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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Trotsky et Breton</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

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&lt;p&gt;Trotsky et Breton par Marguerite Bonnet &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre de Trotsky sur L&#233;nine, que les Presses Universitaires de France publient aujourd'hui, a paru pour la premi&#232;re fois en France &#224; la Librairie du Travail au printemps de 1925. Livre inachev&#233;, d'apr&#232;s son auteur lui-m&#234;me qui ne voulait y voir que des mat&#233;riaux pour une &#339;uvre future, &#224; laquelle il semble avoir d&#232;s cette date pens&#233; [1] et dont le crime de Mexico vint emp&#234;cher la r&#233;alisation totale [2], il n'en demeure pas moins, aujourd'hui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trotsky et Breton&lt;br class='autobr' /&gt;
par Marguerite Bonnet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Trotsky sur L&#233;nine, que les Presses Universitaires de France publient aujourd'hui, a paru pour la premi&#232;re fois en France &#224; la Librairie du Travail au printemps de 1925. Livre inachev&#233;, d'apr&#232;s son auteur lui-m&#234;me qui ne voulait y voir que des mat&#233;riaux pour une &#339;uvre future, &#224; laquelle il semble avoir d&#232;s cette date pens&#233; [1] et dont le crime de Mexico vint emp&#234;cher la r&#233;alisation totale [2], il n'en demeure pas moins, aujourd'hui encore, &#8220; l'un des portraits les plus vivants, les plus prenants, les plus vrais que nous ayons de L&#233;nine &#8221;, ainsi que l'&#233;crivait de Russie Victor Serge au lendemain de sa publication &#224; Paris [3]. En outre, le destin singulier que ce petit ouvrage a connu en France m&#233;rite de retenir l'attention : c'est &#224; travers lui, en effet, que se r&#233;alise la conjonction premi&#232;re de deux noms que, quelques ann&#233;es plus tard, l'histoire rapprochera plus &#233;troitement encore, ceux d'Andr&#233; Breton et de L&#233;on Trotsky. Deux des plus grands, parmi les po&#232;tes, parmi les r&#233;volutionnaires ; conjonction unique, sans doute, et qui pourrait donner &#224; m&#233;diter, &#224; r&#234;ver longuement, pour notre plus s&#251;r r&#233;confort, sur les attractions in&#233;vitables et ce qu'il y a de n&#233;cessaire dans certaines rencontres... On se contentera toutefois ici de retracer les circonstances dans lesquelles Breton d&#233;couvrit &#224; travers ce livre et Trotsky et L&#233;nine ; car il ne les s&#233;pare jamais, dans l'article qu'il publia sur cette &#339;uvre de Trotsky, le 15 octobre 1925, dans le n&#176; 5 de La R&#233;volution surr&#233;aliste. Ces quelques pages jou&#232;rent dans le groupe surr&#233;aliste tout entier un r&#244;le consid&#233;rable. On les trouvera &#224; la suite de cette note [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; de 1925, Breton et ses amis n'avaient port&#233; aux probl&#232;mes politiques de leur temps qu'une attention relative, leurs forces vives &#233;tant absorb&#233;es par la r&#233;volution po&#233;tique qu'ils avaient entreprise. La r&#233;volution russe, qui pour les intellectuels rassembl&#233;s autour de la revue Clart&#233; apparaissait d&#233;j&#224; comme l'&#233;v&#233;nement majeur, ne les avait pas encore alert&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Faut-il, &#233;crit Breton en 1952, qu'en France la police intellectuelle ait &#233;t&#233; vigilante pour que ces id&#233;es aient mis si longtemps &#8211; pr&#232;s de huit ann&#233;es &#8211;- &#224; nous parvenir ! jusqu'en 1925, il est frappant que le mot de R&#233;volution, en ce qu'il peut avoir d'exaltant pour nous, n'&#233;voque dans le pass&#233; que la Convention et la Commune. A la mani&#232;re dont nous en parlons alors, on se rend compte que nous sommes plus sensibles aux accents qu'elle a pris dans la bouche de Saint-Just ou de Robespierre qu'&#224; son contenu doctrinal. Cela ne veut pas dire que la cause qui fut celle des r&#233;volutionnaires de 93 ou de 71, nous ne la fassions pas int&#233;gralement n&#244;tre. La n&#233;cessit&#233;, l'urgence d'un bouleversement &#233;conomique et social qui mette fin &#224; un certain nombre d'iniquit&#233;s criantes ne s'est jamais absorb&#233;e jusqu'&#224; dissoudre dans la revendication surr&#233;aliste, si absolue soit-elle au d&#233;part. Mais, &#224; ce moment, nous n'avons encore que tr&#232;s faiblement fait porter notre attention sur les moyens par lesquels telle transformation peut s'op&#233;rer [5] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1925, la r&#233;volution russe n'appara&#238;t gu&#232;re dans les &#233;crits des surr&#233;alistes que sous la Plume d'Aragon, pour qui elle est l'occasion de saillies provocantes et d&#233;pr&#233;ciatives. D&#233;j&#224;, en 1923, il s'&#233;tait &#233;cri&#233; &#224; propos du bolchevisme : &#8220; Respectable mais un peu court [6] &#8221;. Un peu plus tard, fulminant contre Anatole France dans le pamphlet collectif Un cadavre, il pousse sa pointe contre &#8220; Moscou la g&#226;teuse &#8221;, o&#249; France jouit d'un prestige &#224; ses yeux injustifiable [7]. L'incartade entra&#238;ne une vive pol&#233;mique entre lui-m&#234;me et des r&#233;dacteurs principaux de Clart&#233;, Marcel Fourrier et Jean Bernier. Bernier, ami personnel d'Aragon, rel&#232;ve l'expression dans son compte rendu du &#8220; Cadavre &#8221; (Clart&#233;, 15 novembre 1924), comme &#8220; une &#233;tourderie v&#233;ritablement plus comique qu'odieuse &#8221;. Aragon lui r&#233;plique par une lettre du 25 novembre, que Clart&#233; publie dans sa livraison de d&#233;cembre, accompagn&#233;e d'une vigoureuse semonce de Fourrier, pour qui Aragon, malgr&#233; son opposition verbale &#224; la culture bourgeoise, appartient au camp des &#8220; bien pensants &#8221;, et d'une mise au point de Bernier, amicale et de ton mod&#233;r&#233;, bien qu'Aragon ait aggrav&#233; son cas en &#233;crivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La r&#233;volution russe, vous ne m'emp&#234;cherez pas de hausser les &#233;paules. A l'&#233;chelle des id&#233;es, c'est au plus une vague crise minist&#233;rielle. ( ... ) je tiens &#224; r&#233;p&#233;ter dans Clart&#233; m&#234;me que les probl&#232;mes pos&#233;s par l'existence humaine ne rel&#232;vent pas de la mis&#233;rable petite activit&#233; r&#233;volutionnaire qui s'est produite &#224; notre orient au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action des gens de Clart&#233; pousse Aragon &#224; relancer l'escarmouche dans le deuxi&#232;me num&#233;ro de La R&#233;volution surr&#233;aliste (15 janvier 1925) ; il cite sa lettre du 25 novembre et commente les commentaires qu'elle a suscit&#233;s. Cette fois, Fourrier est accus&#233; de vouloir r&#233;duire &#8220; aux proportions d'une simple crise l&#233;gale la cause illimitable de la r&#233;volution &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait tort d'attacher &#224; l'incident une grande importance et d'y voir, comme certains ont &#233;t&#233; tent&#233;s de le faire, la pr&#233;figuration du drame qui se jouera post&#233;rieurement entre communisme et surr&#233;alisme : au vrai, ces outrances ne rel&#232;vent ni d'une r&#233;flexion s&#233;rieuse sur les faits, ni d'une pr&#233;occupation bien profonde ; on le sent au caract&#232;re vague et forc&#233; des formules. Elles sont d'ailleurs loin d'entra&#238;ner l'adh&#233;sion des autres surr&#233;alistes, dont Breton d&#233;finit dans les Entretiens le sentiment g&#233;n&#233;ral :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Aragon... a donn&#233; &#224; plusieurs d'entre nous l'impression qu'il s'enferrait. ( ... ) Parmi nous, m&#234;me les esprits les plus &#233;trangers &#224; la politique voyaient l&#224; un &#8220; morceau de bravoure &#8221; ind&#233;fendable. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en janvier, Breton se contente de garder le silence ; il en va tout autrement quelques mois plus tard, quand une nouvelle passe d'armes se d&#233;roule entre Aragon, et, cette fois, Drieu La Rochelle. C'est que des &#233;v&#233;nements importants sont intervenus chez les surr&#233;alistes entre le d&#233;but de 1925 et l'&#233;t&#233; : la guerre du Maroc, qui dure d&#233;j&#224; depuis plusieurs mois, a provoqu&#233; au printemps dans les milieux intellectuels et artistiques de profonds remous. En juin, Clart&#233; lance une &#8220; Lettre ouverte aux intellectuels pacifistes, anciens combattants r&#233;volt&#233;s &#8221; pour leur demander : &#8220; Que pensez-vous de la guerre du Maroc &#8221; ? et, le 15 juillet, la revue parait sous le titre g&#233;n&#233;ral : &#8220; Contre la guerre du Maroc. Contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#8221; ; en hors-texte, est publi&#233; un appel d'Henri Barbusse &#8220; aux travailleurs intellectuels. Oui ou non, condamnez-vous la guerre ? &#8221;. Cet appel est contresign&#233; par de nombreux intellectuels, &#233;crivains et artistes, et par la r&#233;daction compl&#232;te de La R&#233;volution surr&#233;aliste, de Clart&#233;, de Philosophies. Appr&#233;ciant un peu plus tard prise de position, Breton &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; L'activit&#233; surr&#233;aliste en pr&#233;sence de ce fait brutal, r&#233;voltant, impensable (la guerre du Maroc) va &#234;tre amen&#233;e &#224; s'interroger sur ses ressources propres, &#224; en d&#233;terminer les limites ; elle va forcer &#224; adopter une attitude pr&#233;cise, ext&#233;rieure &#224; elle-m&#234;me, continuer &#224; faire face &#224; ce qui exc&#232;de ces limites [8] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de l&#224;, s'amorce un rapprochement entre les communistes de Clart&#233; et les surr&#233;alistes ; son signe est le c&#233;l&#232;bre manifeste La r&#233;volution d'abord et toujours. Elabor&#233; dans la fin de juillet 1925, tir&#233; en ao&#251;t &#224; quatre mille exemplaires, il fut largement diffus&#233;. Cette d&#233;claration que, plus tard, Breton jugera avec raison &#8220; id&#233;ologiquement assez confuse [9] &#8221;, juxtapose, effectivement, des pr&#233;occupations de divers ordres qui donn&#232;rent lieu &#224; des discussions serr&#233;es et refl&#232;tent la vari&#233;t&#233; des orientations de ses signataires. Elle n'est pas de caract&#232;re &#233;troitement politique ou social. Affirmant la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution totale, situ&#233;e au-del&#224; du domaine politique ou social, elle s'insurge contre la civilisation occidentale tout enti&#232;re, exalte le besoin &#8220; d'une libert&#233; calqu&#233;e sur (les) n&#233;cessit&#233;s spirituelles les plus profondes, sur les exigences les plus strictes et les plus humaines (des) chairs &#8221;. Cependant, &#8220; (l') amour de la r&#233;volution &#8221; y force tous les regards &#224; se tourner, franchement cette fois, vers la Russie, comme le souligne le premier des cinq points qui pr&#233;cisent l'accord intervenu entre les divers groupes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le magnifique exemple d'un d&#233;sarmement imm&#233;diat, int&#233;gral et sans contre partie qui a &#233;t&#233; donn&#233; au monde en 1917 par L&#233;nine &#224; Brest-Litovsk, d&#233;sarmement dont la valeur r&#233;volutionnaire est infinie, nous ne croyons pas votre France capable de le suivre jamais. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, La R&#233;volution d'abord et toujours ne signifie pas encore une adh&#233;sion du surr&#233;alisme au communisme. &#8220; Il faut que nous restions surr&#233;alistes et que l'on ne puisse nous comprendre parmi les communistes &#8221;, &#233;crit &#201;luard &#224; Breton en juillet [10]. Mais un pas d&#233;cisif est franchi, une sensibilisation s'est faite, un int&#233;r&#234;t profond s'est &#233;veill&#233; pour ce qui se passe l&#224;-bas, &#224; l'Est. En ao&#251;t, Breton, en vacances dans le midi de la France, lit le petit livre de Trotsky sur L&#233;nine et en re&#231;oit une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Il n'est pas niable que, si la lecture d'un tel ouvrage m'avait transport&#233;, c'est surtout par son c&#244;t&#233; sensible que j'avais &#233;t&#233; pris. D'un certain rapport de l'humain, la personne m&#234;me de L&#233;nine telle que l'auteur l'avait intimement connue, au surhumain (la t&#226;che qu'il avait accomplie) se d&#233;gageait quelque chose de tr&#232;s entra&#238;nant qui, du m&#234;me coup, conf&#233;rait aux id&#233;es qui avaient &#233;t&#233; les siennes le plus grand pouvoir d'attraction [11]... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne peut-il accepter l'argument d'Aragon dans la discussion qui oppose ce dernier &#224; Drieu La Rochelle &#224; propos de L&#233;nine et, plus g&#233;n&#233;ralement, de La R&#233;volution d'abord et toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro d'ao&#251;t de La Nouvelle Revue fran&#231;aise, Drieu avait publi&#233; un long article : &#8220; La v&#233;ritable erreur des surr&#233;alistes &#8221;, dans lequel il leur reprochait, en particulier, d'avoir pris position sur un probl&#232;me politique, la guerre du Rif, se diminuant par l&#224; &#224; ses yeux, comme d'avoir &#8220; braill&#233; &#8221; : &#8220; Vive L&#233;nine ! &#8221;. La r&#233;ponse d'Aragon para&#238;t en septembre dans la m&#234;me revue ; on y lit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; je ne veux pas te r&#233;pondre que je n'ai pas cri&#233; : Vive L&#233;nine ! Je le braillerai demain, puisqu'on m'interdit ce cri, qui apr&#232;s tout salue le g&#233;nie et le sacrifice d'une vie. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phrase alerte suffisamment Breton, qui refuse que l'attitude surr&#233;aliste puisse &#234;tre sur ce point ramen&#233;e au simple d&#233;fi, pour qu'il la rel&#232;ve et s'en d&#233;solidarise dans son article sur le livre de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Touch&#233;s par l'accent ferme et r&#233;solu de ces pages, ses amis lisent aussi le L&#233;nine et, d'embl&#233;e, sont conquis : &#8220; Ce livre est un des plus grands que j'aie jamais lus &#8221;, &#233;crit Eluard [12]. D&#233;sormais, une &#233;tape d&#233;cisive est franchie ; il ne s'agit plus de prendre des distances devant le communisme, mais au contraire de se rapprocher de lui ; la collaboration avec l'&#233;quipe de Clart&#233; se fait plus &#233;troite, au point que, vers la fin de 1925, les deux groupes envisagent la publication d'une revue commune, au titre volontairement agressif, La guerre civile. L'&#233;chec de ce projet ne contrarie nullement le mouvement amorc&#233; et ne l'emp&#234;che pas de se poursuivre. Mais c'est sur un chemin ardu, jalonn&#233; en 1927 par une adh&#233;sion au Parti Communiste &#8211; de br&#232;ve dur&#233;e pour plusieurs &#8211; d'Aragon, Breton, Eluard, P&#233;ret et Unik, et d&#233;finitivement ferm&#233; en 1935 par une totale rupture [13], que les surr&#233;alistes se sont engag&#233;s. L'histoire de leurs d&#233;m&#234;l&#233;s avec le Parti est longue, compliqu&#233;e par la diversit&#233; des cheminements et des attitudes individuelles ; ce n'est pas le lieu de la retracer ici. On rappellera seulement que Breton s'est toujours refus&#233; &#224; sacrifier l'exigence surr&#233;aliste au dogmatisme et &#224; l'&#233;troitesse de vues de la direction communiste, qu'il n'a jamais renonc&#233;, quant &#224; lui, &#224; maintenir &#233;troitement unies ses aspirations po&#233;tiques et sa volont&#233; de changement social :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Transformer le monde &#8221;, a dit Marx ; &#8220; changer la vie &#8221;, a dit Rimbaud : ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un [14] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convenait de souligner le r&#244;le d'&#233;v&#233;nement-moteur que le pr&#233;sent livre a tenu dans cette &#233;volution g&#233;n&#233;rale, dont la marche est loin d'&#234;tre, aujourd'hui encore, arr&#234;t&#233;e, et dans le prolongement de laquelle viennent s'inscrire les divers moments d'une r&#233;flexion et d'une action toujours actuelles, on doit &#233;galement signaler que le rapport Breton-Trotsky ne s'y r&#233;duit pas. En 1929, ann&#233;e o&#249; Trotsky est exil&#233;, Breton se pr&#233;occupe du sort qui lui est r&#233;serv&#233; et, dans le Second Manifeste, dit son accord avec les positions d&#233;fendues par l'auteur de Litt&#233;rature et R&#233;volution sur les probl&#232;mes de la culture et de l'art prol&#233;tariens. Un tract du groupe surr&#233;aliste, La plan&#232;te sans visa, qui prend pour titre celui du dernier chapitre de l'autobiographie de Trotsky, Ma vie, s'&#233;l&#232;ve en 1934 contre son expulsion hors du territoire fran&#231;ais et d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Nous qui, ici, sommes loin de partager toutes ses conceptions actuelles, ne nous en sentons que plus libres pour nous associer &#224; toutes les protestations qui ont d&#233;j&#224; accueilli la mesure dont il est l'objet. ( ... ) Nous saluons, &#224; cette nouvelle &#233;tape de son chemin difficile, le vieux compagnon de L&#233;nine, le signataire de la paix de Brest-Litovsk, acte exemplaire de science et d'intuition r&#233;volutionnaires, l'organisateur de l'Arm&#233;e Rouge qui a permis au prol&#233;tariat de conserver le pouvoir malgr&#233; le monde capitaliste coalis&#233; contre lui, l'auteur parmi tant d'autres non moins lucides, non moins nobles et moins &#233;clatantes, de cette formule qui nous est une raison permanente de vivre et d'agir : Le socialisme signifiera un saut du r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233; dans le r&#232;gne de la libert&#233;, aussi en ce sens que l'homme d'aujourd'hui plein de contradictions et sans harmonie fraiera la voie &#224; une nouvelle race plus heureuse. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte sur deux fronts, que, jusqu'&#224; la fin, Breton n'a cess&#233; de mener, contre le monde capitaliste et contre la monstrueuse caricature du socialisme offerte par l'U.R.S.S. et le communisme officiel, son chemin croise &#224; plusieurs reprises celui de Trotsky. Au moment des proc&#232;s de Moscou, en 1936 et en 1937, il est un des premiers &#224; stigmatiser avec la plus intransigeante fermet&#233; et la plus haute vigueur ce qu'il tient &#8220; pour une abjecte entreprise de police [15] &#8221;, &#8220; le plus formidable d&#233;ni de justice de tous les temps [16] &#8221;, &#224; d&#233;noncer en Staline &#8220; le grand n&#233;gateur et le principal ennemi de la r&#233;volution prol&#233;tarienne ( ... ), le principal faussaire d'aujourd'hui ( ... ) et ( ... ) le plus inexcusable des assassins [17] &#8221;. Si les proc&#232;s l'am&#232;nent &#224; faire toutes r&#233;serves sur le maintien du mot d'ordre de Trotsky : &#8220; D&#233;fense de l'U.R.S.S. &#8221;, ses amis et lui-m&#234;me n'en rendent pas moins un hommage vibrant &#224; &#8220; la personnalit&#233;, de tr&#232;s loin au-dessus de tout soup&#231;on, de L&#233;on Trotsky ( ... ) &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Nous saluons cet homme qui a &#233;t&#233; pour nous, abstraction faite des opinions occasionnelles non infaillibles qu'il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; formuler, un guide intellectuel et moral de premier ordre et dont la vie, d&#232;s qu'elle est menac&#233;e, nous est aussi pr&#233;cieuse que la n&#244;tre [18] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet homme, la vie va permettre &#224; Breton de le rencontrer au cours d'un voyage qu'il fait au Mexique en 1938 [19]. De la confrontation de leurs id&#233;es sur les probl&#232;mes de l'art et de la r&#233;volution, sort le tr&#232;s beau et dense manifeste Pour un art r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant, fruit de leur collaboration, bien qu'il ait paru, pour des raisons d'opportunit&#233;, sign&#233; de Breton et du peintre Diego Rivera [20] ; ce manifeste appelle les artistes &#224; constituer la F&#233;d&#233;ration Internationale de l'Art R&#233;volutionnaire Ind&#233;pendant (F.I.A.R.I.), face &#224; l'Association des Ecrivains et Artistes r&#233;volutionnaires (A.E.A.R.) d'ob&#233;dience stalinienne, instrument docile de propagation pour le dogme du r&#233;alisme socialiste. Il affirme le refus irr&#233;ductible d'asservir la cr&#233;ation intellectuelle &#224; toute fin &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me, refus qui d&#233;coule de la conscience juste des lois qui la r&#233;gissent et d'une id&#233;e tr&#232;s haute &#224; la fois de la r&#233;volution et de l'art ; on ne peut r&#233;genter du dehors le laboratoire int&#233;rieur o&#249; l'&#339;uvre d'art prend obscur&#233;ment naissance, mais toute &#339;uvre digne de ce nom porte en son c&#339;ur, &#8220; axe invisible [21] &#8221;, une contestation du r&#233;el tel qu'il nous est donn&#233;, toute &#339;uvre digne de ce nom est lib&#233;ratrice :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Le besoin d'&#233;mancipation de l'esprit n'a qu'&#224; suivre son cours naturel pour &#234;tre amen&#233; &#224; se fondre et &#224; se retremper dans cette n&#233;cessit&#233; primordiale : le besoin d'&#233;mancipation de l'homme. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son retour en France, Breton met sur pied la section fran&#231;aise de la F.I.A.R.I, avec son bulletin Cl&#233;. Mais la guerre vient couper court &#224; l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, dans les ann&#233;es qui suivent, Breton est amen&#233; &#224; s'interroger sur le marxisme et &#224; s'&#233;loigner de lui, sur certains plans &#8211; le probl&#232;me est trop complexe pour qu'on puisse m&#234;me l'aborder ici &#8211;, son admiration et sa v&#233;n&#233;ration pour la figure de Trotsky demeurent intactes. Entre autres t&#233;moignages [22], il suffira ici d'en appeler au caract&#232;re imm&#233;diat de son acceptation quand, &#224; la mort de Natalia Sedova, nous lui avons demand&#233; de prendre la parole &#224; ses obs&#232;ques, bien qu'il n'ait par nature gu&#232;re &#233;t&#233; port&#233; vers ce type de discours ; mais il s'agissait, en saluant l'admirable compagne de L&#233;on Trotsky, de rendre en m&#234;me temps au grand r&#233;volutionnaire tomb&#233; &#224; Mexico sous les coups de Staline l'hommage que les circonstances de 1940 avaient rendu impossible en Europe. Celui de Breton fut &#224; la hauteur d'une telle intention, au regard de la po&#233;sie tout comme au regard de la r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La mort de ceux qui, d'un mot singuli&#232;rement trompeur, se disent mat&#233;rialistes alors qu'ils n'ont v&#233;cu que par l'esprit et par le c&#339;ur, cette mort est encore la plus conjurable de toutes. Entre ces deux empires, celui de la vie et l'autre, nous avons vue sur un no man's land o&#249; germent les id&#233;es, les &#233;motions et les conduites qui ont fait le plus honneur &#224; la condition humaine. Sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune pri&#232;re, l'union des cendres de Natalia Sedova &#224; celles de L&#233;on Trotsky, ( ... ) &#224; la fois sous l'angle de la r&#233;volution et sous l'angle de l'amour, assure un nouvel &#233;ploiement du Ph&#233;nix.&lt;br class='autobr' /&gt; (...) De par ce qui nous lie &#224; elle, il est apaisant, il est presque heureux malgr&#233; tout qu'elle ait assez v&#233;cu pour voir d&#233;noncer, par ceux-l&#224; m&#234;mes qui en ont recueilli l'h&#233;ritage, le banditisme stalinien, qui a us&#233; contre elle des pires raffinements de cruaut&#233;. Elle aura su qu'enfin le processus &#233;volutif imposait une r&#233;vision radicale de l'histoire r&#233;volutionnaire de ces quarante derni&#232;res ann&#233;es, histoire cyniquement contrefaite et qu'au terme de ce processus irr&#233;versible, non seulement toute justice serait rendue &#224; Trotsky, mais encore seraient appel&#233;es &#224; prendre toute vigueur et toute ampleur les id&#233;es pour lesquelles il a donn&#233; sa vie [23] &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;es, ces id&#233;aux, il est certain qu'en 1925, au moment de sa premi&#232;re rencontre avec le communisme et avec L&#233;nine et Trotsky, Breton ne les entrevoit encore qu'imparfaitement. C'est un courant de sympathie essentiellement affectif qui le porte alors vers la r&#233;volution russe et vers ces hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Comment eut-il pu en &#234;tre autrement ? &#8211; remarque-t-il lui-m&#234;me [24]. J'avan&#231;ais alors presque &#224; t&#226;tons ; la reconsid&#233;ration que je demandais du probl&#232;me, si je voulais me faire entendre autour de moi, je ne pouvais que l'appuyer d'arguments sentimentaux et d'ailleurs aucun de nous n'avait encore &#233;prouv&#233; le besoin de d&#233;passer les rudiments du marxisme. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que sont en 1925 les conditions v&#233;ritables de la Russie, les probl&#232;mes qui s'y posent, les changements et la d&#233;gradation qui se sont d&#233;j&#224; introduits dans le Parti bolchevique et dans l'Internationale, instaurant partout comme lois le monolithisme et l'&#233;troitesse de pens&#233;e, Breton &#224; ce moment l'ignore. Son appr&#233;ciation &#8211; et c'est ce qui lui donne tout son prix &#8211; est la cons&#233;quence d'un choc purement subjectif. Il n'est pas inform&#233; des circonstances, &#224; elles seules fort parlantes, dans lesquelles Trotsky a &#233;crit ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; en effet un livre d'exil, d'un exil int&#233;rieur du moins. D&#232;s les premi&#232;res semaines de 1923, les divergences, les conflits qui, soit aux moments cruciaux de la lutte pour le pouvoir, soit dans les ann&#233;es terribles qui suivirent sa conqu&#234;te, ont oppos&#233; &#224; Trotsky le triumvirat Zinoviev, Staline et Kamenev, se cristallisent en attaques concert&#233;es contre lui au sein du Bureau politique ; la maladie en &#233;carte L&#233;nine et une grave rechute, en mars, le coupe d&#233;finitivement de toute activit&#233;. Cependant Trotsky, qui persiste &#224; esp&#233;rer en sa gu&#233;rison, trop s&#251;r peut-&#234;tre de ses moyens et de sa popularit&#233;, d&#233;daigne de se servir contre Staline, au XII&#176; Congr&#232;s du Parti (avril 1923), des armes qu'il tient en main (en particulier des notes de L&#233;nine critiquant &#226;prement la politique de Staline en G&#233;orgie) et s'attache avant tout &#224; intervenir sur les questions de politique &#233;conomique qui lui paraissent capitales pour l'avenir de l'U.R.S.S. En ce domaine, il se refuse &#224; farder des couleurs claires d'un optimisme de commande une situation qu'il juge fort noire, parce qu'il estime devoir la v&#233;rit&#233;, si dure soit-elle, au Parti comme aux masses ; mais cette rigueur m&#234;me, qui soul&#232;ve bien des inqui&#233;tudes, blesse bien des susceptibilit&#233;s et provoque bien des m&#233;contentements, facilite la campagne de d&#233;nigrement d&#232;s ce moment engag&#233;e contre lui. En ne faisant rien pour &#233;carter Staline du poste de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, il laisse &#224; ce dernier tous les atouts qui, au cours de 1923, vont lui permettre de devenir peu &#224; peu le ma&#238;tre tout-puissant de l'appareil. Si dans sa lettre du 8 octobre 1923 au Comit&#233; Central, il r&#233;clame un assouplissement de la discipline de forme militaire impos&#233;e par la guerre civile, afin d&#233;favoriser le retour &#224; une v&#233;ritable vie des id&#233;es et d'assainir la situation dans le Parti, d&#232;s le mois de novembre la maladie l'emp&#234;che d'intervenir directement dans les discussions, qui, sur ce probl&#232;me, se sont alors d&#233;clench&#233;es avec une violence extr&#234;me et que le triumvirat essaie d'endiguer &#224; la fois par des sanctions disciplinaires et en reprenant &#224; son compte, pour une d&#233;nonciation toute verbale du bureaucratisme, les critiques et les revendications des opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est contre cette ruse et ces arri&#232;re-pens&#233;es que Trotsky met le Parti en garde, d'abord de fa&#231;on quelque peu voil&#233;e dans des articles de la Pravda o&#249; il d&#233;nonce les vices du bureaucratisme : respect immobilisant de la tradition, &#233;l&#233;vation de l'ob&#233;issance au rang de vertu supr&#234;me, peur de tout esprit d'ind&#233;pendance, r&#233;p&#233;tition m&#233;canique de formules conventionnelles, go&#251;t du mensonge &#233;difiant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; La tradition, affirme-t-il, n'est pas un canon immuable ou un manuel officiel ; elle ne peut &#234;tre ni apprise par c&#339;ur ni accept&#233;e comme un &#233;vangile ; on ne peut croire tout ce qu'a dit la vieille g&#233;n&#233;ration sur sa simple parole d'honneur. Au contraire, la tradition doit, pour ainsi dire, &#234;tre reconquise par un travail int&#233;rieur, elle doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e et approfondie dans un esprit critique et, de cette fa&#231;on, assimil&#233;e. Autrement, tout l'&#233;difice serait construit sur du sable.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8220; (...) Que l'autorit&#233; des anciens n'efface pas la personnalit&#233; des jeunes et (...) ne les terrorise pas. Tout homme form&#233; &#224; r&#233;pondre seulement oui est un n&#233;ant.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8220; (...) L'h&#233;ro&#239;sme supr&#234;me, dans l'art militaire comme dans la r&#233;volution, est fait d'amour de la v&#233;rit&#233; et de sens de la responsabilit&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 d&#233;cembre, il pr&#233;cise sa position dans une lettre ouverte aux assembl&#233;es du Parti, qu'il conclut par cet appel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Plus d'ob&#233;issance passive, plus de nivellement m&#233;canique de la part des autorit&#233;s, plus d'&#233;crasement de la personnalit&#233;, plus de servilit&#233; ni de carri&#233;risme. Un bolchevik n'est pas seulement un homme disciplin&#233; : c'est un homme qui, dans chaque cas et sur chaque probl&#232;me, se forge lui-m&#234;me sa propre opinion, la d&#233;fend courageusement et en toute ind&#233;pendance, non seulement contre ses ennemis, mais aussi &#224; l'int&#233;rieur de son propre Parti. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t, le triumvirat contre-attaque par une gr&#234;le d'accusations : Trotsky est coupable de d&#233;loyaut&#233;, quand il qualifie de bureaucratique le r&#233;gime du Parti ; c'est par haine pour l'appareil, par m&#233;pris pour la &#8220; Vieille Garde &#8221;, qu'aiguillonn&#233; par un individualisme et une ambition sans frein, il r&#233;clame des droits pour la base ; il veut d&#233;truire l'unit&#233; du Parti, dans lequel il est demeur&#233; un &#233;tranger ; en r&#233;alit&#233;, il n'a rien d'un bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;cha&#238;nement venimeux et grossier [25] intervient dans un temps o&#249;, physiquement &#233;puis&#233;, Trotsky doit, le 18 janvier 1924, sur l'ordre des m&#233;decins, quitter Moscou et son hiver rigoureux pour se soigner sur les bords de la mer Noire. C'est au cours de ce voyage, lors d'un arr&#234;t en gare de Tiflis, qu'il apprend la mort de L&#233;nine [26]. La nouvelle &#8220; tombe dans (sa) conscience de fa&#231;on terrible comme une roche g&#233;ante dans la mer &#8221;. Il r&#233;dige un bref message o&#249; la douleur et l'anxi&#233;t&#233; &#233;clatent &#224; chaque ligne, dans les interrogations qui se pressent comme dans l'appel &#224; plus de vigilance lanc&#233; &#224; chacun, comme dans l'affirmation d'une confiance absolue dans l'avenir du Parti, par laquelle il semble vouloir, ainsi qu'il le faisait d&#233;j&#224; dans le discours du 5 avril 1923, conjurer la mont&#233;e de p&#233;rils qu'il ne conna&#238;t que trop bien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Comment marcherons-nous d&#233;sormais ? Le flambeau du l&#233;ninisme &#224; la main. Trouverons-nous la route ? oui, par la pens&#233;e collective, par la volont&#233; collective du Parti, nous la trouverons ! &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tromp&#233; par Staline sur la date des obs&#232;ques, il n'y assiste pas et cette absence, nourrissant les rumeurs que ses ennemis s'appliquent &#224; r&#233;pandre, sert au mieux les desseins du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral. Tandis qu'aid&#233; par Zinoviev et Kamenev, ce dernier pr&#233;pare l'offensive d&#233;cisive qu'il va mener contre Trotsky au XIII&#176; Congr&#232;s, en mai, celui-ci, dans sa retraite de Soukhoum au Caucase se remet lentement et consacre ce loisir forc&#233; &#224; &#233;crire l'essentiel de ce livre. Il groupe ses souvenirs sur L&#233;nine autour de deux moments essentiels : leur premi&#232;re rencontre &#224; Londres, dans l'automne de 1902 (L&#233;nine et l'ancienne &#8220; Iskra &#8221;, dat&#233; du 5 mars 1924), leur commun combat &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution (Autour d'Octobre). Cette deuxi&#232;me partie, d'une plus grande ampleur, comprend huit chapitres : six sont consacr&#233;s aux luttes de 1917-1918, un septi&#232;me fait revivre &#8220; L&#233;nine &#224; la tribune &#8221; ; le huiti&#232;me, &#8220; Le philistin et le r&#233;volutionnaire &#8221;, r&#233;fute le portrait que Wells en 1920 avait trac&#233; de L&#233;nine, non que ce t&#233;moignage d'incompr&#233;hension et de suffisance ait en lui-m&#234;me beaucoup d'importance, mais parce qu'il d&#233;voile clairement, estime Trotsky, &#8220; l'&#226;me secr&#232;te &#8221;, l'esprit born&#233; des dirigeants du parti ouvrier anglais. Ce second ensemble est achev&#233; le 6 avril ; le 21, Trotsky r&#233;dige son avant-propos. Il joint &#224; son livre quatre textes ant&#233;rieurs consacr&#233;s &#224; L&#233;nine : deux discours de 1918 et 1923 (L&#233;nine bless&#233;, L&#233;nine malade), un article de 1920 (L&#233;nine comme type national), enfin le message de Tiflis. Le livre s'enrichit &#224; l'automne de deux nouveaux chapitres : &#8220; Du vrai et du faux sur L&#233;nine &#8221; (28 septembre), appr&#233;ciation critique du portrait que Gorki a donn&#233; de L&#233;nine, et &#8220; Les Petits et le Grand &#8221; (30 septembre), consacr&#233; &#224; des &#233;crits d'enfants sur le dirigeant r&#233;volutionnaire disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la date o&#249; para&#238;t en France la traduction de l'ouvrage, &#8220; le flambeau du l&#233;ninisme &#8221;, &#233;touff&#233; sous l'&#233;teignoir bureaucratique, ne brille donc plus que faiblement sur l'U.R.S.S. Mais les intellectuels qui de tout leur &#233;lan viennent au communisme avec Breton, &#224; cause du livre de Trotsky, ne le savent pas. Ils ne sont pas encore inform&#233;s de la lutte furieuse qui s'est men&#233;e et se m&#232;ne en Russie et dont nul n'aurait alors pu pr&#233;voir la f&#233;rocit&#233; pour abattre une pens&#233;e et un homme en qui la r&#233;volution avait si manifestement trouv&#233; son visage que la haine de la bourgeoisie le choisit, au m&#234;me titre que L&#233;nine, pour incarner tout ce qui la fait trembler de crainte il n'est besoin pour s'en convaincre que de jeter un coup d'&#339;il sur la grande presse de l'&#233;poque. Ils ne peuvent donc percevoir l'inqui&#233;tude qui, ici ou l&#224;, sourd de ces pages, ni le sens m&#234;me de la tentative qu'elles repr&#233;sentent : r&#233;tablir une v&#233;rit&#233; que, sur une &#233;chelle gigantesque, on travaille obstin&#233;ment &#224; falsifier et aussi, sans nul doute, b&#226;tir, avec les souvenirs des luttes men&#233;es avec L&#233;nine jusqu'&#224; la victoire, le plus s&#251;r des barrages int&#233;rieurs contre la mar&#233;e trouble qui ronge les fondations de l'&#233;difice r&#233;volutionnaire. Les arri&#232;re-plans sombres et angoiss&#233;s de ce petit livre si clair d'apparence leur &#233;chappent. Ironie cruelle de l'histoire qui, loin de se d&#233;grader en farce, comme le pensait Hegel, s'est r&#233;p&#233;t&#233;e en immense trag&#233;die : quand Breton regarde vers L&#233;nine et Trotsky, l'ombre de Staline le Thermidorien se profile d&#233;j&#224;, &#233;crasante, derri&#232;re eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. Voir l'avant-propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]. Trotsky avait entrepris une grande biographie de L&#233;nine dont le premier tome seulement, Jeunesse, a paru de son vivant et uniquement dans la traduction fran&#231;aise (Rieder, 1936 ; Presses Universitaires de France, 1970). Il se proposait de revenir &#224; ce L&#233;nine d&#232;s l'ach&#232;vement du Staline auquel il travaillait encore quand il fut assassin&#233; le 20 ao&#251;t 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]. Victor Serge, Un portrait de L&#233;nine par Trotsky, dans Clart&#233;, juin 1925, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]. Gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Mme Breton, que nous tenons &#224; remercier ici tr&#232;s chaleureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5]. Entretiens, Gallimard, 1952, pp. 119-120.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6]. Article publi&#233; dans la revue Litt&#233;rature, 1er mai 1923, sous le titre : &#8220; Le Manifeste est-il mort ? &#8221; &#8211; et qui constitue un fragment de la pr&#233;face du Libertinage (Gallimard, 1924, p. 17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]. Aragon, Avez-vous d&#233;j&#224; gifl&#233; un mort ? Un cadavre fut publi&#233; lors de la mort d'Anatole France (octobre 1924) ; y collabor&#232;rent Soupault, Paul Eluard, Andr&#233; Breton, Louis Aragon parmi les surr&#233;alistes et Drieu La Rochelle, Joseph Delteil. Voici o&#249; figure cette expression : &#8220; Il me pla&#238;t que le litt&#233;rateur que saluent aujourd'hui le tapir Maurras et Moscou la g&#226;teuse, et par une incroyable duperie Paul Painlev&#233; lui-m&#234;me, ait &#233;crit pour battre monnaie d'un instinct tout abject, la plus d&#233;shonorante des pr&#233;faces &#224; un conte de Sade, lequel a pass&#233; sa vie en prison pour recevoir &#224; la fin le coup de pied de cet &#226;ne officiel. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8]. Qu'est-ce que le surr&#233;alisme ? (Bruxelles, R. Henriquez &#233;dit., 1934).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9]. Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10]. In&#233;d.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11]. Entretiens, o. c., p. 119.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12]. Lettre &#224; Andr&#233; Breton (in&#233;d.), septembre 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13]. Apr&#232;s le &#8220; Congr&#232;s international pour la d&#233;fense de la culture &#8221; de juin 1935. Voir &#224; ce propos la d&#233;claration collective : Du temps que les surr&#233;alistes avaient raison, ao&#251;t 1935, qui s'ach&#232;ve par ces phrases :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Quitte &#224; provoquer la fureur de leurs thurif&#233;raires, nous demandons s'il est besoin d'un autre bilan pour juger &#224; leurs &#339;uvres un r&#233;gime, en l'esp&#232;ce le r&#233;gime actuel de la Russie sovi&#233;tique, et le chef tout-puissant sous lequel ce r&#233;gime tourne &#224; la n&#233;gation m&#234;me de ce qu'il devrait &#234;tre et de ce qu'il a &#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Ce r&#233;gime, ce chef, nous ne pouvons que leur signifier formellement notre d&#233;fiance. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14]. Discours au Congr&#232;s des Ecrivains, juin 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15]. D&#233;claration lue par Andr&#233; Breton le 3 septembre 1936 au meeting : La v&#233;rit&#233; sur le proc&#232;s de Moscou (contresign&#233;e par douze membres du groupe surr&#233;aliste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16]. D&#233;claration d'Andr&#233; Breton &#224; propos des seconds proc&#232;s de Moscou, 26 janvier 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17]. D&#233;claration du 3 septembre 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19]. Breton relate ces rencontres dans &#8220; Visite &#224; L&#233;on Trotsky &#8221; (La cl&#233; des champs, &#233;d. Pauvert, 1953, PP. 42-54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20]. La cl&#233; des champs, o. c., pp. 36-41. La photographie d'un fragment du manuscrit et la note de Breton (p. 41) montrent clairement cette collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21]. L'expression est de Trotsky dans Litt&#233;rature et R&#233;volution : se demandant comment la r&#233;volution peut faire sentir sa pr&#233;sence dans une &#339;uvre litt&#233;raire, il &#233;crit qu'elle devrait en &#234;tre &#8220; l'axe invisible &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22]. Voir aussi, par exemple : &#8220; Loin d'Orly &#8221;, dans la revue surr&#233;aliste Bief, n&#176; 12, 15 avril 1960, et &#8220; A ce prix &#8221; (oct. 1964) dans Le surr&#233;alisme et la peinture (&#233;d. Gallimard, 1965, p. 409).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23]. On trouvera cet &#8220; Hommage &#8221; dans la revue surr&#233;aliste La Br&#232;che, n&#176; 2, mai 1962, et dans la plaquette &#8220; Natalia Sedova Trotsky &#8221; (hors commerce, Lettres Nouvelles, 1962).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24]. Entretiens, o. c., p. 1 18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25]. Sur toute la p&#233;riode 1923-1925, voir la biographie de Trotsky par Isaac DEUTSCHER, t. II Le proph&#232;te d&#233;sarm&#233; (trad. fran&#231;., Julliard, 1964), chap. Il et IV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26]. Voir le message dat&#233; du 22 janvier 1924 : L&#233;nine est mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Second Manifeste du Surr&#233;alisme</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6592</link>
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		<dc:date>2022-07-16T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Second Manifeste Du Surr&#233;alisme (1930) &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dernier num&#233;ro des Annales M&#233;dico-Psychologiques, le docteur A. Rodiet, au cours d'une int&#233;ressante chronique, parlait des risques professionnels du m&#233;decin d'asile. Il citait les attentats r&#233;cents dont ont &#233;t&#233; victimes plusieurs de nos confr&#232;res et il cherchait les moyens de nous prot&#233;ger utilement contre le p&#233;ril que repr&#233;sente le contact permanent du psychiatre avec l'ali&#233;n&#233; et sa famille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'ali&#233;n&#233; et sa famille constituent un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Second Manifeste Du Surr&#233;alisme (1930) &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier num&#233;ro des Annales M&#233;dico-Psychologiques, le &lt;br class='autobr' /&gt;
docteur A. Rodiet, au cours d'une int&#233;ressante chronique, parlait &lt;br class='autobr' /&gt;
des risques professionnels du m&#233;decin d'asile. Il citait les &lt;br class='autobr' /&gt;
attentats r&#233;cents dont ont &#233;t&#233; victimes plusieurs de nos confr&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
et il cherchait les moyens de nous prot&#233;ger utilement contre le &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;ril que repr&#233;sente le contact permanent du psychiatre avec &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ali&#233;n&#233; et sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ali&#233;n&#233; et sa famille constituent un danger que je &lt;br class='autobr' /&gt;
qualifierai &#171; d'endog&#232;ne &#187;, il est li&#233; &#224; notre mission, il en est &lt;br class='autobr' /&gt;
l'obligatoire corollaire. Nous l'acceptons simplement. Il n'en est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas de m&#234;me d'un danger que j'appellerai cette fois &#171; exog&#232;ne &#187; et &lt;br class='autobr' /&gt;
qui, lui, m&#233;rite tout particuli&#232;rement notre attention. Il semble &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il devrait motiver, de notre part, des r&#233;actions plus &lt;br class='autobr' /&gt;
remarquables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voici un exemple particuli&#232;rement significatif : un de nos &lt;br class='autobr' /&gt;
malades, maniaque revendicateur, pers&#233;cut&#233; et sp&#233;cialement &lt;br class='autobr' /&gt;
dangereux, me proposait, avec une douce ironie, la lecture d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
livre qui circulait librement dans les mains d'autres ali&#233;n&#233;s. Ce &lt;br class='autobr' /&gt;
livre, r&#233;cemment publi&#233; par les &#233;ditions de la Nouvelle Revue &lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;aise, se recommandait par son origine et la pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
correcte et inoffensive. C'&#233;tait &#171; Nadja &#187;, d'Andr&#233; Breton. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme y fleurissait avec sa volontaire incoh&#233;rence, ses &lt;br class='autobr' /&gt;
chapitres habilement d&#233;cousus, cet art d&#233;licat qui consiste &#224; se &lt;br class='autobr' /&gt;
payer la t&#234;te du lecteur. Au milieu de dessins bizarrement &lt;br class='autobr' /&gt;
symboliques, on rencontrait la photographie du professeur Claude. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un chapitre, en effet, nous &#233;tait tout sp&#233;cialement consacr&#233;. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
malheureux psychiatres y &#233;taient copieusement injuri&#233;s et un &lt;br class='autobr' /&gt;
passage (marqu&#233; d'un trait de crayon bleu par le malade qui nous &lt;br class='autobr' /&gt;
avait si aimablement offert ce livre) attira plus particuli&#232;rement &lt;br class='autobr' /&gt;
notre attention, il contenait ces phrases : &#171; Je sais que si &lt;br class='autobr' /&gt;
j'&#233;tais fou, et depuis quelques jours intern&#233;, je profiterais &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une r&#233;mission que me laisserait mon d&#233;lire pour assassiner avec &lt;br class='autobr' /&gt;
froideur un de ceux, le m&#233;decin de pr&#233;f&#233;rence, qui me tomberaient &lt;br class='autobr' /&gt;
sous la main. J'y gagnerais au moins de prendre place, comme les &lt;br class='autobr' /&gt;
agit&#233;s, dans un compartiment seul. On me ficherait peut-&#234;tre la &lt;br class='autobr' /&gt;
paix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas trouver excitation au meurtre mieux caract&#233;ris&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne provoquera que la superbe de notre d&#233;dain ou m&#234;me elle &lt;br class='autobr' /&gt;
effleurera &#224; peine notre nonchalante indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appeler, en des cas semblables, &#224; l'autorit&#233; sup&#233;rieure, nous &lt;br class='autobr' /&gt;
para&#238;trait t&#233;moigner d'une turbulence si d&#233;plac&#233;e que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
n'oserions m&#234;me pas y penser. Et cependant des faits de ce genre &lt;br class='autobr' /&gt;
se multiplient tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que notre torpeur est grandement coupable. Notre silence &lt;br class='autobr' /&gt;
peut laisser suspecter notre bonne foi et il encourage toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
audaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi nos soci&#233;t&#233;s, notre amicale ne r&#233;agiraient pas &#224; des &lt;br class='autobr' /&gt;
incidents semblables, qu'il s'agisse d'un fait collectif ou d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
cas individuel ? Pourquoi ne pas faire parvenir un envoi de &lt;br class='autobr' /&gt;
protestation &#224; un &#233;diteur qui publie un ouvrage comme &#171; Nadja &#187; et &lt;br class='autobr' /&gt;
ne pas tenter une poursuite contre un auteur qui a d&#233;pass&#233; &#224; notre &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;gard les limites de la biens&#233;ance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y aurait int&#233;r&#234;t (et ce serait notre seul moyen de &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fense) d'envisager, dans le cadre de notre amicale par exemple, &lt;br class='autobr' /&gt;
la formation d'un comit&#233; charg&#233; sp&#233;cialement de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Rodiet terminait sa chronique en concluant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le m&#233;decin d'asile peut &#224; juste titre revendiquer le droit d'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
prot&#233;g&#233; sans restriction par la soci&#233;t&#233; qu'il d&#233;fend lui-m&#234;me... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette soci&#233;t&#233; semble oublier quelquefois la r&#233;ciprocit&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
ses devoirs. C'est &#224; nous de les lui rappeler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Ab&#233;ly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soci&#233;t&#233; M&#233;dico-Psychologique. (24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Ab&#233;ly ayant fait une communication sur les tendances des &lt;br class='autobr' /&gt;
auteurs qui s'intitulent surr&#233;alistes et sur les attaques qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
dirigent contre les m&#233;decins ali&#233;nistes, cette communication donna &lt;br class='autobr' /&gt;
lieu &#224; la discussion suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dr DE CL&#201;RAMBAULT : Je demande &#224; M. le Professeur Janet quel lien &lt;br class='autobr' /&gt;
il &#233;tablit entre l'&#233;tat mental des sujets et les caract&#232;res de &lt;br class='autobr' /&gt;
leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. P. JANET : Le manifeste des surr&#233;alistes comprend une &lt;br class='autobr' /&gt;
introduction philosophique int&#233;ressante. Les surr&#233;alistes &lt;br class='autobr' /&gt;
soutiennent que la r&#233;alit&#233; est laide par d&#233;finition ; la beaut&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
n'existe que dans ce qui n'est pas r&#233;el. C'est l'homme qui a &lt;br class='autobr' /&gt;
introduit la beaut&#233; dans le monde. Pour produire du beau, il faut &lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;carter le plus possible de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvrages de surr&#233;alistes sont surtout des confessions &lt;br class='autobr' /&gt;
d'obs&#233;d&#233;s et de douteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dr DE CL&#201;RAMBAULT : Les artistes excessivistes qui lancent des &lt;br class='autobr' /&gt;
modes impertinentes, parfois &#224; l'aide de manifestes condamnant &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes les traditions, me paraissent, au point de vue technique, &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques noms qu'ils se soient donn&#233;s (et quels que soient l'art &lt;br class='autobr' /&gt;
et l'&#233;poque envisag&#233;s), pouvoir &#234;tre qualifi&#233;s tous de &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Proc&#233;distes &#187;. Le Proc&#233;disme consiste &#224; s'&#233;pargner la peine de la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e, et sp&#233;cialement de l'observation, pour s'en remettre &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
facture ou une formule d&#233;termin&#233;es du soin de produire un effet &lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me unique, sch&#233;matique et conventionnel : ainsi l'on produit &lt;br class='autobr' /&gt;
rapidement, avec les apparences d'un style, et en &#233;vitant les &lt;br class='autobr' /&gt;
critiques que des ressemblances avec la vie faciliteraient. Cette &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;gradation du travail est surtout facile &#224; d&#233;celer sur le terrain &lt;br class='autobr' /&gt;
des arts plastiques ; mais dans le domaine verbal, elle peut &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;montr&#233;e tout aussi bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le genre de paresse orgueilleuse qui engendre ou qui favorise le &lt;br class='autobr' /&gt;
Proc&#233;disme n'est pas sp&#233;cial &#224; notre &#233;poque. Au XVIe si&#232;cle, les &lt;br class='autobr' /&gt;
Concettistes, Gongoristes et Euphuistes ; au XVIIe si&#232;cle, les &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cieux ont &#233;t&#233; tous des Proc&#233;distes. Vadius et Trissotin &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
des Proc&#233;distes, seulement des Proc&#233;distes beaucoup plus mod&#233;r&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
et laborieux que ceux d'aujourd'hui, peut-&#234;tre parce qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crivaient pour un public plus choisi et plus &#233;rudit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les domaines plastiques, l'essor du Proc&#233;disme semble ne &lt;br class='autobr' /&gt;
dater que du si&#232;cle dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. P. JANET : &#192; l'appui de l'opinion de M. de Cl&#233;rambault, je &lt;br class='autobr' /&gt;
rappelle certains proc&#233;d&#233;s des surr&#233;alistes. Ils prennent par &lt;br class='autobr' /&gt;
exemple cinq mots au hasard dans un chapeau et font des s&#233;ries &lt;br class='autobr' /&gt;
d'associations avec ces cinq mots. Dans l'Introduction au &lt;br class='autobr' /&gt;
Surr&#233;alisme, on expose toute une histoire avec ces deux mots : &lt;br class='autobr' /&gt;
dindon et chapeau haut de forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. DE CL&#201;RAMBAULT : &#192; un moment de son expos&#233;, M. Ab&#233;ly vous a &lt;br class='autobr' /&gt;
montr&#233; une campagne de diffamation. Ce point m&#233;rite d'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
comment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffamation fait partie essentiellement des risques &lt;br class='autobr' /&gt;
professionnels de l'ali&#233;niste ; elle nous attaque &#224; l'occasion, et &lt;br class='autobr' /&gt;
en raison de nos fonctions administratives ou de notre mandat &lt;br class='autobr' /&gt;
d'experts : il serait juste que l'autorit&#233; qui nous commet nous &lt;br class='autobr' /&gt;
prot&#233;ge&#226;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre tous les risques professionnels, de quelque nature qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
puissent &#234;tre, il faudrait que le technicien f&#251;t garanti par des &lt;br class='autobr' /&gt;
dispositions pr&#233;cises lui assurant des secours imm&#233;diats et &lt;br class='autobr' /&gt;
permanents. Ces risques ne sont pas seulement d'ordre mat&#233;riel, &lt;br class='autobr' /&gt;
mais d'ordre moral. La pr&#233;servation contre ces risques &lt;br class='autobr' /&gt;
comporterait secours, subsides, appui juridique et judiciaire, &lt;br class='autobr' /&gt;
indemnit&#233;s, enfin pension parfois permanente et totale. &#192; la phase &lt;br class='autobr' /&gt;
d'urgence, les frais d'assistance peuvent &#234;tre couverts par une &lt;br class='autobr' /&gt;
Caisse d'Assurance Mutuelle ; mais en dernier ressort ils doivent &lt;br class='autobr' /&gt;
incomber &#224; l'autorit&#233; m&#234;me au service de laquelle les dommages ont &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; subis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance est lev&#233;e &#224; 18 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des secr&#233;taires,&lt;br class='autobr' /&gt;
Guiraud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;marches particuli&#232;res &#224; chacun de ceux qui s'en &lt;br class='autobr' /&gt;
sont r&#233;clam&#233;s ou s'en r&#233;clament, on finira bien par accorder que &lt;br class='autobr' /&gt;
le surr&#233;alisme ne tendit &#224; rien tant qu'&#224; provoquer, au point de &lt;br class='autobr' /&gt;
vue intellectuel et moral, une crise de conscience de l'esp&#232;ce la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus g&#233;n&#233;rale et la plus grave et que l'obtention ou la non-&lt;br class='autobr' /&gt;
obtention de ce r&#233;sultat peut seule d&#233;cider de sa r&#233;ussite ou de &lt;br class='autobr' /&gt;
son &#233;chec historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point de vue intellectuel il s'agissait, il s'agit encore &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;prouver par tous les moyens et de faire reconna&#238;tre &#224; tout prix &lt;br class='autobr' /&gt;
le caract&#232;re factice des vieilles antinomies destin&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
hypocritement &#224; pr&#233;venir toute agitation insolite de la part de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'homme, ne serait-ce qu'en lui donnant une id&#233;e indigente de ses &lt;br class='autobr' /&gt;
moyens, qu'en le d&#233;fiant d'&#233;chapper dans une mesure valable &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
contrainte universelle. L'&#233;pouvantail de la mort, les caf&#233;s-&lt;br class='autobr' /&gt;
chantants de l'au-del&#224;, le naufrage de la plus belle raison dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le sommeil, l'&#233;crasant rideau de l'avenir, les tours de Babel, les &lt;br class='autobr' /&gt;
miroirs d'inconsistance, l'infranchissable mur d'argent &#233;clabouss&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
de cervelle, ces images trop saisissantes de la catastrophe &lt;br class='autobr' /&gt;
humaine ne sont peut-&#234;tre que des images. Tout porte &#224; croire &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il existe un certain point de l'esprit d'o&#249; la vie et la mort, &lt;br class='autobr' /&gt;
le r&#233;el et l'imaginaire, le pass&#233; et le futur, le communicable et &lt;br class='autobr' /&gt;
l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'&#234;tre per&#231;us &lt;br class='autobr' /&gt;
contradictoirement. Or, c'est en vain qu'on chercherait &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'activit&#233; surr&#233;aliste un autre mobile que l'espoir de &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;termination de ce point. On voit assez par l&#224; combien il serait &lt;br class='autobr' /&gt;
absurde de lui pr&#234;ter un sens uniquement destructeur, ou &lt;br class='autobr' /&gt;
constructeur : le point dont il est question est a fortiori celui &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; la construction et la destruction cessent de pouvoir &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
brandies l'une contre l'autre. Il est clair, aussi, que le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme n'est pas int&#233;ress&#233; &#224; tenir grand compte de ce qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
produit &#224; c&#244;t&#233; de lui sous pr&#233;texte d'art, voire d'anti-art, de &lt;br class='autobr' /&gt;
philosophie ou d'antiphilosophie, en un mot de tout ce qui n'a pas &lt;br class='autobr' /&gt;
pour fin l'an&#233;antissement de l'&#234;tre en un brillant, int&#233;rieur et &lt;br class='autobr' /&gt;
aveugle, qui ne soit pas plus l'&#226;me de la glace que celle du feu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que pourraient bien attendre de l'exp&#233;rience surr&#233;aliste ceux qui &lt;br class='autobr' /&gt;
gardent quelque souci de la place qu'ils occuperont dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
monde ? En ce lieu mental d'o&#249; l'on ne peut plus entreprendre que &lt;br class='autobr' /&gt;
pour soi-m&#234;me une p&#233;rilleuse mais, pensons-nous, une supr&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
reconnaissance, il ne saurait &#234;tre question non plus d'attacher la &lt;br class='autobr' /&gt;
moindre importance aux pas de ceux qui arrivent ou aux pas de ceux &lt;br class='autobr' /&gt;
qui sortent, ces pas se produisant dans une r&#233;gion o&#249;, par &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finition, le surr&#233;alisme n'a pas d'oreille. On ne voudrait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il f&#251;t &#224; la merci de l'humeur de tels ou tels hommes ; s'il &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;clare pouvoir, par ses m&#233;thodes propres, arracher la pens&#233;e &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
servage toujours plus dur, la remettre sur la voie de la &lt;br class='autobr' /&gt;
compr&#233;hension totale, la rendre &#224; sa puret&#233; originelle, c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
assez pour qu'on ne le juge que sur ce qu'il a fait et sur ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
lui reste &#224; faire pour tenir sa promesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de proc&#233;der, toutefois, &#224; la v&#233;rification de ces comptes, il &lt;br class='autobr' /&gt;
importe de savoir &#224; quelle sorte de vertus morales le surr&#233;alisme &lt;br class='autobr' /&gt;
fait exactement appel puisque aussi bien il plonge ses racines &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la vie, et, non sans doute par hasard, dans la vie de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
temps, d&#232;s lors que je recharge cette vie d'anecdotes comme le &lt;br class='autobr' /&gt;
ciel, le bruit d'une montre, le froid, un malaise, c'est-&#224;-dire &lt;br class='autobr' /&gt;
que je me reprends &#224; en parler d'une mani&#232;re vulgaire. Penser ces &lt;br class='autobr' /&gt;
choses, tenir &#224; un barreau quelconque de cette &#233;chelle d&#233;grad&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
nul n'en est quitte &#224; moins d'avoir franchi la derni&#232;re &#233;tape de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'asc&#233;tisme. C'est m&#234;me du bouillonnement &#233;coeurant de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sentations vides de sens que na&#238;t et s'entretient le d&#233;sir de &lt;br class='autobr' /&gt;
passer outre &#224; l'insuffisante, &#224; l'absurde distinction du beau et &lt;br class='autobr' /&gt;
du laid, du vrai et du faux, du bien et du mal. Et, comme c'est du &lt;br class='autobr' /&gt;
degr&#233; de r&#233;sistance que cette id&#233;e de choix rencontre que d&#233;pend &lt;br class='autobr' /&gt;
l'envol plus ou moins s&#251;r de l'esprit vers un monde enfin &lt;br class='autobr' /&gt;
habitable, on con&#231;oit que le surr&#233;alisme n'ait pas craint de se &lt;br class='autobr' /&gt;
faire un dogme de la r&#233;volte absolue, de l'insoumission totale, du &lt;br class='autobr' /&gt;
sabotage en r&#232;gle, et qu'il n'attende encore rien que de la &lt;br class='autobr' /&gt;
violence. L'acte surr&#233;aliste le plus simple consiste, revolvers &lt;br class='autobr' /&gt;
aux poings, &#224; descendre dans la rue et &#224; tirer au hasard, tant &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on peut, dans la foule. Qui n'a pas eu, au moins une fois, &lt;br class='autobr' /&gt;
envie d'en finir de la sorte avec le petit syst&#232;me d'avilissement &lt;br class='autobr' /&gt;
et de cr&#233;tinisation en vigueur a sa place toute marqu&#233;e dans cette &lt;br class='autobr' /&gt;
foule, ventre &#224; hauteur de canon. (25) La l&#233;gitimation d'un tel &lt;br class='autobr' /&gt;
acte n'est &#224; mon sens, nullement incompatible avec la croyance en &lt;br class='autobr' /&gt;
cette lueur que le surr&#233;alisme cherche &#224; d&#233;celer au fond de nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai seulement voulu faire rentrer ici le d&#233;sespoir humain, en &lt;br class='autobr' /&gt;
de&#231;&#224; duquel rien ne saurait justifier cette croyance. Il est &lt;br class='autobr' /&gt;
impossible de donner son assentiment &#224; l'une et non &#224; l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quiconque feindrait d'adopter cette croyance sans partager &lt;br class='autobr' /&gt;
vraiment ce d&#233;sespoir, aux yeux de ceux qui savent ne tarderait &lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#224; prendre figure ennemie. Cette disposition d'esprit que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
nommons surr&#233;aliste et qu'on voit ainsi occup&#233;e d'elle-m&#234;me, il &lt;br class='autobr' /&gt;
para&#238;t de moins en moins n&#233;cessaire de lui chercher des &lt;br class='autobr' /&gt;
ant&#233;c&#233;dents et, en ce qui me concerne, je ne m'oppose pas &#224; ce que &lt;br class='autobr' /&gt;
les chroniqueurs, judiciaires et autres, la tiennent pour &lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cifiquement moderne. J'ai plus confiance dans ce moment, &lt;br class='autobr' /&gt;
actuel, de ma pens&#233;e que dans tout ce qu'on tentera de faire &lt;br class='autobr' /&gt;
signifier &#224; une oeuvre achev&#233;e, &#224; une vie humaine parvenue &#224; son &lt;br class='autobr' /&gt;
terme. Rien de plus st&#233;rile, en d&#233;finitive, que cette perp&#233;tuelle &lt;br class='autobr' /&gt;
interrogation des morts : Rimbaud s'est-il converti la veille de &lt;br class='autobr' /&gt;
sa mort, peut-on trouver dans le testament de L&#233;nine les &#233;l&#233;ments &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une condamnation de la politique pr&#233;sente de la &lt;br class='autobr' /&gt;
IIIe Internationale, une disgr&#226;ce physique insupport&#233;e et toute &lt;br class='autobr' /&gt;
personnelle a-t-elle &#233;t&#233; le grand ressort du pessimisme d'Alphonse &lt;br class='autobr' /&gt;
Rabbe, Sade en pleine Convention a-t-il fait acte de contre-&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire ? Il suffit de laisser poser ces questions pour &lt;br class='autobr' /&gt;
appr&#233;cier la fragilit&#233; du t&#233;moignage de ceux qui ne sont plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trop de fripons sont int&#233;ress&#233;s au succ&#232;s de cette entreprise de &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;troussement spirituel pour que je les suive sur ce terrain. En &lt;br class='autobr' /&gt;
mati&#232;re de r&#233;volte, aucun de nous ne doit avoir besoin d'anc&#234;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je tiens &#224; pr&#233;ciser que selon moi, il faut se d&#233;fier du culte des &lt;br class='autobr' /&gt;
hommes, si grands apparemment soient-ils. Un seul &#224; part : &lt;br class='autobr' /&gt;
Lautr&#233;amont, je n'en vois pas qui n'aient laiss&#233; quelque trace &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quivoque de leur passage. Inutile de discuter encore sur &lt;br class='autobr' /&gt;
Rimbaud : Rimbaud s'est tromp&#233;, Rimbaud a voulu nous tromper. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
est coupable devant nous d'avoir permis, de ne pas avoir rendu &lt;br class='autobr' /&gt;
tout &#224; fait impossibles certaines interpr&#233;tations d&#233;shonorantes de &lt;br class='autobr' /&gt;
sa pens&#233;e, genre Claudel. Tant pis aussi pour Baudelaire (&#171; &#212; &lt;br class='autobr' /&gt;
Satan... &#187;) et cette &#171; r&#232;gle &#233;ternelle &#187; de sa vie : &#171; faire tous les &lt;br class='autobr' /&gt;
matins ma pri&#232;re &#224; Dieu, r&#233;servoir de toute force et de toute &lt;br class='autobr' /&gt;
justice, &#224; mon p&#232;re, &#224; Mariette et &#224; Poe, comme intercesseurs &#187;. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
droit de se contredire, je sais, mais enfin ! &#192; Dieu, &#224; Poe ? Poe &lt;br class='autobr' /&gt;
qui, dans les revues de police, est donn&#233; aujourd'hui &#224; si juste &lt;br class='autobr' /&gt;
titre pour le ma&#238;tre des policiers scientifiques (de Sherlock &lt;br class='autobr' /&gt;
Holmes, en effet, &#224; Paul Val&#233;ry...) N'est-ce pas une honte de &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;senter sous un jour intellectuellement s&#233;duisant un type de &lt;br class='autobr' /&gt;
policier, toujours de policier, de doter le monde d'une m&#233;thode &lt;br class='autobr' /&gt;
polici&#232;re ? Crachons, en passant, sur Edgar Poe. (26) Si, par le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme, nous rejetons sans h&#233;sitation l'id&#233;e de la seule &lt;br class='autobr' /&gt;
possibilit&#233; des choses qui &#171; sont &#187; et si nous d&#233;clarons, nous, que &lt;br class='autobr' /&gt;
par un chemin qui &#171; est &#187;, que nous pouvons montrer et aider &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
suivre, on acc&#232;de &#224; ce qu'on pr&#233;tendait qui &#171; n'&#233;tait pas &#187;, si nous &lt;br class='autobr' /&gt;
ne trouvons pas assez de mots pour fl&#233;trir la bassesse de la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e occidentale, si nous ne craignons pas d'entrer en &lt;br class='autobr' /&gt;
insurrection contre la logique, si nous ne jurerions pas qu'un &lt;br class='autobr' /&gt;
acte qu'on accomplit en r&#234;ve a moins de sens qu'un acte qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
accomplit &#233;veill&#233;, si nous ne sommes m&#234;me pas s&#251;rs qu'on n'en &lt;br class='autobr' /&gt;
finira pas avec le temps, vieille farce sinistre, train &lt;br class='autobr' /&gt;
perp&#233;tuellement d&#233;raillant, pulsation folle, inextricable amas de &lt;br class='autobr' /&gt;
b&#234;tes crevantes et crev&#233;es, comment veut-on que nous manifestions &lt;br class='autobr' /&gt;
quelque tendresse, que m&#234;me nous usions de tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un appareil de conservation sociale, quel qu'il soit ? Ce serait &lt;br class='autobr' /&gt;
le seul d&#233;lire vraiment inacceptable de notre part. Tout est &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
faire, tous les moyens doivent &#234;tre bons &#224; employer pour ruiner &lt;br class='autobr' /&gt;
les id&#233;es de famille, de patrie, de religion. La position &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;aliste a beau &#234;tre, sous ce rapport, assez connue, encore &lt;br class='autobr' /&gt;
faut-il qu'on sache qu'elle ne comporte pas d'accommodements. Ceux &lt;br class='autobr' /&gt;
qui prennent &#224; t&#226;che de la maintenir persistent &#224; mettre en avant &lt;br class='autobr' /&gt;
cette n&#233;gation, &#224; faire bon march&#233; de tout autre crit&#233;rium de &lt;br class='autobr' /&gt;
valeur. Ils entendent jouir pleinement de la d&#233;solation si bien &lt;br class='autobr' /&gt;
jou&#233;e qui accueille, dans le public bourgeois, toujours &lt;br class='autobr' /&gt;
ignoblement pr&#234;t &#224; leur pardonner quelques erreurs &#171; de jeunesse &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
le besoin qui ne les quitte pas de rigoler comme des sauvages &lt;br class='autobr' /&gt;
devant le drapeau fran&#231;ais, de vomir leur d&#233;go&#251;t &#224; la face de &lt;br class='autobr' /&gt;
chaque pr&#234;tre et de braquer sur l'engeance des &#171; premiers devoirs &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'arme &#224; longue port&#233;e du cynisme sexuel. Nous combattons sous &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes leurs formes l'indiff&#233;rence po&#233;tique, la distraction d'art, &lt;br class='autobr' /&gt;
la recherche &#233;rudite, la sp&#233;culation pure, nous ne voulons rien &lt;br class='autobr' /&gt;
avoir de commun avec les petits ni avec les grands &#233;pargnants de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit. Tous les l&#226;chages, toutes les abdications, toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
trahisons possibles ne nous emp&#234;cheront pas d'en finir avec ces &lt;br class='autobr' /&gt;
foutaises. Il est remarquable, d'ailleurs, que, livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes &lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; eux seuls, les gens qui nous ont mis un jour dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessit&#233; de nous passer d'eux ont aussit&#244;t perdu pied, ont d&#251; &lt;br class='autobr' /&gt;
aussit&#244;t recourir aux exp&#233;dients les plus mis&#233;rables pour rentrer &lt;br class='autobr' /&gt;
en gr&#226;ce aupr&#232;s des d&#233;fenseurs de l'ordre, tous grands partisans &lt;br class='autobr' /&gt;
du nivellement par la t&#234;te. C'est que la fid&#233;lit&#233; sans d&#233;faillance &lt;br class='autobr' /&gt;
aux engagements du surr&#233;alisme suppose un d&#233;sint&#233;ressement, un &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;pris du risque, un refus de composition dont tr&#232;s peu d'hommes &lt;br class='autobr' /&gt;
se r&#233;v&#232;lent, &#224; la longue, capables. N'en resterait-il aucun, de &lt;br class='autobr' /&gt;
tous ceux qui les premiers ont mesur&#233; &#224; lui leur chance de &lt;br class='autobr' /&gt;
signification et leur d&#233;sir de v&#233;rit&#233;, que cependant le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme vivrait. De toute mani&#232;re, il est trop tard pour que &lt;br class='autobr' /&gt;
la graine n'en germe pas &#224; l'infini dans le champ humain, avec la &lt;br class='autobr' /&gt;
peur et les autres vari&#233;t&#233;s d'herbes folles qui doivent avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
raison de tout. C'est m&#234;me pourquoi je m'&#233;tais promis, comme en &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;moigne la pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition du Manifeste du Surr&#233;alisme &lt;br class='autobr' /&gt;
(1929) d'abandonner silencieusement &#224; leur triste sort un certain &lt;br class='autobr' /&gt;
nombre d'individus qui me paraissaient s'&#234;tre rendu suffisamment &lt;br class='autobr' /&gt;
justice : c'&#233;tait le cas de MM. Artaud, Carrive, Delteil, G&#233;rard, &lt;br class='autobr' /&gt;
Limbour, Masson, Soupault et Vitrac, nomm&#233;s dans le Manifeste &lt;br class='autobr' /&gt;
(1924) et de quelques autres depuis. Le premier de ces messieurs &lt;br class='autobr' /&gt;
ayant eu l'imprudence de s'en plaindre, je crois bon, &#224; ce sujet, &lt;br class='autobr' /&gt;
de revenir sur mes intentions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, &#233;crit M. Artaud &#224; L'Intransigeant, le 10 septembre 1929, &lt;br class='autobr' /&gt;
il y a dans le compte rendu du Manifeste du Surr&#233;alisme paru dans &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Intran du 24 ao&#251;t dernier, une phrase qui r&#233;veille trop de &lt;br class='autobr' /&gt;
choses : &#171; M. Breton n'a pas cru devoir faire dans cette r&#233;&#233;dition &lt;br class='autobr' /&gt;
de son livre des corrections - surtout de noms -et c'est tout &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
son honneur, mais les rectifications se font d'elles-m&#234;mes. &#187; Que &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Breton fasse appel &#224; l'honneur pour juger un certain nombre de &lt;br class='autobr' /&gt;
personnes auxquelles s'appliquent les rectifications ci-dessus, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est affaire &#224; une morale de secte, dont seule une minorit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;raire &#233;tait jusqu'ici infect&#233;e. Mais il faut laisser aux &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alistes ces jeux de petits papiers. D'ailleurs, tout ce qui a &lt;br class='autobr' /&gt;
tremp&#233; dans l'affaire du Songe il y a un an, est mal venu &#224; parler &lt;br class='autobr' /&gt;
d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurai garde de d&#233;battre avec le signataire de cette lettre le &lt;br class='autobr' /&gt;
sens tr&#232;s pr&#233;cis que j'accorde au mot : honneur. Qu'un acteur, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans un but de lucre et de gloriole, entreprenne de mettre &lt;br class='autobr' /&gt;
luxueusement en sc&#232;ne une pi&#232;ce du vague Strindberg &#224; laquelle il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'attache lui-m&#234;me aucune importance, bien entendu je n'y verrais &lt;br class='autobr' /&gt;
pas d'inconv&#233;nient particulier si cet acteur ne s'&#233;tait donn&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
temps &#224; autre pour un homme de pens&#233;e, de col&#232;re et de sang, &lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait le m&#234;me que celui qui, dans telles et telles pages de La &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution Surr&#233;aliste, br&#251;lait, &#224; l'en croire, de tout br&#251;ler, &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;tendait ne rien attendre que de &#171; ce cri de l'esprit qui &lt;br class='autobr' /&gt;
retourne vers lui-m&#234;me bien d&#233;cid&#233; &#224; broyer d&#233;sesp&#233;r&#233;ment ses &lt;br class='autobr' /&gt;
entraves &#187;. H&#233;las ! ce n'&#233;tait l&#224; pour lui qu'un r&#244;le comme un &lt;br class='autobr' /&gt;
autre ; il &#171; montait &#187; Le Songe de Strindberg, ayant ou&#239; dire que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ambassade de Su&#232;de paierait (M. Artaud sait que je puis en faire &lt;br class='autobr' /&gt;
la preuve), et il ne lui &#233;chappait pas que cela jugeait la valeur &lt;br class='autobr' /&gt;
morale de son entreprise, n'importe. C'est M. Artaud, que je &lt;br class='autobr' /&gt;
reverrai toujours encadr&#233; de deux flics, &#224; la porte du th&#233;&#226;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
Alfred Jarry, en lan&#231;ant vingt autres sur les seuls amis qu'il se &lt;br class='autobr' /&gt;
reconnaissait encore la veille, ayant n&#233;goci&#233; pr&#233;alablement au &lt;br class='autobr' /&gt;
commissariat leur arrestation, c'est naturellement M. Artaud qui &lt;br class='autobr' /&gt;
me trouve mal venu &#224; parler d'honneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu constater, Aragon et moi, par l'accueil fait &#224; notre &lt;br class='autobr' /&gt;
collaboration critique au num&#233;ro sp&#233;cial de Vari&#233;t&#233;s : &#171; Le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme en 1929 &#187;, que le peu d'embarras que nous &#233;prouvons &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
appr&#233;cier, au jour le jour, le degr&#233; de qualification morale des &lt;br class='autobr' /&gt;
personnes, que l'aisance avec laquelle le surr&#233;alisme se flatte de &lt;br class='autobr' /&gt;
remercier, &#224; la premi&#232;re compromission, celle-ci ou celle-l&#224;, est &lt;br class='autobr' /&gt;
moins que jamais du go&#251;t de quelques voyous de presse, pour qui la &lt;br class='autobr' /&gt;
dignit&#233; de l'homme est tout au plus mati&#232;re &#224; ricanements. A-t-on &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;e, n'est-ce pas, d'en demander tant aux gens dans le domaine, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques exceptions romantiques pr&#232;s, suicides et autres, &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'ici le moins surveill&#233; ! Pourquoi continuerions-nous &#224; faire &lt;br class='autobr' /&gt;
les d&#233;go&#251;t&#233;s ? Un policier, quelques viveurs, deux ou trois &lt;br class='autobr' /&gt;
maquereaux de plume, plusieurs d&#233;s&#233;quilibr&#233;s, un cr&#233;tin, auxquels &lt;br class='autobr' /&gt;
nul ne s'opposerait &#224; ce que viennent se joindre un petit nombre &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#234;tres sens&#233;s, durs et probes, qu'on qualifierait d'&#233;nergum&#232;nes, &lt;br class='autobr' /&gt;
ne voil&#224;-t-il pas de quoi constituer une &#233;quipe amusante, &lt;br class='autobr' /&gt;
inoffensive, tout &#224; fait &#224; l'image de la vie, une &#233;quipe d'hommes &lt;br class='autobr' /&gt;
pay&#233;s aux pi&#232;ces, gagnant aux points ?&lt;br class='autobr' /&gt;
MERDE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confiance du surr&#233;alisme ne peut &#234;tre bien ou mal plac&#233;e, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
la seule raison qu'elle n'est pas plac&#233;e. Ni dans le monde &lt;br class='autobr' /&gt;
sensible, ni sensiblement en dehors de ce monde, ni dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;rennit&#233; des associations mentales qui recommandent notre &lt;br class='autobr' /&gt;
existence d'une exigence naturelle ou d'un caprice sup&#233;rieur, ni &lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'int&#233;r&#234;t que peut avoir l'&#171; esprit &#187; &#224; se m&#233;nager notre &lt;br class='autobr' /&gt;
client&#232;le de passage. Ni encore bien moins, cela va sans dire, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les ressources changeantes de ceux qui ont commenc&#233; par &lt;br class='autobr' /&gt;
mettre leur foi en lui. Ce n'est pas un homme dont la r&#233;volte se &lt;br class='autobr' /&gt;
canalise et s'&#233;puise qui peut emp&#234;cher cette r&#233;volte de gronder, &lt;br class='autobr' /&gt;
ce ne sont pas autant d'hommes qu'on voudra - et l'histoire n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
gu&#232;re faite de leur mont&#233;e &#224; genoux -qui pourront faire que cette &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volte ne dompte, aux grands moments obscurs, la b&#234;te toujours &lt;br class='autobr' /&gt;
renaissante du &#171; c'est mieux &#187;. Il y a encore &#224; cette heure par le &lt;br class='autobr' /&gt;
monde, dans les lyc&#233;es, dans les ateliers m&#234;me, (27) dans la rue, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les s&#233;minaires et dans les casernes, des &#234;tres jeunes, purs, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui refusent le pli. C'est &#224; eux seuls que je m'adresse, c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pour eux seuls que j'entreprends de justifier le surr&#233;alisme de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'accusation de n'&#234;tre, apr&#232;s tout, qu'un passe-temps intellectuel &lt;br class='autobr' /&gt;
comme un autre. Qu'ils cherchent, sans parti pris &#233;tranger, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
savoir ce que nous avons voulu faire, qu'ils nous aident, qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
nous rel&#232;vent un &#224; un si besoin en est. Il est presque inutile que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous nous d&#233;fendions d'avoir jamais voulu constituer un cercle &lt;br class='autobr' /&gt;
ferm&#233; et seuls ont avantage &#224; propager ce bruit ceux dont l'accord &lt;br class='autobr' /&gt;
plus ou moins bref avec nous a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; par nous pour vice &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;dhibitoire. C'est M. Artaud, comme on l'a vu et comme on e&#251;t pu &lt;br class='autobr' /&gt;
le voir aussi, gifl&#233; dans un couloir d'h&#244;tel par Pierre Unik, &lt;br class='autobr' /&gt;
appeler &#224; l'aide sa m&#232;re ! C'est M. Carrive, incapable d'envisager &lt;br class='autobr' /&gt;
le probl&#232;me politique ou sexuel autrement que sous l'angle du &lt;br class='autobr' /&gt;
terrorisme gascon, pauvre apologiste en fin de compte du Garine de &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Malraux. C'est M. Delteil, voir son ignoble chronique sur &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amour dans le N&#176; 2 de La R&#233;volution Surr&#233;aliste (direction &lt;br class='autobr' /&gt;
Naville) et, depuis son exclusion du surr&#233;alisme, Les Poilus, &lt;br class='autobr' /&gt;
Jeanne d'Arc : inutile d'insister. C'est M. G&#233;rard, celui-ci seul &lt;br class='autobr' /&gt;
dans son genre, vraiment rejet&#233; pour imb&#233;cillit&#233; cong&#233;nitale : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;volution diff&#233;rente de la pr&#233;c&#233;dente ; menues besognes maintenant &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; La Lutte de Classes, &#224; La V&#233;rit&#233;, rien de grave. C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Limbour, &#224; peu pr&#232;s disparu &#233;galement : scepticisme, &lt;br class='autobr' /&gt;
coquetterie litt&#233;raire dans le plus mauvais sens du mot. C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Masson, de qui les convictions surr&#233;alistes pourtant tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
affich&#233;es n'ont pas r&#233;sist&#233; &#224; la lecture d'un livre intitul&#233; Le &lt;br class='autobr' /&gt;
Surr&#233;alisme et la peinture o&#249; l'auteur, peu soucieux, du reste, de &lt;br class='autobr' /&gt;
ces hi&#233;rarchies, n'avait pas cru devoir, ou pouvoir, lui donner le &lt;br class='autobr' /&gt;
pas sur Picasso, que M. Masson tient pour une crapule, et sur Max &lt;br class='autobr' /&gt;
Ernst, qu'il accuse seulement de peindre moins bien que lui : je &lt;br class='autobr' /&gt;
tiens cette explication de lui-m&#234;me. C'est M. Soupault, et avec &lt;br class='autobr' /&gt;
lui l'infamie totale - ne parlons m&#234;me pas de ce qu'il signe, &lt;br class='autobr' /&gt;
parlons de ce qu'il ne signe pas, des petits &#233;chos de ce genre &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il &#171; passe &#187;, tout en s'en d&#233;fendant avec son agitation de rat &lt;br class='autobr' /&gt;
qui fait le tour du ratodrome, dans les journaux de chantage comme &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux &#201;coutes : M. Andr&#233; Breton, chef du groupe surr&#233;aliste, a &lt;br class='autobr' /&gt;
disparu du repaire de la bande rue Jacques-Callot (il s'agit de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ancienne Galerie Surr&#233;aliste). Un ami surr&#233;aliste nous informe &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'avec lui ont disparu quelques-uns des livres de compte de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;trange soci&#233;t&#233; du quartier latin pour la suppression de tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, nous apprenons que l'exil de M. Breton est temp&#233;r&#233; par &lt;br class='autobr' /&gt;
la d&#233;licieuse compagnie d'une blonde surr&#233;aliste. Ren&#233; Crevel et &lt;br class='autobr' /&gt;
Tristan Tzara savent aussi &#224; qui ils doivent telles r&#233;v&#233;lations &lt;br class='autobr' /&gt;
stup&#233;fiantes sur leur vie, telles autres imputations calomnieuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part, j'avoue &#233;prouver un certain plaisir &#224; ce que &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Artaud cherche &#224; me faire passer aussi gratuitement pour un &lt;br class='autobr' /&gt;
malhonn&#234;te homme et &#224; ce que M. Soupault ait le front de me donner &lt;br class='autobr' /&gt;
pour un voleur. C'est enfin M. Vitrac, v&#233;ritable souillon des &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es - abandonnons-leur la &#171; po&#233;sie pure &#187;, &#224; lui et &#224; cet autre &lt;br class='autobr' /&gt;
cancrelat l'abb&#233; Bremond -pauvre h&#232;re dont l'ing&#233;nuit&#233; &#224; toute &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;preuve a &#233;t&#233; jusqu'&#224; confesser que son id&#233;al en tant qu'homme de &lt;br class='autobr' /&gt;
th&#233;&#226;tre, id&#233;al qui est aussi, naturellement, celui de M. Artaud, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait d'organiser des spectacles qui pussent rivaliser en beaut&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
avec les rafles de police (d&#233;claration du th&#233;&#226;tre Alfred Jarry, &lt;br class='autobr' /&gt;
publi&#233;e dans la Nouvelle Revue Fran&#231;aise. (28) C'est, comme on &lt;br class='autobr' /&gt;
voit, assez joyeux. D'autres, d'autres encore, d'ailleurs, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
n'ont pu trouver place dans cette &#233;num&#233;ration, soit que leur &lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233; publique soit trop n&#233;gligeable, soit que leur fourberie &lt;br class='autobr' /&gt;
se soit exerc&#233;e dans un domaine moins g&#233;n&#233;ral, soit qu'ils aient &lt;br class='autobr' /&gt;
tent&#233; de se tirer d'affaire par l'humour, se sont charg&#233;s de nous &lt;br class='autobr' /&gt;
prouver que tr&#232;s peu d'hommes, parmi ceux qui se pr&#233;sentent, sont &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la hauteur de l'intention surr&#233;aliste et aussi pour nous &lt;br class='autobr' /&gt;
convaincre que ce qui, au premier fl&#233;chissement, les juge et les &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cipite sans retour possible &#224; leur perte, en resterait-il moins &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il n'en tombe, est tout en faveur de cette intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait trop me demander que de m'abstenir plus longtemps de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
commentaire. Dans la mesure de mes moyens, j'estime que je ne suis &lt;br class='autobr' /&gt;
pas autoris&#233; &#224; laisser courir les pleutres, les simulateurs, les &lt;br class='autobr' /&gt;
arrivistes, les faux t&#233;moins et les mouchards. Le temps perdu &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
attendre de pouvoir les confondre peut encore se rattraper, et ne &lt;br class='autobr' /&gt;
peut encore se rattraper que contre eux. Je pense que cette &lt;br class='autobr' /&gt;
discrimination tr&#232;s pr&#233;cise est seule parfaitement digne du but &lt;br class='autobr' /&gt;
que nous poursuivons, qu'il y aurait quelque aveuglement mystique &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; sous-estimer la port&#233;e dissolvante du s&#233;jour de ces tra&#238;tres &lt;br class='autobr' /&gt;
parmi nous, comme il y aurait la plus lamentable illusion de &lt;br class='autobr' /&gt;
caract&#232;re positiviste &#224; supposer que ces tra&#238;tres, qui n'en sont &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; leur coup d'essai, peuvent rester insensibles &#224; une telle &lt;br class='autobr' /&gt;
sanction. (29)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le diable pr&#233;serve, encore une fois, l'id&#233;e surr&#233;aliste comme &lt;br class='autobr' /&gt;
toute autre id&#233;e qui tend &#224; prendre une forme concr&#232;te, &#224; se &lt;br class='autobr' /&gt;
soumettre tout ce qu'on peut imaginer de mieux dans l'ordre du &lt;br class='autobr' /&gt;
fait, au m&#234;me titre que l'id&#233;e d'amour tend &#224; cr&#233;er un &#234;tre, que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'id&#233;e de R&#233;volution tend &#224; faire arriver le jour de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution, faute de quoi ces id&#233;es perdraient tout sens -&lt;br class='autobr' /&gt; rappelons que l'id&#233;e de surr&#233;alisme tend simplement &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;cup&#233;ration totale de notre force psychique par un moyen qui &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est autre que la descente vertigineuse en nous, l'illumination &lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#233;matique des lieux cach&#233;s et l'obscurcissement progressif des &lt;br class='autobr' /&gt;
autres lieux, la promenade perp&#233;tuelle en pleine zone interdite et &lt;br class='autobr' /&gt;
que son activit&#233; ne court aucune chance s&#233;rieuse de prendre fin &lt;br class='autobr' /&gt;
tant que l'homme parviendra &#224; distinguer un animal d'une flamme ou &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une pierre - le diable pr&#233;serve, dis-je, l'id&#233;e surr&#233;aliste de &lt;br class='autobr' /&gt;
commencer &#224; aller sans avatars. Il faut absolument que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
fassions comme si nous &#233;tions r&#233;ellement &#171; au monde &#187; pour oser &lt;br class='autobr' /&gt;
ensuite formuler quelques r&#233;serves. N'en d&#233;plaise donc &#224; ceux qui &lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;sesp&#232;rent de nous voir quitter souvent les hauteurs o&#249; ils &lt;br class='autobr' /&gt;
nous cantonnent, j'entreprendrai de parler ici de l'attitude &lt;br class='autobr' /&gt;
politique, &#171; artistique &#187;, pol&#233;mique qui peut, &#224; la fin de 1929, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre la n&#244;tre et de faire voir, en dehors d'elle, ce que lui &lt;br class='autobr' /&gt;
opposent au juste quelques comportements individuels choisis &lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui parmi les plus typiques et les plus particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais s'il y a lieu de r&#233;pondre ici aux objections pu&#233;riles &lt;br class='autobr' /&gt;
de ceux qui, supputant les conqu&#234;tes possibles du surr&#233;alisme dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le domaine po&#233;tique o&#249; il a commenc&#233; par s'exercer, s'inqui&#232;tent &lt;br class='autobr' /&gt;
de lui voir prendre parti dans la querelle sociale et pr&#233;tendent &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il a tout &#224; y perdre. C'est incontestablement paresse de leur &lt;br class='autobr' /&gt;
part ou expression d&#233;tourn&#233;e du d&#233;sir qu'ils ont de nous r&#233;duire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la sph&#232;re de la moralit&#233;, estimons-nous qu'a dit une fois &lt;br class='autobr' /&gt;
pour toutes Hegel, dans la sph&#232;re de la moralit&#233; en tant qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
se distingue de la sph&#232;re sociale, on n'a qu'une conviction &lt;br class='autobr' /&gt;
formelle, et si nous faisons mention de la vraie conviction c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pour en montrer la diff&#233;rence et pour &#233;viter la confusion en &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle on pourrait tomber en consid&#233;rant la conviction telle &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle est ici, c'est-&#224;-dire la conviction formelle, comme si &lt;br class='autobr' /&gt;
c'&#233;tait la conviction v&#233;ritable, tandis que celle-ci ne se produit &lt;br class='autobr' /&gt;
d'abord que dans la vie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Philosophie du Droit.) Le proc&#232;s de la suffisance de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
conviction formelle n'est plus &#224; faire et vouloir &#224; tout prix que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous nous en tenions &#224; celle-ci n'est &#224; l'honneur, ni de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'intelligence, ni de la bonne foi de nos contemporains. Il n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas de syst&#232;me id&#233;ologique qui puisse sans effondrement imm&#233;diat &lt;br class='autobr' /&gt;
manquer, depuis Hegel, &#224; pourvoir au vide que laisserait, dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e m&#234;me, le principe d'une volont&#233; n'agissant que pour son &lt;br class='autobr' /&gt;
propre compte et toute port&#233;e &#224; se r&#233;fl&#233;chir sur elle-m&#234;me. Quand &lt;br class='autobr' /&gt;
j'aurai rappel&#233; que la loyaut&#233;, au sens h&#233;g&#233;lien du mot, ne peut &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre fonction que de la p&#233;n&#233;trabilit&#233; de la vie subjective par la &lt;br class='autobr' /&gt;
vie &#171; substantielle &#187; et que, quelles que soient par ailleurs leurs &lt;br class='autobr' /&gt;
divergences, cette id&#233;e n'a pas rencontr&#233; d'objection fondamentale &lt;br class='autobr' /&gt;
de la part d'esprits aussi divers que Feuerbach, finissant par &lt;br class='autobr' /&gt;
nier la conscience comme facult&#233; particuli&#232;re, que Marx, &lt;br class='autobr' /&gt;
enti&#232;rement pris par le besoin de modifier de fond en comble les &lt;br class='autobr' /&gt;
conditions ext&#233;rieures de la vie sociale, que Hartmann tirant &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une th&#233;orie de l'inconscient &#224; base ultra-pessimiste une &lt;br class='autobr' /&gt;
affirmation nouvelle et optimiste de notre volont&#233; de vivre, que &lt;br class='autobr' /&gt;
Freud, insistant de plus en plus sur l'instance propre du sur-moi, &lt;br class='autobr' /&gt;
je pense qu'on ne s'&#233;tonnera pas de voir le surr&#233;alisme, chemin &lt;br class='autobr' /&gt;
faisant, s'appliquer &#224; autre chose qu'&#224; la r&#233;solution d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;me psychologique, si int&#233;ressant soit-il. C'est au nom de la &lt;br class='autobr' /&gt;
reconnaissance imp&#233;rieuse de cette n&#233;cessit&#233; que j'estime que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
ne pouvons pas &#233;viter de nous poser de la fa&#231;on la plus br&#251;lante &lt;br class='autobr' /&gt;
la question du r&#233;gime social sous lequel nous vivons, je veux dire &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'acceptation ou de la non-acceptation de ce r&#233;gime. C'est au &lt;br class='autobr' /&gt;
nom de cette reconnaissance aussi qu'il est mieux que tol&#233;rable &lt;br class='autobr' /&gt;
que j'incrimine, en passant, les transfuges du surr&#233;alisme pour &lt;br class='autobr' /&gt;
qui ce que je soutiens ici est trop difficile ou trop haut. Quoi &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils fassent, de quelque cri de fausse joie qu'ils saluent eux-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;mes leur retraite, &#224; quelque d&#233;ception grossi&#232;re qu'ils nous &lt;br class='autobr' /&gt;
vouent - et avec eux tous ceux qui disent qu'un r&#233;gime en vaut un &lt;br class='autobr' /&gt;
autre puisque de toute mani&#232;re l'homme sera vaincu -ils ne me &lt;br class='autobr' /&gt;
feront pas oublier que ce n'est pas &#224; eux mais, j'esp&#232;re, &#224; moi, &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il appartiendra de jouir de cette &#171; ironie &#187; supr&#234;me qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'applique &#224; tout et aussi aux r&#233;gimes et qui leur sera refus&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'elle est par-del&#224; mais qu'elle suppose, au pr&#233;alable, &lt;br class='autobr' /&gt;
tout l'acte volontaire qui consiste &#224; d&#233;crire le cycle de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'hypocrisie, du probabilisme, de la volont&#233; qui veut le bien et &lt;br class='autobr' /&gt;
de la conviction (Hegel : Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surr&#233;alisme, s'il entre sp&#233;cialement dans ses voies &lt;br class='autobr' /&gt;
d'entreprendre le proc&#232;s des notions de r&#233;alit&#233; et d'irr&#233;alit&#233;, de &lt;br class='autobr' /&gt;
raison et de d&#233;raison, de r&#233;flexion et d'impulsion, de savoir et &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ignorance &#171; fatale &#187;, d'utilit&#233; et d'inutilit&#233;, etc., pr&#233;sente &lt;br class='autobr' /&gt;
avec le mat&#233;rialisme historique au moins cette analogie de &lt;br class='autobr' /&gt;
tendance qu'il part de l'&#171; avortement colossal &#187; du syst&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
h&#233;g&#233;lien. Il me para&#238;t impossible qu'on assigne des limites, &lt;br class='autobr' /&gt;
celles du cadre &#233;conomique par exemple, &#224; l'exercice d'une pens&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;finitivement assouplie &#224; la n&#233;gation, et &#224; la n&#233;gation de la &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gation. Comment admettre que la m&#233;thode dialectique ne puisse &lt;br class='autobr' /&gt;
s'appliquer valablement qu'&#224; la r&#233;solution des probl&#232;mes sociaux ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute l'ambition du surr&#233;alisme est de lui fournir des &lt;br class='autobr' /&gt;
possibilit&#233;s d'application nullement concurrentes dans le domaine &lt;br class='autobr' /&gt;
conscient le plus imm&#233;diat. Je ne vois vraiment pas, n'en d&#233;plaise &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; quelques r&#233;volutionnaires d'esprit born&#233;, pourquoi nous nous &lt;br class='autobr' /&gt;
abstiendrions de soulever, pourvu que nous les envisagions sous le &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me angle que celui sous lequel ils envisagent - et nous aussi -&lt;br class='autobr' /&gt;
la R&#233;volution : les probl&#232;mes de l'amour, du r&#234;ve, de la folie, de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'art et de la religion. (30) Or, je ne crains pas de dire &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'avant le surr&#233;alisme, rien de syst&#233;matique n'avait &#233;t&#233; fait &lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce sens, et qu'au point o&#249; nous l'avons trouv&#233;e, pour nous &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi, sous sa forme h&#233;g&#233;lienne la m&#233;thode dialectique &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
inapplicable. Il y allait, pour nous aussi, de la n&#233;cessit&#233; d'en &lt;br class='autobr' /&gt;
finir avec l'id&#233;alisme proprement dit, la cr&#233;ation du mot &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; surr&#233;alisme &#187; seule nous en serait garante, et, pour reprendre &lt;br class='autobr' /&gt;
l'exemple d'Engels, de la n&#233;cessit&#233; de ne pas nous en tenir au &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement enfantin : &#171; La rose est une rose. La rose n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
une rose. Et pourtant la rose est une rose &#187; mais, qu'on me passe &lt;br class='autobr' /&gt;
cette parenth&#232;se, d'entra&#238;ner &#171; la rose &#187; dans un mouvement &lt;br class='autobr' /&gt;
profitable de contradictions moins b&#233;nignes o&#249; elle soit &lt;br class='autobr' /&gt;
successivement celle qui vient du jardin, celle qui tient une &lt;br class='autobr' /&gt;
place singuli&#232;re dans un r&#234;ve, celle impossible &#224; distraire du &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; bouquet optique &#187;, celle qui peut changer totalement de propri&#233;t&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
en passant dans l'&#233;criture automatique, celle qui n'a plus que ce &lt;br class='autobr' /&gt;
que le peintre a bien voulu qu'elle garde de la rose dans un &lt;br class='autobr' /&gt;
tableau surr&#233;aliste, et enfin celle, toute diff&#233;rente d'elle-m&#234;me, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui retourne au jardin. Il y a loin, de l&#224;, &#224; une vue id&#233;aliste &lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque et nous ne nous en d&#233;fendrions m&#234;me pas si nous &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvions cesser d'&#234;tre en butte aux attaques du mat&#233;rialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
primaire, attaques qui &#233;manent &#224; la fois de ceux qui, par bas &lt;br class='autobr' /&gt;
conservatisme, n'ont aucun d&#233;sir de tirer au clair les relations &lt;br class='autobr' /&gt;
de la pens&#233;e et de la mati&#232;re et de ceux qui, par un sectarisme &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire mal compris, confondent, au m&#233;pris de ce qui est &lt;br class='autobr' /&gt;
demand&#233;, ce mat&#233;rialisme avec celui qu'Engels en distingue &lt;br class='autobr' /&gt;
essentiellement et qu'il d&#233;finit avant tout comme une intuition du &lt;br class='autobr' /&gt;
monde appel&#233;e &#224; s'&#233;prouver et &#224; se r&#233;aliser : Au cours du &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement de la philosophie, l'id&#233;alisme devint intenable et &lt;br class='autobr' /&gt;
fut ni&#233; par le mat&#233;rialisme moderne. Ce dernier, qui est la &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gation de la n&#233;gation, n'est pas la simple restauration de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ancien mat&#233;rialisme : aux fondements durables de celui-ci il &lt;br class='autobr' /&gt;
ajoute toute la pens&#233;e de la philosophie et des sciences de la &lt;br class='autobr' /&gt;
nature au cours d'une &#233;volution de deux mille ans, et le produit &lt;br class='autobr' /&gt;
de cette longue histoire elle-m&#234;me. Nous entendons bien aussi nous &lt;br class='autobr' /&gt;
mettre en position de d&#233;part telle que pour nous la philosophie &lt;br class='autobr' /&gt;
soit surclass&#233;e. C'est le sort, je pense, de tous ceux pour qui la &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; n'a pas seulement une importance th&#233;orique mais encore est &lt;br class='autobr' /&gt;
une question de vie ou de mort d'en appeler passionn&#233;ment, comme &lt;br class='autobr' /&gt;
l'a voulu Feuerbach, &#224; cette r&#233;alit&#233; : le n&#244;tre de donner comme &lt;br class='autobr' /&gt;
nous la donnons, totalement, sans r&#233;serves, notre adh&#233;sion au &lt;br class='autobr' /&gt;
principe du mat&#233;rialisme historique, le sien de jeter &#224; la face du &lt;br class='autobr' /&gt;
monde intellectuel &#233;bahi l'id&#233;e que &#171; l'homme est ce qu'il mange &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
et qu'une r&#233;volution future aurait plus de chances de succ&#232;s si le &lt;br class='autobr' /&gt;
peuple recevait une meilleure nourriture, en l'esp&#232;ce des pois au &lt;br class='autobr' /&gt;
lieu de pommes de terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre adh&#233;sion au principe du mat&#233;rialisme historique... il n'y a &lt;br class='autobr' /&gt;
pas moyen de jouer sur ces mots. Que cela ne d&#233;pende que de nous -&lt;br class='autobr' /&gt; je veux dire pourvu que le communisme ne nous traite pas &lt;br class='autobr' /&gt;
seulement en b&#234;tes curieuses destin&#233;es &#224; exercer dans ses rangs la &lt;br class='autobr' /&gt;
badauderie et la d&#233;fiance, -et nous nous montrerons capables de &lt;br class='autobr' /&gt;
faire, au point de vue r&#233;volutionnaire, tout notre devoir. C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
l&#224;, malheureusement, un engagement qui n'int&#233;resse que nous : je &lt;br class='autobr' /&gt;
n'ai pu en ce qui me concerne, par exemple, il y a deux ans, &lt;br class='autobr' /&gt;
passer comme je le voulais, libre et inaper&#231;u, le seuil de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
maison du Parti fran&#231;ais o&#249; tant d'individus non recommandables, &lt;br class='autobr' /&gt;
policiers et autres, ont pourtant licence de s'&#233;battre comme dans &lt;br class='autobr' /&gt;
un moulin. Au cours de trois interrogatoires de plusieurs heures, &lt;br class='autobr' /&gt;
j'ai d&#251; d&#233;fendre le surr&#233;alisme de l'accusation pu&#233;rile d'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
dans son essence un mouvement politique d'orientation nettement &lt;br class='autobr' /&gt;
anticommuniste et contre-r&#233;volutionnaire. De proc&#232;s foncier de mes &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es, inutile de dire que, de la part de ceux qui me jugeaient, &lt;br class='autobr' /&gt;
je n'avais pas &#224; en attendre. &#171; Si vous &#234;tes marxiste, braillait &lt;br class='autobr' /&gt;
vers cette &#233;poque Michel Marty &#224; l'adresse de l'un de nous, vous &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avez pas besoin d'&#234;tre surr&#233;aliste. &#187; Surr&#233;alistes, ce n'est bien &lt;br class='autobr' /&gt;
entendu pas nous qui nous &#233;tions pr&#233;valus de l'&#234;tre en cette &lt;br class='autobr' /&gt;
circonstance : cette qualification nous avait pr&#233;c&#233;d&#233;s malgr&#233; nous &lt;br class='autobr' /&gt;
comme e&#251;t aussi bien pu le faire celle de &#171; relativistes &#187; pour des &lt;br class='autobr' /&gt;
einsteiniens, de &#171; psychanalystes &#187; pour des freudiens. Comment ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pas s'inqui&#233;ter terriblement d'un tel affaiblissement du niveau &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;ologique d'un parti nagu&#232;re sorti si brillamment arm&#233; de deux &lt;br class='autobr' /&gt;
des plus fortes t&#234;tes du XIXe si&#232;cle ! On ne le sait que trop : le &lt;br class='autobr' /&gt;
peu que je puis tirer &#224; cet &#233;gard de mon exp&#233;rience personnelle &lt;br class='autobr' /&gt;
est &#224; la mesure du reste. On me demandait de faire &#224; la cellule &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; du gaz &#187; un rapport sur la situation italienne en sp&#233;cifiant que &lt;br class='autobr' /&gt;
je n'eusse &#224; m'appuyer que sur des faits statistiques (production &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'acier etc.) et surtout pas d'id&#233;ologie. Je n'ai pas pu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'accepte, cependant, que par suite d'une m&#233;prise, rien de plus, &lt;br class='autobr' /&gt;
on m'ait pris dans le parti communiste pour un des intellectuels &lt;br class='autobr' /&gt;
les plus ind&#233;sirables. Ma sympathie est, par ailleurs, trop &lt;br class='autobr' /&gt;
exclusivement acquise &#224; la masse de ceux qui feront la R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
sociale pour pouvoir se ressentir des effets passagers de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;saventure. Ce que je n'accepte pas, c'est que, par des &lt;br class='autobr' /&gt;
possibilit&#233;s de mouvement particuli&#232;res, certains intellectuels &lt;br class='autobr' /&gt;
que je connais, et dont les d&#233;terminations morales sont plus que &lt;br class='autobr' /&gt;
sujettes &#224; caution, ayant essay&#233; sans succ&#232;s de la po&#233;sie, de la &lt;br class='autobr' /&gt;
philosophie, se rabattent sur l'agitation r&#233;volutionnaire, gr&#226;ce &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la confusion qui y r&#232;gne parviennent &#224; faire plus ou moins &lt;br class='autobr' /&gt;
illusion et, pour plus de commodit&#233;, n'aient rien de plus press&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
que de renier bruyamment ce qui, comme le surr&#233;alisme, leur a &lt;br class='autobr' /&gt;
donn&#233; &#224; penser le plus clair de ce qu'ils pensent mais aussi les &lt;br class='autobr' /&gt;
astreignait &#224; rendre des comptes et &#224; justifier humainement de &lt;br class='autobr' /&gt;
leur position. L'esprit n'est pas une girouette, tout au moins &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas seulement une girouette. Ce n'est pas assez que de &lt;br class='autobr' /&gt;
penser tout &#224; coup se devoir &#224; une activit&#233; particuli&#232;re et ce &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est rien si, par l&#224; m&#234;me, on ne se sent capable de montrer &lt;br class='autobr' /&gt;
objectivement comment on y est venu et &#224; quel point exact il &lt;br class='autobr' /&gt;
fallait qu'on f&#251;t pour y venir. Qu'on ne me parle pas de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
sortes de conversions r&#233;volutionnaires de type religieux, &lt;br class='autobr' /&gt;
desquelles certains se bornent &#224; nous faire part, en ajoutant &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils se plaisent &#224; n'en avoir rien &#224; dire. Il ne saurait y avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
sur ce plan de rupture, ni de solution de continuit&#233; dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e. Ou bien faudrait-il en repasser par les vieux d&#233;tours de &lt;br class='autobr' /&gt;
la gr&#226;ce... Je plaisante. Mais il va de soi que je me d&#233;fie &lt;br class='autobr' /&gt;
extr&#234;mement. Eh quoi, je sais un homme : je veux dire je me &lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sente d'o&#249; il vient, tout de m&#234;me un peu o&#249; il va et l'on &lt;br class='autobr' /&gt;
voudrait que tout &#224; coup ce syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences f&#251;t vain, que &lt;br class='autobr' /&gt;
cet homme atteign&#238;t autre chose que ce vers quoi il allait ! Et si &lt;br class='autobr' /&gt;
cela pouvait &#234;tre, cet homme que nous n'aurions tenu qu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'aimable &#233;tat de chrysalide, pour voler de ses propres ailes, il &lt;br class='autobr' /&gt;
lui e&#251;t fallu sortir du cocon de sa pens&#233;e ? Encore une fois je &lt;br class='autobr' /&gt;
n'en crois rien. J'estime qu'il e&#251;t &#233;t&#233; de toute n&#233;cessit&#233;, non &lt;br class='autobr' /&gt;
seulement pratique mais morale, que chacun de ceux qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tachaient ainsi du surr&#233;alisme m&#238;t id&#233;ologiquement celui-ci en &lt;br class='autobr' /&gt;
cause et nous en f&#238;t apercevoir, de son point de vue, la partie la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus d&#233;non&#231;able : il n'en a jamais rien &#233;t&#233;. La v&#233;rit&#233; est que des &lt;br class='autobr' /&gt;
sentiments m&#233;diocres paraissent avoir presque toujours d&#233;cid&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
ces brusques changements d'attitude et je crois qu'il faut en &lt;br class='autobr' /&gt;
chercher le secret, comme de la grande mobilit&#233; de la plupart des &lt;br class='autobr' /&gt;
hommes, bien plut&#244;t dans une perte progressive de conscience que &lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'explosion d'une raison soudaine, aussi diff&#233;rente de la &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;c&#233;dente que l'est du scepticisme la foi. &#192; la grande &lt;br class='autobr' /&gt;
satisfaction de ceux que rebute le contr&#244;le des id&#233;es, tel qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
s'exerce dans le surr&#233;alisme, ce contr&#244;le ne peut avoir lieu dans &lt;br class='autobr' /&gt;
les milieux politiques et libre &#224; eux, d&#232;s lors, de donner corps &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
leur ambition, &#224; cette ambition qui pr&#233;existait, c'est l&#224; le point &lt;br class='autobr' /&gt;
grave, &#224; la d&#233;couverte de leur pr&#233;tendue vocation r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut les voir pr&#234;cher d'autorit&#233; aux vieux militants ; il faut &lt;br class='autobr' /&gt;
les voir br&#251;ler, en moins de temps qu'il n'en faudrait pour br&#251;ler &lt;br class='autobr' /&gt;
leur porte-plume, les &#233;tapes de la pens&#233;e critique plus s&#233;v&#232;re ici &lt;br class='autobr' /&gt;
que partout ailleurs : il faut les voir, l'un prendre &#224; t&#233;moin un &lt;br class='autobr' /&gt;
petit buste &#224; trois francs quatre-vingt-quinze de L&#233;nine, l'autre &lt;br class='autobr' /&gt;
taper sur le ventre de Trotsky. Ce que je n'accepte pas davantage &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est que des gens avec qui nous nous sommes trouv&#233;s en contact et &lt;br class='autobr' /&gt;
de qui, pour l'avoir &#233;prouv&#233;e &#224; nos d&#233;pens, nous avons d&#233;nonc&#233; &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
toute occasion depuis trois ans la mauvaise foi, l'arrivisme et &lt;br class='autobr' /&gt;
les fins contre-r&#233;volutionnaires, les Morhange, les Politzer et &lt;br class='autobr' /&gt;
les Lef&#232;vre, trouvent le moyen de capter la confiance des &lt;br class='autobr' /&gt;
dirigeants du parti communiste au point de pouvoir publier, avec &lt;br class='autobr' /&gt;
l'apparence au moins de leur approbation, deux num&#233;ros d'une Revue &lt;br class='autobr' /&gt;
de Psychologie concr&#232;te et sept num&#233;ros de La Revue Marxiste, au &lt;br class='autobr' /&gt;
bout desquels ils se chargent de nous &#233;difier d&#233;finitivement sur &lt;br class='autobr' /&gt;
leur bassesse, le second en se d&#233;cidant, au bout d'un an de &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; travail &#187; en commun et de complicit&#233;, &#224; aller, parce qu'on parle &lt;br class='autobr' /&gt;
de supprimer la psychologie concr&#232;te qui ne se &#171; vend &#187; pas, &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;noncer au Parti le premier, coupable d'avoir dissip&#233; en un jour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Monte-Carlo une somme de deux cent mille francs qui lui avait &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; confi&#233;e pour servir &#224; la propagande r&#233;volutionnaire, et celui-&lt;br class='autobr' /&gt;
ci, outr&#233; seulement de ce proc&#233;d&#233;, venant brusquement s'ouvrir &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
moi de son indignation tout en reconnaissant sans difficult&#233; que &lt;br class='autobr' /&gt;
le fait est exact. Il est donc permis aujourd'hui, M. Rappoport &lt;br class='autobr' /&gt;
aidant, d'abuser du nom de Marx, en France, sans que personne y &lt;br class='autobr' /&gt;
voie le moindre mal. Je demande, dans ces conditions, qu'on me &lt;br class='autobr' /&gt;
dise o&#249; en est la moralit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit que la facilit&#233; d'en imposer aussi compl&#232;tement que ces &lt;br class='autobr' /&gt;
messieurs &#224; ceux qui les accueillent, hier &#224; l'int&#233;rieur du parti &lt;br class='autobr' /&gt;
communiste, demain dans l'opposition de ce parti, ait &#233;t&#233; et doive &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre encore pour tenter quelques intellectuels peu scrupuleux, &lt;br class='autobr' /&gt;
pris aussi bien dans le surr&#233;alisme qui n'a pas, ensuite, de plus &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;clar&#233;s adversaires. (31) Les uns, &#224; la mani&#232;re de M. Baron, &lt;br class='autobr' /&gt;
auteur de po&#232;mes assez habilement d&#233;marqu&#233;s d'Apollinaire, mais de &lt;br class='autobr' /&gt;
plus jouisseur &#224; la diable et, faute absolue d'id&#233;es g&#233;n&#233;rales, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la for&#234;t immense du surr&#233;alisme pauvre petit coucher de &lt;br class='autobr' /&gt;
soleil sur une mare stagnante, apportent au monde &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; r&#233;volutionnaire &#187; le tribut d'une exaltation de coll&#232;ge, d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
ignorance &#171; crasse &#187; agr&#233;ment&#233;es de visions de quatorze juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
(Dans un style impayable, M. Baron m'a fait part, il y a quelques &lt;br class='autobr' /&gt;
mois, de sa conversion au l&#233;ninisme int&#233;gral. Je tiens sa lettre, &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; les propositions les plus cocasses le disputent &#224; de terribles &lt;br class='autobr' /&gt;
lieux communs emprunt&#233;s au langage de L'Humanit&#233; et &#224; des &lt;br class='autobr' /&gt;
protestations d'amiti&#233; touchantes, &#224; la disposition des amateurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'en reparlerai que s'il m'y oblige.) Les autres, &#224; la mani&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
de M. Naville, de qui nous attendrons patiemment que son &lt;br class='autobr' /&gt;
inassouvissable soif de notori&#233;t&#233; le d&#233;vore, - en un rien de temps &lt;br class='autobr' /&gt;
il a &#233;t&#233; directeur de L'OEuf dur, directeur de La R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Surr&#233;aliste, il a eu la haute main sur L'&#201;tudiant d'avant-garde, &lt;br class='autobr' /&gt;
il a &#233;t&#233; directeur de Clart&#233;, de La Lutte de Classes, il a failli &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre directeur du Camarade, le voici maintenant grand premier r&#244;le &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; La V&#233;rit&#233; -les autres s'en voudraient de devoir &#224; quelque cause &lt;br class='autobr' /&gt;
que ce soit autre chose qu'un petit salut de protection comme en &lt;br class='autobr' /&gt;
ont, &#224; l'adresse des malheureux, les dames des bonnes oeuvres qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
ensuite, en deux mots, vont leur dire quoi faire. Rien qu'&#224; voir &lt;br class='autobr' /&gt;
passer M. Naville, le parti communiste fran&#231;ais, le parti russe, &lt;br class='autobr' /&gt;
la plupart des oppositionnels de tous les pays au premier rang &lt;br class='autobr' /&gt;
desquels les hommes envers qui il e&#251;t pu avoir contract&#233; une &lt;br class='autobr' /&gt;
dette : Boris Souvarine, Marcel Fourrier, tout comme le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme et moi, ont fait figure de n&#233;cessiteux. M. Baron qui &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crivit L'Allure po&#233;tique est &#224; cette allure ce que M. Naville est &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'allure r&#233;volutionnaire. Un stage de trois mois dans le parti &lt;br class='autobr' /&gt;
communiste, s'est dit M. Naville, voil&#224; qui est bien suffisant &lt;br class='autobr' /&gt;
puisque l'int&#233;r&#234;t, pour moi, est de faire valoir que j'en suis &lt;br class='autobr' /&gt;
sorti. M. Naville, tout au moins le p&#232;re de M. Naville, est fort &lt;br class='autobr' /&gt;
riche. (Pour ceux de mes lecteurs qui ne sont pas ennemis du &lt;br class='autobr' /&gt;
pittoresque, j'ajouterai que le bureau directorial de La Lutte de &lt;br class='autobr' /&gt;
Classes est situ&#233; 15, rue de Grenelle, dans une propri&#233;t&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
famille de M. Naville, qui n'est autre que l'ancien h&#244;tel des ducs &lt;br class='autobr' /&gt;
de La Rochefoucauld.) De telles consid&#233;rations me semblent moins &lt;br class='autobr' /&gt;
indiff&#233;rentes que jamais. Je remarque, en effet, que M. Morhange, &lt;br class='autobr' /&gt;
au moment o&#249; il entreprend de fonder La Revue Marxiste, est &lt;br class='autobr' /&gt;
commandit&#233; &#224; cet effet de cinq millions par M. Friedmann. Sa &lt;br class='autobr' /&gt;
malchance &#224; la roulette a beau l'obliger &#224; rembourser peu apr&#232;s la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus grande partie de cette somme, il n'en reste pas moins que &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est gr&#226;ce &#224; cette aide financi&#232;re exorbitante qu'il parvient &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
usurper la place qu'on sait et &#224; y faire excuser son incomp&#233;tence &lt;br class='autobr' /&gt;
notoire. C'est &#233;galement en souscrivant un certain nombre de parts &lt;br class='autobr' /&gt;
de fondateur de l'entreprise &#171; Les Revues &#187;, dont d&#233;pendait La Revue &lt;br class='autobr' /&gt;
Marxiste, que M. Baron, qui venait d'h&#233;riter, put croire que de &lt;br class='autobr' /&gt;
plus vastes horizons s'ouvraient devant lui. Or, lorsque &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Naville nous fit part, il y a quelques mois, de son intention &lt;br class='autobr' /&gt;
de faire para&#238;tre Le Camarade, journal qui r&#233;pondait, d'apr&#232;s lui, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la n&#233;cessit&#233; de donner une nouvelle vigueur &#224; la critique &lt;br class='autobr' /&gt;
oppositionnelle mais qui, en r&#233;alit&#233;, devait surtout lui permettre &lt;br class='autobr' /&gt;
de prendre de Fourrier, trop clairvoyant, un de ces cong&#233;s sourds &lt;br class='autobr' /&gt;
dont il a l'habitude, j'ai &#233;t&#233; curieux d'apprendre de sa bouche &lt;br class='autobr' /&gt;
qui faisait les frais de cette publication, publication dont, &lt;br class='autobr' /&gt;
comme je l'ai dit, il devait &#234;tre directeur, et seul directeur &lt;br class='autobr' /&gt;
bien entendu. &#201;taient-ce ces myst&#233;rieux &#171; amis &#187; avec lesquels on &lt;br class='autobr' /&gt;
engage de longues conversations tr&#232;s amusantes &#224; chaque derni&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
page de journal et qu'on pr&#233;tend int&#233;resser si vivement au prix du &lt;br class='autobr' /&gt;
papier ? Non pas. C'&#233;taient purement et simplement M. Pierre &lt;br class='autobr' /&gt;
Naville et son fr&#232;re, pour une somme de quinze mille francs sur &lt;br class='autobr' /&gt;
vingt mille. Le reste &#233;tait fourni par de soi-disant &#171; copains &#187; de &lt;br class='autobr' /&gt;
Souvarine, dont M. Naville dut avouer qu'il ne connaissait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me les noms. On voit que, pour faire pr&#233;dominer son point de vue &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les milieux qui, &#224; cet &#233;gard, devraient se montrer pourtant &lt;br class='autobr' /&gt;
les plus stricts, il importe moins que ce point de vue soit par &lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me imposable que d'&#234;tre le fils d'un banquier. M. Naville, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui pratique avec art, en vue du r&#233;sultat classique, la m&#233;thode de &lt;br class='autobr' /&gt;
division des personnes, ne reculera, c'est bien clair, devant &lt;br class='autobr' /&gt;
aucun moyen pour arriver &#224; r&#233;genter l'opinion r&#233;volutionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, comme dans cette m&#234;me for&#234;t all&#233;gorique o&#249; je voyais tout &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'heure M. Baron d&#233;ployer des gr&#226;ces de t&#234;tard il y a eu d&#233;j&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques mauvais jours pour ce serpent boa de mauvaise mine, il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est fort heureusement pas dit que des dompteurs de la force de &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky et m&#234;me de Souvarine ne finiront pas par mettre &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
raison l'&#233;minent reptile. Pour l'instant nous savons seulement &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il revient de Constantinople en compagnie du petit volatile &lt;br class='autobr' /&gt;
Francis G&#233;rard. Les voyages, qui forment la jeunesse, ne d&#233;forment &lt;br class='autobr' /&gt;
pas la bourse de M. Naville p&#232;re. Il est aussi de tout premier &lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;r&#234;t d'aller d&#233;go&#251;ter L&#233;on Trotsky de ses seuls amis. Une &lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re question, toute platonique, &#224; M. Naville : QUI entretient &lt;br class='autobr' /&gt;
La V&#233;rit&#233;, organe de l'opposition communiste o&#249; votre nom grossit &lt;br class='autobr' /&gt;
chaque semaine et s'&#233;tale d&#232;s maintenant en premi&#232;re page ? Merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'ai cru bon de m'&#233;tendre assez longuement sur de tels sujets, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est d'abord pour signifier que, contrairement &#224; ce qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
voudraient faire croire, tous ceux de nos anciens collaborateurs &lt;br class='autobr' /&gt;
qui se disent aujourd'hui bien revenus du surr&#233;alisme, sans en &lt;br class='autobr' /&gt;
excepter un seul, en ont &#233;t&#233; par nous exclus : encore n'&#233;tait-il &lt;br class='autobr' /&gt;
pas inutile qu'on s&#251;t pour quel genre de raison. C'&#233;tait, ensuite, &lt;br class='autobr' /&gt;
pour montrer que, si le surr&#233;alisme se consid&#232;re comme li&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
indissolublement, par suite des affinit&#233;s que j'ai signal&#233;es, &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;marche de la pens&#233;e marxiste et &#224; cette d&#233;marche seule, il se &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fend et sans doute il se d&#233;fendra longtemps encore de choisir &lt;br class='autobr' /&gt;
entre les deux courants tr&#232;s g&#233;n&#233;raux qui roulent, &#224; l'heure &lt;br class='autobr' /&gt;
actuelle, les uns contre les autres des hommes qui, pour ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
avoir la m&#234;me conception tactique, ne s'en sont pas moins r&#233;v&#233;l&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
de part et d'autre comme de francs r&#233;volutionnaires. Ce n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
au moment o&#249; Trotsky, par une lettre dat&#233;e du 25 septembre 1929, &lt;br class='autobr' /&gt;
accorde que dans l'Internationale, le fait d'une conversion de la &lt;br class='autobr' /&gt;
direction officielle vers la gauche est patent et o&#249;, &lt;br class='autobr' /&gt;
pratiquement, il appuie de toute son autorit&#233; la demande de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;int&#233;gration de Rakovsky, de Kossior et d'Okoudjava, susceptible &lt;br class='autobr' /&gt;
d'entra&#238;ner la sienne propre, que nous allons nous faire plus &lt;br class='autobr' /&gt;
irr&#233;ductibles que lui-m&#234;me. Ce n'est pas au moment o&#249; la seule &lt;br class='autobr' /&gt;
consid&#233;ration du plus p&#233;nible conflit qui soit entra&#238;ne de la part &lt;br class='autobr' /&gt;
de tels hommes, abstraction faite publiquement au moins de leurs &lt;br class='autobr' /&gt;
plus d&#233;finitives r&#233;serves, un nouveau pas dans la voie du &lt;br class='autobr' /&gt;
ralliement, que nous allons, m&#234;me de tr&#232;s loin, chercher &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
envenimer la plaie sentimentale de la r&#233;pression comme le fait &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Pana&#239;t Istrati et comme l'en f&#233;licite M. Naville, tout en lui &lt;br class='autobr' /&gt;
tirant gentiment l'oreille : Istrati, tu aurais mieux fait de ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pas publier un fragment de ton livre dans un organe comme la &lt;br class='autobr' /&gt;
Nouvelle Revue Fran&#231;aise, (32) etc. Notre intervention, en &lt;br class='autobr' /&gt;
pareille mati&#232;re, ne tend qu'&#224; mettre en garde les esprits s&#233;rieux &lt;br class='autobr' /&gt;
contre un petit nombre d'individus que, par exp&#233;rience, nous &lt;br class='autobr' /&gt;
savons &#234;tre des niais, des fumistes ou des intrigants mais, de &lt;br class='autobr' /&gt;
toute mani&#232;re, des &#234;tres r&#233;volutionnairement malintentionn&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; peu pr&#232;s tout ce qu'il nous est actuellement donn&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
faire de ce c&#244;t&#233;. Nous sommes les premiers &#224; regretter que ce soit &lt;br class='autobr' /&gt;
si peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que de tels &#233;carts, de telles volte-face, de tels abus de &lt;br class='autobr' /&gt;
confiance de tous ordres soient possibles sur le terrain m&#234;me o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
je viens de me placer, il faut assur&#233;ment que tout soit un assez &lt;br class='autobr' /&gt;
beau parterre de d&#233;rision et qu'il y ait &#224; peine lieu de compter &lt;br class='autobr' /&gt;
sur l'activit&#233; d&#233;sint&#233;ress&#233;e de plus de quelques hommes &#224; la fois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la t&#226;che r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me, avec toutes les rigueurs &lt;br class='autobr' /&gt;
que son accomplissement suppose, n'est pas de nature &#224; s&#233;parer &lt;br class='autobr' /&gt;
d'embl&#233;e les mauvais des bons et les faux des sinc&#232;res ; si, &#224; son &lt;br class='autobr' /&gt;
plus grand dam, force lui est d'attendre qu'une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements &lt;br class='autobr' /&gt;
ext&#233;rieurs se chargent de d&#233;masquer les uns et de parer d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
reflet d'immortalit&#233; le visage nu des autres, comment veut-on &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il n'en aille pas plus mis&#233;rablement encore de ce qui n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
cette t&#226;che proprement dite et, par exemple, de la t&#226;che &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;aliste dans la mesure o&#249; cette seconde t&#226;che ne se confond &lt;br class='autobr' /&gt;
pas seulement avec la premi&#232;re ? Il est normal que le surr&#233;alisme &lt;br class='autobr' /&gt;
se manifeste au milieu et peut-&#234;tre au prix d'une suite &lt;br class='autobr' /&gt;
ininterrompue de d&#233;faillances, de zigzags et de d&#233;fections qui &lt;br class='autobr' /&gt;
exigent &#224; tout instant la remise en question de ses donn&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
originelles, c'est-&#224;-dire le rappel au principe initial de son &lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233; joint &#224; l'interrogation du demain joueur qui veut que les &lt;br class='autobr' /&gt;
coeurs &#171; s'&#233;prennent &#187; et se d&#233;prennent. Tout n'a pas &#233;t&#233; tent&#233;, je &lt;br class='autobr' /&gt;
dois le dire, pour mener &#224; bien cette entreprise, ne serait-ce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'en tirant parti jusqu'au bout des moyens qui ont &#233;t&#233; d&#233;finis &lt;br class='autobr' /&gt;
pour les n&#244;tres et en &#233;prouvant profond&#233;ment les modes &lt;br class='autobr' /&gt;
d'investigation qui, &#224; l'origine du mouvement qui nous occupe, ont &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; pr&#233;conis&#233;s. Le probl&#232;me de l'action sociale n'est, je tiens &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
y revenir et j'y insiste, qu'une des formes d'un probl&#232;me plus &lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ral que le surr&#233;alisme s'est mis en devoir de soulever et qui &lt;br class='autobr' /&gt;
est celui de l'expression humaine sous toutes ses formes. Qui dit &lt;br class='autobr' /&gt;
expression dit, pour commencer, langage. Il ne faut donc pas &lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;tonner de voir le surr&#233;alisme se situer tout d'abord presque &lt;br class='autobr' /&gt;
uniquement sur le plan du langage et, non plus, au retour de &lt;br class='autobr' /&gt;
quelque incursion que ce soit, y revenir comme pour le plaisir de &lt;br class='autobr' /&gt;
s'y comporter en pays conquis. Rien, en effet, ne peut plus &lt;br class='autobr' /&gt;
emp&#234;cher que, pour une grande part, ce pays soit conquis. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
hordes de mots litt&#233;ralement d&#233;cha&#238;n&#233;s auxquels Dada et le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme ont tenu &#224; ouvrir les portes, quoiqu'on en ait, ne &lt;br class='autobr' /&gt;
sont pas de celles qui se retirent si vainement. Elles p&#233;n&#233;treront &lt;br class='autobr' /&gt;
sans h&#226;te, &#224; coup s&#251;r, dans les petites villes idiotes de la &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;rature qui s'enseigne encore et, confondant sans peine ici &lt;br class='autobr' /&gt;
les bas et les hauts quartiers, elles feront pos&#233;ment une belle &lt;br class='autobr' /&gt;
consommation de tourelles. Sous pr&#233;texte que, par nos soins, la &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;sie est, &#224; ce jour, tout ce qui se trouve s&#233;rieusement &#233;branl&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
la population ne se m&#233;fie pas trop, elle construit &#231;&#224; et l&#224; des &lt;br class='autobr' /&gt;
digues sans importance. On feint de ne pas trop s'apercevoir que &lt;br class='autobr' /&gt;
le m&#233;canisme logique de la phrase se montre &#224; lui seul de plus en &lt;br class='autobr' /&gt;
plus impuissant, chez l'homme, &#224; d&#233;clencher la secousse &#233;motive &lt;br class='autobr' /&gt;
qui donne r&#233;ellement quelque prix &#224; sa vie. Par contre, les &lt;br class='autobr' /&gt;
produits de cette activit&#233; spontan&#233;e ou plus spontan&#233;e, directe ou &lt;br class='autobr' /&gt;
plus directe, comme ceux que lui offre de plus en plus nombreux le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme sous forme de livres, de tableaux et de films et qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
a commenc&#233; par regarder avec stupeur, il s'en entoure maintenant &lt;br class='autobr' /&gt;
et il s'en remet plus ou moins timidement &#224; eux du soin de &lt;br class='autobr' /&gt;
bouleverser sa fa&#231;on de sentir. Je sais : cet homme n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
encore tout homme et il faut lui laisser &#171; le temps &#187; de le devenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais voyez de quelle admirable et perverse insinuation se sont &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; montr&#233;es capables un petit nombre d'oeuvres toutes modernes, &lt;br class='autobr' /&gt;
celles m&#234;me dont le moins qu'on puisse dire est qu'il y r&#232;gne un &lt;br class='autobr' /&gt;
air particuli&#232;rement insalubre : Baudelaire, Rimbaud (en d&#233;pit des &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;serves que j'ai faites), Huysmans, Lautr&#233;amont, pour m'en tenir &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la po&#233;sie. Ne craignons pas de nous faire une loi de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
insalubrit&#233;. Il doit ne pas pouvoir &#234;tre dit que nous n'avons pas &lt;br class='autobr' /&gt;
tout fait pour an&#233;antir cette stupide illusion de bonheur et &lt;br class='autobr' /&gt;
d'entente que ce sera la gloire du XIXe si&#232;cle d'avoir d&#233;nonc&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, nous n'avons pas cess&#233; d'aimer fanatiquement ces rayons de &lt;br class='autobr' /&gt;
soleil pleins de miasmes. Mais, &#224; l'heure o&#249; les pouvoirs publics, &lt;br class='autobr' /&gt;
en France, s'appr&#234;tent &#224; c&#233;l&#233;brer grotesquement par des f&#234;tes le &lt;br class='autobr' /&gt;
centenaire du romantisme, nous disons, nous, que ce romantisme &lt;br class='autobr' /&gt;
dont nous voulons bien, historiquement, passer aujourd'hui pour la &lt;br class='autobr' /&gt;
queue, mais alors la queue tellement pr&#233;hensile, de par son &lt;br class='autobr' /&gt;
essence m&#234;me en 1930 r&#233;side tout entier dans la n&#233;gation de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoirs et de ces f&#234;tes, qu'avoir cent ans d'existence pour lui &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est la jeunesse, que ce qu'on a appel&#233; &#224; tort son &#233;poque &lt;br class='autobr' /&gt;
h&#233;ro&#239;que ne peut plus honn&#234;tement passer que pour le vagissement &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un &#234;tre qui commence seulement &#224; faire conna&#238;tre son d&#233;sir &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
travers nous et qui, si l'on admet que ce qui a &#233;t&#233; pens&#233; avant &lt;br class='autobr' /&gt;
lui - &#171; classiquement &#187; -&#233;tait le bien, veut incontestablement tout &lt;br class='autobr' /&gt;
le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle qu'ait &#233;t&#233; l'&#233;volution du surr&#233;alisme dans le domaine &lt;br class='autobr' /&gt;
politique, si pressant que nous en soit venu l'ordre de n'avoir &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
compter pour la lib&#233;ration de l'homme, premi&#232;re condition de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit, que sur la R&#233;volution prol&#233;tarienne, je puis bien dire &lt;br class='autobr' /&gt;
que nous n'avons trouv&#233; aucune raison valable de revenir sur les &lt;br class='autobr' /&gt;
moyens d'expression qui nous sont propres et dont &#224; l'usage il &lt;br class='autobr' /&gt;
nous a &#233;t&#233; donn&#233; de v&#233;rifier qu'ils nous servaient bien. Passe qui &lt;br class='autobr' /&gt;
voudra condamnation sur telle image sp&#233;cifiquement surr&#233;aliste que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'ai pu, au hasard d'une pr&#233;face, employer, on n'en sera pas &lt;br class='autobr' /&gt;
quitte pour cela avec les images. &#171; Cette famille est une nich&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
chiens &#187; (Rimbaud). Quand, avec un tel propos distrait de son &lt;br class='autobr' /&gt;
contexte, on aura fait beaucoup de gorges chaudes, on n'aura &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ussi &#224; grouper que beaucoup d'ignorants. On ne sera pas parvenu &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; accr&#233;diter, aux d&#233;pens des n&#244;tres, des proc&#233;d&#233;s n&#233;o-&lt;br class='autobr' /&gt;
naturalistes, c'est-&#224;-dire &#224; faire bon march&#233; de tout ce qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
depuis le naturalisme, a constitu&#233; les plus importantes conqu&#234;tes &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'esprit. Je rappelle ici quelle r&#233;ponse j'ai faite, en &lt;br class='autobr' /&gt;
septembre 1928, &#224; ces deux questions qui m'avaient &#233;t&#233; pos&#233;es : &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176; Croyez-vous que la production artistique et litt&#233;raire soit un &lt;br class='autobr' /&gt;
ph&#233;nom&#232;ne purement individuel ? Ne pensez-vous pas qu'elle puisse &lt;br class='autobr' /&gt;
ou doive &#234;tre le reflet des grands courants qui d&#233;terminent &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;volution &#233;conomique et sociale de l'humanit&#233; ? 2&#176; Croyez-vous &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'existence d'une litt&#233;rature et d'un art exprimant les &lt;br class='autobr' /&gt;
aspirations de la classe ouvri&#232;re ? Quels en sont, selon vous, les &lt;br class='autobr' /&gt;
principaux repr&#233;sentants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Assur&#233;ment, il en va de la production artistique et litt&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt;
comme de tout ph&#233;nom&#232;ne intellectuel en ce sens qu'il ne saurait &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
son propos se poser d'autre probl&#232;me que celui de la souverainet&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
de la pens&#233;e. C'est dire qu'il est impossible de r&#233;pondre &#224; votre &lt;br class='autobr' /&gt;
premi&#232;re question par l'affirmative ou la n&#233;gative et que la seule &lt;br class='autobr' /&gt;
attitude philosophique observable en pareil cas consiste &#224; faire &lt;br class='autobr' /&gt;
valoir &#171; la contradiction (qui existe) entre le caract&#232;re de la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e humaine que nous nous repr&#233;sentons comme absolue et la &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; de cette pens&#233;e en une foule d'&#234;tres humains individuels &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la pens&#233;e limit&#233;e : c'est l&#224; une contradiction qui ne peut &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;solue que dans le progr&#232;s infini, dans la s&#233;rie au moins &lt;br class='autobr' /&gt;
pratiquement infinie des g&#233;n&#233;rations humaines successives. En ce &lt;br class='autobr' /&gt;
sens la pens&#233;e humaine poss&#232;de la souverainet&#233; et ne la poss&#232;de &lt;br class='autobr' /&gt;
pas ; et sa capacit&#233; de conna&#238;tre est aussi illimit&#233;e que limit&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Souveraine et illimit&#233;e par sa nature, sa vocation, en puissance, &lt;br class='autobr' /&gt;
et quant &#224; son but final dans l'histoire ; mais sans souverainet&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
et limit&#233;e en chacune de ses r&#233;alisations et en l'un quelconque de &lt;br class='autobr' /&gt;
ses &#233;tats &#187;. (Engels : La Morale et le Droit. V&#233;rit&#233;s &#233;ternelles.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pens&#233;e, dans le domaine o&#249; vous me demandez d'en consid&#233;rer &lt;br class='autobr' /&gt;
telle expression particuli&#232;re, ne peut qu'osciller entre la &lt;br class='autobr' /&gt;
conscience de sa parfaite autonomie et celle de son &#233;troite &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;pendance. De notre temps, la production artistique et litt&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt;
me para&#238;t toute enti&#232;re sacrifi&#233;e aux besoins que ce drame, au &lt;br class='autobr' /&gt;
bout d'un si&#232;cle de philosophie et de po&#233;sie vraiment d&#233;chirantes &lt;br class='autobr' /&gt;
(Hegel, Feuerbach, Marx, Lautr&#233;amont, Rimbaud, Jarry, Freud, &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaplin, Trotsky) a de se d&#233;nouer. Dans ces conditions, dire que &lt;br class='autobr' /&gt;
cette production peut ou doit &#234;tre le reflet des grands courants &lt;br class='autobr' /&gt;
qui d&#233;terminent l'&#233;volution &#233;conomique et sociale de l'humanit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
serait porter un jugement assez vulgaire, impliquant la &lt;br class='autobr' /&gt;
reconnaissance purement circonstancielle de la pens&#233;e et faisant &lt;br class='autobr' /&gt;
bon march&#233; de sa nature fonci&#232;re : tout &#224; la fois inconditionn&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
et conditionn&#233;e, utopique et r&#233;aliste, trouvant sa fin en elle-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me et n'aspirant qu'&#224; servir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Je ne crois pas &#224; la possibilit&#233; d'existence actuelle d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;rature ou d'un art exprimant les aspirations de la classe &lt;br class='autobr' /&gt;
ouvri&#232;re. Si je me refuse &#224; y croire, c'est qu'en p&#233;riode pr&#233;-&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire l'&#233;crivain ou l'artiste, de formation &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;cessairement bourgeoise, est par d&#233;finition inapte &#224; les &lt;br class='autobr' /&gt;
traduire. Je ne nie pas qu'il puisse s'en faire id&#233;e et que, dans &lt;br class='autobr' /&gt;
des conditions morales assez exceptionnellement remplies, il soit &lt;br class='autobr' /&gt;
capable de concevoir la relativit&#233; de toute cause en fonction de &lt;br class='autobr' /&gt;
la cause prol&#233;tarienne. J'en fais pour lui une question de &lt;br class='autobr' /&gt;
sensibilit&#233; et d'honn&#234;tet&#233;. Il n'&#233;chappera pas pour cela au doute &lt;br class='autobr' /&gt;
remarquable, inh&#233;rent aux moyens d'expression qui sont les siens, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui le force &#224; consid&#233;rer, en lui-m&#234;me et pour lui seul, sous un &lt;br class='autobr' /&gt;
angle tr&#232;s sp&#233;cial l'oeuvre qu'il se propose d'accomplir. Cette &lt;br class='autobr' /&gt;
oeuvre, pour &#234;tre viable, demande &#224; &#234;tre situ&#233;e par rapport &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
certaines autres d&#233;j&#224; existantes et doit ouvrir, &#224; son tour, une &lt;br class='autobr' /&gt;
voie. Toutes proportions gard&#233;es, il serait aussi vain de &lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;lever, par exemple, contre l'affirmation d'un d&#233;terminisme &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;tique, dont les lois ne sont pas impromulgables, que contre &lt;br class='autobr' /&gt;
celle du mat&#233;rialisme dialectique. Je demeure, pour ma part, &lt;br class='autobr' /&gt;
convaincu que les deux ordres d'&#233;volution sont rigoureusement &lt;br class='autobr' /&gt;
semblables et qu'ils ont, de plus, ceci de commun qu'ils ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pardonnent pas. De m&#234;me que les pr&#233;visions de Marx, en ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
concerne presque tous les &#233;v&#233;nements ext&#233;rieurs survenus de sa &lt;br class='autobr' /&gt;
mort &#224; nos jours, se sont montr&#233;s justes, je ne vois pas ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
pourrait infirmer une seule parole de Lautr&#233;amont, touchant aux &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#233;nements qui n'int&#233;ressent que l'esprit. Par contre, aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
fausse que toute entreprise d'explication sociale autre que celle &lt;br class='autobr' /&gt;
de Marx est pour moi tout essai de d&#233;fense et d'illustration d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;rature et d'un art dits &#171; prol&#233;tariens &#187;, &#224; une &#233;poque o&#249; nul &lt;br class='autobr' /&gt;
ne saurait se r&#233;clamer de la culture prol&#233;tarienne, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
l'excellente raison que cette culture n'a pu encore &#234;tre r&#233;alis&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me en r&#233;gime prol&#233;tarien. &#171; Les vagues th&#233;ories sur la culture &lt;br class='autobr' /&gt;
prol&#233;tarienne, con&#231;ues par analogie et par antith&#232;se avec la &lt;br class='autobr' /&gt;
culture bourgeoise, r&#233;sultent de comparaisons entre le prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
et la bourgeoisie, auxquelles l'esprit critique est tout &#224; fait &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tranger... Il est certain qu'un moment viendra, dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; nouvelle, o&#249; l'&#233;conomique, la culture, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'art, auront la plus grande libert&#233; de mouvement - de progr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous ne pouvons nous livrer sur ce sujet qu'&#224; des conjectures &lt;br class='autobr' /&gt;
fantaisistes. Dans une soci&#233;t&#233; qui se sera d&#233;barrass&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'accablant souci du pain quotidien, o&#249; les blanchisseries &lt;br class='autobr' /&gt;
communales laveront bien le bon linge de tout le monde, o&#249; les &lt;br class='autobr' /&gt;
enfants, - tous les enfants -bien nourris, bien portants et gais, &lt;br class='autobr' /&gt;
absorberont les &#233;l&#233;ments de la science et de l'art comme l'air et &lt;br class='autobr' /&gt;
la lumi&#232;re du soleil, o&#249; il n'y aura plus de &#171; bouches inutiles &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; l'&#233;go&#239;sme lib&#233;r&#233; de l'homme - puissance formidable -ne tendra &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; la connaissance, &#224; la transformation et &#224; l'am&#233;lioration de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'univers, - dans cette soci&#233;t&#233; le dynamisme de la culture ne sera &lt;br class='autobr' /&gt;
comparable &#224; rien de ce que nous connaissons par le pass&#233;. Mais &lt;br class='autobr' /&gt;
nous n'y arriverons qu'apr&#232;s une longue et p&#233;nible transition, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
est encore presque toute devant nous. &#187; (Trotsky, &#171; R&#233;volution et &lt;br class='autobr' /&gt;
culture &#187;, Clart&#233;, 1er novembre 1923.) Ces admirables propos me &lt;br class='autobr' /&gt;
semblent faire justice, une fois pour toutes, de la pr&#233;tention des &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques fumistes et des quelques roublards qui se donnent &lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui en France, sous la dictature de Poincar&#233;, pour des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crivains et des artistes prol&#233;tariens, sous pr&#233;texte que dans &lt;br class='autobr' /&gt;
leur production tout n'est que laideur et que mis&#232;re, de ceux qui &lt;br class='autobr' /&gt;
ne con&#231;oivent rien au-del&#224; de l'immonde reportage, du monument &lt;br class='autobr' /&gt;
fun&#233;raire et du croquis de bagne, qui ne savent qu'agiter sous nos &lt;br class='autobr' /&gt;
yeux le spectre de Zola, Zola qu'ils fouillent sans parvenir &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
rien lui soustraire et qui, abusant ici sans vergogne tout ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
vit, souffre, gronde et esp&#232;re, s'opposent &#224; toute recherche &lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;rieuse, travaillent &#224; rendre impossible toute d&#233;couverte, et, &lt;br class='autobr' /&gt;
sous couleur de donner ce qu'ils savent &#234;tre irrecevable : &lt;br class='autobr' /&gt;
l'intelligence imm&#233;diate et g&#233;n&#233;rale de ce qui se cr&#233;e, sont, en &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me temps que les pires contempteurs de l'esprit, les plus s&#251;rs &lt;br class='autobr' /&gt;
contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est regrettable, je commen&#231;ais &#224; le dire plus haut, que des &lt;br class='autobr' /&gt;
efforts plus syst&#233;matiques et plus suivis, comme n'a pas encore &lt;br class='autobr' /&gt;
cess&#233; d'en r&#233;clamer le surr&#233;alisme, n'aient &#233;t&#233; fournis dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
voie de l'&#233;criture automatique, par exemple, et des r&#233;cits de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#234;ves. Malgr&#233; l'insistance que nous avons mise &#224; introduire des &lt;br class='autobr' /&gt;
textes de ce caract&#232;re dans les publications surr&#233;alistes et la &lt;br class='autobr' /&gt;
place remarquable qu'ils occupent dans certains ouvrages, il faut &lt;br class='autobr' /&gt;
avouer que leur int&#233;r&#234;t a quelquefois peine &#224; s'y soutenir ou &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils y font un peu trop l'effet de &#171; morceaux de bravoure &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apparition d'un poncif indiscutable &#224; l'int&#233;rieur de ces textes &lt;br class='autobr' /&gt;
est aussi tout &#224; fait pr&#233;judiciable &#224; l'esp&#232;ce de conversion que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulions op&#233;rer par eux. La faute en est &#224; la tr&#232;s grande &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gligence de la plupart de leurs auteurs qui se satisfirent &lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralement de laisser courir la plume sur le papier sans &lt;br class='autobr' /&gt;
observer le moins du monde ce qui se passait alors en eux, - ce &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;doublement &#233;tant pourtant plus facile &#224; saisir et plus &lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;ressant &#224; consid&#233;rer que celui de l'&#233;criture r&#233;fl&#233;chie -ou de &lt;br class='autobr' /&gt;
rassembler d'une mani&#232;re plus ou moins arbitraire des &#233;l&#233;ments &lt;br class='autobr' /&gt;
oniriques destin&#233;s davantage &#224; faire valoir leur pittoresque qu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
permettre d'apercevoir utilement leur jeu. Une telle confusion &lt;br class='autobr' /&gt;
est, bien entendu, de nature &#224; nous priver de tout le b&#233;n&#233;fice que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous pourrions trouver &#224; ces sortes d'op&#233;rations. La grande valeur &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles pr&#233;sentent pour le surr&#233;alisme tient, en effet, &#224; ce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles sont susceptibles de nous livrer des &#233;tendues logiques &lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;res, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment celles o&#249; jusqu'ici la facult&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
logique, exerc&#233;e en tout et pour tout dans le conscient, n'agit &lt;br class='autobr' /&gt;
pas. Que dis-je ! Non seulement ces &#233;tendues logiques restent &lt;br class='autobr' /&gt;
inexplor&#233;es, mais encore on demeure aussi peu renseign&#233; que jamais &lt;br class='autobr' /&gt;
sur l'origine de cette voix qu'il ne tient qu'&#224; chacun d'entendre, &lt;br class='autobr' /&gt;
et qui nous entretient le plus singuli&#232;rement d'autre chose que ce &lt;br class='autobr' /&gt;
que nous croyons penser, et parfois prend un ton grave alors que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous nous sentons le plus l&#233;gers, ou nous conte des sornettes dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le malheur. Elle n'ob&#233;it pas, d'ailleurs, &#224; ce simple besoin de &lt;br class='autobr' /&gt;
contradiction... Tandis que je suis assis devant ma table, elle &lt;br class='autobr' /&gt;
m'entretient d'un homme qui sort d'un foss&#233; sans me dire, bien &lt;br class='autobr' /&gt;
entendu, qui il est ; si j'insiste elle me le repr&#233;sente assez &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cis&#233;ment : non, d&#233;cid&#233;ment je ne connais pas cet homme. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
temps de noter cela, et d&#233;j&#224; cet homme est perdu. J'&#233;coute, je &lt;br class='autobr' /&gt;
suis loin du &#171; Second manifeste du surr&#233;alisme &#187;... Il ne faut pas &lt;br class='autobr' /&gt;
multiplier les exemples : c'est elle qui parle ainsi... Parce que &lt;br class='autobr' /&gt;
les exemples boivent... Pardon, moi non plus je ne comprends pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le tout serait de savoir jusqu'&#224; quel point cette voix est &lt;br class='autobr' /&gt;
autoris&#233;e, par exemple pour me reprendre : il ne faut pas &lt;br class='autobr' /&gt;
multiplier les exemples (et l'on sait, depuis Les Chants de &lt;br class='autobr' /&gt;
Maldoror, de quel merveilleux d&#233;li&#233; peuvent &#234;tre ses interventions &lt;br class='autobr' /&gt;
critiques). Quand elle me r&#233;pond que les exemples boivent (?) est-&lt;br class='autobr' /&gt;
ce une fa&#231;on pour la puissance qui l'emprunte de se d&#233;rober, et &lt;br class='autobr' /&gt;
alors pourquoi se d&#233;robe-t-elle ? Allait-elle s'expliquer &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'instant o&#249; je me suis h&#226;t&#233; de la surprendre sans la saisir ? Un &lt;br class='autobr' /&gt;
tel probl&#232;me n'est pas seulement d'int&#233;r&#234;t surr&#233;aliste. Nul ne &lt;br class='autobr' /&gt;
fait, en s'exprimant, mieux que s'accommoder d'une possibilit&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
conciliation tr&#232;s obscure de ce qu'il savait avoir &#224; dire avec ce &lt;br class='autobr' /&gt;
que, sur le m&#234;me sujet, il ne savait pas avoir &#224; dire et que &lt;br class='autobr' /&gt;
cependant il a dit. La pens&#233;e la plus rigoureuse est hors d'&#233;tat &lt;br class='autobr' /&gt;
de se passer de ce secours pourtant ind&#233;sirable du point de vue de &lt;br class='autobr' /&gt;
la rigueur. Il y a bel et bien torpillage de l'id&#233;e au sein de la &lt;br class='autobr' /&gt;
phrase qui l'&#233;nonce, quand bien m&#234;me cette phrase serait nette de &lt;br class='autobr' /&gt;
toute charmante libert&#233; prise avec son sens. Le dada&#239;sme avait &lt;br class='autobr' /&gt;
surtout voulu attirer l'attention sur ce torpillage. On sait que &lt;br class='autobr' /&gt;
le surr&#233;alisme s'est pr&#233;occup&#233;, par l'appel &#224; l'automatisme, de &lt;br class='autobr' /&gt;
mettre &#224; l'abri de ce torpillage un b&#226;timent quelconque : quelque &lt;br class='autobr' /&gt;
chose comme un vaisseau-fant&#244;me (cette image, dont on a cru &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir se servir contre moi, si us&#233;e soit-elle, me para&#238;t bonne &lt;br class='autobr' /&gt;
et je la reprends).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nous, disais-je donc, de chercher &#224; apercevoir de plus en plus &lt;br class='autobr' /&gt;
clairement ce qui se trame &#224; l'insu de l'homme dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
profondeurs de son esprit, quand bien m&#234;me il commencerait par &lt;br class='autobr' /&gt;
nous en vouloir de son propre tourbillon. Nous sommes loin, en &lt;br class='autobr' /&gt;
tout ceci, de vouloir r&#233;duire la part du d&#233;m&#234;lable et rien ne &lt;br class='autobr' /&gt;
saurait s'imposer moins que nous renvoyer &#224; l'&#233;tude scientifique &lt;br class='autobr' /&gt;
des &#171; complexes &#187;. Certes le surr&#233;alisme, que nous avons vu &lt;br class='autobr' /&gt;
socialement adopter de propos d&#233;lib&#233;r&#233; la formule marxiste, &lt;br class='autobr' /&gt;
n'entend pas faire bon march&#233; de la critique freudienne des &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es : tout au contraire il tient cette critique pour la premi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
et pour la seule vraiment fond&#233;e. S'il lui est impossible &lt;br class='autobr' /&gt;
d'assister indiff&#233;rent au d&#233;bat qui met aux prises sous ses yeux &lt;br class='autobr' /&gt;
les repr&#233;sentants qualifi&#233;s des diverses tendances &lt;br class='autobr' /&gt;
psychanalytiques - tout comme il est amen&#233;, au jour le jour, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
consid&#233;rer avec passion la lutte qui se poursuit &#224; la t&#234;te de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'Internationale -il n'a pas &#224; intervenir dans une controverse qui &lt;br class='autobr' /&gt;
lui para&#238;t ne pouvoir longtemps encore se poursuivre utilement &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'entre praticiens. Ce n'est pas l&#224; le domaine dans lequel il &lt;br class='autobr' /&gt;
entend faire valoir le r&#233;sultat de ses exp&#233;riences personnelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, comme il est donn&#233; de par leur nature &#224; ceux qu'il rassemble &lt;br class='autobr' /&gt;
de prendre en consid&#233;ration toute sp&#233;ciale cette donn&#233;e freudienne &lt;br class='autobr' /&gt;
sous le coup de laquelle tombe la plus grande partie de leur &lt;br class='autobr' /&gt;
agitation en tant qu'hommes - souci de cr&#233;er, de d&#233;truire &lt;br class='autobr' /&gt;
artistiquement -je veux parler de la d&#233;finition du ph&#233;nom&#232;ne de &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; sublimation (33) &#187;, le surr&#233;alisme demande essentiellement &#224; ceux-&lt;br class='autobr' /&gt;
ci d'apporter &#224; l'accomplissement de leur mission une conscience &lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle, de faire en sorte de suppl&#233;er par une auto-observation &lt;br class='autobr' /&gt;
qui pr&#233;sente une valeur exceptionnelle dans leur cas &#224; ce que &lt;br class='autobr' /&gt;
laisse d'insuffisant la p&#233;n&#233;tration des &#233;tats d'&#226;mes dits &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; artistiques &#187; par des hommes qui ne sont pas artistes mais pour la &lt;br class='autobr' /&gt;
plupart m&#233;decins. Par ailleurs il exige que, par le chemin inverse &lt;br class='autobr' /&gt;
de celui que nous venons de les voir suivre, ceux qui poss&#232;dent, &lt;br class='autobr' /&gt;
au sens freudien, la &#171; pr&#233;cieuse facult&#233; &#187; dont nous parlons, &lt;br class='autobr' /&gt;
s'appliquent &#224; &#233;tudier sous ce jour le m&#233;canisme complexe entre &lt;br class='autobr' /&gt;
tous de l'inspiration et, &#224; partir du moment o&#249; l'on cesse de &lt;br class='autobr' /&gt;
tenir celle-ci pour une chose sacr&#233;e, que, tout &#224; la confiance &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils ont en son extraordinaire vertu, ils ne songent qu'&#224; faire &lt;br class='autobr' /&gt;
tomber ses derniers liens, voire - ce qu'on n'eut jamais encore &lt;br class='autobr' /&gt;
os&#233; concevoir -&#224; se la soumettre. Inutile de s'embarrasser &#224; ce &lt;br class='autobr' /&gt;
propos de subtilit&#233;s, on sait assez ce qu'est l'inspiration. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'y a pas &#224; s'y m&#233;prendre ; c'est elle qui a pourvu aux besoins &lt;br class='autobr' /&gt;
supr&#234;mes d'expression en tout temps et en tous lieux. On dit &lt;br class='autobr' /&gt;
commun&#233;ment qu'elle y est ou qu'elle n'y est pas et, si elle n'y &lt;br class='autobr' /&gt;
est pas, rien de ce que sugg&#232;rent aupr&#232;s d'elle l'habilet&#233; humaine &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'oblit&#232;rent l'int&#233;r&#234;t, l'intelligence discursive et le talent &lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'acquiert par le travail, ne peut nous gu&#233;rir de son absence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous la reconnaissons sans peine &#224; cette prise de possession &lt;br class='autobr' /&gt;
totale de notre esprit qui, de loin en loin, emp&#234;che que pour tout &lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;me pos&#233; nous soyons le jouet d'une solution rationnelle &lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t que d'une autre solution rationnelle, &#224; cette sorte de &lt;br class='autobr' /&gt;
court-circuit qu'elle provoque entre une id&#233;e donn&#233;e et sa &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pondante (&#233;crite par exemple). Tout comme dans le monde &lt;br class='autobr' /&gt;
physique, le court-circuit se produit quand les deux &#171; p&#244;les &#187; de la &lt;br class='autobr' /&gt;
machine se trouvent r&#233;unis par un conducteur de r&#233;sistance nulle &lt;br class='autobr' /&gt;
ou trop faible. En po&#233;sie, en peinture, le surr&#233;alisme a fait &lt;br class='autobr' /&gt;
l'impossible pour multiplier ces courts-circuits. Il ne tient et &lt;br class='autobr' /&gt;
il ne tiendra jamais &#224; rien tant qu'&#224; reproduire artificiellement &lt;br class='autobr' /&gt;
ce moment id&#233;al o&#249; l'homme, en proie &#224; une &#233;motion particuli&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
est soudain empoign&#233; par ce &#171; plus fort que lui &#187; qui le jette, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
son corps d&#233;fendant, dans l'immortel. Lucide, &#233;veill&#233;, c'est avec &lt;br class='autobr' /&gt;
terreur qu'il sortirait de ce mauvais pas. Le tout est qu'il n'en &lt;br class='autobr' /&gt;
soit pas libre, qu'il continue &#224; parler tout le temps que dure la &lt;br class='autobr' /&gt;
myst&#233;rieuse sonnerie : c'est, en effet, par o&#249; il cesse de &lt;br class='autobr' /&gt;
s'appartenir qu'il nous appartient. Ces produits de l'activit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
psychique, aussi distraits que possible de la volont&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
signifier, aussi all&#233;g&#233;s que possible des id&#233;es de responsabilit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours pr&#234;tes &#224; agir comme freins, aussi ind&#233;pendants que &lt;br class='autobr' /&gt;
possible de tout ce qui n'est pas la vie passive de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'intelligence, ces produits que sont l'&#233;criture automatique et &lt;br class='autobr' /&gt;
les r&#233;cits de r&#234;ves (34) pr&#233;sentent &#224; la fois l'avantage d'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
seuls &#224; fournir des &#233;l&#233;ments d'appr&#233;ciation de grand style &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
critique qui, dans le domaine artistique, se montre &#233;trangement &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sempar&#233;e, de permettre un reclassement g&#233;n&#233;ral des valeurs &lt;br class='autobr' /&gt;
lyriques et de proposer une cl&#233; qui, capable d'ouvrir ind&#233;finiment &lt;br class='autobr' /&gt;
cette bo&#238;te &#224; multiple fond qui s'appelle l'homme, le dissuade de &lt;br class='autobr' /&gt;
faire demi-tour, pour des raisons de conservation simple, quand il &lt;br class='autobr' /&gt;
se heurte dans l'ombre aux portes ext&#233;rieurement ferm&#233;es de l'&#171; au-&lt;br class='autobr' /&gt;
del&#224; &#187;, de la r&#233;alit&#233;, de la raison, du g&#233;nie et de l'amour. Un &lt;br class='autobr' /&gt;
jour viendra o&#249; l'on ne se permettra plus d'en user cavali&#232;rement, &lt;br class='autobr' /&gt;
comme on l'a fait, avec ces preuves palpables d'une existence &lt;br class='autobr' /&gt;
autre que celle que nous pensons mener. On s'&#233;tonnera alors que, &lt;br class='autobr' /&gt;
serrant la v&#233;rit&#233; d'aussi pr&#232;s que nous l'avons fait, nous ayons &lt;br class='autobr' /&gt;
pris soin dans l'ensemble de nous m&#233;nager un alibi litt&#233;raire ou &lt;br class='autobr' /&gt;
autre plut&#244;t que, sans savoir nager, de nous jeter &#224; l'eau, sans &lt;br class='autobr' /&gt;
croire au ph&#233;nix, d'entrer dans le feu pour atteindre cette &lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute, je le r&#233;p&#232;te, n'en aura pas &#233;t&#233; &#224; nous tous &lt;br class='autobr' /&gt;
indistinctement. En traitant du manque de rigueur et de puret&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
dans lequel ont quelque peu sombr&#233; ces d&#233;marches &#233;l&#233;mentaires, je &lt;br class='autobr' /&gt;
compte bien faire apercevoir ce qu'il y a de contamin&#233;, &#224; l'heure &lt;br class='autobr' /&gt;
actuelle, dans ce qui passe, &#224; travers d&#233;j&#224; trop d'oeuvres, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
l'expression valable du surr&#233;alisme. Je nie, pour une grande part, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ad&#233;quation de cette expression &#224; cette id&#233;e. C'est &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'innocence, &#224; la col&#232;re de quelques hommes &#224; venir qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
appartiendra de d&#233;gager du surr&#233;alisme ce qui ne peut manquer &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#234;tre encore vivant, de le restituer, au prix d'un assez beau &lt;br class='autobr' /&gt;
saccage, &#224; son but propre. D'ici l&#224; il nous suffira, &#224; mes amis et &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; moi, d'en redresser, comme je le fais ici, d'un coup d'&#233;paule la &lt;br class='autobr' /&gt;
silhouette inutilement charg&#233;e de fleurs mais toujours imp&#233;rieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
La tr&#232;s faible mesure dans laquelle, d'ores et d&#233;j&#224;, le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme nous &#233;chappe n'est, d'ailleurs, pas pour nous faire &lt;br class='autobr' /&gt;
craindre qu'il serve &#224; d'autres contre nous. Il est, &lt;br class='autobr' /&gt;
naturellement, dommage que Vigny ait &#233;t&#233; un &#234;tre si pr&#233;tentieux et &lt;br class='autobr' /&gt;
si b&#234;te, que Gautier ait eu une vieillesse g&#226;teuse, mais ce n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas dommage pour le romantisme. On s'attriste de penser que &lt;br class='autobr' /&gt;
Mallarm&#233; fut un parfait petit bourgeois, ou qu'il y eut des gens &lt;br class='autobr' /&gt;
pour croire &#224; la valeur de Mor&#233;as, mais, si le symbolisme &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
quelque chose, on ne s'attristerait pas pour le symbolisme, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
De la m&#234;me mani&#232;re, je ne pense pas qu'il y ait grave inconv&#233;nient &lt;br class='autobr' /&gt;
pour le surr&#233;alisme &#224; enregistrer la perte de telle ou telle &lt;br class='autobr' /&gt;
individualit&#233; m&#234;me brillante, et notamment au cas o&#249; celle-ci qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
par l&#224; m&#234;me, n'est plus enti&#232;re, indique par tout son comportement &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle d&#233;sire rentrer dans la norme. C'est ainsi qu'apr&#232;s lui &lt;br class='autobr' /&gt;
avoir laiss&#233; un temps incroyable pour se reprendre &#224; ce que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
esp&#233;rions n'&#234;tre qu'un abus passager de sa facult&#233; critique, &lt;br class='autobr' /&gt;
j'estime que nous nous trouvons dans l'obligation de signifier &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
Desnos que, n'attendant absolument plus rien de lui, nous ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvons que le lib&#233;rer de tout engagement pris nagu&#232;re vis-&#224;-vis &lt;br class='autobr' /&gt;
de nous. Sans doute je m'acquitte de cette t&#226;che avec une certaine &lt;br class='autobr' /&gt;
tristesse. &#192; l'encontre de nos premiers compagnons de route que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous n'avons jamais song&#233; &#224; retenir, Desnos a jou&#233; dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme un r&#244;le n&#233;cessaire, inoubliable et le moment serait &lt;br class='autobr' /&gt;
sans doute plus mal choisi qu'aucun autre pour le contester. (Mais &lt;br class='autobr' /&gt;
Chirico aussi, n'est-ce pas, et cependant...) Des livres comme &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuil pour Deuil, La Libert&#233;, ou l'Amour !, C'est les bottes de &lt;br class='autobr' /&gt;
sept lieues cette phrase : Je me vois, et tout ce que la l&#233;gende, &lt;br class='autobr' /&gt;
moins belle que la r&#233;alit&#233;, accordera &#224; Desnos pour prix d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233; qui ne se d&#233;pensa pas uniquement &#224; &#233;crire des livres, &lt;br class='autobr' /&gt;
militeront longtemps en faveur de ce qu'il est maintenant en &lt;br class='autobr' /&gt;
posture de combattre. Qu'il suffise de savoir que ceci se passait &lt;br class='autobr' /&gt;
il y a quatre ou cinq ans. Depuis lors, Desnos, grandement &lt;br class='autobr' /&gt;
desservi dans ce domaine par les puissances m&#234;mes qui l'avaient &lt;br class='autobr' /&gt;
quelque temps soulev&#233; et dont il para&#238;t ignorer encore qu'elles &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient des puissances de t&#233;n&#232;bres, s'avisa malheureusement d'agir &lt;br class='autobr' /&gt;
sur le plan r&#233;el o&#249; il n'&#233;tait qu'un homme plus seul et plus &lt;br class='autobr' /&gt;
pauvre qu'un autre, comme ceux qui ont vu, je dis : vu, ce que les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres craignent de voir et qui, plut&#244;t qu'&#224; vivre ce qui est, &lt;br class='autobr' /&gt;
sont condamn&#233;s &#224; vivre ce qui &#171; fut &#187; et ce qui &#171; sera &#187;. &#171; Faute de &lt;br class='autobr' /&gt;
culture philosophique &#187;, comme il l'avance aujourd'hui &lt;br class='autobr' /&gt;
ironiquement, faute de culture philosophique non pas, mais peut-&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre faute d'esprit philosophique et faute aussi, par suite, de &lt;br class='autobr' /&gt;
savoir pr&#233;f&#233;rer son personnage int&#233;rieur &#224; tel ou tel personnage &lt;br class='autobr' /&gt;
ext&#233;rieur de l'histoire - tout de m&#234;me quelle id&#233;e enfantine : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre Robespierre ou Hugo ! Tous ceux qui le connaissent savent que &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est ce qui aura emp&#234;ch&#233; Desnos d'&#234;tre Desnos -il crut pouvoir se &lt;br class='autobr' /&gt;
livrer impun&#233;ment &#224; une des activit&#233;s les plus p&#233;rilleuses qui &lt;br class='autobr' /&gt;
soient, l'activit&#233; journalistique, et n&#233;gliger en fonction d'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;pondre pour son compte &#224; un petit nombre de sommations &lt;br class='autobr' /&gt;
brutales en face desquelles, chemin faisant, le surr&#233;alisme s'est &lt;br class='autobr' /&gt;
trouv&#233; : marxisme ou antimarxisme, par exemple. Maintenant que &lt;br class='autobr' /&gt;
cette m&#233;thode individualiste a fait ses preuves, que cette &lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233; chez Desnos a compl&#232;tement d&#233;vor&#233; l'autre, il nous est &lt;br class='autobr' /&gt;
cruellement impossible de ne pas d&#233;poser, &#224; ce sujet, de &lt;br class='autobr' /&gt;
conclusions. Je dis que cette activit&#233; d&#233;passant &#224; l'heure &lt;br class='autobr' /&gt;
actuelle les cadres dans lesquels il n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
tol&#233;rable qu'elle s'exer&#231;&#226;t (Paris-Soir, Le Soir, Le Merle) il y a &lt;br class='autobr' /&gt;
lieu de la d&#233;noncer comme confusionnelle au premier chef. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'article intitul&#233; &#171; Les Mercenaires de l'Opinion &#187; et jet&#233; en don &lt;br class='autobr' /&gt;
de joyeux av&#232;nement &#224; la remarquable poubelle qu'est la revue &lt;br class='autobr' /&gt;
Bifur est suffisamment &#233;loquent par lui-m&#234;me : Desnos y prononce &lt;br class='autobr' /&gt;
sa condamnation, et en quel style ! Les moeurs du r&#233;dacteur sont &lt;br class='autobr' /&gt;
multiples. C'est en g&#233;n&#233;ral un employ&#233;, relativement ponctuel, &lt;br class='autobr' /&gt;
passablement paresseux, etc. On y rel&#232;ve des hommages &#224; M. Merle, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Clemenceau et cet aveu, plus d&#233;solant encore que le reste, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
savoir que le journal est un ogre qui tue ceux gr&#226;ce auxquels il &lt;br class='autobr' /&gt;
vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'&#233;tonner, apr&#232;s cela, de lire dans un journal quelconque &lt;br class='autobr' /&gt;
ce stupide petit entrefilet : Robert Desnos, po&#232;te surr&#233;aliste, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
qui Man Ray demanda le sc&#233;nario de son film L'&#201;toile de mer, fit &lt;br class='autobr' /&gt;
avec moi, l'an dernier, un voyage &#224; Cuba. Et savez-vous ce qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
me r&#233;citait sous les &#233;toiles tropicales, Robert Desnos ? Des &lt;br class='autobr' /&gt;
alexandrins, des a-le-xan-drins. Et (mais n'allez point le &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;p&#233;ter, et couler ainsi ce charmant po&#232;te), quand ces alexandrins &lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;taient pas de Jean Racine, ils &#233;taient de lui. Je pense, en &lt;br class='autobr' /&gt;
effet, que les alexandrins en question vont de pair avec la prose &lt;br class='autobr' /&gt;
parue dans Bifur. Cette plaisanterie, qui a fini par ne plus m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre douteuse, a commenc&#233; le jour o&#249; Desnos, rivalisant dans ce &lt;br class='autobr' /&gt;
pastiche avec M. Ernest Raynaud, s'est cru autoris&#233; &#224; fabriquer de &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes pi&#232;ces un po&#232;me de Rimbaud qui nous manquait. Ce po&#232;me, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
ne doute de rien, a paru malheureusement sous le titre : &#171; Les &lt;br class='autobr' /&gt;
Veilleurs, d'Arthur Rimbaud &#187;, en t&#234;te de La Libert&#233; ou l'Amour !. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne pense pas qu'il ajoute rien, non plus que ceux du m&#234;me genre &lt;br class='autobr' /&gt;
qui ont suivi, &#224; la gloire de Desnos. Il importe, en effet, non &lt;br class='autobr' /&gt;
seulement d'accorder aux sp&#233;cialistes que ces vers sont mauvais &lt;br class='autobr' /&gt;
(faux, chevill&#233;s et creux) mais encore de d&#233;clarer que, du point &lt;br class='autobr' /&gt;
de vue surr&#233;aliste, ils t&#233;moignent d'une ambition ridicule et &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une incompr&#233;hension inexcusable des fins po&#233;tiques actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incompr&#233;hension, de la part de Desnos et de quelques autres, &lt;br class='autobr' /&gt;
est d'ailleurs en train de prendre un tour si actif que cela me &lt;br class='autobr' /&gt;
dispense d'&#233;piloguer longuement &#224; son sujet. Je n'en retiendrai &lt;br class='autobr' /&gt;
pour preuve d&#233;cisive que l'inqualifiable id&#233;e qu'ils ont eue de &lt;br class='autobr' /&gt;
faire servir d'enseigne &#224; une &#171; bo&#238;te &#187; de Montparnasse, th&#233;&#226;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
habituel de leurs pauvres exploits nocturnes, le seul nom jet&#233; &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
travers les si&#232;cles qui constitu&#226;t un d&#233;fi pur &#224; tout ce qu'il y a &lt;br class='autobr' /&gt;
de stupide, de bas et d'&#233;coeurant sur terre : Maldoror.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il para&#238;t que &#231;a ne va gu&#232;re, chez les surr&#233;alistes. Ces &lt;br class='autobr' /&gt;
messieurs Breton et Aragon se seraient rendus insupportables en &lt;br class='autobr' /&gt;
prenant des airs de haut commandement. On m'a m&#234;me dit qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
jurerait deux adjudants &#171; rempil&#233;s &#187;. Alors, vous savez ce que &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est ? Il y en a qui n'aiment pas &#231;a. Bref, ils seraient &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques-uns &#224; &#234;tre d'accord pour avoir baptis&#233; Maldoror un &lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau cabaret-dancing de Montparnasse. Ils disent comme &#231;a que &lt;br class='autobr' /&gt;
Maldoror pour un surr&#233;aliste c'est l'&#233;quivalent de J&#233;sus-Christ &lt;br class='autobr' /&gt;
pour un chr&#233;tien et que voir ce nom-l&#224; employ&#233; comme enseigne, &#231;a &lt;br class='autobr' /&gt;
va s&#251;rement scandaliser ces messieurs Breton et Aragon. &#187; (Candide, &lt;br class='autobr' /&gt;
9 janvier 1930.) L'auteur des pr&#233;c&#233;dentes lignes, qui s'est rendu &lt;br class='autobr' /&gt;
sur les lieux, nous fait part sans plus de malice, et dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
style n&#233;glig&#233; qui convient, de ses observations : &#171; ... &#192; ce moment &lt;br class='autobr' /&gt;
est arriv&#233; un surr&#233;aliste, ce qui a fait un client de plus. Et &lt;br class='autobr' /&gt;
quel client ! M. Robert Desnos. Il a beaucoup d&#233;&#231;u en ne &lt;br class='autobr' /&gt;
commandant qu'un citron press&#233;. Devant l'ahurissement g&#233;n&#233;ral, il &lt;br class='autobr' /&gt;
a expliqu&#233; d'une voix encombr&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'peux prendre qu'&#231;a. J'pas dessaoul&#233; d'puis deux jours ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle piti&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me serait naturellement trop facile de tirer avantage de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
fait qu'on ne croit aujourd'hui pouvoir m'attaquer sans &#171; attaquer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
du m&#234;me coup Lautr&#233;amont, c'est-&#224;-dire l'inattaquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desnos et ses amis me laisseront reproduire ici, en toute &lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;r&#233;nit&#233;, les quelques phrases essentielles de ma r&#233;ponse &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
enqu&#234;te d&#233;j&#224; ancienne du Disque vert, phrases auxquelles je n'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
rien &#224; changer et dont ils ne pourront nier qu'elles avaient alors &lt;br class='autobr' /&gt;
toute leur approbation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quoi que vous tentiez, tr&#232;s peu de gens se guident aujourd'hui &lt;br class='autobr' /&gt;
sur cette lueur inoubliable : Maldoror et les Po&#233;sies referm&#233;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
cette lueur qu'il ne faudrait pas avoir connue pour oser vraiment &lt;br class='autobr' /&gt;
se produire, et &#234;tre. L'opinion des autres importe peu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lautr&#233;amont un homme, un po&#232;te, un proph&#232;te m&#234;me : allons donc ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;tendue n&#233;cessit&#233; litt&#233;raire &#224; laquelle vous faites appel ne &lt;br class='autobr' /&gt;
parviendra pas &#224; d&#233;tourner l'Esprit de cette mise en demeure, la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus dramatique qui fut jamais, et, de ce qui reste et restera la &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#233;gation de toute sociabilit&#233;, de toute contrainte humaine, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
faire une valeur d'&#233;change pr&#233;cieuse et un &#233;l&#233;ment quelconque de &lt;br class='autobr' /&gt;
progr&#232;s. La litt&#233;rature et la philosophie contemporaines se &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;battent inutilement pour ne pas tenir compte d'une r&#233;v&#233;lation &lt;br class='autobr' /&gt;
qui les condamne. C'est le monde tout entier qui va sans le savoir &lt;br class='autobr' /&gt;
en supporter les cons&#233;quences et ce n'est pas pour autre chose que &lt;br class='autobr' /&gt;
les plus clairvoyants, les plus purs d'entre nous, se doivent au &lt;br class='autobr' /&gt;
besoin de mourir sur la br&#232;che. La libert&#233;, Monsieur... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, dans une n&#233;gation aussi grossi&#232;re que l'association du mot &lt;br class='autobr' /&gt;
Maldoror &#224; l'existence d'un bar immonde, de quoi me retenir &lt;br class='autobr' /&gt;
dor&#233;navant de formuler le moindre jugement sur ce que Desnos &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crira. Tenons-nous-en, po&#233;tiquement, &#224; cette d&#233;bauche de &lt;br class='autobr' /&gt;
quatrains. (35) Voil&#224; donc o&#249; m&#232;ne l'usage immod&#233;r&#233; du don verbal, &lt;br class='autobr' /&gt;
quand il est destin&#233; &#224; masquer une absence radicale de pens&#233;e et &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
renouer avec la tradition imb&#233;cile du po&#232;te &#171; dans les nuages &#187; : &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'heure o&#249; cette tradition est rompue et, quoi qu'en pensent &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques rimailleurs attard&#233;s, bien rompue, o&#249; elle a c&#233;d&#233; aux &lt;br class='autobr' /&gt;
efforts conjugu&#233;s de ces hommes que nous mettons en avant parce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils ont vraiment voulu dire quelque chose : Borel, le Nerval &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Aur&#233;lia, Baudelaire, Lautr&#233;amont, le Rimbaud de 1874-1875, le &lt;br class='autobr' /&gt;
premier Huysmans, l'Apollinaire des &#171; po&#232;mes-conversations &#187; et des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quelconqueries &#187;, il est p&#233;nible qu'un de ceux que nous croyions &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre des n&#244;tres entreprenne de nous faire tout ext&#233;rieurement le &lt;br class='autobr' /&gt;
coup du &#171; Bateau ivre &#187; ou de nous r&#233;endormir au bruit des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Stances &#187;. Il est vrai que la question po&#233;tique a cess&#233; ces &lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;res ann&#233;es de se poser sous l'angle essentiellement formel &lt;br class='autobr' /&gt;
et, certes, il nous int&#233;resse davantage de juger de la valeur &lt;br class='autobr' /&gt;
subversive d'une oeuvre comme celle d'Aragon, de Crevel, d'&#201;luard, &lt;br class='autobr' /&gt;
de P&#233;ret, en lui tenant compte de sa lumi&#232;re propre et de ce qu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
cette lumi&#232;re l'impossible rend au possible, le permis vole au &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fendu, que de savoir pourquoi tel ou tel &#233;crivain juge bon, &#231;&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
et l&#224;, d'aller &#224; la ligne. Raison de moins pour qu'on vienne nous &lt;br class='autobr' /&gt;
entretenir encore de la c&#233;sure : pourquoi ne se trouverait-il pas &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi parmi nous de partisans d'une technique particuli&#232;re du &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; vers libre &#187; et n'irait-on pas d&#233;terrer le cadavre Robert de &lt;br class='autobr' /&gt;
Souza ? Desnos veut rire : nous ne sommes pas pr&#234;ts &#224; rassurer le &lt;br class='autobr' /&gt;
monde si facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour nous apporte, dans l'ordre de la confiance et de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'espoir plac&#233;s, &#224; de rares exceptions pr&#232;s, beaucoup trop &lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;reusement dans les &#234;tres, une d&#233;ception nouvelle qu'il faut &lt;br class='autobr' /&gt;
avoir le courage d'avouer, ne serait-ce, par mesure d'hygi&#232;ne &lt;br class='autobr' /&gt;
mentale, que pour la porter au compte horriblement d&#233;biteur de la &lt;br class='autobr' /&gt;
vie. Libre n'&#233;tait pas &#224; Duchamp d'abandonner la partie qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
jouait aux environs de la guerre pour une partie d'&#233;checs &lt;br class='autobr' /&gt;
interminable qui donne peut-&#234;tre une id&#233;e curieuse d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
intelligence r&#233;pugnant &#224; servir mais aussi - toujours cet &lt;br class='autobr' /&gt;
ex&#233;crable Harrar -paraissant lourdement afflig&#233;e de scepticisme &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la mesure o&#249; elle refuse de dire pourquoi. Bien moins encore &lt;br class='autobr' /&gt;
convient-il que nous passions &#224; M. Ribemont-Dessaignes de donner &lt;br class='autobr' /&gt;
pour suite &#224; L'Empereur de Chine une s&#233;rie d'odieux petits romans &lt;br class='autobr' /&gt;
policiers, m&#234;me sign&#233;s : Dessaignes, dans les plus basses feuilles &lt;br class='autobr' /&gt;
cin&#233;matographiques. Je m'inqui&#232;te enfin de penser que Picabia &lt;br class='autobr' /&gt;
pourrait &#234;tre &#224; la veille de renoncer &#224; une attitude de &lt;br class='autobr' /&gt;
provocation et de rage presque pures, que parfois nous-m&#234;mes avons &lt;br class='autobr' /&gt;
trouv&#233; difficile de concilier avec la n&#244;tre, mais qui, du moins en &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;sie et en peinture, nous a toujours sembl&#233; se d&#233;fendre &lt;br class='autobr' /&gt;
admirablement : S'appliquer &#224; son travail, y apporter le &#171; m&#233;tier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
sublime, aristocratique, qui n'a jamais emp&#234;ch&#233; l'inspiration &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;tique et, seul, permet &#224; une oeuvre de traverser les si&#232;cles et &lt;br class='autobr' /&gt;
de rester jeune... il faut faire attention... il faut serrer les &lt;br class='autobr' /&gt;
rangs et ne pas chercher &#224; se tirer dans les jambes entre &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; consciencieux... il faut favoriser l'&#233;closion de l'id&#233;al, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me par piti&#233; pour Bifur o&#249; ces lignes ont paru, est-ce bien le &lt;br class='autobr' /&gt;
Picabia que nous connaissons qui parle ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, il nous prend par contre l'envie de rendre &#224; un homme de &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous nous sommes trouv&#233;s s&#233;par&#233;s durant de longues ann&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
cette justice que l'expression de sa pens&#233;e nous int&#233;resse &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours, qu'&#224; en juger par ce que nous pouvons lire encore de &lt;br class='autobr' /&gt;
lui, ses pr&#233;occupations ne nous sont pas devenues &#233;trang&#232;res et &lt;br class='autobr' /&gt;
que, dans ces conditions, il y a peut-&#234;tre lieu de penser que &lt;br class='autobr' /&gt;
notre m&#233;sentente avec lui n'&#233;tait fond&#233;e sur rien de si grave que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous avons pu croire. Sans doute est-il possible que Tzara qui, au &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;but de 1922, &#233;poque de la liquidation de &#171; Dada &#187; en tant que &lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement, n'&#233;tait plus d'accord avec nous sur les moyens &lt;br class='autobr' /&gt;
pratiques de poursuivre l'activit&#233; commune, ait &#233;t&#233; victime de &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;ventions excessives que nous avions, de ce fait, contre lui -&lt;br class='autobr' /&gt; il en avait aussi d'excessives contre nous -et que, lors de la &lt;br class='autobr' /&gt;
trop fameuse repr&#233;sentation du Coeur &#224; barbe, pour faire prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
le tour qu'on sait &#224; notre rupture, il ait suffi de sa part d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
geste malencontreux sur le sens duquel il d&#233;clare - je le sais &lt;br class='autobr' /&gt;
depuis peu -que nous nous sommes m&#233;pris. (Il faut reconna&#238;tre que &lt;br class='autobr' /&gt;
la plus grande confusion a toujours &#233;t&#233; le premier objectif des &lt;br class='autobr' /&gt;
spectacles &#171; Dada &#187;, que dans l'esprit des organisateurs il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
s'agissait de rien tant que de porter, entre la sc&#232;ne et la salle, &lt;br class='autobr' /&gt;
le malentendu &#224; son comble. Or, nous ne nous trouvions pas tous, &lt;br class='autobr' /&gt;
ce soir-l&#224;, du m&#234;me c&#244;t&#233;). C'est tr&#232;s volontiers, pour ma part, &lt;br class='autobr' /&gt;
que j'accepte de m'en tenir &#224; cette version et je ne vois d&#232;s lors &lt;br class='autobr' /&gt;
aucune autre raison de ne pas insister, aupr&#232;s de tous ceux qui y &lt;br class='autobr' /&gt;
ont &#233;t&#233; m&#234;l&#233;s, pour que ces incidents tombent dans l'oubli. Depuis &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils ont eu lieu, j'estime que l'attitude intellectuelle de &lt;br class='autobr' /&gt;
Tzara n'ayant pas cess&#233; d'&#234;tre nette, ce serait faire preuve &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;troitesse d'esprit que de ne pas publiquement lui en donner &lt;br class='autobr' /&gt;
acte. En ce qui nous concerne, mes amis et moi, nous aimerions &lt;br class='autobr' /&gt;
montrer par ce rapprochement que ce qui guide, en toutes &lt;br class='autobr' /&gt;
circonstances, notre conduite, n'est nullement le d&#233;sir sectaire &lt;br class='autobr' /&gt;
de faire pr&#233;valoir &#224; tout prix un point de vue que nous ne &lt;br class='autobr' /&gt;
demandons pas m&#234;me &#224; Tzara de partager int&#233;gralement, mais bien &lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t le souci de reconna&#238;tre la valeur - ce qui est pour nous la &lt;br class='autobr' /&gt;
valeur -o&#249; elle est. Nous croyons &#224; l'efficacit&#233; de la po&#233;sie de &lt;br class='autobr' /&gt;
Tzara et autant dire que nous la consid&#233;rons, en dehors du &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme, comme la seule vraiment situ&#233;e. Quand je parle de son &lt;br class='autobr' /&gt;
efficacit&#233;, j'entends signifier qu'elle est op&#233;rante dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
domaine le plus vaste et qu'elle est un pas marqu&#233; aujourd'hui &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le sens de la d&#233;livrance humaine. Quand je dis qu'elle est &lt;br class='autobr' /&gt;
situ&#233;e, on comprend que je l'oppose &#224; toutes celles qui pourraient &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre aussi bien d'hier et d'avant-hier : au premier rang des &lt;br class='autobr' /&gt;
choses que Lautr&#233;amont n'a pas rendues compl&#232;tement impossibles, &lt;br class='autobr' /&gt;
il y a la po&#233;sie de Tzara. De nos oiseaux venant &#224; peine de &lt;br class='autobr' /&gt;
para&#238;tre, ce n'est fort heureusement pas le silence de la presse &lt;br class='autobr' /&gt;
qui arr&#234;tera sit&#244;t ses m&#233;faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans donc avoir besoin de demander &#224; Tzara de se ressaisir, nous &lt;br class='autobr' /&gt;
voudrions simplement l'engager &#224; rendre son activit&#233; plus &lt;br class='autobr' /&gt;
manifeste qu'elle ne put &#234;tre ces derni&#232;res ann&#233;es. Le sachant &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sireux lui-m&#234;me d'unir, comme par le pass&#233;, ses efforts aux &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#244;tres, rappelons-lui qu'il &#233;crivait, de son propre aveu, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
chercher des hommes et rien de plus. &#192; cet &#233;gard, qu'il s'en &lt;br class='autobr' /&gt;
souvienne, nous &#233;tions comme lui. Ne laissons pas croire que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
nous sommes ainsi trouv&#233;s, puis perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche, autour de nous, avec qui &#233;changer encore, si possible, &lt;br class='autobr' /&gt;
un signe d'intelligence, mais non : rien. Peut-&#234;tre sied-il, tout &lt;br class='autobr' /&gt;
au plus, de faire observer &#224; Daumal, qui ouvre dans Le Grand Jeu &lt;br class='autobr' /&gt;
une int&#233;ressante enqu&#234;te sur le Diable, que rien ne nous &lt;br class='autobr' /&gt;
retiendrait d'approuver une grande partie des d&#233;clarations qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
signe seul ou avec Lecomte, si nous ne restions sur l'impression &lt;br class='autobr' /&gt;
passablement d&#233;sastreuse de sa faiblesse en une circonstance &lt;br class='autobr' /&gt;
donn&#233;e ? (36) Il est regrettable, d'autre part, que Daumal ait &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;vit&#233; jusqu'ici de pr&#233;ciser sa position personnelle et, pour la &lt;br class='autobr' /&gt;
part de responsabilit&#233; qu'il y prend, celle du Grand Jeu &#224; l'&#233;gard &lt;br class='autobr' /&gt;
du surr&#233;alisme. On comprend mal que ce qui tout &#224; coup vaut &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
Rimbaud cet exc&#232;s d'honneur ne vaille pas &#224; Lautr&#233;amont la &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;ification pure et simple. L'incessante contemplation d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;vidence noire, gueule absolue, nous sommes d'accord, c'est bien &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
cela que nous sommes condamn&#233;s. Pour quelles fins mesquines &lt;br class='autobr' /&gt;
opposer, d&#232;s lors, un groupe &#224; un groupe ? Pourquoi, sinon &lt;br class='autobr' /&gt;
vainement pour se distinguer, faire comme si l'on n'avait jamais &lt;br class='autobr' /&gt;
entendu parler de Lautr&#233;amont ? Mais les grands anti-soleils &lt;br class='autobr' /&gt;
noirs, puits de v&#233;rit&#233; dans la trame essentielle, dans le voile &lt;br class='autobr' /&gt;
gris du ciel courbe, vont et viennent et s'aspirent l'un l'autre, &lt;br class='autobr' /&gt;
et les hommes les nomment Absences. (Daumal : &#171; Feux &#224; volont&#233; &#187;, Le &lt;br class='autobr' /&gt;
Grand Jeu, printemps 1929.) Celui qui parle ainsi en ayant le &lt;br class='autobr' /&gt;
courage de dire qu'il ne se poss&#232;de plus, n'a que faire, comme il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne peut tarder &#224; s'en apercevoir, de se pr&#233;f&#233;rer &#224; l'&#233;cart de &lt;br class='autobr' /&gt;
nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alchimie du verbe : ces mots qu'on va r&#233;p&#233;tant un peu au hasard &lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui demandent &#224; &#234;tre pris au pied de la lettre. Si le &lt;br class='autobr' /&gt;
chapitre d'Une Saison en enfer qu'ils d&#233;signent ne justifie peut-&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre pas toute leur ambition, il n'en est pas moins vrai qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
peut &#234;tre tenu le plus authentiquement pour l'amorce de l'activit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
difficile qu'aujourd'hui seul le surr&#233;alisme poursuit. Il y aurait &lt;br class='autobr' /&gt;
de notre part quelque enfantillage litt&#233;raire &#224; pr&#233;tendre que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
ne devons pas tant &#224; cet illustre texte. L'admirable XIVe si&#232;cle &lt;br class='autobr' /&gt;
est-il moins grand dans le sens de l'espoir (et, bien entendu, du &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sespoir) humain, parce qu'un homme du g&#233;nie de Flamel re&#231;ut &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une puissance myst&#233;rieuse le manuscrit, qui existait d&#233;j&#224;, du &lt;br class='autobr' /&gt;
livre d'Abraham Juif, ou parce que les secrets d'Herm&#232;s n'avaient &lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#233;t&#233; compl&#232;tement perdus ? Je n'en crois rien et j'estime que &lt;br class='autobr' /&gt;
les recherches de Flamel, avec tout ce qu'elles pr&#233;sentent &lt;br class='autobr' /&gt;
apparemment de r&#233;ussite concr&#232;te, ne perdent rien &#224; avoir &#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi aid&#233;es et devanc&#233;es. Tout se passe de m&#234;me, &#224; notre &#233;poque, &lt;br class='autobr' /&gt;
comme si quelques hommes venaient d'&#234;tre mis en possession, par &lt;br class='autobr' /&gt;
des voies surnaturelles, d'un recueil singulier d&#251; &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
collaboration de Rimbaud, de Lautr&#233;amont et de quelques autres et &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une voix leur e&#251;t dit, comme &#224; Flamel l'ange : &#171; Regardez bien &lt;br class='autobr' /&gt;
ce livre, vous n'y comprenez rien, ni vous, ni beaucoup d'autres, &lt;br class='autobr' /&gt;
mais vous y verrez un jour ce que nul n'y saurait voir. (37) &#187; Il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne d&#233;pend plus d'eux de se ravir &#224; cette contemplation. Je demande &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on veuille bien observer que les recherches surr&#233;alistes &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentent, avec les recherches alchimiques, une remarquable &lt;br class='autobr' /&gt;
analogie de but : la pierre philosophale n'est rien autre que ce &lt;br class='autobr' /&gt;
qui devait permettre &#224; l'imagination de l'homme de prendre sur &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes choses une revanche &#233;clatante et nous voici de nouveau, &lt;br class='autobr' /&gt;
apr&#232;s des si&#232;cles de domestication de l'esprit et de r&#233;signation &lt;br class='autobr' /&gt;
folle, &#224; tenter d'affranchir d&#233;finitivement cette imagination par &lt;br class='autobr' /&gt;
le long, immense, raisonn&#233; d&#233;r&#232;glement de tous les sens et le &lt;br class='autobr' /&gt;
reste. Nous n'en sommes peut-&#234;tre qu'&#224; orner modestement les murs &lt;br class='autobr' /&gt;
de notre logis de figures qui, tout d'abord, nous semblent belles, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'imitation encore de Flamel avant qu'il e&#251;t trouv&#233; son premier &lt;br class='autobr' /&gt;
agent, sa &#171; mati&#232;re &#187;, son &#171; fourneau &#187;. Il aimait &#224; montrer ainsi un &lt;br class='autobr' /&gt;
Roy avec un grand coutelas, qui faisoit tuer en sa pr&#233;sence par &lt;br class='autobr' /&gt;
des soldats, grande multitude de petits enfans, les m&#232;res desquels &lt;br class='autobr' /&gt;
pleuroient aux pieds des impitoyables gendarmes, le sang desquels &lt;br class='autobr' /&gt;
petits enfans, estoit puis apr&#232;s recueilly par d'autres soldats, &lt;br class='autobr' /&gt;
et mis dans un grand vaisseau, dans lequel le Soleil et la Lune du &lt;br class='autobr' /&gt;
ciel venoient se baigner et tout pr&#232;s il y avait un jeune homme &lt;br class='autobr' /&gt;
avec des aisles aux talons, ayant une verge caduc&#233;e en main, de &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle il frapoit une salade qui lui couvroit la teste. Contre &lt;br class='autobr' /&gt;
iceluy venoit courant et volant &#224; aisles ouverts un grand &lt;br class='autobr' /&gt;
vieillard, lequel, sur sa teste avoit une horloge attach&#233;e. Ne &lt;br class='autobr' /&gt;
dirait-on pas le tableau surr&#233;aliste ? Et qui sait si plus loin &lt;br class='autobr' /&gt;
nous n'allons pas, &#224; la faveur d'une &#233;vidence nouvelle ou non, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous trouver devant la n&#233;cessit&#233; de nous servir d'objets tout &lt;br class='autobr' /&gt;
nouveaux, ou consid&#233;r&#233;s &#224; tout jamais comme hors d'usage ? Je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pense pas forc&#233;ment qu'on recommencera &#224; avaler des coeurs de &lt;br class='autobr' /&gt;
taupes ou &#224; &#233;couter, comme le battement du sien propre, celui de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'eau qui bout dans une chaudi&#232;re. Ou plut&#244;t je n'en sais rien, &lt;br class='autobr' /&gt;
j'attends. Je sais seulement que l'homme n'est pas au bout de ses &lt;br class='autobr' /&gt;
peines et tout ce que je salue est le retour de ce furor duquel &lt;br class='autobr' /&gt;
Agrippa distinguait vainement ou non quatre esp&#232;ces. Avec le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme, c'est bien uniquement &#224; ce furor que nous avons &lt;br class='autobr' /&gt;
affaire. Et qu'on comprenne bien qu'il ne s'agit pas d'un simple &lt;br class='autobr' /&gt;
regroupement des mots ou d'une redistribution capricieuse des &lt;br class='autobr' /&gt;
images visuelles, mais de la recr&#233;ation d'un &#233;tat qui n'ait plus &lt;br class='autobr' /&gt;
rien &#224; envier &#224; l'ali&#233;nation mentale : les auteurs modernes que je &lt;br class='autobr' /&gt;
cite se sont suffisamment expliqu&#233;s &#224; ce sujet. Que Rimbaud ait &lt;br class='autobr' /&gt;
cru bon de s'excuser de ce qu'il appelle ses &#171; sophismes &#187; nous n'en &lt;br class='autobr' /&gt;
avons cure ; que cela, selon son expression, se soit pass&#233;, voil&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
qui n'a pas le moindre int&#233;r&#234;t pour nous. Nous ne voyons l&#224; qu'une &lt;br class='autobr' /&gt;
petite l&#226;chet&#233; tr&#232;s ordinaire, qui ne pr&#233;sume en rien du sort &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'un certain nombre d'id&#233;es peuvent avoir. Je sais aujourd'hui &lt;br class='autobr' /&gt;
saluer la beaut&#233; : Rimbaud est impardonnable d'avoir voulu nous &lt;br class='autobr' /&gt;
faire croire de sa part &#224; une seconde fuite alors qu'il retournait &lt;br class='autobr' /&gt;
en prison. -&#171; Alchimie du verbe &#187; : on peut &#233;galement regretter que &lt;br class='autobr' /&gt;
le mot &#171; verbe &#187; soit pris ici dans un sens un peu restrictif et &lt;br class='autobr' /&gt;
Rimbaud semble reconna&#238;tre, d'ailleurs, que la &#171; vieillerie &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;tique &#187; tient trop de place dans cette alchimie. Le verbe est &lt;br class='autobr' /&gt;
davantage et il n'est rien moins pour les cabalistes, par exemple, &lt;br class='autobr' /&gt;
que ce &#224; l'image de quoi l'&#226;me humaine est cr&#233;&#233;e ; on sait qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
l'a fait remonter jusqu'&#224; &#234;tre le premier exemplaire de la cause &lt;br class='autobr' /&gt;
des causes ; il est autant, par l&#224;, dans ce que nous craignons que &lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce que nous &#233;crivons, que dans ce que nous aimons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis que le surr&#233;alisme en est encore &#224; la p&#233;riode des &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;paratifs et je me h&#226;te d'ajouter qu'il se peut que cette &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;riode dure aussi longtemps que moi (que moi dans la tr&#232;s faible &lt;br class='autobr' /&gt;
mesure o&#249; je ne suis pas encore en &#233;tat d'admettre qu'un nomm&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Lucas ait rencontr&#233; Flamel &#224; Brousse au commencement du &lt;br class='autobr' /&gt;
XVIIe si&#232;cle, que le m&#234;me Flamel, accompagn&#233; de sa femme et d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
fils, ait &#233;t&#233; vu &#224; l'Op&#233;ra en 1761, et qu'il ait fait une courte &lt;br class='autobr' /&gt;
apparition &#224; Paris au mois de mai 1819, (&#233;poque &#224; laquelle on &lt;br class='autobr' /&gt;
raconte qu'il loua une boutique &#224; Paris, 22, rue de Cl&#233;ry). Le &lt;br class='autobr' /&gt;
fait est qu'&#224; grossi&#232;rement parler ces pr&#233;paratifs sont d'ordre &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; artistique &#187;. Je pr&#233;vois toutefois qu'ils prendront fin et &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'alors les id&#233;es bouleversantes que le surr&#233;alisme rec&#232;le &lt;br class='autobr' /&gt;
appara&#238;tront dans un bruit d'immense d&#233;chirement et se donneront &lt;br class='autobr' /&gt;
libre carri&#232;re. Tout est &#224; attendre de l'aiguillage moderne de &lt;br class='autobr' /&gt;
certaines volont&#233;s &#224; venir : s'affirmant apr&#232;s les n&#244;tres, elles &lt;br class='autobr' /&gt;
se feront plus implacables que les n&#244;tres. De toute mani&#232;re nous &lt;br class='autobr' /&gt;
nous estimerons assez d'avoir contribu&#233; &#224; &#233;tablir l'inanit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
scandaleuse de ce qui, encore &#224; notre arriv&#233;e, se pensait et &lt;br class='autobr' /&gt;
d'avoir soutenu - ne serait-ce que soutenu -qu'il fallait que le &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233; succomb&#226;t enfin sous le pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est permis de se demander qui Rimbaud, en mena&#231;ant de stupeur &lt;br class='autobr' /&gt;
et de folie ceux qui entreprendraient de marcher sur ces traces, &lt;br class='autobr' /&gt;
souhaitait au juste d&#233;courager. Lautr&#233;amont commence par pr&#233;venir &lt;br class='autobr' /&gt;
le lecteur qu'&#224; moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique &lt;br class='autobr' /&gt;
rigoureuse et une tension d'esprit au moins &#233;gale &#224; sa d&#233;fiance, &lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;manations mortelles de ce livre - Les Chants de Maldoror -&lt;br class='autobr' /&gt;
imbiberont son &#226;me, comme l'eau le sucre, mais il prend soin &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ajouter que quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans &lt;br class='autobr' /&gt;
danger. Cette question de la mal&#233;diction, qui n'a gu&#232;re pr&#234;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'ici qu'&#224; des commentaires ironiques ou &#233;tourdis, est plus &lt;br class='autobr' /&gt;
que jamais d'actualit&#233;. Le surr&#233;alisme a tout &#224; perdre &#224; vouloir &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;loigner de lui-m&#234;me cette mal&#233;diction. Il importe de r&#233;it&#233;rer et &lt;br class='autobr' /&gt;
de maintenir ici le &#171; Maranatha &#187; des alchimistes, plac&#233; au seuil de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'oeuvre pour arr&#234;ter les profanes. C'est m&#234;me l&#224; ce qu'il me &lt;br class='autobr' /&gt;
para&#238;t le plus urgent de faire comprendre &#224; quelques-uns de nos &lt;br class='autobr' /&gt;
amis qui me paraissent un peu trop pr&#233;occup&#233;s de la vente et du &lt;br class='autobr' /&gt;
placement de leurs tableaux, par exemple. J'aimerais assez, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crivait r&#233;cemment Noug&#233;, que ceux d'entre nous dont le nom &lt;br class='autobr' /&gt;
commence &#224; marquer un peu, l'effacent. Sans bien savoir &#224; qui il &lt;br class='autobr' /&gt;
pense, j'estime en tout cas que ce n'est pas trop demander aux uns &lt;br class='autobr' /&gt;
et aux autres que de cesser de s'exhiber complaisamment et de se &lt;br class='autobr' /&gt;
produire sur les tr&#233;teaux. L'approbation du public est &#224; fuir par-&lt;br class='autobr' /&gt;
dessus tout. Il faut absolument emp&#234;cher le public d'entrer si &lt;br class='autobr' /&gt;
l'on veut &#233;viter la confusion. J'ajoute qu'il faut le tenir &lt;br class='autobr' /&gt;
exasp&#233;r&#233; &#224; la porte par un syst&#232;me de d&#233;fis et de provocations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je Demande L'Occultation Profonde, V&#233;ritable Du Surr&#233;alisme. (38)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je proclame, en cette mati&#232;re, le droit &#224; l'absolue s&#233;v&#233;rit&#233;. Pas &lt;br class='autobr' /&gt;
de concessions au monde et pas de gr&#226;ce. Le terrible march&#233; en &lt;br class='autobr' /&gt;
main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bas ceux qui distribueraient le pain maudit aux oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout homme qui, d&#233;sireux d'atteindre le but supr&#234;me de l'&#226;me, part &lt;br class='autobr' /&gt;
pour aller demander des Oracles, lit-on dans le Troisi&#232;me Livre de &lt;br class='autobr' /&gt;
la Magie, doit, pour y arriver, d&#233;tacher enti&#232;rement son esprit &lt;br class='autobr' /&gt;
des choses vulgaires, il doit le purifier de toute maladie, &lt;br class='autobr' /&gt;
faiblesse d'esprit, malice ou semblables d&#233;fauts, et de toute &lt;br class='autobr' /&gt;
condition contraire &#224; la raison qui la suit, comme la rouille suit &lt;br class='autobr' /&gt;
le fer et le Quatri&#232;me Livre pr&#233;cise &#233;nergiquement que la &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;v&#233;lation attendue exige encore que l'on se tienne en un endroit &lt;br class='autobr' /&gt;
pur et clair, tendu partout de tentures blanches et qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
n'affronte aussi bien les mauvais Esprits que les bons que dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
mesure de la &#171; dignification &#187; &#224; laquelle on est parvenu. Il insiste &lt;br class='autobr' /&gt;
sur le fait que le livre des mauvais Esprits est fait d'un papier &lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s pur qui n'a jamais servi &#224; quelque autre usage et qu'on nomme &lt;br class='autobr' /&gt;
commun&#233;ment parchemin vierge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas d'exemple que les mages aient peu tenu &#224; l'&#233;tat de &lt;br class='autobr' /&gt;
propret&#233; &#233;clatante de leurs v&#234;tements et de leur &#226;me et je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
comprendrais pas qu'attendant ce que nous attendons de certaines &lt;br class='autobr' /&gt;
pratiques d'alchimie mentale nous acceptions de nous montrer, sur &lt;br class='autobr' /&gt;
ce point, moins exigeants qu'eux. Voil&#224; pourtant ce qui nous est &lt;br class='autobr' /&gt;
le plus &#226;prement reproch&#233; et ce que, moins que tout autre, para&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt;
dispos&#233; &#224; nous passer M. Bataille qui m&#232;ne &#224; l'heure actuelle, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la revue Documents, une plaisante campagne contre ce qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
appelle &#171; la soif sordide de toutes les int&#233;grit&#233;s &#187;. M. Bataille &lt;br class='autobr' /&gt;
m'int&#233;resse uniquement dans la mesure o&#249; il se flatte d'opposer &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la dure discipline de l'esprit &#224; quoi nous entendons bel et bien &lt;br class='autobr' /&gt;
tout soumettre - et nous ne voyons pas d'inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;br class='autobr' /&gt;
Hegel en soit rendu principalement responsable -une discipline qui &lt;br class='autobr' /&gt;
ne parvient pas m&#234;me &#224; para&#238;tre plus l&#226;che, car elle tend &#224; &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
celle du non-esprit (et c'est d'ailleurs l&#224; que Hegel l'attend). &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Bataille fait profession de ne vouloir consid&#233;rer au monde que &lt;br class='autobr' /&gt;
ce qu'il y a de plus vil, de plus d&#233;courageant et de plus corrompu &lt;br class='autobr' /&gt;
et il invite l'homme, pour &#233;viter de se rendre utile &#224; quoi que ce &lt;br class='autobr' /&gt;
soit de d&#233;termin&#233;, &#171; &#224; courir absurdement avec lui - les yeux tout &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; coup devenus troubles et charg&#233;s d'inavouables larmes -vers &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques provinciales maisons hant&#233;es, plus vilaines que des &lt;br class='autobr' /&gt;
mouches, plus vicieuses, plus rances que des salons de coiffure &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
S'il m'arrive de rapporter de tels propos, c'est qu'ils ne me &lt;br class='autobr' /&gt;
paraissent pas engager seulement M. Bataille mais encore ceux des &lt;br class='autobr' /&gt;
anciens surr&#233;alistes qui ont voulu avoir leurs coud&#233;es libres pour &lt;br class='autobr' /&gt;
se commettre un peu partout. Peut-&#234;tre M. Bataille est-il de force &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; les grouper et qu'il y parvienne, &#224; mon sens, sera tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;ressant. Prenant le d&#233;part pour la course que, nous venons de &lt;br class='autobr' /&gt;
le voir, M. Bataille organise, il y a d&#233;j&#224; : MM. Desnos, Leiris, &lt;br class='autobr' /&gt;
Limbour, Masson et Vitrac : on ne s'explique pas que M. Ribemont-&lt;br class='autobr' /&gt;
Dessaignes, par exemple, ne soit pas encore l&#224;. Je dis qu'il est &lt;br class='autobr' /&gt;
extr&#234;mement significatif de voir &#224; nouveau s'assembler tous ceux &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une tare quelconque a &#233;loign&#233;s d'une premi&#232;re activit&#233; d&#233;finie &lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'il est tr&#232;s probable qu'ils n'ont que leurs &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;contentements &#224; mettre en commun. Je m'amuse d'ailleurs &#224; penser &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on ne peut sortir du surr&#233;alisme sans tomber sur M. Bataille, &lt;br class='autobr' /&gt;
tant il est vrai que le d&#233;go&#251;t de la rigueur ne sait se traduire &lt;br class='autobr' /&gt;
que par une soumission nouvelle &#224; la rigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec M. Bataille, rien que de tr&#232;s connu, nous assistons &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
retour offensif du vieux mat&#233;rialisme antidialectique qui tente, &lt;br class='autobr' /&gt;
cette fois, de se frayer gratuitement un chemin &#224; travers Freud. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mat&#233;rialisme, dit-il, interpr&#233;tation directe, excluant tout &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;alisme, des ph&#233;nom&#232;nes bruts, mat&#233;rialisme qui, pour ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre regard&#233; comme un id&#233;alisme g&#226;teux, devra &#234;tre fond&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diatement sur les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques et sociaux. Comme on &lt;br class='autobr' /&gt;
ne pr&#233;cise pas ici &#171; mat&#233;rialisme historique &#187; (et d'ailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
comment le pourrait-on faire ?) nous sommes bien oblig&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
d'observer qu'au point de vue philosophique de l'expression, c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
vague et qu'au point de vue po&#233;tique de la nouveaut&#233;, c'est nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est moins vague, c'est le sort que M. Bataille entend faire &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; un petit nombre d'id&#233;es particuli&#232;res qu'il a et dont, &#233;tant &lt;br class='autobr' /&gt;
donn&#233; leur caract&#232;re, il s'agira de savoir si elles ne rel&#232;vent &lt;br class='autobr' /&gt;
pas de la m&#233;decine ou de l'exorcisme, car, pour ce qui est de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'apparition de la mouche sur le nez de l'orateur (Georges &lt;br class='autobr' /&gt;
Bataille : &#171; Figure humaine &#187;, Documents, n&#176; 4), argument supr&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
contre le moi, nous connaissons l'antienne pascalienne et &lt;br class='autobr' /&gt;
imb&#233;cile ; il y a longtemps que Lautr&#233;amont en a fait justice : &lt;br class='autobr' /&gt;
L'esprit du plus grand homme (soulignons trois fois : plus grand &lt;br class='autobr' /&gt;
homme) n'est pas si d&#233;pendant qu'il soit sujet &#224; &#234;tre troubl&#233; par &lt;br class='autobr' /&gt;
le moindre bruit du Tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
faut pas le silence d'un canon pour emp&#234;cher ses pens&#233;es. Il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
faut pas le bruit d'une girouette, d'une poulie. La mouche ne &lt;br class='autobr' /&gt;
raisonne pas bien &#224; pr&#233;sent. Un homme bourdonne &#224; ses oreilles. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme qui pense, aussi bien que sur le sommet d'une montagne, &lt;br class='autobr' /&gt;
peut se poser sur le nez de la mouche. Nous ne parlons si &lt;br class='autobr' /&gt;
longuement des mouches que parce que M. Bataille aime les mouches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous, non : nous aimons la mitre des anciens &#233;vocateurs, la mitre &lt;br class='autobr' /&gt;
de lin pur &#224; la partie ant&#233;rieure de laquelle &#233;tait fix&#233;e une lame &lt;br class='autobr' /&gt;
d'or et sur laquelle les mouches ne se posaient pas, parce qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
avait fait des ablutions pour les chasser. Le malheur pour &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Bataille est qu'il raisonne : certes il raisonne comme &lt;br class='autobr' /&gt;
quelqu'un qui a &#171; une mouche sur le nez &#187;, ce qui le rapproche &lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t du mort que du vivant, mais il raisonne. Il cherche, en &lt;br class='autobr' /&gt;
s'aidant du petit m&#233;canisme qui n'est pas encore tout &#224; fait &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;traqu&#233; en lui, &#224; faire partager ses obsessions : c'est m&#234;me par &lt;br class='autobr' /&gt;
l&#224; qu'il ne peut pr&#233;tendre, quoi qu'il en dise, s'opposer comme &lt;br class='autobr' /&gt;
une brute &#224; tout syst&#232;me. Le cas de M. Bataille pr&#233;sente ceci de &lt;br class='autobr' /&gt;
paradoxal et pour lui de g&#234;nant que sa phobie de &#171; l'id&#233;e &#187;, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
partir du moment o&#249; il entreprend de la communiquer, ne peut &lt;br class='autobr' /&gt;
prendre qu'un tour id&#233;ologique. Un &#233;tat de d&#233;ficit conscient &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
forme g&#233;n&#233;ralisatrice, diraient les m&#233;decins. Voici, en effet, &lt;br class='autobr' /&gt;
quelqu'un qui pose en principe que l'horreur n'entra&#238;ne aucune &lt;br class='autobr' /&gt;
complaisance pathologique et joue uniquement le r&#244;le du fumier &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la croissance v&#233;g&#233;tale, fumier d'odeur suffocante sans doute &lt;br class='autobr' /&gt;
mais salubre &#224; la plante. Cette id&#233;e, sous son apparence &lt;br class='autobr' /&gt;
infiniment banale, est, &#224; elle seule, malhonn&#234;te ou pathologique &lt;br class='autobr' /&gt;
(il resterait &#224; prouver que Lulle, et Berkeley, et Hegel, et &lt;br class='autobr' /&gt;
Rabbe, et Baudelaire, et Rimbaud, et Marx, et L&#233;nine se sont, tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;rement, conduits dans la vie comme des porcs). Il est &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
remarquer que M. Bataille fait un abus d&#233;lirant des adjectifs : &lt;br class='autobr' /&gt;
souill&#233;, s&#233;nile, rance, sordide, &#233;grillard, g&#226;teux, et que ces &lt;br class='autobr' /&gt;
mots, loin de lui servir &#224; d&#233;crier un &#233;tat de choses &lt;br class='autobr' /&gt;
insupportable, sont ceux par lesquels s'exprime le plus &lt;br class='autobr' /&gt;
lyriquement sa d&#233;lectation. Le &#171; balai innommable &#187; dont parle Jarry &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tant tomb&#233; dans son assiette, M. Bataille se d&#233;clare enchant&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
(39) Lui qui, durant les heures du jour, prom&#232;ne sur de vieux et &lt;br class='autobr' /&gt;
parfois charmants manuscrits des doigts prudents de biblioth&#233;caire &lt;br class='autobr' /&gt;
(on sait qu'il exerce cette profession &#224; la Biblioth&#232;que &lt;br class='autobr' /&gt;
Nationale), se repa&#238;t la nuit des immondices dont, &#224; son image, il &lt;br class='autobr' /&gt;
voudrait les voir charg&#233;s : t&#233;moin cette Apocalypse de Saint-Sever &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; laquelle il a consacr&#233; un article dans le num&#233;ro 2 de Documents, &lt;br class='autobr' /&gt;
article qui est le type parfait du faux t&#233;moignage. Qu'on veuille &lt;br class='autobr' /&gt;
bien se reporter, par exemple, &#224; la planche du &#171; D&#233;luge &#187; reproduite &lt;br class='autobr' /&gt;
dans ce num&#233;ro, et qu'on me dise si objectivement un sentiment &lt;br class='autobr' /&gt;
jovial et inattendu appara&#238;t avec la ch&#232;vre qui figure au bas de &lt;br class='autobr' /&gt;
la page et avec le corbeau dont le bec est plong&#233; dans la viande &lt;br class='autobr' /&gt;
(ici M. Bataille s'exalte) d'une t&#234;te humaine. Pr&#234;ter une &lt;br class='autobr' /&gt;
apparence humaine &#224; des &#233;l&#233;ments architecturaux, comme il le fait &lt;br class='autobr' /&gt;
tout le long de cette &#233;tude et ailleurs, est encore, et rien de &lt;br class='autobr' /&gt;
plus, un signe classique de psychasth&#233;nie. &#192; la v&#233;rit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
M. Bataille est seulement tr&#232;s fatigu&#233; et, quand il se livre &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
cette constatation pour lui renversante que l'int&#233;rieur d'une rose &lt;br class='autobr' /&gt;
ne r&#233;pond pas du tout &#224; sa beaut&#233; ext&#233;rieure, que si l'on arrache &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au dernier les p&#233;tales de la corolle, il ne reste plus &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une touffe d'aspect sordide, il ne parvient qu'&#224; me faire &lt;br class='autobr' /&gt;
sourire au souvenir de ce conte d'Alphonse Allais dans lequel un &lt;br class='autobr' /&gt;
sultan a si bien &#233;puis&#233; tous les sujets de distraction que, &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sesp&#233;r&#233; de le voir succomber &#224; l'ennui, son grand vizir ne &lt;br class='autobr' /&gt;
trouve plus &#224; lui amener qu'une jeune fille tr&#232;s belle qui se met &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; danser, charg&#233;e d'abord de voiles, pour lui seul. Elle est si &lt;br class='autobr' /&gt;
belle que le sultan ordonne que chaque fois qu'elle s'arr&#234;te on &lt;br class='autobr' /&gt;
fasse tomber un de ses voiles. Elle n'est pas plus t&#244;t nue que le &lt;br class='autobr' /&gt;
sultan fait encore signe, paresseusement, qu'on la d&#233;nude : on se &lt;br class='autobr' /&gt;
h&#226;te de l'&#233;corcher vive. Il n'en est pas moins vrai que la rose, &lt;br class='autobr' /&gt;
priv&#233;e de ses p&#233;tales, reste la rose et d'ailleurs, dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'histoire pr&#233;c&#233;dente, la bayad&#232;re continue &#224; danser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que si l'on m'oppose encore le geste confondant du marquis de Sade &lt;br class='autobr' /&gt;
enferm&#233; avec les fous, se faisant porter les plus belles roses &lt;br class='autobr' /&gt;
pour en effeuiller les p&#233;tales sur le purin d'une fosse, je &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pondrai que pour que cet acte de protestation perde son &lt;br class='autobr' /&gt;
extraordinaire port&#233;e, il suffirait qu'il soit le fait, non d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
homme qui a pass&#233; pour ses id&#233;es vingt-sept ann&#233;es de sa vie en &lt;br class='autobr' /&gt;
prison, mais d'un &#171; assis &#187; de biblioth&#232;que. Tout porte &#224; croire, en &lt;br class='autobr' /&gt;
effet, que Sade, dont la volont&#233; d'affranchissement moral et &lt;br class='autobr' /&gt;
social, contrairement &#224; celle de M. Bataille, est hors de cause, &lt;br class='autobr' /&gt;
pour obliger l'esprit humain &#224; secouer ses cha&#238;nes, a seulement &lt;br class='autobr' /&gt;
voulu par l&#224; s'en prendre &#224; l'idole po&#233;tique, &#224; cette &#171; vertu &#187; de &lt;br class='autobr' /&gt;
convention qui, bon gr&#233;, mal gr&#233;, fait d'une fleur, dans la mesure &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me o&#249; chacun peut l'offrir, le v&#233;hicule brillant des sentiments &lt;br class='autobr' /&gt;
les plus nobles comme les plus bas. Il convient, du reste, de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;server l'appr&#233;ciation d'un tel fait qui, m&#234;me s'il n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
purement l&#233;gendaire, ne saurait en rien infirmer la parfaite &lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;grit&#233; de la pens&#233;e et de la vie de Sade et le besoin h&#233;ro&#239;que &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il eut de cr&#233;er un ordre de choses qui ne d&#233;pend&#238;t pour ainsi &lt;br class='autobr' /&gt;
dire pas de tout ce qui avait eu lieu avant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surr&#233;alisme est moins dispos&#233; que jamais &#224; se passer de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;grit&#233;, &#224; se contenter de ce que les uns et les autres, entre &lt;br class='autobr' /&gt;
deux petites trahisons qu'ils croient autoriser de l'obscur, de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'odieux pr&#233;texte qu'il faut bien vivre, lui abandonnent. Nous &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avons que faire de cette aum&#244;ne de &#171; talents &#187;. Ce que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
demandons est, pensons-nous, de nature &#224; entra&#238;ner un &lt;br class='autobr' /&gt;
consentement, un refus total et non &#224; se payer de mots, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
s'entretenir d'espoirs vell&#233;itaires. Veut-on, oui ou non, tout &lt;br class='autobr' /&gt;
risquer pour la seule joie d'apercevoir au loin, tout au fond du &lt;br class='autobr' /&gt;
creuset o&#249; nous proposons de jeter nos pauvres commodit&#233;s, ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
nous reste de bonne r&#233;putation et nos doutes, p&#234;le-m&#234;le avec la &lt;br class='autobr' /&gt;
jolie verrerie &#171; sensible &#187;, l'id&#233;e radicale d'impuissance et la &lt;br class='autobr' /&gt;
niaiserie de nos pr&#233;tendus devoirs, la lumi&#232;re qui cessera d'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;faillante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons que l'op&#233;ration surr&#233;aliste n'a chance d'&#234;tre men&#233;e &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
bien que si elle s'effectue dans des conditions d'asepsie morale &lt;br class='autobr' /&gt;
dont il est encore tr&#232;s peu d'hommes &#224; vouloir entendre parler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans elles il est pourtant impossible d'arr&#234;ter ce cancer de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit qui r&#233;side dans le fait de penser par trop &lt;br class='autobr' /&gt;
douloureusement que certaines choses &#171; sont &#187;, alors que d'autres, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui pourraient si bien &#234;tre, &#171; ne sont pas &#187;. Nous avons avanc&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles doivent se confondre, ou singuli&#232;rement s'intercepter, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la limite. Il s'agit, non d'en rester l&#224;, mais de ne pouvoir faire &lt;br class='autobr' /&gt;
moins que de tendre d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme, qui s'intimiderait &#224; tort de quelques monstrueux &#233;checs &lt;br class='autobr' /&gt;
historiques, est encore libre de croire &#224; sa libert&#233;. Il est son &lt;br class='autobr' /&gt;
ma&#238;tre, en d&#233;pit des vieux nuages qui passent et de ses forces &lt;br class='autobr' /&gt;
aveugles qui butent. N'a-t-il pas le sens de la courte beaut&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;rob&#233;e et de l'accessible et longue beaut&#233; d&#233;robable ? La cl&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amour, que le po&#232;te disait avoir trouv&#233;e, lui aussi, qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
cherche bien : il l'a. Il ne tient qu'&#224; lui de s'&#233;lever au-dessus &lt;br class='autobr' /&gt;
du sentiment passager de vivre dangereusement et de mourir. Qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
use, au m&#233;pris de toutes les prohibitions, de l'arme vengeresse de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'id&#233;e contre la bestialit&#233; de tous les &#234;tres et de toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
choses et qu'un jour, vaincu - mais vaincu seulement si le monde &lt;br class='autobr' /&gt;
est monde -il accueille la d&#233;charge de ses tristes fusils comme un &lt;br class='autobr' /&gt;
feu de salve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manifeste du Surr&#233;alisme. Troisi&#232;me Partie (1924) Par Andr&#233; Breton</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6591</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article6591</guid>
		<dc:date>2022-07-11T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Manifeste du Surr&#233;alisme. Troisi&#232;me Partie (1924) &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andr&#233; Breton &lt;br class='autobr' /&gt;
XXX &lt;br class='autobr' /&gt;
Le calorif&#232;re aux yeux bleus m'a dit, levant sur moi un regard de coordonn&#233;es blanches sur le tableau noir, croisant sur moi ses grandes mains OX et OY : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Danseur, tu ne danseras plus que pour moi et pour moi seul se d&#233;feront tes sandales blanches nou&#233;es sur le cou de pied par une fausse herbe. Il est l'heure de dormir et de danser plus nu que tu n'es. Fais tomber ces voiles qui t'environnent encore et passe (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifeste du Surr&#233;alisme. Troisi&#232;me Partie (1924)
&lt;p&gt;Par Andr&#233; Breton&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;XXX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calorif&#232;re aux yeux bleus m'a dit, levant sur moi un regard de &lt;br class='autobr' /&gt;
coordonn&#233;es blanches sur le tableau noir, croisant sur moi ses &lt;br class='autobr' /&gt;
grandes mains OX et OY :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Danseur, tu ne danseras plus que pour moi et pour moi seul se &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;feront tes sandales blanches nou&#233;es sur le cou de pied par une &lt;br class='autobr' /&gt;
fausse herbe. Il est l'heure de dormir et de danser plus nu que tu &lt;br class='autobr' /&gt;
n'es. Fais tomber ces voiles qui t'environnent encore et passe la &lt;br class='autobr' /&gt;
main aux saisons pures que tu fais lever dans tes r&#234;ves, ces &lt;br class='autobr' /&gt;
saisons o&#249; l'&#233;cho n'est plus qu'un grand lustre de poissons qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'avance dans la mer, ces saisons o&#249; l'amour n'a plus qu'une t&#234;te &lt;br class='autobr' /&gt;
qui est couverte de cerceaux de lune, d'animaux en flammes : &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amour, ce st&#232;re de papillons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte m'a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ferme-moi &#224; tout jamais sur l'ext&#233;rieur, cette aiguille que la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus belle de tes illusions n'arrive pas &#224; enfiler tant il fait &lt;br class='autobr' /&gt;
noir ; condamne-moi, oui condamne-moi comme on condamne les femmes &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; chanter leur merveilleuse maladie : les femmes rousses, &lt;br class='autobr' /&gt;
puisqu'au feu toutes les femmes sont rousses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plafond m'a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chavire, chavire et chante, pleure aussi lorsque la rosace des &lt;br class='autobr' /&gt;
cath&#233;drales le demande, cette rosace n'est pas si belle que la &lt;br class='autobr' /&gt;
mienne et dans le pl&#226;tre je capterai tes rayons jeunes, tes rayons &lt;br class='autobr' /&gt;
follement jeunes. Vois la meule des plaisirs qui tourne dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
salon et cet oiseau per&#231;ant qui s'envole &#224; chaque tour de roue, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
chaque tour de cartes. Et promets-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais donner la parole &#224; l'air creux qui parle dans ses mains &lt;br class='autobr' /&gt;
comme on regarde quand on ne veut pas faire semblant de voir &lt;br class='autobr' /&gt;
(l'air parle dans ses mains pour ne pas faire semblant de parler) &lt;br class='autobr' /&gt;
mais la bougie riait depuis un instant et mes yeux n'&#233;taient plus &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une ombre chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne repr&#233;sente un syst&#232;me &#224; p&#233;dales tel que le mouvement &lt;br class='autobr' /&gt;
ascendant-descendant soit combin&#233; avec un mouvement lat&#233;ral &lt;br class='autobr' /&gt;
droite-gauche, un personnage correspondant au d&#233;part &#224; chaque &lt;br class='autobr' /&gt;
noeud-point mort de l'appareil (deux hommes dans le syst&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
vertical, deux femmes dans le syst&#232;me horizontal).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnages : LUCIE, H&#201;L&#200;NE, MARC, SATAN. Rideaux noirs, les deux &lt;br class='autobr' /&gt;
femmes habill&#233;es de blanc, Marc en habit noir, Satan couleur de &lt;br class='autobr' /&gt;
feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout se passe dans un cube parfait de couleur cr&#232;me de mani&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; sugg&#233;rer au premier abord l'id&#233;e d'un gyroscope g&#233;ant dans sa &lt;br class='autobr' /&gt;
bo&#238;te, cette derni&#232;re reposant par un de ses sommets sur le bord &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un verre &#224; pied, et anim&#233;e autour de son point d'application &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un mouvement giratoire. &#192; l'int&#233;rieur du pied un soldat &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentant les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#201;L&#200;NE : La fen&#234;tre est ouverte. Les fleurs embaument. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
champagne du jour dont la coupe p&#233;tille &#224; mon oreille me fait &lt;br class='autobr' /&gt;
tourner la t&#234;te. La cruaut&#233; du jour moule mes formes parfaites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SATAN : Voyez-vous, par-dessus ces Messieurs et ces Dames, l'&#206;le &lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Louis ? C'est l&#224; que se trouvait la petite chambre du po&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#201;L&#200;NE : Vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SATAN : Il recevait tous les jours la visite des cascades, la &lt;br class='autobr' /&gt;
cascade pourpre qui aurait bien voulu dormir et la cascade blanche &lt;br class='autobr' /&gt;
qui arrivait par le toit comme une somnambule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUCIE : La cascade blanche, c'&#233;tait moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MARC : Je te reconnais dans la vigueur des plaisirs d'ici, bien &lt;br class='autobr' /&gt;
que tu ne sois que la dentelle de toi-m&#234;me. Tu es l'inutilit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
finale, la lavandi&#232;re des poissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#201;L&#200;NE : Elle est la lavandi&#232;re des poissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SATAN : Maintenant l'otage des saisons qui s'appelle l'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
s'appuie sur la table de jonc, sur la table de jeu. C'est le &lt;br class='autobr' /&gt;
coupable aux mains gant&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#201;L&#200;NE : Permettez, Seigneur, les mains &#233;taient belles. Si le &lt;br class='autobr' /&gt;
miroir avait pu parler, si les baisers s'&#233;taient tus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUCIE : Les roches sont dans la salle, les belles roches dans &lt;br class='autobr' /&gt;
lesquelles l'eau dort, sous lesquelles les hommes et les femmes se &lt;br class='autobr' /&gt;
couchent. Les roches sont d'une hauteur immense : les aigles &lt;br class='autobr' /&gt;
blancs y laissent des plumes et dans chaque plume il y a une &lt;br class='autobr' /&gt;
for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MARC : O&#249; suis-je ? Les mondes, le possible ! Comme les &lt;br class='autobr' /&gt;
locomotives allaient vite : un jour le faux, un jour le vrai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SATAN : Cela valait-il la peine d'en sortir, la peine de perdre &lt;br class='autobr' /&gt;
pied &#224; courir apr&#232;s les cadavres en crachant des folgores porte-&lt;br class='autobr' /&gt;
lanternes ? Le po&#232;te &#233;tait pauvre et lent dans sa demeure, le &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;te n'avait m&#234;me pas droit au punch qu'il aimait beaucoup. La &lt;br class='autobr' /&gt;
cascade pourpre charriait des revolvers dont les crosses &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
faites de petits oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LUCIE : Je me fais une raison de la d&#233;tente perp&#233;tuelle, Seigneur, &lt;br class='autobr' /&gt;
Marc &#233;tait blond comme le gypse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes amis il est temps de descendre ; ceci n'&#233;tait qu'une s&#233;ance de &lt;br class='autobr' /&gt;
voltige et l&#224;-bas j'aper&#231;ois, derri&#232;re la cinqui&#232;me rang&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
spectateurs, une femme tr&#232;s p&#226;le qui s'adonne &#224; la prostitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;trange est que cette cr&#233;ature a des ailes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc s'enl&#232;ve par la main, l'appareil fonctionne de plus en plus &lt;br class='autobr' /&gt;
vite. Par la force de la vitesse acquise, Lucie se tient droite &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le prolongement du bras de Marc. Sonneries. Le mouvement &lt;br class='autobr' /&gt;
prend fin lorsque Marc et son immobile cavali&#232;re atteignent le &lt;br class='autobr' /&gt;
sommet du p&#233;riple. Nuit. Le rideau tombe. Satan appara&#238;t devant le &lt;br class='autobr' /&gt;
rideau et s'incline longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SATAN : Mesdames, Messieurs, la pi&#232;ce que nous venons d'avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
l'honneur de repr&#233;senter devant vous est de moi. Les horlogeries &lt;br class='autobr' /&gt;
sont de peu d'importance, les symboles n'ayant plus, dans cette &lt;br class='autobr' /&gt;
nouvelle forme de th&#233;&#226;tre, qu'une valeur de promesse. Encore leur &lt;br class='autobr' /&gt;
transparence n'est-elle pas tout &#224; fait une question de temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'enfer vient d'&#234;tre compl&#232;tement restaur&#233; ; il n'avait plus ces &lt;br class='autobr' /&gt;
derniers si&#232;cles qu'une valeur d'application : intellectuellement &lt;br class='autobr' /&gt;
c'&#233;tait parfait, mais, au point de vue de la douleur morale, cela &lt;br class='autobr' /&gt;
laissait &#224; d&#233;sirer. Je me suis rendu un jour &#224; l'Op&#233;ra et l&#224;, &lt;br class='autobr' /&gt;
profitant de l'inattention g&#233;n&#233;rale, j'ai commenc&#233; par faire &lt;br class='autobr' /&gt;
appara&#238;tre sur la fa&#231;ade de l'&#233;difice plusieurs lueurs rouge&#226;tres, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un aspect tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able, celles qui, de l'avis des gens de &lt;br class='autobr' /&gt;
go&#251;t, d&#233;shonorent encore le monument. Puis j'ai fait un superbe &lt;br class='autobr' /&gt;
plongeon dans la conscience humaine que j'ai infest&#233;e de chances &lt;br class='autobr' /&gt;
insolites, de fleurs informes et de cris de merveilles. &#192; dater de &lt;br class='autobr' /&gt;
ce jour le p&#232;re ne fut plus seul avec son fils ; entre eux la &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;chirure de l'air livra passage &#224; un &#233;ventail sur lequel reposait &lt;br class='autobr' /&gt;
un ver luisant. Dans les usines je m'effor&#231;ai d'encourager par &lt;br class='autobr' /&gt;
tous les moyens la division du travail, en sorte qu'aujourd'hui, &lt;br class='autobr' /&gt;
pour fabriquer une lime &#224; ongles, par exemple, il est besoin de &lt;br class='autobr' /&gt;
plusieurs &#233;quipes d'ouvriers travaillant jour et nuit, les uns &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
plat ventre, les autres sur une &#233;chelle. Pendant ce temps les &lt;br class='autobr' /&gt;
ouvri&#232;res vont faire des bouquets dans les champs et d'autres &lt;br class='autobr' /&gt;
s'emploient &#224; &#233;crire des lettres o&#249; reviennent constamment le m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
verbe au m&#234;me temps et la m&#234;me formule de tendresse. La pi&#232;ce &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle vous venez d'assister est une de ces limes &#224; ongles &lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau mod&#232;le, &#224; la fabrication desquelles tout concourt &lt;br class='autobr' /&gt;
aujourd'hui, depuis l'ivoire de vos dents jusqu'&#224; la couleur du &lt;br class='autobr' /&gt;
ciel, un noir de pervenche si je ne me trompe. Mais j'aurai d'ici &lt;br class='autobr' /&gt;
peu l'honneur de vous convier &#224; des spectacles moins rationnels &lt;br class='autobr' /&gt;
car je ne d&#233;sesp&#232;re pas de faire de l'&#233;ternit&#233; la seule po&#233;sie &lt;br class='autobr' /&gt;
fugitive, entendez-vous, la seule po&#233;sie fugitive ! Ha ha ha ha ! &lt;br class='autobr' /&gt;
(Il sort en ricanant.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais brun quand je connus Solange. Chacun vantait l'ovale &lt;br class='autobr' /&gt;
parfait de mon regard et mes paroles &#233;taient le seul &#233;ventail que &lt;br class='autobr' /&gt;
pour me dissimuler leur trouble je pusse mettre entre les visages &lt;br class='autobr' /&gt;
et moi. Le bal prenait fin &#224; cinq heures du matin non sans que les &lt;br class='autobr' /&gt;
plus tendres robes se fussent &#233;gratign&#233;es &#224; des ronces invisibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#212; propri&#233;t&#233;s mal ferm&#233;es de Montfermeil o&#249; l'on va chercher le &lt;br class='autobr' /&gt;
muguet et une couronne princi&#232;re. Dans le parc o&#249; nul couple ne &lt;br class='autobr' /&gt;
s'isolait plus les rayons glaciaux du faux soleil d'alors, &lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;ritables chemins de perle, ne trouvaient plus &#224; &#233;tourdir que les &lt;br class='autobr' /&gt;
voleurs attir&#233;s par le luxe de cette vie et qui se mettaient &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
chanter, dans les voix les plus justes, aux divers degr&#233;s du &lt;br class='autobr' /&gt;
perron. Les serpents r&#233;put&#233;s inacclimatables qui glissaient dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'herbe comme des mandolines, les d&#233;collet&#233;s impossibles et les &lt;br class='autobr' /&gt;
figures g&#233;om&#233;triques de papier feu s'&#233;clairant parmi eux qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
s'effrayait d'apercevoir par la fen&#234;tre, tinrent longtemps dans &lt;br class='autobr' /&gt;
une sorte de respect miraculeux les chenapans de velours et de &lt;br class='autobr' /&gt;
li&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors qu'accabl&#233; de pr&#233;sents et lass&#233; de ces beaux &lt;br class='autobr' /&gt;
instruments de paresse auxquels dans une chambre atrocement &lt;br class='autobr' /&gt;
voluptueuse je m'exer&#231;ais tout &#224; tour, je pris le parti de &lt;br class='autobr' /&gt;
cong&#233;dier mes servantes et de m'adresser &#224; une agence pour me &lt;br class='autobr' /&gt;
procurer ce dont j'avais besoin : le r&#233;veil cr&#233;pusculaire et un &lt;br class='autobr' /&gt;
oiseau des mines de diamant qui me t&#238;nt la promesse d'extraire les &lt;br class='autobr' /&gt;
racines d'une petite souffrance que j'avais devin&#233;e. Je n'&#233;tais &lt;br class='autobr' /&gt;
pas plus t&#244;t en possession de ce double tr&#233;sor que je m'&#233;vanouis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain &#233;tait jour que je savais consacr&#233; &#224; l'accomplissement &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un rite tr&#232;s obscur dans la religion d'une peuplade des bords de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'Ohio. Sous la protection de l'orage o&#249; j'allai me placer, rien &lt;br class='autobr' /&gt;
ne pouvait m'atteindre &#224; l'exception d'une tr&#232;s vive lueur qui &lt;br class='autobr' /&gt;
seulement pour moi se distinguerait d'un &#233;clair. La t&#234;te renvers&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
et les tempes prot&#233;g&#233;es par deux plaques tr&#232;s minces de saphir, je &lt;br class='autobr' /&gt;
portais encore en moi ce vide fl&#233;ch&#233; tout en descendant la c&#244;te &lt;br class='autobr' /&gt;
qui longe le terrain de manoeuvre. On venait de sonner le &lt;br class='autobr' /&gt;
rassemblement et les jeunes hommes blonds se comptaient. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'admirable pluie &#224; l'odeur de sainfoin qui commen&#231;ait &#224; tomber &lt;br class='autobr' /&gt;
disloquait si bien le jour que j'avais envie d'applaudir. De &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ombre d'un petit bouquet d'arbres, &#224; une centaine de m&#232;tres, &lt;br class='autobr' /&gt;
s'envolaient encore dans la direction du soleil quelques-uns de &lt;br class='autobr' /&gt;
ces pantalons de dentelle qui font merveille au th&#233;&#226;tre mais &lt;br class='autobr' /&gt;
j'avais en vue autre chose qu'un l&#226;cher de pigeons-voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais un arc-en-ciel qui n'annonce rien de bon. Quand le vent se &lt;br class='autobr' /&gt;
ramasse dans un coin de la terre comme une toupie et que vos cils &lt;br class='autobr' /&gt;
battent &#224; se rompre parce que vous sentez un bras imaginaire pass&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
autour de votre taille, essayez de vous mettre &#224; courir. J'&#233;tais &lt;br class='autobr' /&gt;
sous un viaduc, p&#226;le &#224; l'id&#233;e de ces voyous qu'on emploie sur les &lt;br class='autobr' /&gt;
locomotives &#224; siffler dans leurs doigts. Rien, &#233;videmment, ne se &lt;br class='autobr' /&gt;
passerait. Je gagnai le petit sentier que la voie perd seulement &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'entr&#233;e de Paris. &#201;tais-je l'un de ces enfants pauvres qu'on voit &lt;br class='autobr' /&gt;
l'hiver s'accrocher aux voitures de charbon et, au besoin, trouer &lt;br class='autobr' /&gt;
les sacs ? Peut-&#234;tre. Un homme d'&#233;quipe, de ceux qui portent &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours dans leur main un petit ver rouge ench&#226;ss&#233; dans une motte &lt;br class='autobr' /&gt;
de terreau, me saluait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne conna&#238;t comme moi le coeur humain. Un for&#231;at qui avait &lt;br class='autobr' /&gt;
particip&#233; au lancement du cuirass&#233; LA D&#201;VASTATION m'assurait un &lt;br class='autobr' /&gt;
jour que dans l'immense c&#244;ne de lumi&#232;re dont nul autre que lui &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avait pu sortir, il &#233;tait donn&#233; d'assister &#224; la cr&#233;ation du &lt;br class='autobr' /&gt;
monde. Pareillement, du plus loin que je me rappelle, rien ne m'a &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; cach&#233; du man&#232;ge sentimental. J'approchais de la gare d'Est-&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceinture &#224; l'heure de la sortie des usines. Les nacelles retenues &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les cours se d&#233;tachaient du sol une &#224; une et toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
passag&#232;res semblaient folles d'une branche de lilas. Devant le mur &lt;br class='autobr' /&gt;
de briques blanches et rouges s'illuminait de place en place un &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux lustre de doubles-croches. Le travail commu&#233; laissait &lt;br class='autobr' /&gt;
la nuit libre : des mains allaient pouvoir emplir les saladiers &lt;br class='autobr' /&gt;
bleus. Sous la blouse de coutil qui est encore un moule, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ouvri&#232;re parisienne au chignon haut regarde tomber la pluie du &lt;br class='autobr' /&gt;
plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir ce que c'est que de se promener avec un sceptre &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les ruelles de la capitale &#224; l'entr&#233;e de la nuit. La rue &lt;br class='autobr' /&gt;
Lafayette balance de gauche &#224; droite ses vitrines. C'est l'heure &lt;br class='autobr' /&gt;
des meetings politiques et l'on peut voir au-dessus des portes se &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tacher en lettres grasses l'inscription : &#171; Rien ne va plus &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais, depuis un quart d'heure, &#224; la merci de ces voyantes &lt;br class='autobr' /&gt;
fun&#232;bres qui, avec des yeux violets, vous demandent &lt;br class='autobr' /&gt;
obligatoirement une cigarette. On m'a toujours enseign&#233; que la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus haute expression de gravit&#233; consistait &#224; parler tout seul. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais, cependant, moins fatigu&#233; que jamais. Un des p&#244;les &lt;br class='autobr' /&gt;
aimant&#233;s de ma route devrait &#234;tre, je le savais depuis longtemps, &lt;br class='autobr' /&gt;
la r&#233;clame lumineuse de &#171; Longines &#187; &#224; l'angle de la rue de la Paix &lt;br class='autobr' /&gt;
et de la place de l'Op&#233;ra. De l&#224;, par exemple, je n'aurais plus su &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;che pour t&#226;che, obligation pour obligation, je sens bien que je &lt;br class='autobr' /&gt;
ne ferai pas ce que j'ai voulu. Les petites lanternes aux armes de &lt;br class='autobr' /&gt;
Paris qui font rebrousser chemin aux voitures &#224; partir d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
certaine heure m'ont toujours fait regretter l'absence des &lt;br class='autobr' /&gt;
paveurs. Il faut les avoir vus, ne serait-ce qu'une fois, l'oeil &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
leur niveau d'alcool, &#233;viter tout cahot aux loutres gant&#233;es de &lt;br class='autobr' /&gt;
craie. Les pav&#233;s de bois dont le soleil use lentement les bords &lt;br class='autobr' /&gt;
sont plus l&#233;gers que les pri&#232;res. Si l'un est plus clair que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre, il y a dans votre portefeuille une d&#233;p&#234;che que vous &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avez pas encore lue. Cependant, &#224; l'un des plus jolis coudes des &lt;br class='autobr' /&gt;
boulevards, cette clairi&#232;re orang&#233;e surmont&#233;e d'un paratonnerre et &lt;br class='autobr' /&gt;
recouverte d'une houle de Liberty &#233;tait-elle vou&#233;e &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
circulation d'animaux plus gracieux que les autres ? Ce fut un jeu &lt;br class='autobr' /&gt;
pour moi d'enjamber sans &#234;tre aper&#231;u les quelques fioles de parfum &lt;br class='autobr' /&gt;
qui voulaient m'en interdire l'acc&#232;s. Une ordonnance de police, &lt;br class='autobr' /&gt;
paraissant dater du si&#232;cle dernier, tapissait en partie le manche &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un instrument en forme d'arbal&#232;te que je reconnus pour l'avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;j&#224; vu, incrust&#233; de pierres pr&#233;cieuses, &#224; la devanture d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
armurerie des passages. Il reposait cette fois sur une claie de &lt;br class='autobr' /&gt;
feuillage s&#233;ch&#233; de sorte que je pus croire &#224; un pi&#232;ge. Le temps &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;carter cette id&#233;e, je mis &#224; jour les deux &#233;chelons sup&#233;rieurs &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une &#233;chelle de corde. Je d&#233;cidai aussit&#244;t de faire usage de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'appareil qui s'offrait et me donnai seulement le loisir, quand &lt;br class='autobr' /&gt;
il n'y eut plus que ma t&#234;te &#224; &#233;merger du sol, de baiser &#233;perdument &lt;br class='autobr' /&gt;
de loin deux hautes bottes noires ferm&#233;es sur des bas cr&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait l&#224; le dernier souvenir que j'emporterais d'une vie qui &lt;br class='autobr' /&gt;
avait &#233;t&#233; courte car je ne me rappelle plus bien si j'avais vingt &lt;br class='autobr' /&gt;
ans sonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre le mouvement dont &#233;tait anim&#233; ce triste ascenseur, &lt;br class='autobr' /&gt;
il faut faire appel &#224; certaines connaissances astronomiques. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
deux plan&#232;tes les plus &#233;loign&#233;es du soleil combinent leur &lt;br class='autobr' /&gt;
mouvement autour de lui avec cet &#233;trange va-et-vient. La lumi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait celle des boutiques d'eau min&#233;rale. Pour quel public &lt;br class='autobr' /&gt;
d'enfants hagards ex&#233;cutais-je des exercices aussi p&#233;rilleux ? &lt;br class='autobr' /&gt;
J'apercevais des moulures discontinues passant par toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
couleurs du spectre, des chemin&#233;es de marbre blanc, des accord&#233;ons &lt;br class='autobr' /&gt;
et alternativement la gr&#234;le, les plantes cili&#233;es et l'oiseau-lyre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Attendez, naufrages ; soupirez, trompettes marines au son &lt;br class='autobr' /&gt;
desquelles je serai un jour re&#231;u par mon fr&#232;re, ce charmant &lt;br class='autobr' /&gt;
mollusque qui a la propri&#233;t&#233; de voler sous l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu la lenteur des oscillations me faisait pressentir &lt;br class='autobr' /&gt;
l'approche du but. L&#224; &#233;tait le myst&#232;re car je n'aurai rien dit en &lt;br class='autobr' /&gt;
affirmant que, soumis &#224; un tel balancement dans l'air sup&#233;rieur, &lt;br class='autobr' /&gt;
j'aurais aussi bien pu m'arr&#234;ter &#224; Naples ou &#224; Born&#233;o. Les zones &lt;br class='autobr' /&gt;
torrides, glaciales, lumineuses ou de clair-obscur s'&#233;tageaient, &lt;br class='autobr' /&gt;
se carrelaient. Quand une jeune fille, dans une ferme, laisse &lt;br class='autobr' /&gt;
couler &#224; travers sa chambre l'eau d'une source voisine, et que son &lt;br class='autobr' /&gt;
fianc&#233; vient s'accouder &#224; la barre arqu&#233;e de sa fen&#234;tre, ils &lt;br class='autobr' /&gt;
partent eux aussi pour ne plus se retrouver. Que d'autres se &lt;br class='autobr' /&gt;
croient s'ils le veulent &#224; la merci d'un r&#233;tablissement : moi que &lt;br class='autobr' /&gt;
les plus blanches &#233;cuy&#232;res ont f&#234;t&#233; pour mon adresse &#224; lancer &lt;br class='autobr' /&gt;
leurs chars aveugles sur des routes de poussi&#232;re, je ne sauverai &lt;br class='autobr' /&gt;
personne et je ne demande pas &#224; &#234;tre sauv&#233;. J'ai ri jadis de la &lt;br class='autobr' /&gt;
bonne aventure et je porte sur l'&#233;paule gauche un tr&#232;fle &#224; cinq &lt;br class='autobr' /&gt;
feuilles. Il peut m'arriver chemin faisant de tomber dans un &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cipice ou d'&#234;tre poursuivi par les pierres, mais ce n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
chaque fois, je vous prie de le croire, qu'une r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est plut&#244;t chaque pas que je fais qui est un r&#234;ve et ne me &lt;br class='autobr' /&gt;
parlez pas de ces tramways d'aspect b&#233;nin o&#249; le conducteur d&#233;livre &lt;br class='autobr' /&gt;
des billets de tombola. Il profite de toutes les stations pour &lt;br class='autobr' /&gt;
aller boire. Alors le v&#233;hicule qui tend, apr&#232;s l'arrosoir, &#224; se &lt;br class='autobr' /&gt;
retirer de la circulation, se voit entour&#233; des cerfs les plus &lt;br class='autobr' /&gt;
photog&#233;niques. Pour moi, mes convictions ne m'ont jamais permis &lt;br class='autobr' /&gt;
d'y prendre place qu'au rabais, de grand matin, avec les ouvriers &lt;br class='autobr' /&gt;
qui portent en bandouli&#232;re une besace pleine de perdrix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de m&#234;me j'&#233;tais venu &#224; Paris et une grande flamme &lt;br class='autobr' /&gt;
m'escortait, je l'ai dit, de ses quarante pieds blonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les boulevards souterrains n'existaient pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment l'ennemie de la soci&#233;t&#233; p&#233;n&#233;trait dans l'immeuble &lt;br class='autobr' /&gt;
situ&#233; au num&#233;ro 1 du boulevard des Capucines. Mais elle ne fit &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'entrer et sortir. Je ne l'avais jamais vue et pourtant mes yeux &lt;br class='autobr' /&gt;
s'emplirent de larmes. Elle &#233;tait discr&#232;te comme le crime et sa &lt;br class='autobr' /&gt;
robe &#224; petits plis noire, en raison de la brise, apparaissait tour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; tour brillante et ternie. Il n'y avait pas d'autre provocation &lt;br class='autobr' /&gt;
dans son attitude : tant qu'elle alla j'observai que son pied se &lt;br class='autobr' /&gt;
posait toujours aussi l&#233;g&#232;rement. &#192; sa gauche, &#224; sa droite, sur le &lt;br class='autobr' /&gt;
trottoir s'inscrivaient sans cesse en lettres de toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
couleurs des noms de parfums, de sp&#233;cialit&#233;s pharmaceutiques. Dans &lt;br class='autobr' /&gt;
tous les cas il fait bon suivre de telles femmes dont on est s&#251;r &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elles ne vont pas &#224; vous et qu'elles ne vont nulle part. Comme &lt;br class='autobr' /&gt;
celle-ci venait encore de franchir pour rien le seuil d'une maison &lt;br class='autobr' /&gt;
de la rue de Hanovre, je me portai vivement &#224; sa rencontre et, &lt;br class='autobr' /&gt;
avant qu'elle e&#251;t pu se reconna&#238;tre, j'emprisonnai dans la mienne &lt;br class='autobr' /&gt;
sa main crisp&#233;e sur un revolver si petit que la bouche du canon &lt;br class='autobr' /&gt;
n'atteignait pas la premi&#232;re phalange de l'index repli&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inconnue eut alors un regard de supplication et de triomphe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, les yeux ferm&#233;s, elle prit mon bras silencieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est, certes, plus simple que de dire &#224; une femme, &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
taxi : &#171; Occupez-vous de moi. &#187; La sensibilit&#233; n'est autre chose que &lt;br class='autobr' /&gt;
cette voiture enti&#232;rement vitr&#233;e dans laquelle vous avez pris &lt;br class='autobr' /&gt;
place ; une vulgaire dentelle de fil jet&#233;e sur la banquette essaie &lt;br class='autobr' /&gt;
de vous faire oublier les orni&#232;res du chemin. Parfois l'imp&#233;riale &lt;br class='autobr' /&gt;
est garnie de malles et de cartons &#224; chapeau oblongs comme des &lt;br class='autobr' /&gt;
pendentifs. Le tout va se jeter dans un petit lac au pied de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'arbuste des mains jointes. Par la force des choses, autrefois, &lt;br class='autobr' /&gt;
n'ai-je pas attendu qu'une raison de vivre me v&#238;nt de ces parties &lt;br class='autobr' /&gt;
de chagrin ? Les femmes les plus enrag&#233;es sont les divorc&#233;es, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'arrangent si bien de leur voile de cr&#234;pe gris-perle. Au bord de &lt;br class='autobr' /&gt;
la mer il fut pour moi de saison de jongler avec leurs genoux. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
fouet des victorias disparues ne dessinait plus dans le temps &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une pluie d'&#233;toiles et il faut avouer que ces deux images &lt;br class='autobr' /&gt;
froidement distinctes n'&#233;taient pas seules superpos&#233;es du point o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
je me trouvais plac&#233;. Ainsi, au feu de la rampe, une bouche &lt;br class='autobr' /&gt;
appara&#238;t absolument semblable &#224; un oeil et qui ne sait que, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
peu qu'on incline le prisme de l'amour, l'archet court sur la &lt;br class='autobr' /&gt;
jambe des danseuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'agit de Solange... Huit jours durant nous avons habit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
une r&#233;gion plus d&#233;licate que l'impossibilit&#233; de se poser pour &lt;br class='autobr' /&gt;
certaines hirondelles. Sous peine de s&#233;paration nous nous &#233;tions &lt;br class='autobr' /&gt;
interdit de parler du pass&#233;. La fen&#234;tre donnait sur un navire, &lt;br class='autobr' /&gt;
lequel, couch&#233; dans la prairie, respirait r&#233;guli&#232;rement. Au loin &lt;br class='autobr' /&gt;
on apercevait une immense tiare faite de la richesse des anciennes &lt;br class='autobr' /&gt;
villes. Le soleil prenait au lasso les plus belles aventures. Nous &lt;br class='autobr' /&gt;
avons v&#233;cu l&#224; des heures exquisement oubliables, en compagnie de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'arlequin de Cayenne. Il faut dire qu'au beau milieu de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'escalier qui conduisait &#224; notre chambre, Solange avait &#244;t&#233; son &lt;br class='autobr' /&gt;
chapeau et allum&#233; le feu de paille. Il y avait un bouton de &lt;br class='autobr' /&gt;
sonnerie pour la r&#233;alisation de chacun de nos d&#233;sirs et il y avait &lt;br class='autobr' /&gt;
temps pour tout. Le dessus de lit &#233;tait fait de nouvelles &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
main :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La boule d'or qui roule sur le fond azur&#233; de cette cage n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
reli&#233;e &#224; aucune tige apparente et elle est pourtant la boule d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux condensateur. Nous sommes dans un bar de la rue Cujas &lt;br class='autobr' /&gt;
et c'est ici qu'apr&#232;s l'attentat du train 5 M&#233;cislas Charrier vint &lt;br class='autobr' /&gt;
essayer cette main finement gant&#233;e gr&#226;ce &#224; laquelle il sut se &lt;br class='autobr' /&gt;
faire reconna&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rosa-Jos&#233;pha, les soeurs siamoises, il y a huit jours se levaient &lt;br class='autobr' /&gt;
de table lorsqu'un papillon arborant mes couleurs vint d&#233;crire un &lt;br class='autobr' /&gt;
huit autour de leurs t&#234;tes. Jusque-l&#224; le monstre, accoupl&#233; &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
casseur d'assiettes, semblait avoir compris peu de chose au grand &lt;br class='autobr' /&gt;
destin qui l'attendait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On allait &#234;tre en septembre. Sur un tableau noir, dans le bureau &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'h&#244;tel, une &#233;quation trac&#233;e de main d'enfant ne comportait &lt;br class='autobr' /&gt;
plus que des variables. Le plafond, l'armoire &#224; glace, la lampe, &lt;br class='autobr' /&gt;
le corps de ma ma&#238;tresse et l'air lui-m&#234;me s'&#233;taient appropri&#233; la &lt;br class='autobr' /&gt;
sonorit&#233; du tambour. Parfois, entre minuit et une heure, Solange &lt;br class='autobr' /&gt;
s'absentait. Mais j'&#233;tais s&#251;r de la retrouver le matin dans sa &lt;br class='autobr' /&gt;
chemise paillet&#233;e. Je ne sais encore que penser de son sommeil et &lt;br class='autobr' /&gt;
peut-&#234;tre ne fit-elle jamais que s'&#233;veiller &#224; mes c&#244;t&#233;s. Sous le &lt;br class='autobr' /&gt;
toit de verdure fr&#233;missante partag&#233;e entre les &#233;chos nocturnes, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la chemin&#233;e refleurissait la fraise des quatre-saisons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Solange avait toujours l'air de sortir d'une redoute. La terrible &lt;br class='autobr' /&gt;
impersonnalit&#233; de nos rapports excluait si bien toute jalousie que &lt;br class='autobr' /&gt;
les grands verres d'eau teint&#233;s des disparitions ne &lt;br class='autobr' /&gt;
s'atti&#233;dissaient jamais. Plus tard seulement j'ai compris &lt;br class='autobr' /&gt;
l'extraordinaire faiblesse de ces fameux tours de magie blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la salle de bains que se passait le meilleur de notre &lt;br class='autobr' /&gt;
temps. Elle &#233;tait situ&#233;e au m&#234;me &#233;tage que notre chambre. Une bu&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;paisse &#171; &#224; couper au couteau &#187; s'y &#233;tendait par places, notamment &lt;br class='autobr' /&gt;
autour de la toilette, &#224; ce point qu'il &#233;tait impossible d'y &lt;br class='autobr' /&gt;
saisir quoi que ce f&#251;t. De multiples accessoires de fard y &lt;br class='autobr' /&gt;
trouvaient incompr&#233;hensiblement leur existence. Un jour que je &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;n&#233;trais le premier, vers huit heures du matin, dans cette pi&#232;ce &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; r&#233;gnait je ne sais quel malaise sup&#233;rieur, dans l'espoir, je &lt;br class='autobr' /&gt;
crois, d'&#233;prouver le sort myst&#233;rieux qui commen&#231;ait &#224; planer sur &lt;br class='autobr' /&gt;
nous, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre un grand bruit &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ailes suivi presque aussit&#244;t de celui de la chute d'un carreau, &lt;br class='autobr' /&gt;
lequel pr&#233;sentait cette particularit&#233; d'&#234;tre de la couleur dite &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; aurore &#187; alors que la vitre demeur&#233;e intacte &#233;tait au contraire &lt;br class='autobr' /&gt;
faiblement bleue. Sur le lit de massage reposait une femme de &lt;br class='autobr' /&gt;
grande beaut&#233; dont je fus assez heureux pour surprendre la &lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re convulsion et qui, lorsque je me trouvai pr&#232;s d'elle, &lt;br class='autobr' /&gt;
avait cess&#233; de respirer. Une ardente m&#233;tamorphose s'op&#233;rait autour &lt;br class='autobr' /&gt;
de ce corps sans vie : si le drap tir&#233; aux quatre coins &lt;br class='autobr' /&gt;
s'allongeait &#224; vue d'oeil et allait &#224; une parfaite limpidit&#233;, le &lt;br class='autobr' /&gt;
papier d'argent qui tapissait ordinairement la pi&#232;ce, par contre, &lt;br class='autobr' /&gt;
se recroquevillait. Il ne servait plus qu'&#224; poudrer les perruques &lt;br class='autobr' /&gt;
de deux laquais d'op&#233;rette qui se perdaient bizarrement dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
glace. Une lime d'ivoire que je ramassai &#224; terre fit &lt;br class='autobr' /&gt;
instantan&#233;ment s'ouvrir autour de moi un certain nombre de mains &lt;br class='autobr' /&gt;
de cire qui rest&#232;rent suspendues en l'air avant de se poser sur &lt;br class='autobr' /&gt;
des coussins verts. Les moyens me manquaient, on l'a vu, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
interroger le souffle de la morte. Solange n'avait pas paru de la &lt;br class='autobr' /&gt;
nuit et pourtant cette femme ne lui ressemblait pas, &#224; l'exception &lt;br class='autobr' /&gt;
des petits souliers blancs dont la semelle, au niveau de la ligne &lt;br class='autobr' /&gt;
d'insertion des orteils, pr&#233;sentait d'imperceptibles hachures &lt;br class='autobr' /&gt;
comme celle des danseuses. Le plus l&#233;ger indice me faisait d&#233;faut. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait remarquable que la jeune femme f&#251;t entr&#233;e l&#224; toute &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;v&#234;tue. Comme j'introduisais mes doigts dans ses cheveux &lt;br class='autobr' /&gt;
fra&#238;chement coup&#233;s j'eus soudain l'impression que la belle venait &lt;br class='autobr' /&gt;
de d&#233;placer le corps de gauche &#224; droite, ce qui, joint &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
position de son bras droit derri&#232;re son dos et &#224; l'hyperextension &lt;br class='autobr' /&gt;
de sa main gauche, ne pouvait manquer de sugg&#233;rer l'id&#233;e d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
grand &#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'&#233;tant born&#233; &#224; ces menues constatations, je sortis sans &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cautions inutiles. Certes les seules d&#233;corations qui &lt;br class='autobr' /&gt;
m'inspirent quelque respect sont ces crachats d'or fix&#233;s &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
doublure, un peu au-dessous de la poche int&#233;rieure du veston. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
rajustai pourtant le ruban rouge que je portais &#224; la boutonni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a &#233;crit qu'un livre m&#233;diocre sur les &#233;vasions c&#233;l&#232;bres. Ce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il faut que vous sachiez, c'est qu'au-dessous de toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
fen&#234;tres par lesquelles il peut vous prendre fantaisie de vous &lt;br class='autobr' /&gt;
jeter, d'aimables lutins tendent aux quatre points cardinaux le &lt;br class='autobr' /&gt;
triste drap de l'amour. Mon inspection n'avait dur&#233; que quelques &lt;br class='autobr' /&gt;
secondes et je savais ce que je voulais savoir. Aussi bien les &lt;br class='autobr' /&gt;
murs de Paris avaient &#233;t&#233; couverts d'affiches repr&#233;sentant un &lt;br class='autobr' /&gt;
homme masqu&#233; d'un loup blanc et qui tenait dans la main gauche la &lt;br class='autobr' /&gt;
cl&#233; des champs : cet homme, c'&#233;tait moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre Aux Voyantes. (1925)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps : de gr&#226;ce faites justice. &#192; cette heure des jeunes &lt;br class='autobr' /&gt;
filles belles comme le jour se meurtrissent les genoux dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
cachettes o&#249; les attire tour &#224; tour l'ignoble bourdon blanc. Elles &lt;br class='autobr' /&gt;
s'accusent de p&#233;ch&#233;s parfois adorablement mortels (comme s'il &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait y avoir des p&#233;ch&#233;s) tandis que l'autre vaticine, bouge ou &lt;br class='autobr' /&gt;
pardonne. Qui trompe-t-on ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je songe &#224; ces jeunes filles, &#224; ces jeunes femmes qui devraient &lt;br class='autobr' /&gt;
mettre toute leur confiance en vous, seules tributaires et seules &lt;br class='autobr' /&gt;
gardiennes du Secret. Je parle du grand Secret, de l'Ind&#233;robable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles ne seraient plus oblig&#233;es de mentir. Devant vous comme &lt;br class='autobr' /&gt;
ailleurs elles pourraient &#234;tre les plus &#233;l&#233;gantes, les plus &lt;br class='autobr' /&gt;
folles. Et vous &#233;couter, &#224; peine vous pressentir, d'une main &lt;br class='autobr' /&gt;
lumineuse et les jambes crois&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense &#224; tous les hommes perdus dans les tribunaux sonores. Ils &lt;br class='autobr' /&gt;
croient avoir &#224; r&#233;pondre ici d'un amour, l&#224; d'un crime. Ils &lt;br class='autobr' /&gt;
fouillent vainement leur m&#233;moire : que s'est-il donc pass&#233; ? Ils &lt;br class='autobr' /&gt;
ne peuvent jamais esp&#233;rer qu'un acquittement partiel. Tous &lt;br class='autobr' /&gt;
infiniment malheureux. Pour avoir fait ce qu'en toute simplicit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
ils ont cru devoir faire, encore une fois pour n'avoir pas pris &lt;br class='autobr' /&gt;
les ordres du merveilleux (faute d'avoir su le plus souvent &lt;br class='autobr' /&gt;
comment les prendre), les voici engag&#233;s dans une voie dont le plus &lt;br class='autobr' /&gt;
douloureusement du monde ils finiront bien par sentir qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait pas la leur, et qu'il d&#233;pend&#238;t d'un secours ext&#233;rieur, &lt;br class='autobr' /&gt;
al&#233;atoire du reste par excellence, qu'ils refusassent dans ce sens &lt;br class='autobr' /&gt;
d'aller plus loin. La vie, l'ind&#233;sirable vie passe &#224; ravir. Chacun &lt;br class='autobr' /&gt;
y va de l'id&#233;e qu'il r&#233;ussit &#224; se faire de sa propre libert&#233;, et &lt;br class='autobr' /&gt;
Dieu sait si g&#233;n&#233;ralement cette id&#233;e est timide. Mais l'&#233;pingle la &lt;br class='autobr' /&gt;
fameuse &#233;pingle qu'il n'arrive quand m&#234;me pas &#224; tirer du jeu, ce &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas l'homme d'aujourd'hui qui consentirait &#224; en chercher la &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#234;te parmi les &#233;toiles. Il a pris, le mis&#233;rable, son sort en &lt;br class='autobr' /&gt;
patience et, je crois bien, en patience &#233;ternelle. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
intercessions miraculeuses qui pourraient se produire en sa &lt;br class='autobr' /&gt;
faveur, il se fait un devoir de les m&#233;conna&#238;tre. Son imagination &lt;br class='autobr' /&gt;
est un th&#233;&#226;tre en ruines, un sinistre perchoir pour perroquets et &lt;br class='autobr' /&gt;
corbeaux. Cet homme ne veut plus en faire qu'&#224; sa t&#234;te ; &#224; chaque &lt;br class='autobr' /&gt;
instant, il se vante de tirer au clair le principe de son &lt;br class='autobr' /&gt;
autorit&#233;. Une pr&#233;tention extravagante commande peut-&#234;tre tous ses &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;boires. Il ne s'en prive pas moins volontairement de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'assistance de ce qu'il ne conna&#238;t pas, je veux dire de ce qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne peut pas conna&#238;tre, et pour s'en justifier tous les arguments &lt;br class='autobr' /&gt;
lui sont bons. L'invention de la Pierre Philosophale par Nicolas &lt;br class='autobr' /&gt;
Flamel ne rencontre presque aucune cr&#233;ance, pour cette simple &lt;br class='autobr' /&gt;
raison que le grand alchimiste ne semble pas s'&#234;tre assez enrichi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Outre, pourtant, les scrupules de caract&#232;re religieux qu'il put &lt;br class='autobr' /&gt;
avoir &#224; prendre un avantage aussi vulgaire, il y a lieu de se &lt;br class='autobr' /&gt;
demander en quoi e&#251;t bien pu l'int&#233;resser l'obtention de plus de &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques parcelles d'or, quand avant tout il s'&#233;tait agi d'&#233;difier &lt;br class='autobr' /&gt;
une telle fortune spirituelle. Ce besoin d'industrialisation, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;side &#224; l'objection faite &#224; Flamel, nous le retrouvons un peu &lt;br class='autobr' /&gt;
partout : il est un des principaux facteurs de la d&#233;faite de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit. C'est lui qui a donn&#233; naissance &#224; cette furieuse manie &lt;br class='autobr' /&gt;
de contr&#244;le que la seule gloire du surr&#233;alisme sera d'avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;nonc&#233;e. Naturellement, ils auraient tous voulu &#234;tre derri&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Flamel lors de cette exp&#233;rience concluante et qui n'e&#251;t &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ailleurs, sans doute, &#233;t&#233; concluante que pour lui. Il en est de &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me au sujet des m&#233;diums, qu'on a tout de suite voulu soumettre &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'observation des m&#233;decins, des &#171; savants &#187; et autres ignares. Et, &lt;br class='autobr' /&gt;
pour la plupart, les m&#233;diums se sont laiss&#233; prendre en flagrant &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;lit de supercherie grossi&#232;re, ce qui pour moi t&#233;moigne de leur &lt;br class='autobr' /&gt;
probit&#233; et de leur go&#251;t. Il est bien entendu que la science &lt;br class='autobr' /&gt;
officielle une fois rassur&#233;e, un rapport accablant venant &lt;br class='autobr' /&gt;
renforcer beaucoup d'autres rapports, de nouveau l'&#201;vidence &lt;br class='autobr' /&gt;
terrible s'imposait. - Ainsi de nous, de ceux d'entre nous &#224; qui &lt;br class='autobr' /&gt;
l'on veut bien accorder quelque &#171; talent &#187;, ne serait-ce que pour &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;plorer qu'ils en fassent si mauvais usage et que l'amour du &lt;br class='autobr' /&gt;
scandale - on dit aussi de la r&#233;clame -les porte &#224; de si coupables &lt;br class='autobr' /&gt;
extr&#233;mit&#233;s. Alors qu'il reste de si jolis romans &#224; &#233;crire, et des &lt;br class='autobr' /&gt;
oeuvres po&#233;tiques m&#234;me qui, de notre vivant, seraient lues et qui &lt;br class='autobr' /&gt;
seraient, on nous le promet, tr&#232;s appr&#233;ci&#233;es apr&#232;s notre mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe, au reste ! Mesdames, je suis aujourd'hui tout &#224; votre &lt;br class='autobr' /&gt;
disgr&#226;ce. Je sais que vous n'osez plus &#233;lever la voix, que vous ne &lt;br class='autobr' /&gt;
daignez plus user de votre toute-puissante autorit&#233; que dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
tristes limites &#171; l&#233;gales &#187;. Je revois les maisons que vous habitez, &lt;br class='autobr' /&gt;
au troisi&#232;me &#233;tage, dans les quartiers plus ou moins retir&#233;s des &lt;br class='autobr' /&gt;
villes. Votre existence et le peu qu'on vous tol&#232;re, en d&#233;pit de &lt;br class='autobr' /&gt;
toute la conduite qu'on observe autour de vous, m'aident &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
supporter la vacance extraordinaire de cette &#233;poque et &#224; ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sesp&#233;rer. Qu'est-ce qu'un barom&#232;tre qui tient compte du &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; variable &#187;, comme si le temps pouvait &#234;tre incertain ? Le temps &lt;br class='autobr' /&gt;
est certain : d&#233;j&#224; l'homme que je serai prend &#224; la gorge l'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
que je suis, mais l'homme que j'ai &#233;t&#233; me laisse en paix. On nomme &lt;br class='autobr' /&gt;
cela mon myst&#232;re, mais je ne crois pas (je ne tiens pas) et nul ne &lt;br class='autobr' /&gt;
croit tout &#224; fait pour soi-m&#234;me &#224; l'imp&#233;n&#233;trabilit&#233; de ce myst&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand voile qui tombe sur mon enfance ne me d&#233;robe qu'&#224; demi &lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;tranges ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;deront ma mort. Et je parlerai un &lt;br class='autobr' /&gt;
jour de ma mort. J'avance en moi, sur moi, de plusieurs heures. La &lt;br class='autobr' /&gt;
preuve en est que ce qui m'arrive ne me surprend que dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
mesure exacte o&#249; j'ai besoin de ne plus &#234;tre surpris. Je veux tout &lt;br class='autobr' /&gt;
savoir : je peux tout me dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas si gratuitement que j'ai parl&#233; de votre immense &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir, bien que rien n'&#233;gale aujourd'hui la mod&#233;ration avec &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle vous en usez. Les moins difficiles d'entre vous seraient &lt;br class='autobr' /&gt;
en droit de faire valoir sur nous leur sup&#233;riorit&#233;, nous la &lt;br class='autobr' /&gt;
tiendrions pour la seule ind&#233;niable. Je sais : &#233;tant donn&#233;es les &lt;br class='autobr' /&gt;
horribles conditions que nous fait le temps - pass&#233;, pr&#233;sent, &lt;br class='autobr' /&gt;
avenir -qui peut nous emp&#234;cher de vivre au jour le jour ? Il est &lt;br class='autobr' /&gt;
question tout &#224; coup d'une assurance dans un domaine o&#249; l'on n'a &lt;br class='autobr' /&gt;
pas admis jusqu'ici la moindre possibilit&#233; d'assurance, sans quoi &lt;br class='autobr' /&gt;
toute une partie de l'agitation humaine, et la plus f&#226;cheuse, &lt;br class='autobr' /&gt;
serait tomb&#233;e. Cette assurance pourtant, Mesdames, vous la tenez &lt;br class='autobr' /&gt;
sans cesse &#224; notre disposition, elle ne comporte gu&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ambigu&#239;t&#233;s. Pourquoi faut-il que vous nous la donniez pour ce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle vaut ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car on ne vous f&#226;che pas trop en vous infligeant un d&#233;menti sur &lt;br class='autobr' /&gt;
tel ou tel point o&#249; l'information d'un autre peut passer pour &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;remptoire, comme s'il vous prenait fantaisie de me dire que j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
le respect du travail. Il est probable, du reste, que vous ne le &lt;br class='autobr' /&gt;
diriez pas, que cela vous est interdit : toujours est-il que la &lt;br class='autobr' /&gt;
port&#233;e de votre intervention ne saurait &#234;tre &#224; la merci d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
erreur apparente de cet ordre. Ce n'est pas au hasard que je parle &lt;br class='autobr' /&gt;
d'intervention. Tout ce qui m'est livr&#233; de l'avenir tombe dans un &lt;br class='autobr' /&gt;
champ merveilleux qui n'est rien moins que celui de la possibilit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
absolue et s'y d&#233;veloppe co&#251;te que co&#251;te. Que la r&#233;alit&#233; se charge &lt;br class='autobr' /&gt;
ou non de v&#233;rifier par la suite les assertions que je tiens de &lt;br class='autobr' /&gt;
vous, je n'accorderai pas une importance capitale, &#224; cette preuve &lt;br class='autobr' /&gt;
arithm&#233;tique comme le feraient tous ceux qui n'auraient pas tent&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
pour leur compte la m&#234;me op&#233;ration. De ce calcul par t&#226;tonnements &lt;br class='autobr' /&gt;
qui fait que je suppose &#224; chaque instant le probl&#232;me de ma vie &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;solu, adoptant pour cela les r&#233;sultats arbitraires ou non, mais &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours grands, que vous voulez bien me soumettre, il se peut que &lt;br class='autobr' /&gt;
je me propose de d&#233;duire passionn&#233;ment ce que je ferai. Je dois, &lt;br class='autobr' /&gt;
para&#238;t-il, me rendre en Chine vers 1931 et y courir pendant vingt &lt;br class='autobr' /&gt;
ans de grands dangers. Deux fois sur deux, je me le suis laiss&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
dire, ce qui est assez troublant. Indirectement j'ai appris aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
que je devais mourir d'ici l&#224;. Mais je ne pense pas que &#171; de deux &lt;br class='autobr' /&gt;
choses l'une &#187;. J'ai foi dans tout ce que vous m'avez dit. Pour &lt;br class='autobr' /&gt;
rien au monde je ne voudrais r&#233;sister &#224; la tentation que vous &lt;br class='autobr' /&gt;
m'avez donn&#233;e, disons : de m'attendre en Chine. Car aussi bien &lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#226;ce &#224; vous j'y suis d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vous appartient, Mesdames, de nous faire confondre le fait &lt;br class='autobr' /&gt;
accomplissable et le fait accompli. J'irai m&#234;me plus loin. Cette &lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rence qui passait pour irr&#233;ductible entre les sensations &lt;br class='autobr' /&gt;
probables d'un a&#233;ronaute et ses sensations r&#233;elles, que quelqu'un &lt;br class='autobr' /&gt;
se vanta jadis de tenir pour essentielle et d'&#233;valuer avec &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cision, dont il s'avisa m&#234;me de tirer, en mati&#232;re d'attitude &lt;br class='autobr' /&gt;
humaine, d'extr&#234;mes cons&#233;quences, cette diff&#233;rence cesse de jouer &lt;br class='autobr' /&gt;
ou joue tout diff&#233;remment d&#232;s que ce n'est plus moi qui propose, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui me propose, et que je vous permets de disposer de moi. D&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
lors qu'il s'agit pour moi de la Chine et non, par exemple, de &lt;br class='autobr' /&gt;
Paris ou de l'Am&#233;rique du Sud, je me transporte par la pens&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup plus facilement en Chine qu'ailleurs. Le cin&#233;ma a perdu &lt;br class='autobr' /&gt;
pour moi une grande partie de son int&#233;r&#234;t ! Par contre, on dirait &lt;br class='autobr' /&gt;
que des portes s'ouvrent en Orient, que l'&#233;cho d'une agitation &lt;br class='autobr' /&gt;
enveloppante me parvient, qu'un souffle, qui pourrait bien &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
celui de la Libert&#233;, fait tout &#224; coup r&#233;sonner la vieille caisse &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'Europe, sur laquelle je m'&#233;tais endormi. C'est &#224; croire qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne me manquait que d'&#234;tre pr&#233;cipit&#233; par vous, de tout mon long, &lt;br class='autobr' /&gt;
sur le sol, non plus comme on est pour guetter, mais pour &lt;br class='autobr' /&gt;
embrasser, pour couvrir toute l'ombre en avant de soi-m&#234;me. Il est &lt;br class='autobr' /&gt;
vrai que presque tout peut se passer sans moi, que laiss&#233; &#224; lui-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me mon pouvoir d'anticipation s'exerce moins en profondeur qu'en &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tendue, mais si l'a&#233;ronaute vous constatez par avance que c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
moi, si c'est moi l'homme qui va vivre en Chine, si cette &lt;br class='autobr' /&gt;
puissante donn&#233;e effective vient saisir ces voyageurs inertes, &lt;br class='autobr' /&gt;
adieu la belle diff&#233;rence et l'&#171; indiff&#233;rence &#187; m&#233;ticuleuses ! On &lt;br class='autobr' /&gt;
voit qu'&#224; sa mani&#232;re l'action me s&#233;duit aussi et que je fais le &lt;br class='autobr' /&gt;
plus grand cas de l'exp&#233;rience, puisque je cherche &#224; avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
l'exp&#233;rience de ce que je n'ai pas fait ! Il y a des gens qui &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;tendent que la guerre leur a appris quelque chose ; ils sont &lt;br class='autobr' /&gt;
tout de m&#234;me moins avanc&#233;s que moi, qui sais ce que me r&#233;serve &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ann&#233;e 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haine de la m&#233;moire, de cette combustion qu'elle entretient &lt;br class='autobr' /&gt;
partout o&#249; je n'ai plus envie de rien voir, je ne veux plus avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
affaire qu'&#224; vous. Puisque c'est &#224; vous qu'il a &#233;t&#233; donn&#233; de nous &lt;br class='autobr' /&gt;
conserver cet admirable r&#233;v&#233;lateur sans lequel nous perdrions &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au sens de notre continuit&#233;, puisque vous seules savez faire &lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;lancer de nous un personnage en tous points semblable &#224; nous-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;mes qui, par-del&#224; les mille et mille lits o&#249; nous allons, &lt;br class='autobr' /&gt;
h&#233;las ! reposer, par-del&#224; la table aux innombrables couverts &lt;br class='autobr' /&gt;
autour de laquelle nous allons tenir nos vains conciliabules, ira &lt;br class='autobr' /&gt;
nous pr&#233;c&#233;der victorieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; dessein que je m'adresse &#224; vous toutes, parce que cet &lt;br class='autobr' /&gt;
immense service il n'est aucune d'entre vous qui ne soit capable &lt;br class='autobr' /&gt;
de nous le rendre. Pourvu que vous ne sortiez pas du cadre &lt;br class='autobr' /&gt;
infiniment vaste de vos attributions, toute distinction de m&#233;rite &lt;br class='autobr' /&gt;
entre vous me para&#238;t oiseuse, selon moi votre qualification est la &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me. Ce qui est sera, par la seule vertu du langage : rien au &lt;br class='autobr' /&gt;
monde ne peut s'y opposer. J'accorde que cela peut &#234;tre plus ou &lt;br class='autobr' /&gt;
moins bien dit, mais c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; r&#233;side votre seul tort, c'est dans l'acceptation de la &lt;br class='autobr' /&gt;
scandaleuse condition qui vous est faite, d'une pauvret&#233; relative &lt;br class='autobr' /&gt;
qui vous oblige &#224; &#171; recevoir &#187; de telle &#224; telle heure, comme les &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;decins ; dans la r&#233;signation aux outrages que ne nous m&#233;nage pas &lt;br class='autobr' /&gt;
l'opinion, l'opinion mat&#233;rialiste, l'opinion r&#233;actionnaire, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'opinion publique, la mauvaise opinion. Se peut-il que les &lt;br class='autobr' /&gt;
pers&#233;cutions s&#233;culaires vous d&#233;tournent &#224; jamais de lancer &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
travers le monde, en d&#233;pit de ceux qui ne veulent pas l'entendre, &lt;br class='autobr' /&gt;
la grande parole annonciatrice ? Douteriez-vous de votre droit et &lt;br class='autobr' /&gt;
de votre force au point de vouloir para&#238;tre longtemps faire comme &lt;br class='autobr' /&gt;
les autres, comme ceux qui vivent d'un m&#233;tier ? Nous avons vu les &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#232;tes aussi se d&#233;rober par d&#233;dain &#224; la lutte et voici pourtant &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils se ressaisissent, au nom de cette parcelle de voyance, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
peine diff&#233;rente de la v&#244;tre, qu'ils ont. Assez de v&#233;rit&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;res, assez de lueurs splendides gard&#233;es dans des &lt;br class='autobr' /&gt;
anneaux ! Nous sommes &#224; la recherche, nous sommes sur la trace &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une v&#233;rit&#233; morale dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
nous interdit d'agir avec circonspection. Il faut que cette v&#233;rit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
soit aveuglante. &#192; quoi pensez-vous, la voil&#224; bien, la prochaine &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ruption du V&#233;suve ! On me dit que vous avez offert vos services &lt;br class='autobr' /&gt;
pour faire aboutir certaines recherches polici&#232;res mais ce n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas possible : il y a eu usurpation ou c'est faux. Je ne suis pas &lt;br class='autobr' /&gt;
dupe de ce que les journaux impriment parfois, au sujet de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;v&#233;lations que vous auriez consenti &#224; faire &#224; un de leurs &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;dacteurs : on vous calomnie s&#251;rement. Mais cette passivit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes femmes que vous &#234;tes, il en est temps, je vous adjure de &lt;br class='autobr' /&gt;
vous en d&#233;partir. On envahira vos demeures &#224; la veille de la &lt;br class='autobr' /&gt;
catastrophe heureuse. Ne nous abandonnez pas ; nous vous &lt;br class='autobr' /&gt;
reconna&#238;trons dans la foule &#224; vos cheveux d&#233;nou&#233;s. Donnez-nous des &lt;br class='autobr' /&gt;
pierres, des pierres brillantes, pour chasser les inf&#226;mes pr&#234;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne voyons plus ce monde comme il est, nous sommes absents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici d&#233;j&#224; l'amour, voici les soldats du pass&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avertissement Pour La R&#233;&#233;dition Du Second Manifeste. (1946)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me persuade, en laissant repara&#238;tre aujourd'hui le Second &lt;br class='autobr' /&gt;
manifeste du surr&#233;alisme, que le temps s'est charg&#233; pour moi &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;mousser ses angles pol&#233;miques. Je souhaite que de soi-m&#234;me il &lt;br class='autobr' /&gt;
ait corrig&#233;, f&#251;t-ce jusqu'&#224; un certain point &#224; mes d&#233;pens, les &lt;br class='autobr' /&gt;
jugements parfois h&#226;tifs que j'y ai port&#233;s sur divers &lt;br class='autobr' /&gt;
comportements individuels tels que j'ai cru les voir se dessiner &lt;br class='autobr' /&gt;
alors. Ce c&#244;t&#233; du texte n'est d'ailleurs justifiable que devant &lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui prendront la peine de situer le Second manifeste dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
climat intellectuel de l'ann&#233;e o&#249; il a pris naissance. C'est bien &lt;br class='autobr' /&gt;
autour de 1930 que les esprits d&#233;li&#233;s s'avertissent du retour &lt;br class='autobr' /&gt;
prochain, in&#233;luctable de la catastrophe mondiale. &#192; l'&#233;garement &lt;br class='autobr' /&gt;
diffus qui en r&#233;sulte, je ne nie pas que se superpose pour moi une &lt;br class='autobr' /&gt;
autre anxi&#233;t&#233; : comment soustraire au courant, de plus en plus &lt;br class='autobr' /&gt;
imp&#233;rieux, l'esquif que nous avions, &#224; quelques-uns, construit de &lt;br class='autobr' /&gt;
nos mains pour remonter ce courant m&#234;me ? &#192; mes propres yeux les &lt;br class='autobr' /&gt;
pages qui suivent portent de f&#226;cheuses traces de nervosit&#233;. Elles &lt;br class='autobr' /&gt;
font &#233;tat de griefs d'importance in&#233;gale : il est clair que &lt;br class='autobr' /&gt;
certaines d&#233;fections ont &#233;t&#233; cruellement ressenties et, d'embl&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; elle seule, l'attitude - tout &#233;pisodique -prise &#224; l'&#233;gard de &lt;br class='autobr' /&gt;
Baudelaire, de Rimbaud donnera &#224; penser que les plus malmen&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
pourraient bien &#234;tre ceux en qui la plus grande foi initiale a &#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
mise, ceux de qui l'on avait attendu le plus. Avec quelque recul, &lt;br class='autobr' /&gt;
la plupart de ceux-ci l'ont d'ailleurs aussi bien compris que moi-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me, de sorte qu'entre nous certains rapprochements ont pu avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
lieu, alors que des accords qui s'av&#233;raient plus durables &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; leur tour d&#233;nonc&#233;s. Une association humaine de l'ordre de celle &lt;br class='autobr' /&gt;
qui permit au surr&#233;alisme de s'&#233;difier - telle qu'on n'en avait &lt;br class='autobr' /&gt;
plus connu d'aussi ambitieuse et d'aussi passionn&#233;e au moins &lt;br class='autobr' /&gt;
depuis le saint-simonisme -ne laisse pas d'ob&#233;ir &#224; certaines lois &lt;br class='autobr' /&gt;
de fluctuation dont il est sans doute trop humain de ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
savoir, de l'int&#233;rieur, prendre son parti. Les &#233;v&#233;nements r&#233;cents, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui ont trouv&#233; du m&#234;me c&#244;t&#233; tous ceux que le Second manifeste met &lt;br class='autobr' /&gt;
en cause, d&#233;montrent que leur formation commune a &#233;t&#233; saine et &lt;br class='autobr' /&gt;
assignent objectivement des limites raisonnables &#224; leurs d&#233;m&#234;l&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure o&#249; certains d'entre eux ont pu &#234;tre victimes de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#233;nements ou, plus g&#233;n&#233;ralement, &#233;prouv&#233;s par la vie - je pense &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
Desnos, &#224; Artaud -je me h&#226;te de dire que les torts qu'il m'est &lt;br class='autobr' /&gt;
arriv&#233; de leur compter tombent d'eux-m&#234;mes tout comme en ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
concerne Politzer, dont l'activit&#233; s'est constamment d&#233;finie hors &lt;br class='autobr' /&gt;
du surr&#233;alisme et qui, de ce fait, ne devait au surr&#233;alisme aucun &lt;br class='autobr' /&gt;
compte de cette activit&#233;, je n'&#233;prouve aucune honte &#224; reconna&#238;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
que je me suis m&#233;pris du tout au tout sur son caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, &#224; quinze ans de distance, accuse l'aspect faillible de &lt;br class='autobr' /&gt;
certaines de mes pr&#233;somptions contre les uns ou les autres ne me &lt;br class='autobr' /&gt;
laisse pas moins libre de m'&#233;lever contre l'assertion r&#233;cemment &lt;br class='autobr' /&gt;
apport&#233;e21 qu'au sein du surr&#233;alisme les &#171; divergences politiques &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
auraient &#233;t&#233; surd&#233;termin&#233;es par des &#171; questions de personnes &#187;. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
questions de personnes n'ont &#233;t&#233; agit&#233;es par nous qu'a posteriori &lt;br class='autobr' /&gt;
et n'ont &#233;t&#233; port&#233;es en public que dans les cas o&#249; pouvaient &lt;br class='autobr' /&gt;
passer pour transgress&#233;s d'une mani&#232;re flagrante et int&#233;ressant &lt;br class='autobr' /&gt;
l'histoire de notre mouvement les principes fondamentaux sur &lt;br class='autobr' /&gt;
lesquels notre entente avait &#233;t&#233; &#233;tablie. Il y allait et il y va &lt;br class='autobr' /&gt;
encore du maintien d'une plateforme assez mobile pour faire face &lt;br class='autobr' /&gt;
aux aspects changeants du probl&#232;me de la vie en m&#234;me temps &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'assez stable pour attester de la non-rupture d'un certain &lt;br class='autobr' /&gt;
nombre d'engagements mutuels - et publics -contract&#233;s &#224; l'&#233;poque &lt;br class='autobr' /&gt;
de notre jeunesse. Les pamphlets que les surr&#233;alistes, comme on a &lt;br class='autobr' /&gt;
pu dire, &#171; fulmin&#232;rent &#187; &#224; mainte occasion les uns contre les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres, t&#233;moignent avant tout de l'impossibilit&#233; pour eux de &lt;br class='autobr' /&gt;
situer le d&#233;bat moins haut. Si la v&#233;h&#233;mence de l'expression y &lt;br class='autobr' /&gt;
para&#238;t quelquefois hors de proportion avec la d&#233;viation, l'erreur &lt;br class='autobr' /&gt;
ou la &#171; faute &#187; qu'ils pr&#233;tendent fl&#233;trir, je crois qu'outre le jeu &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une certaine ambivalence de sentiments &#224; laquelle j'ai d&#233;j&#224; fait &lt;br class='autobr' /&gt;
allusion, il en faut incriminer le malaise des temps et aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
l'influence formelle d'une bonne partie de la litt&#233;rature &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;volutionnaire o&#249; l'expression d'id&#233;es de toute g&#233;n&#233;ralit&#233; et de &lt;br class='autobr' /&gt;
toute rigueur tol&#232;re &#224; c&#244;t&#233; d'elle un luxe de saillies agressives, &lt;br class='autobr' /&gt;
de port&#233;e m&#233;diocre, &#224; l'adresse de tel ou tels contemporains. (22)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manifeste du Surr&#233;alisme. Deuxi&#232;me Partie (1924) Par Andr&#233; Breton</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6595</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article6595</guid>
		<dc:date>2022-07-08T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Manifeste du Surr&#233;alisme. Deuxi&#232;me Partie (1924) &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andr&#233; Breton &lt;br class='autobr' /&gt;
XIII &lt;br class='autobr' /&gt;
De peur que les hommes qui la suivent dans la rue se m&#233;prennent sur ses sentiments, cette jeune fille usa d'un charmant stratag&#232;me. Au lieu de se maquiller comme pour le th&#233;&#226;tre (la rampe, n'est-ce pas le sommeil lui-m&#234;me et ne convient-il pas de sonner les entr&#233;es en sc&#232;ne dans la jambe m&#234;me des femmes ?) elle fit usage de craie, de charbon ardent et d'un diamant vert d'une raret&#233; insigne que son premier (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifeste du Surr&#233;alisme. Deuxi&#232;me Partie (1924)
&lt;p&gt;Par Andr&#233; Breton&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;XIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De peur que les hommes qui la suivent dans la rue se m&#233;prennent &lt;br class='autobr' /&gt;
sur ses sentiments, cette jeune fille usa d'un charmant &lt;br class='autobr' /&gt;
stratag&#232;me. Au lieu de se maquiller comme pour le th&#233;&#226;tre (la &lt;br class='autobr' /&gt;
rampe, n'est-ce pas le sommeil lui-m&#234;me et ne convient-il pas de &lt;br class='autobr' /&gt;
sonner les entr&#233;es en sc&#232;ne dans la jambe m&#234;me des femmes ?) elle &lt;br class='autobr' /&gt;
fit usage de craie, de charbon ardent et d'un diamant vert d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
raret&#233; insigne que son premier amant lui avait laiss&#233; en &#233;change &lt;br class='autobr' /&gt;
de plusieurs tambours de fleurs. Dans son lit, apr&#232;s avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
soigneusement rejet&#233; les draps de coque d'oeuf, elle plia sa jambe &lt;br class='autobr' /&gt;
droite de mani&#232;re &#224; poser le talon droit sur le genou gauche et, &lt;br class='autobr' /&gt;
la t&#234;te tourn&#233;e du c&#244;t&#233; droit, elle s'appr&#234;ta &#224; toucher du charbon &lt;br class='autobr' /&gt;
ardent la pointe de ses seins autour de laquelle se produisirent &lt;br class='autobr' /&gt;
les choses suivantes : une sorte de halo vert de la couleur du &lt;br class='autobr' /&gt;
diamant se forma et dans le halo vinrent se piquer de ravissantes &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;toiles, puis des pailles donn&#232;rent naissance &#224; des &#233;pis dont les &lt;br class='autobr' /&gt;
grains &#233;taient pareils &#224; ces paillettes des robes de danseuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle jugea alors le moment venu de moirer l'air sur son passage et &lt;br class='autobr' /&gt;
pour cela elle fit encore appel au diamant qu'elle lan&#231;a contre la &lt;br class='autobr' /&gt;
vitre de la fen&#234;tre. Le diamant, qui n'est jamais retomb&#233;, creusa &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le verre un petit orifice de sa forme et exactement de sa &lt;br class='autobr' /&gt;
taille, qui prit au soleil, pendant que la pr&#233;cieuse pierre &lt;br class='autobr' /&gt;
continuait son vol, l'aspect d'une aigrette des foss&#233;s. Puis elle &lt;br class='autobr' /&gt;
mordit avec d&#233;lice dans les &#233;tonnantes stratifications blanches &lt;br class='autobr' /&gt;
qui restaient &#224; sa disposition, les baguettes de craie, et celles-&lt;br class='autobr' /&gt;
ci &#233;crivirent le mot amour sur l'ardoise de sa bouche. Elle mangea &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi un v&#233;ritable petit ch&#226;teau de craie, d'une architecture &lt;br class='autobr' /&gt;
patiente et folle, apr&#232;s quoi elle jeta sur ses &#233;paules un manteau &lt;br class='autobr' /&gt;
de petit gris et, s'&#233;tant chauss&#233;e de deux peaux de souris, elle &lt;br class='autobr' /&gt;
descendit l'escalier de la libert&#233;, qui conduisait &#224; l'illusion de &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais vu. Les gardes la laiss&#232;rent passer, c'&#233;taient d'ailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
des plantes vertes que retenait au bord de l'eau une fi&#233;vreuse &lt;br class='autobr' /&gt;
partie de cartes. Elle atteignit ainsi la Bourse o&#249; ne r&#233;gnait &lt;br class='autobr' /&gt;
plus la moindre animation depuis que les papillons s'&#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
avis&#233;s d'y proc&#233;der &#224; une ex&#233;cution capitale : tous align&#233;s je les &lt;br class='autobr' /&gt;
vois encore quand je ferme les yeux. La jeune fille s'assit sur la &lt;br class='autobr' /&gt;
cinqui&#232;me marche et l&#224;, elle conjura les puissances racornies de &lt;br class='autobr' /&gt;
lui appara&#238;tre et de la soumettre aux racines sauvages du lieu. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est depuis ce jour qu'elle passe chaque apr&#232;s-midi au-dessous du &lt;br class='autobr' /&gt;
fameux escalier, renomm&#233;e souterraine embouchant &#224; ses heures le &lt;br class='autobr' /&gt;
clairon de la ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tombe, apr&#232;s la fermeture du cimeti&#232;re, prend la forme d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
barque tenant bien la mer. Il n'y a personne dans cette barque si &lt;br class='autobr' /&gt;
ce n'est par instants, &#224; travers les jalousies de la nuit, une &lt;br class='autobr' /&gt;
femme aux bras lev&#233;s, sorte de figure de proue &#224; mon r&#234;ve qui &lt;br class='autobr' /&gt;
tient le ciel. Ailleurs, dans une cour de ferme probablement, une &lt;br class='autobr' /&gt;
femme jongle avec plusieurs boules de bleu de lessive, qui br&#251;lent &lt;br class='autobr' /&gt;
en l'air comme des ongles. Les ancres des sourcils des femmes, &lt;br class='autobr' /&gt;
voil&#224; o&#249; vous voulez en venir. Le jour n'a &#233;t&#233; qu'une longue f&#234;te &lt;br class='autobr' /&gt;
sur la mer. Que la grange monte ou descende, c'est l'affaire d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
saut dans la campagne. &#192; la rigueur s'il pleut, l'attente sera &lt;br class='autobr' /&gt;
supportable dans cette maison sans toit vers laquelle nous nous &lt;br class='autobr' /&gt;
dirigeons et qui est faite d'oiseaux multiformes et de grains &lt;br class='autobr' /&gt;
ail&#233;s. La palissade qui l'entoure, loin de me distraire de ma &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#234;verie, joint mal du c&#244;t&#233; de la mer, du c&#244;t&#233; du spectacle &lt;br class='autobr' /&gt;
sentimental, la mer qui s'&#233;loigne comme deux soeurs de charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est l'histoire de la seconde soeur, de la boule bleue et d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
comparse qui appara&#238;tra toujours assez t&#244;t. Sur la barque molle du &lt;br class='autobr' /&gt;
cimeti&#232;re s'ouvrent lentement des fleurs, des &#233;toiles. Une voix &lt;br class='autobr' /&gt;
dit : &#171; &#202;tes-vous pr&#234;ts ? &#187; et la barque s'&#233;l&#232;ve sans bruit. Elle &lt;br class='autobr' /&gt;
glisse &#224; faible hauteur au-dessus des terres labour&#233;es, dont la &lt;br class='autobr' /&gt;
chanson ne vous importe plus, mais qui est tr&#232;s ancienne et &lt;br class='autobr' /&gt;
s'enroule autour des ch&#226;teaux-forts. La barque dissipe les &lt;br class='autobr' /&gt;
brouillards du soir dont les chevaux blancs regagnent seuls &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;curie dans la ferme tendue de nuit qui est toute l'attention &lt;br class='autobr' /&gt;
dont on est incapable. Une plante rouge descend d'un c&#244;t&#233; de la &lt;br class='autobr' /&gt;
barque, comme une immense crini&#232;re de feu. L'&#233;quipage invisible &lt;br class='autobr' /&gt;
malm&#232;ne fort les papillons attard&#233;s et lorsque l'ascension des &lt;br class='autobr' /&gt;
lumi&#232;res au coulant des branches, comme on pend dans les bois, &lt;br class='autobr' /&gt;
vient briser les cailloux sur la route, seul un cantonnier qui &lt;br class='autobr' /&gt;
passe pour fou se souvient d'avoir ramass&#233; en levant la main un &lt;br class='autobr' /&gt;
collier de diamants plus lourd que les plus lourdes cha&#238;nes. Cette &lt;br class='autobr' /&gt;
barque o&#249; s'&#233;puisent les satisfactions du jour, pour qui sait &lt;br class='autobr' /&gt;
voir, est maintenant pareille &#224; une tra&#238;ne toute blanche parce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle passe au-dessus d'un pont tordu par le vent. Tra&#238;ne de &lt;br class='autobr' /&gt;
poussi&#232;re et de sable, les oiseaux te mordent et tu te d&#233;taches &lt;br class='autobr' /&gt;
parfois pour d&#233;couvrir un visage douloureusement beau, inoubliable &lt;br class='autobr' /&gt;
comme les fonds de vase. Est-il vrai que les jours d'orage tu te &lt;br class='autobr' /&gt;
crispes dans la tourmente &#233;l&#233;gante des feuilles, au point de me &lt;br class='autobr' /&gt;
ravir le meilleur de moi-m&#234;me ? La barque muette et longue comme &lt;br class='autobr' /&gt;
l'oubli use l'air en faussant ses souffles et nous ne nous en &lt;br class='autobr' /&gt;
apercevons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais le feu ne s'est &#233;cart&#233; de ce bord &#233;quivoque pour ensorceler &lt;br class='autobr' /&gt;
les bagues de couleur. La qu&#234;te de la mer se poursuit parmi les &lt;br class='autobr' /&gt;
vagues d'encens. Si la volont&#233; des hommes se fait alors, c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
bien par surprise, je vous le jure, et les rochers les plus hauts &lt;br class='autobr' /&gt;
n'y sont pour rien. La course aux &#233;toiles s'accidente. La boule &lt;br class='autobr' /&gt;
bleue a fait place &#224; un anneau de m&#234;me nature qui encercle toutes &lt;br class='autobr' /&gt;
les femmes &#224; la hauteur de la ceinture et les fait p&#226;lir &lt;br class='autobr' /&gt;
malheureusement. La barque oblique alors le long du courant &lt;br class='autobr' /&gt;
insoup&#231;onnable qui r&#233;sulte de ces regards convergents de la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La fantaisie passe sur les clochers, menottes aux poignets, fuyant &lt;br class='autobr' /&gt;
pourtant la raison et la folie. Et l'homme que je suis efface &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au plus humble souvenir de ses stations sur les nattes de la &lt;br class='autobr' /&gt;
terre. Pour vivre encore de pr&#232;s, selon la musique des tables, &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#232;s d'une compagne tr&#232;s belle qui tend la corde du pardon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la craie de l'&#233;cole il y a une machine &#224; coudre ; les petits &lt;br class='autobr' /&gt;
enfants secouent leurs boucles de papier argent&#233;. Le ciel est un &lt;br class='autobr' /&gt;
tableau noir sinistrement effac&#233; de minute en minute par le vent. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous savez ce qu'il advint des lis qui ne voulaient pas &lt;br class='autobr' /&gt;
s'endormir &#187; commence le ma&#238;tre, et les oiseaux de faire entendre &lt;br class='autobr' /&gt;
leur voix un peu avant le passage du dernier train. La classe est &lt;br class='autobr' /&gt;
sur les plus hautes branches du retour, entre les verdiers et les &lt;br class='autobr' /&gt;
br&#251;lures. C'est l'&#233;cole buissonni&#232;re dans toute son acception. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
prince des mares, qui porte le nom d'Hugues, tient les rames du &lt;br class='autobr' /&gt;
couchant. Il guette la roue aux mille rayons qui coupe le verre &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la campagne et que les petits enfants, du moins ceux qui ont &lt;br class='autobr' /&gt;
des yeux de colchique, accueilleront si bien. Le passe-temps &lt;br class='autobr' /&gt;
catholique est d&#233;laiss&#233;. Si jamais le clocher retourne aux grains &lt;br class='autobr' /&gt;
de ma&#239;s, c'en sera fini des usines m&#234;me et le fond des mers ne &lt;br class='autobr' /&gt;
s'illuminera plus que sous certaines conditions. Les enfants &lt;br class='autobr' /&gt;
brisent les vitres de la mer &#224; cette heure et prennent des devises &lt;br class='autobr' /&gt;
pour approcher du ch&#226;teau. Ils laissent passer leur tour dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
rondes de nuit et comptent sur leurs doigts les signes dont ils &lt;br class='autobr' /&gt;
n'auront pas &#224; se d&#233;faire. La journ&#233;e est fautive et s'attache &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
ranimer plut&#244;t les sommeils que les courages. Journ&#233;e d'approche &lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne s'est pas &#233;lev&#233;e plus haut qu'une robe de femme, de celles &lt;br class='autobr' /&gt;
qui font le guet sur les grands violons de la nature. Journ&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
audacieuse et fi&#232;re qui n'a pas &#224; compter sur l'indulgence de la &lt;br class='autobr' /&gt;
terre et qui finira bien par lier sa gerbe d'&#233;toiles comme les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres quand les petits enfants rentreront, l'oeil en bandouli&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
par les chemins du hasard. Nous reparlons de cette journ&#233;e entre &lt;br class='autobr' /&gt;
haut et bas, dans les cours royales, dans les imprimeries. Nous en &lt;br class='autobr' /&gt;
reparlerons pour nous en taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pluie seule est divine, c'est pourquoi quand les orages &lt;br class='autobr' /&gt;
secouent sur nous leurs grands parements, nous jettent leur &lt;br class='autobr' /&gt;
bourse, nous esquissons un mouvement de r&#233;volte qui ne correspond &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; un froissement de feuilles dans une for&#234;t. Les grands &lt;br class='autobr' /&gt;
seigneurs au jabot de pluie, je les ai vus passer un jour &#224; cheval &lt;br class='autobr' /&gt;
et c'est moi qui les ai re&#231;us &#224; la Bonne auberge. Il y a la pluie &lt;br class='autobr' /&gt;
jaune, dont les gouttes, larges comme nos chevelures, descendent &lt;br class='autobr' /&gt;
tout droit dans le feu qu'elles &#233;teignent, la pluie noire qui &lt;br class='autobr' /&gt;
ruisselle &#224; nos vitres avec des complaisances effrayantes, mais &lt;br class='autobr' /&gt;
n'oublions pas que la pluie seule est divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour de pluie, jour comme tant d'autres o&#249; je suis seul &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
garder le troupeau de mes fen&#234;tres au bord d'un pr&#233;cipice sur &lt;br class='autobr' /&gt;
lequel est jet&#233; un pont de larmes, j'observe mes mains qui sont &lt;br class='autobr' /&gt;
des masques sur des visages, des loups qui s'accommodent si bien &lt;br class='autobr' /&gt;
de la dentelle de mes sensations. Tristes mains, vous me cachez &lt;br class='autobr' /&gt;
toute la beaut&#233; peut-&#234;tre, je n'aime pas votre air de &lt;br class='autobr' /&gt;
conspiratrices. Je vous ferais bien couper la t&#234;te, ce n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
de vous que j'attends un signal ; j'attends la pluie comme une &lt;br class='autobr' /&gt;
lampe &#233;lev&#233;e trois fois dans la nuit, comme une colonne de cristal &lt;br class='autobr' /&gt;
qui monte et qui descend, entre les arborescences soudaines de mes &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sirs. Mes mains ce sont des Vierges dans la petite niche &#224; fond &lt;br class='autobr' /&gt;
bleu du travail : que tiennent-elles ? je ne veux pas le savoir, &lt;br class='autobr' /&gt;
je ne veux savoir que la pluie comme une harpe &#224; deux heures de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'apr&#232;s-midi dans un salon de la Malmaison, la pluie divine, la &lt;br class='autobr' /&gt;
pluie orang&#233;e aux envers de feuille de foug&#232;re, la pluie comme des &lt;br class='autobr' /&gt;
oeufs enti&#232;rement transparents d'oiseaux-mouches et comme des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;clats de voix rendus par le milli&#232;me &#233;cho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes yeux ne sont pas plus expressifs que ces gouttes de pluie que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'aime recevoir &#224; l'int&#233;rieur de ma main ; &#224; l'int&#233;rieur de ma &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e tombe une pluie qui entra&#238;ne des &#233;toiles comme une rivi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
claire charrie de l'or qui fera s'entre-tuer des aveugles. Entre &lt;br class='autobr' /&gt;
la pluie et moi il a &#233;t&#233; pass&#233; un pacte &#233;blouissant et c'est en &lt;br class='autobr' /&gt;
souvenir de ce pacte qu'il pleut parfois en plein soleil. La &lt;br class='autobr' /&gt;
verdure c'est encore de la pluie, &#244; gazons, gazons. Le souterrain &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'entr&#233;e duquel se tient une pierre tombale grav&#233;e de mon nom &lt;br class='autobr' /&gt;
est le souterrain o&#249; il pleut le mieux. La pluie c'est de l'ombre &lt;br class='autobr' /&gt;
sous l'immense chapeau de paille de la jeune fille de mes r&#234;ves, &lt;br class='autobr' /&gt;
dont le ruban est une rigole de pluie. Qu'elle est belle et que sa &lt;br class='autobr' /&gt;
chanson, o&#249; reviennent les noms des couvreurs c&#233;l&#232;bres, que cette &lt;br class='autobr' /&gt;
chanson sait me toucher ! Qu'a-t-on su faire des diamants, sinon &lt;br class='autobr' /&gt;
des rivi&#232;res ? La pluie grossit ces rivi&#232;res, la pluie blanche &lt;br class='autobr' /&gt;
dans laquelle s'habillent les femmes &#224; l'occasion de leurs noces, &lt;br class='autobr' /&gt;
et qui sent la fleur de pommier. Je n'ouvre ma porte qu'&#224; la pluie &lt;br class='autobr' /&gt;
et pourtant on sonne &#224; chaque instant et je suis sur le point de &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;vanouir quand on insiste, mais je compte sur la jalousie de la &lt;br class='autobr' /&gt;
pluie pour me d&#233;livrer enfin et, lorsque je tends mes filets aux &lt;br class='autobr' /&gt;
oiseaux du sommeil, j'esp&#232;re avant tout capter les merveilleux &lt;br class='autobr' /&gt;
paradis de la pluie totale, l'oiseau-pluie comme il y a l'oiseau-&lt;br class='autobr' /&gt;
lyre. Aussi ne me demandez pas si je vais bient&#244;t p&#233;n&#233;trer dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
conscience de l'amour comme certains le donnent &#224; entendre, je &lt;br class='autobr' /&gt;
vous r&#233;p&#232;te que si vous me voyez me diriger vers un ch&#226;teau de &lt;br class='autobr' /&gt;
verre o&#249; s'appr&#234;tent &#224; m'accueillir des mesures de volume &lt;br class='autobr' /&gt;
nickel&#233;es, c'est pour y surprendre la Pluie au bois dormant qui &lt;br class='autobr' /&gt;
doit devenir mon amante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un magnifique apr&#232;s-midi de septembre, deux hommes devisaient &lt;br class='autobr' /&gt;
dans un parc, d'amour naturellement puisqu'on &#233;tait en septembre, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la fin d'une de ces journ&#233;es de poussi&#232;re qui pr&#234;tent aux femmes &lt;br class='autobr' /&gt;
de si minuscules bijoux, que leurs servantes ont grand tort le &lt;br class='autobr' /&gt;
lendemain de jeter par la fen&#234;tre, en se servant pour les &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;crocher d'un de ces instruments de musique dont le son m'a &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours &#233;t&#233; si particuli&#232;rement &#224; coeur et que l'on appelle &lt;br class='autobr' /&gt;
brosses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs sortes de brosses, parmi lesquelles je citerai &lt;br class='autobr' /&gt;
pour &#234;tre incomplet la brosse &#224; cheveux et la brosse &#224; reluire. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
y a aussi le soleil et le gant de crin mais ce ne sont pas des &lt;br class='autobr' /&gt;
brosses &#224; proprement parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux hommes se promenaient donc dans le parc en fumant de &lt;br class='autobr' /&gt;
longs cigares qui bien qu'en partie consum&#233;s, mesuraient encore, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'un un m&#232;tre dix, l'autre un m&#232;tre trente-cinq. Expliquez cela &lt;br class='autobr' /&gt;
comme vous pourrez quand je vous aurai dit qu'ils les avaient &lt;br class='autobr' /&gt;
allum&#233;s en m&#234;me temps. Le plus jeune, celui dont la cendre &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
une femme blonde qu'il apercevait tr&#232;s bien en baissant les yeux, &lt;br class='autobr' /&gt;
et qui faisait montre d'une exaltation inou&#239;e, donnait le bras au &lt;br class='autobr' /&gt;
second dont la cendre, une femme brune, &#233;tait d&#233;j&#224; tomb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;verb&#232;re qui se rapprochait insensiblement du bureau de poste &lt;br class='autobr' /&gt;
cette nuit-l&#224; s'arr&#234;tait &#224; chaque instant pour pr&#234;ter l'oreille. &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce &#224; dire qu'il avait peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tablissement de bains, deux femmes tr&#232;s belles et &lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;v&#232;rement maquill&#233;es avaient retenu une heure auparavant la &lt;br class='autobr' /&gt;
cabine la plus luxueuse et, comme elles s'attendaient &#224; ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre seules, il avait &#233;t&#233; convenu qu'au premier signal (en &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esp&#232;ce une fleur japonaise, de dimensions inaccoutum&#233;es, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'ouvrirait dans un verre d'eau) un alezan scell&#233; se tiendrait &lt;br class='autobr' /&gt;
derri&#232;re la porte. Cet animal piaffait superbement et le feu de &lt;br class='autobr' /&gt;
ses naseaux jetait des araign&#233;es blanches sur les murs, comme &lt;br class='autobr' /&gt;
lorsqu'on assiste &#224; des tirs de marine lointains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule allait et venait sur le boulevard sans rien conna&#238;tre. De &lt;br class='autobr' /&gt;
temps &#224; autre elle se coupait les ponts, ou bien elle prenait &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;moins les grands lieux g&#233;om&#233;triques de perle. Elle foulait une &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tendue qui pourrait &#234;tre &#233;valu&#233;e &#224; celle des fra&#238;cheurs autour &lt;br class='autobr' /&gt;
des fontaines ou encore &#224; ce que couvre d'illusions le manteau de &lt;br class='autobr' /&gt;
la jeunesse, ce manteau de part en part trou&#233; par l'&#233;p&#233;e du r&#234;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;verb&#232;re &#233;vitait de se trouver pris dans la bousculade. &#192; la &lt;br class='autobr' /&gt;
hauteur de la porte Saint-Denis une chanson morte &#233;tourdissait &lt;br class='autobr' /&gt;
encore un enfant et deux agents de la force publique : le &#171; Matin &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
enchant&#233; des buissons de ses linotypes, le caf&#233; du Globe occup&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
par des lanciers quand ce n'est pas par des artistes de music-hall &lt;br class='autobr' /&gt;
port&#233;es par le d&#233;dain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage de Paris rossignol du monde variait de minute en minute &lt;br class='autobr' /&gt;
et parmi les cires de ses coiffeurs &#233;lan&#231;ait ses jolis arbres &lt;br class='autobr' /&gt;
printaniers, pareils &#224; l'inclinaison de l'&#226;me sur l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que le r&#233;verb&#232;re, qui avait pris la rue &#201;tienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel, jugea bon de s'arr&#234;ter et que je pus, passant par hasard &lt;br class='autobr' /&gt;
comme un carton &#224; dessin sous mon propre bras, surprendre une &lt;br class='autobr' /&gt;
partie de son monologue, tandis qu'il jouait de ruse pour ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
arr&#234;ter l'autobus s&#233;duit par ses mains vertes, pareilles &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;seau de moustiques sur mes pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;verb&#232;re : &#171; Sonia et Michelle feront bien de se m&#233;fier du &lt;br class='autobr' /&gt;
rameau de fi&#232;vre qui garde les portes de Paris ; l'&#233;vidence est &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on ne fendra plus le bois de l'amour avant cette nuit. Si &lt;br class='autobr' /&gt;
bien... si bien que je ne les vois pas blanches par ce printemps &lt;br class='autobr' /&gt;
nocturne, pour peu que leur cheval prenne peur. Mieux vaudrait &lt;br class='autobr' /&gt;
pour elles &#233;viter la curiosit&#233; des l&#232;vres, si elles succombent &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la tentation des ponts jet&#233;s sur les regards. (Je vais les &lt;br class='autobr' /&gt;
tracer.) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce langage ne me causait aucune inqui&#233;tude encore quand le jour se &lt;br class='autobr' /&gt;
mit &#224; poindre, sous la forme d'un petit saltimbanque dont la t&#234;te &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait band&#233;e et qui paraissait pr&#234;t &#224; s'&#233;vanouir. L'enfant, apr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#234;tre appuy&#233; n&#233;gligemment au r&#233;verb&#232;re, se dirigea d'un trait &lt;br class='autobr' /&gt;
vers la bo&#238;te des &#171; Lev&#233;es exceptionnelles &#187; et, avant que j'eusse &lt;br class='autobr' /&gt;
pu l'en emp&#234;cher, glissa fort avant son bras par l'ouverture. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;tais mis &#224; attacher le lacet de mon soulier sur les marches &lt;br class='autobr' /&gt;
quand il redescendit, plus mince que jamais, harass&#233; de son &lt;br class='autobr' /&gt;
effort, couvert de poussi&#232;re et de plumes comme qui est tomb&#233; dans &lt;br class='autobr' /&gt;
une haie, simple accident d'automobile dont on ne meurt pas &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chronologie de ces faits, des premiers au moins, chronologie &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle j'ai paru prendre une part inexplicable au d&#233;but de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;cit, m'entra&#238;ne &#224; ajouter que le timbre des instruments absents, &lt;br class='autobr' /&gt;
Sonia et Michelle, &#233;tait beaucoup plus sourd depuis que la lettre &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait partie. Elle ne devait, d'ailleurs, pas tarder &#224; les &lt;br class='autobr' /&gt;
rejoindre. En effet, dix minutes s'&#233;taient &#224; peine &#233;coul&#233;es que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'entendis &#224; nouveau une chemise, qui devait &#234;tre verte, glisser &lt;br class='autobr' /&gt;
lentement du dossier de la chaise de la cabine jusqu'&#224; terre o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
elle v&#233;cut quelque temps de la vie d'un chardon, dans le sable, au &lt;br class='autobr' /&gt;
bord de la mer. Le r&#233;verb&#232;re s'&#233;tait transport&#233; sur un boulevard &lt;br class='autobr' /&gt;
de Dieppe o&#249; il s'effor&#231;ait d'&#233;clairer un homme d'une quarantaine &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ann&#233;es occup&#233; &#224; chercher quelque chose dans le sable. Cet objet &lt;br class='autobr' /&gt;
perdu j'aurais pu le lui montrer, puisque c'&#233;tait un oeillet. Mais &lt;br class='autobr' /&gt;
il allait et venait sans parvenir &#224; le retrouver et je ne pus &lt;br class='autobr' /&gt;
m'emp&#234;cher de sourire quand il jugea que ce man&#232;ge avait assez &lt;br class='autobr' /&gt;
dur&#233; et que, prenant une d&#233;cision sauvage, il se mit &#224; suivre la &lt;br class='autobr' /&gt;
route de gauche, qui prolonge l'all&#233;e du casino. Michelle d&#233;fit &lt;br class='autobr' /&gt;
alors son bracelet et le posa sur le rebord de la fen&#234;tre, qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
referma ensuite, apr&#232;s avoir consid&#233;r&#233; la trace charmante qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
laissait sur sa peau. Cette femme, blonde, me parut assez froide &lt;br class='autobr' /&gt;
de coeur et je la chassai longtemps devant moi comme une gazelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sonia, d'un acajou splendide, s'&#233;tait depuis longtemps d&#233;shabill&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
et son corps &#233;tait moul&#233; dans la lumi&#232;re du plus merveilleux lieu &lt;br class='autobr' /&gt;
de plaisir que j'aie jamais vu. Ses regards &#233;taient des serpentins &lt;br class='autobr' /&gt;
verts et bleus au milieu desquels, mais continuellement bris&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
spiralait m&#234;me un serpentin blanc, comme une faveur sp&#233;ciale qui &lt;br class='autobr' /&gt;
m'e&#251;t &#233;t&#233; r&#233;serv&#233;e. Elle chantait entre les barreaux de l'eau ces &lt;br class='autobr' /&gt;
mots que je n'ai pas appris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mort d'azur et de temp&#234;te fine, d&#233;fais ces barques, use ces &lt;br class='autobr' /&gt;
noeuds. Donne aux divinit&#233;s le calme, aux humains la col&#232;re. Je te &lt;br class='autobr' /&gt;
connais, mort de poudre et d'acacia, mort de verre. Je suis morte, &lt;br class='autobr' /&gt;
moi aussi, sous les baisers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'app&#226;t des songes stimule maintenant les musiques de ma t&#234;te. Ces &lt;br class='autobr' /&gt;
deux femmes m'ont appartenu tout un jour que je finissais &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;n&#233;breusement d'&#234;tre jeune. Et me voici, proph&#232;te &#224; la tempe plus &lt;br class='autobr' /&gt;
pure que les miroirs, encha&#238;n&#233; par les lueurs de mon histoire, &lt;br class='autobr' /&gt;
couvert d'amours gla&#231;antes, en proie aux fantasmagories de la &lt;br class='autobr' /&gt;
baguette bris&#233;e et demandant que par piti&#233;, d'un seul brillant &lt;br class='autobr' /&gt;
final, on me ram&#232;ne &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la source. La source a parcouru la ville &#224; la recherche d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
peu d'ombre. Elle n'a pas trouv&#233; ce qu'il lui fallait, elle se &lt;br class='autobr' /&gt;
plaint tout en racontant ce qu'elle a vu : elle a vu le soleil des &lt;br class='autobr' /&gt;
lampes, plus touchant que l'autre, il est vrai ; elle a chant&#233; un &lt;br class='autobr' /&gt;
ou deux airs &#224; la terrasse d'un caf&#233; et on lui a jet&#233; de lourdes &lt;br class='autobr' /&gt;
fleurs jaunes et blanches ; elle a ramen&#233; ses cheveux sur son &lt;br class='autobr' /&gt;
visage mais leur parfum &#233;tait si fort. Elle n'est que trop port&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; s'endormir, est-il bien n&#233;cessaire qu'elle couche &#224; la belle &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;toile parmi ses colliers d'insectes, ses bracelets de verre ? La &lt;br class='autobr' /&gt;
source rit doucement, elle n'a pas senti ma main se poser sur &lt;br class='autobr' /&gt;
elle ; elle se courbe insensiblement sous ma main, pensant aux &lt;br class='autobr' /&gt;
oiseaux qui ne veulent savoir d'elle que sa fra&#238;cheur. Qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
prenne garde, je suis capable de l'entra&#238;ner bien ailleurs, l&#224; o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
il n'y a plus ni villes ni campagnes. Un beau mannequin pr&#233;sentera &lt;br class='autobr' /&gt;
cet hiver aux &#233;l&#233;gantes la robe du Mirage et savez-vous qui fera &lt;br class='autobr' /&gt;
triompher l'adorable cr&#233;ation ? Mais la source, bien s&#251;r, la &lt;br class='autobr' /&gt;
source que j'entra&#238;ne sans difficult&#233;s dans ces parages o&#249; mes &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es reculent au-del&#224; du possible, au-del&#224; m&#234;me des sables &lt;br class='autobr' /&gt;
inorganiques o&#249; les Touaregs, d'origine moins obscure que moi, se &lt;br class='autobr' /&gt;
contentent d'une vie nomade parmi leurs femmes excessivement &lt;br class='autobr' /&gt;
par&#233;es. La source, elle est tout ce qui passe de moi dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
tournoiement des feuilles qui veillent l&#224;-haut, au-dessus de mes &lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;es mouvantes que le moindre courant d'air d&#233;place, elle est &lt;br class='autobr' /&gt;
l'arbre que la cogn&#233;e attaque sans cesse, elle saigne dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
soleil et elle est le miroir de mes mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est avis&#233; un jour de recueillir dans une coupe de terre &lt;br class='autobr' /&gt;
blanche le duvet des fruits ; cette bu&#233;e on en a enduit plusieurs &lt;br class='autobr' /&gt;
miroirs et l'on est revenu bien longtemps apr&#232;s : les miroirs &lt;br class='autobr' /&gt;
avaient disparu. Les miroirs s'&#233;taient lev&#233;s l'un apr&#232;s l'autre et &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient sortis en tremblant. Beaucoup plus tard encore, quelqu'un &lt;br class='autobr' /&gt;
confessa que, rentrant de son travail, il avait rencontr&#233; l'un de &lt;br class='autobr' /&gt;
ces miroirs qui s'&#233;tait approch&#233; insensiblement et qu'il avait &lt;br class='autobr' /&gt;
emmen&#233; chez lui. C'&#233;tait un jeune apprenti fort beau sous sa cotte &lt;br class='autobr' /&gt;
rose qui le faisait ressembler &#224; une cuve pleine d'eau dans &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle on a lav&#233; une blessure. La t&#234;te de cette eau avait souri &lt;br class='autobr' /&gt;
comme mille oiseaux dans un arbre aux racines immerg&#233;es. Il avait &lt;br class='autobr' /&gt;
mont&#233; sans peine le miroir chez lui et il se souvenait seulement &lt;br class='autobr' /&gt;
que deux portes avaient claqu&#233; &#224; son passage, deux portes qui &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentaient chacune une plaque de verre &#233;troit encadrant la &lt;br class='autobr' /&gt;
poign&#233;e. Il tenait les deux bras &#233;cart&#233;s pour soutenir son fardeau &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il d&#233;posa avec mille pr&#233;cautions dans un angle de l'unique &lt;br class='autobr' /&gt;
pi&#232;ce qu'il occupait au septi&#232;me &#233;tage puis il se coucha. Il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
ferma pas les yeux de la nuit ; le miroir se refl&#233;tait lui-m&#234;me &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
une profondeur inconnue, &#224; une distance incroyable. Les villes &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avaient que le temps d'appara&#238;tre entre deux de ses &#233;paisseurs : &lt;br class='autobr' /&gt;
villes de fi&#232;vre sillonn&#233;es en tous sens par des femmes seules, &lt;br class='autobr' /&gt;
villes d'abandon, de g&#233;nie aussi, dont les &#233;difices &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
surmont&#233;s de statues anim&#233;es, dont les monte-charges &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
construits &#224; la ressemblance humaine, villes d'orages pauvres et &lt;br class='autobr' /&gt;
celle-ci plus belle et plus fugitive que les autres dont tous les &lt;br class='autobr' /&gt;
palais, toutes les usines &#233;taient en forme de fleurs : la violette &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait le lieu d'attache des bateaux. Sur le revers des villes il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'y avait en guise de campagnes que des ciels, ciels m&#233;caniques, &lt;br class='autobr' /&gt;
ciels chimiques, ciels math&#233;matiques, o&#249; &#233;voluaient les figures du &lt;br class='autobr' /&gt;
zodiaque, chacune dans leur &#233;l&#233;ment, mais les G&#233;meaux revenaient &lt;br class='autobr' /&gt;
plus souvent que les autres. Le jeune homme se leva pr&#233;cipitamment &lt;br class='autobr' /&gt;
vers une heure, persuad&#233; que le miroir penchait en avant et allait &lt;br class='autobr' /&gt;
tomber. Il le remit d'aplomb avec beaucoup de difficult&#233; et, &lt;br class='autobr' /&gt;
soudain inquiet, il jugea p&#233;rilleux de regagner son lit et demeura &lt;br class='autobr' /&gt;
assis sur une chaise boiteuse, &#224; un pas seulement du miroir et &lt;br class='autobr' /&gt;
bien en face de lui. Il crut alors surprendre dans la pi&#232;ce une &lt;br class='autobr' /&gt;
respiration &#233;trang&#232;re, mais non, rien. Il voyait maintenant un &lt;br class='autobr' /&gt;
jeune homme sous une grande porte, ce jeune homme &#233;tait &#224; peu pr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
nu ; il n'y avait derri&#232;re lui qu'un paysage noir qui pouvait &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
de papier br&#251;l&#233;. Les formes seules des objets subsistaient et il &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait possible de reconna&#238;tre les substances dans lesquelles ces &lt;br class='autobr' /&gt;
objets s'&#233;taient moul&#233;s. Rien de plus tragique, en v&#233;rit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques-unes de ces choses lui avaient appartenu : bijoux, &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sents d'amour, reliques de l'enfance, et jusqu'&#224; ce petit &lt;br class='autobr' /&gt;
flacon de parfum dont le bouchon &#233;tait introuvable. D'autres lui &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient inconnus et il n'en pouvait d&#233;m&#234;ler l'usage &#224; venir, sans &lt;br class='autobr' /&gt;
doute. L'apprenti regardait toujours plus loin dans la cendre. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;prouvait une satisfaction coupable &#224; voir s'approcher de ses &lt;br class='autobr' /&gt;
mains ce jeune homme souriant dont le visage &#233;tait pareil &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
globe &#224; l'int&#233;rieur duquel voletaient deux oiseaux-mouches. Il lui &lt;br class='autobr' /&gt;
avait pris la taille qui &#233;tait celle du miroir, n'est-ce pas, et &lt;br class='autobr' /&gt;
les oiseaux enfuis la musique montait dans leur sillage. Que se &lt;br class='autobr' /&gt;
passa-t-il jamais dans cette chambre ? Toujours est-il que depuis &lt;br class='autobr' /&gt;
ce jour le miroir n'a point &#233;t&#233; retrouv&#233; et que ce n'est jamais &lt;br class='autobr' /&gt;
sans &#233;motion que j'approche la bouche d'un de ses &#233;clats &lt;br class='autobr' /&gt;
possibles, quitte &#224; ne plus voir enfin appara&#238;tre ces bagues de &lt;br class='autobr' /&gt;
duvet, les cygnes sur le point de chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnages de la com&#233;die se rassemblent sous un porche, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ing&#233;nue aux accroche-coeurs de ch&#232;vrefeuille, la du&#232;gne, le &lt;br class='autobr' /&gt;
chevalier de cire et l'enfant tra&#238;tre. Par-dessus les ruisseaux &lt;br class='autobr' /&gt;
qui sont des estampes galantes, les jupes s'envolent &#224; moins que &lt;br class='autobr' /&gt;
des bras pareils &#224; ceux d'Achille ne s'offrent aux belles &#224; leur &lt;br class='autobr' /&gt;
faire traverser les ruelles. Le d&#233;part des corvettes qui emportent &lt;br class='autobr' /&gt;
l'or et les &#233;toffes imprim&#233;es est sonn&#233; mainte et mainte fois dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le petit port. Le charmant groseillier en fleurs qui est un &lt;br class='autobr' /&gt;
fermier g&#233;n&#233;ral &#233;tend lentement les bras sur sa couche. Pr&#232;s de &lt;br class='autobr' /&gt;
lui son &#233;p&#233;e est une libellule bleue. Quand il marche, prisonnier &lt;br class='autobr' /&gt;
des gr&#226;ces, les chevaux ail&#233;s qui piaffent dans son &#233;curie &lt;br class='autobr' /&gt;
semblent pr&#234;ts &#224; s'&#233;lancer dans les directions les plus folles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps les baladins se reprochent leur ombre rose, ils &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#232;vent au soleil leur singe favori aux manchettes de papillon. Au &lt;br class='autobr' /&gt;
loin on aper&#231;oit un incendie dans lequel sombrent de grandes &lt;br class='autobr' /&gt;
grilles : c'est que les for&#234;ts qui s'&#233;tendent &#224; perte de vue sont &lt;br class='autobr' /&gt;
en feu et les rires des femmes apparaissent comme des buissons de &lt;br class='autobr' /&gt;
gui sur les arbres du canal. Les stalactites de la nuit, de toutes &lt;br class='autobr' /&gt;
couleurs, ravivent encore l'&#233;clat des flammes vers Cyth&#232;re et la &lt;br class='autobr' /&gt;
ros&#233;e, qui agrafe lentement son collier aux &#233;paules des plantes, &lt;br class='autobr' /&gt;
est un prisme merveilleux pour la fin du si&#232;cle des si&#232;cles. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
voleurs, ce sont des musiciens immobiles contre le mur de l'&#233;glise &lt;br class='autobr' /&gt;
depuis qu'aux instruments de leur profession se sont trouv&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;l&#233;es des violes, des guitares et des fl&#251;tes. Un l&#233;vrier dor&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
fait le mort dans chacune des salles du ch&#226;teau. Rien n'a chance &lt;br class='autobr' /&gt;
d'arracher le temps &#224; son vol puisque les m&#234;mes nuages que la &lt;br class='autobr' /&gt;
veille se rendent &#224; la mer qui bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les remparts de la ville, une compagnie de chevau-l&#233;gers, que &lt;br class='autobr' /&gt;
caressaient les grisailles du soir, corsets et cottes de maille, &lt;br class='autobr' /&gt;
va s'embusquer au fond de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette femme, je l'ai connue dans une vigne immense, quelques jours &lt;br class='autobr' /&gt;
avant la vendange et je l'ai suivie un soir autour du mur d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
couvent. Elle &#233;tait en grand deuil et je me sentais incapable de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sister &#224; ce nid de corbeaux que m'avait figur&#233; l'&#233;clair de son &lt;br class='autobr' /&gt;
visage, tout &#224; l'heure, alors que je tentais derri&#232;re elle &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ascension des v&#234;tements de feuilles rouges dans lesquels &lt;br class='autobr' /&gt;
brimbalaient des grelots de nuit. D'o&#249; venait-elle et que me &lt;br class='autobr' /&gt;
rappelait cette vigne s'&#233;levant au centre d'une ville, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'emplacement du th&#233;&#226;tre, pensais-je ? Elle ne s'&#233;tait plus &lt;br class='autobr' /&gt;
retourn&#233;e sur moi et, sans le brusque luisant de son mollet qui me &lt;br class='autobr' /&gt;
montrait par instants la route, j'eusse d&#233;sesp&#233;r&#233; de la toucher &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais. Je me disposais pourtant &#224; la rejoindre quand elle fit &lt;br class='autobr' /&gt;
volte-face et, entrouvrant son manteau, me d&#233;couvrit sa nudit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
plus ensorcelante que les oiseaux. Elle s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e et &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;loignait de la main, comme s'il se f&#251;t agi pour moi de gagner &lt;br class='autobr' /&gt;
des cimes inconnues, des neiges trop hautes. Je ne sus d'ailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
pas mettre &#224; profit l'&#233;blouissement de cet instant et n'arrivai &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; articuler les mots qu'entendent les merveilles lorsqu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
attente &#224; sa propre vie ou encore lorsqu'on juge qu'il est temps &lt;br class='autobr' /&gt;
de ne plus s'attendre soi-m&#234;me. Cette femme, qui ressemblait &#224; s'y &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;prendre &#224; l'oiseau qu'on appelle veuve, d&#233;crivit alors dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'air une courbe splendide, son voile tra&#238;nant &#224; terre tandis &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle s'&#233;levait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant &#224; quel point la patience allait m'&#234;tre funeste, je me &lt;br class='autobr' /&gt;
ravisai &#224; temps pour saisir un coin du voile sur lequel j'avais &lt;br class='autobr' /&gt;
mis le pied et qui me livra l'ensemble du manteau, pareil au &lt;br class='autobr' /&gt;
regard de l'hermine lorsqu'elle se sent prise. Ce voile &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une l&#233;g&#232;ret&#233; extr&#234;me et l'&#233;toffe qui le constituait pr&#233;sentait &lt;br class='autobr' /&gt;
cette particularit&#233; que, pour transparente et nullement doubl&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle fut, les mailles ext&#233;rieures en &#233;taient noires, tandis que &lt;br class='autobr' /&gt;
les mailles qui avaient &#233;t&#233; tourn&#233;es vers la chair en avaient &lt;br class='autobr' /&gt;
gard&#233; la couleur. Je portai &#224; mes l&#232;vres l'int&#233;rieur de l'&#233;toffe &lt;br class='autobr' /&gt;
qui &#233;tait chaude et parfum&#233;e et, comme si j'avais attendu de la &lt;br class='autobr' /&gt;
tunique myst&#233;rieuse des volupt&#233;s durables, je l'emportai chez moi &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le but de jouir de ses troublantes propri&#233;t&#233;s. Le rire de la &lt;br class='autobr' /&gt;
femme la plus d&#233;sirable chantait en moi - &#233;tait-ce dans le voile, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait-ce dans ma m&#233;moire ? Toujours est-il que, d&#233;gag&#233;e de son &lt;br class='autobr' /&gt;
enveloppe, elle avait aussit&#244;t disparu et que je r&#233;solus de ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
accorder plus longtemps une attention d&#233;cevante au miracle de la &lt;br class='autobr' /&gt;
vigne pour appartenir tout entier au manteau r&#233;el admirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais jet&#233; sur mes &#233;paules cette ombre impalpable &#224; laquelle &lt;br class='autobr' /&gt;
seules les sensations les plus douces que j'&#233;prouvais conf&#233;raient &lt;br class='autobr' /&gt;
une apparence de vie. D&#233;lices ! C'&#233;tait comme si une femme e&#251;t &lt;br class='autobr' /&gt;
jet&#233; sur moi un regard empreint de toutes les promesses et que je &lt;br class='autobr' /&gt;
fusse demeur&#233; mur&#233; dans ce regard, comme si la pression d'une main &lt;br class='autobr' /&gt;
e&#251;t rec&#233;l&#233; toutes les complicit&#233;s &#233;tranges des plantes de for&#234;ts &lt;br class='autobr' /&gt;
dont les feuilles ont h&#226;te de jaunir. Je posai le voile sur mon &lt;br class='autobr' /&gt;
lit et il en monta une musique mille fois plus belle que celle de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amour. J'assistais &#224; un concert donn&#233; par des instruments &lt;br class='autobr' /&gt;
semblables pour la forme &#224; beaucoup d'autres mais dont la corde &lt;br class='autobr' /&gt;
e&#251;t &#233;t&#233; noire, comme fil&#233;e dans du verre &#224; &#233;clipses. Le voile se &lt;br class='autobr' /&gt;
mouvait un peu avec des ondulations pareilles &#224; celles d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
rivi&#232;re dans la nuit, mais d'une rivi&#232;re qu'on devine atrocement &lt;br class='autobr' /&gt;
claire sans la voir. Un pli qu'il faisait sur le bord du lit &lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrait des &#233;cluses brusques de lait ou de fleurs, j'&#233;tais &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
fois devant un &#233;ventail de racines et devant une cascade. Les murs &lt;br class='autobr' /&gt;
de la chambre se couvraient de larmes qui, se d&#233;tachant, &lt;br class='autobr' /&gt;
s'&#233;vaporaient avant de toucher le sol et que rattachait un arc-en-&lt;br class='autobr' /&gt;
ciel si petit que l'on eut pu facilement s'en emparer. Quand je le &lt;br class='autobr' /&gt;
touchais, le voile soupirait distinctement et chaque fois que je &lt;br class='autobr' /&gt;
le rejetais sur le lit, j'observais qu'il avait tendance &#224; me &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;senter toujours son c&#244;t&#233; clair qui &#233;tait pourtant fait de &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes les &#233;toiles possibles. Je l'aimai plusieurs fois et quand &lt;br class='autobr' /&gt;
je m'&#233;veillai, apr&#232;s une heure &#224; peine d'un sommeil auroral, je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pus mettre la main que sur l'ombre en retard d'une lampe &#224; abat-&lt;br class='autobr' /&gt;
jour vert que j'avais oubli&#233; d'&#233;teindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'huile venant &#224; manquer, j'eus le loisir d'entendre les derniers &lt;br class='autobr' /&gt;
soubresauts de la flamme, &#224; intervalles de plus en plus grands &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'&#224; extinction compl&#232;te marqu&#233;e par un bruit que je &lt;br class='autobr' /&gt;
n'oublierai jamais et qui fut le rire du voile lorsqu'il me &lt;br class='autobr' /&gt;
quitta, comme celle dont il &#233;tait l'ombre m'avait quitt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu sauras plus tard, quand je ne vaudrai plus la pluie pour me &lt;br class='autobr' /&gt;
pendre, quand le froid, appuyant ses mains sur les vitres, l&#224; o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
une &#233;toile bleue n'a pas encore tenu son r&#244;le, &#224; la lisi&#232;re d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
bois, viendra dire &#224; toutes celles qui me resteront fid&#232;les sans &lt;br class='autobr' /&gt;
m'avoir connu : &#171; C'&#233;tait un beau capitaine, galons d'herbes et &lt;br class='autobr' /&gt;
manchettes noires, un m&#233;canicien peut-&#234;tre qui rendait la vie pour &lt;br class='autobr' /&gt;
la vie. Il n'avait pas d'ordres &#224; faire ex&#233;cuter pour cela, c'e&#251;t &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;t&#233; trop doux mais la fin de ses r&#234;ves &#233;tait la signification &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
donner aux mouvements de la Balance c&#233;leste qui le faisait &lt;br class='autobr' /&gt;
puissant avec la nuit, mis&#233;rable avec le jour. Il &#233;tait loin de &lt;br class='autobr' /&gt;
partager vos joies et vos peines ; il ne coupait pas la poire en &lt;br class='autobr' /&gt;
quatre. C'&#233;tait un beau capitaine. Dans ses rayons de soleil il &lt;br class='autobr' /&gt;
entrait plus d'ombre que dans l'ombre mais il ne brunit vraiment &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'au soleil de minuit. Les cerfs l'&#233;tourdissaient dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
clairi&#232;res, surtout les cerfs blancs dont les cors sont d'&#233;tranges &lt;br class='autobr' /&gt;
instruments de musique. Il dansait alors, il veillait &#224; la libre &lt;br class='autobr' /&gt;
croissance des foug&#232;res dont les crosses blondes se d&#233;tendent &lt;br class='autobr' /&gt;
depuis dans vos cheveux. Peignez pour lui vos cheveux, peignez-les &lt;br class='autobr' /&gt;
sans cesse, il ne demande pas autre chose. Il n'est plus l&#224; mais &lt;br class='autobr' /&gt;
il va revenir, il est peut-&#234;tre d&#233;j&#224; revenu, ne laissez pas une &lt;br class='autobr' /&gt;
autre puiser &#224; la fontaine : s'il revenait, ce serait sans doute &lt;br class='autobr' /&gt;
par l&#224;. Peignez vos cheveux &#224; la fontaine et qu'ils inondent avec &lt;br class='autobr' /&gt;
elle la plaine &#187;. Et tu verras dans les entrailles de la terre, tu &lt;br class='autobr' /&gt;
me verras plus vivant que je ne suis &#224; cette heure o&#249; le sabre &lt;br class='autobr' /&gt;
d'abordage du ciel me menace. Tu m'entra&#238;neras plus loin qu'o&#249; je &lt;br class='autobr' /&gt;
n'ai pu aller, et tes bras seront des grottes hurlantes de jolies &lt;br class='autobr' /&gt;
b&#234;tes et d'hermines. Tu ne feras de moi qu'un soupir, qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
poursuivra &#224; travers tous les Robinsons de la terre. Je ne suis &lt;br class='autobr' /&gt;
pas perdu pour toi : je suis seulement &#224; l'&#233;cart de ce qui te &lt;br class='autobr' /&gt;
ressemble, dans les hautes mers, l&#224; o&#249; l'oiseau nomm&#233; Cr&#232;ve-Coeur &lt;br class='autobr' /&gt;
pousse son cri qui &#233;l&#232;ve les pommeaux de glace dont les astres du &lt;br class='autobr' /&gt;
jour sont la garde bris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXIV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un baiser est si vite oubli&#233; &#187; j'&#233;coutais passer ce refrain dans &lt;br class='autobr' /&gt;
les grandes promenades de ma t&#234;te, dans la province de ma t&#234;te et &lt;br class='autobr' /&gt;
je ne savais plus rien de ma vie, qui se d&#233;roulait sur sa piste &lt;br class='autobr' /&gt;
blonde. Vouloir entendre plus loin que soi, plus loin que cette &lt;br class='autobr' /&gt;
roue dont un rayon, &#224; l'avant de moi, effleure &#224; peine les &lt;br class='autobr' /&gt;
orni&#232;res, quelle folie ! J'avais pass&#233; la nuit en compagnie d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
femme fr&#234;le et avertie, tapi dans les hautes herbes d'une place &lt;br class='autobr' /&gt;
publique, du c&#244;t&#233; du Pont-Neuf. Une heure durant nous avions ri &lt;br class='autobr' /&gt;
des serments qu'&#233;changeaient par surprise les tardifs promeneurs &lt;br class='autobr' /&gt;
qui venaient tour &#224; tour s'asseoir sur le banc le plus proche. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tendions la main vers les capucines coulant d'un balcon de &lt;br class='autobr' /&gt;
City-H&#244;tel, avec l'intention d'abolir dans l'air tout ce qui sonne &lt;br class='autobr' /&gt;
en tr&#233;buchant comme les monnaies anciennes qui exceptionnellement &lt;br class='autobr' /&gt;
avaient cours cette nuit-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon amie parlait par aphorismes tels que : &#171; Qui souvent me baise &lt;br class='autobr' /&gt;
mieux s'oublie &#187; mais il n'&#233;tait question que d'une partie de &lt;br class='autobr' /&gt;
paradis et, tandis que nous rejetions autour de nous des drapeaux &lt;br class='autobr' /&gt;
qui allaient se poser aux fen&#234;tres, nous abdiquions peu &#224; peu &lt;br class='autobr' /&gt;
toute insouciance, de sorte qu'au matin il ne resta de nous que &lt;br class='autobr' /&gt;
cette chanson qui lapait un peu d'eau de la nuit au centre de la &lt;br class='autobr' /&gt;
place : &#171; Un baiser est si vite oubli&#233; &#187;. Les laitiers conduisaient &lt;br class='autobr' /&gt;
avec fracas leurs voitures aurif&#232;res au lieu des fuites &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ternelles. Nous nous &#233;tions s&#233;par&#233;s en criant de toute la force &lt;br class='autobr' /&gt;
de notre coeur. J'&#233;tais seul et, le long de la Seine, je &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;couvrais des bancs d'oiseaux, des bancs de poissons, je &lt;br class='autobr' /&gt;
m'enfon&#231;ais avec pr&#233;caution dans les buissons d'orties d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
village blanc. Ce village &#233;tait encombr&#233; de ces bobines de &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;l&#233;graphe qu'on voit suspendues &#224; &#233;gale distance, de part et &lt;br class='autobr' /&gt;
d'autre des poteaux de grandes routes. Il avait l'aspect d'une de &lt;br class='autobr' /&gt;
ces pages de romance que l'on ach&#232;te pour quelques sous dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
rassemblements suburbains. &#171; Un baiser est si vite oubli&#233;. &#187; Sur la &lt;br class='autobr' /&gt;
couverture du village, tourn&#233;e vers la terre, et qui &#233;tait tout ce &lt;br class='autobr' /&gt;
qui restait de la campagne, on distinguait mal une sorte de &lt;br class='autobr' /&gt;
lorette sautant &#224; la corde &#224; l'or&#233;e d'un bois de laurier gris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je p&#233;n&#233;trai dans ce bois, o&#249; les noisettes &#233;taient rouges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Noisettes rouill&#233;es, &#233;tiez-vous les persiennes du baiser qui me &lt;br class='autobr' /&gt;
poursuivait pour que je l'oubliasse ? J'en avais peur, je &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;cartais brusquement de chaque buisson. Mes yeux &#233;taient les &lt;br class='autobr' /&gt;
fleurs de noisetier, l'oeil droit la fleur m&#226;le, le gauche la &lt;br class='autobr' /&gt;
fleur femelle. Mais j'avais cess&#233; de me plaire depuis longtemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des sentiers sifflaient de toutes parts devant moi. Pr&#232;s d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
source la belle de la nuit me rejoignit haletante. Un baiser est &lt;br class='autobr' /&gt;
si vite oubli&#233;. Ses cheveux n'&#233;taient plus qu'une lev&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
champignons roses, parmi des aiguilles de pin et de tr&#232;s fines &lt;br class='autobr' /&gt;
verreries de feuilles s&#232;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous gagn&#226;mes ainsi la ville d'&#201;cureuil-sur-Mer. L&#224; des p&#234;cheurs &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;barquaient des paniers pleins de coquillages terrestres, parmi &lt;br class='autobr' /&gt;
lesquels beaucoup d'oreilles, que des &#233;toiles circulant &#224; travers &lt;br class='autobr' /&gt;
la ville s'appliquaient douloureusement sur le coeur pour entendre &lt;br class='autobr' /&gt;
le bruit de la terre. C'est ainsi qu'elles avaient pu reconstituer &lt;br class='autobr' /&gt;
pour leur plaisir le bruit des tramways et des grandes orgues, &lt;br class='autobr' /&gt;
tout comme nous recherchons dans notre solitude les sonneries des &lt;br class='autobr' /&gt;
paliers sous-marins, le ronflement des ascenseurs aquatiques. Nous &lt;br class='autobr' /&gt;
pass&#226;mes inaper&#231;us des courbes de c&#233;ans, sinuso&#239;des, paraboles, &lt;br class='autobr' /&gt;
geysers, pluies. Nous n'appartenions plus qu'au d&#233;sespoir de notre &lt;br class='autobr' /&gt;
chanson, &#224; la sempiternelle &#233;vidence de ces mots touchant le &lt;br class='autobr' /&gt;
baiser. Nous nous an&#233;ant&#238;mes, d'ailleurs, tout pr&#232;s de l&#224;, dans un &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;talage o&#249; n'apparaissait des hommes et des femmes que ce qui de &lt;br class='autobr' /&gt;
leur nudit&#233; nous est le plus g&#233;n&#233;ralement visible : soit le visage &lt;br class='autobr' /&gt;
et les mains, &#224; peu de chose pr&#232;s. Une jeune fille &#233;tait pourtant &lt;br class='autobr' /&gt;
nu-pieds. Nous endoss&#226;mes &#224; notre tour les v&#234;tements de l'air pur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est-il ? O&#249; va-t-il ? Qu'est-il devenu ? Qu'est devenu le &lt;br class='autobr' /&gt;
silence autour de lui, et cette paire de bas qui &#233;tait ses pens&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
les plus chastes, cette paire de bas de soie ? Qu'a-t-il fait de &lt;br class='autobr' /&gt;
ses longues taches, de ses yeux de p&#233;trole fou, de ses rumeurs de &lt;br class='autobr' /&gt;
carrefour humain, que s'est-il pass&#233; entre ses triangles et ses &lt;br class='autobr' /&gt;
cercles ? Les cercles gaspillaient le bruit qui arrivait &#224; ses &lt;br class='autobr' /&gt;
oreilles, les triangles &#233;taient les &#233;triers qu'il passait pour &lt;br class='autobr' /&gt;
aller o&#249; ne vont pas les sages, lorsqu'on vient dire qu'il est &lt;br class='autobr' /&gt;
temps de dormir, lorsqu'un messager &#224; ombre blanche vient dire &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il est temps de dormir. Quel vent le pousse, lui que la bougie &lt;br class='autobr' /&gt;
de sa langue &#233;claire par les escaliers de l'occasion ? Et les &lt;br class='autobr' /&gt;
bob&#232;ches de ses yeux, de quel style les voyez-vous, &#224; la foire &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la ferraille du monde ? Ses &#233;gards pour vous, qu'en avez-vous &lt;br class='autobr' /&gt;
fait, lorsqu'il vous souhaitait bonne cave et que le soleil &lt;br class='autobr' /&gt;
taillait les chemin&#233;es de brique rose qui &#233;taient sa chair, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
fumaient de la musique de sa chair ? Ses prises de courant sur &lt;br class='autobr' /&gt;
vous, du c&#244;t&#233; du canal de l'Ourcq, ne sont-elles pas de nature &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;loigner la petite voiture de glaces et de nougat qui stationnait &lt;br class='autobr' /&gt;
sous le viaduc du m&#233;tropolitain ? Et lui, lui, n'a-t-il pas &lt;br class='autobr' /&gt;
repouss&#233; l'entente ? N'a-t-il pas suivi le chemin qui se perd dans &lt;br class='autobr' /&gt;
les caveaux de l'id&#233;e, ne faisait-il pas partie du glouglou de la &lt;br class='autobr' /&gt;
bouteille de la mort ? Cet homme &#224; reproches &#233;ternels et &#224; froid &lt;br class='autobr' /&gt;
de loup, que voulait-il que nous fissions de sa ma&#238;tresse, quand &lt;br class='autobr' /&gt;
il l'abandonnait &#224; la crosse de l'&#233;t&#233; ? Par ces soirs de pierre de &lt;br class='autobr' /&gt;
lune o&#249; il remuait sur une table de vent un verre &#224; moiti&#233; vide, &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#233;coutait-il sur le tranchant de l'air, comme l'Indien ? Je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
suis pas plus fort que lui, je n'ai pas de boutons &#224; ma veste, je &lt;br class='autobr' /&gt;
ne connais pas l'ordre, je n'entrerai pas le premier dans la ville &lt;br class='autobr' /&gt;
aux flots de bois. Mais qu'on me donne un sang d'&#233;cureuil blanc si &lt;br class='autobr' /&gt;
je mens et que les nuages se rassemblent dans ma main quand je &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#232;le une pomme : ces linges forment une lampe, ces mots qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s&#232;chent dans le pr&#233; forment une lampe que je ne laisserai pas &lt;br class='autobr' /&gt;
mourir faute du verre de mes bras lev&#233; vers le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXVI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme aux seins d'hermine se tenait &#224; l'entr&#233;e du passage &lt;br class='autobr' /&gt;
Jouffroy, dans la lumi&#232;re des chansons. Elle ne se fit pas prier &lt;br class='autobr' /&gt;
pour me suivre. Je jetai au chauffeur l'adresse du Rendez-Vous, du &lt;br class='autobr' /&gt;
Rendez-Vous en personne, qui &#233;tait une connaissance de la premi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
heure. Le Rendez-Vous, ni jeune ni vieux, tenait aux environs de &lt;br class='autobr' /&gt;
la porte de Neuilly un petit commerce de verre cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui es-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un des &#233;lancements de la lyre mortelle qui vibre au bord des &lt;br class='autobr' /&gt;
capitales. Pardonne-moi le mal que je te ferai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me dit aussi qu'elle s'&#233;tait bris&#233; la main sur une glace o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;taient dor&#233;es, argent&#233;es, bleut&#233;es les inscriptions coutumi&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pris cette main dans la mienne ; l'&#233;levant &#224; mes l&#232;vres, je &lt;br class='autobr' /&gt;
m'aper&#231;us qu'elle &#233;tait transparente et qu'au travers on voyait le &lt;br class='autobr' /&gt;
grand jardin o&#249; s'en vont vivre les cr&#233;atures divines les plus &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;prouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enchantement prit fin lorsque nous m&#238;mes pied &#224; terre. Guid&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
par une pluie de chardons nous franch&#238;mes le seuil de la demeure &lt;br class='autobr' /&gt;
du Rendez-Vous, non sans &#233;carter avec horreur les grandes peaux de &lt;br class='autobr' /&gt;
lapin du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Rendez-Vous se tenait sur ses gardes, occup&#233; &#224; r&#233;parer un long &lt;br class='autobr' /&gt;
treillage clair. Voici longtemps que les capucines avaient trouv&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
le moyen de le d&#233;coudre et de suspendre au ciel leurs poignets &lt;br class='autobr' /&gt;
indiscrets. Le Rendez-Vous s'appliquait &#224; r&#233;parer le mal au moyen &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une liane blanche pouvant provenir de ma jeunesse. Il sifflait &lt;br class='autobr' /&gt;
ga&#238;ment, ce faisant, et ne parut pas attacher &#224; notre approche &lt;br class='autobr' /&gt;
plus d'importance qu'&#224; un chant d'alouette. C'est &#224; peine s'il &lt;br class='autobr' /&gt;
nous jeta un vague bonsoir de vin bleu qui, r&#233;percut&#233; par l'heure, &lt;br class='autobr' /&gt;
alla se perdre dans les sillons tragiques des peurs en sautoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce toit goudronn&#233;, la forme de mes pens&#233;es et moi nous &lt;br class='autobr' /&gt;
abrit&#226;mes donc avant de repartir. Des travaux de remblai avaient &lt;br class='autobr' /&gt;
lieu, &#224; cette heure tardive, sur les fortifications. C'&#233;tait comme &lt;br class='autobr' /&gt;
si on e&#251;t cherch&#233; &#224; nous embouteiller de roses de verre. Dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;pouvantable fracas que provoquait leur chute, de minute en &lt;br class='autobr' /&gt;
minute, renvers&#233;es qu'elles &#233;taient par de hautes grues faites de &lt;br class='autobr' /&gt;
cheveux, il n'y avait place que pour notre extr&#234;me m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'&#233;tions-nous pas venus l&#224; pour user de notre souverain &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvoir de nous baigner dans le verre, de nous d&#233;barrasser de tout &lt;br class='autobr' /&gt;
ce que l'eau ne saurait entra&#238;ner de r&#234;ves rocailleux, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'esp&#233;rances suivies ? De l&#224; ce que ce Rendez-Vous avait de &lt;br class='autobr' /&gt;
hagard ; cet homme accomplissait une fonction si p&#233;nible que rien &lt;br class='autobr' /&gt;
ne le pouvait distraire dans ses loisirs. Nous pr&#238;mes cong&#233; de lui &lt;br class='autobr' /&gt;
le matin, d'un simple regard qui signifiait &#224; la fois que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
n'appartenions plus &#224; la vie et que, si nous revenions jamais de &lt;br class='autobr' /&gt;
notre nouvel &#233;tat, ce serait &#224; la fa&#231;on des sourciers pour toucher &lt;br class='autobr' /&gt;
le ciel de notre baguette de foudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce moment une profonde m&#233;tamorphose s'op&#233;ra dans le monde &lt;br class='autobr' /&gt;
sensible. &#192; l'entr&#233;e de New York ce ne fut plus la Libert&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;clairant le monde, mais l'Amour, ce qui est diff&#233;rent. Dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'Alaska les chiens &#233;ternels, l'oreille au vent, s'envol&#232;rent avec &lt;br class='autobr' /&gt;
les tra&#238;neaux. L'Inde fut secou&#233;e d'un tremblement de mercure et &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
Paris m&#234;me, le long de la Seine, il y eut d&#233;livrance de passeports &lt;br class='autobr' /&gt;
pour l&#224;-m&#234;me, oui, pour Paris quitt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la douce &#233;vasion nomm&#233;e avenir, &#233;vasion toujours &lt;br class='autobr' /&gt;
possible, que se r&#233;sorbent les astres pench&#233;s jusque-l&#224; sur notre &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un homme et une femme, abandonn&#233;s sur une grande route &lt;br class='autobr' /&gt;
blanche, &#233;puisent la lente persuasion qui leur vient de n'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
plus qu'un arbre greff&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le g&#233;nie qui veille aux passes dont ce r&#233;cit nous fournit &lt;br class='autobr' /&gt;
plus d'un exemple s'attend &#224; ce que je m'impatiente tout d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
coup. Que fait l'assentiment du lecteur &#224; ces choses, le lecteur &lt;br class='autobr' /&gt;
croit-il que les bonds de l'antilope sont calcul&#233;s en fonction du &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sir que montre cet animal d'&#233;chapper &#224; la soudaine courbure des &lt;br class='autobr' /&gt;
gazons ? Nous nous &#233;veillions, ce matin-l&#224;, c&#244;te &#224; c&#244;te. Notre &lt;br class='autobr' /&gt;
lit, de dimensions normales, imitait &#224; s'y m&#233;prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
l'architecture d'un pont, je veux dire que beaucoup de temps avait &lt;br class='autobr' /&gt;
pass&#233;. Une rivi&#232;re limpide roulait au-dessus de nous ses cages de &lt;br class='autobr' /&gt;
rumeurs. Glac&#233;, couvert de gigantesques &#233;toiles de mer et tout &lt;br class='autobr' /&gt;
chancelant, un gratte-ciel avan&#231;ait vers nous. Un aigle blanc &lt;br class='autobr' /&gt;
comme la pierre philosophale planait au-dessus de la Nouvelle-&lt;br class='autobr' /&gt;
Guin&#233;e. Celle que je n'appelais plus que l'Aveugle-de-la-toute-&lt;br class='autobr' /&gt;
Lumi&#232;re ou la Porte Albinos soupira alors et m'appela &#224; elle. Nous &lt;br class='autobr' /&gt;
f&#238;mes l'amour longtemps, &#224; la fa&#231;on des craquements qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
produisent dans les meubles. Nous f&#238;mes l'amour comme le soleil &lt;br class='autobr' /&gt;
bat, comme les cercueils ferment, comme le silence appelle, comme &lt;br class='autobr' /&gt;
la nuit brille. Et dans nos yeux qui n'&#233;taient jamais ouverts en &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me temps ne se d&#233;battaient rien que nos sorts les plus purs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la hauteur des &#233;ph&#233;m&#232;res ne se produisaient plus que de tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
courtes &#233;tincelles qui nous faisaient serrer les poings de &lt;br class='autobr' /&gt;
surprise et de douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous pr&#233;par&#226;mes alors, avec d'infinis m&#233;nagements, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
dispara&#238;tre. Ayant lou&#233; un appartement garni des plus luxueux, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous y offrions presque chaque soir de merveilleux &lt;br class='autobr' /&gt;
divertissements. L'entr&#233;e de la Porte Albinos, dans sa robe &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
tra&#238;ne immense, faisait toujours sensation. &#192; nos r&#233;ceptions &lt;br class='autobr' /&gt;
illusoires paraissaient les Agates fameuses ; un immense canon de &lt;br class='autobr' /&gt;
quartz &#233;tait braqu&#233; dans le jardin. Puis sur un mot plus bas que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre s'illuminait &#224; nouveau la Porte Albinos et je restais des &lt;br class='autobr' /&gt;
heures &#224; regarder &#224; travers sa t&#234;te passer les scalaires que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'aimais beaucoup. C'&#233;tait devenu une de mes plus fr&#233;quentes &lt;br class='autobr' /&gt;
faiblesses que de l'embrasser pour voir fuir tout &#224; l'oppos&#233; de sa &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#234;te les charmantes petites fl&#232;ches bleues que sont ces poissons &lt;br class='autobr' /&gt;
fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour vint o&#249; je ne revis plus celle qui fut ici-bas ma d&#233;fense &lt;br class='autobr' /&gt;
et ma perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, j'ai connu un homme qui avait pour chair un miroir, ses &lt;br class='autobr' /&gt;
cheveux &#233;taient du plus pur style Louis XV et dans ses yeux &lt;br class='autobr' /&gt;
brillaient de folles immondices. Sur une aiguille de chemin de fer &lt;br class='autobr' /&gt;
j'ai vu se poser l'oiseau splendide du sabotage et dans la fixit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
des plaies qui sont encore des yeux passer la froide obstination &lt;br class='autobr' /&gt;
du sang qui est un regard irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas de coeur sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que vous prenez l'enfant par la main pour le conduire &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
villa, ou la femme par la taille pour la charmer, ou le vieillard &lt;br class='autobr' /&gt;
par la barbe pour le saluer, moi je file comme l'&#233;clair ma toile &lt;br class='autobr' /&gt;
de fausse s&#233;duction, ce polygone &#233;trange qui attire les reproches. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, quand la bouteille de ros&#233;e sautera, et que vous &lt;br class='autobr' /&gt;
entrerez silencieusement dans les feuilles, et que l'absolu &lt;br class='autobr' /&gt;
printemps qui se pr&#233;pare ouvrira son &#233;cluse, vous songerez &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amant de la Porte Albinos qui reposera sur les claies du &lt;br class='autobr' /&gt;
plaisir, ne demandant qu'&#224; reprendre &#224; Dieu ce que Dieu lui a &lt;br class='autobr' /&gt;
pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Porte Albinos est l&#224; dans l'ombre. Elle efface pas &#224; pas tout &lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui m'&#233;pouvante encore et me fait pleurer dans l'&#233;blouissement &lt;br class='autobr' /&gt;
de ses gongs de feu. Je veille pr&#232;s de la Porte Albinos avec la &lt;br class='autobr' /&gt;
volont&#233; de ne laisser passer que les cadavres dans les deux sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne suis pas encore mort et je jouis parfois du spectacle des &lt;br class='autobr' /&gt;
amours. Les amours des hommes m'ont suivi partout, quoique j'en &lt;br class='autobr' /&gt;
dise, je les sais pleines d'emb&#251;ches comme les vases que les loups &lt;br class='autobr' /&gt;
posent sur la neige. Les amours des hommes sont de grandes glaces &lt;br class='autobr' /&gt;
paysannes bord&#233;es de velours rouge ou, plus rarement, de velours &lt;br class='autobr' /&gt;
bleu. Je me tiens derri&#232;re ces glaces, pr&#232;s de la Porte Albinos &lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'ouvre en dedans, toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une fois un dindon sur une digue. Ce dindon n'avait &lt;br class='autobr' /&gt;
plus que quelques jours &#224; s'allumer au grand soleil et il se &lt;br class='autobr' /&gt;
regardait avec myst&#232;re dans une glace de Venise dispos&#233;e &#224; cet &lt;br class='autobr' /&gt;
effet sur la digue. C'est ici qu'intervient la main de l'homme, &lt;br class='autobr' /&gt;
cette fleur des champs dont vous n'&#234;tes pas sans avoir entendu &lt;br class='autobr' /&gt;
parler. Le dindon, qui r&#233;pondait au nom de Trois&#233;toiles, en &lt;br class='autobr' /&gt;
mani&#232;re de plaisanterie, ne savait plus o&#249; donner de la t&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun sait que la t&#234;te des dindons est un prisme &#224; sept ou huit &lt;br class='autobr' /&gt;
faces tout comme le chapeau haut de forme est un prisme &#224; sept ou &lt;br class='autobr' /&gt;
huit reflets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapeau haut de forme se balan&#231;ait sur la digue &#224; la fa&#231;on &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une moule &#233;norme qui chante sur un rocher. La digue n'avait &lt;br class='autobr' /&gt;
aucune raison d'&#234;tre depuis que la mer s'&#233;tait retir&#233;e, avec force &lt;br class='autobr' /&gt;
ce matin-l&#224;. Le port &#233;tait, d'ailleurs, &#233;clair&#233; tout entier par &lt;br class='autobr' /&gt;
une lampe &#224; arc de la grandeur d'un enfant qui va &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dindon se sentait perdu s'il n'arrivait pas &#224; &#233;mouvoir ce &lt;br class='autobr' /&gt;
passant. L'enfant vit le chapeau haut de forme et, comme il avait &lt;br class='autobr' /&gt;
faim, il entreprit de le vider de son contenu, en l'esp&#232;ce une &lt;br class='autobr' /&gt;
belle m&#233;duse &#224; bec papillon. Les papillons peuvent-ils &#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
assimil&#233;s &#224; des lumi&#232;res ? &#201;videmment ; c'est pourquoi &lt;br class='autobr' /&gt;
l'enterrement s'arr&#234;ta sur la digue. Le pr&#234;tre chantait dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
moule, la moule chantait dans le rocher, le rocher chantait dans &lt;br class='autobr' /&gt;
la mer et la mer chantait dans la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi le dindon est-il rest&#233; sur la digue et depuis ce jour fait-&lt;br class='autobr' /&gt;
il peur &#224; l'enfant qui va &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je venais d'encourir ma milli&#232;me condamnation pour exc&#232;s de &lt;br class='autobr' /&gt;
vitesse. On n'a pas oubli&#233; la nouvelle : cette auto filant un soir &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; toute allure sur la route de Saint-Cloud, cette auto dont les &lt;br class='autobr' /&gt;
voyageurs portaient des armures. Or je faisais partie de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;quip&#233;e anachronique qui mit aux prises l'ombre des arbres, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ombre tournoyante de la poussi&#232;re avec notre ombre de carriers &lt;br class='autobr' /&gt;
blancs et funestes. Il y eut des sauts de rivi&#232;res, je me &lt;br class='autobr' /&gt;
rappelle, dont n'approche depuis en audace que l'entr&#233;e solennelle &lt;br class='autobr' /&gt;
des hommes-cages dans le vestibule de l'h&#244;tel Claridge, par une &lt;br class='autobr' /&gt;
belle apr&#232;s-midi de f&#233;vrier. Il y eut cette m&#234;me promptitude dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le d&#233;sastre que le jour o&#249; le rayon, d&#233;couvert depuis, commen&#231;a &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
balayer les plaines glac&#233;es de Russie, alors que Napol&#233;on &lt;br class='autobr' /&gt;
n'attendait que la lumi&#232;re infra-rouge. Des sauts de rivi&#232;res et &lt;br class='autobr' /&gt;
des vols plan&#233;s en plein Paris, dans une auto dont les occupants &lt;br class='autobr' /&gt;
sont tout bard&#233;s de r&#234;ve ! On alla beaucoup plus loin que Saint-&lt;br class='autobr' /&gt;
Cloud, dans l'ombre de cette statue &#233;questre dont certains mirent, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ailleurs, toute leur vie &#224; sortir. De quel ch&#226;taignier &lt;br class='autobr' /&gt;
mill&#233;naire tentions-nous de faire le tour ? Ici une ch&#226;taigne &lt;br class='autobr' /&gt;
descend, elle fait mine de se laisser tomber et, s'arr&#234;tant &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques m&#232;tres du sol, demeure suspendue comme une araign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles levaient leur visi&#232;re, je d&#233;couvrais &#224; deux de mes &lt;br class='autobr' /&gt;
compagnes des yeux ch&#226;tains. Les formes s'&#233;taient depuis longtemps &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;v&#233;l&#233;es, la forme d'ombrelle notamment, qui se couvre de ciel, la &lt;br class='autobr' /&gt;
forme de bottine qui rassemble &#233;troitement les fleurs, au passage &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une rue, sur un refuge. Quoique nous fussions certains de ne &lt;br class='autobr' /&gt;
point toucher terre, les habitants avaient re&#231;u ordre de rester &lt;br class='autobr' /&gt;
chez eux. L'auto promenait maintenant ses mains gant&#233;es de &lt;br class='autobr' /&gt;
caoutchouc sur les meubles de la chambre-Paris. (On sait que dans &lt;br class='autobr' /&gt;
les palaces il ne saurait &#234;tre question de num&#233;roter les chambres, &lt;br class='autobr' /&gt;
les appartements ; pure question de luxe, par suite, que ces &lt;br class='autobr' /&gt;
sortes de d&#233;signations.) Mais moi j'avais bien franchi le stade du &lt;br class='autobr' /&gt;
luxe : je ne voulais m'arr&#234;ter qu'&#224; la ville 34. Mes compagnons &lt;br class='autobr' /&gt;
avaient beau m'opposer le risque de manquer d'air avant &lt;br class='autobr' /&gt;
d'atteindre ce chiffre, je n'&#233;coutais que mon remords, ce remords &lt;br class='autobr' /&gt;
de vivre dont je n'ai jamais manqu&#233; l'occasion de faire &lt;br class='autobr' /&gt;
confidence, m&#234;me aux femmes &#224; la visi&#232;re baiss&#233;e. C'est dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
faubourgs de la ville 26 que se produisit le miracle : une voiture &lt;br class='autobr' /&gt;
qui venait en sens inverse de la n&#244;tre et commen&#231;a par &#233;crire mon &lt;br class='autobr' /&gt;
nom &#224; l'envers dans un merveilleux paraphe de flamme vint nous &lt;br class='autobr' /&gt;
heurter l&#233;g&#232;rement ; le diable sait si elle allait moins vite que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous. C'est ici que mon explication, je le sais, sera de nature &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
ne satisfaire que les plus hautes consciences sportives de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
temps : dans le temps il n'y a plus de droite ni de gauche, telle &lt;br class='autobr' /&gt;
fut la moralit&#233; de ce voyage. Les deux bolides blanc et vert, &lt;br class='autobr' /&gt;
rouge et noir fusionn&#232;rent terriblement et je ne me retrouve que &lt;br class='autobr' /&gt;
passag&#232;rement depuis, mort ou vif, me mettant moi-m&#234;me &#224; prix sur &lt;br class='autobr' /&gt;
de grands &#233;criteaux comme celui-ci, que sur tous les arbres je &lt;br class='autobr' /&gt;
cloue du poignard de mon coeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXIX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e-l&#224;, un chasseur fut t&#233;moin d'un &#233;trange ph&#233;nom&#232;ne, &lt;br class='autobr' /&gt;
dont la relation ant&#233;rieure se perd dans le temps et qui d&#233;fraya &lt;br class='autobr' /&gt;
la chronique de longs mois. Le jour de l'ouverture cet homme bott&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
de jaune qui s'avan&#231;ait dans les plaines de Sologne avec deux &lt;br class='autobr' /&gt;
grands chiens vit appara&#238;tre au-dessus de lui une sorte de lyre &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
gaz peu &#233;clairante qui palpitait sans cesse et dont l'une des &lt;br class='autobr' /&gt;
ailes seule &#233;tait aussi longue qu'un iris tandis que l'autre, &lt;br class='autobr' /&gt;
atrophi&#233;e mais beaucoup plus brillante, ressemblait &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
auriculaire de femme auquel serait pass&#233; un anneau merveilleux. La &lt;br class='autobr' /&gt;
fleur se d&#233;tacha alors et retourna se fixer par l'extr&#233;mit&#233; de sa &lt;br class='autobr' /&gt;
tige a&#233;rienne, qui &#233;tait l'oeil du chasseur, sur le rhizome du &lt;br class='autobr' /&gt;
ciel. Puis le doigt, s'approchant de lui, s'offrit &#224; le conduire &lt;br class='autobr' /&gt;
en un lieu o&#249; aucun homme n'avait jamais &#233;t&#233;. Il y consent et le &lt;br class='autobr' /&gt;
voici guid&#233; par l'aile gauche de l'oiseau longtemps, longtemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ongle &#233;tait fait d'une lumi&#232;re si fine que nul oeil n'e&#251;t pu &lt;br class='autobr' /&gt;
tout &#224; fait l'endurer ; il laissait derri&#232;re lui un sillage de &lt;br class='autobr' /&gt;
sang en vrille comme une coquille de murex adorable. Le chasseur &lt;br class='autobr' /&gt;
parvint ainsi sans se retourner &#224; la limite de la terre de France &lt;br class='autobr' /&gt;
et il s'engagea dans une gorge. De tous c&#244;t&#233;s c'&#233;tait l'ombre et &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;tourderie du doigt lui donnait &#224; craindre pour sa vie. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cipices &#233;taient d&#233;pass&#233;s, puisque de temps &#224; autre une fleur &lt;br class='autobr' /&gt;
tombait &#224; c&#244;t&#233; de lui et qu'il ne se donnait pas la peine de la &lt;br class='autobr' /&gt;
ramasser. Le doigt tournait alors sur lui-m&#234;me et c'&#233;tait une &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;toile rose follement attirante. Le chasseur &#233;tait un homme d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
vingtaine d'ann&#233;es. Ses chiens rampaient tristement &#224; ses c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gorge se resserrait toujours, quand l'&#233;toile se mit &#224; parler &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
voix basse, puis de plus en plus perceptible et finit par crier : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Prom&#233;th&#233;e &#187; ou &#171; Promettez &#187;. Les &#233;chos s'empar&#232;rent de ce mot, de &lt;br class='autobr' /&gt;
sorte que le chasseur ne put savoir s'il avait affaire &#224; un appel &lt;br class='autobr' /&gt;
ou &#224; une injonction. Il ne pouvait, pour ainsi dire, se faire &lt;br class='autobr' /&gt;
entendre et c'est le plus sourdement du monde qu'il entreprit de &lt;br class='autobr' /&gt;
questionner l'&#233;toile : &#171; Doigt inimaginable et branche plus verte &lt;br class='autobr' /&gt;
que les autres, r&#233;ponds, qu'exiges-tu de moi, que dois-je te &lt;br class='autobr' /&gt;
promettre, en dehors du feu que tu as d&#233;j&#224; ? &#187; et comme il disait &lt;br class='autobr' /&gt;
ces mots il la mit en joue et l'abattit. Il put voir en effet &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;tonnant tr&#233;sor se d&#233;tacher des aigrettes de flammes, tandis &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'une abominable sonnerie se faisait entendre. Mais les chiens &lt;br class='autobr' /&gt;
qui avaient voulu s'&#233;lancer tomb&#232;rent morts tandis que des &lt;br class='autobr' /&gt;
buissons, de chaque c&#244;t&#233; de la route, avan&#231;aient et reculaient. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;toile reparut alors au-dessus de lui, elle &#233;tait plus blanche &lt;br class='autobr' /&gt;
que jamais, et autour d'elle s'ouvrit un v&#233;ritable parterre d'iris &lt;br class='autobr' /&gt;
mais jaunes ceux-ci comme ceux qui croissent au bord de l'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme chancelait maintenant sous la menace du gracieux &#233;pervier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il jeta son fusil et, comme s'il e&#251;t d&#251; faire amende honorable, il &lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;barrassa de sa cartouchi&#232;re, de ses carniers. Il allait, les &lt;br class='autobr' /&gt;
mains libres. C'est alors que l'&#233;toile, ou le doigt, jugea bon de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'encha&#238;ner d'un transparent r&#233;seau d'algues contre un poteau &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;l&#233;graphique. Il attendit. La nuit tomb&#233;e, l'impassible amant du &lt;br class='autobr' /&gt;
doigt bijou n'&#233;tait plus qu'un peu de feuillage humain &#224; travers &lt;br class='autobr' /&gt;
les persiennes d'une chambre pr&#233;par&#233;e pour l'amour. Les plantes, &lt;br class='autobr' /&gt;
autour de lui, vaquaient &#224; leurs occupations, les unes dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
manufactures de soie, les autres dans les &#233;tables trayant les &lt;br class='autobr' /&gt;
ch&#232;vres de l'ombre. Les rochers sifflaient. On ne pouvait plus &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tourner son regard des ordures du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadavre de l'heureux fut d&#233;couvert quelques jours plus tard par &lt;br class='autobr' /&gt;
un aimant d'hommes et de femmes qui explorait la r&#233;gion. Il &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
presque intact &#224; l'exception de la t&#234;te effroyablement brillante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-ci reposait sur un oreiller qui disparut quand on la souleva &lt;br class='autobr' /&gt;
et qui &#233;tait fait d'une multitude de petits papillons bleu de &lt;br class='autobr' /&gt;
ciel. Tout pr&#232;s du corps un drapeau couleur d'iris &#233;tait fich&#233; et &lt;br class='autobr' /&gt;
les franges de ce drapeau us&#233; battaient comme de grands cils.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Andr&#233; Breton sur &#034;L&#233;nine&#034; de L&#233;on Trotsky</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6593</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article6593</guid>
		<dc:date>2022-03-04T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton sur &#034;L&#233;nine&#034; de L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
15 octobre 1925 &lt;br class='autobr' /&gt;
A certaines allusions qui ont &#233;t&#233; faites ici-m&#234;me [1] et ailleurs, on a pu croire que d'un commun accord nous portions sur la r&#233;volution russe et sur l'esprit des hommes qui la dirig&#232;rent un jugement assez peu favorable et que, si nous nous abstenions &#224; leur &#233;gard de critiques plus vives, c'&#233;tait moins par manque d'envie d'exercer sur eux notre s&#233;v&#233;rit&#233;, que pour ne pas rassurer d&#233;finitivement l'opinion, heureuse de n'avoir &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andr&#233; Breton sur &#034;L&#233;nine&#034; de L&#233;on Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;15 octobre 1925&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A certaines allusions qui ont &#233;t&#233; faites ici-m&#234;me [1] et ailleurs, on a pu croire que d'un commun accord nous portions sur la r&#233;volution russe et sur l'esprit des hommes qui la dirig&#232;rent un jugement assez peu favorable et que, si nous nous abstenions &#224; leur &#233;gard de critiques plus vives, c'&#233;tait moins par manque d'envie d'exercer sur eux notre s&#233;v&#233;rit&#233;, que pour ne pas rassurer d&#233;finitivement l'opinion, heureuse de n'avoir &#224; compter qu'avec une forme originale de lib&#233;ralisme intellectuel, comme elle en a vu et tol&#233;r&#233; bien d'autres, d'abord parce que cela ne tire pas &#224; cons&#233;quences, du moins &#224; cons&#233;quences imm&#233;diates, ensuite parce que &#224; la rigueur cela peut &#234;tre envisag&#233;, par rapport &#224; la masse, comme pouvoir de d&#233;congestion. Il n'en est pas moins vrai que pour ma part je refuse absolument d'&#234;tre tenu pour solidaire de tel ou tel de mes amis dans la mesure o&#249; il a cru pouvoir attaquer le communisme, par exemple, au nom de quelque principe que ce soit et m&#234;me de celui, apparemment si l&#233;gitime, de la non-acceptation du travail. Je pense en effet que le communisme, en existant comme syst&#232;me organis&#233;, a seul permis au plus grand bouleversement social de s'accomplir dans les conditions de dur&#233;e qui &#233;taient les siennes. Bon ou m&#233;diocre, en soi d&#233;fendable ou non au point de vue moral, comment oublier qu'il a &#233;t&#233; l'instrument gr&#226;ce auquel ont pu &#234;tre abattues les murailles de l'ancien &#233;difice, qu'il s'est r&#233;v&#233;l&#233; comme le plus merveilleux agent de substitution d'un monde &#224; un autre qui f&#251;t jamais ? Pour nous, r&#233;volutionnaires, il importe peu de savoir si le dernier monde est pr&#233;f&#233;rable &#224; l'autre et, du reste, le moment n'est pas venu d'en juger. Tout au plus s'agirait-il de savoir si la r&#233;volution russe a pris fin, ce que je ne crois pas. Finie une r&#233;volution de cette ampleur, si vite finie ? D&#233;j&#224; les valeurs nouvelles seraient aussi sujettes &#224; caution que les anciennes ? Allons donc, nous ne sommes pas assez sceptiques pour en rester &#224; cette id&#233;e. S'il se trouve parmi nous des hommes qu'une pareille crainte laisse encore h&#233;sitants, il va sans dire que je m'oppose &#224; ce qu'ils engagent avec eux, si peu que ce soit, l'esprit g&#233;n&#233;ral dont nous nous r&#233;clamons, qui ne doit rester tendu vers rien tant que vers la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire, qui doit nous y faire parvenir par tous les moyens et &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libre, dans ces conditions, &#224; Louis Aragon de faire savoir &#224; Drieu La Rochelle, par lettre ouverte, qu'il n'a jamais cri&#233; : Vive L&#233;nine ! mais qu'&#8220; il le braillera demain puisqu'on lui interdit ce cri &#8221; ; libre aussi &#224; moi et &#224; tout autre d'entre nous de trouver que ce ne serait pas une raison suffisante de se comporter ainsi, et que c'est faire la part trop belle &#224; nos pires d&#233;tracteurs, qui sont aussi ceux de L&#233;nine, que de leur laisser supposer que nous n'agissons de la sorte que par d&#233;fi. Vive L&#233;nine ! au contraire, et seulement parce que L&#233;nine ! On entend bien qu'il ne s'agit pas du cri qui se perd, mais de l'affirmation toujours assez haute de notre pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait f&#226;cheux, en effet, que nous continuions en fait d'exemple humain &#224; nous en rapporter &#224; celui des Conventionnels fran&#231;ais, et que nous ne puissions revivre avec exaltation que ces deux ann&#233;es, tr&#232;s belles d'ailleurs, apr&#232;s lesquelles tout recommence. Ce n'est pas dans un sentiment po&#233;tique, si int&#233;ressant soit-il, qu'il convient d'aborder une p&#233;riode m&#234;me lointaine de r&#233;volution. Et j'ai peur que les boucles de Robespierre, le bain de Marat ne conf&#232;rent un prestige inutile &#224; des id&#233;es qui, sans eux, ne nous appara&#238;traient plus si clairement. Violence &#224; part car c'est bien cette violence qui parle le plus &#233;loquemment pour eux il est toute une part de leur caract&#232;re qui nous &#233;chappe ; aussi nous rattrapons-nous sur la l&#233;gende. Mais si, comme je le crois, nous sommes avant tout &#224; la recherche de moyens insurrectionnels, je me demande, en dehors de l'&#233;motion qu'ils nous ont donn&#233;e une fois pour toutes, je me demande pratiquement ce que nous attendons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est pas de m&#234;me des r&#233;volutionnaires russes, tels qu'enfin nous parvenons &#224; les conna&#238;tre un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc ces hommes de qui nous avons tant entendu m&#233;dire et qu'on nous repr&#233;sentait comme les ennemis de ce qui peut encore trouver gr&#226;ce &#224; nos yeux, comme les fauteurs de je ne sais quel encore plus grand d&#233;sastre utilitaire que celui auquel nous assistons. Voici que d&#233;gag&#233;s de toute arri&#232;re-pens&#233;e politique, ils nous sont donn&#233;s en pleine humanit&#233; ; qu'ils s'adressent &#224; nous, non plus en ex&#233;cuteurs impassibles d'une volont&#233; qui ne sera jamais d&#233;pass&#233;e, mais en hommes parvenus au fa&#238;te de leur destin&#233;e, et qui se comptent soudain, et qui nous parlent, et qui s'interrogent. Je renonce &#224; d&#233;crire nos impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky se souvient de L&#233;nine. Et tant de claire raison passe par-dessus tant de troubles que c'est comme un splendide orage qui se reposerait. L&#233;nine, Trotsky, la simple d&#233;charge de ces deux noms va encore une fois faire osciller des t&#234;tes et des t&#234;tes. Comprennent-elles ? Ne comprennent-elles pas ? Celles qui ne comprennent pas se meublent tout de m&#234;me. Trotsky les meuble ironiquement de menus accessoires de bureau : la lampe de L&#233;nine &#224; l'ancienne Iskra, les papiers non sign&#233;s qu'il r&#233;digeait &#224; la premi&#232;re personne et plus tard... enfin tout ce qui peut faire le compte aveugle de l'histoire. Et je jurerais que rien n'y manque, en perfection ni en grandeur. Ah ! certes, ce ne sont pas les autres hommes d'Etat, que par ailleurs se garde l&#226;chement le peuple d'Europe, qui pourraient &#234;tre vus sous ce jour !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la grande r&#233;v&#233;lation de ce livre, et je ne saurais assez y insister, c'est que beaucoup des id&#233;es qui nous sont ici les plus ch&#232;res et desquelles nous avons pris l'habitude de faire d&#233;pendre &#233;troitement le sens moral particulier que nous pouvons avoir, ne conditionnent nullement notre attitude en ce qui regarde la signification essentielle que nous entendons nous donner. Sur le plan moral o&#249; nous avons r&#233;solu de nous placer, il semble bien qu'un L&#233;nine soit absolument inattaquable. Et si l'on m'objecte que d'apr&#232;s ce livre, L&#233;nine est un type et que les types ne sont pas des hommes, je demande quel est celui de nos raisonneurs barbares qui aura le front de soutenir qu'il y a quelque chose &#224; reprendre dans les appr&#233;ciations port&#233;es &#231;&#224; et l&#224; par Trotsky sur les autres et sur lui-m&#234;me, et qui continuera &#224; d&#233;tester vraiment cet homme, et qui ne se laissera en rien toucher par son ton de voix qui est parfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lire les brillantes, les justes, les d&#233;finitives, les magnifiques pages de r&#233;futation consacr&#233;es aux L&#233;nine de Gorki et de Wells. Il faut m&#233;diter longtemps sur le chapitre qui traite de ce recueil d'&#233;crits d'enfants consacr&#233;s &#224; la vie et &#224; la mort de L&#233;nine, en tout point dignes du commentaire, et sur lesquels l'auteur exerce une critique si fine et si d&#233;sesp&#233;r&#233;e : &#8220; L&#233;nine aimait &#224; p&#234;cher. Par une journ&#233;e chaude il prenait sa ligne et s'asseyait sur le bord de l'eau, et il pensait tout le temps &#224; la mani&#232;re dont on pourrait am&#233;liorer la vie des ouvriers et des paysans. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive donc L&#233;nine ! Je salue ici tr&#232;s bas L&#233;on Trotsky, lui qui a pu, sans le secours de bien des illusions qui nous restent et sans peut-&#234;tre comme nous croire &#224; l'&#233;ternit&#233;, maintenir pour notre enthousiasme cet invuln&#233;rable mot d'ordre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220; Et si le tocsin retentit en Occident et il retentira , nous pourrons &#234;tre alors enfonc&#233;s jusqu'au cou dans nos calculs, dans nos bilans, dans la N.E.P., mais nous r&#233;pondrons &#224; l'appel sans h&#233;sitation et sans retard : nous sommes r&#233;volutionnaires de la t&#234;te aux pieds, nous l'avons &#233;t&#233;, nous le resterons jusqu'au bout. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. La R&#233;volution surr&#233;aliste, n&#176; 5, 15 octobre 1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de certaines allusions faites ici ou l&#224;, on pourrait penser que nous nous sommes appuy&#233;s, d'un commun accord, sur un jugement tr&#232;s d&#233;favorable sur la r&#233;volution russe et l'esprit des hommes qui l'ont dirig&#233;e, et ce, si l'on s'abstient de toute critique. vivant &#224; leur sujet, c'&#233;tait moins par d&#233;sir d'exercer notre s&#233;v&#233;rit&#233; sur eux que par opinion publique d&#233;finitivement peu rassurante, heureuse de n'avoir &#224; s'en remettre qu'&#224; une forme originale de lib&#233;ralisme intellectuel &#224; la hauteur de celles que j'avais d&#233;j&#224; connues et tol&#233;r&#233;es d'une part, un lieu donc il n'y a pas de cons&#233;quences, du moins de cons&#233;quences imm&#233;diates, et d'autre part parce que, &#224; proprement parler, ce fait pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;, relativement aux masses, comme susceptible d'exercer un pouvoir de d&#233;congestion. Il n'en est pas moins vrai que, pour ma part,Je refuse absolument d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme solidaire de tel ou tel de mes amis dans la mesure o&#249; ils pensaient pouvoir attaquer le communisme au nom, par exemple, d'un quelconque principe - m&#234;me celui, en apparence si l&#233;gitime, de ne pas accepter l'&#339;uvre. Je pense en fait que seul le communisme, existant en tant que syst&#232;me organis&#233;, a permis la plus grande transformation sociale d'avoir lieu dans les conditions de. dur&#233;e qui lui &#233;tait propre. Bon ou m&#233;diocre, d&#233;fendable ou non d'un point de vue moral, comment oublier qu'il &#233;tait l'instrument par lequel les murs de l'ancien b&#226;timent pouvaient &#234;tre abattus et qui s'est av&#233;r&#233; &#234;tre le facteur le plus merveilleux pour remplacer un monde par un autre inconnu jusqu'alors ? Pour nous, r&#233;volutionnaires, peu importe que le monde antique soit pr&#233;f&#233;rable &#224; l'autre, et en fait, le moment n'est pas encore venu pour nous de le juger.Il s'agira au mieux de savoir si la r&#233;volution russe est termin&#233;e, ce que je ne crois pas. Une r&#233;volution de cette ampleur termin&#233;e, termin&#233;e si vite ? Les nouveaux acteurs seront-ils d&#233;j&#224; aussi sujets &#224; caution que les anciens ? Allez, on n'est pas si sceptique qu'on se contente d'une telle id&#233;e. S'il y a parmi nous des hommes qu'une telle peur laisse encore h&#233;siter, disons que je m'oppose &#224; ce qu'ils s'approprient, en tout cas, l'esprit g&#233;n&#233;ral que nous exigeons, esprit qui ne devrait s'appliquer qu'&#224; la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. , nous obligeant &#224; l'atteindre par tous les moyens et &#224; tout prix. Dans ces conditions, Louis Aragon est libre d'informer Drieu La Rochelle, par lettre ouverte, qui n'a jamais cri&#233; : Vivafini si vite ? Les nouveaux acteurs seront-ils d&#233;j&#224; aussi sujets &#224; caution que les anciens ? Allez, on n'est pas si sceptique qu'on se contente d'une telle id&#233;e. S'il y a parmi nous des hommes qu'une telle peur laisse encore h&#233;siter, disons que je m'oppose &#224; ce qu'ils s'approprient, en tout cas, l'esprit g&#233;n&#233;ral que nous exigeons, esprit qui ne devrait s'appliquer qu'&#224; la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. , nous obligeant &#224; l'atteindre par tous les moyens et &#224; tout prix. Dans ces conditions, Louis Aragon est libre d'informer Drieu La Rochelle, par lettre ouverte, qui n'a jamais cri&#233; : Vivafini si vite ? Les nouveaux acteurs seront-ils d&#233;j&#224; aussi sujets &#224; caution que les anciens ? Allez, on n'est pas si sceptique qu'on se contente d'une telle id&#233;e. S'il y a parmi nous des hommes qu'une telle peur laisse encore h&#233;siter, disons que je m'oppose &#224; ce qu'ils s'approprient, en tout cas, l'esprit g&#233;n&#233;ral que nous exigeons, esprit qui ne devrait s'appliquer qu'&#224; la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire. , nous obligeant &#224; l'atteindre par tous les moyens et &#224; tout prix. Dans ces conditions, Louis Aragon est libre d'informer Drieu La Rochelle, par lettre ouverte, qui n'a jamais cri&#233; : Vivapeu, de l'esprit g&#233;n&#233;ral que nous revendiquons, un esprit qui ne devrait s'appliquer qu'&#224; la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire, nous obligeant &#224; y parvenir par tous les moyens et &#224; tout prix. Dans ces conditions, Louis Aragon est libre d'informer Drieu La Rochelle, par lettre ouverte, qui n'a jamais cri&#233; : Vivapeu, de l'esprit g&#233;n&#233;ral que nous revendiquons, un esprit qui ne devrait s'appliquer qu'&#224; la r&#233;alit&#233; r&#233;volutionnaire, nous obligeant &#224; y parvenir par tous les moyens et &#224; tout prix. Dans ces conditions, Louis Aragon est libre d'informer Drieu La Rochelle, par lettre ouverte, qui n'a jamais cri&#233; : VivaL&#233;nine ! mais qu'&#171; il criera demain, puisqu'il lui est interdit de pleurer &#187; ; Moi aussi, ou chacun d'entre nous, est libre de juger qu'il n'y avait pas de raison suffisante &#224; un tel comportement et que ce sera pour donner de beaux arguments &#224; nos pires d&#233;tracteurs, qui sont aussi ceux de L&#233;nine , pour leur faire supposer que nous n'avons agi que de mani&#232;re de d&#233;fi. Au contraire, vive L&#233;nine ! mais seulement parce que c'est len&#237;n ! Il est facile de comprendre que ce n'est pas un cri qui se perd, mais plut&#244;t une affirmation tr&#232;s v&#233;h&#233;mente de nos pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait d&#233;plaisant, en effet, si, en termes d'exemple humain, on continuait &#224; connoter celui des conventionnels fran&#231;ais, et qu'on ne puisse vivre qu'avec exaltation ces deux ann&#233;es, d'ailleurs tr&#232;s belles, apr&#232;s lesquelles tout recommence . Ce n'est pas avec un sentiment po&#233;tique, si int&#233;ressant qu'il soit, qu'il convient d'aborder une p&#233;riode de r&#233;volution tr&#232;s lointaine. Et j'ai peur des cheveux de Robespierreet le bain de Marat conf&#232;re un prestige inutile aux d&#233;ias qui, sans elles, ne nous appara&#238;traient plus si clairement. La violence mise &#224; part - car c'est pr&#233;cis&#233;ment cette violence qui a parl&#233; avec le plus d'&#233;loquence pour eux -, il y a toute une facette de leur caract&#232;re qui nous &#233;chappe ; c'est pourquoi nous l'avons remplac&#233; par la l&#233;gende. Mais si nous cherchons, comme je le crois, avant tout des moyens insurrectionnels, je me demande, et au-del&#224; de l'&#233;motion qu'ils nous ont ind&#233;niablement fait ressentir, je demande, concr&#232;tement, pourquoi nous attendons. Il n'en va pas de m&#234;me des r&#233;volutionnaires russes, car nous avons fini par les conna&#238;tre un peu. Voil&#224; donc les hommes dont nous avons entendu tant de mal et qui nous ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s comme les ennemis de ce qui peut encore nous signifier quelque chose, comme les responsables de quel plus grand d&#233;sastre pratique que celui dont nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins. Puis,lib&#233;r&#233;s de toute r&#233;serve politique, ils se pr&#233;sentent &#224; nous dans toute leur humanit&#233; ; ils s'adressent &#224; nous, non plus comme des bourreaux impassibles d'une volont&#233; qui ne sera jamais d&#233;pass&#233;e, mais comme des hommes arriv&#233;s au sommet de leur destin&#233;e, et qui soudain s'analysent, nous parlent, s'interrogent. Je refuse de d&#233;crire nos impressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky rappelle L&#233;nine . Et &#224; tant de troubles, une raison si claire se superpose que c'est comme si une magnifique temp&#234;te s'&#233;tait calm&#233;e. L&#233;nine , Trotsky , le simple impact de ces noms va encore une fois secouer bien des t&#234;tes. comprendras-tu ? Ne comprendras-tu pas ? Ceux qui ne comprennent pas appr&#233;cieront-ils encore quelque chose ? Trotsky leur fournit ironiquement de petits accessoires d'armoire : la lampe de L&#233;nine dans la vieille Iskra, les papiers non sign&#233;s que j'ai &#233;crits &#224; la premi&#232;re personne et apr&#232;s... bref, tout ce qui permet d'&#233;quilibrer aveugl&#233;ment l'histoire. Je jurerais que rien ne manque de perfection et de grandeur. Ah ! Il est &#233;vident que ce ne sont pas les autres hommes d'Etat, contre lesquels les peuples d'Europe se d&#233;fendent l&#226;chement, qui pourraient &#234;tre vus sous cet angle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la grande r&#233;v&#233;lation de ce livre, et ce n'est pas trop insister, est le fait que nombre des id&#233;es qui nous sont les plus ch&#232;res et dont nous nous sommes habitu&#233;s &#224; faire le sens moral particulier que nous pouvons avoir d&#233;pendent &#233;troitement , n'influence en rien notre attitude &#224; l'&#233;gard du sens essentiel que nous avons d&#233;cid&#233; d'adopter. Sur le plan moral sur lequel nous avons d&#233;cid&#233; de nous placer, nous jugeons qu'un L&#233;nine est absolument inattaquable. Et s'ils m'objectent que, selon ce livre, L&#233;nine constitue un mod&#232;le et que les mod&#232;les ne sont pas des hommes, je demande lequel de nos penseurs barbares aura le courage de soutenir qu'il y a quelque chose ici et l&#224; &#224; modifier dans le &#233;valuations faites par Trotsky sur les autres et sur lui-m&#234;me, et de continuer &#224; vraiment d&#233;tester cet homme sans &#234;tre du tout impressionn&#233; par son ton de voix, qui est parfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut lire les brillantes, les pr&#233;cises, les d&#233;finitives, les magnifiques pages de r&#233;futation consacr&#233;es au L&#233;nine de Gorki et Wells. Il faut m&#233;diter longuement sur le chapitre consacr&#233; &#224; ce recueil de textes d'enfants sur la vie et la mort de L&#233;nine , &#224; tous points de vue digne d'&#234;tre comment&#233;, et sur lequel l'auteur exerce une critique si fine et d&#233;sesp&#233;r&#233;e : &#034; L&#233;nine Il aimait p&#234;cher, et par temps chaud, il prenait sa ligne et s'asseyait au bord de l'eau, pensant tout le temps &#224; la fa&#231;on dont il pourrait am&#233;liorer les conditions de vie des ouvriers et des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive L&#233;nine ! Et ici je salue humblement L&#233;on Trotsky , celui qui a su, sans recourir &#224; bien des illusions qui nous restent et peut-&#234;tre sans comment nous pouvons croire &#224; l'&#233;ternit&#233;, de maintenir, pour notre enthousiasme, ce mot d'ordre invuln&#233;rable : &#171; Et si nous entendons en Occident le glas - et il sera entendu - nous serons peut-&#234;tre alors enterr&#233;s jusqu'au cou dans nos calculs, dans nos bilans, dans la NEP ., mais nous r&#233;pondrons &#224; l'appel sans h&#233;siter et sans d&#233;lai : nous sommes des r&#233;volutionnaires de la t&#234;te aux pieds, nous l'&#233;tions et nous le resterons jusqu'&#224; la fin.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Manifeste du Surr&#233;alisme. Premi&#232;re Partie (1924) Par Andr&#233; Breton</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6594</link>
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		<dc:date>2021-12-25T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Manifeste du Surr&#233;alisme. (1924) &lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Andr&#233; Breton &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face &#192; La R&#233;impression Du Manifeste. (1929) &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait &#224; pr&#233;voir que, ce livre change&#226;t et, dans la mesure o&#249; il mettait en jeu l'existence terrestre en la chargeant cependant de tout ce qu'elle comporte en de&#231;&#224; et au-del&#224; des limites qu'on a coutume de lui assigner, que son sort d&#233;pend&#238;t &#233;troitement du mien propre qui est, par exemple, d'avoir et de ne pas avoir &#233;crit de livres. Ceux, qu'on m'attribue ne me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manifeste du Surr&#233;alisme. (1924)
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Andr&#233; Breton&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#192; La R&#233;impression Du Manifeste. (1929)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait &#224; pr&#233;voir que, ce livre change&#226;t et, dans la mesure o&#249; il &lt;br class='autobr' /&gt;
mettait en jeu l'existence terrestre en la chargeant cependant de &lt;br class='autobr' /&gt;
tout ce qu'elle comporte en de&#231;&#224; et au-del&#224; des limites qu'on a &lt;br class='autobr' /&gt;
coutume de lui assigner, que son sort d&#233;pend&#238;t &#233;troitement du mien &lt;br class='autobr' /&gt;
propre qui est, par exemple, d'avoir et de ne pas avoir &#233;crit de &lt;br class='autobr' /&gt;
livres. Ceux, qu'on m'attribue ne me semblent pas exercer sur moi &lt;br class='autobr' /&gt;
une action plus d&#233;terminante que bien d'autres et sans doute n'en &lt;br class='autobr' /&gt;
ai-je plus l'intelligence parfaite qu'on peut en avoir. &#192; quelque &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;bat qu'ait donn&#233; lieu le Manifeste du Surr&#233;alisme de 1924 &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
1929, sans engagement valable ni pour ni contre, il est bien &lt;br class='autobr' /&gt;
entendu qu'ext&#233;rieurement &#224; ce d&#233;bat l'aventure humaine continuait &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; se courir avec le minimum de chances, presque de tous les c&#244;t&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la fois, selon les caprices de l'imagination qui fait &#224; elle &lt;br class='autobr' /&gt;
seule les choses r&#233;elles. Laisser r&#233;&#233;diter un ouvrage de soi, &lt;br class='autobr' /&gt;
comme celui qu'on aurait plus ou moins lu d'un autre, &#233;quivaut &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; reconna&#238;tre &#187; je ne dis pas m&#234;me un enfant de qui l'on se serait &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;alablement assur&#233; que les traits sont assez aimables, que la &lt;br class='autobr' /&gt;
constitution est assez robuste, mais encore quoi que ce soit qui, &lt;br class='autobr' /&gt;
ayant &#233;t&#233; aussi vaillamment que l'on voudra, ne peut plus &#234;tre. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
n'y puis rien, sinon me condamner pour n'avoir pas en tout et &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours &#233;t&#233; proph&#232;te. Ne cesse d'&#234;tre d'actualit&#233; la fameuse &lt;br class='autobr' /&gt;
question pos&#233;e par Arthur Cravan &#171; d'un ton tr&#232;s fatigu&#233; et tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
vieux &#187; &#224; Andr&#233; Gide : &#171; Monsieur Gide, o&#249; en sommes-nous avec le &lt;br class='autobr' /&gt;
temps ? -Six heures moins un quart &#187;, r&#233;pondait ce dernier sans y &lt;br class='autobr' /&gt;
entendre malice. Ah ! il faut bien le dire, nous sommes mal, nous &lt;br class='autobr' /&gt;
sommes tr&#232;s mal avec le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici comme ailleurs l'aveu et le d&#233;saveu s'enchev&#234;trent. Je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
comprends pas pourquoi, ni comment, ni comment encore je vis, ni &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
plus forte raison ce que je vis. D'un syst&#232;me que je fais mien, &lt;br class='autobr' /&gt;
que je m'adapte lentement, comme le surr&#233;alisme, s'il reste, s'il &lt;br class='autobr' /&gt;
restera toujours de quoi m'ensevelir, tout de m&#234;me il n'y aura &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais eu de quoi faire de moi ce que je voulais &#234;tre, en y &lt;br class='autobr' /&gt;
mettant toute la complaisance que je me t&#233;moigne. Complaisance &lt;br class='autobr' /&gt;
relative en fonction de celle qu'on e&#251;t pu avoir pour moi (ou non-&lt;br class='autobr' /&gt;
moi, je ne sais). Et pourtant je vis, j'ai d&#233;couvert m&#234;me que je &lt;br class='autobr' /&gt;
tenais &#224; la vie. Plus je me suis trouv&#233; parfois de raisons d'en &lt;br class='autobr' /&gt;
finir avec elle, plus je me suis surpris &#224; admirer cette lame &lt;br class='autobr' /&gt;
quelconque de parquet : c'&#233;tait vraiment comme de la soie, de la &lt;br class='autobr' /&gt;
soie qui e&#251;t &#233;t&#233; belle comme l'eau. J'aimais cette lucide douleur, &lt;br class='autobr' /&gt;
comme si tout le drame universel en f&#251;t alors pass&#233; par moi, que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'en eusse soudain valu la peine. Mais je l'aimais &#224; la lueur, &lt;br class='autobr' /&gt;
comment dire, de choses nouvelles qu'ainsi je n'avais encore &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais vues briller. C'est &#224; cela que j'ai compris que malgr&#233; tout &lt;br class='autobr' /&gt;
la vie &#233;tait donn&#233;e, qu'une force ind&#233;pendante de celle d'exprimer &lt;br class='autobr' /&gt;
et spirituellement de se faire entendre pr&#233;sidait, en ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
concerne un homme vivant, &#224; des r&#233;actions d'un int&#233;r&#234;t &lt;br class='autobr' /&gt;
inappr&#233;ciable dont le secret sera emport&#233; avec lui. Ce secret ne &lt;br class='autobr' /&gt;
m'est pas d&#233;voil&#233; &#224; moi-m&#234;me et de ma part sa reconnaissance &lt;br class='autobr' /&gt;
n'infirme en rien mon inaptitude d&#233;clar&#233;e &#224; la m&#233;ditation &lt;br class='autobr' /&gt;
religieuse. Je crois seulement qu'entre ma pens&#233;e, telle qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
se d&#233;gage de ce qu'on a pu lire sous ma signature, et moi, que la &lt;br class='autobr' /&gt;
nature v&#233;ritable de ma pens&#233;e engage &#224; quoi, je ne le sais pas &lt;br class='autobr' /&gt;
encore, il y a un monde, un monde irr&#233;visible de phantasmes, de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alisations d'hypoth&#232;ses, de paris perdus et de mensonges dont &lt;br class='autobr' /&gt;
une exploration rapide me dissuade d'apporter la moindre &lt;br class='autobr' /&gt;
correction &#224; cet ouvrage. Il y faudrait toute la vanit&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit scientifique, toute la pu&#233;rilit&#233; de ce besoin de recul &lt;br class='autobr' /&gt;
qui nous vaut les &#226;pres m&#233;nagements de l'histoire. Pour cette fois &lt;br class='autobr' /&gt;
encore, fid&#232;le &#224; la volont&#233; que je me suis toujours connue de &lt;br class='autobr' /&gt;
passer outre &#224; toute esp&#232;ce d'obstacle sentimental, je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
m'attarderai pas &#224; juger ceux de mes premiers compagnons qui ont &lt;br class='autobr' /&gt;
pris peur et tourn&#233; bride, je ne me livrerai pas &#224; la vaine &lt;br class='autobr' /&gt;
substitution de noms moyennant quoi ce livre pourrait passer pour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre &#224; jour. Quitte, &#224; rappeler seulement que les dons les plus &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cieux de l'esprit ne r&#233;sistent pas &#224; la perte d'une parcelle &lt;br class='autobr' /&gt;
d'honneur, je ne ferai qu'affirmer ma confiance in&#233;branlable dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le principe d'une activit&#233; qui ne m'a jamais d&#233;&#231;u, qui me para&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt;
valoir plus g&#233;n&#233;reusement, plus absolument, plus follement que &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais qu'on s'y consacre et cela parce qu'elle seule est &lt;br class='autobr' /&gt;
dispensatrice, encore qu'&#224; de longs intervalles, des rayons &lt;br class='autobr' /&gt;
transfigurants d'une gr&#226;ce que je persiste en tous points &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
opposer &#224; la gr&#226;ce divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifeste Du Surr&#233;alisme. (1924)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant va la croyance &#224; la vie, &#224; ce que la vie a de plus pr&#233;caire, &lt;br class='autobr' /&gt;
la vie r&#233;elle s'entend, qu'&#224; la fin cette croyance se perd. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme, ce r&#234;veur d&#233;finitif, de jour en jour plus m&#233;content de &lt;br class='autobr' /&gt;
son sort, fait avec peine le tour des objets dont il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
faire usage, et que lui a livr&#233;s sa nonchalance, ou son effort, &lt;br class='autobr' /&gt;
son effort presque toujours, car il a consenti &#224; travailler, tout &lt;br class='autobr' /&gt;
au moins il n'a pas r&#233;pugn&#233; &#224; jouer sa chance (ce qu'il appelle sa &lt;br class='autobr' /&gt;
chance !) Une grande modestie est &#224; pr&#233;sent son partage : il sait &lt;br class='autobr' /&gt;
quelles femmes il a eues, dans quelles aventures risibles il a &lt;br class='autobr' /&gt;
tremp&#233; ; sa richesse ou sa pauvret&#233; ne lui est de rien, il reste &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
cet &#233;gard l'enfant qui vient de na&#238;tre et, quant &#224; l'approbation &lt;br class='autobr' /&gt;
de sa conscience morale, j'admets qu'il s'en passe ais&#233;ment. S'il &lt;br class='autobr' /&gt;
garde quelque lucidit&#233;, il ne peut que se retourner alors vers son &lt;br class='autobr' /&gt;
enfance qui, pour massacr&#233;e qu'elle ait &#233;t&#233; par le soin des &lt;br class='autobr' /&gt;
dresseurs, ne lui en semble pas moins pleine de charmes. L&#224;, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'absence de toute rigueur connue lui laisse la perspective de &lt;br class='autobr' /&gt;
plusieurs vies men&#233;es &#224; la fois ; il s'enracine dans cette &lt;br class='autobr' /&gt;
illusion ; il ne veut plus conna&#238;tre que la facilit&#233; momentan&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
extr&#234;me, de toutes choses. Chaque matin, des enfants partent sans &lt;br class='autobr' /&gt;
inqui&#233;tude. Tout est pr&#232;s, les pires conditions mat&#233;rielles sont &lt;br class='autobr' /&gt;
excellentes. Les bois sont blancs ou noirs, on ne dormira jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai qu'on ne saurait aller si loin, il ne s'agit pas &lt;br class='autobr' /&gt;
seulement de la distance. Les menaces s'accumulent, on c&#232;de, on &lt;br class='autobr' /&gt;
abandonne une part du terrain &#224; conqu&#233;rir. Cette imagination qui &lt;br class='autobr' /&gt;
n'admettait pas de bornes, on ne lui permet plus de s'exercer que &lt;br class='autobr' /&gt;
selon les lois d'une utilit&#233; arbitraire ; elle est incapable &lt;br class='autobr' /&gt;
d'assumer longtemps ce r&#244;le inf&#233;rieur et, aux environs de la &lt;br class='autobr' /&gt;
vingti&#232;me ann&#233;e, pr&#233;f&#232;re, en g&#233;n&#233;ral, abandonner l'homme &#224; son &lt;br class='autobr' /&gt;
destin sans lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il essaie plus tard, de-ci de-l&#224;, de se reprendre, ayant senti &lt;br class='autobr' /&gt;
lui manquer peu &#224; peu toutes raisons de vivre, incapable qu'il est &lt;br class='autobr' /&gt;
devenu de se trouver &#224; la hauteur d'une situation exceptionnelle &lt;br class='autobr' /&gt;
telle que l'amour, il n'y parviendra gu&#232;re. C'est qu'il appartient &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sormais corps et &#226;me &#224; une imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; pratique, qui ne &lt;br class='autobr' /&gt;
souffre pas qu'on la perde de vue. Tous ses gestes manqueront &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ampleur ; toutes ses id&#233;es, d'envergure. Il ne se repr&#233;sentera, &lt;br class='autobr' /&gt;
de ce qui lui arrive et peut lui arriver, que ce qui relie cet &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;v&#233;nement &#224; une foule d'&#233;v&#233;nements semblables, &#233;v&#233;nements auxquels &lt;br class='autobr' /&gt;
il n'a pas pris part, &#233;v&#233;nements manqu&#233;s. Que dis-je, il en jugera &lt;br class='autobr' /&gt;
par rapport &#224; un de ces &#233;v&#233;nements, plus rassurants dans ses &lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quences que les autres. Il n'y verra, sous aucun pr&#233;texte, &lt;br class='autobr' /&gt;
son salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#232;re imagination, ce que j'aime surtout en toi, c'est que tu ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pardonnes pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul mot de libert&#233; est tout ce qui m'exalte encore. Je le &lt;br class='autobr' /&gt;
crois propre &#224; entretenir, ind&#233;finiment, le vieux fanatisme &lt;br class='autobr' /&gt;
humain. Il r&#233;pond sans doute &#224; ma seule aspiration l&#233;gitime. Parmi &lt;br class='autobr' /&gt;
tant de disgr&#226;ces dont nous h&#233;ritons, il faut bien reconna&#238;tre que &lt;br class='autobr' /&gt;
la plus grande libert&#233; d'esprit nous est laiss&#233;e. &#192; nous de ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
en m&#233;suser gravement. R&#233;duire l'imagination &#224; l'esclavage, quand &lt;br class='autobr' /&gt;
bien m&#234;me il y irait de ce qu'on appelle grossi&#232;rement le bonheur, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est se d&#233;rober tout ce qu'on trouve, au fond de soi, de justice &lt;br class='autobr' /&gt;
supr&#234;me. La seule imagination me rend compte de ce qui peut &#234;tre, &lt;br class='autobr' /&gt;
et c'est assez pour lever un peu le terrible interdit ; assez &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi pour que je m'abandonne &#224; elle sans crainte de me tromper &lt;br class='autobr' /&gt;
(comme si l'on pouvait se tromper davantage). O&#249; commence-t-elle &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
devenir mauvaise et o&#249; s'arr&#234;te la s&#233;curit&#233; de l'esprit ? Pour &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit, la possibilit&#233; d'errer n'est-elle pas plut&#244;t la &lt;br class='autobr' /&gt;
contingence du bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la folie, &#171; la folie qu'on enferme &#187; a-t-on si bien dit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-l&#224; ou l'autre... Chacun sait, en effet, que les fous ne &lt;br class='autobr' /&gt;
doivent leur internement qu'&#224; un petit nombre d'actes l&#233;galement &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pr&#233;hensibles, et que, faute de ces actes, leur libert&#233; (ce qu'on &lt;br class='autobr' /&gt;
voit de leur libert&#233;) ne saurait &#234;tre en jeu. Qu'ils soient, dans &lt;br class='autobr' /&gt;
une mesure quelconque, victimes de leur imagination, je suis pr&#234;t &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'accorder, en ce sens qu'elle les pousse &#224; l'inobservance de &lt;br class='autobr' /&gt;
certaines r&#232;gles, hors desquelles le genre se sent vis&#233;, ce que &lt;br class='autobr' /&gt;
tout homme est pay&#233; pour savoir. Mais le profond d&#233;tachement dont &lt;br class='autobr' /&gt;
ils t&#233;moignent &#224; l'&#233;gard de la critique que nous portons sur eux, &lt;br class='autobr' /&gt;
voire des corrections diverses qui leur sont inflig&#233;es, permet de &lt;br class='autobr' /&gt;
supposer qu'ils puisent un grand r&#233;confort dans leur imagination, &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils go&#251;tent assez leur d&#233;lire pour supporter qu'il ne soit &lt;br class='autobr' /&gt;
valable que pour eux. Et, de fait, les hallucinations, les &lt;br class='autobr' /&gt;
illusions, etc., ne sont pas une source de jouissance n&#233;gligeable. &lt;br class='autobr' /&gt;
La sensualit&#233; la mieux ordonn&#233;e y trouve sa part et je sais que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'apprivoiserais bien des soirs cette jolie main qui, aux &lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;res pages de L'Intelligence, de Taine, se livre &#224; de curieux &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;faits. Les confidences des fous, je passerais ma vie &#224; les &lt;br class='autobr' /&gt;
provoquer. Ce sont gens d'une honn&#234;tet&#233; scrupuleuse, et dont &lt;br class='autobr' /&gt;
l'innocence n'a d'&#233;gale que la mienne. Il fallut que Colomb part&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt;
avec des fous pour d&#233;couvrir l'Am&#233;rique. Et voyez comme cette &lt;br class='autobr' /&gt;
folie a pris corps, et dur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la crainte de la folie qui nous forcera &#224; laisser en &lt;br class='autobr' /&gt;
berne le drapeau de l'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de l'attitude r&#233;aliste demande &#224; &#234;tre instruit, apr&#232;s le &lt;br class='autobr' /&gt;
proc&#232;s de l'attitude mat&#233;rialiste. Celle-ci, plus po&#233;tique, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ailleurs, que la pr&#233;c&#233;dente, implique de la part de l'homme un &lt;br class='autobr' /&gt;
orgueil, certes, monstrueux, mais non une nouvelle et plus &lt;br class='autobr' /&gt;
compl&#232;te d&#233;ch&#233;ance. Il convient d'y voir, avant tout, une heureuse &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;action contre quelques tendances d&#233;risoires du spiritualisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, elle n'est pas incompatible avec une certaine &#233;l&#233;vation de &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, l'attitude r&#233;aliste, inspir&#233;e du positivisme, de saint &lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas &#224; Anatole France, m'a bien l'air hostile &#224; tout essor &lt;br class='autobr' /&gt;
intellectuel et moral. Je l'ai en horreur, car elle est faite de &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diocrit&#233;, de haine et de plate suffisance. C'est elle qui &lt;br class='autobr' /&gt;
engendre aujourd'hui ces livres ridicules, ces pi&#232;ces insultantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se fortifie sans cesse dans les journaux et fait &#233;chec &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
science, &#224; l'art, en s'appliquant &#224; flatter l'opinion dans ses &lt;br class='autobr' /&gt;
go&#251;ts les plus bas ; la clart&#233; confinant &#224; la sottise, la vie des &lt;br class='autobr' /&gt;
chiens. L'activit&#233; des meilleurs esprits s'en ressent ; la loi du &lt;br class='autobr' /&gt;
moindre effort finit par s'imposer &#224; eux comme aux autres. Une &lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quence plaisante de cet &#233;tat de choses, en litt&#233;rature par &lt;br class='autobr' /&gt;
exemple, est l'abondance des romans. Chacun y va de sa petite &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; observation &#187;. Par besoin d'&#233;puration, M. Paul Val&#233;ry proposait &lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;rement de r&#233;unir en anthologie un aussi grand nombre que &lt;br class='autobr' /&gt;
possible de d&#233;buts de romans, de l'insanit&#233; desquels il attendait &lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup. Les auteurs les plus fameux seraient mis &#224; contribution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle id&#233;e fait encore honneur &#224; Paul Val&#233;ry qui, nagu&#232;re, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
propos des romans, m'assurait qu'en ce qui le concerne, il se &lt;br class='autobr' /&gt;
refuserait toujours &#224; &#233;crire : La marquise sortit &#224; cinq heures. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais a-t-il tenu parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le style d'information pure et simple, dont la phrase pr&#233;cit&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
offre un exemple, a cours presque seul dans les romans, c'est, il &lt;br class='autobr' /&gt;
faut le reconna&#238;tre, que l'ambition des auteurs ne va pas tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
loin. Le caract&#232;re circonstanciel, inutilement particulier, de &lt;br class='autobr' /&gt;
chacune de leurs notations, me donne &#224; penser qu'ils s'amusent &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
mes d&#233;pens. On ne m'&#233;pargne aucune des h&#233;sitations du personnage : &lt;br class='autobr' /&gt;
sera-t-il blond, comment s'appellera-t-il, irons-nous le prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
en &#233;t&#233; ? Autant de questions r&#233;solues une fois pour toutes, au &lt;br class='autobr' /&gt;
petit bonheur ; il ne m'est laiss&#233; d'autre pouvoir discr&#233;tionnaire &lt;br class='autobr' /&gt;
que de fermer le livre, ce dont je ne me fais pas faute aux &lt;br class='autobr' /&gt;
environs de la premi&#232;re page. Et les descriptions ! Rien n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
comparable au n&#233;ant de celles-ci ; ce n'est que superpositions &lt;br class='autobr' /&gt;
d'images de catalogue, l'auteur en prend de plus en plus &#224; son &lt;br class='autobr' /&gt;
aise, il saisit l'occasion de me glisser ses cartes postales, il &lt;br class='autobr' /&gt;
cherche &#224; me faire tomber d'accord avec lui sur des lieux &lt;br class='autobr' /&gt;
communs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite pi&#232;ce dans laquelle le jeune homme fut introduit &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
tapiss&#233;e de papier jaune : il y avait des g&#233;raniums et des rideaux &lt;br class='autobr' /&gt;
de mousseline aux fen&#234;tres ; le soleil couchant jetait sur tout &lt;br class='autobr' /&gt;
cela une lumi&#232;re crue... La chambre ne renfermait rien de &lt;br class='autobr' /&gt;
particulier. Les meubles, en bois jaune, &#233;taient tous tr&#232;s vieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un divan avec un grand dossier renvers&#233;, une table de forme ovale &lt;br class='autobr' /&gt;
vis-&#224;-vis du divan, une toilette et une glace adoss&#233;es au trumeau, &lt;br class='autobr' /&gt;
des chaises le long des murs, deux ou trois gravures sans valeur &lt;br class='autobr' /&gt;
qui repr&#233;sentaient des demoiselles allemandes avec des oiseaux &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les mains, - voil&#224; &#224; quoi se r&#233;duisait l'ameublement. (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'esprit se propose, m&#234;me passag&#232;rement, de tels motifs, je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
suis pas d'humeur &#224; l'admettre. On soutiendra que ce dessin &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#233;cole vient &#224; sa place, et qu'&#224; cet endroit du livre l'auteur a &lt;br class='autobr' /&gt;
ses raisons pour m'accabler. Il n'en perd pas moins son temps, car &lt;br class='autobr' /&gt;
je n'entre pas dans sa chambre. La paresse, la fatigue des autres &lt;br class='autobr' /&gt;
ne me retiennent pas. J'ai de la continuit&#233; de la vie une notion &lt;br class='autobr' /&gt;
trop instable pour &#233;galer aux meilleures mes minutes de &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;pression, de faiblesse. Je veux qu'on se taise, quand on cesse &lt;br class='autobr' /&gt;
de ressentir. Et comprenez bien que je n'incrimine pas le manque &lt;br class='autobr' /&gt;
d'originalit&#233; pour le manque d'originalit&#233;. Je dis seulement que &lt;br class='autobr' /&gt;
je ne fais pas &#233;tat des moments nuls de ma vie, que de la part de &lt;br class='autobr' /&gt;
tout homme il peut &#234;tre indigne de cristalliser ceux qui lui &lt;br class='autobr' /&gt;
paraissent tels. Cette description de chambre, permettez-moi de la &lt;br class='autobr' /&gt;
passer, avec beaucoup d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hol&#224;, j'en suis &#224; la psychologie, sujet sur lequel je n'aurai &lt;br class='autobr' /&gt;
garde de plaisanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur s'en prend &#224; un caract&#232;re, et, celui-ci &#233;tant donn&#233;, fait &lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;r&#233;griner son h&#233;ros &#224; travers le monde. Quoi qu'il arrive, ce &lt;br class='autobr' /&gt;
h&#233;ros, dont les actions et les r&#233;actions sont admirablement &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;vues, se doit de ne pas d&#233;jouer, tout en ayant l'air de les &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;jouer, les calculs dont il est l'objet. Les vagues de la vie &lt;br class='autobr' /&gt;
peuvent para&#238;tre l'enlever, le rouler, le faire descendre, il &lt;br class='autobr' /&gt;
rel&#232;vera toujours de ce type humain form&#233;. Simple partie d'&#233;checs &lt;br class='autobr' /&gt;
dont je me d&#233;sint&#233;resse fort, l'homme, quel qu'il soit, m'&#233;tant un &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;diocre adversaire. Ce que je ne puis supporter, ce sont ces &lt;br class='autobr' /&gt;
pi&#232;tres discussions relativement &#224; tel ou tel coup, d&#232;s lors qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne s'agit ni de gagner ni de perdre. Et si le jeu n'en vaut pas la &lt;br class='autobr' /&gt;
chandelle, si la raison objective dessert terriblement, comme &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est le cas, celui qui y fait appel, ne convient-il pas de &lt;br class='autobr' /&gt;
s'abstraire de ces cat&#233;gories ? &#171; La diversit&#233; est si ample, que &lt;br class='autobr' /&gt;
tous les tons de voix, tous les marchers, toussers, mouchers, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ternuers (2) &#187; Si une grappe n'a pas deux grains pareils, pourquoi &lt;br class='autobr' /&gt;
voulez-vous que je vous d&#233;crive ce grain par l'autre, par tous les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres, que j'en fasse un grain bon &#224; manger ? L'intraitable manie &lt;br class='autobr' /&gt;
qui consiste &#224; ramener l'inconnu au connu, au classable, berce les &lt;br class='autobr' /&gt;
cerveaux. Le d&#233;sir d'analyse l'emporte sur les sentiments. (3) Il &lt;br class='autobr' /&gt;
en r&#233;sulte des expos&#233;s de longueur qui ne tirent leur force &lt;br class='autobr' /&gt;
persuasive que de leur &#233;tranget&#233; m&#234;me, et n'en imposent au lecteur &lt;br class='autobr' /&gt;
que par l'appel &#224; un vocabulaire abstrait, d'ailleurs assez mal &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;fini. Si les id&#233;es g&#233;n&#233;rales que la philosophie se propose &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'ici de d&#233;battre marquaient par l&#224; leur incursion d&#233;finitive &lt;br class='autobr' /&gt;
dans un domaine plus &#233;tendu, je serais le premier &#224; m'en r&#233;jouir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est encore que marivaudage ; jusqu'ici, les traits &lt;br class='autobr' /&gt;
d'esprit et autres bonnes mani&#232;res nous d&#233;robent &#224; qui mieux mieux &lt;br class='autobr' /&gt;
la v&#233;ritable pens&#233;e qui se cherche elle-m&#234;me, au lieu de s'occuper &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; se faire des r&#233;ussites. Il me para&#238;t que tout acte porte en lui-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me sa justification, du moins pour qui a &#233;t&#233; capable de le &lt;br class='autobr' /&gt;
commettre, qu'il est dou&#233; d'un pouvoir rayonnant que la moindre &lt;br class='autobr' /&gt;
glose est de nature &#224; affaiblir. Du fait de cette derni&#232;re, il &lt;br class='autobr' /&gt;
cesse m&#234;me, en quelque sorte, de se produire. Il ne gagne rien &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre ainsi distingu&#233;. Les h&#233;ros de Stendhal tombent sous le coup &lt;br class='autobr' /&gt;
des appr&#233;ciations de cet auteur, appr&#233;ciations plus ou moins &lt;br class='autobr' /&gt;
heureuses, qui n'ajoutent rien &#224; leur gloire. O&#249; nous les &lt;br class='autobr' /&gt;
retrouvons vraiment, c'est l&#224; o&#249; Stendhal les a perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons encore sous le r&#232;gne de la logique, voil&#224;, bien &lt;br class='autobr' /&gt;
entendu, &#224; quoi je voulais en venir. Mais les proc&#233;d&#233;s logiques, &lt;br class='autobr' /&gt;
de nos jours, ne s'appliquent plus qu'&#224; la r&#233;solution de probl&#232;mes &lt;br class='autobr' /&gt;
d'int&#233;r&#234;t secondaire. Le rationalisme absolu qui reste de mode ne &lt;br class='autobr' /&gt;
permet de consid&#233;rer que des faits relevant &#233;troitement de notre &lt;br class='autobr' /&gt;
exp&#233;rience. Les fins logiques, par contre, nous &#233;chappent. Inutile &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ajouter que l'exp&#233;rience m&#234;me s'est vu assigner des limites. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle tourne dans une cage d'o&#249; il est de plus en plus difficile de &lt;br class='autobr' /&gt;
la faire sortir. Elle s'appuie, elle aussi, sur l'utilit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
imm&#233;diate, et elle est gard&#233;e par le bon sens. Sous couleur de &lt;br class='autobr' /&gt;
civilisation, sous pr&#233;texte de progr&#232;s, on est parvenu &#224; bannir de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit tout ce qui se peut taxer &#224; tort ou &#224; raison de &lt;br class='autobr' /&gt;
superstition, de chim&#232;re ; &#224; proscrire tout mode de recherche de &lt;br class='autobr' /&gt;
la v&#233;rit&#233; qui n'est pas conforme &#224; l'usage. C'est par le plus &lt;br class='autobr' /&gt;
grand hasard, en apparence, qu'a &#233;t&#233; r&#233;cemment rendue &#224; la lumi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
une partie du monde intellectuel, et &#224; mon sens de beaucoup la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus importante, dont on affectait de ne plus se soucier. Il faut &lt;br class='autobr' /&gt;
en rendre gr&#226;ce aux d&#233;couvertes de Freud. Sur la foi de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;couvertes, un courant d'opinion se dessine enfin, &#224; la faveur &lt;br class='autobr' /&gt;
duquel l'explorateur humain pourra pousser plus loin ses &lt;br class='autobr' /&gt;
investigations, autoris&#233; qu'il sera &#224; ne plus seulement tenir &lt;br class='autobr' /&gt;
compte des r&#233;alit&#233;s sommaires. L'imagination est peut-&#234;tre sur le &lt;br class='autobr' /&gt;
point de reprendre ses droits. Si les profondeurs de notre esprit &lt;br class='autobr' /&gt;
rec&#232;lent d'&#233;tranges forces capables d'augmenter celles de la &lt;br class='autobr' /&gt;
surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout &lt;br class='autobr' /&gt;
int&#233;r&#234;t &#224; les capter, &#224; les capter d'abord, pour les soumettre &lt;br class='autobr' /&gt;
ensuite, s'il y a lieu, au contr&#244;le de notre raison. Les analystes &lt;br class='autobr' /&gt;
eux-m&#234;mes n'ont qu'&#224; y gagner. Mais il importe d'observer qu'aucun &lt;br class='autobr' /&gt;
moyen n'est d&#233;sign&#233; a priori pour la conduite de cette entreprise, &lt;br class='autobr' /&gt;
que jusqu'&#224; nouvel ordre elle peut passer pour &#234;tre aussi bien du &lt;br class='autobr' /&gt;
ressort des po&#232;tes que des savants et que son succ&#232;s ne d&#233;pend pas &lt;br class='autobr' /&gt;
des voies plus ou moins capricieuses qui seront suivies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; tr&#232;s juste titre que Freud a fait porter sa critique sur &lt;br class='autobr' /&gt;
le r&#234;ve. Il est inadmissible, en effet, que cette part &lt;br class='autobr' /&gt;
consid&#233;rable de l'activit&#233; psychique (puisque, au moins de la &lt;br class='autobr' /&gt;
naissance de l'homme &#224; sa mort, la pens&#233;e ne pr&#233;sente aucune &lt;br class='autobr' /&gt;
solution de continuit&#233;, la somme des moments de r&#234;ve, au point de &lt;br class='autobr' /&gt;
vue temps, &#224; ne consid&#233;rer m&#234;me que le r&#234;ve pur, celui du sommeil, &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas inf&#233;rieure &#224; la somme des moments de r&#233;alit&#233;, bornons-&lt;br class='autobr' /&gt;
nous &#224; dire : des moments de veille) ait encore si peu retenu &lt;br class='autobr' /&gt;
l'attention. L'extr&#234;me diff&#233;rence d'importance, de gravit&#233;, que &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sentent pour l'observateur ordinaire les &#233;v&#233;nements de la &lt;br class='autobr' /&gt;
veille et ceux du sommeil, a toujours &#233;t&#233; pour m'&#233;tonner. C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
que l'homme, quand il cesse de dormir, est avant tout le jouet de &lt;br class='autobr' /&gt;
sa m&#233;moire, et qu'&#224; l'&#233;tat normal celle-ci se pla&#238;t &#224; lui retracer &lt;br class='autobr' /&gt;
faiblement les circonstances du r&#234;ve, &#224; priver ce dernier de toute &lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quence actuelle, et &#224; faire partir le seul d&#233;terminant du &lt;br class='autobr' /&gt;
point o&#249; il croit, quelques heures plus t&#244;t, l'avoir laiss&#233; : cet &lt;br class='autobr' /&gt;
espoir ferme, ce souci. Il a l'illusion de continuer quelque chose &lt;br class='autobr' /&gt;
qui en vaut la peine. Le r&#234;ve se trouve ainsi ramen&#233; &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
parenth&#232;se, comme la nuit. Et pas plus qu'elle, en g&#233;n&#233;ral, il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
porte conseil. Ce singulier &#233;tat de choses me para&#238;t appeler &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques r&#233;flexions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Dans les limites o&#249; il s'exerce (passe pour s'exercer), selon &lt;br class='autobr' /&gt;
toute apparence le r&#234;ve est continu et porte trace d'organisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seule la m&#233;moire s'arroge le droit d'y faire des coupures, de ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pas tenir compte des transitions et de nous repr&#233;senter plut&#244;t une &lt;br class='autobr' /&gt;
s&#233;rie de r&#234;ves que le r&#234;ve. De m&#234;me, nous n'avons &#224; tout instant &lt;br class='autobr' /&gt;
des r&#233;alit&#233;s qu'une figuration distincte, dont la coordination est &lt;br class='autobr' /&gt;
affaire de volont&#233; (4) Ce qu'il importe de remarquer, c'est que &lt;br class='autobr' /&gt;
rien ne nous permet d'induire &#224; une plus grande dissipation des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;ments constitutifs du r&#234;ve. Je regrette d'en parler selon une &lt;br class='autobr' /&gt;
formule qui exclut le r&#234;ve, en principe. &#192; quand les logiciens, &lt;br class='autobr' /&gt;
les philosophes dormants ? Je voudrais dormir, pour pouvoir me &lt;br class='autobr' /&gt;
livrer aux dormeurs, comme je me livre &#224; ceux qui me lisent, les &lt;br class='autobr' /&gt;
yeux bien ouverts ; pour cesser de faire, pr&#233;valoir en cette &lt;br class='autobr' /&gt;
mati&#232;re le rythme conscient de ma pens&#233;e. Mon r&#234;ve de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
derni&#232;re nuit, peut-&#234;tre poursuit-il celui de la nuit pr&#233;c&#233;dente, &lt;br class='autobr' /&gt;
et sera-t-il poursuivi la nuit prochaine, avec une rigueur &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;ritoire. C'est bien possible, comme on dit. Et comme il n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
aucunement prouv&#233; que, ce faisant, la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; qui m'occupe &lt;br class='autobr' /&gt;
subsiste &#224; l'&#233;tat de r&#234;ve, qu'elle ne sombre pas dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'imm&#233;morial, pourquoi n'accorderais-je pas au r&#234;ve ce que je &lt;br class='autobr' /&gt;
refuse parfois &#224; la r&#233;alit&#233;, soit cette valeur de certitude en &lt;br class='autobr' /&gt;
elle-m&#234;me, qui, dans son temps, n'est point expos&#233;e &#224; mon &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;saveu ? Pourquoi n'attendrais-je pas de l'indice du r&#234;ve plus &lt;br class='autobr' /&gt;
que je n'attends d'un degr&#233; de conscience chaque jour plus &#233;lev&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#234;ve ne peut-il &#234;tre appliqu&#233;, lui aussi, &#224; la r&#233;solution des &lt;br class='autobr' /&gt;
questions fondamentales de la vie ? Ces questions sont-elles les &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;mes dans un cas que dans l'autre et, dans le r&#234;ve, ces questions &lt;br class='autobr' /&gt;
sont-elles, d&#233;j&#224; ? Le r&#234;ve est-il moins lourd de sanctions que le &lt;br class='autobr' /&gt;
reste ? Je vieillis et, plus que cette r&#233;alit&#233; &#224; laquelle je crois &lt;br class='autobr' /&gt;
m'astreindre, c'est peut-&#234;tre le r&#234;ve, l'indiff&#233;rence o&#249; je le &lt;br class='autobr' /&gt;
tiens qui me fait vieillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Je prends, encore une fois, l'&#233;tat de veille. Je suis oblig&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
le tenir pour un ph&#233;nom&#232;ne d'interf&#233;rence. Non seulement l'esprit &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;moigne, dans ces conditions, d'une &#233;trange tendance &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sorientation (c'est l'histoire des lapsus et m&#233;prises de toutes &lt;br class='autobr' /&gt;
sortes dont le secret commence &#224; nous &#234;tre livr&#233;), mais encore il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne semble pas que, dans son fonctionnement normal, il ob&#233;isse &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
bien autre chose qu'&#224; des suggestions qui lui viennent de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
nuit profonde dont je le recommande. Si bien conditionn&#233; qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
soit, son &#233;quilibre est relatif. Il ose &#224; peine s'exprimer et, &lt;br class='autobr' /&gt;
s'il le fait, c'est pour se borner &#224; constater que telle id&#233;e, &lt;br class='autobr' /&gt;
telle femme lui fait de l'effet. Quel effet, il serait bien &lt;br class='autobr' /&gt;
incapable de le dire, il donne par l&#224; la mesure de son &lt;br class='autobr' /&gt;
subjectivisme, et rien de plus. Cette id&#233;e, cette femme le &lt;br class='autobr' /&gt;
trouble, elle l'incline &#224; moins de s&#233;v&#233;rit&#233;. Elle a pour action de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'isoler une seconde de son dissolvant et de le d&#233;poser au ciel, &lt;br class='autobr' /&gt;
en beau pr&#233;cipit&#233; qu'il peut &#234;tre, qu'il est. En d&#233;sespoir de &lt;br class='autobr' /&gt;
cause, il invoque alors le hasard, divinit&#233; plus obscure que les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres, &#224; qui il attribue tous ses &#233;garements. Qui me dit que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'angle sous lequel se pr&#233;sente cette id&#233;e qui le touche, ce qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
aime dans l'oeil de cette femme n'est pas pr&#233;cis&#233;ment ce qui le &lt;br class='autobr' /&gt;
rattache &#224; son r&#234;ve, l'encha&#238;ne &#224; des donn&#233;es que par sa faute il &lt;br class='autobr' /&gt;
a perdues ? Et s'il en &#233;tait autrement, de quoi peut-&#234;tre ne &lt;br class='autobr' /&gt;
serait-il pas capable ? Je voudrais lui donner la cl&#233; de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
couloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; L'esprit de l'homme qui r&#234;ve se satisfait pleinement de ce qui &lt;br class='autobr' /&gt;
lui arrive. L'angoissante question de la possibilit&#233; ne se pose &lt;br class='autobr' /&gt;
plus. Tue, vole plus vite, aime tant qu'il te plaira. Et si tu &lt;br class='autobr' /&gt;
meurs, n'es-tu pas certain de te r&#233;veiller d'entre les morts ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Laisse-toi conduire, les &#233;v&#233;nements ne souffrent pas que tu les &lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#232;res. Tu n'as pas de nom. La facilit&#233; de tout est &lt;br class='autobr' /&gt;
inappr&#233;ciable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle raison, je le demande, raison tellement plus large que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'autre, conf&#232;re au r&#234;ve cette allure naturelle, me fait &lt;br class='autobr' /&gt;
accueillir sans r&#233;serves une foule d'&#233;pisodes dont l'&#233;tranget&#233; &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'heure o&#249; j'&#233;cris me foudroierait ? Et pourtant j'en puis croire &lt;br class='autobr' /&gt;
mes yeux, mes oreilles ; ce beau jour est venu, cette b&#234;te a &lt;br class='autobr' /&gt;
parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;veil de l'homme est plus dur, s'il rompt trop bien le &lt;br class='autobr' /&gt;
charme, c'est qu'on l'a amen&#233; &#224; se faire une pauvre id&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'expiation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; De l'instant o&#249; il sera soumis &#224; un examen m&#233;thodique, o&#249;, par &lt;br class='autobr' /&gt;
des moyens &#224; d&#233;terminer, on parviendra &#224; nous rendre compte du &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#234;ve dans son int&#233;grit&#233; (et cela suppose une discipline de la &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;moire qui porte sur des g&#233;n&#233;rations ; commen&#231;ons tout de m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
par enregistrer les faits saillants), o&#249; sa courbe se d&#233;veloppera &lt;br class='autobr' /&gt;
avec une r&#233;gularit&#233; et une ampleur sans pareilles, on peut esp&#233;rer &lt;br class='autobr' /&gt;
que les myst&#232;res qui n'en sont pas feront place au grand Myst&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois &#224; la r&#233;solution future de ces deux &#233;tats, en apparence si &lt;br class='autobr' /&gt;
contradictoires, que sont le r&#234;ve et la r&#233;alit&#233;, en une sorte de &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;alit&#233; absolue, de surr&#233;alit&#233;, si l'on peut ainsi dire. C'est &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
sa conqu&#234;te que je vais, certain de n'y pas parvenir mais trop &lt;br class='autobr' /&gt;
insoucieux de ma mort pour ne pas supputer un peu les joies d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
telle, possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On raconte que chaque jour, au moment de s'endormir, Saint-Pol-&lt;br class='autobr' /&gt;
Roux faisait, nagu&#232;re placer, sur la porte de son manoir de &lt;br class='autobr' /&gt;
Camaret, un &#233;criteau sur lequel on pouvait lire : LE PO&#200;TE &lt;br class='autobr' /&gt;
TRAVAILLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait encore beaucoup &#224; dire mais, chemin faisant, je n'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
voulu qu'effleurer un sujet qui n&#233;cessiterait &#224; lui seul un expos&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s long et une tout autre rigueur ; j'y reviendrai. Pour cette &lt;br class='autobr' /&gt;
fois, mon intention &#233;tait de faire justice de la haine du &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux qui s&#233;vit chez certains hommes, de ce ridicule sous &lt;br class='autobr' /&gt;
lequel ils veulent le faire tomber. Tranchons-en : le merveilleux &lt;br class='autobr' /&gt;
est toujours beau, n'importe quel merveilleux est beau, il n'y a &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me que le merveilleux qui soit beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine litt&#233;raire, le merveilleux seul est capable de &lt;br class='autobr' /&gt;
f&#233;conder des oeuvres ressortissant &#224; un genre inf&#233;rieur tel que le &lt;br class='autobr' /&gt;
roman et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale tout ce qui participe de l'anecdote. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Moine, de Lewis, en est une preuve admirable. Le souffle du &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux l'anime tout entier. Bien avant que l'auteur ait &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;livr&#233; ses principaux personnages de toute contrainte temporelle, &lt;br class='autobr' /&gt;
on les sent pr&#234;ts &#224; agir avec une fiert&#233; sans pr&#233;c&#233;dent. Cette &lt;br class='autobr' /&gt;
passion de l'&#233;ternit&#233; qui les soul&#232;ve sans cesse pr&#234;te des accents &lt;br class='autobr' /&gt;
inoubliables &#224; leur tourment et au mien. J'entends que ce livre &lt;br class='autobr' /&gt;
n'exalte, du commencement &#224; la fin, et le plus purement du monde, &lt;br class='autobr' /&gt;
que ce qui de l'esprit aspire &#224; quitter le sol et que, d&#233;pouill&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une partie insignifiante de son affabulation romanesque, &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
mode du temps, il constitue un mod&#232;le de justesse, et d'innocente &lt;br class='autobr' /&gt;
grandeur (5) Il me semble qu'on n'a pas fait mieux et que le &lt;br class='autobr' /&gt;
personnage de Mathilde, en particulier, est la cr&#233;ation la plus &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;mouvante qu'on puisse mettre &#224; l'actif de ce mode figur&#233; en &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;rature. C'est moins un personnage qu'une tentation continue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et si un personnage n'est pas une tentation, qu'est-il ? Tentation &lt;br class='autobr' /&gt;
extr&#234;me que celui-l&#224;. Le &#171; rien n'est impossible &#224; qui sait oser &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
donne dans Le Moine toute sa mesure convaincante. Les apparitions &lt;br class='autobr' /&gt;
y jouent un r&#244;le logique, puisque l'esprit critique ne s'en empare &lt;br class='autobr' /&gt;
pas pour les contester. De m&#234;me le ch&#226;timent d'Ambrosio est trait&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
de fa&#231;on l&#233;gitime, puisqu'il est finalement accept&#233; par l'esprit &lt;br class='autobr' /&gt;
critique comme d&#233;nouement naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut para&#238;tre arbitraire que je propose ce mod&#232;le, lorsqu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
s'agit du merveilleux, auquel les litt&#233;ratures du nord et les &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;ratures orientales ont fait emprunt sur emprunt, sans parler &lt;br class='autobr' /&gt;
des litt&#233;ratures proprement religieuses de tous les pays. C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
que la plupart des exemples que ces litt&#233;ratures auraient pu me &lt;br class='autobr' /&gt;
fournir sont entach&#233;s de pu&#233;rilit&#233;, pour la seule raison qu'elles &lt;br class='autobr' /&gt;
s'adressent aux enfants. De bonne heure ceux-ci sont sevr&#233;s de &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux, et, plus tard, ne gardent pas une assez grande &lt;br class='autobr' /&gt;
virginit&#233; d'esprit pour prendre un plaisir extr&#234;me &#224; Peau d'&#194;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si charmants soient-ils, l'homme croirait d&#233;choir &#224; se nourrir de &lt;br class='autobr' /&gt;
contes de f&#233;es, et j'accorde que ceux-ci ne sont pas tous de son &lt;br class='autobr' /&gt;
&#226;ge. Le tissu des invraisemblances adorables demande &#224; &#234;tre un peu &lt;br class='autobr' /&gt;
plus fin, &#224; mesure qu'on avance, et l'on en est encore &#224; attendre &lt;br class='autobr' /&gt;
ces esp&#232;ces d'araign&#233;es... Mais les facult&#233;s ne changent &lt;br class='autobr' /&gt;
radicalement pas. La peur, l'attrait de l'insolite, les chances, &lt;br class='autobr' /&gt;
le go&#251;t du luxe, sont ressorts auxquels on ne fera jamais appel en &lt;br class='autobr' /&gt;
vain. Il y a des contes &#224; &#233;crire pour les grandes personnes, des &lt;br class='autobr' /&gt;
contes encore presque bleus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le merveilleux n'est pas le m&#234;me &#224; toutes les &#233;poques ; il &lt;br class='autobr' /&gt;
participe obscur&#233;ment d'une sorte de r&#233;v&#233;lation g&#233;n&#233;rale dont le &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tail seul nous parvient : ce sont les ruines romantiques, le &lt;br class='autobr' /&gt;
mannequin moderne ou tout autre symbole propre &#224; remuer la &lt;br class='autobr' /&gt;
sensibilit&#233; humaine durant un temps. Dans ces cadres qui nous font &lt;br class='autobr' /&gt;
sourire, pourtant se peint toujours l'irr&#233;m&#233;diable inqui&#233;tude &lt;br class='autobr' /&gt;
humaine, et c'est pourquoi je les prends en consid&#233;ration, &lt;br class='autobr' /&gt;
pourquoi je les juge ins&#233;parables de quelques productions &lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;niales, qui en sont plus que les autres douloureusement &lt;br class='autobr' /&gt;
affect&#233;es. Ce sont les potences de Villon, les grecques de Racine, &lt;br class='autobr' /&gt;
les divans de Baudelaire. Ils co&#239;ncident avec une &#233;clipse du go&#251;t &lt;br class='autobr' /&gt;
que je suis fait pour endurer, moi qui me fais du go&#251;t l'id&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une grande tache. Dans le mauvais go&#251;t de mon &#233;poque, je &lt;br class='autobr' /&gt;
m'efforce d'aller plus loin qu'aucun autre. &#192; moi, si j'avais v&#233;cu &lt;br class='autobr' /&gt;
en 1820, &#224; moi &#171; la nonne sanglante &#187;, &#224; moi de ne pas &#233;pargner ce &lt;br class='autobr' /&gt;
sournois et banal &#171; Dissimulons &#187; dont parle le parodique Cuisin, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
moi, &#224; moi de parcourir dans des m&#233;taphores gigantesques, comme il &lt;br class='autobr' /&gt;
dit, toutes les phases du &#171; Disque argent&#233; &#187;. Pour aujourd'hui je &lt;br class='autobr' /&gt;
pense &#224; un ch&#226;teau dont la moiti&#233; n'est pas forc&#233;ment en ruine ; &lt;br class='autobr' /&gt;
ce ch&#226;teau m'appartient, je le vois dans un site agreste, non loin &lt;br class='autobr' /&gt;
de Paris. Ses d&#233;pendances n'en finissent plus, et quant &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'int&#233;rieur, il a &#233;t&#233; terriblement restaur&#233;, de mani&#232;re &#224; ne rien &lt;br class='autobr' /&gt;
laisser &#224; d&#233;sirer sous le rapport du confort. Des autos &lt;br class='autobr' /&gt;
stationnent &#224; la porte, d&#233;rob&#233;e par l'ombre des arbres. Quelques-&lt;br class='autobr' /&gt;
uns de mes amis y sont install&#233;s &#224; demeure : voici Louis Aragon &lt;br class='autobr' /&gt;
qui part ; il n'a que le temps de vous saluer ; Philippe Soupault &lt;br class='autobr' /&gt;
se l&#232;ve avec les &#233;toiles et Paul &#201;luard, notre grand &#201;luard, n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas encore rentr&#233;. Voici Robert Desnos et Roger Vitrac, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;chiffrent dans le parc un vieil &#233;dit sur le duel ; Georges &lt;br class='autobr' /&gt;
Auric, Jean Paulhan ; Max Morise, qui rame si bien, et Benjamin &lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;ret, dans ses &#233;quations d'oiseaux ; et Joseph Delteil ; et Jean &lt;br class='autobr' /&gt;
Carrive ; et Georges Limbour, et Georges Limbour (il y a toute une &lt;br class='autobr' /&gt;
haie de Georges Limbour) ; et Marcel Noll ; voici T. Fraenkel qui &lt;br class='autobr' /&gt;
nous fait signe de son ballon captif, Georges Malkine, Antonin &lt;br class='autobr' /&gt;
Artaud, Francis G&#233;rard, Pierre Naville, J.-A. Boiffard, puis &lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques Baron et son fr&#232;re, beaux et cordiaux, tant d'autres &lt;br class='autobr' /&gt;
encore, et des femmes ravissantes, ma foi. Ces jeunes gens, que &lt;br class='autobr' /&gt;
voulez-vous qu'ils se refusent, leurs d&#233;sirs sont, pour la &lt;br class='autobr' /&gt;
richesse, des ordres. Francis Picabia vient nous voir et, la &lt;br class='autobr' /&gt;
semaine derni&#232;re, dans la galerie des glaces, on a re&#231;u un nomm&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp qu'on ne connaissait pas encore. Picasso chasse &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les environs. L'esprit de d&#233;moralisation a &#233;lu domicile dans &lt;br class='autobr' /&gt;
le ch&#226;teau, et c'est &#224; lui que nous avons affaire chaque fois &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il est question de relation avec nos semblables, mais les &lt;br class='autobr' /&gt;
portes sont toujours ouvertes et on ne commence pas par &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; remercier &#187; le monde, vous savez. Du reste, la solitude est vaste, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous ne nous rencontrons pas souvent. Puis l'essentiel n'est-il &lt;br class='autobr' /&gt;
pas que nous soyons nos ma&#238;tres, et les ma&#238;tres des femmes, de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amour, aussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va me convaincre de mensonge po&#233;tique : chacun s'en ira &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;p&#233;tant que j'habite rue Fontaine, et qu'il ne boira pas de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
eau. Parbleu ! Mais ce ch&#226;teau dont je lui fais les honneurs, est-&lt;br class='autobr' /&gt;
il s&#251;r que ce soit une image ? Si ce palais existait, pourtant ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes h&#244;tes sont l&#224; pour en r&#233;pondre ; leur caprice est la route &lt;br class='autobr' /&gt;
lumineuse qui y m&#232;ne. C'est vraiment &#224; notre fantaisie que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
vivons, quand nous y sommes. Et comment ce que fait l'un pourrait-&lt;br class='autobr' /&gt;
il g&#234;ner l'autre, l&#224;, &#224; l'abri de la poursuite sentimentale et au &lt;br class='autobr' /&gt;
rendez-vous des occasions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme propose et dispose. Il ne tient qu'&#224; lui de s'appartenir &lt;br class='autobr' /&gt;
tout entier, c'est-&#224;-dire de maintenir &#224; l'&#233;tat anarchique la &lt;br class='autobr' /&gt;
bande chaque jour plus redoutable de ses d&#233;sirs. La po&#233;sie le lui &lt;br class='autobr' /&gt;
enseigne. Elle porte en elle la compensation parfaite des mis&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
que nous endurons. Elle peut &#234;tre une ordonnatrice, aussi, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
peu que sous le coup d'une d&#233;ception moins intime on s'avise de la &lt;br class='autobr' /&gt;
prendre au tragique. Le temps vienne o&#249; elle d&#233;cr&#232;te la fin de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'argent et rompe seule le pain du ciel pour la terre ! Il y aura &lt;br class='autobr' /&gt;
encore des assembl&#233;es sur les places publiques, et des mouvements &lt;br class='autobr' /&gt;
auxquels vous n'avez pas esp&#233;r&#233; prendre part. Adieu les s&#233;lections &lt;br class='autobr' /&gt;
absurdes, les r&#234;ves de gouffre, les rivalit&#233;s, les longues &lt;br class='autobr' /&gt;
patiences, la fuite des saisons, l'ordre artificiel des id&#233;es, la &lt;br class='autobr' /&gt;
rampe du danger, le temps pour tout ! Qu'on se donne seulement la &lt;br class='autobr' /&gt;
peine de pratiquer la po&#233;sie. N'est-ce pas &#224; nous, qui d&#233;j&#224; en &lt;br class='autobr' /&gt;
vivons, de chercher &#224; faire pr&#233;valoir ce que nous tenons pour &lt;br class='autobr' /&gt;
notre plus ample inform&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe s'il y a quelque disproportion entre cette d&#233;fense et &lt;br class='autobr' /&gt;
l'illustration qui la suivra. Il s'agissait de remonter aux &lt;br class='autobr' /&gt;
sources de l'imagination po&#233;tique, et, qui plus est, de s'y tenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que je ne pr&#233;tends pas avoir fait. Il faut prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup sur soi pour vouloir s'&#233;tablir dans ces r&#233;gions recul&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; tout a d'abord l'air de se passer si mal, &#224; plus forte raison &lt;br class='autobr' /&gt;
pour vouloir y conduire quelqu'un. Encore n'est-on jamais s&#251;r d'y &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre tout &#224; fait. Tant qu'&#224; se d&#233;plaire, on est aussi bien dispos&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; s'arr&#234;ter ailleurs. Toujours est-il qu'une fl&#232;che indique &lt;br class='autobr' /&gt;
maintenant la direction de ces pays et que l'atteinte du but &lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;ritable ne d&#233;pend plus que de l'endurance du voyageur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t, &#224; peu de chose pr&#232;s, le chemin suivi. J'ai pris soin &lt;br class='autobr' /&gt;
de raconter, au cours d'une &#233;tude sur le cas de Robert Desnos, &lt;br class='autobr' /&gt;
intitul&#233;e : ENTR&#201;E DES M&#201;DIUMS (6), que j'avais &#233;t&#233; amen&#233; &#224; &#171; fixer &lt;br class='autobr' /&gt;
mon attention sur des phrases plus ou moins partielles qui, en &lt;br class='autobr' /&gt;
pleine solitude, &#224; l'approche du sommeil, deviennent perceptibles &lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'esprit sans qu'il soit possible de leur d&#233;couvrir une &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;termination pr&#233;alable &#187;. Je venais alors de tenter l'aventure &lt;br class='autobr' /&gt;
po&#233;tique avec le minimum de chances, c'est-&#224;-dire que mes &lt;br class='autobr' /&gt;
aspirations &#233;taient les m&#234;mes qu'aujourd'hui, mais que j'avais foi &lt;br class='autobr' /&gt;
en la lenteur d'&#233;laboration pour me sauver de contacts inutiles, &lt;br class='autobr' /&gt;
de contacts que je r&#233;prouvais grandement. C'&#233;tait l&#224; une pudeur de &lt;br class='autobr' /&gt;
la pens&#233;e dont il me reste encore quelque chose. &#192; la fin de ma &lt;br class='autobr' /&gt;
vie, je parviendrai sans doute difficilement &#224; parler comme on &lt;br class='autobr' /&gt;
parle, &#224; excuser ma voix et le petit nombre de mes gestes. La &lt;br class='autobr' /&gt;
vertu de la parole (de l'&#233;criture : bien davantage) me paraissait &lt;br class='autobr' /&gt;
tenir &#224; la facult&#233; de raccourcir de fa&#231;on saisissante l'expos&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
(puisque expos&#233; il y avait) d'un petit nombre de faits, po&#233;tiques &lt;br class='autobr' /&gt;
ou autres, dont je me faisais la substance. Je m'&#233;tais figur&#233; que &lt;br class='autobr' /&gt;
Rimbaud ne proc&#233;dait pas autrement. Je composais, avec un souci de &lt;br class='autobr' /&gt;
vari&#233;t&#233; qui m&#233;ritait mieux, les derniers po&#232;mes de Mont de Pi&#233;t&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est-&#224;-dire que j'arrivais &#224; tirer des lignes blanches de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
livre un parti incroyable. Ces lignes &#233;taient l'oeil ferm&#233; sur des &lt;br class='autobr' /&gt;
op&#233;rations de pens&#233;e que je croyais devoir d&#233;rober au lecteur. Ce &lt;br class='autobr' /&gt;
n'&#233;tait pas tricherie de ma part, mais amour de brusquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'obtenais l'illusion d'une complicit&#233; possible, dont je me &lt;br class='autobr' /&gt;
passais de moins en moins. Je m'&#233;tais mis &#224; choyer immod&#233;r&#233;ment &lt;br class='autobr' /&gt;
les mots pour l'espace qu'ils admettent autour d'eux, pour leurs &lt;br class='autobr' /&gt;
tangences avec d'autres mots innombrables que je ne pronon&#231;ais &lt;br class='autobr' /&gt;
pas. Le po&#232;me FOR&#202;T NOIRE rel&#232;ve exactement de cet &#233;tat d'esprit. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mis six mois &#224; l'&#233;crire et l'on peut croire que je ne me suis &lt;br class='autobr' /&gt;
pas repos&#233; un seul jour. Mais il y allait de l'estime que je me &lt;br class='autobr' /&gt;
portais alors, n'est-ce pas assez, on me comprendra. J'aime ces &lt;br class='autobr' /&gt;
confessions stupides. En ce temps-l&#224;, la pseudo-po&#233;sie cubiste &lt;br class='autobr' /&gt;
cherchait &#224; s'implanter, mais elle &#233;tait sortie d&#233;sarm&#233;e du &lt;br class='autobr' /&gt;
cerveau de Picasso et en ce qui me concerne je passais pour &lt;br class='autobr' /&gt;
ennuyeux comme la pluie (je le passe encore). Je me doutais, &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ailleurs, qu'au point de vue po&#233;tique je faisais fausse route, &lt;br class='autobr' /&gt;
mais je me sauvais la mise comme je pouvais, bravant le lyrisme &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
coups de d&#233;finitions et de recettes (les ph&#233;nom&#232;nes dada &lt;br class='autobr' /&gt;
n'allaient pas tarder &#224; se produire) et faisant mine de chercher &lt;br class='autobr' /&gt;
une application de la po&#233;sie dans la publicit&#233; (je pr&#233;tendais que &lt;br class='autobr' /&gt;
le monde finirait, non par un beau livre, mais par une belle &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;clame pour l'enfer ou pour le ciel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, un homme, pour le moins aussi ennuyeux que moi, &lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Reverdy, &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est une cr&#233;ation pure de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne peut na&#238;tre d'une comparaison mais du rapprochement de &lt;br class='autobr' /&gt;
deux r&#233;alit&#233;s plus ou moins &#233;loign&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus les rapports des deux r&#233;alit&#233;s rapproch&#233;es seront lointains &lt;br class='autobr' /&gt;
et justes, plus l'image sera forte - plus elle aura de puissance &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;motive et de r&#233;alit&#233; po&#233;tique... etc. (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots, quoique sibyllins pour les profanes, &#233;taient de tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
forts r&#233;v&#233;lateurs et je les m&#233;ditai longtemps. Mais l'image me &lt;br class='autobr' /&gt;
fuyait. L'esth&#233;tique de Reverdy, esth&#233;tique toute a posteriori, me &lt;br class='autobr' /&gt;
faisait prendre les effets pour les causes. C'est sur ces &lt;br class='autobr' /&gt;
entrefaites que je fus amen&#233; &#224; renoncer d&#233;finitivement &#224; mon point &lt;br class='autobr' /&gt;
de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir donc, avant de m'endormir, je per&#231;us, nettement articul&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
au point qu'il &#233;tait impossible d'y changer un mot, mais distraite &lt;br class='autobr' /&gt;
cependant du bruit de toute voix, une assez bizarre phrase qui me &lt;br class='autobr' /&gt;
parvenait sans porter trace des &#233;v&#233;nements auxquels, de l'aveu de &lt;br class='autobr' /&gt;
ma conscience, je me trouvais m&#234;l&#233; &#224; cet instant-l&#224;, phrase qui me &lt;br class='autobr' /&gt;
parut insistante, phrase oserai-je dire qui cognait &#224; la vitre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'en pris rapidement notion et me disposais &#224; passer outre quand &lt;br class='autobr' /&gt;
son caract&#232;re organique me retint. En v&#233;rit&#233; cette phrase &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;tonnait ; je ne l'ai malheureusement pas retenue jusqu'&#224; ce &lt;br class='autobr' /&gt;
jour, c'&#233;tait quelque chose comme : &#171; Il y a un homme coup&#233; en deux &lt;br class='autobr' /&gt;
par la fen&#234;tre &#187; mais elle ne pouvait souffrir d'&#233;quivoque, &lt;br class='autobr' /&gt;
accompagn&#233;e qu'elle &#233;tait de la faible repr&#233;sentation visuelle (8) &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un homme marchant et tron&#231;onn&#233; &#224; mi-hauteur par une fen&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
perpendiculaire &#224; l'axe de son corps. &#192; n'en pas douter il &lt;br class='autobr' /&gt;
s'agissait du simple redressement dans l'espace d'un homme qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
tient pench&#233; &#224; la fen&#234;tre. Mais cette fen&#234;tre ayant suivi le &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;placement de l'homme, je me rendis compte que j'avais affaire &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
une image d'un type assez rare et je n'eus vite d'autre id&#233;e que &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'incorporer &#224; mon mat&#233;riel de construction po&#233;tique. Je ne lui &lt;br class='autobr' /&gt;
eus pas plus t&#244;t accord&#233; ce cr&#233;dit que d'ailleurs elle fit place &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
une succession &#224; peine intermittente de phrases qui ne me &lt;br class='autobr' /&gt;
surprirent gu&#232;re moins et me laiss&#232;rent sous l'impression d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
gratuit&#233; telle que l'empire que j'avais pris jusque-l&#224; sur moi-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me me parut illusoire et que je ne songeai plus qu'&#224; mettre fin &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'interminable querelle qui a lieu en moi. (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout occup&#233; que j'&#233;tais encore de Freud &#224; cette &#233;poque et &lt;br class='autobr' /&gt;
familiaris&#233; avec ses m&#233;thodes d'examen que j'avais eu quelque peu &lt;br class='autobr' /&gt;
l'occasion de pratiquer sur des malades pendant la guerre, je &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;solus d'obtenir de moi ce qu'on cherche &#224; obtenir d'eux, soit un &lt;br class='autobr' /&gt;
monologue de d&#233;bit aussi rapide que possible, sur lequel l'esprit &lt;br class='autobr' /&gt;
critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne &lt;br class='autobr' /&gt;
s'embarrasse, par suite, d'aucune r&#233;ticence, et qui soit aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
exactement que possible la pens&#233;e parl&#233;e. Il m'avait paru, et il &lt;br class='autobr' /&gt;
me para&#238;t encore - la mani&#232;re dont m'&#233;tait parvenue la phrase de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'homme coup&#233; en t&#233;moignait -que la vitesse de la pens&#233;e n'est pas &lt;br class='autobr' /&gt;
sup&#233;rieure &#224; celle de la parole, et qu'elle ne d&#233;fie pas forc&#233;ment &lt;br class='autobr' /&gt;
la langue, ni m&#234;me la plume qui court. C'est dans ces dispositions &lt;br class='autobr' /&gt;
que Philippe Soupault, &#224; qui j'avais fait part de ces premi&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
conclusions, et moi nous entrepr&#238;mes de noircir du papier, avec un &lt;br class='autobr' /&gt;
louable m&#233;pris de ce qui pourrait s'ensuivre litt&#233;rairement. La &lt;br class='autobr' /&gt;
facilit&#233; de r&#233;alisation fit le reste. &#192; la fin du premier jour, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous pouvions nous lire une cinquantaine de pages obtenues par ce &lt;br class='autobr' /&gt;
moyen, commencer &#224; comparer nos r&#233;sultats. Dans l'ensemble, ceux &lt;br class='autobr' /&gt;
de Soupault et les miens pr&#233;sentaient une remarquable analogie : &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me vice de construction, d&#233;faillances de m&#234;me nature, mais &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi, de part et d'autre, l'illusion d'une verve extraordinaire, &lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup d'&#233;motion, un choix consid&#233;rable d'images d'une qualit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
telle que nous n'eussions pas &#233;t&#233; capables d'en pr&#233;parer une seule &lt;br class='autobr' /&gt;
de longue main, un pittoresque tr&#232;s sp&#233;cial et, de-ci de-l&#224;, &lt;br class='autobr' /&gt;
quelque proposition d'une bouffonnerie aigu&#235;. Les seules &lt;br class='autobr' /&gt;
diff&#233;rences que pr&#233;sentaient nos deux textes me parurent tenir &lt;br class='autobr' /&gt;
essentiellement &#224; nos humeurs r&#233;ciproques, celle de Soupault moins &lt;br class='autobr' /&gt;
statique que la mienne et, s'il me permet cette l&#233;g&#232;re critique, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
ce qu'il avait commis l'erreur de distribuer au haut de certaines &lt;br class='autobr' /&gt;
pages, et par esprit, sans doute, de mystification, quelques mots &lt;br class='autobr' /&gt;
en guise de titres. Je dois, par contre, lui rendre cette justice &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il s'opposa toujours, de toutes ses forces, au moindre &lt;br class='autobr' /&gt;
remaniement, &#224; la moindre correction au cours de tout passage de &lt;br class='autobr' /&gt;
ce genre qui me semblait plut&#244;t mal venu. En cela certes il eut &lt;br class='autobr' /&gt;
tout &#224; fait raison. (10) Il est, en effet, fort difficile &lt;br class='autobr' /&gt;
d'appr&#233;cier &#224; leur juste valeur les divers &#233;l&#233;ments en pr&#233;sence, &lt;br class='autobr' /&gt;
on peut m&#234;me dire qu'il est impossible de les appr&#233;cier &#224; premi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
lecture. &#192; vous qui &#233;crivez, ces &#233;l&#233;ments, en apparence, vous sont &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi &#233;trangers qu'&#224; tout autre et vous vous en d&#233;fiez &lt;br class='autobr' /&gt;
naturellement. Po&#233;tiquement parlant, ils se recommandent surtout &lt;br class='autobr' /&gt;
par un tr&#232;s haut degr&#233; d'absurdit&#233; imm&#233;diate, le propre de cette &lt;br class='autobr' /&gt;
absurdit&#233;, &#224; un examen plus approfondi, &#233;tant de c&#233;der la place &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
tout ce qu'il y a d'admissible, de l&#233;gitime au monde : la &lt;br class='autobr' /&gt;
divulgation d'un certain nombre de propri&#233;t&#233;s et de faits non &lt;br class='autobr' /&gt;
moins objectifs, en somme, que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En hommage &#224; Guillaume Apollinaire, qui venait de mourir et qui, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
plusieurs reprises, nous paraissait avoir ob&#233;i &#224; un entra&#238;nement &lt;br class='autobr' /&gt;
de ce genre, sans toutefois y avoir sacrifi&#233; de m&#233;diocres moyens &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;raires, Soupault et moi nous d&#233;sign&#226;mes sous le nom de &lt;br class='autobr' /&gt;
Surr&#233;alisme le nouveau mode d'expression pure que nous tenions &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
notre disposition et dont il nous tardait de faire b&#233;n&#233;ficier nos &lt;br class='autobr' /&gt;
amis. Je crois qu'il n'y a plus aujourd'hui &#224; revenir sur ce mot &lt;br class='autobr' /&gt;
et que l'acception dans laquelle nous l'avons pris a pr&#233;valu &lt;br class='autobr' /&gt;
g&#233;n&#233;ralement sur son acception appollinarienne. &#192; plus juste titre &lt;br class='autobr' /&gt;
encore, sans doute aurions-nous pu nous emparer du mot &lt;br class='autobr' /&gt;
SUPERNATURALISME, employ&#233; par G&#233;rard de Nerval dans la d&#233;dicace &lt;br class='autobr' /&gt;
des Filles de Feu. (11) Il semble, en effet, que Nerval poss&#233;da &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
merveille l'esprit dont nous nous r&#233;clamons, Apollinaire n'ayant &lt;br class='autobr' /&gt;
poss&#233;d&#233;, par contre, que la lettre, encore imparfaite, du &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme et s'&#233;tant montr&#233; impuissant &#224; en donner un aper&#231;u &lt;br class='autobr' /&gt;
th&#233;orique qui nous retienne. Voici deux phrases de Nerval qui me &lt;br class='autobr' /&gt;
paraissent &#224; cet &#233;gard, tr&#232;s significatives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous expliquer, mon cher Dumas, le ph&#233;nom&#232;ne dont vous &lt;br class='autobr' /&gt;
avez parl&#233; plus haut. Il est, vous le savez, certains conteurs qui &lt;br class='autobr' /&gt;
ne peuvent inventer sans s'identifier aux personnages de leur &lt;br class='autobr' /&gt;
imagination. Vous savez avec quelle conviction notre vieil ami &lt;br class='autobr' /&gt;
Nodier racontait comment il avait eu le malheur d'&#234;tre guillotin&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution ; on en devenait tellement persuad&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
que l'on se demandait comment il &#233;tait parvenu &#224; se faire recoller &lt;br class='autobr' /&gt;
la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Et puisque vous avez eu l'imprudence de citer un des sonnets &lt;br class='autobr' /&gt;
compos&#233;s dans cet &#233;tat de r&#234;verie SUPERNATURALISME, comme diraient &lt;br class='autobr' /&gt;
les Allemands, il faut que vous les entendiez tous. Vous les &lt;br class='autobr' /&gt;
trouverez &#224; la fin du volume. Ils ne sont gu&#232;re plus obscurs que &lt;br class='autobr' /&gt;
la m&#233;taphysique d'Hegel ou les M&#201;MORABLES de Swedenborg, et &lt;br class='autobr' /&gt;
perdraient de leur charme &#224; &#234;tre expliqu&#233;s, si la chose &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
possible, conc&#233;dez-moi du moins le m&#233;rite de l'expression... (12) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de tr&#232;s mauvaise foi qu'on nous contesterait le droit &lt;br class='autobr' /&gt;
d'employer le mot Surr&#233;alisme dans le sens tr&#232;s particulier o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
nous l'entendons, car il est clair qu'avant nous ce mot n'avait &lt;br class='autobr' /&gt;
pas fait fortune. Je le d&#233;finis donc une fois pour toutes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surr&#233;alisme, n. m. Automatisme psychique pur par lequel on se &lt;br class='autobr' /&gt;
propose d'exprimer, soit verbalement, soit par &#233;crit, soit de &lt;br class='autobr' /&gt;
toute autre mani&#232;re, le fonctionnement r&#233;el de la pens&#233;e. Dict&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
de la pens&#233;e, en l'absence de tout contr&#244;le exerc&#233; par la raison, &lt;br class='autobr' /&gt;
en dehors de toute pr&#233;occupation esth&#233;tique ou morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ENCYCL. Philos. Le surr&#233;alisme repose sur la croyance &#224; la r&#233;alit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
sup&#233;rieure de certaines formes d'associations n&#233;glig&#233;es jusqu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
lui, &#224; la toute-puissance du r&#234;ve, au jeu d&#233;sint&#233;ress&#233; de la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e. Il tend &#224; ruiner d&#233;finitivement tous les autres m&#233;canismes &lt;br class='autobr' /&gt;
psychiques et &#224; se substituer &#224; eux dans la r&#233;solution des &lt;br class='autobr' /&gt;
principaux probl&#232;mes de la vie. Ont fait acte de Surr&#233;alisme &lt;br class='autobr' /&gt;
ABSOLU MM. Aragon, Baron, Boiffard, Breton, Carrive, Crevel, &lt;br class='autobr' /&gt;
Delteil, Desnos, &#201;luard, G&#233;rard, Limbour, Malkine, Morise, &lt;br class='autobr' /&gt;
Naville, Noll, P&#233;ret, Picon, Soupault, Vitrac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce semble bien &#234;tre, jusqu'&#224; pr&#233;sent, les seuls, et il n'y aurait &lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#224; s'y tromper, n'&#233;tait le cas passionnant d'Isidore Ducasse, &lt;br class='autobr' /&gt;
sur lequel je manque de donn&#233;es. Et certes, &#224; ne consid&#233;rer que &lt;br class='autobr' /&gt;
superficiellement leurs r&#233;sultats, bon nombre de po&#232;tes pourraient &lt;br class='autobr' /&gt;
passer pour surr&#233;alistes, &#224; commencer par Dante et, dans ses &lt;br class='autobr' /&gt;
meilleurs jours, Shakespeare. Au cours des diff&#233;rentes tentatives &lt;br class='autobr' /&gt;
de r&#233;duction auxquelles je me suis livr&#233; de ce qu'on appelle, par &lt;br class='autobr' /&gt;
abus de confiance, le g&#233;nie, je n'ai rien trouv&#233; qui se puisse &lt;br class='autobr' /&gt;
attribuer finalement &#224; un autre processus que celui-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Nuits d'Young sont surr&#233;alistes d'un bout &#224; l'autre ; c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
malheureusement un pr&#234;tre qui parle, un mauvais pr&#234;tre, sans &lt;br class='autobr' /&gt;
doute, mais un pr&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Swift est surr&#233;aliste dans la m&#233;chancet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sade est surr&#233;aliste dans le sadisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chateaubriand est surr&#233;aliste dans l'exotisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constant est surr&#233;aliste en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo est surr&#233;aliste quand il n'est pas b&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desbordes-Valmore est surr&#233;aliste en amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bertrand est surr&#233;aliste dans le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rabbe est surr&#233;aliste dans la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poe est surr&#233;aliste dans l'aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Baudelaire est surr&#233;aliste dans la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rimbaud est surr&#233;aliste dans la pratique de la vie et ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mallarm&#233; est surr&#233;aliste dans la confidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jarry est surr&#233;aliste dans l'absinthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveau est surr&#233;aliste dans le baiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-Pol-Roux est surr&#233;aliste dans le symbole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fargue est surr&#233;aliste dans l'atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vach&#233; est surr&#233;aliste en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reverdy est surr&#233;aliste chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint-John Perse est surr&#233;aliste &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roussel est surr&#233;aliste dans l'anecdote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y insiste, ils ne sont pas toujours surr&#233;alistes, en ce sens que &lt;br class='autobr' /&gt;
je d&#233;m&#234;le chez chacun d'eux un certain nombre d'id&#233;es pr&#233;con&#231;ues &lt;br class='autobr' /&gt;
auxquelles - tr&#232;s na&#239;vement ! -ils tenaient. Ils y tenaient parce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils n'avaient pas entendu la voix surr&#233;aliste, celle qui &lt;br class='autobr' /&gt;
continue &#224; pr&#234;cher &#224; la veille de la mort et au-dessus des orages, &lt;br class='autobr' /&gt;
parce qu'ils ne voulaient pas servir seulement &#224; orchestrer la &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleuse partition. C'&#233;taient des instruments trop fiers, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est pourquoi ils n'ont pas toujours rendu un son harmonieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
(13)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous, qui ne nous sommes livr&#233;s &#224; aucun travail de &lt;br class='autobr' /&gt;
filtration, qui nous sommes faits dans nos oeuvres les sourds &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ceptacles de tant d'&#233;chos, les modestes appareils enregistreurs &lt;br class='autobr' /&gt;
qui ne s'hypnotisent pas sur le dessin qu'ils tracent, nous &lt;br class='autobr' /&gt;
servons peut-&#234;tre encore une plus noble cause. Aussi rendons-nous &lt;br class='autobr' /&gt;
avec probit&#233; le &#171; talent &#187; qu'on nous pr&#234;te. Parlez-moi du talent de &lt;br class='autobr' /&gt;
ce m&#232;tre en platine, de ce miroir, de cette porte, et du ciel si &lt;br class='autobr' /&gt;
vous voulez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas de talent, demandez &#224; Philippe Soupault :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les manufactures anatomiques et les habitations &#224; bon march&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;truiront les villes les plus hautes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Roger Vitrac :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; peine avais-je invoqu&#233; le marbre-amiral que celui-ci tourna sur &lt;br class='autobr' /&gt;
ses talons comme un cheval qui se cabre devant l'&#233;toile polaire et &lt;br class='autobr' /&gt;
me d&#233;signa dans le plan de son bicorne une r&#233;gion o&#249; je devais &lt;br class='autobr' /&gt;
passer ma vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paul &#201;luard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une histoire bien connue que je conte, c'est un po&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
c&#233;l&#232;bre que je relis : je suis appuy&#233; contre un mur, avec des &lt;br class='autobr' /&gt;
oreilles verdoyantes et des l&#232;vres calcin&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Max Morise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ours des cavernes et son compagnon le butor, le vol-au-vent et &lt;br class='autobr' /&gt;
son valet le vent, le grand Chancelier avec sa chanceli&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;pouvantail &#224; moineaux et son comp&#232;re le moineau, l'&#233;prouvette &lt;br class='autobr' /&gt;
et sa fille l'aiguille, le carnassier et son fr&#232;re le carnaval, le &lt;br class='autobr' /&gt;
balayeur et son monocle, le Mississipi et son petit chien, le &lt;br class='autobr' /&gt;
corail et son pot-au-lait, le Miracle et son bon Dieu n'ont plus &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'&#224; dispara&#238;tre de la surface de la mer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Joseph Delteil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; H&#233;las ! je crois &#224; la vertu des oiseaux. Et il suffit d'une plume &lt;br class='autobr' /&gt;
pour me faire mourir de rire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Louis Aragon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant une interruption de la partie, tandis que les joueurs se &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;unissaient autour d'un bol de punch flambant, je demandai &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'arbre s'il avait toujours son ruban rouge. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; moi-m&#234;me, qui n'ai pu m'emp&#234;cher d'&#233;crire les lignes &lt;br class='autobr' /&gt;
serpentines, affolantes, de cette pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demandez &#224; Robert Desnos, celui d'entre nous qui, peut-&#234;tre, s'est &lt;br class='autobr' /&gt;
le plus approch&#233; de la v&#233;rit&#233; surr&#233;aliste, celui qui, dans des &lt;br class='autobr' /&gt;
oeuvres encore in&#233;dites (14) et le long des multiples exp&#233;riences &lt;br class='autobr' /&gt;
auxquelles il s'est pr&#234;t&#233;, a justifi&#233; pleinement l'espoir que je &lt;br class='autobr' /&gt;
pla&#231;ais dans le surr&#233;alisme et me somme encore d'en attendre &lt;br class='autobr' /&gt;
beaucoup. Aujourd'hui Desnos parle surr&#233;aliste &#224; volont&#233;. La &lt;br class='autobr' /&gt;
prodigieuse agilit&#233; qu'il met &#224; suivre oralement sa pens&#233;e nous &lt;br class='autobr' /&gt;
vaut autant qu'il nous pla&#238;t de discours splendides et qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
perdent, Desnos ayant mieux &#224; faire qu'&#224; les fixer. Il lit en lui &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; livre ouvert et ne fait rien pour retenir les feuillets qui &lt;br class='autobr' /&gt;
s'envolent au vent de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Composition Surr&#233;aliste &#201;crite Ou Premier Et Dernier Jet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faites-vous apporter de quoi &#233;crire, apr&#232;s vous &#234;tre &#233;tabli en un &lt;br class='autobr' /&gt;
lieu aussi favorable que possible &#224; la concentration de votre &lt;br class='autobr' /&gt;
esprit sur lui-m&#234;me. Placez-vous dans l'&#233;tat le plus passif, ou &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ceptif, que vous pourrez. Faites abstraction de votre g&#233;nie, de &lt;br class='autobr' /&gt;
vos talents et de ceux de tous les autres. Dites-vous bien que la &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;rature est un des plus tristes chemins qui m&#232;nent &#224; tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;crivez vite sans sujet pr&#233;con&#231;u, assez vite pour ne pas retenir &lt;br class='autobr' /&gt;
et ne pas &#234;tre tent&#233; de vous relire. La premi&#232;re phrase viendra &lt;br class='autobr' /&gt;
toute seule, tant il est vrai qu'&#224; chaque seconde il est une &lt;br class='autobr' /&gt;
phrase &#233;trang&#232;re &#224; notre pens&#233;e consciente qui ne demande qu'&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
s'ext&#233;rioriser. Il est assez difficile de se prononcer sur le cas &lt;br class='autobr' /&gt;
de la phrase suivante ; elle participe sans doute &#224; la fois de &lt;br class='autobr' /&gt;
notre activit&#233; consciente et de l'autre, si l'on admet que le fait &lt;br class='autobr' /&gt;
d'avoir &#233;crit la premi&#232;re entra&#238;ne un minimum de perception. Peu &lt;br class='autobr' /&gt;
doit vous importer, d'ailleurs ; c'est en cela que r&#233;side, pour la &lt;br class='autobr' /&gt;
plus grande part, l'int&#233;r&#234;t du jeu surr&#233;aliste. Toujours est-il &lt;br class='autobr' /&gt;
que la ponctuation s'oppose sans doute &#224; la continuit&#233; absolue de &lt;br class='autobr' /&gt;
la coul&#233;e qui nous occupe, bien qu'elle paraisse aussi n&#233;cessaire &lt;br class='autobr' /&gt;
que la distribution des noeuds sur une corde vibrante. Continuez &lt;br class='autobr' /&gt;
autant qu'il vous plaira. Fiez-vous au caract&#232;re in&#233;puisable du &lt;br class='autobr' /&gt;
murmure. Si le silence menace de s'&#233;tablir pour peu que vous ayez &lt;br class='autobr' /&gt;
commis une faute : une faute, peut-on dire, d'inattention, rompez &lt;br class='autobr' /&gt;
sans h&#233;siter avec une ligne trop claire. &#192; la suite du mot dont &lt;br class='autobr' /&gt;
l'origine vous semble suspecte, posez une lettre quelconque, la &lt;br class='autobr' /&gt;
lettre l par exemple, toujours la lettre l, et ramenez &lt;br class='autobr' /&gt;
l'arbitraire en imposant cette lettre pour initiale au mot qui &lt;br class='autobr' /&gt;
suivra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Ne Plus S'Emmuyer En Compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s difficile. N'y soyez pour personne, et parfois, lorsque &lt;br class='autobr' /&gt;
nul n'a forc&#233; la consigne, vous interrompant en pleine activit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;aliste et vous croisant les bras, dites : &#171; C'est &#233;gal, il y a &lt;br class='autobr' /&gt;
sans doute mieux &#224; faire ou &#224; ne pas faire. L'int&#233;r&#234;t de la vie ne &lt;br class='autobr' /&gt;
se soutient pas. Simplicit&#233;, ce qui se passe en moi m'est encore &lt;br class='autobr' /&gt;
importun ! &#187; ou toute autre banalit&#233; r&#233;voltante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Faire Des Discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se faire inscrire la veille des &#233;lections, dans le premier pays &lt;br class='autobr' /&gt;
qui jugera bon de proc&#233;der &#224; ce genre de consultations. Chacun a &lt;br class='autobr' /&gt;
en soi l'&#233;toffe d'un orateur : les pagnes multicolores, la &lt;br class='autobr' /&gt;
verroterie des mots. Par le surr&#233;alisme il surprendra dans sa &lt;br class='autobr' /&gt;
pauvret&#233; le d&#233;sespoir. Un soir sur une estrade, &#224; lui seul il &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;p&#232;cera le ciel &#233;ternel, cette Peau de l'Ours. Il promettra tant &lt;br class='autobr' /&gt;
que tenir si peu que ce soit consternerait. Il donnera aux &lt;br class='autobr' /&gt;
revendications de tout un peuple un tour partiel et d&#233;risoire. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
fera communier les plus irr&#233;ductibles adversaires en un d&#233;sir &lt;br class='autobr' /&gt;
secret, qui sautera les patries. Et &#224; cela il parviendra rien &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'en se laissant soulever par la parole immense qui fond en piti&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
et roule en haine. Incapable de d&#233;faillance, il jouera sur le &lt;br class='autobr' /&gt;
velours de toutes les d&#233;faillances. Il sera vraiment &#233;lu et les &lt;br class='autobr' /&gt;
plus douces femmes l'aimeront avec violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#201;crire De Faux Romans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui que vous soyez, si le coeur vous en dit, vous ferez br&#251;ler &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques feuilles de laurier et, sans vouloir entretenir ce maigre &lt;br class='autobr' /&gt;
feu, vous commencerez &#224; &#233;crire un roman. Le surr&#233;alisme vous le &lt;br class='autobr' /&gt;
permettra ; vous n'aurez qu'&#224; mettre l'aiguille de &#171; Beau fixe &#187; sur &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Action &#187; et le tour sera jou&#233;. Voici des personnages d'allures &lt;br class='autobr' /&gt;
assez disparates ; leurs noms dans votre &#233;criture sont une &lt;br class='autobr' /&gt;
question de majuscules et ils se comporteront avec la m&#234;me aisance &lt;br class='autobr' /&gt;
envers les verbes actifs que le pronom impersonnel il envers des &lt;br class='autobr' /&gt;
mots comme : pleut, y a, faut, etc. Ils les commanderont, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi dire et, l&#224; o&#249; l'observation, la r&#233;flexion et les facult&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
de g&#233;n&#233;ralisation ne vous auront &#233;t&#233; d'aucun secours, soyez s&#251;rs &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils vous feront pr&#234;ter mille intentions que vous n'avez pas &lt;br class='autobr' /&gt;
eues. Ainsi pourvus d'un petit nombre de caract&#233;ristiques &lt;br class='autobr' /&gt;
physiques et morales, ces &#234;tres qui en v&#233;rit&#233; vous doivent si peu &lt;br class='autobr' /&gt;
ne se d&#233;partiront plus d'une certaine ligne de conduite dont vous &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avez pas &#224; vous occuper. Il en r&#233;sultera une intrigue plus ou &lt;br class='autobr' /&gt;
moins savante en apparence, justifiant point par point ce &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;nouement &#233;mouvant ou rassurant dont vous n'avez cure. Votre faux &lt;br class='autobr' /&gt;
roman simulera &#224; merveille un roman v&#233;ritable ; vous serez riche &lt;br class='autobr' /&gt;
et l'on s'accordera &#224; reconna&#238;tre que vous avez &#171; quelque chose &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le ventre &#187;, puisqu'aussi bien c'est l&#224; que ce quelque chose &lt;br class='autobr' /&gt;
se tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, par un proc&#233;d&#233; analogue, et &#224; condition d'ignorer ce &lt;br class='autobr' /&gt;
dont vous rendrez compte, vous pourrez vous adonner avec succ&#232;s &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
la fausse critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Se Faire Voir D'Une Femme Qui Passe Dans La Rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre La Mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surr&#233;alisme vous introduira dans la mort qui est une soci&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
secr&#232;te. Il gantera votre main, y ensevelissant l'Ma profond par &lt;br class='autobr' /&gt;
quoi commence le mot M&#233;moire. Ne manquez pas de prendre &lt;br class='autobr' /&gt;
d'heureuses dispositions testamentaires : je demande, pour ma &lt;br class='autobr' /&gt;
part, &#224; &#234;tre conduit au cimeti&#232;re dans une voiture de &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;m&#233;nagement. Que mes amis d&#233;truisent jusqu'au dernier exemplaire &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;dition du Discours sur le Peu de R&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; l'homme pour qu'il en fasse un usage &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;aliste. Dans la mesure o&#249; il lui est indispensable de se &lt;br class='autobr' /&gt;
faire comprendre, il arrive tant bien que mal &#224; s'exprimer et &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
assurer par l&#224; l'accomplissement de quelques fonctions prises &lt;br class='autobr' /&gt;
parmi les plus grossi&#232;res. Parler, &#233;crire une lettre n'offrent &lt;br class='autobr' /&gt;
pour lui aucune difficult&#233; r&#233;elle, pourvu que, ce faisant, il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
propose pas un but au-dessus de la moyenne, c'est-&#224;-dire pourvu &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il se borne &#224; s'entretenir (pour le plaisir de s'entretenir) &lt;br class='autobr' /&gt;
avec quelqu'un. Il n'est pas anxieux des mots qui vont venir, ni &lt;br class='autobr' /&gt;
de la phrase qui suivra celle qu'il ach&#232;ve. &#192; une question tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
simple, il sera capable de r&#233;pondre &#224; br&#251;le-pourpoint. En &lt;br class='autobr' /&gt;
l'absence de tics contract&#233;s au commerce des autres, il peut &lt;br class='autobr' /&gt;
spontan&#233;ment se prononcer sur un petit nombre de sujets ; il n'a &lt;br class='autobr' /&gt;
pas besoin pour cela de &#171; tourner sept fois sa langue &#187; ni de se &lt;br class='autobr' /&gt;
formuler &#224; l'avance quoi que ce soit. Qui a pu lui faire croire &lt;br class='autobr' /&gt;
que cette facult&#233; de premier jet n'est bonne qu'&#224; le desservir &lt;br class='autobr' /&gt;
lorsqu'il se propose d'&#233;tablir des rapports plus d&#233;licats ? Il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est rien sur quoi il devrait se refuser &#224; parler, &#224; &#233;crire &lt;br class='autobr' /&gt;
d'abondance. S'&#233;couter, se lire n'ont d'autre effet que de &lt;br class='autobr' /&gt;
suspendre l'occulte, l'admirable secours. Je ne me h&#226;te pas de me &lt;br class='autobr' /&gt;
comprendre (baste ! je me comprendrai toujours). Si telle ou telle &lt;br class='autobr' /&gt;
phrase de moi me cause sur le moment une l&#233;g&#232;re d&#233;ception, je me &lt;br class='autobr' /&gt;
fie &#224; la phrase suivante pour racheter ses torts, je me garde de &lt;br class='autobr' /&gt;
la recommencer ou de la parfaire. Seule la moindre perte d'&#233;lan &lt;br class='autobr' /&gt;
pourrait m'&#234;tre fatale. Les mots, les groupes de mots qui se &lt;br class='autobr' /&gt;
suivent pratiquent entre eux la plus grande solidarit&#233;. Ce n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas &#224; moi de favoriser ceux-ci aux d&#233;pens de ceux-l&#224;. C'est &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
miraculeuse compensation d'intervenir - et elle intervient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement ce langage sans r&#233;serve que je cherche &#224; rendre &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours valable, qui me para&#238;t s'adapter &#224; toutes les &lt;br class='autobr' /&gt;
circonstances de la vie, non seulement ce langage ne me prive &lt;br class='autobr' /&gt;
d'aucun de mes moyens, mais encore il me pr&#234;te une extraordinaire &lt;br class='autobr' /&gt;
lucidit&#233; et cela dans le domaine o&#249; de lui j'en attendais le &lt;br class='autobr' /&gt;
moins. J'irai jusqu'&#224; pr&#233;tendre qu'il m'instruit et, en effet, il &lt;br class='autobr' /&gt;
m'est arriv&#233; d'employer surr&#233;ellement des mots dont j'avais oubli&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
le sens. J'ai pu v&#233;rifier apr&#232;s coup que l'usage que j'en avais &lt;br class='autobr' /&gt;
fait r&#233;pondait exactement &#224; leur d&#233;finition. Cela donnerait &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
croire qu'on n'&#171; apprend &#187; pas, qu'on ne fait jamais que &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; r&#233;apprendre &#187;. Il est d'heureuses tournures qu'ainsi je me suis &lt;br class='autobr' /&gt;
rendues famili&#232;res. Et je ne parle pas de la conscience po&#233;tique &lt;br class='autobr' /&gt;
des objets, que je n'ai pu acqu&#233;rir qu'&#224; leur contact spirituel &lt;br class='autobr' /&gt;
mille fois r&#233;p&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore au dialogue que les formes du langage surr&#233;aliste &lt;br class='autobr' /&gt;
s'adaptent le mieux. L&#224;, deux pens&#233;es s'affrontent ; pendant que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'une se livre, l'autre s'occupe d'elle, mais comment s'en occupe-&lt;br class='autobr' /&gt;
t-elle ? Supposer qu'elle se l'incorpore serait admettre qu'un &lt;br class='autobr' /&gt;
temps il lui est possible de vivre tout enti&#232;re de cette autre &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e, ce qui est fort improbable. Et de fait l'attention qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
lui donne est tout ext&#233;rieure ; elle n'a que le loisir d'approuver &lt;br class='autobr' /&gt;
ou de r&#233;prouver, g&#233;n&#233;ralement de r&#233;prouver, avec tous les &#233;gards &lt;br class='autobr' /&gt;
dont l'homme est capable. Ce mode de langage ne permet d'ailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
pas d'aborder le fond d'un sujet. Mon attention, en proie &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
sollicitation qu'elle ne peut d&#233;cemment repousser, traite la &lt;br class='autobr' /&gt;
pens&#233;e adverse en ennemie ; dans la conversation courante, elle la &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; reprend &#187; presque toujours sur les mots, les figures dont elle se &lt;br class='autobr' /&gt;
sert ; elle me met en mesure d'en tirer parti dans la r&#233;plique en &lt;br class='autobr' /&gt;
les d&#233;naturant. Cela est si vrai que dans certains &#233;tats mentaux &lt;br class='autobr' /&gt;
pathologiques o&#249; les troubles sensoriels disposent de toute &lt;br class='autobr' /&gt;
l'attention du malade, celui-ci, qui continue &#224; r&#233;pondre aux &lt;br class='autobr' /&gt;
questions, se borne &#224; s'emparer du dernier mot prononc&#233; devant lui &lt;br class='autobr' /&gt;
ou du dernier membre de phrase surr&#233;aliste dont il trouve trace &lt;br class='autobr' /&gt;
dans son esprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel &#226;ge avez-vous ? -Vous. &#187; (&#201;cholalie.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment vous appelez-vous ? -Quarante-cinq maisons. &#187; (Sympt&#244;me de &lt;br class='autobr' /&gt;
Ganser ou des r&#233;ponses &#224; c&#244;t&#233;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est point de conversation o&#249; ne passe quelque chose de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sordre. L'effort de sociabilit&#233; qui y pr&#233;side et la grande &lt;br class='autobr' /&gt;
habitude que nous en avons parviennent seuls &#224; nous le dissimuler &lt;br class='autobr' /&gt;
passag&#232;rement. C'est aussi la grande faiblesse du livre que &lt;br class='autobr' /&gt;
d'entrer sans cesse en conflit avec l'esprit de ses lecteurs les &lt;br class='autobr' /&gt;
meilleurs, j'entends les plus exigeants. Dans le tr&#232;s court &lt;br class='autobr' /&gt;
dialogue que j'improvise plus haut entre le m&#233;decin et l'ali&#233;n&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est d'ailleurs ce dernier qui a le dessus. Puisqu'il s'impose &lt;br class='autobr' /&gt;
par ses r&#233;ponses &#224; l'attention du m&#233;decin qui l'examine, - et &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il n'est pas celui qui interroge. Est-ce &#224; dire que sa pens&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
est &#224; ce moment la plus forte ? Peut-&#234;tre. Il est libre de ne plus &lt;br class='autobr' /&gt;
tenir compte de son &#226;ge et de son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surr&#233;alisme po&#233;tique, auquel je consacre cette &#233;tude, s'est &lt;br class='autobr' /&gt;
appliqu&#233; jusqu'ici &#224; r&#233;tablir dans sa v&#233;rit&#233; absolue le dialogue, &lt;br class='autobr' /&gt;
en d&#233;gageant les deux interlocuteurs des obligations de la &lt;br class='autobr' /&gt;
politesse. Chacun d'eux poursuit simplement son soliloque, sans &lt;br class='autobr' /&gt;
chercher &#224; en tirer un plaisir dialectique particulier et &#224; en &lt;br class='autobr' /&gt;
imposer le moins du monde &#224; son voisin. Les propos tenus n'ont &lt;br class='autobr' /&gt;
pas, comme d'ordinaire, pour but le d&#233;veloppement d'une th&#232;se, &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi n&#233;gligeable qu'on voudra, ils sont aussi d&#233;saffect&#233;s que &lt;br class='autobr' /&gt;
possible. Quant &#224; la r&#233;ponse qu'ils appellent, elle est, en &lt;br class='autobr' /&gt;
principe, totalement indiff&#233;rente &#224; l'amour-propre de celui qui a &lt;br class='autobr' /&gt;
parl&#233;. Les mots, les images ne s'offrent que comme tremplins &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit de celui qui &#233;coute. C'est de cette mani&#232;re que doivent &lt;br class='autobr' /&gt;
se pr&#233;senter, dans Les Champs magn&#233;tiques, premier ouvrage &lt;br class='autobr' /&gt;
purement surr&#233;aliste, les pages r&#233;unies sous le titre : Barri&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
dans lesquelles Soupault et moi nous montrons ces interlocuteurs &lt;br class='autobr' /&gt;
impartiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surr&#233;alisme ne permet pas &#224; ceux qui s'y adonnent de le &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;laisser quand il leur pla&#238;t. Tout porte &#224; croire qu'il agit sur &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit &#224; la mani&#232;re des stup&#233;fiants ; comme eux il cr&#233;e un &lt;br class='autobr' /&gt;
certain &#233;tat de besoin et peut pousser l'homme &#224; de terribles &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;voltes. C'est encore, si l'on veut, un bien artificiel paradis &lt;br class='autobr' /&gt;
et le go&#251;t qu'on en a rel&#232;ve de la critique de Baudelaire au m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
titre que les autres. Aussi l'analyse des effets myst&#233;rieux et des &lt;br class='autobr' /&gt;
jouissances particuli&#232;res qu'il peut engendrer - par bien des &lt;br class='autobr' /&gt;
c&#244;t&#233;s le surr&#233;alisme se pr&#233;sente comme un vice nouveau, qui ne &lt;br class='autobr' /&gt;
semble pas devoir &#234;tre l'apanage de quelques hommes ; il a comme &lt;br class='autobr' /&gt;
le haschisch de quoi satisfaire tous les d&#233;licats -une telle &lt;br class='autobr' /&gt;
analyse ne peut manquer de trouver place dans cette &#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Il en va des images surr&#233;alistes comme de ces images de l'opium &lt;br class='autobr' /&gt;
que l'homme n'&#233;voque plus, mais qui &#171; s'offrent &#224; lui, &lt;br class='autobr' /&gt;
spontan&#233;ment, despotiquement. Il ne peut pas les cong&#233;dier ; car &lt;br class='autobr' /&gt;
la volont&#233; n'a plus de force et ne gouverne plus les facult&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
(15) &#187; Reste &#224; savoir si l'on a jamais &#171; &#233;voqu&#233; &#187; les images. Si l'on &lt;br class='autobr' /&gt;
s'en tient, comme je le fais, &#224; la d&#233;finition de Reverdy, il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
semble pas possible de rapprocher volontairement ce qu'il appelle &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; deux r&#233;alit&#233;s distantes &#187;. Le rapprochement se fait ou ne se fait &lt;br class='autobr' /&gt;
pas, voil&#224; tout. Je nie, pour ma part, de la fa&#231;on la plus &lt;br class='autobr' /&gt;
formelle, que chez Reverdy des images telles que :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le ruisseau il y a une chanson qui coule&lt;br class='autobr' /&gt;
ou :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour s'est d&#233;pli&#233; comme une nappe blanche&lt;br class='autobr' /&gt;
ou :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde rentre dans un sac&lt;br class='autobr' /&gt;
offrent le moindre degr&#233; de pr&#233;m&#233;ditation. Il est faux, selon moi, &lt;br class='autobr' /&gt;
de pr&#233;tendre que &#171; l'esprit a saisi les rapports &#187; des deux r&#233;alit&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
en pr&#233;sence. Il n'a, pour commencer, rien saisi consciemment. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est du rapprochement en quelque sorte fortuit des deux termes &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'a jailli une lumi&#232;re particuli&#232;re, lumi&#232;re de l'image, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
laquelle nous nous montrons infiniment sensibles. La valeur de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'image d&#233;pend de la beaut&#233; de l'&#233;tincelle obtenue ; elle est, par &lt;br class='autobr' /&gt;
cons&#233;quent, fonction de la diff&#233;rence de potentiel entre les deux &lt;br class='autobr' /&gt;
conducteurs. Lorsque cette diff&#233;rence existe &#224; peine comme dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
comparaison, (16) l'&#233;tincelle ne se produit pas. Or, il n'est pas, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; mon sens, au pouvoir de l'homme de concerter le rapprochement de &lt;br class='autobr' /&gt;
deux r&#233;alit&#233;s si distantes. Le principe d'association des id&#233;es, &lt;br class='autobr' /&gt;
tel qu'il nous appara&#238;t, s'y oppose. Ou bien faudrait-il en &lt;br class='autobr' /&gt;
revenir &#224; un art elliptique, que Reverdy condamne comme moi. Force &lt;br class='autobr' /&gt;
est donc bien d'admettre que les deux termes de l'image ne sont &lt;br class='autobr' /&gt;
pas d&#233;duits l'un de l'autre par l'esprit en vue de l'&#233;tincelle &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
produire, qu'ils sont les produits simultan&#233;s de l'activit&#233; que &lt;br class='autobr' /&gt;
j'appelle surr&#233;aliste, la raison se bornant &#224; constater, et &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
appr&#233;cier le ph&#233;nom&#232;ne lumineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de m&#234;me que la longueur de l'&#233;tincelle gagne &#224; ce que celle-ci &lt;br class='autobr' /&gt;
se produise &#224; travers des gaz rar&#233;fi&#233;s, l'atmosph&#232;re surr&#233;aliste &lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#233;&#233;e par l'&#233;criture m&#233;canique, que j'ai tenu &#224; mettre &#224; la port&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
de tous, se pr&#234;te particuli&#232;rement &#224; la production des plus belles &lt;br class='autobr' /&gt;
images. On peut m&#234;me dire que les images apparaissent, dans cette &lt;br class='autobr' /&gt;
course vertigineuse, comme les seuls guidons de l'esprit. L'esprit &lt;br class='autobr' /&gt;
se convainc peu &#224; peu de la r&#233;alit&#233; supr&#234;me de ces images. Se &lt;br class='autobr' /&gt;
bornant d'abord &#224; les subir, il s'aper&#231;oit bient&#244;t qu'elles &lt;br class='autobr' /&gt;
flattent sa raison, augmentent d'autant sa connaissance. Il prend &lt;br class='autobr' /&gt;
conscience des &#233;tendues illimit&#233;es o&#249; se manifestent ses d&#233;sirs, &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; le pour et le contre se r&#233;duisent sans cesse, o&#249; son obscurit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
ne le trahit pas. Il va, port&#233; par ces images qui le ravissent, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui lui laissent &#224; peine le temps de souffler sur le feu de ses &lt;br class='autobr' /&gt;
doigts. C'est la plus belle des nuits, la nuit des &#233;clairs : le &lt;br class='autobr' /&gt;
jour, aupr&#232;s d'elle est la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les types innombrables d'images surr&#233;alistes appelleraient une &lt;br class='autobr' /&gt;
classification que, pour aujourd'hui, je ne me propose pas de &lt;br class='autobr' /&gt;
tenter. Les grouper selon leurs affinit&#233;s particuli&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
m'entra&#238;nerait trop loin ; je veux tenir compte, essentiellement, &lt;br class='autobr' /&gt;
de leur commune vertu. Pour moi, la plus forte est celle qui &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sente le degr&#233; d'arbitraire le plus &#233;lev&#233;, je ne le cache pas ; &lt;br class='autobr' /&gt;
celle qu'on met le plus longtemps &#224; traduire en langage pratique, &lt;br class='autobr' /&gt;
soit qu'elle rec&#232;le une dose &#233;norme de contradiction apparente, &lt;br class='autobr' /&gt;
soit que l'un de ses termes en soit curieusement d&#233;rob&#233;, soit que &lt;br class='autobr' /&gt;
s'annon&#231;ant sensationnelle, elle ait l'air de se d&#233;nouer &lt;br class='autobr' /&gt;
faiblement (qu'elle ferme brusquement l'angle de son compas), soit &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle tire d'elle-m&#234;me une justification formelle d&#233;risoire, &lt;br class='autobr' /&gt;
soit qu'elle soit d'ordre hallucinatoire, soit qu'elle pr&#234;te tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
naturellement &#224; l'abstrait le masque du concret, ou inversement, &lt;br class='autobr' /&gt;
soit qu'elle implique la n&#233;gation de quelque propri&#233;t&#233; physique &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;mentaire, soit qu'elle d&#233;cha&#238;ne le rire. En voici, dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre, quelques exemples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rubis du champagne. Lautr&#233;amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beau comme la loi de l'arr&#234;t du d&#233;veloppement de la poitrine chez &lt;br class='autobr' /&gt;
les adultes dont la propension &#224; la croissance n'est pas en &lt;br class='autobr' /&gt;
rapport avec la quantit&#233; de mol&#233;cules que leur organisme &lt;br class='autobr' /&gt;
s'assimile. Lautr&#233;amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;glise se dressait &#233;clatante comme une cloche. Philippe &lt;br class='autobr' /&gt;
Soupault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sommeil de Rrose S&#233;lavy il y a un nain sorti d'un puits &lt;br class='autobr' /&gt;
qui vient manger son pain la nuit. Robert Desnos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le pont la ros&#233;e &#224; t&#234;te de chatte se ber&#231;ait. Andr&#233; Breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu &#224; gauche, dans mon firmament devin&#233;, j'aper&#231;ois - mais sans &lt;br class='autobr' /&gt;
doute n'est-ce qu'une vapeur de sang et de meurtre -le brillant &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;poli des perturbations de la libert&#233;. Louis Aragon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t incendi&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lions &#233;taient frais. Roger Vitrac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La couleur des bas d'une femme n'est pas forc&#233;ment &#224; l'image de &lt;br class='autobr' /&gt;
ses yeux, ce qui a fait dire &#224; un philosophe qu'il est inutile de &lt;br class='autobr' /&gt;
nommer : &#171; Les c&#233;phalopodes ont plus de raisons que les quadrup&#232;des &lt;br class='autobr' /&gt;
de ha&#239;r le progr&#232;s. &#187; Max Morise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Qu'on le veuille ou non, il y a l&#224; de quoi satisfaire &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
plusieurs exigences de l'esprit. Toutes ces images semblent &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;moigner que l'esprit est m&#251;r pour autre chose que les b&#233;nignes &lt;br class='autobr' /&gt;
joies qu'en g&#233;n&#233;ral il s'accorde. C'est la seule mani&#232;re qu'il ait &lt;br class='autobr' /&gt;
de faire tourner &#224; son avantage la quantit&#233; id&#233;ale d'&#233;v&#233;nements &lt;br class='autobr' /&gt;
dont il est charg&#233;. (17) Ces images lui donnent la mesure de sa &lt;br class='autobr' /&gt;
dissipation ordinaire et des inconv&#233;nients qu'elle offre pour lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas mauvais qu'elles le d&#233;concertent finalement, car &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;concerter l'esprit c'est le mettre dans son tort. Les phrases &lt;br class='autobr' /&gt;
que je cite y pourvoient grandement. Mais l'esprit qui les savoure &lt;br class='autobr' /&gt;
en tire la certitude de se trouver dans le droit chemin ; pour &lt;br class='autobr' /&gt;
lui-m&#234;me, il ne saurait se rendre coupable d'argutie ; il n'a rien &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; craindre puisqu'en outre il se fait fort de tout cerner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; L'esprit qui plonge dans le surr&#233;alisme revit avec exaltation &lt;br class='autobr' /&gt;
la meilleure part de son enfance. C'est un peu pour lui la &lt;br class='autobr' /&gt;
certitude de qui, &#233;tant en train de se noyer, repasse, en moins &lt;br class='autobr' /&gt;
d'une minute, tout l'insurmontable de sa vie. On me dira que ce &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est pas tr&#232;s encourageant. Mais je ne tiens pas &#224; encourager &lt;br class='autobr' /&gt;
ceux qui me diront cela. Des souvenirs d'enfance et de quelques &lt;br class='autobr' /&gt;
autres se d&#233;gage un sentiment d'inaccapar&#233; et par la suite de &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;voy&#233;, que je tiens pour le plus f&#233;cond qui existe. C'est peut-&lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre l'enfance qui approche le plus de la &#171; vraie vie &#187; ; l'enfance &lt;br class='autobr' /&gt;
au-del&#224; de laquelle l'homme ne dispose, en plus de son laissez-&lt;br class='autobr' /&gt;
passer, que de quelques billets de faveur ; l'enfance o&#249; tout &lt;br class='autobr' /&gt;
concourait cependant &#224; la possession efficace, et sans al&#233;as, de &lt;br class='autobr' /&gt;
soi-m&#234;me. Gr&#226;ce au surr&#233;alisme, il semble que ces chances &lt;br class='autobr' /&gt;
reviennent. C'est comme si l'on courait encore &#224; son salut, ou &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
sa perte. On revit, dans l'ombre, une terreur pr&#233;cieuse. Dieu &lt;br class='autobr' /&gt;
merci, ce n'est encore que le Purgatoire. On traverse, avec un &lt;br class='autobr' /&gt;
tressaillement, ce que les occultistes appellent des paysages &lt;br class='autobr' /&gt;
dangereux. Je suscite sur mes pas des monstres qui guettent ; ils &lt;br class='autobr' /&gt;
ne sont pas encore trop malintentionn&#233;s &#224; mon &#233;gard et je ne suis &lt;br class='autobr' /&gt;
pas perdu, puisque je les crains. Voici &#171; les &#233;l&#233;phants &#224; t&#234;te de &lt;br class='autobr' /&gt;
femme et les lions volants &#187; que, Soupault et moi, nous trembl&#226;mes &lt;br class='autobr' /&gt;
nagu&#232;re de rencontrer, voici le &#171; poisson soluble &#187; qui m'effraye &lt;br class='autobr' /&gt;
bien encore un peu. POISSON SOLUBLE, n'est-ce pas moi le poisson &lt;br class='autobr' /&gt;
soluble, je suis n&#233; sous le signe des Poissons et l'homme est &lt;br class='autobr' /&gt;
soluble dans sa pens&#233;e ! La faune et la flore du surr&#233;alisme sont &lt;br class='autobr' /&gt;
inavouables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Je ne crois pas au prochain &#233;tablissement d'un poncif &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;aliste. Les caract&#232;res communs &#224; tous les textes du genre, &lt;br class='autobr' /&gt;
parmi lesquels ceux que je viens de signaler et beaucoup d'autres &lt;br class='autobr' /&gt;
que seules pourraient nous livrer une analyse logique et une &lt;br class='autobr' /&gt;
analyse grammaticale serr&#233;es, ne s'opposent pas &#224; une certaine &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;volution de la prose surr&#233;aliste dans le temps. Venant apr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
quantit&#233; d'essais auxquels je me suis livr&#233; dans ce sens depuis &lt;br class='autobr' /&gt;
cinq ans et dont j'ai la faiblesse de juger la plupart extr&#234;mement &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sordonn&#233;s, les historiettes qui forment la suite de ce volume &lt;br class='autobr' /&gt;
m'en fournissent une preuve flagrante. Je ne les tiens &#224; cause de &lt;br class='autobr' /&gt;
cela, ni pour plus dignes, ni pour plus indignes, de figurer aux &lt;br class='autobr' /&gt;
yeux du lecteur les gains que l'apport surr&#233;aliste est susceptible &lt;br class='autobr' /&gt;
de faire r&#233;aliser &#224; sa conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens surr&#233;alistes demanderaient, d'ailleurs, &#224; &#234;tre &#233;tendus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout est bon pour obtenir de certaines associations la soudainet&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sirable. Les papiers coll&#233;s de Picasso et de Braque ont m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
valeur que l'introduction d'un lieu commun dans un d&#233;veloppement &lt;br class='autobr' /&gt;
litt&#233;raire du style le plus ch&#226;ti&#233;. Il est m&#234;me permis d'intituler &lt;br class='autobr' /&gt;
PO&#200;ME ce qu'on obtient par l'assemblage aussi gratuit que possible &lt;br class='autobr' /&gt;
(observons, si vous voulez, la syntaxe) de titres et de fragments &lt;br class='autobr' /&gt;
de titres d&#233;coup&#233;s dans les journaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on pourrait multiplier les exemples. Le th&#233;&#226;tre, la &lt;br class='autobr' /&gt;
philosophie, la science, la critique, parviendraient encore &#224; s'y &lt;br class='autobr' /&gt;
retrouver. Je me h&#226;te d'ajouter que les futures techniques &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alistes ne m'int&#233;ressent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement graves me paraissent, &#234;tre, (18) je l'ai donn&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
suffisamment &#224; entendre, les applications du surr&#233;alisme &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'action. Certes, je ne crois pas &#224; la vertu proph&#233;tique de la &lt;br class='autobr' /&gt;
parole surr&#233;aliste. &#171; C'est oracle, ce que je dis (19) &#187; : Oui, tant &lt;br class='autobr' /&gt;
que je veux, mais qu'est lui-m&#234;me l'oracle ? (20) La pi&#233;t&#233; des &lt;br class='autobr' /&gt;
hommes ne me trompe pas. La voix surr&#233;aliste qui secouait Cumes, &lt;br class='autobr' /&gt;
Dodone et Delphes n'est autre chose que celle qui me dicte mes &lt;br class='autobr' /&gt;
discours les moins courrouc&#233;s. Mon temps ne doit pas &#234;tre le sien, &lt;br class='autobr' /&gt;
pourquoi m'aiderait-elle &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me enfantin de ma &lt;br class='autobr' /&gt;
destin&#233;e ? Je fais semblant, par malheur, d'agir dans un monde o&#249;, &lt;br class='autobr' /&gt;
pour arriver &#224; tenir compte de ses suggestions, je serais oblig&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'en passer par deux sortes d'interpr&#232;tes, les uns pour me &lt;br class='autobr' /&gt;
traduire ses sentences, les autres, impossibles &#224; trouver, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
imposer &#224; mes semblables la compr&#233;hension que j'en aurais. Ce &lt;br class='autobr' /&gt;
monde, dans lequel je subis ce que je subis (n'y allez pas voir), &lt;br class='autobr' /&gt;
ce monde moderne, enfin, diable ! que voulez-vous que j'y fasse ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La voix surr&#233;aliste se taira peut-&#234;tre, je n'en suis plus &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
compter mes disparitions. Je n'entrerai plus, si peu que ce soit, &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le d&#233;compte merveilleux de mes ann&#233;es et de mes jours. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
serai comme Nijinski, qu'on conduisit l'an dernier aux Ballets &lt;br class='autobr' /&gt;
russes et qui ne comprit pas &#224; quel spectacle il assistait. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
serai seul, bien seul en moi, indiff&#233;rent &#224; tous les ballets du &lt;br class='autobr' /&gt;
monde. Ce que j'ai fait, ce que je n'ai pas fait, je vous le &lt;br class='autobr' /&gt;
donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, d&#232;s lors, il me prend une grande envie de consid&#233;rer avec &lt;br class='autobr' /&gt;
indulgence la r&#234;verie scientifique, si mals&#233;ante en fin de compte, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; tous &#233;gards. Les sans-fils ? Bien. La syphilis ? Si vous voulez. &lt;br class='autobr' /&gt;
La photographie ? Je n'y vois pas d'inconv&#233;nient. Le cin&#233;ma ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Bravo pour les salles obscures. La guerre ? Nous riions bien. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#233;l&#233;phone ? Allo, oui. La jeunesse ? Charmants cheveux blancs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Essayez de me faire dire merci : &#171; Merci. &#187; Merci... Si le vulgaire &lt;br class='autobr' /&gt;
estime fort ce que sont &#224; proprement parler les recherches de &lt;br class='autobr' /&gt;
laboratoire, c'est que celles-ci ont abouti au lancement d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
machine, &#224; la d&#233;couverte d'un s&#233;rum, auxquels le vulgaire se croit &lt;br class='autobr' /&gt;
directement int&#233;ress&#233;. Il ne doute pas qu'on ait voulu am&#233;liorer &lt;br class='autobr' /&gt;
son sort. Je ne sais ce qui entre exactement dans l'id&#233;al des &lt;br class='autobr' /&gt;
savants de voeux humanitaires, mais il ne me para&#238;t pas que cela &lt;br class='autobr' /&gt;
constitue une somme bien grande de bont&#233;. Je parle, bien entendu, &lt;br class='autobr' /&gt;
des vrais savants et non des vulgarisateurs de toutes sortes qui &lt;br class='autobr' /&gt;
se font d&#233;livrer un brevet. Je crois, dans ce domaine comme dans &lt;br class='autobr' /&gt;
un autre, &#224; la joie surr&#233;aliste pure de l'homme qui, averti de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;chec successif de tous les autres, ne se tient pas pour battu, &lt;br class='autobr' /&gt;
part d'o&#249; il veut et, par tout autre chemin qu'un chemin &lt;br class='autobr' /&gt;
raisonnable, parvient o&#249; il peut. Telle ou telle image, dont il &lt;br class='autobr' /&gt;
jugera opportun de signaliser sa marche et qui, peut-&#234;tre, lui &lt;br class='autobr' /&gt;
vaudra la reconnaissance publique, je puis l'avouer, m'indiff&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
en soi. Le mat&#233;riel dont il faut bien qu'il s'embarrasse ne m'en &lt;br class='autobr' /&gt;
impose pas non plus : ses tubes de verre ou mes plumes &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;talliques... Quant &#224; sa m&#233;thode, je la donne pour ce que vaut la &lt;br class='autobr' /&gt;
mienne. J'ai vu &#224; l'oeuvre l'inventeur du r&#233;flexe cutan&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
plantaire ; il manipulait sans tr&#234;ve ses sujets, c'&#233;tait tout &lt;br class='autobr' /&gt;
autre chose qu'un &#171; examen &#187; qu'il pratiquait, il &#233;tait clair qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
ne s'en fiait plus &#224; aucun plan. De-ci de-l&#224;, il formulait une &lt;br class='autobr' /&gt;
remarque, lointainement, sans pour cela poser son &#233;pingle, et &lt;br class='autobr' /&gt;
tandis que son marteau courait toujours. Le traitement des &lt;br class='autobr' /&gt;
malades, il en laissait &#224; d'autres la t&#226;che futile. Il &#233;tait tout &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; cette fi&#232;vre sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surr&#233;alisme, tel que je l'envisage, d&#233;clare assez notre non-&lt;br class='autobr' /&gt;
conformisme absolu pour qu'il ne puisse &#234;tre question de le &lt;br class='autobr' /&gt;
traduire, au proc&#232;s du monde r&#233;el, comme t&#233;moin &#224; d&#233;charge. Il ne &lt;br class='autobr' /&gt;
saurait, au contraire, justifier que de l'&#233;tat complet de &lt;br class='autobr' /&gt;
distraction auquel nous esp&#233;rons bien parvenir ici-bas. La &lt;br class='autobr' /&gt;
distraction de la femme chez Kant, la distraction &#171; des raisins &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
chez Pasteur, la distraction des v&#233;hicules chez Curie, sont &#224; cet &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;gard profond&#233;ment symptomatiques. Ce monde n'est que tr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
relativement &#224; la mesure de la pens&#233;e et les incidents de ce genre &lt;br class='autobr' /&gt;
ne sont que les &#233;pisodes jusqu'ici les plus marquants d'une guerre &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ind&#233;pendance &#224; laquelle je me fais gloire de participer. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
surr&#233;alisme est le &#171; rayon invisible &#187; qui nous permettra un jour de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'emporter sur nos adversaires. &#171; Tu ne trembles plus, carcasse &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;t&#233; les roses sont bleues ; le bois c'est du verre. La terre &lt;br class='autobr' /&gt;
drap&#233;e dans sa verdure me fait aussi peu d'effet qu'un revenant. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vivre et cesser de vivre qui sont des solutions imaginaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence est ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poisson Soluble. (1924)&lt;br class='autobr' /&gt;
I&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parc, &#224; cette heure, &#233;tendait ses mains blondes au-dessus de la &lt;br class='autobr' /&gt;
fontaine magique. Un ch&#226;teau sans signification roulait &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
surface de la terre. Pr&#232;s de Dieu le cahier de ce ch&#226;teau &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
ouvert sur un dessin d'ombres, de plumes, d'iris. Au Baiser de la &lt;br class='autobr' /&gt;
jeune Veuve, c'&#233;tait le nom de l'auberge caress&#233;e par la vitesse &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'automobile et par les suspensions d'herbes horizontales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi jamais les branches dat&#233;es de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente ne &lt;br class='autobr' /&gt;
remuaient &#224; l'approche des stores, quand la lumi&#232;re pr&#233;cipite les &lt;br class='autobr' /&gt;
femmes au balcon. La jeune Irlandaise troubl&#233;e par les j&#233;r&#233;miades &lt;br class='autobr' /&gt;
du vent d'est &#233;coutait dans son sein rire les oiseaux de mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Filles du s&#233;pulcre bleu, jours de f&#234;te, formes sonn&#233;es de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ang&#233;lus de mes yeux et de ma t&#234;te quand je m'&#233;veille, usages des &lt;br class='autobr' /&gt;
provinces flamm&#233;es, vous m'apportez le soleil des menuiseries &lt;br class='autobr' /&gt;
blanches, des scieries m&#233;caniques et du vin. C'est mon ange p&#226;le, &lt;br class='autobr' /&gt;
mes mains si rassur&#233;es. Mouettes du paradis perdu ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fant&#244;me entre sur la pointe des pieds. Il inspecte rapidement &lt;br class='autobr' /&gt;
la tour et descend l'escalier triangulaire. Ses bas de soie rouge &lt;br class='autobr' /&gt;
jettent une lueur tournoyante sur les coteaux de jonc. Le fant&#244;me &lt;br class='autobr' /&gt;
a environ deux cents ans, il parle encore un peu fran&#231;ais. Mais &lt;br class='autobr' /&gt;
dans sa chair transparente se conjuguent la ros&#233;e du soir et la &lt;br class='autobr' /&gt;
sueur des astres. Il est perdu pour lui-m&#234;me en cette contr&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
attendrie. L'orme mort et le tr&#232;s vert catalpa sont seuls &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
soupirer dans l'avalanche de lait des &#233;toiles farouches. Un noyau &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;clate dans un fruit. Puis le poisson-nacelle passe, les mains sur &lt;br class='autobr' /&gt;
ses yeux, demandant des perles ou des robes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme chante &#224; la fen&#234;tre de ce ch&#226;teau du quatorzi&#232;me si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses r&#234;ves il y a des noyers noirs. Je ne la connais pas &lt;br class='autobr' /&gt;
encore parce que le fant&#244;me fait trop le beau temps autour de lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
La nuit est venue tout d'un coup comme une grande rosace de fleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
retourn&#233;e sur nos t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un b&#226;timent est la cloche de nos fuites : la fuite &#224; cinq heures &lt;br class='autobr' /&gt;
du matin, lorsque la p&#226;leur assaille les belles voyageuses du &lt;br class='autobr' /&gt;
rapide dans leur lit de foug&#232;re, la fuite &#224; une heure de l'apr&#232;s-&lt;br class='autobr' /&gt;
midi en passant par l'olive du meurtre. Un b&#226;timent est la cloche &lt;br class='autobr' /&gt;
de nos fuites dans une &#233;glise pareille &#224; l'ombre de Madame de &lt;br class='autobr' /&gt;
Pompadour. Mais je sonnais &#224; la grille du ch&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ma rencontre vinrent plusieurs servantes v&#234;tues d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
combinaison collante de satin couleur du jour. Dans la nuit &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;mente, leurs visages apitoy&#233;s t&#233;moignaient de la peur d'&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
compromises. &#171; Vous d&#233;sirez ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Dites &#224; votre ma&#238;tresse que le bord de son lit est une rivi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
de fleurs. Ramenez-la dans ce caveau de th&#233;&#226;tre o&#249; battait &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'envi, il y a trois ans, le coeur d'une capitale que j'ai &lt;br class='autobr' /&gt;
oubli&#233;e. Dites-lui que son temps m'est pr&#233;cieux et que dans le &lt;br class='autobr' /&gt;
chandelier de ma t&#234;te flambent toutes ses r&#234;veries. N'oubliez pas &lt;br class='autobr' /&gt;
de lui faire part de mes d&#233;sirs couvant sous les pierres que vous &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tes. Et toi qui es plus belle qu'une graine de soleil dans le bec &lt;br class='autobr' /&gt;
du perroquet &#233;blouissant de cette porte, dis-moi tout de suite &lt;br class='autobr' /&gt;
comment elle se porte. S'il est vrai que le pont-levis des lierres &lt;br class='autobr' /&gt;
de la parole s'abaisse ici sur un simple appel d'&#233;trier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu as raison, me dit-elle, l'ombre ici pr&#233;sente est sortie &lt;br class='autobr' /&gt;
tant&#244;t &#224; cheval. Les guides &#233;taient faites de mots d'amour, je &lt;br class='autobr' /&gt;
crois, mais puisque les naseaux du brouillard et les sachets &lt;br class='autobr' /&gt;
d'azur t'ont conduit &#224; cette porte &#233;ternellement battante, entre &lt;br class='autobr' /&gt;
et caresse-moi tout le long de ces marches sem&#233;es de pens&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De bas en haut s'envolaient de grandes gu&#234;pes isoc&#232;les. La jolie &lt;br class='autobr' /&gt;
aurore du soir me pr&#233;c&#233;dait, les yeux au ciel de mes yeux sans se &lt;br class='autobr' /&gt;
retourner. Ainsi les navires se couchent dans la temp&#234;te d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs &#233;chos se r&#233;pondent sur terre : l'&#233;cho des pluies comme &lt;br class='autobr' /&gt;
le bouchon d'une ligne, l'&#233;cho du soleil comme la soude m&#234;l&#233;e au &lt;br class='autobr' /&gt;
sable. L'&#233;cho pr&#233;sent est celui des larmes, et de la beaut&#233; propre &lt;br class='autobr' /&gt;
aux aventures illisibles, aux r&#234;ves tronqu&#233;s. Nous arrivions &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
destination. Le fant&#244;me qui, en chemin, s'&#233;tait avis&#233; de faire &lt;br class='autobr' /&gt;
corps avec saint Denis, pr&#233;tendait voir dans chaque rose sa t&#234;te &lt;br class='autobr' /&gt;
coup&#233;e. Un balbutiement coll&#233; aux vitres et &#224; la rampe, &lt;br class='autobr' /&gt;
balbutiement froid, se joignait &#224; nos baisers sans retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le bord des nuages se tient une femme, sur le bord des &#238;les &lt;br class='autobr' /&gt;
une femme se tient comme sur les hauts murs d&#233;cor&#233;s de vigne &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tincelante le raisin m&#251;rit, &#224; belles grappes dor&#233;es et noires. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
y a aussi le plant de vigne am&#233;ricain et cette femme &#233;tait un &lt;br class='autobr' /&gt;
plant de vigne am&#233;ricain, de l'esp&#232;ce la plus r&#233;cemment acclimat&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
en France et qui donne des grains de ce mauve digitale dont la &lt;br class='autobr' /&gt;
pleine saveur n'a pas encore &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e. Elle allait et venait &lt;br class='autobr' /&gt;
dans un appartement couloir analogue aux wagons couloirs des &lt;br class='autobr' /&gt;
grands express europ&#233;ens, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s que le &lt;br class='autobr' /&gt;
rayonnement des lampes sp&#233;cifiait mal les coul&#233;es de lave, les &lt;br class='autobr' /&gt;
minarets et la grande paresse des b&#234;tes de l'air et de l'eau. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
toussai plusieurs fois et le train en question glissa &#224; travers &lt;br class='autobr' /&gt;
des tunnels, endormit des ponts suspendus. La divinit&#233; du lieu &lt;br class='autobr' /&gt;
chancela. L'ayant re&#231;ue dans mes bras, toute bruissante, je portai &lt;br class='autobr' /&gt;
mes l&#232;vres &#224; sa gorge sans mot dire. Ce qui se passe ensuite &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;chappe presque enti&#232;rement. Je ne nous retrouve que plus tard, &lt;br class='autobr' /&gt;
elle dans une toilette terriblement vive qui la fait ressembler &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
un engrenage dans une machine toute neuve, moi terr&#233; autant que &lt;br class='autobr' /&gt;
possible dans cet habit noir impeccable que depuis je ne quitte &lt;br class='autobr' /&gt;
plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#251; passer, entre-temps, par un cabaret tenu par des ligueurs &lt;br class='autobr' /&gt;
tr&#232;s anciens que mon &#233;tat-civil plongea dans une perplexit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'oiseaux. Je me souviens aussi d'une grue &#233;levant au ciel des &lt;br class='autobr' /&gt;
paquets qui devaient &#234;tre des cheveux, avec quelle effrayante &lt;br class='autobr' /&gt;
l&#233;g&#232;ret&#233;, mon Dieu. Puis ce fut l'avenir, l'avenir m&#234;me. L'Enfant-&lt;br class='autobr' /&gt;
Flamme, la merveilleuse Vague de tout &#224; l'heure guidait mes pas &lt;br class='autobr' /&gt;
comme des guirlandes. Les craquelures du ciel me r&#233;veill&#232;rent &lt;br class='autobr' /&gt;
enfin : il n'y avait plus de parc, plus de jour ni de nuit, plus &lt;br class='autobr' /&gt;
d'enterrements blancs men&#233;s par des cerceaux de verre. La femme &lt;br class='autobr' /&gt;
qui se tenait pr&#232;s de moi mirait ses pieds dans une flaque d'eau &lt;br class='autobr' /&gt;
d'hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; distance je ne vois plus clair, c'est comme si une cascade &lt;br class='autobr' /&gt;
s'interposait entre le th&#233;&#226;tre de ma vie et moi, qui n'en suis pas &lt;br class='autobr' /&gt;
le principal acteur. Un bourdonnement ch&#233;ri m'accompagne, le long &lt;br class='autobr' /&gt;
duquel les herbes jaunissent et m&#234;me cassent. Quand je lui dis : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Prends ce verre fum&#233; qui est ma main dans tes mains, voici &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;clipse &#187; elle sourit et plonge dans les mers pour en ramener la &lt;br class='autobr' /&gt;
branche de corail du sang. Nous ne sommes pas loin du pr&#233; de la &lt;br class='autobr' /&gt;
mort et pourtant nous nous abritons du vent et de l'espoir dans ce &lt;br class='autobr' /&gt;
salon fl&#233;tri. L'aimer, j'y ai song&#233; comme on aime. Mais la moiti&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un citron vert, ses cheveux de rame, l'&#233;tourderie des pi&#232;ges &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
prendre les b&#234;tes vivantes, je n'ai pu m'en d&#233;faire compl&#232;tement. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; pr&#233;sent elle dort, face &#224; l'infini de mes amours, devant cette &lt;br class='autobr' /&gt;
glace que les souffles terrestres ternissent. C'est quand elle &lt;br class='autobr' /&gt;
dort qu'elle m'appartient vraiment, j'entre dans son r&#234;ve comme un &lt;br class='autobr' /&gt;
voleur et je la perds vraiment comme on perd une couronne. Je suis &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;poss&#233;d&#233; des racines de l'or, assur&#233;ment, mais je tiens les fils &lt;br class='autobr' /&gt;
de la temp&#234;te et je garde les cachets de cire du crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moindre ourlet des airs, l&#224; o&#249; fuit et meurt le faisan de la &lt;br class='autobr' /&gt;
lune, l&#224; o&#249; erre le peigne &#233;blouissant des cachots, l&#224; o&#249; trempe &lt;br class='autobr' /&gt;
la jacinthe du mal, je l'ai d&#233;crit dans mes moments de lucidit&#233; de &lt;br class='autobr' /&gt;
plus en plus rare, soulevant trop tendrement cette brume &lt;br class='autobr' /&gt;
lointaine. Maintenant c'est la douceur qui reprend, le boulevard &lt;br class='autobr' /&gt;
pareil &#224; un marais salant sous les enseignes lumineuses. Je &lt;br class='autobr' /&gt;
rapporte des fruits sauvages, des baies ensoleill&#233;es que je lui &lt;br class='autobr' /&gt;
donne et qui sont entre ses mains des bijoux immenses. Il faut &lt;br class='autobr' /&gt;
encore &#233;veiller les frissons dans les broussailles de la chambre, &lt;br class='autobr' /&gt;
lacer des ruisseaux dans la fen&#234;tre du jour. Cette t&#226;che est &lt;br class='autobr' /&gt;
l'apoth&#233;ose amusante de tout, qui, bien qu'on soit assez fatigu&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
nous tient encore en &#233;veil, homme et femme, selon les itin&#233;raires &lt;br class='autobr' /&gt;
de la lumi&#232;re d&#232;s qu'on a su la ralentir. Servantes de la &lt;br class='autobr' /&gt;
faiblesse, servantes du bonheur, les femmes abusent de la lumi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
dans un &#233;clat de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, moins de larmes qu'il &lt;br class='autobr' /&gt;
n'en faut pour mourir : j'ai tout compt&#233;, voil&#224;. J'ai fait le &lt;br class='autobr' /&gt;
recensement des pierres ; elles sont au nombre de mes doigts et de &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques autres ; j'ai distribu&#233; des prospectus aux plantes, mais &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes n'ont pas voulu les accepter. Avec la musique j'ai li&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
partie pour une seconde seulement et maintenant je ne sais plus &lt;br class='autobr' /&gt;
que penser du suicide car, si je veux me s&#233;parer de moi-m&#234;me, la &lt;br class='autobr' /&gt;
sortie est de ce c&#244;t&#233; et, j'ajoute malicieusement : l'entr&#233;e, la &lt;br class='autobr' /&gt;
rentr&#233;e de cet autre c&#244;t&#233;. Tu vois ce qu'il te reste &#224; faire. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
heures, le chagrin, je n'en tiens pas un compte raisonnable ; je &lt;br class='autobr' /&gt;
suis seul, je regarde par la fen&#234;tre ; il ne passe personne, ou &lt;br class='autobr' /&gt;
plut&#244;t personne ne passe (je souligne passe). Ce Monsieur, vous ne &lt;br class='autobr' /&gt;
le connaissez pas ? c'est Monsieur Lem&#234;me. Je vous pr&#233;sente Madame &lt;br class='autobr' /&gt;
Madame. Et leurs enfants. Puis je reviens sur mes pas, mes pas &lt;br class='autobr' /&gt;
reviennent aussi mais je ne sais pas exactement sur quoi ils &lt;br class='autobr' /&gt;
reviennent. Je consulte un horaire ; les noms de villes ont &#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
remplac&#233;s par des noms de personnes qui m'ont touch&#233; d'assez pr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Irai-je &#224; A, retournerai-je &#224; B, changerai-je &#224; X ? Oui, &lt;br class='autobr' /&gt;
naturellement, je changerai &#224; X. Pourvu que je ne manque pas la &lt;br class='autobr' /&gt;
correspondance avec l'ennui ! Nous y sommes : l'ennui, les belles &lt;br class='autobr' /&gt;
parall&#232;les, ah ! que les parall&#232;les sont belles sous la &lt;br class='autobr' /&gt;
perpendiculaire de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce temps-l&#224; il n'&#233;tait question tout autour de la place de la &lt;br class='autobr' /&gt;
Bastille que d'une &#233;norme gu&#234;pe qui le matin descendait le &lt;br class='autobr' /&gt;
boulevard Richard-Lenoir en chantant &#224; tue-t&#234;te et posait des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;nigmes aux enfants. Le petit sphinx moderne avait d&#233;j&#224; fait pas &lt;br class='autobr' /&gt;
mal de victimes quand, sortant du caf&#233; au fronton duquel on a cru &lt;br class='autobr' /&gt;
bon de faire figurer un canon, quoique la Prison qui s'&#233;levait en &lt;br class='autobr' /&gt;
ces lieux puisse passer aujourd'hui pour une construction &lt;br class='autobr' /&gt;
l&#233;gendaire, je rencontrai la gu&#234;pe &#224; la taille de jolie femme qui &lt;br class='autobr' /&gt;
me demanda son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon Dieu, ma belle, lui dis-je, ce n'est pas &#224; moi de tailler ton &lt;br class='autobr' /&gt;
b&#226;ton de rouge. L'ardoise du ciel vient justement d'&#234;tre effac&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
et tu sais que les miracles ne sont plus que de demi-saison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rentre chez toi, tu habites au troisi&#232;me &#233;tage d'un immeuble de &lt;br class='autobr' /&gt;
bonne apparence et, quoique tes fen&#234;tres donnent sur la cour, tu &lt;br class='autobr' /&gt;
trouveras peut-&#234;tre moyen de ne plus m'importuner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bourdonnement de l'insecte, insupportable comme une congestion &lt;br class='autobr' /&gt;
pulmonaire, couvrait &#224; ce moment le bruit des tramways, dont le &lt;br class='autobr' /&gt;
trolley &#233;tait une libellule. La gu&#234;pe, apr&#232;s m'avoir regard&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
longuement, dans le but, sans doute, de me t&#233;moigner son ironique &lt;br class='autobr' /&gt;
surprise, s'approcha alors de moi et me dit &#224; l'oreille : &#171; Je &lt;br class='autobr' /&gt;
reviens &#187;. Elle disparut en effet et j'&#233;tais d&#233;j&#224; enchant&#233; d'en &lt;br class='autobr' /&gt;
&#234;tre quitte avec elle &#224; si bon compte quand je m'aper&#231;us que le &lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;nie de la place, d'ordinaire fort &#233;veill&#233;, semblait pris de &lt;br class='autobr' /&gt;
vertige et sur le point de se laisser choir sur les passants. Ce &lt;br class='autobr' /&gt;
ne pouvait &#234;tre de ma part qu'une hallucination due &#224; la grande &lt;br class='autobr' /&gt;
chaleur : le soleil me g&#234;nait d'ailleurs pour conclure &#224; une &lt;br class='autobr' /&gt;
soudaine transmission des pouvoirs naturels car il &#233;tait pareil &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
une longue feuille de tremble et je n'avais qu'&#224; fermer les yeux &lt;br class='autobr' /&gt;
pour entendre chanter les poussi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gu&#234;pe, dont l'approche m'avait n&#233;anmoins plong&#233; dans un grand &lt;br class='autobr' /&gt;
malaise (il &#233;tait &#224; nouveau question depuis quelques jours des &lt;br class='autobr' /&gt;
exploits de piqueurs myst&#233;rieux qui ne respectaient ni la &lt;br class='autobr' /&gt;
fra&#238;cheur du m&#233;tropolitain ni les solitudes des bois) la gu&#234;pe &lt;br class='autobr' /&gt;
n'avait pas cess&#233; compl&#232;tement de se faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin de l&#224;, la Seine charriait de fa&#231;on inexplicable un torse &lt;br class='autobr' /&gt;
de femme adorablement poli bien qu'il f&#251;t d&#233;pourvu de t&#234;te et de &lt;br class='autobr' /&gt;
membres et quelques voyous qui avaient signal&#233; depuis peu son &lt;br class='autobr' /&gt;
apparition affirmaient que ce torse &#233;tait un corps intact, mais un &lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau corps, un corps comme on n'en avait assur&#233;ment jamais vu, &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais caress&#233;. La police, sur les dents, s'&#233;tait &#233;mue mais comme &lt;br class='autobr' /&gt;
la barque lanc&#233;e &#224; la poursuite de l'&#200;ve nouvelle n'&#233;tait jamais &lt;br class='autobr' /&gt;
revenue, on avait renonc&#233; &#224; une seconde exp&#233;dition plus co&#251;teuse &lt;br class='autobr' /&gt;
et il avait &#233;t&#233; admis sans caution que les beaux seins blancs et &lt;br class='autobr' /&gt;
palpitants n'avaient jamais appartenu &#224; une cr&#233;ature vivante de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esp&#232;ce de celles qui hantent encore nos d&#233;sirs. Elle &#233;tait au-&lt;br class='autobr' /&gt;
del&#224; de nos d&#233;sirs, &#224; la fa&#231;on des flammes et elle &#233;tait en &lt;br class='autobr' /&gt;
quelque sorte le premier jour de la saison f&#233;minine de la flamme, &lt;br class='autobr' /&gt;
un seul (21) mars de neige et de perles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les oiseaux perdent leur forme apr&#232;s leurs couleurs. Ils sont &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;duits &#224; une existence arachn&#233;enne si trompeuse que je jette mes &lt;br class='autobr' /&gt;
gants au loin. Mes gants jaunes &#224; baguettes noires tombent sur une &lt;br class='autobr' /&gt;
plaine domin&#233;e par un clocher fragile. Je croise alors les bras et &lt;br class='autobr' /&gt;
je guette. Je guette les rires qui sortent de la terre et &lt;br class='autobr' /&gt;
fleurissent aussit&#244;t, ombelles. La nuit est venue, pareille &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
saut de carpe &#224; la surface d'une eau violette et les &#233;tranges &lt;br class='autobr' /&gt;
lauriers s'entrelacent au ciel qui descend de la mer. On lie un &lt;br class='autobr' /&gt;
fagot de branches enflamm&#233;es dans le bois et la femme ou la f&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
qui le charge sur ses &#233;paules para&#238;t voler maintenant, alors que &lt;br class='autobr' /&gt;
les &#233;toiles couleur champagne s'immobilisent. La pluie commence &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
tomber, c'est une gr&#226;ce &#233;ternelle et elle comporte les plus &lt;br class='autobr' /&gt;
tendres reflets. Dans une seule goutte il y a le passage d'un pont &lt;br class='autobr' /&gt;
jaune par des roulottes lilas, dans un autre qui la d&#233;passe sont &lt;br class='autobr' /&gt;
une vie l&#233;g&#232;re et des crimes d'auberge. Au sud, dans une anse, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'amour secoue ses cheveux remplis d'ombre et c'est un bateau &lt;br class='autobr' /&gt;
propice qui circule sur les toits. Mais les anneaux d'eau se &lt;br class='autobr' /&gt;
brisent un &#224; un et sur la haute liasse des paysages nocturnes se &lt;br class='autobr' /&gt;
pose l'aurore d'un doigt. La prostitu&#233;e commence son chant plus &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;tourn&#233; qu'un ruisseau frais au pays de l'Aile clou&#233;e mais ce &lt;br class='autobr' /&gt;
n'est malgr&#233; tout qu'absence. Un vrai lis &#233;lev&#233; &#224; la gloire des &lt;br class='autobr' /&gt;
astres d&#233;fait les cuisses de la combustion qui s'&#233;veille et le &lt;br class='autobr' /&gt;
groupe qu'ils forment s'en va &#224; la d&#233;couverte du rivage. Mais &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#226;me de l'autre femme se couvre de plumes blanches qui l'&#233;ventent &lt;br class='autobr' /&gt;
doucement. La v&#233;rit&#233; s'appuie sur les joncs math&#233;matiques de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'infini et tout s'avance &#224; l'ordre de l'aigle en croupe, tandis &lt;br class='autobr' /&gt;
que le g&#233;nie des flottilles v&#233;g&#233;tales frappe dans ses mains et que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'oracle est rendu par des poissons &#233;lectriques fluides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cam&#233;e L&#233;on venait de prendre la parole. Il balan&#231;ait devant moi &lt;br class='autobr' /&gt;
son petit plumeau en me parlant &#224; la quatri&#232;me personne comme il &lt;br class='autobr' /&gt;
sied &#224; un valet de son esp&#232;ce nuageuse. Avec tout l'enjouement &lt;br class='autobr' /&gt;
dont je suis capable je lui objectai successivement le vacarme, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'idiotie parfaite des &#233;tages sup&#233;rieurs et la cage de l'ascenseur &lt;br class='autobr' /&gt;
qui pr&#233;sentait aux nouveaux-venus une grande seiche de lumi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les derniers entrants, une femme et un homme de la navigation &lt;br class='autobr' /&gt;
amoureuse, d&#233;siraient parler &#224; Madame de Rosen. C'est ce que le &lt;br class='autobr' /&gt;
cam&#233;e L&#233;on vint me dire, lorsque la sonnette retentit et que le &lt;br class='autobr' /&gt;
brillantin se mit &#224; glisser. De mon lit je n'apercevais que la &lt;br class='autobr' /&gt;
veilleuse &#233;norme de l'h&#244;tel battant dans la rue comme un coeur ; &lt;br class='autobr' /&gt;
sur l'une des art&#232;res &#233;tait &#233;crit le mot : central, sur un autre &lt;br class='autobr' /&gt;
le mot : froid, - froid de lion, froid de canard ou froid de &lt;br class='autobr' /&gt;
b&#233;b&#233; ? Mais le cam&#233;e L&#233;on frappait de nouveau &#224; ma porte. De son &lt;br class='autobr' /&gt;
gilet aux vibrations d&#233;termin&#233;es jusqu'&#224; la racine de ses &lt;br class='autobr' /&gt;
moustaches le soleil achevait de d&#233;charger ses rondins. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
pronon&#231;ait des paroles imprudentes, voulant absolument m'ennuyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais alors terroris&#233; par la douceur et le contrat de vigilance &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'avaient voulu me faire signer les amours du pied de table. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
grand &#233;pauleur de lumi&#232;res me demandait de lui indiquer la route &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'immortalit&#233;. Je lui rappelai la fameuse s&#233;ance de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'imprimerie, alors que descendant l'escalier de coquillages, &lt;br class='autobr' /&gt;
j'avais pris l'ignorance par la manche comme une vulgaire petite &lt;br class='autobr' /&gt;
dactylo. Si je l'avais &#233;cout&#233;, le cam&#233;e L&#233;on serait all&#233; &#233;veiller &lt;br class='autobr' /&gt;
Madame de Rosen. Il pouvait &#234;tre quatre heures du matin, l'heure &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; le brouillard embrasse les salles &#224; manger &#224; brise-bise orang&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
la temp&#234;te faisait rage &#224; l'int&#233;rieur des maisons. La fin &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
venue avec les voitures de laitiers, tintinnabulante dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
corridors de laurier du jour maussade. &#192; la premi&#232;re alerte, je &lt;br class='autobr' /&gt;
m'&#233;tais r&#233;fugi&#233; dans le cuirassier de pierre, o&#249; personne ne &lt;br class='autobr' /&gt;
pouvait me d&#233;couvrir. Usant de mes derni&#232;res ressources, comme &lt;br class='autobr' /&gt;
lorsqu'on abandonne aux liserons une machine agricole, je fermais &lt;br class='autobr' /&gt;
les yeux pour &#233;pier ou pour expier. Madame de Rosen dormait &lt;br class='autobr' /&gt;
toujours et ses boucles lilas sur l'oreiller, dans la direction de &lt;br class='autobr' /&gt;
Romainville, n'&#233;taient plus que des fum&#233;es de chemin de fer &lt;br class='autobr' /&gt;
lointaines. Le cam&#233;e L&#233;on, il me suffisait de le fasciner pour &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il pr&#238;t les fen&#234;tres b&#233;antes par les ou&#239;es et all&#226;t les vendre &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la cri&#233;e. Le jour n'entrait qu'&#224; peine sous la forme d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
petite fille qui frappe &#224; la porte de votre chambre : vous allez &lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrir et, regardant devant vous, vous vous &#233;tonnez d'abord de ne &lt;br class='autobr' /&gt;
voir personne. Nous serions bient&#244;t, Madame de Rosen et moi, &lt;br class='autobr' /&gt;
prisonniers des plus agr&#233;ables murmures. L&#233;on changeait l'eau des &lt;br class='autobr' /&gt;
magnolias. Cette prunelle qui se dilate lentement &#224; la surface du &lt;br class='autobr' /&gt;
meurtre, prunelle de licorne ou de griffon, m'engageait &#224; me &lt;br class='autobr' /&gt;
passer de ses services. Car je ne devais plus revoir Madame de &lt;br class='autobr' /&gt;
Rosen et le jour m&#234;me, profitant d'une suspension de s&#233;ance pour &lt;br class='autobr' /&gt;
me rafra&#238;chir, - cette nuit-l&#224; grand d&#233;bat &#224; la chambre des &lt;br class='autobr' /&gt;
lords -je brisai sur une marche la t&#234;te du cam&#233;e qui me venait de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'imp&#233;ratrice Julie et qui fit les d&#233;lices de la belle unijambiste &lt;br class='autobr' /&gt;
des boulevards, &#224; l'ombrelle de corbeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre, sous mes pieds, n'est qu'un immense journal d&#233;pli&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois une photographie passe, c'est une curiosit&#233; quelconque et &lt;br class='autobr' /&gt;
des fleurs monte uniform&#233;ment l'odeur, la bonne odeur de l'encre &lt;br class='autobr' /&gt;
d'imprimerie. J'ai entendu dire dans ma jeunesse que l'odeur du &lt;br class='autobr' /&gt;
pain chaud est insupportable aux malades mais je r&#233;p&#232;te que les &lt;br class='autobr' /&gt;
fleurs sentent l'encre d'imprimerie. Les arbres eux-m&#234;mes ne sont &lt;br class='autobr' /&gt;
que des faits-divers plus ou moins int&#233;ressants : un incendiaire &lt;br class='autobr' /&gt;
ici, un d&#233;raillement l&#224;. Quant aux animaux il y a longtemps qu'ils &lt;br class='autobr' /&gt;
se sont retir&#233;s du commerce des hommes ; les femmes &lt;br class='autobr' /&gt;
n'entretiennent plus avec ces derniers que des relations &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;pisodiques, pareilles &#224; ces vitrines de magasin, de grand matin, &lt;br class='autobr' /&gt;
quand le chef &#233;talagiste sort dans la rue pour juger de l'effet &lt;br class='autobr' /&gt;
des vagues de ruban, des glissi&#232;res, des clins d'oeil de &lt;br class='autobr' /&gt;
mannequins enj&#244;leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande partie de ce journal que je parcours &#224; proprement &lt;br class='autobr' /&gt;
parler est consacr&#233;e aux d&#233;placements et vill&#233;giatures, dont la &lt;br class='autobr' /&gt;
rubrique figure en bonne place au haut de la premi&#232;re page. Il y &lt;br class='autobr' /&gt;
est dit, notamment, que je me rendrai demain &#224; Chypre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal pr&#233;sente, au bas de la quatri&#232;me page, une pliure &lt;br class='autobr' /&gt;
singuli&#232;re que je peux caract&#233;riser comme suit : on dirait qu'elle &lt;br class='autobr' /&gt;
a recouvert un objet m&#233;tallique, &#224; en juger par une tache rouill&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
qui pourrait &#234;tre une for&#234;t, et cet objet m&#233;tallique serait une &lt;br class='autobr' /&gt;
arme de forme inconnue, tenant de l'aurore et d'un grand lit &lt;br class='autobr' /&gt;
Empire. L'&#233;crivain qui signe la rubrique de la mode, aux environs &lt;br class='autobr' /&gt;
de la for&#234;t susdite, parle un langage fort obscur dans lequel je &lt;br class='autobr' /&gt;
crois, pourtant, pouvoir d&#233;m&#234;ler que le d&#233;shabill&#233; de la jeune &lt;br class='autobr' /&gt;
mari&#233;e se commandera cette saison &#224; la Compagnie des Perdrix, &lt;br class='autobr' /&gt;
nouveau grand magasin qui vient de s'ouvrir dans le quartier de la &lt;br class='autobr' /&gt;
Glaci&#232;re. L'auteur, qui para&#238;t s'int&#233;resser tout particuli&#232;rement &lt;br class='autobr' /&gt;
au trousseau des jeunes femmes, insiste sur la facult&#233; laiss&#233;e &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
ces derni&#232;res de changer leur linge de corps pour du linge d'&#226;me, &lt;br class='autobr' /&gt;
en cas de divorce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe &#224; la lecture de quelques annonces-r&#233;clame fort bien &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;dig&#233;es celles-ci et dans lesquelles la contradiction joue un &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#244;le vivace : elle a vraiment servi de buvard &#224; bascule dans ce &lt;br class='autobr' /&gt;
bureau de publicit&#233;. La lumi&#232;re, d'ailleurs fort chiche, qui tombe &lt;br class='autobr' /&gt;
sur les caract&#232;res les plus gras, cette lumi&#232;re m&#234;me est chant&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
par de grands po&#232;tes avec un luxe de d&#233;tails qui ne permet plus &lt;br class='autobr' /&gt;
d'en juger autrement que par analogie avec les cheveux blancs, par &lt;br class='autobr' /&gt;
exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi une remarquable vue du ciel, tout &#224; fait &#224; la mani&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
de ces en-t&#234;te de lettres de commerce repr&#233;sentant une fabrique, &lt;br class='autobr' /&gt;
toutes chemin&#233;es fumant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la politique, fort sacrifi&#233;e &#224; ce qu'il me semble, tend &lt;br class='autobr' /&gt;
surtout &#224; r&#233;gler les bons &#233;changes entre hommes de diff&#233;rents &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;taux, au premier rang desquels arrivent les hommes de calcium. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le compte rendu des s&#233;ances &#224; la chambre, simple comme un &lt;br class='autobr' /&gt;
proc&#232;s-verbal de chimie, on s'est montr&#233; plus que partial : c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi que les mouvements d'ailes n'ont pas &#233;t&#233; enregistr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe, puisque les pas qui m'ont conduit &#224; ce rivage d&#233;sol&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
m'entra&#238;neront une autre fois plus loin, plus d&#233;sesp&#233;r&#233;ment loin &lt;br class='autobr' /&gt;
encore ! Il ne me reste plus qu'&#224; fermer les yeux si je ne veux &lt;br class='autobr' /&gt;
pas accorder mon attention, machinale et par suite si d&#233;favorable, &lt;br class='autobr' /&gt;
au Grand &#201;veil de l'Univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les placards resplendissants livraient leur secret, nous &lt;br class='autobr' /&gt;
serions &#224; jamais perdus pour nous-m&#234;mes, chevaliers de cette table &lt;br class='autobr' /&gt;
de marbre blanc &#224; laquelle nous prenons place chaque soir. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
sonore appartement ! Le parquet est une p&#233;dale immense. Les coups &lt;br class='autobr' /&gt;
de foudre bouleversent de temps &#224; autre la splendide argenterie, &lt;br class='autobr' /&gt;
du temps des Incas. On dispose d'une grande vari&#233;t&#233; de crimes &lt;br class='autobr' /&gt;
passionnels, ind&#233;finiment capables d'&#233;mouvoir les Amis de la &lt;br class='autobr' /&gt;
Variante. C'est le nom que nous nous donnons parfois, les yeux &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les yeux, &#224; la fin d'une de ces apr&#232;s-midis o&#249; nous ne &lt;br class='autobr' /&gt;
trouvons plus rien &#224; nous partager. Le nombre de portes d&#233;rob&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
en nous-m&#234;mes nous entretient dans les plus favorables &lt;br class='autobr' /&gt;
dispositions mais l'alerte n'est que rarement donn&#233;e. On joue &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi, &#224; des adresses et &#224; des forces, suivant les cas. Pendant &lt;br class='autobr' /&gt;
que nous dormons, la reine des volont&#233;s, au collier d'&#233;toiles &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;teintes, se m&#234;le de choisir la couleur du temps. Aussi les rares &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tats interm&#233;diaires de la vie prennent-ils une importance sans &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;gale. Voyez-moi ces merveilleux cavaliers. De tr&#232;s loin, de si &lt;br class='autobr' /&gt;
haut, de l&#224; o&#249; l'on n'est pas s&#251;r de revenir, ils lancent le &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux lasso fait de deux bras de femme. Alors les planches &lt;br class='autobr' /&gt;
qui flottaient sur la rivi&#232;re basculent et avec elles les lumi&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
du salon (car le salon central repose tout entier sur une &lt;br class='autobr' /&gt;
rivi&#232;re) ; les meubles sont suspendus au plafond : quand on l&#232;ve &lt;br class='autobr' /&gt;
la t&#234;te on d&#233;couvre les grands parterres qui n'en sont plus et les &lt;br class='autobr' /&gt;
oiseaux tenant comme d'ordinaire leur r&#244;le entre sol et ciel. Les &lt;br class='autobr' /&gt;
parciels se refl&#232;tent l&#233;g&#232;rement dans la rivi&#232;re o&#249; se d&#233;salt&#232;rent &lt;br class='autobr' /&gt;
les oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'entrons gu&#232;re dans cette pi&#232;ce qu'habill&#233;s de scaphandres &lt;br class='autobr' /&gt;
de verre qui nous permettent, au gr&#233; des planches basculantes, de &lt;br class='autobr' /&gt;
nous r&#233;unir, quand il est n&#233;cessaire, au fond de l'eau. C'est l&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
que nous passons les meilleurs moments. On imagine mal le nombre &lt;br class='autobr' /&gt;
de femmes glissant dans ces profondeurs, nos invit&#233;es changeantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles sont, elles aussi, v&#234;tues de verre, naturellement ; &lt;br class='autobr' /&gt;
quelques-unes joignent &#224; cet accoutrement monotone un ou deux &lt;br class='autobr' /&gt;
attributs plus gais : copeaux de bois en garniture de chapeau, &lt;br class='autobr' /&gt;
voilettes de toile d'araign&#233;e, gants et ombrelle tournesol. Le &lt;br class='autobr' /&gt;
vertige les m&#232;ne, elles ne se retournent gu&#232;re sur nous mais nous &lt;br class='autobr' /&gt;
frappons le sol du sabot de notre cheval chaque fois que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
voulons signifier &#224; telle ou telle que nous serions aise de la &lt;br class='autobr' /&gt;
remonter &#224; la surface. De la foul&#233;e s'&#233;chappent alors une nu&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
poissons-volants qui montrent le chemin aux belles imprudentes. Il &lt;br class='autobr' /&gt;
y a une chambre aquatique construite sur le mod&#232;le d'un sous-sol &lt;br class='autobr' /&gt;
de banque, avec ses lits blind&#233;s, ses coiffeuses innovation o&#249; la &lt;br class='autobr' /&gt;
t&#234;te est vue droite, renvers&#233;e, couch&#233;e sur l'horizontale droite &lt;br class='autobr' /&gt;
ou gauche. Il y a une fumerie aquatique, de construction &lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;rement savante, qui est limit&#233;e dans l'eau par des &lt;br class='autobr' /&gt;
ombres chinoises qu'on a trouv&#233; le moyen de projeter sans &#233;cran &lt;br class='autobr' /&gt;
apparent, ombre de mains cueillant en se piquant d'horribles &lt;br class='autobr' /&gt;
fleurs, ombre de b&#234;tes charmantes et redoutables, ombre d'id&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
aussi, sans parler de l'ombre du merveilleux que personne n'a &lt;br class='autobr' /&gt;
jamais vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes les prisonniers de l'orgie m&#233;canique qui se poursuit &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la terre, car nous avons creus&#233; des mines, des souterrains &lt;br class='autobr' /&gt;
par lesquels nous nous introduisons en bande sous les villes que &lt;br class='autobr' /&gt;
nous voulons faire sauter. Nous tenons d&#233;j&#224; la Sicile, la &lt;br class='autobr' /&gt;
Sardaigne. Les secousses qu'enregistrent ces appareils &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;licieusement sensibles, c'est nous qui les provoquons &#224; plaisir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il y a un an, certains d'entre &lt;br class='autobr' /&gt;
nous approchaient de la mer de Cor&#233;e. Les grandes cha&#238;nes &lt;br class='autobr' /&gt;
limitrophes nous obligent seules &#224; quelques d&#233;tours mais le retard &lt;br class='autobr' /&gt;
ne sera pas si grand, malgr&#233; tout. C'est qu'il s'agit de vivre o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
la vie est encore capable de provoquer la convulsion ou la &lt;br class='autobr' /&gt;
conversion g&#233;n&#233;rale sans avoir recours &#224; autre chose qu'&#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
reproduction des ph&#233;nom&#232;nes naturels. L'aurore bor&#233;ale en chambre, &lt;br class='autobr' /&gt;
voil&#224; un pas de fait ; ce n'est pas tout. L'amour sera. Nous &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;duirons l'art &#224; sa plus simple expression qui est l'amour ; nous &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;duirons aussi le travail, &#224; quoi, mon Dieu ? &#192; la musique des &lt;br class='autobr' /&gt;
corrections lentes qui se payent de mort. Nous saluerons les &lt;br class='autobr' /&gt;
naissances, pour voir, avec cet air de circonstance que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
prenons au passage des enterrements. Toutes les naissances. La &lt;br class='autobr' /&gt;
lumi&#232;re suivra ; le jour fera amende honorable, pieds nus, la &lt;br class='autobr' /&gt;
corde des &#233;toiles au cou, en chemise verte. Je vous jure que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
saurons rendre l'injustice sous un roseau invisible, nous les &lt;br class='autobr' /&gt;
derniers rois. Pour l'instant nous amenons &#224; grands frais au fond &lt;br class='autobr' /&gt;
des eaux les machines qui ont cess&#233; de servir, et aussi quelques &lt;br class='autobr' /&gt;
autres qui commen&#231;aient &#224; servir, et c'est un plaisir que de voir &lt;br class='autobr' /&gt;
la vase paralyser voluptueusement ce qui fonctionnait si bien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes les cr&#233;ateurs d'&#233;paves ; il n'est rien dans notre &lt;br class='autobr' /&gt;
esprit qu'on arrivera &#224; renflouer. Nous prenons place au poste de &lt;br class='autobr' /&gt;
commandement aquatique de ces ballons, de ces mauvais navires &lt;br class='autobr' /&gt;
construits sur le principe du levier, du treuil et du plan &lt;br class='autobr' /&gt;
inclin&#233;. Nous actionnons ceci ou cela, pour nous assurer que tout &lt;br class='autobr' /&gt;
est perdu, que cette boussole est enfin contrainte de prononcer le &lt;br class='autobr' /&gt;
mot : Sud, et nous rions sous cape de la grande destruction &lt;br class='autobr' /&gt;
immat&#233;rielle en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour pourtant, nous avons ramen&#233; de nos exp&#233;ditions une bague &lt;br class='autobr' /&gt;
qui sautait de doigt en doigt ; le danger de la bague ne nous &lt;br class='autobr' /&gt;
apparut que longtemps apr&#232;s. La bague nous fit beaucoup de mal, &lt;br class='autobr' /&gt;
avant ce jour o&#249; nous la rejet&#226;mes pr&#233;cipitamment. En l'air elle &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;crivit avant de s'engloutir une aveuglante spirale de feu, d'un &lt;br class='autobr' /&gt;
blanc qui nous br&#251;la. Mais l'ignorance o&#249; nous sommes rest&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
relativement &#224; ses intentions pr&#233;cises nous permet de passer &lt;br class='autobr' /&gt;
outre, je le pense, du moins. Nous ne l'avons, d'ailleurs, jamais &lt;br class='autobr' /&gt;
revue. Cherchons-la encore, si vous voulez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voici dans les corridors du palais, tout le monde dort. Le vert &lt;br class='autobr' /&gt;
de gris et la rouille, est-ce bien la chanson des sir&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la montagne Sainte-Genevi&#232;ve il existe un large abreuvoir o&#249; &lt;br class='autobr' /&gt;
viennent se rafra&#238;chir &#224; la nuit tomb&#233;e tout ce que Paris compte &lt;br class='autobr' /&gt;
encore de b&#234;tes troublantes, de plantes &#224; surprises. Vous le &lt;br class='autobr' /&gt;
croiriez dess&#233;ch&#233; si, en examinant les choses de plus pr&#232;s, vous &lt;br class='autobr' /&gt;
ne voyiez glisser capricieusement sur la pierre un petit filet &lt;br class='autobr' /&gt;
rouge que rien ne peut tarir. Quel sang pr&#233;cieux continue donc &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
couler en cet endroit que les plumes, les duvets, les poils &lt;br class='autobr' /&gt;
blancs, les feuilles d&#233;chlorophyll&#233;es qu'il longe d&#233;tournent de &lt;br class='autobr' /&gt;
son but apparent ? Quelle princesse de sang royal se consacre &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi apr&#232;s sa disparition &#224; l'entretien de ce qu'il y a de plus &lt;br class='autobr' /&gt;
souverainement tendre dans la faune et la flore de ce pays ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle sainte au tablier de roses a fait couler cet extrait divin &lt;br class='autobr' /&gt;
dans les veines de la pierre ? Chaque soir le merveilleux moulage &lt;br class='autobr' /&gt;
plus beau qu'un sein s'ouvre &#224; des l&#232;vres nouvelles et la vertu &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;salt&#233;rante du sang de rose se communique &#224; tout le ciel &lt;br class='autobr' /&gt;
environnant, pendant que sur une borne grelotte un jeune enfant &lt;br class='autobr' /&gt;
qui compte les &#233;toiles ; tout &#224; l'heure il reconduira son troupeau &lt;br class='autobr' /&gt;
aux crins mill&#233;naires, depuis le sagittaire ou fl&#232;che d'eau qui a &lt;br class='autobr' /&gt;
trois mains, l'une pour extraire, l'autre pour caresser, l'autre &lt;br class='autobr' /&gt;
pour ombrager ou pour diriger, depuis le sagittaire de mes jours &lt;br class='autobr' /&gt;
jusqu'au chien d'Alsace qui a un oeil bleu et un oeil jaune, le &lt;br class='autobr' /&gt;
chien des anaglyphes de mes r&#234;ves, le fid&#232;le compagnon des mar&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sale nuit, nuit de fleurs, nuit de r&#226;les, nuit capiteuse, nuit &lt;br class='autobr' /&gt;
sourde dont la main est un cerf-volant abject retenu par des fils &lt;br class='autobr' /&gt;
de tous c&#244;t&#233;s, des fils noirs, des fils honteux ! Campagne d'os &lt;br class='autobr' /&gt;
blancs et rouges, qu'as-tu fait de tes arbres immondes, de ta &lt;br class='autobr' /&gt;
candeur arborescente, de ta fid&#233;lit&#233; qui &#233;tait une bourse aux &lt;br class='autobr' /&gt;
perles serr&#233;es, avec des fleurs, des inscriptions comme ci comme &lt;br class='autobr' /&gt;
&#231;a, des significations &#224; tout prendre ? Et toi, bandit, bandit, ah &lt;br class='autobr' /&gt;
tu me tues, bandit de l'eau qui effeuilles tes couteaux dans mes &lt;br class='autobr' /&gt;
yeux, tu n'as donc piti&#233; de rien, eau rayonnante, eau lustrale que &lt;br class='autobr' /&gt;
je ch&#233;ris ! Mes impr&#233;cations vous poursuivront longtemps comme une &lt;br class='autobr' /&gt;
enfant jolie &#224; faire peur qui agite dans votre direction son balai &lt;br class='autobr' /&gt;
de gen&#234;t. Au bout de chaque branche il y a une &#233;toile et ce n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas assez, non, chicor&#233;e de la Vierge. Je ne veux plus vous voir, &lt;br class='autobr' /&gt;
je veux cribler de petits plombs vos oiseaux qui ne sont m&#234;me plus &lt;br class='autobr' /&gt;
des feuilles, je veux vous chasser de ma porte, coeurs &#224; p&#233;pins, &lt;br class='autobr' /&gt;
cervelles d'amour. Assez de crocodiles l&#224;-bas, assez de dents de &lt;br class='autobr' /&gt;
crocodile sur les cuirasses de guerriers samoura&#239;s, assez de jets &lt;br class='autobr' /&gt;
d'encre enfin, et des ren&#233;gats partout, des ren&#233;gats &#224; manchettes &lt;br class='autobr' /&gt;
pourpres, des ren&#233;gats &#224; oeil de cassis, &#224; cheveux de poule ! &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est fini, je ne cacherai plus ma honte, je ne serai plus calm&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
par rien, par moins que rien. Et si les volants sont grands comme &lt;br class='autobr' /&gt;
des maisons, comment voulez-vous que nous jouions, que nous &lt;br class='autobr' /&gt;
entretenions notre vermine, que nous placions nos mains sur les &lt;br class='autobr' /&gt;
l&#232;vres des coquilles qui parlent sans cesse (ces coquilles, qui &lt;br class='autobr' /&gt;
les fera taire, enfin ?). Plus de souffles, plus de sang, plus &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#226;me mais des mains pour p&#233;trir l'air, pour dorer une seule fois &lt;br class='autobr' /&gt;
le pain de l'air, pour faire claquer la grande gomme des drapeaux &lt;br class='autobr' /&gt;
qui dorment, des mains solaires, enfin, des mains gel&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les parois d'une caisse solidement clou&#233;e, un homme &lt;br class='autobr' /&gt;
passe lentement un bras, puis l'autre, et jamais les deux &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
fois. Puis la caisse d&#233;vale le long des c&#244;tes, le bras n'est plus, &lt;br class='autobr' /&gt;
et l'homme, o&#249; est-il ? O&#249; est l'homme, interrogent les grands &lt;br class='autobr' /&gt;
foulards des ruisseaux ; o&#249; est l'homme, reprennent les bottines &lt;br class='autobr' /&gt;
du soir ? Et la caisse heurte tour &#224; tour les arbres qui lui font &lt;br class='autobr' /&gt;
un grand soleil bleu durant quelques heures, quand un taureau plus &lt;br class='autobr' /&gt;
courageux que les autres, ou un rocher, ne tente pas de la &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;foncer. Une remarque curieuse : sur la paroi de la caisse Haut &lt;br class='autobr' /&gt;
et Bas n'existent pas et l'on m'a affirm&#233; qu'un berger, o&#249; l'on se &lt;br class='autobr' /&gt;
serait attendu &#224; lire Fragile, a lu Paul et Virginie. Oui, Paul et &lt;br class='autobr' /&gt;
Virginie, point et virgule. Tout d'abord je n'en voulais pas &lt;br class='autobr' /&gt;
croire mes oreilles comme une belle chenille traverse la route en &lt;br class='autobr' /&gt;
regardant &#224; gauche et &#224; droite. C'est au premier &#233;tage d'un h&#244;tel &lt;br class='autobr' /&gt;
mis&#233;rable que je retrouvai la caisse &#224; la poursuite de laquelle &lt;br class='autobr' /&gt;
j'&#233;tais parti un jour, n'ayant pour me guider que les cachets &lt;br class='autobr' /&gt;
inimitables qu'imprime l'audace sur les &#233;v&#233;nements auxquels le &lt;br class='autobr' /&gt;
merveilleux est m&#234;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caisse se tenait droite sur sa base dans un angle obscur du &lt;br class='autobr' /&gt;
palier, parmi des cerceaux de fer et des t&#234;tes de harengs. Elle &lt;br class='autobr' /&gt;
paraissait avoir un peu souffert, ce qui est bien naturel, pas &lt;br class='autobr' /&gt;
assez toutefois pour que je ne d&#233;sirasse la ramener &#224; la lumi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Phosphorescente comme elle l'&#233;tait, je ne pouvais songer &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
l'embarquer, les autres bagages eussent appel&#233; &#224; leurs secours les &lt;br class='autobr' /&gt;
mousses et peut-&#234;tre m&#234;me ces sauterelles de mer dont le trajet &lt;br class='autobr' /&gt;
sous l'eau est rigoureusement &#233;gal au trajet dans l'air et dont &lt;br class='autobr' /&gt;
les ailes p&#233;tillent lorsqu'on les prend dans la main. Je chargeai &lt;br class='autobr' /&gt;
Paul et Virginie sur mes &#233;paules. Aussit&#244;t un terrible orage &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;clata. L'int&#233;rieur des placards demeurait seul visible dans les &lt;br class='autobr' /&gt;
maisons : dans les uns il y avait des jeunes filles mortes, dans &lt;br class='autobr' /&gt;
d'autres s'enroulait sur elle-m&#234;me une forme blanche pareille &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
sac deux fois trop haut, dans d'autres encore une lampe de chair, &lt;br class='autobr' /&gt;
mais vraiment de chair, s'allumait. Loin de m'abriter les yeux de &lt;br class='autobr' /&gt;
mon avant-bras j'&#233;tais occup&#233; &#224; nouer de mes l&#232;vres un bouquet de &lt;br class='autobr' /&gt;
serments que deux jours plus tard je voulais trahir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caisse ne contenait que de l'amidon. Paul et Virginie &#233;taient &lt;br class='autobr' /&gt;
deux formes de cristallisation de cette substance, que je ne &lt;br class='autobr' /&gt;
devais plus revoir, l'amour m'ayant repris &#224; cette &#233;poque et &lt;br class='autobr' /&gt;
conduit &#224; d'autres d&#233;bordements que j'aurai plaisir de vous &lt;br class='autobr' /&gt;
conter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place du Porte-Manteau, toutes fen&#234;tres ouvertes ce matin, est &lt;br class='autobr' /&gt;
sillonn&#233;e par les taxis &#224; drapeau vert et les voitures de ma&#238;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
De belles inscriptions en lettres d'argent r&#233;pandent &#224; tous les &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tages les noms des banquiers, des coureurs c&#233;l&#232;bres. Au centre de &lt;br class='autobr' /&gt;
la place, le Porte-Manteau lui-m&#234;me, un rouleau de papier &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
main, semble indiquer &#224; son cheval la route o&#249; jadis ont fonc&#233; les &lt;br class='autobr' /&gt;
oiseaux de paradis apparus un soir sur Paris. Le cheval, dont la &lt;br class='autobr' /&gt;
crini&#232;re blanche tra&#238;ne &#224; terre, se cabre avec toute la majest&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;sirable et dans son ombre ricochent les petites lumi&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
tournantes en d&#233;pit du grand jour. Des f&#251;ts sont &#233;ventr&#233;s sur le &lt;br class='autobr' /&gt;
c&#244;t&#233; gauche de la place ; les ramures des arbres y plongent par &lt;br class='autobr' /&gt;
instants pour se redresser ensuite couvertes de bourgeons de &lt;br class='autobr' /&gt;
cristal et de gu&#234;pes d&#233;mesur&#233;ment longues. Les fen&#234;tres de la &lt;br class='autobr' /&gt;
place ressemblent &#224; des rondelles de citron, tant par leur forme &lt;br class='autobr' /&gt;
circulaire, dite oeil-de-boeuf, que par leurs perp&#233;tuelles &lt;br class='autobr' /&gt;
vaporisations de femmes en d&#233;shabill&#233;. L'une d'elles se penche sur &lt;br class='autobr' /&gt;
la visibilit&#233; des coquilles inf&#233;rieures, les ruines d'un escalier &lt;br class='autobr' /&gt;
qui s'enfonce dans le sol, l'escalier qu'a pris un jour le &lt;br class='autobr' /&gt;
miracle. Elle palpe longuement les parois des r&#234;ves, comme une &lt;br class='autobr' /&gt;
gerbe de feu d'artifice qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus d'un jardin. Dans &lt;br class='autobr' /&gt;
une vitrine, la coque d'un superbe paquebot blanc, dont l'avant, &lt;br class='autobr' /&gt;
gravement endommag&#233;, est en proie &#224; des fourmis d'une esp&#232;ce &lt;br class='autobr' /&gt;
inconnue. Tous les hommes sont en noir mais ils portent l'uniforme &lt;br class='autobr' /&gt;
des gar&#231;ons de recette, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s que la serviette &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
cha&#238;ne traditionnelle est remplac&#233;e par un &#233;cran ou par un miroir &lt;br class='autobr' /&gt;
noir. Sur la place du Porte-Manteau ont lieu des viols et la &lt;br class='autobr' /&gt;
disparition s'y est fait construire une gu&#233;rite &#224; claire voie pour &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journal s'&#233;tait fait une sp&#233;cialit&#233; de la publication des &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;sultats d'op&#233;rations psychiques encore in&#233;dites et sur &lt;br class='autobr' /&gt;
l'opportunit&#233; desquelles les avis diff&#233;raient, d'ailleurs, &lt;br class='autobr' /&gt;
compl&#232;tement. C'est ainsi qu'il s'avisa d'adresser un de ses &lt;br class='autobr' /&gt;
meilleurs reporters au grand ma&#238;tre de la sp&#233;culation meurtri&#232;re, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; seule fin de conna&#238;tre l'opinion de l'illustre praticien sur la &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;forme, depuis longtemps envisag&#233;e, de l'appareil de la mort, &lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;rement en ce qui concerne le cort&#232;ge de la mort &lt;br class='autobr' /&gt;
violente, qu'il n'est pas tr&#232;s moral de ne pouvoir distinguer du &lt;br class='autobr' /&gt;
cort&#232;ge de la mort forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste s'introduisit non sans peine dans le laboratoire du &lt;br class='autobr' /&gt;
savant, gr&#226;ce &#224; ses accointances avec une femme de mauvaise vie &lt;br class='autobr' /&gt;
qui remplissait aupr&#232;s de ce dernier les fonctions de lectrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il passa pr&#232;s d'un jour, cach&#233; dans une meule d'avoine qui &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;robait &#224; tous les yeux une machine &#224; torturer dernier mod&#232;le et &lt;br class='autobr' /&gt;
il put, la nuit venue, visiter les appartements du ma&#238;tre sans &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;ranger aucun des patients s&#233;v&#232;rement &#233;tendus sur des plaques de &lt;br class='autobr' /&gt;
verre &#233;pousant les courbures de leur corps. L'un de ceux qui &lt;br class='autobr' /&gt;
retinrent son attention fut une femme en proie &#224; un amour partag&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
et sur laquelle le professeur T tentait une d&#233;personnalisation &lt;br class='autobr' /&gt;
progressive, dont il attendait des r&#233;sultats prodigieux. C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi que chaque matin on remettait &#224; cette femme une lettre &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;manant soi-disant de son bien-aim&#233; et qui &#233;tait le plus bel &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;chantillon qu'on put imaginer de toutes les figures de pens&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
dont de nouvelles vari&#233;t&#233;s, particuli&#232;rement v&#233;n&#233;neuses, venaient &lt;br class='autobr' /&gt;
d'&#234;tre acclimat&#233;es. D'un m&#233;lange adroit de mensonges insignifiants &lt;br class='autobr' /&gt;
et de ces fleurs rares, l'exp&#233;rimentateur attendait un effet si &lt;br class='autobr' /&gt;
nocif qu'autant dire que le sujet &#233;tait condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre malade, d'une quinzaine d'ann&#233;es, &#233;tait soumis au &lt;br class='autobr' /&gt;
traitement par les images, qui se d&#233;composait comme suit : &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
chaque &#233;veil, s&#233;ance dite de compensation, au cours de laquelle &lt;br class='autobr' /&gt;
l'enfant &#233;tait autoris&#233; &#224; faire valoir ses droits de la nuit, dans &lt;br class='autobr' /&gt;
la limite du possible bien entendu, mais ce domaine &#233;tait &#233;tendu &lt;br class='autobr' /&gt;
par tous les moyens, en passant par les supercheries les plus &lt;br class='autobr' /&gt;
grossi&#232;res. On obtenait ainsi un &#233;tat d'&#233;motivit&#233; extr&#234;mement &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;cieux, propre au d&#233;couragement brusque qui permettait de passer &lt;br class='autobr' /&gt;
au temps suivant, d&#232;s que par exemple on apportait au demandeur &lt;br class='autobr' /&gt;
des sangsues en guise du verre d'eau dont il d&#233;clarait avoir &lt;br class='autobr' /&gt;
besoin. Au second temps il s'agissait d'enseigner directement par &lt;br class='autobr' /&gt;
images aussi bien la cosmographie que la chimie, que la musique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Force &#233;tait, &#233;videmment, pour inculquer quelques notions de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
sciences, de s'en tenir aux g&#233;n&#233;ralit&#233;s. C'est ainsi, par exemple, &lt;br class='autobr' /&gt;
que le tableau noir qui devait servir aux d&#233;monstrations &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
figur&#233; par un jeune pr&#234;tre tr&#232;s &#233;l&#233;gant qui c&#233;l&#233;brait, je suppose, &lt;br class='autobr' /&gt;
la loi de la chute du corps &#224; la fa&#231;on d'un office. Une autre fois &lt;br class='autobr' /&gt;
des th&#233;ories de jeunes filles &#224; peu pr&#232;s nues d&#233;veloppaient &lt;br class='autobr' /&gt;
rythmiquement la morale. L'enfant tr&#232;s dou&#233; qui servait &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
magnifique preuve voulue par le professeur T, priv&#233; de la sorte de &lt;br class='autobr' /&gt;
toute possibilit&#233; d'abstraction mais non de volont&#233; d'abstraction, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;tait incapable d'&#233;prouver les plus &#233;l&#233;mentaires d&#233;sirs : il &#233;tait &lt;br class='autobr' /&gt;
perp&#233;tuellement ramen&#233; &#224; la source de ses id&#233;es par les images &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;mes, vou&#233;es chacune &#224; sa mortelle possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur T devait exposer son syst&#232;me le lendemain, dans une &lt;br class='autobr' /&gt;
salle compl&#232;tement vide au plafond constitu&#233; par une unique glace &lt;br class='autobr' /&gt;
plane mais le reporter imagina, durant la nuit, de diviser celle-&lt;br class='autobr' /&gt;
ci en deux parties &#233;gales qu'il disposa en forme de toit au-dessus &lt;br class='autobr' /&gt;
de la salle de conf&#233;rences, apr&#232;s quoi il se maquilla &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
ressemblance parfaite du savant et fit son entr&#233;e en m&#234;me temps &lt;br class='autobr' /&gt;
que lui. Il s'assit lentement &#224; son c&#244;t&#233; et, favoris&#233; d'un rayon &lt;br class='autobr' /&gt;
de soleil, r&#233;ussit sans mot dire &#224; persuader le redoutable &lt;br class='autobr' /&gt;
inquisiteur que les saltimbanques du feu solaire, si familiers au &lt;br class='autobr' /&gt;
jeune gar&#231;on de l'amphith&#233;&#226;tre, s'amusaient &#224; le d&#233;doubler en son &lt;br class='autobr' /&gt;
personnage agissant et en son personnage passif, ce qui lui rendit &lt;br class='autobr' /&gt;
ce dernier tr&#232;s sympathique et lui permit de prendre quelques &lt;br class='autobr' /&gt;
libert&#233;s avec le reporter. Malheureusement il n'en resta pas l&#224; et &lt;br class='autobr' /&gt;
comme ce dernier esquissait un faible mouvement, &#224; la suite d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
privaut&#233; inadmissible dont il venait d'&#234;tre l'objet, le savant se &lt;br class='autobr' /&gt;
jeta brusquement sur lui et le fit entrer dans un bain de pl&#226;tre, &lt;br class='autobr' /&gt;
o&#249; il l'immergea en s'effor&#231;ant de le consolider dans la &lt;br class='autobr' /&gt;
magistrale attitude de Marat mort, mais d'un Marat poignard&#233; par &lt;br class='autobr' /&gt;
la Curiosit&#233; Scientifique, dont il fit dresser pr&#232;s de lui la &lt;br class='autobr' /&gt;
statue all&#233;gorique et mena&#231;ante. L'enqu&#234;te ne fut point poursuivie &lt;br class='autobr' /&gt;
et le journal qui l'avait men&#233;e contribua plus tard &#224; allumer &lt;br class='autobr' /&gt;
l'incendie du progr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ca&#239;n (Klaus Mann), qu'as-tu fait de ton fr&#232;re Abel (Ren&#233; Crevel) ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6583</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article6583</guid>
		<dc:date>2021-12-12T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>
		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ca&#239;n &lt;br class='autobr' /&gt;
Abel &lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrits de Ren&#233; Crevel &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le tournant &#187; de Klaus Mann : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'heure est grave. Je me sens grave. Je veux &#233;crire un livre grave, un livre honn&#234;te. Un roman peut-il &#234;tre tout &#224; fait grave, tout &#224; fait honn&#234;te ? Peut-&#234;tre. Mais ce n'est pas ce que je veux &#233;crire, pas maintenant, pas en ce moment. Je suis fatigu&#233; de tous les clich&#233;s, de tous les trucs litt&#233;raires. Je suis fatigu&#233; de tous les masques, de tous les arts du d&#233;guisement. Est-ce de l'art lui-m&#234;me que je suis fatigu&#233; ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ca&#239;n&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/41ujRstirkL.jpg' width=&#034;309&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Abel&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16340 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/index-117.jpg' width=&#034;224&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Ren%C3%A9_Crevel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ecrits de Ren&#233; Crevel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/le-tournant-2.jpg' width=&#034;292&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; Le tournant &#187; de Klaus Mann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'heure est grave. Je me sens grave. Je veux &#233;crire un livre grave, un livre honn&#234;te. Un roman peut-il &#234;tre tout &#224; fait grave, tout &#224; fait honn&#234;te ? Peut-&#234;tre. Mais ce n'est pas ce que je veux &#233;crire, pas maintenant, pas en ce moment. Je suis fatigu&#233; de tous les clich&#233;s, de tous les trucs litt&#233;raires. Je suis fatigu&#233; de tous les masques, de tous les arts du d&#233;guisement. Est-ce de l'art lui-m&#234;me que je suis fatigu&#233; ? Je ne veux plus mentir. Je ne veux plus jouer. Je veux me confesser. L'heure la plus grave ; c'est l'heure de la confession. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dirons plut&#244;t qu'avec ce texte, ce sera l'heure de l'aveu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/51tQ2q_Rt1L-_SX210_.jpg' width=&#034;210&#034; height=&#034;337&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ca&#239;n (Klaus Mann), qu'as-tu fait de ton fr&#232;re Abel (Ren&#233; Crevel) ?
&lt;p&gt;ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai antifascisme ne peut pas &#234;tre stalinien&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann est consid&#233;r&#233; par les commentateurs comme un grand &#233;crivain (une grandeur un peu &#233;clips&#233;e par celle de son p&#232;re Thomas Mann ou de son oncle Heinrich Mann) et un grand d&#233;mocrate antifasciste, qui n'a pactis&#233; que du bout des l&#232;vres avec le stalinisme, mais seulement par antifascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erreur compl&#232;te ! Klaus Mann &#233;tait un agent de Staline au sein du milieu intellectuel occidental. Et un agent tr&#232;s actif ! En particulier dans son combat contre le trotskisme. Il a &#233;t&#233; jusqu'&#224; justifier les proc&#232;s de Moscou, affirmant que sans eux, la Russie n'aurait pas pu combattre Hitler !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;pisodes les plus significatifs est la fin de sa relation personnelle (homosexuelle) avec Ren&#233; Crevel (par le pr&#233;tendu suicide de ce dernier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il est le compagnon de Ren&#233; Crevel jusqu'&#224; sa mort, Klaus Mann ne tarit pas de critiques vis-&#224;-vis de Ren&#233;, lui reprochant d'avoir choisi le camp du trotskiste Andr&#233; Breton. Pour ne pas relier le d&#233;c&#232;s de Ren&#233; Crevel avec la critique virulente de ce dernier contre le congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes qui vient de refuser la veille d'entendre les surr&#233;alistes au congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes, Klaus Mann d&#233;veloppe la th&#232;se que Breton a pourri la t&#234;te de Crevel, qu'il lui a fait assumer des th&#232;ses qu'il ne pouvait pas d&#233;fendre, et assure, en plus, qu'il d&#233;lirait par parano&#239;a contre sa m&#232;re. Des propos tr&#232;s acides contre un compagnon qui vient de vous quitter par le suicide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il est de notori&#233;t&#233; publique que Crevel &#233;tait tr&#232;s impliqu&#233; dans le congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes &#224; Paris en 1935 et qu'il a milit&#233; pour que les surr&#233;alistes y soient invit&#233;s, qu'il est mort quelques heures apr&#232;s avoir appris qu'ils ne le seraient pas et affirm&#233; qu'il m&#232;nerait un combat public pour d&#233;noncer le stalinisme, cause de ce refus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un suicide sans lettre d'explication serait une dr&#244;le de mani&#232;re de mener le combat contre le stalinisme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline accordait une importance consid&#233;rable &#224; ce congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes, dont les partis communistes &#233;taient les principaux organisateur et l'alliance des d&#233;mocraties avec Moscou l'objectif affich&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an avant, en 1934, la r&#233;ception de Moscou, &#224; laquelle Klaus Mann a &#233;t&#233; invit&#233;, en a pleinement fait la d&#233;monstration. En effet, il ne s'agissait pas seulement d'un congr&#232;s d'&#233;crivains antifascistes au pays du stalinisme triomphant mais d'un congr&#232;s des &#233;crivains sovi&#233;tiques et Klaus Mann s'est estim&#233; tout &#224; fait &#224; sa place alors que peu d'&#233;crivains occidentaux &#233;taient invit&#233;s ! Et Staline l'a trouv&#233; parfaitement &#224; sa place dans ce congr&#232;s dont Klaus Mann lui-m&#234;me souligne l'accueil de grand luxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore, il faut lire les Notes sur la visite &#224; Moscou de Klaus Mann ou ses commentaires beaucoup plus tard, notamment dans &#171; Le tournant &#187;. Nous les citons et ils le m&#233;ritent car on peut difficilement courber autant l'&#233;chine devant la bureaucratie stalinienne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, Klaus Mann, qui parle de Ren&#233; Crevel plus que de tout autre dans son &#233;crit autobiographique &#171; Le tournant &#187;, ne dit rien sur l'affrontement men&#233; par Crevel contre les staliniens &#224; propos du congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes : pas un mot sur la participation refus&#233;e des surr&#233;alistes, sur le combat de Crevel sur ce point, sur leurs &#233;changes &#224; ce sujet et sur la rupture de Crevel avec les staliniens qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un mot non plus sur les derniers jours et les derni&#232;res heures de Crevel. Pourtant, Klaus Mann pourrait &#234;tre l'un des derniers &#224; l'avoir vu, &#224; lui avoir parl&#233;. Et de quoi ? Il ne le dit pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cause. Il s'est construit un alibi avec des t&#233;moins. Il d&#233;veloppe celui-ci dans &#171; Le tournant &#187;. Nous le citerons et nous verrons qu'il est passablement embrouill&#233; et facile &#224; d&#233;masquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce roman autobiographique (toujours &#171; Le tournant &#187;, &#233;crit peu avant sa propre mort), qui, disons-le une fois encore, tourne tout autour de la mort de Ren&#233; Crevel, il se contente d'expliquer que, si Crevel n'avait pas suivi le trotskiste Andr&#233; Breton, il ne serait pas mort&#8230; Sans nous dire en quel sens il entend cela ! Ce n'est pas le seul &#224; balancer cette accusation puisque les staliniens, d&#232;s le lendemain de la mort de Crevel et dans le congr&#232;s des &#233;crivains, ont diffus&#233; la m&#234;me th&#232;se de la responsabilit&#233; pr&#233;tendue de Breton. En somme, celui que Crevel d&#233;fendait &#224; corps et &#224; cri jusqu'&#224; la veille de sa mort est accus&#233; par eux de cette mort ! Peu cr&#233;dible bien s&#251;r mais quel meilleur moyen de d&#233;tourner les risques de l'accusation inverse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui peut bien nous faire croire que Klaus Mann serait un crypto-stalinien ou encore ce que l'on a appel&#233; un &#171; compagnon de route &#187; du stalinisme ? Eh bien, tout d'abord, le caract&#232;re peu convaincant des arguments qu'il donne pour prouver qu'il ne l'est pas. Il dit en gros (nous donnons plus loin des citations en ce sens dans &#171; Le tournant &#187;) qu'il est plut&#244;t bourgeois, plut&#244;t anticommuniste et antimarxiste comme anti-anarchiste, pas r&#233;volutionnaire du tout en somme, et il affirme que, lorsqu'il a &#233;t&#233; accus&#233; d'&#234;tre un prostalinien cach&#233;, et il reconnait, dans ce texte, l'avoir &#233;t&#233;, il a protest&#233; sans obtenir de rectificatif des auteurs de ce type d'accusation. Mais il se garde de dire sur quoi ces accusations &#233;taient fond&#233;es et comme personne n'en dispose plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cela ne peut suffire comme preuve &#224; charge. On peut imaginer que, comme &#233;crivain antifasciste, il souhaite seulement s'allier avec quiconque combat le nazisme et qu'il estime que Staline est naturellement un ennemi d'Hitler. Les ennemis de mes ennemis ne sont pas n&#233;cessairement mes amis, mais de simples alli&#233;s de circonstance, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que des &#233;crivains pas du tout communistes, tr&#232;s bourgeois, pas r&#233;volutionnaires pour deux sous, ont point&#233; au gu&#233;p&#233;ou, y avaient leur carte, ont agi &#224; son service et ont re&#231;u de l'argent de cette source. Et d'autres ont obtenu des contrats int&#233;ressants des firmes d'&#233;dition staliniennes pour avoir accept&#233; d'&#234;tre des &#171; compagnons de route &#187; du pr&#233;tendu &#171; communisme &#187;, en fait de sa caricature sanglante, le stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas aussi que l'antifascisme de Klaus Mann ne suffit pas &#224; expliquer tous les positionnements politiques de Klaus Mann. Car il y a toute la phase de l'alliance entre Moscou et Berlin, entre Staline et Hitler, phase, au minimum, dans laquelle un antifasciste aussi d&#233;termin&#233; que le serait apparemment Klaus Mann devait &#234;tre violemment hostile &#224; Staline, transform&#233; d'un coup de baguette magique d'anti-Hitler de base en pro-Hitler de fond !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ? Quelle a pu &#234;tre la position de Klaus Mann dans une telle situation ? D&#233;nonce-t-il la volte-face de Staline ? R&#233;prouve-t-il son soutien et sa participation &#224; l'envahissement nazi de la Pologne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est NON !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il accuse le camp des &#171; d&#233;mocraties &#187; d'avoir contraint Staline &#224; s'allier avec Hitler, tout en le regrettant bien s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rend &#171; les d&#233;mocraties &#187; responsables de ce revirement de Staline en affirmant qu'en est cause le refus des d&#233;mocraties d'une alliance durable avec Staline contre Hitler. Il dit qu'il comprend la position de Staline et qu'elle se comprend politiquement et m&#234;me psychologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part les staliniens reconnus et les crypto-staliniens, aucun &#233;crivain n'a pris une telle position &#224; l'&#233;poque et nombre de staliniens de l'&#233;poque ont alors cess&#233; de soutenir Staline, alors alli&#233; d'Hitler et lui ayant permis de lancer la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas Klaus Mann. Il regrette l'alliance mais n'y voit nullement une raison de retirer son soutien au projet d'alliance des d&#233;mocraties et du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bien que, des ann&#233;es apr&#232;s, en 1949 dans &#171; Le tournant &#187;, il affirme toujours qu'il a eu la position juste : Staline ne devrait pas &#234;tre accus&#233; du pacte germano-sovi&#233;tique, et que ce sont les d&#233;mocraties qui en sont responsables ! On lira dans la suite dans quels termes il dit cela et c'est &#233;difiant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, nous dira-t-on peut-&#234;tre, il milite avant et apr&#232;s le pacte germano-sovi&#233;tique, pour une alliance militaire russo-am&#233;ricaine et pour une guerre contre Hitler. Oui, mais tous les militants staliniens font de m&#234;me car ce sont les ordres de Moscou. Tous sont de tr&#232;s bons soutiens des imp&#233;rialismes anglais et am&#233;ricain, m&#234;me s'ils sont militants du parti communiste ou sont au gu&#233;p&#233;ou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, durant l'alliance entre stalinisme et nazisme, il cesse ce type d'activisme. Il pr&#233;tendra plus tard que c'est parce qu'il &#233;tait constern&#233; par le pacte germano-sovi&#233;tique, mais pas si constern&#233; que cela puisqu'il le trouvait tout &#224; fait logique et m&#234;me juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne trouvez pas tout cela plus que bizarre de la part de quelqu'un qui affirme que l'anti-nazisme est le seul fil conducteur permanent de sa vie &#224; partir des ann&#233;es trente ?!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme est tr&#232;s bizarre de la part d'un &#233;crivain qui serait un d&#233;mocrate seulement alli&#233; &#224; Staline par haine du nazisme d'avoir d&#233;fendu en d&#233;tails les positions de Staline sur l'alliance provisoire entre d&#233;mocraties occidentales et Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant aussi que Crevel aurait succomb&#233;, victime du trotskiste Andr&#233; Breton, Klaus Mann commet un aveu clair et net de stalinisme. Ce sont les staliniens qui ont diffus&#233;, d&#232;s l'annonce de sa mort, ce bobard pour se couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la veille du congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes, Crevel n'a cess&#233; de d&#233;fendre Breton avec becs et ongles et ce serait &#224; cause de Breton qu'il serait mort ? Par contre, le stalinisme comptait largement sur le congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes pour lancer son front unique en direction des d&#233;mocraties capitalistes et Crevel, co-organisateur du congr&#232;s, en d&#233;non&#231;ant de la tribune du congr&#232;s l'arrestation de Victor Serge, comme il avait annonc&#233; publiquement compter le faire aux c&#244;t&#233;s de Breton, lan&#231;ait un pav&#233; dans la mare des man&#339;uvres staliniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, Crevel n'est pas un militant politique aussi engag&#233; et conscient que Breton mais il commence &#224; s'engager clairement en politique face au nazisme et au stalinisme. Ses prises de position sont claires, m&#234;me s'il a gard&#233; des amiti&#233;s personnelles nombreuses au parti communiste fran&#231;ais devenu parti stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces anciennes amiti&#233;s staliniennes qui vont sans doute ouvrir la porte &#224; ceux qui ont pu l'&#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on connait la th&#232;se que ceux-ci ont diffus&#233;, apr&#232;s avoir dit que c'est Breton qui &#233;tait responsable de sa mort ainsi que les surr&#233;alistes : ils ont pr&#233;tendu qu'il avait trop pris &#224; c&#339;ur la d&#233;fense de la participation de Breton au congr&#232;s et &#233;tait s&#233;v&#232;rement d&#233;&#231;u de l'&#233;chec et que cela venait en m&#234;me temps (le m&#234;me jour) qu'une rechute de sa maladie pulmonaire. Quel hasard ! Et que les deux avaient men&#233; &#224; son suicide. La ficelle est assez grosse pour passer pour vraie. Sauf que Crevel, la veille, menait le combat et n'avait pas l'intention de s'en tenir l&#224; ni de se laisser &#233;vincer d'un congr&#232;s qu'il avait coorganis&#233; et copr&#233;sid&#233; et qu'il comptait faire du foin publiquement. Cela ne colle pas du tout avec le po&#232;te d&#233;sesp&#233;r&#233; qui n'a plus rien &#224; attendre de la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cynique, d&#233;pensier, toujours &#224; court d'argent, viveur et noceur, &#224; la recherche de drogues, d'alcool et d'amants, Klaus Mann &#233;tait une proie facile pour les recruteurs du gu&#233;p&#233;ou qui recherchaient des cautions &#171; culturelles &#187; et d&#233;mocratiques bourgeoises parmi les intellectuels europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre &#233;difi&#233; sur la part prise par Klaus Mann dans l'&#233;limination de Crevel qui g&#234;nait les plans de Staline pour cautionner sa politique de mainmise sur la gauche et de politique de front populaire, il faut surtout lire Klaus Mann lui-m&#234;me dans &#171; Le tournant &#187;, dont voici quelques extraits. Nos citations suivent l'ordre de succession de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons en effet que Klaus Mann n'a rien d'un communiste, rien d'un r&#233;volutionnaire, rien d'un marxiste, rien d'un sovi&#233;tique, rien d'un militant. S'il est officiellement l'un des rares invit&#233;s au congr&#232;s des &#233;crivains sovi&#233;tiques de 1934 &#224; Moscou, alors que tous les autres invit&#233;s sont soit des communistes staliniens, soit des crypto staliniens, c'est qu'il est un plumitif petit-bourgeois appoint&#233; pour des t&#226;ches politico-culturelles par le gu&#233;p&#233;ou. Cela prouve seulement qu'&#234;tre non-communiste et m&#234;me anticommuniste &#233;tait plut&#244;t une garantie qu'une g&#232;ne dans &#171; ce travail &#187; de sape stalinienne des r&#233;volutionnaires trotskistes aupr&#232;s des milieux intellectuels. Qu'un anticommuniste aussi affich&#233; soit invit&#233; au congr&#232;s des &#233;crivains sovi&#233;tiques &#224; Moscou est, paradoxalement, une preuve certaine de crypto-stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann a v&#233;cu une r&#233;volution communiste de son vivant, celle de Munich en 1919 et on va voir qu'il ne la d&#233;crit pas avec sympathie. On ne peut lui reprocher de ne pas l'avoir comprise &#224; l'&#233;poque, car il &#233;tait tr&#232;s jeune. Mais ce que nous rapportons n'est pas &#233;crit en 1919 mais en 1949 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le f&#233;brile interm&#232;de de la dictature communiste en Bavi&#232;re fut une cons&#233;quence directe du meurtre d'Eisner. Dans mon souvenir cette &#233;ph&#233;m&#232;re &#171; R&#233;publique des conseils &#187; devient une farce d&#233;sordonn&#233;e. Un tohu-bohu tapageur et voyant d'affiches criardes, de pierres qu'on jette, de gens qui se rassemblent, de tribunes improvis&#233;es, de drapeaux rouges et de camions d&#233;couverts, pleins de cr&#226;nes personnages avec des brassards rouges. La chose tout enti&#232;re avait un arri&#232;re-go&#251;t de sauvage &#171; rigolade &#187; (pour employer une expression munichoise, qui semble ici particuli&#232;rement bien venue), quelque chose de pas s&#233;rieux, de carnavalesque. Certes, ce carnaval excessif n'allait pas tout &#224; fait sans terreur ; tous les bourgeois respectables tomb&#232;rent dans un &#233;tat de panique hyst&#233;rique. On se racontait d'horribles histoires de banques pill&#233;es, de femmes viol&#233;es et d'enfants maltrait&#233;s&#8230; Nos voisins &#233;taient encore tous, sans exception, en parfaite sant&#233; malgr&#233; la fa&#231;on abominable dont ils avaient &#233;t&#233; trait&#233;s par les spartakistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;crit Klaus Mann sur Ren&#233; Crevel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce fut pendant ce beau, ce riche printemps, que je rencontrai le jeune po&#232;te fran&#231;ais Ren&#233; Crevel&#8230; Son charme foudroyant &#8211; il &#233;tait peut-&#234;tre, en effet, l'homme le plus dot&#233; de charme que j'aie jamais connu &#8211; comportait un &#233;l&#233;ment tragique et sauvage, une sorte d'emportement d&#233;sesp&#233;r&#233;, qui venait du c&#339;ur m&#234;me de son &#234;tre et se communiquait &#224; tous ses gestes, ses paroles et ses regards. Ses yeux &#233;taient quelque chose d'indescriptible &#8211; de vastes &#233;toiles emplies de lumi&#232;re, &#233;largies comme par une panique constante ou par un ravissement sans fin. De tels yeux ne se rencontrent plus gu&#232;re &#224; notre &#233;poque r&#233;tr&#233;cie&#8230; Il &#233;tait amical et g&#233;n&#233;reux, mais il pouvait aussi devenir agressif et m&#234;me cruel. Son int&#233;grit&#233; fanatique se r&#233;voltait contre tout ce qui &#233;tait bas et vulgaire&#8230; J'&#233;tais parfois troubl&#233; et m&#234;me horrifi&#233; par la rigueur de ses jugements, la v&#233;h&#233;mence de ses r&#233;actions&#8230; Comme ils sont pr&#233;sents &#224; ma m&#233;moire, les apr&#232;s-midi et les longues soir&#233;es que nous avons pass&#233;es ensemble ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a compris que Klaus est tomb&#233; amoureux de Ren&#233; et inversement. Ils &#233;taient homosexuels tous les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le roman dont il me lisait des passages en ce temps-l&#224; s'appelle &#171; La mort difficile &#187;&#8230; Ainsi, sa mort germait en lui, sa mort difficile. Elle grandissait au plus intime de son &#234;tre organique et psychique, semblable &#224; un fruit mortel qui veut m&#251;rir, et quand il sera m&#251;r et tendre, il s'ouvrira, pour submerger et an&#233;antir, du flot de sa s&#232;ve couleur pourpre, le c&#339;ur fragile qui l'a nourri. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en vient vite &#224; d&#233;noncer l'influence d'Andr&#233; Breton, le chef de file du surr&#233;alisme en France et aussi le militant communiste pass&#233; au trotskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Etait-ce bon pour Ren&#233;, que d'accepter avec tant de z&#232;le et de ferveur l'influence de Breton, de s'y soumettre si totalement ? Si on l'aimait &#8211; et je l'aimais &#8211; on ne pouvait que s'en inqui&#233;ter pour lui. Le surr&#233;alisme, en tant que doctrine esth&#233;tique et psychologique, et les surr&#233;alistes, en tant que confr&#233;rie de conjur&#233;s belliqueux (Note : on remarquera toute la haine pour les surr&#233;alistes, alors que Klaus Mann parvient &#224; dire un mot gentil de quasiment tous les auteurs auxquels il fait allusion !), avaient assur&#233;ment bien des choses &#224; offrir : de l'esprit, une inspiration, les attraits d'un art encore nouveau, un jargon lyrique et pseudo-scientifique qui n'avait jusque-l&#224; jamais exist&#233; sous cette forme, avec des accents aussi provocants. Le marquis de Sade et l'Apocalypse, Marx et Rimbaud, L&#233;nine et Freud, la parano&#239;a et le champ de foire, - qui jette dans la m&#234;me marmite des ingr&#233;dients aussi incompatibles et les m&#233;lange pour en faire un cocktail aura bien certainement une mixture assez piquante &#224; vous servir. L'effet du breuvage sera peut-&#234;tre stimulant. Mais pourra-t-il apaiser la soif d'un gar&#231;on &#224; la jeunesse inqui&#232;te, profond&#233;ment troubl&#233;e, et qui s'efforce avec ferveur, d'accomplir sa t&#226;che ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon ami Ren&#233; Crevel, &#224; la recherche d'un chemin, s'en remettrait, pour le guider, &#224; un esprit de farfadet, paradoxal, insolent et despotique. Ce jeune &#234;tre aux dons merveilleux, perdu dans notre &#233;poque stupidement vulgaire, &#233;trang&#232;re et hostile &#224; la jeunesse et &#224; l'esprit, se sentait si isol&#233;, si d&#233;sempar&#233; et si tourment&#233;, qu'il lui fallait se raccrocher &#224; n'importe quel programme, &#224; n'importe quel dogme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : curieusement, quand Crevel &#233;tait attach&#233; au mouvement communiste, Klaus Mann n'en dit rien, ne dit pas que c'&#233;tait n'importe quel programme, quand il militait pour les &#233;crivains antifascistes, il ne critique pas Crevel, ne le dit pas isol&#233;, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec Breton et le mouvement surr&#233;aliste que Crevel avait adh&#233;r&#233; au parti communiste. C'est avec lui et le mouvement surr&#233;aliste qu'il a choisi le trotskisme. Klaus Mann, en ne d&#233;non&#231;ant que le mouvement surr&#233;aliste (et derri&#232;re lui le trotskisme comme on le verra plus loin) et pas le mouvement communiste devenu stalinien. C'est m&#234;me en soutien au mouvement stalinien que Klaus Mann d&#233;nonce le parti pris pro-Breton (et pro-Trotsky).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons les citations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais n'&#233;tait-ce pas un programme confus et nihiliste, une farce d'&#233;tudiants qui s'&#233;tait fig&#233;e en dogme ? Les iconoclastes surr&#233;alistes, sous l'amusant petit drapeau desquels il s'enr&#244;la, avaient-ils une id&#233;e claire de leur direction et de leur but ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : n'oublions pas que celui qui &#233;crit ne cesse de dire dans le m&#234;me ouvrage qu'il n'a aucune id&#233;e claire de sa direction et de ses buts. Au nom de qui &#233;crit-il ainsi, sinon des gens qui pr&#233;tendent avoir &#171; une id&#233;e claire de leur direction et de leur but &#187; &#224; savoir le courant stalinien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; Klaus Mann dans &#171; Le tournant &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ils se divertissaient &#224; ridiculiser, comme des gamins, les normes de l'&#233;thique et de l'esth&#233;tique des &#233;poques r&#233;volues. Au diable la morale chr&#233;tienne, celle du Si&#232;cle des Lumi&#232;res, celle de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Foin du culte ennuyeux de la beaut&#233;, c&#233;l&#233;br&#233; par l'Antiquit&#233; et la Renaissance ! A la poubelle, la V&#233;nus de Milo ! A sa place, nous adorons &#224; pr&#233;sent une nouvelle d&#233;esse, une V&#233;nus &#224; queue de poisson, avec des yeux remplis de poux, et un piano en guise de poitrine. Et c'est ainsi que l'on a jet&#233; par-dessus bord, dans une grande envol&#233;e r&#233;volutionnaire, tous les clich&#233;s du pass&#233;, pour tomber finalement dans un nouveau clich&#233; qui ne se distingue des premiers que par sa laideur&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas de la critique litt&#233;raire, cette fois, c'est de la haine pure. Comme Klaus Mann n'est pas accoutum&#233; en mati&#232;re de critique litt&#233;raire, ce qui est finalement sa sp&#233;cialit&#233; plus encore que le roman et le th&#233;&#226;tre, &#224; agonir d'injures les gens qu'ils critique, on voit que c'est un traitement particulier r&#233;serv&#233; aux artistes qui ont voulu se ranger dans le camp du trotskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; Klaus Mann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pauvre Ren&#233; ! Esp&#233;rait-il donc &#234;tre guid&#233;, r&#233;confort&#233;, par des anarchistes qui se laissaient si facilement duper par une orthodoxie nouvelle, par des briseurs d'images qui recommen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; tomber &#224; genoux devant de nouvelles idoles ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : Klaus Mann ne pr&#233;cisant pas de quelle nouvelle idole il s'agit, on comprend que c'est &#224; l'idole des surr&#233;alistes que Klaus Mann en a et elle a un nom m&#234;me s'il se garde de citer ce nom, &#224; savoir L&#233;on Trotsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revient maintenant &#224; ce pauvre imb&#233;cile de Ren&#233; men&#233; par le bout du nez par des cr&#233;tins, tellement idiot et fou qu'il avait &#233;t&#233; choisi pour copr&#233;sider le congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes de Paris en 1935, juste au moment o&#249; Klaus Mann le d&#233;crit ainsi, mais qui avait eu la malencontreuse id&#233;e d'y d&#233;fendre l'Opposition trotskiste de Russie et notamment Victor Serge alors emprisonn&#233; par le stalinisme triomphant en Russie. Klaus Mann va maintenant essayer de faire passer Crevel pour un suicidaire et expliquer ainsi son d&#233;raillement trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais peut-&#234;tre &#233;tait-ce, justement, ce culte de la n&#233;vrose, cette glorification provocante de l'extravagance, qui attirait mon ami. En se r&#233;clamant d'une philosophie du non-sens et de la d&#233;raison, il pensait sans doute combattre la v&#233;ritable folie, la folie qui nous entoure, et celle aussi dont il se croyait menac&#233; lui-m&#234;me dans son esprit et sa raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Car il avait peur. Peur des potentialit&#233;s destructrices, catastrophiques, d'une soci&#233;t&#233; d&#233;sorient&#233;e et priv&#233;e de dieux, peur de son propre Moi, de l'identit&#233; fragile qu'il avait h&#233;rit&#233; de parents d&#233;test&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann reprend l&#224; des descriptions longues et peu int&#233;ressantes des relations familiales de Crevel pour nous expliquer que Ren&#233; n'&#233;tait qu'un enfant perdu par ses relations familiales scabreuses et ha&#239;ssant violemment et injustement les siens. Comment Klaus Mann avait-il pu aimer un tel cr&#233;tin ? Aveuglement de l'amour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Etait-ce lui qui &#233;tait fou, ou &#233;taient-ce les autres hommes, ses contemporains, &#233;tait-ce notre monde, notre &#233;poque ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va appeler maintenant notre ami Ren&#233; Crevel par le surnom pour le moins moqueur &#171; Vagualame &#187;, surtout de la part de quelqu'un qui avait dit partager avec Ren&#233; son &#171; vague &#224; l'&#226;me &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; -Rien que des idiots et des criminels, constatait le clairvoyant Vagualame, avec une gaiet&#233; m&#233;chante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au fait, apr&#232;s ses inimit&#233;s surr&#233;alistes ou trotskistes, que dit Klaus Mann de ses amiti&#233;s staliniennes dans &#171; Le tournant &#187; ? Tout d'abord, il s'en d&#233;fend et affirme que ce sont des accusations gratuites et mensong&#232;res d&#233;nu&#233;es de toute preuve. Voici ce qu'il dit de ceux qui l'ont accus&#233; de crypto-stalinisme et qui &#233;taient ses anciens amis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je les aimais tous beaucoup, m&#234;me ceux qui, plus tard, devaient m'attaquer par derri&#232;re avec une bassesse surprenante, Leopold Schwarzschild, par exemple : j'avais de l'affection pour lui, sa cocasse petite personne me plaisait, j'admirais son style. Comme il &#233;tait brillant, en ces premi&#232;res ann&#233;es d'exil, de combat ! Une juste haine &#8211; mais oui, il ha&#239;ssait les nazis &#8211; donnait des ailes &#224; sa prose, le rendait spirituel, imaginatif, &#233;loquent. Chaque semaine, il faisait para&#238;tre dans sa revue &#171; das Neue Tagebuch &#187; de fulminantes accusations, des commentaires et des analyses politiques d'une subtilit&#233; extraordinaire. Le journal de Schwarzschild jouait sans aucun doute &#224; cette &#233;poque un r&#244;le d'importance vitale ; aucun autre organe de presse de l'Emigration allemande n'&#233;tait pris aussi au s&#233;rieux au niveau international ; aucun autre ne fit autant pour &#233;clairer le monde sur la vraie nature et les effroyables potentialit&#233;s du national-socialisme. J'&#233;tais fier de faire partie des collaborateurs du Neues Tagebuch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1933 &#224; 1937 ou 38, j'ai d&#251; y faire publier plusieurs douzaines d'articles et de notes. Et puis, tout &#224; coup, en 1939, on put lire dans ce m&#234;me Neues Tagebuch les choses les plus folles &#224; mon sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schwarschild avait le front de parler de moi publiquement comme d'un &#171; agent sovi&#233;tique de longue date &#187;. Je lui &#233;crivis de New York : &#171; Avez-vous perdu l'esprit ? Vous savez bien que c'est faux. Vous devez d&#233;mentir ! &#187; Il ne songeait pas &#224; d&#233;mentir. A quoi cela aurait men&#233; ? Je n'&#233;tais pas le seul qu'il eut calomni&#233;. Tout un num&#233;ro sp&#233;cial de cet hebdomadaire tant appr&#233;ci&#233; plein de rectifications et de r&#233;tractations. C'eut &#233;t&#233; d'un effet des plus d&#233;plorables. Mieux valait s'en tenir au mensonge insolent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que Klaus Mann ne donne absolument pas un compte-rendu politique s&#233;rieux de la divergence avec Scwarzschild. Ce dernier ne d&#233;nonce pas seulement Klaus comme agent du Kremlin mais toute l'op&#233;ration soi-disant antifasciste qui couvre le stalinisme. Il d&#233;clare que le stalinisme ne vaut pas plus cher que le fascisme. Cela n'a rien d'une simple erreur de nom, d'une accusation gratuite. C'est la d&#233;nonciation de toute la politique qui fait le fond de commerce de Klaus Mann et qui est aussi celle de Staline dans les ann&#233;es du &#171; front antifasciste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et ce ne fut pas seulement le cas de Schwarzschild&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : mais Klaus Mann s'arr&#234;te l&#224; dans l'&#233;num&#233;ration de ses anciens amis qui ont d&#233;nonc&#233; son passage au service du stalinisme. Et il arr&#234;te aussi son explication sur le pr&#233;tendu revirement de Schwarzschild. Il ne donne aucune autre explication sur ces accusations, leur caract&#232;re fond&#233; ou infond&#233;. Juste sa pr&#233;tendue lettre demandant une r&#233;tractation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, Klaus Mann s'&#233;tend sur le fait qu'il n'est pas, philosophiquement parlant, un communiste plus que sur celui qu'il ne serait pas, politiquement parlant, un agent du Kremlin, ce qui n'est pas forc&#233;ment contradictoire, les membres intellectuels cach&#233;s du gu&#233;p&#233;ou, pay&#233;s pour jouer un r&#244;le d'influenceurs d'opinion comme Hemingway, n'ayant nul besoin d'&#234;tre des communistes et pouvant parfaitement &#234;tre des bourgeois r&#233;actionnaires contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis pas communiste. Je ne l'ai jamais &#233;t&#233;. Je ne suis pas non plus marxiste. Je crois que les marxistes commettent beaucoup d'erreurs dans un grand nombre de domaines, des erreurs d'ordre moral, philosophique, psychologique et politique. Mais je ne crois pas que le marxisme orthodoxe soit le danger de ce si&#232;cle&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : dans &#171; marxisme orthodoxe &#187;, Klaus Mann entend parler du stalinisme ! Il affirme que Moscou est moins dangereux que Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons &#171; Le tournant &#187; de Klaus Mann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais je ne crois pas que le marxisme orthodoxe soit le danger de ce si&#232;cle, c'est le fascisme qui inocula aux masses facilement exalt&#233;es le poison de la folie des grandeurs raciste et nationaliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La fin justifie-t-elle les moyens ? A cette question, le moraliste absolu r&#233;pondra &#171; non &#187; et il devra refuser la dictature du prol&#233;tariat. Mais pas de fa&#231;on aussi inconditionnelle que la dictature fasciste qui est mauvaise non seulement dans ses moyens mais aussi dans ses buts, dans son programme, bref dans son essence la plus profonde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluez &#224; la place de Klaus Mann : le stalinisme est mauvais dans ses moyens, mais bon ou assez bon dans ses buts, dans son programme, sans son essence la plus profonde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous noterez que c'est &#171; le moraliste absolu &#187; qui a condamn&#233; Moscou et le Kremlin, sans les nommer, et pas Klaus Mann qui passe des pages &#224; expliquer qu'il n'a jamais trouv&#233; de morale &#224; d&#233;fendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amoraliste peut bien se faire embaucher par la grande entreprise du Kremlin, en pensant que son patron n'est pas parfait mais que c'est son patron et qu'il paie bien ! Et comme ce patron a besoin qu'il joue le r&#244;le de couverture d&#233;mocratique intellectuelle d'une alliance avec les d&#233;mocraties occidentales, il doit nier &#234;tre pro-communiste, cela fait partie de son contrat d'embauche et d'ailleurs il n'est effectivement non un communiste mais un plumitif d'un stalinisme anti-communiste visc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons la lecture de Klaus Mann, &#233;crivant non pas dans les ann&#233;es 1930 mais en 1949, &#224; la fin de sa vie comme dans un testament qui lui servira d'explication personnelle et de justification pour la post&#233;rit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le danger, c'est le fascisme &#8211; aujourd'hui comme au temps des premiers triomphes d'Hitler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : c'est plut&#244;t &#233;tonnant comme d&#233;claration ce &#171; aujourd'hui comme au temps des premiers triomphes d'Hitler &#187; car, en 1949, Hitler est battu depuis longtemps et Klaus Mann continue de pr&#244;ner l'alliance entre Russie stalinienne et Occident &#171; d&#233;mocratique &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&#224;, il en vient &#224; la raison de ces explications embarrass&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je fais ces remarques ici pour rendre compr&#233;hensibles les motifs qui me pouss&#232;rent &#224; accepter, en juillet 1934, une invitation &#224; Moscou. Je fus convi&#233; &#224; prendre part au Premier Congr&#232;s des Ecrivains sovi&#233;tiques, quoique je ne fusse pas communiste, ou justement pour cette cause ; la ligne officielle (de Moscou) &#233;tait alors en faveur du &#171; front commun &#187;, et la pr&#233;sence d'&#233;l&#233;ments de la &#171; bourgeoisie de gauche &#187; (au nombre desquels on me comptait) devait donc sembler opportune aux organisateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : examinons ce d&#233;but d'explication. Klaus Mann est donc approch&#233; par Moscou en tant qu'&#233;l&#233;ment de la bourgeoisie de gauche pour commencer &#224; cautionner son op&#233;ration de rapprochement avec les imp&#233;rialismes occidentaux. Cela est exact. Et Klaus se fait passer ici pour un adversaire r&#233;solu d'Hitler qui accepte le premier ce pacte. Au fait, si on comptait Klaus Mann au nombre des &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie de gauche, il omet de citer quels &#233;taient les autres &#233;l&#233;ments de ce type et quelles &#233;taient leurs motivations, &#224; part de se faire publier par des &#233;ditions cach&#233;es et financ&#233;es par Moscou et de toucher ainsi de copieuses r&#233;compenses pour une coop&#233;ration intellectuelle et politique ? C'est de l'antifascisme qui rapporte. Moscou &#233;tait alors la seule capitale &#224; financer des intellectuels antifascistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann se garde de nous donner les d&#233;tails, lui qui le fait pourtant syst&#233;matiquement sur des sujets moins importants. Qui l'a contact&#233;, qui l'a invit&#233;, avec quelles garanties, en le finan&#231;ant de quelle mani&#232;re, etc, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que &#171; le fils du prix Nobel de litt&#233;rature Thomas Mann et neveu de Heinrich Mann pro-stalinien &#187;, cautionnant Staline, p&#232;re de la Litt&#233;rature pouvait &#234;tre une belle affiche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann emmenait dans ses valises une grande bourgeoise suissesse compl&#232;tement apolitique, qui ne savait m&#234;me pas de quoi il s'agissait, pour cr&#233;dibiliser la na&#239;vet&#233; de son op&#233;ration politico-intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voyons ce compte-rendu de visite de Klaus Mann &#224; Moscou, en plein stalinisme triomphant qui est en train d'arr&#234;ter, de d&#233;porter, de torturer et d'assassiner des centaines de milliers d'anciens r&#233;volutionnaires bolcheviks, ouvriers comme intellectuels du parti ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce fut une c&#233;r&#233;monie &#233;tonnante, une manifestation de grand style, presque une f&#234;te populaire, que ce gala, ordonn&#233; avec faste, o&#249; se rencontr&#232;rent les po&#232;tes et les critiques sovi&#233;tiques. La mise en sc&#232;ne n'&#233;tait pas la seule &#224; faire impression ; elle n'aurait gu&#232;re pu &#234;tre aussi efficace sans la foi, la ferveur des orateurs et des auditeurs. De toute &#233;vidence, la litt&#233;rature &#233;tait dans ce pays une chose &#224; laquelle ne s'int&#233;ressaient pas seulement quelques milliers d'initi&#233;s ; les masses pr&#234;taient attention aux travaux et aux probl&#232;mes des &#233;crivains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit ainsi cet &#233;loge dithyrambique et comique par son copiage de la propagande stalinienne de l'&#233;poque :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers, les paysans, les soldats et les marins, largement repr&#233;sent&#233;s &#224; chaque s&#233;ance, se montraient d&#233;sireux de s'instruire et enthousiastes mais en m&#234;me temps exigeants. Ils se m&#234;laient &#224; la discussion, posaient des questions, formulaient des griefs. Pourquoi n'y avait-il pas encore de roman sur l'industrie m&#233;tallurgique ? D'o&#249; venait qu'on n'&#233;crivit plus de com&#233;dies qui fissent vraiment rire ? Une paysanne passait commande de ballades patriotiques pour ses enfants. Une jeune receveuse de tramway voulait trouver plus de choses &#224; lire sur l'amour &#171; tel qu'il est vraiment &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann omet de dire qu'au travers des d&#233;clarations d'ouvriers exigeants vis-&#224;-vis des intellectuels et de travailleurs r&#233;clamant qu'on parle de l'industrie dans les romans, &#224; ce Congr&#232;s il a particip&#233; au lancement par le stalinisme de l'obligation pour la litt&#233;rature de se soumettre au &#171; r&#233;alisme socialiste &#187; qui repr&#233;sentait en fait la mise au pas de la litt&#233;rature en Russie !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Klaus Mann poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;crivain en Union sovi&#233;tique (je veux dire l'&#233;crivain officiellement reconnu, politiquement &#171; irr&#233;prochable &#187; !) est une &#171; figure nationale &#187; &#224; un degr&#233; beaucoup plus &#233;lev&#233; que son confr&#232;re de n'importe quel autre pays occidental. Il &#233;tait vraiment touchant et encourageant d'&#234;tre t&#233;moin de l'enthousiasme spontan&#233; avec lequel Maxime Gorki &#233;tait salu&#233; et f&#234;t&#233; par les masses. Pas un politicien, pas un g&#233;n&#233;ral, pas un athl&#232;te ou un mime, personne, en dehors du Petit P&#232;re Staline lui-m&#234;me, n'&#233;tait aussi populaire que l'homme qui avait &#233;crit &#171; Les Bas-fonds &#187; et &#171; La m&#232;re &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On appr&#233;ciera la note de Klaus Mann sur l'&#233;crivain officiellement reconnu de la part d'un auteur qui a toujours proclam&#233; &#234;tre satisfait de n'&#234;tre pas reconnu comme &#233;crivain par un pouvoir quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; F&#234;t&#233; par les masses &#187;, nous dit d'autre part Klaus Mann, qui se contente de voir &#224; Moscou ce qu'on veut bien lui faire voir et se permet d'&#233;mettre des jugements sur des bases aussi trafiqu&#233;es !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann explique tout au long du m&#234;me ouvrage qu'il d&#233;teste l'art d'Etat, qu'il est bien content, dans les pays d&#233;mocratiques, de n'avoir jamais &#233;t&#233; un artiste d'Etat. Il explique &#233;galement qu'il d&#233;teste suivre &#171; les masses &#187;, s'occuper de ce que dictent &#171; les masses &#187; et le voil&#224;, en Russie stalinienne, glorifier ce que dictent pr&#233;tendument les masses, en r&#233;alit&#233; la bureaucratie ignare et parasite !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres remarques font penser qu'il &#233;crit sous la dict&#233;e de la bureaucratie. Ainsi, il d&#233;crit &#171; Boukharine, p&#233;dant mais extr&#234;mement intelligent et d&#233;vou&#233; &#187; ou Karl Radek &#171; cet intrigant &#224; barbe rousse, ce jongleur intellectuel &#187;. D'o&#249; tire-t-il un tel jugement rapide, de sa participation au congr&#232;s ? De conversations particuli&#232;res avec ces grands personnages, il ne parle pas. Donc, c'est la th&#232;se officielle, celle de Staline, qu'il d&#233;cline tout simplement, sur les anciens r&#233;volutionnaires Boukharine et Radek, devenus otages du stalinisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera l'expression qu'il emploie sur Staline : &#171; le Petit P&#232;re Staline &#187; comme ce dernier a demand&#233; lui-m&#234;me qu'on l'appelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann cite de tr&#232;s nombreux &#233;crivains pr&#233;sents qui &#233;taient ouvertement dans la mouvance stalinienne. Il cite des cas d'&#233;crivains consid&#233;r&#233;s comme tr&#232;s proches ou seulement un peu proches mais aucun nom d'&#233;crivain pas du tout li&#233; au stalinisme ou au communisme, comme lui pr&#233;tend l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Theodor Plievier, Gustav Regler, Andersen-Nex&#246; repr&#233;sentaient le dogme marxiste-l&#233;niniste-stalinien sous sa forme la plus pure et la plus rigide. Ernst Toller, dont le discours r&#233;volutionnaire comportait un climat &#233;motionnel et humanitaire d&#233;cisif, inclinait &#224; des d&#233;viations dont les orthodoxes de stricte observance fustigeaient le &#171; sentimentalisme petit-bourgeois &#187;. Johannes R. Becher, relativement tol&#233;rant, et Egon Erwin Kisch, homme du monde plein d'humour, servaient d'interm&#233;diaires entre les orthodoxes et les &#171; id&#233;ologiquement peu s&#251;rs &#187; au nombre desquels il fallait me compter aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; id&#233;ologiquement peu s&#251;rs &#187;, dont il ne cite aucun nom, &#233;taient sans doute suffisamment politiquement et personnellement s&#251;rs et bien attach&#233;s &#224; l'appareil stalinien sans quoi on ne les aurait pas invit&#233;s !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Klaus Mann donne son impression sur la soci&#233;t&#233; russe qu'il dit avoir &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; un peu visiter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vis autant et aussi peu de choses de la vie en Russie sovi&#233;tique que nos guides nous en laiss&#232;rent voir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Beaucoup de choses &#233;taient propres &#224; accroitre mon respect pour le r&#233;gime sovi&#233;tique&#8230; Ma visite &#224; Moscou fut importante et instructive pour moi dans la mesure o&#249; elle repr&#233;sentait un contact avec une sph&#232;re &#233;trang&#232;re mais non pas hostile. L'id&#233;e que le marxisme orthodoxe se faisait de la culture n'&#233;tait pas la mienne (Note : cela ne lui &#233;tait pas du tout demand&#233; puisqu'il &#233;tait charg&#233; d'un autre r&#244;le, le lien entre stalinisme et intellectuels bourgeois d&#233;mocrates, le front unique), mais elle ne lui &#233;tait pourtant pas aussi oppos&#233;e que la barbarie fasciste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je croyais qu'une collaboration &#233;tait possible et souhaitable entre l'Est et l'Ouest, entre la d&#233;mocratie et le socialisme&#8230; Je croyais qu'un front unique de tous les intellectuels progressistes et antifascistes &#233;tait possible et souhaitable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : l&#224;, il ne fait que reprendre la th&#232;se stalinienne de l'&#233;poque qui visait &#224; cette entente Est-Ouest sous couvert de front unique contre le fascisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann en vient maintenant au suicide de &#171; mon ami &#187; Ren&#233; Crevel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis d&#233;go&#251;t&#233; de tout &#187;&#8230; Mon ami Ren&#233; Crevel &#233;crivit ces mots terribles sur un morceau de papier avant d'ouvrir le robinet de gaz et d'avaler, pour plus de s&#251;ret&#233;, une forte dose de phanodorm. Cela se passe pendant l'&#233;t&#233; de l'ann&#233;e 1935&#8230; Je m'en souviendrai toujours&#8230; Je pense &#224; Ren&#233;. Je me souviens de lui. C'est en souvenir de lui que j'&#233;cris ces lignes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc &#171; Le tournant &#187; est bel et bien centr&#233; sur la mort de Ren&#233; Crevel, pour se justifier, peu avant sa propre mort par suicide, des choix faits par Klaus Mann&#8230;. pour le stalinisme et&#8230; contre Trotsky, Breton et&#8230; Crevel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ren&#233; avait un c&#339;ur pur. Ses yeux &#233;taient tr&#232;s beaux, larges, ouverts, d'une couleur &#233;trange et ind&#233;finissable. Il parlait tr&#232;s vite et sa bouche un peu trop grosse, maladroite, avait une douceur enfantine. Il croyait ha&#239;r ses parents, surtout sa respectable et correcte maman. Lui n'&#233;tait pas correct. Il ha&#239;ssait la b&#234;tise et le mal. Il se plaignait de la bassesse quoiqu'il s&#251;t bien qu'elle est la plus forte &#8211; &#171; quoi qu'on en dise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance ne l'impressionnait pas. C'&#233;tait un rebelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rebelle trouva un ma&#238;tre : Andr&#233; Breton, chef de file de la clique surr&#233;aliste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons l'expression &#171; clique &#187; pour d&#233;crire un courant artistique et rappelons que Klaus Mann nous a habitu&#233;s &#224; juger tr&#232;s peu s&#233;v&#232;rement les courants artistiques et t&#233;moigne ici d'une v&#233;ritable haine violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le surr&#233;alisme ne rendit pas heureux le rebelle orgueilleux ; la doctrine confuse du &#171; Ma&#238;tre &#187; ne pouvait le satisfaire pour longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiens donc ! Klaus Mann sait que Crevel ne pourrait pas continuer &#224; vivre s'il continuait &#224; soutenir Breton&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc pourquoi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant ses derni&#232;res ann&#233;es, mon ami fut &#224; peu pr&#232;s aussi proche des communistes que des surr&#233;alistes (Note : Klaus Mann appelle toujours ainsi les staliniens et n'appelle jamais communistes les trotskistes ! Il ne fait ainsi que reprendre la terminologie des staliniens eux-m&#234;mes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ou plut&#244;t il se tenait entre ces deux camps qui se livraient l'un et l'autre un combat acharn&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : ce n'est que le camp stalinien qui appuyait ce combat par des assassinats cibl&#233;s de militants et dirigeants de l'autre camp ! Dans un des camp, celui des staliniens, il y avait toute la force de frappe d'un Etat avec ses services sp&#233;ciaux, ses services secrets, ses assassins patent&#233;s, ses &#233;crivains achet&#233;s, ses maisons d'&#233;dition, et son argent en masse pour cette t&#226;che consid&#233;r&#233;e comme num&#233;ro un par le r&#233;gime : &#233;liminer les trotskistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quelques uns des partisans de Breton et des amis de Ren&#233; &#8211; surtout Louis Aragon et Paul Eluard &#8211; &#233;taient d&#233;j&#224; pass&#233;s du c&#244;t&#233; des staliniens. Ren&#233;, loyal, h&#233;sitait encore. Quoiqu'il en soit, en 1935, il en &#233;tait arriv&#233; &#224; mettre son nom et son &#233;nergie &#224; la disposition d'organisations dirig&#233;es par les communistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann parle ici de ce congr&#232;s des &#233;crivains antifasciste qui &#233;tait enti&#232;rement manipul&#233; par les staliniens et que Ren&#233; Crevel avait cependant co-organis&#233; parce qu'il estimait pouvoir y d&#233;fendre ses id&#233;es. Erreur fatale : les staliniens ne l'acceptaient qu'&#224; condition qu'il se soumette. Et il ne l'a pas fait, jusqu'&#224; sa mort, il a annonc&#233; qu'il d&#233;fendrait publiquement la participation de Breton et des surr&#233;alistes au congr&#232;s, ce qui signifiait y d&#233;fendre Trotsky et les r&#233;volutionnaires russes contre la bureaucratie stalinienne, et casser le mythe d&#233;mocratique, progressiste et antifasciste d'une alliance entre d&#233;mocratie et stalinisme. Il en est mort, il faut le dire clairement ! Staline ne pouvait pas laisser un jeune na&#239;f casser sa machine de guerre qu'&#233;tait le congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes et la retourner contre lui. D&#232;s lors, Ren&#233; ne pouvait plus rester vivant pour les staliniens. Klaus Mann s'&#233;tait trop engag&#233; aupr&#232;s de Staline en l'assurant que Ren&#233; finirait par &#234;tre gagn&#233; au soutien &#171; antifasciste &#187; du stalinisme. Il ne lui restait plus qu'&#224; en tirer les cons&#233;quences et &#224; payer sa responsabilit&#233; d'un tel &#233;chec grave&#8230; Cela passait par la suppression physique de son meilleur ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Congr&#232;s des Ecrivains &#171; contre la guerre et le fascisme &#187;, qui tenait ses assises cet &#233;t&#233;-l&#224; &#224; Paris, &#233;tait une entreprise inspir&#233;e sans &#233;quivoque par le Parti, quoiqu'il y e&#251;t aussi des lib&#233;raux parmi les participants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : il faut faire ici plusieurs remarques. Klaus appelle le parti communiste fran&#231;ais PCF &#171; le Parti &#187; avec un grand &#171; P &#187;, ce que seuls les militants communistes font. D'autre part, remarquons que la d&#233;nomination du congr&#232;s que Klaus Mann a aid&#233; Ren&#233; Crevel &#224; organiser s'appelle notamment &#171; contre la guerre &#187;. Or, dans &#171; Le tournant &#187;, Mann explique qu'il a soutenu l'alliance avec la Russie stalinienne pour aller vers une guerre contre le nazisme qui unirait Est et Ouest ! Une des deux assertions est n&#233;cessairement mensong&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons pourquoi le probl&#232;me de la prise de position de Ren&#233; Crevel pour Breton et Trotsky devenait une question mortelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ren&#233; ne devait pas seulement y para&#238;tre en tant qu'orateur, il faisait aussi partie du comit&#233; organisateur avec Andr&#233; Malraux, Andr&#233; Gide et d'autres, que l'on consid&#233;rait alors comme des piliers du communisme fran&#231;ais. Il n'en allait pas de m&#234;me d'Andr&#233; Breton qui &#233;tait &#171; contre &#187; les &#233;crivains qui manifestaient, sinon vraiment &#171; pour &#187; la guerre et le fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera combien la phrase pr&#233;c&#233;dente est d'une confusion calcul&#233;e : on ne comprend pas la signification de l'accusation contre Breton. Il serait contre les &#233;crivains qui &#233;taient pour. Mais contre quoi et pour quoi ? Sinon contre le stalinisme et les &#233;crivains qui &#233;taient pour, pour remettre en clair l'accusation de Breton par Klaus Mann !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier va maintenant raconter &#224; sa mani&#232;re fallacieuse et mensong&#232;re comment les staliniens ont construit un pr&#233;texte pour exclure Breton du congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes et du m&#234;me coup tous les surr&#233;alistes, les &#233;crivains trotskistes &#233;taient d'office exclus. L'un des organisateur, plumitif russe de la bureaucratie stalinienne, Ilya Ehrenbourg a organis&#233; cette petite provocation : insultant directement et publiquement Breton, il s'est re&#231;u une gifle de ce dernier. D&#232;s lors, les staliniens &#233;tant les vrais d&#233;cideurs du congr&#232;s excluaient Breton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que ces faits deviennent sous la plume de Klaus Mann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Breton n'&#233;tait pas non plus &#171; tellement &#187; pacifique qu'il &#233;vit&#226;t une bonne bagarre ! On en arriva &#224; un affrontement dramatique entre le chef de file des surr&#233;alistes et un repr&#233;sentant du Kremlin, le camarade Ilya Ehrenbourg, et les deux parties en sortirent le nez en sang ; tout Paris ri de la farce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui avait organis&#233; &#171; la farce &#187; de la bagarre et qui visait-elle ? Le r&#233;sultat le disait : le pr&#233;texte de l'incident permettait d'exclure du congr&#232;s Breton et les surr&#233;alistes sans perdre la participation des &#233;crivains d&#233;mocrates mod&#233;r&#233;s non r&#233;volutionnaires ou proches du parti communiste sans vraiment y adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est l&#224; que la position prise par Ren&#233; Crevel a g&#234;n&#233; prodigieusement Klaus Mann et les staliniens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais Ren&#233;-Vagualame, le pur, le fou, le Parsifal militant, prit au s&#233;rieux la com&#233;die. Il prenait tout au s&#233;rieux, la po&#233;sie et la r&#233;volution, le surr&#233;alisme et le stalinisme, Breton et Ehrenbourg. Il ne voulait trahir ni la R&#233;volution ni la Po&#233;sie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : remarquons que Klaus Mann continue ici &#224; faire comme si le stalinisme s'intitulait &#171; la R&#233;volution &#187; ou encore &#171; le communisme &#187;. Notons aussi que Klaus Mann trouve ridicule de prendre au s&#233;rieux la po&#233;sie et la r&#233;volution. C'est un cynique. Il n'attache pas d'importance &#224; soutenir ceci ou cela et ne dramatise pas de se mouiller dans un camp comme celui de Staline du moment qu'il y trouve son int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des preuves que Klaus Mann prend parti pour le stalinisme est son refus, dans &#171; Le tournant &#187; de parler de l'affaire Victor Serge, alors qu'elle est au centre de celle du conflit entre Ren&#233; Crevel et les staliniens du Congr&#232;s des Ecrivains antifascistes. C'est parce qu'il veut d&#233;fendre le cas de Victor Serge et obtenir sa lib&#233;ration que Breton est exclus du congr&#232;s. Et c'est parce qu'il compte d&#233;fendre Victor Serge au congr&#232;s que Crevel ne&#8230; peut pas y aller et est suicid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon ami se suicida-t-il parce que Andr&#233; Breton et Ilia Ehrenbourg s'&#233;taient battus ? Il se suicida parce qu'il &#233;tait malade. Il se suicida parce qu'il avait peur de la d&#233;mence. Il se suicida parce qu'il tenait le monde pour d&#233;ment. Pourquoi se suicide-t-on ? Parce qu'on ne veut plus vivre la demi-heure qui vient, les cinq minutes qui viennent. Tout &#224; coup, on est au point mort, au point de Mort. La limite est atteinte &#8211; pas un pas de plus ! O&#249; est le robinet de gaz ? A nous, le phanodorm ! A-t-il un go&#251;t amer ? Qu'est-ce que &#231;a fait ? La vie n'a pas eu particuli&#232;rement bon go&#251;t. &#171; Je suis d&#233;go&#251;t&#233; de tout&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme si c'&#233;tait hier, et je ne peux pas l'oublier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;cit de Klaus Mann, comme on va le voir, a oubli&#233; plein de petits d&#233;tails qui font la diff&#233;rence entre la v&#233;rit&#233; et le mensonge&#8230; Ces d&#233;tails que l'on trouve dans son texte quand il ne ment pas et qui, dans une circonstance qu'il &#171; ne peut pas oublier, lui &#233;chappent, ne lui reviennent plus, qu'il ne rapporte pas en tout cas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son r&#233;cit vise &#224; d&#233;montrer qu'il ne pouvait pas &#234;tre l&#224; peu avant que Ren&#233; soit suicid&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer qu'il n'&#233;tait pas &#224; Paris alors qu'il participait au congr&#232;s de Paris, il d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me rendis &#224; Paris avec Leonhard Frank &#8211; je venais probablement de Zurich &#8211; pour prendre part au Congr&#232;s des Ecrivains antifascistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans cette d&#233;claration, qui ressemble f&#226;cheusement &#224; un alibi de sc&#232;ne de crime, des manques qui sont soulign&#233;s par le reste de son &#233;crit &#171; Le tournant &#187;. En effet, on y voit que Klaus Mann sait toujours en d&#233;tails ce qu'ont &#233;t&#233; ses voyages &#224; l'&#233;tranger, chez qui il allait et pour y faire quoi, qui il y a vu. L&#224;, on ne trouve rien de tout cela : &#171; je venais probablement de Zurich &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais plut&#244;t : probablement pas ! Klaus Mann a juste un t&#233;moin qui l'aurait accompagn&#233; &#224; Paris. Mais venant d'o&#249;, comment ils s'&#233;taient rencontr&#233;s, par hasard ou par rendez-vous. Klaus Mann ne sait plus ? Ne le dit pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul t&#233;moin semble insuffisant ? Qu'&#224; cela ne tienne, Klaus Mann en a un deuxi&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nuit &#233;tait tr&#232;s chaude ; Landshoff, arriv&#233; d'Amsterdam, nous attendait &#224; la gare. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela prouve seulement, si on se fie &#224; Landshoff, qu'ils se sont retrouv&#233;s &#224; la gare, &#224; Paris. Pas qu'il &#233;tait dans un train venant d'on ne sait o&#249; puisque Klaus Mann lui-m&#234;me ne s'en souvient pas ! Il ne sait ni pourquoi ni comment il se serait retrouv&#233; dans le m&#234;me train que Frank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donner comme alibi : j'&#233;tais dans le train de Frank, est-ce que je revenais de Zurich, je ne me souviens pas que nous &#233;tions ensemble dans le trajet, ni de quoi nous parlions, ni pourquoi je revenais de Zurich, je ne me souviens pas si nous &#233;tions dans le m&#234;me wagon ou pas, ou s'il m'a seulement vu &#224; l'arriv&#233;e du train, et si j'&#233;tais &#224; Zurich pourquoi je ne me rappelle pas si j'&#233;tais comme d'habitude re&#231;u par lui, je ne me rappelle pas si nous y avons vu d'autres connaissances ou pas, etc, etc..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut sembler un d&#233;tail infime sans importance. Klaus Mann peut tr&#232;s bien ne plus se rappeler s'il venait ou pas de Zurich ni pourquoi il y avait &#233;t&#233;. Mais les d&#233;tails, dans un alibi, c'est d&#233;terminant. Et il est tout &#224; fait improbable qu'il ne se souvienne plus pourquoi il a quitt&#233; Paris juste &#224; la veille du Congr&#232;s des Ecrivains Antifascistes, &#233;v&#233;nement d&#233;terminant pour Klaus Mann et son milieu et cela alors que son ami intime est l'un des responsables organisateurs du congr&#232;s et qu'il y a un conflit tr&#232;s important entre Ren&#233; Crevel et les staliniens responsables du congr&#232;s. Klaus Mann ne peut pas avoir quitt&#233; Paris dans de pareilles circonstances sans un motif imp&#233;rieux. S'il ne s'en souvient plus et ne sait m&#234;me plus s'il est parti pour Zurich ou ailleurs et comment il est arriv&#233; dans le train pris par Frank, qui, lui, venait de Zurich, tout cela est cousu de fil blanc. Il accueilli &#233;t&#233; par Landshoff &#224; la gare de Paris mais Mann, lui, n'avait pas quitt&#233; la capitale fran&#231;aise ! Et il &#233;tait rest&#233; proche de Ren&#233; Crevel jusqu'aux derniers instants. Et ce sont ceux-l&#224; qu'il ne raconte pas. Qui a ouvert le gaz apr&#232;s avoir administr&#233; de fortes doses de somnif&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Landshoff, ami intime de la famille Mann et leur &#233;diteur &#224; tous, n'a pas de raison de refuser un t&#233;moignage innocent &#224; Klaus : il l'a vu &#224; la gare et Mann lui a dit qu'il &#233;tait dans le train, le m&#234;me que Frank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on oublier des d&#233;tails sur l'&#233;v&#233;nement que l'on affirme le plus marquant d'une vie dans un &#233;crit qui est centr&#233; sur cet &#233;v&#233;nement ? Klaus Mann, lui, y parvient ! Il n'affirme pas qu'il venait de Zurich mais, comme Frank venait du train de Zurich, il se contente de poser la question : est-ce que je venais de Zurich ? Il n'y r&#233;pond pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux t&#233;moins sont bien choisis : ils ne sont pas staliniens. Seulement, il y a un p&#233;pin : quand Klaus Mann dit &#234;tre arriv&#233; &#224; Paris, Crevel est d&#233;j&#224; mort et Lanshoff le sait. Il faut donc un sc&#233;nario pour ce qui va faire que Klaus Mann puisse pr&#233;tendre ne l'avoir su qu'un jour plus tard encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A ce moment, Ren&#233; &#233;tait d&#233;j&#224; mort. Landshoff savait que Ren&#233; &#233;tait mort, mais il ne me le dit pas ; peut-&#234;tre avais-je l'air un peu fatigu&#233; apr&#232;s le voyage et voulut-il m'&#233;pargner le choc jusqu'au matin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : une fois encore, cet alibi n'a rien de cr&#233;dible. Lanshoff sait que Ren&#233; Crevel est l'ami intime, le compagnon et l'amant de Klaus Mann et Lanshoff est un proche intime de Mann. Il ne peut donc pas prendre sur lui de ne pas lui parler du d&#233;c&#232;s suppos&#233;ment un suicide de son ami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je descendis au Palace, sur les Champs-Elys&#233;es &#8211; pour faire plaisir &#224; Leonhard Frank, qui aimait le luxe ; quant &#224; moi, je pr&#233;f&#232;re de beaucoup les petits h&#244;tels de la Rive gauche qui me sont beaucoup plus familiers. Avant que nous prissions cong&#233; dans le hall, Landshoff me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne sort pas demain matin avant que je ne me sois manifest&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dormis bien dans la chambre exig&#252;e que l'on m'avait donn&#233;e&#8230; Le matin, tandis que je prenais mon petit d&#233;jeuner avec Leonhard Frank dans la petite pi&#232;ce surchauff&#233;e, le t&#233;l&#233;phone sonna. C'&#233;tait un des organisateurs du Congr&#232;s antifasciste, Johannes R. Becher. Nous nous entret&#238;nmes du programme des prochaines s&#233;ances, du discours que je devais prononcer. Pour finir, Becher dit : &#171; Cette histoire, avec ce pauvre Ren&#233; Crevel, horrible, n'est-ce pas ? C'est ainsi que je l'appris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas cr&#233;dible du tout non plus, ce r&#233;cit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Landshoff aurait-il pris sur lui d'emp&#234;cher Klaus Mann d'aller sur place, voir les amis, voir les proches de Ren&#233; Crevel, s'informer sur les circonstances du d&#233;c&#232;s. Lui dire de ne pas sortir de l'h&#244;tel, d'attendre qu'on le contacte, tout cela n'a aucun sens &#224; part celui de blanchir compl&#232;tement Klaus Mann, qui, d'ailleurs maintenant recommence &#224; se souvenir des d&#233;tails des conversations avec Becher, alors que, dans le train, il ne se souvient m&#234;me pas s'il a parl&#233; ou non &#224; Frank ou &#224; quelqu'un d'autre !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le fait d'en rajouter tellement sur ses actes tout autour du d&#233;c&#232;s de Ren&#233; Crevel ne ressemble pas du tout aux actes d'un innocent qui ne ressent aucunement la n&#233;cessit&#233; de se justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il ne dit rien sur ce qu'il a fait. A qui il a parl&#233; du d&#233;c&#232;s. Ce qu'il en a pens&#233;. Les relations ensuite avec les proches du mort. Rien. Ses propres r&#233;actions ensuite ? Rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa seule explication sur tout cela : &#171; J'ai d&#251; devenir assez p&#226;le &#187; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne dit pas qu'il est repass&#233; dans l'appartement de Ren&#233;. Non. Ni qu'il a revu sa compagne. Non. Ni qu'il a parl&#233; de cette mort aux amis qu'il va rencontrer au Congr&#232;s. Non, pas un mot l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un Ren&#233; qu'il dit avoir &#233;t&#233; son meilleur ami, le plus cher, pour lequel il a &#233;crit ce livre, c'est peu, tr&#232;s peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, le lien entre le d&#233;c&#232;s et les affrontements du congr&#232;s par rapport &#224; la venue de Breton et des surr&#233;alistes, par rapport &#224; la d&#233;nonciation du sort de Victor Serge dans les prisons de Staline, rien, pas un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite s'enchaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le m&#234;me jour, commenc&#232;rent les s&#233;ances du Congr&#232;s&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rappelle les orateurs Heinrich Mann, son oncle, Andr&#233; Gide, Huxley, Forster, Andr&#233; Malraux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous firent des discours contre la guerre et le fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je fis un discours contre la guerre et le fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela sonne de mani&#232;re tr&#232;s d&#233;sabus&#233;e pour quelqu'un qui estimait que ce Congr&#232;s &#233;tait le principal &#233;v&#233;nement de son combat contre le nazisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, il a remplac&#233; Crevel par Curtiss :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et maintenant, peu apr&#232;s le brusque d&#233;part de Ren&#233;, voil&#224; qu'arrivait ce jeune Curtiss. Je reconnaissais ce regard, cette voix. C'&#233;taient des retrouvailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, la variation apporte des motifs qui lui sont propres. Curtiss n'&#233;tait pas Crevel, il &#233;tait moins combl&#233; de dons et de mal&#233;dictions, plus apte &#224; vivre, plus sain. Lorsque je le rencontrai &#224; Paris, Ren&#233; avait d&#233;j&#224; beaucoup souffert, il se savait malade et peut-&#234;tre voulait-il d&#233;j&#224; mourir. Il &#233;tait plus &#226;g&#233; que moi. Je l'admirai et il avait beaucoup &#224; m'apprendre, entre autres choses le courage de d&#233;sesp&#233;rer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques pages plus loin, Klaus Mann rapporte un voyage en train avec Ernst Toller qui est en train de rompre avec le stalinisme et en est tout d&#233;moralis&#233;. Mann dit de lui qu'il avait l'air us&#233; : &#171; C'est terrible quand on ne peut pas dormir &#187;. Et Klaus Mann nous informe qu'il est mort peu apr&#232;s&#8230; de suicide&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi ? Il n'y avait pas de lettre d'adieu pour nous expliquer ses raisons. Qui l'avait bien connu pouvait les comprendre, bien s&#251;r, m&#234;me en l'absence de tout message. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre, oui, que d'appartenir &#224; l'appareil du stalinisme m&#232;ne au suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;crit ainsi la vie de Toller, ainsi dirigeant des conseils r&#233;volutionnaires de Munich en 1919 et 1920 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Encore et toujours la gloire, la lutte, la pantomime r&#233;volutionnaire et pas de sommeil&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann, lui, ne pratique pas la pantomime r&#233;volutionnaire, m&#234;me quand il accepte les basses &#339;uvres du stalinisme sous pr&#233;texte d'antifascisme ou simplement pour compl&#233;ter les trous de son budget.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il nous relate ses nouvelles amiti&#233;s homosexuelles avec un am&#233;ricain d'origine russe, Iouri (il ne donne pas son nom ni m&#234;me une initiale). Sans doute qu'il ne fallait pas divulguer l'identit&#233; de son compagnon. Il ne dit pas ce qu'il faisait comme activit&#233;, ni son parcours, alors qu'il le fait syst&#233;matiquement pour tous les personnages qu'il introduit. A chacun d'imaginer pourquoi ce russe est tellement discret et Klaus aussi silencieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La petite maison de Santa Monica o&#249; je passais avec mon compagnon aux yeux obliques (Note : le fameux russe Iouri) cet &#233;t&#233; lourd de fatalit&#233;, &#233;tait &#233;quip&#233;e d'une radio. Du matin jusqu'au milieu de la nuit, des voix &#233;mues ou dramatiques ou objectives et glac&#233;es nous tenaient au courant de l'&#233;volution de la crise. La nouvelle du pacte de non-agression germano-sovi&#233;tique fut la plus difficile &#224; admettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note : on remarquera que l'entente Staline-Hitler est appel&#233;e pacte de non-agression par Klaus Mann alors qu'il &#233;crit en 1949 et qu'il sait, depuis, que c'&#233;tait d'abord un pacte d'agression commune contre la Pologne, agression fasciste et antis&#233;mite, encore une fois commune et concert&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit cette th&#232;se du caract&#232;re d&#233;fensif de la politique de Staline qui lui para&#238;t justifi&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;sultat in&#233;vitable de la politique occidentale qui, dans ses effets et sans doute aussi dans ses intentions, avait toujours &#233;t&#233; dirig&#233;e contre Moscou et toujours profasciste ? Cons&#233;quence logique de l'&#171; apeasement &#187; et de la &#171; paix de Munich &#187; ? Bien s&#251;r. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai eu dans les &#171; German American Writers &#187; bien des amis&#8230; mais avec la majorit&#233;, c'est &#224; peine si j'arrive &#224; m'entendre. Certains semblent consid&#233;rer la guerre comme une sorte de complot imp&#233;rialiste et capitaliste, opinion tr&#232;s largement r&#233;pandue, pr&#233;cis&#233;ment dans les milieux de la gauche radicale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dit cela mais communique sa lettre de rupture avec cette organisation pro-Russe qui ne dit rien de semblable et se contente de refuser d&#233;sormais d'appartenir &#224; une organisation ne rassemblant que des Allemands alors qu'on vit en territoire ennemi de l'Allemagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute cette p&#233;riode du pacte germano-sovi&#233;tique, Klaus Mann n'a de pens&#233;e &#233;mue que&#8230; pour les pauvres staliniens, qui subissent une pression morale suppl&#233;mentaire du fait de la position de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Particuli&#232;rement d&#233;sesp&#233;r&#233;e, la situation (int&#233;rieure et ext&#233;rieure) des communistes fran&#231;ais. Au malheur qu'ils partagent avec tout le monde, doit s'ajouter, en ce qui les concerne, un amer sentiment de remords. Car, si l'extr&#234;me droite est la premi&#232;re responsable de la d&#233;b&#226;cle, la part de responsabilit&#233;, de culpabilit&#233; de l'extr&#234;me gauche ne doit pourtant pas &#234;tre n&#233;glig&#233;e ni oubli&#233;e. Les &#171; Rouges &#187;, comme une presse malveillante aime ici &#224; les nommer, n'ont-ils pas fait cause commune avec les Laval et les P&#233;tain en contribuant &#224; saper la volont&#233; de r&#233;sistance de la nation ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, l'attitude actuelle des affid&#233;s du Kremlin est difficile &#224; comprendre, encore plus difficile &#224; excuser. Mais n'oublions pas ce qui s'est pass&#233; chez les &#171; d&#233;mocrates &#187; pour pousser l'Union sovi&#233;tique et ses amis &#224; prendre cette position d&#233;sastreuse ! Que l'on pense &#224; l'Espagne ! Que l'on pense &#224; Munich ! Par Peur du communisme, on a laiss&#233; le fascisme cro&#238;tre et embellir et maintenant que l'on se voit attaqu&#233; par son propre prot&#233;g&#233; (le fascisme), on attend de l'aide des communistes ! Pourtant, il n'en reste pas moins, naturellement, qu'une victoire allemande serait, pour les communistes aussi, et surtout pour eux, la catastrophe. Apr&#232;s l'Angleterre, ce serait le tour de l'Union sovi&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de raisonnement &#233;crit en 1949 pr&#233;tend d&#233;crire les sentiments de Klaus Mann de l'&#233;poque du pacte Hitler-Staline, ici en 1941 ! Il n'est pas extr&#234;mement int&#233;ressant sauf dans le fait qu'il tend toujours &#224; blanchir un peu Moscou au moment m&#234;me o&#249; ce pr&#233;tendu anti-nazi visc&#233;ral devrait le plus &#234;tre hostile &#224; Staline, cet alli&#233; et admirateur d'Hitler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crit m&#234;me que les &#233;crivains qui regrettent de s'&#234;tre, dans la p&#233;riode soi-disant antifasciste de Moscou, engag&#233;s &#224; ses c&#244;t&#233;s ont tort de le regretter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Wystam &#8211; autrefois (il n'y a encore que trois ou quatre ans !) activiste politique beaucoup plus r&#233;solu que je ne l'aie jamais &#233;t&#233; &#8211; est maintenant d'avis que l'&#233;crivain doit &#233;viter tout contact avec le domaine de la politique&#8230; Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment cette ind&#233;pendance, cette absence d'attaches sociales qui trouble ou fausse le jugement politique de l'artiste, car l'&#171; artiste libre &#187; n'a jamais v&#233;cu dans sa propre chair le probl&#232;me du pouvoir politique, et ne l'a par cons&#233;quent sans doute jamais compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 29 juin 1941. L'agression d'Hitler contre l'Union sovi&#233;tique est un &#233;v&#233;nement d'une telle port&#233;e que j'ose &#224; peine le commenter, m&#234;me dans ces notes personnelles, et encore moins publiquement. Mais je veux cependant &#233;crire aujourd'hui ceci : dans ma premi&#232;re r&#233;action instinctive devant l'&#233;normit&#233; de la nouvelle, ce qui l'emporte, c'est un sentiment de soulagement. Certes, on est horrifi&#233;, indign&#233;, boulevers&#233; &#8211; inquiet aussi&#8230; Mais pourtant, on respire. L'air est devenu plus pur. Le pacte entre Hitler et Staline, une des plus grandes perversit&#233;s et un des plus grands paradoxes de l'histoire mondiale, appartient d&#233;sormais au pass&#233;, avec Munich et d'autres souvenirs humiliants&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rappelant ici Munich, Klaus Mann redit que les &#171; d&#233;mocraties &#187; ont-elles aussi des souvenirs humiliants&#8230; Il continue en fait le plaidoyer pro-alliance avec Moscou qui est son fil conducteur de toujours. Il pr&#233;tend ainsi que Staline est naturellement anti-nazi et n'a &#233;t&#233; pro-Hitler ou alli&#233; d'Hitler que de mani&#232;re accidentelle. Selon lui, la nature du r&#233;gime stalinien ne doit en rien &#234;tre compar&#233;e &#224; celle du r&#233;gime nazi. On se souvient que Trotsky avait compar&#233; les deux r&#233;gimes de &#171; s&#339;urs jumelles &#187; avant qu'ils soient alli&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-il fou, cet Hitler ?... Il attaque &#224; la fois la Russie et le monde capitaliste anglo-saxon !... Oui, il est fou ! Dieu merci ! Dans sa folie, il va r&#233;aliser ce que n'a pu r&#233;ussir aucune diplomatie : l'alliance entre l'Est et l'Ouest, entre le bolchevisme et la d&#233;mocratie, entre Moscou et Paris, Londres et Washington. Si cette grande coalition devait r&#233;ellement se former et durer &#8211; non seulement pendant la guerre, mais aussi apr&#232;s &#8211; peut-&#234;tre notre civilisation menac&#233;e serait-elle sauv&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les succ&#232;s militaires de Staline contre Hitler stimulent le penchant pro-stalinien de Klaus Mann au point de l'amener &#224; justifier ouvertement l'&#233;limination physique et le discr&#233;dit syst&#233;matiques des anciens r&#233;volutionnaires communistes lors des proc&#232;s de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 14 janvier 1942. Devant l'h&#233;ro&#239;sme avec lequel l'Arm&#233;e Rouge et le peuple russe luttent contre l'invasion nazie, il semble qu'il nous faille r&#233;viser &#224; bien des &#233;gards notre jugement sur l'Union Sovi&#233;tique. Certaines tendances, certains aspects de la politique du Kremlin, qui, jusque l&#224;, nous choquaient, commencent &#224; pr&#233;sent &#224; devenir compr&#233;hensibles. Que penser, par exemple, &#224; la lumi&#232;re des &#233;v&#233;nements actuels, de ces proc&#232;s de 1937, de sinistre r&#233;putation ? La liquidation sommaire et rigoureuse de l'opposition militaire et &#171; trotskiste &#187; avait &#233;t&#233;, &#224; l'&#233;poque, ressentie dans les milieux lib&#233;raux comme un scandale insupportable. Mais sans les proc&#232;s de 1937, il n'y aurait peut-&#234;tre pas aujourd'hui, en 1942, de r&#233;sistance russe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le fait que la Russie soit maintenant notre alli&#233;e contre l'Allemagne nazie ne doit pas nous aveugler sur les d&#233;fauts du r&#233;gime sovi&#233;tique. Mais si ce r&#233;gime &#233;tait vraiment aussi d&#233;testable et &#8211; ce qui est plus important &#8211; s'il &#233;tait vraiment aussi d&#233;test&#233; par les masses russes qu'une presse r&#233;actionnaire essaye de nous le faire croire depuis plus de vingt ans, comment alors expliquer l'h&#233;ro&#239;sme tenace avec lequel le peuple russe se d&#233;fend &#224; pr&#233;sent ? Que l'on n'aille tout de m&#234;me pas dire que l'amour de la &#171; Terre russe &#187; est l'unique raison d'un pareil courage ! En 1917 aussi, l'ennemi foulait ce sol sacr&#233; &#8211; ce qui n'emp&#234;cha absolument pas les paysans, les ouvriers et les intellectuels de saboter la guerre, car on ne voulait plus de la domination des tsars, et l'on songeait &#224; s'en d&#233;barrasser. Maintenant, on pourrait aussi secouer le joug de la dictature communiste si on en avait l'intention. Mais cela ne semble justement pas &#234;tre le cas. On ne sabote pas : on lutte. Comment cela ne donnerait-il pas &#224; r&#233;fl&#233;chir ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann ne cite les crimes du stalinisme que pour les blanchir et fait alors des raisonnements tr&#232;s politiques pour quelqu'un qui pr&#233;tend n'avoir touch&#233; que de loin aux probl&#232;mes politiques et sociaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A cela, toutefois, on pourrait objecter que dans le Reich d'Hitler, il n'y a &#224; peu pr&#232;s pas non plus de sabotage qui vaille d'&#234;tre mentionn&#233;. L&#224; aussi, la nation soutient &#171; comme un seul homme &#187;le dictateur, sans que nous le trouvions pour cela moins abominable. A quoi cependant, il faudra r&#233;pondre que le tyran allemand n'a eu, jusqu'alors ? que des victoires &#224; exhiber, et qu'encore maintenant, il est vainqueur, du moins il semble l'&#234;tre. Mais attendons de voir ce que deviendra la popularit&#233; du F&#252;hrer quand les Russes seront aux portes de Berlin et les Alli&#233;s en Rh&#233;nanie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela nous &#233;loigne de Ren&#233; Crevel et de notre sujet ? Ce n'est pas nous que cela &#233;loigne encore du po&#232;te surr&#233;aliste mais Klaus Mann&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, Klaus Mann &#233;crit le 31 mars 1943 dans une lettre qu'il cite dans &#171; Le tournant &#187; qu'il continue &#224; travailler &#224; son &#171; Anthology &#187; de &#171; Heart of Europe &#187;, cens&#233;e montrer quels intellectuels ont &#233;t&#233; le c&#339;ur de l'Europe des &#233;crivains antifascistes et il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On n'y a oubli&#233; aucun des tr&#232;s grands noms, si ce n'est peut-&#234;tre Sartre et Breton. Mais il ne peut tout simplement pas y avoir place pour tout. (C'est pourquoi, le c&#339;ur gros, je renonce aussi &#224; Ren&#233; Crevel). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;te surr&#233;aliste Ren&#233; Crevel finit ainsi&#8230; mis entre parenth&#232;ses par Klaus Mann qui&#8230; y a renonc&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques compl&#233;ments &#224; lire :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Suissesse Annemarie Schwarzenbach avait amen&#233; avec lui &#224; Moscou : Je suis arriv&#233;e avec Klaus, pour un congr&#232;s d'&#233;crivains &#8211; qui, en effet, n'est pas la partie la plus int&#233;ressante de notre s&#233;jour &#8211; comme nous ne comprenons pas le russe&#8230; Quand Klaus Mann lui a propos&#233; &#8211; &#171; Miro, c'est sur ton chemin ! &#187; &#8211; de l'accompagner au congr&#232;s, le premier congr&#232;s des &#233;crivains sovi&#233;tiques depuis la r&#233;volution, elle a imm&#233;diatement accept&#233;. On ne refuse pas &#231;a au fr&#232;re d'Erika, au fils de Thomas Mann, ce g&#233;ant qui l'impressionne. Elle redoute ce p&#232;re qui lui en veut d'&#234;tre amoureuse d'Erika et de l'opium. Mais elle s'entend bien avec le doux Klaus qui aime les gar&#231;ons et la morphine aussi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense aux remarques de Klaus Mann sur un congr&#232;s dont il ne comprend pas les allocutions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.letemps.ch/culture/suissesse-annemarie-schwarzenbach-chez-maxime-gorki-moscou&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.letemps.ch/culture/suissesse-annemarie-schwarzenbach-chez-maxime-gorki-moscou&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi Schwarschild d&#233;nonce Klaus Mann&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=PyJnDwAAQBAJ&amp;pg=PA195&amp;lpg=PA195&amp;dq=Bruno+Frank+et+le+stalinisme&amp;source=bl&amp;ots=SPGs4YoR0g&amp;sig=ACfU3U27YyHw5tpH6i_BetFYXMYLwdnnJg&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwi-8d3iu9n0AhVETBoKHUafC7wQ6AF6BAgCEAM#v=onepage&amp;q=Bruno%20Frank%20et%20le%20stalinisme&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=PyJnDwAAQBAJ&amp;pg=PA195&amp;lpg=PA195&amp;dq=Bruno+Frank+et+le+stalinisme&amp;source=bl&amp;ots=SPGs4YoR0g&amp;sig=ACfU3U27YyHw5tpH6i_BetFYXMYLwdnnJg&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwi-8d3iu9n0AhVETBoKHUafC7wQ6AF6BAgCEAM#v=onepage&amp;q=Bruno%20Frank%20et%20le%20stalinisme&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord que le premier congr&#232;s de l'Union des &#233;crivains sovi&#233;tiques s'&#233;tait tenu &#224; Kharkov en 1934. Il avait consacr&#233; la fusion des anciennes organisations des &#233;crivains, l'interdiction des tendances, m&#234;me purement litt&#233;raires, et le triomphe du &#171; r&#233;alisme socialiste &#187;, c'est-&#224;-dire de l'adh&#233;sion inconditionnelle &#224; la r&#233;alit&#233; sovi&#233;tique. Cette r&#233;alit&#233; devait &#234;tre pr&#233;sent&#233;e sous ses aspects les plus s&#233;duisants, exalt&#233;e et embellie, &#171; vernie &#187;, disaient les Sovi&#233;tiques. Toute critique, m&#234;me implicite, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un acte d'opposition, toute opposition comme une &#171; trahison &#187; (Merleau-Ponty).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1967/07/FAY/27911&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.monde-diplomatique.fr/1967/07/FAY/27911&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cocteaumediterrannee.blogspot.com/2018/03/rene-crevel-different-trains.html?view=magazine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Ren&#233; Crevel ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann, un ami proche &#233;crit dans son livre Le Tournant : &#034; Il se suicida parce qu'il avait peur de la d&#233;mence, il se suicida parce qu'il tenait le monde pour d&#233;ment&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Crevel_(%C3%A9crivain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Crevel_(%C3%A9crivain&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici par exemple l'interpr&#233;tation de la mort de Crevel par Maitron :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ren&#233; Crevel se donna la mort &#224; la veille de l'ouverture du Congr&#232;s international des &#233;crivains pour la d&#233;fense de la culture de juin 1935&#8230; Membre du comit&#233; organisateur du Congr&#232;s international des &#233;crivains pour la d&#233;fense de la culture qui devait se r&#233;unir &#224; Paris du 21 au 25 juin 1935, il se trouva au c&#339;ur des tractations sur la participation des surr&#233;alistes (ceux-ci avaient annonc&#233; leur volont&#233; d'aborder, notamment, le cas de l'&#233;crivain Victor Serge). Apr&#232;s que la participation de Breton fut finalement accept&#233;e, celui-ci s'&#233;tait vu retirer la parole, &#224; la suite d'un incident fortuit (la gifle &#224; Ilya Ehrenbourg, membre de la d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique, qui avait d&#233;cri&#233; l'activit&#233; surr&#233;aliste). Crevel s'&#233;tait d&#233;pens&#233; sans compter pour que le droit d'expression fut reconnu &#224; Breton. &#201;puis&#233; par des d&#233;marches vaines aupr&#232;s des organisateurs du Congr&#232;s plac&#233;s devant la menace d'un retrait de la d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique, apr&#232;s l'&#233;chec d'une ultime r&#233;union de conciliation le soir du 17 juin &#224; la Closerie des Lilas o&#249; Ehrenbourg &#233;tait rest&#233; intransigeant, Crevel qui, le m&#234;me jour avait pris connaissance des mauvais r&#233;sultats de ses analyses de sant&#233;, se donna la mort dans la nuit. A cause de cette mort tragique, il fut admis que le discours de Breton pouvait &#234;tre lu au Congr&#232;s (il le fut par &#201;luard, le 24 juin au soir, &#224; une fin de s&#233;ance). Un hommage fut rendu &#224; Crevel le 22 juin ; le discours qu'il avait pr&#233;par&#233; pour le congr&#232;s, intitul&#233; &#171; Individu et soci&#233;t&#233; &#187; n'ayant pas &#233;t&#233; retrouv&#233;, on lut son discours aux ouvriers de Boulogne (&#171; Individu et soci&#233;t&#233; &#187; parut dans le num&#233;ro de juillet de Commune). &#171; En lui &#8212; &#233;crivit Andr&#233; Breton dans ses Entretiens &#8212; nous perdions un de nos meilleurs amis de la premi&#232;re heure, ou presque, l'un de ceux dont les &#233;motions et les r&#233;actions avaient &#233;t&#233; vraiment constitutives de notre &#233;tat d'esprit commun, l'auteur d'ouvrages tels que L'Esprit contre la raison, Le Clavecin de Diderot, sans quoi il e&#251;t manqu&#233; une des ses plus belles volutes au surr&#233;alisme. Il est bien certain que le geste de d&#233;sespoir de Crevel n'a pu &#234;tre ainsi que &#034;surd&#233;termin&#233;&#034; et qu'il admettait d'autres causes latentes depuis longtemps &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/spip.php?article107446&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/spip.php?article107446&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant ce qu'&#233;crit le journal Le Monde :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LE 18 juin 1935, au petit matin, l'&#233;crivain Ren&#233; Crevel se suicide par le gaz dans son appartement de la rue Nicolo, &#224; Paris. Il va avoir trente-cinq ans. Pr&#232;s de son corps, un billet avec ces mots : &#171; Pri&#232;re de m'incin&#233;rer. D&#233;go&#251;t. &#187; Ceux qui le connaissent savent qu'il est gravement malade. Mais quelques jours plus tard, Elise et Marcel Jouhandeau, qui sont des amis tr&#232;s proches, accusent : pour eux, les v&#233;ritables responsables de sa mort sont les surr&#233;alistes, et plus pr&#233;cis&#233;ment Andr&#233; Breton. &#171; Rien ne ressemble &#224; un crime comme un suicide &#187;, &#233;crit Jouhandeau dans Le Figaro. Et il cite ces mots que lui aurait confi&#233;s Crevel : &#171; Breton est mon Dieu. (&#8230;) Quand je ne croirai plus en rien, ni en moi, ni en personne, je croirai en Breton. (&#8230;) Que Breton me d&#233;&#231;oive et je me tuerai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action des Jouhandeau met le doigt sur la nature tr&#232;s particuli&#232;re des liens qui se sont tiss&#233;s entre les deux hommes, au fil des combats men&#233;s au nom du surr&#233;alisme. Breton est le pape du mouvement. Mais qui est Crevel ? Pour les f&#234;tards qui fr&#233;quentent le Paris fou des ann&#233;es 20, il est l'un des leurs. Ce grand jeune homme blond au visage poupin, toujours tir&#233; &#224; quatre &#233;pingles, d'une gentillesse et d'une gaiet&#233; inalt&#233;rables, est un convive id&#233;al dans les bals et les soir&#233;es mondaines. C'est bien lui ce dandy qui se d&#233;crit dans Les Pieds dans le plat (Pauvert, 1974, pr&#233;face d'Ezra Pound) en train de pr&#233;parer des cocktails &#171; le front barr&#233; d'une m&#232;che blonde, cravat&#233; de rose mourant, v&#234;tu de jersey de soie &#233;meraude et chauss&#233; de sandales de cuir mauve&#8230; &#187;. Il fr&#233;quente les salons et les caf&#233;s &#224; la mode et ne craint pas de s'encanailler dans les bals n&#232;gres et les caboulots de la rue de Lappe. Le soir, on le trouve au Boeuf sur le toit ou &#224; La Coupole. Il est de toutes les premi&#232;res, de tous les cocktails. Ce tourbillon s'accompagne d'une vie sentimentale agit&#233;e. Ses aventures sont nombreuses, avec les femmes et les hommes, avec une pr&#233;f&#233;rence toutefois pour ces derniers. Ren&#233; Crevel fait partie de ce milieu artiste et mondain qui, dans le sillage de Jean Cocteau, s'amuse en choquant le bourgeois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2000/05/05/breton-et-rene-crevel-le-surrealiste-absolu_3684571_1819218.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/archives/article/2000/05/05/breton-et-rene-crevel-le-surrealiste-absolu_3684571_1819218.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que Breton n'a pas d&#233;&#231;u Crevel qui le d&#233;fendait la veille encore de mani&#232;re publique !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que Marcel Jouhandeau est stalinien qui deviendra fasciste !&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://marchoucreuse23.canalblog.com/archives/2019/09/23/37649952.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://marchoucreuse23.canalblog.com/archives/2019/09/23/37649952.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann &#233;tait l'un des douze &#233;crivains allemands en exil qui ont particip&#233; au 1er Congr&#232;s des &#233;crivains sovi&#233;tiques de toute l'Union &#224; Moscou du 7 ao&#251;t au 1er septembre 1934. Cet &#233;v&#233;nement, auquel ont voyag&#233; plus de 600 &#233;crivains de toutes les r&#233;publiques sovi&#233;tiques et d'autres pays du monde, a donn&#233; &#224; de nombreux intellectuels occidentaux &#034;progressistes&#034; l'espoir que l'Union sovi&#233;tique serait un contrepoids positif aux &#034;pays fascistes&#034; - en particulier &#224; l'Allemagne nationale-socialiste dans laquelle la vie intellectuelle a connu des restrictions accablantes. C'&#233;tait bien s&#251;r une grave erreur de jugement, car les derni&#232;res libert&#233;s de la vie artistique et litt&#233;raire de l'URSS ont disparu au cours du Congr&#232;s de Moscou : avec la cr&#233;ation de l'Union des &#233;crivains sovi&#233;tiques, une p&#233;riode de subordination absolue au parti et les ouvriers culturels sovi&#233;tiques ont commenc&#233; le nouvel id&#233;al du r&#233;alisme socialiste. N&#233;anmoins, malgr&#233; toutes les contradictions avec lesquelles la vie sovi&#233;tique se pr&#233;sentait &#224; lui, Klaus Mann croyait aussi pouvoir tirer de son voyage &#224; Moscou un espoir pour l'avenir de l'Europe. Son r&#233;cit de voyage refl&#232;te de mani&#232;re exemplaire l'attitude de nombreux intellectuels de gauche envers le communisme pendant les ann&#233;es du Front populaire. Cependant, les &#034;Notes &#224; Moscou&#034; ont jusqu'&#224; pr&#233;sent re&#231;u peu d'attention dans les recherches sur le complexe de sujets &#034;Les intellectuels et l'Union sovi&#233;tique&#034; et ne sont pour la plupart trait&#233;es que dans la litt&#233;rature biographique sur Klaus Mann&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann a trouv&#233; tellement de choses positives sur la &#171; nouvelle Russie &#187; que cela a finalement d&#233;pass&#233; son &#233;valuation globale. L'affirmation selon laquelle il consid&#232;re Moscou comme une &#171; ville d&#233;mocratique &#187; parce qu'il existe un &#171; int&#233;r&#234;t r&#233;el, passionn&#233; et vital des masses pour les institutions et les &#233;v&#233;nements de la vie publique &#187; semble contradictoire - comme il d&#233;crit l'&#201;tat ouvrier &#171; et paysan &#187; dans le m&#234;me souffle que &#034;dictature&#034;. Deux autres arguments en faveur de l'Union sovi&#233;tique sont plus r&#233;v&#233;lateurs quant &#224; son attitude positive : d'une part, il est tr&#232;s impressionn&#233; par l'id&#233;e que la litt&#233;rature n'est pas une &#171; arabesque d&#233;corative en marge de la soci&#233;t&#233; &#187;, mais plut&#244;t une &#171; partie effective &#171; de la vie publique &#187;. En revanche, &#171; l'aventure &#187; de l'Union sovi&#233;tique &#171; l'excite &#187; - le &#171; bruit gigantesque de la construction &#187;, l' &#171; enthousiasme &#187; et le &#171; z&#232;le &#187;, cette &#171; &#171; bonne volont&#233; &#187; &#171; aux proportions gigantesques &#187; 2 - &#224; tel point que elle le mena&#231;ait malgr&#233; tout L'&#233;volution de l'Europe donne de l'espoir et le sentiment heureux qu'&#171; il y a un avenir &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mann traite de la place de la litt&#233;rature dans la vie sovi&#233;tique : il rapporte et se montre avec enthousiasme sur le pr&#233;tendu &#171; lien vital [...] entre l'&#233;crivain et l'auditoire&#034; compl&#232;tement pris par l'id&#233;e que le &#034;mot imprim&#233;&#034; en Union sovi&#233;tique a une fonction p&#233;dagogique dans la formation de &#034;l'homme nouveau&#034;. Malgr&#233; une certaine irritation face au &#171; culte [s] &#187; du &#171; Patriarche [s] &#187; Maxime Gorki, il est impressionn&#233; qu'un &#233;crivain soit l'une des &#171; figures les plus v&#233;n&#233;r&#233;es du pays &#187; et que sa photo au congr&#232;s salle &#034;est au format &#201;norme &#224; c&#244;t&#233; de l'image de Staline&#034; se bloque. Ces observations semblent fortement influenc&#233;es par l'id&#233;al de Klaus Mann selon lequel l'&#233;crivain est le &#171; mentor moral &#187; de ses contemporains. Dans la tradition du &#034;savant&#034; allemand et dans le contexte d'un concept aristocratique du &#034;spirituel&#034;, Klaus Mann, comme son oncle Heinrich Mann, croyait que la t&#226;che de l'intellectuel &#233;tait de travailler avec les dirigeants politiques pour avoir un effet &#233;thique qui am&#233;liorerait l'exercice de la soci&#233;t&#233;. Il consid&#233;rait clairement que cet id&#233;al en Union sovi&#233;tique &#233;tait sur le point d'&#234;tre r&#233;alis&#233;. De ce point de vue, la dictature de Staline appara&#238;t comme une antith&#232;se positive &#224; la barbarie de l'Allemagne nationale-socialiste, qui m&#233;prise &#171; l'esprit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.1000dokumente.de/index.html?c=dokument_de&amp;dokument=0092_kla&amp;object=context&amp;l=de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.1000dokumente.de/index.html?c=dokument_de&amp;dokument=0092_kla&amp;object=context&amp;l=de&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1934, Klaus Mann se rendit &#224; Moscou au Congr&#232;s des Ecrivains sovi&#233;tiques. Voici comment Klaus Mann le rapporte dans son &#171; Journal &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=0Zmj3F5c0u0C&amp;pg=PT148&amp;lpg=PT148&amp;dq=klaus+mann+Notes+prises+%C3%A0+Moscou&amp;source=bl&amp;ots=qfN-YTx4Nb&amp;sig=ACfU3U1cSX-wu41uYhnYehFqCLvPtZa8xA&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjqxofs69H0AhUJ1xoKHSF3CJsQ6AF6BAgQEAM#v=onepage&amp;q=moscou&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=0Zmj3F5c0u0C&amp;pg=PT148&amp;lpg=PT148&amp;dq=klaus+mann+Notes+prises+%C3%A0+Moscou&amp;source=bl&amp;ots=qfN-YTx4Nb&amp;sig=ACfU3U1cSX-wu41uYhnYehFqCLvPtZa8xA&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjqxofs69H0AhUJ1xoKHSF3CJsQ6AF6BAgQEAM#v=onepage&amp;q=moscou&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez bien lu : un an avant le congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes, il est &#224; Moscou au &#171; Congr&#232;s des &#233;crivains SOVIETIQUES &#187; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s international des &#233;crivains pour la d&#233;fense de la Culture se d&#233;roule au Palais de la Mutualit&#233; entre le 21 et le 25 juin 1935. Il est organis&#233; par l'Association des &#201;crivains et Artistes R&#233;volutionnaires (AEAR), &#224; laquelle Breton adh&#232;re d&#233;but 1932 et dont il est exclu en juin 1933 pour avoir publi&#233; dans la revue Le Surr&#233;alisme au service de la r&#233;volution la lettre de Ferdinand Alqui&#233; parlant de &#171; cr&#233;tinisation &#187; en URSS&#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Sovi&#233;tiques savent donc qu'avec Malraux et Gide aux commandes, le congr&#232;s (qui aurait pu aussi s'appeler &#171; pour la d&#233;fense de l'Union sovi&#233;tique &#187; !) ne conna&#238;tra pas trop de d&#233;bordements, et ils ont raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.terresdecrivains.com/Le-congres-des-ecrivains-de-juin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.terresdecrivains.com/Le-congres-des-ecrivains-de-juin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans Breton et sans&#8230; Crevel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce Congr&#232;s, un des &#233;l&#233;ments du dispositif de propagande dont l'Internationale communiste joue &#224; merveille selon des besoins et les int&#233;r&#234;ts de l'Union sovi&#233;tique, va porter ses fruits. L'heure des fronts populaires a sonn&#233; : il faut unir toutes les forces &#224; m&#234;me de contribuer [sic] au danger repr&#233;sent&#233; par l'Allemagne nazie. Tout le monde est ainsi ravi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;cle des intellectuels de Michel Winoc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2005-05-0099-011&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2005-05-0099-011&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congr&#232;s fut pour les surr&#233;alistes l'occasion d'une rupture avec le P.C.F. et le r&#233;gime sovi&#233;tique. Leur participation constitue d&#233;j&#224; un cas. La lettre d'adh&#233;sion, sign&#233;e par Breton, Eluard, P&#233;ret, Hugnet, d&#233;clare l'impossibilit&#233; d'&#234;tre &#171; pour la d&#233;fense de la culture &#187; tout court, celle-ci &#233;tant la culture dont s'est dot&#233;e la bourgeoisie. Puis Ehrenbourg, correspondant des Izvestia &#224; Paris, demanda leur exclusion &#224; la suite de l'histoire des gifles que lui avait ass&#233;n&#233;es Breton en plein boulevard Montparnasse comme r&#233;ponse &#224; un texte injurieux &#224; l'&#233;gard du mouvement. Le nom de Breton fut retir&#233; du programme, et biff&#233; sur les &#233;bauches, o&#249; il figurait dans la premi&#232;re s&#233;ance. Le suicide de Crevel amena enfin &#224; un compromis : la lecture du discours de Breton faite par Eluard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;daction manuscrite de ce discours s'ouvre sur un long passage, biff&#233; et rest&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent in&#233;dit, qui ne m&#233;nage pas les critiques aux organisateurs : &#171; Se prononcer aujourd'hui &#8216;pour la d&#233;fense de la culture' nous fait l'effet d'un geste purement platonique. Nous ne cachons pas notre inqui&#233;tude au seul aspect de ces mots que prive de sens l'approbation beaucoup trop vaste, beaucoup trop g&#233;n&#233;rale qu'ils ne peuvent manquer de recueillir. Combien d&#233;couvrirait-on en France d'&#233;crivains, m&#234;me r&#233;actionnaires, qui osent se d&#233;clarer contre la culture ? La proclamation, par des &#233;crivains de tendances les plus contradictoires, de la n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre la culture, ne pourrait avoir d'autre cons&#233;quence que de syst&#233;matiser la confusion &#187;. Puis Breton d&#233;cida de se placer sur un plan strictement politique : il articule son discours &#224; partir de la condamnation du pacte franco-sovi&#233;tique, de la d&#233;claration de Staline justifiant les efforts de la France pour assurer sa d&#233;fense nationale, et du revirement communiste. Il ram&#232;ne l'organisation du Congr&#232;s &#224; cette op&#233;ration politique, il proclame un &#171; &#233;tat d'alarme &#187; et en appelle &#224; Marx et L&#233;nine pour stigmatiser la tentative, de la part des communistes fran&#231;ais, d'une r&#233;novation de l'id&#233;e de patrie qui aurait comme cons&#233;quence de dresser le prol&#233;tariat fran&#231;ais contre le prol&#233;tariat allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois apr&#232;s le Congr&#232;s, la rupture &#233;tait sanctionn&#233;e par la publication de Du temps que les surr&#233;alistes avaient raison, o&#249; le jugement sur le Congr&#232;s est sans appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.vox-poetica.org/entretiens/intTeroniKlein.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.vox-poetica.org/entretiens/intTeroniKlein.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens ne se sont pas content&#233;s de supprimer Crevel, ils ont fait parler Aragon en son nom sur un soi-disant document qu'ils auraient retrouv&#233; de Crevel et qu'il aurait r&#233;dig&#233; pour le lire au congr&#232;s !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_aux_ouvriers_de_Boulogne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_aux_ouvriers_de_Boulogne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Breton au congr&#232;s a pr&#233;tendument &#233;t&#233; lu mais pas vraiment. Pas &#233;tonnant : il d&#233;non&#231;ait le pacte germano-sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=btomDQAAQBAJ&amp;pg=PT286&amp;lpg=PT286&amp;dq=crevel+au+congr%C3%A8s+des+%C3%A9crivains+antifascistes&amp;source=bl&amp;ots=1qglBij-U_&amp;sig=ACfU3U0iLaICU44CURR87RaXkdd9iUVIDA&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwi4n4m_09H0AhURJBoKHZ6MACoQ6AF6BAgaEAM#v=onepage&amp;q=crevel%20au%20congr%C3%A8s%20des%20%C3%A9crivains%20antifascistes&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=btomDQAAQBAJ&amp;pg=PT286&amp;lpg=PT286&amp;dq=crevel+au+congr%C3%A8s+des+%C3%A9crivains+antifascistes&amp;source=bl&amp;ots=1qglBij-U_&amp;sig=ACfU3U0iLaICU44CURR87RaXkdd9iUVIDA&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwi4n4m_09H0AhURJBoKHZ6MACoQ6AF6BAgaEAM#v=onepage&amp;q=crevel%20au%20congr%C3%A8s%20des%20%C3%A9crivains%20antifascistes&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Klaus Mann participa, en 1934, &#224; la pr&#233;paration avec Ren&#233; Crevel du Congr&#232;s international pour la d&#233;fense de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gallimardmontreal.com/catalogue/livre/tournant-le-histoire-d-une-vie-mann-klaus-9782742773589&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gallimardmontreal.com/catalogue/livre/tournant-le-histoire-d-une-vie-mann-klaus-9782742773589&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons qu'il n'insiste pas sur ce point dans son ouvrage &#171; Le tournant &#187; qui d&#233;crit pourtant en d&#233;tails ses activit&#233;s avec les &#233;crivains antifascistes&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est un trotskiste qui meurt avec Ren&#233; Crevel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.andrebreton.fr/work/56600100381330&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.andrebreton.fr/work/56600100381330&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on sait qui avait int&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;limination d'un trotskiste qui avait annonc&#233; d'avance qu'il allait d&#233;noncer le stalinisme au congr&#232;s des &#233;crivains antifascistes !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont tous dit : &#171; il avait th&#233;oris&#233; le suicide &#187;, &#171; il &#233;tait malade &#187;, &#171; il &#233;tait fou de Breton &#187;, et&#8230; il s'est suicid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la v&#233;rit&#233;, c'est qu'il fait partie des militants trotskistes assassin&#233;s sur ordre de Staline et que Klaus Mann aurait pu nous dire comment dans &#171; Le tournant &#187;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage &#224; Natalia Sedova Trotsky</title>
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		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article5961</guid>
		<dc:date>2020-12-12T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>
		<dc:subject>Natalia Sedova</dc:subject>
		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Hommage &#224; Natalia Sedova Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Discours prononc&#233; par Andr&#233; Breton lors des obs&#232;ques, &#224; Paris le 29 janvier 1962, de Natalia Sedova Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; De sa silhouette si menue, ferm&#233;s ses yeux o&#249; se livr&#232;rent les plus dramatiques combats de l'ombre avec la lumi&#232;re, le seul murmure de son nom retra&#231;ant en un &#233;clair les plus saillants &#233;pisodes de l'his&#172;toire contemporaine, s'en va la tr&#232;s grande Dame que fut Natalia Sedova-Trotsky. Soixante ans d'une lutte qui se confond avec celle du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot284" rel="tag"&gt;Communisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot308" rel="tag"&gt;Natalia Sedova&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_14871 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/YIU27PP5D6O6QJJ37F3NRDUPQU.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/YIU27PP5D6O6QJJ37F3NRDUPQU.jpg' width=&#034;932&#034; height=&#034;582&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_14870 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/capture-d-ecran-2019-11-13-a-02-12-33.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/capture-d-ecran-2019-11-13-a-02-12-33.jpg' width=&#034;661&#034; height=&#034;1046&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hommage &#224; Natalia Sedova Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Discours prononc&#233; par Andr&#233; Breton lors des obs&#232;ques, &#224; Paris le 29 janvier 1962, de Natalia Sedova Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; De sa silhouette si menue, ferm&#233;s ses yeux o&#249; se livr&#232;rent les plus dramatiques combats de l'ombre avec la lumi&#232;re, le seul murmure de son nom retra&#231;ant en un &#233;clair les plus saillants &#233;pisodes de l'his&#172;toire contemporaine, s'en va la tr&#232;s grande Dame que fut Natalia Sedova-Trotsky. Soixante ans d'une lutte qui se confond avec celle du prestigieux compagnon qu'elle s'&#233;tait choisi &#8212; qu'il f&#251;t aupr&#232;s d'elle ou que, victime d'un forfait inexpiable, il e&#251;t cess&#233; de l'&#234;tre &#8212;, ces soixante ans ont vu se poser pour la premi&#232;re fois en termes concrets le probl&#232;me de l'&#233;mancipation humaine. Nul, de par sa position sur l'&#233;chiquier du sort, n'y a &#233;t&#233; m&#234;l&#233; d'aussi pr&#232;s que Natalia Sedova ; nul n'en a connu toutes les exaltations, toutes les ferveurs et aussi n'en a endur&#233; &#224; ce point toutes les affres. Dans l'&#233;tudiante de vingt ans, membre de l'Iskra, qui, pour les d&#233;lasser, m&#232;ne L&#233;nine et Trotsky &#224; l'Op&#233;ra-Comique de Paris o&#249; l'on joue Louise, se dessine pour moi sa vocation, non seulement comme militante r&#233;volutionnaire mais encore comme personne humaine. Elle se profile d&#233;j&#224; en fonction du tout exceptionnel sacrifice que la vie exigera d'elle. On sait que la femme tient par plus de fibres que l'homme au monde des instincts primordiaux : elle aspire, de par sa nature, &#224; l'harmonie du foyer (sa stabilit&#233;, son plus grand confort possible tant mat&#233;riel que moral), car c'est d'elle avant tout que d&#233;pendent la s&#233;curit&#233; et l'&#233;quilibre de l'enfant. Quels assauts int&#233;rieurs, dans ce domaine, Natalia n'aura-t-elle pas d&#251; subir ; que ne lui aura-t-il pas fallu prendre sur elle-m&#234;me pour ne pas fl&#233;chir, et faire en sorte que L&#233;on Trotsky garde autant que possible ses forces intactes, jusque devant le trop probable assassinat de leurs deux fils. Si pr&#232;s de nous encore ce matin, il n'y a pas d'emphase &#224; dire qu'elle se tient l&#224; &#224; la hauteur des plus grandes figures de l'Antiquit&#233;. C'&#233;tait, il y aura bient&#244;t vingt-quatre ans, au Mexique, o&#249; tous deux je les voyais chaque jour (L&#233;on Trotsky avait encore deux ans &#224; vivre). J'arrivais de Paris o&#249; leur fils a&#238;n&#233;, L&#233;on Sedov, que je connaissais bien, venait de succomber, de mani&#232;re plus que suspecte, dans une clinique. Quelles que fussent les implications, politiques et autres, de ce drame, dont on e&#251;t pu sans doute remonter la fili&#232;re, Trotsky objectait, de mani&#232;re cassante, &#224; ce qu'on l'abord&#226;t. Ainsi, tant bien que mal effac&#233;e du sol cette tragique ombre port&#233;e, il fallait voir de quelle sollicitude &#8212; sans se d&#233;partir d'un tact supr&#234;me &#8212; sa femme aussit&#244;t l'entourait, les yeux &#224; peine voil&#233;s. Il y avait l&#224;, dans l'&#233;perdu peut-&#234;tre, une ouverture sur l'identit&#233; de cause, la seule qui consacre le couple &#224; jamais. La mort de ceux qui, d'un mot singuli&#232;rement trompeur, se disent mat&#233;rialistes alors qu'ils n'ont v&#233;cu que par l'esprit et par le c&#339;ur, cette mort est encore la plus conjurable de toutes. Entre ces deux empires, celui de la vie et l'autre, nous avons vue sur un no man's land o&#249; germent les id&#233;es, les &#233;motions et les conduites qui ont fait le plus honneur &#224; la condition humaine. Sans qu'il soit besoin pour cela d'aucune pri&#232;re, l'union des cendres de Natalia Sedova &#224; celles de L&#233;on Trotsky, dans l'enclos de ce qu'on nomme &#171; la maison bleue &#187; &#224; Coyoac&#226;n, &#224; la fois sous l'angle de la r&#233;volution et sous l'angle de l'amour, assure un nouvel &#233;ploiement du ph&#233;nix. L&#233;on Trotsky fut mieux plac&#233; que qui&#172;conque pour nous orienter un jour comme celui-ci. C'est lui-m&#234;me qui nous dissuade, quelles que soient notre r&#233;volte et notre peine, de nous appesantir sur le destin d&#233;chirant de quelque &#234;tre que ce soit, pris en particulier. A la fin de l'essai autobiographique qu'il a intitul&#233; &#034;Ma Vie&#034;, &#171; Je ne mesure pas, dit Trotsky, le processus historique avec le m&#232;tre de mon sort personnel. Au contraire, j'appr&#233;cie mon sort personnel non seulement objectivement mais subjectivement, en liaison indissoluble avec la marche de l'&#233;volution sociale... J'ai lu plus d'une fois dans les journaux des consid&#233;rations sur la &#8220;trag&#233;die&#8221; qui m'a atteint. Je ne connais pas de trag&#233;die personnelle. &#187; Qu'elle ait partag&#233; cette fa&#231;on devoir, c'est toute la vie de Natalia Sedova qui en r&#233;pond. De parce qui nous lie &#224; elle, il est apaisant, il est presque heureux malgr&#233; tout qu'elle ait assez v&#233;cu pour voir d&#233;noncer, par ceux-l&#224; m&#234;mes qui en ont recueilli l'h&#233;ritage, le banditisme stalinien qui a us&#233; contre elle des pires raffinements de cruaut&#233;. Elle aura su qu'enfin le processus &#233;volutif imposait une r&#233;vision radicale de l'histoire r&#233;volutionnaire de ces quarante derni&#232;res ann&#233;es, histoire cyniquement contrefaite et qu'au terme de ce processus irr&#233;versible, non seulement toute justice serait rendue &#224; Trotsky, mais encore seraient appel&#233;es &#224; prendre toute vigueur et toute ampleur, les id&#233;es pour lesquelles il a donn&#233; sa vie. C'est dans cette perspective, la seule qu'elle puisse admettre, que je salue Natalia Sedova. Gloire, indissolublement, au Vieux et &#224; la Vieille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2009/10/natalia_pdf.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hommage d'Alfred Rosmer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In memoriam : Natalia Trotsky (1962) par Raya Dunayevskaya&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IN MEMORIAM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NATALIA SEDOVA-TROTSKY entra pour la premi&#232;re fois en contact avec le mouvement r&#233;volutionnaire dans la Russie tsariste, alors qu'elle avait seulement quinze ans. Elle &#233;tait encore adolescente quand elle &#233;migra en Europe pour y faire des &#233;tudes ; c'est l&#224; qu'elle rejoignit le petit groupe d'&#233;migr&#233;s russes qui se rassemblait autour du journal l'Iskra. Cette jeune fille modeste, volontairement effac&#233;e, re&#231;ut la t&#226;che de trouver une chambre pour un jeune th&#233;oricien plein de promesses qui venait de s'&#233;vader de Sib&#233;rie et dont on ne lui avait pas dit le nom. Il se trouva que c'&#233;tait Lev Davidovitch Trotsky ; on lui demanda de s'assurer qu'il ne perdait pas son temps mais pr&#233;parait bien sa premi&#232;re conf&#233;rence &#224; Paris. C'est l&#224; le seul incident de sa vie personnelle dont Natalia m'ait jamais parl&#233; durant les ann&#233;es (1937-1938 ) o&#249; je v&#233;cus &#224; Mexico comme secr&#233;taire de Trotsky. Elle ajoutait qu'elle ne pouvait se d&#233;cider &#224; entrer dans la chambre de Trotsky et &#224; lui transmettre le message : la n&#233;cessit&#233; de se concentrer sur sa conf&#233;rence. Aussi rapporta-t-elle aux camarades plus &#226;g&#233;s qu'&#224; son avis il se pr&#233;parait puisqu'elle l'avait entendu siffler. Cependant, sa fa&#231;on d'interpr&#233;ter le sifflotement ne fut pas accept&#233;e et on l'envoya &#224; nouveau frapper &#224; la porte et parler au jeune camarade. Elle se dirigeait lentement vers la chambre, toute rougissante, quand Lev Davidovitch s'&#233;lan&#231;a dehors, la renversant presque. Au premier regard, ce fut l'amour. Elle avait alors presque vingt et un ans. Toute sa vie elle resta sa compagne, &#224; travers l'exil sous le tsarisme, les prisons tsaristes, la mar&#233;e montante de la r&#233;volution, le pouvoir, l'exil impos&#233; par Staline,jusqu'&#224; ce que le tragique assassinat v&#238;nt les s&#233;parer.Je n'oublierai jamais la seule fois o&#249; j'ai vu Natalia pleurer. On avait annonc&#233; la mort, &#224; Paris, de son fils L&#233;on Sedov. Je fus la premi&#232;re &#224; apprendre la tragique nouvelle en r&#233;pondant au t&#233;l&#233;phone pendant que nous &#233;tions tous &#224; table, prenant le d&#233;jeuner. Je n'osais regarder personne en face apr&#232;s cette nouvelle.Staline avait pers&#233;cut&#233; son autre fils ; nous ne savions pas ce qu'il &#233;tait devenu. Il avait pers&#233;cut&#233; les filles que Trotsky avait eues de sa premi&#232;re femme ainsi que cette femme elle-m&#234;me : la mort, le suicide, la d&#233;portation furent leur lot. Et maintenant, cela ! Je ne pus que m'asseoir &#224; table en disant que c'&#233;tait un faux num&#233;ro et, &#224; la fin dure pas, le secr&#233;tariat se rassembla pour d&#233;cider qui porterait la nouvelle &#224; L&#233;on Trotsky, qui la porterait &#224; Natalia. D'un commun accord, nous d&#233;cid&#226;mes que seul L&#233;on Trotsky pouvait apprendre un tel malheur &#224; Natalia.Ils se retir&#232;rent dans leur chambre et, un moment apr&#232;s, on entendit son cri. Nous ne les v&#238;mes pas pendant huit jours. Ce coup &#233;tait le plus dur, non seulement parce que L&#233;on Sedov &#233;tait leur seul enfant vivant, mais aussi parce qu'il avait &#233;t&#233; le plus proche collaborateur de Trotsky, sur le plan litt&#233;raire comme sur le plan politique. Quand Trotsky avait &#233;t&#233; intern&#233; en Norv&#232;ge, r&#233;duit au silence, mis dans l'impossibilit&#233; de r&#233;pondre aux monstrueuses charges accumul&#233;es contre lui dans le premier des proc&#232;s de Moscou (ao&#251;t 1936), Sedov avait r&#233;dig&#233; Le Livre Rouge1 qui, en d&#233;non&#231;ant de fa&#231;on &#233;clatante les falsifications de Moscou, porta un coup irr&#233;parable au prestige du Gu&#233;p&#233;ou. Durant les sombres jours qui suivirent la nouvelle tragique, ces jours o&#249; Trotsky et Natalia demeur&#232;rent enferm&#233;s dans leur chambre, Trotsky &#233;crivit l'histoire de la br&#232;ve existence de leur fils. C'&#233;tait la premi&#232;re fois depuis l'&#233;poque pr&#233;r&#233;volutionnaire que Trotsky &#233;crivait de sa propre main. Le huiti&#232;me jour, L&#233;on Trotsky sortit de la chambre. Je restai p&#233;trifi&#233;e en le voyant. Le net, m&#233;ticuleux L&#233;on Trotsky ne s'&#233;tait pas ras&#233; de toute la semaine. Ses traits &#233;taient profond&#233;ment creus&#233;s, ses yeux gonfl&#233;s tant il avait pleur&#233;. Sans ajouter un mot, il me tendit le manuscrit : L&#233;on Sedov, fils, ami, combattant, qui renferme quelques-unes de ses pages les plus poignantes. Mes yeux tomb&#232;rent d'abord sur ce passage : &#171; J'ai appris &#224; Natalia lamort de notre fils &#8212; en ce m&#234;me mois de f&#233;vrier o&#249;, il y a trente-deux ans, elle m'avait apport&#233; en prison la nouvelle de sa naissance. Ainsi s'est achev&#233; pour nous ce 16 f&#233;vrier, le jour le plus noir de notre vie priv&#233;e... Avec notre fils est mort tout ce qui restait encore de jeune en nous. &#187; La brochure &#233;tait d&#233;di&#233;e &#171; &#224; la jeunesse prol&#233;tarienne &#187;. Le matin suivant, les journaux apport&#232;rent la nouvelle du troisi&#232;me proc&#232;s de Moscou (mars 1938), qui devait s'ouvrir &#224; peine deux semaines apr&#232;s la mort de L&#233;on Sedov. Quelques jours plus tard, Natalia vint se promener avec moi dans les bois et l&#224;, elle se mit &#224; pleurer doucement et me demanda de n'en rien dire &#224; L&#233;on Trotsky car, plus que personne, il avait besoin de toute sa force et de toute notre aide pour r&#233;pondre aux d&#233;mentielles et calomnieuses accusations de l'homme du Kremlin, bien d&#233;cid&#233; &#224; assassiner le seul &#234;tre (Trotsky) qui pouvait encore diriger une r&#233;volution contre la bureaucratie et ramener le mouvement russe, et par l&#224; le mouvement inter&#172;national,sur le chemin marxiste de la lib&#233;ration.Avec le commencement du troisi&#232;me proc&#232;s de Moscou, nous d&#251;mes oublier tout le reste et nous consacrer &#224; la lutte contre ces d&#233;mentielles accusations. Staline, &#233;paul&#233; par la puissance de l'&#201;tat russe et du pouvoir militaire, avait pendant une d&#233;cade enti&#232;re pr&#233;par&#233; la sc&#232;ne pour ces monstrueuses machinations. L&#233;on Trotsky n'eut que deux heures pour r&#233;pondre &#8212; et ceci seulement parce que la presse mexicaine voulut bien lui communiquer les accusations qui arrivaient par t&#233;l&#233;type et garder ses imprimeries ouvertes pour qu'il p&#251;t r&#233;pondre. Deux ans apr&#232;s que les proc&#232;s eurent &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s, non seulement par Trotsky lui-m&#234;me mais par la Commission d'Enqu&#234;te pr&#233;sid&#233;e par John Dewey, comme la plus grande machination de l'histoire, un agent du Gu&#233;p&#233;ou enfon&#231;a son piolet dans la t&#234;te de L&#233;on Trotsky.Note 1.Publi&#233; pour la premi&#232;re fois en russe, comme num&#233;ro sp&#233;cial, du Bulletin de l'Opposition (organe des bolcheviks-l&#233;ninistes russes), &#233;dit&#233; par Sedov &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3641&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Natalia Sedova Trotsky ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot308&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/sedova/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Natalia Sedova en 1961 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un grand r&#233;volutionnaire comme L&#233;on Trotski ne peut en aucune mani&#232;re &#234;tre le p&#232;re de Mao Ts&#233;-Toung, qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l'Opposition de gauche (trotskiste) et l'a consolid&#233;e par l'assassinat et la pers&#233;cution des r&#233;volutionnaires, tout comme l'a fait Tchang Kai-Chek. Les p&#232;res spirituels de Mao Ts&#233;-Toung et de son parti sont &#233;videmment Staline (qu'il revendique d'ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus. [...] Je consid&#232;re l'actuel r&#233;gime chinois, de m&#234;me que le r&#233;gime russe ou tout autre b&#226;ti sur le mod&#232;le de celui-ci, aussi &#233;loign&#233; du marxisme et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne que celui de Franco en Espagne. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=551&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=550&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/sedova/works/1948/04/testament.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un faux testament de Trotsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/sedova-natalia/1940/misc/x001.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Father and Son&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/sedova-natalia/1941/03/terrorists.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Who defend the terrorists ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/sedova-natalia/1935/06/sergei.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Read also&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/barta/1946-1949/letters01.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Letters Barta&#8212;Natalia Sedova&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/paginas-espanolas/1962-natalia-sedova-una-vida-de-revolucionaria-bonnet/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Natalia Sedova : una vida de revolucionaria &#187; de Marguerite Bonnet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?cof=GALT%3A%23a00000%3BGL%3A0%3BAH%3Acenter%3BLH%3A250%3BL%3Ahttp%3A%2F%2Fsearch.marxists.org%2Fadmin%2Fsearch%2Fsearch.jpg%3BLW%3A400%3BAWFID%3A98b2606990956b52%3B&amp;domains=www.marxists.org&amp;sitesearch=www.marxists.org&amp;as_sitesearch=&amp;hl=en&amp;ie=8859-1&amp;oe=8859-1&amp;as_occt=body&amp;num=30&amp;btnG=Rechercher+%21&amp;as_epq=&amp;as_oq=natalia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/prewar/1940/ntrotsky_19401100.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour finir&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Andr&#233; Breton, po&#232;te car r&#233;volutionnaire et r&#233;volutionnaire car po&#232;te !</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article3952</link>
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		<dc:date>2016-02-27T00:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, po&#232;te car r&#233;volutionnaire et r&#233;volutionnaire car po&#232;te ! &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; ''Transformer le monde'' a dit Marx ; &#8216;&#8216;Changer la vie'' a dit Rimbaud : ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Andr&#233; Breton, Position politique du surr&#233;alisme, 1935 &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Libert&#233; couleur d'homme &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles bouches voleront en &#233;clats. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tuiles &lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la pouss&#233;e de cette v&#233;g&#233;tation monstrueuse &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soleil chien couchant &lt;br class='autobr' /&gt;
Abandonne le perron d'un riche h&#244;tel particulier &lt;br class='autobr' /&gt;
Lente poitrine bleue o&#249; bat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andr&#233; Breton, po&#232;te car r&#233;volutionnaire et r&#233;volutionnaire car po&#232;te !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; ''Transformer le monde'' a dit Marx ; &#8216;&#8216;Changer la vie'' a dit Rimbaud : ces deux mots d'ordre pour nous n'en font qu'un. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Position politique du surr&#233;alisme, 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Libert&#233; couleur d'homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles bouches voleront en &#233;clats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tuiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pouss&#233;e de cette v&#233;g&#233;tation monstrueuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soleil chien couchant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonne le perron d'un riche h&#244;tel particulier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lente poitrine bleue o&#249; bat le c&#339;ur du temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une jeune fille nue aux bras d'un danseur beau et &lt;br class='autobr' /&gt;
cuirass&#233; comme saint Georges&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceci est beaucoup plus tard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faibles Atlantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rivi&#232;re d'&#233;toiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui entra&#238;nes les signes de ponctuation de mon po&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
et de ceux de mes amis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II ne faut pas oublier que cette libert&#233; et toi je vous ai &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233;es &#224; la courte paille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est elle que j'ai conquise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle autre que vous arrive en glissant le long d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
corde de givre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet explorateur aux prises avec les fourmis rouges de &lt;br class='autobr' /&gt;
son propre sang&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est jusqu'&#224; la fin le m&#234;me mois de l'ann&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
Perspective qui permet de juger si l'on a affaire &#224; des &lt;br class='autobr' /&gt;
&#226;mes ou non&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19&#8230; Un lieutenant d'arlillerie s'attend dans une tra&#238;n&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
de poudre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi bien le premier venu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pench&#233; sur l'ovale du d&#233;sir int&#233;rieur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;nombre ces buissons d'apr&#232;s le ver luisant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon que vous &#233;tendrez la main pour faire l'arbre ou &lt;br class='autobr' /&gt;
avant de faire l'amour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme chacun sait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'autre monde qui n'existera pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je te vois blanc et &#233;l&#233;gant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheveux des femmes ont l'odeur de la feuille &lt;br class='autobr' /&gt;
d'acanthe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;0 vitres superpos&#233;es de la pens&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la terre de verre s'agitent les squelettes de verre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a entendu parler du Radeau de la &lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;duse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peut &#224; la rigueur concevoir un &#233;quivalent de ce &lt;br class='autobr' /&gt;
radeau dans le ciel &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Andr&#233; Breton, Il n'y a pas &#224; sortir de l&#224;, 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Me para&#238;t frapp&#233;e de d&#233;rision toute forme d' &#171; engagement &#187; qui se tient en de&#231;&#224; de cet objectif triple et indivisible : transformer le monde, changer la vie, refaire de toutes pi&#232;ces l'entendement humain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Andr&#233; Breton dans &#171; Hommage &#224; Antonin Artaud &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Thomas Quincy dit que ''Parmi toutes les facult&#233;s qui, chez l'homme, ont &#224; souffrir aujourd'hui de la vie trop intense des instincts sociaux, il n'en est pas une qui souffre davantage que la facult&#233; de r&#234;ver. On aurait tort de n'y voir qu'un d&#233;tail sans importance. La machinerie du r&#234;ve plant&#233;e dans notre cerveau a sa raison d'&#234;tre. Cette facult&#233;, qui poss&#232;de des accointances avec le myst&#232;re des t&#233;n&#232;bres, est comme l'unique conduit par quoi l'homme communique avec l'obscur.'' On ne m&#233;ditera jamais assez ce spropos. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Devant le rideau, 1947&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andr&#233; Breton et l'art&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il y a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'&#224; me pencher sur le pr&#233;cipice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fusion sans espoir de ta pr&#233;sence et de ton absence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trouv&#233; le secret&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De t'aimer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours pour la premi&#232;re fois &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Air de l'eau, 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Grande puret&#233; tr&#232;s triste plane et plonge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; grande tristesse pure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; tr&#232;s d&#233;tach&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; montagne presque pas terrestre, appartient d&#233;j&#224; au ciel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; aspire vers l'espace&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#233;l&#233;ment a&#233;rien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; elles ne sourient pas, sont d&#233;tach&#233;es de tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Indien regarde au-del&#224; de lui-m&#234;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Continent stellaire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ode, 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Plut&#244;t la vie avec ses draps conjuratoires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses cicatrices d'&#233;vasions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t la vie plut&#244;t cette rosace sur ma tombe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de la pr&#233;sence rien que de la pr&#233;sence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t la vie avec ses salons d'attente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on sait qu'on ne sera jamais introduit [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t la vie d&#233;favorable et longue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand l&#224;-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t la vie &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Clair de terre, 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes que des animaux perp&#233;tuels. Nous courons dans les villes sans bruits et les affiches enchant&#233;es ne nous touchent plus. &#192; quoi bon ces grands enthousiasmes fragiles, ces sauts de joie dess&#233;ch&#233;s ? Nous ne savons plus rien que les astres morts ; nous regardons les visages ; et nous soupirons de plaisir. Notre bouche est plus s&#232;che que les plages perdues ; nos yeux tournent sans but, sans espoir. Il n'y a plus que ces caf&#233;s o&#249; nous nous r&#233;unissons pour boire ces boissons fra&#238;ches, ces alcools d&#233;lay&#233;s et les tables sont plus poisseuses que ces trottoirs o&#249; sont tomb&#233;es nos ombres mortes de la veille. [...] Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol, ils partent sans un cri et le ciel stri&#233; ne r&#233;sonne plus de leur appel. Ils passent au-dessus des lacs, des marais fertiles&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glace sans tain, 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lorsque les grands oiseaux prennent leur vol pour toujours, ils partent sans un cri et le ciel stri&#233; ne r&#233;sonne plus de leur appel. Ils passent au dessus des lacs, des marais fertiles ; leurs ailes &#233;cartent les nuages trop langoureux. Il ne nous est m&#234;me plus permis de nous asseoir : imm&#233;diatement, des rires s'&#233;l&#232;vent et il nous faut crier bien haut tous nos p&#233;ch&#233;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Les Champs Magn&#233;tiques, 1919 (avec Philippe Soupault)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai ri jadis de la bonne aventure et je porte sur l'&#233;paule gauche un tr&#232;fle &#224; cinq feuilles. Il peut m'arriver chemin faisant de tomber dans un pr&#233;cipice ou d'&#234;tre poursuivi par les pierres, mais ce n'est chaque fois, je vous prie de le croire, qu'une r&#233;alit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, L'Ann&#233;e des chapeaux rouges, 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans une seule goutte il y a le passage d'un pont jaune par des roulottes lilas, dans une autre qui la d&#233;passe sont une vie l&#233;g&#232;re et des crimes d'auberge. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poisson soluble, 1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je suis contraint d'accepter l'id&#233;e du travail comme n&#233;cessit&#233; mat&#233;rielle, &#224; cet &#233;gard je suis on ne peut plus favorable &#224; sa plus juste r&#233;partition. Que les sinistres obligations de la vie me l'imposent, soit, qu'on me demande d'y croire, de r&#233;v&#233;rer le mien ou celui des autres, jamais&#8230; L'&#233;v&#232;nement dont chacun est en droit d'attendre la r&#233;v&#233;lation du sens de sa propre vie&#8230; n'est pas au prix du travail... La vie est autre que ce qu'on &#233;crit&#8230; La beaut&#233; sera CONVULSIVE ou ne sera pas. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nadja, 1928&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les hommes d&#233;sesp&#232;rent stupidement de l'amour &#8211; j'en ai desesp&#233;r&#233; &#8211; ils vivent asservis &#224; cette id&#233;e que l'amour est toujours derri&#232;re eux, jamais devant eux : les si&#232;cles pass&#233;s, le mensonge de l'oubli &#224; vingt ans. Ils supportent, ils s'aguerrisent &#224; admettre surtout que l'amour ne soit pas pour eux, avec son cort&#232;ge de clart&#233;s, ce regard sur le monde qui est fait de tous les yeux de devins. Ils boitent de souvenirs fallacieux auxquels ils vont jusqu'&#224; pr&#234;ter l'origine d'une chute imm&#233;moriale, pour ne pas se trouver trop coupables. Et pourtant pour chacun la promesse de toute heure &#224; venir contient tout le secret de la vie, en puissance de se r&#233;v&#233;ler un jour occasionnellement dans un autre r&#234;ve&#8230; La sympathie qui existe entre deux, entre plusieurs &#234;tres semble bien les mettre sur la voie de solutions qu'ils poursuivraient s&#233;par&#233;ment en vain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Amour fou, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous r&#233;duirons l'art &#224; sa plus simple expression qui est l'amour &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Poisson soluble, 1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les aspirations de l'homme &#224; la libert&#233; doivent &#234;tre maintenues en pouvoir de se recr&#233;er sans cesse ; c'est pourquoi elle doit &#234;tre con&#231;ue non comme &#233;tat mais comme force vivre entra&#238;nant une progression continuelle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Arcane 17, 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas la crainte de la folie qui nous forcera &#224; laisser en berne le drapeau de l'imagination. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifeste du surr&#233;alisme, 1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est peut-&#234;tre l'enfance qui approche le plus de la vraie vie &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifeste du surr&#233;alisme de 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le surr&#233;alisme est n&#233; d'une affirmation de foi sans limites dans le g&#233;nie dans la jeunesse. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, en 1942, aux &#233;tudiants de l'Universit&#233; de Yale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En d&#233;pit des efforts de certains, toujours accroch&#233;s au ballast du dernier train en partance vers les campagnes industrialis&#233;es (ou vers la d&#233;sint&#233;gration atomique) la mythologie &#171; moderne &#187; se montre d'une telle pauvret&#233; dans l'art - aussi bien que les manifestations sp&#233;cifiquement collectives des phantasmes directeurs de l'inconscient - qu'on est fond&#233; &#224; croire que les mythes ne peuvent vivre et r&#233;pandre une lumi&#232;re tant soit peu exaltante que s'ils maintiennent un contact &#233;troit avec le &#171; r&#233;pertoire &#187; de la nature, r&#233;pertoire qui ne saurait &#234;tre feuillet&#233; (pour citer encore Baudelaire) que par une main ail&#233;e et magicienne. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, L'art magique, 1957&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout porte &#224; croire qu'il existe un certain point de l'esprit d'o&#249; la vie et la mort, le r&#233;el et l'imaginaire, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'&#234;tre per&#231;us contradictoirement. Or, c'est en vain qu'on chercherait &#224; l'activit&#233; surr&#233;aliste un autre mobile que l'espoir de d&#233;termination de ce point. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second Manifeste du Surr&#233;alisme, 1930&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La pens&#233;e po&#233;tique [...] est l'ennemie de la patine et elle est perp&#233;tuellement en garde contre tout ce qui peut br&#251;ler de l'appr&#233;hender : c'est en cela qu'elle se distingue, par essence, de la pens&#233;e ordinaire. Pour rester ce qu'elle doit &#234;tre, conductrice d'&#233;lectricit&#233; mentale, il faut avant tout qu'elle se charge en milieu isol&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Arcane 17, 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9claration_du_27_janvier_1925https://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9claration_du_27_janvier_1925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;claration du 27 janvier 1925 &#8211; Tract surr&#233;aliste &#8211; &lt;i&gt;&#171; LE SURR&#201;ALISME n'est pas un moyen d'expression nouveau ou plus facile, ni m&#234;me une m&#233;taphysique de la po&#233;sie ; Il est un moyen de lib&#233;ration totale de l'esprit et de tout ce qui lui ressemble. Nous sommes bien d&#233;cid&#233;s &#224; faire une R&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_R%C3%A9volution_d%E2%80%99abord_et_toujours_!&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La R&#233;volution d'abord et toujours !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.andrebreton.fr/work/56600100078640&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jeu surr&#233;aliste du cadavre exquis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Lettre_ouverte_%C3%A0_M._Paul_Claudel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre ouverte &#224; M. Paul Claudel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Au_feu_!&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au feu !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.le-surrealisme.com/andre-breton.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Andr&#233; Breton et le surr&#233;alisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=CTwK6S-U7DcC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=Andr%C3%A9+Breton+et+la+peinture&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjy0Ivw1MnKAhUEPxoKHQGAALgQ6AEIKzAA#v=onepage&amp;q=Andr%C3%A9%20Breton%20et%20la%20peinture&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Andr&#233; Breton et la peinture&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.andrebreton.fr/work/56600100358020&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/07/lt19380725c.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour un art r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Fa%C3%A7on&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fa&#231;on&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lettresvolees.fr/eluard/documents/Breton_psychanalyse.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Breton, surr&#233;alisme et psychanalyse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.andrebreton.fr/andre_breton&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le site Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Breton&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passionn&#233; par la lecture de Baudelaire, de Mallarm&#233; et de Huysmans, Andr&#233; Breton, &#226;g&#233; de seize ans, correspond avec Paul Val&#233;ry. Apr&#232;s des &#233;tudes de m&#233;decine, il est affect&#233;, en 1915, au service neuropsychiatrique de l'arm&#233;e ; il s'initie aux travaux de Freud et d&#233;couvre, dans la psychanalyse, un instrument f&#233;cond de connaissance de notre vie mentale. C'est au r&#233;giment qu'il fait la connaissance de Jacques Vach&#233;, dont l'humour noir et le suicide joueront, pour Breton, un r&#244;le d&#233;terminant dans la gen&#232;se du surr&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1917, il rencontre Apollinaire, qu'il admire, mais dont il r&#233;prouve le patriotisme belliqueux. Avec Louis Aragon et Philippe Soupault, il fonde, en 1919, la revue Litt&#233;rature, qui deviendra progressivement dada&#239;ste et o&#249; para&#238;t un premier texte &#171; automatique &#187;, les Champs magn&#233;tiques (en collaboration avec Soupault, 1920). Il publie Mont-de-Pi&#233;t&#233; (1919) et Clair de terre (1923).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1921, il rend visite &#224; Freud, dont les travaux lui semblent ouvrir la voie &#224; un nouveau type d'&#233;criture, fond&#233;e sur la mise au jour des produits bruts de l'inconscient (&#233;criture dont, par la suite, Freud avouera &#171; ne pas comprendre l'int&#233;r&#234;t &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rompu avec le mouvement dada, il lance en 1924 son premier Manifeste du surr&#233;alisme, que suivront le Second manifeste (1929), Prol&#233;gom&#232;nes &#224; un troisi&#232;me manifeste (1942) et Du surr&#233;alisme en ses &#339;uvres vives (1954). Si l'ann&#233;e 1924 est capitale dans la mesure o&#249; le Manifeste (et aussi les &#233;crits th&#233;oriques r&#233;unis dans les Pas perdus) expose l'esprit et la m&#233;thode du mouvement litt&#233;raire le plus important du demi-si&#232;cle, l'ann&#233;e 1928 marque la naissance d'un genre litt&#233;raire nouveau avec Nadja, &#339;uvre &#224; caract&#232;re autobiographique et po&#233;tique qu'on ne peut gu&#232;re rapprocher que de l'Aur&#233;lia de Nerval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce genre que Breton donnera ses chefs-d'&#339;uvre : les Vases communicants (1932) ; l'Amour fou (1937) ; Arcane 17 (1944). Il n'abandonne cependant pas le po&#232;me automatique : l'Immacul&#233;e Conception (en collaboration avec Paul Eluard, 1930) ; l'Union libre (1931) ; le Revolver &#224; cheveux blancs (1932) ; l'Air de l'eau (1934), etc., &#339;uvres qui seront r&#233;unies dans Po&#232;mes (1948).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat surr&#233;aliste constitue son activit&#233; principale ; articles et mises au point de toutes sortes, g&#233;n&#233;ralement pol&#233;miques, donnent lieu &#224; divers recueils : Point du jour (1934), le Surr&#233;alisme et la Peinture (1928, puis 1965, &#224; partir d'un texte de 1928), la Cl&#233; des champs (1953). Apr&#232;s l'interdiction par le gouvernement de Vichy de son Anthologie de l'humour noir (1940), Breton s'exile aux &#201;tats-Unis. Il rentre en France en 1945 et, &#224; part l'Ode &#224; Charles Fourier (1947), il ne cr&#233;era plus de grandes &#339;uvres, r&#233;&#233;ditant ses livres th&#233;oriques, g&#233;n&#233;ralement augment&#233;s d'&#233;crits parus s&#233;par&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andr&#233; Breton et la R&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est impossible de concevoir une R&#233;volution qui abolisse cet &#233;tat des choses, r&#233;cr&#233;ateur &#224; perte de vue de l'id&#233;e de R&#233;volution. Jamais un changement de r&#233;gime social n'entra&#238;nera une telle ad&#233;quation de l'esprit au nouvel ordre &#233;tabli que ce drame, fonction des conditions humaines d'expression, soit conjur&#233; une fois pour toutes. Sous pr&#233;texte que l'actualit&#233; exige de nous une prise de position plus terre &#224; terre, rien ne serait plus injuste que de tourner en d&#233;risionles efforts des po&#232;tes du si&#232;cle dernier, tout entiers en proie &#224; ce dilemme. Voil&#224; pourtant &#224; quoi une mode intellectuelle r&#233;cente, d'inspiration soi-disant r&#233;volutionnaire, tente de nous induire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Le merveilleux contre le myst&#232;re, 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'exposition internationale du surr&#233;alisme s'ouvre et conna&#238;t un plein succ&#232;s au moment o&#249; les ouvriers de France, inaugurant un syst&#232;me de lutte totalement impr&#233;vu de leur part, proc&#232;dent &#224; l'occupation forc&#233;e des usines et, par le seul effet de l'adoption simultan&#233;e d'une telle attitude, parviennent &#224; faire triompher en masse leurs premi&#232;res revendications. La spontan&#233;it&#233; et la brusquerie de ce d&#233;part (dont aucun des partis politiques existants n'assume, &#224; juste titre, la responsabilit&#233;), la propri&#233;t&#233; de l'action entreprise de faire tache d'huile, l'impression qu'elle donne que rien ne peut l'emp&#234;cher d'atteindre ses objectifs imm&#233;diats, l'&#233;clatant d&#233;menti qu'elle inflige &#224; ceux qui, depuis la guerre, n'ont cess&#233; de nier la combativit&#233; du prol&#233;tariat fran&#231;ais, le pr&#233;c&#233;dent qu'elle cr&#233;e &#8211; pr&#233;c&#233;dent appel&#233; &#224; convaincre concr&#232;tement la bourgeoisie qu'elle touche &#224; la fin de son r&#232;gne &#8211; sont pour faire penser aux plus clairvoyants que &#171; la r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233; &#187;&#8230; Si, sans doute, &#224; l'heure o&#249; j'&#233;cris, la r&#233;volution espagnole atteint son p&#233;riode le plus haut : ainsi nous est-il loisible d'observer cette r&#233;volution, qui ne peut &#234;tre dans son essence que la m&#234;me, &#224; deux stades diff&#233;rents et de retenir, en particulier, que si un croisement collectif des bras a pu avoir raison de certaines formes temporaires d'exploitation, il ne faut pas moins de l'armement des m&#234;mes bras pour parer au retour de cette exploitation sous des formes infiniment plus os&#233;es et plus sinistres encore. Force a bien &#233;t&#233; de faire appel en cette derni&#232;re circonstance aux milices ouvri&#232;res, &#224; ces m&#234;mes milices dont une minorit&#233; r&#233;volutionnaire en France r&#233;clame seule la formation au grand &#233;moi du gouvernement de Front Populaire qui ne se dissimule pas que l'entr&#233;e en sc&#232;ne de ces milices marque, comme on a pu le dire de la guerre, &#171; la continuation de la politique par d'autres moyens &#187; et qui diff&#232;re autant que possible l'heure et qui diff&#232;re autant que possible l'heure du d&#233;nouement de la crise sociale o&#249; il peut seulement avoir lieu, c'est-&#224;-dire DANS LA RUE. Je dis que les gestes r&#233;cents des ouvriers fran&#231;ais et celui, combien plus path&#233;tique encore, de l'avant-garde espagnole constituent deux temps n&#233;cessairement successifs d'un m&#234;me mouvement, du mouvement qui doit porter tout entier le monde en avant. Il importe au plus haut point d'observer que ce mouvement ob&#233;it &#224; un imp&#233;ratif des plus rigoureux, qui se joue des pr&#233;visions politiques et surmonte la contradiction des mots d'ordre de partis. Le surr&#233;alisme, en ce point particulier de son d&#233;veloppement, ne saurait faire abstraction de telles conjonctures sous peine de perdre de vue la t&#234;te de l'histoire. Par-del&#224; les obligations que les hommes s'imposent pour servir par groupes mortels ce qu'ils croient &#234;tre la v&#233;rit&#233;, la terre tourne sur ses gonds de soleil et de nuit. Rien ne peut faire qu'aux yeux du surr&#233;alisme le dernier regard des hommes et des femmes tomb&#233;s en juillet 1936 devant Saragosse ne mire &#224; lui seul tout l'avenir. Tout l'avenir, y compris ce que le surr&#233;alisme, en tant qu'unique effort intellectuel sans doute concert&#233; et tendu &#224; cette heure sur le plan international, peut engager d'espoir absolu de lib&#233;ration de l'esprit humain sous ce mot. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'a &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;, qu'on m'en croie, depuis ses origines, pour &#244;ter toute envie de s'en r&#233;clamer &#224; ceux qui ne se rallieraient pas &#224; un ensemble fondamental et indivisible de propositions, que je rappelle ici bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Adh&#233;sion au mat&#233;rialisme dialectique dont les surr&#233;alistes font leurs toutes les th&#232;ses : primat de la mati&#232;re sur la pens&#233;e, adoption de la dialectique h&#233;g&#233;lienne comme science des lois g&#233;n&#233;rales du mouvement tant du monde ext&#233;rieur que de la pens&#233;e humaine, conception mat&#233;rialiste de l'histoire (&#171; tous les rapports sociaux et politiques, tous les syst&#232;mes religieux et juridiques, toutes les conceptions th&#233;oriques qui apparaissent dans l'histoire ne s'expliquent que par les conditions d'existence mat&#233;rielle de l'&#233;poque en question. &#187;) ; n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution sociale comme terme &#224; l'antagonisme qui se d&#233;clare, &#224; une certaine &#233;tape de leur d&#233;veloppement, entre les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; et les rapports de production existants (lutte des classes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Au t&#233;moignage m&#234;me de Marx et d'Engels, il est absurde de soutenir que le facteur &#233;conomique est le &#171; seul &#187; d&#233;terminant dans l'histoire, le facteur d&#233;terminant &#233;tant, &#171; en derni&#232;re instance, la production et la reproduction de la vie r&#233;elle &#187;. Puisque, de leur propre aveu, &#171; les diverses parties de la superstructure&#8230; exercent &#233;galement leur action sur le cours des luttes historiques et en d&#233;terminent de fa&#231;on pr&#233;pond&#233;rante la &#171; forme &#187; dans beaucoup de cas. &#187;, l'effort intellectuel ne peut &#234;tre plus effectivement appliqu&#233; qu'&#224; l'enrichissement de cette superstructure, celle-ci ne devant lui livrer qu'&#224; ce prix le secret de son &#233;laboration. Il s'agit de montrer la route qui m&#232;ne au c&#339;ur de ces &#171; hasards &#187; (pour garder la terminologie des m&#234;mes auteurs) &#224; travers la foule desquels se poursuivent &#171; l'action et la r&#233;action r&#233;ciproques &#187; des facteurs qui d&#233;terminent le mouvement de la vie. C'est cette route que le surr&#233;alisme pr&#233;tend avoir creus&#233;e. Rien de moins arbitraire que la direction qu'elle emprunte, si l'on songe qu'elle ne peut &#234;tre que l'aboutissement logique, n&#233;cessaire de tous les &#171; chemins de grande aventure mentale &#187; qui ont &#233;t&#233; parcourus ou indiqu&#233;s jusqu'&#224; nous. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limite non-fronti&#232;res du surr&#233;alisme, 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il va sans dire que nous ne nous solidarisons pas un instant, quelle que soit sa fortune actuelle, avec le mot d'ordre : &#171; Ni fascisme ni communisme ! &#187; qui r&#233;pond &#224; la nature du philistin conservateur effray&#233;, s'accrochant aux vestiges du pass&#233; &#171; d&#233;mocratique &#187;. L'art v&#233;ritable, c'est-&#224;-dire celui qui ne se contente pas de variations sur des mod&#232;les tout faits mais s'efforce de donner une expression aux besoins int&#233;rieurs de l'homme et de l'humanit&#233; d'aujourd'hui, ne peut pas ne pas &#234;tre r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire ne pas aspirer &#224; une reconstruction compl&#232;te et radicale de la soci&#233;t&#233;, ne serait-ce que pour affranchir la cr&#233;ation intellectuelle des cha&#238;nes qui l'entravent et permettre &#224; toute l'humanit&#233; de s'&#233;lever &#224; des hauteurs que seuls les g&#233;nies isol&#233;s ont atteintes dans le pass&#233;. En m&#234;me temps, nous reconnaissons que seule la r&#233;volution sociale peut frayer la voie &#224; une nouvelle culture. Si, cependant, nous rejetons toute solidarit&#233; avec la caste actuellement dirigeante en U.R.S.S., c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'&#224; nos yeux elle ne repr&#233;sente pas le communisme mais en est l'ennemi le plus perfide et le plus dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'influence du r&#233;gime totalitaire de l'U.R.S.S. et par l'interm&#233;diaire des organismes dits &#171; culturels &#187; qu'elle contr&#244;le dans les autres pays, s'est &#233;tendu sur le monde entier un profond cr&#233;puscule hostile &#224; l'&#233;mergence de toute esp&#232;ce de valeur spirituelle. Cr&#233;puscule de boue et de sang dans lequel d&#233;guis&#233;s en intellectuels et en artistes, trempent des hommes qui se sont fait de la servilit&#233; un ressort, du reniement de leur propres principes un jeu pervers, du faux t&#233;moignage v&#233;nal une habitude et de l'apologie du crime une jouissance. L'art officiel de l'&#233;poque stalinienne refl&#232;te avec une cruaut&#233; sans exemple dans l'histoire leurs efforts d&#233;risoires pour donner le change et masquer leur v&#233;ritable r&#244;le mercenaire. (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un art r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant, Andr&#233; Breton, Diego Rivera, juillet 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; quelque apparence fuyarde que la vie momentan&#233;ment nous condamne, il est impossible dans notre foi en son aptitude vertigineuse et sans fin que nous puissions jamais d&#233;m&#233;riter de l'esprit. Qu'il soit bien entendu cependant que nous ne voulons prendre aucune part active &#224; l'attentat que perp&#233;tuent les hommes contre l'homme. Que nous n'avons aucun pr&#233;jug&#233; civique. Que, dans l'&#233;tat actuel de la soci&#233;t&#233; en Europe, nous demeurons acquis au principe de toute action r&#233;volutionnaire... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton, Pourquoi je prends la direction de La R&#233;volution surr&#233;aliste, 15 juillet 1925&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le drapeau rouge, tout pur de marques et d'insignes, je retrouverai toujours pour lui l'&#339;il que j'ai pu avoir &#224; dix-sept ans, quand, au cours d'une manifestation populaire, aux approches de l'autre guerre, je l'ai vu se d&#233;ployer par milliers, dans le ciel bas du Pr&#233; Saint-Gervais. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arcane 17,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Et ce m&#234;me regard, celui de L&#233;on Trotsky, que je retrouve fix&#233; sur moi au cours de nos quotidiennes rencontres il y a vingt ans au Mexique, &#224; lui seul suffirait &#224; m'enjoindre depuis lors de garder toute fid&#233;lit&#233; &#224; une cause, la plus sacr&#233;e de toutes, celle de l'&#233;mancipation de l'homme, et cela par del&#224; les vicissitudes qu'elle peut conna&#238;tre et, en ce qui l'a concern&#233;, les pires d&#233;nis et d&#233;boires humains. Un tel regard et la lumi&#232;re qui s'y l&#232;ve, rien ne parviendra &#224; l'&#233;teindre, pas plus que Thermidor n'a pu alt&#233;rer les traits de Saint-Just. Qu'il soit ce qui nous scrute et nous soutient ce soir, dans une perspective o&#249; la R&#233;volution d'octobre couve en nous la m&#234;me inflexible ardeur que la R&#233;volution espagnole, la R&#233;volution hongroise et la lutte du peuple alg&#233;rien pour sa lib&#233;ration.&#034;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Andr&#233; Breton, Pour la quaranti&#232;me anniversaire de la r&#233;volution d'Octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CAMARADES,&lt;br class='autobr' /&gt;
En notre simple qualit&#233; d'intellectuels, nous d&#233;clarons que nous tenons le verdict de Moscou et son ex&#233;cution pour abominables et inexpiables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nions formellement avec vous le bien-fond&#233; de l'accusation, que les ant&#233;c&#233;dents des accus&#233;s dispensent m&#234;me d'examiner en d&#233;pit des pr&#233;tendus &#171; aveux &#187; de la plupart d'entre eux. Nous tenons la mise en sc&#232;ne du proc&#232;s de Moscou pour une abjecte entreprise de police, qui d&#233;passe de loin en envergure et en port&#233;e celle qui aboutit au proc&#232;s dit des &#171; incendiaires du Reichstag &#187;. Nous pensons que de telles entreprises d&#233;shonorent &#224; jamais un r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous associons, sinon &#224; l'ensemble de ses appr&#233;ciations politiques, du moins aux conclusions lucides de l'article d'Otto Bauer formul&#233;es avant-hier dans Le Populaire : &#171; Ce qui s'est pass&#233; &#224; Moscou, c'est plus qu'une erreur, plus qu'un crime, c'est un malheur effroyable qui frappe le socialisme du monde entier, sans distinction d'esprit et de tendance &#187;. C'est, &#224; notre sens, un malheur effroyable dans la mesure o&#249;, pour la premi&#232;re fois, &#224; un grand nombre de camarades qui se laisseront abuser, la conscience r&#233;volutionnaire est pr&#233;sent&#233;e en bloc comme corruptible. C'est un malheur effroyable dans le sens o&#249; des hommes vers qui allait, malgr&#233; tout, ne f&#251;t-ce qu'en raison de leur pass&#233; plus ou moins glorieux, notre respect, passent pour se condamner eux-m&#234;mes, pour se d&#233;finir comme des tra&#238;tres et des chiens. Ces hommes, quelles que soient les r&#233;serves graves que nous puissions faire sur la solidit&#233; de certains d'entre eux, nous les tenons pour totalement incapables, f&#251;t-ce dans le d&#233;sir de continuer &#224; lutter, f&#251;t-ce &#224; plus forte raison dans l'espoir d'&#233;chapper &#224; la mort, de se nier, de se fl&#233;trir eux-m&#234;mes &#224; ce point. Mais o&#249; cela cesse d'&#234;tre un malheur effroyable, c'est &#224; partir du moment o&#249; cela nous &#233;claire d&#233;finitivement sur la personnalit&#233; de Staline : l'individu qui est all&#233; jusque l&#224; est le grand n&#233;gateur et le principal ennemi de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Nous devons le combattre de toutes nos forces, nous devons voir en lui le principal faussaire d'aujourd'hui - il n'entreprend pas seulement de fausser la signification des hommes, mais de fausser l'histoire - et comme le plus inexcusable des assassins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisons, dans ces conditions, toutes r&#233;serves sur le maintien du mot d'ordre : &#171; D&#233;fense de l'U.R.S.S. &#187; Nous demandons que lui soit substitu&#233; de toute urgence celui de &#171; D&#233;fense de l'Espagne r&#233;volutionnaire &#187; en sp&#233;cifiant que tous nos regards vont aujourd'hui, 3 septembre 1936, aux magnifiques &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires de la C.N.T., de la F.A.I. et du P.O.U.M. qui luttent, indivisiblement &#224; nos yeux, sur le front d'Irun et dans le reste de l'Espagne. Ces &#233;l&#233;ments, nous ne nous dissimulons pas que Staline et ses acolytes, qui ont pass&#233; un pacte d'assistance avec les &#233;tats capitalistes, s'emploient tant qu'ils peuvent &#224; les d&#233;sunir. C'est, pour nous, une raison de plus d'attendre d'eux, de leurs forces et de leurs h&#233;ro&#239;smes conjugu&#233;s, le r&#233;tablissement de la v&#233;rit&#233; historique foul&#233;e aux pieds non moins syst&#233;matiquement en U.R.S.S. qu'en Italie et en Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous une forme concr&#232;te, nous nous proposons d'agir &#224; l'int&#233;rieur du Comit&#233; de Vigilance des Intellectuels pour que soit men&#233;e en toute s&#233;v&#233;rit&#233; l'enqu&#234;te r&#233;clam&#233;e par le P.O.I. sur les conditions dans lesquelles s'est d&#233;roul&#233;, nous le savons d&#233;j&#224;, sans le moindre &#233;gard, non seulement pour la personnalit&#233; des accus&#233;s, mais pour la sauvegarde de la dignit&#233; humaine, le proc&#232;s de Moscou, et de contribuer &#224; exiger s'il y a lieu - il y a lieu s&#251;rement - r&#233;paration au nom de la conscience internationale, seul &#233;l&#233;ment de progr&#232;s, de la conscience internationale dont, Camarades, nous sommes ici un certain nombre &#224; tenir les prescriptions pour sacr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous saluons &#224; nouveau la personnalit&#233;, de tr&#232;s loin au-dessus de tout soup&#231;on, de L&#233;on Trotsky. Nous r&#233;clamons pour lui le droit de vivre en Norv&#232;ge et en France. Nous saluons cet homme qui a &#233;t&#233; pour nous, abstraction faite des opinions non infaillibles qu'il a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; formuler, un guide intellectuel et moral de premier ordre et dont la vie, d&#232;s lors qu'elle est menac&#233;e, nous est aussi pr&#233;cieuse que la n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Adolphe Acker, Andr&#233; Breton, Georges Henein, Maurice Henry, Georges Hugnet, Marcel Jean, L&#233;o Malet, Georges Mouton, Henri Pastoureau, Benjamin P&#233;ret, Gui Rosey, Yves Tanguy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration lue (et r&#233;dig&#233;e initialement) par Andr&#233; Breton le 3 septembre 1936 au meeting : &#171; La v&#233;rit&#233; sur le Proc&#232;s de Moscou &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quelle domination de soi-m&#234;me, quelle certitude d'avoir, envers et contre tout, maintenu sa vie en parfait accord avec ses principes, quel exceptionnel courage au-del&#224; de telles &#233;preuves ont pu ainsi garder ses traits de toute alt&#233;ration ! Les yeux d'un bleu profond, l'admirable front, l'abondance des cheveux tout juste argent&#233;s, la toute fra&#238;cheur du teint composent un masque o&#249; l'on sent que la paix int&#233;rieure l'a emport&#233;, l'emportera &#224; jamais sur les formes les plus cruelles de l'adversit&#233;. Cela ne saurait &#234;tre l&#224; qu'une vue statistique, car d&#232;s que le visage s'anime, que les mains nuancent avec une rare finesse tel ou tel propos, il se d&#233;gage de toute sa personne quelque chose d'&#233;lectrisant. (&#8230;) Il est une question qui, pour le camarade Trotsky, prime toutes les autres, une question &#224; laquelle il vous ram&#232;ne. Cette question, c'est : &#171; Quelles perspectives ? &#187; Nul n'est mieux que lui &#224; l'aff&#251;t de l'avenir (&#8230;) Il abonde en sarcasmes contre ceux qui sont &#233;tablis sur une r&#233;putation, m&#234;me honorable. Il faut l'entendre parler des &#171; petits rentiers de la R&#233;volution &#187; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours de Breton le 11 novembre 1938 pour l'anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Ce regard, celui de L&#233;on Trotsky, que je retrouve fix&#233; sur moi au cours de nos quotidiennes rencontres il y a vingt ans au Mexique, &#224; lui seul suffirait &#224; m'enjoindre depuis lors de garder toute fid&#233;lit&#233; &#224; une cause, la plus sacr&#233;e de toutes, celle de l'&#233;mancipation de l'homme, et cela par del&#224; les vicissitudes qu'elle peut conna&#238;tre et, en ce qui l'a concern&#233;, les pires d&#233;nis et d&#233;boires humains.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Breton pour le quaranti&#232;me anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre (octobre 1957)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1329&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Andr&#233; Breton et la r&#233;volution d'Octobre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article533&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky et Breton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3174&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution sociale, c'est compl&#232;tement surr&#233;aliste ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2332&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;masquez les physiciens, videz les laboratoires !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Andr&#233; Breton et la r&#233;volution d'Octobre</title>
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		<dc:date>2009-07-25T09:52:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Andr&#233; Breton</dc:subject>

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&lt;p&gt;Andr&#233; Breton : La R&#233;volution d'Octobre &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre vents et mar&#233;es, je suis de ceux qui retrouvent encore, au souvenir de la R&#233;volution d'octobre, une bonne part de cet &#233;lan inconditionnel qui me porta vers elle quand j'&#233;tais jeune et qui impliquait le don total de soi-m&#234;me. Pour moi, rien de ce qui s'est pass&#233; depuis lors n'a compl&#232;tement pr&#233;valu sur ce mouvement de l'esprit et du coeur. Les monstrueuses iniquit&#233;s inh&#233;rentes &#224; la structure capitaliste ne sont pas pour nous scandaliser moins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot316" rel="tag"&gt;Andr&#233; Breton&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Andr&#233; Breton : La R&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contre vents et mar&#233;es, je suis de ceux qui retrouvent encore, au souvenir de la R&#233;volution d'octobre, une bonne part de cet &#233;lan inconditionnel qui me porta vers elle quand j'&#233;tais jeune et qui impliquait le don total de soi-m&#234;me. Pour moi, rien de ce qui s'est pass&#233; depuis lors n'a compl&#232;tement pr&#233;valu sur ce mouvement de l'esprit et du coeur. Les monstrueuses iniquit&#233;s inh&#233;rentes &#224; la structure capitaliste ne sont pas pour nous scandaliser moins aujourd'hui qu'elles ne faisaient hier, aussi n'avons-nous pas cess&#233; de vouloir &#8212; autrement dit d'exiger de nous-m&#234;mes &#8212; qu'y soit mis un terme. Pour cela, nous ne doutons pas plus qu'alors qu'il faille en passer par des moyens r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journ&#233;es d'octobre, en leur temps, nous sont apparues et elles nous apparaissent encore comme la r&#233;sultante in&#233;luctable de ces moyens. Rien ne peut faire qu'elles n'aient marqu&#233; le point d'impact dans le passage du plan des aspirations &#224; celui de l'ex&#233;cution concr&#232;te. A cet &#233;gard, rien ne peut faire qu'elles ne demeurent exemplaires et que retombe l'exaltation qu'elles portaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, sans pr&#233;judice de ce qu'il est advenu par la suite, c'est ce qu'il importe que nous reconnaissions toujours. Au plus noir de la d&#233;ception, de la d&#233;rision et de l'amertume &#8212; comme &#224; l'&#233;poque des proc&#232;s de Moscou ou de l'&#233;crasement de l'insurrection de Budapest, il faut que nous puissions reprendre force et espoir dans ce que les journ&#233;es d'octobre gardent &#224; jamais d'&#233;lectrisant : la prise de conscience de leur pouvoir par les masses opprim&#233;es et de la possibilit&#233; pour elles d'exercer effectivement ce pouvoir, la &#171; facilit&#233; &#187; (l'expression est, je crois, de L&#233;nine) avec laquelle les vieux cadres craquaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'ai toujours regard&#233; comme un talisman cette photographie que d'aucuns auraient tant donn&#233; pour faire dispara&#238;tre et que les journaux reproduisent en raison de la comm&#233;moration actuelle, qui montre L&#233;nine pench&#233; sur son immense auditoire, d'une tribune au pied de laquelle se dresse, en uniforme de l'arm&#233;e rouge, comme assumant &#224; lui seul la garde d'honneur, L&#233;on Trotsky. Et ce m&#234;me regard, celui de L&#233;on Trotsky, que je retrouve fix&#233; sur moi au cours de nos quotidiennes rencontres il y a vingt ans au Mexique, &#224; lui seul suffirait &#224; m'enjoindre depuis lors de garder toute fid&#233;lit&#233; &#224; une cause, la plus sacr&#233;e de toutes, celle de l'&#233;mancipation de l'homme, et cela par del&#224; les vicissitudes qu'elle peut conna&#238;tre et, en ce qui l'a concern&#233;, les pires d&#233;nis et d&#233;boires humains. Un tel regard et la lumi&#232;re qui s'y l&#232;ve, rien ne parviendra &#224; l'&#233;teindre, pas plus que Thermidor n'a pu alt&#233;rer les traits de Saint-Just. Qu'il soit ce qui nous scrute et nous soutient ce soir, dans une perspective o&#249; la R&#233;volution d'octobre couve en nous la m&#234;me inflexible ardeur que la R&#233;volution espagnole, la R&#233;volution hongroise et la lutte du peuple alg&#233;rien pour sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Message envoy&#233; au meeting organis&#233; par le P.C.I. pour le quaranti&#232;me anniversaire de la R&#233;volution d'Octobre et publi&#233; dans &#171; La V&#233;rit&#233; &#187; du 19 novembre 1957)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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