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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution culturelle &#187; mao&#239;ste chinoise est aussi sanglante que contre-r&#233;volutionnaire : anti-culturelle autant qu'anti-populaire et dirig&#233;e contre la classe ouvri&#232;re</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution culturelle &#187; mao&#239;ste chinoise est aussi sanglante que contre-r&#233;volutionnaire : anti-culturelle autant qu'anti-populaire et dirig&#233;e contre la classe ouvri&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
La catastrophe du Grand Bond en Avant repr&#233;senta un coup dur pour Mao au sein du PCC. Elle incarna cette forme extr&#234;me de volontarisme faisant fi des conditions mat&#233;rielles si caract&#233;ristique de la pens&#233;e de Mao et que r&#233;sume parfaitement la formule suivante : &#171; sur une page blanche, tout est possible, on peut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La pr&#233;tendue &#171; r&#233;volution culturelle &#187; mao&#239;ste chinoise est aussi sanglante que contre-r&#233;volutionnaire : anti-culturelle autant qu'anti-populaire et dirig&#233;e contre la classe ouvri&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La catastrophe du Grand Bond en Avant repr&#233;senta un coup dur pour Mao au sein du PCC. Elle incarna cette forme extr&#234;me de volontarisme faisant fi des conditions mat&#233;rielles si caract&#233;ristique de la pens&#233;e de Mao et que r&#233;sume parfaitement la formule suivante : &#171; sur une page blanche, tout est possible, on peut y &#233;crire et dessiner ce qu'il y a de plus nouveau et de plus beau &#187; (quel grand marxiste !)8. Les technocrates pro-sovi&#233;tiques autour de Deng Xiaoping et de Liu Shaoqui confin&#232;rent alors Mao &#224; un poste purement honorifique. Trop important pour &#234;tre vraiment la cible d'une purge, il se retrouvait n&#233;anmoins priv&#233; de pouvoirs r&#233;els. Ainsi les fronts du champ de bataille &#233;taient trac&#233;s pour ce qui allait devenir un an plus tard &#171; la R&#233;volution Culturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la R&#233;volution Culturelle, Mao tenta essentiellement de revenir aux commandes9. Il s'agissait d'une lutte d'influence au sommet du parti au cours de laquelle des millions d'&#233;tudiants et de lyc&#233;ens furent enr&#244;l&#233;s pour combattre le &#171; r&#233;visionnisme &#187; et restaurer le pouvoir de Mao. Mais cette lutte entre factions et la marginalisation de Mao qui l'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e n'apparaissaient pas clairement comme les vraies raisons de ce mouvement o&#249; des milliers de personnes furent tu&#233;es et des millions de vies an&#233;anties10. La Chine fut lanc&#233;e dans une fuite en avant id&#233;ologique &#224; un degr&#233; encore plus important que ce qui existait sous Staline &#224; l'apog&#233;e de son pouvoir. Des millions de personnes instruites suspect&#233;es de &#171; r&#233;visionnisme &#187; (ou simplement victimes de r&#232;glement de compte personnel) &#8211; dont des ing&#233;nieurs et des scientifiques &#8211; furent envoy&#233;es &#224; la campagne (&#171; ruralisation &#187;) pour &#171; apprendre aux c&#244;t&#233;s des paysans &#187;, ce qui signifiait les r&#233;duire au travail forc&#233; parfois jusqu'&#224; la mort. &#171; La politique &#233;tait aux commandes &#187;, les id&#233;ologues du parti &#233;taient &#224; la t&#234;te des h&#244;pitaux &#224; la place des chirurgiens, avec les cons&#233;quence pr&#233;visibles que l'on peut imaginer. Les &#233;coles furent ferm&#233;es pendant trois ans dans les villes, mais pas dans les campagnes (1966-1969), pendant que des milliers de lyc&#233;ens et d'&#233;tudiants parcouraient le pays pour humilier et parfois tuer des personnes d&#233;sign&#233;es comme &#171; r&#233;visionnistes &#187; ou de &#171; partisans de la voie capitaliste &#224; la Liu Shoaqi &#187; par la faction mao&#239;ste (Liu Shoaqi mourut lui m&#234;me des suites d'une maladie en prison). En 1978, au moment de l'arriv&#233;e au pouvoir de Deng Xiaoping, l'&#233;conomie &#233;tait d&#233;vast&#233;e (Deng Xiapoing lui-m&#234;me avait pass&#233; trois ans &#224; travailler durement dans un camp) et la production agricole par habitant retomb&#233;e au m&#234;me niveau qu'en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, o&#249; le r&#232;gne du r&#233;visionnisme devait &#234;tre remplac&#233; par le &#171; pouvoir du peuple &#187;, les choses commenc&#232;rent &#224; devenir incontr&#244;lable quand certains &#233;l&#233;ments interpr&#233;t&#232;rent de mani&#232;re un peu trop litt&#233;rale le slogan &#171; on a raison de se r&#233;volter &#187; et all&#232;rent jusqu'&#224; questionner le r&#244;le du PCC depuis 1949. Dans certaines situations, comme lors de la Commune de Shanghai, l'ALP dut intervenir contre un groupe ind&#233;pendant qui comprenait des travailleurs radicaux. L'ALP ressortit comme un des &#171; vainqueurs &#187; de la R&#233;volution Culturelle pour le r&#244;le qu'elle joua dans l'&#233;radication de ces &#233;l&#233;ments qui constituaient une troisi&#232;me force oppos&#233;es &#224; la fois aux partisans de la voie capitaliste et aux mao&#239;stes. Pendant tout ce temps Kang Sheng, l'homme de main de la p&#233;riode de Yan'an, contribuait &#224; avilir, exclure et parfois ex&#233;cuter les opposants de Mao comme il l'avait fait &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des cas les plus int&#233;ressants de ces situations &#171; &#233;tant all&#233;es trop loin &#187;, outre l'&#233;pisode de la Commune de Shanghai avant l'intervention de l'arm&#233;e, fut peut-&#234;tre celui du courant Sheng Wu Lien dans la province du Huanan d'o&#249; &#233;tait originaire Mao. L&#224;-bas, &#233;tudiants et travailleurs qui avaient particip&#233; &#224; l'ensemble du processus, commenc&#232;rent &#224; r&#233;diger une s&#233;rie de textes devenus c&#233;l&#232;bres dans toute la Chine qui d&#233;non&#231;aient l'emprise d'une &#171; nouvelle bureaucratie dominante &#187; sur le pays. Bien que les &#171; Shengwuliens &#187; aient pris soin d'enrober leurs analyses de r&#233;f&#233;rences &#224; la &#171; pens&#233;e de Mao Zedong &#187; et au &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;, leurs textes circul&#232;rent dans tout la Chine et notamment au sommet du parti o&#249; ils furent reconnus pour ce qu'ils &#233;taient : un d&#233;fi fondamental lanc&#233; aux deux factions se disputant le pouvoir. Ils furent &#233;cras&#233;s sans piti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres critiques int&#233;ressantes ont &#233;merg&#233; pendant les ann&#233;es de la R&#233;volution Culturelle comme celles &#233;crites par Yu Luoke, &#224; l'&#233;poque un ouvrier apprenti, et plus tard le manifeste de Wei Jingsheng (un &#233;lectricien de 28 ans au zoo de P&#233;kin) affich&#233; sur le &#171; mur de la d&#233;mocratie &#187; en 1978. Le texte de Yu &#224; l'instar de ceux des Shengwuliens circula dans toute la Chine. Il s'agissait d'une d&#233;nonciation de la d&#233;finition h&#233;r&#233;ditaire de la classe sous la R&#233;volution Culturelle, tenant compte uniquement de l'origine familiale et de la fiabilit&#233; politique plus que de la place dans les rapports de production. Yu fut ex&#233;cut&#233; en 1970. Le mur de la d&#233;mocratie cens&#233; accompagner le retour au pouvoir de Deng Xiaoping fut rendu inaccessible puis supprim&#233; en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance de Mao triompha en 1969. Celle-ci incluait sa femme, Jiang Qing et trois autres membres, faction connue sous le nom de &#171; bande des quatre &#187;12. Ils furent arr&#234;t&#233;s et d&#233;mis de leurs fonctions peu de temps apr&#232;s la mort de Mao en 197613. On oublie souvent que cette victoire co&#239;ncidait avec le d&#233;but du rapprochement discret de Mao avec les &#201;tats-Unis pour faire contrepoids &#224; l'Union sovi&#233;tique. Suite &#224; des affrontements localis&#233;s entre forces sovi&#233;tiques et chinoises le long de leurs fronti&#232;res respectives, Mao interdit le transport de mat&#233;riel vers la Cor&#233;e du Nord ou en soutien au Vietcong, embargo qui ne prit fin qu'&#224; la fin de la guerre du Vietnam en 1975. Mao re&#231;ut le pr&#233;sident Nixon d&#233;but 1972 &#224; P&#233;kin, pendant que les &#201;tats Unis faisaient pleuvoir des bombes sur le Nord Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8389&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8389&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Les habits neufs du pr&#233;sident Mao &#187; de Simon Leys :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le principe du &#171; Grand bond en avant &#187; &#233;tait de r&#233;soudre le sous-d&#233;veloppement industriel et &#233;conomique du pays en substituant &#224; l'&#233;quipement de base qui lui faisait encore largement d&#233;faut, ou ne s'implantait qu'avec une trop grande lenteur, les ressources humaines du pays entier, galvanis&#233;es par une impulsion unanime d'enthousiasme r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Un second trait caract&#233;ristique de l'orientation du &#171; Grand bond &#187; fut son refus du monde ext&#233;rieur, son refus de la modernit&#233;, son d&#233;sir de r&#233;int&#233;grer le giron familier de la vieille province chinoise autarcique, ce terroir archa&#239;que dont Mao lui-m&#234;me est le pur produit. (&#8230;) Dans la formation de sa pens&#233;e, les ouvrages de doctrine marxiste n'ont jamais pes&#233; lourd en regard de ses lectures chinoises classiques. (&#8230;) Trois th&#232;mes de la pens&#233;e mao&#239;ste donnent en effet la clef de la &#171; philosophie &#187; du &#171; Grand bond &#187; &#187; : 1) la force de la Chine r&#233;side dans son d&#233;nuement m&#234;me (&#8230;) 2) la seule ferveur r&#233;volutionnaire peut et doit efficacement surmonter l'obstacle des choses et transformer la mati&#232;re (&#8230;) 3) l'improvisation villageoise, le bricolage indig&#232;ne, peuvent et doivent efficacement remplacer les moyens scientifiques, techniques et industriels. En fait, ce que nous retrouvons ici, ce sont les vieilles recettes de la gu&#233;rilla men&#233;e dans l'isolement primitif des provinces int&#233;rieures, recettes qui avaient jadis assur&#233; &#224; Mao ses plus &#233;clatantes victoires. (&#8230;) Il pr&#233;f&#232;re freiner et bloquer l'&#233;volution du pays plut&#244;t que de voir celui-ci &#233;chapper &#224; son contr&#244;le, non seulement il l'immobilise, mais il le ram&#232;ne d&#233;lib&#233;r&#233;ment en arri&#232;re. (&#8230;) Non seulement les objectifs d&#233;lirants que s'&#233;tait assign&#233;s le mouvement ne furent pas atteints, mais l'&#233;conomie chinoise enti&#232;re fut long&#233;e dans le chaos, l'effort de construction du pays se retrouva paralys&#233; et bris&#233;. (&#8230;) Au sommet de l'appareil du Parti, cette nouvelle embard&#233;e infiniment plus grave que celle des &#171; Cent fleurs &#187;, provoqu&#233;e encore une fois par l'initiative irresponsable de Mao, sema la consternation. Il fallait cette fois prendre des mesures urgentes pour sauver le r&#233;gime et pr&#233;venir tout retour d'une semblable aventure. D&#232;s d&#233;cembre 1958, lors de la conf&#233;rence de Wuchang, mao fut forc&#233; d'abandonner son poste de chef d'Etat au profit de Liu Shaoqi (d&#233;cision qui devint officielle en mars 1959). La conf&#233;rence de Shanga&#239; (septi&#232;me session pl&#233;ni&#232;re du 8e Comit&#233; central, avril 1959) amor&#231;a un premier examen critique du &#171; Grand bond en avant &#187; (&#8230;) Mao se vit &#233;pargner dans l'imm&#233;diat cette mort politique qu'aurait entra&#238;n&#233; sa mise en minorit&#233; au sein du Comit&#233; central, le prix qu'il avait eu &#224; payer pour se d&#233;barrasser de son opposant le plus redoutable (Peng Dehuai) n'en &#233;tait pas moins exorbitant : le pouvoir r&#233;el &#233;tait pass&#233; maintenant entre les mains de Liu Shaoqi. (&#8230;) Entre Mao Zedong et Liu Shaoqi, il serait aussi vain de chercher &#224; d&#233;couvrir les traces d'un affrontement &#171; id&#233;ologique &#187; ou d'une contradiction &#171; philosophique &#187; qu'entre, disons, De Gaulle et Pompidou. (&#8230;) On a tent&#233; de d&#233;montrer que Liu avait jadis adopt&#233; une politique de trahison en pr&#233;conisant une collaboration avec le KMT, alors qu'en r&#233;alit&#233; Liu n'avait jamais fait que r&#233;p&#233;ter docilement les instructions de Mao : cette politique de collaboration (&#8230;) fut formul&#233;e avec le plus de force par Mao lui-m&#234;me (&#8230;) dans le c&#233;l&#232;bre opuscule &#171; De la nouvelle &#233;tape &#187;, constitu&#233; par le texte d'un discours que Mao avait prononc&#233; en octobre 1938 devant la sixi&#232;me session pl&#233;ni&#232;re du 6e Comit&#233; central. [1] (&#8230;) On accusa encore Liu d'avoir, apr&#232;s la Lib&#233;ration, pactis&#233; avec les ennemis de classe, industriels capitalistes et intellectuels bourgeois. Encore une fois, il ne faisait qu'appliquer la ligne politique d&#233;finie par Mao lui-m&#234;me [2]. On accuse Liu de connivence avec le r&#233;visionnisme sovi&#233;tique et l'on oublie que c'est sous le r&#232;gne de Liu que se consomma la rupture avec l'Union sovi&#233;tique. &#187; Cette notion d'un &#171; r&#233;visionnisme de Liu est un mythe fantastique, forg&#233; de toutes pi&#232;ces &#8211; et de fa&#231;on fort grossi&#232;re &#8211; par la propagande de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;. (&#8230;) Liu est mont&#233; au pouvoir pour r&#233;soudre de toute urgence une crise qui menace la survie m&#234;me du r&#233;gime. Il est mieux plac&#233; que quiconque pour savoir que la description faite par Peng des r&#233;sultats catastrophiques du &#171; Grand bond en avant &#187; ne rel&#232;ve pas de la &#171; calomnie contre-r&#233;volutionnaire &#187; mais constitue un diagnostic r&#233;aliste de la situation. De la t&#234;te aux pieds homme d'appareil, Liu qui avant toute chose veut sauver le r&#233;gime, doit louvoyer entre deux &#233;cueils : il faut &#233;viter une d&#233;mao&#239;sation pr&#233;matur&#233;e et spectaculaire (ce que l'initiative brutale et maladroite de Peng avait risqu&#233; de provoquer) qui, devant le pays, priverait le syst&#232;me d&#233;j&#224; si dangereusement &#233;branl&#233; de son cr&#233;dit et de son ciment ; mais il faut aussi imm&#233;diatement renverser la vapeur et sortir le pays de l'embard&#233;e d&#233;mente du &#171; Grand bond &#187;. Autrement dit, il faut en fait donner raison &#224; Peng et neutraliser l'initiative de Mao, et pour la forme condamner Peng et sauvegarder le prestige de Mao. (&#8230;) La conf&#233;rence de Lushan entreprenait aussit&#244;t d'apporter une confirmation officielle aux critiques formul&#233;es par Peng : dans son communiqu&#233; du 26 ao&#251;t, elle reconnut que les chiffres pr&#233;c&#233;demment publi&#233;s des r&#233;sultats &#233;conomiques de la premi&#232;re ann&#233;e du &#171; Grand bond &#187; avaient &#233;t&#233; artificiellement gonfl&#233;s de 40 &#224; 50%, et, en particulier, que la r&#233;colte de bl&#233; n'avait &#233;t&#233; que de 250 millions de tonnes (chiffre probablement encore gonfl&#233;) au lieu des 375 millions ant&#233;rieurement proclam&#233;s. Revers plus grave encore pour Mao, la conf&#233;rence de Lushan renversa enti&#232;rement la vapeur en ce qui regardait la poursuite du &#171; Grand bond &#187; et entreprit de d&#233;pouiller de leur contenu originel les institutions neuves que ce mouvement avait voulu imposer : les &#171; Communes populaires &#187; furent progressivement r&#233;duites &#224; l'&#233;tat de simples organes administratifs (&#8230;) Il ne faut pas croire que Liu Shaoqi, en d&#233;mantelant ainsi tout le mouvement du &#171; Grand bond &#187; ait bifurqu&#233; id&#233;ologiquement et se soit engag&#233; dans une voie &#171; r&#233;visionniste &#187;. (&#8230;) C'&#233;tait une simple alternative de vie et de mort pour le r&#233;gime. (&#8230;) Pour plus de s&#233;curit&#233;, Liu Shaoqi entreprit de renforcer sa propre &#233;quipe : ainsi, par exemple, il fit entrer Lu Dingyi et Luo Ruiqing au secr&#233;tariat du Comit&#233; central. En m&#234;me temps, il finit par reprendre directement &#224; son compte les critiques que Peng avait formul&#233;es contre le &#171; Grand bond &#187;, d&#233;clarant en janvier 1962 devant une session &#233;largie du 7&#232;me Comit&#233; central : &#171; (&#8230;.) Trois ann&#233;es de &#171; Grand bond &#187; exigeront peut-&#234;tre ensuite huit ou dix ans d'efforts pour r&#233;tablir l'ordre : &#224; ce train, le jeu ne valait pas la chandelle. &#187; (&#8230;) Mao, loin de se r&#233;signer &#224; cette retraite qu'on lui avait impos&#233;e, entreprit d&#232;s la premi&#232;re heure de mettre discr&#232;tement en place les divers jalons (&#8230;) de son retour victorieux au pouvoir. (&#8230;) En obtenant de faire nommer Lin Biao au poste de ministre de la D&#233;fense (&#224; la place de Peng Dehuai), Mao s'&#233;tait assur&#233; un atout majeur, gage de son futur retour au pouvoir. (&#8230;) Lin Biao, personnage ch&#233;tif et secret, d&#233;pourvu de prestance et d'&#233;loquence, d'une nervosit&#233; extr&#234;me et d'un aspect terne et timide, mais dou&#233; d'autre part d'une intense capacit&#233; de travail, de concentration et de calcul, &#233;tait un militaire de profession qui, dans les bornes de son m&#233;tier, s'&#233;tait acquis la r&#233;putation d'un strat&#232;ge exceptionnellement comp&#233;tent. (&#8230;) Sit&#244;t install&#233; dans cette nouvelle position, il va s'appliquer &#224; forger pour Mao l'outil qui, quelques ann&#233;es plus tard, permettra &#224; celui-ci de mener &#224; bien son coup d'Etat contre le parti : une arm&#233;e id&#233;ologiquement r&#233;organis&#233;e qui sera capable, aux heures d&#233;cisives de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;, de se substituer &#224; cet appareil du Parti sur lequel Mao avait perdu tout contr&#244;le. En fonctions depuis douze jours &#224; peine, il publie un article &#171; Marchons de l'avant &#224; grands pas en brandissant haut l'&#233;tendard rouge de la ligne g&#233;n&#233;rale du Parti et de la pens&#233;e militaire de Mao Zedong &#187;. (&#8230;) Ses compagnies d'&#233;lite serviront de prototype aux fameux &#171; d&#233;tachements de soutien &#224; la gauche &#187;, ces d&#233;tachements d'&#233;lite qui seront parachut&#233;s aux quatre coins du pays durant la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; pour &#233;craser les initiatives r&#233;volutionnaires, briser les gr&#232;ves, imposer l'ordre dans les &#233;coles et les usines, encadrer la jeunesse rebelle dans les bataillons disciplinaires, prot&#233;ger le mandarinat local, exercer les pouvoirs de police et assurer le fonctionnement des industries et des chemins de fer. (&#8230;) D&#232;s le d&#233;but de 1964, une campagne nouvelle fut lanc&#233;e, invitant l'ensemble de la population &#224; &#233;tudier et imiter l'exemple politique de l'arm&#233;e. Ce type de pr&#233;paration psychologique permettra au moment de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; de pr&#233;senter l'arm&#233;e comme la source de la doctrine correcte et la d&#233;tentrice l&#233;gitime de l'autorit&#233; politique en lieu et place du Parti renvers&#233;. (&#8230;) En 1965, on voit des officiers de l'arm&#233;e venir occuper des postes dans le domaine de la propagande &#8211; normalement un secteur clef et une chasse jalousement gard&#233;e du Parti. (&#8230;) Les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent et prennent un tour d&#233;cisif en automne 1965 : en septembre, au cours d'une r&#233;union du Comit&#233; central, mao prononce un discours pour d&#233;noncer encore une fois le mode de penser bourgeois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sous le pr&#233;texte de la culture que Mao va lancer son offensive contre &#171; la pens&#233;e et la culture bourgeoises &#187;, en d&#233;non&#231;ant une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre historique intitul&#233;e &#171; La destitution de Hai Rui &#187;. En fait, la lutte pour le pouvoir n'a rien de culturel, comme le montre Simon Leys : &#171; Comment Mao r&#233;ussit sa perc&#233;e est une histoire dont l'arm&#233;e d&#233;tient la clef. (&#8230;) Son emprise sur l'arm&#233;e n'&#233;tait pas totale ; elle &#233;tait contr&#233;e par un personnage d'une consid&#233;rable puissance, Luo Roiqing, le chef de l'Etat-major g&#233;n&#233;ral. Cet obstacle fut finalement &#233;limin&#233; au d&#233;but de 1966. Luo fut arr&#234;t&#233; sous un pr&#233;texte obscur (complot contre l'Etat). (&#8230;) Avec le concours de Yang Chengwu (premier vice-dirigeant de l'Etat-major g&#233;n&#233;ral) qui fit faire mouvement aux troupes de la r&#233;gion militaire de Chine du nord, et la collusion de Fu Chongbi (commandant en second de la r&#233;gion militaire de P&#233;kin), Lin Biao va pouvoir s'assurer le contr&#244;le militaire de la ville de P&#233;kin. (&#8230;) Apr&#232;s les troupes de Lin Biao, Mao se rallie, avec la personne de Kang Shen et de Xe Fuzhi, les services de la police et des dispositifs secrets de la S&#251;ret&#233;. (&#8230;) O&#249; est-il encore question de &#171; culture &#187; et de &#171; r&#233;volution &#187; dans les sombres r&#232;glements de compte qui se jouent aux d&#233;tours des couloirs du palais ? (...) L'arm&#233;e qui avait permis &#224; Mao de s'emparer du pouvoir &#224; P&#233;kin ne pouvait se voir confier la m&#234;me t&#226;che en province. (&#8230;) Le b&#233;lier dont Mao allait se servir pour d&#233;manteler l'appareil du parti fut donc constitu&#233; par les &#171; masses r&#233;volutionnaires &#187; et, au premier rang de celle-ci, par la jeunesse. (&#8230;) Leur mysticisme na&#239;f et primitif (des Gardes rouges) se pr&#234;tait &#224; toutes les manipulations d'un vieux politicien exp&#233;riment&#233; qui, son objectif une fois atteint, n'eut ensuite aucun scrupule &#224; se d&#233;barrasser de ces innocents auxiliaires. (&#8230;) (Selon) la fameuse charte en seize points de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;, promulgu&#233;e le 8 ao&#251;t par la onzi&#232;me session pl&#233;ni&#232;re du 8&#232;me Comit&#233; central (..) les masses se voient octroyer le droit de d&#233;noncer et renverser les autorit&#233;s du Parti qui les opprimaient. Durant toute la seconde moiti&#233; du mois d'ao&#251;t jusqu'&#224; la mi-septembre, la Chine explose en proie &#224; sa jeunesse. Partout dans les provinces, les Gardes rouges mettent les autorit&#233;s locales en accusation, mais celles-ci se d&#233;fendent en organisant leurs propres Gardes rouges : la confusion est bient&#244;t totale. Le 25 janvier, Mao Zedong appela l'arm&#233;e &#224; &#171; soutenir la gauche (&#8230;) m&#234;me quand elle se trouvait &#234;tre minoritaire. &#187; Le 5 f&#233;vrier, ayant ainsi re&#231;u l'appui de l'arm&#233;e, et seulement alors, les mao&#239;stes de Shanga&#239; r&#233;ussirent &#224; s'emparer du Comit&#233; du Parti, de la municipalit&#233; et annonc&#232;rent l'&#233;tablissement de la Commune de Shanga&#239;. Le 7 f&#233;vrier, cette appellation &#171; Commune &#187; se trouvait d&#233;savou&#233;e par P&#233;kin, elle devait &#234;tre remplac&#233;e le 24 par un nouvel organe, le &#171; Comit&#233; r&#233;volutionnaire &#187; de Shanga&#239;. (&#8230;) Trois autres Comit&#233;s r&#233;volutionnaires s'&#233;taient form&#233;s au Heilongjiang le 31 janvier, au Shandong le 3 f&#233;vrier, au Guizhou le 13 f&#233;vrier, et au Shanxi le 18 mars. (&#8230;) La lutte entre les deux camps pi&#233;tine, s'enfonce dans la violence et le chaos. P&#233;kin lui-m&#234;me a du mal &#224; reconna&#238;tre ses propres fid&#232;les, car souvent les oppositions se cristallisent autour d'individus. (&#8230;) L'arm&#233;e arbitre le combat. (&#8230;) Le plus souvent, cette intervention de l'arm&#233;e tend &#224; faire pencher la balance des forces du c&#244;t&#233; de l'ordre &#233;tabli, c'est-&#224;-dire de l'appareil traditionnel du Parti, et tourne au d&#233;savantage de la &#171; gauche &#187; qu'elle &#233;tait suppos&#233;e soutenir. (&#8230;) Des conflits graves se sont produits dans le Nord-Est : les 20.000 ouvriers des usines automobiles de Chang-chun sont entr&#233;s en gr&#232;ve et ont mis &#224; sac deux &#233;coles qui servaient de centrale aux Gardes rouges. Au Heilongjiang, au cours d'une bataille rang&#233;e, un important groupe mao&#239;ste s'est fait &#233;craser par une coalition d'ouvriers et de soldats. (&#8230;) Le 22 mai, le &#171; Rennin ribao &#187; publiait sous le titre &#171; Cesser imm&#233;diatement la lutte arm&#233;e &#187; un important &#233;ditorial d&#233;non&#231;ant &#171; le courant vicieux de violence qui vient brouiller la ligne g&#233;n&#233;rale de la R&#233;volution culturelle, d&#233;truit la production, les finances de l'Etat et l'ordre r&#233;volutionnaire (&#8230;). &#187; Les heurts les plus graves et les plus violents opposent en g&#233;n&#233;ral des coalitions de paysans, d'ouvriers et de soldats aux groupes de &#171; rebelles &#187; mao&#239;stes. (&#8230;) Simultan&#233;ment, le culte de la personne m&#234;me du &#171; grandiose pilote, grandiose chef, grandiose g&#233;n&#233;ral en chef, grandiose ma&#238;tre &#224; penser, supr&#234;mement bien-aim&#233; pr&#233;sident Mao &#187; d&#233;borde largement le seul hommage rendu &#224; sa personne (&#8230;) D'autre part, la comm&#233;moration du 46e anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois a fourni une nouvelle occasion d'intensifier la mao&#239;sation du Parti : le Parti n'existe que par Mao, il est &#171; sa cr&#233;ation personnelle &#187; (tant pis pour la v&#233;rit&#233; historique) (&#8230;) &#171; s'&#233;carter de la pens&#233;e Mao Zedong &#233;quivaut &#224; renier fondamentalement le marxisme-l&#233;ninisme &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme partout ailleurs, la tornade de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; n'avait laiss&#233; &#224; Wuhan que l'arm&#233;e comme seule autorit&#233; organis&#233;e. Celle-ci se trouvait plac&#233;e sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Chen Zaidao (&#8230;) qui se trouvait associ&#233; aux commandants de r&#233;gions militaires (&#8230;) qui avaient oppos&#233; une r&#233;sistance active &#224; la vague mao&#239;ste. (&#8230;) La ville ne comptait pas moins de 53 groupes de &#171; rebelles-r&#233;volutionnaires &#187; qui, rivalisant dans la lutte pour le pouvoir, s'opposaient constamment en des affrontements sanglants. Chen Zaidao choisit de soutenir avec ses troupes une puissante organisation appel&#233;e &#171; le million de h&#233;ros &#187;, laquelle &#233;tait principalement form&#233;e d'ouvriers d'usines (2000 ateliers et &#233;tablissements miniers se mirent en gr&#232;ve du 29 avril au 30 juin pour grossir ses rangs), d'ouvriers de chemin de fer et de paysans, tous ennemis jur&#233;s des Gardes rouges mao&#239;stes. (&#8230;.) En juin, une bataille de rue fit 350 morts et 1500 bless&#233;s. En juillet, les mao&#239;stes se voyaient sur le point d'&#234;tre balay&#233;s. P&#233;kin envoya &#224; Wuhan deux &#233;missaires du plus haut rang pour tenter d'imposer une tr&#234;ve : Xie Fuzhi et Wang Li. (&#8230;) Chen Zaidao, exasp&#233;r&#233; par l'ing&#233;rence du groupe de la R&#233;volution culturelle et se sentant fort du soutien des chefs des r&#233;gions militaires limitrophes, l&#226;cha la brise &#224; ses troupes. Le 20 (juillet 1967), un d&#233;tachement militaire second&#233; par les milices prol&#233;tariennes du &#171; Million de h&#233;ros &#187; investit l'a&#233;roport, la gare, les quais du Fleuve Bleu et les principales art&#232;res de la ville. La r&#233;sidence o&#249; logeaient Xie et Wang fut prise d'assaut, Wang fut enlev&#233;, tra&#238;n&#233; devant la foule, sauvagement battu puis s&#233;questr&#233;. Si, &#224; ce moment les autorit&#233;s de P&#233;kin avaient c&#233;d&#233; &#224; la tentation d'une intervention directe pour lib&#233;rer Wang Li, elles auraient port&#233; les division internes de l'arm&#233;e jusqu'&#224; leur point d'explosion, et presque s&#251;rement entra&#238;n&#233; une guerre civile. (&#8230;) Cette m&#234;me journ&#233;e du 20, Zhou Enla&#239; se rendit &#224; Wuhan pour n&#233;gocier la lib&#233;ration de Wang Li. (&#8230;) Le 24, les canonni&#232;res de la flotte de la mer de Chine orientale remontaient le Fleuve Bleu jusqu'&#224; Wuhan, cependant que des unit&#233;s de parachutistes reprenaient le contr&#244;le des points strat&#233;giques de la ville, d&#233;sarmaient l'unit&#233; (de l'arm&#233;e) ainsi que le &#171; Million de h&#233;ros &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ao&#251;t 1967 - Un an apr&#232;s le d&#233;clenchement de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;, le pays ne fait que s'enfoncer toujours plus avant dans un chaos et dans des violences dont maintenant presque plus aucune province n'est exempte. La situation est particuli&#232;rement grave au Hubei, au Hunan, Jianxi, Sichuan, Guangxi, &#224; Nankin, &#224; Shanga&#239; et surtout &#224; Canton ; des troubles sont &#233;galement signal&#233;s au Henan, au Shanxi, au Zhejiang, au Fujian, au Shandong, en Mongolie int&#233;rieure, au Yunnon et au Guizhou, plusieurs villes du Nord-Est sont le th&#233;&#226;tre de violences ininterrompues. (&#8230;) La mutinerie de Wuhan qui, &#224; la fin de juillet, avait mis le pays &#224; un doigt de la guerre civile, a &#233;t&#233; un terrible coup de semonce pour le pouvoir mao&#239;ste. Celui-ci en tire maintenant les le&#231;ons et amorce un complet changement de cap. (&#8230;) D&#233;pouiller la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; de tout contenu, tel est le prix que p&#233;kin a d&#251; payer pour acheter le ralliement des militaires. Non seulement les auteurs de la mutinerie (de Wuhan) n'ont pas &#233;t&#233; ch&#226;ti&#233;s, mais au contraire, pour achever d'apaiser les mutins, c'est leur victime qui se trouve maintenant frapp&#233;e de disgr&#226;ce ! (&#8230;) La chute de Wang Li est un &#233;v&#233;nement lourd de signification. Wang Li &#233;tait l'un des principaux porte-parole de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;, son &#233;cartement indique que la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; vient en fait d'abdiquer ses objectifs extr&#234;mes, pour ne plus subsister que comme une &#233;tiquette coll&#233;e sur une pr&#233;caire coalition d'int&#233;r&#234;ts. (&#8230;) La &#171; R&#233;volution culturelle &#187; ne pouvant &#234;tre poursuivie, on annonce que sa victoire est accomplie. L'autorit&#233; de Mao lui-m&#234;me est invoqu&#233;e pour d&#233;clarer qu' &#187;au sein du prol&#233;tariat, il n'existe fondamentalement pas de conflits d'int&#233;r&#234;t, et il n'y a d&#232;s lors aucune raison de voir s'y d&#233;velopper des factions rivales &#187; (&#8230;) Les rebelles-r&#233;volutionnaires ne sont plus repr&#233;sent&#233;s directement dans les Comit&#233;s r&#233;volutionnaires (&#8230;) il faut t&#233;moigner de mansu&#233;tude &#224; l'&#233;gard des cadres fautifs ; pour qu'ils puissent r&#233;int&#233;grer leur ancien poste, il suffit qu'ils aient pris conscience de leurs erreurs pass&#233;es, et soient d&#233;termin&#233;s &#224; suivre dor&#233;navant la pens&#233;e de Mao Zedong. (&#8230;) Le Groupe de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; ainsi mis en veilleuse, les Gardes rouges sont forc&#233;s de suspendre leurs activit&#233;s, cependant que l'arm&#233;e se trouve partout plac&#233;e aux leviers de commande. La propagande s'emploie &#224; soigner l'image des militaires (&#8230;) sur le th&#232;me : &#171; l'arm&#233;e aime le peuple, le peuple soutient l'arm&#233;e &#187;. (&#8230;) Etrange &#171; prise de pouvoir &#187; qui consiste &#224; remettre le pouvoir &#224; ceux qui le poss&#233;daient d&#233;j&#224;, &#233;trange &#171; r&#233;volution &#187; qui d&#233;nie tout pouvoir aux r&#233;volutionnaires, pour consolider l'autorit&#233; des repr&#233;sentants de l'ordre traditionnel : la bureaucratie du Parti, l'arm&#233;e et la police. (&#8230;) Mais en trahissant ainsi tous les objectifs d&#233;clar&#233;s de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;, les autorit&#233;s mao&#239;stes ne font qu'enflammer plus encore la fureur de l' &#171; extr&#234;me gauche &#187; qui, en province, s'obstine dans son combat d&#233;sesp&#233;r&#233;. C'est ainsi que de vives &#233;chauffour&#233;es continuent &#224; se produire un peu partout (Liaoning, Hunan, Sichuan, Guangdong, Guizhou et Yunnan). (&#8230;) La fa&#231;on sommaire et impitoyable, dont les autorit&#233;s ont maintenant entrepris de traiter tous les fauteurs de troubles, traduit leur inqui&#233;tude devant ce dangereux affaiblissement de discipline qui pourrait devenir propice au d&#233;veloppement d'une activit&#233; politique clandestine. (&#8230;) Le r&#233;gime n'a jamais &#233;t&#233; plus vuln&#233;rable qu'il ne l'est aujourd'hui : une seule &#233;tincelle &#8211; c'est-&#224;-dire un seul cri de ralliement r&#233;volutionnaire qui serait lanc&#233; par une poign&#233;e d'hommes nouveaux &#8211; suffirait &#224; tout faire sauter. (&#8230;) Lors du premier mai, il n'y a pas eu de d&#233;fil&#233; &#224; P&#233;kin (&#8230;) Cette suppression de d&#233;fil&#233;, sans pr&#233;c&#233;dent dans les annales du r&#233;gime, est vraiment surprenante, surtout au moment o&#249; l'on veut faire croire que la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; a d&#233;j&#224; remport&#233; sa &#171; victoire d&#233;cisive &#187;. Pareille d&#233;rogation &#224; l'usage &#233;tabli n'a pu &#234;tre d&#233;cid&#233;e sans raison grave : il semble en fait que les autorit&#233;s mao&#239;stes ne soient m&#234;me plus certaines de pouvoir enti&#232;rement contr&#244;ler la situation dans la capitale. (&#8230;) Les effectifs de l'arm&#233;e pour l'ensemble du pays seront augment&#233;s cette ann&#233;e d'une lev&#233;e extraordinaire de 600.000 hommes. (&#8230;) A la fin de juillet, le glas se mit &#224; sonner pour les derniers survivants de l'activisme r&#233;volutionnaire, avec l'ordre donn&#233; aux &#171; groupes ouvriers-soldats de propagande de la pens&#233;e Mao Zedong &#187; d'occuper les universit&#233;s et d'y proc&#233;der &#224; un nettoyage g&#233;n&#233;ral. (&#8230;) ordre est intim&#233; aux Gardes rouges de se soumettre enti&#232;rement. (&#8230;) Un mouvement de transplantation de certaines couches de la population urbaine vers les campagnes est en train de se d&#233;velopper dans la Chine enti&#232;re avec une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent. (&#8230;) La toute derni&#232;re instruction de Mao : &#171; Il est tr&#232;s n&#233;cessaire que la jeunesse intellectuelle se rende dans les villages et re&#231;oive une r&#233;&#233;ducation de la part des paysans pauvres et moyens-inf&#233;rieurs. &#187; (&#8230;) Il ne s'agit pas d'une p&#233;riode temporaire de r&#233;&#233;ducation, mais bien d'une installation d&#233;finitive. Le groupe principalement vis&#233; est la jeunesse &#233;tudiante &#224; partir de l'&#226;ge de quinze ans. Sont &#233;galement concern&#233;s les intellectuels en g&#233;n&#233;ral, et, en particulier, les enseignants, les m&#233;decins et le personnel infirmier. (&#8230;) Pr&#233;venir la formation d'&#233;lites urbaines, r&#233;duire l'&#233;cart entre les villes et les campagnes, r&#233;soudre le probl&#232;me du ch&#244;mage urbain et de l'approvisionnement des villes en produits agricoles, r&#233;duire le nombre des consommateurs urbains non productifs, en les transformant en main d'&#339;uvre agricole, briser et disperser les noyaux oppositionnels des villes, faire &#233;clater les vieux cadres sociaux en brisant les liens de famille et de terroir. (&#8230;) Pour les citadins, ce d&#233;part sans espoir de retour vers des villages lointains, o&#249; les conditions de vie sont encore tr&#232;s primitives, est ressenti comme un exil et un ch&#226;timent. Du c&#244;t&#233; des paysans qui doivent les accueillir, le m&#233;contentement n'est pas moindre : ces nouveaux venus d&#233;moralis&#233;s et d&#233;pourvus d'exp&#233;rience, plut&#244;t que des auxiliaires, repr&#233;sentent d'abord des bouches suppl&#233;mentaires &#224; nourrir, des parasites qu'il faut loger et entretenir, bref un accroissement de charge pour les villages. L'assembl&#233;e provinciale des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Parti en pr&#233;paration du 9e congr&#232;s (&#8230;) : &#171; Tout r&#233;cemment, l'ennemi de classe a repris &#224; son compte le mot d'ordre r&#233;volutionnaire &#171; lutter contre la restauration du pass&#233; &#187; et s'en est servi pour faire d&#233;vier l'orientation de la lutte et retourner le fer de lance contre les groupes ouvriers de propagande de la pens&#233;e Mao Zedong, contre l'arm&#233;e de lib&#233;ration et contre les nouveaux membres des Comit&#233;s r&#233;volutionnaires (&#8230;) C'est le fait d'individus d'extr&#234;me gauche : arrogants, ils se parent de leurs anciens m&#233;rites r&#233;volutionnaires pour se dispenser de toute contribution pr&#233;sente ; ils luttent pour leurs petites cliques personnelles, substituent les sentiments &#224; la politique (&#8230;) D&#232;s que les masses se saisissent d'un mauvais &#233;l&#233;ment, ils plaident en faveur de celui-ci, disent &#171; qu'on ne doit pas traiter ainsi un ancien compagnon de lutte &#187;. Ils s&#232;ment la zizanie dans les rangs r&#233;volutionnaires, excitent les masses contre les masses, font d&#233;vier l'orientation de la lutte. (&#8230;) Les t&#226;ches les plus importantes pour le moment sont de purifier nos rangs de mani&#232;re &#224; jeter une base solide pour la rectification et la reconstruction du Parti, soutenir l'arm&#233;e, consolider l'arm&#233;e et les masses, s'inspirer de l'exemple de l'arm&#233;e. &#187; Ce remarquable texte est si parfaitement &#233;clairant dans sa description qu'il se passe de commentaire. On pourrait simplement le sous-titrer, comme le reste de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; tout enti&#232;re : &#171; La mao&#239;sme contre la r&#233;volution &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans la plupart des provinces, la formule du Comit&#233; r&#233;volutionnaire finissait par &#233;quivaloir ainsi &#224; une prise en charge par l'arm&#233;e (commandement de la r&#233;gion militaire) de l'ensemble des rouages politico-administratifs. Les organisations &#171; rebelles &#187; se voyaient pratiquement &#233;cart&#233;es du pouvoir, voire m&#234;me brutalement &#233;cras&#233;es et la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; se trouvait ainsi vid&#233;e de son contenu originel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un texte d'avertissement que le Comit&#233; central a lanc&#233; &#224; la province de Shangxi (&#8230;) : une petite poign&#233;e d'ennemis de classe et d'&#233;l&#233;ments mauvais se sont insinu&#233;s parmi les organisations de masse, ont eu recours &#224; des m&#233;thodes de fonctionnalisme capitaliste pour aveugler une partie des masses et refuser d'accepter les ordres (&#8230;) il excitent ou menacent les ouvriers pour qu'ils interrompent le travail et arr&#234;tent la production, incitent les paysans &#224; descendre en ville pour y cr&#233;er des &#233;chauffour&#233;es, sabotent la production agricole et industrielle (&#8230;) l'arm&#233;e les encerclera, les poursuivra et les arr&#234;tera. (&#8230;) En ce qui concerne les individus d&#233;prav&#233;s qui excitent les ouvriers pour qu'ils d&#233;sertent la production et leur poste de travail, ils seront punis conform&#233;ment &#224; la loi. En ce qui concerne les masses qui, aveugl&#233;es par les mensonges, ont quitt&#233; la production et leurs postes de travail, il faut proc&#233;der &#224; leur &#233;ducation et les pousser &#224; regagner leurs postes. A dater du jour de la publication de cet avertissement, ceux qui auront laiss&#233; s'&#233;couler plus d'un mois sans regagner leur travail en usine ou au bureau, veront leur salaire suspendu. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'entreprise de reconstruction du parti dans le pays entier s'est faite au b&#233;n&#233;fice de la vieille garde bureaucratique partout r&#233;habilit&#233;e et de l'arm&#233;e toujours plus influente. (&#8230;) Ainsi, un homme comme Zao Ziyang par exemple, ex-premier secr&#233;taire du Comit&#233; provincial du Parti pour le Guandong en f&#233;vrier 1968. Lors de l'inauguration du Comit&#233; r&#233;volutionnaire du Guandong, il fut publiquement d&#233;nonc&#233; comme l' &#187;agent du Krouchtchev chinois &#187; (&#8230;) Il vient maintenant de refaire surface comme secr&#233;taire du nouveau comit&#233; du Parti en Mongolie int&#233;rieure. Les exemples de cet ordre pourraient &#234;tre multipli&#233;s &#224; l'infini : ainsi au Guangxi, Wei Gaoqing, personnellement responsables de grands massacres de rebelles-r&#233;volutionnaires dans cette province (massacres qui en 1968 firent 100.000 morts et d&#233;truisirent la plus grande partie de la ville de Wuzhou) est devenu maintenant le premier secr&#233;taire du nouveau Comit&#233; provincial du parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1966 : la &#171; R&#233;volution culturelle &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ritablement isol&#233;e, oblig&#233;e de &#171; compter sur ses propres forces &#187; alors qu'elle p&#226;tit d'un retard technologique important et des cons&#233;quences d&#233;sastreuses du Grand Bond, la Chine voit ses contradictions internes pousser au paroxysme. C'est la forme m&#234;me du &#171; mao&#239;sme &#187; qui est remise en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est fin 1965 que la crise &#233;clate avec la R&#233;volution Culturelle, qui n'a eu de culturel que le pr&#233;texte initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; &#224; partir de 1963, la pression de l'isolement international de la Chine a accentu&#233; les divisions &#224; l'int&#233;rieur de la classe dirigeante chinoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien plus que sur les choix proprement &#233;conomiques, les tiraillements s'expriment dans les questions militaires et sur l'attitude &#224; adopter face &#224; la guerre du Vietnam, entre des concessions &#224; l'URSS et un nationalisme chinois intransigeant pr&#244;n&#233; par Mao.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, comme de nouvelles aventures &#233;conomiques dans le style du Grand Bond en avant sont exclues, l'offensive de Mao pour prolonger un &#171; mao&#239;sme &#187; &#233;branl&#233; privil&#233;gie cet axe nationaliste. La conception populiste de l'arm&#233;e est ainsi diffus&#233;e par Lin Biao (plac&#233; d&#232;s 1959 par Mao au poste de Ministre de la D&#233;fense apr&#232;s la destitution de Peng Duha&#239;) dans un opuscule publi&#233; en 1965 sur la &#171; guerre populaire &#187;, id&#233;ologie qu'il n'a cess&#233; d'implanter dans l'arm&#233;e en 1960-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233;, la conception d'une arm&#233;e &#171; professionnaliste &#187; implique un rapprochement avec l'URSS et une entr&#233;e en guerre de la Chine aux c&#244;t&#233;s de l'URSS au Vietnam (alors que Mao rejette la demande d'Ho Chi Minh de consid&#233;rer les propositions sovi&#233;tiques d'intervention commune). C'est la conception de Peng Duha&#239;, reprise par le chef d'Etat-major g&#233;n&#233;ral Luo Ruiqing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est caract&#233;ristique que la R&#233;volution culturelle a d&#233;marr&#233; v&#233;ritablement par un coup d'Etat militaire &#224; l'instigation de Mao. D&#233;but 1966, Lin Biao fait arr&#234;ter le chef d'Etat major g&#233;n&#233;ral Luo Ruiqing &#233;limin&#233; en coulisse. C'est ensuite dans le journal de l'arm&#233;e que paraissent les deux premiers articles marquants de la R&#233;volution Culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;clatement de la R&#233;volution Culturelle exprime la crise de perspective qui divise la classe dirigeante chinoise, crise exacerb&#233;e par l'isolement international et la rupture &#233;conomique et technique avec l'URSS. Mais elle traduit aussi la n&#233;cessit&#233; de d&#233;tourner les aspirations r&#233;volutionnaires des masses, de la jeunesse en particulier, mais aussi sans doute d'une partie de la classe ouvri&#232;re, &#224; qui on d&#233;signe des victimes expiatoires, au plus haut sommet du r&#233;gime, pour essayer de sauver le r&#233;gime lui-m&#234;me. Et pour les d&#233;tourner, on les a oppos&#233; les uns aux autres : la r&#233;volte de la jeunesse a &#233;t&#233; utilis&#233;e contre celle de la classe ouvri&#232;re et vice-versa. La R&#233;volution Culturelle n'aurait pas eu cette ampleur si elle n'avait pas &#233;t&#233; aussi le d&#233;tournement de risques r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Culturelle a &#233;t&#233; initi&#233;e par la tentative de re-prise du pouvoir par Mao, en minorit&#233; au sein de la classe dirigeante chinoise suite &#224; la catastrophe du Grand Bond. Mais en d&#233;finitive, dix ans de R&#233;volution Culturelle n'ont pas permis &#224; Mao de faire triompher un mao&#239;sme d&#233;j&#224; fortement &#233;branl&#233; et d&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte d'appareil, Mao n'a pas eu de base sociale. Au d&#233;but, seule une fraction de l'arm&#233;e lui &#233;tait acquise. C'est pour cela que Mao a d&#251; mobiliser les Gardes Rouges, qui ne constituaient pas pour autant une base sociale mais une jeunesse manipul&#233;e. Au bout d'un an &#224; peine, Mao est oblig&#233; de faire appel &#224; l'arm&#233;e contre les Gardes Rouges pour maintenir l'ordre, et finalement la R&#233;volution culturelle conduit &#224; un renforcement sans pr&#233;c&#233;dent du pouvoir de l'arm&#233;e en Chine, au d&#233;triment m&#234;me de l'appareil du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Culturelle a donc constitu&#233; une derni&#232;re fuite en avant de Mao, qui s'est lanc&#233; dans cette reconqu&#234;te d&#233;sesp&#233;r&#233;e du pouvoir, avec toutes les cons&#233;quences impr&#233;vues d'une telle aventure. En effet, manipuler les masses ne signifie pas que Mao en gardait le contr&#244;le, mais qu'il &#233;tait oblig&#233; de d&#233;tourner en permanence leur r&#233;volte vers de nouveaux exutoires, d'alterner d&#233;magogie et r&#233;pression &#224; leur &#233;gard. Comme la r&#233;volte des masses (de la jeunesse, jeunesse pauvre comprise) n'a jamais r&#233;ussi &#224; cibler le r&#233;gime tout entier, elle s'est enfonc&#233;e dans un cycle de violences d'autant plus d&#233;chirantes qu'elles &#233;taient sans perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte sans perspective des masses, alli&#233;e &#224; l'impuissance de la classe dirigeante &#224; trouver une solution politique stable a donc plong&#233; le pays dans des convulsions douloureuses pendant 10 ans. Car ce n'est qu'en 1976 apr&#232;s la mort de Mao que les derniers avatars de la R&#233;volution culturelle sont &#233;limin&#233;s avec la liquidation au sommet de la &#171; Bande des Quatre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que 10 ans de R&#233;volution Culturelle n'ont pas eu pour objet contester s&#233;rieusement les nouvelles orientations &#233;conomiques initi&#233;es d&#232;s 1962 par Liu Shaoqi et Deng Xiaoping en faveur de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Il est remarquable en particulier que l'essor du priv&#233; dans les campagnes se soit fait pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette &#233;poque !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les efforts &#233;conomiques de la Chine envers et contre tout sont illustr&#233;s par l'explosion de la premi&#232;re bombe chinoise en octobre 1964, suivie d'une seconde en mai 1965, une troisi&#232;me en mai 1966 (en pleine r&#233;volution culturelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, c'est &#224; l'occasion de la R&#233;volution Culturelle que le nationalisme chinois a &#233;t&#233; r&#233;affirm&#233; avec force en opposition &#224; l'URSS. Apr&#232;s les tensions militaires aux fronti&#232;res en mars 1969 puis en ao&#251;t 1969 au Xinkiang, la menace d'une attaque sovi&#233;tique semble imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Culturelle a donc &#233;t&#233; l'occasion de d&#233;montrer que la rupture sino-sovi&#233;tique &#233;tait irr&#233;versible. Aussi, il n'est pas si paradoxal que des experts am&#233;ricains aient envisag&#233; d&#232;s 1966 de rectifier la politique des USA vis-&#224;-vis de la Chine, et que les dirigeants am&#233;ricains ne se soient pas laiss&#233;s abuser par la d&#233;magogie de la R&#233;volution Culturelle quand ils reprennent les relations avec la Chine en 1971. L'isolement de la Chine prend fin en 1971 avec l'invitation faite aux pongistes am&#233;ricains, suivie de pr&#232;s en juillet 1971 par la visite de Nixon &#224; P&#233;kin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Les habits neufs du pr&#233;sident Mao &#187; de Simon Leys :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &#171; R&#233;volution culturelle &#187; qui n'eut de r&#233;volutionnaire que le nom, et de culturel que le pr&#233;texte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir. (&#8230;) Dans la suite de l'&#233;v&#233;nement, un courant de masse authentiquement r&#233;volutionnaire se d&#233;veloppa spontan&#233;ment &#224; la base, se traduisant par des mutineries militaires et par de vastes gr&#232;ves ouvri&#232;res ; celles-ci, qui n'avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;vues au programme, furent impitoyablement &#233;cras&#233;es. En Occident, certains commentateurs persistent &#224; s'attacher litt&#233;ralement &#224; l'&#233;tiquette officielle et veulent prendre pour point de d&#233;part de leurs gloses le concept de &#171; r&#233;volution de la culture &#187; (&#8230;) Les mao&#239;stes de Chine, eux, ne s'embarrassent pourtant plus de telles d&#233;licatesses : la d&#233;finition de la &#171; R&#233;volution culturelle &#187; comme une lutte pour s'emparer du pouvoir n'est en effet pas une cr&#233;ation des adversaires du r&#233;gime, c'est d&#233;finition officielle propos&#233;e par P&#233;kin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#171; Bureaucratie, bagnes et business &#187; de Hsi Hsuan-wou et Charles Reeve :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Kouan Pou-Liao : Lorsqu'il prend le pouvoir, en 1949, le parti est d&#233;j&#224; li&#233; par un contrat implicite &#224; la classe des paysans pauvres. C'est dans les zones rurales qu'il a b&#226;ti son soutien de masse, c'est l&#224; qu'il a puis&#233; ses forces militantes. Au cours des ann&#233;es agit&#233;es de la pr&#233;tendue r&#233;volution culturelle, lorsque l'arm&#233;e et les mao&#239;stes &#233;prouvaient des difficult&#233;s &#224; reprendre le contr&#244;le de l'Etat, le parti a contract&#233; une fois de plus une &#233;norme dette envers la paysannerie. Lorsqu'en avril 1967, Mao mettait en garde contre &#171; l'anarchisme (qui) dissous les objectifs de notre lutte et d&#233;tourne son orientation g&#233;n&#233;rale &#187; (Le Quotidien du peuple, 26 avril 1967), il se r&#233;f&#233;rait au danger que repr&#233;sentaient les groupes rebelles. Ces rebelles &#233;taient en effet en passe de prendre la t&#234;te d'un mouvement social qui &#233;chappait de plus en plus au contr&#244;le des forces bureaucratiques qui l'avaient d&#233;clench&#233;. Les tendances mao&#239;stes voulaient se servir de la r&#233;volution culturelle pour &#233;purer et r&#233;former le parti. Il n'&#233;tait nullement question pour elles de le d&#233;truire, comme le proposaient les rebelles. D&#233;bord&#233; sur sa gauche, Mao a ressorti sa vieille recette : &#171; l'encerclement des villes par les campagnes &#187;. (&#8230;) Cela signifiait que sa fraction dans le parti devait recruter des forces dans la paysannerie pour &#233;craser l'ennemi : en l'esp&#232;ce les tendances radicales qui &#233;mergeaient de l'agitation sociale urbaine. L'immense force r&#233;actionnaire des paysans devait &#234;tre jet&#233;e dans la bataille &#224; c&#244;t&#233; des tendances conservatrices du parti et de la bureaucratie syndicale. Les milices paysannes, solidement encadr&#233;es par les mao&#239;stes, allaient pr&#234;ter main forte &#224; l'arm&#233;e pour &#233;craser les d&#233;bordements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Reeve : Un participant actif de ce mouvement (Houa Lin-chan) a pr&#233;cis&#233;, quelques ann&#233;es plus tard, les circonstances de l'affrontement : &#171; En juillet 1967, Mao, voyant qu'il ne reprenait pas le contr&#244;le des usines, a tout simplement envoy&#233; l'arm&#233;e contre les rebelles. Il y a eu des affrontements. Les militaires nous disaient : &#171; M&#234;me si vous &#234;tes majoritaires, que repr&#233;sentez-vous de l'ensemble de la Chine ? &#187; Alors, nous nous sommes dit qu'il fallait convaincre les paysans de nous suivre. La tentative de mobilisation de &#171; rebelles paysans &#187; a &#233;t&#233; un &#233;chec total. (&#8230;) D'ailleurs, la f&#233;roce bataille dans laquelle s'est achev&#233;e la R&#233;volution culturelle a, avant tout, oppos&#233; paysans et citadins. A Kouei-lin, 90% de la population &#233;tait du c&#244;t&#233; des rebelles. Le parti ne pouvant reprendre la ville avec les 10% restants, il a d&#251; mobiliser des dizaines de milliers de paysans ; chaque village devait envoyer son &#171; d&#233;tachement &#187; qui &#233;tait arm&#233; par le parti. &#187; Aujourd'hui, lorsqu'il s'agit d'expliquer la &#171; r&#233;volution culturelle &#187;, les m&#233;dias et les intellectuels occidentaux restent complices de la classe dirigeante chinoise : ils reproduisent inlassablement la version fabriqu&#233;e en Chine par les bureaucrates victorieux. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kouan Pou-liao : (&#8230;) Ce que l'on appelle aujourd'hui la r&#233;volution culturelle est, en fait, la contre-r&#233;volution qui a &#233;cras&#233; dans le sang les tendances dont les buts d'&#233;mancipation sociale allaient &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts de ceux qui avaient d&#233;clench&#233; l'agitation. (&#8230;) La fin de la r&#233;volution culturelle avait ramen&#233; un certain calme dans les usines. Le massacre des rebelles par l'arm&#233;e et par les milices paysannes avait sauv&#233; le parti in extremis. Peu &#224; peu, la terreur qui s'&#233;tait abattue sur les villes chinoises s'&#233;tait dissip&#233;e. (&#8230;) La poursuite des luttes politiques mobilisait surtout les cadres et les activistes de base du parti. La grande masse des travailleurs restait en dehors de cette agitation, attendant l'accalmie tout en tirant profit de la d&#233;sorganisation bureaucratique pour survivre. (&#8230;) Les ouvriers vivaient enferm&#233;s dans les gigantesques complexes industriels. C'est en se repliant sur ces lourdes structures que la classe ouvri&#232;re chinoise avait r&#233;ussi &#224; se prot&#233;ger des luttes au sein de la bureaucratie. Pendant toutes ces ann&#233;es, elle a sans cesse n&#233;goci&#233; son soutien passif aux lignes successives du parti, en &#233;change de garanties sur le statut de l'ouvrier permanent, le bol de riz en fer sorti intact de tant d'ann&#233;es d'agitation et de luttes de pouvoir. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Houa Lin-chan : En Occident, on parle de gardes rouges comme si cela avait &#233;t&#233; un corps homog&#232;ne. En Chine, quand quelqu'un se pr&#233;sente comme garde rouge, on lui demande aussit&#244;t : Tu &#233;tais rebelle ou conservateur ? &#187; (&#8230;) (Entre &#233;coliers rebelles et ouvriers), il y avait de grands probl&#232;mes de communication qui tenaient au fait que nous ne connaissions pas la vie r&#233;elle des usines, les probl&#232;mes auxquels sont confront&#233;s les travailleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article77&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article77&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;bellion ouvri&#232;re pendant la r&#233;volution culturelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner plus en d&#233;tail la r&#233;bellion des travailleurs temporaires, il peut &#234;tre utile de rappeler bri&#232;vement les &#233;v&#233;nements des premiers mois de la R&#233;volution culturelle, lorsque l'agitation ouvri&#232;re &#233;tait &#224; son apog&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shanghai &#233;tait au centre des troubles ouvriers au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle, mais le mouvement dans son ensemble a commenc&#233; en juin 1966 &#224; P&#233;kin. Sa premi&#232;re manifestation &#8211; les &#233;tudiants Gardes Rouges, qui apparurent ce mois-l&#224; dans les coll&#232;ges et les universit&#233;s &#8211; &#233;tait domin&#233;e par les enfants des cadres de haut rang. Ces jeunes ont concentr&#233; leurs attaques contre les enseignants et les membres des anciennes &#233;lites culturelles et intellectuelles. Mao a donn&#233; sa b&#233;n&#233;diction &#224; ce mouvement, mais &#224; partir d'ao&#251;t 1966, l'agenda et les objectifs ont commenc&#233; &#224; changer, &#224; mesure que d'autres &#233;tudiants, et finalement des travailleurs, entraient dans la m&#234;l&#233;e. Certains chercheurs d&#233;crivent cette p&#233;riode comme la &#171; R&#233;volution culturelle populaire &#187;, qui a dur&#233; jusqu'&#224; ce qu'une r&#233;action n&#233;gative des conservateurs commence s&#233;rieusement en janvier 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s le d&#233;but du mouvement, le 18 ao&#251;t 1966, le Comit&#233; central du PCC a rendu une d&#233;cision sur l'orientation du mouvement. la R&#233;volution culturelle, marquant le passage de la purge des &#233;lites culturelles &#224; une attaque contre les &#171; routiers capitalistes au pouvoir au sein du Parti communiste &#187;. La d&#233;cision mettait l'accent sur le droit de former des organisations de masse. 31 L'une des premi&#232;res personnalit&#233;s &#224; subir des pressions fut le pr&#233;sident Liu Shaoqi, qui fut finalement purg&#233; cet automne. La principale accusation port&#233;e contre Liu &#233;tait d'avoir r&#233;prim&#233; le mouvement &#233;tudiant au cours de l'&#233;t&#233; en envoyant des &#233;quipes de travail dans les universit&#233;s pour freiner les activit&#233;s de la Garde rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;tudiants qui avaient &#233;t&#233; qualifi&#233;s de &#171; droitiers &#187; ou de &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187; par les &#233;quipes de travail ou les autorit&#233;s scolaires &#224; cette &#233;poque se sont battus pour leur r&#233;habilitation. Sous le slogan &#171; la r&#233;bellion est justifi&#233;e &#187;, toutes sortes de griefs contre les appareils locaux du parti ont commenc&#233; &#224; &#234;tre exprim&#233;s. Les groupes r&#233;volutionnaires ont pris en main l'interpr&#233;tation de la pens&#233;e de Mao Zedong, au c&#339;ur de l'id&#233;ologie du PCC. Les organisations de masse ont publi&#233; dans leurs journaux des transcriptions non autoris&#233;es de discours et des citations de Mao et d'autres dirigeants centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, des organisations de masse conservatrices, &#233;galement appel&#233;es &#171; faction protectrice de l'empereur &#187;, se sont form&#233;es pour d&#233;fendre les comit&#233;s locaux du parti contre les rebelles. Les cadres locaux ont mobilis&#233; les membres du PCC et de la Ligue de la jeunesse communiste, les militants syndicaux et les travailleurs fid&#232;les. Certains &#171; vieux &#187; gardes rouges d'&#233;lite des premiers jours de la R&#233;volution culturelle ont &#233;t&#233; d&#233;sillusionn&#233;s en voyant le mouvement se retourner contre leurs parents &#224; partir du mois d'ao&#251;t et ont donc soutenu les conservateurs. Cette d&#233;marche de r&#233;tablissement de l'ordre s'est accompagn&#233;e, en octobre, d'une nouvelle campagne contre &#171; la ligne bourgeoise r&#233;actionnaire &#187;, c'est-&#224;-dire la r&#233;pression du mouvement rebelle par les autorit&#233;s. Une r&#233;volte g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#233;clata contre les cadres dans tout le pays. Alors que les dissensions &#224; l'&#233;gard des autorit&#233;s locales grandissaient, le Comit&#233; central autorisa finalement les travailleurs &#224; rejoindre la R&#233;volution culturelle, &#224; condition qu'ils le fassent en dehors des heures de travail. En cons&#233;quence, le mouvement s'est &#233;tendu &#224; l'ensemble de la population urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la &#171; R&#233;volution culturelle populaire &#187;, la capacit&#233; du gouvernement &#224; contr&#244;ler le mouvement rebelle naissant a &#233;t&#233; mise &#224; l'&#233;preuve. Les jeunes qui avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s &#224; la campagne dans le cadre du programme &#171; Haut &#224; la montagne, descente aux villages &#187; mandat&#233; par le gouvernement central exigeaient d'&#234;tre autoris&#233;s &#224; retourner dans les villes. Beaucoup de ceux qui avaient souffert lors des campagnes d'avant 1966 cherchaient &#224; se r&#233;habiliter, et les groupes d&#233;favoris&#233;s &#171; d&#233;tourn&#232;rent &#187; la r&#233;bellion pour promouvoir leurs propres int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques. &#192; Shanghai en particulier, les travailleurs temporaires ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans la R&#233;volution culturelle, r&#233;clamant des postes s&#251;rs et permanents dans les entreprises publiques. Les premi&#232;res attaques contre les autorit&#233;s locales de Shanghai furent men&#233;es par des &#233;tudiants, mais en novembre 1966, les travailleurs commenc&#232;rent &#224; faire pression pour obtenir leur propre droit de former des organisations rebelles &#224; l'&#233;chelle de la ville. Leur demande a &#233;t&#233; refus&#233;e et le 10 novembre, environ 1 000 travailleurs dirig&#233;s par le quartier g&#233;n&#233;ral des travailleurs rebelles r&#233;volutionnaires de Wang Hongwen &#224; Shanghai ont r&#233;quisitionn&#233; un train et sont partis pour P&#233;kin pour adresser une p&#233;tition au gouvernement central. Ils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s &#224; Anting, dans la banlieue de Shanghai, et leur refus de d&#233;barquer a entra&#238;n&#233; l'arr&#234;t de tout le trafic sur la ligne de P&#233;kin pendant plus de 31 heures. Alors que l'incident d'Anting se d&#233;roulait, le maire de Shanghai, Cao Duiqi, a exig&#233; que les travailleurs retournent imm&#233;diatement dans leurs unit&#233;s. Les rebelles de Wang ont refus&#233; de reculer jusqu'&#224; ce que leurs revendications soient satisfaites : la reconnaissance de leurs organisations de masse et la reconnaissance de la l&#233;galit&#233; de leurs actions. Ils ont &#233;galement exig&#233; des critiques publiques &#224; l'&#233;gard de Cao Duiqi et de la gestion du conflit par les autorit&#233;s sup&#233;rieures. 33 Zhang Chunqiao, le n&#233;gociateur envoy&#233; par le Groupe dirigeant de la R&#233;volution culturelle de P&#233;kin, a finalement approuv&#233; les demandes des rebelles avec le soutien de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident d'Anting a montr&#233; que la pression populaire pouvait persuader la direction du PCC de s'allier aux rebelles contre les autorit&#233;s locales du parti, m&#234;me dans la ville industrielle la plus importante du pays. Seuls quelques milliers de travailleurs avaient rejoint la r&#233;bellion initiale de Shanghai. Cependant, apr&#232;s le succ&#232;s d'Anting, les organisations de travailleurs rebelles d'autres villes se sont enhardies et nombre d'entre elles ont r&#233;clam&#233; une reconnaissance officielle. Le 12 d&#233;cembre, le Comit&#233; central a d&#233;clar&#233; le droit des travailleurs de participer &#224; la R&#233;volution culturelle et de former leurs propres organisations de masse, &#224; condition que la production ne soit pas perturb&#233;e. 34 Pour la premi&#232;re fois depuis 1949, la direction centrale reconnut les organisations ouvri&#232;res ind&#233;pendantes qui n'&#233;taient pas int&#233;gr&#233;es &#224; l'appareil d'&#201;tat. Cela aurait pu repr&#233;senter une opportunit&#233; de progr&#232;s en mati&#232;re de droits des travailleurs, mais le changement n'a pas dur&#233; longtemps. 35Il convient de noter que de nombreux travailleurs restaient m&#233;fiants &#224; l'&#233;gard des forces rebelles : entre novembre et fin d&#233;cembre, la direction du parti &#224; Shanghai a r&#233;ussi &#224; mobiliser un nombre important de travailleurs dans une contre-attaque des gardes &#233;carlates conservateurs. Un autre point crucial &#224; noter est que les mouvements rebelles &#233;tudiants et ouvriers s'appuyaient sur des donn&#233;es d&#233;mographiques tr&#232;s diff&#233;rentes. Contrairement &#224; nombre de leurs homologues &#233;tudiants, les travailleurs rebelles jouissaient souvent d'un bon statut de classe et bon nombre d'entre eux avaient &#233;t&#233; membres du parti avant 1966. &#192; partir d'ao&#251;t 1966, bon nombre d'&#233;tudiants rebelles &#233;taient les enfants d'intellectuels et de capitalistes &#8211; victimes des politiques pr&#233;c&#233;dentes. des purges qui avaient beaucoup &#224; gagner d'un bouleversement de l'ordre politique. En revanche, les travailleurs industriels &#171; &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me &#187; constituaient l'un des groupes les plus privil&#233;gi&#233;s en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, alors, les travailleurs permanents ont-ils particip&#233; ? Sans aucun doute, certains avaient des griefs contre le syst&#232;me d'une mani&#232;re ou d'une autre, et la R&#233;volution culturelle a offert une rare opportunit&#233; de les exprimer. En fait, la principale revendication des travailleurs permanents rebelles de Shanghai &#233;tait le droit de participer &#224; la R&#233;volution, car cela leur offrirait la possibilit&#233; d'am&#233;liorer leur statut politique par la performance. Dans la Chine mao&#239;ste, l'acc&#232;s &#224; l'adh&#233;sion &#224; un parti ou &#224; l'arm&#233;e, &#224; l'enseignement sup&#233;rieur et au statut social au sein de la soci&#233;t&#233; &#233;tait li&#233; au statut de classe, aux ant&#233;c&#233;dents familiaux et aux performances politiques. Les gens ne pouvaient pas faire grand-chose pour changer leur statut de classe officiel ou leurs ant&#233;c&#233;dents familiaux, mais ils pouvaient am&#233;liorer l'&#233;valuation de leurs performances par le parti en s'engageant dans l'activisme politique. La mesure dans laquelle la r&#233;bellion visait &#224; &#233;lever son statut politique est apparue clairement apr&#232;s que le mouvement, dirig&#233; par le Quartier g&#233;n&#233;ral des travailleurs rebelles de Wang Hongwen, a pris le pouvoir des autorit&#233;s municipales en janvier 1967. &#192; partir de ce moment, les militants des jours grisants de la L'incident d'Anting a commenc&#233; &#224; revendiquer l'&#233;tiquette de &#171; vieux rebelles &#187;, ce qui signifie qu'ils avaient attaqu&#233; les autorit&#233;s alors qu'il &#233;tait dangereux de le faire et que le sort des groupes rebelles &#233;tait rest&#233; incertain. Ce privil&#232;ge d'une participation pr&#233;coce rappelait la vantardise des &#171; cadres r&#233;volutionnaires &#187; d'avant 1949, d'avoir rejoint le parti avant que sa victoire ne soit assur&#233;e. La R&#233;volution culturelle a offert &#224; ceux qui sont n&#233;s trop tard pour &#234;tre r&#233;volutionnaires la possibilit&#233; de poser leurs propres actes d'audace politique. Pour les travailleurs permanents, l'objectif principal &#233;tait donc la participation plut&#244;t que toute critique de la cat&#233;gorisation ou du syst&#232;me de statut de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paragraphes qui pr&#233;c&#232;dent n'ont donn&#233; qu'un aper&#231;u des multiples int&#233;r&#234;ts concurrents &#224; l'&#339;uvre entre les factions conservatrices et rebelles au cours de la &#171; R&#233;volution culturelle populaire &#187;. Pour Mao et les autres dirigeants du PCC, les alliances complexes et changeantes de cette p&#233;riode pr&#233;sentaient un s&#233;rieux probl&#232;me. Les dirigeants se sont retrouv&#233;s dans la position peu enviable de tenter de propulser certains aspects du mouvement tout en en limitant d'autres. Les dirigeants restaient d&#233;sireux d'exploiter l'&#233;nergie des masses, mais dans le m&#234;me temps ils craignaient que des gr&#232;ves g&#233;n&#233;ralis&#233;es et des luttes intestines entre factions ne mettent en danger le d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore, du point de vue de la Centrale du Parti, les tentatives des organisations rebelles de se coordonner au niveau national repr&#233;sentaient un d&#233;fi potentiel au monopole du PCC sur le pouvoir d'&#201;tat. C'&#233;tait &#8211; comme c'est toujours le cas aujourd'hui &#8211; une ligne qui ne pouvait &#234;tre franchie. &#192; la fin de 1966, le gouvernement central avait mis fin aux soi-disant &#171; grands liens &#187; entre groupes rebelles, ainsi qu'aux voyages gratuits en train qui permettaient aux Gardes rouges de se connecter facilement avec des groupes &#233;loign&#233;s de chez eux. Le slogan de l'&#233;poque, le double slogan &#171; Saisir la r&#233;volution, promouvoir la production &#187;, donnait une id&#233;e de l'&#233;quilibre que la direction du parti tentait d'atteindre. Les travailleurs temporaires, les soldats en service actif, le personnel de la s&#233;curit&#233; publique et les d&#233;tenus des camps de travail ont &#233;t&#233; interdits de former leurs propres organisations rebelles ; l'occupation des archives et des bureaux de la s&#233;curit&#233; publique a &#233;galement &#233;t&#233; interdite. La &#171; R&#233;volution culturelle populaire &#187; a pris fin et les organisations rebelles ont r&#233;orient&#233; leur attention vers un objectif acceptable pour les dirigeants : &#171; prendre le pouvoir &#187; aux mains de responsables locaux suspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://learn-saylor-org.translate.goog/mod/book/view.php?id=67357&amp;chapterid=61093&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://learn-saylor-org.translate.goog/mod/book/view.php?id=67357&amp;chapterid=61093&amp;_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le t&#233;moignage d'une organisation d'ouvriers rebelles durant la R&#233;volution culturelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1967, alors que la R&#233;volution culturelle battait son plein, Mao Zedong d&#233;clarait : &#171; Le contingent des ouvriers &#224; Shanghai est plut&#244;t bon, c'est pourquoi le comit&#233; central du Parti ne se fait pas d'inqui&#233;tude quant &#224; la situation de la ville1. &#187; Si le pr&#233;sident Mao pouvait tenir de tels propos, c'est parce que les ouvriers de Shanghai &#233;taient alors repr&#233;sent&#233;s par le Quartier g&#233;n&#233;ral des ouvriers r&#233;volutionnaires-rebelles2 de Shanghai (Shanghai gongren geming zaofan zong siling bu &#19978;&#28023;&#24037;&#20154;&#38761;&#21629;&#36896;&#21453;&#32317;&#21496;&#20196;&#37096;), abr&#233;g&#233; ci-apr&#232;s en Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier (Gong zong si &#24037;&#32317;&#21496;) ou QGO. Celui-ci fut l'organisation rebelle d'ouvriers la plus influente de la R&#233;volution culturelle ; son leader, Wang Hongwen &#29579;&#27946;&#25991;3, sera nomm&#233; plus tard vice-pr&#233;sident du comit&#233; central du Parti communiste chinois, et form&#233; par Mao Zedong comme un candidat &#224; sa succession.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence de ce Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier conf&#232;re &#224; la R&#233;volution culturelle, telle qu'elle se d&#233;roula &#224; Shanghai, certaines sp&#233;cificit&#233;s par rapport &#224; ce qui la caract&#233;risa ailleurs. Elle repr&#233;sente en soi un sujet de la plus haute importance pour les recherches sur cet &#233;pisode majeur de l'histoire chinoise. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'&#233;tude du QGO s'est appuy&#233;e principalement sur deux types de mat&#233;riaux : les tracts, journaux, affiches et placards de l'&#233;poque, d'une part, et, d'autre part, les textes de confession r&#233;dig&#233;s par les parties concern&#233;es apr&#232;s la R&#233;volution culturelle. Quoique tr&#232;s significatifs, ces documents pr&#233;sentent des d&#233;fauts &#233;vidents : les premiers, qui dans un contexte politique de l&#233;gitimation de la r&#233;bellion &#8212; comme le clame le slogan : &#171; il est juste de se rebeller &#187; (zaofan you li &#36896;&#21453;&#26377;&#29702;) &#8212; accentuent voire exag&#232;rent l'esprit rebelle et les exploits militaires &#233;clatants du QGO, visent &#224; mettre en valeur ce dernier comme &#171; glorieuse image &#187; des rebelles ; les seconds sont les aveux r&#233;dig&#233;s durant la p&#233;riode de leur d&#233;tention et de leur proc&#232;s par les membres principaux du m&#234;me QGO, consid&#233;r&#233;s apr&#232;s la R&#233;volution culturelle comme des criminels. En raison d'une empreinte historique &#233;vidente et d'une forte dimension subjective, ces documents rev&#234;tent un caract&#232;re tendancieux manifeste. C'est pourquoi il para&#238;t n&#233;cessaire, pour progresser dans l'&#233;tude du QGO, d'explorer d'autres mat&#233;riaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cet &#233;gard, les Notes de travail (Gongzuo biji &#24037;&#20316;&#31558;&#35352;) de Ye Changming &#33865;&#26124;&#26126; apparaissent comme une source capitale d'informations pour l'&#233;tude du QGO au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle. Ye Changming, n&#233; en mars 1944, &#233;tait au moment du lancement de la R&#233;volution culturelle employ&#233; de laboratoire &#224; l'Institut de recherche sur les fibres synth&#233;tiques de Shanghai. Durant les dix premiers jours de novembre 1966, il prit part &#224; la fondation du Quartier g&#233;n&#233;ral des ouvriers r&#233;volutionnaires rebelles de Shanghai, si&#233;geant &#224; son comit&#233; permanent et devenant ainsi l'un de ses membres principaux. Il a laiss&#233; cinq cahiers de notes de travail, qui couvrent une p&#233;riode de presque huit mois et demi &#8212; du 12 novembre 1966 au 24 juillet 1967 &#8212; et comptent quelque 130000 mots.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'assembl&#233;e inaugurale du QGO se tint le 9 novembre 1966 ; ses structures organisationnelles &#233;tant alors encore incompl&#232;tes, aucun compte-rendu officiel n'en a &#233;t&#233; dress&#233;. Par cons&#233;quent, du seul point de vue chronologique, les notes de travail r&#233;dig&#233;es par Ye Changming d&#232;s le quatri&#232;me jour qui suivit cette s&#233;ance inaugurale ont une valeur historique irrempla&#231;able. Intimement li&#233;es &#224; un contexte de travail, elles enregistrent en temps r&#233;el les discours des dirigeants, les propos tenus lors des assembl&#233;es, les r&#233;sultats des discussions ou les d&#233;cisions prises &#224; leur issue, les r&#233;actions des autres interlocuteurs, ou encore la situation des structures et du personnel au sein du bureau principal ou des organisations subordonn&#233;es, etc. Plus proches de la r&#233;alit&#233; que les diff&#233;rents tracts, affiches, placards et autres documents de l'&#233;poque, elles rev&#234;tent de ce point de vue-l&#224; &#233;galement une valeur historique diff&#233;rente, et sup&#233;rieure si l'on s'attache &#224; la connaissance des faits proprement dits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il s'agisse du si&#232;ge du QGO, de ses principaux responsables ou encore de ses relations avec les autres organisations rebelles, les Notes de travail fournissent ainsi de nombreux mat&#233;riaux de premi&#232;re main sur les diff&#233;rents aspects de Shanghai au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle. Or, un certain nombre de ces mat&#233;riaux ne sont pas &#233;voqu&#233;s dans les r&#233;cits et analyses disponibles, ou le sont de mani&#232;re fautive. Leur utilisation pleine et rigoureuse reste &#224; faire et devrait ouvrir une nouvelle fen&#234;tre de compr&#233;hension des mouvements d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le si&#232;ge principal du QGO au d&#233;but des insurrections&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;cits historiques dont nous disposons actuellement ne font pas &#233;tat de l'action du bureau principal du QGO aux premiers temps de la fondation de ce dernier. Le 14 novembre, c'est-&#224;-dire cinq jours apr&#232;s l'assembl&#233;e inaugurale, une r&#233;union eut lieu au si&#232;ge du mouvement, situ&#233; 691 rue Julu (&#24040;&#40575;). Alors qu'aucune trace &#233;crite de cette r&#233;union ne figure dans les Comptes-rendus des luttes du quartier g&#233;n&#233;ral des ouvriers rebelles r&#233;volutionnaires de Shanghai (Shanghai gongren geming zaofan zongsilingbu douzheng jiyao &#19978;&#28023;&#24037;&#20154;&#38761;&#21629;&#36896;&#21453;&#32317;&#21496;&#20196;&#37096;&#39717;&#29229;&#32000;&#35201;), r&#233;dig&#233;s par les soins du QGO durant l'ann&#233;e 19674, ni dans les autres r&#233;cits disponibles, il est en revanche relat&#233; dans les Notes de travail que ce soir-l&#224;, &#224; vingt heures, une &#171; r&#233;union de masse &#187; se tint au bureau principal. Selon Ye Changming &#8212; &#224; s'en rapporter &#224; l'expression de ses souvenirs bien des ann&#233;es plus tard &#8212;, ce qu'on appelait r&#233;union de masse d&#233;signait une assembl&#233;e &#224; laquelle tous les hommes pr&#233;sents au bureau principal pouvaient prendre part5. Les Notes de travail consignent les trente-sept &#171; remarques &#187; formul&#233;es au cours de cette r&#233;union.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un grand nombre de ces remarques concr&#233;tisent une insatisfaction &#224; l'&#233;gard du commandement principal :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bureau principal est incapable de mobiliser les masses, il n'a fait qu'imparfaitement son travail. (Seizi&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cinq d&#233;l&#233;gu&#233;s du bureau principal ne s'accordent pas dans leurs propositions et agissent sans concertation, ce qui n'est pas sans causer de dommages. (Vingt et uni&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres voix s'&#233;lev&#232;rent contre un changement de personnel du bureau principal :&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les membres fondateurs sont remplac&#233;s, qui vous reconna&#238;tra ? (Dix-septi&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains encore formulent des propositions pour renforcer le bureau principal :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses membres doivent &#234;tre soumis &#224; un examen rigoureux, il ne faut pas se laisser duper par des &#171; pickpockets politiques &#187; (zhengzhi pashou &#25919;&#27835;&#25170;&#25163;). (Cinqui&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bureau principal doit d&#233;livrer des permis de travail sp&#233;ciaux pour emp&#234;cher l'intrusion de mauvais &#233;l&#233;ments. (Vingt-huiti&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains &#233;tablissent les crit&#232;res auxquels doivent satisfaire les dirigeants :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le noyau dirigeant doit &#234;tre celui qui a le moins peur de se rebeller. (Trente et uni&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Seuls ceux qui tiennent bon contre vents et mar&#233;es sont dignes de nous diriger, seuls les plus fermes gauchistes r&#233;volutionnaires peuvent endosser la fonction de chefs. (Vingt-cinqui&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres encore donnent leur avis sur les t&#226;ches du moment :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;parer l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale pour l'autocritique de Cao Diqiu [maire de Shanghai]. (Premi&#232;re remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che centrale devrait &#234;tre de tirer pleinement avantage des cinq points de Zhang Chunqiao, de diffuser largement des documents &#233;crits, de r&#233;futer le t&#233;l&#233;gramme de Chen Boda. Le plus t&#244;t sera le mieux. (Sixi&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;voiler au grand jour les conduites mensong&#232;res du comit&#233; municipal. (Septi&#232;me remarque.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la lecture de ces trente-sept remarques, on imagine ais&#233;ment le chahut qui r&#233;gnait durant la s&#233;ance et la disparit&#233; des points de vue, refl&#233;tant le d&#233;sordre du commandement g&#233;n&#233;ral aux d&#233;buts de sa mise en place. Toutefois, ces ouvriers rebelles se montraient extr&#234;mement vigilants &#224; l'&#233;gard des risques de confusion, insistant &#224; maintes reprises sur l'importance de se pr&#233;munir contre les &#171; m&#233;chants &#187; et les &#171; pickpockets politiques &#187;, ou soulignant la n&#233;cessit&#233; de &#171; proc&#233;der &#224; une r&#233;organisation &#187;, d'&#171; &#233;purer les rangs &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les rangs de notre &#233;quipe il faut clarifier l'appartenance de classe et les conceptions r&#233;volutionnaires de chacun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Souligner &#171; l'appartenance de classe &#187; &#233;tait un r&#233;flexe de pens&#233;e tr&#232;s r&#233;pandu &#224; l'&#233;poque. Selon les Notes de travail, &#224; l'enregistrement des personnes qui arrivaient au si&#232;ge principal pour rapporter une situation, sont inscrites en premier lieu leurs origines familiales et appartenance de classe. Ainsi, il fut d&#233;cid&#233; que le service d'ordre du QGO devait &#234;tre assur&#233; par les militaires d&#233;mobilis&#233;s et reconvertis6.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'incident d'Anting7 (Anting shijian &#23433;&#20141;&#20107;&#20214;) est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; comme le point de d&#233;part de l'alliance entre le QGO et Zhang Chunqiao &#24373;&#26149;&#27211;8. Mais les Notes de travail r&#233;v&#232;lent qu'&#224; l'issue de l'incident, les ouvriers rebelles n'avaient pas enti&#232;rement confiance en ce dernier, et &#233;taient d'autant moins dispos&#233;s &#224; suivre aveugl&#233;ment toutes ses recommandations. D&#232;s leur retour d'Anting &#224; Shanghai, Wang Hongwen, Pan Guoping &#28504;&#22283;&#24179;, Ye Changming et les autres leaders du QGO se r&#233;unirent pour discuter de la suite des op&#233;rations. Un des points &#233;tait de &#171; &#8220;ne pas l&#226;cher&#8221; Zhang Chunqiao, afin qu'il reconnaisse leur organisation et leur mouvement comme r&#233;volutionnaires &#187;, montrant qu'ils ne croyaient pas encore compl&#232;tement la promesse verbale que Zhang leur avait faite &#224; Anting, et craignaient qu'il ne se r&#233;tracte lors de son retour &#224; Shanghai9. M&#234;me apr&#232;s la signature formelle des &#171; cinq demandes &#187; (wu xiang yaoqiu &#20116;&#38917;&#35201;&#27714;) par Zhang Chunqiao le 13 novembre apr&#232;s-midi, certains des ouvriers rebelles restaient sceptiques et le soup&#231;onnaient de &#171; venir &#224; Shanghai avec l'intention de comploter10 &#187;. Ce comportement illustre la pr&#233;gnance du mot d'ordre &#171; douter de tout &#187; (huaiyi yiqie &#25079;&#30097;&#19968;&#20999;) chez les ouvriers rebelles, et la complexit&#233; induite sur les relations entre Zhang Chunqiao et ces derniers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment de la fondation du QGO, la structure organisationnelle de son bureau principal &#233;tait encore incompl&#232;te et la composition de son personnel tr&#232;s instable ; en raison du manque de documents &#233;crits, les seuls r&#233;cits dont nous disposons aujourd'hui sur ce point reposent sur des souvenirs parfois tr&#232;s largement post&#233;rieurs aux faits, de sorte que diff&#233;rentes versions coexistent, comme c'est le cas notamment pour la liste des sept membres du comit&#233; permanent. Les Notes de travail livrent trois listes de la structure du bureau principal et du personnel pour la p&#233;riode qui s'&#233;tend de la mi-novembre 1966 &#224; la fin de l'ann&#233;e. Ces trois listes, qui consignent de mani&#232;re pr&#233;cise et exhaustive la structure organisationnelle et la composition du personnel du QGO &#224; ses d&#233;buts, ainsi que certains changements survenus par la suite, repr&#233;sentent un mat&#233;riau de la plus haute importance quant &#224; l'&#233;tat de l'organisation aux premiers temps de sa cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Notes de travail ont &#233;galement enregistr&#233; un grand nombre de coordonn&#233;es d'agents de liaison des organisations rebelles, jusqu'au num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone des dirigeants du bureau Est-Chine11 (Huadong ju &#33775;&#26481;&#23616;) ou du comit&#233; du parti de la ville de Shanghai (Shanghai shiwei &#19978;&#28023;&#24066;&#22996;) comme Wei Wenbo &#39759;&#25991;&#20271;, Liang Guobin &#26753;&#22283;&#25996;, etc. Elles peuvent &#224; ce titre &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme un v&#233;ritable &#171; diagramme de communication &#187; des rebelles de Shanghai au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Discours r&#233;volutionnaire des rebelles&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'affaire d'Anting, &#224; l'issue de laquelle Zhang Chunqiao accepta les &#171; cinq demandes &#187; (wu tiao yaoqiu &#20116;&#26465;&#35201;&#27714;) qui permirent au QGO de devenir une organisation municipale d'ouvriers rebelles officiellement reconnue, ce dernier se rebella contre la &#171; ligne r&#233;actionnaire bourgeoise &#187; (zichan jieji fandong luxian &#36039;&#29986;&#38542;&#32026;&#21453;&#21205;&#36335;&#32171;) des autorit&#233;s municipales de Shanghai ; dans le m&#234;me temps, il pr&#234;ta la plus haute attention aux probl&#232;mes inh&#233;rents au bureau principal &#224; ce stade initial. Tandis que les r&#233;cits historiques disponibles sont lacunaires sur ce point, les Notes de travail fournissent de tr&#232;s pr&#233;cieux renseignements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 26 novembre, c'est-&#224;-dire deux semaines apr&#232;s l'incident d'Anting et la fondation cons&#233;cutive du QGO, celui-ci tint sa premi&#232;re s&#233;ance de &#171; rectification interne &#187;, au cours de laquelle, selon les termes de l'&#233;poque, on d&#233;veloppa la &#171; critique &#187; et l'&#171; autocritique &#187;. Outre les sept membres du comit&#233; permanent, les participants comprenaient les chefs des diff&#233;rentes organisations. Wang Hongwen, qui pr&#233;sidait la s&#233;ance, d&#233;clara d&#232;s l'ouverture :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe toutes sortes d'id&#233;es, il existe toutes sortes d'hommes ; il existe des pickpockets politiques. On ne peut pas participer aux mouvements r&#233;volutionnaires si l'on a par devers soi des pens&#233;es &#233;go&#239;stes et des consid&#233;rations d'ordre personnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la suite des interventions, Jiang Zhoufa &#34083;&#21608;&#30332;, membre du comit&#233; permanent du QGO, d&#233;clare :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sordre r&#232;gne au niveau du bureau principal, certains se disputent le pouvoir et ses avantages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis il critique ceux qui :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Nankin se repaissent de viande et de poisson, et prennent la voie du r&#233;visionnisme (zou xiuzheng zhuyi daolu &#36208;&#20462;&#27491;&#20027;&#32681;&#36947;&#36335;). Les luttes internes pour le pouvoir jouent en notre d&#233;faveur aupr&#232;s de l'opinion et nous valent les critiques des autres organisations rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par &#171; ceux qui &#224; Nankin se repaissent de viande et de poisson &#187;, il faisait allusion &#224; Dai Zuxiang &#25140;&#31062;&#31077;, le commandant du premier bataillon de retour du Nord12 (Beishang fan Hu yibingtuan &#24037;&#32317;&#21496;&#21271; &#19978;&#36820;&#28396;&#19968;&#20853;&#22296;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en critiquant Dai Zuxiang qui &#171; se payait le luxe de manger de la viande et du poisson &#187;, Pan Guoping, deuxi&#232;me chef du QGO, se justifie contre ceux qui l'accusent de porter un manteau militaire, de rouler en voiture ou encore d'avoir gard&#233; pour son propre usage un camion entier d'effets personnels. Il propose que &#171; l'accueil du Quartier g&#233;n&#233;ral soit suspendu pendant trois jours, le temps de proc&#233;der &#224; sa r&#233;organisation interne &#187;. Quant &#224; Dai Zuxiang, dont tout le monde d&#233;nonce la conduite, il se d&#233;fend en ces termes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Nankin je n'ai jamais roul&#233; en voiture ; mon fr&#232;re &#233;tait malade et je l'ai conduit &#224; l'h&#244;pital, je n'avais pas un sou sur moi13.&lt;br class='autobr' /&gt;
On trouve dans les Notes de travail plusieurs comptes-rendus de ce genre. Ainsi, par exemple, les 2 et 4 avril, le QGO tient successivement deux s&#233;ances de rectification interne, au cours desquelles les membres du commandement principal se livrent &#224; l'examen de leurs pens&#233;es, de leur style de travail et de leur mode de vie, chacun proc&#233;dant &#224; son autocritique. Lors de sa prise de parole, Wang Hongwen d&#233;clare :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus gros d&#233;faut du QGO apr&#232;s son &#233;tablissement a &#233;t&#233; de rel&#226;cher le travail politico-id&#233;ologique et de ne pas lui apporter toute l'attention requise. Nos r&#233;flexions se concentrent sur les affaires militaires, mais nous n'avons aucune direction politique. Aux assembl&#233;es elles-m&#234;mes la politique est tr&#232;s rarement abord&#233;e, moi-m&#234;me j'ai omis de rappeler sa pr&#233;&#233;minence, de telle sorte que le bureau principal s'est trouv&#233; entrav&#233; dans son travail. Je ne me suis pas souci&#233; des progr&#232;s des camarades. [&#8230;] En outre, je n'ai pas permis &#224; la direction collective de jouer son r&#244;le, sur de nombreuses questions j'ai pris des d&#233;cisions arbitraires, sans consulter personne. Objectivement nous nous sommes peu consult&#233;s, subjectivement c'est moi qui avais le dernier mot, agissant seul, avec l'id&#233;e erron&#233;e que je ne pouvais pas faire confiance &#224; mes camarades. Rarement le comit&#233; permanent a examin&#233; et trait&#233; collectivement les probl&#232;mes ; le plus souvent je les ai tranch&#233;s individuellement. En somme, je n'ai pas &#233;t&#233; un bon chef d'&#233;quipe, je n'ai pas laiss&#233; au bras droit la possibilit&#233; de jouer son r&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici l'autocritique de Pan Guoping :&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis moi aussi responsable du probl&#232;me de d&#233;sordre dans l'organisation. [&#8230;] J'avais dans l'id&#233;e de vivre dans le confort et l'opulence. [&#8230;] En raison d'un certain changement de statut, ma mentalit&#233; elle aussi a sensiblement chang&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chen Ada &#38515;&#38463;&#22823;, un autre membre du comit&#233; permanent, d&#233;clare :&lt;br class='autobr' /&gt;
Je p&#234;che par mon subjectivisme et ma partialit&#233;, et me montre volontiers impulsif. Apr&#232;s l'incident d'Anting, j'avais des doutes sur Wang [Hongwen] et Pan [Guoping] et me plaignais d'eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la r&#233;union, certains formul&#232;rent non pas des autocritiques, mais des critiques dirig&#233;es contre d'autres. Ainsi Jiang Zhoufa d&#233;clare-t-il :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie capitaliste s'est d&#233;j&#224; manifest&#233;e dans les rangs du commandement g&#233;n&#233;ral, comme on le voit par exemple avec ceux qui circulent en auto. [&#8230;] Certains sont de grands gaspilleurs, ils vont manger au restaurant en voiture. [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Jiang Zhoufa d&#233;signait ici sans le nommer Wang Hongwen. &#192; l'&#233;poque, la garnison de Shanghai avait fait don au QGO d'une jeep en t&#233;moignage du soutien des troupes aux ouvriers rebelles. L'usage de cette unique voiture revint &#224; Wang Hongwen, qui la prenait souvent depuis le QG sur le Bund pour aller manger &#224; l'h&#244;tel Yan'an, g&#233;r&#233; par les troupes aux abords du temple Jing'an.&lt;br class='autobr' /&gt;
Wang Hongwen ne chercha aucunement &#224; se disculper contre l'accusation de Jiang Zhoufa et l'accepta humblement, reconnaissant :&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la temp&#234;te de janvier (yiyue geming &#19968;&#26376;&#38761;&#21629;), ne poss&#233;dant pas de voiture je circulais le plus souvent &#224; pied ; lorsque par la suite nous avons dispos&#233; d'une voiture, je n'ai plus tellement eu envie de marcher : ma mentalit&#233; a chang&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son bilan de ces deux s&#233;ances de rectification, Kang Ningyi &#24247;&#23527;&#19968;, responsable de la brigade de soutien &#224; la gauche, d&#233;tach&#233;e de la garnison en poste &#224; Shanghai, souligna deux points :&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, les changements survenus dans l'esprit des rebelles eux-m&#234;mes :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sein du comit&#233; permanent et parmi les leaders de l'organisation, la pens&#233;e n'a pas suivi certains changements de position.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne devons jamais oublier les qualit&#233;s propres de l'ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le caract&#232;re rebelle qui nous animait initialement a peu &#224; peu disparu tandis que de mauvaises pratiques se d&#233;veloppent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second point concernait la coh&#233;sion interne et la formation d'une direction collective :&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune direction collective ne s'est constitu&#233;e, chacun forme son propre clan, c'est l&#224; un grand danger. Personne ne tient compte de la situation dans son ensemble et ne r&#233;fl&#233;chit dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de la R&#233;volution14.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux points soulign&#233;s par Kang Ningyi sont exactement ceux que le bureau principal du QGO, lors de plusieurs s&#233;ances de rectification, pr&#233;conisa de &#171; rectifier &#187;, en particulier sur la question de la conservation des qualit&#233;s ouvri&#232;res m&#234;me apr&#232;s un changement de statut : le fait de rouler en voiture ou de manger de la viande et du poisson &#233;tait consid&#233;r&#233; par les rebelles comme une &#171; recherche de confort et d'opulence &#187; de la part des &#171; routiers du r&#233;visionnisme15 &#187; (zou xiuzhengzhuyi daolu &#36208;&#20462;&#27491;&#20027;&#32681;&#36947;&#36335;). Ces pratiques attiraient donc naturellement de vives critiques ; les bl&#226;mes et le m&#233;pris dont elles faisaient l'objet surpassaient m&#234;me ceux formul&#233;s, sur le plan du travail, &#224; l'encontre de lourds travers comme le d&#233;veloppement des conduites autoritaires, des d&#233;cisions arbitraires ou la formation de clans. Les informations livr&#233;es sur ce point par les Notes de travail rendent ainsi compte de la complexit&#233; et des nombreuses facettes de la pens&#233;e et de l'action des rebelles r&#233;volutionnaires de Shanghai au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;cits historiques dont nous disposons mettent le plus souvent l'accent sur la dimension de &#171; r&#233;bellion &#187; (zaofan &#36896;&#21453;), et trouvent g&#233;n&#233;ralement le mobile de cette derni&#232;re dans la r&#233;pression exerc&#233;e sur les ouvriers au niveau de l'unit&#233; de travail. En r&#233;alit&#233;, dans le contexte politique de l'&#233;poque, une authentique dimension &#171; r&#233;volutionnaire &#187; (geming &#38761;&#21629;) subsistait, comme on le voit &#224; travers les quelques exemples rappel&#233;s ci-dessus : ne pas rel&#226;cher sa vigilance quant aux changements de mentalit&#233; susceptibles de survenir suite &#224; un changement de statut, ne jamais oublier de pr&#233;server les qualit&#233;s propres de l'ouvrier ; a contrario, rouler en voiture devenait une marque symbolique de l'id&#233;ologie capitaliste. Cela montre que les discours r&#233;volutionnaires si r&#233;pandus &#224; l'&#233;poque n'&#233;taient pas seulement de creuses paroles cri&#233;es du bout des l&#232;vres, mais de v&#233;ritables &#171; crit&#232;res d'&#233;valuation r&#233;volutionnaires &#187; adopt&#233;s par la majorit&#233; des rebelles. Mais, d'autre part, quoique le discours r&#233;volutionnaire f&#251;t extr&#234;mement en vogue, en l'absence de contraintes institutionnelles, les rebelles qui obtenaient du pouvoir avaient du mal &#224; r&#233;sister &#224; ses tentations : c'est pourquoi les cas de &#171; corruption par l'id&#233;ologie bourgeoise &#187; (zichan jieji sixiang fushi &#36039; &#29986;&#38542;&#32026;&#24605;&#24819;&#33104;&#34645;), tels que circuler en automobile, se rencontraient fr&#233;quemment&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La complexit&#233; intrins&#232;que des rebelles se manifestait &#233;galement dans leur attitude &#224; l'&#233;gard du Parti. Lorsque les rebelles se soulev&#232;rent, ils avaient d'abord essentiellement pour cible les dirigeants du Parti et du gouvernement &#224; l'int&#233;rieur de leur unit&#233; de travail m&#234;me, avant de s'en prendre, au niveau de la municipalit&#233; de Shanghai puis du pays tout entier, aux grands du Parti &#171; engag&#233;s dans la voie capitaliste &#187; (zou zi pai &#36208;&#36039;&#27966;). En attaquant et en critiquant ces derniers, les rebelles manifestaient leur m&#233;pris pour l'autorit&#233; des dirigeants du Parti et du gouvernement de leur propre localit&#233; et unit&#233; de travail. Cependant, le Parti conservait &#224; leurs yeux une position &#233;minente. Les Notes de travail de Ye Changming fournissent l&#224; aussi de pr&#233;cieuses informations. Lors de la premi&#232;re s&#233;ance de rectification au si&#232;ge du QGO qui se tint le 26 novembre 1966, un des pr&#233;sents qui s'exprimait au sujet du d&#233;sordre interne du quartier g&#233;n&#233;ral &#233;voqua la &#171; pr&#233;sence n&#233;cessaire de dirigeants du Parti &#187; et pr&#233;conisa de mobiliser les membres du parti &#171; pour qu'ils prennent part au noyau dirigeant16 &#187;. Et, en r&#233;alit&#233;, si Wang Hongwen put se distinguer parmi les pionniers des dix-sept usines et prendre la t&#234;te du QGO, c'est pour grande part &#224; son affiliation au PCC qu'il le doit.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apparente contradiction entre l'insurrection contre les &#171; routiers du capitalisme &#187; au sein du Parti, d'une part, et, d'autre part, l'importance accord&#233;e aux dirigeants du Parti et la confiance conserv&#233;e &#224; ses membres, est pr&#233;cis&#233;ment la cl&#233; qui permet de comprendre qu'au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle, des millions d'&#233;tudiants et de ouvriers se soient engag&#233;s dans le mouvement avec la m&#234;me ferveur. Cette conviction se maintiendra : lorsque, apr&#232;s la rectification du QGO en mai 1967, il sera question de muter des membres de la base pour renforcer le bureau principal, le statut de membre du Parti continuera de figurer comme un crit&#232;re d&#233;cisif dans le choix des personnes. Ainsi, si l'on reprend la liste des Notes de travail, sur les cinq hommes mut&#233;s, trois &#233;taient affili&#233;s au PCC ; parmi eux, Jin Zumin &#37329;&#31062;&#25935;, mut&#233; depuis l'usine de machines &#233;lectriques de Shanghai, entrera ainsi dans le cercle du pouvoir, et apr&#232;s la R&#233;volution culturelle s'&#233;l&#232;vera jusqu'au d&#233;partement de l'organisation du comit&#233; central du Parti (zhongyang zuzhi bu &#20013;&#22830;&#32068;&#32340;&#37096;), o&#249; il occupera de hautes fonctions17.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que les tracts, affiches et placards distribu&#233;s dans la rue &#224; l'&#233;poque ne font aucune mention des paroles prononc&#233;es par Wang Hongwen lors de la s&#233;ance de rectification interne, les Notes de travail en rendent compte comme de v&#233;ritables archives. Si le Wang Hongwen de l'&#233;poque occupait d&#233;j&#224; la place &#233;minente de commandant du QGO, il s'effor&#231;ait toujours lors des s&#233;ances de rectification d'agir conform&#233;ment aux &#171; deux n&#233;cessit&#233;s &#187; &#233;nonc&#233;es par Mao et selon le discours r&#233;volutionnaire de l'&#233;poque ; c'est donc &#8212; du moins verbalement &#8212; sans chercher &#224; dissimuler ses torts qu'il se livra &#224; son autocritique concernant certaines conduites abusives (comme aller manger en voiture). Rien &#224; voir avec l'arrogance et le faste dont il fera montre, apr&#232;s la R&#233;volution culturelle, lors de son arriv&#233;e &#224; P&#233;kin au moment de la campagne contre la &#171; Bande des Quatre18 &#187; (siren bang &#22235;&#20154;&#24171;) &#8212; ce qui d&#233;montre une fois encore l'action corruptrice du pouvoir sur les hommes&#8230; Les nombreux passages concernant Wang Hongwen au sein des Notes de travail nous permettent d'observer de plus pr&#232;s le comportement dans les d&#233;buts de la R&#233;volution culturelle de ce grand leader des ouvriers rebelles, dont Mao dira plus tard qu'il r&#233;unissait &#224; lui seul les qualit&#233;s de l'ouvrier, du paysan et du soldat, et qui sera nomm&#233; &#224; ce titre vice-pr&#233;sident du comit&#233; central du PCC. Par exemple, comme le QGO comm&#233;morait le 9 mai 1967, le sixi&#232;me mois de sa fondation, l'organisation fit l'objet de critiques de la part de Xu Jingxian &#24464;&#26223;&#36066;19, ainsi que dans l'&#233;ditorial du quotidien Wenhui (Wenhui bao &#25991;&#21295;&#22577;). Alors que ces critiques suscit&#232;rent de nombreuses protestations parmi les membres du quartier g&#233;n&#233;ral (par exemple chez Pan Guoping et d'autres), Wang Hongwen eut une r&#233;action diff&#233;rente. Prenant la parole devant le QGO le 22 mai, il d&#233;clara :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au vu des probl&#232;mes que nous avons r&#233;cemment mis en lumi&#232;re, on admettra que la critique du quotidien Wenhui est exacte. Il nous faut examiner nos erreurs et en faire la critique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;non&#231;a &#233;galement quelques pens&#233;es erron&#233;es au sein de l'organisation, telles que l'arrogance et la vanit&#233; de certains, ou encore le manque de confiance &#224; l'&#233;gard de Zhang Chunqiao et les vell&#233;it&#233;s d'aller se plaindre de lui &#224; P&#233;kin20. &#192; la diff&#233;rence de la plupart des autres ouvriers rebelles qui examinaient les probl&#232;mes du point de vue du QGO en lui-m&#234;me, Wang Hongwen se montrait souvent capable de d&#233;passer ce point de vue, t&#233;moignant sur le plan politique d'une maturit&#233; politique sup&#233;rieure &#224; la leur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Notes de travail contiennent &#233;galement de nombreux renseignements sur les autres chefs de file de l'organisation, comme par exemple Pan Guoping, qui tenait le deuxi&#232;me rang sur la liste des dirigeants derri&#232;re Wang Hongwen. Durant les dix derniers jours de novembre 1966, Ye Changming note un certain nombre de remarques formul&#233;es &#224; son sujet lors d'&#233;changes priv&#233;s entre gardes rouges et ouvriers rebelles :&lt;br class='autobr' /&gt;
Je portais initialement &#224; Pan Guoping une profonde admiration, mais l'incident d'Anting et le d&#233;sordre &#224; la t&#234;te du Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier ont radicalement chang&#233; ma perception.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 7 (novembre), j'ai r&#233;alis&#233; que Pan Guoping n'&#233;tait pas un vrai r&#233;volutionnaire ; il n'entretient de relations qu'avec ses amis proches. [Au moment de l'affaire d'Anting] il se trouvait dans le premier wagon, il &#233;tait mieux log&#233; et nourri que les autres, et circulait en voiture pour tous ses d&#233;placements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pan s'est infiltr&#233; dans nos rangs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces propos attestent que d&#232;s le d&#233;but de sa mission &#224; la t&#234;te des rebelles, Pan Guoping vit ses comp&#233;tences et ses capacit&#233;s morales remises en cause21. Les Notes de travail consignent encore un grand nombre de critiques &#224; son encontre, portant essentiellement sur son style de vie. Par exemple :&lt;br class='autobr' /&gt;
On d&#233;sapprouve que Pan Guoping se d&#233;place en voiture et roule &#224; toute vitesse22.&lt;br class='autobr' /&gt;
On constate une nouvelle fois que rouler en voiture est constamment per&#231;u comme un indice de l'influence des id&#233;es capitalistes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Diversit&#233; des rebelles et de leurs organisations&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il si&#233;geait au bureau principal du QGO, &#224; l'exception d'une courte p&#233;riode, Ye Changming &#233;tait en charge de toutes sortes de t&#226;ches. Il s'occupait notamment de recevoir les nombreux ouvriers des usines de base23 venus rapporter un probl&#232;me ou chercher du soutien. Les Notes de travail ont enregistr&#233; un grand nombre de situations rapport&#233;es par les ouvriers de base : ce sont donc une source d'information essentielle pour comprendre la situation des usines de base au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle, et les raisons pour lesquelles les ouvriers se sont insurg&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi par exemple, vers la mi-novembre 1966, un ouvrier de l'usine de teinturerie Yida r&#233;pondant au nom de Xu se pr&#233;sente pour exposer une situation. Outre son nom, Ye Changming note les donn&#233;es suivantes : &#171; Ouvrier, quatorze ans d'anciennet&#233;. Origine de classe : employ&#233;s du gouvernement ill&#233;gitime24 &#187;. Il lui avait visiblement demand&#233; son appartenance de classe et ses ant&#233;c&#233;dents familiaux, pratique qui &#233;tait monnaie courante &#224; l'&#233;poque. Ledit Xu expose son cas : consid&#233;rant que les propos de Liu Shaoqi sur les luttes internes du Parti allaient &#224; l'encontre de la pens&#233;e de Mao, il avait &#233;crit au d&#233;but de la R&#233;volution culturelle un dazibao (&#22823;&#23383;&#22577;, &#171; affiche en grands caract&#232;res &#187;), mais son unit&#233; de travail lui avait coll&#233; l'&#233;tiquette de &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; (fan geming &#21453;&#38761;&#21629;) : c'est pourquoi il demandait &#224; s'entretenir avec Zhang Chunqiao25.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus vers la fin novembre, une ouvri&#232;re de la manufacture de flanelle de Shanghai nomm&#233;e Miao, issue d'une famille d'enfants-ouvriers, expose son cas : comme elle s'&#233;tait rendue au comit&#233; municipal pour d&#233;noncer le secr&#233;taire du Parti de l'usine, ceux de l'usine lui avaient ras&#233; les cheveux, puis l'avaient battue et fait d&#233;filer dans la rue, l'emp&#234;chant de dormir et de manger pendant deux jours et une nuit. Dix autres personnes de la m&#234;me usine avaient comme elle &#233;t&#233; tax&#233;es de &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;26.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours &#224; la m&#234;me &#233;poque, un ouvrier de l'&#233;quipe de construction des b&#226;timents Changning, r&#233;pondant au nom de Wang et issu d'une famille d'ouvriers, qui en 1953 avait &#233;cop&#233; d'un an de sanctions p&#233;nales, vient exposer son cas : vers la fin juillet, il avait co&#233;crit un dazibao d&#233;non&#231;ant les dirigeants de son unit&#233; de travail ; d&#233;couvert, il avait &#233;t&#233; d&#233;mis de ses fonctions de chef des &#233;quipes de production et de l'&#233;tude, puis condamn&#233; aux travaux forc&#233;s sous surveillance. &#192; la suite de cela, on l'avait encore ras&#233;, men&#233; ligot&#233; dans la rue et bless&#233; &#224; la main ; d&#233;but novembre il avait &#233;t&#233; conduit de force &#224; la campagne, et c'est seulement apr&#232;s avoir &#233;t&#233; renvoy&#233; de la campagne qu'il avait pu regagner son unit&#233; de travail27.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces dol&#233;ances se concentrent sur les deux derniers tiers de novembre ; les plaignants sont tous des auteurs de dazibao visant principalement les dirigeants de leur unit&#233; de travail, victimes &#224; leur tour de la critique de ces derniers, et qualifi&#233;s de &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187;. On mesure ici les tensions qui pouvaient opposer les masses et une partie des dirigeants des unit&#233;s de base. Ces plaignants consid&#233;raient le QGO comme leur sauveur d&#233;sign&#233; et venaient y chercher du soutien : voil&#224; qui nous permet une compr&#233;hension plus intuitive du r&#244;le pivot qu'il joua aux premiers temps de son existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant cette m&#234;me p&#233;riode, nombreux aussi &#233;taient les ouvriers des usines de base qui se rendaient si&#232;ge du QGO non pas pour pr&#233;senter leurs plaintes, mais pour r&#233;clamer des brassards : les demandes pouvaient aller de dix pour les petites structures &#224; mille pour les grosses. Les ouvriers d&#233;siraient ardemment porter ces brassards rouges du QGO, qui faisaient d'eux d'authentiques rebelles, exactement de la m&#234;me mani&#232;re qu'au moment de la r&#233;volution de 1911, couper sa tresse faisait de vous un vrai r&#233;volutionnaire. Mais le si&#232;ge de l'organisation distribuait ces brassards avec la plus grande circonspection, car, pour reprendre le mot de Ye Changming quelques d&#233;cennies plus tard, donner un brassard &#233;tait comme confier un mandat, cela signifiait l'enti&#232;re reconnaissance par l'organisation d'une &#233;quipe de base rebelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le QGO &#233;tait la plus grande organisation rebelle de Shanghai &#224; l'&#233;poque, la ville comptait dans les diff&#233;rents secteurs professionnels bien d'autres organisations rebelles &#233;galement, et en tout genre. Les Notes de travail conservent un nombre appr&#233;ciable d'&#233;crits sur les relations entre celles-ci et le QGO.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 26 mai 1967, conform&#233;ment aux directives de Zhang Chunqiao, le QGO organisa une s&#233;ance publique de rectification et enjoignit aux autres organisations rebelles de venir formuler leurs remarques : neuf organisations de niveau municipal appartenant &#224; diff&#233;rents secteurs d'activit&#233; (finances et commerce, &#233;ducation, sciences et techniques, m&#233;decine, etc.) y assist&#232;rent. En tant qu'organisation des ouvriers rebelles, le QGO aurait d&#251; normalement circonscrire son champ d'action aux usines ; mais il avait &#233;galement &#233;tabli des organisations subordonn&#233;es dans les secteurs des finances et du commerce, des sciences et des techniques ou encore de l'enseignement primaire, occasionnant des d&#233;saccords avec d'autres organisations comme le Comit&#233; rebelle r&#233;volutionnaire du syst&#232;me du commerce et des finances de Shanghai (Shanghai caimao xitong geming zaofan weiyuanhui &#19978;&#28023;&#36001;&#36031;&#31995;&#32113;&#38761;&#21629;&#36896; &#21453;&#22996;&#21729;&#26371;, abr&#233;v. cai ge hui &#36001;&#38761;&#26371;), le Quartier g&#233;n&#233;ral rebelle r&#233;volutionnaire des unit&#233;s de recherche de Shanghai (Shanghai shi keyan danwei geming zaofan zong siling bu &#19978;&#28023;&#24066;&#31185;&#30740;&#21934;&#20301;&#38761;&#21629;&#36896; &#21453;&#32317;&#21496;&#20196;&#37096;, abr&#233;v. ke si &#31185;&#21496;) ou le Quartier g&#233;n&#233;ral rebelle de la coalition r&#233;volutionnaire de l'enseignement primaire de Shanghai (Shanghai xiaojiao geming lianhe zaofan zong siling bu &#19978;&#28023;&#23567;&#25945;&#38761; &#21629;&#32879;&#21512;&#36896;&#21453;&#32317;&#21496;&#20196;&#37096;, abr&#233;v. xiaojiao si &#23567;&#25945;&#21496;). M&#234;me dans les secteurs o&#249; il n'avait pas install&#233; d'organisations affili&#233;es, comme la s&#233;curit&#233; publique, il entretenait avec les organisations propres de ces secteurs &#8212; en l'occurrence le Comit&#233; rebelle r&#233;volutionnaire du bureau de la s&#233;curit&#233; publique de Shanghai (Shanghai shi gonganju geming zaofan weiyuanhui &#19978;&#28023;&#24066;&#20844;&#23433;&#23616;&#38761;&#21629;&#36896;&#21453;&#22996;&#21729;&#26371;, abr&#233;v. gong ge hui &#20844;&#38761;&#26371;) &#8212; des relations tendues.&lt;br class='autobr' /&gt;
De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ces organisations manifest&#232;rent du m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du QGO qui intervenait dans leur propre secteur, et l'accus&#232;rent de &#171; chauvinisme &#187;. Ainsi le Comit&#233; r&#233;volutionnaire du commerce et des finances d&#233;non&#231;a-t-il son &#171; autoritarisme &#187; et lui reprocha-t-il de &#171; s'int&#233;resser uniquement &#224; sa position sans r&#233;fl&#233;chir &#224; ses responsabilit&#233;s. &#187; Le QG rebelle r&#233;volutionnaire des unit&#233;s de recherche d&#233;clara :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'organisation de base du Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier nous a torpill&#233;s &#224; maintes reprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces reproches montrent bien le caract&#232;re tendu des relations entre le QGO, une fois &#233;tablie sa supr&#233;matie, et les autres organisations rebelles28.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour suivant, le QGO se r&#233;unit en interne pour faire le bilan des remarques soulev&#233;es la veille par les autres organisations, admettant humblement les critiques et faisant son autocritique :&lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreuses situations montrent que le Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier fait preuve de chauvinisme et ne respecte pas suffisamment les autres organisations, se comporte comme un &#171; tigre auquel personne n'ose tirer la queue &#187;. [&#8230;] Lorsque nous &#233;changeons nos points de vue avec les autres organisations, nous ne nous concertons pas suffisamment pour parler du travail, nous sommes incapable d'entendre des avis divergents et n'aimons que les propos qui nous flattent, nous ne savons pas distinguer nos v&#233;ritables amis. [Par cons&#233;quent] il faut rectifier le noyau de notre organisation29.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si dans ses relations avec des organisations de petite envergure comme celles cit&#233;es plus haut, le QGO adopta une attitude chauvine et dominatrice, la situation fut bien plus complexe, en revanche, avec le Poste de liaison rebelle r&#233;volutionnaire des organes du comit&#233; du Parti de Shanghai (Shanghai shiwei jiguan geming zaofan lianluo zhan &#19978;&#28023;&#24066;&#22996;&#27231;&#38364;&#38761;&#21629;&#36896;&#21453;&#32879;&#32097;&#31449;, abr&#233;v. ji lian zhan &#27231; &#32879;&#31449;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Fond&#233;e apr&#232;s la r&#233;bellion du groupe de r&#233;daction du comit&#233; du Parti municipal, le poste de liaison comptait principalement parmi ses membres des officiels des organes municipaux. Apr&#232;s leur retour de P&#233;kin &#224; Shanghai au d&#233;but du mois de janvier 1967, Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan &#23002;&#25991;&#20803;30 se mirent &#224; utiliser les membres du poste de liaison comme leur &#233;quipe de secr&#233;taires, de sorte que celui-ci prit rapidement le dessus sur toutes les autres organisations rebelles. Son leader, Xu Jingxian, qui par son pouvoir et son influence allait se ranger juste derri&#232;re Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan, et avait re&#231;u le surnom populaire de &#171; Xu num&#233;ro 3 &#187;, s'attira ainsi le m&#233;contentement et l'hostilit&#233; des autres rebelles, en particulier les ouvriers, qui se sentaient froidement trait&#233;s. Du c&#244;t&#233; du poste de liaison, les cadres issus de familles d'intellectuels avaient au fond d'eux-m&#234;mes peu d'estime pour ces &#171; incultes &#187; d'ouvriers. Par cons&#233;quent, apr&#232;s les temps partag&#233;s de la &#171; prise du pouvoir &#187; (duoquan &#22890;&#27402;)31 durant la &#171; r&#233;volution de janvier &#187; (yiyue geming &#19968;&#26376;&#38761;&#21629;)32, les deux organisations virent leurs rapports se tendre et les ranc&#339;urs s'exacerber.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Notes de travail relatent l'&#233;pisode du 4 mai 1967 au soir : Xu Jingxian, repr&#233;sentant le Comit&#233; r&#233;volutionnaire de Shanghai, assiste &#224; l'assembl&#233;e de rectification convoqu&#233;e par le QGO. &#201;voquant les relations avec ce dernier, Xu Jingxian reconna&#238;t :&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons trop peu nos camarades du Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier responsables du travail quotidien. Aussi occup&#233;s que nous soyons, il faut tout de m&#234;me se r&#233;unir de temps en temps pour &#233;changer nos avis. [&#8230;] Certaines remarques ont &#233;t&#233; formul&#233;es concernant tout particuli&#232;rement l'insuffisance des &#233;changes avec l'organisation ouvri&#232;re sur la situation d'ensemble ou sur le travail, c'est essentiellement &#224; nous qu'en incombe la responsabilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il f&#238;t l&#224; son autocritique, le ton de Xu Jingxian tout au long de son discours &#233;tait empreint de condescendance ; en outre, il mentionna &#224; maintes reprises le nom de Zhang Chunqiao pour rappeler le statut particulier dont jouissait le poste de liaison. Comme il le rappelle, d&#232;s leur retour &#224; Shanghai d&#233;but janvier 1967,&lt;br class='autobr' /&gt;
Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan mirent [le poste de liaison] &#224; une position un peu particuli&#232;re : quand ils recherchaient quelqu'un ils passaient aussi par [eux], ce qui [leur] conf&#233;rait un pouvoir assez sp&#233;cial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le QGO ne se laissa nullement impressionner par ces mots. Huang Jinhai &#40644;&#37329;&#28023; r&#233;pliqua ouvertement qu'il y avait effectivement des remarques &#224; faire aux lettr&#233;s du poste de liaison, et r&#233;crimina :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi, depuis le comit&#233; r&#233;volutionnaire municipal jusqu'aux &#233;chelons inf&#233;rieurs, le groupe rebelle des organes officiels n'est-il pas &#224; l'unisson avec nous et cherche &#224; &#233;vincer l'organisation ouvri&#232;re ? C'est l'&#233;quipe de cadres officiels d'origine qui continue &#224; prendre les dispositions et &#224; man&#339;uvrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il pointe encore :&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis &#224; part Wang Hongwen, le camarade Xu Jingxian ne pr&#234;te pas attention &#224; grand monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dai Liqing &#25140;&#31435;&#28165;, autre homme de t&#234;te du QGO, d&#233;clare sans ambages :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rebelles des organes officiels et l'&#233;quipe des ouvriers rebelles ne sont pas &#224; l'unisson33.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;tendue autocritique de Xu Jingxian eut pour effet inverse d'attiser le m&#233;contentement du QGO, et son air de sup&#233;riorit&#233; fit monter avec plus d'acuit&#233; le d&#233;pit des ouvriers rebelles. C'est la raison principale pour laquelle ils organis&#232;rent avec faste et &#233;clat une grande assembl&#233;e comm&#233;morative pour c&#233;l&#233;brer les six mois de la fondation du QGO, esp&#233;rant ainsi revivifier leur prestige. C'est &#224; contrec&#339;ur que Xu Jingxian, qui avait &#233;t&#233; invit&#233;, assista &#224; ce rassemblement. Le lendemain, dans une autre occasion, il en fit ouvertement la critique, demandant m&#234;me avec une pointe de raillerie s'ils &#171; n'auraient tout de m&#234;me pas pu attendre le premier anniversaire &#187;&#8230; Contrari&#233;s, Ye Changming, Wang Xiuzhen &#29579;&#31168;&#29645; et d'autres se d&#233;plac&#232;rent alors express&#233;ment jusqu'&#224; Nankin pour rendre compte de la situation &#224; Zhang Chunqiao, qui s'y trouvait justement. Ye Changming liste dans ses Notes de travail les grands points qu'il se pr&#233;parait &#224; rapporter :&lt;br class='autobr' /&gt;
1. La situation est excellente (au regard du pays), mais la lutte des classes est compliqu&#233;e, ces derniers temps la lutte arm&#233;e s'intensifie de jour en jour ; 2. La situation du Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier ; 3. Notre point de vue sur la situation pr&#233;sente (la divergence avec le poste de liaison) ; 4. Nos remarques et propositions34.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces notes refl&#232;tent le fort m&#233;contentement dont faisait l'objet le poste de liaison. Mais lorsqu'ils arriv&#232;rent &#224; Nankin, Zhang Chunqiao &#233;vita de les recevoir&#8230; Les Notes de travail consignent l'allocution qu'il pronon&#231;a le 20 mai apr&#232;s son retour &#224; Shanghai. Il y critiqua, d'une part,&lt;br class='autobr' /&gt;
l'exc&#232;s de d&#233;penses et le gaspillage occasionn&#233;s par l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de c&#233;l&#233;bration des six mois. Nos camarades ont passablement manqu&#233; de sobri&#233;t&#233;, ce n'est pas ainsi que l'on peut revivifier son prestige.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, d'autre part, il consola le QGO en disant :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, si vous m'en aviez parl&#233; plus t&#244;t et m'aviez demand&#233; de prendre la parole, j'aurais toujours prononc&#233; quelques mots en votre faveur. Je connais votre &#233;tat d'esprit, c'est uniquement parce que vous rencontrez des difficult&#233;s que vous avez organis&#233; ce rassemblement35.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s cette allocution, Xu Jingxian changea de ton, reconnaissant qu'il &#171; n'aurait pas d&#251; tenir certains propos &#187; et &#171; s'&#233;tait montr&#233; l&#233;ger et irresponsable36 &#187;. Autant de t&#233;moignages capitaux pour comprendre les relations entre les &#171; incultes &#187; du QGO et les &#171; lettr&#233;s &#187; du poste de liaison, ainsi que l'attitude de Zhang Chunqiao &#224; l'&#233;gard des uns et des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
***&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;couverte de nouveaux mat&#233;riaux historiques fait n&#233;cessairement progresser la recherche sur les sujets concern&#233;s, telle est la loi du d&#233;veloppement de l'historiographie. Dans le cas qui nous int&#233;resse, les Notes de travail jouent assur&#233;ment ce r&#244;le pour les recherches sur le Quartier g&#233;n&#233;ral ouvrier et l'histoire de la R&#233;volution culturelle &#224; Shanghai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bibliographie&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rences des ouvrages cit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Shanghai gongren geming zaofan zongsilingbu 1967.&lt;br class='autobr' /&gt;
Shanghai gongren geming zaofan zongsilingbu douzheng jiyao &#8212; chugao &#19978;&#28023;&#24037;&#20154;&#38761;&#21629;&#36896;&#21453;&#32317;&#21496;&#20196;&#37096;&#39717;&#29229;&#32000;&#35201;.&#21021;&#31295; (Comptes-rendus des luttes du Quartier G&#233;n&#233;ral des Ouvriers rebelles-r&#233;volutionnaires de Shanghai : premier manuscrit), compil&#233; par les sections &#233;ditoriales du Journal des rebelles ouvriers et de La temp&#234;te de janvier, &#233;ditions du Quartier G&#233;n&#233;ral Ouvrier et du Poste de Liaison, 1967.&lt;br class='autobr' /&gt;
SONG Yongyi 2002.&lt;br class='autobr' /&gt;
SONG Yongyi &#23435;&#27704;&#27589; (&#233;d.) : Zhongguo wenhua dageming wenku &#20013;&#22283;&#25991; &#21270;&#22823;&#38761;&#21629;&#25991; (Chinese Cultural Revolution Database), DVD, Hong Kong, Zhongwen daxue chubanshe, 2002.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes de bas de page&lt;br class='autobr' /&gt;
1 SONG Yongyi 2002.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 Les rebelles (zaofan pai &#36896;&#21453;&#27966;) : avant de d&#233;signer la faction radicale des masses r&#233;volutionnaires, le terme a vu le jour chez les lyc&#233;ens et &#233;tudiants de P&#233;kin, qui clament que la r&#233;bellion est l'&#226;me de la pens&#233;e de Mao et exaltent &#171; l'esprit rebelle-r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat &#187;. Encourag&#233;s par Mao &#224; s'affranchir de toutes les contraintes, familiales, scolaires, sociales, les jeunes &#171; rebelles &#187; &#8212; futurs &#171; gardes-rouges &#187; &#8212; s'en prennent aux &#171; vieilleries &#187; et aux &#171; cat&#233;gories noires &#187; symbolisant les valeurs de l'ancien monde. Le mouvement d'&#233;mancipation doit s'&#233;tendre &#233;galement aux paysans et aux ouvriers, et une nouvelle faction rebelle &#233;merge, constitu&#233;e majoritairement de travailleurs, qui devient une force majeure dans la campagne pour la &#171; prise du pouvoir &#187;, notamment &#224; Shanghai avec la r&#233;volution de janvier.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 Wang Hongwen (1935-1992) : vigile de la filature de coton n&#176; 17 lorsque la R&#233;volution culturelle &#233;clate, il prend la t&#234;te de l'organisation rebelle des ouvriers &#224; Shanghai et joue un r&#244;le actif aupr&#232;s de Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan lors de la &#171; temp&#234;te de janvier &#187; (1967). &#201;lu au comit&#233; central du PCC en 1969 et pressenti par Mao comme l'un de ses successeurs potentiels, il devient vice-pr&#233;sident du Parti. Il est arr&#234;t&#233; comme membre principal de la Bande des Quatre en 1976 et condamn&#233; &#224; mort, puis sa sentence est commu&#233;e en incarc&#233;ration &#224; perp&#233;tuit&#233; en 1981.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 Shanghai gongren geming zaofan zongsilingbu 1967, p. 12.&lt;br class='autobr' /&gt;
5 En collationnant les Notes de travail, nous avons express&#233;ment sollicit&#233; aupr&#232;s de leur auteur les explications et &#233;claircissements que sa m&#233;moire pouvait lui permettre de nous apporter concernant les hommes et les faits mentionn&#233;s ici. (NdA.)&lt;br class='autobr' /&gt;
6 Notes de travail, premier cahier, p. 5.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 Devant le refus des autorit&#233;s municipales de Shanghai de reconna&#238;tre le QGO comme organisation r&#233;volutionnaire, une d&#233;l&#233;gation (2500 ouvriers) r&#233;quisitionne un train pour se rendre &#224; P&#233;kin afin d'obtenir l'appui du centre. Lorsque Zhou Enlai ordonne l'arr&#234;t du train &#224; Anting, en banlieue de Shanghai, les ouvriers, en signe de protestation, s'installent sur les rails durant plus de trente heures, paralysant le trafic sur l'axe Shanghai-Nankin. Zhang Chunqiao est alors d&#233;p&#234;ch&#233; comme conciliateur pour les persuader de regagner Shanghai o&#249; seront entam&#233;es les n&#233;gociations. (NdT.)&lt;br class='autobr' /&gt;
8 Zhang Chunqiao (1917-2005) : journaliste &#224; Shanghai durant sa jeunesse, il y devient r&#233;dacteur en chef du journal du Parti et haut responsable de la propagande (1963). Intellectuel ultragauchiste, il entre dans le cercle des proches de Mao et, aux c&#244;t&#233;s de Jiang Qing, Yao Wenyuan et Chen Boda, s'engage profond&#233;ment dans la planification strat&#233;gique de la R&#233;volution culturelle d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1960. Devenu adjoint du groupe central de la R&#233;volution culturelle (1966), il joue un r&#244;le significatif dans sa mise en &#339;uvre : exclusion de Liu Shaoqi, campagne de critique contre la &#171; ligne r&#233;actionnaire bourgeoise &#187;, soutien aux rebelles &#233;tudiants de P&#233;kin puis ouvriers de Shanghai, dont il m&#232;ne le mouvement pour la &#171; prise du pouvoir &#187; en 1967. Apr&#232;s la chute de Chen Pixian et Cao Diqiu, il assure la pr&#233;sidence du nouveau gouvernement, le Comit&#233; r&#233;volutionnaire de Shanghai (1967-1976). Supporter inconditionnel de la R&#233;volution culturelle et grand th&#233;oricien de l'id&#233;ologie mao&#239;ste, il sera &#233;lu au bureau politique du PCC (1969) et vice-premier ministre du Conseil d'&#233;tat (1975). Arr&#234;t&#233; comme membre de la Bande des Quatre en 1976, il est condamn&#233; &#224; mort avec un sursis de deux ans, puis sa sentence sera commu&#233;e en emprisonnement &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
9 Notes de travail, premier cahier, p. 3.&lt;br class='autobr' /&gt;
10 Ibid., p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 Structure dirigeante du comit&#233; central du PCC pour la r&#233;gion Est (Huadong &#33775;&#26481;) du pays, qui englobe les provinces du Fujian, du Jiangsu, du Jiangxi, de l'Anhui, du Zhejiang et du Shandong, ainsi que la municipalit&#233; de Shanghai.&lt;br class='autobr' /&gt;
12 Sur le chemin du retour d'Anting &#224; Shanghai, apr&#232;s l'&#233;pisode de l'immobilisation du trafic ferroviaire, les rebelles du QGO qui avaient entrepris de se rendre &#224; P&#233;kin constitu&#232;rent trois &#171; bataillons de retour du Nord &#187;, qui devinrent des factions rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
13 Notes de travail, premier cahier, p. 12-13.&lt;br class='autobr' /&gt;
14 Notes de travail, troisi&#232;me cahier, p. 7-12.&lt;br class='autobr' /&gt;
15 Dans la phras&#233;ologie alors en vigueur, le &#171; r&#233;visionnisme &#187; d&#233;signe toute pens&#233;e qui, proc&#233;dant &#224; une r&#233;vision des principes fondamentaux de l'orthodoxie marxiste-l&#233;niniste (et stalinienne), en d&#233;vie et, ce faisant, se livre &#224; sa trahison th&#233;orique ou pratique. Au moment de la d&#233;gradation des relations sino-sovi&#233;tiques dans les ann&#233;es 1960, Khrouchtchev, qui lance le processus de d&#233;stalinisation et s'engage dans la coexistence pacifique, est per&#231;u par Mao comme un tra&#238;tre au marxisme-l&#233;ninisme fond&#233; sur la lutte des classes, la dictature du prol&#233;tariat, l'anticapitalisme et l'anti-imp&#233;rialisme. Par extension, se retrouvent tax&#233;s de r&#233;visionnistes tous ceux qui, en Chine m&#234;me, &#224; tous les niveaux de l'appareil dirigeant, font entrave &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne et tentent de restaurer les valeurs capitalistes de l'id&#233;ologie bourgeoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
16 Notes de travail, deuxi&#232;me cahier, p. 12.&lt;br class='autobr' /&gt;
17 Notes de travail, cinqui&#232;me cahier, p. 32.&lt;br class='autobr' /&gt;
18 La &#171; Bande des Quatre &#187;, compos&#233;e des quatre personnalit&#233;s les plus radicales du mao&#239;sme (Jiang Qing &#8212; la femme de Mao &#8212;, Zhang Chunqiao, Yao Wenyuan et Wang Hongwen), a d'abord constitu&#233; le noyau dur des dirigeants de la R&#233;volution culturelle. Dans les ann&#233;es 1970, ils sont critiqu&#233;s par Mao pour leur caract&#232;re factieux et mis &#224; l'&#233;cart du pouvoir, &#233;pisode qui signe la fin d&#233;finitive de la R&#233;volution culturelle. Soup&#231;onn&#233;s de vouloir s'emparer de la succession de Mao, ils sont arr&#234;t&#233;s le mois qui suit sa mort, puis exclus &#224; vie du PCC. Lors du proc&#232;s qui se tient &#224; P&#233;kin (1980-1981), on les accuse d'&#234;tre les instigateurs de la R&#233;volution culturelle, et &#224; ce titre directement responsables des milliers de victimes qu'elle a occasionn&#233;es. Le verdict les condamne &#224; mort ou &#224; l'emprisonnement &#224; perp&#233;tuit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
19 Xu Jingxian (1933-2007) rejoint le PCC au d&#233;but des ann&#233;es 1950 et se fait conna&#238;tre comme &#233;crivain r&#233;volutionnaire. Dans la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 1960, il devient secr&#233;taire du groupe de r&#233;daction du comit&#233; du Parti de la municipalit&#233; de Shanghai, &#233;tablissant d'&#233;troites relations de travail avec Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan, alors en charge de la propagande. Lorsque la R&#233;volution culturelle &#233;clate, encourag&#233; par Zhang Chunqiao, Xu incite le groupe de r&#233;daction &#224; se rebeller contre le comit&#233; municipal de PCC de Shanghai, et &#224; former le Poste de liaison rebelle r&#233;volutionnaire des organes du comit&#233; du Parti de Shanghai. L'organisation rebelle s'allie au QGO dans l'attaque des dirigeants de la ville, et Xu est nomm&#233; &#224; la t&#234;te du comit&#233; r&#233;volutionnaire de Shanghai. Admis au comit&#233; central du PCC, il sera arr&#234;t&#233; comme membre de la Bande des Quatre et condamn&#233; pour crimes contre-r&#233;volutionnaires &#224; 18 ans d'emprisonnement.&lt;br class='autobr' /&gt;
20 Notes de travail, quatri&#232;me cahier, p. 150.&lt;br class='autobr' /&gt;
21 Notes de travail, deuxi&#232;me cahier, p. 1-3.&lt;br class='autobr' /&gt;
22 Notes de travail, quatri&#232;me cahier, p. 105.&lt;br class='autobr' /&gt;
23 La &#171; base &#187; (jiceng &#22522;&#23652;) : &#233;chelon le plus bas d'une organisation, en relation directe avec les masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
24 C'est &#224; dire du Guomindang, le Parti nationaliste chinois.&lt;br class='autobr' /&gt;
25 Notes de travail, premier cahier, p. 9.&lt;br class='autobr' /&gt;
26 Notes de travail, deuxi&#232;me cahier, p. 15-16.&lt;br class='autobr' /&gt;
27 Ibid., p. 17.&lt;br class='autobr' /&gt;
28 Notes de travail, cinqui&#232;me cahier, p. 10-20.&lt;br class='autobr' /&gt;
29 Ibid., p. 21.&lt;br class='autobr' /&gt;
30 Yao Wenyuan (1931-1905) : critique litt&#233;raire et pol&#233;miste radical de Shanghai, il se distingue durant les ann&#233;es 1950 dans la d&#233;nonciation des &#233;crivains et intellectuels &#171; droitiers, r&#233;actionnaires, bourgeois &#187;. Promu membre du comit&#233; de r&#233;daction du journal officiel du comit&#233; du Parti &#224; Shanghai, il se fait remarquer de Zhang Chunqiao alors responsable de la propagande, et est d&#233;sign&#233; pour r&#233;diger la charge contre Wu Han, avec l'article sur La Destitution de Hai Rui qui marque le coup d'envoi de la R&#233;volution culturelle. Il joue un r&#244;le actif dans les &#233;v&#233;nements de Shanghai et continuera &#224; &#233;crire sur commande avec un z&#232;le efficace, qui lui vaut de devenir l'adjoint de Zhang Chunqiao &#224; la t&#234;te du comit&#233; r&#233;volutionnaire de Shanghai, puis d'&#234;tre &#233;lu au bureau politique du PCC en 1969. Dans les ann&#233;es 1970, il a le contr&#244;le de l'appareil de propagande et des m&#233;dias officiels du pays. Arr&#234;t&#233; comme membre de la Bande des Quatre en 1976, il est condamn&#233; &#224; vingt ans de prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
31 La &#171; prise du pouvoir &#187; renvoie &#224; l'activit&#233; des organisations de masse pour prendre le contr&#244;le de l'appareil d'&#201;tat et du Parti &#224; diff&#233;rents niveaux, depuis les structures de gouvernement provinciales, jusqu'aux minist&#232;res du gouvernement central. Le mouvement commence dans plusieurs provinces d&#233;but 1967 avant de gagner rapidement l'ensemble du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
32 La &#171; r&#233;volution &#187; ou &#171; temp&#234;te de janvier &#187; initie &#224; Shanghai la campagne de la &#171; prise du pouvoir &#187; : les ouvriers rebelles dirig&#233;s par Xu Jingxian et Wang Hongwen, et soutenus par Zhang Chunqiao et Yao Wenyuan, entreprennent de s'emparer du pouvoir au niveau du comit&#233; du Parti de la municipalit&#233; et de la mairie, en attaquant leurs repr&#233;sentants respectifs Chen Pixian et Cao Diqiu, et en d&#233;clarant l'&#233;tablissement de la Commune de Shanghai.&lt;br class='autobr' /&gt;
33 Notes de travail, quatri&#232;me cahier, p. 1-6.&lt;br class='autobr' /&gt;
34 Ibid., p. 17.&lt;br class='autobr' /&gt;
35 p. 169-170.&lt;br class='autobr' /&gt;
36 p. 227.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/demopolis/2408?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/demopolis/2408?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire Lin Biao&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1969/04/rapport/ch01.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1969/04/rapport/ch01.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1969/04/rapport/ch04.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1969/04/rapport/ch04.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1969/04/rapport/ch06.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1969/04/rapport/ch06.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1966/05/16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/general/lin-biao/works/1966/05/16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un r&#233;cit de mai-juin 1968 par Daniel B&#233;nard et Mouvement communiste</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7053</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article7053</guid>
		<dc:date>2023-08-21T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui &#233;tait Daniel B&#233;nard &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280 &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai-juin 1968 : Une occasion sans autonomie ouvri&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;di&#233; &#224; la m&#233;moire du camarade Daniel B&#233;nard (1942-2010). &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction de Mouvement communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Le but de ce travail est le m&#234;me que celui de beaucoup d'autres assum&#233;s par notre groupe : tenter de comprendre ce qu'&#233;tait r&#233;ellement l'un des mouvements sociaux constitutifs de la lutte des classes des quarante derni&#232;res ann&#233;es, en d&#233;passant les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qui &#233;tait Daniel B&#233;nard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve280&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai-juin 1968 : Une occasion sans autonomie ouvri&#232;re.
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;di&#233; &#224; la m&#233;moire du camarade Daniel B&#233;nard (1942-2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction de Mouvement communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de ce travail est le m&#234;me que celui de beaucoup d'autres assum&#233;s par notre groupe : tenter de comprendre ce qu'&#233;tait r&#233;ellement l'un des mouvements sociaux constitutifs de la lutte des classes des quarante derni&#232;res ann&#233;es, en d&#233;passant les enthousiasmes et les rejets excessifs et sans critique sans critique fond&#233;e. Dissiper les mythes et les enthousiasmes simplistes, et exposer les faits &#224; la lumi&#232;re de la critique est notre m&#233;thode. Et le mouvement de mai-juin 1968 en est un exemple exemplaire : la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que le pays ait jamais connue. Mais comment situer cette gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ? Quels &#233;taient ses acteurs ? Comment s'est-il organis&#233; concr&#232;tement ? Quelle a &#233;t&#233; la participation des gr&#233;vistes &#224; la gr&#232;ve elle-m&#234;me et aux autres actions ? Et, plus particuli&#232;rement pour nous, quels ont &#233;t&#233; les signes de l'autonomie ouvri&#232;re,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du petit nombre de t&#233;moignages de premi&#232;re main des participants d'une part, et du discours pan&#233;gyrique[i] pr&#233;sent dans les publications imm&#233;diatement apr&#232;s mai-juin et jusqu'&#224; dix ans apr&#232;s les &#233;v&#233;nements d'autre part, force est de constater que l'&#233;quilibre des forces est difficile sans un travail minutieux qu'il ne nous est pas possible d'assumer. Les t&#233;moignages de deux coll&#232;gues que nous avons inclus sont &#224; eux seuls suffisamment pr&#233;cieux pour justifier la publication du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, des probl&#232;mes importants peuvent &#234;tre identifi&#233;s. Pour permettre une discussion autour du sujet, le texte comprend :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Un bref aper&#231;u de la situation avant mai 1968, *Une description chronologique comment&#233;e de mai et juin du point de vue des luttes ouvri&#232;res, *Les deux t&#233;moignages de premi&#232;re main, *Une tentative de conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, afin de limiter le texte &#224; ce qui nous semble le plus int&#233;ressant, nous nous concentrerons sur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re semaine de gr&#232;ve ouvri&#232;re (du 14 au 21 mai), 2. La reprise du travail (qui a commenc&#233; le 4 juin) et les tentatives pour s'y opposer, 3. Et surtout, des &#233;l&#233;ments d'autonomie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce texte n'est pas l'&#339;uvre d'un historien ; Vous ne pouvez pas inclure de t&#233;moignages ou d'analyses sur tout ce qui s'est pass&#233;. Donc, nous n'essayons pas de dire que les luttes qui ne sont pas mentionn&#233;es ne sont pas importantes ou qu'elles sont moins importantes, mais seulement que nous en avons pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De diverses sources, nous avons utilis&#233; les ouvrages suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; La France de 68 &#187;, A. Delale et G. Ragache, S&#233;oul, Paris, 1978
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Puis-je trouver &#187;, J. Baynac, Robert Laffont, Paris, 1978
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; La R&#233;volution imaginaire. &#201;tudiants et ouvriers parisiens en 1968 &#187;, M. Seidman, Berhan Books, New York, 2004
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Comit&#233;s d'action ouvriers-&#233;tudiants, France mai 68 &#187;, R. Gr&#233;goire et F. Perlman, Black &amp; Red Books, Kalamazoo, 1969
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et el texte &#171; Les gr&#232;ves de Mai 68 &#187; du site &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mondialisme.org/spip.php&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1-13 mai : les fondations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le mouvement &#233;tudiant qui a cr&#233;&#233; les premiers jours de mai. Apr&#232;s la manifestation du 1er mai, la premi&#232;re autoris&#233;e depuis 1954 et un succ&#232;s relatif qui a vu d&#233;filer cent mille personnes dans Paris, avec des affrontements entre le service d'ordre CGT et &#034;l'extr&#234;me gauche&#034;, l'agitation qui a commenc&#233; &#224; Nanterre le 22 mars , &#233;tait arriv&#233; &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 2 mai, le doyen Pierre Grappin a d&#233;cid&#233; pour la deuxi&#232;me fois cette ann&#233;e de fermer la facult&#233; des lettres de Nanterre. Le lendemain, 500 CRS et unit&#233;s mobiles de police occupent le campus, fouillent les voitures et arr&#234;tent les &#171; porteurs d'armes &#187; (frondes, verrous, etc.). Six personnes ont &#233;t&#233; condamn&#233;es avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 3 mai, la police - agissant &#224; la demande du recteur Roche - a d&#233;gag&#233; la cour de la Sorbonne, qui avait &#233;t&#233; occup&#233;e par des &#233;tudiants, notamment de Nanterre, qui avaient particip&#233; &#224; un rassemblement, les emmenant. Cela a provoqu&#233; des protestations d'autres personnes, entra&#238;nant six heures de violence et 600 arrestations par la police. Dans l'Humanit&#233;, Georges Marchais[ii] publie un &#233;ditorial dans lequel il fouette &#171; l'anarchiste allemand Cohn-Bendit[iii] &#187; et se moque des &#171; r&#233;volutionnaires [&#8230;] fils de la noblesse [&#8230;] qui vont vite &#233;teindre leur appel r&#233;volutionnaire &#224; courir aux affaires de papa et &#224; exploiter les ouvriers.&#034; Le gouvernement a annonc&#233; la fermeture de la Sorbonne dimanche 5 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du lundi 6 mai, la police a boucl&#233; le quartier latin. Depuis le matin (lors de l'audition disciplinaire de huit &#233;tudiants de Nanterre, dont Daniel Cohn-Bendit) il y a eu des rassemblements et des marches sur le boulevard Saint-Michel qui ont entra&#238;n&#233; des heurts avec la police. Cela en a fait une marche de 6 000 personnes vers la Halle-aux-vins[iv]. L'UNEF appelle pour se rendre place Denfert-Rochereau &#224; 18h30. Ils quittent ensuite le chantier en cort&#232;ge vers le Quartier Latin, en passant par la rive droite de la Seine. Rue des Ecoles, charge violente et inattendue de la police, suivie d'une violente riposte des &#233;tudiants qui &#233;rigent des barricades. Au m&#234;me moment, la manifestation de l'UNEF se formait place Denfert-Rochereau et affrontait les forces de l'ordre rue du Four. Il y avait des conflits violents et des barricades bien form&#233;es. La nuit, des manifestations tr&#232;s violentes &#233;clatent dans le Quartier Latin (500 bless&#233;s et 400 interpell&#233;s), ainsi qu'en province, dont certaines violentes, comme &#224; Grenoble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 7 mai, un rassemblement a eu lieu &#224; 18h30 sur la place Denfert-Rochereau. Une marche a travers&#233; Paris (dans la mesure o&#249; les barrages policiers le permettaient) pendant quatre heures : Les Invalides, le Quai d'Orsay, la Concorde, l'Arc de Triomphe (21h30) ; puis, il est revenu sur le banc de gauche. La police avait bloqu&#233; l'intersection de la rue de Rennes et de la rue d'Assas. Cinquante mille manifestants &#233;taient pr&#233;sents et les affrontements ont &#233;t&#233; plus dispers&#233;s que la veille, avec une forte part de violence de la part des forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 8 mai, il y avait un rassemblement &#224; la Halle-aux-Vins. La manifestation est pass&#233;e par le boulevard Saint-Germain en direction du S&#233;nat et de la place Edmond-Rostand. Certains d&#233;put&#233;s PC ont voulu mener la marche, mais ont &#233;t&#233; repouss&#233;s dans la contestation. La Sorbonne &#233;tait inaccessible. L'UNEF &#233;tait en charge et a g&#233;r&#233; la dispersion sans aucun conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 9 mai, il n'y a pas eu de manifestations, mais il y a eu quelques meetings politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 10 mai, plus tard surnomm&#233; &#034;la nuit des barricades&#034;, les choses ont commenc&#233; apr&#232;s une manifestation rassembl&#233;e place Denfert-Rochereau, lieu o&#249;, malgr&#233; l'opposition de l'UNEF, les manifestants ont commenc&#233; &#224; &#233;riger des barricades dans le Quartier Latin &#224; partir du 9 :00h Au cours des heures qui suivirent, plus d'une soixantaine furent relev&#233;es. Vers 22 heures, le recteur lui-m&#234;me s'est d&#233;clar&#233; pr&#234;t &#224; recevoir une d&#233;l&#233;gation d'&#233;tudiants. Ensuite, un double dialogue s'engage sur les radios internationales : Geismar[v] r&#233;pond au vice-recteur sur Radio Luxembourg tandis que Sauvageot[vi] () r&#233;pond au recteur sur Europe 1. Les n&#233;gociations s'enlisent sur la question des charges retenues contre le &#233;tudiants : le recteur s'est d&#233;clar&#233; incomp&#233;tent pour traiter le dossier. A 00h15, trois professeurs et trois &#233;tudiants ont &#233;t&#233; autoris&#233;s &#224; entrer &#224; la Sorbonne. Avant de partir, Cohn-Bendit &#8211; qui faisait partie de la d&#233;l&#233;gation malgr&#233; l'interdiction du recteur &#8211; a donn&#233; l'ordre : &#034;Occupation du Quartier latin, mais sans attaquer les forces de l'ordre.&#034; Une heure et demie plus tard, les n&#233;gociations aboutissent &#224; une impasse. Il &#233;tait 2h15 du matin quand, apr&#232;s avoir donn&#233; les avertissements d'usage, la police a attaqu&#233; les manifestants. La bataille, extr&#234;mement violente, se termine &#224; 4h30 du matin, faisant des centaines de bless&#233;s de part et d'autre. les n&#233;gociations ont abouti &#224; une impasse. Il &#233;tait 2h15 du matin quand, apr&#232;s avoir donn&#233; les avertissements d'usage, la police a attaqu&#233; les manifestants. La bataille, extr&#234;mement violente, se termine &#224; 4h30 du matin, faisant des centaines de bless&#233;s de part et d'autre. les n&#233;gociations ont abouti &#224; une impasse. Il &#233;tait 2h15 du matin quand, apr&#232;s avoir donn&#233; les avertissements d'usage, la police a attaqu&#233; les manifestants. La bataille, extr&#234;mement violente, se termine &#224; 4h30 du matin, faisant des centaines de bless&#233;s de part et d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements du Quartier Latin, d&#233;crits minute par minute par les radios internationales (Europe 1 et RTL)[vii], acqui&#232;rent une dimension importante et sont montr&#233;s (&#224; la t&#233;l&#233;vision) aux provinciaux stup&#233;faits et constern&#233;s comme le d&#233;but d'une guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirant les le&#231;ons de la nuit des tonneaux, Pompidou [premier ministre] a autoris&#233; la r&#233;ouverture de la Sorbonne le 11 mai. Le mouvement &#233;tudiant semble n'avoir abouti &#224; rien. Les dirigeants de l'organisation ont appel&#233; &#224; une journ&#233;e de gr&#232;ve nationale (pour protester contre la r&#233;pression et les violences polici&#232;res) pour le 13 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13-18 mai : tremblements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 13 mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations du 13 mai ont &#233;t&#233; un v&#233;ritable succ&#232;s, mais plus en termes de nombre de participants que par rapport au nombre de gr&#232;ves qui ont eu lieu. Le secteur des ouvriers industriels appartenant aux entreprises de moins de 50 salari&#233;s ne s'est pas joint &#224; la gr&#232;ve, tandis que ceux des grandes entreprises, ou plus que tout du secteur &#233;tatique, &#233;taient en t&#234;te : EDF et GDF (80 %), les chemins de fer (50%)[viii], la RATP (60%), l'&#233;ducation (75%) et surtout la Poste. Dans cette derni&#232;re, des gr&#232;ves sporadiques &#233;clatent depuis le 8 mai &#224; Paris Nord (74 % de participation), Paris Est (33 %), Paris Austerlitz et Paris Brune ; et le 10 mai parmi les chauffeurs aux ordres de la CGT, en relation directe avec la croissance de l'agitation &#224; partir de mars[ix].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans l'industrie m&#233;tallurgique parisienne, les chiffres de participation n'&#233;taient que de 25 &#224; 35 %, principalement dans les industries automobile et a&#233;ronautique. 35 % des salari&#233;s de la S&#233;curit&#233; sociale et entre 10 et 16 % du secteur des assurances sont concern&#233;s. La participation de Renault-Billancourt est difficile &#224; estimer (entre 40 et 80 % selon les chiffres), mais on sait que ce sont surtout les salari&#233;s syndiqu&#233;s - donc les plus pr&#233;par&#233;s - qui se sont rendus &#224; la manifestation. A Thomson (Bagneux et Gennevilliers [Hauts-de-Seine]), le taux de participation &#233;tait de 60-65 %. Au Centre d'&#233;nergie atomique (CEA) de Saclay (Essonne), le taux &#233;tait de 75 %, alors qu'&#224; Chausson il &#233;tait de 90 %. A l'usine chimique Rh&#244;ne-Poulenc de Vitry (Val-de-Marne), il &#233;tait de 50 %. Ces quelques chiffres donnent une id&#233;e de l'ambiance parmi les ouvriers, car si une &#171; journ&#233;e d'action &#187; syndicale n'avait pas eu autant de succ&#232;s depuis longtemps, celle-ci n'&#233;tait toujours pas une &#233;meute. C'est sans doute ce qui pousse la direction de Citro&#235;n-Levallois &#224; enfermer les ouvriers qui n'ont pas encore rejoint la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important encore est le fait que des milliers de travailleurs ont &#233;t&#233; touch&#233;s par les troubles &#233;tudiants et ont exprim&#233;, bien que faiblement, leur d&#233;sapprobation des autorit&#233;s. Que se passerait-il ensuite ? La gr&#232;ve d&#233;bute[x] le 14 mai &#224; Woippy, dans la banlieue de Metz : 500 ouvriers de l'usine Claas (fabricant de machines agricoles) descendent dans la rue. Apr&#232;s une courte r&#233;union, ils r&#233;clament l'application d'une convention collective de l'industrie m&#233;tallurgique, une nouvelle grille des salaires, l'am&#233;lioration des conditions de travail et la r&#233;vision des horaires de travail.Le lendemain, la gr&#232;ve illimit&#233;e est vot&#233;e. Passons maintenant en revue certains des lieux de travail qui &#233;taient importants au d&#233;but de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sud Aviation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve d&#233;bute ensuite &#224; l'usine Sud-Aviation, &#224; Bouguenais, pr&#232;s de Nantes[xi]. Pendant quelques mois, il y a eu des menaces de licenciement et de r&#233;duction du temps de travail &#8211; par une r&#233;duction des activit&#233;s, la direction a voulu r&#233;duire la semaine de travail de 48 &#224; 47 heures, en payant 47 heures ; les ouvriers voulaient la coupure &#224; 47 heures, mais le paiement &#224; 48 &#8211;, ce qui provoqua une certaine agitation qui allait crescendo d&#233;but mai. Ainsi, entre le 9 avril et le 10 mai, il y a eu treize jours de gr&#232;ves d&#233;clench&#233;es par les syndicats, d'une dur&#233;e comprise entre une et huit heures[xii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le mardi 14 mai, gr&#232;ve de 14h30 &#224; 15h00 et de 15h30 &#224; 16h00, avec marche &#224; travers les lieux de travail. La rencontre entre les d&#233;l&#233;gu&#233;s et la direction n'a abouti &#224; rien. Pour la premi&#232;re fois, des salari&#233;s ont particip&#233; &#224; la gr&#232;ve. Le manager Duvochel a &#233;t&#233; enferm&#233; dans son bureau en attendant une r&#233;ponse des managers &#224; Paris. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s ont bloqu&#233; les issues pour emp&#234;cher les ouvriers de partir, instaurant une prise de contr&#244;le de facto, parfaitement contr&#244;l&#233;e par la CGT. Le directeur et ses adjoints ont donc &#233;t&#233; maintenus dans les bureaux de la direction avec t&#233;l&#233;phones et aliment&#233;s par les syndicats jusqu'&#224; leur lib&#233;ration le 29 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renault Cl&#233;on&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mai &#224; Cl&#233;on[xiii] les syndicats ont pris la temp&#233;rature de l'usine pour voir s'ils pouvaient rebondir apr&#232;s le succ&#232;s du 13 mai et mettre un peu de pression sur la suppression de certaines r&#233;glementations de la S&#233;curit&#233; sociale, impos&#233;es par le gouvernement le 21 mai. Ao&#251;t 1967. Ils ont r&#233;ussi &#224; obtenir la d&#233;cision de tenir une heure d'arr&#234;t par quart de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du d&#233;brayage du matin, les ouvriers, men&#233;s par une jeunesse renaissante, ont d&#233;fil&#233; dans les ateliers pour exhorter les non-gr&#233;vistes &#224; arr&#234;ter le travail. Ils appellent &#224; la formation d'un comit&#233; de gr&#232;ve et mentionnent &#224; peine la question de la r&#233;glementation dans leurs slogans. Il a fallu toute la diplomatie d'un officier de la CFDT pour ramener les travailleurs &#224; leur poste et, dans certains endroits, le travail a &#233;t&#233; fr&#233;quemment interrompu pour discuter et tenir les travailleurs qui arrivaient au courant de ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Pour l'&#233;quipe de l'apr&#232;s-midi, le sc&#233;nario de la gr&#232;ve &#233;tait similaire, mais sous la pression de la jeunesse, ils organis&#232;rent une marche. A sa t&#234;te, 200 jeunes ont d&#233;fil&#233; et scand&#233; sous les fen&#234;tres de la direction. L&#224;, ils se sont rencontr&#233;s ils se sont tenus devant leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s stup&#233;faits et ont exig&#233; qu'ils aient la r&#233;union (ce &#224; quoi le directeur s'est oppos&#233;). Dans les bureaux, les chefs de service paniquent, barricadant les portes avec des barreaux de fer. Voyant cela, les travailleurs ont annonc&#233; que la direction ne quitterait pas leurs bureaux avant d'avoir rencontr&#233; la d&#233;l&#233;gation. &#192; 18 heures, personne d'autre ne travaillait et la reprise a &#233;t&#233; approuv&#233;e avec enthousiasme par un vote. Les cadres sont alors enferm&#233;s comme dans Sud Aviation d&#232;s l'apr&#232;s-midi du 15. La CGT tente de les lib&#233;rer le 17, mais ils doivent se rendre face aux protestations que leur proposition rencontre. Ils ont finalement gagn&#233; l'argument le 19 mai. les chefs de service paniquent, barricadant les portes avec des barreaux de fer. Voyant cela, les travailleurs ont annonc&#233; que la direction ne quitterait pas leurs bureaux avant d'avoir rencontr&#233; la d&#233;l&#233;gation. &#192; 18 heures, personne d'autre ne travaillait et la reprise a &#233;t&#233; approuv&#233;e avec enthousiasme par un vote. Les cadres sont alors enferm&#233;s comme dans Sud Aviation d&#232;s l'apr&#232;s-midi du 15. La CGT tente de les lib&#233;rer le 17, mais ils doivent se rendre face aux protestations que leur proposition rencontre. Ils ont finalement gagn&#233; l'argument le 19 mai. les chefs de service paniquent, barricadant les portes avec des barreaux de fer. Voyant cela, les travailleurs ont annonc&#233; que la direction ne quitterait pas leurs bureaux avant d'avoir rencontr&#233; la d&#233;l&#233;gation. &#192; 18 heures, personne d'autre ne travaillait et la reprise a &#233;t&#233; approuv&#233;e avec enthousiasme par un vote. Les cadres sont alors enferm&#233;s comme dans Sud Aviation d&#232;s l'apr&#232;s-midi du 15. La CGT tente de les lib&#233;rer le 17, mais ils doivent se rendre face aux protestations que leur proposition rencontre. Ils ont finalement gagn&#233; l'argument le 19 mai. Les cadres sont alors enferm&#233;s comme dans Sud Aviation d&#232;s l'apr&#232;s-midi du 15. La CGT tente de les lib&#233;rer le 17, mais ils doivent se rendre face aux protestations que leur proposition rencontre. Ils ont finalement gagn&#233; l'argument le 19 mai. Les cadres sont alors enferm&#233;s comme dans Sud Aviation d&#232;s l'apr&#232;s-midi du 15. La CGT tente de les lib&#233;rer le 17, mais ils doivent se rendre face aux protestations que leur proposition rencontre. Ils ont finalement gagn&#233; l'argument le 19 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats cr&#233;ent un service de commande, qui organise la reprise &#8211; qui consiste notamment &#224; prot&#233;ger les machines &#8211; et propose un cahier de revendications qui para&#238;t sous forme de tract &#224; 23 heures : &#171; R&#233;duction du temps de travail &#224; 40 heures sans perte de paiement ; salaire minimum de 1 000 francs ; abaissement de l'&#226;ge de la retraite ; conversion des travailleurs contractuels en personnel permanent ; augmenter les droits syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me nuit, la gr&#232;ve, d&#233;j&#224; compl&#232;te chez Renault, paralyse encore deux localit&#233;s de la r&#233;gion : Kl&#233;ber-Colombes &#224; Elbeuf et La Roclaine &#224; Saint-Etienne-du-Rouvray. Cependant, la CGT (et les anciens) prend rapidement le contr&#244;le de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renault Flins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Flins[xiv], le matin du 16 mai, des militants du syndicat CFDT ont pr&#233;vu une r&#233;union pour discuter de la mise en pratique des orientations de la conf&#233;d&#233;ration en mati&#232;re de r&#233;glementation. Avant qu'elle n'ait lieu, l'un des adh&#233;rents a entendu au t&#233;l&#233;phone que l'usine de Cl&#233;on &#233;tait en gr&#232;ve illimit&#233;e, avec prise de contr&#244;le et que les dirigeants avaient &#233;t&#233; retenus. Du coup, les CFDT-istes d&#233;cident d'aller voir la CGT pour proposer une gr&#232;ve d'une heure &#224; 10h15. Par &#233;quipes de deux (l'un de la CFDT et l'autre de la CGT), les militants syndicaux se rendent dans les ateliers donner l'ordre. . &#192; l'heure convenue, environ 500 travailleurs ont arr&#234;t&#233; leur travail et se sont rassembl&#233;s devant les b&#226;timents. Ils sont retourn&#233;s dans les ateliers en marchant pour encourager les autres &#224; arr&#234;ter de travailler. A 11h30, ils se sont regroup&#233;s devant la salle &#224; manger. Les deux agents CFDT et CGT expliquent ce qui s'est pass&#233; &#224; Cl&#233;on et proposent de d&#233;clencher une gr&#232;ve illimit&#233;e. La proposition a &#233;t&#233; adopt&#233;e et la reprise a &#233;t&#233; organis&#233;e imm&#233;diatement. Au d&#233;part, cette organisation consistait &#224; dresser des lignes de piquetage et &#224; inscrire les noms des b&#233;n&#233;voles sur les listes de piquetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de se s&#233;parer pour le d&#233;jeuner, ils se sont retrouv&#233;s &#224; 14h00 pour une autre r&#233;union avec les travailleurs de l'apr&#232;s-midi. Cette assembl&#233;e a &#233;galement adopt&#233; le principe de la gr&#232;ve illimit&#233;e avec occupation. A 15h30, la direction a ferm&#233; l'usine pour ceux qui travaillaient encore. Cette version des faits vient d'un syndicaliste CFDT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union du matin &#233;tait avant tout une question de solidarit&#233; avec Cl&#233;on. Dans l'apr&#232;s-midi, l'un des syndicats a pr&#233;sent&#233; un cahier de revendications : &#171; 40 heures sans perte de salaire ; 1000 francs SMIC ; retraite &#224; 60 ans (&#224; 55 ans pour les femmes) ; cinq semaines de vacances pour les jeunes ; annulation de r&#232;glements ; droits pour les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renault Billancourt&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup parl&#233; des versions CGT/PCF du d&#233;but de la gr&#232;ve, de leurs impressions, des faits biais&#233;s ou faux, etc. Soulignons qu'il n'y a que le t&#233;moignage d'Aim&#233; Halbeher, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT de Renault Billancourt, qui a ce soup&#231;on d'honn&#234;tet&#233;. &#034;Le 17 &#224; 6 heures du matin, ils ont ouvert les portes des &#233;quipes qui venaient travailler et ont arrang&#233; un lieu pour un rendez-vous sur l'&#238;le Seguin &#224; 10 heures&#034; et, en plus, &#034;ils ont d&#233;cid&#233; vendredi une reprise pour le week-end &#187; [xv] Ce qui est vrai, sauf que l'usine avait d&#233;j&#224; arr&#234;t&#233; ses activit&#233;s la veille, car c'est plut&#244;t le 16, jeudi, que les secteurs ont boug&#233; spontan&#233;ment. &#192; aucun moment il n'y a eu de lien entre les gr&#233;vistes des sections 55 et 70 et ceux de la section 37 (qui se trouve sur le promontoire situ&#233; en aval de l'&#238;le Isla Seguin)[xvi]. Contrairement &#224; ce qui &#233;tait &#233;crit sur certains sites (cf. Mondialisme.org), le secteur 37 s'est mis en gr&#232;ve vers 17 heures seulement. Comment, alors, a-t-il pu y avoir une r&#233;union conjointe entre deux secteurs de gr&#233;vistes au carrefour Zola ? autre extr&#233;mit&#233; du secteur 37 (plus de deux kilom&#232;tres &#224; pied) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la version d'un coll&#232;gue qui travaille &#224; la section 37, un t&#244;lier, compos&#233; de travailleurs qualifi&#233;s. A cette &#233;poque, il est en contact avec le groupe Voix Ouvri&#232;re (&#171; Voix Ouvri&#232;re &#187;, VO). Le fameux 16 mai &#224; midi, il y eut une tentative de meeting place Nationale par le groupe trotskyste du PCI[xvii] (groupe &#034;Lambert&#034;) et les ouvriers des immeubles environnants qui revenaient du casino. Ils s'arr&#234;tent quelques minutes, discutent puis retournent dans les ateliers, tandis que les autres d&#233;jeunent, se retirent, etc. En cons&#233;quence, les travailleurs des sections 55 (d&#233;coupage) et 70 (petite m&#233;canisation) ont commenc&#233; &#224; se mobiliser sans &#234;tre en gr&#232;ve d&#233;clar&#233;e, mais sans trop travailler ni pendant deux ou quatre heures. La nouvelle s'est r&#233;pandue dans l'&#238;le que la gr&#232;ve avait commenc&#233;, mais on ne savait pas ce qui s'&#233;tait pass&#233; et, dans la section 37, l'esprit grandit. Les gars ont dit &#171; ok, allons-y &#187;, puis &#231;a a encore chut&#233;. Puis &#231;a a recommenc&#233;, avec des discussions entre tous. Le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical de la CGT locale &#233;tait dans le m&#234;me cas que les autres, sans rien savoir. Enfin, vers 17 heures, sans que personne en particulier ne prenne la t&#234;te, la gr&#232;ve a commenc&#233; en masse quand entre 200 et 300 gar&#231;ons de la section ont commenc&#233; &#224; d&#233;filer vers l'&#238;le Seguin, traversant ainsi les lignes d'assemblage (m&#233;tallurgie, carrosserie et assemblage), un lieu o&#249; travaillaient majoritairement des immigr&#233;s (et o&#249; la pr&#233;sence de la CGT et du PCF &#233;tait plus faible). Les lignes se sont arr&#234;t&#233;es et la masse des ouvriers non qualifi&#233;s a imm&#233;diatement d&#233;sert&#233; l'usine. Il est difficile de dire que les cha&#238;nes de montage faisaient partie de la gr&#232;ve. Ils ne travaillaient plus, c'est s&#251;r, mais beaucoup de ces travailleurs ont simplement fui avant la marche, s'enfuyant et quittant l'usine. Peu d'ouvriers des lignes se joignent &#224; la marche des gr&#233;vistes de la section 37. Dans une situation d'improvisation totale, les ouvriers commencent l'occupation. Il ne s'agissait pas d'occuper toute l'&#238;le, car ils ne suffisaient pas. Ils all&#232;rent ainsi occuper le secteur du Bas-Meudon et, ainsi, en m&#234;me temps ils ferm&#232;rent l'acc&#232;s sud &#224; l'&#238;le Seguin en bloquant le pont de Meudon. Le lendemain, vendredi 17, l'usine &#233;tait ferm&#233;e. Il y avait du monde au rassemblement organis&#233; par la CGT &#224; 10h au milieu de l'&#238;le Seguin. La CGT mobilise difficilement les secteurs o&#249; elle a le plus d'influence, c'est-&#224;-dire les secteurs professionnels, qui &#233;taient nombreux, m&#234;me s'il y avait aussi des secteurs de la cha&#238;ne de montage sur l'&#238;le. Apr&#232;s le rassemblement, le contingent CGT s'est rendu dans le Bas-Meudon soi-disant pour &#034;renforcer les piquets&#034;. En fait, depuis, les ouvriers qui prenaient le relais la veille sont pass&#233;s au second plan et c'est l'appareil CGT qui a pris en charge la situation avec tous les moyens &#224; sa disposition : casinos, comit&#233;s d'entreprise, etc., et qui &#233;tait la tendance jusqu'&#224; la fin de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de r&#233;sum&#233; apr&#232;s cette r&#233;vision consid&#233;rable, la gr&#232;ve a commenc&#233; le jeudi 16 mai dans deux parties distinctes de l'usine et &#224; deux heures d'intervalle, sans aucun lien direct entre elles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sections 55 et 70, vers 14h15 Section 37, vers 17h00&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux d&#233;buts se sont d&#233;roul&#233;s &#034;en dehors des syndicats&#034;, comme le reconna&#238;t Halbeher dans un commentaire ailleurs[xviii].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;res impressions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ographiquement, les points forts de cette premi&#232;re vague de gr&#232;ves ont &#233;t&#233; la r&#233;gion parisienne et la vall&#233;e de la Seine, ainsi que Le Havre, la r&#233;gion Nantes Saint-Nazaire et la r&#233;gion lyonnaise. Dans d'autres r&#233;gions, la gr&#232;ve &#233;tait encore tr&#232;s limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mai, le nombre de gr&#233;vistes atteint 200 000. Le mouvement se propage comme une tra&#238;n&#233;e de poudre dans les r&#233;gions d'origine puis s'installe dans le sud-est, de Besan&#231;on &#224; la Provence. Dans la banlieue parisienne, de nombreuses usines sont en gr&#232;ve, mais, jusqu'au 17 au soir, ce sont surtout les ouvriers de province qui m&#232;nent l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours, la spontan&#233;it&#233; ouvri&#232;re &#233;tait &#233;vidente. &#034;Prise d'usine : nous en avons assez !&#034; proclamait la banni&#232;re de l'usine Vinco (ameublement de bureau en m&#233;tal) &#224; Dieppe. Ce n'est pas un cas isol&#233; : l'anagramme que les ouvriers font avec les lettres BERLIET, remplac&#233;es par LIBERT&#201;, est charg&#233; de valeur symbolique. Aucune de ces actions ne correspondait &#224; un slogan particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re vague a souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e comme spontan&#233;e, ce qui n'est tout &#224; fait vrai que si l'on entend spontan&#233;ment &#171; l'absence de slogans syndicaux au niveau f&#233;d&#233;ral ou conf&#233;d&#233;ral &#187;. En l'absence de rapports d&#233;taill&#233;s de chaque usine, il appara&#238;t n&#233;anmoins que de nombreuses gr&#232;ves sont d&#233;clench&#233;es ou soutenues par la CGT[xix] ; cependant, elles sont souvent impos&#233;es ou port&#233;es par des minorit&#233;s (comme les 200 jeunes de Cl&#233;on), qui entra&#238;nent les autres ou obtiennent leur approbation passive. M&#234;me en r&#233;gion parisienne, o&#249; nous avons des rapports du CATE (Comit&#233; de Acci&#243;n Obrero Estudiantil) de Censier sur les contacts pris cette semaine-l&#224; dans de nombreux lieux de travail (FNAC, BHV, RadioTechnique, NMPP, etc.), nous pouvons &#233;tablir que seule une minorit&#233; de les travailleurs, y compris les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT, ils se sont demand&#233; &#171; que devons-nous faire ? et ils n'&#233;taient pas hostiles aux &#233;trangers qui venaient discuter avec eux. Quelles en &#233;taient les causes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, ce furent des ann&#233;es frustrantes, tant pour les jeunes que pour les anciennes g&#233;n&#233;rations de travailleurs. Ensuite, il y a eu la fatigue des journ&#233;es d'action, jug&#233;es r&#233;p&#233;titives et inutiles m&#234;me par les militants syndicaux. Enfin, on avait le sentiment que les autorit&#233;s &#233;taient affaiblies et qu'elles pouvaient en profiter. Plus marginalement, pour certains militants syndicaux du PCF, il y avait quelque chose dont ils pouvaient b&#233;n&#233;ficier. Ces pressions diverses n'ont m&#234;me pas &#233;t&#233; combattues par la direction de la CGT sans n&#233;cessairement en faire la publicit&#233;. Mais une partie du mouvement a continu&#233; et s'est propag&#233;e. Voyons un petit aper&#231;u des secteurs qui se sont mis en gr&#232;ve du 14 au 17 mai. Parmi les premi&#232;res usines, 45 &#233;taient li&#233;s &#224; la m&#233;tallurgie lourde ou &#224; la m&#233;canique, 19 autres li&#233;s &#224; la construction automobile et 13 &#224; l'a&#233;ronautique. Cependant, la pr&#233;sence massive dans cette avant-garde de travailleurs des industries chimiques et textiles artificiels (23 usines), de l'&#233;lectrotechnique (17), de l'agro-alimentaire (15), du b&#226;timent (2) et d'autres secteurs indique un m&#233;contentement profond et g&#233;n&#233;ral qui a d&#233;pass&#233; probl&#232;mes simples sectoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18-20 mai : le tournant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des h&#233;sitations dans les syndicats au niveau conf&#233;d&#233;r&#233; sont apparues au cours de cette semaine. La CFDT tente de se donner une image d'ouverture aux intentions des &#233;tudiants, tandis que FO reste prudente et ne veut pas se retrouver en conflit avec la CGT, elle-m&#234;me vacillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mai, journ&#233;e d'action contre la nouvelle r&#233;glementation, planifi&#233;e longtemps &#224; l'avance, n'a pas eu le succ&#232;s escompt&#233; : peu de gr&#232;ves, quelques d&#233;l&#233;gations et des marches exceptionnelles qui n'ont pas suscit&#233; beaucoup d'enthousiasme. Le m&#234;me jour, la CFDT d&#233;clare &#224; nouveau sa volont&#233; d'&#233;tablir des relations avec des &#233;tudiants &#171; progressistes &#187;. Quelques officiers et militants de la conf&#233;d&#233;ration s'entretiennent avec les occupants de la Sorbonne. La f&#233;d&#233;ration de la m&#233;tallurgie a m&#234;me conseill&#233; &#224; ses membres : &#171; Il conviendrait de d&#233;velopper le d&#233;bat avec les &#233;tudiants, non seulement pour leur dire que nous sommes d'accord avec leurs revendications, mais aussi &#8211; et surtout &#8211; que nos pr&#233;occupations concernant la d&#233;mocratie au travail, le droit au travail et la v&#233;ritable d&#233;mocratisation de l'&#233;ducation doit &#234;tre comprise et partag&#233;e par eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de FO, Andr&#233; Bergeron[xx] rencontre les dirigeants CFDT place Montholon, se d&#233;clarant pr&#234;t &#224; soutenir les occupations, mais restant ind&#233;pendant de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier a gard&#233; une attitude r&#233;serv&#233;e sur le sujet. Les revendications d'autogestion et de r&#233;formes structurelles clam&#233;es par la CFDT sont brutalement qualifi&#233;es de &#171; formules creuses &#187; par le leader CGT Georges S&#233;guy[xxi]. La section CGT de Billancourt a d&#233;sapprouv&#233; l'initiative de l'UNEF d'organiser une marche de solidarit&#233; &#224; l'usine, tandis que les sections CFDT et FO se sont d&#233;clar&#233;es heureuses de faire le geste de sympathie. Le 16, la CGT publie un communiqu&#233; vantant la tentative d&#233;sormais ritualis&#233;e de &#171; former un front syndical sans division &#187; et dans laquelle, dans une phrase s&#233;par&#233;e, elle pr&#233;voit &#171; le remplacement du pouvoir existant par un gouvernement populaire &#187;. Enfin, la CGT a appel&#233; &#224; &#171; la mobilisation des travailleurs pour r&#233;gler les comptes en suspens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le flot des petites gr&#232;ves n'a cess&#233; de cro&#238;tre et la CGT (et le PCF, m&#234;me s'il est difficile de les distinguer au bureau conf&#233;d&#233;ral) ont d&#233;cid&#233; de r&#233;agir. La d&#233;cision &#233;tait simple mais dure : parmi les &#233;tudiants en particulier, et parmi les jeunes en g&#233;n&#233;ral, le PCF apparaissait d&#233;consid&#233;r&#233; et de toute fa&#231;on ses organisations de jeunesse n'avaient plus de poids : pouvait-il courir le risque qu'il en soit de m&#234;me au sein du la classe ouvri&#232;re ? Le mouvement reste tr&#232;s minoritaire (200 000 gr&#233;vistes dans la nuit du 17), faiblement organis&#233; (c'est la prise de contr&#244;le de l'usine qui, accompagn&#233;e ou non de l'enfermement des cadres ou directeurs, tient lieu d'organisation), tr&#232;s sp&#233;cifique dans sa localisation g&#233;ographique et, contrairement aux illusions des gauchistes, il &#233;tait loin d'&#234;tre r&#233;volutionnaire. Mais le danger &#233;tait bien l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour le PCF-CGT, il ne s'agissait pas de &#171; chevaucher le tigre &#187; mais plut&#244;t d'&#233;touffer ce mouvement embryonnaire en lan&#231;ant une gr&#232;ve dont la CGT avait les moyens, qui s'est d&#233;roul&#233;e principalement au SNFC, &#224; la RATP, La Poste ou dans les banlieues (comme dans le parti Seine Saint-Denis), o&#249; la somme des poids des militants sur le lieu de travail, des dirigeants syndicaux et des employ&#233;s municipaux pourrait forcer la gr&#232;ve. Mais il s'agissait aussi de couper le courant dans les lieux de travail par l'interm&#233;diaire des salari&#233;s d'EDF syndiqu&#233;s &#224; la CGT, comme en Seine Saint-Denis depuis le 20 mai, pour &#171; s'en tirer &#187;. C'est l'exemple de l'usine Carbone Lorraine (1 200 salari&#233;s) &#224; Gennevilliers,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue g&#233;n&#233;ral, selon le ministre de l'Int&#233;rieur, sur les 77 entreprises m&#233;tallurgiques de la r&#233;gion parisienne, 68 ont connu des gr&#232;ves appel&#233;es par la CGT, 6 par la CFDT et 3 par FO. Selon les m&#234;mes statistiques, 58 % des gr&#232;ves ont &#233;t&#233; initi&#233;es par des salari&#233;s &#226;g&#233;s de 30 &#224; 40 ans ; 27 % par des salari&#233;s entre 20 et 30 ans ; 8 % par les salari&#233;s de moins de 20 ans et 7 % par les salari&#233;s de plus de 40 ans. Selon les statistiques de l'UIM (Union patronale de la m&#233;tallurgie), 75 % des gr&#232;ves ont &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;es apr&#232;s discussion, alors que dans les 25 % des cas, les gr&#233;vistes ont fait usage de la force pour amener le lieu de travail &#224; faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vers la d&#233;cision&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arr&#234;t des transports en commun, de la SNCF et de la RATP (&#224; Paris), a donn&#233; &#224; tous les salari&#233;s des petites entreprises et aux salari&#233;s isol&#233;s en g&#233;n&#233;ral une bonne excuse pour ne pas aller travailler. Mais si le danger d'&#234;tre d&#233;jou&#233; existait, le fait d'appeler &#224; la gr&#232;ve pr&#233;sentait un danger encore plus grand : qui pouvait dire qu'une fois les vannes ouvertes aux ouvriers d&#233;bord&#233;s, les choses pourraient facilement revenir &#224; la normale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sans pouvoir suivre les discussions au sein de la direction CGT, la v&#233;rit&#233; est que ce n'est que dans l'apr&#232;s-midi du 17, apr&#232;s une longue r&#233;union extraordinaire du comit&#233; national, que la CGT a d&#233;cid&#233; d'exploiter le mouvement, sans n&#233;cessairement parvenir &#224; l'unit&#233; d'action, tandis que S&#233;guy d&#233;clarait avec fermet&#233; que &#171; tant &#224; la CFDT qu'&#224; la FEN persiste une vision floue des choses &#187;. Mais apr&#232;s cette formule &#233;cul&#233;e, la d&#233;cision &#233;tait prise, et bien prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain, 18 mai, le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve &#171; g&#233;n&#233;rale &#187; r&#233;ussit &#224; paralyser le pays pendant cinq jours. Le nombre de gr&#232;ves augmente rapidement : le 18, vers midi, un million d'ouvriers sont au ch&#244;mage ; &#192; la tomb&#233;e de la nuit, ils &#233;taient plus de 2 millions[xxii] ! Apr&#232;s la pause de dimanche, les gr&#232;ves avaient touch&#233; toutes les r&#233;gions et tous les secteurs : plus de 4 millions lundi apr&#232;s-midi, de 6 &#224; 7 millions mardi, 8 millions mercredi 22 mai, et le lendemain jour de l'Ascension, le 9 million de dollars a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;. Le 18, les bus et trains du m&#233;tro de la r&#233;gion parisienne sont rest&#233;s &#224; leurs terminaux. D&#233;j&#224; le 17 mai, les ouvriers d'Ach&#232;res[xxiii] et de Saint Lazare[xxiv] d&#233;clenchaient la gr&#232;ve. Selon les chiffres du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, 85 000 des 92 000 cheminots de la r&#233;gion parisienne &#233;taient en gr&#232;ve depuis l'apr&#232;s-midi du 18 mai, tandis que 29 000 des 30 300 salari&#233;s de la RATP &#233;taient en gr&#232;ve. Dans tout le pays, les bureaux de poste ont ferm&#233;, un &#224; un. Dans les jours qui suivent, EDF/GDF (dont 33 200 salari&#233;s sur 38 700 sont en gr&#232;ve en r&#233;gion parisienne) et des enseignants rejoignent le mouvement. Les postes, par exemple, ont donn&#233; le 21 mai aux gr&#233;vistes les chiffres suivants : 50 000 sur 80 000 ouvriers en r&#233;gion parisienne et 66 000 sur 175 000 en province. La plupart des centres de tri parisiens sont pris, tandis que les bureaux de poste sont ferm&#233;s par les gr&#233;vistes. Le 18 mai, la direction de la poste a envoy&#233; la police pour expulser la centaine de gr&#233;vistes du centre de t&#233;l&#233;communications du deuxi&#232;me arrondissement, pr&#232;s de la Bourse. Apr&#232;s n&#233;gociations avec la CGT, le centre a &#233;t&#233; livr&#233; dans le calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les secteurs de l'industrie ont &#233;t&#233; touch&#233;s, y compris les banques et les assurances, les administrations publiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'enseignement secondaire, les &#233;coles &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve le 18 mai, avant l'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale donn&#233; par la FEN le 22 de ce mois. Les grands magasins ont ferm&#233; leurs portes, les p&#234;cheurs sont rest&#233;s &#224; terre, les p&#233;ages et les douaniers ont dress&#233; leurs barri&#232;res. Dans les champs, les ouvriers agricoles et routiers ont arr&#234;t&#233; leur travail. La France &#233;tait paralys&#233;e. 20-29 mai : la mar&#233;e montante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-on parler de &#171; gr&#232;ve active &#187;[xxv] ? En dehors des quelques exemples sur lesquels nous reviendrons plus tard, et sans trop nous focaliser sur l'exemple de Renault-Billancourt, il faut dire ceci : les ouvriers ne travaillaient pas, mais ils restaient chez eux. Les usines sont reprises, mais par une poign&#233;e d'ouvriers, la plupart du temps des syndicalistes militants (et surtout de la CGT). Ils ont vot&#233; quotidiennement pour la poursuite ou non de l'action. Ils sont all&#233;s &#224; la recherche de nouvelles ou de fournitures, mais n'ont pas discut&#233; du d&#233;m&#233;nagement ni des mesures &#224; prendre. Ce fut la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (&#224; son apog&#233;e, 9 millions de gr&#233;vistes sur dix jours) de l'histoire et aussi celle avec la plus faible participation des travailleurs. C'est le paradoxe de mai-juin 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour les travailleurs agricoles.&#8230;[xxvi]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dispers&#233;s dans les campagnes, les ouvriers agricoles avaient traditionnellement du mal &#224; coordonner leurs actions. Cependant, en 1968, la gr&#232;ve a &#233;galement pris un caract&#232;re massif dans ce secteur. D&#232;s le 13 mai, la CFDT (largement majoritaire) et la CGT ont appel&#233; &#224; une solidarit&#233; active avec les &#233;tudiants. Puis, alors que la gr&#232;ve s'&#233;tendait &#224; tout le pays, les travailleurs agricoles de nombreux endroits ont refus&#233; de faire cause commune avec leurs employeurs organis&#233;s au sein de la FNSEA ou du MODEF[xxvii]. Ils voulaient se battre pour d&#233;velopper leur terre avec leurs propres revendications. Ils ont exig&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un salaire minimum au moins &#233;gal &#224; celui de l'industrie, De meilleures conditions de logement, Une r&#233;gulation du temps de travail, Un r&#233;gime de retraite qui permettrait une vie d&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement est n&#233; dans les grandes fermes valaisannes[xxviii], o&#249; un militant CFDT a lanc&#233; deux manifestations avec ses compagnons : l'une &#224; Cr&#233;py, l'autre au Plessis-Belleville, lieu o&#249;, avec l'aide de plus ou moins de trente &#233;tudiants, une barricade a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e qui traversait la route nationale 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 24 mai, l'agitation s'&#233;tend : 6 000 gr&#233;vistes en Picardie, 5 000 en Anjou (les ouvriers des vergers d&#233;filent aux c&#244;t&#233;s des ouvriers des usines d'Angers), 2 000 en Provence (notamment les ouvriers forestiers) et 6 000 dans le Languedoc. Dans ces r&#233;gions, les ouvriers agricoles recherchent le contact avec d'autres salari&#233;s plut&#244;t qu'avec d'autres paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sud-est, en Bretagne et dans les montagnes, o&#249; pr&#233;domine l'exploitation &#224; petite &#233;chelle, il n'y a pas eu de grand mouvement autonome. L&#224;, les petits agriculteurs m&#232;nent l'action, mais ce sont les agriculteurs locaux qui peuvent &#171; flanquer &#187; la FNSEA. Partout, les coop&#233;ratives et les instituts de recherche agricole ont &#233;t&#233; pris en charge. En 68, les ouvriers agricoles ne sont pas en reste. Le calme revient progressivement dans les fermes &#224; partir du 6 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise politique et r&#233;volte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Gaulle[xxix] part en voyage en Roumanie le 14 mai. A son retour le 19 mai, il prononce sa c&#233;l&#232;bre phrase &#034;La f&#234;te est finie&#034;, puis &#034;R&#233;forme oui, chaos non !&#034; et annonc&#233; un discours &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision pour le 24 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Pompidou[xxx] avait fort &#224; faire. Pris au d&#233;pourvu par le d&#233;veloppement de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, il doit mettre le maintien de l'ordre en t&#234;te de liste. Dans cette situation, sans pr&#233;c&#233;dent historique, il devait s'assurer que l'&#201;tat disposait encore d'une force de police suffisante et qu'en cas de besoin, il pouvait recourir &#224; l'arm&#233;e pour une intervention rapide. Et pendant ce temps, le m&#233;contentement r&#233;gnait, &#233;galement dans les forces de l'ordre. Le gouvernement n'a pas pu r&#233;agir imm&#233;diatement contre le d&#233;veloppement des gr&#232;ves, m&#234;me si elles avaient touch&#233; des secteurs strat&#233;giques pour l'Etat, comme la poste, les chemins de fer ou le contr&#244;le a&#233;rien. Tandis que le bureau Central-Radio, qui maintenait les communications t&#233;l&#233;phoniques avec les autres pays, Autrefois occup&#233;e par la police et confi&#233;e &#224; l'arm&#233;e, le gouvernement n'avait plus assez de forces pour s'emparer de tous les centres de t&#233;l&#233;communications provinciaux. L'Etat doit compter sur le civisme des facteurs en gr&#232;ve et attendre d&#233;sormais l'ouverture de n&#233;gociations entre les syndicats ouvriers et les organisations patronales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi du 24 mai, de Gaulle prend la parole. La crise est, selon lui, une crise de structure, et sa solution se trouve dans une &#034;participation plus large de tous au d&#233;roulement et aux r&#233;sultats de l'activit&#233; qui concerne chacun&#034;. Cette conception s'&#233;tait d&#233;j&#224; exprim&#233;e maintes fois dans le pass&#233; : il n'y avait donc rien de nouveau sur le plan politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode &#233;tait aussi tr&#232;s dans la tradition gaulliste : r&#233;f&#233;rendum imm&#233;diat ; un ch&#232;que en blanc (ou presque) remis au pr&#233;sident de la r&#233;publique ; pl&#233;biscite. Il s'agissait de court-circuiter toute la &#171; classe politique &#187; et d'appeler &#224; duper le pays : un vote n&#233;gatif signifiait une vacance du pouvoir et le risque &#171; d'aller, par la guerre civile, vers les aventures les plus d&#233;testables et les plus ruineuses &#187;. usurpations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des manifestations &#224; la gare de Lyon &#224; Paris, des milliers de mouchoirs ont &#233;t&#233; sortis des poches ; Les protestants ont dit au revoir &#224; de Gaulle. Dans l'apr&#232;s-midi, l'une des manifestations les plus violentes a eu lieu &#224; Paris ; la m&#234;me chose s'est produite dans les provinces. Lyon, Strasbourg, Nantes et Paris ont v&#233;cu leur plus grande &#034;nuit des barricades&#034;, et le lendemain Bordeaux a eu son tour. Il y a eu au total un d&#233;c&#232;s et 500 hospitalisations, dont 144 dans un &#233;tat grave. Dans tous les cas, le principal slogan li&#233; &#224; l'interdiction de s&#233;jour qui a gifl&#233; Daniel Cohn-Bendit : &#034;Nous sommes tous des juifs allemands !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le 22 et le 26 mai, plus d'une centaine de manifestations ouvri&#232;res-&#233;tudiantes ont eu lieu dans toute la France. Ces manifestations n'avaient aucun caract&#232;re syst&#233;matique ; tout d&#233;pendait de la situation locale. Dans certaines villes, des marches &#034;unies, &#233;normes et pacifiques&#034; ont pu avoir lieu tant que l'ambiance restait harmonieuse. A Caen, par exemple, des &#233;tudiants ont visit&#233; des usines occup&#233;es lors d'une marche avant de partir rejoindre un rassemblement intersyndical devant la pr&#233;fecture. A Marseille, les &#233;tudiants ont demand&#233; &#224; &#234;tre int&#233;gr&#233;s &#224; la marche de la CGT. Pour ce faire, ils devaient enrouler les toiles portant le nom de Cohn-Bendit, et le service d'ordre de la CGT les s&#233;parait des ouvriers. A Clermont-Ferrand, le 25 mai, la cellule syndicale s'effondre en pleine manifestation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres cas, il n'y avait pas d'unit&#233;. A Toulouse, le mouvement du 25 avril[xxxi] d&#233;g&#233;n&#232;re en affrontements sporadiques entre minuit et 4 heures du matin. Le lendemain, sans qu'aucune organisation ne donne le moindre ordre, 300 jeunes attaquent les forces de l'ordre. Aussit&#244;t les &#233;tudiants quittent la Sorbonne. Ils semblaient divis&#233;s : certains ont rejoint les manifestants ; d'autres ont form&#233; une cha&#238;ne et ont tent&#233; de briser le combat. Mais la nouvelle l'annon&#231;ait &#224; la radio et en moins d'une heure un millier de jeunes converg&#232;rent vers le Quartier Latin. Ils se sont battus solidement pendant neuf heures et il y a eu plus de 150 bless&#233;s. Les objectifs des manifestants sont devenus de plus en plus divers. Il ne s'agissait plus de combattre la police. Ils attaqu&#232;rent les cachettes de l'ennemi : bureaux du parti gaulliste, commissariats, pr&#233;fectures, des mairies et m&#234;me la bourse ont &#233;t&#233; attaqu&#233;es et, dans certains cas, pill&#233;es ou incendi&#233;es. A Bordeaux, le Grand Th&#233;&#226;tre est investi pour la seconde fois. Hormis les bagarres, les vitrines ont &#233;t&#233; bris&#233;es et, &#224; Lyon, place des Cordeliers, un grand magasin a &#233;t&#233; partiellement pill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'intensit&#233; des affrontements qui ont dur&#233; longtemps : dix heures &#224; Paris, huit heures &#224; Lyon, sept heures &#224; Nantes le 24 et huit heures &#224; Bordeaux le 25. La police a re&#231;u l'ordre d'&#233;viter tout contact rapproch&#233; pour limiter leurs pertes. . Lorsque les manifestants &#233;taient assez nombreux pour occuper un ou plusieurs quartiers d'une ville, ils s'y retranchaient solidement, et c'&#233;tait un travail long et difficile de les chasser de leurs positions. Seule exception, Strasbourg, o&#249; les manifestants n'&#233;taient pas assez nombreux pour occuper le terrain et n'ont pu r&#233;sister aux charges polici&#232;res que pendant deux heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout la violence atteint un sommet o&#249; il aurait &#233;t&#233; difficile d'aller plus loin sans l'usage des armes &#224; feu. Et forc&#233;ment ce que le gouvernement essayait d'emp&#234;cher se produisit : il y eut un mort dans la nuit du 24 mai. Ren&#233; Lacroix, commissaire de police, a eu la poitrine &#233;cras&#233;e par un camion rempli de pierres que des manifestants lyonnais ont envoy&#233; &#224; toute allure vers le pont Lafayette afin de d&#233;gager la voie. Dans les villes les plus conflictuelles, comme Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes et Paris, des manifestations ont eu lieu quotidiennement. Les forces de l'ordre ne pouvaient suivre ce rythme effarant, alors qu'il fallait disperser leurs forces dans toute la France pour faire face aux troubles ouvriers et paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tourmente sur le terrain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent m&#233;connue ou oubli&#233;e, la tourmente a &#233;galement eu lieu dans les campagnes en 1968. Outre la lutte des ouvriers agricoles d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e (et encore plus oubli&#233;e), le monde agricole &#233;tait en mouvement. Delale et Ragache citent plusieurs exemples[xxxii] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De plus, les manifestations ont commenc&#233; par un blocage du parti de l'Allier. Ils se sont lentement d&#233;velopp&#233;s le 24, les r&#233;gions hardcore se lan&#231;ant dans l'action avant toute autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes prises par l'agitation dans les campagnes sont vari&#233;es. En raison du manque d'essence et des difficult&#233;s de communication, il y avait moins de monde que pr&#233;vu dans les rues et sur les routes. Le nombre total de manifestants paysans dans tout le pays a cependant atteint 200 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains cas, la FNSEA s'est content&#233;e de r&#233;unir son conseil d&#233;partemental et d'appeler &#224; la mobilisation. A Chamali&#232;res, pr&#232;s de Clermont-Ferrand, le pr&#233;sident de la FNSEA a tenu un briefing en pr&#233;sence du pr&#233;fet. A Tulle, le MODEF a tenu un meeting de ses membres &#224; huis clos, confisqu&#233; les drapeaux rouges, expuls&#233; les citadins et refus&#233; de se joindre au meeting ouvrier qui se d&#233;roulait dans la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'&#224; Argentan et Besan&#231;on les paysans se sont content&#233;s d'une marche de solidarit&#233; br&#232;ve et silencieuse, ailleurs, comme &#224; Limoges, ils ont rejoint les marches unitaires, mais les paysans de quelques r&#233;gions ont &#233;galement eu recours &#224; leurs m&#233;thodes traditionnelles d'action violente : blocus syst&#233;matique des routes nationales dans les d&#233;partements de l'Allier, du Vaucluse et des Landes. En Gironde, des dizaines de poteaux t&#233;l&#233;graphiques ont &#233;t&#233; vus tomber au cours de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Il y eut aussi des manifestations surprises : 1 000 paysans de Cahors et de Caussac envahirent le petit village de Cajarc dont le maire s'appelait Georges Pompidou. Enfin, il y a eu les attentats contre les b&#226;timents officiels : la sous-pr&#233;fecture de Guingamp le 22 (3 porcelets ont &#233;t&#233; pendus aux barreaux), la pr&#233;fecture de Rennes le 24, et celle d'Agen, o&#249; les paysans ont envahi les locaux officiels et y ont mis le feu avant d'&#234;tre chass&#233;s par la police, qui a d&#251; s'emparer de plusieurs barricades. Au Puy, les manifestants ont &#233;t&#233; chass&#233;s de la place o&#249; se trouvait la pr&#233;fecture et se sont retranch&#233;s dans les &#233;tals de la foire. L&#224;, des grenades lacrymog&#232;nes ont sem&#233; la panique et un gar&#231;on de dix ans a &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Nantes, les manifestants paysans ont fait la une des journaux : rassembl&#233;s en quatre marches aux abords de la ville, le 24 au matin, ils ont &#171; envahi &#187; la ville derri&#232;re une immense banderole o&#249; l'on pouvait lire &#171; Non au r&#233;gime capitaliste, oui au r&#233;gime complet &#187;. r&#233;volution de la soci&#233;t&#233; ! &#187;, et rebaptisa solennellement la Plaza Real en &#171; Plaza del Pueblo &#187;. Certains d'entre eux n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; se joindre aux r&#233;unions d'&#233;tudiants et d'ouvriers de nuit qui ont attaqu&#233; la pr&#233;fecture et &#233;rig&#233; des dizaines de barricades pendant huit heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords de Grenelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 mai, &#224; 15 heures, Georges Pompidou ouvre la premi&#232;re r&#233;union de r&#233;flexion en pr&#233;sence des patrons (repr&#233;sent&#233;s par le CNPF, dont le pr&#233;sident est P. Huvelin[xxxiii]) et des syndicats CGT, CFDT, FO, FTC et CGC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ont soulign&#233; que les pourparlers qui avaient &#233;t&#233; lanc&#233;s ne portaient que sur des revendications g&#233;n&#233;rales et que tout document d'accord devait &#234;tre compl&#233;t&#233; par une convention collective &#224; tous les niveaux. La CGT pose l'abrogation du r&#232;glement de S&#233;curit&#233; sociale d'ao&#251;t 1967 comme un pr&#233;alable. La CFDT en a ajout&#233; une seconde : l'approbation imm&#233;diate d'une loi fondamentale &#034;relative &#224; l'exercice des droits et du pouvoir syndicaux sur le lieu de travail&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre du jour propos&#233; par les syndicats CGT-CFDT a ensuite &#233;t&#233; restreint. Les n&#233;gociations se sont poursuivies en marathons de deux jours avec pour principaux participants le triumvirat Pompidou-Huvelin-S&#233;guy. Quel &#233;tait le contenu de l'accord ? &#201;taient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmentation du SMIG [salaire minimum], &#224; 3F de l'heure, le premier juin (ce qui &#233;tait encore loin du salaire minimum de 600F par mois) Augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires dans l'industrie priv&#233;e (7% le premier juin et 3% au premier octobre), La proposition patronale de r&#233;duction du temps de travail &#224; 44 heures, La r&#233;duction imm&#233;diate de la contribution des patients pour frais m&#233;dicaux de 30 &#224; 25%, Les modalit&#233;s pratiques d'indemnisation des jours de gr&#232;ve. Il y aurait un avancement imm&#233;diat aux ouvriers, qui repr&#233;sentait la moyenne du nombre total d'heures requises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des mesures financi&#232;res, le succ&#232;s lui-m&#234;me revient avant tout aux syndicats. Le gouvernement a promis de voter une loi pour &#171; l'exercice des droits des syndicats dans le travail &#187;, qui s'appuierait sur le texte &#233;labor&#233; conjointement par des repr&#233;sentants de FO et de la CFDT. Quant &#224; la CGT, elle s'est presque totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;e de la question, mais pas du r&#233;tablissement d'une &#233;chelle mobile des salaires, ni de l'abolition des r&#232;glements de la S&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT d&#233;cide que G. S&#233;guy pr&#233;sentera les premiers r&#233;sultats de l'accord &#224; l'assembl&#233;e des gr&#233;vistes de Renault Billancourt le lundi 27 mai 1968 &#224; 7 heures du matin. Partout dans les usines, les gr&#233;vistes &#233;coutaient &#224; la radio les termes de l'accord d&#233;finitif. Dans de nombreuses grandes usines, comme Renault-Flins, Renault-Sandouville, Berliet, Sud-Aviation, Rhodiaceta, Citro&#235;n, etc., ils ont vot&#233; &#224; main lev&#233;e pour poursuivre la mobilisation : ils esp&#233;raient que &#034;les managers se montreraient&#034; et seraient d'accord discuter de toutes les revendications des comit&#233;s de gr&#232;ve locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'attention de tous &#233;tait braqu&#233;e sur l'&#233;mission de radio que la CGT organisait sur l'&#238;le S&#233;guin, au centre des usines Renault-Billancourt. D&#232;s 7 heures du matin, 10 000 ouvriers attendaient. A l'insu des journalistes (ils n'&#233;taient pas encore arriv&#233;s), l'&#233;v&#233;nement principal s'&#233;tait produit : selon un rapport du repr&#233;sentant CGT de l'intersyndicale de l'usine, A. Halbeher, la poursuite de la gr&#232;ve avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e. Les dirigeants syndicaux nationaux ont pu s'exprimer. Beno&#238;t Frachon[xxxiv] (CGT), qui n'&#233;tait pas au long meeting de la veille au soir &#224; Grenelle, parlait sans notes et jouait le r&#244;le d'un avocat de la d&#233;fense, rappelait 1936[xxxv], et s'exclamait : &#171; Les accords de la rue de Le Grenelle offrira &#224; des millions de travailleurs un bel avenir dans lequel ils n'avaient aucun espoir. Andr&#233; Jeanson[xxxvi] de la CFDT se r&#233;jouit du vote initial pour la poursuite de la gr&#232;ve et appelle &#224; la solidarit&#233; des travailleurs avec les &#233;tudiants et lyc&#233;ens en difficult&#233;. Il a &#233;t&#233; applaudi. Arrive ensuite George S&#233;guy, qui s'attache &#224; faire un &#171; bilan objectif &#187; de ce qui &#171; a &#233;t&#233; gagn&#233; &#224; Grenelle &#187;. Au d&#233;but, il y a eu des sifflements et &#224; la fin des hu&#233;es s&#233;rieuses qui ont mis plusieurs minutes &#224; se calmer. S&#233;guy a conclu : &#171; D'apr&#232;s ce que j'entends, je dirais que vous ne vous laisserez pas &#233;craser. Ils l'ont applaudi et les militants du PCF ont scand&#233; &#171; Gouvernement populaire, gouvernement populaire ! qui s'attache &#224; faire un &#034;bilan objectif&#034; de ce qui &#034;a &#233;t&#233; gagn&#233; &#224; Grenelle&#034;. Au d&#233;but, il y a eu des sifflements et &#224; la fin des hu&#233;es s&#233;rieuses qui ont mis plusieurs minutes &#224; se calmer. S&#233;guy a conclu : &#171; D'apr&#232;s ce que j'entends, je dirais que vous ne vous laisserez pas &#233;craser. Ils l'ont applaudi et les militants du PCF ont scand&#233; &#171; Gouvernement populaire, gouvernement populaire ! qui s'attache &#224; faire un &#034;bilan objectif&#034; de ce qui &#034;a &#233;t&#233; gagn&#233; &#224; Grenelle&#034;. Au d&#233;but, il y a eu des sifflements et &#224; la fin des hu&#233;es s&#233;rieuses qui ont mis plusieurs minutes &#224; se calmer. S&#233;guy a conclu : &#171; D'apr&#232;s ce que j'entends, je dirais que vous ne vous laisserez pas &#233;craser. Ils l'ont applaudi et les militants du PCF ont scand&#233; &#171; Gouvernement populaire, gouvernement populaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on d&#233;duire des &#233;v&#233;nements de l'&#238;le Seguin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gauchistes qui voyaient dans les &#233;v&#233;nements de l'assembl&#233;e de l'&#238;le Seguin, &#224; cette &#233;poque ou dans les ann&#233;es suivantes, une forme de radicalisation de la base contre la CGT ont montr&#233;, une fois de plus, combien ils &#233;taient simplistes. Halbeher a vot&#233; la poursuite de la gr&#232;ve avant que S&#233;guy n'intervienne et c'&#233;tait la CGT. Mais Frachon &#233;tait aussi &#224; la CGT et pr&#233;sentait les r&#233;sultats comme une grande victoire. Et S&#233;guy, qui pr&#233;sentait aussi les faibles r&#233;sultats du d&#233;but comme une belle avanc&#233;e, a toujours &#233;t&#233; la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connaissant la ruse des cadres de l'appareil CGT, on peut dire qu'ils ont pr&#233;vu toutes les &#233;ventualit&#233;s. Si le peu pr&#233;sent&#233; par S&#233;guy &#233;tait accept&#233;, tant mieux. S'il n'&#233;tait pas accept&#233;, la CGT aurait gard&#233; le vote pour le maintien, il n'y aurait pas de probl&#232;me. L'appareil aurait pu retomber sur ses pieds (et c'est ce qui s'est pass&#233;). Mais connaissant les protagonistes, on peut aussi dire que tous, rivaux en coulisses, ont d&#233;fendu des politiques diff&#233;rentes, repr&#233;sentant les diff&#233;rents courants au sein du PCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la bonne version ? Nous ne saurons jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le jour de l'annonce radio du meeting de Billancourt, certains militants staliniens (comme chez Alsthom) croyaient d&#233;j&#224; que S&#233;guy avait &#233;t&#233; d&#233;savou&#233; &#224; Billancourt. En tout cas, ils ont vite oubli&#233; que chez Citro&#235;n, Krasucki a &#233;t&#233; &#233;poustoufl&#233; par les gr&#233;vistes lors de la pr&#233;sentation des r&#233;sultats du Grenelle. Il n'en est pas moins vrai qu'apr&#232;s dix gr&#232;ves la tendance n'&#233;tait pas &#224; la reprise du travail. Mais les syndicats ont su agir et ont attendu une semaine avant de commencer &#224; ordonner un retour au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charl&#233;ty et apr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UNEF appelle &#224; une s&#233;rie de grandes manifestations pour le 27 mai dans toute la France, et organise un meeting au stade Charl&#233;ty &#224; Paris. La CGT a r&#233;pondu en convoquant 12 meetings, &#034;dans le but d'informer la classe ouvri&#232;re et la population sur les r&#233;sultats des n&#233;gociations du Grenelle&#034;. Il rassemble &#224; peine 10 000 fid&#232;les, alors qu'&#224; Charl&#233;ty 30 000 personnes &#233;coutent les intervenants de l'&#171; alt-gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union est volontairement plac&#233;e sous le &#171; parrainage &#187; des syndicats dont les pires bureaucrates tentent une reconversion, comme M. Laby, patron de la F&#233;d&#233;ration FO Chimie. Il y avait aussi des repr&#233;sentants, outre l'UNEF et le SNESup, de : la CFDT de Paris, 4 f&#233;d&#233;rations FO, la FEN, la CAL ou encore le syndicat CGT de l'ORTF. En revanche, certains groupes d'extr&#234;me gauche se sont soustraits &#224; la rencontre, dont les objectifs leur paraissaient trop flous. Le mouvement du 22 mars organise parall&#232;lement quelques petites r&#233;unions locales, avec l'aide des Comit&#233;s d'action qu'il anime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Mend&#232;s France[xxxvii], l'ancien pr&#233;sident du Conseil des ministres et membre du PSU, attendait en coulisse, &#224; c&#244;t&#233; du Centre national d'&#233;tudes et de formation, un club qui faisait partie de la FGDS[xxxviii]. Les politiciens ne se sont pas exprim&#233;s. Ce sont les syndicats qui ont pris leur place en posant leurs points de vue sur la r&#233;volution, la CGT, la &#171; dualit&#233; de pouvoir &#187;, etc., les uns apr&#232;s les autres, sans s'engager bien au-del&#224; de la responsabilit&#233; individuelle ni avancer vers une perspective tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, le meeting de Charl&#233;ty n'a &#233;t&#233; qu'un &#233;change, dans lequel leurs bonnes intentions r&#233;volutionnaires ont &#233;t&#233; expos&#233;es sans prendre de d&#233;cision concr&#232;te, et une v&#233;ritable tentative de r&#233;cup&#233;ration et de lancement d'hommes politiques alternatifs au PCF, essayant de trouver une l&#233;gitimit&#233; au sein du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT reprend l'initiative et donne l'ordre national d'une marche le mercredi 29, qui doit se disperser devant la gare Saint-Lazare. De Gaulle commen&#231;a &#224; chercher l'appui du g&#233;n&#233;ral Massu[xxxix], en Allemagne. Les 29 et 30 mai, plus de 60 marches, regroupant plus d'un demi-million de personnes, se sont soulev&#233;es en province dans une atmosph&#232;re d'unit&#233; car la CGT avait localement adouci ses attaques contre l'UNEF. A Paris, quelques &#233;tudiants et professeurs se sont joints &#224; la marche ouvri&#232;re qui est all&#233;e de la Bastille &#224; la gare Saint-Lazare avec 350 000 personnes et cela s'est pass&#233; dans le plus grand calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;monstration de force, qui pendant trente-six heures a constitu&#233; la terreur et le fantasme d'une mesure de force PCF pour certains membres du gouvernement, n'a finalement donn&#233; lieu qu'&#224; une relance des n&#233;gociations au sein de la gauche entre le FGDS et le PCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-offensive gaulliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 mai &#224; midi, de Gaulle rentre au palais de l'&#201;lys&#233;e. A 14h30, il re&#231;oit Pompidou et lui dit &#171; On reste. J'ai c&#233;d&#233; &#224; un r&#233;f&#233;rendum.&#034; Le Premier ministre a demand&#233; au pr&#233;sident de dissoudre la Chambre des d&#233;put&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 15 heures, en Conseil des ministres, De Gaulle pr&#233;sente sa position et annonce : &#034;Apr&#232;s les &#233;lections, le gouvernement d&#233;missionnera&#034;. Pompidou s'est rendu compte, malgr&#233; ce que le pr&#233;sident lui avait dit ce matin-l&#224;, qu'il s'agissait de fixer une date pour sa propre expulsion. Le discours a eu lieu &#224; la radio &#224; 16h30. C'&#233;tait une d&#233;claration combative dans laquelle la philosophie de la participation n'avait pas sa place. Il s'agissait surtout d'organiser une contre-offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation organis&#233;e la veille &#224; l'instigation des &#171; barons &#187; du gaullisme[xl] se r&#233;unit une heure plus tard sur la place de la Concorde. Il comptait entre 700 000 et 800 000 participants et &#233;tait le premier signe que la vague tournait. Le coup psychologique a port&#233; ses fruits, et les partis de gauche l'ont compris. Ils se sont adapt&#233;s &#224; la nouvelle situation politique en quelques heures et tout le monde a commenc&#233; &#224; se pr&#233;parer pour les &#233;lections l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 mai au 7 juin : le d&#233;clin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers pr&#233;l&#232;vements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des cinq premiers jours de juin, de nombreuses interventions polici&#232;res ont touch&#233; toutes les grandes villes de France. Les cibles prioritaires &#233;taient les bureaux de poste, les centres bancaires, les bureaux des imp&#244;ts, les d&#233;p&#244;ts d'essence, les &#233;metteurs ORTF, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ont &#233;mis des consignes de retenue : emp&#234;cher les briseurs de gr&#232;ve de reprendre le travail, mais pas s'opposer &#224; l'intervention polici&#232;re. Cependant, il y a eu des incidents &#224; Dijon, Nancy, Metz, Nantes et Rennes, o&#249; la poste centrale a d&#251; &#234;tre &#233;vacu&#233;e &#224; l'aide de grenades lacrymog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La SNCF posait un probl&#232;me particulier : elle ne pouvait imaginer un retour au travail s&#233;rieux uniquement au niveau local. L'occupation par la police d'un commissariat ou d'un seul d&#233;p&#244;t ne pouvait &#224; elle seule entra&#238;ner un r&#233;sultat significatif. Pourtant, le gouvernement comptait sur elle pour se r&#233;pandre comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, en raison de la suppos&#233;e d&#233;moralisation des gr&#233;vistes. Le 3 juin, &#224; Paris, la police a vid&#233; la gare de Lyon, et dans l'Est celles de Strasbourg, Colmar et Mulhouse. Quelques trains de banlieue sont mis en service pour Strasbourg, mais &#224; Mulhouse les gr&#233;vistes se couchent sur les voies et r&#233;occupent les cabines de signalisation. A 3 heures du matin, les gr&#233;vistes r&#233;occupent pacifiquement les gares de Strasbourg et de Mulhouse. Les briseurs de gr&#232;ve d&#233;moralis&#233;s ont pr&#233;f&#233;r&#233; rentrer chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me d&#233;ception aux PTT pour les autorit&#233;s : &#224; quelques exceptions pr&#232;s, le personnel non gr&#233;viste n'a pas suffi &#224; maintenir les niveaux minimaux de s&#233;curit&#233;. Chaque matin, ils devaient retourner sous la protection de la police et les moqueries des gr&#233;vistes rassembl&#233;s. Apr&#232;s bien des h&#233;sitations, le ministre a reconnu sa d&#233;faite et, dans certains cas, a rendu aux piquets les immeubles &#233;vacu&#233;s, &#224; condition qu'ils s'engagent &#224; maintenir un &#171; service minimum d'int&#233;r&#234;t public &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ils ont d&#251; attendre les r&#233;sultats des grandes n&#233;gociations qui avaient lieu. Celles-ci se d&#233;roulaient dans les cabinets de diff&#233;rents ministres et selon les modalit&#233;s mises en &#339;uvre lors des accords de Grenelle, ressemblant &#224; de v&#233;ritables marathons. Dans la plupart des cas, il y a eu une impasse : les syndicats ont exig&#233; une augmentation substantielle de l'enveloppe financi&#232;re allou&#233;e aux nouvelles mesures sociales ; les ministres ont d&#233;clar&#233; que cela sortait de leur domaine de comp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour au travail &#224; la SNCF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement proposa &#224; la SNCF 1 200 millions de francs comme valeur des concessions ; les syndicats voulaient 200 millions suppl&#233;mentaires. Le gouvernement a accept&#233; dans un ultime effort &#224; la condition que les syndicats ordonnent un retour au travail. Ainsi, il y avait 1400 millions. Les syndicats ont vot&#233; entrep&#244;t par entrep&#244;t, poste par poste. L'Alsace-Lorraine &#233;tait de la partie : le vote du 4 juin a donn&#233; une r&#233;ponse n&#233;gative massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la journ&#233;e du 5 juin, nouvel arr&#234;t&#233; minist&#233;riel : toutes les heures perdues seraient consid&#233;r&#233;es comme imm&#233;diatement r&#233;cup&#233;r&#233;es, le retour du r&#233;seau &#224; la normale n&#233;cessitant un &#034;effort exceptionnel&#034; de la part des cheminots. Aucun train n'avait circul&#233; depuis pr&#232;s de trois semaines, et il a fallu pr&#233;parer les voies pour permettre le fonctionnement des signaux lumineux, v&#233;rifier si les signaux fonctionnaient, reconstruire les trains dont les wagons avaient &#233;t&#233; dispers&#233;s au hasard dans toute la France par la gr&#232;ve, etc. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce dernier &#034;cadeau&#034;, qui en 1968 &#233;tait unique, s'accompagnait d'un &#233;l&#233;ment de chantage : si vous ne reprenez pas le travail le lendemain, la prestation &#233;tait annul&#233;e. Dans la soir&#233;e, de nouvelles consultations ont &#233;t&#233; organis&#233;es avec des r&#233;sultats mitig&#233;s : alors que les trains circulaient d&#233;j&#224; dans l'Est et que la reprise du travail avait &#233;t&#233; globalement d&#233;cid&#233;e dans le Nord et &#224; Paris, il y a eu des votes favorables &#224; la poursuite de la mobilisation Ils sont venus du Ouest et Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations syndicales publient alors un communiqu&#233; commun qui leur permet de c&#233;der au chantage minist&#233;riel tant que l'illusion de &#171; d&#233;mocratie syndicale &#187; et &#171; d'unit&#233; ouvri&#232;re &#187; est maintenue. Citant des r&#233;sultats mitig&#233;s avec une faible majorit&#233; de retour au travail (bien que les r&#233;sultats n'aient pas encore &#233;t&#233; re&#231;us), ils ont appel&#233; &#224; un arr&#234;t complet de la gr&#232;ve. Par ailleurs : &#034;En r&#233;ponse aux inqui&#233;tudes de coordination exprim&#233;es par de nombreux militants, les f&#233;d&#233;rations exigent que les cheminots des centres qui ont d&#233;cid&#233; de reprendre le travail organisent &#224; l'unisson leur retour dans les prochaines heures.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 6 juin, les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux ont pour t&#226;che de liquider la gr&#232;ve co&#251;te que co&#251;te. Ils proc&#233;d&#232;rent &#224; un nouveau vote parmi les ouvriers obstin&#233;s et, lorsque le refus fut obtenu - malgr&#233; toutes les pressions - une fois de plus (comme ce fut le cas &#224; Nantes et &#224; la gare de Montpellier), ils d&#233;cid&#232;rent m&#234;me alors de revenir, au nom de la &#171; discipline des ouvriers &#187; et &#171; ne pas s'opposer au reste de la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette technique de retour forc&#233; au travail a &#233;t&#233; utilis&#233;e dans d'autres branches et a provoqu&#233; le d&#233;go&#251;t des gr&#233;vistes les plus impliqu&#233;s dans l'action. Certains d'entre eux, &#224; certains endroits, ont encourag&#233; la rupture de leurs cartes syndicales. Mais cette r&#233;action diplomatique ne refl&#233;tait qu'en partie l'impuissance des gr&#233;vistes &#224; prendre seuls la gr&#232;ve, en plus de leur isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprendre le travail &#224; la RATP&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la RATP, le retour au travail devenait beaucoup plus compliqu&#233;. Apr&#232;s le refus de reprendre le travail le 3 juin, de nouvelles enqu&#234;tes sont entreprises par la Corporation qui accepte quelques concessions suppl&#233;mentaires : un budget plus cons&#233;quent et des cong&#233;s pay&#233;s augment&#233;s d'un jour. Le 5 juin, les entrep&#244;ts ont de nouveau vot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT et les ind&#233;pendants se sont d&#233;clar&#233;s sans ambigu&#239;t&#233; favorables &#224; la reprise du travail. Le D&#233;partement conf&#233;d&#233;ral de la CGT n'a-t-il pas dit que &#171; dans tous les lieux o&#249; les revendications essentielles ont &#233;t&#233; satisfaites, l'int&#233;r&#234;t des salari&#233;s r&#233;side &#224; se prononcer en masse pour une reprise unifi&#233;e du travail &#187; ? Cependant, une minorit&#233; de salari&#233;s s'est d&#233;clar&#233;e favorable &#224; la poursuite d&#233;termin&#233;e des mobilisations. Le 6 juin au matin, cinq lignes de m&#233;tro, la station Nation et trois d&#233;p&#244;ts de bus (dont le d&#233;p&#244;t Lebrun dans le XIIIe arrondissement) sont totalement paralys&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la veille apr&#232;s-midi, de violentes discussions avaient eu lieu entre les responsables syndicaux et une partie de leurs propres militants, soutenus par de nombreux n'appartenant &#224; aucune organisation et des camarades li&#233;s au comit&#233; d'action de Censier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, la CGT a syst&#233;matiquement diffus&#233; de la d&#233;sinformation sur la reprise du travail dans d'autres entrep&#244;ts pour contrecarrer les ouvriers r&#233;calcitrants et leur faire croire que tel ou tel entrep&#244;t &#233;tait le seul &#224; vouloir continuer[xli]. On pouvait voir des conducteurs monter dans leur v&#233;hicule en pleurant. Mais ce que cela montre, c'est que les liaisons horizontales entre entrep&#244;ts n'en &#233;taient qu'&#224; leurs balbutiements et que la CGT &#233;tait ma&#238;tresse de la centralisation. Avec le retour de la RATP &#224; la SNCF, la vie normale en r&#233;gion parisienne pourrait reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour au travail dans d'autres secteurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les PTT, dans les mines de charbon et m&#233;tallurgiques de l'Est, dans les raffineries, il a fallu pr&#232;s d'une semaine pour n&#233;gocier un accord et du temps pour convaincre les ouvriers qu'ils devaient accepter cet accord. Mais depuis le 6 juin, le retour au travail a &#233;t&#233; accept&#233; par les salari&#233;s malgr&#233; les gr&#232;ves sporadiques qui se sont poursuivies pendant quelques jours jusqu'&#224; ce que les patrons utilisent des briseurs de gr&#232;ve et des pr&#233;caires pour briser les gr&#232;ves. Dans l'apr&#232;s-midi du vendredi 7 juin, m&#234;me si la situation &#233;tait encore loin d'&#234;tre normale, la France n'&#233;tait plus vraiment paralys&#233;e. Mais les derniers secteurs de gr&#233;vistes ont &#233;t&#233; plus r&#233;sistants au retour des patrons. Ainsi, parmi les enseignants des &#233;coles primaires de Paris, les manifestants ont appel&#233; &#224; un rendez-vous pour la nuit du lundi 10 au march&#233; de l'emploi. Les syndicats ont refus&#233; d'occuper le sac. Mais &#224; l'heure dite, 3 000 professeurs furieux demandent &#224; &#234;tre entendus. Le retour &#224; la normale dans l'enseignement primaire n'a eu lieu que le 14 juin. Dans de nombreux autres secteurs, tels que la m&#233;tallurgie, l'&#233;lectronique et l'industrie du caoutchouc, le conflit ne semble pas s'arr&#234;ter. Se sentant encourag&#233;es par la vague gaulliste, les chambres de commerce rejettent toute id&#233;e de convention collective nationale et tentent, au mieux, de lutter pour une application stricte des accords de Grenelle. Cependant, le r&#233;gime remporte une victoire psychologique de l'opinion publique : l'essence r&#233;appara&#238;t dans les stations-service. Le retour &#224; la normale dans l'enseignement primaire n'a eu lieu que le 14 juin. Dans de nombreux autres secteurs, tels que la m&#233;tallurgie, l'&#233;lectronique et l'industrie du caoutchouc, le conflit ne semble pas s'arr&#234;ter. Se sentant encourag&#233;es par la vague gaulliste, les chambres de commerce rejettent toute id&#233;e de convention collective nationale et tentent, au mieux, de lutter pour une application stricte des accords de Grenelle. Cependant, le r&#233;gime remporte une victoire psychologique de l'opinion publique : l'essence r&#233;appara&#238;t dans les stations-service. Le retour &#224; la normale dans l'enseignement primaire n'a eu lieu que le 14 juin. Dans de nombreux autres secteurs, tels que la m&#233;tallurgie, l'&#233;lectronique et l'industrie du caoutchouc, le conflit ne semble pas s'arr&#234;ter. Se sentant encourag&#233;es par la vague gaulliste, les chambres de commerce rejettent toute id&#233;e de convention collective nationale et tentent, au mieux, de lutter pour une application stricte des accords de Grenelle. Cependant, le r&#233;gime remporte une victoire psychologique de l'opinion publique : l'essence r&#233;appara&#238;t dans les stations-service. dans le meilleur des cas, se battre pour une application stricte des accords de Grenelle. Cependant, le r&#233;gime remporte une victoire psychologique de l'opinion publique : l'essence r&#233;appara&#238;t dans les stations-service. dans le meilleur des cas, se battre pour une application stricte des accords de Grenelle. Cependant, le r&#233;gime remporte une victoire psychologique de l'opinion publique : l'essence r&#233;appara&#238;t dans les stations-service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blocage des r&#233;servoirs de carburant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;gion parisienne, trois complexes assurent l'approvisionnement en essence : le port de Gennevilliers, Villenueve le Roi/Choisy et Colombes. D&#232;s le 21 mai, les d&#233;p&#244;ts de Gennevilliers (Mobil, Elf, Antar et SITESC) sont occup&#233;s, avec Total &#224; Saint-Ouen, Antar &#224; Villeneuve et Desmarais &#224; Colombes. Le 23 mai, des gr&#233;vistes tentent de prendre d'assaut la raffinerie Shell de Nanterre sans succ&#232;s, malgr&#233; la destruction de c&#226;bles t&#233;l&#233;phoniques. Mais dans les faits, &#224; l'exception du SINTESC &#224; Gennevilliers, les principaux gisements p&#233;troliers &#233;taient prot&#233;g&#233;s par des piquets tr&#232;s faibles (Total Saint-Ouen) ou par aucun piquet (Antar Gennevilliers, Mobil Gennevilliers, Total Colombes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Testimonio : El CA Montreuil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation du Comit&#233; d'action de Montreuil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par quitter la JCR. Pendant un an et demi j'ai travaill&#233; &#224; l'AFTAM (Association pour l'Accueil et la Formation des Travailleurs Africains et Malgaches) en tant que responsable d'un foyer pour travailleurs migrants (Maliens et S&#233;n&#233;galais originaires de la r&#233;gion de Kayes, &#224; l'ouest du Mali). Avec une amie psychologue du bureau central de l'AFTAM (o&#249; elle faisait de l'alphab&#233;tisation), nous avons cr&#233;&#233; la section CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;unions des futurs militants du Comit&#233; d'action de Montreuil avaient souvent lieu dans cette auberge aux c&#244;t&#233;s de s&#233;rigraphies et d'affiches disant des choses comme &#171; La bourgeoisie a peur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 mai, j'ai entendu &#224; la radio qu'une violente manifestation &#233;tudiante allait avoir lieu au Quartier Latin dans l'apr&#232;s-midi. J'ai vol&#233; jusqu'au boulevard Saint-Germain &#224; c&#244;t&#233; de la place Maubert et j'ai vu la fa&#231;ade d'un immeuble en feu et des d&#233;combres partout. Le but de la manifestation &#233;tait de d&#233;fendre les universitaires punis d'expulsion pour avoir occup&#233; le complexe de l'Universit&#233; de Nanterre. La demande initiale &#233;tait que les gar&#231;ons aient le droit de visiter le b&#226;timent des filles et &#233;videmment vice versa. Deux ou trois jours plus tard, je faisais &#224; nouveau partie d'une nouvelle marche. Je n'ai jamais vu des gens aussi d&#233;termin&#233;s et pr&#233;par&#233;s &#224; affronter la police, qui se repliait souvent sur le boulevard Saint-Germian, qui &#233;tait bloqu&#233; par les CRS et deux canons &#224; eau &#8211; nous avions attaqu&#233; et pris de force une de ces voitures. Plus tard, nous avons attaqu&#233; la police avec toutes sortes de projectiles. Bien s&#251;r, nous avons utilis&#233; des bouts de trottoir, mais aussi des bombes fumig&#232;nes et des grenades &#233;clair qui ont &#233;t&#233; rendues &#224; la police (certaines personnes ont &#233;t&#233; gravement bless&#233;es aux mains &#224; ces occasions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons v&#233;cu comme s'il s'agissait vraiment d'une f&#234;te, apr&#232;s de nombreuses ann&#233;es &#224; nous courber devant l'&#201;tat gaulliste et sa police : &#224; commencer par le m&#234;me coup d'&#201;tat gaulliste de 1958, puis la r&#233;pression de la r&#233;volte alg&#233;rienne et les manifestations contre la guerre d'Alg&#233;rie . Le seul mouvement r&#233;ussi avait &#233;t&#233; la gr&#232;ve des mineurs de charbon pour refuser le travail forc&#233; en 1963, qui commen&#231;ait &#224; &#234;tre v&#233;cue comme une victoire ! et l'anti-imp&#233;rialisme, mais aussi comme pr&#233;paration &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, dans ces premiers jours jusqu'au 10 mai, les marches ont eu lieu presque tous les jours. Malgr&#233; les nombreux bless&#233;s, nous avions le sentiment de descendre dans la rue, de nous faire respecter et enfin nous esp&#233;rions que cela d&#233;boucherait sur quelque chose, quelque chose dont nous avons commenc&#233; &#224; discuter dans la rue et apr&#232;s les marches. Le socialisme semblait possible. Pour moi et bien d'autres ? Il y avait une pression croissante depuis dix ans qui a fini par exploser et sans le contr&#244;le des staliniens, r&#233;formistes et autres organisateurs professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme d'une marche tr&#232;s mouvement&#233;e vers Montparnasse, nous avons coordonn&#233; l'&#233;vasion de la police avec deux jeunes menuisiers rencontr&#233;s dans la voiture (Roland et Michel). Ils vivaient &#224; Rosny sous Bois &#224; c&#244;t&#233; de Montreuil, et nous avons d&#233;cid&#233; de nous revoir le lendemain pour discuter politique et aller &#224; nouveau ensemble aux manifestations. Ils sont venus &#224; la premi&#232;re rencontre avec deux autres amis, un plombier et un autre menuisier (Little Swiss et Yoyo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la r&#233;occupation de la Sorbonne par les &#233;tudiants, quelques futurs gauchistes et l'UNEF (dont certains soul&#232;veront plus tard Lib&#233;ration) lancent une tentative de formation de comit&#233;s d'action. J'ai &#233;crit mon nom et mon adresse sur l'une des listes au c&#339;ur de la Sorbonne et des gar&#231;ons et des filles ont commenc&#233; &#224; venir me voir &#224; l'auberge. A Montreuil, il y avait initialement deux comit&#233;s d'action qui ont rapidement fusionn&#233;. L'un des comit&#233;s &#233;tait dirig&#233; par des militants de la JCR. Le comit&#233; dont je faisais partie comptait entre 20 et 30 personnes et les militants de base n'ont pas compris pourquoi il y avait deux CA, alors ils ont fusionn&#233; au bout de quelques jours. Fin mai ou en juin, certaines pl&#233;ni&#232;res rassemblaient une centaine de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles &#233;taient les activit&#233;s des membres des Comit&#233;s d'action ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions actifs &#224; Montreuil et certains des membres de notre comit&#233; de Montreuil venaient pour cela de Rosny, mais nous n'avons jamais cherch&#233; &#224; toucher des gens d'ailleurs, ce qui me para&#238;t incroyable aujourd'hui. En g&#233;n&#233;ral, nous &#233;tions assez na&#239;fs pour croire que la faiblesse du mouvement - le manque de relations avec les ouvriers de l'usine (qui &#233;taient nombreux &#224; l'&#233;poque &#224; Montreuil), le manque d'&#233;volution politique et l'absence d'organisation que s'il n'&#233;tait pas militaire, il constituerait au moins un service d'ordre &#8211; il se r&#233;soudrait au cours du d&#233;veloppement des mobilisations que l'on pensait durer des ann&#233;es plut&#244;t que des mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coutais beaucoup la radio. A chaque newsletter, nous apprenions que de nouveaux lieux de travail, apr&#232;s la grande manifestation du 13 mai, se mettaient en gr&#232;ve et cela nous maintenait le moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'il savait, c'&#233;tait que ce ne serait pas exactement un pique-nique. Une nuit, je montai dans la voiture avec l'intention d'aller voir les usines situ&#233;es entre Pantin et la banlieue nord-est (route nationale 3). Je suis all&#233; aux portes de 5 ou 6 usines et &#224; chaque fois j'arrivais plein d'enthousiasme. A l'int&#233;rieur, j'ai crois&#233; les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT, probablement des membres du PCF. Il &#233;tait impossible d'entrer dans les usines et de discuter avec les gr&#233;vistes. Je me rendis compte que les usines n'&#233;taient pas occup&#233;es et que l'ambiance n'&#233;tait pas si terrible : ce n'&#233;tait pas 1936. J'esp&#233;rais que les marches viendraient briser ce blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, et aussi en tant que repr&#233;sentant du comit&#233;, j'ai vu des comit&#233;s d'action &#224; Paris et &#231;a m'a tout de suite &#233;nerv&#233;, alors j'y suis all&#233;e le moins possible. Il devait au moins aller chercher les journaux et les brochures. J'ai quitt&#233; les r&#233;unions r&#233;guli&#232;res de coordination des CA et personne d'autre n'&#233;tait l&#224; pour nous repr&#233;senter. En fait, personne ne voulait vraiment se m&#234;ler de politique et affronter les ennemis de la gauche. Le comit&#233; d'action &#233;tait compos&#233; de travailleurs mais il s'agissait toujours de personnes isol&#233;es, qui ne repr&#233;sentaient pas un groupe sur leur lieu de travail ou seulement si leur lieu de travail &#233;tait petit, etc. C'&#233;taient pour la plupart des camarades anarchistes - l'un d'eux (Roland) avait des contacts avec la F&#233;d&#233;ration anarchiste (FA). On avait aussi Princet, un autre anarch qui a pav&#233; de m&#233;tier, un peu vieux pour nos 20-25 ans (le dicton de notre vieux est devenu : &#034;c'est le reflux&#034;), une secr&#233;taire du MNEF (Mutuelle &#233;tudiante), Michelle &#8211;coordinatrice chez L&#233;o Lagrange[xlii] &#8211;et une technicienne de Roussel-Uclaf, &#224; Romainville, qui avait particip&#233; &#224; la R&#233;sistance pendant la guerre en Corr&#232;ze. Il y avait aussi des professeurs et des &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essayons surtout de contacter les lieux de travail qu'ils soient &#224; Montreuil ou ailleurs. Il y avait un lieu de travail qui faisait beaucoup de t&#233;l&#233;vision, Grandin, certainement tr&#232;s important. Nous pouvions facilement discuter avec les travailleurs devant la porte, mais nous ne pouvions pas entrer et participer &#224; leurs r&#233;unions. Le CA veut mener des actions communes avec les ouvriers de Grandin, mais la CGT et les mao&#239;stes tentent d'&#233;viter tout contact. Nous pensions qu'il &#233;tait tr&#232;s n&#233;gatif d'avoir des confrontations verbales (ou pire) aux portes de l'usine. Nous n'&#233;tions certainement pas si persistants et rester &#224; la porte comme des patelles n'&#233;tait pas dans notre int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avions nullement de contacts soutenus et politiques avec les ouvriers des grandes usines, ind&#233;pendants des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; Montreuil comme ailleurs, si les ouvriers eux-m&#234;mes n'ont pas voulu s'organiser, l'activit&#233; des militants venus d'ailleurs (tracts, affiches ou meetings) n'a rien donn&#233; tant que les prol&#233;taires ont continu&#233; &#224; faire confiance aux syndicats et aux partis de gauche. . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos liens avec la population g&#233;n&#233;rale &#233;taient &#233;galement assez superficiels. Nous nous sommes beaucoup disput&#233;s avec les personnes qui demandaient &#224; discuter &#224; ce moment-l&#224;. Dans certaines grandes marches, nous pouvions entra&#238;ner 200, 300 ou m&#234;me 400 personnes. Honn&#234;tement, il &#233;tait content de parler aux gens, mais il &#233;tait trop calme et d&#232;s qu'on s'est approch&#233; de la police on a pr&#233;f&#233;r&#233; sentir les gaz lacrymog&#232;nes et l'essence des cocktails Molotov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle organisation ou quel manque d'organisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux, trois et quatre fois par semaine, il y avait une nouvelle &#233;dition du journal Acci&#243;n. La presse des CA &#233;tait vendue presque tous les jours. On allait chercher une pile de 100 exemplaires dans le Quartier Latin et on les vendait tous en une heure, g&#233;n&#233;ralement devant la mairie de Montreuil, et les tankies [surnom donn&#233; aux membres du parti communiste]. N. del T.] ne nous a jamais d&#233;rang&#233;s. Le 13 mai, pendant la marche d'une journ&#233;e, j'ai vendu sept piles de 100 journaux Accion (700 exemplaires) par moi-m&#234;me. J'ai sauv&#233; quelques &#233;ditions d'Acci&#243;n et, en les relisant, le contenu &#233;tait tr&#232;s r&#233;formiste, certaines pages parlaient de th&#233;orie marxiste ou, au d&#233;but, tout le journal parlait de r&#233;pression : un m&#233;lange amusant. Ce n'&#233;tait pas un bon journal de propagande ou de r&#233;flexion, et &#224; l'&#233;poque on ne s'en rendait pas compte. Nous n'avons pas &#233;crit d'articles pour Action, personne ne nous a demand&#233; et personne n'a voulu essayer de s'impliquer dans le montage. Le journal nous servait surtout de moyen de discussion avec les passants et nous y travaillions tr&#232;s bien. On allait chercher les affiches Beaux-Arts[xliv] et on faisait aussi des affiches locales avec s&#233;rigraphie et nos propres textes. Cela ressemblait &#224; un pamphlet et je me souviens encore des titres : &#171; La bourgeoisie a peur &#187; et du second, &#171; La bourgeoisie a encore peur &#187;, juste avant les vacances, sans doute, fin juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains matins, nous distribuions des d&#233;pliants CA, d'autres matins ou soirs, nous collions des affiches. Nous n'avons jamais eu de probl&#232;mes, sauf avec une brigade gaulliste fin juin, lors des &#233;lections. Il n'y avait pas de leaders, juste certaines personnes qui faisaient plus que d'autres. Il m'a sembl&#233; que j'avais une activit&#233; de rencontre et de coordination avec une amie, Sylvia, Roland L., technicien de Roussel, une femme qui encourageait, etc. De mani&#232;re informelle ou organis&#233;e, nous sortions deux ou plusieurs fois par jour, selon les besoins de l'action. Nous &#233;tions certainement des militants. Nous pensions que c'&#233;tait maintenant ou jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est pass&#233; d'une trentaine de membres ou quelque chose comme &#231;a &#224; une centaine dans une pl&#233;ni&#232;re qui se d&#233;roulait dans une salle de r&#233;union protestante. Bien que la plupart des jours douze ou quinze d'entre nous aient fait quelques actions, les autres n'allaient qu'&#224; des marches et c'&#233;tait tout ce qui &#233;tait servi &#171; au menu &#187;. Presque chaque jour, les r&#233;unions avaient lieu chez quelqu'un ou dans un caf&#233;. Nous avons discut&#233; de la situation politique actuelle et d&#233;cid&#233; si nous allions participer aux actions de tous les comit&#233;s d'action. Il n'y avait ni secr&#233;taire, ni tr&#233;sorier, ni charges priv&#233;es. Les d&#233;cisions &#233;taient prises &#224; la majorit&#233; mais nous avons souvent essay&#233; de trouver l'unanimit&#233;. Les discussions portaient souvent sur des questions pratiques et il n'y avait pas de d&#233;saccords majeurs en dehors de ceux entre les militants organis&#233;s venus vendre leur marque particuli&#232;re de mao&#239;sme ou de trotskysme. Les mao&#239;stes venaient p&#234;cher (sans succ&#232;s, comme partout ailleurs) tandis que les trotsks &#233;taient plus subtils ; au moins deux ont particip&#233; et ont convaincu un coll&#232;gue et un bulletin d'information d'un lieu de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#233;galement all&#233;s soutenir le piquet de gr&#232;ve des salari&#233;s au grand magasin Printemps, entre Nation et Vincennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin juin, nous avons contact&#233; quelqu'un au Krema Hollywood (usine de bonbons). La m&#232;re d'une femme qui faisait partie du comit&#233; d'action travaillait dans cette entreprise. Avec elle et un ou deux autres travailleurs, nous avons cr&#233;&#233; un bulletin d'information pour les travailleurs du Krema. Nous avons critiqu&#233; les politiques salariales du lieu et les conditions et la s&#233;curit&#233; du travail. L'un des probl&#232;mes &#233;tait la sant&#233;, en particulier pour les femmes qui devaient nettoyer les machines tous les matins avec des produits puissants et dangereux. Parfois, ils s'&#233;vanouissaient. Nous avons &#233;crit le bulletin en nous inspirant du fait que nous parlions aux travailleurs, alors qu'eux-m&#234;mes n'&#233;crivaient rien. Ils &#233;taient distribu&#233;s &#224; la porte tandis que les ouvriers les distribuaient secr&#232;tement &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces deux ou trois mois, nous avons eu l'impression que les deux seules forces politiques &#224; Montreuil &#233;taient le PCF et le CA. C'&#233;tait un spectacle. Nous n'avions pas de contacts avec le PCF et nous n'avons pas essay&#233; d'en avoir, encore moins de proposer des actions communes. A Montreuil, le jour du discours de de Gaulle annon&#231;ant son r&#233;f&#233;rendum, le PCF appelle &#224; une marche locale pour emp&#234;cher les gens de se rendre &#224; la Bastille. Par chance, les deux marches, celle du PCF et celle du CA qui se rendait &#224; Paris, se sont crois&#233;es. Ils &#233;taient presque de la m&#234;me taille. Il n'y a pas eu de conflits ni d'insultes, mais chacun a suivi son propre chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvions que les membres du PCF &#233;taient facilement dupes, mais, dans notre optimisme, nous esp&#233;rions et pensions que les militants du PCF et de la CGT perdraient bient&#244;t leurs &#339;ill&#232;res, que les prol&#233;taires feraient ce que faisaient les &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des &#233;lections l&#233;gislatives de fin juin, nous avons men&#233; une campagne d'abstention mod&#233;r&#233;ment active : &#171; Les &#233;lections sont un pi&#232;ge &#224; cons &#187; &#233;tait notre slogan. Le jour des &#233;lections, nous sommes all&#233;s p&#234;cher dans la campagne avec quelques amis du CA et, &#224; notre retour, nous sommes all&#233;s provoquer les gens du PCF dans les bureaux de vote avec nos cannes &#224; p&#234;che. Ils &#233;taient vraiment en col&#232;re et ne pouvaient pas nous enlever nos roseaux, mais les ouvriers de Montreuil et de Rosny ont vot&#233;, et en grand nombre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un apr&#232;s-midi, le 17 mai, les comit&#233;s d'action ont convoqu&#233; une visite chez Renault. Sur l'&#238;le Seguin, nous avons chant&#233; une ballade et essay&#233; de discuter avec des ouvriers, mais les portes &#233;taient toujours verrouill&#233;es et il n'y avait aucun contact. Nous sommes all&#233;s un autre jour d&#233;but juin &#224; Flins : cette fois la police nous attendait et bien s&#251;r le trajet a fait un d&#233;tour par quelques champs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; convoqu&#233; par la police d&#233;but juillet. Il avait d&#233;figur&#233; &#034;Apr&#232;s f&#233;vrier, octobre !&#034; sur le mur de la maison de quelqu'un qui ne l'appr&#233;ciait pas. Il se souvenait de mon num&#233;ro de plaque d'immatriculation, et il avait agi seul, en plein jour et dans ma voiture. D&#233;but juillet on avait d&#233;j&#224; pens&#233; que le mouvement s'&#233;tait momentan&#233;ment calm&#233;, mais qu'il reprendrait &#224; l'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; &#224; Montreuil n'est pas isol&#233; du reste de la situation. Le 10 mai, le soir des barricades, le boulevard Saint-Michel &#233;tait bond&#233; de monde et j'ai eu l'occasion de discuter avec de nombreux jeunes travailleurs. Je n'avais pas de strat&#233;gie en t&#234;te, mais j'&#233;tais content. On sortait de dix ans de gaullisme prot&#233;g&#233; partout et du PCF qui bloquait tout &#224; la classe ouvri&#232;re. Pendant les journ&#233;es de mai et de juin, on a m&#234;me pu voir une grande fen&#234;tre s'ouvrir sur le futur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savions pas que le PCF avait encore assez de force pour refermer la fen&#234;tre, m&#234;me s'il devait y mourir et ne plus jamais pouvoir passer pour un parti r&#233;volutionnaire ; ni que la bourgeoisie moderniste avait assez de tours dans son sac pour re-cadenasser ladite fen&#234;tre avec l'aide d'anciennes vedettes &#171; 68istes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1968, j'ai particip&#233; &#224; une marche contre le massacre de la Plaza de las Tres Culturas qui s'est produit pendant les Jeux Olympiques au Mexique. Alors que quelques semaines plus t&#244;t nous aurions &#233;t&#233; pr&#234;ts &#224; insulter la police, nous avons lanc&#233; des centaines d'incitations sans aucune r&#233;action. Un coll&#232;gue est arriv&#233; avec des pics dans sa voiture. Personne ne voulait les emmener au combat. Les piloris ont fini par &#234;tre jet&#233;s dans le caniveau. C'&#233;tait comme si l'atmosph&#232;re de Mai 68 avait compl&#232;tement disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1968, un peu agac&#233;, je suis all&#233; &#224; Madagascar pour &#234;tre un &#171; d&#233;veloppeur culturel &#187; [d&#233;veloppant essentiellement des activit&#233;s culturelles et de d&#233;veloppement comme l'alphab&#233;tisation, par exemple. N. del T.] (nous &#233;tions quatre du CA Montreuil) et nous ne sommes rentr&#233;s en France qu'en janvier 1971 avec l'id&#233;e de donner un coup de main &#224; Lutte Ouvri&#232;re, faute de mieux &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit en espagnol par Valentin Truijillo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acronymes utilis&#233;s dans le texte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;d&#233;ration syndicale &#171; mod&#233;r&#233;e &#187; Fond&#233;e en 1948 par scission de la CGT, elle &#233;tait organis&#233;e par des repr&#233;sentants des &#201;tats-Unis et compos&#233;e d'un curieux m&#233;lange de socialistes de droite, de syndicalistes &#171; purs &#187;, de trotskystes et d'anarcho-syndicalistes. . JCR Jeunesses communistes r&#233;volutionnaires (Jeunesse communiste r&#233;volutionnaire &#8211; organisation trotskiste/gu&#233;variste) Elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1966 par des personnes issues des organisations &#233;tudiantes et de jeunesse du PCF et des trotskistes appartenant &#224; la Quatri&#232;me Internationale (tendance mand&#233;liste). Elle a &#233;t&#233; dissoute par le gouvernement en juin 1968, devenant plus tard la Ligue communiste (LC). JOC Jeunesse ouvri&#232;re chr&#233;tienne. LCR Ligue Communiste R&#233;volutionnaire. Fond&#233;e en 1973 apr&#232;s la dissolution du LC (voir ci-dessus) apr&#232;s la manifestation de masse &#224; Paris contre le groupe d'extr&#234;me droite Ordre Nouveau, au cours de laquelle les manifestants ont violemment et avec succ&#232;s affront&#233; la police. Il est affili&#233; &#224; la Quatri&#232;me Internationale (tendance Mandelista) et aux &#233;lections, il soutient toujours la gauche officielle. LO Lutte Ouvri&#232;re (Lutte Ouvri&#232;re &#8211; Parti Trotskyste qui existe encore aujourd'hui). En 1940, un militant trotskyste roumain vivant en France refuse de rejoindre la Quatri&#232;me Internationale fran&#231;aise parce qu'elle est &#171; petite bourgeoise &#187; dans ses m&#233;thodes d'organisation. Ce militant (Barta, alias David Korner) &#233;tait le fondateur de l'UC (Union Communiste). Ce groupuscule m&#232;ne un combat &#224; Renault Billancourt en avril et mai 1947 contre la domination stalinienne du syndicat. l'un du PCF et l'autre de la SFIO (Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re). Une fois ins&#233;r&#233; dans certaines usines, en 1968, il tenta de remplir un r&#244;le de liaison entre le mouvement, les organisations de gauche et la gauche pro-gouvernementale. PTT Postes, T&#233;l&#233;graphes, T&#233;l&#233;phones (poste, t&#233;l&#233;graphe, t&#233;l&#233;phone - monopole d'&#201;tat du courrier et des communications). RATP R&#233;gie autonome des transports parisiens (Soci&#233;t&#233; Publique Autonome des Transports Parisiens) RTL Radio, T&#233;l&#233;vision Luxembourg (Radio T&#233;l&#233;vision Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes [i] Comme celles sur les violences &#171; ouvri&#232;res &#187; exag&#233;rant les exemples de Renault Flins et Peugeout Sochaux, ou celles sur l'auto-organisation exaltant les &#171; comit&#233;s centraux de gr&#232;ve &#187;, etc. Mais aujourd'hui, quarante ans plus tard, il ne reste rien des gr&#232;ves ouvri&#232;res dans les publications d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ii] Georges Marchais (1920-1997), ouvrier m&#233;canique et militant PCF depuis 1947. Il gravit la hi&#233;rarchie de l'appareil bureaucratique, d'abord de la CGT, puis du PCF. Membre du Comit&#233; central en 1956, puis de la direction politique en 1959 et enfin secr&#233;taire de l'organisation en 1961. C'est un produit typique du stalinisme, un homme qui doit beaucoup &#224; l'appareil. Il devient secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PCF en 1972 jusqu'en 1994. En 1968, il est le plus limit&#233; des dirigeants du PCF dans ses accusations contre les &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iii] Daniel Cohn-Bendit (1945-). En 1968, il est &#233;tudiant militant &#224; Nanterre et proche du magazine &#171; Noir et rouge &#187;. Symbole du mouvement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iv] Facult&#233; des sciences, situ&#233;e dans d'anciens march&#233;s aux vins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[v] Alain Geismar (1939-), secr&#233;taire national du SNESup en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vi] Jacques Sauvageot (1943-), alors membre du PSU et vice-pr&#233;sident de l'UNEF depuis le d&#233;but de 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vii] En 1968, il y avait une radio publique nationale (France Inter) et deux radios priv&#233;es (Europe 1 et RTL) situ&#233;es hors de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[viii] Avec une tr&#232;s forte participation tant &#224; Paris qu'en province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ix] D'apr&#232;s le t&#233;moignage relatif &#224; Paris Austerlitz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[x] Delale et Ragache pointent le premier cas d'une reprise d'usine, Wisco &#224; Givet, dans les Ardennes, o&#249; le patron a refus&#233; d'appliquer un trait&#233; collectif r&#233;gional &#224; partir d'avril : &#171; Les ouvriers ont r&#233;pondu par une s&#233;rie d'arr&#234;ts sans r&#233;sultat . Le 9 mai, ils d&#233;cident de s'emparer de l'usine par surprise : &#224; 2 heures du matin, les piquets prennent position. Le patron a alors appel&#233; deux unit&#233;s de gendarmes et l'huissier. En r&#233;ponse, les gr&#233;vistes se retranchent dans le b&#226;timent (des syndicalistes de la CFDT, de la CGT et de la FEN d&#233;filent pour leur apporter leur soutien). L'affrontement a dur&#233; deux jours. Craignant des troubles, le pr&#233;fet fait appliquer la convention par le patron, et les premiers &#034;occupants&#034; rentrent victorieux chez eux le 10 mai, &#224; 21h30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xi] En janvier 1968, Sud-Aviation Bouguenais employait 2 682 ouvriers, dont 1 793 ouvriers &#224; l'heure et 831 ouvriers et techniciens salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xii] Pour plus de d&#233;tails, consultez : &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.mondialisme.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xiii] L'usine a &#233;t&#233; construite r&#233;cemment (1958) et install&#233;e dans une zone rurale o&#249; les industries traditionnelles (comme le textile &#224; Elbeuf) se sont rapidement perdues. Elle employait 5 200 personnes, dont 750 sous-traitants. Le taux de syndicalisation &#233;tait de 18 % (la moyenne nationale &#233;tait de 22 %), il y avait 11 % de travailleurs immigr&#233;s et 1 600 de moins de 25 ans. La plupart des travailleurs n'&#233;taient pas qualifi&#233;s et il y avait 95 types de salaire horaire diff&#233;rents ! L'usine produisait des moteurs et des bo&#238;tes de vitesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xiv] Construite en 1952, l'usine de Flins, qui recrutait essentiellement des ruraux, &#233;tait connue pour la duret&#233; de son r&#233;gime. Surtout, c'est l&#224; que Renault a mis en pratique le principe du salaire travaill&#233;, avant sa g&#233;n&#233;ralisation dans tous les &#233;tablissements. Selon ce principe, un travailleur est pay&#233; en fonction du travail qu'il effectue, et non en fonction de sa qualification. Le salaire travaill&#233; avait alors un double effet : une division infinie dans les situations particuli&#232;res des ouvriers, et le pouvoir renforc&#233; du patron, qui pouvait soit changer le travail d'un ouvrier en celui d'un voyou, soit le promouvoir. L'usine employait environ 10 500 ouvriers au d&#233;but de l'ann&#233;e et 12 300 &#224; la fin. L'ann&#233;e 1968 est &#233;galement marqu&#233;e par le passage au travail en deux &#233;quipes de 8 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xv] Selon Aim&#233; Halbeher (voir n&#176;34, avril 1998, &#171; Un d&#233;but modeste dans la &#8220;forteresse ouvri&#232;re&#8221; &#187;) : &#171; Chez Renault, le mouvement de gr&#232;ve a commenc&#233; le matin du 16 mai &#224; Cl&#233;on, puis au Branche du Mans. A Billancourt, apr&#232;s avoir entendu &#224; la radio ce qui s'est pass&#233;, nous avons convoqu&#233; une r&#233;union sur l'&#238;le Seguin et nous &#233;tions des milliers parmi quelque 35 000 travailleurs. Environ un millier d'entre nous occupons l'&#238;le Seguin. On l'a pris le soir, mais ce n'&#233;tait pas pour se d&#233;cider &#224; la place des gar&#231;ons, on l'a occup&#233; pour &#233;viter la fermeture par les patrons. Le soir, quelques centaines de salari&#233;s nous ont rejoints apr&#232;s s'&#234;tre fait une id&#233;e de l'&#233;volution du mouvement &#224; la radio. Le 17 &#224; 6 heures du matin, ils ont ouvert les portes des &#233;quipes qui venaient travailler et ont fix&#233; un lieu pour une r&#233;union sur l'&#238;le Seguin &#224; 10 heures. Il y avait beaucoup de gens l&#224;-bas. La CGT &#233;tait tr&#232;s majoritaire dans l'usine, mais elle avait cherch&#233; &#224; s'allier au plus vite. Dans la nuit, ils rejoignent FO et la CFDT et appellent ensemble &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gr&#232;ve massivement vot&#233;e chaque matin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas appel&#233; &#224; une gr&#232;ve illimit&#233;e, mais &#224; une gr&#232;ve renouvelable avec occupation, vot&#233;e en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale chaque matin. C'&#233;tait une nouvelle approche. Ils ont d&#233;cid&#233; de prendre un week-end vendredi pour donner &#224; la direction le temps d'ouvrir des n&#233;gociations sans perturber s&#233;rieusement la production. Des comit&#233;s de gr&#232;ve sont cr&#233;&#233;s par section et par atelier, chacun r&#233;alisant son cahier de revendications. La direction n'a donn&#233; aucun signe de vie. Lundi, il y a eu un nouveau meeting de masse au cours duquel les trois organisations syndicales ont propos&#233; de poursuivre la gr&#232;ve renouvelable, qui a &#233;t&#233; vot&#233;e en masse chaque matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaudes journ&#233;es pour la premi&#232;re rencontre &#233;tudiant-travailleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re nuit o&#249; les radios ont diffus&#233; le slogan que les &#233;tudiants vont dans les usines pour montrer leur solidarit&#233; avec les travailleurs, nous avons appel&#233; les &#233;tudiants &#224; ne pas venir. Nous ne voulions pas donner &#224; la police une excuse pour intervenir. Les &#233;l&#232;ves n'ont pas compris que nous leur refusions l'entr&#233;e. Ce fut la premi&#232;re confrontation ouvrier-&#233;tudiant. Je suis s&#251;r que si nous avions laiss&#233; entrer les &#233;tudiants, le lendemain les ouvriers ne seraient pas rentr&#233;s dans l'usine pour l'occuper avec nous. En ces chaudes journ&#233;es de mai, nous allions souvent en d&#233;l&#233;gation &#224; Nanterre. J'ai m&#234;me invit&#233; Sauvageot &#224; d&#233;battre sur la Place Nationale autour des th&#232;mes du &#171; pouvoir ouvrier &#187; et du &#171; pouvoir &#233;tudiant &#187;. Ils ont refus&#233; de d&#233;battre, mais ils ont organis&#233; un d&#233;bat auquel je suis all&#233; au milieu de la nuit. C'&#233;tait un monde fou. Sauvageot n'&#233;tait pas pr&#233;sent. J'ai expliqu&#233; les droits qu'on avait d&#233;j&#224; chez Renault et que leurs slogans de cogestion n'apportaient pas quelque chose de tr&#232;s cool qu'on ne savait pas avant, et que tout &#231;a n'&#233;tait pas tr&#232;s r&#233;volutionnaire. Nous avons eu des d&#233;bats comme celui-ci tout au long de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xvi] En 1968, Billancourt compte 38 230 salari&#233;s. L'usine Renault, en 1968, couvrait une superficie de 2 km2 r&#233;partis sur la ville de Boulogne-Billancourt (1,8 km2), l'&#238;le Seguin (0,12 km2) et la ville de Meudon (0,08 km2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xvii] Parti Communiste Internationaliste [N. du T.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xviii] Voir la note pr&#233;c&#233;dente sur les paroles du m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xix] Ver M. Seidman, &#171; La r&#233;volution imaginaire &#187;, p. 169&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xx] Andr&#233; Bergeron (1922-), ouvrier imprimeur, syndicaliste et socialiste avant la Seconde Guerre mondiale. Il participe &#224; la scission de la CGT en 1948. Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de FO de 1963 &#224; 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxi] Georges S&#233;guy (1927-), typographe, jeune militant PC, d&#233;port&#233; &#224; Mauthausen en 1944. A partir de 1945, il travaille &#224; la SNCF et monte dans la hi&#233;rarchie de la CGT (dirigeant de la F&#233;d&#233;ration des chemins de fer de 1954 &#224; 1965, g&#233;n&#233;ral secr&#233;taire de 1967 &#224; 1982) et du PCF (il entre au comit&#233; central en 1954 et &#224; la direction politique de 1956 &#224; 1982.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxii] Rappelons que jusqu'alors, travailler le samedi (ou un samedi sur deux) &#233;tait normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxiii] Suburbio de Paris (20 km al noroeste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxiv] Une des gares principales de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxv] Les militants du CATE Censier &#233;taient conscients de ce probl&#232;me et appelaient &#224; la &#171; gr&#232;ve active &#187; dans leurs pamphlets, ce qui prouve qu'elle n'&#233;tait pas active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxvi] Ver Delale y Ragache, pp 89&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxvii] MODEF : Mouvement de D&#233;fense des Exploitations Familiales, un sindicato agricultor muy cercano al PCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxviii] Valois : r&#233;gion agricole tr&#232;s riche au nord-est de Paris (entre 40 et 100 km), dans l'Oise et l'Aisne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxix] Charles de Gaulle (1890-1970) Pr&#233;sident de la France de 1958 &#224; 1969. Colonel en 1939, chef de la r&#233;sistance bourgeoise de 1940-1944, chef du gouvernement de 1944-1946. Artisan de la d&#233;colonisation, il a mis fin &#224; la guerre d'Alg&#233;rie (1954-1962).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxx] Georges Pompidou (1911-1974) Premier ministre du gouvernement de Gaulle (1962-1968) et pr&#233;sident de 1969 &#224; 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxi] Souvent pr&#233;sent&#233;es comme le pendant toulousain du mouvement du 22 mars &#224; Nanterre, la CFDT et le CNJA appellent &#224; manifester le 24. La mairie est pacifiquement envahie par la foule qui fraternise avec les employ&#233;s municipaux en gr&#232;ve. Le lendemain, la CGT a men&#233; sa propre marche, toute seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxii] Printemps pp. 99 &#8211; 100&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxiii] Paul Huvelin (1902 &#8211; 1995), PDG de l'usine de pneumatiques Kl&#233;ber Colombes et secr&#233;taire du CNPF de 1966 &#224; 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxiv] Beno&#238;t Frachon (1893-1975), m&#233;tallurgiste et anarcho-syndicaliste jusqu'en 1919. Plus tard, il fut membre du PCF et de la CGTU (la CGTU fut le syndicat stalinien de 1921 &#224; 1936). Il se consacre au travail politique du PCF &#224; partir de 1928, dirigeant clandestin pendant la guerre et dirigeant de la CGT de 1948 &#224; 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxv] En 1936, apr&#232;s la vague spontan&#233;e de gr&#232;ves de mai et juin, le premier ministre socialiste r&#233;cemment &#233;lu L&#233;on Blum (du gouvernement du &#171; front populaire &#187;, avec le soutien du stalinisme) tient une r&#233;union avec les groupes patronaux et la CGT ( repr&#233;sent&#233; par L&#233;on Jouhaux et Beno&#238;t Frachon). Cette r&#233;union a abouti aux &#171; Accords de Matignon &#187; le 7 juin, consid&#233;r&#233;s par tous les participants comme une victoire pour les travailleurs et une avanc&#233;e du progr&#232;s social : 40 heures hebdomadaires de travail, deux semaines de cong&#233;s pay&#233;s, entre la 7e et 15 % d'augmentation des salaires (et le SMIC par branche a augment&#233; jusqu'&#224; 35 %), la reconnaissance des d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux de base, etc. La v&#233;rit&#233; est que c'&#233;tait une arme contre les luttes ouvri&#232;res pour les faire retourner au travail. R) Oui, En 68, Frachon veut profiter du pass&#233; glorieux pour pr&#233;senter les accords de Grenelle aux ouvriers de Renault comme une victoire. [N. du T.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxvi] Andr&#233; Jeanson (1911-1994), employ&#233; de l'&#201;tat, membre du syndicat chr&#233;tien CFTC &#224; partir de 1937 et pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration des salari&#233;s (1951-1967). Leader du courant de d&#233;confessionnalisation de la CFTC, il fut l'un des fondateurs de la CFDT (1964) puis son secr&#233;taire national (1967-1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxvii] Pierre Mend&#232;s-france (1907-1982), avocat (le plus jeune de France en 1928), militant du parti radical et d&#233;put&#233; (1928). Il soutient le gouvernement du Front populaire et devient secr&#233;taire d'&#201;tat dans le gouvernement Blum (1938) ; Il a &#233;t&#233; pr&#233;sident du conseil (1954-1955) du gouvernement de centre-gauche qui a mis fin &#224; la guerre d'Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxviii] FGDS : F&#233;d&#233;ration de la Gauche d&#233;mocratique et socialiste, regroupement &#233;lectoral autour de la SFIO, du Parti radical et de plusieurs formations &#171; de gauche &#187; face au r&#233;sultat de la candidature de Mitterrand en d&#233;cembre 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xxxix] Jacques Massu (1908-2002), gaulliste pendant la guerre mondiale ; G&#233;n&#233;ral en chef des forces fran&#231;aises d'occupation en Allemagne (1966-1969). Il remporte la bataille d'Alger (1957-1958) contre le FLN officialisant la pratique de la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xl] Debr&#233;, Malraux, Mesmer, Guichard, etc. Dirigeants gaullistes &#171; historiques &#187; et membres du gouvernement Pompidou. Lien connexe : &lt;a href=&#034;http://rojoynegrocel.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://rojoynegrocel.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>T&#233;moignage de Ngo Van sur la gr&#232;ve &#224; Jeumont Schneider en 1968</title>
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		<dc:date>2022-05-17T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;T&#233;moignage de Ngo Van sur la gr&#232;ve &#224; Jeumont Schneider en 1968 &lt;br class='autobr' /&gt;
Chez J.S. Impressions de mai &lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous para&#238;t fastidieux en ce moment o&#249; tout est &#224; la &#034;normale&#034; d'&#233;voquer ce qui ne l'&#233;tait pas moins &#034;normal &#224; rebours&#034; &#224; la fin du printemps dernier. D'ailleurs ce qui s'est pass&#233; ici n'est qu'une variante de ce qui s'est pass&#233; ailleurs, que tout le monde conna&#238;t. Cependant il n'est pas inutile de se pencher sur le miroir terni du pass&#233; pour essayer de se conna&#238;tre soi-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'apr&#232;s-midi du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;T&#233;moignage de Ngo Van sur la gr&#232;ve &#224; Jeumont Schneider en 1968&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chez J.S. Impressions de mai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il nous para&#238;t fastidieux en ce moment o&#249; tout est &#224; la &#034;normale&#034; d'&#233;voquer ce qui ne l'&#233;tait pas moins &#034;normal &#224; rebours&#034; &#224; la fin du printemps dernier. D'ailleurs ce qui s'est pass&#233; ici n'est qu'une variante de ce qui s'est pass&#233; ailleurs, que tout le monde conna&#238;t. Cependant il n'est pas inutile de se pencher sur le miroir terni du pass&#233; pour essayer de se conna&#238;tre soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apr&#232;s-midi du vendredi 17, dans les ateliers, on chuchote : les syndicats sont en train de mijoter quelque chose devant la mont&#233;e de la vague ; cependant c'est une fin de semaine sans histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi matin, les travailleurs, qui ont parcouru l'avenue d&#233;cor&#233;e de drapeaux rouges, se groupent devant les portes sans savoir s'ils doivent entrer ou rester dehors ; ils attendent un ordre. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s le donnent : &#171; Entrez, nous d&#233;ciderons de ce qu'il faut faire &#187;. Comme d'habitude les lourdes portes de fer se referment, apr&#232;s que tout le monde, d'un geste d'automate, a point&#233; son carton &#224; la pendule, tandis qu'&#224; l'usine voisine, la SIFA, fabrique d'antibiotique, il s'est d&#233;j&#224; pass&#233; quelque chose : le drapeau rouge flotte au-dessus des portes de fer scell&#233;es par d'innombrables affiches blanches manuscrites qui pourraient se r&#233;sumer ainsi : gr&#232;ve illimit&#233;e, pour que &#231;a change, pour que le travail fasse partie de la vie et non de la destruction de la vie...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il va se passer quelque chose chez nous, tout &#224; l'heure&#034;, nous pr&#233;vient un jeune copain de la CFDT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans les ateliers, les gens ne travaillent pratiquement plus, certains se montrent impatients dans l'attente de ce quelque chose. Vers 9 heures les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux circulent et pr&#233;sentent un papier polycopi&#233; &#224; signer : &#171; &#202;tes-vous pour ou contre les revendications suivantes : salaires minimum 800 francs, semaines de 40 heures sans diminution de salaires, retraites &#224; 60 ans, abrogation des ordonnances de la S&#233;curit&#233; Sociale, reconnaissance des droits syndicaux dans l'entreprise. &#202;tes-vous pour ou contre une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du personnel ? &#187;Quelle responsabilit&#233; aurons-nous &#224; prendre, nous les &#233;ternels signataires de p&#233;titions, de revendications, de requ&#234;tes destin&#233;es aux corbeilles &#224; papier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; dix heures les ateliers se vident, et on se r&#233;unit &#224; la menuiserie. Environ 500 personnes dont la majorit&#233; est form&#233;e d'ouvriers en bleu ; eux, les contrema&#238;tres, chefs d'&#233;quipe, en blouse grise, ils sont l&#224; aussi cette fois-ci ; et quelques blouses blanches. Cet atelier d'emballage conna&#238;t depuis des ann&#233;es, de temps &#224; autre, la routine des assembl&#233;es d'une heure, d'une demi-heure, des gens en d&#233;brayage &#224; l'appel des syndicats, r&#233;unions o&#249; on n'a jamais vu tant de monde que ce matin du lundi 20 mai. Mais la routine n'a pas perdu ses droits, les m&#234;mes m&#232;nent le jeu, et les autres jouent le jeu. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont sur la plate-forme et la foule, comme toujours, est presque silencieuse. Prend la parole le premier un d&#233;l&#233;gu&#233; de la CFDT, un tourneur, un gaillard entre deux &#226;ges, aux yeux profonds et luisants, l'air convaincu et passionn&#233;. Il fait l'&#233;loge du courage des &#233;tudiants et estime que c'est le moment pour les ouvriers d'entrer dans la lutte pour &#171; faire ouvrir les yeux au patronat et au gouvernement qui, depuis des lustres refusent de discuter avec les syndicats &#187;. Timidement un petit drapeau rouge est d&#233;roul&#233; puis dress&#233; derri&#232;re le groupe des orateurs. &#171; Je ne suis pas communiste, dit-il, mais je suis pour le drapeau rouge. &#187; Puis il rappelle les origines de l'embl&#232;me : pendant les barricades de 1848, on a ramass&#233; une chemise impr&#233;gn&#233;e du sang d'un ouvrier (...) elle a servi de drapeau, et cette chemise serait encore conserv&#233;e dans un mus&#233;e de Moscou. &#199;a &#233;tonne un peu tout de m&#234;me. Les qu&#234;tes pour les gr&#233;vistes des houill&#232;res, pour le Vietnam, s'&#233;taient faites avec le drapeau tricolore : on l'&#233;tendait &#224; la sortie de l'usine et chacun manifestait sa &#034;solidarit&#233; agissante&#034; en jetant son obole dans ce chiffon sacr&#233; de la patrie. Eh oui ! on aurait eu bonne mine, devant les &#233;tudiants des barricades avec leurs drapeaux rouges et leurs drapeaux noirs, si l'on avait sorti seulement le bleu-blanc-rouge. Apr&#232;s le d&#233;l&#233;gu&#233; de la CFDT, celui de la CGT avoue n'avoir plus grand-chose &#224; dire, et propose, comme moyen d'appuyer les revendications propos&#233;es par les syndicats, la gr&#232;ve illimit&#233;e avec occupation de l'usine. Les jeunes semblent &#234;tre enthousiastes pour l'action, les vieux paraissent soucieux. La d&#233;cision est prise par voie de scrutin : chacun marque le oui ou le non sur un petit papier ; 2/3 pour la gr&#232;ve, 1/3 contre ; une vingtaine pour la gr&#232;ve sans occupation de l'usine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous vous demandons, dit le d&#233;l&#233;gu&#233; CGT, de ranger vos outils et de tenir les &#233;tablis propres. &#187; On sent l'autorit&#233; du &#034;responsable&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi fut rompu le quotidien, et chacun, secou&#233;, fut tir&#233; plus ou moins de l'apathie. Le probl&#232;me &#233;tait l&#224;, et chacun se le posait &#224; sa mani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Maintenant, il faut discuter de ce qu'on va faire, dit G., un contrema&#238;tre, vous voulez foutre par terre le gouvernement, et il faut savoir o&#249; l'on va. Demain il n'y aura plus de lait pour les b&#233;b&#233;s... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le repas de midi, on se r&#233;unit &#224; la cantine et on &#233;lit un comit&#233; de gr&#232;ve. La plupart des candidats pr&#233;sent&#233;s &#224; l'approbation de l'assembl&#233;e sont des d&#233;l&#233;gu&#233;s ou syndiqu&#233;s CGT et CFDT ; quelques jeunes &#034;inorganis&#233;s&#034; y sont admis. Un piquet de gr&#232;ves de quarante personnes, toutes volontaires, assurera l'occupation jour et nuit. Le comit&#233; invite tout le monde &#224; venir tous les jours pour participer &#224; l'occupation. En r&#233;alit&#233; pour garder l'entr&#233;e de l'usine, car seul le piquet de gr&#232;ve peut circuler dans les ateliers. &#171; Et pourquoi occuper l'usine ? Pour que le patron ne lock-out pas ; car une fois d&#233;j&#224; il a jou&#233; ce mauvais tour et a fait convoquer un &#224; un les travailleurs qu'il voulait reprendre. &#187;Aux jeunes du comit&#233; est confi&#233;e la t&#226;che &#034;d'organiser les loisirs&#034; en vue de tuer l'ennui des occupants, l'ennui pr&#233;vu aussi illimit&#233; que la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les jeunes (infime minorit&#233;) se manifeste un sentiment confus de la n&#233;cessit&#233; d'un changement profond du mode de vie, ce qui implique un changement profond de la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans ses structures. &#192; certains qui descendent au quartier latin les nuits des barricades, il semble que le couvercle du vieux monde de plomb s'entreb&#226;ille au-dessus de nos t&#234;tes et que c'est le moment de le faire sauter ; la majorit&#233; vit l'&#233;v&#233;nement passivement, comme en se laissant un peu emporter dans l'inconnu par la vague ; ceux qui ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; le demi-si&#232;cle d'&#226;ge, qui ont fait 36, ne s'illusionnent point, ils se rappellent bien comment on a su &#034;terminer une gr&#232;ve&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la premi&#232;re semaine, on vient nombreux et les assembl&#233;es pour informations et discussions, organis&#233;es par le comit&#233; de gr&#232;ve, sont fr&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Grenelle, la CGT et la CFDT ne se montrent pas chaudes pour les r&#233;unions du comit&#233; de gr&#232;ve et les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales et pr&#233;textent, pour en convoquer le moins possible, de r&#233;unions intersyndicales presque journali&#232;res. Ou bien on exp&#233;die prestement la r&#233;union du comit&#233; de gr&#232;ve, on y parle de cantine ou de la garde de nuit, et c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 21, des jeunes proposent de constituer des &#233;quipes de discussion sur les revendications et autres probl&#232;mes. &#192; l'issue de l'assembl&#233;e une trentaine d'ouvriers se retrouvent dans la salle de conf&#233;rences (accessible aux cadres seulement en temps normal), car la proposition leur a plu. Une discussion tr&#232;s sympathique se d&#233;veloppe au sujet des revendications, des contradictions et des insuffisances ; on en arrive &#224; la question des rapports entre syndicats et partis politiques mais la discussion tourne court, des d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT intervenant, prenant la parole avec force et interrompant tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour, seul le drapeau rouge flotte au-dessus de la porte ferm&#233;e de l'usine, porte scell&#233;e par une grande affiche rouge portant nos revendications. Mais d&#232;s le jour suivant, le drapeau tricolore est l&#224;, faisant la paire avec le rouge. Nous comprendrons &#231;a plus tard, lorsque le PC se d&#233;clarera parti de l'ordre, &#034;le premier &#224; d&#233;noncer les groupuscules extr&#233;mistes et provocateurs&#034;, et d&#233;clare qu'il a su associer &#034;le drapeau de la r&#233;volution fran&#231;aise&#034; au &#034;drapeau de la classe ouvri&#232;re&#034;. Monsieur Waldeck Rocher charrie. Le drapeau des communards ne se m&#234;le pas au drapeau des Versaillais. Le drapeau tricolore est celui de la bourgeoisie et de l'&#201;tat bourgeois actuels. C'est sous ses couleurs que, depuis 1789, la bourgeoisie exploite les ouvriers et les envoie mourir au champ d'honneur ; sous ses couleurs qu'elle a asservi les noirs et les jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il utile de le dire ? Nos camarades de la CGT, c'est la cellule &#224; l'usine, tout comme le camarade S&#233;guy fait partie du bureau politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les assembl&#233;es les gens parlent peu, s'expriment avec difficult&#233;. Nous notons au hasard les choses qui nous reviennent &#224; la m&#233;moire. Quelqu'un propose un jour de discuter sur les revendications formul&#233;es, en rappelant qu'en 36 on a obtenu la semaine de 40 heures, et que depuis on a toujours travaill&#233; de 48 &#224; 56 heures. Et puis maintenant, 32 ans apr&#232;s, nous nous retrouvons au m&#234;me point. &#171; Depuis 32 ans, la technique a &#233;volu&#233; et la production s'est d&#233;velopp&#233;e, s'est dit un vieil ouvrier, pourquoi revendiquer 40 heures au lieu de 35 heures ? &#187;Et si demain patronat et gouvernement acceptaient les 40 heures, qu'est-ce qui les emp&#234;cheraient de nous rouler comme par le pass&#233; ? La retraite &#224; 60 ans permettrait aux vieux de conna&#238;tre un peu de repos et aux jeunes d'avoir du travail. La proposition n'a pas suscit&#233; beaucoup d'int&#233;r&#234;t parmi l'assistance, et le comit&#233; d&#233;clare clos le d&#233;bat qui n'est pas m&#234;me commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la suite, apr&#232;s Grenelle, au comit&#233; de gr&#232;ve, on ne parle plus de 40 heures mais de la r&#233;duction progressive des heures de travail ; on ne parle plus de la retraite &#224; 60 ans, mais de l'abaissement de l'&#226;ge de la retraite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des camarades &#233;voquent l'union dans la lutte entre l'universit&#233; et l'usine, proposant qu'on invite les &#233;tudiants de l'UNEF du mouvement du 22 mars &#224; venir &#224; l'usine nous informer de leur mouvement. Sur le refus du comit&#233; de gr&#232;ve, ils demandent que leur proposition soit soumise &#224; un vote de l'assembl&#233;e, ce qui est class&#233; sans r&#233;ponse. Bien qu'il y ait un certain nombre de camarades favorables &#224; cette id&#233;e, personne n'insiste. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s et les jeunes membres de la CFDT, qui sont d'accord pour une telle liaison ouvriers-&#233;tudiants, n'ont pas voulu contrarier les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT, de crainte de &#034;rompre l'unit&#233; d'action&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un groupe de jeunes se rend &#224; la mairie &#034;communiste&#034; de St-Denis pour obtenir un local hors de l'usine o&#249; ils pourront discuter avec des &#233;tudiants. D'abord on leur refuse sous pr&#233;texte que chez J.S. il y a des gens suspects. Pour contenter ces jeunes un d&#233;l&#233;gu&#233; (CGT) intervient et une salle est accord&#233;e au 120 avenue Wilson, &#224; quelque cent m&#232;tres de l'usine. Mais la rencontre n'a pas lieu, les &#233;tudiants de l'UNEF ne sont pas venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la manifestation &#224; la gare St Lazare, organis&#233;e par la CGT pour un gouvernement d&#233;mocratique (&#224; participation communiste) &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, le comit&#233; de gr&#232;ve, ou plut&#244;t les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT, invitent les gens &#224; participer &#224; la manifestation pour &#034;appuyer les pourparlers entre patronat et d&#233;l&#233;gation syndicale de la m&#233;tallurgie&#034;. &#171; Maintenant vous voulez politiser la gr&#232;ve, dit quelqu'un. Qu'est-ce que vous racontez, la manifestation est destin&#233;e &#224; soutenir votre politique, hier soir &#224; la t&#233;l&#233; S&#233;guy l'a dit, et vous nous fa&#238;tes croire qu'elle est simplement destin&#233;e &#224; soutenir nos revendications. &#187;De son c&#244;t&#233; la d&#233;l&#233;gu&#233;e CFDT propose le soutien d'un &#233;ventuel gouvernement Mend&#232;s-France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers une heure, quatre ou cinq gars et filles du mouvement du 22 mars sont venus devant l'usine et cherchent &#224; entrer en conversation avec les gr&#233;vistes. Tout de suite les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT interviennent. Une femme prend &#224; partie les intrus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8249; Qu'est-ce que vous voulez ? Quel est votre programme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8249; Mais madame, nous ne sommes pas un parti politique, nous ne voulons pas le pouvoir, et nous n'avons pas de programme. Nous voulons simplement prendre contact pour information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la discussion avec les ouvriers, lorsque le gars prononce le nom de S&#233;guy, un d&#233;l&#233;gu&#233; CGT, tout feu, veut lui sauter &#224; la gorge. Comme si le bon dieu &#233;tait profan&#233;. Une ouvri&#232;re, indign&#233;e du fanatisme du d&#233;l&#233;gu&#233;, intervient : &#171; Tu n'as pas le droit de l'emp&#234;cher de parler, laisse-le parler. Moi aussi je suis c&#233;g&#233;tiste, mais il faut que tout le monde puisse parler. M&#234;me les trotskistes qui &#233;taient venus pour distribuer des tracts, vous n'avez pas le droit de les brutaliser. &#187; Et elle continue : &#171; On peut obtenir des am&#233;liorations ; pourquoi faire une r&#233;volution ? Pourquoi faire couler du sang ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu les bouches s'ouvrent, surtout en dehors des assembl&#233;es, dans les piquets de gr&#232;ves, la nuit. Comme disait un copain de la bo&#238;te : &#171; Cette gr&#232;ve, elle aura eu au moins le m&#233;rite de faire parler les travailleurs. &#187; On discute sur les &#233;v&#233;nements, les &#233;tudiants, le fascisme, sur tout. Quelques-uns vont le soir &#224; la Sorbonne, &#224; l'Od&#233;on, &#224; l'&#233;cole des Beaux-Arts, et reviennent le lendemain avec des id&#233;es et l'ambiance de libert&#233; de ces lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien souvent, devant le fiasco des revendications alimentaires de Grenelle, l'id&#233;e de l'autogestion, de la gestion ouvri&#232;re est lanc&#233;e. Les r&#233;ponses ne sont pas hostiles, mais l'on se consid&#232;re incapable de mener une telle t&#226;che &#224; bien, on sent qu'il s'agit d'un probl&#232;me &#224; caract&#232;re global, qui d&#233;passe le cadre de l'entreprise, et m&#234;me de la France. Et on sent aussi que les syndicats ne sont pas pour la fin du r&#233;gime social existant. La commission des loisirs a invit&#233; des artistes portugais qui viennent chanter des fados. &#192; leur arriv&#233;e, le mercredi 21, devant la porte de l'usine, les copains portugais comparent la profondeur et l'ampleur du mouvement avec le pi&#232;tre contenu de nos revendications, ce qui a pour effet d'&#233;veiller la m&#233;fiance d'une d&#233;l&#233;gu&#233;e CGT. Apr&#232;s les chants un dialogue s'amorce avec un d&#233;l&#233;gu&#233; CFDT :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8249; Pourquoi &#234;tes-vous en gr&#232;ve, et quelles sont vos revendications ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8249; La soci&#233;t&#233; capitaliste nous exploite par le canal des impresarios, des maisons de disque, la radio, au m&#234;me titre qu'elle exploite les ouvriers par le moyen des patrons. Nous ne revendiquons pas la semaine de 40 heures (qu'on devrait avoir de plein droit depuis 36) ni un salaire minimum de 800 F (car il faut plus de 800 F pour vivre d&#233;cemment) et pourquoi ici 800 F, plus loin 600 F et l&#224;-bas 1000 F ? Nous sommes en gr&#232;ve aussi par solidarit&#233; envers les ouvriers et les &#233;tudiants, nous allons dans les usines pour que s'engage le dialogue entre ouvriers et artistes, et qu'on voit bien qu'il n'existe qu'un probl&#232;me pour tous : contester la soci&#233;t&#233; en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le copain ach&#232;ve en disant qu'il ne faut pas se laisser avoir. R&#233;action violente de la d&#233;l&#233;gu&#233;e CGT : &#171; Vous &#234;tes l&#224; pour chanter, alors chantez. Quant aux ouvriers, nous, on s'en occupe. &#187; Le dialogue se poursuit n&#233;anmoins, mais bient&#244;t les copains sont pri&#233;s de quitter l'usine sous la surveillance du gorille de service, et l'apr&#232;s-midi s'ach&#232;ve avec eux dans un caf&#233;, &#224; l'abri des r&#233;actions syndicales.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; part ces incidents, l'ordre syndical a bien r&#233;gn&#233; dans l'usine. Les outils sont intacts, pas de destruction de machines par les &#233;tudiants. Pas de contestation, ni d'actes hostiles d'aucune sorte de la part des jeunes enthousiastes ou des vieux &#034;anarchisants&#034;. Le directeur est l&#224; tous les jours, dans son bureau ; il signe le d&#233;blocage des fonds pour la cantine, ordonne les avances de salaires aux gr&#233;vistes, discute de temps &#224; autre avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s, ne prend aucune d&#233;cision de lui-m&#234;me, lui aussi, il attend et suit les ordres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement important : les ing&#233;nieurs ont fait la gr&#232;ve. Le premier jour ils se sont r&#233;unis s&#233;par&#233;ment. Il leur a fallu quatre jours pour que, par une faible majorit&#233;, ils d&#233;cident une gr&#232;ve de solidarit&#233;. Ils ont tenu pendant trois semaines, se r&#233;unissant presque tous les jours pour discuter, et &#233;laborer leur propre cahier de revendications. Ensuite, ils ont demand&#233; un vote secret de l'ensemble du personnel pour ou contre la reprise du travail. La majorit&#233; des gr&#233;vistes votent contre le vote et les ing&#233;nieurs reprennent le travail. Comme l'usine est ferm&#233;e et gard&#233;e par le piquet de gr&#232;ve, les ing&#233;nieurs travaillent dans des chantiers ext&#233;rieurs &#224; l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de la derni&#232;re semaine de gr&#232;ve, le grand patron accepte la discussion avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s. Les choses se pr&#233;cipitent. Le jeudi 13, &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, le d&#233;l&#233;gu&#233; CGT dit qu'il faut savoir reprendre le travail, et propose &#224; son tour un vote secret sur cette question ; le vendredi 14, comme pr&#233;vu, on passe tout de suite au vote. On sort les isoloirs, comme pour les &#233;lections de routine quand il s'agit de d&#233;signer le comit&#233; d'entreprise ou les d&#233;l&#233;gu&#233;s du personnel. La majorit&#233; des travailleurs est d&#233;courag&#233;e et juge qu'une semaine de plus ou de moins ne changera rien, maintenant que les autres corporations sont d&#233;j&#224; au travail, que le front des travailleurs est bris&#233;, et que les m&#233;tallos sont presque seuls &#224; continuer &#224; se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cantine est pleine quand on annonce le r&#233;sultat : 423 voix pour la reprise, 135 pour la continuation de la gr&#232;ve, 3 votes nuls. L'assembl&#233;e est houleuse. Ceux qui veulent &#034;continuer le combat&#034; sont contents quand m&#234;me de se trouver si nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction et les d&#233;l&#233;gu&#233;s ont h&#226;te d'en finir. Ils proposent de recommencer le travail l'apr&#232;s-midi m&#234;me, et la direction, g&#233;n&#233;reuse, paiera la journ&#233;e enti&#232;re. De partout on crie : &#171; lundi ! lundi ! &#187; Une nette majorit&#233; semble refuser le marchandage. &#192; 13 heures, quelle surprise ! Tout l'&#233;tat-major CGT et CFDT est devant les portes grandes ouvertes de l'usine ; deux d&#233;l&#233;gu&#233;s portent les drapeaux, le rouge et le tricolore, et ils s'engagent dans l'usine, suivis timidement d'une minorit&#233; d'ouvriers... Arriv&#233;s &#224; l'int&#233;rieur ils entonnent l'Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lundi matin, tout le monde est l&#224;, c'est le &#034;retour &#224; la normale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;P.S. - Le mercredi 22, deux jours apr&#232;s notre d&#233;but de gr&#232;ve, les syndicats se d&#233;clar&#232;rent pr&#234;ts &#224; n&#233;gocier avec le patronat et le gouvernement. &#192; la nouvelle de l'ouverture des n&#233;gociations avec Pompidou, tout le monde pensa qu'&#233;tant donn&#233; la paralysie du pays, l'agitation insurrectionnelle permanente des &#233;tudiants qui soulevait le monde du travail, il y avait beaucoup de chance pour que le patronat et l'&#201;tat capitaliste l&#226;chent quelque chose d'important. Quelques-uns poussaient plus loin l'espoir : ils vont c&#233;der rapidement, et probablement on reprendra le travail dans le courant de la semaine prochaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s que le fameux protocole d'accord du dimanche 26 eut &#233;t&#233; proclam&#233;, et que S&#233;guy et consorts eurent &#233;t&#233; hu&#233;s chez Renault, tout le monde se sentit dup&#233; et comprit que la lutte serait plus dure. &#192; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du mardi, apr&#232;s avoir inform&#233; les gr&#233;vistes des modalit&#233;s du protocole, les d&#233;l&#233;gu&#233;s eux-m&#234;mes, comme p&#233;n&#233;tr&#233;s du malaise g&#233;n&#233;ral, propos&#232;rent tout simplement la continuation de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment d'avoir &#233;t&#233; dup&#233; se renfor&#231;a lorsque le gouvernement brisa le mouvement en accordant des avantages aux secteurs cl&#233;s (&#233;lectricit&#233;, m&#233;tro, SNCF, postes...) et que les syndicats se mirent &#224; chanter victoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;pression anti-ouvri&#232;re et coloniale sanglante de 1967 en Guadeloupe</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6544</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article6544</guid>
		<dc:date>2021-11-23T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>
		<dc:subject>Guadeloupe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;pression anti-ouvri&#232;re et coloniale sanglante de 1967 en Guadeloupe &lt;br class='autobr' /&gt;
26 et 27 mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre : R&#233;pression sanglante d'une gr&#232;ve d'ouvriers du b&#226;timent guadeloup&#233;ens En mai 1967, 80 &#224; 200 manifestants furent tu&#233;s par la police fran&#231;aise dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre. Souvenirs, souvenirs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une tuerie de Guadeloup&#233;ens dans la rue, dans les locaux de la gendarmerie et de la sous-pr&#233;fecture &lt;br class='autobr' /&gt;
De 80 &#224; 200 morts dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Guadeloupe n'a pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot276" rel="tag"&gt;Guadeloupe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16301 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/manif-guadeloupe.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/manif-guadeloupe.jpg' width=&#034;661&#034; height=&#034;1082&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16300 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16299 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/5d95ddb00d5aa_manifestationmemoire67-n91y6fttbaive2nsbzpsl6oa2vy4x3rzhfujxr80ek-591965.jpg' width=&#034;600&#034; height=&#034;400&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;pression anti-ouvri&#232;re et coloniale sanglante de 1967 en Guadeloupe&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;26 et 27 mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre : R&#233;pression sanglante d'une gr&#232;ve d'ouvriers du b&#226;timent guadeloup&#233;ens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mai 1967, 80 &#224; 200 manifestants furent tu&#233;s par la police fran&#231;aise dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre. Souvenirs, souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tuerie de Guadeloup&#233;ens dans la rue, dans les locaux de la gendarmerie et de la sous-pr&#233;fecture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 80 &#224; 200 morts dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guadeloupe n'a pas oubli&#233; les &#233;v&#233;nements de mai 1967. L'une des revendications actuelles des gr&#233;vistes de Guadeloupe est de demander une commission d'enqu&#234;te ind&#233;pendante sur les &#233;v&#233;nements des 26 et 27 mai 1967 au cours desquels, en plein pouvoir gaulliste, de 80 &#224; 200 manifestants furent tu&#233;s par la police fran&#231;aise dans les rues de Pointe-&#224;-P&#238;tre. &#171; Les gens ont encore peur quarante ans apr&#232;s. Ils voudraient &#234;tre s&#251;r qu'ils ne risquent rien &#224; t&#233;moigner &#187; explique le Dr Michel Numa, 76 ans, ancien militant ind&#233;pendantiste qui &#233;tait en prison &#224; Paris au moment du massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout avait d&#233;but&#233; deux mois plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars 1967, &#224; Basse-Terre, pr&#233;fecture de l'&#238;le, un riche marchand &#171; blanc pays &#187;, lance son chien sur un artisan noir. R&#233;volt&#233; par cet acte digne de l'apartheid, le peuple de Basse-Terre laisse libre cour &#224; la col&#232;re accumul&#233;e depuis longtemps. Durant trois jours, les 20, 21 et 22 mars 1967, Basse-Terre est en &#233;meute. Dans un appel au calme, le pr&#233;fet d&#233;clare comprendre la col&#232;re populaire et jure que cet acte raciste sera puni. Mais contrairement aux promesses, les &#233;meutiers seront condamn&#233;s &#224; de fortes peines de prison. Fin du 1er acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les n&#232;gres auront faim, ils reprendront leur travail &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois plus tard, &#224; Pointe &#224; Pitre, le 26 mai 1967, jour de comm&#233;moration de l'abolition de l'esclavage, 5000 ouvriers du b&#226;timent sont en gr&#232;ve pour une augmentation de salaire de 2%. Le d&#233;l&#233;gu&#233; patronal, un certain Brizard aurait lanc&#233; aux gr&#233;vistes : &#171; Quand les n&#232;gres auront faim, ils reprendront leur travail &#187;. Une manifestation s'organise. Face aux CRS rassembl&#233;s devant la chambre de commerce, les manifestants lancent des pierres et des bouteilles. La police tire imm&#233;diatement tuant Jacques Nestor, Militant du Groupe d'Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG). Selon Michel Numa, les ordres du pr&#233;fet Bolotte, capt&#233;s sur la fr&#233;quence de la pr&#233;fecture disent aux officiers CRS : &#171; Faites usage de toutes vos armes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux jeunes ouvriers Taret et Tidas sont tu&#233;s ainsi qu'un promeneur. La population et notamment les jeunes du lyc&#233;e Baimbridge, r&#233;volt&#233;e, afflue le lendemain vers le centre de Pointe-&#224;-Pitre. Des v&#233;hicules sont br&#251;l&#233;s, les boutiques de la rue Fr&#233;bault, principale rue commer&#231;ante de Pointe-&#224;-pitre, sont incendi&#233;es et pill&#233;es. Plusieurs policiers sont bless&#233;s &#224; coup de pierres et de sabre. Le bruit court qu'une armurerie a &#233;t&#233; d&#233;valis&#233;e. Le pr&#233;fet d&#233;sarme les policiers noirs et fait appel &#224; des gendarmes mobiles de Martinique et de France. Sous la direction du commissaire de police Canales et du capitaine CRS Rupin, policiers et &#171; k&#233;pis rouges &#187; se livrent &#224; la &#171; chasse au n&#232;gre &#187;. Arr&#234;t&#233;s au hasard, des personnes sont ex&#233;cut&#233;es dans les locaux de la gendarmerie de Morne Niquel. Des dizaines de personnes sont bless&#233;es, dont certaines mutil&#233;es &#224; vie comme Solange Coudrieux. &#171; On enjambait les cadavres dans la sous-pr&#233;fecture &#187;, assure un t&#233;moin qui craint encore de donner son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan de ces deux journ&#233;es de r&#233;pression n'est toujours pas connu car de nombreuses familles ont inhum&#233; secr&#232;tement leurs d&#233;funts et cach&#233; leurs bless&#233;s de peur des repr&#233;sailles. La presse de m&#233;tropole a parl&#233; de &#171; sept morts et certainement plus &#187;. Le nombre exact s'approcherait vraisemblablement de 85 victimes. C'est le chiffre reconnu voici une vingtaine d'ann&#233;es par l'ancien ministre socialiste des DOM-TOM Georges Lemoine. Chez les Guadeloup&#233;ens on parle de 200 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers une commission d'enqu&#234;te ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais profita des &#233;v&#233;nements pour liquider le mouvement nationaliste guadeloup&#233;en incarn&#233; alors par le G.O.N.G. et l'Association g&#233;n&#233;rale des Etudiants guadeloup&#233;ens (A.G.E.G). De nombreux militants furent arr&#234;t&#233;s. Certains, pris en flagrant d&#233;lit, furent condamn&#233;s &#224; de lourdes peines de prison ferme. Vingt-cinq autres, accus&#233;s d'avoir particip&#233; aux manifestations, furent incarc&#233;r&#233;s &#224; Basse-Terre et seront jug&#233;s en avril 68. Enfin, Vingt-cinq militants Guadeloup&#233;ens, dont Michel Numa furent enferm&#233;s &#224; la prison de la Sant&#233;, accus&#233;s d'atteinte &#224; l'int&#233;grit&#233; du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Guadeloup&#233;ens, le travail de m&#233;moire n'a pas &#233;t&#233; fait. Chaque ann&#233;e, les 26 et 27 mai, les militants qui se souviennent se rendent &#224; la pr&#233;fecture pour demander la cr&#233;ation d'une commission d'enqu&#234;te, pendant que les &#233;lus guadeloup&#233;ens observent un silence remarqu&#233;. Il est vrai qu'&#224; l'&#233;poque, ils avaient sign&#233; un texte rendant les manifestants responsables du massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu trente ans pour que l'on reconnaisse le massacre des Alg&#233;riens jet&#233;s &#224; la Seine par la police de Maurice Papon le 17 octobre 1961. Le pr&#233;fet Bolotte, comme par un fait du sort, est mort le 27 mai 2008. Combien de temps faudra-t-il encore pour que justice soit rendue, m&#234;me symboliquement aux victimes noires des &#233;v&#233;nements de mai 67 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.bakchich.info/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.bakchich.info/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai 1967, gr&#232;ve et manifestation sanglante en Guadeloupe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mars 1967, Vladimir Snarsky, propri&#233;taire d'un grand magasin de chaussures &#224; Basse-Terre, l&#226;che son berger allemand pour chasser Rapha&#235;l Balzinc, vieux cordonnier noir et handicap&#233; qui installait son &#233;tal en face du commerce. Le propri&#233;taire blanc, par ailleurs responsable local du parti gaulliste UNR, demande ironiquement &#224; son molosse &#171; Dis bonjour au n&#232;gre ! &#187;. Cet incident raciste est &#224; l'origine d'&#233;meutes et de gr&#232;ves &#224; Basse-Terre et Pointe-&#224;-Pitre les jours suivants, si bien que le pr&#233;fet de l'&#238;le, Pierre Bolotte, fait d&#233;ployer deux escadrons de gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 mai 1967, les ouvriers du b&#226;timent de Guadeloupe se mettent en gr&#232;ve pour obtenir une augmentation de salaire de 2,5% et la parit&#233; en mati&#232;re de droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai vers midi, une foule est rassembl&#233;e devant la Chambre de commerce de Pointe-&#224;-Pitre et attend pendant que se d&#233;roulent des n&#233;gociations entre organisations syndicales et repr&#233;sentants du patronat. Vers 12h45, ils apprennent d'un repr&#233;sentant syndical que les n&#233;gociations sont rompues et un bruit court : le repr&#233;sentant du patronat, Georges Brizzard, aurait dit : &#171; Quand les n&#232;gres auront faim, ils reprendront le travail ! &#187;. Des manifestants scandent &#171; Djibouti, Djibouti &#187; pour rappeler les violences qui avaient eu lieu dans cet autre territoire fran&#231;ais d'outre-mer, o&#249; l'arm&#233;e fran&#231;aise avait tir&#233; &#224; vue sur des manifestants ind&#233;pendantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affrontements commencent &#224; coup de grenades lacrymog&#232;nes des gendarmes contre des manifestants qui jettent des conques de Lambi, des pierres ou des bouteilles en verre. D&#233;j&#224; dans la matin&#233;e du 26 mai, des gendarmes mobiles auraient tir&#233; lors de manifestations violentes de gr&#233;vistes, faisant plusieurs bless&#233;s. Lorsqu'un gendarme essouffl&#233;, enl&#232;ve son casque afin de s'essuyer le front et re&#231;oit un coup violent sur la t&#234;te, les gendarmes ouvrent le feu provoquant notamment la mort de Jacques Nestor, militant du Groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe (GONG). Selon les autorit&#233;s, &#171; les gendarmes mobiles (non, les CRS), apr&#232;s que quelques coups de feu aient &#233;t&#233; tir&#233;s sur eux, devaient riposter pour se d&#233;gager &#187;. Un certain nombre d'autres Guadeloup&#233;ens seront tu&#233;s durant les 3 jours d'&#233;meutes et/ou de r&#233;pression qui s'ensuivent. La d&#233;put&#233;e Christiane Taubira &#233;voque &#171; 100 morts &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s fran&#231;aises ont cru initialement que l'insurrection avait &#233;t&#233; foment&#233;e par le GONG mais il est apparu apr&#232;s enqu&#234;te que les &#233;meutes &#233;taient spontan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Benjamin Stora estime que le massacre a &#233;t&#233; &#171; ordonn&#233; sciemment sur le terrain et approuv&#233; par le gouvernement sous la pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ral de Gaulle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_de_mai_1967_en_Guadeloupe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_de_mai_1967_en_Guadeloupe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 25 et 26 mai 1967, dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre, &#224; l'occasion d'une gr&#232;ve des ouvriers du b&#226;timent, qui r&#233;clamaient 2,5 % d'augmentation de salaire, les quartiers de la ville sont jet&#233;s dans l'effroi, les larmes et le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en mai 2017, et cela fait 50 ans que dans les rues de Pointe &#224; Pitre, en Guadeloupe, &#224; l'occasion d'une gr&#232;ve des ouvriers du b&#226;timent (ils r&#233;clamaient 2,5% d'augmentation de salaire), les rues de la ville furent envelopp&#233;es d'effroi, de larmes et de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu une &#171; commission &#187;, compos&#233;e d'historiens dirig&#233;e par Benjamin STORA, a &#233;t&#233; charg&#233;e de remettre un rapport concernant trois &#233;v&#233;nements (1959, 1962 et 1967) qui ont caus&#233; la mort de &#171; citoyens Fran&#231;ais &#187;. Le dit rapport a &#233;t&#233; remis en d&#233;cembre 2016, et conclut &#224; propos des journ&#233;es &#233;voqu&#233;es dans le titre, qu'il y eut &#171; assassinat &#187; dans les rues de Pointe &#224; Pitre. C'est &#224; cette gr&#232;ve ouvri&#232;re en Guadeloupe et &#224; ses cons&#233;quences que nous consacrons ces quelques lignes de votre journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore aujourd'hui peu de gens savent ce qui s'est pass&#233; durant ces deux journ&#233;es &#224; Pointe &#224; Pitre. Nous n'entendons pas que cette ignorance est sp&#233;cifique &#224; la France hexagonale, mais elle concerne jusque et y compris la Guadeloupe en particulier. Le silence qui, encore aujourd'hui, &#233;trangle les mots et les paroles arrach&#233;es &#224; des victimes ou t&#233;moins de ces journ&#233;es en dit long sur la violence &#224; laquelle ils ont &#233;t&#233; confront&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; ? Quelle explication donnons-nous de ces &#233;v&#233;nements ? Comment les travailleurs et le peuple de la Guadeloupe ont-ils surmont&#233; cet &#233;pisode tragique de la lutte anti-colonialist&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; les 26 et 27 mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 mars 1967, des ouvriers des chantiers Ghizoni-Zanella, dans les faubourgs de Pointe &#224; Pitre, arr&#234;tent le travail, c'est la gr&#232;ve : ils r&#233;clament un meilleur salaire, le paiement des heures suppl&#233;mentaires, de meilleures conditions de travail&#8230; Nous sommes face &#224; une exasp&#233;ration des jeunes hommes fraichement d&#233;barqu&#233;s des campagnes environnantes qui n'ont plus de travail sur les champs de canne &#224; sucre. Depuis la fin des ann&#233;es 1940, l'ancien syst&#232;me de plantation domin&#233; par la culture de la canne produit du ch&#244;mage. Aussi, c'est vers la ville que se tourne la majorit&#233; les p&#232;res de famille, ainsi que leur prog&#233;niture en &#226;ge de travailler. Suite &#224; ce mouvement, quasiment spontan&#233;, les syndicats (CGTG, Fraternit&#233; Ouvri&#232;re, CFDT&#8230;) prennent le relais par l'interm&#233;diaire de la commission paritaire qui se r&#233;unit en avril afin d'examiner les revendications des ouvriers. Plusieurs r&#233;unions ont alors lieu jusqu'au d&#233;but de mai et un rendez-vous est pris pour le 26 du m&#234;me mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi 24 quelques dizaines d'ouvriers d&#233;filent dans les rues de la ville en criant des slogans relatifs &#224; la satisfaction de leurs revendications et manifestement ils se pr&#233;parent &#224; soutenir activement la d&#233;l&#233;gation syndicale qui doit rencontrer la direction du patronat le vendredi 26 &#224; la chambre de commerce. Cette mobilisation de masse se poursuit sous la forme de d&#233;brayage de chantiers tout autour de la ville le 25 et surtout le 26 au matin. En l'occurrence, la zone de Jarry (I&#232;re tranche des chantiers EDF&#8230;) fait l'objet d'une attention particuli&#232;re de ces activistes ; pr&#233;cis&#233;ment dans la matin&#233;e du 26 mai ils y interviennent et sont l'objet d'une r&#233;pression violente de la CRS. Il y a de nombreux bless&#233;s et certains d'entre eux rejoignent les manifestants assembl&#233;s devant la chambre de commerce bien avant le d&#233;but des n&#233;gociations qui d&#233;butent vers 9 heures. &#171; Ils nous ont tir&#233; dessus ! &#187;, disent certains t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui est ce M. BRIZARD ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutefois, la commission poursuit ses travaux. Vers 13 heures, un responsable syndical sort de l'immeuble et explique &#224; la foule des ouvriers grossit de passants (&#233;tudiants, jeunes ch&#244;meurs et aussi badauds&#8230;) que le chef des patrons M. BRIZARD ne veut rien l&#226;cher. Il a dit d'ailleurs que &#171; &#8230; lorsque les N&#232;gres auront faim ils reprendront le travail ! &#187; Ces mots sont d'une violence symbolique extr&#234;me et r&#233;sonnent sur les parois des maisons de la rue L&#233;onard comme sur les hommes assembl&#233;s, telle une provocation plus qu'insultante, voire tout simplement m&#233;prisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la chaleur ambiante de cette fin de matin&#233;e s'ajoute alors l'&#233;nervement des plus jeunes parmi les nombreux manifestants qui veulent voir, &#171; Qui est ce M. BRIZARD ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;fet BOLOTTE&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 14 h 30, un peloton de la CRS dirig&#233; par le capitaine RUPIN, s'approche de la chambre de commerce alors qu'un autre peloton est rest&#233; post&#233; sur la Place de la Victoire, en protection de la sous-pr&#233;fecture. Le chef fait le va et vient entre les deux groupes. Il coordonne la mission de ses troupes qui pour l'heure doivent, non seulement prot&#233;ger un b&#226;timent public, mais en plus assurer la sorite d'une personnalit&#233; patronale honnie par les manifestants. C'est &#224; ce moment que d&#233;butent les heurts entre CRS et manifestants. Apr&#232;s environ une heure de combat entre les premiers protagonistes, le pr&#233;fet install&#233; non loin, &#224; la sous-pr&#233;fecture donne l'ordre de &#171; Faire usage de toutes les armes ! &#8230; &#187;. Les bless&#233;s de part et d'autre sont d&#233;j&#224; nombreux, car face au gaz lacrymog&#232;ne et coups de crosse des premi&#232;res r&#233;actions de la CRS, ont succ&#233;d&#233; d&#233;j&#224; des tirs &#224; balle r&#233;elle, avant m&#234;me que le pr&#233;fet ait donn&#233; son ordre. A post&#233;riori donc, le pr&#233;fet couvre l'action de terrain des forces qui oeuvrent depuis une bonne heure dans l'espace compris entre la rue L&#233;onard, la Darse, la Place de la Victoire et la rue B&#233;bian... En face, les manifestants opposent des conques de lambis (tr&#232;s ac&#233;r&#233;es), des bouteilles et de rares pierres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NESTOR, ZADIGUE et PINCEMAILLE sont tomb&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que vers 15 h 30 &#8211; 15 h 35, une nouvelle d&#233;tonation sourde fend l'air et une balle atteint Jacques NESTOR, un jeune de 24 ans, militant du GONG, bien connu dans les quartiers populaires de la ville. Il est abattu. C'est le premier mort de cette journ&#233;e de gr&#232;ve. Soudainement, la nouvelle de cette mort contracte l'&#233;motion chez les manifestants, mais aussi chez les jeunes de la ville en g&#233;n&#233;ral, et une explosion de col&#232;re s'en suivit, enflammant d'autres quartiers de la ville. Ceci s'explique d'autant que sur la Place de la Victoire elle&#8211;m&#234;me et abords imm&#233;diats, entre 16 h 35 et 17 h 30, deux autres jeunes vies vont &#234;tre fauch&#233;es : d'abord, Georges ZADIGUE-GOUGOUGNAN, &#224; peine &#226;g&#233; de 15 &#224; 16 ans tomb&#233; le cr&#226;ne ouvert, au devant du salon de coiffure du sieur SIN&#201;BERT ; ensuite, Harry PINCEMAILLE, &#226;g&#233; d'environ 19 ans, que des passants ramass&#232;rent encore en vie avant qu'il n'expire &#224; l'h&#244;pital apr&#232;s avoir demand&#233; des nouvelles de ZADIGUE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faubourgs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les affrontements se r&#233;pandent par les art&#232;res principales de la ville, dans les faubourgs, particuli&#232;rement L&#233;gitimus et Vieux-Bourg-Abymes&#8230;A partir de 18 h, les habitants de la barre 45 emmur&#233;s dans leur appartement du quartier qui borde au nord-est le cimeti&#232;re de la ville, assistent m&#233;dus&#233;s &#224; des sc&#232;nes inqualifiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JD nous a t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; la suite d'un de nos passages sur une chaine t&#233;l&#233;vis&#233;e. Il a accept&#233; de nous rencontrer et nous a racont&#233; une part de son histoire personnelle : &#171; De nombreux camions de militaires se dirigeaient vers le centre-ville en passant par le giratoire de Miquel. Nous pouvions tout voir, mon p&#232;re et moi, du 4e &#233;tage o&#249; nous habitions &#224; ce moment l&#224;&#8230; Vers 21 heures nous v&#238;mes passer une mobylette conduite par un homme derri&#232;re laquelle se tenait une femme assise de travers&#8230; Au m&#234;me moment apparut un camion avec des militaires assis &#224; l'arri&#232;re sur des banquettes, qui au moment o&#249; le conducteur de la mobylette empruntait la voie qui menait vers l'actuel centre sportif, mitraill&#232;rent les deux infortun&#233;s. Ils furent balay&#233;s par la rafale. Des cris comme sortis d'une seule bouche r&#233;sonn&#232;rent dans l'immeuble : &#171; ASSASSINS ! &#187; Le camion hors de vue, des gens sortirent du b&#226;timent et ramass&#232;rent les deux personnes, les transportant dans le hall de l'escalier 26. Un homme d&#233;nomm&#233; M&#201;RY hurlait sans discontinuer &#171; A l'assassin ! A l'assassin ! &#187;&#8230; Sur ce le camion revint sur place et se dirigea vers l'escalier 26. M. M&#201;RY poursuivait son harangue&#8230; Je l'ai entendu dire une fois : &#171; Tirez ! tirez ! tirez ! Je suis chez moi ! &#187;. Je suivis mon p&#232;re lorsqu'il changea de point de vue se portant vers la fa&#231;ade ouest de notre appartement. L&#224;, nous pouvions entendre plus distinctement ce qui se disait du c&#244;t&#233; de l'escalier 26. Nous rentrions par le 28. Mon p&#232;re tentait vainement de pencher sa t&#234;te par les carreaux qui laissaient voir la rue lorsque une voix lui cria : &#171; Eh l&#224; ! Tu rentres ta t&#234;te toi ! &#187;, et par le tir qui suivit ces mots une balle ricocha sur la ma&#231;onnerie avant de se perdre dans la nuit&#8230; Les pompiers sont intervenus peu de temps apr&#232;s, constatant la mort du conducteur avant d'emmener le corps et la femme gravement bless&#233;s vers l'h&#244;pital&#8230; Dans le cours de cette soir&#233;e, on frappa &#224; notre porte : &#171; Toc ! toc ! toc ! &#187; Mon p&#232;re h&#233;sita. La peur me tenaillait. Mais lorsque la voix d'un homme se fit entendre, demandant distinctement de l'aide, mon p&#232;re ouvrit. Cet homme allait vers le quartier de Lauricisque. Il resta environ deux heures chez nous et repris son chemin&#8230;Nous, par le regard commun d'un p&#232;re et d'un fils, nous consultions la nuit rempli d'effroi&#8230; J&#8216;avais 16 ans et j'eus peur de l'avenir&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est non loin de l&#224;, &#224; la Cour Montbruno, qu'ont &#233;t&#233; tu&#233;s, d'abord TARET, puis son ami LANDRE lors de la veill&#233;e mitraill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cour de la sous-pr&#233;fecture&#8230; &#224; la gendarmerie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux des Guadeloup&#233;ens qui ne mouraient pas sur place &#233;taient emmen&#233;s, par camion &#224; la cour de la sous-pr&#233;fecture ou dans les locaux de la gendarmerie (Miquel ou centre-ville) ou encore ils &#233;taient parqu&#233;s sur un terrain vague, au nord-est de la ville. Ce sont de v&#233;ritables centres de torture selon les Guadeloup&#233;ens qui en sont sortis vivants et qui ont accept&#233; de t&#233;moigner. Le t&#233;moignage du Dr SAINTON, arr&#234;t&#233; et enferm&#233; &#224; Miquel, mais aussi celui du notable libraire JASOR, arr&#234;t&#233; deux fois, emmen&#233; &#224; la gendarmerie du centre-ville, rel&#226;ch&#233;, puis de nouveau arr&#234;t&#233; et emmen&#233; &#224; la sous-pr&#233;fecture, le traitement r&#233;serv&#233; particuli&#232;rement aux r&#233;calcitrants relevait de la torture. Dans la cour de la sous-pr&#233;fecture, le p&#232;re JASOR qui fit le mort fut l&#226;ch&#233;, sur un groupe de corps empil&#233;s. &#171; Le corps d'un jeune homme rev&#234;che, semble-t-il, refroidit sur le mien, alors que je souffrais de plusieurs c&#244;tes cass&#233;es et d'un visage &#233;maci&#233; &#187;, dira-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'aide d'une petite lampe &#233;lectrique, les militaires entrouvraient des paupi&#232;res afin de v&#233;rifier s'il restait un brin de vie, avant d'achever les malheureux. &#171; On va les foutre &#224; la Darse ! &#187;, tel vocif&#233;raient quelques uns des bourreaux &#233;nerv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les plus chanceux, La nuit fut longue ce vendredi 26 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeunesse&#8230; courage et oraison fun&#232;bre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi matin, sans une connaissance exacte de ce qui s'&#233;tait pass&#233; le soir pr&#233;c&#233;dent quelques militants du Groupe La V&#233;rit&#233; et du CCEG entreprirent d'emp&#234;cher l'ouverture du lyc&#233;e de Baimbridge. Ce ne fut pas chose facile car le proviseur ARRON &#233;tait d&#233;cid&#233; &#224; faire fonctionner l'&#233;tablissement. Ils obtinrent des &#233;l&#232;ves qu'ils &#233;coutent ce que devait dire le leader &#224; l'&#233;poque de la jeunesse, Jean-Claude COURBAIN. L'application qui caract&#233;risait ses prises de parole, ses choix de mots percutants gagn&#232;rent l'adh&#233;sion d'une large majorit&#233; des &#233;l&#232;ves. Alors une foule de pr&#232;s de 400 jeunes : lyc&#233;ens munis de leur cartable, jeunes ch&#244;meurs, &#233;tudiants&#8230; d&#233;fil&#232;rent du lyc&#233;e de Baimbridge &#224; la Place de la Victoire, en silence. Cette foule parcourut les rues jonch&#233;es de gravas, de v&#233;hicules calcin&#233;s, de toute sorte de d&#233;bris qui t&#233;moignaient de la violence des &#233;changes de la veille. Apr&#232;s &#234;tre pass&#233; par le quartier du Vieux-Bourg Abymes, le carrefour de Miquel, le faubourg L&#233;gitimus, la rue Fr&#233;bault, par la rue L&#233;onard la masse silencieuse parvint sur les terrains de foot et de basket qui faisaient face &#224; la Darse et &#224; la sous-pr&#233;fecture. Les jeunes prirent position devant la sous-pr&#233;fecture qu'un cordon de gendarmes, fusil en main, prot&#233;geait avec manifestement une pleine d&#233;termination. Le discours de COURBAIN fut percutent, incisif et il termina par deux slogans : &#171; CRS&#8230; SS ! &#187;, &#171; BILLOTE ASSASSIN ! &#187;. De toute &#233;vidence, le chef du peloton en arme n'appr&#233;cia pas et donna un ordre &#224; ses hommes. Ceux-ci avanc&#232;rent de quelques pas en tournoyant leur fusil, ainsi ils se retrouv&#232;rent avec la crosse en avant et alors ils charg&#232;rent sur l'ensemble d'un front d'environ cent m&#232;tres que pr&#233;sentaient les jeunes assembl&#233;s. Les bless&#233;s, surtout &#224; la t&#234;te, furent nombreux. Parmi les bless&#233;s les plus graves on peut signaler cette jeune fille qui en voulant r&#233;cup&#233;rer son sac tomb&#233; lors de la bousculade qui suivit la premi&#232;re vague d'attaque des gendarmes, se fit pi&#233;tiner le bras en un tel &#233;tat que la seule solution fut l'amputation jusqu'&#224; l'aisselle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;chauffour&#233;es reprirent dans le centre-ville et dans les faubourgs, causant de nouveau des morts par balles, parmi lesquels le sieur TIDACE. Le samedi 27, dans l'apr&#232;s-midi, un calme lourd pesait sur la ville et le cort&#232;ge fun&#232;bre qui s'engagea dans le quartier du faubourg Henri IV vers 17 heures conduisit Jacques NESTOR &#224; sa derni&#232;re demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bilan ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission STORA pr&#233;cise : &#171; Nous n'avons trouv&#233; dans tous les dossiers consult&#233;s(&#8230;) aucun &#233;l&#233;ment nouveau concernant le nombre de morts des 26-27 mai 1967, compris dans une fourchette qui varie entre les morts connus nominativement &#8211; huit, attest&#233;s par le commissaire G&#233;vaudan dans son rapport du 20 juin 1967 &#8211; Jacques NESTOR, Ary PINCEMAILLE, Olivier TIDACE, Georges ZADIGUE-GOUGOUGNAN et Emmanuel CRAVERIE &#224; Pointe-&#224;-Pitre ; Jules KANCEL, Aim&#233; LANDRES, Camille TARET aux Abymes &#8211; et les 87 morts annonc&#233;s en mars 1985 par le secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; l'Outre-mer, Georges LEMOINE . &#187; Les rapports de gendarmerie signalent &#233;galement une soixantaine de bless&#233;s. Parmi les bless&#233;s on compte environ 26 CRS et gendarmes s&#233;rieusement touch&#233;s. Divers rapports indiquent par ailleurs que 38 armes &#224; feu auraient &#233;t&#233; saisies aux mains de manifestants du c&#244;t&#233; de l'armurerie Boyer qui a &#233;t&#233; pill&#233;e. Tous les morts sont de &#171; type antillais &#187; notent les rapports de gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles explications donnons-nous &#224; ces massacres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, il n'y a pas qu'une seule raison &#224; cette tuerie de masse. Elles sont multiples. Peut-on oser une hi&#233;rarchisation de celles-ci ? C'est la tentation qu'a tout observateur, historien ou autres. Sans chercher &#224; les classer dans un ordre de valeur &#233;num&#233;rons en quelques unes, et le lecteur saura en faire sa propre grille de valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Tout d'abord, l'ann&#233;e 1967 pr&#233;sente quelques particularit&#233;s sociales et &#233;conomiques&#8230; : au niveau social, nous sommes au lendemain du cyclone In&#232;s qui ravagea les flancs sud et est de l'archipel. A la suite des catastrophes naturelles, dans les &#238;les la situation sociale des masses est toujours pr&#233;occupante. Mais, en l'occurrence jusqu'au milieu de l'ann&#233;e 1967, les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par des vents violets &#233;taient encore visibles, signe que les moyens dont disposaient les gens des quartiers pauvres &#233;taient loin d'&#234;tre suffisants. La pr&#233;carit&#233; s'incruste avec acuit&#233; dans les faubourgs. La mis&#232;re est palpable, visible. Les gens sont exc&#233;d&#233;s par le malheur qui leur est tomb&#233; du ciel, celui-ci se combinant avec le ch&#244;mage, ph&#233;nom&#232;ne social nouveau et qui depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960 touche particuli&#232;rement les campagnes. En effet, les anciennes habitations esclavagistes fournissaient du travail &#224; une populace contrainte de rester sur place au lendemain de l'abolition de 1848, mais la d&#233;partementalisation (1946) cr&#233;e une crise de confiance chez les propri&#233;taires fonciers et usiniers. Ils redoutent une future &#233;volution progressiste du statut politique et social des nouveaux &#171; fran&#231;ais d'outre-mer &#187;. De plus, la reconstruction de la France hexagonale et singuli&#232;rement la reprise des activit&#233;s agricoles fragilisent les usiniers de l'archipel. Les fermetures d'usines se succ&#232;dent &#224; une cadence acc&#233;l&#233;r&#233;e entre 1955 et 1966&#8230; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La demande d'emploi d&#233;passe largement l'offre que proposent le b&#226;timent et les services de l'import-export. Il y a une crise sociale. Ce qui rend cette crise palpable c'est la tendance acc&#233;l&#233;r&#233;e au niveau &#233;conomique d'un basculement de la balance commerciale au profit des importations. Ce fait nouveau accentue la crise sociale puisque qu'il faut plus de monnaie sonnante et tr&#233;buchante pour acqu&#233;rir les biens de consommation courante de plus en plus import&#233;s. Or, les salaires restent bas. R&#233;sultat : les ouvriers r&#233;clament une augmentation de leurs r&#233;mun&#233;rations salariales. D'o&#249; le d&#233;clenchement de la gr&#232;ve le 23 mars 1967 sur les chantiers Ghizoni-Zanella, dans les faubourgs de Pointe &#224; Pitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8211; Sur le plan politique, les &#233;lections l&#233;gislatives qui ont lieu les 5 et 12 mars 1967 donnent des r&#233;sultats plus que discutables. En effet, dans les trois circonscriptions il y a des motifs d'insatisfaction. Dans la premi&#232;re, l'&#233;lection de Paul VALENTINO, socialiste soutenu par l'UNR-UDT au d&#233;pend d'H&#233;g&#233;sippe IB&#201;N&#201;, communiste, cr&#233;e un choc, mais le PCG n'a plus les moyens d'une mobilisation des masses contre les &#171; supp&#244;ts de la r&#233;action &#187;. Dans la troisi&#232;me, l'&#233;lection de la dame BACLET (UNR-UDT) est une surprise totale, car le division des forces de ce parti laissait esp&#233;rer aux communistes un triomphe de leur candidate, Gerty ARCHIM&#200;DE. Il n'en a rien &#233;t&#233; car la fraude manifeste orchestr&#233;e par les autorit&#233;s pr&#233;fectorales aura eu raison de la volont&#233; des petites gens qui comptaient profiter de la division des forces de droite, afin de faire &#233;lire leur la vaillante femme. Paul LACAV&#201; (PCG), dans la seconde circonscription b&#233;n&#233;ficie de la mansu&#233;tude des pouvoirs publics car il est communiste, mais &#171; blanc &#187; selon les mots d'un responsable pr&#233;fectoral. C'est donc dans la troisi&#232;me circonscription que se nouent les conflits &#233;lectoraux. Le m&#233;contentement populaire est de notori&#233;t&#233; publique. Un fervent partisan de la droite triomphante &#224; Basse-Terre, le d&#233;nomm&#233; SRNSKY, immigrant d'origine tch&#232;que est &#224; l'origine d'un incident raciste qui marque le d&#233;part d'une r&#233;volte populaire qui durera trois jours dans la capitale administrative de la Guadeloupe. Seule une ultime intervention de Gerty ARCHIM&#200;DE, &#224; la demande du pr&#233;fet, mettra fin au soul&#232;vement populaire. Entre temps, sont arriv&#233;es par avion des troupes de la gendarmerie mobile. C'est pr&#233;cis&#233;ment elles que l'on retrouvera &#224; l'a&#233;roport du Raizet (Abymes)le vendredi 26 mai 1967, pr&#234;tes &#224; un d&#233;part vers les 18 h30 pour Paris-Orly, avant que l'ordre soit donn&#233; de les d&#233;router autour de 17 h vers Pointe &#224; Pitre, afin de r&#233;tablir l'ordre. On sait ce qu'il advint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8211; En ce qui concerne la s&#233;curit&#233; du territoire fran&#231;ais, les autorit&#233;s pr&#233;fectorales mettront l'accent sur la responsabilit&#233; du GONG, d&#233;clarant que cette organisation, par ses &#233;crits (tracs, journal, affiches, inscriptions sur les murs &#8230;et surtout par l'affirmation de son mot d' &#171; ind&#233;pendance nationale de la Guadeloupe &#187;) portait atteinte &#224; &#171; l'int&#233;grit&#233; du territoire national &#187;. Cette affirmation de la responsabilit&#233; du GONG dans les &#233;v&#233;nements des 26 et 27 mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre, c'est un agent de la DST qui la d&#233;mentira, il s'agit du commissaire Honor&#233; G&#201;VANDAN. Ce dernier est envoy&#233; en mission au mois de juin 1967 en Guadeloupe et il conclut dans un rapport dat&#233; du 20 juin : &#171; &#8230;que le Groupe d'Organisation Nationale de la Guadeloupe est une organisation r&#233;volutionnaire, clandestine et subversive qui lutte pour obtenir l'ind&#233;pendance de la Guadeloupe et la soustraire &#224; l'autorit&#233; de la France. Les investigations qui ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; Pointe &#224; Pitre n'ont pu apporter la preuve de la responsabilit&#233; directe du GONG dans la pr&#233;paration, l'organisation et l'ex&#233;cution des manifestations de rues des 26 et 27 mai 1967&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - En somme, vingt ans apr&#232;s le vote de la loi de d&#233;partementalisation (mars 1946) des &#171; vieilles colonies &#187;, le pouvoir colonial avait gard&#233; intact ses capacit&#233;s de r&#233;pression. Nous n'allons pas ranger dans l'ordre des &#171; bavures &#187; la r&#233;action des CRS et autres gendarmes mobiles aux ordres de BOLOTTE qui se r&#233;f&#233;rait &#224; BILLOTTE qui lui-m&#234;me avait comme interlocuteur privil&#233;gi&#233; le sieur FOCCART, secr&#233;taire &#224; l'Elys&#233;e pour les affaires africaines et pour tout dire coloniales. Nous sommes devant un massacre de masse. Les 8 morts annonc&#233;s officiellement sont loin de repr&#233;senter la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait pour les autorit&#233;s fran&#231;aises de faire taire &#171; chirurgicalement &#187; la revendication d' &#171; ind&#233;pendance nationale &#187; au sein du Peuple de la Guadeloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera difficile de reconstituer la liste v&#233;ritable des victimes (morts, disparus et bless&#233;s&#8230;) de ces deux journ&#233;es sanglantes. Il a &#233;t&#233; imm&#233;diatement ordonn&#233; de nettoyer les cliniques et h&#244;pitaux des traces (sang et archives), car l'exp&#233;rience &#171; alg&#233;rienne &#187; d'un BOLOTTE devait bien servir dans ce sens l&#224; &#224; rendre douteuse toute reconstitution des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire face &#224; la trag&#233;die coloniale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, 50 ans apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements les Guadeloup&#233;ens n'oublient pas. Pr&#232;s de 17 groupes (Gwoup a po =Mouvement culturel revendiquant l'authenticit&#233; identitaire) se sont retrouv&#233;s au d&#233;but de la p&#233;riode du carnaval (janvier 2017) afin de prendre comme th&#232;me de leur d&#233;fil&#233; les &#233;v&#233;nements de mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre. A l'invitation du Mouvman Kiltir&#232;l AKIYO, ils ont ensuite d&#233;cid&#233; de se joindre aux manifestations du mois de mai 2017 arr&#234;t&#233;es par les 10 centrales syndicales de la Guadeloupe. C'est donc largement unis que les masses travailleuses, les jeunes, les &#233;tudiants, les ch&#244;meurs, les retrait&#233;s&#8230; se retrouveront au cours de ce mois de mai 2017, afin d'honorer les victimes connues et inconnues du massacre de mai 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/mai-1967-greve-et-manifestation-sanglante-en-guadeloupe-636569&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.humanite.fr/mai-1967-greve-et-manifestation-sanglante-en-guadeloupe-636569&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre &#224; Rama Yade&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objet : V&#233;rit&#233; &#8211; Justice - R&#233;paration &#8211; R&#233;habilitation pour les victimes des massacres des 26 et 27 Mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre (Guadeloupe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame la Secr&#233;taire d'Etat,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 26 et 27 Mai 1967, &#224; Pointe &#224; Pitre, &#224; l'occasion d'une gr&#232;ve d'ouvriers du b&#226;timent, les CRS, Gendarmes mobiles (K&#233;pis Rouges) fran&#231;ais perp&#233;tr&#232;rent un v&#233;ritable massacre contre le Peuple Guadeloup&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le massacre commen&#231;a le 26 mai 1967 au d&#233;but de la matin&#233;e et dura jusqu'au lendemain soir. Pointe-&#224;-Pitre martyris&#233;. Ces morts ne furent pas les victimes accidentelles d'un combat sans merci. Ces &#234;tres furent assassin&#233;s de sang froid avec m&#233;thodes. Ce crime fut d&#233;cid&#233;, organis&#233;, planifi&#233; dans le cadre d'une politique de terreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;fet Pierre BOLOTTE, inhum&#233; le 27 Mai 2008 (41 ans jour pour jour apr&#232;s le massacre des Guadeloup&#233;ens), commandeur de la l&#233;gion d'honneur, demanda de faire usage de toutes les armes contre tous ceux qui bougeaient, qui &#233;taient noirs ou tiraient leur origine de cette couleur. Plusieurs centaines de Guadeloup&#233;ens furent traqu&#233;s, bless&#233;s ou tu&#233;s par balles. L'arm&#233;e Fran&#231;aise tirait sur les ambulances et m&#234;me dans la veill&#233;e mortuaire d'une des premi&#232;res victimes. L'h&#244;pital &#233;tait d&#233;bord&#233;. Des ex&#233;cutions sommaires ont &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;es aussi bien &#224; la gendarmerie du Morne Miquel qu'&#224; la Sous-pr&#233;fecture de Pointe-&#224;-Pitre o&#249; des dizaines de corps jonchaient le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2005, nous avons entrepris des d&#233;marches aupr&#232;s de l'Etat Fran&#231;ais pour qu'une enqu&#234;te soit diligent&#233;e sur les tueries de Mai 1967. Jusqu'ici, aucune r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les archives des h&#244;pitaux et mairies relatives &#224; cette p&#233;riode ont myst&#233;rieusement disparu et les archives Fran&#231;aises de Fontainebleau nous sont interdites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce m&#233;pris, les investigations se sont poursuivis directement sur le terrain m&#234;me, en Guadeloupe, et ont permis de rencontrer des t&#233;moins visuels, des parents et amis de victimes, des bless&#233;s, des emprisonn&#233;s, &#8230;.. Aux dires d'un ancien ministre des DOM, M. Lemoine, il y eut 87 morts et des centaines de bless&#233;s. Mais le nombre r&#233;el de morts va bien au-del&#224; et d&#233;passera 200 Guadeloup&#233;ens tu&#233;s soient pr&#232;s de 7% de la population de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, 41 ans apr&#232;s, nous poursuivons notre combat pour la v&#233;rit&#233;, la reconnaissance de ce massacre, la justice, le jugement et la condamnation des coupables, la r&#233;habilitation des victimes, la r&#233;paration des pr&#233;judices, l'acc&#232;s aux archives et dossiers de l'&#233;poque et &#224; l'&#233;criture de cette page de notre histoire. Depuis plusieurs mois maintenant, nous suivons avec int&#233;r&#234;t vos prises de position sur tous les dossiers relatifs &#224; la d&#233;fense des droits de l'homme &#224; travers le monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le KOMIT&#201; M&#201; 67,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(AKIYO &#8211; UGTG &#8211; Mouvman NONM &#8211; TRAVAYE &amp; P&#201;YIZAN)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elie DOMOTA&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la Vid&#233;o &#034;Mai 68 - Paroles ouvri&#232;res&#034; de Lutte Ouvri&#232;re</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6168</link>
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		<dc:date>2021-03-22T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'organisation Lutte Ouvri&#232;re propose sur son site des Vid&#233;os &#224; propos de L'histoire du mouvement ouvrier et de la lutte des classes. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une d'elle a pour titre &#171; Mai 68 - Paroles ouvri&#232;res &#187;. Cette vid&#233;o est excellente et on ne peut que la recommander. Parmi toutes les vid&#233;os, c'est &#224; notre avis la seule qu'on peut sans r&#233;serve, sans explications pr&#233;liminaires, conseiller &#224; toute personne qui &#171; d&#233;couvre &#187; les id&#233;es r&#233;volutionnaires, ou est familier avec ces id&#233;es et est int&#233;ress&#233; par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'organisation Lutte Ouvri&#232;re propose sur son site des Vid&#233;os &#224; propos de &lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/comprendrelemonde/histoire.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'histoire du mouvement ouvrier et de la lutte des classes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une d'elle a pour titre &#171; Mai 68 - Paroles ouvri&#232;res &#187;. Cette vid&#233;o est excellente et on ne peut que la recommander. Parmi toutes les vid&#233;os, c'est &#224; notre avis la seule qu'on peut sans r&#233;serve, sans explications pr&#233;liminaires, conseiller &#224; toute personne qui &#171; d&#233;couvre &#187; les id&#233;es r&#233;volutionnaires, ou est familier avec ces id&#233;es et est int&#233;ress&#233; par des t&#233;moignages de travailleurs ayant particip&#233; &#224; Mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit gr&#226;ce &#224; cette vid&#233;o comment les travailleurs ont d&#251; affronter les bureaucrates syndicaux, les &#171; staliniens &#187;, et mettre en place des comit&#233;s de gr&#232;ve en mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette vid&#233;o suscite une question : pourquoi l'organisation LO parle-t-elle soudain de comit&#233;s de gr&#232;ve et de la trahison des organisations syndicales dont c'est le m&#233;tier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui manque, c'est donc le motif, l'objet de cette vid&#233;o et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LO ne dit absolument pas : ce &#224; quoi les travailleurs ont &#233;t&#233; confront&#233;s dans le pass&#233;, dont Mai 68, reste d'actualit&#233; : il est vital pour les travailleur de s'auto-organiser sous forme de comit&#233;s de gr&#232;ve, d'action etc ; et ils auront toujours contre eux les bureaucrates de la CGT, les staliniens, comme en 68, comme lors des r&#233;cents mouvements .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien s&#251;r, LO ne peut pas dire cette v&#233;rit&#233;, car cette organisation marche aujourd'hui main dans la main avec les staliniens, et ne parle plus de comit&#233;s de gr&#232;ves, de la trahison des organisations syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de l'exp&#233;rience d'auto-organisation en Mai 68, comme on parlerait des momies des pharaons (une vid&#233;o leur est consacr&#233;e), est malheureusement une mani&#232;re d'enterrer ces &#034;paroles ouvri&#232;res&#034;. Arlette Laguiller apparait dans cette vid&#233;o, ainsi que dans une autre &#224; l'occasion de la sortie de son livre &lt;i&gt;TOUJOURS MILITANTE&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que LO ait rompu avec l'auto-organisation des travailleurs, dont la forme qu'elle prend dans les comit&#233;s de gr&#232;ve, sonne malheureusement comme un enterrement politique de 1&#232;re classe pour l'action pass&#233;e d'Arlette de ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous exag&#233;rons ? Il suffit de lire le r&#233;sum&#233; du livre d'Arlette &lt;i&gt;TOUJOURS MILITANTE&lt;/i&gt; propos&#233; par LO :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;En 1974, Arlette Laguiller, employ&#233;e au Cr&#233;dit Lyonnais, &#233;tait candidate &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. C'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'une femme concourait dans &#171; cette r&#233;publique d'hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le r&#244;le d'Arlette de dirigeante dans la gr&#232;ve (avec comit&#233; de gr&#232;ve) du Cr&#233;dit Lyonnais qui est mentionn&#233;, mais seulement les &#233;lections. Autre signe : dans la r&#233;&#233;dition de la brochure sur la gr&#232;ve de &#171; Renault 1947 &#187; (version LO qui omet de mentionner le r&#244;le de Barta), la pr&#233;face de Hardy avertissait : cette brochure permet de comprendre &#171; l'&#233;poque &#187;. Sous-entendu, les comit&#233;s de gr&#232;ve ne sont plus d'actualit&#233;. Nous citons de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vid&#233;o est peut-&#234;tre ancienne, datant d'une &#233;poque o&#249; LO petite organisation continuait &#224; d&#233;fendre les comit&#233;s de gr&#232;ve. Mais maintenant que LO est un parti m&#233;diatique, une mise au point sur son actualit&#233; ou non est n&#233;cessaire, car elle peut d'adresser &#224; un public tr&#232;s large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si LO veut tuer et embaumer les comit&#233;s de gr&#232;ves, c'est &#224; d'autres militants de reprendre cet acquis de l'exp&#233;rience du mouvement ouvrier et de le faire vivre. Un commentaire doit donc &#234;tre ajout&#233; &#224; cette vid&#233;o : LO est dans les mouvements actuels l'un des plus farouches adversaires de ce que ses militants proposaient en Mai 68 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons pour conclure deux exemples montrant comment des r&#233;volutionnaires qui &#233;crivent sur des &#233;v&#233;nements anciens ou r&#233;cents peuvent pr&#233;ciser d'abord qu'ils s'adressent aux travailleurs, dans le but de leur donner des armes dans leur combat d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est du point de vue socialiste que nous voulons raconter au peuple, aux ouvriers, aux paysans, les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;veloppent de 1789 &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Nous consid&#233;rons la R&#233;volution fran&#231;aise comme un fait immense et d'une admirable f&#233;condit&#233; ; mais elle n'est pas, &#224; nos yeux, un fait d&#233;finitif dont l'histoire n'aurait ensuite qu'&#224; d&#233;rouler sans fin les cons&#233;quences. La R&#233;volution fran&#231;aise a pr&#233;par&#233; indirectement l'av&#232;nement du prol&#233;tariat. Elle a r&#233;alis&#233; les deux conditions essentielles du socialisme, la d&#233;mocratie et le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Jean-Jaur&#232;s, Histoire socialiste de la R&#233;volution fran&#231;aise)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons dans ces pages expliquer aux ouvriers avanc&#233;s le sort qui attend la France dans les ann&#233;es qui viennent : la France qui, pour nous, n'est ni la Bourse, ni les banques, ni les trusts, ni le gouvernement, ni l'&#233;tat-major, ni l'Eglise -ceux-l&#224; sont les oppresseurs de la France-, mais la classe ouvri&#232;re et les paysans exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky (Ou va la France, 1934)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2641&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mai 68 en France, occasion manqu&#233;e par ou pour les r&#233;volutionnaires ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le syst&#232;me capitaliste a-t-il d&#233;j&#224; chut&#233; de lui-m&#234;me ou ne pourra-t-il chuter que par la r&#233;volution ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article5988</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article5988</guid>
		<dc:date>2020-09-23T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste a-t-il d&#233;j&#224; chut&#233; de lui-m&#234;me ou ne pourra-t-il chuter que par la r&#233;volution ? &lt;br class='autobr' /&gt; Pour bien des gens, un syst&#232;me d'exploitation ne peut pas se terminer ainsi et il ne peut &#234;tre mis &#224; bas que par la r&#233;volution sociale. Ils en concluent que, pour le moment, le capitalisme ne peut pas mourir ! &lt;br class='autobr' /&gt; Tout d'abord, c'est oublier que la r&#233;volution sociale mondiale a d&#233;j&#224; commenc&#233; ! Ensuite, c'est effacer que la logique marche en sens inverse : c'est parce que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le syst&#232;me capitaliste a-t-il d&#233;j&#224; chut&#233; de lui-m&#234;me ou ne pourra-t-il chuter que par la r&#233;volution ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Pour bien des gens, un syst&#232;me d'exploitation ne peut pas se terminer ainsi et il ne peut &#234;tre mis &#224; bas que par la r&#233;volution sociale. Ils en concluent que, pour le moment, le capitalisme ne peut pas mourir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout d'abord, c'est oublier que la r&#233;volution sociale mondiale a d&#233;j&#224; commenc&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt; Ensuite, c'est effacer que la logique marche en sens inverse : c'est parce que le syst&#232;me ne peut plus fonctionner, que sa dynamique est morte, que la r&#233;volution sociale peut poser les termes du changement radical de syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est ce que pr&#233;tend cacher le masque covid ! En effet, ce qui se pose comme alternative, ce n'est pas une politique des gouvernants qui serait meilleure, ou des mesures des patrons qui seraient moins dures, c'est le renversement du syst&#232;me mondial qui a longtemps domin&#233; la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et Covid ne sert pas seulement &#224; masquer la r&#233;alit&#233; de cet affrontement dont d&#233;pend l'avenir de l'humanit&#233;, il sert aussi &#224; donner de vraies armes contre le prol&#233;tariat, en divisant les travailleurs, en opposant jeunes et vieux, partisans du confinement et du d&#233;confinement, partisans et adversaires des masques, des tests, des vaccins, en opposant la d&#233;fense des emplois &#224; la d&#233;fense de la sant&#233;, etc. Il sert &#224; justifier les interventions polici&#232;res et militaires, qui ne combattent pas covid mais servent &#224; d&#233;truire la r&#233;volution sociale montante, &#224; dissuader tous ceux qui voudraient s'y joindre. Il sert &#224; justifier les pr&#233;tentions r&#233;formistes d'am&#233;liorer la sant&#233; et l'emploi, en menant de fausses luttes, de fausses gr&#232;ves, de fausses n&#233;gociations qui sont de vraies trahisons des int&#233;r&#234;ts du monde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cacher que le vieux monde est mort sert d'abord &#224; emp&#234;cher les prol&#233;taires de prendre conscience du r&#244;le historique qui est le leur, de la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;parer un nouveau monde car l'ancien est fini, ne donnera plus rien que des fruits pourris et des coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre camarade Olivier, longtemps compagnon de route des bordiguistes nous avait &#233;crit &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#224; propos de la pol&#233;mique avec Pietro Basso sur la dialectique h&#233;g&#233;lienne du Capital de Marx :&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis d'accord avec toi par rapport &#224; ta critique de la vision tr&#233;s rationaliste de Bordiga et trop &#034;matheuse&#034;. (le terme n'est pas trop juste mais je pense que tu comprends le sens de l'utilisation de ce mot).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir r&#233;duire le marxisme &#224; une science ne me semble pas juste. Par contre comprendre que le monde est contradictoire est fondamental et qu'il est difficile de faire des pr&#233;dictions comme celle de dire que &#034;la r&#233;volution communisme est aussi vrai que si elle &#233;tait d&#233;j&#224; advenue&#034;. (v&#233;rifier les termes exacts de Bordiga).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la conception dialectique et contradictoire est tr&#232;s importante. Et, il faut l'appliquer &#224; la crise du capitalisme lui m&#234;me. Cher Robert ! On ne peut pas affirmer que le capitalisme est mort. C'est toujours la contradiction : Socialisme ou Barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat n'abat pas le capitalisme m&#234;me dans sa d&#233;cadence actuelle et crise tr&#232;s grave et profonde qui m&#234;le une crise sociale, &#233;conomique, environnementale, politique, etc..., il subsistera en nous entra&#238;nant dans la barbarie. C'est la r&#233;volution communiste qui d&#233;truira le capitalisme et pas un collapsus de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; Olivier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le passage d'un type de soci&#233;t&#233; &#224; un autre, d'un mode de production et d'un mode d'appropriation des richessses &#224; un autre, n'a rien d'automatique, ne se contente pas de l'effondrement de l'ancienne soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire n&#233;cessite une r&#233;volution sociale dirig&#233;e par une nouvelle classe sociale dirigeante porteuse de cette soci&#233;t&#233; nouvelle. La chute d'une soci&#233;t&#233; entra&#238;ne des destructions mais pas une construction et elle peut m&#234;me d&#233;truire toute forme de civilisation, ou entra&#238;ner des retours en arri&#232;re de plusieurs crans ou des destructions massives de populations. D'aitre part, l'incapacit&#233; des anciennes classes dirigeantes &#224; continuer &#224; faire fonctionner une soci&#233;t&#233; ayant atteint ses limites et chutant inexorablement, situation qui s'est produite maintes fois dans l'Histoire des soci&#233;t&#233;s humaines, ne signifie pas que les appareils d'Etat soient eux aussi d&#233;truits. L&#224; encore, il faut la r&#233;volution, &#224; la fois pour d&#233;truire l'ancien appareil d'Etat et pour en construire un nouveau. En particulier, il faut la r&#233;volution pour rendre les masses conscientes de leur r&#244;le r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'id&#233;e qu'une soci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t que par la r&#233;volution est erron&#233;e. La vieille soci&#233;t&#233; chute d'abord parce que ses anciennes bases de construction se sont transform&#233;es en &#233;l&#233;ments de destruction. C'est ce qui s'est pass&#233; aussi bien pour l'empire romain que pour l'Ancien R&#233;gime en France et dans d'innombrables situations historiques. La vieille soci&#233;t&#233; chute fondamentalement parce que les anciennes classes poss&#233;dantes ne peuvent plus faire fonctionner l'ancien syst&#232;me et pas seulement parce que les exploit&#233;s et les opprim&#233;s ne le veulent plus. Ceux-ci peuvent m&#234;me &#234;tre les derniers &#224; prendre conscience que tout est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieille soci&#233;t&#233; meurt parce que ses contradictions internes ont tu&#233; son fonctionnement dynamique. Bien s&#251;r, la lutte des classes fait partie de ces contradictions mais le fondement essentiel est celui du mode de production et d'appropriation. La lutte des classes ne peut &#234;tre porteuse d'une nouvelle soci&#233;t&#233; que si l'ancienne n'est plus capable de fonctionner. L'humanit&#233; ne se pose que des probl&#232;mes qu'elle est contrainte de r&#233;soudre et n'avance que des solutions qui reposent sur les n&#233;cessit&#233;s de la soci&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sens, il est absurde d'affirmer que nous sommes dans l'&#232;re des r&#233;volutions sociales, et en m&#234;me temps dire que le fonctionnement capitaliste n'a pas atteint son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il est n&#233;cessaire de regarder la r&#233;alit&#233; et de ne pas s'en tenir &#224; des adages moralisateurs du genre &#171; ne pas vendre la peau du capitalisme&#8230; &#187;, &#171; on s'est souvent tromp&#233; en pr&#233;disant la fin&#8230; &#187; ou encore &#171; seule la r&#233;volution peut en finir avec&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des arguments objectifs qui doivent affirmer ou infirmer la mort du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, constater que le syst&#232;me serait mort sans une perfusion permanente d'argent public, c'est d&#233;j&#224; reconnaitre que c'esr un mort en fausse vie prolong&#233;e &#224; la Sharon&#8230; Constater que l'accroissement constant de la masse de la perfusion ne fait qu'accroitre la chute va dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors qu'on comprend que l'on a affaire &#224; une limitee objective du capitalisme, celle des investissements productifs qui cr&#233;ent de la plus-value, on comprend aussi que toute augmentation de la masse totale du capital aggrave la catastrophe et donc que si une telle mesure est prise sans cesse, c'est que les classes poss&#233;dantes n'ont plus d'espoir de sortir de leur chute, mais seulement de la retarder le plus possible afin de prendre des mesures &#233;conomiques, sociales et politiques pour casser le prol&#233;tariat. C'est ce qui se produit notamment avec covid, mais aussi avec le terrorisme, le retour de la guerre mondiale, les mont&#233;es fascistes, l'effondrement des &#171; d&#233;mocraties &#187; capitalistes, la militarisation de la soci&#233;t&#233; civile, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui pense que l'on a affaire simplement &#224; une crise capitaliste grave dont le syst&#232;me peut se sortir ne peut pas dire en m&#234;me temps qu'il est d'accord sur les perspectives pour les exploit&#233;s car ce ne sont pas les m&#234;mes. En fait, il ne se rend pas compte qu'il donne de l'eau au moulin des r&#233;formistes, opportunistes et autres faux amis et vrais ennemis du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, en r&#233;alit&#233; les plus dangereux ennemis !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le diagnostic ne peut pas &#234;tre indiff&#233;rent dans la prescription au patient ! On ne peut pas &#234;tre radicalement contre les aides financi&#232;res d'Etat pour sauver les emplois si ceux-ci peuvent r&#233;ellement &#234;tre sauv&#233;s ! On ne peut pas &#234;tre radicalement contre toute n&#233;gociation avec les institutions bourgeoises si celles-ci peuvent mener &#224; des avanc&#233;es, m&#234;me minimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises capitalistes du pass&#233;, m&#234;me les plus graves, n'ont jamais &#233;t&#233; trait&#233;es par des perfusions massives d'argent public inndant les march&#233;s, les trusts, les banques, les bourses et les financiers ! Absolument jamais ! On n'a jamais non plus aid&#233; syst&#233;matiquement les trusts et les banques en faillite ! De telles mesures vont &#224; l'encontre de la rentabilit&#233; capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les aides d'&#233;tat et le capital sp&#233;culatif fictif ne datent pas des ann&#233;es 2000 ni de l'effondrement de 2007-2008 ou de celui de 2019, mais ce qui n'est jamais arriv&#233; auparavant, c'est per exemple la multiplication des audes aux capitaux nocifs, aux investissements pourris, qui sont rachet&#233;s massivement par les banques centrales et les Etats ! Le capitalisme n'est plus constructeur mais destructeur et ne parvient &#224; durer un peu que par une cavalerie financi&#232;re &#224; la Madoff&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises capitalistes du pass&#233; n'ont jamais &#233;t&#233; trait&#233;es de cette mani&#232;re et ce n'est pas parce qu'on n'y avait pas pens&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traiter une suraccumulation de capital en accroissant massivement et artificiellement (en distribuant des richesses qui n'existent pas et n'existeront jamais !) le total des capitaux en circulation, cela ne peut pas &#234;tre un traitement mais seulement des soins palliatifs d'une phase mortuaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as parfaitement raison de soutenir que le capitalisme a un fonctionnement dialetctique, que sa dynamique est fond&#233;e sur des contradictions, &#224; la fois destructrices et constructives, mais quand il ne l'est plus, il faut aussi reconnaitre que ces contradictions m&#232;nent &#224; un suat qualitatif (c'est aussi une loi dialectique du changement d'&#233;tat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tant mieux que tu reconnaisses l'importance de la dialectique de Hegel au sein du marxisme, contrairement &#224; Bordiga, m&#234;me si tu appr&#233;cies ce r&#233;volutionnaire sur d'autres questions. L'esprit pseudo-scientifique de certains matheux est effectivement catastrophique en philosophie. Cependant, le rejet des contradictions dialectiques en politique n'est pas que bordiguiste et concerne l'essentiel des gauches communistes. Raisonner en contradictions diam&#233;trales et pas dialectiques, signifie rejeter les aspirations nationales, les luttes d&#233;mocratiques, les revendications de la petite bourgeoisie, la lutte contre l'oppression des minorit&#233;s ou des groupes opprim&#233;s. Opposer diam&#233;tralement est le propre du courant &#171; gauche communiste &#187; que tu d&#233;fends et c'est cela aussi que met en cause la conception dialectique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4444&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici sur les contradictions diam&#233;trales et dialectiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=capitalisme+mort+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Que signifie dire que le capitalisme est mort ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien des gens, le capitalisme continue &#224; fonctionner tant qu'il continue &#224; produire des marchadises mais c'est faux : Marx a montr&#233; que le capitalisme n'est pas d'abord une mode de production de biens mais une accumulation du capital issu de la plus-value extraite du travail humain. A partir du moment o&#249; le capital ne parvient plus &#224; s'accro&#238;tre ainsi, c'est que son fonctionnement fondamental est &#224; l'arr&#234;t et rien ne r&#233;parera ce ressort cass&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans Le Capital, tome I :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capitaliste n'a aucune valeur historique, aucun droit historique &#224; la vie, aucune raison d'&#234;tre sociale, qu'autant qu'il fonctionne comme capital personnifi&#233;. Ce n'est qu'&#224; ce titre que la n&#233;cessit&#233; transitoire de sa propre existence est impliqu&#233;e dans la n&#233;cessit&#233; transitoire du mode de production capitaliste. Le but d&#233;termin&#233; de son activit&#233; n'est donc ni la valeur d'usage, ni la jouissance, mais bien la valeur d'&#233;change et son accroissement continu. Agent fanatique de l'accumulation, il force les hommes, sans merci ni tr&#234;ve, &#224; produire pour produire, et les pousse ainsi instinctivement &#224; d&#233;velopper les puissances productrices et les conditions mat&#233;rielles qui seules peuvent former la base d'une soci&#233;t&#233; nouvelle et sup&#233;rieure. Le capitaliste n'est respectable qu'autant qu'il est le capital fait homme. Dans ce r&#244;le, il est, lui aussi, comme le th&#233;sauriseur, domin&#233; par sa passion aveugle pour la richesse abstraite, la valeur. Mais ce qui chez l'un para&#238;t &#234;tre une manie individuelle est chez l'autre l'effet du m&#233;canisme social dont il n'est qu'un rouage. Le d&#233;veloppement de la production capitaliste n&#233;cessite un agrandissement continu du capital plac&#233; dans une entreprise, et la concurrence impose les lois immanentes de la production capitaliste comme lois coercitives externes &#224; chaque capitaliste individuel. Elle ne lui permet pas de conserver son capital sans l'accro&#238;tre, et il ne peut continuer de l'accro&#238;tre &#224; moins d'une accumulation progressive&#8230; Enfin accumuler, c'est conqu&#233;rir le monde de la richesse sociale, &#233;tendre sa domination personnelle, augmenter le nombre de ses sujets, c'est sacrifier &#224; une ambition insatiable. Mais le p&#233;ch&#233; originel op&#232;re partout et g&#226;te tout. A mesure que se d&#233;veloppe le mode de production capitaliste, et avec lui l'accumulation et la richesse, le capitalisme cesse d'&#234;tre simple incarnation du capital. Il ressent une &#171; &#233;motion humaine &#187; pour son propre Adam, sa chair, et devient si civilis&#233;, si sceptique qu'il ose railler l'aust&#233;rit&#233; asc&#233;tique comme un pr&#233;jug&#233; th&#233;saurisateur pass&#233; de mode. Tandis que le capitaliste de vieille roche fl&#233;trit toute d&#233;pense individuelle qui n'est pas de rigueur, n'y voyant qu'un empi&#232;tement sur l'accumulation, le capitaliste modernis&#233; est capable de voir dans la capitalisation de la plus-value un obstacle &#224; ses convoitises. Consommer, dit le premier, c'est &#171; s'abstenir &#187; d'accumuler ; accumuler, dit le second, c'est &#171; renoncer &#187; &#224; la jouissance. &#171; Deux &#226;mes, h&#233;las ! habitent mon c&#339;ur, et l'une veut faire divorce d'avec l'autre. &#187; &#8230; Toutefois il s'&#233;l&#232;ve d&#232;s lors en lui un conflit &#224; la Faust entre le penchant &#224; l'accumulation, et le penchant &#224; la jouissance. &#8230; Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d'ordre de l'&#233;conomie politique proclamant la mission historique de la p&#233;riode bourgeoise. Et elle ne s'est pas fait un instant illusion sur les douleurs d'enfantement de la richesse : mais &#224; quoi bon les j&#233;r&#233;miades qui ne changent rien aux fatalit&#233;s historiques ? A ce point de vue, si le prol&#233;taire n'est qu'une machine &#224; produire de la plus-value, le capitaliste n'est qu'une machine &#224; capitaliser cette plus-value&#8230; Dans le progr&#232;s de l'accumulation, il n'y a donc pas seulement accroissement quantitatif et simultan&#233; des divers &#233;l&#233;ments r&#233;els du capital : le d&#233;veloppement des puissances productives du travail social, que ce progr&#232;s am&#232;ne, se manifeste encore par des changements qualitatifs, par des changements graduels dans la composition technique du capital, dont le facteur objectif gagne progressivement en grandeur, proportionnelle par rapport au facteur subjectif. C'est-&#224;-dire que la masse de l'outillage et des mat&#233;riaux augmente de plus en plus en comparaison de la somme de force de travail n&#233;cessaire pour les mettre en &#339;uvre. A mesure donc que l'accroissement du capital rend le travail plus productif, il en diminue la demande proportionnellement &#224; sa propre grandeur. &#8230; D'une part donc, le capital additionnel qui se forme dans le cours de l'accumulation renforc&#233;e par la centralisation attire, proportionnellement &#224; sa grandeur, un nombre de travailleurs toujours d&#233;croissant. D'autre part, les m&#233;tamorphoses techniques et les changements correspondants dans la composition-valeur que l'ancien capital subit p&#233;riodiquement font qu'il repousse un nombre de plus en plus grand de travailleurs jadis attir&#233;s par lui. La demande de travail absolue qu'occasionne un capital est en raison non de sa grandeur absolue, mais de celle de sa partie variable, qui seule s'&#233;change contre la force de travail. La demande de travail qu'occasionne un capital, c'est-&#224;-dire la proportion entre sa propre grandeur et la quantit&#233; de travail qu'il absorbe, est d&#233;termin&#233;e par la grandeur proportionnelle de sa fraction variable. Nous venons de d&#233;montrer que l'accumulation qui fait grossir le capital social r&#233;duit simultan&#233;ment la grandeur proportionnelle de sa partie variable, et diminue ainsi la demande de travail relative. Maintenant, quel est l'effet de ce mouvement sur le sort de la classe salari&#233;e ?... La loi de d&#233;croissance proportionnelle du capital variable, et de la diminution correspondante dans la demande de travail relative, a donc pour corollaires l'accroissement absolu du capital variable et l'augmentation absolue de la demande de travail suivant une proportion d&#233;croissante, et enfin, pour compl&#233;ment, la production d'une surpopulation relative. Nous l'appelons &#171; relative &#187;, parce qu'elle provient, non d'un accroissement positif de la population ouvri&#232;re qui d&#233;passerait les limites de la richesse en voie d'accumulation, mais, au contraire, d'un accroissement acc&#233;l&#233;r&#233; du capital social qui lui permet de se passer d'une partie plus ou moins consid&#233;rable de ses manouvriers. Comme cette surpopulation n'existe que par rapport aux besoins momentan&#233;s de l'exploitation capitaliste, elle peut s'enfler et se resserrer d'une mani&#232;re subite. En produisant l'accumulation du capital, et &#224; mesure qu'elle y r&#233;ussit, la classe salari&#233;e produit donc elle-m&#234;me les instruments de sa mise en retraite ou de sa m&#233;tamorphose en surpopulation relative. Voil&#224; la &#171; loi de population &#187; qui distingue l'&#233;poque capitaliste et correspond &#224; son mode de production particulier. En effet, chacun des modes historiques de la production sociale a aussi sa loi de population propre, loi qui ne s'applique qu'&#224; lui, qui passe avec lui et n'a par cons&#233;quent qu'une valeur historique. Une loi de population abstraite et immuable n'existe que pour la plante et l'animal, et encore seulement tant qu'ils ne subissent pas l'influence de l'homme&#8230;. La r&#233;serve industrielle est d'autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital est fonction, l'&#233;tendue et l'&#233;nergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvri&#232;re et la puissance productive de son travail, sont plus consid&#233;rables. Les m&#234;mes causes qui d&#233;veloppent la force expansive du capital amenant la mise en disponibilit&#233; de la force de travail, la r&#233;serve industrielle doit augmenter avec les ressorts de la richesse. Mais plus la r&#233;serve grossit, comparativement &#224; l'arm&#233;e active du travail, plus grossit aussi la surpopulation consolid&#233;e dont la mis&#232;re est en raison directe du labeur impos&#233;. Plus s'accro&#238;t enfin cette couche des Lazare de la classe salari&#233;e, plus s'accro&#238;t aussi le paup&#233;risme officiel. Voil&#224; la loi g&#233;n&#233;rale absolue, de l'accumulation capitaliste. L'action de cette loi comme de toute autre, est naturellement modifi&#233;e par les circonstances particuli&#232;res. On comprend donc toute la sottise de la sagesse &#233;conomique qui ne cesse de pr&#234;cher aux travailleurs d'accommoder leur nombre aux besoins du capital. Comme si le m&#233;canisme du capital ne le r&#233;alisait pas continuellement, cet accord d&#233;sir&#233;, dont le premier mot est : cr&#233;ation d'une r&#233;serve industrielle, et le dernier : invasion croissante de la mis&#232;re jusque dans les profondeurs de l'arm&#233;e active du travail ; poids mort du paup&#233;risme. La loi selon laquelle une masse toujours plus grande des &#233;l&#233;ments constituants de la richesse peut, gr&#226;ce au d&#233;veloppement continu des pouvoirs collectifs du travail, &#234;tre mise en &#339;uvre avec une d&#233;pense de force humaine toujours moindre, cette loi qui met l'homme social &#224; m&#234;me de produire davantage avec moins de labeur, se tourne dans le milieu capitaliste &#8211; o&#249; ce ne sont pas les moyens de production qui sont au service du travailleur, mais le travailleur qui est au service des moyens de production &#8211; en loi contraire. C'est-&#224;-dire que, plus le travail gagne en ressources et en puissance, plus il y a pression des travailleurs sur leurs moyens d'emploi, plus la condition d'existence du salari&#233;, la vente de sa force devient pr&#233;caire. L'accroissement des ressorts mat&#233;riels et des forces collectives du travail, plus rapide que celui de la population, s'exprime donc en la formule contraire, savoir : la population productive cro&#238;t toujours en raison plus rapide que le besoin que le capital peut en avoir. L'analyse de la plus-value relative nous a conduits &#224; ce r&#233;sultat : dans le syst&#232;me capitaliste, toutes les m&#233;thodes pour multiplier les puissances du travail collectif s'ex&#233;cutent aux d&#233;pens du travailleur individuel ; tous les moyens pour d&#233;velopper la production se transforment en moyens de dominer et d'exploiter le producteur : ils font de lui un homme tronqu&#233;, fragmentaire, ou l'appendice d'une machine ; ils lui opposent comme autant de pouvoirs hostiles les puissances scientifiques de la production, ils substituent au travail attrayant le travail forc&#233; ; ils rendent les conditions dans lesquelles le travail se fait de plus en plus anormales et soumettent l'ouvrier durant son service &#224; un despotisme aussi illimit&#233; que mesquin ; ils transforment sa vie enti&#232;re en temps de travail et jettent sa femme et ses enfants sous les roues du Jugement capitaliste&#8230; Mais toutes les m&#233;thodes qui aident &#224; la production de la plus-value favorisent &#233;galement l'accumulation, et toute extension de celle-ci appelle &#224; son tour celles-l&#224;. Il en r&#233;sulte que, quel que soit le taux des salaires, haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer &#224; mesure que le capital s'accumule. Enfin la loi, qui toujours &#233;quilibre le progr&#232;s de l'accumulation et celui de la surpopulation relative, rive le travailleur au capital plus solidement que les coins de Vulcain ne rivaient Prom&#233;th&#233;e &#224; son rocher. C'est cette loi qui &#233;tablit une corr&#233;lation fatale entre l'accumulation du capital et l'accumulation de la mis&#232;re, de telle sorte qu'accumulation de richesse &#224; un p&#244;le, c'est &#233;galement accumulation de pauvret&#233;, de souffrance, d'ignorance, d'abrutissement, de d&#233;gradation morale, d'esclavage, au p&#244;le oppos&#233;, celui de la classe qui produit la capital m&#234;me&#8230; Chacun d'entre les capitaux individuels dont le capital se compose repr&#233;sente de prime abord une certaine concentration, entre les mains d'un capitaliste, de moyens de production et de moyens d'entretien du travail, et, &#224; mesure qu'il accumule, cette concentration s'&#233;tend. En augmentant les &#233;l&#233;ments reproductifs de la richesse, l'accumulation op&#232;re donc en m&#234;me temps leur concentration croissante entre les mains d'entrepreneurs priv&#233;s. Toutefois ce genre de concentration qui est le corollaire oblig&#233; de l'accumulation se meut entre des limites plus ou moins &#233;troites&#8230; A un certain point du progr&#232;s &#233;conomique, ce morcellement du capital social en une multitude de capitaux individuels, ou le mouvement de r&#233;pulsion de ses parties int&#233;grantes, vient &#224; &#234;tre contrari&#233; par le mouvement oppos&#233; de leur attraction mutuelle. Ce n'est plus la concentration qui se confond avec l'accumulation, mais bien un proc&#233;d&#233; fonci&#232;rement distinct, c'est l'attraction qui r&#233;unit diff&#233;rents foyers d'accumulation et de concentration, la concentration de capitaux d&#233;j&#224; form&#233;s, la fusion d'un nombre sup&#233;rieur de capitaux en un nombre moindre, en un mot, la centralisation proprement dite&#8230; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=le+capitalisme+mourir+de+lui-m%C3%AAme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1967-68 et les Palestiniens</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article5034</link>
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		<dc:date>2018-12-31T23:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1967 : nouvel exode palestinien &lt;br class='autobr' /&gt;
Ammam (Jordanie) 1970 &lt;br class='autobr' /&gt;
1967-68 et la mont&#233;e des mouvements de fedayins Palestiniens &lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple palestinien n'a pas commenc&#233; son combat en 1967 mais celui-ci a pris un tour nouveau avec la guerre de six jours. Les arm&#233;es arabes ont &#233;t&#233; balay&#233;es et plus de 300.000 Palestiniens chass&#233;s de Cisjordanie et de Gaza. La r&#233;gion de la vall&#233;e du Jourdain, en particulier, limitrophe de la Jordanie, se vide pratiquement de toute sa population. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle guerre, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot121" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1967 : nouvel exode palestinien&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/250667-allenby-50aab.jpg' width=&#034;420&#034; height=&#034;308&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ammam (Jordanie) 1970&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/A1-94-bf64e.jpg' width=&#034;421&#034; height=&#034;281&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1967-68 et la mont&#233;e des mouvements de fedayins Palestiniens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le peuple palestinien n'a pas commenc&#233; son combat en 1967 mais celui-ci a pris un tour nouveau avec la guerre de six jours. Les arm&#233;es arabes ont &#233;t&#233; balay&#233;es et plus de 300.000 Palestiniens chass&#233;s de Cisjordanie et de Gaza. La r&#233;gion de la vall&#233;e du Jourdain, en particulier, limitrophe de la Jordanie, se vide pratiquement de toute sa population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle guerre, une nouvelle occupation du territoire, une nouvelle preuve de l'incapacit&#233; des bourgeoisies arabes, un nouvel exode avec des Palestiniens exil&#233;s dans les pays voisins et vivant dans des camps de tente vont changer la donne, cr&#233;ant le mouvement de masse palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En six jours les arm&#233;es &#233;gyptienne, syrienne et jordanienne s'effondr&#232;rent. L'&#201;gypte perdit la bande de Gaza, qu'elle avait annex&#233;e en 1948, et la p&#233;ninsule du Sina&#239;, la Syrie fut amput&#233;e du plateau du Golan, et la Jordanie de la Cisjordanie et de J&#233;rusalem-Est. Les dirigeants arabes perdirent tout cr&#233;dit aux yeux des masses arabes et des populations palestiniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celles-ci se tourn&#232;rent vers les organisations nationalistes comme le Fatah de Yasser Arafat ou le FPLP de Georges Habache qui affirmaient leur volont&#233; de ne pas baisser les armes, et de continuer la lutte arm&#233;e.Le militantisme radical et gauchiste palestinien est n&#233; et va durer plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camps palestiniens sont le lieu d'une agitation sociale et politique que les groupes politiques tournent uniquement dans le sens de formation de groupes arm&#233;s. Le mouvement mis en place par les Etats arabes, l'OLP de 1964, tente de conserver son r&#244;le dirigeant malgr&#233; cette radicalisation politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OLP s'installe &#224; Amman, et les camps palestiniens servent au recrutement des combattants. C'est surtout le Fatah qui parvient &#224; attirer le plus de candidats &#224; l'action arm&#233;e et devindra majoritaire au sein de l'OLP. Ces combattants m&#232;nent des attaques arm&#233;es contre Isra&#235;l, qui riposte par des repr&#233;sailles contre la Jordanie. L'OLP va &#234;tre vite d&#233;bord&#233;e par des formations palestiniennes gauchistes comme le FPLP mao&#239;ste qui va devenir pr&#233;pond&#233;rante en Jordanie au point d'&#234;tre &#224; un doigt de renverser le pouvoir en 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un discours radical et marxisant, le FPLP est li&#233; &#224; l'Etat syrien et d&#233;veloppe une strat&#233;gie purement anti-isra&#233;lienne. Il refuse la r&#233;volution contre la dictature jordanienne et renonce &#224; la r&#233;volution de 1971 qui se termine dans un bain de sang ordonn&#233; par le roi Hussein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la totalit&#233; des organisations palestiniennes est la mise en arri&#232;re de la question sociale derri&#232;re la question nationale et la seule perspective est la &#034;lutte arm&#233;e contre Isra&#235;l&#034; alors que les Etats arabes repr&#233;sentent eux aussi des adversaires des Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence d'un mouvement palestinien puissant, b&#233;n&#233;ficiant d'une grande popularit&#233; dans l'ensemble du monde arabe, et &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le, fut per&#231;ue comme une menace par les r&#233;gimes arabes. Et cela m&#234;me si les dirigeants palestiniens, derri&#232;re Yasser Arafat, n'avaient pourtant &#224; aucun moment cherch&#233; &#224; tirer parti contre eux du soutien des masses arabes et avaient donn&#233; de multiples gages de leur volont&#233; de ne pas s'ing&#233;rer dans leurs affaires int&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants arabes, se m&#233;fiaient n&#233;anmoins des organisations palestiniennes, et de la capacit&#233; de leurs dirigeants &#224; ma&#238;triser le mouvement de masse qui les portait. M&#234;me &#224; leur corps d&#233;fendant, les fedayins pouvaient devenir un point de ralliement et un ferment r&#233;volutionnaire pour tous les opprim&#233;s de la r&#233;gion et en tout cas un facteur d'instabilit&#233; pour tous les r&#233;gimes du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre des ... six jours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des Six Jours est la guerre qui opposa, du lundi 5 au samedi 10 juin 1967, Isra&#235;l &#224; l'&#201;gypte, la Jordanie, la Syrie. Cette guerre fut d&#233;clench&#233;e comme une &#171; attaque pr&#233;ventive &#187; d'Isra&#235;l contre ses voisins arabes, &#224; la suite du blocus du d&#233;troit de Tiran aux navires isra&#233;liens par l'&#201;gypte le 23 mai 1967 (les Isra&#233;liens avaient pr&#233;alablement annonc&#233; qu'ils consid&#233;reraient cet acte comme un casus belli)1. Le soir de la premi&#232;re journ&#233;e de guerre, la moiti&#233; de l'aviation arabe &#233;tait d&#233;truite ; le soir du sixi&#232;me jour, les arm&#233;es &#233;gyptiennes, syriennes et jordaniennes &#233;taient d&#233;faites. Les chars de Tsahal bouscul&#232;rent leurs adversaires sur tous les fronts. En moins d'une semaine, l'&#201;tat h&#233;breu tripla sa superficie : l'&#201;gypte perdit la bande de Gaza et la p&#233;ninsule du Sina&#239;, la Syrie fut amput&#233;e du plateau de Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et J&#233;rusalem-Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus symbolique encore que la d&#233;faite arabe fut la prise de la vieille ville de J&#233;rusalem. La cit&#233; des trois religions du Livre devint d&#232;s lors la capitale d'Isra&#235;l, sans la reconnaissance de la plus grande partie de la communaut&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1967 : mouvement fedayin et mouvement populaire en Egypte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1967, la d&#233;faite des arm&#233;es arabes contre Isra&#235;l, d&#233;faite militaire cuisante en seulement six jours qui a discr&#233;dit&#233; les r&#233;gimes r&#233;actionnaires comme celui de Jordanie autant que les r&#233;gimes nationalistes radicaux comme celui d'Egypte, a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur du mouvement fedayin, c'est-&#224;-dire d'une organisation clandestine de combattants organisant des actes terroristes contre les Isra&#233;liens. Il y a un nouvel exil des Palestiniens (250 000) chass&#233;s des territoires occup&#233;s mais surtout une nouvelle conscience que seule la lutte des Palestiniens eux-m&#234;mes peut changer la situation et quand qu'il ne faut pas compter sur les Etats arabes. Ces derniers brutalement discr&#233;dit&#233;s et d&#233;savou&#233;s par leur propre population (Nasser lui-m&#234;me a d&#251; menacer de d&#233;missionner pour relancer sa popularit&#233; s&#233;rieusement mise &#224; mal) ont d&#251; pour la premi&#232;re fois soutenir ces mouvements. D&#232;s ao&#251;t 1967, Nasser fait appel &#224; Yasser Arafat dont il ignorait jusque l&#224; le petit mouvement. Le harc&#232;lement des forces d'occupation isra&#233;liennes dans les territoires occup&#233;s est organis&#233;e et financ&#233;e. Cependant le territoire ne se pr&#234;tant pas &#224; une gu&#233;rilla, les forces palestiniennes du Fatah de Yasser Arafat s'installent en Jordanie, des deux c&#244;t&#233;s des rives du Jourdain, profitant de l'affaiblissement du r&#233;gime du roi Hussein, son arm&#233;e &#233;tant d&#233;stabilis&#233;e par la honte de la d&#233;faire cuisante contre Isra&#235;l. En 1967, une scission du MNA, &#224; l'origine pro-Nasser se radicalise et fonde le FPLP. Une grande part des fedayin sont des &#233;tudiants plus ou moins gu&#233;varistes ou mao&#239;stes qui lisent Marx, L&#233;nine et Mao. Ce qui encourage ces militants clandestins qui doivent vivre coup&#233;s de la population, c'est que celle-ci se manifeste en 1967 par des gr&#232;ves, sit-in et manifestations contre l'occupation isra&#233;lienne. Un &#233;pisode de confrontation entre l'arm&#233;e isra&#233;lienne et les fedayin am&#232;ne l'arm&#233;e jordanienne &#224; intervenir et se solde par une d&#233;faite isra&#233;lienne. Ce seul combat de Karameh servira &#224; la mystique du mouvement, afin de laver la honte des Etats arabes. Le roi Hussein ira jusqu'&#224; d&#233;clarer devant les journalistes : &#171; nous sommes tous des fedayin ! &#187; L'OLP affirmait se satisfaire du soutien hypocrite et peu r&#233;el des Etats arabe et d&#233;clarait dans sa Charte de 1968 : &#171; l'OLP coop&#232;re avec tous les gouvernements arabes selon les possibilit&#233;s de chacun et ne s'ing&#232;re pas dans les affaires int&#233;rieures d'aucun Etat arabe. &#187; C'est sous la pression de la radicalisation de la r&#233;volution palestinienne que le septi&#232;me conseil national palestinien est amen&#233; &#224; donner &#224; la lutte nationale mais pour nombre de ses leaders il s'agit juste de phrases radicales qui doivent en rester au stade de la d&#233;claration. C'est compter sans l'influence r&#233;elle que la r&#233;volution palestinienne va entra&#238;ner dans les pays arabes, d'abord en Egypte puis en Jordanie, enfin au Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Egypte c'est d&#232;s 1967 que la situation explose, .comme le raconte Mahmoud Hussein dans son ouvrage &#171; La lutte des classes en Egypte &#187;. Si, apr&#232;s l'annonce de la d&#233;mission de Nasser apr&#232;s l'&#233;chec militaire de 1967, les masses sont dans la rue les 9 et 10 juin pour demander &#224; Nasser de revenir au pouvoir, le m&#233;contentement est grand et tout particuli&#232;rement dans les milieux populaires et ouvriers. La premi&#232;re &#233;tincelle part de la banlieue ouvri&#232;re de H&#233;louan, si&#232;ge de grandes usines modernes qui manifestent en d&#233;non&#231;ant l'arm&#233;e &#233;gyptiennes et y rajoutent : &#171; pas de socialisme sans libert&#233; ! &#187;. Un barrage policier est balay&#233; par les ouvriers qui prennent d'assaut le poste de police. Les ouvriers d'H&#233;louan veulent se rendre au Caire mais le minist&#232;re bloque les chemins de fer. Mais les ouvriers de Choubra, dans la banlieue du Caire, prennent le relais, d&#233;clenchant gr&#232;ves et manifestations en solidarit&#233;. Sur la route d'Heliopolis, dix mille manifestants s'opposent violemment aux forces de police. Les jeunes des quartiers pauvres se sont joints aux ouvriers et aux &#233;tudiants. Le pr&#233;sident de l'assembl&#233;e nationale, Sadate, est contraint de recevoir une d&#233;l&#233;gation des manifestants. Autour de l'assembl&#233;e des milliers de manifestants r&#233;clament les droits d&#233;mocratiques en Egypte. Dans plusieurs quartiers populaires des barricades sont &#233;lev&#233;es. Le gouvernement annonce que toutes manifestation est d&#233;sormais interdite. Du coup, une immense manifestation se forme place El Tahrir au Caire form&#233;e d'&#233;tudiants, de jeunes ouvriers et de ch&#244;meurs. Apr&#232;s une bataille rang&#233;e avec la police, l'arm&#233;e intervient en tirant dans la foule. La r&#233;ponse vient des jeunes de quatorze &#224; dix-sept ans qui attaquent massivement les forces de l'ordre, arm&#233;s de pierres et de b&#226;tons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;tapes allaient suivre et notamment celle de novembre 1972 commenc&#233;e par des manifestations universitaires le20 novembre o&#249; l'arm&#233;e fait tirer sur les &#233;tudiants et o&#249; les quartiers populaires prennent partie pour ceux-ci. A partir de l&#224; il va y avoir en Egypte de nombreux mouvements dans la classe ouvri&#232;re. Les villes ouvri&#232;res du delta comme El Khom et Benha font gr&#232;ve sur le tas. Une &#233;meute a lieu &#224; Abou K&#233;bir. Une usine militaire d'H&#233;louan, en gr&#232;ve, s&#233;questre la direction. Cette fois, toute l'Egypte va suivre le mouvement. Les ouvriers s'adressent aux autres ouvriers d'Helouan, de Choubra, Mehalla et Alexandrie. L'arm&#233;e encercle l'usine d'o&#249; est parti le mouvement mais c'est trop tard ; devant la mont&#233;e ouvri&#232;re, le pouvoir recule et les gr&#233;vistes obtiennent la totalit&#233; de leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore les mouvements sociaux avaient un lien avec la situation en Palestine. La haine des milieux populaires vis &#224; vis du r&#233;gime avaient &#233;t&#233; exacerb&#233;es par la signature par l'Egypte du plan am&#233;ricain Rogers pour la paix avec Isra&#235;l.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Vivement un nouveau mai 68 ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4894</link>
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		<dc:date>2018-05-09T22:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Edito &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai 68, une r&#233;f&#233;rence d'avenir pour la lutte sociale ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai 68 &#8211; mai 2018, certains voudraient voir dans ce parall&#232;le chronologique, un centenaire, une perspective sociale et politique, mais pourquoi ? Sans doute parce qu'ils pr&#233;f&#232;rent ce centenaire &#224; l'anniversaire de la r&#233;volution russe, au bicentenaire de Karl Marx ou &#224; la perspective de la Commune de Paris. Inutile de demander pourquoi ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont non seulement les m&#233;dia mais certains hommes politiques, de la gauche &#224; l'extr&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_9788 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Edito&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai 68, une r&#233;f&#233;rence d'avenir pour la lutte sociale ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 &#8211; mai 2018, certains voudraient voir dans ce parall&#232;le chronologique, un centenaire, une perspective sociale et politique, mais pourquoi ? Sans doute parce qu'ils pr&#233;f&#232;rent ce centenaire &#224; l'anniversaire de la r&#233;volution russe, au bicentenaire de Karl Marx ou &#224; la perspective de la Commune de Paris. Inutile de demander pourquoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont non seulement les m&#233;dia mais certains hommes politiques, de la gauche &#224; l'extr&#234;me gauche en passant par la gauche de la gauche, et certains dirigeants syndicaux qui &#233;voquent les &#233;v&#233;nements de mai 1968, notamment la lutte des &#233;tudiants et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale comme un souvenir d'un mouvement qui devrait nous servir de boussole. Mais pour s'orienter vers quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers ce qu'a entra&#238;n&#233; mai 68 ? Les classes poss&#233;dantes ont-elles &#233;t&#233; contraintes &#224; un v&#233;ritable recul social ou politique par la plus grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que la France ait connu ? Pas du tout ! La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ouvri&#232;re, qu'aucune centrale syndicale n'avait r&#233;ellement pouss&#233;e et organis&#233;e, a &#233;t&#233; cass&#233;e par les n&#233;gociations gouvernement-patronat-syndicats de Grenelle, dans lesquelles les centrales syndicales ont accept&#233; de lancer la reprise du travail en &#233;change de quelques avantages syndicaux et de miettes lamentables pour les travailleurs. Ils ont fait croire aux travailleurs que le changement n'allait pas venir de la lutte sociale et qu'il fallait le retour au calme et au travail pour organiser le changement politique par les &#233;lections. Non seulement, ces &#233;lections n'ont pas marqu&#233; un progr&#232;s mais ont permis &#224; la petite bourgeoisie, antigr&#233;viste, de donner l'&#233;lection la plus r&#233;actionnaire de la p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces pr&#233;tendus d&#233;fenseurs des travailleurs pr&#233;tendent que la classe ouvri&#232;re devrait regarder mai 68 avec regret, comme s'il fallait seulement souhaiter que les travailleurs soient en lutte, sans pour autant enlever la direction des luttes aux conf&#233;d&#233;rations syndicales qui les envoient vers l'impasse et l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tout le probl&#232;me dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai 1968, c'est que, s'il y a eu effectivement bien plus une g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve qu'en juin 1936, mais il n'y a eu aucune structuration des travailleurs entre eux, si bien que, lorsque les syndicats ont appel&#233; &#224; la reprise du travail, les salari&#233;s auraient bien voulu poursuivre la lutte mais ne disposaient d'aucun moyen de le faire. La gr&#232;ve a continu&#233; dans quelques centres ouvriers importants mais l'ensemble des travailleurs a repris le travail le c&#339;ur gros, les larmes aux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas cette le&#231;on, fondamentale pourtant, que les pr&#233;tendus nostalgiques de mai 68 entendent d&#233;velopper, pas du tout, au contraire m&#234;me. Ils voudraient nous faire croire que les travailleurs peuvent se mobiliser, changer les choses, sans remettre en question les directions syndicales et politiques r&#233;formistes. Et c'est faux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 68, il y a bien eu, par ci par l&#224;, des comit&#233;s de gr&#232;ve, des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales dirigeant leur propre lutte, mais aucune force politique et sociale nationale ne les a mis en avant, n'a cherch&#233; syst&#233;matiquement &#224; les g&#233;n&#233;raliser, &#224; pousser &#224; l'auto-organisation des travailleurs, &#224; les coordonner localement, r&#233;gionalement et nationalement. Certaines usines ont vu leur gr&#232;ve dirig&#233;e par un v&#233;ritable comit&#233; de gr&#232;ve, mais la CGT a choisi de surfer sur le mouvement spontan&#233; qui &#233;tait parti sans elle et a coup&#233; les ailes de tout courant spontan&#233; et g&#233;n&#233;ral d'auto-organisation. Les travailleurs eux-m&#234;mes ont &#233;t&#233; ainsi exclus par la bureaucratie syndicale et par les partis communistes et socialistes de toute direction de leur propre lutte. Loin d'&#234;tre un exemple de lutte men&#233;e par les travailleurs, mai 68 est un exemple de lutte vol&#233;e aux travailleurs ! Mais personne ne diffuse une telle analyse, bien entendu ! Ils veulent tous, r&#233;formistes comme opportunistes, nous faire croire que la mobilisation des travailleurs, m&#234;me derri&#232;re des piliers de la soci&#233;t&#233; actuelle, peut changer le rapport de forces, changer le climat social et ainsi pousser &#224; des changements sociaux et politiques fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 68, aucun changement social ou politique fondamental n'a &#233;t&#233; gagn&#233; et la lutte des travailleurs et des jeunes a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e vers l'impasse par les m&#234;mes trompeurs que ceux d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, bien des travailleurs peuvent regretter le climat social et politique du mouvement de contestation de l'&#233;poque mais cela n'&#233;claire pas du tout le chemin, cela ne donne pas une v&#233;ritable perspective aux luttes actuelles. Au contraire, cette nostalgie ne m&#232;ne qu'aux m&#234;mes &#233;checs, aux m&#234;mes trahisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve n'est pas une garantie de succ&#232;s, du moment que les travailleurs ne s'organisent pas par eux-m&#234;mes, ne d&#233;cident pas des buts, des moyens, des perspectives de leur lutte, du moment qu'ils ne se donnent pas seulement des revendications &#233;conomiques mais des objectifs politiques et sociaux, ne se dotent pas d'une v&#233;ritable direction politique auto-organis&#233;e. C'est justement cela qui devrait &#234;tre la le&#231;on de mai 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait se souvenir que la CGT et le PCF n'ont pris en marche le train des gr&#232;ves qu'&#224; reculons et par obligation, pour ne pas laisser les travailleurs se diriger et d'organiser eux-m&#234;mes. C'est spontan&#233;ment ou avec l'aide de militants r&#233;volutionnaires que la gr&#232;ve avait commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper et &#224; se g&#233;n&#233;raliser &#224; un stade o&#249; CGT et PCF, sans parler de la social-d&#233;mocratie et des autres centrales syndicales, parlaient d'un &#171; pouvoir fort &#187; gaulliste qui aurait noy&#233; dans le sang toute tentative de g&#233;n&#233;ralisation des gr&#232;ves et s'y opposait de toutes leurs forces. C'est &#224; Renault Billancourt que CGT et PCF avaient pris le tournant et compris qu'ils ne pourraient pas s'opposer &#224; la gr&#232;ve sans risquer d'&#234;tre d&#233;barqu&#233;s de la suite du mouvement. Dans cette usine, un comit&#233; de gr&#232;ve s'&#233;tait constitu&#233; parmi les professionnels du contr&#244;le qui prenait en mains la lutte et l'occupation des ateliers. La CGT et le PCF avaient vu le moment o&#249; ils seraient d&#233;pass&#233;s et l'auto-organisation deviendrait irr&#233;pressible. Ils ont alors pris le tournant, d&#233;cidant d'occuper l'usine, de fermer les portes et de laisser les travailleurs&#8230; dehors !!! Un vol qualifi&#233; de la gr&#232;ve et de l'organisation qui allait se g&#233;n&#233;raliser dans tout le pays. Dr&#244;le d'&#233;v&#233;nement &#224; rappeler avec plaisir de la part des fausses extr&#234;mes gauches ! Et belle victoire contre la classe ouvri&#232;re des bureaucraties syndicales et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve ouvri&#232;re doit provenir de l'organisation des travailleurs et pas de conf&#233;d&#233;rations syndicales et de partis politiques qui sont li&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Sans quoi les classes poss&#233;dantes n'ont rien &#224; craindre m&#234;me d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de classe des travailleurs ne consiste pas seulement &#224; pouvoir arr&#234;ter le travail, &#224; pouvoir revendiquer &#233;conomiquement, &#224; manifester pour protester. Elle consiste dans le fait de d&#233;velopper sa capacit&#233; &#224; &#234;tre une alternative du pouvoir bourgeois. Le r&#244;le des comit&#233;s de gr&#232;ve, des conseils de travailleurs, des assembl&#233;es interprofessionnelles n'est pas seulement de d&#233;velopper la lutte de mani&#232;re plus d&#233;mocratique que les intersyndicales, plus efficaces pour faire reculer les classes poss&#233;dantes. L'organisation des travailleurs par eux-m&#234;mes signifie que les prol&#233;taires prennent conscience, au travers des luttes sociales, de leur r&#244;le de direction de toutes les couches r&#233;volt&#233;es, et de leur futur r&#244;le de direction de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 68 est pr&#233;sent&#233; par de pr&#233;tendus r&#233;volutionnaires, de M&#233;lenchon et du parti communiste &#224; l'extr&#234;me gauche officielle et aux insoumis comme un exemple, mais ce n'est pas pour nous dire comme le slogan central de mai 68 : &#171; Une seule solution, la r&#233;volution ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! C'est pour nous dire : une seule solution, suivre les centrales syndicales en s'unissant derri&#232;re nos faux dirigeants syndicaux, sociaux et politiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan des centrales syndicales, nous l'entendons aujourd'hui : &#171; une seule solution, la n&#233;gociation &#187; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais nous ne voyons les centrales syndicales ni les partis r&#233;formistes nous engager &#224; mener des luttes qui remettent en question la politique des classes poss&#233;dantes. Jamais ils ne relient les luttes ouvri&#232;res avec le combat contre les politiques guerri&#232;res, contre les politiques racistes, contre les politiques bellicistes sous pr&#233;texte d'antiterrorisme. Jamais ils ne relient la politique antisociale des gouvernants &#224; leur politique anti-migrants, anti-musulmans, anti-jeunes, anti-romes et on en passe&#8230; Jamais ils n'ont combattu l'&#233;tat d'urgence, les r&#233;pressions polici&#232;res des banlieues, la d&#233;rive raciste du pouvoir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats de mai 68 ont repris la direction de la lutte ouvri&#232;re mais, comme aujourd'hui, ils l'ont fait &#224; reculons, uniquement pour &#233;viter l'organisation autonome des travailleurs. Ils l'ont fait en jouant leur r&#244;le d'interm&#233;diaire, de tampon, de calmeurs du peuple, de d&#233;tourneurs des luttes, de l&#226;cheurs de vapeur sociale, pas pour faire monter la pression, par pour augmenter le moral de lutte des prol&#233;taires et leur conscience de leur force ou de leurs perspectives de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en appeler au souvenir de mai 68, ce n'est pas non plus affirmer la confiance dans une force de classe. En mai 68, on a vu socialement la classe ouvri&#232;re se faire mener par des bureaucrates et politiquement se mettre en place la tromperie de l'union de la gauche qui va donner pendant des ann&#233;es une fausse perspective politique aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et certains voudraient qu'il en soit de m&#234;me aujourd'hui. Et ils voudraient relancer, en se servant des luttes sociales, une union de la gauche, de l'extr&#234;me gauche opportuniste aux plus r&#233;formistes des sociaux-d&#233;mocrates et aux nationalistes m&#233;lenchonistes ou ex-staliniens, et cette fausse perspective est le contraire d'une union de classe des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la lutte des classes qui est en train d'&#233;chouer avec la lutte des cheminots ou des fonctionnaires, c'est une mani&#232;re n&#233;gociatrice, r&#233;formiste, mod&#233;r&#233;e, de faire du syndicalisme et de la politique, c'est la collaboration de classe !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes depuis des jours les cheminots font gr&#232;ve, les Air France font gr&#232;ve, les EPHAD font gr&#232;ve, les &#233;boueurs font gr&#232;ve, telle ou telle poste, tel ou tel h&#244;pital, tel ou tel centre des imp&#244;ts, tels ou tels &#233;lectriciens font gr&#232;ve. Certes, ils descendent dans la rue. Certes, ils se retrouvent avec d'autres salari&#233;s lors de journ&#233;es d'action. Mais&#8230; Car il y a un gros mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommet de l'offensive de l'intersyndicale : celle-ci menace maintenant d'une &#8230; journ&#233;e d'action le 14 mai !!! Journ&#233;e qu'elle intitule journ&#233;e d'inaction totale des cheminots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours les cheminots seuls !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours ces strat&#233;gies au sommet sans aucune d&#233;cision n organisation de la base !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron tremble des strat&#233;gies de lutte de ces organisations qui font semblant de lutter pour emp&#234;cher les travailleurs de mener eux-m&#234;mes leurs luttes !!! Et ne parlons pas de la classe poss&#233;dante qui ne perd rien dans ces faux combats !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le des syndicats est de faire semblant ! Faire semblant d'organiser la classe ouvri&#232;re, faire semblant de la mobiliser, faire semblant de lui donner une strat&#233;gie de lutte, faire semblant de r&#233;sister aux attaques, faire semblant d'opposer un front uni &#224; l'attaque, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire semblant de mener une lutte r&#233;solue, d&#233;termin&#233;e, massive, contre le gouvernement et les patrons, tout en le faisant &#224; reculons, en continuant &#224; participer &#224; toutes les n&#233;gociations, &#224; toutes les cogestions, &#224; toutes les d&#233;pendances de l'Etat et des patrons, telle est la strat&#233;gie &#233;troite des conf&#233;d&#233;rations syndicales. Elle vise &#224; l'autoreproduction du &#171; pouvoir syndical &#187; qui n'a rien &#224; voir avec une d&#233;mocratie des travailleurs, avec un droit des travailleurs, avec une organisation de classe des travailleurs, puisque ce pouvoir syndical est organis&#233; par la classe capitaliste et son Etat, et essentiellement financ&#233; par eux. Les syndicats font semblant de s'agiter mais dans un cadre &#233;troit, qui ne permet nullement &#224; la lutte de classe de se d&#233;velopper, de prendre son &#233;lan, d'o&#249; les journ&#233;es d'action &#224; r&#233;p&#233;tition pr&#233;f&#233;r&#233;es aux v&#233;ritables gr&#232;ves. Ces journ&#233;es ont l'avantage de ne pas permettre &#224; un climat offensif de prendre son &#233;lan, de ne pas permettre aux travailleurs de s'organiser, de contacter d'autres secteurs et les entra&#238;ner. En somme de seulement permettre &#224; la col&#232;re des travailleurs de s'exprimer, &#224; la vapeur de sortir, au m&#233;contentement de se transformer en fatigue mais pas de faire en sorte que la vapeur serve &#224; actionner un quelconque mouvement de classe capable de mobiliser l'ensemble des travailleurs et faire reculer, tant soi peu, la classe poss&#233;dante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un syndicaliste honn&#234;te serait en droit, &#224; ce stade, de demander : &#171; Qu'est-ce que vous nous accusez de ne pas avoir fait, de ne pas vouloir faire, pour changer le rapport de forces ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, d'abord, quand le gouvernement a annonc&#233; la couleur : sa volont&#233; de mener une attaque antisociale d'ampleur, comprenant &#224; la fois la destruction des services publics et leur privatisation et pas seulement en ce qui concerne la SNCF mais aussi tous les transports, l'&#233;nergie, l'h&#244;pital public, les imp&#244;ts, l'enseignement et la recherche, les t&#233;l&#233;vision et radio et on en passe, l'ub&#233;risation des salari&#233;s, la pr&#233;carisation des emplois, la suppression des droits sociaux et aides sociales, l'attaque contre les communes et les d&#233;partements, l'attaque contre les ch&#244;meurs, contre les &#233;tudiants et les jeunes, etc, avons-nous vu les syndicats r&#233;unir imm&#233;diatement et partout les salari&#233;s dans les entreprises, mener des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales interprofessionnelles pour discuter de la situation nouvelle, de son interpr&#233;tation, de la nouvelle mani&#232;re de riposter ? Absolument pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les cheminots n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;unis &#171; &#224; chaud &#187;, au moment o&#249; ils &#233;taient massivement indign&#233;s par l'annonce d'attaques d'ampleur contenue dans le rapport Spinetta commandit&#233; par le gouvernement. A ce moment-l&#224;, les syndicats ne demandaient pas aux cheminots de se rassembler, de discuter, mais d'attendre la r&#233;union au sommet de l'intersyndicale, annon&#231;ant que l'unit&#233; serait le produit d'une telle entente entre dirigeants des appareils bureaucratiques, y compris ceux qui s'&#233;taient d&#233;clar&#233;s favorables &#224; la nouvelle politique incarn&#233;e par Macron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but des classes dirigeantes n'est pas n&#233;cessairement de casser les syndicats. Ils les laissent faire leur d&#233;monstration comme quoi ils auraient &#171; &#233;t&#233; jusqu'au bout &#187;, jusqu'&#224; user les gr&#233;vistes et les usagers, mais ils visent &#224; d&#233;moraliser, &#224; casser la confiance des travailleurs dans leurs propres forces, dans leur capacit&#233; &#224; faire reculer et m&#234;me &#224; battre la classe poss&#233;dante. C'est pour cela que les syndicats ne feront rien qui puisse r&#233;ellement frapper ces poss&#233;dants. Et leur r&#244;le consiste surtout &#224; &#233;viter que les travailleurs s'organisent par eux-m&#234;mes dans cette lutte, se lient par del&#224; les secteurs, les corporations, en cassant toutes les divisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la convergence des luttes n'est pas une voie facile pav&#233;e de roses mais c'est un mensonge syndical de faire croire que les bureaucraties syndicales font tout pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat SUD en a de bonnes en d&#233;clarant : &#171; La convergence, &#231;a ne se d&#233;cr&#232;te pas. &#187; affirme-t-il pour justifier d'avoir organis&#233;, avec les autres conf&#233;d&#233;rations syndicales, la divergence syst&#233;matique des luttes, y compris la s&#233;paration entre luttes du service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand chaque corporation est appel&#233;e s&#233;par&#233;ment &#224; la gr&#232;ve et qu'un jour par-ci par-l&#224;, ils sont appel&#233;s &#224; se retrouver une journ&#233;e ensemble dans la rue, ils affirment avoir &#339;uvr&#233; &#224; la convergence des luttes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne les emp&#234;che pas de pr&#233;parer des luttes diff&#233;rentes, d'un c&#244;t&#233; les cheminots, de l'autre les traminots, d'un troisi&#232;me les bus, d'un quatri&#232;me la RATP, les h&#244;pitaux s&#233;par&#233;ment des EPHAD ou de la Psychiatrie, sans parler du secteur priv&#233;, d'un c&#244;t&#233; les ch&#244;meurs, de l'autre les retrait&#233;s et on en passe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve &#034;perl&#233;e&#034; des cheminots continue et les syndicats continuent de n&#233;gocier avec le premier ministre...&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien ne marche mais tout continue !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats se d&#233;clarent pr&#234;ts &#224; aller jusqu'au bout mais au bout de quoi ? Pas de la peur des classes poss&#233;dantes qui, dans ce mouvement, n'ont pas grand chose &#224; craindre...&lt;br class='autobr' /&gt; Si les syndicats d&#233;montrent ainsi qu'ils &#034;ont &#233;t&#233; jusqu'au bout&#034;, le pouvoir en fait autant, les classes poss&#233;dantes d&#233;montrent gr&#226;ce &#224; eux que les travailleurs sont impuissants CQFD !!! Mais c'est mensonger car la force des travailleurs, la vraie, n'est pas mise en oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la le&#231;on non tir&#233;e de Mai 68, c'est qu'il ne faut pas confier la direction des luttes au professionnels de la trahison des luttes ouvri&#232;res, qu'il faut que les travailleurs s'organisent eux-m&#234;mes, &#233;lisent eux-m&#234;mes leur direction, d&#233;cident eux-m&#234;mes de leurs revendications, des modes d'action, des perspectives, tout le contraire de la situation actuelle. Mais si le gouvernement se garde d'annoncer vraiment les attaques suivantes en d&#233;tail, les privatisations, les &#171; r&#233;formes &#187; des imp&#244;ts, de la RATP, de l'h&#244;pital et autres, s'il les retarde c'est bien qu'il y a toujours une crainte que les travailleurs sortent du pi&#232;ge organis&#233; par le gouvernement et les syndicats, dans leur fausse opposition, qu'ils d&#233;bordent du cadre et se mettent spontan&#233;ment en lutte, la g&#233;n&#233;ralisant et remettant en question ses faux dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les classes poss&#233;dantes ne sont pas sures que les prol&#233;taires seront toujours tromp&#233;s par les appareils r&#233;formistes et elles ont bien raison de se m&#233;fier. Rien n'est perdu et l'avenir appartient aux travailleurs r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1968 en Turquie</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4288</link>
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		<dc:date>2017-10-07T23:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mai 68 en Turquie &lt;br class='autobr' /&gt;
Du radicalisme r&#233;publicain au socialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
K&#220;RK&#199;&#220;GIL Masis &lt;br class='autobr' /&gt;
2000 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'importance des &#233;v&#233;nements de 1968 en Turquie vient du fait qu'ils constituent le tournant de la p&#233;riode politique initi&#233;e par le coup d'Etat de 1960 et qui s'ach&#232;vera par l'intervention militaire du 12 mars 1971. Mais pour la jeune g&#233;n&#233;ration d'aujourd'hui, son int&#233;r&#234;t est limit&#233;, d'autant que les deux d&#233;cennies suivantes, ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre d'&#233;v&#233;nements beaucoup plus tragiques, celle des ann&#233;es 70 avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mai 68 en Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du radicalisme r&#233;publicain au socialisme}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;}K&#220;RK&#199;&#220;GIL Masis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance des &#233;v&#233;nements de 1968 en Turquie vient du fait qu'ils constituent le tournant de la p&#233;riode politique initi&#233;e par le coup d'Etat de 1960 et&lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'ach&#232;vera par l'intervention militaire du 12 mars 1971. Mais pour la jeune g&#233;n&#233;ration d'aujourd'hui, son int&#233;r&#234;t est limit&#233;, d'autant que les deux&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;cennies suivantes, ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre d'&#233;v&#233;nements beaucoup plus tragiques, celle des ann&#233;es 70 avec l'assassinat de milliers de personnes dans le cadre&lt;br class='autobr' /&gt;
de la lutte contre la mont&#233;e du fascisme, celle des ann&#233;es 80 avec la r&#233;pression de masse qui a suivi le coup d'Etat de 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Turquie, les mouvements de jeunesse de 1968 ont plus &#233;t&#233; le fruit d'un processus cumulatif, que d'une explosion sociale. Le coup d'Etat militaire de&lt;br class='autobr' /&gt;
1960, men&#233; par de jeunes officiers proches du CHP (parti k&#233;maliste traditionnel, alors dans l'opposition contre la droite conservatrice), avait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
de manifestations dans les universit&#233;s. Ce mouvement ayant donn&#233; en partie sa l&#233;gitimit&#233; au coup d'Etat, les &#233;tudiants ont pu b&#233;n&#233;ficier durant cette p&#233;riode&lt;br class='autobr' /&gt;
d'un statut politique privil&#233;gi&#233;. Le coup d'Etat a d&#233;bouch&#233; sur la r&#233;daction, par les militaires, d'une constitution qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par&lt;br class='autobr' /&gt;
la gauche comme &#233;tant la plus lib&#233;rale que la Turquie n'ait jamais eu. Cela a en tout cas aboutit &#224; un &#233;clatement de la droite et &#224; une revitalisation&lt;br class='autobr' /&gt;
des mouvements sociaux et de la gauche. Preuve en est, la cr&#233;ation par des syndicalistes du Parti ouvrier de Turquie (TIP) en 1961. Ce parti a jou&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
la suite un r&#244;le tr&#232;s important dans la gauche turque, avec l'arriv&#233;e dans ses rangs et &#224; sa direction d'intellectuels marxistes comme Mehmet Ali Aybar,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui en est devenu le pr&#233;sident. Aybar avait une approche qui lui &#233;tait propre, tr&#232;s diff&#233;rente de la tradition des PC : il &#233;tait en quelques sortes un&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;eurocommuniste avant l'heure&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 60, le mouvement socialiste a pu ainsi s'exprimer devant de larges masses, d&#233;passant pour la premi&#232;re fois le cercle &#233;troit du petit&lt;br class='autobr' /&gt;
PC turc. Il a obtenu 3 % des voix aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1965 et, gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me de proportionnelle int&#233;grale (qui a &#233;t&#233; appliqu&#233; pour la seule&lt;br class='autobr' /&gt;
et unique fois &#224; l'&#233;poque), il a pu introduire 15 d&#233;put&#233;s socialistes au Parlement, qui, par leur vitalit&#233;, ont marqu&#233; l'histoire du parlementarisme turc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette p&#233;riode a marqu&#233;e l'apog&#233;e du mouvement et du prestige de la gauche. Presque tous les groupes socialistes soutenaient d'ailleurs &#224; l'&#233;poque le TIP,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'exception d'un cercle d'intellectuels qui estimaient que la seule solution &#8220;dans un pays comme la Turquie o&#249; le prol&#233;tariat &#233;tait encore embryonnaire&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
(sic) &#233;tait de favoriser un putsch militaire de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels socialistes avaient pu instaurer une r&#233;elle h&#233;g&#233;monie et m&#234;me le CHP, parti qui avait fond&#233; la R&#233;publique, avait commenc&#233; &#224; se d&#233;finir&lt;br class='autobr' /&gt;
comme un parti de &#8220;centre gauche&#8221;. Ceci &#233;tant, le &#8220;socialisme&#8221; dont il &#233;tait question &#233;tait en fait un m&#233;lange de populisme tiers-mondiste et de radicalisme&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;publicain. Sans parler de l&#233;ninisme ou de marxisme, il n'&#233;tait m&#234;me pas question d'influence stalinienne (le stalinisme s'est surtout impos&#233; dans les&lt;br class='autobr' /&gt;
ann&#233;es 70), car m&#234;me les anciens cadres du PC avaient une pi&#232;tre formation. En fait, on attendait du TIP, un parti tout au plus social-d&#233;mocrate populiste,&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il joue un r&#244;le politique de parti socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement socialiste, d&#233;connect&#233; du monde ext&#233;rieur, avan&#231;ait en tatonnant, au gr&#233; du hasard. Les po&#232;mes de Naz ?m Hikmet et les chants populaires &#233;taient&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la base de la formation des militants. Malgr&#233; ces limites intellectuelles, quelques d&#233;bats pointus, notamment sur la nature et la formation sociale de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'Empire ottoman et des relations entre le k&#233;malisme et le socialisme, &#233;taient men&#233;s dans des cercles limit&#233;s. Mais le mouvement s'int&#233;ressait surtout&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la d&#233;couverte de solutions radicales &#224; court terme. En fait, la traduction de la litt&#233;rature socialiste et des classiques du marxisme, limit&#233;e jusqu'alors&lt;br class='autobr' /&gt;
(en raison de la r&#233;pression) &#224; quelques brochures, n'a r&#233;ellement vu le jour qu'&#224; la fin des ann&#233;es 60, avec l'impulsion des &#233;v&#233;nements de 68. Du coup,&lt;br class='autobr' /&gt;
une furia de livres sur les r&#233;volutions cubaine, vietnamiene ou chinoises a &#233;t&#233; jet&#233;e en p&#226;ture &#224; un public avide, mais d&#233;pourvue de toute formation de&lt;br class='autobr' /&gt;
base.D'ailleurs, m&#234;me le Manifeste et les autres classiques n'ont &#233;t&#233; publi&#233;s qu'&#224; cette p&#233;riode. L'apprentissage du socialisme s'est donc r&#233;alis&#233; dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'all&#233;gresse de 68, bien des ann&#233;es apr&#232;s la fondation du TIP, dans une ambiance de renaissance r&#233;volutionnaire et de radicalisme &#224; court terme. Dans cette&lt;br class='autobr' /&gt;
furia, o&#249; les choix conscients c&#244;toyaient le hasard, le Trait&#233; d'&#233;conomie marxiste de Mandel et le Trotsky de Deutscher ont &#233;t&#233; publi&#233;s p&#234;le-m&#234;le en m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
temps que des livres de Staline ou de Dimitrov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement &#233;tudiant fondait &#224; l'&#233;poque sa l&#233;gitimit&#233; sur sa d&#233;fense des id&#233;es d'Atat&#252;rk, ou plus exactement des id&#233;es pr&#234;t&#233;es &#224; Atat&#252;rk (consid&#233;r&#233; par&lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup comme un &#8220;leader anti-imp&#233;rialiste pr&#233;curseur du socialisme&#8221;). Du coup, les &#233;tudiants b&#233;n&#233;ficiaient d'une certaine tol&#233;rence devant les tribunaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette radicalisation du mouvement &#233;tudiant, qui n'avait pas encore rompu avec l'id&#233;ologie officielle du r&#233;gime (portant d'une main des poster du Che et&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'autre ceux d'Atat&#252;rk) &#233;tait parall&#232;le &#224; la mont&#233;e en puissance du TIP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiant de gauche, qui se reconnaissaient jusqu'en 1968 dans le TIP, ont commenc&#233; &#224; se radicaliser et &#224; se diff&#233;rencier, sous les influences contradictoires&lt;br class='autobr' /&gt;
du mao&#239;sme, du gu&#233;varisme ou du foquisme. Il faut noter que la direction du T_P avait s&#233;rieusement contribu&#233; &#224; l'accomplissement d'une p&#233;riode d'accumulation&lt;br class='autobr' /&gt;
primitive de forces de l'organisation socialiste. Mais elle avait &#233;t&#233; incapable de saisir la probl&#233;matique de la nouvelle p&#233;riode caract&#233;ris&#233;e par les&lt;br class='autobr' /&gt;
mont&#233;es du mouvement &#233;tudiant et du mouvement ouvrier, ainsi que des mouvements des paysans (qui se manifestaient exceptionnellement &#231;&#224; et l&#224;). Elle s'est&lt;br class='autobr' /&gt;
repli&#233;e sur elle-m&#234;me. L'invasion de la Tch&#233;coslovaquie a d'ailleurs aboutit &#224; une scission de la vielle direction du T_P : Le leader historique de ce&lt;br class='autobr' /&gt;
parti, Aybar, a condamn&#233; l'itervention sovi&#233;tique et s'est isol&#233; du reste des cadres. Le d&#233;clin du parti s'est exprim&#233; par un recul &#233;lectoral en 1969.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e suivante, le TIP n'&#233;tait plus qu'une petite fraction domin&#233;e par un groupe stalinien pro-moscovite. A partir de la fin de l'ann&#233;e 1969, le mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
socialiste &#233;tait en fait repr&#233;sent&#233; par la jeunesse radicalis&#233;e. 68 avait marqu&#233; un point de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 68 des &#233;tudiants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque preque toutes les universit&#233;s ont &#233;t&#233; occup&#233;es en juin 68, avec des revendications essentiellement scolaires, cela n'a pas provoqu&#233; de heurt dans&lt;br class='autobr' /&gt;
l'imm&#233;diat avec le gouvernement. Le premier slogan utilis&#233; (qui cependant vite disparu) &#233;tait : &#8220;Ni droite ni gauche, boycott des cours !&#8221;. Tr&#232;s rapidement,&lt;br class='autobr' /&gt;
une vie alternative s'est organis&#233;e. D&#233;bats, forums, manifestations, chants, etc., ont fond&#233; ce que l'on peut surtout appeler un &#8220;&#233;tat d'esprit commun&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal point commun entre la tradition de radicalisme r&#233;publicain et du socialisme, &#233;tait la d&#233;fense de la souverainet&#233; nationale contre les puissances&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;trang&#232;res. La visite au Bosphore de la 6e Flotte am&#233;ricaine a donn&#233; lieu en juillet 1968 &#224; des manifestations de protestation de grande envergue. Mais&lt;br class='autobr' /&gt;
cela a marqu&#233; la rupture avec la tol&#233;rence du gouvernement, soucieux de m&#233;nager son grand alli&#233; d'outre Atlantique. La descente de la police dans les cit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
universitaires a fait grimper la tension. Les marins am&#233;ricains ont eu alors les pires difficult&#233;s &#224; descendre &#224; terre : la police a &#233;t&#233; vite d&#233;bord&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
et c'est l'arm&#233;e qui a d&#251; intervenir pour r&#233;tablir l'ordre. C'est aussi &#224; cette &#233;poque que l'extr&#234;me droite, aussi bien les &#8220;barbus&#8221; int&#233;gristes que les&lt;br class='autobr' /&gt;
premiers loups-gris (milices fascistes) ont &#233;t&#233; pouss&#233;s par le pouvoir &#224; attaquer la gauche. L'assassinat d'un &#233;tudiant par la police allait marquer le&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but d'une longue vendetta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 68 des ouvriers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la cr&#233;ation du DISK (syndicat de gauche) le 13 f&#233;vrier 1967, par les m&#234;mes syndicalistes qui avaient fond&#233; le T_P 6 ans auparavant jour pour jour (et&lt;br class='autobr' /&gt;
dont certains avaient &#233;t&#233; &#233;lus d&#233;put&#233;s en 1965 sur les listes de ce parti), le mouvement ouvrier allait pouvoir se d&#233;barasser de la tutelle de la bureaucratie&lt;br class='autobr' /&gt;
du T&#252;rk-__, la centrale syndicale pro-gouvernementale. Il s'agissait en fait de la rupture de l'aile gauche de cette bureaucratie syndicale : en effet,&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me dans les ann&#233;es 70, qui marqueront son apog&#233;e, le DISK restera toujours marqu&#233; par ces m&#234;mes structures bureaucratiques. Le mouvement ouvrier connaissait&lt;br class='autobr' /&gt;
alors &#224; son tour une mutation importante et acqu&#233;rait une auto-confiance, avec notamment une s&#233;rie de gr&#232;ves sauvages. La premi&#232;re occupation d'usine &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Istanbul, celle de Derby, un mois apr&#232;s le d&#233;but de mai 1968, &#233;tait le d&#233;but d'un processus historique. L'occupation de l'usine de fer-forg&#233;, l'une des&lt;br class='autobr' /&gt;
citadelles de l'&#233;poque, la tentative de r&#233;pression de la police et la d&#233;fense h&#233;ro&#239;que des ouvriers et de leurs familles marqua l'histoire du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, malgr&#233; certaines intersections, la dynamique du mouvement &#233;tudiant et celle du mouvement ouvrier suivaient des cours diff&#233;rents. Au fil des visites&lt;br class='autobr' /&gt;
des &#233;tudiants sur les lieux de gr&#232;ves, leur slogan favori de l'&#233;poque, &#8220;jeunesse et arm&#233;e au coude &#224; coude&#8221;, laissait progressivement sa place au slogan&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;arm&#233;e et ouvriers au coude &#224; coude&#8221; ! En juin 1970, un peu comme lors du 68 rampant en Italie, le mouvement ouvrier de Turquie r&#233;alisait pour la premi&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
fois de son histoire une manifestation de masse contre un projet de loi syndicale r&#233;pressive : 100 000 ouvriers descendaient dans la rue, s'affontaient&lt;br class='autobr' /&gt;
avec la police, &#233;rigeaient des barricades. _stanbul &#233;tait &#8220;lib&#233;r&#233;&#8221;. Mais la loi martiale f&#251;t proclam&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 68 des Kurdes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre 68 a &#233;t&#233; celui des militants socialistes kurdes, qui s'&#233;taient &#233;galement organis&#233;s jusqu'&#224; lors dans le T_P, b&#233;n&#233;fiant cependant d'une certaine&lt;br class='autobr' /&gt;
autonomie au sein de ce parti, au m&#234;me titre que les syndicalistes. Juste dans la foul&#233;e de 68, les socialistes kurdes ont cr&#233;&#233; leurs premi&#232;res organisations&lt;br class='autobr' /&gt;
ind&#233;pendantes des Turcs, les Foyers r&#233;volutionnaires de culture d'Orient (DDKO). Ils ont alors sciscionn&#233; des F&#233;d&#233;rations de clubs d'id&#233;es (FKF), qui allaient&lt;br class='autobr' /&gt;
donner naissance au fameux Dev-Gen&#231; (Jeunesse r&#233;volutionnaire, anc&#234;tre de Dev-Yol). Les cadres kurdes de cette &#233;poque ont pos&#233; les jalons de leurs partis&lt;br class='autobr' /&gt;
politiques ind&#233;pendants des ann&#233;es 70 dans les j&#244;les de la prison de Diyarbak ?r, apr&#232;s l'intervention militaire de 1971. C'est ainsi que la renaissance&lt;br class='autobr' /&gt;
kurde est n&#233;e dans les ann&#233;es 70, sur base de cette prise de conscience nationale historique de diff&#233;renciation politiquement ind&#233;pendante des organisations&lt;br class='autobr' /&gt;
turques amorc&#233;e en 1968. Ajoutons que le PKK n'existait pas encore &#224; l'&#233;poque, m&#234;me sous forme de projet embryonnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin de 68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1968 marquait &#224; la fois l'apog&#233;e et le chant de cygne de la mont&#233;e de la gauche des ann&#233;es 60. Les luttes de fraction sectaires, les chants paysans (surtout&lt;br class='autobr' /&gt;
al&#233;vis) sur lesquels on avait mont&#233; des paroles &#8220;de gauche&#8221; et les motifs nationaux, ainsi que les valeurs militaristes viriles plut&#244;t que r&#233;volutionnaires&lt;br class='autobr' /&gt;
ont rapidement &#233;touff&#233; l'ambiance festive mixte des premi&#232;res semaines de mai 68. En moins de deux ans, la mont&#233;e du mouvement de masse laissa rapidement&lt;br class='autobr' /&gt;
sa place aux groupuscules intol&#233;rants qui s'identifiaient avec la r&#233;volution et s'excomuniant mutuellement. Au moment de l'ultimatum des g&#233;n&#233;raux, le 12&lt;br class='autobr' /&gt;
mars 1971, les eaux r&#233;volutionnaires s'&#233;taient retir&#233;es depuis belle lurette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements de masse auxquels les &#233;tudiants avaient particip&#233; activement n'ont pas pour autant contribu&#233; &#224; leur maturation politique. Au moment m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; le pays &#233;tait confront&#233; aux manifestations ouvri&#232;res les plus massives de son histoire, les &#233;tudiants s'affairaient &#224; fonder des organisations de gu&#233;rilla&lt;br class='autobr' /&gt;
urbaine. L'intervention militaire allait mettre fin de fa&#231;on sanglante &#224; tout ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1968 &#233;tait le fruit de l'accumulation des ann&#233;es 60 et non pas d'une quelconque influence ext&#233;rieure. En voulant rompre avec la gauche traditionnelle, il&lt;br class='autobr' /&gt;
s'est emm&#234;l&#233; les pinceaux, n'ayant pas le bagage et l'exp&#233;rience politique n&#233;cessaire. Il a donc d&#251; payer toute la facture de toute une p&#233;riode et du vieux&lt;br class='autobr' /&gt;
monde. L'arm&#233;e s'est lanc&#233; dans une repression sauvage contre la gauche aapr&#232;s avoir renvers&#233; le gouvernement de droite du premier ministre Demirel (l'actuel&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sident de la R&#233;publique). Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; les d&#233;put&#233;s du parti de Demirel de donner leur aval &#224; la pendaison de trois jeunes leaders du mouvement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tudiants et d'applaudir l'assassinat de dizaines d'autres. Ainsi, la droite turque se consolait, en estimant qu'elle avait pris sa revanche sur le coup&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Etat de 1960 (per&#231;u comme venant de la gauche), qui avait pendu le premier ministre de droite et deux de ses ministres. Quant aux jeunes militants r&#233;volutionnaires,&lt;br class='autobr' /&gt;
qui avaient fond&#233; les organisations subversives les plus radicales de l'histoire de la R&#233;publique, ils se d&#233;fendaient devant les tribunaux et le r&#233;gime&lt;br class='autobr' /&gt;
militariste en vantant les m&#233;rites du k&#233;malisme (qu'ils identifiaient &#224; la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise) et de la Constitution de 1961...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soixante-huitards rescap&#233;s ont &#233;galement &#233;t&#233; aux avant postes des diff&#233;rents mouvements d'extr&#234;me gauche des ann&#233;es 70. Mais au-del&#224; d'un &#8220;&#233;tat d'esprit&lt;br class='autobr' /&gt;
commun&#8221;, aucune valeur concr&#232;te ni m&#234;me aucune culture commune ne leur servait de ciment. Le sectarisme et l'&#233;troitesse d'esprit h&#233;rit&#233; de cette &#233;poque&lt;br class='autobr' /&gt;
et approfondit par leurs successeurs avec l'h&#233;g&#233;monie montante du stalinisme a co&#251;t&#233; chers &#224; la nouvelle g&#233;n&#233;ration r&#233;volutionnaire des ann&#233;es 70, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;e dans le courant de la lutte contre le fascime et bris&#233; par la r&#233;pression de la nouvelle dictature militaire de 1980. Le v&#233;ritable bilan de&lt;br class='autobr' /&gt;
cette histoire dramatique, qui a marqu&#233; le processus de rupture de la gauche traditionnelle, ne pourra vraiment &#234;tre tir&#233; qu'avec les luttes &#224; venir du&lt;br class='autobr' /&gt;
Parti de la libert&#233; et de la solidarit&#233; (&#214;DP), o&#249; les soixante-huitards sont toujours pr&#233;sents, mais qui repose surtout sur une fusion des rescap&#233;s de&lt;br class='autobr' /&gt;
la g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 70 et de la jeunesse radicalis&#233;e des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#214;DP r&#233;ussira-t-il &#224; devenir un parti de masse, l&#233;gitime et socialement actif, comme le TIP de 1965 ? R&#234;ussira-t-il &#224; r&#233;tablir une nouvelle h&#233;g&#233;monie de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'intelligentsia de gauche ? A devenir un point de r&#233;f&#233;rence sociale ? R&#233;ussira-t-il &#224; briser (d'abord en son sein) les relations patriarcales ? Pourra-t-il&lt;br class='autobr' /&gt;
conna&#238;tre une croissance dynamique en &#233;tant capable de faire face aux crises politiques ? Va-t-il pouvoir donner toute leur place aux jeunes, aux femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
et aux travailleurs ? Va-t-il &#234;tre capable d'&#234;tre une base de masse pour la cr&#233;ation d'une contre soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les luttes de la p&#233;riode &#224; venir nous permettent de donner des r&#233;ponses positives &#224; ces questions, on pourra alors dire que&lt;br class='autobr' /&gt;
Turquie, il y a 25 ans, le coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Evren &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a vingt-cinq ans, le 12 septembre 1980, les habitants d'Istanbul, d'Ankara et des grandes villes turques &#233;taient r&#233;veill&#233;s par le fracas des chars. L'arm&#233;e venait de prendre le pouvoir. La junte dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Kenan Evren annon&#231;ait son intention de r&#233;tablir la stabilit&#233; politique avant de rendre plus tard le pouvoir aux civils. Et elle proclamait : &#171; D&#233;sormais il n'y aura de place ni pour le communisme, ni pour le fascisme, ni pour le s&#233;paratisme, ni pour le sectarisme religieux &#187;. Les principaux dirigeants politiques &#233;taient arr&#234;t&#233;s, les partis et les syndicats interdits, des vagues d'arrestations et de proc&#232;s commen&#231;aient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat n'en &#233;tait pas moins accueilli avec une satisfaction ouverte &#224; Washington, et seulement un peu plus discr&#232;te dans les capitales europ&#233;ennes, satisfaites &#224; la perspective de voir &#171; stabiliser &#187; la Turquie, fut-ce au prix d'une r&#233;pression violente contre sa population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car un des principaux facteurs de pr&#233;occupation de la bourgeoisie turque &#233;tait l'agitation sociale et la combativit&#233; d'une classe ouvri&#232;re qui, depuis plusieurs ann&#233;es, se montrait d&#233;cid&#233;e &#224; conqu&#233;rir ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les d&#233;cennies 1960 et 1970, cette combativit&#233; s'&#233;tait manifest&#233;e par de nombreuses gr&#232;ves, mais aussi par le renforcement d'une centrale syndicale, la Disk, moins inf&#233;od&#233;e au patronat que la vieille conf&#233;d&#233;ration T&#252;rk-Is. Elle se heurtait &#224; la r&#233;sistance acharn&#233;e du patronat, appuy&#233; par l'appareil d'&#201;tat, ayant fr&#233;quemment recours &#224; la police ou &#224; des milices, souvent constitu&#233;es avec le secours de militants d'extr&#234;me droite et la complicit&#233; des gouvernements et de l'&#201;tat. En juin 1970, l'interdiction de la Disk montra les limites de la tol&#233;rance de la bourgeoisie &#224; l'&#233;gard d'un mouvement syndical un tant soit peu ind&#233;pendant. La classe ouvri&#232;re y r&#233;pondit par les deux grandes journ&#233;es de manifestations et de gr&#232;ves des 15 et 16 juin 1970, qui ne cess&#232;rent que parce que les dirigeants de la Disk eux-m&#234;mes appel&#232;rent les travailleurs d' Istanbul &#224; cesser leur protestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La combativit&#233; ne cessa pas pour autant de se d&#233;velopper, notamment &#224; partir de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es soixante-dix. Le 1er mai 1977, la fusillade de la place Taksim &#224; Istanbul, qui fit 37 morts parmi les centaines de milliers de manifestants ouvriers, tenta d'y mettre un coup d'arr&#234;t. Malgr&#233; cela les conflits sociaux continu&#232;rent &#224; se d&#233;velopper, auxquels r&#233;pondirent souvent des actions de l'extr&#234;me droite, de la police ou m&#234;me de l'arm&#233;e, avant d'arriver au coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une pesante r&#233;pression qui s'abattit sur le pays. En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques. La constitution promulgu&#233;e par les militaires en 1982 instaura un syst&#232;me &#233;lectoral &#233;liminant tout parti qui n'obtient pas 10% des voix &#224; l'&#233;chelle nationale. Sur le plan social, elle soumit le droit de gr&#232;ve &#224; toute une s&#233;rie de proc&#233;dures pour le limiter, accroissant du m&#234;me coup le caract&#232;re bureaucratique des syndicats et leur pouvoir sur les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces conditions que, dans les ann&#233;es suivantes, les militaires s'effac&#232;rent quelque peu de la sc&#232;ne, m&#234;me si une sorte de super-gouvernement r&#233;unissant l'&#233;tat-major, le chef du gouvernement et le chef de l'&#201;tat, continue p&#233;riodiquement &#224; se r&#233;unir sous le nom de &#171; Conseil national de S&#233;curit&#233; &#187; (MGK en turc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#233;gime n'a r&#233;ussi, ni &#224; emp&#234;cher vraiment les luttes ouvri&#232;res, qui ont resurgi d&#232;s 1986-1987, ni m&#234;me &#224; instaurer une v&#233;ritable stabilit&#233;, la vie politique turque &#233;tant marqu&#233;e par les crises &#224; r&#233;p&#233;tition, la corruption, mais aussi les vagues de panique financi&#232;re. Malgr&#233; tout, la Turquie est consid&#233;r&#233;e par les dirigeants am&#233;ricains ou europ&#233;ens comme ayant un r&#233;gime stable, o&#249; les capitaux peuvent &#234;tre en s&#233;curit&#233;, et cela explique que le grand patronat europ&#233;en soit largement favorable &#224; son entr&#233;e dans l'Union, malgr&#233; les objections avanc&#233;es parfois sur le caract&#232;re &#171; non d&#233;mocratique &#187; du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au fond, le r&#233;gime turc d'aujourd'hui est fils du coup d'&#201;tat de 1980 &#224; peu pr&#232;s comme celui de la cinqui&#232;me R&#233;publique en France est fils du coup d'&#201;tat de De Gaulle en 1958. Si le pouvoir n'est pas plus d&#233;mocratique &#224; Ankara qu'&#224; Paris, il n'est pas s&#251;r qu'il le soit moins...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; FRYS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1947 : la Turquie fait partie du bloc de l'ouest. En 1947, 10 millions de dollars de cr&#233;dits ont &#233;t&#233; accord&#233;s sous le slogan de l' &#171; aide &#187; &#224; la Turquie. Sous l'&#233;gide de la doctrine Truman de &#171; guerre froide &#187;, une aide militaire a &#233;t&#233; accord&#233;e et le Plan Marshall, accord de collaboration &#233;conomique, a suivi en 1948. La participation de la Turquie au bloc pro-US ne s'est pas d&#233;mentie jusqu'&#224; la fin de la politique des blocs. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1950, le pouvoir met en place la centrale T&#252;rk-Is comme m&#233;diateur obligatoire entre les ouvriers et le patronat. La &#171; politique &#233;conomique &#187; de Menderes se propose de d&#233;velopper le capitalisme et l'industrie en Turquie, en accroissant la d&#233;pendance des USA et l'exploitation de la classe ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1960 : coup d'Etat militaire
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1961, fondation par des syndicalistes du Parti ouvrier de Turquie (TIP, parti de gauche r&#233;formiste qui reconna&#238;t la revendication kurde) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1963, l'occupation de l'usine d'allumettes Kavel marque les d&#233;buts de la lutte des classe et les travailleurs obtiennent le droit l&#233;gal de faire gr&#232;ve. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 13 f&#233;vrier 1967, suite &#224; une mont&#233;e des gr&#232;ves dans les ann&#233;es 60, un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir, la DISK, est fond&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1968 : mont&#233;e des luttes et de la contestation, dans la jeunesse (en juin) puis dans la classe ouvri&#232;re. La premi&#232;re occupation d'usine &#224; Istanbul, celle de l'usine de pneus Derby, un mois apr&#232;s le d&#233;but de mai 1968, &#233;tait le d&#233;but d'un processus historique. L'occupation de l'usine de fer-forg&#233;, l'une des citadelles de l'&#233;poque, la tentative de r&#233;pression de la police et la d&#233;fense h&#233;ro&#239;que des ouvriers et de leurs familles marqua l'histoire du mouvement ouvrier. L'arm&#233;e intervient pour r&#233;tablir l'ordre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1969, fondation de la &#171; Dev-Genc &#187; (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, anc&#234;tre de Dev-Yol), qui regroupe des tendances mao&#239;stes, castristes et trotskistes et affirme le droit du peuple kurde &#224; la lutte arm&#233;e. En m&#234;me temps, les luttes ouvri&#232;res continuent de se d&#233;velopper. En 1969, de la compagnie Singer, de l'Alkpagut tar et, la m&#234;me ann&#233;e, de l'usine de produits d'entretien Demirdokum ; en 1970 de la compagnie Sungurlu Steel, de l'usine de savon Citi, de l'usine textile Kilimsan
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; juin 1970, manifestation de masse contre un projet de loi syndicale r&#233;pressive : 100 000 ouvriers descendaient dans la rue, s'affrontaient avec la police, &#233;rigeaient des barricades. La Disk est interdite et des manifestations de protestation contre cette interdiction ont lieu les 15 et 16 juin. La Disk appelle &#224; cesser les manifestions, d&#233;mobilisant les militants. Le mouvement kurde se d&#233;veloppe.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 mars 1971, coup d'Etat militaire : des officiers renversent Demirel et installent la loi martiale. Pendant des ann&#233;es, des milliers d'opposants et de syndicalistes sont assassin&#233;s par des milices pay&#233;es et arm&#233;es par le patronat et l'Etat, des fascistes, des &#233;l&#233;ments des forces arm&#233;es et polici&#232;res.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er mai 1977, fusillade de la place Taksim &#224; Istanbul (37 morts parmi les centaines de milliers de manifestants ouvriers). En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de 1979 &#224; 1983, les prix sont multipli&#233;s par 12, les salaires par 8 seulement. La baisse des salaires r&#233;els est tr&#232;s forte dans les ann&#233;es 1980.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; janvier 1980, plan gouvernemental soi-disant &#171; contre l'inflation &#187; : restriction du cr&#233;dit, diminution des investissements publics, blocage des salaires. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 1980, le complexe agro-industriel d'Izmir licencie des militants actifs et provoque la mobilisation des travailleurs, qui occupent les locaux. C'est l'intervention de l'arm&#233;e, de l'extr&#234;me droite qui agit en force suppl&#233;tive du pouvoir d'&#201;tat et des patrons, en pratiquant l'assassinat de syndicalistes et de militants d'extr&#234;me gauche. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de janvier &#224; septembre 1980, 2 000 personnes sont ainsi assassin&#233;es.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 septembre 1980, coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Evren. Les organosations syndicales et politiques sont interdites pendant trois ans. Les militants sont arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s. En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques. La constitution promulgu&#233;e par les militaires en 1982 instaura un syst&#232;me &#233;lectoral &#233;liminant tout parti qui n'obtient pas 10% des voix &#224; l'&#233;chelle nationale. Sur le plan social, elle soumit le droit de gr&#232;ve &#224; toute une s&#233;rie de proc&#233;dures pour le limiter, accroissant du m&#234;me coup le caract&#232;re bureaucratique des syndicats
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1983, la langue kurde est interdite jusque dans les discussions priv&#233;es.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1986-1987 : reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; printemps 1989, vague de gr&#232;ves et de manifestations, avec une grosse mobilisation des travailleurs du secteur public, notamment ceux des chantiers navals. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 1990-1991, une seconde vague de gr&#232;ve, en, particulier dans les mines, contraint les patrons &#224; c&#233;der des augmentations allant de 150 &#224; 250 % &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1994, la crise &#233;conomique plonge &#224; nouveau les salaires vers le bas.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1998, les m&#233;tallurgistes de Renault et Tofas (filiale de Fiat) entrent en lutte aussi bien contre leur patron que contre le syndicat Metal-Is, filiale de T&#252;rk-Is (la plus importante conf&#233;d&#233;ration) qui a accept&#233; une augmentation des salaires de 43 %, alors que l'inflation annuelle est de l'ordre de 100 %. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1999, contre le recul de l'&#226;ge de la retraite et la baisse du pouvoir d'achat, des manifestations qui regroupent des centaines de milliers de travailleurs. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 2001, crise &#233;conomique et d&#233;valuation de la livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits d'un rapport du DHKP-C :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apr&#232;s les ann&#233;es 50, la classe ouvri&#232;re a commenc&#233; &#224; se d&#233;velopper &#224; la suite de l'approfondissement des relations n&#233;ocolonialistes, du mode de production capitaliste et de l'exode rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement rapide de l'industrie de la construction apr&#232;s 1963, des changements se sont av&#233;r&#233;s possibles dans la structure d&#233;mocratique de la Turquie. M&#234;me s'ils &#233;taient spontan&#233;s au d&#233;part, ils &#233;taient l'amorce d'un caract&#232;re de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation par les travailleurs de l'usine d'allumettes de Kavel en 1963 joue un r&#244;le important dans l'histoire de la classe ouvri&#232;re turque. A travers cette lutte de r&#233;sistance, les ouvriers ont obtenu le droit l&#233;gal de faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1968, occupation de l'usine de pneus Derby ; en 1969, de la compagnie Singer, de l'Alkpagut tar et, la m&#234;me ann&#233;e, de l'usine de produits d'entretien Demirdokum ; en 1970 de la compagnie Sungurlu Steel, de l'usine de savon Citi, de l'usine textile Kilimsan ; en 1976, r&#233;sistance et occupation de la fabrique de produits d'entretien Profilo.. Ces occupations de compagnies et d'usines &#233;taient des luttes pour devenir membre du Disk (Conf&#233;d&#233;ration syndicale des ouvriers r&#233;volutionnaires) fond&#233; le 13 f&#233;vrier 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 15 et 16 juin 1970 : la premi&#232;re r&#233;action de classe de la classe ouvri&#232;re turque&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte de r&#233;sistance la plus importante dans l'histoire de la classe ouvri&#232;re en Turquie est celle des 15 et 16 juin 1970. Pour emp&#234;cher le renforcement du DISK et mettre fin au d&#233;veloppement de l'opposition ouvri&#232;re, pour mettre en garde une classe ouvri&#232;re qui &#233;chappait &#224; son contr&#244;le, la classe au pouvoir a voulu modifier les lois de la gr&#232;ve et les conventions collectives. Ces changements avaient &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s par le Parlement. Pour la premi&#232;re fois, la classe ouvri&#232;re turque a eu une r&#233;action de classe et a entam&#233; une grande r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des syndicats r&#233;formistes et jaunes, qui voulaient emp&#234;cher la r&#233;sistance des 15 et 16 juin, a &#233;t&#233; important dans tout le pays. Le dirigeant du DISK, Kemal Turkler, voulant que les ouvriers retournent &#224; leur travail, a d&#233;sign&#233; les jeunes r&#233;volutionnaires comme des provocateurs pour arr&#234;ter les ouvriers. Dans cette lutte, les classes au pouvoir ainsi que les r&#233;formistes et les n&#233;gociateurs ont tout fait pour d&#233;tourner la lutte des ouvriers de la lutte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cibles du gouvernement nationaliste de front &#233;tait TARIS et ses travailleurs. TARIS &#233;tait une usine de transformation de produits agricoles dont les dirigeants &#233;taient &#233;lus parmi les propri&#233;taires. Pendant cette p&#233;riode, elle &#233;tait principalement entre les mains des forces d&#233;mocratiques. Le 22 janvier 1980, elle a &#233;t&#233; occup&#233;e par les forces arm&#233;es sous pr&#233;texte d'une perquisition. En r&#233;action, les travailleurs ont occup&#233; l'entreprise. A Izmir, la population du bidonville autour des entreprises, soutenue en cela par les &#233;tudiants et les familles des travailleurs, a entam&#233; une r&#233;sistance acharn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;sistance a &#233;t&#233; d&#233;truite par les efforts de la direction du DISK. Avec la prise du pouvoir par la junte le 12 septembre 1980, une nouvelle guerre a d&#233;but&#233; contre le peuple. Les classes dirigeantes ont jet&#233; en prison toutes les forces r&#233;volutionnaires et d&#233;mocratiques du peuple travailleur pour arr&#234;ter la lutte r&#233;volutionnaire et se sauver eux-m&#234;mes de la crise. En interdisant toutes les institutions d&#233;mocratiques, le DISK et tous syndicats d&#233;pendants et r&#233;volutionnaires, la junte a tent&#233; de cr&#233;er un &#234;tre humain d'un type uniforme. Dans l'int&#233;r&#234;t de l'imp&#233;rialisme et de ses collaborateurs, il fallait que le peuple se soumette. Tous les droits et libert&#233;s du peuple ont &#233;t&#233; bafou&#233;es. Dans les conventions collectives, on expliquait que les hauts salaires nuisent &#224; l'&#233;conomie du pays, et les salaires ont &#233;t&#233; gel&#233;s. Les gr&#232;ves ont &#233;t&#233; interdites. Des milliers de travailleurs qui &#233;taient en gr&#232;ve ont &#233;t&#233; contraints de retourner &#224; leur travail. Leurs dirigeants ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 12 septembre, ce sont les r&#233;volutionnaires qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s les premiers et jet&#233;s en prison. Les classes dirigeantes et les g&#233;n&#233;raux ont lanc&#233; de grands cris de victoire. Mais la r&#233;sistance des prisonniers de Devrimci Sol a donn&#233; le signal de ne pas se soumettre. Cette perspective id&#233;ologique et la force de la r&#233;sistance se sont refl&#233;t&#233;es en dehors des prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, avec la nouvelle loi sur les prisons, la plupart des travailleurs n'avaient pas d'autre choix que de rejoindre le syndicat d'Etat Turk-Is &#224; cause des entraves &#224; la formation de nouveaux syndicats. A ce moment, les r&#233;volutionnaires ont &#224; nouveau p&#233;n&#233;tr&#233; le terrain syndical avec de petites institutions ind&#233;pendantes. Ils ont tent&#233; de cr&#233;er une alternative r&#233;volutionnaire &#224; Turk-Is. Mais les syndicats mis en place pendant cette p&#233;riode n'ont pas pu acqu&#233;rir la forme d'associations et n'ont pas pu d&#233;velopper une force pour utiliser les conventions collectives d'une mani&#232;re utile. Pendant la m&#234;me p&#233;riode, les opportunistes, r&#233;visionnistes et r&#233;formistes n'ont pas r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer qu'ils &#233;taient une force effective en tentant de changer la direction de Turk-Is sous le slogan d'une lutte unie au sein de Turk-Is.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le coup d'Etat du 12 septembre 1980, l'extr&#234;me gauche participe &#224; l'organisation de la gr&#232;ve chez Migros, contre le Sabanci and Koc Holding, le plus grand holding de Turquie. Elle a jou&#233; un r&#244;le important pour surmonter le silence de la classe ouvri&#232;re, la r&#233;pression arbitraire apr&#232;s le 12 septembre et pour d&#233;jouer les lois r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comit&#233;s de travailleurs ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s durant la campagne contre les attaques imp&#233;rialistes men&#233;es contre les peuples du Moyen-Orient. Durant cette campagne, les travailleurs ont organis&#233; des manifestations de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 3 janvier 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 3 janvier 1991 a &#233;t&#233; une nouvelle victoire dans la lutte de classe. En faisant usage de sa force de production, la classe ouvri&#232;re a condamn&#233; le Turk-Is qui soutenait la junte et la constitution fasciste de la junte. Le 3 janvier 1991, le DHKP-C et le Mouvement R&#233;volutionnaire des Travailleurs ont appel&#233; les travailleurs, les fonctionnaires, les &#233;tudiants, les petits commer&#231;ants, le peuple entier &#224; participer &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 janvier, des manifestations de masse et des meetings ont &#233;t&#233; organis&#233;s. Les petits commer&#231;ants ont ferm&#233; leurs boutiques. Les femmes sont descendues dans la rue. 95% des fonctionnaires des communes ont particip&#233; ainsi que 100% des syndicats dans lesquels le Mouvement R&#233;volutionnaire des Travailleurs est organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance de Maga Deri&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 25 f&#233;vrier au 29 mai 1991, les travailleurs de l'entreprise Maga Deri ont d&#233;cid&#233; de faire gr&#232;ve pour leurs salaires et pour leurs droits sociaux. Mais le gouvernement a d&#233;cid&#233; de dissoudre la gr&#232;ve en l'interdisant pour une d&#233;cennie. Le propri&#233;taire de l'entreprise Maga Deri, Ali Sen, a vir&#233; 535 travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 f&#233;vrier, les travailleurs ont occup&#233; l'entreprise. L'occupation a dur&#233; 75 jours. Pendant la r&#233;sistance, Devrimci Sol a d&#233;truit l'h&#233;licopt&#232;re d'Ali Sen. Conscient des dimensions de la r&#233;sistance, Ali Sen a rencontr&#233; les revendications des travailleurs et a sign&#233; un contrat avec le syndicat. Alors que beaucoup d'autres actes de r&#233;sistance et de gr&#232;ve dans d'autres entreprises n'obtiennent pas de r&#233;sultats positifs, les travailleurs de Maga Deri ont obtenu la victoire en r&#233;sistant et en recourant &#224; la violence r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le DHKP-C et le Devrimci Memur Harekti (Mouvement R&#233;volutionnaire des Fonctionnaires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le DHKP-C a organis&#233; le Mouvement R&#233;volutionnaire des Fonctionnaires. Les fonctionnaires, qui n'avaient pas le droit de s'unir dans des syndicats, ont form&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
le Syndicat des fonctionnaires r&#233;volutionnaires et se sont mis en gr&#232;ve. Ils se sont battus pour une loi syndicale. Ils ont rejet&#233; la loi propos&#233;e par l'Etat et qui ne pr&#233;voyait pas le droit de gr&#232;ve et de conventions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien &#224; la lutte dans les prisons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les unions du Mouvement R&#233;volutionnaire des Travailleurs et du Mouvement R&#233;volutionnaire des Fonctionnaires ont soutenu la gr&#232;ve de la faim au finish des prisonniers r&#233;volutionnaires en 1996. Dans les usines o&#249; ils sont organis&#233;s, ils ont men&#233; des actions qui ont conduit &#224; des arr&#234;ts de travail. En offrant douze martyrs &#224; la g&#233;n&#233;ration des prisonniers r&#233;volutionnaires, ils ont &#233;crit une page d'histoire. Ils ont fait plier l'oligarchie et la victoire est revenue aux prisonniers. Vingt syndicalistes ont particip&#233; &#224; cette gr&#232;ve de la faim. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1967-68 aux Antilles</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4279</link>
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		<dc:date>2017-05-11T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Antilles</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>1968</dc:subject>
		<dc:subject>Guadeloupe</dc:subject>
		<dc:subject>Martinique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement de 1967-68 aux Antilles, colonies fran&#231;aises, a &#233;t&#233; bien plus radical que sur le continent et c'est pour cela que nous r&#233;servons un article &#224; cette situation particuli&#232;re et surtout &#224; celle de la Guadeloupe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Citons d'abord l'UGTG. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les journ&#233;es de r&#233;volte &#224; Basse-Terre &lt;br class='autobr' /&gt;
Basse-Terre - Lundi 20 mars 1967 : Il est environ 9 heures du matin quand SNRSKY, commer&#231;ant europ&#233;en, propri&#233;taire du magasin de chaussures le &#034;Sans Pareil&#034;, l&#226;che son chien berger allemand contre Rapha&#235;l (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique60" rel="directory"&gt;09- Les mouvements de 1968-69 dans le monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot118" rel="tag"&gt;Antilles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;1968&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot276" rel="tag"&gt;Guadeloupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot277" rel="tag"&gt;Martinique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mouvement de 1967-68 aux Antilles, colonies fran&#231;aises, a &#233;t&#233; bien plus radical que sur le continent et c'est pour cela que nous r&#233;servons un article &#224; cette situation particuli&#232;re et surtout &#224; celle de la Guadeloupe. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons d'abord l'UGTG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les journ&#233;es de r&#233;volte &#224; Basse-Terre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Basse-Terre - Lundi 20 mars 1967 : Il est environ 9 heures du matin quand SNRSKY, commer&#231;ant europ&#233;en, propri&#233;taire du magasin de chaussures le &#034;Sans Pareil&#034;, l&#226;che son chien berger allemand contre Rapha&#235;l BALZINC, cordonnier-clo&#251;teur ambulant, en lui lan&#231;ant : &#034;Dis bonjour au n&#232;gre&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t, un premier attroupement se forme &#224; l'entr&#233;e du magasin. Et l&#224;, BALZINC, toujours &#224; terre, explique aux passants que cela fait un moment d&#233;j&#224; que SRNSKY pr&#233;tend lui interdire l'usage du trottoir devant son magasin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens s'&#233;meuvent, la parole circule, l'orage gronde. SRNSKY, perch&#233; sur son balcon ricane grassement, invective les guadeloup&#233;ens et d&#233;fie m&#234;me les policiers noirs venus sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Heures : L'&#233;motion est &#224; son comble et la foule en col&#232;re grossit : dockers, lyc&#233;ens, employ&#233;s, marchandes... se massent devant le magasin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Heures : La rumeur enfle et se propage dans toute la Guadeloupe. A Basse-Terre, la col&#232;re laisse alors place &#224; la r&#233;volte : le magasin de SRNSKY est saccag&#233;, ses deux voitures retourn&#233;es. L'inf&#226;me lui, &#233;chappe de peu au lynchage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le restant de la journ&#233;e de ce lundi 20 mars 1967, les guadeloup&#233;ens continuent d'affluer vers le centre ville. Puis se dispersent par groupes, &#224; la recherche de SRNSKY.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des affrontements sporadiques opposent les manifestants aux forces de r&#233;pression appel&#233;es en renfort par le sous-pr&#233;fet MAILLARD, pr&#233;sent sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit venue, des groupes de jeunes se forment et parcourent la ville &#224; pied...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 21 &amp; Mercredi 22 mars 1967 : Le peuple de Basse-Terre est en &#233;meute. Plusieurs centaines de manifestants sont dans les rues. Ils se rassemblent &#224; nouveau devant le &#034;Sans Pareil&#034;. Le mardi 21, le magasin de SRNSKY est incendi&#233;, sa Mercedes incendi&#233;e jet&#233;e &#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la col&#232;re populaire, le pr&#233;fet Pierre BOLOTTE d&#233;clare dans une intervention radiodiffus&#233;e qu'il comprend cette col&#232;re et que le coupable raciste sera poursuivi. En r&#233;alit&#233;, et comme toujours en r&#233;gime colonial, il d&#233;fend une autre th&#232;se : ces manifestations n'auraient rien de spontan&#233; et seraient le fait d'agitateurs tentant d'exploiter l'incident &#224; des fins politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renvoyant aux calendes grecques les poursuites judiciaires contre SRNSKY , BOLOTTE lance une violente r&#233;pression contre les guadeloup&#233;ens : interdiction de tout attroupement et de toute r&#233;union, fermeture des d&#233;bits de boissons, quadrillage de la ville, appel &#224; des renforts, arrestations aveugles, bastonnades en r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;nombre plus d'une cinquantaine de bless&#233;s parmi les manifestants. Combien d'autres, pour &#233;chapper &#224; la r&#233;pression, auront pr&#233;f&#233;r&#233; ne pas se rendre &#224; Camp Jacob (h&#244;pital de Saint-claude) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mercredi, la tension diminue, la d&#233;put&#233;e communiste Gerty ARCHIMEDE se d&#233;m&#232;ne pour ramener le calme dans la ville et apaiser la col&#232;re populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pointe &#224; Pitre&lt;/strong&gt; - Jeudi 23 mars 1967 : Dans la nuit du jeudi au vendredi, alors que la r&#233;pression s'abat sur les basse-terriens, une charge de dynamite endommage la fa&#231;ade du magasin &#034;Sans Pareil&#034; de Pointe &#224; Pitre ; propri&#233;t&#233; du fr&#232;re de SRNSKY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pointe &#224; Pitre - Samedi 25 mars 1967 : S'alignant sur la position du pr&#233;fet, Henri BANGOU, dirigeant du parti communiste et maire de Pointe &#224; Pitre, fait distribuer un tract dans lequel son conseil municipal et lui &#034;d&#233;sapprouvent toute action destructrice, aveugle, anonyme ou raciste contre des citoyens absolument &#233;trangers aux &#233;v&#232;nements actuels et demande &#224; la population de continuer &#224; faire preuve de sang-froid, de calme et de clairvoyance civique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2007 : Des manifestants arr&#234;t&#233;s en nombre, indistinctement pr&#233;sent&#233;s comme des &#233;meutiers, sont lourdement condamn&#233;s dans des parodies de proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 1er Mai 1967 : Journ&#233;e internationale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti des alentours du terrain de l'usine Marquisat, le cort&#232;ge compos&#233; d'une cinquantaine de manifestants traverse les principales rues du bourg, puis marque un arr&#234;t devant la salle des f&#234;tes, et s'ach&#232;ve devant le cin&#233;ma PAX.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte r&#233;pressif, le pouvoir colonial fran&#231;ais d&#233;p&#234;che sur place des dizaines de k&#233;pis rouges, fait relever les noms des participants. D&#232;s lors, convocations &amp; interrogatoires se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression de mars et avril 1967, et les intimidations du 1er mai 1967 n'&#233;taient rien, compar&#233;es au carnage que les militaires et CRS fran&#231;ais allaient perp&#233;trer les 26 et 27 mai 1967 dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre ; &#224; l'encontre de passants, de jeunes et de travailleurs du b&#226;timent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gr&#232;ve des ouvriers du b&#226;timent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 Mai 1967, &#224; l'occasion d'une manifestation des ouvriers du b&#226;timent en gr&#232;ve, l'ordre est donn&#233; de tirer sur la foule des manifestants. Le lendemain, les lyc&#233;ens de Pointe-&#224;-Pitre descendent dans la rue pour soutenir la lutte des ouvriers. De nouveau, ce jour l&#224;, les forces de l'ordre font usage de leur arme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 24 mai 1967 - D&#233;but de la gr&#232;ve des ouvriers du b&#226;timent : Les ouvriers du b&#226;timent qui r&#233;clament 2% d'augmentation et la parit&#233; en mati&#232;re de droits sociaux entrent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 25 mai 1967 : L'importance de la mobilisation et la tension r&#233;gnant sur les piquets poussent le patronat &#224; convoquer une r&#233;union de n&#233;gociations pour le lendemain &#224; la Chambre de commerce de Pointe-&#224;-Pitre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La journ&#233;e du vendredi 26 mai 1967 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#244;t le matin, la mobilisation des ouvriers &#224; la Pointe Jarry donne lieu &#224; une &#034;r&#233;pression &#233;nergique&#034; (mots du commissaire CANALES) des CRS et des K&#233;pis rouges : bastonnades, coups de crosse, tirs tendus sur les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la matin&#233;e : A la Chambre de commerce de Pointe-&#224;-Pitre, de nombreux ouvriers se rassemblent devant et aux alentours de la Chambre de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11H00 : En pr&#233;sence de l'inspection du travail, d&#233;butent les n&#233;gociations entre la d&#233;l&#233;gation syndicale de la CGT (compos&#233;e notamment de Ms BERGAME, CALIFE &amp; QUEREL) et la d&#233;l&#233;gation patronale conduite par BRIZZARD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12H45 : Les n&#233;gociations, qui &#233;taient sur le point d'aboutir, sont ajourn&#233;es, en raison de l'opposition du repr&#233;sentant de la SOGOTRA. Dehors, le mot s'est r&#233;pandu que c'est BRIZZARD qui est &#224; l'origine de cet &#233;chec. Les CRS prennent position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13H00 : A l'entr&#233;e du b&#226;timent, un responsable syndical membre de la d&#233;l&#233;gation explique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 14H30 : Des renforts de CRS sont d&#233;ploy&#233;s sur la Place de la victoire et devant la Chambre de commerce pour permettre la sortie de celui qui a laiss&#233; entendre que : &#034;lorsque les n&#232;gres auront faim, ils reprendront le travail&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e des CRS provoque la col&#232;re g&#233;n&#233;rale : les affrontements d&#233;butent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRS lancent des grenades lacrymog&#232;nes pour disperser la foule et chargent &#224; coup de matraques, &#224; coups de crosses... et &#224; coups de pieds, ceux qui tombent, glissent ou tra&#238;nent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants, renforc&#233;s par des jeunes, r&#233;pliquent par des jets de pierres, de conques de lambi, de bouteilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15H00 : Brizzard &#233;vacu&#233;, les affrontements se poursuivent : dans toute la ville, des groupes se forment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15H15 : Le pr&#233;fet BOLOTTE - en repli &#224; la sous-pr&#233;fecture en compagnie des chefs militaires et du sous-pr&#233;fet PETIT - donne alors l'ordre de tirer, &#034;en faisant usage de toutes les armes&#034;. Il sait la port&#233;e de son ordre, et pour cause :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme a effectu&#233; deux s&#233;jours en Indochine (en 1950, au cabinet du mar&#233;chal de Lattre de Tassigny ; puis en 1953, au cabinet du ministre des Relations avec les Etats associ&#233;s) ; et a pass&#233; trois ann&#233;es en Alg&#233;rie o&#249; entre 1955 et 1958, il a &#233;t&#233; sous-pr&#233;fet &#224; Miliana, puis directeur de cabinet du pr&#233;fet d'Alger...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un familier des tueries fran&#231;aises en terre coloniales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le massacre de 87 civils guadeloup&#233;ens par des gendarmes, CRS et parachutistes fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15H30-15H35 : Le commissaire CANALES d&#233;signe un manifestant du doigt. Rafales d'IPM et de fusils automatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place de la Victoire, non loin du monument aux morts, un homme tombe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atteint de deux balles dans le ventre. Tr&#232;s vite, il est ramass&#233;, emport&#233; et conduit &#224; l'Hopital g&#233;n&#233;ral. Il y d&#233;c&#232;de peu apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de Jacques NESTOR, Jaki pour ses camarades, Kiki pour ses amis. Il a alors 26 ans, et milite au GONG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 15H40 : Autour de la Place, dans la foule des badauds, un guadeloup&#233;en est atteint d'une balle en pleine t&#234;te. Puis c'est au tour du jeune PINCEMAILLE de s'effondrer, la t&#234;te elle aussi chiquetaill&#233;e par une balle meurtri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le signal de d&#233;but d'un long massacre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16H00 : Dans la ville, la sauvagerie de la r&#233;pression et l'annonce de l'ex&#233;cution de Jacques NESTOR puis de deux autres guadeloup&#233;ens d&#233;clenchent une vague de col&#232;re. Les armureries PETRELUZZI-QUESTEL &amp; BOYER sont prises d'assaut : des armes et des munitions sont emport&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la barbarie militaire, un mouvement de r&#233;sistance populaire s'organise. Les affrontements redoublent d'intensit&#233; : plusieurs groupes de civils arm&#233;s s'opposent aux forces de r&#233;pression ; ailleurs, des cars de CRS et de gendarmes d&#233;boulent en trombe, avec pour consigne de &#034;nettoyer la ville&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17H30 : Le maire de la ville, Henri BANGOU, accompagn&#233; notamment d'HERMAN SONGEONS, d'H&#233;g&#233;sippe IBENE, de Pierre TARER se rend au Canal et, sous pr&#233;texte d'appeler au calme. Toujours juch&#233; sur les vaillantes &#233;paules de Daniel GENIES qui l'avait ainsi amen&#233;, il en profite une nouvelle fois pour d&#233;noncer &#034;les agitateurs professionnels&#034; qu'il d&#233;signe comme autant de coupables &#224; ch&#226;tier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 18HOO : Une pluie incessante de rafales d'armes automatiques a d&#233;j&#224; fauch&#233; des dizaines de guadeloup&#233;ens... : on signale &#224; cette heure 4 tu&#233;s et plus de 30 bless&#233;s civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nouvelles troupes de parachutistes, arriv&#233;es en renfort des gendarmes et des CRS, font leur apparition et commencent &#224; prendre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;meute populaire redouble alors d'intensit&#233; : les magasins UNIMAG &amp; PRISUNIC, les immeuble d'AIR FRANCE &amp; de FRANCE ANTILLES ainsi que le d&#233;p&#244;t de la BANQUE de la GUADELOUPE sont attaqu&#233;s et incendi&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme un symbole, TITECA - BEAUPORT, poursuivi, court se r&#233;fugier &#224; la gendarmerie de MIQUEL ; le juge fran&#231;ais COMBESCUR est bless&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19H00 : Les k&#233;pis rouges investissent la ville ; aid&#233;s et accompagn&#233;s dans leurs rep&#233;rages, leurs d&#233;placements et leurs interpellations par des policiers guadeloup&#233;ens : les LAPORAL, LAURENT, BOURGEOIS... et par d'autres indicateurs qui s'&#233;taient gliss&#233;s parmi les manifestants... C'est le couvre-feu, alors que la radio d'Etat annonce que le calme est revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20H00 : La d&#233;cision est prise - par qui : BILLOTE ? BOLOTTE ? &lt;br class='autobr' /&gt;
FOCCARD ?.... - d'envoyer les &#034;pots de fleurs&#034;, jeeps militaires &#233;quip&#233;es d'une mitrailleuse. Cette d&#233;cision se double d'un ordre clair : &#034;tirer sur tout ce qui bouge, qui est noir ou qui tire ses origines de cette couleur&#034;... . Pointe &#224; Pitre est en &#233;tat de si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre va alors virer &#224; la boucherie : Les art&#232;res de la ville sont d&#233;gag&#233;es ; plus aucun regroupement n'est admis ; badauds, passants, riverains essuient les rafales des meurtri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de guadeloup&#233;ens sont pris pour cible, mis en joue, bless&#233;s, mutil&#233;s, fauch&#233;s. Le jeune Camille TARET qui rentre du travail est abattu &#224; deux pas du domicile de ses parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit, la patrouille repasse alors que les parents et proches organisent la veill&#233;e : nouvelle rafale. Gildas LANDRE ne se rel&#232;vera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;00H00 : Un avion militaire en provenance de Martinique vomit d'autres assassins ; une nouvelle meute de militaires parachutistes fran&#231;ais, charg&#233;e celle-ci de &#034;finir le travail&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;02H00 du matin : Le silence se fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rues sont vides, nettoy&#233;es de toute pr&#233;sence guadeloup&#233;enne exception faite des quelques policiers et indics servant de guides aux chiens...&lt;br class='autobr' /&gt;
La journ&#233;e du samedi 27 mai 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;06H00 : Douvan jou, le premier bilan de la journ&#233;e du vendredi 16 mai est lourd :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plusieurs centaines d'arrestations (27 officiellement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 5 morts identifi&#233;s parrmi les civils guadeloup&#233;ens : Jacques NESTOR - ZADIG-GOUGOUGNAM - PINCEMAILLE - Camille TARET - Guidas LANDREE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plus d'une centaine de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Passant sous silence le nombre r&#233;el de victimes innocentes guadeloup&#233;ennes, la radio d'Etat annonce 27 CRS et 6 ou 7 gendarmes bless&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;07H00 : Le matin, des guadeloup&#233;ens se rassemblent par petits groupes pour constater l'&#233;tat de la ville et commenter les massacres de la veille. Ils d&#233;couvrent une ville assi&#233;g&#233;e, transform&#233;e en champ militaire. Dans les rues de Pointe-&#224;-Pitre, la France m&#232;ne une guerre contre des civils d&#233;sarm&#233;s. On murmure des noms : ceux de guadeloup&#233;ens assassin&#233;es par les k&#233;pis rouges, ceux des bless&#233;s. Toujours &#224; voix basse, on s'interroge sur le nombre de victimes et les v&#233;ritables raisons d'un tel massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;08H00 : A moins d'un kilom&#232;tre de l&#224;, au lyc&#233;e de Baimbridge, les jeunes lyc&#233;ens s'appr&#234;tent &#224; manifester pour d&#233;noncer les massacres et la sauvage r&#233;pression de la veille. En route, ils seront rejoints par d'autres&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10H00 : Le millier de jeunes s'arr&#234;te face &#224; la sous pr&#233;fecture, et apr&#232;s une prise de parole, commence &#224; scander les noms des bourreaux : &#034;CRS... SS !&#034;, &#034;BILLOTE... Assassin !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordons de k&#233;pis rouges et de CRS post&#233;s sur place les encerclent, puis commencent &#224; frapper. Plusieurs jeunes sont interpell&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle agression, ravive la braise : des affrontements sporadiques continuent d'opposer des groupes de guadeloup&#233;ens aux CRS et aux k&#233;pis rouges. L&#224;s, le rapport de force est par trop d&#233;s&#233;quilibr&#233; (pierres et bouteilles contre fusils automatiques et mitraillettes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de la journ&#233;e des guadeloup&#233;ens continueront d'&#234;tre assassin&#233;s, mutil&#233;s, ou arr&#234;t&#233;s. Des corps sans vie dans les rues et quartiers de la ville sont furtivement r&#233;cup&#233;r&#233;s par leurs proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17H00 : Des dizaines de Gaudeloup&#233;ens, bravant la politique de Terreur, accompagnent le corps de leur camarade Jacques NESTOR au cimeti&#232;re de Mortenol. D'autres victimes sont enterr&#233;es au m&#234;me moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assoiff&#233;s de sang guadeloup&#233;en, les chiens d&#233;ploy&#233;s par centaines et post&#233;s sur tout le parcours, veillent. Leurs griffes enserrant soigneusement les armes de guerre point&#233;es en direction des cort&#232;ges fun&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des centaines d'arrestations arbitraires en &#034;flagrant d&#233;lit&#034;, la chasse est lanc&#233;e contre les &#034;agitateurs, meneurs et instigateurs rendus responsables de cette boucherie dont la France coloniale est coutumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;treinte de la nuit se referme sur la ville qui s'endort pour la deuxi&#232;me fois en baignant dans une odeur de mort et de poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 30 mai 1967 : Un accord, sign&#233; en pr&#233;fecture avec le patronat accorde une augmentation de 25% aux ouvriers ; 12 fois sup&#233;rieure &#224; ce qui &#233;tait r&#233;clam&#233; le 26 mai, 25 fois sup&#233;rieure &#224; la proposition maximale faite par BRIZZARD le m&#234;me jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;pression judiciaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 31 mai 1967 : Premier d'une longue s&#233;rie de proc&#232;s : parmi les dizaines de guadeloup&#233;ens emprisonn&#233;s, 15 comparaissent devant le tribunal. Le 7 juin, ils seront lourdement condamn&#233;s, seuls cinq d'entre eux &#233;copent de peines avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 4 juin 1967 : Recherch&#233; par la loi, Louis THEODORE (Jean) entre en clandestinit&#233;. Il sera le seul &#224; ne pas &#234;tre arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 12 juin 1967 : Un communiqu&#233; du minist&#232;re public pr&#232;s de la cour de s&#251;ret&#233; de l'Etat annonce l'inculpation et l'arrestation de dizaines de Guadeloup&#233;ens : SAINTON - BARFLEUR - GLAUDE - DANCHET - MONROSE - LONGA - LAURIETTE - OLIVIER - BALAGUETTE - RODES - BADEN - ETILCE - GUSTAVE - JACQUES-ANDRE - KELLY - MAKOUKE - NUMA - NICOLO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 13 juin 1967 : Fort du massacre des 26 et 27 mai et des centaines d'arrestations, FRANCE ANTILLES peut exulter : &#034;Le GONG est d&#233;capit&#233;...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 14 juillet 1967 : A Basse-Terre, plusieurs d&#233;tenus de basse-terre entament une gr&#232;ve de la faim : Hector DEGLAS - Victor COCO-VILOING - Jean-claude COURBAIN - Serge JERPAN - Marius KARAT - Pierre MARIVAL - Pierre RENIER - Daniel RICHARDSON - CLaude ROMUALD - SAVONNIER - Paul TOMICHE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1967 : Dans une d&#233;claration, Le Comit&#233; Populaire et National de la Jeunesse Guadeloup&#233;enne (CPNJG), s'insurge contre les proc&#232;s et &#034;le transfert cynique des responsabilit&#233;s&#034; et r&#233;clame le ch&#226;timent des v&#233;ritables responsables et des assassins : &#034;On pr&#233;pare un proc&#232;s. Ce ne sont pas les trognes arm&#233;es qui seront d&#233;ferr&#233;es &#224; la barre. Ce ne sont pas les m&#233;thodes sc&#233;l&#233;rates de la r&#233;pression arm&#233;e qui seront d&#233;nonc&#233;es. Ce ne sont pas les proc&#233;d&#233;s colonialistes de la r&#233;pression judiciaire qui seront condamn&#233;es. Ce ne sont pas ceux , dont l'arme cachait la mort, qui seront jug&#233;s pour leur crime.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 19 f&#233;vrier 1968 : Le proc&#232;s de 19 patriotes guadeloup&#233;ens jug&#233;s pour atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat et &#224; l'int&#233;grit&#233; du territoire s'ouvre &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 1er mars 1968 : Treize des accus&#233;s sont acquitt&#233;s ; 6 autres sont condamn&#233;s &#224; des peines avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sont condamn&#233;s &#224; Quatre ans de prison avec sursis : Serge GLAUDE - Claude MAKOUKE - Pierre SAINTON - Louis THEODORE (en marronnage)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; sont condamn&#233;s &#224; Trois ans de prison avec sursis : Georges BADEN - Remy FLESSEL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sont acquitt&#233;s : Albert CARACALLA - Edouard DANCHET - Am&#233;d&#233;e ETILCE - Mathias GUSTAVE - Ken KELLY - G&#233;rard LAURIETTE - Antoine MARGUERITE - Roland MINATCHY - Saturnin NICOLO - Michel-Th&#233;odore NUMA - Felix RODES - Henri RODES - Georges RUPAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Guadeloupe 70 autres sont encore sous le coup de poursuites judiciaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 3 avril 1968 : Sur la base d'une distinction fallacieuse entre prisonniers &#034;politiques&#034; et prisonniers de droit commun&#034; le premier des deux proc&#232;s d&#233;bute au tribunal de Pointe-&#224;-Pitre. Ils sont 26 &#224; compara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire CANALES absent, le proc&#232;s est renvoy&#233; au 10 avril et les prisonniers sont rel&#226;ch&#233;s sous le r&#233;gime de la libert&#233; provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 avril 1968 : Mis en d&#233;route par la d&#233;fense et les mobilisations la justice fran&#231;aise prononce les peines suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;clar&#233;s coupables et condamn&#233;s &#224; de la prison ferme : Emile LEBEAU : 18 mois &amp; 2000 frs d'amende - LOANGO : 2 mois &amp; 2000 frs d'amende - Joseph BOUTIN, Ren&#233; CHERY, Marius KARAT : 12 mois - Gratien MOUNICHY : 1 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#233;clar&#233;s coupables et condamn&#233;s &#224; de la prison avec sursis : Victor COCO-VILOING - Hector DEGLAS - Alex DUNOYER - Victor EULALIE - Christian LEOGAL - Jocelyn PETUITE - SIMPLICE - Paul TOMICHE - Marcel WAYA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Relax&#233;s : L&#233;on ANATOLE - BOUDIA - Robert HUBERT - Serge JERPAN - Elie LOUIS - Pierre MARIVAL - Claude ROMUALD - SAVONNIER - SIOUAMBER&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;moire des journ&#233;es des 26 &amp; 27 mai 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 - 27 - 28 mai 1968 : A l'initiative du COGASOP, une centaine de Guadeloup&#233;ens rendent hommage le 26 mai &#224; la m&#233;moire de Jacques NESTOR, militant du GONG. D'autres manifestations de souvenir des journ&#233;es de massacres de mai 1967 et de mai 1802, sont organis&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Progr&#232;s Social &#034;Romulus&#034; &#233;crit : &#034;Aucune force au monde n'emp&#234;chera la Nation Guadeloup&#233;enne de s'affirmer au grand soleil de la Cara&#239;be&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne pleure pas les morts, On l&#232;ve plus haut le drapeau pour lequel ils sont morts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3-17 avril 1968 : proc&#232;s de militants&lt;br class='autobr' /&gt;
politiques et d'&#233;meutiers de mai 1967&lt;br class='autobr' /&gt;
devant le tribunal de la Pointe-&#224;-Pitre ;&lt;br class='autobr' /&gt;
six condamnations &#224; la prison ferme et&lt;br class='autobr' /&gt;
onze peines avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai-juin 1968 : violents affrontements &#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris entre &#233;tudiants et forces de&lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre ; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1968 : Guy Cabort, Alex Ferdinand et le&lt;br class='autobr' /&gt;
Mouvement national pour la lib&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
de la Martinique&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;ent le drapeau national&lt;br class='autobr' /&gt;
martiniquais aux couleurs rouge, vert et&lt;br class='autobr' /&gt;
noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1969 : amnistie de Guy Cabort-Masson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://ouvalacgt.over-blog.com/article-31796832.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 67 &#224; Pointe-&#224;-Pitre : des gendarmes mobiles ouvrent le feu sur un rassemblement d'ouvriers du b&#226;timent en gr&#232;ve, puis, pendant trois jours la ville conna&#238;t une gu&#233;rilla urbaine faisant entre 10 et 100 victimes civiles, incroyablement leur nombre reste inconnu, ou d&#233;tenu dans les archives de la police.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Manman lagrev bar&#233; mwen
&lt;p&gt;Mai 67 racont&#233; aux jeunes&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ernest P&#233;pin | 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jeune homme ! Viens m'aider &#224; mettre de l'ordre dans mes papiers !&lt;br class='autobr' /&gt;
La voix de mon grand-p&#232;re sonna comme un coup de clairon. Je ne pus m'emp&#234;cher de r&#233;primer un mouvement de mauvaise humeur. J'avais mes affaires &#224; faire et je sentais que cette voix l&#224; n'aurait tol&#233;r&#233; aucune discussion ni aucune d&#233;robade. Il me fallait m'ex&#233;cuter. Depuis qu'il est &#224; la retraite, grand-p&#232;re n'arr&#234;te pas de remuer de vieux papiers, des souvenirs, comme si, pour lui, l'heure &#233;tait venue de passer en revue les grands moments de sa vie. Rien d'extraordinaire &#224; mes yeux. C'&#233;tait un Guadeloup&#233;en comme les autres. Il portait bien ses 70 ans avec le corps de quelqu'un qui n'avait jamais couru devant le travail et qui savait ce qu'il voulait sur cette terre o&#249; nous ne faisons que passer. On pouvait lire sur son visage une certaine fiert&#233; d'avoir honor&#233; son contrat avec sa famille, son pays et lui-m&#234;me. N'avait-il pas, n&#233; au plus bas de la mis&#232;re, r&#233;ussi &#224; &#233;lever dignement ses deux enfants, &#224; construire une belle villa entour&#233;e d'un superbe verger, &#224; aimer sa femme Anadine d'un amour solide qui se passait de grandes d&#233;monstrations mais qui coulait en eux comme l'eau d'une rivi&#232;re. Parfois, je le voyais s'envoler dans de longues m&#233;ditations ponctu&#233;es de gros soupirs. Je devinais alors qu'il revivait un mauvais moment, une passe difficile dans laquelle certains hommes se perdent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'emmena dans son bureau. Une petite pi&#232;ce construite en dehors de la villa o&#249; il pouvait s'isoler sans entendre les taquineries d'Anadine, sans affronter ses col&#232;res, sans endurer le flot de paroles qui sortait de sa bouche du matin au soir. Peut-&#234;tre voulait-il simplement se retrouver avec lui-m&#234;me pour savourer un brin de solitude. C'est vrai que c'&#233;tait le royaume du d&#233;sordre. Des livres tra&#238;naient par terre. Des journaux entass&#233;s dans des coins conservaient la m&#233;moire du temps. Des dossiers, mal ficel&#233;s, reposaient l&#224; o&#249; ils pouvaient, des photos congelaient l'instant. L'une d'elle attira mon attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle montrait un homme jeune aux yeux fixes et brillants, les l&#232;vres entour&#233;es d'une forte moustache qui rejoignait la barbe du menton pour dessiner un cercle. Les sourcils bien dessin&#233;s soulignaient l'expression volontaire du regard. Les cheveux coiffaient un large front concentr&#233; sur un r&#234;ve que je ne pouvais conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est qui, ce monsieur l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand-p&#232;re, fit semblant de ne pas entendre ma question.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est qui, ce monsieur l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'appelait Nestor ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et pourquoi as-tu sa photo ? C'est un parent ? Tu ne m'en as jamais parl&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un ami !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'&#233;tait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'&#233;tait ? Il est mort depuis longtemps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quand ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai 1967 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Houlala ! Ca fait un paquet de temps &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment un paquet de temps ? C'est hier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand-p&#232;re et moi, nous n'avons jamais eu la m&#234;me lecture du temps. Les mots, hier, avant, temps-longtemps, ne sonnaient pas de la m&#234;me fa&#231;on dans nos oreilles. Pour moi, tout &#231;a repr&#233;sentait une autre &#233;poque, une autre Guadeloupe que j'avais du mal &#224; imaginer et, souvent, je demeurais incr&#233;dule, en &#233;coutant les r&#233;cits qu'il me faisait sur tel ou tel &#233;v&#232;nement. Comment le temps pouvait-il s'&#233;tirer de cette mani&#232;re et parfois se casser d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre ? C'&#233;tait un myst&#232;re pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hier ? Tu me charries grand-p&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je te dis hier, c'est que c'est hier ! Tu vis le nez coll&#233; sur l'instant ! Tu as d&#233;j&#224; oubli&#233; ce que tu as fait en sortant de ton lit ce matin ! C'est pourquoi, vous autres, vous &#234;tes flots comme une bouteille vide. Vous ne connaissez rien&#8230;Le temps vous traverse comme la farine traverse le tamis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; ! Grand-p&#232;re &#233;tait reparti dans ses grands discours ! Je n'aimais pas &#231;a. J'avais l'impression qu'il cherchait &#224; me culpabiliser pour une faute que je n'avais pas commise. Ce n'&#233;tait de ma faute si j'&#233;tais n&#233; apr&#232;s lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chacun vit avec son temps ! il n'y avait pas Internet avant ! Et ce Nestor, comment il est mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, j'ai vu les yeux de grand-p&#232;re se mouiller d'un seul coup. Ils sont devenus rouges. Il a ouvert la bouche comme un poisson qui manque d'air. Sa voix s'est cass&#233;e. Il a plong&#233; dans un silence et lorsqu'il a pu, il a sorti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? Personne ne t'a jamais parl&#233; de Mai 67 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais non !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu ne connais rien alors !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Rien de rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sentais qu'une vive &#233;motion bousculait son c&#339;ur. Il me regarda comme s'il ne me voyait plus. Puis d'une voix basse de personne &#224; confesse, il m'a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais te raconter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Raconter quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoute-moi bien ! Je vais te raconter mai 67 en Guadeloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guadeloupe de 1967, n'&#233;tait pas la Guadeloupe d'aujourd'hui. Elle n'avait pas encore pris le virage de la &#171; modernit&#233; &#187; comme vous dites. Tu ne peux pas imaginer comment les choses ont changer en si peu de temps ! Le pays sau&#231;ait dans la mis&#232;re. Les champs de cannes couvraient une bonne partie du territoire. Ils bouffaient la sueur des n&#232;gres et des indiens, fatiguaient le soleil lui-m&#234;me, procuraient une toute petite monnaie &#224; celles et ceux qui travaillaient raidement. Souvent le peu d'argent mettait du pleurer sur les joues des m&#232;res de famille. Elles avaient beau porter toute sorte de man&#339;uvre pour nourrir leurs enfants, elles ne voyaient aucune esp&#233;rance devant elles. Moi-m&#234;me, j'&#233;tais man&#339;uvre ma&#231;on. Cela veut dire que les brouettes durcissaient mes mains, que les sacs de ciment cassaient mon dos, que j'avais les tempes maigres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Grand-p&#232;re. C'est ce que je n'aime pas avec toi ! Tu es toujours en train d'exag&#233;rer ! Alors tu veux me faire croire que c'&#233;tait l'esclavage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Si tu n'&#233;coutes pas, tu ne vas rien comprendre ! Les usines s'&#233;teignaient les unes apr&#232;s les autres. En 1963, Roujol &#224; Petit-Bourg ! En 1964, Pirogue &#224; Marie-Galante ! En 1966 Courcelles &#224; Sainte-Rose ! En 1966, Marquisat &#224; Capesterre ! 4 ans ! 4 usines !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et pourquoi fermait-on les usines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas &#171; on &#187; qui fermait les usines ! Ce sont les usiniers, les soci&#233;t&#233;s anonymes, les gros messieurs de la Martinique et de la Guadeloupe ! Ils voulaient op&#233;rer une concentration industrielle et m&#233;caniser la coupe de la canne. R&#233;sultat 4'000 malheureux avaient perdu leur emploi et le ch&#244;mage commen&#231;ait &#224; les d&#233;sesp&#233;rer. Les petits planteurs prenaient du fer tout bonnement ! Alors beaucoup d'entre eux ont quitt&#233; les communes pour descendre &#224; Pointe-&#224;-Pitre persuad&#233;s que la vie aurait une autre couleur en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pointe, ne pouvait m&#234;me pas porter sa charge de d&#233;brouillards. Ils se d&#233;menaient comme ils pouvaient sur les chantiers, dans les commerces, etc. Elle se donnait de grands airs avec sa r&#233;novation, mais son derri&#232;re &#233;tait rapi&#233;c&#233;. L'eau sale montait d&#232;s les premi&#232;res gouttes de pluie. Deux ou trois seulement voyaient couler l'eau d'un robinet. Waters, lavabos, douches &#233;taient rares comme un n&#232;gre riche. On vendait des barres de glace, des pistaches grill&#233;s, des topinambours, des limonades Ripmil, des sandwichs au maquereau, des doucelettes et, bien souvent, la viande restait l'affaire du dimanche. Je dis bien pour les malheureux ! Ceux qui djobaient &#224; droite et &#224; gauche ! Ceux dont la femme tra&#238;nait un gros pied. Ceux dont les enfants devenaient des apprentis. Ceux qui jonglaient avec un carnet de cr&#233;dit dans les lolos. Ceux qui&#8230;Enfin, tu comprends ! Vieux n&#232;gres, marchandes de poisson, crieurs de journaux, ferreurs de chaussures devant Bata, aides de transports en commun, conducteurs de triporteurs, propri&#233;taires de mobylettes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville se grattait la t&#234;te en se demandant ce qu'elle allait faire de nous. Nous n'avons pas attendu sa r&#233;ponse ! Nous n'avions pas le temps ! Nous avons pris les faubourgs, les cours Untel, les d&#233;laiss&#233;s, les trous &#224; rats, &#224; crabes, les bas de la source&#8230;Tout ce qui pouvait s'habiter, se louer, s'occuper et nous avons d&#233;pos&#233; notre vie dedans. Autour de nous, une odeur d'huile, de rhum, d'urine, d'excr&#233;ments, de tuff. L'odeur de la mis&#232;re quoi ! La mis&#232;re vivait avec nous et nous vivions avec la mis&#232;re. C'&#233;tait comme &#231;a ! Des camions charroyaient nos cases ! Dans tout ce va-et-vient nous essayions de coudre les deux bords de la vie. Moi, j'avais jet&#233; mon corps &#224; Lauricisque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est bien Lauricisque !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te moques de moi ! Je te parle de Lauricisque en 1967 ! Enfin l'essentiel n'est pas l&#224;. Je trimais dans le b&#226;timent. J'&#233;tais un parmi les 10.000 ! Je travaillais 10 heures par jour sans paiement des heures suppl&#233;mentaires, sans aucune mesure de s&#233;curit&#233; et lorsque je jetais mon corps le soir sur mon vieux matelas en coton, je me sentais comme un esclave. Je r&#233;fl&#233;chissais&#8230;Je r&#233;fl&#233;chissais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu r&#233;fl&#233;chissais ! A quoi pensais-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sentait depuis longtemps monter une vieille odeur de col&#232;re. Une odeur de Soufri&#232;re mal lun&#233;e. Une odeur de mains vides, de t&#234;tes charg&#233;es, de fifine d'argent pour les uns et de jarre pleine pour les autres. Le monde bougeait, tr&#233;buchait sur ses jambes. Il &#233;tait las de porter des injustices quotidiennes. Las m&#234;me ! Et, &#224; sa mani&#232;re, il h&#233;lait de toutes ses forces. Les Africains hissaient des drapeaux tout neufs. Les n&#232;gres am&#233;ricains mettaient le feu. Cassius Clay, Luther King, Malcom X mettaient la pression contre le racisme. Fidel Castro d&#233;fiait les USA ! La guerre d'Alg&#233;rie avait secou&#233; bien des calebasses en Guadeloupe. La Guerre du Vietnam aussi. De Gaulle, lui-m&#234;me, avait cri&#233; : &#171; Vive le Qu&#233;bec libre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que tu veux dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire que, petit comme nous sommes, nous faisons partie du monde. Un vent se levait contre l'injustice, contre le racisme, contre le colonialisme. Un jour, nous avons entendu une voix qui disait : Bonjour Monsieur l'Etat ! Je suis Monsieur le G.O.N.G.! Je vais r&#233;veiller le peuple ! Je vais secouer les cocotiers. Je vais semer des tracts. Je vais lutter pour l'ind&#233;pendance nationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est quoi le G.O.N.G ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Groupe d'Organisation Nationale de la Guadeloupe est une organisation clandestine, fond&#233;e &#224; Paris le 23 juin 1963 par des &#233;tudiants, des travailleurs immigr&#233;s, des soldats d&#233;mobilis&#233;s de la Guerre d'Alg&#233;rie. Elle a pour objectif l'&#233;dification d'un &#233;tat souverain. Elle s'enracine en Guadeloupe en 1964 malgr&#233; son petit nombre de militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi tu m'en parles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que beaucoup de gens vont croire que c'est le G.O.N.G. qui est responsable des &#233;v&#232;nements de mai 1967 !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin on y vient &#224; ton fameux mai 1967 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais on y vient ! Je t'ai dit qu'un vent de col&#232;re soufflait sur la Guadeloupe. Tu vas t'en rendre compte avec l'affaire SNRSKY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'affaire SRNSKY ! Mais grand-p&#232;re, tu prends combien de d&#233;tours comme &#231;a ! Tu dis mai 67, apr&#232;s tu parles de SNRSKY !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu que tu comprennes le contexte dans lequel s'inscrit mai 67. Je veux que tu comprennes que rien ne sort de rien. Donc l'affaire SRNSKY aide aussi &#224; analyser mai 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ah, bon !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, mon cher ! Le matin du lundi 20 mars 1967, un nomm&#233; SRNSKY, propri&#233;taire du &#171; Sans Pareil &#187; &#224; Basse-Terre a l&#226;ch&#233; son chien contre un ferreur de chaussures qui venait s'installer devant son magasin de chaussures. Un pauvre bougre, infirme de surcro&#238;t, qui s'appelait BALZINC. Le plus grave c'est que SRNSKY aurait dit &#224; son berger allemand : &#171; dis bonjour au n&#232;gre ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un attroupement indign&#233; se forme devant le Sans Pareil. A son retour du commissariat o&#249; il a &#233;t&#233; porter plainte, BALZINC, trouve une v&#233;ritable foule. SRNSKY, invit&#233; par la police &#224; fermer son magasin, monte &#224; l'&#233;tage et invective les policiers et injurie les Guadeloup&#233;ens. Autant jeter de l'huile sur le feu ! Vers 12 heures, fous de rage, les gens chargent la devanture et saccagent tout ce qu'ils trouvent &#224; l'int&#233;rieur. Il est des bobos qu'il ne faut pas gratter ! Le chien est tu&#233;. La Mercedes de SNRSKY est jet&#233; &#224; la mer. Le Pr&#233;fet, M. Bolotte appelle au calme mais jusqu'au soir les rues de Basse-Terre demeurent chaudes. Le 23 mars, dans la nuit de jeudi &#224; vendredi, une charge de dynamite explose, &#224; Pointe-&#224;-Pitre devant un magasin de chaussures appartenant au fr&#232;re de SRNSKY. Lui-m&#234;me avait d&#233;j&#224; quitt&#233; la Guadeloupe en cachette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Donc les gens se sentaient m&#233;pris&#233;s par les blancs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos pays, ces histoires de couleur de peau sont compliqu&#233;es. Tu avais d'un c&#244;t&#233; des blancs riches ou suppos&#233;s tels. De l'autre des Guadeloup&#233;ens qui luttaient pour gagner difficilement leur pain. Entre les deux des fonctionnaires qui semblaient &#224; l'aise et puis quelques blancs fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;s d'Alg&#233;rie ou des anciennes colonies. Tout cela cr&#233;ait un m&#233;lange d&#233;tonnant &#224; cause d'un &#233;tat d'esprit qui tendait &#224; m&#233;priser le n&#232;gre et les petits. Il y avait beaucoup de frustrations li&#233;es &#224; cette &#171; ambiance &#187; assez coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'&#233;clat&#232;rent les &#233;v&#232;nements des 26 et 27 mai 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin on y est !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouais ! On y est !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand-p&#232;re alla chercher des vieux journaux de 1967. Jaunis, &#224; demi d&#233;chir&#233;s, pleins de poussi&#232;re, ils n'avaient pas grande allure. A partir de ce moment, il me racontait en me montrant, de temps &#224; autre, une photo, un titre, un article. Et, je dois reconna&#238;tre que sa parole, ainsi illustr&#233;e, me bouleversait de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 mars 1967, les ouvriers des entreprises Ghizoni et Zanella d&#233;brayent durant 2 jours pour r&#233;clamer une augmentation de salaire et pr&#232;s de 450 personnes d&#233;filent dans les rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 05 mai la Commission Paritaire se r&#233;unit sans arriver &#224; une conclusion positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 24 et 25 mai des groupes se forment, on se pr&#233;pare sur les chantiers &#224; une large mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 26 mai la direction syndicale de la C.G.T.G du b&#226;timent doit rencontrer le patronat dont le repr&#233;sentant est M ; BRIZZARD, &#224; la Chambre de Commerce de Pointe-&#224;-Pitre. A cette r&#233;union participe &#233;galement l'Inspecteur du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 6 heures de temps, les paroles se parlaient &#224; la Chambre de Commerce. Comme la s&#339;ur Anne du conte, nous ne voyions rien venir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux alentours de 13 heures, nous apprenons que les n&#233;gociations sont suspendues. Monsieur Brizzard ne veut rien entendre ! Ni 2% d'augmentation, ni parit&#233; en mati&#232;re d'avantages sociaux. Rien ! En plus, une parole circule. Il aurait dit :&#171; Lorsque les n&#232;gres auront faim, ils reprendront le travai &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me levais-couchais pour le patron. Je suais des prunes vertes pour le patron. Je me br&#251;lais la gueule avec du rhum pour le patron. Sans compter les accidents du travail ! Alors quand j'ai entendu cela, comme le millier d'autres, mon sang n'a fait qu'un tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait ce Brizzard ? Nous voulons le voir ! Qu'il sorte s'il est un homme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi vouliez-vous le voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous ne pouvions pas admettre qu'il refuse une petite augmentation de 2%. Parce que nos huit heures de travail ne nous rapportaient que 15, 96 Francs par jour ou tout au plus 21, 88 francs selon les cat&#233;gories. Environ le prix de 5 litres de rhum ! Parce qu'il nous m&#233;prisait. Parce que nous en avions marre de tant d'injustice !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les forces de l'ordre &#233;taient l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, le commissaire CANALES &#233;tait l&#224; avec son haut-parleur. Ses hommes en uniforme bleu avec leur matraque &#233;taient l&#224; devant la Chambre de Commerce. Ce qui a tout chang&#233; c'est que nous avons vu arriver une compagnie de C.R.S &#233;quip&#233;s de boucliers, arm&#233;s de fusils. Une partie s'installe sur la Place de la Victoire devant la Sous-Pr&#233;fecture, l'autre avance vers la Chambre de Commerce pour faciliter la sortie de Brizzard. Brusquement, ils chargent. Nous entendons les explosions des gaz lacrymog&#232;nes, nous recevons des coups de crosses de fusil, les matraques montent et descendent. Alors, nous ripostons avec rage. La Darse, le Quai Layrle, la rue L&#233;onard, la Place de la Victoire s'embrasent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais avec quoi ripostiez vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec presque rien ! Des roches, des bouteilles, des conques de lambi. Nous lan&#231;ons m&#234;me les grenades lacrymog&#232;nes qui n'ont pas explos&#233;es. Pot de terre contre pot de fer&#8230;C'est alors que face au monument aux morts, des fusils se mettent &#224; parler fran&#231;ais. Jacques Nestor est touch&#233; gri&#232;vement. Il meurt &#224; l'h&#244;pital. Un autre &#224; c&#244;t&#233; de lui &#233;tait tomb&#233; raide mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu veux dire qu'on tuait les manifestants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils nous tuaient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville p&#233;ta une col&#232;re. Elle &#233;ventra les magasins de deux armuriers (Petreluzzi-Questel et Boyer). Elle emporta des armes et des munitions et&#8230;elle partit au combat. C'&#233;tait l'&#233;meute. L'&#233;meute c'est la guerre des malheureux ! Sifflements de balles, d&#233;tonations des fusils de chasse. Groupes pourchass&#233;s. Du feu ! Du sang ! C.R.S partout ! Des gens se r&#233;fugiaient dans les couloirs des maisons. Ils sont tabass&#233;s. Des jeunes entrent dans la danse. Ils sont bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 17 heures 30, le maire de Pointe-&#224;-Pitre, rev&#234;tu de son &#233;charpe tricolore lance un appel au calme du c&#244;t&#233; du canal. Nous n'avions pas d'oreilles pour &#231;a ! Nous ne voulions rien entendre. Nous l'avons envoy&#233; s'occuper de ses affaires. Nous l'avons conspu&#233; sans m&#233;nagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 18 heures, il y avait d&#233;j&#224; 29 bless&#233;s civils hospitalis&#233;s, 12 C.R.S et 4 gendarmes bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons pris d'assaut UNIMAG et PRISUNIC et nous avons &#233;cras&#233; tout ce que nous pouvions. Les autres tiraient&#8230;tiraient&#8230; Alors nous nous sommes dit que c'&#233;tait n&#232;gres contre blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pourquoi n&#232;gres contre blancs ? C'est raciste &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoute moi bien ! La plupart des patrons &#233;taient blancs. Les C.R.S &#233;taient blancs. Les propri&#233;taires des grands magasins &#233;taient blancs. Le Pr&#233;fet et le Sous-pr&#233;fet &#233;taient blancs. Canales &#233;tait blanc. L'Inspecteur du travail &#233;tait blanc. Nous ressentions une telle col&#232;re ! A certains nous demandions de parler en cr&#233;ole. S'ils ne pouvaient pas, gare &#224; eux ! Des voitures br&#251;laient&#8230;Certaines rues &#233;taient barr&#233;es avec des tuyaux de canalisation. Rafales. Tirs. Patrouilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitrailleuses. Parachutistes. K&#233;pis rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 20 heures, le sieur Tit&#233;ca-Beauport se r&#233;fugie &#224; la gendarmerie de Miquel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juge Combescur et deux guadeloup&#233;ens sont bless&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des renforts arrivent de la Martinique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pr&#233;fet Bolotte revient &#224; Pointe-&#224;-Pitre pour diriger les op&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 0heure 20, un couple de m&#233;tropolitains circulant en voiture est la cible d'armes automatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pointe-&#224;-Pitre a chavir&#233; dans la violence, dans la peur, dans la r&#233;volte&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, Grand-p&#232;re s'arr&#234;te et doucement, il pleure. Moi-m&#234;me, je suis tout &#233;tourdi par ce que je viens d'apprendre. Pour me donner une contenance je feuillette les journaux. Des photos qui manquent de nettet&#233;, prises &#224; la h&#226;te dans le tourbillon des &#233;v&#232;nements. On y voir courir des C.R.S. On per&#231;oit leur nervosit&#233;. Je trouve leur short un peu comique. Les matraques, les fusils, les boucliers sont l&#224; pour rappeler qu'il s'agit bien d'une r&#233;pression. Il faut dompter la ville ! Des voitures br&#251;l&#233;es, sur l'une &#8216;elles on lit nettement l'inscription &#171; Air France &#187;. Sur d'autres, des conques de lambis jonchent la rue&#8230;Personne n'est immobile. Malgr&#233; les ann&#233;es, les corps sont en mouvement. Vieilles photos qui projettent dans mon visage le souffle d'une rage&#8230;J'avoue qu'elles m'&#233;meuvent. Je comprends maintenant que le temps n'est pas une coquille vide et que chaque arbre pourrait raconter une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il devinait mes pens&#233;es, grand-p&#232;re poursuit&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne peux pas voir sur ces photos ce qui se passe &#224; l'int&#233;rieur des gens, au fond de leurs entrailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces enfants qui, dans les cases, entendent le bruit des armes d&#233;chiquetant des chairs humaines, criblant les fa&#231;ades, lapidant l'id&#233;e m&#234;me de l'homme. Ces enfants que leur mer tente de mettre &#224; l'abri sous les &#171; je vous salue Marie pleine de gr&#226;ces&#8230; &#187;. Le mari n'est pas encore rentr&#233; et l'attente est teint&#233;e d'angoisse. Le voisin a disparu. Mon Dieu Seigneur, je demande mis&#233;ricorde ! Et dans la nuit, plus lourde que toutes les croix, l'&#233;clair du malheur qui hache la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces familles barricad&#233;es tandis que les trottoirs de Pointe-&#224;-Pitre boivent le sang des &#233;meutiers. Les forces de l'ordre, en ce 26 mai, ressemblent &#224; des tigres aux abois. Ces p&#232;res humili&#233;s de ne pas pouvoir porter secours &#224; la nuit et dont la t&#234;te &#233;clate d'impuissance. Ces vieux corps qui ont vers&#233; leur sang aux Dardanelles, &#224; Verdun, en Alsace pour sauver la France. Ah, malgr&#233; &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'odeur des dalots grouillant de golomines et de balles perdues. L'odeur de la ferraille br&#251;l&#233;e et des caisses en flammes. L'odeur de ce mois de mai, mois des flamboyants en fleurs, qui entre d&#233;j&#224; &#224; reculons dans les m&#233;moires. Longtemps une douleur intime la b&#226;illonnera. L'odeur de la Darse remu&#233;e d'indignation devant ce cyclone en uniforme. L'odeur des vieilles histoires de n&#232;gres-marrons que l'on croyait enterr&#233;s et qui remontent comme des morts-vivants. Histoire de colonis&#233;s et de colonisateurs, de patrons et d'ouvriers comme si les chantiers n'&#233;taient rien d'autre que des habitations. Ville et campagne entrem&#234;lent leurs souvenirs et Pointe-&#224;-Pitre se souvient de la guillotine de Victor Hugues dress&#233;e sur la Place de la Victoire. L'odeur moite et tragique de La Pointe dont les t&#244;les, rouill&#233;es d'effroi, ne savent plus si le ciel existe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu, moi ton grand-p&#232;re, des lancer de pierre dignes des jeux olympiques. J'ai vu basculer dans la mort un jeune homme arm&#233; d'un fusil tellement vieux qu'il ressemblait &#224; un jouet. J'ai vu des portes qui, furtivement, avalaient des bless&#233;s. J'ai vu flotter des voitures sur les bras de l'exasp&#233;ration. J'ai vu d'autres voitures suspendues au bord du sacrifice et que l'on &#233;pargnait parce qu'elles appartenaient &#224; tel ou tel commer&#231;ant bien connu. M&#234;me en pleine furie, la solidarit&#233; reconna&#238;t les siens. J'ai vu un m&#233;tropolitain que des guadeloup&#233;ens cachaient au fond d'une voiture, sous une couverture, afin qu'il puisse traverser les lignes de la rage. Beaucoup pensaient que c'&#233;tait la fin&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin des doudous couleur de foulards et de madras&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des bonnes &#224; tout faire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du soleil &#224; bon march&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des privil&#232;ges&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des cocotiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du Paradis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des yeux qui &#233;teignent d'un regard de ma&#238;tre, de patron, de grand Blanc l'&#233;tincelle de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait pourtant parmi eux de pauvres V.A.T avec des chaussures en plastique soucieux de comprendre cette soci&#233;t&#233; encay&#233;e dans les vestiges de l'esclavage.Ils reniflaient une odeur de pourri, de maldonne&#8230;Il faut toujours prendre garde au jour du malheur ! Les bons paient pour les mauvais. Parfois l'histoire est aveugle et son b&#226;ton cogne sans demander passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais que voulaient vraiment les forces de l'ordre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;gager les art&#232;res. Ramener le calme. Faire taire la meute !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;gage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ambulances peureuses, des voitures particuli&#232;res, prennent le chemin de l'h&#244;pital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;gage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De pauvres bougres y compris des riens &#224; faire qui se trouvaient en ville pour acheter un de quoi, rencontrer une ch&#232;re et tendre, acheter une paire de chaussures sont foudroy&#233;s. Bertin qui &#233;coutait une radio portable pour prendre des nouvelles du d&#233;sastre est cisaill&#233; sur sa mobylette. Sans sommation ! Les forces ont cru qu'il transmettait des ordres &#224; un quelconque groupe. Une petite radio portable, lui a co&#251;t&#233; la jambe. Un prof de gymnastique qui passait par l&#224; est mitraill&#233;. Adieu carri&#232;re ! Monsieur jambe coup&#233;e ! Voil&#224; ce qu'il est devenu ! Aujourd'hui encore, il pleure mais les larmes ne font pas repousser les jambes&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, il y a la mort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort b&#234;te qui transforme un homme en cadavre. La mort raide qu'on avale comme un rhum sec. La mort sadique qui prend son temps. La mort injuste qui s'est tromp&#233;e de proie. La mort sans papa ni maman ! Un lyc&#233;en ? Un ouvrier ! Un ch&#244;meur ? Un passant ? La mort ne se pose pas de question. La mort n'a pas d'ami. Elle fait ses courses vitement, press&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quelle tristesse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu peux le dire ! Dans les cours (lakous), dans les cases des faubourgs, dans les d&#233;dales, les car&#233;nages, les mornes, les fonds, les sanglots font chorus. Les lamentations, m&#234;me &#233;touff&#233;es, chiffonnent les visages. Des m&#232;res incr&#233;dules refusent cette v&#233;rit&#233;. Des p&#232;res cass&#233;s savent que d&#233;sormais la mort a un poids et qu'il faudra tr&#233;bucher avec &#231;a sur le dos comme une bosse. Des enfants qui ne comprennent rien &#224; ses yeux que l'on ferme en soupirant. Des voisins &#233;plor&#233;s, empes&#233;s dans leur compassion. Des veill&#233;es mortuaires, parfois &#224; la sauvette, remplies d'inqui&#233;tude et de gravit&#233; lugubre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce corps l&#224;, au milieu du lit ! Il se demande ce qu'il fait l&#224;. Pleurer ! On a beau caresser les cheveux, les paupi&#232;res ne s'ouvriront plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaussettes cousues. Un chapelet qui rappelle que ce n'est pas un chien&#8230; Courage Man Sonson ! Prends courage ! La nuit aboie encore apr&#232;s la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais pourquoi tant de violences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sais, la violence accompagne certaine situation. Luther King, Malcom X aux U.S.A, Lumumba en Afrique&#8230;Ils s'imaginaient que c'&#233;tait une affaire de G.O.N.G, d'ind&#233;pendance, de d&#233;stabilisation, de C.I.A, de petite guerre d'Alg&#233;rie, d'atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat&#8230; Quelques travailleurs qui demandent quelques sous&#8230; Un ras le bol&#8230; Monsieur Michel ne veut pas bailler deux sous&#8230; Maman la gr&#232;ve m'a barr&#233;&#8230; Maman la gr&#232;ve m'a barr&#233;&#8230; Maman les zombis m'ont barr&#233;&#8230; Le vent s'est lev&#233; et il appelle les r&#233;pondeurs&#8230; A&#239;e ! Bourreau derri&#232;re moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chien var&#233; mwen ! Mand&#233; Bondi&#233; kitan sa k&#233; chang&#233; ! Baimbridge chaud !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;gage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arr&#234;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On accuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On soup&#231;onne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un complot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Flagrant d&#233;lit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prison ferme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis politiques sont dans leurs petits souliers. Le Pr&#233;fet a mis ses gros sabots. Et si tout &#231;a balayait tout le monde ? Et si tout &#231;a changeait r&#233;ellement quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la fraude &#233;lectorale, le Pr&#233;fet Tout-Puissant, le racisme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les v&#233;n&#233;rables hommes politiques ne savent pas si c'est bouillon ou poison. Ils se mettent en veilleuse. Appel au calme et blablabla&#8230; Pendant ce temps, la mort passe son chemin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'&#233;tait donc si grave ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens des corps que l'on porte comme une jeune mari&#233;e &#224; bout de bras, &#224; bout d'amour, &#224; bout de tout ce qui saigne. Je me souviens de la chair mutil&#233;e et g&#226;ch&#233;e&#8230; pour deux sous. Je me souviens des corps dont nul ne sait &#224; qui ils appartiennent. Je me souviens que le soleil avait froid pour ces corps baign&#233;s par le bleu de la mort. Personne ne les a identifi&#233;s, compt&#233;s et parfois restitu&#233;s. Je me souviens d'une rumeur bizarre. On chuchotait, croix sur bouche, que certains avaient &#233;t&#233; jet&#233;s par-dessus le pont de la Gabarre, que d'autres avaient &#233;t&#233; enfouis &#224; la Travers&#233;e. Comme nous ne savions pas, nous inventions la v&#233;rit&#233;. 87 corps&#8230; ou peut-&#234;tre le double&#8230; Peut-&#234;tre&#8230; On ne peut pas salir la France comme &#231;a ! Tout ce deuil sans s&#233;pulture&#8230; Cette fum&#233;e aux l&#232;vres de la ville&#8230; Sans chroniqueur&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut dire que depuis quelques temps le B.U.M.I.D.O.M envoyait &#224; Paris un fr&#232;re, une s&#339;ur, un papa, une maman. Filles de salle dans les h&#244;pitaux&#8230; Facteurs&#8230; Bonnes &#224; tout faire&#8230; Man&#339;uvres&#8230; Chambre de bonne&#8230; H&#244;tel de passe&#8230; Banlieues&#8230; Nous avons emmen&#233; avec nous le piment et le gwoka, le rhum et le citron vert, les accras et le boudin. Petit &#224; petit, Paris nous a aval&#233;s, a dig&#233;r&#233; nos enfants, a blanchi nos nostalgies. Certaines ont tourn&#233; putes sur les trottoirs. Certains ont vir&#233; d&#233;linquants. Les grains de d&#233;s roulaient dans le m&#233;tro. Il faisait froid comme dans un frigidaire. Il faisait frette !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le m&#234;me temps, planning familial sur nous. R&#233;duction des naissances ! Il fallait des familles ajust&#233;es aux H.L.M. Un, deux enfants. Juste ce qu'il faut ! Trois, c'est famille nombreuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le m&#234;me temps on incitait les m&#233;tros, les anciens d'Alg&#233;rie, de la coloniale, &#224; venir vivre leurs r&#234;ves sous le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais grand-p&#232;re, le soleil est &#224; tout le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait enlever boyaux pour mettre paille. Monsieur Aim&#233; C&#233;saire en Martinique a dit &#171; g&#233;nocide par substitution &#187;. La Guadeloupe avait mal &#224; &#231;a aussi. C'est cela aussi qui nous r&#233;voltait : cette impression de mourir sur pied. Nous mourions pour de bon. Tout &#231;a pour &#231;a !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et le lendemain ? Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 27 mai, le soleil s'est lev&#233; comme d'habitude sur La Pointe. La vie d&#233;gourdissait ses membres meurtris. Des petits groupes chauffaient une parole am&#232;re. Bien souvent, nous n'avons que les mots. Po&#232;me, tract, roman, proverbe, chanson, palabre, discussion. Les mots amenaient les mots. Les mots qui amenaient les mots ont amen&#233; les lyc&#233;ens, les coll&#233;giens, les jeunes, &#224; se diriger vers la Sous-Pr&#233;fecture. Pr&#232;s d'un millier ! Ils voulaient protester. Ils donnaient la voix contre les C.R.S et contre les colonialistes. Vocal de r&#233;volt&#233;s. Ils baillaient la voix. Les matraques ont r&#233;pondu. Les coups de crosse ont r&#233;pondu. Ils sont dispers&#233;s violemment. Ils sont arr&#234;t&#233;s en flagrant d&#233;lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, des coups de feu secouaient la ville. On br&#251;lait ici ou l&#224; des voitures. Quelques incendies d&#233;marraient sans aller bien loin. Des blancs &#233;taient agress&#233;s. Un pilote d'Air France. Un lieutenant. Deux touristes qui se rendaient &#224; l'a&#233;rodrome du Raizet. Petit &#224; petit, Pointe-&#224;-Pitre retrouve son calme de ville pauvre. Les commer&#231;ants respirent. Enfin, les forces de l'ordre ma&#238;trisent la situation. Le g&#233;n&#233;ral Quilichini, venu de la Martinique, peut d&#233;barquer en paix. Il est 16 heures 30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 17 heures, les obs&#232;ques ont lieu. La paix des cimeti&#232;res enveloppe les morts. Les parents, les amis, les militants, escortent ce qui reste de la trag&#233;die. La pi&#232;ce est jou&#233;e&#8230; Il ne reste plus qu'&#224; arr&#234;ter certains manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces militaires, jet&#233;s l&#224; pour r&#233;primer les gr&#233;vistes, sortis de tant de d&#233;faites coloniales, irrit&#233;s devant des n&#232;gres indociles, persuad&#233;s d'&#233;teindre les braises d'une r&#233;volution, ont tir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous autres, une fois de plus, nous avons pay&#233; trop cher le prix de notre travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guadeloupe n'avait que ses yeux pour pleurer. Plus tard, plus triste ! disait-elle au fond de son c&#339;ur. Plus tard&#8230; Un an apr&#232;s de jeunes Fran&#231;ais de Paris, de jeunes am&#233;ricains embrasaient les campus pour exiger une autre soci&#233;t&#233;. Le monde tournait sur ses gonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les gens ne sont pas morts pour rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme en col&#232;re ne meurt jamais pour rien. A toi de raconter cela, un jour, &#224; tes enfants et petits-enfants. Si nous oublions, ils seront morts pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bureau me semblait rempli d'ombres, de fant&#244;mes. Grand-p&#232;re se mit &#224; fredonner d'une voix triste Maman la grev bar&#233; mwen. Ma petite voix entra dans la sienne avec complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernest P&#233;pin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://ouvalacgt.over-blog.com/article-31796832.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;26 mai 1967 : gr&#232;ve et massacre en Guadeloupe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_de_mai_1967_en_Guadeloupe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Et aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_de_mai_1967_en_Guadeloupe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le massacre de 1967&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.congres-afsp.fr/st/st13/st13odin.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1968 aux Antilles&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/benjamin-stora/blog/300515/propos-de-trois-evenements-de-lhistoire-contemporaine-des-antilles-et-de-la-guyanne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trois &#233;v&#233;nements&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://ugtg.org/article_430.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les massacres des 26 &amp; 27 mai 1967 &#224; Pointe &#224; Pitre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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