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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Autobiographie d'Ilya Prigogine</title>
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		<dc:date>2020-08-09T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autobiographie d'Ilya Prigogine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans sa m&#233;morable s&#233;rie &#034;Etudes sur le temps humain&#034;, Georges Poulet consacre un volume &#224; la &#034;Mesure de l'instant&#034; 1. Il y propose une classification des auteurs selon l'importance qu'ils accordent au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur. Je crois que dans une telle typologie, ma position serait extr&#234;me, car je vis principalement dans le futur. Et donc ce n'est pas une t&#226;che trop facile d'&#233;crire ce r&#233;cit autobiographique, auquel je voudrais donner un ton personnel. Mais le pr&#233;sent explique le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma conf&#233;rence Nobel, je parle beaucoup des fluctuations ; ce n'est peut-&#234;tre pas sans rapport avec le fait qu'au cours de ma vie j'ai ressenti l'efficacit&#233; de co&#239;ncidences frappantes dont les effets cumulatifs sont visibles dans mon travail scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; &#224; Moscou, le 25 janvier 1917 - quelques mois avant la r&#233;volution. Ma famille avait une relation difficile avec le nouveau r&#233;gime et nous avons donc quitt&#233; la Russie d&#232;s 1921. Pendant quelques ann&#233;es (jusqu'en 1929), nous avons v&#233;cu comme migrants en Allemagne, avant de rester d&#233;finitivement en Belgique. C'est &#224; Bruxelles que j'ai fait mes &#233;tudes secondaires et universitaires. J'ai acquis la nationalit&#233; belge en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, Roman Prigogine, d&#233;c&#233;d&#233; en 1974, &#233;tait ing&#233;nieur chimiste &#224; l'&#201;cole polytechnique de Moscou. Mon fr&#232;re Alexander, n&#233; quatre ans avant moi, a suivi, comme moi-m&#234;me, le cursus de chimie de l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Je me rappelle combien j'ai h&#233;sit&#233; avant de choisir cette direction ; en quittant la section classique (gr&#233;co-latine) d'Ixelles Athenaeum, mon int&#233;r&#234;t &#233;tait plus port&#233; sur l'histoire et l'arch&#233;ologie, sans parler de la musique, notamment du piano. Selon ma m&#232;re, j'ai pu lire des partitions musicales avant de lire des mots imprim&#233;s. Et aujourd'hui, mon passe-temps favori est toujours le piano, bien que mon temps libre pour la pratique devienne de plus en plus restreint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon adolescence, j'ai lu de nombreux textes philosophiques, et je me souviens encore du sort &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; qui m'a jet&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment, je sentais qu'un message essentiel &#233;tait int&#233;gr&#233;, encore &#224; rendre explicite, dans la remarque de Bergson :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Plus nous &#233;tudions en profondeur la nature du temps, mieux nous comprenons que la dur&#233;e signifie invention, cr&#233;ation de formes, &#233;laboration continue de l'absolument nouveau.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des co&#239;ncidences heureuses ont fait le choix pour mes &#233;tudes &#224; l'universit&#233;. En effet, ils m'ont conduit dans une direction presque oppos&#233;e, vers la chimie et la physique. Et donc, en 1941, on m'a conf&#233;r&#233; mon premier doctorat. Tr&#232;s vite, deux de mes professeurs devaient exercer une influence durable sur l'orientation de mon futur travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mentionnerai d'abord Th&#233;ophile De Donder (1873-1957) .2 Quel aimable personnage il &#233;tait ! N&#233; fils d'un instituteur, il d&#233;bute sa carri&#232;re de la m&#234;me mani&#232;re et obtient (en 1896) le titre de docteur en sciences physiques, sans jamais avoir suivi aucun enseignement &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en 1918 - il avait alors 45 ans - que De Donder a pu consacrer son temps &#224; l'enseignement sup&#233;rieur, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pendant quelques ann&#233;es nomm&#233; instituteur. Il est ensuite promu professeur au D&#233;partement des sciences appliqu&#233;es et entame sans d&#233;lai la r&#233;daction d'un cours de thermodynamique th&#233;orique pour les ing&#233;nieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Permettez-moi de vous donner plus de d&#233;tails, car c'est dans cette circonstance m&#234;me que nous devons associer la naissance de l'&#233;cole thermodynamique de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre l'originalit&#233; de l'approche de De Donder, je dois rappeler que depuis le travail fondamental de Clausius, le deuxi&#232;me principe de la thermodynamique a &#233;t&#233; formul&#233; comme une in&#233;galit&#233; : la &#034;chaleur non compens&#233;e&#034; est positive - ou, en termes plus r&#233;cents, la production d'entropie est positive. Cette in&#233;galit&#233; renvoie bien entendu &#224; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, comme tout processus naturel. &#192; cette &#233;poque, ces derniers &#233;taient mal compris. Ils sont apparus aux ing&#233;nieurs et physico-chimistes comme des ph&#233;nom&#232;nes &#034;parasites&#034;, qui ne pouvaient qu'entraver quelque chose : ici la productivit&#233; d'un processus, l&#224; la croissance r&#233;guli&#232;re d'un cristal, sans pr&#233;senter d'int&#233;r&#234;t intrins&#232;que. Ainsi, l'approche habituelle &#233;tait de limiter l'&#233;tude de la thermodynamique &#224; la compr&#233;hension des lois d'&#233;quilibre, pour lesquelles la production d'entropie est nulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne pouvait que faire de la thermodynamique une &#034;thermostatique&#034;. Dans ce contexte, le grand m&#233;rite de De Donder est qu'il a extrait la production d'entropie de ce &#034;sfumato&#034; lorsqu'il l'a li&#233;e de mani&#232;re pr&#233;cise au rythme d'une r&#233;action chimique, gr&#226;ce &#224; l'utilisation d'une nouvelle fonction qu'il devait appeler &#034;affinit&#233;&#034; .3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile aujourd'hui de rendre compte de l'hostilit&#233; qu'une telle approche devait rencontrer. Par exemple, je me souviens que vers la fin de 1946, lors de la r&#233;union IUPAP de Bruxelles 4, apr&#232;s une pr&#233;sentation de la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, un sp&#233;cialiste de grande renomm&#233;e m'a dit, en substance : &#034;Je suis surpris que vous accordiez plus d'attention aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui sont essentiellement transitoires, qu'au r&#233;sultat final de leur &#233;volution, l'&#233;quilibre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, certains &#233;minents scientifiques ont d&#233;rog&#233; &#224; cette attitude n&#233;gative. J'ai re&#231;u beaucoup de soutien de personnes comme Edmond Bauer, le successeur de Jean Perrin &#224; Paris, et Hendrik Kramers &#224; Leyde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Donder, bien s&#251;r, avait des pr&#233;curseurs, notamment &#224; l'&#233;cole fran&#231;aise de thermodynamique de Pierre Duhem. Mais dans l'&#233;tude de la thermodynamique chimique, De Donder est all&#233; plus loin et a donn&#233; une nouvelle formulation du deuxi&#232;me principe, bas&#233;e sur des concepts tels que l'affinit&#233; et le degr&#233; d'&#233;volution d'une r&#233;action, consid&#233;r&#233;s comme une variable chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; mon int&#233;r&#234;t pour la notion de temps, il &#233;tait naturel que mon attention se soit concentr&#233;e sur le deuxi&#232;me principe, car j'ai senti d&#232;s le d&#233;part qu'il introduirait un nouvel &#233;l&#233;ment inattendu dans la description de l'&#233;volution du monde physique. C'&#233;tait sans doute la m&#234;me impression que des physiciens illustres tels que Boltzmann5 et Planck6 auraient ressentis avant moi. Une grande partie de ma carri&#232;re scientifique serait ensuite consacr&#233;e &#224; l'&#233;lucidation des aspects macroscopiques et microscopiques du second principe, afin d'&#233;tendre sa validit&#233; &#224; de nouvelles situations, et aux autres approches fondamentales de la physique th&#233;orique, telles que la physique classique et dynamique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner ces points plus en d&#233;tail, je voudrais souligner l'influence exerc&#233;e sur mon d&#233;veloppement scientifique par le second de mes professeurs, Jean Timmermans (1882-1971). Il &#233;tait plut&#244;t un exp&#233;rimentateur, particuli&#232;rement int&#233;ress&#233; par les applications de la thermodynamique classique aux solutions liquides, et en g&#233;n&#233;ral aux syst&#232;mes complexes, conform&#233;ment &#224; l'approche de la grande &#233;cole n&#233;erlandaise de thermodynamique de van der Waals et Roozeboom7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, j'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'application pr&#233;cise des m&#233;thodes thermodynamiques et j'ai pu comprendre leur utilit&#233;. Au cours des ann&#233;es suivantes, j'ai consacr&#233; beaucoup de temps &#224; l'approche th&#233;orique de ces probl&#232;mes, qui appelait &#224; l'utilisation de m&#233;thodes thermodynamiques ; Je veux dire la th&#233;orie des solutions, la th&#233;orie des &#233;tats correspondants et des effets isotopiques dans la phase condens&#233;e. Une recherche collective avec V. Mathot, A. Bellemans et N. Trappeniers a permis de pr&#233;dire de nouveaux effets tels que la d&#233;mixtion isotopique de l'h&#233;lium He3 + He4, qui correspondaient parfaitement aux r&#233;sultats de recherches ult&#233;rieures. Cette partie de mon travail est r&#233;sum&#233;e dans un livre &#233;crit en collaboration avec V. Mathot et A. Bellemans, The Molecular Theory of Solutions. 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail dans ce domaine de la chimie physique a toujours &#233;t&#233; pour moi un plaisir sp&#233;cifique, car le lien direct avec l'exp&#233;rimentation permet de tester l'intuition du th&#233;oricien. Les succ&#232;s que nous avons rencontr&#233;s ont fourni la confiance qui &#233;tait plus tard indispensable dans ma confrontation &#224; des probl&#232;mes plus abstraits et complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, parmi toutes ces perspectives ouvertes par la thermodynamique, celle qui devait garder mon int&#233;r&#234;t &#233;tait l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, qui rendait si manifeste la &#034;fl&#232;che du temps&#034;. D&#232;s le d&#233;but, j'ai toujours attribu&#233; &#224; ces processus un r&#244;le constructif, en opposition &#224; l'approche standard, qui ne voyait dans ces ph&#233;nom&#232;nes que d&#233;gradation et perte de travail utile. &#201;tait-ce l'influence de &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; de Bergson ou la pr&#233;sence &#224; Bruxelles d'une &#233;cole de biologie th&#233;orique performante ? 9 Le fait est qu'il m'est apparu que les &#234;tres vivants nous fournissaient des exemples frappants de syst&#232;mes tr&#232;s organis&#233;s et o&#249; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ont jou&#233; un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles connexions intellectuelles, bien que plut&#244;t vagues au d&#233;part, ont contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration, en 1945, du th&#233;or&#232;me de la production d'entropie minimale, applicable aux &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre.10 Ce th&#233;or&#232;me donne une explication claire de l'analogie qui reliait la stabilit&#233; de les &#233;tats thermodynamiques d'&#233;quilibre et la stabilit&#233; des syst&#232;mes biologiques, comme celui exprim&#233; dans le concept d '&#034;hom&#233;ostasie&#034; propos&#233; par Claude Bernard. C'est pourquoi, en collaboration avec JM Wiame 11, j'ai appliqu&#233; ce th&#233;or&#232;me &#224; la discussion de quelques probl&#232;mes importants en biologie th&#233;orique, &#224; savoir l'&#233;nerg&#233;tique de l'&#233;volution embryologique. Comme nous le savons mieux aujourd'hui, dans ce domaine, le th&#233;or&#232;me peut au mieux donner une explication de certains ph&#233;nom&#232;nes &#034;tardifs&#034;, mais il est remarquable qu'il continue d'int&#233;resser de nombreux exp&#233;rimentateurs.12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, je savais que la production d'entropie minimale n'&#233;tait valable que pour la branche lin&#233;aire des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, celle &#224; laquelle s'appliquent les fameuses relations de r&#233;ciprocit&#233; d'Onsager.13 Et, ainsi, la question &#233;tait : qu'en est-il des &#233;tats stationnaires loin de l'&#233;quilibre, pour lequel les relations d'Onsager ne sont pas valables, mais qui rel&#232;vent encore de la description macroscopique ? Les relations lin&#233;aires sont de tr&#232;s bonnes approximations pour l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes de transport (conductivit&#233; thermique, thermodiffusion, etc.), mais ne sont g&#233;n&#233;ralement pas valables pour les conditions de cin&#233;tique chimique. En effet, l'&#233;quilibre chimique est assur&#233; par la compensation de deux processus antagonistes, alors qu'en cin&#233;tique chimique - loin de l'&#233;quilibre, hors de la branche lin&#233;aire - on est g&#233;n&#233;ralement confront&#233; &#224; la situation inverse, o&#249; l'un des processus est n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce caract&#232;re local, la thermodynamique lin&#233;aire des processus irr&#233;versibles avait d&#233;j&#224; conduit &#224; de nombreuses applications, comme l'ont montr&#233; des personnes telles que J.Meixner, 14 SR de Groot et P. Mazur, 15 et, dans le domaine de la biologie, A. Katchalsky. 16 C'&#233;tait pour moi une incitation suppl&#233;mentaire lorsque je devais faire face &#224; des situations plus g&#233;n&#233;rales. Ces probl&#232;mes nous ont confront&#233;s pendant plus de vingt ans, entre 1947 et 1967, jusqu'&#224; ce que nous arrivions enfin &#224; la notion de &#034;structure dissipative&#034;. 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas que la question soit intrins&#232;quement difficile &#224; traiter ; juste que nous ne savions pas nous orienter. C'est peut-&#234;tre une caract&#233;ristique de mon travail scientifique que les probl&#232;mes m&#251;rissent lentement, puis pr&#233;sentent une &#233;volution soudaine, de telle sorte qu'un &#233;change d'id&#233;es avec mes coll&#232;gues et collaborateurs devient n&#233;cessaire. Au cours de cette phase de mon travail, l'esprit original et enthousiaste de mon coll&#232;gue Paul Glansdorff a jou&#233; un r&#244;le majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre collaboration devait donner naissance &#224; un crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution qui est loin d'&#234;tre utilis&#233; dans la branche non lin&#233;aire, hors du domaine de validit&#233; du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale. Les crit&#232;res de stabilit&#233; qui en ont r&#233;sult&#233; devaient conduire &#224; la d&#233;couverte d'&#233;tats critiques, avec changement de branche et apparition possible de nouvelles structures. Cette manifestation tout &#224; fait inattendue des processus de &#034;l'ordre des d&#233;sordres&#034;, loin de l'&#233;quilibre, mais conforme &#224; la seconde loi de la thermodynamique, allait changer en profondeur son interpr&#233;tation traditionnelle. En plus des structures d'&#233;quilibre classiques, nous sommes maintenant confront&#233;s &#224; des structures coh&#233;rentes dissipatives, pour des conditions suffisamment &#233;loign&#233;es de l'&#233;quilibre. Une pr&#233;sentation compl&#232;te de ce sujet peut &#234;tre trouv&#233;e dans mon livre de 1971 co-&#233;crit avec Glansdorff.18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re &#233;tape provisoire, nous avons pens&#233; principalement aux applications hydrodynamiques, en utilisant nos r&#233;sultats comme outils de calcul num&#233;rique. Ici, l'aide de R. Schechter de l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;cieuse.19 Ces questions restent largement ouvertes, mais notre centre d'int&#233;r&#234;t s'est d&#233;plac&#233; vers les syst&#232;mes de dissipation chimique, qui sont plus faciles &#224; &#233;tudier que les processus convectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une fois que nous avons formul&#233; le concept de structure dissipative, une nouvelle voie s'est ouverte &#224; la recherche et, &#224; partir de ce moment, nos travaux ont montr&#233; une acc&#233;l&#233;ration saisissante. Cela &#233;tait d&#251; &#224; la pr&#233;sence d'une heureuse r&#233;union des circonstances ; principalement &#224; la pr&#233;sence dans notre &#233;quipe d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes scientifiques intelligents. Je ne peux pas mentionner ici toutes ces personnes, mais je tiens &#224; souligner le r&#244;le important jou&#233; par deux d'entre elles, R. Lefever et G. Nicolis. C'est avec eux que nous avons &#233;t&#233; en mesure de construire un nouveau mod&#232;le cin&#233;tique, qui se r&#233;v&#233;lerait &#224; la fois assez simple et tr&#232;s instructif - le &#034;Brusselator&#034;, comme J. Tyson l'appellera plus tard - et qui manifester l'&#233;tonnante vari&#233;t&#233; de structures g&#233;n&#233;r&#233;es par les processus de diffusion-r&#233;action.20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le lieu de rendre hommage au travail de pionnier de feu A. Turing, 21 ans qui, depuis 1952, avait fait des commentaires int&#233;ressants sur la formation des structures li&#233;es aux instabilit&#233;s chimiques dans le domaine de la morphogen&#232;se biologique. J'avais rencontr&#233; Turing &#224; Manchester environ trois ans auparavant, &#224; une &#233;poque o&#249; MG Evans, qui devait mourir trop t&#244;t, avait construit un groupe de jeunes scientifiques, dont certains allaient devenir c&#233;l&#232;bres. Ce n'est que longtemps apr&#232;s que j'ai rappel&#233; les commentaires de Turing sur ces questions de stabilit&#233;, car, peut-&#234;tre trop pr&#233;occup&#233; par la thermodynamique lin&#233;aire, je n'&#233;tais alors pas assez r&#233;ceptif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux circonstances qui ont favoris&#233; le d&#233;veloppement rapide de l'&#233;tude des structures dissipatives. L'attention des scientifiques a &#233;t&#233; attir&#233;e sur les structures de non-&#233;quilibre coh&#233;rentes apr&#232;s la d&#233;couverte de r&#233;actions chimiques oscillantes exp&#233;rimentales telles que la r&#233;action de Belusov-Zhabotinsky ; 22 l'explication de son m&#233;canisme par Noyes et ses coll&#232;gues ; 23 l'&#233;tude des r&#233;actions oscillantes en biochimie (par exemple le cycle glycolytique, &#233;tudi&#233; par B. Chance24 et B. Hess25) et finalement les importantes recherches men&#233;es par M. Eigen.26 Par cons&#233;quent, depuis 1967, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; un grand nombre d'articles sur ce sujet, en contraste avec l'absence totale d'int&#233;r&#234;t qui pr&#233;valait lors des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'introduction du concept de structure dissipative devait &#233;galement avoir d'autres cons&#233;quences inattendues. Il &#233;tait &#233;vident d&#232;s le d&#233;part que les structures sortaient des fluctuations. Ils sont apparus en fait comme des fluctuations g&#233;antes, stabilis&#233;es par des &#233;changes de mati&#232;re et d'&#233;nergie avec le monde ext&#233;rieur. Depuis la formulation du th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimale, l'&#233;tude de la fluctuation hors &#233;quilibre avait retenu toute mon attention.27 Il &#233;tait donc tout naturel que je reprenne ce travail afin de proposer une extension du cas de la chimie loin de l'&#233;quilibre r&#233;actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; ce sujet &#224; G. Nicolis et A. Babloyantz. Nous nous attendions &#224; trouver pour les &#233;tats stationnaires une distribution de Poisson similaire &#224; celle pr&#233;dite pour les fluctuations d'&#233;quilibre par les c&#233;l&#232;bres relations d'Einstein. Nicolis et Babloyantz ont d&#233;velopp&#233; une analyse d&#233;taill&#233;e des r&#233;actions chimiques lin&#233;aires et ont pu confirmer cette pr&#233;diction.28 Ils ont ajout&#233; quelques remarques qualitatives qui sugg&#233;raient la validit&#233; de ces r&#233;sultats pour toute r&#233;action chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consid&#233;rant &#224; nouveau les calculs pour l'exemple d'une r&#233;action biomol&#233;culaire non lin&#233;aire, j'ai remarqu&#233; que cette extension n'&#233;tait pas valide. Une analyse plus approfondie, o&#249; G. Nicolis a jou&#233; un r&#244;le cl&#233;, a montr&#233; qu'un ph&#233;nom&#232;ne inattendu est apparu alors que l'on consid&#233;rait le probl&#232;me de fluctuation dans les syst&#232;mes non lin&#233;aires loin de l'&#233;quilibre : la loi de distribution des fluctuations d&#233;pend de leur &#233;chelle, et seules les &#171; petites fluctuations &#187; suivent la loi propos&#233;e par Einstein.29 Apr&#232;s une r&#233;ception prudente, ce r&#233;sultat est d&#233;sormais largement accept&#233;, et la th&#233;orie des fluctuations hors &#233;quilibre se d&#233;veloppe pleinement maintenant, afin de nous permettre d'attendre des r&#233;sultats importants dans les ann&#233;es &#224; venir. Ce qui est d&#233;j&#224; clair aujourd'hui, c'est qu'un domaine tel que la cin&#233;tique chimique, qui &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme conceptuellement ferm&#233;e, doit &#234;tre repens&#233; en profondeur, et qu'une toute nouvelle discipline, traitant des transitions de phase hors &#233;quilibre, fait son apparition.30, 31, 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les progr&#232;s de la th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles nous conduisent &#233;galement &#224; reconsid&#233;rer leur insertion dans la dynamique classique et quantique. Jetons un nouveau regard sur la m&#233;canique statistique d'il y a quelques ann&#233;es. D&#232;s le d&#233;but de mes recherches, j'avais eu l'occasion d'utiliser des m&#233;thodes conventionnelles de m&#233;canique statistique pour des situations d'&#233;quilibre. De telles m&#233;thodes sont tr&#232;s utiles pour l'&#233;tude des propri&#233;t&#233;s thermodynamiques des solutions de polym&#232;re ou des isotopes. Ici, nous traitons principalement de probl&#232;mes de calcul simples, car les outils conceptuels de la m&#233;canique statistique de l'&#233;quilibre sont bien &#233;tablis depuis les travaux de Gibbs et Einstein. Mon int&#233;r&#234;t pour le non-&#233;quilibre me conduirait par n&#233;cessit&#233; au probl&#232;me des fondements de la m&#233;canique statistique, et surtout &#224; l'interpr&#233;tation microscopique de l'irr&#233;versibilit&#233;33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon premier dipl&#244;me en sciences, j'&#233;tais un lecteur enthousiaste de Boltzmann, dont la vision dynamique du devenir physique &#233;tait pour moi un mod&#232;le d'intuition et de p&#233;n&#233;tration. N&#233;anmoins, je n'ai pu que constater quelques aspects insatisfaisants. Il &#233;tait clair que Boltzmann avait introduit des hypoth&#232;ses &#233;trang&#232;res &#224; la dynamique ; sous de telles hypoth&#232;ses, parler d'une justification dynamique de la thermodynamique me paraissait pour le moins excessif. &#192; mon avis, l'identification de l'entropie avec le d&#233;sordre mol&#233;culaire ne pourrait contenir qu'une partie de la v&#233;rit&#233; si, comme je persistais &#224; penser, les processus irr&#233;versibles &#233;taient dot&#233;s de ce r&#244;le constructif que je ne cesse de leur attribuer. Pour une autre partie, les applications des m&#233;thodes de Boltzmann se limitaient aux gaz dilu&#233;s, alors que j'&#233;tais plus int&#233;ress&#233; par les syst&#232;mes condens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es quarante, un grand int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; suscit&#233; dans la g&#233;n&#233;ralisation de la th&#233;orie cin&#233;tique aux milieux denses. Apr&#232;s les travaux pionniers d'Yvon34, les publications de Kirkwodd35, Born and Green36, et de Bogoliubov37 ont attir&#233; beaucoup d'attention sur ce probl&#232;me, qui devait conduire &#224; la naissance de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. Comme je ne pouvais pas rester &#233;tranger &#224; ce mouvement, j'ai propos&#233; &#224; G. Klein, un disciple de F&#252;rth qui est venu travailler avec moi, d'essayer d'appliquer la m&#233;thode de Born and Green &#224; un exemple concret et simple, dans lequel l'approche de l'&#233;quilibre a fait pas conduire &#224; une solution exacte. Ce fut notre premi&#232;re &#233;tape provisoire dans la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre.38 Ce fut finalement un &#233;chec, avec la conclusion que le formalisme de Born et Green n'a pas conduit &#224; une extension satisfaisante de la m&#233;thode de Boltzmann aux syst&#232;mes denses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#233;chec n'&#233;tait pas total, car il m'a conduit, lors d'un travail ult&#233;rieur, &#224; une premi&#232;re question : &#233;tait-il possible de d&#233;velopper une th&#233;orie dynamique &#034;exacte&#034; des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles ? Tout le monde sait que selon le point de vue classique, l'irr&#233;versibilit&#233; r&#233;sulte d'approximations suppl&#233;mentaires aux lois fondamentales des ph&#233;nom&#232;nes &#233;l&#233;mentaires, qui sont strictement r&#233;versibles. Ces approximations suppl&#233;mentaires ont permis &#224; Boltzmann de passer d'une description dynamique et r&#233;versible &#224; une description probabiliste, afin d'&#233;tablir son c&#233;l&#232;bre th&#233;or&#232;me H.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons encore rencontr&#233; cette attitude n&#233;gative de &#171; passivit&#233; &#187; imput&#233;e aux ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles, attitude que je ne pouvais partager. Si - comme j'&#233;tais dispos&#233; &#224; le penser - des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles jouent effectivement un r&#244;le actif et constructif, leur &#233;tude ne saurait se r&#233;duire &#224; une description en termes d'approximations suppl&#233;mentaires. De plus, mon opinion &#233;tait que dans une bonne th&#233;orie, un coefficient de viscosit&#233; pr&#233;senterait autant de signification physique qu'une chaleur sp&#233;cifique, et la dur&#233;e de vie moyenne d'une particule autant que sa masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis senti confirm&#233; dans cette attitude par les publications remarquables de Chandrasekhar et von Neumann, &#233;galement parues dans les ann&#233;es 40. C'est pourquoi, toujours avec l'aide de G. Klein, j'ai d&#233;cid&#233; de jeter un regard neuf sur un exemple d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233;. par Schr&#246;dinger, 40 concernant la description d'un syst&#232;me d'oscillateurs harmoniques. Nous avons &#233;t&#233; surpris de voir que, pour tout un mod&#232;le aussi simple qui nous a permis de conclure, cette classe de syst&#232;mes tend &#224; s'&#233;quilibrer. Mais comment g&#233;n&#233;raliser ce r&#233;sultat aux syst&#232;mes dynamiques non lin&#233;aires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la performance v&#233;ritablement historique de L&#233;on van Hove nous a ouvert la voie (1955) .41 Je me souviens, avec un plaisir toujours nouveau, du temps - trop court - pendant lequel van Hove a travaill&#233; avec notre groupe. Certains de ses travaux ont eu un effet durable sur l'ensemble du d&#233;veloppement de la physique statistique ; Je veux dire non seulement son &#233;tude de la d&#233;duction d'une &#034;&#233;quation ma&#238;tresse&#034; pour les syst&#232;mes anharmoniques, mais aussi sa contribution fondamentale sur les transitions de phase, qui devait conduire &#224; la branche de la m&#233;canique statistique qui traite des r&#233;sultats dits &#034;exacts&#034; .42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re &#233;tude de van Hove s'est limit&#233;e aux syst&#232;mes anharmoniques faiblement coupl&#233;s. Mais de toute fa&#231;on, le chemin &#233;tait ouvert, et avec certains de mes coll&#232;gues et collaborateurs, principalement R. Balescu, R. Brout, F. H&#233;nin et P. R&#233;sibois, nous avons r&#233;alis&#233; une formulation de la m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre &#224; partir d'un point purement dynamique de vue, sans aucune hypoth&#232;se probabiliste. La m&#233;thode que nous avons utilis&#233;e est r&#233;sum&#233;e dans mon livre de 196243. Elle conduit &#224; une &#171; dynamique des corr&#233;lations &#187;, car la relation entre interaction et corr&#233;lation constitue la composante essentielle de la description. Depuis lors, ces m&#233;thodes ont conduit &#224; de nombreuses applications. Sans donner plus de d&#233;tails, je me limiterai ici &#224; mentionner deux livres r&#233;cents, l'un de R. Balescu, 44 l'autre de P. R&#233;sibois et M. De Leener.45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conclu la premi&#232;re &#233;tape de mes recherches en m&#233;canique statistique hors &#233;quilibre. La seconde se caract&#233;rise par une tr&#232;s forte analogie avec l'approche des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles qui nous a conduits de la thermodynamique lin&#233;aire &#224; la thermodynamique non lin&#233;aire. Dans cette &#233;tape provisoire &#233;galement, j'ai &#233;t&#233; pouss&#233; par un sentiment d'insatisfaction, car la relation avec la thermodynamique n'a pas &#233;t&#233; &#233;tablie par nos travaux en m&#233;canique statistique, ni par aucune autre m&#233;thode. Le th&#233;or&#232;me de Boltzmann &#233;tait toujours aussi isol&#233; que jamais, et la question de la nature des syst&#232;mes dynamiques auxquels s'applique la thermodynamique &#233;tait toujours sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#233;tait de loin plus large et plus complexe que les consid&#233;rations plut&#244;t techniques auxquelles nous &#233;tions parvenus. Il a touch&#233; la nature m&#234;me des syst&#232;mes dynamiques et les limites de la description hamiltonienne. Je n'aurais jamais os&#233; aborder un tel sujet si je n'avais pas &#233;t&#233; stimul&#233; par des discussions avec des amis tr&#232;s comp&#233;tents comme feu L&#233;on Rosenfeld de Copenhague ou G. Wentzel de Chicago. Rosenfeld a fait plus que me donner des conseils ; il &#233;tait directement impliqu&#233; dans l'&#233;laboration progressive des concepts que nous devions explorer pour construire une nouvelle interpr&#233;tation de l'irr&#233;versibilit&#233;. Plus que toute autre &#233;tape de ma carri&#232;re scientifique, celle-ci est le fruit d'un effort collectif. Je n'aurais pas pu r&#233;ussir sans l'aide de mes coll&#232;gues M. de Haan, Cl. George, A. Grecos, F. Henin, F. Mayn&#233;, W. Schieve et M. Theodosopulu. Si l'irr&#233;versibilit&#233; ne r&#233;sulte pas d'approximations suppl&#233;mentaires, elle ne peut &#234;tre formul&#233;e que dans une th&#233;orie des transformations qui exprime en termes &#171; explicites &#187; ce que la formulation habituelle de la dynamique &#171; cache &#187;. Dans cette perspective, l'&#233;quation cin&#233;tique de Boltzmann correspond &#224; une formulation de la dynamique dans une nouvelle repr&#233;sentation.46, 47, 48, 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion : la dynamique et la thermodynamique deviennent deux descriptions compl&#233;mentaires de la nature, li&#233;es par une nouvelle th&#233;orie de la transformation non unitaire. J'en suis venu &#224; mes pr&#233;occupations actuelles ; et il est donc temps de mettre fin &#224; cette autobiographie intellectuelle. Alors que nous partions de probl&#232;mes sp&#233;cifiques, tels que la signification thermodynamique des &#233;tats stationnaires hors &#233;quilibre ou des ph&#233;nom&#232;nes de transport dans les syst&#232;mes denses, nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s, presque contre notre volont&#233;, &#224; des probl&#232;mes de grande g&#233;n&#233;ralit&#233; et de complexit&#233;, qui appellent &#224; reconsid&#233;rer la relation des structures physico-chimiques aux structures biologiques, alors qu'elles expriment les limites de la description hamiltonienne en physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, tous ces probl&#232;mes ont un &#233;l&#233;ment commun : le temps. Peut-&#234;tre que l'orientation de mon travail est venue du conflit n&#233; de ma vocation humaniste d'adolescent et de l'orientation scientifique que j'ai choisie pour ma formation universitaire. Presque par instinct, je me suis tourn&#233; plus tard vers des probl&#232;mes de complexit&#233; croissante, peut-&#234;tre dans la conviction que je pourrais y trouver une jonction en sciences physiques d'une part, et en biologie et sciences humaines d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les recherches men&#233;es avec mon ami R. Herman sur la th&#233;orie de la circulation automobile50 m'ont confirm&#233; la supposition que m&#234;me le comportement humain, avec toute sa complexit&#233;, serait &#233;ventuellement susceptible d'une formulation math&#233;matique. De cette fa&#231;on, la dichotomie des &#034;deux cultures&#034; pourrait et devrait &#234;tre supprim&#233;e. Cela correspondrait &#224; la perc&#233;e des biologistes et des anthropologues vers la description mol&#233;culaire ou les &#171; structures &#233;l&#233;mentaires &#187;, si l'on veut utiliser la formulation de L&#233;vi-Strauss, un mouvement compl&#233;mentaire du physico-chimiste vers la complexit&#233;. Le temps et la complexit&#233; sont des concepts qui pr&#233;sentent des relations mutuelles intrins&#232;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa conf&#233;rence inaugurale, De Donder a parl&#233; en ces termes : 51 &#034;La physique math&#233;matique repr&#233;sente l'image la plus pure que la vision de la nature puisse g&#233;n&#233;rer dans l'esprit humain ; cette image pr&#233;sente tout le caract&#232;re du produit de l'art ; elle engendre une certaine unit&#233;, elle est vrai et a la qualit&#233; de la sublimit&#233; ; cette image est &#224; la nature physique ce qu'est la musique aux mille bruits dont l'air est plein ... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filtrer la musique hors du bruit ; l'unit&#233; de l'histoire spirituelle de l'humanit&#233;, comme l'a soulign&#233; M. Eliade, est une d&#233;couverte r&#233;cente qui doit encore &#234;tre assimil&#233;e.52 La recherche de ce qui est significatif et vrai par opposition au bruit est une &#233;tape provisoire qui semble intrins&#232;quement intrins&#232;que. li&#233; &#224; la prise de conscience de l'homme face &#224; une nature dont il fait partie et qu'il laisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai maintes fois pr&#244;n&#233; le dialogue n&#233;cessaire dans l'activit&#233; scientifique, et donc l'importance vitale de mes coll&#232;gues et collaborateurs dans le parcours que j'ai tent&#233; de d&#233;crire. Je voudrais &#233;galement souligner le soutien continu que j'ai re&#231;u des institutions qui ont rendu ce travail r&#233;alisable, en particulier l'Universit&#233; Libre de Bruxelles et l'Universit&#233; du Texas &#224; Austin. Pour tout le d&#233;veloppement de ces id&#233;es, l'Institut international de physique et de chimie fond&#233; par E. Solvay (Bruxelles, Belgique) et la Fondation Welch (Houston, Texas) m'ont apport&#233; un soutien continu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail d'un th&#233;oricien est directement li&#233; &#224; toute sa vie. Il faut, je crois, une certaine paix int&#233;rieure pour trouver un chemin entre toutes les bifurcations successives. Cette paix que je dois &#224; ma femme, Marina. Je connais la fragilit&#233; du pr&#233;sent, mais aujourd'hui, vu l'avenir, je me sens &#234;tre un homme heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences 1. G. Poulet, Etudes sur le temps humain, Tone 4, Edition 10/18, Paris, 1949. 2. Voir la note sur De Donder dans le Floril&#232;ge (pedant le XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe), Acad. Roy. Belg., Bull. Cl. Sc., Page 169, 1968. 3. Th. De Donder (R&#233;daction nouvelle par P. Van Rysselberghe), Paris, Gauthier-Villars, 1936. Voir aussi : I. Prigogine et R. Defay : Thermodynamique Chimique conform&#233;ment aux m&#233;thodes de Gibbs et De Donder (2 Tomes), Li&#232;ge, Desoer, 1944-1946. Ou la traduction en anglais : Chemical Thermodynamics, traduite par DH Everett, Langmans 1954, 1962. 4. Voir Colloque de Thermodynamique, Union Intern. de Physique pure et appliqu&#233;e (IUPAP), 1948. 5. Bolzmann, L., Wien, Ber. 66, 2275, 1872. 6. Planck, M., Vorlesaungen &#252;ber Thermodynamik, Walter de Gruyter, Berlin, Leipzig, 1930. 7. Timmermans, J., Les Solutions Concentr&#233;es, Masson et Cie, Paris, 1936. Citons &#233;galement sa th&#232;se sur la recherche exp&#233;rimentale sur la d&#233;mixtion dans les m&#233;langes liquides 8. Prigogine, I., La th&#233;orie mol&#233;culaire des solutions, avec A. Bellemans et V. Mathot ; Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1957. Voir aussi : Prigogine and Defay, R&#233;f. 3. 9. Citons quelques &#339;uvres remarquables de cette Ecole : Barchet, A., La Vie cr&#233;atrice des formes, Alcan, Paris, 1927. Dalcq, A., L'Oeuf et son dynamisme organisateur, Alban Michel. Paris, 1941. Barchet, J., Embryologie Chimique, Desoer, Li&#232;ge et Masson, Paris, 1946. J'ai &#233;galement &#233;t&#233; tr&#232;s int&#233;ress&#233; par le beau livre de Marcel Florkin : L'Evolution biochimique, Desoer, Li&#232;ge, 1944. 10. Prigogine, I., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Caroline du Sud. 31, 600, 1945.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Etude thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Th&#232;se d'agr&#233;gation pr&#233;sent&#233;e en 1945 &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. Desoer, Li&#232;ge, 1947.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Introduction &#224; la thermodynamique des processus irr&#233;versibles, traduit de l'anglais par J. Chanu, Dunod, Paris, 1968. 11. Prigogine, I., et Wiame, JM, Experientia, 2, 451, 1946. 12. Nicolis, G. et Prigogine, I., Self Organisation in Non-Equilibrium Systems (Chaps. III et IV), J. Wiley and Sons, New York, 1977. 13. Onsager, L., Phys. Rev., 37, 405, 1931. 14. Meixner, J., Ann. Physik, (5), 35, 701, 1939 ; 36, 103, 1939 ; 39, 333, 1941 ; 40, 165, 1941 ; Zeitsch Phys. Chim. B 53, 235, 1943. 15. de Groot, SR et Mazur, P., Thermodynamics Non-Equilibrium, North-Holland, Amsterdam, 1962. 16. Katchalsky, A. et Curran, PF, Thermodynamics Non-Equilibrium in Biophisics, Harvard Univ. Press, Cambridge, Mass., 1946. 17. Prigogine, I., Structure, Dissipation and Life. Physique th&#233;orique et biologie, Versailles, 1967. Hollande du Nord Publ. Company, Amsterdam, 1969. C'est dans cette communication que le terme &#034;structure dissipative&#034; est utilis&#233; pour la premi&#232;re fois. 18. Glansdorff, P. et Prigogine, I., Structure, Stabilit&#233; et Fluctuations, Masson, Paris, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Th&#233;orie thermodynamique de la stabilit&#233; et des fluctuations des structures, Wiley and Sons, Londres, 1971.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue russe : Mir, Moscou, 1973.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Traduction en langue japonaise ; Misuzu Shobo, 1977. Ce livre pr&#233;sente en d&#233;tail le travail original des deux auteurs, qui a conduit au concept de structure dissipative. Pour un bref compte rendu historique, voir aussi : Acad. Roy. Belg., Bull. des Cl. Sc., LIX, 80, 1973. 19. Schechter, RS, The Variational Method in Engineering, McGraw-Hill, New York, 1967. 20. Tyson, J., Journ. de Chem. Physique, 58, 3919, 1973. 21. Turing, A., Phil. Trans. Roy. Soc. Londres, Ser B, 237, 37, 1952. 22. Belusov, BP, Sb. R&#233;f. Radiat. Med. Moscou, 1958. Zhabotinsky, AP, Biofizika, 9, 306, 1964. Acad. Caroline du Sud. URSS Moscou (Nauka), 1967. 23. Noyes, RM et al., Ann. Rev. Phys. Chem. 25, 95, 1974. 24. Chance, B., Schonener, B. et Elsaesser, S., Proc. Nat. Acad. Sci. USA 52, 337-341, 1964. 25. Hess, B., Ann. Rev. Biochem. 40, 237, 1971. 26. Eigen, M., Naturwissenschaften, 58, 465, 1971. 27. Prigogine, I. et Mayer, G., Acad. Roy. Belg. Taureau. Cl. Sc., 41, 22, 1955 28. Nicolis, G. et Babloyantz, A., Journ. Chem. Phys., 51, 6, 2632, 1969. 29. Nicolis, G. et Prigogine, I., Proc. Nat. Acad. Sci. USA, 68, 2102, 1971. 30. Prigogine, I., Proc. 3rd Symp. Temp&#233;rature, Washington DC, 1954. Prigogine, I. et Nicolis, G., Proc. 3e. Interne. Conf&#233;rence : De la physique th&#233;orique &#224; la biologie, Versailles, France, 1971. 31. Nicolis, G. et Turner, JW, Proc. de la Conf&#233;rence sur la th&#233;orie de la bifurcation, New York, 1977. &#192; para&#238;tre. 32. Prigogine, I. et Nicolis, G., Transitions de phase hors &#233;quilibre et r&#233;actions chimiques, Scientific American. Appara&#238;tre. 33. Prigogine, I., Non-Equilibrium Stastistical Mechanics, Interscience Publ., New York, Londres, 1962-1966. (Pour un bref historique et des r&#233;f&#233;rences originales.) 34. Yvon, J., Les Corr&#233;lations et l'Entropie en M&#233;canique Statistique Classique. Dunod, Paris, 1965. 35. Kirkwood. JG, Journ, Chem. Physique, 14, 180, 1946. 36. Born, M. et Green, HS, Proc, Roy, Soc. Londres, A 188, 10, 1946 et A 190, 45, 1947. 37. Bogoliubov, sans num&#233;ro, Jour. Phys. URSS 10, 257, 265, 1949. 38. Klein, G. et Prigogine, I., Physica XIX 74-88 ; 88-100 ; 1053-1071, 1953. 39. Chandrasekhar, S., Stocastic Problems in Physics and Astronomy ; R&#233;v.de Mod. Physique, 15, no 1, 1943. 40. Shr&#246;dinger, E., Ann. der Physik, 44, 916, 1914. 41. Van Hove, L., Physica, 21, 512 (1955). 42. Van Hove, L., Physica, 16, 137 (1950). 43. Prigogine, I., cf. R&#233;f. 33. 44. Balascu, R., M&#233;canique statistique d'&#233;quilibre et de non-&#233;quilibre, Wiley, Interscience, 1957. 45. R&#233;sibois, P. et De Leener, M., Th&#233;orie cin&#233;tique classique des fluides, Wiley, Interscience, New York, 1977 46. &#8203;&#8203;Prigogine, I., George, C., Henin, F. et Rosenfeld, L., Chemica Scripta, 4, 5-32, 1973. 47. Prigogine, I., George, C., Henin, F. , Physica, 45, 418-434, 1969 48. Prigogine, I. et Grecos, AP, The Dynamic Dynamory of Irreversible Processes, Proc. Interne. Conf. sur Frontiers of Theor. Phys., New Delhi, 1976. Th&#233;orie cin&#233;tique et propri&#233;t&#233;s ergodiques en m&#233;canique quantique, Abhandlungen der Akad. der Wiss., der DDR Nr 7 n Berlin, Jahrgang 1977. 49. Grecos, AP and Prigogine, I., Treizi&#232;me Conf&#233;rence IUPAP de physique statistique, Ha&#239;fa, ao&#251;t 1977. 50. Prigogine, I. et Herman, R., Kinetic Theory of Vehicular traffic, Elsevier, 1971. 51. Pour la r&#233;f&#233;rence, voir note 2. 52. Mirc&#233;a Eliade, Historie des croyances et fies id&#233;es religieuseu Vol. I., p. 10, Payot, Paris, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Nobel Lectures, Chemistry 1971-1980, r&#233;dacteur en chef Tore Fr&#228;ngsmyr, r&#233;dacteur en chef Sture Fors&#233;n, World Scientific Publishing Co., Singapour, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autobiographie / biographie a &#233;t&#233; &#233;crite au moment de la remise du prix et publi&#233;e pour la premi&#232;re fois dans la s&#233;rie de livres Les Prix Nobel. Il a ensuite &#233;t&#233; &#233;dit&#233; et republi&#233; dans Nobel Lectures. Pour citer ce document, indiquez toujours la source comme indiqu&#233; ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine est d&#233;c&#233;d&#233; le 28 mai 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les erreurs du bon sens en thermodynamique</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article3104</link>
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		<dc:date>2016-12-17T00:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les erreurs du bon sens en thermodynamique &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e intuitive que se font la plupart des gens sur la chaleur, sur la temp&#233;rature et sur les autres manifestations de la thermodynamique sont fr&#233;quemment erron&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La chaleur est une forme de l'&#233;nergie mais cela ne nous &#233;claire gu&#232;re puisque Richard Feynman, qui f&#251;t prix Nobel de physique, et qui est connu aussi par ses ouvrages de physique affirme dans le Tome 1 de son cours de M&#233;canique : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il est important de r&#233;aliser que dans la physique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les erreurs du bon sens en thermodynamique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e intuitive que se font la plupart des gens sur la chaleur, sur la temp&#233;rature et sur les autres manifestations de la thermodynamique sont fr&#233;quemment erron&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaleur est une forme de l'&#233;nergie mais cela ne nous &#233;claire gu&#232;re puisque Richard Feynman, qui f&#251;t prix Nobel de physique, et qui est connu aussi par ses ouvrages de physique affirme dans le Tome 1 de son cours de M&#233;canique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est important de r&#233;aliser que dans la physique d'aujourd'hui, nous n'avons aucune connaissance de ce qu'est l'&#233;nergie &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela r&#233;pond &#224; tous ceux qui croient que l'on sait tout en physique et qu'il n'y a plus rien &#224; d&#233;couvrir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut cependant dire que l'&#233;nergie est un concept cr&#233;&#233; pour quantifier les interactions entre des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s diff&#233;rents ; c'est un peu une monnaie d'&#233;change commune entre les ph&#233;nom&#232;nes physiques. Ces &#233;changes sont contr&#244;l&#233;s par les lois et principes de la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes &#171; formes &#187; de l'&#233;nergie d&#233;pendent du niveau d'organisation de la mati&#232;re o&#249; elles agissent. Ainsi, la chaleur est d&#233;termin&#233;e par le mouvement des mol&#233;cules &#224; l'int&#233;rieur de la mati&#232;re. On appellera cela aussi de l'&#233;nergie thermique. L'&#233;nergie &#233;lectrique sera, elle, le mouvement des particules charg&#233;es, essentiellement des &#233;lectrons. L'&#233;nergie nucl&#233;aire d&#233;pendra de la transformation (fusion ou fission) des noyaux des atomes. L'&#233;nergie m&#233;canique d&#233;pendra des mouvements de la mati&#232;re, au niveau macroscopique. L'&#233;nergie peut passer d'une forme &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux divers niveaux d'organisation correspondent des &#233;nergies diff&#233;rentes en qualit&#233; et pas seulement en quantit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a des formes d'&#233;nergie qui concernent le niveau microscopique et d'autres le niveau macroscopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A certains niveaux, les transferts de chaleur restent incompris : &lt;a href=&#034;http://www.cnrs.fr/insis/recherche/actualites/2013/transfertdechaleur.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par exemple au niveau nanom&#233;trique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de cette agitation de la mati&#232;re &#224; toutes les &#233;chelles, agitation qui ne s'annule jamais, provient de l'agitation du vide quantique, premier niveau qui entretient l'&#233;nergie de tous les niveaux de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie est reli&#233;e aux questions ordre/d&#233;sordre &#224; chaque &#233;chelle de la mati&#232;re et du vide quantique. C'est la manifestation du caract&#232;re dialectique de la structure de l'univers : chaque ordre suppose un d&#233;sordre aussi bien par rapport au niveau imm&#233;diatement inf&#233;rieur que sup&#233;rieur au sien. Tout niveau d'organisation peut &#234;tre agit&#233; jusqu'au seuil o&#249; la structure casse, rel&#226;chant de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un transfert d'&#233;nergie ne n&#233;cessite pas un transfert de mati&#232;re. Ainsi, la chaleur ne doit pas &#234;tre confondue avec un fluide, comme Einstein l'expose ici ;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La chaleur est-elle une substance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les concepts les plus fondamentaux dans la description des ph&#233;nom&#232;nes de la chaleur sont ceux de &#171; temp&#233;rature &#187; et de &#171; chaleur &#187;. Il fallut un temps incroyablement long dans l'histoire de la science pour &#233;tablir une distinction entre ces deux concepts, mais une fois cette distinction faite, des progr&#232;s rapides en furent le r&#233;sultat. Bien que ces concepts soient maintenant familiers &#224; chacun, nous voulons les examiner de plus pr&#232;s, en faisant ressortir les diff&#233;rences qui existent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre sens du toucher nous dit de mani&#232;re d&#233;termin&#233;e que tel corps est chaud et tel autre froid. Mais ceci est un crit&#232;re purement qualitatif, insuffisant pour une description quantitative, et parfois m&#234;me ambigu. On peut le montrer par une exp&#233;rience bien connue. Supposons trois vases contenant respectivement de l'eau froide, ti&#232;de et chaude. Si nous plongeons une main dans l'eau froide et l'autre dans l'eau chaude, nous recevons de la premi&#232;re le message qu'elle est froide et de la seconde qu'elle est chaude. Si ensuite nous plongeons les deux mains dans la m&#234;me eau ti&#232;de, nous recevons de chaque main se contredisent. Pour la m&#234;me raison, un Esquimau et un natif de quelque pays &#233;quatorial se rencontrant &#224; New York un jour de printemps &#233;mettront des opinions diff&#233;rentes sur le climat ; l'un dira qu'il est chaud, l'autre qu'il est froid. Nous r&#233;glons toutes ces questions par l'emploi d'un thermom&#232;tre, un instrument qui, sous sa forme primitive, fut construit par Galil&#233;e. Ici, &#233;galement surgit ce nom familier ! L'emploi du thermom&#232;tre est bas&#233; sur quelques suppositions physiques &#233;videntes. Nous allons les rappeler en citant quelques lignes des conf&#233;rences faites par Black il y a environ cent cinquante ans ; il a beaucoup contribu&#233; &#224; &#233;claircir les difficult&#233;s qui sont li&#233;es aux deux concepts de chaleur et de temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En nous servant de cet instrument nous avons appris que si nous prenons mille esp&#232;ces diff&#233;rentes de mati&#232;res ou plus, telles que des m&#233;taux, des pierres, des sels, du bois, des plumes, de la laine, de l'eau et divers autres fluides, qui poss&#232;dent des &#171; chaleurs &#187; diff&#233;rentes, et les pla&#231;ons dans la m&#234;me pi&#232;ce non chauff&#233;e et o&#249; le soleil ne p&#233;n&#232;tre pas, les plus chauds de ces corps communiqueront leur chaleur aux plus froids, pendant quelques heures peut-&#234;tre ou une journ&#233;e ; si au bout de ce temps nous appliquons le thermom&#232;tre successivement &#224; chacun d'entre eux, il marquera exactement le m&#234;me degr&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mots &#171; chaleurs &#187; doivent, conform&#233;ment &#224; la nomenclature d'aujourd'hui, &#234;tre remplac&#233;s par &#171; temp&#233;ratures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;dcin qui retire le thermom&#232;tre de la bouche d'un malade pourrait raisonner ainsi : &#171; Le thermom&#232;tre indique sa propre temp&#233;rature par la hauteur de la colonne de mercure. Nous supposons que la hauteur de la colonne de mercure augmente proportionnellement &#224; l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature. Mais le thermom&#232;tre &#233;tait pendant quelques minutes en contact avec mon patient, de sorte que le patient et le thermom&#232;tre ont la m&#234;me temp&#233;rature. J'en conclus, par cons&#233;quent, que la temp&#233;rature de mon patient est celle qu'indique le thermom&#232;tre. &#187; Il est probable que le m&#233;decin agit machinalement, mais il applique les principes physiques sans y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le thermom&#232;tre contient-il la m&#234;me quantit&#233; de chaleur que le corps du malade ? Certainement non. Supposez que deux corps poss&#232;dent des quantit&#233;s de chaleur &#233;gales parce que leurs temp&#233;ratures sont &#233;gales, ce serait, remarque Black &lt;i&gt;&#171; prendre une vue trop rapide du sujet. C'est confondre la quantit&#233; de chaleur dans des corps diff&#233;rents avec sa force ou son intensit&#233; g&#233;n&#233;rale, bien qu'il soit manifeste que ce sont l&#224; deux choses diff&#233;rentes, qui devraient toujours &#234;tre distingu&#233;es quand nous r&#233;fl&#233;chissons sur la distribution de la chaleur. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On arrive &#224; comprendre cette distinction en faisant une exp&#233;rience tr&#232;s simple. Un litre d'eau chauff&#233;e avec un br&#251;leur &#224; gaz met quelque temps pour passer de la temp&#233;rature de la pi&#232;ce au point d'&#233;bullition. Un temps plus long est n&#233;cessaire pour chauffer douze litres d'eau dans le m&#234;me vase et avec le m&#234;me br&#251;leur &#224; gaz. Nous interpr&#233;tons ce fait en disant que maintenant ce &#171; quelque chose &#187; de plus est n&#233;cessaire, et nous appelons ce &#171; quelque chose &#187; chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre concept important, la &#171; chaleur sp&#233;cifique &#187;, est obtenu en poursuivant cette exp&#233;rience : versons dans un vase un litre d'eau et dans un autre un litre de mercure et chauffons-les de la m&#234;me mani&#232;re. Le mercure s'&#233;chauffe beaucoup plus rapidement que l'eau, ce qui montre que beaucoup moins de chaleur est n&#233;cessaire pour &#233;lever sa temp&#233;rature d'un degr&#233;. En g&#233;n&#233;ral, diff&#233;rentes quantit&#233;s de &#171; chaleur &#187; sont n&#233;cessaires pour &#233;lever d'un degr&#233; les temp&#233;ratures de diff&#233;rentes substances, telles que l'eau, le mercure, le fer, le cuivre, le bois, etc., suppos&#233; que toutes soient de masse &#233;gale. Nous disons que chaque substance a une &#171; capacit&#233; calorifique &#187; individuelle ou une &#171; chaleur sp&#233;cifique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois que nous avons obtenu le concept de chaleur, nous pouvons &#233;tudier sa nature de plus pr&#232;s. Prenons deux corps, l'un chaud, l'autre froid, ou, pour parler plus pr&#233;cis&#233;ment, l'un &#233;tant &#224; une temp&#233;rature plus &#233;lev&#233;e que l'autre. Mettons-les en contact et lib&#233;rons-les de toutes les influences ext&#233;rieures. Nous savons qu'ils finiront par &#234;tre &#224; la m&#234;me temp&#233;rature. Mais comment cela se produit-il ? Que se passe-t-il entre l'instant o&#249; ils sont mis en contact et celui o&#249; ils sont &#224; la m&#234;me temp&#233;rature ? L'image de la chaleur &#171; s'&#233;coulant d'un corps &#224; l'autre se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me, semblable &#224; l'eau qui s'&#233;coule d'un niveau sup&#233;rieur &#224; un niveau inf&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image, bien que primitive, semble convenir &#224; beaucoup de faits, de sorte que l'analogie se pr&#233;sente ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eau &#8211; Chaleur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau sup&#233;rieur &#8211; Temp&#233;rature &#233;lev&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Niveau inf&#233;rieur &#8211; Temp&#233;rature basse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;coulement a lieu jusqu'&#224; ce que les deux niveaux, c'est-&#224;-dire les deux temp&#233;ratures, soient &#233;gales. Cette vue na&#239;ve peut &#234;tre rendue plus utile par des consid&#233;rations quantitatives. Si des masses d&#233;termin&#233;es d'eau et d'alcool, dont chacune est &#224; une temp&#233;rature d&#233;finie, sont m&#233;lang&#233;es ensemble, la connaissance de leurs chaleurs sp&#233;cifiques permet de pr&#233;dire la temp&#233;rature finale et un peu d'alg&#232;bre nous permet de trouver le rapport entre les deux chaleurs sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de chaleur qui se pr&#233;sente ici a une resemblance avec d'autres concepts physiques. La chaleur, d'apr&#232;s notre conception, est une substance, comme la masse en m&#233;canique. Sa quantit&#233; peut varier ou ne pas varier, comme la monnaie qu'on met de c&#244;t&#233; dans un coffre-fort ou qu'on d&#233;pense. La somme d'argent dans un coffre-fort reste intacte aussi longtemps qu'il reste ferm&#233;, et il en sera de m&#234;me de la quantit&#233; de masse et de chaleur dans un corps isol&#233;. Une bouteille isolante id&#233;ale ressemble &#224; un tel coffre-fort. En outre, de m&#234;me que la masse d'un syst&#232;me isol&#233; reste invariable, m&#234;me si une transformation chimique s'y produit, de m&#234;me la chaleur se conserve, m&#234;me si elle s'&#233;coule d'un corps &#224; un autre. Et m&#234;me si la chaleur n'est pas employ&#233;e pour &#233;lever la temp&#233;rature d'un corps, mais pour fondre la glace ou transformer l'eau en vapeur, nous pouvons encore la concevoir comme une substance et la r&#233;cup&#233;rer enti&#232;rement en faisant revenir l'eau &#224; l'&#233;tat de glace et la vapeur &#224; l'tat d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux termes de chaleur latente de fusion ou de vaporisation indiquent que ces concepts sont itr&#233;s de la conception de la chaleur comme substance. La chaleur latente est temporairement cach&#233;e, comme l'argent mis dans un coffre-fort, mais qui peut &#234;tre utilis&#233;e si l'on conna&#238;t le m&#233;canisme de la serrure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la chaleur n'est certainement pas une substance dans le m&#234;me sens que la masse. Celle-ci peut &#234;tre mise en &#233;vidence au moyen de la balance, mais en est-il de m&#234;me de la chaleur ? Un morceau de fer chauff&#233; au rouge p&#232;se-t-il plus que quand il est &#224; la temp&#233;rature de la glace ? L'exp&#233;rience montre qu'il n'en est pas ainsi. Si la chaleur est une substance, elle est sans poids. La &#171; chaleur-substance &#187; &#233;tait habituellement appel&#233;e &#171; calorique &#187;, et c'est pour la premi&#232;re fois que nous faisons connaissance d'un membre de toute une famille de substances sans poids. Plus tard nous aurons l'occasion de suivre l'histoire de cette famille, sa grandeur et sa d&#233;cadence. Pour le moment nous nous contentons de signer la naissance de ce membre particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but d'une th&#233;orie physique quelconque est d'expliquer un domaine aussi vaste que possible de ph&#233;nom&#232;nes. Elle se justifie dans la mesure o&#249; elle rend les &#233;v&#233;nements intelligibles. Nous avons vu que la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; explique beaucoup de ph&#233;nom&#232;nes de la chaleur. Il deviendra cependant bient&#244;t &#233;vident que ceci est une fausse piste, car la chaleur ne peut pas &#234;tre regard&#233;e comme une substance, m&#234;me sans poids. Ceci devient clair si nous r&#233;fl&#233;chissons sur quelques exp&#233;riences simples qui marqu&#232;rent le commencement de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous concevons la substance comme une chose qui ne peut &#234;tre ni cr&#233;&#233;e ni &#234;tre d&#233;truite. Mais l'homme primitif a cr&#233;&#233; par le frottement de la chaleur suffisante pour allumer le bois. Les exemples d'&#233;chauffement par le frottement sont en fait trop nombreux et familiers pour qu'il soit n&#233;cessaire de les citer. Dans tous les cas une certaine quantit&#233; de chaleur est cr&#233;&#233;e, un fait qui est difficile &#224; expliquer par la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187;. Il est vrai que celui qui soutient cette th&#233;orie pourrait trouver des arguments pour l'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son argument serait &#224; peu pr&#232;s celui-ci : &#171; La th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; peut expliquer la cr&#233;ation apparente de la chaleur. Prenons l'exemple tr&#232;s simple de deux pi&#232;ces de bois qu'on frotte l'une contre l'autre ; le frottement exerce une influence sur le bois et change ses propri&#233;t&#233;s. Il est vraisemblable que les propri&#233;t&#233;s soient modifi&#233;es d'une fa&#231;on telle qu'une quantit&#233; de chaleur invariable arrive &#224; produire une temp&#233;rature plus &#233;lev&#233;e qu'avant. Apr&#232;s tout, la seule chose que nous constatons est l'&#233;l&#233;vation de la temp&#233;rature. Il est possible que le frottement change la chaleur sp&#233;cifique du bois et non pas la quantit&#233; totale de la chaleur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette phase de la discussion il serait inutile d'argumenter contre le partisan de la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187;, car c'est l&#224; un sujet qui ne peut &#234;tre &#233;clairci que par l'exp&#233;rience. Imaginons deux pi&#232;ces de bois identiques et supposons que des changements de temp&#233;rature &#233;gaux y soient produits par des proc&#233;d&#233;s diff&#233;rents : dans un cas par le frottement, dans l'autre par le contact avec un radiateur. Si les deux pi&#232;ces ont la m&#234;me chaleur sp&#233;cifique &#224; la nouvelle temp&#233;rature, la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; s'&#233;croule d'un coup. Il existe des m&#233;thodes tr&#232;s simples pour d&#233;terminer les chaleurs sp&#233;cifiques, et le sort de la th&#233;orie d&#233;pend pr&#233;cis&#233;ment du r&#233;sultat de ces d&#233;terminations. Les preuves capables de d&#233;cider de la vie ou de la mort d'une th&#233;orie se rencontrent souvent dans l'histoire de la physique et sont appel&#233;es exp&#233;riences &#171; cruciales &#187;. La valeur cruciale d'une exp&#233;rience se r&#233;v&#232;le seulement par la fa&#231;on dont la question a &#233;t&#233; formul&#233;e et c'est une seule th&#233;orie des ph&#233;nom&#232;nes qui peut &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve par elle. La d&#233;termination des chaleurs sp&#233;cifiques de deux corps de m&#234;me esp&#232;ce &#224; la m&#234;me temp&#233;rature, obtenue respectivement par le frottement et le flux de chaleur, est un exemple typique d'une exp&#233;rience cruciale. Cette exp&#233;rience fut faite, il y a cent cinquante ans environ, par Rumford et porta le coup mortel &#224; la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un extrait de sont propre expos&#233; nous fera conna&#238;tre son observation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il arrive souvent, dans les affaires ordinaires et les occupations de la vie, que des occasions favorables de contempler les op&#233;rations les plus curieuses de la Nature s'offrent &#224; nous d'elles-m&#234;mes ; des exp&#233;riences physiques tr&#232;s int&#233;ressantes peuvent souvent &#234;tre faites, presuqe sans peine et sans d&#233;pense, au moyen de machines invent&#233;es pour satisfaire simplement les besoins de l'industrie&#8230; Ayant &#233;t&#233; occup&#233; derni&#232;rement &#224; surveiller le forage des canons dans les ateliers de l'arsenal militaire de Munich, je fus frapp&#233; du degr&#233; consid&#233;rable de chaleur que peut atteindre, dans un court espace de temps, un canon de cuivre qu'on fore, et de la chaleur plus intense encore (plus intense que celle de l'eau bouillante, comme je l'ai constat&#233; par l'exp&#233;rience) que poss&#232;dent les copeaux qui sont s&#233;par&#233;s par la tari&#232;re&#8230; D'o&#249; vient la chaleur r&#233;ellement produite par l'op&#233;ration m&#233;canique mentionn&#233;e plus haut ? Est-elle fournie par les copeaux qui sont s&#233;par&#233;s par la tari&#232;re de la masse solide du m&#233;tal ? S'il en &#233;tait ainsi, la capacit&#233;, conform&#233;ment aux doctrines modernes de la chaleur latente et du calorique, devrait alors non seulement changer, mais le changement qu'ils ont subi devrait &#234;tre suffisamment grand pour rendre compte de toute la chaleur produite. Mais aucun changement de ce genre ne s'est produit, car en prenant des quantit&#233;s de poids &#233;gal de ces copeaux et des bandes minces du m&#234;me bloc de m&#233;tal, d&#233;tach&#233;es par une scie fine, et en les mettant ensemble &#224; la m&#234;me temp&#233;rature (celle de l'eau bouillante) dans des quantit&#233;s &#233;gales d'eau froide (c'est-&#224;-dire &#224; la temp&#233;rature de 59,5 degr&#233;s Fahrenheit), la portion d'eau o&#249; furent jet&#233;s les copeaux n'&#233;tait pas, selon toute apparence, plus chaude, ou moins, que l'autre portion o&#249; furent jet&#233;es les bandes de m&#233;tal. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici finalement sa conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et en r&#233;fl&#233;chissant sur ce sujet nous ne devons pas oublier de prendre en consid&#233;ration cette circonstance hautement remarquable que la source de la chaleur produite, dans ces exp&#233;riences, par le frottement paraissait manifestement INEPUISABLE. Il est &#224; peine n&#233;cessaire d'ajouter que ce qu'un corps isol&#233; quelconque, ou un syst&#232;me de corps, peut continuer &#224; fournir SANS LIMITATION, ne peut &#234;tre une &#171; substance mat&#233;rielle &#187; ; et, except&#233; le mouvement, il me para&#238;t extr&#234;mement difficile, pour ne pas dire tout &#224; fait impossible, de se former l'id&#233;e distincte d'une chose quelconque capable d'&#234;tre excit&#233;e et transmise de la mani&#232;re que, dans ces exp&#233;riences, la chaleur fut excit&#233;e et transmise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons ici que la vieille th&#233;orie s'&#233;croule, ou, pour &#234;tre plus pr&#233;cis, que la th&#233;orie de la &#171; chaleur-substance &#187; est limit&#233;e aux probl&#232;mes du flux de chaleur. De nouveau, comme Rumford le laissait entendre, nous devons chercher une autre piste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Est-il possible d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes de la chaleur par des mouvements de particules agissant les unes sur les autres au moyen de forces simples ? Un vase ferm&#233; contient une certaine masse d'un gaz, d'air par exemple, &#224; une certaine temp&#233;rature. En chauffant, nous &#233;levons la temp&#233;rature et augmentons l'&#233;nergie. Mais de quelle fa&#231;on cette chaleur est-elle li&#233;e au mouvement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une telle connexion est sugg&#233;r&#233;e aussi bien par notre point de vue philosophique (la tentative provisoire de tout d&#233;crire par la m&#233;canique), accept&#233; provisoirement, que par la fa&#231;on dont la chaleur est produite par le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaleur doit &#234;tre une &#233;nergie m&#233;canique, si tout probl&#232;me est un probl&#232;me m&#233;canique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la &#171; th&#233;orie cin&#233;tique &#187; est de pr&#233;senter le concept de la mati&#232;re justement de cette mani&#232;re. Un gaz, selon cette th&#233;orie, est un amas d'un nombre &#233;norme de particules ou &#171; mol&#233;cules &#187;, qui se meuvent dans toutes les directions, se heurtent les unes contre les autres et changent de direction apr&#232;s chaque collision. Il doit exister une vitesse moyenne de ces mol&#233;cules, exactement comme dans une grande communaut&#233; humaine, il existe un &#226;ge moyen ou une richesse moyenne. Il y aura, par cons&#233;quent, une &#233;nergie cin&#233;tique moyenne par particule. Plus de chaleur dans le vase signifie une &#233;nergie cin&#233;tique moyenne plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chaleur, conform&#233;ment &#224; cette image, n'est pas une forme sp&#233;ciale d'&#233;nergie, diff&#233;rente de l'&#233;nergie m&#233;canique ; elle est exactement l'&#233;nergie cin&#233;tique du mouvement mol&#233;culaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une temp&#233;rature d&#233;finie correspond, par particule, une &#233;nergie cin&#233;tique moyenne d&#233;finie. Ceci n'est pas une supposition arbitraire. Nous sommes oblig&#233;s de regarder l'&#233;nergie cin&#233;tique d'une mol&#233;cule comme la mesure de la temp&#233;rature d'un gaz, si nous voulons former une consistante image m&#233;canique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie est plus qu'un jeu de l'imagination. On peut montrer que la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz n'est pas seulement en accord avec l'exp&#233;rience, mais qu'elle conduit r&#233;ellement &#224; une intelligence plus profonde des faits. Ceci peut &#234;tre illustr&#233; par quelques exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons un vase ferm&#233; par un piston qui peut se mouvoir librement. Le vase contient une certaine quantit&#233; de gaz qui doit garder une temp&#233;rature constante. Si, au d&#233;but, le piston est au repos en gardant une certaine position, il se mouvra vers le haut, si l'on diminue son poids, et vers le bas, si l'on augmente ce dernier. Pour pousser le piston en bas, il faut employer une force qui agit contre la pression int&#233;rieure du gaz. Quel est, d'apr&#232;s la th&#233;orie cin&#233;tique, le m&#233;canisme de cette pression int&#233;rieure ? Un nombre &#233;norme de particules constituant le gaz se meuvent dans toutes les directions. Elles bombardent les parois et le piston et rebondissent comme des balles qu'on lance contre un mur. Le bombardement continuel d'un grand nombre de particules tient le piston &#224; une certaine hauteur, en s'opposant &#224; la force de la pesanteur, qui agit vers le bas sur le piston et les poids. Dans une direction agit constamment la force de gravitation, dans la direction oppos&#233;e un tr&#232;s grand nombre de chocs irr&#233;guliers venant des mol&#233;cules. Pour qu'il y ait &#233;quilibre, il faut que l'effet net sur le piston de toutes ces forces irr&#233;guli&#232;res soit &#233;gal &#224; celui de la force de la gravitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que le piston soit pouss&#233; vers le bas de fa&#231;on &#224; comprimer le gaz d'une fraction de son volume, disons de la moiti&#233;, sa temp&#233;rature restant invariable. Que doit-il arriver selon la th&#233;orie cin&#233;tique ? La force due au bombardement sera-t-elle plus grande qu'avant ou moins grande ? Les particules sont maintenant plus serr&#233;es. Bien que l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne soit toujours la m&#234;me, les chocs des particules contre le piston seront maintenant plus fr&#233;quents et la force totale sera ainsi plus grande. De cette image que pr&#233;sente la th&#233;orie cin&#233;tique il r&#233;sulte clairement que, pour maintenir le piston dans cette position plus basse, il faut employer un poids plus grand. Ce fait exp&#233;rimental simple est bien connu, mais sa pr&#233;vision d&#233;coule logiquement de la conception cin&#233;tique de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons un autre dispositif exp&#233;rimental. Prenons deux vases contenant des volumes &#233;gaux de gaz diff&#233;rents, par exemple d'hydrog&#232;ne et d'azote, tous les deux &#233;tant &#224; la m&#234;me temp&#233;rature. Supposons que les deux vases soient ferm&#233;s par des pistons identiques et charg&#233;s de poids &#233;gaux. Ceci signifie, en bref, que les gaz ont le m&#234;me volume, sont &#224; la m&#234;me temp&#233;rature et subissent la m&#234;me pression. Puisque la temp&#233;rature est la m&#234;me, l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne, par particule, est, d'apr&#232;s la th&#233;orie, la m&#234;me. Et, puisque les pressions sont &#233;gales, les deux pistons sont bombard&#233;s par la m&#234;me force totale. En moyenne, chaque particule porte la m&#234;me &#233;nergie et les deux vases ont le m&#234;me volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le nombre de mol&#233;cules doit &#234;tre le m&#234;me dans chaque vase bien que les gaz soient chimiquement diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;sultat tr&#232;s important permet de comprendre beaucoup de ph&#233;nom&#232;nes chimiques. Il signifie que le nombre de mol&#233;cules dans un volume donn&#233;, &#224; une certaine temp&#233;rature et &#224; une certaine pression, n'est pas la caract&#233;ristique d'un gaz particulier, mais de tous les gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est au plus haut degr&#233; curieux de constater que la th&#233;orie cin&#233;tique non seulement pr&#233;dit l'existence d'un tel nombre universel, mais nous rend aussi capables de le d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re explique, quantitativement aussi bien que qualitativement, les lois des gaz d&#233;termin&#233;s par l'exp&#233;rience. En outre, la th&#233;orie n'est pas limit&#233;e aux gaz, bien que ce soit dans ce domaine qu'elle a obtenu ces plus grands succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gaz peut &#234;tre liqu&#233;fi&#233;, si l'on fait baisser se temp&#233;rature. La chute de temp&#233;rature que subit une mati&#232;re signifie que ses particules subissent une d&#233;croissance de l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne. Il est ainsi clair que l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne d'une particule liquide est plus petite que celle d'une particule gazeuse correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de particules dans un liquide fut rendu manifeste, pour la premi&#232;re fois, par le &#171; mouvement brownien &#187;, ph&#233;nom&#232;ne remarquable, qui serait rest&#233; myst&#233;rieux et incompr&#233;hensible sans la th&#233;orie cin&#233;tique de la mati&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein et Infeld dans &#171; L'&#233;volution des id&#233;es en physique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours sur le r&#233;chauffement global b&#233;n&#233;ficie de l'ignorance g&#233;n&#233;rale des lois de la thermodynamique et de la mani&#232;re dont elles s'appliquent au globe terrestre. Ainsi, il particularise la &#034;temp&#233;rature globale&#034; alors que le facteur temp&#233;rature ne peut jamais &#234;tre isol&#233; en thermodynamique. Les lois de la thermodynamique pr&#233;cisent toujours que sont interd&#233;pendants : temp&#233;rature, pression, volume et quantit&#233; de mati&#232;re (sous la forme du nombre de moles). Ce nombre de param&#232;tres et la non-lin&#233;arit&#233; de la fonction entra&#238;nent que les lois du climat sont du domaine du chaos d&#233;terministe alors qu'une loi lin&#233;aire &#224; un ou deux facteurs ne pourrait pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique de la m&#233;t&#233;orologie est fond&#233;e sur des structures auto-organis&#233;es comme les nuages ou les &#233;tats de la neige qui sont des &#233;tats qui sautent d'un niveau &#224; un autre et dont la base est l'interaction entre des param&#232;tres comme la force des vents, la pression, la temp&#233;rature, le degr&#233; d'humidit&#233; dans l'air et l'ensoleillement (chaleur et fr&#233;quence du rayonnement). On pourrait croire que les moyennes d&#233;crivent une r&#233;alit&#233; continue mais il suffit de constater que les &#233;tats d&#233;crits sautent d'un &#233;quilibre &#224; un autre tr&#232;s diff&#233;rent de mani&#232;re brutale pour constater que cela est faux. Ainsi, les nuages ont des structures et des niveaux d'altitude tr&#232;s diff&#233;rents quand on passe d'un &#233;quilibre &#224; un autre. Les &#233;tats de la neige ou de la glace connaissent les m&#234;mes types de sauts. Les &#233;tats de la m&#233;t&#233;orologie sont eux aussi des discontinuit&#233;s brutales. La raison fondamentale en est qu'il n'y a jamais un seul facteur mais au moins trois fondamentaux qui r&#233;troagissent et le chaos qui en r&#233;sulte ne peut trouver que des sauts qui sont des &#233;quilibres instables lointains les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La thermodynamique, les changements d'&#233;tat de la mati&#232;re, les effets de la temp&#233;rature et de la pression sont &#224; la base de nombre de ph&#233;nom&#232;nes qui font partie de notre vie quotidienne : quand nous examinons la surface d'un lac, faisons bouillir de l'eau ou examinons un nuage pour voir s'il ne va pas pleuvoir. S'ils ont permis la construction des moteurs, des r&#233;frig&#233;rateurs et autres appareils tr&#232;s importants dans notre existence actuelle, ils sont d'abord &#224; la base de ph&#233;nom&#232;nes naturels que nous observons et utilisons m&#234;me sans le vouloir : de la m&#233;t&#233;o &#224; l'utilisation de l'eau dans notre cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons bien des adages populaires qui proviennent de cette exp&#233;rience quotidienne comme &#171; l'air chaud monte &#187;, &#171; l'eau bout &#224; 100&#176; &#187; ou &#171; l'eau glace &#224; 0&#176; &#187; ou encore &#171; le nuage noir est porteur de pluie &#187;. On a popularis&#233; &#233;galement celui de Lavoisier : &#171; Rien ne se perd, rien ne se cr&#233;&#233;e, tout se transforme &#187;. Ou un plus r&#233;cent selon lequel &#171; tout va vers de plus en plus de d&#233;sordre &#187;. Malheureusement, bien des adages populaires mentent ou n&#233;cessitent de pr&#233;ciser le domaine d'application parfois tr&#232;s &#233;troit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes habitu&#233;s &#224; voir l'eau sous les formes gazeuse, liquide et solide et les passages de l'un &#224; l'autre ne nous &#233;tonnent plus alors qu'il y aurait largement de quoi s'&#233;tonner et que bien des ph&#233;nom&#232;nes qui nous semblent tout &#224; fait classiques sont difficiles &#224; comprendre et posent de grands probl&#232;mes en fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s courant que le grand public fasse d'importantes confusions concernant la thermodynamique et notamment confonde temp&#233;rature et chaleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous raisonnons facilement sur la temp&#233;rature mais oublions facilement la pression car elle nous est beaucoup moins &#233;vidente intuitivement. Or, les changements d'&#233;tats de la mati&#232;re ne d&#233;pendent jamais de la seule temp&#233;rature. Nous sommes accoutum&#233;s &#224; dire ce qui se passe &#224; pression atmosph&#233;rique mais oublions que certains ph&#233;nom&#232;nes naturels n'ont pas lieu &#224; cette pression. Et c'est loin d'&#234;tre le seul probl&#232;me qui nous d&#233;range pour comprendre la thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons la loi de la thermodynamique qui impose l'augmentation d'entropie d'un syst&#232;me isol&#233; et nous savons que le ph&#233;nom&#232;ne de la vie augmente l'ordre, l'organisation et donc, curieusement, diminue l'entropie. Et ce n'est pas le seul cas : le simple fait de former une structure nuageuse est d&#233;j&#224; cr&#233;ation d'un ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pensons savoir que la nature va spontan&#233;ment vers l'&#233;quilibre, vers la stabilit&#233; et m&#234;me l'immobilit&#233; et pourtant nous voyons en thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes qui se d&#233;roulent &#224; l'inverse, &#224; commencer par le mouvement brownien qui pr&#233;sente une agitation permanente des mol&#233;cules n'allant nullement vers la stabilit&#233; ni l'immobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes de la thermodynamique se d&#233;roulent tous les jours sous nos yeux et nous ne leur marquons pas le plus souvent d'&#233;tonnement bien que nous ne les comprenions pas vraiment. Pourquoi l'eau liquide forme des surfaces et pas l'eau vapeur ni l'eau solide, sous forme de glace ou de neige, alors que la composition mol&#233;culaire est la m&#234;me dans les trois cas ? Que se passe-t-il au changement d'&#233;tat ? Comment se fait-il que la temp&#233;rature de l'eau qui bout soit bloqu&#233;e m&#234;me si on continue &#224; chauffer. Pourquoi le lait qui bout d&#233;borde et pas l'eau qui bout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions sont multiples et diverses. Qu'est-ce que la surface de s&#233;paration d'un liquide ? Quelle est l'origine de la vapeur d'eau et quelle est sa nature ? Pourquoi la glace surnage dans l'eau ? Pourquoi les nuages, compos&#233;s de gouttelettes d'eau et pas seulement de vapeur d'eau (sinon les nuages seraient transparents &#224; la lumi&#232;re), ne tombent pas du fait de leur poids colossaux ? Pourquoi les nuages qui sont m&#234;me compos&#233;s de mini-cristaux et de poussi&#232;res ne tombent pas par gravitation ? Comment se fait-il qu'&#224; 100&#176;C toute l'eau ne soit pas en vapeur d'eau (on dit l'eau bout) ? Comment se fait-il que l'eau puisse rester sous forme liquide bien en dessous de 0&#176;C ? Comment se fait-il que la glace puisse rester sous cette forme bien au dessus de 0&#176;C ? Par exemple, la neige au soleil ou les neiges &#233;ternelles des glaciers. La glace sous-marine de profondeur du p&#244;le Nord est la plus grande quantit&#233; de glace de la plan&#232;te puisque l'oc&#233;an arctique a une profondeur de 5520 m et une partie de son eau est glac&#233;e du fait de la pression &#233;norme de la masse de glace au dessus, malgr&#233; des temp&#233;ratures &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la temp&#233;rature est li&#233;e &#224; l'agitation mol&#233;culaire dite mouvement brownien qui ne s'arr&#234;te jamais. Comment se fait-il qu'elle ne finisse pas par atteindre un &#233;quilibre et cesser de s'agiter puisqu'un des principes de la thermodynamique est qu'un syst&#232;me qui ne re&#231;oit pas d'&#233;nergie de l'ext&#233;rieur doit aller &#224; l'&#233;quilibre ? Comment se fait-il que les mol&#233;cules continuent de s'agiter m&#234;me si elles sont isol&#233;es les unes des autres ? C'est cette agitation que l'on remarque en regardant les poussi&#232;res dans un rai de lumi&#232;re. Il faut bien que l'agitation brownienne soit entretenue par une &#233;nergie ext&#233;rieure ? Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il que la vie soit un syst&#232;me qui gagne en ordre (n&#233;guentropie ou perte d'entropie) alors qu'un des principes de la thermodynamique suppose que tout syst&#232;me isol&#233; doit augmenter son entropie (son degr&#233; de d&#233;sordre) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans de nombreux adages du bon sens sur ces th&#232;mes pas mal d'erreurs. Par exemple, de dire que la glace est moins dense que l'eau liquide. Cela n'est vrai que pour certains types de glaces ayant certaines densit&#233;s. En fait, ce n'est vrai que pour les glaces dites de type I qui ont dix &#224; quatorze pourcents de densit&#233; en moins que l'eau liquide mais pas pour les glaces de type II &#224; VI qui ont jusqu'&#224; 22% de densit&#233; en plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les discours sur la temp&#233;rature de la formation de la glace ou de sa fonte sont faux si on ne tient pas compte de la pression ext&#233;rieure qui n'est pas forc&#233;ment la pression atmosph&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des ph&#233;nom&#232;nes observables quotidiennement sont plus &#233;tonnants qu'il n'y para&#238;t : la condensation des nuages se fait plut&#244;t dans les montagnes o&#249; l'air est plus froid alors que l'air chaud monte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nuages ne sont pas seulement des produits de la condensation de l'eau li&#233;e aux jeux de la chaleur et de la pression : la longueur d'onde des rayons lumineux joue aussi, par exemple pour d&#233;finir le niveau d'altitude de la base du nuage. L'&#233;lectromagn&#233;tisme d&#233;termine des mouvements au sein du nuage, mouvements qui sont d&#233;terminants dans l'&#233;nergie du nuage, qui pousse la masse &#224; remonter vers le haut du nuage, combattant la gravitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces ph&#233;nom&#232;nes sont dynamiques alors que, spontan&#233;ment nous raisonnons de mani&#232;re statique, ils produisent des contradictions et ne sont pas lin&#233;aires alors que, spontan&#233;ment, nous raisonnons de mani&#232;re non dialectique et lin&#233;aire. Ils pr&#233;sentent des discontinuit&#233;s, des sauts qualitatifs, des contradictions&#8230; Les diff&#233;rents &#233;tats de la mati&#232;re ne se comportent pas souvent comme on l'imagine et ne sont pas exactement ce qu'on imagine. La mati&#232;re n'est pas faite de choses mais de structures &#233;mergentes, ce qui est profond&#233;ment diff&#233;rent. Elle n'est pas fond&#233;e sur des &#233;quilibres stables, image qui nous est donn&#233;e par l'univers apparent &#224; notre &#233;chelle. M&#234;me le simple corpuscule dit &#233;l&#233;mentaire est une structure &#233;mergente et non un objet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des notions spontan&#233;es en thermodynamique portent sur ce qui se passe &#224; notre &#233;chelle (macroscopique) alors que leur base est microscopique et que ce qui se passe &#224; cette &#233;chelle est contre intuitif. Et que ce qui se passe au niveau microscopique (quantique) est fond&#233; sur le vide quantique (encore plus contre intuitif puisque le temps y circule dans les deux sens, que la mati&#232;re n'y a pas de masse au repos et que l'antimati&#232;re y est aussi importante que la mati&#232;re !). Pourtant la mati&#232;re est une structure &#233;mergente au sein du vide quantique de la m&#234;me mani&#232;re que le nuage &#233;merge de l'atmosph&#232;re humide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de mati&#232;re au sein du vide est compl&#232;tement absente de nos images mentales et encore plus de nos images visuelles de l'univers or il est impossible de comprendre la thermodynamique de la mati&#232;re sans &#233;tudier celle du vide&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre manque de conceptions dynamiques spontan&#233;es explique nos difficult&#233;s &#224; concevoir des syst&#232;mes dans lesquels plusieurs &#233;tats de la mati&#232;re coexistent car des groupes de mol&#233;cules sautent sans cesse d'un &#233;tat dans un autre. L'apparente surface d'eau est bien loin de la s&#233;paration fixe et plan que notre &#339;il nous renvoie puisqu'il s'agit au contraire d'une fractale de p&#233;n&#233;trations entre eau liquide et vapeur d'eau, fractale aux formes sans cesse changeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nuage qui semble sur une courte dur&#233;e avoir une forme et un contenu &#224; peu pr&#232;s donn&#233; est l'objet de changements beaucoup plus brutaux et violents qu'il n'y para&#238;t, changement dans lesquels des masses de mol&#233;cules descendent et d'autres montent sans cesse au sein du nuage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique qu'il nous paraisse difficile &#224; comprendre comment un nuage calme, m&#234;me s'il est tr&#232;s noir, va d'un seul coup d&#233;verser une masse immense d'eau, de gr&#234;le ou de neige, ou encore provoquer un violent orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'apparence calme du nuage n'est qu'illusion et cette masse est sans cesse le produit de confrontations brutales qui, en temps normale, produisent la conservation globale de la structure mais, parfois, provoquent sa rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nuages ne sont nullement des objets fixes. Il y a sans cesse des colonnes d'air montantes et d'autres descendantes. Chez certain type de nuages, le bourgeonnement violent au dessus du nuage t&#233;moigne du caract&#232;re &#233;ruptif des ph&#233;nom&#232;nes consid&#233;r&#233;s. Mais, m&#234;me dans les autres, le nuage n'est jamais une chose fixe ni ressemblant &#224; une chose fixe. Il n'existe que du fait d'un &#233;norme d&#233;sordre qui donne globalement une illusion de conservation d'ensemble. Mais le nuage a une relativement courte dur&#233;e de vie et sa structure se dissout assez rapidement dans l'air, pour former &#224; c&#244;t&#233; de nouveaux nuages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison de comprendre difficilement les nuages est le fait qu'on les imagine comme des masses de gouttelettes et de vapeurs d'eau alors que les petits cristaux y jouent aussi un grand r&#244;le. Le nuage est la coexistence des trois &#233;tats : gaz, liquide et solide et le jeu des sauts entre ces &#233;tats. La formation de cristaux a des effets parfois violents comme la formation de grands trous au sein des masses nuageuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la mati&#232;re, sous toutes ses formes et &#224; toutes ses &#233;chelles, est par bien des aspects du m&#234;me type que le nuage : des confrontations brutales avec des changements radicaux qui, le plus souvent, entra&#238;nent la conservation globale de la structure et, parfois, provoquent sa rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des aspects que l'on oublie souvent est que le nuage est une masse &#233;lectris&#233;e comme l'est la mati&#232;re. Mais, &#233;tant l'objet de mouvements violents, l'&#233;lectrisation prend un caract&#232;re &#224; grande &#233;chelle avec, notamment, des &#233;lectricit&#233;s oppos&#233;es sur le sommet du nuage et &#224; sa base et avec une &#233;lectrisation provoqu&#233;e sur l'air environnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le grand public qui est tromp&#233; par les anciennes images de la mati&#232;re, provenant de ce que nous croyons voir &#224; notre &#233;chelle. Les sciences l'ont &#233;t&#233; aussi. On s'est ainsi aper&#231;us que la thermodynamique d&#233;rive de la physique quantique et non de la m&#233;canique classique comme on l'a longtemps cru. Et cela change de nombreuses visions de ce domaine des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le mouvement mol&#233;culaire est &#224; la base de la thermodynamique, des notions de temp&#233;rature ou de pression et des notions plus complexes. Cependant, on peut r&#233;aliser que ce ne sont pas les seuls. Notamment, les mouvements en question sont r&#233;versibles alors que bien des ph&#233;nom&#232;nes thermodynamiques ne le sont pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre la transmission de chaleur n&#233;cessite de comprendre celle d'&#233;nergie or cette transmission n'est continue comme on le croyait mais quantique. L'existence d'une quantit&#233; minimale d'action (&#233;gale &#224; la constante de Planck) change profond&#233;ment toute la conception des &#233;changes d'&#233;nergie, de chaleur, de lumi&#232;re. La perte ou le gain de chaleur &#233;tant un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;terminant de la thermodynamique, l'apport de la physique quantique y est d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de voir la temp&#233;rature et la pression comme des mouvements m&#233;caniques de mol&#233;cules assimil&#233;es &#224; des petites billes qui se heurtent et rebondissent apr&#232;s les chocs. Et d'abord parce que la physique quantique interdit non seulement aux mol&#233;cules de se heurter, de se toucher, mais elle l'interdit m&#234;me aux particules dites &#233;l&#233;mentaires, protons, &#233;lectrons, neutrons&#8230; Le principe de Pauli emp&#234;che la mati&#232;re de se toucher, de se retrouver dans une m&#234;me position et les interactions (attractions ou r&#233;pulsions) se font par interm&#233;diaires appel&#233;s bosons (qui sont du m&#234;me type que les corpuscules de lumi&#232;re). Il n'est donc pas possible de concevoir les interactions mati&#232;re-mati&#232;re sans connaitre les interactions quantiques mati&#232;re-lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a dit pr&#233;c&#233;demment &#224; propos du mouvement brownien, l'agitation qui est &#224; la base de tous les ph&#233;nom&#232;nes de temp&#233;rature ou de pression provient du vide quantique. La seule observation de la mati&#232;re poss&#233;dant une masse, alors que la mati&#232;re dite virtuelle du vide quantique n'en poss&#232;de pas, ne peut suffire &#224; comprendre les ph&#233;nom&#232;nes qui sont impliqu&#233;s en thermodynamique et en particulier la raison pour laquelle la mati&#232;re subit sans cesse une agitation qui est incapable de s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pente de neige uniforme qui est caress&#233;e mollement par le soleil est l'objet de changements permanents de structures de la neige qui saute d'un &#233;tat &#224; un autre, du fait des modifications de temp&#233;rature et de pression. Comme la glace, la neige admet de multiples structures diff&#233;rentes possibles et les sauts entre ces &#233;tats cristallins diff&#233;rents ne s'arr&#234;tent jamais. Loin de la situation d'&#233;quilibre stable, ce qui la caract&#233;rise est les changements d'&#233;tat et les discontinuit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore d'autres raisons qui rendent difficile la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes thermodynamiques et notamment il faut citer la relation entre ph&#233;nom&#232;nes de volume et ph&#233;nom&#232;nes de surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on raisonne mal sur la temp&#233;rature de fonte de la glace car c'est seulement en surface que la glace est en contact avec la temp&#233;rature ext&#233;rieure. La masse de glace peut entra&#238;ner une grande inertie et un retard important de la fonte, m&#234;me &#224; des temp&#233;ratures ext&#233;rieures &#233;lev&#233;es. On a rappel&#233; aussi que raisonner seulement sur la temp&#233;rature en oubliant la pression trompe la vision des changements thermodynamiques. Sous des masses de glace, la pression du poids est consid&#233;rable et l'eau peut y former de la glace &#224; des temp&#233;ratures &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein a renouvel&#233; la thermodynamique en donnant la premi&#232;re interpr&#233;tation du mouvement brownien et en d&#233;couvrant la base quantique des transformations de la mati&#232;re et des interactions mati&#232;re-lumi&#232;re. Prigogine a entra&#238;n&#233; une des nombreuses r&#233;volutions de la thermodynamique en montrant l'importance cr&#233;atrice de structures du non-&#233;quilibre. Toutes ces d&#233;couvertes ont bien &#233;loign&#233; la thermodynamique des pr&#233;ceptes du bon sens mais ce n'est pas &#224; regretter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'autre part, concernant les erreurs du bons sens, souligner la diff&#233;rence entre chaleur et &#233;nergie interne comme entre chaleur et temp&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la mesure locale de l'agitation mol&#233;culaire, de m&#234;me que la pression est la mesure des chocs provoqu&#233;s sur une surface par cette agitation. La chaleur est d'une nature un peu diff&#233;rente. Cela explique les relations entre temp&#233;rature, pression et volume au sein des lois thermodynamiques des diff&#233;rents &#233;tats de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'origine de la chaleur, cette capacit&#233; de la mati&#232;re &#224; transporter de l'agitation des mol&#233;cules de part en part au sein de la mati&#232;re (la conduction de la chaleur), est bien fond&#233;e sur l'agitation provoqu&#233;e au sein des particules et des mol&#233;cules (mouvement dit &#171; brownien &#187;) par l'agitation permanente du vide quantique, la chaleur n'est pas la totalit&#233; de l'&#233;nergie d'agitation de la mati&#232;re mais seulement une petite partie, et &#224; une &#233;chelle seulement des structures hi&#233;rarchiques de la mati&#232;re. Une grande partie de la chaleur n'est pas capable de se transmettre d'une mol&#233;cule &#224; une autre et est conserv&#233;e localement pour agiter en interne les particules, les noyaux et autres&#8230; La chaleur ne doit donc pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme identique &#224; l'&#233;nergie interne d'agitation des mol&#233;cules. La chaleur est seulement la part de l'&#233;nergie interne capable de se d&#233;placer d'une mati&#232;re &#224; sa voisine par vibration, en somme une &#233;nergie rayonnante d'une certaine fr&#233;quence, &#233;nergie de type lumineuse&#8230; La chaleur est donc la part de l'&#233;nergie qui peut se changer en un rayonnement dont la fr&#233;quence correspond &#224; certains seuils pr&#233;cis qui lui permettent d'entrer en r&#233;sonance avec les structures de la mati&#232;re ayant des tailles comparables &#224; la longueur d'onde de cette &#233;nergie. Rappelons que le rayonnement n'est plus con&#231;u comme ondulatoire mais comme une dualit&#233; onde/corpuscule fond&#233;e sur les couples particules/antiparticules du vide fondant les corpuscules dits photons. L'agitation capable de se transformer en photons dont les &#233;nergies correspondent aux dimensions des mol&#233;cules est donc la seule capable de se changer en &#171; chaleur &#187; et c'est loin d'&#234;tre la totalit&#233; de l'agitation interne. Certes, la transmission de chaleur augmente la temp&#233;rature mais les deux sont loin d'&#234;tre identiques, contrairement &#224; ce que croit le sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie que le porteur de l'&#233;nergie de chaleur est une onde d'origine &#233;lectromagn&#233;tique et non le mouvement m&#233;canique de mol&#233;cules de mati&#232;re de masse inerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, la temp&#233;rature, c'est l'&#233;nergie cin&#233;tique moyenne des mol&#233;cules&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature, c'est donc la mati&#232;re et la chaleur, c'est le rayonnement, c'est des photons !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les id&#233;es d'Ilya Prigogine</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article404</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article404</guid>
		<dc:date>2011-04-24T04:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Prigogine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LES NUAGES SONT DES STRUCTURES &#201;MERGENTES DISSIPATIVES ISSUES DE LA CONVECTION &lt;br class='autobr' /&gt;
EXEMPLE DE STRUCTURE DISSIPATIVE &lt;br class='autobr' /&gt;
Une plaque m&#233;tallique est reli&#233;e &#224; un g&#233;n&#233;rateur de fr&#233;quences sonores. Un sable tr&#232;s fin est dispos&#233; sur le dessus. Pour certaines fr&#233;quences bien pr&#233;cises, des structures g&#233;om&#233;triques apparaissent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Image de spectroscopie STM de nucl&#233;ation discontinue auto-organis&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt; SITE Mati&#232;re et R&#233;volution : www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce site m&#234;le r&#233;volution, sciences, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot90" rel="tag"&gt;Prigogine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_2688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/nuages-350347.jpg' width=&#034;540&#034; height=&#034;360&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;LES NUAGES SONT DES STRUCTURES &#201;MERGENTES DISSIPATIVES ISSUES DE LA CONVECTION&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_82 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/bmp/cap034_bis.bmp' width=&#034;126&#034; height=&#034;129&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;EXEMPLE DE STRUCTURE DISSIPATIVE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une plaque m&#233;tallique est reli&#233;e &#224; un g&#233;n&#233;rateur de fr&#233;quences sonores. Un sable tr&#232;s fin est dispos&#233; sur le dessus. Pour certaines fr&#233;quences bien pr&#233;cises, des structures g&#233;om&#233;triques apparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_84 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/322_1.jpg' width=&#034;267&#034; height=&#034;219&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Image de spectroscopie STM de nucl&#233;ation discontinue auto-organis&#233;e&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;SITE Mati&#232;re et R&#233;volution : &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site m&#234;le r&#233;volution, sciences, philosophie et politique ?&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi parler de r&#233;volution en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature en r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L284xH461/9782070323241-2-514ec.jpg?1777527456' width='284' height='461' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L400xH671/9782081223066-30920.jpg?1777527456' width='400' height='671' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L295xH475/9782738109866FS-11349.gif?1777527456' width='295' height='475' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L300xH300/4158J575GJL-_SL500_AA300_-ee563.jpg?1777527456' width='300' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L109xH179/images-25-21600.jpg?1777527456' width='109' height='179' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L381xH629/prigogineTM88-7a631.jpg?1777527456' width='381' height='629' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PRIGOGINE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#034;Prigogine a formalis&#233; sur le plan thermodynamique, l'approche que le math&#233;maticien anglais Alan Turing avait &#233;bauch&#233; d&#232;s 1952 dans &#034;Les bases chimiques de la morphogen&#232;se&#034;, o&#249; il imaginait un m&#233;canisme de r&#233;action entre deux mol&#233;cules biochimiques, qui diffusent dans un tissu, engendrant spontan&#233;ment une r&#233;partition p&#233;riodique. Ces ph&#233;nom&#232;nes d'auto-organisation apparaissent quand deux substances agissant l'une sur l'autre sont plac&#233;es dans un milieu o&#249; elles diffusent : l'une est dite activatrice, l'autre inhibitrice. La premi&#232;re favorise sa propre production ainsi que celle de la seconde. En revanche cette derni&#232;re inhibe la production de l'activateur. Quand on laisse le syst&#232;me &#233;voluer, des motifs apparaissent spontan&#233;ment : des taches, des z&#233;brures... Les motifs r&#233;sultent d'une comp&#233;tition entre une activation locale et une inhibition &#224; longue port&#233;e. De telles structures, dites dissipatives, ne se maintiennent que dans un syst&#232;me qui n'est pas en &#233;quilibre et que l'on alimente sans cesse en r&#233;actifs. Sinon, la r&#233;action s'&#233;puise et la diffusion classique reprend ses droits.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Science, no 300, octobre 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes d'auto-organisation se fonde sur les structures de Turing et les structures dissipatives de Prigogine. Ces structures apparaissent lorsqu'une substance inhibitrice diffuse plus vite que l'activateur. Insistons sur le caract&#232;re paradoxal de ce ph&#233;nom&#232;ne : c'est la diffusion, ph&#233;nom&#232;ne qui tend d'habitude &#224; homog&#233;n&#233;iser les constituants, qui va ici jouer un r&#244;le essentiel la diff&#233;renciation. L'entropie semble s'inverser, devenant cr&#233;atrice de formes et d'ordre, tout comme le refroidissement provoque des brisures de sym&#233;tries se traduisant par des cristallisations. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Zin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Prigogine, Ilya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1917-2003)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille d'llya Prigogine, n&#233; &#224; Moscou le 25 janvier 1917, a &#233;migr&#233; en 1921 en Allemagne, avant de s'installer &#224; Bruxelles &#224; partir de 1929. C'est dans cette ville qu'il a effectu&#233; ses &#233;tudes secondaires, avant d'y suivre les cours de l'Universit&#233; Libre, et il a acquis la nationalit&#233; belge en 1949. De formation litt&#233;raire, et alors qu'il s'int&#233;ressait particuli&#232;rement &#224; l'histoire, &#224; l'arch&#233;ologie et &#224; la musique (son passe-temps favori a toujours &#233;t&#233; le piano), ce sont des circonstances fortuites qui l'ont finalement conduit &#224; &#233;tudier la chimie et la physique, rejoignant ainsi la tradition familiale : son p&#232;re, Roman Prigogine, &#233;tait ing&#233;nieur chimiste dipl&#244;m&#233; de l'Ecole Polytechnique de Moscou, et son fr&#232;re a&#238;n&#233; Alexandre avait lui-m&#234;me entrepris des &#233;tudes de chimie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1941, Prigogine obtient son premier titre de docteur, et il commence en 1945 &#224; pr&#233;parer sa th&#232;se d'agr&#233;gation sur &#034;l'&#233;tude thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles&#034;, sujet qui l'a passionn&#233; sa vie durant. Deux professeurs ont exerc&#233; une influence durable sur l'orientation de ses recherches. Il s'agit d'abord de Th&#233;ophile De Donder, disciple de l'&#233;cole fran&#231;aise de thermodynamique fond&#233;e par Pierre Duhem ; ensuite de Jean Timmermans, exp&#233;rimentateur int&#233;ress&#233; par les applications de la thermodynamique classique aux solutions liquides et aux syst&#232;mes complexes, sujet de pr&#233;dilection de l'&#233;cole thermodynamique n&#233;erlandaise de Van der Waals. Prigogine a donc consacr&#233; beaucoup de temps &#224; l'&#233;tude th&#233;orique des ph&#233;nom&#232;nes thermodynamiques ; c'est ainsi qu'il a appliqu&#233; les m&#233;thodes thermodynamiques &#224; la th&#233;orie des solutions et &#224; la th&#233;orie des &#233;tats correspondant aux effets isotopiques en phases condens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des diverses perspectives offertes par la thermodynamique, celle qui a le plus retenu l'attention d'llya Prigogine concerne l'&#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles. Il a &#233;t&#233; &#224; l'origine d'une v&#233;ritable r&#233;volution en thermodynamique. Pour en montrer toute l'&#233;tendue, il est n&#233;cessaire d'&#233;voquer bri&#232;vement les &#233;tapes importantes de l'histoire de cette discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La thermodynamique est n&#233;e de pr&#233;occupations techniques, comme on le voit avec les travaux de Sadi Carnot. Puis, gr&#226;ce &#224; l'apport de Clausius, elle a d&#233;bouch&#233; sur des consid&#233;rations physiques d'une g&#233;n&#233;ralit&#233; impr&#233;vue au d&#233;part. Selon ce dernier, le second principe de thermodynamique des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles s'exprime par l'in&#233;galit&#233; ou, pour parler un langage plus actuel, par la production d'entropie positive. Or, depuis toujours, comme en t&#233;moignaient les ouvrages d'enseignement de la thermodynamique jusqu'&#224; ces derni&#232;res ann&#233;es, les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles avaient mauvaise presse aupr&#232;s des physico-chimistes et des ing&#233;nieurs, qui les consid&#233;raient comme des nuisances contrariant l'efficacit&#233; d'un rendement. Aussi l'attitude g&#233;n&#233;rale &#233;tait-elle de limiter la thermodynamique &#224; l'&#233;tude des syst&#232;mes mur lesquels la production d'entropie s'annulait, c'est-&#224;-dire des syst&#232;mes &#233;voluant irr&#233;m&#233;diablement vers un &#233;tat d'&#233;quilibre. Il faut rappeler ici que Boltzmann, en cr&#233;ant la m&#233;canique statistique, avait tent&#233; de concilier la m&#233;canique et le probl&#232;me pos&#233; par un syst&#232;me &#224; x corps (x &#233;tant un nombre tr&#232;s grand). Il avait introduit le vocable d'entropie du &#034;clair-obscur&#034;, l'accent &#233;tant mis tout naturellement sur les syst&#232;mes &#233;quilibr&#233;s consid&#233;r&#233;s comme les seuls physiquement significatifs. La thermodynamique, devenue statistique, privil&#233;giait l'&#233;tat d'&#233;quilibre comme &#233;tape ultime de n'importe quel syst&#232;me. De Donder, l'un des ma&#238;tres de Prigogine, eut le grand m&#233;rite d'&#233;clairer de fa&#231;on nouvelle la production d'entropie en la rattachant &#224; la vitesse de la r&#233;action chimique par l'introduction d'une nouvelle fonction d'&#233;tat qu'il appela l&#034;'affinit&#233;&#034;, fond&#233;e sur le degr&#233; d'avancement de la r&#233;action ; c'&#233;tait une v&#233;ritable variable chimique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Prigogine portait un grand int&#233;r&#234;t au concept de temps, il &#233;tait normal qu'il s'int&#233;ress&#226;t au second principe de thermodynamique, pressentant qu'il introduisait un &#233;l&#233;ment original dans la description du monde physique en &#233;volution. Il consacra d&#232;s lors la plus grande partie de ses recherches aux aspects macro- et microscopiques de ce principe, afin d'en &#233;tendre la port&#233;e &#224; des situations nouvelles et de l'int&#233;grer aux autres m&#233;thodes de la physique th&#233;orique comme la dynamique classique ou la dynamique quantique. Il fut amen&#233; en 1945 &#224; proposer un th&#233;or&#232;me de production d'entropie minimum applicable aux &#233;tats stationnaires de non-&#233;quilibre. Ce th&#233;or&#232;me rendait compte d'une mani&#232;re directe de l'analogie entre la stabilit&#233; des &#233;tats d'&#233;quilibre thermodynamique et celle des syst&#232;mes biologiques exprim&#233;e par le concept &#034;d'hom&#233;ostasie&#034; de Claude Bernard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses collaborateurs, Prigogine a appliqu&#233; son th&#233;or&#232;me &#224; la discussion de quelques probl&#232;mes importants de biologie, en particulier l'&#233;nerg&#233;tique de l'&#233;volution embryologique. Il a montr&#233; que la plupart des &#233;tats qualifi&#233;s d'&#233;quilibre ne sont en fait que des &#233;tats stationnaires, et que dans un syst&#232;me mat&#233;riel r&#233;el on a une pluralit&#233; d'&#233;tats stationnaires en lieu et place de l'&#233;tat d'&#233;quilibre unique qu'envisageait jusqu'alors la thermodynamique classique. En l'absence d'&#233;quilibre, la mati&#232;re reste habit&#233;e de ph&#233;nom&#232;nes de transport (&#233;nergie, mati&#232;re) et de r&#233;actions chimiques, et cela d'autant plus facilement que lcs contraintes externes et internes appliqu&#233;es au milieu sont plus fortes. Ce sont l&#224; des ph&#233;nom&#232;nes que Prigogine nomme dissipatifs, et qui impriment un caract&#232;re irr&#233;versible &#224; l'&#233;volution d'un milieu, conception nouvelle que le XIXe si&#232;cle n'a pas su ma&#238;triser. Tant que les contraintes sont faibles, les ph&#233;nom&#232;nes dissipatifs le sont &#233;galement et le milieu reste pratiquement homog&#232;ne. Si les ph&#233;nom&#232;nes dissipatifs s'accroissent, il en est de m&#234;me pour les contraintes, et le syst&#232;me s'&#233;carte de l'&#233;quilibre et parvient &#224; un &#233;tat marginal, v&#233;ritable seuil d'instabilit&#233; ; le syst&#232;me pr&#233;sente alors un comportement p&#233;riodique dans le temps (structure temporelle) ou une rupture spontan&#233;e de l'homog&#233;n&#233;it&#233; spatiale (structure dissipative). D&#232;s le seuil d'instabilit&#233;, les solutions stationnaires deviennent multiples, et seules certaines d'entre elles demeurent stables. Les premi&#232;res observations exp&#233;rimentales publi&#233;es des ph&#233;nom&#232;nes oscillatoires, notamment en chimie, ont &#233;t&#233; plut&#244;t rares. Mais, loin d'embarrasser le th&#233;oricien, elles lui fournissent une explication simple de l'accroissement de complexit&#233; offert par l'environnement humain, qu'il s'agisse de l'inanim&#233;, du biologique ou du social. La notion d'instabilit&#233;, de chaos, d'amplification, est ainsi aujourd'hui au centre des pr&#233;occupations d'un nombre croissant de chercheurs dans des domaines allant des math&#233;matiques &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet expos&#233; sera peut-&#234;tre plus clair si l'on se rappelle l'exemple bien connu du &#034;lundi noir de la bourse&#034; du 19 octobre 1987. Si ce dernier est destin&#233; &#224; faire date dans 1%istoire des sciences, ce n'est sans doute pas &#224; cause des victimes qui ont alors vu fondre une partie de leurs avoirs, mais parce que les d&#233;sordres financiers qui se sont produits ce jour-l&#224; illustrent bien, en termes &#233;conomiques, des notions comme celles de chaos, de fluctuation ou d'amplification, auxquels la presse a, &#224; cette occasion, ouvert un chemin vers le grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; pr&#233;ciser ce que l'on doit entendre par la notion &#034;d'ordre par fluctuations&#034; introduite par Prigogine. Il s'agit en fait de savoir comment s'amorce une structure dissipative lorsque le seuil d'instabilit&#233; est atteint. Les exp&#233;riences r&#233;alis&#233;es dans le domaine des structures spatiales sugg&#232;rent un m&#233;canisme du type &#034;nucl&#233;ation&#034;, c'est-&#224;-dire que la structure na&#238;t au sein du milieu en un point &#224; partir duquel elle se propage. A l'aide de cette th&#233;orie, Prigogine a &#233;t&#233; en mesure d'expliquer comment les ph&#233;nom&#232;nes de nucl&#233;ation peuvent appara&#238;tre &#224; partir du seuil d'instabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'observer que parler de fluctuation, d'amplification, etc., n'est en somme qu'&#233;voquer le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de l'instabilit&#233; des &#233;quilibres. Il existe &#233;galement un c&#244;t&#233; positif concernant les syst&#232;mes instables soumis &#224; des contraintes de non-&#233;quilibre qui sont susceptibles de produire des structures dont les syst&#232;mes &#224; &#233;quilibre thermodynamique n'offrent pas d'&#233;quivalent. Prenons par exemple les ph&#233;nom&#232;nes catalytiques, extr&#234;mement importants dans l'industrie chimique : un cas simple est celui de l'oxydation du monoxyde de carbone en pr&#233;sence de platine. Les mol&#233;cules de monoxyde viennent s'adsorber sur la surface du platine, dont il &#233;tait admis que la structure &#233;tait la m&#234;me une fois pour toutes. Or on a montr&#233; que, par suite de la r&#233;action catalytique (c'est-&#224;-dire sous des conditions de non-&#233;quilibre), la surface du platine subit un changement : la structure hexagonale fait alors place &#224; une structure carr&#233;e, ce qui a pour effet d'augmenter la vitesse de la r&#233;action d'oxydation. Une fois interrompue l'action catalytique, la surface revient &#224; sa configuration d'&#233;quilibre. Nous avons ici typiquement une structuration de non-&#233;quilibre, que l'on pourrait qualifier d'adaptation de la structure &#224; sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est donc tr&#232;s important dans les travaux de l'Ecole de Bruxelles, c'est qu'ils permettent de percevoir les limites r&#233;ductrices de la conception classique de l'univers, qui d&#233;crivait celui-ci comme une s&#233;rie d'assemblages d'entit&#233;s stables donn&#233;es une fois pour toutes, qu'il s'agisse de particules &#233;l&#233;mentaires, d'atomes ou de mol&#233;cules. Prigogine a montr&#233; qu'il existe des ph&#233;nom&#232;nes globaux impossibles &#224; analyser de la sorte. Voici ce qu'il &#233;crivait en 1988 : &#034;La meilleure compr&#233;hension des instabilit&#233;s des syst&#232;mes &#233;cologiques et l'&#233;tude des perspectives d'avenir de notre plan&#232;te sont &#233;videmment des sujets prioritaires. Nous devons aller au-del&#224; de l'id&#233;e de conservation, nous savons que notre plan&#232;te a connu un optimum climatique voici une dizaine de milliers d'ann&#233;es, lorsque le Sahara abritait une civilisation florissante. Rien n'interdit de penser &#224; un retour &#224; de telles situations. Cette vision nouvelle de la nature change aussi la mani&#232;re dont nous comprenons notre insertion dans cette nature (...). La science classique semblait devoir conduire au d&#233;senchantement, voire &#224; l'ali&#233;nation (...). Mais la conclusion essentielle que je voudrais tirer de mes travaux, c'est que le XXe si&#232;cle apporte l'espoir d'une unit&#233; culturelle, d'une vision non-r&#233;ductrice, plus globale. Les sciences ne refl&#232;tent pas l'identit&#233; statique d'une raison &#224; laquelle il faudrait se soumettre ou r&#233;sister,- elles participent &#224; la cr&#233;ation du sens au m&#234;me titre que l'ensemble des pratiques humaines (...). L'un des ensei- gnements fondamentaux que nous propose la science de notre si&#232;cle est que le temps n'est pas donn&#233;. Le temps est construction&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques citations de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La Fin des Certitudes&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; de Ilya Prigogine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On sait qu'Einstein a souvent affirm&#233; que &#034;le temps est illusion&#034;&#183; Et en effet, le temps tel qu'il a &#233;t&#233; incorpor&#233; dans les lois fondamentales de la physique, de la dynamique classique newtonienne jusqu'&#224; la relativit&#233; et &#224; la physique quantique, n'autorise aucune distinction entre le pass&#233; et le futur. Aujourd'hui encore pour beaucoup de physiciens, c'est l&#224; une v&#233;ritable profession de foi : au niveau de la description fondamentale de la nature, il n'y a pas de fl&#232;che du temps.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...]au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, une nouvelle science est n&#233;e, la physique des processus de non-&#233;quilibre. Cette science a conduit &#224; des concepts nouveaux tels que l'auto-organisation et les structures dissipatives qui sont aujourd'hui largement utilis&#233;s dans des domaines qui vont de la cosmologie jusqu'&#224; l'&#233;cologie et aux sciences sociales, en passant par chimie et la biologie. La physique de non-&#233;quilibre &#233;tudie les processus dissipatifs, caract&#233;ris&#233;s par un temps unidirectionnel, et ce faisant elle conf&#232;re une nouvelle signification &#224; l'irr&#233;versibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Page 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'irr&#233;versibilit&#233; ne peut plus &#234;tre attribu&#233;e &#224; une simple apparence qui dispara&#238;trait si nous acc&#233;dions &#224; une connaissance parfaite. Elle est une condition essentielle de comportements coh&#233;rents de milliards de milliards de mol&#233;cules. Selon une formule que j'aime a r&#233;p&#233;ter, la mati&#232;re est aveugle &#224; l'&#233;quilibre l&#224; o&#249; la fl&#232;che du temps ne se manifeste pas ; mais lorsque celle-ci se manifeste, loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re commence &#224; voir ! Sans la coh&#233;rence des processus irr&#233;versibles de non-&#233;quilibre, l'apparition de la vie sur la Terre serait inconcevable. La th&#232;se selon laquelle la fl&#232;che du temps est seulement ph&#233;nom&#233;nologique est absurde. Ce n'est pas nous qui engendrons la fl&#232;che du temps. Bien au contraire, nous sommes ses enfants.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le second d&#233;veloppement concernant la r&#233;vision du concept de temps en Physique a &#233;t&#233; celui des syst&#232;mes dynamiques instables. La science classique privil&#233;giait l'ordre, la stabilit&#233;, alors qu'&#224; tous les niveaux d'observation nous reconnaissons d&#233;sormais le role primordial des fluctuations et de l'instabilit&#233; [...] Mais comme nous le montrerons dans ce livre, les syst&#232;mes dynamiques instables conduisent aussi &#224; une extension de la dynamique classique et de la physique quantique, et d&#232;s lors &#224; une formulation nouvelle des lois de la physique. Cette formulation brise la sym&#233;trie entre pass&#233; et futur qu'affirmait la physique traditionnelle, y compris la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;. [...] D&#232;s que l'instabilit&#233; est incorpor&#233;e, la signification des lois de la nature prend un nouveau sens. Elles expriment d&#233;sormais des possibilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Pages 12 &amp; 13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'autres questions sont directement rattach&#233;es au probl&#232;me du temps. L'une est le r&#244;le &#233;trange conf&#233;r&#233; &#224; l'observateur dans la th&#233;orie quantique. Le paradoxe du temps fait de nous les responsables de la brisure de sym&#233;trie temporelle observ&#233;e dans la nature. Mais, plus encore, c'est l'observateur qui serait responsable d'un aspect fondamental de la th&#233;orie quantique qu'on appelle la r&#233;duction de la fonction d'onde. C'est ce r&#244;le qu'elle attribue &#224; l'observateur qui, nous le verrons, a donn&#233; &#224; la m&#233;canique quantique son aspect apparemment subjectiviste et a suscit&#233; des controverses interminables. Dans l'interpr&#233;tation usuelle, la mesure, qui impose une r&#233;f&#233;rence &#224; l'observateur en th&#233;orie quantique, correspond &#224; une brisure de sym&#233;trie temporelle. En revanche, l'introduction de l'instabilit&#233; dans la th&#233;orie quantiquc conduit &#224; une brisure de la sym&#233;trie du temps. L'observateur quantique perd d&#232;s lors son statut singulier ! La solution du paradoxe du temps apporte &#233;galement une solution au paradoxe quantique, et m&#232;ne &#224; une formulation r&#233;aliste de la th&#233;orie. Soulignons que cela ne nous fait pas revenir &#224; l'orthodoxie classique et d&#233;terministe ; bien au contraire, cela nous conduit &#224; affirmer encore davantage le caract&#232;re statistique de la m&#233;canique quantique. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; soulign&#233;, tant en dynamique classique qu'en physique quantique, les lois fondamentales expriment maintenant des possibilit&#233;s et non plus des certitudes. Nous avons non seulement des lois mais aussi des &#233;v&#233;nements qui ne sont pas d&#233;ductibles des lois mais en actualisent les possibilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question du temps et du d&#233;terminisme n'est pas limit&#233;e aux sciences, elle est au coeur de la pens&#233;e occidentale depuis l'origine de ce que nous appelons la rationalit&#233; et que nous situons &#224; l'&#233;poque pr&#233;socratique. Comment concevoir la cr&#233;ativit&#233; humaine, comment penser l'&#233;thique dans un monde d&#233;terministe ? [...]&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;mocratie et les sciences modernes sont toutes deux les h&#233;riti&#232;res de la m&#234;me histoire, mais cette histoire m&#232;nerait &#224; une contradiction si les sciences faisaient triompher une conception d&#233;terministe de la nature alors que la d&#233;mocratie incarne l'id&#233;al d'une soci&#233;t&#233; libre. Nous consid&#233;rer comme &#233;trangers &#224; la nature implique un dualisme &#233;tranger &#224; l'aventure des sciences aussi bien qu'&#224; la passion d'intelligibilit&#233; propre au monde occidental. Cette passion est selon Richard Tarnas [1], de &#034;retrouver son unit&#233; avec les racines de son &#234;tre&#034;. Nous pensons nous situer aujourd'hui &#224; un point crucial de cette aventure au point de d&#233;part d'une nouvelle rationalit&#233; qui n'identifie plus science et certitude, probabilit&#233; et ignorance.&lt;br class='autobr' /&gt; En cette fin de si&#232;cle, la question de I'avenir de la science est souvent pos&#233;e. Pour certains, tel Stephen Hawking dans sa Br&#232;ve histoire du temps [2], nous sommes proches de la fin, du moment o&#249; nous serons capables de d&#233;chiffrer la &#034;pens&#233;e de Dieu&#034;. Je crois, au contraire que nous sommes seulement au d&#233;but de l'aventure&lt;br class='autobr' /&gt; Nous assitons &#224; l'&#233;mergence d'une science qui n'est plus limit&#233;e &#224; des situations simplifi&#233;es, id&#233;alis&#233;es, mais nous met en face de la complexit&#233; du monde r&#233;el, une science qui permet &#224; la cr&#233;ativit&#233; humaine de se vivre comme l'expression singuli&#232;re d'un trait fondamental commun &#224; tous les niveaux de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [1]Richard Tarnas &#034;The Passion of the Western Mind&#034;, New York, Harmony, 1991, p443.&lt;br class='autobr' /&gt; [2]Stephen Hawking, &#034;Une br&#232;ve histoire du temps&#034;, Paris, Flammarion, Collection &#034;Champs&#034;, 1991&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les questions &#233;tudi&#233;es dans ce livre - l'univers est-il r&#233;gi par des lois d&#233;terministes ? Quel est le r&#244;le du temps ? - ont &#233;t&#233; formul&#233;es par les pr&#233;socratiques &#224; l'aube de la pens&#233;e occidentale. Elles nous accompagnent depuis plus de deux mille cinq cent ans. Aujourd'hui, les d&#233;veloppements de la physique et des math&#233;matiques du chaos et de l'instabilit&#233; ouvrent un nouveau chapitre dans cette longue histoire. Nous percevons ces probl&#232;mes sous un angle renouvel&#233;. Nous pouvons d&#233;sormais &#233;viter les contradictions du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#201;picure fut le premier &#224; dresser les termes du dilemme auquel la physique moderne a conf&#233;r&#233; le poids de son autorit&#233;. Successeur de D&#233;mocrite, il imaginait le monde constitu&#233; par des atomes en mouvement dans le vide. Il pensait que les atomes tombaient tous avec la m&#234;me vitesse en suivant des trajets parall&#232;les. Comment pouvaient-ils alors entrer en collision ? Comment la nouveaut&#233;, une nouvelle combinaison d'atomes, pouvait-elle apparaitre ? Pour &#201;picure, le probl&#232;me de la science, de l'intelligibilit&#233; de la nature et celui de la destin&#233;e des hommes &#233;taient ins&#233;parables. Que pouvait signifier la libert&#233; humaine dans le monde d&#233;terministe des atomes ? Il &#233;crivait &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e : &#034;Quant au destin, que certains regardent comme le ma&#238;tre de tout, le sage en rit. En effet, mieux vaut encore accepter le mythe sur les dieux que de s'asservir au destin des physiciens. Car le mythe nous laisse l'espoir de nous concilier les dieux par les honneurs que nous leur rendons, tandis que le destin a un caract&#232;re de n&#233;cessit&#233; inexorable&#034;. Les physiciens dont parle &#201;picure ont beau &#234;tre les philosophes stoiciens cette citation r&#233;sonne de mani&#232;re &#233;tonnamment moderne ! [...] Mais avons-nous besoin d'une pens&#233;e de la nouveaut&#233; ? Toute nouveaut&#233; n'est-elle pas illusion ? Aussi la question remonte aux origines. Pour H&#233;raclite, tel que l'a compris Popper, &#034;la v&#233;rit&#233; est d'avoir saisi l'&#234;tre essentiel de la nature, de l'avoir con&#231;ue comme implicitement infinie, comme le processus m&#234;me&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 17-18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chacun sait que la physique newtonienne a &#233;t&#233; d&#233;tr&#244;n&#233;e au XX&#232;me si&#232;cle par la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;. Mais les traits fondamcntaux de la loi de Newton, son d&#233;terminisme et sa sym&#233;trie temporelle, ont surv&#233;cu. Bien s&#251;r, la m&#233;canique quantique ne d&#233;crit plus des trajectoires mais des fonctions d'onde (voir section IV de ce chapitre et le chapitre VI), mais son &#233;quation de base, l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, est elle aussi d&#233;terministe et &#224; temps r&#233;versible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les lois de la nature &#233;nonc&#233;e par la physique rel&#232;vent donc d'une connaissance id&#233;ale qui atteint la certitude. D&#232;s lors que les conditions initiales sont donn&#233;es, tout est d&#233;termin&#233;. La nature est un automate que nous pouvons contr&#244;ler, en principe du moins. La nouveaut&#233;, le choix, l'activit&#233; spontan&#233;e ne sont que des apparences, relatives seulement au point de vue humain.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 20&lt;br class='autobr' /&gt; Remarque :&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;terminisme est issu de la pens&#233;e de l'outil. L'emploi de l'outillage, le processus technique est le prototype du d&#233;terminisme intellectuel. Comme il n'existe que tr&#232;s peu de processus techniques qui font usage de processus de type probabilistes, l'incertitude n'apparait pas dans la logique usuelle qui n'est que le reflet intellectuel de la pratique technique concr&#232;te. Mais tout n'est pas outil, il faut comprendre aussi ce que la nature a de naturel. C'est en quoi le point de vue de Prigogine est difficile &#224; assimiler dans ce monde-ci... Il s'agit d'une logique qui n'a pas de pr&#233;c&#233;dent dans la pratique technicienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De nombreux historiens soulignent le r&#244;le essentiel jou&#233; par la figure du Dieu chr&#233;tien, con&#231;u au XVII &#232;me si&#232;cle comme un l&#233;gislateur tout-puissant, dans cette formulation des lois de la nature. La th&#233;ologie et la science convergeaient alors. Leibniz a &#233;crit : &#034;...dans la moindre des substances, des yeux aussi per&#231;ants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de l'univers. Quae sint, quae fuerint, quae mox futura trahantur (qui sont, qui ont &#233;t&#233;, qui se produiront dans l'avenir)&#034;. La soumission de la nature &#224; des lois d&#233;terministes rapprochait ainsi la connaissance humaine du point de vue divin atemporel.&lt;br class='autobr' /&gt; La conception d'une nature passive, soumise &#224; des lois d&#233;terministes, est une sp&#233;cificit&#233; de l'Occident. En Chine et au Japon, &#034;nature&#034; signifie &#034;ce qui existe par soi-m&#234;me &#034;. Joseph Needham nous a rappel&#233; l'ironie avec laquelle les lettr&#233;s chinois re&#231;urent l'expos&#233; des triomphes de la science moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Remarque :&lt;br class='autobr' /&gt; Quant &#224; l'id&#233;e qu'une nature passive serait une sp&#233;cifit&#233; de l'Occident, tout d&#233;pend de quelle p&#233;riode de l'Occident on parle : l'&#233;tymologie grecque du mot physique (physis) par exemple sugg&#232;re tout le contraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans l'un des ses derniers livres, L'Univers Irr&#233;solu, Karl Popper &#233;crit : &#034;Je consid&#232;re le d&#233;terminisme laplacien - confirm&#233; comme il semble l'&#234;tre par le d&#233;terminisme des th&#233;ories physiques, et par leur succ&#232;s &#233;clatant - comme l'obstacle le plus solide et plus s&#233;rieux sur le chemin d'une explication et d'une apologie de la libert&#233;, de la cr&#233;ativit&#233;, et de la responsabilit&#233; humaines&#034;. Pour Popper, cependant, le d&#233;terminisme ne met pas seulement en cause la libert&#233; humaine. Il rend impossible la rencontre de la r&#233;alit&#233; qui est la vocation m&#234;me de notre connaissance : Popper &#233;crit plus loin que la r&#233;alit&#233; du temps et du changement a toujours &#233;t&#233; pour lui &#034;le fondement essentiel du r&#233;alisme&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans &#034;Le possible et le r&#233;el&#034;, Henri Bergson demande &#034;A quoi sert le temps ?... le temps est ce qui emp&#234;che quc tout soit donn&#233; d'un seul coup. Il retarde, ou plut&#244;t il est retardement. Il doit donc &#233;tre &#233;laboration. Ne serait-il pas alors le v&#233;hicule de cr&#233;ation et de choix ? L'existence du temps ne prouverait-elle pas qu'il y a de l'ind&#233;termination dans les choses ?&#034;. Pour Bergson comme pour Popper 1e r&#233;alisme et l'ind&#233;terminisme sont solidaires. Mais cette conviction se heurte au triomphe de la physique moderne, au fait que le plus fructueux et le plus rigoureux des dialogues que nous ayons men&#233; avec nature aboutit &#224; l'affirmation du d&#233;terminisme. L'opposition entre le temps r&#233;versible et d&#233;terministe de la physique et le temps des philosophes a men&#233; &#224; des conflits ouverts. Aujourd'hui, la tentation est plut&#244;t celle d'un repli, qui se traduit par un scepticisme g&#233;n&#233;ral quant &#224; la signification de nos connaissances. Ainsi, la philosophie postmoderne pr&#244;ne la d&#233;construction. Rorty par exemple appelle &#224; transformer les probl&#232;mes qui ont divis&#233; notre tradition en sujets de conversation civilis&#233;e. Bien s&#251;r, pour lui les controverses scientifiques, trop techniques n'ont pas de place dans cette conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...] Mais le conflit n'oppose pas seulement les sciences et la philosophie, Il oppose la physique &#224; tous les autres savoirs. En octobre 1994 Scientific American a consacr&#233; un num&#233;ro sp&#233;cial &#224; &#034;La vie dans l'univers&#034;. A tous les niveaux, que ce soit celui de la cosmologie, de la g&#233;ologie, de la biologie ou de la soci&#233;t&#233;, le caract&#232;re &#233;volutif de la r&#233;alit&#233; s'affirme de plus en plus. On s'attendrait donc &#224; ce que la question soit pos&#233;e : comment comprendre ce caract&#232;re &#233;volutif dans le cadre des lois de la physique ? Or un seul article, &#233;crit par le c&#233;l&#232;bre physicien Steven Weinberg, discute cet aspect. Weinberg &#233;crit : &#034;Quel que soit notre d&#233;sir d'avoir une vision unifi&#233;e de la nature, nous ne cessons de nous heurter &#224; la dualit&#233; du r&#244;le de la vie intelligente dans l'univers... D'une part, il y a l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, qui d&#233;crit de mani&#232;re parfaitement d&#233;terministe comment la fonction d'onde de n'importe quel syst&#232;me &#233;volue dans le temps. Et puis, d'une mani&#232;re parfaitement ind&#233;pendante, i1 y a un ensemble de principes qui nous disent comment utiliser la fonction d'onde pour calculer les probabilit&#233;s des diff&#233;rents r&#233;sultats possibles produits par nos mesures&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Nos mesures ?&#034; Est-i1 donc sugg&#233;r&#233; que c'est nous par nos mesures, qui serions responsables de ce qui &#233;chappe au d&#233;terminisme universel, qui serions donc &#224; l'origine de l'&#233;volution cosmique ? C'est le point de vue que d&#233;fend &#233;galement Stephen Hawking dans &#034;Une br&#232;ve histoire du Temps&#034;. I1 y expose une interpr&#233;tation purement g&#233;om&#233;trique de la cosmologie : le temps ne serait en quelque sorte qu'un accident de l'espace.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans The Emperor's New Mind, Roger Penrose &#233;crit que &#034;c'est notre compr&#233;hension actuellement insuffisante des lois fondamentales de la physique qui nous emp&#234;che d'exprimer la notion d'esprit (mind) en termes physiques ou logiques&#034;. Je suis d'accord avec Penrose : nous avons besoin d'une nouvelle formulation des lois fondamentales de la physique, mais celle-ci ne doit pas n&#233;cessairement d&#233;crire la notion d'esprit, elle doit d'abord incorporer dans nos lois physiques la dimension &#233;volutive sans laquelle nous sommes condamn&#233;s &#224; une conception contradictoire de la r&#233;alit&#233;. Enraciner l'ind&#233;terminisme et l'asym&#233;trie du temps dans les lois de la physique est la r&#233;ponse que nous pouvons donner aujourd'hui au dilemme d'&#201;picure. Sinon, ces lois sont incompl&#232;tes, aussi incompl&#232;tes que si elles ignoraient la gravitation ou l'&#233;lectricit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 13. R. Penrose, The Ernperor's New Mind. Oxford, Oxford University Press, Vintage edition, 1990, p. 4-5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au d&#233;but de ce chapitre, nous avons mentionn&#233; les penseurs pr&#233;socratiques. En fait, les anciens grecs nous ont l&#233;gu&#233; deux id&#233;aux qui ont guid&#233; notre histoire : celui d'intelligibilit&#233; de la nature ou, comme l'a &#233;crit Whitehead, de &#034;former un syst&#232;me d'id&#233;es g&#233;n&#233;rales qui soit n&#233;cessaire, logique, coh&#233;rent, et en fonction duquel tous les &#233;l&#233;ments de notre exp&#233;rience puissent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s&#034; ; et celui de d&#233;mocratie bas&#233;e sur le pr&#233;suppos&#233; de la libert&#233; humaine, de la cr&#233;ativit&#233; et de la responsabilit&#233;. Nous sommes certes tr&#232;s loin de l'accomplissement de ces deux id&#233;aux, du moins nous pouvons d&#233;sorrnais conclure qu &#239;ls ne sont pas contradictoires.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La nature nous pr&#233;sente des processus irr&#233;versibles et des processus r&#233;versibles, mais les premiers sont la r&#232;gle, et les seconds l'exception. Les processus macroscopiques, tels que r&#233;actions chimiques et ph&#233;nom&#232;nes de transport, sont irr&#233;versibles. Le rayonnement solaire est le r&#233;sultat de processus nucl&#233;aires irr&#233;versibles. Aucune description de l'&#233;cosph&#232;re ne serait possible sans les processus irr&#233;versibles innombrables qui s'y d&#233;roulent. Les processus r&#233;versibles, en revanche, correspondent toujours &#224; des id&#233;alisations : nous devons n&#233;gliger la friction pour attribuer au pendule un comportement r&#233;versible, et cela ne vaut que comme une approximation.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 26&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...] Apr&#232;s plus d'un si&#232;cle, au cours duquel la Physique a connu d'extraordinaires mutations,1'interpr&#233;tation de 1'irreversibilit&#233; comme approximation est pr&#233;sent&#233;e par la majorit&#233; des physiciens contemporains comme allant de soi. Qui plus est, le fait que nous serions alors responsables du caract&#232;re &#233;volutif de 1'univers n'est pas explicit&#233;. Au contraire, une premi&#232;re &#233;tape du raisonnement qui doit mener le lecteur a accepter le fait que 1'irr&#233;versibilit&#233; n'est rien d'autre qu'une cons&#233;quence de nos approximations consiste toujours &#224; pr&#233;senter les cons&#233;quences du second principe comme &#233;videntes, voire triviales. Voici par exemple comment Murray Gell-Mann s'exprime dans The Quark and the Jaguar [17] : &#034;L'explication de 1'irr&#233;versibilit&#233; est qu'il y a plus de mani&#232;res pour les clous ou les pi&#232;ces de monnaie d'&#234;tre m&#233;lang&#233;s que tri&#233;s. I1 y a plus de mani&#232;res pour les pots de beurre et de confiture d'&#234;tre contamin&#233;s 1'un par 1'autre que de rester purs. Et il y a plus de mani&#232;res pour les mol&#233;cules d'un gaz d'oxyg&#232;ne et d'azote d'&#234;tre m&#233;lang&#233;es que s&#233;par&#233;es. Dans la mesure o&#249; on laisse aller les choses au hasard, on peut pr&#233;voir qu'un syst&#232;me clos caract&#233;ris&#233; par quelque ordre initial &#233;voluera vers le d&#233;sordre, qui offre tellement plus de possibilit&#233;s. Comment ces possibilit&#233;s doivent-elles &#234;tre compt&#233;es ? Un systeme enti&#232;rement clos, d&#233;crit de mani&#232;re exacte, peut se trouver dans un grand nombre d'&#233;tats distincts, souvent appel&#233;s &#034;micro&#233;tats &#034;. En m&#233;canique quantique, ceux-ci sont les &#233;tats quantiques possibles du syst&#232;me. Ils sont regroup&#233;s en cat&#233;gories (parfois appel&#233;es macro&#233;tats) selon des propri&#233;t&#233;s &#233;tablies par une description grossi&#232;re (coarse grained). Les micro&#233;tats correspondant &#224; un macro&#233;tat donn&#233; sont trait&#233;s comme &#233;quivalents, ce qui fait que seul compte leur nombre. &#034; Et Gell-Man conclut : &#034; L'entropie et 1'information sont &#233;troitement li&#233;es. En fait, l'entropie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une mesure de l'ignorance. Lorsque nous savons seulement qu'un systeme est dans un macro&#233;tat donn&#233;, l'entropie du macro&#233;tat mesure le degr&#233; d'ignorance &#224; propos du micro&#233;tat du syst&#232;me, en comptant le nombre de bits d'information additionnelle qui serait n&#233;cessaire pour le specifier, tous les micro&#233;tats dans le macro&#233;tat &#233;tant consid&#233;r&#233;s comme &#233;galement probables&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai cit&#233; longuement Gell-Mann, mais le m&#234;me genre de pr&#233;sentation de la fl&#232;che du temps figure dans la plupart des ouvrages. Or cette interpr&#233;tation, qui implique que notre ignorance, le caract&#232;re grossier de nos descriptions, seraient responsables du second principe et d&#232;s lors de la fl&#232;che du temps, est intenable.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle nous force &#224; conclure que le monde para&#238;trait parfaitement sym&#233;trique dans le temps &#224; un observateur bien inform&#233;, comme le d&#233;mon imagin&#233; par Maxwell, capable d'observer les micro&#233;tats. Nous serions les p&#232;res du temps et non les enfants de l'&#233;volution. Mais comment expliquer alors que les propri&#233;t&#233;s dissipatives, comme les coefficients de diffusion ou les temps de relaxation, soient bien d&#233;finis, quelle que soit la pr&#233;cision de nos exp&#233;riences ?&lt;br class='autobr' /&gt; Comment expliquer le r&#244;le constructif de la fl&#232;che du temps que nous avons &#233;voqu&#233; plus haut ?&lt;br class='autobr' /&gt; Page 29 et 30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [17]. M. Gell-Mann, The Quark and the Jaguar, Londres. Little Brown and Co, 1994, p. 218-220.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Remarque : quelle belle image... quel beau parfum de logique quasi raciste. Ce qui n'est pas pur est &#034;contamin&#233;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...] Les d&#233;veloppements r&#233;cents de la physique et de la chimie de non &#233;quilibre montrent que la fl&#232;che du temps peut &#234;tre une source d'ordre. Il en &#233;tait d&#233;j&#224; ainsi dans des cas classiques simples, comme la diffusion thermique. Bien s&#251;r, les mol&#233;cules mettons d'hydrog&#232;ne et d'azote au sein d'une boite close, &#233;volueront vers un m&#233;lange uniforme. Mais chauffons une partie de la boite et refroidissons l'autre. Le syst&#232;me &#233;volue alors vers un &#233;tat stationnaire dans lequel la concentration de l'hydrog&#232;ne est plus &#233;lev&#233;e dans la partie chaude et celle de l'azote dans la partie froide. L'entropie produite par le flux de chaleur, qui est un ph&#233;nom&#232;ne irr&#233;versible, d&#233;truit l'homog&#233;n&#233;it&#233; du m&#233;lange. C'est donc un processus g&#233;n&#233;rateur d'ordre, un processus qui serait impossible sans le flux de chaleur. L'irr&#233;versibilit&#233; m&#232;ne &#224; la fois au d&#233;sordre et &#224; l'ordre.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 31&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Remarque : et m&#234;me encore plus simples - merveilleusement simples - les &#034;pots vibrants&#034; utilis&#233;s dans l'industrie pour trier et mettre en ordre des pi&#232;ces sont un autre example du fait qu'il suffit parfois d'injecter un peu d'&#233;nergie cr&#233;er de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Retenons ici que nous pouvons affirmer aujourd'hui que c'est gr&#226;ce aux processus irr&#233;versibles associ&#233;s &#224; la fl&#232;che du temps que la nature r&#233;alise ses structures les plus d&#233;licates et les plus complexes. La vie n'est possible que dans un univers loin de l'&#233;quilibre. Le d&#233;veloppement remarquable de la physique et de la chimie de non-&#233;quilibre au cours de ces derni&#232;res d&#233;cennies renforce donc les conclusions pr&#233;sent&#233;es dans La Nouvelle Alliance * :&lt;br class='autobr' /&gt; 1. Les processus irr&#233;versibles (associ&#233;s &#224; la fl&#232;che du temps) sont aussi r&#233;els que les processus r&#233;versibles d&#233;crits par les lois traditionnelles de la physique ; ils ne peuvent pas s'interpr&#233;ter comme des approximations des lois fondamentales.&lt;br class='autobr' /&gt; 2. Les processus irr&#233;versibles jouent un r&#244;le constructif dans la nature.&lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'irr&#233;versibilit&#233; exige une extension de la dynamique.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [*] I. Prigogine et I. Stengers, La Nouvelle Alliance, Paris, Gallimard, 1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; II y a deux si&#232;cles, Lagrange d&#233;crivait la m&#233;canique analytique, o&#249; les lois du mouvement newtonien trouvaient leur formulation rigoureuse, comme une branche des math&#233;matiques [18]. Aujourd'hui encore on parle souvent de &#034;m&#233;canique rationnelle&#034;, ce qui signifierait que les lois newtoniennes exprimeraient les lois de la &#034;raison&#034; et pourraient ainsi pr&#233;tendre &#224; une v&#233;rit&#233; immuable. Nous savons qu'il n'en est pas ainsi puisque ous avons vu na&#238;tre la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;. Mais aujourd'hui c'est &#224; la m&#233;canique quantique que l'on est tent&#233; d'attribuer une v&#233;rit&#233; absolue. Gell-Mann &#233;crit dans The Quark and the Jaguar que &#034;la m&#233;canique quantique n'est pas, en elle-m&#234;me une th&#233;orie ; c'est plut&#244;t le cadre dans lequel doit entrer toute th&#233;orie physique contemporaine&#034;. En est-il vraiment ainsi ? Comme mon regrett&#233; ami L&#233;onRosenfeld ne cessait de le souligner, toute th&#233;orie est fond&#233;e sur des concepts physiques associ&#233;s &#224; des id&#233;alisations qui rendent possible la formulation math&#233;matique de ces th&#233;ories ; c'est pourquoi &#034;aucun concept physique n'est suffisamment d&#233;fini sans que soient connues les limites de sa validit&#233;&#034;, limites provenant des id&#233;alisations m&#234;mes qui le fondent.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 33&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [18] J.-L. Lagrange, Th&#233;orie des fonctions analytiques, Paris, Imprimerie de la R&#233;publique 1796.&lt;br class='autobr' /&gt; [20] L. Rosenfeld, &#034;Consid&#233;rations non-philosophiques sur la causalit&#233;&#034;, in Les Th&#233;ories de la Causalit&#233;, Paris, PUF, 1971, P137.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La diff&#233;rence entre syst&#232;mes stables et instables nous est famili&#232;re. Prenons un pendule et &#233;tudions son mouvement en tenant compte de 1'existence d'une friction. Supposons-le d'abord immobile &#224; l'&#233;quilibre. On sait que son &#233;nergie potentielle y presente une valeur minimale. Une petite perturbation sera suivie par un retour &#224; 1'&#233;quilibre. L'&#233;tat d'&#233;quilibre du pendule est stable. En revanche, si nous r&#233;ussissons &#224; faire tenir un crayon sur sa pointe,1'&#233;quilibre est instable. La moindre perturbation le fera tomber d'un c&#244;t&#233; ou de I'autre. I1 y a une distinction fondamentale entre les mouvements stables et instables. En bref, les syst&#232;mes dynamiques stables sont ceux ou de petites modifications des conditions initiales produisent de petits effets. Mais pour une classe tr&#232;s &#233;tendue de syst&#232;mes dynamiques, ces modifications s'amplifient au cours du temps. Les syst&#232;mes chaotiques sont un exemple extr&#234;me de syst&#232;mes instables car les trajectoires correspondant &#224; des conditions initiales aussi proches que I'on veut divergent de maniere exponentielle au cours du temps. On parle alors de &#034;sensibilit&#233; aux conditions initiales&#034; telle que 1'illustre la parabole bien connue de &#034;1'effet papillon&#034; : le battement des ailes d'un papillon dans le bassin amazonien peut affecter le temps qu'il fera aux Etats-Unis. Nous verrons des exemples de syst&#232;mes chaotiques aux chapitres III et IV. On parle souvent de &#034;chaos d&#233;terministe&#034;. En effet, les &#233;quations de syst&#232;mes chaotiques sont d&#233;terministes comme le sont les lois de Newton. Et pourtant elles engendrent des comportements d'allure al&#233;atoire ! Cette d&#233;couverte surprenante a renouvel&#233; la dynamique classique, jusque l&#224; consid&#233;r&#233;e comme un sujet clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Page 34 &amp; 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...] A la fin du XIX&#232;me si&#232;cle seulement, Poincar&#233; a montr&#233; que les probl&#232;mes sont fondamentalement diff&#233;rents selon qu'il s'agit d'un syst&#232;me dynamique stable ou non. D&#233;j&#224; le probl&#232;me &#224; trois corps [Le Soleil, la Terre et la Lune] entre dans la cat&#233;gorie des syst&#232;mes instables. [...]&lt;br class='autobr' /&gt; Page 36&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au lieu de consid&#233;rer un seul syst&#232;me, nous pouvons en &#233;tudier une collection, un &#034;ensemble p&#034;, selon le terme utilis&#233; depuis le travail pionnier de Gibbs et d'Einstein au d&#233;but de ce si&#232;cle. Un ensemble est repr&#233;sent&#233; par un nuage de points dans l'espace des phases. Ce nuage est d&#233;crit par unc fonction ro(q,p,t) dont l'interpr&#233;tation physique est simple : c'est la distribution de probabilit&#233;, qui d&#233;crit la densit&#233; des points du nuage au sein de l'espace des phases. Le cas particulier d'un seul syst&#232;me correspond alors &#224; la situation o&#249; ro a une valeur nulle partout dans 1'espace des phases sauf en un point unique q0, p0. Ce cas correspond &#224; une forme sp&#233;ciale de ro : les fonctions qui ont la propri&#233;t&#233; de s'annuler partout sauf en un seul point not&#233; x0 sont appel&#233;es &#034;fonctions de Dirac&#034; delta(x-x0). Une telle fonction delta(x-x0) est donc nulle pour tout point x diff&#233;rent de x0. Nous reviendrons sur les propri&#233;t&#233;s des fonctions delta par la suite. Soulignons d'ores et d&#233;j&#224; qu'elles appartiennent &#224; une classe de fonctions g&#233;n&#233;ralis&#233;es ou de distributions (&#224; ne pas confondrc avec les distributions de probabilit&#233;). Elles ont en effet des propri&#233;t&#233;s anormales par rapport aux fonctions r&#233;guli&#232;res car lorsque x=x0, la fonction delta(x-x0) diverge, c'est-&#224;-dire tend vers l'infini. Soulignons-le d&#233;j&#224;, ce type de fonction ne peut &#234;tre utilis&#233; qu'en conjonction avec des fonctions r&#233;guli&#232;res, les fonctions test phi(x). La n&#233;cessit&#233; d'introduire une fonction test jouera un r&#244;le crucial dans l'extension de la dynamique que nous allons d&#233;crire. Bornons-nous &#224; souligner l'inversion de perspective qui s'esquisse ici : alors que la description d'un syst&#232;me individuel semble intuitivement la situation premi&#232;re, elle devient, lorsqu'on part des ensembles, un cas particulier, impliquant l'introduction d'une fonction delta aux propri&#233;tes singuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Page 37 &amp; 38&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Henri Poincar&#233; fut tellement impressionn&#233; par ce succ&#232;s de la th&#233;orie cin&#233;tique qu'il &#233;crivit : &#034;peut-&#234;tre est-ce la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz qui va prendre du d&#233;veloppement et servir de mod&#232;les aux autres... La loi physique alors prendrait un aspect enti&#232;rement nouveau... elle prendrait le caract&#232;re d'une loi statistique&#034; [21]. Nous le verrons, cet &#233;nonc&#233; &#233;tait proph&#233;tique. La notion de probabilit&#233; introduite empiriquement par Boltzmann a &#233;t&#233; un coup d'audacc d'une tr&#232;s grande f&#233;condit&#233;. Plus d'un si&#232;cle apr&#232;s, nous commen&#231;ons &#224; comprendre comment elle &#233;merge de la dynamique &#224; travers 1'instabilit&#233; : celle-ci d&#233;truit 1'&#233;quivalence entre le niveau individuel et le niveau statistique, si bien que les probabilit&#233;s prennent alors une signification intrins&#232;que , irr&#233;ductible &#224; une interpr&#233;tation en termes d'ignorance ou d'approximation. C'est ce que mon coll&#232;gue B. Misra et moi avons soulign&#233; en introduisant l'expression &#034;intrins&#232;quement al&#233;atoire&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 39&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [21] . H. Poincar&#233;, La valeur de la science, Paris, Flammarion, 1913, p. 210.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...] la distribution de probabilit&#233; nous permet d'incorporcr dans le cadre de la description dynamique la microstructure complexe de l'espace des phases. Elle contient donc une infonnation additionnelle, qui est perdue dans la description des trajectoires individuelles. Comme nous le verrons au chapitre IV, c'est un point fondamental : la description probabiliste est plus riche que la description individuelle, qui pourtant a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme la description fondamentale. C'est la raison pour laquelle nous obtiendrons au niveau des distributions de probabilit&#233; ro une description dynamique nouvelle permettant de pr&#233;dire l'&#233;volution de l'ensemble. Nous pouvons ainsi obtenir les &#233;chelles de temps caract&#233;ristiques correspondant &#224; l'approche des fonctions de distribution vers l'&#233;quilibre, ce qui est impossible au niveau des trajectoire individuelles. L'&#233;quivalence entre le niveau individuel et le niveau statistique est bel et bien d&#233;truite. Nous parvenons, pour les distributions de probabilit&#233;, &#224; des solutions nouvelles irr&#233;ductibles, au sens o&#249; elles ne s'appliquent pas aux trajectoires individuelles. Les &#034;lois du chaos&#034; associ&#233;es &#224; une description r&#233;guli&#232;re et pr&#233;dictive des syst&#232;mes chaotiques se situent au niveau statistique. C'est ce que nous entendions lorsque nous parlions &#224; la section pr&#233;c&#233;dente d'une &#034;g&#233;n&#233;ralisation de la dynamique&#034;. Il s'agit d'une formulation de la dynamique au niveau statistique qui n'a pas d'&#233;quivalent en termes de trajectoires. Cela nous conduit &#224; une situation nouvelle. Les conditions initiales ne peuvent plus &#234;tre assimil&#233;es &#224; un point dans l'espace des phases, elles correspondent &#224; une r&#233;gion d&#233;crite par une distribution de probabilit&#233;. Il s'agit donc d'une description non-locale. De plus, comme nous le verrons, la sym&#233;trie par rapport au temps est bris&#233;e car dans la fomulation statistique le pass&#233; et le futur jouent des r&#244;les diff&#233;rents. Bien s&#251;r, lorsque l'on consid&#232;re des syst&#232;mes stables, la description statistique se r&#233;duit &#224; la description usuelle. On pourrait se demander pourquoi il a fallu tellement de temps pour arriver &#224; une formulation des lois de la nature qui inclue l'irr&#233;versibilit&#233; et les probabilit&#233;s. L'une des raisons en est certainement d'ordre id&#233;ologique : c'est le d&#233;sir d'acc&#233;der &#224; un point de vue quasi divin sur la nature. Que devient le d&#233;mon de Laplace dans le monde que d&#233;crivent les lois du chaos ? Le chaos d&#233;terministe nous apprend qu'il ne pourrait pr&#233;dire le futur que s'il connaissait l'&#233;tat du monde avec une pr&#233;cision infinie. Mais on peut d&#233;sormais aller plus loin car il existe une forme d'instabilit&#233; dynamique encore plus forte, telle que les trajectoires sont d&#233;truites quelque soit la pr&#233;cision de la description. Ce type d'instabilit&#233; est d'une importance fondamentale puisqu &#239;l s'applique, comme nous le verrons, aussi bien &#224; la dynamique classique qu'&#224; la m&#233;canique quantique. ll est central dans tout ce livre. Une fois de plus, notre point de d&#233;part est le travail fondamental d'Henri Poincar&#233; &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle [23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons d&#233;j&#224; vu que Poincar&#233; avait &#233;tabli une distinction fondamentale entre syst&#232;mes stables et syst&#232;mes instables. Mais il y a plus. Il a introduit la notion cruciale de &#034;syst&#232;me dynamique non int&#233;grable&#034;. Il a montr&#233; que la plupart des syst&#232;mes dynamiques &#233;taicnt non int&#233;grables. I1 s'agissait de prime abord d'un r&#233;sultat n&#233;gatif, longtemps consid&#233;r&#233; comme un simple probl&#232;me de technique math&#233;matique. Pourtant comme nous allons le voir, ce r&#233;sultat exprime la condition sine qua non &#224; toute possibilit&#233; d'articuler de mani&#232;re coh&#233;rente le langage de la dynamique &#224; ce monde en devenir qui est le n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce en effet qu'un syst&#232;me int&#233;grable au sens de Poincar&#233; ? Tout syst&#232;me dynamique pent &#234;tre caract&#233;ris&#233; par une &#233;nergie cin&#233;tique, qui d&#233;pend de la seule vitesse des corps qui le composent, et par une &#233;nergie potentielle, qui d&#233;pend de l'interaction entre ces corps, c'est-&#224;-dire de leurs distances relatives. Un cas particuli&#232;rement simple est celui de particules libres, d&#233;nu&#233;es d'interactions mutuelles. Dans ce cas, il n y a pas d'&#233;nergie potentielle ct le calcul de la trajectoire devient trivial. Un tel syst&#232;me est int&#233;grable au sens de Poincar&#233;. On peut montrer que tout syst&#232;me dynamique int&#233;grable peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; comme s'il &#233;tait constitu&#233; de corps d&#233;pourvus d'interactions. Nous reviendrons au chapitre V sur le formalisme hamiltonien qui permet ce type de transformation. Nous nous bornons ici &#224; pr&#233;senter la d&#233;finition de 1'int&#233;grabilit&#233; &#233;nonc&#233;e par Poincar&#233; : un syst&#232;me dynamique int&#233;grable est un syst&#232;me dont on peut d&#233;fmir les variables de telle sorte que l'&#233;nergie potentielle soit &#233;limin&#233;e, c'est-&#224;-dire de telle sorte que son comportement devienne isomorphe &#224; celui d'un syst&#232;me de particules libres sans interaction. Poincar&#233; a montr&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral de telles variables ne peuvent pas &#234;tre obtenues. Des lors, en g&#233;n&#233;ral, les syst&#232;mes dynamiques sont non int&#233;grables.&lt;br class='autobr' /&gt; Si la d&#233;monstration de Poincar&#233; avait conduit &#224; un r&#233;sultat diff&#233;rent, s'il avait pu montrer que tous les syst&#232;mes dynamiques &#233;taient int&#233;grables, jeter un pont entre le monde dynamique et le monde des processus que nous observons aurait &#233;t&#233; exclu. Dans un monde isomorphe &#224; un ensemble de corps sans interaction, il n'y a pas de place pour la fl&#232;che du temps ni pour l'auto-organication, ni pour la vie. Mais Poincar&#233; n'a pas seulement d&#233;montr&#233; que l'int&#233;grabilit&#233; s'applique seulement &#224; une classe r&#233;duite de syst&#232;mes dynamiques, il a identifi&#233; la raison du caract&#232;re exceptionnel de cette propri&#233;t&#233; : 1'existence de r&#233;sonance entre les degr&#233;s de libert&#233; du syst&#232;me. Il a, ce faisant, identifi&#233; le probl&#232;me &#224; partir duquel une formulation &#233;largie de la dynamique devient possible.&lt;br class='autobr' /&gt; La notion de r&#233;sonance caract&#233;rise un rapport entre des fr&#233;quences. Un exemple simple de fr&#233;quence est celui de l'oscillateur harmonique, qui d&#233;crit le comportement d'une particule li&#233;e &#224; un centre par une force proportionnelle &#224; la distance : si on &#233;carte la particule du centre, elle oscillera avec une fr&#233;quence bien d&#233;finie. Consid&#233;rons maintenant le cas le plus familier d'oscillateur, celui du ressort qui, &#233;loign&#233; de sa position d'&#233;quilibre, vibre avec une fr&#233;quence caract&#233;ristique. Soumettons un tel ressort &#224; une force ext&#233;rieure, caract&#233;ris&#233;e elle aussi par une fr&#233;quence que nous pouvons faire varier. Nous observons alors un ph&#233;nom&#232;ne de couplage entre deux fr&#233;quences. La r&#233;sonance se produit lorsque les deux fr&#233;quences, celle du ressort et celle de la force ext&#233;rieure, correspondent &#224; un rapport num&#233;rique simple (l'une des fr&#233;quences est &#233;gale &#224; un multiple entier de l'autre). L'amplitude de la vibration du pendule augmente alors consid&#233;rablement. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se produit en musique, lorsque nous jouons une note sur un instrument. Nous entendons les harmoniques. La r&#233;sonance &#034;couple&#034; les sons.&lt;br class='autobr' /&gt; Les fr&#233;quences, et en particulier la question de leur r&#233;sonance, sont au coeur de la description des syst&#232;mes dynamiques. Chacun des degr&#233;s de libert&#233; d'un syst&#232;me dynamique est caract&#233;ris&#233; par une fr&#233;quence. La valeur des diff&#233;rentes fr&#233;quences d&#233;pend en g&#233;n&#233;ral du point de l'espace des phases. Consid&#233;rons un syst&#232;me &#224; deux degr&#233;s de libert&#233;, caract&#233;ris&#233; par les fr&#233;quences w1 et w2. Par d&#233;finition, en chaque point de l'espace des phases o&#249; la somme n1w1+n1w2 s'annule pour des valeurs enti&#232;res, non nulles de n1 et n2 nous avons r&#233;sonance, car en un tel point n1/n2=-w2/w1. Or, le calcul de la trajectoire de tels syst&#232;mes fait intervenir des d&#233;nominateurs de type 1/(n1w1+n2w2), qui divergent donc aux points de r&#233;sonance, ce qui rend le calcul impossible. C'est le probl&#232;me des petits diviseurs, d&#233;j&#224; soulign&#233; par Le Verrier. Ce que Poincar&#233; a montr&#233;, c'est que les r&#233;sonances et les d&#233;nominateurs dangereux qui leur correspondent constituaient un obstacle incontournabte s'opposant &#224; l'int&#233;gration de la plupart des syst&#232;mes dynamiques.&lt;br class='autobr' /&gt; Poincar&#233; avait compris que son r&#233;sultat menait &#224; ce qu'il appela &#034;le probl&#232;me g&#233;n&#233;ral de la dynamique&#034;, mais ce probl&#232;me fut longtemps n&#233;glig&#233;. Max Born a &#233;crit : &#034;Il serait vraiment remarquable que la Nature ait trouv&#233; le moyen de r&#233;sister au progr&#232;s de la connaissance en ce cachant derri&#232;re le rempart des difficult&#233;s analytiques du probl&#232;me &#224; n-corps&#034;[...]&lt;br class='autobr' /&gt; Pages 41 &#224; 46&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [21] H. Poincar&#233;, &#034;La valeur de la Science&#034;, Paris Flammarion, 1913, P210&lt;br class='autobr' /&gt; [22] B Mandelbrot, &#034;The Fractal Geometry of Nature&#034;, San Francisco, J.Wiley, 1982&lt;br class='autobr' /&gt; [23] H. Poincar&#233;, &#034;Les m&#233;thode nouvelles de la rn&#233;canique&#034;, Paris, Gauthier-Villars 1893 (Dover 1957).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Remarque : c'est une demie explication car il resterait &#224; savoir d'o&#249; vient le dit &#034;point de vue divin&#034;. En fait, ce point de vue divin n'est pas celui de n'importe quelle religion. Par exemple, ce n'est pas celui du taoisme, ni du boudhisme, ni m&#234;me de l'animisme. Le point de vue divin en question est le point de vue de dieux techniciens, soit Grecs, H&#233;breux ou d&#233;riv&#233;s [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous pouvons d&#233;sormais aller au del&#224; du r&#233;sultat n&#233;gatif de Poincar&#233; et montrer que la non-int&#233;grabilit&#233; ouvre, comme les syst&#232;mes chaotiques, la voie &#224; une formulation statistique des lois de la dynamique.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 47&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J'ai toujours pens&#233; que la science &#233;tait un dialogue avec la nature. Comme dans tout dialogue v&#233;ritable les r&#233;ponses sont souvent &#234;tre inattendues.&lt;br class='autobr' /&gt; Pages 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Adolescent, j'&#233;tais fascin&#233; par l'arch&#233;ologie, la philosophie et la musique. [...] Les sujets qui int&#233;ressaient avait toujours &#233;t&#233; ceux o&#249; le temps jouait un r&#244;le essentiel, que ce soit l'&#233;mergence des civilisations, les probl&#232;mes &#233;thiques associ&#233;s &#224; la libert&#233; humaine o&#249; l'organisation temporelle des sons en musique. Mais la menace de la guerre pesait et il semblait plus raisonnable que je me dirige vers une carri&#232;re dans les sciences &#034;dures&#034;. C'est ainsi que j'entamai des &#233;tudes de Physique et de Chimie &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles.&lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s tant d'ann&#233;es je ne peux pas me souvenir pr&#233;cis&#233;ment de mes r&#233;actions, mais il me semble que j'ai ressorti &#233;tonnement et frustration. En physique, le temps &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un simple param&#232;tre g&#233;om&#233;trique. Plus de cent ans avant Einstein et Minkowski, en 1796 d&#233;j&#224;, Lagrange avait baptis&#233; la dynamique &#034;une g&#233;om&#233;trie &#224; 4 dimensions&#034;. Einstein affirmait que le temps associ&#233; &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; &#233;tait une illusion. &#201;tant donn&#233; mes premiers int&#233;r&#234;ts, c'&#233;tait une conclusion qu'il m'&#233;tait impossible d'accepter, mais m&#234;me aujourd'hui la tradition d'un temps spatialis&#233; reste toujours vivante.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 66&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne suis certainement pas le premier &#224; avoir senti que cette spatialisation du temps &#233;tait incompatible tant avec l'univers &#233;volutif que nous observons qu'avec notre exp&#233;rience humaine. Ce fut d'ailleurs le point de d&#233;part du philosophe Henri Bergson, pour qui &#034;le temps est invention o&#249; il n'est rien du tout&#034;. J'ai d&#233;j&#224; cit&#233; l'article &#034;le possible et le r&#233;el&#034;, une oeuvre assez tardive puisque l'article fut &#233;crit en 1930 &#224; l'occasion de son prix Nobel Bergson y parle du temps comme &#034;jaillissement effectif de nouveaut&#233; impr&#233;visible&#034; dont t&#233;moigne notre exp&#233;rience de la libert&#233; humaine mais aussi de l'ind&#233;termination des choses. En cons&#233;quence, le possible est plus riche que le r&#233;el. L'univers autour de nous doit &#234;tre compris &#224; partir du possible , non &#224; partir d'un quelconque &#233;tat initial dont il pourrait, de quelque mani&#232;re, &#234;tre d&#233;duit.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Remarque : et m&#234;me probablement, comme somme, comme int&#233;grale des possibles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comme l'a &#233;crit le grand physicien A.S. Eddington : &#034;dans toute tentative pour construire un pont entre les domaines d'exp&#233;riences qui appartiennent aux dimensions spirituelles et aux dimensions physiques, le temps occupant la position cruciale&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il me semblait que nier toute pertinence de la physique en ce qui concerne le temps &#233;tait payer un prix trop &#233;lev&#233; . Apr&#232;s tout, la science &#233;tait un exemple unique de dialogue fructueux entre l'homme et la nature. N'&#233;tait-ce pas parce que la science classique s'est cantonn&#233;e &#224; l'&#233;tude de probl&#232;mes simples qu'elle a pu r&#233;duire le temps &#224; un param&#232;tre g&#233;om&#233;trique ? [...] Le temps ne serait-il pas une propri&#233;t&#233; &#233;mergente ? Mais il faut alors d&#233;couvrir ses racines. Jamais la fl&#232;che du temps n'&#233;mergera d'un monde r&#233;gi par des lois temporelles sym&#233;triques. J'ai acquis la conviction que irr&#233;versibilit&#233; macroscopique &#233;tait l'expression d'un caract&#232;re al&#233;atoire niveau microscopique. J'&#233;tais encore tr&#232;s loin des contributions r&#233;sum&#233;es au chapitre pr&#233;c&#233;dent, o&#249; l'instabilit&#233; impose une reformulation des lois fondamentales classiques et quantiques, m&#234;me au niveau microscopique.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 69&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour la grande majorit&#233; des scientifiques, la thermodynamique devrait se limiter de mani&#232;re stricte &#224; l'&#233;quilibre. Pour eux, l'irr&#233;versibilit&#233; associ&#233;e &#224; un temps unidirectionnel &#233;tait une h&#233;r&#233;sie. Lewis alla jusqu'&#224; &#233;crire : &#034;nous allons voir que presque partout le physicien a purifi&#233; sa science de l'usage d'un temps unidirectionnel ... &#201;tranger &#224; id&#233;al de la physique.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; Page 70&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s mon expos&#233;, le plus grand expert en la mati&#232;re fit le commentaire suivant : &#034;je suis &#233;tonn&#233; que ce jeune homme soit tellement int&#233;ress&#233; par la physique de non &#233;quilibre. Les processus irr&#233;versibles sont transitoires. Pourquoi alors ne pas attendre et &#233;tudier l'&#233;quilibre comme tout le monde ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai &#233;t&#233; tellement &#233;tonn&#233; que je n'ai pas eu la pr&#233;sence d'esprit de lui r&#233;pondre : &#034;Mais nous aussi nous sommes des &#234;tres transitoires. N'est il pas naturel de s'int&#233;resser &#224; notre condition humaine commune ?&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai ressenti toute ma visite l'hostilit&#233; que suscite chez les physiciens le temps unidirectionnel. [...]&lt;br class='autobr' /&gt; Partout autour de nous nous voyons l'&#233;mergence de structures, t&#233;moignage de la cr&#233;ativit&#233; de la nature pour utiliser le terme de Whitehead. J'&#233;tais persuad&#233; que, d'une mani&#232;re ou d'une autre, cette cr&#233;ativit&#233; &#233;tait li&#233;e aux processus irr&#233;versibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Page 71&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrairement aux syst&#232;mes soit &#224; l'&#233;quilibre soit proches de l'&#233;quilibre, les syst&#232;mes loin de l'&#233;quilibre ne conduisent plus &#224; un extremum d'une fonction telles que l'&#233;nergie libre o&#249; la production d'entropie. En cons&#233;quence, il n'est plus certain que les fluctuations soient amorties. Il est seulement possible de formuler les conditions suffisantes de stabilit&#233; que nous avons baptis&#233; &#034;crit&#232;re g&#233;n&#233;ral d'&#233;volution&#034;. Ce crit&#232;re met en jeu le m&#233;canisme des processus irr&#233;versibles dont le syst&#232;me est le si&#232;ge. Alors que &#224; l'&#233;quilibre et pr&#232;s de l'&#233;quilibre, les lois de la nature sont universelles, loin de l'&#233;quilibre elles deviennent sp&#233;cifiques, elles d&#233;pendent du type de processus irr&#233;versibles. Cette observation est conforme &#224; la vari&#233;t&#233; des comportements de la mati&#232;re que nous observons autour de nous. Loin de l'&#233;quilibre, la mati&#232;re acquiert de nouvelles propri&#233;t&#233;s o&#249; les fluctuations, les instabilit&#233;s jouent un r&#244;le essentiel : la mati&#232;re devient active.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 74 - 75&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La thermodynamique permet de formuler les conditions n&#233;cessaires &#224; l'apparition de structures dissipatives en Chimie. Elles sont de deux types :&lt;br class='autobr' /&gt; Les structures dissipatives se produisant dans des conditions &#233;loign&#233;es de l'&#233;quilibre, il y a toujours une distance critique en de&#231;&#224; de laquelle la branche thermodynamique est stable.&lt;br class='autobr' /&gt; Les structures dissipatives impliquent l'existence d'&#233;tapes catalytiques. Cela signifie qu'il existe dans la cha&#238;ne des r&#233;actions chimiques une &#233;tape dans laquelle un produit interm&#233;diaire Y est obtenu &#224; partir d'un produit interm&#233;diaire X alors que dans une autre &#233;tape X est produit et &#224; partir de Y.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces conditions, remarquons-le, sont satisfaites par tous les organismes vivants. Les enzymes, qui sont cod&#233;es dans le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique, assurent une richesse et une multiplicit&#233; de r&#233;actions catalytiques sans &#233;quivalent dans le monde inorganique. Et sans elles, le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique resterait lettre morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Page 77&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;action de Belousov-Zhabotinski contitue un exemple spectaculaire d'oscillations chimiques qui se produisent en phase liquide loin de l'&#233;quilibre. Je ne d&#233;crirai pas ici cette r&#233;action. Je veux seulement &#233;voquer notre &#233;merveillement lorsque nous v&#238;mes cette solution r&#233;active devenir bleue, puis rouge, puis bleue &#224; nouveau... Aujourd'hui, bien d'autres r&#233;cations oscillantes sont connues, mais la r&#233;action de Belousov-Zhabotinski garde une importance historique. Elle a &#233;t&#233; la preuve que la mati&#232;re loin de l'&#233;quilibre acquiert bel et bien de nouvelles propri&#233;t&#233;s. Des milliards de mol&#233;cules &#233;voluent ensemble et cette coh&#233;rence se manifeste par le changement de couleur de la solution. Cela signifie que des corr&#233;lations &#224; longue port&#233;e apparaissent dans des conditions de non &#233;quilibre, des corr&#233;lations qui existent pas &#224; l'&#233;quilibre. Sur un mode m&#233;taphorique, on peut dire qu'&#224; l'&#233;quilibre la mati&#232;re est aveugle, alors que loin de l'&#233;quilibre elle commence &#224; voir. Et cette nouvelle propri&#233;t&#233;, cette sensibilit&#233; de la mati&#232;re &#224; elle-m&#234;me et &#224; son environnement, est li&#233;e &#224; la dissipation associ&#233;e aux processus irr&#233;versibles.&lt;br class='autobr' /&gt; Pages 77-78&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'homog&#233;n&#233;it&#233; du temps (comme dans les oscillations chimiques), ou de l'espace (comme dans les structures de T&#252;ring), ou encore de l'espace et du temps simultan&#233;ment (comme dans les ondes chimiques) est bris&#233;e. De m&#234;me, les structures dissipatives se diff&#233;rencient intrins&#232;quement de leur environnement.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 81&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A propos des structures dissipatives, nous pouvons parler d'&#034;auto organisation&#034;. M&#234;me si nous connaissons l'&#233;tat initial du syst&#232;me, les processus donc il est le si&#232;ge et les conditions aux limites, nous ne pouvons pas pr&#233;voir lequel des r&#233;gimes d'activit&#233; ce syst&#232;me va choisir. Les bifurcations ne peuvent elles nous aider &#224; comprendre l'innovation et la diversification dans d'autres domaines que la physique ou la chimie ?&lt;br class='autobr' /&gt; Page 81&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'activit&#233; humaine, cr&#233;ative et innovante, n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; la nature. On peut la consid&#233;rer comme une amplification et une intensification de traits d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans le monde physique, et que la d&#233;couverte des processus loin de l'&#233;quilibre nous a appris &#224; d&#233;chiffrer.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 82&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Rapport aux communaut&#233;s europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans un rapport r&#233;cent aux Communaut&#233;s europ&#233;ennes, C.K. Biebracher, G&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolis et P. Schuster ont &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Le maintien de l'organisation dans la nature n'est pas - et ne peut pas &#234;tre - r&#233;alis&#233; par une gestion centralis&#233;e, l'ordre ne peut &#234;tre maintenu que par une auto-organisation. Les syst&#232;mes auto-organisateurs permettent l'adaptation aux circonstances environnementales ; par exemple, ils r&#233;agissent &#224; des modifications de l'environnement gr&#226;ce &#224; une r&#233;ponse thermodynamique qui les rend extraordinairement flexibles et robustes par rapport aux perturbations externes. Nous voulons souligner que la sup&#233;riorit&#233; des syst&#232;mes auto-organisateurs par rapport &#224; la technologie humaine habituelle qui &#233;vite soigneusement la complexit&#233; et g&#232;re de mani&#232;re centralis&#233;e la grande majorit&#233; des processus techniques. Par exemple, en chimie synth&#233;tique les diff&#233;rentes &#233;tapes r&#233;actionnelles sont soigneusement s&#233;par&#233;es les unes des autres, et les contributions li&#233;es &#224; la diffusion des r&#233;actifs sont &#233;vit&#233;es par brassage. Une technologie enti&#232;rement nouvelle devra &#234;tre d&#233;velopp&#233;e pour exploiter le grand potentiel d'id&#233;es et de r&#232;gles des syst&#232;mes auto-organisateurs en mati&#232;re de processus technologiques. La sup&#233;riorit&#233; des syst&#232;mes auto-organisateurs est illustr&#233;e par les syst&#232;mes biologiques o&#249; des produits complexes sont form&#233;s avec une pr&#233;cision, une efficacit&#233;, une vitesse sans &#233;gale&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; La Fin des Certitudes Pages 82 &amp; 83&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C.K. Biebracher, G Nicolis et P. Schuster , Self Organisation in the Physico-Chemical and Life sciences, Report EUR 16546, European Commission 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La nature nous pr&#233;sente en effet l'image de la cr&#233;ation, de l'impr&#233;visible nouveaut&#233;. Notre univers a suivi un chemin de bifurcations successives : il aurait pu en suivre d'autres. Peut-&#234;tre pouvons-nous en dire autant pour la vie de chacun d'entre nous.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 83&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'existence d'une fl&#232;che du temps n'est pas une question de convenance. C'est un fait impos&#233; par l'observation.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 86&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'application de Bernouilli introduit d&#232;s le d&#233;part une direction privil&#233;gi&#233;e du temps. Si nous prenons l'application inverse, nous obtenons un point attracteur unique, vers lequel convergent toutes les trajectoires quelle que soit la condition initiale. Voici la sym&#233;trie du temps est d&#233;j&#224; bris&#233;e au niveau de l'&#233;quation du mouvement. La notion trajectoire n'est un mode de repr&#233;sentation ad&#233;quat que si la trajectoire reste &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me lorsque nous modifions l&#233;g&#232;rement les conditions initiales. Les questions que nous formulons en physique doivent recevoir une r&#233;ponse robuste, qui r&#233;siste &#224; l'&#224; peu pr&#232;s. La description en termes de trajectoires n'a pas ce caract&#232;re robuste. C'est la signification de la sensibilit&#233; aux conditions initiales.&lt;br class='autobr' /&gt; Au contraire, la description statistique ne pr&#233;sente pas cette difficult&#233;. C'est donc &#224; ce niveau statistique que nous devons formuler les lois du chaos et c'est &#233;galement &#224; ce niveau que l'op&#233;rateur de Perron-Frobenius admet de nouvelles solutions.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 105&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les syst&#232;mes non int&#233;grables de Poincar&#233; seront ici d'une importance consid&#233;rable. Dans ce cas, la rupture entre la description individuelle (trajectoire ou fonction d'onde) et la description statistique sera encore plus spectaculaire. Avait comme nous le verrons, pour de tels syst&#232;mes, le d&#233;mon de Laplace reste impuissant, quelle que soit sa connaissance, finie ou m&#234;me infinie,. Le futur n'est plus donn&#233;. Il devient, comme l'avait pr&#233;dit le po&#232;te Paul Val&#233;ry, &#034;une construction&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 124&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La non-int&#233;grabilit&#233; est due aux r&#233;sonnances. Or, les r&#233;sonnances expriment des conditions qui doivent &#234;tre satisfaites par les fr&#233;quences : elles ne sont pas des &#233;v&#233;nements locaux qui se produisent &#224; un instant donn&#233;. Elles introduisent donc un &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la notion de trajectoire, qui correspond &#224; une description locale d'espace temps.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La physique de l'&#233;quilibre nous a donc inspir&#233; une fausse image de la mati&#232;re. Nous retrouvons maintenant la signification dynamique de ce que nous avions constat&#233; au niveau ph&#233;nom&#232;ne logique : la mati&#232;re &#224; l'&#233;quilibre est aveugle et, dans les situations de non &#233;quilibre, elle commence &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est parce que, selon les termes d'Heisenberg, nous sommes &#224; la fois &#034;acteurs&#034; et &#034;spectateurs&#034; que nous pouvons apprendre quelque chose de la nature. Cette communication, cependant, exige un temps commun. C'est ce temps commun qu'introduit notre approche tant en m&#233;canique quantique que classique.&lt;br class='autobr' /&gt; [...)&lt;br class='autobr' /&gt; La direction du temps est commune &#224; l'appareil de mesure et &#224; l'observateur. Il n'est plus n&#233;cessaire d'introduire une r&#233;f&#233;rence sp&#233;cifique &#224; la mesure dans l'interpr&#233;tation du formalisme.&lt;br class='autobr' /&gt; [...]&lt;br class='autobr' /&gt; Dans notre approche, l'observateur et ses mesures ne jouent plus un r&#244;le actif dans l'&#233;volution des syst&#232;mes quantiques, en tous cas, pas plus qu'en m&#233;canique classique. Dans les deux cas nous transformons en action l'information que nous recevons du monde environnant. Mais ce r&#244;le, s'il est important &#224; l'&#233;chelle humaine, n'a rien &#224; voir avec celui de d&#233;miurge que la th&#233;orie quantique traditionnelle assignait &#224; l'homme, consid&#233;r&#233; comme responsable de l'actualisation des potentialit&#233;s de la nature. En ce sens, notre approche restaure le sens commun. Elle &#233;limine les traits anthropocentriques implicites dans la formulation traditionnelle de la th&#233;orie quantique.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 175&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La science est un dialogue avec la nature. Mais comment un tel dialogue est-il possible ? Un monde sym&#233;trique par rapport au temps serait un monde inconnaissable. Toute prise de mesure, pr&#233;alable &#224; la cr&#233;ation de connaissance, pr&#233;suppose la possibilit&#233; d'&#234;tre affect&#233;s par le monde, que ce soit nous qui soyons affect&#233;s ou nos instruments. Mais la connaissance ne pr&#233;suppose pas seulement un lien entre celui qui connait et ce qui est connu, elle exige que ce lien cr&#233;e une diff&#233;rence entre pass&#233; et futur. La r&#233;alit&#233; du devenir est la condition sine qua non &#224; notre dialogue avec la nature.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 177&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comprendre la nature a &#233;t&#233; l'un des grands projets de la pens&#233;e occidentale. Il ne doit pas &#234;tre identifi&#233; avec celui de contr&#244;ler la nature. Aveugle serait le ma&#238;tre qui croirait comprendre ses esclaves sous pr&#233;texte que ceux-ci ob&#233;issent &#224; ses ordres. Bien s&#251;r, lorsque nous nous adressons &#224; la nature, nous savons qu'il ne s'agit pas de la comprendre &#224; la mani&#232;re dont nous comprenons un animal ou un homme. Mais l&#224; aussi la conviction de Nabokov s'applique : &#034;ce qui peut &#234;tre contr&#244;l&#233; n'est jamais tout &#224; fait r&#233;el, ce qui est r&#233;el ne peut jamais &#234;tre rigoureusement contr&#244;l&#233;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; Pages 177 &amp; 178&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le d&#233;terminisme a des racines anciennes dans la pens&#233;e humaine, et il a &#233;t&#233; associ&#233; aussi bien &#224; la sagesse, &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; qu'au doute et au d&#233;sespoir. La n&#233;gation du temps, l'acc&#232;s &#224; une vision qui &#233;chapperait &#224; la douleur du changement, est un enseignement mystique. Mais la r&#233;versibilit&#233; du changement n'avait, elle, &#233;t&#233; pens&#233;e par personne : &#034;Aucune sp&#233;culation, aucun savoir n'a jamais affirm&#233; l'&#233;quivalence entre ce qui se fait et ce qui se d&#233;fait, entre une plante qui pousse, fleurit et meurt, et une plante qui ressuscite, rajeunit et retourne vers sa graine primitive, entre un homme qui m&#251;rit et apprend, et un homme qui devient progressivement enfant, puis embryon, puis cellule.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; Page 178&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A quelque niveau que ce soit, la physique et les autres sciences confirment notre exp&#233;rience de la r&#233;alit&#233; : nous vivons dans un univers en &#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt; [...] La derni&#232;re forteresse qui r&#233;sistait &#224; cette affirmation vient de c&#233;der. Nous sommes maintenant en mesure de d&#233;chirer le message de l'&#233;volution tel qu'il prend racine dans les lois fondamentales de la physique. Nous sommes d&#233;sormais en mesure de d&#233;chiffrer sa signification en termes d'instabilit&#233; associ&#233;e au chaos d&#233;terministe et &#224; la non-int&#233;grabilit&#233;. Le r&#233;sultat de notre recherche est en effet l'identification de syst&#232;mes qui imposent une rupture de l'&#233;quivalence entre la description individuelle (trajectoires, fonctions d'onde) et la description statistique d'ensembles. Et c'est au niveau statistique que l'instabilit&#233; peut &#234;tre incorpor&#233;e dans les lois fondamentales. Les lois de la nature acqui&#232;rent alors une signification nouvelle : elle ne traitent plus de certitudes mais de possibilit&#233;s. Elles affirment le devenir et non plus seulement l'&#234;tre. Elles d&#233;crivent un monde de mouvements irr&#233;guliers, chaotiques, un monde plus proche de celui qu'imaginaient les atomiques anciens que des orbites newtoniennes.&lt;br class='autobr' /&gt; Page 179&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Gynhijs6exIC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La fin des certitudes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=2TpL2o8vYlYC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Temps &#224; devenir&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=VqSMk7IpzacC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Is Future Given&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=8Yt_BwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'ordre par fluctuations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.canal-u.tv/video/cerimes/ainsi_parle_ilya_prigogine.12870&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ainsi parle Ilya Prigogine (film)&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=tube+ilya+prigogine&amp;ie=utf-8&amp;oe=utf-8&amp;gws_rd=cr&amp;ei=aIAiVtKFJMT7aJvSsLgC&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D'autres films sur Ilya Prigogine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/36175/meteo_2001_33_71.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un commentaire sur la pens&#233;e d'Ilya Prigogine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=-VI8093PJuUC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=Ilya+Prigogine&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=Ilya%20Prigogine&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The end of certainty&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=GxClH6wQEHkC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaos, the new science&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=hujywIBb6IEC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chaotic Dynamics and Transport in Fluids and Plasmas&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=1UvFIMHPPCMC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=inauthor:%22Ilya+Prigogine%22&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Las leyes del caos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Henri Poincar&#233; et le temps</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article1169</link>
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		<dc:date>2009-05-27T06:11:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Faber Sperber, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Temps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; et la notion de temps &lt;br class='autobr' /&gt;
par Eric Emery &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur invit&#233; &#224; l'Ecole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne, math&#233;maticien et musicien &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son livre La Valeur de la Science de 1913 (1), Henri Poincar&#233; consacre un chapitre entier &#224; la notion de temps en ayant pour vis&#233;e la mesure du temps. Il est clair qu'en abordant ce probl&#232;me, il se situe au sein d'une lign&#233;e de penseurs et de savants qui ont m&#233;dit&#233; sur ce th&#232;me : Platon, Aristote, saint Augustin, etc. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot311" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; et la notion de temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Eric Emery&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur invit&#233; &#224; l'Ecole polytechnique f&#233;d&#233;rale de Lausanne, math&#233;maticien et musicien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre La Valeur de la Science de 1913 (1), Henri Poincar&#233; consacre un chapitre entier &#224; la notion de temps en ayant pour vis&#233;e la mesure du temps. Il est clair qu'en abordant ce probl&#232;me, il se situe au sein d'une lign&#233;e de penseurs et de savants qui ont m&#233;dit&#233; sur ce th&#232;me : Platon, Aristote, saint Augustin, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'apport de Poincar&#233; est &#224; consid&#233;rer dans le prolongement des travaux de Newton, de Kant, de Wundt et de Mach ; il est contemporain des contributions de Bergson, &lt;br class='autobr' /&gt;
de Husserl et d'Enriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de voir comment toutes ces approches s'accordent ou s'opposent au sujet des recherches d'Einstein en th&#233;ories de la relativit&#233;, il est sans doute plus &lt;br class='autobr' /&gt;
enrichissant de prendre connaissance des th&#232;ses formul&#233;es par Bachelard et par Gonseth. Poincar&#233; d&#233;gageait deux variantes temporelles, celle qui se manifeste dans le domaine conscientiel et celle qui se pr&#234;te &#224; la mesure : temps psychologique et temps physique. Chez Bachelard et chez Gonseth, ce sont six variantes que l'on met en &#233;vidence : trois sur le versant de la subjectivit&#233; et trois sur le versant de l'objectivit&#233;, ainsi que nous le montrerons. On peut v&#233;rifier l'idon&#233;it&#233; de cette mani&#232;re d'appr&#233;hender les dimensions temporelles en divers horizons : dans le langage quotidien, en recherche horlog&#232;re, en art musical, en th&#233;orie de l'apprentissage et m&#234;me dans la vie quotidienne. C'est donc l'occasion de dire que le travail raffin&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
sur le concept temps permet &#224; l'&#234;tre humain de mieux se conna&#238;tre en sa temporalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#233;velopper ce sujet sans tomber dans le pi&#232;ge de la monotonie ? Nous concentrer sur la notion de temps dans un langage de haute technicit&#233; ? Non ! Les &lt;br class='autobr' /&gt;
penseurs que nous citerons se sont toujours exprim&#233;s en fonction de leurs options philosophiques ; nous devons le mettre en clart&#233; tout en &#233;tant bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps en civilisation gr&#233;co-latine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord Platon. Quand il &#233;crit, dans le Tim&#233;e (2), que le temps est une imitation mobile de l'&#233;ternit&#233;, il explicite sa th&#232;se d'un monde sensible comme r&#233;plique &lt;br class='autobr' /&gt;
d'un monde intelligible (imitation et &#233;ternit&#233;). Ce sont les astres errants au sein de l'univers qui ont pour mission de d&#233;finir les mesures du temps. Platon ajoute : &#171; C'est ainsi et pour ces motifs qu'ont &#233;t&#233; engendr&#233;s ceux des astres qui parcourent le Ciel et qui ont des phases. Je veux dire, afin que le Monde f&#251;t aussi semblable que possible au Vivant parfait et intelligible et pour imiter la substance &#233;ternelle &#187; (39 d-e, pp. 153 et 154).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit Aristote ? Sous certains angles, sa th&#233;orie du temps ne para&#238;t pas &#233;trang&#232;re &#224; l'esprit moderne ; mais elle reste antique : la forme aristot&#233;licienne est en fait &lt;br class='autobr' /&gt;
l'Id&#233;e consid&#233;r&#233;e comme immanente aux choses et r&#233;alis&#233;e dans la mati&#232;re ; les mondes sensible et intelligible sont associ&#233;s l'un &#224; l'autre. C'est dans son ouvrage La &lt;br class='autobr' /&gt;
Physique (3) que la notion de temps est d&#233;gag&#233;e ; il l'examine en la mettant en rapport avec la notion de mouvement. Il &#233;crit en particulier ceci : &#171; Le temps n'existe pas sans le changement ; en effet, quand nous ne subissons pas de changements dans notre pens&#233;e, ou que nous ne les apercevons pas, il ne nous semble pas qu'il se soit pass&#233; du temps &#187; (p. 149). Et une page plus loin, il donne cette d&#233;finition : &#171; Voici ce qu'est le temps : le nombre du mouvement selon l'ant&#233;rieur-post&#233;rieur &#187; (p. 150). On tient ici l'approche classique qui a &#233;t&#233; reprise par de nombreux penseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait parler du concept temps en le situant au sein de la pens&#233;e chr&#233;tienne des premiers si&#232;cles. Tournons-nous plut&#244;t vers saint Augustin, vers le Onzi&#232;me livre des Confessions (4) si c&#233;l&#232;bre et souvent cit&#233;. C'est le temps de la conscience qui est &#233;voqu&#233; l&#224; : &#171; Je cherche, &#244; P&#232;re, je n'affirme pas &#187; et il poursuit : &#171; Qu'est-ce donc que &lt;br class='autobr' /&gt;
le temps ? Quand personne ne me le demande, je le sais ; d&#232;s qu'il s'agit de l'exprimer, je ne le sais plus &#187; (p. 308). Saint Augustin montre alors les apories li&#233;es au pass&#233;, au pr&#233;sent et au futur : le pr&#233;sent, par exemple, sit&#244;t v&#233;cu devient pass&#233;. Toutefois, faut-il dire, nous ne mesurons le temps qu'au moment o&#249; il passe, lorsque nous le mesurons par la conscience que nous en avons... Tout le texte de cette Onzi&#232;me Confession pourrait &#234;tre cit&#233; ; bien des penseurs l'ont fait. Mais beaucoup omettent de restituer la conclusion de saint Augustin ; elle leur para&#238;t peut-&#234;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
anodine. Et pourtant, elle parle aux musiciens. Voici la totalit&#233; du propos : &#171; Je veux chanter un morceau que je sais par coeur : avant de commencer, mon attente se tend vers l'ensemble du morceau ; d&#232;s que j'ai commenc&#233;, tout ce que j'en laisse tomber dans le pass&#233; vient tendre aussi ma m&#233;moire. Toute mon activit&#233; est donc tendue vers deux directions : elle est m&#233;moire par rapport &#224; ce que j'ai dit ; &lt;br class='autobr' /&gt;
elle est attente par rapport &#224; ce que je vais dire. Et pourtant mon attention reste pr&#233;sente, elle par qui ce qui n'&#233;tait pas encore passe &#224; ce qui d&#233;j&#224; n'est plus... Et ce qui se produit pour l'ensemble du morceau chant&#233;, se produit pour chacune de ses parties, pour chacune de ses syllabes... ; pareillement pour la vie enti&#232;re de l'homme &#171; (p. 324). &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, pour le musicien, l'image donn&#233;e fait mouche. Ecoutons Caldara (5). Peut-&#234;tre devrions-nous prendre pour t&#233;moins certains penseurs du Moyen Age : Avicenne, Ma&#239;monide, saint Thomas..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me des porte-parole de l'&#233;poque dite moderne : Descartes, Locke, Spinoza, Berkeley, Hume, Leibniz et Condillac. Je ne retiens, parmi ceux-ci, que &lt;br class='autobr' /&gt;
l'approche propos&#233;e par Newton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Newton : le temps vrai et le temps vulgaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses Principes math&#233;matiques de la philosophie naturelle (6), on voit le physicien anglais opposer radicalement deux notions de temps : &#171; Le temps absolu, vrai et &lt;br class='autobr' /&gt;
math&#233;matique, sans relation &#224; rien d'ext&#233;rieur, coule uniform&#233;ment, et s'appelle la dur&#233;e. Le temps relatif, apparent et vulgaire, est cette mesure sensible et externe d'une partie de dur&#233;e quelconque (&#233;gale ou in&#233;gale) prise du mouvement : telles sont les mesures d'heures, de jours, de mois, etc... dont on se sert ordinairement &#224; la place du temps vrai &#187; (pp. 7 et 8). Ainsi sera fond&#233; l'emploi que font les math&#233;maticiens et les physiciens du param&#232;tre t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Existe-t-il d'ailleurs un mouvement parfaitement uniforme qui puisse servir de mesure fiable du temps ? Personne ne peut l'affirmer, ni l'infirmer. On dira cependant - c'est &lt;br class='autobr' /&gt;
Newton qui s'exprime : &#171; Le temps absolu doit toujours couler de la m&#234;me mani&#232;re &#187; (p. 10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, La Critique de la raison pure et le temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention de Kant, eu &#233;gard &#224; H. Poincar&#233;, est primordiale. Le philosophe allemand, dans la pr&#233;face de La Critique de la raison pure (7), explique son option philosophique : &#171; On avait admis jusqu'ici que toutes nos connaissances devaient se r&#233;gler sur les objets ; mais dans cette hypoth&#232;se, tous nos efforts pour &#233;tablir &#224; l'&#233;gard de ces objets quelque jugement &#224; priori qui &#233;tend&#238;t notre connaissance, n'aboutissaient &#224; rien. Que l'on cherche donc une fois si nous ne serions pas plus heureux dans les probl&#232;mes de la m&#233;taphysique, en supposant que les objets &lt;br class='autobr' /&gt;
se r&#232;glent sur notre connaissance, ce qui s'accorde d&#233;j&#224; mieux avec ce que nous d&#233;sirons expliquer, c'est-&#224;-dire avec la possibilit&#233; d'une connaissance &#224; priori de ces &lt;br class='autobr' /&gt;
objets qui &#233;tablisse quelque chose &#224; leur &#233;gard avant m&#234;me qu'ils nous soient donn&#233;s. Il en est ici comme de l'id&#233;e que con&#231;ut Copernic... &#187; (p. 21). Oui, Kant pense que sa &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;flexion philosophique et sa th&#233;orie de la connaissance t&#233;moignent d'une v&#233;ritable r&#233;volution copernicienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans la deuxi&#232;me section de l'Esth&#233;tique transcendantale que Kant met en lumi&#232;re son approche de la notion de temps ; il &#233;crit : &#171; Le temps n'est pas un concept empirique ou qui d&#233;rive de quelque exp&#233;rience. En effet, la simultan&#233;it&#233; et la succession ne tomberaient pas elles-m&#234;mes sous notre perception, si la repr&#233;sentation du temps ne lui servait &#224; priori de fondement.[...]. Le temps est une repr&#233;sentation n&#233;cessaire qui sert de fondement &#224; toutes les intuitions. [...] Sur cette n&#233;cessit&#233; se fonde &#224; priori la possibilit&#233; de principes apodictiques concernant les rapports du temps, ou d'axiomes du temps en g&#233;n&#233;ral, comme ceux-ci : le temps n'a qu'une dimension ; des temps diff&#233;rents ne sont pas simultan&#233;s, mais successifs... Le temps n'est pas un concept discursif, ou, comme on dit, g&#233;n&#233;ral, mais une forme pure de l'intuition sensible &#187; (pp. 71 et 72). Cette mani&#232;re de saisir le temps semble propre &#224; se soumettre avec succ&#232;s &#224; l'&#233;preuve des divers &#233;l&#233;ments de l'intuition au sein d'une exp&#233;rience possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble clair que l'apport kantien doit &#234;tre pris au s&#233;rieux, m&#234;me si l'on doit le rectifier aujourd'hui eu &#233;gard aux avanc&#233;es scientifiques du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pourrions ici passer en revue, &#224; la suite de Kant, une v&#233;ritable galerie de portraits en citant, Schopenhauer, Hegel, Guyau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps chez Wundt et chez Mach&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que les recherches de Wundt sur le temps sont essentielles. On en prend connaissance dans son livre de 1874 La Psychologie physiologique (8). C'est la premi&#232;re fois, dans l'histoire, que ce concept est plac&#233; dans un contexte pr&#233;cisant. Le savant-penseur a men&#233; pendant une dizaine d'ann&#233;es un grand nombre d'observations et d'&#233;tudes de tout genre, en particulier au sujet des &lt;br class='autobr' /&gt;
repr&#233;sentations temporelles, toujours li&#233;es au jeu des sensations et imbriqu&#233;es dans le syst&#232;me complet des repr&#233;sentations sensorielles diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les questions pos&#233;es tant par l'origine et le d&#233;veloppement de la notion de temps chez l'&#234;tre humain que par la r&#233;alit&#233; et ses propri&#233;t&#233;s qui sont &#233;tudi&#233;es par &lt;br class='autobr' /&gt;
Wundt. En fait, nous aurions tendance &#224; dire qu'avec les travaux du savant allemand la notion de temps se sp&#233;cifie dans l'horizon de la psychophysiologie, comme elle s'&#233;tait sp&#233;cifi&#233;e chez Newton dans l'horizon de la physique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il, selon Wundt, de l'origine et du d&#233;veloppement de la notion de temps chez l'&#234;tre humain ? On est condamn&#233; &#224; ne pas pouvoir r&#233;pondre si l'on ne discerne pas que les repr&#233;sentations auditives sont associ&#233;es &#224; l'&#233;veil du temps, alors que les repr&#233;sentations visuelles contribuent &#224; la perception de l'espace ; le tactile et le &lt;br class='autobr' /&gt;
moteur concernent &#224; la fois les deux concepts. Wundt focalise sa pens&#233;e en ces termes : &#171; L'intuition du temps, &#224; la v&#233;rit&#233;, est d&#233;j&#224; &#233;bauch&#233;e dans la repr&#233;sentation du mouvement, mais son d&#233;veloppement sup&#233;rieur est absolument li&#233; au sens de l'ou&#239;e &#187; (p. 39).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant que dire de la r&#233;alit&#233; et de la nature du temps ? Wundt, pour r&#233;pondre, se penche avec soin sur l'activit&#233; de la conscience et sur le cours des repr&#233;senta&lt;br class='autobr' /&gt;
tions dont celle-ci est le si&#232;ge. Mais on demandera : comment d&#233;finir la conscience ? Selon Wundt, elle consiste en ceci que nous trouvons en nous des &#233;tats et des processus dont nous disons que nous en prenons conscience ; il n'est donc pas opportun de donner une d&#233;finition explicite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, Wundt parvient &#224; d&#233;gager diverses mesures concernant le temps : le temps de la r&#233;ception simple, celui de la perception, celui de l'aperception, &lt;br class='autobr' /&gt;
celui de l'acte volontaire, etc... D&#232;s lors, Wundt pr&#233;cise en particulier ceci : &#171; D&#232;s que nous ne percevons pas simultan&#233;ment les impressions et qu'&#224; cette occasion nous les r&#233;unissons pour en former une complexion, nous remarquons toujours un temps interm&#233;diaire plus court ou plus long qui semble correspondre &#224; l'abaissement d'une repr&#233;sentation et &#224; l'ascension de l'autre repr&#233;sentation. En cela, la nature psychologique de notre intuition de temps se r&#233;v&#232;le, en qualit&#233;, de nature discr&#232;te &#187; (p. 296).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est un autre aspect de la repr&#233;sentation temporelle qui demande &#224; &#234;tre signal&#233;, c'est celui que la conscience pr&#234;te &#224; la dur&#233;e lors des &#233;valuations qu'elle en donne : &lt;br class='autobr' /&gt;
tendance &#224; la surestimation des petits espaces de temps et &#224; la sous-estimation des grands ; 0,72 s est la dur&#233;e pour laquelle la justesse d'&#233;valuation est la meilleure. Chose &#233;tonnante, c'est la dur&#233;e que la jambe emploie quand les mouvements de la marche ne sont ni rapides, ni lents (andante en musique). Quant aux &#233;valuations des larges tranches de l'existence, elles sont vari&#233;es et manifestent des effets de perspective : &#171; L'heure que nous venons de passer para&#238;t plus longue qu'une heure du jour d'hier &#171; (p. 323) En outre, le temps court vite pour qui se trouve en activit&#233; pr&#233;gnante et lentement lorsque plane l'oisivet&#233; ; la perspective s'inverse dans le souvenir.Donnons maintenant la parole &#224; Mach ; il entreprit la critique du temps vrai de Newton et donne une approche int&#233;ressante des sensations temporelles. Les deux ouvrages qu'il laisse &#224; la post&#233;rit&#233;, sont : La M&#233;canique (9) et L'Analyse des sensations (10). On conna&#238;t les options positivistes de Mach ; il en t&#233;moigne dans son premier livre en ces termes : &#171; On y trouvera un travail d'explication critique anim&#233; d'un esprit anti-m&#233;taphysique &#187; (p. 1). Sa critique du temps vrai est des plus nettes. Newton, doit-on dire, est encore sous l'influence de la philosophie du Moyen Age ; il a oubli&#233; que tous les ph&#233;nom&#232;nes du monde sont dans une d&#233;pendance r&#233;ciproque et que l'&#234;tre humain lui-m&#234;me n'est qu'une parcelle de la nature. Cons&#233;quence ? Mach l'exprime ainsi : &#171; Nous sommes dans l'impossibilit&#233; absolue de mesurer par le temps les variations des choses. Le temps est bien plut&#244;t une abstraction &#224; laquelle nous arrivons par ces variations m&#234;mes &#187; (p. 217). Ainsi la notion de mouvement uniforme en soi n'a aucune signification ; parler d'un temps absolu ou vrai est d&#233;pourvu de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que Mach, sous le signe de ses options anti-m&#233;taphysiques, tend &#224; r&#233;duire les faits physiologiques &#224; des ph&#233;nom&#232;nes physique ? Non ; il &#233;crit : &#171; M&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt;
les ph&#233;nom&#232;nes qui sont en apparence purement m&#233;caniques sont toujours en m&#234;me temps physiologiques et par suite &#233;lectriques, chimiques, etc. &#187; (p. 478). &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend d&#232;s lors pourquoi le second ouvrage de Mach s'intitule Analyse des sensations. Ce sont en effet les sensations qui, selon lui, sont les v&#233;ritables &#233;l&#233;ments &lt;br class='autobr' /&gt;
du monde, c'est-&#224;-dire que les objets, la mati&#232;re, ne sont rien hors de leur relation avec ces &#233;l&#233;ments. Par suite, ce sont les sensations spatiales et temporelles qu'il convient d'&#233;tudier. Il ne fait aucun doute, en particulier, que les sensations du temps existent, quoiqu'il soit difficile de les cerner, plus que les sensations de l'espace ; elles sont en r&#233;alit&#233; en rapport strict avec l'&#233;tat de conscience et le travail de l'attention ; elles sont &#233;troitement li&#233;es aux processus p&#233;riodiques et rythmiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233; et la mesure du temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; l'apport d'Henri Poincar&#233; ; il aborde, lui aussi, le probl&#232;me du temps ; mais il le fait en math&#233;maticien et physicien, voire en philosophe ; ce qui retient son &lt;br class='autobr' /&gt;
attention, c'est surtout la question de la mesure du temps. Cette vis&#233;e est, peut-&#234;tre, &#224; situer par rapport &#224; la th&#232;se que d&#233;fend Bergson : la qualit&#233; n'est pas r&#233;ductible &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mots donc sur la notion de temps chez Bergson. D&#232;s son ouvrage intitul&#233; : Essai sur les donn&#233;es imm&#233;diates de la conscience (11), qui date de 1889, &lt;br class='autobr' /&gt;
l'auteur s'applique &#224; montrer qu'il y a un foss&#233; entre le quantitatif et le qualitatif ; il &#233;crit par exemple : &#171; Lorsque nous parlons de temps, nous pensons le plus souvent &#224; un &lt;br class='autobr' /&gt;
milieu homog&#232;ne o&#249; nos faits de conscience s'alignent, se juxtaposent comme dans l'espace &#187; (p. 78). Mais on a tort de c&#233;der ainsi &#224; la pression de la spatialit&#233;. Dans un autre ouvrage La pens&#233;e et le mouvant (12), il &#233;crit : &#171; Ecoutons une m&#233;lodie, en nous laissant bercer par elle ; n'avons-nous pas la perception nette d'un mouvement qui n'est pas attach&#233; &#224; un mobile, d'un changement sans rien qui change ? Ce changement se suffit, il est la chose m&#234;me. Et il a beau prendre du temps, il est indivisible &#187; (p. 164). Ecoutons le d&#233;but de l'Adagio ma non troppo du Con-&lt;br class='autobr' /&gt;
certo de Mozart, KW 313 (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuit&#233; ? L&#224; est la question qui fait probl&#232;me. Attendons Bachelard pour en parler en d&#233;tail ; notons ici que le musicien auditeur est actif ; il peut, certes se laisser &lt;br class='autobr' /&gt;
bercer ; mais g&#233;n&#233;ralement il construit les formes musicales, il s'approprie l'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela not&#233;, allons &#224; Poincar&#233;. C'est dans son livre La Valeur de la science (1), paru en 1913 qu'il traite du temps ; il est question des propri&#233;t&#233;s m&#233;triques du temps &lt;br class='autobr' /&gt;
et des probl&#232;mes de fondement qui s'y rapportent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Poincar&#233;, la pr&#233;occupation philosophique est primordiale : &#171; La recherche de la v&#233;rit&#233; doit &#234;tre le but de notre activit&#233; ; c'est la seule fin qui soit digne d'elle &#187; (p. &lt;br class='autobr' /&gt;
19). En fait, en parlant de v&#233;rit&#233;, il associe &#224; la fois v&#233;rit&#233; scientifique et v&#233;rit&#233; morale : &#171; Toutes deux ne sont jamais fix&#233;es : quand on croit les avoir atteintes, on voit qu'il faut marcher encore, et celui qui les poursuit est condamn&#233; &#224; ne jamais conna&#238;tre le repos &#187; (p. 20). Elles sont l'objet d'une qu&#234;te incessante, pour laquelle l'&#234;tre humain dispose d'une intelligence faite de logique et d'intuition.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que le savant-penseur cherche &#224; d&#233;chiffrer les r&#233;f&#233;rences spatio-temporelles de la nature et de la culture : &#171; Ce n'est pas la nature qui nous les impose, pr&#233;cise Poincar&#233;, c'est nous qui les imposons &#224; la nature &#187; (p. 21). &lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re cette affirmation, on voit que Poincar&#233; choisit Kant comme rep&#232;re philosophique. Il ajoute une touche : &#171; C'est nous qui les imposons &#224; la nature parce que nous les trouvons commodes &#187; (p. 22). On voit poindre ainsi ce qu'on a appel&#233; le conventionalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me de la nature du temps ? Poincar&#233; consid&#232;re d'abord cette notion comme un ph&#233;nom&#232;ne de conscience et l'on pense au d&#233;but de la Onzi&#232;me Confession de Saint &lt;br class='autobr' /&gt;
Augustin quand il &#233;crit : &#171; Tant que l'on ne sort pas du domaine de la conscience, la notion du temps est relativement claire &#187; (p. 41). On est apte &#224; distinguer la sensation &lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;sente des souvenirs pass&#233;s et de la pr&#233;vision des sensations futures : succession et simultan&#233;it&#233; sont &#224; l'horizon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poincar&#233; poursuit en notant que nous avons &#224; chercher la r&#233;alit&#233;. Qu'est-elle ? Il d&#233;veloppe, en songeant &#233;ventuellement &#224; Mach : &#171; Les physiologistes nous apprennent que les organismes sont form&#233;s de cellules ; les chimistes ajoutent que les cellules elles-m&#234;mes sont form&#233;es d'atomes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela veut-il dire que ces atomes ou que ces cellules constituent la r&#233;alit&#233; ou du moins la seule r&#233;alit&#233; ? &#187; (p. 35). Poser la question, c'est ouvrir l'horizon et, en fait, refuser &lt;br class='autobr' /&gt;
le positivisme. Poincar&#233; d&#233;fend en effet l'id&#233;e que l'analyse met, certes, &#224; notre disposition un grand nombre de proc&#233;d&#233;s ; elle nous offre mille chemins o&#249; l'on peut s'engager avec confiance. Mais, si l'on examine de pr&#232;s comment l'&#234;tre humain m&#232;ne son analyse, on constate qu'il y a une facult&#233; qui est n&#233;cessaire &#224; l'exploration, &#224; savoir l'intuition. C'est elle qui donne une vue d'ensemble des probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre : &#171; elle est n&#233;cessaire &#224; celui qui veut r&#233;ellement comprendre l'inventeur ; la logique peut-elle nous la donner ? &#187; (p. 37). Logique et intuition ont l'une et l'autre leur r&#244;le &#224; jouer ; elles sont indispensables. Encore faut-il pr&#233;ciser que le mot intuition ne doit pas &#234;tre pris au sens vulgaire du terme, mais au sens de Kant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons au temps ! Poincar&#233; s'exprime en ces termes : &#171; Nous classons nos souvenirs dans le temps, mais nous savons qu'il reste des cases vides. Comment cela se pourrait-il si le temps n'&#233;tait une forme pr&#233;existante dans notre esprit &#187; (p. 42). Encore Kant ! Poincar&#233; poursuit en &#233;tendant l'id&#233;e d'une forme individuelle &#224; une forme &lt;br class='autobr' /&gt;
dont les autres consciences peuvent aussi t&#233;moigner ; et il ajoute : &#171; Bien plus, nous voulons y faire rentrer les faits physiques, ces je ne sais quoi dont nous peuplons l'espace et que nulle conscience ne voit directement &#187; (p. 42). &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;alit&#233; Poincar&#233; entrevoit deux difficult&#233;s pour introduire la mesure du temps : 1&#176; Est-il possible de transformer un temps psychologique en un temps quantitatif ? 2&#176; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommes-nous capables de r&#233;duire &#224; une m&#234;me mesure des faits qui se passent dans des horizons diff&#233;rents ? &lt;br class='autobr' /&gt;
On surmonte la premi&#232;re difficult&#233; en &#233;tant conscient que l'on n'a pas l'intuition directe de deux intervalles de temps ; on se servira toutefois du pendule en admettant que tous les battements de l'instrument sont d'&#233;gale dur&#233;e ; ce n'est qu'une premi&#232;re approximation ; ainsi les meilleures horloges doivent &#234;tre corrig&#233;es ; le jour sid&#233;ral &lt;br class='autobr' /&gt;
sera l'unit&#233; constante de temps. Et nous dirons avec Poincar&#233; : &#171; Des causes &#224; peu pr&#232;s identiques mettent &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me temps pour produire &#224; peu pr&#232;s les m&#234;mes effets &#187; (p. 45). Ou mieux encore : &#171; Le temps doit &#234;tre d&#233;fini de telle fa&#231;on que les &#233;quations de la m&#233;canique soient aussi simples que possible &#187; (p. 46). En d'autres termes, on choisit la mesure du temps en vue de satisfaire &#224; des exigences de commodit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour surmonter la seconde difficult&#233;, Poincar&#233; propose un itin&#233;raire d'explications assez subtil, mais long. Soyons bref : l'astronome admettra que la lumi&#232;re se propage &#224; une vitesse constante dans toutes les directions. Et surtout : &#171; On adopte pour la vitesse de la lumi&#232;re une valeur telle que les lois astronomiques compatibles avec &lt;br class='autobr' /&gt;
cette valeur soient aussi simples que possible &#187; (p. 53). D&#232;s lors, Poincar&#233; fait le constat suivant : les physiciens sont amen&#233;s &#224; ne point dissocier le probl&#232;me qualitatif de la simultan&#233;it&#233; du probl&#232;me quantitatif de la mesure de temps ; s'ils pensent disposer d'une intuition directe de la simultan&#233;it&#233; et de l'&#233;galit&#233; de deux dur&#233;es, ils s'illusionnent. En fait, on doit suppl&#233;er &#224; l'aide d'un certain nombre de r&#232;gles qu'on applique sans s'en rendre compte ; mais, pas de r&#232;gle g&#233;n&#233;rale ! Au reste, voici la conclusion exprim&#233;e par Poincar&#233; : &#171; La simultan&#233;it&#233; de deux &#233;v&#233;nements, &lt;br class='autobr' /&gt;
ou l'ordre de leur succession, l'&#233;galit&#233; de deux dur&#233;es, doivent &#234;tre d&#233;finies de telle sorte que l'&#233;nonc&#233; des lois naturelles soit aussi simple que possible &#187; (p. 54).&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il attribuer au savant-penseur fran&#231;ais un scepticisme d&#233;sesp&#233;r&#233;, voire un conventionalisme radical ? Il s'en d&#233;fend. Voici ce qu'il &#233;crit au terme d'un chapitre &lt;br class='autobr' /&gt;
de son livre qu'il consacre &#224; la physique math&#233;matique et &#224; ses probl&#232;mes : &#171; Voil&#224; bien des raisons d'&#234;tre sceptiques ; devons-nous pousser le scepticisme jusqu'au bout &lt;br class='autobr' /&gt;
ou nous arr&#234;ter en chemin ? &#187; (p. 151). Poincar&#233; r&#233;pond en rejetant l'outrance et il refuse d'affirmer que la science n'est faite que de conventions. Certains chercheurs, dit-il, sont all&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;tendre que la loi et le fait scientifiques sont cr&#233;&#233;s de toute pi&#232;ce par les savants : &#171; C'est l&#224; aller beaucoup trop loin dans la voie du nominalisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, les lois scientifiques ne sont pas des cr&#233;ations artificielles &#187; (p. 23)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enriques : essai de conciliation entre Mach et Poincar&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue du philosophe italien Enriques sur le probl&#232;me du temps s'affirme comme une tentative de conciliation entre Mach et Poincar&#233;. Consultons le livre &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Concepts fondamentaux de la science (14), qui met en lumi&#232;re la signification r&#233;elle et l'acquisition psychologique des concepts d'espace, de temps, de mouvement, &lt;br class='autobr' /&gt;
de force, etc.Dans la pr&#233;face de l'ouvrage, Enriques dit qu'il offre son &#233;tude comme une contribution &#224; l'&#233;dification de la th&#233;orie de la connaissance scientifique ; il a parcouru, explique-t-il, des domaines &#233;tendus en s'effor&#231;ant de discerner partout la fonction sp&#233;cifique de l'esprit qui cr&#233;e la science : &#171; parfois, ce sont des donn&#233;es de la physiologie des sciences qui suffisent &#224; rendre compte de certaines tendances oppos&#233;es du mouvement scientifique ; ailleurs, les lois g&#233;n&#233;rales de l'association des id&#233;es donnent lieu &#224; un d&#233;veloppement univoque de certains concepts plus fondamentaux &#187; (p. 4). Ainsi, la pouss&#233;e de l'exp&#233;rience et la nature m&#234;me de l'esprit humain peuvent ensemble expliquer, dans les grandes lignes, le devenir de la science. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pens&#233;e d'Enriques se pr&#233;cise au fil des premi&#232;res pages du livre et l'on voit qu'il conteste aussi bien la doctrine kantienne de l'&#224; priori que le conventionalisme de &lt;br class='autobr' /&gt;
Poincar&#233; ; c'est l'&#233;tude de la gen&#232;se historique de la connaissance qui vient &#224; l'avant-sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre deuxi&#232;me, Enriques examine de front le probl&#232;me du temps et de sa mesure ; il montre que les concepts premiers de la m&#233;canique sont ordonn&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
aux principes de la g&#233;om&#233;trie. Mais en fait : qu'est-ce que le temps ? Le penseur italien entre en mati&#232;re en &#233;crivant ceci : &#171; Quand deux sensations ou deux groupes &lt;br class='autobr' /&gt;
de sensations sont donn&#233;s, nous apercevons que l'une est ant&#233;rieure et l'autre post&#233;rieure ou toutes les deux simultan&#233;es &#187; (p. 87). On constate ici que Mach est &#224; l'horizon. Sur cette base intuitive, il est d&#233;j&#224; possible de tirer l'id&#233;e de la succession ; de plus, la possibilit&#233; est offerte &#224; l'esprit humain d'attribuer au ph&#233;nom&#232;ne temporel une &lt;br class='autobr' /&gt;
structure d'ordre qui est condition sine qua non des appr&#233;ciations quantitatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons un pas de plus, en allant vers le concret ; le temps physique prend son assise &#224; partir des s&#233;ries ph&#233;nom&#233;nales et des &#233;chelles temporelles sugg&#233;r&#233;es par le &lt;br class='autobr' /&gt;
jeu des sensations. Enriques pr&#233;cise : &#171; Le temps abstrait, que nous consid&#233;rons comme temps physique, suppose une &#233;chelle unique, o&#249; tous les ph&#233;nom&#232;nes possibles trouvent place, &#224; la diff&#233;rence du temps physiologique qui postule l'&#233;chelle des ph&#233;nom&#232;nes per&#231;us &#187; (p. 88). On constate d&#232;s lors que le temps physique se porte garant d'un double accord, celui des repr&#233;sentations temporel-&lt;br class='autobr' /&gt;
les relatives &#224; divers observateurs ainsi que celui des repr&#233;sentations temporelles relatives &#224; des lieux diff&#233;rents. Le programme ainsi trac&#233; traduit tr&#232;s exactement &lt;br class='autobr' /&gt;
l'effort de synth&#232;se qu'Enriques propose pour passer du point de vue physiologique de Mach au point de vue logique de Poincar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les variantes temporelles chez Bachelard et chez Gonseth&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous disposions d'une dur&#233;e de conf&#233;rence de 75 minutes, nous traiterions le probl&#232;mes des variantes temporelles en ouvrant deux chapitres : Bachelard d'abord, &lt;br class='autobr' /&gt;
puis Gonseth. Mais comme leurs th&#232;ses sont voisines, on peut les &#233;voquer ensemble. Les deux philosophes situent leurs &#233;tudes au sein de contextes pr&#233;cisants diff&#233;rents ; &lt;br class='autobr' /&gt;
en m&#233;taphysique, en physique, en psychologie et en art musical dans l'ouvrage La Dialectique de la dur&#233;e (15) de Bachelard qui date de 1936 ; dans le langage quotidien &lt;br class='autobr' /&gt;
et en recherche horlog&#232;re dans le livre Le Probl&#232;me du temps (16) de Gonseth paru en 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Poincar&#233;, nous l'avons montr&#233; tout &#224; l'heure, a travaill&#233; autour de deux notions : le temps psychologique et le temps physique. Aussi bien Bachelard que Gonseth &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#232;nent la r&#233;flexion en faisant valoir six variantes ; du c&#244;t&#233; de la subjectivit&#233; : le temps que l'on vit ou le temps existentiel, le temps que l'on ressent ou le temps conscientiel et le temps que l'on construit et structure ou le temps id&#233;el. Du c&#244;t&#233; de l'objectivit&#233; : le temps chronos, le temps relationnel et le temps de la montre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans La Dialectique de la dur&#233;e, Bachelard parle constamment des trois variantes subjectives ; elles apparaissent en toile de fond en physique, plus nettement en &lt;br class='autobr' /&gt;
psychologie et carr&#233;ment en art musical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce dernier domaine, il souligne le fait que la dur&#233;e, en musique, est structur&#233;e sur des rythmes et non &lt;br class='autobr' /&gt;
sur une base temporelle r&#233;guli&#232;re ; une m&#233;lodie, la phrase &lt;br class='autobr' /&gt;
mozartienne par exemple, t&#233;moigne de divers syst&#232;mes d'instants d&#233;cisifs ; les autres instants se manifestent comme par gr&#226;ce. Certes, l'auditeur peut d&#233;cider en situation donn&#233;e de se laisser bercer, comme le dit Bergson, mais en g&#233;n&#233;ral il s'approprie la forme musicale en la construisant comme une oeuvre qu'il veut faire sienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, c'est la continuit&#233; qui pr&#233;domine ; ici c'est la f&#234;te du discontinu ; souvent, il y a dialectique du continu et du discontinu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutons notamment le d&#233;but l'Andante du Concerto n&#176; 4 pour piano et orchestre de Beethoven (17). Apr&#232;s avoir &#233;cout&#233; attentivement cette s&#233;quence du Concerto, il y a lieu de citer Bachelard : &#171; Sur le plan musical, il nous faut montrer que ce qui fait la continuit&#233;, c'est toujours une dialectique obscure qui appelle des sentiments &#224; propos d'impressions, des souvenirs &#224; propos de sensations. Autrement dit, il faut prouver que le continu de la m&#233;lodie, que le continu de la po&#233;sie, sont des reconstructions sentimentales qui s'agglom&#232;rent par &lt;br class='autobr' /&gt;
del&#224; la sensation r&#233;elle, gr&#226;ce au flou et &#224; la torpeur de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'&#233;motion, gr&#226;ce au m&#233;lange confus des souvenirs et des &lt;br class='autobr' /&gt;
esp&#233;rances &#187; (p. 113). On voit ainsi l'oeuvre complexe&lt;br class='autobr' /&gt;
que r&#233;alise un entrelacs de temps v&#233;cu, de temps ressenti &lt;br class='autobr' /&gt;
et de temps structur&#233;. Bachelard pr&#233;cise qu'il suffit d'une &lt;br class='autobr' /&gt;
inattention &#224; la m&#233;lodie pour que son flux s'arr&#234;te : les &lt;br class='autobr' /&gt;
notes successives ne chantent plus, elles restent ins&#233;r&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la discontinuit&#233; qualitative et quantitative o&#249; elles &lt;br class='autobr' /&gt;
sont &#233;labor&#233;es ; on apprend la continuit&#233;, on ne l'entend &lt;br class='autobr' /&gt;
pas. Plus loin, Bachelard dit encore : &#171; La continuit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
se fait &#224; la faveur du groupement. Et c'est ainsi que &lt;br class='autobr' /&gt;
la po&#233;sie, ou plus g&#233;n&#233;ralement la m&#233;lodie, dure parce &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'elle reprend &#187; (p. 115). En fait, le temps pens&#233; accompagne le temps v&#233;cu associ&#233; au temps ressenti en vue de &lt;br class='autobr' /&gt;
donner un sens au message po&#233;tique ou musical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bachelard, parvenu &#224; ce point de son &#233;tude, n'oublie &lt;br class='autobr' /&gt;
pas de faire entrer dans son approche de l'art musical ce &lt;br class='autobr' /&gt;
que l'on doit aux variantes dites objectives. Il fait mention des travaux de Maurice Emmanuel (de Bar-sur-Aube, &lt;br class='autobr' /&gt;
comme lui), qui d&#233;nie le caract&#232;re primordial des techniques mensuralistes o&#249; l'esprit du m&#233;tronome tue la musique. Bachelard a cette phrase qui dit tout &#224; ce propos : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le m&#233;tronome, c'est le compte-fil, ce n'est pas le m&#233;tier &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; tisser &#187; (p. 117).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! La tyrannie de la barre de mesure &#224; laquelle certains choeurs et leurs chefs se soumettent pour ne pas &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;raper. Le vrai d&#233;rapage est, en fait, &#224; la porte : finies &lt;br class='autobr' /&gt;
les injonctions nuanc&#233;es des rythmes, finis les m&#233;andres &lt;br class='autobr' /&gt;
impr&#233;vus de la forme m&#233;lodique, finie la musique elle-&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors &#224; quoi sert le chef d'orchestre ? Pourquoi &lt;br class='autobr' /&gt;
doit-il agir ? Face &#224; cette dialectique de r&#233;gularit&#233; et de &lt;br class='autobr' /&gt;
la libert&#233;, il suscite et anime la pulsation : &#171; D&#232;s l'instant, &lt;br class='autobr' /&gt;
note Bachelard, o&#249; l'on refuse la r&#233;f&#233;rence &#224; une dur&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
absolue, il est n&#233;cessaire d'accepter franchement l'appui &lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;ciproque des rythmes. [...] En fait, les divers instruments &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'orchestre se soutiennent et s'entra&#238;nent les uns les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres. Le r&#244;le du chef est de rendre plus conscient l'effort &lt;br class='autobr' /&gt;
de corr&#233;lation des instrumentistes &#187; (pp. 122 et 123). C'est &lt;br class='autobr' /&gt;
au temps relationnel que Bachelard pense lorsqu'il parle &lt;br class='autobr' /&gt;
de cet effort de corr&#233;lation des membres de l'orchestre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, face &#224; Bergson qui d&#233;signe la m&#233;lodie comme &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;taphore de la dur&#233;e, Bachelard en appelle &#224; la pulsa-&lt;br class='autobr' /&gt;
tion, aux rythmes musicaux. Et l'on voit ainsi que, pour &lt;br class='autobr' /&gt;
atteindre la v&#233;rit&#233; du discours musical, le musicien m&#232;ne &lt;br class='autobr' /&gt;
un jeu dialectique tr&#232;s diversifi&#233; des variantes temporelles &lt;br class='autobr' /&gt;
dont on vient de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, terminons l'expos&#233; en consacrant quelques alin&#233;as aux variantes temporelles chez Gonseth. &lt;br class='autobr' /&gt;
A-t-il eu connaissance du livre de Bachelard sur la dialectique de la dur&#233;e ? Dans son livre intitul&#233; Le Probl&#232;me &lt;br class='autobr' /&gt;
du temps, il ne cite pas son ami. Mais, comme les deux &lt;br class='autobr' /&gt;
philosophes ont si souvent travaill&#233; dans le m&#234;me esprit - &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#234;me quand ils ne se connaissaient pas encore - il ne faut &lt;br class='autobr' /&gt;
pas s'&#233;tonner qu'ils aient, l'un et l'autre, d&#233;gag&#233; l'id&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
que les dimensions temporelles sont trop subtiles pour &lt;br class='autobr' /&gt;
qu'on puisse parler d'un temps ou m&#234;me de deux en donnant une d&#233;finition bien explicit&#233;e : les variantes temporelles retentissent les unes sur les autres, elles s'opposent &lt;br class='autobr' /&gt;
et s'accordent tour &#224; tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de Gonseth concernant la notion de &lt;br class='autobr' /&gt;
temps est originale. Son livre comporte deux parties : plus &lt;br class='autobr' /&gt;
de 140 pages consacr&#233;es &#224; cette &#233;tude dans le contexte &lt;br class='autobr' /&gt;
de la langue de grande communication, puis plus de 230 &lt;br class='autobr' /&gt;
pages orient&#233;es vers l'approche sp&#233;cifique de la mesure &lt;br class='autobr' /&gt;
du temps, c'est-&#224;-dire vers la recherche horlog&#232;re. On &lt;br class='autobr' /&gt;
retrouve l&#224; certaines questions abord&#233;es par H. Poincar&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui retient notre attention, c'est la mani&#232;re dont &lt;br class='autobr' /&gt;
Gonseth engage son &#233;tude en se situant dans le domaine &lt;br class='autobr' /&gt;
du langage quotidien ; ce qu'il montre concerne tout &lt;br class='autobr' /&gt;
homme parlant la langue fran&#231;aise ou les langues indo-europ&#233;ennes. Voici quelques phrases que l'on prononce &lt;br class='autobr' /&gt;
dans la vie courante : je n'ai pas le temps, le temps me &lt;br class='autobr' /&gt;
dure, je songe au temps pass&#233; avec toi ou je songe au &lt;br class='autobr' /&gt;
temps que je passerai avec toi, le temps gu&#233;rit, le temps &lt;br class='autobr' /&gt;
dont je m'approprie pour l'accorder avec celui de mon &lt;br class='autobr' /&gt;
ami, le temps que met tel athl&#232;te pour parcourir un cent &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#232;tres ou le temps que donne l'horloge du village. Dans &lt;br class='autobr' /&gt;
l'ordre des phrases prononc&#233;es ici, on d&#233;gage les temps &lt;br class='autobr' /&gt;
sp&#233;cifiques suivants : temps existentiel, temps conscientiel, temps id&#233;el, temps chronos, temps relationnel, temps &lt;br class='autobr' /&gt;
mesur&#233; ou temps int&#233;gr&#233; (temps de la montre). Tout cela &lt;br class='autobr' /&gt;
est pr&#233;sent&#233; par Gonseth avec beaucoup de nuances et &lt;br class='autobr' /&gt;
de nombreux commentaires. Mais son intention n'est &lt;br class='autobr' /&gt;
pas de brosser une galerie de portraits, il veut illustrer &lt;br class='autobr' /&gt;
le fait que le concept est &#224; saisir, dans le langage quo-&lt;br class='autobr' /&gt;
tidien, comme le r&#233;sultat d'une synth&#232;se dialectique ou &lt;br class='autobr' /&gt;
comme une tentative de l'ins&#233;rer dans le discours consid&#233;r&#233; comme milieu synth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici en effet d'autres phrases : h&#226;tons-nous, car le &lt;br class='autobr' /&gt;
temps fuit ; j'ai rev&#233;cu par la pens&#233;e ces interminables &lt;br class='autobr' /&gt;
minutes d'attente ; les heures m'ont paru br&#232;ves. Gonseth &lt;br class='autobr' /&gt;
commente : &#171; Ce que nous cherchons &#224; faire comprendre, &lt;br class='autobr' /&gt;
c'est que l'activit&#233; discursive qui constitue les sens globaux a tous les caract&#232;res d'une synth&#232;se dialectique au &lt;br class='autobr' /&gt;
niveau du discursif. Lorsqu'on dit que le temps nous est &lt;br class='autobr' /&gt;
mesur&#233;, l'analyse pourrait retrouver sous le mot temps &lt;br class='autobr' /&gt;
plusieurs acceptions. [...]. Le discours renonce ici &#224; op&#233;rer &lt;br class='autobr' /&gt;
des distinctions. Il confond les sens pour les identifier &lt;br class='autobr' /&gt;
sous le m&#234;me mot &#187; (p. 82). La synth&#232;se dialectique que &lt;br class='autobr' /&gt;
suscite l'emploi du mot temps, ins&#233;r&#233; dans le discours &lt;br class='autobr' /&gt;
courant, suppose des op&#233;rations vari&#233;es : elle oppose des &lt;br class='autobr' /&gt;
significations, les identifie, les projette les unes sur les &lt;br class='autobr' /&gt;
autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pages qui suivent, Gonseth examine de pr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
comment le temps est &#224; saisir au niveau de l'adverbe et du &lt;br class='autobr' /&gt;
verbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons maintenant l'approche assez technique du &lt;br class='autobr' /&gt;
langage courant ; faisons plut&#244;t un constat de synth&#232;se en &lt;br class='autobr' /&gt;
citant Gonseth : &#171; Nous avons recherch&#233; de quelles significations le mot temps peut &#234;tre rev&#234;tu dans une langue telle &lt;br class='autobr' /&gt;
que le fran&#231;ais couramment &#233;crit ou parl&#233;. Une recherche de ce genre ne devait-elle pas fatalement rencontrer et &lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;gager une notion g&#233;n&#233;rale de temps que ce mot aurait &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; lui seul le pouvoir d'&#233;voquer ? On aurait pu s'y attendre : certaines philosophies du langage le sugg&#232;rent. [...] &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre analyse n'a cependant pas r&#233;pondu &#224; cette attente et &lt;br class='autobr' /&gt;
n'a pas rencontr&#233; de substance discursive correspondant &lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; une notion g&#233;n&#233;rale de cette nature. Ce qu'elle a d&#233;couvert, ce que le langage a offert &#224; sa recherche, c'est tout &lt;br class='autobr' /&gt;
un &#233;ventail d'emplois du mot temps et tout un spectre de &lt;br class='autobr' /&gt;
significations correspondantes &#187; (p. 135).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque au sujet de la seconde partie du livre &lt;br class='autobr' /&gt;
de Gonseth : au sein de la recherche horlog&#232;re, les variantes suivantes sont sollicit&#233;es : le temps math&#233;matique, le &lt;br class='autobr' /&gt;
temps mesur&#233; et le temps intuitif. Cette derni&#232;re variante, &lt;br class='autobr' /&gt;
qui pourrait para&#238;tre inattendue, m&#233;rite d'&#234;tre pr&#233;sent&#233;e ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Gonseth en parle ainsi : &#171; C'est le r&#233;sultat d'un arbitrage &lt;br class='autobr' /&gt;
dont la conscience semble &#234;tre le si&#232;ge entre l'autorit&#233; du &lt;br class='autobr' /&gt;
sentiment, la libert&#233; de l'imagination et l'objectivit&#233; de la &lt;br class='autobr' /&gt;
perception aux fins d'un action efficace &#187; (p. 265). Pour &lt;br class='autobr' /&gt;
mieux se faire comprendre Gonseth parle - en plus de dix &lt;br class='autobr' /&gt;
pages - du temps des abeilles, de leurs danses, de leurs &lt;br class='autobr' /&gt;
horloges internes. A d&#233;faut de conna&#238;tre les rudiments de &lt;br class='autobr' /&gt;
la chronobiologie, il s'exprime ainsi : &#171; On dira que le &lt;br class='autobr' /&gt;
temps intuitif n'est pas simplement un temps inscrit dans &lt;br class='autobr' /&gt;
les diff&#233;rents rythmes dont notre organisme est le si&#232;ge : &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le rythme normal du coeur, dans le rythme des pulsations &#233;lectriques du cerveau, dans le rythme de la respiration, etc. Pour que ces rythmes restent synchronis&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
et pour qu'on puisse parler de leur fr&#233;quence normale, &lt;br class='autobr' /&gt;
il faut bien que tout notre corps, pris comme un tout, &lt;br class='autobr' /&gt;
soit plus ou moins comparable &#224; une horloge construite &lt;br class='autobr' /&gt;
dans le but expr&#232;s de r&#233;aliser un rythme r&#233;gulier. Mais le &lt;br class='autobr' /&gt;
temps intuitif n'est pas le temps sourdement et profond&#233;ment v&#233;cu par notre organisme, m&#234;me si nous n'y pr&#234;tons &lt;br class='autobr' /&gt;
aucune attention. C'est un temps auquel notre conscience &lt;br class='autobr' /&gt;
est ouverte &#187; (p. 280).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autorit&#233; du sentiment (temps conscientiel), libert&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
de l'imagination (temps id&#233;el) et objectivit&#233; de la perception (temps existentiel) ! Voil&#224; trois ingr&#233;dients qui &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;voquent une certaine compl&#233;tude de l'humaine condition ; il me semble que J.- S. Bach, par son Air admirable &lt;br class='autobr' /&gt;
de la Suite n&#176; 3 en r&#233; majeur, BWV 1063, exprime musicalement cette dialectique des trois variantes subjectives. Vous connaissez certainement tous cette pi&#232;ce, &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
juste titre tr&#232;s c&#233;l&#232;bre ; vous pouvez vous la chanter int&#233;rieurement en guise de conclusion et avec une volont&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
d'ouvrir l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 POINCAR&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
H., La Valeur de la science, Flammarion, Paris, &lt;br class='autobr' /&gt;
1913 et 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 PLATON&lt;br class='autobr' /&gt;
, Le Tim&#233;e, in Oeuvres compl&#232;tes, t. II, Bibl. de la &lt;br class='autobr' /&gt;
Pl&#233;iade, Paris, 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 ARISTOTE&lt;br class='autobr' /&gt;
, La Physique, t. I et II, Les Belles Lettres, Paris, &lt;br class='autobr' /&gt;
1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 AUGUSTIN&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;br class='autobr' /&gt;
SAINT&lt;br class='autobr' /&gt;
), Les Confessions, Livres IX - XIII, t. II ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Belles Lettres, Paris, 1926.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 CALDARA&lt;br class='autobr' /&gt;
A., Come raggio di sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 NEWTON&lt;br class='autobr' /&gt;
, Principes math&#233;matiques de la philosophie natu-&lt;br class='autobr' /&gt;
relle, t. I et II, Lambert, Paris, 1759.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 KANT&lt;br class='autobr' /&gt;
, La Critique de la raison pure, t. I et II, Gibert, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 WUNDT&lt;br class='autobr' /&gt;
, La Psychologie physiologique, t. I et II, Alcan, &lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, 1886.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 MACH&lt;br class='autobr' /&gt;
, La M&#233;canique, Hermann, Paris, 1904.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 MACH&lt;br class='autobr' /&gt;
, L'Analyse des sensations, Fricker, Jena, 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 BERGSON&lt;br class='autobr' /&gt;
, Essai sur les donn&#233;es imm&#233;diates de la cons-&lt;br class='autobr' /&gt;
cience, PUF, Paris, 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 BERGSON&lt;br class='autobr' /&gt;
, La Pens&#233;e et le mouvant, PUF, Paris, 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 MOZART&lt;br class='autobr' /&gt;
, Adagio ma non troppo du Concerto pour fl&#251;te, KW &lt;br class='autobr' /&gt;
313.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 ENRIQUES&lt;br class='autobr' /&gt;
, Les Concepts fondamentaux de la science, Flam-&lt;br class='autobr' /&gt;
marion, Paris, 1913. (L'original paru en italien Problemi &lt;br class='autobr' /&gt;
della Scienza date de 1906 ; la premi&#232;re partie de cet &lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrage a &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e sous le titre Les Probl&#232;mes de la science &lt;br class='autobr' /&gt;
et de la logique.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 BACHELARD&lt;br class='autobr' /&gt;
, La Dialectique de la dur&#233;e, PUF, Paris, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 GONSETH&lt;br class='autobr' /&gt;
, Le Probl&#232;me du temps, Le Griffon, Neuch&#226;tel, &lt;br class='autobr' /&gt;
1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 BEETHOVEN&lt;br class='autobr' /&gt;
, Andante du Concerto n&#176; 4 pour piano.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que l'irr&#233;versibilit&#233; ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article871</link>
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		<dc:date>2009-01-16T17:46:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Faber Sperber, Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; reste au coeur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Gilles Cohen-Tannoudji dans &#034;La Mati&#232;re-espace-temps&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que l'irr&#233;versibilit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; vient l'irr&#233;versibilit&#233; du monde ? &lt;br class='autobr' /&gt;
A notre &#233;chelle, l'exp&#233;rience de l'irr&#233;versibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes, encore appel&#233;e &#171; fl&#232;che du temps &#187;, est quotidienne. On sait que l'on peut briser un pain mais pas le recoller. On peut m&#233;langer deux gaz mais pas les s&#233;parer. On peut vieillir mais pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'irr&#233;versibilit&#233; reste au coeur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Cohen-Tannoudji dans &#034;La Mati&#232;re-espace-temps&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'irr&#233;versibilit&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient l'irr&#233;versibilit&#233; du monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;chelle, l'exp&#233;rience de l'irr&#233;versibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes, encore appel&#233;e &#171; fl&#232;che du temps &#187;, est quotidienne. On sait que l'on peut briser un pain mais pas le recoller. On peut m&#233;langer deux gaz mais pas les s&#233;parer. On peut vieillir mais pas rajeunir. L'&#233;tranget&#233; de cette situation provient de plusieurs points. Le premier est : comment la nature fait-elle pour marquer la mesure du temps ? On sait que la relativit&#233; d'Einstein a mis en &#233;vidence le fait que la mati&#232;re modifie l'espace-temps. Se pourrait-il que du temps se perde en pr&#233;sence de mati&#232;re ? La deuxi&#232;me est : comment des lois, apparemment r&#233;versibles du moins dans leurs formulations math&#233;matiques, de la gravitation et de l'&#233;lectromagn&#233;tisme m&#232;nent &#224; un monde de l'irr&#233;versible ? Est-ce que la r&#233;versibilit&#233; apparente des lois de la physique n'est pas une illusion d'optique ? En effet, deux syst&#232;mes physiques qui ont interagi ne sont plus les m&#234;mes apr&#232;s. Cela signifie-t-il aussi que la notion d'un temps absolu et universel doit &#234;tre remplac&#233;e par un temps en permanence en construction et destruction par la mati&#232;re, par la lumi&#232;re et par le vide ? Au niveau des particules, les interactions semblent aussi r&#233;versibles mais, une fois encore, c'est peut-&#234;tre une illusion d'optique. En effet, la particule n'est plus un individu au niveau quantique et il faut tenir compte des interactions avec l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Balian &#233;crit dans &#171; Le temps et sa fl&#232;che &#187;, ouvrage collectif sous la direction d'Etienne Klein et Michel Spiro que &lt;i&gt;&#171; Parmi les deux aspects du temps qui interviennent dans les processus naturels, dur&#233;e et orientation, nous fixons d&#233;sormais notre attention sur le second. Discutons d'abord un exemple. La r&#233;action chimique H2 + Cl2 -&gt; 2 HCl se produit dans l'obscurit&#233; &#224; une vitesse imperceptible, plus rapidement (en fait, de fa&#231;on explosive) lorsqu'on &#233;claire le m&#233;lange &#224; la lumi&#232;re du soleil. Consid&#233;rons alors un m&#233;lange gazeux A compos&#233; de deux litres d'hydrog&#232;ne et un litre de chlore. L'&#233;volution qu'il subit d&#233;pend des circonstances ; mais, &#224; condition d'attendre assez longtemps, l'Etat final B auquel on aboutit est toujours le m&#234;me : un litre d'hydrog&#232;ne et deux litres de gaz chlorhydrique. A l'inverse, si l'on m&#233;lange &#224; la temp&#233;rature &#224; temp&#233;rature ordinaire un litre d'hydrog&#232;ne avec deux litres de gaz chlorhydrique, l'exp&#233;rience montre qu'en aucun cas il ne se forme spontan&#233;ment de chlore. Le processus consid&#233;r&#233; est irr&#233;versible (&#8230;) L'irr&#233;versibilit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes va donc s'identifier pour nous &#224; l'orientation du temps. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; est encore appel&#233;e fl&#232;che du temps. C'est un ph&#233;nom&#232;ne &#233;mergent. Cela signifie qu'elle appara&#238;t au sein d'un univers qui ne la contenait pas, le vide quantique. Exactement comme la temp&#233;rature appara&#238;t au sein d'un ensemble de mol&#233;cules alors qu'elle n'existait pas pour une ou quelques mol&#233;cules. Cela signifie aussi que la mati&#232;re existe &#224; plusieurs niveaux hi&#233;rarchiques au sein desquels elle n'ob&#233;it pas aux m&#234;mes lois. Le niveau macroscopique n'est pas le niveau microscopique, par exemple. Bien que le niveau inf&#233;rieur apparaisse parfois au niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le physicien-chimiste Ilya Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'entropie est l'&#233;l&#233;ment essentiel introduit par la thermodynamique, la science des processus irr&#233;versibles, c'est-&#224;-dire orient&#233;s dans le temps. Chacun sait ce qu'est un processus irr&#233;versible. On peut penser &#224; la d&#233;composition radioactive, ou &#224; la friction, ou &#224; la viscosit&#233; qui ralentit le mouvement d'un fluide. Tous ces processus ont une direction privil&#233;gi&#233;e dans le temps, en contraste avec les processus r&#233;versibles tels que le mouvement d'un pendule sans friction. (...) La nature nous pr&#233;sente &#224; la fois des processus irr&#233;versibles et des processus r&#233;versibles, mais les premiers sont la r&#232;gle et les seconds l'exception. Les processus macroscopiques, tels que r&#233;actions chimiques et ph&#233;nom&#232;nes de transport, sont irr&#233;versibles. Le rayonnement solaire est le r&#233;sultat de processus nucl&#233;aires irr&#233;versibles. Aucune description de l'&#233;cosph&#232;re ne serait possible sans les processus irr&#233;versibles innombrables qui s'y d&#233;roulent. Les processus r&#233;versibles, en revanche, correspondent toujours &#224; des id&#233;alisations : nous devons n&#233;gliger la friction pour attribuer au pendule un comportement r&#233;versible, et cela ne vaut que comme une approximation. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le physicien Gilles Cohen-Tannoudji le rapporte dans &#171; La Mati&#232;re-Espace-Temps &#187; : &lt;i&gt;&#171; L'irr&#233;versibilit&#233; reste au c&#339;ur des ph&#233;nom&#232;nes physiques, m&#234;me en th&#233;orie quantique relativiste. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOTS CLEFS :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dialectique&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;discontinuit&#233;&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article568&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;physique quantique&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article630&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;relativit&#233;&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article474&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article710&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atome&lt;/a&gt; &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article599&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;syst&#232;me dynamique&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article492&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;structures dissipatives&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article788&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;percolation&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt; &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article540&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;non-lin&#233;arit&#233;&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article16&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quanta&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article571&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;mergence&lt;/a&gt; &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inhibition&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article570&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;boucle de r&#233;troaction&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article606&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rupture de sym&#233;trie&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article687&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;turbulence&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article838&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mouvement brownien&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article598&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le temps&lt;/a&gt; -&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article572&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contradictions&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article105&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;crise&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;transition de phase&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article672&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;criticalit&#233;&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article706&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;attracteur &#233;trange&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article769&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;sonance&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article564&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;auto-organisation&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article597&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vide&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article600&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;volution permanente&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article354&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Z&#233;non d'El&#233;e&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt; -&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article561&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blanqui&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article590&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt; -&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article727&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Prigogine&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Barta&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article604&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gould&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article607&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marxisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article612&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article657&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la r&#233;volution&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article753&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'anarchisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article763&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le stalinisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article765&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Socrate&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irr&#233;versibilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longtemps pens&#233; que les lois de la physique &#233;taient r&#233;versibles. Les valeurs des param&#232;tres dans les lois de la nature devaient y appara&#238;tre de fa&#231;on qu'en changeant le signe, cela ne change pas la loi. La r&#233;versibilit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne s'exprimait donc dans la sym&#233;trie des lois de la nature. La seule apparition d'une irr&#233;versibilit&#233; concernait la thermodynamique qui, &#233;trangement, reconnaissait une &#171; fl&#232;che du temps &#187; puisqu'une loi de la thermodynamique affirmait que tout syst&#232;me isol&#233; va vers une perte de niveau d'organisation appel&#233;e entropie. Exemple typique : un m&#233;lange de deux gaz ou de deux liquides &#224; des temp&#233;ratures diff&#233;rentes menait &#224; un &#233;quilibre qui &#233;tablissait un niveau moyen puis l'immobilit&#233;. La perte de niveaux d'ordre semblait irr&#233;m&#233;diable. Cette loi d'entropie semblait contredire ce que l'on constatait dans certains ph&#233;nom&#232;nes physiques, et tout particuli&#232;rement le ph&#233;nom&#232;ne de la vie qui produit sans cesse de l'organisation et de la complexification au lieu de d&#233;truire des niveaux d'organisation et qui ne tend pas vers l'immobilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement la science moderne a &#233;t&#233; &#224; la fois vers la g&#233;n&#233;ralisation de la notion d'irr&#233;versibilit&#233; et vers des syst&#232;mes dynamiques n&#233;guentropiques c'est-&#224;-dire producteurs de niveaux d'organisation. La vie est, en effet, marqu&#233;e par l'auto-organisation. L'existence d'un individu, depuis l'&#339;uf originel, est faite de diversification des cellules, de construction de relations entre elles et de niveaux suppl&#233;mentaires de cette organisation. Ensuite, elle produit des niveaux d'organisation entre les individus et les groupes d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'auto-organisation est loin d'en &#234;tre rest&#233;e &#224; &#233;tudier le vivant. Elle concerne &#233;galement la mati&#232;re dite inerte et qui conna&#238;t des d&#233;veloppements dynamiques. L'exemple le plus commun est le cristal. Non seulement il reproduit un sch&#233;ma &#224; l'identique mais le cristal peut sauter d'un ordre &#224; un autre, par modification de structure voir la glace ou la neige par exemple). La vie, elle-m&#234;me, est un sous-produit de cette capacit&#233; des ordres mol&#233;culaires de changer leur disposition st&#233;r&#233;oscopique et, du coup, leurs interactions. Et ce &#224; grande vitesse et avec une d&#233;pense &#233;nerg&#233;tique extr&#234;mement faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; provient fondamentalement l'irr&#233;versibilit&#233; dans les transformations de la mati&#232;re et quelles en sont les cons&#233;quences ? Les exemples aussi nombreux que divers d'irr&#233;versibilit&#233; ont cependant un point commun : l'irr&#233;versibilit&#233; est un sous-produit de l'interaction d'&#233;chelle. Il y a des niveaux imbriqu&#233;s de la mati&#232;re et ces niveaux ont des r&#233;troaction entre niveaux inf&#233;rieurs et sup&#233;rieurs. L'irr&#233;versibilit&#233; provient du saut d'un niveau &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de la mati&#232;re, elle-m&#234;me, est un produit de cette irr&#233;versibilit&#233; au m&#234;me titre que l'existence de la vie. D&#232;s que la mati&#232;re, d&#232;s que la vie, d&#232;s qu'une des formes nouvelles de l'un ou de l'autre, apparaissent, elles produisent les &#233;l&#233;ments de leur reproduction. L'irr&#233;versibilit&#233; signifie qu'il y a eu un &#233;v&#233;nement dont l'importance n'a pu &#234;tre effac&#233;e. D&#232;s lors, la nature a une histoire marqu&#233;e par des jalons. Elle n'efface pas son pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire marque la mati&#232;re. Ainsi, les noyaux lourds, instables, connaissent des d&#233;compositions nucl&#233;aires, ou radioactives, au bout d'un certain temps. Une mati&#232;re livre son &#226;ge en fonction de la proportion de mati&#232;re radioactive d&#233;j&#224; d&#233;compos&#233;e. Nous avons un &#226;ge en tant qu'individus. Notre esp&#232;ce a &#233;galement un &#226;ge. Notre galaxie, notre soleil, notre plan&#232;te, les roches qui nous entourent ont un &#226;ge. Tous ces &#226;ges sont des manifestations d'une irr&#233;versibilit&#233; fondamentale du ph&#233;nom&#232;ne &#171; mati&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la science a mis du temps &#224; comprendre cette importance de l'irr&#233;versibilit&#233; ? On a commenc&#233; par &#233;tudier la r&#233;alit&#233; &#224; un seul niveau d'organisation, et, dans ce cas, cette irr&#233;versibilit&#233; n'appara&#238;t pas puisqu'il n'y a pas interaction d'&#233;chelle. Par exemple, en m&#233;canique, si on ne prend pas en consid&#233;ration l'interaction des objets en mouvement avec le vide, il n'y a qu'un seul mouvement et il peut sembler qu'en inversant le sens du temps, le mouvement serait exactement invers&#233;. Par contre, d&#232;s qu'on &#233;tudie des chocs brutaux entre objets qui se cassent, il n'est plus possible d'inverser le temps. On n'a jamais vu des objets cass&#233;s se recomposer spontan&#233;ment. La brisure a &#233;mis de l'&#233;nergie qui est une agitation &#224; un niveau hi&#233;rarchique inf&#233;rieur. Ce passage au niveau inf&#233;rieur est non-lin&#233;aire et irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, la mati&#232;re a un caract&#232;re irr&#233;versible car, au travers des disparitions et apparitions de structures particulaires dans le vide, la mati&#232;re reproduit les m&#234;mes structures globalement. La particule appara&#238;t et dispara&#238;t en un temps tr&#232;s court. Mais elle r&#233;appara&#238;t toujours sous la m&#234;me forme que pr&#233;c&#233;demment. C'est cette &#171; m&#233;moire &#187; qui fait que la mati&#232;re semble avoir une existence continue. Cependant, les &#233;v&#233;nements qui se produisent pour cette structure s'effacent r&#233;guli&#232;rement du fait de l'interaction avec l'environnement. C'est ce que l'on appelle la d&#233;coh&#233;rence. Du coup, la particule ne peut se souvenir &#224; l'&#233;chelle mat&#233;rielle que de ses constantes (charge, masse, etc). Par contre, &#224; une &#233;chelle inf&#233;rieure, elle peut se souvenir de son spin qui marque l'&#233;volution de l'environnement (charges virtuelles u vide). A ce niveau, l'&#233;coulement du temps est aboli parce que le temps est un facteur &#233;mergent du niveau sup&#233;rieur. Dans le vide, le temps est d&#233;sordonn&#233;. Pour le corpuscule de lumi&#232;re, le temps ne s'&#233;coule pas. L'irr&#233;versibilit&#233; n'existe qu'au niveau de la mati&#232;re au dessus du niveau de la particule de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IRR&#201;VERSIBILIT&#201; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Introduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; est celui de l'&#233;volution des syst&#232;mes macroscopiques, c'est-&#224;-dire constitu&#233;s d'un nombre immense de mol&#233;cules en perp&#233;tuelle agitation. L'exemple typique est le gaz ; mais n'importe quel objet mat&#233;riel dont la masse est de l'ordre du gramme ou plus, est un tel corps, puisque les mol&#233;cules qui le composent, m&#234;me si elles sont tr&#232;s grosses, ont des masses infinit&#233;simales si on les compare au gramme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces corps se modifient spontan&#233;ment du fait de l'agitation perp&#233;tuelle des mol&#233;cules qui les composent. Cela se remarque dans la vie de tous les jours : l'air est agit&#233; par le vent, les liquides coulent, et m&#234;me les solides s'alt&#232;rent (les m&#233;taux s'oxydent, les d&#233;bris v&#233;g&#233;taux se d&#233;composent, etc). Toutefois les objets isol&#233;s, c'est-&#224;-dire &#233;cart&#233;s de tout contact ou &#233;change avec le reste de l'univers, y compris l'&#233;mission ou l'absorption de rayonnement, &#233;voluent vers un &#233;tat asymptotique stable, appel&#233; &#233;tat d'&#233;quilibre. Le simple sens commun suffit &#224; le comprendre : si un corps m&#233;tallique est maintenu &#224; l'&#233;cart de tout &#233;change, il ne pourra s'oxyder puisqu'il faut pour cela une action de l'oxyg&#232;ne sur le corps. De m&#234;me un liquide au repos dans un r&#233;servoir ne se mettra &#224; couler que si on bascule ou perce le r&#233;servoir, l'air calme ne peut commencer &#224; &#234;tre agit&#233; par le vent que s'il est expos&#233; &#224; des masses d'air plus chaudes ou plus froides, etc. Si au lieu de mettre le corps m&#233;tallique fra&#238;chement poli &#224; l'abri de l'oxyg&#232;ne et du monde ext&#233;rieur, on isole ce corps avec une certaine quantit&#233; d'oxyg&#232;ne de tout le reste, il va s'oxyder progressivement jusqu'&#224; ce qu'il n'y ait plus assez d'oxyg&#232;ne pour que la corrosion se poursuive, et on atteint aussi un &#233;tat d'&#233;quilibre. Pour le sens commun, forg&#233; par l'exp&#233;rience quotidienne, il est bien &#233;vident qu'une fois la surface m&#233;tallique corrod&#233;e, il n'arrivera plus jamais que l'oxyg&#232;ne se retire spontan&#233;ment du m&#233;tal pour retrouver sa forme gazeuse, en rendant ainsi tout son brillant &#224; la surface m&#233;tallique. C'est pourquoi on dit que la corrosion est une &#233;volution irr&#233;versible. Bien entendu, il est possible d'appliquer au m&#233;tal un traitement chimique qui s&#233;pare &#224; nouveau l'oxyg&#232;ne et le m&#233;tal, mais cela brise alors l'isolement du syst&#232;me corps m&#233;tallique plus oxyg&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la suite des travaux de Sadi Carnot (R&#233;flexions sur la puissance motrice du feu, 1824) Rudolph Clausius a d&#233;gag&#233; le concept de l'entropie d'un tel syst&#232;me isol&#233;. Carnot analysait le principe des machines thermiques, qui produisent du mouvement &#224; partir de la chaleur, en injectant de la vapeur ou de l'air sous pression dans un cylindre pour d&#233;placer un piston. Il a constat&#233; que la vapeur devait n&#233;cessairement se refroidir, et qu'avec une quantit&#233; de charbon donn&#233;e, l'&#233;nergie m&#233;canique qu'on peut r&#233;cup&#233;rer est d'autant plus &#233;lev&#233;e que la vapeur a plus refroidi. Plus pr&#233;cis&#233;ment il &#233;tablit la loi quantitative suivante : Si T1 est la temp&#233;rature (absolue, en degr&#233;s Kelvin) &#224; laquelle on a chauff&#233; la vapeur et T0 la temp&#233;rature &#224; laquelle se refroidit cette vapeur apr&#232;s le passage dans le cylindre ou la turbine, l'&#233;nergie m&#233;canique obtenue pour une quantit&#233; de chaleur fournie Q sera proportionnelle &#224; (1 &#61485; T0/T1) &#215;Q et non &#224; Q seul. Cela veut dire que si par exemple on chauffe de l'air &#224; 273 degr&#233;s Celsius dans un cylindre pour qu'il pousse un piston et d&#233;place ainsi un objet lourd, puis qu'on le refroidit &#224; 0 degr&#233;s Celsius pour que le piston se r&#233;tracte, le rapport 1 &#61485; T0/T1 sera 0.5 et le travail m&#233;canique de d&#233;placement de l'objet lourd aura &#233;t&#233; la moiti&#233; de l'&#233;nergie calorifique d&#233;pens&#233;e pour chauffer l'air dans le cylindre. L'autre moiti&#233; se sera perdue dans le refroidissement de l'air. (N. B. cette perte par refroidissement est n&#233;cessaire, car sinon le piston ne se r&#233;tracte pas tout seul ; il faudrait le pousser et donc perdre le travail m&#233;canique qu'on vient de gagner). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le processus inverse de celui de la machine thermique consisterait &#224; produire la chaleur &#224; partir du mouvement m&#233;canique au lieu de l'obtenir en br&#251;lant du charbon. On peut produire de la chaleur &#224; partir du mouvement par frottement ; on peut m&#234;me convertir enti&#232;rement l'&#233;nergie m&#233;canique en chaleur : dans ce cas le mouvement est compl&#232;tement arr&#234;t&#233; par l'effet des frottements. Or la loi de Carnot montre que, sauf si T0 = 0 ou T1 = &#61605;, la chaleur ne peut jamais &#234;tre enti&#232;rement convertie en mouvement. De toute fa&#231;on la condition T0 = 0 est irr&#233;alisable, car pour que la vapeur puisse &#234;tre refroidie &#224; T0 = 0 il faut maintenir un syst&#232;me de refroidissement bien plus co&#251;teux que l'&#233;nergie produite par la machine. Ce constat fait par Carnot marque l'origine du probl&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; : la transformation d'&#233;nergie m&#233;canique en chaleur par les frottements n'est pas r&#233;versible, en ce sens qu'aucune machine thermique ne pourra retransformer int&#233;gralement la chaleur en le mouvement. Quantitativement, si nous reprenons l'exemple ci-dessus avec la vapeur refroidie de 273 degr&#233;s Celsius &#224; 0 degr&#233;s Celsius, on peut dire que 4184 joules de travail m&#233;canique permettent d'&#233;chauffer par frottement 1 kilogramme d'eau de 1 degr&#233;, mais inversement, avec une machine thermique fonctionnant entre 273 et 0 degr&#233;s Celsius, cette m&#234;me quantit&#233; de chaleur ne permettrait de r&#233;cup&#233;rer que 2092 joules de travail m&#233;canique. Bien entendu dans une machine r&#233;elle une grande partie de la chaleur fournie se perd aussi par les d&#233;fauts d'isolation, en sorte qu'on r&#233;cup&#233;rerait encore bien moins que ces 2092 joules ; la loi de Carnot concerne le cas id&#233;al o&#249; on aurait enti&#232;rement &#233;limin&#233; ces pertes. Elle dit que m&#234;me si ces pertes sont rendues infinit&#233;simales, il restera toujours une irr&#233;versibilit&#233; de principe, car le fonctionnement m&#234;me de la machine exige qu'une partie de la chaleur soit perdue par le refroidissement. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'explication fondamentale du comportement des corps macroscopiques tels que la dilatation des gaz chauff&#233;s dans les machines thermiques, mais aussi l'&#233;coulement des liquides, l'&#233;vaporation, la fusion ou la solidification, les &#233;changes de chaleur, etc, a &#233;t&#233; trouv&#233;e dans le comportement al&#233;atoire des mouvements mol&#233;culaires. C'est en appliquant la loi des grands nombres au mouvement chaotique d'un nombre immense de mol&#233;cules qu'on retrouve le comportement des corps macroscopiques. La loi de Carnot mentionn&#233;e plus haut peut &#234;tre d&#233;duite ainsi, de m&#234;me que toutes les lois gouvernant les &#233;changes de chaleur, l'agitation des fluides, etc. Quoique cette explication statistique ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; propos&#233;e comme hypoth&#232;se par Daniel Bernoulli (Hydrodynamica, 1731), elle n'a commenc&#233; &#224; devenir pleinement op&#233;ratoire que dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Les travaux fondateurs de cette M&#233;canique statistique ont &#233;t&#233; effectu&#233;s pour l'essentiel par J. C. Maxwell (1860) et Ludwig Boltzmann (1872). L'irr&#233;versibilit&#233; mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment n'est qu'un aspect du comportement des corps macroscopiques, et au fond, elle ne joue qu'un r&#244;le tr&#232;s marginal dans les pr&#233;occupations des physiciens car elle ne vaut que comme principe g&#233;n&#233;ral et abstrait. Pour celui qui doit calculer ou d&#233;crire des ph&#233;nom&#232;nes pr&#233;cis et particuliers, la M&#233;canique statistique est une science tr&#232;s technique dont le quotidien est bien &#233;loign&#233; des grands principes. Par contre, l'irr&#233;versibilit&#233; est le genre de probl&#232;me qui a toujours fascin&#233; les philosophes, ainsi que tous les amateurs passionn&#233;s de science, qui connaissent cette derni&#232;re bien plus par les ouvrages de vulgarisation que par l'&#233;tude approfondie et patiente de probl&#232;mes concrets mais ardus. De ce fait, le th&#232;me de l'irr&#233;versibilit&#233; inspire depuis Boltzmann toute une litt&#233;rature pseudo- ou para-scientifique, pleine de confusion, de r&#234;ve, et de visions inexactes ou m&#234;me carr&#233;ment fausses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le point crucial de cette litt&#233;rature est le paradoxe de Loschmidt. Joseph Loschmidt &#233;tait un coll&#232;gue de Boltzmann &#224; l'universit&#233; de Vienne. Apr&#232;s que Boltzmann eut expos&#233; son explication statistique de l'irr&#233;versibilit&#233; en 1872, Loschmidt fit remarquer qu'il apparaissait comme paradoxal que, la M&#233;canique &#233;tant enti&#232;rement r&#233;versible (pour tout mouvement d'un syst&#232;me de points mat&#233;riels tels que les mol&#233;cules, le mouvement inverse, c'est-&#224;-dire celui qu'on verrait dans un film projet&#233; en marche arri&#232;re, est &#233;galement possible et tout aussi probable), on aboutisse &#224; des comportements irr&#233;versibles lorsqu'on consid&#232;re un tel mouvement de mani&#232;re statistique. L'&#233;nonc&#233; de ce paradoxe se trouve tr&#232;s fr&#233;quemment dans les articles ou ouvrages de vulgarisation, mais sans aucune explication ; tr&#232;s souvent m&#234;me, il est sugg&#233;r&#233; que ce paradoxe reste aujourd'hui encore non r&#233;solu, qu'il s'agirait l&#224; de l'un des myst&#232;res de la science. Or Boltzmann avait r&#233;pondu &#224; la question de Loschmidt, et sa r&#233;ponse est essentiellement correcte. Elle peut certes &#234;tre affin&#233;e par des connaissances plus r&#233;centes, mais rien ne change sur le fond. Par exemple Boltzmann postulait pour les mol&#233;cules un mouvement newtonien, alors que la M&#233;canique statistique moderne postule un mouvement quantique, ce qui induit de grandes diff&#233;rences (satistiques de Fermi-Dirac et de Bose-Einstein). Mais l'argument de Loschmidt et la r&#233;ponse &#224; cet argument ne s'en trouvent pas affect&#233;s de mani&#232;re vraiment essentielle : les mouvements microscopiques quantiques sont, tout comme les classiques, parfaitement r&#233;versibles, et la propri&#233;t&#233; statistique universelle qui explique l'irr&#233;versibilit&#233; est la m&#234;me. Pourquoi alors la r&#233;ponse de Boltzmann est-elle rest&#233;e lettre morte, et pourquoi subsiste toute une tradition qui maintient le myst&#232;re autour de ce probl&#232;me ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La raison en est bien simple. Ce n'est pas pour les physiciens qu'il y a un paradoxe, mais seulement pour une certaine tradition philosophique et populaire, car l'explication scientifique du &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;paradoxe'' n'est pas vulgarisable. Beaucoup de physiciens ont d&#233;plor&#233; cet &#233;tat de fait et ont, comme moi ici, tent&#233; d'y rem&#233;dier; par exemple Rudolf Peierls a aussi donn&#233; une conf&#233;rence &#224; Birmingham en 1967 sur la question, qu'il reprend dans un chapitre de son livre [7], qui commence ainsi: We turn next to one of the most fundamental questions of statistical Mechanics, to which the answer has been known to some for a long time, but does not appear to be known very widely even today. The question is about the precise origin of the irreversibility in statistical mechanics. J'ajoute que&lt;/code&gt;not even today'', dit par Peierls en 1978, peut se dire encore aujourd'hui. Je conseille vivement la lecture de ce chapitre de Peierls, et j'en donnerai quelques extraits en annexe. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai cependant d&#251; constater que l'explication propos&#233;e par Peierls n'est pas compl&#232;te, et d'ailleurs je n'ai trouv&#233; d'explication vraiment compl&#232;te dans aucun ouvrage. Pourtant, tout ce qu'il faut pour une telle explication compl&#232;te est implicitement contenu dans le corpus th&#233;orique de la Physique statistique, d&#233;j&#224; sous la forme que lui avait donn&#233; Ludwig Boltzmann vers 1880. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien la raison pour laquelle j'essaie encore, mais je n'ai pas &#233;crit cet article essentiellement pour les physiciens, qui connaissent bien l'explication scientifique, m&#234;me s'ils ne la d&#233;taillent pas jusqu'au bout ; c'est plut&#244;t pour ceux qui sont curieux de science : je ne voudrais pas qu'ils soient &#233;gar&#233;s par la confusion qui entoure cette question, mais je leur demande un effort. Il faut en effet prendre en compte quelques aspects assez subtils du Calcul des probabilit&#233;s. La r&#233;ponse de Boltzmann est enti&#232;rement juste sur le fond, mais tr&#232;s difficile &#224; expliquer. Je m'en suis rendu compte une fois de plus en &#233;crivant le pr&#233;sent article. J'ai pourtant fait tout ce que j'ai pu pour donner l'explication statistique de l'irr&#233;versibilit&#233; d'une mani&#232;re aussi directe que possible, c'est-&#224;-dire sans passer par l'interm&#233;diaire de th&#233;or&#232;mes g&#233;n&#233;raux, dont la d&#233;monstration tr&#232;s technique, longue, g&#233;n&#233;rale, et abstraite contribue fortement &#224; l'opacit&#233; de l'explication. J'ai fait tout ce que j'ai pu, et cela reste long, bien trop long pour une revue de vulgarisation, et bien trop long pour notre &#233;poque o&#249; l'on n'&#233;coute que ce qui se dit en moins de cinq minutes. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'essaie quand m&#234;me de le faire partager . . .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La nature microscopique des gaz. &lt;br class='autobr' /&gt;
Imaginons un gaz maintenu dans un r&#233;cipient herm&#233;tique comme un nuage de poussi&#232;res dont les grains sont les mol&#233;cules. On va consid&#233;rer un mouvement parfaitement newtonien pour le syst&#232;me de point mat&#233;riels auquel on assimile l'ensemble des mol&#233;cules du gaz. Les substitutions fr&#233;quentes des vitesses, chaque fois que la mol&#233;cule frappe une paroi du r&#233;cipient ou entre en collision avec une autre, cr&#233;e un brouillage qui, au bout d'un certain temps (apr&#232;s plusieurs collisions) rend la distribution des mol&#233;cules en apparence compl&#232;tement al&#233;atoire ; c'est ce qu'on appelle le chaos d&#233;terministe. L'analyse math&#233;matique d&#233;taill&#233;e de ce mouvement de points qui entrent mutuellement en collision, incluant le calcul de l'&#233;volution des positions et des vitesses a &#233;t&#233; effectu&#233; pour la premi&#232;re fois en 1860, par J. C. Maxwell [ref 2]. Ce texte de Maxwell est aujourd'hui encore l'expos&#233; le plus clair, le plus rigoureux (malgr&#233; un raisonnement faux devenu c&#233;l&#232;bre, et corrig&#233; six ans plus tard), et le plus p&#233;n&#233;trant jamais &#233;crit sur le sujet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette notion de brouillage est essentielle pour la r&#233;solution du paradoxe de Loschmidt. En effet, le mouvement exact des mol&#233;cules, c'est-&#224;-dire leur mouvement newtonien math&#233;matique, est r&#233;versible : en retournant toutes les vitesses (mais en conservant les positions), le syst&#232;me revient en arri&#232;re, en d&#233;crivant le mouvement exactement inverse de celui suivi jusque l&#224; ; de sorte que, si le syst&#232;me &#233;tait dans une configuration X &#224; l'instant 0, qu'on le laisse &#233;voluer jusqu'&#224; l'instant T o&#249; l'on inverse toutes les vitesses, il reviendra en parcourant dans l'ordre inverse toutes les configurations pr&#233;c&#233;dentes, et se retrouvera &#224; l'instant 2T &#224; nouveau dans la configuration X. Par configuration on entend ici la donn&#233;e des positions de toutes les mol&#233;cules. Une notion plus pr&#233;cise est la configuration en phase : c'est alors la donn&#233;e des positions et des vitesses de toutes les mol&#233;cules. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions, comment se fait-il que l'on observe l'irr&#233;versibilit&#233; ? C'est justement la question pos&#233;e par Joseph Loschmidt. Si on prend un gaz, initialement (c'est-&#224;-dire &#224; l'instant 0) comprim&#233; dans un vase, il va se r&#233;pandre tout autour et tendre &#224; remplir tout l'espace disponible, mais on ne verra jamais un gaz r&#233;pandu dans une grande pi&#232;ce se comprimer progressivement et venir se concentrer dans un vase en faisant le vide alentour. Or, c'est bien ce qui devrait se produire si, une fois le gaz uniform&#233;ment r&#233;pandu dans la grande pi&#232;ce, on inversait exactement la vitesse de chacune des N &#61566;&#61472;1024 mol&#233;cules qui le composent. Mais il faut inverser exactement les N vitesses. Si une seule de ces N &#61566;&#61472;1024 vitesses est mal invers&#233;e, le mouvement de retour commencera effectivement comme l'inverse du mouvement pr&#233;c&#233;dent (c'est-&#224;-dire que le gaz commencera &#224; se recomprimer apr&#232;s l'inversion des vitesses), mais cela ne durera pas : l'unique vitesse mal invers&#233;e modifiera peu &#224; peu les vitesses des autres mol&#233;cules &#224; cause des innombrables chocs, jusqu'&#224; ce que la totalit&#233; du syst&#232;me soit brouill&#233;e (par le ph&#233;nom&#232;ne du chaos d&#233;terministe) et ne ressemble plus du tout au mouvement inverse. M&#234;me si l'unique vitesse mal invers&#233;e diff&#232;re tr&#232;s peu de l'inversion exacte, cela suffira &#224; cr&#233;er le chaos au bout d'un temps tr&#232;s court ; si la diff&#233;rence entre la vitesse mal invers&#233;e et l'inverse exact est &#61541;, ce temps est proportionnel &#224; (1 / &#61541;) 10&#61485;N. Il faudrait donc prendre &#61541;&#61472;&#61566;&#61472;10&#61485;N pour que ce temps soit de l'ordre de la seconde. Cela signifie que l'erreur dans le retournement de la vitesse devrait porter sur la Ni&#232;me d&#233;cimale. Si N est de l'ordre du nombre d'Avogadro, soit N &#61566;&#61472;1024, on voit ce que cela signifie ! &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit apparara&#238;tre ici une des raisons pour lesquelles la parfaite r&#233;versibilit&#233; du mouvement microscopique des mol&#233;cules ne se refl&#232;te pas au niveau des apparences macroscopiques : c'est parce qu'il est essentiellement impossible d'inverser les vitesses avec une telle pr&#233;cision. Cependant cette raison n'est pas la seule. Une autre est qu'il est tout aussi essentiellement impossible d'inverser (m&#234;me approximativement) les vitesses de toutes les N mol&#233;cules ; ce serait possible s'il n'y avait que cinq ou dix mol&#233;cules, mais la difficult&#233; qui intervient ici cro&#238;t exponentiellement avec leur nombre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux raisons ont en commun qu'elles ne sont pas li&#233;es &#224; la nature physique du gaz, mais aux limites humaines. On pourrait en faire abstraction pour se concentrer sur l'objet (le gaz) en tant qu'existant ind&#233;pendamment de l'homme et de ses limites. Par exemple en tenant un raisonnement comme celui-ci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Une intelligence qui, pour un instant donn&#233;, conna&#238;trait toutes les forces dont la nature est anim&#233;e, et la situation respective des &#234;tres qui la composent, si d'ailleurs elle &#233;tait assez vaste pour soumettre ces donn&#233;es &#224; l'analyse, embrasserait dans la m&#234;me formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus l&#233;ger atome: rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir comme le pass&#233; serait pr&#233;sent &#224; ses yeux. Pierre-Simon Laplace Essai philosophique sur les probabilit&#233;s (1819) Frederick Reif. &#171; Si un syst&#232;me isol&#233; est dans une situation sensiblement non uniforme, il &#233;voluera en fonction du temps pour se rapprocher de la situation ultime la plus uniforme o&#249; il est en &#233;quilibre (&#224; l'exception de fluctuations qui ont peu de chances d'&#234;tre importantes). &#187; Irr&#233;versibilit&#233; La conclusion [encadr&#233;e ci-dessus] affirme que quand un syst&#232;me macroscopique isol&#233; &#233;volue en fonction du temps, il tend &#224; le faire dans une direction bien d&#233;finie: depuis un &#233;tat de moindre d&#233;sordre vers une situation de plus grand d&#233;sordre. Nous pourrions observer le processus du changement en filmant le syst&#232;me. Supposons maintenant que nous projetions le film &#224; l'envers (c'est-&#224;-dire que nous passions le film dans le projecteur en marche arri&#232;re) nous observerions alors sur l'&#233;cran le m&#234;me processus remontant le temps c'est-&#224;-dire le processus qui appara&#238;trait si l'on imaginait que la direction du temps a &#233;t&#233; renvers&#233;e. Le film sur l'&#233;cran serait vraiment tr&#232;s curieux en ce sens qu'il pr&#233;senterait un processus par lequel un syst&#232;me &#233;volue depuis un &#233;tat de grand d&#233;sordre vers une situation moins d&#233;sordonn&#233;e, chose que l'on n'observe jamais en r&#233;alit&#233;. En regardant simplement le film sur l'&#233;cran, nous pourrions conclure, avec une compl&#232;te certitude, que le film est projet&#233; &#224; l'envers. Un processus est dit irr&#233;versible si le processus obtenu en changeant le signe du temps (celui qu'on observerait en projetant le film &#224; l'envers) est tel qu'il n'appara&#238;t pratiquement jamais en r&#233;alit&#233;. Mais tous les syst&#232;mes macroscopiques hors &#233;quilibre &#233;voluent vers l'&#233;quilibre, c'est-&#224;-dire vers une situation de plus grand d&#233;sordre. ( . . . ) Notons bien qu'il n'y a rien dans les lois de la m&#233;canique r&#233;gissant le mouvement des particules du syst&#232;me qui indique un sens privil&#233;gi&#233; pour l'&#233;coulement du temps. En effet, imaginons que l'on prenne un film du gaz isol&#233; en &#233;quilibre ( . . . ) Commentaire: Ici il est fait r&#233;f&#233;rence &#224; un&lt;/code&gt;film'', en fait une simulation num&#233;rique du mouvement de 40 mol&#233;cules dans une bo&#238;te rectangulaire. Cette simulation est une des grandes innovations didactiques du Berkeley Physics Course (pages 9 et 24 - 25), dont la force visuelle ne peut &#234;tre reproduite en citation ; c'est pourquoi j'introduis ce commentaire. On peut mesurer le degr&#233; de d&#233;sordre en donnant simplement en fonction du temps le nombre de mol&#233;cules situ&#233;es dans la moiti&#233; gauche de la bo&#238;te. La relation entre ce nombre et l'entropie est assez complexe, mais pour l'argumentation il suffit que les deux quantit&#233;s aient la m&#234;me croissance (que l'une soit fonction croissante de l'autre ; ainsi elles seront croissantes ou d&#233;croissantes en m&#234;me temps et seront maximales ou minimales en m&#234;me temps. Il s'agit donc de comprendre pourquoi on aboutit &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; alors que ce film est parfaitement r&#233;versible : &lt;br class='autobr' /&gt;
En regardant le film projet&#233; sur l'&#233;cran, nous n'aurions aucun moyen de dire si le projecteur fonctionne dans le sens normal ou &#224; l'envers. La notion de sens privil&#233;gi&#233; pour l'&#233;coulement du temps n'appara&#238;t que lorsque l'on consid&#232;re un syst&#232;me macroscopique isol&#233; dont nous avons de bonnes raisons de penser qu'il est dans une situation tr&#232;s sp&#233;ciale non d&#233;sordonn&#233;e &#224; un certain temps t1. Si le syst&#232;me n'a pas &#233;t&#233; perturb&#233; pendant longtemps et s'il atteint cette situation par le jeu des rares fluctuations &#224; l'&#233;quilibre, il n'y a, en fait, rien qui indique le sens du temps. ( . . . ) &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite du commentaire : Cette derni&#232;re phrase est capitale : supposons que le syst&#232;me ne subit aucune rupture de son mouvement normal (mouvement newtonien avec collisions mutuelles ou avec la paroi de la bo&#238;te, mais surtout pas avec autre chose, comme par exemple une nouvelle paroi s&#233;parant la bo&#238;te en deux). Cela exprime le fait que le syst&#232;me est isol&#233;. Il peut alors arriver que &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;par hasard'' &#224; un instant t1 toutes les mol&#233;cules se trouvent dans la moiti&#233; droite de la bo&#238;te. Cela n'arrive pas souvent: avec quarante mol&#233;cules, en admettant qu'entre deux vues successives du&lt;/code&gt;film'' les mol&#233;cules se soient d&#233;plac&#233;es en moyenne sur une distance de l'ordre du dixi&#232;me de la largeur de la bo&#238;te, il faut laisser passer au moins 1013 vues instantan&#233;es pour avoir une chance d'observer cela. Avec 8 mol&#233;cules, il suffirait de 2500 images, et avec 1024 mol&#233;cules il faudrait quelque 10300 000 000 000 000 000 000 000 images. Pour un film au format 16 mm, cela correspond &#224; une dur&#233;e de projection de l'ordre de 100 secondes pour 8 mol&#233;cules, de 10 000 ans pour 40 mol&#233;cules, 10300 000 000 000 000 000 000 000 ann&#233;es pour 1024 mol&#233;cules. Si vous regardez le film de 40 mol&#233;cules pendant 10 000 ans, ne ratez pas l'instant o&#249; toutes les mol&#233;cules seront dans la moiti&#233; gauche de la bo&#238;te (attention, l'&#233;v&#233;nement ne dure qu'une fraction de seconde), car il serait dommage d'avoir attendu cet instant pendant 6000 ans et de le rater. Il n'aurait en effet gu&#232;re de chances de se reproduire avant 10 000 nouvelles ann&#233;es. Lorsque cet &#233;v&#233;nement se sera produit, d&#233;coupez le morceau de film qui commence une minute avant et se termine une minute apr&#232;s et projetez le &#224; l'endroit ou &#224; l'envers. Il vous sera effectivement impossible de savoir lequel des deux sens de projection est plus r&#233;aliste que l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans aucune situation concr&#232;te de la vie r&#233;elle vous ne pourrez attendre 10300 000 000 000 000 000 000 000 ann&#233;es pour voir un gaz se concentrer spontan&#233;ment dans une moiti&#233; de r&#233;cipient. Si vous voulez mettre un gaz dans une bouteille vous le ferez passer par un tuyau, pouss&#233; par une pompe. D'o&#249; la conclusion : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me &#233;volue toujours vers une situation de plus grand d&#233;sordre que le temps se d&#233;roule en avant ou en arri&#232;re. La seule autre possibilit&#233; pour amener le syst&#232;me dans une situation particuli&#232;re non d&#233;sordonn&#233;e &#224; un instant t1, c'est une interaction avec un autre syst&#232;me &#224; un instant ant&#233;rieur &#224; t1 [c'est-&#224;-dire une pr&#233;paration]. Mais dans ce cas, le sens du temps est indiqu&#233; par la connaissance de cette interaction avec un autre syst&#232;me &#224; un autre instant pr&#233;c&#233;dant t1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes suivants parlent de la m&#234;me chose, avec seulement des diff&#233;rences de style.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Landau et E. Lifchitz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la contradiction appara&#238;t n&#233;anmoins lorsqu'on consid&#232;re un autre aspect de la question. Lorsqu'on a formul&#233; la loi de la croissance de l'entropie, on a parl&#233; de la cons&#233;quence la plus probable d'un &#233;tat macroscopique pour un moment donn&#233;. Mais cet &#233;tat devait surgir &#224; partir d'autres &#233;tats comme r&#233;sultat des processus se d&#233;roulant dans la nature. La sym&#233;trie par rapport aux deux sens du temps veut dire que, pour tout &#233;tat macroscopique arbitraire d'un syst&#232;me isol&#233; &#224; un certain moment t = t0, on peut affirmer que la cons&#233;quence la plus probable pour t &gt; t0 est non seulement une augmentation de l'entropie, mais &#233;galement que celle-ci ait surgi des &#233;tats d'entropie sup&#233;rieure ; en d'autres termes, le plus probable est d'avoir un minimum de l'entropie en fonction du temps pour le moment t = t0 pour lequel l'&#233;tat macroscopique est choisi d'une mani&#232;re arbitraire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette affirmation n'est &#233;videmment, en aucune mesure, &#233;quivalente &#224; la loi de la croissance de l'entropie suivant laquelle dans tous les syst&#232;mes isol&#233;s existant dans la nature l'entropie ne diminue jamais (fluctuations tout &#224; fait infimes mises &#224; part). Et c'est justement ainsi formul&#233;e que la loi de la croissance de l'entropie se trouve enti&#232;rement confirm&#233;e par tous les ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s dans la nature. Soulignons qu'elle n'est en aucun cas &#233;quivalente &#224; la loi formul&#233;e au d&#233;but de ce paragraphe [celle sur la sym&#233;trie par rapport aux deux sens du temps], comme on pourrait le croire &#224; tort. Pour passer d'un &#233;nonc&#233; &#224; l'autre il aurait fallu introduire la notion d'un observateur qui aurait artificiellement &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;pr&#233;par&#233;'' &#224; un certain moment le syst&#232;me isol&#233;, de mani&#232;re que la question de savoir son comportement ant&#233;rieur tombe d'elle-m&#234;me; il est &#233;videmment tout &#224; fait inadmissible de relier ainsi les propri&#233;t&#233;s de l'observateur aux lois physiques. Boltzmann. Ce n'est en aucune fa&#231;on le signe avec lequel on compte les temps qui constitue la diff&#233;rence caract&#233;ristique entre un &#233;tat organis&#233; et un &#233;tat d&#233;nu&#233; d'organisation. Si, dans l'&#233;tat que l'on a adopt&#233; comme &#233;tat initial de la repr&#233;sentation m&#233;canique de l'univers, on venait &#224; inverser exactement les directions de toutes les vitesses sans changer ni leurs grandeurs ni les positions des parties du syst&#232;me; si l'on parcourait, pour ainsi dire, &#224; reculons, les diff&#233;rents &#233;tats du syst&#232;me, ce serait encore un &#233;tat non probable par lequel on d&#233;buterait et un &#233;tat plus probable qu'on atteindrait par la suite. C'est seulement pendant le laps de temps qui conduit d'un &#233;tat initial tr&#232;s peu probable &#224; un &#233;tat ult&#233;rieur beaucoup plus probable, que les &#233;tats se transformemt d'une fa&#231;on diff&#233;rente dans la direction positive des temps et dans la direction n&#233;gative. Et un peu plus loin Pour l'univers tout entier, les deux directions du temps sont donc impossibles &#224; distinguer, de m&#234;me que dans l'espace, il n'y a ni dessus ni dessous. Mais, de m&#234;me qu'en une r&#233;gion d&#233;termin&#233;e de la surface de notre plan&#232;te, nous consid&#233;rons comme le dessous la direction qui va vers le centre de la Terre, de m&#234;me un &#234;tre vivant dans une phase d&#233;termin&#233;e du temps et habitant un tel monde individuel, d&#233;signera la direction de la dur&#233;e qui va vers les &#233;tats les moins probables autrement que la direction contraire: la premi&#232;re sera pour lui le pass&#233; ou le commencement, et la seconde l'avenir ou la fin. Peierls. Peierls reprend d'abord le probl&#232;me des mol&#233;cules enferm&#233;es dans une bo&#238;te divis&#233;e par la pens&#233;e en deux moiti&#233;s (&lt;/code&gt;the two chambers problem'') : &lt;br class='autobr' /&gt;
Some textbooks explain this paradox [Loschmidt's paradox] by saying that, whereas particle mechanics makes predictions about the motion of individual particles, statistical mechanics makes probability statements about large ensembles of particles. This is true, but it d&#233;s not explain why the use of probabilities and statistics should create a difference between past and future where none existed before. &lt;br class='autobr' /&gt;
The real answer is quite different. Suppose from t = 0 when we assumed the particles distributed at random within each container and to move in random directions, we follow the particle trajectories, not for positive times, but negative t, i.e., into the past. This will give a curve for the entropy looking like the broken curve in figure [hereafter], and it will be the mirror image of the solid curve. &lt;br class='autobr' /&gt;
We see therefore that the symmetry in time is preserved fully in these two calculations. However, the solid curve to the right describes a situation which occurs in practice, and therefore provides the answer to a realistic question, whereas the broken curve to the left d&#233;s not. &lt;br class='autobr' /&gt;
The situation to which the broken, left-hand curve would be applicable would be the following : Arrange for particles at t = 0 to be distributed in given numbers over the two chambers [the two parts of the box], their positions being random in each chamber, and their velocites having a Maxwell-Boltzmann distribution. Ensure that prior to t = 0, at least after some finite &#61485;T, there was no external interference, and observe the state of affairs at t = &#61485;T. This is evidently impossible ; the only way in which we can influence the distribution of molecules at t = 0 is by taking action prior to that time. &lt;br class='autobr' /&gt;
On reconna&#238;t dans ce passage essentiellement le m&#234;me argument que dans [4], [5], [6] cit&#233;s ci-dessus. Mais Peierls aborde encore le probl&#232;me par un autre c&#244;t&#233; (le &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;Sto&#223;zahl Ansatz'' de Boltzmann,&lt;/code&gt;l'argument du nombre de collision''). Consid&#233;rons un flux de mol&#233;cules en mouvement uniforme de vitesse [(va)\vec] ; cela correspond &#224; un &#233;tat macroscopique d'entropie non maximale. Dans ce flux, d&#233;coupons par la pens&#233;e un cylindre &#233;troit parall&#232;le &#224; la direction de ce flux, le cylindre a comme sur la figure ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mol&#233;cules du cylindre a, qui ont toutes la m&#234;me vitesse [(va)\vec], rebondissent sur l'obstacle diffuseur (&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;the scatterer'', hachur&#233; sur la figure), en sorte que leurs vitesses apr&#232;s cette collision sont diverses puisque le diffuseur est suppos&#233; courbe. Par cons&#233;quent dans le cylindre b de la figure, il ne reste plus qu'une partie des mol&#233;cules qui avant la collision &#233;taient dans le cylindre a, mais elles s'ajoutent &#224; celles qui &#233;taient en dehors du cylindre a et qui ont poursuivi leur trajectoire &#224; la vitesse [(va)\vec] sans rencontrer de diffuseur. The Stosszahl Ansatz of Boltzmann now consists in the seemingly innocuous assumption that &#61554;a [the density in cylinder a] equals the average densisty of molecules of this type anywhere in the gas, i.e., that there is nothing exceptional about the particular cylinder we have defined. This assumption is the origin of irreversibility, because if it is true, the corresponding statement about the cylinder labeled b in the figure is not true. The only special thing about cylinder a is that it contains the molecules which are going to collide with the scatterer; cylinder b contains those which have just collided. In non-equilibrium conditions, for example in the presence of a drift motion in the a direction, there will be more molecules in the gas as a whole moving in the a direction than in the b direction. Scattering by the center will therefore tend to increase the number in the b direction. If &#61554;a is the same as elsewhere in the gas, &#61554;b must then be greater than the average. If the scattering is compared to the time-reversed situation, we see a difference. To reverse the direction of time, we have to replace each molecule in b by one of the opposite velocity, and have them scattered by the target to travel in the direction opposite to that of a. The number would not be changed, and if &#61554;b in the cylinder b differs from the average over the whole gas, it will also differ from what, with Boltzmann, we should assume about the inverse process. It seems intuitively obvious that the molecules should not be influenced by the fact that they are going to collide, and very natural that they should be affected by the fact that they have just collided. But these assumptions, which cause the irreversibility, are not self-evident. If we assume, however, that the state of the gas was prepared in some manner in the past, and that we are watching its subsequent time development, then it follows that correlations between molecules and scattering centers will arise only from past, but not from future, collisions. This shows that the situation is, in principle, still the same as in our two-chamber problem. L'argument n'est peut-&#234;tre pas d&#233;velopp&#233; avec la clart&#233; maximale, donc j'ajoute une petite explication suppl&#233;mentaire. L'id&#233;e est ici la suivante: si au d&#233;part les mol&#233;cules ont toutes la m&#234;me vitesse [(va)\vec], tout le monde comprend que, &#224; cause du diffuseur, les vitesses apr&#232;s collision seront d&#233;sordonn&#233;es. En retournant le temps, l'intuition sera choqu&#233;e que des vitesses d&#233;sordonn&#233;es aboutissent &#224; un flux ordonn&#233;, parce que ce processus inverse donnera l'impression que les mol&#233;cules du cylindre b devaient savoir comment elles allaient rebondir sur le diffuseur, et devaient ajuster leur vitesse de telle mani&#232;re qu'apr&#232;s collision elle devienne &#233;gale &#224; &#61485;[(va)\vec]. Elles devaient donc se d&#233;terminer d'apr&#232;s leur futur. Peierls veut ainsi montrer que l'inversion est contraire &#224; la causalit&#233;. We have recognized the origin of the irreversibility in the question we ask of statistical mechanics, and we have seen that their lack of symmetry originates in the limitations of the experiments we can perform. ( . . . ) As long as we have no clear explanation for this limitation, we might speculate whether the time direction is necessarily universal, or whether we could imagine intelligent beings whose time runs opposite to ours ( . . . ) En attendant que l'on d&#233;couvre l'explication de cette limitation, je propose de l'int&#233;grer sans explication parmi les principes fondamentaux: il est impossible de r&#233;aliser un d&#233;mon de Maxwell, tout comme on a fait pour l'inertie en attendant d'en trouver l'explication. Maxwell. Ce passage de Theory of Heat se trouve quelques pages avant la fin. La partie qui d&#233;crit ce qui sera plus tard appel&#233; d&#233;mon de Maxwell - par Lord Kelvin - est extr&#234;mement c&#233;l&#232;bre (&lt;/code&gt;Imaginons cependant un &#234;tre dont les facult&#233;s seraient si p&#233;n&#233;trantes . . . ''). Cependant la citation ci-dessous commence un peu avant ce passage c&#233;l&#232;bre et finit un peu au-del&#224; afin de montrer qu'en 1871 Maxwell avait parfaitement compris que le point crucial du second principe n'est pas tant la croissance math&#233;matique de l'entropie, que l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser un &#233;tat microscopique pr&#233;d&#233;fini. Cette lucidit&#233; pourra &#234;tre confront&#233;e &#224; la confusion du d&#233;bat qui perdure depuis 130 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un des faits les plus solidement &#233;tablis de la Thermodynamique est que, dans un syst&#232;me qui est enferm&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'une cloison ne permettant ni variation de volume ni &#233;change de chaleur, et dont la temp&#233;rature et la pression ont partout la m&#234;me valeur, il est impossible de produire un &#233;cart de temp&#233;rature sans fournir du travail. C'est l&#224; tout le sens du second principe de la thermodynamique ; ce dernier est sans aucun doute v&#233;rifi&#233; tant que nous ne manipulons les corps que par grandes masses et que nous ne disposons pas du pouvoir d'identifier et de manipuler les mol&#233;cules individuelles qui composent ces masses. Imaginons cependant un &#234;tre dont les facult&#233;s seraient si aig&#252;es qu'il serait en mesure de suivre chaque mol&#233;cule dans son mouvement, tout en &#233;tant comme nous m&#234;mes de conformation essentiellement finie ; alors il lui serait possible de r&#233;aliser ce qui nous est impossible. Car nous avons vu que les mol&#233;cules d'un gaz de temp&#233;rature uniforme contenu dans un r&#233;cipient ne sont nullement anim&#233;es de vitesses uniform&#233;ment distribu&#233;es, bien que la vitesse moyenne soit pratiquement la m&#234;me sur n'importe quel sous-ensemble suffisamment gros d'entre elles. Imaginons donc qu'un tel r&#233;cipient soit divis&#233; en deux parties A et B par une cloison s&#233;paratrice, dans laquelle serait pratiqu&#233;e une petite ouverture et qu'un tel &#234;tre capable de voir les mol&#233;cules individuelles ouvre ou ferme cette ouverture de mani&#232;re &#224; ne laisser passer de A vers B que les seules mol&#233;cules rapides, et de B vers A les seules mol&#233;cules lentes. Cet &#234;tre est ainsi en mesure de relever la temp&#233;rature de la partie B au d&#233;triment de la partie A sans d&#233;pense de travail, ce qui est en contradiction avec le second principe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est l&#224; qu'un exemple parmi d'autres, dans lequel les conclusions que nous avons tir&#233;es de notre exp&#233;rience avec les corps compos&#233;es d'un grand nombre de mol&#233;cules pourraient cesser d'&#234;tre applicables &#224; des m&#233;thodes d'observation et d'investigation plus fines telles que pourraient les mettre en oeuvre des &#234;tres capables de percevoir et manipuler individuellement ces mol&#233;cules que nous ne pouvons manipuler que par grandes masses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puisqu'en les manipulant par masses nous n'avons aucun acc&#232;s aux mol&#233;cules individuelles, nous sommes bien oblig&#233;s de recourir au calcul statistique ; ce pas accompli, nous abandonnons la m&#233;thode dynamique rigoureuse, par laquelle nous calculons le d&#233;tail de chaque mouvement individuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
N. B. Le passage ci-dessus est l'origine historique du d&#233;mon de Maxwell ; c'est en effet dans Theory of Heat de 1871 que cette id&#233;e est publi&#233;e pour la premi&#232;re fois. Elle &#233;tait cependant reprise d'une lettre de Maxwell &#224; Peter Guthrie Tait en 1867.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poincar&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici maintenant deux extraits de H. Poincar&#233;. Le principal argument avanc&#233; par Poincar&#233; est celui du n&#233;cessaire retour de n'importe quel syst&#232;me dynamique &#224; des &#233;tats d&#233;j&#224; occup&#233;s dans le pass&#233;. Il s'agit de la propri&#233;t&#233; des syst&#232;mes dynamiques que, ou bien les trajectoires sont p&#233;riodiques, ou bien elles remplissent de mani&#232;re dense l'hypersurface d'&#233;nergie. Si le syst&#232;me a occup&#233; &#224; l'instant t = 0 un &#233;tat microscopique d&#233;fini par les valeurs de toutes les coordonn&#233;es et impulsions, alors au bout d'un temps fini T il repassera aussi pr&#232;s qu'on voudra de cet &#233;tat initial apr&#232;s s'en &#234;tre &#233;cart&#233;. Ainsi, si l'entropie avait une valeur non maximale S0 &#224; t = 0, elle redescendra in&#233;vitablement &#224; cette valeur &#224; l'instant T, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; maximale entretemps. Cet argument a &#233;t&#233; repris notamment par E. Zermelo (voir extraits de [12] et [13] ci-dessous). On ne reproduira pas ici les travaux de Poincar&#233; sur ce point, ils sont bien trop techniques et de toute fa&#231;on sont fort connus. On les trouvera dans [9], mais aussi dans n'importe quel ouvrage actuel sur le chaos. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extrait qui suit concerne un autre th&#233;or&#232;me qui affirme qu'une fonction des coordonn&#233;es et des vitesses d'un syst&#232;me dynamique ne peut en aucun cas &#234;tre monotone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parmi les tentatives qui ont &#233;t&#233; faites pour rattacher aux th&#233;or&#232;mes g&#233;n&#233;raux de la M&#233;canique les principes fondamentaux de la Thermodynamique, la plus int&#233;ressante est, sans contredit, celle que M. Helmholtz a d&#233;velopp&#233;e dans son M&#233;moire sur la statique des syst&#232;mes monocycliques (Journal de Crelle, t. 97) et dans son M&#233;moire sur le principe de la moindre action (Journal de Crelle, t. 100). L'explication propos&#233;e dans ces deux M&#233;moires me para&#238;t satisfaisante en ce qui concerne les ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles se pr&#234;tent-ils de la m&#234;me mani&#232;re &#224; une explication m&#233;canique ; peut-on, par exemple, en se repr&#233;sentant le monde comme form&#233; d'atomes, et ces atomes comme soumis &#224; des attractions d&#233;pendant des seules distances, expliquer pourquoi la chaleur ne peut jamais passer d'un corps froid sur un corps chaud ? Je ne le crois pas, et je vais expliquer pourquoi la th&#233;orie de l'illustre physicien ne me semble pas s'appliquer &#224; ce genre de ph&#233;nom&#232;nes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Poincar&#233; expose alors sa d&#233;monstration d'un th&#233;or&#232;me qui sera fr&#233;quemment invoqu&#233; dans la suite (voir plus bas les extraits de [14]). En voici le principe. Le syst&#232;me &#233;tant un syst&#232;me dynamique, on peut avoir les &#233;quations du mouvement exact de toutes les mol&#233;cules sous la forme hamiltonienne ; si les xj sont les coordonn&#233;es et les pj les impulsions des mol&#233;cules, on aura [H(x,p) &#233;tant l'hamiltonien du syst&#232;me] : et ceci doit &#234;tre positif. Si un &#233;tat quelconque du syst&#232;me correspond &#224; l'&#233;quilibre, appelons pj(0) et xj(0) les coordonn&#233;es correspondantes et consid&#233;rons le d&#233;veloppement de Taylor des fonctions S et H en puissances de pj &#61485; pj(0) et xj &#61485; xj(0). Le terme lin&#233;aire est nul &#224; cause du choix de l'origine. Poincar&#233; &#233;crit [j'ai modifi&#233; ses notations pour respecter les usages actuels] : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ces valeurs (pj(0) et xj(0)), les d&#233;riv&#233;es du premier ordre de S s'annulent, puisque S doit atteindre son maximum. Les d&#233;riv&#233;es de H s'annulent &#233;galement, puique ce maximum est une position d'&#233;quilibre et que dxj / dt et dpj / dt doivent s'annuler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si donc nous d&#233;veloppons S et H suivant les puissances croissantes des pj &#61485; pj(0) et xj &#61485; xj(0), les premiers termes qui ne s'annuleront pas seront ceux du deuxi&#232;me degr&#233;. Si, de plus, on consid&#232;re les valeurs de pj et de xj assez voisines de pj(0) et xj(0) pour que les termes du troisi&#232;me degr&#233; soient n&#233;gligeables, S et H se r&#233;duiront &#224; deux formes quadratiques en pj &#61485; pj(0) et xj &#61485; xj(0). &lt;br class='autobr' /&gt;
H sera encore une forme quadratique par rapport aux pj &#61485; pj(0) et aux xj &#61485; xj(0). &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour que l'in&#233;galit&#233; dS / dt &gt; 0 soit satisfaite, il faudrait que cette forme f&#251;t d&#233;finie et positive ; or il est ais&#233; de s'assurer que cela est impossible si l'une des deux formes S et H est d&#233;finie, ce qui a lieu ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous devons donc conclure que les deux principes de l'augmentation de l'entropie et de la moindre action (entendu au sens hamiltonien) sont inconciliables. Si donc M. von Helmholtz a montr&#233;, avec une admirable clart&#233;, que les lois des ph&#233;nom&#232;nes r&#233;versibles d&#233;coulent des &#233;quations ordinaires de la Dynamique, il semble probable qu'il faudra chercher ailleurs l'explication des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles et renoncer pour cela aux hypoth&#232;ses famili&#232;res de la M&#233;canique rationnelle d'o&#249; l'on a tir&#233; les &#233;quations de Lagrange et de Hamilton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxwell admet que, quelle que soit la situation initiale du syst&#232;me, il passera toujours une infinit&#233; de fois, je ne dis pas par toutes les situations compatibles avec l'existence des int&#233;grales, mais aussi pr&#232;s qu'on voudra d'une quelconque de ces situations. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qu'on appelle le postulat de Maxwell. Nous le discuterons plus loin. ( . . . ) &lt;br class='autobr' /&gt;
Et plus loin : &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les probl&#232;mes de M&#233;canique admettent certaines solutions remarquables que j'ai appel&#233;es p&#233;riodiques et asymptotiques et dont j'ai parl&#233; ici m&#234;me dans un pr&#233;c&#233;dent article [9]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ces solutions, le postulat de Maxwell est certainement faux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces solutions, il est vrai, sont tr&#232;s particuli&#232;res, elles ne peuvent se rencontrer que si la situation initiale est tout &#224; fait exceptionnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait donc au moins ajouter &#224; l'&#233;nonc&#233; du postulat cette restriction, d&#233;j&#224; bien propre &#224; provoquer nos doutes : sauf pour certaines situations initiales exceptionnelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tout : si le postulat &#233;tait vrai, le syst&#232;me solaire serait instable ; s'il est stable, en effet, il ne peut passer que par des situations peu diff&#233;rentes de sa situation initiale. C'est l&#224; la d&#233;finition m&#234;me de la stabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, si la stabilit&#233; du syst&#232;me solaire n'est pas d&#233;montr&#233;e, l'instabilit&#233; l'est moins encore et est m&#234;me peu probable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est possible et m&#234;me vraisemblable que le postulat de Maxwell est vrai pour certains syst&#232;mes et faux pour d'autres, sans qu'on ait aucun moyen certain de discerner les uns des autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est permis de supposer provisoirement qu'il s'applique aux gaz tels que la th&#233;orie cin&#233;tique les con&#231;oit ; mais cette th&#233;orie ne sera solidement assise que quand on aura justifi&#233; cette supposition mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprendra mieux l'ampleur du malentendu entre Poincar&#233; (&#233;minent repr&#233;sentant de la Physique math&#233;matique) et la Physique r&#233;elle en &#233;valuant quantitativement les grandeurs dont seules l'&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;existence'', ou la&lt;/code&gt;finitude'', sont ici &#233;voqu&#233;es. En effet, le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; sur l'&#233;ternel retour d'un syst&#232;me dynamique au voisinage de son &#233;tat initial est un th&#233;or&#232;me qui s'&#233;nonce sous la forme : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;pour tout &#61541;, il existe un temps T&#61541; au bout duquel le syst&#232;me repassera &#224; une distance inf&#233;rieure &#224; &#61541; de son &#233;tat initial.'' Poincar&#233; interpr&#232;te le second principe d'une mani&#232;re analogue: pour lui, affirmer la croissance de l'entropie, c'est affirmer que pour tout t&#61602; &gt; t on doit avoir S(t&#61602;) &#61619; S(t). Or le principe physique est tr&#232;s diff&#233;rent; il dit que pour toute dur&#233;e physique l'entropie ne peut diminuer que d'une valeur infime, et pendant un temps tr&#232;s bref. Le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; affirme qu'il existe un temps T&#61541; au bout duquel l'entropie reprendra sa valeur initiale, mais il ne dit pas que ce temps est de l'ordre de 10300 000 000 000 000 000 000 000 ann&#233;es, ni que la dur&#233;e du retour &#224; la valeur intiale est de l'ordre d'une fraction de seconde. Le vrai second principe ne dit pas sans autre pr&#233;cision que l'entropie est une fonction croissante du temps. Si on veut l'&#233;noncer sous une forme vraiment compl&#232;te, cela donne ceci: a) Pour tout &#233;tat initial du syst&#232;me sauf un nombre infime, et pendant des dur&#233;es ayant un sens physique [donc incomparablement plus courtes que 10N, N &#233;tant le nombre de mol&#233;cules], l'entropie du syst&#232;me ne s'&#233;carte pas notablement d'une fonction croissante. b) Pendant chaque seconde de la dur&#233;e d'existence physique du syst&#232;me isol&#233;, l'entropie ne cesse de cro&#238;tre et d&#233;cro&#238;tre des millions de fois, en effectuant des oscillations qui sont toujours imperceptibles, car il est absolument impossible qu'un &#233;cart notable se produise spontan&#233;ment et&lt;/code&gt;par hasard'' avant des temps bien sup&#233;rieurs &#224; 10&#61654;N.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant la r&#233;ponse de Boltzmann aux arguments de Poincar&#233;. Ces derniers ont &#233;t&#233; rapport&#233;s aux physiciens de langue allemande par E. Zermelo (Wiedemanns Annalen, 1896, vol. 57, p. 485 et vol. 59, p. 793).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boltzmann. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#233;moire de M. Zermelo &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;&#220;ber einen Satz der Dynamik und die mechanische W&#228;rmetheorie'' montre que mes travaux sur le sujet n'ont malgr&#233; tout pas &#233;t&#233; compris; en d&#233;pit de cela, je dois cependant me r&#233;jouir de cette publication comme &#233;tant la premi&#232;re manifestation de l'int&#233;r&#234;t suscit&#233; par ces travaux en Allemagne. Le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; discut&#233; au d&#233;part par M. Zermelo est bien entendu juste, mais son application &#224; la th&#233;orie de la chaleur ne l'est pas. J'ai d&#233;duit la loi de r&#233;partition des vitesses de Maxwell du th&#233;or&#232;me probabiliste qu'une certaine grandeur H (en quelque sorte la mesure de l'&#233;cart de l'&#233;tat du syst&#232;me par rapport &#224; l'&#233;tat d'&#233;quilibre) ne peut, pour un gaz en repos dans un r&#233;cipient, que diminuer. La meilleure fa&#231;on d'illustrer le mode de d&#233;croissance de cette grandeur sera d'en repr&#233;senter la courbe de variation, en portant le temps t en abscisse et la quantit&#233; H(t) &#61485; Hmin en ordonn&#233;e; on obtiendra ainsi ce que j'appelle la courbe H. ( . . . ) La courbe reste alors la plupart du temps tout pr&#232;s de l'axe des abscisses. Ce n'est qu'&#224; des instants extr&#234;mement rares qu'elle s'en &#233;carte, en formant ainsi une bosse, et il est clair que la probabilit&#233; d'une telle bosse d&#233;cro&#238;t rapidement avec sa hauteur. &#192; chacun des instants pour lesquels l'ordonn&#233;e de la courbe est tr&#232;s petite, r&#232;gne la distribution des vitesses de Maxwell; on s'en &#233;carte notablement l&#224; o&#249; il y a une grosse bosse. M. Zermelo croit alors pouvoir d&#233;duire du th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; que le gaz ne peut se rapprocher constamment de la distribution de Maxwell que pour certaines conditions initiales tr&#232;s particuli&#232;res, en nombre infime compar&#233; &#224; celui de toutes les configurations possibles, tandis que pour la plupart des conditions initiales il ne s'en rapprocherait pas. Ce raisonnement ne me semble pas correct. ( . . . ) Si l'&#233;tat [microscopique] initial du gaz correspond &#224; une tr&#232;s grosse bosse, c'est-&#224;-dire s'il s'&#233;carte compl&#232;tement de la distribution des vitesses de Maxwell, alors il s'en rapprochera avec une &#233;norme probabilit&#233;, apr&#232;s quoi il ne s'en &#233;cartera plus qu'infinit&#233;simalement pendant un temps gigantesque. Toutefois, si on attend encore plus longtemps, une nouvelle bosse notable de la courbe H finira par se produire &#224; nouveau et si ce temps est suffisamment prolong&#233; on verra m&#234;me se reproduire l'&#233;tat initial. On peut dire que, si le temps d'attente est infiniment long au sens math&#233;matique, le syst&#232;me reviendra infiniment souvent &#224; l'&#233;tat initial. Ainsi M. Zermelo a enti&#232;rement raison quand il affirme que le mouvement est, au sens math&#233;matique, p&#233;riodique [ou quasi-p&#233;riodique]; mais loin de contredire mes th&#233;or&#232;mes, cette p&#233;riodicit&#233; est au contraire en parfaite harmonie avec eux. (Vienne, le 20 mars 1896) Cette argumentation magistrale se poursuit, mais je l'interromps ici avec regret pour &#233;viter de rendre cette anthologie trop longue. Suite de la r&#233;ponse de Boltzmann aux objections de Zermelo : Imaginons que nous retirions brusquement une cloison qui s&#233;parait deux gaz de nature diff&#233;rente enferm&#233;s dans un r&#233;cipient [par exemple azote d'un c&#244;t&#233; et oxyg&#232;ne de l'autre]. On aurait du mal &#224; trouver une autre situation o&#249; il y aurait davantage de variables aussi ind&#233;pendantes les unes des autres, et o&#249; par cons&#233;quent l'intervention du Calcul des probabilit&#233;s serait plus justifi&#233;e. Admettre que dans un tel cas le Calcul des probabilit&#233;s ne s'applique pas, que la plupart des mol&#233;cules ne s'entrem&#234;lent pas, qu'au contraire des parties notables du r&#233;cipient contiendraient nettement plus d'oxyg&#232;ne, d'autres plus d'azote, et ce pendant longtemps, est une th&#232;se que je suis bien incapable de r&#233;futer en calculant dans le d&#233;tail le mouvement exact de trillions [1012] de mol&#233;cules, dans des millions de cas particuliers diff&#233;rents, et d'ailleurs je ne veux pas le faire; une telle vision ne serait pas assez fond&#233;e pour remettre en question l'usage du Calcul des probabilit&#233;s, et les cons&#233;quences logiques qui s'ensuivent. D'ailleurs le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; ne contredit pas l'usage du Calcul des probabilit&#233;s, au contraire il parle en sa faveur, puisque ce dernier enseigne lui aussi que sur des dur&#233;es fantastiques surviendront toujours de brefs instants pendant lesquels on sera dans un &#233;tat de faible probabilit&#233; et de faible entropie, o&#249; par cons&#233;quent se produiront &#224; nouveau des &#233;tats plus ordonn&#233;s et m&#234;me des &#233;tats tr&#232;s proches de l'&#233;tat initial. En ces temps prodigieusement &#233;loign&#233;s dans le futur, n'importe quel &#233;cart notable de l'entropie par rapport &#224; sa valeur maximale demeurera &#233;videmment toujours hautement improbable, mais l'existence d'un tr&#232;s bref &#233;cart sera lui aussi [sur une telle dur&#233;e prodigieusement longue] toujours hautement probable. En effet, le Calcul des probabilit&#233;s enseigne bien que si par exemple on jette une pi&#232;ce mille fois il est tr&#232;s peu probable d'avoir mille fois face (la probabilit&#233; en est 2&#61485;1000 &#61504; 10&#61485;301); mais si on la jette 10302 fois, alors on n'a qu'une chance sur 45 000 de ne jamais avoir une s&#233;rie de mille faces cons&#233;cutives. (reprise de la citation) Il est clair aussi, d'apr&#232;s cet exemple [celui de l'oxyg&#232;ne et de l'azote], que si le processus se d&#233;roule de fa&#231;on irr&#233;versible pendant un temps observable, c'est parce qu'on est parti d&#233;lib&#233;r&#233;ment d'un &#233;tat improbable. ( . . . ) (Vienne, le 16 d&#233;cembre 1896) I. Prigogine, I. Stengers. Cet extrait de la nouvelle alliance est particuli&#232;rement lumineux. Cependant on le comparera aux textes de Maxwell et Boltzmann ci-dessus pour constater que ce qui est expliqu&#233; l&#224; en 1979 &#233;tait d&#233;j&#224; bien compris par les p&#232;res fondateurs. Il est cependant pr&#233;visible que l'effort d'explication tent&#233; par Prigogine et Stengers restera aussi vain que les efforts de Boltzmann, et que d'autres auteurs devront le r&#233;p&#233;ter &#224; nouveau en 2079. D&#232;s la publication du travail de Boltzmann en 1872, des objections furent oppos&#233;es &#224; l'id&#233;e que le mod&#232;le propos&#233; ramenait l'irr&#233;versibilit&#233; &#224; la dynamique. Retenons ici deux d'entre elles, l'une de Poincar&#233;, l'autre de Loschmidt. L'objection de Poincar&#233; porte sur la question de la sym&#233;trie de l'&#233;quation de Boltzmann. Pour &#233;viter de rendre la citation trop longue ou d'avoir &#224; donner trop d'explications, je signale simplement qu'il s'agit ici de l'&#233;quation &#233;tablie par Boltzmann pour la fonction de distribution f(r,v,t) qui repr&#233;sente le nombre de mol&#233;cules du syst&#232;me ayant, &#224; l'instant t, la vitesse v et la position r. Boltzmann a montr&#233; que la fonction H = &#61682;f logf dv ne peut que diminuer, et a postul&#233; que l'entropie du syst&#232;me est la m&#234;me chose que &#61485;kH (k constante de Boltzmann). Un raisonnement correct [&#233;crit Poincar&#233;] ne peut mener &#224; des conclusions en contradiction avec les pr&#233;misses. Or, comme nous l'avons vu, les propri&#233;t&#233;s de sym&#233;trie de l'&#233;quation d'&#233;volution obtenue par Boltzmann pour la fonction de distribution contredisent celles de la dynamique. Boltzmann ne peut donc pas avoir d&#233;duit l'entropie de la dynamique, il a introduit quelque chose, un &#233;l&#233;ment &#233;tranger &#224; la dynamique. Son r&#233;sultat ne peut donc &#234;tre qu'un mod&#232;le ph&#233;nom&#233;nologique, sans rapport direct avec le dynamique. Poincar&#233; &#233;tait d'autant plus ferme dans sa position qu'il avait &#233;tudi&#233; dans une br&#232;ve note s'il &#233;tait possible de construire une fonction M des positions et des moments, M(p,q), qui aurait les propri&#233;t&#233;s de l'entropie (ou plut&#244;t de la fonction H): alors qu'elle m&#234;me serait positive ou nulle, sa variation au cours du temps ne pourrait que la faire d&#233;cro&#238;tre ou la maintenir &#224; une valeur constante. Sa conclusion fut n&#233;gative - dans le cadre de la dynamique hamiltonienne une telle fonction n'existe pas. Comment, d'ailleurs s'en &#233;tonner? Comment les lois r&#233;versibles de la dynamique pourraient-elles engendrer, de quelque mani&#232;re que ce soit, une &#233;volution irr&#233;versible? C'est sur une note d&#233;courag&#233;e que Poincar&#233; termine ses c&#233;l&#232;bres Le&#231;ons de Thermodynamique: il faudra sans doute faire appel &#224; d'autres consid&#233;rations, au calcul des probabilit&#233;s. Mais comment justifier cet appel &#224; des notions &#233;trang&#233;res &#224; la dynamique? Remarque 1: Ce passage [voir aussi les citations directes de Poincar&#233; ci-dessus] met l'accent sur une des sources possibles de confusion. Le r&#233;sultat de Poincar&#233; est un th&#233;or&#232;me math&#233;matique:&lt;/code&gt;il ne peut pas exister de fonction M(p,q) qui soit &#224; la fois d&#233;croissante et toujours positive''. Or l'entropie, ou toute fonction qui en tient lieu (comme H), ou toute autre fonction caract&#233;risant un &#233;tat macroscopique (comme &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;le nombre de mol&#233;cules situ&#233;es dans la partie gauche du r&#233;cipient'', etc.) n'est pas une fonction monotone, &#224; cause des fluctuations. Lorsqu'on dit que le syst&#232;me est parvenu &#224; l'&#233;quilibre et y reste, c'est-&#224;-dire que l'entropie est devenue maximale, cela signifie qu'elle continue presque &#233;ternellement &#224; osciller autour de son maximum th&#233;orique et non qu'elle reste math&#233;matiquement &#233;gale &#224; ce maximum ou continue de s'en approcher sans cesse davantage et en croissant. Ces oscillations sont tr&#232;s petites si le nombre N de mol&#233;cules est grand (leur &#233;cart-type est de l'ordre de 1 / &#61654;N), mais il peut s'en produire d'importantes si on attend pendant un temps de l'ordre de 10N. Il est donc essentiel de bien comprendre ceci: l'entropie n'est pas une fonction croissante dans le sens math&#233;matique du terme; c'est seulement une fonction croissante dans un sens pratique. On peut l'exprimer en disant que sur des dur&#233;es raisonnables, et &#224; de petites fluctuations pr&#232;s elle ne peut d&#233;cro&#238;tre. La v&#233;ritable entropie d'un syst&#232;me physique r&#233;el n'est donc pas concern&#233;e par le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233;. C'est ce que Boltzmann s'est efforc&#233; d'expliquer dans [12] et [13]. L'objection de Loschmidt permet, quant &#224; elle, de mesurer les limites de validit&#233; du mod&#232;le cin&#233;tique de Boltzmann. Il note en effet que ce mod&#232;le ne peut rester valable apr&#232;s un renversement du sens des vitesses v &#61614; &#61485;v. Du point de vue de la dynamique, il n'y a pas d'&#233;chappatoire: les collisions, se produisant en sens inverse,&lt;/code&gt;d&#233;feront'' ce qu'elles ont fait, le syst&#232;me retournera vers son &#233;tat initial. Et la fonction H, qui d&#233;pend de la distribution des vitesses, devra bien cro&#238;tre elle aussi jusqu'&#224; sa valeur initiale. Le renversement des vitesses impose donc une &#233;volution antithermodynamique. Et en effet, la simulation sur ordinateur confirme bien une croissance de H apr&#232;s l'inversion des vitesses sur un syst&#232;me dont les trajectoires sont calcul&#233;es de mani&#232;re exacte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc admettre que la tentative de Boltzmann n'a rencontr&#233; qu'un succ&#232;s partiel : certaines conditions initiales, notamment celles qui r&#233;sultent de l'op&#233;ration d'inversion des vitesses, peuvent engendrer, en contradiction avec le mod&#232;le cin&#233;tique, une &#233;volution dynamique &#224; H croissant. Mais comment distinguer les syst&#232;mes auxquels le raisonnement de Boltzmann s'applique de ceux auxquels il ne s'applique pas ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce probl&#232;me une fois pos&#233;, il est facile de reconna&#238;tre la nature de la limitation impos&#233;e au mod&#232;le de Boltzmann. Ce mod&#232;le repose en fait sur une hypoth&#232;se statistique qui permet l'&#233;valuation du nombre moyen de collisions - &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;le chaos mol&#233;culaire'' . Remarque 2: le terme&lt;/code&gt;chaos'' n'est pas employ&#233; ici dans le sens pr&#233;cis qu'il a acquis depuis, et devrait &#234;tre remplac&#233; - ici et dans la suite - par &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;stochasticit&#233;''. En effet c'est le mouvement dynamique exact des mol&#233;cules qui est chaotique (&lt;/code&gt;chaos d&#233;terministe'') et l'hypoth&#232;se statistique qu'il est question d'introduire consiste &#224; &#233;liminer l'exactitude d&#233;terministe des conditions initiales et de les supposer simplement al&#233;atoires. &lt;br class='autobr' /&gt;
(reprise de la citation) Cette hypoth&#232;se suppose qu'avant la collision, les mol&#233;cules ont des comportements ind&#233;pendants les uns des autres, ce qui revient &#224; dire qu'il n'y a aucune corr&#233;lation entre leurs vitesses. Or, si on impose au syst&#232;me de &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;remonter le temps'' , on cr&#233;e une situation tout &#224; fait anormale: certaines mol&#233;cules sont d&#233;sormais&lt;/code&gt;destin&#233;es'' &#224; se rencontrer en un instant d&#233;terminable &#224; l'avance et &#224; subir &#224; cette occasion un changement de vitesse pr&#233;d&#233;termin&#233;. Aussi &#233;loign&#233;es qu'elles soient les unes des autres au moment de l'inversion des vitesses, cette op&#233;ration cr&#233;e donc entre elles des corr&#233;lations, elles ne sont plus ind&#233;pendantes. L'hypoth&#232;se du chaos [stochasticit&#233;] mol&#233;culaire ne peut &#234;tre faite &#224; propos d'un syst&#232;me qui a subi l'op&#233;ration d'inversion des vitesses. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inversion des vitesses est donc une op&#233;ration qui cr&#233;e un syst&#232;me hautement organis&#233;, au comportement apparemment finalis&#233; : l'effet des diverses collisions produit, comme par harmonie pr&#233;&#233;tablie, une &#233;volution globale &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;antithermodynamique'' (par exemple la s&#233;gr&#233;gation spontan&#233;e entre mol&#233;cules lentes et rapides si, &#224; l'instant initial, le syst&#232;me avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233; par la mise en contact de deux gaz de temp&#233;ratures diff&#233;rentes). Mais accepter la possibilit&#233; de telles &#233;volutions antithermodynamiques, m&#234;me rares, m&#234;me exceptionnelles (aussi exceptionnelles que la condition initiale issue de l'inversion des vitesses), c'est mettre en cause la formulation du second principe: il existe des cas o&#249; par exemple une diff&#233;rence de temp&#233;rature pourrait se produire&lt;/code&gt;spontan&#233;ment'' . Nous devons alors pr&#233;ciser les circonstances dans lesquelles un processus irr&#233;versible pourrait devenir r&#233;versible, voire m&#234;me annuler un processus irr&#233;versible qui s'est produit dans le pass&#233;. Le principe cesse d'&#234;tre un principe pour devenir une g&#233;n&#233;ralisation de port&#233;e limit&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Remarque 3 : Prigogine et Stengers parlent donc ici d'une mise en cause du second principe, et d'une limitation de sa port&#233;e. La limitation &#233;tant que, pour un syst&#232;me dynamique chaotique (au sens actuel de ce terme : chaotique = rigoureusement d&#233;terministe, mais avec extr&#234;me sensibilit&#233; aux conditions initiales), l'entropie n'est pas une fonction croissante dans absolument tous les cas. En r&#233;alit&#233; c'est plut&#244;t un probl&#232;me d'interpr&#233;tation de l'&#233;nonc&#233; du second principe. Il y a un &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;second principe pour math&#233;maticiens'' qui stipule que l'entropie est une fonction du temps t qui tend en croissant vers une limite lorsque t tend vers l'infini. Ce principe est faux car il existe des &#233;tats microscopiques du syst&#232;me qui le mettent en d&#233;faut (les &#233;tats&lt;/code&gt;hautement organis&#233;s, au comportement apparemment finalis&#233;''). M&#234;me si on &#233;carte ces &#233;tats exceptionnels, la d&#233;monstration de Poincar&#233; prouve en outre que l'entropie n'est jamais rigoureusement croissante au sens math&#233;matique, mais on pourrait ais&#233;ment corriger ce dernier d&#233;faut en &#233;non&#231;ant par exemple : &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;l'entropie ne s'&#233;carte jamais notablement d'une fonction croissante''. La difficult&#233; qui demeurera cependant toujours est que, m&#234;me ainsi &#233;nonc&#233;, on ne pourra pas garantir avec l'absolue certitude math&#233;matique que la fonction reste croissante pendant des dur&#233;es aussi grandes qu'on veut. Pourtant, pour la quasi totalit&#233; des &#233;tats, la fonction restera croissante pendant des dur&#233;es si longues qu'elles en perdent tout sens physique. Ainsi. en tant que&lt;/code&gt;g&#233;n&#233;ralisation de port&#233;e limit&#233;e'' (et non principe digne de ce nom) le second principe pourrait s'&#233;noncer : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour tout &#233;tat initial du syst&#232;me sauf un nombre infime, et pendant des dur&#233;es courtes devant 10N (N &#233;tant le nombre de mol&#233;cules), l'entropie du syst&#232;me ne s'&#233;carte pas notablement d'une fonction croissante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, le fait de juger cet &#233;nonc&#233; comme trop r&#233;duit ou trop limit&#233; pour m&#233;riter le nom de principe est une affaire de convention. Car les dur&#233;es (non courtes devant 10N) pour lesquelles il ne s'applique pas n'ont aucune existence pratique, et les fluctuations qui produisent les oscillations non monotones de l'entropie sont bien plus petites que ce qu'on a l'habitude, dans les th&#233;ories physiques, de consid&#233;rer comme nul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;tats &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;hautement organis&#233;s, au comportement apparemment finalis&#233;'' ont une probabilit&#233; si inconcevablement petite de se produire spontan&#233;ment qu'ils ne se produisent jamais (&#201;mile Borel), et la seule possibilit&#233; de les rencontrer en physique serait de les pr&#233;parer. Pour avoir un principe physique et non un principe pour purs math&#233;maticiens, cens&#233; s'appliquer dans le ciel des id&#233;es, il suffit de dire qu'on ne peut pas pr&#233;parer de tels &#233;tats et d'inclure cette impossibilit&#233; dans l'&#233;nonc&#233; du principe. Cela ne le fait pas tomber d'un pi&#233;destal, mais a au contraire l'avantage d'en d&#233;gager le v&#233;ritable sens, celui d'une propri&#233;t&#233; de la nature et non d'une vision de l'esprit. M&#233;langeons [proposait Gibbs], une goutte d'encre noire &#224; de l'eau pure. Bient&#244;t l'eau devient grise en une &#233;volution qui, pour nous, est l'irr&#233;versibilit&#233; m&#234;me; cependant, pour l'observateur aux sens assez aigus pour observer non pas le liquide macroscopique mais chacune des mol&#233;cules qui constituent la population, le liquide ne deviendra jamais gris; l'observateur pourra suivre les trajectoires de plus en plus d&#233;localis&#233;es des&lt;/code&gt;mol&#233;cules d'encre'' d'abord rassembl&#233;es dans une petite r&#233;gion du syst&#232;me, mais l'id&#233;e que le milieu d'h&#233;t&#233;rog&#232;ne est irr&#233;versiblement devenu homog&#232;ne, que l'eau est &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;devenue grise'' sera, de son point de vue, une illusion d&#233;termin&#233;e par la grossi&#232;ret&#233; de nos moyens d'observation, une illusion subjective. Lui-m&#234;me n'a vu que des mouvements, r&#233;versibles, et ne voit rien de gris, mais du&lt;/code&gt;noir'' et du &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;blanc'' . ( . . . ) Selon cette interpr&#233;tation, la croissance de l'entropie ne d&#233;crit pas le syst&#232;me lui-m&#234;me, mais seulement notre connaissance du syst&#232;me. Ce qui ne cesse de cro&#238;tre c'est l'ignorance o&#249; nous sommes de l'&#233;tat o&#249; se trouve le syst&#232;me, de la r&#233;gion de l'espace des phases o&#249; le point qui le repr&#233;sente a des chances de se trouver. &#192; l'instant initial, nous pouvons avoir beaucoup d'informations sur un syst&#232;me, et le localiser assez pr&#233;cis&#233;ment dans une r&#233;gion restreinte de l'espace des phases, mais, &#224; mesure que le temps passe, les points compatibles avec les conditions initiales pourront donner naissance &#224; des trajectoires qui s'&#233;loignent de plus en plus de la r&#233;gion de d&#233;part. L'information li&#233;e &#224; la pr&#233;paration initiale perd ainsi irr&#233;versiblement sa pertinence jusqu'au stade ultime o&#249; on ne conna&#238;t plus du syst&#232;me que les grandeurs que l'&#233;volution dynamique laisse invariantes. Le syst&#232;me est alors &#224; l'&#233;quilibre ( . . . ) La croissance de l'entropie repr&#233;sente donc la d&#233;gradation de l'information disponible; le syst&#232;me est initialement d'autant plus loin de l'&#233;quilibre que nous le connaissons mieux, que nous pouvons le d&#233;finir plus pr&#233;cis&#233;ment, le situer dans une r&#233;gion plus petite de l'espace des phases. Cette interpr&#233;tation subjectiviste de l'irr&#233;versibilit&#233; comme croissance de l'ignorance (encore renforc&#233;e par l'analogie ambig&#252;e avec la th&#233;orie de l'information) fait de l'observateur le vrai responsable de l'asym&#233;trie temporelle qui caract&#233;rise le devenir du syst&#232;me. Puisque l'observateur ne peut embrasser d'un seul coup d'oeil les positions et les vitesses des particules qui constituent un syst&#232;me complexe, il n'a pas acc&#232;s &#224; la v&#233;rit&#233; fondamentale de ce syst&#232;me: il ne peut conna&#238;tre l'&#233;tat instantan&#233; qui en contient &#224; la fois le pass&#233; et le futur, il ne peut saisir la loi r&#233;versible qui, d'instant en instant, lui permettrait d'en d&#233;ployer l'&#233;volution. Et il ne peut pas non plus manipuler le syst&#232;me comme le fait le d&#233;mon de Maxwell, capable de s&#233;parer les particules rapides et les particules lentes, et d'imposer ainsi &#224; un syst&#232;me une &#233;volution antithermodynamique vers une distribution de temp&#233;rature de moins en moins uniforme. La thermodynamique est certes la science des syst&#232;mes complexes, mais, selon cette interpr&#233;tation, la seule sp&#233;cificit&#233; des syst&#232;mes complexes, c'est que la connaissance qu'on a d'eux est toujours approximative et que l'incertitude d&#233;termin&#233;e par cette approximation va croissant au cours du temps. ( . . . ) Cependant, l'objection est imm&#233;diate: dans ce cas, la thermodynamique devrait &#234;tre aussi universelle que notre ignorance. C'est l&#224; la pierre d'achoppement de l'ensemble des interpr&#233;tations&lt;/code&gt;simples'' de l'entropie, en termes d'incertitude sur les conditions initiales ou sur les conditions aux limites. Car, l'irr&#233;versibilit&#233; n'est pas une propri&#233;t&#233; universelle ; articuler dynamique et thermodynamique n&#233;cessite donc la d&#233;finition d'un crit&#232;re physique de diff&#233;rentiation entre les syst&#232;mes, selon qu'ils peuvent ou non &#234;tre d&#233;crits thermodynamiquement, n&#233;cessite une d&#233;finition de la complexit&#233; en termes physiques et non en termes de manque de connaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de l&#224; les auteurs insistent sur le caract&#232;re objectif de l'irr&#233;versibilit&#233; ou plut&#244;t de la complexit&#233; (page 213 et apr&#232;s) : le comportement des corps macroscopiques est bien r&#233;el et physique, la complexit&#233; est une qualit&#233; r&#233;elle et physique qui d&#233;cidera si le corps aura un comportement thermodynamique ou un mouvement m&#233;canique, etc. Ils ont bien raison, mais cela nous &#233;loignerait de notre sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;REFERENCES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ludwig Boltzmann Weitere Studien &#252;ber W&#228;rmegleichgewicht unter Gasmolek&#252;len. Wiener Berichte 66 ( 1872), p. 275. &lt;br class='autobr' /&gt;
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[3] Joseph Loschmidt &#220;ber das W&#228;rmegleichgewicht eines Systems von K&#246;rpern mit R&#252;cksicht auf die Schwere. Wiener Berichte 73, ( 1876), pp. 139. &lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Frederik Reif Cours de Physique de Berkeley : tome 5, Physique statistique. Armand Colin, Paris ( 1972), pour l'&#233;dition fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Lev Landau et Ievgueni Lifchitz Physique statistique. Mir, Moscou ( 1967). &lt;br class='autobr' /&gt;
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[7] Rudolf Peierls Surprises in Theoretical Physics. Princeton University Press (coll. Princeton series in Physics), Princeton, New Jersey ( 1979). &lt;br class='autobr' /&gt;
[8] James Clerk Maxwell Theory of Heat. Longmans &amp; Green, London ( 1871). &lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Henri Poincar&#233; Sur le probl&#232;me des trois corps. Revue g&#233;n&#233;rale des Sciences pures et appliqu&#233;es II, vol 8 (15 janvier 1891), page 529. &lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Henri Poincar&#233; Sur les tentatives d'explication m&#233;canique des principes de la Thermodynamique. Comptes-rendus de l'Acad&#233;mie des Sciences, vol 108 (18 mars 1889), pages 550 - 553. &lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Henri Poincar&#233; Sur la th&#233;orie cin&#233;tique des gaz. Revue g&#233;n&#233;rale des Sciences pures et appliqu&#233;es, vol 5 ( 1894), pages 513 - 521. &lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Ludwig Boltzmann Entgegnung auf die W&#228;rmetheoretischen Betrachtungen des Hrn. E. Zermelo. Wiedemanns Annalen, vol 57 ( 1896), pages 773 - 784. &lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Ludwig Boltzmann Zu Hrn. Zermelos Abhandlung ``&#220;ber die mechanische Erkl&#228;rung irreversibler Vorg&#228;nge''. Wiedemanns Annalen, vol 60 ( 1897), pages 392 - 398. &lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Ilya Prigogine, Isabelle Stengers La nouvelle alliance. NRF Gallimard, Paris ( 1979).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MOTS CLEFS :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dialectique&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article11&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;discontinuit&#233;&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article702&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;fractales&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article568&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;physique quantique&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article630&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;relativit&#233;&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article474&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chaos d&#233;terministe&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article710&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;atome&lt;/a&gt; &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article599&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;syst&#232;me dynamique&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article492&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;structures dissipatives&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article788&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;percolation&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;irr&#233;versibilit&#233;&lt;/a&gt; &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article540&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;non-lin&#233;arit&#233;&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article16&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;quanta&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article571&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;mergence&lt;/a&gt; &#8211;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;inhibition&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article570&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;boucle de r&#233;troaction&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article606&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rupture de sym&#233;trie&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article687&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;turbulence&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article838&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;mouvement brownien&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article598&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le temps&lt;/a&gt; -&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article572&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;contradictions&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article105&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;crise&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article565&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;transition de phase&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article672&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;criticalit&#233;&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article706&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;attracteur &#233;trange&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article769&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;sonance&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique92&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;psychanalyse&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article564&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;auto-organisation&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article597&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vide&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article600&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;volution permanente&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article354&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Z&#233;non d'El&#233;e&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt; -&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article561&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blanqui&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article590&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt; -&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trotsky&lt;/a&gt; &#8211; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article727&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt; &#8211; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article446&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Prigogine&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article576&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Barta&lt;/a&gt; - &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article604&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gould&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article607&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;marxisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article612&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marx&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article657&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la r&#233;volution&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article753&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'anarchisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article763&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le stalinisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article765&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Socrate&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article848&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;socialisme&lt;/a&gt; - &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique96&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;religion&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SITE :&lt;br class='autobr' /&gt;
MATIERE ET REVOLUTION&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=plan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P L A N &lt;br /&gt; D U &lt;br /&gt; S I T E&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que la r&#233;sonance ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article769</link>
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		<dc:date>2008-11-22T20:12:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Faber Sperber, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;sonance</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La &#171; r&#233;sonance &#187;, c'est le transfert d'&#233;nergie et de quantit&#233; de mouvement entre deux mouvements p&#233;riodiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maurice Jacob dans &#171; Au c&#339;ur de la mati&#232;re &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une r&#233;sonance est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu en physique. Un objet peut vibrer sur une fr&#233;quence particuli&#232;re. L'exemple le plus connu est le pendule qui, suspendu dans le champ d'attraction terrestre, bat &#224; une fr&#233;quence qui ne d&#233;pend que de sa longueur. Une masse attach&#233;e &#224; un ressort se comporte de la m&#234;me fa&#231;on. Elle vibre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot303" rel="tag"&gt;R&#233;sonance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La &#171; r&#233;sonance &#187;, c'est le transfert d'&#233;nergie et de quantit&#233; de mouvement entre deux mouvements p&#233;riodiques.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Maurice Jacob dans &#171; Au c&#339;ur de la mati&#232;re &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Une r&#233;sonance est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu en physique. Un objet peut vibrer sur une fr&#233;quence particuli&#232;re. L'exemple le plus connu est le pendule qui, suspendu dans le champ d'attraction terrestre, bat &#224; une fr&#233;quence qui ne d&#233;pend que de sa longueur. Une masse attach&#233;e &#224; un ressort se comporte de la m&#234;me fa&#231;on. Elle vibre naturellement &#224; une fr&#233;quence qui d&#233;pend de la valeur de la constante de rappel du ressort. Il en est de m&#234;me d'un circuit &#233;l&#233;mentaire de radio. La fr&#233;quence naturelle d&#233;pend dans ce cas de la self et de la capacit&#233; du condensateur qui le constituent. Soumis &#224; une force ext&#233;rieure p&#233;riodique, pour le syst&#232;me masse-ressort, ou &#224; une tension p&#233;riodique, pour le circuit self-capacit&#233;, ces syst&#232;mes oscillent selon la variation de la force ou de la tension appliqu&#233;e mais, si la fr&#233;quence s'approche de leur fr&#233;quence naturelle d'oscillation, ils s'emballent et les oscillations prennent des amplitudes &#233;normes. Quiconque a utilis&#233; une balan&#231;oire a pu exp&#233;rimenter le ph&#233;nom&#232;ne. On dit qu'il y a &#171; r&#233;sonance &#187;. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canalu.tv/canalu/producteurs/science_en_cours/dossier_programmes/les_ondes/pour_l_enseignement/l_ecroulement_du_pont_de_tacoma_1940&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un exemple de r&#233;sonance, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine dans &#034;La fin des certitudes&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Tout syst&#232;me dynamique int&#233;grable (au sens de Pojncar&#233;) peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; comme s'il &#233;tait constitu&#233; de corps d&#233;pourvus d'interactions. (...) Poincar&#233; n'a pas seulement d&#233;montr&#233; que l'int&#233;grabilit&#233; s'applique seulement &#224; une classe r&#233;duite de syst&#232;mes dynamiques, il a identifi&#233; la raison du caract&#232;re exceptionnel de cette propri&#233;t&#233; : l'existence de r&#233;sonances entre les degr&#233;s de libert&#233; du syst&#232;me. (...) La notion de r&#233;sonance caract&#233;rise un rapport entre des fr&#233;quences. Soumettons un ressort &#224; une force ext&#233;rieure (...) La r&#233;sonance se produit lorsque les deux fr&#233;quences, celle du ressort et celle de la force ext&#233;rieure, correspondent &#224; un rapport num&#233;rique simple (l'une des fr&#233;quences &#233;gale un multiple entier de l'autre). L'amplitude de la vibration du pendule augmente alors consid&#233;rablement. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se produit en musique, lorsque nous jouons une note sur un instrument. Nous entendons les harmoniques. la r&#233;sonance &#034;couple&#034; les sons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les fr&#233;quences, et en particulier la question de leur r&#233;sonance, sont au coeur de la description des syst&#232;mes dynamiques. Chacun des degr&#233;s de libert&#233; d'un syst&#232;me dynamique est caract&#233;ris&#233; par une fr&#233;quence. (&#8230;) Les r&#233;sonances de Poincar&#233; jouent un r&#244;le fondamental en physique. L'absorption et l'&#233;mission de la lumi&#232;re sont dues &#224; des r&#233;sonances. Les champs en interaction cr&#233;ent &#233;galement des r&#233;sonances. Il est difficile de citer un probl&#232;me important en physique quantique o&#249; les r&#233;sonances ne joueraient pas un r&#244;le. Le fait de pouvoir surmonter l'obstacle qu'elles opposent &#224; la description dynamique des syst&#232;mes peut donc, &#224; juste titre, &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;largissement de la dynamique, une extension qui &#233;chappe au mod&#232;le statique et d&#233;terministe applicable aux syst&#232;mes dynamiques int&#233;grables. (&#8230;) Donnons un bref aper&#231;u du chemin qui m&#232;ne de la th&#233;orie KAM &#224; cet &#233;largissement de la dynamique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette th&#233;orie &#233;tudie l'influence des r&#233;sonances sur les trajectoires. (&#8230;) Certains points de l'espace des phases seront caract&#233;ris&#233;s par des r&#233;sonances, et d'autres pas. Corr&#233;lativement, nous observons deux types de trajectoires, des trajectoires normales, d&#233;terministes, et des trajectoires al&#233;atoires associ&#233;es aux r&#233;sonances, qui errent &#224; travers l'espace des phases. La th&#233;orie KAM d&#233;crit la mani&#232;re dont se transforme la topologie de l'espace des phases pour une valeur croissante de l'&#233;nergie. A partir d'une valeur critique, le syst&#232;me devient chaotique : des trajectoires voisines divergent au cours du temps. Dans le cas du chaos pleinement d&#233;velopp&#233;, nous observons des ph&#233;nom&#232;nes de diffusion, l'&#233;volution vers une dispersion uniforme dans tout l'espace des phases. Or, les ph&#233;nom&#232;nes de diffusion sont des ph&#233;nom&#232;nes irr&#233;versibles (&#8230;) Comment expliquer que, partant de la dynamique classique, nous puissions observer une &#233;volution irr&#233;versible, donc &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e ? (&#8230;) Au niveau statistique, les r&#233;sonances entra&#238;nent la rupture du d&#233;terminisme, elles introduisent l'incertitude dans le cadre de la m&#233;canique classique et brisent la sym&#233;trie du temps. Bien s&#251;r, lorsque nous avons &#224; faire avec un syst&#232;me int&#233;grable, il n'y a pas de terme diffusif, et nous revenons &#224; une description en termes de trajectoires, mais ce type de description ne correspond plus qu'&#224; un cas particulier. (&#8230;) Pendant des si&#232;cles, les trajectoires ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme les objets fondamentaux de la physique classique : elles apparaissent maintenant comme ayant une validit&#233; limit&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ilya Prigogine et Isabelle Stengers dans &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La raison du chaos quantique est l'apparition des r&#233;sonances. (...) Ces r&#233;sonances, qui caract&#233;risent l'ensemble des situations fondamentales de la m&#233;canique quantique, correspondent &#224; des interactions entre champs (c'est-&#224;-dire aussi aux interactions mati&#232;re-lumi&#232;re). On peut affirmer que notre acc&#232;s au monde quantique a pour condition l'existence des syst&#232;mes chaotiques quantiques. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons surtout soulign&#233; les dimensions n&#233;gatives du chaos dynamique, la n&#233;cessit&#233; qu'il implique d'abandonner les notions de trajectoire et de d&#233;terminisme. Mais l'&#233;tude des syst&#232;mes chaotiques est &#233;galement une ouverture ; elle cr&#233;e la n&#233;cessit&#233; de construire de nouveaux concepts, de nouveaux langages th&#233;oriques. Le langage classique de la dynamique implique les notions de points et de trajectoires, et, jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous-m&#234;mes y avons eu recours alors m&#234;me que nous montrions l'id&#233;alisation &#8211; dans ce cas ill&#233;gitime &#8211; dont elles proc&#232;dent. Le probl&#232;me est maintenant de transformer ce langage, de sorte qu'il int&#232;gre de mani&#232;re rigoureuse et coh&#233;rente les contraintes que nous venons de reconna&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne suffit pas, en effet, d'exprimer le caract&#232;re fini de la d&#233;finition d'un syst&#232;me dynamique en d&#233;crivant l'&#233;tat initial de ce syst&#232;me par une r&#233;gion de l'espace des phases, et non par un point. Car une telle r&#233;gion, soumise &#224; l'&#233;volution que d&#233;finit la dynamique classique, aura beau se fragmenter au cours du temps, elle conservera son volume dans l'espace des phases. C'est ce qu'exprime un th&#233;or&#232;me g&#233;n&#233;ral de la dynamique, le th&#233;or&#232;me de Liouville. Toutes les tentatives de construire une fonction entropie, d&#233;crivant l'&#233;volution d'un ensemble de trajectoires dans l'espace des phases, se sont heurt&#233;es au th&#233;or&#232;me de Liouville, au fait que l'&#233;volution d'un tel ensemble ne peut &#234;tre d&#233;crite par une fonction qui cro&#238;trait au cours du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, un argument simple permet de montrer l'incompatibilit&#233;, dans le cas d'un syst&#232;me chaotique, entre le th&#233;or&#232;me de Liouville et la contrainte selon laquelle toute description d&#233;finit le &#171; pouvoir de r&#233;solution &#187; de nos descriptions ; il existera toujours une distance r telle que nous ne pourrons faire de diff&#233;rence entre des points plus proches l'un de l'autre (&#8230;) La nouvelle description des syst&#232;mes dynamiques chaotiques substitue au point un ensemble correspondant &#224; un fragment de fibre contractante. Il s'agit d'une description non locale, qui tient compte de la contrainte d'indiscernabilit&#233; que nous avons d&#233;finie. Mais cette description n'est pas relative &#224; notre ignorance. Elle donne un sens intrins&#232;que au caract&#232;re fini de nos descriptions : dans le cas o&#249; le syst&#232;me n'est pas chaotique, o&#249; l'exposant de Lyapounov est de valeur nulle, nous retrouvons la repr&#233;sentation classique, ponctuelle, et les limites mises &#224; la pr&#233;cision de nos mesures n'affectent plus la repr&#233;sentation du syst&#232;me dynamique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette nouvelle repr&#233;sentation brise &#233;galement la sym&#233;trie temporelle. (&#8230;) L&#224; o&#249; une seule &#233;quation d'&#233;volution permettait de calculer l'&#233;volution vers le pass&#233; ou vers le futur de points eux-m&#234;mes indiff&#233;rents &#224; cette distinction, nous avons maintenant deux &#233;quations d'&#233;volution diff&#233;rentes. L'une d&#233;crirait l'&#233;volution d'un syst&#232;me vers un &#233;quilibre situ&#233; dans le futur, l'autre d&#233;crirait l'&#233;volution d'un syst&#232;me vers un &#233;quilibre situ&#233; dans le pass&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des grands probl&#232;mes de l'interpr&#233;tation probabiliste de l'&#233;volution vers l'&#233;quilibre &#233;tait que la repr&#233;sentation probabiliste ne donne pas sens &#224; la distinction entre pass&#233; et futur. (&#8230;) La nouvelle description dynamique que nous avons construite incorpore, en revanche, la fl&#232;che du temps (&#8230;) Les comportements dynamiques chaotiques permettent de construire ce pont, que Boltzmann n'avait pu cr&#233;er, entre la dynamique et le monde des processus irr&#233;versibles. La nouvelle repr&#233;sentation de l'objet dynamique, non locale et &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e, n'est pas une description approximative, plus pauvre que la repr&#233;sentation classique. Elle d&#233;finit au contraire cette repr&#233;sentation classique comme relative &#224; un cas particulier. (&#8230;) Nous savons aujourd'hui que ces derniers (les syst&#232;mes non-chaotiques), qui domin&#232;rent si longtemps l'imagination des physiciens, forment en fait une classe tr&#232;s particuli&#232;re. (&#8230;) C'est en 1892, avec la d&#233;couverte d'un th&#233;or&#232;me fondamental par Poincar&#233; ( la loi des trois corps), que se brisa l'image homog&#232;ne du comportement dynamique : la plupart des syst&#232;mes dynamiques, &#224; commencer par le simple syst&#232;me &#171; &#224; trois corps &#187; ne sont pas int&#233;grables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment comprendre cet &#233;nonc&#233; ? Depuis les travaux de Hamilton, on sait qu'un m&#234;me syst&#232;me dynamique peut &#234;tre repr&#233;sent&#233; de diff&#233;rentes mani&#232;res &#233;quivalentes par une transformation dite canonique (ou unitaire) (&#8230;) L'hamiltonien du syst&#232;me est la grandeur qui d&#233;termine son &#233;volution temporelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi toutes les transformations unitaires, il en existe une qui permet d'aboutir &#224; une repr&#233;sentation privil&#233;gi&#233;e du syst&#232;me. C'est celle qui fait de l'&#233;nergie, c'est-&#224;-dire de l'hamiltonien, une fonction des seuls moments, et non plus des positions. Dans une telle repr&#233;sentation, les mouvements des diff&#233;rentes particules du syst&#232;me sont d&#233;crits comme s'ils ne d&#233;pendaient plus des positions relatives des particules, c'est-&#224;-dire comme si elles n'&#233;taient plus en interaction. (&#8230;) Les mouvements possibles de tels syst&#232;mes ont donc la simplicit&#233; des mouvements libres. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, en 1892, Poincar&#233; montra qu'en g&#233;n&#233;ral il est impossible de d&#233;finir la transformation unitaire qui ferait des &#171; actions &#187; des invariants du syst&#232;me. La plupart des syst&#232;mes dynamiques n'admettent pas d'invariants en dehors de l'&#233;nergie et de la quantit&#233; de mouvement, et d&#232;s lors ne sont pas int&#233;grables.&lt;br class='autobr' /&gt;
La raison de l'impossibilit&#233; de d&#233;finir les invariants du mouvement qui correspondent &#224; la repr&#233;sentation d'un syst&#232;me dynamique int&#233;grable tient &#224; un m&#233;canisme de r&#233;sonance. (&#8230;) Le m&#233;canisme de r&#233;sonance peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; comme un transfert d'&#233;nergie entre deux mouvements p&#233;riodiques coupl&#233;s dont les fr&#233;quences sont entre elles dans un rapport simple. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ces ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sonance &#8211; mais, cette fois, entre les diff&#233;rents degr&#233;s de libert&#233; qui caract&#233;risent un m&#234;me syst&#232;me dynamique &#8211; qui emp&#234;chent que ce syst&#232;me soit mis sous une forme int&#233;grable. La r&#233;sonance la plus simple entre les fr&#233;quences se produit quand ces fr&#233;quences sont &#233;gales, mais elle se produit aussi &#224; chaque fois que les fr&#233;quences sont commensurables, c'est-&#224;-dire chaque fois qu'elles ont entre elles un rapport rationnel. Le probl&#232;me se complique du fait que de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale les fr&#233;quences ne sont pas constantes. (&#8230;) Ce qui fait que, dans l'espace des phases d'un syst&#232;me dynamique, il y aura des points caract&#233;ris&#233;s par une r&#233;sonance, alors que d'autres ne le seront pas. L'existence des points de r&#233;sonance interdit en g&#233;n&#233;ral la repr&#233;sentation en termes de variables cycliques, c'est-&#224;-dire une d&#233;composition du mouvement en mouvements p&#233;riodiques ind&#233;pendants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les points de r&#233;sonance, c'est-&#224;-dire les points auxquels les fr&#233;quences ont entre elles un rapport rationnel, sont rares, comme sont rares les nombres rationnels par rapport aux nombres irrationnels. D&#232;s lors, presque partout dans l'espace des phases, nous aurons des comportements p&#233;riodiques de type habituel. N&#233;anmoins, les points de r&#233;sonance existent dans tout le volume fini de l'espace des phases. D'o&#249; le caract&#232;re effroyablement compliqu&#233; de l'image des syst&#232;mes dynamiques telle qu'elle nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par la dynamique moderne initi&#233;e par Poincar&#233; et poursuivie par les travaux de Kolmogoroff, Arnold et Moser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si les syst&#232;mes dynamiques &#233;taient int&#233;grables, la dynamique ne pourrait nous livrer qu'une image statique du monde, image dont le mouvement du pendule ou de la plan&#232;te sur sa trajectoire k&#233;pl&#233;rienne constituerait le prototype. Cependant l'existence des r&#233;sonances dans les syst&#232;mes dynamiques &#224; plus de deux corps ne suffit pas pour transformer cette image et la rendre coh&#233;rente avec les processus &#233;volutifs &#233;tudi&#233;s pr&#233;c&#233;demment. Lorsque le volume reste petit, ce sont toujours les comportements p&#233;riodiques qui dominent. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, pour les grands syst&#232;mes, la situation s'inverse. Les r&#233;sonances s'accumulent dans l'espace des phases, elles se produisent d&#233;sormais non plus en tout point rationnel, mais en tout point r&#233;el. (&#8230;) D&#232;s lors, les comportements non p&#233;riodiques dominent, comme c'est le cas dans les syst&#232;mes chaotiques. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cas d'un syst&#232;me de sph&#232;res dures en collision, Sina&#239; a pu d&#233;montrer l'identit&#233; entre comportement cin&#233;tique et chaotique, et d&#233;finir la relation entre une grandeur cin&#233;tique comme le temps de relaxation (temps moyen entre deux collisions) et le temps de Lyapounov qui caract&#233;rise l'horizon temporel des syst&#232;mes chaotiques. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, l'atome en interaction avec son champ constitue un &#171; grand syst&#232;me quantique &#187; auquel, nous l'avons d&#233;montr&#233;, le th&#233;or&#232;me de Poincar&#233; peut &#234;tre &#233;tendu. (&#8230;) La &#171; catastrophe &#187; de Poincar&#233; se r&#233;p&#232;te dans ce cas : contrairement &#224; ce que pr&#233;supposait la repr&#233;sentation quantique usuelle, les syst&#232;mes caract&#233;ris&#233;s par l'existence de telles r&#233;sonances ne peuvent &#234;tre d&#233;crits en termes de superposition de fonctions propres de l'op&#233;rateur hamiltonien, c'est-&#224;-dire d'invariants du mouvement. Les syst&#232;mes quantiques caract&#233;ris&#233;s par des temps de vie moyens, ou par des comportements correspondants &#224; des &#171; collisions &#187;, constituent donc la forme quantique des syst&#232;mes dynamiques au comportement chaotique (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abandon du mod&#232;le des syst&#232;mes int&#233;grables a des cons&#233;quences aussi radicales en m&#233;canique quantique qu'en m&#233;canique classique. Dans ce dernier cas, il impliquait l'abandon de la notion de point et de loi d'&#233;volution r&#233;versible qui lui correspond. Dans le second, il implique l'abandon de la fonction d'onde et de son &#233;volution r&#233;versible dans l'espace de Hilbert. Dans les deux cas, cet abandon a la m&#234;me signification : il nous permet de d&#233;chiffrer le message de l'entropie. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
La collision, transfert de quantit&#233; de mouvement et d'&#233;nergie cin&#233;tique entre deux particules, constitue, du point de vue dynamique, un exemple de r&#233;sonance. Or, c'est l'existence des points de r&#233;sonance qui, on le sait depuis Poincar&#233;, emp&#234;che de d&#233;finir la plupart des syst&#232;mes dynamiques comme int&#233;grables. La th&#233;orie cin&#233;tique, qui correspond au cas d'un grand syst&#232;me dynamique ayant des points de r&#233;sonance &#171; presque partout &#187; dans l'espace des phases , marque donc la transformation de la notion de r&#233;sonance : celle-ci cesse d'&#234;tre un obstacle &#224; la description en termes de trajectoires d&#233;terministes et pr&#233;dictibles, pour devenir un nouveau principe de description, intrins&#232;quement irr&#233;versible et probabiliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cette notion de r&#233;sonance que nous avons retrouv&#233;e au c&#339;ur de la m&#233;canique quantique, puisque c'est elle qu'utilisa Dirac pour expliquer les &#233;v&#233;nements qui ouvrent un acc&#232;s exp&#233;rimental &#224; l'atome, l'&#233;mission et l'absorption de photons d'&#233;nergie sp&#233;cifique, dont le spectre constitue la v&#233;ritable signature de chaque type d'atome. (&#8230;) Le temps de vie, qui caract&#233;rise de mani&#232;re intrins&#232;que un niveau excit&#233;, d&#233;pend, dans le formalisme actuel de la m&#233;canique quantique, d'une approximation et perd son sens si le calcul est pouss&#233; plus loin. D&#232;s lors, la m&#233;canique quantique a d&#251; reconna&#238;tre l'&#233;v&#233;nement sans pouvoir lui donner de sens objectif. C'est pourquoi elle a pu para&#238;tre mettre en question la r&#233;alit&#233; m&#234;me du monde observable qu'elle devait rendre intelligible. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour expliquer les transitions &#233;lectroniques spontan&#233;es qui conf&#232;rent &#224; tout &#233;tat excit&#233; un temps de vie fini, Dirac avait d&#251; faire l'hypoth&#232;se d'un champ induit par l'atome et entrant en r&#233;sonance avec lui. Le syst&#232;me fini que repr&#233;sente l'atome isol&#233; n'est donc qu'une abstraction. L'atome en interaction avec son champ est, lui, un &#171; grand syst&#232;me quantique &#187;, et c'est &#224; son niveau que se produit la &#171; catastrophe de Poincar&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'atome en interaction avec le champ qu'il induit ne constitue pas, en effet, un syst&#232;me int&#233;grable et ne peut donc pas plus &#234;tre repr&#233;sent&#233; par l'&#233;volution de fonction d'onde qu'un syst&#232;me classique caract&#233;ris&#233; par des points de r&#233;sonance ne peut &#234;tre caract&#233;ris&#233; par une trajectoire. C'est l&#224; la faille que rec&#233;lait l'&#233;difice impressionnant de la m&#233;canique quantique. (&#8230;) Il est significatif que, partout, nous ayons rencontr&#233; la notion de &#171; brisement de sym&#233;trie &#187;. Cette notion implique une r&#233;f&#233;rence apparemment ind&#233;passable &#224; la sym&#233;trie affirm&#233;e par les lois fondamentales qui constituent l'h&#233;ritage de la physique. Et, en effet, dans un premier temps, ce sont ces lois qui ont guid&#233; notre recherche. (&#8230;) La description &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e permet de comprendre la sym&#233;trie elle-m&#234;me comme relative &#224; la particularit&#233; des objets autrefois privil&#233;gi&#233;s par la physique, c'est-&#224;-dire de situer leur particularit&#233; au sein d'une th&#233;orie plus g&#233;n&#233;rale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://sciencehack.com/videos/view/Zkox6niJ1Wc&#034;&gt;The effect of resonance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Effect of resonance on rice ; Effet de la r&#233;sonance sur du riz&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sonance&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;sonance sur wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5762&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que le temps ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article598</link>
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		<dc:date>2008-07-06T09:58:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Faber Sperber, Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Temps</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le temps en Physique &lt;br class='autobr' /&gt;
Le temps ordonn&#233;, circulant r&#233;guli&#232;rement dans un sens, est ce qui distingue une zone contenant de la mati&#232;re d'une zone de vide. Le temps coordonn&#233; est une propri&#233;t&#233; &#233;mergente issue des interactions nombreuses entre particules via les photons. Cela oppose particules dites r&#233;elles et particules dites virtuelles. Le temps existe dans le vide quantique mais il y est d&#233;sordonn&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La physique quantique n'est pas la seule &#224; avoir boulevers&#233; notre vision du temps. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique120" rel="directory"&gt;Ilya Prigogine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot311" rel="tag"&gt;Temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=temps+physique+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps en Physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps ordonn&#233;, circulant r&#233;guli&#232;rement dans un sens, est ce qui distingue une zone contenant de la mati&#232;re d'une zone de vide. Le temps coordonn&#233; est une propri&#233;t&#233; &#233;mergente issue des interactions nombreuses entre particules via les photons. Cela oppose particules dites r&#233;elles et particules dites virtuelles. Le temps existe dans le vide quantique mais il y est d&#233;sordonn&#233;.
&lt;p&gt;La physique quantique n'est pas la seule &#224; avoir boulevers&#233; notre vision du temps. La Relativit&#233; aussi. Max Planck &#233;crit ainsi dans &#034;Initiations &#224; la physique : &lt;i&gt;&#034;Le principe de la constance de la vitesse de la lumi&#232;re rend impossible une mesure absolue du temps, c'est-&#224;-dire une d&#233;termination ind&#233;pendante de l'&#233;tat de mouvement de l'observateur.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Le temps est l'accident des accidents : l'&#233;v&#232;nement.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucr&#232;ce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/ess333.jpg' width=&#034;640&#034; height=&#034;480&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Image artistique d'un orage de temps fractal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1169&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Henri Poincar&#233; et le temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.canalu.tv/canalu/producteurs/universite_de_tous_les_savoirs/dossier_programmes/les_conferences_de_l_annee_2000/les_grandes_questions_de_la_cosmologie/le_temps_et_sa_fleche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En v&#233;rit&#233;, les notions d'espace et de temps tir&#233;es de notre exp&#233;rience quotidienne ne sont valables que pour les ph&#233;nom&#232;nes &#224; grande &#233;chelle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Broglie dans &#171; La physique nouvelle et les quanta &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La notion de temps d&#233;coule d'une conception statistique ne poss&#233;dant de signification que pour de grands nombres d'atomes (...) L'intervalle de temps entre des &#233;v&#233;nements atomiques a aussi peu de sens que de parler de la temp&#233;rature d'une mol&#233;cule isol&#233;e.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. Campbell dans &#034;Philosophical foundation of quantum theory&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce que le temps ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il ? N'existe-t-il pas ? Est-il pr&#233;existant &#224; la mati&#232;re ? Est-il fond&#233; par la mati&#232;re ? Est-il &#233;mergent ? Est-il continu ou discontinu ? Existe-t-il dans le vide ? Est-ce une simple invention humaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le vide physique est plein de mati&#232;re virtuelle. (...) l'espace vide est constitu&#233; par les propri&#233;t&#233;s des corps en dehors du lieu de leur localisation, qu'il est le lieu mat&#233;riel de l'influence des corps sans les corps. (...) l'espace (plein ou vide) et le temps sont des formes de la mati&#232;re, qui se d&#233;ploient avec elle, et peuvent difficilement &#234;tre pens&#233;es comme pr&#233;existant &#224; elle. (...) l'espace est engendr&#233; avec le temps par ce qui advient de la mati&#232;re. (...) la notion de particule virtuelle accompagne une transformation radicale de la notion de particule. (...) Si le vide est physique, il est n&#233;cessairement mati&#232;re. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Paty dans l'article &#171; Le vide mat&#233;riel ou la mati&#232;re cr&#233;e l'espace &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ces &#233;lectrons, ainsi que les autres particules fondamentales, n'existent pas dans l'espace et le temps. Ce sont l'espace et le temps qui existent en fonction d'eux. (...) Si l'espace et le temps ne sont pas les mat&#233;riaux de base de l'univers, mais simplement des effets moyens statistiques, d'une multitude d'entit&#233;s plus fondamentales et plus profondes, il ne para&#238;t plus du tout &#233;trange que ces entit&#233;s fondamentales, lorsqu'on imagine leur existence dans l'espace et le temps, exhibent des caract&#233;ristiques aussi peu appropri&#233;es que celle de l'onde ou de la particule. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Banesh Hoffman et Michel Paty dans &#171; L'&#233;trange histoire des quanta &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Michel Paty dans &#034;La fl&#232;che du temps&#034;, &lt;i&gt;&#034; A partir de Newton, (...) le cours du temps se reconstruit &#224; l'aide de l'&#233;quation diff&#233;rentielle et des conditions initiales donn&#233;es ou suppos&#233;es, mais c'est un temps neutre, sans qualit&#233;, sans &#034;odeur&#034;, sans accident, sans v&#233;cu circonstanci&#233; ou subjectif, qui signale l'&#233;quivalence de tous les instants du temps, comme de tous les points des trajectoires. (...) Le temps abstrait fonctionne d&#232;s lors comme un cadre absolu pour les &#233;v&#233;nements, &#034;absolu et math&#233;matique&#034; (entendons : d'expression math&#233;matique), bien que physique, sans influence sur lui des objets et des ph&#233;nom&#232;nes qui s'inscrivent dans son cours. Les objets et les &#233;v&#233;nements sont pens&#233;s &#034;dans le temps&#034;. (...) ce trait de notre connaissance des ph&#233;nom&#232;nes de la nature semblait inexorable, jusqu'&#224; ce que - scandale ! -, la physique physique contemporaine en vienne &#224; retrouver, sinon l'histoire, du moins une certaine &#034;consistance&#034; du temps. (...) Isaac Barrow, qui exer&#231;a une certaine influence sur Newton, (...) consid&#232;re, dans ses &#034;Le&#231;ons de g&#233;om&#233;trie&#034;, le flux du temps en analogie &#224; la continuit&#233; d'une ligne droite engendr&#233;e &#224; partir de points, et laisse entendre que l'on peut concevoir des instants, ou &#034;moments&#034; du temps, bien que ce dernier soit pens&#233; fondamentalement comme une dur&#233;e en flux continu - conception que l'on trouve &#233;galement chez Newton -, de m&#234;me que l'on se repr&#233;sente des points sur une droite. Le temps instantan&#233;, dont la d&#233;finition se cherche ici, pose les m&#234;mes probl&#232;mes que la nature du point et la divisibilit&#233; de la ligne et de l'espace, objet depuis Z&#233;non d'El&#233;e de controverses classiques. (...) C'est &#224; Isaac Newton que devait revenir la construction du temps instantan&#233; &#224; partir du temps con&#231;u comme une dur&#233;e, en corr&#233;lation &#224; l'invention du nouveau calcul, cr&#233;&#233; en grande partie pour les besoins de la cause, bien que les &#034;Principia&#034; ne fassent pratiquement pas explicitement appel &#224; sa th&#233;orie ou m&#233;thode des fluxions. (...) La d&#233;finition du temps de Newton (...) a surtout pour r&#244;le de pr&#233;parer la condition d'une formulation plus radicale du concept de temps, sous les esp&#232;ces d'une grandeur math&#233;matis&#233;e, singuli&#232;re et &#224; variation continue, c'est-&#224;-dire diff&#233;rentielle. (...) C'est ainsi qu'il caract&#233;rise le temps de la mani&#232;re que l'on conna&#238;t : &#034;Le temps absolu, vrai et math&#233;matique, qui est sans relation &#224; quoi que ce soit d'ext&#233;rieur, en lui-m&#234;me et de par sa nature, coule uniform&#233;ment ; on l'appelle aussi &#034;dur&#233;e&#034;. Remarquons que c'est la dur&#233;e qui d&#233;finit d'abord le temps, c'est-&#224;-dire son flux continuel, et non les instants, qui ne sont pas mentionn&#233;s. (...) La relation du temps absolu telle que Newton la con&#231;oit a lieu dans un seul sens : le temps d&#233;termine les ph&#233;nom&#232;nes, non l'inverse, car il existe par lui-m&#234;me, et son ordre est immuable. Par ailleurs, sa conceptualisation d'un temps et d'un espace suppos&#233;s naturels est, en v&#233;rit&#233;, une construction. Le statut absolu de l'espace et du temps est li&#233; &#224; leur caract&#232;re math&#233;matique, qui en fait aussi des grandeurs continues. (...) L'espace-temps de la Relativit&#233; restreinte reprend certains caract&#232;res de la d&#233;finition newtonienne de l'espace et du temps. Tout d'abord la continuit&#233;. Que ces grandeurs soient continues, cela tient &#224; ce que, m&#234;me si elles sont &#233;troitement m&#234;l&#233;es, elles sont pens&#233;es &#224; partir de l'espace et du temps des corps, repr&#233;sent&#233;s par des grandeurs diff&#233;rentielles. (...) Abordons maintenant la construction de l'espace-temps de la Relativit&#233; g&#233;n&#233;rale et sa signification physique. (...) cette fois-ci, l'espace-temps n'est plus consid&#233;r&#233; comme ind&#233;pendant des corps mat&#233;riels qu'il contient. Sa structure n'est plus immuable et elle est donn&#233;e par la distribution de la masse-&#233;nergie des corps, c'est-&#224;-dire des champs de gravitation dont ces corps sont la source. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment Lee Smolin montre que le temps physique est la clef de la nouvelle r&#233;volution indispensable &#224; la Physique moderne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En voici un court extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomasina, h&#233;ro&#239;ne de la pi&#232;ce de Tom Stoppard, &#171; Arcadia &#187;, explique &#224; son tuteur : &#171; Si tu pouvais immobiliser chaque atome dans sa position et direction, et si ton esprit pouvait appr&#233;hender toutes les actions ainsi suspendues, puis si tu &#233;tais vraiment tr&#232;s, tr&#232;s dou&#233; en alg&#233;bre, tu pourrais &#233;crire la formule pour la totalit&#233; du futur ; et bien qu'il n'y ait personne d'assez intelligent pour pouvoir r&#233;aliser &#231;a, la formule doit exister comme si quelqu'un le pouvait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais coutume de penser que mon boulot de physicien th&#233;oricien &#233;tait de trouver cette formule ; je con&#231;ois aujourd'hui cette foi en son existence comme du mysticisme plus que comme de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eut-il &#233;crit pour un personnage moderne, Stoppard aurait fait dire &#224; Thomasina que l'univers est pareil &#224; un ordinateur. Les lois de la physique sont le programme. Quand vous entrez une donn&#233;e &#8211; les positions &#224; l'instant pr&#233;sent de toutes les particules &#233;l&#233;mentaires dans l'univers &#8211; l'ordinateur mouline pendant une dur&#233;e appropri&#233;e et vous pond le r&#233;sultat, qui est l'ensemble des positions des particules &#233;l&#233;ementaires &#224; un instant futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette vision de la nature, rien ne se produit hors du r&#233;arrangement des particules selon des lois &#233;ternelles. Donc, d'apr&#232;s ces lois, le futur est d&#233;j&#224; compl&#232;tement d&#233;termin&#233; par le pr&#233;sent et le pr&#233;sent par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision minimise le r&#244;le du temps de plusieurs fa&#231;ons. Il ne peut y avoir aucune surprise, aucun ph&#233;nom&#232;ne vraiment nouveau, parce que tout ce qui survient n'est que r&#233;arrangement d'atomes. Les propri&#233;t&#233;s des atomes eux-m&#234;mes sont &#233;ternelles, tout comme les lois qui les gouvernent ; elles ne changent pas. Toute propri&#233;t&#233; du monde &#224; venir est calculable &#224; partir de la configuration du pr&#233;sent. Autrement dit, on peut substituer &#224; l'&#233;coulement du temps un simple calcul, ce qui signifie que le futur est logiquement enfant&#233; par le pr&#233;sent. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit du grand principe de Leibniz qu'il ne peut pas exister de temps absolu qui fasse tic tac aveugl&#233;ment quoiqu'il arrive dans le monde. Le temps doit &#234;tre une cons&#233;quence du changement ; sans alt&#233;ration dans le monde, il ne peut y avoir de temps. Les philosophes disent que le temps est relationnel &#8211; il est un aspect des relations, par exemple la causalit&#233;, qui gouvernent le changement. Similairement, l'espace doit &#234;tre relationnel ; en effet, chaque propri&#233;t&#233; d'un objet dans la nature doit &#234;tre un reflet des relations dynamiques entre lui et d'autres objets dans le monde. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chercher &#224; unifier la physique et, particuli&#232;rement, &#224; rassembler la th&#233;orie quantique et la relativit&#233; au sein d'un unique cadre revient principalement &#224; achever la r&#233;volution relationnelle en physique. Le principal message de ce livre est que cela passe par l'adoption des id&#233;es que le temps est r&#233;el et que les lois &#233;voluent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; du temps permet une nouvelle formulation de la th&#233;orie quantique qui peut aussi nous &#233;clairer sur la fa&#231;on qu'ont les lois d'&#233;voluer avec le temps&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein mit en lumi&#232;re il y a longtemps que la m&#233;canique quantique est incompl&#232;te parce qu'elle &#233;choue &#224; donner une description de ce qui se passe dans une exp&#233;rience individuelle. Que fait au juste l'&#233;lectron lorsqu'il saute d'un &#233;tat d'&#233;nergie &#224; un autre ? Comment des particules trop &#233;loign&#233;es l'une de l'autre parviennent-elles &#224; communiquer instantan&#233;ment ? Comment semblent-elles appara&#238;tre en deux endroits &#224; la fois ? La m&#233;canique quantique ne fournit pas de r&#233;ponse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;canique quantique est une th&#233;orie probl&#233;matique pour trois raisons &#233;troitement li&#233;es. La premi&#232;re est son &#233;chec &#224; donner une image physique de ce qui se passe dans un processus ou une &#233;xp&#233;rience individuels : contrairement aux th&#233;ories physiques pr&#233;c&#233;dentes, le formalisme que nous utilisons en m&#233;canique quantique ne peut pas &#234;tre lu comme nous montrant ce qui se passe &#224; chaque instant. Deuxi&#232;mement, dans la plupart des cas elle &#233;choue &#224; pr&#233;dire le r&#233;sultat pr&#233;cis d'une exp&#233;rience ; plut&#244;t que de nous dire ce qui va se passer, elle ne nouus donne que des probabilit&#233;s pour les diff&#233;rentes choses susceptibles de se produire. La troisi&#232;me et plus probl&#233;matique caract&#233;ristique de la m&#233;canique quantique est que les notions de mesure, d'observation ou d'information sont n&#233;cessaires pour exprimer la th&#233;orie. Elles peuvent &#234;tre vues comme des notions primitives ; elles ne peuvent pas &#234;tre expliqu&#233;es en termes de processus quantiques fondamentaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous voulez d&#233;crire compl&#232;tement un syst&#232;me en physique classique, vous r&#233;pondez &#224; toutes les questions, et ceci vous donne toutes les propri&#233;t&#233;s. Mais en physique quantique, le dispositif dont vous avez besoin pour poser une question peut vous emp&#234;cher de r&#233;pondre aux autres questions. Par exemple, vous pouvez demander ce qu'est la position d'une particule, ou vous pouvez demander ce qu'est le moment, mais vous ne pouvez pas poser ces deux questions &#224; la fois. C'est ce que Niels Bohr a appel&#233; la compl&#233;mentarit&#233;, et c'est aussi ce que les physiciens signifient lorsqu'ils parlent de &#171; variables non-commutatives &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En embrassant la r&#233;alit&#233; du temps, nous ouvrons un chemin pour comprendre la th&#233;orie quantique qui &#233;claire ses myst&#232;res et pourrait bien les r&#233;soudre. Je crois que la r&#233;alit&#233; du temps rend possible une nouvelle formulation de la m&#233;canique quantique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes habitu&#233;s &#224; l'id&#233;e de lois intemporelles de la nature agissant &#224; l'int&#233;rieur du temps, et nous ne trouvons plus cela &#233;trange. Mais prenez suffisamment de recul, et vous verrez que cela repose sur de grandes suppositions m&#233;taphysiques qui sont loin d'&#234;tre &#233;videntes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est une tradition &#8211; commen&#231;ant avec Niels Bohr &#8211; d'affirmer que l'&#233;chec de la th&#233;orie quantique &#224; donner une image de ce qui se passe au cours d'une exp&#233;rience individuelle est l'une de ses vertus et non pas un d&#233;faut. Bohr a argument&#233; avec talent que le but de la physique n'est pas de fournir une telle image mais plut&#244;t de cr&#233;er un langage gr&#226;ce auquel nous pouvons parler entre nous de notre pr&#233;paration des exp&#233;riences sur des syst&#232;mes atomiques et de ce que les r&#233;sultats nous ont donn&#233;. Je trouve les &#233;crits de Bohr fascinants mais peu convaincants. Je ressens la m&#234;me chose &#224; propos de certains th&#233;oriciens contemporains, qui disent que la m&#233;canique quantique ne porte pas &#171; sur &#187; le monde physique, mais sur l' &#171; information &#187; que nous avons sur le monde physique. Ces th&#233;oriciens avancent que l'&#233;tat quantique ne correspond &#224; aucune r&#233;alit&#233; physique ; il ne fait que coder l'information que nous, observateurs, avons sur un syst&#232;me&#8230; Apr&#232;s tout, quelque chose se passe lors d'une exp&#233;rience individuelle. Quelque chose, et seulement ce quelque chose, est la r&#233;alit&#233; que nous d&#233;nommons &#233;lectron ou photon. Ne devrions-nous pas &#234;tre capables de saisir l'essence de l'&#233;lectron individuel dans un langage conceptuel et un cadre math&#233;matique ? &#8230; Alors je me range aux c&#244;t&#233;s d'Einstein. Je crois qu'il existe une r&#233;alit&#233; physique objective et que quelque chose qu'on peut d&#233;crire se produit quand un &#233;lectron saute d'un &#233;tat d'&#233;nergie dans un autre. Et je cherche une th&#233;orie qui en donne cette description.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=SJSRAwAAQBAJ&amp;printsec=frontcover&amp;dq=la+renaissance+du+temps+lee+smolin&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;redir_esc=y#v=onepage&amp;q=la%20renaissance%20du%20temps%20lee%20smolin&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Renaissance du temps de Lee Smolin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi parler de r&#233;volution en sciences ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature en r&#233;volution&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://nicol.club.fr/ciret/bulletin/b12/b12c5.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps en physique, Etienne Klein&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lescomplexes.com/v1.1/collections/col_rapports/liv_sociosomatique/chapitre-144-fr.poule&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment s'&#233;manciper de la m&#233;taphysique du temps fl&#233;ch&#233; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST-CE QUE LE TEMPS ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup &#233;crit sur cette notion et d'autant plus qu'on en sait moins... En effet, si le terme de temps est &#224; la base de toutes les &#233;quations de la physique, cela ne signifie pas que les physiciens pensent la comprendre bien. Loin de l&#224;. C'est une notion qui a longtemps &#233;t&#233; comprise comme un &#233;coulement continu repr&#233;sentable par un nombre variant ou par un point se d&#233;pla&#231;ant &#224; vitesse constante sur une droite. Toutes ces images ont &#233;t&#233; profond&#233;ment boulevers&#233;es par la physique (physique quantique, relativiste et chaos d&#233;terministe, notamment). Il en ressort une image du temps qui n'est plus du tout continue, qui saute d'un niveau &#224; un autre, qui est fractale, qui subit des changements de niveau, qui est capable de retours en arri&#232;re &#224; petite &#233;chelle, etc... Le temps dans le vide quantique est particuli&#232;rement d&#233;rangeant pour notre ancienne image du temps. Il semble que le temps &#224; notre &#233;chelle, loin d'&#234;tre une notion de base, soit un param&#232;tre &#233;mergent c'est-&#224;-dire qui soit construit par la dynamique d'un grand nombre de particules, les particules &#233;ph&#233;m&#232;res du vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il faut renoncer &#224; l'ancienne conception d'un temps continu &#224; l'&#233;coulement r&#233;gulier, pr&#233;&#233;tabli, qui existerait de mani&#232;re ind&#233;pendante des masses. Il faut &#233;galement renoncer &#224; l'ancien temps newtonien (ou einsteinien) qui serait une variable abstraite math&#233;matique continue passant par toutes les valeurs interm&#233;diaires au niveau infinit&#233;simal. Le temps est quantique et fractal. Il ne peut descendre dans l'infiniment petit sans changement de niveau hi&#233;rarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crit Michel Paty dans &#034;La fl&#232;che du temps&#034;, &lt;i&gt;&#034; A partir de Newton, (...) le cours du temps se reconstruit &#224; l'aide de l'&#233;quation diff&#233;rentielle et des conditions initiales donn&#233;es ou suppos&#233;es, mais c'est un temps neutre, sans qualit&#233;, sans &#034;odeur&#034;, sans accident, sans v&#233;cu circonstanci&#233; ou subjectif, qui signale l'&#233;quivalence de tous les instants du temps, comme de tous les points des trajectoires. (...) Le temps abstrait fonctionne d&#232;s lors comme un cadre absolu pour les &#233;v&#233;nements, &#034;absolu et math&#233;matique&#034; (entendons : d'expression math&#233;matique), bien que physique, sans influence sur lui des objets et des ph&#233;nom&#232;nes qui s'inscrivent dans son cours. Les objets et les &#233;v&#233;ments sont pens&#233;s &#034;dans le temps&#034;. (...) ce trait de notre connaissance des ph&#233;nom&#232;nes de la nature semblait inexorable, jusqu'&#224; ce que - scandale ! -, la physique physique contemporaine en vienne &#224; retrouver, sinon l'histoire, du moins une certaine &#034;consistance&#034; du temps. (...) Isaac Barrow, qui exer&#231;a une certaine influence sur Newton, (...) consid&#232;re, dans ses &#034;Le&#231;ons de g&#233;om&#233;trie&#034;, le flux du temps en analogie &#224; la continuit&#233; d'une ligne droite engendr&#233;e &#224; partir de points, et laisse entendre que l'on peut concevoir des instants, ou &#034;moments&#034; du temps, bien que ce dernier soit pens&#233; fondamentalement comme une dur&#233;e en flux continu - conception que l'on trouve &#233;galement chez Newton -, de m&#234;me que l'on se repr&#233;sente des points sur une droite. Le temps instantan&#233;, dont la d&#233;finition se cherche ici, pose les m&#234;mes probl&#232;mes que la nature du point et la divisibilit&#233; de la ligne et de l'espace, objet depuis Z&#233;non d'El&#233;e de controverses classiques. (...) C'est &#224; Isaac Newton que devait revenir la construction du temps instantan&#233; &#224; partir du temps con&#231;u comme une dur&#233;e, en corr&#233;lation &#224; l'invention du nouveau calcul, cr&#233;&#233; en grande partie pour les besoins de la cause, bien que les &#034;Principia&#034; ne fassent pratiquement pas explicitement appel &#224; sa th&#233;orie ou m&#233;thode des fluxions. (...) La d&#233;finition du temps de Newton (...) a surtout pour r&#244;le de pr&#233;parer la condition d'une formulation plus radicale du concept de temps, sous les esp&#232;ces d'une grandeur math&#233;matis&#233;e, singuli&#232;re et &#224; variation continue, c'est-&#224;-dire diff&#233;rentielle. (...) C'est ainsi qu'il caract&#233;rise le temps de la mani&#232;re que l'on conna&#238;t : &lt;i&gt;&#034;Le temps absolu, vrai et math&#233;matique, qui est sans relation &#224; quoi que ce soit d'ext&#233;rieur, en lui-m&#234;me et de par sa nature, coule uniform&#233;ment ; on l'appelle aussi &#034;dur&#233;e&#034;. Remarquons que c'est la dur&#233;e qui d&#233;finit d'abord le temps, c'est-&#224;-dire son flux continuel, et non les instants, qui ne sont pas mentionn&#233;s. (...) La relation du temps absolu telle que Newton la con&#231;oit a lieu dans un seul sens : le temps d&#233;termine les ph&#233;nom&#232;nes, non l'inverse, car il existe par lui-m&#234;me, et son ordre est immuable. Par ailleurs, sa conceptualisation d'un temps et d'un espace suppos&#233;s naturels est, en v&#233;rit&#233;, une construction. Le statut absolu de l'espace et du temps est li&#233; &#224; leur caract&#232;re math&#233;matique, qui en fait aussi des grandeurs continues. (...) L'espace-temps de la Relativit&#233; restreinte reprend certains caract&#232;res de la d&#233;finition newtonienne de l'espace et du temps. Tout d'abord la continuit&#233;. Que ces grandeurs soient continues, cela tient &#224; ce que, m&#234;me si elles sont &#233;troitement m&#234;l&#233;es, elles sont pens&#233;es &#224; partir de l'espace et du temps des corps, repr&#233;sent&#233;s par des grandeurs diff&#233;rentielles. (...) Abordons maintenant la construction de l'espace-temps de la Relativit&#233; g&#233;n&#233;rale et sa signification physique. (...) cette fois-ci, l'espace-temps n'est plus consid&#233;r&#233; comme ind&#233;pendant des corps mat&#233;riels qu'il contient. Sa structure n'est plus immuable et elle est donn&#233;e par la distribution de la masse-&#233;nergie des corps, c'est-&#224;-dire des champs de gravitation dont ces corps sont la source. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
EXPOSE D'ILYA PRIGOGINE SUR LA NOTION DE TEMPS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour moi un plaisir et un honneur que d'avoir &#233;t&#233; invit&#233; &#224; donner aujourd'hui la conf&#233;rence Marc-Bloch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai relu r&#233;cemment quelques textes de ce grand historien et j'ai &#233;t&#233; frapp&#233; par la convergence entre la transformation du &#171; m&#233;tier d'historien &#187; qu'il d&#233;crit et celle de la physique que nous connaissons aujourd'hui. L'histoire, nous dit Marc Bloch, est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; une science dans l'enfance&#8230; Ou, pour mieux dire, vieille sous la forme embryonnaire du r&#233;cit, longtemps encombr&#233;e de fictions, plus longtemps encore attach&#233;e aux &#233;v&#233;nements les plus imm&#233;diatement saisissables, elle est, comme entreprise raisonn&#233;e d'analyse, toute jeune1. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que, parlant de l'histoire comme d'une science &#171; jeune &#187;, Marc Bloch pensait &#224; la physique comme &#224; une science &#171; m&#251;re &#187;. Ne souligne-t-i1 pas d'ailleurs dans le m&#234;me texte que l'image des sciences physiques au xixe si&#232;cle fascina certains historiens &#224; tel point que ceux-ci en arriv&#232;rent &#224; construire une science de l'&#233;volution humaine qui excluait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; beaucoup de r&#233;alit&#233;s tr&#232;s humaines, mais qui leur paraissaient d&#233;sesp&#233;r&#233;ment rebelle &#224; un savoir rationnel. Ce r&#233;sidu, c'&#233;tait ce qu'ils appelaient, d&#233;daigneusement, 1'&#233;v&#233;nement2. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le mod&#232;le de la physique ait pu inspirer un m&#233;pris de l'&#233;v&#233;nement traduit me semble-t-il en retour la &#171; jeunesse &#187; de cette science. On peut dire de la physique, elle aussi, qu'elle a longtemps &#233;t&#233; &#171; encombr&#233;e de fictions &#187;, attach&#233;e non pas certes &#224; des &#233;v&#233;nements imm&#233;diatement saisissables mais &#224; un mod&#232;le d'intelligibilit&#233; au nom duquel elle a au contraire cru pouvoir nier la r&#233;alit&#233; imm&#233;diatement saisissable, le caract&#232;re al&#233;atoire du coup de d&#233; ou la nature intrins&#232;quement irr&#233;versible d'un processus comme la diffusion de la chaleur, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; la citation de Marc Bloch, je voudrais citer le t&#233;moignage d'un sp&#233;cialiste de la plus ancienne des sciences physiques, la m&#233;canique rationnelle, sir James Lighthill, pr&#233;sident, au moment o&#249; il faisait cette d&#233;claration, de l'International Union of Theoretical and Applied Mechanics :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici, il me faut m'arr&#234;ter et parler au nom de la grande fraternit&#233; des praticiens de la m&#233;canique. Nous sommes tr&#232;s conscients aujourd'hui de ce que l'enthousiasme que nourrissaient nos pr&#233;d&#233;cesseurs pour la r&#233;ussite merveilleuse de la m&#233;canique newtonienne les a men&#233;s &#224; des g&#233;n&#233;ralisations dans le domaine de la pr&#233;dictibi1it&#233; [&#8230;] que nous savons d&#233;sormais fausses. Nous voulons, collectivement, pr&#233;senter nos excuses pour avoir induit en erreur le public cultiv&#233; en r&#233;pandant, &#224; propos du d&#233;terminisme des syst&#232;mes qui satisfont aux lois newtoniennes du mouvement, des id&#233;es qui se sont, apr&#232;s 1960, r&#233;v&#233;l&#233;es incorrectes3. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une d&#233;claration que l'on peut bien dire fracassante. Les historiens des sciences sont accoutum&#233;s &#224; des &#171; r&#233;volutions &#187; au cours desquelles une th&#233;orie est vaincue, abandonn&#233;e, alors qu'une autre triomphe. Mais il est rare que les sp&#233;cialistes d'une th&#233;orie reconnaissent que, pendant quelque trois si&#232;cles, ils se sont tromp&#233;s quant &#224; la port&#233;e et &#224; la signification de leur th&#233;orie ! Et certes, le renouvellement que conna&#238;t depuis quelques dizaines d'ann&#233;es la dynamique est un &#233;v&#233;nement unique dans l'histoire de la science. Le d&#233;terminisme, qui apparaissait comme la cons&#233;quence in&#233;luctable de l'intelligibilit&#233; dynamique, se trouve aujourd'hui ramen&#233; &#224; une propri&#233;t&#233; valable seulement dans des cas particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que, du point de vue de l'id&#233;al du d&#233;terminisme, la notion m&#234;me d'histoire est d&#233;nu&#233;e de sens. Les trajectoires c&#233;lestes n'ont pas d'histoire, c'est pourquoi nous pouvons indiff&#233;remment pr&#233;dire une &#233;clipse dans l'avenir et dans le pass&#233;. Mais la diffusion de la chaleur que j'ai cit&#233;e d&#233;j&#224; comme exemple de processus irr&#233;versible ne constitue pas non plus une histoire. Un processus nivelant progressivement une diff&#233;rence de temp&#233;rature ne se raconte pas, il se pr&#233;voit ; sans de tels processus d'uniformisation, la vie sur terre serait certainement impossible, comme aussi la plupart de nos techniques. Qu'il suffise d'imaginer ce que serait un monde o&#249; les diff&#233;rences de temp&#233;ratures se creuseraient spontan&#233;ment ! Mais la vie sur terre a commenc&#233; lorsque la chaleur a &#233;t&#233; impliqu&#233;e dans d'autres processus que celui-l&#224;. Comment ne pas penser ici &#224; ces th&#233;ories r&#233;centes sur l'origine de la vie selon lesquelles c'est autour des sources chaudes sous-marines qui prolif&#232;rent le long des dorsales actives que la vie serait apparue. L'eau, charg&#233;e de m&#233;taux, jaillissant de ces sources avec une pression de quelque 275 atmosph&#232;res et une temp&#233;rature qui peut atteindre 350&#176;C entre l&#224; en contact avec l'eau tr&#232;s froide de l'oc&#233;an ! Certes, l'eau bouillonnante se refroidit, et cette uniformisation fait partie du vieillissement progressif de la Terre, mais peut-&#234;tre l'activit&#233; physico-chimique intense qui se d&#233;veloppa autour de chemin&#233;es hydrothermales aujourd'hui fossiles, oubli&#233;es quelque part au long d'une dorsale, a-t-elle produit les premiers acteurs de l'histoire de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, le contraste entre diff&#233;rentes &#233;chelles de temps, celle de la Terre, celle de l'existence d'une bouche hydrothermale, celle des premiers &#171; vivants &#187; qui, peut-&#234;tre, y prolif&#233;r&#232;rent, ne rappelle-t-elle pas les trois &#171; histoires &#187; auquel Fernand Braudel consacrait les trois parties de sa grande &#339;uvre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re met en cause une histoire quasi immobile, celle de l'homme dans ses rapports avec le milieu qui l'entoure ; une histoire lente &#224; couler et &#224; se transformer, faite bien souvent de retours incessants, de cycles sans fin recommenc&#233;s&#8230; Au-dessus de cette histoire immobile, une histoire lentement rythm&#233;e, on dirait volontiers, si l'expression n'avait &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e de son sens plein, une histoire sociale, celle des groupes et des individus. Troisi&#232;me partie enfin, celle de l'histoire traditionnelle, si l'on veut, de l'histoire &#224; la dimension non de l'homme mais de l'individu, l'histoire &#233;v&#233;nementielle de Fran&#231;ois Simiand4&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les rapports entre les &#171; trois &#187; histoires braud&#233;liennes sont plus imbriqu&#233;s que ceux que je viens d'&#233;voquer. Les vivants, m&#234;me les hommes, sont impuissants &#224; arr&#234;ter les processus radioactifs dont les bouches hydrothermales dissipent la chaleur alors que 1'activit&#233; des groupes sociaux a profond&#233;ment modifi&#233; l'histoire &#171; immobile &#187; des rapports de l'homme avec son milieu, et que l'histoire des sciences, histoire jusqu'il y a peu d'un nombre assez r&#233;duit d'individus, est sans doute le meilleur exemple de la mani&#232;re dont, dans certaines circonstances, l'histoire &#171; &#233;v&#233;nementielle &#187; peut jouer un r&#244;le d&#233;terminant dans l'&#171; histoire sociale &#187;. N&#233;anmoins, cette diff&#233;rence est secondaire par rapport &#224; 1'ab&#238;me qui s&#233;pare ces deux &#171; r&#233;cits &#187; du mode d'intelligibilit&#233; &#224; laquelle la physique s'est longtemps identifi&#233;e. Dans la perspective de la physique traditionnelle, m&#234;me le vieillissement progressif de la Terre n'est qu'une apparence, li&#233;e &#224; nos approximations pratiques. C'est au-del&#224; de ce monde ph&#233;nom&#233;nal qu'il nous faut chercher une v&#233;rit&#233; essentiellement atemporelle qui nie tant l'irr&#233;versibilit&#233; que 1'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai dit au d&#233;but de cet expos&#233;, la physique se retrouve aujourd'hui une science jeune. Depuis que Laplace, dit-on, affirma &#224; Bonaparte qu'il n'y aurait pas de &#171; second Newton &#187;, parce qu'il n'y avait qu'un seul monde &#224; d&#233;couvrir, nombreux sont les physiciens &#224; avoir pens&#233; que leur science &#233;tait en voie d'ach&#232;vement. Un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre encore, et tout serait &#233;clairci, du moins au niveau des principes. Aujourd'hui, nous pouvons affirmer au contraire que le monde des processus physiques et chimiques, loin d'&#234;tre compris &#171; dans son principe &#187;, reste encore largement &#224; d&#233;couvrir. L'irr&#233;versibilit&#233;, 1'&#233;v&#233;nement ne sont plus d&#233;sormais pour les physiciens la marque de l'apparence que permettent de d&#233;passer les lois de la physique. Ils caract&#233;risent de mani&#232;re intrins&#232;que un monde dont nous commen&#231;ons seulement &#224; comprendre les questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation du jugement qu'une science peut porter sur sa propre histoire est, je crois, de nature &#224; int&#233;resser les sp&#233;cialistes des sciences humaines sur trois plans au moins : d'abord, en tant que la physique est une histoire humaine ; ensuite parce que le mod&#232;le que constituait la physique d'hier a jou&#233;, comme Marc Bloch le signalait, un r&#244;le dans le d&#233;veloppement m&#234;me des sciences humaines ; enfin parce que la physique d'aujourd'hui, dans la mesure o&#249; elle se d&#233;couvre science du devenir physico-chimique et non des lois intemporelles qui feraient de ce devenir une apparence, retrouve dans son propre domaine quelques-uns des probl&#232;mes qui ont jusqu'ici men&#233; certains &#224; douter de la &#171; scientificit&#233; &#187; des sciences humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La nouvelle alliance5, nous avons d&#233;crit la &#171; crise &#187; des deux cultures. Comment comprendre l'histoire humaine si la compr&#233;hension s'identifie &#224; la recherche de lois qui r&#233;duisent toute histoire &#224; l'encha&#238;nement indiff&#233;rent de causes et d'effets ? Il est curieux d'ailleurs que l'histoire ait &#233;t&#233; deux fois la victime de ce conflit. Ainsi, pour faire face au mode d'intelligibilit&#233; physique, c'est au-del&#224; de l'histoire des hommes que Kant chercha un fondement &#224; leurs pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme atemporellement libre, r&#233;pondant &#224; un imp&#233;ratif &#233;thique qui transcende l'histoire, dominant par la connaissance une nature soumise &#224; des lois qui ignorent toute possibilit&#233; d'histoire : comment s'&#233;tonner que ce face-&#224;-face instable ait mis en question ses deux termes, la libert&#233; et la connaissance. Chaque conqu&#234;te dans l'intelligibilit&#233; de l'homme, qu'elle vienne de l'anthropologie, de l'histoire ou des sciences biologiques, a pu &#234;tre vue comme une menace de &#171; r&#233;duction &#187; de l'homme &#224; un ph&#233;nom&#232;ne comme les autres. Et la connaissance scientifique elle-m&#234;me a &#233;t&#233;, tout r&#233;cemment encore, associ&#233;e &#224; la &#171; barbarie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi et comment un certain type de savoir, apparu &#224; l'&#233;poque de Galil&#233;e et consid&#233;r&#233; depuis comme le seul savoir, produit-il, selon les voies d'une n&#233;cessit&#233; rep&#233;rable et pleinement intelligible, la subversion de toutes les autres valeurs, et ainsi de la culture, et ainsi de l'humanit&#233; de l'homme, c'est ce qu'il est parfaitement possible de comprendre &#8211; pour peu qu'on dispose d'une th&#233;orie de l'essence de tout savoir possible et de son fondement &#187;, &#233;crit Michel Henry6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'appartient pas &#224; un physicien de discuter avec un philosophe de &#171; l'essence et du fondement de tout savoir possible &#187;, ni de se substituer aux historiens pour &#233;valuer la &#171; n&#233;cessit&#233; pleinement intelligible &#187; qui m&#232;ne un savoir &#224; subvertir l'humanit&#233; de l'homme. Cependant, en tant que physicien, il m'est permis de soup&#231;onner qu'un amalgame trop rapide a &#233;t&#233; commis. La physique d'aujourd'hui est en effet l'h&#233;riti&#232;re de ce savoir &#171; apparu &#224; l'&#233;poque de Galil&#233;e &#187;, mais elle n'implique ni surtout ne justifie plus la subversion de la culture. Elle permet corr&#233;lativement d'affirmer que la rationalit&#233; mise en cause par Michel Henry est non pas &#171; la &#187; rationalit&#233; scientifique mais une image historique, charg&#233;e de culture, de cette rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, dans un livre r&#233;cent, Allan Bloom7 a rappel&#233; la critique adress&#233;e par Swift &#224; la rationalit&#233; scientifique. Les habitants de Laputa, en parfaits cart&#233;siens, ont un &#339;il tourn&#233; vers le ciel, dont ils d&#233;chiffrent les lois math&#233;matiques, et l'autre tourn&#233; vers l'int&#233;rieur, vers leur subjectivit&#233; &#233;go&#239;ste. Et l'&#238;le volante de Laputa domine la Terre gr&#226;ce au pouvoir technique fond&#233; sur la d&#233;couverte des principes physiques. La science serait donc l'alli&#233;e naturelle du pouvoir, qui domine ce qu'elle choisit d'ignorer, les hommes qui ne sont ni figures g&#233;om&#233;triques ni pure subjectivit&#233; r&#233;flexive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me soulev&#233; par Swift est grave, et n'est pas de ceux qu'une simple transformation th&#233;orique peut r&#233;soudre. Cependant, dans la mesure o&#249; le mod&#232;le de la physique a servi historiquement de r&#233;f&#233;rence et de garant aux lectures de la rationalit&#233; scientifique, nous pouvons dire aujourd'hui que cette rationalit&#233; ne peut plus &#234;tre invoqu&#233;e pour justifier les scientifiques qui suivent le mod&#232;le des habitants de Laputa. Le face-&#224;-face entre l'objet soumis &#224; des lois intemporelles et le sujet libre, dominant le monde mais d&#233;pouill&#233; des liens multiples qu'il tisse avec lui, ne peut plus d&#233;sormais se dire &#171; rationnel &#187; au sens o&#249; il serait rationnel d'opposer le monde &#171; vrai &#187;, &#171; l&#233;gal &#187;, d&#233;chiffr&#233; par la science au monde troubl&#233; o&#249; vit le scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al classique de la science, la d&#233;couverte d'un monde intelligible mais sans m&#233;moire, sans histoire, renvoie au cauchemar annonc&#233; par Kundera, Huxley et surtout Orwell : en 1984 la langue elle-m&#234;me est coup&#233;e de son pass&#233;, et donc aussi de sa puissance d'invention des futurs, elle contribue &#224; emprisonner les hommes dans un pr&#233;sent sans recours ni alternative. Ce cauchemar est sans doute celui du pouvoir. Mais la suppression de la m&#233;moire, l'&#233;limination des r&#233;cits, la r&#233;duction de l'imagination ne peuvent plus se pr&#233;valoir de l'id&#233;al d'intelligibilit&#233; qu'incarnait la physique pour se pr&#233;tendre prix &#171; rationnel &#187; &#224; payer pour la constitution de la soci&#233;t&#233; en objet &#171; scientifique &#187;. Bien au contraire, l'exemple de la physique m&#232;nerait, comme nous allons le voir, &#224; d&#233;finir tout jugement a priori &#224; propos de ce que peuvent les hommes, et &#224; propos des modes multiples sur lesquels le pass&#233; et le futur s'interp&#233;n&#232;trent dans leurs pr&#233;sents comme autant de mutilations, destructrices de ce que 1'on pr&#233;tend chercher &#224; comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler &#233;trange que le d&#233;veloppement de la physique qui, hier, avait men&#233; Kant &#224; conclure que le scientifique ne doit pas &#171; apprendre &#187; de la nature mais s'adresser &#224; elle en juge, sachant a priori comment elle doit r&#233;pondre, &#224; quels principes elle est soumise, puisse aujourd'hui nous mener &#224; des conclusions oppos&#233;es, &#224; l'impossibilit&#233; de juger a priori ce qu'est la description rationnelle d'une situation, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'apprendre d'elle comment nous pouvons la d&#233;crire. C'est l&#224; pourtant la cons&#233;quence non d'un recul de la physique, mais de son progr&#232;s. C'est dans la mesure o&#249; la physique d'aujourd'hui est susceptible de construire une description intelligible du devenir de la mati&#232;re sans le r&#233;duire &#224; une apparence qu'elle d&#233;couvre un monde ouvert dont aucun sch&#233;ma rationnel unique ne peut r&#233;duire la diversit&#233;. La physique, aujourd'hui, n'est plus science d'un Univers infini mais clos quant &#224; ses comportements et ses modes de connaissance possibles. Elle est d&#233;couverte d'un monde marqu&#233; par l'&#233;mergence du nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du monde clos &#224; l'Univers infini : c'est ainsi qu'Alexandre Koyr&#233; avait caract&#233;ris&#233; la transformation cosmologique fondamentale qu'implique et explicite la physique moderne. R&#233;trospectivement, nous comprenons mieux les limites de 1'explicitation par les lois physiques de cet infini ouvert par la destruction des certitudes aristot&#233;liciennes. Alors que la d&#233;couverte de l'infini, de la prolif&#233;ration des possibles, du caract&#232;re arbitraire de toute limite, allait p&#233;n&#233;trer tous les domaines de la culture, la physique, elle, r&#233;duisit l'infini &#224; la r&#233;p&#233;tition infinie du m&#234;me. Car les objets qu'elle privil&#233;gia gard&#232;rent pour mod&#232;le commun les mouvements p&#233;riodiques des plan&#232;tes qui constitu&#232;rent son premier champ d'exploration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons ici dans la description du d&#233;veloppement th&#233;orique de la physique contemporaine. Mon dernier &#233;nonc&#233; a en effet un sens technique pr&#233;cis. Tout syst&#232;me dynamique &#171; int&#233;grable &#187;, c'est-&#224;-dire dont on peut calculer de mani&#232;re exacte les trajectoires, peut en effet par d&#233;finition &#234;tre repr&#233;sent&#233; en termes de mouvements p&#233;riodiques ind&#233;pendants les uns des autres. Toute trajectoire dynamique a pour v&#233;rit&#233; fondamentale la p&#233;riodicit&#233; des mouvements plan&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette v&#233;rit&#233;, nous la retrouvons dans la d&#233;finition m&#234;me de la trajectoire dynamique. Toute trajectoire dynamique est par d&#233;finition d&#233;terministe et r&#233;versible : elle d&#233;finit le futur et le pass&#233; comme &#233;quivalents et identiquement d&#233;ductibles du pr&#233;sent. De m&#234;me que les lois de la dynamique ne nous permettraient pas de dire a priori dans quel sens tourne la Lune autour de la Terre, elles n'&#233;tablissent aucune diff&#233;rence intrins&#232;que entre une &#233;volution partant d'un &#233;tat initial vers un &#233;tat situ&#233; dans le futur et l'&#233;volution qui partirait de cet &#233;tat futur vers l'&#233;tat initial. Si nous imaginions la vitesse de la Lune instantan&#233;ment invers&#233;e, nous la verrions &#171; remonter &#187; vers son pass&#233;. De m&#234;me si nous inversions instantan&#233;ment toutes les vitesses d'un syst&#232;me de corps en mouvement, ce syst&#232;me parcourrait en sens inverse la succession de tous les &#233;tats qui 1'ont men&#233; au moment de l'inversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;versibilit&#233; des lois dynamiques, comme aussi des lois des deux sciences fondamentales cr&#233;&#233;es au xxe si&#232;cle, la m&#233;canique quantique et la relativit&#233;, traduit une n&#233;gation du temps si radicale qu'aucune culture, aucun savoir collectif ne l'avait jamais imagin&#233;e. Bien des sp&#233;culations ont mis en cause l'id&#233;e de nouveaut&#233;, affirm&#233; 1'inexorable encha&#238;nement des causes et des effets. Bien des savoirs mystiques ont ni&#233; la r&#233;alit&#233; de ce monde changeant et incertain et ont d&#233;fini l'id&#233;al d'une existence qui permette d'&#233;chapper &#224; la douleur de la vie. Nous savons d'autre part l'importance, dans l'Antiquit&#233;, de l'id&#233;e d'un temps circulaire, revenant p&#233;riodiquement &#224; ses origines. Mais l'&#233;ternel retour lui-m&#234;me est marqu&#233; par la fl&#232;che du temps, comme le rythme des saisons ou celui des g&#233;n&#233;rations humaines. Aucune sp&#233;culation, aucun savoir n'affirma jamais l'&#233;quivalence entre ce qui se fait et ce qui se d&#233;fait, entre une plante qui pousse, fleurit et meurt et une plante qui ressuscite, rajeunit et retourne vers sa graine primitive, entre un homme qui m&#251;rit et apprend et un homme qui, progressivement, devient enfant, puis embryon, puis cellule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, depuis son origine, c'est bien de cette n&#233;gation qu'&#233;tait porteuse la dynamique, la th&#233;orie physique qui s'identifie avec le triomphe m&#234;me de la science. Historiquement, il est remarquable que les physiciens n'aient pas pris conscience de cette cons&#233;quence des lois dynamiques avant d'y &#234;tre contraints. Laplace avait annonc&#233; le d&#233;terminisme d'un monde soumis aux lois de la dynamique : son d&#233;mon, contemplant un &#233;tat instantan&#233; de l'Univers, pourrait en d&#233;duire indiff&#233;remment le pass&#233; et l'avenir dans leurs moindres d&#233;tails. Mais c'est seulement &#224; la fin du xixe si&#232;cle qu'appara&#238;t le &#171; d&#233;mon de Maxwell &#187;, celui qui, capable d'observer et de modifier la course individuelle des mol&#233;cules, pourrait lutter contre l'irr&#233;versibilit&#233;, celui pour qui n'a pas de sens intrins&#232;que la diff&#233;rence entre pass&#233; et futur que permet de d&#233;finir le second principe de thermodynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait donc une erreur de perspective que voir dans la n&#233;gation de la fl&#232;che du temps par la physique une &#171; conqu&#234;te conceptuelle &#187; similaire par exemple &#224; la n&#233;gation de la simultan&#233;it&#233; absolue de deux &#233;v&#233;nements distants par la relativit&#233;. Au contraire, la formulation par Clausius du fameux &#171; second principe de thermodynamique &#187;, &#171; l'entropie de l'Univers cro&#238;t jusqu'&#224; son maximum &#187;, marque bien l'importance que les physiciens du xixe si&#232;cle attribu&#232;rent au fait que la physique, enfin, &#224; l'exemple des autres sciences de l'&#233;poque, pouvait d&#233;crire un monde &#171; historique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'histoire thermodynamique du monde semblait devoir se r&#233;sumer &#224; une &#233;volution fatale vers la &#171; mort thermique &#187;, vers le nivellement d&#233;finitif de toutes les diff&#233;rences qui nourrissent les processus irr&#233;versibles. La production d'entropie qui d&#233;finit l'irr&#233;versibilit&#233; d'un processus thermodynamique d&#233;finit en effet celui-ci par la destruction progressive qu'il op&#232;re de ses propres conditions. Le flux de chaleur a pour condition une diff&#233;rence de temp&#233;rature et annule sans retour cette diff&#233;rence. Cependant, pour certains physiciens tels Planck et Boltzmann, l'essentiel &#233;tait que la nature perdait, avec le second principe, l'indiff&#233;rence que semblait lui conf&#233;rer la dynamique. Le second principe traduisait, comme le dit Planck, que la nature n'est pas indiff&#233;rente, qu'elle a des &#171; propensions &#187;, des &#171; pr&#233;f&#233;rences &#187; pour certains &#233;tats. La physique des syst&#232;mes dissipatifs, producteurs d'entropie, a repris cette conception de Planck en baptisant les r&#233;gimes finaux d'une &#233;volution irr&#233;versible du nom d'&#171; attracteur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique, &#224; la fin du xixe si&#232;cle, a connu une crise profonde avec la d&#233;couverte du caract&#232;re intrins&#232;quement inconciliable des lois de la dynamique et de l'irr&#233;versibilit&#233; thermodynamique. Je ne peux m'attarder ici &#224; l'&#233;chec dramatique de Boltzmann qui crut pouvoir donner une interpr&#233;tation purement dynamique &#224; la croissance de l'entropie et fut progressivement contraint &#224; nier le caract&#232;re intrins&#232;que de l'irr&#233;versibilit&#233;, &#224; la d&#233;finir comme relative au niveau macroscopique o&#249; se situent nos observations. On peut voir dans la transformation de cet &#233;chec en triomphe, la v&#233;ritable naissance de la physique du xxe si&#232;cle, cette physique dont Einstein constitue le meilleur symbole et qui se donna pour vocation de d&#233;couvrir, au-del&#224; des ph&#233;nom&#232;nes changeants, une v&#233;rit&#233; intemporelle. Dieu eut-il le moindre choix, au moment de cr&#233;er l'Univers : c'est l&#224;, dit un jour Einstein, la seule question qui devrait vraiment int&#233;resser un physicien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la physique a retrouv&#233; une nouvelle coh&#233;rence ax&#233;e non sur la n&#233;gation du temps, mais sur la d&#233;couverte du temps &#224; tous les niveaux de la r&#233;alit&#233; physique. C'est aux perspectives qu'ouvre cette nouvelle coh&#233;rence que je consacrerai la seconde partie de mon expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par cette physique des syst&#232;mes dissipatifs, des syst&#232;mes caract&#233;ris&#233;s par des &#171; attracteurs &#187; dans laquelle Boltzmann et Planck avaient vu l'annonce d'une physique du devenir. Nous savons aujourd'hui que leur espoir &#233;tait justifi&#233;. L'&#233;volution irr&#233;versible d'un syst&#232;me vers son &#233;tat attracteur ne peut &#234;tre identifi&#233;e &#224; une &#233;volution vers 1'uniformit&#233; que dans le cas o&#249; l'attracteur est l'&#233;tat d'&#233;quilibre thermodynamique. Loin de l'&#233;quilibre, l'irr&#233;versibilit&#233;, la production d'entropie peuvent &#234;tre d&#233;finies comme source d'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageons une situation exp&#233;rimentale tr&#232;s simple : l'exp&#233;rience de thermodiffusion. Nous avons deux enceintes reli&#233;es par un canal et remplies d'un m&#233;lange de deux gaz, par exemple de l'hydrog&#232;ne et de l'azote. Nous partons d'une situation d'&#233;quilibre : les deux enceintes sont &#224; la m&#234;me temp&#233;rature, &#224; la m&#234;me pression, et contiennent le m&#234;me m&#233;lange homog&#232;ne des deux gaz. &#201;tablissons maintenant une diff&#233;rence de temp&#233;rature entre les deux enceintes. L'&#233;cart &#224; l'&#233;quilibre que constitue cette diff&#233;rence de temp&#233;rature ne peut &#234;tre maintenu que s'il est nourri par un flux de chaleur qui compense les effets de la diffusion thermique. Nous n'avons donc pas affaire &#224; un syst&#232;me isol&#233;, mais &#224; un syst&#232;me ferm&#233;, dont une enceinte est chauff&#233;e en permanence alors que l'autre est refroidie. Or, l'exp&#233;rience montre que, coupl&#233; au processus de diffusion de chaleur, se produit un processus de s&#233;paration des deux gaz. Lorsque le syst&#232;me aura atteint son &#233;tat stationnaire, tel que, pour un flux de chaleur donn&#233;, la diff&#233;rence de temp&#233;rature ne varie plus au cours du temps, il y aura plus, disons, d'hydrog&#232;ne dans l'enceinte chaude, et plus d'azote dans l'enceinte froide, la diff&#233;rence de concentration &#233;tant proportionnelle &#224; la diff&#233;rence de temp&#233;rature. Nous voyons que, dans ce cas, l'activit&#233; productrice d'entropie ne peut &#234;tre assimil&#233;e &#224; un simple nivellement des diff&#233;rences. Certes, la diffusion thermique joue ce r&#244;le, mais le processus de s&#233;paration des gaz m&#233;lang&#233;s qui se produit par couplage avec la diffusion est, lui, un processus de cr&#233;ation de diff&#233;rence, un processus d'&#171; anti-diffusion &#187; que mesure une contribution n&#233;gative &#224; la production d'entropie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce simple exemple montre &#224; quel point il est n&#233;cessaire de nous lib&#233;rer de l'id&#233;e que l'activit&#233; productrice d'entropie est synonyme de d&#233;gradation, de nivellement des diff&#233;rences. Car, s'il est vrai que nous devons payer un prix entropique pour maintenir &#224; son &#233;tat stationnaire le processus de thermodiffusion, il est vrai aussi que cet &#233;tat correspond &#224; une cr&#233;ation d'ordre. Un nouveau regard devient alors possible : nous pouvons voir le &#171; d&#233;sordre &#187; produit par le maintien de l'&#233;tat stationnaire comme ce qui nous permet de cr&#233;er un ordre, une diff&#233;rence de composition chimique entre les deux enceintes. L'ordre et le d&#233;sordre se pr&#233;sentent ici non pas comme oppos&#233;s l'un &#224; l'autre mais comme indissociables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'appelons-nous ordre ? Qu'appelons-nous d&#233;sordre ? Chacun sait que les d&#233;finitions varient et traduisent, le plus souvent des jugements quant &#224; la beaut&#233;, l'utilit&#233;, les valeurs. Pourtant, ces jugements s'enrichissent aussi de ce que nous apprenons. Longtemps, la turbulence s'est impos&#233;e &#224; nous comme l'exemple par excellence du d&#233;sordre. Au contraire, le cristal est apparu comme la figure de l'ordre. Nous sommes d&#233;sormais en mesure de compliquer ce double jugement. Nous savons aujourd'hui que nous devons comprendre le r&#233;gime turbulent comme &#171; ordonn&#233; &#187; : les mouvements de deux mol&#233;cules situ&#233;es &#224; des distances macroscopiques, qui se mesurent en centim&#232;tres, y sont en effet corr&#233;l&#233;s. Au contraire, les atomes qui forment un cristal vibrent autour de leur position d'&#233;quilibre de fa&#231;on incoh&#233;rente : le cristal est d&#233;sordonn&#233; du point de vue de ses modes d'excitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exemple de la thermodiffusion va plus loin en ce qu'il articule &#171; ordre &#187; et &#171; d&#233;sordre &#187; et pose donc le probl&#232;me du &#171; prix &#187; de la cr&#233;ation d'ordre. La s&#233;paration chimique entre les deux gaz, qui n'est pas un tri ex&#233;cut&#233; une fois pour toutes mais un processus permanent, a pour prix une cr&#233;ation de &#171; d&#233;sordre &#187;, le nivellement tout aussi permanent de la diff&#233;rence de temp&#233;rature qu'entretient le flux de chaleur. Nous retrouvons une articulation similaire dans le m&#233;tabolisme vivant, o&#249; la construction des mol&#233;cules biologiques complexes s'accompagne de la destruction d'autres mol&#233;cules, la somme des processus correspondant bien entendu &#224; une production d'entropie positive. Mais pouvons-nous prolonger cette id&#233;e-l&#224; o&#249; la thermodynamique ne peut plus nous guider, l&#224; o&#249; il s'agit notamment des rapports des hommes entre eux et avec la nature ? L'intensification des rapports sociaux que favorise la vie urbaine, par exemple, n'a-t-elle pas &#233;t&#233; tout &#224; la fois source de gaspillage, de pollution, et d'inventions, pratiques, artistiques, intellectuelles ? L'analogie est f&#233;conde en ce qu'elle articule ce que nous sommes trop souvent tent&#233;s d'opposer, mais elle ne fonde, faut-il le dire, aucun jugement quant aux valeurs respectives de ce qui est cr&#233;&#233; et d&#233;truit, ni surtout ne l&#233;gitime notre histoire comme n&#233;cessaire ou optimale. L'exemple de la physique peut &#233;clairer le probl&#232;me pos&#233; aux hommes, non le r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; la physico-chimie. Le ph&#233;nom&#232;ne de thermodiffusion est un ph&#233;nom&#232;ne continu : la s&#233;paration des deux gaz est proportionnelle &#224; la diff&#233;rence de temp&#233;rature. Mais, dans d'autres cas, c'est &#224; des ph&#233;nom&#232;nes brusques, spectaculaires, que nous avons affaire, &#224; l'apparition de nouveaux r&#233;gimes de fonctionnement, qualitativement diff&#233;rents, qui se produisent &#224; une distance d&#233;termin&#233;e de l'&#233;quilibre, c'est-&#224;-dire &#224; partir d'un seuil d'intensit&#233; des processus irr&#233;versibles dont le syst&#232;me est le si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous attarderons pas ici &#224; la d&#233;couverte des &#171; structures dissipatives &#187;. Prenons, pour mettre en lumi&#232;re la surprise qu'elles ont constitu&#233;e, l'exemple c&#233;l&#232;bre de 1'&#171; instabi1it&#233; de B&#233;nard &#187;. Une mince couche liquide est soumise &#224; une diff&#233;rence de temp&#233;rature entre la surface inf&#233;rieure, chauff&#233;e en permanence, et la surface sup&#233;rieure, en contact avec l'environnement ext&#233;rieur. Pour une valeur d&#233;termin&#233;e de la diff&#233;rence de temp&#233;rature, le transport de chaleur par conduction, o&#249; la chaleur se transmet par collision entre les mol&#233;cules, se double d'un transport par convection, o&#249; la chaleur est transmise par un mouvement collectif des mol&#233;cules. Se forment alors des tourbillons qui distribuent la couche liquide en &#171; cellules &#187; r&#233;guli&#232;res. Des milliards de milliards de mol&#233;cules qui, auparavant, avaient un mouvement d&#233;sordonn&#233;, participent maintenant &#224; un comportement collectif. La formation des cellules de B&#233;nard constitue v&#233;ritablement l'&#233;mergence d'un ph&#233;nom&#232;ne macroscopique, caract&#233;ris&#233; par des dimensions de l'ordre du centim&#232;tre, &#224; partir d'une activit&#233; microscopique qui, elle, n'implique des longueurs de l'ordre de l'angstr&#246;m (10-10 m). Comment aurions-nous pu croire possible l'&#233;mergence de ce comportement collectif si l'exp&#233;rience ne l'avait impos&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il a fallu que l'exp&#233;rience nous permette d'observer des &#171; horloges chimiques &#187; pour que nous puissions croire que, des milliards de collisions al&#233;atoires qui se produisent en chaque seconde entre les mol&#233;cules et &#224; l'occasion desquelles se produisent les r&#233;actions chimiques, puisse na&#238;tre un rythme macroscopique. Avec une p&#233;riodicit&#233; de l'ordre de la minute, le milieu r&#233;actionnel change pourtant de couleur comme si un myst&#233;rieux chef d'orchestre signalait les moments o&#249; les r&#233;actions doivent faire varier la composition chimique du milieu. Mais, nous le savons, il n'y a pas plus de chef d'orchestre qu'il n'y a, dans les tourbillons de B&#233;nard, d'agent pr&#233;pos&#233; &#224; la circulation des mol&#233;cules. Les processus dissipatifs qui entra&#238;nent, loin de l'&#233;quilibre, la formation des structures dissipatives sont les m&#234;mes que ceux qui se compensent mutuellement &#224; l'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est l'&#233;tat d'&#233;quilibre lui-m&#234;me, non les r&#233;gimes de fonctionnement de la mati&#232;re loin de l'&#233;quilibre, qui peut appara&#238;tre d&#233;sormais comme singulier en ce qu'il permet de d&#233;crire les processus en faisant abstraction du temps. En chaque instant, &#224; l'&#233;quilibre, les cons&#233;quences d'un &#233;v&#233;nement, tel une r&#233;action chimique, sont annul&#233;es par un autre &#233;v&#233;nement. C'est pourquoi il n'existe aucune diff&#233;rence entre diff&#233;rents syst&#232;mes chimiques &#224; l'&#233;quilibre, que les m&#233;canismes de r&#233;action soient lin&#233;aires ou non lin&#233;aires (le produit d'une r&#233;action catalyse cette r&#233;action ou une autre, par exemple). Loin de l'&#233;quilibre par contre, les cons&#233;quences d'une r&#233;action ne sont pas imm&#233;diatement annul&#233;es mais sont susceptibles de se propager et, s'il existe des m&#233;canismes non lin&#233;aires, de favoriser ou d'inhiber d'autres r&#233;actions, ce qui, en cons&#233;quence&#8230; La logique de description des processus loin de l'&#233;quilibre n'est plus une logique de bilan, mais une logique narrative (si&#8230;, alors&#8230;). L'activit&#233; coh&#233;rente d'une structure dissipative est en elle-m&#234;me une histoire, qui a pour mati&#232;re la relance mutuelle entre &#233;v&#233;nements locaux et l'&#233;mergence d'une logique coh&#233;rente globale qui int&#232;gre la multiplicit&#233; de ces histoires locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de ces r&#233;gimes collectifs d'activit&#233; associe ce que je proposerais de d&#233;finir comme les trois &#233;l&#233;ments minimaux qu'exige toute histoire : l'irr&#233;versibilit&#233;, les probabilit&#233;s, l'&#233;mergence possible de nouvelles coh&#233;rences. Le mouvement (id&#233;alement) r&#233;versible de la Lune autour de la Terre n'est pas une histoire, mais la prise en compte des frottements qui &#233;loignent imperceptiblement la Lune de la Terre chaque ann&#233;e ne suffit pas non plus &#224; construire une histoire. Pour que celle-ci prenne un sens, il faut que nous puissions imaginer que ce qui s'est produit aurait pu ne pas se produire, il faut que des &#233;v&#233;nements seulement probables jouent un r&#244;le irr&#233;ductible. Mais une succession de coups de d&#233;s n'est pas non plus une histoire. Encore faut-il que certains de ces &#233;v&#233;nements aient un enjeu, qu'ils soient susceptibles d'ouvrir &#224; des possibles qu'ils conditionnent sans, bien s&#251;r, suffire &#224; les expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irr&#233;versibilit&#233; et probabilit&#233;s caract&#233;risent tout syst&#232;me chimique, qu'il soit ou non &#224; l'&#233;quilibre, mais c'est loin de l'&#233;quilibre que certains &#233;v&#233;nements locaux peuvent cesser d'&#234;tre insignifiants, qu'une fluctuation locale de concentration peut entra&#238;ner un nouveau type de r&#233;gime de fonctionnement. Un syst&#232;me toujours plus &#233;cart&#233; de l'&#233;quilibre peut, de bifurcation en bifurcation, conna&#238;tre une succession de ces r&#233;gimes, passer de la r&#233;gularit&#233; de l'horloge chimique au &#171; chaos &#187;, o&#249; son activit&#233; peut &#234;tre d&#233;finie comme l'inverse du d&#233;sordre indiff&#233;rent qui r&#232;gne &#224; l'&#233;quilibre : aucune stabilit&#233; n'assure plus la pertinence d'une description macroscopique, tous les possibles s'actualisent, coexistent et interf&#232;rent, le syst&#232;me est &#171; en m&#234;me temps &#187; tout ce qu'il peut &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passera-t-il si&#8230; ? Que se serait-il pass&#233; si&#8230; ? Ce ne sont pas seulement l&#224; des questions d'historien, mais aussi de physicien face &#224; un syst&#232;me qu'il ne peut plus se repr&#233;senter comme manipulable et contr&#244;lable. Ces questions ne renvoient pas &#224; une ignorance contingente et surmontable mais d&#233;finissent la singularit&#233; des points de bifurcation, o&#249; le comportement du syst&#232;me devient instable et peut &#233;voluer vers plusieurs r&#233;gimes de fonctionnement stables. En de tels points, une &#171; meilleure connaissance &#187; ne nous permettrait pas de d&#233;duire ce qui arrivera, de substituer la certitude aux probabilit&#233;s. C'est donc le &#171; diagramme des bifurcations &#187;, la &#171; carte des possibles &#187; qu'explore un syst&#232;me alors qu'il est progressivement &#233;cart&#233; de l'&#233;quilibre par une modification de ses rapports avec son milieu, qui d&#233;termine dans chaque cas ce qui pourra &#234;tre pr&#233;vu, et ce dont nous pouvons savoir a priori que nous pourrons seulement le constater et le raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement loin de l'&#233;quilibre qu'un syst&#232;me peut devenir sensible &#224; certains aspects de sa propre r&#233;alit&#233; qui &#233;taient insignifiants &#224; l'&#233;quilibre. C'est le cas, nous l'avons vu, de la non-lin&#233;arit&#233; des processus dont il est le si&#232;ge, mais c'est &#233;galement le cas pour une force telle la force de gravitation. Celle-ci n'a pas d'effet observable sur un syst&#232;me &#224; l'&#233;quilibre mais, sans elle, les cellules de B&#233;nard ne se formeraient pas. C'est donc l'activit&#233; dissipative elle-m&#234;me qui d&#233;termine ce qui, dans la description d'un syst&#232;me physico-chimique, est pertinent ou peut &#234;tre n&#233;glig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi un &#234;tre est-il sensible ? Par quoi peut-il &#234;tre affect&#233; ? De quoi ses relations avec son monde le rendent-elles capable ? De telles questions prennent donc d&#233;j&#224; sens pour des &#171; &#234;tres &#187; aussi simples que les syst&#232;mes physico-chimiques. Mais comment ne se poseraient-elles pas avec plus d'urgence encore &#224; ceux qui &#233;tudient les &#234;tres vivants, dou&#233;s de m&#233;moire, capables d'apprendre et d'interpr&#233;ter ? Comment ne trouveraient-elles pas un sens plus crucial encore lorsqu'il s'agit des hommes que le langage rend sensibles &#224; l'ind&#233;finie multiplicit&#233; de leurs pass&#233;s, des avenirs qu'ils peuvent craindre ou esp&#233;rer, des lectures divergentes et &#233;clat&#233;es du pr&#233;sent. Les sciences ne sont-elles pas, elles-m&#234;mes, l'un des vecteurs de cette sensibilit&#233; ? Pour les hommes d'aujourd'hui, le &#171; Big Bang &#187; et l'&#233;volution de l'Univers font partie du monde, au m&#234;me titre que, hier, les mythes d'origine. Comment juger a priori ce qu'&#171; est &#187; l'homme, ce que sont les concepts pertinents pour d&#233;finir son identit&#233; si d&#233;j&#224; l'identit&#233; d'un syst&#232;me physico-chimique est relative &#224; son activit&#233; ? Comment un physicien, apr&#232;s la d&#233;couverte du r&#244;le crucial des relations lin&#233;aires en physique, pourrait-il ignorer la singularit&#233; de l'histoire des hommes o&#249; de telles relations sont omnipr&#233;sentes, enchev&#234;trant points de vue locaux, visions globales, repr&#233;sentations divergentes du pass&#233;, du pr&#233;sent et de l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instruments conceptuels produits par la physique des syst&#232;mes dissipatifs ne sont plus les instruments d'un jugement, destin&#233; d'abord &#224; faire la diff&#233;rence entre les apparences anecdotiques, circonstancielles, et une v&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale. Ce sont des instruments d'exploration, susceptibles d'engendrer de nouvelles questions, de susciter des distinctions inattendues. Ainsi en est-il notamment de la d&#233;couverte de la grande diversit&#233; des attracteurs. J'ai fait allusion d&#233;j&#224; aux attracteurs &#171; ponctuels &#187;, l'&#233;tat d'&#233;quilibre notamment, aux attracteurs p&#233;riodiques, que traduisent les &#171; horloges chimiques &#187;. Mais nous connaissons depuis quelques ann&#233;es des attracteurs chaotiques qui conf&#232;rent &#224; un syst&#232;me, pourtant d&#233;crit par des &#233;quations d&#233;terministes, un comportement erratique. Quelle pertinence auront de tels instruments dans l'exploration de cette r&#233;alit&#233; multiple, concr&#232;te, qui est celle de la nature et de l'histoire des hommes ? Je ne peux, ici, m'attarder &#224; d&#233;crire les questions o&#249; ils interviennent d&#233;j&#224;, celle de la m&#233;t&#233;orologie ou de l'origine de la vie, notamment. Le point essentiel, me semble-t-il, dans le contexte de cet expos&#233;, est que l'exemple de la physique ne peut plus entra&#238;ner d'autres sciences &#224; &#171; physicaliser &#187; leur objet, mais au contraire &#224; l'ouvrir au probl&#232;me qu'elles partagent avec la physique, le probl&#232;me du devenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en arrive maintenant &#224; la derni&#232;re partie de mon expos&#233;, au probl&#232;me de la coh&#233;rence de la physique elle-m&#234;me. La conviction de Boltzmann s'av&#232;re aujourd'hui justifi&#233;e : l'irr&#233;versibilit&#233; ouvre la physique au probl&#232;me du devenir. Mais cette irr&#233;versibilit&#233; est condamn&#233;e par les lois fondamentales de la physique comme d&#233;termin&#233;e par un mode de description approximatif. Ce serait parce que nous ignorons le mouvement de chaque mol&#233;cule individuelle et caract&#233;risons un syst&#232;me en termes de variables macroscopiques que nous observons une &#233;volution irr&#233;versible, l'&#233;volution vers l'&#233;tat macroscopique le plus probable, celui que r&#233;alise l'immense majorit&#233; des configurations microscopiques a priori possibles. Les probabilit&#233;s et l'irr&#233;versibilit&#233; n'ont donc qu'une signification n&#233;gative, elles traduisent la distance entre l'observateur humain et celui qui pourrait observer un syst&#232;me de milliards de milliards de mol&#233;cules comme nous observons le syst&#232;me plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#233;canique quantique, la situation est plus complexe. Chacun sait que la m&#233;canique quantique ne peut pr&#233;voir que des probabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'&#233;quation fondamentale au centre de la m&#233;canique quantique, l'&#233;quation de Schr&#246;dinger, d&#233;crit une &#233;volution d&#233;terministe et r&#233;versible. C'est l'acte de mesure, irr&#233;versible, qui introduit les probabilit&#233;s en m&#233;canique quantique. Cette structure duale propre &#224; la m&#233;canique quantique, l'&#233;volution de la fonction d'onde inobservable dans l'espace de Hilbert et sa &#171; r&#233;duction &#187;, qui permet de d&#233;terminer les probabilit&#233;s des diff&#233;rentes grandeurs observables, a fait couler beaucoup d'encre. C'est elle qui a men&#233; certains physiciens &#224; affirmer que, en derni&#232;re analyse, c'est la conscience humaine qui est responsable de la possibilit&#233; de caract&#233;riser le monde quantique en termes de probabilit&#233; d'observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le soulignions d&#233;j&#224; dans La nouvelle alliance, le formalisme actuel de la m&#233;canique quantique traduit par sa singularit&#233; m&#234;me sa solidarit&#233; profonde avec le mode de conceptualisation classique de la physique, et elle fait appara&#238;tre de mani&#232;re explicite les limites de ce mode de conceptualisation. Toute description physique se r&#233;f&#232;re &#224; des observations, &#224; des mesures, et il n'est pas de mesure sans marque, sans production irr&#233;versible d'une trace. Bien s&#251;r, dans le cas d'observations astronomiques par exemple, nous pouvons oublier que si nous pouvons observer une &#233;toile lointaine, c'est parce qu'elle br&#251;le irr&#233;versiblement et parce que les photons qu'elle &#233;met impressionnent la r&#233;tine de l'astronome ou sa plaque photo. Mais, lorsqu'il s'agit d'&#171; observer &#187; le monde quantique, notre seul acc&#232;s exp&#233;rimental est l'&#233;v&#233;nement, collision, &#233;mission ou absorption de photons, d&#233;sint&#233;gration, etc. Or, pas plus que la dynamique classique, la m&#233;canique quantique ne peut donner de sens intrins&#232;que &#224; l'&#233;v&#233;nement. Je vous renvoie ici &#224; la parabole c&#233;l&#232;bre du &#171; chat de Schr&#246;dinger &#187;. Une particule radioactive est enferm&#233;e dans une bo&#238;te avec un chat. Si elle se d&#233;sint&#232;gre elle provoquera le bris d'une fiole de poison qui provoquera la mort du chat. La m&#233;canique quantique nous interdit, face &#224; la bo&#238;te close, de dire : la particule est intacte ou d&#233;sint&#233;gr&#233;e, le chat est mort ou vivant. C'est seulement &#224; chaque ouverture de la bo&#238;te, lorsque nous observons le chat, que nous pouvons dire, &#233;ventuellement, &#171; il est mort, donc la particule s'est d&#233;sint&#233;gr&#233;e &#187;. C'est l'observation qui donne sens &#224; l'&#233;v&#233;nement, et non l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon certaines repr&#233;sentations philosophiques de l'histoire des sciences, ce serait par la n&#233;gation que les sciences progresseraient. Le progr&#232;s de la &#171; raison &#187; scientifique exigerait que nous abandonnions au domaine de l'opinion incomp&#233;tente l'id&#233;e d'une distinction intrins&#232;que entre pass&#233; et futur comme nous avons abandonn&#233; 1'id&#233;e de cause finale ou de simultan&#233;it&#233; absolue d'&#233;v&#233;nements distants. Cette repr&#233;sentation du progr&#232;s scientifique me semble dangereuse. Elle fait bon march&#233; de ce que, en mati&#232;res scientifiques, n&#233;gation et affirmation sont indissociables. L'&#233;chec de Boltzmann, et la n&#233;gation de la fl&#232;che du temps qui en a r&#233;sult&#233;, supposent que soit affirm&#233;e la validit&#233; g&#233;n&#233;rale de la notion de trajectoire dynamique. Rappelons ici la d&#233;claration de sir James Lighthill : le d&#233;terminisme r&#233;versible au nom duquel la fl&#232;che du temps fut ni&#233;e &#233;tait une croyance, qui se r&#233;v&#232;le aujourd'hui ill&#233;gitime. La d&#233;couverte des limites de validit&#233; de la notion de trajectoire peut donc ouvrir l'espace conceptuel o&#249; puisse se construire un sens dynamique intrins&#232;que de la fl&#232;che du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, d&#232;s 1892, ces limites &#233;taient d&#233;finies. Poincar&#233; d&#233;montrait que la plupart des syst&#232;mes dynamiques ne peuvent &#234;tre d&#233;finis en termes d'&#171; invariants du mouvement &#187;, c'est-&#224;-dire &#234;tre repr&#233;sent&#233;s en termes de ces mouvements p&#233;riodiques ind&#233;pendants auxquels, je l'ai dit d&#233;j&#224;, la description d'un syst&#232;me dynamique int&#233;grable peut &#234;tre ramen&#233;e. La raison de cette impossibilit&#233; est le ph&#233;nom&#232;ne de &#171; r&#233;sonance &#187;, c'est-&#224;-dire le transfert d'&#233;nergie et de quantit&#233; de mouvement entre deux mouvements p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est, d'un point de vue historique, int&#233;ressant de constater que la &#171; catastrophe de Poincar&#233; &#187; resta sans suite. L'id&#233;al d'un monde d&#233;crit en termes de trajectoires dynamiques &#8211; ou de fonctions propres quantiques &#8211; continua &#224; dominer les esprits. C'est seulement au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es que le d&#233;veloppement de la &#171; dynamique qualitative &#187;, auquel sont associ&#233;s les noms du regrett&#233; Kolmogorov, de Arnold et de Moser, a d&#233;finitivement bris&#233; la croyance selon laquelle, puisqu'ils r&#233;pondent au m&#234;me type d'&#233;quations, les syst&#232;mes dynamiques appartiennent &#224; une classe homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes dynamiques &#233;tudi&#233;s par Poincar&#233; se caract&#233;risaient par des points de r&#233;sonance, rares, comme sont rares les nombres rationnels par rapport aux nombres irrationnels. Cependant, pour les &#171; grands &#187; syst&#232;mes (dont le volume tend vers l'infini), nous savons que la situation s'inverse. Les r&#233;sonances s'accumulent partout dans l'espace des phases &#8211; elles se produisent d&#233;sormais non plus en tout point rationnel mais en tout point r&#233;el. D&#232;s lors, les comportements non p&#233;riodiques dominent. Le syst&#232;me dynamique se caract&#233;rise alors par un comportement chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me chaotique met en question la notion m&#234;me de causalit&#233;. L'id&#233;e de cause a toujours &#233;t&#233;, plus ou moins explicitement, associ&#233;e &#224; la notion de &#171; m&#234;me &#187;, n&#233;cessaire pour donner &#224; la cause une port&#233;e op&#233;rationnelle. &#171; Une m&#234;me cause produit, dans des circonstances semblables, un m&#234;me effet. &#187; &#171; Si nous pr&#233;parons deux syst&#232;mes semblables de la m&#234;me mani&#232;re, nous obtiendrons le m&#234;me comportement. &#187; M&#234;me les historiens, lorsqu'ils invoquent un rapport de causalit&#233;, prennent le risque de penser que si les circonstances avaient &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement diff&#233;rentes, si le vent avait souffl&#233; moins fort, si telle personne avait choisi de porter un habit diff&#233;rent, la situation qu'ils analysent n'aurait pas &#233;t&#233;, pour l'essentiel, modifi&#233;e. Ce risque est celui de toute description, de toute d&#233;finition. Les mots comme les nombres sont de pr&#233;cision finie. Toute description, verbale ou num&#233;rique, d&#233;finit une situation non en tant qu'elle serait identique &#224; elle-m&#234;me mais en tant qu'elle appartient &#224; une classe de situations toutes compatibles avec la m&#234;me description. Or, si nous observons un syst&#232;me chaotique partant de deux &#233;tats initiaux aussi semblables que nous le voulons, nous verrons des &#233;volutions qui divergent au cours du temps de mani&#232;re exponentielle. Le comportement d'un syst&#232;me chaotique, pourtant d&#233;crit par des &#233;quations d&#233;terministes, est donc essentiellement non reproductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#233;tat d'un syst&#232;me dynamique int&#233;grable contient, je l'ai d&#233;j&#224; soulign&#233;, son pass&#233; et son futur. Le comportement chaotique, lui, nous m&#232;ne &#224; situer le pr&#233;sent, &#224; caract&#233;riser ce que le pr&#233;sent peut nous dire du futur par un horizon temporel. Quelle que soit la pr&#233;cision de la d&#233;finition d'un &#233;tat, il existe un temps d'&#233;volution apr&#232;s lequel cette d&#233;finition aura perdu toute pertinence. Au-del&#224; de cet horizon, la notion de trajectoire individuelle perd son sens. Comme un v&#233;ritable horizon, l'horizon temporel des syst&#232;mes chaotiques fait la diff&#233;rence entre ce que nous pouvons &#171; voir &#187; d'o&#249; nous sommes et l'au-del&#224;, l'&#233;volution que nous ne pouvons plus d&#233;crire en terme de comportement individuel mais seulement en terme de comportement erratique commun &#224; tous les syst&#232;mes caract&#233;ris&#233;s par l'attracteur chaotique. Bien s&#251;r, nous pouvons tenter de &#171; voir plus loin &#187;, de prolonger le temps pendant lequel nous pouvons pr&#233;voir une trajectoire, en augmentant la pr&#233;cision de sa d&#233;finition, en restreignant donc la classe des syst&#232;mes que nous consid&#233;rons comme &#171; les m&#234;mes &#187;. Mais le prix &#224; payer devient vite d&#233;mesur&#233; : ainsi, pour multiplier par dix le temps au long duquel l'&#233;volution reste pr&#233;visible &#224; partir de ses conditions initiales, il nous faut augmenter la pr&#233;cision de la d&#233;finition de ces conditions d'un facteur e10&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La description des syst&#232;mes dynamiques chaotiques impose un renouvellement du langage m&#234;me de la dynamique. Celui-ci, dans la mesure o&#249; il suppose une connaissance infiniment pr&#233;cise de l'&#233;tat d'un syst&#232;me dynamique, occulte en effet la diff&#233;rence qualitative entre syst&#232;mes dynamiques. Il conf&#232;re au physicien un point de vue infini &#224; partir duquel est invisible l'horizon temporel qui caract&#233;rise les comportements chaotiques, un point de vue qui permet d'oublier les limites de toute connaissance concevable, c'est-&#224;-dire finie. L'id&#233;al de connaissance dont est porteur le langage de la dynamique classique est donc ill&#233;gitime au sens o&#249;, dans le cas des syst&#232;mes chaotiques, il ne respecte pas la contrainte qui d&#233;finit les conditions non pas de notre mode de connaissance, historiquement contingente, mais de la connaissance en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne m'est malheureusement pas possible de d&#233;crire ici dans les d&#233;tails le nouveau langage dynamique qui, aujourd'hui, nous permet d'int&#233;grer cette contrainte, et de donner par l&#224; m&#234;me un sens intrins&#232;que, et non plus d&#233;termin&#233; par notre manque de connaissance, aux probabilit&#233;s qu'avait introduites Boltzmann pour articuler dynamique et thermodynamique. Qu'il suffise de pr&#233;ciser que ce langage substitue &#224; l'&#233;tat dynamique classique et &#224; la loi d'&#233;volution r&#233;versible, qui semblait permettre indiff&#233;remment de d&#233;duire de cet &#233;tat le pass&#233; et l'avenir, un &#233;tat et une loi d'&#233;volution &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e. Ce double brisement de sym&#233;trie exprime de mani&#232;re positive ce que la notion d'horizon temporel exprimait comme une limite : la notion d'un pr&#233;sent ouvert sur un avenir intrins&#232;quement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transformation de la dynamique constitue, me semble-t-il, un exemple privil&#233;gi&#233; du caract&#232;re ouvert, inventif, de la construction de l'intelligibilit&#233; physico-math&#233;matique. Le langage de la dynamique classique &#233;tait marqu&#233; par une incoh&#233;rence implicite : comment accepter que ce soit notre manque de connaissance qui donne un sens &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; sans laquelle, pour ne pas parler de notre vie m&#234;me, l'activit&#233; de mesure, que pr&#233;suppose toute th&#233;orie physique, est inconcevable ? Or ce n'est pas en abandonnant la dynamique mais en la comprenant, en comprenant tout &#224; la fois les raisons et les limites de ses succ&#232;s, que le probl&#232;me a pu &#234;tre r&#233;solu. C'est pourquoi la signification que nous pouvons donner aujourd'hui &#224; la fl&#232;che du temps est tout &#224; la fois tourn&#233;e vers le pass&#233; et vers l'avenir de la dynamique. Vers le pass&#233;, au sens o&#249; nous concevons l'irr&#233;versibilit&#233; comme la traduction de la perte de pertinence progressive de toute connaissance, de tout pouvoir de contr&#244;le d&#233;termin&#233;e par le caract&#232;re chaotique du syst&#232;me, et exprimons donc dans sa d&#233;finition m&#234;me les raisons de l'abandon de l'id&#233;al classique. Vers l'avenir, au sens o&#249; la nouvelle description dynamique renouvelle notre regard et nos instruments conceptuels. En particulier, elle transforme l'id&#233;e que nous nous faisons de l'irr&#233;versibilit&#233; macroscopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette irr&#233;versibilit&#233; a toujours &#233;t&#233; d&#233;finie comme relative aux conditions macroscopiques de non-&#233;quilibre. L'&#233;tat d'&#233;quilibre, lui, serait indiff&#233;rent &#224; la fl&#232;che du temps. Aujourd'hui, le rapport entre microscopique et macroscopique se trouve invers&#233; : dans un syst&#232;me susceptible d'une &#233;volution irr&#233;versible vers l'&#233;quilibre, la diff&#233;rence entre pass&#233; et avenir persiste au niveau microscopique m&#234;me dans un syst&#232;me &#224; 1'&#233;quilibre. Ce n'est pas le non-&#233;quilibre qui cr&#233;e la fl&#232;che du temps, c'est l'&#233;quilibre qui emp&#234;che la fl&#232;che du temps, toujours pr&#233;sente au niveau microscopique, d'avoir des effets macroscopiques. Le non-&#233;quilibre ne cr&#233;e pas la fl&#232;che du temps mais lui permet d'appara&#238;tre au niveau macroscopique, de s'y manifester non seulement par l'&#233;volution vers l'&#233;quilibre mais aussi, comme nous l'avons vu, par la cr&#233;ation de comportements collectifs coh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la dynamique n'est pas aujourd'hui la th&#233;orie de la r&#233;alit&#233; microscopique. Nous en arrivons donc au probl&#232;me de la m&#233;canique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'elle a &#233;t&#233; mise en question par beaucoup de ses interpr&#232;tes, je voudrais souligner que, pour la plupart des physiciens, la m&#233;canique quantique est la plus puissante des th&#233;ories jamais construites par la physique. Dans le domaine exp&#233;rimental, ses pr&#233;dictions ont &#233;t&#233; confirm&#233;es avec une pr&#233;cision tout &#224; fait remarquable. Sans doute est-ce pourquoi la plupart des critiques ont tent&#233; de transformer l'interpr&#233;tation que nous donnons &#224; ce formalisme sans le modifier. Or, notre perspective implique une modification de ce formalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Popper &#233;crivait &#224; propos de la m&#233;canique quantique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon propre point de vue est que 1'ind&#233;terminisme est compatible avec le r&#233;alisme, et que l'acceptation de ce fait permet d'adopter une &#233;pist&#233;mologie objectiviste coh&#233;rente, une interpr&#233;tation objectiviste de l'ensemble de la th&#233;orie quantique, et une interpr&#233;tation objective de la probabilit&#233;8. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il savait que ce point de vue relevait d'un &#171; r&#234;ve m&#233;taphysique &#187;. En effet, la m&#233;canique quantique actuelle ne se borne pas, comme la dynamique classique, &#224; soumettre l'&#233;volution de la fonction d'onde &#224; une loi r&#233;versible et d&#233;terministe. Son formalisme a pris pour mod&#232;le la description des syst&#232;mes dynamiques int&#233;grables. Il pr&#233;suppose cette possibilit&#233; de repr&#233;senter le comportement d'un syst&#232;me en termes de mouvements p&#233;riodiques ind&#233;pendants dont Poincar&#233; montra qu'elle &#233;tait restreinte &#224; une classe de syst&#232;mes dynamiques tr&#232;s particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, il m'est impossible d'entrer dans les d&#233;tails. Le nouveau formalisme auquel nous avons r&#233;cemment abouti accentue le caract&#232;re probabiliste de la description quantique, et conf&#232;re aux probabilit&#233;s une signification intrins&#232;que, ind&#233;pendante de la mesure. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce formalisme ne prend pas pour objet privil&#233;gi&#233; l'atome isol&#233;, caract&#233;ris&#233; en termes d'&#233;tats stationnaires stables, mais l'atome en interaction avec le champ qu'il induit. C'est par la r&#233;sonance entre l'atome et ce champ que, d&#232;s 1928, Dirac avait expliqu&#233; l'instabilit&#233; des &#233;tats stationnaires excit&#233;s, le fait que 1'atome rejoint spontan&#233;ment son &#233;tat fondamental en &#233;mettant un (ou des) photon(s). Cependant, le temps de vie des &#233;tats excit&#233;s ne peut, en m&#233;canique quantique usuelle, recevoir de signification pr&#233;cise, il ne peut &#234;tre d&#233;fini que relativement &#224; un traitement approch&#233; (r&#232;gle d'or de Fermi). Je l'ai d&#233;j&#224; signal&#233;, la m&#233;canique quantique actuelle, contrairement &#224; la premi&#232;re th&#233;orique quantique due &#224; Bohr, Sommerfeld et Einstein, ne permet pas de d&#233;crire l'&#233;v&#233;nement que constitue la transition d'un atome vers son &#233;tat fondamental avec &#233;mission d'un photon, et rend les notions d'&#233;v&#233;nement, de temps de vie et de probabilit&#233; relatifs &#224; l'acte d'observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; qu'il est en fait impossible de d&#233;finir un atome en interaction avec son champ en termes d'invariants, c'est-&#224;-dire de le d&#233;crire par une fonction d'onde soumise &#224; l'&#233;quation de Schr&#246;dinger. Le th&#233;or&#232;me d'impossibilit&#233; de Poincar&#233; peut donc &#234;tre &#233;tendu &#224; la m&#233;canique quantique et permettre l&#224; aussi une classification qualitative des syst&#232;mes quantiques. Le nouveau formalisme que nous proposons substitue &#224; l'&#233;volution r&#233;versible de Schr&#246;dinger une &#233;volution &#224; sym&#233;trie temporelle bris&#233;e qui conf&#232;re une signification exacte au temps de vie, &#224; l'&#233;v&#233;nement probabiliste, et donne sens au fait que c'est dans l'avenir que nous partageons avec l'atome excit&#233; que celui-ci rejoint son &#233;tat fondamental. Ce formalisme permet des pr&#233;visions nouvelles par rapport &#224; la m&#233;canique quantique. Il m&#232;ne notamment &#224; pr&#233;voir un d&#233;placement des niveaux &#233;nerg&#233;tiques de l'atome. Dans le cas des exp&#233;riences usuelles, ce d&#233;placement est trop l&#233;ger pour &#234;tre observ&#233;, ce qui est coh&#233;rent avec le succ&#232;s pr&#233;dictif de la m&#233;canique quantique actuelle. Mais nous avons commenc&#233; &#224; imaginer, en collaboration avec les exp&#233;rimentateurs, le type de situation exp&#233;rimentale qui permettrait de r&#233;futer ou confirmer nos pr&#233;visions, et avec elles, la nouvelle repr&#233;sentation que nous proposons d'un atome intrins&#232;quement marqu&#233; par la fl&#232;che du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons ainsi &#224; une &#171; synth&#232;se &#187; entre la premi&#232;re th&#233;orie quantique, qui fut essentiellement nourrie par la thermodynamique statistique, et la seconde, qui chercha &#224; donner une interpr&#233;tation purement m&#233;canique aux processus r&#233;sultant du couplage entre un atome et un champ &#233;lectromagn&#233;tique. L'atome r&#233;versible de la m&#233;canique quantique est une id&#233;alisation, la d&#233;finition intrins&#232;que de l'atome est relative au processus dissipatif qui r&#233;sulte de son couplage avec son champ. Les lois r&#233;versibles apparaissent d&#233;sormais relatives tout au plus &#224; des cas limites. Mais cette synth&#232;se n'est qu'un premier pas. Un terrain &#233;norme reste &#224; explorer. Le monde quantique est un monde de processus, dont la description devrait, au m&#234;me titre que celle du couplage entre l'atome et son champ, rendre explicite la fl&#232;che du temps. &#192; tous les niveaux, nos descriptions actuelles font intervenir les notions de r&#233;sonance et de collision et nous pouvons donc nous attendre &#224; retrouver des ph&#233;nom&#232;nes intrins&#232;quement irr&#233;versibles. La r&#233;action chimique dont la th&#233;orie actuelle ne donne qu'une repr&#233;sentation fonci&#232;rement statique, devra sans doute &#234;tre red&#233;finie de mani&#232;re radicale, mais il en est de m&#234;me des interactions fortes &#233;tudi&#233;es par la physique des hautes &#233;nergies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons soulign&#233;, le caract&#232;re r&#233;versible de l'&#233;quation de Schr&#246;dinger a men&#233; &#224; une perte du r&#233;alisme physique. Conform&#233;ment au &#171; r&#234;ve m&#233;taphysique &#187; de Karl Popper, nous retrouvons ici une forme de r&#233;alisme, centr&#233; non autour de la notion d'&#233;volution d&#233;terministe mais autour de celle d'&#233;v&#233;nement. Ce sont des &#233;v&#233;nements qui permettent notre dialogue exp&#233;rimental avec le monde microscopique, c'est &#224; eux qu'une th&#233;orie r&#233;aliste du monde quantique doit donner un sens pour &#233;chapper aux paradoxes qui ont hant&#233; la m&#233;canique quantique depuis sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce trop rapide survol de la transformation conceptuelle profonde que conna&#238;t aujourd'hui la physique, comment &#233;viter la question qui fascine aussi bien les physiciens que le public, celle de l'origine de l'Univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup de physiciens il reste inimaginable aujourd'hui encore que la physique puisse prendre l'Univers pour objet et s'aventurer, avec la question du &#171; Big Bang &#187;, dans un domaine jusque-l&#224; r&#233;serv&#233; aux sp&#233;culations religieuses et philosophiques, la &#171; cosmogonie &#187;. Pourtant, ce d&#233;veloppement inattendu de la physique appara&#238;t irr&#233;versible. D&#233;j&#224;, l'alliance entre th&#233;orie et observation a transform&#233; de mani&#232;re intrins&#232;que la pens&#233;e cosmologique en lui imposant des mutations inattendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, en 1917, Einstein proposa le premier mod&#232;le d'Univers, il s'agissait d'un Univers statique, &#233;ternel, expression physico-math&#233;matique de la tautologie parm&#233;nidienne &#171; 1'&#234;tre est &#187;. D&#232;s 1922, il &#233;tait clair pour les math&#233;maticiens que les solutions naturelles aux &#233;quations d'Einstein d&#233;signaient un Univers non pas &#233;ternellement identique &#224; lui-m&#234;me, mais en contraction ou en expansion, et l'observation des galaxies lointaines trancha l'h&#233;sitation : ces galaxies s'&#233;loignent de nous &#224; un rythme d'autant plus rapide qu'elles sont plus &#233;loign&#233;es, c'est-&#224;-dire que nous les observons telles qu'elles furent dans un pass&#233; plus distant. Notre Univers est donc en expansion. Mais c'est la d&#233;couverte du rayonnement fossile, en 1965, qui, selon le mot de Wheeler, confronta la physique &#224; la plus grande de ses crises, c'est-&#224;-dire for&#231;a les physiciens &#224; prendre au s&#233;rieux la cons&#233;quence d'un Univers en expansion : &#224; l'origine de cette expansion, il y a quinze milliards d'ann&#233;es, pense-t-on aujourd'hui, toute la mati&#232;re et l'&#233;nergie qui constituent notre Univers ont d&#251; &#234;tre concentr&#233;es en un point sans dimension. Avec le rayonnement &#171; fossile &#187;, les &#233;chos du &#171; Big Bang &#187;, comme l'avait surnomm&#233; par d&#233;rision Fred Hoyle, parvenaient jusqu'&#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photons d'une longueur d'onde centim&#233;trique qui baignent la totalit&#233; de 1'Univers observable sont pour les astrophysiciens le t&#233;moignage de ce que la mati&#232;re, qui fait l'objet des lois physiques actuelles, n'est pas une &#171; donn&#233;e &#187; mais le produit d'une histoire, qui a accompagn&#233; l'expansion de l'Univers, et dont ces photons, produits r&#233;siduels inertes, permettent de mesurer le co&#251;t entropique : au sein de notre Univers il y a environ 108 ou 109 photons pour un baryon, une particule mat&#233;rielle &#224; la structure complexe et ordonn&#233;e telle que le proton ou le neutron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Univers immuable ou Univers destin&#233; &#224; la mort : si ces deux conceptions s'inspirent de la science, leurs racines remontent bien plus loin dans l'histoire de la pens&#233;e humaine. Par contre qui aurait pu imaginer que nous puissions &#234;tre amen&#233;s &#224; situer la &#171; mort thermique &#187; de 1'Univers non pas &#224; la fin de son histoire mais &#224; son origine, &#224; conclure que l'ordre qui caract&#233;rise notre Univers actuel n'est pas un ordre survivant &#224; la d&#233;gradation progressive, mais un ordre produit lors d'une explosion entropique originelle. La &#171; mort thermique &#187; de notre Univers, la cr&#233;ation de la quasi-totalit&#233; de l'entropie qui le caract&#233;rise aujourd'hui, co&#239;ncideraient donc avec sa naissance, lorsque, selon un sc&#233;nario r&#233;cent, un espace-temps originel, &#171; vide &#187; au sens de la m&#233;canique quantique mais instable, donna irr&#233;versiblement naissance &#224; la mati&#232;re-&#233;nergie de notre Univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi nous pouvons constater le changement de sens du second principe de thermodynamique. Cette &#171; mort thermique &#187;, cette production massive d'entropie que nous situons aux origines de notre Univers n'est plus, bien s&#251;r, une mort. Elle marque au contraire le passage d'un Univers vide &#224; un Univers peupl&#233; d'&#233;nergie et de mati&#232;re actuelles, elle mesure le co&#251;t du passage &#224; l'existence de notre Univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque niveau de la physique, nous retrouvons donc le temps irr&#233;versible associ&#233; au devenir de la mati&#232;re l&#224; o&#249; hier des lois atemporelles r&#233;duisaient ce devenir &#224; la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me. On pourrait &#234;tre tent&#233; d'aller plus loin, de poser la question : d'o&#249; vient la fl&#232;che du temps ? Surgit-elle avec le brisement primordial de sym&#233;trie du &#171; vide quantique &#187; ? Il n'en est rien : ce brisement de sym&#233;trie &#233;ventuel, comme les conditions de non-&#233;quilibre dans le monde que nous connaissons, r&#233;v&#232;le la fl&#232;che du temps, mais ne la cr&#233;e pas. En effet, il nous faut d&#233;j&#224; pr&#233;supposer l'existence de cette fl&#232;che du temps pour d&#233;montrer 1'instabilit&#233; de l'Univers vide, la possibilit&#233; que certaines fluctuations d&#233;clenchent le m&#233;canisme coop&#233;ratif qui aurait simultan&#233;ment cr&#233;&#233; la mati&#232;re et la courbure de 1'espace-temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, je crois qu'il nous faut r&#233;sister &#224; la tentation d'&#171; expliquer &#187; la fl&#232;che du temps. Nous pouvons parler du temps de notre naissance, de celui la chute de Troie, du temps de la disparition des dinosaures, et m&#234;me de celui de la naissance de l'Univers, mais la question &#171; quand, ou pourquoi, a commenc&#233; le temps &#187; &#233;chappe &#224; la physique comme elle &#233;chappe sans doute aussi aux possibilit&#233;s de notre langage et de notre imagination. Le temps irr&#233;versible, la diff&#233;rence entre le pass&#233; et le futur, pr&#233;c&#232;de et conditionne tant la r&#233;alit&#233; physique que les questions du physicien. Marc Bloch avait oppos&#233; les sciences qui, morcelant le temps en fragments artificiellement homog&#232;nes, le r&#233;duisent &#224; une mesure, et l'histoire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;alit&#233; concr&#232;te et vivante, rendue &#224; l'irr&#233;versibilit&#233; de son &#233;lan, le temps de l'histoire, au contraire, est le plasma m&#234;me o&#249; baignent les ph&#233;nom&#232;nes et comme le lieu de leur intelligibilit&#233;9. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la distinction entre physique et histoire demeure, au sens o&#249; l'intelligibilit&#233; physique implique l'identification d'objets au comportement reproductible. Bien s&#251;r, je l'ai dit, le comportement chaotique n'est pas individuellement reproductible, mais nous savons comment pr&#233;parer un syst&#232;me au comportement chaotique. De m&#234;me, nous pouvons d&#233;sormais concevoir une &#171; recette &#187; pour cr&#233;er un Univers et peut-&#234;tre, dans un avenir lointain, l'expansion de l'Univers recr&#233;era-t-el1e les conditions d'instabilit&#233; du vide primordial. Par contre, une situation historique ne se pr&#233;pare ni ne se reproduit. Pourtant, cette distinction n'est plus une opposition. Car la nouvelle coh&#233;rence qui se dessine aujourd'hui &#224; l'int&#233;rieur du champ physique et, je l'esp&#232;re, entre les diff&#233;rents champs scientifiques, a pour principe ce temps irr&#233;versible dont parlait Marc Bloch, producteur d'existences nouvelles caract&#233;ris&#233;es par des temps qualitativement nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique, je l'ai dit au d&#233;but de mon expos&#233;, se retrouve aujourd'hui une science jeune, d&#233;gag&#233;e d'un mod&#232;le d'intelligibilit&#233; qui, s'il a pu fasciner les autres sciences, ne les en opposait pas moins &#224; elle. Peut-&#234;tre se trouve-t-elle par l&#224; m&#234;me enfin lib&#233;r&#233;e de la relation &#233;troite qu'elle entretint depuis son origine avec le probl&#232;me philosophique et th&#233;ologique de la Cr&#233;ation, des &#171; raisons &#187; derni&#232;res, intemporelles, qui donneraient son intelligibilit&#233; au monde. La transformation de la physique que je viens d'esquisser ici traduit le caract&#232;re profond&#233;ment historique de cette science : tout &#224; la fois solidaire d'une tradition qui s&#233;lectionna et privil&#233;gia une classe particuli&#232;re d'objets, et ouverte, susceptible de construire &#224; partir des limites de cette tradition le sens de ce qu'elle niait. La physique, m&#234;me lorsqu'elle est men&#233;e par son histoire &#224; poser la question de 1'&#171; origine de l'Univers &#187;, cherche, comme les autres sciences, &#224; construire le sens de ce dont elle ne peut rendre compte, ce temps irr&#233;versible qui constitue la condition tout &#224; la fois de ses objets et de ses questions*.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
1. M. Bloch, Apologie pour l'histoire ou M&#233;tier d'historien, Paris, Armand Colin, 1949, p. xiv.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Ibid., p. xv.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. J. Lighthill, &#171; The recently recognized failure of predictabi1ity in Newtonian dynamics &#187;, in Proceedings of the Royal Society, Londres, A 407, 1986, p. 35-50.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. F. Braudel, La M&#233;diterran&#233;e et le monde m&#233;diterran&#233;en &#224; 1'&#233;poque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1949, &#171; Pr&#233;face &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. L'&#233;dition &#171; de poche &#187; de La nouvelle alliance, parue dans la collection &#171; Folio Essais &#187; en 1986 a &#233;t&#233; augment&#233;e d'une pr&#233;face et de deux appendices dont le second approfondit certains aspects de ce probl&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. M. Henry, La Barbarie, Paris, Grasset, 1987, p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. A. Bloom, L'&#226;me d&#233;sarm&#233;e, Paris, Julliard, 1987.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. K. Popper, Quantum theory and the schism in physics, Totowa, NJ, Rowman &amp; Littlefield, 1982, p. 175.&lt;br class='autobr' /&gt;
9. M. Bloch, op. cit., p. 5.&lt;br class='autobr' /&gt;
* Je tiens &#224; remercier Isabelle Stengers pour l'aide qu'elle m'a apport&#233;e dans la r&#233;daction de cet expos&#233;. Je me borne ici &#224; indiquer l'origine des citations apparaissant dans mon texte. En ce qui concerne les r&#233;f&#233;rences scientifiques, le lecteur consultera La nouvelle alliance (Gallimard), Physique, temps et devenir (Masson), ainsi qu'un nouveau livre &#233;crit en collaboration avec Isabelle Stengers et qui para&#238;tra en 1988, Entre le temps et l'&#233;ternit&#233; (Fayard).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour citer cette conf&#233;rence&lt;br class='autobr' /&gt;
Ilya Prigogine, &#171; La red&#233;couverte du temps &#187;, Conf&#233;rences Marc Bloch, 1987, [en ligne], mis en ligne le 28 juin 2006. URL : &lt;a href=&#034;http://cmb.ehess.fr/document74.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://cmb.ehess.fr/document74.html&lt;/a&gt;. Consult&#233; le 6 juillet 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits de &#034;Entre le temps et l'&#233;ternit&#233;&#034; de Prigogine et Stengers :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le temps en question&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il y a quatre-vingt paraissait un livre qui a marqu&#233; l'histoire des rapports entre sciences et philosophie et qui suscite aujourd'hui encore discussions et controverses, &#034;L'&#233;volution cr&#233;atrice&#034; de Henri Bergson. Contrairement &#224; beaucoup de philosophes face &#224; la science, Bergson ne s'int&#233;ressait pas &#224; des probl&#232;mes abstraits tels que la validit&#233; des lois scientifiques, les limites ultimes de la connaissance... mais &#224; ce que cette science nous dit du monde qu'elle pr&#233;tend comprendre. Et son verdict sonne le glas de cette pr&#233;tention. la science, montre-t-il, a &#233;t&#233; f&#233;conde &#224; chaque fois qu'elle a r&#233;ussi &#224; nier le temps, &#224; se donner des objets qui permettent d'affirmer un temps r&#233;p&#233;titif, de r&#233;duire le devenir &#224; la production du m&#234;me par le m&#234;me. Mais, lorsqu'elle quitte ses objets de pr&#233;dilection, lorsqu'elle entreprend de ramener au m&#234;me type d'intelligibilit&#233; ce qui, dans la nature, traduit la puissance inventive du temps, elle n'est plus que la caricature d'elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure o&#249; il entendait proposer une d&#233;marche qui puisse se constituer comme rivale de la connaissance scientifique, Bergson a &#233;chou&#233;. Le &#034;sentiment que nous avons de notre &#233;volution et de l'&#233;volution de toutes choses dans la dur&#233;e pure&#034; n'a pu se transformer, contrairement &#224; ce qu'il esp&#233;rait, en m&#233;thode d'investigation capable de devenir aussi pr&#233;cise et certaine que celle qui guide les sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; .... &#224; venir ....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le net :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le temps de la philosophie moderne&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps est, par exemple pour Newton, un flux continu. Qu'est-ce que ce terme de &#171; continu &#187; signifie au juste vis-&#224;-vis du temps ? Comme bien souvent, l'analogie avec le mouvement &#8211; largement exploit&#233;e par les philosophes de toutes &#233;poques, &#224; divers degr&#233;s d'abstractions &#8211; permet de donner un premier &#233;clairage au concept du temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
La continuit&#233; d'un mouvement n'est pas une chose facile &#224; imaginer. Z&#233;non, dans ses c&#233;l&#232;bres paradoxes, avait mis &#224; jour la dualit&#233; entre le mouvement fini et le temps infini du parcours. En effet, la premi&#232;re intuition du mouvement est celle d'une transition spatiale, continuelle, entre deux points de l'espace s&#233;par&#233;s par d'infinies positions interm&#233;diaires. De mani&#232;re analogue &#224; la suite infinie des divisions enti&#232;res, l'espace semble &#234;tre un continuum infini. Pourtant, les mouvements per&#231;us par nos sens s'effectuent bel et bien en un temps fini ! De sorte qu'on a du mal &#224; imaginer comment une infinit&#233; de positions peut &#234;tre parcourue en une dur&#233;e limit&#233;e. Imaginer des bonds dans un espace de points s&#233;par&#233;s par du vide pour d&#233;finir le mouvement, comme l'ont fait les pythagoriciens, n'est pas satisfaisant, car cela conduirait par exemple &#224; admettre une vitesse uniforme pour tous les mouvements. Un mouvement plus lent serait un mouvement plus long, et un mouvement moins rapide, un mouvement plus court. On peut, pour dresser un premier &#233;tat des lieux, conclure avec Russell que &#171; la continuit&#233; du mouvement ne peut consister dans l'occupation par un corps de positions cons&#233;cutives &#224; des dates cons&#233;cutives.[11] &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le probl&#232;me du temps, et de l'espace, repose ici sur la difficult&#233; &#224; imaginer des grandeurs infinit&#233;simales. Il ne s'agit pas d'une lacune : c'est que pr&#233;cis&#233;ment, il n'y a pas de distances infinit&#233;simales, mais une infinit&#233; de distances finies. Pour r&#233;soudre le paradoxe du mouvement dans l'espace, il faut imaginer que le temps est &#233;galement conceptualisable de fa&#231;on analogue : il existe une infinit&#233; de dur&#233;es finies dans le parcours d'un mouvement, mais aucune &#171; dur&#233;e infinie. &#187; Si on imagine couper une distance finie en deux, puis l'une de ses moiti&#233;s en deux, et cela ind&#233;finiment, il en ressort que plus la distance est petite (et finie), plus la dur&#233;e n&#233;cessaire &#224; son parcours sera courte (et toujours finie). La progression des s&#233;ries de termes infinis, les s&#233;ries math&#233;matiques compactes, illustre ce m&#233;canisme de pens&#233;e. Il n'est pas important ici de savoir si cette mod&#233;lisation correspond exactement &#224; la r&#233;alit&#233; physique du monde : il suffit pour avancer qu'elle l'illustre fid&#232;lement, qu'elle la traduise correctement. Une infinit&#233; de grandeur finies, donc, pour finir : cela ressemble &#224; un cercle vicieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le raisonnement de la s&#233;rie compacte est le plus simple qu'on puisse imaginer et qui corresponde de pr&#232;s &#224; l'exp&#233;rience. Il conduit directement &#224; penser qu'il faut consid&#233;rer en dernier ressort, au moins th&#233;oriquement, des instants sans dur&#233;e, supports des moments et des dur&#233;es, et par-l&#224; du temps tout entier. Cette philosophie, rattach&#233;e &#224; la pens&#233;e scientifique moderne mais qui ne lui est pas exclusive, n'a pas fait l'unanimit&#233;. Ainsi Bergson d&#233;fendait-il l'id&#233;e d'un mouvement et d'un temps indivisibles, irr&#233;ductibles &#224; une s&#233;rie d'&#233;tats. En effet, la perception est impensable si on n'admet pas que je per&#231;ois le pass&#233; dans le pr&#233;sent, ce qui vient d'arriver dans ce qui persiste. L'instant pur est donc une abstraction, une vue de l'esprit. Pouss&#233;e &#224; bout, cette doctrine s'oppose pourtant &#224; l'exp&#233;rience quotidienne, dans la droite ligne de la vision pythagoricienne du monde. Nous pouvons consid&#233;rer une ligne, une aire ou un volume comme un groupe infini de points, l'essentiel est que nous ne pouvons pas en atteindre tous les points, les &#233;num&#233;rer, les compter, en un temps fini &#8211; par exemple, la division successive en moiti&#233;s &#233;gales d'une distance peut bien &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; l'infini : il est d&#232;s lors impossible d'arriver &#224; une quelconque fin dans cette &#233;num&#233;ration de divisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
La connaissance du temps gagne en pr&#233;cision par ces remarques tir&#233;es de la th&#233;orie math&#233;matique de l'espace, car pour l'homme, il est facile de m&#233;langer temps, infini, &#233;ternit&#233;... en une seule et m&#234;me id&#233;e floue. Kant, pour qui le temps &#233;tait une forme a priori de l'intuition (interne), et non pas un concept, distinguait illimation du temps et infinit&#233; : &#171; Il faut que la repr&#233;sentation originaire de temps soit donn&#233;e comme illimit&#233;e. &#187; Le temps n'est pas en soi infini, mais c'est qu'il n'existe pas en soi. Il n'a pas non plus de commencement. Nous percevons toujours un instant ant&#233;rieur, mais c'est nous qui introduisons dans l'exp&#233;rience cette r&#233;gression. Le temps n'est donc ni infini ni fini, parce qu'il n'est pas un &#234;tre mais une forme de notre propre intuition. Les choses en soi ne sont ni dans le temps ni dans l'espace. Si on jauge l'id&#233;e du temps par nos impressions, il nous semble qu'il est parfois fugace, mais tout aussi bien interminable ; il est &#233;vident et en m&#234;me temps insaisissable, comme le notait Saint Augustin : chacun a fait l'exp&#233;rience de ces contradictions d'apparence. Elles sont amplifi&#233;es par le langage, qui par le mot &#171; temps &#187; d&#233;signe tout et son contraire. Mais conna&#238;tre le caract&#232;re d'infini du temps, c'est bien d&#233;j&#224; conna&#238;tre le temps tel qu'il nous vient &#8211; et chercher une v&#233;rit&#233; transcendantale au-del&#224; de cette notion d'infini est peut-&#234;tre bien tout &#224; fait vain. Il ne suffirait pas de conclure que l'infini caract&#233;rise le temps de fa&#231;on essentielle, car on n'a pas meilleure connaissance de l'infini... et le concept d'infini n'est pas celui de temps ! En revenant au probl&#232;me de l'infini dans l'espace, on peut constater que &#171; de Z&#233;non &#224; Bergson, [une longue lign&#233;e de philosophes] ont bas&#233; une grande part de leur m&#233;taphysique sur la pr&#233;tendue impossibilit&#233; de collections infinies. &#187; Pourtant, on sait depuis Euclide et sa g&#233;om&#233;trie que des nombres expriment des grandeurs dites &#171; incommensurables &#187; (les nombres irrationnels, formalisant une id&#233;e qui fut fatale &#224; la philosophie des pythagoriciens pour laquelle tout, dans le monde, &#233;tait nombre &#8211; entier). Certains &#233;l&#233;ments r&#233;sistent, en effet, &#224; la simple mesure, et se placent sur un autre plan. Qu'en est-il du temps et de l'id&#233;e de l'incommensurable ? La mesure du temps peut-elle nous donner les cl&#233;s de la compr&#233;hension du temps, comme nous l'esp&#233;rons depuis les temps les plus anciens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un retour &#224; Z&#233;non peut donner quelque indice de r&#233;flexion. Ses paradoxes, qui touchent aussi au temps, reposent sur plusieurs axiomes &#8211; principalement la croyance en un nombre fini d'&#233;tats finis pour caract&#233;riser les ph&#233;nom&#232;nes, que ce soit en termes d'espace ou de temps : nombre finis de points dans l'espace, etc. Ces paradoxes m&#232;nent &#224; plusieurs &#171; solutions &#187; m&#233;taphysiques : on peut rejeter la r&#233;alit&#233; de l'espace et/ou du temps (Z&#233;non semble l'avoir fait, au moins pour le temps et en th&#233;orie, de sorte qu'il &#233;tait en quelque sorte pris &#224; son propre pi&#232;ge) ; on peut aussi d&#233;cider de s'en tenir aux pr&#233;misses de Z&#233;non et consid&#233;rer que le temps est absolu et indivisible, comme chez Bergson, avec les difficult&#233;s de retour &#224; l'exp&#233;rience qu'on sait et qui ont entra&#238;n&#233; la chute de la m&#233;canique classique. On peut enfin consid&#233;rer que les bases m&#234;mes des paradoxes sont fausses, et &#233;tudier la possibilit&#233; de collections infinies, comme on l'a &#233;galement vu avec les s&#233;ries compactes. Russell expose l'erreur de raisonnement qui caract&#233;rise selon lui la doctrine kantienne, mais qui ne lui est pas exclusive. Kant ne voulait pas admettre la possibilit&#233; d'un infini en acte, il assimilait l'infinit&#233; &#224; une r&#233;gression illimit&#233;e. L'infini n'&#233;tait qu'en puissance, et supposait un sujet. Ainsi, les nombres naturels sont infinis, mais seulement en ce sens que le sujet ne parvient jamais au plus grand des entiers. Selon une des branches de l'antinomie kantienne, qui ne saurait &#234;tre confondue avec la solution kantienne elle-m&#234;me, le pass&#233; doit avoir un commencement dans le temps, car, selon l'autre branche de la m&#234;me antinomie, en supposant le temps infini, comment serions-nous arriv&#233;s jusqu'&#224; aujourd'hui ? Un temps infini n'aurait pu en effet s'&#233;couler tout entier. Certes, de fa&#231;on analogue, le futur est born&#233; par l'instant pr&#233;sent, et s'&#233;tend sur le cours du temps, mais cela ne pose aucun probl&#232;me &#224; Kant, car la question de l'avenir n'est pas sym&#233;trique de celle du pass&#233;. L'avenir n'est pas encore. Son infinit&#233; est &#034;en puissance&#034;, et non pas en acte. L'avenir est illimit&#233;, mais pas infini en acte. Le tour de force de Kant sera d'appliquer ce raisonnement au pass&#233; lui-m&#234;me. C'est le sujet qui r&#233;gresse toujours vers un pass&#233; ant&#233;rieur, afin d'expliquer le pr&#233;sent. La s&#233;rie n'existe pas en soi, elle exprime la nature de notre perception. C'est nous qui portons avec nous la forme du temps, elle n'est pas une dimension de l'Etre en soi, par ailleurs inconnaissable.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut du moins r&#233;pondre &#224; un aspect du probl&#232;me de l'infinit&#233; du temps, en laissant de c&#244;t&#233; la question de l'&#233;coulement du temps, et en l'assimilant &#224; l'espace. Est-il impossible qu'une collection d'&#233;tats en nombre infini soit compl&#232;te, comme le sugg&#232;re la tradition philosophique &#224; la suite de Z&#233;non ? On peut r&#233;pondre par la n&#233;gative par un argument simple qui d&#233;coule des suites math&#233;matiques compactes, mais qui se retrouve tout aussi bien en philosophie. Le point d&#233;cisif est qu'une suite infinie peut &#234;tre born&#233;e, comme l'examen attentif du pass&#233;, du pr&#233;sent et du futur nous en donne l'indice. Elle conna&#238;t un d&#233;but, et aucune fin, mais il existe des valeurs sup&#233;rieures &#224; elle. Ainsi, l'unit&#233; est sup&#233;rieure &#224; une infinit&#233; de fractions enti&#232;res qui lui sont toutes inf&#233;rieures. Cette somme a un nombre infini de termes, et pourtant la voil&#224; bien ancr&#233;e dans un cadre discret.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est que compter les dur&#233;es ne permettra jamais de saisir le temps comme un ensemble, tout comme compter les &#233;l&#233;ments un &#224; un d'une s&#233;rie de termes en nombre infini ne permettra jamais d'en saisir l'id&#233;e essentielle. On se rend compte ici que d&#233;finir le temps sur la base de sa mesure est une erreur, car mesurer une propri&#233;t&#233; d'infini n'a pas de sens. D'ailleurs en sciences, toute mesure est finie, si bien que le temps du scientifique n'est pas forc&#233;ment celui dont parlent le philosophe ou le croyant qui vise l'&#233;ternel. Et pourtant, l'&#233;trange temps &#233;lastique de la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale est bien le temps de l'exp&#233;rience, sur la base duquel les doctrines de toutes natures sont encore extrapol&#233;es. Une fa&#231;on habile de concilier les diff&#233;rentes conceptualisations du temps, apport&#233;e par les math&#233;matiques et la physique relativiste d&#233;j&#224; vieille d'un si&#232;cle, et adopt&#233;e par la philosophie moderne, consiste &#224; d&#233;finir le temps en terme d'infini born&#233;. Cette doctrine m&#233;taphysique s'accorde bien avec la th&#233;orie de la relativit&#233;, qui a boulevers&#233; l'id&#233;e m&#233;taphysique du temps, car elle sugg&#232;re que le temps est une propri&#233;t&#233; de l'univers, et non son cadre. Ainsi, le temps est d&#233;pendant d'autres aspects dont nous avons &#233;galement conscience, et c'est sa relation avec l'espace et la mati&#232;re qui constitue l'enveloppe &#171; ontologique &#187; de notre Univers. L'espace-temps n'est pas une notion seulement scientifique, loin de l&#224;. Cette vision du monde n'est en fait pas fondamentalement oppos&#233;e &#224; celles qui pr&#233;valaient chez Kant ou chez Newton : il s'agit au juste de replacer le temps &#224; son niveau, de lui redonner une consistance propre. Si le temps est mieux d&#233;crit et compris au terme de ces progressions, il n'est toutefois toujours pas connu essentiellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.springerlink.com/content/t28437w756221839/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les brisures de sym&#233;trie du temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.astrosurf.com/luxorion/chaos-thermodynamique3.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.geopsy.com/cours_psycho/lexique_de_psychanalyse.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vocabulaire de la psychanalyse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.linternaute.com/science/science-et-nous/dossiers/07/temps/11.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps est-il continu ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://nicol.club.fr/ciret/bulletin/b12/b12c5.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps en physique, Etienne Klein&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.linternaute.com/science/science-et-nous/dossiers/07/temps/7.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'irr&#233;versibilit&#233; par rapport au temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://percolation.free.fr/theseweb008.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mod&#232;les et exemples de percolation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_temps_en_physique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps en physique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikipedia.org/wiki/Temps&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que le temps&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.journaldunet.com/science/science-et-nous/dossiers/07/temps/11.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Y a-t-il un &#233;coulement continu du temps ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.linternaute.com/video/163426/aux-frontieres-du-temps/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps en video&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://drgoulu.com/2008/12/24/la-nature-du-temps/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature du temps, le film&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ilya Prigogine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;La question de la naissance du temps et celle des origines resteront sans doute toujours pos&#233;es ; Tant que la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une th&#233;orie close, finale, le temps semblait avoir une origine et l'image d'une cr&#233;ation de l'Univers comme processus unique et singulier semblait s'imposer. Mais la relativit&#233; g&#233;n&#233;rale n'est pas close, pas plus que la m&#233;canique classique ou quantique. En particulier, nous devons unifier relativit&#233; et th&#233;orie quantique en tenant compte de l'instabilit&#233; des syst&#232;mes dynamiques. D&#232;s lors, la perspective se transforme. La possibilit&#233; que le temps n'ait pas de commencement, que le temps pr&#233;c&#232;de l'existence de notre univers devient une alternative raisonnable.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Einstein dans &#171; Physique et r&#233;alit&#233; &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) L'introduction du temps objectif se d&#233;compose en deux op&#233;rations ind&#233;pendantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1)	on introduit un temps local objectif en rapportant le d&#233;roulement chronologique de l'&#233;v&#233;nement v&#233;cu aux indications d'une &#171; horloge &#187;, c'est-&#224;-dire d'un syst&#232;me isol&#233; &#224; &#233;volution p&#233;riodique&lt;br class='autobr' /&gt;
2)	on introduit le concept de temps objectif pour les &#233;v&#233;nements se produisant dans tout l'espace, &#233;largissant ainsi le concept de temps local au concept de temps de la physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque au sujet du (1). Faire pr&#233;c&#233;der le concept de temps par celui de d&#233;roulement p&#233;riodique ne constitue pas &#224; mes yeux une p&#233;tition de principe, s'il s'agit d'&#233;clairer l'&#233;mergence, voire le contenu empirique du concept de temps. Cette conception correspond tout &#224; fait &#224; l'ant&#233;riorit&#233; du concept de corps rigide (ou pratiquement rigide) dans l'explication du concept d'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;veloppement du point (2). Jusqu'&#224; l'av&#232;nement de la th&#233;orie de la relativit&#233; a pr&#233;valu l'illusion selon laquelle il existait, au niveau de l'exp&#233;rience v&#233;cue, une connaissance claire a priori de ce que signifiait la notion de simultan&#233;it&#233; d'&#233;v&#233;nements distants dans l'espace et, par l&#224; m&#234;me, la notion de temps physique. Cette illusion a son origine dans notre exp&#233;rience quotidienne, dans laquelle nous pouvons n&#233;gliger le temps de propagation de la lumi&#232;re. Aussi avons-nous coutume de ne pas faire la distinction entre &#171; voir en m&#234;me temps &#187; et &#171; se produire en m&#234;me temps &#187;, de telle sorte que la diff&#233;rence entre temps et temps local est effac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flou qui entoure, au point de vue de sa signification empirique, le concept de temps en m&#233;canique classique a &#233;t&#233; occult&#233; dans les repr&#233;sentations axiomatiques, parce que celles-ci traitent l'espace et le temps comme quelque chose de donn&#233; ind&#233;pendamment des impressions sensibles. (&#8230;) C'est avec une confiance parfaite dans la signification r&#233;elle de la construction espace-temps qu'ils (les premiers th&#233;oriciens en physique) ont &#233;difi&#233; les bases de la m&#233;canique, que l'on peut caract&#233;riser comme suit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a)	concept de point mat&#233;riel : objet mat&#233;riel susceptible d'&#234;tre d&#233;crit avec une pr&#233;cision suffisante, pour ce qui est de sa position et de son mouvement (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
(b)	principe d'inertie : les composantes de l'acc&#233;l&#233;ration d'un point mat&#233;riel suffisamment &#233;loign&#233; de tous les autres sont nulles&lt;br class='autobr' /&gt;
(c)	lois de force (pour le point mat&#233;riel) : Force &#233;gale masse fois acc&#233;l&#233;ration&lt;br class='autobr' /&gt;
(d)	lois de forces d'interaction entre les points mat&#233;riels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) La m&#233;canique classique n'est rien de plus qu'un sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral ; elle ne devient une th&#233;orie qu'&#224; partir du moment o&#249; les lois de force (d) sont donn&#233;es de fa&#231;on explicite, ainsi que Newton l'a fait pour la m&#233;canique c&#233;leste avec un succ&#232;s si consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous cherchons maintenant &#224; &#233;tablir la m&#233;canique d'un objet mat&#233;riel qui ne peut &#234;tre lui-m&#234;me trait&#233; comme un point mat&#233;riel &#8211; ce qui est, en toute rigueur, le cas de tout objet &#171; perceptible par les sens &#187; -, alors se pose la question suivante : comment faut-il concevoir l'objet en temps qu'assemblage de points mat&#233;riels et quelles sont les forces qui doivent &#234;tre suppos&#233;es agir entre ces points ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la g&#233;n&#233;ration actuelle des th&#233;oriciens de la physique, l'&#233;dification de nouvelles bases th&#233;oriques suppose les recours &#224; des concepts fondamentaux qui diff&#232;rent notablement de ceux de la th&#233;orie de champ consid&#233;r&#233;e jusqu'ici. La raison en est que les physiciens se sont vus contraints d'adopter de nouveaux modes de pens&#233;e lorsqu'il s'est agi de donner une description math&#233;matique des ph&#233;nom&#232;nes dits quantiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, alors que la faillite de la m&#233;canique classique &#8211; d&#233;voil&#233;e par la th&#233;orie de la relativit&#233; &#8211; est li&#233;e &#224; la finitude de la vitesse de la lumi&#232;re (au fait que celle-ci ne soit pas &#233;gale &#224; l'infini), on d&#233;couvrit &#224; l'or&#233;e de ce si&#232;cle des divergences entre les conclusions de la m&#233;canique et les faits exp&#233;rimentaux, divergences li&#233;es &#224; la finitude de la constance h de Planck (au fait qu'elle ne soit pas &#233;gale &#224; z&#233;ro). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose en ces termes : comment assigner &#224; un syst&#232;me donn&#233;, tel qu'on le con&#231;oit en m&#233;canique classique (o&#249; l'&#233;nergie est une fonction donn&#233;e des coordonn&#233;es et de leurs moments conjugu&#233;s), une suite de valeurs discr&#232;tes de l'&#233;nergie ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une hypoth&#232;se : la mati&#232;re pourrait d&#233;finir un espace et un temps au sein du vide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la mati&#232;re, c'est son existence durable. Ce qui caract&#233;rise le vide, c'est l'existence br&#232;ve de ses quantons qui sont dits virtuels mais, rappelons-le, qui sont bel et bien r&#233;els. Ils sont seulement &#233;ph&#233;m&#232;res car ils s'accouplent tr&#232;s rapidement m&#234;me si c'est en un temps al&#233;atoire. Quand ils s'accouplent ils forment un photon. Qu'est-ce qui rend la particule de mati&#232;re un peu plus &#171; durable &#187; ? C'est une particule virtuelle qui a re&#231;u un boson de Higgs. Quelle hypoth&#232;se peut permettre de comprendre ce qui rend une telle particule un peu plus durable, c'est-&#224;-dire qui retarde son accouplement avec un quanton virtuel du vide voisin ? Le fait que la mati&#232;re constitue une esp&#232;ce de trou au sein du vide quantique et retarde ainsi les accouplements possibles. D'o&#249; pourrait provenir ce &#171; trou &#187;, cet isolement de la particule de mati&#232;re, dite &#171; particule r&#233;elle &#187;, par rapport aux particules du vide qui sont ses voisines, dites particules virtuelles ? La particule qui aurait re&#231;u un boson de Higgs &#233;mettrait une onde de mati&#232;re, dite onde de Broglie, qui repousserait les quantons virtuels voisins. Ce faisant, il y aurait modification du temps d&#233;sordonn&#233; du vide. Le temps du vide est marqu&#233; par la dur&#233;e moyenne d'accouplement des quantons virtuels. Ce temps serait modifi&#233; par la pr&#233;sence de la particule de masse (particule ayant re&#231;u un boson de Higgs) du fait de l'&#233;cartement des particules virtuelles voisines. Le temps local tel que nous le connaissons (et non pas tel qu'il existe dans le vide quantique) serait d&#251; &#224; un retardement des interactions avec les quantons virtuels de l'environnement vide. Si une particule se trouve elle-m&#234;me non dans un environnement vide mais dans un environnement de particules, une moyenne d'interactions avec les quantons virtuels va s'&#233;tablir, menant &#224; un temps moyen ou temps local. Le d&#233;placement moyen d'une particule durant ce temps va &#233;galement d&#233;finir un espace. La mati&#232;re durable (dite r&#233;elle) va ainsi d&#233;finir un espace et un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique de l'instant et de la dur&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=temps+vide+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le temps, le vide et la mati&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=temps+mati%C3%A8re+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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