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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Luttes et oppression en Turquie</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article194</link>
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		<dc:date>2008-01-31T10:09:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;SITE MATIERE ET REVOLUTION &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
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Pourquoi ce site ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur R&#233;pondre &#224; cet article &lt;br class='autobr' /&gt;
Un si&#232;cle de guerres, d'oppressions et de luttes de classes en Turquie &lt;br class='autobr' /&gt;
Article de Culture et r&#233;volution : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.culture.revolution.free.fr/ &lt;br class='autobr' /&gt;
En un si&#232;cle, l'empire ottoman est pass&#233; de l'appellation de &#171; Sublime Porte &#187; &#224; celle d'&#171; l'homme malade de l'Europe &#187;, pour ensuite devenir un nouveau pays, la Turquie, qui s'appr&#234;te aujourd'hui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;SITE MATIERE ET REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=194&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un si&#232;cle de guerres, d'oppressions et de luttes de classes en Turquie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article de Culture et r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.culture.revolution.free.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.culture.revolution.free.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un si&#232;cle, l'empire ottoman est pass&#233; de l'appellation de &#171; Sublime Porte &#187; &#224; celle d'&#171; l'homme malade de l'Europe &#187;, pour ensuite devenir un nouveau pays, la Turquie, qui s'appr&#234;te aujourd'hui &#224; entrer dans l'Union europ&#233;enne, avec des groupes industriels et un march&#233; qui ne cessent de s'adapter au monde capitaliste. C'est une d&#233;faite pour la classe ouvri&#232;re de ce pays, et un signe de plus du dynamisme de la bourgeoisie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la Turquie capitaliste actuelle a pourtant suivi, au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, un d&#233;veloppement politique moderniste et ind&#233;pendant, qui a m&#234;me suscit&#233; la curiosit&#233; des bolcheviques et l'espoir dans la r&#233;gion pour des millions de femmes et de progressistes. Aujourd'hui, le pays est d&#233;cid&#233;ment bien int&#233;gr&#233; au monde imp&#233;rialiste : il a m&#234;me son gouvernement &#224; tonalit&#233; islamiste. Certes, la Turquie n'est pas encore dans l'UE, et ce sujet fait d&#233;bat, y compris dans les rangs ouvriers d'Europe. Mais la classe dirigeante turque a bien cet objectif, qui est le passage id&#233;al pour s'int&#233;grer &#224; la mondialisation capitaliste. Le prix de cette int&#233;gration, c'est la classe ouvri&#232;re turque qui le paie. Aujourd'hui, c'est par les bas salaires et l'exploitation. Hier, c'&#233;tait par les bas salaires, l'exploitation et la dictature anti-ouvri&#232;re. Hier, aujourd'hui et peut-&#234;tre demain, c'est par la guerre civile et la haine entre Turcs et Kurdes, arme foment&#233;e par la bourgeoisie pour maintenir la jeunesse de ce pays dans un &#233;tat de guerre civile pendant des d&#233;cennies, et pouvoir ainsi maintenir l'oppression en fomentant les divisions au sein des classes populaires, notamment dans les grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de l'Empire ottoman&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Empire ottoman entre dans sa phase de d&#233;clin d&#232;s le d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, caract&#233;ris&#233; notamment par les s&#233;cessions-&#233;mancipations de la Gr&#232;ce, &#224; travers des mouvements insurrectionnels, et de l'&#201;gypte. Mais l'Empire se survit et nombre de sultans proc&#232;dent m&#234;me &#224; des r&#233;formes profondes : l'ordre r&#233;pressif des janissaires est supprim&#233;, l'esclavage des Noirs est aboli, le droit est uniformis&#233;, le costume europ&#233;en est adopt&#233;. L'&#233;conomie se modernise quelque peu, les finances sont r&#233;organis&#233;es &#224; l'occidentale, et en 1866 le pays inaugure sa premi&#232;re ligne de train. Vers 1870, 50 % du commerce de l'empire se fait avec la Grande-Bretagne. La culture fran&#231;aise est encourag&#233;e chez les &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Pierre Loti dans son roman Les D&#233;senchant&#233;es montre la vie de femmes turques dans les ann&#233;es 1904-1905, sous le sultanat d'Abdul Hamid Niazi. Ces femmes socialement privil&#233;gi&#233;es doivent pourtant vivre recluses dans leurs harems de luxe, et, sous la surveillance de z&#233;l&#233;s et muets serviteurs et gouvernantes, elles lisent des romans fran&#231;ais, jouent du piano, &#233;crivent de la litt&#233;rature et des nocturnes au piano, lisent les philosophes sans avoir le droit de sortir seules. &#201;prises de libert&#233; et se sentant humili&#233;es par le port du voile, elles trouvent dans le personnage principal, un romancier fran&#231;ais attach&#233; &#224; l'ambassade &#224; Stamboul, un confident qui leur reconna&#238;t avoir une &#226;me, quand leurs maris ne les consid&#232;rent que comme des poup&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;sistance n'est en fait, sous la plume du turcophile Loti, que l'expression d'une certaine nostalgie du vieil Empire ottoman en d&#233;clin. Ce n'est pas cette occidentalisation &#224; la marge qui change grand-chose au destin de l'empire, devenu tr&#232;s int&#233;ressant pour les pouvoirs capitalistes europ&#233;ens, qui veulent toujours son d&#233;mant&#232;lement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres balkaniques et la Premi&#232;re Guerre mondiale sont pour eux une bonne occasion. Les peuples de l'ancien empire ottoman aspirent sans doute &#224; l'ind&#233;pendance nationale, mais il ne semble pas exister en leur sein de fractions d&#233;sireuses de renverser l'ordre capitaliste, pourtant ouvertement pr&#233;dateur et fauteur de guerre. Les peuples d'Orient ne suivent pas le grand mouvement ouvrier et paysan russe &#224; la conqu&#234;te r&#233;volutionnaire du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question kurde et le panturquisme : leurs port&#233;es et leurs limites d&#232;s les origines - le g&#233;nocide arm&#233;nien&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en fait la question nationale qui donne le ton, et canalise les &#233;nergies modernistes voire r&#233;volutionnaires, &#233;tant de fait le facteur dominant de paralysie du mouvement ouvrier de la r&#233;gion. L'exaltation de la question nationale kurde est en ce domaine le pendant du d&#233;veloppement du panturquisme, et tous les deux enserrent les peuples dans des choix exclusifs dans une r&#233;gion o&#249; quelle que soit sa nationalit&#233;, on ne conna&#238;t gu&#232;re que la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il y a des diff&#233;rences entre les peuples. Les historiens pr&#233;sentent le peuple kurde comme arri&#233;r&#233;s et soumis &#224; des chefs de tribus aux &#171; moeurs martiales &#187; qui ont valu aux Kurdes pendant tr&#232;s longtemps la r&#233;putation de &#171; pillards arri&#233;r&#233;s &#187;, d'&#171; esclavagistes &#187;, jouant dans la r&#233;gion le r&#244;le de &#171; Cosaques &#187; (Alexandre Jevakhoff, dans sa biographie de Kemal Atat&#252;rk, chez Tallandier, 2001) Avant le XIX&#232;me si&#232;cle, les Kurdes sont divis&#233;s en principaut&#233;s qui se font la guerre. A partir de 1804, ils s'unifient et se r&#233;voltent contre le pouvoir ottoman. Au XIX&#232;me si&#232;cle, les soul&#232;vements kurdes sont tr&#232;s nombreux, en particulier dans la paysannerie. Mais c'est l'aristocratie religieuse et les chefs de tribus qui dirigent les mouvements. La r&#233;pression acc&#233;l&#232;re encore leur rapprochement et leur rejet des autorit&#233;s de la Sublime Porte. Le mouvement nationaliste est inspir&#233; par les id&#233;aux nationalistes-d&#233;mocratiques venus d'Occident, sans rompre pour autant avec l'Empire ottoman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier est en &#233;tat de d&#233;liquescence avanc&#233;e, et en son sein appara&#238;t au tournant du si&#232;cle un groupe de jeunes officiers d&#233;sireux de moderniser le pays et de faire une v&#233;ritable nation turque. La &#171; r&#233;volution jeune-turque &#187; de 1908 dirig&#233;e par le comit&#233; Union et Progr&#232;s, et qui parvient &#224; envoyer &#224; la t&#234;te du gouvernement du sultan Abdul Hamid Niazi et Enver, deux &#171; Jeunes Turcs &#187;, ne cherche pas &#224; cr&#233;er une f&#233;d&#233;ration de peuples. Si Niazi et Enver, dans la foul&#233;e du mouvement, renversent Abdul Hamid, en revanche leur gouvernement se contente d'exalter le chauvinisme turc, qui, en cons&#233;quence, exacerbe les s&#233;paratismes politiques des minorit&#233;s nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale, la Turquie attaque la Russie. Les Arm&#233;niens h&#233;sitent entre la neutralit&#233; et le camp russe. Lorsque, en avril 1915, la ville de Van, situ&#233;e dans un des endroits clefs du conflit, entre le Caucase russe et Mossoul, d&#233;cide de cr&#233;er un gouvernement provisoire arm&#233;nien les armes &#224; la main, les autorit&#233;s turques passent &#224; l'offensive dans cette r&#233;gion qui est un peu son ventre mou. C'est le d&#233;but d'une s&#233;rie de confiscations de biens, d'expulsions et de massacres. Entre 600 000 et 800 000 personnes sur une population estim&#233;e &#224; un million et demi p&#233;rissent. En ao&#251;t 1915, les Arm&#233;niens de Cilicie et d'Anatolie occidentale sont &#224; leur tour d&#233;port&#233;s et pers&#233;cut&#233;s. En un peu plus d'un an, en tout, presque un million d'Arm&#233;niens sont extermin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, les dirigeants kurdes se montrent loyaux envers le sultan-calife de Constantinople et participent m&#234;me, sous la direction des autorit&#233;s turques, au massacre du peuple arm&#233;nien en 1915. Loin de s'appuyer sur les revendications des classes pauvres, les dirigeants kurdes se tournent ensuite favorablement vers les Anglais, qu'ils accueillent comme des lib&#233;rateurs &#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la Premi&#232;re guerre mondiale, la r&#233;volution k&#233;maliste ou le refus du communisme&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute l'Europe veut, en 1919, sa part de d&#233;pouilles de &#171; l'homme malade &#187;. Fran&#231;ais, Anglais, Russes, Grecs occupent l'Anatolie. C'est alors qu'un jeune g&#233;n&#233;ral, Mustapha K&#233;mal, s'opposant &#224; la politique imp&#233;riale de d&#233;mission face aux app&#233;tits colonialistes des Occidentaux et s'affirmant pour l'int&#233;grit&#233; du territoire peupl&#233; majoritairement de Turcs, d&#233;cide de rassembler les derniers soldats de l'arm&#233;e en d&#233;route, de rompre avec le sultanat et de lib&#233;rer le territoire. L'op&#233;ration militaire devient vite un mouvement politique national qui regroupe de plus en plus de volontaires pour la lutte arm&#233;e. Mais la lib&#233;ration dont il sera question n'a pas pour but de donner tout le pouvoir aux paysans et aux ouvriers, comme c'est le cas dans la Russie sovi&#233;tique voisine. L&#233;nine voit bien les limites des &#233;v&#233;nements de Turquie, mais constate que c'est bien une r&#233;volution contre l'ancien r&#233;gime ottoman qui est en train de se d&#233;rouler. Aussi d&#233;clarera-t-il &#224; l'ambassadeur sovi&#233;tique &#224; Ankara : &#171; Bien s&#251;r, Mustapha K&#233;mal Pacha n'est pas un socialiste, mais apparemment un bon organisateur, un chef militaire talentueux, il conduit une r&#233;volution bourgeoise, c'est un homme de progr&#232;s et un chef d'&#201;tat intelligent. Il a compris le sens de notre r&#233;volution socialiste et se comporte favorablement &#224; l'&#233;gard de la Russie socialiste... Il faut l'aider, c'est-&#224;-dire aider le peuple russe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien &#233;carter les Turcs d'un tel programme communiste, K&#233;mal oriente son mouvement vers le chauvinisme en montant une op&#233;ration militaire contre les Kurdes d&#232;s 1919, puis contre les Arm&#233;niens en 1920. Secr&#232;tement, il fait all&#233;geance aux Britanniques, alliance qui ne peut pas durer : les Britanniques s'opposent au renversement du sultan M&#233;h&#233;met VI. Les Occidentaux, pourtant sortis victorieux de la guerre mondiale doivent laisser le terrain, y compris suite &#224; des d&#233;faites militaires, pour la France et surtout pour la Gr&#232;ce (en 1921 et 1922).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, K&#233;mal abolit le califat et proclame une R&#233;publique la&#239;que. Il dissout les tribunaux religieux en 1924, les confr&#233;ries religieuses en 1925, abolit la polygamie, le port du voile, &#233;mancipe la femme en lui donnant les m&#234;mes droits qu'&#224; l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Turquie nouvelle s'enfonce aussit&#244;t dans le conflit avec le peuple kurde&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Kurdes sont roul&#233;s dans la farine &#224; travers les trait&#233;s successifs de l'apr&#232;s guerre. Le Trait&#233; de S&#232;vres en 1920 leur promet d'ind&#233;pendance, il n'est pas appliqu&#233;. Celui de Lausanne en 1923 assure &#224; la Turquie le contr&#244;le de la plus grande partie du Kurdistan, et lui impose de respecter les libert&#233;s culturelles, religieuses et politiques de ses minorit&#233;s. Les publications en langue kurde sont interdites, les organisations kurdes sont supprim&#233;es. En 1924 le gouvernement turc interdit la langue kurde et d&#233;porte les intellectuels et les chefs tribaux kurdes. En f&#233;vrier 1925, les Kurdes se soul&#232;vent pour la cr&#233;ation d'un &#201;tat ind&#233;pendant. Nombre de leurs villages sont incendi&#233;s et les insurg&#233;s sont pendus, bannis ou emprisonn&#233;s. Le pouvoir central en profite pour dissoudre le Parti r&#233;publicain progressiste et interdire le Parti communiste. Le congr&#232;s clandestin kurde du Mont Ararat de 1927 proclame la lutte anti-Turquie, mais son &#233;chec ouvre une nouvelle &#232;re de r&#233;pression. Un nouveau soul&#232;vement a lieu en 1928-1930. En 1932, Atat&#252;rk affirme que les Kurdes n'existent pas, ils sont pr&#233;sent&#233;s comme des &#171; Turcs montagnards &#187;. Cette politique d'assimilation forc&#233;e conduit en 1937-38 &#224; de nouvelles r&#233;voltes. L'insurrection de Dersim fait 40 000 morts. K&#233;mal se tourne de plus en plus vers les staliniens sovi&#233;tiques et les fascistes italiens pour trouver de l'inspiration dans la nature de son r&#233;gime, afin d'y encadrer efficacement le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Turquie se rapproche aussi de l'Irak, de l'Iran et de l'Afghanistan, en 1937 pour coordonner la lutte contre le nationalisme kurde (pacte de Saadabad). D&#232;s lors, si l'on ajoute &#224; ces donn&#233;es la division g&#233;ographique du peuple kurde entre cinq pays (Irak, Iran, Turquie, Syrie et URSS) et les querelles politiques de ses chefs en fonction de leurs manoeuvres diplomatiques mouvantes avec les dictateurs voisins, et le plus souvent manipul&#233;s par ces derniers, tout est r&#233;uni pour faire de la l&#233;gitime lutte d'un peuple opprim&#233; pour son ind&#233;pendance nationale un combat sans fin et priv&#233; de contenu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde guerre mondiale&lt;br class='autobr' /&gt;
Ismet In&#246;n&#252;, pr&#233;sident de la R&#233;publique &#224; la mort d'Atat&#252;rk en 1938, maintient la neutralit&#233; de la Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale, se tenant plut&#244;t du c&#244;t&#233; des Alli&#233;s, non sans quelques concessions &#224; l'Axe. Malgr&#233; le refus turc d'entrer en guerre, au grand dam de Churchill et Roosevelt, les vainqueurs acceptent la Turquie dans leur camp en 1945, ce qui permet &#224; cette derni&#232;re de participer &#224; la fondation des Nations unies. Ismet In&#246;n&#252; gouverne le pays avec autoritarisme, sous un r&#233;gime de parti unique. C'est un r&#233;gime policier qui encadre s&#233;v&#232;rement le peuple d&#233;j&#224; victime des p&#233;nuries de la guerre et ne profite qu'aux riches. Ceux-ci font op&#233;rer au pays un certain nombre de r&#233;formes vers plus de d&#233;mocratie, dans le but de s'occidentaliser et de se rapprocher des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie du vingti&#232;me si&#232;cle ou l'essor de la classe ouvri&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
a) les ann&#233;es 1950-1970&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement num&#233;rique de la classe ouvri&#232;re commence dans les ann&#233;es 1950. Il provient de l'arriv&#233;e de capitaux occidentaux, dans le cadre du choix de la Turquie comme puissance relais de l'imp&#233;rialisme aux marches du Moyen-Orient, des Balkans et de la Mer Noire. C'est grandement l'argent du plan Marshall qui donne naissance &#224; ces travailleurs des villes. A ce prol&#233;tariat industriel du textile, de la m&#233;tallurgie, de la p&#233;trochimie et des mines, il faut ajouter les nombreux ouvriers de l'artisanat. Le r&#233;gime met en place, en 1950, la centrale T&#252;rk-Is comme m&#233;diateur obligatoire entre les ouvriers et le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la d&#233;cennie 1960, les ouvriers turcs m&#232;nent des gr&#232;ves, et certains fondent en 1967 un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir, la DISK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin des ann&#233;es 1960, il existe un mouvement d'extr&#234;me gauche en Turquie, qui se rapproche de la lutte nationaliste kurde. Le Parti ouvrier de Turquie (fond&#233; en 1961) est puissant dans tout le pays, y compris dans le Kurdistan turc, &#224; l'est. Les Kurdes y militent et participent &#233;videmment &#224; la lutte pour le droits d&#233;mocratiques essentiels que sont la libert&#233; d'association, de r&#233;union et de presse. Lors de son quatri&#232;me congr&#232;s, qui se tient &#224; Ankara en octobre 1970, le Parti ouvrier de Turquie reconna&#238;t l'existence du peuple kurde, condamne son oppression syst&#233;matique, d&#233;clare son soutien &#224; sa lutte &#171; pour atteindre ses droits constitutionnels de citoyennet&#233; &#187;, pr&#244;ne l'union des peuples &#171; pour la r&#233;volution socialiste &#187;. Quelques mois plus tard, la &#171; Dev-Genc &#187; (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, fond&#233;e en 1969), qui regroupe des tendances mao&#239;stes, castristes et trotskistes affirme le droit du peuple kurde &#224; la lutte arm&#233;e. En mars 1971, l'Association des &#233;tudiants turcs en France reconna&#238;t &#171; le droit du peuple kurde &#224; l'autod&#233;termination &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une &#233;poque tr&#232;s fertile du mouvement ouvrier turc, mais elle est sans lendemain, et incapable de r&#233;sister &#224; l'offensive de la classe poss&#233;dante. Le pays tout entier dans les ann&#233;es 1960-1970 est marqu&#233; par les coups d'&#201;tat militaires, les violences des bandes fascisantes. Dans les campagnes, on note pourtant des r&#233;sistances de lutte de classe, notamment des occupations de terre par les paysans. N&#233;anmoins, la mis&#232;re des campagne est si grande (&#224; l'est, le taux d'alphab&#233;tisation ne d&#233;passe gu&#232;re les 30 &#224; 40 %) que beaucoup de Turcs tout simplement &#233;migrent en Occident. Les ouvriers turcs en Allemagne f&#233;d&#233;rales sont 450 000 au d&#233;but des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, des officiers renversent le gouvernement Demirel et installent la loi martiale dans de nombreuses provinces jusqu'en 1973. Ces deux ann&#233;es sont marqu&#233;es par des affrontements sanglants avec le mouvement kurde, des arrestations dans les partis d'opposition, en particulier le parti ouvrier de Turquie et les islamistes. L'arm&#233;e remet le pouvoir &#224; des gouvernements minoritaires qui s'appuient sur des groupes fascisants, pour lesquels la violence politique dans la rue ne doit pas &#234;tre brid&#233;e par la participation au pouvoir. Officiellement, l'arm&#233;e turque remet donc le pouvoir aux civils en 1973. Cela ne les emp&#234;che d'ailleurs pas, en juillet 1974, de s'entendre avec leurs coll&#232;gues colonels grecs pour renverser le r&#233;gime en place &#224; Chypre. Et malgr&#233; la nature &#171; civile &#187; du pouvoir, de 1973 &#224; 1980, il y a entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de morts par an en Turquie m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) les ann&#233;es 1980-1990&lt;br class='autobr' /&gt;
En janvier 1980, le gouvernement, sous la pression du FMI et de l'OCDE, impose des mesures s&#233;v&#232;res pour contrer l'inflation : restriction du cr&#233;dit, diminution des investissements publics, blocage des salaires. Il s'agit de r&#233;agir face &#224; l'aggravation de la crise &#233;conomique mondiale, marqu&#233;e notamment par l'inflation, en particulier des prix du p&#233;trole, qui a des r&#233;percussions dans le pays mais est aussi une cause de la baisse de l'argent envoy&#233; par les expatri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier, la d&#233;cision du complexe agro-industriel d'Izmir de licencier des militants actifs provoque la mobilisation des travailleurs, qui occupent les locaux. C'est la gr&#232;ve, avec 12 000 licenciements et finalement l'intervention de l'arm&#233;e. L'extr&#234;me droite intervient en suppl&#233;tive du pouvoir d'&#201;tat et des patrons, en pratiquant l'assassinat de syndicalistes et de militants d'extr&#234;me gauche. De janvier &#224; septembre 1980, 2 000 personnes sont ainsi assassin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e prend le pouvoir en septembre 1980. Les activit&#233;s syndicales sont interdites pendant trois ans. Il s'agit pr&#233;ventivement de tenter d'interdire toute mont&#233;e des luttes sociales et d'emp&#234;cher une contagion islamique au lendemain de la r&#233;volution d&#233;tourn&#233;e par les islamistes en Iran. D'autre part, la gu&#233;rilla au Kurdistan a repris (le PKK est fond&#233; en 1978)... Cette r&#233;pression militaire s'appuie sur l'interdiction des partis, des syndicats, des arrestations, toutes choses qui permettent tr&#232;s vite de faire reculer le niveau de vie des travailleurs. De 1979 &#224; 1983, les prix sont multipli&#233;s par 12, les salaires par 8 seulement. Rassur&#233;, le FMI accepte de r&#233;&#233;chelonner la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de l'arm&#233;e contre les Arm&#233;niens et les Kurdes ne faiblit pas. L'appareil d'&#201;tat s&#233;cr&#232;te r&#233;guli&#232;rement des groupes pro-fascistes pour lutter contre les s&#233;paratistes. En 1982, un tel groupe, la bande de Catli, participe aux op&#233;rations paramilitaires organis&#233;es par Isra&#235;l au Liban contre des organisations arm&#233;niennes et kurdes install&#233;es dans ce pays. En 1983, la langue kurde est interdite jusque dans les discussions priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement kurde se d&#233;tourne de toute revendication sociale, privil&#233;giant la lutte nationaliste, pr&#234;tant aussit&#244;t le flan &#224; la r&#233;cup&#233;ration. De fait, dans les ann&#233;es 1980-1990, la Syrie soutien les mouvements kurdes irakiens et turcs. Elle appuie la gu&#233;rilla du PKK, afin de mieux affaiblir l'&#201;tat central turc dans son conflit sur le partage des eaux de l'Euphrate. 10 000 Kurdes syriens participent &#224; la lutte du PKK. Ce n'est qu'&#224; l'hiver 1998 que la Syrie l&#226;che le PKK et livre son chef Ocalan &#224; Ankara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#233;cho &#224; la r&#233;pression politique, mais comme cons&#233;quence aussi de la toute puissance de l'arm&#233;e et du patronat, la baisse des salaires r&#233;els est tr&#232;s forte dans les ann&#233;es 1980. Le salaire minimum est mis &#224; la di&#232;te. Il n'y a rigoureusement aucune revalorisation salariale entre 1982 et 1986, p&#233;riode de lib&#233;ralisation &#233;conomique, qui, via des privatisations et des aides au commerce ext&#233;rieur, profite consid&#233;rablement au patronat turc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre la baisse du pouvoir d'achat, les travailleurs se mettent &#224; r&#233;agir. Une premi&#232;re vague de gr&#232;ves et de manifestations a lieu au printemps 1989 avec une grosse mobilisation des travailleurs du secteur public, notamment ceux des chantiers navals. Puis, &#224; l'occasion du renouvellement des conventions collectives, en 1990-1991, une seconde vague de gr&#232;ve, en, particulier dans les mines, contraint les patrons &#224; c&#233;der des augmentations allant de 150 &#224; 250 % (dans un pays o&#249; l'inflation est alors de 70 %).mais en m&#234;me temps qu'il recule sur le plan salarial, le patronat turc licencie au total pr&#232;s de 300 000 travailleurs en moins d'un an, &#224; commencer par les plus combatifs, relay&#233; par le gouvernement qui licencie aussi des centaines de milliers de travailleurs. La crise &#233;conomique de 1994 plonge &#224; nouveau les salaires vers le bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des luttes ouvri&#232;res tr&#232;s s&#233;rieuses ont encore lieu quelques ann&#233;es plus tard. En 1998, les m&#233;tallurgistes de Renault et Tofas (filiale de Fiat) entrent en lutte aussi bien contre leur patron que contre le syndicat Metal-Is, filiale de T&#252;rk-Is (la plus importante conf&#233;d&#233;ration) qui a accept&#233; une augmentation des salaires de 43 %, alors que l'inflation annuelle est de l'ordre de 100 %. En 1999, contre le recul de l'&#226;ge de la retraite et la baisse du pouvoir d'achat, il y a des manifestations qui regroupent des centaines de milliers de travailleurs. Les conf&#233;d&#233;rations syndicales, dont la T&#252;rk-Is, sont encore une fois d&#233;savou&#233;es par leurs bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toutes ces ann&#233;es, les travailleurs restent encadr&#233;s par les bureaucraties ouvri&#232;res, l'arm&#233;e et les islamistes. Ces derniers sont loin de repr&#233;senter une force &#233;parse et vieillissante, au contraire : &#224; la fin des ann&#233;es 1990, il y a en Turquie plus de 5 000 &#233;coles coraniques formant 170 000 lyc&#233;ens, futurs cadres religieux... Et futurs cadres du pays tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier-mars 2001 : la derni&#232;re crise politico-&#233;conomique en date&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2001, la coalition politique au pouvoir depuis 1999 vole en &#233;clats. Mais cette crise politique est minime face &#224; la d&#233;route &#233;conomique. Les aspects dominants de cette crise sont : inflation galopante, hausse des taux d'int&#233;r&#234;t, d&#233;ficit de l'&#201;tat, perte de confiance des investisseurs &#233;trangers face aux lourdeurs bureaucratiques, baisse consid&#233;rable des valeurs boursi&#232;res, faillites frauduleuses dans les banques, dont de nombreuses sont tenues par des partis politiques et r&#233;servent traditionnellement leurs cr&#233;dits &#224; leurs &#233;lecteurs. Les investisseurs liquident &#224; toute vitesse leurs positions, les banques &#233;trang&#232;res ne renouvellent pas leurs lignes de cr&#233;dit, les entreprises se mettent &#224; licencier en masse. Le premier ministre Ecevit annonce en f&#233;vrier une d&#233;valuation de la lire. En quelques heures, 7 milliards de dollars fuient le pays. La livre d'effondre. L'&#201;tat recapitalise les banques publiques et prend en charge celles des groupes priv&#233;s. Une fois renflou&#233;es, les banques d'&#201;tat sont privatis&#233;es au printemps, condition pour que le FMI et la Banque mondiale apportent leur aide et leur argent frais. Cette ann&#233;e-l&#224; la richesse nationale s'effondre et la chute de la livre provoque une hausse des prix de plus de 60 %. (RAMSES 2002)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les bourses de Francfort et de Londres, on suit toutes ces p&#233;rip&#233;ties avec une vive inqui&#233;tude, tant les &#233;conomies d'Europe d&#233;pendent de plus en plus de celle de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie publique du pays est depuis tourn&#233;e vers le remboursement de la dette, ce qui conduit &#224; une politique d'aust&#233;rit&#233;. (Chronique internationale de l'IRES, novembre 2006)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ploiement actuel du capitalisme turc et international&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sort de la classe ouvri&#232;re turque n'a pas l'honneur de la presse fran&#231;aise. Les 15 millions de Turcs qui vivent en Europe occidentale, dont 3 en Allemagne, repr&#233;sentent pourtant une part non n&#233;gligeable du prol&#233;tariat politis&#233;. C'est parmi eux qu'&#233;taient r&#233;colt&#233;es des sommes importantes pour financer le PKK. Et cette fraction du prol&#233;tariat europ&#233;en a &#233;t&#233; aussi parmi les plus vis&#233;es par les racistes, notamment en Allemagne. Le 29 mai 1993, &#224; Solingen (Allemagne), des n&#233;onazis ont incendi&#233; un immeuble habit&#233; par des travailleurs turcs, attentat qui a fait cinq morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la situation en Turquie m&#234;me, tous les param&#232;tres disponibles montrent une situation tr&#232;s dure. Pour environ cinq millions de travailleurs, la survie passe non pas par l'aide de l'&#201;tat mais par les r&#233;seaux informels que l'on trouve dans la soci&#233;t&#233;. Ces r&#233;seaux pratiquent &#171; le contournement de l'&#201;tat en r&#232;gle de base de la survie, de la protection et de l'autonomie des individus, des quartiers et des communaut&#233;s &#187; tout en constituant &#171; un frein &#224; &#8216;l'explosion sociale' tant crainte par le pouvoir &#187; &#233;crit Hamit Bozarslan dans son Histoire de la Turquie contemporaine (Rep&#232;res, La D&#233;couverte, 2004). Les actifs non d&#233;clar&#233;s repr&#233;senteraient en 2006 48 % de l'ensemble des actifs en Turquie, ce qui signifie qu'ils ne peuvent toucher le salaire minimum ni b&#233;n&#233;ficier d'une assurance sociale. Un quart de l'ensemble des salari&#233;s n'est pas d&#233;clar&#233; et parmi les salari&#233;s turcs, les travailleurs journaliers sont &#224; 90 % non d&#233;clar&#233;s. Pour eux, on ne dispose pas de statistique en mati&#232;re de revenu. (Chronique internationale de l'IRES, novembre 2006)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect de l'&#233;conomie turque ne sied pas tellement aux capitalistes des autres pays dans la mesure o&#249;, en plus des tares &#233;conomiques d&#233;j&#224; cit&#233;es et causes de la crise de 2001, il ne facilite pas l'int&#233;gration de la bourgeoisie turque &#224; ces consoeurs du monde entier. &#171; L'appartenance au secteur informel, &#233;crit l'OCDE dans son rapport d'octobre 2006, r&#233;duit les co&#251;ts des entreprises et leur conf&#232;re une capacit&#233; d'adaptation qui leur permet de survivre dans des conditions difficiles, mais elle limite leur acc&#232;s aux march&#233;s financiers, leur capacit&#233; d'investissement et leur aptitude &#224; nouer des partenariats internationaux, r&#233;duisant ainsi les gains d'efficience qu'elles pourraient r&#233;aliser. &#187; C'est d'ailleurs l&#224; que se trouve la r&#233;ticence principale d'une partie du patronat europ&#233;en &#224; l'adh&#233;sion de la Turquie &#224; l'Europe capitaliste des 27. Pour le moment, la Turquie reste aux portes de l'Union europ&#233;enne. Les n&#233;gociations pour son adh&#233;sion &#224; l'Union europ&#233;enne se sont ouvertes le 4 octobre 2005, mais bien des groupes industriels de l'Union europ&#233;enne sont d&#233;j&#224; implant&#233;s en Turquie. En vingt ans, les implantations fran&#231;aises sont pass&#233;es de 15 &#224; 250, ce qui correspond &#224; 40 000 emplois directs (2006). En dix ans, les &#233;changes commerciaux entre la France et la Turquie ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par cinq (2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sort r&#233;gional de la Turquie est important dans le cadre des &#233;changes commerciaux. Le port de Ceyhan est l'&#233;tape finale du BTC, l'ol&#233;oduc qui achemine du p&#233;trole depuis Bakou (Azerba&#239;djan) via Tbilissi (G&#233;orgie). Des projets de gazoducs passant eux aussi par la Turquie sont envisag&#233;s. La Turquie para&#238;t &#234;tre le passage oblig&#233; pour les gaz kazakh et turkm&#232;ne, en direction de l'Europe de l'ouest. Par ailleurs, la bourgeoisie turque investit des capitaux dans l'ensemble des pays d'Asie centrale, dans les domaines du g&#233;nie civil, de l'agroalimentaire et de la t&#233;l&#233;phone mobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de l'arm&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, la Turquie est aussi confront&#233;e &#224; la guerre en Irak. Dans L'&#201;tat du Monde 2007 (La D&#233;couverte), Hosham Dawod donne les trois axes de la Turquie dans ce conflit : &#171; 1. Emp&#234;cher la cr&#233;ation d'un espace politique kurde autonome - a fortiori d'un &#201;tat ind&#233;pendant ; 2. Prot&#233;ger les Turkm&#232;nes irakiens ; 3. S'assurer une place dans le futur march&#233; irakien. &#187; Le passage du p&#233;trole dans la r&#233;gion, surtout s'il vient d'Iran, impose &#224; la Turquie de ne pas se d&#233;sint&#233;resser de l'Irak. Sans compter que l'Irak est un terrain d&#233;j&#224; occup&#233; par les d&#233;fenseurs des int&#233;r&#234;ts syriens et iraniens. La concurrence est rude... La Turquie pourrait &#234;tre une carte europ&#233;enne dans cet imbroglio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e turque n'est sans doute pas press&#233;e d'aller sur le terrain en Irak. D'ailleurs, elle a troqu&#233; la guerre ouverte pour le jeu &#233;conomique sur le sol turc. La revue Questions internationales (La Documentation fran&#231;aise) parle de son &#171; r&#244;le de moniteur, d'instituteur voire d'&#233;ducateur de la nation enti&#232;re &#187;. Elle aurait fait ses coups d'&#201;tat en 1961, 1970 et 1980 &#171; non pas pour an&#233;antir ou d&#233;truire la d&#233;mocratie, comme ce fut le cas sous d'autres cieux, mais pour l'am&#233;liorer, la renforcer, l'amender, voire la prot&#233;ger. &#187; Le m&#234;me article de Questions internationales de mars 2005 pr&#233;cise n&#233;anmoins que le coup d'&#201;tat du 12 septembre 1980 &#171; a eu pour effet de poser des limites tr&#232;s strictes aux libert&#233;s publiques et syndicales et de briser durablement le mouvement ouvrier turc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est tout de m&#234;me pas inutile de pr&#233;ciser que l'arm&#233;e ne peut que tirer avantage de la mise au pas de la classe ouvri&#232;re turque, dans la mesure o&#249; l'arm&#233;e contr&#244;le l'industrie de la d&#233;fense, mais aussi plusieurs cha&#238;nes de distribution, des agences immobili&#232;res, des conserveries, des cimenteries, des industries alimentaires et automobiles. Hamit Bozarslan pr&#233;cise que l'arm&#233;e est productrice et concessionnaire de Renault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bo&#238;te &#224; outils des classes dirigeantes&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs turcs n'ont pas seulement l'arm&#233;e sur le dos. L'extr&#234;me droite r&#244;de dans toutes les parties du pouvoir et de la religion. La gauche la courtise m&#234;me, y compris en s'alliant &#224; elle &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat, comme en mai 1999, lorsque B&#252;lent Ecevit fait entrer l'extr&#234;me droite (Parti d'action nationale) dans le gouvernement dirig&#233; par le Parti de la gauche d&#233;mocratique, et avec la participation du Parti de la m&#232;re patrie. Mais Ecevit joue dans le m&#234;me temps la carte de l'opposition au fanatisme islamique : il accuse m&#234;me les Iraniens de vouloir exporter le fondamentalisme islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation politique va encore se d&#233;grader. Depuis mars 2003, ce sont les islamistes de Recep Tayyip Erdogan qui dirigent le gouvernement. L'extr&#234;me droite va plus loin dans la radicalit&#233; : elle assassine des intellectuels et de journalistes lib&#233;raux, et pousse nombre d'entre eux &#224; quitter le pays, tandis que les islamistes, notamment les Loups gris, noyau le plus radical du parti national-islamiste de la Grande unit&#233; (BBP) organisent des manifestations contre la venue du Pape (en novembre 2005). Et il ne s'agit certainement pas de protester contre l'opposition de Beno&#238;t XVI, affirm&#233;e lorsqu'il &#233;tait encore cardinal, &#224; l'entr&#233;e de la Turquie dans l'UE ! Il s'agit bien plut&#244;t de la multis&#233;culaire th&#233;matique de la guerre sainte, d&#233;j&#224; provoqu&#233;e d'ailleurs par le Pape. Et pour que son assise sociale ne cesse de s'appuyer sur la violence politique, la bourgeoisie turque et nombre de ses intellectuels encouragent toute une offensive sur la question arm&#233;nienne, terrorisme intellectuel qui aboutit au terrorisme tout court, et vient compl&#233;ter toute l'hyst&#233;rie d&#233;velopp&#233;e contre les Kurdes. Sans aucun doute, la bo&#238;te &#224; outils des classes dirigeantes pour d&#233;tourner les classes pauvres de la r&#233;volte sociale est bien fournie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville de Trabzon, le BBP est doubl&#233; sur sa droite par des jeunes adolescents : l'un, &#226;g&#233; de 16 ans, a assassin&#233; un pr&#234;tre chr&#233;tien, l'autre, &#226;g&#233; de 17 ans, a tu&#233; le journaliste Hrant Dink parce que celui-ci se revendiquait &#224; la fois turc, arm&#233;nien et d&#233;mocrate. Dans la rue, &#224; Trabzon, les ultras peuvent s'attaquer &#224; des Kurdes et tenter de les lyncher, ou faire expulser d'une r&#233;union publique un po&#232;te parce que celui-ci a regrett&#233; la disparition des communaut&#233;s grecques et arm&#233;niennes de la ville, et l'omnipotence des responsables des supporters de l'&#233;quipe locale du football et des mafieux exploitant les prostitu&#233;es venues de l'ex-URSS comme seules &#233;lites de la ville. Les militants des droits de l'homme locaux sont terroris&#233;s. (Le Monde du 11-12 f&#233;vrier 2007)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent les attentats d'Istanbul les 15 et 20 novembre 2003 par un groupe li&#233; &#224; Al-Qaida. Les objectifs vis&#233;s sont deux synagogues, une banque et le consulat britannique. Il y a 63 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ras-le-bol des populations en Turquie contre leurs exploiteurs est, dans ces conditions, plus facilement d&#233;tourn&#233;. Pourtant il ne manque pas. Les services publics sont dans un &#233;tat lamentable. La crise de la grippe aviaire par exemple a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e au petit bonheur la chance. Le ministre de la sant&#233; en visite dans une petite ville de l'est de la Turquie, o&#249; trois enfants &#233;taient morts du virus, a d&#251; battre en retraite et se r&#233;fugier dans son v&#233;hicule prot&#233;g&#233; par des blind&#233;s face au m&#233;contentement des villageois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre des r&#233;sistances, il faut &#233;videmment citer celles de toutes les femmes qui veulent mener une existence libre face aux religieux r&#233;actionnaires, celles des syndicalistes et des travailleurs combatifs, celles des militants mao&#239;stes et leurs proches. Il y a aussi le courage des dizaines intellectuels turcs qui, lors d'une conf&#233;rence sur le g&#233;nocide arm&#233;nien &#224; Istanbul, le 23 septembre 2005, ont remis en question la version officielle qui nie le g&#233;nocide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre forte, la classe ouvri&#232;re en Turquie devra serrer les rangs et se sentir solide, rejetant tout ce qui la divise. En ce domaine, les &#233;volutions du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; a permis de faire des progr&#232;s au sujet du rapprochement entre Kurdes et Turcs. Dans un livre sur Les Guerres civiles (Presses de Sciences-Po, 2001), Jean-Pierre Derriennic &#233;crit &#224; ce sujet : &#171; L'Anatolie orientale, d'o&#249; sont originaires les Kurdes, &#233;tant particuli&#232;rement pauvre, beaucoup d'entre eux l'ont quitt&#233;e et vivent aujourd'hui, assimil&#233;s ou non, dans les grandes villes de la Turquie occidentale. Donc, la fronti&#232;re sociale est faiblement marqu&#233;e et le m&#233;lange territorial est tr&#232;s pouss&#233; entre ceux qui se consid&#232;rent comme des Kurdes et sont pr&#234;ts &#224; soutenir un mouvement de r&#233;volte kurde, et ceux qui se consid&#232;rent comme des Turcs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perspectives&lt;br class='autobr' /&gt;
La Turquie d'aujourd'hui est constamment au coeur d'une s&#233;rie de contradictions maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;es : les militants qui en France s'opposent &#224; l'Europe capitaliste d&#233;fendent l'int&#233;gration de la Turquie dans cette m&#234;me Europe. Et ils le font pr&#233;cis&#233;ment quand les capitalistes europ&#233;ens en parlent (grandes r&#233;unions diplomatiques, &#233;largissements, &#233;v&#233;nements &#224; Chypre, ou tout simplement propos d'un politicien r&#233;actionnaire quelconque). En g&#233;n&#233;ral, ces m&#234;mes capitalistes sont d'ailleurs favorables, eux aussi, &#224; cette int&#233;gration. Quand le sujet quitte l'actualit&#233;, les militants le d&#233;laissent aussit&#244;t. Cela n'est pas &#224; proprement parler un grand signe d'ind&#233;pendance de classe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela provient en fait de l'ignorance de ce que sera l'avenir des luttes de classe internationales. Sur quels rivages verra-t-on en premier lieu des luttes &#224; caract&#232;re r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire ayant un contenu authentiquement internationaliste, politique, social et contestant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, de financement et d'&#233;change ? Sera-ce en Europe occidentale, territoire o&#249; le mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire a occasionnellement laiss&#233; sa marque, ou dans d'autres r&#233;gions du monde, notamment des pays pauvres comme la Turquie, qui ne manque pas non plus de militants ni de riches exp&#233;riences de luttes courageuses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; n'est peut-&#234;tre pas la question. Finalement, les luttes peuvent se succ&#233;der, et en ce domaine la Turquie n'a pas de le&#231;on &#224; recevoir, sans avoir de port&#233;e r&#233;volutionnaire. L'important, c'est de joindre les luttes et le programme, et que celui-ci soit communiste, c&#8216;est-&#224;-dire se donnant pour objectif l'abolition du salariat. L&#224;-dessus, il est urgent de revenir au programme tel que Karl Marx le pr&#233;sentait en conclusion d'une conf&#233;rence donn&#233;e devant la direction de son Internationale, en 1865. Marx, partant des luttes quotidiennes des travailleurs, dit et &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En m&#234;me temps, et tout &#224; fait en dehors de l'asservissement g&#233;n&#233;ral qu'implique le r&#233;gime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exag&#233;rer le r&#233;sultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans gu&#233;rir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches in&#233;vitables que font na&#238;tre sans cesse les empi&#233;tements ininterrompus du capital ou les variations du march&#233;. Il faut qu'ils comprennent que le r&#233;gime actuel, avec toutes les mis&#232;res dont il les accable, engendre en m&#234;me temps les conditions mat&#233;rielles et les formes sociales n&#233;cessaires pour la transformation &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Au lieu du mot d'ordre conservateur : &#034;Un salaire &#233;quitable pour une journ&#233;e de travail &#233;quitable&#034;, ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre r&#233;volutionnaire : &#034;Abolition du salariat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet expos&#233; tr&#232;s long et, je le crains, bien fatigant, mais qu'il me fallait faire pour traiter de fa&#231;on satisfaisante mon sujet, je conclurai en proposant d'adopter la r&#233;solution suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une hausse g&#233;n&#233;rale du niveau des salaires entra&#238;nerait une baisse g&#233;n&#233;rale du taux des profits, mais ne toucherait pas en somme au prix des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance g&#233;n&#233;rale de la production capitaliste n'est pas d'&#233;lever le salaire normal moyen, mais de l'abaisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de r&#233;sistance aux empi&#233;tements du capital. Elles manquent en partie leur but d&#232;s qu'elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent enti&#232;rement leur but d&#232;s qu'elles se bornent &#224; une guerre d'escarmouches contre les effets du r&#233;gime existant, au lieu de travailler en m&#234;me temps &#224; sa transformation et de se servir de leur force organis&#233;e comme d'un levier pour l'&#233;mancipation d&#233;finitive de la classe travailleuse, c'est-&#224;-dire pour l'abolition d&#233;finitive du salariat. &#187; (Karl Marx, Salaire, prix et profit)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Lepic&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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