_Duxiu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chen_Duxiu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre &#224; tous les camarades du Parti Communiste de Chine &#8211; Son dirigeant Chen Du-Xiu d&#233;nonce publiquement le stalinisme, responsable de la d&#233;faite de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5486&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5486&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chinese texts of Chen Du-xiu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1516&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1516&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes chinois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/clt/1991-1995/CLT57-Mar-1996.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/clt/1991-1995/CLT57-Mar-1996.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trotskysme et la Chine des ann&#233;es trente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/clt/1979-1985/CLT15-Sep-1983.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/clt/1979-1985/CLT15-Sep-1983.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chen Du-xiu et le trotskysme en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cermtri/cermtri_135.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cermtri/cermtri_135.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution chinoise de 1925-1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4804&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4804&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article290&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article290&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die de la r&#233;volution chinoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/isaacs/1938/tcr/index.htm?_x_tr_sl=fr&amp;_x_tr_tl=en&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/etol/writers/isaacs/1938/tcr/index.htm?_x_tr_sl=fr&amp;_x_tr_tl=en&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/francais/hiscul/2009/avr09/chin-a16.shtml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/francais/hiscul/2009/avr09/chin-a16.shtml&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/francais/hiscul/2009/avr09/chin-a17.shtml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/francais/hiscul/2009/avr09/chin-a17.shtml&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/francais/hiscul/2009/avr09/chin-a20.shtml&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/francais/hiscul/2009/avr09/chin-a20.shtml&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aventurisme stalinien en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article184593&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article184593&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article184401&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article184401&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotskysme en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?rubrique2750&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?rubrique2750&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_d%E2%80%99un_trotskiste_chinois&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/texts/fr/Lettre_d%E2%80%99un_trotskiste_chinois&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zheng Chaolin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/Zheng_Chaolin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/Zheng_Chaolin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article184602&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article184602&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peng Shuzhi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article184385&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article184385&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chen Bilan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article180811&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article180811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chen_Bilan&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Chen_Bilan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liu Renjing&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article182759&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article182759&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wang Changyao&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article184436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article184436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chen Zhongxi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article180837&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article180837&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liang Gangao&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article182709&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article182709&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wang Fanxi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Wang_Fanxi&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Wang_Fanxi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wang Shiwei&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article184458&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article184458&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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