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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Incertitude et id&#233;alisme par Ted Grant et Alan Woods</title>
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		<dc:date>2025-04-02T22:51:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique quantique</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le principe d'incertitude &lt;br class='autobr' /&gt;
Le glas de la m&#233;canique newtonienne a &#233;t&#233; sonn&#233; par Einstein, Schr&#246;dinger, Heisenberg et les autres scientifiques qui sont &#224; l'origine de la m&#233;canique quantique, au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Le comportement des &#171; particules &#233;l&#233;mentaires &#187; ne pouvait pas &#234;tre expliqu&#233; par la m&#233;canique classique. De nouvelles math&#233;matiques devaient &#234;tre d&#233;velopp&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces math&#233;matiques comprennent des concepts tels que l'&#171; espace de phase &#187;, dans lequel un syst&#232;me est d&#233;fini comme un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Physique quantique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le principe d'incertitude&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glas de la m&#233;canique newtonienne a &#233;t&#233; sonn&#233; par Einstein, Schr&#246;dinger, Heisenberg et les autres scientifiques qui sont &#224; l'origine de la m&#233;canique quantique, au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Le comportement des &#171; particules &#233;l&#233;mentaires &#187; ne pouvait pas &#234;tre expliqu&#233; par la m&#233;canique classique. De nouvelles math&#233;matiques devaient &#234;tre d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces math&#233;matiques comprennent des concepts tels que l'&#171; espace de phase &#187;, dans lequel un syst&#232;me est d&#233;fini comme un point dont les degr&#233;s de libert&#233; constituent les coordonn&#233;es ; les &#171; op&#233;rateurs &#187; &#8211; grandeurs qui sont incompatibles avec les grandeurs alg&#233;briques, en ce sens qu'elles s'apparentent plus &#224; des op&#233;rations qu'&#224; des grandeurs en tant que telles (elles expriment des relations plut&#244;t que des propri&#233;t&#233;s fixes) &#8211; y jouent un r&#244;le important. Les probabilit&#233;s sont &#233;galement primordiales, mais comprises comme des &#171; probabilit&#233;s intrins&#232;ques &#187;. C'est l'une des caract&#233;ristiques essentielles de la m&#233;canique quantique : l'&#233;tat des syst&#232;mes m&#233;caniques quantiques doit &#234;tre d&#233;crit comme la superposition de toutes les voies que ces syst&#232;mes peuvent potentiellement emprunter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes quantiques ne peuvent &#234;tre d&#233;finis que comme un ensemble de relations internes entre leur &#233;tat &#171; actuel &#187; et leur &#233;tat &#171; virtuel &#187;. En ce sens, elles sont purement dialectiques. Effectuer une mesure sur un de ces syst&#232;mes quantiques ne peut nous r&#233;v&#233;ler que son &#233;tat &#171; actuel &#187;, qui n'est qu'un &#233;tat parmi d'autres (ce paradoxe est expliqu&#233; dans l'histoire populaire du &#171; chat de Schr&#246;dinger &#187;). Ce ph&#233;nom&#232;ne s'appelle l'&#171; effondrement de la fonction d'onde &#187; et s'exprime dans le principe d'ind&#233;termination de Heisenberg. La m&#233;canique quantique d&#233;veloppe une fa&#231;on enti&#232;rement nouvelle d'appr&#233;hender la r&#233;alit&#233; physique, fa&#231;on qui a longtemps &#233;t&#233; mise &#171; en quarantaine &#187; par les autres disciplines scientifiques. Elle &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un genre de m&#233;canique exceptionnelle, qui ne pouvait servir qu'&#224; expliquer le comportement des particules &#233;l&#233;mentaires, autrement dit comme une exception &#224; la m&#233;canique classique, sans aucune esp&#232;ce d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, au lieu des vieilles certitudes, l'incertitude r&#233;gnait. Les mouvements apparemment hasardeux des particules subatomiques, ainsi que leur vitesse inimaginable, ne pouvaient pas &#234;tre exprim&#233;s dans les termes de la vieille m&#233;canique. Lorsqu'une science entre dans une impasse, lorsqu'elle n'est plus capable d'expliquer certains faits, le terrain est m&#251;r pour une r&#233;volution et l'&#233;mergence d'une nouvelle science. Cependant, dans sa forme initiale, la nouvelle science n'est pas encore compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e. Ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'elle &#233;merge sous sa forme compl&#232;te et d&#233;finitive. Ses d&#233;buts sont presque in&#233;vitablement marqu&#233;s par un degr&#233; d'improvisation, d'incertitude, ainsi que par des interpr&#233;tations diverses et souvent contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res d&#233;cennies, un d&#233;bat a &#233;clat&#233; entre l'interpr&#233;tation soi-disant stochastique (&#171; al&#233;atoire &#187;) de la nature &#8211; et le d&#233;terminisme. Le probl&#232;me fondamental, c'est que la n&#233;cessit&#233; et le hasard sont ici consid&#233;r&#233;s comme des absolus qui s'opposent et s'excluent mutuellement. On en arrive de cette mani&#232;re &#224; deux conceptions antagonistes, dont aucune ne permet d'expliquer les m&#233;canismes complexes et contradictoires de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien allemand Werner Heisenberg a d&#233;velopp&#233; sa propre version de la m&#233;canique quantique. En 1932, il a re&#231;u le Prix Nobel de physique pour son syst&#232;me de m&#233;canique matricielle, qui d&#233;crivait les niveaux d'&#233;nergie des orbites d'&#233;lectrons en termes purement math&#233;matiques, sans le secours d'aucune image. Il esp&#233;rait contourner le probl&#232;me de la contradiction entre &#171; ondes &#187; et &#171; particules &#187; en renon&#231;ant &#224; toute tentative de visualiser le ph&#233;nom&#232;ne, et en le traitant au moyen d'une pure abstraction math&#233;matique. La m&#233;canique ondulatoire d'Erwin Schr&#246;dinger, qui couvrait exactement le m&#234;me domaine que la m&#233;canique matricielle de Heisenberg, ne ressentait pas le besoin de se r&#233;fugier dans l'abstraction math&#233;matique absolue. La plupart des physiciens pr&#233;f&#233;raient &#224; juste titre l'approche de Schr&#246;dinger, qui semblait beaucoup moins abstraite. En 1944, le math&#233;maticien am&#233;ricano-hongrois John van Neumann a d&#233;montr&#233; que la m&#233;canique ondulatoire et la m&#233;canique matricielle &#233;taient math&#233;matiquement &#233;quivalentes et pouvaient parvenir exactement aux m&#234;mes r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg a r&#233;alis&#233; d'importantes avanc&#233;es en m&#233;canique quantique. Cependant, toute son approche est impr&#233;gn&#233;e d'une volont&#233; de tirer la nouvelle science vers l'id&#233;alisme philosophique. La soi-disant &#171; interpr&#233;tation de Copenhague &#187; de la m&#233;canique quantique en fut le prolongement. Il s'agissait en r&#233;alit&#233; d'une vari&#233;t&#233; d'id&#233;alisme subjectif grossi&#232;rement d&#233;guis&#233;e en &#233;cole de pens&#233;e scientifique. &#171; Werner Heisenberg &#187;, &#233;crivait Isaac Asimov, &#171; a pos&#233; une question profonde qui projetait les particules, et la physique elle-m&#234;me, dans le domaine de l'inconnaissable. &#187; [5] Inconnaissable est effectivement le mot qui convient. Nous ne parlons pas ici de l'inconnu. Celui-ci fait partie int&#233;grante de la science. Toute l'histoire de la science consiste en un progr&#232;s de l'inconnu vers le connu, de l'ignorance vers la connaissance. Mais de s&#233;rieux probl&#232;mes se posent lorsque des gens confondent l'inconnu et l'inconnaissable. Il y a une diff&#233;rence fondamentale entre les phrases : &#171; nous ne savons pas &#187; et &#171; nous ne pouvons pas savoir &#187;. La science repose sur ce principe &#233;l&#233;mentaire que le monde objectif existe et que nous pouvons le conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, toute l'histoire de la philosophie est marqu&#233;e par des tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es de poser des limites &#224; la connaissance humaine, d'&#233;tablir qu'il y a certaines choses que, pour telle ou telle raison, &#171; nous ne pouvons pas conna&#238;tre &#187;. Ainsi, Kant pr&#233;tendait que nous ne pouvions conna&#238;tre que les apparences, et non les &#171; choses en soi &#187;. Ce faisant, il se pla&#231;ait dans la lign&#233;e du scepticisme de Hume, de l'id&#233;alisme subjectif de Berkeley et des sophistes, qui tous affirment : nous ne pouvons pas conna&#238;tre le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1927, Werner Heisenberg avan&#231;ait son c&#233;l&#232;bre &#171; principe d'ind&#233;termination &#187; &#8211; aussi appel&#233;, de mani&#232;re confuse, &#171; principe d'incertitude &#187; &#8211;, d'apr&#232;s lequel il est impossible de d&#233;terminer simultan&#233;ment la vitesse et la position d'une particule avec une pr&#233;cision satisfaisante. Plus la position d'une particule est d&#233;termin&#233;e, plus sa vitesse est ind&#233;termin&#233;e &#8211; et r&#233;ciproquement. (Le principe s'applique &#224; d'autres paires de propri&#233;t&#233;s.) La difficult&#233; de d&#233;terminer avec pr&#233;cision la position et la vitesse d'une particule qui se d&#233;place &#224; plus de 8 000 km &#224; la seconde dans diff&#233;rentes directions est &#233;vidente. N&#233;anmoins, il est compl&#232;tement erron&#233; d'en d&#233;duire &#8211; comme le fait Heisenberg &#8211; que la cause et l'effet (la causalit&#233;) en g&#233;n&#233;ral n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heisenberg demande : comment d&#233;terminer la position d'un &#233;lectron ? En l'observant. Mais si on utilise un puissant microscope, on frappe l'&#233;lectron avec une particule de lumi&#232;re, un photon. La lumi&#232;re se comportant comme une particule, elle perturbera n&#233;cessairement la quantit&#233; de mouvement de la particule observ&#233;e. Par cons&#233;quent, on la change par l'acte m&#234;me de l'observation. La perturbation sera impr&#233;visible et incontr&#244;lable, puisque (tout du moins d'apr&#232;s la th&#233;orie quantique existante) il n'y a aucun moyen de conna&#238;tre ou de contr&#244;ler &#224; l'avance l'angle pr&#233;cis suivant lequel le quantum de lumi&#232;re sera diffus&#233; dans la lentille. Dans la mesure o&#249; une d&#233;termination pr&#233;cise de la position de l'&#233;lectron requiert l'usage d'une lumi&#232;re &#224; ondes courtes, une quantit&#233; de mouvement importante, mais impr&#233;visible et incontr&#244;lable, sera communiqu&#233;e &#224; l'&#233;lectron. D'un autre c&#244;t&#233;, une d&#233;termination pr&#233;cise de la quantit&#233; de mouvement de l'&#233;lectron requiert l'usage de quanta de lumi&#232;re de tr&#232;s faible quantit&#233; de mouvement (et par cons&#233;quent &#224; ondes longues), ce qui signifie un large angle de diffraction, et donc une mauvaise d&#233;finition de la position. Plus la d&#233;termination de la position est pr&#233;cise, moins la d&#233;termination de la quantit&#233; de mouvement peut &#234;tre pr&#233;cise &#8211; et vice versa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on r&#233;soudre ce probl&#232;me en d&#233;veloppant de nouveaux types de microscopes &#233;lectroniques ? Pas d'apr&#232;s la th&#233;orie de Heisenberg. D'apr&#232;s celle-ci, dans la mesure o&#249; toute &#233;nergie peut &#234;tre d&#233;compos&#233;e en quanta, et o&#249; toute mati&#232;re se comporte &#224; la fois comme une onde et une particule, tous les types d'appareils utilis&#233;s seront gouvern&#233;s par le principe d'incertitude (ou d'ind&#233;termination). De fait, le terme &#171; incertitude &#187; n'est pas exact : ce qu'affirme Heisenberg, ce n'est pas simplement que des probl&#232;mes de mesures nous &#244;tent toute certitude. Sa th&#233;orie implique que toutes les formes de la mati&#232;re sont, par leur nature m&#234;me, ind&#233;termin&#233;es. Comme l'&#233;crit David Bohm dans son livre Causality and Chance in Modern Physics :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ainsi, le renoncement &#224; la causalit&#233; dans l'interpr&#233;tation usuelle de la th&#233;orie quantique ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le simple r&#233;sultat de notre inaptitude &#224; mesurer les valeurs pr&#233;cises des variables qui entreraient dans l'expression de lois causales au niveau atomique ; il faut plut&#244;t le consid&#233;rer comme le reflet du fait que de telles lois n'existent pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'y voir un aspect particulier de la th&#233;orie quantique &#224; un stade d&#233;termin&#233; de son d&#233;veloppement, Heisenberg postule que l'ind&#233;termination est une loi fondamentale et universelle de la nature, et suppose que toutes les autres lois doivent &#234;tre compatibles avec elle. C'est l&#224; une approche compl&#232;tement diff&#233;rente de celle de la science lorsque, dans le pass&#233;, elle &#233;tait confront&#233;e &#224; des fluctuations irr&#233;guli&#232;res et un mouvement al&#233;atoire. Nul n'imagine qu'il est possible de d&#233;terminer le mouvement exact d'une mol&#233;cule individuelle de gaz, ou encore de pr&#233;dire tous les d&#233;tails d'un accident de voiture en particulier. Mais jamais on n'avait s&#233;rieusement tent&#233; d'en d&#233;duire la non-existence de la causalit&#233; en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; une telle conclusion qu'on nous invite &#224; parvenir &#224; partir du principe d'ind&#233;termination. Des scientifiques et des philosophes id&#233;alistes sont all&#233;s jusqu'&#224; avancer que la causalit&#233; en g&#233;n&#233;ral n'existe pas, autrement dit qu'il n'y a ni cause ni effet. La nature se pr&#233;sente alors comme priv&#233;e de cause et gouvern&#233;e par le hasard. Bohm a ainsi soutenu que l'univers tout entier est impr&#233;visible :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous ne pouvons &#234;tre certains de rien. Au contraire, on suppose que dans toute exp&#233;rience particuli&#232;re, le r&#233;sultat pr&#233;cis obtenu est compl&#232;tement arbitraire en ce sens qu'il n'a aucun rapport avec quoi que ce soit qui existe ou qui a jamais exist&#233; dans le monde. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position est une n&#233;gation compl&#232;te, non seulement de la science, mais de la pens&#233;e rationnelle en g&#233;n&#233;ral. S'il n'y a ni cause ni effet en g&#233;n&#233;ral, il est non seulement impossible de pr&#233;dire quoi que ce soit, mais aussi d'expliquer quoi que ce soit. Nous devons alors nous limiter &#224; d&#233;crire les choses. Et en fait, m&#234;me cela devient impossible, puisque nous ne pouvons m&#234;me pas &#234;tre s&#251;rs que des choses existent en dehors de nous-m&#234;mes et de nos sens. Nous en revenons donc &#224; la philosophie de l'id&#233;alisme subjectif. Cela rappelle l'argument des philosophes sophistes de la Gr&#232;ce antique : &#171; Je ne peux rien conna&#238;tre du monde. Si je peux conna&#238;tre quelque chose, je ne peux le comprendre. Si je peux le comprendre, je ne peux l'exprimer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; principe d'ind&#233;termination &#187; correspond, en r&#233;alit&#233;, au caract&#232;re hautement insaisissable des particules subatomiques, pour lesquelles les &#233;quations et les mesures simplistes de la m&#233;canique classique sont inad&#233;quates. Nous ne remettons pas en cause la contribution de Heisenberg &#224; la physique. Le probl&#232;me, ce sont les conclusions philosophiques qu'il tire de la m&#233;canique quantique. Le fait que nous ne puissions pas mesurer exactement la position et la quantit&#233; de mouvement d'un &#233;lectron n'a rien &#224; voir avec un manque d'objectivit&#233;. La soi-disant &#233;cole de Copenhague en m&#233;canique quantique est impr&#233;gn&#233;e d'un mode de pens&#233;e subjectif. Niels Bohr est m&#234;me all&#233; jusqu'&#224; affirmer qu'&#171; il est faux de penser que la t&#226;che de la physique est de comprendre comment est la nature. La physique se pr&#233;occupe de ce que l'on peut dire de la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien John Wheeler pr&#233;tend qu'&#171; aucun ph&#233;nom&#232;ne n'est un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne tant qu'il n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne observ&#233;. &#187; Et Max Born d&#233;veloppe la m&#234;me philosophie subjectiviste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On a appris &#187; &#8211; &#224; tort, explique Born &#8211; &#171; &#224; la g&#233;n&#233;ration &#224; laquelle Einstein, Bohr et moi-m&#234;me appartenons, qu'un monde physique objectif existe, qui ob&#233;it &#224; des lois immuables ind&#233;pendantes de nous ; nous observerions ce processus comme des spectateurs regardent une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre. Einstein pense toujours que cela devrait &#234;tre la relation entre l'observateur scientifique et son objet. &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas l&#224; d'un jugement scientifique, mais d'une opinion philosophique refl&#233;tant une conception sp&#233;cifique du monde &#8211; celle de l'id&#233;alisme subjectif, qui impr&#232;gne toute l'interpr&#233;tation de Copenhague de la th&#233;orie quantique. Un certain nombre d'&#233;minents scientifiques se sont oppos&#233;s &#224; ce subjectivisme, qui est en compl&#232;te contradiction avec une vision et une m&#233;thode scientifiques, et c'est tout &#224; leur honneur. Parmi eux figurent Einstein, Max Planck, Louis de Broglie et Erwin Schr&#246;dinger, qui tous ont jou&#233; un r&#244;le au moins aussi important que Heisenberg dans le d&#233;veloppement de la nouvelle physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objectivisme contre subjectivisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que l'interpr&#233;tation de Heisenberg de la m&#233;canique quantique &#233;tait fortement influenc&#233;e par ses id&#233;es philosophiques. Etudiant, il &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s consciemment id&#233;aliste ; il admettait &#234;tre tr&#232;s impressionn&#233; par le Tim&#233;e de Platon (o&#249; l'id&#233;alisme platonicien s'exprime sous la forme la plus obscurantiste) et se battait en 1919 dans les rangs des r&#233;actionnaires Freikorps contre les travailleurs allemands. Plus tard, il affirma qu'il &#233;tait &#171; beaucoup plus int&#233;ress&#233; par les id&#233;es philosophiques sous-jacentes que par tout le reste &#187;, et qu'il fallait &#171; se d&#233;tacher de l'id&#233;e de processus objectifs dans le temps et l'espace. &#187; En d'autres termes, son interpr&#233;tation philosophique de la m&#233;canique quantique &#233;tait loin d'&#234;tre le r&#233;sultat objectif de l'exp&#233;rience scientifique. Elle &#233;tait clairement li&#233;e &#224; sa philosophie id&#233;aliste, qu'il appliquait consciemment &#224; la physique et qui d&#233;terminait sa conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle philosophie va &#224; l'encontre aussi bien de la science que de toute l'exp&#233;rience humaine. Non seulement elle est priv&#233;e de tout contenu scientifique, mais elle se r&#233;v&#232;le compl&#232;tement inutile d'un point de vue pratique. Les scientifiques qui aiment se fixer comme r&#232;gle d'&#233;viter les sp&#233;culations philosophiques font un signe poli en direction d'Heisenberg, puis reprennent simplement leurs recherches sur les lois de la nature, en tenant pour acquis que non seulement la nature existe, mais qu'en outre elle fonctionne suivant des lois d&#233;finies, y compris celles de la cause et de l'effet, et qu'avec un petit effort elle peut &#234;tre parfaitement comprise &#8211; et m&#234;me pr&#233;dite &#8211; par les hommes et les femmes. Les cons&#233;quences r&#233;actionnaires de l'id&#233;alisme subjectif se lisent dans le parcours d'Heisenberg. Il justifia sa collaboration avec les nazis en expliquant qu'&#171; il n'y a pas d'indications g&#233;n&#233;rales auxquelles nous puissions nous accrocher. Nous devons d&#233;cider pour nous-m&#234;mes, et nous ne pouvons dire &#224; l'avance si ce que nous faisons est juste ou non. &#187; [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erwin Schr&#246;dinger ne niait pas l'existence de ph&#233;nom&#232;nes al&#233;atoires dans la nature en g&#233;n&#233;ral ou dans la m&#233;canique quantique. Il mentionna sp&#233;cifiquement l'exemple de la combinaison de mol&#233;cules d'ADN au moment de la conception de l'enfant, pour laquelle la nature quantique des liaisons chimiques joue un r&#244;le. Cependant, il soutint l'id&#233;e que le monde existe ind&#233;pendamment de notre observation, s'opposant ainsi &#224; l'interpr&#233;tation classique faite par l'&#233;cole de Copenhague de l'exp&#233;rience dite des &#171; fentes de Young &#187; (selon laquelle la r&#233;duction des paquets d'ondes lors de cette exp&#233;rience signifie que nous devons renoncer &#224; l'objectivit&#233; du monde, hors du moment de mesure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schr&#246;dinger ridiculisait l'affirmation de Heisenberg et de Bohr selon laquelle quand un &#233;lectron ou un photon ne sont pas observ&#233;s, ils n'ont &#171; pas de position &#187; &#8211; et ne se mat&#233;rialisent qu'&#224; un moment donn&#233;, suite &#224; une observation. Pour contrer cette id&#233;e, il imagina une c&#233;l&#232;bre &#171; exp&#233;rience de pens&#233;e. &#187; Prenez un chat et mettez-le dans une boite avec une fiole de cyanure. Lorsqu'un compteur Geiger d&#233;tecte la d&#233;sint&#233;gration d'un atome, cette fiole est bris&#233;e. D'apr&#232;s Heisenberg, l'atome ne &#171; sait &#187; pas qu'il s'est d&#233;sint&#233;gr&#233; tant qu'on ne l'a pas mesur&#233;. Par cons&#233;quent, d'apr&#232;s les id&#233;alistes, tant que l'on n'a pas ouvert la bo&#238;te, le chat n'est ni mort ni vivant ! Par cette anecdote, Schr&#246;dinger voulait souligner les contradictions absurdes qu'impliquait l'id&#233;alisme subjectif de Heisenberg. Les processus naturels se d&#233;roulent objectivement, ind&#233;pendamment du fait que des &#234;tres humains soient l&#224;, ou non, pour les observer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s l'interpr&#233;tation de Copenhague, la r&#233;alit&#233; n'existe que lorsque nous l'observons. Sans cela, elle existe comme une sorte de limbe, ou encore &#224; l'&#171; &#233;tat de superposition de fonctions d'onde &#187;, comme notre chat mort-et-vivant. L'interpr&#233;tation de Copenhague trace une ligne de d&#233;marcation nette entre l'observateur et l'observ&#233;. Sur la base de cette interpr&#233;tation, certains physiciens pensent que la conscience doit exister, mais qu'il ne peut y avoir de r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle sans la conscience. Tel est pr&#233;cis&#233;ment le point de vue de l'id&#233;alisme subjectif, auquel L&#233;nine a largement r&#233;pondu dans son livre Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique part du principe de l'objectivit&#233; de l'univers mat&#233;riel, lequel nous est donn&#233; par le biais de notre perception sensible. &#171; J'interpr&#232;te le monde par le biais de mes sens. &#187; C'est &#233;vident. Mais le monde existe ind&#233;pendamment de mes sens. C'est aussi &#233;vident, semble-t-il, mais pas pour la philosophie bourgeoise moderne ! L'une des principales tendances de la philosophie du XXe si&#232;cle est le positivisme logique, qui, pr&#233;cis&#233;ment, nie l'objectivit&#233; du monde mat&#233;riel. Plus exactement, il consid&#232;re la question de l'existence ou la non-existence du monde mat&#233;riel comme &#171; hors sujet &#187; et &#171; m&#233;taphysique &#187;. Le point de vue de l'id&#233;alisme subjectif a &#233;t&#233; compl&#232;tement min&#233; par les d&#233;couvertes scientifiques du XXe si&#232;cle. Une observation implique que nos yeux re&#231;oivent, &#224; partir d'une source ext&#233;rieure, une &#233;nergie sous la forme d'ondes lumineuses (photons). L&#233;nine l'a clairement expliqu&#233; en 1908-09 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si la couleur n'est qu'une sensation d&#233;pendant de la r&#233;tine (comme vous obligent &#224; l'admettre les sciences de la nature), il s'ensuit que les rayons lumineux, en atteignant la r&#233;tine, produisent la sensation de couleur. Cela signifie qu'en dehors de nous, ind&#233;pendamment de nous et de notre conscience, il existe des mouvements de la mati&#232;re, disons des ondes d'&#233;ther d'une longueur et d'une vitesse d&#233;termin&#233;e, qui, en agissant sur la r&#233;tine, procurent &#224; l'homme la sensation de telle ou telle couleur. Tel est le point de vue des sciences de la nature. Elles expliquent les diff&#233;rentes sensations de couleur par la longueur diff&#233;rente des ondes lumineuses existant en dehors de la r&#233;tine humaine, en dehors de l'homme et ind&#233;pendamment de lui. Et c'est l&#224; la conception mat&#233;rialiste : la mati&#232;re produit la sensation en agissant sur nos organes sensitifs. La sensation d&#233;pend du cerveau, des nerfs, de la r&#233;tine, etc., c'est-&#224;-dire de la mati&#232;re organis&#233;e d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e. L'existence de la mati&#232;re ne d&#233;pend pas des sensations. La mati&#232;re est premi&#232;re. La sensibilit&#233;, la pens&#233;e, la conscience sont les produits les plus &#233;lev&#233;s de la mati&#232;re organis&#233;e d'une certaine fa&#231;on. Telles sont les vues du mat&#233;rialisme en g&#233;n&#233;ral, et celles de Marx et Engels en particulier. &#187; [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature subjective et id&#233;aliste de la m&#233;thode de Heisenberg est assez explicite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre situation r&#233;elle dans nos travaux de recherche en physique atomique est g&#233;n&#233;ralement celle-ci : nous voulons comprendre un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; ; nous voulons comprendre comment ce ph&#233;nom&#232;ne d&#233;coule des lois g&#233;n&#233;rales de la nature. Par cons&#233;quent, la part de mati&#232;re ou de radiation qui entre en jeu dans ce ph&#233;nom&#232;ne est l'&#171; objet &#187; naturel du traitement th&#233;orique, et doit pour cette raison &#234;tre s&#233;par&#233; des outils que l'on utilise pour &#233;tudier le ph&#233;nom&#232;ne. Cela souligne, &#224; nouveau, l'&#233;l&#233;ment subjectif pr&#233;sent dans la description des ph&#233;nom&#232;nes atomiques, puisque l'appareil de mesure a &#233;t&#233; construit par l'observateur ; nous devons nous rappeler que ce que nous observons n'est pas la nature elle-m&#234;me mais la nature soumise &#224; notre m&#233;thode de questionnement. Notre travail scientifique, en physique, consiste &#224; poser des questions sur la nature dans le langage que nous poss&#233;dons et &#224; essayer d'obtenir des r&#233;ponses par les moyens qui sont &#224; notre disposition. &#187; [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant &#233;rigeait un mur infranchissable entre le monde des apparences et la r&#233;alit&#233; &#171; en soi &#187;. Heisenberg va encore plus loin. Il ne parle pas seulement de &#171; la nature en soi &#187;, mais soutient m&#234;me que nous ne pouvons pas vraiment conna&#238;tre cette partie du monde qui peut &#234;tre observ&#233;e, puisqu'on la change par l'acte m&#234;me de l'observation. Ce faisant, Heisenberg cherche &#224; abolir totalement le crit&#232;re de l'objectivit&#233; scientifique. Malheureusement, de nombreux scientifiques qui se d&#233;fendraient avec indignation de l'accusation de mysticisme ont assimil&#233; les id&#233;es philosophiques de Heisenberg, et ce simplement parce qu'ils ne veulent pas reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une conception philosophique de la nature fermement mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond du probl&#232;me, c'est qu'au del&#224; de certaines limites, les lois de la logique formelle s'effondrent. Cela s'applique tout particuli&#232;rement aux ph&#233;nom&#232;nes du monde subatomique, o&#249; les lois de la contradiction, de l'identit&#233; et du tiers exclu ne peuvent &#234;tre appliqu&#233;es. Heisenberg d&#233;fend le point de vue de la logique formelle et de l'id&#233;alisme, et, par voie de cons&#233;quence, en arrive in&#233;vitablement &#224; la conclusion que les ph&#233;nom&#232;nes contradictoires du niveau subatomique ne peuvent absolument pas &#234;tre compris par l'esprit humain. Le probl&#232;me, cependant, ne se situe pas dans les ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s au niveau subatomique, mais dans le sch&#233;ma mental d&#233;sesp&#233;r&#233;ment archa&#239;que et inad&#233;quat de la logique formelle. C'est pr&#233;cis&#233;ment en cela que r&#233;sident les soi-disant &#171; paradoxes de la m&#233;canique quantique &#187;. Heisenberg ne peut accepter l'existence de contradictions dialectiques, et pr&#233;f&#232;re donc en revenir au mysticisme philosophique &#8211; &#171; nous ne pouvons pas savoir &#187;, et tout ce qui s'en suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous trouvons l&#224; en pr&#233;sence d'une sorte de tour de prestidigitation philosophique, qui commence par confondre le concept de causalit&#233; avec le vieux d&#233;terminisme m&#233;caniste d&#233;fendu par des gens comme Laplace. Les limites de ce m&#233;canisme ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; expliqu&#233;es et critiqu&#233;es par Engels dans sa Dialectique de la nature. La d&#233;couverte de la m&#233;canique quantique a finalement d&#233;truit le vieux d&#233;terminisme m&#233;canique. Le type de pr&#233;dictions r&#233;alis&#233; par la m&#233;canique quantique est diff&#233;rent des pr&#233;dictions de la m&#233;canique classique. Cependant, la m&#233;canique quantique fait quand m&#234;me des pr&#233;dictions, et en obtient des r&#233;sultats pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hasard et causalit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des difficult&#233;s que rencontre celui qui &#233;tudie la philosophie ou la science r&#233;side dans le fait que certains termes y ont une signification diff&#233;rente de leur usage courant. Les rapports entre la n&#233;cessit&#233; et la libert&#233; sont l'une des questions fondamentales de l'histoire de la philosophie. C'est un probl&#232;me complexe, et qui ne le devient pas moins lorsqu'il est pr&#233;sent&#233; sous une autre forme &#8211; causalit&#233; et hasard, n&#233;cessit&#233; et accident, d&#233;terminisme et ind&#233;terminisme, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous, d'apr&#232;s notre exp&#233;rience quotidienne, ce que nous entendons par n&#233;cessit&#233;. Il y a n&#233;cessit&#233; lorsque, par exemple, nous devons faire quelque chose, que nous n'avons pas le choix : nous ne pouvons pas faire autrement. Le dictionnaire d&#233;finit la n&#233;cessit&#233; comme un ensemble de circonstances qui obligent quelque chose &#224; &#234;tre, ou &#224; &#234;tre r&#233;alis&#233;e, en particulier ce qui est soumis &#224; une loi de l'univers. Ces circonstances conditionnent et sont ins&#233;parables de la vie et de l'action humaines. L'id&#233;e de n&#233;cessit&#233; physique implique la notion de contrainte et de coercition. On la retrouve dans des expressions comme &#171; plier sous le poids de la n&#233;cessit&#233; &#187; &#8211; ou encore dans des proverbes tels que &#171; n&#233;cessit&#233; fait loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens philosophique de la n&#233;cessit&#233; est &#233;troitement li&#233; &#224; celui de causalit&#233;, &#224; la relation entre cause et effet : telle action doit n&#233;cessairement donner lieu &#224; tel r&#233;sultat particulier. Par exemple, si je m'arr&#234;te de respirer trop longtemps, je vais mourir ; ou encore, si je frotte deux bouts de bois, je vais produire de la chaleur. La relation entre la cause et l'effet, attest&#233;e par une infinit&#233; d'observations et d'exp&#233;riences pratiques, joue un r&#244;le central dans la science. En revanche, l'accident est consid&#233;r&#233; comme un &#233;v&#233;nement inattendu, qui intervient sans cause apparente, comme lorsqu'on laisse tomber une tasse dans sa cuisine. En philosophie, cependant, l'accident d&#233;signe la propri&#233;t&#233; d'une chose qui en est simplement un attribut contingent, c'est-&#224;-dire qui ne fait pas partie de sa nature essentielle. Un accident est quelque chose qui n'existe pas n&#233;cessairement &#8211; et qui pourrait aussi bien ne pas &#234;tre ou se produire. Prenons un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de la gravit&#233;, si je l&#226;che une feuille de papier, elle doit normalement tomber par terre. C'est l&#224; un exemple de causalit&#233;, de n&#233;cessit&#233;. Mais si un courant d'air soudain fait s'envoler le papier, on consid&#233;rera que c'est le r&#233;sultat du hasard. La n&#233;cessit&#233; est donc gouvern&#233;e par une loi ; elle peut &#234;tre exprim&#233;e et pr&#233;dite scientifiquement. Les choses qui se produisent n&#233;cessairement sont les choses qui ne pouvaient pas se produire autrement. En revanche, les faits hasardeux, les contingences, sont des faits qui peuvent, ou non, se produire. Ils ne sont gouvern&#233;s par aucune loi qui puisse clairement &#234;tre formul&#233;e &#8211; et sont, par nature, impr&#233;dictibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience quotidienne nous apprend que la n&#233;cessit&#233;, comme le hasard, existent et jouent un r&#244;le. L'histoire des sciences et des soci&#233;t&#233;s nous montre exactement la m&#234;me chose. Toute l'histoire de la science est essentiellement une recherche des sch&#233;mas sous-jacents de la nature. T&#244;t dans notre vie, nous apprenons &#224; distinguer entre l'essentiel et le non essentiel, entre le n&#233;cessaire et le contingent. M&#234;me lorsque nous faisons face &#224; des conditions exceptionnelles, qui &#224; un stade donn&#233; de notre connaissance peuvent nous sembler &#171; irr&#233;guli&#232;res &#187;, il arrive souvent que les exp&#233;riences suivantes r&#233;v&#232;lent une autre forme de r&#233;gularit&#233; et des relations causales plus profondes, qui n'&#233;taient pas &#233;videntes imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'une vision et d'une compr&#233;hension rationnelles du monde dans lequel nous vivons est intimement li&#233;e au besoin de d&#233;couvrir des causes. Dans le processus de connaissance du monde, un petit enfant ne cessera de demander &#171; pourquoi ? &#187; &#8211; au d&#233;sarroi de ses parents, qui sont souvent d&#233;pourvus de r&#233;ponse. Sur la base de l'observation et de l'exp&#233;rience, nous formulons une hypoth&#232;se sur ce qui peut &#234;tre la cause d'un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233;. C'est la base de la compr&#233;hension rationnelle. G&#233;n&#233;ralement, ces hypoth&#232;ses donnent lieu, &#224; leur tour, &#224; des pr&#233;dictions sur des choses dont on n'a pas encore fait l'exp&#233;rience. Ces pr&#233;dictions font alors l'objet d'un test, soit par l'observation, soit par la pratique. Ici, nous ne d&#233;crivons pas seulement l'histoire de la science, mais aussi une part importante du d&#233;veloppement mental de tout &#234;tre humain depuis sa petite enfance. Cela recouvre donc le d&#233;veloppement intellectuel au sens le plus large du terme, depuis les processus cognitifs &#233;l&#233;mentaires d'un enfant jusqu'aux plus &#233;labor&#233;es des recherches sur l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s grand nombre d'observations d&#233;montrent l'existence de la causalit&#233;. Cela nous permet de faire d'importantes pr&#233;dictions, non seulement dans le domaine de la science, mais aussi dans notre vie quotidienne. Tout le monde sait qu'&#224; 100&#176;C l'eau se transforme en vapeur. C'est la base, non seulement de la pr&#233;paration d'une tasse de th&#233;, mais aussi de la r&#233;volution industrielle, sur laquelle reposent toutes les soci&#233;t&#233;s modernes. Et pourtant, il y a des philosophes et des scientifiques qui pr&#233;tendent s&#233;rieusement qu'on ne peut pas dire que le r&#233;chauffement de l'eau est la cause de la vapeur. Le fait m&#234;me que nous puissions faire des pr&#233;dictions sur un vaste ensemble de faits est la preuve que la causalit&#233; n'est pas simplement une mani&#232;re commode de d&#233;crire la r&#233;alit&#233; mais, comme le souligne David Bohm, un aspect inh&#233;rent et essentiel des choses. En effet, il est impossible ne serait-ce que de d&#233;finir les propri&#233;t&#233;s des choses sans recourir &#224; la causalit&#233;. Par exemple, lorsque nous disons qu'une chose est rouge, cela implique qu'elle r&#233;agira d'une certaine fa&#231;on lorsqu'elle sera soumise &#224; des conditions sp&#233;cifiques &#8211; un objet de couleur rouge est d&#233;fini par le fait qu'expos&#233; &#224; la lumi&#232;re blanche, il refl&#232;tera surtout la lumi&#232;re rouge. Pareillement, le fait que l'eau se transforme en vapeur lorsqu'elle est chauff&#233;e, et en glace lorsqu'elle est refroidie, est l'expression d'une relation causale qualitative qui fait partie des propri&#233;t&#233;s essentielles de ce liquide, sans lesquelles il ne pourrait &#234;tre de l'eau. Les lois math&#233;matiques g&#233;n&#233;rales du mouvement des corps sont &#233;galement des propri&#233;t&#233;s essentielles de ces corps, sans lesquelles ils ne pourraient &#234;tre ce qu'ils sont. On pourrait multiplier les exemples &#224; l'infini. Pour comprendre pourquoi et comment la causalit&#233; est &#233;troitement li&#233;e aux propri&#233;t&#233;s essentielles des choses, il ne suffit pas de les consid&#233;rer statiquement et isol&#233;ment. Il est n&#233;cessaire de les consid&#233;rer telles qu'elles sont, telles qu'elles ont &#233;t&#233; et telles qu'elles seront &#8211; c'est-&#224;-dire d'analyser les choses comme des processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre des &#233;v&#233;nements particuliers, il n'est pas n&#233;cessaire d'en sp&#233;cifier toutes les causes. D'ailleurs, ce n'est pas possible. Dans le passage suivant, Spinoza a r&#233;pondu par avance, et brillamment, au type de d&#233;terminisme absolu que d&#233;fendait Laplace :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Par exemple, si une pierre tombe d'un toit sur la t&#234;te de quelqu'un et le tue, ils d&#233;montreront de la mani&#232;re suivante que la pierre est tomb&#233;e pour tuer cet homme : si elle n'est pas tomb&#233;e &#224; cette fin par la volont&#233; de Dieu, comment tant de circonstances (et en effet il y a souvent le concours d'un grand nombre de circonstances) ont-elles pu se trouver par chance r&#233;unies ? Peut-&#234;tre direz-vous : &#034;Cela est arriv&#233; parce que le vent soufflait et que l'homme passait par l&#224;&#034;. Mais ils insisteront : &#034;Pourquoi le vent soufflait-il &#224; ce moment ? Et pourquoi l'homme passait-il par l&#224; &#224; ce m&#234;me instant ?&#034; Si vous r&#233;pondez alors : &#034;Le vent s'est lev&#233; parce que, la veille, par un temps encore calme, la mer avait commenc&#233; &#224; s'agiter ; et l'homme passait par l&#224; parce qu'il avait &#233;t&#233; invit&#233; par un ami&#034;, ils insisteront &#224; nouveau, car il n'y a pas de fin &#224; leurs interrogations : &#034;Pourquoi la mer &#233;tait-elle agit&#233;e ? Pourquoi l'homme a-t-il &#233;t&#233; invit&#233; pour tel moment ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Et ils continueront ainsi de vous interroger de cause en cause jusqu'&#224; ce que vous vous soyez r&#233;fugi&#233; dans la volont&#233; de Dieu, cet asile de l'ignorance. De m&#234;me, quand ils voient la structure du corps humain, ils sont frapp&#233;s d'un &#233;tonnement imb&#233;cile, et, de ce qu'ils ignorent les causes d'un si bel arrangement, ils concluent qu'il n'est pas form&#233; m&#233;caniquement, mais par un art divin ou surnaturel, et de telle fa&#231;on qu'aucune partie ne puisse nuire &#224; l'autre. Et ainsi arrive-t-il que quiconque cherche les vraies causes des prodiges et s'applique &#224; conna&#238;tre en savant les choses de la nature au lieu de s'en &#233;merveiller comme un sot, est souvent tenu pour h&#233;r&#233;tique et impie et proclam&#233; tel par ceux que le vulgaire adore comme des interpr&#232;tes de la Nature et des Dieux. Car ils savent bien que d&#233;truire l'ignorance, c'est d&#233;truire l'&#233;tonnement imb&#233;cile, c'est-&#224;-dire leur unique moyen de raisonner et de sauvegarder leur autorit&#233;. &#187; [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative d'&#233;liminer toute contingence de la nature m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; un point de vue m&#233;caniste. Dans la philosophie m&#233;caniste du XIIIe si&#232;cle &#8211; repr&#233;sent&#233;e, en science, par Newton &#8211; l'id&#233;e de n&#233;cessit&#233; &#233;tait &#233;lev&#233;e au rang de principe absolu. Elle &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme parfaitement simple, libre de toute contradiction, sans irr&#233;gularit&#233; ni contre-courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que la nature est r&#233;gie par un ensemble de lois universelles est profond&#233;ment juste, mais insuffisante. Nous avons besoin d'une compr&#233;hension concr&#232;te de la fa&#231;on dont les lois de la nature op&#232;rent effectivement. Le point de vue m&#233;caniste a in&#233;vitablement abouti &#224; une conception unilat&#233;rale des ph&#233;nom&#232;nes naturels, ce qui refl&#233;tait le niveau r&#233;el du d&#233;veloppement scientifique de l'&#233;poque. Le plus haut accomplissement de cette conception fut la m&#233;canique classique, qui porte sur des processus relativement simples : la cause et l'effet (compris comme la simple action ext&#233;rieure d'un corps solide sur un autre), les leviers, l'&#233;quilibre, la masse, l'inertie, la pouss&#233;e, la pression, etc. Quelle que f&#251;t l'importance de ces d&#233;couvertes, elles &#233;taient incapables de fournir une id&#233;e pr&#233;cise du fonctionnement complexe de la nature. Plus tard, les d&#233;couvertes de la biologie, en particulier apr&#232;s la r&#233;volution darwinienne, ont permis d'&#233;laborer une nouvelle approche scientifique des ph&#233;nom&#232;nes, en ad&#233;quation avec les processus les plus flexibles et subtils de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#233;canique newtonienne classique, le mouvement est trait&#233; comme quelque chose de simple. Si, &#224; n'importe quel moment, on conna&#238;t les diff&#233;rentes forces qui s'appliquent sur un objet en mouvement donn&#233;, on peut pr&#233;dire son comportement futur avec exactitude. Cela m&#232;ne au d&#233;terminisme m&#233;caniste, dont le meilleur repr&#233;sentant &#233;tait Pierre Simon de Laplace, un math&#233;maticien fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle. Sa th&#233;orie de l'univers est identique &#224; l'id&#233;e de pr&#233;destination que l'on trouve dans diff&#233;rentes religions, et notamment dans le calvinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son Essai philosophique sur les probabilit&#233;s, Laplace &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; S'il existait un intellect qui, &#224; n'importe quel moment donn&#233;, connaissait toutes les forces qui animent la Nature et les positions mutuelles de tous les &#234;tres qui la composent, et si cet intellect &#233;tait suffisamment vaste pour soumettre toutes ces donn&#233;es &#224; l'analyse, il pourrait ramener &#224; une seule formule le mouvement des corps les plus grands de l'univers comme du plus petit atome. Pour un tel intellect, rien ne pourrait &#234;tre incertain, et le futur comme le pass&#233; se d&#233;voileraient &#224; ses yeux. &#187; [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la difficult&#233; vient de la m&#233;thode m&#233;caniste que la physique du XIXe si&#232;cle a h&#233;rit&#233;e du XVIIIe si&#232;cle. Le hasard et la n&#233;cessit&#233; &#233;taient alors per&#231;us comme deux extr&#234;mes oppos&#233;s, s'excluant mutuellement. Une chose ou un processus &#233;tait soit accidentel, soit n&#233;cessaire, mais ne pouvait &#234;tre les deux. Engels a soumis cette m&#233;thode &#224; une profonde analyse dans sa Dialectique de la nature, o&#249; il explique que le d&#233;terminisme m&#233;caniste de Laplace m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; une conception mystique et fataliste de la nature :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Et l'on d&#233;clare ensuite que le n&#233;cessaire a seul de l'int&#233;r&#234;t pour la science et que le contingent lui est indiff&#233;rent. Autrement dit : ce qu'on peut ramener &#224; des lois, donc ce qu'on conna&#238;t, a de l'int&#233;r&#234;t ; ce qu'on ne peut ramener &#224; des lois, donc qu'on ne conna&#238;t pas, est sans int&#233;r&#234;t, peut &#234;tre laiss&#233; de c&#244;t&#233;. Et c'est la fin de toute science, car c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui nous est inconnu que la science doit explorer. En d'autres termes : ce que l'on peut ramener &#224; des lois g&#233;n&#233;rales passe pour n&#233;cessaire, ce que l'on ne peut ramener &#224; de telles lois passe pour contingent. Chacun voit que c'est l&#224; le m&#234;me genre de science que celle qui donne pour naturel ce qu'elle peut expliquer et impute &#224; des causes surnaturelles ce qu'elle est incapable d'expliquer ; que j'appelle la cause des ph&#233;nom&#232;nes inexplicables hasard ou Dieu, cela est totalement indiff&#233;rent au fond de la chose. Les deux expressions ne font que manifester mon ignorance et n'ont donc pas leur place dans la science. Celle-ci cesse l&#224; o&#249; la relation n&#233;cessaire est manquante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels souligne que, dans la pratique, le d&#233;terminisme m&#233;caniste ram&#232;ne la n&#233;cessit&#233; au niveau du hasard. Si n'importe quel fait insignifiant est du m&#234;me ordre d'importance et de n&#233;cessit&#233; que la loi de la gravitation universelle, alors toutes les lois fondamentales sont au m&#234;me niveau de trivialit&#233;. Engels explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Selon cette conception, il ne r&#232;gne dans la nature que la n&#233;cessit&#233; simple et imm&#233;diate. Que cette cosse de petits pois contienne 5 pois et non 4 ou 6, que la queue de ce chien fasse 12 centim&#232;tres et pas un millim&#232;tre de plus ou de moins, que cette fleur de tr&#232;fle-ci et non celle-l&#224; ait &#233;t&#233; f&#233;cond&#233;e cette ann&#233;e par une abeille et encore par telle abeille d&#233;termin&#233;e &#224; telle &#233;poque d&#233;termin&#233;e, que telle graine de pissenlit emport&#233;e par le vent ait lev&#233; et non telle autre, qu'une puce m'ait piqu&#233; la nuit derni&#232;re &#224; quatre heures du matin et non &#224; trois ou cinq, qui plus est &#224; l'&#233;paule droite et non au mollet gauche : tous ces faits sont le produit d'un encha&#238;nement immuable de causes et d'effets, d'une n&#233;cessit&#233; in&#233;branlable, la sph&#232;re gazeuse d'o&#249; est sorti le syst&#232;me solaire s'&#233;tant d&#233;j&#224; trouv&#233;e agenc&#233;e de telle fa&#231;on que ces &#233;v&#233;nements devaient se passer ainsi et non autrement. Avec une n&#233;cessit&#233; de ce genre, nous ne sortons toujours pas de la conception th&#233;ologique de la nature. Que nous appelions cela, avec Saint Augustin ou Calvin, le d&#233;cret &#233;ternel de la Providence, ou avec les Turcs le kismet, ou encore la n&#233;cessit&#233;, il importe peu &#224; la science. Dans aucun de ces cas il n'est question de suivre jusqu'&#224; son terme l'encha&#238;nement des causes ; nous sommes donc aussi avanc&#233;s dans un cas que dans l'autre ; la pr&#233;tendue n&#233;cessit&#233; reste une formule vide, et par suite&#8230; le hasard reste aussi ce qu'il &#233;tait. &#187; [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laplace pensait que s'il pouvait remonter aux causes de toutes choses dans l'univers, il pourrait compl&#232;tement abolir la contingence. Pendant longtemps, il a sembl&#233; que le fonctionnement de l'univers entier pouvait &#234;tre r&#233;duit &#224; quelques &#233;quations relativement simples. L'une des limites de la th&#233;orie m&#233;caniste classique r&#233;side dans le fait qu'elle affirme que le mouvement des corps particuliers ne subit aucune influence ext&#233;rieure. Or, en r&#233;alit&#233;, chaque corps est influenc&#233; et d&#233;termin&#233; par tous les autres corps. Rien ne peut &#234;tre pris isol&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les pr&#233;tentions de Laplace semblent d&#233;raisonnables et extravagantes. Cependant, on trouve des extravagances semblables &#224; toutes les &#233;tapes de l'histoire de la science, chaque g&#233;n&#233;ration croyant fermement &#234;tre en possession de l'&#171; ultime v&#233;rit&#233; &#187;. Ce n'est pas non plus compl&#232;tement faux. Les id&#233;es de chaque g&#233;n&#233;ration sont effectivement, &#224; leur &#233;poque, les v&#233;rit&#233;s ultimes. Mais une telle affirmation ne veut rien dire de plus que : &#171; Voila jusqu'o&#249; nous sommes parvenus dans notre connaissance de la nature, avec les informations et les moyens technologiques qui sont pour le moment &#224; notre disposition. &#187; Par cons&#233;quent, il n'est pas incorrect de pr&#233;tendre que ces v&#233;rit&#233;s sont absolues pour nous, &#224; ce moment donn&#233;, puisque nous ne pouvons nous baser sur aucune autre v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, la m&#233;canique classique de Newton constituait un &#233;norme pas en avant. Les lois newtoniennes du mouvement permettaient, pour la premi&#232;re fois, d'effectuer des pr&#233;dictions quantitatives pr&#233;cises qui pouvaient &#234;tre confront&#233;es aux ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s. Cependant, c'est justement cette pr&#233;cision qui a soulev&#233; de nouveaux probl&#232;mes, lorsque Laplace et d'autres ont tent&#233; d'appliquer les lois de Newton &#224; l'ensemble de l'univers. Laplace &#233;tait convaincu que les lois de Newton &#233;taient absolument et universellement valides. Il se trompait. Il ne voyait pas que les lois de Newton &#233;taient des approximations ne s'appliquant que dans certaines circonstances. Il n'envisageait pas la possibilit&#233; que dans des circonstances diff&#233;rentes, dans des domaines que la physique n'avait pas encore &#233;tudi&#233;s, ces lois puissent n&#233;cessiter d'&#234;tre modifi&#233;es ou &#233;tendues. Le d&#233;terminisme m&#233;caniste de Laplace suppose que si l'on connaissait, &#224; n'importe quel instant donn&#233;, toutes les positions et vitesses des corps, le comportement futur de l'ensemble de l'univers pourrait &#234;tre d&#233;termin&#233; pour l'&#233;ternit&#233;. D'apr&#232;s cette th&#233;orie, toute la riche diversit&#233; des choses peut &#234;tre r&#233;duite &#224; un ensemble de lois quantitatives reposant sur quelques variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;canique classique, telle que l'expriment les lois du mouvement de Newton, porte sur des causes et effets simples, par exemple l'action isol&#233;e d'un corps sur un autre. Cependant, dans la pratique, c'est impossible, puisqu'aucun syst&#232;me m&#233;canique n'est jamais compl&#232;tement isol&#233;. Des influences ext&#233;rieures d&#233;truisent in&#233;vitablement le caract&#232;re exclusif de cette interaction. M&#234;me si l'on isole le syst&#232;me, des perturbations na&#238;tront toujours des mouvements du niveau mol&#233;culaire, et d'autres perturbations issues de niveaux encore plus profonds de la m&#233;canique quantique. Comme le remarque Bohm :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On ne conna&#238;t aucun cas d'ensemble de relations causales parfaites et exclusives qui permettrait, en principe, de r&#233;aliser des pr&#233;dictions d'une pr&#233;cision absolue, sans qu'il soit n&#233;cessaire de tenir compte de nouveaux ensembles de facteurs causaux existant en dehors du syst&#232;me en question ou &#224; d'autres niveaux. &#187; [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il que les pr&#233;dictions sont impossibles ? Pas du tout. Si l'on tire un coup de pistolet en visant un point donn&#233;, la balle n'atteindra pas pr&#233;cis&#233;ment le point pr&#233;dit par les lois de Newton. Cependant, un grand nombre de tirs seront regroup&#233;s dans une petite r&#233;gion situ&#233;e pr&#232;s du point. Ainsi, il est possible de faire des pr&#233;dictions tr&#232;s pr&#233;cises avec une certaine marge d'erreur, laquelle existe toujours. Si, dans notre exemple, nous voulions parvenir &#224; une pr&#233;cision absolue, nous d&#233;couvririons un nombre sans cesse croissant de facteurs qui influenceraient le r&#233;sultat &#8211; des irr&#233;gularit&#233;s dans la structure du pistolet et de la balle, de petites variations de temp&#233;rature, de pression, d'humidit&#233;, des courants d'air, et m&#234;me des mouvements mol&#233;culaires de tous ces facteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain degr&#233; d'approximation est n&#233;cessaire, lequel ne prend pas en compte l'infinit&#233; de facteurs que requiert une pr&#233;diction parfaitement pr&#233;cise d'un r&#233;sultat donn&#233;. Cela implique n&#233;cessairement une abstraction de la r&#233;alit&#233;, comme dans la m&#233;canique newtonienne. Cependant, la science avance continuellement, pas &#224; pas, en d&#233;couvrant des lois toujours plus profondes et pr&#233;cises qui nous permettent d'acqu&#233;rir une meilleure compr&#233;hension des processus naturels, et donc de faire des pr&#233;dictions plus pr&#233;cises. L'abandon du vieux d&#233;terminisme m&#233;canique de Newton et Laplace ne signifie pas une abolition de la causalit&#233;, mais plut&#244;t une compr&#233;hension plus profonde du fonctionnement r&#233;el de la causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res br&#232;ches dans le mur de la science newtonienne sont apparues dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, en particulier avec la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution et les travaux du physicien autrichien Ludwig Boltzmann sur une interpr&#233;tation statistique des processus thermodynamiques. Les physiciens s'effor&#231;aient de d&#233;crire avec des m&#233;thodes statistiques les syst&#232;mes de plusieurs particules, tels les gaz et les fluides. Ces statistiques, cependant, &#233;taient per&#231;ues comme un pis-aller dans les situations o&#249; il &#233;tait impossible, pour des raisons pratiques, de collecter des informations d&#233;taill&#233;es sur les propri&#233;t&#233;s du syst&#232;me (par exemple l'ensemble des positions et des vitesses des particules de gaz &#224; un instant donn&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le XIXe si&#232;cle a vu le d&#233;veloppement des statistiques, d'abord dans les sciences sociales, puis en physique, par exemple dans la th&#233;orie des gaz, o&#249; le mouvement des mol&#233;cules refl&#232;te &#224; la fois le hasard et la n&#233;cessit&#233;. D'un c&#244;t&#233;, les mol&#233;cules individuelles semblent se d&#233;placer de fa&#231;on enti&#232;rement al&#233;atoire. D'un autre c&#244;t&#233;, on observe que les tr&#232;s nombreuses mol&#233;cules constituant un gaz se comportent suivant des lois dynamiques pr&#233;cises. Comment expliquer cette contradiction ? Si le mouvement des mol&#233;cules individuelles constituant le gaz est hasardeux, et ne peut donc pas &#234;tre pr&#233;dit, le comportement du gaz doit s&#251;rement, lui aussi, &#234;tre impr&#233;visible ? Et pourtant, c'est loin d'&#234;tre le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution de ce probl&#232;me est fournie par la loi de la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;. A partir du mouvement apparemment hasardeux d'un grand nombre de mol&#233;cules &#233;mergent une r&#233;gularit&#233; et un sch&#233;ma qui peuvent &#234;tre exprim&#233;s par une loi scientifique. L'ordre &#233;merge du chaos. La science du XIXe si&#232;cle ignorait compl&#232;tement cette relation dialectique entre la libert&#233; et la n&#233;cessit&#233;, entre l'ordre et le chaos, entre le hasard et la d&#233;termination. Elle consid&#233;rait les lois gouvernant les ph&#233;nom&#232;nes al&#233;atoires (la statistique) comme enti&#232;rement distinctes des &#233;quations pr&#233;cises de la m&#233;canique classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tout liquide ou gaz &#187;, &#233;crit Gleick, &#171; se compose de mol&#233;cules individuelles si nombreuses qu'on peut les consid&#233;rer en nombre infini. Si elles avaient chacune un mouvement ind&#233;pendant, le fluide poss&#233;derait une infinit&#233; de comportements possibles &#8211; un nombre de &#034;degr&#233;s de libert&#233;&#034; infini, dans le jargon des scientifiques &#8211; et les &#233;quations d&#233;crivant le mouvement du fluide contiendraient une infinit&#233; de variables. Mais chaque particule n'a pas de mouvement ind&#233;pendant : son mouvement d&#233;pend fortement de celui de ses voisines, de sorte que, dans un &#233;coulement r&#233;gulier, les degr&#233;s de libert&#233; peuvent &#234;tre en nombre r&#233;duit. &#187; [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, la m&#233;canique classique a tr&#232;s bien fonctionn&#233;. Elle a permis de r&#233;aliser d'importantes avanc&#233;es technologiques. Aujourd'hui encore, elle s'applique dans un grand nombre de cas. Cependant, on a fini par se rendre compte que, dans certains domaines, ses m&#233;thodes n'&#233;taient plus ad&#233;quates. Elles avaient atteint leurs limites. Le monde logique et parfaitement ordonn&#233; de la m&#233;canique classique d&#233;crit une partie de la nature &#8211; mais une partie seulement. Dans la nature, il y a de l'ordre, mais il y a aussi du d&#233;sordre. En m&#234;me temps que de l'organisation et de la stabilit&#233;, il y a de puissantes forces qui poussent dans des directions oppos&#233;es. Dans ce cas, nous devons recourir &#224; la dialectique, de fa&#231;on &#224; d&#233;terminer la relation entre le hasard et la n&#233;cessit&#233;, et &#224; montrer &#224; quel moment l'accumulation de changements quantitatifs apparemment insignifiants d&#233;bouche sur un saut qualitatif soudain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bohm a propos&#233; une reformulation radicale de la m&#233;canique quantique, ainsi qu'une nouvelle fa&#231;on de penser la relation entre le tout et les parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A travers ces &#233;tudes [&#8230;.], il devint clair que m&#234;me un syst&#232;me &#224; un corps a un caract&#232;re non-m&#233;canique. En ce sens, lui et son environnement doivent &#234;tre per&#231;us comme un tout indivisible, pour lequel l'analyse classique &#8211; qui distingue radicalement le syst&#232;me de l'environnement &#8211; ne peut plus &#234;tre utilis&#233;e. &#187; Le rapport entre les parties &#171; d&#233;pend crucialement de l'&#233;tat du tout, d'une mani&#232;re qui ne peut &#234;tre exprim&#233;e en termes de propri&#233;t&#233;s des seules parties. En effet, les parties sont organis&#233;es d'une fa&#231;on qui d&#233;coule du tout. &#187; [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi dialectique de la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; exprime l'id&#233;e que la mati&#232;re se comporte diff&#233;remment &#224; ses diff&#233;rents niveaux. Ainsi, il y a le niveau mol&#233;culaire, dont les lois sont surtout &#233;tudi&#233;es par la chimie, et partiellement par la physique ; le niveau de la mati&#232;re vivante est essentiellement &#233;tudi&#233; par la biologie ; le niveau subatomique est l'objet de la m&#233;canique quantique ; enfin, actuellement, un niveau encore plus petit &#8211; celui des particules &#233;l&#233;mentaires &#8211; est en cours d'exploration par la physique des particules. Chacun de ces niveaux comprend de nombreuses subdivisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; prouv&#233; que les lois qui gouvernent le mouvement de la mati&#232;re &#224; chaque niveau ne sont pas les m&#234;mes. D&#232;s le XIXe, la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz en a apport&#233; la preuve. Dans une bonbonne de gaz contenant des millions de mol&#233;cules se d&#233;pla&#231;ant de fa&#231;on irr&#233;guli&#232;re et s'entrechoquant sans cesse, il est clairement impossible de d&#233;terminer les mouvements pr&#233;cis de chaque mol&#233;cule individuelle. En premier lieu, ceci serait exclu d'un point de vue purement math&#233;matique. Cependant, m&#234;me si les probl&#232;mes math&#233;matiques soulev&#233;s par un tel calcul pouvaient &#234;tre r&#233;solus, il resterait impossible, dans la pratique, de d&#233;terminer la position et la vitesse initiales de chaque mol&#233;cule, ce dont on aurait besoin pour faire des pr&#233;dictions pr&#233;cises. Le moindre changement dans l'angle initial du mouvement d'une mol&#233;cule alt&#232;rerait sa direction, ce qui modifierait plus encore l'angle de sa prochaine collision, et ainsi de suite, ce qui am&#232;nerait finalement &#224; une grande erreur dans la pr&#233;diction du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, maintenant, on applique ce type de raisonnement au comportement des gaz au niveau macroscopique (&#171; normal &#187;), on pourrait croire qu'il est &#233;galement impossible de pr&#233;dire leur mouvement. Or il n'en est rien. A ce niveau, le comportement des gaz peut &#234;tre parfaitement pr&#233;dit. Comme le souligne Bohm :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il est clair que l'on peut parler d'un niveau macroscopique poss&#233;dant un ensemble de caract&#233;ristiques relativement autonomes et satisfaisant un ensemble de relations relativement autonomes, qui dans les faits constituent un ensemble de lois causales macroscopiques. Par exemple, si on consid&#232;re une masse d'eau, nous savons d'apr&#232;s l'exp&#233;rience directe de grande &#233;chelle qu'elle poss&#232;de un certain nombre de caract&#233;ristiques propres en tant que liquide. Par cela, nous voulons dire qu'elle a toutes les caract&#233;ristiques macroscopiques associ&#233;es &#224; la liquidit&#233;. Par exemple, elle coule, elle &#034;mouille&#034; les choses, elle tend &#224; occuper un certain volume, etc. Son mouvement est gouvern&#233; par un ensemble d'&#233;quations hydrodynamiques de base, qui ne sont exprim&#233;es qu'en fonction des propri&#233;t&#233;s macroscopiques, comme la pression, la temp&#233;rature, la densit&#233; locale, la vitesse d'&#233;coulement locale, etc. Ainsi, pour comprendre les propri&#233;t&#233;s d'une masse d'eau, on ne la consid&#232;re pas comme un agr&#233;gat de mol&#233;cules, mais plut&#244;t comme une entit&#233; existant au niveau macroscopique, et qui ob&#233;it aux lois propres &#224; ce niveau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas que le comportement de l'eau n'a rien &#224; voir avec sa constitution mol&#233;culaire. Au contraire. Ce sont, par exemple, les relations entre ses mol&#233;cules qui d&#233;terminent si l'eau existe &#224; l'&#233;tat de liquide, de solide ou de vapeur. Cependant, comme l'explique Bohm en termes d'&#171; autonomie relative &#187;, la mati&#232;re se comporte diff&#233;remment &#224; diff&#233;rents niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a &#171; une certaine stabilit&#233; des caract&#233;ristiques du comportement macroscopique, lesquelles tendent &#224; rester les m&#234;mes non seulement plus ou moins ind&#233;pendamment du comportement des mol&#233;cules individuelles, mais aussi ind&#233;pendamment des diff&#233;rentes perturbations ext&#233;rieures auxquelles le syst&#232;me peut &#234;tre soumis. &#187; [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;diction est-elle possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on jette en l'air une pi&#232;ce de monnaie, la probabilit&#233; qu'elle retombe sur &#171; pile &#187; ou sur &#171; face &#187; est de 50-50. C'est un ph&#233;nom&#232;ne v&#233;ritablement al&#233;atoire, qui ne peut faire l'objet d'une pr&#233;diction. (Soit dit en passant, lorsque la pi&#232;ce tourne en l'air, elle n'est ni sur &#171; pile &#187;, ni sur &#171; face &#187; ; la dialectique &#8211; comme la physique moderne &#8211; dirait qu'elle est &#224; la fois sur &#171; pile &#187; et sur &#171; face &#187;.) Dans la mesure o&#249; il n'y a que deux r&#233;sultats possibles, c'est le hasard qui pr&#233;domine. Mais il n'en est plus du tout de m&#234;me lorsqu'on jette la pi&#232;ce un tr&#232;s grand nombre de fois. Les propri&#233;taires de casino savent qu'&#224; long terme, le 0 et le 00 [&#224; la roulette] sortiront autant de fois que n'importe quel autre chiffre, et c'est ce qui leur permet de faire de jolis et pr&#233;visibles profits. C'est aussi vrai des compagnies d'assurance, dont la fortune repose sur des statistiques pr&#233;cises, lesquelles constituent, en derni&#232;re analyse, des certitudes pratiques, bien que le sort des assur&#233;s individuels ne puisse pas &#234;tre pr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est connu sous le nom d'&#233;v&#233;nements al&#233;atoires de grande ampleur (&#171; mass random events &#187;) s'applique &#224; un grand nombre de domaines en physique, chimie, biologie et sciences sociales, du sexe des b&#233;b&#233;s &#224; la fr&#233;quence des d&#233;fauts dans une cha&#238;ne de production. Les lois de la probabilit&#233; ont une tr&#232;s longue histoire et ont &#233;t&#233; utilis&#233;es dans diff&#233;rents registres : dans la th&#233;orie des erreurs (Gauss), la question de la pr&#233;cision des tirs (Poisson, Laplace) et, surtout, en statistique. Par exemple, la &#171; loi des grands nombres &#187; &#233;tablit que l'effet combin&#233; d'un grand nombre de facteurs accidentels produit, pour une grande gamme de facteurs, des r&#233;sultats qui sont ind&#233;pendants du hasard. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; exprim&#233;e d&#232;s 1713 par Bernoulli, dont la th&#233;orie a &#233;t&#233; ensuite g&#233;n&#233;ralis&#233;e par Poisson en 1837 et finalis&#233;e en 1867 par Tchebitchev. Tout ce que Heisenberg a fait a &#233;t&#233; de l'appliquer au mouvement des particules subatomiques, domaine dans lequel &#8211; sans surprise &#8211; l'&#233;l&#233;ment de hasard est rapidement &#233;limin&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La m&#233;canique quantique a mis au jour des lois pr&#233;cises et merveilleuses qui gouvernent les probabilit&#233;s ; c'est gr&#226;ce &#224; des nombres que la science surmonte son handicapante ind&#233;termination initiale. C'est par ce moyen que la science pr&#233;dit avec assurance. Bien qu'elle reconnaisse aujourd'hui humblement ne pas pouvoir pr&#233;dire le comportement exact d'&#233;lectrons pris individuellement, ou de photons, ou d'autres particules &#233;l&#233;mentaires, elle peut vous dire avec une tr&#232;s grande certitude comment de grands nombres de ces particules vont pr&#233;cis&#233;ment se comporter. &#187; [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sch&#233;ma &#233;merge du hasard apparent. C'est la recherche de ces sch&#233;mas, et donc de lois sous-jacentes, qui constitue la base de toute l'histoire des sciences. Bien &#233;videmment, s'il fallait accepter que tout ne soit que hasard, qu'il n'y ait pas de causalit&#233;, et que, de toute fa&#231;on, nous ne puissions rien conna&#238;tre car il y a des limites objectives &#224; notre connaissance, tout cela n'aurait &#233;t&#233; qu'une totale perte de temps. Heureusement, toute l'histoire des sciences d&#233;montre que de telles craintes sont absolument infond&#233;es. Dans la grande majorit&#233; des observations scientifiques, le degr&#233; d'ind&#233;termination est si petit que, pour des raisons pratiques, il peut &#234;tre ignor&#233;. Au quotidien, le principe d'incertitude se r&#233;v&#232;le absolument inutile. Ainsi, toutes les tentatives d'en tirer des conclusions philosophiques g&#233;n&#233;rales et de les appliquer au savoir et aux sciences en g&#233;n&#233;ral est une man&#339;uvre malhonn&#234;te. M&#234;me au niveau subatomique, ce principe ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire de pr&#233;dictions pr&#233;cises. Bien au contraire, c'est justement l'objet de la m&#233;canique quantique. Il est impossible d'atteindre un grand degr&#233; de certitude au sujet des coordonn&#233;es de particules individuelles, qui peuvent donc sembler al&#233;atoires. Mais, au bout du compte, l'ordre et l'uniformit&#233; &#233;mergent de ce hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accidents, les hasards, les contingences, etc., sont des ph&#233;nom&#232;nes qui ne peuvent pas simplement &#234;tre d&#233;finis selon les propri&#233;t&#233;s des objets consid&#233;r&#233;s. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu'on ne peut pas les comprendre. Prenons le cas typique d'un &#233;v&#233;nement fortuit : un accident de voiture. Consid&#233;r&#233; de mani&#232;re isol&#233;e, un accident est d&#233;termin&#233; par une infinit&#233; d'&#233;v&#233;nements fortuits : si le conducteur &#233;tait parti une minute plus tard, s'il n'avait pas tourn&#233; la t&#234;te pendant une fraction de seconde, s'il avait roul&#233; plus lentement depuis une heure, si la vieille dame n'avait pas travers&#233;, etc., etc. Nous avons tous entendu de nombreuses fois ce genre de choses. Dans ce cas, le nombre de causes est, litt&#233;ralement, infini. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que l'&#233;v&#233;nement n'est pas pr&#233;visible. C'est contingent et non n&#233;cessaire, car cela aurait pu ne pas se produire. De tels &#233;v&#233;nements, contrairement aux th&#233;ories de Laplace, sont d&#233;termin&#233;s par tant de facteurs ind&#233;pendants qu'ils ne peuvent pas du tout &#234;tre anticip&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, en consid&#233;rant un tr&#232;s grand nombre d'accidents de voiture, le tableau change radicalement. Il existe des tendances r&#233;guli&#232;res, qui peuvent &#234;tre pr&#233;cis&#233;ment calcul&#233;es et pr&#233;dites par ce que l'on appelle les lois de la statistique. Il est impossible de pr&#233;dire un accident, mais il est possible de pr&#233;dire avec une grande pr&#233;cision le nombre d'accidents qui se produiront dans une ville, au cours d'une p&#233;riode donn&#233;e. Et m&#234;me plus : il est possible d'introduire des lois et des r&#232;glements qui auront un impact pr&#233;cis sur ce nombre d'accidents. Il y a donc des lois qui gouvernent le hasard, et qui sont tout autant n&#233;cessaires que les lois de la causalit&#233; elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature de la relation entre le hasard et la causalit&#233; a &#233;t&#233; explicit&#233;e par Hegel, selon lequel la n&#233;cessit&#233; s'exprime &#224; travers l'accident. L'origine de la vie en est un bon exemple. Le scientifique russe Oparin a expliqu&#233; comment, dans les conditions complexes du d&#233;but de l'histoire de la terre, le mouvement al&#233;atoire des mol&#233;cules a tendu &#224; former des mol&#233;cules encore plus complexes par toutes sortes de combinaisons accidentelles. A un certain point, ce nombre &#233;norme de combinaisons accidentelles a donn&#233; lieu &#224; un saut qualitatif, &#224; l'&#233;mergence du vivant. A ce moment, le processus ne sera plus seulement une pure question de hasard : la mati&#232;re vivante va &#233;voluer selon certaines lois, refl&#233;tant le changement de conditions. Cette relation entre la n&#233;cessit&#233; et le hasard dans les sciences a &#233;t&#233; examin&#233;e par David Bohm :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous constatons donc le r&#244;le important du hasard. Pendant un certain temps, il rend possible, et m&#234;me in&#233;vitable, toutes sortes de combinaisons de choses. Une de ces combinaisons, qui met en mouvement d'irr&#233;versibles processus ou des lignes de d&#233;veloppement qui &#233;loignent le syst&#232;me de l'influence des fluctuations du hasard est donc finalement certaine de se produire. Et donc, un des effets du hasard est d'aider &#224; &#034;provoquer les choses&#034; de mani&#232;re &#224; provoquer l'amor&#231;age de lignes de d&#233;veloppement qualitativement nouvelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pol&#233;miquant contre l'interpr&#233;tation id&#233;aliste subjective de la m&#233;canique quantique, Bohm prouve d&#233;finitivement qu'il existe une relation dialectique entre le hasard et la causalit&#233;. L'existence de la causalit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e par toute l'histoire de la pens&#233;e humaine. Ce n'est pas une question de sp&#233;culation philosophique mais de pratique et de processus ind&#233;fini de la connaissance humaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les lois de la causalit&#233; d'un probl&#232;me sp&#233;cifique ne peuvent pas &#234;tre connues a priori ; elles doivent &#234;tre trouv&#233;es dans la nature. N&#233;anmoins, des m&#233;thodes bien d&#233;finies ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es pour trouver ces lois, gr&#226;ce &#224; l'exp&#233;rience scientifique de nombreuses g&#233;n&#233;rations, dans le contexte g&#233;n&#233;ral d'une accumulation de savoir au cours d'innombrables si&#232;cles. La premi&#232;re chose qui sugg&#232;re l'existence de lois de causalit&#233; est, &#233;videmment, l'existence d'une relation r&#233;guli&#232;re qui perdure m&#234;me si les conditions varient amplement. Lorsque nous trouvons de telles r&#233;gularit&#233;s, nous n'en d&#233;duisons pas qu'elles sont apparues de fa&#231;on arbitraire, capricieuse ou fortuite, mais [&#8230;] nous en d&#233;duisons, du moins temporairement, qu'elles sont le r&#233;sultat de n&#233;cessaires relations causales. Concernant les irr&#233;gularit&#233;s, qui existent toujours parmi les r&#233;gularit&#233;s, l'exp&#233;rience scientifique nous pousse &#224; attendre que des ph&#233;nom&#232;nes puissent sembler compl&#232;tement irr&#233;guliers pour notre niveau de d&#233;veloppement de connaissances, mais se r&#233;v&#233;leront plus tard receler des formes plus subtiles de r&#233;gularit&#233;s, qui sugg&#233;reront &#224; leur tour l'existence de relations causales plus profondes. &#187; [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel sur la n&#233;cessit&#233; et l'accident&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de son analyse sur les diff&#233;rentes manifestations de l'&#234;tre, Hegel s'int&#233;resse &#224; la relation entre l'actuel et le possible, et &#233;galement entre la n&#233;cessit&#233; et l'accidentel (la &#171; contingence &#187;). A ce sujet, il est n&#233;cessaire de clarifier le sens d'une de ses plus c&#233;l&#232;bres citations : &#171; Ce qui est rationnel est r&#233;el, ce qui est r&#233;el est rationnel. &#187; [20] Au premier abord, cette d&#233;claration semble mystique, et aussi r&#233;actionnaire, puisqu'elle implique que tout ce qui est r&#233;el est rationnel, et donc justifi&#233;. Mais ce n'&#233;tait pas du tout ce que Hegel voulait dire, ainsi que l'explique Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Or, la r&#233;alit&#233; n'est aucunement, pour Hegel, un attribut qui revient de droit, en toute circonstance et en tout temps, &#224; un &#233;tat de chose sociale ou politique donn&#233;. Tout au contraire. La R&#233;publique romaine &#233;tait r&#233;elle, mais l'Empire romain qui la supplanta ne l'&#233;tait pas moins. En 1789, la monarchie fran&#231;aise &#233;tait devenue si irr&#233;elle, c'est-&#224;-dire si d&#233;nu&#233;e de toute n&#233;cessit&#233;, si irrationnelle, qu'elle dut &#234;tre n&#233;cessairement abolie par la grande R&#233;volution, dont Hegel parle toujours avec le plus grand enthousiasme. Ici la monarchie &#233;tait par cons&#233;quent l'irr&#233;el et la R&#233;volution le r&#233;el. Et ainsi, au cours du d&#233;veloppement, tout ce qui pr&#233;c&#233;demment &#233;tait r&#233;el devient irr&#233;el, perd sa n&#233;cessit&#233;, son droit &#224; l'existence, son caract&#232;re rationnel. A la r&#233;alit&#233; mourante se substitue une r&#233;alit&#233; nouvelle et viable &#8211; de fa&#231;on pacifique si l'ancien &#233;tat des choses est assez raisonnable pour mourir sans r&#233;sistance, de fa&#231;on violente s'il se regimbe contre cette n&#233;cessit&#233;. Et ainsi la th&#232;se de Hegel se tourne, par le jeu de la dialectique h&#233;g&#233;lienne elle-m&#234;me, en son contraire : tout ce qui est r&#233;el dans le domaine de l'histoire humaine devient, avec le temps, irrationnel, est donc d&#233;j&#224; pr&#233;destin&#233; &#224; &#234;tre irrationnel, est entach&#233; d'avance d'irrationalit&#233; ; et tout ce qui est rationnel dans la t&#234;te des hommes est destin&#233; &#224; devenir r&#233;el, aussi en contradiction que cela puisse &#234;tre avec la r&#233;alit&#233; apparemment existante. Conform&#233;ment &#224; toutes les r&#232;gles de la dialectique h&#233;g&#233;lienne, la th&#232;se de la rationalit&#233; de tout ce qui est r&#233;el se r&#233;sout en cette autre : tout ce qui existe m&#233;rite de p&#233;rir. &#187; [21]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une forme soci&#233;tale donn&#233;e est &#171; rationnelle &#187; dans la mesure o&#249; elle atteint ses buts, c'est-&#224;-dire dans la mesure o&#249; elle d&#233;veloppe les forces productives, augmente le niveau culturel et soutient le progr&#232;s humain. Quand elle &#233;choue, elle entre en contradiction avec elle-m&#234;me, et donc elle devient &#171; irrationnelle &#187; et &#171; irr&#233;elle &#187;, et n'a plus aucun droit &#224; exister. Ainsi, m&#234;me sous les &#233;nonc&#233;s apparemment les plus r&#233;actionnaires de Hegel, se cache une id&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qui existe existe, de toute &#233;vidence, par n&#233;cessit&#233;. Mais tout ne peut pas exister. L'existence potentielle n'est pas une existence r&#233;elle. Dans la Science de la Logique, Hegel retrace soigneusement le processus au cours duquel quelque chose passe d'un &#233;tat de simple possibilit&#233; au point o&#249; la possibilit&#233; devient probabilit&#233;, qui devient elle-m&#234;me in&#233;vitable (&#171; n&#233;cessit&#233; &#187;). Vu l'&#233;norme confusion qui est apparue dans les sciences modernes au sujet de la notion de &#171; probabilit&#233; &#187;, l'&#233;tude des analyses profondes et compl&#232;tes que Hegel a faites &#224; ce sujet est hautement instructive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La potentialit&#233; et l'actualit&#233; refl&#232;tent le mouvement dialectique du monde r&#233;el, ainsi que les diff&#233;rentes &#233;tapes de l'&#233;mergence et du d&#233;veloppement des choses. Une chose qui existe potentiellement contient en elle la tendance objective au d&#233;veloppement, ou au moins l'absence de conditions qui l'emp&#234;cherait d'advenir. N&#233;anmoins, une diff&#233;rence existe entre la possibilit&#233; abstraite et le potentiel r&#233;el, et les deux sont r&#233;guli&#232;rement confondus. La possibilit&#233; formelle ou abstraite refl&#232;te simplement l'absence de toute condition qui pourrait exclure un ph&#233;nom&#232;ne particulier, mais cela ne suppose pas la pr&#233;sence de conditions qui rendrait son apparition in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m&#232;ne &#224; une confusion sans fin, et constitue une astuce pour justifier toutes sortes d'id&#233;es absurdes et arbitraires. Par exemple, certains pr&#233;tendent que si un singe pouvait taper suffisamment longtemps sur une machine &#224; &#233;crire, il finirait par &#233;crire l'un des sonnets de Shakespeare. Cela semble bien modeste : pourquoi juste un sonnet et non les &#339;uvres compl&#232;tes ? Et pourquoi pas la litt&#233;rature mondiale, plus la th&#233;orie de la relativit&#233; et les symphonies de Beethoven ? La simple affirmation que c'est &#171; statistiquement possible &#187; ne nous m&#232;ne pas plus loin. Les processus complexes de la nature, des soci&#233;t&#233;s et de la pens&#233;e humaine ne peuvent pas &#234;tre r&#233;duits &#224; un traitement statistique ; les grandes &#339;uvres litt&#233;raires n'&#233;mergent pas par accident, peu importe le temps qu'on laisse au singe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le possible devienne r&#233;el, il faut un concours de circonstances particulier. En outre, il ne s'agit pas seulement d'un processus lin&#233;aire, mais dialectique, au cours duquel l'accumulation de petits changements quantitatifs va finalement produire un saut qualitatif. Une possibilit&#233; r&#233;elle, en opposition &#224; une possibilit&#233; abstraite, implique la pr&#233;sence de tous les facteurs n&#233;cessaires, qui feront que le potentiel perdra son caract&#232;re provisoire et deviendra actuel. Et, comme l'explique Hegel, il ne restera actuel qu'aussi longtemps que les conditions existent, et pas plus longtemps. C'est vrai pour la vie d'un individu, pour une forme socio-&#233;conomique donn&#233;e, pour une th&#233;orie scientifique ou pour tout autre ph&#233;nom&#232;ne naturel. Le point &#224; partir duquel un changement devient in&#233;vitable peut &#234;tre d&#233;termin&#233; par la m&#233;thode invent&#233;e par Hegel et connue comme la &#171; ligne nodale des rapports de mesure &#187;. Si on consid&#232;re tout processus comme une ligne, on observe qu'il existe des points particuliers (les &#171; points nodaux &#187;) sur la ligne du d&#233;veloppement, o&#249; le processus est soumis &#224; une acc&#233;l&#233;ration soudaine ou &#224; un saut qualitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des cas isol&#233;s, il est facile d'identifier les causes et les effets, comme lorsque quelqu'un frappe une balle. Mais dans un contexte plus large, la notion de causalit&#233; devient bien plus compliqu&#233;e. Les causes et effets individuels se perdent dans un oc&#233;an d'interactions, o&#249; les causes se transforment en effets et r&#233;ciproquement. Essayez simplement de remonter aux &#171; causes ultimes &#187; du plus simple des &#233;v&#233;nements et vous verrez que l'&#233;ternit&#233; n'y suffira pas. Il y aura sans cesse de nouvelles causes, qui devront &#234;tre expliqu&#233;es &#224; leur tour, et ainsi de suite &#224; l'infini. Ce paradoxe est entr&#233; dans la conscience populaire &#224; travers des dictons tels que le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause d'un clou, on a perdu un fer ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause d'un fer, on a perdu un cheval ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause d'un cheval, on a perdu un cavalier ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause d'un cavalier, on a perdu une bataille ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause d'une bataille, on a perdu un royaume ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; tout cela &#224; cause d'un clou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233; d'&#233;tablir une &#171; cause finale &#187; a men&#233; certaines personnes &#224; abandonner l'id&#233;e m&#234;me de cause et &#224; tout consid&#233;rer comme accidentel. Au XXe si&#232;cle, cette position a &#233;t&#233; adopt&#233;e, du moins en th&#233;orie, par de nombreux scientifiques qui se basaient sur une interpr&#233;tation erron&#233;e des r&#233;sultats de la physique quantique, et en particulier des positions philosophiques de Heisenberg. Hegel avait d&#233;j&#224; r&#233;pondu &#224; ces arguments, lorsqu'il a analys&#233; la relation dialectique entre accident et n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel a expliqu&#233; que la causalit&#233;, comprise comme une cause et un effet isol&#233;s, n'a pas de sens. Chaque effet a un effet secondaire, et chaque action a une contre-action. L'id&#233;e d'une cause ou d'un effet isol&#233;s est une abstraction issue de la physique newtonienne, envers laquelle Hegel &#233;tait extr&#234;mement critique, malgr&#233; le prestige dont elle &#233;tait aur&#233;ol&#233;e &#224; son &#233;poque. De nouveau, Hegel &#233;tait en avance sur son temps. Plut&#244;t que les actions-r&#233;actions de la m&#233;canique, il a d&#233;fendu la notion de r&#233;ciprocit&#233;, d'interaction universelle. Tout influence tout, et, en retour, est influenc&#233; et d&#233;termin&#233; par tout. Hegel a donc r&#233;introduit le concept d'accident, qui avait &#233;t&#233; rigoureusement banni des sciences par la philosophie m&#233;caniste de Newton et Laplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A premi&#232;re vue, on a l'impression d'&#234;tre perdu au milieu d'un grand nombre d'accidents, mais cette confusion n'est qu'apparente. Les ph&#233;nom&#232;nes accidentels qui traversent l'existence, comme les vagues &#224; la surface de l'oc&#233;an, expriment un processus plus profond, qui n'est pas accidentel mais n&#233;cessaire. A un moment d&#233;cisif, la n&#233;cessit&#233; se r&#233;v&#232;le &#224; travers l'accident. Cette id&#233;e de l'unit&#233; dialectique de la n&#233;cessit&#233; et de l'accident peut sembler &#233;trange, mais elle est confirm&#233;e de mani&#232;re frappante par toute une s&#233;rie d'observations dans des domaines tr&#232;s vari&#233;s des sciences et de la soci&#233;t&#233;. Le m&#233;canisme de s&#233;lection naturelle dans la th&#233;orie de l'&#233;volution en est l'exemple le plus connu. Mais il y en a de nombreux autres. Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, de nombreuses d&#233;couvertes ont &#233;t&#233; faites dans les th&#233;ories du chaos et de la complexit&#233;, qui d&#233;taillent pr&#233;cis&#233;ment comment &#171; l'ordre na&#238;t du chaos &#187;, ce qui avait &#233;t&#233; mis en lumi&#232;re par Hegel un si&#232;cle et demi plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons nous rappeler de ce que Hegel &#233;crivait, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, alors que la science &#233;tait enti&#232;rement domin&#233;e par la physique et la m&#233;canique classiques, un demi-si&#232;cle avant que Darwin ne d&#233;veloppe l'id&#233;e de la s&#233;lection naturelle par des mutations al&#233;atoires. Hegel n'avait aucune preuve scientifique pour appuyer sa th&#233;orie selon laquelle la n&#233;cessit&#233; s'exprime &#224; travers l'accident. Mais c'est bien une id&#233;e centrale des innovations scientifiques les plus r&#233;centes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi profonde est tout aussi n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension de l'histoire. Comme Marx l'&#233;crivait &#224; Kugelmann en 1871 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il serait &#233;videmment fort commode de faire l'histoire mondiale si l'on ne devait engager la lutte qu'avec des chances infailliblement favorables. L'histoire serait d'autre part d'une nature fort mystique si les &#034;accidents&#034; n'y jouaient aucun r&#244;le. Ces cas fortuits rentrent naturellement dans la marche g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution historique et se trouvent compens&#233;s par d'autres accidents. Mais l'acc&#233;l&#233;ration ou le ralentissement du mouvement d&#233;pendent beaucoup de semblables &#034;accidents&#034;, parmi lesquels figure aussi l'&#034;accident&#034; du caract&#232;re des hommes qui sont &#224; sa t&#234;te. &#187; [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels fit la m&#234;me remarque, quelques ann&#233;es plus tard, au sujet du r&#244;le historique des &#171; grands hommes &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les hommes font eux-m&#234;mes leur histoire, mais jusqu'ici pas avec une volont&#233; g&#233;n&#233;rale suivant un plan d'ensemble, m&#234;me lorsqu'il s'agit d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et tout &#224; fait isol&#233;e. Leurs efforts s'entrecroisent et, justement &#224; cause de cela, dans toutes ces soci&#233;t&#233;s domine la n&#233;cessit&#233; dont le hasard est le compl&#233;ment et la manifestation. La n&#233;cessit&#233; qui se fait jour &#224; travers tous les hasards, c'est de nouveau finalement la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique. Ici il nous faut parler des soi-disant grands hommes. Que tel grand homme et pr&#233;cis&#233;ment celui-ci appara&#238;t &#224; tel moment, dans tel pays, cela n'est &#233;videmment que pur hasard. Mais supprimons-le, il y a demande pour son remplacement et ce remplacement se fait tant bien que mal, mais il se fait &#224; la longue. &#187; [23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;terminisme et chaos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos &#233;tudie les processus naturels qui sont apparemment chaotiques ou al&#233;atoires. La d&#233;finition du chaos pourrait &#233;voquer le d&#233;sordre, la confusion, les al&#233;as ou le hasard : un mouvement al&#233;atoire, sans but, ni objectif, ni principe. Mais l'intervention du &#171; hasard &#187; dans un processus mat&#233;riel ouvre la voie &#224; des interpr&#233;tations faisant intervenir des facteurs non-physiques, et donc m&#233;taphysiques : des caprices, ou interventions divines ou spirituelles. La nouvelle science du chaos, comme elle s'int&#233;resse &#224; des &#233;v&#233;nements accidentels, a de profondes implications philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#233;sormais prouv&#233; que des processus naturels, consid&#233;r&#233;s pr&#233;c&#233;demment comme al&#233;atoires ou chaotiques, sont soumis &#224; des lois scientifiques, ce qui implique des causes d&#233;terminantes. En outre, cette d&#233;couverte a une port&#233;e tellement large, pour ne pas dire universelle, qu'elle a engendr&#233; une science totalement nouvelle : l'&#233;tude du chaos. Elle a ouvert de nouvelles perspectives, une nouvelle m&#233;thodologie ; certains diront m&#234;me que c'est une r&#233;volution applicable &#224; toutes les autres sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons deux exemples o&#249; la th&#233;orie du chaos s'applique. Lorsqu'un bloc m&#233;tallique est soumis &#224; un champ magn&#233;tique, il adopte un &#171; &#233;tat ordonn&#233; &#187;, dans lequel toutes les particules pointent dans la m&#234;me direction. Th&#233;oriquement, il est &#171; libre &#187; de s'orienter dans l'une ou l'autre direction ; en pratique, chaque petite partie m&#233;tallique prend la m&#234;me &#171; d&#233;cision &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un scientifique travaillant sur le chaos a mis au jour les r&#232;gles math&#233;matiques qui d&#233;crivent la &#171; g&#233;om&#233;trie fractale &#187; d'une feuille de foug&#232;re. Il a rentr&#233; cette information dans un ordinateur capable de g&#233;n&#233;rer des nombres al&#233;atoires, et programm&#233; pour construire un dessin en positionnant de mani&#232;re al&#233;atoire des points sur l'&#233;cran. Au cours de l'exp&#233;rience, il est impossible de pr&#233;dire o&#249; les points vont appara&#238;tre. Infailliblement, l'image d'une feuille appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La similarit&#233; superficielle entre ces deux exp&#233;riences est &#233;vidente ; mais elle sugg&#232;re aussi un parall&#232;le plus profond. Tout comme l'ordinateur fondait sa s&#233;lection apparemment al&#233;atoire de points (et pour l'observateur, elle &#233;tait al&#233;atoire) sur des r&#232;gles math&#233;matiques bien d&#233;finies, le comportement des photons (et donc par extension de tous les &#233;v&#233;nements quantiques) est soumis &#224; des lois math&#233;matiques sous-jacentes qui d&#233;passent, pour le moment, la compr&#233;hension humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les marxistes, l'univers entier repose sur des forces et des processus mat&#233;riels. La conscience de l'homme n'est, en derni&#232;re analyse, que le reflet du monde ext&#233;rieur r&#233;el, un reflet fond&#233; sur les interactions physiques entre le corps humain et le monde mat&#233;riel. Dans le monde mat&#233;riel, il n'y a pas de discontinuit&#233;, pas d'interruption dans les interconnexions physiques des &#233;v&#233;nements et des processus. Il n'y a pas de place, pour le dire autrement, pour l'intervention de forces m&#233;taphysiques ou spirituelles. La dialectique mat&#233;rialiste, selon Engels, est la &#171; science des interconnexions universelles &#187;. L'interconnexion du monde physique est fond&#233;e sur le principe de causalit&#233;, selon lequel les processus et les &#233;v&#233;nements sont d&#233;termin&#233;s par des conditions et par des lois r&#233;gissant leurs interactions. Comme l'&#233;crivait Engels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La premi&#232;re chose qui nous frappe lorsque nous observons de la mati&#232;re en mouvement, c'est la liaison r&#233;ciproque des mouvements individuels des corps individuels, leur conditionnement l'un par l'autre. Or nous trouvons non seulement que tel mouvement est suivi de tel autre, nous trouvons aussi que nous pouvons produire tel mouvement d&#233;termin&#233; en cr&#233;ant les conditions dans lesquelles il s'op&#232;re dans la nature ; et m&#234;me nous sommes en mesure de produire des mouvements qui ne se produisent pas du tout dans la nature (Industrie) &#8211; du moins pas de cette mani&#232;re &#8211; et nous pouvons donner &#224; ces mouvements une direction et une extension d&#233;termin&#233;es &#224; l'avance. C'est gr&#226;ce &#224; cela, gr&#226;ce &#224; l'activit&#233; de l'homme que s'&#233;tablit la repr&#233;sentation de la causalit&#233;, l'id&#233;e qu'un mouvement est la cause d'un autre. &#187; [24]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complexit&#233; du monde peut cacher les causes et les effets, les rendre indistincts, mais cela n'affecte pas pour autant la logique sous-jacente. Engels explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; cause et effet sont des repr&#233;sentations qui ne valent comme telles qu'appliqu&#233;es &#224; un cas particulier, mais que, d&#232;s que nous consid&#233;rons ce cas particulier dans sa connexion g&#233;n&#233;rale avec l'ensemble du monde, elles se fondent, elles se r&#233;solvent, dans la vue de l'action r&#233;ciproque universelle, o&#249; causes et effets permutent continuellement, o&#249; ce qui &#233;tait effet maintenant ou ici, devient cause ailleurs ou ensuite, et vice versa. &#187; [25]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos repr&#233;sente ind&#233;niablement une grande avanc&#233;e, mais des questions subsistent au sujet de certaines formulations. Le c&#233;l&#232;bre effet papillon, selon lequel le battement d'une aile de papillon &#224; Tokyo peut provoquer une temp&#234;te &#224; Chicago la semaine suivante, est sans conteste un exemple formidable, qui sert &#224; provoquer la controverse. N&#233;anmoins, sous cette forme, il est incorrect. Des changements qualitatifs ne peuvent se produire que s'il y a eu accumulation de changements quantitatifs. Un petit changement accidentel (les battements d'aile de papillon) ne peut produire un tel r&#233;sultat dramatique que si les conditions pour une temp&#234;te existaient d&#233;j&#224;. Dans ce cas, la n&#233;cessit&#233; peut s'exprimer &#224; travers un incident. Mais seulement dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation dialectique entre le hasard et la n&#233;cessit&#233; se r&#233;v&#232;le dans le processus de s&#233;lection naturelle. Le nombre de mutations al&#233;atoires dans l'organisme est infiniment grand. N&#233;anmoins, dans un environnement particulier, une de ces mutations peut &#234;tre plus utile &#224; l'organisme et sera conserv&#233;e, alors que les autres dispara&#238;tront. La n&#233;cessit&#233;, encore une fois, s'exprime par l'interm&#233;diaire du hasard. En un sens, l'apparition de la vie sur terre peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un &#171; accident &#187;. Rien ne pr&#233;voyait que la terre devait &#234;tre exactement &#224; la bonne distance du soleil, avec la bonne gravit&#233; et la bonne atmosph&#232;re. Mais, vu ce concours de circonstances, sur une p&#233;riode de temps, &#224; travers un nombre immense de r&#233;actions chimiques, la vie devait immanquablement &#233;merger. Ceci ne s'applique pas seulement &#224; notre plan&#232;te, mais &#233;galement &#224; un grand nombre de plan&#232;tes o&#249; des conditions similaires existent, en dehors de notre syst&#232;me solaire. Cependant, une fois que la vie a &#233;merg&#233;, elle cesse d'&#234;tre un accident et se d&#233;veloppe selon ses propres lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience n'est pas sortie d'un plan divin ; en un sens, elle a &#233;merg&#233; &#171; accidentellement &#187; du bip&#233;disme (la station debout), qui a lib&#233;r&#233; les mains et a permis aux hominid&#233;s d'&#233;voluer en animaux capables de fabriquer des outils. Il est probable que cette bizarrerie de l'&#233;volution soit le r&#233;sultat d'un changement climatique en Afrique de l'Est, qui a partiellement d&#233;truit l'habitat forestier de nos anc&#234;tres simiens. C'&#233;tait un accident. Comme Engels l'explique dans Le R&#244;le du travail dans la transformation du singe en homme, c'est la base sur laquelle la conscience humaine s'est d&#233;velopp&#233;e. Mais dans un sens plus large, l'&#233;mergence de la conscience &#8211; la mati&#232;re consciente d'elle-m&#234;me &#8211; ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un accident, mais comme un produit n&#233;cessaire de l'&#233;volution de la mati&#232;re, qui proc&#232;de des formes les plus simples aux plus complexes &#8211; et qui, lorsque les conditions existent, donne in&#233;luctablement naissance &#224; de la vie intelligente, &#224; des formes de conscience plus &#233;lev&#233;es, &#224; des soci&#233;t&#233;s complexes et &#224; ce que nous connaissons sous le nom de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa M&#233;taphysique, Aristote consacre de nombreuses pages &#224; une discussion autour de la nature du n&#233;cessaire et de l'accidentel. Il nous donne l'exemple d'un mot maladroit qui m&#232;ne &#224; une dispute. Dans une situation tendue, par exemple un mariage en difficult&#233;, m&#234;me le commentaire le plus anodin peut mener &#224; une dispute. Mais il est &#233;vident que les mots prononc&#233;s ne sont pas &#224; l'origine de la dispute. Elle est le produit d'une accumulation de stress et de tensions, qui atteint t&#244;t ou tard un point de rupture. Lorsque ce point est atteint, la moindre chose peut provoquer une explosion. Nous pouvons observer le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne au travail : pendant des ann&#233;es, une main-d'&#339;uvre apparemment docile, craintive du ch&#244;mage, est pr&#234;te &#224; accepter tout ce qui lui est impos&#233; (r&#233;ductions salariales, licenciements de coll&#232;gues, conditions de travail d&#233;grad&#233;es, etc.). A la surface, rien ne se passe. Mais en r&#233;alit&#233;, le m&#233;contentement cro&#238;t sans cesse, et va, &#224; un certain moment, s'exprimer. Un jour, les travailleurs craquent : &#171; trop, c'est trop &#187;. A ce moment pr&#233;cis, m&#234;me le plus petit incident peut provoquer un d&#233;brayage. Toute la situation se transforme en son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une forte analogie entre la lutte des classes et les conflits entre nations. En ao&#251;t 1914, l'archiduc d'Autriche-Hongrie &#233;tait assassin&#233; &#224; Sarajevo. On dit que cela a d&#233;clench&#233; la Premi&#232;re Guerre mondiale. En fait, c'est un accident historique qui pouvait se produire &#8211; ou pas. Avant 1914, plusieurs incidents semblables (comme le &#171; coup d'Agadir &#187;) auraient aussi bien pu mener &#224; la guerre. La v&#233;ritable cause de la Premi&#232;re Guerre mondiale fut l'accumulation de contradictions intenables entre les principales puissances imp&#233;rialistes &#8211; la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Russie. Lorsque ces contradictions ont atteint un point critique, l'ensemble du m&#233;lange explosif a pu &#234;tre allum&#233; par une simple &#233;tincelle dans les Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous observons le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne dans l'&#233;conomie mondiale. Au moment o&#249; nous &#233;crivons ces lignes, la ville de Londres a &#233;t&#233; secou&#233;e par l'effondrement de la banque Barings. La faute a &#233;t&#233; imm&#233;diatement rejet&#233;e sur les activit&#233;s frauduleuses d'un employ&#233; &#224; Singapour. Mais l'effondrement de Barings n'&#233;tait que le dernier sympt&#244;me d'un malaise bien plus profond du syst&#232;me financier mondial. Les gros titres du journal The Independent indiquaient : Un accident qui n'attendait que de se produire. A l'&#233;chelle mondiale, 25 000 milliards de dollars sont aujourd'hui investis dans des produits financiers d&#233;riv&#233;s (sp&#233;culatifs). Ceci montre que le capitalisme repose de moins en moins sur la production &#8211; et de plus en plus sur des activit&#233;s sp&#233;culatives. Le fait que M. Leeson ait perdu beaucoup d'argent sur les march&#233;s boursiers japonais est li&#233; au tremblement de terre de Kobe ; mais les analystes &#233;conomiques s&#233;rieux comprennent que c'est surtout l'expression de la fragilit&#233; du syst&#232;me financier international. Avec ou sans M. Leeson, de tels effondrements futurs sont in&#233;vitables. Les grandes firmes internationales et les institutions financi&#232;res, qui sont toutes impliqu&#233;es dans ces magouilles, jouent avec le feu. Un effondrement financier majeur est in&#233;vitable, &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir plusieurs ph&#233;nom&#232;nes dont les processus sous-jacents et les relations causales ne sont pas enti&#232;rement compris &#8211; et qui apparaissent donc al&#233;atoires. Pour des raisons pratiques, ils ne peuvent donc &#234;tre trait&#233;s que statistiquement, comme la roulette du casino. Mais sous les &#233;v&#233;nements &#171; accidentels &#187;, il y a toujours des forces et des processus qui d&#233;terminent les r&#233;sultats finaux. Nous vivons dans un univers gouvern&#233; par le d&#233;terminisme dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme et la libert&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la relation entre &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; et &#171; libert&#233; &#187; est connu depuis Aristote et a &#233;t&#233; discut&#233; sans fin par les scolastiques du Moyen Age. Kant en fait l'une de ses c&#233;l&#232;bres &#171; antinomies &#187;, o&#249; cette contradiction est pr&#233;sent&#233;e comme insoluble. Aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, ce probl&#232;me a ressurgi dans les math&#233;matiques sous la forme des th&#233;ories du hasard, en lien avec les paris d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation dialectique entre la n&#233;cessit&#233; et la libert&#233; est r&#233;apparue dans la th&#233;orie du chaos. Doyne Farmer, un physicien am&#233;ricain &#233;tudiant les ph&#233;nom&#232;nes dynamiques complexes, &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au niveau philosophique, cela m'appar&#251;t comme un moyen op&#233;rationnel de d&#233;finir le libre arbitre, et de le d&#233;finir d'une mani&#232;re permettant de le r&#233;concilier avec le d&#233;terminisme. Le syst&#232;me est d&#233;terministe, mais vous ne pouvez pas dire ce qu'il va faire l'instant d'apr&#232;s. En m&#234;me temps, j'avais toujours eu l'impression que les probl&#232;mes importants, l&#224;, dans le monde, avaient &#224; voir avec la cr&#233;ation de l'organisation, dans la vie ou l'intelligence. Mais comment &#233;tudier cela ? Ce que faisaient les biologistes me semblait tellement appliqu&#233; et sp&#233;cifique, les chimistes ne l'&#233;tudiaient certainement pas, les math&#233;maticiens pas du tout, et c'&#233;tait une chose &#224; laquelle les physiciens ne touchaient pas. J'avais toujours senti que l'&#233;mergence spontan&#233;e de l'auto-organisation devait faire partie de la physique. C'&#233;tait comme les deux faces d'une pi&#232;ce de monnaie. D'un c&#244;t&#233; il y avait l'ordre, avec une &#233;mergence du hasard, et puis un pas plus loin il y avait le hasard avec son propre ordre sous-jacent. &#187; [26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;terminisme dialectique n'a rien &#224; voir avec une approche m&#233;canique, et encore moins avec le fatalisme. De m&#234;me que des lois gouvernent la mati&#232;re organique et inorganique, des lois gouvernent l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; humaine. Les tendances qui peuvent &#234;tre observ&#233;es &#224; travers l'histoire ne sont pas du tout fortuites. Marx et Engels ont expliqu&#233; que la transition d'un syst&#232;me social &#224; un autre est d&#233;termin&#233;e, en derni&#232;re analyse, par le d&#233;veloppement des forces productives. Quand un syst&#232;me socio-&#233;conomique n'est plus capable de d&#233;velopper les forces productives, il entre en crise, ce qui pr&#233;pare le terrain pour un renversement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas du tout de nier le r&#244;le de l'individu dans l'histoire. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, les hommes et femmes font leur propre histoire ; mais ils ne sont des &#171; agents libres &#187; qui peuvent d&#233;terminer leur avenir uniquement sur la base de leur propre volont&#233;. Ils font face &#224; des conditions qui ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es ind&#233;pendamment de leur volont&#233; &#8211; des conditions &#233;conomiques, politiques, sociales, religieuses et culturelles. De ce point de vue, l'id&#233;e du libre arbitre est un non-sens. La v&#233;ritable position de Marx et Engels sur le r&#244;le de l'individu dans l'histoire est explicit&#233;e par la citation suivante, tir&#233;e de La Sainte famille :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'histoire ne fait rien, elle &#034;ne poss&#232;de pas de richesse &#233;norme&#034;, elle &#034;ne livre pas de combats&#034;. C'est au contraire l'homme, l'homme r&#233;el et vivant qui fait tout cela, poss&#232;de tout cela et livre tous ces combats ; ce n'est pas, soyez-en certains, l'&#034;Histoire&#034; qui se sert de l'homme comme moyen pour r&#233;aliser &#8211; comme si elle &#233;tait une personne &#224; part &#8211; ses fins &#224; elle ; elle n'est que l'activit&#233; de l'homme qui poursuit ses propres fins. &#187; [27]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes et les femmes ne sont pas des marionnettes du destin, incapables de changer leur propre destin&#233;e. N&#233;anmoins, les hommes et femmes r&#233;els, qui vivent dans le monde r&#233;el que Marx et Engels d&#233;crivaient, ne se situent pas, et ne peuvent pas se situer, hors de la soci&#233;t&#233; dans laquelle ils vivent. Hegel a un jour &#233;crit que &#171; les int&#233;r&#234;ts gouvernent la vie des peuples &#187;. Consciemment ou non, les acteurs individuels, sur la sc&#232;ne de l'histoire, refl&#232;tent les int&#233;r&#234;ts, les opinions, les pr&#233;jug&#233;s, la morale et les aspirations d'une classe ou d'un groupe social particulier. Cela appara&#238;t clairement, m&#234;me en regardant superficiellement l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'illusion du &#171; libre arbitre &#187; persiste. Le philosophe allemand Leibniz affirmait qu'une aiguille magn&#233;tique, si elle pouvait penser, penserait sans doute qu'elle pointe le nord car elle a choisi de le faire. Au XXe si&#232;cle, Sigmund Freud a totalement d&#233;moli la croyance selon laquelle les hommes et femmes contr&#244;lent leurs propres pens&#233;es. Les lapsus et actes manqu&#233;s sont un parfait exemple de la relation dialectique entre accident et n&#233;cessit&#233;. Freud donne de nombreux exemples d'erreurs, d'&#171; oublis &#187; et autres &#171; accidents &#187; qui, dans bien des cas, r&#233;v&#232;lent des processus psychologiques profonds. Il expliquait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique [&#8230;] et certains actes en apparence non-intentionnels se r&#233;v&#232;lent, lorsqu'on les livre &#224; l'examen psychanalytique, comme parfaitement motiv&#233;s et d&#233;termin&#233;s par des raisons qui &#233;chappent &#224; la conscience. &#187; [28]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'aucun comportement humain n'est accidentel est un principe fondamental de l'approche freudienne. Les petites erreurs de la vie quotidienne, les r&#234;ves et les sympt&#244;mes n&#233;vrotiques ne sont pas dus au &#171; hasard &#187;. Par d&#233;finition, l'esprit humain n'est pas inform&#233; de ces processus inconscients. Freud s'est rapidement saisi du principe g&#233;n&#233;ral selon lequel ces processus inconscients se r&#233;v&#232;lent (et peuvent donc &#234;tre &#233;tudi&#233;s) dans les fragments de comportement que l'esprit conscient &#233;carte, les consid&#233;rant comme de vulgaires erreurs ou des accidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible d'atteindre la libert&#233; ? Si ce que l'on comprend par &#171; acte libre &#187;, c'est un acte qui n'est ni caus&#233;, ni d&#233;termin&#233;, il faut dire tr&#232;s franchement que de tels actes n'ont jamais exist&#233; et n'existeront jamais. Une &#171; libert&#233; &#187; imaginaire de ce type rel&#232;ve de la sp&#233;culation m&#233;taphysique. Hegel expliquait que la libert&#233; r&#233;elle est la connaissance de la n&#233;cessit&#233;. Dans la mesure o&#249; les hommes et les femmes comprendront les lois qui gouvernent la nature et la soci&#233;t&#233;, ils seront dans une position o&#249; ils pourront ma&#238;triser ces lois et les tourner &#224; leur avantage. La base mat&#233;rielle gr&#226;ce &#224; laquelle l'humanit&#233; peut devenir libre a &#233;t&#233; &#233;tablie par le d&#233;veloppement de l'industrie, des sciences et de la technique. Dans un syst&#232;me social rationnel, un syst&#232;me dans lequel les moyens de production seront planifi&#233;s harmonieusement et contr&#244;l&#233;s consciemment, nous pourrons vraiment parler de d&#233;veloppement humain libre. Selon les mots d'Engels, ce serait &#171; le saut de l'humanit&#233; du r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233; dans le r&#232;gne de la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Asimov I. - New Guide to Science - p. 375.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Bohm D. - Causality and Chance in Modern Physics - p. 86 et 87.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ferris T. - The World Treasury of Physics, Astronomy, and Mathematics - p. 103 et 106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Lerner E. - The Big Bang Never Happened - p. 362-3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] LCW, Vol. 14, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Ferris T. - op. cit. - pp. 95-6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Spinoza - L'Ethique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Cit&#233; dans Stewart, I. - Does God Play Dice ? - p. 10-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Engels F. - Dialectique de la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Bohm D. - op. cit. - p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Gleick J. - Chaos, Making a New Science - p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Bohm D. - op. cit. - pp. x et xi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Bohm D. - op. cit. - pp. 50-1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Hoffmann B. - op. cit. - p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Bohm D. - op. cit. - p. 25 et 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Hegel G. - Principes de la Philosophie du Droit - p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] MESW, Vol. 3 - pp. 338-9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] MESC, Marx &#224; Kugelmann, le 17 avril 1871 - p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] MESC, Engels &#224; Starkenburg, le 25 janvier 1894 - p. 467.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Engels F. - Dialectique de la Nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Engels F. - Anti-D&#252;hring&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Cit&#233; dans Gleick - op. cit. - p. 251-2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Marx K. et Engels F. - Collected Works, Vol. 4, p. 93&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Freud S. - Psychopathologie de la vie quotidienne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Unicit&#233; et unit&#233; du monde et de la science, pas de dualisme</title>
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		<dc:date>2025-01-16T23:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;Unicit&#233; et unit&#233; du monde et de la science, pas de dualisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Parm&#233;nide dans Po&#232;me : &#171; Le pens&#233;e et l'&#234;tre sont une m&#234;me chose &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est une m&#234;me chose, le penser et ce dont est la pens&#233;e ; car, en dehors de l'&#234;tre, en quoi il est &#233;nonc&#233;, tu ne trouveras pas le penser. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les progr&#232;s scientifiques ont &#233;t&#233; dans le sens de l'unit&#233; du monde et de l'unification des sciences&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour conclure maintenant tout ce que nous avons dit de la science actuelle, nous pouvons peut-&#234;tre d&#233;clarer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;R&#233;volution : le grand organisateur de la nature et de la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;Physique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot283" rel="tag"&gt;Physique quantique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Unicit&#233; et unit&#233; du monde et de la science, pas de dualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Parm&#233;nide dans Po&#232;me : &#171; Le pens&#233;e et l'&#234;tre sont une m&#234;me chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une m&#234;me chose, le penser et ce dont est la pens&#233;e ; car, en dehors de l'&#234;tre, en quoi il est &#233;nonc&#233;, tu ne trouveras pas le penser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les progr&#232;s scientifiques ont &#233;t&#233; dans le sens de l'unit&#233; du monde et de l'unification des sciences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour conclure maintenant tout ce que nous avons dit de la science actuelle, nous pouvons peut-&#234;tre d&#233;clarer que la physique moderne n'est qu'une partie - mais aussi une partie tr&#232;s caract&#233;ristique - d'un processus historique g&#233;n&#233;ral qui tend &#224; une unification. &#187; &#233;crit le physicien Werner Heisenberg dans &#034;Physique et philosophie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire des sciences est &#224; rapprocher d'un effort vers l'universalit&#233; des lois et vers la compr&#233;hension d'un monde unique comme le rappelle le physicien Max Planck dans &#171; L'image du monde dans la physique moderne &#187;. Ou encore dans &#171; L'image du monde dans la physique moderne &#187; de Planck (voir le texte en bas) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Initiations_%C3%A0_la_physique/Chapitre_I&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Initiations_%C3%A0_la_physique/Chapitre_I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans tomber dans l'identit&#233; vulgaire et le r&#233;ductionnisme qui ram&#232;ne tout &#224; un seul niveau, on peut tr&#232;s bien retrouver l'unicit&#233; du monde. Dire que des ph&#233;nom&#232;nes de nature tr&#232;s diverses, comme la balan&#231;oire et la lumi&#232;re, sont p&#233;riodiques, cycliques, oscillatoires, &#8230; ne choque plus personne et ne doit rien &#224; une volont&#233; de tout ramener &#224; une loi unique. Aujourd'hui, de nombreuses notions historiques m&#233;riteraient de passer, elles aussi, la fronti&#232;re : toutes celles qui se rapportent au mode dynamique et aux autres changements qualitatifs. Les sciences dites &#171; naturelles &#187; d&#233;veloppent des concepts valables pour l'homme. N'oublions pas que l'homme n'est pas hors de la nature ! Cela concerne les notions li&#233;es aux r&#233;volutions sociales, comme la dualit&#233; de pouvoir ou la prise de pouvoir, les contradictions de la lutte des classes, la relation entre celle-ci et des structures comme l'Etat, le r&#244;le de l'individu, des minorit&#233;s, du parti, des institutions, etc&#8230; Bien entendu, il n'y a pas de parti des &#233;lectrons, ni d'arm&#233;e des particules, et les &#233;tats de la mati&#232;re n'ob&#233;issent pas &#224; une classe dirigeante, mais il y a une &#233;mergence de structure, des transitions de phase, des r&#233;sonances, des structures dissipatives, des ph&#233;nom&#232;nes non-lin&#233;aires au sein de la soci&#233;t&#233; humaine, comme on en trouve en physique, en biologie et dans l'&#233;volution de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James C. Maxwell a &#233;t&#233; le premier &#224; effectuer l'unification des ph&#233;nom&#232;nes magn&#233;tique et &#233;lectrique avec sa th&#233;orie de l'&#233;lectromagn&#233;tisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6225&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6225&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'av&#232;nement de la m&#233;canique quantique et le d&#233;veloppement de la version quantique de l'&#233;lectromagn&#233;tisme &#8211; plus pr&#233;cis&#233;ment d'une &#171; th&#233;orie quantique des champs &#187; &#8211; appel&#233;e &#233;lectrodynamique quantique, il a &#233;t&#233; possible de fusionner cette derni&#232;re avec l'interaction faible, plus r&#233;cemment d&#233;couverte, au sein de la th&#233;orie &#233;lectrofaible. La d&#233;couverte par la suite de la chromodynamique quantique expliquant la structure du noyau atomique en termes de quarks sera alors la derni&#232;re pi&#232;ce de l'&#233;difice constitu&#233; par le mod&#232;le standard qui incorpore les trois interactions dans une th&#233;orie unifi&#233;e bas&#233;e sur un groupe de jauge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electrodynamique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4097&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4097&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5234&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5234&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La th&#233;orie quantique des champs a donc conduit &#224; une vision plus unifi&#233;e de la nature que l'ancienne interpr&#233;tation dualiste en termes de champs et de particules. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6427&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6427&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Diner : &#171; L'histoire de la Physique n'est qu'une qu&#234;te incessante d'unit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.devoir-de-philosophie.com/encyclopedie/unification-de-la-physique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.devoir-de-philosophie.com/encyclopedie/unification-de-la-physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification espace/temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article45&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article45&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4568&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4568&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande unification des forces fondamentales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://paulpb.eklablog.fr/la-grande-unification-des-forces-fondamentales-p1431430&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://paulpb.eklablog.fr/la-grande-unification-des-forces-fondamentales-p1431430&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification des forces gravitationnelle, &#233;lectromagnetique et nucl&#233;aire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://lesnouveauxprincipes.fr/physique/12-lunification-des-forces&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://lesnouveauxprincipes.fr/physique/12-lunification-des-forces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de jauge est l'un des derni&#232;res unifications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Gauge_theory?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Gauge_theory?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;en anglais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en.wikipedia.org/wiki/Gauge_theory&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en.wikipedia.org/wiki/Gauge_theory&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la physique comme succession d'unifications&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/l-unite-de-la-physique--9782130505853-page-89.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/l-unite-de-la-physique--9782130505853-page-89.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avance encore vers l'unification de toute la Physique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pourlascience.fr/sd/physique/vers-l-unification-de-la-physique-3991.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pourlascience.fr/sd/physique/vers-l-unification-de-la-physique-3991.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point actuel de cette unification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_unification&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_unification&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_tout&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_tout&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier lumi&#232;re et mati&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article38&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article38&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article44&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article44&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article46&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article46&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier r&#233;el et virtuel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier du tout petit au tr&#232;s grand&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lejournal.cnrs.fr/articles/du-quark-a-lunivers-la-physique-dun-infini-a-lautre&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lejournal.cnrs.fr/articles/du-quark-a-lunivers-la-physique-dun-infini-a-lautre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier mati&#232;re et vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide quantique unifie les concepts onde et corpuscule&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4287&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4287&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4271&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4271&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie quantique du vide est capable de tout unifier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article37&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article37&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3573&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3573&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xOu251ejsdU&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=xOu251ejsdU&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unification de la physique quantique et de la physique classique : la d&#233;coh&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3131&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3131&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; unifier quantique et relativit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; unifier le vide de la physique et de l'astrophysique en mati&#232;re d'&#233;nergie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6728&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6728&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles r&#233;volutions en physique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle th&#233;orie de l'assemblage unifie les lois de la nature, jetant un pont entre physique et biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://issues.fr/des-atomes-aux-organismes-la-theorie-de-lassemblage-unifie-la-physique-et-la-biologie-pour-expliquer-levolution-et-la-complexite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://issues.fr/des-atomes-aux-organismes-la-theorie-de-lassemblage-unifie-la-physique-et-la-biologie-pour-expliquer-levolution-et-la-complexite/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.science-et-vie.com/sciences-fondamentales/theorie-assemblage-unifie-loi-nature-physique-biologie-115157.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.science-et-vie.com/sciences-fondamentales/theorie-assemblage-unifie-loi-nature-physique-biologie-115157.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unit&#233; de la structure de la mati&#232;re dans l'Univers &#224; celle des neurones du cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6817&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6817&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cnews.fr/monde/2020-11-19/le-cerveau-humain-la-meme-structure-que-lunivers-1019605&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cnews.fr/monde/2020-11-19/le-cerveau-humain-la-meme-structure-que-lunivers-1019605&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-cerveau-humain-ressemble-etrangement-univers-37833/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/univers-cerveau-humain-ressemble-etrangement-univers-37833/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la physique et de la chimie est celle d'une unification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Physico-chimie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Physico-chimie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/barb_0001-4141_1984_num_70_1_72354&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/barb_0001-4141_1984_num_70_1_72354&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4903&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4903&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5050&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atome, qui a fait d'abord diverger physique et chimie, les fait converger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6276&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6276&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6046&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6046&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5027&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5027&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article710&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article710&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la biologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4576&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4576&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; th&#233;orie de l'information &#187; en physico-chimie-biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4086&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4086&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la physico-chimie vont-elles s'unir aux lois du vivant (de la biologie-g&#233;n&#233;tique-&#233;volution-d&#233;veloppement-&#233;pid&#233;miologie) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://curie.fr/physique-des-systemes-vivants-et-chimie-biologie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://curie.fr/physique-des-systemes-vivants-et-chimie-biologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/quad_0987-1381_1990_num_11_1_1301&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/quad_0987-1381_1990_num_11_1_1301&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos est n&#233;e en M&#233;canique classique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6072&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6072&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en climatologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5384&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5384&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5704&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5704&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en Physique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article752&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article752&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos et le vide quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos dans les syst&#232;mes amortis entretenus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3278&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3278&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en astrophysique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2463&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1079&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1079&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos et les syst&#232;mes vivants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article615&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article615&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en &#233;volution des esp&#232;ces&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos en &#233;pid&#233;miologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6255&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6255&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos et la cardiologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1073&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1073&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie du chaos, une des sept grandes r&#233;volutions unificatrices&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6277&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6277&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invariance d'&#233;chelle s'&#233;tend &#224; de nouveaux domaines&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article43&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1295&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1295&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invariance_d%27%C3%A9chelle&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invariance_d%27%C3%A9chelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://theses.hal.science/tel-00808965/file/hdr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://theses.hal.science/tel-00808965/file/hdr.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/philosophiascientiae/787&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/philosophiascientiae/787&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'invariance d'&#233;chelle du vide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2022/09/17/linvariance-dechelle-du-vide-un-retour-a-la-realite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.letemps.ch/pierre-brisson/2022/09/17/linvariance-dechelle-du-vide-un-retour-a-la-realite/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/astrophysique-une-theorie-se-passe-de-la-matiere-noire-49505/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/astrophysique-une-theorie-se-passe-de-la-matiere-noire-49505/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relativit&#233; d'&#233;chelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6376&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6376&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relativit&#233; d'&#233;chelle et le Vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier l'homme et l'animal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5580&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5580&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4369&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4369&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4270&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4270&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier l'homme et l'univers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3678&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3678&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier l'homme et le singe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier la mati&#232;re vivante et la mati&#232;re inerte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unifier la vie, l'homme et la conscience avec les lois physiques de la mati&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4665&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un seul monde, une seule science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Max Planck
&lt;p&gt;L'UNIT&#201; DE LA CONCEPTION DE L'UNIVERS EN PHYSIQUE&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'il existe une science de la nature, on lui a toujours assign&#233; comme fin sup&#233;rieure de grouper en une synth&#232;se syst&#233;matique la prodigieuse diversit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes physiques et m&#234;me, si possible, de la condenser en une seule formule. Pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat on a toujours eu recours &#224; deux m&#233;thodes oppos&#233;es. Ces deux m&#233;thodes se sont souvent trouv&#233;es en lutte, mais il est arriv&#233; aussi qu'elles se soient corrig&#233;es mutuellement, chacune contribuant &#224; la f&#233;condit&#233; de l'autre, ce qui s'est produit surtout quand elles se sont trouv&#233;es r&#233;unies dans l'esprit d'un m&#234;me savant qui les a successivement appliqu&#233;es &#224; un objet commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re m&#233;thode, dirai-je la plus juv&#233;nile ?, consiste en une g&#233;n&#233;ralisation rapide de quelques donn&#233;es exp&#233;rimentales, elle se lance hardiment dans les th&#233;ories les plus g&#233;n&#233;rales, applicables &#224; tout l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes et elle met au centre de ses conceptions une notion, un postulat unique, auquel elle essaye, avec plus ou moins de succ&#232;s, de soumettre la nature enti&#232;re et tout ce qui s'y manifeste. Ainsi l'eau, pour Thal&#232;s de Milet, l'&#233;nergie pour Wilhelm Ostwald sont le pivot central de leur conception de l'univers. Pour Hertz, le principe de la trajectoire la plus courte sera le lien qui unit entre eux tous les ph&#233;nom&#232;nes physiques et ce qui en donne l'explication ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde m&#233;thode est plus circonspecte, plus modeste et plus s&#251;re ; mais elle est loin de poss&#233;der le dynamisme de la premi&#232;re ; c'est pourquoi on ne l'a prise en consid&#233;ration que beaucoup plus tard. Elle renonce provisoirement aux r&#233;sultats d&#233;finitifs et se contente de tracer, de l'image du monde, les seuls traits qui lui paraissent &#233;tablis avec certitude, laissant aux recherches futures le soin de compl&#233;ter le tableau. Cette attitude trouve son expression la plus caract&#233;ristique dans la c&#233;l&#232;bre d&#233;finition de la m&#233;canique due &#224; Gustave Kirchhoff : &#171; La m&#233;canique est la description des mouvements ayant lieu dans la nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux m&#233;thodes se compl&#232;tent mutuellement et jamais on ne peut se passer d'aucune d'elles dans la recherche physique. Mais ce n'est pas cette m&#233;thodologie double que je me propose d'&#233;tudier ici ; ce que je voudrais, c'est plut&#244;t attirer l'attention sur une question d'importance plus principielle, je veux dire la question de savoir &#224; quels r&#233;sultats a conduit jusqu'&#224; pr&#233;sent cette dualit&#233; de m&#233;thode et quels fruits on peut penser la voir produire dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut contester que le d&#233;veloppement de la physique a &#233;t&#233; dans le sens du progr&#232;s, de telle sorte que chaque d&#233;cade a am&#233;lior&#233; notre connaissance de la nature. &#192; d&#233;faut de toute autre preuve, un simple regard jet&#233; sur l'importance et sur le nombre toujours croissant des inventions qui mettent la nature au service de l'homme, suffirait &#224; nous en convaincre. Mais quelle est, dans l'ensemble, la direction qui a &#233;t&#233; suivie par le progr&#232;s ? Dans quelle mesure peut-on dire que l'on s'est vraiment rapproch&#233; du but ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour celui qui se tient au courant du progr&#232;s de la science, telle est la question &#224; laquelle il importe avant tout de r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce premier point, une fois &#233;lucid&#233;, nous serons par l&#224;-m&#234;me en &#233;tat de trancher la question, actuellement si disput&#233;e, de savoir ce que l'on veut dire au fond, quand on parle d'une repr&#233;sentation physique de l'univers. Est-ce que cette repr&#233;sentation ne serait qu'une construction de notre esprit appropri&#233;e &#224; son but, mais somme toute, arbitraire ; ou bien au contraire devons-nous admettre que cette image du monde est la reproduction fid&#232;le de ph&#233;nom&#232;nes naturels tout &#224; fait ind&#233;pendants de nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;terminer la direction suivie par l'&#233;volution de la physique, il n'y a qu'un moyen : c'est de comparer l'&#233;tat o&#249; elle se trouve aujourd'hui avec ce qu'elle &#233;tait autrefois. Et si l'on me demandait alors quel est le meilleur crit&#233;rium externe pour appr&#233;cier &#224; quel stade de son &#233;volution une science est parvenue, je ne saurais en indiquer de plus g&#233;n&#233;ral, que la mani&#232;re dont cette science d&#233;finit ses concepts fondamentaux et la fa&#231;on dont elle comprend le partage de son domaine. Aux yeux de quiconque veut r&#233;fl&#233;chir, la pr&#233;cision et la propri&#233;t&#233; de ses d&#233;finitions, les subdivisions parfaitement d&#233;limit&#233;es &#224; l'int&#233;rieur de son domaine, sont en effet, dans chaque science, ce qui renferme les r&#233;sultats ultimes et les conclusions les plus m&#251;res du travail de ses savants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant comment la physique d'autrefois s'est comport&#233;e &#224; ce point de vue. Ce qui frappe tout d'abord, c'est que toutes les questions de physique, dans n'importe quelle branche se rattachent, soit &#224; des besoins d'ordre imm&#233;diatement pratique, soit &#224; des ph&#233;nom&#232;nes naturels particuli&#232;rement remarquables. C'est en se pla&#231;ant &#224; ces deux points de vue que l'on a divis&#233; la physique en ses diff&#233;rentes branches. La g&#233;om&#233;trie, par exemple, tire son nom de la mesure des surfaces terrestres et de l'arpentage des champs ; la m&#233;canique, de la construction des machines ; l'acoustique, l'optique et la th&#233;orie de la chaleur, des sensations sp&#233;cifiques correspondantes ; l'&#233;lectricit&#233;, des ph&#233;nom&#232;nes remarquables observ&#233;s quand on frotte de l'ambre ; le magn&#233;tisme, des propri&#233;t&#233;s singuli&#232;res d'un minerai de fer qui s'extrayait dans le voisinage de la ville de Magn&#233;sie. D'ailleurs, conform&#233;ment &#224; l'axiome qui veut que toute notre exp&#233;rience r&#233;sulte des perceptions de nos sens, il est &#233;vident que la part du physiologique dans toutes les d&#233;finitions de la physique est pr&#233;pond&#233;rante ; en un mot, tout dans la physique, aussi bien les d&#233;finitions que la structure tout enti&#232;re, poss&#232;de alors, en un certain sens, un caract&#232;re anthropomorphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien diff&#233;rent est aujourd'hui l'aspect de l'ensemble doctrinal form&#233; par les th&#233;ories de la physique ! Tout d'abord cet ensemble offre un caract&#232;re d'unit&#233; beaucoup plus accentu&#233;. Le nombre des branches partielles dont se compose la physique est devenu moindre et cela parce que chaque canton, s'est annex&#233; un canton voisin : l'acoustique a &#233;t&#233; englob&#233;e par la m&#233;canique, le magn&#233;tisme et l'optique sont entr&#233;s dans le sein de l'&#233;lectrodynamique. Ensuite, cette simplification a toujours &#233;t&#233; accompagn&#233;e dans toutes les d&#233;finitions d'une r&#233;gression correspondante de l'&#233;l&#233;ment anthropomorphique, legs du pass&#233;. Y a-t-il aujourd'hui un physicien qui pense &#224; de l'ambre frott&#233;e quand il parle d'&#233;lectricit&#233; et &#224; la mine d'Asie Mineure d'o&#249; on a extrait les premiers aimants naturels, quand il parle de magn&#233;tisme ? En acoustique, en optique, en chaleur, les sensations sp&#233;cifiquement diff&#233;rentes qui correspondent &#224; chacun de ces termes sont justement ce qui a &#233;t&#233; &#233;limin&#233;. Les d&#233;finitions physiques du son, de la couleur, de la temp&#233;rature, n'ont aujourd'hui rien &#224; voir avec des perceptions sensibles imm&#233;diates. Le ton et la couleur sont d&#233;finies aujourd'hui par un nombre de vibrations (ou une longueur d'onde). Th&#233;oriquement, la d&#233;finition de la temp&#233;rature se rattache &#224; l'&#233;chelle des temp&#233;ratures absolues qui est une cons&#233;quence du second principe de la thermodynamique. On pourrait dire aussi que la temp&#233;rature est la force vive du mouvement mol&#233;culaire. En tout cas, pratiquement, c'est une grandeur qui se d&#233;finit par le changement de volume d'une substance thermom&#233;trique ou par la d&#233;viation lue sur l'&#233;chelle d'un bolom&#232;tre ou d'un pyrom&#232;tre thermo&#233;lectrique. De la sensation thermique, il n'est question en aucun cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est tout &#224; fait de m&#234;me en ce qui concerne le concept de force. Indubitablement, ce mot a signifi&#233; primitivement la force humaine, en accord avec le fait, que les machines les plus anciennement connues, le levier, la poulie et la vis &#233;taient mues par la force de l'homme ou des animaux. Le concept de force tire donc son origine du sens dynamique (ou musculaire), c'est-&#224;-dire d'une sensation sp&#233;cifique. Or, de la d&#233;finition moderne de la force, cette sensation sp&#233;cifique est tout aussi compl&#232;tement &#233;limin&#233;e que la sensation r&#233;tinienne l'est de la d&#233;finition de la couleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus, cette r&#233;gression de l'&#233;l&#233;ment sensible sp&#233;cifique dans les d&#233;finitions de la physique va si loin qu'il y a des branches dont la relation &#224; une sensation d&#233;termin&#233;e suffisait primitivement &#224; caract&#233;riser parfaitement tout le contenu et qui ont &#233;t&#233; scind&#233;es plus tard en plusieurs tron&#231;ons enti&#232;rement distincts par suite d'un rel&#226;chement du lien qui tenait unis ces tron&#231;ons. On observe donc, &#224; ce propos, un ph&#233;nom&#232;ne qui va &#224; l'encontre de la tendance qui porte toute science vers son unification et vers son homog&#233;n&#233;isation. Le meilleur exemple d'une &#233;volution de ce genre nous est donn&#233; par la th&#233;orie de la chaleur. Autrefois la chaleur formait une branche sp&#233;ciale bien d&#233;limit&#233;e de la physique, caract&#233;ris&#233;e par son rattachement aux donn&#233;es du sens thermique, ce qui suffisait pour qu'on en p&#251;t tracer avec pr&#233;cision les fronti&#232;res. Aujourd'hui, on a retranch&#233; de la th&#233;orie de la chaleur tout un chapitre sur la chaleur rayonnante, pour le rattacher &#224; l'optique. La sensation thermique n'a donc plus assez d'importance pour r&#233;unir en un seul faisceau les d&#233;bris h&#233;t&#233;rog&#232;nes de ce qui fut l'ancienne th&#233;orie de la chaleur. Nous retrouvons ces d&#233;bris, en partie dans l'optique (ou dans l'&#233;lectrodynamique), en partie dans la m&#233;canique, surtout dans cette section de la m&#233;canique qui trait&#233; de la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce qui caract&#233;rise l'&#233;volution de la physique, c'est une tendance vers l'unit&#233; et cette unification s'op&#232;re principalement sous le signe d'une certaine lib&#233;ration de la physique, de ses &#233;l&#233;ments anthropomorphiques et surtout des liens qui la rattachaient &#224; ce qu'il y a de sp&#233;cifique dans les perceptions des organes de nos sens. Maintenant, si l'on veut bien remarquer que les sensations sont indubitablement &#224; la base de toute recherche, on ne pourra manquer de trouver &#233;tonnante et m&#234;me paradoxale cette aversion de la physique actuelle pour ce qui en est, somme toute, la condition fondamentale. Et pourtant, aucun fait n'appara&#238;t plus clairement dans l'histoire de la physique. Pour se r&#233;signer &#224; un pareil reniement de ses origines, ne faut-il pas qu'elle y ait trouv&#233; d'inappr&#233;ciables avantages !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner plus en d&#233;tail ce point important, d&#233;tournons, pour un instant, nos regards du pass&#233; et interrogeons l'avenir. Quelle division sera adopt&#233;e par la physique dans les ann&#233;es qui vont suivre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, nous nous trouvons encore en pr&#233;sence de deux grands domaines : la m&#233;canique et l'&#233;lectrodynamique, ou bien encore, la physique de la mati&#232;re et la physique de l'&#233;ther. La premi&#232;re renferme aussi l'acoustique, la th&#233;orie de la conductibilit&#233; thermique et les ph&#233;nom&#232;nes chimiques ; la seconde renferme le magn&#233;tisme, l'optique et la chaleur rayonnante. Cette division est-elle d&#233;finitive ? Je ne le crois nullement et, cela, parce qu'il n'y a pas de fronti&#232;res pr&#233;cises entre ces deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de l'&#233;mission lumineuse, par exemple, appartiennent-ils &#224; la m&#233;canique ou &#224; l'&#233;lectrodynamique ? Autre exemple : &#224; quel domaine convient-il de rattacher le mouvement des &#233;lectrons ? Au premier abord, on serait tent&#233; de r&#233;pondre : &#224; l'&#233;lectrodynamique ; car la mati&#232;re pond&#233;rable ne joue aucun r&#244;le dans les &#233;lectrons. Mais si l'on consid&#232;re, par exemple, le mouvement des &#233;lectrons dans les m&#233;taux, on verra que les travaux de H. A. Lorentz, entre autres, lui appliquent des lois qui ressemblent bien davantage &#224; celles de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz qu'&#224; celles de l'&#233;lectrodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc la vieille opposition entre la mati&#232;re et l'&#233;ther semble &#234;tre en train de s'estomper peu &#224; peu. L'&#233;lectrodynamique et la m&#233;canique sont loin de s'opposer irr&#233;ductiblement, quoi qu'en pensent les gens qui vont r&#233;p&#233;tant, un peu partout, que nous assistons au duel de la conception m&#233;canique et de la conception &#233;lectrodynamique de l'univers. Pour donner une base &#224; la m&#233;canique, il suffit des notions de temps, d'espace et de &#171; ce qui se meut &#187;, peu importe que ce soit une &#171; substance &#187; ou un &#171; &#233;tat &#187; ; or l'&#233;lectrodynamique, elle aussi, ne peut aucunement se dispenser de faire appel &#224; ces notions. Il en r&#233;sulte qu'une g&#233;n&#233;ralisation convenable du concept de m&#233;canique suffirait &#224; y faire rentrer l'&#233;lectrodynamique. D'ailleurs il y a bien des indices que les deux domaines en question, d&#233;j&#224; partiellement confondus, finiront par fusionner enti&#232;rement dans une seule et m&#234;me dynamique g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on parvient &#224; surmonter l'opposition de la mati&#232;re et de l'&#233;ther, quel sera alors le point de vue auquel on se placera pour &#233;tablir des subdivisions &#224; l'int&#233;rieur de la physique ? D'apr&#232;s ce que nous avons dit plus haut, c'est l&#224; une question qui int&#233;resse toute l'&#233;volution future de notre science. Mais pour y r&#233;pondre il faut, auparavant, que nous approfondissions davantage ce qui appartient en propre aux principes de la physique. &lt;br class='autobr' /&gt;
II &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela, il convient, en premier lieu, de remonter jusqu'au point de d&#233;part, je veux dire jusqu'&#224; la premi&#232;re d&#233;marche faite dans le but de r&#233;aliser l'unit&#233; de la physique : unit&#233; jusqu'alors, simple postulat philosophique. Ce premier pas a &#233;t&#233; la d&#233;couverte du principe de la conservation de l'&#233;nergie. La notion d'&#233;nergie est, en effet, avec les notions de temps et d'espace, la seule qui soit commune &#224; toutes les branches de la physique. Il est donc naturel que ce principe, avant de recevoir la forme g&#233;n&#233;rale que lui ont donn&#233;e Lothar Mayer, Joule et Helmholtz, ait eu, lui aussi, un caract&#232;re anthropomorphique. Il repose en effet sur la simple constatation qu'il est impossible &#224; l'homme de tirer de rien, un effet utile. Cette constatation r&#233;sume le r&#233;sultat des exp&#233;riences faites en vue de r&#233;soudre un probl&#232;me technique : celui du mouvement perp&#233;tuel. Comme autrefois l'art des faiseurs d'or, la recherche du mouvement perp&#233;tuel a entra&#238;n&#233; des cons&#233;quences allant tr&#232;s loin, avec cette diff&#233;rence, cependant, que ce furent les &#233;checs et non pas les r&#233;sultats positifs obtenus, qui tourn&#232;rent au profit de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on formule le principe de la conservation de l'&#233;nergie sans faire aucunement appel &#224; un point de vue anthropomorphique ou technique. Nous disons que l'&#233;nergie totale d'un syst&#232;me clos est une grandeur qui ne peut &#234;tre ni diminu&#233;e ni augment&#233;e par aucun des ph&#233;nom&#232;nes qui se passent &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me et n'avons aucunement l'id&#233;e de faire d&#233;pendre l'exactitude de notre postulat du plus ou moins de perfection atteint par les m&#233;thodes dont nous disposons pour v&#233;rifier si tel mouvement est, oui ou non, un mouvement perp&#233;tuel. Strictement parlant la g&#233;n&#233;ralisation de principe l'a rendu ind&#233;montrable, mais il ne s'en impose qu'avec plus de force. Or, c'est en cela pr&#233;cis&#233;ment que consiste la lib&#233;ration de l'anthropomorphisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons donc aujourd'hui le principe de la conservation de l'&#233;nergie faire figure de construction pleinement autonome, apr&#232;s qu'ont &#233;t&#233; coup&#233;s les liens qui le rattachaient aux contingences ayant pr&#233;sid&#233; &#224; sa naissance. Au contraire, pour le principe de Clausius, dont on a fait le second principe de la thermodynamique, il est loin d'en &#234;tre de m&#234;me, du moins dans une aussi large mesure ; et voil&#224;, pr&#233;cis&#233;ment, ce qui en fait l'int&#233;r&#234;t au point de vue qui nous occupe. Nous voyons en effet ce principe pour ainsi dire non encore compl&#232;tement d&#233;pouill&#233; de la gangue o&#249; il &#233;tait enrob&#233; &#224; l'origine de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second principe de la thermodynamique, du moins tel qu'on le comprend le plus ordinairement, poss&#232;de, actuellement encore, un caract&#232;re anthropomorphique des plus nets. Il y a encore nombre de physiciens &#233;minents qui croient que sa l&#233;gitimit&#233; d&#233;pend du fait qu'il est impossible &#224; l'homme de p&#233;n&#233;trer dans les d&#233;tails de la complexit&#233; du mouvement mol&#233;culaire, c'est-&#224;-dire d'accomplir ce que peuvent faire les d&#233;mons de Maxwell. On sait que ces derniers sont capables de s&#233;parer, dans un gaz, les mol&#233;cules lentes des mol&#233;cules rapides, et cela sans fournir le moindre travail, en soulevant simplement de temps en temps un petit volet. Mais il n'est pas besoin d'&#234;tre proph&#232;te pour pr&#233;dire avec certitude que le second principe, n'ayant au fond rien &#224; voir avec les capacit&#233;s humaines, on ne fera dans sa formule d&#233;finitive aucune allusion &#224; la possibilit&#233; d'ex&#233;cution d'aucun processus naturel par les ressources de l'art humain. Nous esp&#233;rons m&#234;me que les consid&#233;rations qui vont suivre ne seront pas sans contribuer quelque peu &#224; lib&#233;rer tout &#233;l&#233;ment anthropomorphique le second principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord, d'un peu pr&#232;s, la signification de ce dernier et cherchons les liens qui le rattachent au principe de la conservation de l'&#233;nergie. Le principe de la conservation de l'&#233;nergie d&#233;clare qu'il n'y a de possibles, parmi les ph&#233;nom&#232;nes naturels, que ceux o&#249; il n'y a ni cr&#233;ation ni an&#233;antissement, mais simplement transformation d'&#233;nergie ; le second principe, allant plus loin, dit que toutes les transformations d'&#233;nergie ne sont pas possibles mais seulement un certain nombre d'entre elles et dans certaines circonstances. Par exemple, le travail m&#233;canique est susceptible de se transformer en chaleur sans restrictions, comme il arrive dans le cas du frottement ; mais la transformation inverse, c'est-&#224;-dire celle de la chaleur en travail, ne peut, au contraire, &#234;tre accomplie que sous certaines conditions limitatives. Si la seconde transformation &#233;tait possible sans restrictions, on pourrait utiliser la chaleur du globe terrestre, qui est proprement in&#233;puisable, pour faire marcher un moteur et ce moteur aurait m&#234;me, par surcro&#238;t, l'avantage de fonctionner comme une machine frigorifique, car le sol se refroidirait tandis qu'il marcherait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impossibilit&#233;, d&#233;montr&#233;e exp&#233;rimentalement, de construire un tel moteur (appel&#233; aussi &#171; perpetuum mobile de seconde esp&#232;ce &#187;) entra&#238;ne n&#233;cessairement comme cons&#233;quence qu'il y a dans la nature des processus qui ne peuvent en aucune fa&#231;on &#234;tre r&#233;versibles. Si l'on pouvait, par exemple, rendre compl&#232;tement r&#233;versible le ph&#233;nom&#232;ne de frottement par le moyen duquel du travail est transform&#233; en chaleur, quelle que soit d'ailleurs la complexit&#233; de l'appareillage n&#233;cessaire pour cela, on n'aurait, en somme, rien fait d'autre que de r&#233;aliser le moteur dont nous venons de parler, c'est-&#224;-dire le &#171; perpetuum mobile de seconde esp&#232;ce &#187;. Il est, par suite, &#233;vident que le seul effet accompli par cet appareil serait de transformer de la chaleur en travail et cela sans que, la transformation une fois achev&#233;e, aucun objet n'ait subi, par ailleurs, de modification permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous appelons irr&#233;versibles, tous les ph&#233;nom&#232;nes qui, comme les pr&#233;c&#233;dents, ne peuvent &#234;tre invers&#233;s en aucune mani&#232;re et r&#233;versibles, tous les autres ph&#233;nom&#232;nes, nous aurons exprim&#233; tout l'essentiel du second principe en disant qu'il y a des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles dans la nature. Il s'ensuit que l'ensemble des changements qui ont lieu dans l'univers est tel qu'il en r&#233;sulte une progression dans un sens d&#233;termin&#233;. En d'autres termes, &#224; chaque transformation irr&#233;versible, le monde fait un pas en avant dont il est impossible d'effacer la trace de quelque mani&#232;re que l'on s'y prenne. Le frottement, la conductibilit&#233; thermique, la diffusion, la conductibilit&#233; &#233;lectrique, l'&#233;mission de la lumi&#232;re, la chaleur rayonnante, la destruction des atomes dans les substances radioactives sont des exemples de ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Au contraire, le mouvement des plan&#232;tes, la chute libre des corps dans le vide, les oscillations pendulaires non amorties, la propagation des ondes lumineuses et sonores sans absorption ni diffraction, les oscillations &#233;lectriques non amorties sont des exemples de ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles. Tous ces ph&#233;nom&#232;nes, ou bien sont d&#233;j&#224; par eux-m&#234;mes p&#233;riodiques, ou bien sont susceptibles d'&#234;tre invers&#233;s au moyen de dispositifs appropri&#233;s, par exemple la chute d'un corps est susceptible d'&#234;tre invers&#233;e, car on peut utiliser la vitesse acquise de ce corps pour le ramener &#224; son niveau primitif, de m&#234;me, une onde lumineuse ou sonore peut se r&#233;fl&#233;chir int&#233;gralement si on la re&#231;oit, comme il convient, sur un miroir parfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont maintenant les propri&#233;t&#233;s g&#233;n&#233;rales et caract&#233;ristiques des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ? Comment s'y prendre pour appr&#233;cier quantitativement le degr&#233; d'irr&#233;versibilit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne, celle-ci &#233;tant prise dans son acception la plus g&#233;n&#233;rale ? Cette question a &#233;t&#233; envisag&#233;e des points de vue les plus divers et on l'a r&#233;solue de bien des fa&#231;ons. C'est pourquoi son &#233;tude va nous permettre de scruter d'une mani&#232;re singuli&#232;rement efficace le m&#233;canisme interne typique qui r&#232;gle l'&#233;volution de toutes les grandes th&#233;ories physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'autrefois le probl&#232;me technique du mouvement perp&#233;tuel a mis sur la voie de la d&#233;couverte du principe de la conservation de l'&#233;nergie, de m&#234;me, plus tard, un autre probl&#232;me d'ordre technique, celui de la machine &#224; vapeur, a permis de pr&#233;ciser la distinction entre les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles et les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. D&#233;j&#224; Sadi Carnot se rendait compte que les processus irr&#233;versibles sont moins avantageux &#233;conomiquement que les processus r&#233;versibles (bien qu'il se fit une id&#233;e inexacte de la nature de la chaleur), car, dans un processus irr&#233;versible, on laisse inutilis&#233;e une certaine possibilit&#233; th&#233;orique de produire du travail m&#233;canique en d&#233;pensant de la chaleur. De cette remarque &#224; l'id&#233;e de prendre pour mesure de l'irr&#233;versibilit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne la proportion de travail m&#233;canique qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme perdue d&#233;finitivement (ce travail perdu &#233;tant nul dans les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles) il n'y avait qu'un pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;finition, si elle a effectivement rendu des services dans certains cas, par exemple dans le cas des ph&#233;nom&#232;nes isothermes, est cependant inutilisable si l'on se place &#224; un point de vue tout &#224; fait g&#233;n&#233;ral et elle conduit m&#234;me &#224; des erreurs. &#201;tant donn&#233; un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible, on ne peut, en effet, d&#233;finir d'une mani&#232;re pr&#233;cise le travail perdu, tant qu'on ne peut pas indiquer exactement quelle est la source d'&#233;nergie qui aurait d&#251; fournir le travail en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple fera mieux comprendre ce qui pr&#233;c&#232;de. La conductibilit&#233; thermique est un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible ; car, pour parler comme Clausius, la chaleur ne peut pas passer, sans compensation, d'un corps froid &#224; un corps plus chaud. Quel est donc le travail qui est perdu quand la quantit&#233; de chaleur Q (suppos&#233;e petite) passe par conductibilit&#233; d'un corps chaud ayant la temp&#233;rature T1 &#224; un corps froid ayant la temp&#233;rature T2 ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question nous utiliserons ce transport de chaleur dans un cycle r&#233;versible de Carnot dont les deux sources de chaleur seront pr&#233;cis&#233;ment les deux corps en question. Or on sait qu'un cycle de Carnot se boucle en produisant du travail, ce travail est donc &#233;gal &#224; celui qui est perdu quand la chaleur passe directement par conductibilit&#233; de la source chaude &#224; la source froide. Toutefois il n'est susceptible d'aucune mesure d&#233;finie tant qu'on ne sait pas d'o&#249; il provient ; dans le cas pr&#233;sent est-ce de la source chaude ou de la source froide ? Il ne faut pas oublier, en effet, que dans le cycle r&#233;versible de Carnot la chaleur c&#233;d&#233;e par le corps chaud n'est pas du tout &#233;gale &#224; celle qui a &#233;t&#233; re&#231;ue par le corps froid car il y a une certaine fraction de cette chaleur totale qui a &#233;t&#233; convertie en travail. Il est donc tout aussi l&#233;gitime de consid&#233;rer la chaleur transport&#233;e pendant un cycle de Carnot comme &#233;tant &#233;gale &#224; la chaleur re&#231;ue par le corps froid que de l'identifier &#224; celle qui a &#233;t&#233; c&#233;d&#233;e par le corps chaud. Dans le premier cas le travail perdu par conductibilit&#233; simple sera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q &#215; T1 &#8722; T2T2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans le second :&lt;br class='autobr' /&gt;
Q &#215; T1 &#8722; T2T1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clausius s'est d'ailleurs parfaitement rendu compte qu'il y avait l&#224; une ind&#233;termination irr&#233;ductible, c'est pourquoi il a g&#233;n&#233;ralis&#233; le cas du cycle de Carnot simple en admettant l'existence d'un troisi&#232;me r&#233;servoir dont la temp&#233;rature est tout &#224; fait ind&#233;termin&#233;e, qui fournit donc un travail non moins ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artifice propos&#233; plus haut pour trouver une expression math&#233;matique de l'irr&#233;versibilit&#233; d'un ph&#233;nom&#232;ne ne nous a donc pas conduit au but et nous savons maintenant pourquoi : c'est que le probl&#232;me a &#233;t&#233; pos&#233; en termes trop anthropomorphiques. On s'est trop plac&#233; pour le r&#233;soudre au point de vue des besoins de l'homme pour lequel produire du travail utile est-ce qui importe avant tout. Pour obtenir de la nature une r&#233;ponse appropri&#233;e, il faut la consid&#233;rer d'un point de vue plus g&#233;n&#233;ral en faisant abstraction des pr&#233;occupations &#233;conomiques. C'est ce que nous allons tenter de faire maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons l'&#233;volution d'un ph&#233;nom&#232;ne naturel quelconque. Tout ph&#233;nom&#232;ne de ce genre am&#232;ne les corps qui y prennent part d'un certain &#233;tat initial A &#224; un &#233;tat final B. Le ph&#233;nom&#232;ne consid&#233;r&#233; est r&#233;versible ou bien il est irr&#233;versible ; mais il n'y a aucune autre hypoth&#232;se possible. D&#232;s lors l'irr&#233;versibilit&#233; ou la r&#233;versibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne d&#233;pendent uniquement de la nature constitutive de l'&#233;tat initial et de celle de l'&#233;tat final et non pas de la fa&#231;on dont le ph&#233;nom&#232;ne s'est d&#233;roul&#233; entre ces deux &#233;tats extr&#234;mes. Il ne s'agit, en effet, que de savoir si, une fois que l'&#233;tat B est atteint, il est encore possible, d'une mani&#232;re quelconque, au syst&#232;me de reprendre int&#233;gralement l'&#233;tat A. Si le retour int&#233;gral &#224; l'&#233;tat A est impossible, c'est-&#224;-dire si le processus est irr&#233;versible, c'est que l'&#233;tat B poss&#232;de une certaine propri&#233;t&#233; en vertu de laquelle il jouit d'une sorte de pr&#233;cellence naturelle sur l'&#233;tat A. J'ai exprim&#233; ceci, il y a d&#233;j&#224; bien longtemps, en disant que la nature a plus de propension pour l'&#233;tat B que pour l'&#233;tat A. En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue, il ne peut donc exister de processus dont l'&#233;tat final serait un objet d'attrait moindre pour la nature que l'&#233;tat initial. Les changements r&#233;versibles sont un cas limite dans lequel la nature a autant de propension pour l'&#233;tat initial que pour l'&#233;tat final ; c'est pourquoi le passage est possible de l'un &#224; l'autre dans les deux sens. Maintenant il n'y a plus qu'&#224; trouver une grandeur physique susceptible de pouvoir servir &#224; mesurer, d'une mani&#232;re tout &#224; fait g&#233;n&#233;rale, la pr&#233;f&#233;rence qu'a la nature pour un &#233;tat donn&#233;. Cette grandeur devra &#234;tre d&#233;termin&#233;e imm&#233;diatement par l'&#233;tat du syst&#232;me consid&#233;r&#233;, sans qu'on ait besoin de conna&#238;tre quoi que ce soit de son histoire ant&#233;rieure. Elle ressemblera donc en cela &#224; l'&#233;nergie, au volume et aux autres caract&#233;ristiques de ce syst&#232;me. D'autre part, elle devra poss&#233;der la particularit&#233; de cro&#238;tre toutes les fois que le syst&#232;me subira une transformation irr&#233;versible tandis qu'elle restera constante pour toutes les transformations r&#233;versibles. Ces conditions &#233;tant remplies, on pourra &#233;videmment dire que la variation de la grandeur en question lors d'une transformation, est une mesure de l'irr&#233;versibilit&#233; de cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Clausius &#224; d&#233;couvert la grandeur dont il s'agit et il lui a donn&#233; le nom d'entropie. Tout syst&#232;me form&#233; par des corps dans un &#233;tat quelconque poss&#232;de une entropie d&#233;termin&#233;e et cette entropie repr&#233;sente le degr&#233; de pr&#233;f&#233;rence qu'a la nature pour la r&#233;alisation de cet &#233;tat. Quelles que soient les modifications internes dont le syst&#232;me peut &#234;tre le si&#232;ge, l'entropie ne peut que cro&#238;tre, jamais diminuer. Si l'on avait affaire &#224; une succession de ph&#233;nom&#232;nes comprenant des modifications dues &#224; des influences venant de l'ext&#233;rieur ; il suffirait de faire entrer dans le syst&#232;me les corps exer&#231;ant ces influences pour que l'on puisse appliquer le postulat sous la forme que nous venons de lui donner. En outre, l'entropie d'un syst&#232;me de corps est &#233;gale &#224; la somme des entropies de chacun des corps particuliers dont il se compose ; et l'entropie d'un corps donn&#233; peut &#234;tre calcul&#233;e par la m&#233;thode de Clausius au moyen d'un certain cycle r&#233;versible. Si un corps re&#231;oit de la chaleur, son entropie augmente d'une quantit&#233; &#233;gale au quotient de la chaleur re&#231;ue par la temp&#233;rature du corps, par contre, une simple compression ne modifie pas l'entropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; l'exemple cit&#233; plus haut o&#249; un corps de temp&#233;rature T1 envoie par conductibilit&#233; de la chaleur &#224; un corps de temp&#233;rature T2 ; l'entropie de ce corps aura diminu&#233;, celle du corps froid aura augment&#233;, la somme des deux variations c'est-&#224;-dire l'entropie totale du syst&#232;me aura pour valeur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8722; QT1 + QT2 &gt; 0&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une grandeur positive et elle donne sans la moindre ambigu&#239;t&#233; la mesure de l'irr&#233;versibilit&#233; dans le cas de la conductibilit&#233;. Il serait d'ailleurs facile de citer d'innombrables exemples du m&#234;me genre. Tout ph&#233;nom&#232;ne chimique, notamment, conviendrait dans ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second principe de la thermodynamique avec toutes ses cons&#233;quences est donc devenu le principe de l'augmentation de l'entropie. Vous comprendrez maintenant pourquoi, r&#233;pondant &#224; la question que je posais tout &#224; l'heure touchant la fa&#231;on dont la physique sera subdivis&#233;e &#224; l'avenir, je dis, qu'&#224; mon avis, les ph&#233;nom&#232;nes physiques se partageront en deux grandes classes ; les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles et les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement tous les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles, qu'ils aient lieu dans ln mati&#232;re, dans l'&#233;ther ou dans les deux &#224; la fois, se ressemblent beaucoup plus entre eux qu'ils ne ressemblent &#224; un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible quelconque. Un simple examen de la forme des &#233;quations diff&#233;rentielles qui r&#233;gissent chaque cat&#233;gorie de ph&#233;nom&#232;ne suffirait &#224; nous en convaincre. Dans les &#233;quations diff&#233;rentielles des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles, la diff&#233;rentielle du temps ne figure qu'&#224; des puissances paires, car dans une transformation r&#233;versible on peut &#224; volont&#233; changer le signe alg&#233;brique du temps. Ceci est vrai des oscillations pendulaires comme des oscillations &#233;lectriques, des ondes optiques et acoustiques, des mouvements de points mat&#233;riels et d'&#233;lectrons dans lesquels on ne peut d&#233;celer d'amortissement. Dans la m&#234;me cat&#233;gorie, on peut ranger aussi les transformations infiniment lentes envisag&#233;es par la thermodynamique (qui ne sont &#224; vrai dire que des s&#233;riez d'&#233;tats d'&#233;quilibre) dans lesquels le temps ne joue absolument aucun r&#244;le et peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme figurant &#224; la puissance 0. D'autre part, tous les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles ont encore ceci de commun qu'ils ob&#233;issent int&#233;gralement, comme Helmholtz l'a montr&#233;, au principe de moindre action. Ce principe permet de donner des solutions quantitatives exactes aux probl&#232;mes les concernant, du moins dans la mesure o&#249; l'on peut consid&#233;rer la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles comme d&#233;finitivement acquise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, tous les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles pr&#233;sentent l'inconv&#233;nient de n'&#234;tre qu'id&#233;als. Dans la nature il n'existe pas un seul ph&#233;nom&#232;ne de ce genre car tous les ph&#233;nom&#232;nes naturels sont plus ou moins ins&#233;parables de frottements ou de transports de chaleur. Or dans le domaine des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, le principe de la moindre action ne suffit plus. Le principe de l'augmentation de l'entropie introduit, en effet, dans l'univers physique un &#233;l&#233;ment nouveau qui est, de soi, &#233;tranger au principe de moindre action. Le second principe requiert donc, pour son application, des consid&#233;rations math&#233;matiques d'un genre sp&#233;cial, car il est charg&#233; de traduire la propri&#233;t&#233; la plus g&#233;n&#233;rale des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles : celle de tendre vers un &#233;tat final d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ressortira, je l'esp&#232;re, des consid&#233;rations qui pr&#233;c&#232;dent que le contraste existant entre les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles et les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles est bien plus profond que celui qui oppose, par exemple, les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;caniques et les ph&#233;nom&#232;nes &#233;lectriques. C'est donc, semble-t-il, &#224; juste titre, qu'il convient de le mettre &#224; la base de la division la plus g&#233;n&#233;rale des ph&#233;nom&#232;nes physiques ; et voil&#224; pourquoi on peut s'attendre &#224; voir la distinction entre ces deux genres de ph&#233;nom&#232;nes jouer le r&#244;le principal dans la physique future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la classification qui vient d'&#234;tre expos&#233;e a besoin d'une am&#233;lioration essentielle. Il est en effet ind&#233;niable que, m&#234;me sous la forme que nous venons de lui donner, la syst&#233;matique physique est encore fortement entach&#233;e d'anthropomorphisme. Dans la d&#233;finition de l'entropie nous avons eu recours, en effet, &#224; l'id&#233;e de &#171; r&#233;alisabilit&#233; &#187; de certains changements dans l'univers, ce qui revient, en fin de compte, &#224; rendre la classification des ph&#233;nom&#232;nes physiques d&#233;pendante du plus ou moins d'efficacit&#233; de la technique exp&#233;rimentale humaine ; or la perfection de cette derni&#232;re, bien loin d'&#234;tre immuable, progresse sans cesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, donc, il est n&#233;cessaire de trouver une d&#233;finition des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles et des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles valable pour tous les temps, il importe d'approfondir celle que nous venons de donner et notamment de la d&#233;solidariser d'avec tout ce qui a trait aux facult&#233;s humaines. Comment y arriver ? c'est ce que nous allons montrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premi&#232;re d&#233;finition de l'irr&#233;versibilit&#233; &#233;tait vicieuse, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, parce qu'elle suppose l'existence d'une limite d&#233;termin&#233;e pour les capacit&#233;s humaines. Or il n'y a rien, en r&#233;alit&#233;, qui puisse permettre de d&#233;celer l'existence d'une telle limite. Au contraire, nous voyons le genre humain tendre de toutes ses forces &#224; reculer toujours plus loin les bornes de l'efficacit&#233; de son effort ; et nous esp&#233;rons que, parmi les choses tenues aujourd'hui pour impossibles, il y en aura beaucoup qui se feront demain. On pourrait alors se demander si un ph&#233;nom&#232;ne qui a toujours &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent consid&#233;r&#233; comme irr&#233;versible, ne pourrait &#234;tre reconnu plus tard comme &#233;tant en r&#233;alit&#233; r&#233;versible, par suite d'une invention nouvelle. Ceci entra&#238;nerait in&#233;vitablement la ruine du second principe de la thermodynamique, car l'irr&#233;versibilit&#233; d'un seul ph&#233;nom&#232;ne conditionne, on peut s'en convaincre facilement, celle de tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple concret : le mouvement tremblotant, si singulier et si facilement observable, ex&#233;cut&#233; par de petites particules suspendues dans un liquide d&#233;nomm&#233; mouvement brownien, est regard&#233; selon les th&#233;ories les plus r&#233;centes comme la cons&#233;quence des chocs des mol&#233;cules du liquide contre les particules. Or si l'on pouvait, sans faire une d&#233;pense appr&#233;ciable de travail, au moyen d'un dispositif extr&#234;mement d&#233;licat, arriver &#224; disposer et &#224; diriger s&#233;par&#233;ment chacune de ces particules de telle sorte que le mouvement brownien de d&#233;sordonn&#233; devint ordonn&#233;, on aurait, sans aucun doute, trouv&#233; le moyen de transformer sans compensation la chaleur du liquide en une force vive, appr&#233;ciable, par des moyens grossiers, donc utilisables, ce qui est en pleine contradiction avec le second principe. Admettre la possibilit&#233; d'un tel dispositif serait d&#233;tr&#244;ner le postulat de Carnot-Clausius de son rang de principe, en m&#234;me temps qu'on le rendrait d&#233;pendant des progr&#232;s de la technique exp&#233;rimentale. Pour lui conserver sa signification principielle, un seul moyen reste alors : c'est de formuler la notion d'irr&#233;versibilit&#233; de fa&#231;on &#224; la rendre ind&#233;pendante de toute consid&#233;ration anthropomorphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'irr&#233;versibilit&#233; se ram&#232;ne &#224; celle d'entropie, tout ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible &#233;tant li&#233; &#224; une augmentation d'entropie. Tout revient donc &#224; perfectionner la d&#233;finition de l'entropie. Conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition primitive de Clausius, l'entropie se mesure par l'interm&#233;diaire d'un certain cycle r&#233;versible. La faiblesse de cette d&#233;finition consiste pr&#233;cis&#233;ment dans le fait qu'il est absolument impossible de r&#233;aliser un ph&#233;nom&#232;ne rigoureusement r&#233;versible. On pourrait, &#224; la rigueur, objecter que dans le cas pr&#233;sent, il ne s'agit pas de processus r&#233;els ex&#233;cut&#233;s par un physicien r&#233;el mais seulement d'exp&#233;riences id&#233;ales, purement imaginaires pour ainsi dire, que seul pourrait ex&#233;cuter un physicien id&#233;al capable de mettre en &#339;uvre la m&#233;thode exp&#233;rimentale avec une exactitude rigoureusement parfaite. Mais nous retombons encore sur la m&#234;me difficult&#233; : quelle port&#233;e convient-il d'attribuer aux mesures id&#233;ales de ce physicien id&#233;al ? &#192; la rigueur, on peut comprendre, &#224; l'aide d'une sorte de passage &#224; la limite, qu'on puisse comprimer un gaz en exer&#231;ant sur lui une pression &#233;gale &#224; sa pression interne, ou encore qu'on &#233;l&#232;ve la temp&#233;rature de ce gaz en prenant de la chaleur &#224; une source ayant la m&#234;me temp&#233;rature que lui. Mais il semble d&#233;j&#224; bien plus difficile d'admettre qu'on puisse liqu&#233;fier r&#233;versiblement une vapeur satur&#233;e par compression isotherme sans que jamais la substance cesse d'&#234;tre homog&#232;ne, et c'est ce que l'on admet cependant dans certaines th&#233;ories de la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, c'est en chimie physique que la fantaisie accord&#233;e au physicien dans ses exp&#233;riences id&#233;ales semble &#234;tre pouss&#233;e le plus loin. &#192; l'aide de parois semi-perm&#233;ables (r&#233;alisables seulement dans certaines circonstances bien sp&#233;ciales et d'une mani&#232;re tout &#224; fait approximative), nous le voyons s&#233;parer r&#233;versiblement, non seulement les mol&#233;cules des esp&#232;ces les plus diverses, peu importe qu'elles soient dans un &#233;tat stable ou labile ; mais encore les ions poss&#233;dant des charges de signes contraires, sans se soucier des forces &#233;lectrostatiques &#233;normes qui s'opposeraient &#224; cette s&#233;paration, ni du fait qu'il y a des mol&#233;cules qui continuent &#224; se dissocier pendant que la s&#233;paration s'accomplit, tandis qu'une partie des ions se condense en mol&#233;cules neutres. Pourtant c'est &#224; des artifices de ce genre qu'il faut absolument avoir recours pour comparer l'entropie des mol&#233;cules non dissoci&#233;es &#224; celles des mol&#233;cules dissoci&#233;es, si l'on veut appliquer la d&#233;finition de Clausius. L'&#233;tonnant, dans ces conditions, c'est de voir les r&#233;sultats exp&#233;rimentaux, confirmer, malgr&#233; tout, de pareilles audaces th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si maintenant on examine les r&#233;sultats, on s'aper&#231;oit qu'ils ne d&#233;pendent en aucune mani&#232;re de la possibilit&#233; d'ex&#233;cution r&#233;elle des processus id&#233;aux, car ils ne sont en d&#233;finitive que des relations entre des grandeurs naturelles, comme la temp&#233;rature, la chaleur de r&#233;action, la concentration, etc. Aussi ne peut-on s'emp&#234;cher de conjecturer que l'admission, &#224; titre d'interm&#233;diaires, des processus id&#233;aux, n'a, ou fond, pas d'autre signification que celle d'un d&#233;tour pour r&#233;soudre un syst&#232;me d'&#233;quations. Le v&#233;ritable contenu du principe de l'augmentation de l'entropie avec toutes les cons&#233;quences qu'il entra&#238;ne peut donc &#234;tre d&#233;solidaris&#233; enti&#232;rement de la notion d'irr&#233;versibilit&#233; sous sa forme primitive, c'est-&#224;-dire de l'id&#233;e de l'impossibilit&#233; du &#171; perpetuum mobile &#187; de seconde esp&#232;ce, tout comme le principe de la conservation de l'&#233;nergie a pu &#234;tre d&#233;solidaris&#233; de l'id&#233;e de l'impossibilit&#233; du &#171; perpetuum mobile &#187; de premi&#232;re esp&#232;ce,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre scientifique de Ludwig Boltzmann a &#233;t&#233; consacr&#233;e tout enti&#232;re &#224; faire franchir &#224; la thermodynamique le pas d&#233;cisif qui devait lib&#233;rer le concept d'entropie de toute d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la technique exp&#233;rimentale, c'est pourquoi cette &#339;uvre a fait du postulat de Clausius un v&#233;ritable principe. Nous la r&#233;sumerons en disant qu'elle a consist&#233; d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; ramener le concept d'entropie &#224; celui de probabilit&#233;. Telle est la raison pour laquelle j'ai employ&#233; plus haut le mot de &#171; pr&#233;f&#233;rence &#187; en disant que la nature avait de la &#171; pr&#233;f&#233;rence &#187; pour un certain &#233;tat. La nature pr&#233;f&#232;re les &#233;tats les plus probables aux autres, moins probables, en ne r&#233;alisant que des transformations allant dans le sens d'une augmentation de la probabilit&#233;. Si la chaleur se propage d'un corps &#224; temp&#233;rature &#233;lev&#233;e vers un autre plus froid, c'est qu'un &#233;tat o&#249; la distribution de la temp&#233;rature est uniforme est un &#233;tat plus probable que celui o&#249; il y a des in&#233;galit&#233;s de temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie atomique, en introduisant les consid&#233;rations statistiques, permet, &#233;tant donn&#233; un &#233;tat pris par un syst&#232;me de corps, de calculer la valeur de la probabilit&#233; de cet &#233;tat. Quant aux actions que les atomes exercent les unes sur les autres, elles suivent les lois g&#233;n&#233;rales de la m&#233;canique et de l'&#233;lectrodynamique qui demeurent inchang&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se pla&#231;ant &#224; ce point de vue, le second principe cesse d'occuper une place &#224; part et la pr&#233;f&#233;rence qu'a la nature pour certains &#233;tats perd ce qu'elle avait de myst&#233;rieux ; le principe de l'augmentation de l'entropie devient une cons&#233;quence de l'introduction de l'atomistique en physique, en tant qu'il r&#233;sulte d'une application parfaitement l&#233;gitime du calcul des probabilit&#233;s &#224; cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe cependant de ne pas se le dissimuler, ce nouveau progr&#232;s dans l'unification de nos conceptions de l'univers a d&#251; &#234;tre pay&#233; de quelques sacrifices. Le principal est la renonciation &#224; r&#233;pondre &#224; toutes les questions portant sur le d&#233;tail des ph&#233;nom&#232;nes physiques, cette renonciation est inh&#233;rente &#224; l'adoption du point de vue statistique en vertu de quoi on ne parle, en effet, plus que de valeurs moyennes et on ne dit plus rien de chacun des &#233;l&#233;ments pris &#224; part, dont se compose cette moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de liens causals de deux sortes diff&#233;rentes pour rendre compte des ph&#233;nom&#232;nes physiques nous semble &#234;tre un autre inconv&#233;nient s&#233;rieux ; car, d'une part, nous avons une n&#233;cessit&#233; rigoureuse et de l'autre une simple probabilit&#233;. Si un liquide pesant au repos tend &#224; avoir le plus bas niveau possible, cela est n&#233;cessaire, d'apr&#232;s le principe de la conservation de l'&#233;nergie, car un corps ne peut se mettre en mouvement que si son &#233;nergie cin&#233;tique augmente, donc si son &#233;nergie potentielle diminue, c'est-&#224;-dire si son centre de gravit&#233; s'abaisse. Par contre, si un corps chaud c&#232;de de la chaleur &#224; un corps plus froid, il ne s'agit l&#224; que d'une &#233;norme probabilit&#233; et non pas d'une n&#233;cessit&#233; absolue. On peut en effet parfaitement concevoir un arrangement sp&#233;cial des atomes ayant des vitesses telles qu'il s'en suivrait exactement le contraire. D'ailleurs Boltzmann tire de ses th&#233;ories la conclusion que des ph&#233;nom&#232;nes &#233;tranges tout &#224; fait contraires au second principe de la thermodynamique peuvent parfaitement se produire et il leur assigne une place dans son syst&#232;me de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; mon avis, il n'y a pas lieu de le suivre sur ce point. Un univers o&#249; se passeraient des choses aussi &#233;tranges que le reflux de la chaleur d'un corps froid vers un corps plus chaud ou la d&#233;mixtion spontan&#233;e de deux gaz ayant diffus&#233; l'un dans l'autre, ne serait plus notre univers. Tant que nous aurons affaire &#224; ce dernier, il convient de ne pas admettre ces processus &#233;tranges et de rechercher au contraire quel est l'&#233;tat de choses tr&#232;s g&#233;n&#233;ral qui s'oppose &#224; des r&#233;alisations de ce genre dans la nature. Cette condition g&#233;n&#233;rale, Boltzmann, lui-m&#234;me, l'a formul&#233;e, en ce qui concerne la th&#233;orie des gaz, en posant son hypoth&#232;se du &#171; d&#233;sordre &#233;l&#233;mentaire &#187;. Cette hypoth&#232;se revient, en somme, &#224; admettre que les &#233;l&#233;ments sur lesquels op&#232;re la statistique agissent tout &#224; fait ind&#233;pendamment les uns des autres. Cette condition, une fois introduite, la n&#233;cessit&#233; se trouve r&#233;tablie dans le cours des choses ; car il suffit alors d'appliquer les r&#232;gles du calcul des probabilit&#233;s pour en d&#233;duire la loi de l'augmentation de l'entropie comme une cons&#233;quence directe. On peut donc dire que le second principe de la thermodynamique est essentiellement le principe du &#171; d&#233;sordre &#233;l&#233;mentaire &#187;. Sous cette forme il est tout aussi impossible &#224; ce principe de mener &#224; une contradiction que cela est impossible au calcul des probabilit&#233;s dont il a &#233;t&#233; d&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est maintenant la relation qui existe entre la probabilit&#233; d'un syst&#232;me et son entropie ? On peut la d&#233;duire de la simple remarque que la probabilit&#233; de deux syst&#232;mes ind&#233;pendants est &#233;gale au produit des probabilit&#233;s de chacun des syst&#232;mes composants (W = W1W2) ; tandis que l'entropie totale est &#233;gale &#224; la somme des entropies partielles. L'entropie est donc proportionnelle au logarithme de la probabilit&#233; (S = k ln W).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce th&#233;or&#232;me va nous fournir une m&#233;thode pour calculer l'entropie dont la port&#233;e d&#233;passe de loin celle des anciens artifices de la thermodynamique. La nouvelle d&#233;finition de l'entropie peut, notamment, s'&#233;tendre &#224; n'importe quel &#233;tat dynamique et non pas aux seuls &#233;tats d'&#233;quilibre, habituellement &#233;tudi&#233;s par la thermodynamique. De plus, pour calculer la valeur de l'entropie, il n'est plus n&#233;cessaire de consid&#233;rer, comme le faisait Clausius, un syst&#232;me qui parcourt un cycle ferm&#233;, cycle dont la possibilit&#233; de r&#233;alisation para&#238;t toujours plus ou moins douteuse. Enfin, comme cons&#233;quence de cette ind&#233;pendance de tout artifice, la nouvelle d&#233;finition se trouve &#234;tre purg&#233;e de tout anthropomorphisme ; c'est pourquoi elle est susceptible de donner un fondement r&#233;el au second principe de la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous la voyons se montrer f&#233;conde, non seulement dans la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz, mais encore dans celle de la chaleur rayonnante ; dans tous ces domaines elle a permis la d&#233;duction de lois qui ont &#233;t&#233; v&#233;rifi&#233;es par l'exp&#233;rience. Tout corps qui rayonne de la chaleur en perd ; son entropie diminue donc et ceci suffit &#224; prouver que la chaleur rayonnante a aussi une entropie. En effet, l'entropie d'un syst&#232;me ne peut que cro&#238;tre, il faut donc qu'au moins une partie de l'entropie soit contenue dans la chaleur rayonnante, aussi un rayon monochromatique a-t-il une temp&#233;rature d&#233;termin&#233;e qui ne d&#233;pend que de son intensit&#233; ; cette temp&#233;rature est celle du corps noir qui &#233;met des rayons de la m&#234;me intensit&#233;. La principale diff&#233;rence entre le cas de la chaleur rayonnante et celui de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz est que les &#233;l&#233;ments dont le d&#233;sordre entra&#238;ne l'existence d'une entropie ne sont plus ici des atomes, mais les vibrations partielles en nombre extraordinairement &#233;lev&#233; dont se compose, il ne faut pas l'oublier, toute &#233;mission de lumi&#232;re, m&#234;me la plus homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il y a un fait particuli&#232;rement remarquable, en ce qui concerne le rayonnement thermique : c'est que les constantes qui y figurent sont des constantes universelles comme la constante de la gravitation, car elles n'ont aucune relation avec un corps particulier, quel qu'il soit. &#192; l'aide de ces constantes, on pourrait donc d&#233;terminer des unit&#233;s de longueur, de masse, de temps et de temp&#233;rature n&#233;cessairement valables pour tous les temps et pour toutes les civilisations, m&#234;me extra-terrestres, bien plus, m&#234;me extra-humaines, ce qui n'est aucunement le cas des unit&#233;s de notre syst&#232;me de mesures actuel. Le centim&#232;tre, par exemple, est en rapport avec la circonf&#233;rence actuelle de la terre ; la seconde, avec la dur&#233;e actuelle de la r&#233;volution terrestre ; le gramme, avec l'eau qui est le corps le plus r&#233;pandu &#224; la surface de la terre ; la temp&#233;rature, par les points fixes de l'&#233;chelle thermom&#233;trique, est en relation avec les changements d'&#233;tat de cette m&#234;me eau. Au contraire les constantes en question sont telles que les habitants de Mars et m&#234;me tout &#234;tre intelligent, doit fatalement les rencontrer au cours de ses calculs, s'ils ne les &#224; pas d&#233;j&#224; trouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ajouterai qu'une derni&#232;re remarque, extr&#234;mement importante, il est vrai ; cette remarque se rattache &#224; la liaison qui a &#233;t&#233; &#233;tablie entre les notions d'entropie et celle de probabilit&#233;. Nous avons cit&#233; plus haut le th&#233;or&#232;me d'apr&#232;s lequel la probabilit&#233; du syst&#232;me r&#233;sultant de la r&#233;union de deux syst&#232;mes est le produit de la probabilit&#233; de chacun des deux syst&#232;mes composants ; or ce th&#233;or&#232;me ne s'applique que dans le cas de deux syst&#232;mes ind&#233;pendants, cette ind&#233;pendance &#233;tant prise dans le sens o&#249; l'on entend ce terme dans le calcul des probabilit&#233;s. S'il n'en est pas ainsi, la probabilit&#233; r&#233;sultante ne sera plus &#233;gale au produit des probabilit&#233;s partielles. Il est donc plausible qu'il y ait des cas o&#249; l'entropie totale d'un syst&#232;me ne soit pas &#233;gale &#224; la somme des entropies propres aux diff&#233;rentes parties de ce syst&#232;me et, effectivement, Max Laue a prouv&#233; qu'on pouvait trouver dans la nature des exemples de ph&#233;nom&#232;nes o&#249; il en &#233;tait bien ainsi. Deux rayons lumineux totalement ou partiellement coh&#233;rents (c'est-&#224;-dire deux rayons qui proviennent de la m&#234;me source) ne sont pas ind&#233;pendants l'un de l'autre, au point de vue du calcul des probabilit&#233;s, car les vibrations &#233;l&#233;mentaires dont se composent chaque rayon sont d&#233;termin&#233;es au moins partiellement par celles de l'autre. Il est donc possible d'imaginer un dispositif optique assez simple permettant &#224; deux rayons coh&#233;rents de temp&#233;ratures quelconques de se convertir en deux autres pr&#233;sentant une plus grande diff&#233;rence de temp&#233;rature. Le vieux principe de Clausius qui veut que la chaleur ne puisse pas passer sans compensation d'un corps froid dans un corps plus chaud ne s'applique donc pas aux rayons thermiques coh&#233;rents. Cependant, m&#234;me dans ce cas, le principe de l'augmentation de l'entropie conserve sa valeur, si l'on tient compte de ce que l'entropie du rayonnement total n'est pas &#233;gale &#224; la somme des entropies de chaque rayon composant, mais est plus petite que cette somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; plus haut de la transformation du mouvement brownien en travail utilisable soul&#232;ve une remarque fout &#224; fait analogue. Un dispositif qui aurait pour effet de diriger et de mettre en ordre le mouvement des particules, qu'il soit r&#233;alisable techniquement ou non, devrait, en effet, n&#233;cessairement poss&#233;der une certaine coh&#233;rence avec le mouvement particulaire lui-m&#234;me, ceci &#233;tant admis, il ne serait nullement contradictoire avec le second principe de la thermodynamique d'admettre que ce dispositif en fonctionnant puisse produire du travail utilisable. Pour lever la contradiction apparente, il suffirait d'observer qu'on ne doit pas additionner l'entropie propre au dispositif et celle qui est propre au mouvement brownien. On voit par l&#224; suffisamment combien il faut &#234;tre prudent dans le calcul de l'entropie d'un syst&#232;me compos&#233; &#224; partir de l'entropie des syst&#232;mes composants. Si l'on veut raisonner d'une mani&#232;re rigoureuse, il faut prendre s&#233;par&#233;ment chacun des sous-syst&#232;mes et se demander tout d'abord s'il n'existe pas quelque part ailleurs, dans le syst&#232;me total, un autre sous-syst&#232;me qui soit coh&#233;rent avec le premier. S'il en &#233;tait ainsi les deux sous-syst&#232;mes coh&#233;rents pourraient bien par leur interaction mutuelle produire des effets tout &#224; fait inattendus, contradictoires en apparence avec le second principe. Si les deux sous-syst&#232;mes coh&#233;rents n'exer&#231;aient aucune action l'un sur l'autre, on ne commettrait pas d'erreur appr&#233;ciable en ne tenant pas compte de leur coh&#233;rence dans le calcul du comportement du syst&#232;me total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces consid&#233;rations sur la coh&#233;rence un peu bizarres, je l'avoue, ne vous font-elles pas penser, par un rapprochement involontaire, aux interactions mutuelles, si myst&#233;rieuses, qui r&#232;glent la vie psychique, ces interactions restent la plupart du temps cach&#233;es et elles peuvent &#234;tre ignor&#233;es sans inconv&#233;nient, ce qui ne les emp&#234;che pas, quand les circonstances s'y pr&#234;tent, d'entra&#238;ner toute une suite de cons&#233;quences qu'on n'aurait pu soup&#231;onner au premier abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il nous &#233;tait loisible de nous abandonner ici &#224; notre fantaisie, nous pourrions imaginer, s&#233;par&#233;s de nous par des distances dont la grandeur &#233;chappe &#224; nos mesures, d'autres corps en &#233;tat de coh&#233;rence avec ceux du monde corporel qui nous entoure. Tant que cette s&#233;paration se prolongera, tout se passera normalement, mais si un jour venait o&#249; il y aurait possibilit&#233;s d'action mutuelle des deux mondes l'un sur l'autre, il en r&#233;sulterait in&#233;vitablement des exceptions apparentes au second principe de la thermodynamique. Cette hypoth&#232;se &#233;carte de notre monde la menace de la mort par cong&#233;lation, qui lui est r&#233;serv&#233;e, au dire de nombreux physiciens et philosophes. Et du m&#234;me coup le principe de Carnot-Clausius perdrait le caract&#232;re antipathique que l'on lui reconna&#238;t assez habituellement, sans qu'on soit oblig&#233; pour cela de mettre en doute sa validit&#233; g&#233;n&#233;rale. Mais &#224; quoi bon aller chercher si loin quand, un simple regard jet&#233; sur l'extension ind&#233;finie du monde tel qu'il s'offre &#224; nos observations suffit &#224; nous rassurer, sans avoir recours &#224; ces hypoth&#232;ses quelque peu artificielles, nous pouvons donc tranquillement nous tourner vers d'autres probl&#232;mes plus urgents qui attendent de nous que nous les r&#233;solvions. &lt;br class='autobr' /&gt;
IV &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai essay&#233; d'esquisser quelques-uns des traits caract&#233;ristiques fondamentaux de l'id&#233;e que le physicien futur se fera sans doute de l'univers. Tournons maintenant nos regards vers le pass&#233; et consid&#233;rons l'&#233;volution des syst&#232;mes de l'univers au fur et &#224; mesure que la science progressait. Si nous nous rappelons les caract&#232;res principaux de cette &#233;volution tels que nous les avons d&#233;crits tout &#224; l'heure nous devons bien convenir que l'image future compar&#233;e &#224; la magnificence et &#224; la richesse de couleurs de l'image pass&#233;e risque de para&#238;tre bien terne et bien froide. L'ancienne image refl&#233;tait en effet la diversit&#233; des besoins humains et tous les genres de sensations sp&#233;cifiques y avaient apport&#233; leur contribution. L'image moderne au contraire a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;e de tout caract&#232;re d'&#233;vidence imm&#233;diatement tangible et c'est l&#224; un grave inconv&#233;nient quand on en vient &#224; l'&#233;preuve de la confrontation avec la r&#233;alit&#233;. En outre, autre circonstance aggravante, il est absolument impossible de se passer compl&#232;tement de sensations, car on ne saurait couper compl&#232;tement toute communication avec la source indiscutable de toutes nos connaissances et il ne peut davantage &#234;tre question d'une connaissance directe de l'absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle particularit&#233; remarquable a donc conf&#233;r&#233; &#224; la conception de l'univers de la physique moderne une sup&#233;riorit&#233; si d&#233;cisive qu'elle a supplant&#233; tous les syst&#232;mes ant&#233;rieurs, malgr&#233; ses inconv&#233;nients &#233;vidents ? Si nous y r&#233;fl&#233;chissons nous ne trouvons rien d'autre que le caract&#232;re d'unit&#233; de cette conception. Cette unit&#233; fait rentrer tous les d&#233;tails dans une vaste synth&#232;se, elle s'&#233;tend &#224; tous les lieux, elle vaut pour tous les savants, pour toutes les nations, pour toutes les civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; y regarder de pr&#233;s, l'ancienne physique ressemblait davantage &#224; une collection qu'&#224; un portrait unique, chaque classe de ph&#233;nom&#232;nes naturels y avait sa repr&#233;sentation &#224; part et il n'y avait pas de solidarit&#233; v&#233;ritable entre ces diverses repr&#233;sentations. La disparition de l'une d'entre elles n'e&#251;t pas affect&#233; sensiblement les autres. Or ceci ne serait pas du tout possible dans le cas de la physique actuelle. Pour elle, aucun fait particulier ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme n&#233;gligeable, chaque d&#233;tail joue son r&#244;le bien d&#233;termin&#233; et a son importance pour la description de la nature observable. Inversement tout ph&#233;nom&#232;ne observable doit trouver la place qui lui convient exactement dans l'ensemble. La description physique, nous tenons &#224; le faire remarquer, est en cela tr&#232;s diff&#233;rente d'un portrait ordinaire qui n'a jamais la pr&#233;tention de reproduire d'une mani&#232;re absolument exacte tous les traits de l'original. On trouve, il est vrai, dans les trait&#233;s de physique, m&#234;me les plus r&#233;cents, des remarques comme celle-ci : la th&#233;orie des &#233;lectrons tout comme la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz, ne donne qu'une image approch&#233;e de la r&#233;alit&#233;. C'est vrai, mais ce serait se m&#233;prendre gravement que de s'imaginer que cela veut dire qu'on ne puisse pas exiger que toutes les cons&#233;quences de la th&#233;orie soient conformes aux r&#233;sultats de l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, au milieu du si&#232;cle dernier, Rudolph Clausius eut tir&#233; des principes fondamentaux de la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz la conclusion que les mol&#233;cules des gaz poss&#232;dent, d&#232;s la temp&#233;rature ordinaire, des vitesses qui doivent se chiffrer par centaines de m&#232;tres &#224; la seconde, on ne manqua pas de lui objecter que deux gaz diffusent avec une extr&#234;me lenteur l'un dans l'autre et que, dans l'int&#233;rieur d'un m&#234;me gaz, l'&#233;galisation des diff&#233;rences de temp&#233;ratures locales n'a lieu que tr&#232;s lentement. Se contenta-t-il alors, pour justifier son hypoth&#232;se, de faire remarquer qu'elle n'&#233;tait qu'une image approch&#233;e de la r&#233;alit&#233; et qu'il ne fallait pas se montrer trop rigoureux ? Bien loin de l&#224;, il montra, en faisant le calcul de la trajectoire libre moyenne, que son hypoth&#232;se rendait bien compte des faits, m&#234;me en ce qui concerne les ph&#233;nom&#232;nes qu'on lui opposait. Il savait, en effet, mieux que personne, qu'une seule contradiction d&#233;finitivement constat&#233;e entre les faits et sa th&#233;orie, aurait suffit &#224; la faire d&#233;choir du rang qu'elle occupait en physique, et ceci demeure toujours vrai, m&#234;me &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement parce que la pr&#233;tention de la physique moderne de donner une id&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'univers, s'est trouv&#233;e justifi&#233;e qu'elle &#224; conquis l'assentiment de tous et qu'elle s'est plac&#233;e au-dessus de l'appr&#233;ciation plus ou moins bienveillante des savants quelle qu'en soit la nationalit&#233; et quelle que soit l'&#233;poque o&#249; ils vivent. Elle se situe m&#234;me au-dessus de l'humanit&#233; tout enti&#232;re. On pourra trouver au premier abord mon affirmation bien os&#233;e ; on sera m&#234;me tent&#233; de la tenir pour absurde. Qu'on se souvienne cependant de ce que nous avons dit plus haut au sujet de la physique des habitants de Mars et l'on devra tout au moins convenir que notre g&#233;n&#233;ralisation ne d&#233;passe aucunement en port&#233;e celles qui sont courantes en physique. Il n'est pas rare, en effet, qu'on y aboutisse &#224; des conclusions qui ne sauraient jamais &#234;tre v&#233;rifi&#233;es par aucun observateur humain. Pourtant quiconque pr&#233;tendrait, pour cela, contester la l&#233;gitimit&#233; de ces conclusions, renoncerait par l&#224; m&#234;me &#224; penser en physicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne trouverait pas un physicien &#224; douter qu'il soit l&#233;gitime d'affirmer qu'un &#234;tre dou&#233; d'intelligence et poss&#233;dant un organe sensible aux rayons ultra-violets, assimilerait compl&#232;tement ces rayons aux rayons visibles, bien que personne n'ait jamais vu un rayon ultra-violet, ni un &#234;tre susceptible de les percevoir. Il n'y a pas de chimiste &#224; douter que l'on doive attribuer au sodium existant dans le soleil les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s chimiques qu'au sodium terrestre, bien qu'il n'ait aucun espoir de pouvoir jamais remplir une &#233;prouvette avec du sodium solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; donc amen&#233;s &#224; r&#233;pondre &#224; la question que nous nous posions &#224; la fin du premier paragraphe de cette conf&#233;rence : la conception de l'univers selon la physique n'est-elle qu'une cr&#233;ation arbitraire de notre esprit ou bien devons-nous affirmer, au contraire, qu'il y a des ph&#233;nom&#232;nes naturels tout &#224; fait ind&#233;pendants de nous ? Ou bien, pour parler d'une fa&#231;on plus concr&#232;te, est-il raisonnable d'affirmer que le principe de la conservation de l'&#233;nergie &#233;tait d&#233;j&#224; valable dans la nature avant qu'il y e&#251;t des hommes qui pussent y songer ? Doit-on dire que les astres ob&#233;iront toujours &#224; la loi de la gravitation, m&#234;me quand la terre et tous ses habitants auront &#233;t&#233; r&#233;duits en miettes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout ce que je viens de dire on comprendra ais&#233;ment que je r&#233;ponde affirmativement ; mais je ne me le dissimule pas, ma r&#233;ponse va, dans une certaine mesure, &#224; l'encontre de certains courants d'opinion philosophiques auxquels l'autorit&#233; d'Ernest Mach a donn&#233; beaucoup de prestige, pr&#233;cis&#233;ment dans les milieux scientifiques. Suivant cette opinion, il n'existe pas d'autre r&#233;alit&#233; que nos propres sensations et toutes les sciences positives ne sont, en derni&#232;re analyse, qu'un essai d'adaptation de nos pens&#233;es &#224; nos sensations : adaptation faite d'un point de vue purement &#233;conomique, sous la pression de la lutte pour la vie. Il en r&#233;sulte que la ligne de d&#233;marcation entre les sciences physiques et la psychologie n'aurait qu'une valeur pratique et toute conventionnelle ; les seuls v&#233;ritables &#233;l&#233;ments de l'univers n'&#233;tant, en d&#233;finitive, que des sensations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons un instant qu'il en soit bien ainsi et r&#233;f&#233;rons-nous &#224; ce que nous a appris le coup d'&#339;il circulaire que nous venons de jeter sur l'&#233;volution de la physique, nous ne pourrons alors &#233;chapper &#224; la singuli&#232;re conclusion que la principale caract&#233;ristique de cette &#233;volution a &#233;t&#233; d'&#233;liminer de plus en plus compl&#232;tement de la physique les &#233;l&#233;ments dont se compose v&#233;ritablement l'univers. Pour &#234;tre cons&#233;quent avec lui-m&#234;me, il aurait fallu en effet que chaque physicien e&#251;t pris le plus grand soin de mettre &#224; part sa propre conception de l'univers comme quelque chose d'absolument singulier et de totalement diff&#233;rent de toutes les autres conceptions. S'il arrivait que deux coll&#232;gues de notre physicien, ayant entrepris ind&#233;pendamment l'un de l'autre la m&#234;me exp&#233;rience, aboutissent &#224; des conclusions tout &#224; fait oppos&#233;es (cela s'est vu quelquefois), il y aurait de sa part faute de logique, &#224; pr&#233;tendre que l'un des deux, au moins doit se tromper, car la divergence des conclusions peut tr&#232;s bien provenir de la diversit&#233; des repr&#233;sentations du monde, propres &#224; chacun d'eux. Or, je vous le demande, y eut-il jamais physicien &#224; se laisser aller &#224; raisonner de si &#233;trange fa&#231;on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je conc&#232;de, tr&#232;s volontiers qu'une &#233;norme improbabilit&#233; ne diff&#232;re pratiquement pas d'une impossibilit&#233; principielle ; mais je n'en maintiens que plus fermement, contre des attaques venant d'ailleurs toujours du m&#234;me parti, que la th&#233;orie &#233;lectronique et l'hypoth&#232;se atomique sont toutes deux justifi&#233;es et qu'elles ne p&#234;chent pas par la base. Allant plus loin, je dirai m&#234;me, et je ne suis pas le seul, que les atomes si peu que nous connaissons de leurs propri&#233;t&#233;s ne sont, ni plus ni moins r&#233;els que les objets terrestres qui nous entourent. Quand je dis qu'un atome p&#232;se 1,6 &#215; 10&#8722;22 grammes, cette phrase ne contient pas une connaissance d'un ordre inf&#233;rieur &#224; celle qui est contenue dans cette autre : la lune p&#232;se 7 &#215; 1025 grammes. S'il est &#233;vident en effet que je ne puis mettre un atome d'hydrog&#232;ne sur le plateau d'une balance pas plus que je ne puis le voir, est-ce que je puis davantage y poser la lune ? Quant &#224; la visibilit&#233;, on sait qu'il existe des astres invisibles dont on a pu cependant d&#233;terminer le poids avec plus ou moins d'exactitude. La masse de Neptune, il ne faut pas l'oublier a &#233;t&#233; mesur&#233;e avant qu'aucun astronome n'ait aper&#231;u la plan&#232;te dans sa lunette. Il n'y a pas de m&#233;thode de mesure en physique qui ne comporte une part de connaissance d'ordre inductif. Le moindre coup d'&#339;il jet&#233; sur un laboratoire de pr&#233;cision suffirait en effet &#224; mettre en &#233;vidence la somme de lois exp&#233;rimentales et de raisonnements qui est pr&#233;suppos&#233;e &#224; toute mesure, m&#234;me la plus simple en apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant nous avons encore &#224; nous demander pourquoi la th&#233;orie de la connaissance de Mach a obtenu tant de succ&#232;s dans le monde scientifique. Si je ne m'abuse, c'est parce que elle est au fond une sorte de r&#233;action cons&#233;cutive &#224; la d&#233;ception des vastes esp&#233;rances con&#231;ues par la g&#233;n&#233;ration qui nous a pr&#233;c&#233;d&#233;s apr&#232;s la d&#233;couverte du principe de la conservation de l'&#233;nergie. On peut trouver ces espoirs sous une forme particuli&#232;rement explicite, dans les ouvrages de du Bois-Reymond, entre autres. En parlant d'espoirs d&#233;&#231;us, je ne veux d'ailleurs pas dire qu'ils n'aient &#233;t&#233; suivis d'aucune r&#233;alisation durable, la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz est un exemple du contraire ; je pr&#233;tends seulement que l'avenir a montr&#233; qu'ils &#233;taient exag&#233;r&#233;s, car la physique par l&#224; m&#234;me qu'elle a fait appel &#224; la statistique a renonc&#233; &#224; &#233;difier une m&#233;canique compl&#232;te des atomes. Le positivisme de Mach n'est que le contrecoup sur la philosophie de la d&#233;sillusion qui devait n&#233;cessairement succ&#233;der &#224; la p&#233;riode d'enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit, certes, lui attribuer pleinement le m&#233;rite d'avoir montr&#233; dans la perception sensible le seul moyen d'&#233;chapper &#224; l'envahissement du scepticisme. Mais il a d&#233;pass&#233; la mesure, car en rabaissant les pr&#233;tentions du m&#233;canisme, il a d&#233;grad&#233; en m&#234;me temps l'id&#233;e que la physique doit se faire de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout convaincu que je sois de ce que le syst&#232;me de Mach, avec toutes les cons&#233;quences qu'il comporte logiquement, ne renferme aucune contradiction interne, je n'en suis pas moins persuad&#233; qu'il n'a au fond qu'une signification purement formelle. Il est incapable de p&#233;n&#233;trer jusqu'&#224; l'essence de la science et cela parce qu'il ne tend pas vers ce qui est le but de toute recherche scientifique, je veux dire vers la construction d'un syst&#232;me descriptif de l'univers qui soit rigoureusement stable, ind&#233;pendant des mutations affectant les g&#233;n&#233;rations et les peuples. Le principe de continuit&#233; de Mach ne saurait suppl&#233;er &#224; ce qui manque &#224; son syst&#232;me &#224; cet &#233;gard, car la continuit&#233; n'est pas la constance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conception stable de l'univers tel est le but dont toute science v&#233;ritable, j'ai t&#226;ch&#233; de le d&#233;montrer plus haut, doit tenter de se rapprocher au cours de ses p&#233;r&#233;grinations. Il est donc tout &#224; fait l&#233;gitime d'affirmer, d&#232;s maintenant, que notre conception actuelle de l'univers, bien qu'elle rev&#234;te encore les nuances les plus vari&#233;es suivant l'individualit&#233; des savants, renferme cependant certains traits d&#233;finitifs qui ne seront jamais d&#233;truits par aucune r&#233;volution, ni dans la nature, ni dans l'esprit humain. Ce noyau absolument immuable et ind&#233;pendant de toute individualit&#233;, que ce soit celle de l'homme ou celle de tout autre &#234;tre intelligent, est-ce que nous nommons le r&#233;el. En ce sens, y a-t-il aujourd'hui un physicien qui doute s&#233;rieusement de la r&#233;alit&#233; du principe de la conservation de l'&#233;nergie ? Ne serait-ce pas, au contraire, la reconnaissance de la r&#233;alit&#233; de ce principe qui serait la condition sine qua non de la validit&#233; de tout jugement dans l'ordre scientifique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, s'il s'agissait de savoir jusqu'&#224; quel point on doit se tenir pour assur&#233; que nos conceptions actuelles cadrent bien, au mains en gros, avec l'id&#233;e que la physique future se fera de l'univers, je ne saurais donner aucune r&#233;ponse g&#233;n&#233;rale pr&#233;cise. La plus grande prudence est ici de mise, mais une telle question n'est pour nous que secondaire, ce qui importe, c'est d'avoir montr&#233;, qu'il y a un but permanent dont nous nous rapprochons bien que nous ne puissions jamais l'atteindre compl&#232;tement. Ce but, ce n'est pas d'&#233;tablir une coordination parfaite entre nos pens&#233;es et nos sensations, c'est d'&#233;liminer de nos id&#233;es sur l'univers tout ce qui est propre &#224; l'individualit&#233; de l'esprit qui les con&#231;oit. En disant ceci, remarquons-le, nous ne faisons que r&#233;p&#233;ter, en le pr&#233;cisant, ce que nous avons expos&#233; plus haut au sujet de l'&#233;mancipation de la science de tous ses &#233;l&#233;ments anthropomorphiques. Cette pr&#233;cision &#233;tait n&#233;cessaire pour &#233;viter tout malentendu ; car il ne faudrait pas comprendre que l'on doive radicalement s&#233;parer la repr&#233;sentation du monde, de l'esprit qui con&#231;oit cette repr&#233;sentation : rien ne serait plus insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, nous ajouterons encore un argument susceptible de faire plus d'impression que toutes les consid&#233;rations objectives pr&#233;c&#233;dentes, sur ceux qui s'obstinent &#224; regarder le point de vue &#233;conomique humain comme le plus important. Lorsque les grands g&#233;nies des sciences exactes lanc&#232;rent leurs id&#233;es &#224; travers le monde savant, lorsque Nicolas Copernic, par exemple, enleva &#224; la terre son r&#244;le-de centre du monde, lorsque Jean Kepler formula les lois qui portent son nom, lorsque Isaac Newton d&#233;couvrit la loi de la gravitation universelle, lorsque son illustre compatriote Christian Huyghens &#233;mit l'hypoth&#232;se de la nature ondulatoire de la lumi&#232;re, lorsque Michel Faraday posa les fondements de l'&#233;lectrodynamique, et je pourrais allonger encore cette liste, les pr&#233;occupations &#233;conomiques furent certainement au dernier rang des motifs qui entra&#238;n&#232;rent ces hommes &#224; soutenir de rudes combats contre les id&#233;es traditionnelles et les autorit&#233;s de leurs temps. Ce qui les encourageait, c'&#233;tait une foi in&#233;branlable &#224; la conformit&#233; de leurs conceptions de l'univers avec la r&#233;alit&#233;, et cette foi reposait sur des bases esth&#233;tiques ou religieuses. Ce fait est de ceux qu'on ne peut pas contester et, en s'appuyant sur lui, on peut pr&#233;voir que si le principe d'&#233;conomie de Mach devenait r&#233;ellement le fondement de toute th&#233;orie de la connaissance, tous les pionniers g&#233;niaux qui sont encore &#224; na&#238;tre, n'y trouveraient qu'une entrave &#224; leur pens&#233;e. Les ailes de leur fantaisie se trouveraient coup&#233;es et, en fin de compte, le progr&#232;s de la science serait compromis d'une fa&#231;on d&#233;sastreuse. Dans ces conditions, ne serait-il pas plus &#171; &#233;conomique &#187; de ne faire au principe d'&#233;conomie qu'une place un peu plus modeste ? D'ailleurs, comme il ressort de la fa&#231;on dont j'ai pos&#233; ma question, je suis, bien entendu, tr&#232;s loin de penser qu'il faille proscrire ou m&#234;me n&#233;gliger toute consid&#233;ration bas&#233;e sur l'&#233;conomie, celle-ci &#233;tant prise dans son sens le plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : les grands savants dont je citais les noms tout &#224; l'heure, ne parlaient pas du tout de leur conception de l'univers, mais uniquement de la nature de l'univers lui-m&#234;me. Y a-t-il une diff&#233;rence d&#233;celable entre &#171; leur monde &#187; et notre image du monde selon la physique future ? Nullement. Depuis Emmanuel Kant, c'est, en effet, un lieu commun pour tout esprit pensant qu'il n'existe pas de m&#233;thode pour se rendre compte s'il y a o&#249; non des diff&#233;rences de ce genre. Si nous avons employ&#233; l'expression compos&#233;e &#171; image de l'univers &#187;, c'est qu'elle est devenue usuelle et qu'elle est de nature &#224; mettre en garde contre certaines illusions. Cependant, pourvu que nous prenions les pr&#233;cautions n&#233;cessaires, c'est-&#224;-dire que nous ne mettions derri&#232;re le mot &#171; monde &#187; rien d'autre que cette image id&#233;ale vers laquelle tend l'avenir, nous pouvons sans inconv&#233;nient nous contenter de ce simple mot, nous aurons ainsi l'avantage de nous exprimer d'une fa&#231;on plus r&#233;aliste, pr&#233;sentant, m&#234;me au point de vue &#233;conomique, une sup&#233;riorit&#233; &#233;vidente sur le positivisme de Mach, avec toute sa complication et la difficult&#233; qu'il y a d'y conformer jusqu'au bout la pens&#233;e. Notre fa&#231;on de parler sera d'ailleurs celle de tous les physiciens quand ils emploient la langue de leur science.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre le dualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le marxisme et la d&#233;fense du mat&#233;rialisme</title>
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		<dc:date>2024-09-05T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux sources des philosophies mat&#233;rialistes &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme (en philosophie) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle : Diderot, La Mettrie, Helv&#233;tius, D'Holbach, d'Alembert, Maupertuis, Emilie du Ch&#226;telet &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous vous dites mat&#233;rialistes et pourtant vous &#234;tes pour la dialectique de l'id&#233;aliste Hegel &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#233;tait le mat&#233;rialisme en philosophie et qu'est-il aujourd'hui ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#226;rv&#226;ka, l'anc&#234;tre du mat&#233;rialisme, est Indien ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5488&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2853&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aux sources des philosophies mat&#233;rialistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme (en philosophie) ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5387&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle : Diderot, La Mettrie, Helv&#233;tius, D'Holbach, d'Alembert, Maupertuis, Emilie du Ch&#226;telet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4184&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous vous dites mat&#233;rialistes et pourtant vous &#234;tes pour la dialectique de l'id&#233;aliste Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'&#233;tait le mat&#233;rialisme en philosophie et qu'est-il aujourd'hui ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4145&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ch&#226;rv&#226;ka, l'anc&#234;tre du mat&#233;rialisme, est Indien !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La bourgeoisie et la philosophie mat&#233;rialiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4844&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pl&#233;khanov : la conception mat&#233;rialiste de l'Histoire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4163&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philosophie de la mati&#232;re ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1391&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettres de Marx sur le mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gheorgi Plekhanov (1907) Les questions fondamentales du marxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un seul monde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=dualisme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Monisme mat&#233;rialiste contre dualismes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4427&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'objectivit&#233; de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/03/vil19220312.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La port&#233;e du mat&#233;rialisme militant, L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900i.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme, L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxist.com/materialism-and-and-empirio-criticism-introduction-by-alan-woods.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marxisme et empiriocriticsme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma5.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky et la d&#233;fense du marxisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1921/materialisme.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/special/library/fondations-us/19.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La d&#233;fense par Trotsky du mat&#233;rialisme dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6393</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Plekhanov &lt;br class='autobr' /&gt;
La conception mat&#233;rialiste de l'histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
(1891) &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut avouer que c'est avec beaucoup de pr&#233;jug&#233;s que nous avons repris le livre de ce professeur romain. Nous avions &#233;t&#233; assez effray&#233;s par certains ouvrages de certains de ses compatriotes &#8211; A. Loria, par exemple (voir notamment La teoria economica della constituzione politica ). Mais une lecture des toutes premi&#232;res pages suffisait &#224; nous convaincre que nous nous &#233;tions tromp&#233;s, et qu'Achille Loria est une chose et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plekhanov
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1891)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avouer que c'est avec beaucoup de pr&#233;jug&#233;s que nous avons repris le livre de ce professeur romain. Nous avions &#233;t&#233; assez effray&#233;s par certains ouvrages de certains de ses compatriotes &#8211; A. Loria, par exemple (voir notamment La teoria economica della constituzione politica ). Mais une lecture des toutes premi&#232;res pages suffisait &#224; nous convaincre que nous nous &#233;tions tromp&#233;s, et qu'Achille Loria est une chose et Antonio Labriola une autre. Et quand nous sommes arriv&#233;s &#224; la fin du livre, nous avons senti que nous aimerions en discuter avec le lecteur russe. Nous esp&#233;rons qu'il ne sera pas f&#226;ch&#233; contre nous. Car apr&#232;s tout, &#171; si rares sont les livres qui ne sont pas banals ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Labriola est paru pour la premi&#232;re fois en italien. La traduction fran&#231;aise est maladroite, et par endroits positivement malheureuse. Nous le disons sans h&#233;siter, bien que nous n'ayons pas devant nous l'original italien. Mais l'auteur italien ne peut &#234;tre tenu responsable du traducteur fran&#231;ais. En tout cas, les id&#233;es de Labriola sont claires m&#234;me dans la traduction fran&#231;aise maladroite. Examinons-les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Kareyev, qui, comme nous le savons, lit avec beaucoup de z&#232;le et parvient avec le plus de succ&#232;s &#224; d&#233;former toute &#171; &#339;uvre &#187; ayant un quelconque rapport avec la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, inscrirait probablement notre auteur dans la liste des &#171; mat&#233;rialistes &#233;conomiques &#187;. Mais ce serait faux. Labriola adh&#232;re fermement et assez syst&#233;matiquement &#224; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, mais il ne se consid&#232;re pas comme un &#171; mat&#233;rialiste &#233;conomique &#187;. Il est d'avis que ce titre s'applique plus &#224; des &#233;crivains comme Thorold Rogers qu'&#224; lui-m&#234;me et &#224; ceux qui pensent comme lui. Et c'est parfaitement vrai, m&#234;me si &#224; premi&#232;re vue cela peut ne pas sembler tr&#232;s clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demandez &#224; n'importe quel Narodnik ou subjectiviste ce qu'est un mat&#233;rialiste &#233;conomique, et il vous r&#233;pondra qu'un mat&#233;rialiste &#233;conomique est celui qui attribue une importance pr&#233;dominante au facteur &#233;conomique dans la vie sociale. C'est ainsi que nos Narodniks et nos subjectivistes comprennent le mat&#233;rialisme &#233;conomique . Et il faut avouer qu'il y a sans doute des gens qui attribuent au &#171; facteur &#187; &#233;conomique un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans la vie de la soci&#233;t&#233; humaine. M. Mikha&#239;lovski a plus d'une fois cit&#233; Louis Blanc comme celui qui avait parl&#233; de la pr&#233;dominance de ce facteur bien avant un certain ma&#238;tre de certains disciples russes. Mais une chose que nous ne comprenons pas : pourquoi notre v&#233;n&#233;rable sociologue subjectif s'en est-il pris &#224; Louis Blanc ? Il aurait d&#251; savoir qu'&#224; cet &#233;gard Louis Blanc avait eu de nombreux pr&#233;d&#233;cesseurs.Guizot , Minier, Augustin Thierry et Toqueville ont tous reconnu le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant du &#171; facteur &#187; &#233;conomique, au moins dans l'histoire du Moyen &#194;ge et des temps modernes. Par cons&#233;quent, tous ces historiens &#233;taient des mat&#233;rialistes &#233;conomiques. De nos jours, ledit Thorold Rogers, dans son interpr&#233;tation &#233;conomique de l'histoire , s'est &#233;galement r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un mat&#233;rialiste &#233;conomique convaincu ; lui aussi reconnaissait l'importance pr&#233;dominante du &#171; facteur &#187; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CeIl ne faut pas en conclure, bien s&#251;r, que les opinions sociales et politiques de Thorold Rogers &#233;taient identiques &#224; celles, disons, de Louis Blanc : Rogers soutenait le point de vue des &#233;conomistes bourgeois, alors que Louis Blanc &#233;tait &#224; une &#233;poque un Socialisme. Si on avait demand&#233; &#224; Rogers ce qu'il pensait du syst&#232;me &#233;conomique bourgeois, il aurait dit qu'&#224; la base de ce syst&#232;me se trouvent les attributs fondamentaux de la nature humaine, et que, par cons&#233;quent, l'histoire de son essor est l'histoire de l'&#233;limination progressive d'obstacles qui, &#224; un moment donn&#233;, ont entrav&#233;, voire totalement exclu, la manifestation de ces attributs. Louis Blanc, au contraire, aurait d&#233;clar&#233; que le capitalisme lui-m&#234;me &#233;tait l'un des obstacles soulev&#233;s par l'ignorance et la violence &#224; la cr&#233;ation d'un syst&#232;me &#233;conomique qui correspondrait enfin r&#233;ellement &#224; la nature humaine.Ceci, comme vous le voyez, est une diff&#233;rence tr&#232;s importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui serait le plus proche de la v&#233;rit&#233; ? Pour &#234;tre franc, nous pensons que ces deux &#233;crivains en &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;galement &#233;loign&#233;s, mais nous n'avons ni le d&#233;sir ni l'occasion de nous y attarder ici. Ce qui est important pour nous en ce moment, c'est autre chose. Nous demandons au lecteur d'observer que, de l'avis de Louis Blanc et de Thorold Rogers, le facteur &#233;conomique, qui pr&#233;domine dans la vie sociale, &#233;tait lui-m&#234;me, comme le disent les math&#233;maticiens, une fonction de la nature humaine, et principalement de l'esprit humain et connaissance humaine. Il en va de m&#234;me des historiens fran&#231;ais de la Restauration cit&#233;s plus haut. Eh bien, et quel nom donnerons-nous aux vues sur l'histoire de gens qui, bien qu'ils affirment que l'&#233;conomiefacteur pr&#233;domine dans la vie sociale, mais &#234;tes-vous convaincu que ce facteur &#8211; l' &#233;conomie de la soci&#233;t&#233; &#8211; est &#224; son tour le fruit de la connaissance et des id&#233;es humaines ? De telles vues ne peuvent &#234;tre qualifi&#233;es que d'id&#233;alistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons ainsi que le mat&#233;rialisme &#233;conomique n'exclut pas n&#233;cessairement l'id&#233;alisme historique . Et m&#234;me cela n'est pas tout &#224; fait exact ; nous disons que cela n'exclut pas n&#233;cessairement l'id&#233;alisme mais ce que nous devrions dire, c'est que peut-&#234;tre &#8211; comme cela a &#233;t&#233; le plus souvent jusqu'&#224; pr&#233;sent &#8211; &#8203;&#8203;ce n'est rien d'autre qu'une vari&#233;t&#233; d'id&#233;alisme . Apr&#232;s cela, on comprendra pourquoi des hommes comme Antonio Labriola ne se consid&#232;rent pas comme des mat&#233;rialistes &#233;conomiques : c'est parce qu'ils sont des mat&#233;rialistes cons&#233;quents et parce que, en ce qui concerne l'histoire, leurs vues sont &#224; l'oppos&#233; de l'id&#233;alisme historique .&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cependant,&#034; nous dira probablement M. Koudrine, &#034;vous, avec l'habitude commune &#224; beaucoup de 'disciples', recourez aux paradoxes, jonglez avec les mots, trompez l'&#339;il et avalez l'&#233;p&#233;e. Comme vous le dites, ce sont les id&#233;alistes qui sont des mat&#233;rialistes &#233;conomiques. Mais dans ce cas, que voudriez-vous que nous entendions par mat&#233;rialistes authentiques et coh&#233;rents ? Refusent-ils l'id&#233;e de la pr&#233;dominance du facteur &#233;conomique ? Croient-ils qu'&#224; c&#244;t&#233; de ce facteur il y a d'autres facteurs &#224; l'&#339;uvre dans l'histoire, et qu'il serait vain pour nous de rechercher lequel d'entre eux pr&#233;domine sur tous les autres ? Nous ne pouvons que nous r&#233;jouir des mat&#233;rialistes authentiques et coh&#233;rents s'ils sont vraiment oppos&#233;s &#224; faire glisser le facteur &#233;conomique partout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre r&#233;ponse &#224; M. Koudrine est qu'en effet, les mat&#233;rialistes authentiques et coh&#233;rents sont vraiment oppos&#233;s &#224; l'introduction du facteur &#233;conomique partout. Qui plus est, m&#234;me se demander quel facteur pr&#233;domine dans la vie sociale leur para&#238;t vain. Mais M. Koudrine n'a pas besoin de se presser pour se r&#233;jouir. Ce n'est nullement sous l'influence de MM. les Narodniks et les subjectivistes que les mat&#233;rialistes authentiques et cons&#233;quents sont arriv&#233;s &#224; cette conviction. Les objections que ces messieurs soul&#232;vent contre la domination du facteur &#233;conomique ne sont con&#231;ues que pour susciter l'hilarit&#233; parmi les mat&#233;rialistes authentiques et coh&#233;rents. Qui plus est, ces objections de nos amis, les Narodniks et les subjectivistes, sont assez tardives. L'inconvenance de se demander quel facteur pr&#233;domine dans la vie sociale est devenue tr&#232;s sensible m&#234;me &#224; l'&#233;poque de Hegel.L' id&#233;alisme h&#233;g&#233;lien excluait la possibilit&#233; m&#234;me de telles questions. D'autant plus est exclu par le mat&#233;rialisme dialectique moderne. Depuis l'apparition de la Critique de la critique critique , et surtout depuis la publication de la c&#233;l&#232;bre Critique de l'&#233;conomie politique de Marx , seuls des retardataires th&#233;oriques sont capables de se disputer sur l'importance relative des divers facteurs historico-sociaux. Nous savons bien que M. Koudrine n'est pas le seul &#224; s'en &#233;tonner et nous nous empressons donc de nous expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les facteurs historico-sociaux ? D'o&#249; vient l'id&#233;e d'eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple. Les Gracques tent&#232;rent de freiner le processus d'appropriation du domaine public par les riches Romains qui fut si fatal &#224; Rome. Les riches Romains r&#233;sist&#232;rent aux Gracques. Une lutte s'ensuivit. Chacune des parties en lice poursuivait avec passion ses propres objectifs. Si je voulais d&#233;crire cette lutte, je pourrais la d&#233;crire comme un conflit de passions humaines. Les passions appara&#238;traient ainsi comme des &#171; facteurs &#187; dans l'histoire interne de Rome. Mais dans cette lutte, les Gracques et leurs adversaires profit&#232;rent des armes que leur fournissait le droit public romain. Je ne manquerai pas, bien entendu, d'en parler dans mon r&#233;cit, et ainsi le droit public romain appara&#238;trait aussi comme un facteur du d&#233;veloppement interne de la r&#233;publique romaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les personnes qui s'opposaient aux Gracques avaient un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel &#224; pr&#233;server un abus profond&#233;ment enracin&#233;. Les gens qui soutenaient les Gracques avaient un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel &#224; l'abolir. Je mentionnerais aussi cette circonstance, et par cons&#233;quent la lutte que je d&#233;cris appara&#238;trait comme un conflit d'int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, comme un conflit de classes, un conflit des pauvres et des riches. Et j'ai donc d&#233;j&#224; un troisi&#232;me facteur, et cette fois le plus int&#233;ressant de tous : le fameux facteur &#233;conomique. Si vous avez le temps et l'envie, cher lecteur, vous pouvez discuter longuement lequel des facteurs du d&#233;veloppement interne de Rome a pr&#233;domin&#233; sur les autres ; vous trouverez dans mon r&#233;cit historique suffisamment de donn&#233;es pour &#233;tayer toute opinion &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commepour ma part, tant que je m'en tiendrai au r&#244;le de simple narrateur, je ne me soucierai pas beaucoup des facteurs. Leur importance relative ne m'int&#233;resse pas. En tant que narrateur, ma seule t&#226;che est de d&#233;crire les &#233;v&#233;nements donn&#233;s d'une mani&#232;re aussi pr&#233;cise et vivante que possible. Pour cela, je dois &#233;tablir entre eux un certain lien, ne serait-ce qu'ext&#233;rieur, et les disposer dans une certaine perspective. Si je mentionne les passions qui animaient les partis en lutte, ou le syst&#232;me qui r&#233;gnait &#224; Rome &#224; l'&#233;poque ou enfin, l'in&#233;galit&#233; de propri&#233;t&#233; qui y existait, je le fais dans le seul but de pr&#233;senter un r&#233;cit connexe et vivant des &#233;v&#233;nements. Si j'arrive &#224; ce but, j'en serai tout &#224; fait satisfait, et je laisserai insouciamment aux philosophes le soin de d&#233;cider si les passions pr&#233;dominent sur l'&#233;conomie, ou l'&#233;conomie sur les passions, ou, enfin,peut-&#234;tre que rien ne pr&#233;domine sur quoi que ce soit, chaque &#171; facteur &#187; suivant la r&#232;gle d'or : Vivre et laisser vivre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en sera ainsi tant que je m'en tiendrai au r&#244;le de simple narrateur &#224; qui toute inclination &#224; la &#171; sp&#233;culation subtile &#187; est &#233;trang&#232;re. Mais que se passe-t-il si je ne m'en tiens pas &#224; ce r&#244;le et que je commence &#224; philosopher sur les &#233;v&#233;nements que je d&#233;cris ? Je ne me contenterai donc pas d'une simple connexion ext&#233;rieure d'&#233;v&#233;nements ; Je voudrai d&#233;voiler leurs causes inh&#233;rentes ; et ces m&#234;mes facteurs &#8211; les passions humaines, le droit public et l'&#233;conomie &#8211; que j'ai jadis soulign&#233; et mis en avant, guid&#233;s presque exclusivement par l'instinct artistique, vont maintenant acqu&#233;rir une nouvelle et vaste importance &#224; mes yeux. Elles me para&#238;tront &#234;tre ces causes inh&#233;rentes recherch&#233;es, ces &#171; forces latentes &#187;, &#224; l'influence desquelles il faut attribuer les &#233;v&#233;nements. Je vais cr&#233;er une th&#233;orie des facteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en effet, l'une ou l'autre vari&#233;t&#233; d'une telle th&#233;orie est vou&#233;e &#224; surgir chaque fois que les personnes qui s'int&#233;ressent aux ph&#233;nom&#232;nes sociaux passent de la simple contemplation et description &#224; l'investigation des liens qui existent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des facteurs grandit d'ailleurs avec la division croissante du travail en sciences sociales. Toutes les branches de cette science &#8211; &#233;thique, politique, jurisprudence, &#233;conomie politique, etc. &#233;tudient une seule et m&#234;me chose : l'activit&#233; de l'homme social. Mais chacun l'&#233;tudie sous son propre angle. M. Mikhailovsky dirait que chacun d'eux &#171; contr&#244;le &#187; un &#171; accord &#187; sp&#233;cial. Chacune des &#171; cordes &#187; peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un facteur de d&#233;veloppement social. Et, en fait, nous pouvons maintenant compter presque autant de facteurs qu'il y a de &#171; disciplines &#187; distinctes en sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous esp&#233;rons que ce que l'on entend par les facteurs historico-sociaux et comment l'id&#233;e de ceux-ci est n&#233;e seront maintenant clairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un facteur historico-social est une abstraction , et l'id&#233;e de celui-ci provient du r&#233;sultat d'un processus d' abstraction . Gr&#226;ce au processus d'abstraction, divers aspects du complexe social prennent la forme de cat&#233;gories s&#233;par&#233;es , et les diverses manifestations et expressions de l'activit&#233; de l'homme social &#8211; morale, loi, formes &#233;conomiques, etc. forces qui semblent susciter et d&#233;terminer cette activit&#233; et en &#234;tre les causes ultimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la th&#233;orie des facteurs n&#233;e, des diff&#233;rends devaient surgir quant au facteur &#224; consid&#233;rer comme pr&#233;dominant.&lt;br class='autobr' /&gt;
III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LesLes &#171; facteurs &#187; sont soumis &#224; une action r&#233;ciproque : chacun influence les autres et est &#224; son tour influenc&#233; par les autres. Le r&#233;sultat est un r&#233;seau si complexe d'influences r&#233;ciproques, d'actions directes et de r&#233;actions r&#233;fl&#233;chies, que quiconque entreprend d'&#233;lucider le cours du d&#233;veloppement social commence &#224; sentir sa t&#234;te tourner et &#233;prouve une n&#233;cessit&#233; invincible de trouver au moins une sorte d'indice de le labyrinthe. L'am&#232;re exp&#233;rience lui ayant appris que la vision de l'action r&#233;ciproque ne conduit qu'au vertige, il se met &#224; chercher une autre vision : il essaie de simplifier sa t&#226;che. Il se demande si l'un des facteurs historico-sociaux n'est pas la cause premi&#232;re et fondamentale de tous les autres. S'il parvenait &#224; trouver une r&#233;ponse affirmative &#224; cette question fondamentale, sa t&#226;che serait en effet infiniment simplifi&#233;e.Supposons qu'il parvienne &#224; la conviction que l'essor et le d&#233;veloppement de toutes les relations sociales d'un pays donn&#233; sont d&#233;termin&#233;s par le cours de son d&#233;veloppement intellectuel, lequel, &#224; son tour, est d&#233;termin&#233; par les attributs de la nature humaine (la vision id&#233;aliste ). Il sortira alors facilement du cercle vicieux de l'action r&#233;ciproque et cr&#233;era une th&#233;orie plus ou moins harmonieuse et coh&#233;rente du d&#233;veloppement social. Par la suite, &#224; la suite d'un nouvel examen du sujet, il s'apercevra peut-&#234;tre qu'il s'est tromp&#233; et que le d&#233;veloppement intellectuel de l'homme ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la cause premi&#232;re de tout mouvement social. En admettant son erreur, il constatera probablement en m&#234;me temps que sa conviction passag&#232;re que le facteur intellectuel domine sur tout le reste lui a finalement &#233;t&#233; d'une certaine utilit&#233;,car sans elle il n'aurait jamais pu sortir de l'impasse de l'action r&#233;ciproque et n'y serait pas all&#233; d'un pas. permet de comprendre les ph&#233;nom&#232;nes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CeIl serait injuste de condamner de telles tentatives d'&#233;tablir une certaine hi&#233;rarchie entre les facteurs du d&#233;veloppement historico-social. Ils &#233;taient d'autant plus indispensables &#224; leur &#233;poque que l'apparition de la th&#233;orie des facteurs elle-m&#234;me &#233;tait in&#233;vitable. Antonio Labriola, qui a donn&#233; une analyse plus compl&#232;te et meilleure de cette th&#233;orie que tout autre &#233;crivain mat&#233;rialiste, remarque &#224; juste titre que &#171; les facteurs historiques indiquent quelque chose qui est bien moins que la v&#233;rit&#233;, mais bien plus qu'une simple erreur &#187;. La th&#233;orie des facteurs a apport&#233; son acarien au profit de la science. &#171; L'&#233;tude s&#233;par&#233;e des facteurs historico-sociaux a servi, comme toute autre &#233;tude empirique qui ne transcende pas le mouvement apparent des choses, &#224; perfectionner l'instrument d'observation et &#224; permettre de retrouver dans les faits eux-m&#234;mes, artificiellement distrait,les cl&#233;s de vo&#251;te qui les lient au socialcomplexe . Aujourd'hui, une connaissance des sciences sociales sp&#233;ciales est indispensable &#224; quiconque voudrait reconstruire une partie quelconque de la vie pass&#233;e de l'homme. La science historique ne serait pas all&#233;e bien loin sans la philologie. Et les romanistes &#224; sens unique &#8211; qui croyaient que le droit romain &#233;tait dict&#233; par la Raison elle-m&#234;me &#8211; &#233;taient-ils un service mesquin qu'ils rendaient &#224; la science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l&#233;gitime et utile qu'ait &#233;t&#233; la th&#233;orie des facteurs en son temps, elle ne r&#233;sistera pas aujourd'hui &#224; la critique. Elle d&#233;membre l'activit&#233; de l'homme social et convertit ses divers aspects et manifestations en forces s&#233;par&#233;es, cens&#233;es d&#233;terminer le mouvement historique de la soci&#233;t&#233;. Dans le d&#233;veloppement des sciences sociales, cette th&#233;orie a jou&#233; un r&#244;le similaire &#224; celui jou&#233; par la th&#233;orie des forces physiques s&#233;par&#233;es dans les sciences naturelles. Les progr&#232;s des sciences naturelles ont conduit &#224; la th&#233;orie de l' unit&#233; de ces forces, &#224; la th&#233;orie moderne de l'&#233;nergie. De m&#234;me, les progr&#232;s des sciences sociales devaient conduire au remplacement de la th&#233;orie des facteurs, fruit de l'analyse sociale, par une vision synth&#233;tique de la vie sociale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision synth&#233;tique de la vie sociale n'est pas propre au mat&#233;rialisme dialectique moderne. Nous le trouvons d&#233;j&#224; chez Hegel, qui concevait la t&#226;che comme &#233;tant de trouver une explication scientifique de tout le processus historico-social dans sa totalit&#233;, c'est-&#224;-dire, entre autres, tous ces aspects et manifestations de l'activit&#233; de l'homme social que les gens avec une pens&#233;e abstraite repr&#233;sent&#233;e comme des facteurs s&#233;par&#233;s. Mais en &#171; id&#233;aliste absolu &#187;, Hegel expliquait les activit&#233;s de l'homme social par les attributs de l'Esprit universel. Compte tenu de ces attributs, toute l'histoire de l'humanit&#233; re&#231;oit un sich , ainsi que ses r&#233;sultats ultimes. La vision synth&#233;tique de Hegel &#233;tait en m&#234;me temps une vision t&#233;l&#233;ologiquevue. Le mat&#233;rialisme dialectique moderne a compl&#232;tement &#233;limin&#233; la t&#233;l&#233;ologie des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a montr&#233; que l'homme fait son histoire non pour suivre une ligne de progr&#232;s pr&#233;d&#233;termin&#233;e, et non parce qu'il doit ob&#233;ir aux lois d'une &#233;volution abstraite (m&#233;taphysique, Labriola l'appelle). Il le fait dans le but de satisfaire ses propres besoins, et c'est &#224; la science d'expliquer comment les diverses m&#233;thodes pour satisfaire ces besoins influencent les relations sociales et l'activit&#233; spirituelle de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;thodes par lesquelles l'homme social satisfait ses besoins, et dans une large mesure ces besoins eux-m&#234;mes, sont d&#233;termin&#233;s par la nature des instruments avec lesquels il subjugue la nature &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre ; en d'autres termes, ils sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat de ses forces productives. Tout changement consid&#233;rable dans l'&#233;tat de ces forces se refl&#232;te dans les relations sociales de l'homme et, par cons&#233;quent, dans ses relations &#233;conomiques, comme faisant partie de ces relations sociales. Les id&#233;alistes de toutes esp&#232;ces et vari&#233;t&#233;s consid&#233;raient que les relations &#233;conomiques &#233;taient des fonctions de la nature humaine ; les mat&#233;rialistes dialectiques soutiennent que ces relations sont des fonctions des forces productives sociales .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que si les mat&#233;rialistes dialectiques jugeaient permis de parler de facteurs de d&#233;veloppement social dans un autre but que de critiquer ces fictions archa&#239;ques, ils devraient d'abord reprocher aux mat&#233;rialistes dits &#233;conomiques l' inconstancede leur facteur &#171; pr&#233;dominant &#187; ; les mat&#233;rialistes modernes ne connaissent aucun syst&#232;me &#233;conomique qui serait seul conforme &#224; la nature humaine, tous les autres syst&#232;mes &#233;conomiques sociaux &#233;tant le r&#233;sultat de l'un ou l'autre degr&#233; de violence &#224; la nature humaine. Les mat&#233;rialistes modernes enseignent que tout syst&#232;me &#233;conomique conforme &#224; l'&#233;tat des forces productives &#224; un moment donn&#233; est conforme &#224; la nature humaine. Et, inversement, tout syst&#232;me &#233;conomique commence &#224; contredire les exigences de la nature humaine d&#232;s qu'il entre en contradiction avec l'&#233;tat des forces productives. Le facteur &#171; pr&#233;dominant &#187; se trouve ainsi lui-m&#234;me subordonn&#233; &#224; un autre &#171; facteur &#187;. Et cela &#233;tant, comment peut-elle &#234;tre qualifi&#233;e de &#171; pr&#233;dominante &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il en est ainsi, alors il est &#233;vident qu'un v&#233;ritable gouffre s&#233;pare les mat&#233;rialistes dialectiques de ceux qui, non sans justification, peuvent &#234;tre appel&#233;s mat&#233;rialistes &#233;conomiques . Et &#224; quelle tendance appartiennent ces disciples tout &#224; fait d&#233;sagr&#233;ables d'un enseignant pas tout &#224; fait agr&#233;able que MM. Kareyev, N. Mikhailovsky, S. Krivenko et d'autres personnes intelligentes et instruites ont attaqu&#233; tout r&#233;cemment avec tant de v&#233;h&#233;mence, sinon avec tant de joie ? Si nous ne nous trompons pas, les &#034;disciples&#034; ont pleinement adh&#233;r&#233; &#224; la vision du mat&#233;rialisme dialectique. Pourquoi alors MM. Kareyev, N. Mikhailovsky, S. Krivenko et les autres gens intelligents et savants ont-ils engendr&#233; en eux les vues de l' &#233;conomiemat&#233;rialistes et fulminer contre eux pour avoir pr&#233;tendument attach&#233; une importance exag&#233;r&#233;e au facteur &#233;conomique ? On peut pr&#233;sumer que ces gens intelligents et instruits l'ont fait parce que les arguments des regrett&#233;s mat&#233;rialistes &#233;conomiques sont plus faciles &#224; r&#233;futer que les arguments des mat&#233;rialistes dialectiques. Encore une fois, on peut pr&#233;sumer que nos savants adversaires des &#171; disciples &#187; n'ont que mal saisi les vues de ces derniers. Cette pr&#233;somption est m&#234;me la plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que les &#171; disciples &#187; eux-m&#234;mes se sont parfois appel&#233;s mat&#233;rialistes &#233;conomiques, et que le terme de &#171; mat&#233;rialisme &#233;conomique &#187; a &#233;t&#233; utilis&#233; pour la premi&#232;re fois par l'un des &#171; disciples &#187; fran&#231;ais. Il en est ainsi. Mais ni les &#171; disciples &#187; fran&#231;ais ni russes n'ont jamais associ&#233; au terme de &#171; mat&#233;rialisme &#233;conomique &#187; l'id&#233;e que nos Narodniks et les subjectivistes lui associent. Il suffit de rappeler qu'aux yeux de MN Mikhailovsky, Louis Blanc et MY Zhukovsky &#233;taient des &#171; mat&#233;rialistes &#233;conomiques &#187; au m&#234;me titre que nos partisans actuels de la vision mat&#233;rialiste de l'histoire. La confusion des concepts ne pouvait aller plus loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;liminant enti&#232;rement la t&#233;l&#233;ologie de la science sociale et en expliquant l'activit&#233; de l'homme social par ses besoins et par les moyens et m&#233;thodes de leur satisfaction, pr&#233;valant &#224; l'&#233;poque donn&#233;e, le mat&#233;rialisme dialectique donne pour la premi&#232;re fois &#224; cette science la &#171; rigueur &#187; dont elle s&#339;ur &#8211; la science de la nature &#8211; se vantait souvent d'elle. On peut dire que la science de la soci&#233;t&#233; devient elle-m&#234;me une science naturelle : &#171; notre doctrine naturaliste d'histoire &#187;, comme dit justement Labriola. Mais cela ne veut pas dire qu'il fusionne la sph&#232;re de la biologie avec la sph&#232;re des sciences sociales. Labriola est un ardent opposant au &#171; darwinisme, politique et social &#187;, qui &#171; a, comme une &#233;pid&#233;mie, envahi pendant de nombreuses ann&#233;es l'esprit de plus d'un penseur, et de bien d'autres d&#233;fenseurs et d&#233;clamateurs de la sociologie &#187;, et comme une habitude &#224; la mode a m&#234;me influenc&#233; le langage des hommes pratiques de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hommeest sans aucun doute un animal li&#233; par des liens d'affinit&#233; avec d'autres animaux. Il n'a pas de privil&#232;ges d'origine ; son organisme n'est qu'un cas particulier de physiologie g&#233;n&#233;rale. A l'origine, comme tous les autres animaux, il &#233;tait compl&#232;tement sous l'emprise de son milieu naturel, qui n'&#233;tait pas encore soumis &#224; son action modificatrice ; il a d&#251; s'y adapter dans sa lutte pour l'existence. De l'avis de Labriola, les races sont le r&#233;sultat d'une adaptation - directe - &#224; l'environnement naturel, dans la mesure o&#249; elles diff&#232;rent par leurs caract&#233;ristiques physiques - comme, par exemple, les races blanches, noires et jaunes - et ne repr&#233;sentent pas des formations historico-sociales secondaires, c'est-&#224;-dire des nations et des peuples.Les instincts primitifs de sociabilit&#233; et les premiers rudiments de la s&#233;lection sexuelle sont &#233;galement apparus &#224; la suite de l'adaptation &#224; l'environnement naturel dans la lutte pour l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos id&#233;es sur &#171; l'homme primitif &#187; ne sont que des conjectures. Tous les hommes qui habitent la terre aujourd'hui, comme tous ceux qui dans le pass&#233; ont &#233;t&#233; observ&#233;s par des enqu&#234;teurs dignes de confiance, se trouvent, et se sont trouv&#233;s, d&#233;j&#224; bien loin du moment o&#249; l'homme a cess&#233; de vivre une vie purement animale. Les Indiens Iroquois, par exemple, avec leur gens maternels &#233;tudi&#233;s et d&#233;crits par Morgan, avaient d&#233;j&#224; fait un progr&#232;s relativement important sur la voie de la socialisation.d&#233;veloppement. M&#234;me les Australiens d'aujourd'hui ont non seulement une langue que l'on peut appeler une condition et un instrument, une cause et un effet de la vie sociale - ne sont pas seulement familiaris&#233;s avec l'utilisation du feu, mais vivent dans des soci&#233;t&#233;s poss&#233;dant une structure d&#233;finie, avec des coutumes d&#233;finies. et institutionnels. Les tribus australiennes ont leur territoire et leur art de la chasse ; ils ont certaines armes de d&#233;fense et d'attaque, certains ustensiles pour la conservation des vivres, certaines mani&#232;res d'orner le corps ; en un mot, l'Australien vit d&#233;j&#224; dans un cadre d&#233;fini, certes, tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire, artificiel.environnement auquel il s'adapte ainsi d&#232;s la plus tendre enfance. Cet environnement social artificiel est une condition essentielle de tout progr&#232;s ult&#233;rieur. Le degr&#233; de son d&#233;veloppement sert de mesure du degr&#233; de sauvagerie ou de barbarie de toutes les autres tribus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formation sociale primaire correspond &#224; ce qu'on appelle la pr&#233;histoirede l'homme. Le d&#233;but de la vie historique suppose un d&#233;veloppement encore plus grand de l'environnement artificiel et un pouvoir beaucoup plus grand de l'homme sur la nature. Les relations internes complexes des soci&#233;t&#233;s entrant sur la voie du d&#233;veloppement historique ne sont nullement dues &#224; l'influence imm&#233;diate du milieu naturel. Ils supposent l'invention de certains instruments de travail, la domestication de certains animaux, la capacit&#233; d'extraire certains m&#233;taux, etc. Ces instruments et moyens de production ont chang&#233; de mani&#232;res tr&#232;s diff&#233;rentes dans des circonstances diff&#233;rentes ; ils montraient des signes de progr&#232;s, de stagnation, voire de r&#233;gression, mais jamais ces changements n'ont ramen&#233; l'homme &#224; une vie purement animale, c'est-&#224;-dire &#224; une vie directement influenc&#233;e par le milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science historique a donc pour objet premier et principal la d&#233;termination et l'investigation de ce fondement artificiel, de son origine, de sa composition, de ses changements et de ses transformations. Dire que tout cela n'est qu'une partie et un prolongement de la nature, c'est dire une chose qui par son caract&#232;re trop abstrait et trop g&#233;n&#233;rique n'a plus de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi critique qu'il soit du &#171; darwinisme politique et social &#187;, Labriola n'en est pas moins critique envers les efforts de certains &#171; aimables dilettantes &#187; pour combiner la conception mat&#233;rialiste de l'histoire avec la th&#233;orie de l'&#233;volution universelle, que, se sont convertis en une simple m&#233;taphore m&#233;taphysique. Il se moque aussi de la na&#239;vet&#233; des &#171; aimables dilettantes &#187; en voulant placer la conception mat&#233;rialiste de l'histoire sous le patronage de la philosophie d'Auguste Comte ou de Spencer : &#171; c'est-&#224;-dire qu'ils veulent nous donner pour alli&#233;s nos adversaires les plus ouverts. ,&#034; il dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La remarque sur les dilettantes renvoie &#233;videmment, entre autres, au professeur Enrico Ferri, auteur d'un livre tr&#232;s superficiel intitul&#233; Spencer, Darwin et Marx , qui a &#233;t&#233; publi&#233; dans une traduction fran&#231;aise sous le titre Socialisme et science positive .&lt;br class='autobr' /&gt;
V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l' homme fait l'histoire en s'effor&#231;ant de satisfaire ses besoins. Ces besoins, bien entendu, sont &#224; l'origine impos&#233;s par la nature ; mais ils sont ensuite consid&#233;rablement modifi&#233;s quantitativement et qualitativement par le caract&#232;re du milieu artificiel. Les forces productives &#224; la disposition de l'homme d&#233;terminent tous ses rapports sociaux. Tout d'abord, l'&#233;tat des forces productives d&#233;termine les rapports dans lesquels les hommes se tiennent les uns envers les autres dans le processus social de production, c'est-&#224;-dire leurs rapports &#233;conomiques . Ces relations donnent naturellement lieu &#224; des int&#233;r&#234;ts d&#233;finis, qui s'expriment dans la Loi. &#171; Chaque syst&#232;me de droit prot&#232;ge un int&#233;r&#234;t d&#233;fini &#187;, dit Labriola. Le d&#233;veloppement des forces productives divise la soci&#233;t&#233; en classes, dont les int&#233;r&#234;ts sont non seulement diff&#233;rents, mais &#224; bien des &#233;gards &#8211; et d'ailleurs essentiels &#8211; sont diam&#233;tralement antagonistes. Cet antagonisme d'int&#233;r&#234;ts donne lieu &#224; des conflits, &#224; une lutte entre les classes sociales. La lutte aboutit au remplacement de l' organisation tribale par l' organisation &#233;tatique dont le but est de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts dominants. Enfin, les rapports sociaux, d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat donn&#233; des forces productives, donnent naissance &#224; la morale commune , la morale, c'est-&#224;-dire qui guide les gens dans leur vie commune et quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la loi, le syst&#232;me &#233;tatique et la moralit&#233; d'un peuple donn&#233; sont d&#233;termin&#233;s directement et imm&#233;diatement par ses relations &#233;conomiques caract&#233;ristiques. Ces relations &#233;conomiques d&#233;terminent aussi &#8211; mais indirectement et m&#233;diatement &#8211; &#8203;&#8203;toutes les cr&#233;ations de l'esprit et de l'imagination : art, science, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre l'histoire de la pens&#233;e scientifique ou l'histoire de l'art dans tel ou tel pays, il ne suffit pas d'en conna&#238;tre l'&#233;conomie. Il faut savoir passer de l'&#233;conomie &#224; la psychologie sociale , sans une &#233;tude et une compr&#233;hension minutieuses dont une explication mat&#233;rialiste de l'histoire des id&#233;ologies est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cettene signifie pas, bien s&#251;r, qu'il y ait une &#226;me sociale ou un &#171; esprit &#187; national collectif, se d&#233;veloppant selon ses propres lois sp&#233;ciales et se manifestant dans la vie sociale. &#034;C'est du mysticisme pur&#034;, dit Labriola. Tout ce dont le mat&#233;rialiste peut parler dans ce cas, c'est de l'&#233;tat de sentiment et de pens&#233;e qui pr&#233;vaut dans la classe sociale particuli&#232;re d'un pays particulier &#224; un moment particulier. Cet &#233;tat de sentiment et de pens&#233;e est le r&#233;sultat des relations sociales. Labriola est fermement persuad&#233; que ce ne sont pas les formes de la conscience de l'homme qui d&#233;terminent les formes de son &#234;tre social, mais, au contraire, les formes de son &#234;tre social qui d&#233;terminent les formes de sa conscience. Mais une fois que les formes de sa conscience sont sorties du sol de l'&#234;tre social, elles font partie de l'histoire.La science historique ne peut se limiter &#224; la simple anatomie de la soci&#233;t&#233; ; il embrasse leensemble de ph&#233;nom&#232;nes qui sont directement ou indirectement d&#233;termin&#233;s par l'&#233;conomie sociale, y compris le travail de l'imagination. Il n'est pas de fait historique qui ne doive son origine &#224; l'&#233;conomie sociale ; mais il n'est pas moins vrai de dire qu'il n'est pas de fait historique qui n'ait &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;, accompagn&#233; et suivi d'un &#233;tat de conscience d&#233;fini. D'o&#249; l'importance capitale de la psychologie sociale. Car s'il faut en tenir compte jusque dans l'histoire du droit et des institutions politiques, dans l'histoire de la litt&#233;rature, de l'art, de la philosophie, etc., pas un seul pas ne peut &#234;tre fait sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqueon dit qu'une &#339;uvre donn&#233;e est pleinement dans l'esprit, disons, de la Renaissance, cela veut dire qu'elle correspond parfaitement aux sentiments alors dominants des classes qui donnent le ton &#224; la vie sociale. Tant que les relations sociales ne changent pas, la psychologie de la soci&#233;t&#233; ne change pas non plus. Les gens s'habituent aux croyances, aux concepts, aux modes de pens&#233;e et aux moyens de satisfaire des exigences esth&#233;tiques donn&#233;es. Mais si le d&#233;veloppement des forces productives entra&#238;ne un changement substantiel dans la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; et, par cons&#233;quent, dans les relations r&#233;ciproques des classes sociales, la psychologie de ces classes changera &#233;galement, et avec elle &#171; l'esprit de l'&#233;poque &#187; et le &#171; caract&#232;re national &#187;. Ce changement se manifeste par l'apparition de nouvelles croyances religieuses ou de nouveaux concepts philosophiques,de nouvelles tendances de l'art ou de nouvelles exigences esth&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre chose &#224; garder &#224; l'esprit, selon Labriola, est que dans les id&#233;ologies, un r&#244;le tr&#232;s important est souvent jou&#233; par les survivances de concepts et de tendances h&#233;rit&#233;s des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et conserv&#233;s uniquement par la tradition. De plus, les id&#233;ologies sont &#233;galement influenc&#233;es par la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait d&#233;j&#224;, le milieu artificiel modifie tr&#232;s puissamment l'influence de la nature sur l'homme social. D'une influence directe , elle devient une influence indirecte . Mais il ne cesse pas d'exister pour cela. Le temp&#233;rament de chaque nation conserve certaines particularit&#233;s, induites par l'influence du milieu naturel, qui sont dans une certaine mesure modifi&#233;es, mais jamais compl&#232;tement d&#233;truites, par l'adaptation au milieu social. Ces particularit&#233;s du temp&#233;rament national constituent ce qu'on appelle la race . La race exerce une influence certaine sur l'histoire de certaines id&#233;ologies &#8211; l'art, par exemple ; et cela complique encore la t&#226;che d&#233;j&#224; loin d'&#234;tre facile de l'expliquer scientifiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre six&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons expos&#233; assez en d&#233;tail et, nous l'esp&#233;rons, avec exactitude, l'opinion de Labriola selon laquelle les ph&#233;nom&#232;nes sociaux d&#233;pendent de la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, laquelle, &#224; son tour, est d&#233;termin&#233;e par l'&#233;tat de ses forces productives. Pour la plupart, nous sommes enti&#232;rement d'accord avec lui. Mais par endroits ses vues suscitent certains doutes, sur lesquels nous voudrions faire quelques remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, prenons le point suivant. Selon Labriola, l'&#201;tat est une organisation pour la domination d'une classe sociale sur une autre ou d'autres. Il en est ainsi. Mais il exprime &#224; peine toute la v&#233;rit&#233;. Dans des &#201;tats comme la Chine ou l'&#201;gypte ancienne, o&#249; la vie civilis&#233;e &#233;tait impossible sans des travaux tr&#232;s complexes et &#233;tendus pour la r&#233;gulation du d&#233;bit et le d&#233;bordement des grands fleuves et &#224; des fins d'irrigation, l'essor de l'&#201;tat peut s'expliquer en grande partie par l'influence directe de la besoins du processus productif social. Il ne fait aucun doute que l'in&#233;galit&#233;, &#224; un degr&#233; ou &#224; un autre, existait dans ces pays m&#234;me &#224; l'&#233;poque pr&#233;historique, &#224; la fois au sein des tribus qui allaient constituer l'&#201;tat &#8211; qui diff&#233;raient souvent compl&#232;tement par l'origine ethnographique &#8211; et entre les tribus.Mais les classes dominantes que nous rencontrons dans l'histoire de ces pays tenaient leur position sociale plus ou moins &#233;lev&#233;e en raison de l'organisation &#233;tatique suscit&#233;e par les n&#233;cessit&#233;s du processus social de production. Il ne fait gu&#232;re de doute que la caste sacerdotale &#233;gyptienne devait sa supr&#233;matie au r&#244;le tr&#232;s important que ses connaissances scientifiques rudimentaires jouaient dans le syst&#232;me de l'agriculture &#233;gyptienne. (L'un des rois chald&#233;ens dit : &#171; J'ai ma&#238;tris&#233; les secrets des fleuves pour le bien de l'homme&#8230; j'ai conduit les eaux des fleuves dans le d&#233;sert ; j'en ai rempli les foss&#233;s dess&#233;ch&#233;s&#8230; j'ai arros&#233; les plaines d&#233;sertiques ; Je leur ai apport&#233; fertilit&#233; et abondance, j'en ai fait des habitations de joie.c'est une description assez pr&#233;cise du r&#244;le de l'&#201;tat oriental dans l'organisation du processus social de production.) En Occident - o&#249; la Gr&#232;ce, bien s&#251;r, doit &#234;tre incluse - nous n'observons pas que les besoins directs du processus social de production , qui n'y impliquait aucune organisation sociale &#233;tendue, n'eut aucune influence sur l'essor de l'&#201;tat. Mais m&#234;me l&#224;, l'apparition de l'&#201;tat doit &#234;tre attribu&#233;e dans une large mesure &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une division sociale du travail suscit&#233;e par le d&#233;veloppement des forces productives sociales. Cela, bien entendu, n'emp&#234;chait pas l'&#201;tat d'&#234;tre en m&#234;me temps une organisation du pouvoir d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e sur une majorit&#233; plus ou moins asservie. (De m&#234;me que dans certains cas cela ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre le r&#233;sultat de la conqu&#234;te d'un peuple par un autre.La force joue un grand r&#244;le dans le remplacement des anciennes institutions par de nouvelles. Mais la force ne peut en aucun cas expliquer ni la possibilit&#233; d'un tel remplacement ni ses cons&#233;quences sociales.) &#233;vit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, examinons les vues de Labriola sur le d&#233;veloppement historique des id&#233;ologies. Nous avons vu qu'&#224; son avis cette &#233;volution est compliqu&#233;e par l'action des particularit&#233;s raciales et par l'influence exerc&#233;e sur l'homme par son milieu naturel en g&#233;n&#233;ral. C'est bien dommage que notre auteur n'ait pas cru n&#233;cessaire d'appuyer et d'expliquer cette opinion par des illustrations ; cela nous aurait permis de le comprendre plus facilement. En tout cas, il est clair qu'elle ne peut &#234;tre accept&#233;e sous la forme sous laquelle il l'expose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tribus am&#233;ricaines de peaux-rouges n'appartiennent bien entendu pas &#224; la m&#234;me race que les tribus qui, &#224; l'&#233;poque pr&#233;historique, habitaient l'archipel grec ou la c&#244;te baltique. Il est incontestable que dans ces diff&#233;rentes localit&#233;s, l'homme primitif a subi les influences du milieu naturel de mani&#232;res tr&#232;s diff&#233;rentes. On aurait pu s'attendre &#224; ce que ces diff&#233;rentes influences se refl&#232;tent dans l'art rudimentaire des habitants primitifs des localit&#233;s mentionn&#233;es. Pourtant, nous n'observons pas que ce soit le cas. Dans toutes les parties de la terre, si diff&#233;rentes qu'elles soient les unes des autres, nous trouvons des &#233;tapes similaires dans le d&#233;veloppement de l'art correspondant &#224; des &#233;tapes similaires dans le d&#233;veloppement de l'homme primitif. Nous connaissons l'art de l'&#226;ge de pierre et l'art de l'&#226;ge du fer ; mais nous ne connaissons aucun art distinctif des diff&#233;rentes races : blanc, jaune,etc. L'&#233;tat des forces productives se refl&#232;te jusque dans les d&#233;tails. Par exemple, dans les ornements de poterie, on ne rencontre d'abord que des lignes droites et bris&#233;es : carr&#233;s, croix, zigzags, etc. Cette forme d'ornementation a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par l'art primitif aux artisanats encore plus primitifs : le tissage et le tressage. A l'&#226;ge du bronze, avec l'apparition de l'art du travail des m&#233;taux, capables de prendre toutes sortes de formes g&#233;om&#233;triques, on observe l'apparition d'ornements courbes. Et, enfin, avec la domestication des animaux, leurs figures, et surtout la figure du cheval, font leur apparition.Cette forme d'ornementation a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par l'art primitif aux m&#233;tiers encore plus primitifs : le tissage et le tressage. A l'&#226;ge du bronze, avec l'apparition de l'art du travail des m&#233;taux, capables de prendre toutes sortes de formes g&#233;om&#233;triques, on observe l'apparition d'ornements courbes. Et, enfin, avec la domestication des animaux, leurs figures, et surtout la figure du cheval, font leur apparition.Cette forme d'ornementation a &#233;t&#233; emprunt&#233;e par l'art primitif aux m&#233;tiers encore plus primitifs : le tissage et le tressage. A l'&#226;ge du bronze, avec l'apparition de l'art du travail des m&#233;taux, capables de prendre toutes sortes de formes g&#233;om&#233;triques, on observe l'apparition d'ornements courbes. Et, enfin, avec la domestication des animaux, leurs figures, et surtout la figure du cheval, font leur apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, dans les repr&#233;sentations des &#234;tres humains, l'influence des traits raciaux devait n&#233;cessairement affecter les &#171; id&#233;aux de beaut&#233; &#187; propres aux artistes primitifs. Nous savons que chaque race, surtout dans ses premiers stades de d&#233;veloppement social, se consid&#232;re comme la plus belle et accorde une tr&#232;s grande importance aux traits qui la distinguent des autres races. Mais, premi&#232;rement, l'influence de ces particularit&#233;s de l'esth&#233;tique raciale &#8211; dans la mesure o&#249; elles ont une quelconque permanence &#8211; ne peut modifier le cours du d&#233;veloppement de l'art ; et, deuxi&#232;mement, ces particularit&#233;s elles-m&#234;mes n'ont qu'une durabilit&#233; temporaire, durable, c'est-&#224;-dire tant que certaines conditions d&#233;finies pr&#233;valent. Lorsqu'une tribu est forc&#233;e d'admettre la sup&#233;riorit&#233; d'une autre tribu plus d&#233;velopp&#233;e,sa complaisance raciale tend &#224; dispara&#238;tre et fait place &#224; une imitation de go&#251;ts &#233;trangers qui &#233;taient autrefois consid&#233;r&#233;s comme ridicules ou m&#234;me honteux et d&#233;go&#251;tants. Ici, nous voyons arriver au sauvage ce qui arrive au paysan dans la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, qui se moque d'abord des mani&#232;res et de l'habillement du citadin, puis, avec la supr&#233;matie croissante de la ville sur la campagne, essaie de les copier pour le meilleur de ses capacit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant aux nations historiques, il faut d'abord souligner que par rapport &#224; elles le mot race ne peut et ne doit pas du tout &#234;tre utilis&#233;. Nous ne connaissons aucune nation historique qui puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme racialement pure ; chacun d'eux est le produit d'un processus extr&#234;mement long et intense de m&#233;tissage et de m&#233;lange de diff&#233;rents &#233;l&#233;ments ethniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayez maintenant, apr&#232;s cela, de d&#233;terminer l'influence de la &#171; race &#187; sur l'histoire des id&#233;ologies de n'importe quelle nation ! A premi&#232;re vue, il semble que rien de plus simple et de plus juste que l'id&#233;e que l'environnement naturel influence le temp&#233;rament national et, &#224; travers le temp&#233;rament, l'histoire du d&#233;veloppement intellectuel et esth&#233;tique de la nation. Mais si Labriola n'avait rappel&#233; que l'histoire de son pays, il aurait &#233;t&#233; convaincu de l'erreur de cette id&#233;e. Les Italiens modernes sont entour&#233;s du m&#234;me environnement naturel que celui dans lequel vivaient les anciens Romains, mais combien le &#171; temp&#233;rament &#187; de nos affluents modernes de M&#233;n&#233;lik est-il diff&#233;rent du temp&#233;rament des conqu&#233;rants s&#233;v&#232;res de Carthage ! Si nous devions entreprendre d'expliquer l'histoire de l'art italien, par exemple, par le temp&#233;rament italien,nous devrions tr&#232;s bient&#244;t &#234;tre confront&#233;s &#224; la question d&#233;concertante de savoir pourquoi ce temp&#233;rament, pour sa part, a vari&#233; si profond&#233;ment &#224; diff&#233;rentes &#233;poques et dans diff&#233;rentes parties de la p&#233;ninsule des Apennins.&lt;br class='autobr' /&gt;
VII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur des &#171; Essais sur la p&#233;riode Gogol dans la litt&#233;rature russe &#187; dit dans l'un de ses commentaires au premier volume de l'ouvrage de JS Mill sur l'&#233;conomie politique : &#171; Nous ne dirions pas que la race n'a aucune signification ; le d&#233;veloppement des sciences naturelles et historiques n'a pas encore atteint une perfection d'analyse telle qu'elle nous permette dans la plupart des cas de dire sans r&#233;serve : ici cet &#233;l&#233;ment fait absolument d&#233;faut. Pour autant que nous sachions, ce stylo en acier peut contenir une particule de platine ; on ne peut le nier absolument. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'analyse chimique montre que ce stylo contient une telle quantit&#233; de particules sans doute d'acier que la partie de sa composition qui pourrait &#234;tre constitu&#233;e de platine est parfaitement n&#233;gligeable ; et m&#234;me si une telle portion existait, elle pourrait &#234;tre ignor&#233;e &#224; toutes fins pratiques... En ce qui concerne l'action pratique,vous pouvez traiter ce stylo comme vous le feriez pour les stylos en acier en g&#233;n&#233;ral. De la m&#234;me mani&#232;re, ne pr&#234;tez aucune attention dans les affaires pratiques &#224; la race des gens ; traitez-les simplement comme des personnes... Il se peut que la race d'une nation ait eu une certaine influence en d&#233;terminant que son &#233;tat aujourd'hui est ce qu'il est, et aucun autre ; on ne peut le nier absolument, l'analyse historique n'a pas encore atteint l'exactitude math&#233;matique et absolue ; comme l'analyse chimique actuelle, elle laisse encore un petit, un tr&#232;s petit r&#233;sidu, qui demande des m&#233;thodes d'investigation plus subtiles, m&#233;thodes encore indisponibles dans l'&#233;tat actuel de la science. Mais ce r&#233;sidu est tr&#232;s petit. Dans la d&#233;termination de l'&#233;tat actuel de toute nation, une si grande partie &#233;tait due &#224; l'action de circonstances qui ne d&#233;pendent en aucun cas des caract&#233;ristiques tribales inh&#233;rentes,que m&#234;me si de telles qualit&#233;s particuli&#232;res diff&#233;rant de la nature humaine g&#233;n&#233;rale existent, la place laiss&#233;e &#224; leur action est tr&#232;s petite, incommensurable, microscopiquement petite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes souvenus de ces mots en lisant les vues de Labriola sur l'influence de la race sur l'histoire du d&#233;veloppement spirituel de l'homme. L'auteur des &#171; Essais sur la p&#233;riode Gogol &#187; s'est int&#233;ress&#233; &#224; la signification de la race principalement du point de vue pratique, mais ce qu'il dit doit &#233;galement &#234;tre constamment gard&#233; &#224; l'esprit par ceux qui sont engag&#233;s dans des recherches purement th&#233;oriques. La science sociale gagnera beaucoup si nous abandonnons enfin la mauvaise habitude d'attribuer &#224; la race tout ce qui para&#238;t incompr&#233;hensible dans l'histoire spirituelle d'une nation donn&#233;e. Il se peut que les caract&#233;ristiques raciales aient eu une certaine influence sur son histoire.Mais cette influence hypoth&#233;tique &#233;tait probablement si infime qu'il &#233;tait pr&#233;f&#233;rable dans l'int&#233;r&#234;t de l'enqu&#234;te de la consid&#233;rer comme inexistante et de consid&#233;rer les particularit&#233;s observ&#233;es dans le d&#233;veloppement d'une nation donn&#233;e comme le produit des conditions historiques particuli&#232;res dans lesquelles ce d&#233;veloppement a eu lieu. , et non en raison de l'influence de la race. Inutile de dire que, dans bien des cas, nous serons incapables d'indiquer quelles &#233;taient exactement les conditions qui ont donn&#233; naissance aux particularit&#233;s qui nous int&#233;ressent. Mais ce qui ne c&#232;de pas aujourd'hui aux m&#233;thodes de l'investigation scientifique peut bien y c&#233;der demain. Quant aux r&#233;f&#233;rences aux caract&#233;ristiques raciales, elles sont g&#234;nantes car elles terminent l'enqu&#234;te juste au point o&#249; elle devrait commencer.Pourquoi l'histoire de la po&#233;sie fran&#231;aise est-elle diff&#233;rente de l'histoire de la po&#233;sie allemande ? Pour une raison bien simple : le temp&#233;rament de la nation fran&#231;aise &#233;tait tel qu'il ne permettait pas la naissance d'un Lessing, ou d'un Schiller, ou d'un Goethe. Eh bien, merci pour l'explication ; maintenant tout est parfaitement clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labriola, bien s&#251;r, aurait dit que rien n'&#233;tait plus &#233;loign&#233; de son esprit que des explications de ce genre, qui n'expliquent rien. Et ce serait vrai. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il est pleinement conscient de leur totale futilit&#233;, et il sait aussi tr&#232;s bien de quel c&#244;t&#233; il faut aborder un probl&#232;me comme celui que nous venons d'&#233;voquer. Mais en admettant que le d&#233;veloppement spirituel des nations est compliqu&#233; par leurs caract&#233;ristiques raciales, il risquait d'&#233;garer gravement ses lecteurs et trahissait une disposition &#224; faire, ne serait-ce que dans des d&#233;tails mineurs, certaines concessions &#224; l'ancienne fa&#231;on de penser qui sont pr&#233;judiciable aux sciences sociales. C'est contre de telles concessions que s'adressent nos propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous disons que l'opinion que nous contestons sur l'influence de la race sur l'histoire des id&#233;ologies est ancienne, ce n'est pas sans raison. Ce n'est rien d'autre qu'une variante d'une th&#233;orie qui &#233;tait tr&#232;s r&#233;pandue au si&#232;cle dernier et qui s'effor&#231;ait d'expliquer tout le cours de l'histoire par les caract&#232;res de la nature humaine. Cette th&#233;orie est absolument incompatible avec la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. Selon la nouvelle conception, la nature de l'homme social change &#224; mesure que les relations sociales changent. Par cons&#233;quent, les caract&#233;ristiques g&#233;n&#233;rales de la nature humaine ne peuvent offrir aucune explication de l'histoire. Mais bien que croyant ardent et convaincu de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, Labriola accordait aussi &#8211; ne serait-ce que dans une tr&#232;s faible mesure &#8211; une part de v&#233;rit&#233; &#224; l'ancienne conception. Mais ce n'est pas pour rien que les Allemands disent : &#171; Wer A sagt, muss auch B sagen.&#8221; Ayant accord&#233; la v&#233;rit&#233; &#224; l'ancien point de vue dans un cas, Labriola a d&#251; l'accorder dans d'autres aussi. Faut-il dire que cette combinaison de deux visions diam&#233;tralement oppos&#233;es ne pouvait qu'alt&#233;rer l'harmonie de sa vision du monde ?&lt;br class='autobr' /&gt;
VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e est d&#233;termin&#233;e par l'&#233;tat de ses forces productives. Au fur et &#224; mesure que cet &#233;tat change, l'organisation sociale doit t&#244;t ou tard changer aussi. Par cons&#233;quent, il est dans un &#233;tat d'&#233;quilibre instable partout o&#249; se d&#233;veloppent les forces productives sociales. Labriola remarque &#224; juste titre que c'est cette instabilit&#233;, avec les mouvements sociaux et la lutte des classes sociales qu'elle suscite, qui pr&#233;serve l'homme de la stagnation mentale. L'antagonisme est la principale cause du progr&#232;s, dit-il, reprenant la pens&#233;e d'un &#233;conomiste allemand tr&#232;s connu. Mais tout de suite, il fait une r&#233;servation. Ce serait une grande erreur, &#224; son avis, de supposer que les hommes ont toujours et dans tous les cas une bonne compr&#233;hension de leur situation et per&#231;oivent clairement les t&#226;ches sociales auxquelles elle les confronte.&#171; Supposer cela, dit-il, c'est supposer l'improbable et m&#234;me l'irr&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous demandons au lecteur de pr&#234;ter une attention particuli&#232;re &#224; cette r&#233;serve. Labriola d&#233;veloppe sa pens&#233;e ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les formes de droit, les actes politiques et les tentatives d'organisation sociale &#233;taient, et sont encore, tant&#244;t heureuses, tant&#244;t erron&#233;es, c'est-&#224;-dire disproportionn&#233;es et inadapt&#233;es. L'histoire est pleine d'erreurs ; et cela signifie que si tout &#233;tait n&#233;cessaire, &#233;tant donn&#233; l'intelligence relative de ceux qui ont &#224; r&#233;soudre une difficult&#233; ou &#224; trouver une solution &#224; un probl&#232;me donn&#233;, si tout y avait une raison suffisante, pourtant tout n'y est pas raisonnable, dans le sens que les optimistes donnent &#224; ce mot. Pour le dire plus amplement, les causes d&#233;terminantes de tous les changements, c'est-&#224;-dire les conditions &#233;conomiques modifi&#233;es, ont fini, et finissent, en faisant trouver, parfois par des voies tortueuses, les formes de droit convenables, les ordres politiques et le moyen plus ou moins parfait d'adaptation sociale.Mais il ne faut pas croire que la sagesse instinctive de l'animal raisonnant s'est manifest&#233;e, ou se manifeste, d&#233;finitivement et simplement, dans la compr&#233;hension compl&#232;te et claire de toutes les situations, et qu'il ne nous reste que la t&#226;che tr&#232;s simple de suivre la logique d&#233;ductive. route de la situation &#233;conomique &#224; tout le reste. L'ignorance &#8211; qui, &#224; son tour, peut s'expliquer &#8211; est une raison importante de la mani&#232;re dont l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e ; et, &#224; l'ignorance, il faut ajouter la brutalit&#233; qui n'est jamais compl&#232;tement dompt&#233;e, et toutes les passions, et toutes les injustices, et les diverses formes de corruption, qui &#233;taient et sont le produit n&#233;cessaire d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e de telle mani&#232;re que, en elle, la domination de l'homme sur l'homme est in&#233;vitable.dans la compr&#233;hension compl&#232;te et claire de toutes les situations, et que nous n'avons laiss&#233; que la t&#226;che tr&#232;s simple de suivre la voie d&#233;ductive de la situation &#233;conomique &#224; tout le reste. L'ignorance &#8211; qui, &#224; son tour, peut s'expliquer &#8211; est une raison importante de la mani&#232;re dont l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e ; et, &#224; l'ignorance, il faut ajouter la brutalit&#233; qui n'est jamais compl&#232;tement dompt&#233;e, et toutes les passions, et toutes les injustices, et les diverses formes de corruption, qui &#233;taient et sont le produit n&#233;cessaire d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e de telle mani&#232;re que, en elle, la domination de l'homme sur l'homme est in&#233;vitable.dans la compr&#233;hension compl&#232;te et claire de toutes les situations, et que nous n'avons laiss&#233; que la t&#226;che tr&#232;s simple de suivre la voie d&#233;ductive de la situation &#233;conomique &#224; tout le reste. L'ignorance &#8211; qui, &#224; son tour, peut s'expliquer &#8211; est une raison importante de la mani&#232;re dont l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e ; et, &#224; l'ignorance, il faut ajouter la brutalit&#233; qui n'est jamais compl&#232;tement dompt&#233;e, et toutes les passions, et toutes les injustices, et les diverses formes de corruption, qui &#233;taient et sont le produit n&#233;cessaire d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e de telle mani&#232;re que, en elle, la domination de l'homme sur l'homme est in&#233;vitable.peut s'expliquer - est une raison importante de la mani&#232;re dont l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e ; et, &#224; l'ignorance, il faut ajouter la brutalit&#233; qui n'est jamais compl&#232;tement dompt&#233;e, et toutes les passions, et toutes les injustices, et les diverses formes de corruption, qui &#233;taient et sont le produit n&#233;cessaire d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e de telle mani&#232;re que, en elle, la domination de l'homme sur l'homme est in&#233;vitable.peut s'expliquer - est une raison importante de la mani&#232;re dont l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e ; et, &#224; l'ignorance, il faut ajouter la brutalit&#233; qui n'est jamais compl&#232;tement dompt&#233;e, et toutes les passions, et toutes les injustices, et les diverses formes de corruption, qui &#233;taient et sont le produit n&#233;cessaire d'une soci&#233;t&#233; organis&#233;e de telle mani&#232;re que, en elle, la domination de l'homme sur l'homme est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette domination le mensonge, l'hypocrisie, la pr&#233;somption et la bassesse &#233;taient et sont ins&#233;parables. Nous pouvons, sans &#234;tre utopistes, pr&#233;voir comme nous pr&#233;voyons en fait, l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; qui, se d&#233;veloppant &#224; partir de la soci&#233;t&#233; actuelle et de ses contrastes m&#234;mes par les lois inh&#233;rentes &#224; son d&#233;veloppement historique, aboutira &#224; une association sans antagonismes de classes. ..Mais c'est l'avenir et ce n'est ni le pr&#233;sent ni le pass&#233;... La production r&#233;gul&#233;e &#233;liminera de la vie l'&#233;l&#233;ment de hasard qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, s'est r&#233;v&#233;l&#233; dans l'histoire comme une cause multiforme d'accidents et d'incidents. Il y a une bonne part de v&#233;rit&#233; dans tout cela. Mais, fantastiquement m&#234;l&#233;e &#224; l'erreur, la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me prend ici la forme d'un paradoxe pas tout &#224; fait heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labriola a sans doute raison lorsqu'il dit que les hommes n'ont pas toujours de loin une compr&#233;hension claire de leur situation sociale et ne sont pas toujours bien conscients des t&#226;ches sociales qu'elle suscite. Mais quand, sur cette base, il parle de l'ignorance ou de la superstition comme &#233;tant la cause historique de bien des formes de vie sociale et de bien des coutumes, Be lui-m&#234;me revient inconsciemment au point de vue des &#233;claireurs du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de parler de l'ignorance comme d'une raison importante &#171; de la mani&#232;re dont l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e &#187;, il aurait d&#251; d&#233;finir le sens pr&#233;cis dans lequel ce mot peut &#234;tre utilis&#233; ici. Ce serait une grave erreur de penser que cela va de soi. Non, c'est loin d'&#234;tre aussi &#233;vident ou aussi simple qu'il y para&#238;t. Prenons l'exemple de la France du XVIIIe si&#232;cle. Tous les repr&#233;sentants intelligents du tiers &#233;tat avaient un ardent d&#233;sir de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;. Dans la poursuite de cet objectif, ils ont exig&#233; l'abolition de nombreuses institutions sociales archa&#239;ques. Mais l'abolition de ces institutions impliquait le triomphe du capitalisme, qui, comme nous le savons maintenant tr&#232;s bien, peut &#224; peine &#234;tre appel&#233; le royaume de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;. On peut donc dire que le but &#233;lev&#233; des philosophes du si&#232;cle dernier n'a pas &#233;t&#233; atteint.On peut &#233;galement dire que les philosophes n'ont pu indiquer les moyens de l'atteindre ; et ils peuvent donc &#234;tre accus&#233;s d'ignorance, comme ils l'&#233;taient en r&#233;alit&#233; par de nombreux socialistes utopistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labriola lui-m&#234;me s'&#233;tonne de la contradiction entre les tendances &#233;conomiques r&#233;elles de la France d'alors et les id&#233;aux de ses penseurs. &#171; Un spectacle singulier et un contraste singulier ! s'exclame-t-il. Mais qu'y a-t-il de singulier l&#224;-dedans ? Et o&#249; r&#233;sidait &#171; l'ignorance &#187; des &#233;claireurs fran&#231;ais ? &#201;tait-ce dans le fait que leur id&#233;e des moyens d'atteindre le bonheur universel n'&#233;tait pas la m&#234;me que la n&#244;tre aujourd'hui ? Mais, apr&#232;s tout, il ne pouvait &#234;tre question de tels moyens &#224; cette &#233;poque &#8211; ils n'avaient pas encore &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s par le mouvement historique de l'homme, ou, plus exactement, par le d&#233;veloppement de ses forces productives. Lisez les &#171; Doutes, propose aux philosophies &#233;conomistes &#187; de Malby, lisez le &#171; Code de la nature &#187; de Morelli, et vous verrez que dans la mesure o&#249; ces &#233;crivains diff&#233;raient de la grande majorit&#233; des &#233;claireurs sur les conditions du bonheur humain,et dans la mesure o&#249; ils r&#234;vaient de l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ils entr&#232;rent d'abord en contradiction flagrante et criante avec les besoins les plus vitaux et les plus g&#233;n&#233;raux des peuples de leur temps, et, d'autre part, vaguement conscients de cela, ils consid&#233;raient eux-m&#234;mes leurs r&#234;ves comme totalement irr&#233;alisables. Et, par cons&#233;quent, nous demandons une fois de plus - o&#249; r&#233;sidait l'ignorance des &#233;claireurs ? &#201;tait-ce dans le fait que, tout en se rendant compte des besoins sociaux de leur temps et en indiquant les moyens propres &#224; les satisfaire (abolition des anciens privil&#232;ges, etc.), ils attachaient &#224; ces moyens une signification tout &#224; fait exag&#233;r&#233;e, c'est-&#224;-dire comme moyen vers le bonheur universel ? Ce n'est pas une ignorance si absurde ; et, d'un point de vue pratique, il faut m&#234;me admettre qu'il avait son utilit&#233;,car plus les &#233;claireurs croyaient &#224; la valeur universelle des r&#233;formes qu'ils r&#233;clamaient, plus ils devaient lutter &#233;nergiquement pour elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, les &#233;claireurs ont trahi l'ignorance en n'ayant pu trouver le fil qui reliait leurs vues et leurs aspirations &#224; la situation &#233;conomique de la France &#224; cette &#233;poque, et en ne se doutant m&#234;me pas qu'un tel fil existait. Ils se consid&#233;raient comme les exposants de la v&#233;rit&#233; absolue. Nous savons aujourd'hui qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; absolue, que tout est relatif, que tout d&#233;pend des conditions de temps et de lieu ; mais pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison, nous devons &#234;tre tr&#232;s prudents dans l'appr&#233;ciation de &#171; l'ignorance &#187; de diverses p&#233;riodes historiques. Leur ignorance, dans la mesure o&#249; elle se manifeste dans leurs mouvements sociaux, leurs aspirations et leurs id&#233;aux caract&#233;ristiques, est &#233;galement relative.&lt;br class='autobr' /&gt;
IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment na&#238;t le droit ? On peut dire que toute loi repr&#233;sente le remplacement ou la modification d'une loi ou d'une coutume plus ancienne. Pourquoi les anciennes coutumes sont-elles remplac&#233;es ? Parce qu'elles cessent de se conformer aux nouvelles &#171; conditions &#187;, c'est-&#224;-dire aux nouvelles relations effectives dans lesquelles les hommes se tiennent les uns envers les autres dans le processus social de production. Le communisme primitif a disparu du fait du d&#233;veloppement des forces productives. Cependant, les forces productives se d&#233;veloppent mais progressivement. C'est pourquoi les nouvelles relations r&#233;elles d'homme &#224; homme dans le processus social de production se d&#233;veloppent &#233;galement, mais progressivement. Et de l&#224; aussi, le caract&#232;re restrictif des anciennes lois ou coutumes, et, par cons&#233;quent, la n&#233;cessit&#233; de fournir une expression juridique correspondante des nouvelles relations (&#233;conomiques) r&#233;elles des hommes, se d&#233;veloppent &#233;galement mais progressivement.La sagesse instinctive de l'animal qui raisonne suit g&#233;n&#233;ralement le sillage de ces changements r&#233;els. Si de vieilles lois emp&#234;chent une partie de la soci&#233;t&#233; d'atteindre ses buts mat&#233;riels, de satisfaire ses besoins urgents, elle prendra infailliblement et avec la plus grande facilit&#233; conscience de leur caract&#232;re restrictif : cela demande &#224; peine plus d'intelligence qu'il n'en faut pour la conscience qui les chaussures ou les armes lourdes sont inconfortables. Mais, bien s&#251;r, de la conscience du caract&#232;re restrictif d'une loi existante &#224; l'effort conscient de l'abolir, c'est bien loin. Au d&#233;but, les hommes essaient simplement de le contourner dans chaque cas particulier. Rappelons-nous ce qui se passait dans notre pays dans les grandes familles paysannes, lorsque, sous l'influence du capitalisme naissant, surgissaient de nouvelles sources de revenus qui n'&#233;taient pas &#233;gales pour tous les membres de la famille.Le code familial coutumier devient alors contraignant pour les chanceux qui gagnent plus que les autres. Mais il n'&#233;tait pas si facile pour ces chanceux de se r&#233;soudre &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne coutume, et ils ne le firent pas d'un seul coup. Pendant longtemps, ils ont simplement recouru &#224; des subterfuges, cachant une partie de leurs gains aux anciens. Mais le nouveau syst&#232;me &#233;conomique s'est progressivement renforc&#233;, et l'ancienne vie de famille de plus en plus &#233;branl&#233;e : les membres de la famille qui s'int&#233;ressaient &#224; son abolition s'enhardissaient de plus en plus ; des fils de plus en plus souvent s&#233;par&#233;s de la maison commune, et &#224; la fin l'ancienne coutume disparut et fut remplac&#233;e par une nouvelle coutume, n&#233;e des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.Mais il n'&#233;tait pas si facile pour ces chanceux de se r&#233;soudre &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne coutume, et ils ne le firent pas d'un seul coup. Pendant longtemps, ils ont simplement recouru &#224; des subterfuges, cachant une partie de leurs gains aux anciens. Mais le nouveau syst&#232;me &#233;conomique s'est progressivement renforc&#233;, et l'ancienne vie de famille de plus en plus &#233;branl&#233;e : les membres de la famille qui s'int&#233;ressaient &#224; son abolition s'enhardissaient de plus en plus ; des fils de plus en plus souvent s&#233;par&#233;s de la maison commune, et &#224; la fin l'ancienne coutume disparut et fut remplac&#233;e par une nouvelle coutume, n&#233;e des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.Mais il n'&#233;tait pas si facile pour ces chanceux de se r&#233;soudre &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne coutume, et ils ne le firent pas d'un seul coup. Pendant longtemps, ils ont simplement recouru &#224; des subterfuges, cachant une partie de leurs gains aux anciens. Mais le nouveau syst&#232;me &#233;conomique s'est progressivement renforc&#233;, et l'ancienne vie de famille de plus en plus &#233;branl&#233;e : les membres de la famille qui s'int&#233;ressaient &#224; son abolition s'enhardissaient de plus en plus ; des fils de plus en plus souvent s&#233;par&#233;s de la maison commune, et &#224; la fin l'ancienne coutume disparut et fut remplac&#233;e par une nouvelle coutume, n&#233;e des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.dissimulant une partie de leurs gains aux a&#238;n&#233;s. Mais le nouveau syst&#232;me &#233;conomique s'est progressivement renforc&#233;, et l'ancienne vie de famille de plus en plus &#233;branl&#233;e : les membres de la famille qui s'int&#233;ressaient &#224; son abolition s'enhardissaient de plus en plus ; des fils de plus en plus souvent s&#233;par&#233;s de la maison commune, et &#224; la fin l'ancienne coutume disparut et fut remplac&#233;e par une nouvelle coutume, n&#233;e des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.dissimulant une partie de leurs gains aux a&#238;n&#233;s. Mais le nouveau syst&#232;me &#233;conomique s'est progressivement renforc&#233;, et l'ancienne vie de famille de plus en plus &#233;branl&#233;e : les membres de la famille qui s'int&#233;ressaient &#224; son abolition s'enhardissaient de plus en plus ; des fils de plus en plus souvent s&#233;par&#233;s de la maison commune, et &#224; la fin l'ancienne coutume disparut et fut remplac&#233;e par une nouvelle coutume, n&#233;e des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.r&#233;sultant des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.r&#233;sultant des nouvelles conditions, des nouvelles relations actuelles, de la nouvelle &#233;conomie de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance par l'homme de sa situation est plus ou moins en retard par rapport au d&#233;veloppement des nouvelles relations r&#233;elles qui font changer cette situation. Mais cela reste dans le sillage des relations r&#233;elles. L&#224; o&#249; l'effort conscient de l'homme pour l'abolition des anciennes institutions et l'&#233;tablissement d'un nouveau syst&#232;me juridique est faible, la voie pour le nouveau syst&#232;me n'a pas encore &#233;t&#233; correctement trac&#233;e par l'&#233;conomie de la soci&#233;t&#233;. En d'autres termes, dans l'histoire, le manque de connaissance claire &#8211; &#171; les b&#233;vues de la pens&#233;e immature &#187;, &#171; l'ignorance &#187; &#8211; signifie souvent une seule chose, &#224; savoir que l'objet &#224; conna&#238;tre, c'est-&#224;-dire les choses nouvelles et naissantes, est encore mais peu d&#233;velopp&#233;. Et &#233;videmment, une telle ignorance &#8211; manque de connaissance ou de compr&#233;hension de ce qui n'existe pas encore, de ce qui est encore en train de devenir &#8211; n'est qu'une ignorance relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un autre type d'ignorance - l'ignorance de la nature. C'est ce qu'on peut appeler l'ignorance absolue. Son crit&#232;re est le pouvoir de la nature sur l'homme. Et comme le d&#233;veloppement des forces productives signifie le pouvoir croissant de l'homme sur la nature, il est clair que tout accroissement des forces productives implique une diminution de l'ignorance absolue. Les ph&#233;nom&#232;nes naturels que l'homme ne comprend pas et ne peuvent donc pas contr&#244;ler donnent lieu &#224; diverses sortes de superstitions. A un certain stade du d&#233;veloppement social, les superstitions se m&#234;lent &#233;troitement aux id&#233;es morales et juridiques de l'homme, auxquelles elles donnent alors une teinte particuli&#232;re. (M. M. Kovalevsky, dans son &#171; Law and Custom in the Caucasus &#187;, dit : &#171; Un examen des croyances religieuses et des superstitions des Ishavs nous am&#232;ne &#224; conclure que, sous le couvert officiel de la religion orthodoxe,ce peuple est encore au stade de d&#233;veloppement que Tylor a si heureusement appel&#233; animisme. Cette &#233;tape, comme nous le savons, est g&#233;n&#233;ralement marqu&#233;e par la subordination d&#233;cid&#233;e &#224; la fois de la morale sociale et du droit &#224; la religion. &#187; (Vol. II, p. 82.) Mais le fait est que, selon Tylor, l'animisme primitif n'a d'influence ni sur la morale ni sur la loi. A ce stade de d&#233;veloppement &#171; il n'y a pas de rapport r&#233;ciproque entre la morale et la loi, ou bien ce rapport n'est qu'embryonnaire... L'animisme du sauvage est presque totalement exempt de cet &#233;l&#233;ment moral qui est aux yeux de l'homme civilis&#233; l'essence de toute religion pratique... Les lois morales ont leur propre fondement sp&#233;cial, etc. Par cons&#233;quent, il serait plus correct de dire que les superstitions religieuses ne se m&#234;lent aux id&#233;es morales et juridiques qu'&#224; un certain degr&#233; et relativement &#233;lev&#233;,stade de d&#233;veloppement social. Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir, &#224; partir de consid&#233;rations d'espace, montrer ici comment cela s'explique par le mat&#233;rialisme moderne.) les opinions religieuses jouent souvent un r&#244;le tr&#232;s important. Les innovateurs comme les conservateurs invoquent l'aide des dieux, pla&#231;ant diverses institutions sous leur protection ou affirmant m&#234;me qu'elles sont l'expression de la volont&#233; divine. Il va sans dire que les Eum&#233;nides, que les Grecs de l'Antiquit&#233; consid&#233;raient comme les tenants du droit maternel, ont fait aussi peu pour sa d&#233;fense que Minerve l'a fait pour le triomphe du pouvoir du p&#232;re, qui lui &#233;tait pr&#233;tendument si cher. Les hommes perdaient simplement leur temps et leurs efforts &#224; faire appel &#224; l'aide des dieux et des f&#233;tiches ;mais l'ignorance qui a rendu possible la croyance aux Eum&#233;nides n'a pas emp&#234;ch&#233; les conservateurs grecs de l'&#233;poque de se rendre compte que l'ancien syst&#232;me juridique (ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, l'ancien droit coutumier) &#233;tait une meilleure garantie de leurs int&#233;r&#234;ts. De m&#234;me, la superstition qui permettait aux innovateurs de fonder leurs espoirs sur Minerve ne les emp&#234;chait pas de se rendre compte des inconv&#233;nients de l'ancien ordre de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation du coin dans la coupe du bois &#233;tait inconnue des Dayaks de Born&#233;o. Lorsque les Europ&#233;ens l'ont introduit, les autorit&#233;s indig&#232;nes ont solennellement interdit son utilisation. C'&#233;tait &#233;videmment une preuve de leur ignorance, car quoi de plus insens&#233; que de refuser d'utiliser un outil qui contribue &#224; all&#233;ger le travail ? Mais r&#233;fl&#233;chissez un peu, et vous gagnerez peut-&#234;tre admettre qu'il peut y avoir eu des circonstances att&#233;nuantes. L'interdiction d'employer des outils europ&#233;ens &#233;tait probablement une manifestation de la lutte contre les influences europ&#233;ennes, qui commen&#231;aient &#224; saper l'ancien ordre aborig&#232;ne. Les autorit&#233;s indig&#232;nes craignaient vaguement que si des coutumes europ&#233;ennes &#233;taient introduites, il ne resterait pas une pierre de cet ordre debout.Pour une raison quelconque, le coin &#233;tait plus &#233;vocateur dans leur esprit du pouvoir destructeur des influences europ&#233;ennes que tout autre instrument europ&#233;en. Et c'est ainsi que nous les trouvons en interdisant solennellement son utilisation. Pourquoi pr&#233;cis&#233;ment &#233;tait-ce le coin qui est devenu le symbole d'innovations dangereuses &#224; leurs yeux ? A cette question, nous pouvons fournir une r&#233;ponse suffisante ; on ne sait pourquoi le coin s'associait dans l'esprit des indig&#232;nes &#224; l'id&#233;e du danger qui mena&#231;ait leur ancienne forme de vie ; mais on peut dire avec certitude que les indig&#232;nes avaient parfaitement raison de craindre pour la stabilit&#233; de leur ancien ordre. Les influences europ&#233;ennes alt&#232;rent tr&#232;s rapidement et tr&#232;s gravement, sinon d&#233;truisent enti&#232;rement, les m&#339;urs des sauvages et des barbares qui tombent sous leur emprise.Pourquoi pr&#233;cis&#233;ment &#233;tait-ce le coin qui est devenu le symbole d'innovations dangereuses &#224; leurs yeux ? A cette question, nous pouvons fournir une r&#233;ponse suffisante ; on ne sait pourquoi le coin s'associait dans l'esprit des indig&#232;nes &#224; l'id&#233;e du danger qui mena&#231;ait leur ancienne forme de vie ; mais on peut dire avec certitude que les indig&#232;nes avaient parfaitement raison de craindre pour la stabilit&#233; de leur ancien ordre. Les influences europ&#233;ennes alt&#232;rent tr&#232;s rapidement et tr&#232;s gravement, sinon d&#233;truisent enti&#232;rement, les m&#339;urs des sauvages et des barbares qui tombent sous leur emprise.Pourquoi pr&#233;cis&#233;ment &#233;tait-ce le coin qui est devenu le symbole d'innovations dangereuses &#224; leurs yeux ? A cette question, nous pouvons fournir une r&#233;ponse suffisante ; on ne sait pourquoi le coin s'associait dans l'esprit des indig&#232;nes &#224; l'id&#233;e du danger qui mena&#231;ait leur ancienne forme de vie ; mais on peut dire avec certitude que les indig&#232;nes avaient parfaitement raison de craindre pour la stabilit&#233; de leur ancien ordre. Les influences europ&#233;ennes alt&#232;rent tr&#232;s rapidement et tr&#232;s gravement, sinon d&#233;truisent enti&#232;rement, les m&#339;urs des sauvages et des barbares qui tombent sous leur emprise.mais on peut dire avec certitude que les indig&#232;nes avaient parfaitement raison de craindre pour la stabilit&#233; de leur ancien ordre. Les influences europ&#233;ennes alt&#232;rent tr&#232;s rapidement et tr&#232;s gravement, sinon d&#233;truisent enti&#232;rement, les m&#339;urs des sauvages et des barbares qui tombent sous leur emprise.mais on peut dire avec certitude que les indig&#232;nes avaient parfaitement raison de craindre pour la stabilit&#233; de leur ancien ordre. Les influences europ&#233;ennes alt&#232;rent tr&#232;s rapidement et tr&#232;s gravement, sinon d&#233;truisent enti&#232;rement, les m&#339;urs des sauvages et des barbares qui tombent sous leur emprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tylor nous dit que si les Dayaks ont publiquement condamn&#233; l'utilisation du coin, ils l'ont n&#233;anmoins utilis&#233; lorsqu'ils pouvaient le faire en secret. Ici, vous avez ajout&#233; &#034;l'hypocrisie&#034; &#224; l'ignorance. Mais pourquoi ? C'&#233;tait &#233;videmment d&#251; &#224; une reconnaissance des avantages de la nouvelle m&#233;thode de coupe du bois, accompagn&#233;e, cependant, d'une crainte de l'opinion publique, ou des poursuites par les autorit&#233;s. On retrouve ainsi la sagesse instinctive de l'animal raisonneur critiquant la mesure m&#234;me dont il &#233;tait lui-m&#234;me responsable. Et elle avait raison dans sa critique, car interdire l'usage des outils europ&#233;ens ne signifiait nullement &#233;liminer les influences europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait reprendre l'expression de Labriola et dire qu'en l'occurrence les Dayak ont &#8203;&#8203;adopt&#233; une mesure inadapt&#233;e et disproportionn&#233;e &#224; leur situation. Nous aurions parfaitement raison. Et l'on pourrait ajouter &#224; la remarque de Labriola que les gens con&#231;oivent tr&#232;s souvent des mesures disproportionn&#233;es et inadapt&#233;es &#224; leur situation. Mais qu'est-ce qui suit ? Seulement que nous devons essayer de d&#233;couvrir s'il n'existe pas une sorte de d&#233;pendance entre ce genre d'erreur et le caract&#232;re ou le degr&#233; de d&#233;veloppement des relations sociales de l'homme. Une telle d&#233;pendance existe sans aucun doute. Labriola dit que l'ignorance s'explique &#224; son tour. Nous disons : non seulement cela peut s'expliquer, mais cela devrait &#234;tre expliqu&#233;, si la science sociale est capable de devenir une science stricte. Si &#171; l'ignorance &#187; peut &#234;tre attribu&#233;e &#224; des causes sociales, alors il ne sert &#224; rien de la citer,il ne sert &#224; rien de dire qu'elle explique l'&#233;nigme pourquoi l'histoire s'est d&#233;roul&#233;e ainsi et non autrement. La r&#233;ponse n'est pas l&#224;, mais dans les causes sociales qui l'ont suscit&#233;e et lui ont pr&#234;t&#233; une forme plut&#244;t qu'une autre, un caract&#232;re plut&#244;t qu'un autre. Pourquoi restreindre votre enqu&#234;te en parlant simplement d'ignorance, qui n'explique rien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant d'une conception scientifique de l'histoire, que le chercheur parle d'ignorance ne fait que t&#233;moigner de sa propre ignorance.&lt;br class='autobr' /&gt;
X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout droit positif est une d&#233;fense d'un int&#233;r&#234;t d&#233;fini. Comment ces int&#233;r&#234;ts naissent-ils ? Sont-ils le produit de la volont&#233; humaine et de la conscience humaine ? Non, ils sont cr&#233;&#233;s par les relations &#233;conomiques de l'homme. Une fois qu'ils ont surgi, les int&#233;r&#234;ts se refl&#232;tent d'une mani&#232;re ou d'une autre dans la conscience de l'homme. Pour d&#233;fendre un int&#233;r&#234;t, il faut en avoir conscience. C'est pourquoi tout syst&#232;me de droit positif peut et doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un produit de la conscience. Ce n'est pas la conscience de l'homme qui fait na&#238;tre les int&#233;r&#234;ts que la loi prot&#232;ge, et, par cons&#233;quent, ce n'est pas la conscience de l'homme qui d&#233;termine le contenu de la loi ; mais l'&#233;tat de conscience sociale (psychologie sociale) &#224; une &#233;poque donn&#233;e d&#233;termine la forme que prend le reflet de l'int&#233;r&#234;t donn&#233; dans l'esprit de l'homme.Si nous ne tenons pas compte de l'&#233;tat de la conscience sociale, nous serons absolument incapables d'expliquer l'histoire du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette histoire, il est toujours essentiel de bien distinguer la forme et le fond. sous son aspect formel, le droit, comme toute id&#233;ologie, est soumis &#224; l'influence de toutes, ou du moins de certaines, des autres id&#233;ologies : croyances religieuses, conceptions philosophiques, etc. Cela en soi entrave dans une certaine mesure &#8211; et parfois dans une tr&#232;s large mesure &#8211; la r&#233;v&#233;lation de la d&#233;pendance entre les concepts juridiques des hommes et leurs relations mutuelles dans le processus social de production. Mais ce n'est que la moiti&#233; du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai probl&#232;me est qu'&#224; diff&#233;rents stades du d&#233;veloppement social, une id&#233;ologie donn&#233;e est soumise aux influences d'autres id&#233;ologies &#224; des degr&#233;s tr&#232;s in&#233;gaux. Par exemple, la loi &#233;gyptienne ancienne, et en partie romaine, &#233;tait sous l'emprise de la religion ; dans l'histoire plus r&#233;cente le droit s'est d&#233;velopp&#233; (nous le r&#233;p&#233;tons et demandons qu'il soit not&#233; qu'il s'agit ici de l'aspect formel) sous la forte influence de la philosophie. La philosophie a d&#251; livrer un grand combat avant de r&#233;ussir &#224; &#233;liminer l'influence de la religion sur le droit et &#224; lui substituer sa propre influence. Cette lutte n'&#233;tait rien d'autre qu'un reflet dans le domaine des id&#233;es de la lutte sociale entre le tiers &#233;tat et le clerg&#233;, mais, n&#233;anmoins, elle a grandement entrav&#233; la formation d'une vision correcte de l'origine des institutions juridiques, car, gr&#226;ce &#224; elle,ces institutions semblaient &#234;tre le produit &#233;vident et indubitable d'une lutte entre des id&#233;es abstraites. Il va sans dire que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, Labriola se rend parfaitement compte des relations r&#233;elles qui se cachent derri&#232;re un tel conflit de concepts. Mais lorsqu'il en vient aux d&#233;tails, il pose ses armes mat&#233;rialistes face aux difficult&#233;s du probl&#232;me et consid&#232;re qu'il est possible, on l'a vu, de se borner &#224; invoquer l'ignorance ou la puissance de la tradition comme explication. De plus, il parle du &#171; symbolisme &#187; comme cause finale de bien des coutumes.il pose ses armes mat&#233;rialistes devant les difficult&#233;s du probl&#232;me et consid&#232;re qu'il est possible, on l'a vu, de se borner &#224; invoquer l'ignorance ou la puissance de la tradition comme explication. De plus, il parle du &#171; symbolisme &#187; comme cause finale de bien des coutumes.il pose ses armes mat&#233;rialistes devant les difficult&#233;s du probl&#232;me et consid&#232;re qu'il est possible, on l'a vu, de se borner &#224; invoquer l'ignorance ou la puissance de la tradition comme explication. De plus, il parle du &#171; symbolisme &#187; comme cause finale de bien des coutumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le symbolisme a &#233;t&#233; un facteur non n&#233;gligeable dans l'histoire de certaines id&#233;ologies. Mais comme cause finale des coutumes, cela ne fera pas du tout. Prenons un exemple comme le suivant. Chez les Ishavs du Caucase, la coutume veut qu'une femme coupe sa tresse de cheveux &#224; la mort d'un fr&#232;re, mais pas &#224; la mort de son mari. C'est un acte symbolique ; c'est une substitution &#224; l'ancienne coutume de l'auto-immolation sur la tombe du mort. Mais pourquoi la femme accomplit-elle cet acte symbolique sur la tombe d'un fr&#232;re et non sur la tombe de son mari ? M. Kovalevsky dit que cette caract&#233;ristique &#171; ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e que comme une survivance de ces temps recul&#233;s o&#249; le chef du clan &#8211; qui &#233;tait uni par sa descendance r&#233;elle ou imaginaire d'une femme, l'anc&#234;tre du clan &#8211; &#233;tait le descendant le plus &#226;g&#233; sur du c&#244;t&#233; de la m&#232;re,le parent le plus proche. Il s'ensuit donc que les actes symboliques ne sont compr&#233;hensibles que lorsque l'on comprend le sens et l'origine des relations qu'ils symbolisent. Comment naissent ces relations ? La r&#233;ponse &#224; cette question ne doit pas, bien entendu, &#234;tre recherch&#233;e dans les actes symboliques, bien qu'ils puissent parfois fournir des indices utiles. L'origine de la coutume symbolique par laquelle une femme coupe sa tresse sur la tombe d'un fr&#232;re s'explique par l'histoire de la famille ; et l'explication de l'histoire de la famille est &#224; chercher dans l'histoire du d&#233;veloppement &#233;conomique.bien qu'ils puissent parfois fournir des indices utiles. L'origine de la coutume symbolique par laquelle une femme coupe sa tresse sur la tombe d'un fr&#232;re s'explique par l'histoire de la famille ; et l'explication de l'histoire de la famille est &#224; chercher dans l'histoire du d&#233;veloppement &#233;conomique.bien qu'ils puissent parfois fournir des indices utiles. L'origine de la coutume symbolique par laquelle une femme coupe sa tresse sur la tombe d'un fr&#232;re s'explique par l'histoire de la famille ; et l'explication de l'histoire de la famille est &#224; chercher dans l'histoire du d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas qui nous int&#233;resse &#8211; lorsque la femme coupe sa tresse sur la tombe d'un fr&#232;re &#8211; ce rite a surv&#233;cu &#224; la forme de parent&#233; &#224; laquelle il devait son origine. Voil&#224; un exemple de cette influence de la tradition dont parle Labriola. Mais la tradition ne peut pr&#233;server que ce qui existe d&#233;j&#224;. Non seulement elle &#233;choue &#224; expliquer l'origine du rite donn&#233; ou de la forme donn&#233;e en g&#233;n&#233;ral, mais elle &#233;choue m&#234;me &#224; expliquer sa conservation. La force de la tradition est une force d'inertie. En examinant l'histoire des id&#233;ologies, nous sommes souvent contraints de nous demander pourquoi un rite ou une coutume particulier aurait d&#251; survivre alors que non seulement les relations auxquelles il devait son origine, mais d'autres coutumes ou rites apparent&#233;s qui ont pris naissance dans les m&#234;mes relations, ont disparu.Cela revient &#224; se demander pourquoi l'effet destructeur des nouvelles relations n'a &#233;pargn&#233; que ce rite ou cette coutume en en &#233;liminant d'autres. R&#233;pondre &#224; cette question en parlant de la force de la tradition n'est rien de plus que de r&#233;it&#233;rer la question sous une forme affirmative. Comment sortir de la difficult&#233; ? En se tournant vers la psychologie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieilles coutumes commencent &#224; dispara&#238;tre et les anciens rites &#224; s'effondrer lorsque les hommes entrent dans de nouvelles relations r&#233;ciproques. Le conflit d'int&#233;r&#234;ts sociaux trouve son expression dans un conflit entre les nouveaux usages et rites et les anciens. Aucun rite ou coutume symbolique, pris isol&#233;ment, ne peut influencer le d&#233;veloppement des nouvelles relations ni positivement ni n&#233;gativement. Si les conservateurs soutiennent passionn&#233;ment les vieilles coutumes, c'est que dans leur esprit l'id&#233;e d'un syst&#232;me social avantageux, pr&#233;cieux et coutumier est fermement associ&#233;e &#224; l'id&#233;e de ces coutumes. Si les innovateurs d&#233;testent et se moquent de ces coutumes, c'est parce que dans leur esprit l'id&#233;e de ces coutumes est associ&#233;e &#224; l'id&#233;e de relations sociales restrictives, d&#233;savantageuses et r&#233;pr&#233;hensibles. Par cons&#233;quent, tout l'int&#233;r&#234;t r&#233;side dans une association d'id&#233;es.Quand nous constatons qu'un rite particulier a surv&#233;cu non seulement aux relations qui l'ont engendr&#233;, mais aussi aux rites apparent&#233;s qui sont n&#233;s de ces m&#234;mes relations, nous devons conclure que dans l'esprit des innovateurs, il n'&#233;tait pas si fortement associ&#233; &#224; l'id&#233;e de l'ancien ordre d&#233;test&#233; comme l'&#233;taient les autres coutumes. Pourquoi donc ? R&#233;pondre &#224; cette question est parfois facile, mais parfois c'est tout &#224; fait impossible faute des donn&#233;es psychologiques n&#233;cessaires. Mais m&#234;me lorsque nous sommes contraints d'admettre que la question est sans r&#233;ponse - du moins, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances - nous devons n&#233;anmoins nous rappeler que l'essentiel n'est pas dans la force de la tradition, mais dans des associations d&#233;finies d'id&#233;es produites par des rapports r&#233;els des hommes dans la soci&#233;t&#233;.mais aussi des rites apparent&#233;s qui ont surgi de ces m&#234;mes relations, nous devons conclure que dans l'esprit des innovateurs, il n'&#233;tait pas aussi fortement associ&#233; &#224; l'id&#233;e de l'ancien ordre d&#233;test&#233; que les autres coutumes. Pourquoi donc ? R&#233;pondre &#224; cette question est parfois facile, mais parfois c'est tout &#224; fait impossible faute des donn&#233;es psychologiques n&#233;cessaires. Mais m&#234;me lorsque nous sommes contraints d'admettre que la question est sans r&#233;ponse - du moins, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances - nous devons n&#233;anmoins nous rappeler que l'essentiel n'est pas dans la force de la tradition, mais dans des associations d&#233;finies d'id&#233;es produites par des rapports r&#233;els des hommes dans la soci&#233;t&#233;.mais aussi des rites apparent&#233;s qui ont surgi de ces m&#234;mes relations, nous devons conclure que dans l'esprit des innovateurs, il n'&#233;tait pas aussi fortement associ&#233; &#224; l'id&#233;e de l'ancien ordre d&#233;test&#233; que les autres coutumes. Pourquoi donc ? R&#233;pondre &#224; cette question est parfois facile, mais parfois c'est tout &#224; fait impossible faute des donn&#233;es psychologiques n&#233;cessaires. Mais m&#234;me lorsque nous sommes contraints d'admettre que la question est sans r&#233;ponse - du moins, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances - nous devons n&#233;anmoins nous rappeler que l'essentiel n'est pas dans la force de la tradition, mais dans des associations d&#233;finies d'id&#233;es produites par des rapports r&#233;els des hommes dans la soci&#233;t&#233;.Pourquoi donc ? R&#233;pondre &#224; cette question est parfois facile, mais parfois c'est tout &#224; fait impossible faute des donn&#233;es psychologiques n&#233;cessaires. Mais m&#234;me lorsque nous sommes contraints d'admettre que la question est sans r&#233;ponse - du moins, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances - nous devons n&#233;anmoins nous rappeler que l'essentiel n'est pas dans la force de la tradition, mais dans des associations d&#233;finies d'id&#233;es produites par des rapports r&#233;els des hommes dans la soci&#233;t&#233;.Pourquoi donc ? R&#233;pondre &#224; cette question est parfois facile, mais parfois c'est tout &#224; fait impossible faute des donn&#233;es psychologiques n&#233;cessaires. Mais m&#234;me lorsque nous sommes contraints d'admettre que la question est sans r&#233;ponse - du moins, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances - nous devons n&#233;anmoins nous rappeler que l'essentiel n'est pas dans la force de la tradition, mais dans des associations d&#233;finies d'id&#233;es produites par des rapports r&#233;els des hommes dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des id&#233;ologies s'explique dans une large mesure par l'essor, la modification et l'effondrement d'associations d'id&#233;es sous l'influence de l'essor, de la modification et de l'effondrement de combinaisons d&#233;finies de forces sociales. Labriola n'a pas accord&#233; &#224; ce c&#244;t&#233; de la question toute l'attention qu'il m&#233;rite. Ceci est clairement montr&#233; dans sa conception de la philosophie.&lt;br class='autobr' /&gt;
XI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Labriola, dans son d&#233;veloppement historique, la philosophie se confond en partie avec la th&#233;ologie et repr&#233;sente en partie le d&#233;veloppement de la pens&#233;e humaine par rapport aux objets qui entrent dans le champ de notre exp&#233;rience. En tant qu'elle est distincte de la th&#233;ologie, elle s'occupe des m&#234;mes probl&#232;mes que l'investigation scientifique, au sens propre du terme. Ce faisant, il s'efforce soit d'anticiper la science, en proposant ses propres solutions conjecturales, soit simplement de r&#233;sumer et de soumettre &#224; une &#233;laboration logique plus pouss&#233;e les solutions d&#233;j&#224; trouv&#233;es par la science. Cela, bien s&#251;r, est vrai. Mais ce n'est pas toute la v&#233;rit&#233;. Prenez la philosophie moderne. Pour Descartes et Bacon, c'&#233;tait l'une des fonctions les plus importantes de la philosophie de multiplier nos connaissances scientifiques afin d'accro&#238;tre le pouvoir de l'homme sur la nature.On voit donc qu'&#224; leur &#233;poque la philosophie s'occupait des m&#234;mes probl&#232;mes que ceux qui formaient le th&#232;me des silences naturels. On pourrait donc penser que les solutions qu'elle fournissait &#233;taient d&#233;termin&#233;es par l'&#233;tat des sciences naturelles. Mais ce n'est pas tout &#224; fait le cas. L'attitude de Descartes &#224; l'&#233;gard de certaines questions philosophiques, comme, par exemple, la question de l'&#226;me, ne peut s'expliquer par l'&#233;tat des sciences naturelles &#224; cette &#233;poque ; mais cette attitude s'explique bien par l'&#233;tat social de la France &#224; l'&#233;poque.la question de l'&#226;me ne peut s'expliquer par l'&#233;tat des sciences naturelles &#224; cette &#233;poque ; mais cette attitude s'explique bien par l'&#233;tat social de la France &#224; l'&#233;poque.la question de l'&#226;me ne peut s'expliquer par l'&#233;tat des sciences naturelles &#224; cette &#233;poque ; mais cette attitude s'explique bien par l'&#233;tat social de la France &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes a fait une distinction stricte entre la sph&#232;re de la foi et la sph&#232;re de la raison. Sa philosophie ne contredisait pas le catholicisme ; au contraire, il s'effor&#231;a de confirmer certains de ses dogmes par de nouveaux arguments. A cet &#233;gard, elle refl&#233;tait bien les sentiments des Fran&#231;ais de cette &#233;poque. Apr&#232;s les conflits prolong&#233;s et sanglants du XVIe si&#232;cle, un d&#233;sir universel de paix et d'ordre s'&#233;leva en France. Dans le domaine politique, ce d&#233;sir s'exprimait dans une sympathie pour la monarchie absolue ; dans le domaine de la pens&#233;e, elle s'exprimait dans une certaine tol&#233;rance religieuse et un souci d'&#233;viter toutes les questions controvers&#233;es qui pourraient rappeler la r&#233;cente guerre civile. C'&#233;taient des questions religieuses. Pour les &#233;viter, il fallait tracer une ligne de d&#233;marcation entre le domaine de la foi et le domaine de la raison. Cette,comme nous l'avons dit, c'est ce que Descartes a fait. Mais cette d&#233;marcation ne suffisait pas. la paix sociale exigeait que la philosophie admette solennellement la v&#233;rit&#233; du dogme religieux. Et par Descartes, cela aussi a &#233;t&#233; fait. C'est pourquoi le syst&#232;me de ce penseur, bien qu'au moins aux trois quarts mat&#233;rialiste, fut accueilli avec sympathie par de nombreux eccl&#233;siastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une suite logique &#224; la philosophie de Descartes &#233;tait le mat&#233;rialisme de La Mettrie. Mais on aurait pu tout aussi bien en tirer des conclusions id&#233;alistes. Et si les Fran&#231;ais ne le faisaient pas, c'&#233;tait pour une raison sociale tr&#232;s pr&#233;cise, &#224; savoir l'hostilit&#233; du tiers &#233;tat au clerg&#233; de la France du XVIIIe si&#232;cle. Alors que la philosophie de Descartes est n&#233;e d'un d&#233;sir de paix sociale, le mat&#233;rialisme du XVIIIe si&#232;cle est annonciateur de nouveaux bouleversements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra par l&#224; seulement que le d&#233;veloppement de la pens&#233;e philosophique en France s'explique non seulement par le d&#233;veloppement des sciences naturelles, mais aussi par l'influence directe du d&#233;veloppement des relations sociales. Cela se r&#233;v&#232;le encore plus clairement lorsque l'histoire de la philosophie fran&#231;aise est soigneusement examin&#233;e sous un autre angle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes, comme nous le savons d&#233;j&#224;, soutenait que le but principal de la philosophie &#233;tait d'accro&#238;tre le pouvoir de l'homme sur la nature. Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle consid&#233;raient que leur premier devoir &#233;tait de remplacer certains anciens concepts par de nouveaux, sur lesquels pourraient s'&#233;difier des relations sociales normales. Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais n'&#233;voquaient pratiquement pas l'augmentation des forces sociales de production. C'est une diff&#233;rence tr&#232;s importante. A quoi &#233;tait-ce d&#251; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement des forces productives en France au XVIIIe si&#232;cle &#233;tait gravement entrav&#233; par des rapports sociaux de production archa&#239;ques, par des institutions sociales archa&#239;ques. L'abolition de ces institutions &#233;tait absolument essentielle pour le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des forces productives. Et c'est dans leur abolition que r&#233;side tout le sens du mouvement social en France &#224; cette &#233;poque. En philosophie, la n&#233;cessit&#233; de cette abolition a trouv&#233; son expression dans une lutte contre les concepts abstraits archa&#239;ques qui avaient surgi des rapports de production archa&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au temps de Descartes, ces relations n'&#233;taient pas encore archa&#239;ques ; comme les institutions sociales qui en &#233;taient issues, elles n'entravaient pas mais facilitaient le d&#233;veloppement des forces productives. Aussi n'est-il jamais venu &#224; l'id&#233;e de personne de les abolir. C'est pourquoi la philosophie s'est donn&#233;e pour t&#226;che directe d'augmenter les forces productives, t&#226;che pratique primordiale de la soci&#233;t&#233; bourgeoise naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons cela en opposition &#224; Labriola. Mais il se peut que notre objection soit superflue, qu'il s'est simplement exprim&#233; de mani&#232;re inexacte, tout en &#233;tant au fond d'accord avec nous. Nous serions tr&#232;s heureux s'il en &#233;tait ainsi ; c'est agr&#233;able d'avoir des gens intelligents d'accord avec vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il n'&#233;tait pas d'accord avec nous, nous r&#233;p&#233;terions avec regret que cet homme intelligent se trompe. Ce faisant, nous pourrions fournir &#224; nos vieux messieurs subjectivistes une excuse pour une autre plaisanterie selon laquelle il est difficile de distinguer les adh&#233;rents &#171; authentiques &#187; de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire des &#171; non authentiques &#187;. Mais notre r&#233;ponse aux vieux messieurs subjectivistes serait : &#171; ils se moquent d'eux-m&#234;mes &#187;. Quiconque a bien saisi le sens d'un syst&#232;me philosophique peut facilement distinguer ses vrais adh&#233;rents des faux. Si nos amis les subjectivistes avaient pris la peine de m&#233;diter sur l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire, ils auraient su eux-m&#234;mes qui sont les authentiques &#171; disciples &#187;, et qui sont les imposteurs qui prennent en vain le grand nom. Mais comme ils n'ont pas pris cette peine et ne le feront jamais,ils doivent n&#233;cessairement rester dans la perplexit&#233;. C'est le sort commun de tous ceux qui prennent du retard et abandonnent l'arm&#233;e en marche du progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, un mot sur le progr&#232;s. Vous souvenez-vous, cher lecteur, de l'&#233;poque o&#249; l'on abusait des &#171; m&#233;taphysiciens &#187;, o&#249; les manuels de philosophie &#233;taient &#171; Lewes &#187; et en partie le &#171; manuel de droit p&#233;nal &#187; de M. Spasovich, et o&#249;, au profit des lecteurs &#171; progressistes &#187;, Des &#171; formules &#187; sp&#233;ciales ont &#233;t&#233; invent&#233;es, si simples que m&#234;me un enfant en bas &#226;ge pourrait les comprendre ? Quels jours glorieux ce furent ! Mais ils sont partis, ils ont disparu comme de la fum&#233;e. La &#171; m&#233;taphysique &#187; recommence &#224; s&#233;duire les esprits russes, &#171; Lewes &#187; est hors d'usage et les fameuses formules du progr&#232;s sont universellement oubli&#233;es. Aujourd'hui il est tr&#232;s rare m&#234;me pour les sociologues subjectivistes eux-m&#234;mes &#8211; devenus devenus si &#171; v&#233;n&#233;rables &#187; et &#171; v&#233;tustes &#187; &#8211; de rappeler ces formules. Il est &#224; noter, par exemple,que personne ne s'en souvenait m&#234;me lorsqu'il y avait apparemment un besoin le plus urgent pour eux, &#224; savoir lorsque la discussion faisait rage pour savoir si nous pouvions passer de la voie du capitalisme &#224; la voie de l'utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos utopistes se cachaient derri&#232;re les jupes d'un homme qui, tout en pr&#244;nant sa fantastique &#171; industrie populaire &#187;, se pr&#233;tendait en m&#234;me temps un adepte du mat&#233;rialisme dialectique moderne. Le mat&#233;rialisme dialectique, transform&#233; en sophisme, s'av&#233;ra ainsi la seule arme aux mains des utopistes digne d'attention. Dans cette perspective, il serait tr&#232;s utile de discuter de la mani&#232;re dont le &#171; progr&#232;s &#187; est consid&#233;r&#233; par les tenants de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. Certes, cette question a &#233;t&#233; maintes fois discut&#233;e dans notre presse. Mais, premi&#232;rement, la vision mat&#233;rialiste moderne du progr&#232;s n'est pas encore claire pour beaucoup, et, deuxi&#232;mement, dans le livre de Labriola, elle est illustr&#233;e par quelques exemples tr&#232;s heureux et expliqu&#233;e par des arguments tr&#232;s corrects, bien que, malheureusement, elle ne soit pas expliqu&#233;e syst&#233;matiquement et pleinement. Les arguments de Labriola devraient &#234;tre compl&#233;t&#233;s.Nous esp&#233;rons le faire &#224; une occasion plus opportune. En attendant, il est temps de tirer &#224; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de poser la plume, nous demandons une fois de plus au lecteur de se rappeler que ce qu'on appelle le mat&#233;rialisme &#233;conomique, contre lequel s'adressent les objections - et tr&#232;s peu convaincantes pour cela - de nos amis les Narodniks et les subjectivistes, n'a pas grand-chose &#224; commun avec la conception mat&#233;rialiste moderne de l'histoire. Du point de vue de la th&#233;orie des facteurs, la soci&#233;t&#233; humaine est une lourde charge que diverses &#171; forces &#187; &#8211; morale, droit, &#233;conomique, etc. &#8211; entra&#238;nent chacune &#224; sa mani&#232;re sur le chemin de l'histoire. Du point de vue de la conception mat&#233;rialiste moderne de l'histoire, l'ensemble prend un aspect diff&#233;rent. Il s'av&#232;re que les &#171; facteurs &#187; historiques ne sont que de simples abstractions, et lorsque la brume qui les entoure est dissip&#233;e, il devient clair que les hommes ne font pas plusieurs histoires distinctes - l'histoire du droit, l'histoire de la morale,l'histoire de la philosophie, etc. &#8211; mais une seule histoire, l'histoire de leurs propres rapports sociaux, qui sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives &#224; chaque &#233;poque particuli&#232;re. Ce qu'on appelle les id&#233;ologies n'est qu'un reflet multiforme dans l'esprit des hommes de cette histoire unique et indivisible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Friedrich Engels- Id&#233;alisme et Mat&#233;rialisme</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6339</link>
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		<dc:date>2021-12-18T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande &lt;br class='autobr' /&gt;
I : De Hegel &#224; Feuerbach &lt;br class='autobr' /&gt;
1888 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet ouvrage [1] nous ram&#232;ne &#224; une &#233;poque qui, dans le temps, est s&#233;par&#233;e de nous par l'espace d'une bonne g&#233;n&#233;ration, mais est devenue aussi &#233;trang&#232;re &#224; la g&#233;n&#233;ration actuelle en Allemagne que si elle, datait d&#233;j&#224; d'un si&#232;cle entier. Et cependant ce fut l'&#233;poque o&#249; l'Allemagne se pr&#233;parait &#224; la r&#233;volution de 1848 : tout ce qui s'est pass&#233; chez nous n'est qu'une continuation (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot98" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Friedrich Engels
&lt;p&gt;Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I : De Hegel &#224; Feuerbach&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1888&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage [1] nous ram&#232;ne &#224; une &#233;poque qui, dans le temps, est s&#233;par&#233;e de nous par l'espace d'une bonne g&#233;n&#233;ration, mais est devenue aussi &#233;trang&#232;re &#224; la g&#233;n&#233;ration actuelle en Allemagne que si elle, datait d&#233;j&#224; d'un si&#232;cle entier. Et cependant ce fut l'&#233;poque o&#249; l'Allemagne se pr&#233;parait &#224; la r&#233;volution de 1848 : tout ce qui s'est pass&#233; chez nous n'est qu'une continuation de 1848, la simple ex&#233;cution testamentaire de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme en France au XVIII&#176; si&#232;cle, au XIX&#176; si&#232;cle en Allemagne, la r&#233;volution philosophique pr&#233;para &#233;galement l'effondrement politique. Mais quelle diff&#233;rence entre l'une et l'autre ! Les Fran&#231;ais en lutte ouverte contre toute la science officielle, contre l'&#201;glise, souvent m&#234;me contre l'&#201;tat, leurs ouvrages imprim&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re, en Hollande ou en Angleterre, et eux-m&#234;mes assez souvent sur le point de faire un tour &#224; la Bastille. Les Allemands, au contraire, des professeurs, des ma&#238;tres de la jeunesse nomm&#233;s par l'&#201;tat, leurs ouvrages reconnus comme manuels d'enseignement, et le syst&#232;me qui couronne tout le d&#233;veloppement, celui de Hegel, &#233;lev&#233; m&#234;me en quelque sorte au rang de philosophie d'&#201;tat de la monarchie prussienne ! Et la r&#233;volution se serait cach&#233;e derri&#232;re ces professeurs, derri&#232;re leurs phrases p&#233;dantesques et obscures, dans leurs p&#233;riodes lourdes et ennuyeuses ? Les hommes qui pass&#232;rent &#224; l'&#233;poque pour les repr&#233;sentants de la r&#233;volution, les lib&#233;raux, n'&#233;taient-ils pas pr&#233;cis&#233;ment les adversaires les plus acharn&#233;s de cette philosophie qui jetait le trouble dans les esprits ? Mais ce que ne virent ni le gouvernement, ni les lib&#233;raux, un homme tout au moins le vit d&#232;s 1833. Il est vrai qu'il s'appelait Henri Heine [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple. Aucune th&#232;se philosophique ne s'est autant attir&#233; la reconnaissance de gouvernements born&#233;s et la col&#232;re de lib&#233;raux non moins born&#233;s que la th&#232;se fameuse de Hegel : &#171; Tout ce qui est r&#233;el est rationnel, et tout ce qui est rationnel est r&#233;el [3]. &#187; N'&#233;tait-ce pas, manifestement, la sanctification de tout ce qui existe, la cons&#233;cration philosophique du despotisme, de l'&#201;tat policier, de la justice arbitraire, de la censure ? C'est ainsi que l'interpr&#233;t&#232;rent Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume III, et ses sujets avec lui. Or, chez Hegel, tout ce qui existe n'est nullement r&#233;el d'embl&#233;e. L'attribut de la r&#233;alit&#233; ne s'applique chez lui qu'&#224; ce qui est en m&#234;me temps n&#233;cessaire ; &#171; la r&#233;alit&#233; dans son d&#233;ploiement s'av&#232;re &#234;tre la n&#233;cessit&#233; &#187; ; c'est pourquoi il ne consid&#232;re pas non plus d'embl&#233;e comme r&#233;elle n'importe quelle mesure gouvernementale - Hegel cite lui-m&#234;me l'exemple d' &#171; une certaine institution fiscale &#187;. Mais ce qui est n&#233;cessaire s'av&#232;re en derni&#232;re instance &#233;galement rationnel, et, appliqu&#233;e &#224; l'&#201;tat prussien d'alors, la th&#232;se de Hegel ne signifie pas autre chose que : cet &#201;tat est rationnel, conforme &#224; la raison dans la mesure o&#249; il est n&#233;cessaire ; s'il nous para&#238;t cependant mauvais, mais continue n&#233;anmoins d'exister bien qu'il soit mauvais, c'est que la mauvaise qualit&#233; du gouvernement trouve sa justification et son explication dans la mauvaise qualit&#233; correspondante des sujets. Les Prussiens d'alors avaient le gouvernement qu'ils m&#233;ritaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la r&#233;alit&#233; n'est aucunement, d'apr&#232;s Hegel, un attribut qui revient de droit en toutes circonstances et en tout temps &#224; un &#233;tat de choses social ou politique donn&#233;. Tout au contraire. La R&#233;publique romaine &#233;tait r&#233;elle, mais l'Empire romain qui la supplanta ne l'&#233;tait pas moins. La monarchie fran&#231;aise de 1789 &#233;tait devenue si irr&#233;elle, c'est-&#224;-dire si d&#233;nu&#233;e de toute n&#233;cessit&#233;, si irrationnelle, qu'elle dut &#234;tre n&#233;cessairement abolie par la grande R&#233;volution dont Hegel parle toujours avec le plus grand enthousiasme. Ici la monarchie &#233;tait par cons&#233;quent l'irr&#233;el et la R&#233;volution le r&#233;el. Et ainsi, au cours du d&#233;veloppement, tout ce qui pr&#233;c&#233;demment &#233;tait r&#233;el devient irr&#233;el, perd sa n&#233;cessit&#233;, son droit &#224; l'existence, son caract&#232;re rationnel ; &#224; la r&#233;alit&#233; mourante se substitue une r&#233;alit&#233; nouvelle et viable, d'une mani&#232;re pacifique, si l'ancien &#233;tat de choses est assez raisonnable pour mourir sans r&#233;sistance, violente s'il se regimbe contre cette n&#233;cessit&#233;. Et ainsi la th&#232;se de Hegel se tourne, par le jeu de la dialectique h&#233;g&#233;lienne elle-m&#234;me, en son contraire : tout ce qui est r&#233;el dans le domaine de l'histoire humaine devient, avec le temps, irrationnel, est donc d&#233;j&#224; par destination irrationnel, entach&#233; d'avance d'irrationalit&#233; : et tout ce qui est rationnel dans la t&#234;te des hommes est destin&#233; &#224; devenir r&#233;el, aussi en contradiction que cela puisse &#234;tre avec la r&#233;alit&#233; apparemment existante. La th&#232;se de la rationalit&#233; de tout le r&#233;el se r&#233;sout, selon toutes les r&#232;gles de la dialectique h&#233;g&#233;lienne, en cette autre : Tout ce qui existe m&#233;rite de p&#233;rir. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la v&#233;ritable signification et le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de la philosophie h&#233;g&#233;lienne (nous devons nous borner ici, &#224; la consid&#233;rer en tant que conclusion de tout le mouvement depuis Kant), c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'elle mettait fin une fois pour toutes au caract&#232;re d&#233;finitif de tous les r&#233;sultats de la pens&#233;e et de l'activit&#233; humaines. La v&#233;rit&#233; qu'il s'agissait de reconna&#238;tre dans la philosophie n'&#233;tait plus, chez Hegel, une collection de principes dogmatiques tout faits, qu'il ne reste plus, quand on les a d&#233;couverts, qu'&#224; apprendre par coeur ; la v&#233;rit&#233; r&#233;sidait d&#233;sormais dans le processus m&#234;me de la connaissance, dans le long d&#233;veloppement historique de la science qui s'&#233;l&#232;ve des degr&#233;s inf&#233;rieurs &#224; des degr&#233;s de plus en plus &#233;lev&#233;s du savoir, sans arriver jamais, par la d&#233;couverte d'une pr&#233;tendue v&#233;rit&#233; absolue, au point o&#249; elle ne peut plus avancer et o&#249; il ne lui reste plus rien d'autre &#224; faire qu'&#224; demeurer les bras crois&#233;s et &#224; contempler bouche b&#233;e la v&#233;rit&#233; absolue &#224; laquelle elle serait parvenue. Et cela dans le domaine de la connaissance philosophique comme dans celui de tous les autres savoirs et de l'activit&#233; pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas plus que la connaissance, l'histoire ne peut trouver un ach&#232;vement d&#233;finitif dans un &#233;tat id&#233;al parfait de l'humanit&#233; ; une soci&#233;t&#233; parfaite, un &#171; &#201;tat &#187; parfait sont des choses qui ne peuvent exister que dans l'imagination ; tout au contraire, toutes les situations qui se sont succ&#233;d&#233;es dans l'histoire ne sont que des &#233;tapes transitoires dans le d&#233;veloppement sans fin de la soci&#233;t&#233; humaine progressant de l'inf&#233;rieur vers le sup&#233;rieur. Chaque &#233;tape est n&#233;cessaire, et par cons&#233;quent l&#233;gitime pour l'&#233;poque et les conditions auxquelles elle doit son origine ; mais elle devient caduque et injustifi&#233;e en pr&#233;sence de conditions sup&#233;rieures nouvelles qui se d&#233;veloppent peu &#224; peu dans son propre sein ; il lui faut faire place &#224; une &#233;tape sup&#233;rieure qui entrera &#224; son tour dans le cycle de la d&#233;cadence et de la mort. De m&#234;me que la bourgeoisie, au moyen de la grande industrie, de la concurrence et du march&#233; mondial, dissout, dans la pratique, toutes les vieilles institutions stables et v&#233;n&#233;rables [5], de m&#234;me cette philosophie dialectique dissout toutes les notions de v&#233;rit&#233; absolue d&#233;finitive et d'&#233;tats absolus de l'humanit&#233; qui y correspondent. II ne subsiste rien de d&#233;finitif, d'absolu, de sacr&#233; devant elle ; elle montre la caducit&#233; de toutes choses et en toutes choses, et rien ne subsiste devant elle que le processus ininterrompu du devenir et du p&#233;rir, de l'ascension sans fin de l'inf&#233;rieur au sup&#233;rieur, dont elle n'est elle-m&#234;me que le reflet dans le cerveau pensant. Elle a, il est vrai, &#233;galement son c&#244;t&#233; conservateur ; elle reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de certaines &#233;tapes du d&#233;veloppement de la connaissance et de la soci&#233;t&#233; pour leur &#233;poque et leurs conditions ; mais elle ne va pas plus loin. Le conservatisme de cette mani&#232;re de voir est relatif, son caract&#232;re r&#233;volutionnaire est absolu - le seul absolu, d'ailleurs, qu'elle laisse pr&#233;valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de discuter ici la question de savoir si cette mani&#232;re de voir est en accord complet avec l'&#233;tat actuel de la science de la nature, qui, si elle pr&#233;voit que la terre pourrait cesser d'exister, tient pour fort probable qu'elle cessera d'&#234;tre habitable, ce qui revient &#224; envisager pour l'histoire de l'humanit&#233; non seulement une p&#233;riode ascendante, mais aussi une phase de d&#233;clin. Nous nous trouvons en tout cas encore assez loin du tournant &#224; partir duquel l'histoire de l'humanit&#233; ira en d&#233;clinant, et nous ne pouvons pas exiger de la philosophie de Hegel qu'elle s'occupe d'un sujet qu'&#224; son &#233;poque la science de la nature n'avait pas encore mis &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il importe de dire, en fait, c'est que le d&#233;veloppement expos&#233; plus haut ne se trouve pas avec cette rigueur chez Hegel. II est une cons&#233;quence n&#233;cessaire de sa m&#233;thode, mais lui-m&#234;me ne l'a jamais tir&#233;e de fa&#231;on aussi explicite. Et cela pour cette simple raison qu'il &#233;tait oblig&#233; de construire un syst&#232;me, et qu'un syst&#232;me de philosophie doit, selon les exigences traditionnelles, se conclure par une v&#233;rit&#233; absolue. Quelle que soit donc la force avec laquelle Hegel, surtout dans la Logique, affirme que cette v&#233;rit&#233; &#233;ternelle n'est autre chose que le processus logique, c'est-&#224;-dire le processus historique lui-m&#234;me, il se voit cependant contraint de donner &#224; ce processus une fin, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il faut bien qu'il arrive quelque part au bout de son syst&#232;me. Dans la Logique, il peut faire &#224; son tour de cette fin un d&#233;but, en ce sens qu'ici le point final, l'Id&#233;e absolue - qui n'est d'ailleurs absolue que parce qu'il ne sait absolument rien nous en dire - &#171; s'ali&#232;ne &#187; dans la nature, c'est-&#224;-dire se transforme en elle, et se retrouve plus tard elle-m&#234;me dans l'esprit, c'est-&#224;-dire dans la pens&#233;e et dans l'histoire. Mais, &#224; la fin de toute la philosophie, un tel retour au point de d&#233;part n'est possible que par un seul moyen : &#224; savoir, en supposant que la fin de l'histoire consiste en ce que l'humanit&#233; parvient &#224; la connaissance de cette Id&#233;e absolue pr&#233;cis&#233;ment et en d&#233;clarant que cette connaissance de l'Id&#233;e absolue est atteinte dans la philosophie de Hegel. Mais, par-l&#224;, on proclame comme &#233;tant la v&#233;rit&#233; absolue tout le contenu dogmatique du syst&#232;me de Hegel, ce qui est en contradiction avec sa m&#233;thode dialectique, qui dissout tout ce qui est dogmatique ; voil&#224; comment le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire de la doctrine de Hegel est &#233;touff&#233; sous le foisonnement de son aspect conservateur. Et ce qui est vrai de la connaissance philosophique l'est &#233;galement de la pratique historique. L'humanit&#233; qui a r&#233;ussi en la personne de Hegel, &#224; &#233;laborer l'Id&#233;e absolue, doit pouvoir &#233;galement, dans la pratique, &#234;tre en mesure de faire passer cette Id&#233;e absolue dans la r&#233;alit&#233;. Les exigences politiques pratiques que pose l'Id&#233;e absolue aux contemporains ne doivent, par cons&#233;quent, pas &#234;tre trop ambitieuses. Et c'est ainsi que nous trouvons, &#224; la fin de la Philosophie du Droit, que l'Id&#233;e absolue doit se r&#233;aliser dans cette monarchie repr&#233;sentative que Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume III mettait sans r&#233;sultat [6] tant d'obstination &#224; promettre &#224; ses sujets, c'est-&#224;-dire dans une domination indirecte des classes poss&#233;dantes, limit&#233;e et mod&#233;r&#233;e, adapt&#233;e aux conditions petites-bourgeoises de l'Allemagne d'alors ; ce qui est, en plus, une occasion de nous d&#233;montrer par le raisonnement la n&#233;cessit&#233; de la noblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;cessit&#233;s internes du syst&#232;me suffisent donc &#224; elles seules &#224; expliquer comment &#224; l'aide d'une m&#233;thode de pens&#233;e profond&#233;ment r&#233;volutionnaire, on aboutit &#224; une conclusion politique tr&#232;s mod&#233;r&#233;e. La forme sp&#233;cifique de cette conclusion provient d'ailleurs du fait que Hegel &#233;tait allemand et que, tout comme chez son contemporain Goethe, on voyait un peu d&#233;passer derri&#232;re son cr&#226;ne la perruque du philistin. Goethe aussi bien que Hegel &#233;taient, chacun dans son domaine, des Jupiters olympiens, mais l'un et l'autre ne d&#233;pouill&#232;rent jamais compl&#232;tement le philistin allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela n'emp&#234;cha cependant pas le syst&#232;me de Hegel d'embrasser un domaine incomparablement plus vaste que n'importe quel syst&#232;me ant&#233;rieur et de d&#233;velopper dans ce domaine une richesse de pens&#233;e qui &#233;tonne aujourd'hui encore. Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit (que l'on pourrait appeler un parall&#232;le de l'embryologie et de la pal&#233;ontologie de l'esprit : le d&#233;veloppement de la conscience individuelle &#224; travers ses diff&#233;rentes phases, con&#231;u comme une reproduction en raccourci des phases par lesquelles a pass&#233; historiquement la conscience humaine), Logique, Philosophie de la nature, Philosophie de l'Esprit, cette derni&#232;re &#233;labor&#233;e &#224; son tour en ses diff&#233;rentes subdivisions historiques : Philosophie de l'Histoire, du Droit, de la Religion, Histoire de la Philosophie, Esth&#233;tique, etc. - dans tous ces diff&#233;rents domaines historiques, Hegel travaille &#224; d&#233;couvrir et &#224; d&#233;montrer l'existence du fil conducteur du d&#233;veloppement, et comme il n'&#233;tait pas seulement un g&#233;nie cr&#233;ateur, mais aussi un homme d'une &#233;rudition encyclop&#233;dique, ses travaux dans tous ces domaines font &#233;poque. Il est bien &#233;vident que, par suite des n&#233;cessit&#233;s du &#171; syst&#232;me &#187;, il est assez souvent oblig&#233; d'avoir ici recours &#224; ces constructions arbitraires qui font, aujourd'hui encore, pousser de si hauts cris &#224; ses lilliputiens adversaires. Mais ces constructions ne sont que le cadre et l'&#233;chafaudage de &#194;&#161;son &#339;uvre ; si l'on ne s'y arr&#234;te pas inutilement, si l'on p&#233;n&#232;tre plus profond&#233;ment dans le puissant &#233;difice, on y d&#233;couvre des tr&#233;sors innombrables qui conservent encore aujourd'hui toute leur valeur. Chez tous les philosophes, le &#171; syst&#232;me &#187; est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est p&#233;rissable, et cela justement parce qu'il est issu d'un besoin imp&#233;rissable de l'esprit humain : le besoin de surmonter, toutes les contradictions. Mais toutes ces contradictions &#233;tant supprim&#233;es une fois pour toutes, nous arrivons &#224; la pr&#233;tendue v&#233;rit&#233; absolue : l'histoire mondiale est termin&#233;e, et cependant il faut qu'elle continue, bien qu'il ne lui reste plus rien &#224; faire : donc nouvelle contradiction impossible &#224; r&#233;soudre. D&#232;s que nous avons compris - et personne, en d&#233;finitive, ne nous a mieux aid&#233;s &#224; le comprendre que Hegel lui-m&#234;me - que, ainsi pos&#233;e, la t&#226;che de la philosophie ne signifie pas autre chose que demander &#224; un philosophe particulier de r&#233;aliser ce que seule peut faire l'humanit&#233; enti&#232;re dans son d&#233;veloppement progressif [7] - d&#232;s que nous comprenons cela, c'en est fin&#194;&#161; &#233;galement de toute la philosophie, au sens donn&#233; jusqu'ici &#224; ce mot. On renonce d&#232;s lors &#224; toute &#171; v&#233;rit&#233; absolue &#187;, impossible &#224; obtenir par cette voie et pour chacun isol&#233;ment, et, &#224; la place, on se met en qu&#234;te des v&#233;rit&#233;s relatives accessibles par la voie des sciences positives et de la synth&#232;se de leurs r&#233;sultats &#224; l'aide de la pens&#233;e dialectique. C'est avec Hegel que se termine, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la philosophie ; en effet, d'une part, dans son syst&#232;me, il en r&#233;sume de la fa&#231;on la plus grandiose tout le d&#233;veloppement, et, d'autre part, il nous montre, quoique inconsciemment, le chemin qui m&#232;ne, hors de ce labyrinthe des syst&#232;mes, &#224; la v&#233;ritable connaissance positive du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On con&#231;oit quelle &#233;norme influence ce syst&#232;me de Hegel ne pouvait manquer d'exercer dans l'atmosph&#232;re teint&#233;e de philosophie de l'Allemagne. Ce fut une marche triomphale qui dura plusieurs dizaines d'ann&#233;es et ne s'interrompit nullement &#224; la mort de Hegel. Au contraire, c'est pr&#233;cis&#233;ment de 1830 &#224; 1840 que l'&#171; engouement h&#233;g&#233;lien &#187; r&#233;gna le plus exclusivement, contaminant plus ou moins m&#234;me ses adversaires. Ce fut pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que les conceptions de Hegel p&#233;n&#233;tr&#232;rent avec le plus de profusion, sciemment ou non, dans les sciences les plus diverses, impr&#233;gnant &#233;galement de leur ferment la litt&#233;rature populaire et la presse quotidienne, d'o&#249; habituellement &#171; l'opinion cultiv&#233;e &#187; tire sa nourriture intellectuelle. Mais cette victoire sur toute la ligne n'&#233;tait que le pr&#233;lude d'une lutte interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de la doctrine de Hegel laissait, nous l'avons vu, bien assez de place pour y loger les conceptions pratiques les plus diff&#233;rentes ; et chez les th&#233;oriciens de l'Allemagne d'alors, deux choses avant tout rev&#234;taient un caract&#232;re pratique : la religion et la politique. Celui qui mettait l'accent sur le syst&#232;me de Hegel pouvait &#234;tre passablement conservateur dans ces deux domaines ; celui qui, par contre, consid&#233;rait la m&#233;thode dialectique comme l'essentiel, pouvait, tant en religion qu'en politique, appartenir &#224; l'opposition la plus extr&#234;me. Hegel lui-m&#234;me, malgr&#233; les &#233;clats de col&#232;re r&#233;volutionnaires assez fr&#233;quents dans son oeuvre, paraissait somme toute pencher davantage du c&#244;t&#233; conservateur. Son syst&#232;me ne lui avait-il pas co&#249;t&#233; plus de &#171; travail ardu de la pens&#233;e &#187; que sa m&#233;thode ? Vers la fin des ann&#233;es 1830-1840, la scission dans l'&#233;cole h&#233;g&#233;lienne se manifesta de plus en plus nettement. L'aile gauche, ceux que l'on a appel&#233;s les &#171; jeunes h&#233;g&#233;liens &#187;, abandonna peu &#224; peu, dans la lutte contre les orthodoxes pi&#233;tistes et les r&#233;actionnaires f&#233;odaux, cette r&#233;serve &#224; la fois philosophique et distingu&#233;e &#224; l'&#233;gard des questions br&#251;lantes de l'actualit&#233;, qui avait assur&#233; jusque-l&#224; &#224; leur doctrine la tol&#233;rance et m&#234;me la protection de l'&#201;tat ; et, lorsque, en 1840, la bigoterie orthodoxe et la r&#233;action f&#233;odale absolutiste mont&#232;rent sur le tr&#244;ne avec Fr&#233;d&#233;ric-Guillaume IV, il ne fut plus possible de ne pas prendre ouvertement parti. On continua encore &#224; mener la lutte &#224; l'aide d'armes philosophiques, mais non plus, cette fois, pour des buts philosophiques abstraits ; il y allait directement de la destruction de la religion traditionnelle et de l'&#201;tat existant. Et si, dans les Annales allemandes [8], les buts finaux pratiques apparaissaient encore la plupart du temps sous un travestissement philosophique, l'&#233;cole jeune-h&#233;g&#233;lienne se d&#233;voila nettement, dans la Gazette rh&#233;nane [9] de 1842, comme la philosophie de la bourgeoisie radicale montante, et elle n'utilisa plus le masque philosophique que pour tromper la censure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme la politique &#233;tait, &#224; cette &#233;poque, un domaine tr&#232;s &#233;pineux, la lutte principale fut men&#233;e contre la religion. N'&#233;tait-ce pas d'ailleurs, surtout depuis 1840, indirectement aussi une lutte politique ? La premi&#232;re impulsion avait &#233;t&#233; donn&#233;e par Strauss dans sa Vie de J&#233;sus (1835) [10]. Plus tard, Bruno Bauer s'opposa &#224; la th&#233;orie d&#233;velopp&#233;e dans cet ouvrage sur la formation des mythes &#233;vang&#233;liques en d&#233;montrant que toute une s&#233;rie de r&#233;cits &#233;vang&#233;liques ont &#233;t&#233; fabriqu&#233;s par leurs auteurs eux-m&#234;mes. La lutte entre ces deux courants fut men&#233;e sous le travestissement philosophique d'un conflit entre la &#171; conscience de soi &#187; et la &#171; substance &#187;. La question de savoir si les histoires miraculeuses de l'Evangile &#233;taient n&#233;es du fait de la formation de mythes par voie inconsciente et traditionnelle au sein de la communaut&#233;, ou si elles avaient &#233;t&#233; fabriqu&#233;es par les &#233;vang&#233;listes eux-m&#234;mes, s'enfla jusqu'&#224; devenir la question de savoir si c'&#233;tait la. &#171; substance &#187; ou la &#171; conscience de soi &#187; qui constituait la force motrice d&#233;cisive de l'histoire du monde. Et, finalement, vint Stirner, le proph&#232;te de l'anarchisme actuel - Bakounine lui doit beaucoup - qui d&#233;passa la &#171; conscience de soi &#187; souveraine &#224; l'aide de son &#171; Unique &#187; souverain [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'insisterons pas sur cet aspect du processus de d&#233;composition de l'&#233;cole h&#233;g&#233;lienne. Ce qui nous importe davantage, c'est ceci : la plupart des jeunes-h&#233;g&#233;liens les plus r&#233;solus furent ramen&#233;s par les n&#233;cessit&#233;s pratiques de leur lutte contre la religion positive au mat&#233;rialisme anglo-fran&#231;ais. Et ici ils entr&#232;rent en conflit avec le syst&#232;me de leur &#233;cole. Tandis que le mat&#233;rialisme consid&#232;re la nature comme la seule r&#233;alit&#233;, celle-ci n'est dans le syst&#232;me de Hegel que l'&#171; ali&#233;nation &#187; de l'Id&#233;e absolue, pour ainsi dire une d&#233;gradation de l'id&#233;e ; en tout &#233;tat de cause, la pens&#233;e et son produit, l'Id&#233;e, est ici l'&#233;l&#233;ment primordial, la nature est l'&#233;l&#233;ment d&#233;riv&#233; qui n'existe, somme toute, que gr&#226;ce &#224; la condescendance de l'Id&#233;e. Et l'on se d&#233;battit tant bien que mal dans cette contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que parut l'Essence du christianisme de Feuerbach. D'un seul coup, il r&#233;duisit en poussi&#232;re la contradiction en repla&#231;ant sans d&#233;tours le mat&#233;rialisme sur le tr&#244;ne. La nature existe ind&#233;pendamment de toute philosophie ; elle est la base sur laquelle nous autres hommes, nous-m&#234;mes produits de la nature, avons grandi ; en dehors de la nature et des hommes, il n'y a rien, et les &#234;tres sup&#233;rieurs cr&#233;&#233;s par notre imagination religieuse se sont que le reflet fantastique de notre &#234;tre propre. L'enchantement &#233;tait rompu ; le &#171; syst&#232;me &#187; &#233;tait bris&#233; et jet&#233; au rancart, la contradiction r&#233;solue, car elle n'existait que dans l'imagination. - Il faut avoir &#233;prouv&#233; soi-m&#234;me l'action lib&#233;ratrice de ce livre pour s'en faire une id&#233;e. L'enthousiasme fut g&#233;n&#233;ral : nous f&#251;mes tous momentan&#233;ment des &#171; feuerbachiens &#187;. On peut voir, en lisant La Sainte Famille, avec quel enthousiasme Marx salua cette nouvelle fa&#231;on de voir et &#224; quel point - malgr&#233; toutes ses r&#233;serves critiques - il fut influenc&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les d&#233;fauts du livre contribu&#232;rent &#224; son succ&#232;s du moment. Le style tr&#232;s litt&#233;raire et m&#234;me, par endroits, ampoul&#233; dans lequel il &#233;tait &#233;crit, lui assura un large public, et, malgr&#233; tout il avait quelque chose de d&#233;salt&#233;rant apr&#232;s ces longues ann&#233;es d'h&#233;g&#233;lianisme abstrait et abstrus. On peut en dire autant de l'apoth&#233;ose excessive de l'amour qui pouvait s'excuser, sinon se justifier en face de la souverainet&#233; devenue insupportable de la &#171; pens&#233;e pure &#187;. Mais ne l'oublions pas : c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ces deux faiblesses de Feuerbach que se rattacha le &#171; socialisme vrai &#187; qui, s'&#233;tant r&#233;pandu &#224; partir de 1844 comme une &#233;pid&#233;mie sur l'Allemagne &#171; cultiv&#233;e &#187;, rempla&#231;a la connaissance scientifique par la phrase litt&#233;raire, l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat au moyen de la transformation &#233;conomique de la production par la lib&#233;ration de l'humanit&#233; au moyen de l' &#171; amour &#187;, bref, se perdit dans cette litt&#233;rature et ce pathos sentimental &#233;coeurants, dont M. Karl Gr&#252;n [12] fut le repr&#233;sentant le plus typique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier non plus que si l'&#233;cole h&#233;g&#233;lienne &#233;tait en d&#233;composition, la philosophie h&#233;g&#233;lienne n'avait pas &#233;t&#233; soumise &#224; une critique d'ensemble. Strauss et Bauer en avaient d&#233;tach&#233; chacun un de ses aspects et le retournaient de fa&#231;on pol&#233;mique contre l'autre. Feuerbach brisa le syst&#232;me tout entier et le mit tout simplement de c&#244;t&#233;. Mais on ne vient pas &#224; bout d'une philosophie en se contentant de la d&#233;clarer fausse. Et une oeuvre aussi puissante que la philosophie de Hegel, une oeuvre qui a exerc&#233; une influence aussi consid&#233;rable sur le d&#233;veloppement intellectuel de la nation, on ne pouvait pas s'en d&#233;barrasser en l'ignorant purement et simplement. Il fallait la &#171; d&#233;passer &#187; au sens o&#249; elle l'entend, c'est-&#224;-dire en d&#233;truire la forme au moyen de la critique, mais en sauvant le contenu nouveau qu'elle avait acquis. Nous verrons plus loin comment cela se fit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en attendant, la r&#233;volution de 1848 mit toute la philosophie de c&#244;t&#233; avec la m&#234;me d&#233;sinvolture dont Feuerbach avait us&#233; envers Hegel. Et, du m&#234;me coup, Feuerbach lui-m&#234;me fut &#233;galement rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ludwig Feuerbach, par C. N. Starcke, docteur en philosophie, Stuttgart, Ferd. Encke, 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels fait ici allusion &#224; l'ouvrage de Heine : Zur Geschichte der Religion und Philosophie in Deutschland (Contribution &#224; l'histoire de la philosophie et de la religion en Allemagne). Dans ce livre destin&#233; au public fran&#231;ais, Heine caract&#233;risait la philosophie allemande et le r&#244;le qu'elle a jou&#233; en son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] C'est dans la pr&#233;face aux Principes de la philosophie du droit (1820) que Hegel a expos&#233; pour la premi&#232;re fois cette th&#232;se qui est &#224; la base de toute sa philosophie de l'histoire. Engels cite un peu inexactement. Hegel &#233;crit litt&#233;ralement : &#171; Ce qui est rationnel est r&#233;el ; et ce qui est r&#233;el est rationnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Goethe : Faust I. Sc. Studierzimmer, v.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Voir dans le Manifeste du Parti communiste le passage o&#249; est expliqu&#233;e cette action r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Au cours des guerres dites de lib&#233;ration contre Napol&#233;on, le roi de Prusse promit &#224; ses sujets d'adopter un r&#233;gime constitutionnel. Cette promesse ne fut jamais tenue. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Voir Engels : Anti-D&#252;hring.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Revue des h&#233;g&#233;liens de gauche &#233;dit&#233;e par A. Ruge et Th. Echtermeyer dans les ann&#233;es 1838-1843.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Quotidien qui parut &#224; Cologne du 1&#176; janvier 1842 au 31 mars 1843. Marx y collabora &#224; partir d'avril 1842 et en devint le r&#233;dacteur en chef en octobre. Ce journal, qui fut finalement interdit par la censure, publia &#233;galement une s&#233;rie d'articles d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Strauss y pr&#233;sente J&#233;sus-Christ non comme dieu, mais comme une &#233;minente personnalit&#233; historique. Il tient les r&#233;cits des &#201;vangiles pour des mythes surgis de mani&#232;re quasi inconsciente dans les communaut&#233;s chr&#233;tiennes. Dans sa critique de Strauss, Bruno Bauer lui reproche d'avoir m&#233;connu le r&#244;le de la conscience dans la cr&#233;ation des mythes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Allusion au livre L'Unique et sa Propri&#233;t&#233;, paru en 1845 et critiqu&#233; par Marx et Engels dans L'Id&#233;ologie allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Karl Gr&#252;n et les &#171; vrais socialistes &#187; ont fait l'objet de vives critiques de Marx et Engels dans L'Id&#233;ologie allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II : Id&#233;alisme et mat&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1888&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande question fondamentale de toute philosophie, et sp&#233;cialement de la philosophie moderne, est celle du rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre. Depuis les temps tr&#232;s recul&#233;s o&#249; les hommes, encore dans l'ignorance compl&#232;te de leur propre conformation physique et incit&#233;s par des apparitions en r&#234;ve [1], en arriv&#232;rent &#224; l'id&#233;e que leurs pens&#233;es et leurs sensations n'&#233;taient pas une activit&#233; de leur propre corps, mais d'une &#226;me particuli&#232;re, habitant dans ce corps et le quittant au moment de la mort - depuis ce moment, il leur fallut se forger des id&#233;es sur les rapports de cette &#226;me avec le monde ext&#233;rieur. Si, au moment de la mort, elle se s&#233;parait du corps et continuait &#224; vivre, il n'y avait aucune raison de lui attribuer encore une mort particuli&#232;re ; et c'est ainsi que naquit l'id&#233;e de son immortalit&#233; qui, &#224; cette &#233;tape du d&#233;veloppement, n'appara&#238;t pas du tout comme une consolation, mais au contraire, comme une fatalit&#233; contre laquelle on ne peut rien, et souvent m&#234;me, chez les Grecs en particulier, comme un v&#233;ritable malheur. Ce n'est pas le besoin de consolation religieuse, mais l'embarras o&#249; l'on se trouvait et qui provenait de l'ignorance g&#233;n&#233;rale : que faire, apr&#232;s la mort du corps, de cette &#226;me dont on avait admis l'existence ? - qui mena &#224; la fiction ennuyeuse de l'immortalit&#233; personnelle. C'est d'une fa&#231;on tout &#224; fait analogue, par la personnification des puissances naturelles, que naquirent les premiers dieux qui, au cours du d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la religion, prirent une forme de plus en plus extra-terrestre jusqu'&#224; ce que, enfin, par un processus d'abstraction, je dirais presque, de distillation qui s'institue naturellement au cours du d&#233;veloppement intellectuel, les nombreux dieux au pouvoir plus ou moins restreint et se restreignant mutuellement, donn&#232;rent naissance, dans l'esprit des hommes, &#224; l'id&#233;e du seul Dieu exclusif des religions monoth&#233;istes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre, de l'esprit &#224; la nature, question supr&#234;me de toute philosophie, a par cons&#233;quent, tout comme n'importe quelle religion, ses racines dans les conceptions born&#233;es et ignorantes de l'&#233;tat de sauvagerie. Mais elle ne pouvait &#234;tre pos&#233;e dans toute sa rigueur et ne pouvait acqu&#233;rir tout son sens que lorsque la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne se r&#233;veilla du long sommeil hivernal du moyen &#226;ge chr&#233;tien. La question de la position de la pens&#233;e par rapport &#224; l'&#234;tre qui a jou&#233; aussi du reste un grand r&#244;le dans la scolastique du moyen &#226;ge, la question de savoir quel est l'&#233;l&#233;ment primordial, l'esprit ou la nature - cette question a pris, vis-&#224;-vis de l'&#201;glise, la forme aigu&#235; : le monde a-t-il &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par Dieu ou existe-t-il de toute &#233;ternit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon qu'ils r&#233;pondaient de telle ou telle fa&#231;on &#224; cette question, les philosophes se divisaient en deux grands camps. Ceux qui affirmaient le caract&#232;re primordial de l'esprit par rapport &#224; la nature, et qui admettaient par cons&#233;quent, en derni&#232;re instance, une cr&#233;ation du monde de quelque esp&#232;ce que ce f&#251;t - et cette cr&#233;ation est souvent chez les philosophes, par exemple chez Hegel, beaucoup plus compliqu&#233;e et plus impossible encore que dans le christianisme -, ceux-l&#224; formaient le camp de l'id&#233;alisme. Les autres, qui consid&#233;raient la nature comme l'&#233;l&#233;ment primordial, appartenaient aux diff&#233;rentes &#233;coles du mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine, les deux expressions : id&#233;alisme et mat&#233;rialisme, ne signifient pas autre chose, et nous ne les emploierons pas ici non plus dans un autre sens. Nous verrons plus loin quelle confusion en r&#233;sulte si l'on y fait entrer quelque chose d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question du rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre a encore un autre aspect : quelle relation y a-t-il entre nos id&#233;es sur le monde qui nous entoure et ce monde lui-m&#234;me ? Notre pens&#233;e est-elle en &#233;tat de conna&#238;tre le monde r&#233;el ? Pouvons-nous dans nos repr&#233;sentations et nos concepts du monde r&#233;el donner un reflet fid&#232;le de la r&#233;alit&#233; ? Cette question est appel&#233;e en langage philosophique la question de l'identit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#234;tre, et l'immense majorit&#233; des philosophes y r&#233;pondent d'une fa&#231;on affirmative. Chez Hegel, par exemple, cette r&#233;ponse affirmative va de soi : car ce que nous connaissons dans le monde r&#233;el, c'est pr&#233;cis&#233;ment son contenu conforme &#224; l'id&#233;e, ce qui fait du monde une r&#233;alisation progressive de l'Id&#233;e absolue, laquelle Id&#233;e absolue a exist&#233;, on ne sait o&#249;, de toute &#233;ternit&#233;, ind&#233;pendamment du monde et ant&#233;rieurement au monde ; or il est de toute &#233;vidence que la pens&#233;e peut conna&#238;tre un contenu qui est d&#233;j&#224;, par avance, un contenu d'id&#233;es. Il est tout aussi &#233;vident qu'ici ce qu'il s'agit de prouver est d&#233;j&#224; contenu tacitement dans les pr&#233;mices. Mais cela n'emp&#234;che nullement Hegel de tirer de sa preuve de l'identit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#234;tre cette autre conclusion que sa philosophie, parce que juste pour sa pens&#233;e, est d&#233;sormais &#233;galement la seule juste, et que l'identit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#234;tre doit se v&#233;rifier par le fait que l'humanit&#233; fera passer imm&#233;diatement sa philosophie de la th&#233;orie dans la pratique et transformera le monde entier selon les principes h&#233;g&#233;liens. C'est l&#224; une illusion qu'il partage plus ou moins avec tous les philosophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il existe encore toute une s&#233;rie d'autres philosophes qui contestent la possibilit&#233; de conna&#238;tre le monde ou du moins de le conna&#238;tre &#224; fond. Parmi les modernes, Hume et Kant sont de ceux-l&#224;, et ils ont jou&#233; un r&#244;le tout &#224; fait consid&#233;rable dans le d&#233;veloppement de la philosophie. Pour r&#233;futer cette fa&#231;on de voir, l'essentiel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit par Hegel [2], dans la mesure o&#249; cela &#233;tait possible du point de vue id&#233;aliste ; ce que Feuerbach y a ajout&#233; du point de vue mat&#233;rialiste est plus spirituel que profond. La r&#233;futation la plus frappante de cette lubie philosophique, comme d'ailleurs de toutes les autres, est la pratique, notamment l'exp&#233;rimentation et l'industrie [3]. Si nous pouvons prouver la justesse de notre conception d'un ph&#233;nom&#232;ne naturel en le cr&#233;ant nous-m&#234;mes, en le produisant &#224; l'aide de ses conditions, et, qui plus est, en le faisant servir &#224; nos fins, c'en est fini de la &#171; chose en soi &#187; insaisissable de Kant. Les substances chimiques produites dans les organismes v&#233;g&#233;taux et animaux rest&#232;rent de telles &#171; choses en soi &#187; jusqu'&#224; ce que la chimie organique se f&#251;t mise &#224; les pr&#233;parer l'une apr&#232;s l'autre ; par-l&#224;, la &#171; chose en soi &#187; devint une chose pour nous, comme par exemple, la mati&#232;re colorante de la garance, l'alizarine, que nous ne faisons plus pousser dans les champs sous forme de racines de garance, mais que nous tirons bien plus simplement et &#224; meilleur march&#233; du goudron de houille. Le syst&#232;me solaire de Copernic fut, pendant trois cents ans, une hypoth&#232;se sur laquelle on pouvait parier &#224; cent, &#224; mille, &#224; dix mille contre un, mais c'&#233;tait, malgr&#233; tout, une hypoth&#232;se ; or lorsque Leverrier, &#224; l'aide des donn&#233;es d&#233;coulant de ce syst&#232;me, calcula non seulement la n&#233;cessit&#233; de l'existence d'une plan&#232;te inconnue, mais aussi l'endroit o&#249; cette plan&#232;te devait se trouver dans le ciel, et lorsque Galle [4] la d&#233;couvrit ensuite effectivement, le syst&#232;me de Copernic &#233;tait prouv&#233;. Si, cependant, les n&#233;o-kantiens s'efforcent en Allemagne de donner une vie nouvelle aux id&#233;es de Kant, et les agnostiques, en Angleterre (o&#249; elles n'avaient jamais disparu), aux id&#233;es de Hume, cela constitue, au point de vue scientifique, une r&#233;gression par rapport &#224; la r&#233;futation th&#233;orique et pratique qui en a &#233;t&#233; faite depuis longtemps, et, dans la pratique, une fa&#231;on honteuse d'accepter le mat&#233;rialisme en cachette, tout en le reniant publiquement [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, tout au long de cette p&#233;riode qui va de Descartes &#224; Hegel et de Hobbes &#224; Feuerbach, les philosophes n'ont nullement &#233;t&#233;, comme ils le croyaient, pouss&#233;s en avant par la force de l'id&#233;e pure. Au contraire. Ce qui en r&#233;alit&#233; les a fait progresser, cela a surtout &#233;t&#233; le progr&#232;s formidable et de plus en plus imp&#233;tueux de la science de la nature et de l'industrie. Chez les mat&#233;rialistes, cela apparaissait d&#233;j&#224; &#224; la surface, mais les syst&#232;mes id&#233;alistes &#233;galement se remplirent de plus en plus d'un contenu mat&#233;rialiste et s'efforc&#232;rent de concilier, d'un point de vue panth&#233;iste, l'antagonisme de l'esprit et de la mati&#232;re, de telle sorte qu'en fin de compte, le syst&#232;me de Hegel ne repr&#233;sente qu'un mat&#233;rialisme mis la t&#234;te en bas d'une mani&#232;re id&#233;aliste d'apr&#232;s sa m&#233;thode et son contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d&#232;s lors que, cherchant &#224; caract&#233;riser Feuerbach, Starcke &#233;tudie d'abord la position prise par celui-ci dans cette question fondamentale du rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre. Apr&#232;s une courte introduction, o&#249; il expose la conception des philosophes ant&#233;rieurs, surtout depuis Kant, dans une langue inutilement pleine de lourdeur philosophique, et o&#249; Hegel, parce que l'auteur s'attache d'une fa&#231;on par trop formaliste &#224; des passages isol&#233;s de ses &#339;uvres, est tr&#232;s d&#233;favoris&#233;, vient un expos&#233; d&#233;taill&#233; du d&#233;veloppement de la &#171; m&#233;taphysique &#187; feuerbachienne elle-m&#234;me telle qu'elle r&#233;sulte de la succession des ouvrages correspondants de ce philosophe. Cet expos&#233; est fait d'une fa&#231;on appliqu&#233;e et claire ; malheureusement il est surcharg&#233;, comme tout le livre d'ailleurs, d'un fatras d'expressions philosophiques qu'il e&#251;t souvent &#233;t&#233; possible d'&#233;viter, fatras d'autant plus g&#234;nant que l'auteur s'en tient moins au mode d'expression d'une seule et m&#234;me &#233;cole, ou de Feuerbach lui-m&#234;me, et qu'il y incorpore davantage d'expressions des courants pr&#233;tendument philosophiques les plus diff&#233;rents, surtout de ceux qui s&#233;vissent actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Feuerbach est celle d'un h&#233;g&#233;lien - &#224; vrai dire jamais compl&#232;tement orthodoxe - qui va vers le mat&#233;rialisme, d&#233;marche qui, &#224; un stade d&#233;termin&#233;, am&#232;ne une rupture totale avec le syst&#232;me id&#233;aliste de son pr&#233;d&#233;cesseur. Finalement s'impose &#224; lui, avec une force irr&#233;sistible, la conviction que l'existence, ant&#233;rieure au monde, de l'&#171; Id&#233;e absolue &#187; de Hegel, la &#171; pr&#233;existence des cat&#233;gories logiques &#187; ant&#233;rieures &#224; l'univers, n'est rien d'autre qu'une survivance fantastique de la croyance en un cr&#233;ateur supraterrestre ; l'id&#233;e que le monde mat&#233;riel, perceptible par les sens, auquel nous appartenons nous-m&#234;mes, est la seule r&#233;alit&#233;, et que notre conscience et notre pens&#233;e, si transcendantes qu'elles nous paraissent, ne sont que les produits d'un organe mat&#233;riel, corporel, le cerveau. La mati&#232;re n'est pas un produit de l'esprit, mais l'esprit n'est lui-m&#234;me que le produit le plus &#233;lev&#233; de la mati&#232;re [6]. C'est l&#224;, naturellement, pur mat&#233;rialisme. Parvenu &#224; ce point, Feuerbach s'arr&#234;te court. Il ne peut surmonter le pr&#233;jug&#233; philosophique habituel, le pr&#233;jug&#233; concernant non pas la chose, mais le mot mat&#233;rialisme. Il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le mat&#233;rialisme est pour moi la base de l'&#233;difice de l'&#234;tre et du savoir humains ; mais il n'est pas pour moi ce qu'il est pour le physiologiste, le naturaliste, au sens &#233;troit du mot, par exemple Moleschott, et ce qu'il est n&#233;cessairement de leur point de vue sp&#233;cial, professionnel, &#224; savoir l'&#233;difice lui-m&#234;me. Je suis compl&#232;tement d'accord avec le mat&#233;rialisme en arri&#232;re, mais non pas en avant [7]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach confond ici le mat&#233;rialisme, conception g&#233;n&#233;rale du monde reposant sur une mani&#232;re d&#233;termin&#233;e de comprendre les rapports entre la mati&#232;re et l'esprit, avec la forme sp&#233;ciale dans laquelle cette conception du monde s'est exprim&#233;e &#224; une &#233;tape historique d&#233;termin&#233;e, &#224; savoir au XVII&#176; si&#232;cle. Plus encore, il le confond avec la forme plate, vulgaire, sous laquelle le mat&#233;rialisme du XVIIe si&#232;cle continue &#224; exister aujourd'hui dans la t&#234;te des naturalistes et des m&#233;decins et a &#233;t&#233; colport&#233; dans les ann&#233;es cinquante par B&#252;chner, Vogt et Moleschott. Mais, de m&#234;me que l'id&#233;alisme a pass&#233; par toute une s&#233;rie de phases de d&#233;veloppement, de m&#234;me le mat&#233;rialisme. Avec toute d&#233;couverte faisant &#233;poque dans le domaine des sciences de la nature, il doit in&#233;vitablement modifier sa forme ; et depuis que l'histoire elle-m&#234;me est soumise au traitement mat&#233;rialiste, s'ouvre &#233;galement ici une nouvelle voie du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent &#233;tait surtout m&#233;caniste, parce que, &#224; cette &#233;poque, de toutes les sciences de la nature, seule la m&#233;canique, et encore seulement celle des corps solides - c&#233;lestes et terrestres - bref, la m&#233;canique de la pesanteur, &#233;tait arriv&#233;e &#224; un certain ach&#232;vement. La chimie n'existait encore que dans sa forme enfantine, phlogistique [8]. La biologie &#233;tait encore dans les langes ; l'organisme v&#233;g&#233;tal et animal n'avait encore &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; que grossi&#232;rement et n'&#233;tait expliqu&#233; que par des causes purement m&#233;caniques ; pour les mat&#233;rialistes du XVII&#176; si&#232;cle, l'homme &#233;tait une machine, tout comme l'animal pour Descartes. Cette application exclusive du mod&#232;le de la m&#233;canique &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de nature chimique et organique dans lesquels les lois m&#233;caniques agissent assur&#233;ment aussi, mais sont rejet&#233;es &#224; l'arri&#232;re-plan par des lois d'ordre sup&#233;rieur, constitue une des &#233;troitesses sp&#233;cifiques, mais in&#233;vitables &#224; cette &#233;poque, du mat&#233;rialisme fran&#231;ais classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me &#233;troitesse sp&#233;cifique de ce mat&#233;rialisme consistait dans son incapacit&#233; &#224; concevoir le monde comme un processus, comme une mati&#232;re en voie de d&#233;veloppement historique. Cela correspondait au niveau qu'avaient atteint &#224; l'&#233;poque les sciences de la nature et &#224; la fa&#231;on m&#233;taphysique, c'est-&#224;-dire antidialectique, de philosopher qui leur &#233;tait connexe. On savait que la nature &#233;tait engag&#233;e dans un mouvement perp&#233;tuel. Mais, selon les id&#233;es de l'&#233;poque, ce mouvement d&#233;crivait un cercle tout aussi perp&#233;tuel et, par cons&#233;quent, ne progressait jamais ; il produisait toujours les m&#234;mes r&#233;sultats. Cette mani&#232;re de voir &#233;tait in&#233;vitable &#224; l'&#233;poque. La th&#233;orie kantienne de la formation du syst&#232;me solaire venait &#224; peine d'&#234;tre formul&#233;e et n'&#233;tait accept&#233;e que comme simple curiosit&#233;. L'histoire de l'&#233;volution de la terre, la g&#233;ologie, &#233;tait encore totalement inconnue, et l'id&#233;e que les &#234;tres vivants actuels sont le r&#233;sultat d'une longue s&#233;rie &#233;volutive qui va du simple au complexe ne pouvait absolument pas &#234;tre alors &#233;tablie scientifiquement. La conception non historique de la nature &#233;tait, par cons&#233;quent, in&#233;vitable. On peut d'autant moins en faire reproche aux philosophes du XVII&#176; si&#232;cle qu'on la rencontre &#233;galement chez Hegel. Chez ce dernier, la nature, en tant que simple &#171; ali&#233;nation &#187; l'Id&#233;e, n'est susceptible d'aucun d&#233;veloppement dans le temps, mais seulement d'un d&#233;ploiement de sa diversit&#233; dans l'espace, de telle sorte qu'elle &#233;tale simultan&#233;ment et l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre tous les degr&#233;s de d&#233;veloppement qu'elle comporte et se trouve condamn&#233;e &#224; une perp&#233;tuelle r&#233;p&#233;tition de processus toujours les m&#234;mes. Et c'est cette absurdit&#233; d'un d&#233;veloppement dans l'espace, mais en dehors du temps - condition fondamentale de tout d&#233;veloppement - que Hegel impose &#224; la nature, au moment m&#234;me o&#249; la g&#233;ologie, l'embryologie, la physiologie v&#233;g&#233;tale et animale et la chimie organique se d&#233;veloppaient, et o&#249; partout, sur la base de ces sciences nouvelles, on voyait pressentir g&#233;nialement la th&#233;orie ult&#233;rieure de l'&#233;volution (par exemple, chez Goethe et Lamarck). Mais le syst&#232;me l'exigeait ainsi et force &#233;tait &#224; la m&#233;thode, pour l'amour du syst&#232;me, d'&#234;tre infid&#232;le &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception antihistorique avait &#233;galement cours dans le domaine de l'histoire. Ici, la lutte contre les survivances du moyen &#226;ge limitait &#233;troitement la vue. Le moyen &#226;ge &#233;tait consid&#233;r&#233; comme une simple interruption de l'histoire par mille ann&#233;es de barbarie g&#233;n&#233;rale ; les grands progr&#232;s du moyen &#226;ge, - l'extension de l'aire de la civilisation en Europe, les grandes nations viables qui s'y &#233;taient form&#233;es c&#244;te &#224; c&#244;te, enfin les &#233;normes progr&#232;s techniques des XIV&#176; et XV&#176; si&#232;cles - on ne voyait rien de tout cela. Cette c&#233;cit&#233; emp&#234;chait toute compr&#233;hension rationnelle du grand encha&#238;nement historique, et l'histoire servait tout au plus de recueil d'exemples et d'illustrations &#224; l'usage des philosophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vulgarisateurs ambulants qui, en Allemagne, dans les ann&#233;es cinquante, faisaient dans le mat&#233;rialisme [9], ne d&#233;pass&#232;rent en aucune fa&#231;on ce point de vue limit&#233; de leurs ma&#238;tres. Tous les progr&#232;s faits depuis lors dans la science de la nature ne leur servirent que d'arguments nouveaux contre l'existence du cr&#233;ateur ; et, en fait, leur entreprise n'&#233;tait nullement de d&#233;velopper la th&#233;orie plus avant. Si l'id&#233;alisme &#233;tait au bout de son latin et frapp&#233; &#224; mort par la r&#233;volution de 1848, il eut cependant la satisfaction de voir que le mat&#233;rialisme &#233;tait momentan&#233;ment tomb&#233; plus bas encore. Feuerbach avait absolument raison de d&#233;cliner la responsabilit&#233; de ce mat&#233;rialisme-l&#224; ; seulement il n'avait pas le droit de confondre la doctrine des pr&#233;dicateurs ambulants du mat&#233;rialisme avec le mat&#233;rialisme en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il y a ici deux remarques &#224; faire. Premi&#232;rement, m&#234;me du temps de Feuerbach, les sciences de la nature &#233;taient encore en plein dans ce processus d'intense fermentation qui n'a trouv&#233; sa clarification et son ach&#232;vement relatif qu'au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es ; une masse de nouvelles connaissances s'accumulaient en quantit&#233; inou&#239;e, mais l'&#233;tablissement de l'encha&#238;nement et, par cons&#233;quent, de l'ordre dans ce chaos de d&#233;couvertes se bousculant l'une l'autre, n'a &#233;t&#233; possible que ces tout derniers temps seulement. Certes, Feuerbach a encore connu les trois d&#233;couvertes d&#233;cisives, - celle de la cellule, celle de la transformation de l'&#233;nergie et celle de la th&#233;orie de l'&#233;volution connue sous le nom de darwinisme. Mais comment le philosophe campagnard solitaire aurait-il pu suivre d'une fa&#231;on suffisante les progr&#232;s de la science pour pouvoir appr&#233;cier &#224; leur valeur des d&#233;couvertes que les savants eux-m&#234;mes, ou bien contestaient encore &#224; l'&#233;poque, ou ne savaient exploiter d'une fa&#231;on suffisante ? La faute en incombe uniquement aux conditions lamentables de l'Allemagne qui faisaient que les chaires de philosophie &#233;taient accapar&#233;es par de subtils et &#233;clectiques coupeurs de cheveux en quatre, tandis que Feuerbach, qui les d&#233;passait tous de cent coud&#233;es, &#233;tait oblig&#233; de s'empaysanner et de s'encro&#251;ter dans un petit village. Ce n'est donc pas la faute de Feuerbach si la conception historique de la nature devenue d&#233;sormais possible, qui &#233;limine tout ce qu'il y avait d'unilat&#233;ral dans le mat&#233;rialisme fran&#231;ais, lui resta inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en second lieu, Feuerbach a tout &#224; fait raison de dire que le seul mat&#233;rialisme des sciences de la nature constitue bien la &#171; base de l'&#233;difice du savoir humain, mais non pas l'&#233;difice lui-m&#234;me &#187;. Car nous ne vivons pas seulement dans la nature, mais &#233;galement dans la soci&#233;t&#233; humaine, et cette derni&#232;re a, elle aussi, son d&#233;veloppement et son histoire, et sa science tout comme la nature. Il s'agissait par cons&#233;quent de mettre la science de la soci&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire la totalit&#233; des sciences dites historiques et philosophiques, en accord avec la base mat&#233;rialiste, et de les reconstruire en se fondant sur elle. Mais cela ne fut pas donn&#233; &#224; Feuerbach. Ici, il resta, malgr&#233; la &#171; base &#187;, prisonnier des liens id&#233;alistes traditionnels, et il le reconna&#238;t quand il dit : &#171; Je suis d'accord avec les mat&#233;rialistes en arri&#232;re, mais non pas en avant. &#187; Or celui qui, dans le domaine social, ne fit pas un pas &#171; en avant &#187; et ne d&#233;passa pas son point de vue de 1840 ou de 1844, ce fut Feuerbach lui-m&#234;me, et cela, encore une fois, surtout &#224; cause de son isolement, qui l'obligea &#224; faire sortir des id&#233;es de son cerveau solitaire - lui qui, plus que tout autre philosophe, &#233;tait fait pour le commerce des hommes - au lieu de les cr&#233;er en collaboration ou en conflit avec des hommes de sa valeur. A quel point il resta id&#233;aliste dans ce domaine, nous le verrons en d&#233;tail par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de faire remarquer encore en cet endroit que Starcke cherche l'id&#233;alisme de Feuerbach l&#224; o&#249; il n'est pas. &#171; Feuerbach est id&#233;aliste, -il croit au progr&#232;s de l'humanit&#233; &#187; (page 19). &#171; La base, l'infrastructure du tout, n'en reste pas moins l'id&#233;alisme. Pour nous, le r&#233;alisme n'est autre chose qu'une protection contre les &#233;garements, pendant que nous suivons nos tendances id&#233;ales. La piti&#233;, l'amour, l'enthousiasme pour la v&#233;rit&#233; et le droit ne sont-ils pas des puissances id&#233;ales ? &#187; (page VIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, l'id&#233;alisme ne signifie rien d'autre ici que la poursuite de fins id&#233;ales. Or, ces derni&#232;res se rapportent tout au plus &#224; l'id&#233;alisme de Kant et &#224; son &#171; imp&#233;ratif cat&#233;gorique &#187; ; mais Kant lui-m&#234;me intitulait sa philosophie &#171; id&#233;alisme transcendantal &#187; ; et ceci nullement parce qu'elle traite aussi d'id&#233;aux moraux, mais pour de tout autres raisons, comme Starcke se le rappelle s&#251;rement. Cette aberration selon laquelle l'id&#233;alisme philosophique tournerait autour de la croyance &#224; des id&#233;aux moraux, c'est-&#224;-dire sociaux, a pris naissance en dehors de la philosophie, chez les philistins allemands, qui apprennent par c&#339;ur dans las po&#233;sies de Schiller les quelques bribes de culture philosophique qui leur sont n&#233;cessaires. Personne n'a critiqu&#233; de fa&#231;on plus ac&#233;r&#233;e l'&#171; imp&#233;ratif cat&#233;gorique &#187; impuissant de Kant - impuissant parce qu'il demande l'impossible et, par cons&#233;quent, n'arrive jamais &#224; quelque chose de r&#233;el - personne n'a raill&#233; plus cruellement l'engouement philistin pour les id&#233;aux irr&#233;alisables, transmis par Schiller (voir, par exemple, la Ph&#233;nom&#233;nologie) que, pr&#233;cis&#233;ment, l'id&#233;aliste accompli Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, deuxi&#232;mement, on ne saurait &#233;viter que tout ce qui met les hommes en mouvement passe n&#233;cessairement par leur cerveau, - m&#234;me le manger et le boire, qui commencent par une sensation de faim et de soif, &#233;prouv&#233;e par l'interm&#233;diaire du cerveau, et se terminent par une impression de sati&#233;t&#233;, ressentie &#233;galement par l'interm&#233;diaire du cerveau. Les r&#233;percussions du monde ext&#233;rieur sur l'homme s'expriment dans son cerveau, s'y refl&#232;tent sous forme de sentiments, de pens&#233;es, d'instincts, de volont&#233;s, bref, sous forme de &#171; tendances id&#233;ales &#187;, et deviennent sous cette forme, des &#171; puissances id&#233;ales &#187;. Si le fait que cet homme ob&#233;it en g&#233;n&#233;ral &#224; des &#171; tendances id&#233;ales &#187; et laisse des &#171; puissances id&#233;ales &#187; exercer de l'influence sur lui, - si cela suffit pour faire de lui un id&#233;aliste, tout homme quelque peu normalement constitu&#233; est un id&#233;aliste-n&#233; et, dans ce cas, comment peut-il somme toute y avoir encore des mat&#233;rialistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la conviction que l'humanit&#233;, tout au moins pour le moment, se meut, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dans le sens du progr&#232;s, n'a absolument rien &#224; voir avec l'antagonisme du mat&#233;rialisme et de l'id&#233;alisme. Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais, tout autant que les d&#233;istes Voltaire et Rousseau, avaient cette conviction &#224; un point tel qu'elle frisait le fanatisme, et plus d'une fois ils se sacrifi&#232;rent pour elle. Si jamais quelqu'un consacra toute sa vie &#224; &#171; l'amour de la v&#233;rit&#233; et du droit &#187; - la phrase &#233;tant prise dans son bon sens - ce fut, par exemple, Diderot. Si Starcke, par cons&#233;quent, d&#233;clare que tout cela est de l'id&#233;alisme, cela prouve uniquement que le mot mat&#233;rialisme, ainsi que l'antagonisme entre les deux conceptions, a perdu ici toute esp&#232;ce de sens pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que Starcke fait ici, quoique peut-&#234;tre inconsciemment, une concession impardonnable au pr&#233;jug&#233; philistin contre le mot mat&#233;rialisme, pr&#233;jug&#233; qui a son origine dans la vieille calomnie des cur&#233;s. Par mat&#233;rialisme, le philistin entend la goinfrerie, l'ivrognerie, la convoitise, les joies de la chair et un train de vie fastueux, la cupidit&#233;, l'avarice, l'avidit&#233;, la chasse aux profits et la sp&#233;culation en Bourse, bref tous les vices sordides dont il est lui-m&#234;me en secret l'esclave ; et par id&#233;alisme, il entend la croyance &#224; la vertu, &#224; l'altruisme universel et, en g&#233;n&#233;ral, &#224; un &#171; monde meilleur &#187;, qualit&#233;s dont il fait parade devant les autres, mais auxquelles il ne croit lui-m&#234;me que tant qu'il traverse la p&#233;riode de malaise physique ou de crise qui suit n&#233;cessairement ses exc&#232;s &#171; mat&#233;rialistes &#187; coutumiers et qu'il va r&#233;p&#233;tant en outre son refrain pr&#233;f&#233;r&#233; : &#171; Qu'est-ce que l'homme ? Moiti&#233; b&#234;te, moiti&#233; ange ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs Starcke se donne beaucoup de mal pour d&#233;fendre Feuerbach contre les attaques et les ratiocinations des charg&#233;s de cours qui plastronnent actuellement en Allemagne sous le nom de philosophes. C'est certainement important pour ceux qui s'int&#233;ressent &#224; ces avortons posthumes de la philosophie classique allemande ; il se peut que cela ait paru n&#233;cessaire &#224; Starcke lui-m&#234;me. Nous en ferons gr&#226;ce &#224; nos lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Aujourd'hui encore r&#232;gne chez les sauvages et les barbares inf&#233;rieurs cette conception que les formes humaines qui leur apparaissent dans leurs r&#234;ves sont des &#226;mes qui ont quitt&#233; pour un temps leur corps. C'est pourquoi l'homme r&#233;el est tenu pour responsable des actes que son apparition en r&#234;ve a commis &#224; l'&#233;gard de ceux qui ont eu ces r&#234;ves. C'est ce que constata, par exemple, Im Thurn, en 1884, chez les Indiens de la Guyane. (F. E.) Engels fait sans doute allusion au livre de E. F. Im Thurn : &#171; Among the Indians of Guiana... &#187; paru en 1883 &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'ensemble de l'&#339;uvre de Hegel est une critique de la philosophie de Hume et de Kant. Il y a particuli&#232;rement insist&#233; dans sa Logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir L&#233;nine : &#171; Mat&#233;rialisme et Empiriocriticisme &#187;, &#338;uvres, t. 14. Editions sociales 1962, pp. 99-108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L'astronome berlinois Johann Galle d&#233;couvrit la plan&#232;te Neptune en 1846.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Voir L&#233;nine : Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme, ouvr. cit&#233;, pp. 205-206.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir sur ce point Anti-D&#252;hring, Editions sociales, 1963, p. 68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Citations tir&#233;es du livre de Karl Gr&#252;n : Ludwig Feuerbach in seinem Briefwechsel und Nachlass, etc. Leipzig 1874, t. 2, p. 308.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Selon la th&#233;orie phlogistique, r&#233;fut&#233;e d&#232;s 1745 par Lomonossov, la nature de la combustion consistait en ce que, du corps qui br&#251;lait, s'&#233;chappait un autre corps hypoth&#233;tique, le phlogiston. S'appuyant sur les recherches du chimiste anglais Priestley, Lavoisier &#233;tablit, &#224; la fin du XVII&#176; si&#232;cle, la th&#233;orie exacte. La combustion ne consiste pas en la dissociation de deux corps, mais en l'union du corps qui br&#251;le avec l'oxyg&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Vogt, B&#252;chner, Moleschott.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III : La philosophie de la religion et l'&#233;thique de Feuerbach&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1888&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable id&#233;alisme de Feuerbach appara&#238;t d&#232;s que nous abordons sa philosophie de la religion et son &#233;thique. Il ne veut nullement supprimer la religion, il veut la perfectionner. La philosophie elle-m&#234;me doit se transformer en religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les p&#233;riodes de l'humanit&#233; ne se distinguent que par des changements d'ordre religieux. Il n'y a de mouvements historiques profonds que ceux qui vont jusqu'au c&#339;ur humain. Le c&#339;ur n'est pas une forme de la religion, de sorte qu'elle y aurait aussi sa place ; il est l'essence de la religion. &#187; [Cit&#233; par Starcke, page 168].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion est, d'apr&#232;s Feuerbach, le rapport affectif, le rapport de c&#339;ur des hommes entre eux, qui, jusqu'ici, cherchait sa v&#233;rit&#233; dans un reflet fantastique de la r&#233;alit&#233; - dans la m&#233;diation d'un ou de nombreux dieux, reflets fantastiques de qualit&#233;s humaines - mais la trouve maintenant directement et sans m&#233;diation dans l'amour entre Je et Toi. Et c'est ainsi que l'amour sexuel devient, en fin de compte, chez Feuerbach, l'une des formes les plus &#233;lev&#233;es, sinon la plus &#233;lev&#233;e, de l'exercice de sa nouvelle religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or les rapports sentimentaux entre les hommes, et surtout les rapports entre les deux sexes, ont exist&#233; depuis que les hommes existent. L'amour sexuel, sp&#233;cialement, s'est d&#233;velopp&#233; au cours des huit derniers si&#232;cles et a conquis une place qui en a fait, au cours de cette p&#233;riode, le pivot obligatoire de toute po&#233;sie. Les religions positives existantes se sont born&#233;es &#224; donner leur cons&#233;cration supr&#234;me &#224; la r&#233;glementation par l'&#201;tat de l'amour sexuel, c'est-&#224;-dire &#224; la l&#233;gislation du mariage et elles peuvent demain dispara&#238;tre toutes sans que la moindre chose soit chang&#233;e &#224; la pratique de l'amour et de l'amiti&#233;. C'est ainsi que la religion chr&#233;tienne avait en fait si bien disparu en France de 1793 &#224; 1798 que Napol&#233;on lui-m&#234;me ne put la r&#233;introduire sans r&#233;sistance et sans difficult&#233;s, et, dans l'intervalle, nul besoin ne s'est fait sentir d'un &#233;quivalent au sens o&#249; l'entend Feuerbach&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme consiste ici chez Feuerbach &#224; consid&#233;rer les rapports humains qui sont bas&#233;s sur une inclination mutuelle telle que l'amour, l'amiti&#233;, la piti&#233;, l'abn&#233;gation, etc., non pas simplement tels qu'ils sont par eux-m&#234;mes, sans r&#233;f&#233;rence &#224; une religion particuli&#232;re qui appartient pour lui aussi au pass&#233;, mais, au contraire, &#224; pr&#233;tendre qu'ils n'atteignent &#224; leur pleine valeur que lorsqu'on leur donne une cons&#233;cration supr&#234;me au moyen du terme de religion. L'essentiel pour lui n'est pas que ces rapports purement humains existent, mais qu'ils soient con&#231;us comme la religion nouvelle, v&#233;ritable. Ils ne doivent avoir pleine valeur que lorsqu'ils ont re&#231;u le sceau religieux. Religion provient du mot latin religare [lier] et signifie primitivement union. Par cons&#233;quent, toute union entre deux hommes est une religion. Ce sont de pareils tours de passe-passe &#233;tymologiques qui constituent l'ultime moyen d'explication de la philosophie id&#233;aliste. Ce qui doit pr&#233;valoir, ce n'est pas ce que le mot signifie d'apr&#232;s l'&#233;volution historique de son emploi r&#233;el, mais ce qu'il devrait signifier d'apr&#232;s son origine &#233;tymologique. Et c'est ainsi que l'amour sexuel et l'union sexuelle sont &#233;lev&#233;s &#224; la hauteur d'une &#171; religion &#187;, afin que le mot religion, cher &#224; la m&#233;moire id&#233;aliste, ne s'avise surtout pas de dispara&#238;tre de la langue. C'est exactement ainsi que s'exprimaient, entre 1840 et 1850, les r&#233;formistes parisiens de la tendance Louis Blanc : ils ne pouvaient se repr&#233;senter un homme sans religion que comme un monstre, et nous disaient : &#171; Donc, l'ath&#233;isme, c'est votre religion [1] ! &#187; Lorsque Feuerbach veut &#233;tablir la vraie religion sur la base d'une conception essentiellement mat&#233;rialiste de la nature, cela revient, en r&#233;alit&#233;, &#224; concevoir la chimie moderne comme &#233;tant la v&#233;ritable alchimie. Si la religion peut se passer de son Dieu, l'alchimie peut &#233;galement se passer de sa pierre philosophale. Il existe d'ailleurs un lien tr&#232;s &#233;troit entre l'alchimie et la religion. La pierre philosophale a un grand nombre de propri&#233;t&#233;s quasi divines, et les alchimistes gr&#233;co-&#233;gyptiens des deux premiers si&#232;cles de notre &#232;re sont pour quelque chose dans l'&#233;laboration de la doctrine chr&#233;tienne, ainsi que le prouvent les d&#233;couvertes faites par Kopp et Berthelot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait fausse est l'affirmation de Feuerbach que les &#171; p&#233;riodes de l'humanit&#233; ne se distinguent que par des changements d'ordre religieux &#187;. De grands tournants historiques n'ont &#233;t&#233; accompagn&#233;s de changements d'ordre religieux que pour autant que l'on consid&#232;re les trois religions mondiales ayant exist&#233; jusqu'ici : le bouddhisme, le christianisme et l'islam. Les anciennes religions de tribus et de nations qui s'&#233;taient constitu&#233;es d'une fa&#231;on naturelle n'avaient aucune tendance au pros&#233;lytisme et perdaient toute capacit&#233; de r&#233;sistance d&#232;s qu'&#233;tait bris&#233;e l'autonomie des tribus et des peuples ; chez les Germains, il suffit m&#234;me pour cela du simple contact avec l'Empire romain sur son d&#233;clin et avec la religion chr&#233;tienne universelle qu'il venait d'adopter et qui &#233;tait appropri&#233;e &#224; sa situation &#233;conomique, politique et id&#233;ologique. Ce n'est que dans le cas de ces grandes religions universelles, n&#233;es de fa&#231;on plus ou moins artificielle, et surtout pour le christianisme et l'islam, que nous constatons que des mouvements historiques d'envergure prennent une empreinte religieuse et, m&#234;me dans le domaine du christianisme, cette empreinte religieuse se limite, pour des r&#233;volutions de port&#233;e v&#233;ritablement universelle, aux premi&#232;res phases de la lutte &#233;mancipatrice de la bourgeoisie, entre le XIII&#176; et le XVII&#176; si&#232;cle ; et elle ne s'explique pas, comme le croit Feuerbach, par le c&#339;ur de l'homme et son besoin de religion, mais par toute l'histoire ant&#233;rieure du moyen &#226;ge, qui ne connaissait pr&#233;cis&#233;ment d'autre forme d'id&#233;ologie que la religion et la th&#233;ologie. Cependant, lorsqu'au XVIII&#176; si&#232;cle la bourgeoisie fut devenue suffisamment forte pour avoir, elle aussi, son id&#233;ologie propre, conforme &#224; son point de vue de classe, elle fit sa grande et d&#233;cisive r&#233;volution, la R&#233;volution fran&#231;aise, en faisant exclusivement appel &#224; des id&#233;es juridiques et politiques, ne se souciant de la religion que dans la mesure o&#249; celle-ci &#233;tait pour elle un obstacle. Mais elle se garda bien de substituer une nouvelle religion &#224; l'ancienne ; on sait comment Robespierre &#233;choua dans cette tentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'&#233;prouver des sentiments purement humains dans notre commerce avec nos semblables nous est d&#233;j&#224; aujourd'hui suffisamment g&#226;t&#233;e par la soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme et sur la domination de classes, dans laquelle nous sommes oblig&#233;s de nous mouvoir ; nous n'avons, par cons&#233;quent, aucune raison de nous la g&#226;ter davantage encore en sublimant ces sentiments pour en faire une religion. Et, de m&#234;me, la compr&#233;hension des grandes luttes de classes historiques est d&#233;j&#224; suffisamment obscurcie par la fa&#231;on courante d'&#233;crire l'histoire, surtout en Allemagne, sans que nous ayons encore besoin de nous la rendre compl&#232;tement impossible en transformant l'histoire de ces luttes en un simple appendice de l'histoire de la religion. D&#233;j&#224; ici, il appara&#238;t &#224; quel point nous nous sommes aujourd'hui &#233;loign&#233;s de Feuerbach. Ses &#171; plus beaux passages &#187; consacr&#233;s &#224; c&#233;l&#233;brer cette nouvelle religion d'amour sont devenus aujourd'hui compl&#232;tement illisibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule religion que Feuerbach &#233;tudie s&#233;rieusement est le christianisme, la religion de l'Occident, fond&#233;e sur le monoth&#233;isme. II d&#233;montre que le Dieu chr&#233;tien n'est que l'image fantastique, le reflet de l'homme. Mais ce Dieu est lui-m&#234;me le produit d'un long processus d'abstraction, la quintessence des nombreux dieux de tribus et de nations ant&#233;rieures. Et, par cons&#233;quent, l'homme, dont ce Dieu n'est qu'une image, n'est pas non plus un homme r&#233;el, mais, lui aussi, la quintessence d'un grand nombre d'hommes r&#233;els, l'homme abstrait, donc lui-m&#234;me &#224; son tour une image mentale. Le m&#234;me Feuerbach, qui pr&#234;che &#224; chaque page la sensualit&#233;, qui invite &#224; se plonger dans le concret, dans la r&#233;alit&#233;, devient compl&#232;tement abstrait d&#232;s qu'il en vient &#224; parler d'autres relations entre les humains que des relations purement sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces relations ne pr&#233;sentent pour lui qu'un seul aspect : la morale. Et ici, nous sommes &#224; nouveau frapp&#233;s de la pauvret&#233; &#233;tonnante de Feuerbach par rapport &#224; Hegel. L'&#233;thique de Hegel, ou doctrine de la moralit&#233;, est la philosophie du droit et elle comprend : 1. le droit abstrait ; 2. la moralit&#233; subjective ; 3. la moralit&#233; objective, qui comprend, &#224; son tour, la famille, la soci&#233;t&#233; civile, l'&#201;tat. Autant la forme est id&#233;aliste, autant le contenu est ici r&#233;aliste. Tout le domaine du droit, de l'&#233;conomie, de la politique y est englob&#233;, &#224; c&#244;t&#233; de la morale. Chez Feuerbach, c'est exactement le contraire. Au point de vue de la forme, il est r&#233;aliste, il prend pour point de d&#233;part l'homme ; mais il n'est absolument pas question du monde dans lequel vit cet homme, aussi celui-ci reste-t-il toujours le m&#234;me &#234;tre abstrait qui p&#233;rorait dans la philosophie de la religion. C'est que cet homme n'est pas issu du ventre de sa m&#232;re, c'est le dieu des religions monoth&#233;istes qui lui a donn&#233; naissance, il ne vit donc pas non plus dans un monde r&#233;el, form&#233; et historiquement d&#233;termin&#233; ; il est bien en rapport avec d'autres hommes, mais chacun d'eux est aussi abstrait que lui-m&#234;me. Dans la philosophie de la religion, nous avions au moins encore des hommes et des femmes, mais dans l'&#233;thique, cette derni&#232;re diff&#233;rence dispara&#238;t &#233;galement. A vrai dire, on rencontre bien de loin en loin chez Feuerbach des phrases comme celles-ci : &#171; Dans un palais, on pense autrement que dans une chaumi&#232;re. &#187; - &#171; Si la faim, la mis&#232;re font que tu n'as rien de substantiel dans le corps, tu n'as pas non plus dans la t&#234;te, dans l'esprit et dans le c&#339;ur de substance pour la morale. &#187; - &#171; Il faut que la politique devienne notre religion [2] &#187;, etc. Mais Feuerbach ne sait absolument pas quoi faire de ces phrases, elles restent chez lui de simples fa&#231;ons de parler, et Starcke lui-m&#234;me est oblig&#233; d'avouer que la politique &#233;tait pour Feuerbach une fronti&#232;re infranchissable et que &#171; la sociologie &#233;tait pour lui une terra incognita &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II ne nous appara&#238;t pas moins plat, compar&#233; &#224; Hegel, dans sa fa&#231;on de traiter l'antinomie du bien et du mal. &#171; On croit dire une grande v&#233;rit&#233;, &#233;crit Hegel, lorsqu'on dit : l'homme est naturellement bon, mais on oublie que l'on dit une plus grande v&#233;rit&#233; encore par ces mots : l'homme est naturellement mauvais [3]. &#187; Chez Hegel, le mal est la forme sous laquelle se pr&#233;sente la force motrice du d&#233;veloppement historique. Et, &#224; vrai dire, cette phrase a ce double sens que, d'une part, chaque nouveau progr&#232;s appara&#238;t n&#233;cessairement comme un crime contre quelque chose de sacr&#233;, comme une r&#233;bellion contre l'ancien &#233;tat de choses en voie de d&#233;p&#233;rissement, mais sanctifi&#233; par l'habitude, et d'autre part, que, depuis l'apparition des antagonismes de classes, ce sont pr&#233;cis&#233;ment les passions mauvaises des hommes, la convoitise et le d&#233;sir de domination qui sont devenus les leviers du d&#233;veloppement historique, ce dont l'histoire du f&#233;odalisme et de la bourgeoisie, par exemple, n'est qu'une preuve continue. Or il ne vient pas du tout &#224; l'esprit de Feuerbach d'&#233;tudier ce r&#244;le historique du mal moral. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'histoire est, pour lui, un domaine o&#249; il est mal &#224; l'aise et ne se sent pas rassur&#233;. M&#234;me sa fameuse d&#233;claration : &#171; L'homme primitif issu de la nature n'&#233;tait qu'un simple &#234;tre naturel, ce n'&#233;tait pas un homme. L'homme est un produit de l'homme, de la culture, de l'histoire [4] &#187;, m&#234;me cette d&#233;claration reste chez lui compl&#232;tement st&#233;rile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi ce que nous dit Feuerbach de la morale ne peut &#234;tre qu'extr&#234;mement pauvre. Le penchant au bonheur est inn&#233; chez l'homme et doit par cons&#233;quent constituer la base de toute morale. Mais le penchant au bonheur est soumis &#224; un double correctif. Premi&#232;rement, du fait des cons&#233;quences naturelles de nos actes : le mal aux cheveux suit l'ivresse, la maladie l'exc&#232;s habituel. Deuxi&#232;mement, du fait de leurs cons&#233;quences sociales : si nous ne respectons pas le m&#234;me penchant au bonheur chez les autres, ces derniers se d&#233;fendent et troublent par-l&#224; notre propre penchant au bonheur. Il en r&#233;sulte que, pour satisfaire notre penchant, il faut que nous soyons &#224; m&#234;me d'appr&#233;cier d'une fa&#231;on juste les cons&#233;quences de nos actes, et, d'autre part, d'admettre chez autrui le m&#234;me droit au penchant en question. La restriction volontaire rationnelle en ce qui nous concerne nous-m&#234;mes, et l'amour - toujours l'amour ! - dans nos rapports avec autrui constituent, par cons&#233;quent, les r&#232;gles fondamentales de la morale de Feuerbach, dont d&#233;coulent toutes les autres. Et ni les d&#233;veloppements les plus ing&#233;nieux de Feuerbach, ni les plus grands &#233;loges de Starcke ne peuvent masquer la pauvret&#233; et la platitude de ces quelques phrases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penchant au bonheur n'est satisfait que tr&#232;s exceptionnellement et nullement &#224; son propre avantage et &#224; l'avantage d'autrui si l'individu s'occupe exclusivement de lui-m&#234;me. II exige, au contraire, des relations avec le monde ext&#233;rieur, des moyens de satisfaire ses d&#233;sirs, par cons&#233;quent, de la nourriture, un individu de l'autre sexe, des livres, des conversations, des discussions, une activit&#233;, des objets qu'on utilise et d'autres qu'on &#233;labore. La morale de Feuerbach ou bien suppose que ces moyens et objets de satisfaction sont donn&#233;s d'embl&#233;e &#224; chaque homme, ou bien elle ne lui donne que de bonnes le&#231;ons inapplicables, elle ne vaut, par cons&#233;quent, pas un rouge liard pour ceux &#224; qui ces moyens font d&#233;faut. Et c'est ce que Feuerbach lui-m&#234;me d&#233;clare tout s&#232;chement : &#171; On pense autrement dans un palais que dans une chaumi&#232;re. Si la faim, la mis&#232;re font que tu n'as rien de substantiel dans le corps, tu n'as pas non plus dans la t&#234;te, dans l'esprit et dans le c&#339;ur de substance pour la morale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se pr&#233;sentent-elles mieux quand il s'agit de l'&#233;galit&#233; de droit du penchant au bonheur chez autrui ? Feuerbach pose cette revendication d'une fa&#231;on absolue comme valant pour toutes les &#233;poques et dans toutes les circonstances. Mais depuis quand pr&#233;vaut-elle ? Est-ce que, dans l'antiquit&#233;, il fut jamais question d'&#233;galit&#233; de droit du penchant au bonheur chez Les esclaves et les ma&#238;tres, et au moyen &#226;ge, chez les serfs et les barons ? Le penchant au bonheur de la classe opprim&#233;e n'a-t-il pas toujours &#233;t&#233; impitoyablement et &#171; l&#233;galement &#187; sacrifi&#233; &#224; celui de la classe dominante ? Oui, dira-t-on, c'&#233;tait immoral, mais actuellement l'&#233;galit&#233; des droits est reconnue. Reconnue en paroles depuis et parce que la bourgeoisie s'est vue oblig&#233;e, dans sa lutte contre la f&#233;odalit&#233; et au cours du d&#233;veloppement de la production capitaliste, d'abolir tous les privil&#232;ges de caste, c'est-&#224;-dire tous les privil&#232;ges personnels, et d'introduire d'abord l'&#233;galit&#233; des individus en mati&#232;re de droit priv&#233;, puis, peu &#224; peu, en mati&#232;re de droit civil et au point de vue juridique. Mais le penchant au bonheur ne vit que pour la moindre part de droits spirituels, et pour la plus grande part de moyens mat&#233;riels. Or la production capitaliste veille &#224; ce qu'il ne revienne que le strict n&#233;cessaire &#224; la grande majorit&#233; des personnes jouissant de l'&#233;galit&#233; de droits et elle ne respecte par cons&#233;quent gu&#232;re plus - quand elle la respecte - l'&#233;galit&#233; de droit du penchant au bonheur de la majorit&#233; que le faisait la soci&#233;t&#233; esclavagiste ou f&#233;odale. Et la situation est-elle meilleure en ce qui concerne les moyens intellectuels du bonheur, les moyens de culture ? Le &#171; ma&#238;tre d'&#233;cole de Sadowa &#187; lui-m&#234;me n'est-il pas un mythe [5] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas encore tout. D'apr&#232;s la th&#233;orie feuerbachienne de la morale, la Bourse des valeurs est le temple supr&#234;me de la morale... &#224; condition qu'on s'y sp&#233;cule toujours d'une fa&#231;on juste. Si mon penchant au bonheur me conduit &#224; la Bourse et si j'y p&#232;se d'une fa&#231;on si juste les cons&#233;quences de mes actes qu'ils n'entra&#238;nent pour moi que des avantages et aucun d&#233;sagr&#233;ment, c'est-&#224;-dire si je gagne constamment, le pr&#233;cepte de Feuerbach est rempli. Ce faisant, je ne porte pas non plus atteinte au m&#234;me penchant au bonheur d'un autre, car cet autre est all&#233; &#224; la Bourse aussi librement que moi, et, en concluant son affaire de sp&#233;culation avec moi, il a suivi, tout comme moi, son penchant au bonheur. Et s'il perd son argent, son action se r&#233;v&#232;le pr&#233;cis&#233;ment par l&#224; comme immorale parce que mal calcul&#233;e, et, en lui infligeant la peine qu'il a m&#233;rit&#233;e, je puis m&#234;me me vanter fi&#232;rement d'&#234;tre un moderne Rhadamante [6]. L'amour r&#232;gne aussi &#224; la Bourse, dans la mesure o&#249; il ne se r&#233;duit pas &#224; une simple phrase sentimentale, car chacun y trouve dans autrui la satisfaction de son penchant au bonheur. Or n'est-ce pas ce que doit faire l'amour et sa fa&#231;on de se manifester dans la pratique ? Et si je joue en pr&#233;voyant exactement les cons&#233;quences de mes op&#233;rations, par cons&#233;quent avec succ&#232;s, je satisfais &#224; toutes les exigences les plus strictes de la morale de Feuerbach et je m'enrichis encore par-dessus le march&#233;. En d'autres termes, la morale de Feuerbach est faite &#224; la mesure de la soci&#233;t&#233; capitaliste actuelle, si peu qu'il le veuille ou s'en doute lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'amour ! Oui, l'amour est partout et est toujours le magicien, le dieu qui, chez Feuerbach, doit aider &#224; surmonter toutes les difficult&#233;s de la vie pratique - et cela dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes ayant des int&#233;r&#234;ts diam&#233;tralement oppos&#233;s. Par-l&#224; cette philosophie perd le dernier vestige de son caract&#232;re r&#233;volutionnaire, et il ne reste plus que la vieille rengaine : Aimez-vous les uns les autres ! - Embrassez-vous sans distinction de sexe et de condition ! Ah ! le beau r&#234;ve de r&#233;conciliation universelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il en est de la th&#233;orie de la morale de Feuerbach comme de toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Elle est adapt&#233;e &#224; tous les temps, &#224; tous les peuples, &#224; toutes les conditions, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela. qu'elle n'est jamais ni nulle part applicable et qu'elle reste tout aussi impuissante en face du monde r&#233;el que l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant. En r&#233;alit&#233;, chaque classe, et m&#234;me chaque profession, a sa morale propre, et la viole l&#224; o&#249; elle peut le faire impun&#233;ment, et cet amour qui doit unir tout le monde se manifeste par des guerres, des conflits, des proc&#232;s, des sc&#232;nes de m&#233;nage, des divorces et l'exploitation la plus grande possible des uns par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment a-t-il &#233;t&#233; possible que la formidable impulsion donn&#233;e par Feuerbach soit rest&#233;e aussi st&#233;rile en ce qui le concerne ? Simplement parce que Feuerbach ne peut sortir du royaume de l'abstraction qu'il ha&#239;ssait mortellement et trouver le chemin de la r&#233;alit&#233; vivante. Il se cramponne de toutes ses forces &#224; la nature et &#224; l'homme, mais la nature et l'homme restent pour lui de simples mots. Ni de la nature r&#233;elle, ni de l'homme r&#233;el, il ne sait rien nous dire de pr&#233;cis. Or on ne passe de l'homme abstrait de Feuerbach aux hommes r&#233;els vivants que si on les consid&#232;re en action dans l'histoire. Et Feuerbach s'y refusait, et c'est pourquoi l'ann&#233;e 1848, qu'il ne comprit pas, ne signifia pour lui que la rupture d&#233;finitive avec le monde r&#233;el, la retraite dans la solitude. La responsabilit&#233; en incombe essentiellement une fois encore aux conditions de l'Allemagne d'alors qui le laiss&#232;rent p&#233;ricliter mis&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pas que Feuerbach ne fit point ne pouvait manquer d'&#234;tre fait ; le culte de l'homme abstrait qui constituait le centre de la nouvelle religion feuerbachienne devait n&#233;cessairement &#234;tre remplac&#233; par la science des hommes r&#233;els et de leur d&#233;veloppement historique. Ce d&#233;veloppement du point de vue de Feuerbach, au del&#224; de Feuerbach lui-m&#234;me, Marx l'inaugura en 1845 dans La Sainte Famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ces trois citations sont tir&#233;es de trois chapitres diff&#233;rents, intitul&#233;s respectivement : &#171; Wider den Dualismus von Leib und Seele, Fleisch und Geist &#187;, &#171; Not meistert alle Gesetze und hebt sie auf &#187; et &#171; Grunds&#228;tze der Philosophie. Notwendigkeit einer Ver&#228;nderung &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Hegel : Fondements de la philosophie du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Phrases tir&#233;es de Fragmente zur Charakteristik meines philosophischen curriculum vitae.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Certains historiens bourgeois allemands d&#233;clar&#232;rent que la victoire des Prussiens &#224; Sadowa (3 juillet 1866) constituait une &#171; victoire de la culture et de l'instruction &#187;. Ils forg&#232;rent le mot c&#233;l&#232;bre : &#171; La victoire de Sadowa est la victoire du ma&#238;tre d'&#233;cole prussien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Juge sage et &#233;quitable de la mythologie grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV : Le mat&#233;rialisme dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1888&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strauss, Bauer, Stirner, Feuerbach furent autant de prolongements de la philosophie h&#233;g&#233;lienne, dans la mesure o&#249; ils ne quitt&#232;rent pas le terrain philosophique. Apr&#232;s sa Vie de J&#233;sus et sa Dogmatique [1], Strauss n'a plus fait que de la vulgarisation philosophique et de l'histoire religieuse &#224; la Renan ; Bauer n'a r&#233;ussi &#224; faire quelque chose que dans le domaine de l'histoire des origines du christianisme, mais, il est vrai, c'est une &#339;uvre importante ; Stirner est demeur&#233; une curiosit&#233;, m&#234;me apr&#232;s que Bakounine l'eut amalgam&#233; avec Proudhon et qu'il eut baptis&#233; cet amalgame &#171; anarchisme &#187; ; Feuerbach seul fut &#233;minent en tant que philosophe. Mais la philosophie, la soi-disant science des sciences planant au-dessus de toutes les sciences particuli&#232;res et en faisant la synth&#232;se, non seulement resta pour lui une barri&#232;re infranchissable, un tabernacle inviolable, mais en outre il s'arr&#234;ta en chemin en tant que philosophe et fut mat&#233;rialiste par en bas, id&#233;aliste par en haut ; il ne sut pas d&#233;passer Hegel en le critiquant mais le rejeta tout bonnement comme inutilisable, alors que lui-m&#234;me, par rapport &#224; la richesse encyclop&#233;dique du syst&#232;me de Hegel, ne r&#233;alisait rien de positif si ce n'est une religion de l'amour boursoufl&#233;e et une morale pauvre et impuissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de la d&#233;sagr&#233;gation de l'&#233;cole h&#233;g&#233;lienne sortit encore une autre tendance, la seule qui ait vraiment donn&#233; des fruits, et cette tendance est essentiellement attach&#233;e au nom de Marx [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture avec la philosophie de Hegel se produisit ici &#233;galement par le retour au point de vue mat&#233;rialiste. Cela signifie qu'on se d&#233;cida &#224; concevoir le monde r&#233;el - la nature et l'histoire - tel qu'il se pr&#233;sente lui-m&#234;me &#224; quiconque l'aborde sans lubies id&#233;alistes pr&#233;con&#231;ues ; on se d&#233;cida &#224; sacrifier impitoyablement toute lubie id&#233;aliste impossible &#224; concilier avec les faits consid&#233;r&#233;s dans leurs propres rapports et non dans des rapports fantastiques. Et le mat&#233;rialisme ne signifie vraiment rien de plus. Seulement, c'&#233;tait la premi&#232;re fois qu'on prenait vraiment au s&#233;rieux la conception mat&#233;rialiste du monde, qu'on l'appliquait d'une fa&#231;on cons&#233;quente &#224; tous les domaines consid&#233;r&#233;s du savoir, - tout au moins dans les grandes lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne se contenta pas de mettre tout simplement Hegel de c&#244;t&#233; : on partit au contraire de son aspect r&#233;volutionnaire d&#233;velopp&#233; ci-dessus, de la m&#233;thode dialectique. Mais cette m&#233;thode &#233;tait inutilisable sous sa forme h&#233;g&#233;lienne. Chez Hegel, la dialectique est l'Id&#233;e se d&#233;veloppant elle-m&#234;me. L'Id&#233;e absolue, non seulement existe de toute &#233;ternit&#233; - on ne sait o&#249; - mais elle est &#233;galement la v&#233;ritable &#226;me vivante de tout le monde existant. Elle se d&#233;veloppe pour devenir elle-m&#234;me &#224; travers toutes les phases pr&#233;liminaires, qui sont longuement trait&#233;es dans la Logique, et qui sont toutes incluses en elle. Puis elle &#171; s'ali&#232;ne &#187; en se transformant en nature, o&#249;, sans avoir conscience d'elle-m&#234;me, d&#233;guis&#233;e en n&#233;cessit&#233; naturelle, elle passe par un nouveau d&#233;veloppement, et finalement revient &#224; la conscience d'elle-m&#234;me dans l'homme ; cette conscience d'elle-m&#234;me s'&#233;labore et s'affine &#224; son tour dans l'histoire jusqu'&#224; ce qu'enfin l'Id&#233;e absolue redevienne compl&#232;tement elle-m&#234;me dans la philosophie de Hegel. Chez Hegel, le d&#233;veloppement dialectique qui se manifeste dans la nature et dans l'histoire, c'est-&#224;-dire l'encha&#238;nement causal du progr&#232;s de l'inf&#233;rieur au sup&#233;rieur qui s'impose &#224; travers tous les mouvements en zigzag et tous les reculs momentan&#233;s, n'est donc que le calque du mouvement autonome de l'Id&#233;e se poursuivant de toute &#233;ternit&#233;, on ne sait o&#249;, mais, en tout cas, ind&#233;pendamment de tout cerveau humain pensant. C'&#233;tait cette interversion id&#233;ologique qu'il s'agissait d'&#233;liminer. Nous con&#231;&#251;mes &#224; nouveau, d'un point de vue mat&#233;rialiste, les id&#233;es de notre cerveau comme &#233;tant les reflets des objets, au lieu de consid&#233;rer les objets r&#233;els comme les reflets de tel ou tel degr&#233; de l'Id&#233;e absolue. De ce fait, la dialectique se r&#233;duisait &#224; la science des lois g&#233;n&#233;rales du mouvement, tant du monde ext&#233;rieur que de la pens&#233;e humaine - deux s&#233;ries de lois identiques au fond, mais diff&#233;rentes dans leur expression en ce sens que le cerveau humain peut les appliquer consciemment, tandis que, dans la nature, et, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#233;galement dans la majeure partie de l'histoire humaine, elles ne se fraient leur chemin que d'une fa&#231;on inconsciente, sous la forme de la n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure, au milieu d'une s&#233;rie infinie de hasards apparents. Mais, du coup, la dialectique des id&#233;es ne devint que le simple reflet conscient du mouvement dialectique du monde r&#233;el, et, ce faisant, la dialectique de Hegel fut totalement renvers&#233;e, ou, plus exactement : elle se tenait sur la t&#234;te, on la remit de nouveau sur ses pieds. Et cette dialectique mat&#233;rialiste, qui &#233;tait depuis des ann&#233;es notre meilleur instrument de travail et notre arme la plus ac&#233;r&#233;e, fut, chose remarquable, d&#233;couverte &#224; nouveau non seulement par nous, mais en outre, ind&#233;pendamment de nous et m&#234;me de Hegel, par un ouvrier allemand, Joseph Dietzgen [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par l&#224;, on avait repris le c&#244;t&#233; r&#233;volutionnaire de la philosophie de Hegel, et on l'avait d&#233;barrass&#233;e, du m&#234;me coup, de ses chamarrures id&#233;alistes qui, chez Hegel, en avaient emp&#234;ch&#233; l'application cons&#233;quente. La grande id&#233;e fondamentale selon laquelle le monde ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un complexe de choses achev&#233;es, mais comme un complexe de processus o&#249; les choses, en apparence stables, - tout autant que leurs reflets intellectuels dans notre cerveau, les concepts, se d&#233;veloppent et meurent en passant par un changement ininterrompu au cours duquel, finalement, malgr&#233; tous les hasards apparents et tous les retours en arri&#232;re momentan&#233;s, un d&#233;veloppement progressif finit par se faire jour - cette grande id&#233;e fondamentale a, surtout depuis Hegel, p&#233;n&#233;tr&#233; si profond&#233;ment dans la conscience commune qu'elle ne trouve sous cette forme g&#233;n&#233;rale presque plus de contradicteurs. Mais la reconna&#238;tre en paroles et l'appliquer, dans la r&#233;alit&#233;, en d&#233;tail, &#224; chaque domaine soumis &#224; l'investigation, sont deux choses diff&#233;rentes. Or, si l'on part constamment de ce point de vue dans la recherche, on cesse une fois pour toutes de demander des solutions d&#233;finitives et des v&#233;rit&#233;s &#233;ternelles ; on a toujours conscience du caract&#232;re n&#233;cessairement born&#233; de toute connaissance acquise, de sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conditions dans lesquelles elle a &#233;t&#233; acquise ; on ne s'en laisse plus imposer non plus par l'opposition du vrai et du faux, du bien et du mal, de l'identique et du diff&#233;rent, du n&#233;cessaire et du contingent, oppositions irr&#233;ductibles pour la vieille m&#233;taphysique qui a toujours cours ; on sait que ces oppositions n'ont qu'une valeur relative, que ce qui est maintenant reconnu comme vrai comporte un c&#244;t&#233; faux qu'on ne voit pas et qui appara&#238;tra plus tard, tout comme ce qui est actuellement reconnu comme faux a son c&#244;t&#233; vrai gr&#226;ce auquel il a pu pr&#233;c&#233;demment &#234;tre consid&#233;r&#233; comme vrai ; que ce que l'on affirme n&#233;cessaire est compos&#233; de purs hasards et que le pr&#233;tendu hasard est la forme sous laquelle la n&#233;cessit&#233; se dissimule - et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne m&#233;thode de recherche et de pens&#233;e, que Hegel appelle la m&#233;thode &#171; m&#233;taphysique &#187; qui s'occupait de pr&#233;f&#233;rence de l'&#233;tude des choses consid&#233;r&#233;es en tant qu'objets fixes donn&#233;s et dont les survivances continuent &#224; hanter les esprits, a &#233;t&#233;, en son temps, tr&#232;s justifi&#233;e historiquement. Il fallait d'abord &#233;tudier les choses avant de pouvoir &#233;tudier les processus. Il fallait d'abord savoir ce qu'&#233;tait telle ou telle chose avant de pouvoir observer les modifications qui s'op&#232;rent en elle. Et il en fut ainsi dans la science de la nature. L'ancienne m&#233;taphysique, qui consid&#233;rait les choses comme faites une fois pour toutes, &#233;tait issue d'une science de la nature qui &#233;tudiait les choses mortes et vivantes en tant que choses faites une fois pour toutes. Mais lorsque cette &#233;tude fut avanc&#233;e au point que le progr&#232;s d&#233;cisif f&#251;t possible, &#224; savoir le passage &#224; l'&#233;tude syst&#233;matique des modifications s'op&#233;rant dans ces choses au sein de la nature m&#234;me, &#224; ce moment sonna dans le domaine philosophique aussi le glas de la vieille m&#233;taphysique. Et, en effet, si, jusqu'&#224; la fin du si&#232;cle dernier, la science de la nature fut surtout une science rassemblant des faits, une science de choses achev&#233;es, elle est essentiellement, dans notre si&#232;cle, une science de classement, une science des processus, de l'origine et du d&#233;veloppement de ces choses et de l'encha&#238;nement qui fait de ces processus naturels une grande totalit&#233;. La physiologie qui &#233;tudie les ph&#233;nom&#232;nes des organismes v&#233;g&#233;taux et animaux, l'embryologie qui &#233;tudie le d&#233;veloppement de chaque organisme depuis l'embryon jusqu'&#224; la maturit&#233;, la g&#233;ologie qui &#233;tudie la formation progressive de la surface terrestre, sont toutes filles de notre si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont surtout trois grandes d&#233;couvertes qui ont fait progresser &#224; pas de g&#233;ant notre connaissance de l'encha&#238;nement des processus naturels : premi&#232;rement, la d&#233;couverte de la cellule en tant qu'unit&#233; &#224; partir de laquelle se d&#233;veloppe, par multiplication et diff&#233;renciation, tout l'organisme v&#233;g&#233;tal et animal ; en cons&#233;quence non seulement il a &#233;t&#233; reconnu que le d&#233;veloppement et la croissance de tous les organismes sup&#233;rieurs s'op&#232;rent selon une loi universelle unique, mais encore que la capacit&#233; de transformation de la cellule indique la voie par laquelle les organismes peuvent modifier leur esp&#232;ce, et, par-l&#224;, conna&#238;tre un d&#233;veloppement plus qu'individuel. Deuxi&#232;mement, la d&#233;couverte de la transformation de l'&#233;nergie, qui nous a montr&#233; que toutes les pr&#233;tendues forces qui agissent tout d'abord dans la nature inorganique, la force m&#233;canique et son compl&#233;ment, l'&#233;nergie dite potentielle, la chaleur, le rayonnement, (lumi&#232;re ou chaleur rayonnante), l'&#233;lectricit&#233;, le magn&#233;tisme, l'&#233;nergie chimique constituent autant de manifestations diff&#233;rentes du mouvement universel, qui passent de l'une &#224; l'autre selon certains rapports quantitatifs, de sorte que, pour une certaine quantit&#233; de l'une qui dispara&#238;t, r&#233;appara&#238;t une certaine quantit&#233; d'une autre, et qu'ainsi tout le mouvement de la nature se r&#233;duit &#224; ce processus ininterrompu de transformations d'une forme dans l'autre. - Enfin, la d&#233;monstration d'ensemble faite pour la premi&#232;re fois par Darwin, selon laquelle tous les produits de la nature qui nous environnent actuellement, y compris les hommes, sont le produit d'un long processus de d&#233;veloppement &#224; partir d'un petit nombre de germes unicellulaires &#224; l'origine, et que ces derniers sont, &#224; leur tour, issus d'un protoplasme ou d'un corps albumino&#239;dal constitu&#233; par voie chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ces trois grandes d&#233;couvertes et aux autres progr&#232;s formidables de la science de la nature, nous sommes aujourd'hui en mesure de montrer dans leurs grandes lignes non seulement l'encha&#238;nement entre les ph&#233;nom&#232;nes de la nature dans les diff&#233;rents domaines pris &#224; part, mais encore la connexion des diff&#233;rents domaines entre eux, et de pr&#233;senter ainsi un tableau d'ensemble de l'encha&#238;nement de la nature sous une forme &#224; peu pr&#232;s syst&#233;matique, au moyen des faits fournis par la science empirique de la nature elle-m&#234;me. C'&#233;tait autrefois la t&#226;che de ce que l'on appelait la philosophie de la nature de fournir ce tableau d'ensemble. Elle ne pouvait le faire qu'en rempla&#231;ant les rapports r&#233;els encore inconnus par des rapports imaginaires, fantastiques, en compl&#233;tant les faits manquants par des id&#233;es, et en ne comblant que dans l'imagination les lacunes existant dans la r&#233;alit&#233;. En proc&#233;dant ainsi, elle a eu maintes id&#233;es g&#233;niales, pressenti maintes d&#233;couvertes ult&#233;rieures, mais elle a &#233;galement, comme il ne pouvait en &#234;tre autrement, donn&#233; le jour &#224; pas mal de b&#234;tises. Aujourd'hui, o&#249; il suffit d'interpr&#233;ter les r&#233;sultats de l'&#233;tude de la nature dialectiquement, c'est-&#224;-dire dans le sens de l'encha&#238;nement qui lui est propre, pour arriver &#224; un &#171; syst&#232;me de la nature &#187; satisfaisant pour notre &#233;poque, o&#249; le caract&#232;re dialectique de cet encha&#238;nement s'impose, qu'ils le veuillent ou non, m&#234;me aux cerveaux de savants form&#233;s &#224; l'&#233;cole m&#233;taphysique, aujourd'hui, la philosophie de la nature est d&#233;finitivement mise &#224; l'&#233;cart. Toute tentative pour la ressusciter ne serait pas seulement superflue, elle serait une r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est vrai de la nature, reconnue &#233;galement de ce fait comme un processus de d&#233;veloppement historique, l'est aussi de l'histoire de la soci&#233;t&#233; dans toutes ses branches et de l'ensemble de toutes les sciences qui traitent des choses humaines (et divines). Ici &#233;galement, la philosophie de l'histoire, du droit, de la religion, etc., consistait &#224; substituer &#224; l'encha&#238;nement r&#233;el, et qu'il fallait prouver, entre tes &#233;v&#233;nements, celui qu'inventait le cerveau du philosophe, &#224; concevoir l'histoire, dans son ensemble comme dans ses diff&#233;rentes parties, comme la r&#233;alisation progressive d'id&#233;es, et naturellement toujours des seules id&#233;es favorites du philosophe lui-m&#234;me. De la sorte, l'histoire s'effor&#231;ait inconsciemment, mais n&#233;cessairement &#224; atteindre un certain but id&#233;al fix&#233; a priori qui &#233;tait, par exemple chez Hegel, la r&#233;alisation de son Id&#233;e absolue, et la marche irr&#233;vocable vers cette Id&#233;e absolue constituait l'encha&#238;nement interne des &#233;v&#233;nements historiques. A l'encha&#238;nement r&#233;el, encore inconnu, on substituait ainsi une nouvelle Providence myst&#233;rieuse, - inconsciente ou prenant peu &#224; peu conscience d'elle-m&#234;me. Il s'agissait par cons&#233;quent ici, tout comme dans le domaine de la nature, d'&#233;liminer ces encha&#238;nements fabriqu&#233;s, artificiels, en d&#233;gageant les encha&#238;nements r&#233;els ; ce qui revient, en fin de compte &#224; d&#233;couvrir les lois g&#233;n&#233;rales du mouvement qui, dans l'histoire de la soci&#233;t&#233; humaine, s'imposent comme lois dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'histoire du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; se r&#233;v&#232;le, sur un point, essentiellement diff&#233;rente de celle de la nature. Dans la nature, - dans la mesure o&#249; nous laissons de c&#244;t&#233; la r&#233;action exerc&#233;e sur elle par les hommes, - ce sont uniquement des facteurs inconscients et aveugles qui agissent les uns sur les autres et c'est dans leur jeu changeant que se manifeste la loi g&#233;n&#233;rale. De tout ce qui se produit, - des innombrables hasards apparents, visibles &#224; la surface, comme des r&#233;sultats finaux qui confirment l'existence d'une loi au sein de ces hasards, - rien ne se produit en tant que but conscient, voulu. Par contre, dans l'histoire de la soci&#233;t&#233;, ceux qui agissent sont exclusivement des hommes dou&#233;s de conscience, agissant avec r&#233;flexion ou avec passion et poursuivant des buts d&#233;termin&#233;s ; rien ne se produit sans dessein conscient, sans fin voulue. Mais cette diff&#233;rence, quelle que soit son importance pour l'investigation historique, surtout d'&#233;poques et d'&#233;v&#233;nements pris isol&#233;ment, ne peut rien changer au fait que le cours de l'histoire est sous l'empire de lois g&#233;n&#233;rales internes. Car, ici aussi, malgr&#233; les buts consciemment poursuivis par tous les individus, c'est le hasard qui, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, r&#232;gne en apparence &#224; la surface. Ce n'est que rarement que se r&#233;alise le dessein form&#233; ; dans la majorit&#233; des cas, les nombreux buts poursuivis s'entrecroisent et se contredisent, ou bien ils sont eux-m&#234;mes a priori irr&#233;alisables, ou bien encore les moyens pour les r&#233;aliser sont insuffisants. C'est ainsi que les conflits des innombrables volont&#233;s et actions individuelles cr&#233;ent, dans le domaine historique, une situation tout &#224; fait analogue &#224; celle qui r&#232;gne dans la nature inconsciente. Les buts des actions sont voulus, mais les r&#233;sultats que donnent r&#233;ellement ces actions ne le sont pas, ou s'ils semblent, au d&#233;but, correspondre malgr&#233; tout au but poursuivi, ils ont finalement des cons&#233;quences autres que celles qui ont &#233;t&#233; voules. Ainsi les &#233;v&#233;nements historiques apparaissent en gros &#233;galement domin&#233;s par le hasard. Mais partout o&#249; le hasard semble jouer &#224; la surface, il est toujours sous l'empire de lois internes cach&#233;es, et il ne s'agit que de les d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes font leur histoire, quelque tournure qu'elle prenne, en poursuivant chacun leurs fins propres, consciemment voulues, et c'est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;sultante de ces nombreuses volont&#233;s agissant dans des directions diff&#233;rentes et de leurs r&#233;percussions vari&#233;es sur le monde ext&#233;rieur qui constitue l'histoire. Ce qui importe donc &#233;galement ici, c'est ce que veulent les nombreux individus. La volont&#233; est d&#233;termin&#233;e par la passion ou la r&#233;flexion. Mais les leviers qui d&#233;terminent directement &#224; leur tour la passion ou la r&#233;flexion sont de nature tr&#232;s diverse. Ce peuvent &#234;tre, soit des objets ext&#233;rieurs, soit des motivations d'ordre spirituel : ambition, &#171; passion de la v&#233;rit&#233; et de la justice &#187;, haine personnelle ou encore toutes sortes de lubies purement individuelles. Mais, d'une part, nous avons vu que les nombreuses volont&#233;s individuelles qui agissent dans l'histoire ont, pour la plupart, des r&#233;sultats tout &#224; fait diff&#233;rents de ceux qu'elles s'&#233;taient propos&#233;s - et souvent directement contraires, - et que par cons&#233;quent leurs mobiles aussi n'ont qu'une importance secondaire pour le r&#233;sultat final. D'autre part, on peut encore se demander quelles sont &#224; leur tour les forces motrices cach&#233;es derri&#232;re ces motivations, et quelles sont les causes historiques qui prennent dans les cerveaux des hommes qui agissent, la forme de ces mobiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, l'ancien mat&#233;rialisme ne se l'est jamais pos&#233;e. C'est pourquoi sa conception de l'histoire, dans la mesure o&#249; somme toute il en a une, est essentiellement pragmatique ; elle juge tout d'apr&#232;s les mobiles de l'action, partage les hommes exer&#231;ant une action historique en &#226;mes nobles et non nobles, et constate ensuite r&#233;guli&#232;rement que les nobles sont les dupes et les non nobles les vainqueurs, d'o&#249; il r&#233;sulte pour l'ancien mat&#233;rialisme qu'il n'y a rien &#224; tirer de bien &#233;difiant de l'&#233;tude de l'histoire, et pour nous que, dans le domaine historique, l'ancien mat&#233;rialisme est infid&#232;le &#224; lui-m&#234;me parce qu'il prend pour causes derni&#232;res les forces motrices id&#233;ales qui y agissent, au lieu d'examiner ce qu'il y a derri&#232;re elles, et quelles sont les forces motrices de ces forces motrices. L'incons&#233;quence ne consiste pas &#224; reconna&#238;tre des forces motrices spirituelles, mais &#224; ne pas remonter plus haut jusqu'&#224; leurs causes d&#233;terminantes. La philosophie de l'histoire, par contre, telle qu'elle est repr&#233;sent&#233;e surtout par Hegel, reconna&#238;t que les mobiles apparents, et ceux aussi qui d&#233;terminent v&#233;ritablement les actions des hommes dans l'histoire, ne sont pas du tout les causes derni&#232;res des &#233;v&#233;nements historiques, et que, derri&#232;re ces mobiles, il y a d'autres puissances d&#233;terminantes qu'il s'agit pr&#233;cis&#233;ment de rechercher ; mais elle ne les cherche pas dans l'histoire elle-m&#234;me, elle les importe plut&#244;t de l'ext&#233;rieur, de l'id&#233;ologie philosophique, dans l'histoire. Au lieu d'expliquer l'histoire de l'ancienne Gr&#232;ce &#224; partir de son propre encha&#238;nement interne, Hegel [4], par exemple, affirme simplement qu'elle n'est rien d'autre que l'&#233;laboration des &#171; formes de la belle individualit&#233; &#187;, la r&#233;alisation de l' &#171; &#339;uvre d'art &#187; comme telle. Il dit, &#224; cette occasion, beaucoup de choses belles et profondes sur les Grecs, mais cela n'emp&#234;che que nous ne pouvons plus nous contenter aujourd'hui d'une telle explication, qui n'est qu'une formule et rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'agit, par cons&#233;quent, de rechercher les forces motrices qui, - consciemment ou inconsciemment et, il faut le dire, tr&#232;s souvent inconsciemment, - se situent derri&#232;re les mobiles des actions historiques des hommes et qui constituent en fait les forces motrices derni&#232;res de l'histoire, il ne peut pas tant s'agir des motifs des individus, si &#233;minents, soient-ils, que de ceux qui mettent en mouvement de grandes masses, des peuples entiers, et dans chaque peuple, &#224; leur tour, des classes enti&#232;res, et encore des raisons qui les poussent non &#224; une effervescence passag&#232;re et &#224; un feu de paille rapidement &#233;teint, mais &#224; une action durable, aboutissant &#224; une grande transformation historique. &#233;lucider les causes motrices qui, d'une fa&#231;on claire ou confuse, directement ou sous une forme id&#233;ologique et m&#234;me divinis&#233;e, se refl&#232;tent ici dans l'esprit des masses en action et de leurs chefs - ceux que l'on appelle les grands hommes - sous forme de mobiles conscients, - telle est la seule voie qui puisse nous mettre sur la trace des lois qui dominent l'histoire dans son ensemble, aux diff&#233;rentes &#233;poques et dans les diff&#233;rents pays. Tout ce qui met les hommes en mouvement doit n&#233;cessairement passer par leur cerveau, mais la forme que cela prend dans ce cerveau d&#233;pend beaucoup des circonstances. Les ouvriers ne se sont pas le moins du monde r&#233;concili&#233;s avec le machinisme capitaliste depuis qu'ils ne d&#233;truisent plus purement et simplement les machines, comme ils le firent encore en 1848 en Rh&#233;nanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que, dans toutes les p&#233;riodes ant&#233;rieures, la recherche de ces causes motrices de l'histoire &#233;tait presque impossible, - du fait de l'enchev&#234;trement et du caract&#232;re masqu&#233; des rapports et de leurs effets, - notre &#233;poque a tellement simplifi&#233; ces encha&#238;nements que l'&#233;nigme a pu &#234;tre r&#233;solue. Depuis le triomphe de la grande industrie, c'est-&#224;-dire au moins depuis les trait&#233;s de paix de 1815, ce n'est plus un secret pour personne en Angleterre que toute la lutte politique y tournait autour des pr&#233;tentions &#224; la domination de deux classes : l'aristocratie fonci&#232;re (landed aristocracy) et la bourgeoisie (middle class). En France, c'est avec le retour des Bourbons qu'on prit conscience du m&#234;me fait ; les historiens de l'&#233;poque de la Restauration, de Thierry &#224; Guizot, Mignet et Thiers, le signalent partout comme la cl&#233; qui permet de comprendre toute l'histoire de la France depuis le moyen &#226;ge. Et, depuis 1830, la classe ouvri&#232;re, le prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; reconnu comme troisi&#232;me combattant pour le pouvoir dans ces deux pays. La situation s'&#233;tait tellement simplifi&#233;e qu'il fallait fermer volontairement les yeux pour ne pas voir dans la lutte de ces trois grandes classes et dans le conflit de leurs int&#233;r&#234;ts la force motrice de l'histoire moderne - tout au moins dans les deux pays les plus avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment ces classes s'&#233;taient-elles form&#233;es ? Si l'on pouvait encore attribuer au premier abord &#224; la grande propri&#233;t&#233; f&#233;odale de nagu&#232;re une origine due - au d&#233;but du moins - &#224; des causes politiques, &#224; la prise de possession par la violence, cela n'&#233;tait plus possible pour la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Ici, l'origine et le d&#233;veloppement de deux grandes classes apparaissaient de fa&#231;on claire et tangible comme provenant de causes purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il &#233;tait tout aussi manifeste que, dans la lutte entre la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et la bourgeoisie autant que dans la lutte entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, il s'agissait, en premier lieu, d'int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques &#224; la r&#233;alisation desquels le pouvoir politique ne devait servir que de simple moyen. Bourgeoisie et prol&#233;tariat s'&#233;taient form&#233;s l'un et l'autre &#224; la suite d'une transformation des conditions &#233;conomiques, plus exactement du mode de production. C'est le passage d'abord du m&#233;tier corporatif &#224; la manufacture, puis de la manufacture &#224; la grande industrie utilisant les machines et se servant de la vapeur qui avait d&#233;velopp&#233; ces deux classes. A un certain stade de ce d&#233;veloppement, les nouvelles forces productives mises en &#339;uvre par la bourgeoisie - en premier lieu, la division du travail et le groupement d'un grand nombre d'ouvriers parcellaires dans une seule manufacture - ainsi que les conditions et besoins d'&#233;change qu'elles engendrent, devinrent incompatibles avec le r&#233;gime de production existant, transmis par l'histoire et consacr&#233; par la loi, c'est-&#224;-dire avec les privil&#232;ges corporatifs et les innombrables privil&#232;ges personnels et locaux (qui constituaient autant d'entraves pour les ordres non privil&#233;gi&#233;s) de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale. Les forces productives, repr&#233;sent&#233;es par la bourgeoisie, se rebell&#232;rent contre le r&#233;gime de production repr&#233;sent&#233; par les propri&#233;taires fonciers f&#233;odaux et les ma&#238;tres de corporation. On conna&#238;t le r&#233;sultat. Les liens f&#233;odaux furent bris&#233;s, en Angleterre progressivement, en France d'un seul coup, en Allemagne on n'en est pas encore venu &#224; bout. Mais de m&#234;me qu'&#224; une certaine phase de d&#233;veloppement, la manufacture entra en conflit avec le mode de production f&#233;odal, de m&#234;me, maintenant, la grande industrie est entr&#233;e en conflit avec le r&#233;gime de production bourgeois qui a remplac&#233; le mode f&#233;odal. Li&#233;e par ce r&#233;gime, par les cadres &#233;troits du mode de production capitaliste, elle cr&#233;e, d'une part, une prol&#233;tarisation toujours croissante de la grande masse du peuple entier et, d'autre part, une quantit&#233; de plus en plus consid&#233;rable de produits impossibles &#224; &#233;couler. Surproduction et mis&#232;re des masses, chacune &#233;tant la cause de l'autre, telle est la contradiction absurde &#224; laquelle aboutit ce syst&#232;me qui requiert fatalement la lib&#233;ration des forces productives par la transformation du mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II est donc prouv&#233; que, dans l'histoire moderne tout au moins, toutes les luttes politiques sont des luttes de classes et que toutes les luttes &#233;mancipatrices de classes, malgr&#233; leur forme n&#233;cessairement politique - car toute lutte de classes est une lutte politique - tournent, en derni&#232;re analyse, autour de l'&#233;mancipation &#233;conomique. Par cons&#233;quent, l'&#201;tat, le r&#233;gime politique, constitue, ici tout au moins, l'&#233;l&#233;ment secondaire, et la soci&#233;t&#233; civile, le domaine des relations &#233;conomiques, l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif. La vieille conception traditionnelle, &#224; laquelle Hegel sacrifie lui aussi, voyait dans l'&#201;tat l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant et dans la soci&#233;t&#233; civile l'&#233;l&#233;ment d&#233;termin&#233; par le premier. Il en est ainsi en apparence. De m&#234;me que chez l'homme isol&#233;, toutes les forces motrices de ses actions doivent n&#233;cessairement passer par son cerveau, se transformer en mobiles de sa volont&#233; pour l'amener &#224; agir, de m&#234;me tous les besoins de la soci&#233;t&#233; civile - quelle que soit la classe au pouvoir - doivent passer par la volont&#233; de l'&#201;tat pour s'imposer universellement sous forme de lois. Tel est le c&#244;t&#233; formel de la chose qui se comprend de soi-m&#234;me ; la question est seulement de savoir quel est le contenu de cette volont&#233; purement formelle - celle de l'individu comme celle de l'&#201;tat - et d'o&#249; vient ce contenu, pourquoi on veut pr&#233;cis&#233;ment telle chose et non pas telle autre. Et si nous en cherchons la raison, nous trouvons que, dans l'histoire moderne, la volont&#233; de l'&#201;tat est d&#233;termin&#233;e dans l'ensemble par les besoins changeants de la soci&#233;t&#233; civile, par la supr&#233;matie de telle ou telle classe, en derni&#232;re analyse, par le d&#233;veloppement des forces productives et des rapports d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si d&#233;j&#224; &#224; notre &#233;poque moderne, avec ses formidables moyens de production et de communication, l'&#201;tat ne constitue pas un domaine ind&#233;pendant, avec un d&#233;veloppement ind&#233;pendant, et si, au contraire, son existence comme son d&#233;veloppement s'expliquent en derni&#232;re analyse par les conditions d'existence &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, cela doit &#234;tre beaucoup plus vrai encore de toutes les &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes o&#249; la production de la vie mat&#233;rielle des hommes ne disposait pas encore de ces riches ressources et o&#249;, par cons&#233;quent, la n&#233;cessit&#233; de cette production devait exercer un empire plus grand encore sur les hommes. Si aujourd'hui encore, &#224; l'&#233;poque de la grande industrie et des chemins de fer, l'&#201;tat n'est au fond que le reflet, sous une forme condens&#233;e, des besoins &#233;conomiques de la classe qui domine la production, il devait l'&#234;tre encore beaucoup plus &#224; l'&#233;poque o&#249; chaque g&#233;n&#233;ration humaine &#233;tait oblig&#233;e de consacrer une bien plus grande partie de sa vie enti&#232;re &#224; la satisfaction de ses besoins mat&#233;riels et en d&#233;pendait par cons&#233;quent beaucoup plus que nous aujourd'hui. L'&#233;tude de l'histoire des &#233;poques pass&#233;es le confirment surabondamment, d&#232;s qu'elle s'occupe s&#233;rieusement de cet aspect des choses. Mais cela ne peut &#233;videmment pas &#234;tre trait&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#201;tat et le droit public sont d&#233;termin&#233;s par les conditions &#233;conomiques, il en est &#233;videmment de m&#234;me aussi pour le droit civil, qui ne fait, pour l'essentiel, que sanctionner les rapports &#233;conomiques normaux qui, dans les conditions donn&#233;es, existent entre les individus. Mais la forme sous laquelle cela se fait peut prendre des aspects tr&#232;s divers. On peut, comme cela s'est produit en Angleterre, en accord avec toute l'&#233;volution nationale, conserver en majeure partie les formes de l'ancien droit f&#233;odal, tout en leur donnant un contenu bourgeois, voire m&#234;me conf&#233;rer directement un sens bourgeois au terme f&#233;odal ; mais on peut &#233;galement, comme cela fut le cas dans le reste de l'Europe occidentale, prendre pour base le premier droit mondial d'une soci&#233;t&#233; productrice de marchandises, le droit romain, avec son &#233;laboration incomparablement pr&#233;cise de tous les principaux rapports juridiques existant entre simples possesseurs de marchandises (acheteur et vendeur, cr&#233;ancier et d&#233;biteur, contrat, obligation, etc.) Ce faisant, on peut, pour le bien d'une soci&#233;t&#233; encore petite-bourgeoise et semi-f&#233;odale, soit le ramener simplement par la pratique judiciaire au niveau de cette soci&#233;t&#233; (droit commun), soit encore, &#224; l'aide de juristes soi-disant &#233;clair&#233;s et moralistes, le remanier et en faire un code &#224; part, correspondant &#224; cet &#233;tat social, code qui, dans ces conditions, sera mauvais m&#234;me du point de vue juridique (droit prussien). Mais on peut aussi, apr&#232;s une grande r&#233;volution bourgeoise, &#233;laborer, sur la base pr&#233;cis&#233;ment de ce droit romain, un code de la soci&#233;t&#233; bourgeoise aussi classique que le code civil fran&#231;ais. S'il est donc vrai que les normes du droit bourgeois ne sont que l'expression juridique des conditions d'existence &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;, celles-ci peuvent, selon les circonstances, &#234;tre bien ou mal exprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat s'offre &#224; nous comme la premi&#232;re puissance id&#233;ologique s'exer&#231;ant sur l'homme. La soci&#233;t&#233; se cr&#233;e un organisme en vue de la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts communs contre les attaques int&#233;rieures et ext&#233;rieures. Cet organisme est le pouvoir d'&#201;tat. A peine n&#233;, il se rend ind&#233;pendant de la soci&#233;t&#233;, et cela d'autant plus qu'il devient davantage l'organisme d'une certaine classe, qu'il fait pr&#233;valoir directement la domination de cette classe. La lutte de la classe opprim&#233;e contre la classe dominante devient n&#233;cessairement une lutte politique, une lutte men&#233;e d'abord contre la domination politique de cette classe ; la conscience de la corr&#233;lation de cette lutte politique avec sa base &#233;conomique s'estompe et peut m&#234;me dispara&#238;tre compl&#232;tement. Mais m&#234;me lorsque ce n'est pas tout &#224; fait le cas chez ceux qui participent &#224; cette lutte, le fait se produit presque toujours dans l'esprit des historiens. De toutes les anciennes sources concernant les luttes au sein de la R&#233;publique romaine, Appien est le seul &#224; nous dire clairement et nettement de quoi il s'agissait en r&#233;alit&#233;, &#224; savoir de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'&#201;tat, une fois devenu une puissance ind&#233;pendante &#224; l'&#233;gard de la soci&#233;t&#233;, cr&#233;e, &#224; son tour, une nouvelle id&#233;ologie. Les professionnels de la politique, les th&#233;oriciens du droit public et les juristes du droit priv&#233; escamotent en effet la liaison avec les faits &#233;conomiques. Comme, dans chaque cas particulier, force est aux faits &#233;conomiques de prendre la forme de motifs juridiques pour &#234;tre sanctionn&#233;s sous la forme de lois, et comme il faut aussi, bien entendu, tenir compte de tout le syst&#232;me juridique d&#233;j&#224; en vigueur, c'est la forme juridique qui doit d&#233;sormais &#234;tre tout et le contenu &#233;conomique rien. Droit public et droit priv&#233; sont trait&#233;s comme des domaines autonomes, ayant leur propre d&#233;veloppement historique ind&#233;pendant, se pr&#234;tant par eux-m&#234;mes du fait de l'&#233;limination de toutes leurs contradictions internes, &#224; un expos&#233; syst&#233;matique et m&#234;me le requ&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des id&#233;ologies encore plus &#233;lev&#233;es, c'est-&#224;-dire encore plus &#233;loign&#233;es de leur base mat&#233;rielle &#233;conomique, prennent la forme de la philosophie et de la religion. Ici, la corr&#233;lation entre les repr&#233;sentations et leurs conditions d'existence mat&#233;rielles devient de plus en plus complexe, de plus en plus obscurcie par les cha&#238;nons interm&#233;diaires. Mais elle existe cependant. De m&#234;me que toute la Renaissance, depuis le milieu du XV&#176; si&#232;cle, fut un produit essentiel des villes, par cons&#233;quent de la bourgeoisie, il en va de m&#234;me pour la philosophie renaissant elle aussi &#224; cette &#233;poque. Son contenu n'&#233;tait, pour l'essentiel, que l'expression philosophique des id&#233;es correspondant au d&#233;veloppement de la petite et de la moyenne bourgeoisie devenant la grande bourgeoisie. Cela appara&#238;t clairement chez les Anglais et les Fran&#231;ais du si&#232;cle dernier qui &#233;taient en de nombreux cas aussi bien &#233;conomistes que philosophes, et pour ce qui est de l'&#233;cole de Hegel, nous l'avons montr&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous cependant encore un peu &#224; la religion, parce que c'est elle qui est le plus &#233;loign&#233;e de la vie mat&#233;rielle et semble lui &#234;tre &#233;trang&#232;re. La religion est n&#233;e, &#224; l'&#233;poque extr&#234;mement recul&#233;e de la vie dans les bois, des repr&#233;sentations pleines d'erreurs de ces hommes des bois sur leur propre nature et la nature ext&#233;rieure les environnant. Mais chaque id&#233;ologie, une fois constitu&#233;e, se d&#233;veloppe sur la base des &#233;l&#233;ments de repr&#233;sentation donn&#233;s et continue &#224; les &#233;laborer ; sinon elle ne serait pas une id&#233;ologie, c'est-&#224;-dire le fait de s'occuper d'id&#233;es prises comme entit&#233;s autonomes, se d&#233;veloppant d'une fa&#231;on ind&#233;pendante et uniquement soumises &#224; leurs propres lois. Que les conditions d'existence mat&#233;rielles des hommes, dans le cerveau desquels se poursuit ce processus mental, en d&#233;terminent en fin de compte le cours, cela reste chez eux n&#233;cessairement inconscient, sinon c'en serait fini de toute id&#233;ologie. Ces repr&#233;sentations religieuses primitives, par cons&#233;quent, qui sont la plupart du temps communes &#224; chaque groupe de peuples apparent&#233;s, se d&#233;veloppent, apr&#232;s la scission de ce groupe, d'une fa&#231;on particuli&#232;re &#224; chaque peuple, selon les conditions d'existence qui lui sont d&#233;volues, et pour toute une s&#233;rie de groupes de peuples, notamment pour le groupe aryen (le groupe indo-europ&#233;en), ce processus est d&#233;montr&#233; dans le d&#233;tail par la mythologie compar&#233;e. Les dieux qui se sont ainsi constitu&#233;s chez chaque peuple &#233;taient des dieux nationaux dont l'empire ne d&#233;passait pas les limites du territoire national qu'ils avaient &#224; prot&#233;ger et au del&#224; des fronti&#232;res duquel d'autres dieux exer&#231;aient une domination incontest&#233;e. Ils ne pouvaient survivre, dans la repr&#233;sentation que tant que subsistait la nation ; ils disparurent en m&#234;me temps qu'elle. Cette disparition des vieilles nationalit&#233;s fut provoqu&#233;e par l'apparition de l'Empire romain, dont nous n'avons pas &#224; examiner ici les conditions &#233;conomiques de sa formation. Les anciens dieux nationaux tomb&#232;rent en d&#233;su&#233;tude, m&#234;me les dieux romains qui n'&#233;taient accord&#233;s qu'aux limites &#233;troites de la cit&#233; de Rome ; le besoin de compl&#233;ter l'Empire mondial par une religion universelle appara&#238;t clairement dans les tentatives faites en vue de faire admettre &#224; Rome, &#224; c&#244;t&#233; des dieux indig&#232;nes, tous les dieux &#233;trangers dignes de quelque respect et de leur procurer des autels. Mais une nouvelle religion universelle ne se cr&#233;e pas de cette fa&#231;on, au moyen de d&#233;crets imp&#233;riaux. La nouvelle religion universelle, le christianisme, s'&#233;tait constitu&#233;e clandestinement par un amalgame de la th&#233;ologie orientale universalis&#233;e, surtout de la th&#233;ologie juive, et de la philosophie grecque vulgaris&#233;e, surtout du sto&#239;cisme. Pour conna&#238;tre l'aspect qu'il avait au d&#233;but, il faut proc&#233;der d'abord &#224; des recherches minutieuses, car la forme officielle sous laquelle il nous a &#233;t&#233; transmis n'est que celle sous laquelle il devint religion d'&#201;tat et fut adapt&#233; &#224; ce but par le concile de Nic&#233;e [5]. A lui seul, le fait qu'il devint religion d'&#201;tat 250 ans seulement apr&#232;s sa naissance prouve qu'il &#233;tait la religion correspondant aux conditions de l'&#233;poque. Au moyen &#226;ge, il se transforma, au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement du f&#233;odalisme, en une religion correspondant &#224; ce dernier, avec une hi&#233;rarchie f&#233;odale correspondante. Et lorsque apparut la bourgeoisie, l'h&#233;r&#233;sie protestante se d&#233;veloppa, en opposition au catholicisme f&#233;odal, d'abord dans le midi de la France, chez les Albigeois [6], &#224; l'&#233;poque de la plus grande prosp&#233;rit&#233; des villes de cette r&#233;gion. Le moyen &#226;ge avait annex&#233; &#224; la th&#233;ologie toutes les autres formes de l'id&#233;ologie : philosophie, politique, jurisprudence et en avait fait des subdivisions de la premi&#232;re. Il obligeait ainsi tout mouvement social et politique &#224; prendre une forme th&#233;ologique ; pour provoquer une grande temp&#234;te, il fallait pr&#233;senter &#224; l'esprit des masses nourri exclusivement de religion leurs propres int&#233;r&#234;ts sous un d&#233;guisement religieux. Et de m&#234;me que, d&#232;s le d&#233;but, la bourgeoisie donna naissance dans les villes &#224; tout un cort&#232;ge de pl&#233;b&#233;iens, de journaliers et de domestiques de toutes sortes, non poss&#233;dants et n'appartenant &#224; aucun ordre reconnu, pr&#233;curseurs du futur prol&#233;tariat, de m&#234;me l'h&#233;r&#233;sie se divise tr&#232;s t&#244;t en une h&#233;r&#233;sie bourgeoise mod&#233;r&#233;e et une h&#233;r&#233;sie pl&#233;b&#233;ienne r&#233;volutionnaire, abhorr&#233;e m&#234;me des h&#233;r&#233;tiques bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indestructibilit&#233; de l'h&#233;r&#233;sie protestante correspondait &#224; l'invincibilit&#233; de la bourgeoisie montante ; lorsque celle-ci fut devenue suffisamment forte, sa lutte contre la noblesse f&#233;odale, de caract&#232;re jusque-l&#224; presque exclusivement local, commen&#231;a &#224; prendre des proportions nationales. La premi&#232;re grande action eut lieu en Allemagne : c'est ce qu'on appelle la R&#233;forme. La bourgeoisie n'&#233;tait ni assez forte, ni assez d&#233;velopp&#233;e pour pouvoir grouper sous sa banni&#232;re les autres ordres r&#233;volt&#233;s : les pl&#233;b&#233;iens des villes, la petitenoblesse des campagnes et les paysans. La noblesse fut battue la premi&#232;re ; les paysans se soulev&#232;rent dans une insurrection qui constitue le point culminant de tout ce mouvement r&#233;volutionnaire ; les villes les abandonn&#232;rent, et c'est ainsi que la r&#233;volution succomba devant les arm&#233;es des princes, lesquels en tir&#232;rent tout le profit. De ce jour, l'Allemagne va dispara&#238;tre pour trois si&#232;cles du rang des paysqui jouent un r&#244;le autonome dans l'histoire. Mais &#224; c&#244;t&#233; de l'Allemand Luther, il y avait eu le Fran&#231;ais Calvin. Avec une rigueur bien fran&#231;aise, Calvin mit au premier plan le caract&#232;re bourgeois de la R&#233;forme, r&#233;publicanisa et d&#233;mocratisa l'&#201;glise. Tandis qu'en Allemagne la R&#233;forme luth&#233;rienne s'enlisait et menait le pays &#224; la ruine, la R&#233;forme calviniste servit de drapeau aux r&#233;publicains &#224; Gen&#232;ve, en Hollande, en Ecosse, lib&#233;ra la Hollande du joug de l'Espagne et de l'Empire allemand et fournit au deuxi&#232;me acte de la r&#233;volution bourgeoise, qui se d&#233;roulait en Angleterre, son v&#234;tement id&#233;ologique. Ici le calvinisme s'av&#233;ra &#234;tre le v&#233;ritable d&#233;guisement religieux des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie de l'&#233;poque, aussi ne fut-il pas reconnu int&#233;gralement lorsque la r&#233;volution de 1689 s'acheva par un compromis entre une partie de la noblesse et la bourgeoisie. L'&#201;glise nationale anglaise fut r&#233;tablie, non pas sous sa forme ant&#233;rieure, en tant qu'&#201;glise catholique, avec le roi pour pape, mais fortement calvinis&#233;e. La vieille &#201;glise nationale avait c&#233;l&#233;br&#233; le joyeux dimanche catholique et combattu le morne dimanche calviniste, la nouvelle &#201;glise embourgeois&#233;e introduisit ce dernier qui embellit aujourd'hui encore l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, la minorit&#233; calviniste fut, en 1685 [7], opprim&#233;e, convertie au catholicisme ou expuls&#233;e du pays. Mais &#224; quoi cela servit-il ? D&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque, le libre penseur Pierre Bayle &#233;tait &#224; l'&#339;uvre, et, en 1694, naquit Voltaire. La mesure draconienne de Louis XIV ne fit que faciliter &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise la r&#233;alisation de sa r&#233;volution sous la forme irr&#233;ligieuse, exclusivement politique, la seule qui convint &#224; la bourgeoisie d&#233;velopp&#233;e. Au lieu de protestants, ce furent des libres penseurs qui si&#233;g&#232;rent dans les assembl&#233;es nationales. Par-l&#224; le christianisme &#233;tait parvenu &#224; son dernier stade. Il &#233;tait devenu incapable de servir &#224; l'avenir de manteau id&#233;ologique aux aspirations d'une classe progressive quelconque ; il devint de plus en plus la propri&#233;t&#233; exclusive des classes dominantes qui l'emploient comme smple moyen de gouvernement pour tenir en lisi&#232;re les classes inf&#233;rieures. A remarquer que chacune des diff&#233;rentes classes utilise la religion qui lui est conforme : l'aristocratie fonci&#232;re, le j&#233;suitisme catholique ou l'orthodoxie protestante, la bourgeoisie lib&#233;rale et radicale, le rationalisme ; et que ces messieurs croient ou non &#224; leurs religions respectives, cela ne fait aucune diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons par cons&#233;quent que la religion, une fois constitu&#233;e, a toujours un contenu traditionnel, et ausi que, dans tous les domaines id&#233;ologiques, la tradition est une grande force conservatrice. Mais les changements que subit ce contenu ont leur source dans les rapports de classes, par cons&#233;quent dans les rapports &#233;conomiques entre les hommes qui proc&#232;dent &#224; ces changements. Et cela suffit ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut &#233;videmment &#234;tre question, dans ce qui pr&#233;c&#232;de, que d'une esquisse g&#233;n&#233;rale de la conception marxiste de l'histoire, et tout au plus de quelques illustrations. C'est sur l'histoire elle-m&#234;me qu'il faut en faire la preuve, et, &#224; ce sujet, je puis bien dire que d'autres &#233;crits l'ont d&#233;j&#224; suffisamment &#233;tablie. Mais cette conception met fin &#224; la philosophie dans le domaine de l'histoire tout comme la conception dialectique de la nature rend aussi inutile qu'impossible toute philosophie de la nature. Partout il ne s'agit plus d'imaginer des encha&#238;nements dans sa t&#234;te, mais de les d&#233;couvrir dans les faits. Il ne reste plus d&#232;s lors &#224; la philosophie, chass&#233;e de la nature et de l'histoire, que le domaine de la pens&#233;e pure, dans la mesure o&#249; celui-ci subsiste encore, &#224; savoir la th&#233;orie des lois du processus m&#234;me de la pens&#233;e, c'est-&#224;-dire la logique et la dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la r&#233;volution de 1848. l'Allemagne &#171; cultiv&#233;e &#187; donna cong&#233; &#224; la th&#233;orie et passa sur le terrain de la pratique. La petite industrie reposant sur le travail &#224; la main, la manufacture furent remplac&#233;es par une grande industrie v&#233;ritable : l'Allemagne fit sa r&#233;apparition, sur le march&#233; mondial. Le nouvel Empire Petit-allemand [8] supprima du moins les anomalies les plus criantes, par lesquelles la poussi&#232;re de petits &#201;tats, les survivances du f&#233;odalisme et l'&#233;conomie bureaucratique avaient jusque-l&#224; entrav&#233; ce d&#233;veloppement. Mais au fur et &#224; mesure que la sp&#233;culation quittait le cabinet de travail du philosophe pour installer son temple &#224; la Bourse des valeurs, l'Allemagne cultiv&#233;e perdait ce grand sens th&#233;orique qui avait &#233;t&#233; la gloire de l'Allemagne &#224; l'&#233;poque de son plus profond abaissement politique - le sens de la recherche purement scientifique, que le r&#233;sultat obtenu f&#251;t pratiquement utilisable ou non, contraire ou non aux ordonnances de la police. Certes, en Allemagne, les sciences de la nature officielles, surtout dans le domaine des recherches de d&#233;tail, restent au niveau de l'&#233;poque, mais d&#233;j&#224; la revue am&#233;ricaine Science remarque &#224; juste titre que c'est beaucoup plus en Angleterre et non plus comme autrefois, en Allemagne, que s'effectuent actuellement les progr&#232;s d&#233;cisifs dans le domaine des grands encha&#238;nements de faits isol&#233;s, de leur g&#233;n&#233;ralisation en lois. Et, dans le domaine des sciences historiques, y compris la philosophie, le vieil esprit th&#233;orique intransigeant a vraiment compl&#232;tement disparu avec la philosophie classique pour faire place &#224; un &#233;clectisme vide, aux affres des consid&#233;rations de carri&#232;re et de revenu, et jusqu'&#224; l'arrivisme le plus vulgaire. Les repr&#233;sentants officiels de cette science sont devenus les id&#233;ologues d&#233;clar&#233;s de la bourgeoisie et de l'&#201;tat actuel - mais &#224; une &#233;poque o&#249; l'un et l'autre sont en opposition ouverte avec la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est que dans la classe ouvri&#232;re que le sens th&#233;orique allemand se maintient intact. L&#224;, il est impossible de l'extirper ; l&#224;, il n'y a pas de consid&#233;rations de carri&#232;re, de chasse aux profits, de protection bienveillante d'en haut ; au contraire, plus la science proc&#232;de avec intransigeance et sans pr&#233;ventions, plus elle se trouve en accord avec les int&#233;r&#234;ts et les aspirations de la classe ouvri&#232;re. La tendance nouvelle qui a reconnu dans l'histoire du d&#233;veloppement du travail la cl&#233; qui permet de comprendre l'histoire de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re s'est adress&#233;e d'embl&#233;e de pr&#233;f&#233;rence &#224; la classe ouvri&#232;re et elle y a trouv&#233; la compr&#233;hension qu'elle ne cherchait pas aupr&#232;s de la science officielle et qu'elle n'attendait pas d'elle. C'est le mouvement ouvrier allemand qui est l'h&#233;ritier de la philosophie classique allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Titre exact de l'ouvrage de Strauss paru &#224; T&#252;bingen en 1840-1841 : Die christliche Glaubenslehre in ihrer geschichtlichen Entwicklung und im Kampfe mit der modernen Wlssenschaft.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Qu'on me permette ici une explication personnelle. On a r&#233;cemment, &#224; diff&#233;rentes reprises, fait allusion &#224; la part que j'ai prise &#224; l'&#233;laboration de cette th&#233;orie, et c'est pourquoi je puis difficilement me dispenser de dire ici les quelques mots qui r&#232;glent ce point. Je ne puis nier moi-m&#234;me avoir pris, avant et pendant ma collaboration de quarante ann&#233;es avec Marx, une certaine part personnelle tant &#224; l'&#233;laboration que surtout au d&#233;veloppement de la th&#233;orie. Mais la plus grande partie des id&#233;es directrices fondamentales, particuli&#232;rement dans le domaine &#233;conomique et historique, et sp&#233;cialement leur formulation d&#233;finitive, rigoureuse, sont le fait de Marx. Ce que j'y ai apport&#233; - &#224; l'exception, tout au plus, de quelques branches sp&#233;ciales - Marx aurait bien pu le r&#233;aliser sans moi. Mais ce que Marx a fait je n'aurais pas pu le faire. Marx nous d&#233;passait tous, il voyait plus loin, plus large et plus rapidement que nous tous. Marx &#233;tait un g&#233;nie, nous autres, tout au plus des talents. Sans lui la th&#233;orie serait aujourd'hui bien loin d'&#234;tre ce qu'elle est. C'est donc &#224; juste titre qu'elle porte son nom. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir L'Essence du travail intellectuel humain d&#233;crite par un travailleur manuel. Nouvelle critique de la raison pure et pratique. Hambourg, Meissner, 1869. (F. E.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans ses Le&#231;ons sur la Philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Premier concile, convoqu&#233; &#224; Nic&#233;e, en Asie Mineure, par l'empereur Constantin I&#176; en 325 et qui &#233;labora les principes de base de l'&#201;glise chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Secte religieuse qui eut beaucoup d'adeptes dans le Midi de la France et jusqu'en Italie aux XII&#176; et XIII&#176; si&#232;cles. Le pape Innocent III organisa en 1209 contre eux une croisade, au cours de laquelle ils furent massacr&#233;s en grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En 1685, Louis XIV r&#233;voqua l'Edit de Nantes par lequel Henri IV avait, en 1598, accord&#233; la libert&#233; du culte et l'&#233;galit&#233; des droits aux protestants fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] L'empire allemand qui fut form&#233; en 1871 sous l'h&#233;g&#233;monie de la Prusse excluait l'Autriche, autour de laquelle les partisans de la &#171; grande Allemagne &#187; avaient r&#234;v&#233; de r&#233;aliser l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mati&#232;re et Philosophie mat&#233;rialiste</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Mati&#232;re - Matter</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mati&#232;re et Philosophie mat&#233;rialiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme (en philosophie) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques id&#233;es fausses sur la mati&#232;rez &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est remarquable que les scientifiques de la mati&#232;re ne sont souvent pas des philosophes mat&#233;rialistes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire ici sur science et mat&#233;rialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce n'est pas que la science ait un probl&#232;me particulier avec le mat&#233;rialisme, mais la science n'est nullement ind&#233;pendante de la classe poss&#233;dante qui, elle, n'aime pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot233" rel="tag"&gt;Mati&#232;re - Matter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mati&#232;re et Philosophie mat&#233;rialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme (en philosophie) ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4047&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques id&#233;es fausses sur la mati&#232;re&lt;/a&gt;z&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5488&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que les scientifiques de la mati&#232;re ne sont souvent pas des philosophes mat&#233;rialistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=scientifiques+mat%C3%A9iralistes+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici sur science et mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce n'est pas que la science ait un probl&#232;me particulier avec le mat&#233;rialisme, mais la science n'est nullement ind&#233;pendante de la classe poss&#233;dante qui, elle, n'aime pas cette philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3349&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici sur ce point&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas objective, pas neutre, elle est une des formes de la pens&#233;e humaine, pas une expression directe d'une r&#233;alit&#233; certaine et indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4344&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est exact que la science a pos&#233; des probl&#232;mes au mat&#233;rialisme, au d&#233;terminisme, &#224; la th&#233;orie de la connaissance, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=science+et+th%C3%A9orie+de+la+connaissance+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la science physique a donn&#233;&#8230; mati&#232;re &#224; penser &#224; la philosophie mais cela ne signifie pas qu'elle ait indiqu&#233; en clair un chemin mat&#233;rialiste tout fait aux penseurs, loin de l&#224;. Les combats philosophiques de l'id&#233;alisme et du mat&#233;rialisme, du d&#233;terminisme et de l'ind&#233;terminisme, de la dialectique et de la m&#233;taphysique, de la pens&#233;e du continu et du discontinu, du monisme et du dualisme, des pens&#233;es de l'ordre et du d&#233;sordre, de la connaissance universelle et de l'agnosticisme et on en passe, loin d'&#234;tre d&#233;finitivement tranch&#233;es par l'avanc&#233;e des sciences, notamment physiques, ont &#233;t&#233; relanc&#233;es de plus belle, y compris parmi les scientifiques. Dans la mesure o&#249; la mati&#232;re n'a jamais tout dit, o&#249; de nombreux domaines sont toujours en d&#233;bat, o&#249; le consensus scientifique n'existe que dans l'esprit de ceux qui ne sont pas au courant, il reste beaucoup de place pour des positions antiscientifiques en philosophie des sciences. C'est au point que, malgr&#233; les immenses progr&#232;s des connaissances en Physique, on en est encore &#224; gloser sur l'existence ou pas de la mati&#232;re, sur la possibilit&#233; ou pas de conna&#238;tre celle-ci, sur sa r&#233;alit&#233; en dehors d'une interaction avec l'esprit et nombre de scientifiques en sont encore &#224; croire au dualisme &#224; la Descartes ou &#224; l'agnosticisme &#224; la xxx et pourtant ce sont parfois de grands scientifiques ! Car il ne suffit pas d'avoir des connaissances s&#233;rieuses en sciences pour raisonner juste en philosophie des sciences. D'autre part, la science n'est nullement neutre par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; et &#224; ses classes dirigeantes et ces derni&#232;res ne sont pas indiff&#233;rentes au type de philosophie que vous professez. En clair, la classe poss&#233;dante d&#233;teste les philosophes mat&#233;rialistes, et elle pr&#233;f&#232;re les scientifiques id&#233;alistes ou dualistes et les prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serait-elle si f&#233;rue de grandes id&#233;es pour d&#233;tester ainsi le mat&#233;rialisme ? Pas du tout ! Elle ne plonge pas souvent son nez dans la philosophie et pas n&#233;cessairement plus dans les sciences. C'est seulement qu'elle cultive tous les opiums du peuple et pr&#233;f&#232;re la religion pour endoctriner le peuple que les ennemis de la croyance en dieu qui veulent lib&#233;rer le peuple des carcans id&#233;ologiques et pourraient aider celui-ci &#224; se lib&#233;rer des carcans mat&#233;riels r&#233;els !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des scientifiques affirment bien s&#251;r &#234;tre compl&#232;tement ind&#233;pendants de toute philosophie et faire &#339;uvre objective en mati&#232;re d'id&#233;es philosophiques mais ceux-l&#224; ont seulement l'illusion de ne pas &#234;tre sous la coupe des philosophies dominantes. Plus un scientifique affirme se moquer des opinions philosophiques et &#234;tre ind&#233;pendant de tout point de vue id&#233;ologique, plus il a de chances d'&#234;tre influenc&#233; par les pires id&#233;es sur le monde. En effet, quand on croit n'avoir aucune philosophie, il nous reste encore la philosophie la plus loin de la r&#233;alit&#233;, celle du bon sens et de la logique formelle, la pire parce la plus loin du mode de fonctionnement r&#233;el de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme n'est pas plus une &#233;vidence que la compr&#233;hension du &#171; simple &#187; concept de mati&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des scientifiques pensent que la science s'&#233;tudie et que la philosophie est simplement&#8230; une opinion personnelle et rien n'est plus faux. Ils croient aussi qu'ils peuvent, en scientifiques, se passer d'&#233;tudier la philosophie. Par contre, ils se garderaient bien de dire la m&#234;me chose des math&#233;matiques !!! Ils imaginent ne pas avoir besoin de penser mais seulement avoir besoin de compter !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les scientifiques emploient sans cesse bien des outils qui sont du domaine philosophique comme la relation entre l'observateur et l'observ&#233;, la th&#233;orie de la connaissance, la place de l'exp&#233;rience et de la th&#233;orie dans la science, le r&#244;le et le fonctionnement du concept en science, la relation entre mati&#232;re et esprit et bien d'autres questions encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que croient bien des gens, un grand nombre de scientifiques professent l'id&#233;e qu'on ne peut pas v&#233;ritablement conna&#238;tre la mati&#232;re mais seulement avoir des connaissances sur l'interaction entre mati&#232;re et observateur, id&#233;e diffus&#233;e largement dans le grand public et qui &#171; relativise &#187; la connaissance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'essentiel des scientifiques est &#171; spontan&#233;ment &#187; plut&#244;t dualiste, pensant que les id&#233;es sont dans une sph&#232;re diff&#233;rente de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;rialistes font, au contraire, partie des philosophes qui pensent que la mati&#232;re et l'esprit font partie du m&#234;me monde et ne sont nullement ind&#233;pendants l'un de l'autre&#8230; Et ils ne pensent pas que l'esprit domine la mati&#232;re&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=La+science+pose+des+questions+philosophiques++site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La science pose des questions philosophiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/raipr_0033-9075_1986_num_77_1_2488&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Du mat&#233;rialisme spontan&#233; au mat&#233;rialisme philosophique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.erudit.org/fr/revues/ltp/1977-v33-n2-ltp3382/705608ar.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un point de vue antimarxiste de la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/raipr_0033-9075_1994_num_109_1_3189&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un point de vue sur l'histoire du mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221_2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Id&#233;alisme et Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900ah.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution moderne dans les sciences de la nature et l'id&#233;alisme philosophique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900d.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment ils r&#233;futaient le mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.erudit.org/fr/revues/philoso/1987-v14-n2-philoso1785/027018ar.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un point de vue sur Marx et le mat&#233;rialisme :&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La physique n'est pas seulement un calcul mais une pens&#233;e, et m&#234;me une pens&#233;e mat&#233;rialiste dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'&#233;tait le mat&#233;rialisme en philosophie et qu'est-il aujourd'hui ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3115&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Y a-t-il une mani&#232;re nouvelle, moderne, de concevoir mati&#232;re et mat&#233;rialisme ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4163&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philosophie de la mati&#232;re ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle : Diderot, La Mettrie, Helv&#233;tius, D'Holbach, d'Alembert, Maupertuis, Emilie du Ch&#226;telet</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article5387</link>
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		<dc:date>2020-10-29T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Physique</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On notera qu'il n'y a ni Rousseau, ni Voltaire... &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle : Diderot, La Mettrie, Helv&#233;tius, D'Holbach, d'Alembert, Maupertuis, Emilie du Ch&#226;telet &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mat&#233;rialistes au XVIIIe si&#232;cle &lt;br class='autobr' /&gt;
Diderot &lt;br class='autobr' /&gt;
Maupertuis &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mat&#233;rialisme au XVIIIe si&#232;cle en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Emilie du Ch&#226;telet &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle &lt;br class='autobr' /&gt;
D'Alembert &lt;br class='autobr' /&gt;
Emilie du Ch&#226;telet &lt;br class='autobr' /&gt;
D'Holbach et Helv&#233;tius &lt;br class='autobr' /&gt;
Diderot, La Mettrie &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore D'Holbach &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais de 1750 &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique96" rel="directory"&gt;09 - Livre Neuf : RELIGION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot282" rel="tag"&gt;Physique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On notera qu'il n'y a ni Rousseau, ni Voltaire...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle : Diderot, La Mettrie, Helv&#233;tius, D'Holbach, d'Alembert, Maupertuis, Emilie du Ch&#226;telet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ling.uqam.ca/forum/evr/images/Bourdin_1996.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les mat&#233;rialistes au XVIIIe si&#232;cle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_1991_num_89_83_6693&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diderot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/rde/160&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Maupertuis&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=BAuBDwAAQBAJ&amp;pg=PA7&amp;dq=les+mat%C3%A9rialistes+fran%C3%A7ais+du+XVIIIe+si%C3%A8cle&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwipt5eB4s3iAhX98OAKHblhCHsQ6AEIOjAD#v=onepage&amp;q=les%20mat%C3%A9rialistes%20fran%C3%A7ais%20du%20XVIIIe%20si%C3%A8cle&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme au XVIIIe si&#232;cle en France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A9flexions_sur_le_Bonheur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emilie du Ch&#226;telet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=HjNKDwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=les+mat%C3%A9rialistes+fran%C3%A7ais+du+XVIIIe+si%C3%A8cle&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwipt5eB4s3iAhX98OAKHblhCHsQ6AEIKDAA#v=onepage&amp;q=les%20mat%C3%A9rialistes%20fran%C3%A7ais%20du%20XVIIIe%20si%C3%A8cle&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Encyclop%C3%A9die/1re_%C3%A9dition/Discours_pr%C3%A9liminaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'Alembert&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4828&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emilie du Ch&#226;telet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5673&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'Holbach et Helv&#233;tius&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5672&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diderot, La Mettrie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Th%C3%A9ologie_portative,_ou_Dictionnaire_abr%C3%A9g%C3%A9_de_la_religion_chr%C3%A9tienne/Discours_pr%C3%A9liminaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore D'Holbach&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=ill8DwAAQBAJ&amp;pg=PT13&amp;dq=les+mat%C3%A9rialistes+fran%C3%A7ais+de+1750+%C3%A0+1800&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiJ2oCi4s3iAhWNAWMBHbkdD5wQ6AEIKDAA#v=onepage&amp;q=les%20mat%C3%A9rialistes%20fran%C3%A7ais%20de%201750%20%C3%A0%201800&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les mat&#233;rialistes fran&#231;ais de 1750 &#224; 1800&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Entretien_d%E2%80%99un_philosophe_avec_la_mar%C3%A9chale_de_***&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore Diderot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article666&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Toujours Diderot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article826&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diderot et D'Alembert&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99Esprit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Helv&#233;tius&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_Machine&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Mettrie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1377&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'Holbach&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://atheisme.free.fr/Biographies/Diderot.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Diderot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/00/plekhanov_18950000_c.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gheorgi Plekhanov (1907) Les questions fondamentales du marxisme</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article5572</link>
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		<dc:date>2020-02-12T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;In English &lt;br class='autobr' /&gt;
Gheorgi Plekhanov (1907) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les questions fondamentales du marxisme &lt;br class='autobr' /&gt;
(texte traduit par Robert Paris) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le marxisme est une conception globale du monde. En un mot, il s'agit du mat&#233;rialisme contemporain, actuellement le stade le plus &#233;lev&#233; dans le d&#233;veloppement de cette vision du monde dont les fondements ont &#233;t&#233; jet&#233;s dans la Gr&#232;ce antique par D&#233;mocrite [1] et en partie par les penseurs ioniens qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; ce philosophe. Ce qu'on appelait l'hylozo&#239;sme n'&#233;tait qu'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/plekhanov/1907/fundamental-problems.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In English&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gheorgi Plekhanov (1907)
&lt;p&gt;Les questions fondamentales du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(texte traduit par Robert Paris)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le marxisme est une conception globale du monde. En un mot, il s'agit du mat&#233;rialisme contemporain, actuellement le stade le plus &#233;lev&#233; dans le d&#233;veloppement de cette vision du monde dont les fondements ont &#233;t&#233; jet&#233;s dans la Gr&#232;ce antique par D&#233;mocrite [1] et en partie par les penseurs ioniens qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; ce philosophe. Ce qu'on appelait l'hylozo&#239;sme n'&#233;tait qu'un mat&#233;rialisme na&#239;f. C'est &#224; Karl Marx et &#224; son ami Friedrich Engels que le principal cr&#233;dit du d&#233;veloppement du mat&#233;rialisme actuel doit sans aucun doute aller. Les aspects historiques et &#233;conomiques de cette vision du monde, c'est-&#224;-dire ce qu'on appelle le mat&#233;rialisme historique et la somme &#233;troitement li&#233;e d'opinions sur les t&#226;ches, la m&#233;thode et les cat&#233;gories de l'&#233;conomie politique et sur le d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, en particulier de la soci&#233;t&#233; capitaliste, sont presque enti&#232;rement l'&#339;uvre de Marx et Engels. Ce qui a &#233;t&#233; introduit dans ces domaines par leurs pr&#233;curseurs ne devrait &#234;tre consid&#233;r&#233; que comme un travail pr&#233;paratoire consistant &#224; amasser du mat&#233;riel, souvent copieux et pr&#233;cieux, mais pas encore syst&#233;matis&#233; ni &#233;clair&#233; par une seule id&#233;e fondamentale, et donc non &#233;valu&#233; ou utilis&#233; dans son sens r&#233;el. Ce que les adeptes de Marx et Engels en Europe et en Am&#233;rique ont fait dans ces domaines n'est qu'une &#233;laboration plus ou moins r&#233;ussie de probl&#232;mes sp&#233;cifiques, parfois, il est vrai, de la plus haute importance. C'est la raison pour laquelle le terme &#171; marxisme &#187; est souvent utilis&#233; pour d&#233;signer uniquement ces deux aspects de la vision du monde mat&#233;rialiste actuelle, non seulement parmi le &#171; grand public &#187;, qui n'a pas encore atteint une compr&#233;hension profonde des th&#233;ories philosophiques, mais m&#234;me parmi des gens, en Russie et dans le monde civilis&#233; tout entier, qui se consid&#232;rent comme des fid&#232;les disciples de Marx et Engels. Dans de tels cas, ces deux aspects sont consid&#233;r&#233;s comme ind&#233;pendants du &#171; mat&#233;rialisme philosophique &#187; et parfois presque oppos&#233;s &#224; celui-ci. [2] Et comme ces deux aspects ne peuvent que rester en suspens lorsqu'ils sont tiraill&#233;s hors du contexte g&#233;n&#233;ral des vues apparent&#233;es constituant leur fondement th&#233;orique, ceux qui effectuent cette op&#233;ration de d&#233;molition &#233;prouvent naturellement le besoin de &#171; corroborer le marxisme &#187; en s'y joignant - de mani&#232;re tout &#224; fait arbitraire et le plus souvent sous l'influence d'influences philosophiques pr&#233;valant &#224; l'&#233;poque parmi les id&#233;ologues de la bourgeoisie - avec un philosophe ou un autre : avec Kant, Mach, Avenarius ou Ostwald, et r&#233;cemment avec Joseph Dietzgen. [3] Certes, les vues philosophiques de J. Dietzgen sont n&#233;es ind&#233;pendamment des influences bourgeoises et sont dans une large mesure li&#233;es aux vues philosophiques de Marx et Engels. Ces derni&#232;res conceptions, cependant, poss&#232;dent un contenu incomparablement plus coh&#233;rent et riche, et pour cette seule raison, elles ne peuvent &#234;tre compl&#233;t&#233;es par les enseignements de Dietzgen, mais seulement peut l'&#234;tre leur vulgarisation. Aucune tentative n'a encore &#233;t&#233; faite pour &#034;compl&#233;ter Marx&#034; avec Thomas d'Aquin. Il est toutefois tout &#224; fait possible que, malgr&#233; la r&#233;cente encyclique du pape contre les modernistes, le monde catholique produise &#224; un moment donn&#233; parmi lui un penseur capable de r&#233;aliser cet exploit dans le domaine de la th&#233;orie. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives visant &#224; montrer que le marxisme doit &#234;tre &#034;compl&#233;t&#233;&#034; par un philosophe ou un autre sont g&#233;n&#233;ralement fond&#233;es sur le fait que Marx et Engels n'ont nulle part expos&#233; leurs vues philosophiques. Ce raisonnement n'est cependant gu&#232;re convaincant, mis &#224; part le fait que m&#234;me si ces vues n'&#233;taient en r&#233;alit&#233; &#233;nonc&#233;es nulle part, cela ne pouvait fournir aucune raison logique de les remplacer par les vues de penseurs choisis au hasard qui, pour l'essentiel, d&#233;fendent un point de vue totalement diff&#233;rent. Il convient de rappeler que nous disposons de suffisamment de documents litt&#233;raires pour nous faire une id&#233;e exacte des conceptions philosophiques de Marx et Engels. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur forme finale, ces vues &#233;taient assez bien expos&#233;es, bien que sous une forme pol&#233;mique, dans la premi&#232;re partie du livre de Engels, &#171; M. Eugen D&#252;hring r&#233;volutionne la science &#187; (dont il existe plusieurs traductions en russe). Ensuite, il y a un magnifique livret du m&#234;me auteur, &#171; Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande &#187; (que j'ai traduit en russe et muni d'une pr&#233;face et de notes explicatives ; il a &#233;t&#233; publi&#233; par M. Lvovich), dans lequel les vues constituant les fondements philosophiques du marxisme sont expos&#233;s sous une forme positive. [6] Engels, dans sa pr&#233;face &#224; la traduction anglaise de la brochure &#034; D&#233;veloppement du socialisme scientifique&#034;, exposa bri&#232;vement, mais de mani&#232;re vivante, les m&#234;mes vues concernant l'agnosticisme (traduit en allemand et publi&#233; sous le titre de &#171; Sur le mat&#233;rialisme historique &#187; dans &#171; Neue Zeit &#187;, nos 1 et 2, 1892-93). Quant &#224; Marx, je mentionnerai comme important pour la compr&#233;hension de l' aspect philosophique de ses enseignements, en premier lieu, la caract&#233;risation de la dialectique mat&#233;rialiste - distincte de la dialectique id&#233;aliste de Hegel - donn&#233;e dans l'apr&#232;s-texte de la deuxi&#232;me &#233;dition allemande du volume 1 du &#171; Capital &#187; et, deuxi&#232;mement, les nombreuses remarques faites en passant dans le m&#234;me volume. Certaines pages de &#171; La Mis&#232;re de la philosophie &#187; (traduites en russe) sont &#233;galement significatives &#224; certains &#233;gards. Enfin, le processus de d&#233;veloppement des vues philosophiques de Marx et Engels est r&#233;v&#233;l&#233; avec suffisamment de clart&#233; dans leurs premiers &#233;crits, republi&#233;s par F Mehring sous le titre de &#171; Ecrits litt&#233;raires de Karl Marx &#187;, etc. (Stuttgart, 1902).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa th&#232;se intitul&#233;e &#171; Diff&#233;rences d&#233;mographiques et naturelles &#187;, ainsi que dans plusieurs articles republi&#233;s par Mehring dans le premier volume de la publication que nous venons de mentionner, le jeune Marx appara&#238;t devant nous comme un id&#233;aliste pur-sang de l'&#233;cole h&#233;g&#233;lienne. Cependant, dans les articles qui ont maintenant &#233;t&#233; inclus dans le m&#234;me volume et parus pour la premi&#232;re fois dans les &#171; Annales franco-allemandes &#187;, [7] Marx - comme Engels, qui a &#233;galement collabor&#233; aux &#171; Annales &#187; - &#233;tait un fervent adepte de &#171; l' humanisme &#187; de Feuerbach. [8] &#171; La Sainte famille ou Critique de la Critique &#187;, paru en 1845 et r&#233;&#233;dit&#233; dans le volume 2 de la publication Mehring, nous montre nos deux auteurs, &#224; savoir Marx et Engels, qui ont franchi plusieurs &#233;tapes importantes du d&#233;veloppement de la philosophie de Feuerbach. La direction qu'ils ont donn&#233;e &#224; cette &#233;laboration peut &#234;tre vue dans les &#171; onze th&#232;ses sur Feuerbach r&#233;dig&#233;es par Marx au printemps 1845 et publi&#233;es par Engels en annexe du pamphlet susmentionn&#233;, Ludwig Feuerbach &#187;. En bref, le mat&#233;riel ne manque pas ici ; la seule chose qui est n&#233;cessaire est la capacit&#233; de s'en servir, c'est-&#224;-dire la n&#233;cessit&#233; d'avoir une formation ad&#233;quate pour la comprendre. Les lecteurs actuels, cependant, ne poss&#232;dent pas la formation n&#233;cessaire &#224; cette compr&#233;hension et ne savent par cons&#233;quent pas s'en servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce ainsi ? Pour une vari&#233;t&#233; de raisons. L'une des principales raisons est qu'aujourd'hui, la connaissance de la philosophie h&#233;g&#233;lienne est limit&#233;e, sans laquelle il est difficile d'apprendre la m&#233;thode de Marx et, deuxi&#232;mement, il y a peu de connaissances sur l'histoire du mat&#233;rialisme, absence qui ne permet pas aux lecteurs actuels de se faire une id&#233;e pr&#233;cise de la doctrine de Feuerbach, qui fut le pr&#233;curseur imm&#233;diat de Marx dans le domaine de la philosophie, et qui a consid&#233;rablement jet&#233; les bases philosophiques de ce que l'on peut appeler la vision du monde de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, l'humanisme de Feuerbach est g&#233;n&#233;ralement d&#233;crit comme quelque chose de tr&#232;s vague et ind&#233;fini. F.A. Lange, qui a tant fait pour r&#233;pandre aupr&#232;s du &#034;grand public&#034; et du monde savant, une vision absolument fausse de l'essence du mat&#233;rialisme et de son histoire, a refus&#233; de reconna&#238;tre &#034;l'humanisme&#034; de Feuerbach en tant qu'enseignement mat&#233;rialiste. L'exemple de F.A. Lange est suivi, &#224; cet &#233;gard, par presque tous ceux qui ont &#233;crit sur Feuerbach en Russie et dans d'autres pays. P.A. Berlin aussi semble avoir &#233;t&#233; affect&#233; par cette influence, puisqu'il d&#233;crit l'humanisme de Feuerbach comme une sorte de mat&#233;rialisme qui n'est pas tout &#224; fait &#171; pur &#187;. [9] Je dois avouer que je ne sais pas avec certitude comment cette question est consid&#233;r&#233;e par Franz Mehring, dont la connaissance de la philosophie est la meilleure et probablement unique parmi les sociaux-d&#233;mocrates allemands. Mais il m'est parfaitement clair que c'est le mat&#233;rialiste que Marx et Engels ont vu &#224; Feuerbach. Certes, Engels parle de l'incoh&#233;rence de Feuerbach, mais cela ne l'emp&#234;che nullement de reconna&#238;tre les propositions fondamentales de sa philosophie comme purement mat&#233;rialistes. [10] Mais alors, ces propositions ne sauraient &#234;tre interpr&#233;t&#233;es autrement par quiconque ayant pris la peine de les &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis bien conscient qu'en disant tout cela, je risque de surprendre un grand nombre de mes lecteurs. Je n'ai pas peur de le faire ; l'ancien penseur avait raison de dire que l'&#233;tonnement est la m&#232;re de la philosophie. Pour que le lecteur ne reste pas saisi, pour ainsi dire d'&#233;tonnement, je lui recommanderai tout d'abord de se demander ce que voulait dire Feuerbach lorsque, tout en donnant un aper&#231;u concis mais vivant de son curriculum vitae philosophique, il &#233;crivait : &#171; Dieu. C'&#233;tait ma premi&#232;re pens&#233;e, la raison la seconde et l'homme la troisi&#232;me et derni&#232;re pens&#233;e. &#187; Je soutiens qu'il a r&#233;pondu de mani&#232;re concluante &#224; cette question dans les paroles significatives suivantes de Feuerbach lui-m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la controverse entre mat&#233;rialisme et spiritualisme ... le cr&#226;ne humain est en discussion ... une fois que nous aurons appris de quelle mati&#232;re est constitu&#233; le cerveau, nous arriverons bient&#244;t &#224; une vision claire de toutes les autres questions, de la mati&#232;re en g&#233;n&#233;ral. &#187; [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, il dit que son &#034; anthropologie &#034;, c'est-&#224;-dire son &#034;humanisme&#034;, signifie simplement que l'homme prend pour Dieu ce qui est sa propre essence, son propre esprit. [12] Il ajoute que Descartes n'a pas renonc&#233; &#224; ce point de vue &#034;anthropologique&#034;. [13] Comment est-ce que tout cela doit &#234;tre compris ? Cela signifie que Feuerbach a fait de &#171; l'homme &#187; le point de d&#233;part de son raisonnement philosophique uniquement parce que c'est &#224; partir de ce point de d&#233;part qu'il esp&#233;rait atteindre plus t&#244;t son objectif - faire &#233;merger une vision correcte de la mati&#232;re en g&#233;n&#233;ral et de ses relations avec l' &#171; esprit &#187;. Par cons&#233;quent, nous avons ici un dispositif m&#233;thodologique dont la valeur &#233;tait conditionn&#233;e par des circonstances de temps et d'espace, c'est-&#224;-dire par les habitudes de pens&#233;e des savants allemands instruits ou simplement &#233;duqu&#233;s de l'&#233;poque [14], et non par une conception sp&#233;cifique des perspectives du monde. [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation ci-dessus de Feuerbach concernant la &#034;t&#234;te humaine&#034; montre que, lorsqu'il a &#233;crit ces mots, le probl&#232;me de &#034;la mati&#232;re dont le cerveau est constitu&#233;&#034; a &#233;t&#233; r&#233;solu par lui dans un sens &#034;purement&#034; mat&#233;rialiste. Cette solution a &#233;galement &#233;t&#233; accept&#233;e par Marx et Engels. Cela a fourni la base de leur propre philosophie, comme en t&#233;moignent les travaux d'Engels, si souvent cit&#233;s ici &#8211; &#171; Ludwig Feuerbach &#187; et &#171; Anti-D&#252;hring &#187;. C'est pourquoi nous devons &#233;tudier de plus pr&#232;s cette solution. Ce faisant, nous &#233;tudierons en m&#234;me temps l'aspect philosophique du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article intitul&#233; &#171; Th&#232;ses pr&#233;liminaires sur la r&#233;forme de la philosophie &#187; paru en 1842 et qui, &#224; en juger par les faits, avait eu une forte influence sur Marx, Feuerbach affirmait que &#171; le v&#233;ritable rapport entre la pens&#233;e et l'&#234;tre est : l'&#234;tre est le sujet ; penser, le pr&#233;dicat. La pens&#233;e est conditionn&#233;e par l'&#234;tre et non par la pens&#233;e. L'&#234;tre est conditionn&#233; par lui-m&#234;me&#8230; et a son fondement en soi. &#187; [16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue sur le rapport de l'&#234;tre &#224; la pens&#233;e, sur lequel Marx et Engels ont bas&#233; le fondement de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire, est l'un des r&#233;sultats les plus importants de la critique de l'id&#233;alisme de Hegel d&#233;j&#224; achev&#233;e dans ses principaux traits par Feuerbach, critique dont les conclusions peuvent &#234;tre &#233;nonc&#233;es en quelques mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach consid&#233;rait que la philosophie de Hegel avait lev&#233; la contradiction entre &#234;tre et penser, contradiction particuli&#232;rement exprim&#233;e avec relief chez Kant. Cependant, comme le pensait Feuerbach, il a supprim&#233; cette contradiction tout en restant dans celle-ci, c'est-&#224;- dire dans l'un de ses &#233;l&#233;ments, &#224; savoir la pens&#233;e. Avec Hegel, penser, c'est &#234;tre : &#171; Penser est le sujet ; &#234;tre est le pr&#233;dicat. [17] Il s'ensuit que Hegel et l'id&#233;alisme en g&#233;n&#233;ral n'ont &#233;limin&#233; la contradiction qu'en supprimant l'un de ses &#233;l&#233;ments constitutifs, &#224; savoir l'&#234;tre, la mati&#232;re, la nature. Cependant, supprimer l'un des &#233;l&#233;ments constitutifs d'une contradiction ne signifie nullement la supprimer. &#171; La doctrine de Hegel selon laquelle la r&#233;alit&#233; est &#034; postul&#233;e &#034; par l'Id&#233;e est simplement une traduction en termes rationalistes de la doctrine th&#233;ologique selon laquelle la Nature a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par Dieu - et la r&#233;alit&#233;, la mati&#232;re, par un &#234;tre abstrait, non mat&#233;riel.&#034; [18] Cela ne s'applique pas uniquement &#224; l'id&#233;alisme absolu de Hegel. L'id&#233;alisme transcendantal de Kant, selon lequel le monde ext&#233;rieur re&#231;oit ses lois de la Raison au lieu de les recevoir du monde ext&#233;rieur, est tr&#232;s proche du concept th&#233;ologique selon lequel les lois du monde lui ont &#233;t&#233; dict&#233;es par la Raison divine. [19] L'id&#233;alisme n'&#233;tablit pas l'unit&#233; de l'&#234;tre et de la pens&#233;e, il ne le peut pas non plus ; il d&#233;chire cette unit&#233;. Le point de d&#233;part de la philosophie id&#233;aliste - le &#034; je &#034; en tant que principe philosophique fondamental - est totalement erron&#233;. Ce n'est pas le &#171; je &#187; qui doit &#234;tre le point de d&#233;part de la philosophie authentique, mais le &#171; moi &#187; et le &#171; vous &#187;. C'est un tel point de d&#233;part qui permet de bien comprendre le rapport entre penser et &#234;tre, entre le sujet et l'objet. Je suis moi pour moi et en m&#234;me temps je suis toi pour les autres. Le &#171; je &#187; est le sujet et en m&#234;me temps l'objet. Il faut en m&#234;me temps noter que je ne suis pas le personnage abstrait avec lequel fonctionne la philosophie id&#233;aliste. Je suis un &#234;tre r&#233;el ; mon corps appartient &#224; mon essence ; de plus, mon corps, dans son ensemble, est mon moi, mon essence v&#233;ritable. Ce n'est pas un &#234;tre abstrait qui pense, mais cet &#234;tre r&#233;el, ce corps. Ainsi, contrairement &#224; ce qu'affirment les id&#233;alistes, un &#234;tre r&#233;el et mat&#233;riel s'av&#232;re &#234;tre le sujet et la pens&#233;e - le pr&#233;dicat. C'est l&#224; que r&#233;side la seule solution possible de la contradiction entre &#234;tre et penser, contradiction que l'id&#233;alisme cherchait si vainement &#224; r&#233;soudre. Aucun des &#233;l&#233;ments de la contradiction n'est supprim&#233;, les deux sont pr&#233;serv&#233;s, r&#233;v&#233;lant leur unit&#233; r&#233;elle. &#171; Ce qui pour moi, ou subjectivement, est un acte purement spirituel, immat&#233;riel et non sensuel, est en soi un acte objectif, mat&#233;riel et sensuel &#187;. [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez que, en disant cela, Feuerbach est proche de Spinoza, dont il avait d&#233;j&#224; expos&#233; la philosophie avec beaucoup de sympathie au moment o&#249; sa propre rupture avec l'id&#233;alisme prenait forme, c'est-&#224;-dire quand il &#233;crivait son histoire de la philosophie moderne. [21] En 1843, il fit la subtile observation, dans son &#171; Principes de la Philosophie de l'avenir &#187;, que le panth&#233;isme &#233;tait un mat&#233;rialisme th&#233;ologique, une n&#233;gation de la th&#233;ologie mais encore du point de vue th&#233;ologique. Cette confusion entre mat&#233;rialisme et th&#233;ologie constitue la contradiction de Spinoza, qui ne l'emp&#234;che toutefois pas de fournir une &#034;expression philosophique correcte - du moins pour son temps - pour le courant mat&#233;rialiste des temps modernes&#034;. C'est pourquoi Feuerbach a appel&#233; Spinoza &#171; le Mo&#239;se des libres penseurs et des mat&#233;rialistes modernes &#187;. [22] En 1847, Feuerbach demanda : &#171; Qu'est-ce donc, sous un examen attentif, ce que Spinoza appelle &#171; Substance &#187;, en termes de logique ou de m&#233;taphysique, et Dieu en termes de th&#233;ologie ? &#187; A cette question, il r&#233;pondit cat&#233;goriquement : &#171; Rien d'autre que la Nature. &#187; Il a vu la principale lacune du spinozisme dans le fait que &#171; l'essence intrins&#232;que sensible et anti-th&#233;ologique de la Nature rev&#234;t l'aspect d'un &#234;tre abstrait, m&#233;taphysique &#187;. Spinoza a &#233;limin&#233; le dualisme de Dieu et de la Nature, puisqu'il a d&#233;clar&#233; que les actes de la Nature &#233;taient ceux de Dieu. Cependant, c'est justement parce qu'il consid&#233;rait les actes de la Nature comme &#233;tant ceux de Dieu, que celui-ci restait, avec Spinoza, un &#234;tre distinct de la Nature, mais en constituant le fondement. Il consid&#233;rait Dieu comme le sujet et la nature comme le pr&#233;dicat. Une philosophie compl&#232;tement lib&#233;r&#233;e des traditions th&#233;ologiques doit rem&#233;dier &#224; cette importante lacune de la philosophie de Spinoza, qui est par essence solide. &#171; Loin de moi cette contradiction ! &#187;, s'exclama Feuerbach. &#171; Ce n'est pas Dieu qui ressemble &#224; Nature, mais ou Dieu ou Nature est le mot d'ordre de la v&#233;rit&#233;. &#187; [23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#171; l'humanisme &#187; de Feuerbach ne s'est r&#233;v&#233;l&#233; que le spinozisme d&#233;barrass&#233; de son pendant th&#233;ologique. Et c'&#233;tait le point de vue de ce type de spinozisme, que Feuerbach avait lib&#233;r&#233; de son pendant th&#233;ologique, que Marx et Engels avaient adopt&#233; quand ils avaient rompu avec l'id&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#233;sencombrer le spinozisme de son appendice th&#233;ologique signifiait r&#233;v&#233;ler son contenu v&#233;ritable et mat&#233;rialiste. En cons&#233;quence, le spinozisme de Marx et Engels &#233;tait bien un mat&#233;rialisme actualis&#233;. [24]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. La pens&#233;e n'est pas la cause de l'&#234;tre, mais son effet, ou plut&#244;t sa propri&#233;t&#233;. Feuerbach dit : &#171; Les propri&#233;t&#233;s caract&#233;ristiques et leurs cons&#233;quences. &#187; Je ressens et je pense, non pas en tant que sujet oppos&#233; &#224; un objet, mais en tant que sujet-objet, en tant qu'&#234;tre r&#233;el et mat&#233;riel. &#171; Pour nous, l'objet n'est pas simplement la chose ressentie, mais aussi la base, la condition indispensable de ma sensation. &#187; Le monde objectif n'est pas seulement sans moi, mais aussi en moi, dans ma propre peau. [25] L'homme n'est qu'une partie de la nature, une partie de l'&#234;tre ; il n'y a donc aucune place pour aucune contradiction entre sa pens&#233;e et son &#234;tre. L'espace et le temps n'existent pas seulement en tant que formes de pens&#233;e. Ce sont aussi des formes d'&#234;tre, des formes de ma contemplation. Ils sont tels, uniquement parce que je suis moi-m&#234;me une cr&#233;ature qui vit dans le temps et dans l'espace, et parce que je sens et me sens comme une telle cr&#233;ature mat&#233;rielle. En g&#233;n&#233;ral, les lois de l'&#234;tre sont en m&#234;me temps des lois de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a dit Feuerbach. [26] Et Engels a dit la m&#234;me chose, bien que dans une formulation diff&#233;rente, dans sa pol&#233;mique avec D&#252;hring. [27] Cela montre d&#233;j&#224; &#224; quel point une partie importante de la philosophie de Feuerbach est devenue partie int&#233;grante de la philosophie de Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Marx commen&#231;ait &#224; &#233;laborer son explication mat&#233;rialiste de l'histoire en critiquant la philosophie du droit de Hegel, il ne pourrait le faire que parce que Feuerbach avait achev&#233; sa critique de la philosophie sp&#233;culative de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me lorsqu'il critique Feuerbach dans ses th&#232;ses, Marx d&#233;veloppe et compl&#232;te souvent les id&#233;es de celui-ci. Voici un exemple de la sph&#232;re de &#171; l'&#233;pist&#233;mologie &#187;. Avant de penser &#224; un objet, l'homme, selon Feuerbach, fait l'exp&#233;rience de son action sur lui-m&#234;me, le contemple et le ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait cette pens&#233;e que Marx avait en t&#234;te lorsqu'il &#233;crivit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le principal d&#233;faut de tout mat&#233;rialisme ant&#233;rieur (y compris celui de Feuerbach) est que [Gegenstand], la r&#233;alit&#233;, la sensualit&#233; ne sont con&#231;ues que sous la forme de l' objet, ou de la contemplation, mais pas comme une activit&#233; humaine sensuelle , pratique , pas subjectivement. &#187; [28]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lacune dans le mat&#233;rialisme, poursuit Marx, explique le fait que, dans son &#171; Essence of Christianisme &#187;, Feuerbach consid&#232;re l'activit&#233; th&#233;orique comme la seule activit&#233; humaine r&#233;elle. En d'autres termes, cela signifie que, selon Feuerbach, notre connaissance de l'objet est connue par son action. [29] Cependant, objecte Marx en disant : notre &#171; je &#187; connais l'objet, tout en agissant sur cet objet. La pens&#233;e de Marx est parfaitement correcte : comme le disait d&#233;j&#224; Faust, &#171; Au commencement &#233;tait le Verbe. &#187; Pour d&#233;fendre Feuerbach, on peut &#233;videmment objecter que, dans le processus d'agir sur des objets, nous ne connaissons leurs propri&#233;t&#233;s que dans la mesure o&#249; ils agissent pour nous, de leur c&#244;t&#233;. Dans les deux cas, la sensation pr&#233;c&#232;de la pens&#233;e ; dans les deux cas, nous percevons d'abord leurs propri&#233;t&#233;s et ensuite seulement nous y pensons. Mais c'est quelque chose que Marx n'a pas ni&#233;. Pour lui, l'essentiel du probl&#232;me n'&#233;tait pas le fait incontestable que la sensation pr&#233;c&#232;de la pens&#233;e, mais le fait que l'homme est amen&#233; &#224; penser principalement par les sensations qu'il &#233;prouve au cours de son action sur le monde ext&#233;rieur. Puisque cette action sur le monde ext&#233;rieur est prescrite &#224; l'homme par la lutte pour l'existence, la th&#233;orie de la connaissance est &#233;troitement li&#233;e par Marx &#224; sa vision mat&#233;rialiste de l'histoire de la civilisation humaine. Ce n'est pas pour rien que le penseur qui dirigeait contre Feuerbach la th&#232;se dont nous discutons ici &#233;crivait dans le volume 1 de son ouvrage &#171; Le Capital &#187; : &#171; En agissant ainsi sur le monde ext&#233;rieur et en le modifiant, il change en m&#234;me temps sa propre nature. &#187; [30] Cette proposition ne r&#233;v&#232;le pleinement son sens profond qu'&#224; la lumi&#232;re de la th&#233;orie de la connaissance de Marx. Nous verrons dans quelle mesure cette th&#233;orie est confirm&#233;e par l'histoire du d&#233;veloppement culturel et, accessoirement, m&#234;me par la science du langage. Il faut cependant admettre que l'&#233;pist&#233;mologie de Marx d&#233;coule directement de celle de Feuerbach ou, si vous pr&#233;f&#233;rez, de l'&#233;pist&#233;mologie de Feuerbach &#224; proprement parler, rendue plus profonde encore par la correction magistrale apport&#233;e par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai, en passant, que cette correction magistrale a &#233;t&#233; provoqu&#233;e par &#171; l'esprit du temps &#187;. L'effort pour examiner l'interaction entre objet et sujet pr&#233;cis&#233;ment du point de vue o&#249; le sujet appara&#238;t dans un r&#244;le actif, d&#233;riv&#233; de l'opinion publique de la p&#233;riode dans laquelle la vision du monde de Marx et Engels &#233;tait en train de se former. [31] La r&#233;volution de 1848 &#233;tait imminente ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine de l'unit&#233; du sujet et de l'objet, de la pens&#233;e et de l'&#234;tre, partag&#233;e &#224; parts &#233;gales par Feuerbach, ainsi que par Marx et Engels, &#233;tait &#233;galement d&#233;fendue par les mat&#233;rialistes les plus remarquables des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs [32] j'ai montr&#233; que La Mettrie et Diderot - chacun &#224; sa mani&#232;re - en sont arriv&#233;s &#224; une vision du monde qui &#233;tait une &#034;marque de spinozisme&#034;, c'est-&#224;-dire un spinozisme sans appendice th&#233;ologique qui en d&#233;formait le contenu v&#233;ritable. Il serait &#233;galement facile de montrer que, dans la mesure o&#249; nous parlons de l'unit&#233; du sujet et de l'objet, Hobbes &#233;tait lui aussi tr&#232;s proche de Spinoza. Cela nous m&#232;nerait cependant trop loin et, de plus, il n'est pas n&#233;cessaire de le faire imm&#233;diatement. Le lecteur est sans doute davantage int&#233;ress&#233; par le fait qu'aujourd'hui, tout naturaliste qui a approfondi un peu le probl&#232;me du rapport pens&#233;e-&#234;tre arrive &#224; la doctrine de son unit&#233; que nous avons rencontr&#233;e &#224; Feuerbach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Huxley &#233;crivit les mots suivants : &#171; Nul doute que personne qui soit au courant des faits de la cause ne doute aujourd'hui que la psychologie tire ses racines de la physiologie du syst&#232;me nerveux &#187;, et a poursuivi en affirmant que les op&#233;rations de l'esprit &#171; sont des fonctions du cerveau &#187; [33], il exprimait exactement ce que Feuerbach avait dit. Ce n'est que par ces mots qu'il reliait des concepts beaucoup moins clairs. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que les concepts li&#233;s &#224; ces mots &#233;taient beaucoup moins clairs qu'avec Feuerbach qu'il a tent&#233; de relier la vue qui vient d'&#234;tre cit&#233;e au scepticisme philosophique de Hume. [34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, le &#171; monisme &#187; de Haeckel [35], qui a suscit&#233; un tel &#233;moi, n'est autre chose qu'une doctrine purement mat&#233;rialiste - par essence proche de celle de Feuerbach - de l'unit&#233; du sujet et de l'objet. Haeckel, cependant, conna&#238;t mal l'histoire du mat&#233;rialisme, raison pour laquelle il consid&#232;re n&#233;cessaire de lutter contre son caract&#232;re &#034;unilat&#233;ral&#034; ; il aurait d&#251; prendre la peine d'&#233;tudier sa th&#233;orie de la connaissance sous la forme qu'il avait prise avec Feuerbach et Marx, ce qui l'aurait pr&#233;serv&#233; des nombreuses lacunes et pr&#233;somptions unilat&#233;rales qui ont facilit&#233; la t&#226;che de ses adversaires lutter contre lui pour des raisons philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;August Forel a abord&#233; de tr&#232;s pr&#232;s le mat&#233;rialisme le plus moderne - celui de Feuerbach, Marx et Engels - dans plusieurs de ses &#233;crits, par exemple dans l'&#233;tude &#171; Cerveau et &#226;me &#187;, qu'il a lue au soixante-sixi&#232;me congr&#232;s de l'Allemagne des naturalistes et m&#233;decins tenu &#224; Vienne (26 septembre 1894). [36] Par endroits, Forel non seulement exprime des id&#233;es qui ressemblent &#224; celles de Feuerbach mais - et cela est &#233;tonnant - dirige ses arguments de la m&#234;me mani&#232;re que Feuerbach a fait les siens. Selon Forel, chaque nouvelle journ&#233;e apporte des preuves convaincantes que la psychologie et la physiologie du cerveau ne sont que deux fa&#231;ons de voir &#171; une seule et m&#234;me chose &#187;. Le lecteur n'aura pas oubli&#233; le point de vue identique de Feuerbach, que j'ai cit&#233; plus haut et qui concerne le m&#234;me probl&#232;me. Ce point de vue peut &#234;tre compl&#233;t&#233; ici par la d&#233;claration suivante : &#171; Je suis l'objet psychologique pour moi-m&#234;me &#187;, dit Feuerbach, &#171; mais un objet physiologique pour les autres &#187;. [37] En derni&#232;re analyse, l'id&#233;e principale de Forel se r&#233;sume &#224; la proposition selon laquelle la conscience est le &#171; r&#233;flexe interne de l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale &#187;. [38] Ce point de vue est d&#233;j&#224; mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'opposant aux mat&#233;rialistes, les id&#233;alistes et les kantiens de toutes sortes et de toutes vari&#233;t&#233;s pr&#233;tendent que ce que nous appr&#233;hendons n'est que l'aspect mental des ph&#233;nom&#232;nes trait&#233;s par Forel et Feuerbach. Cette objection a &#233;t&#233; formul&#233;e de mani&#232;re excellente par Schelling, qui a d&#233;clar&#233; que &#171; l'Esprit sera toujours une &#238;le &#224; laquelle on ne peut pas acc&#233;der depuis la sph&#232;re de la mati&#232;re, autrement que par un bond &#187;. Forel en est bien conscient, mais il fournit une preuve convaincante que la science serait une impossibilit&#233; si nous d&#233;cidions s&#233;rieusement de ne pas quitter les limites de cette &#238;le. &#171; Tout homme, dit-il, n'aurait que la psychologie de son propre subjectivisme... et serait oblig&#233; de mettre en doute l'existence du monde ext&#233;rieur et des autres personnes &#187;. [39] Un tel doute est cependant absurde. [40]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les conclusions tir&#233;es par analogie, l'induction naturelle et scientifique, la comparaison des preuves fournies par nos cinq sens, nous prouvent l'existence du monde ext&#233;rieur, des autres personnes et de la psychologie de ces derniers. De m&#234;me, ils nous prouvent que la psychologie compar&#233;e, la psychologie animale et, enfin, notre propre psychologie seraient incompr&#233;hensibles et pleines de contradictions si nous la consid&#233;rions comme distincte des activit&#233;s de notre cerveau ; En premier lieu, cela semblerait &#234;tre une contradiction de la loi de la conservation de l'&#233;nergie. &#187; [41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach ne r&#233;v&#232;le pas seulement les contradictions in&#233;vitables pour ceux qui rejettent le point de vue mat&#233;rialiste, il montre &#233;galement comment les id&#233;alistes atteignent leur &#171; &#238;le &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis &#171; moi &#187; pour moi-m&#234;me [il dit], et &#171; vous &#187; pour un autre. Mais je ne suis un &#171; moi &#187; que comme un &#234;tre sensible (c'est-&#224;-dire mat&#233;riel &#8211; G.Plekhanov). L'intellect abstrait isole cet &#234;tre pour soi en tant que substance, atome, ego, Dieu ; c'est pourquoi le lien entre l'&#234;tre pour soi et l'&#234;tre pour un autre est arbitraire. Ce que je consid&#232;re comme extra-sensuel, je le consid&#232;re comme sans et en dehors de tout lien. &#187; [42]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette consid&#233;ration tr&#232;s importante s'accompagne d'une analyse de ce processus d'abstraction qui a conduit &#224; l'apparition de la logique h&#233;g&#233;lienne en tant que doctrine ontologique. [43]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Feuerbach avait poss&#233;d&#233; les informations fournies par l'ethnologie contemporaine, il aurait pu ajouter que l'id&#233;alisme philosophique descendait, au sens historique, de l'animisme des peuples primitifs. Edward Tylor l'a d&#233;j&#224; soulign&#233; [44], et certains historiens de la philosophie commencent &#224; en tenir compte, en partie, bien que, pour le moment, il s'agisse davantage d'une curiosit&#233; que de l'histoire de la culture et signification th&#233;orique et cognitive. [45]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es et les arguments de Feuerbach &#233;taient non seulement bien connus de Marx et Engels et avaient &#233;t&#233; soigneusement &#233;tudi&#233;s par eux, mais ils ont &#233;galement indubitablement et consid&#233;rablement contribu&#233; &#224; l'&#233;volution de leur vision du monde. Si plus tard, Engels eut le plus grand m&#233;pris pour la philosophie allemande post-Feuerbachienne, c'est parce que cette philosophie, selon lui, ne faisait que ressusciter les anciennes erreurs philosophiques d&#233;j&#224; r&#233;v&#233;l&#233;es par Feuerbach. C'&#233;tait bien le cas. Aucun des derniers critiques du mat&#233;rialisme n'a avanc&#233; un seul argument qui n'a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233; ni par Feuerbach lui-m&#234;me ni, avant lui, par les mat&#233;rialistes fran&#231;ais [46], mais par les &#034;critiques de Marx&#034; - &#224; E Bernstein, C Schmidt. Croce, etc. - &#171; le bouillon du pauvre de l'&#233;clectisme &#187; [47] de la soi-disant philosophie allemande la plus moderne, semble &#234;tre un plat parfaitement nouveau ; ils en ont mang&#233; et, voyant que Engels ne jugeait pas bon de s'y attaquer, ils s'imaginaient qu'il &#171; &#233;chappait &#187; &#224; toute analyse d'une argumentation qu'il avait depuis longtemps consid&#233;r&#233;e et jug&#233;e absolument sans valeur. C'est une vieille histoire, mais toujours nouvelle. Les rats ne cesseront jamais de penser que le chat est beaucoup plus fort que le lion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reconnaissant la similitude frappante - et, en partie, l'identit&#233; &#233;galement - dans les vues de Feuerbach et d'A Forel, nous noterons cependant que, bien que ce dernier soit beaucoup mieux inform&#233; en sciences naturelles, Feuerbach avait l'avantage d'une connaissance approfondie de la philosophie. C'est pourquoi Forel commet des erreurs que nous ne retrouvons pas &#224; Feuerbach. Forel appelle sa th&#233;orie la th&#233;orie psychophysiologique de l'identit&#233;. [48] &#192; cela, aucune objection d'importance quelconque ne peut &#234;tre soulev&#233;e, car toute la terminologie est conventionnelle. Cependant, depuis que la th&#233;orie de l'identit&#233; a jet&#233; les bases d'une philosophie id&#233;aliste absolument d&#233;finie, Forel aurait bien fait de d&#233;clarer sa th&#233;orie de mani&#232;re directe, hardie et simple, comme &#233;tant mat&#233;rialiste. Il semble avoir pr&#233;serv&#233; certains pr&#233;jug&#233;s contre le mat&#233;rialisme et a donc choisi un autre nom. C'est pourquoi je pense qu'il est n&#233;cessaire de noter que l'identit&#233; au sens for&#233;lien n'a rien de commun avec l'identit&#233; au sens id&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; critiques de Marx &#187; ne le savent m&#234;me pas. Dans sa pol&#233;mique avec moi, C. Schmidt a attribu&#233; aux mat&#233;rialistes pr&#233;cis&#233;ment la doctrine id&#233;aliste de l'identit&#233;. En r&#233;alit&#233;, le mat&#233;rialisme reconna&#238;t l'unit&#233; du sujet et de l'objet et non leur identit&#233;. Cela a &#233;t&#233; bien d&#233;montr&#233; par le m&#234;me Feuerbach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Feuerbach, l'unit&#233; de sujet et d'objet, de pens&#233;e et d'&#234;tre n'a de sens que lorsque l'homme est pris pour base de cette unit&#233;. Cela a une sonorit&#233; &#034;humaniste&#034; particuli&#232;re, et la plupart des &#233;tudiants de Feuerbach n'ont pas jug&#233; n&#233;cessaire de r&#233;fl&#233;chir davantage &#224; la fa&#231;on dont l'homme est &#224; la base de l'unit&#233; des contraires que nous venons de mentionner. En r&#233;alit&#233;, c'est ainsi que Feuerbach comprit le probl&#232;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est seulement lorsque la pens&#233;e n'est pas un sujet en soi, mais le pr&#233;dicat d'un &#234;tre r&#233;el (c'est-&#224;-dire mat&#233;riel), que la pens&#233;e n'est pas quelque chose de s&#233;par&#233; de l'&#234;tre. &#187; [49]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose maintenant est la suivante : o&#249;, dans quels syst&#232;mes philosophiques, penser est-il un &#171; sujet pour lui-m&#234;me &#187;, c'est-&#224;-dire ind&#233;pendant de l'existence physique d'un individu pensant ? La r&#233;ponse est claire : dans des syst&#232;mes id&#233;alistes. Les id&#233;alistes convertissent d'abord la pens&#233;e en une essence autonome, ind&#233;pendante de l'homme (&#171; le sujet pour lui-m&#234;me &#187;), puis affirment que c'est dans cette essence que la contradiction entre &#234;tre et pens&#233;e est r&#233;solue, pour la simple raison que &#234;tre ind&#233;pendant est une propri&#233;t&#233; de cette essence ind&#233;pendante de la mati&#232;re. [50] En effet, la contradiction est r&#233;solue dans cette essence. Dans ce cas, quelle est cette essence ? C'est &#171; penser &#187;, et cette pens&#233;e existe - est - ind&#233;pendamment de toute autre chose. Une telle r&#233;solution de la contradiction est une r&#233;solution purement formelle qui, comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;, n'est obtenue qu'en &#233;liminant l'un de ses &#233;l&#233;ments, &#224; savoir l'&#234;tre, en tant qu'ind&#233;pendant de la pens&#233;e. &#202;tre se r&#233;v&#232;le &#234;tre une simple propri&#233;t&#233; de penser, de sorte que lorsque nous disons qu'un objet donn&#233; existe, nous voulons dire qu'il n'existe que dans notre pens&#233;e. C'est ainsi que Schelling a compris la question, par exemple. Pour lui, la pens&#233;e &#233;tait le principe absolu &#224; partir duquel le monde r&#233;el, c'est-&#224;-dire la Nature et l'esprit &#171; fini &#187;, suivait par n&#233;cessit&#233;. Mais comment cela s'est-il pass&#233; ? Que signifiait l'existence du monde r&#233;el ? Rien que l'existence dans la pens&#233;e. Pour Schelling, l'univers n'&#233;tait que la contemplation de soi par l'Esprit Absolu. Nous voyons la m&#234;me chose &#224; Hegel. Feuerbach, cependant, ne s'est pas content&#233; d'une r&#233;solution aussi purement formelle de la contradiction entre penser et &#234;tre. Il a soulign&#233; qu'il n'y a pas de - il ne peut y avoir de non- pens&#233;e ind&#233;pendante de l'homme, c'est-&#224;-dire d'une cr&#233;ature r&#233;elle et mat&#233;rielle. Penser est une activit&#233; du cerveau. Pour citer Feuerbach : &#171; Mais le cerveau n'est l'organe de la pens&#233;e que tant qu'il est connect&#233; &#224; la t&#234;te et au corps humain &#187;. [51]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons maintenant en quel sens Feuerbach consid&#232;re l'homme comme la base de l'unit&#233; de l'&#234;tre et de la pens&#233;e. L'homme est cette base en ce sens qu'il n'est rien d'autre qu'un &#234;tre mat&#233;riel poss&#233;dant la capacit&#233; de penser. S'il est un tel &#234;tre, il est clair qu'aucun des &#233;l&#233;ments de la contradiction n'est &#233;limin&#233; - ni &#234;tre ni penser, &#034;mati&#232;re&#034; ou &#034;esprit&#034;, sujet ou objet. Ils sont tous combin&#233;s en lui comme sujet-objet. &#171; J'existe et je pense ... uniquement en tant que sujet-objet &#187;, dit Feuerbach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre ne signifie pas exister dans la pens&#233;e. &#192; cet &#233;gard, la philosophie de Feuerbach est beaucoup plus claire que celle de J. Dietzgen. Comme le dit Feuerbach : &#171; Prouver qu'il existe quelque chose, c'est prouver que ce n'est pas quelque chose qui n'existe que dans la pens&#233;e &#187;. [52] Cela est parfaitement vrai, mais cela signifie que l'unit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#234;tre ne signifie en aucun cas leur identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des caract&#233;ristiques les plus importantes qui distinguent le mat&#233;rialisme de l'id&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on dit que Marx et Engels ont &#233;t&#233; pendant une certaine p&#233;riode des disciples de Feuerbach, on en d&#233;duit souvent qu'&#224; la fin de cette p&#233;riode, la vision du monde de Marx et Engels avait consid&#233;rablement chang&#233; et &#233;tait devenue tr&#232;s diff&#233;rente de celle de Feuerbach. C'est ainsi que Karl Diehl voit l'affaire et constate que l'influence de Feuerbach sur Marx est g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s exag&#233;r&#233;e. [53] C'est une grossi&#232;re erreur. Quand ils ont cess&#233; d'&#234;tre des disciples de Feuerbach, Marx et Engels n'ont pas cess&#233; de partager une partie tr&#232;s consid&#233;rable de ses vues philosophiques. La meilleure preuve en est les th&#232;ses que Marx a &#233;crites dans la critique de Feuerbach. Les Th&#232;ses n'&#233;liminent en rien les propositions fondamentales de la philosophie de Feuerbach, mais ne font que les corriger et - ce qui est le plus important - appellent une application plus coh&#233;rente (que celle de Feuerbach) pour expliquer la r&#233;alit&#233; qui entoure l'homme, et notamment sa propre activit&#233;. Ce n'est pas la pens&#233;e qui d&#233;termine l'&#234;tre, mais l'&#234;tre qui d&#233;termine la pens&#233;e. C'est la pens&#233;e fondamentale de toute la philosophie de Feuerbach. Marx et Engels ont fait de cette pens&#233;e le fondement de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire. Le mat&#233;rialisme de Marx et Engels est une doctrine beaucoup plus d&#233;velopp&#233;e que celle de Feuerbach. Les vues mat&#233;rialistes de Marx et Engels se sont toutefois d&#233;velopp&#233;es dans la direction indiqu&#233;e par la logique interne de la philosophie de Feuerbach. C'est pourquoi ces points de vue ne seront pas toujours parfaitement clairs - en particulier dans leur aspect philosophique - pour ceux qui ne voudront pas chercher juste quelle partie de la philosophie feuerbachienne a &#233;t&#233; incorpor&#233;e dans la vision du monde des fondateurs du socialisme scientifique. Et si le lecteur rencontre quelqu'un qui s'int&#233;resse beaucoup au probl&#232;me de la &#171; justification philosophique &#187; du mat&#233;rialisme historique, il peut &#234;tre certain que ce sage mortel a un raisonnement tr&#232;s d&#233;ficient dans le sens que je viens d'indiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons au sujet. D&#233;j&#224; dans sa troisi&#232;me th&#232;se sur Feuerbach, Marx abordait le plus difficile de tous les probl&#232;mes qu'il devait r&#233;soudre dans le domaine de la &#034;pratique&#034; historique de l'homme social, &#224; l'aide du concept correct de l'unit&#233; de sujet et d'objet, que Feuerbach avait eu d&#233;velopp&#233;. La th&#232;se se lit comme suit : &#171; La doctrine mat&#233;rialiste concernant le changement de circonstances et l'&#233;ducation oublie que les circonstances sont chang&#233;es par les hommes et que l'&#233;ducateur doit lui-m&#234;me &#234;tre &#233;duqu&#233; &#187;. [54] Une fois ce probl&#232;me r&#233;solu, le &#171; secret &#187; de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire a &#233;t&#233; d&#233;couvert. Mais Feuerbach &#233;tait incapable de le r&#233;soudre. Dans l'histoire, Feuerbach - comme les mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle avec lesquels il avait tant de points communs - restait un id&#233;aliste. [55] Ici, Marx et Engels ont d&#251; repartir &#224; z&#233;ro, en utilisant le mat&#233;riel th&#233;orique accumul&#233; par les sciences sociales, principalement par les historiens fran&#231;ais de la p&#233;riode de la Restauration. Mais m&#234;me ici, la philosophie de Feuerbach leur a fourni de pr&#233;cieux conseils. &#171; L'art, la religion, la philosophie et la science &#187;, dit Feuerbach, &#171; ne sont que la manifestation ou la r&#233;v&#233;lation de la v&#233;ritable essence humaine &#187;. Il s'ensuit que &#171; l'essence humaine &#187; contient l'explication de toutes les id&#233;ologies, c'est-&#224;-dire que le d&#233;veloppement de cette derni&#232;re est conditionn&#233; par le d&#233;veloppement de &#171; l'essence humaine &#187;. Quelle est cette essence ? &#171; L'essence de l'homme, r&#233;pond Feuerbach, n'est que dans la communaut&#233;, dans l'unit&#233; de l'homme avec l'homme &#187;. [57] Ceci est tr&#232;s vague et nous voyons ici une fronti&#232;re que Feuerbach n'a pas franchie. [58] Cependant, c'est au-del&#224; de cette fronti&#232;re que commence la r&#233;gion de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire, une r&#233;gion d&#233;couverte par Marx et Engels ; cette explication indique les causes qui, au cours de l'histoire, d&#233;terminent la &#034;communaut&#233; ..., l'unit&#233; de l'homme avec l'homme&#034;, c'est-&#224;-dire les relations mutuelles dans lesquelles l'homme s'engage. Cette fronti&#232;re ne s&#233;pare pas seulement Marx de Feuerbach, elle t&#233;moigne &#233;galement de sa proximit&#233; avec ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sixi&#232;me th&#232;se sur Feuerbach dit que l'essence humaine est l'ensemble des relations sociales. Ceci est bien plus clair que ce que Feuerbach lui-m&#234;me a dit, et le lien g&#233;n&#233;tique &#233;troit entre la vision du monde de Marx et la philosophie de Feuerbach est ici r&#233;v&#233;l&#233; avec une plus grande clart&#233; probablement qu'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Marx a r&#233;dig&#233; cette th&#232;se, il savait d&#233;j&#224; non seulement dans quel sens chercher la solution du probl&#232;me, mais il connaissait la solution elle-m&#234;me. Dans sa &#171; Critique de la philosophie du droit de Hegel &#187;, il a montr&#233; que ni les relations mutuelles des personnes dans la soci&#233;t&#233;, &#171; ... ni les relations juridiques ni les formes politiques, ne peuvent &#234;tre comprises que ce soit par elles-m&#234;mes ou sur la base d'un pr&#233;tendu d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de l'esprit humain, mais au contraire qu'elles trouvent leur origine dans les conditions mat&#233;rielles de la vie, dont Hegel , &#224; l'instar des penseurs anglais et fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, englobe le terme &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; ; que l'anatomie de cette soci&#233;t&#233; civile doit cependant &#234;tre recherch&#233;e dans l'&#233;conomie politique. &#187; [59]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reste plus maintenant qu'&#224; expliquer l'origine et le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie pour trouver une solution compl&#232;te &#224; un probl&#232;me que le mat&#233;rialisme n'avait pas pu r&#233;soudre depuis des si&#232;cles. Cette explication a &#233;t&#233; fournie par Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que, lorsque je parle de la solution compl&#232;te de ce grand probl&#232;me, je ne parle que de sa solution g&#233;n&#233;rale ou alg&#233;brique, que le mat&#233;rialisme n'a pas pu trouver au cours des si&#232;cles. Il va de soi que, lorsque je parle de solution compl&#232;te, je ne parle pas de l'arithm&#233;tique du d&#233;veloppement social, mais de son alg&#232;bre ; non des causes des ph&#233;nom&#232;nes individuels, mais de la mani&#232;re dont la d&#233;couverte de ces causes devrait &#234;tre abord&#233;e. Et cela signifie que l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire avait principalement une signification m&#233;thodologique. Engels en &#233;tait parfaitement conscient lorsqu'il a &#233;crit : &#171; Ce ne sont pas les conclusions dont nous avons tant besoin, mais plut&#244;t de la m&#233;thode des &#233;tudes ; les conclusions ne sont rien sans le raisonnement qui les ont conduites. [60] Toutefois, cela n'est parfois compris ni par les &#171; critiques &#187; de Marx, que Dieu leur pardonne, ni par certains de ses &#171; disciples &#187;, ce qui est bien pire. Michel-Ange a dit un jour de lui-m&#234;me : &#171; Mes connaissances vont engendrer une multitude d'ignorants. &#187; Ces mots se sont malheureusement r&#233;v&#233;l&#233;s proph&#233;tiques. Aujourd'hui, la connaissance de Marx engendre des ignorants. La faute incombe non pas &#224; Marx, mais &#224; ceux qui disent des b&#234;tises en invoquant son nom. Pour &#233;viter de telles &#226;neries, il est n&#233;cessaire de comprendre la port&#233;e m&#233;thodologique du mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, l'un des plus grands services rendus au mat&#233;rialisme par Marx et Engels r&#233;side dans l'&#233;laboration d'une m&#233;thode correcte. Feuerbach, qui concentre ses efforts sur la lutte contre l'&#233;l&#233;ment sp&#233;culatif de la philosophie de Hegel, comprend peu son &#233;l&#233;ment dialectique et l'utilise peu. &#171; La vraie dialectique, dit-il, n'est plus un monologue d'un penseur solitaire avec lui-m&#234;me ; c'est un dialogue entre l'ego et le tu. &#187; [61] En premier lieu, cependant, la dialectique de Hegel ne signifiait pas un &#171; monologue d'un penseur solitaire avec lui-m&#234;me &#187; ; et, deuxi&#232;mement, la remarque de Feuerbach donne une d&#233;finition correcte du point de d&#233;part de la philosophie, mais pas de sa m&#233;thode. Ce foss&#233; a &#233;t&#233; combl&#233; par Marx et Engels, qui ont compris qu'il serait erron&#233;, en se battant contre la philosophie sp&#233;culative de Hegel, d'ignorer sa dialectique. Certains critiques ont d&#233;clar&#233; que pendant les ann&#233;es qui ont imm&#233;diatement suivi sa rupture avec l'id&#233;alisme, Marx &#233;tait &#233;galement tr&#232;s indiff&#233;rent &#224; la dialectique. Bien que cette opinion puisse sembler avoir un semblant de vraisemblance, elle est contredite par le fait susmentionn&#233; que, dans les &#171; Annales franco-allemandes &#187;, Engels parlait d&#233;j&#224; de la m&#233;thode en tant qu'&#226;me du nouveau syst&#232;me de pens&#233;e. [62]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, la deuxi&#232;me partie de &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187; ne laisse aucun doute sur le fait qu'&#224; l'&#233;poque de sa pol&#233;mique avec Proudhon, Marx &#233;tait bien conscient de l'importance de la m&#233;thode dialectique et savait comment en faire bon usage. La victoire de Marx dans cette controverse a &#233;t&#233; remport&#233;e par un homme capable de penser dialectiquement face &#224; un homme qui n'avait jamais compris la nature de la dialectique, mais qui essayait d'appliquer sa m&#233;thode &#224; une analyse de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Cette m&#234;me seconde partie de &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187; montre que la dialectique, qui chez Hegel &#233;tait de nature purement id&#233;aliste et qui le restait chez Proudhon (pour autant qu'il l'ait assimil&#233;), avait &#233;t&#233; mise sur une base mat&#233;rialiste par Marx. [63]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour Hegel (Marx a &#233;crit par la suite, d&#233;crivant sa propre dialectique mat&#233;rialiste), le processus de la vie du cerveau humain, c'est-&#224;-dire le processus de la pens&#233;e, qui, sous le nom de &#171; l'Id&#233;e &#187;, se transforme m&#234;me en sujet ind&#233;pendant, est le d&#233;miurge du monde r&#233;el, et le monde r&#233;el n'est que la forme externe et ph&#233;nom&#233;nale de &#171; l'id&#233;e &#187;. Chez moi, au contraire, l'id&#233;al n'est rien d'autre que le monde mat&#233;riel refl&#233;t&#233; par l'esprit humain et traduit en formes de pens&#233;es. &#187; [64]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette description implique un accord total avec Feuerbach, d'une part dans l'attitude vis-&#224;-vis de &#171; l'id&#233;e &#187; de Hegel, et d'autre part dans le rapport de la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre. La dialectique h&#233;g&#233;lienne ne peut &#234;tre &#171; retourn&#233;e du bon c&#244;t&#233; &#187; que par quelqu'un qui est convaincu de la validit&#233; du principe de base de la philosophie de Feuerbach, &#224; savoir que ce n'est pas la pens&#233;e qui d&#233;termine l'&#234;tre, mais l'&#234;tre qui d&#233;termine la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de gens confondent la dialectique avec la doctrine du d&#233;veloppement ; la dialectique est effectivement une telle doctrine. Cependant, elle diff&#232;re sensiblement de la &#171; th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; vulgaire, qui repose enti&#232;rement sur le principe que ni la Nature ni l'histoire ne progressent &#224; pas de g&#233;ant et que tous les changements du monde se produisent par degr&#233;s. Hegel avait d&#233;j&#224; montr&#233; que, comprise ainsi, la doctrine du d&#233;veloppement &#233;tait insoutenable et ridicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand les gens veulent comprendre la mont&#233;e ou la disparition de quelque chose (&#233;crit-il dans le volume 1 de son Wissenschaft der Logik), ils imaginent g&#233;n&#233;ralement qu'ils parviennent &#224; la compr&#233;hension par le biais d'une conception du caract&#232;re progressif de cette mont&#233;e ou de cette disparition. Cependant, des changements d'&#234;tre se produisent, non seulement par le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre, mais aussi par le passage de diff&#233;rences qualitatives &#224; des &#233;carts quantitatifs et, au contraire, par une transition qui interrompt la gradualit&#233; et substitue un ph&#233;nom&#232;ne &#224; un autre. &#187; [65]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et chaque fois que la gradualit&#233; est interrompue, un saut est r&#233;alis&#233;. Hegel poursuit en illustrant par un certain nombre d'exemples la fr&#233;quence des sauts dans la nature et dans l'histoire, et expose la ridicule erreur logique &#224; la base de la vulgaire &#171; th&#233;orie de l'&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La th&#233;orie de la gradualit&#233; (sous-jacente) se trouve &#224; la base de la conception selon laquelle ce qui se passe existe d&#233;j&#224; dans la r&#233;alit&#233; et ne reste inaper&#231;u que du fait de sa petite taille. De m&#234;me, quand on parle de disparition progressive, les gens s'imaginent que la non-existence du ph&#233;nom&#232;ne en question, ou celui qui doit le remplacer, est un fait accompli, bien qu'il soit encore imperceptible... Mais cela ne peut que supprimer toute notion d'apparition et de destruction&#8230; Expliquer l'apparition ou la disparition par le caract&#232;re graduel du changement revient &#224; r&#233;duire l'ensemble de la question &#224; une tautologie absurde et &#224; l'imagination &#224; l'&#233;tat d&#233;j&#224; complet - GP] ce qui est en train d'appara&#238;tre ou de dispara&#238;tre. &#187; [66]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision dialectique de Hegel sur l' &#171; in&#233;vitabilit&#233; des sauts dans le processus de d&#233;veloppement &#187; a &#233;t&#233; enti&#232;rement adopt&#233;e par Marx et Engels. Elle a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e en d&#233;tail par Engels dans sa pol&#233;mique avec D&#252;hring, et ici il l'a &#034;retourn&#233;e&#034;, c'est-&#224;-dire plac&#233;e sur une base mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il a indiqu&#233; que le passage d'une forme d'&#233;nergie &#224; une autre ne peut s'effectuer autrement que par un &#171; saut &#187;. [67] Ainsi, il a cherch&#233;, en chimie moderne, une confirmation du th&#233;or&#232;me dialectique de la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il a constat&#233; que les lois de la pens&#233;e dialectique sont confirm&#233;es par les propri&#233;t&#233;s dialectiques de l'&#234;tre. Ici aussi, il faut penser les conditions de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entreprendre une caract&#233;risation plus d&#233;taill&#233;e de la dialectique mat&#233;rialiste (sa relation avec ce que l'on peut appeler, par un parall&#232;le avec les math&#233;matiques &#233;l&#233;mentaires, la logique &#233;l&#233;mentaire - voir la pr&#233;face de ma traduction de &#171; Ludwig Feuerbach &#187;), je rappellerai au lecteur que depuis des d&#233;cennies, la th&#233;orie qui ne voit que des changements graduels dans le processus de d&#233;veloppement a commenc&#233; &#224; perdre du terrain m&#234;me en biologie, o&#249; elle &#233;tait reconnue presque universellement. &#192; cet &#233;gard, les travaux d'Armand Gautier et de Hugo de Vries semblent prometteurs. Il suffit de dire que la th&#233;orie des mutations de De Vries est une doctrine selon laquelle le d&#233;veloppement des esp&#232;ces se fait par bonds (voir son ouvrage en deux volumes, &#171; La th&#233;orie des mutations &#187;, Leipzig, 1901-03, son article &#171; Les mutations et la relation entre mutations et p&#233;riode d'&#233;mergence d'esp&#232;ce nouvelle &#187;, Leipzig, 1901, et les conf&#233;rences qu'il donna &#224; l'Universit&#233; de Californie, qui figur&#232;rent dans la traduction allemande sous le titre &#171; Esp&#232;ces et vari&#233;t&#233;s et leur &#233;mergence par mutation &#187;, Berlin, 1906).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'avis de ce naturaliste exceptionnel, le point faible de la th&#233;orie de Darwin sur l'origine des esp&#232;ces est que cette origine peut &#234;tre expliqu&#233;e par des changements graduels. [68] Il est &#233;galement int&#233;ressant, et tout &#224; fait pertinent, de noter la remarque de De Vries selon laquelle la pr&#233;dominance de la th&#233;orie des changements graduels dans la doctrine de l'origine des esp&#232;ces a eu une influence d&#233;favorable sur l'&#233;tude exp&#233;rimentale de probl&#232;mes pertinents. [69]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai que, dans les sciences naturelles actuelles et en particulier chez les n&#233;o-lamarckiens, la th&#233;orie du soi-disant &#171; animisme de la mati&#232;re &#187; s'est r&#233;pandue assez rapidement, c'est-&#224;-dire qu'elle concerne la mati&#232;re en g&#233;n&#233;ral, et en particulier toute organisation de la mati&#232;re poss&#232;de un certain degr&#233; de sensibilit&#233;. Cette th&#233;orie, que beaucoup consid&#232;rent comme diam&#233;tralement oppos&#233;e au mat&#233;rialisme (voir, par exemple, &#171; L'&#233;tat actuel des questions darwiniennes &#187;, de RH Franc&#233;, Leipzig, 1907), n'est en r&#233;alit&#233;, bien comprise, qu'une traduction dans la langue de science naturelle actuelle, de la doctrine mat&#233;rialiste de Feuerbach sur l'unit&#233; de l'&#234;tre et de la pens&#233;e, de l'objet et du sujet. [70] On peut affirmer avec certitude que Marx et Engels, qui avaient assimil&#233; cette doctrine, auraient &#233;t&#233; vivement int&#233;ress&#233;s par cette tendance de la science naturelle, bien trop peu &#233;labor&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herzen avait raison de dire que la philosophie de Hegel, consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme conservatrice, &#233;tait une v&#233;ritable alg&#232;bre de la r&#233;volution. [71] Cependant, avec Hegel, cette alg&#232;bre n'a pas &#233;t&#233; appliqu&#233;e aux probl&#232;mes br&#251;lants de la vie pratique. Par n&#233;cessit&#233;, l'&#233;l&#233;ment sp&#233;culatif a introduit un esprit de conservatisme dans la philosophie de ce grand id&#233;aliste absolu. Il en va tout autrement avec la philosophie mat&#233;rialiste de Marx, dans laquelle &#171; l'alg&#232;bre &#187; r&#233;volutionnaire se manifeste avec toute la force irr&#233;sistible de sa m&#233;thode dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous sa forme mystifi&#233;e (selon Marx), la dialectique est devenue une mode en Allemagne, car elle semblait transfigurer et glorifier l'&#233;tat actuel des choses. Sous sa forme rationnelle, c'est un scandale et une abomination pour la bourgeoisie et ses professeurs doctrinaires, car elle inclut dans sa compr&#233;hension et sa reconnaissance affirmative de l'&#233;tat actuel des choses, en m&#234;me temps que la reconnaissance de la n&#233;gation de cet &#201;tat, de sa rupture in&#233;vitable ; parce qu'elle consid&#232;re chaque forme sociale historiquement d&#233;velopp&#233;e comme un mouvement fluide et tient donc compte de sa nature transitoire tout autant que de son existence momentan&#233;e ; parce qu'il ne laisse rien s'imposer et qu'il est par essence critique et r&#233;volutionnaire. &#187; [72]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons la dialectique mat&#233;rialiste du point de vue de l'histoire de la litt&#233;rature russe, nous pouvons dire que cette dialectique a &#233;t&#233; la premi&#232;re &#224; fournir une m&#233;thode n&#233;cessaire et comp&#233;tente pour r&#233;soudre le probl&#232;me de la rationalit&#233; de tout ce qui existe, un probl&#232;me qui a tant troubl&#233; notre penseur brillant Belinsky. [73] Seule la m&#233;thode dialectique de Marx, appliqu&#233;e &#224; l'&#233;tude de la vie russe, nous a montr&#233; &#224; quel point il y avait une r&#233;alit&#233; et un semblant de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous essayons d'expliquer l'histoire du point de vue mat&#233;rialiste, notre premi&#232;re difficult&#233; est, comme nous l'avons vu, la question des causes r&#233;elles du d&#233;veloppement des relations sociales. Nous savons d&#233;j&#224; que &#171; l'anatomie de la soci&#233;t&#233; civile &#187; est d&#233;termin&#233;e par son &#233;conomie. Mais par quoi ce dernier est-il d&#233;termin&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Marx est la suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent in&#233;vitablement dans des relations d&#233;finies, ind&#233;pendantes de leur volont&#233;, &#224; savoir des relations de production appropri&#233;es &#224; un stade donn&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces mat&#233;rielles de production. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le v&#233;ritable fondement sur lequel repose la superstructure juridique et politique... &#187; [74]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Marx ram&#232;ne ainsi toute la question du d&#233;veloppement de l'&#233;conomie &#224; celle des causes d&#233;terminant le d&#233;veloppement des forces productives &#224; la disposition de la soci&#233;t&#233;. Dans sa forme finale, il est r&#233;solu avant tout par la r&#233;f&#233;rence &#224; la nature de l'environnement g&#233;ographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa philosophie de l'histoire, Hegel parle d&#233;j&#224; du r&#244;le important du &#034; fondement g&#233;ographique de l'histoire mondiale &#034;. Mais puisque, &#224; ses yeux, l'id&#233;e est la cause ultime de tout d&#233;veloppement et qu'il n'est qu'en passant et par des cas d'importance secondaire, contre sa volont&#233;, qu'il a eu recours &#224; une explication mat&#233;rialiste des ph&#233;nom&#232;nes, une vue parfaitement saine qu'il a exprim&#233;e sur la signification historique de l'environnement g&#233;ographique ne pouvait le conduire &#224; toutes les conclusions fructueuses qui en d&#233;coulent. Ce n'est que par le mat&#233;rialiste Marx que ces conclusions ont &#233;t&#233; tir&#233;es dans leur pl&#233;nitude. [75]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propri&#233;t&#233;s de l'environnement g&#233;ographique d&#233;terminent le caract&#232;re &#224; la fois des produits naturels servant &#224; satisfaire les besoins de l'homme et des objets qu'il fabrique lui-m&#234;me dans le m&#234;me but. L&#224; o&#249; il n'y avait pas de m&#233;taux, les tribus autochtones ne pouvaient pas, sans aide, &#233;merger de ce que nous appelons l'&#226;ge de pierre. De la m&#234;me mani&#232;re, pour que les p&#234;cheurs primitifs et les chasseurs s'adonnent &#224; l'&#233;levage et &#224; l'agriculture, il fallait des conditions d'environnement g&#233;ographique appropri&#233;es, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, une faune et une flore appropri&#233;es. Lewis Henry Morgan a montr&#233; que l'absence, dans le Nouveau Monde, d'animaux pouvant &#234;tre domestiqu&#233;s, ainsi que les diff&#233;rences sp&#233;cifiques entre la flore des deux h&#233;misph&#232;res, ont entra&#238;n&#233; une diff&#233;rence consid&#233;rable dans l'&#233;volution de l'&#233;volution sociale de leurs habitants. [76] Des peaux rouges d'Am&#233;rique du Nord, Waitz dit : &#171; ... ils n'ont pas d'animaux domestiques. C'est tr&#232;s important, car c'est dans cette situation que r&#233;side la principale raison qui les a oblig&#233;s &#224; rester &#224; un stade de d&#233;veloppement peu d&#233;velopp&#233;. &#187; [77] Schweinfurth rapporte qu'en Afrique, lorsqu'une localit&#233; donn&#233;e est surpeupl&#233;e, une partie de la population &#233;migre et change de mode de vie en fonction du nouvel environnement g&#233;ographique : &#171; Les tribus jusqu'alors agricoles deviennent des chasseurs, tandis que les tribus ayant v&#233;cu de leurs troupeaux se tourneront vers l'agriculture. &#187; [78] Il souligne &#233;galement que les habitants d'une r&#233;gion riche en fer, qui semble occuper une partie consid&#233;rable de l'Afrique centrale, &#171; ont naturellement commenc&#233; &#224; fondre le fer &#187;. [79]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout. D&#233;j&#224; &#224; un stade de d&#233;veloppement inf&#233;rieur, les tribus entrent en relations mutuelles et &#233;changent certains de leurs produits. Cela &#233;largit les limites de l'environnement g&#233;ographique, influen&#231;ant le d&#233;veloppement des forces productives de chacune de ces tribus et acc&#233;l&#233;rant le cours de ce d&#233;veloppement. Cependant, il est clair que la facilit&#233; avec laquelle ces relations se d&#233;veloppent et se maintiennent d&#233;pend &#233;galement des propri&#233;t&#233;s de l'environnement g&#233;ographique. Hegel a d&#233;clar&#233; que les mers et les rivi&#232;res rapprochent les hommes, alors que les montagnes les s&#233;parent. Incidemment, les mers rapprochent les hommes lorsque le d&#233;veloppement des forces productives a atteint un niveau relativement &#233;lev&#233;. Comme Ratzel le souligne &#224; juste titre, &#224; des niveaux inf&#233;rieurs, la mer est un obstacle majeur aux relations entre les tribus qu'elle s&#233;pare. Quoi qu'il en soit, il est certain que plus les propri&#233;t&#233;s de l'environnement g&#233;ographique sont vari&#233;es, plus elles favorisent le d&#233;veloppement des forces productives. Marx &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas la simple fertilit&#233; du sol, mais la diff&#233;renciation du sol, la vari&#233;t&#233; de ses produits naturels, les changements de saisons, qui constituent la base physique de la division sociale du travail et qui, par des changements de son environnement, incitent l'homme &#224; multiplier ses besoins, ses capacit&#233;s, ses moyens et ses modes de travail. &#187; [81]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratzel dit &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me mani&#232;re que Marx : &#171; L'important n'est pas de procurer la plus grande facilit&#233; pour se procurer de la nourriture, mais de susciter chez l'homme certains penchants, habitudes et finalement d&#233;sirs. &#187; [82]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les propri&#233;t&#233;s de l'environnement g&#233;ographique d&#233;terminent le d&#233;veloppement des forces productives qui, &#224; leur tour, d&#233;terminent le d&#233;veloppement des relations &#233;conomiques et donc de toutes les autres relations sociales. Marx explique cela dans les mots suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces relations sociales dans lesquelles les producteurs entrent en contact, les conditions dans lesquelles ils &#233;changent leurs activit&#233;s et participent &#224; l'acte de production dans son ensemble, varieront naturellement en fonction du caract&#232;re des moyens de production. Avec l'invention d'un nouvel instrument de guerre, l'arme &#224; feu, toute l'organisation interne de l'arm&#233;e a n&#233;cessairement chang&#233; ; les relations au sein desquelles les individus peuvent constituer une arm&#233;e et agir en tant qu'arm&#233;e ont &#233;t&#233; transform&#233;es et les relations entre diff&#233;rentes arm&#233;es ont &#233;galement chang&#233;. &#187; [83]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre cette explication encore plus visuelle, je citerai un exemple. Les Masa&#239; d'Afrique de l'Est de font pas de quartier &#224; leurs captifs. La raison en est, comme le souligne Ratzel, que ce peuple pastoral n'a aucune possibilit&#233; technique de faire usage du travail forc&#233;. Mais les Wakamba voisins, qui sont des agriculteurs, peuvent utiliser ce travail et par cons&#233;quent, &#233;pargner la vie de leurs captifs et les transformer en esclaves. L'apparition de l'esclavage pr&#233;suppose donc la r&#233;alisation d'un degr&#233; d&#233;fini dans le d&#233;veloppement des forces sociales, degr&#233; qui permet l'exploitation du travail forc&#233;. [84] Mais l'esclavage est une relation de production dont l'apparition marque le d&#233;but d'une division en classes dans une soci&#233;t&#233; qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ne connaissait d'autre divisions que celles du sexe et de l'&#226;ge. Lorsque l'esclavage atteint son plein d&#233;veloppement, il s'imprime l'ensemble de l'&#233;conomie de la soci&#233;t&#233; et, par le biais de l'&#233;conomie, sur toutes les autres relations sociales, en premier lieu sur la structure politique. Si la structure politique des &#201;tats de l'Antiquit&#233; &#233;tait tr&#232;s diff&#233;rente, leur caract&#233;ristique principale &#233;tait que chacun d'entre eux &#233;tait une organisation politique exprimant et prot&#233;geant les seuls int&#233;r&#234;ts des hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons maintenant que le d&#233;veloppement des forces productives, qui en derni&#232;re analyse d&#233;termine le d&#233;veloppement de tous les rapports sociaux, est d&#233;termin&#233; par les propri&#233;t&#233;s de l'environnement g&#233;ographique. Mais d&#232;s qu'elles sont apparues, les relations sociales elles-m&#234;mes exercent une influence marqu&#233;e sur le d&#233;veloppement des forces productives. Ainsi, ce qui est initialement un effet devient &#224; son tour une cause ; entre le d&#233;veloppement des forces productives et la structure sociale na&#238;t une interaction qui rev&#234;t les formes les plus vari&#233;es &#224; diff&#233;rentes &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient &#233;galement de rappeler que, si les relations internes existant dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e sont d&#233;termin&#233;es par un &#233;tat donn&#233; des forces productives, c'est de celles-ci que d&#233;pendent en derni&#232;re analyse les relations ext&#233;rieures de la soci&#233;t&#233;. A chaque stade du d&#233;veloppement des forces productives correspond un caract&#232;re d&#233;fini d'armement, d'art de la guerre et, enfin, de droit international ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, d'intersocial, c'est-&#224;-dire de droit inter-tribal. Les tribus de chasseurs ne peuvent pas former de grandes organisations politiques, pr&#233;cis&#233;ment parce que le faible niveau de leurs forces productives les oblige &#224; se disperser en petits groupes sociaux, &#224; la recherche de moyens de subsistance. Mais plus ces groupes sociaux sont dispers&#233;s, plus il est in&#233;vitable que m&#234;me des diff&#233;rends qui, dans une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, puissent facilement &#234;tre r&#233;gl&#233;s devant un tribunal d'instance, le soient par le biais de combats plus ou moins sanglants. Eyre dit que lorsque plusieurs tribus australiennes unissent leurs forces &#224; certaines fins dans un lieu donn&#233;, ces contacts ne sont jamais longs. M&#234;me avant qu'une p&#233;nurie de nourriture ou la n&#233;cessit&#233; de chasser du gibier aient oblig&#233; les Australiens &#224; se s&#233;parer, des affrontements hostiles ont &#233;clat&#233; entre eux, qui ont tr&#232;s vite conduit, comme on le sait, &#224; des batailles acharn&#233;es. [85]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que de tels affrontements peuvent avoir diverses causes. Il convient toutefois de noter que la plupart des voyageurs les attribuent &#224; des causes &#233;conomiques. Lorsque Stanley a demand&#233; &#224; plusieurs habitants d'Afrique &#233;quatoriale comment leurs guerres avaient &#233;clat&#233; contre des tribus voisines, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; : &#171; Certains de nos jeunes hommes vont chasser le gibier dans les bois et sont surpris par nos voisins ; ensuite nous allons vers eux et ils viennent nous combattre jusqu'&#224; ce qu'un des groupes soit fatigu&#233; ou qu'un autre soit battu. &#187; [86] Burton &#233;crit &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me mani&#232;re : &#171; Toutes les guerres africaines&#8230; ont pour objet un de deux but : &#233;levage du b&#233;tail ou vol de b&#233;tail. &#187; [87]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ratzel estime probable qu'en Nouvelle-Z&#233;lande, les guerres entre indig&#232;nes ont souvent &#233;t&#233; caus&#233;es par le seul d&#233;sir de jouir de la chair humaine. [88] L'inclination des indig&#232;nes envers le cannibalisme s'explique elle - m&#234;me par la pauvret&#233; de la faune n&#233;o-z&#233;landaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous savent &#224; quel point l'issue d'une guerre d&#233;pend des armes utilis&#233;es par chacun des bellig&#233;rants. Mais ces armes sont d&#233;termin&#233;es par l'&#233;tat de leurs forces productives, par leur &#233;conomie et par leurs relations sociales n&#233;es de cette &#233;conomie. Dire que certains peuples ou tribus ont &#233;t&#233; asservis par d'autres peuples ne signifie pas encore expliquer pourquoi les cons&#233;quences sociales de cet asservissement ont &#233;t&#233; exactement ce qu'elles sont, et pas autres. Les cons&#233;quences sociales de la conqu&#234;te romaine de la Gaule n'&#233;taient pas du tout les m&#234;mes que celles de la conqu&#234;te de ce pays par les Allemands. Les cons&#233;quences sociales de la conqu&#234;te normande de l'Angleterre &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rentes de celles de la conqu&#234;te mongole de la Russie. Dans tous ces cas, la diff&#233;rence d&#233;pendait finalement de la diff&#233;rence entre la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; assujettie et celle de la soci&#233;t&#233; conqu&#233;rante. Plus les forces productives d'une tribu ou d'un peuple donn&#233; sont d&#233;velopp&#233;es, plus grandes sont au moins les possibilit&#233;s qui lui sont donn&#233;es de mieux s'armer pour poursuivre la lutte pour l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut toutefois y avoir de nombreuses exceptions notables &#224; cette r&#232;gle g&#233;n&#233;rale. Aux niveaux inf&#233;rieurs du d&#233;veloppement des forces productives, la diff&#233;rence dans les armes des tribus qui se trouvent &#224; des stades tr&#232;s diff&#233;rents du d&#233;veloppement &#233;conomique - par exemple, les bergers nomades et les agriculteurs s&#233;dentaires - ne peut pas &#234;tre aussi grande qu'elle le deviendra par la suite. En outre, un progr&#232;s du d&#233;veloppement &#233;conomique, qui exerce une influence consid&#233;rable sur le caract&#232;re d'un peuple donn&#233;, en r&#233;duit parfois l'adversit&#233; &#224; un degr&#233; tel qu'il se r&#233;v&#232;le incapable de r&#233;sister &#224; un ennemi &#233;conomiquement plus arri&#233;r&#233; mais plus habitu&#233; &#224; la guerre. C'est pourquoi des tribus d'agriculteurs pacifiques ne sont pas rarement conquises par des peuples guerriers. Ratzel remarque que les organisations &#233;tatiques les plus solides sont constitu&#233;es de &#034;peuples semi-civilis&#233;s&#034; r&#233;sultant de l'unification - par le moyen de la conqu&#234;te - des deux &#233;l&#233;ments, agricole et pastoral. [90] Cette remarque est peut-&#234;tre correcte dans l'ensemble, mais il convient de rappeler que m&#234;me dans de tels cas (la Chine en est un bon exemple), les conqu&#233;rants &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;s se retrouvent progressivement compl&#232;tement soumis &#224; l'influence d'un pays conquis mais &#233;conomiquement plus avanc&#233;. personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement g&#233;ographique exerce une influence consid&#233;rable, non seulement sur les tribus primitives, mais aussi sur les peuples dits civilis&#233;s. Comme Marx l'a &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la n&#233;cessit&#233; de placer une force naturelle sous le contr&#244;le de la soci&#233;t&#233;, de l'&#233;conomiser, de se l'approprier ou de la ma&#238;triser &#224; grande &#233;chelle par le travail de la main de l'homme, qui joue d'abord le r&#244;le d&#233;cisif dans l'histoire de l'industrie. Les travaux d'irrigation en &#201;gypte, en Lombardie, en Hollande, en Inde et en Perse, o&#249; l'irrigation au moyen de canaux artificiels alimente non seulement le sol en eau indispensable, mais le transporte &#233;galement sous forme de s&#233;diments provenant des collines, les engrais min&#233;raux. Le secret de l'&#233;tat florissant de l'industrie en Espagne et en Sicile sous la domination des Arabes r&#233;sidait dans leurs travaux d'irrigation. &#187; [91]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine de l'influence de l'environnement g&#233;ographique sur l'&#233;volution historique de l'humanit&#233; a souvent &#233;t&#233; r&#233;duite &#224; une reconnaissance de l'influence directe du &#034;climat&#034; sur l'homme social : on a suppos&#233; que, sous l'influence du &#034;climat&#034;, les hommes d'une &#034;race&#034; devenait des amoureux de la libert&#233; - un autre devient enclin &#224; se soumettre patiemment au r&#232;gne d'un monarque plus ou moins despotique, et une autre race devient superstitieuse et donc d&#233;pendante d'un clerg&#233;, etc. Cette vision a d&#233;j&#224; pr&#233;domin&#233;, par exemple avec Buckle. [92] Selon Marx, l'environnement g&#233;ographique affecte l'homme &#171; par le biais de relations de production qui naissent dans une r&#233;gion donn&#233;e sur la base de forces productives d&#233;termin&#233;es, dont la condition premi&#232;re de d&#233;veloppement r&#233;side dans les propri&#233;t&#233;s de cet environnement &#187;. L'ethnologie moderne reprend de plus en plus ce point de vue et attribue par cons&#233;quent de moins en moins d'importance &#224; la &#171; race &#187; dans l'histoire de la civilisation. &#171; La race n'a rien &#224; voir avec les r&#233;alisations culturelles &#187;, dit Ratzel. [93]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s qu'un certain niveau &#171; culturel &#187; est atteint, il influence indubitablement les qualit&#233;s physiques et mentales de la &#171; race &#187;. [94]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence de l'environnement g&#233;ographique sur l'homme social est d'une magnitude variable. Conditionn&#233; par les propri&#233;t&#233;s de cet environnement, le d&#233;veloppement des forces productives augmente le pouvoir de l'homme sur la Nature, le pla&#231;ant ainsi dans une nouvelle relation avec l'environnement g&#233;ographique qui l'entoure. Ainsi, les Anglais d'aujourd'hui r&#233;agissent &#224; cet environnement d'une mani&#232;re qui n'est pas tout &#224; fait la m&#234;me que celle dans laquelle les tribus qui habitaient l'Angleterre du temps de Jules C&#233;sar y ont r&#233;agi. Ceci &#233;limine enfin l'objection selon laquelle le caract&#232;re des habitants d'une zone donn&#233;e peut &#234;tre substantiellement modifi&#233;, bien que les caract&#233;ristiques g&#233;ographiques de cette zone restent inchang&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations juridiques et politiques [95] n&#233;es d'une structure &#233;conomique donn&#233;e exercent une influence d&#233;terminante sur l'ensemble de la mentalit&#233; de l'homme social. &#171; Sur les diff&#233;rentes formes de propri&#233;t&#233;, sur les conditions sociales de l'existence, dit Marx, se dresse toute une superstructure de sentiments, d'illusions, de modes de pens&#233;e et de conceptions de la vie distincts et particuli&#232;rement form&#233;s &#187;. [96]' L'&#234;tre d&#233;termine la pens&#233;e. On peut dire que chaque nouvelle &#233;tape faite par la science pour expliquer le processus de d&#233;veloppement historique constitue un nouvel argument en faveur de cette th&#232;se fondamentale du mat&#233;rialisme contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1877, Ludwig Noir&#233; &#233;crivait : &#171; C'&#233;tait une activit&#233; commune orient&#233;e vers la r&#233;alisation d'un objectif commun, c'&#233;tait le travail primordial de nos anc&#234;tres qui produisait le langage et le raisonnement &#187;. [97] En d&#233;veloppant cette pens&#233;e remarquable, L. Noir&#233; a soulign&#233; que le langage indiquait &#224; l'origine les choses du monde objectif, non pas comme poss&#233;dant une certaine forme, mais comme ayant re&#231;u cette forme (pas en tant que &#171; formes &#187; mais en tant que &#171; cr&#233;&#233; &#187;) ; non pas de mani&#232;re active et exer&#231;ant une action d&#233;finie mais passive et soumise &#224; cette action. [98] Il a ensuite expliqu&#233; cela en faisant une remarque limpide : &#171; Toutes les choses entrent dans le champ de vision de l'homme, c'est-&#224;-dire lui deviennent des &#171; choses &#187;, uniquement dans la mesure o&#249; elles sont soumises &#224; son action, c'est conform&#233;ment &#224; cela qu'ils obtiennent leur d&#233;signation, c'est-&#224;-dire leur nom. [99] En bref, c'est l'activit&#233; humaine qui, de l'avis de Noir&#233;, donne un sens aux racines initiales du langage. [100] Il est &#224; noter que Noir&#233; a trouv&#233; le premier embryon de sa th&#233;orie dans l'id&#233;e de Feuerbach selon laquelle l'essence de l'homme r&#233;side dans la communaut&#233;, dans l'unit&#233; de l'homme avec l'homme. Il ne connaissait apparemment rien de Marx, car sinon, il aurait vu que son point de vue sur le r&#244;le de l'activit&#233; dans la formation du langage &#233;tait plus proche de celui de Marx, qui, dans son &#233;pist&#233;mologie, mettait l'accent sur l'activit&#233; humaine, contrairement &#224; Feuerbach, qui parlait principalement de &#171; contemplation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire de rappeler au lecteur, &#224; propos de la th&#233;orie de Noir&#233;, que la nature des activit&#233;s de l'homme dans le processus de production est d&#233;termin&#233;e par l'&#233;tat des forces productives. C'est &#233;vident. Il sera plus utile de noter que l'influence d&#233;cisive de l'&#234;tre sur la pens&#233;e est per&#231;ue avec une clart&#233; particuli&#232;re dans les tribus primitives, dont la vie sociale et intellectuelle est incomparablement plus simple que celle des peuples civilis&#233;s. Karl von den Steinen &#233;crit des indig&#232;nes du centre du Br&#233;sil que nous ne les comprendrons que si nous les consid&#233;rons comme le r&#233;sultat (Erzeugnis) de leur vie de chasseurs. &#171; Les animaux ont &#233;t&#233; la source principale de leur exp&#233;rience &#187;, poursuit-il, &#171; et c'est principalement &#224; l'aide de cette exp&#233;rience qu'ils ont interpr&#233;t&#233; la Nature et form&#233; leur vision du monde &#187;. [101] La condition de leur vie de chasseur a d&#233;termin&#233; non seulement la vision du monde de ces tribus, mais &#233;galement leurs concepts moraux, leurs sentiments et m&#234;me, ajoute l'auteur, leurs go&#251;ts esth&#233;tiques. Nous voyons exactement la m&#234;me chose dans les tribus pastorales. Parmi ceux que Ratzel qualifie de &#171; exclusivement bergers &#187;, &#171; le b&#233;tail, son origine, ses habitudes, ses m&#233;rites et ses d&#233;fauts sont le sujet d'au moins 99% des conversations. [102] Par exemple, les infortun&#233;s Hereros, que les Allemands &#171; civilis&#233;s &#187; ont r&#233;cemment &#171; pacifi&#233;s &#187; avec une telle brutalit&#233;, &#233;taient de tels &#171; bergers exclusivement &#187;. [103]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les b&#234;tes sont la premi&#232;re source d'exp&#233;rience du chasseur primitif, et si toute sa vision du monde est fond&#233;e sur cette exp&#233;rience, il n'est pas surprenant que la mythologie des tribus de chasse, qui remplace &#224; ce stade la philosophie, la th&#233;ologie et la science, tire tout son contenu de la m&#234;me source. &#171; La particularit&#233; de la mythologie Bushman, &#233;crit Andrew Lang, est la pr&#233;dominance presque absolue des animaux. Hormis &#171; une vieille femme &#187; qui appara&#238;t de temps en temps dans ces l&#233;gendes incoh&#233;rentes, leurs mythes n'ont gu&#232;re de figure humaine &#224; montrer. [104] Selon Brough Smith, les aborig&#232;nes australiens - comme les Bushmen, qui ne sont pas encore sortis du stade de la chasse - ont pour dieux pour la plupart des oiseaux et des b&#234;tes. [105]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion des tribus primitives n'a pas encore &#233;t&#233; suffisamment &#233;tudi&#233;e. Cependant, ce que nous savons d&#233;j&#224; confirme pleinement l'exactitude de la br&#232;ve th&#232;se de Feuerbach et de Marx selon laquelle &#171; ce n'est pas la religion qui fait l'homme, mais l'homme qui fait la religion &#187;. Comme le dit E. Tylor : &#171; Il est encore clair, nation apr&#232;s nation, que l'homme, &#233;tant le mod&#232;le de la divinit&#233;, la soci&#233;t&#233; humaine et le gouvernement sont devenus le mod&#232;le sur lequel la soci&#233;t&#233; et le gouvernement divins ont &#233;t&#233; form&#233;s. &#187; [106] Il s'agit sans aucun doute d'une vision mat&#233;rialiste de la religion : on sait que Saint-Simon a adopt&#233; l'opinion oppos&#233;e, expliquant le syst&#232;me social et politique des anciens Grecs par le biais de leurs croyances religieuses. Il est toutefois beaucoup plus important que la science ait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; d&#233;couvrir le lien de causalit&#233; entre le niveau technique des peuples primitifs et leur vision du monde. [107] &#192; cet &#233;gard, des d&#233;couvertes pr&#233;cieuses attendent &#233;videmment la science. [108]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de l'id&#233;ologie de la soci&#233;t&#233; primitive, l'art a &#233;t&#233; &#233;tudi&#233; mieux que toute autre branche : une abondance de mat&#233;riaux a &#233;t&#233; collect&#233;e, t&#233;moignant de la mani&#232;re la plus claire et convaincante de la validit&#233; et, on pourrait dire, de l'in&#233;vitabilit&#233; de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire. Ce mat&#233;riau est si copieux que je ne peux &#233;num&#233;rer ici que le plus important des ouvrages traitant du sujet : Schweinfurth, &#171; Arts Africains &#187; (Leipzig, 1875) ; Andr&#233;e R, &#171; Les parall&#232;les ethnographiques &#187; ; l'article intitul&#233; &#171; Dessiner chez les primitifs &#187; ; Von den Steinen, &#171; Parmi les peuples primitifs du centre du Br&#233;sil &#187; (Berlin, 1894) ; G Mallery, &#171; Signes pictographiques chez les Indiens d'Am&#233;rique &#187;, Dixi&#232;me rapport annuel du Bureau d'ethnologie (Washington, 1893, les rapports des autres ann&#233;es contiennent des informations pr&#233;cieuses sur l'influence des arts m&#233;caniques, en particulier du tissage, sur les motifs d&#233;coratifs) ; H&#246;rnes, &#171; Pr&#233;histoire des beaux arts en Europe &#187; (Wien, 1898) ; Ernst Grosse, &#171; Les d&#233;buts de l'art &#187;, &#233;galement &#171; &#201;tudes d'art &#187; (T&#252;bingen, 1900) ; Yrj&#246; Hirn, &#171; L'origine de l'art &#187; (Leipzig, 1904) ; Karl B&#252;cher, &#171; Travail et rythme &#187; (troisi&#232;me &#233;dition, 1902) ; Gabriel et Adrien de Mortillet, &#171; Le pr&#233;historique &#187; (Paris, 1900), pp 217-30 ; H&#246;rnes, &#171; L'homme europ&#233;en de l'&#233;poque du D&#233;luge &#187; (Braunschweig, 1903) ; Sophus M&#252;ller, &#171; L'Europe pr&#233;historique &#187; (trad. Du danois par E. Philippot, Paris, 1907) ; Richard Wallaschek, &#171; Les d&#233;buts de l'art du son &#187; (Leipzig, 1903). [109]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions tir&#233;es par la science moderne en ce qui concerne la question des d&#233;buts de l'art seront illustr&#233;es par les citations suivantes des auteurs &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'art d&#233;coratif, dit H&#246;rnes, ne peut se d&#233;velopper que par l'activit&#233; industrielle, qui constitue sa condition mat&#233;rielle pr&#233;alable&#8230; Les peuples sans industrie&#8230; n'ont pas non plus d'art ornemental. &#187; [110]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Von den Steinen pense que le dessin (Zeichnen) s'est d&#233;velopp&#233; &#224; partir de la &#171; d&#233;signation de l'objet utilis&#233; dans un but pratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#252;cher a conclu que &#171; au stade primitif de leur d&#233;veloppement, l'&#339;uvre, la musique et la po&#233;sie formaient un tout fusionn&#233;, l'&#339;uvre constituant l'&#233;l&#233;ment principal de cette trinit&#233;, ainsi que la musique et la po&#233;sie d'importance secondaire &#187;. Selon lui, &#171; l'origine de la po&#233;sie doit &#234;tre recherch&#233;e dans le travail &#187;, et il remarque ensuite qu'aucune langue ne dispose, dans un mod&#232;le rythmique, de mots constituant une phrase. Il est donc improbable que les hommes parviennent &#224; un discours &#224; la mesure et po&#233;tique en utilisant leur langage quotidien - la logique interne de ce langage op&#232;re &#224; l'encontre de celui-ci. Comment, alors, donner une interpr&#233;tation de l'origine du discours po&#233;tique &#224; la mesure ? B&#252;cher est d'avis que les mouvements mesur&#233;s et rythm&#233;s du corps ont transmis les lois de leur coordination &#224; un discours figur&#233; et po&#233;tique. Cela est d'autant plus probable si l'on se souvient qu'aux stades inf&#233;rieurs du d&#233;veloppement, les mouvements rythmiques du corps sont g&#233;n&#233;ralement accompagn&#233;s de chants. Mais quelle est l'explication de la coordination des mouvements corporels ? Cela r&#233;side &#171; dans la nature des processus de production &#187;. Ainsi, &#171; l'origine de la po&#233;sie doit &#234;tre recherch&#233;e dans des activit&#233;s productives &#187;. [111]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R Wallaschek formule son point de vue sur l'origine des repr&#233;sentations dramatiques chez les tribus primitives de la mani&#232;re suivante : [112]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sujets de ces repr&#233;sentations dramatiques &#233;taient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La chasse, la guerre, la pagaie (chez les chasseurs - la vie et les habitudes des animaux, les pantomimes des animaux, les masques). [113]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La vie et les habitudes du b&#233;tail (chez les peuples pastoraux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Travail (parmi les agriculteurs : semence, battage, vignoble).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tribu enti&#232;re a pris part &#224; la repr&#233;sentation, tous chantant (en ch&#339;ur). Les mots chant&#233;s n'avaient pas de sens, le contenu &#233;tant fourni par la performance elle-m&#234;me (pantomime). Seules les actions de la vie quotidienne &#233;taient repr&#233;sent&#233;es, telles qu'elles &#233;taient absolument essentielles dans la lutte pour l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wallaschek dit que dans de nombreuses tribus primitives, lors de telles repr&#233;sentations, le ch&#339;ur s'est scind&#233; en deux parties oppos&#233;es. &#171; Telle, ajoute-t-il, est &#224; l'origine du drame grec, qui &#233;tait aussi une pantomime animale &#224; ses d&#233;buts. La ch&#232;vre &#233;tait l'animal qui jouait le r&#244;le le plus important dans l'&#233;conomie grecque, ce qui explique que le mot &#171; trag&#233;die &#187; soit d&#233;riv&#233; de &#171; tragos &#187;, le mot grec d&#233;signant &#171; ch&#232;vre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait difficile de donner une illustration plus frappante de la proposition selon laquelle ce n'est pas l'&#234;tre qui est d&#233;termin&#233; par la pens&#233;e, mais la pens&#233;e qui est d&#233;termin&#233;e par l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la vie &#233;conomique se d&#233;veloppe sous l'influence d'une croissance des forces productives. Par cons&#233;quent, les relations mutuelles des personnes engag&#233;es dans le processus de production subissent des changements et, avec eux, des changements se produisent dans la mentalit&#233; humaine. Comme le dit Marx :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; un certain stade de d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en conflit avec les rapports de production existants ou - ceci ne fait qu'exprimer la m&#234;me chose en termes juridiques - avec les rapports de propri&#233;t&#233; dans le cadre desquels elles ont op&#233;r&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. De formes de d&#233;veloppement des forces productives, ces relations deviennent des entraves. Alors commence une &#232;re de r&#233;volution sociale. Les changements dans les assises &#233;conomiques conduisent t&#244;t ou tard &#224; la transformation de l'ensemble de la vaste superstructure... Aucun ordre social n'est d&#233;truit avant que toutes les forces productives pour lesquelles cet ordre est suffisant ne se soient d&#233;velopp&#233;es, et de nouveaux rapports de production sup&#233;rieurs ne remplacent jamais les anciens avant que les conditions mat&#233;rielles de leur existence n'aient m&#251;ri dans le cadre de l'ancienne soci&#233;t&#233;. L' humanit&#233; ne se fixe donc in&#233;vitablement que des t&#226;ches qu'elle est en mesure de r&#233;soudre, puisqu'un examen plus approfondi montrera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pose que lorsque les conditions mat&#233;rielles de sa solution sont d&#233;j&#224; pr&#233;sentes ou du moins en cours de formation. &#187; [115]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons devant nous une v&#233;ritable &#034;alg&#232;bre&#034; - et purement mat&#233;rialiste par ailleurs - du d&#233;veloppement social. Cette alg&#232;bre a de la place &#224; la fois pour les &#171; sauts &#187; (de l'&#233;poque des r&#233;volutions sociales) et pour les changements graduels. Les changements quantitatifs graduels dans les propri&#233;t&#233;s d'un ordre de choses donn&#233; m&#232;nent finalement &#224; un changement de qualit&#233;, c'est-&#224;-dire &#224; la chute de l'ancien mode de production - ou, comme Marx l'exprime ici, de l'ancien ordre social - et &#224; son &#233;volution avec remplacement par un nouveau mode de production. Comme le fait remarquer Marx, les modes de production bourgeois, asiatiques, anciens, f&#233;odaux et modernes peuvent &#234;tre qualifi&#233;s d'&#233;poques successives (&#171; marquant le progr&#232;s &#187;) dans le d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. [116] Il y a cependant des raisons de croire que, plus tard, apr&#232;s avoir lu le livre de Morgan sur la soci&#233;t&#233; primitive, il modifia son point de vue quant au rapport entre le mode de production de l'antiquit&#233; et celui de l'Orient. En effet, la logique du d&#233;veloppement &#233;conomique du mode de production f&#233;odal a conduit &#224; une r&#233;volution sociale qui a marqu&#233; le triomphe du capitalisme. Mais la logique du d&#233;veloppement &#233;conomique de la Chine ou de l'&#201;gypte ancienne, par exemple, n'a pas du tout conduit &#224; l'apparition du mode de production antique. Dans le premier cas, nous parlons de deux phases de d&#233;veloppement, l'une se succ&#233;dant &#224; l'autre et &#233;tant engendr&#233;e par elle. Le second cas, en revanche, repr&#233;sente plut&#244;t deux types de d&#233;veloppement &#233;conomique coexistants. La soci&#233;t&#233; de l'Antiquit&#233; a pris la place de l'organisation sociale du clan, cette derni&#232;re pr&#233;c&#233;dant &#233;galement l'apparition du syst&#232;me social oriental. Chacune de ces deux types de structure &#233;conomique &#233;tait le r&#233;sultat de la croissance des forces productives au sein de l'organisation du clan, processus qui a in&#233;vitablement conduit &#224; la d&#233;sint&#233;gration ultime de ce dernier. Si ces deux types diff&#233;raient consid&#233;rablement les uns des autres, leurs principales caract&#233;ristiques distinctives ont &#233;t&#233; modifi&#233;es sous l'influence de l'environnement g&#233;ographique, qui, dans un cas, prescrivait un type de relation de production globale &#224; une soci&#233;t&#233; qui avait atteint un certain degr&#233; de croissance des forces productives, et dans l'autre cas, un autre type, tr&#232;s diff&#233;rent du premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'organisation sociale de type clan est &#233;videmment destin&#233;e &#224; jouer dans les sciences sociales le m&#234;me r&#244;le que celui jou&#233; en biologie par la d&#233;couverte de la cellule. Tandis que Marx et Engels ne connaissaient pas ce type d'organisation, leurs th&#233;ories du d&#233;veloppement social devaient pr&#233;senter des lacunes consid&#233;rables, comme Engels lui-m&#234;me l'a ensuite reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;couverte d'une organisation de type clan, qui, pour la premi&#232;re fois, a permis de comprendre les phases inf&#233;rieures du d&#233;veloppement social, n'&#233;tait qu'un argument nouveau et puissant en faveur de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire et non contre ce concept. Il a permis de mieux comprendre la mani&#232;re dont se forment les premi&#232;res phases de l'&#234;tre social, lequel d&#233;termine ensuite la pens&#233;e sociale. La d&#233;couverte a, de ce fait, clarifi&#233; la v&#233;rit&#233; selon laquelle la pens&#233;e sociale est d&#233;termin&#233;e par l'&#234;tre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mentionne tout cela en passant. Ce qui m&#233;rite l'attention, c'est la remarque de Marx selon laquelle les relations de propri&#233;t&#233; qui existent lorsque les forces productives atteignent un certain niveau encouragent la croissance de ces forces pendant un certain temps, puis commencent &#224; entraver cette croissance. [117] Ceci rappelle le fait que, bien qu'un certain &#233;tat des forces productives soit la cause des rapports de production donn&#233;s, et en particulier des rapports de propri&#233;t&#233;, ces derniers (une fois qu'ils sont apparus &#224; la suite du cause) commencent eux-m&#234;mes &#224; influencer cette cause. Ainsi se cr&#233;e une interaction entre les forces productives et l'&#233;conomie sociale. Comme toute une superstructure de relations sociales, de sentiments et de concepts grandit sur la base &#233;conomique, cette superstructure favorisant puis entravant le d&#233;veloppement &#233;conomique, entre la superstructure et la base na&#238;t une interaction qui permet de comprendre tous ces ph&#233;nom&#232;nes qui, &#224; premi&#232;re vue, semblent contredire la th&#232;se fondamentale du mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que les &#034;critiques&#034; de Marx ont dit jusqu'&#224; pr&#233;sent au sujet de la pr&#233;tendue partialit&#233; du marxisme et de sa pr&#233;tendue indiff&#233;rence vis-&#224;-vis de tous les &#171; facteurs &#187; du d&#233;veloppement social, sauf ceux li&#233;s &#224; l'&#233;conomie, a &#233;t&#233; motiv&#233; par un manque de compr&#233;hension du r&#244;le assign&#233; par Marx et Engels &#224; l' interaction entre &#171; base &#187; et &#171; superstructure &#187;. Pour se rendre compte, par exemple, que Marx et Engels ont peu ignor&#233; l'importance du facteur politique, il suffit de lire les pages du &#171; Manifeste du Parti communiste &#187; qui font r&#233;f&#233;rence au mouvement de lib&#233;ration de la bourgeoisie. L&#224; on nous dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Classe opprim&#233;e par le despotisme f&#233;odal, association arm&#233;e s'administrant elle-m&#234;me dans la commune, ici, r&#233;publique urbaine ind&#233;pendante ; l&#224;, tiers &#233;tat taillable et corv&#233;able de la monarchie, puis, durant la p&#233;riode manufacturi&#232;re, contrepoids de la noblesse dans la monarchie f&#233;odale ou absolue, pierre angulaire des grandes monarchies, la bourgeoisie, depuis l'&#233;tablissement de la grande industrie et du march&#233; mondial, s'est finalement empar&#233;e de la souverainet&#233; politique exclusive dans l'Etat repr&#233;sentatif moderne. Le gouvernement moderne n'est qu'un comit&#233; qui g&#232;re les affaires communes de la classe bourgeoise tout enti&#232;re. &#187; [118]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance du &#171; facteur &#187; politique est si clairement r&#233;v&#233;l&#233;e ici que certains &#171; critiques &#187; le consid&#232;rent m&#234;me trop ind&#251;ment soulign&#233;. Mais l'origine et la force de ce &#171; facteur &#187;, ainsi que son mode de fonctionnement &#224; chaque p&#233;riode du d&#233;veloppement de la bourgeoisie, sont eux-m&#234;mes expliqu&#233;s dans le &#171; Manifeste &#187; par l'&#233;volution du d&#233;veloppement &#233;conomique, &#224; la suite de quoi ce facteur ne perturbe en aucun cas l'unit&#233; de la cause fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations politiques influencent indubitablement le mouvement &#233;conomique, mais il est &#233;galement indiscutable qu'avant d'influencer ce mouvement, elles sont cr&#233;&#233;es par ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de la mentalit&#233; de l'homme en tant qu'&#234;tre social, de ce que Stammler [119] a appel&#233; de fa&#231;on un peu unilat&#233;rale des concepts sociaux. Le &#171; Manifeste &#187; fournit une preuve convaincante que ses auteurs &#233;taient bien conscients de l'importance du &#171; facteur &#187; id&#233;ologique. Cependant, dans le m&#234;me manifeste, nous voyons que, m&#234;me si le &#171; facteur &#187; id&#233;ologique joue un r&#244;le important dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;, il est lui-m&#234;me cr&#233;&#233; auparavant par ce d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lorsque le monde antique &#233;tait dans ses derni&#232;res affres, le christianisme a vaincu les religions anciennes. Lorsque les id&#233;es chr&#233;tiennes ont c&#233;d&#233; au dix-huiti&#232;me si&#232;cle aux id&#233;es rationalistes, la soci&#233;t&#233; f&#233;odale a men&#233; sa bataille &#224; mort contre la bourgeoisie alors r&#233;volutionnaire. &#187; [120]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, le dernier chapitre du &#171; Manifeste &#187; est encore plus convaincant. Ses auteurs nous disent que les communistes ne cessent jamais d'instaurer dans l'esprit des travailleurs la reconnaissance la plus claire possible de l'antagonisme hostile entre les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et du prol&#233;tariat. Il est facile de comprendre que celui qui n'accorde aucune importance au &#171; facteur &#187; id&#233;ologique n'a aucune raison logique d'essayer d'instaurer une telle reconnaissance dans l'esprit d'un groupe social quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai cit&#233; le &#171; Manifeste &#187; de pr&#233;f&#233;rence &#224; d'autres ouvrages de Marx et Engels, car il fait partie du d&#233;but de leurs activit&#233;s lorsque - comme certains de leurs d&#233;tracteurs nous l'ont assur&#233; -, ils &#233;taient particuli&#232;rement &#171; unilat&#233;raux &#187; dans leur compr&#233;hension de la relation entre les &#171; facteurs &#187; de d&#233;veloppement social. Nous voyons cependant clairement que, &#224; cette &#233;poque aussi, ils se distinguaient, non pas par un &#171; unilat&#233;ral &#187;, mais seulement par un effort pour le monisme, une aversion pour l'&#233;clectisme, si manifeste dans les remarques de leurs &#171; critiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est souvent fait r&#233;f&#233;rence &#224; deux lettres d'Engels, toutes deux publi&#233;es dans Sozialistischer Akademiker. L'une a &#233;t&#233; &#233;crite en 1890, l'autre en 1894. &#192; un moment donn&#233;, M. Bernstein a fait grand cas de ces lettres qui, pensait-il, contenaient un t&#233;moignage &#233;vident de l'&#233;volution qui s'&#233;tait produite au cours du temps sous le regard de l'ami de Marx, collaborateur. Il en a tir&#233; deux extraits, qu'il a jug&#233;s les plus convaincants &#224; cet &#233;gard, et qu'il me semble n&#233;cessaire de reproduire ici, dans la mesure o&#249; ils prouvent l'inverse de ce que M. Bernstein devait prouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le premier de ces extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ainsi, il existe d'innombrables forces qui se croisent, une s&#233;rie infinie de parall&#233;logrammes de forces qui donnent lieu &#224; une r&#233;sultante : l'&#233;v&#233;nement historique. Cela peut &#224; son tour &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le produit d'un pouvoir qui fonctionne dans son ensemble, inconsciemment et sans volont&#233;. Car ce que chaque individu veut est obstru&#233; par tout le monde et ce qui en ressort est quelque chose que personne ne voulait. &#187; (Lettre de 1890) [121]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le deuxi&#232;me extrait : &#171; Le d&#233;veloppement politique, juridique, philosophique, religieux, litt&#233;raire, artistique, etc. est bas&#233; sur le d&#233;veloppement &#233;conomique. Mais tous r&#233;agissent les uns sur les autres et sur la base &#233;conomique. &#187; (Lettre de 1894) [122]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Bernstein estime que &#034;cela semble quelque peu diff&#233;rent&#034; de la pr&#233;face de &#171; Critique de l'&#233;conomie politique &#187;, qui parle des liens entre la &#034;base&#034; &#233;conomique et la &#034;superstructure&#034; qui la surmonte. Mais en quoi cela semble-t-il diff&#233;rent ? Ce qui est dit dans la pr&#233;face est r&#233;p&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire que le d&#233;veloppement politique et tous les autres types de d&#233;veloppement reposent sur le d&#233;veloppement &#233;conomique. M. Bernstein semble avoir &#233;t&#233; induit en erreur par les mots suivants : &#171; Mais tous r&#233;agissent les uns sur les autres et aussi sur le fondement &#233;conomique &#187;. M. Bernstein lui-m&#234;me semble avoir compris la pr&#233;face de &#171; Critique de l'&#233;conomie politique &#187; diff&#233;remment, en ce sens que la &#171; superstructure &#187; sociale et id&#233;ologique qui se d&#233;veloppe sur la &#171; base &#187; &#233;conomique n'exerce aucune influence, &#224; son tour, sur cette &#171; base &#187;. Cependant, nous savons d&#233;j&#224; que rien ne peut &#234;tre plus erron&#233; qu'une telle compr&#233;hension de la pens&#233;e de Marx. Ceux qui ont observ&#233; les exercices &#171; critiques &#187; de M. Bernstein ne peuvent que hausser les &#233;paules quand ils voient un homme qui s'est engag&#233; jadis &#224; populariser le marxisme &#233;chouant d'abord &#224; en comprendre le sens - ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, incapable de le faire comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde des lettres cit&#233;es par M. Bernstein contient des passages qui rev&#234;tent probablement une plus grande importance pour la compr&#233;hension de la port&#233;e causale de la th&#233;orie historique de Marx et Engels que les lignes que j'ai cit&#233;es et que M. Bernstein a si mal comprises. Un de ces passages se lit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La situation &#233;conomique ne produit donc pas d'effet automatique comme on essaie de l'imaginer ici et l&#224;, mais les hommes font leur histoire eux-m&#234;mes et ils le font cependant dans un environnement donn&#233;, qui les conditionne, et sur la base de relations existantes, parmi lesquelles les relations &#233;conomiques - m&#234;me si elles peuvent &#234;tre influenc&#233;es par d'autres relations politiques et id&#233;ologiques - sont toujours les relations qui sont d&#233;cisives, formant le discours principal qui conduit seul &#224; la compr&#233;hension. &#187; [123]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, M. Bernstein lui-m&#234;me, &#224; l'&#233;poque de son humeur &#171; marxiste orthodoxe &#187;, faisait partie du peuple &#171; ici et l&#224; &#187; qui interpr&#232;te la doctrine historique de Marx et Engels en ce sens que, dans l'histoire, &#171; la situation &#233;conomique produit un effet &#187;. Ceux-ci incluent &#233;galement de tr&#232;s nombreux &#171; critiques &#187; de Marx qui sont pass&#233;s &#224; l'inverse &#171; du marxisme &#224; l'id&#233;alisme &#187;. Ces penseurs profonds expriment une grande satisfaction d'eux-m&#234;mes lorsqu'ils critiquent Marx et Engels et leur reprochent d'&#234;tre &#171; unilat&#233;raux &#187; dans la formule selon laquelle l'histoire est faite par les hommes et non par le mouvement automatique de l'&#233;conomie. Ils offrent &#224; Marx ce qu'il leur a lui-m&#234;me donn&#233; et, dans leur simplicit&#233; d'esprit sans bornes, ils ne r&#233;alisent m&#234;me pas que le &#034;Marx&#034; qu'ils &#034;critiquent &#034; n'a rien d'autre de commun avec le v&#233;ritable Marx que son nom, puisqu'il est leur propre cr&#233;ation et est vraiment fond&#233; sur une incompr&#233;hension sur plusieurs plans du sujet. Il est naturel que les &#034;critiques&#034; d'un tel calibre soient absolument incapables de &#034;compl&#233;ter&#034; ou de &#034;modifier&#034; quoi que ce soit dans le mat&#233;rialisme historique. Par cons&#233;quent, je ne les traiterai plus et je passerai aux &#171; fondateurs &#187; de cette th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de la plus haute importance de noter que lorsque Engels, peu avant sa mort, niait la compr&#233;hension &#171; automatique &#187; du fonctionnement historique de l'&#233;conomie, il ne faisait que r&#233;p&#233;ter (presque dans les m&#234;mes termes) et expliquer ce que Marx avait &#233;crit jusqu'&#224; pr&#233;sent. en 1845, dans la troisi&#232;me th&#232;se sur Feuerbach, cit&#233;e plus haut. L&#224;, Marx a reproch&#233; aux mat&#233;rialistes d'avoir oubli&#233; que si &#171; les hommes sont le produit de circonstances, c'est les hommes qui changent les situations &#187;. [124] Par cons&#233;quent, la t&#226;che du mat&#233;rialisme dans le domaine de l'histoire consistait, comme l'avait compris Marx, &#224; expliquer pr&#233;cis&#233;ment de quelle mani&#232;re les &#171; circonstances &#187; peuvent &#234;tre modifi&#233;es par ceux qui sont eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;s par elles. Ce probl&#232;me a &#233;t&#233; r&#233;solu par la r&#233;f&#233;rence aux rapports de production qui se d&#233;veloppent sous l'influence de conditions ind&#233;pendantes de la volont&#233; humaine. Les relations de production sont les relations entre les &#234;tres humains dans le processus social de production. Dire que les relations de production ont chang&#233; signifie dire que les relations mutuelles ont chang&#233; entre les personnes engag&#233;es dans ce processus. Un changement dans ces relations ne peut pas se produire &#034;automatiquement&#034;, c'est-&#224;-dire ind&#233;pendamment de l'activit&#233; humaine, car ce sont des relations &#233;tablies entre les hommes dans le processus de leurs activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces relations peuvent subir des changements - et m&#234;me changent souvent - dans une direction tr&#232;s &#233;loign&#233;e de celle dans laquelle les gens voudraient qu'elles changent. Le caract&#232;re de la &#034;structure &#233;conomique&#034; et la direction dans laquelle ce caract&#232;re change d&#233;pendent, non de la volont&#233; humaine, mais de l'&#233;tat des forces productives et des changements sp&#233;cifiques des relations de production qui se produisent et deviennent n&#233;cessaires &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; la suite du d&#233;veloppement ult&#233;rieur de ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels explique cela dans les termes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les hommes font leur histoire eux-m&#234;mes, mais jusqu'ici ils ne se conforment pas &#224; une volont&#233; collective, selon un plan d'ensemble, et cela m&#234;me pas dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, organis&#233;e, donn&#233;e. Leurs efforts se contrecarrent, et c'est pr&#233;cis&#233;ment la raison pour laquelle r&#232;gne, dans toutes les soci&#233;t&#233;s de ce genre, la n&#233;cessit&#233; compl&#233;t&#233;e et manifest&#233;e par la contingence. &#187; [125]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, l'activit&#233; humaine est elle-m&#234;me d&#233;finie comme n'&#233;tant pas libre, mais &#171; n&#233;cessaire &#187;, c'est- &#224;-dire conforme &#224; une loi et donc susceptible de devenir un objet d'&#233;tude scientifique. Ainsi, tout en rappelant toujours que les circonstances changent de la part des hommes, le mat&#233;rialisme historique nous permet en m&#234;me temps, pour la premi&#232;re fois, d'examiner le processus de ce changement du point de vue de la science. C'est pourquoi nous avons parfaitement le droit de dire que l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire fournit les prol&#233;gom&#232;nes n&#233;cessaires &#224; toute doctrine sur la soci&#233;t&#233; humaine pr&#233;tendant &#234;tre une science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tellement vrai qu'actuellement, l'&#233;tude de tout aspect de la vie sociale n'a de signification scientifique que dans la mesure o&#249; elle se rapproche d'une explication mat&#233;rialiste de cette vie. En d&#233;pit de la &#171; renaissance de l'id&#233;alisme &#187; tant vant&#233; dans les sciences sociales, cette explication devient de plus en plus courante partout o&#249; les chercheurs s'abstiennent de s'adonner &#224; la m&#233;ditation &#233;difiante et au verbiage sur &#034;l'id&#233;al&#034;, mais se donnent pour t&#226;che scientifique de d&#233;couvrir les liens de causalit&#233; entre des ph&#233;nom&#232;nes. Aujourd'hui, m&#234;me les personnes qui non seulement n'adh&#232;rent pas &#224; la vision mat&#233;rialiste de l'histoire, mais n'en ont pas la moindre id&#233;e, font preuve de mat&#233;rialisme dans leurs recherches historiques. C'est ici que leur ignorance de ce point de vue, ou leurs pr&#233;jug&#233;s &#224; son encontre, qui g&#234;ne la compr&#233;hension de tous ses aspects, conduit effectivement &#224; la partialit&#233; et &#224; l'&#233;troitesse des concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une bonne illustration. Il y a dix ans, Alfred Espinas, [126], l'&#233;rudit fran&#231;ais (et incidemment un ennemi acharn&#233; des socialistes d'aujourd'hui), a publi&#233; une &#171; &#233;tude sociologique &#187; fort int&#233;ressante - du moins dans sa conception - intitul&#233;e &#171; Les origines de la technologie &#187;. Dans ce livre, l'auteur, partant de la proposition purement mat&#233;rialiste selon laquelle la pratique pr&#233;c&#232;de toujours la th&#233;orie dans l'histoire de l'humanit&#233;, examine l'influence de la technologie sur le d&#233;veloppement de l'id&#233;ologie, ou plus pr&#233;cis&#233;ment sur le d&#233;veloppement de la religion et de la philosophie dans le Gr&#232;ce antique. Il arrive &#224; la conclusion que, &#224; chaque p&#233;riode de ce d&#233;veloppement, la vision du monde des anciens Grecs &#233;tait d&#233;termin&#233;e par l'&#233;tat de leurs forces productives. Ceci est, bien s&#251;r, une conclusion extr&#234;mement int&#233;ressante et importante, mais quiconque habitu&#233; consciemment &#224; appliquer le mat&#233;rialisme &#224; une explication d'&#233;v&#233;nements historiques peut, &#224; la lecture de &#034;l'&#233;tude&#034; d'Espinas, constater que la vue qui y est exprim&#233;e est unilat&#233;rale. C'est la raison pour laquelle le savant fran&#231;ais n'a pr&#234;t&#233; aucune attention aux autres &#171; facteurs &#187; du d&#233;veloppement de l'id&#233;ologie, tels que, par exemple, la lutte des classes. Pourtant, ce dernier facteur rev&#234;t une importance vraiment exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; primitive, qui ne conna&#238;t pas de division en classes, les activit&#233;s productives de l'homme exercent une influence directe sur sa vision du monde et ses go&#251;ts esth&#233;tiques. L'art d&#233;coratif qui tire ses motifs de la technologie, et la danse - probablement le plus important des arts dans une telle soci&#233;t&#233; - n'imite souvent que le processus de production. Cela est particuli&#232;rement visible dans les tribus de chasseurs, qui se situent au plus bas niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique connu. [127] C'est pour cette raison que je les ai principalement mentionn&#233;s lorsque je parlais de la d&#233;pendance de la mentalit&#233; des hommes primitifs &#224; l'&#233;gard de leurs activit&#233;s &#233;conomiques. Cependant, dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes, l'impact direct de ces activit&#233;s sur l'id&#233;ologie devient beaucoup moins perceptible. C'est compr&#233;hensible. Si, par exemple, l'une des danses de femmes autochtones australiennes reproduit le travail de cueillette de racines, il va sans dire qu'aucune des danses gracieuses avec lesquelles, par exemple, les belles dames de la France du XVIIIe si&#232;cle s'amusaient elles-m&#234;mes ne pouvait repr&#233;senter pour ces dames un travail productif, car elles ne se sont pas livr&#233;es &#224; ce travail, pr&#233;f&#233;rant se consacrer principalement &#224; la &#171; science de la tendre passion &#187;. Pour comprendre la danse des femmes indig&#232;nes australiennes, il suffit de conna&#238;tre le r&#244;le jou&#233; par les femmes dans la vie de la tribu australienne. Mais pour comprendre le menuet, par exemple, il est absolument insuffisant de conna&#238;tre l'&#233;conomie de la France au XVIIIe si&#232;cle. Il s'agit ici d'une danse exprimant la psychologie d'une classe non productive. Une telle psychologie repr&#233;sente la grande majorit&#233; des &#171; coutumes et conventions &#187; de la soi-disant bonne soci&#233;t&#233;. Par cons&#233;quent, dans ce cas, le &#171; facteur &#187; &#233;conomique vient en second lieu par rapport au &#171; facteur &#187; psychologique. Cependant, il ne faut pas oublier que l'apparition de classes non productives dans une soci&#233;t&#233; est un produit du d&#233;veloppement &#233;conomique de cette derni&#232;re. Par cons&#233;quent, le &#171; facteur &#187; &#233;conomique conserve son importance pr&#233;dominante m&#234;me quand il est inf&#233;rieur aux autres. De plus, c'est alors que cette signification se fait sentir, car c'est alors qu'elle d&#233;termine la possibilit&#233; et les limites de l'influence d'autres &#171; facteurs &#187;. [128]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout. M&#234;me lorsqu'elle participe au processus de production en qualit&#233; de leader, la classe sup&#233;rieure consid&#232;re la classe inf&#233;rieure avec un d&#233;dain qu'elle ne cache pas. Cela aussi se refl&#232;te dans les id&#233;ologies des deux classes. Les fabliaux m&#233;di&#233;vaux fran&#231;ais, et en particulier les chansons de gestes, d&#233;peignent le paysan de l'&#233;poque de la mani&#232;re la moins attrayante. Si nous devons les croire, alors :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les vilains sont de laide forme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi tr&#232;s laide ne vit maison ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de quinze pieds de taille ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En aucun ne semblant joyeux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sont de trop laide mani&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bossus sont devant et derri&#232;re ... &#187; [129]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans, bien s&#251;r, se voyaient sous un jour diff&#233;rent. Indign&#233;s par l'arrogance des seigneurs f&#233;odaux, ils ont chant&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes des hommes, tous comme eux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et capables de souffrir, tout autant qu'eux. &#187; [130]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils ont demand&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand Adam b&#234;chait et qu'Eve filait,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait alors le seigneur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Phrase fameuse des paysans r&#233;volutionnaires, accusant les nobles de n'avoir pas exist&#233; aux temps bibliques et de se servir ind&#251;ment de l'Ancien Testament pour justifier leur existence de classe privil&#233;gi&#233;e. Note M et R)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, chacune de ces deux classes consid&#233;rait les choses de son propre point de vue, qui &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa position dans la soci&#233;t&#233;. La psychologie des parties en conflit &#233;tait color&#233;e par la lutte des classes. Tel &#233;tait bien entendu le cas, pas seulement au Moyen &#194;ge et pas seulement en France. Plus la lutte des classes s'&#233;tait intensifi&#233;e dans un pays et &#224; un moment donn&#233;, plus son influence sur la psychologie des classes en conflit a &#233;t&#233; forte. Celui qui &#233;tudiera l'histoire des id&#233;ologies dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes doit s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; cette influence ; sinon il sera compl&#232;tement noy&#233;. Essayez de donner une explication carr&#233;ment &#233;conomique de l'apparition de l'&#233;cole de peinture David dans la France du XVIIIe si&#232;cle, une telle tentative n'aboutirait qu'&#224; une absurdit&#233; ridicule et sans int&#233;r&#234;t. Mais si vous consid&#233;rez cette &#233;cole comme un reflet id&#233;ologique de la lutte des classes dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#224; la veille de la Grande R&#233;volution, la question prendra imm&#233;diatement un aspect tout &#224; fait diff&#233;rent : m&#234;me ces qualit&#233;s de l'art de David qui, semble-t-il, &#233;taient si tr&#232;s loin de l'&#233;conomie sociale qu'ils ne peuvent en aucun cas &#234;tre li&#233;s &#224; celle-ci, deviendront pleinement compr&#233;hensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour l'histoire des id&#233;ologies de la Gr&#232;ce antique, une histoire qui a le plus profond&#233;ment ressenti l'impact de la lutte des classes. Cet impact n'a pas &#233;t&#233; suffisamment d&#233;montr&#233; dans l'&#233;tude int&#233;ressante d'Espinas, &#224; la suite de laquelle ses conclusions importantes ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par un certain biais. On pourrait citer aujourd'hui un nombre non n&#233;gligeable de tels exemples, et ils montreraient tous que l'influence du mat&#233;rialisme de Marx sur de nombreux experts actuels serait de la plus haute valeur en ce sens qu'elle leur apprendrait &#233;galement &#224; prendre en compte les &#034;facteurs&#034; autres que technique et &#233;conomique. Cela semble paradoxal, mais c'est une v&#233;rit&#233; ind&#233;niable, qui ne nous surprendra plus si nous nous rappelons que, bien qu'il explique tout mouvement social en tant que r&#233;sultat du d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, Marx explique tr&#232;s souvent ainsi que ce mouvement n'est que le r&#233;sultat final, c'est-&#224;-dire qu'il prend pour acquis qu'un certain nombre de &#171; facteurs &#187; diff&#233;rents joueront dans l'intervalle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tendance, diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; celle que nous venons de voir avec Espinas, commence &#224; se r&#233;v&#233;ler dans la science actuelle - une tendance &#224; expliquer l'histoire des id&#233;es exclusivement par l'influence de la lutte des classes. Cette tendance parfaitement nouvelle et encore discr&#232;te est n&#233;e sous l'influence directe du mat&#233;rialisme historique marxiste. Nous la voyons dans les &#233;crits de l'auteur grec A Eleutheropoulos [131], dont l'ouvrage principal est &#171; &#201;conomie et philosophie, tome 1 : La philosophie et le concept de vie des Grecs en raison des conditions sociales &#187; ; et Volume 2 : &#171; Philosophie et mode de vie des peuples germano-romains &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; &#224; Berlin en 1900. Eleutheropoulos est convaincu que la philosophie de chaque &#233;poque exprime sa &#171; vision du monde et son point de vue sur la vie &#187;. &#192; proprement parler, il n'y a rien de nouveau &#224; ce sujet. Hegel a d&#233;j&#224; dit que chaque philosophie n'est que l'expression id&#233;ologique de son temps. Chez Hegel, cependant, les caract&#233;ristiques des diff&#233;rentes &#233;poques et, par cons&#233;quent, des phases correspondantes du d&#233;veloppement de la philosophie ont &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;es par le mouvement de l'Id&#233;e Absolue, alors que chez Eleutheropoulos, toute &#233;poque est caract&#233;ris&#233;e principalement par sa condition &#233;conomique. L'&#233;conomie d'un peuple d&#233;termine sa &#171; compr&#233;hension de la vie et du monde &#187;, qui s'exprime notamment dans sa philosophie. Avec un changement de la base &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la superstructure id&#233;ologique change &#233;galement. Dans la mesure o&#249; le d&#233;veloppement &#233;conomique conduit &#224; la division de la soci&#233;t&#233; en classes et &#224; une lutte entre ces derni&#232;res, la &#171; compr&#233;hension de la vie et du monde &#187; propre &#224; une p&#233;riode donn&#233;e n'a pas un caract&#232;re uniforme. Il varie selon les classes et subit des modifications en fonction de leur position, de leurs besoins et aspirations et du d&#233;roulement de leur lutte mutuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le point de vue &#224; partir duquel Eleutheropoulos consid&#232;re l'ensemble de l'histoire de la philosophie. Il va de soi que ce point de vue m&#233;rite la plus grande attention et la plus grande approbation. Pendant assez longtemps, on a pu constater dans la litt&#233;rature philosophique un m&#233;contentement vis-&#224;-vis de la conception habituelle de l'histoire de la philosophie comme une simple filiation des syst&#232;mes philosophiques. Dans un pamphlet publi&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1880 et traitant des moyens d'&#233;tudier l'histoire de la philosophie, le c&#233;l&#232;bre &#233;crivain fran&#231;ais Picavet a d&#233;clar&#233; que, prise &#224; elle seule, une telle filiation n'explique gu&#232;re. L'apparition de l'&#339;uvre d'Eleutheropoulos aurait pu &#234;tre accueillie comme une nouvelle &#233;tape dans l'&#233;tude de l'histoire de la philosophie et comme une victoire du mat&#233;rialisme historique dans son application &#224; une id&#233;ologie tr&#232;s &#233;loign&#233;e de l'&#233;conomie. H&#233;las, Eleutheropoulos n'a pas fait preuve de beaucoup d'habilet&#233; &#224; utiliser la m&#233;thode dialectique de ce mat&#233;rialisme. Il a trop simplifi&#233; les probl&#232;mes auxquels il &#233;tait confront&#233; et, pour cette seule raison, n'a pas r&#233;ussi &#224; proposer de solutions autres que les solutions tr&#232;s unilat&#233;rales et donc tr&#232;s insatisfaisantes. Citons son &#233;valuation de Xenophane. Selon Eleutheropoulos, X&#233;nophane exprimait dans le domaine de la philosophie les aspirations du prol&#233;tariat grec. Il &#233;tait le Rousseau de son temps. [133] Il souhaitait une r&#233;forme sociale au sens de l'&#233;galit&#233; et de l'unit&#233; de tous les citoyens, et sa doctrine de l'unit&#233; de l'&#234;tre ne constituait que le fondement th&#233;orique de ses projets de r&#233;forme. C'est &#224; partir de ce fondement th&#233;orique des aspirations r&#233;formatrices de X&#233;nophane que tous les d&#233;tails de sa philosophie se sont d&#233;velopp&#233;s, en commen&#231;ant par sa vision de Dieu et en terminant par sa doctrine de l'illusion des repr&#233;sentations re&#231;ues &#224; travers nos sens. [135]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie d'H&#233;raclite, le &#171; Philosophe noir &#187;, a &#233;t&#233; engendr&#233;e par la r&#233;action de l'aristocratie contre les aspirations r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat grec. Selon cette philosophie, l'&#233;galit&#233; universelle est impossible, car la nature elle-m&#234;me a rendu les hommes in&#233;gaux. Chaque homme devrait se contenter de son sort. Ce n'est pas le renversement de l'ordre existant qui devrait &#234;tre aspir&#233; dans l'&#201;tat, mais l'&#233;limination de l'usage arbitraire du pouvoir, qui est possible &#224; la fois sous le r&#233;gime de quelques - uns et sous le r&#233;gime des masses. Le pouvoir devrait appartenir &#224; la loi, qui est une expression de la loi divine. La loi divine n'interdit pas l'unit&#233;, mais l'unit&#233; qui est en accord avec celle-ci est une unit&#233; d'oppos&#233;s. La mise en &#339;uvre des plans de X&#233;nophane serait une violation de la loi divine. En d&#233;veloppant et en &#233;tayant cette id&#233;e, H&#233;raclite a cr&#233;&#233; sa doctrine dialectique de Devenir. [136]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du moins ce qu'affirme Eleutheropoulos. Le manque d'espace m'emp&#234;che de citer davantage d'exemples de son analyse des causes qui ont d&#233;termin&#233; l'&#233;volution de la philosophie. Il n'y a pratiquement pas besoin d'en faire la critique : j'esp&#232;re que le lecteur verra par lui-m&#234;me que cette analyse doit &#234;tre jug&#233;e peu satisfaisante. Le processus de d&#233;veloppement des id&#233;ologies est en g&#233;n&#233;ral incomparablement plus complexe que celui imagin&#233; par Eleutheropoulos. [137] En lisant ses id&#233;es trop simplistes sur l'influence de la lutte des classes sur l'histoire de la philosophie, vous commencez &#224; regretter qu'il semble ignorer le livre pr&#233;cit&#233; d'Espinas : le caract&#232;re unilat&#233;ral inh&#233;rent &#224; ce dernier ouvrage, s'il se superposait &#224; son propre unilat&#233;ralisme, lui aurait peut-&#234;tre permis de corriger beaucoup de choses dans son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la tentative infructueuse d'Eleutheropoulos t&#233;moigne &#224; nouveau de la proposition - inattendue pour beaucoup - qu'une assimilation plus approfondie du mat&#233;rialisme historique de Marx serait utile &#224; de nombreux chercheurs contemporains, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle les sauv&#233; de l'unilat&#233;risme. Eleutheropoulos conna&#238;t ce mat&#233;rialisme, mais mal. Cela est corrobor&#233; par la &#171; correction &#187; qu'il a jug&#233; bon d'y apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il remarque que les relations &#233;conomiques d'un peuple donn&#233; ne d&#233;terminent que &#171; la n&#233;cessit&#233; de son d&#233;veloppement &#187;. Ce dernier est lui-m&#234;me une affaire d'individualit&#233;, de sorte que la &#171; compr&#233;hension de la vie et du monde &#187; de ce peuple est d&#233;termin&#233;e dans son contenu, d'une part, par son caract&#232;re et le caract&#232;re du pays qu'il habite ; deuxi&#232;mement, par ses besoins ; et troisi&#232;mement, par les qualit&#233;s personnelles de ceux qui se pr&#233;sentent comme des r&#233;formateurs. Selon Eleutheropoulos, ce n'est que dans ce sens que l'on peut parler du rapport de la philosophie &#224; l'&#233;conomie. La philosophie r&#233;pond aux exigences de son temps et le fait conform&#233;ment &#224; la personnalit&#233; du philosophe. [138]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eleutheropoulos pense probablement que cette conception de la relation entre la philosophie et l'&#233;conomie diff&#232;re de la conception mat&#233;rialiste de Marx et Engels. Il juge n&#233;cessaire de donner un nouveau nom &#224; son interpr&#233;tation de l'histoire en l'appelant &#171; la th&#233;orie grecque du devenir &#187;. [139] C'est tout simplement ridicule, et tout ce que l'on peut dire &#224; ce propos, c'est que la &#171; th&#233;orie grecque du devenir &#187;, qui n'est en r&#233;alit&#233; que du mat&#233;rialisme historique assez mal dig&#233;r&#233; et maladroitement expos&#233;, promet n&#233;anmoins bien plus que ce que donne r&#233;ellement Eleutheropoulos, lorsqu'il d&#233;crit sa m&#233;thode pour l'appliquer, car il s'&#233;loigne compl&#232;tement de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la &#034;personnalit&#233; du philosophe&#034; et, en g&#233;n&#233;ral, de toute personne qui laisse une empreinte sur l'histoire de l'humanit&#233;, ceux qui s'imaginent que la th&#233;orie de Marx et Engels n'y laisse aucune place sont dans une erreur grossi&#232;re. Elle a tout &#224; fait laiss&#233; une place pour cela, mais elle a &#233;galement pu &#233;viter en m&#234;me temps que les activit&#233;s de toute &#171; personnalit&#233; &#187; ne soient contredites de mani&#232;re inacceptable par la n&#233;cessit&#233; des circonstances &#233;conomiques. Quiconque recourt &#224; de telles contradictions prouve ainsi qu'il a tr&#232;s peu compris l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire. La th&#232;se fondamentale du mat&#233;rialisme historique, comme je l'ai r&#233;p&#233;t&#233; plus d'une fois, est que l'histoire est faite par les hommes. Cela &#233;tant, il est manifeste qu'elle est faite aussi par des &#171; grands hommes &#187;. Il ne reste plus qu'&#224; &#233;tablir en quoi les activit&#233;s de ces hommes sont d&#233;termin&#233;es. Voici ce qu'Engels &#233;crit &#224; ce propos dans l'une des deux lettres cit&#233;es ci-dessus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que tel homme, et pr&#233;cis&#233;ment cet homme, apparaisse &#224; un moment donn&#233; dans un pays donn&#233; est, bien entendu, un pur hasard. Mais si on l'&#233;limine, il y aura une demande pour un rempla&#231;ant, et ce substitut sera trouv&#233;, bon ou mauvais, mais &#224; long terme, il le sera. Que Napol&#233;on, ce Corse en particulier, ait &#233;t&#233; le dictateur militaire que la R&#233;publique fran&#231;aise, &#233;puis&#233;e par sa propre guerre, avait trouv&#233; n&#233;cessaire, &#233;tait un hasard ; mais que, si Napol&#233;on avait fait d&#233;faut, un autre aurait rempli la place, cela est prouv&#233; par le fait qu'un homme &#233;tait toujours trouv&#233; d&#232;s qu'il le faut : C&#233;sar, Auguste, Cromwell, etc. Tandis que Marx d&#233;couvrait la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, Thierry, Mignet, Guizot et tous les historiens anglais jusqu'en 1850 t&#233;moignent de sa volont&#233;, et la d&#233;couverte de la m&#234;me conception par Morgan prouve que le moment &#233;tait venu et qu'il fallait simplement la d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il y a toutes les autres contingences et hasards apparents de l'histoire. Plus la sph&#232;re particuli&#232;re que nous &#233;tudions est &#233;loign&#233;e de la sph&#232;re &#233;conomique et se rapproche de celle d'une id&#233;ologie abstraite pure, plus nous la trouverons pr&#233;sentant des accidents dans son d&#233;veloppement, plus sa courbe suivra en zigzag. Mais si vous tracez l'axe moyen de la courbe, vous constaterez que cet axe sera de plus en plus parall&#232;le &#224; l'axe du d&#233;veloppement &#233;conomique, plus la p&#233;riode consid&#233;r&#233;e sera longue et plus le champ trait&#233; sera vaste. &#187; [140]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; personnalit&#233; &#187; de quiconque a obtenu une distinction dans le domaine spirituel ou social fait partie des accidents dont l'apparition n'appara&#238;t pas comme un obstacle &#224; l'axe &#171; moyen &#187; du d&#233;veloppement intellectuel de l'humanit&#233;, parall&#232;le &#224; celui de son d&#233;veloppement &#233;conomique. [141] Eleutheropoulos aurait mieux compris s'il avait r&#233;fl&#233;chi plus attentivement &#224; la th&#233;orie historique de Marx et avait moins le souci de produire sa propre &#034; th&#233;orie grecque&#034;. [142]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile d'ajouter que nous sommes encore loin d'&#234;tre toujours capables de d&#233;couvrir le lien de causalit&#233; entre l'apparition d'une vision philosophique donn&#233;e et la situation &#233;conomique de la p&#233;riode en question. La raison en est que nous commen&#231;ons seulement &#224; travailler dans cette direction ; Si nous &#233;tions d&#233;j&#224; en mesure de r&#233;pondre &#224; toutes les questions - ou du moins &#224; la plupart des questions - qui se posent &#224; cet &#233;gard, cela voudrait dire que nos travaux &#233;taient d&#233;j&#224; termin&#233;s ou sur le point de l'&#234;tre. Ce qui a une importance d&#233;cisive dans ce cas n'est pas le fait que nous ne pouvons pas encore faire face &#224; toutes les difficult&#233;s auxquelles nous sommes confront&#233;s dans ce domaine ; il n'existe pas non plus de m&#233;thode permettant de supprimer d'un coup toutes les difficult&#233;s d'une science. L'important est qu'il est incomparablement plus facile pour l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire d'y faire face que pour l'explication id&#233;aliste ou &#233;clectique. Cela est corrobor&#233; par le fait que la pens&#233;e scientifique dans le domaine de l'histoire a &#233;t&#233; tr&#232;s attir&#233;e par l'explication mat&#233;rialiste des &#233;v&#233;nements, l'a pour ainsi dire constamment recherch&#233;e depuis la p&#233;riode de la Restauration. [143] &#192; ce jour, elle n'a pas cess&#233; de graviter autour d'elle et de la rechercher, malgr&#233; la belle indignation que cela suscite, chez tout id&#233;ologue de la bourgeoisie qui se respecte, chaque fois qu'il entend le mot mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me illustration de l'in&#233;vitabilit&#233; actuelle des tentatives visant &#224; trouver une explication mat&#233;rialiste de tous les aspects de la culture humaine est fournie dans le livre de Franz Feuerherd, &#171; L'&#233;mergence de genres d'&#233;conomie politique &#187;, Part 1 (Brunswick et Leipzig, 1902).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment au mode de production dominant et &#224; la forme d'Etat ainsi conditionn&#233;e (dit Feuerherd), l'intelligence humaine se d&#233;place dans certaines directions et est exclue des autres. Par cons&#233;quent, l'existence de tout style (en art &#8211; G.Plekhanov) pr&#233;suppose l'existence de personnes qui vivent dans des conditions politiques tout &#224; fait d&#233;finies, sont engag&#233;es dans la production dans des relations de production bien d&#233;finies et ont des id&#233;aux bien d&#233;finis. Dans ces conditions, les hommes cr&#233;ent le style appropri&#233; avec la m&#234;me n&#233;cessit&#233; naturelle et in&#233;vitable que la fa&#231;on dont le lin blanchit, comme le bromure d'argent devient noir, et un arc-en-ciel appara&#238;t dans les nuages d&#232;s que le soleil, en tant que cause, produit tous ces effets. [144]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est vrai, bien s&#251;r, et la circonstance que cela est reconnu par un historien de l'art rev&#234;t un int&#233;r&#234;t particulier. Cependant, lorsque Feuerherd attribue les origines des diff&#233;rents styles grecs aux conditions &#233;conomiques de la Gr&#232;ce antique, il produit un contenu trop sch&#233;matique. Je ne sais pas si la deuxi&#232;me partie de son livre est sortie. Cela ne m'int&#233;resse pas, car il est clair pour moi &#224; quel point il a mal appris la m&#233;thode mat&#233;rialiste moderne. Dans leur sch&#233;matisme, ses arguments rappellent ceux de nos Friche et Rozhkovs [145] de seconde g&#233;n&#233;ration mais de race indig&#232;ne, qui, comme Feuerherd, auraient tout int&#233;r&#234;t &#224; faire d'abord une &#233;tude du mat&#233;rialisme moderne. Seul le marxisme peut les emp&#234;cher de tomber dans le sch&#233;matisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIII&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une controverse avec moi, le regrett&#233; Nikolai Mikhailovsky [146] a d&#233;clar&#233; un jour que la th&#233;orie historique de Marx ne serait jamais tr&#232;s bien accept&#233;e dans le monde universitaire. Nous venons de voir, et nous verrons encore dans ce qui suit, que cette affirmation n'est pas tout &#224; fait correcte. Mais nous devons d'abord &#233;liminer certaines autres id&#233;es fausses qui emp&#234;chent une bonne compr&#233;hension du mat&#233;rialisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulions exprimer en r&#233;sum&#233; le point de vue d&#233;fendu par Marx et Engels en ce qui concerne la relation entre la &#034; base &#034; d&#233;sormais c&#233;l&#233;br&#233;e et la &#034;superstructure &#034; non moins c&#233;l&#232;bre, nous obtiendrions le r&#233;sultat suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les relations &#233;conomiques que ces forces conditionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le syst&#232;me sociopolitique qui s'est d&#233;velopp&#233; sur la &#171; base &#187; &#233;conomique donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La mentalit&#233; de l'homme social, qui est d&#233;termin&#233;e en partie directement par les conditions &#233;conomiques existantes et en partie par tout le syst&#232;me sociopolitique cr&#233;&#233; sur cette base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les diff&#233;rentes id&#233;ologies qui refl&#232;tent les propri&#233;t&#233;s de cette mentalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formule est suffisamment compl&#232;te pour laisser toute la place voulue &#224; toutes les &#171; formes &#187; de d&#233;veloppement historique. En m&#234;me temps, elle ne contient absolument rien de cet &#233;clectisme incapable de d&#233;passer l'interaction entre les diff&#233;rentes forces sociales et ne soup&#231;onne m&#234;me pas le fait que ces forces interagissent n'a fourni aucune solution au probl&#232;me de leur origine. Cette formule est moniste, et cette formule moniste est profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;e de mat&#233;rialisme. Dans sa Philosophie de l'Esprit, Hegel a d&#233;clar&#233; que l'Esprit &#233;tait le seul principe de base de l'histoire. Il est impossible de penser autrement si l'on accepte le point de vue de l'id&#233;alisme qui pr&#233;tend que l'&#234;tre est d&#233;termin&#233; par la pens&#233;e. Le mat&#233;rialisme de Marx montre en quoi l'histoire de la pens&#233;e est d&#233;termin&#233;e par l'histoire de l'&#234;tre. L'id&#233;alisme de Hegel ne l'a cependant pas emp&#234;ch&#233; de reconna&#238;tre les facteurs &#233;conomiques comme une cause &#171; conditionn&#233;e par le d&#233;veloppement de l'Esprit &#187;. De la m&#234;me mani&#232;re, le mat&#233;rialisme n'a pas emp&#234;ch&#233; Marx de reconna&#238;tre l'action, dans l'histoire, de &#171; l'Esprit &#187; en tant que force dont la direction est d&#233;termin&#233;e &#224; tout moment et en derni&#232;re analyse par le cours du d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que toutes les id&#233;ologies aient une racine commune - la psychologie de l'&#233;poque en question - n'est pas difficile &#224; comprendre ; quiconque entreprend la moindre &#233;tude des faits le comprendra. A titre d'exemple, nous pourrions faire r&#233;f&#233;rence au romantisme fran&#231;ais. Victor Hugo, Eug&#232;ne Delacroix et Hector Berlioz ont travaill&#233; dans trois sph&#232;res de l'art totalement diff&#233;rentes. Tous trois &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rents l'un de l'autre. Hugo, du moins, n'aimait pas la musique, tandis que Delacroix accordait peu d'importance aux musiciens romantiques. Pourtant, c'est avec raison que ces trois hommes remarquables ont &#233;t&#233; appel&#233;s la trinit&#233; du romantisme ; leurs &#339;uvres sont le reflet d'une m&#234;me psychologie. On peut dire que le tableau de Delacroix &#171; Dante et Virgile aux enfers &#187; exprime le m&#234;me temp&#233;rament que celui qui dictait son &#171; Hernani &#187; &#224; Victor Hugo et sa &#171; Symphonie fantastique &#187; &#224; Berlioz. Cela a &#233;t&#233; per&#231;u par leurs contemporains, c'est-&#224;-dire par ceux d'entre eux qui en g&#233;n&#233;ral n'&#233;taient pas indiff&#233;rents &#224; la litt&#233;rature et &#224; l'art. Un classique dans ses go&#251;ts, Ingres a qualifi&#233; Berlioz de &#171; musicien abominable, monstre, bandit et ant&#233;christ &#187;. [147] Cela rappelle les opinions flatteuses exprim&#233;es par les classiques &#224; propos de Delacroix, dont ils ont compar&#233; son pinceau &#224; un vaisseau ivre. Comme Hugo, Berlioz a &#233;t&#233; l'objet d'attaques f&#233;roces. Il est de notori&#233;t&#233; publique qu'il a remport&#233; la victoire avec des efforts incomparablement plus longs et beaucoup plus tard que Hugo. Pourquoi &#233;tait-ce le cas alors que sa musique exprimait la m&#234;me psychologie que la po&#233;sie et le drame romantiques ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faudrait comprendre de nombreux d&#233;tails dans l'histoire compar&#233;e de la musique et de la litt&#233;rature fran&#231;aises [149], des d&#233;tails qui peuvent rester longtemps non interpr&#233;t&#233;s, sinon pour toujours. Ce qui ne fait pas l'ombre d'un doute, cependant, c'est que la psychologie du romantisme fran&#231;ais ne sera comprise par nous que si nous en venons &#224; la consid&#233;rer comme la psychologie d'une classe d&#233;finie qui vit dans des conditions sociales et historiques d&#233;finies. [150] &#171; Le mouvement des ann&#233;es trente dans la litt&#233;rature et l'art, dit Jean-Baptiste Tiersot, &#233;tait loin d'avoir le caract&#232;re d'une r&#233;volution populaire &#187;. [151] C'est parfaitement vrai. Le mouvement dont il est question &#233;tait de nature bourgeoise. Mais ce n'est pas tout. Le mouvement ne jouissait pas de la sympathie universelle au sein de la bourgeoisie elle-m&#234;me. Selon Tiersot, il exprimait les efforts d'une petite &#171; &#233;lite &#187; suffisamment pr&#233;voyante pour pouvoir discerner le g&#233;nie partout o&#249; il se cachait. Ces mots sont une expression superficielle, c'est-&#224;-dire id&#233;aliste, du fait que la bourgeoisie fran&#231;aise de l'&#233;poque ne comprenait pas grand-chose &#224; ce que ses propres id&#233;ologues aspiraient et ressentaient alors dans le domaine de la litt&#233;rature et de l'art. Une telle dissonance entre les id&#233;ologues et la classe dont ils expriment les aspirations et les go&#251;ts n'est pas rare dans l'histoire et explique les tr&#232;s nombreuses sp&#233;cificit&#233;s du d&#233;veloppement intellectuel et artistique de l'humanit&#233;. Dans le cas dont nous discutons, cette dissonance &#233;tait la cause, entre autres, de l'attitude m&#233;prisante de l'&#233;lite &#171; raffin&#233;e &#187; envers le &#171; bourgeois obtus &#187; - attitude qui induit encore en erreur les na&#239;fs et les emp&#234;che totalement de r&#233;aliser le caract&#232;re archi-bourgeois du romantisme. [153] Mais ici, comme partout, l'origine et le caract&#232;re de cette dissonance ne peuvent finalement s'expliquer que par la situation &#233;conomique, le r&#244;le &#233;conomique de la classe sociale au sein de laquelle elle est apparue. Ici, comme partout, seul le fait d'&#234;tre &#233;clair&#233; illumine les &#171; secrets &#187; de la pens&#233;e. Et c'est pourquoi ici - l&#224; encore comme partout - seul le mat&#233;rialisme est capable de donner une explication scientifique du &#171; cours des id&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs efforts pour expliquer ce cours, les id&#233;alistes ne se sont jamais montr&#233;s capables de regarder du point de vue du &#171; cours des choses &#187;. Taine pense donc que ce sont les propri&#233;t&#233;s de l'environnement de l'artiste qui constituent une &#339;uvre d'art. Mais &#224; quelles propri&#233;t&#233;s fait-il allusion ? Au psychologique, c'est-&#224;-dire &#224; la psychologie g&#233;n&#233;rale de la p&#233;riode en question, dont les propri&#233;t&#233;s elles-m&#234;mes n&#233;cessitent une explication. [154] Lorsqu'il explique la psychologie d'une soci&#233;t&#233; ou d'une classe particuli&#232;re, le mat&#233;rialisme s'adresse &#224; la structure sociale cr&#233;&#233;e par le d&#233;veloppement &#233;conomique, etc. Mais Taine, qui &#233;tait un id&#233;aliste, tenta d'expliquer l'origine d'un syst&#232;me social par le biais de la psychologie sociale, se prenant ainsi dans des contradictions insolubles. Les id&#233;alistes de tous les pays montrent peu d'appr&#233;ciation pour Taine aujourd'hui. La raison en est &#233;vidente : il comprenait par environnement la psychologie g&#233;n&#233;rale des masses, la psychologie de &#171; l'homme de la rue &#187; &#224; un moment donn&#233; et dans une classe particuli&#232;re. Pour lui, cette psychologie &#233;tait le tribunal de derni&#232;re instance auquel le chercheur pouvait faire appel. En cons&#233;quence, il pensait qu'un &#034; grand &#034; homme pensait et se sentait toujours &#224; la demande de &#034; l'homme de la rue &#034;, sous la dict&#233;e de &#034;la m&#233;diocrit&#233;&#034;. Or, ceci est faux en r&#233;alit&#233; et, par ailleurs, offense les &#034;intellectuels&#034; bourgeois, qui ont toujours tendance, au moins dans une petite mesure, &#224; se classer dans la cat&#233;gorie des grands hommes. Taine &#233;tait un homme qui, apr&#232;s avoir dit &#171; A &#187;, &#233;tait incapable de continuer et de dire &#171; B &#187;, ruinant ainsi sa propre th&#232;se. La seule &#233;chappatoire aux contradictions dans lesquelles il s'est pris est le mat&#233;rialisme historique, qui trouve la place qui convient tant pour &#171; l'individu &#187; que pour &#171; l'environnement &#187;, pour &#171; l'homme de la rue &#187; et &#171; l'homme du destin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; noter qu'en France, o&#249; depuis le Moyen &#194;ge jusqu'en 1871, le d&#233;veloppement sociopolitique et la lutte entre les classes sociales ont pris une forme des plus typiques de l'Europe occidentale, il est plus facile de d&#233;couvrir le lien causal entre ce d&#233;veloppement et cette lutte, d'une part, et l'histoire des id&#233;ologies, de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant de la raison pour laquelle, pendant la Restauration en France, les id&#233;es de l'&#233;cole th&#233;ocratique de philosophie de l'histoire &#233;taient si r&#233;pandues, Robert Flint a dit ce qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le succ&#232;s d'une telle th&#233;orie aurait en effet &#233;t&#233; inexplicable si le sensationnalisme de Condillac n'en avait pas pr&#233;par&#233; le chemin et si elle n'avait pas &#233;t&#233; aussi manifestement apte &#224; servir les int&#233;r&#234;ts d'un parti qui repr&#233;sentait les opinions de grandes classes de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise avant et apr&#232;s la restauration. &#187; [155]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est vrai, bien s&#251;r, et il est facile de savoir &#224; quelle classe appartenaient les int&#233;r&#234;ts de cette &#233;cole qui ont trouv&#233; une expression id&#233;ologique dans l'&#233;cole th&#233;ocratique. Mais approfondissons encore l'histoire fran&#231;aise et posons-nous la question suivante : n'est-il pas possible de d&#233;couvrir les causes sociales du succ&#232;s remport&#233; par le sensationnalisme dans la France pr&#233;r&#233;volutionnaire ? Le mouvement intellectuel qui a produit les th&#233;oriciens du sensationnalisme n'est-il pas &#224; son tour une expression des aspirations d'une classe sociale particuli&#232;re ? On sait que tel &#233;tait le cas : ce mouvement exprimait les aspirations &#233;mancipatrices de l'Etat fran&#231;ais. Si nous allions dans le m&#234;me sens, nous verrions que, par exemple, la philosophie de Descartes refl&#233;tait clairement les exigences du d&#233;veloppement &#233;conomique et de l'alignement des forces sociales de son temps. [157] Enfin, si nous remontions au XIVe si&#232;cle et tournions notre attention, par exemple, vers les romans de la chevalerie, qui jouissaient d'une telle popularit&#233; &#224; la cour et dans l'aristocratie fran&#231;aises de l'&#233;poque, nous n'aurions difficult&#233; &#224; d&#233;couvrir que ces romans refl&#233;taient la vie et les go&#251;ts de l'Etat auquel il est fait r&#233;f&#233;rence. [158] En un mot, la courbe du mouvement intellectuel dans ce pays remarquable, qui avait r&#233;cemment le droit de pr&#233;tendre qu'il &#034;avait march&#233; &#224; la t&#234;te des nations&#034;, est parall&#232;le &#224; la courbe du d&#233;veloppement &#233;conomique et &#224; celle du d&#233;veloppement sociopolitique conditionn&#233; par ces derniers. Dans cette perspective, l'histoire de l'id&#233;ologie en France pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t particulier pour la sociologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quelque chose que ceux qui ont &#034;critiqu&#233;&#034; Marx sur des tons et avec des tonalit&#233;s vari&#233;es n'ont pas eu la moindre id&#233;e. Ils n'ont jamais compris que, m&#234;me si la critique est certes une chose magnifique, un certain pr&#233;alable est n&#233;cessaire lorsque vous vous engagez &#224; critiquer, c'est-&#224;-dire comprendre ce que vous critiquez. Critiquer une m&#233;thode d'investigation scientifique donn&#233;e, c'est d&#233;terminer dans quelle mesure elle peut aider &#224; d&#233;couvrir les liens de causalit&#233; existant entre les ph&#233;nom&#232;nes. C'est quelque chose qui ne peut &#234;tre d&#233;termin&#233; que par l'exp&#233;rience, c'est-&#224;-dire par l'application de cette m&#233;thode. Critiquer le mat&#233;rialisme historique, c'est faire un essai de la m&#233;thode de Marx et Engels dans une &#233;tude du mouvement historique de l'humanit&#233;. Ce n'est qu'alors que les points forts et les points faibles de la m&#233;thode peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;s. &#034;La preuve du pudding est de le manger&#034;, avait d&#233;clar&#233; Engels en expliquant sa th&#233;orie de la cognition. [159] Cela vaut &#233;galement pour le mat&#233;rialisme historique. Pour critiquer ce plat, vous devez d'abord en avoir un avant-go&#251;t. Pour go&#251;ter la m&#233;thode de Marx et Engels, vous devez d'abord &#234;tre capable de l'utiliser. Pour l'utiliser correctement, il faut un degr&#233; de fondement scientifique et un effort intellectuel bien plus soutenus que ne le r&#233;v&#232;le un verbiage pseudo-critique sur le th&#232;me de la &#034;partialit&#233;&#034; du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; critiques &#187; de Marx d&#233;clarent, certains avec regret, certains avec reproche, et certains avec malice, qu'aucun livre n'a encore &#233;t&#233; publi&#233;, contenant une justification th&#233;orique du mat&#233;rialisme historique. Par &#171; livre &#187;, ils entendent g&#233;n&#233;ralement quelque chose comme un bref manuel sur l'histoire du monde r&#233;dig&#233; du point de vue mat&#233;rialiste. Cependant, &#224; l'heure actuelle, aucun guide de ce type ne peut &#234;tre r&#233;dig&#233; ni par un chercheur individuel, quelle que soit sa connaissance, ni par tout un groupe de savants. Une quantit&#233; suffisante de mat&#233;riel pour cela n'existe pas encore et n'existera pas avant longtemps. Ce mat&#233;riel ne peut &#234;tre accumul&#233; qu'au moyen d'une longue s&#233;rie d'enqu&#234;tes men&#233;es dans les domaines scientifiques respectifs, &#224; l'aide de la m&#233;thode marxiste. En d'autres termes, les &#171; critiques &#187; qui demandent un &#171; livre &#187; aimeraient que les choses soient commenc&#233;es par la fin, c'est-&#224;-dire qu'ils veulent une explication pr&#233;liminaire, du point de vue mat&#233;rialiste, de ce processus historique qui doit &#234;tre expliqu&#233;. En r&#233;alit&#233;, un &#034;livre&#034; d&#233;fendant le mat&#233;rialisme historique est en train d'&#234;tre &#233;crit dans la mesure o&#249; les &#233;rudits contemporains - la plupart du temps, comme je l'ai dit, sans se rendre compte qu'ils le font - sont contraints par l'&#233;tat actuel des sciences sociales de fournir une explication mat&#233;rialiste des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils &#233;tudient. Le fait est que les exemples cit&#233;s ci-dessus montrent que ces sp&#233;cialistes ne sont pas si peu nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laplace a d&#233;clar&#233; qu'environ 50 ans s'&#233;taient &#233;coul&#233;s avant que la grande d&#233;couverte de Newton ne soit compl&#233;t&#233;e de mani&#232;re significative. Il a fallu si longtemps pour que cette grande v&#233;rit&#233; soit g&#233;n&#233;ralement comprise et pour surmonter les obstacles que la th&#233;orie du vortex et la peut-&#234;tre aussi la fiert&#233; bless&#233;e des math&#233;maticiens de l'&#233;poque de Newton ont surmont&#233;s. [160]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les obstacles rencontr&#233;s par le mat&#233;rialisme actuel en tant que th&#233;orie harmonieuse et coh&#233;rente sont incomparablement plus grands que ceux que la th&#233;orie de Newton a rencontr&#233;s lors de son apparition. Les int&#233;r&#234;ts de la classe actuellement au pouvoir, auxquels la plupart des &#233;rudits se subordonnent par n&#233;cessit&#233;, y sont directement et fermement oppos&#233;s. La dialectique mat&#233;rialiste qui &#171; consid&#232;re toutes les formes sociales historiquement d&#233;velopp&#233;es comme dans un mouvement fluide et&#8230; ne laisse rien leur imposer &#187; [161] ne peut avoir la sympathie de la classe conservatrice de la bourgeoisie occidentale actuelle. Il y a une telle contradiction dans l'&#233;tat d'esprit de cette classe que les id&#233;ologues de cette classe ont naturellement tendance &#224; la consid&#233;rer comme quelque chose d'irrecevable, inappropri&#233; et indigne de l'attention des gens &#171; respectables &#187; en g&#233;n&#233;ral et des &#171; estim&#233;s &#187; &#233;rudits en particulier. [162] Il n'est pas surprenant que chacun de ces experts se consid&#232;re moralement oblig&#233; de se garder de tout soup&#231;on de sympathie pour le mat&#233;rialisme. Souvent, de tels experts d&#233;noncent le mat&#233;rialisme avec d'autant plus d'emphase qu'ils adh&#232;rent avec plus d'insistance &#224; un point de vue mat&#233;rialiste dans leurs recherches sp&#233;cifiques. [163] Le r&#233;sultat est une sorte de &#171; mensonge conventionnel &#187; semi-subconscient, qui, bien entendu, ne peut avoir qu'un effet tr&#232;s pr&#233;judiciable sur la pens&#233;e th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; mensonge conventionnel &#187; d'une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes s'am&#233;liore sans cesse, plus l'ordre existant des choses est &#233;branl&#233; par l'impact du d&#233;veloppement &#233;conomique et de la lutte de classes qui en d&#233;coule. Marx a vraiment dit que plus la contradiction entre les forces productives grandissantes et l'ordre social existant augmentait, plus l'id&#233;ologie de la classe dominante devenait impr&#233;gn&#233;e d'hypocrisie. Plus la fausset&#233; de cette id&#233;ologie est r&#233;v&#233;l&#233;e par la vie, plus le langage de cette classe devient &#233;lev&#233; et vertueux (&#171; Saint Max : Documents du Socialisme &#187;, ao&#251;t 1904, p. 370-71). [164] La v&#233;rit&#233; de cette remarque est mise en &#233;vidence avec une force particuli&#232;re aujourd'hui, lorsque, par exemple, la propagation de m&#339;urs morales en Allemagne, r&#233;v&#233;l&#233;e par le proc&#232;s Harden-Moltke, [165] va de pair avec une &#171; renaissance de l''id&#233;alisme &#187; en sciences sociales. Dans notre pays, m&#234;me parmi les &#171; th&#233;oriciens du prol&#233;tariat &#187;, on trouve des personnes qui ne comprennent pas la cause sociale de cette &#171; renaissance &#187; et qui ont elles-m&#234;mes succomb&#233; &#224; son influence, telles que les Bogdanov, les Bazarov, etc. ... [166]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incidemment, les avantages procur&#233;s &#224; la m&#233;thode marxiste par tout chercheur sont immenses, et m&#234;me ceux qui se sont volontairement soumis au &#034;mensonge conventionnel&#034; de notre temps commencent &#224; les reconna&#238;tre publiquement. L'Am&#233;ricain Edwin Seligman, par exemple, est l'un des auteurs de l'ouvrage publi&#233; en 1902 sous le titre &#171; L'interpr&#233;tation &#233;conomique de l'Histoire &#187;. Seligman admet franchement que les savants se sont &#233;loign&#233;s de la th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique en raison des conclusions socialistes que Marx en a tir&#233;es. Cependant, il pense que vous pouvez manger votre g&#226;teau et pourtant le garder : &#171; on peut &#234;tre un mat&#233;rialiste &#233;conomique &#187; et pourtant rester hostile au socialisme. Comme il le dit si bien : &#171; Le fait que l'&#233;conomie de Marx puisse &#234;tre d&#233;fectueuse n'a aucune incidence sur la v&#233;racit&#233; ou la fausset&#233; de sa philosophie de l'histoire. &#187; [167] En r&#233;alit&#233;, les vues &#233;conomiques de Marx &#233;taient intimement li&#233;es &#224; ses vues historiques. Une bonne compr&#233;hension du &#171; Capital &#187; implique absolument la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;flexion pr&#233;alable et approfondie sur la c&#233;l&#232;bre pr&#233;face de la &#171; Critique de l'&#233;conomie politique &#187;. Cependant, nous ne pouvons ici ni exposer les vues &#233;conomiques de Marx, ni d&#233;montrer le fait incontestable qu'elles ne constituent qu'un &#233;l&#233;ment indispensable de la doctrine dite du mat&#233;rialisme historique. [168] J'ajouterai seulement que Seligman est suffisamment &#171; expert &#187; pour craindre le mat&#233;rialisme. Ce &#171; mat&#233;rialiste &#187; &#233;conomique pense qu'il va aux extr&#234;mes intol&#233;rables &#171; pour faire d&#233;pendre la religion elle-m&#234;me des forces &#233;conomiques &#187; ou &#171; pour chercher l'explication du christianisme lui-m&#234;me dans les seuls faits &#233;conomiques &#187;. Tout cela montre clairement &#224; quel point les racines de ces pr&#233;jug&#233;s - et par cons&#233;quent des obstacles &#224; la compr&#233;hension - contre lesquels la th&#233;orie marxiste doit lutter sont profondes. Pourtant, le fait m&#234;me de la parution du livre de Seligman y compris la nature m&#234;me de ses r&#233;serves laissent esp&#233;rer que le mat&#233;rialisme historique - m&#234;me sous une forme tronqu&#233;e ou &#171; purifi&#233;e &#187; - finira par &#234;tre reconnu par les id&#233;ologues du monde politique bourgeois qui n'ont pas abandonn&#233; l'id&#233;e de mettre de l'ordre dans leurs vues historiques. [170]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lutte contre le socialisme, le mat&#233;rialisme et d'autres extr&#234;mes d&#233;plaisants pr&#233;suppose la possession d'une &#034;arme spirituelle&#034;. Ce que l'on appelle l'&#233;conomie politique subjective et les statistiques plus ou moins falsifi&#233;es avec astuce constituent &#224; pr&#233;sent l'arme spirituelle principalement utilis&#233;e dans la lutte contre le socialisme. Toutes les marques possibles du kantisme constituent le principal rempart dans la lutte contre le mat&#233;rialisme. Dans le domaine des sciences sociales, le kantisme est utilis&#233; &#224; cette fin comme doctrine dualiste qui d&#233;chire le lien entre l'&#234;tre et la pens&#233;e. Etant donn&#233; que l'examen des questions &#233;conomiques ne rel&#232;ve pas de ce livre, je me limiterai &#224; une appr&#233;ciation de l'arme spirituelle philosophique employ&#233;e par la r&#233;action bourgeoise dans le domaine id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion de sa brochure &#171; Socialisme utopique et socialisme scientifique &#187;, Engels souligne que lorsque les puissants moyens de production cr&#233;&#233;s par l'&#233;poque capitaliste seront devenus la propri&#233;t&#233; de la soci&#233;t&#233; et, lorsque la production sera organis&#233;e conform&#233;ment aux besoins sociaux, les hommes deviendront enfin ma&#238;tres de leurs relations sociales, et donc seigneurs de la nature, et leurs propres ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors seulement, ils commenceront consciemment &#224; &#233;crire leur propre histoire. Alors seulement, les causes sociales qu'elles mettent en jeu produiront, dans une mesure toujours plus grande, des effets d&#233;sirables pour eux. &#171; C'est l'ascension de l'homme du royaume de la n&#233;cessit&#233; au royaume de la libert&#233;. &#187; [171] &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mots d'Engels ont suscit&#233; des objections de la part de ceux qui, incapables en g&#233;n&#233;ral de supporter l'id&#233;e de &#171; sauts &#187;, ont &#233;t&#233; incapables ou ne voulaient pas comprendre un tel &#171; saut &#187; du royaume de la n&#233;cessit&#233; dans le royaume de la libert&#233;. Un tel &#171; saut &#187; leur semblait contredire cette conception de la libert&#233; qu'Engels avait lui-m&#234;me exprim&#233;e dans la premi&#232;re partie de son livre &#171; Anti-D&#252;hring. Par cons&#233;quent, si nous voulons nous frayer un chemin &#224; travers la confusion dans l'esprit de telles personnes, nous devons nous rappeler exactement ce qu'Engels a dit dans le livre mentionn&#233; ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici ce qu'il a dit. Expliquant les propos de Hegel selon lesquels &#171; la n&#233;cessit&#233; n'est aveugle que dans la mesure o&#249; elle n'est pas comprise &#187;, Engels a d&#233;clar&#233; que la libert&#233; consiste &#224; exercer un &#171; contr&#244;le sur soi et sur la nature externe, un contr&#244;le fond&#233; sur la connaissance de la n&#233;cessit&#233; naturelle &#187;. [172] Cette id&#233;e est expos&#233;e par Engels avec une clart&#233; suffisante pour les personnes familiaris&#233;es avec la doctrine h&#233;g&#233;lienne &#224; laquelle il est fait r&#233;f&#233;rence. Le probl&#232;me, c'est que les Kantiens d'aujourd'hui ne font que &#171; critiquer &#187; Hegel, mais ne l'&#233;tudient pas. Comme ils ne connaissent pas Hegel, ils ne peuvent pas comprendre Engels. Contre l'auteur de l' &#171; Anti-D&#252;hring &#187;, ils ont fait valoir que, lorsqu'il y a soumission &#224; la n&#233;cessit&#233;, il n'y a pas de libert&#233;. Ceci est tout &#224; fait coh&#233;rent chez les personnes dont les conceptions philosophiques sont impr&#233;gn&#233;es d'un dualisme incapable d'unir la pens&#233;e &#224; l'&#234;tre. Du point de vue de ce dualisme, le &#171; saut &#187; de la n&#233;cessit&#233; &#224; la libert&#233; reste absolument incompr&#233;hensible. Mais la philosophie de Marx, comme celle de Feuerbach, proclame l'unit&#233; de l'&#234;tre et de la pens&#233;e. Bien que, comme nous l'avons vu plus haut dans la section consacr&#233;e &#224; Feuerbach, la philosophie marxiste comprenne cette unit&#233; tout &#224; fait diff&#233;remment du sens dans lequel elle est comprise par l'id&#233;alisme absolu, la philosophie marxiste ne contredit absolument pas la doctrine h&#233;g&#233;lienne dans la question qui nous concerne ici, &#224; savoir le rapport de la libert&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel de la question est : pr&#233;cis&#233;ment ce qui doit &#234;tre compris par &#171; n&#233;cessit&#233; &#187;. Aristote [173] a d&#233;j&#224; fait remarquer que le concept de n&#233;cessit&#233; contient de nombreuses nuances : la m&#233;decine est n&#233;cessaire pour qu'un traitement soit gu&#233;ri ; la respiration est n&#233;cessaire &#224; la vie ; un voyage &#224; Egine est n&#233;cessaire pour recouvrer une dette. Tous sont, pour ainsi dire, des n&#233;cessit&#233;s conditionnelles ; il faut respirer si on veut vivre ; nous devons prendre des m&#233;dicaments si nous voulons nous d&#233;barrasser d'une maladie, etc. En agissant sur le monde qui l'entoure, l'homme est constamment confront&#233; &#224; de telles n&#233;cessit&#233;s : il doit semer obligatoirement s'il veut r&#233;colter, tirer une fl&#232;che s'il veut tuer du gibier, stocker de l'essence s'il veut obtenir de la vapeur pour mettre un moteur en marche, etc. Du point de vue de la &#171; critique de Marx &#187; n&#233;o-kantienne, il faut admettre qu'il existe un &#233;l&#233;ment de soumission dans cette n&#233;cessit&#233; conditionnelle. L'homme serait plus libre s'il &#233;tait capable de satisfaire ses besoins sans d&#233;penser de travail. Il se soumet toujours &#224; la nature, m&#234;me lorsqu'il la force &#224; le servir. Cette soumission est cependant une condition de sa lib&#233;ration : en se soumettant &#224; la nature, il augmente ainsi son pouvoir sur elle, c'est-&#224;-dire sa libert&#233;. Ce serait la m&#234;me chose dans le cadre de l'organisation planifi&#233;e de la production sociale. En se soumettant &#224; certaines exigences de n&#233;cessit&#233; technique et &#233;conomique, les hommes mettraient fin &#224; cet ordre de choses aberrant dans lequel ils sont domin&#233;s par les produits de leurs propres activit&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'ils augmenteraient &#233;norm&#233;ment leur libert&#233;. Ici aussi, leur soumission deviendrait une source de lib&#233;ration pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout. Les &#171; critiques &#187; de Marx, habitu&#233;s &#224; consid&#233;rer qu'un gouffre s&#233;pare la pens&#233;e et l'&#234;tre, ne connaissent qu'une nuance de n&#233;cessit&#233; ; pour reprendre les termes d'Aristote, ils n'imaginent la n&#233;cessit&#233; que comme une force qui nous emp&#234;che d'agir selon nos d&#233;sirs et nous oblige &#224; faire ce qui leur est contraire. Une telle n&#233;cessit&#233; est en effet l'oppos&#233; de la libert&#233; et ne peut qu'&#234;tre ennuyeuse &#224; un degr&#233; plus ou moins grand. Mais il ne faut pas oublier qu'une force per&#231;ue par l'homme comme une contrainte externe en contradiction avec ses d&#233;sirs peut, dans d'autres circonstances, &#234;tre per&#231;ue par lui sous un tout autre jour. &#192; titre d'illustration, prenons la question agraire en Russie aujourd'hui. Pour le propri&#233;taire intelligent, constitutionnel d&#233;mocrate, &#034;l'ali&#233;nation forc&#233;e de la terre&#034; [174] peut sembler plus ou moins triste n&#233;cessit&#233; historique - triste, c'est-&#224;-dire inversement proportionnelle &#224; l'ampleur de la &#034;compensation &#233;quitable&#034; donn&#233;e. Mais, pour le paysan qui aspire &#224; la terre, l'inverse est vrai : la &#034;compensation &#233;quitable&#034; se pr&#233;sentera comme une n&#233;cessit&#233; plus ou moins triste, alors que &#034;l'ali&#233;nation forc&#233;e&#034; sera forc&#233;ment per&#231;ue comme l'expression de sa volont&#233; sans entrave, et la s&#233;curit&#233; la plus pr&#233;cieuse de sa libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En disant cela, je touche &#224; ce qui est peut-&#234;tre le point le plus important de la doctrine de la libert&#233; - un point qu'Engels n'a pas mentionn&#233;, bien s&#251;r, car il est clair que cela va de soi &#224; celui qui est pass&#233; par l'&#233;cole h&#233;g&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa philosophie de la religion, Hegel dit : &#171; Die Freiheit ist meurt : nichts zu wollen als sich &#187;, [175] c'est-&#224;-dire : &#171; La libert&#233; consiste &#224; ne rien vouloir que ce qu'il veut de lui-m&#234;me &#187;. [176] Cette observation met en lumi&#232;re toute la question de la libert&#233;, dans la mesure o&#249; cette question concerne la psychologie sociale. Le paysan qui demande que la terre du propri&#233;taire foncier lui soit transf&#233;r&#233;e ne le veut que &#171; de lui-m&#234;me &#187; ; le propri&#233;taire foncier constitutionnel-d&#233;mocrate qui accepte de lui donner une terre ne le veut plus &#171; de lui-m&#234;me &#187; mais parce que l'histoire l'oblige &#224; le vouloir. Le premier est libre, tandis que le second subit sagement la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour le paysan, c'est la m&#234;me chose pour le prol&#233;tariat, qui convertit les moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale et organise la production sociale sur de nouvelles bases. Il ne souhaite rien d'autre que de lui-m&#234;me et se sent assez libre pour le vouloir. Quant aux capitalistes, ils auraient au mieux le sentiment de se trouver &#224; la place du propri&#233;taire foncier qui a accept&#233; le programme agraire constitutionnel-d&#233;mocrate ; ils ne peuvent que penser que la libert&#233; est une chose et que la n&#233;cessit&#233; historique en est une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble &#233;galement que les &#171; critiques &#187; qui se sont oppos&#233;s &#224; la position d'Engels ne l'ont pas comprise d'ailleurs, parce que, s'ils sont capables de s'imaginer dans la position du capitaliste, ils sont totalement incapables de s'imaginer eux-m&#234;mes &#224; la place du prol&#233;taire. J'estime que cela aussi a sa cause sociale - et finalement &#233;conomique -.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dualisme, auquel les id&#233;ologues de la bourgeoisie sont maintenant si enclins, a une autre accusation &#224; porter contre le mat&#233;rialisme historique. &#192; travers Stammler, il est imput&#233; au mat&#233;rialisme historique de ne pas prendre en compte la &#171; t&#233;l&#233;ologie sociale &#187;. Cette seconde imputation, qui ressemble fort &#224; la premi&#232;re, est &#233;galement sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx dit : &#171; Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent in&#233;vitablement dans des relations d&#233;finies. &#187; [177] Stammler fait r&#233;f&#233;rence &#224; cette formule pour prouver que, malgr&#233; sa th&#233;orie, Marx n'a pas pu &#233;viter les consid&#233;rations t&#233;l&#233;ologiques. Selon Stammler, les mots de Marx signifient que les hommes entrent consciemment dans les relations mutuelles sans lesquelles la production est impossible. Par cons&#233;quent, ces relations sont le r&#233;sultat d'une action opportune. [178]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile de voir dans quelle partie de cet argument Stammler commet une erreur logique qui laisse son empreinte sur toutes ses autres critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple. Les sauvages qui vivent de la chasse poursuivent une proie, par exemple un &#233;l&#233;phant. Pour cela, ils se rassemblent et organisent leurs forces de mani&#232;re d&#233;finie. Quel est le but de ceci et quels sont les moyens ? Le but est &#233;videmment d'attraper ou de tuer l'&#233;l&#233;phant, et le moyen est de joindre ses forces pour poursuivre l'animal. A quoi sert l'objectif ? Aux besoins de l'organisme humain. Maintenant, par quels moyens, la satisfaction de ces besoins est-elle d&#233;termin&#233;e ? Par les conditions de la chasse. Les besoins du corps humain d&#233;pendent-ils de la volont&#233; de l'homme ? Non, ils n'en d&#233;pendent pas ; d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, cela d&#233;pend du domaine de la physiologie et non de sociologie. Que pouvons-nous donc, &#224; pr&#233;sent, exiger de la sociologie &#224; cet &#233;gard ? Nous pouvons lui demander une explication de la raison pour laquelle les hommes, cherchant &#224; satisfaire leurs besoins - par exemple le besoin de nourriture - entrent parfois dans certains types de relations mutuelles et parfois dans d'autres types. La sociologie - en la personne de Marx - explique cette situation comme le r&#233;sultat de l'&#233;tat de leurs forces productives. Maintenant, la question est de savoir si l'&#233;tat de ces forces d&#233;pend de la volont&#233; humaine ou des objectifs poursuivis par les hommes. &#192; cela, la sociologie, toujours dans la personne de Marx, r&#233;pond que non. Si une telle d&#233;pendance n'existe pas, cela signifie que ces forces r&#233;sultent d'une n&#233;cessit&#233; d&#233;finie, d&#233;termin&#233;e par des conditions ext&#233;rieures &#224; l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en d&#233;duire ? C'est que, si la chasse est une activit&#233; vitale du sauvage, cela n'affecte en rien l'observation de Marx selon laquelle les rapports de production qui naissent entre des sauvages chasseurs sont cr&#233;&#233;s en raison de conditions qui ne d&#233;pendent pas de cette activit&#233; opportune. En d'autres termes, si le chasseur primitif s'efforce consciemment de tuer le plus de gibier possible, il ne s'ensuit pas que le communisme caract&#233;ristique de la vie quotidienne de ce chasseur a &#233;volu&#233; en tant que r&#233;sultat opportun de ses activit&#233;s. Non, ce communisme est n&#233;, ou plut&#244;t a &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233; de lui-m&#234;me - puisqu'il est n&#233; il y a longtemps &#8211; de mani&#232;re inconsciente, c'est-&#224;-dire comme n&#233;cessit&#233;, l'organisation du travail existant de mani&#232;re tout &#224; fait ind&#233;pendante de la volont&#233; de l'homme. [179] C'est ce que le Kantien Stammler n'a pas compris ; c'est ici qu'il a perdu ses rep&#232;res et a &#233;gar&#233; nos Struve, Boulgakov et les autres marxistes temporaires, que dieu seul conna&#238;t. [180]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant ses observations critiques, Stammler dit que si un d&#233;veloppement social devait avoir lieu exclusivement en raison d'une n&#233;cessit&#233; causale, il serait manifestement insens&#233; d'essayer consciemment d'agir sur lui pour l'appuyer. Selon lui, l'alternative est la suivante : soit je consid&#232;re un ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; comme une n&#233;cessit&#233;, c'est-&#224;-dire comme une fatalit&#233;, auquel cas je n'ai pas besoin de l'aider, soit mon activit&#233; est essentielle pour que ce ph&#233;nom&#232;ne se produise, auquel cas il ne peut pas &#234;tre qualifi&#233; de n&#233;cessaire. Qui voudrait aider le n&#233;cessaire, c'est-&#224;-dire l'in&#233;vitable, comme le lever du soleil ? [181]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une r&#233;v&#233;lation &#233;tonnamment vive du dualisme caract&#233;ristique des gens impr&#233;gn&#233;s de kantisme : avec eux, la pens&#233;e est toujours s&#233;par&#233;e de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lever du soleil n'est aucunement li&#233; aux relations sociales entre les hommes, que ce soit en tant que cause ou en tant qu'effet. En tant que ph&#233;nom&#232;ne naturel, il peut donc &#234;tre oppos&#233; aux aspirations conscientes des hommes, qui n'ont pas non plus de lien de causalit&#233; avec lui. Mais il en va tout autrement lorsque nous devons traiter de ph&#233;nom&#232;nes sociaux, d'histoire. Nous savons d&#233;j&#224; que l'histoire est faite par les hommes ; les aspirations humaines ne peuvent donc &#234;tre qu'un facteur du mouvement de l'histoire. Mais les hommes font l'histoire d'une mani&#232;re et non d'une autre, en raison d'une n&#233;cessit&#233; particuli&#232;re dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233; plus haut. Une fois que cette n&#233;cessit&#233; est donn&#233;e, les effets de cette aspiration humaine qui constituent un facteur in&#233;vitable du d&#233;veloppement social sont &#233;galement indiqu&#233;s. Les aspirations des hommes n'excluent pas la n&#233;cessit&#233;, mais sont elles-m&#234;mes d&#233;termin&#233;es par elle. C'est donc une grave erreur de logique de les contraindre &#224; la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'une classe qui aspire &#224; la lib&#233;ration provoque une r&#233;volution sociale, cette classe agit de mani&#232;re plus ou moins rapide pour atteindre le but recherch&#233; ; en tout cas, ses activit&#233;s sont la cause de cette r&#233;volution. Cependant, avec toutes les aspirations qui les ont suscit&#233;es, ces activit&#233;s sont elles-m&#234;mes la cons&#233;quence d'un cours d&#233;fini du d&#233;veloppement &#233;conomique et sont donc elles-m&#234;mes d&#233;termin&#233;es par la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie ne devient une science que dans la mesure o&#249; elle parvient &#224; comprendre l'apparition des objectifs de l'homme social (t&#233;l&#233;ologie sociale), cons&#233;quence n&#233;cessaire d'un processus social d&#233;termin&#233; en dernier ressort par l'&#233;volution du d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s caract&#233;ristique que des adversaires coh&#233;rents de l'explication mat&#233;rialiste de l'histoire se voient forc&#233;s de prouver l'impossibilit&#233; de la sociologie en tant que science. Cela signifie que &#034; l'approche critique &#034; est en train de devenir un obstacle au d&#233;veloppement scientifique futur de notre &#233;poque. &#192; cet &#233;gard, un probl&#232;me int&#233;ressant se pose &#224; ceux qui cherchent une explication scientifique de l'histoire des th&#233;ories philosophiques. Ce probl&#232;me est le suivant : d&#233;terminer en quoi ce r&#244;le de &#171; l'approche critique &#187; est li&#233; &#224; la lutte des classes dans la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je m'efforce de participer &#224; un mouvement dont je consid&#232;re le triomphe comme une n&#233;cessit&#233; historique, cela signifie que je consid&#232;re mes propres activit&#233;s comme un maillon indispensable de la cha&#238;ne de conditions dont la somme assurera n&#233;cessairement le triomphe d'un mouvement qui m'est cher. Cela ne signifie ni plus ni moins que cela. Les dualistes ne comprendront pas, mais tout cela sera parfaitement clair pour quiconque aura assimil&#233; la th&#233;orie de l'unit&#233; du sujet et de l'objet et compris comment cette unit&#233; se r&#233;v&#232;le dans les ph&#233;nom&#232;nes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est particuli&#232;rement int&#233;ressant de noter que les th&#233;oriciens du protestantisme aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique semblent incapables de comprendre la contradiction entre libert&#233; et n&#233;cessit&#233; qui excitait l'esprit de tant d'id&#233;ologues de la bourgeoisie europ&#233;enne. H Bargy d&#233;clare qu'&#171; en Am&#233;rique, les professeurs de dynamique sont les moins exp&#233;riment&#233;s pour reconna&#238;tre la libert&#233; de volont&#233; &#187;. [182] Il attribue cela &#224; leur pr&#233;f&#233;rence, en tant qu'hommes d'action, favorables aux &#171; solutions fatalistes &#187;. Il se trompe cependant car le fatalisme n'a rien &#224; voir avec le sujet. Cela se voit dans sa propre remarque &#224; propos du moraliste Jonathan Edwards : le point de vue d'Edwards&#8230; &#171; est celui de tout homme d'action. Pour quiconque a eu un but une fois dans sa vie, la libert&#233; est la facult&#233; de mettre toute son &#226;me au service de ce but. &#187; [183] Cela est bien formul&#233; et ressemble de pr&#232;s &#224; la formule &#171; rien qui ne veut que de soi-m&#234;me &#187; de Hegel. Mais quand un homme &#171; ne veut rien d'autre que de lui-m&#234;me &#187;, il n'est en aucun cas un fataliste : c'est alors qu'il est pr&#233;cis&#233;ment un homme d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le kantisme n'est pas une philosophie de lutte ou une philosophie d'hommes d'action. C'est une philosophie de gens sans c&#339;ur, une philosophie de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Engels, les moyens de supprimer le mal social existant doivent &#234;tre d&#233;couverts dans les conditions mat&#233;rielles de production existantes, et non invent&#233;es par un r&#233;formateur social ou un autre. [184] Stammler est d'accord avec cela, mais reproche &#224; Engels d'avoir une pens&#233;e vague, car, de l'avis de Stammler, il s'agit essentiellement de d&#233;terminer &#171; la m&#233;thode &#224; l'aide de laquelle cette d&#233;couverte doit &#234;tre faite &#187;. [185] Cette objection, qui ne fait que r&#233;v&#233;ler la pens&#233;e vague de Stammler, est &#233;limin&#233;e en mentionnant simplement le fait que m&#234;me si la nature de la &#034;m&#233;thode&#034; est d&#233;termin&#233;e par une grande vari&#233;t&#233; de &#034;facteurs&#034;, ceux-ci peuvent tous &#234;tre finalement renvoy&#233;s au cours du d&#233;veloppement &#233;conomique. Le fait m&#234;me de l'apparition de la th&#233;orie de Marx a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste, alors que la pr&#233;dominance de l'utopisme dans le socialisme pr&#233;-romxiste est parfaitement compr&#233;hensible dans une soci&#233;t&#233; souffrant non seulement du d&#233;veloppement du mode de production susmentionn&#233;, mais aussi (et dans une plus grande mesure) de l'insuffisance de ce d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est inutile de diluer la question. Le lecteur ne se plaindra peut-&#234;tre pas si, en conclusion de cet article, j'attirerai son attention sur la mesure dans laquelle la &#171; m&#233;thode &#187; tactique de Marx et Engels est intimement li&#233;e aux th&#232;ses fondamentales de leur th&#233;orie historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le savons d&#233;j&#224;, cette th&#233;orie nous dit que l'humanit&#233; ne se fixe toujours que des t&#226;ches qu'elle peut r&#233;soudre, car &#171; le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pose que lorsque les conditions mat&#233;rielles de sa solution sont d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, ou du moins en cours de formation &#187;. [186] L&#224; o&#249; ces conditions existent d&#233;j&#224;, l'&#233;tat des choses n'est pas tout &#224; fait le m&#234;me que celui o&#249; elles se trouvent encore &#171; en cours de formation &#187;. Dans le premier cas, le moment du &#034;saut&#034; est d&#233;j&#224; arriv&#233; ; dans le deuxi&#232;me, le &#034;saut &#034; rel&#232;ve pour le moment d'un avenir plus ou moins lointain, &#034; un but ultime&#034; dont l'approche est pr&#233;par&#233;e par une s&#233;rie de &#034;changements graduels &#034; dans les relations mutuelles entre les classes sociales. Quel r&#244;le devraient jouer les novateurs pendant la p&#233;riode au cours de laquelle un &#171; saut &#187; est encore impossible ? Il leur reste &#233;videmment &#224; contribuer aux &#034;changements graduels&#034;, c'est-&#224;-dire qu'ils doivent, en d'autres termes, essayer de mener &#224; bien des r&#233;formes. De cette mani&#232;re, le &#171; but ultime &#187; et les r&#233;formes trouvent leur place, et la contradiction m&#234;me de la r&#233;forme et du &#171; but ultime &#187; perd toute signification, et est rel&#233;gu&#233; au domaine des l&#233;gendes utopiques. Ceux qui voudraient &#233;mettre une telle contradiction - qu'il s'agisse de &#034;r&#233;visionnistes&#034; allemands comme Eduard Bernstein ou de &#034;syndicalistes r&#233;volutionnaires&#034; italiens [187] comme ceux qui ont pris part au dernier congr&#232;s syndicaliste de Ferrare - se montreront &#233;galement incapables de comprendre l'esprit et la m&#233;thode du socialisme scientifique moderne. C'est une bonne chose &#224; retenir &#224; l'heure actuelle, lorsque le r&#233;formisme et le syndicalisme se permettent de parler au nom de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quel optimisme sain respire dans les mots : l'humanit&#233; ne se fixe toujours que de telles t&#226;ches qu'elle peut r&#233;soudre. Bien entendu, ils ne signifient pas que toute solution aux grands probl&#232;mes de l'humanit&#233;, comme le sugg&#232;re le premier cas o&#249; l'utopie se rencontre, est bonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une utopie est une chose. L'humanit&#233;, ou plus pr&#233;cis&#233;ment une classe sociale repr&#233;sentant les int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de l'humanit&#233; au cours d'une p&#233;riode donn&#233;e, en est une autre. Comme Marx l'a tr&#232;s bien dit : &#171; Avec l'ampleur de l'action historique, la taille de la masse qui entre en action va donc augmenter &#187;. [188] Il s'agit d'une condamnation d&#233;finitive d'une attitude utopique &#224; l'&#233;gard de grands probl&#232;mes historiques. Si Marx pensait n&#233;anmoins que l'humanit&#233; ne se pose jamais de t&#226;ches irr&#233;alisables, ses paroles ne seraient alors, du point de vue de la th&#233;orie, qu'une nouvelle fa&#231;on d'exprimer la notion d'unit&#233; de sujet et d'objet dans son application au processus de d&#233;veloppement historique ; du point de vue de la pratique, ils expriment cette foi sereine et courageuse dans la r&#233;alisation du &#034;but ultime&#034; qui a d&#233;j&#224; incit&#233; notre inoubliable NG Tchernyshevsky &#224; s'exclamer avec ferveur : &#171; Quoi qu'il arrive, nous gagnerons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes sont de Plekhanov, &#224; l'exception de celles des &#233;diteurs de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. D&#233;mocrite (460 av. -370 av.) - philosophe mat&#233;rialiste grec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Mon ami Victor Adler avait parfaitement raison lorsque, dans un article qu'il publia le jour des fun&#233;railles d'Engels, il remarqua que le socialisme, tel que l'entendaient Marx et Engels, n'&#233;tait pas seulement &#233;conomique, mais une doctrine universelle (que je cite de l'&#233;dition italienne : Friedrich Engels, &#171; &#201;conomie politique. Premi&#232;res lignes d'une critique de l'&#233;conomie politique. Introduction &#224; la bio-bibliographie de Filippo Turati, Vittorio Adler et Carlo Kautsky et &#224; son annexe. Premi&#232;re &#233;dition italienne, publi&#233;e &#224; l'occasion du d&#233;c&#232;s de l'auteur &#187; (5 ao&#251;t 1895) (Milano, 1895), p. 12-17. Cependant, plus vraie est cette appr&#233;ciation du socialisme &#034;tel que l'entendent Marx et Engels&#034;, plus &#233;trange est l'impression produite par Adler lorsqu'il est possible de remplacer le fondement mat&#233;rialiste de cette &#034;doctrine universelle&#034; par un fondement kantien. Que penser d'une doctrine universelle dont le fondement philosophique n'est aucunement li&#233; &#224; l'ensemble de sa structure ? Engels a &#233;crit : &#171; Marx et moi &#233;tions quasiment les seuls &#224; sauver de la philosophie id&#233;aliste allemande la dialectique consciente et &#224; l'appliquer &#224; la conception mat&#233;rialiste de la nature et de l'histoire. &#187; (Voir la pr&#233;face de la troisi&#232;me &#233;dition d' &#171; Anti-D&#252;hring &#187;, p. Xiv.) (F Engels, &#171; Anti-D&#252;hring &#187; (Moscou, 1975), p. 15). Ainsi, malgr&#233; les affirmations de certains de leurs disciples actuels, Les fondateurs du socialisme scientifique &#233;taient des mat&#233;rialistes conscients, non seulement dans le domaine de l'histoire, mais aussi dans celui des sciences naturelles. (Victor Adler (1852-1918) - dirigeant r&#233;formiste du parti social-d&#233;mocrate autrichien et de la Deuxi&#232;me Internationale.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Emmanuel Kant (1724-1804) - philosophe allemand, fondateur de l'id&#233;alisme allemand classique ; Ernst Mach (1838-1916) - physicien autrichien et philosophe id&#233;aliste, l'un des fondateurs de l'empiriocriticisme ; Richard Avenarius (1843-1896) - philosophe id&#233;aliste allemand, a formul&#233; les principes de base de l'empiriocriticisme ; Wilhelm Ostwald (1853-1932) - chimiste et philosophe id&#233;aliste allemand ; exposant de &#233;nerg&#233;tisme, vari&#233;t&#233; des conceptions des adeptes de Mach ; Joseph Dietzgen (1828-1888) - ouvrier allemand, social-d&#233;mocrate, philosophe ; est arriv&#233; ind&#233;pendamment aux fondements du mat&#233;rialisme dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Thomas d'Aquin (1225-1274) - philosophe italien, id&#233;aliste objectif. Sur la doctrine des modernistes, encyclique du pape Pie X du 8 septembre 1907, v&#233;ritable front contre l'influence du modernisme &#224; la fois ext&#233;rieure et surtout interne, disponible &#224; l'adresse : &lt;a href=&#034;http://www.papalencyclicals.net/Pius10/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.papalencyclicals.net/Pius10/&lt;/a&gt; p10pasce.htm&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le livre de W Weryho, &#171; Marx, philosophe &#187; (Berne et Leipzig, 1894), traite de la philosophie de Marx et d'Engels. Il serait toutefois difficile d'imaginer un travail moins satisfaisant. Wladyslaw Weryho (1868-1916) - philosophe pionnier polonais, r&#233;dacteur en chef de Przeglad Filozoficzny (&#171; La Revue philosophique &#187;) en 1898-1916.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Georgi Plekhanov, &#171; S&#233;lection d'&#339;uvres philosophiques &#187;, volume 3 (Moscou, 1976), p. 64-83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; Annales franco-allemandes &#187; a &#233;t&#233; publi&#233; &#224; Paris et &#233;dit&#233; par Karl Marx et Arnold Ruge. Un seul double num&#233;ro, contenant un certain nombre d'&#339;uvres de Marx et Engels, a &#233;t&#233; publi&#233; en f&#233;vrier 1844.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; La lettre du 20 octobre 1843 &#224; Feuerbach est d'une importance capitale pour caract&#233;riser l'&#233;volution des conceptions philosophiques de Marx. Invitant Feuerbach &#224; s'opposer &#224; Schelling, Marx &#233;crivait ce qui suit : &#171; Vous &#234;tes juste l'homme pour cela parce que vous &#234;tes Schelling &#224; l'envers. La pens&#233;e sinc&#232;re - nous pouvons croire le meilleur de notre adversaire - du jeune Schelling pour la r&#233;alisation de laquelle cependant il ne poss&#233;dait pas les qualit&#233;s n&#233;cessaires sauf l'imagination, il n'avait pas d'&#233;nergie mais la vanit&#233;, pas la force motrice mais l'opium, pas l'organe mais le Irritabilit&#233; d'une perception f&#233;minine, cette pens&#233;e sinc&#232;re de sa jeunesse, qui dans son cas est rest&#233;e un r&#234;ve fantastique de jeunesse, est devenue v&#233;rit&#233;, r&#233;alit&#233;, s&#233;rieux viril dans votre cas. Schelling est donc une caricature anticip&#233;e de vous, et d&#232;s que la r&#233;alit&#233; confronte la caricature, celle-ci doit se dissoudre dans le vide. Je vous consid&#232;re donc comme l'opposant n&#233;cessaire, naturel - c'est-&#224;-dire d&#233;sign&#233; par Leurs Majest&#233;s Nature et Histoire - de Schelling. Votre lutte avec lui est la lutte de l'imagination de la philosophie avec la philosophie elle-m&#234;me. &#187; (K Gr&#252;n, &#171; Ludwig Feuerbach dans sa correspondance et son &#339;uvre &#187; (Nachlass), volume 1 (Leipzig et Heidelberg, 1874), p. 361) (Karl Marx et Friedrich Engels, lettre du 3 octobre 1843, ouvrages r&#233;unis, volume 3 (Moscou, 1975), pp 350-51) Cela semble montrer que Marx a compris la pens&#233;e juv&#233;nile de Schelling dans le sens d'un monisme mat&#233;rialiste. Feuerbach, cependant, ne partageait pas cette opinion de Marx, comme on le verra dans sa r&#233;ponse &#224; cette derni&#232;re. Il consid&#233;rait que, d&#233;j&#224; dans ses premi&#232;res &#339;uvres, Schelling &#171; convertissait simplement l'id&#233;alisme de la pens&#233;e en id&#233;alisme de l' imagination , et attribuait aussi peu de r&#233;alit&#233; aux choses qu'au &#171; Ich &#187;, &#224; la seule diff&#233;rence qu'il avait une apparence diff&#233;rente, et qu'il rempla&#231;ait le &#171; Ich &#187; d&#233;termin&#233; par l'Absolu non d&#233;termin&#233; et donnait &#224; l'id&#233;alisme une coloration panth&#233;iste &#187; (ibid., p. 402). Ludwig Andreas Feuerbach (1804-1872) - philosophe mat&#233;rialiste allemand, ath&#233;e ; Karl Gr&#252;n (1817-1887) - socialiste petit-bourgeois allemand, l'un des th&#233;oriciens du &#171; vrai socialisme &#187; ; Friedrich Wilhelm Schelling (1775-1854) - philosophe id&#233;aliste allemand, repr&#233;sentant de la philosophie allemande classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Voir son livre int&#233;ressant &#171; Allemagne &#224; la veille de la r&#233;volution de 1848 &#187; (Saint-P&#233;tersbourg, 1906), p. 228-29. Friedrich Albert Lange (1828-1875) - philosophe allemand n&#233;o-kantien ; Pavel Abramovich Berlin (1877- ?) - publiciste russe, social-d&#233;mocrate, menchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; F. Engels &#233;crivait : &#171; Le cours de l'&#233;volution de Feuerbach est celui d'un h&#233;g&#233;lien - un h&#233;g&#233;lien jamais tout &#224; fait orthodoxe, il est vrai - en mat&#233;rialiste ; une &#233;volution qui &#224; un stade d&#233;fini n&#233;cessite une rupture compl&#232;te avec le syst&#232;me id&#233;aliste de son pr&#233;d&#233;cesseur. Avec une force irr&#233;sistible, Feuerbach finit par se rendre compte que la pr&#233;existence de &#034;l'id&#233;e absolue&#034; chez Hegel, la &#034;pr&#233;existence des cat&#233;gories logiques&#034; avant que le monde ait exist&#233;, n'est rien de plus que la survie fantastique de la croyance en l'existence d'un cr&#233;ateur hors du monde mat&#233;riel ; que le monde mat&#233;riel sensuellement perceptible auquel nous appartenons est la seule r&#233;alit&#233; ; et que notre conscience et notre pens&#233;e, aussi sublimes soient-elles, sont le produit d'un organe mat&#233;riel, du corps, du cerveau. La mati&#232;re n'est pas un produit de l'esprit, mais l'esprit lui-m&#234;me est simplement le produit le plus &#233;lev&#233; de la mati&#232;re. Ceci est, bien s&#251;r, du pur mat&#233;rialisme. &#187; (&#171; Ludwig Feuerbach &#187; (Stuttgart, 1907), pp 17-18) Karl Marx et Friedrich Engels, oeuvres choisies, volume 3 (Moscou, 1973), p. 348)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Feuerbach, &#034;Sur le spiritualisme et le mat&#233;rialisme&#034;, Oeuvres , volume 10, p. 129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Feuerbach, Oeuvres , volume 4, p 249.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Ibid, p 249. Ren&#233; Descartes (1596-1650) - philosophe d&#233;iste, math&#233;maticien et naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Feuerbach lui-m&#234;me a tr&#232;s bien dit que les d&#233;buts de toute philosophie sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat ant&#233;rieur de la pens&#233;e philosophique (Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p. 193).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; F. Lange d&#233;clare : &#171; Un v&#233;ritable mat&#233;rialiste aura toujours tendance &#224; tourner son regard vers la totalit&#233; de la nature ext&#233;rieure et &#224; consid&#233;rer l'homme comme une simple ondelette dans l'oc&#233;an de l'&#233;ternel mouvement de la mati&#232;re. Pour le mat&#233;rialiste, la nature de l'homme n'est qu'un cas particulier de la physiologie g&#233;n&#233;rale, tout comme la pens&#233;e est un cas particulier de la cha&#238;ne des processus physiques de la vie. &#187; (&#171; Histoire du mat&#233;rialisme &#187;, volume 2 (Leipzig, 1902), p 74). Mais Th&#233;odore D&#233;zamy, lui aussi, dans son &#171; Code de la Communaut&#233; &#187; (Paris, 1843) part de la nature de l'homme (l'organisme humain), mais personne ne doutera qu'il partage les vues du mat&#233;rialisme fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle. Incidemment, Lange ne fait aucune mention de D&#233;zamy, alors que Marx le compte parmi les communistes fran&#231;ais dont le communisme &#233;tait plus scientifique que celui de Cabet, par exemple. &#171; Comme Owen... D&#233;zamy, Gay et d'autres ont d&#233;velopp&#233; l'enseignement du mat&#233;rialisme en tant qu'enseignement de l'humanisme r&#233;el et la base logique du communisme. &#187; (&#171; Les &#233;crits de Karl Marx, Friedrich Engels et Ferdinand Lassalle &#187;, volume 2, p. 240) (Karl Marx et Friedrich Engels, Oeuvres collect&#233;es, volume 4 (Moscou, 1975), p. 131) &#192; l'&#233;poque, Marx et Engels &#233;taient en train d'&#233;crire l'&#339;uvre que je viens de citer (&#171; La Sainte Famille &#187;), ils divergeaient encore dans leur appr&#233;ciation de la philosophie de Feuerbach. Marx l'appelait &#171; le mat&#233;rialisme co&#239;ncidant avec l'humanisme &#187; : &#171; Mais tout comme Feuerbach est le repr&#233;sentant du mat&#233;rialisme co&#239;ncidant avec l'humanisme dans le domaine th&#233;orique, le socialisme fran&#231;ais et anglais et le communisme repr&#233;sentent le mat&#233;rialisme co&#239;ncidant avec l'humanisme dans le domaine pratique &#187;. En g&#233;n&#233;ral, Marx consid&#233;rait le mat&#233;rialisme comme la base th&#233;orique n&#233;cessaire du communisme et du socialisme. Au contraire, Engels estimait que Feuerbach avait mis d&#233;finitivement fin &#224; l'ancienne contradiction entre spiritualisme et mat&#233;rialisme (ibid., P. 232 et 196). (Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 4 (Moscou, 1975), p. 125 et 105). Comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, il a &#233;galement pris note plus tard de l'&#233;volution, dans le d&#233;veloppement de Feuerbach, de l'id&#233;alisme au mat&#233;rialisme. &#201;tienne Cabet (1788-1856) - communiste utopique fran&#231;ais, auteur de &#171; Voyage en Icarie &#187; ; Th&#233;odore D&#233;zamy (1803-1850) - publiciste fran&#231;ais, repr&#233;sentant du courant r&#233;volutionnaire du communisme utopique ; Jules Gay (1807- ?) - communiste utopique fran&#231;ais ; Robert Owen (1771-1858) - socialiste britannique utopiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Feuerbach, Oeuvres , volume 2, p 263.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Ibid, p 261.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Ibid, p 262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Ibid, p 295.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Ibid, p 350.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; &#192; cette &#233;poque, Feuerbach avait d&#233;j&#224; &#233;crit les lignes remarquables suivantes : &#171; Malgr&#233; tout le contraste oppos&#233; du r&#233;alisme pratique dans le soi-disant sensualisme et mat&#233;rialisme des Anglais et des Fran&#231;ais - un r&#233;alisme qui nie toute la sp&#233;culation - et l'esprit de tout Spinoza, ils ont n&#233;anmoins leur fondement ultime dans le point de vue sur la mati&#232;re exprim&#233; par Spinoza, en tant que m&#233;taphysicien, dans la c&#233;l&#232;bre proposition : &#034;La mati&#232;re est un attribut de Dieu&#034; &#187; (K Gr&#252;n, L Feuerbach , Volume 1, p. 324-25) Baruch Spinoza (1632-1677) - philosophe mat&#233;rialiste n&#233;erlandais, rationaliste, ath&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Feuerbach, Oeuvres , volume 2, p 2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Ibid, p 392.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; La sainte famille &#187; (volume 2 de &#171; Propri&#233;t&#233; &#187;), Marx fait remarquer : &#171; Le texte &#171; Histoire de la Philosophie &#187; de Hegel pr&#233;sente le mat&#233;rialisme fran&#231;ais comme une r&#233;alisation de la substance de Spinoza &#187; (p. 240). (Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 4 (Moscou, 1975), p 131).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Comment connaissons-nous le monde ext&#233;rieur ? Comment connaissons-nous le monde int&#233;rieur ? Pour nous, nous n'avons pas d'autre moyen que pour les autres ! Est-ce que je sais quelque chose sur moi-m&#234;me sans le m&#233;dium de mes sens ? Est-ce que j'existe si je n'existe pas en dehors de moi, c'est-&#224;-dire en dehors de mon Id&#233;e ? Mais comment puis-je savoir que j'existe ? Comment savoir si j'existe, pas dans mon Id&#233;e, mais dans mes sensations, en r&#233;alit&#233;, si je ne me per&#231;ois pas &#224; travers mes sens ? (&#171; Aphorismes posthumes &#187; de Feuerbach dans le livre de Gr&#252;n, volume 2, p. 311)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p. 334, et volume 10, p. 186-87.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Je recommande particuli&#232;rement au lecteur la pens&#233;e exprim&#233;e par Engels dans &#171; Anti-D&#252;hring &#187;, que les lois de la nature ext&#233;rieure et les lois r&#233;gissant l'existence corporelle et mentale de l'homme sont &#171; deux classes de lois ne peuvent tout au plus se s&#233;parer que par la pens&#233;e, mais pas dans la r&#233;alit&#233; &#187; (p. 157). (F Engels, Anti-D&#252;hring (Moscou, 1975), p. 132) C'est la m&#234;me doctrine de l'unit&#233; de l'&#234;tre et de la pens&#233;e, de l'objet et du sujet. En ce qui concerne l'espace et le temps, voir le chapitre 5 de la premi&#232;re partie de l'&#339;uvre susmentionn&#233;e. Ce chapitre montre que pour Engels, comme pour Feuerbach, l'espace et le temps ne sont pas seulement des formes de contemplation, mais aussi des formes d'&#234;tre (p. 41-42). Eugen D&#252;hring (1833-1921) - philosophe allemand &#233;clectique et &#233;conomiste vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 5 (Moscou, 1975), p. 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. &#171; L'&#202;tre vient avant de penser, avant de penser &#224; la qualit&#233;, on le ressent. &#187; (Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p 253).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, volume 1 (Moscou, 1974), p 173.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Feuerbach disait de sa philosophie : &#171; Ma philosophie ne peut &#234;tre trait&#233;e de mani&#232;re exhaustive par la plume ; il ne trouve pas de place sur le papier. &#187; Cette d&#233;claration, cependant, n'avait pour lui qu'une port&#233;e th&#233;orique. Il a ensuite ajout&#233; : &#171; Depuis, c'est sa philosophie, la v&#233;rit&#233; n'est pas ce qui a &#233;t&#233; pens&#233;, mais ce qui a &#233;t&#233; non seulement pens&#233;, mais vu, entendu et ressenti. &#187; (&#171; Aphorismes posthumes &#187;, dans le livre de Gr&#252;n, volume 2, p. 306)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32. Voir mon article &#171; Bernstein et le mat&#233;rialisme &#187; dans le symposium &#171; Une critique de nos critiques &#187;. (Gheorgi Plekhanov, Ouvrages philosophiques s&#233;lectionn&#233;s, volume 2 (Moscou, 1976), p. 326-39) D&#233;nis Diderot (1713-1784) - philosophe mat&#233;rialiste fran&#231;ais, id&#233;ologue de la R&#233;volution fran&#231;aise du XVIIIe si&#232;cle ; chef des encyclop&#233;distes ; Julien La Mettrie (1709-1751) - philosophe m&#233;decin et mat&#233;rialiste fran&#231;ais ; Thomas Hobbes (1588-1679) - philosophe mat&#233;rialiste anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33. &#171; Hume, sa vie, sa philosophie &#187;, p. 108. (Plekhanov cite la traduction fran&#231;aise de &#171; Hume : Sa vie et sa philosophie &#187;. Nous citons l'original, p. 80.) David Hume (1711-1776) - philosophe &#233;cossais, id&#233;aliste subjectif ; Thomas Huxley (1825-1895) - Naturaliste britannique, disciple de Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34. &#171; Hume, sa vie, sa philosophie &#187;, p 190. p 82.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35. Ernst Haeckel (1834-1919) - naturaliste allemand ; darwinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36. Cf. &#233;galement le chapitre trois de son livre &#171; L'&#226;me et le syst&#232;me nerveux. Hygi&#232;ne et pathologie &#187; (Paris, 1906). August Forel (1848-1931) - neurologue, psychiatre et entomologiste suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p. 348-49.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38. &#171; Les capacit&#233;s psychiques des fourmis &#187; (M&#252;nchen, 1901), p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39. Ibid., Pp 7-8,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; De plus, &#224; son retour d'exil, Tchernyshevsky a publi&#233; un article intitul&#233; &#171; Le caract&#232;re du savoir humain &#187;, dans lequel il prouve avec beaucoup d'esprit que quelqu'un qui doute de l'existence du monde ext&#233;rieur devrait &#233;galement douter du fait de sa propre existence. Tchernyshevsky a toujours &#233;t&#233; un fid&#232;le adh&#233;rent de Feuerbach. L'id&#233;e fondamentale de son article peut &#234;tre exprim&#233;e dans les mots suivants de Feuerbach : &#171; Je ne suis pas diff&#233;rent des choses et des cr&#233;atures sans moi parce que je me distingue d'eux. Je me distingue parce que je suis diff&#233;rent d'eux physiquement, organiquement et en fait. Etre conscient pr&#233;suppose d'&#234;tre ; &#234;tre conscient, c'est simplement ce qui est comme r&#233;alis&#233; et pr&#233;sent&#233; dans l'esprit. &#187; (&#171; Aphorismes posthumes &#187;, dans le livre de Gr&#252;n, volume 2, p. 306) Nikolai Gavrilovich Tchernyshevsky (1828-1889) - D&#233;mocrate r&#233;volutionnaire russe, philosophe, &#233;crivain et critique litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41. &#171; Les capacit&#233;s psychiques &#187;, m&#234;me page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p 322. Je recommande vivement ces paroles de Feuerbach &#224; l'attention de M. Bogdanov. Cf. &#233;galement p. 249. Alexander Alexandrovich Bogdanov (1873-1928) - social-d&#233;mocrate russe, philosophe et sociologue. Essay&#233; de cr&#233;er son propre syst&#232;me philosophique - empiriomonisme (une variante de la conception des adeptes de Mach).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43. &#171; Les valeurs absolues de l'Esprit de Hegel sont ancr&#233;es dans l'abstention, mais il n'y a que peu de temps. Il n'y a pas de mots-cl&#233;s, mais il y a bien peu de temps &#187;, ajoute-t-il. (Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p 263) (L''Esprit absolu h&#233;g&#233;lien n'est rien d'autre que l'abstrait, distinct de lui-m&#234;me, le soi-disant Esprit fini de la m&#234;me mani&#232;re que l'essence infinie de la th&#233;ologie n'est rien d'autre que l'abstrait essence finie.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;44. &#171; La civilisation primitive &#187;, volume 2 (Paris, 1876), p. 143. Il convient toutefois de noter que Feuerbach a formul&#233; une hypoth&#232;se v&#233;ritablement magistrale en la mati&#232;re. Il a d&#233;clar&#233; : &#034; Le concept de l'objet est &#224; l'origine autre que le concept d'un autre moi - l'homme saisit dans son enfance le soi objectif. &#187; (Volume 2, p. 321-22) (&#224; l'origine, le concept d'objet n'est rien d'autre que le concept d'un autre &#171; moi &#187; - de sorte que l'homme, dans son enfance, appr&#233;hende toutes choses en tant qu'essences volontaires et agissant librement. Par cons&#233;quent, le concept d'objet est g&#233;n&#233;ralement m&#233;diatis&#233; &#224; travers le concept de Tu de l'objectif &#171; Ego &#187;. Edward Burnett Tylor (1832-1917) - anthropologue anglais, &#233;tudiant en culture primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;45. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : Voir Th&#233;odore Gomperz, &#171; Les penseurs de la Gr&#232;ce &#187;, volume 2 (Trad par Aug Reymond, Lausanne, 1905), p. 414-15. Theodor Gomperz (1832-1912) - philosophe et philologue positiviste allemand, historien de la litt&#233;rature ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;46. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Feuerbach a appel&#233; &#171; coud chewers &#187; (ruminants) ces penseurs qui ont essay&#233; de faire revivre une philosophie obsol&#232;te. Malheureusement, ces personnes sont particuli&#232;rement nombreuses aujourd'hui et ont cr&#233;&#233; une litt&#233;rature abondante en Allemagne et en partie en France. Ils commencent maintenant &#224; se multiplier &#233;galement en Russie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47. Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, volume 3 (Moscou, 1973), p. 335. Edouard Bernstein (1850-1932) - chef de l'aile extr&#234;mement opportuniste de la social-d&#233;mocratie allemande et de la Deuxi&#232;me Internationale, th&#233;oricien du r&#233;visionnisme et du r&#233;formisme ; Benedetto Croce (1866-1952) - philosophe, historien, critique litt&#233;raire et homme politique italien ; &#233;tait un critique du marxisme ; Conrad Schmidt (1863-1932) - social-d&#233;mocrate allemand, r&#233;visionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;48. Voir son article &#034;L'identit&#233; psychophysiologique en tant que postulat scientifique&#034;, dans le symposium &#171; Comm&#233;moration de Rosenthal &#187;, premi&#232;re partie (Leipzig, 1906), p. 119-32.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;49. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p 339.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Ernst Mach et ses disciples agissent exactement de la m&#234;me mani&#232;re. Premi&#232;rement, ils transforment la sensation en une essence ind&#233;pendante, non subordonn&#233;e au corps sensible - une essence qu'ils appellent un &#233;l&#233;ment. Ensuite, ils d&#233;clarent que cette essence contient la r&#233;solution de la contradiction entre &#234;tre et penser, entre sujet et objet. Cela r&#233;v&#232;le l'ampleur de l'erreur commise par ceux qui affirment que Mach est proche de Marx. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;51. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, pages 362 &#224; 633.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;52. Feuerbach, Oeuvres, volume 10, p. 308.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;53. &#171; Dictionnaire portatif de la science politique &#187;, volume 5, p 708. Karl Diehl (1864-1943) - &#233;conomiste et sociologue allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;54. Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 5 (Moscou, 1975), p. 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;55. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Cela explique les r&#233;serves toujours faites par Feuerbach en parlant de mat&#233;rialisme. Par exemple : &#171; Quand je reviens en arri&#232;re &#224; partir de ce point, je suis compl&#232;tement en accord avec les mat&#233;rialistes ; quand je vais de l'avant, je diff&#232;re d'eux. &#187; (&#171; Aphorismes posthumes &#187;, dans le livre de K Gr&#252;n, volume 2, p. 308). On trouvera le sens de cette d&#233;claration dans les mots suivants : &#171; Moi aussi, je reconnais l'id&#233;e, mais seulement dans les domaines de l'homme, de la politique, de la morale et de la philosophie. &#187; (Gr&#252;n, volume 2, p 307) Mais d'o&#249; vient l'id&#233;e en politique et en morale ? &#171; Reconna&#238;tre l'id&#233;e &#187; ne r&#233;pond pas &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;56. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;57. Ibid, p 344.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Incidemment, Feuerbach pense aussi que &#171; l'&#234;tre humain &#187; est cr&#233;&#233; par l'histoire. Ainsi, il dit : &#171; Je ne pense qu'en tant que sujet &#233;duqu&#233; par l'histoire, g&#233;n&#233;ralis&#233;, uni au tout, au genre, &#224; l'esprit de l'histoire mondiale. Mes pens&#233;es n'ont pas leur d&#233;but et leur base directement dans ma subjectivit&#233; particuli&#232;re, mais sont le r&#233;sultat d'un tout ; leur d&#233;but et leur base sont ceux de l'histoire du monde elle-m&#234;me. &#187; (K Gr&#252;n, volume 2, p. 309). Nous voyons ainsi chez Feuerbach l'embryon d'une compr&#233;hension mat&#233;rialiste de l'histoire. &#192; cet &#233;gard, cependant, il ne va pas plus loin que Hegel (voir mon article &#171; Pour le soixanti&#232;me anniversaire de la mort de Hegel &#187;, &#171; Neue Zeit &#187;, 1890 (Georgi Plekhanov, S&#233;lection d'&#339;uvres philosophiques, volume 1 (Moscou, 1974), p. 401- 26), et est m&#234;me derri&#232;re lui. Avec Hegel, il souligne l'importance de ce que le grand id&#233;aliste allemand a appel&#233; la base g&#233;ographique de l'histoire du monde. &#171; Le cours de l'histoire de l'humanit&#233;, dit-il, lui est certainement prescrit, car l'homme suit le cours de la Nature, le cours emprunt&#233; par les ruisseaux. Les hommes vont partout o&#249; ils trouvent de la place et le genre d'endroit qui leur convient le mieux. Les hommes s'installent dans une localit&#233; particuli&#232;re et sont conditionn&#233;s par la place dans laquelle ils vivent. L'essence de l'Inde est l'essence des Hindous. Ce qu'il est, ce qu'il &#233;tait devenu, n'est que le produit du soleil des Indes orientales, de l'air des Indes orientales, de l'eau des Indes orientales, des animaux et des plantes des Indes orientales. Comment l'homme pourrait-il appara&#238;tre &#224; l'origine s'il ne sortait pas de la nature ? Les hommes, qui s'acclimatent &#224; toutes sortes de nature, sont issus de la Nature qui ne tol&#232;re aucun extr&#234;me. &#187; (&#171; Aphorismes posthumes &#187;, K Gr&#252;n, volume 2, p 330)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;59. Karl Marx, &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; (Moscou, 1971), p. 20. Le manuscrit de la version pr&#233;c&#233;dente montre que, apr&#232;s avoir &#233;crit : &#171; Dans sa contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel, il a montr&#233; que les relations des gens dans la soci&#233;t&#233; ... &#187;, Plekhanov avait l'intention de poursuivre sa pens&#233;e. Ensuite, il a biff&#233; cette phrase et a plut&#244;t cit&#233; un passage de la pr&#233;face &#224; la &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; de Marx, qui commen&#231;ait par les mots : &#034;Relations juridiques&#034; et qui ajoutait : &#034;il y a &#233;crit&#034;. Il est donc apparu que le passage cit&#233; &#233;tait tir&#233; de la &#171; Contribution &#224; la critique de la philosophie du droit de Hegel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;60. &#171; Propri&#233;t&#233; &#187;, Volume I, p 477. Karl Marx et Friedrich Engels, Oeuvres Recueillies, Volume 3 (Moscou, 1975), p 457&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;61. Feuerbach, Oeuvres, volume 2, p 345.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;62. Engels ne faisait pas r&#233;f&#233;rence &#224; lui-m&#234;me mais &#224; tous ceux qui partageaient ses points de vue. &#171; Nous avons besoin d'eux&#8230; &#187;, dit-il ; il ne fait aucun doute que Marx &#233;tait l'un de ceux qui partageaient ses points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;63. Voir la deuxi&#232;me partie de &#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187;, Observations, premi&#232;re et deuxi&#232;me. (Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 6 (Moscou, 1976), pp 165-66). Addendum &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; Il convient toutefois de noter que Feuerbach a trop critiqu&#233; la dialectique h&#233;g&#233;lienne du point de vue mat&#233;rialiste. &#171; Quel genre de dialectique est-ce, a-t-il demand&#233;, qui contredit l'origine naturelle et le d&#233;veloppement ? O&#249; se situe l'objectivit&#233; d'une psychologie, d'une philosophie en g&#233;n&#233;ral, qui s'abstiennent de la seule objectivit&#233; cat&#233;gorique et imp&#233;rative, fondamentale et solide, celle de la Nature physique, une philosophie qui consid&#232;re que son but ultime, sa v&#233;rit&#233; absolue et son accomplissement de l'esprit r&#233;sident dans un d&#233;part total de cette nature et dans une subjectivit&#233; absolue, sans restriction d'aucun non-ego de Fichte ou de chose en soi kantienne &#187;. (K Gr&#252;n, volume 1, p 399)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;64. Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, volume 1 (Moscou, 1974), p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. &#171; Science de la logique &#187;, volume 1 (Nuremberg, 1812), p. 313-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. En ce qui concerne la question des &#171; bonds &#187;, voir la brochure intitul&#233;e &#171; Le Chagrin de M. Tikhomirov &#187; (Saint-P&#233;tersbourg, Maison d'&#233;dition M Malykh), p. 6-14. (Voir Georgi Plekhanov, Ouvrages philosophiques s&#233;lectionn&#233;s, Volume 1 (Moscou, 1974), pp 365-72)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. &#171; Anti-D&#252;hring &#187;, p. 57. &#171; 'Malgr&#233; le caract&#232;re graduel, le passage d'une forme de mouvement &#224; une autre reste toujours un saut, un changement d&#233;cisif. C'est le cas de la transition de la m&#233;canique des corps c&#233;lestes &#224; celle de petites masses sur un corps c&#233;leste particulier ; il en va de m&#234;me pour le passage de la m&#233;canique des masses &#224; la m&#233;canique des mol&#233;cules, y compris les formes de mouvement &#233;tudi&#233;es par la physique proprement dite... &#187; (Friedrich Engels, &#171; Anti-D&#252;hring &#187;, Moscou, 1975, p 80)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;68. &#171; Des mutations &#187; , pp 7-8. Emile Justin Armand Gautier (1837-1920) - chimiste biologique fran&#231;ais ; Hugo de Vries (1848-1935) - botaniste n&#233;erlandais ; introduit la th&#233;orie de la mutation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;69. &#171; Types &#187; , etc., p 421.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70. Sans parler de Spinoza, il ne faut pas oublier que de nombreux mat&#233;rialistes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle &#233;taient favorables &#224; la th&#233;orie de &#171; l'animisme de la mati&#232;re &#187;. Raoul Heinrich Franc&#233; (1874-1943) - botaniste allemand, vulgarisateur de la biologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;71. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : voir Engels, &#171; Ludwig Feuerbach &#187;, p. 1-5. (Karl Marx et Friedrich Engels, &#339;uvres choisies, volume 3 (Moscou, 1973), p. 337-42- Alexander Ivanovich Herzen (1812-1870) - d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire russe, philosophe mat&#233;rialiste, &#233;crivain et publiciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72. Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, volume 1 (Moscou, 1974), p. 29 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;73. Voir mon article &#171; Belinsky et la r&#233;alit&#233; rationnelle &#187; dans le symposium &#171; Vingt ans &#187;. (Voir Gheorgi Plekhanov, S&#233;lection d'&#339;uvres philosophiques, volume 4 (Moscou, 1980), pp. 387-434 - Vissarion Grigoryevich Belinsky (1811-1848) - D&#233;mocrate r&#233;volutionnaire russe, critique litt&#233;raire et publiciste, philosophe mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;74. Voir l'introduction de Karl Marx, &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; (Moscou, 1971), p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;75. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; En l'esp&#232;ce, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, Feuerbach n'est pas all&#233; plus loin que Hegel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;76. &#171; La soci&#233;t&#233; primitive &#187; (Stuttgart, 1891), pp 20-21. Lewis Henry Morgan (1818-1881) - scientifique am&#233;ricain remarquable, arch&#233;ologue, ethnographe ; engag&#233;s dans l'&#233;tude de la soci&#233;t&#233; primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;77. &#171; Les Indiens d'Am&#233;rique du Nord &#187; (Leipzig, 1865), p 91. Theodor Waitz (1821-1864) - anthropologue, philosophe et &#233;ducateur allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;78. &#171; Au coeur de l'Afrique &#187;, volume 1 (Paris, 1875), p. 199. Georg August Schweinfurth (1836-1925) - anthropologue et naturaliste allemand ; explorateur de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;79. &#171; Au coeur de l'Afrique &#187;, volume 2, p. 94. Concernant l'influence du climat sur l'agriculture, voir aussi Ratzel, &#171; La terre et la vie &#187;, volume 2 (Leipzig et Wien), 1902, p. 540-41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;80. &#171; Anthropog&#233;ographie &#187; (Stuttgart, 1882), p. 92. Friedrich Ratzel (1844-1904) - g&#233;ographe et ethnographe allemand ; consid&#233;r&#233; l'environnement g&#233;ographique comme le principal facteur du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;81. &#171; Le Capital &#187;, volume 1, Karl Marx (Moscou, 1974), p 481&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;82. &#171; Ethnologie &#187;, volume 1 (Leipzig), 1887, p 56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;83. Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, volume 1 (Moscou, 1973), p. 159. Napol&#233;on Ier a d&#233;clar&#233; : &#171; La nature des armes, la composition des arm&#233;es, des lieux de campagne, des marches, des positions, des ordres de bataille, du trac&#233; et des profils des places fortes, voil&#224; ce qui rencontre une opposition constante entre le syst&#232;me de guerre des anciens et celui des modernes. &#187; (&#171; Pr&#233;cis des guerres de C&#233;sar &#187; (Paris, 1836), pp. 87-88. &#171; La nature des armes d&#233;termine la composition des arm&#233;es, les th&#233;&#226;tres de guerre, les marches, les positions, le champ de bataille, le plan et le profil de forteresses. Cela cr&#233;e une opposition constante entre l'ancien syst&#232;me de guerre et le syst&#232;me moderne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;84. &#171; Ethnologie &#187; , volume 1, p. 83. Il convient de noter qu'au d&#233;but de son d&#233;veloppement, l'esclavage des captifs n'est parfois rien de plus que leur incorporation forc&#233;e dans l'organisation sociale des vainqueurs, l'&#233;galit&#233; des droits &#233;tant accord&#233;e. Ici, le surplus de main-d'&#339;uvre du captif n'est pas utilis&#233;, mais seulement l'avantage commun tir&#233; de la collaboration avec lui. Cependant, m&#234;me cette forme d'esclavage pr&#233;suppose l'existence de forces productives d&#233;finies et d'une organisation d&#233;finie de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;85. EJ Eyre, coutumes et coutumes des aborig&#232;nes d'Australie (Londres, 1847), p. 243. Edward John Eyre (1815-1901) - gouverneur colonial britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;86. Plekhanov cite la traduction fran&#231;aise de &#171; Dans les t&#233;n&#232;bres de l'Afrique &#187; de H Stanley, volume 2 (Paris, 1890), p. 91. Nous citons l'original, volume 2 (Londres, p. 91). 1890), p 92. Henry Morton Stanley (nom r&#233;el John Rowlands, 1841-1904) - G&#233;ographe britannique, voyageur et explorateur de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;87. Plekhanov cite la traduction fran&#231;aise de R Burton, &#171; La r&#233;gions des lacs d'Afrique centrale &#187;, &#171; Voyage aux grands lacs de l'Afrique orientale &#187; (Paris, 1862), p. 666. Nous citons l'original, volume 2 (Londres, 1860), p 368. Richard Burton (1821-1890) - G&#233;ographe britannique et voyageur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;88. &#171; Ethnologie &#187;, volume 1, p 93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;89. Engels l'explique admirablement dans les chapitres de son livre &#171; Anti-D&#252;hring &#187; qui traitent d'une analyse de la &#171; th&#233;orie de la force &#187;. Voir &#233;galement le livre &#171; Les ma&#238;tres de la guerre &#187; du lieutenant-colonel Rousset, professeur &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure de guerre (Paris, 1901). Pr&#233;sentant les vues du g&#233;n&#233;ral Bonnal, l'auteur de ce livre &#233;crit : &#171; Les conditions sociales pr&#233;valant &#224; chaque &#233;poque de l'histoire, exercent une influence pr&#233;pond&#233;rante non seulement sur l'organisation militaire d'une nation, mais &#233;galement sur le caract&#232;re, les capacit&#233;s et la tendances de ses militaires. Les g&#233;n&#233;raux du type ordinaire utilisent les m&#233;thodes habituelles et accept&#233;es et avancent vers des succ&#232;s ou des revers selon que les circonstances qui leur sont plus favorables ou non. Pour ce qui est des grands capitaines, ceux-ci subordonnent &#224; leur g&#233;nie les moyens et proc&#233;dures de guerre. &#187; (p 20). Comment font-ils ? C'est la partie la plus int&#233;ressante de la question. Il appara&#238;t que, &#171; guid&#233;s par une sorte d'instinct divinatoire, ils transforment les moyens et les proc&#233;dures conform&#233;ment aux lois parall&#232;les d'une &#233;volution sociale dont ils sont les seuls &#224; comprendre, &#224; leur &#233;poque, l'effet d&#233;cisif (et la r&#233;percussion) sur la technique de leur art &#187; ( ibid). Il nous reste donc &#224; d&#233;couvrir le lien de causalit&#233; entre &#171; &#233;volution sociale &#187; et d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; pour donner une explication mat&#233;rialiste aux succ&#232;s les plus inattendus de la guerre. Rousset est lui-m&#234;me sur le point de donner une telle explication. Son aper&#231;u historique du dernier-n&#233; de l'art militaire, bas&#233; sur les papiers in&#233;dits du g&#233;n&#233;ral Bonnal, ressemble beaucoup &#224; ce que nous trouvons expos&#233; par Engels dans l'analyse susmentionn&#233;e. A certains endroits, la ressemblance se rapproche de l'identit&#233; compl&#232;te. Guillaume Bonnal (1844-1917) - G&#233;n&#233;ral fran&#231;ais, th&#233;oricien militaire et historien ; L&#233;once Rousset (1850-1938) - professeur &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure de la guerre, auteur d'ouvrages d'histoire des affaires militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;90. &#171; Ethnologie &#187;, volume 1, p 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;91. &#171; Le Capital &#187; Volume 1, pp 524-26. Karl Marx (Moscou, 1974), p 481)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;92. Voir son &#171; Histoire des civilisations en Angleterre &#187;, volume 1 (Leipzig, 1865), p. 36-37. Selon Buckle, l'une des quatre causes qui influent sur le caract&#232;re d'un peuple, &#224; savoir l'aspect g&#233;n&#233;ral de la Nature, agit principalement sur l'imaginaire, un imaginaire tr&#232;s d&#233;velopp&#233; engendrant des superstitions qui retardent &#224; leur tour le d&#233;veloppement des connaissances. En agissant sur l'imagination des autochtones, les fr&#233;quents tremblements de terre au P&#233;rou ont exerc&#233; une influence sur la structure politique. Si les Espagnols et les Italiens sont superstitieux, c'est aussi le r&#233;sultat de tremblements de terre et d'&#233;ruptions volcaniques (ibid., P. 112-13). Cette influence psychologique directe est particuli&#232;rement forte aux premiers stades du d&#233;veloppement de la civilisation. Au contraire, la science moderne a montr&#233; la similitude frappante des croyances religieuses des tribus primitives se situant au m&#234;me niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique. La vision de Buckle, qu'il a emprunt&#233;e &#224; des &#233;crivains du XVIIIe si&#232;cle, remonte &#224; Hippocrate. (Voir &#171; Des airs, des eaux et des lieux &#187; (traduction de Coray, Paris, 1800), paragraphes 76, 85, 86, 88, etc.) - Henry Thomas Buckle (1821-1862 - historien et sociologue positiviste anglais ; Hippocrate (460 av. &#8211; 377 av.) - m&#233;decin exceptionnel de la Gr&#232;ce antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;93. &#171; Ethnologie &#187;, volume 1, p. 10. John Stuart Mill, r&#233;p&#233;tant les mots de &#171; l'un des plus grands penseurs de notre &#233;poque &#187;, a d&#233;clar&#233; : &#171; Tous les modes vulgaires consistent &#224; &#233;chapper &#224; la prise en compte de l'effet d'influences sociales et l'esprit humain le plus vulgaire est celui qui attribue les diff&#233;rences de comportement et de caract&#232;re aux diff&#233;rences naturelles inh&#233;rentes. &#187; (&#171; Principes d'&#233;conomie politique &#187;, volume 1, p. 396) John Stuart Mill (1806-1873) - &#233;conomiste bourgeois et philosophe positiviste anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;94. En ce qui concerne la race, voir l'int&#233;ressant ouvrage de J Finot, &#171; Le pr&#233;jug&#233; des races &#187; (Paris, 1905). Addendum &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : Waitz &#233;crit : &#171; Certaines tribus noires sont des exemples frappants du lien entre l'occupation principale et le caract&#232;re national &#187;. (&#171; Anthropologie des peuples primitifs &#187;, volume 2, p. 107) Jean Finot (1858-1922) - publiciste fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;95. En ce qui concerne l'influence de l'&#233;conomie sur la nature des relations sociales, voir Engels, &#171; L'Origine de la famille de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'Etat &#187; (huiti&#232;me &#233;dition, Stuttgart, 1900) ; aussi R Hildebrand, &#171; Loi et coutumes aux diff&#233;rents niveaux culturels et &#233;conomiques &#187;, premi&#232;re partie (Jena, 1896). Malheureusement, Hildebrand utilise mal ses donn&#233;es &#233;conomiques. &#171; Origine l&#233;gale et historique juridique &#187;, une brochure int&#233;ressante de T Achelis (Leipzig, 1904), consid&#232;re le droit comme un produit du d&#233;veloppement de la vie sociale, sans entrer profond&#233;ment dans la question de savoir en quoi le d&#233;veloppement de cette derni&#232;re est conditionn&#233;. Dans le livre de MA Vaccaro, &#171; Les bases sociologiques du droit et de l'&#233;tat &#187; (Paris, 1898), de nombreuses remarques individuelles dispers&#233;es &#233;clairent certains aspects du sujet ; dans l'ensemble, cependant, Vaccaro lui-m&#234;me ne semble pas pleinement &#224; l'aise avec le probl&#232;me. Voir aussi la &#171; Revision critique &#187; de Teresa Labriola (Italie, 1901). Thomas Achelis (1850-1909) - philosophe et ethnologue allemand ; Richard Hildebrand (1840- ?) - &#233;conomiste allemand, th&#233;oricien de la circulation de l'argent ; Antonio Labriola (1843-1904) Homme de lettres italien et philosophe marxiste ; Michel Angelo Vaccaro (1854-1937) - Sociologue italien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;96. Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, volume 1 (Moscou, 1973), p. 421 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;97. &#171; L'origine de la langue &#187; (Mayence, 1877), p 331. Ludwig Noir&#233; (1829-1889) - philosophe allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;98. Ibid, p 341.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;99. Ibid, p 347.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;100. Ibid., P. 369.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;101. &#171; Parmi les peuples primitifs du centre du Br&#233;sil &#187; (Berlin, 1894), p 201. Karl von den Steinen (1855-1929) - ethnographe et voyageur allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;102. Ibid., Pp 205-06.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;103. En ce qui concerne ces &#034;exclusivement bergers&#034;, voir le livre de Gustav Fritsch, Die Eingeborenen S&#252;d-Afrikas (Breslau, 1872). &#171; L'id&#233;al des Cafres &#187;, dit Fritsch, &#171; l'objet de ses r&#234;ves et celui qu'il aime chanter, c'est son b&#233;tail, le plus pr&#233;cieux de ses biens. Des chants louant le b&#233;tail, alternent avec des chants en l'honneur des chefs de tribus, dans lesquels le b&#233;tail de ce dernier joue &#224; nouveau un r&#244;le important. &#187; (Volume 1, p. 50) Chez les Cafres, le service du b&#233;tail est la plus honorable des occupations (ibid., P. 85). M&#234;me la guerre pla&#238;t aux Cafres, principalement parce qu'elle leur donne la promesse d'un butin sous forme de b&#233;tail (ibid., P. 79). &#171; Les proc&#232;s intent&#233;s chez les cafres sont le r&#233;sultat de conflits li&#233;s au b&#233;tail. &#187; (Ibid., p 322) Fritsch donne une description tr&#232;s int&#233;ressante de la vie des chasseurs Bushman (ibid, pp 424ff). Gustav Fritsch (1838-1927) - Voyageur et scientifique allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104. Plekhanov cite la traduction fran&#231;aise du mythe, du rituel et de la religion de Lang, c'est-&#224;-dire &#171; Mythes, cultes et religion &#187; (trad. L Mirillier, Paris, 1896), p. 332. Nous citons l'original, volume 2 (Londres), 1887), p 151. Andrew Lang (1844-1912) - &#233;rudit &#233;cossais, a trait&#233; des origines de la religion et de la mythologie et de l'histoire de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;105. Il convient de rappeler &#224; cet &#233;gard la remarque de R Andr&#233;e selon laquelle l'homme imaginait &#224; l'origine ses dieux sous la forme d'animaux. &#171; Lorsque l'homme anthropomorphisa plus tard les animaux, la transformation mythique de l'homme en animal se produisit. &#187; (&#171; Parall&#232;les ethnographiques et comparaisons &#187;, nouvelle s&#233;rie, Leipzig, 1889, p. 116). L'anthropomorphisation des animaux suppose un niveau relativement &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement des forces productives. Cf. aussi Leo Frobenius, &#171; La vision du monde des peuples primitifs &#187; (Weimar, 1898), p. 24. Robert Brough Smyth (1830-1889) - Ing&#233;nieur d'origine britannique, n&#233; en Australie en 1852, secr&#233;taire honoraire du Conseil pour la protection des aborig&#232;nes de 1860 [MIA]. Richard Andr&#233;e (1835-1912) - ethnographe allemand, auteur d'ouvrages d'ethnographie compar&#233;e ; Leo Frobenius (1873-1938) - ethnographe et arch&#233;ologue allemand, explorateur de l'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;106. &#171; La civilisation primitive &#187;, volume 2 (Paris, 1876), p 322.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;107. Cf. H. Schurtz, &#171; Pr&#233;histoire de la culture &#187; (Leipzig et Wien, 1900), p. 559-64. J'y reviendrai plus tard, &#224; propos d'une autre question. Claude Henri Saint-Simon (1760-1825) - grand socialiste utopique fran&#231;ais ; Heinrich Schurtz (1863-1903) - ethnographe et historien de la culture allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;108. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : Je me permettrai de renvoyer le lecteur &#224; mon article de la revue Sovremenny Mir intitul&#233; &#171; De soi-disant recherches religieuses en Russie &#187; (septembre 1909). J'y ai &#233;galement discut&#233; de la signification des arts m&#233;caniques pour le d&#233;veloppement des concepts religieux. (Voir Georgi Plekhanov, Ouvrages philosophiques s&#233;lectionn&#233;s, Volume 3 (Moscou, 1976), pp 306-413)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;109. Karl B&#252;cher (1847-1930) - &#233;conomiste et statisticien allemand ; Ernst Grosse (1862-1927) - sociologue, ethnographe, historien de l'art allemand ; positiviste ; Yrj&#246; Hirn (1870- ?) - esth&#233;ticien et historien de la litt&#233;rature finlandais ; Moritz H&#246;rnes (1852-1917) - arch&#233;ologue autrichien et historien de la culture primitive ; Garrick Mallery (1834-1894) - ethnographe et historien am&#233;ricain ; Gabriel de Mortillet (1821-1898) - anthropologue et arch&#233;ologue fran&#231;ais ; Sophus M&#252;ller (1846-1934) - arch&#233;ologue danois ; Richard Wallaschek (1860-1917) - &#233;rudit autrichien dans les domaines de la linguistique et de l'ethnologie musicale, sp&#233;cialiste des arts primitifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;110. &#171; Pr&#233;histoire &#187; , etc., p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;111. &#8220;Travail et rythme &#187;, p 342.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112. &#171; Les d&#233;buts de l'art du son &#187;, p. 257.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;113. Repr&#233;sentant g&#233;n&#233;ralement des animaux aussi &#8211; G. Plekhanov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;114. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; On sait que certains marxistes de notre pays ont pens&#233; le contraire &#224; l'automne de 1905. Ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme socialistes. La r&#233;volution &#233;tait possible en Russie, car, affirmaient-ils, les forces productives du pays &#233;taient suffisamment d&#233;velopp&#233;es pour une telle r&#233;volution. &#187; (Ce passage est caract&#233;ristique de la position des mencheviks de Plekhanov concernant le caract&#232;re et les forces motrices de la r&#233;volution russe. Convaincu que la r&#233;volution en Russie devait suivre les r&#233;volutions bourgeoises en Occident, Plekhanov a estim&#233; &#224; tort que toute une &#233;poque historique devait s&#233;parer le socialiste de la r&#233;volution bourgeoise. Plekhanov pensait qu'en Russie, o&#249; le d&#233;veloppement industriel avait commenc&#233; plus tard qu'en Occident et o&#249; pr&#233;dominait la population paysanne, aucun conflit n'avait encore m&#251;ri entre les forces productives et les rapports de production capitalistes. Les conditions objectives d'une r&#233;volution socialiste en Russie &#233;taient donc, pour lui, manquantes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;115. Karl Marx, &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; (Moscou, 1971), p. 21 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;116. Karl Marx, &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; (Moscou, 1971), p. 21 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;117. Prenons l'esclavage comme exemple. &#192; un certain niveau de d&#233;veloppement, il favorise la croissance des forces productives, puis il commence &#224; entraver cette croissance. Sa disparition parmi les peuples civilis&#233;s de l'Ouest est due &#224; leur d&#233;veloppement &#233;conomique. (Concernant l'esclavage dans le sens ancien, voir le travail int&#233;ressant du professeur E. Ciccotti, &#171; Le coucher de soleil de l'esclavage &#187; (Turin, 1899). Dans son livre intitul&#233; &#171; Journal de la d&#233;couverte des sources du Nil &#187; (1865), JH Speke dit que, parmi les N&#232;gres, les esclaves consid&#232;rent qu'il est malhonn&#234;te et honteux de fuir un ma&#238;tre qui leur a pay&#233; de l'argent. A cela, on pourrait ajouter que ces m&#234;mes esclaves consid&#232;rent leur &#233;tat plus honorable que celui de l'ouvrier embauch&#233;. Une telle conception correspond &#224; la phase &#171; lorsque l'esclavage est encore un ph&#233;nom&#232;ne progressif &#187;. Ettore Ciccotti (1863-1939) - homme politique italien, professeur d'histoire romaine ; John Hanning Speke (1827-1864) - Voyageur anglais et explorateur africain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;118. Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 6 (Moscou, 1976), p. 486 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;119. Rudolf Stammler (1859-1939) - juriste allemand et philosophe n&#233;o-kantien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;120. Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 6 (Moscou, 1976), p. 503 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;121. Lettre &#224; Joseph Bloch, 21 [22] septembre 1890. Voir Karl Marx et Friedrich Engels, Correspondance choisie (Moscou, 1975), p. 395 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;122. Lettre &#224; W Borgius, 25 janvier 1894. Voir Karl Marx et Friedrich Engels, Correspondance choisie (Moscou, 1975), p. 441-42 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;123. Karl Marx et Friedrich Engels, Correspondance choisie (Moscou, 1975), p. 442 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;124. Voir Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 5 (Moscou, 1976), p. 4 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;125. Karl Marx et Friedrich Engels, Correspondance choisie (Moscou, 1975), p. 442 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;126. Alfred Espinas (1844-1922) - Sociologue et psychologue fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;127. Les chasseurs ont &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;s par les cueilleurs ou &#171; sammelv&#246;lker &#187;, comme les appellent maintenant des &#233;rudits allemands. Mais toutes les tribus sauvages que nous connaissons ont d&#233;j&#224; pass&#233; ce stade. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 2010 : Dans son ouvrage sur l'origine de la famille, Engels affirme que les peuples purement chasseurs n'existent que dans l'imagination des &#233;rudits. Les tribus de chasseurs sont des &#171; cueilleurs &#187; en m&#234;me temps. Cependant, comme nous l'avons vu, la chasse a une influence profonde sur l'&#233;volution des opinions et des go&#251;ts de ces peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;128. Voici un exemple tir&#233; d'un autre domaine. Le &#171; facteur population &#187;, comme l'appelle A Coste (voir son &#171; Evolution &#187;, Paris, 1901), a sans aucun doute une tr&#232;s grande influence sur le d&#233;veloppement social. Mais Marx a absolument raison de dire que les lois abstraites de la croissance de la population n'existent que pour les animaux et les plantes. Dans la soci&#233;t&#233; humaine, l'augmentation (ou le d&#233;clin) de la population d&#233;pend de l'organisation de cette soci&#233;t&#233;, qui est d&#233;termin&#233;e par sa structure &#233;conomique. Aucune &#171; loi de la croissance &#187; abstraite n'expliquera le fait que la population de la France actuelle ne croisse gu&#232;re. Les sociologues et les &#233;conomistes qui voient dans la croissance d&#233;mographique la principale cause du d&#233;veloppement social se trompent profond&#233;ment (voir A Loria, &#171; La l&#233;gende de la d&#233;mocratie et de la soci&#233;t&#233; sociale &#187;, Sienne, 1882). Adolphe Coste (1842-1901) - sociologue fran&#231;ais positiviste ; Achille Loria (1857-1943) - Sociologue et &#233;conomiste italien, repr&#233;sentant de l'&#233;conomie politique vulgaire, falsificateur du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;129. &#171; Les vilains sont laids, aucun homme n'a vu plus laid. Chacun d'entre eux a une taille de 15 pieds. Certains ressemblent &#224; des g&#233;ants, mais beaucoup trop laids, avec des bosses devant et derri&#232;re. &#187; Cf. Henri S&#233;e, Les classes rurales et le r&#233;gime national en France au moyen &#226;ge (Paris, 1901), p. 554. Cf. &#233;galement le P. Meyer, &#171; Die St&#228;nde, ihr Leben und Treiben &#187; (Marburg, 1882), p. 8. Fritz Meyer (1864 - ?) - historien et ethnographe allemand ; Henri S&#233;e (1864-1936) - historien fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;130. &#171; Nous sommes des hommes, tels qu'ils sont, et capables de souffrir, comme eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;131. Abroteles Eleutheropoulos (1873- ?) - sociologue bourgeois grec ; professeur assistant de philosophie &#224; l'universit&#233; de Zurich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;132. &#171; Histoire de la philosophie, ce qu'elle a &#233;t&#233;, ce qu'elle peut &#234;tre &#187; (Paris, 1888). Fran&#231;ois Joseph Picavet (1851-1921) - historien fran&#231;ais de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;133. &#171; &#201;conomie et philosophie &#187;, Volume 1, p 98. Jean Jacques Rousseau (1712-1778) - &#233;veilleur fran&#231;ais remarquable et d&#233;mocrate ; id&#233;ologue de la petite-bourgeoisie ; X&#233;nophane - philosophe grec du VIe si&#232;cle av. J.-C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;134. Ibid, p 99.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;135. Ibid, pp 99-101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;136. Ibid, pp 103-07. H&#233;raclite (530 av. -470 av.) - philosophe mat&#233;rialiste grec, l'un des fondateurs de la dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;137. Sans parler du fait que, dans ses r&#233;f&#233;rences &#224; l'&#233;conomie de la Gr&#232;ce antique, Eleutheropoulos n'en donne aucune pr&#233;sentation concr&#232;te, se limitant &#224; des d&#233;clarations g&#233;n&#233;rales qui, ici comme partout ailleurs, n'expliquent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;138. &#171; &#201;conomie et philosophie &#187;, volume 1, pages 16-17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;139. Ibid, p 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;140. &#8220;Acad&#233;mie socialiste&#8221;, no 20 (Berlin, 1895), p. 374. (Karl Marx et Friedrich Engels, &#171; Correspondance choisie &#187; (Moscou, 1975), p. 442-43 &#8211; &#201;diteur) - Fran&#231;ois Pierre Guillaume Guizot (1787-1874) - Fran&#231;ais homme d'&#201;tat et historien bourgeois ; Fran&#231;ois Auguste Mignet (1796-1884) - historien lib&#233;ral fran&#231;ais ; Augustin Thierry (1795-1856) - Historien fran&#231;ais, dans ses travaux, il a presque compris le r&#244;le des facteurs mat&#233;riels et de la lutte des classes dans le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale et la formation de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;141. Voir mon article &#171; Sur le r&#244;le de la personnalit&#233; dans l'histoire &#187; dans mon livre &#171; Vingt ans &#187; (Voir Georgi Plekhanov, S&#233;lection d'&#339;uvres philosophiques, volume 2 (Moscou, 1976), pp 283-315 - Sous la direction de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;142. Il l'appela &#171; grec &#187; parce que, selon lui, &#171; ses th&#232;ses fondamentales avaient &#233;t&#233; exprim&#233;es par les Grecs Thal&#232;s, puis d&#233;velopp&#233;es par un autre Grec &#187; (&#171; &#201;conomie et philosophie &#187;, volume 1, p. 17), par Eleutheropoulos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;143. Voir ma pr&#233;face &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition de ma traduction en russe du &#171; Manifeste communiste &#187;. (Voir Georgi Plekhanov, Ouvrages philosophiques s&#233;lectionn&#233;s, Volume 2 (Moscou, 1976), pp 427-73 &#8211; Editeur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;144. &#171; L'&#233;mergence de conceptions de l'&#233;conomie politique &#187;, Part 1 (Brunswick et Leipzig, 1902), pp 19-20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;145. Vladimir Maximovich Friche (1870-1929) - Critique litt&#233;raire et d'art sovi&#233;tique ; avant la r&#233;volution a contribu&#233; &#224; des publications social-d&#233;mocrates ; Nikolai Alexandrovich Rozhkov (1868-1927) - historien et publiciste russe ; repr&#233;sentant du &#171; marxisme l&#233;gal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;146. Nikolai Konstantinovich Mikhailovsky (1842-1902) - Sociologue, journaliste et critique litt&#233;raire russe. A men&#233; une lutte contre le marxisme dans les magazines publi&#233;s l&#233;galement qu'il a &#233;dit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;147. Voir &#171; Souvenirs d'un hugol&#226;tre &#187; d'Augustin Challamel (Paris, 1885), p. 259. Dans cette affaire, Ingres r&#233;v&#233;lait plus de coh&#233;rence que Delacroix, qui, m&#234;me s'il &#233;tait peintre romantique, conservait une pr&#233;dilection pour la musique classique. Hector Berlioz (1803-1869) - compositeur fran&#231;ais ; Augustin Challamel (1818-1894) - Homme de lettres fran&#231;ais ; auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'art ; Eug&#232;ne Delacroix (1798-1863) - peintre fran&#231;ais de l'&#233;cole romantique ; Victor Hugo (1802-1885) - &#233;crivain et po&#232;te fran&#231;ais ; Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867) - peintre fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;148. Cf. Challamel, op cit, p. 258.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;149. Et surtout dans l'histoire du r&#244;le que chacun d'eux a jou&#233; dans l'expression du temp&#233;rament des temps. Comme on le sait, diverses id&#233;ologies et diverses branches de l'id&#233;ologie se manifestent &#224; diff&#233;rents moments. Au Moyen &#194;ge, par exemple, la th&#233;ologie jouait un r&#244;le beaucoup plus important qu'actuellement ; dans la soci&#233;t&#233; primitive, la danse est l'art le plus important, alors que c'est loin d'&#234;tre le cas aujourd'hui, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;150. Le livre d'E Cheeseau, &#171; Les chefs d'&#233;cole &#187; (Paris, 1883), pp. 378-79, contient l'observation subtile suivante concernant la psychologie des romantiques. L'auteur souligne que le romantisme a fait son apparition apr&#232;s la r&#233;volution et l'empire. &#171; En litt&#233;rature et en art, il y a eu une crise semblable &#224; celle qui s'est produite dans la morale apr&#232;s la Terreur - une v&#233;ritable orgie des sens. Les gens vivaient dans la peur et cette peur avait disparu. Ils se sont livr&#233;s aux plaisirs de la vie. Leur attention &#233;tait exclusivement r&#233;serv&#233;e aux apparences et aux formes ext&#233;rieures. Un ciel bleu, des lumi&#232;res brillantes, la beaut&#233; des femmes, un velours somptueux, une soie iris&#233;e, une brillance dor&#233;e et un &#233;clat de diamants les remplissaient de ravissement. Les gens ne vivaient qu'avec les yeux... ils avaient cess&#233; de penser. Cela a beaucoup en commun avec la psychologie de l'&#233;poque que nous vivons en Russie. Dans les deux cas, toutefois, le cours des &#233;v&#233;nements qui a conduit &#224; cet &#233;tat d'esprit &#233;tait lui-m&#234;me le r&#233;sultat du cours du d&#233;veloppement &#233;conomique. &#187; Ernest Alfred Chesneau (1833-1890) - critique d'art fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;151. &#171; Hector Berlioz et la soci&#233;t&#233; de son temps &#187; (Paris, 1904), p. 190. Jean-Baptiste Tiersot (1857-1936) - musicologue fran&#231;ais, auteur d'&#339;uvres sur Berlioz, Gluck et autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;152. Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;153. Nous avons ici le m&#234;me quiproquo que celui qui fait para&#238;tre ridicules les adh&#233;rents de l'archi-bourgeois Nietzsche lorsqu'ils attaquent la bourgeoisie. Friedrich Nietzsche (1844-1900) - philosophe allemand r&#233;actionnaire, volontariste et irrationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;154. &#171; L'oeuvre d'art, &#233;crit-il, est d&#233;termin&#233;e par un ensemble qui est l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de l'esprit et des m&#339;urs environnantes &#187;. (ou encore &#171; L'&#339;uvre est d&#233;termin&#233;e par l'ensemble qui constitue l'&#233;tat d'esprit g&#233;n&#233;ral et la morale environnante. &#187;) Hippolyte Adolphe Taine (1828-1893) - critique litt&#233;raire et d'art fran&#231;ais, philosophe et historien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;155. &#171; La philosophie de l'histoire en France et en Allemagne &#187; (Edimbourg et Londres, 1874), p. 149. Robert Flint (1838-1910) - sociologue &#233;cossais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;156. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : Dans sa pol&#233;mique contre les fr&#232;res Bauer, Marx &#233;crivait : &#171; Les Lumi&#232;res fran&#231;aises du XVIIIe si&#232;cle, et en particulier le mat&#233;rialisme fran&#231;ais, n'&#233;taient pas seulement en lutte contre les institutions politiques existantes et la th&#233;ologie existante ; c'&#233;tait tout autant une lutte ouverte et clairement exprim&#233;e contre la m&#233;taphysique du XVIIe si&#232;cle et contre toute m&#233;taphysique, en particulier celle de Descartes, Malebranche, Spinoza et Leibnitz. (&#171; Propri&#233;t&#233; &#187;, volume 2, p. 232). Karl Marx et Friedrich Engels, &#171; La Sainte Famille &#187;, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 4 (Moscou, 1975), p. 124-25 &#8211; Editeur - C'est de notori&#233;t&#233; publique. Gottfried Wilhelm Leibnitz (1646-1716) - scientifique allemand et philosophe rationaliste, id&#233;aliste objectif ; Nicholas Malebranche (1638-1715) - philosophe id&#233;aliste fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;157. Voir &#171; Histoire de la litt&#233;rature fran&#231;aise &#187; de G Lanson (Paris, 1896), p. 394-97, qui donne une explication lucide des liens entre certains aspects de la philosophie cart&#233;sienne et la psychologie de la classe dirigeante en France au cours du premier semestre le dix-septi&#232;me si&#232;cle. Gustave Lanson (1857-1934) - historien fran&#231;ais de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;158. Sismondi, &#171; Histoire des Fran&#231;ais &#187;, volume 10, p. 59, a exprim&#233; une opinion int&#233;ressante sur la signification de ces romans, opinion qui fournit des &#233;l&#233;ments pour une &#233;tude sociologique de l'imitation. Jean Charles L&#233;onard de Sismondi (1773-1842) - &#201;conomiste suisse, critique petit-bourgeois du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;159. Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, volume 3 (Moscou, 1973), p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;160. &#171; Exposition du syst&#232;me du monde &#187; (Paris), Ann&#233;e 4, Volume 2, p. 291-92. Pierre Simon de Laplace (1749-1827) - astronome, math&#233;maticien et physicien fran&#231;ais ; Isaac Newton (1642-1727) - physicien, astronome et math&#233;maticien anglais, fondateur de la m&#233;canique classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;161. Karl Marx, &#171; Le Capital &#187;, volume 1 (Moscou, 1974), p. 29 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;162. &#192; cet &#233;gard, voir, entre autres, l'article susmentionn&#233; d'Engels intitul&#233; &#171; Sur le mat&#233;rialisme historique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;163. Le lecteur se rappellera &#224; quel point Lamprecht se justifiait avec v&#233;h&#233;mence lorsqu'il &#233;tait accus&#233; de mat&#233;rialisme et comment Ratzel se d&#233;fendit contre la m&#234;me accusation dans son ouvrage &#171; La terre et la vie &#187;, volume 2, p 631. N&#233;anmoins, il &#233;crivit les mots suivants : &#171; La somme des acquis culturels de chaque peuple &#224; chaque &#233;tape de son d&#233;veloppement est compos&#233;e d'&#233;l&#233;ments mat&#233;riels et spirituels... Ils sont acquis, pas avec des moyens identiques, ni avec la m&#234;me facilit&#233;, ni simultan&#233;ment... Les acquisitions spirituelles sont bas&#233;es sur des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels. L'activit&#233; spirituelle n'appara&#238;t comme un luxe qu'apr&#232;s la satisfaction des besoins mat&#233;riels. Par cons&#233;quent, toutes les questions relatives &#224; l'origine de la culture se ram&#232;nent &#224; la question de savoir ce qui favorise le d&#233;veloppement des fondements mat&#233;riels de la culture &#187; (&#171; Ethnologie &#187;, volume 1, premi&#232;re &#233;dition, p 17). Il s'agit l&#224; d'un mat&#233;rialisme historique incontestable, encore moins pris en compte, et donc d'une qualit&#233; irr&#233;prochable comme le mat&#233;rialisme de Marx et Engels. Karl Lamprecht (1856-1915) - Historien lib&#233;ral allemand, positiviste dans ses conceptions philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;164. &#171; Saint Max &#187; - un chapitre de Karl Marx et Friedrich Engels, dans &#171; L'id&#233;ologie allemande &#187;. Plekhanov cite des extraits de la revue &#171; Documents du Socialisme &#187;, voir Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres Recueillies, volume 5 (Moscou, 1976), p. 292-94 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;165. Maximilian Harden (Felix Ernst Witkowski, 1861-1927) &#233;tait un journaliste et un &#233;diteur allemand influent. Il attaqua le Kaiser Wilhelm II en 1907 en publiant des all&#233;gations relatives aux activit&#233;s homosexuelles du lieutenant-g&#233;n&#233;ral Kuno Graf von Moltke (1847-1923), adjudant du Kaiser. D'autres r&#233;v&#233;lations d'activit&#233;s homosexuelles dans le cabinet et l'entourage du Kaiser ont conduit &#224; une s&#233;rie de proc&#232;s, de limogeages et de suicides de divers officiers sup&#233;rieurs de l'arm&#233;e, le MIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;166. V Bazarov (VA Rudnev, 1874-1939) - social-d&#233;mocrate russe ; en 1905-1907 a contribu&#233; &#224; un certain nombre de publications bolcheviques. Dans la p&#233;riode de r&#233;action (1907-1910), il s'&#233;cartait du bolchevisme et &#233;tait l'un des principaux repr&#233;sentants de la d&#233;viation pro-Mach du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;167. &#171; L'interpr&#233;tation &#233;conomique de l'histoire &#187;, p. 24 et 109. Edwin Seligman (1861-1939) - &#233;conomiste bourgeois am&#233;ricain, professeur &#224; l'Universit&#233; Columbia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;168. Quelques mots fortuits pour expliquer ce qui a &#233;t&#233; dit. Selon Marx, &#171; les cat&#233;gories &#233;conomiques ne sont que les expressions th&#233;oriques, les abstractions des rapports sociaux de production &#187; (&#171; Mis&#232;re de la philosophie &#187;, chapitre 2, deuxi&#232;me paragraphe). (Karl Marx et Friedrich Engels, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 6 (Moscou, 1976), p. 165 &#8211; &#233;diteur). Cela signifie que Marx consid&#232;re les cat&#233;gories de l'&#233;conomie politique de la m&#234;me mani&#232;re du point de vue des relations mutuelles entre les hommes dans le processus social de production, relations dont le d&#233;veloppement lui fournit l'explication de base du mouvement historique de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;169. &#171; L'interpr&#233;tation &#233;conomique de l'histoire &#187;, p. 137. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : &#171; L' origine du christianisme &#187; de Kautsky, en tant que livre &#171; extr&#233;miste &#187;, est bien s&#251;r r&#233;pr&#233;hensible du point de vue de Seligman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;170. Le parall&#232;le suivant est tr&#232;s instructif. Marx dit que la dialectique mat&#233;rialiste, tout en expliquant ce qui existe, explique en m&#234;me temps sa destruction in&#233;vitable. En cela, il a compris sa valeur, son r&#244;le progressif. Mais voici ce que dit Seligman : &#171; Le socialisme est une th&#233;orie de ce qui devrait &#234;tre ; le mat&#233;rialisme historique est une th&#233;orie de ce qui a &#233;t&#233;. &#187; (Ibid, p. 108) Pour cette seule raison, il consid&#232;re qu'il est possible de d&#233;fendre le mat&#233;rialisme historique. Cela signifie, en d'autres termes, que ce mat&#233;rialisme peut &#234;tre ignor&#233; lorsqu'il s'agit d'expliquer la destruction in&#233;vitable de ce qui est et peut &#234;tre utilis&#233; pour expliquer ce qui a &#233;t&#233; dans le pass&#233;. C'est l'un des nombreux cas d'utilisation d'un double standard dans le domaine de l'id&#233;ologie, ph&#233;nom&#232;ne &#233;galement engendr&#233; par des causes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;171. Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, volume 3 (Moscou, 1973), p. 150 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;172. Friedrich Engels, &#8220;Anti-D&#252;hring&#8221;, cinqui&#232;me &#233;dition, p. 113. Moscou, 1975), p. 136-37&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;173. &#171; M&#233;taphysique &#187;, livre 5, chapitre 5. Aristote (384 av. -322 av.) - philosophe et scientifique grec. En philosophie, il oscille entre le mat&#233;rialisme et l'id&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;174. Cadets - membres du parti constitutionnel-d&#233;mocrate, parti de la bourgeoisie monarchique lib&#233;rale, fond&#233; en octobre 1905. Pour tenter de gagner la paysannerie, les cadets ont inclus dans leur programme agraire une clause sur la possibilit&#233; d'&#233;tendre les terres appartenant &#224; l'&#201;tat, &#224; celles des monast&#232;res et des propri&#233;taires priv&#233;s. Le programme mentionnait &#233;galement &#034;l'ali&#233;nation obligatoire&#034; des domaines des propri&#233;taires fonciers &#224; cette fin. &#171; Les cadets, &#233;crivait L&#233;nine, veulent pr&#233;server le syst&#232;me d'agriculteurs propri&#233;taires au moyen de concessions. Ils proposent des paiements de rachats par les paysans qui avaient d&#233;j&#224; une fois d&#233;j&#224; ruin&#233; les paysans en 1861 &#187;. (VI L&#233;nine, Ouvrages rassembl&#233;s, Volume 11, p. 328) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;175. Hegel's Oeuvres, volume 12, p 98.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;176. Note &#224; l'&#233;dition allemande de 1910 : Spinoza a d&#233;j&#224; dit dans &#171; Ethique &#187;, Partie 3, Proposition 2, Scholium (annotations latines et grecques) que beaucoup de gens pensent qu'ils agissent librement parce qu'ils connaissent leurs actions, mais pas les causes de ces actions. &#171; Ainsi, un enfant pense qu'il d&#233;sire librement du lait, un enfant en col&#232;re pense qu'il d&#233;sire librement sa vengeance ou un enfant timide pense qu'il choisit librement de fuir. &#187; La m&#234;me id&#233;e a &#233;t&#233; exprim&#233;e par Diderot, dont la doctrine mat&#233;rialiste &#233;tait, dans l'ensemble, le spinozisme lib&#233;r&#233; de son cadre th&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;177. Karl Marx, &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; (Moscou, 1971), p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;178. &#171; &#201;conomie et droit &#187;, deuxi&#232;me &#233;dition, p. 421.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;179. &#171; La n&#233;cessit&#233;, en tant que contraposition de la libert&#233;, n'est rien d'autre que l'inconscient. &#187; (Schelling, &#171; Syst&#232;me des id&#233;aux transcendantaux &#187; (1800), p 424)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180. Cet aspect de la question est trait&#233; de mani&#232;re assez d&#233;taill&#233;e dans diverses parties de mon livre sur le monisme historique. (Voir Georgi Plekhanov, &#171; Oeuvres choisies de philosophie &#187;, volume 1 (Moscou, 1974), pages 480-697 &#8211; Editeur) Sergei Nikolayevich Bulgakov (1871-1944) - Un &#233;conomiste bourgeois et philosophe id&#233;aliste russe chercha &#224; r&#233;viser l'enseignement de Marx sur la question agraire ; Pyotr Bernardovich Struve (1870-1944) - &#233;conomiste et publiciste bourgeois russe ; l'un des repr&#233;sentants les plus &#233;minents du &#034;marxisme l&#233;gal&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;181. &#171; &#201;conomie et droit &#187;, p. 421 et suiv. Cf. &#233;galement l'article de Stammler intitul&#233; &#171; Conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#187; dans &#171; Dictionnaire de science politique &#187;, 2 Auflage, volume 5, p. 735-37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;182. H Bargy, La religion dans la soci&#233;t&#233; aux &#201;tats-Unis (Paris, 1902), p. 88-89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;183. Ibid, pp 97-98. Jonathan Edwards (1703-1758) - th&#233;ologien am&#233;ricain dont les enseignements sont devenus la philosophie officielle du puritanisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;184. Karl Marx et Friedrich Engels, &#338;uvres choisies, volume 3 (Moscou, 1973), p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;185. Karl Marx, &#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187; (Moscou, 1971), p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;186. Syndicalisme r&#233;volutionnaire - tendance semi-anarchiste petite-bourgeoise dans le mouvement ouvrier en Europe occidentale au tournant du si&#232;cle. Les syndicalistes ont ni&#233; la n&#233;cessit&#233; de la lutte politique de la classe ouvri&#232;re, consid&#233;rant que les syndicats &#233;taient capables de renverser le capitalisme et de prendre en main la gestion de la production sans r&#233;volution, simplement en organisant un r&#233;dacteur en chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;187. Handw&#246;rterbuch , volume 5, p 736.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;188. Karl Marx et Friedrich Engels, &#171; La Sainte Famille &#187;, Ouvrages rassembl&#233;s, volume 4 (Moscou, 1975), p. 82.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est remarquable que, &#224; Mati&#232;re et R&#233;volution, nous ne cessons de discuter des id&#233;es, d'y attacher de l'importance, de consid&#233;rer que nous nous battons pour des id&#233;es, que nous ne sommes pas des activistes, ni des pr&#233;tendus &#171; r&#233;alistes &#187;, et pourtant nous nous disons &#171; mat&#233;rialistes &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe, tout d'abord, de reconna&#238;tre la signification de la lutte dialectique entre mat&#233;rialisme et id&#233;alisme. Ces deux p&#244;les ne doivent surtout pas &#234;tre confondus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot319" rel="tag"&gt;Mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi nous sommes mat&#233;rialistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que, &#224; Mati&#232;re et R&#233;volution, nous ne cessons de discuter des id&#233;es, d'y attacher de l'importance, de consid&#233;rer que nous nous battons pour des id&#233;es, que nous ne sommes pas des activistes, ni des pr&#233;tendus &#171; r&#233;alistes &#187;, et pourtant nous nous disons &#171; mat&#233;rialistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe, tout d'abord, de reconna&#238;tre la signification de la lutte dialectique entre mat&#233;rialisme et id&#233;alisme. Ces deux p&#244;les ne doivent surtout pas &#234;tre confondus avec les termes &#171; mat&#233;rialisme &#187; et &#171; id&#233;alisme &#187; du langage commun qui sont &#233;quivalents &#224; &#171; terre-&#224;-terre &#187; et &#224; &#171; d&#233;vou&#233; &#224; un id&#233;al &#187;. Ce n'est ni de ce mat&#233;rialisme l&#224; ni de cet id&#233;alisme l&#224; qu'il s'agit. Ce sont de deux grands courants philosophiques qui se sont sans cesse combattu en discutant de la place de la mati&#232;re et de l'esprit, l'un par rapport &#224; l'autre. La premi&#232;re de ces philosophies place la mati&#232;re avant et au-dessus de l'esprit humain et la seconde fait exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons d&#233;j&#224; que ces deux philosophies ne sont qu'apparemment diam&#233;tralement oppos&#233;es puisque toutes deux sont des monismes et consid&#232;rent qu'il y a un seul monde, contrairement &#224; tous les dualismes, philosophies estimant qu'il y a deux mondes s&#233;par&#233;s (corps et esprit pour Descartes, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait se dire que ces id&#233;es ont certes &#233;t&#233; discut&#233;es dans le pass&#233; mais, aujourd'hui, avec les connaissances, actuelles, quel besoin y aurait-il d'agiter encore ces vieux d&#233;bats, les faits ne sont-ils pas l&#224; pour trancher ? Est-ce que, par exemple, l'histoire de l'Univers ne nous dit pas que la mati&#232;re est n&#233;e bien avant l'homme et bien avant sa conscience et son intelligence ? Est-ce que la connaissance du fonctionnement du cerveau ne nous donne pas d&#233;j&#224; des clefs pour comprendre le fonctionnement de l'intelligence humaine, notamment par l'&#233;tude des neurones et des r&#233;seaux neuronaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est certainement vrai, mais certains peuvent ais&#233;ment objecter que nous n'avons pas pu d&#233;montrer comment cette conscience et cette intelligence ont pu &#234;tre des produits d&#233;termin&#233;s du fonctionnement neuronal, comment le cerveau humain a pu &#234;tre un produit d&#233;termin&#233; de l'&#233;volution du cerveau des singes, ni comment la vie a pu &#234;tre un produit d&#233;termin&#233; du fonctionnement de la mati&#232;re inerte. Il y a eu des suggestions sur ces th&#232;mes, des hypoth&#232;ses ont &#233;t&#233; avanc&#233;es, mais on est loin encore d'avoir d&#233;bouch&#233; sur de vraies connaissances en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;rialistes r&#233;pondent que l'on n'a jamais vu d'intelligence humaine sans cerveau humain, ni de cerveau sans le corps humain, ni de corps sans la mati&#232;re, ni de vie sans la mati&#232;re inerte et que, si on ne conna&#238;t pas encore enti&#232;rement les passages des uns aux autres, on conna&#238;t cependant quelques &#233;tapes, comme celle de la fabrication &#224; partir de mati&#232;re inerte des acides amin&#233;s, qui sont l'une des briques &#233;l&#233;mentaires des macromol&#233;cules de la vie, ou encore comme celles des relations &#233;lectriques et chimiques entre les cellules nerveuses qui leur permet de s'assembler en r&#233;seau et de communiquer, ou encore on conna&#238;t quelques m&#233;canismes d'&#233;volution, comme la n&#233;ot&#233;nie ou retard des rythmes du d&#233;veloppement, qui ont permis &#224; l'homme d'appara&#238;tre au sein des singes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous r&#233;pondent les id&#233;alistes, vous n'en &#234;tes toujours pas &#224; &#234;tre capables d'exprimer en termes mat&#233;riels r&#233;els ce qui se passe quand on pense. Nous ne connaissons nullement le langage interne du cerveau et notre connaissance des cellules nerveuses, des liaisons entre neurones, des r&#233;seaux neuronaux, du contr&#244;le par apoptose des neurones, etc., ne nous donnent aucune traduction mat&#233;rielle d'une toute simple pens&#233;e humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;rialistes peuvent bien s&#251;r r&#233;torquer que l'on peut transmettre une id&#233;e dr&#244;le en envoyant un bref courant dans une zone du cr&#226;ne, ce qui montre bien que les sentiments et les pens&#233;es passent par les communications &#233;lectriques et chimiques inter-neuronales qui ont &#233;t&#233; mises en &#233;vidence par les sp&#233;cialistes. Ils peuvent mettre en &#233;vidence que le darwinisme a d&#233;couvert une clef mat&#233;rielle de l'&#233;volution, la s&#233;lection par les suppressions massives d'individus, et que Darwin tenait plus que tout &#224; ce mat&#233;rialisme de sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;alistes auront beau jeu de r&#233;pondre que la s&#233;lection, agissant en aveugle, ne peut nous dire d'avance quelle esp&#232;ce va appara&#238;tre et que, d&#232;s lors, nous ne pouvons pas v&#233;rifier la validit&#233; de la th&#233;orie, puisqu'elle ne pr&#233;dit rien et que l'exp&#233;rience ne peut pas, du coup, nous dire que c'est bien la s&#233;lection naturelle qui a op&#233;r&#233; le tri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ainsi de suite, le d&#233;bat peut se poursuivre &#224; l'infini. C'est ce qui fait que le d&#233;bat entre mat&#233;rialistes et id&#233;alistes a encore de beaux jours devant lui. Et cela montre aussi que les sciences de la mati&#232;re, de la vie, de l'&#233;volution, de l'homme et de son cerveau ont encore du travail &#224; l'avenir et n'ont pas dit leur dernier mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette incertitude n'emp&#234;che pas que nous nous disions mat&#233;rialistes. Nous pourrions, &#224; la mani&#232;re de certains physiciens, nous dire que les connaissances scientifiques ne permettent pas de trancher en philosophie ou qu'elles ne sont pas faites pour cela, mais nous ne le faisons pas et nous allons voir pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un exemple. Nous ne sommes pas s&#251;rs et nous n'avons pas de preuve que nous vivrons demain, mais nous agissons comme si nous le savions et nous pr&#233;parons nos provisions et nos logements, notre vie, nos relations, nos proches, comme si nous le savions. Nous reconnaissons parfaitement n'avoir aucune preuve qu'au r&#233;veil nous serons toujours vivants et pourtant nous vivons comme si nous le savions. Nous choisissons, pour agir, la philosophie qui affirme que notre existence va se prolonger. C'est exactement ce que les mat&#233;rialistes proposent de faire : afin d'&#234;tre en &#233;tat d'agir sur le monde r&#233;el, consid&#233;rer de mani&#232;re mat&#233;rialiste qu'il existe r&#233;ellement et qu'il ne d&#233;pend pas de nous, qu'il n'est pas un produit de notre pens&#233;e, qu'il existe ind&#233;pendamment de nous. C'est aussi ce que font, dans leurs actes, les scientifiques, comme nous allons le voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bel et bien un choix philosophique &#171; a priori &#187; que d'&#234;tre mat&#233;rialiste, car, m&#234;me s'il n'est pas enti&#232;rement infond&#233;, nous n'avons pas tout &#224; fait de confirmation par les connaissances scientifiques pour prouver sa validit&#233; face &#224; la th&#232;se adverse et pour la justifier. Rien ne dit d'ailleurs si nous ne l'aurons jamais, car il existe toujours des zones inconnues de la science, et plus g&#233;n&#233;ralement de la connaissance, et qu'il suffit d'une faille dans nos connaissance pour que s'infiltre le doute philosophique, que l'id&#233;alisme en prenne argument pour affirmer que la mati&#232;re n'est pas la clef de tout dans l'Univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cela laisse toujours une certaine marge pour tous ceux qui affirment qu'il est existe, au dessus du monde mat&#233;riel, un monde des id&#233;es, ce que nous ne pensons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel fondement trouvent les id&#233;alistes &#224; affirmer cela ? Eh bien, l'essentiel de leurs raisons d&#233;coulent de ce que l'on pourrait appeler des &#171; exp&#233;riences psychologiques &#187;, du type des voix entendues ou pas par Jeanne d'Arc en gardant ses moutons&#8230; Je ne dis pas cela pour les ridiculiser, au contraire m&#234;me. Je consid&#232;re que les exp&#233;riences que r&#233;alise le cerveau sont tout aussi r&#233;elles que celles que fait le physicien. Les gens qui ont des visions, qui ont des r&#234;ves pr&#233;monitoires, qui ont des hallucinations, qui re&#231;oivent des messages supraterrestres, etc., ne se contentent pas de mentir ou de se mentir. Ils ont le plus souvent r&#233;ellement v&#233;cu quelque chose. Nous le savons bien puisque la plupart d'entre nous se rappellent de fragments de r&#234;ves, ce qui est d&#233;j&#224; une &#171; exp&#233;rience psychologique &#187;. La plupart des auteurs, des artistes, des cr&#233;ateurs et des scientifiques affirment que leurs id&#233;es leur sont venues d'elles-m&#234;mes, sans qu'ils sachent tr&#232;s bien comment, la nuit ou par l'inconscient, par l'imaginaire, automatiquement, etc. Cela signifie presque qu'ils ont l'impression qu'un esprit leur a parl&#233;, dictant leur musique, leurs vers, l'id&#233;e fondamentale leur d&#233;couverte, leurs &#233;crits, leurs pri&#232;res, leur pens&#233;e religieuse, etc. De l&#224;, la pens&#233;e qu'existe un monde des id&#233;es qui pilote le monde r&#233;el&#8230; Le mat&#233;rialisme vulgaire dira que ce sont des b&#234;tises mais il a tort. Le mat&#233;rialisme dialectique reconna&#238;t qu'il a beaucoup appris en se confrontant &#224; l'id&#233;alisme et que ce dernier lui a souvent fait d&#233;couvrir des territoires entiers qu'il n&#233;gligeait, comme, par exemple, la dynamique des syst&#232;mes, l'interaction des id&#233;es et des r&#233;alit&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le mat&#233;rialisme se fonde sur un fait r&#233;el, indiscutable que nous allons exposer maintenant et que les id&#233;alistes les plus fermes ne peuvent pas r&#233;cuser et ce sont les id&#233;alistes eux-m&#234;mes qui nous donnent cet argument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les plus id&#233;alistes du monde se comportent sans cesse, dans la vie de tous les jours, en parfaits mat&#233;rialistes. Par exemple, leur vie quotidienne est la preuve qu'ils savent qu'il faut manger et dormir avant de pouvoir penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons un autre argument qui consiste &#224; exposer jusqu'au bout la th&#232;se de la sup&#233;riorit&#233; de l'esprit sur la mati&#232;re. Voici ce que le d&#233;fenseur de cette th&#232;se nous dirait : supposons une id&#233;e qui se passe de toute repr&#233;sentation mat&#233;rielle, qui se passe m&#234;me de tout effet mat&#233;riel, qui se passe encore de tout acte mat&#233;riel des humains ou des objets pour s'exprimer, pour se prouver ou pour se transmettre, qui se passe m&#234;me du langage humain puisque celui-ci utilise certainement le corps humain, qui se passe de tout geste, qui se passe de tout moyen mat&#233;riel de communication, de tout texte, qui se passe m&#234;me des relations entre &#234;tres humains, qui se passe de toute proximit&#233; entre des corps, en somme une id&#233;e qui soit purement&#8230; id&#233;elle ! Puisque nous discutons ici de la pens&#233;e humaine, je voudrais vous demander si l'id&#233;e en question vous a plu ? Vous me direz que vous n'en savez rien et justement c'est l&#224; qu'est tout le probl&#232;me. Vous voyez bien que le plus id&#233;aliste du monde, celui qui a imagin&#233; cette id&#233;e sans fondement mat&#233;riel, n'a aucune pens&#233;e&#8230; sur cette id&#233;e puisqu'elle ne lui a pas du tout &#233;t&#233; communiqu&#233;e !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;aliste dira que ses pens&#233;es, ses r&#234;ves, ses cauchemars, son imagination lui communiquent bien des id&#233;es qui n'ont aucun fondement mat&#233;riel, mais je le mets au d&#233;fi de se passer de son cerveau mat&#233;riel pour r&#234;ver, penser, faire des cauchemars, imaginer et po&#233;tiser !!! Et aussi de se passer des images r&#233;elles du monde r&#233;el pour faire fonctionner ce cerveau. De m&#234;me que de se passer, pour qu'il se construise, des interactions corps-cerveau !!! Car le d&#233;veloppement c&#233;r&#233;bral de l'embryon et du b&#233;b&#233; se r&#233;alise int&#233;gralement par interaction corps-cerveau qui d&#233;termine quels neurones sont apoptos&#233;s (autod&#233;truits ceux qui n'interagissent pas) et lesquels sont conserv&#233;s (ceux qui interagissent avec le corps). Et le niveau d'intervention des neurones dans les r&#233;seaux d&#233;pend int&#233;gralement du degr&#233; d'interaction avec le corps. Comme on ne conna&#238;t pas de pens&#233;e sans corps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons cette d&#233;marche id&#233;aliste en sciences&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e non port&#233;e par la mati&#232;re ne peut pas &#234;tre discut&#233;e, ne peut pas &#234;tre v&#233;rifi&#233;e, ne peut pas &#234;tre transmise, ne peut pas &#234;tre test&#233;e. Elle n'a rien de scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons-l&#224; en art. Pas de peinture, pas de sculpture, pas de musique, etc. Pas de communication, pas de transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons-l&#224; dans la soci&#233;t&#233; humaine : pas de contacts, pas d'&#233;changes, pas d'influence, pas de psychologie, pas de relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en religion, elle serait destructrice : pas d'influence, pas de message, pas de parole, pas de textes, pas de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avons-nous montr&#233; l&#224; que, pour nous humains, la mat&#233;rialit&#233; des id&#233;es ? Nous avons seulement montr&#233; que, sans communication et sans fonctionnement c&#233;r&#233;bral, nous n'acc&#233;dons sans doute pas aux id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sup&#233;rieure &#224; la mati&#232;re, cependant, ne veut pas forc&#233;ment dire existant sans mati&#232;re, direz-vous. Cela peut signifier d'abord que l'id&#233;e a pr&#233;exist&#233;, m&#234;me si les deux restent ins&#233;parables ensuite. Ce serait donc l'id&#233;e qui serait la base indispensable de la formation de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. Cela ne supprimerait pas la pr&#233;&#233;minence de l'id&#233;e, malgr&#233; la n&#233;cessit&#233; de liens mat&#233;riels dans la transmission des id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, une id&#233;e pr&#233;existerait &#224; la roche, &#224; la mol&#233;cule, &#224; l'atome, &#224; la particule, &#224; la lumi&#232;re, &#224; la charge &#233;lectrique, au champ &#233;lectromagn&#233;tique et m&#234;me&#8230; au vide quantique. Profusion d'id&#233;es en somme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque fois, il faudrait que l'id&#233;e soit d'abord cr&#233;&#233;e. Le cr&#233;ateur ne s'ennuie pas ! Avant la formation d'une &#233;toile, d'une galaxie, d'un amas de galaxie ? Une id&#233;e g&#233;n&#233;rale de particule ou une id&#233;e pour chaque sorte de particule ? Une id&#233;e pour chaque sorte de mati&#232;re et de lumi&#232;re ? Une id&#233;e pour les particules du vide quantique ? Une id&#233;e pour chaque type de mol&#233;cule, de roche, de gaz, de liquide. Une id&#233;e pour chaque &#233;tat de la mati&#232;re. Une id&#233;e qui saute dans les sauts quantiques ?!!! Une id&#233;e qui fluctue dans les fluctuations du vide quantique ?!!! Une id&#233;e qui se r&#233;chauffe dans l'agitation thermique ?!!! Une id&#233;e qui change dans les transitions des &#233;tats des &#233;toiles ?!!! Une id&#233;e qui est absorb&#233;e quand une &#233;toile est absorb&#233;e par un trou noir ?!!! Une id&#233;e de mati&#232;re inerte qui se change en id&#233;e de mati&#232;re vivante quand la nourriture est assimil&#233;e par un &#234;tre vivant ?!!! Une id&#233;e qui &#233;merge quand un &#234;tre vivant nait, mais aussi quand deux particules se choquent et se transforment en deux photons ?!!! Une id&#233;e d'atome qui se change en id&#233;e de mol&#233;cule quand deux atomes fondent une mol&#233;cule ?!!! Une id&#233;e qui change aux interfaces de deux mati&#232;res ?!!! On n'en finirait pas de faire se plier les id&#233;es au p&#233;rip&#233;ties de la mati&#232;re-lumi&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait aussi une id&#233;e pour chaque cellule vivante, pour chaque esp&#232;ce vivante, pour chaque famille d'esp&#232;ces aussi, mais encore pour chaque individu, et pour chaque &#233;tape de la vie de l'individu, m&#234;me pour chaque instant et sensation !!! Trop plein d'id&#233;es en somme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui cr&#233;e tout cela ne s'ennuie pas. Mais, en m&#234;me temps, il ne cr&#233;e rien du tout, puisque toutes ces pr&#233;tendues id&#233;es ne sont rien d'autre qu'une ombre port&#233;e de la r&#233;alit&#233;, puisque nous ne faisons que les adapter &#224; la r&#233;alit&#233;, seulement en pr&#233;tendant que cette id&#233;e pr&#233;existe, m&#234;me si c'est la r&#233;alit&#233; qui dicte &#224; l'id&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;aliste peut certes r&#233;pliquer que le mat&#233;rialiste est aussi g&#234;n&#233; que lui par le fonctionnement r&#233;el, puisqu'il a du mal &#224; comprendre les discontinuit&#233;s, les transitions brutales et qualitatives, les &#233;mergences, les sauts quantiques, les changements d'esp&#232;ces vivantes, les changements d'&#233;tat, les apparitions et disparitions de mati&#232;re et de lumi&#232;re au sein du vide quantique, les lancements de la transformation de plan&#232;tes en &#233;toiles, les sauts des structures comme celles de la glace, de la neige, des cristaux, etc. Certes, on peut trouver les lois de chaque &#233;tat mais o&#249; sont les lois qui r&#232;glent les transitions ? Y a-t-il une loi de l'&#233;mergence ? Et ne parlons pas de toutes les difficult&#233;s des origines, origine de l'Univers, origine des amas de galaxies, origine de la vie, origine de l'homme et de sa conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement l'origine de la vie qui pose probl&#232;me &#224; la science et au mat&#233;rialisme. C'est aussi l'origine de l'homme. C'est aussi l'origine de la conscience. C'est encore l'origine de la mati&#232;re. C'est toujours l'origine de la charge &#233;lectrique. C'est enfin l'origine de la charge &#233;lectrique. C'est aussi l'origine du quanta. C'est l'origine du spin ? C'est bien s&#251;r l'origine du vide quantique. Mais le mat&#233;rialiste r&#233;pond que l'ignorance n'est pas un argument et que les id&#233;alistes ne font qu'attendre les d&#233;couvertes mat&#233;rialistes pour les accompagner autant qu'ils le peuvent, comme ils ont accompagn&#233;s les notions de Big Bang ou de comportements quantiques d&#233;couverts seulement par l'&#233;tude r&#233;elle de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la science n'a pas suffisamment de r&#233;ponses pour prendre de haut les conceptions des id&#233;alistes et certains d'entre eux ont parfois fait avancer la science autant que les penseurs mat&#233;rialistes. L'id&#233;aliste Leibniz a jou&#233; un r&#244;le aussi important que le mat&#233;rialiste Darwin, pour ne prendre que ces deux exemples. Ou encore le r&#233;aliste Einstein autant que l'id&#233;aliste Newton. L'id&#233;aliste Hegel autant que le mat&#233;rialiste Marx. Les uns et les autres ont &#233;t&#233; mutuellement indispensables. Il ne s'agit pas ici de priver l'humanit&#233; de la moiti&#233; de ses contributions en les jetant directement &#224; la poubelle, et d'autant moins qu'elles se sont stimul&#233;es mutuellement tout au long de l'histoire des id&#233;es et des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il ne s'agit pas de rayer d'un trait de plume toutes les philosophies qui ne seraient pas mat&#233;rialistes, il s'agit simplement de remarquer que dans la pr&#233;tendue &#171; primaut&#233; de l'id&#233;e sur la mati&#232;re &#187;, il y a bien plus d'effet miroir dans lequel l'id&#233;e singe le fonctionnement de la mati&#232;re, ou s'y essaie, que le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, rien n'emp&#234;che quelqu'un de croire que ce sont des id&#233;es qui se sont mat&#233;rialis&#233;es tout autour de nous. Mais est-ce que cela &#233;claire r&#233;ellement le fonctionnement du monde ? Est-ce que cela fait avancer notre vision de notre place dans l'Univers ? Est-ce que cela aide les hommes &#224; agir et &#224; penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que nos connaissances nous poussent r&#233;ellement &#224; une vision id&#233;aliste ? Certains scientifiques ou philosophes le disent. Certains disent le contraire. L'argument d'autorit&#233; de tel ou tel auteur ne suffit pas puisqu'on trouve des exemples d'auteurs s&#233;rieux et comp&#233;tents qui prennent position dans le sens inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;aliste a ses arguments et le mat&#233;rialiste les siens. L'&#233;mergence de structure a du succ&#232;s aupr&#232;s des id&#233;alistes qui croient y retrouver des cr&#233;ations ex nihilo qui p&#232;seraient en faveur de leur th&#232;se. Les apparitions et disparitions de mati&#232;re et de lumi&#232;re au sein du vide quantique, comme les &#171; incertitudes &#187; et &#171; sauts &#187; de la physique quantique leur plaisent aussi. Mais les sauts de structures ont lieu aussi bien dans le monde de l' &#171; inerte &#187; que dans celui du vivant, alors que les id&#233;alistes avaient le plus souvent cherch&#233; argument dans l'impossibilit&#233; de ramener la vie &#224; un des fonctionnements de la mati&#232;re. Nos connaissances sur le fonctionnement biochimique de la vie progressent sans cesse et &#224; aucun moment elles n'ont n&#233;cessit&#233; d'y introduire un &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la mati&#232;re, une id&#233;e venue&#8230; d'ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, pour l'homme, l'illusion des id&#233;es qui n'auraient aucun fondement r&#233;el peut se d&#233;velopper. L'imagination est une des capacit&#233;s du cerveau humain. On peut croire avoir eu l'id&#233;e d'avion sans aucun avion r&#233;el, mais on a vu l'oiseau. On a pu &#233;tudier dans la r&#233;alit&#233; les lois de la pression, les lois de la gravitation, les lois de la propulsion (loi de conservation de la quantit&#233; de mouvement), etc. De sorte que l'avion, lui-m&#234;me, cr&#233;&#233; certes par l'homme n'est pas tomb&#233;&#8230; du ciel des id&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le principal courant id&#233;aliste a toujours &#233;t&#233; celui des religions et des mysticismes divers. Pour eux, la notion d'id&#233;es planant dans l'irr&#233;el, sans d&#233;pendance de la mati&#232;re, consiste dans le pouvoir immat&#233;riel du spirituel sous mille formes diff&#233;rentes, plus ou moins divines, en tout cas sup&#233;rieures &#224; l'homme et &#224; son monde. Et se dire mat&#233;rialiste, c'est aussi une mani&#232;re de combattre sans compromis les id&#233;ologies religieuses et voisines des religions. En s'affirmant mat&#233;rialistes, nous d&#233;cidons de couper avec toutes les interpr&#233;tations magiques et surnaturelles, nous affirmons appartenir au fonctionnement naturel et nous affirmons que ce fonctionnement est spontan&#233;, sans intervention ext&#233;rieure ni qui lui soit sup&#233;rieure. Nous r&#233;cusons ainsi tout moralisme spirituel se pr&#233;tendant au-dessus et au-del&#224; des r&#232;gles de la vie r&#233;elle, de la vie mat&#233;rielle, psychologique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;cusons ainsi non seulement toutes les religions, tous les mysticismes, tous les moralismes pr&#233;tendument spirituels, toutes les croyances magiques, etc. Cela ne signifie pas que nous m&#233;prisions ou rejetions tous ceux qui les suivent, que ce soit par conviction personnelle ou par pression de la tradition, des m&#339;urs, des croyances, par pression familiale, tribale, sociale, politique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre choix n'est pas celui d'une rationalit&#233; seulement intellectuelle : c'est celui de combattants pour la libert&#233; de l'homme, toutes les libert&#233;s mat&#233;rielles mais aussi la libert&#233; id&#233;ologique. Nous combattons les prisons mat&#233;rielles mais aussi les prisons de l'esprit que sont, &#224; nos yeux, ces id&#233;ologies id&#233;alistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Placer un esprit (ou plusieurs, ou une magie) au-dessus du monde r&#233;el, c'est chercher son salut dans l'imaginaire au lieu de le gagner sur Terre, c'est donc une fuite, un renoncement, une drogue, une r&#234;verie, une soumission, une d&#233;mission, une transe, une d&#233;fensive, une protection ou une r&#233;signation. C'est tout le contraire d'une arme intellectuelle de combat pour changer le monde r&#233;el &#224; l'aide des moyens dont l'homme (et les hommes) dispose r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement, l'homme n'est pas aid&#233; par les id&#233;ologies spiritualistes et religieuses pour changer son monde mais celles-ci jouent un r&#244;le de conservation, de tradition, de soumission &#224; l'ordre &#233;tabli, r&#244;le que les classes exploiteuses et oppresseuses ont reconnu de longue date et soutenu. Et, sans ce soutien, ces id&#233;ologies ne seraient probablement m&#234;me pas connues et d&#233;fendues. La plupart de ces id&#233;ologies ont chut&#233; en m&#234;me temps que les pouvoirs mat&#233;riels r&#233;els qui les d&#233;fendaient. Ces id&#233;ologies sont ins&#233;parables des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des soci&#233;t&#233;s o&#249; elles sont apparues et o&#249; elles se sont d&#233;velopp&#233;es et poursuivies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des humains ne peut pas &#234;tre lib&#233;r&#233; par le d&#233;veloppement d'un nouveau moralisme plac&#233; au-dessus de la r&#233;alit&#233;, d'un spiritualisme, d'une recherche mystique, d'une croyance en une force immat&#233;rielle, mais, au contraire, par l'action des masses et la conscience que donne cette action de tous ceux qui, en agissant, se d&#233;barrassent de toutes les entraves mat&#233;rielles comme id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc mat&#233;rialiste car r&#233;volutionnaires. C'est le monde r&#233;el que nous voulons changer et c'est de lui que nous voulons tirer nos id&#233;es. La condition pour changer le monde, disait Francis Bacon et Hegel (eh oui aussi Hegel, la dialectique permet &#224; des id&#233;alistes de concevoir l'action dynamique de la r&#233;alit&#233; !), c'est de se soumettre &#224; ses lois r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, tous les mat&#233;rialistes sont loin d'&#234;tre r&#233;volutionnaires, ni d'avoir une pens&#233;e qui reconna&#238;t le caract&#232;re dynamique des lois r&#233;elles. Seuls les mat&#233;rialistes qui sont dialecticiens le font. Et on a connu dans le pass&#233; de nombreux courants mat&#233;rialistes qui n'avaient rien de dialectiques, qui d&#233;fendaient des conceptions dichotomiques, comme c'est le cas de nombreux mat&#233;rialistes des Lumi&#232;res (quasiment tous sauf Diderot).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es mat&#233;rialistes dialectiques ne visent pas d&#233;truire ou &#224; vaincre, par le seul combat d'id&#233;es, les conceptions des id&#233;alistes et le fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. Etre mat&#233;rialistes pour eux, c'est une partie id&#233;ologique d'un combat r&#233;el, mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous affirmons par l&#224;, c'est que nous ne pouvons pas partir &#224; l'assaut des religions, des mysticismes, des croyances magiques et autres institutions id&#233;ologiques qui servent les classes poss&#233;dantes tant que les masses opprim&#233;es ne sont pas parties elles-m&#234;mes &#224; l'assaut de leurs exploiteurs. C'est seulement quand ces masses sont mobilis&#233;es violemment par la force de la lutte collective qu'elles sont capables de secouer leurs croyances. Car elles peuvent alors mesurer que ces croyances et ces institutions les entravent dans leur action, qu'elles sont leur adversaires et des outils aux mains de leurs ennemis sociaux et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, oui, nous sommes r&#233;solument mat&#233;rialistes parce que le monde m&#233;rite d'&#234;tre compris autant qu'il m&#233;rite d'&#234;tre chang&#233;, parce que les &#234;tres humains ne sont pas des esclaves naturels et m&#233;ritent d'&#234;tre lib&#233;r&#233;s, parce que cette lib&#233;ration n&#233;cessite d'&#234;tre aussi lib&#233;r&#233;s de toutes les prisons id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un seul monde, deux mondes ou plusieurs mondes ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3678&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Faut-il opposer diam&#233;tralement l'homme au reste de l'Univers ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment fonctionne le cerveau humain pour nous permettre de conna&#238;tre le monde ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1510&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'o&#249; vient l'intelligence humaine ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un esprit dans le corps et un corps dans l'esprit&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000c.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Opposition de la conception mat&#233;rialiste et id&#233;aliste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/02/fe_18880221_2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Id&#233;alisme et mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Th&#233;ories concernant la mani&#232;re dont le monde actuel s'est form&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1890/10/18901027.htm&lt;br class='autobr' /&gt;
[L'id&#233;alisme philosophique -&gt; https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1344&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une lettre d'Engels pr&#233;cisant ce qu'est la conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4184&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous vous dites mat&#233;rialistes et pourtant vous &#234;tes pour la dialectique de l'id&#233;aliste Hegel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2853&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Aux sources des philosophies mat&#233;rialistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1485&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'&#233;tait le mat&#233;rialisme en philosophie et qu'est-il aujourd'hui ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5118&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tout id&#233;aliste qu'il &#233;tait, Hegel a d&#233;couvert la dialectique objective du monde r&#233;el&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5250&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique, c'est quoi ? De la fausse pens&#233;e stalinienne ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme (en philosophie) ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/haldane/works/1940/00/haldane.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi je suis mat&#233;rialiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900h.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature existait-elle avant l'homme ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900i.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme pense-t-il avec le cerveau ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900q.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la mati&#232;re ? Qu'est-ce que l'exp&#233;rience ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1908/09/vil19080900am.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Essence et valeur de l'id&#233;alisme &#171; physique &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme dialectique</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4920</link>
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		<dc:date>2018-06-18T22:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Mat&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mat&#233;rialisme dialectique, c'est-&#224;-dire la philosophie de Marx, de L&#233;nine, de Trotsky et d'autres, n'est nullement la simple addition math&#233;matique du mat&#233;rialisme et de la dialectique, mais bel et bien une n&#233;gation du mat&#233;rialisme qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; ainsi que de la dialectique qui pr&#233;existait, celle d'avant Hegel et, sur certains points aussi, celle de Hegel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mat&#233;rialisme le plus courant, non marxiste, con&#231;oit le monde mat&#233;riel de mani&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme dialectique &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique, c'est-&#224;-dire la philosophie de Marx, de L&#233;nine, de Trotsky et d'autres, n'est nullement la simple addition math&#233;matique du mat&#233;rialisme et de la dialectique, mais bel et bien une n&#233;gation du mat&#233;rialisme qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233; ainsi que de la dialectique qui pr&#233;existait, celle d'avant Hegel et, sur certains points aussi, celle de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme le plus courant, non marxiste, con&#231;oit le monde mat&#233;riel de mani&#232;re fig&#233;e, continue, lin&#233;aire, progressive et sans r&#233;volutions. La dialectique la plus courante, non h&#233;g&#233;lienne et non marxiste, est con&#231;ue comme une simple version du syllogisme, une conception ternaire du discours, en forme th&#232;se, antith&#232;se et synth&#232;se, qui se contente de progresser &#224; pas au sein de la parole. Rien &#224; voir avec la dialectique comme loi de transformation brutale du monde r&#233;el, telle que la con&#231;oivent Hegel, Marx, Engels, L&#233;nine, Trotsky. Cette derni&#232;re dialectique, contrairement &#224; celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;, ne consid&#232;re pas la dialectique de la pens&#233;e humaine comme un &#233;l&#233;ment s&#233;par&#233; du reste du monde mais pense l'univers comme un tout dont la pens&#233;e n'est qu'un &#233;l&#233;ment, ins&#233;parable des autres, fonctionnant selon la m&#234;me logique que les autres &#233;l&#233;ments, mat&#233;riels, inertes ou vivants, physiques ou humains. C'est donc une dialectique moniste (par opposition au dualisme, encore tr&#232;s courant, qui s&#233;pare et oppose corps et esprit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de Marx et de ses disciples, c'est aussi une dialectique mat&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire que la mati&#232;re est premi&#232;re et la pens&#233;e humaine en est le produit. Mais on peut surtout dire que c'est la r&#233;alit&#233; objective, bien avant que la r&#233;alit&#233; soit pens&#233;e par l'homme, qui prime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx comme pour Hegel, la conception du monde doit &#234;tre &#224; la fois dynamique, historique, et &#233;mergente, ce qui suppose des changements brutaux, non seulement quantitatifs mais qualitatifs, une soci&#233;t&#233; &#233;tant porteuse non seulement de son propre fonctionnement mais d'autres potentialit&#233;s, comme la soci&#233;t&#233; f&#233;odale a &#233;t&#233; porteuse de la bourgeoisie et la soci&#233;t&#233; capitaliste porteuse de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est vrai de la soci&#233;t&#233; humaine mais aussi de la mati&#232;re vivante, porteuse de potentialit&#233;s multiples, comme de la mati&#232;re dite inerte, qui saute spontan&#233;ment d'un &#233;tat &#224; un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La locomotive de la dynamique historique, pour eux, est la contradiction r&#233;volutionnaire, celle part de l'int&#233;rieur du syst&#232;me et le d&#233;truit brutalement, comme elle d&#233;truit un &#233;tat de la mati&#232;re pour en produire un autre. Contrairement &#224; ce que con&#231;oit la m&#233;taphysique, on ne peut pas opposer diam&#233;tralement ordre et d&#233;sordre, conservation et transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au sein des structures elles-m&#234;mes, y compris quand elles semblent stables ou durables, que se trouvent les forces qui seront capables de la d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre particularit&#233;, c'est que les contradictions, si elles sont destructives, sont aussi constructives, &#233;tant capables de b&#226;tir un nouvel ordre, comme l'atome radioactif qui s'autod&#233;truit pour donner de nouvelles structures atomiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dialectique, loi de la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La dialectique est indispensable &#224; la compr&#233;hension de la r&#233;volution sociale. En effet, en p&#233;riode de r&#233;volution, les contraires sont port&#233;s &#224; leur extr&#234;me et ceux qui raisonnent en termes de progression lente, de moyennes, de continuit&#233; ne peuvent qu'&#234;tre compl&#232;tement d&#233;sar&#231;onn&#233;s. La r&#233;volution sociale m&#234;le les contraires, les fait interagir &#224; leur maximum : conscience des masses prol&#233;tariennes et r&#244;le des minorit&#233;s, organisation des masses et parti de classe, caract&#232;re r&#233;volutionnaire et caract&#232;re passif des masses, r&#233;volution et contre-r&#233;volution, radicalisme de classe et collaboration de classe. La lutte r&#233;volutionnaire am&#232;ne &#224; l'organisation du prol&#233;tariat : organisation de lutte mais aussi embryon de l'organisation de l'Etat ouvrier, organisme qui est lui-m&#234;me sans cesse contradictoire, &#224; la fois organisme le plus avanc&#233; de l'Histoire, car les masses prol&#233;tariennes y exercent directement le pouvoir, mais aussi le dernier reste de la barbarie pass&#233;e, de l'oppression, de l'existence des classes sociales et de la dictature de l'Etat. La guerre r&#233;volutionnaire est, elle aussi, contradictoire dialectiquement, indispensable au prol&#233;tariat pour vaincre ses ennemis et, en m&#234;me temps, force arm&#233;e d&#233;tach&#233;e de la soci&#233;t&#233; civile et qui peut se placer au-dessus d'elle. La bureaucratie de l'Etat ouvrier a le m&#234;me caract&#232;re contradictoire : issue d'un Etat aux mains des prol&#233;taires et mis en place par eux, mais nouvelle bureaucratie qui a n&#233;cessairement tendance &#224; s'autonomiser et peut profiter de tout recul du prol&#233;tariat dans sa lutte contre la bourgeoisie capitaliste mondiale, de tout recul de la r&#233;volution mondiale. L'Etat ouvrier n'a pas besoin d'&#234;tre d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et de passer des mains des r&#233;volutionnaires aux mains des chefs de la bureaucratie pour avoir ce caract&#232;re contradictoire : il existe d&#232;s la naissance de l'Etat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours m&#234;me de la r&#233;volution d&#233;veloppe de multiples n&#233;cessit&#233;s politiques et sociales qui sont fond&#233;es sur des contradictions dialectiques : c'est souvent en soutenant la d&#233;mocratie bourgeoise contre la contre-r&#233;volution dictatoriale et fasciste que la r&#233;volution sociale prend le dessus et parvient &#224; la direction de la soci&#233;t&#233;, d&#233;molissant durablement ou d&#233;finitivement la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme prol&#233;tarien lui-m&#234;me a ce caract&#232;re contradictoire : il m&#234;le revendications ou aspirations apparemment r&#233;formistes &#224; des objectifs clairement et nettement r&#233;volutionnaires comme l'organisation autonome des masses en vue de leur propre pouvoir en d&#233;truisant de fond en comble le pouvoir des classes poss&#233;dantes et leur mainmise sur les capitaux et les entreprises. Il part des aspirations imm&#233;diates des prol&#233;taires et de tous les milieux populaires pour atteindre les sommets des capacit&#233;s r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat. C'est un programme de transition et comme toute transition, il refl&#232;te &#224; la fois le pass&#233; et le futur, pourtant compl&#232;tement oppos&#233;s. Un pass&#233; de passivit&#233;, d'inorganisation, de non participation &#224; la direction de la soci&#233;t&#233;, et un futur qui est tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception oppos&#233;e &#224; la dialectique, qu'on l'appelle m&#233;taphysique, pens&#233;e dichotomique, opposition diam&#233;trale, esprit de rangement, dresse des barri&#232;res infranchissables entre les contraires : r&#233;volution/contre-r&#233;volution alors que la m&#234;me p&#233;riode fait monter les deux, offensive/d&#233;fensive, revendications et r&#233;formes/r&#233;volution, action &#233;conomique et action politique des prol&#233;taires, avanc&#233;es et reculs, etc. La situation r&#233;volutionnaire, ou pr&#233;-r&#233;volutionnaire, bascule rapidement d'un extr&#234;me &#224; l'autre, perdant compl&#232;tement les esprits dichotomiques qui se d&#233;couragent rapidement. Les masses passent ais&#233;ment d'un extr&#234;me &#224; l'autre. Les classes poss&#233;dantes aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de politique r&#233;volutionnaire possible sans la dialectique de Hegel, de Marx, de Engels, de L&#233;nine et de Trotsky. Car les situations critiques sans conception dialectique, c'est comme la temp&#234;te en montagne sans boussole, sans carte et sans connaissance des reliefs. C'est l'&#233;chec assur&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue non dialectique affirme que le r&#233;volutionnaire ne doit pas toucher &#224; une revendication r&#233;formiste, ne doit pas toucher &#224; une organisation r&#233;formiste, ne doit pas s'adresser aux organisations r&#233;formistes pour les mettre au pied du mur, ne doit pas proposer un programme d'unit&#233; de combat de classe pour d&#233;montrer &#224; la majorit&#233; encore non consciemment r&#233;volutionnaire que les dirigeants r&#233;formistes trahissent, ne doit pas construire des programmes de transition amenant les prol&#233;taires des buts imm&#233;diats aux buts futurs, de la r&#233;forme &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les non-dialecticiens se contentent de proclamer : &#224; bas la r&#233;forme, &#224; bas les revendications r&#233;formistes, &#224; bas le capitalisme et vive le communisme, sans admettre qu'il faudra bien une transition qui am&#232;ne les masses de l'un &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les non-dialecticiens se tournent soit vers le parti r&#233;volutionnaire, soit vers l'organisation spontan&#233;e des masses prol&#233;tariennes, et opposent diam&#233;tralement les deux, alors qu'en r&#233;alit&#233; les deux s'opposent dialectiquement, c'est-&#224;-dire se composent et sont interd&#233;pendants de mani&#232;re in&#233;luctable. De m&#234;me qu'ils opposent la th&#233;orie et la pratique, l'activisme et l'&#233;tude politique, le syndicalisme et le travail de parti, la politique et la philosophie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les non-dialecticiens ne comptent pas sur le d&#233;veloppement contradictoire de la situation. Ils veulent trancher dans le vif, en se contentant d'affirmer les oppositions de principe et en les consid&#233;rant comme des armes suffisantes, sans n&#233;cessit&#233; pour les minorit&#233;s r&#233;volutionnaires de s'adresser aux &#233;l&#233;ments non-r&#233;volutionnaires, d'expliquer inlassablement, de proposer des transitions, des adresses aux non-r&#233;volutionnaires, des unit&#233;s avec les &#233;l&#233;ments non-r&#233;volutionnaires, des programmes, des modes d'organisation et d'action qui entra&#238;nent et convainquent les prol&#233;taires non-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les non-dialecticiens, tant que le capitalisme n'a pas &#233;t&#233; renvers&#233; r&#233;volutionnairement par le prol&#233;tariat, c'est qu'il est toujours viable, qu'il fonctionne toujours normalement, que son principe de base est en bon &#233;tat, que sa dynamique peut toujours lui permettre de r&#233;soudre ses contradictions, certes sur le dos des exploit&#233;s, mais en retrouvant sans cesse sa capacit&#233; &#224; se relancer. La contradiction dialectique est, au contraire, capable de comprendre que le capitalisme peut durer un certain temps, m&#234;me apr&#232;s que sa dynamique soit cass&#233;e, comme l'arbre mort se maintient un certain temps. La chute d'une soci&#233;t&#233;, d'une civilisation, d'un mode de production, d'un r&#233;gime est brutale, discontinue, mais n'est pas instantan&#233;e, ponctuelle, et diam&#233;trale. Les oppos&#233;s s'interp&#233;n&#232;trent l&#224; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne s&#233;parant jamais diam&#233;tralement l'action et la r&#233;action, la mati&#232;re et l'&#233;nergie, le r&#233;el et le virtuel, la mati&#232;re et le vide, l'ordre et le d&#233;sordre, le durable et l'&#233;ph&#233;m&#232;re, la conception dialectique offre en sciences comme en politique une vision tr&#232;s diff&#233;rente de la conception m&#233;taphysique, dichotomique, diam&#233;trale qui range les contraires dans des tiroirs s&#233;par&#233;s, qui n'ont pas d'interaction, qui ne s'interp&#233;n&#232;trent pas. Elle le fait aussi bien de la mati&#232;re et de la lumi&#232;re, de l'onde et du corpuscule, du vivant et de l'inerte, des esp&#232;ces entre elles, des h&#233;misph&#232;res c&#233;r&#233;braux, des zones c&#233;r&#233;brales, des &#233;tats de la mati&#232;re, etc. La pens&#233;e non-dialectique est incapable de concevoir les transitions de phase, transformation qualitatives indispensables &#224; la compr&#233;hension du monde. Elle fait comme si le monde &#233;voluait soit entre des cat&#233;gories fixes, pr&#233;&#233;tablies, enti&#232;rement form&#233;es, sans transition soit de mani&#232;re progressive, continue, sans rupture, sans transition&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand pi&#232;ge pour les minorit&#233;s r&#233;volutionnaires qui combattent sans cesse l'opportunisme, c'est d'&#234;tre non-philosophiques et non-dialectiques, car cela ne peut que les amener &#224; tomber dans le sectarisme. Or le sectarisme ne permet pas de s'isoler de la trahison et ne fait qu'isoler la minorit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat lui-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique, vision historique de la transformation qualitative r&#233;volutionnaire du monde r&#233;el&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique s'oppose &#224; la dialectique id&#233;aliste au sens o&#249; elle consid&#232;re que notre pens&#233;e doit &#234;tre dialectique parce que le monde r&#233;el ob&#233;it &#224; des lois dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme emploie l'expression de &#171; dialectique de la nature &#187; quand l'id&#233;alisme dialectique se contente de &#171; dialectique de la pens&#233;e &#187;, c'est tout &#224; fait diff&#233;rent !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de &#171; lois dialectiques &#187; de l'Univers ne signifie pas que la dialectique remplace les lois de la physique, de la chimie, de la biologie et autres&#8230; Non, elle signifie que ces lois sont celles d'un monde unique qui ne peut pas &#234;tre d&#233;crit sur un mode non dialectique. Cela signifie que tous les concepts doivent &#234;tre contradictoires en soi, poss&#233;der en eux-m&#234;mes leur propre contraire, d&#233;tenir au sein du syst&#232;me le fonctionnement d'un autre syst&#232;me, et aussi les moyens de leur propre destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est objectivement que le monde est dialectique et pas parce que c'est l'homme, la pens&#233;e humaine, qui l'observe. La contradiction n'est pas une limite des capacit&#233;s de l'homme, une faiblesse de la connaissance ou une limite de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e dialectique ne fait que suivre la logique dialectique du monde r&#233;el !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re, la lumi&#232;re, le vide sont contradictoires en soi. Les param&#232;tres de ceux-ci sont contradictoires en soi. Leurs &#233;tats sont contradictoires en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraires en question sont interd&#233;pendants, sans cesse interactifs, ne peuvent exister les uns sans les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de corpuscule sans onde et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de mati&#232;re sans &#233;nergie et pas d'&#233;nergie sans mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de corpuscule r&#233;el sans corpuscule virtuel. Pas de corpuscule virtuel qui ne passe pas au r&#233;el avec une injection de suffisamment d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les s&#233;parations de pens&#233;e entre les concepts contraires est inop&#233;rante en physique, en chimie, en biologie, en &#233;volution des esp&#232;ces, en &#233;volution de l'homme, comme en &#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;gression et progr&#232;s, r&#233;volution et contre-r&#233;volution, science et ignorance, ordre et d&#233;sordre, Etat et r&#233;volution sont des contraires qui ne peuvent que se lier, se combattre mais aussi s'interp&#233;n&#233;trer, se changer l'un dans l'autre. La guerre combat la r&#233;volution m&#234;me si elle entra&#238;ne la r&#233;volution. L'Etat des classes poss&#233;dantes combat la r&#233;volution et aussi elle cause la r&#233;volution. L'ordre, port&#233; &#224; un extr&#234;me, entra&#238;ne un d&#233;sordre. Le d&#233;sordre cr&#233;e un nouvel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique ne fait pas que produire un d&#233;sordre croissant. Elle produit aussi des ordres &#233;mergents, de nouvelles structures. L'histoire cr&#233;e du nouveau, invente, bricole, construit, d&#233;tourne les objectifs des structures existantes, etc. La pens&#233;e dialectique con&#231;oit le changement historique, &#224; commencer par le changement social du prol&#233;tariat soumis au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, le changement le plus &#233;tonnant puisqu'il concerne la classe que les r&#233;volutionnaires ont choisi comme locomotive de l'Histoire et que les r&#233;formistes et opportunistes ne voient que comme masse passive, inorganis&#233;e, se contentant de faire gr&#232;ve et de manifester en nombre. Les r&#233;volutionnaires la voient comme une classe capable d'inventer un monde nouveau, pour peu qu'elle d&#233;cide de se r&#233;unir, de discuter, de r&#233;fl&#233;chir, de raisonner sur le monde et de d&#233;cider, de faire appliquer ses d&#233;cisions, de v&#233;rifier comment elles ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, en somme d'agir de mani&#232;re r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat, classe r&#233;volutionnaire historique, est la cat&#233;gorie la plus dialectique de l'Histoire : elle produit un bond dialectique le plus impressionnant et le plus important dont l'humanit&#233; ne peut absolument pas se passer pour effectuer sa transition de la barbarie &#224; la civilisation, de l'exploitation et de l'oppression &#224; la libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=mat%C3%A9iralisme+dialectique+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque finale : bien des gens croient que Staline a th&#233;oris&#233; le mat&#233;rialisme dialectique, mais, en fait, les n&#232;gres qui ont &#233;crit en son nom diffusent une conception id&#233;aliste selon laquelle le mat&#233;rialisme dialectique c'est la pens&#233;e marxiste et non la loi de transformation du monde r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline : &lt;i&gt;&#171; Le mat&#233;rialisme dialectique est la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale du parti marxiste-l&#233;niniste. Le mat&#233;rialisme dialectique est ainsi nomm&#233; parce que la fa&#231;on de consid&#233;rer les ph&#233;nom&#232;nes de la nature, sa m&#233;thode d'investigation et de connaissance est dialectique, et son interpr&#233;tation, sa conception des ph&#233;nom&#232;nes de la nature, sa th&#233;orie est mat&#233;rialiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mat&#233;rialisme historique &#233;tend les principes de du mat&#233;rialisme dialectique &#224; l'&#233;tude de la vie sociale ; il applique ces principes aux ph&#233;nom&#232;nes de la vie sociale, &#224; l'&#233;tude de la soci&#233;t&#233;, &#224; l'&#233;tude de l'histoire de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de la &#171; dialectique de la nature &#187; de Marx-Engels, Staline &#171; invente &#187; un pr&#233;tendu mat&#233;rialisme dialectique, appartenant seulement au parti stalinien !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons &#233;galement comment Staline, pr&#233;tendant ainsi radicaliser l'opposition entre Hegel et Marx, rejette la &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187; de Hegel et de Marx-Engels, L&#233;nine et&#8230; Trotsky !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=mat%C3%A9rialisme+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur le mat&#233;rialisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;ei=jIYeW927F4vlUf-GsLAO&amp;q=dialectique+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;oq=dialectique+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_l=psy-ab.3...29255.31357.0.31538.13.12.1.0.0.0.135.1195.8j4.12.0....0...1.1.64.psy-ab..1.0.0....0.a94qGVIoCb0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur la dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pcrf-ic.fr/IMG/pdf/materialisme_dialectique.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici comment Staline a physiquement &#233;limin&#233;&#8230; le terme de &#171; n&#233;gation &#187; du mat&#233;rialisme dialectique !!!&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?cof=GALT%3A%23a00000%3BGL%3A0%3BAH%3Acenter%3BLH%3A250%3BL%3Ahttp%3A%2F%2Fsearch.marxists.org%2Fadmin%2Fsearch%2Fsearch.jpg%3BLW%3A400%3BAWFID%3A98b2606990956b52%3B&amp;domains=www.marxists.org&amp;sitesearch=www.marxists.org&amp;as_sitesearch=&amp;hl=en&amp;ie=8859-1&amp;oe=8859-1&amp;as_occt=body&amp;num=30&amp;btnG=Rechercher+%21&amp;as_epq=n%E9gation+de+la+n%E9gation&amp;as_oq=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voici ce que disait notamment Engels de la n&#233;gation de la n&#233;gation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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