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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Freud, Une philosophie de la vie</title>
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		<dc:date>2023-03-31T12:43:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sigmund Freud (1932) &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence &lt;br class='autobr' /&gt;
Une philosophie de la vie &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la derni&#232;re le&#231;on, nous nous sommes occup&#233;s de petites affaires quotidiennes, de mettre en ordre, pour ainsi dire, notre modeste maison. Nous allons maintenant faire un pas audacieux et risquer une r&#233;ponse &#224; une question qui a &#233;t&#233; soulev&#233;e &#224; maintes reprises dans les milieux non analytiques, &#224; savoir la question de savoir si la psychanalyse conduit &#224; une Weltanschauung particuli&#232;re, et si oui, &#224; laquelle . &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sigmund Freud (1932)
&lt;p&gt;Conf&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une philosophie de la vie&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la derni&#232;re le&#231;on, nous nous sommes occup&#233;s de petites affaires quotidiennes, de mettre en ordre, pour ainsi dire, notre modeste maison. Nous allons maintenant faire un pas audacieux et risquer une r&#233;ponse &#224; une question qui a &#233;t&#233; soulev&#233;e &#224; maintes reprises dans les milieux non analytiques, &#224; savoir la question de savoir si la psychanalyse conduit &#224; une Weltanschauung particuli&#232;re, et si oui, &#224; laquelle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Weltanschauung &#187; est, je le crains, une notion sp&#233;cifiquement allemande, qu'il serait difficile de traduire dans une langue &#233;trang&#232;re. Si j'essaie de vous donner une d&#233;finition du mot, il ne peut manquer de vous para&#238;tre incomp&#233;tent. Par Weltanschauung, j'entends donc une construction intellectuelle qui donne une solution unifi&#233;e &#224; tous les probl&#232;mes de notre existence en vertu d'une hypoth&#232;se compr&#233;hensive, une construction donc dans laquelle aucune question n'est laiss&#233;e ouverte et dans laquelle tout ce qui nous int&#233;resse trouve une place. Il est facile de voir que la possession d'une telle Weltanschauungest l'un des souhaits id&#233;aux de l'humanit&#233;. Quand on croit en une telle chose, on se sent en s&#233;curit&#233; dans la vie, on sait ce qu'on doit rechercher et comment on doit organiser au mieux ses &#233;motions et ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tel est le sens d'une Weltanschauung , alors la question est facile &#224; r&#233;pondre pour la psychanalyse. En tant que science sp&#233;cialis&#233;e, branche de la psychologie &#8211; &#171; psychologie des profondeurs &#187; ou psychologie de l'inconscient &#8211; &#8203;&#8203;elle est tout &#224; fait inapte &#224; constituer une Weltanschauung &#224; part enti&#232;re ; elle doit accepter celle de la science en g&#233;n&#233;ral. La Weltanschauung scientifique s'&#233;carte cependant nettement de notre d&#233;finition. L' unifi&#233;nature de l'explication de l'univers est, il est vrai, admise par la science, mais seulement comme un programme dont l'accomplissement est report&#233; &#224; l'avenir. Sinon, il se distingue par des caract&#233;ristiques n&#233;gatives, par une limitation &#224; ce qui est, &#224; un moment donn&#233;, connaissable, et un rejet cat&#233;gorique de certains &#233;l&#233;ments qui lui sont &#233;trangers. Il affirme qu'il n'y a pas d'autre source de connaissance de l'univers que la manipulation intellectuelle d'observations soigneusement v&#233;rifi&#233;es, en fait, ce qu'on appelle la recherche, et qu'aucune connaissance ne peut &#234;tre obtenue &#224; partir de la r&#233;v&#233;lation, de l'intuition ou de l'inspiration. Il semble que cette fa&#231;on de voir les choses ait &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#232;s de recevoir une acceptation g&#233;n&#233;rale au cours du dernier si&#232;cle ou deux. Il a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; au si&#232;cle actuel de soulever l'objection qu'une telle Weltanschauungest &#224; la fois vide et insatisfaisant, qu'il n&#233;glige toutes les exigences spirituelles de l'homme et tous les besoins de l'esprit humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette objection ne saurait &#234;tre trop fortement r&#233;pudi&#233;e. Elle ne peut pas &#234;tre soutenue un instant, car l'esprit et le mental font l'objet d'investigations scientifiques exactement de la m&#234;me mani&#232;re que n'importe quelle entit&#233; non humaine. La psychanalyse a un droit particulier &#224; parler au nom de la Weltanschauung scientifique&#224; cet &#233;gard, parce qu'on ne peut l'accuser de n&#233;gliger la part qu'occupe l'esprit dans l'univers. L'apport de la psychanalyse &#224; la science consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; avoir &#233;tendu la recherche &#224; la r&#233;gion de l'esprit. Certes, sans une telle psychologie, la science serait tr&#232;s incompl&#232;te. Mais si nous ajoutons &#224; la science l'investigation des fonctions intellectuelles et &#233;motionnelles des hommes (et des animaux), nous constatons que rien n'a &#233;t&#233; chang&#233; quant &#224; la position g&#233;n&#233;rale de la science, qu'il n'y a pas de nouvelles sources de connaissances ou de nouvelles m&#233;thodes de recherche. L'intuition et l'inspiration le seraient, si elles existaient ; mais ils peuvent sans risque &#234;tre compt&#233;s comme des illusions, comme des r&#233;alisations de souhaits. Il est ais&#233; de voir d'ailleurs que les qualit&#233;s que l'on attend, comme nous l'avons montr&#233;, d'une Weltanschauungont une base purement &#233;motionnelle. La science tient compte du fait que l'esprit de l'homme cr&#233;e de telles exigences et est pr&#234;t &#224; en retracer la source, mais elle n'a pas la moindre raison de les croire justifi&#233;es. Au contraire, il fait bien de distinguer soigneusement entre l'illusion (r&#233;sultat d'exigences &#233;motionnelles de ce genre) et la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que nous devions &#233;carter ces souhaits avec m&#233;pris ou sous-estimer leur valeur dans la vie des &#234;tres humains. Nous sommes pr&#234;ts &#224; remarquer les accomplissements qu'ils se sont r&#233;alis&#233;s dans les cr&#233;ations de l'art et dans les syst&#232;mes de religion et de philosophie ; mais nous ne pouvons ignorer le fait qu'il serait erron&#233; et hautement inopportun de permettre que de telles choses soient transport&#233;es dans le domaine de la connaissance. Car ainsi on ouvrirait la porte qui donne acc&#232;s au domaine des psychoses, qu'elles soient individuelles ou collectives, et on puiserait dans ces tendances une &#233;nergie pr&#233;cieuse qui se dirige vers la r&#233;alit&#233; et qui cherche par la r&#233;alit&#233; &#224; satisfaire des d&#233;sirs. et besoins dans la mesure du possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la science, nous devons n&#233;cessairement faire usage de nos pouvoirs critiques dans ce sens, et ne pas avoir peur de rejeter et de nier. Il est inadmissible de d&#233;clarer que la science est un domaine de l'activit&#233; intellectuelle humaine, et que la religion et la philosophie en sont d'autres, au moins aussi valables, et que la science n'a pas &#224; interf&#233;rer avec les deux autres, qu'elles ont toutes un droit &#233;gal &#224; la v&#233;rit&#233;. , et que chacun est libre de choisir d'o&#249; il tirera ses convictions et en quoi il placera sa croyance. Une telle attitude est consid&#233;r&#233;e comme particuli&#232;rement respectable, tol&#233;rante, large d'esprit et exempte de pr&#233;jug&#233;s &#233;troits. Malheureusement, ce n'est pas tenable ; il partage toutes les qualit&#233;s pernicieuses d'une Weltanschauung enti&#232;rement non scientifiqueet en pratique revient &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me. Le simple fait est que la v&#233;rit&#233; ne peut &#234;tre tol&#233;rante et ne peut admettre de compromis ou de limitations, que la recherche scientifique consid&#232;re l'ensemble du domaine de l'activit&#233; humaine comme le sien et doit adopter une attitude critique sans compromis envers tout autre pouvoir qui cherche &#224; usurper une partie de son province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois forces qui peuvent disputer la position de la science, la religion seule est un ennemi vraiment s&#233;rieux. L'art est presque toujours inoffensif et bienfaisant, il ne cherche &#224; &#234;tre qu'une illusion. Sauf pour quelques personnes, pourrait-on dire, obs&#233;d&#233;es par l'art, elle n'ose jamais s'attaquer au domaine du r&#233;el. La philosophie ne s'oppose pas &#224; la science, elle se comporte comme si elle &#233;tait une science, et dans une certaine mesure elle se sert des m&#234;mes m&#233;thodes ; mais elle se s&#233;pare de la science, en ce qu'elle s'accroche &#224; l'illusion qu'elle peut produire une image compl&#232;te et coh&#233;rente de l'univers, bien qu'en fait cette image doive n&#233;cessairement s'effondrer &#224; chaque nouvelle avanc&#233;e de nos connaissances. Son erreur m&#233;thodologique r&#233;side dans le fait qu'elle surestime la valeur &#233;pist&#233;mologique de nos op&#233;rations logiques, et admet dans une certaine mesure la validit&#233; d'autres sources de connaissance, telles que l'intuition. Et assez souvent on sent que le po&#232;te Heine n'est pas injustifi&#233; lorsqu'il dit du philosophe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Avec son bonnet de nuit et ses lambeaux de chemise de nuit,&lt;br class='autobr' /&gt;
Il bousille les meurtri&#232;res de la structure du monde.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la philosophie n'a pas d'influence imm&#233;diate sur la grande majorit&#233; de l'humanit&#233; ; elle n'int&#233;resse qu'un petit nombre m&#234;me de la fine couche sup&#233;rieure des intellectuels, tandis que tous les autres la trouvent au-del&#224; d'eux. Contrairement &#224; la philosophie, la religion est une force formidable, qui exerce son pouvoir sur les &#233;motions les plus fortes des &#234;tres humains. On sait qu'elle englobait &#224; un moment donn&#233; tout ce qui jouait un r&#244;le quelconque dans la vie mentale de l'humanit&#233;, qu'elle se substituait &#224; la science, alors que la science n'existait gu&#232;re encore, et qu'elle &#233;difiait une Weltanschauung d'une consistance et d'une coh&#233;rence incomparables qui , bien qu'il ait &#233;t&#233; fortement &#233;branl&#233;, a dur&#233; jusqu'&#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut se faire une juste appr&#233;ciation de toute la grandeur de la religion, il faut avoir pr&#233;sent &#224; l'esprit ce qu'elle entreprend de faire pour les hommes. Il leur donne des informations sur la source et l'origine de l'univers, il leur assure la protection et le bonheur final au milieu des vicissitudes changeantes de la vie, et il guide leurs pens&#233;es et leurs actions au moyen de pr&#233;ceptes qui sont soutenus par toute la force de son autorit&#233;. Il remplit donc trois fonctions. En premier lieu, elle satisfait le d&#233;sir de connaissance de l'homme ; c'est ici faire la m&#234;me chose que la science tente d'accomplir par ses propres m&#233;thodes, et ici, par cons&#233;quent, entre en rivalit&#233; avec elle. C'est &#224; la seconde fonction qu'elle remplit que la religion doit sans doute la plus grande partie de son influence. Dans la mesure o&#249; la religion chasse la peur des hommes face aux dangers et aux vicissitudes de la vie, dans la mesure o&#249; elle leur assure une fin heureuse et les console dans leurs malheurs, la science ne peut rivaliser avec elle. La science, il est vrai, enseigne comment on peut &#233;viter certains dangers et comment on peut combattre avec succ&#232;s bien des souffrances ; il serait tout &#224; fait faux de nier que la science est une aide puissante pour les &#234;tres humains, mais dans de nombreux cas, elle doit les abandonner &#224; leur souffrance et ne peut que leur conseiller de se soumettre &#224; l'in&#233;vitable. Dans l'exercice de sa troisi&#232;me fonction, la fourniture de pr&#233;ceptes, d'interdits et de restrictions, la religion est la plus &#233;loign&#233;e de la science. Car la science se contente de d&#233;couvrir et d'&#233;noncer les faits. Il est vrai que des applications de la science des r&#232;gles et des recommandations de comportement peuvent &#234;tre d&#233;duites. Dans certaines circonstances, ils peuvent &#234;tre les m&#234;mes que ceux qui sont prescrits par la religion,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tout &#224; fait clair pourquoi la religion devrait combiner ces trois fonctions. Qu'est-ce que l'explication de l'origine de l'univers a &#224; voir avec l'inculcation de certains pr&#233;ceptes &#233;thiques ? Ses assurances de protection et de bonheur sont plus &#233;troitement li&#233;es &#224; ces pr&#233;ceptes. Ils sont la r&#233;compense de l'accomplissement des commandements ; seul celui qui leur ob&#233;it peut compter sur ces bienfaits, tandis que le ch&#226;timent attend celui qui d&#233;sob&#233;it. Au demeurant, quelque chose du m&#234;me genre s'applique &#224; la science ; car il d&#233;clare que quiconque ne tient pas compte de ses inf&#233;rences est susceptible d'en souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut comprendre cette combinaison remarquable d'enseignement, de consolation et de pr&#233;cepte dans la religion que si on la soumet &#224; une analyse g&#233;n&#233;tique. Nous pouvons commencer par l'&#233;l&#233;ment le plus remarquable des trois, l'enseignement sur l'origine de l'univers car pourquoi une cosmogonie devrait-elle &#234;tre un &#233;l&#233;ment r&#233;gulier des syst&#232;mes religieux ? La doctrine est que l'univers a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par un &#234;tre semblable &#224; l'homme, mais plus grand &#224; tous &#233;gards, en puissance, en sagesse et en force de passion, en fait par un surhomme id&#233;alis&#233;. L&#224; o&#249; vous avez des animaux comme cr&#233;ateurs de l'univers, vous avez des indices de l'influence du tot&#233;misme, que j'aborderai plus tard, du moins avec une br&#232;ve remarque. Il est int&#233;ressant de noter que ce cr&#233;ateur de l'univers est toujours un dieu unique, m&#234;me lorsqu'on croit en plusieurs dieux. Tout aussi int&#233;ressant est le fait que le cr&#233;ateur est presque toujours un homme, bien que les indices de l'existence de divinit&#233;s f&#233;minines ne manquent pas, et que de nombreuses mythologies fassent commencer la cr&#233;ation du monde pr&#233;cis&#233;ment par un dieu m&#226;le triomphant d'une d&#233;esse femelle, d&#233;grad&#233;e en monstre. Cela soul&#232;ve les probl&#232;mes mineurs les plus fascinants, mais nous devons nous d&#233;p&#234;cher. La suite de notre enqu&#234;te est facilit&#233;e parce que ce Dieu-Cr&#233;ateur est ouvertement appel&#233; P&#232;re. La psychanalyse conclut qu'il est bien le p&#232;re, rev&#234;tu de la grandeur dans laquelle il est apparu jadis au petit enfant. L'image que l'homme religieux se fait de la cr&#233;ation de l'univers est la m&#234;me que l'image qu'il se fait de sa propre cr&#233;ation. Cela soul&#232;ve les probl&#232;mes mineurs les plus fascinants, mais nous devons nous d&#233;p&#234;cher. La suite de notre enqu&#234;te est facilit&#233;e parce que ce Dieu-Cr&#233;ateur est ouvertement appel&#233; P&#232;re. La psychanalyse conclut qu'il est bien le p&#232;re, rev&#234;tu de la grandeur dans laquelle il est apparu jadis au petit enfant. L'image que l'homme religieux se fait de la cr&#233;ation de l'univers est la m&#234;me que l'image qu'il se fait de sa propre cr&#233;ation. Cela soul&#232;ve les probl&#232;mes mineurs les plus fascinants, mais nous devons nous d&#233;p&#234;cher. La suite de notre enqu&#234;te est facilit&#233;e parce que ce Dieu-Cr&#233;ateur est ouvertement appel&#233; P&#232;re. La psychanalyse conclut qu'il est bien le p&#232;re, rev&#234;tu de la grandeur dans laquelle il est apparu jadis au petit enfant. L'image que l'homme religieux se fait de la cr&#233;ation de l'univers est la m&#234;me que l'image qu'il se fait de sa propre cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il en est ainsi, alors il est facile de comprendre comment il se fait que les promesses r&#233;confortantes de protection et les commandements &#233;thiques s&#233;v&#232;res se retrouvent avec la cosmogonie. Pour le m&#234;me individu &#224; qui l'enfant doit sa propre existence, le p&#232;re (ou, plus exactement, la fonction parentale qui se compose du p&#232;re et de la m&#232;re), a prot&#233;g&#233; et veill&#233; sur l'enfant faible et sans d&#233;fense, expos&#233; comme il est &#224; tous les dangers qui menacent dans le monde ext&#233;rieur ; sous la garde de son p&#232;re, il s'est senti en s&#233;curit&#233;. M&#234;me l'homme adulte, bien qu'il puisse savoir qu'il poss&#232;de une plus grande force, et bien qu'il ait une plus grande perspicacit&#233; dans les dangers de la vie, sent &#224; juste titre qu'il est fondamentalement aussi impuissant et sans protection qu'il l'&#233;tait dans son enfance et que, par rapport &#224; l'ext&#233;rieur, monde, il est encore un enfant. D&#232;s maintenant, donc, il ne peut renoncer &#224; la protection dont il a joui dans son enfance. Mais il a compris depuis longtemps que son p&#232;re est un &#234;tre aux pouvoirs strictement limit&#233;s et nullement dot&#233; de tous les attributs d&#233;sirables. Il revient donc sur l'image-souvenir du p&#232;re surestim&#233; de son enfance, l'exalte en une D&#233;it&#233;, et l'introduit dans le pr&#233;sent et dans la r&#233;alit&#233;. La force &#233;motionnelle de cette image-souvenir et la p&#233;rennit&#233; de son besoin de protection sont les deux supports de sa croyance en Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point principal du programme religieux, ses pr&#233;ceptes &#233;thiques, peut aussi &#234;tre reli&#233; sans difficult&#233; &#224; la situation de l'enfance. Dans un passage c&#233;l&#232;bre, que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233; dans une conf&#233;rence pr&#233;c&#233;dente, le philosophe Kant parle du ciel &#233;toil&#233; au-dessus de nous et de la loi morale en nous comme la preuve la plus solide de la grandeur de Dieu. Aussi &#233;trange que cela puisse para&#238;tre de les mettre c&#244;te &#224; c&#244;te, car qu'est-ce que les corps c&#233;lestes peuvent avoir &#224; voir avec la question de savoir si un homme en aime un autre ou le tue ? &#8211; pourtant il touche &#224; une grande v&#233;rit&#233; psychologique. Le m&#234;me p&#232;re (la fonction parentale) qui a donn&#233; &#224; l'enfant sa vie, et l'a pr&#233;serv&#233; des dangers que cette vie implique, lui a aussi appris ce qu'il peut ou ne peut pas faire, lui a fait accepter certaines limitations de ses d&#233;sirs instinctifs, et lui dit quelle consid&#233;ration on attendrait de lui envers ses parents et ses fr&#232;res et s&#339;urs, s'il voulait &#234;tre tol&#233;r&#233; et aim&#233; comme membre du cercle familial, et plus tard de groupes plus &#233;tendus. L'enfant est &#233;lev&#233; &#224; conna&#238;tre ses devoirs sociaux au moyen d'un syst&#232;me d'amour-r&#233;compenses et de punitions, et de cette fa&#231;on on lui enseigne que sa s&#233;curit&#233; dans la vie d&#233;pend de ses parents (et, par la suite, d'autres personnes) l'aimant et &#233;tant capable de croire en son amour pour eux. Tout cet &#233;tat de choses est report&#233; par l'homme adulte sans changement dans sa religion. Les interdictions et les commandements de ses parents vivent dans son sein comme sa conscience morale ; Dieu gouverne le monde des hommes &#224; l'aide du m&#234;me syst&#232;me de r&#233;compenses et de ch&#226;timents, et le degr&#233; de protection et de bonheur dont jouit chaque individu d&#233;pend de sa satisfaction des exigences de la moralit&#233; ; le sentiment de s&#233;curit&#233;, avec lequel il se fortifie contre les dangers du monde ext&#233;rieur et de son environnement humain, est fond&#233; sur son amour de Dieu et la conscience de l'amour de Dieu pour lui. Enfin, il a dans la pri&#232;re une influence directe sur la volont&#233; divine, et s'assure ainsi une part de la toute-puissance divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis s&#251;r que pendant que vous m'&#233;coutiez, une foule de questions ont d&#251; vous venir &#224; l'esprit auxquelles vous aimeriez avoir des r&#233;ponses. Je ne puis m'y engager ici et maintenant, mais je suis parfaitement certain qu'aucune de ces questions de d&#233;tail n'&#233;branlerait notre th&#232;se selon laquelle la Weltanschauung religieuseest d&#233;termin&#233; par la situation qui a subsist&#233; dans notre enfance. Il est donc d'autant plus remarquable que, malgr&#233; son caract&#232;re infantile, il a n&#233;anmoins un pr&#233;curseur. Il fut sans doute un temps o&#249; il n'y avait ni religion ni dieux. C'est ce qu'on appelle l'&#226;ge de l'animisme. M&#234;me &#224; cette &#233;poque, le monde &#233;tait plein d'esprits &#224; l'apparence des hommes (d&#233;mons, comme nous les appelons), et tous les objets du monde ext&#233;rieur &#233;taient leur demeure ou peut-&#234;tre identiques &#224; eux ; mais il n'y avait pas de pouvoir supr&#234;me qui les avait tous cr&#233;&#233;s, qui les contr&#244;lait, et vers qui il &#233;tait possible de se tourner pour obtenir protection et aide. Les d&#233;mons de l'animisme &#233;taient g&#233;n&#233;ralement hostiles &#224; l'homme, mais il semble que l'homme avait plus confiance en lui &#224; cette &#233;poque que plus tard. Il &#233;tait sans doute dans la terreur constante de ces mauvais esprits, mais il se d&#233;fendait contre eux au moyen de certaines actions auxquelles il attribuait le pouvoir de les chasser. Il ne se croyait pas non plus enti&#232;rement impuissant &#224; d'autres &#233;gards. S'il voulait quelque chose de la nature - la pluie, par exemple - il n'adressait pas de pri&#232;re au dieu du temps, mais utilisait un sort au moyen duquel il s'attendait &#224; exercer une influence directe sur la nature ; il a lui-m&#234;me fait quelque chose qui ressemblait &#224; de la pluie. Dans son combat contre les puissances du monde environnant, sa premi&#232;re arme fut la magie, le premier pr&#233;curseur de notre technologie moderne. Nous supposons que cette confiance en la magie d&#233;rive de la surestimation des op&#233;rations intellectuelles propres &#224; l'individu, de la croyance en la &#171; toute-puissance des pens&#233;es &#187;, que nous retrouvons d'ailleurs chez nos n&#233;vros&#233;s obsessionnels. On peut imaginer que les hommes de cette &#233;poque &#233;taient particuli&#232;rement fiers de leur acquisition de la parole, qui devait s'accompagner d'une grande facilitation de la pens&#233;e. Ils attribuaient un pouvoir magique &#224; la parole. Cette caract&#233;ristique a ensuite &#233;t&#233; reprise par la religion. &#171; Et Dieu dit : Que la lumi&#232;re soit, et la lumi&#232;re fut. Mais le fait des actions magiques montre que l'homme animiste ne s'appuyait pas enti&#232;rement sur la force de ses propres d&#233;sirs. Au contraire, il d&#233;pendait pour r&#233;ussir de l'accomplissement d'une action qui am&#232;nerait la nature &#224; l'imiter. S'il voulait qu'il pleuve, il versait lui-m&#234;me de l'eau ; s'il voulait stimuler le sol &#224; la fertilit&#233;, il lui offrait une performance de rapports sexuels dans les champs. Ils attribuaient un pouvoir magique &#224; la parole. Cette caract&#233;ristique a ensuite &#233;t&#233; reprise par la religion. &#171; Et Dieu dit : Que la lumi&#232;re soit, et la lumi&#232;re fut. Mais le fait des actions magiques montre que l'homme animiste ne s'appuyait pas enti&#232;rement sur la force de ses propres d&#233;sirs. Au contraire, il d&#233;pendait pour r&#233;ussir de l'accomplissement d'une action qui am&#232;nerait la nature &#224; l'imiter. S'il voulait qu'il pleuve, il versait lui-m&#234;me de l'eau ; s'il voulait stimuler le sol &#224; la fertilit&#233;, il lui offrait une performance de rapports sexuels dans les champs. Ils attribuaient un pouvoir magique &#224; la parole. Cette caract&#233;ristique a ensuite &#233;t&#233; reprise par la religion. &#171; Et Dieu dit : Que la lumi&#232;re soit, et la lumi&#232;re fut. Mais le fait des actions magiques montre que l'homme animiste ne s'appuyait pas enti&#232;rement sur la force de ses propres d&#233;sirs. Au contraire, il d&#233;pendait pour r&#233;ussir de l'accomplissement d'une action qui am&#232;nerait la nature &#224; l'imiter. S'il voulait qu'il pleuve, il versait lui-m&#234;me de l'eau ; s'il voulait stimuler le sol &#224; la fertilit&#233;, il lui offrait une performance de rapports sexuels dans les champs. il d&#233;pendait pour r&#233;ussir de l'accomplissement d'une action qui am&#232;nerait la nature &#224; l'imiter. S'il voulait qu'il pleuve, il versait lui-m&#234;me de l'eau ; s'il voulait stimuler le sol &#224; la fertilit&#233;, il lui offrait une performance de rapports sexuels dans les champs. il d&#233;pendait pour r&#233;ussir de l'accomplissement d'une action qui am&#232;nerait la nature &#224; l'imiter. S'il voulait qu'il pleuve, il versait lui-m&#234;me de l'eau ; s'il voulait stimuler le sol &#224; la fertilit&#233;, il lui offrait une performance de rapports sexuels dans les champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous savez avec quelle t&#233;nacit&#233; tout ce qui a trouv&#233; une fois une expression psychologique persiste. Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre qu'un grand nombre de manifestations d'animisme ont dur&#233; jusqu'&#224; nos jours, principalement sous forme de ce qu'on appelle des superstitions, &#224; c&#244;t&#233; et derri&#232;re la religion. Mais plus que cela, vous ne pouvez gu&#232;re &#233;viter de conclure que notre philosophie a conserv&#233; des traits essentiels des modes de pens&#233;e animistes tels que la surestimation de la magie des mots et la croyance que les processus r&#233;els dans le monde ext&#233;rieur suivent les lignes trac&#233;es par nos pens&#233;es. C'est, certes, un animisme sans pratiques magiques. D'autre part, il faut s'attendre &#224; trouver qu'&#224; l'&#233;poque de l'animisme, il devait d&#233;j&#224; y avoir une sorte de morale, des r&#232;gles gouvernant les rapports des hommes entre eux. Mais rien ne prouve qu'ils &#233;taient &#233;troitement li&#233;s &#224; des croyances animistes. Ils &#233;taient probablement l'expression imm&#233;diate de la r&#233;partition du pouvoir et des n&#233;cessit&#233;s pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait tr&#232;s int&#233;ressant de savoir ce qui a d&#233;termin&#233; le passage de l'animisme &#224; la religion ; mais vous pouvez imaginer dans quelles t&#233;n&#232;bres cette premi&#232;re &#233;poque de l'&#233;volution de l'esprit humain est encore envelopp&#233;e. C'est un fait, semble-t-il, que la premi&#232;re forme sous laquelle la religion est apparue a &#233;t&#233; celle, remarquable, du tot&#233;misme, le culte des animaux, &#224; la suite duquel ont suivi les premiers commandements &#233;thiques, les tabous. Dans un livre intitul&#233; Totem et tabou, j'ai &#233;labor&#233; une fois une suggestion selon laquelle ce changement doit &#234;tre attribu&#233; &#224; un bouleversement des relations dans la famille humaine. La principale r&#233;ussite de la religion, par rapport &#224; l'animisme, r&#233;side dans la fixation psychique de la peur des d&#233;mons. N&#233;anmoins, l'esprit mal&#233;fique a toujours sa place dans le syst&#232;me religieux en tant que relique de l'&#226;ge pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la pr&#233;histoire de la Welt anschauung religieuse.Voyons maintenant ce qui s'est pass&#233; depuis et ce qui se passe encore sous nos propres yeux. L'esprit scientifique, fortifi&#233; par l'observation des processus naturels, commen&#231;a avec le temps &#224; traiter la religion comme une affaire humaine et &#224; la soumettre &#224; un examen critique. Ce test, il n'a pas r&#233;ussi. En premier lieu, les r&#233;cits de miracles suscitaient un sentiment de surprise et d'incr&#233;dulit&#233;, car ils contredisaient tout ce que l'observation s&#233;rieuse avait enseign&#233; et trahissaient trop clairement l'influence de l'imagination humaine. Ensuite, son r&#233;cit de la nature de l'univers a d&#251; &#234;tre rejet&#233;, parce qu'il montrait la preuve d'un manque de connaissances qui portait l'empreinte des temps anciens, et parce que, en raison d'une familiarit&#233; croissante avec les lois de la nature, il avait perdu son autorit&#233;. L'id&#233;e que l'univers est n&#233; d'un acte de g&#233;n&#233;ration ou de cr&#233;ation, analogue &#224; celui qui produit un &#234;tre humain individuel, ne semblait plus &#234;tre l'hypoth&#232;se la plus &#233;vidente et la plus &#233;vidente ; car la distinction entre les &#234;tres vivants et sensibles et la nature inanim&#233;e &#233;tait devenue apparente &#224; l'esprit humain, et avait rendu impossible le maintien de la th&#233;orie animiste originelle. En outre, il ne faut pas n&#233;gliger l'influence de l'&#233;tude compar&#233;e des diff&#233;rents syst&#232;mes religieux et l'impression qu'ils donnent d'exclusivit&#233; et d'intol&#233;rance mutuelles. et avait rendu impossible le maintien de la th&#233;orie animiste originale. En outre, il ne faut pas n&#233;gliger l'influence de l'&#233;tude compar&#233;e des diff&#233;rents syst&#232;mes religieux et l'impression qu'ils donnent d'exclusivit&#233; et d'intol&#233;rance mutuelles. et avait rendu impossible le maintien de la th&#233;orie animiste originale. En outre, il ne faut pas n&#233;gliger l'influence de l'&#233;tude compar&#233;e des diff&#233;rents syst&#232;mes religieux et l'impression qu'ils donnent d'exclusivit&#233; et d'intol&#233;rance mutuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de ces efforts pr&#233;liminaires, l'esprit scientifique rassembla enfin du courage pour mettre &#224; l'&#233;preuve les &#233;l&#233;ments les plus importants et les plus &#233;motionnellement significatifs de la Weltanschauung religieuse.La v&#233;rit&#233; aurait pu &#234;tre vue &#224; tout moment, mais il fallut longtemps avant que personne n'ose la dire &#224; haute voix : les affirmations faites par la religion selon lesquelles elle pourrait donner protection et bonheur aux hommes, s'ils ne remplissaient que certaines obligations &#233;thiques, &#233;taient indignes de foi. . Il ne semble pas vrai qu'il existe une puissance dans l'univers qui veille au bien-&#234;tre de chaque individu avec des soins parentaux et apporte toutes ses pr&#233;occupations &#224; une fin heureuse. Au contraire, les destin&#233;es de l'homme sont incompatibles avec un principe universel de bienveillance ou avec &#8211; ce qui est en quelque sorte contradictoire &#8211; un principe universel de justice. Les tremblements de terre, les inondations et les incendies ne font pas la diff&#233;rence entre l'homme bon et pieux et le p&#233;cheur et l'incroyant. Et, m&#234;me si nous laissons de c&#244;t&#233; la nature inanim&#233;e et consid&#233;rons les destin&#233;es des hommes individuels dans la mesure o&#249; elles d&#233;pendent de leurs relations avec les autres de leur esp&#232;ce, il n'est nullement de r&#232;gle que la vertu soit r&#233;compens&#233;e et la m&#233;chancet&#233; punie, mais il arrive assez souvent pour que les violents, les rus&#233;s et les sans scrupules s'emparent des biens d&#233;sirables de la terre, tandis que les pieux s'en vont les vider. Des puissances obscures, insensibles et sans amour d&#233;terminent la destin&#233;e humaine ; le syst&#232;me des r&#233;compenses et des ch&#226;timents qui, selon la religion, r&#233;git le monde, semble n'avoir aucune existence. C'est une nouvelle occasion d'abandonner une partie de l'animisme r&#233;fugi&#233; dans la religion. les rus&#233;s et les sans scrupules s'emparent des biens d&#233;sirables de la terre, tandis que les pieux s'en vont les vider. Des puissances obscures, insensibles et sans amour d&#233;terminent la destin&#233;e humaine ; le syst&#232;me des r&#233;compenses et des ch&#226;timents qui, selon la religion, r&#233;git le monde, semble n'avoir aucune existence. C'est une nouvelle occasion d'abandonner une partie de l'animisme r&#233;fugi&#233; dans la religion. les rus&#233;s et les sans scrupules s'emparent des biens d&#233;sirables de la terre, tandis que les pieux s'en vont les vider. Des puissances obscures, insensibles et sans amour d&#233;terminent la destin&#233;e humaine ; le syst&#232;me des r&#233;compenses et des ch&#226;timents qui, selon la religion, r&#233;git le monde, semble n'avoir aucune existence. C'est une nouvelle occasion d'abandonner une partie de l'animisme r&#233;fugi&#233; dans la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re contribution &#224; la critique de la Weltanschauung religieuse a &#233;t&#233; apport&#233;e par la psychanalyse, qui a fait remonter l'origine de la religion &#224; l'impuissance de l'enfance, et son contenu &#224; la persistance des d&#233;sirs et des besoins de l'enfance jusqu'&#224; la maturit&#233;. Cela n'implique pas pr&#233;cis&#233;ment une r&#233;futation de la religion, mais c'est un arrondi n&#233;cessaire de nos connaissances &#224; son sujet, et, au moins sur un point, cela la contredit m&#234;me, car la religion revendique une origine divine. Cette affirmation, bien s&#251;r, n'est pas fausse, si notre interpr&#233;tation de Dieu est accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement final de la science sur la Weltanschauung religieuse,puis, fonctionne comme suit. Alors que les diff&#233;rentes religions se disputent pour savoir laquelle d'entre elles d&#233;tient la v&#233;rit&#233;, &#224; notre avis, la v&#233;rit&#233; de la religion peut &#234;tre totalement ignor&#233;e. La religion est une tentative de contr&#244;ler le monde sensoriel dans lequel nous sommes plac&#233;s, au moyen du monde du d&#233;sir, que nous avons d&#233;velopp&#233; &#224; l'int&#233;rieur de nous en raison de n&#233;cessit&#233;s biologiques et psychologiques. Mais il ne peut pas atteindre son but. Ses doctrines portent avec elles l'empreinte de l'&#233;poque dans laquelle elles sont n&#233;es, les jours d'enfance ignorante de la race humaine. Ses consolations ne m&#233;ritent aucune confiance. L'exp&#233;rience nous enseigne que le monde n'est pas une p&#233;pini&#232;re. Les commandements &#233;thiques, auxquels la religion cherche &#224; donner son poids, exigent plut&#244;t un autre fondement, car la soci&#233;t&#233; humaine ne peut s'en passer, et il est dangereux de lier leur ob&#233;issance &#224; la croyance religieuse. Si l'on tente d'assigner &#224; la religion sa place dans l'&#233;volution de l'homme, elle appara&#238;t moins comme une acquisition durable que comme un parall&#232;le &#224; la n&#233;vrose que doit traverser l'individu civilis&#233; pour passer de l'enfance &#224; la maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes, bien s&#251;r, parfaitement libre de critiquer mon r&#233;cit, et je suis pr&#234;t &#224; vous rencontrer &#224; mi-chemin. Ce que j'ai dit de l'effondrement graduel de la Weltanschauung religieuse &#233;tait sans doute un abr&#233;g&#233; incomplet de toute l'histoire ; l'ordre des &#233;v&#233;nements s&#233;par&#233;s n'a pas &#233;t&#233; tout &#224; fait correctement donn&#233;, et la coop&#233;ration de diverses forces vers l'&#233;veil de l'esprit scientifique n'a pas &#233;t&#233; trac&#233;e. J'ai &#233;galement laiss&#233; de c&#244;t&#233; les modifications qui se sont produites dans la Weltanschauung religieuseelle-m&#234;me, &#224; la fois pendant la p&#233;riode de son autorit&#233; incontest&#233;e et ensuite sous l'influence d'une critique naissante. Enfin j'ai, &#224; proprement parler, limit&#233; mes propos &#224; une seule forme de religion, celle des peuples occidentaux. J'ai en quelque sorte construit une figure fictive en vue d'une d&#233;monstration que j'ai voulue aussi rapide et aussi impressionnante que possible. Laissons de c&#244;t&#233; la question de savoir si mes connaissances auraient &#233;t&#233; en tout cas suffisantes pour me permettre de le faire mieux ou plus compl&#232;tement. Je sais que vous pouvez trouver ailleurs tout ce que j'ai dit, et le trouver mieux dit ; rien de tout cela n'est nouveau. Mais je suis fermement convaincu que l'&#233;laboration la plus minutieuse du mat&#233;riel sur lequel les probl&#232;mes de la religion sont bas&#233;s n'&#233;branlerait pas ces conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le savez, la lutte entre l'esprit scientifique et la Weltanschauung religieuse n'est pas encore termin&#233;e ; cela se passe encore aujourd'hui sous nos yeux. Pour peu que la psychanalyse utilise en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale des armes pol&#233;miques, nous ne nous priverons pas du plaisir de nous pencher sur ce conflit. Incidemment, nous arriverons peut-&#234;tre &#224; mieux comprendre notre attitude envers la Weltanschauung. Vous verrez avec quelle facilit&#233; certains des arguments avanc&#233;s par les partisans de la religion peuvent &#234;tre r&#233;fut&#233;s ; bien que d'autres puissent r&#233;ussir &#224; &#233;chapper &#224; la r&#233;futation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re objection que l'on entend est &#224; l'effet que c'est une impertinence de la part de la science de prendre la religion pour sujet de ses investigations, puisque la religion est quelque chose de supr&#234;me, quelque chose de sup&#233;rieur aux capacit&#233;s de l'entendement humain, quelque chose qui ne doit pas &#234;tre abord&#233; avec les sophismes de la critique. En d'autres termes, la science n'est pas comp&#233;tente pour porter un jugement sur la religion. Sans doute, il est tout &#224; fait utile et pr&#233;cieux, tant qu'il est limit&#233; &#224; sa propre province ; mais la religion n'est pas de ce ressort, et avec la religion elle ne peut rien avoir &#224; faire. Si nous ne sommes pas d&#233;courag&#233;s par ce brusque rejet, mais cherchons sur quelles bases la religion fonde sa pr&#233;tention &#224; une position exceptionnelle parmi les pr&#233;occupations humaines, la r&#233;ponse que nous recevons, si en effet nous sommes honor&#233;s d'une r&#233;ponse du tout, c'est que la religion ne peut pas &#234;tre mesur&#233;e par des normes humaines, puisqu'elle est d'origine divine, et nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par un esprit que l'esprit humain ne peut pas saisir. On pourrait s&#251;rement penser que rien ne pourrait &#234;tre plus facilement r&#233;fut&#233; que cet argument ; c'est une &#233;videncepetitio principii, une &#034;demande de question&#034;. Le point qui est mis en question est de savoir s'il y a un esprit divin et une r&#233;v&#233;lation ; et ce ne peut certainement pas &#234;tre une r&#233;ponse concluante de dire que la question doit &#234;tre pos&#233;e, parce que la Divinit&#233; ne peut pas &#234;tre remise en question. Ce qui se passe ici, c'est le m&#234;me genre de choses que nous rencontrons occasionnellement dans notre travail analytique. Si un patient par ailleurs intelligent nie une suggestion pour des motifs particuli&#232;rement stupides, sa logique imparfaite est la preuve de l'existence d'un motif particuli&#232;rement fort pour nier, un motif qui ne peut &#234;tre que de nature affective et servir &#224; lier une &#233;motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre sorte de r&#233;ponse peut &#234;tre donn&#233;e, dans laquelle un motif de ce genre est ouvertement admis. La religion ne doit pas faire l'objet d'un examen critique, car c'est la chose la plus haute, la plus pr&#233;cieuse et la plus noble que l'esprit de l'homme ait produite, parce qu'elle exprime les sentiments les plus profonds, et c'est la seule chose qui rende le monde supportable et la vie digne d'&#234;tre v&#233;cue. humanit&#233;. A cela, nous n'avons pas &#224; r&#233;pondre en contestant cette appr&#233;ciation de la religion, mais plut&#244;t en attirant l'attention sur un autre aspect de la question. Pr&#233;cisons qu'il ne s'agit pas de l'esprit scientifique empi&#233;tant sur la sph&#232;re de la religion, mais de la religion empi&#233;tant sur la sph&#232;re de la pens&#233;e scientifique. Quelle que soit la valeur et l'importance que la religion puisse avoir, elle n'a pas le droit de fixer des limites &#224; la pens&#233;e, et n'a donc pas le droit de s'exclure de l'application de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e scientifique n'est, dans son essence, pas diff&#233;rente du processus normal de la pens&#233;e, que nous utilisons tous, croyants et non-croyants, lorsque nous vaquons &#224; nos occupations quotidiennes. Elle n'a pris qu'une forme sp&#233;ciale &#224; certains &#233;gards : elle &#233;tend son int&#233;r&#234;t &#224; des choses qui n'ont pas d'utilit&#233; imm&#233;diatement &#233;vidente, elle s'efforce d'&#233;liminer les facteurs personnels et les influences &#233;motionnelles, elle examine avec soin la fiabilit&#233; des perceptions sensorielles sur lesquelles elle fonde ses conclusions, elle se donne de nouvelles perceptions qui ne sont pas accessibles par les moyens de tous les jours, et isole les d&#233;terminants de ces nouvelles exp&#233;riences par des exp&#233;rimentations d&#233;lib&#233;r&#233;ment vari&#233;es. Son but est d'arriver &#224; une correspondance avec la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire avec ce qui existe en dehors de nous et ind&#233;pendamment de nous, et, comme l'exp&#233;rience nous l'a appris, est d&#233;cisif pour l'accomplissement ou la frustration de nos d&#233;sirs. Cette correspondance avec le monde ext&#233;rieur r&#233;el, nous l'appelons v&#233;rit&#233;. C'est le but du travail scientifique, m&#234;me lorsque la valeur pratique de ce travail ne nous int&#233;resse pas. Lorsque, donc, la religion pr&#233;tend qu'elle peut se substituer &#224; la science et que, parce qu'elle est bienfaisante et ennoblissante, elle doit donc &#234;tre vraie, cette pr&#233;tention est, en fait, un empi&#233;tement qui, dans l'int&#233;r&#234;t de tous, devrait &#234;tre r&#233;sist&#233;. C'est beaucoup demander &#224; un homme, qui a appris &#224; r&#233;gler ses affaires quotidiennes selon les r&#232;gles de l'exp&#233;rience et en tenant d&#251;ment compte de la r&#233;alit&#233;, qu'il confie pr&#233;cis&#233;ment ce qui l'int&#233;resse le plus aux soins d'une autorit&#233; qui pr&#233;tend comme sa pr&#233;rogative libre de toutes les r&#232;gles de la pens&#233;e rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en effet l'interdiction que la religion a impos&#233;e &#224; la pens&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t de sa propre conservation n'est nullement sans danger pour l'individu comme pour la soci&#233;t&#233;. L'exp&#233;rience analytique nous a appris que de tels interdits, m&#234;me s'ils &#233;taient &#224; l'origine confin&#233;s &#224; un domaine particulier, ont tendance &#224; se r&#233;pandre, puis &#224; devenir la cause d'inhibitions s&#233;v&#232;res dans la vie des gens. Chez les femmes, on peut observer un processus de ce genre d&#233;couler de l'interdiction qu'elles ont de s'occuper, m&#234;me en pens&#233;e, du c&#244;t&#233; sexuel de leur nature. Les biographies de presque toutes les personnalit&#233;s &#233;minentes des temps pass&#233;s montrent les r&#233;sultats d&#233;sastreux de l'inhibition de la pens&#233;e par la religion. L'intellect, d'autre part, - ou plut&#244;t, pour l'appeler par un nom plus familier, raison &#8211; fait partie des forces dont on peut s'attendre &#224; ce qu'elles exercent une influence unificatrice sur les hommes &#8211; cr&#233;atures qui ne peuvent &#234;tre maintenues ensemble qu'avec la plus grande difficult&#233;, et qu'il est donc &#224; peine possible de contr&#244;ler. Pensez &#224; quel point la soci&#233;t&#233; humaine serait impossible si chacun avait sa propre table de multiplication particuli&#232;re et ses propres unit&#233;s priv&#233;es de poids et de longueur. Notre meilleur espoir pour l'avenir est que l'intellect &#8211; l'esprit scientifique, &#8211; la raison &#8211; &#233;tablisse avec le temps une dictature sur l'esprit humain. La nature m&#234;me de la raison est une garantie qu'elle ne manquera pas d'accorder aux &#233;motions humaines et &#224; tout ce qui est d&#233;termin&#233; par elles la place &#224; laquelle elles ont droit. Mais la pression commune exerc&#233;e par une telle domination de la raison se r&#233;v&#233;lerait &#234;tre la force unificatrice la plus puissante parmi les hommes et pr&#233;parerait la voie &#224; de nouvelles unifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut maintenant se demander pourquoi la religion ne met pas fin &#224; ce combat perdu en d&#233;clarant ouvertement : &#171; C'est un fait que je ne puis vous donner ce que les hommes appellent commun&#233;ment la v&#233;rit&#233; ; pour l'obtenir, il faut aller &#224; la science. Mais ce que j'ai &#224; vous donner est incomparablement plus beau, plus r&#233;confortant et plus ennoblissant que tout ce que vous pourriez jamais obtenir de la science. Et je vous dis donc que c'est vrai dans un sens diff&#233;rent et sup&#233;rieur. La r&#233;ponse est facile &#224; trouver. La religion ne peut pas faire cet aveu, car si elle le faisait, elle perdrait toute influence sur la masse de l'humanit&#233;. L'homme ordinaire ne conna&#238;t qu'une seule &#171; v&#233;rit&#233; &#187;, la v&#233;rit&#233; au sens ordinaire du terme. Ce que l'on peut entendre par une v&#233;rit&#233; sup&#233;rieure ou supr&#234;me, il ne peut l'imaginer. La v&#233;rit&#233; lui semble aussi peu susceptible d'avoir des degr&#233;s que la mort, et le saut n&#233;cessaire du beau au vrai est un saut qu'il ne peut pas faire. Peut-&#234;tre serez-vous d'accord avec moi pour penser qu'il a raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte n'est donc pas encore termin&#233;e. Les adeptes de la Weltanschauung religieuseagir conform&#233;ment &#224; la vieille maxime : la meilleure d&#233;fense est l'attaque. &#171; Quelle est, demandent-ils, cette science qui pr&#233;tend d&#233;pr&#233;cier notre religion, qui a apport&#233; le salut et le r&#233;confort &#224; des millions d'hommes pendant des milliers d'ann&#233;es ? Qu'est-ce que la science, pour sa part, a accompli jusqu'&#224; pr&#233;sent ? Que peut-on en attendre de plus ? De son propre aveu, elle est incapable de nous r&#233;conforter ou de nous ennoblir. Nous laisserons donc cela de c&#244;t&#233;, m&#234;me s'il n'est en aucun cas facile de renoncer &#224; de tels avantages. Mais qu'en est-il de son enseignement ? Peut-il nous dire comment le monde a commenc&#233; et quel sort lui est r&#233;serv&#233; ? Peut-il m&#234;me nous peindre une image coh&#233;rente de l'univers, et nous montrer o&#249; se situent les ph&#233;nom&#232;nes inexpliqu&#233;s de la vie, et comment les forces spirituelles sont capables d'op&#233;rer sur la mati&#232;re inerte ? S'il pouvait faire cela, nous ne devrions pas lui refuser notre respect. Mais il n'a rien fait de tel, pas un seul probl&#232;me de ce genre n'a &#233;t&#233; r&#233;solu. Elle nous donne des fragments de pr&#233;tendues connaissances, qu'elle ne peut harmoniser entre elles, elle recueille des observations d'uniformit&#233;s sur l'ensemble des &#233;v&#233;nements, et les dignifie du nom de lois et les soumet &#224; ses interpr&#233;tations hasardeuses. Et avec quel peu de certitude &#233;tablit-il ses conclusions ! Tout ce qu'elle enseigne n'est que provisoirement vrai ; ce qui est pris&#233; aujourd'hui comme la plus haute sagesse est renvers&#233; demain et exp&#233;rimentalement remplac&#233; par quelque chose d'autre. La derni&#232;re erreur re&#231;oit alors le nom de v&#233;rit&#233;. Et &#224; cette v&#233;rit&#233;, il nous est demand&#233; de sacrifier notre plus grand bien ! et les honore du nom de lois et les soumet &#224; ses interpr&#233;tations hasardeuses. Et avec quel peu de certitude &#233;tablit-il ses conclusions ! Tout ce qu'elle enseigne n'est que provisoirement vrai ; ce qui est pris&#233; aujourd'hui comme la plus haute sagesse est renvers&#233; demain et exp&#233;rimentalement remplac&#233; par quelque chose d'autre. La derni&#232;re erreur re&#231;oit alors le nom de v&#233;rit&#233;. Et &#224; cette v&#233;rit&#233;, il nous est demand&#233; de sacrifier notre plus grand bien ! et les honore du nom de lois et les soumet &#224; ses interpr&#233;tations hasardeuses. Et avec quel peu de certitude &#233;tablit-il ses conclusions ! Tout ce qu'elle enseigne n'est que provisoirement vrai ; ce qui est pris&#233; aujourd'hui comme la plus haute sagesse est renvers&#233; demain et exp&#233;rimentalement remplac&#233; par quelque chose d'autre. La derni&#232;re erreur re&#231;oit alors le nom de v&#233;rit&#233;. Et &#224; cette v&#233;rit&#233;, il nous est demand&#233; de sacrifier notre plus grand bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames et Messieurs &#8211; Dans la mesure o&#249; vous &#234;tes vous-m&#234;mes partisans de la Weltanschauung scientifiqueJe ne pense pas que vous serez tr&#232;s profond&#233;ment &#233;branl&#233; par l'attaque de ce critique. Dans l'Autriche imp&#233;riale, une anecdote &#233;tait autrefois courante que je voudrais rappeler &#224; cet &#233;gard. Une fois, le vieil empereur recevait une d&#233;putation d'un parti politique qu'il n'aimait pas : &#171; Ce n'est plus une opposition ordinaire, s'exclame-t-il, c'est une opposition factieuse. De la m&#234;me mani&#232;re vous trouverez que les reproches faits &#224; la science de n'avoir pas r&#233;solu l'&#233;nigme de l'univers sont injustement et m&#233;chamment exag&#233;r&#233;s. La science a eu trop peu de temps pour une r&#233;alisation aussi formidable. C'est encore tr&#232;s jeune, une activit&#233; humaine r&#233;cemment d&#233;velopp&#233;e. Rappelons-nous, pour ne citer que quelques dates, que seulement trois cents ans environ se sont &#233;coul&#233;s depuis que Kepler a d&#233;couvert les lois du mouvement plan&#233;taire ; la vie de Newton, qui d&#233;composait la lumi&#232;re en couleurs du spectre et proposa la th&#233;orie de la gravitation, s'arr&#234;ta en 1727, c'est-&#224;-dire il y a un peu plus de deux cents ans ; et Lavoisier a d&#233;couvert l'oxyg&#232;ne peu de temps avant la R&#233;volution fran&#231;aise. Je suis peut-&#234;tre un tr&#232;s vieil homme aujourd'hui, mais la vie d'un homme individuel est tr&#232;s courte par rapport &#224; la dur&#233;e du d&#233;veloppement humain, et c'est un fait que j'&#233;tais vivant lorsque Charles Darwin a publi&#233; son ouvrage sur l'origine des esp&#232;ces. . La m&#234;me ann&#233;e 1859, Pierre Curie, le d&#233;couvreur du radium, est n&#233;. Et si l'on remonte aux d&#233;buts de la science exacte de la nature chez les Grecs, &#224; Archim&#232;de, ou &#224; Aristarque de Samos ( et Lavoisier a d&#233;couvert l'oxyg&#232;ne peu de temps avant la R&#233;volution fran&#231;aise. Je suis peut-&#234;tre un tr&#232;s vieil homme aujourd'hui, mais la vie d'un homme individuel est tr&#232;s courte par rapport &#224; la dur&#233;e du d&#233;veloppement humain, et c'est un fait que j'&#233;tais vivant lorsque Charles Darwin a publi&#233; son ouvrage sur l'origine des esp&#232;ces. . La m&#234;me ann&#233;e 1859, Pierre Curie, le d&#233;couvreur du radium, est n&#233;. Et si l'on remonte aux d&#233;buts de la science exacte de la nature chez les Grecs, &#224; Archim&#232;de, ou &#224; Aristarque de Samos ( et Lavoisier a d&#233;couvert l'oxyg&#232;ne peu de temps avant la R&#233;volution fran&#231;aise. Je suis peut-&#234;tre un tr&#232;s vieil homme aujourd'hui, mais la vie d'un homme individuel est tr&#232;s courte par rapport &#224; la dur&#233;e du d&#233;veloppement humain, et c'est un fait que j'&#233;tais vivant lorsque Charles Darwin a publi&#233; son ouvrage sur l'origine des esp&#232;ces. . La m&#234;me ann&#233;e 1859, Pierre Curie, le d&#233;couvreur du radium, est n&#233;. Et si l'on remonte aux d&#233;buts de la science exacte de la nature chez les Grecs, &#224; Archim&#232;de, ou &#224; Aristarque de Samos (vers 250 av. J.-C.), l'anc&#234;tre de Copernic, ou m&#234;me aux origines h&#233;sitantes de l'astronomie chez les Babyloniens, vous ne couvrirez qu'une tr&#232;s petite partie de la p&#233;riode que l'anthropologie requiert pour l'&#233;volution de l'homme &#224; partir de sa forme originelle de singe, une p&#233;riode qui embrasse certainement plus de cent mille ans. Et il ne faut pas oublier que le si&#232;cle dernier a apport&#233; avec lui une telle quantit&#233; de nouvelles d&#233;couvertes et une telle acc&#233;l&#233;ration du progr&#232;s scientifique que nous avons toutes les raisons d'envisager avec confiance l'avenir de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admettre que les autres objections sont valables dans certaines limites. Il est donc vrai que le chemin de la science est lent, h&#233;sitant et laborieux. Cela ne peut &#234;tre ni&#233; ni modifi&#233;. Pas &#233;tonnant que les messieurs de l'opposition soient m&#233;contents ; ils sont g&#226;t&#233;s, ils ont eu plus de facilit&#233; avec leur r&#233;v&#233;lation. Le progr&#232;s d'un travail scientifique se fait de la m&#234;me mani&#232;re que dans une analyse. L'analyste apporte des attentes avec lui dans son travail, mais il doit les garder en arri&#232;re-plan. Il d&#233;couvre quelque chose de nouveau par l'observation, tant&#244;t ici et tant&#244;t l&#224;-bas, et au d&#233;but les morceaux ne s'embo&#238;tent pas. Il &#233;met des suppositions, il &#233;voque des constructions provisoires, et les abandonne si elles ne sont pas confirm&#233;es ; il doit avoir beaucoup de patience, doit &#234;tre pr&#233;par&#233; &#224; toutes les possibilit&#233;s, et ne doit pas sauter aux conclusions de peur qu'elles ne le conduisent &#224; n&#233;gliger des facteurs nouveaux et inattendus. Et &#224; la fin toute la d&#233;pense d'effort est r&#233;compens&#233;e, les d&#233;couvertes &#233;parses se mettent en place et il obtient une compr&#233;hension de toute une cha&#238;ne d'&#233;v&#233;nements mentaux ; il a termin&#233; un travail et est pr&#234;t pour le suivant. Mais l'analyste est diff&#233;rent des autres travailleurs scientifiques sur ce point, qu'il doit se passer de l'aide que l'exp&#233;rience peut apporter &#224; la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la critique de la science que j'ai cit&#233;e contient aussi beaucoup d'exag&#233;rations. Il n'est pas vrai de dire qu'il oscille aveugl&#233;ment d'une tentative &#224; l'autre, et &#233;change une erreur contre la suivante. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'homme de science travaille comme un sculpteur avec un mod&#232;le d'argile, qui modifie constamment la premi&#232;re &#233;bauche, y ajoute et en retranche, jusqu'&#224; ce qu'il ait obtenu un degr&#233; satisfaisant de similitude avec un objet, qu'il soit vu ou imagin&#233;. . Et, d'ailleurs, au moins dans les sciences plus anciennes et plus m&#251;res, il existe d&#233;j&#224; un socle solide de connaissances, qui n'est plus que modifi&#233; et &#233;labor&#233; et non plus d&#233;moli. Les perspectives, en fait, ne sont pas si mauvaises dans le monde de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, &#224; quoi servent tous ces d&#233;nigrements passionn&#233;s de la science ? Malgr&#233; son incompl&#233;tude actuelle et ses difficult&#233;s inh&#233;rentes, nous ne pouvions pas nous en passer et ne pouvions rien mettre d'autre &#224; sa place. Il n'y a pas de limite &#224; l'am&#233;lioration dont elle est capable, et cela ne peut certainement pas &#234;tre dit de la Weltanschauung religieuse. Ce dernier est complet dans son essentiel ; si c'est une erreur, elle doit en rester une pour toujours. Aucune tentative de minimiser l'importance de la science ne peut changer le fait qu'elle tente de prendre en compte notre d&#233;pendance au monde ext&#233;rieur r&#233;el, tandis que la religion est illusion et tire sa force du fait qu'elle s'inscrit dans nos d&#233;sirs instinctifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois maintenant mentionner quelques autres types de Weltanschauung qui s'opposent au scientifique ; Je le fais cependant &#224; contrec&#339;ur, parce que je sais que je ne suis pas comp&#233;tent pour porter un jugement sur eux. J'esp&#232;re donc que vous garderez cet aveu &#224; l'esprit en &#233;coutant ce que j'ai &#224; dire, et que si votre int&#233;r&#234;t est &#233;veill&#233;, vous irez chercher ailleurs des informations plus fiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois d'abord nommer ici les divers syst&#232;mes philosophiques qui se sont aventur&#233;s &#224; tracer le monde tel qu'il se refl&#232;te dans l'esprit des penseurs dont les yeux s'en d&#233;tournent g&#233;n&#233;ralement. Mais j'ai d&#233;j&#224; essay&#233; de donner une caract&#233;risation g&#233;n&#233;rale de la philosophie et de ses m&#233;thodes, et je crois que je suis plus inapte que presque n'importe qui &#224; passer en revue les syst&#232;mes individuels. Je vous demanderai donc plut&#244;t de porter votre attention sur deux autres ph&#233;nom&#232;nes qui, particuli&#232;rement de nos jours, ne peuvent &#234;tre ignor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Weltanschauung &#224; laquelle je me r&#233;f&#233;rerai d'abord est en quelque sorte le pendant de l'anarchisme politique, et peut-&#234;tre en a-t-elle &#233;man&#233;. Sans doute y a-t-il d&#233;j&#224; eu des nihilistes intellectuels de ce genre, mais aujourd'hui la th&#233;orie de la relativit&#233; de la physique moderne semble leur avoir mont&#233; &#224; la t&#234;te. Il est vrai qu'ils partent de la science, mais ils r&#233;ussissent &#224; la forcer &#224; se couper le sol sous ses pieds, &#224; se suicider en quelque sorte ; ils la font disposer d'elle-m&#234;me en lui faisant r&#233;futer ses propres pr&#233;misses. On a souvent l'impression que ce nihilisme n'est qu'une attitude temporaire, qui ne sera maintenue que jusqu'&#224; ce que cette t&#226;che soit accomplie. Quand une fois la science a &#233;t&#233; d&#233;barrass&#233;e, une sorte de mysticisme, ou, en fait, la vieille Weltanschauung religieuse,peut surgir dans l'espace laiss&#233; vacant. Selon cette doctrine anarchiste, il n'y a pas de v&#233;rit&#233;, pas de connaissance assur&#233;e du monde ext&#233;rieur. Ce que nous donnons comme v&#233;rit&#233; scientifique n'est que le produit de nos propres besoins et d&#233;sirs, tels qu'ils sont formul&#233;s dans des conditions ext&#233;rieures variables ; c'est-&#224;-dire qu'il est encore une fois illusion. En fin de compte, nous ne trouvons que ce que nous devons trouver et ne voyons que ce que nous d&#233;sirons voir. Nous ne pouvons rien faire d'autre. Et puisque le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233;, la correspondance avec un monde ext&#233;rieur, dispara&#238;t, peu importe les vues que nous acceptons. Tous sont &#233;galement vrais et faux. Et personne n'a le droit d'accuser quelqu'un d'autre d'erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un esprit qui s'int&#233;resse &#224; l'&#233;pist&#233;mologie, il serait tentant de s'interroger sur les artifices et les sophismes au moyen desquels les anarchistes arrivent &#224; tirer de la science un produit final de ce genre. On serait sans doute confront&#233; &#224; des situations comme celle qu'implique l'exemple familier du Cr&#233;tois qui dit que tous les Cr&#233;tois sont des menteurs. Mais je ne souhaite ni ne suis capable d'approfondir cela. Je remarquerai seulement que la th&#233;orie anarchiste ne garde son remarquable air de sup&#233;riorit&#233; qu'aussi longtemps qu'elle s'occupe d'opinions sur des choses abstraites ; il se d&#233;compose au moment o&#249; il entre en contact avec la vie pratique. Maintenant, le comportement des hommes est guid&#233; par leurs opinions et leurs connaissances, et le m&#234;me esprit scientifique qui sp&#233;cule sur la structure de l'atome ou sur l'origine de l'homme est concern&#233; par la construction d'un pont qui en supportera la charge. S'il &#233;tait vraiment indiff&#233;rent ce que nous croyions, s'il n'y avait aucune connaissance qui se distingu&#226;t de nos opinions par le fait qu'elle correspondait &#224; la r&#233;alit&#233;, alors nous pourrions aussi bien construire nos ponts de carton que de pierre, ou injecter un dixi&#232;me de gramme de morphine dans un patient au lieu d'un centi&#232;me, ou prendre du gaz lacrymog&#232;ne comme narcotique au lieu d'&#233;ther. Mais les anarchistes intellectuels eux-m&#234;mes rejetteraient fermement de telles applications pratiques de leur th&#233;orie. s'il n'y avait aucune connaissance qui se distingu&#226;t de nos opinions par le fait qu'elle correspondait &#224; la r&#233;alit&#233;, alors nous pourrions aussi bien construire nos ponts de carton que de pierre, ou injecter un dixi&#232;me de gramme de morphine &#224; un malade au lieu de un centi&#232;me, ou prendre du gaz lacrymog&#232;ne comme narcotique au lieu de l'&#233;ther. Mais les anarchistes intellectuels eux-m&#234;mes rejetteraient fermement de telles applications pratiques de leur th&#233;orie. s'il n'y avait aucune connaissance qui se distingu&#226;t de nos opinions par le fait qu'elle correspondait &#224; la r&#233;alit&#233;, alors nous pourrions aussi bien construire nos ponts de carton que de pierre, ou injecter un dixi&#232;me de gramme de morphine &#224; un malade au lieu de un centi&#232;me, ou prendre du gaz lacrymog&#232;ne comme narcotique au lieu de l'&#233;ther. Mais les anarchistes intellectuels eux-m&#234;mes rejetteraient fermement de telles applications pratiques de leur th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre Weltanschauung adverseest &#224; prendre beaucoup plus au s&#233;rieux et, dans ce cas, je regrette tr&#232;s profond&#233;ment l'insuffisance de mes connaissances. J'ose dire que vous en savez plus que moi sur ce sujet et que vous avez depuis longtemps pris position pour ou contre le marxisme. Les recherches de Karl Marx sur la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; et sur l'influence des diverses formes d'organisation &#233;conomique sur tous les aspects de la vie humaine ont acquis de nos jours une autorit&#233; ind&#233;niable. Dans quelle mesure ils ont raison ou tort dans le d&#233;tail, je ne le sais naturellement pas. J'en d&#233;duis qu'il n'est pas facile, m&#234;me pour des personnes mieux inform&#233;es, de trancher. Certaines des propositions de la th&#233;orie de Marx me semblent &#233;tranges, telles que l'&#233;volution des formes de soci&#233;t&#233; est un processus d'histoire naturelle, ou que les changements de stratification sociale proc&#232;dent les uns des autres &#224; la mani&#232;re d'un processus dialectique. Je ne suis en aucun cas certain de bien comprendre ces d&#233;clarations ; de plus, ils ne sonnent pas &#171; mat&#233;rialistes &#187;, mais comme des traces de l'obscure philosophie h&#233;g&#233;lienne sous l'influence de laquelle Marx passa un temps. Je ne sais comment je peux rejeter la vision que je partage avec d'autres la&#239;cs, qui sont enclins &#224; faire remonter la formation des classes dans la soci&#233;t&#233; aux luttes qui se sont d&#233;roul&#233;es depuis le d&#233;but de l'histoire entre diverses hordes humaines. Ces hordes diff&#233;raient l&#233;g&#232;rement les unes des autres ; et je suis d'avis que les diff&#233;rences sociales remontent &#224; ces diff&#233;rences originelles de tribu ou de race. Des facteurs psychologiques, tels que le degr&#233; d'agressivit&#233; constitutionnelle et aussi le degr&#233; de coh&#233;sion au sein de la horde, et des facteurs mat&#233;riels, tels que la possession de meilleures armes, ont d&#233;cid&#233; de la victoire. Lorsqu'ils vinrent vivre ensemble sur le m&#234;me territoire, les vainqueurs devinrent les ma&#238;tres et les vaincus les esclaves. Il n'y a aucun signe dans tout cela de lois naturelles ou de modifications conceptuelles ; d'autre part, on ne peut m&#233;conna&#238;tre l'influence qu'exerce le contr&#244;le progressif des forces naturelles sur les rapports sociaux entre les hommes, puisque les hommes mettent toujours leurs pouvoirs nouvellement acquis au service de leur agressivit&#233;, et les utilisent les uns contre les autres. L'introduction des m&#233;taux, du bronze et du fer, a mis fin &#224; des &#233;poques culturelles enti&#232;res et &#224; leurs institutions sociales. Je crois vraiment que la poudre &#224; canon et les armes &#224; feu ont renvers&#233; la chevalerie et la domination de l'aristocratie, et que le despotisme russe &#233;tait d&#233;j&#224; condamn&#233; avant que la guerre ne soit perdue,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut, en effet, qu'avec la crise &#233;conomique actuelle qui a suivi la Grande Guerre, nous payions simplement le prix de notre dernier triomphe sur la nature, la conqu&#234;te de l'air. Cela ne semble pas tr&#232;s convaincant, mais au moins les premiers maillons de la cha&#238;ne d'arguments sont clairement reconnaissables. La politique de l'Angleterre &#233;tait bas&#233;e sur la s&#233;curit&#233; garantie par les mers qui entourent ses c&#244;tes. Au moment o&#249; Bl&#233;riot a survol&#233; la Manche dans son avion, cet isolement protecteur a &#233;t&#233; rompu ; et la nuit o&#249;, en temps de paix, un Zeppelin allemand fit une croisi&#232;re exp&#233;rimentale au-dessus de Londres, la guerre contre l'Allemagne devint une certitude. La menace des sous-marins ne doit pas non plus &#234;tre oubli&#233;e &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai presque honte de traiter d'une mani&#232;re aussi l&#233;g&#232;re et insuffisante un th&#232;me d'une telle importance et d'une telle complexit&#233;, et j'ai aussi conscience de ne rien vous avoir dit de nouveau. Je voulais seulement attirer votre attention sur le fait que le facteur de contr&#244;le de l'homme sur la nature, dont il tire ses armes pour sa lutte avec ses semblables, doit n&#233;cessairement affecter aussi ses arrangements &#233;conomiques. Nous semblons avoir parcouru un long chemin depuis les probl&#232;mes d'une Weltanschauung,mais nous reviendrons bient&#244;t au point. La force du marxisme ne r&#233;side &#233;videmment pas dans sa vision de l'histoire ou dans les proph&#233;ties concernant l'avenir qu'il fonde sur cette vision, mais dans sa vision claire de l'influence d&#233;terminante qu'exercent les conditions &#233;conomiques de l'homme sur son d&#233;veloppement intellectuel, &#233;thique. et r&#233;actions artistiques. Tout un ensemble de corr&#233;lations et d'encha&#238;nements causaux a ainsi &#233;t&#233; d&#233;couvert, jusque-l&#224; presque compl&#232;tement ignor&#233;. Mais on ne peut pas supposer que les motifs &#233;conomiques sont les seuls qui d&#233;terminent le comportement des hommes dans la soci&#233;t&#233;. Le fait incontestable que diff&#233;rents individus, races et nations se comportent diff&#233;remment dans les m&#234;mes conditions &#233;conomiques prouve en soi que le facteur &#233;conomique ne peut pas &#234;tre le seul d&#233;terminant. Il est tout &#224; fait impossible de comprendre comment des facteurs psychologiques peuvent &#234;tre n&#233;glig&#233;s lorsque les r&#233;actions d'&#234;tres humains vivants sont impliqu&#233;es ; car non seulement de tels facteurs &#233;taient d&#233;j&#224; impliqu&#233;s dans l'&#233;tablissement de ces conditions &#233;conomiques, mais m&#234;me en ob&#233;issant &#224; ces conditions, les hommes ne peuvent rien faire de plus que mettre en mouvement leurs impulsions instinctives originelles - leur instinct de conservation, leur amour de l'agression, leur besoin de l'amour et leur impulsion &#224; atteindre le plaisir et &#224; &#233;viter la douleur. Dans une conf&#233;rence pr&#233;c&#233;dente, nous avons soulign&#233; l'importance du r&#244;le jou&#233; par le surmoi, qui repr&#233;sente la tradition et les id&#233;aux du pass&#233;, et qui r&#233;sistera pendant un certain temps &#224; la pression exerc&#233;e par les nouvelles situations &#233;conomiques. Et, enfin, il ne faut pas oublier que la masse de l'humanit&#233;, si soumise qu'elle soit aux n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques, sont port&#233;s par un processus de d&#233;veloppement culturel &#8211; certains l'appellent civilisation &#8211; qui est sans doute influenc&#233; par tous les autres facteurs, mais qui en est &#233;galement certainement ind&#233;pendant dans son origine ; il est comparable &#224; un processus organique, et est tout &#224; fait capable d'agir lui-m&#234;me sur les autres facteurs. Elle d&#233;place les buts des instincts et pousse les hommes &#224; se r&#233;volter contre ce qui &#233;tait tol&#233;rable jusqu'ici ; et, de plus, le renforcement progressif de l'esprit scientifique semble en &#234;tre une partie essentielle. Si quelqu'un &#233;tait en mesure de montrer en d&#233;tail comment ces diff&#233;rents facteurs - la disposition instinctive humaine g&#233;n&#233;rale, ses variations raciales et ses modifications culturelles - se comportent sous l'influence d'une organisation sociale, d'activit&#233;s professionnelles et de modes de subsistance variables, comment ces facteurs inhibent ou s'entraider - si, Je dis, n'importe qui pourrait le montrer, alors il aurait non seulement am&#233;lior&#233; le marxisme mais en aurait fait une v&#233;ritable science sociale. Car la sociologie, qui traite du comportement de l'homme en soci&#233;t&#233;, ne peut &#234;tre autre chose que la psychologie appliqu&#233;e. &#192; proprement parler, en effet, il n'y a que deux sciences : la psychologie, pure et appliqu&#233;e, et les sciences naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a enfin commenc&#233; &#224; se rendre compte de l'importance consid&#233;rable des conditions &#233;conomiques, la tentation s'est pr&#233;sent&#233;e d'y apporter une modification au moyen d'une ing&#233;rence r&#233;volutionnaire, au lieu de laisser le changement au cours du d&#233;veloppement historique. Le marxisme th&#233;orique, tel qu'il est mis en pratique dans le bolchevisme russe, a acquis l'&#233;nergie, l'exhaustivit&#233; et l'exclusivit&#233; d'une Weltanschauung,mais en m&#234;me temps, il a acquis une ressemblance presque &#233;trange avec ce &#224; quoi il s'oppose. A l'origine elle faisait elle-m&#234;me partie de la science, et, dans sa r&#233;alisation, s'est construite sur la science et la technique, mais elle a n&#233;anmoins &#233;tabli un interdit de pens&#233;e aussi inexorable que l'&#233;tait autrefois celui de la religion. Tout examen critique de la th&#233;orie marxiste est interdit, les doutes sur sa validit&#233; sont punis de mani&#232;re aussi vindicative que l'h&#233;r&#233;sie l'a &#233;t&#233; autrefois par l'&#201;glise catholique. Les &#339;uvres de Marx, comme source de r&#233;v&#233;lation, ont pris la place de la Bible et du Coran, bien qu'elles ne soient pas plus exemptes de contradictions et d'obscurit&#233;s que ces premiers livres saints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le marxisme pratique a balay&#233; sans remords tous les syst&#232;mes et illusions id&#233;alistes, il n'en a pas moins d&#233;velopp&#233; lui-m&#234;me des illusions, qui ne sont pas moins douteuses et inv&#233;rifiables que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Elle esp&#232;re, en quelques g&#233;n&#233;rations, modifier les hommes de mani&#232;re &#224; ce qu'ils puissent vivre ensemble dans le nouvel ordre de la soci&#233;t&#233; presque sans friction, et qu'ils fassent leur travail volontairement. En attendant, elle d&#233;place ailleurs les barri&#232;res instinctives qui sont essentielles dans toute soci&#233;t&#233;, elle dirige vers l'ext&#233;rieur les tendances agressives qui menacent toute communaut&#233; humaine, et trouve son appui dans l'hostilit&#233; des pauvres contre les riches, et des impuissants contre les anciens. d&#233;tenteurs du pouvoir. Mais une telle alt&#233;ration de la nature humaine est tr&#232;s improbable. L'enthousiasme avec lequel la populace suit actuellement l'exemple bolch&#233;vique, tant que le nouvel ordre est incomplet et menac&#233; de l'ext&#233;rieur, ne donne aucune garantie pour l'avenir, lorsqu'il sera pleinement &#233;tabli et ne sera plus en danger. Exactement comme la religion, le bolchevisme est oblig&#233; de d&#233;dommager ses croyants des souffrances et des privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche. tant que le nouvel ordre est incomplet et menac&#233; de l'ext&#233;rieur, ne donne aucune garantie pour l'avenir, lorsqu'il sera pleinement &#233;tabli et ne sera plus en danger. Exactement comme la religion, le bolchevisme est oblig&#233; de d&#233;dommager ses croyants des souffrances et des privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche. tant que le nouvel ordre est incomplet et menac&#233; de l'ext&#233;rieur, ne donne aucune garantie pour l'avenir, lorsqu'il sera pleinement &#233;tabli et ne sera plus en danger. Exactement comme la religion, le bolchevisme est oblig&#233; de d&#233;dommager ses croyants des souffrances et des privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche. quand il sera pleinement &#233;tabli et ne sera plus en danger. Exactement comme la religion, le bolchevisme est oblig&#233; de d&#233;dommager ses croyants des souffrances et des privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche. quand il sera pleinement &#233;tabli et ne sera plus en danger. Exactement comme la religion, le bolchevisme est oblig&#233; de d&#233;dommager ses croyants des souffrances et des privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche. Le bolchevisme est oblig&#233; de compenser ses croyants pour les souffrances et les privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche. Le bolchevisme est oblig&#233; de compenser ses croyants pour les souffrances et les privations de la vie pr&#233;sente en leur promettant une vie meilleure dans l'au-del&#224;, dans laquelle il n'y aura pas de besoins insatisfaits. Il est vrai que ce paradis est d'&#234;tre dans ce monde ; il sera &#233;tabli sur la terre, et sera inaugur&#233; dans un temps mesurable. Mais rappelons-nous que les Juifs, dont la religion ne conna&#238;t pas l'outre-tombe, attendaient aussi la venue du Messie ici-bas, et que le Moyen Age chr&#233;tien a constamment cru que le Royaume de Dieu &#233;tait proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que sera la r&#233;ponse du bolchevisme &#224; ces critiques. &#171; Jusqu'&#224; ce que les hommes aient chang&#233; de nature &#187;, dira-t-il, &#171; il faut employer les m&#233;thodes qui sont efficaces avec eux aujourd'hui. On ne peut se passer de la contrainte dans leur &#233;ducation ou d'une interdiction de penser ou d'appliquer la force, voire l'effusion du sang ; et si l'on n'&#233;veillait pas en eux les illusions dont vous parlez, on ne pourrait les amener &#224; se soumettre &#224; cette contrainte. Et il pourrait nous demander poliment de dire comment cela pourrait &#234;tre fait autrement. &#192; ce stade, nous devrions &#234;tre vaincus. Je ne devrais savoir aucun conseil &#224; donner. Je dois admettre que les conditions de cette exp&#233;rience m'auraient emp&#234;ch&#233;, ainsi que des gens comme moi, de l'entreprendre ; mais nous ne sommes pas les seuls concern&#233;s. Il y a aussi des hommes d'action, in&#233;branlables dans leurs convictions, insensibles au doute, et insensibles aux souffrances de quiconque se dresse entre eux et leur objectif. C'est gr&#226;ce &#224; de tels hommes que la formidable tentative d'instituer un nouvel ordre de soci&#233;t&#233; de ce genre est actuellement men&#233;e en Russie. Au moment o&#249; de grandes nations d&#233;clarent qu'elles n'attendent leur salut que d'une adh&#233;sion ind&#233;fectible &#224; la pi&#233;t&#233; chr&#233;tienne, le bouleversement de la Russie &#8211; malgr&#233; tous ses aspects affligeants &#8211; semble porteur d'un avenir meilleur. Malheureusement, ni nos propres appr&#233;hensions ni la croyance fanatique de l'autre c&#244;t&#233; ne nous donnent aucune indication sur la fa&#231;on dont l'exp&#233;rience se d&#233;roulera. L'avenir nous apprendra. Peut-&#234;tre cela montrera-t-il que la tentative a &#233;t&#233; faite pr&#233;matur&#233;ment et qu'une modification fondamentale de l'ordre social aura peu d'espoir de succ&#232;s jusqu'&#224; ce que de nouvelles d&#233;couvertes soient faites qui augmenteront notre contr&#244;le sur les forces de la nature, et rendront ainsi plus facile la satisfaction de notre vie. besoins. Il se peut que ce n'est qu'alors qu'il sera possible d'&#233;merger un nouvel ordre de soci&#233;t&#233; qui non seulement bannira le besoin mat&#233;riel des masses, mais en m&#234;me temps r&#233;pondra aux exigences culturelles des hommes individuels. Mais m&#234;me ainsi nous aurons encore &#224; lutter pendant un temps ind&#233;fini avec les difficult&#233;s que la nature intraitable de l'homme met sur le chemin de toute sorte de communaut&#233; sociale. Il se peut que ce n'est qu'alors qu'il sera possible d'&#233;merger un nouvel ordre de soci&#233;t&#233; qui non seulement bannira le besoin mat&#233;riel des masses, mais en m&#234;me temps r&#233;pondra aux exigences culturelles des hommes individuels. Mais m&#234;me ainsi nous aurons encore &#224; lutter pendant un temps ind&#233;fini avec les difficult&#233;s que la nature intraitable de l'homme met sur le chemin de toute sorte de communaut&#233; sociale. Il se peut que ce n'est qu'alors qu'il sera possible d'&#233;merger un nouvel ordre de soci&#233;t&#233; qui non seulement bannira le besoin mat&#233;riel des masses, mais en m&#234;me temps r&#233;pondra aux exigences culturelles des hommes individuels. Mais m&#234;me ainsi nous aurons encore &#224; lutter pendant un temps ind&#233;fini avec les difficult&#233;s que la nature intraitable de l'homme met sur le chemin de toute sorte de communaut&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, Permettez-moi pour conclure de r&#233;sumer ce que j'avais &#224; dire sur le rapport de la psychanalyse &#224; la question d'une Weltanschauung . La psychanalyse n'est pas, &#224; mon avis, en mesure de cr&#233;er sa propre Weltanschauung . Elle n'a pas besoin de le faire, car c'est une branche de la science, et elle peut souscrire &#224; la Weltanschauung scientifique. Cette derni&#232;re, cependant, ne m&#233;rite gu&#232;re un nom aussi ronflant, car elle ne prend pas tout dans son champ, elle est incompl&#232;te et elle ne pr&#233;tend nullement &#224; l'exhaustivit&#233; ni &#224; la constitution d'un syst&#232;me. La pens&#233;e scientifique en est encore &#224; ses balbutiements ; il y a un tr&#232;s grand nombre de grands probl&#232;mes auxquels il n'a pas encore &#233;t&#233; en mesure de faire face. Une Weltanschauungfond&#233;e sur la science a, outre l'accent qu'elle met sur le monde r&#233;el, des caract&#233;ristiques essentiellement n&#233;gatives, telles qu'elle se limite &#224; la v&#233;rit&#233; et rejette les illusions. Ceux de nos semblables qui ne sont pas satisfaits de cet &#233;tat de choses et qui d&#233;sirent quelque chose de plus pour leur tranquillit&#233; d'esprit momentan&#233;e peuvent le chercher l&#224; o&#249; ils peuvent le trouver. Nous ne les bl&#226;merons pas de le faire ; mais nous ne pouvons pas les aider et ne pouvons pas changer notre propre fa&#231;on de penser &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Pour se placer au-dessus du r&#232;gne animal, l'homme minimise les capacit&#233;s animales !!!</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article5580</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article5580</guid>
		<dc:date>2020-11-19T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il n'est pas b&#226;tisseur, cet oiseau nidificateur l&#224; ?!!! Pour se placer au-dessus du r&#232;gne animal, l'homme minimise les capacit&#233;s animales !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il annonce qu'il est le seul &#224; utiliser des outils ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pr&#233;tend qu'il est le seul &#224; rire ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il affirme qu'il est le seul &#224; concevoir une vie sociale collective ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il d&#233;cr&#232;te qu'il est le seul &#224; penser la solidarit&#233; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se croit le seul &#224; &#234;tre sensible au malheur de son semblable ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il affirme que son intelligence est sans pareil ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas b&#226;tisseur, cet oiseau nidificateur l&#224; ?!!!&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_13669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-10.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour se placer au-dessus du r&#232;gne animal, l'homme minimise les capacit&#233;s animales !!!&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il annonce qu'il est le seul &#224; utiliser des outils !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pr&#233;tend qu'il est le seul &#224; rire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il affirme qu'il est le seul &#224; concevoir une vie sociale collective !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;cr&#232;te qu'il est le seul &#224; penser la solidarit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se croit le seul &#224; &#234;tre sensible au malheur de son semblable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il affirme que son intelligence est sans pareil !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pr&#233;tend que les animaux ne sont pas sensibles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se raconte qu'il a d&#233;pass&#233; les instincts animaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il veut imaginer que son cerveau n'est pas celui d'un chasseur-cueilleur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se prend pour le plus grand b&#226;tisseur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il assure que l'empathie ne concerne que lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il annonce avec assurance que les animaux ne parlent pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, non seulement il domine le r&#232;gne animal mais cette domination est celle de l'intelligence, de la pens&#233;e, du cerveau et des capacit&#233;s cognitives !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien de tout cela n'est vrai et le peu qui n'est pas compl&#232;tement faux est tr&#232;s exag&#233;r&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oiseau sait utiliser des outils puisqu'il en utilise pour fabriquer son nid !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le castor est capable d'initiatives au point de construire &#224; toute vitesse un barrage en bois pour d&#233;tourner et bloquer une pollution aux hydrocarbures !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dauphin peut organiser une protection collective d'un homme menac&#233; par les requins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction de la ruche, c'est bel et bien de l'intelligence animale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les animaux sont capables d'avoir un langage et leur discours n'est pas seulement un message r&#233;p&#233;titif et caract&#233;ristique de l'esp&#232;ce : c'est un message individuel et adapt&#233; aux circonstances !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cynoc&#233;phales sont capables d'organiser une chasse collective avec pi&#232;ges astucieux pour attraper un l&#233;opard qui enl&#232;ve leurs enfants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ne est capable d'intelligence et d'humour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bact&#233;ries sont capables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, bien s&#251;r, les singes sont capables&#8230; et pas seulement parce qu'ils ont les m&#234;mes anc&#234;tres que l'homme !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on l'&#233;coute, l'homme serait le seul &#224; ressentir les sentiments (humains !), &#224; utiliser un langage (humain !), &#224; avoir une pens&#233;e (humaine !), &#224; construire des fabrications (humaines)&#8230; mais les animaux ont des sentiments, communiquent au travers de langages, pensent, inventent, construisent, cr&#233;ent, ressentent, aiment, souffrent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1613&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme et le singe, une comparaison instructive&#8230; pour l'homme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2270&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ils sont b&#234;tes ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4081&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ils ne savent pas rire ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3339&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;B&#234;te comme un &#226;ne ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2420&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme est le seul &#224; disposer du langage ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4369&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme est le seul &#224; utiliser des outils ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4637&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le dauphin est&#8230; b&#234;te ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4096&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'empathie est le propre de l'homme ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4589&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Incapables d'imagination, d'intelligence, d'innovation, les animaux ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2974&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme est-il sup&#233;rieur &#224; l'animal ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3685&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme est au centre ou au sommet du monde ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article4023&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des films qui montrent &#224; quel point nous vivons dans un mensonge sur la vie animale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3303&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme cherche souvent &#224; le nier et pourtant l'amiti&#233; entre animaux, &#231;a existe bel et bien !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4270&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quel est le propre de l'homme ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve804&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme est le seul animal capable de&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3047&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme ob&#233;it-il &#224; des instincts comme l'animal ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3956&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'homme et l'animal&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2336&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment les primates ont modifi&#233; la pens&#233;e des hommes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4421&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'intelligence du Vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Evolution et G&#233;n&#233;tique, model&#233;s par les modifications dans l'organisation des r&#233;troactions des g&#232;nes et des prot&#233;ines</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4694</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article4694</guid>
		<dc:date>2017-11-28T00:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#034;L'histoire de la vie ressemble &#224; un gigantesque &#233;lagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lign&#233;e, lesquelles peuvent ensuite subir une diff&#233;renciation ; mais elle ne ressemble pas &#224; cette mont&#233;e r&#233;guli&#232;re de l'existence, de la complexit&#233; et de la diversit&#233;, comme on le raconte traditionnellement.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La vie est belle&#034;, Stephen Jay Gould &lt;br class='autobr' /&gt; Evolution et G&#233;n&#233;tique, model&#233;s par les modifications dans l'organisation des r&#233;troactions des g&#232;nes et des prot&#233;ines &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution des esp&#232;ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#034;L'histoire de la vie ressemble &#224; un gigantesque &#233;lagage ne laissant survivre qu'un petit nombre de lign&#233;e, lesquelles peuvent ensuite subir une diff&#233;renciation ; mais elle ne ressemble pas &#224; cette mont&#233;e r&#233;guli&#232;re de l'existence, de la complexit&#233; et de la diversit&#233;, comme on le raconte traditionnellement.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La vie est belle&#034;, Stephen Jay Gould&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Evolution et G&#233;n&#233;tique, model&#233;s par les modifications dans l'organisation des r&#233;troactions des g&#232;nes et des prot&#233;ines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des esp&#232;ces vivantes fond&#233;e sur la biochimie du vivant provient-elle uniquement de la d&#233;rive du copiage des macromol&#233;cules entra&#238;nant des changements de leur contenu mol&#233;culaire ou de changements de l'organisation des interactions des g&#232;nes hom&#233;otiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit la th&#232;se du &#171; tout g&#233;n&#233;tique &#187; ? Eh bien que tout d&#233;coule de la composition chimique et donc du contenu des macromol&#233;cules de la g&#233;n&#233;tique (ADN, ARN et prot&#233;ines pour l'essentiel). Et que la base de l'&#233;volution comme de la conservation des esp&#232;ces vivantes est &#224; chercher exclusivement dans le contenu en termes biochimiques de ces mol&#233;cules. Si on le change suffisamment et efficacement (de mani&#232;re viable), on change l'esp&#232;ce. Si on ne le change pas (ou trop peu), on conserve l'esp&#232;ce m&#234;me si l'individu est diff&#233;rent. Si on a des bras, c'est parce qu'on a des g&#232;nes de bras. Si on est un singe, c'est parce qu'on a des g&#232;nes de singe. Et si on est plus particuli&#232;rement un chimpanz&#233;, c'est qu'on a des g&#232;nes de chimpanz&#233;. Ce qui diff&#233;rencierait ces g&#232;nes particuliers des autres, ce serait seulement leur contenu en termes chimiques, c'est-&#224;-dire leur contenu mol&#233;culaire et cette th&#232;se affirme que la base m&#234;me de toute l'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces vivantes, de la variation qui permet ensuite la s&#233;lection, proviendrait d'erreurs de duplication des macromol&#233;cules du vivant, celles-ci se reproduisant &#171; normalement &#187; &#224; l'identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la th&#232;se courante et officielle et nous allons nous autoriser &#224; y repenser de mani&#232;re critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble aujourd'hui &#234;tre une th&#232;se incontestable et m&#234;me indiscutable qui relie la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution et la th&#233;orie g&#233;n&#233;tique du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, nous allons essayer de la discuter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons souligner l'existence de bien d'autres &#233;l&#233;ments dans la fabrication d'une identit&#233; de l'&#234;tre vivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; agitation d&#233;stabilisant l'organisation structur&#233;e des interactions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; modifications de la rythmologie des cha&#238;nes de r&#233;actions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; agitation perturbant la disposition des mol&#233;cules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;sactivation des g&#232;nes et inhibition de cette d&#233;sactivation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; formation d'organigrammes de r&#233;actions successives et leur modification&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; inhibition des m&#233;canismes de contr&#244;le ou mobilisation de ceux-ci du fait d'agressions ext&#233;rieures&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;demment cit&#233;s ne sont pas &#224; proprement parler g&#233;n&#233;tiques mais &#233;pig&#233;n&#233;tiques, c'est-&#224;-dire agissant en lisi&#232;re du g&#233;n&#233;tique sans modifier directement le contenu des g&#232;nes, mais en modifiant cependant les esp&#232;ces produites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons surtout critiquer toutes les propositions d'explication de la vie par des m&#233;canismes &#171; pour &#187; (pour survivre, pour procr&#233;er plus et mieux, pour &#234;tre favoris&#233;, pour se nourrir, pour r&#233;ussir, pour fabriquer tel organisme, pour obtenir telle sp&#233;cialisation ou telle fonction, ou m&#234;me pour construire telle esp&#232;ce&#8230;) et la n&#233;cessit&#233; d'interpr&#233;tations par des m&#233;canismes &#171; contre &#187; (par &#233;limination, par apoptose ou mort programm&#233;e, par inhibition et par inhibition de l'inhibition, par s&#233;lection au moyen de la destruction des autres, par choix des cibles plut&#244;t que par choix des &#234;tres ou des cellules sauv&#233;s ou fabriqu&#233;s). Au lieu de l'action positive, le vivant a besoin de la contradiction dialectique : ce qui vit a d&#233;truit ou inhib&#233; la mort, ce qui r&#233;ussit n'est pas ce qui a &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233; pour vivre et procr&#233;er mais ce qui n'a pas &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233; par la faucheuse&#8230; Il ne convient pas de rechercher les causes du succ&#232;s des uns, mais celles de la suppression des autres&#8230; Et m&#234;me dans les causes de mort, il faut chercher des m&#233;canismes de n&#233;gation et non d'affirmation. On ne meurt que parce que le m&#233;canisme d'inhibition de la mort est lui-m&#234;me inhib&#233;. On n'&#233;volue que parce que le m&#233;canisme d'&#233;volution, qui &#233;tait naturellement inhib&#233;, voit son inhibition elle-m&#234;me&#8230; inhib&#233;e !!! Un renversement de perspective en somme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les expressions positives comme adaptation, &#233;ducation, apprentissage, m&#233;morisation, sp&#233;cialisation, complexification, organisation, s&#233;lection positive (des plus aptes, des plus efficaces, des plus procr&#233;ateurs, des plus adapt&#233;s) doivent &#234;tre abandonn&#233;es car le vivant ne vit pas &#171; pour &#187; satisfaire &#224; un but, &#224; un dessein, r&#233;pondre &#224; un programme, suivre un cheminement pr&#233;d&#233;termin&#233; ni m&#234;me suivre son destin, mais parce que les lois dynamiques de la mati&#232;re composent ce mixage dialectique de hasard et de n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu biochimique des macromol&#233;cules du vivant sont certes plus convergentes pour un m&#234;me individu du d&#233;but &#224; la fin de sa vie, pour deux individus d'une m&#234;me famille, pour deux vari&#233;t&#233;s au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce, pour deux individus d'esp&#232;ces proches dans l'histoire de l'&#233;volution, pour deux individus de genres proches, etc., que pour des individus plus &#233;loign&#233;s mais cela ne suffit pas du tout &#224; r&#233;pondre &#224; la question. En effet, c'est affirmer une &#233;vidence. Du moment que des esp&#232;ces se sont s&#233;par&#233;es, leur mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique va diverger progressivement du simple fait qu'il n'y a pas recomposition et que les esp&#232;ces diff&#233;rentes ne vont pas se croiser et avoir de descendance. Cela ne nous dit pas si l'origine m&#234;me de la divergence est le contenu biochimique des g&#232;nes ou une autre raison comme des s&#233;parations dues &#224; la g&#233;ographie, par l'isolement, &#224; la sexualit&#233;, par le changement des habitudes, &#224; l'apparence ext&#233;rieure, par la transformation de l'attirance, au changement des rythmes, des coutumes, des modes d'alimentation, etc. Si c'est le cas, l'&#233;volution du contenu des g&#232;nes viendra alors comme une cons&#233;quence et non comme une cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commencerons donc par nous demander s'il est vrai que &#171; l'ours est l'animal qui a des g&#232;nes d'ours &#187; et que le bras provient de &#171; l'animal qui a des g&#232;nes de bras &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement, nous ne verrons pas dans le vivant des constructions &#171; pour &#187; : des ailes pour voler, des poumons respirer, des nageoires pour nager, des cerveaux pour penser, des m&#233;canismes de l'h&#233;r&#233;dit&#233; pour h&#233;riter, mais nous ne trouverons pas des g&#232;nes pour le bras, des g&#232;nes pour l'ours, des g&#232;nes pour la bact&#233;rie, ni des g&#232;nes pour le singe et d'autres pour l'homme&#8230; Nous verrons, au contraire, que les g&#232;nes d'un &#234;tre vivant ont la particularit&#233;&#8230; de fonctionner sur tous les autres &#234;tres vivants !!! C'est l'unit&#233; du vivant qui l'emporte sur la particularit&#233; des vari&#233;t&#233;s et la particularit&#233; ne peut donc pas &#234;tre cherch&#233;e dans la particularit&#233; des choses, des mol&#233;cules par exemple, mais dans celle de l'histoire, toujours sujette &#224; des changements au hasard m&#234;me s'ils restent sous la dictature des lois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu bien des versions de l'explication du vivant, depuis l'ordre issu de l'ordre, le d&#233;sordre issu de l'ordre, l'ordre issu du d&#233;sordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dirions plut&#244;t pour notre part le mixage dialectique ordre/d&#233;sordre de la mati&#232;re produisant des niveaux suppl&#233;mentaires d'organisation, appel&#233;s vivants, eux-m&#234;mes fond&#233;s sur la dialectique ordre/d&#233;sordre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les horloges du vivant &#187; de Jean Chaline :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le vivant est organis&#233; selon une hi&#233;rarchie ascendante de niveaux d'int&#233;gration de plus en plus &#233;lev&#233;s et de plus en plus complexes qui concernent tout d'abord la formation des individus, depuis les bases, les g&#232;nes, chromosomes, cellules, organes jusqu'aux organismes, et au-del&#224; les groupements d'individus en populations, puis en esp&#232;ces, en biomes, jusqu'&#224; la constitution de l'ensemble de la biosph&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on analyse les niveaux sup&#233;rieurs &#224; l'esp&#232;ce, les genres, les familles, les ordres et les embranchements, les interm&#233;diaires graduels entre les esp&#232;ces ou les plans d'organisation pr&#233;vus par la th&#233;orie gradualiste &#224; l'&#233;poque de Darwin ne sont pas obligatoires, puisque les mutations des g&#232;nes de r&#233;gulation peuvent enclencher un saut morphologique majeur imm&#233;diat entre l'anc&#234;tre et le descendant en une ou deux g&#233;n&#233;rations&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple mutation peut changer un caract&#232;re, de multiples caract&#232;res, un ou plusieurs organes, une esp&#232;ce en une autre, un plan d'organisation en un autre. Par rapport au stade synth&#233;tique (de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#8211; note M et R) le r&#244;le des mutations a &#233;t&#233; reconsid&#233;r&#233; et leurs r&#233;sultats amplifi&#233;s, puisqu'on ne savait pas qu'elles pouvaient, sans dommage, restructurer l'organisme. La grande ampleur des effets des mutations hom&#233;otiques a &#233;t&#233; envisag&#233;e par Golschmidt, mais non retenue &#224; l'&#233;poque car contraire aux id&#233;es g&#233;n&#233;tiques de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aujourd'hui qu'il y a des g&#232;nes de structure qui conditionnent la formation des prot&#233;ines, et des g&#232;nes de r&#233;gulation qui contr&#244;lent le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a montr&#233; que l'organisme se construit selon des structures modulaires ind&#233;pendantes&#8230; Il semble aussi que les innovations correspondent souvent &#224; des remaniements de structures pr&#233;existantes par des changements de fonction des g&#232;nes impliqu&#233;s. Ces r&#233;sultats confortent ainsi l'id&#233;e de Fran&#231;ois Jacob, selon laquelle l'&#233;volution r&#233;sulte d'un vaste bricolage qui modifie constamment les structures pr&#233;existantes par des remaniements vari&#233;s, d&#233;l&#233;tions ou adjonctions qui permettent parfois d'&#233;chapper aux contraintes de construction qui sont, par d&#233;finition, tr&#232;s coercitives&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alt&#233;rations de la chronologie du d&#233;veloppement, d&#233;crites par la pal&#233;ontologie avec les acc&#233;l&#233;rations et d&#233;c&#233;l&#233;rations, les raccourcissements et allongements de la p&#233;riode de croissance constituent une m&#233;canique du changement morphologique, qui accompagne l'&#233;volution des esp&#232;ces. Ces processus &#233;volutifs, qui relient les deux niveaux majeurs de l'organisation hi&#233;rarchique du vivant que sont le programme g&#233;n&#233;tique et la morphologie des individus, sont contr&#244;l&#233;s en partie par des g&#232;nes de r&#233;gulation du d&#233;veloppement, les fameux g&#232;nes Hox et sans doute d'autres encore mal connus. Ces g&#232;nes architectes permettent de comprendre les grands changements morphologiques et le d&#233;couplage entre g&#233;n&#233;tique et morphologie, c'est-&#224;-dire l'absence de liaison lin&#233;aire entre les deux niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes &#233;volutifs in&#233;dits apportent aujourd'hui une nouvelle cl&#233; de lecture de l'&#233;volution, celle de v&#233;ritables &#171; horloges du vivant &#187; qui interviennent tout au long du d&#233;veloppement, &#224; des moments pr&#233;cis, pendant des dur&#233;es d&#233;finies et des rythmes variables...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair aujourd'hui que ce sont les mutations des g&#232;nes de r&#233;gulation qui sont &#224; l'origine des changements majeurs qui jalonnent l'histoire de la vie, notamment des plans d'organisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on fait le bilan du stade &#171; synth&#233;tique &#187; de la th&#233;orie, m&#234;me en se limitant aux concepts majeurs comme ceux du m&#233;canisme g&#233;n&#233;tique graduel de l'accumulation des milliers ou millions de petites mutations tri&#233;es en permanence par la s&#233;lection naturelle ou de l'adaptation, alors il est bien &#233;vident que l'explication n&#233;o-darwinienne est incapable de justifier l'apparition brutale des innovations morphologiques ou la mise en place des plans d'organisation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inad&#233;quation de certains aspects de la th&#233;orie ne signifie absolument pas que la th&#233;orie de l'&#233;volution soit &#224; rejeter dans son ensemble comme voudraient le faire croire un certain nombre de critiques &#224; motivations cr&#233;ationnistes plus ou moins bien dissimul&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alt&#233;rations du d&#233;veloppement mises en &#233;vidence en pal&#233;ontologie et en biologie par Haeckel, Garstang, Bolk, Gould, Alberch, McNamara, Dommergues, Reilly et de nombreux autres sp&#233;cialistes constituent certainement un concept central du nouveau stade de la th&#233;orie de l'&#233;volution. La m&#233;canique h&#233;t&#233;rochronique qui touche la chronologie du d&#233;veloppement, tronqu&#233; (hypomorphose) ou allong&#233; (hypermorphose), sa vitesse, d&#233;c&#233;l&#233;r&#233;e ou acc&#233;l&#233;r&#233;e, le moment plus pr&#233;coce (pr&#233;-d&#233;plac&#233;) ou plus tardif (post-d&#233;plac&#233;) d'&#233;mission du signal d'induction de la formation d'un organe, permet de comprendre la logique du bricolage embryologique qui s'effectue entre un anc&#234;tre et son descendant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Britten et Davidson consid&#232;rent quatre types de g&#232;nes : les g&#232;nes de structure servent &#224; former les prot&#233;ines de l'esp&#232;ce, les g&#232;nes r&#233;gulateurs sont en relation avec des g&#232;nes int&#233;grateurs, eux-m&#234;mes li&#233;s &#224; des g&#232;nes r&#233;cepteurs en prise directe avec des sondes branch&#233;es sur l'environnement. Ces g&#232;nes int&#233;grateurs peuvent &#234;tre les g&#232;nes thermo-activables qui &#233;tablissent une relation directe entre le g&#233;nome et la temp&#233;rature de l'environnement. Parmi les g&#232;nes int&#233;grateurs, il faut sans doute aussi placer les g&#232;nes commutateurs qui inhibent ou activent d'autres g&#232;nes ayant une fonction particuli&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande innovation de cette fin de si&#232;cle en &#233;volution, c'est sans doute la mise en &#233;vidence du r&#244;le des &#171; hom&#233;obo&#238;tes &#187; ou des g&#232;nes Hox, en particulier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces g&#232;nes Hox correspondent &#224; des s&#233;quences d'ADN tr&#232;s semblables codant des zones d'hom&#233;odomaines. Ces prot&#233;ines, lorsqu'elles se fixent sur l'ADN dans une r&#233;gion de r&#233;gulation du g&#232;ne, sont capables d'activer ou d'inhiber le g&#232;ne, donc de produire ou d'emp&#234;cher la fabrication d'une prot&#233;ine. Les g&#232;nes Hox sont activ&#233;s, puis dupliqu&#233;s en ARN messagers qui contr&#244;lent la synth&#232;se des prot&#233;ines Hox, l'identit&#233; et la position des cellules embryonnaires le long de l'axe t&#234;te-queue, dorso-ventralement ou dans les membres et, enfin, activent certaines cellules embryonnaires pendant un temps limit&#233; dans un emplacement d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces g&#232;nes qui font fonctionner la m&#233;canique des horloges du vivant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque niveau d'organisation du vivant, des sauts morphologiques ou des ponctuations entre esp&#232;ces sont dus &#224; l'existence d'une m&#233;canique saltatoire qui intervient au niveau de l'ADN, des chromosomes et des d&#233;r&#232;glements de la chronologie des diverses phases du d&#233;veloppement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard qui g&#232;re les mutations est fortement limit&#233;, encadr&#233; peut-on dire, par les contraintes biochimiques propres du vivant : les quatre bases de l'ADN, les canalisations li&#233;es aux contraintes du d&#233;veloppement embryonnaire, des hom&#233;og&#232;nes et des h&#233;t&#233;rochronies. Si le hasard joue un r&#244;le important dans l'&#233;volution, c'est un hasard d&#233;sormais contenu entre des barri&#232;res tr&#232;s strictes. Ce sont ces contraintes canalisantes qui ont fait croire &#224; certains &#224; l'existence de l'orthogen&#232;se ou d'une finalit&#233; de l'&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les qualificatifs hi&#233;rarchique, saltatoire, &#233;v&#233;nementiel, contingent et chaotique expriment la nouvelle dimension globale de la th&#233;orie de l'&#233;volution et la rapprochent des th&#233;ories des sciences physiques expliquant la constitution et l'&#233;volution g&#233;n&#233;rale de l'univers. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ni dieu ni g&#232;ne &#187; de Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonigo :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourquoi avons-nous des bras ? Parce que nos g&#232;nes portent le programme des bras. Pourquoi avons-nous des yeux ? Parce que nos g&#232;nes portent le programme des yeux ? Pourquoi l'oiseau vit-il dans les arbres ? Parce que Dieu l'a voulu ainsi. Ces r&#233;ponses n'en sont pas. (&#8230;) La g&#233;n&#233;tique, en consid&#233;rant que la structure de l'organisme est programm&#233;e, ne peut en g&#233;n&#233;rer une explication. L'explication et repouss&#233;e ailleurs, dans les cieux ou dans les mol&#233;cules, et reste une illusion&#8230; L'ADN existe certainement. Mais il ne constitue pas la cause, le d&#233;terminant, le cr&#233;ateur de l'organisme. Les biologistes ont r&#234;v&#233; d'un d&#233;miurge accessible, lisible dans le monde des mol&#233;cules. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement y lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le r&#233;ductionnisme est une forme de mat&#233;rialisme, fonctionnant avec des concepts id&#233;alistes emprunt&#233;s &#224; la m&#233;taphysique de l' &#171; arbre de Porphyre &#187;. (Porphyre &#233;tait un philosophe qui v&#233;cut au IIIe si&#232;cle de notre &#232;re et r&#233;digea un petit ouvrage, l' &#171; Isagoge &#187;, ouvrage de vulgarisation &#224; but p&#233;dagogique&#8230; qui d&#233;crit les rapports hi&#233;rarchiques entre genres et esp&#232;ces&#8230; Ainsi, l'esp&#232;ce est g&#233;n&#233;r&#233;e par l'addition de diff&#233;rences sp&#233;cifiques qui divisent progressivement les genres du plus g&#233;n&#233;ral au plus sp&#233;cial&#8230; La physique a progressivement renonc&#233; &#224; la sp&#233;cificit&#233; pour caract&#233;riser les objets par des param&#232;tres variables et mesurables&#8230; Avec la sp&#233;cificit&#233;, c'est la finalit&#233; qui a disparu de la science&#8230; Un &#233;lectron n'a pas un caract&#232;re sp&#233;cifique, c'est une particule qui a une certaine charge, masse, &#233;nergie, etc. Elle n'a pas une essence et une finalit&#233; qui rel&#232;veraient de sa cr&#233;ation et qui seraient de s'apparier avec un proton ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement y lire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les s&#233;quences d'ADN ne peuvent m&#234;me plus &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des donn&#233;es stables, parce qu'une m&#234;me s&#233;quence peut se comporter diff&#233;remment selon les interactions qui se produisent&#8230; Le changement d'&#233;tat de la chromatine est un processus purement physico-chimique. Lorsqu'un &#233;lastique enroul&#233; sur lui-m&#234;me est l&#226;ch&#233;, il se d&#233;roule spontan&#233;ment en passant par divers &#233;tats de torsion. La chromatine est prise dans une dynamique analogue, qui n'a rien &#224; voir avec un programme. La diff&#233;rence entre un &#233;lastique et la chromatine r&#233;side dans l'apport constant en &#233;nergie dans ce dernier cas, qui permet de reconstituer continuellement des torsions, alors que l'&#233;lastique livr&#233; &#224; lui-m&#234;me reste stable lorsqu'il est d&#233;tendu&#8230; On a longtemps pens&#233; que les mutations ponctuelles devaient jouer un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans l'&#233;volution des esp&#232;ces et que les g&#232;nes avaient d&#251; &#234;tre profond&#233;ment remani&#233;s. Il n'en est rien. L'&#233;volution des esp&#232;ces ne peut pas &#234;tre expliqu&#233;e par les mutations parce que les changements dans la s&#233;quence des g&#232;nes sont insignifiants. Entre l'homme et le singe, les g&#232;nes sont identiques &#224; plus de 99% et la majorit&#233; des variations se trouve dans l'ADN non codant. Les g&#232;nes sont tr&#232;s conserv&#233;s de la levure &#224; l'homme. On peut la plupart du temps les &#233;changer par g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, d'une esp&#232;ce &#224; l'autre, sans cons&#233;quences notables&#8230; Pour tourner cette difficult&#233;, on explique en g&#233;n&#233;ral que ce sont des diff&#233;rences tr&#232;s minimes qui permettent de modifier le programme de diff&#233;renciation. Une autre explication peut &#234;tre donn&#233;e. Si la s&#233;quence d'activation des g&#232;nes d&#233;pend de leur position, pour que cette s&#233;quence change, il suffit que la position des g&#232;nes change par recombinaison pour provoquer une &#233;volution, sans qu'il y ait besoin de mutations. Toutes les r&#233;serves d'ADN non codant pourraient servir &#224; ce processus. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences entre le contenu biochimique des g&#232;nes entre esp&#232;ces sont souvent minimes et n'expliquent nullement des diff&#233;rences consid&#233;rables entre les f&#339;tus et encore plus consid&#233;rables entre les adultes de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces processus g&#233;n&#233;tiques ne sont pas les seuls &#224; l'origine de la diversification des g&#233;nomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, de nombreuses esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales apparaissent suite &#224; l'hybridation de deux esp&#232;ces parents conduisant &#224; un remaniement chromosomique. Cette hybridation peut &#234;tre suivie d'une polyplo&#239;disation, ce qui va fortement modifier le contenu g&#233;n&#233;tique des individus en multipliant le nombre des copies des g&#232;nes. Ces deux m&#233;canismes peuvent conduire &#224; la naissance de nouvelles esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;trovirus semblent avoir aussi jou&#233; un r&#244;le dans l'&#233;volution des esp&#232;ces. Ils ont la capacit&#233; d'int&#233;grer leur g&#233;nome dans celui de la cellule h&#244;te. Si cette int&#233;gration se fait au niveau des cellules germinales et est stable, les g&#232;nes d'origine viraux peuvent &#234;tre transmis &#224; la descendance et conduire &#224; l'acquisition de nouveaux caract&#232;res pouvant favoriser l'apparition d'une nouvelle esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation et la morphologie des organismes d&#233;pendent de l'expression spatiale et temporelle des g&#232;nes hom&#233;otiques. Ce sont des g&#232;nes &#171; architectes &#187; responsables de la mise en place des organes et appendices &#224; un endroit donn&#233; et &#224; un moment donn&#233; du d&#233;veloppement embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutation de l'un de ces g&#232;nes peut conduire &#224; la disparition d'un organe, ou &#224; sa mise en place &#224; un endroit insolite de l'organisme. Elle peut aussi conduire &#224; sa mise en place pr&#233;matur&#233;e ou retard&#233;e. C'est l'h&#233;t&#233;rochronie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la morphologie et l'organisation de l'organisme seront modifi&#233;es au cours du d&#233;veloppement embryonnaire, ce qui pourra donner naissance &#224; une nouvelle esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Jacob d&#233;clarait lors du premier expos&#233; de l'Universit&#233; de tous les Savoirs, le 1er janvier 2000 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a longtemps pens&#233; que les mol&#233;cules de diff&#233;rents organismes &#233;taient enti&#232;rement diff&#233;rentes. Et m&#234;me que c'&#233;tait la nature de leurs mol&#233;cules qui donnait aux organismes leurs propri&#233;t&#233;s et particularit&#233;s. En d'autres termes, que les ch&#232;vres avaient des mol&#233;cules de ch&#232;vres et les escargots des mol&#233;cules d'escargot. Que c'&#233;taient les mol&#233;cules de ch&#232;vre qui donnaient &#224; la ch&#232;vre ses particularit&#233;s. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion ou une poule d'une mouche, c'est moins une diff&#233;rence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Par exemple, ce qui rend un vert&#233;br&#233; diff&#233;rent d'un autre c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans les quantit&#233;s relatives des produits des g&#232;nes au cours du d&#233;veloppement de l'embryon que les petites diff&#233;rences observ&#233;es dans la structure de ces produits. (...) Chez la mouche, qui jouit d'un long pass&#233; g&#233;n&#233;tique, ont &#233;t&#233; mis en &#233;vidence les g&#232;nes qui assurent, dans l'&#339;uf, la mise en place des axes du futur embryon, puis ceux qui d&#233;coupent le corps de l'embryon en segments puis ceux qui d&#233;terminent le destin et la forme de chacun de ces segments. A la stup&#233;faction g&#233;n&#233;rale, ces m&#234;mes g&#232;nes ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s chez tous les animaux examin&#233;s : coup sur coup grenouille, ver, souris et homme. Qui eut dit, il y a encore quinze ans, que les g&#232;nes qui mettent en place le plan d'un &#234;tre humain sont les m&#234;mes que ceux qui fonctionnent chez une mouche ou un ver ? (...) On voit les changements apport&#233;s dans la mani&#232;re de consid&#233;rer l'&#233;volution biochimique. Tant que chaque g&#232;ne, donc chaque prot&#233;ine, &#233;tait regard&#233; comme un objet unique, r&#233;sultat d'une s&#233;quence unique de nucl&#233;otides ou d'acides amin&#233;s, chacun d'eux ne pouvait se former que par une cr&#233;ation nouvelle, de toute &#233;vidence hautement improbable. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le dogme de la fixit&#233; du capital g&#233;n&#233;tique c'est Barbara Mac Clintock qui a effectu&#233; cette r&#233;volution conceptuelle avec ses &#171; g&#232;nes sauteurs &#187;. Elle s'&#233;tait en effet aper&#231;ue que des morceaux entiers de l'ADN pouvaient migrer au sein de la macromol&#233;cule. Beaucoup plus tard sont tomb&#233;s les dogmes un g&#232;ne/une mol&#233;cule, un g&#232;ne d'une esp&#232;ce/une prot&#233;ine de cette esp&#232;ce ou un ADN/une esp&#232;ce. Un ADN peut tout &#224; fait produire des prot&#233;ines qui ne conviennent pas &#224; l'esp&#232;ce. Et des mol&#233;cules d'une ou des g&#232;nes d'une autre esp&#232;ce peuvent parfaitement fonctionner sur une autre esp&#232;ce. On s'est &#233;galement aper&#231;u du r&#244;le des parties non codantes de l'ADN et de leur diminution au cours de l'existence, de leur r&#244;le dans le vieillissement, dans les erreurs de r&#233;plication. On a enfin constat&#233; leur r&#244;le dans le repliement de la macromol&#233;cule, repliement qui d&#233;termine la position st&#233;r&#233;oscopique de la mol&#233;cule et, du coup, l'action ou l'inaction de certains g&#232;nes. Au final, on s'est aper&#231;u que tout n'est pas &#233;crit dans les commandes de l'ADN. Les prot&#233;ines jouent un r&#244;le actif. Elles servent notamment &#224; surveiller que l'ADN ne produit pas des mol&#233;cules &#233;trang&#232;res (prot&#233;ines chaperon). Mais les prot&#233;ines peuvent interagir avec l'ext&#233;rieur. En somme le milieu peut interagir avec le fonctionnement g&#233;n&#233;tique par des moyens le plus souvent &#233;pig&#233;n&#233;tiques, c'est-&#224;-dire sans modifier n&#233;cessairement le contenu biochimique des g&#232;nes. Il en ressort une image de la vie tr&#232;s diff&#233;rente dans laquelle l'ordre est issu du d&#233;sordre, de l'interaction entre mol&#233;cules et les liaisons, r&#233;alis&#233;es au hasard. L'image qui ressort des derniers d&#233;veloppements scientifiques sur le vivant est aussi une vision bien plus active que celle d'un capital g&#233;n&#233;tique fig&#233;, enti&#232;rement d&#233;fini par le contenu des g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, d'une esp&#232;ce &#224; l'autre, ce n'est pas seulement l'existence de telle ou telle constituant qui forme le g&#232;ne, c'est l'activation ou l'inhibition des g&#232;nes. C'est l'ordre de leurs interventions et leurs interactions plut&#244;t que le seul contenu biochimique de l'ADN. La g&#233;n&#233;tique est caract&#233;ris&#233;e par une organisation des r&#233;actions en cha&#238;ne, une dynamique des interactions prot&#233;ines/ADN. Chaque esp&#232;ce est li&#233;e &#224; un encha&#238;nement particulier, un esp&#232;ce de cycle des interactions des g&#232;nes. La structure qui r&#233;gule l'ordre des interactions peut changer brutalement. Lorsqu'il s'agit de changement touchant des g&#232;nes dits hom&#233;otiques, cela m&#232;ne au changement d'esp&#232;ce. Certains de ces g&#232;nes pilotent les plans d'organisation. Une modification de leur ordre d'intervention peut produire des transformations consid&#233;rables du d&#233;veloppement du corps. On peut ainsi interpr&#233;ter les sauts de l'&#233;volution du vivant qu'il est l&#233;gitime d'appeler de v&#233;ritables r&#233;volutions. Qu'il s'agisse de l'apparition d'un nouvel organe, d'un nouveau fonctionnement collectif des organes, d'une nouvelle structure du corps, d'un nouveau mode de d&#233;placement ou d'un nouveau mode de reproduction, on parle toujours d'&#233;volution des esp&#232;ces alors que le terme serait plut&#244;t de r&#233;volution des esp&#232;ces. La science ne nie plus l'existence des sauts qualitatifs spontan&#233;s caus&#233;s par les lois de la nature et n'a plus besoin des miracles pour les qualifier. La science ne cherchera pas plus de cha&#238;non manquant d'une &#233;volution pr&#233;tendument progressive. Il n'y a pas plus de continuit&#233; entre un &#234;tre vivant d&#233;pourvu de colonne vert&#233;brale et un vert&#233;br&#233; qu'entre une masse de gaz se concentrant et se r&#233;chauffant et une &#233;toile. Pas plus que l'on ne cherchera des &#233;tapes graduelles entre les &#233;tats de gaz, liquide et solide, nul ne peut pr&#233;tendre concevoir un d&#233;veloppement continu et sans saut de la bact&#233;rie &#224; l'homme ! Il est impossible d'appeler &#233;volution le passage de la vie sans oxyg&#232;ne (forme de vie o&#249; l'oxyg&#232;ne &#233;tait m&#234;me un poison) &#224; la vie fond&#233;e sur l'oxyg&#232;ne ! Impossible &#233;galement d'appeler &#233;volution le passage des unicellulaires aux pluricellulaires ! Impossible d'appeler &#233;volution les grandes disparitions d'esp&#232;ces ou encore les p&#233;riodes d'explosion de la biodiversit&#233; (comme Burgess et Ediacara).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Gehring faisait l'exp&#233;rience (expos&#233;e dans &#171; La drosophile aux yeux rouges &#187;) : inoculer un g&#232;ne ma&#238;tre d'&#339;il de souris &#224; une mouche drosophile. Le r&#233;sultat &#233;tait la production d'un &#339;il de drosophile. Cela prouvait que le mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique d'un mammif&#232;re fonctionne sur une mouche ! Et Jacob donne le fond de l'explication : ne plus consid&#233;rer chaque g&#232;ne comme un individu mais comme un &#233;l&#233;ment d'une structure globale des g&#232;nes et des prot&#233;ines. Je le cite encore : &lt;i&gt;&#171; On voit les changements apport&#233;s dans la mani&#232;re de consid&#233;rer l'&#233;volution biochimique. Tant que chaque g&#232;ne, donc chaque prot&#233;ine, &#233;tait regard&#233; comme un objet unique, r&#233;sultat d'une s&#233;quence unique de nucl&#233;otides ou d'acides amin&#233;s, chacun d'eux ne pouvait se former que par une cr&#233;ation nouvelle, de toute &#233;vidence hautement improbable. &#187; Fran&#231;ois Jacob affirmait dans sa conf&#233;rence pour l'Universit&#233; de tous les savoirs : &#171; On a longtemps pens&#233; que les mol&#233;cules de diff&#233;rents organismes &#233;taient enti&#232;rement diff&#233;rentes. Et m&#234;me que c'&#233;tait la nature de leurs mol&#233;cules qui donnait aux organismes leurs propri&#233;t&#233;s et particularit&#233;s. En d'autres termes, que les ch&#232;vres avaient des mol&#233;cules de ch&#232;vres et les escargots des mol&#233;cules d'escargot. Que c'&#233;taient les mol&#233;cules de ch&#232;vre qui donnaient &#224; la ch&#232;vre ses particularit&#233;s. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion ou une poule d'une mouche, c'est moins une diff&#233;rence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Par exemple, ce qui rend un vert&#233;br&#233; diff&#233;rent d'un autre c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans les quantit&#233;s relatives des produits des g&#232;nes au cours du d&#233;veloppement de l'embryon que les petites diff&#233;rences observ&#233;es dans la structure de ces produits. (...) Chez la mouche, qui jouit d'un long pass&#233; g&#233;n&#233;tique, ont &#233;t&#233; mis en &#233;vidence les g&#232;nes qui assurent, dans l'&#339;uf, la mise en place des axes du futur embryon, puis ceux qui d&#233;coupent le corps de l'embryon en segments puis ceux qui d&#233;terminent le destin et la forme de chacun de ces segments. A la stup&#233;faction g&#233;n&#233;rale, ces m&#234;mes g&#232;nes ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s chez tous les animaux examin&#233;s : coup sur coup grenouille, ver, souris et homme. Qui eut dit, il y a encore quinze ans, que les g&#232;nes qui mettent en place le plan d'un &#234;tre humain sont les m&#234;mes que ceux qui fonctionnent chez une mouche ou un ver ? (...) On voit les changements apport&#233;s dans la mani&#232;re de consid&#233;rer l'&#233;volution biochimique. Tant que chaque g&#232;ne, donc chaque prot&#233;ine, &#233;tait regard&#233; comme un objet unique, r&#233;sultat d'une s&#233;quence unique de nucl&#233;otides ou d'acides amin&#233;s, chacun d'eux ne pouvait se former que par une cr&#233;ation nouvelle, de toute &#233;vidence hautement improbable. (...) Ce qui distingue un papillon d'un lion, une poule d'une mouche, c'est moins une diff&#233;rence dans les constituants chimiques que dans l'organisation et la distribution de ces constituants. Ce qui les rend diff&#233;rents c'est plus un changement dans le temps d'expression et dans la quantit&#233; relative des diff&#233;rents produits des g&#232;nes au cours du d&#233;veloppement de l'embryon que les petites diff&#233;rences observ&#233;es dans la structure de ces produits. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, d'une esp&#232;ce &#224; l'autre, ce n'est pas seulement l'existence de telle ou telle constituant qui forme le g&#232;ne, c'est l'activation ou l'inhibition des g&#232;nes. C'est l'ordre de leurs interventions et leurs interactions plut&#244;t que le seul contenu biochimique de l'ADN. La g&#233;n&#233;tique est caract&#233;ris&#233;e par une organisation des r&#233;actions en cha&#238;ne, une dynamique des interactions prot&#233;ines/ADN. Chaque esp&#232;ce est li&#233;e &#224; un encha&#238;nement particulier, un esp&#232;ce de cycle des interactions des g&#232;nes. La structure qui r&#233;gule l'ordre des interactions peut changer brutalement. Lorsqu'il s'agit de changement touchant des g&#232;nes dits hom&#233;otiques, cela m&#232;ne au changement d'esp&#232;ce. Certains de ces g&#232;nes pilotent les plans d'organisation. Une modification de leur ordre d'intervention peut produire des transformations consid&#233;rables du d&#233;veloppement du corps. On peut ainsi interpr&#233;ter les sauts de l'&#233;volution du vivant qu'il est l&#233;gitime d'appeler de v&#233;ritables r&#233;volutions. Qu'il s'agisse de l'apparition d'un nouvel organe, d'un nouveau fonctionnement collectif des organes, d'une nouvelle structure du corps, d'un nouveau mode de d&#233;placement ou d'un nouveau mode de reproduction, on parle toujours d'&#233;volution des esp&#232;ces alors que le terme serait plut&#244;t de r&#233;volution des esp&#232;ces. C'est gr&#226;ce aux travaux d'Edward Lewis, puis plus r&#233;cemment de Walter Ghering que l'on a pu &#233;tudier le fonctionnement des g&#232;nes hom&#233;otiques, ces g&#232;nes qui pilotent le d&#233;veloppement, c'est-&#224;-dire la formation d'un organisme, de la premi&#232;re cellule &#224; l'embryon, puis du foetus &#224; l'&#234;tre form&#233;. Les changements d'esp&#232;ces correspondants &#224; des modifications du rythme des phases de croissance, ou h&#233;t&#233;rochromies, sont dus &#224; des mutations sur ces g&#232;nes hom&#233;otiques. Une des d&#233;couvertes fondamentales de ces chercheurs est celle des g&#232;nes de r&#233;gulation, qui pilotent des milliers de g&#232;nes et contr&#244;lent du coup tout le fonctionnement de l'&#234;tre vivant. C'est un point fondamental pour la question de l'&#233;volution, car ces g&#232;nes ne pilotent pas simplement un caract&#232;re ou un organe mais une quantit&#233; de caract&#232;res. Ils pilotent de mani&#232;re organis&#233;e un grand nombre de g&#232;nes de structure. Un changement sur un g&#232;ne de r&#233;gulation peut entra&#238;ner une modification d'ensemble de l'&#234;tre vivant. On peut parler l&#224; de r&#233;volution g&#233;n&#233;tique, par opposition &#224; la th&#232;se de l'&#233;volution g&#233;n&#233;tique graduelle, selon laquelle les sauts &#224; grande &#233;chelle seraient une somme de changements &#224; petite &#233;chelle. Cela apporte de l'eau au moulin de la th&#232;se de Gould selon laquelle, je le cite : &#171; la sp&#233;ciation se ferait en quelques centaines ou milliers d'ann&#233;es soit une microseconde en temps g&#233;ologiques &#187; (th&#232;se qu'il expose notamment dans son ouvrage &#171; Darwin ou les grandes &#233;nigmes de la vie &#187;). Gould a ainsi dissoci&#233; l'&#233;volution au sein de l'esp&#232;ce fond&#233;e sur des micromutations et l'&#233;volution passant d'une esp&#232;ce &#224; une autre qui est une macromutation appel&#233;e sp&#233;ciation et qui est une discontinuit&#233;. La sp&#233;ciation serait en effet fond&#233;e sur un saut du fonctionnement g&#233;n&#233;tique concernant &#224; la fois des centaines ou des milliers de g&#232;nes dont le fonctionnement serait perturb&#233; par un ou deux remaniements des g&#232;nes de r&#233;gulation. Il faut &#233;galement citer un travail tr&#232;s r&#233;cent, celui de Suzanne Rutherford et Susan Lindquist, qui a permis de comprendre comment le milieu pouvait entra&#238;ner des explosions de biodiversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re historique de la vie sera donc &#224; chercher ailleurs, dans le type de dynamique du vivant. On va d&#233;sormais chercher cette diff&#233;renciation plut&#244;t dans le fonctionnement des g&#232;nes entre eux que dans le d&#233;chiffrage du g&#233;nome, et c'est l&#224; un changement consid&#233;rable de perspective. Ce qui fait de nous un mammif&#232;re plut&#244;t qu'un insecte ne serait pas tant des diff&#233;rences de mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique que des diff&#233;rences de structuration, c'est-&#224;-dire d'ordre des interconnexions des r&#233;actions biochimiques de ces g&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le processus vivant, il y a en effet une multitude de r&#233;troactions des g&#232;nes entre eux. On appelle r&#233;troaction, des r&#233;actions successives o&#249; les produits de la r&#233;action relancent celle-ci ou, au contraire, la bloquent. C'est ce ph&#233;nom&#232;ne de boucle de r&#233;troaction qui d&#233;termine &#224; quel moment dans l'ensemble du processus le g&#232;ne entrera en action, pendant combien de temps et quel g&#232;ne il activera ou inhibera ensuite. Ce qui compte pour l'action du g&#232;ne n'est pas seulement son contenu biochimique mais son expression, c'est-&#224;-dire s'il est activ&#233; ou inhib&#233; par la r&#233;troaction d'autres g&#232;nes. Et c'est aussi quel g&#232;ne il active ou inhibe lui aussi. Le g&#232;ne ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233; isol&#233;ment mais comme un &#233;l&#233;ment d'une structure. C'est l'environnement qui dit &#224; un g&#232;ne quand il doit commencer &#224; produire des prot&#233;ines et quand il doit s'arr&#234;ter. Ce sont des r&#233;troactions entre g&#232;nes, via les prot&#233;ines, qui transmettent l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prot&#233;ines ne sont pas simplement des produits passifs des g&#232;nes ; elles ont une capacit&#233; enzymatique, c'est-&#224;-dire qu'elles sont indispensables &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de certaines r&#233;actions biochimiques pr&#233;cises. Les g&#232;nes n'agissent pas ind&#233;pendamment, mais de concert avec des g&#232;nes ma&#238;tres ; on devrait dire des g&#232;nes chefs d'orchestre. Mais c'est un curieux concert puisqu'ils ne connaissent pas la symphonie. Ils n'ont pas la partition et m&#234;me, on peut dire que celle-ci n'est pas &#233;crite par avance. Chaque g&#232;ne joue un bout musical mais c'est sur place qu'il apprend &#224; quel moment il entre en action. C'est son voisin qui lui dit : &#171; &#224; toi de jouer &#187;. Le moment n'est pas fixe et d&#233;pend du d&#233;sordre des messages entre mol&#233;cules. La signification de l'action du g&#232;ne est elle-m&#234;me d&#233;finie par les autres g&#232;nes en action et pas par un g&#232;ne seul. La mani&#232;re de jouer n'est donc jamais enti&#232;rement identique et pourtant &#231;a marche car cela s'ordonne par interaction. C'est au niveau de l'organisation des s&#233;ries de r&#233;actions biochimiques, de leur ordre et de leur rythme, que l'on a &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; appeler horloge biochimique, que r&#233;siderait la diff&#233;rence essentielle entre les esp&#232;ces. Et ce ne serait pas un ordre fig&#233;, une horloge p&#233;riodique, mais un ordre &#233;mergent dont le cycle est produit &#224; chaque fois par la synchronisation des rythmes issus des r&#233;actions biochimiques. C'est un ordre fond&#233; sur le d&#233;sordre parce que les mani&#232;res qu'ont les mol&#233;cules d'entrer en contact puis de se s&#233;parer sont multiples et al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'organisation collective spontan&#233;e des messages chimiques des cellules entre elles, aussi bien que des r&#233;troactions des g&#232;nes entre eux, qui d&#233;termine le fonctionnement d'un &#234;tre vivant. Puisque chimiquement les constituants de la g&#233;n&#233;tique sont tr&#232;s proches d'une esp&#232;ce &#224; une autre et sont interchangeables, d'o&#249; vient donc la prodigieuse diversit&#233; morphologique et physiologique du vivant ? Si l'animal qui vole a des ailes, ce n'est pas parce qu'il a des g&#232;nes d'aile alors que nous aurions des g&#232;nes de patte. La raison en est simple : ces g&#232;nes sont les m&#234;mes. Le caract&#232;re historique de la vie sera donc &#224; chercher ailleurs, dans le type de dynamique du vivant. On va d&#233;sormais chercher cette diff&#233;renciation plut&#244;t dans le fonctionnement des g&#232;nes entre eux que dans le d&#233;chiffrage du g&#233;nome, et c'est l&#224; un changement consid&#233;rable de perspective. Ce qui fait de nous un mammif&#232;re plut&#244;t qu'un insecte ne serait pas tant des diff&#233;rences de mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique que des diff&#233;rences de structuration, c'est-&#224;-dire d'ordre des interconnexions des r&#233;actions biochimiques de ces g&#232;nes. Dans le processus vivant, il y a en effet une multitude de r&#233;troactions des g&#232;nes entre eux. On appelle r&#233;troaction, des r&#233;actions successives o&#249; les produits de la r&#233;action relancent celle-ci ou, au contraire, la bloquent. C'est ce ph&#233;nom&#232;ne de boucle de r&#233;troaction qui d&#233;termine &#224; quel moment dans l'ensemble du processus le g&#232;ne entrera en action, pendant combien de temps et quel g&#232;ne il activera ou inhibera ensuite. Ce qui compte pour l'action du g&#232;ne n'est pas seulement son contenu biochimique mais son expression, c'est-&#224;-dire s'il est activ&#233; ou inhib&#233; par la r&#233;troaction d'autres g&#232;nes. Et c'est aussi quel g&#232;ne il active ou inhibe lui aussi. Le g&#232;ne ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233; isol&#233;ment mais comme un &#233;l&#233;ment d'une structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'environnement qui dit &#224; un g&#232;ne quand il doit commencer &#224; produire des prot&#233;ines et quand il doit s'arr&#234;ter. Ce sont des r&#233;troactions entre g&#232;nes, via les prot&#233;ines, qui transmettent l'information. Les prot&#233;ines ne sont pas simplement des produits passifs des g&#232;nes ; elles ont une capacit&#233; enzymatique, c'est-&#224;-dire qu'elles sont indispensables &#224; l'acc&#233;l&#233;ration de certaines r&#233;actions biochimiques pr&#233;cises. Les g&#232;nes n'agissent pas ind&#233;pendamment, mais de concert avec des g&#232;nes ma&#238;tres ; on devrait dire des g&#232;nes chefs d'orchestre. Mais c'est un curieux concert puisqu'ils ne connaissent pas la symphonie. Ils n'ont pas la partition et m&#234;me, on peut dire que celle-ci n'est pas &#233;crite par avance. Chaque g&#232;ne joue un bout musical mais c'est sur place qu'il apprend &#224; quel moment il entre en action. C'est son voisin qui lui dit : &#171; &#224; toi de jouer &#187;. Le moment n'est pas fixe et d&#233;pend du d&#233;sordre des messages entre mol&#233;cules. La signification de l'action du g&#232;ne est elle-m&#234;me d&#233;finie par les autres g&#232;nes en action et pas par un g&#232;ne seul. La mani&#232;re de jouer n'est donc jamais enti&#232;rement identique et pourtant &#231;a marche car cela s'ordonne par interaction. C'est au niveau de l'organisation des s&#233;ries de r&#233;actions biochimiques, de leur ordre et de leur rythme, que l'on a &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; appeler horloge biochimique, que r&#233;siderait la diff&#233;rence essentielle entre les esp&#232;ces. Et ce ne serait pas un ordre fig&#233;, une horloge p&#233;riodique, mais un ordre &#233;mergent dont le cycle est produit &#224; chaque fois par la synchronisation des rythmes issus des r&#233;actions biochimiques. C'est un ordre fond&#233; sur le d&#233;sordre parce que les mani&#232;res qu'ont les mol&#233;cules d'entrer en contact puis de se s&#233;parer sont multiples et al&#233;atoires. C'est l'organisation collective spontan&#233;e des messages chimiques des cellules entre elles, aussi bien que des r&#233;troactions des g&#232;nes entre eux, qui d&#233;termine le fonctionnement d'un &#234;tre vivant. La fabrication d'un individu fonctionne selon le m&#234;me type de cybern&#233;tique des relations biochimiques, mais r&#233;alis&#233;e au niveau de l'embryon. Elle d&#233;termine le type d'individu qui va &#234;tre produit. Cela signifie que le contenu biochimique du m&#234;me ADN permet de produire d'autres &#234;tres vivants, &#224; condition de changer la succession des g&#232;nes activ&#233;s, la dur&#233;e et le moment o&#249; ils sont stimul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un organigramme des cycles d'interactions des g&#232;nes mais cette organisation n'est pas acquise d&#233;finitivement : elle se construit &#224; chaque fois spontan&#233;ment sur la base de contacts mol&#233;culaires al&#233;atoires. Il suffit qu'un ph&#233;nom&#232;ne brutal fasse sauter le verrou qui emp&#234;che la diversit&#233; de s'exprimer. Si l'&#233;volution est un changement de l'ordre hi&#233;rarchique de l'action des g&#232;nes au moment de la fabrication de l'individu, il suffit d'un ou deux changements sur un g&#232;ne r&#233;gulateur du d&#233;veloppement pour causer une modification morphologique radicale. En effet, un g&#232;ne r&#233;gulateur pilote une quantit&#233; d'autres g&#232;nes et du coup peut produire des modifications d'esp&#232;ces. En temps normal, cette variation ne se produit pas car elle est inhib&#233;e par des prot&#233;ines de protection. C'est seulement en cas de choc que ce garde-fou est lev&#233;, ouvrant la voie &#224; de multiples variations possibles de l'expression des g&#232;nes. En somme, je suis en train de vous dire qu'un ou deux petits changements d'horloge de la fabrication d'un singe suffisent &#224; produire un homme. C'est effectivement un choc pour nous qui nous croyons toujours si diff&#233;rents, si sup&#233;rieurs bien s&#251;r ! L'apparente fixit&#233; de l'esp&#232;ce ne serait qu'un gel des potentialit&#233;s. La diversit&#233; qui existerait toujours au sein du mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique serait seulement gel&#233;e momentan&#233;ment et susceptible d'&#234;tre r&#233;veill&#233;e par un r&#233;chauffement suffisamment brutal. Ce parall&#232;le avec le processus de gel/r&#233;chauffement de l'eau, du passage de l'&#233;tat solide &#224; l'&#233;tat liquide n'est pas fait par hasard car il s'agit l&#224; aussi d'un saut qualitatif. Une bouff&#233;e de biodiversit&#233; serait un processus du m&#234;me type que le changement d'&#233;tat de la mati&#232;re inerte, un ph&#233;nom&#232;ne critique avec seuil et saut d'un &#233;tat &#224; un autre. On conna&#238;t bien ce type de situations dans lesquelles une petite perturbation peut entra&#238;ner un changement d'ordre et qui, pourtant, peuvent perdurer tr&#232;s longtemps pour peu que le processus maintienne les conditions juste en dessous de ce seuil critique. La dialectique hasard/n&#233;cessit&#233; du vivant serait du m&#234;me type que la transformation gaz/liquide ou liquide/solide ou encore aimantation/d&#233;saimantation. Ce serait un ph&#233;nom&#232;ne du type transition d&#233;sordre/ordre, ou chaos/antichaos pour reprendre le terme de Stuart Kauffman. Dans de tels ph&#233;nom&#232;nes que l'on appelle critiques, une petite modification d'un facteur peut suffire &#224; entra&#238;ner un saut brutal de l'&#233;volution. Cela est d&#251; au fait que lorsque l'on s'approche d'un seuil critique, toutes les &#233;chelles o&#249; se produit le ph&#233;nom&#232;ne interagissent et causent un saut qualitatif, une modification de structure &#224; grande &#233;chelle. Cependant les structures de la vie se maintiennent malgr&#233; les fluctuations du milieu int&#233;rieur et ext&#233;rieur. On a montr&#233; en effet que, dans les ph&#233;nom&#232;nes critiques, la rapidit&#233; de la transmission de l'information est le crit&#232;re de la conservation des structures. Une structure peut &#234;tre durable si elle est capable de se transformer pour s'adapter &#224; l'agitation de l'environnement. Cela explique que le fonctionnement ob&#233;isse fr&#233;quemment &#224; des structures fractales qui sont tr&#232;s rapides en termes de communication de l'information. Je rappelle qu'une fractale est une structure qui existe &#224; plusieurs &#233;chelles et qui est similaire aux divers niveaux o&#249; on la rencontre. On la trouve souvent dans la nature car c'est la structure qui r&#233;alise la plus grande surface dans un volume fix&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2964&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques id&#233;es fausses sur l'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article556&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;G&#232;nes architectes et horloges du d&#233;veloppement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4323&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des g&#232;nes inhib&#233;s et activ&#233;s par inhibition de l'inhibition&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article49&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;G&#233;n&#233;tique et d&#233;veloppement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1292&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution ne provient pas des g&#232;nes mais de leur r&#233;gulation&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article946&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des g&#232;nes hom&#233;otiques &#224; l'apoptose, de l'architecte au sculpteur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article566&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que l'inhibition ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4322&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le grand mythe de la fixit&#233; du g&#233;nome&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4356&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le m&#233;canisme cellulaire de contr&#244;le de la vie et de la mort&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;troaction de la mort et de la vie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4421&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique du Vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4032&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La mort cr&#233;atrice&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2601&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Activation et inhibition dans le ballet dialectique du vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'intelligence dialectique du Vivant</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4421</link>
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		<dc:date>2017-04-22T23:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avertissement : dans cet article, il n'est nullement question de pr&#234;ter au Vivant une conscience et une volont&#233;, ni un but, ni un projet, et encore moins une forme quelconque de myst&#233;rieuse pens&#233;e, une esp&#232;ce de mystique de la vie. Nous ne d&#233;veloppons pas un nouvel id&#233;alisme mais plut&#244;t une r&#233;flexion dialectique sur les r&#233;sultats de la science. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'intelligence dialectique du Vivant &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut d'abord se questionner de la validit&#233; de cette expression : &#171; l'intelligence dialectique &#187;. Est-ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avertissement : dans cet article, il n'est nullement question de pr&#234;ter au Vivant une conscience et une volont&#233;, ni un but, ni un projet, et encore moins une forme quelconque de myst&#233;rieuse pens&#233;e, une esp&#232;ce de mystique de la vie. Nous ne d&#233;veloppons pas un nouvel id&#233;alisme mais plut&#244;t une r&#233;flexion dialectique sur les r&#233;sultats de la science.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'intelligence dialectique du Vivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut d'abord se questionner de la validit&#233; de cette expression : &#171; l'intelligence dialectique &#187;. Est-ce que toute forme d'intelligence est n&#233;cessairement dialectique ou est-ce une sp&#233;cificit&#233; avant de se demander si c'est bien une propri&#233;t&#233; du vivant et une sp&#233;cificit&#233; de celui-ci. La principale difficult&#233; en la mati&#232;re provient du fait que la notion de dialectique est peu connue et encore moins &#233;tudi&#233;e de nos jours, en particulier dans la philosophie des sciences. La plupart des gens ne se posent pas du tout les question en termes dialectiques et m&#234;me ont plut&#244;t tendance &#224; raisonner de mani&#232;re dichotomique dans laquelle les p&#244;les, les contraires, les oppos&#233;s sont alternatifs mais pas interactifs et encore moins interd&#233;pendants et interchangeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre aussi que nombre d'auteurs n'attribuent d'intelligence qu'&#224; l'homme, ont quelques r&#233;ticences &#224; en attribuer une, amoindrie, &#224; quelques esp&#232;ces de singes ou &#224; quelques mammif&#232;res comme le dauphin, le chien ou le chat. Sp&#233;cifier l'intelligence humaine, est-ce l&#233;gitime ? Bien entendu, tout ce qui concerne l'homme n'est vrai que pour l'homme et si on parle d'intelligence humaine, on ne peut l'attribuer &#224; aucun animal, pas m&#234;me &#224; une esp&#232;ce de singe. Mais cela ne clos pas la question. Il est est peut-&#234;tre erron&#233; de limiter ainsi la d&#233;finition de l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci, pourrions nous dire pour commencer, se caract&#233;riser par une capacit&#233; &#224; &#233;valuer la situation, une capacit&#233; &#224; &#233;valuer les r&#233;ponses possibles et enfin une capacit&#233; de choisir la r&#233;ponse la plus adapt&#233;e et &#224; la mettre en &#339;uvre. Cela n&#233;cessite une part de libert&#233;, de choix, de d&#233;cision et d'action en r&#233;ponse &#224; une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tendance &#224; penser que l'homme choisirait ces actes librement et consciemment et que le reste des &#234;tres vivants n'agiraient que comme des automates mat&#233;riels aux r&#233;actions pr&#233;&#233;tablies. Les deux assertions me semblent exag&#233;r&#233;es dans un sens et fausses. On sur&#233;value la libert&#233; de l'homme et on d&#233;valorise celle des &#234;tres vivants. On transforme la libert&#233; en capacit&#233; de faire n'importe quoi, ind&#233;pendamment des situations. Ce n'est m&#234;me pas un bon moyen d'appr&#233;cier cette libert&#233; ni cette conscience qui doit &#234;tre une conscience d'une r&#233;alit&#233;, d'une situation, des cons&#233;quences possibles de ses actes et de ses choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligence ne n&#233;cessite m&#234;me pas un cerveau mais seulement un m&#233;canisme utilisant des interactions dynamiques et permettant plusieurs options en fonction de certaines optimisations et avec diverses voies possibles, &#224; prendre en fonction des choix effectu&#233;s pr&#233;c&#233;demment et des appr&#233;ciations des cons&#233;quences possibles, en fonction donc d'une m&#233;morisation des effets de chaque action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi parler d'&#171; intelligence dialectique &#187; ? Parce que ce qui fonde ces situations o&#249; plusieurs voies s'opposent, o&#249; plusieurs actions possibles s'opposent, o&#249; plusieurs appr&#233;ciations s'opposent aussi, ce sont des contradictions dialectiques et pas des contradictions diam&#233;trales. Pas des contradictions diam&#233;trales parce que les oppos&#233;s ne sont pas uniquement alternatifs mais interactifs, interd&#233;pendants,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; de choix provient de bifurcations &#224; partir d'une situation fond&#233;e sur des contradictions. Ce sont elles qui permettent que des possibilit&#233;s diverses existent. Ce sont elles qui am&#232;nent le syst&#232;me dans un &#233;tat o&#249; il peut &#171; choisir &#187; diverses voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y avait pas deux forces contradictoires, agissant en m&#234;me temps, s'opposant mais aussi s'interp&#233;n&#233;trant, d&#233;pendant l'une de l'autre, capables de former une unit&#233;, deux lois agissant en m&#234;me temps et en sens inverse, il n'y aurait pas de pluralit&#233; possible. S'il n'y avait pas &#224; la fois la conservation et la transformation, la r&#233;plication &#224; l'identique de la g&#233;n&#233;tique et les erreurs en son sein, le r&#244;le particulier de l'individu et, en m&#234;me temps, le r&#244;le contraire &#224; l'individu, celui de l'esp&#232;ce, il n'y aurait pas &#224; la fois l'individu, l'esp&#232;ce et la formation, dans la descendance, d'autres esp&#232;ces possibles. Par contre, gr&#226;ce &#224; la dialectique des contraires, des formes diverses peuvent appara&#238;tre, de nouvelles organisations peuvent &#233;merger. C'est le cas de l'apoptose qui sculpte le corps vivant par l'opposition dialectique des prot&#233;ines de la vie et de la mort. C'est le cas des descendances cellulaires qui permet une sp&#233;cialisation des cellules vivantes. C'est encore le cas, &#224; un tout autre niveau, de la diversification des esp&#232;ces et de leur s&#233;lection par &#233;limination, de ce qu'on appelle &#171; la lutte pour la vie &#187;. Cette lutte des contraires est tout &#224; fait dialectique. D'un c&#244;t&#233;, une tendance &#224; envahir tout l'&#233;cosyst&#232;me par une seule esp&#232;ce, de l'autre une tendance &#224; combattre cet envahissement par des esp&#232;ces contraires. On trouve le m&#234;me obstacle &#224; la migration des cellules dans de nouveaux tissus et &#224; la conqu&#234;te de tout le corps par ces cellules. Les messages des cellules voisines ou leur absence dictent l'apoptose de ces cellules suivant la nature des &#233;volutions de celles-ci et permet au tissu de ne pas &#234;tre envahi par des cellules inad&#233;quates. Sans ce combat dialectique, pas de tissu se d&#233;veloppant correctement. La g&#233;n&#233;tique de l'ADN n'ob&#233;it pas &#224; d'autres lois. Elle fixe comme principe du fonctionnement de la macromol&#233;cule la fameuse &#171; n&#233;gation de la n&#233;gation &#187;. Le g&#232;ne est ni&#233; par d'autres g&#232;nes, inhib&#233; par eux. L'ADN est ainsi spontan&#233;ment un macromol&#233;cule inactiv&#233;e &#224; la base. Il faut que l'ADN soit abord&#233; par des prot&#233;ines ad&#233;quates pour inhiber l'inhibiteur et activer ainsi un g&#232;ne qui produira de nouvelles prot&#233;ines. Ce qui guidera la production de nouveaut&#233;, c'est donc la n&#233;gation de la n&#233;gation. Si le fonctionnement g&#233;n&#233;tique n'&#233;tait pas fond&#233; sur la n&#233;gation, cela ne serait pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vivant est sans cesse en prise avec ces contradictions dialectiques : influence du milieu et isolement par rapport &#224; celui-ci, conservation et transformation, individu et groupe, protection de l'identit&#233; et mim&#233;tisme, fermeture et ouverture, protection et influence, copie et modification, contingence et lois, singularit&#233; et pluralit&#233;, vie et mort, complexit&#233; et simplicit&#233;, autonomie et d&#233;pendance des autres, lois &#224; une &#233;chelle et interaction d'&#233;chelle, comportements st&#233;r&#233;otyp&#233;s et bricolage, &#233;go&#239;sme et coop&#233;ration, autonomie et d&#233;pendance d'autrui, etc. Et, en m&#234;me temps, toujours la vie fond&#233;e sur la mort, la singularit&#233; sur la pluralit&#233;, les lois sur la contingence, etc&#8230; Les contraires se marient sans cesse et se transforment l'un dans l'autre&#8230; Le syst&#232;me immunitaire de protection se change en destructeur&#8230; Le plus adapt&#233; devient inadapt&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la confrontation des contraires qui m&#232;ne &#224; une situation o&#249; des transitions vers de nouvelles structures sont possibles, du type de l'&#233;volution des destin&#233;es cellulaires, de l'&#233;volution de l'individu ou de l'&#233;volution des esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capacit&#233; au changement est permanente au sein du vivant et en assure la dynamique. C'est le fondement de sa capacit&#233; &#224; vivre dans un environnement qui change, que ce soit progressivement ou brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle d' &#171; ing&#233;niosit&#233; du vivant &#187;, de &#171; cr&#233;ativit&#233; du vivant &#187;, d'&#171; inventivit&#233; &#187; du vivant, de &#171; n&#233;guentropie &#187; du vivant, de &#171; cr&#233;ations (ou d'&#233;mergences) de formes, de structures, de modes de fonctionnement, de dynamiques, de rythmes, de modes d'organisation, de modes d'interaction &#187;, en somme d'intelligence du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des risques &#224; comparer ainsi le mode de fonctionnement du vivant avec l'intelligence humaine. On risque en particulier de croire qu'il y aurait une intentionnalit&#233; au fonctionnement du vivant, et de r&#233;introduire ainsi dans la pens&#233;e scientifique la pens&#233;e magique, mystique, religieuse, cr&#233;ationniste, id&#233;aliste et autres pens&#233;es qui pr&#234;tent &#224; la nature un but, un choix, une conscience, un directivit&#233; consciente. Mais ce risque provient du fait que notre connaissance de l'intelligence humaine lui pr&#234;te des propri&#233;t&#233;s tout aussi id&#233;alistes, tout aussi mystiques. Nous nous &#233;merveillons des capacit&#233;s de l'homme au point de les consid&#233;rer comme issues de processus qui ne peuvent pas &#234;tre naturels, mat&#233;riels, biologiques. Nous oublions que les contradictions de la mati&#232;re inerte, elle-m&#234;me, ne sont pas diam&#233;trales mais dialectiques. Et que cela m&#234;me autorise la formation de mati&#232;re vivante, et autorise aussi cette mati&#232;re vivante &#224; subir des transitions de phase multiples, avec non seulement des changements lents et progressifs, mais aussi des changements qualitatifs, radicaux et rapides, des r&#233;volutions et pas seulement des &#233;volutions. De mani&#232;re spontan&#233;e, la mati&#232;re change sans cesse, &#224; toutes les &#233;chelles. Elle explore sans cesse toutes les transformations possibles. Ce sont ses lois qui l'y poussent, sans aucune intervention consciente. La vie utilise ainsi les lois de la mati&#232;re pour r&#233;aliser toutes ses formes nouvelles, pour construire sans cesse des modes d'existence diff&#233;rents. Chaque individu est diff&#233;rent, est nouveau, est une construction totalement nouvelle, tout en &#233;tant b&#226;tie sur la base de mod&#232;les pr&#233;&#233;tablis. La dialectique est donc toujours bel et bien pr&#233;sente. C'est une intelligence dialectique qui la conduit. Cela signifie que la mani&#232;re de faire est toujours remise en question. La comparer &#224; l'intelligence humaine n&#233;cessite de comprendre le caract&#232;re dialectique de l'intelligence humaine, au lieu d'en faire un facteur purement conscient, purement volontaire, enti&#232;rement pilot&#233;, enti&#232;rement libre, agissant comme bon lui semble, pensant comme bon lui semble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligence humaine est tout &#224; fait contradictoire au sens dialectique, opposition du conscient et de l'inconscient, du r&#234;ve et de la r&#233;alit&#233;, du cerveau droit et du cerveau gauche, de l'imaginaire et du sensible, de l'abstrait et du concret, du rationnel et de l'irrationnel, de la construction et de la destruction du message neuronal, des r&#233;seaux neuronaux interconnect&#233;s, des zones activ&#233;es et d&#233;sactiv&#233;es, de la formation et de la d&#233;construction des images, etc. Ce sont ces contradictions qui font de l'intelligence une dynamique qui ne s'arr&#234;te jamais. Mais elle n'est pas pilot&#233;e par notre volont&#233;, par notre conscience, par notre moi. Elle continue &#224; fonctionner quand nous dormons, quand nous sommes plong&#233;s dans le coma, quand nous sommes dans un &#233;tat hypnotique, quand nous sommes drogu&#233;s, quand nous laissons vaguer notre esprit, etc. Nous pilotons autant que nous sommes pilot&#233;s. Voil&#224; revenue la dialectique des contraires. Intelligence ne signifie pas une volont&#233; situ&#233;e en dehors des lois de la mati&#232;re, en dehors des lois contradictoires du r&#233;el. C'est une dialectique du corps et de l'esprit, de l'individu et de son environnement, de la cellule vivante et de ses voisines, de l'ADN et des prot&#233;ines qui l'entourent, un immense ballet dialectique permanent, une dynamique des contradictions extraordinairement novatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux scientifiques ont &#233;t&#233; amen&#233;s &#224; remarquer que la nature vivante s'y entendait non seulement &#224; &#233;tablir des lois rigoureuses mais aussi &#224; la contourner par des faux semblants, par des imitations de formes, par des modes astucieux, par des ruses de renard. Oui, on peut bel et bien appeler cela l'intelligence dialectique du vivant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=r01mtcWZjk8C&amp;pg=PT52&amp;lpg=PT52&amp;dq=l%27intelligence+du+vivant&amp;source=bl&amp;ots=jFHfCnhqut&amp;sig=8pXgqdHFzh9y37kuMVmp0JOqDUA&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiPjJDWvKrTAhXJShQKHV3ADRA4FBDoAQgoMAA#v=onepage&amp;q=l%27intelligence%20du%20vivant&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une enqu&#234;te &#224; la fronti&#232;re du vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.osi-perception.org/L-insolite-intelligence-des-plantes.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'intelligence des plantes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=intelligence+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'intelligence du Vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/phenobiologie-ii-le-secret-du-119371&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dialectique du vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cerveau et dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=dialectiue+du+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl#hl=fr&amp;q=dialectique+intelligence+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur intelligence et dialectique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=dialectiue+du+vivant+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl#hl=fr&amp;q=dialectique+du+vivant+site:http://www.matierevolution.fr+OR+site:http://www.matierevolution.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur la dialectique du vivant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Charles Darwin, racont&#233; par Stephen Jay Gould</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article4390</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article4390</guid>
		<dc:date>2017-03-13T00:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Je ne crois &#224; aucune loi fixe du d&#233;veloppement, obligeant tous les habitants d'une r&#233;gion &#224; se modifier brusquement, ou simultan&#233;ment, ou &#224; un &#233;gal degr&#233;. (....) La variabilit&#233; de chaque esp&#232;ce est tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle des autres. L'accumulation par la s&#233;lection naturelle, &#224; un degr&#233; plus ou moins prononc&#233;, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez diff&#233;rentes esp&#232;ces, d&#233;pend d'&#233;ventualit&#233;s nombreuses et complexes, telles que la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne crois &#224; aucune loi fixe du d&#233;veloppement, obligeant tous les habitants d'une r&#233;gion &#224; se modifier brusquement, ou simultan&#233;ment, ou &#224; un &#233;gal degr&#233;. (....) La variabilit&#233; de chaque esp&#232;ce est tout &#224; fait ind&#233;pendante de celle des autres. L'accumulation par la s&#233;lection naturelle, &#224; un degr&#233; plus ou moins prononc&#233;, des variations qui peuvent surgir, produisant ainsi plus ou moins de modifications chez diff&#233;rentes esp&#232;ces, d&#233;pend d'&#233;ventualit&#233;s nombreuses et complexes, telles que la nature avantageuse des variations, la libert&#233; des croisements, le taux de reproduction, les changements lents dans les conditions physiques de la contr&#233;e, et plus particuli&#232;rement de la nature des autres habitants avec lesquels l'esp&#232;ce qui varie se trouve en concurrence. (...) Comme tous les &#234;tres organis&#233;s, &#233;teints et r&#233;cents, qui ont v&#233;cu sur la Terre peuvent &#234;tre tous class&#233;s ensemble, et ont tous &#233;t&#233; reli&#233;s les uns aux autres par une s&#233;rie de fines gradations, la meilleure classification, la seule possible d'ailleurs, si nos collections &#233;taient compl&#232;tes, serait la classification g&#233;n&#233;alogique ; le lien cach&#233; que les naturalistes ont cherch&#233; sous le nom de syst&#232;me naturel n'est autre chose que la descendance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin dans l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je dois faire remarquer que j'emploie le terme de lutte pour l'existence dans le sens g&#233;n&#233;ral et m&#233;taphorique, ce qui implique les relations mutuelles de d&#233;pendance des &#234;tres organis&#233;s, et, ce qui est plus important, non seulement la vie de l'individu, mais son aptitude ou sa r&#233;ussite &#224; laisser des descendants. On peut certainement affirmer que deux animaux carnivores, en temps de famine, luttent l'un contre l'autre &#224; qui se procurera les aliments n&#233;cessaires &#224; son existence. Mais on arrivera &#224; dire qu'une plante, au bord du d&#233;sert, lutte pour l'existence contre la s&#233;cheresse, alors qu'il serait plus exact de dire que son existence d&#233;pend de l'humidit&#233;. On pourra dire plus exactement qu'une plante, qui produit annuellement un million de graines, sur lesquelles une seule, en moyenne, parvient &#224; se d&#233;velopper et &#224; m&#251;rir &#224; son tour, lutte avec les plantes de la m&#234;me esp&#232;ce, ou d'esp&#232;ces diff&#233;rentes, qui recouvrent d&#233;j&#224; le sol. Le gui d&#233;pend du pommier et de quelques autres arbres ; or, c'est seulement au figur&#233; que l'on pourra dire qu'il lutte contre ces arbres, car si des parasites en trop grand nombre s'&#233;tablissent sur le m&#234;me arbre, ce dernier languit et meurt ; mais on peut dire que plusieurs guis, poussant ensemble sur la m&#234;me branche et produisant des graines, luttent l'un avec l'autre. Comme ce sont les oiseaux qui diss&#233;minent les graines du gui, son existence d&#233;pend d'eux, et l'on pourra dire au figur&#233; que le gui lutte avec d'autres plantes portant des fruits, car il importe &#224; chaque plante d'amener les oiseaux &#224; manger les fruits qu'elle produit, pour en diss&#233;miner la graine. J'emploie donc, pour plus de commodit&#233;, le terme g&#233;n&#233;ral lutte pour l'existence, dans ces diff&#233;rents sens qui se confondent les uns avec les autres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, L'Origine des esp&#232;ces&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Charles Darwin, racont&#233; par Stephen Jay Gould &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pratiquement tous les biologistes antidarwiniens acceptaient que la s&#233;lection naturelle intervint r&#233;ellement, mais ils la consid&#233;raient comme un m&#233;canisme mineur et n&#233;gatif, seulement capable de jouer le r&#244;le du bourreau&#8230; Darwin souligna que la s&#233;lection naturelle, qui avait certes un r&#244;le n&#233;gatif et se caract&#233;risait, il le reconnaissait, par une faible intensit&#233;, avait, n&#233;anmoins, la capacit&#233;, sous certaines conditions appliqu&#233;es &#224; la nature de la variation, de promouvoir des caract&#232;res &#233;volutifs nouveaux. Autrement dit, la s&#233;lection naturelle pouvait cr&#233;er&#8230; Certains aspects de la th&#233;orie de Darwin innovaient sur le plan philosophique&#8230; mettant l'accent sur la complexit&#233; et l'interaction : il s'agit notamment du m&#233;canisme propos&#233; par Darwin d'une interaction entre hasard et n&#233;cessit&#233;, en ce qui concerne la gamme des variations s'offrant &#224; l'action de la s&#233;lection&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Darwin fut s&#251;rement le plus gentil de tous les g&#233;nies de l'histoire, n'ayant jamais pr&#233;sent&#233; aucune de ces marques d'arrogance et de furieuse excentricit&#233; qui caract&#233;risent souvent ces derniers. Cependant, un sujet particulier le mettait invariablement dans un &#233;tat qui, chez lui, &#233;tait ce qui se rapprochait le plus de la col&#232;re : l'affirmation, souvent mont&#233;e en &#233;pingle par ses adversaires, mais erronn&#233;e, selon laquelle la s&#233;lection naturelle &#233;tait, &#224; ses yeux, le mode exclusif du changement dans l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, qui comprenait parfaitement bien qu'en histoire naturelle seules comptent les fr&#233;quences relatives, nia absolument ce r&#244;le exclusif de la s&#233;lection naturelle, soulignant que cette derni&#232;re avait seulement un r&#244;le dominant. Il s'irrita tellement de cette sorte de mauvaise volont&#233; &#224; comprendre son point de vue qu'il ajouta cette phrase attrist&#233;e &#224; la sixi&#232;me &#233;dition de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; (1872b, P.395) : &lt;i&gt;&#171; Comme on a r&#233;cemment pr&#233;sent&#233; mes vues de fa&#231;on gravement d&#233;form&#233;e, et puisque l'on a d&#233;clar&#233; que j'attribuais la modification des esp&#232;ces exclusivement &#224; la s&#233;lection naturelle, qu'on me permette de remarquer que, dans la premi&#232;re &#233;dition de cet ouvrage et dans celles qui ont suivi, j'ai mis en position tr&#232;s apparente, nomm&#233;ment &#224; la fin de l'introduction : &#171; Je suis convaincu que la s&#233;lection naturelle a jou&#233; le r&#244;le principal dans la modification des esp&#232;ces, bien que d'autres agents y aient aussi particip&#233;. Cela n'a servi &#224; rien. Certaines fa&#231;ons erron&#233;es de constamment pr&#233;senter les choses rec&#232;lent un grand pouvoir d'attraction. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'une importance vitale de bien comprendre la fa&#231;on dont Darwin invoquait la fr&#233;quence relative des ph&#233;nom&#232;nes pour soutenir ses points de vue, car la citation s&#233;lective repr&#233;sente l'erreur la plus couramment commise par les &#233;volutionnistes en interpr&#233;tant son &#339;uvre et sa th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;, en tant que livre &#233;crit par un unique auteur, est un ouvrage mieux organis&#233; et contenant moins d'incoh&#233;rences que la Bible ; mais Darwin et le bon Dieu ont effectivement en commun d'avoir dit quelque chose &#224; peu pr&#232;s sur tout. On peut toujours arriver &#224; trouver dans l'ouvrage de Darwin une d&#233;claration qui, si elle est d&#233;tach&#233;e de son contexte et si elle n'est pas &#233;valu&#233;e &#224; l'aune cruciale de la fr&#233;quence relative, peut servir &#224; soutenir presque n'importe quelle position, m&#234;me la plus antidarwinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque Darwin repr&#233;sente le &#171; saint patron &#187; de l'&#233;volutionnisme, et puisque tout le monde d&#233;sire se revendiquer de cette autorit&#233; pr&#233;&#233;minente, il s'est d&#233;velopp&#233; une lamentable tradiction consistant &#224; s'approprier des d&#233;clarations darwiniennes isol&#233;es afin de soutenir des vues particuli&#232;res qui n'ont pas de rapport avec les propres vis&#233;es de Darwin ou qui m&#234;me r&#233;futent le sens g&#233;n&#233;ral de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par exemple, le fondateur britannique de l'&#233;volutionnisme a abondamment &#233;crit sur les contraintes li&#233;es &#224; la variation et il n'a pas cess&#233; de s'int&#233;resser &#224; ce sujet. Mais la logique de sa th&#233;orie demandait que l'adaptation contr&#244;le le changement &#233;volutif et que, le plus souvent, la variation soit isotrope ; par suite, Darwin prend position (comme il est logique) en faveur de ces n&#233;cessaires corollaires de la s&#233;lection naturelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On v&#233;n&#232;re aujourd'hui Darwin parce qu'il a constamment fait preuve de ces deux traits cruciaux, la grande intelligence et l'honn&#234;tet&#233;. Il savait parfaitement o&#249; ses arguements allaient le conduire, et il les a d&#233;velopp&#233;s sans d&#233;vier, m&#234;me si les cons&#233;quences allaient en &#234;tre d&#233;sagr&#233;ables. On lui fait le plus grand tort possible lorsqu'on parcourt superficiellement ses ouvrages &#224; la recherche de quelque th&#232;me particulier pour soutenir sa position personnelle, tout en ignorant la beaut&#233; et la puissance du sens g&#233;n&#233;ral et des encha&#238;nements logiques de ses th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je soul&#232;ve ce probl&#232;me parce qu'on a particuli&#232;rement abus&#233; des citations s&#233;lectives en ce qui concerne les conceptions de Darwin sur le gradualisme. Bien entendu, ce dernier a admis qu'il y avait une possibilit&#233; de grande variation dans les rythmes du changement, et qu'il pouvait m&#234;me exister des &#233;pisodes rapides pouvant &#234;tre qualifi&#233;s de catastrophiques (au moins sur une &#233;chelle locale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car comment cet excellent naturaliste aurait-il pu nier que la nature pouvait offrir une grande diversit&#233; de solutions &#224; ce probl&#232;me crucial qu'&#233;tait le caract&#232;re du changement lui-m&#234;me ? Mais ces d&#233;clarations occasionnelles ne font pas de Darwin le parrain de l'&#233;quilibre ponctu&#233;, ou un partisan secret de la saltation (comme l'a r&#233;ellement affirm&#233; De Vries, ce qui lui a valu une r&#233;primande officielle et unique en son genre de la part des organisateurs de la comm&#233;moration du centenaire de Darwin &#224; l'universit&#233; de Cambridge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gradualisme repr&#233;sente peut-&#234;tre la conviction la plus centrale de Darwin, r&#233;sidant &#224; la fois au sein de sa pens&#233;e et la sous-tendant totalement. Cette notion l'a guid&#233; dans le choix de ses sujets d'&#233;tude bien avant qu'il ne se pr&#233;occupe de la s&#233;lection naturelle et l'a conduit &#224; se pencher sur des th&#232;mes situ&#233;s largement au-del&#224; de cette derni&#232;re. Le gradualisme constitue le cadre explicatif de son premier livre important qui traitait des r&#233;cifs coralliens (1842) et celui de son dernier ouvrage sur la formation des sols arables et la modification de la topographie par les vers de terre (1881), deux volumes qui ne font pratiquement pas r&#233;f&#233;rence &#224; la s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal ma&#238;tre &#224; penser de Darwin, Charles Lyell, avait pos&#233; le signe &#233;gal entre gradualisme et rationalit&#233;. Tous les historiens et les &#233;volutionnistes ont remarqu&#233; l'importance centrale du gradualisme, &#224; la fois dans l'ontogen&#232;se (Gruber et Barrett, 1974) et dans la logique (Mayr, 1991) de la pens&#233;e de Darwin. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection ne devient cr&#233;ative qu'&#224; la condition d'imprimer une direction &#224; l'&#233;volution, ce qu'elle fait en pr&#233;sidant &#224; la lente et constante accumulation des variations favorables retenues au sein de l'ensemble isotrope des variations. Si le gradualisme n'accompagne pas ce processus de changement, la s&#233;lection doit renoncer &#224; ce r&#244;le cr&#233;atif, et alors le darwinisme ne peut pas rendre compte de l'innovation &#233;volutive. Si d'importantes nouvelles caract&#233;ristiques, ou de nouveaux taxa entiers, apparaissent gr&#226;ce &#224; des variations discontinues de grande ampleur, alors la cr&#233;ativit&#233; r&#233;side dans la gen&#232;se de la variation elle-m&#234;me. La s&#233;lection n'engendre plus d&#233;sormais l'&#233;volution, et se cantonne dans le r&#244;le de l'ex&#233;cuteur des hautes &#339;uvres &#233;liminant l'inadapt&#233;, ne faisant donc que faciliter des changements apparus d'autre fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gradualisme est donc la cons&#233;quence logique de la mise en &#339;uvre de la s&#233;lection naturelle sur le mode cr&#233;atif envisag&#233; par Darwin. Il impr&#232;gne aussi totalement la m&#233;thodologie g&#233;nialement invent&#233;e par Darwin, parce que la th&#232;se uniformitariste de l'extrapolation ne peut fonctionner si le changement &#224; la plus grande des &#233;chelles ne se r&#233;alise pas par la sommation au cours du temps de petites variations, imm&#233;diates et appr&#233;hendables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau le plus large, le gradualisme est un concept qui soutient simplement qu'un lien historique continu relie des anc&#234;tres et des descendants, sans mention du mode ou du rythme avec lequel s'effectue la transition des uns aux autres. Si les nouvelles esp&#232;ces apparaissent en tant que cr&#233;ation ex nihilo par l'intervention divine, alors il n'y aurait pas de lien unissant des anc&#234;tres et des descendants. Dans ce sens le plus large, l'affirmation du gradualisme revient &#224; celle de l'&#233;volution en tant que fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette assertion &#233;tait bien entendu vitale pour fonder la r&#233;volution promue par Darwin,mais le sens ainsi consid&#233;r&#233; du gradualisme ne se r&#233;f&#232;re qu'&#224; l'existence de l'&#233;volution, et ne dit rien de la fa&#231;on dont elle se d&#233;roule ; le lien logique entre gradualisme et s&#233;lection naturelle ne peut pas se situer &#224; ce niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;volutionnistes de notre &#233;poque ont commis l'erreur de croire que les d&#233;bats contemporains au sujet du gradualisme portaient sur ce premier sens, de nos jours allant de soi et nullement sujet &#224; controverse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, ce premier sens, &#171; trop grand &#187;, du gradualisme atteste l'existence de l'&#233;volution elle-m&#234;me (par opposition au cr&#233;ationnisme), mais ne caract&#233;rise pas le m&#233;canisme propos&#233; par Darwin, ou par qui que ce soit d'autre, en mati&#232;re de changement &#233;volutif&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde fa&#231;on, &#171; juste comme il faut &#187;, de comprendre le gradualisme ne porte pas sur la dur&#233;e que doit prendre une transition, ou sur la variabilit&#233; &#233;ventuelle de la vitesse du changement. Dans ce second sens, le concept du gradualisme stipule simplement que, en passant d'un &#233;tat A &#224; un autre B, substantiellement diff&#233;rent, l'&#233;volution doit n&#233;cessairement parcourir une longue s&#233;rie d'&#233;tapes interm&#233;diaires qui diff&#232;rent insensiblement les unes des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, un anc&#234;tre et un descendant doivent &#234;tre reli&#233;s par une s&#233;rie de changements, chacun se situant dans la gamme de ce que peut &#233;difier la s&#233;lection naturelle &#224; partir de la variabilit&#233; ordinaire. Sans le gradualisme consid&#233;r&#233; sous cette forme, de grandes variations sur le mode morphologique discontinu pourraient fournir la force cr&#233;ative du changement &#233;volutif, au lieu que ce r&#244;le revienne &#224; la s&#233;lection naturelle. Mais si la minuscule augmentation apport&#233;e par chaque &#233;tape demeure peu importante par elle-m&#234;me, alors la capacit&#233; cr&#233;ative doit n&#233;cessairement r&#233;sider dans la sommation de ces &#233;tapes en quelque chose d'important : or, la s&#233;lection naturelle, selon la th&#233;orie de Darwin, intervient pr&#233;cis&#233;ment en tant qu'agent d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sens du gradualisme sous-tend l'invocation souvent formul&#233;e par Darwin du vieil aphorisme de Leibniz et de Linn&#233; : Natura non facit saltum (&#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet attachement &#224; ce postulat ne peut que nous frapper comme immod&#233;r&#233; et, au regard des normes d'aujourd'hui, comme nettement exag&#233;r&#233;. Ainsi, Darwin &#233;crit (dans l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187;) : &lt;i&gt;&#171; Si l'on arrivait &#224; d&#233;montrer qu'il existe un organe complexe qui n'a pas pu se former par une s&#233;rie de nombreuses modifications graduelles et l&#233;g&#232;res, ma th&#233;orie ne pourrait certes plus se d&#233;fendre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de crainte que nous ne doutions que &#171; ma th&#233;orie &#187; se r&#233;f&#232;re sp&#233;cifiquement au m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle (et non simplement &#224; l'affirmation de l'&#233;volution), Darwin pose souvent un lien explicite entre la s&#233;lection comme agent cr&#233;atif et le gradualisme comme cons&#233;quence n&#233;cessaire : &lt;i&gt;&#171; Indubitablement, rien ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233; par le biais de la s&#233;lection naturelle, si ce n'est l'addition de changements infiniment petits ; et si l'on pouvait montrer que&#8230; les stades de transition sont irr&#233;alisables, la th&#233;orie s'effondrerait. &#187;&lt;/i&gt; (dans &#171; Natural Selection &#187;, voir Stauffer, 1975, p. 250).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans le chapitre de conclusion de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; : &lt;i&gt;&#171; Comme la s&#233;lection naturelle n'agit qu'en accumulant des variations l&#233;g&#232;res, successives et favorables, elle ne peut agir qu'&#224; pas lents et courts. Cette th&#233;orie rend facile &#224; comprendre l'axiome &#171; Natura non facit saltum &#187;.&lt;/i&gt; (p. 471)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-il vrai que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle &#171; ne pourrait certes plus se d&#233;fendre &#187; si un seul organe (sans parler d'un organisme entier) pouvait appara&#238;tre par des changements de grandes dimensions et discontinus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai que le darwinisme demande d'ob&#233;ir &#224; la formulation extr&#234;me suivant : &lt;i&gt;&#171; La s&#233;lection naturelle n'agit que par la conservation et par l'accumulation d'infimes modifications h&#233;r&#233;ditaires &#187;&lt;/i&gt; (p. 95) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un certain niveau de discontinuit&#233;, la forte formulation de Darwin doit s&#251;rement &#234;tre v&#233;rifi&#233;e. Si la morphologie modifi&#233;e caract&#233;risant les nouvelles esp&#232;ces apparaissait souvent en une seule &#233;tape gr&#226;ce &#224; des macromutations fortuites, la s&#233;lection perdrait alors son r&#244;le cr&#233;atif et n'agirait que comme force auxiliaire et secondaire pour propager la soudaine bonne conformation au sein de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-on appliquer l&#233;gitimement aux organes isol&#233;s cette conception de Darwin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposez (comme cela doit arriver souvent) qu'une h&#233;t&#233;rochronie de d&#233;veloppement d&#233;termine un changement majeur de forme et de fonction en deux ou trois &#233;tapes sans formes interm&#233;diaires. La plupart du temps, la dimension de ces stades peut se situer hors de la &#171; gamme normale &#187; de variation pour la majorit&#233; des populations, mais non au-del&#224; des possibilit&#233;s d'un programme g&#233;n&#233;tique de d&#233;veloppement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle s'effondrerait-elle si les changements sur ce mode &#233;taient fr&#233;quents ? Je ne le crois pas. La th&#233;orie darwinienne demanderait quelques ajustements et quelques compromis (en particulier elle devrait &#234;tre plus tol&#233;rante sur le non-respect de l'isotropie des variations et prendre beaucoup plus en compte la notion de contrainte interne dans le domaine de la g&#233;n&#233;tique et du d&#233;veloppement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc que la d&#233;fense vigoureuse, voire pugnace, du gradualisme strict par Darwin refl&#232;te une prise de position syst&#233;matique, de port&#233;e bien plus vaste que la simple reconnaissance d'un corollaire logique de la s&#233;lection naturelle. En fait, je crois que cette conviction forte correspondait &#224; une attitude g&#233;n&#233;rale qui recouvrait l'adh&#233;sion &#224; la th&#232;se de Lyell selon laquelle le gradualisme allait de pair avec la rationalit&#233; et refl&#233;tait aussi le penchant culturel pour le gradualisme &#224; l'&#233;poque o&#249; la Grande-Bretagne connaissait sa plus grande p&#233;riode d'expansion industrielle et coloniale (Gould, 1984a).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement perspicace de Huxley &#224; propos de l' &#171; Origine des esp&#232;ces &#187; r&#233;sonne encore de nos jours d'un accent de v&#233;rit&#233;. Dans sa c&#233;l&#232;bre lettre &#224; Darwin, &#233;crite juste apr&#232;s que cet ouvrage avait &#233;t&#233; publi&#233;, ilse disait pr&#234;t &#224; &#171; monter sur le b&#251;cher &#187; pour d&#233;fendre les conceptions de Darwin, mais il y avait aussi avanc&#233; sa critique majeure : &lt;i&gt;&#171; Vous vous &#234;tes impos&#233; une difficult&#233; qui &#233;tait superflue en adoptant avec si peu de r&#233;serve la formule &#171; Natura non facit saltum &#187;. &#187;&lt;/i&gt; (L. Huxley, 1901, p.189). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 9 sur les preuves g&#233;ologiques, o&#249; le lecteur non initi&#233; pourrait s'attendre &#224; trouver de puissant arguments en faveur de l'&#233;volution &#224; partir des donn&#233;es les plus directement r&#233;v&#233;latrices &#8211; celles des archives fossils &#8211; r&#233;v&#232;le en lieu et place de cela une longue argumentation visant (l&#233;gitimement) &#224; excuser une discordance grave entre les donn&#233;es et la th&#233;orie : les archives fossiles sont domin&#233;es &#224; premi&#232;re vue par des lacunes et des discontinuit&#233;s, alors que la th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle demanderait des transitions insensibles&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin, tout le monde le sait, a r&#233;solu cette discordance en qualifiant les archives d'extr&#234;mement imparfaites (tel un livre qui n'aurait plus que quelques pages et seulement quelques lettres pr&#233;serv&#233;es sur chaque page) au point que toute continuit&#233; v&#233;ritablement insensible est largement effac&#233;e pour donner l'apparence, dans les traces restantes, d'une s&#233;rie de sauts abrupts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourquoi donc chaque formation g&#233;ologique, dans chacune des couches qui la composent, ne regorge-t-elle pas de ces formes interm&#233;diaires ? La g&#233;ologie ne r&#233;v&#232;le assur&#233;ment pas une s&#233;rie organique si bien gradu&#233;e, et c'est en cela, peut-&#234;tre, que consiste l'objection la plus s&#233;rieuse que l'on puisse faire &#224; ma th&#233;orie. Je crois que l'explication se trouve dans l'extr&#234;me insuffisance des documents g&#233;ologiques&#8230; Quiconque n'admet pas ces conceptions sur la nature des archives g&#233;ologiques doit avec raison repousser ma th&#233;orie tout enti&#232;re. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin s'est aussi fait l'avocat de la forme la plus contraignante du gradualisme&#8230; Il ne supposait pas simplement que l'information f&#251;t transmise contin&#251;ment de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, et pas simplement que le passage entre les innombrables &#233;tapes de transition f&#251;t insensible. Il demandait aussi que le changement f&#251;t graduel m&#234;me &#224; la plus vaste &#233;chelle des temps g&#233;ologiques et que le mouvement continu (avec des variations de rythme, bien s&#251;r) repr&#233;sent&#226;t une caract&#233;ristique habituelle de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acceptation du gradualisme, aux vastes vis&#233;es, n'est pas &#233;troitement li&#233;e, sur le plan logique, au m&#233;canisme de la s&#233;lection naturelle. Le changement pourrait se faire de fa&#231;on &#233;pisodique et brutale, &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques, mais n&#233;anmoins se r&#233;aliser par d'insensibles &#233;tapes interm&#233;diaires, vues sous l'angle de la succession des g&#233;n&#233;rations, car, en vertu du principe crucial relatif aux changements d'&#233;chelle, la dur&#233;e correspondant &#224; la succession de milliers de g&#233;n&#233;rations ne repr&#233;sente qu'un petit moment &#224; l'&#233;chelle des temps g&#233;ologiques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux principes (la mise en &#339;uvre du m&#233;canisme au niveau exclusif des organismes en tant qu'agents de la s&#233;lection ; la capacit&#233; cr&#233;ative de la s&#233;lection se traduisant par le fa&#231;onnement de l'adaptation) d&#233;finissent le noyau biologique central de la th&#233;orie darwinienne. En d'autres termes, ils d&#233;crivent le &#171; fonctionnement &#187; biologique permettant d'envisager la troisi&#232;me et derni&#232;re composante fondamentale d'une vision darwinienne du monde : la th&#232;se uniformitariste selon laquelle les r&#233;sultats de l'action de la s&#233;lection naturelle trouvent, par extrapolation, une compl&#232;te traduction &#224; toutes les &#233;chelles et &#224; toutes les &#233;poques de l'histoire de la vie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Darwin, dans un contraste r&#233;volutionnaire puissant, pr&#233;sente, pour la premi&#232;re fois, une explication en termes de m&#233;canismes d' &#171; origine externe &#187;, dans laquelle le changement &#233;volutif est contingent, c'est-&#224;-dire constitu&#233; par l'addition d'adaptations locales impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne correspond donc pas au d&#233;ploiement d&#233;terministe de potentialit&#233;s intrins&#232;ques en fonction de r&#232;gles biologiques internes : en fait, ce changement contingent est r&#233;alis&#233; par l'interaction entre un mat&#233;riau brut organique (la variation non orient&#233;e) et le milieu qui lui impose une orientation (la s&#233;lection naturelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin renversa toutes les traditions ant&#233;rieures en attribuant ainsi au milieu externe le r&#244;le d'une force orientant la direction du changement &#233;volutif (le &#171; milieu &#187; &#233;tant bien s&#251;r con&#231;u comme l'ensemble des facteurs biotiques et abiotiques, mais cependant externes &#224; l'organisme, m&#234;me lorsqu'ils &#233;taient intrins&#232;quement li&#233;s &#224; l'organisme lui-m&#234;me et m&#234;me largement d&#233;finis par lui)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le caract&#232;re unique en son genre du darwinisme, et aussi son caract&#232;re r&#233;volutionnaire, r&#233;side largement dans la formulation de la s&#233;lection naturelle, en tant que th&#233;orie de l'interaction entre un &#171; int&#233;rieur &#187; biologique et un &#171; ext&#233;rieur &#187; repr&#233;sent&#233; par le milieu (de sorte que cette th&#233;orie &#233;volutionniste n'est pas une th&#233;orie de l' &#171; &#233;volution &#187; au sens de d&#233;ploiement de potentialit&#233;s intrins&#232;ques), alors l' &#171; ext&#233;rieur &#187; doit faire lui aussi l'objet d'une discussion explicite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu externe, en tant qu'agent darwinien actif, ne doit pas &#234;tre trop calme : en particulier, une absence de changement dans l'environnement conduirait probablement l'&#233;volution &#224; s'arr&#234;ter, par la diminution des pressions s&#233;lectives en faveur des modifications adaptatives (voir Stenseth et Maynard Smith, 1984). Les interactions purement biotiques pourraient peut-&#234;tre d&#233;terminer la progression du changement &#233;volutif pendant un certain temps apr&#232;s l'arr&#234;t du changement dans l'environnement, mais probablement pas ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a rarement envisag&#233; que l'&#233;volution darwinienne pourrait &#234;tre compromise par une &#233;ventuelle insuffisance de changement, en grande partie parce que les archives g&#233;ologiques semblent clairement indiquer que le danger r&#233;side plut&#244;t dans l'autre direction&#8230; En particulier, si le catastrophisme en g&#233;ologie &#233;tait la r&#232;gle, ou m&#234;me s'il &#233;tait juste assez important en fr&#233;quence relative, alors le darwinisme perdrait sa place en tant qu'agent primordial du fa&#231;onnement de l'histoire &#233;volutive de la biosph&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En passant en revue g&#233;n&#233;rale, et en ordre inverse, les critiques adress&#233;es aux trois principes centraux du darwinisme, on peut donc dire, premi&#232;rement, que la prise en compte des extinctions de masse catastrophiques, et plus g&#233;n&#233;ralement du caract&#232;re fortuit des extinctiosn d&#233;clench&#233;es, &#224; tous les niveaux par des facteurs abiotiques, met en question la conception fondamentale de Darwin sur la fr&#233;quence relative dominante de la lutte entre les organismes suscit&#233;e par le surpeuplement du milieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de contrainte (plut&#244;t con&#231;ue comme un facteur positif canalisant le changement depuis l'int&#233;rieur des organismes que comme facteur n&#233;gatif limitant la variation susceptible de conduire &#224; des modifications fonctionnelles (voir Gould, 1989a) contredit la notion darwinienne cruciale d'isotropie du mat&#233;riau brut et, par cons&#233;quent, celle de la ma&#238;trise par la s&#233;lection naturelle de l'orientation de la trajectoire &#233;volutive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, et de fa&#231;on encore plus importante dans la mesure o&#249; cette critique fait le mieux la synth&#232;se des trois, la th&#233;orie hi&#233;rarchique de la s&#233;lection naturelle, affirmant que la s&#233;lection s'exerce de fa&#231;on consid&#233;rable en fr&#233;quence relative &#224; tous les niveaux, depuis celui des g&#232;nes jusqu'&#224; celui des esp&#232;ces, met en question la premi&#232;re patte du tr&#233;pied &#8211; celle de la th&#232;se selon laquelle la s&#233;lection n'&#339;uvre pratiquement qu'au niveau des organismes, th&#232;se qui joua un r&#244;le crucial en permettant &#224; Darwin de radicalement renverser le syst&#232;me de Paley via le recours &#224; Adam Smith&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la prochaine g&#233;n&#233;ration d'&#233;volutionnistes reprend et &#233;largit l'approche ainsi propos&#233;e en ce d&#233;but de nouveau mill&#233;naire, comme le laissent pr&#233;sager les travaux et les recherches pr&#233;liminaires qui ont &#233;t&#233; men&#233;es par tant de scientifiques &#224; la fin du pr&#233;c&#233;dent, alors nous devons encore rendre plus hommage &#224; la vitalit&#233; des d&#233;finitions rigoureuses et des principes solides propos&#233;s par Darwin lui-m&#234;me lorsqu'il a fond&#233; notre discipline. Car peu de th&#233;roies proposent ces vastes capacit&#233;s explicatives et cette intrication de logique n&#233;cessaires &#224; l'&#233;dification d'une structure conceptuelle qui continue aujourd'hui &#224; &#234;tre fascinante et &#224; fournir une aide pertinente aux travaux en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ce n'est pas traiter Darwin avec le respect qu'il m&#233;rite que de consid&#233;rer ses principes centraux seulement comme des id&#233;es r&#233;v&#233;r&#233;es et intouchables ; pour honorer l'&#233;volutionnisme britannique, il faut au contraire prendre maintenant ceux-ci comme des points de d&#233;part pour tenter de les reformuler, presque cent cinquante ans apr&#232;s qu'ils ont &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Darwin et les grandes &#233;nigmes de la vie &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi Darwin a-t-il &#233;t&#233; si difficile &#224; comprendre ? En l'espace de dix ans, il convainquit le monde intellectuel de l'existence de l'&#233;volution, mais sa th&#233;orie de la s&#233;lection naturelle ne fut jamais tr&#232;s populaire de son vivant. Elle ne s'est impos&#233;e que dans les ann&#233;es quarante et, aujourd'hui encore, bien qu'elle soit au c&#339;ur de notre th&#233;orie de l'&#233;volution, elle est g&#233;n&#233;ralement mal comprise, mal cit&#233;e et mal appliqu&#233;e. La difficult&#233; ne r&#233;side pourtant pas dans la complexit&#233; de sa structure logique, car les fondements de la s&#233;lection naturelle sont la simplicit&#233; m&#234;me. Ils se r&#233;sument &#224; deux constatations indubitables entra&#238;nant une conclusion in&#233;vitable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Les organismes varient et leurs variations se transmettent (en partie du moins) &#224; leurs descendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Les organismes produisent plus de descendants qu'il ne peut en survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le descendant qui varie dans la direction favoris&#233;e par l'environnement survivra et se reproduira. La variation favorable se r&#233;pandra donc dans les populations par s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois propositions &#233;tablissent que la s&#233;lection naturelle peut fonctionner, mais elles ne lui garantissent pas, par elles-m&#234;mes, le r&#244;le fondamental que lui a attribu&#233; Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e suivant laquelle la s&#233;lection naturelle est la force cr&#233;atrice de l'&#233;volution et pas seulement le bourreau qui ex&#233;cute les inadapt&#233;s est l'essence de la th&#233;orie darwinienne. La s&#233;lection naturelle doit &#233;galement construire l'adapt&#233;, c'est-&#224;-dire &#233;laborer progressivement l'adaptation en conservant, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, les &#233;l&#233;ments favorables dans un ensemble de variations dues au hasard. Si la s&#233;lection naturelle est cr&#233;atrice, il faut compl&#233;ter la premi&#232;re proposition, relative &#224; la variation, par deux observations suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, la variation doit &#234;tre le fruit du hasard ou, tout au moins, ne pas tendre de pr&#233;f&#233;rence vers l'adaptation. Car si la variation est pr&#233;programm&#233;e dans la bonne direction, la s&#233;lection naturelle ne joue aucun r&#244;le cr&#233;ateur et se contente d'&#233;liminer les individus non conformes. Le lamarckisme suivant lequel les animaux r&#233;agissent de mani&#232;re cr&#233;ative &#224; leurs besoins et transmettent les caract&#233;ristiques acquises &#224; leurs descendants, est, de ce point de vue, une th&#233;orie non darwinienne. Ce que nous savons des variations g&#233;n&#233;tiques laisse penser que Darwin avait raison de soutenir que la variation n'est pas pr&#233;programm&#233;e. L'&#233;volution est un m&#233;lange de hasard et de n&#233;cessit&#233;. Hasard dans la variation, n&#233;cessit&#233; dans le fonctionnement de la s&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la variation doit &#234;tre petite relativement &#224; l'ampleur de l'&#233;volution manifest&#233;e dans la formation d'esp&#232;ces nouvelles. En effet, si les esp&#232;ces nouvelles apparaissent d'un seul coup, le seul r&#244;le de la s&#233;lection consiste simplement &#224; faire dispara&#238;tre les populations en place afin de laisser le champ libre aux formes am&#233;lior&#233;es qu'elle n'a pas &#233;labor&#233;es. De nouveau, nos connaissances en g&#233;n&#233;tique vont dans le sens de Darwin, qui croyait que les petites mutations constituent l'essentiel de l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la th&#233;orie de Darwin, simple en apparence, ne va pas, dans les faits, sans complexit&#233;. Il semble n&#233;anmoins que les r&#233;ticences qu'elle suscite tiennent moins aux &#233;ventuelles difficult&#233;s scientifiques qu'au contenu philosophique des conceptions de Darwin, qui constituent en effet un d&#233;fi &#224; un ensemble d'id&#233;es particuli&#232;res &#224; l'Occident et que nous ne sommes pas encore pr&#234;ts d'abandonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Darwin pr&#233;tend que l'&#233;volution n'a pas un but. Les individus luttent pour accro&#238;tre la repr&#233;sentation de leurs g&#232;nes dans les g&#233;n&#233;rations futures, un point c'est tout. S'il existe un ordre et une harmonie dans le monde, ce ne sont que les cons&#233;quences accidentelles de l'activit&#233; d'individus qui ne cherchent que leur profit personnel&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, Darwin soutient que l'&#233;volution n'est pas dirig&#233;e, qu'elle ne conduit pas in&#233;vitablement &#224; l'apparition de caract&#233;ristiques sup&#233;rieures. Les organismes ne font que s'adapter &#224; leur environnement. La &#171; d&#233;g&#233;n&#233;rescence &#187; du parasite est aussi parfaite que l'&#233;l&#233;gance de la gazelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Darwin fait reposer son interpr&#233;tation de la nature sur une philosophie mat&#233;rialiste. La mati&#232;re est le fondement de toute existence ; l'intelligence, l'esprit et Dieu ne sont que des mots qui servent &#224; d&#233;signer les manifestations de la complexit&#233; du cerveau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin n'apportait pas la bonne parole ; il n'entrait pas dans ses intentions d'appliquer &#224; la nature les pr&#233;jug&#233;s de la pens&#233;e occidentale. L'esprit de Darwin pourrait m&#234;me apporter beaucoup &#224; notre civilisation en r&#233;futant l'un des th&#232;mes favoris de l'arrogance occidentale : l'homme destin&#233; &#224; dominer la Terre et les animaux, parce que constituant l'aboutissement d'un processus pr&#233;con&#231;u&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux passages des carnets M et N de Darwin &#233;crits en 1838 et 1839, de nombreux passages montrent qu'il &#233;tait convaincu de quelque chose qu'il ressentait comme beaucoup plus &#171; h&#233;r&#233;tique &#187; que l'&#233;volution elle-m&#234;me, et qu'il avait peur d'exposer : le mat&#233;rialisme philosophique, postulat selon lequel la mati&#232;re est la substance de toute existence, les ph&#233;nom&#232;nes psychologiques et spirituels n'&#233;tant que ses sous-produits. Aucune conception ne pouvait s'opposer davantage aux traditions les plus &#233;tablies de la pens&#233;e occidentale que cette id&#233;e selon laquelle l'esprit, malgr&#233; sa complexit&#233; et sa puissance, n'est que le produit du cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces carnets prouvent en outre que Darwin s'int&#233;ressait &#224; la philosophie et qu'il &#233;tait conscient de ses implications. Il savait que ce qui distinguait des autres doctrines &#233;volutionnistes &#233;tait un mat&#233;rialisme philosophique sans compromis. Les &#233;volutionnistes parlaient de forces vitales, de sens de l'Histoire, de lutte organique et d'irr&#233;ductibilit&#233; fondamentale de l'esprit&#8230; autant de notions que la chr&#233;tient&#233; traditionnelle pouvait parfaitement accepter puisqu'elles permettaient &#224; un Dieu chr&#233;tien de conserver sa place, &#224; condition simplement de remplacer &#171; cr&#233;ation &#187; par &#171; &#233;volution &#187;. Darwin, lui, ne parlait que de variations dues au hasard et de s&#233;lection naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses carnets, Darwin applique r&#233;solument sa th&#233;orie mat&#233;rialiste &#224; toutes les manifestations de la vie, y compris ce qu'il nommait &#171; la citadelle elle-m&#234;me &#187;, l'esprit humain. Et si l'esprit n'a pas d'existence r&#233;elle en dehors du cerveau, Dieu peut-il &#234;tre autre chose qu'une illusion engendr&#233;e par une illusion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des carnets concernant la transmutation, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Amour de la divinit&#233;, fruit de l'organisation ; quel mat&#233;rialiste !... Pourquoi le fait que la pens&#233;e soit une s&#233;cr&#233;tion du cerveau est-il plus extraordinaire que le fait que la pesanteur soit une propri&#233;t&#233; de la mati&#232;re ? C'est notre orgueil, l'admiration que nous &#233;prouvons pour nous-m&#234;mes. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa discussion des carnets M et N, Gruber consid&#232;re que le mat&#233;rialisme &#233;tait, &#171; &#224; cette &#233;poque, plus scandaleux que l'&#233;volution &#187;. Il apporte des preuves de la pers&#233;cution des convictions mat&#233;rialistes &#224; la fin du 18&#232;me si&#232;cle et au d&#233;but du 19&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Darwin &#233;crivit dans le carnet M :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour &#233;viter de dire &#224; quel point je crois au mat&#233;rialisme, je dois me contenter de dire que les &#233;motions, les instincts, les degr&#233;s de talent, qui sont h&#233;r&#233;ditaires, le sont parce que le cerveau de l'enfant ressemble &#224; celui des parents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mat&#233;rialistes les plus ardents du 19&#232;me si&#232;cle, Marx et Engels ne tard&#232;rent pas &#224; comprendre les implications du travail de Darwin et &#224; en exploiter le contenu. En 1869, Marx &#233;crivit &#224; Engels &#224; propos de l'origine des esp&#232;ces :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien que cela soit expos&#233; dans le style rude des Anglais, c'est le livre qui contient les principes d'histoire naturelle adapt&#233; &#224; nos vues. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de l'&#339;uvre de Darwin choque tellement la pens&#233;e occidentale que nous ne l'avons pas encore comprise dans son entier. La campagne qu'Arthur Koestler a men&#233;e contre Darwin, par exemple, (voir &#171; L'&#233;treinte du crapaud &#187;) repose sur le refus d'accepter le mat&#233;rialisme de Darwin et le d&#233;sir ardent d'attribuer &#224; nouveau &#224; la mati&#232;re des propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;pigramme c&#233;l&#232;bre, Darwin &#233;crit qu'il doit s'interdire les qualificatifs &#171; sup&#233;rieur &#187; ou &#171; inf&#233;rieur &#187; lorsqu'il d&#233;crit la structure des organismes. Pouvons-nous pr&#233;tendre, en effet, que nous sommes des cr&#233;atures sup&#233;rieures &#224; l'amibe, qui est aussi bien adapt&#233;e &#224; son environnement que nous le sommes au n&#244;tre ? Darwin &#233;vita donc de recourir &#224; la notion d' &#171; &#233;volution &#187;, d'une part parce que son sens technique heurtait ses convictions, et, d'autre part, parce que la notion de progr&#232;s, ins&#233;parable de son sens courant, lui d&#233;plaisait. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une ironie du sort, le p&#232;re de la th&#233;orie &#233;volutionniste &#233;tait presque seul &#224; soutenir que le changement organique a pour unique r&#233;sultat d'am&#233;liorer l'adaptation des organismes &#224; leur environnement, et ne se conforme pas &#224; une id&#233;e abstraite de progr&#232;s d&#233;finie par la complexit&#233; de la structure ou l'accroissement de l'homog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne jamais dire inf&#233;rieur ou sup&#233;rieur&#8230; &#187; Si nous avions tenu compte de l'avertissement de Darwin, la confusion et l'incompr&#233;hension qui existent aujourd'hui entre les savants et les profanes nous auraient &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es. Car la conception de Darwin est essentielle pour les savants qui ont abandonn&#233; depuis longtemps l'id&#233;e d'une relation n&#233;cessaire entre &#233;volution et progr&#232;s, la consid&#233;rant comme une perversion anthropocentriste de la pire esp&#232;ce. Pourtant, la plupart des profanes confondent encore &#233;volution et progr&#232;s. Ils n'imaginent pas l'&#233;volution humaine comme un suite de changements, mais comme un accroissement d'intelligence, de taille ou tout ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une am&#233;lioration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Extrait de Stephen Jay Gould dans &#034;Le pouce du panda&#034; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le caract&#232;re &#233;pisodique du changement &#233;volutif&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 novembre 1859, le jour pr&#233;c&#233;dent la sortie de son livre r&#233;volutionnaire, Charles Darwin re&#231;ut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat &#224; venir, allant m&#234;me jusqu'au sacrifice supr&#234;me : &#171; Je suis pr&#234;t &#224; mourir sur le b&#251;cher s'il le faut. (&#8230;) Je me pr&#233;pare en aiguisant mes griffes et mon bec. &#187; Mais il ajoutait aussi un avertissement : &#171; Vous vous &#234;tes encombr&#233; d'une difficult&#233; inutile en adoptant le &#171; Natura non facit saltum &#187; sans la moindre r&#233;serve. &#187; L'expression latine, g&#233;n&#233;ralement attribu&#233;e &#224; Linn&#233; signifie que &#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;. Darwin approuvait totalement cette devise ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disciple de Charles Lyell, ap&#244;tre du &#171; gradualisme &#187; en g&#233;ologie, Darwin d&#233;crivait l'&#233;volution comme un processus majestueux et r&#233;gulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait esp&#233;rer l'observer pensant la dur&#233;e d'une vie. Les anc&#234;tres et leurs descendants, selon Darwin, doivent &#234;tre reli&#233;s par &#171; une infinit&#233; de liens transitoires &#187; qui forment &#171; une belle succession d'&#233;tapes progressives &#187;. Seule une longue p&#233;riode de temps a permis &#224; un processus si lent de r&#233;aliser une telle ouvre. Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le foss&#233; de sa propre th&#233;orie. La s&#233;lection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'&#233;volution se d&#233;roulait sur un rythme rapide. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;volutionnistes consid&#232;rent qu'une stricte continuit&#233; entre micro et macro-&#233;volution constitue un ingr&#233;dient essentiel du darwinisme et corollaire n&#233;cessaire de la s&#233;lection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait s&#233;par&#233; la s&#233;lection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adh&#233;sion franche et sans fondement s&#251;r au gradualisme pouvait saper son syst&#232;me tout entier. Les fossiles pr&#233;sentent trop de transitions brutales pour t&#233;moigner d'un changement progressif et le principe de la s&#233;lection naturelle ne l'exige pas, car la s&#233;lection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a invent&#233; devint le dogme central de la th&#233;orie synth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goldschmidt n'&#233;leva aucune objection contre les th&#232;ses classiques de la micro&#233;volution. Il consacra la premi&#232;re moiti&#233; de son ouvrage principal &#171; Les fondements mat&#233;riels de l'&#233;volution &#187; au changement progressif et continu au sein des esp&#232;ces. Cependant, il se d&#233;marqua nettement de la th&#233;orie synth&#233;tique en affirmant que les esp&#232;ces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorit&#233; des macro-mutations ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme d&#233;sastreuses et il les appela &#171; monstres &#187;. Mais, poursuivit Goldschmidt, une macro-mutation pouvait, par le simple effet de la chance, adapter un organisme &#224; un nouveau mode d'existence. On avait alors affaire, selon sa terminologie, &#224; un &#171; monstre prometteur &#187;. La macro-&#233;volution r&#233;sulte du succ&#232;s, peu fr&#233;quent, de ces monstres prometteurs, et non de l'accumulation de menus changements au sein des populations. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les pal&#233;ontologistes savent que, parmi les fossiles, on ne compte que peu de formes interm&#233;diaires ; les transitions entre les grands groupes sont particuli&#232;rement brutales. Les gradualistes se sortent habituellement de cette difficult&#233; en invoquant le caract&#232;re extr&#234;mement lacunaire des fossiles que nous poss&#233;dons ; m&#234;me si une &#233;tape sur mille survivait sous forme de fossile, la g&#233;ologie n'enregistrerait pas le changement continu. (...) M&#234;me en l'absence de t&#233;moignages directs en faveur de ces transitions sans &#224;-coup peut-on inventer une succession raisonnable de formes interm&#233;diaires, c'est-&#224;-dire des organismes viables, entre les ascendants et les descendants, dans les principales transitions structurelles ? (&#8230;) A quoi sert une moiti&#233; de m&#226;choire et une moiti&#233; d'aile ? (...) Si l'on doit accepter de nombreux cas de transition discontinue dans la macro&#233;volution, le darwinisme ne s'effondre-t-il pas en ne survivant que comme une th&#233;orie concernant les changements adaptatifs mineurs au sein des esp&#232;ces ? L'essence m&#234;me du darwinisme tient en une seule phrase : la s&#233;lection naturelle est la principale force cr&#233;atrice du changement &#233;volutif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne nie que la s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le n&#233;gatif en &#233;liminant les inadapt&#233;s. Les th&#233;ories darwiniennes sous-entendent qu'elle cr&#233;e en m&#234;me temps les adapt&#233;s. La s&#233;lection doit accomplir cette t&#226;che en mettant en place des adaptations en une s&#233;rie d'&#233;tapes, tout en pr&#233;servant &#224; chaque phase le r&#244;le avantageux dans une gamme de variations g&#233;n&#233;tiques dues au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection doit gouverner le processus de cr&#233;ation et non pas se contenter d'&#233;carter les inadapt&#233;s apr&#232;s qu'une quelque autre force a soudainement produit une nouvelle esp&#232;ce compl&#232;tement achev&#233;e dans une perfection primitive. On peut tr&#232;s bien imaginer une th&#233;orie non darwinienne du changement discontinu , c'est-&#224;-dire d'une modification g&#233;n&#233;tique profonde et brutale cr&#233;ant par hasard (de temps &#224; autre) et d'un seul coup une nouvelle esp&#232;ce. Hugo de Vries, le c&#233;l&#232;bre botaniste hollandais, fut le d&#233;fenseur de cette th&#233;orie. Mais ces notions semblent se heurter &#224; des difficult&#233;s insurmontables. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les perturbations apport&#233;es aux syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiques dans leur totalit&#233; ne produisent pas de cr&#233;atures jouissant d'avantages inconnus de leurs descendants &#8211; et elles ne sont m&#234;me pas viables. Mais toutes les th&#233;ories du changement discontinu ne sont pas antidarwiniennes, comme l'avait soulign&#233; Huxley il y a pr&#232;s de cent vingt ans. Imaginons qu'un changement discontinu dans une forme adulte naisse d'une petite modification g&#233;n&#233;tique. Les probl&#232;mes d'incompatibilit&#233; avec les autres membres de l'esp&#232;ce ne se posant pas, cette mutation importante et favorable peut alors se r&#233;pandre dans la population &#224; la mani&#232;re darwinienne. Imaginons que ce changement de grande ampleur ne produise pas de suite une forme parfaite, mais serve plut&#244;t d'adaptation clef permettant &#224; son possesseur d'adopter un nouveau mod&#232;le d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de cette nouvelle vie r&#233;ussie demande un large ensemble de modifications annexes, tant dans la morphologie que dans le comportement ; ces derni&#232;res peuvent survenir en suivant un itin&#233;raire progressif, plus traditionnel, une fois que l'adaptation clef a entra&#238;n&#233; une profonde mutation des pressions s&#233;lectives. Les partisans de la synth&#232;se actuelle ont donn&#233; &#224; Goldschmidt le r&#244;le de Goldstein en associant son expression imag&#233;e &#8211; le monstre prometteur &#8211; aux notions non darwiniennes de perfection imm&#233;diate r&#233;sultant d'un profond changement g&#233;n&#233;tique. Mais ce n'est pas tout &#224; fait ce que Goldschmidt soutenait En fait, l'un de ses m&#233;canismes entra&#238;nant la discontinuit&#233; des formes adultes reposait sur la notion de petit changement g&#233;n&#233;tique sous-jacent. Goldschmidt &#233;tait un sp&#233;cialiste du d&#233;veloppement de l'embryon. Il passa la plus grande partie du d&#233;but de sa carri&#232;re &#224; &#233;tudier les variations g&#233;ographiques de la noctuelle &#171; Lymantria dyspar &#187;. Il d&#233;couvrit que de grandes diff&#233;rences dans la r&#233;partition des couleurs des chenilles provenaient de petits changements dans le rythme du d&#233;veloppement : les effets d'un l&#233;ger retard ou d'un renforcement de la pigmentation au d&#233;but de la croissance augmentaient &#224; travers l'ontogen&#232;se et entra&#238;naient de profondes diff&#233;rences chez les chenilles ayant atteint leur plein d&#233;veloppement. Goldschmidt parvint &#224; identifier les g&#232;nes responsables de ces petits changements de rythme et d&#233;montra que les grandes diff&#233;rences que l'on observe &#224; la fin du d&#233;veloppement proviennent de l'action d'un ou de plusieurs g&#232;nes commandant les taux de changement agissant au d&#233;but de la croissance. Il codifia la notion de &#171; g&#232;ne de taux de changement &#187; (rate genes) en 1918 et &#233;crivit vingt ans plus tard : &#171; Le g&#232;ne mutant produit son effet (&#8230;) en changeant les taux des processus partiels de d&#233;veloppement. Il peut s'agir des taux de croissance ou de diff&#233;renciation, des taux de production des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la diff&#233;renciation, des taux de r&#233;actions entra&#238;nant des situations physiques ou chimiques pr&#233;cises &#224; des moments pr&#233;cis du d&#233;veloppement, des taux de ces processus responsables de la s&#233;gr&#233;gation des forces embryonnaires &#224; des moments donn&#233;s. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ma propre opinion, tr&#232;s partiale, le probl&#232;me de la r&#233;conciliation entre l'&#233;vidente discontinuit&#233; de la macro-&#233;volution et le darwinisme est en grande partie r&#233;solu si l'on observe que les changements de faible ampleur survenant t&#244;t dans le d&#233;veloppement de l'embryon s'accumulent pendant la croissance pour produire de profondes diff&#233;rences chez l'adulte. En prolongeant dans la petite enfance le rythme &#233;lev&#233; de la croissance pr&#233;natale du cerveau du singe, on voit sa taille se rapprocher de celle du cerveau humain. (...) En r&#233;alit&#233;, si l'on n'invoque pas le changement discontinu par de petites modifications dans les taux de d&#233;veloppement, je ne vois pas comment peuvent s'accomplir la plupart des principales transitions de l'&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de syst&#232;mes pr&#233;sentent une r&#233;sistance plus grande au changement que les adultes complexes, fortement diff&#233;renci&#233;s, des animaux &#171; sup&#233;rieurs &#187;. Comment pourrait-on convertir un rhinoc&#233;ros adulte ou un moustique en quelque chose de fonci&#232;rement diff&#233;rent ? Cependant les transitions entre les groupes principaux se sont bien produites au cours de l'histoire de la vie. D'Arcy Wentworth Thompson (&#8230;) &#233;crit dans &#171; Croissance et forme &#187; : &#171; (...) Nous ne pouvons pas transformer un invert&#233;br&#233; en vert&#233;br&#233;, ni un c&#339;lent&#233;r&#233; en vert, par n'importe d&#233;formation simple et l&#233;gitime (&#8230;) La nature passe d'un type &#224; un autre. (&#8230;) Chercher des marchepieds pour franchir les &#233;carts s&#233;parant ces types, c'est chercher en vain &#224; jamais. &#187; La solution de D'Arcy Wentworth Thompson &#233;tait la m&#234;me que celle de Goldschmidt : la transition peut se produire dans les embryons qui sont plus simples et plus semblables entre eux que les adultes fortement divergents qu'ils forment. Personne ne songerait &#224; transformer une &#233;toile de mer en souris, mais les embryons de certains &#233;chinodermes et de certains protovert&#233;br&#233;s sont presque identiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould, pour conclure :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce gradualisme du darwinisme a &#233;t&#233; enracin&#233; dans les vues philosophiques de la soci&#233;t&#233; victorienne. De cette &#171; &#233;volution &#187;, on &#233;limine tous les sauts, les changements brusques et les transformations r&#233;volutionnaires. Ces perspectives anti-dialectiques (...) ont profond&#233;ment enracin&#233; dans la pens&#233;e occidentale ce biais qui nous pr&#233;dispose &#224; rechercher la continuit&#233; et le changement progressif. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article604&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Stephen Jay Gould ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Darwin et quelles &#233;taient ses id&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La s&#233;lection naturelle des esp&#232;ces, ou transformation darwinienne du vivant, est-elle &#233;volutive, adaptative, pr&#233;dictible, productrice de progr&#232;s, de complexification ou d'am&#233;lioration ?</title>
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		<dc:date>2016-03-17T00:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;Darwin &#233;crit au biologiste am&#233;ricain Alpheus Hyatt en 1872 : &#171; Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, je me suis d&#233;termin&#233; &#224; penser que l'&#233;volution n'a pas intrins&#232;quement tendance au progr&#232;s.&#034;, par opposition au philosophe Herbert Spencer, inventeur de l'expression &#034;la survie du plus apte&#034; qui &#233;crivait : &#034;Le progr&#232;s n'est pas accidentel, c'est une n&#233;cessit&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Stephen Jay Gould, lui, &#233;crit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'id&#233;e de progr&#232;s est une id&#233;e pernicieuse, ancr&#233;e dans la culture, impossible &#224; tester, inop&#233;rante, il faut la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Darwin &#233;crit au biologiste am&#233;ricain Alpheus Hyatt en 1872 : &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, je me suis d&#233;termin&#233; &#224; penser que l'&#233;volution n'a pas intrins&#232;quement tendance au progr&#232;s.&#034;, par opposition au philosophe Herbert Spencer, inventeur de l'expression &#034;la survie du plus apte&#034; qui &#233;crivait : &#034;Le progr&#232;s n'est pas accidentel, c'est une n&#233;cessit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould, lui, &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'id&#233;e de progr&#232;s est une id&#233;e pernicieuse, ancr&#233;e dans la culture, impossible &#224; tester, inop&#233;rante, il faut la remplacer si nous souhaitons comprendre les structures de l'histoire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould affirme : &lt;i&gt;&#171; La th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution se distingue radicalement des autres th&#233;ories de l'&#233;volution du 19&#232;me si&#232;cle par son refus implicite d'une id&#233;e de progr&#232;s qui serait inh&#233;rente &#224; l'&#233;volution. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; La vie est belle &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Darwin livra une bataille de longue dur&#233;e de ce type au sujet de l'id&#233;e de progr&#232;s. Il se trouva pris dans une insoluble contradiction. Il reconnut que sa th&#233;orie fondamentale du m&#233;canisme &#233;volutif &#8211; la s&#233;lection naturelle - n'impliquait pas qu'il y ait progr&#232;s dans l'&#233;volution. La s&#233;lection naturelle explique seulement comment les organismes se modifient au cours du temps par des r&#233;ponses adaptatives au changement dans les environnements locaux &#8211; c'est la &#171; descendance avec modification &#187;, selon les propres termes de Darwin. Il estima que son d&#233;ni du progr&#232;s g&#233;n&#233;ral en faveur de l'ajustement aux conditions locales &#233;tait le trait le plus radical de sa th&#233;orie. Il &#233;crivit le 4 d&#233;cembre 1872 au pal&#233;ontologiste am&#233;ricain Alpheus Hyatt (l'ancien occupant de mon actuel bureau) : &#171; Apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion, je ne peux m'emp&#234;cher de penser qu'il n'y a pas de tendance au progr&#232;s. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La s&#233;lection naturelle des esp&#232;ces, ou transformation darwinienne du vivant, est-elle &#233;volutive, adaptative, pr&#233;dictible, productrice de progr&#232;s, de complexification ou d'am&#233;lioration ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien des gens ont cru retenir de la &#171; descendance avec transformation des esp&#232;ces dirig&#233;e par la s&#233;lection naturelle des variations al&#233;atoires &#187;, telle que la formulait Darwin, l'id&#233;e fausse que la nature am&#233;liorerait sans cesse les esp&#232;ces, leur donnant de plus en plus de complexit&#233;, de plus en plus de capacit&#233;s, et un perfectionnement croissant, leur permettant de dominer puis d'&#233;liminer les autres esp&#232;ces, moins &#233;volu&#233;es. Ce culte du progr&#232;s, appel&#233; adaptationnisme, est en fait tr&#232;s &#233;loign&#233; de la conception de Darwin et aussi &#233;loign&#233; de ce qui ressort de nos connaissances les plus r&#233;centes en sciences de l'&#233;volution des esp&#232;ces, qu'il s'agisse des connaissances en g&#233;n&#233;tique, en &#233;volution, en physiologie des esp&#232;ces, en pal&#233;ontologie ou en d&#233;veloppement des &#234;tres vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des auteurs (scientifiques ou non) interpr&#232;tent aussi le vivant comme le domaine d'action d'une v&#233;ritable force du progr&#232;s. Cette version a &#233;t&#233; d&#233;mentie par les d&#233;couvertes scientifiques des &#233;volutionnistes comme Stephen Jay Gould, des biologistes et des th&#233;oriciens de la g&#233;n&#233;tique du d&#233;veloppement comme de la co&#233;volution des groupes d'esp&#232;ces, des g&#232;nes hom&#233;otiques et de l'&#233;pig&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de la plupart des transformistes &#233;taient que les modifications s'&#233;taient faites en positif : &#171; pour &#187; r&#233;aliser telle ou telle modification n&#233;cessaire. Des n&#233;cessit&#233;s fonctionnelles guideraient une &#233;volution directive, de progr&#232;s. Darwin, au contraire, a propos&#233; un fonctionnement aveugle, en un double m&#233;canisme contradictoire (la s&#233;lection et la variation) et, qui plus est, agissant par n&#233;gation (l'&#233;limination). Il a invent&#233; la cr&#233;ation par suppression pour concevoir la formation des esp&#232;ces nouvelles. Notion dialectique s'il en est, la conception darwinienne proposait plusieurs renversements conceptuels allant dans le m&#234;me sens, celui de la remise en cause des logiques lin&#233;aires et de la logique m&#233;taphysique*, pour favoriser une logique dialectique et mat&#233;rialiste. On comprend que Karl Marx ait consid&#233;r&#233; que &#171; L'origine des esp&#232;ces &#187; &#233;tait un grand pas en avant dans la lutte des id&#233;es, allant bien au-del&#224; des pr&#233;c&#233;dents transformismes. Tout d'abord, Darwin proposait que l'ordre soit issu du d&#233;sordre. Le point de vue est dialectique puisque c'est la n&#233;gation de la destruction par s&#233;lection naturelle aveugle qui produit le changement, le nouvel ordre. C'est la lutte d&#233;sordonn&#233;e des individus pour la vie qui est le moteur des transformations, et non un m&#233;canisme directif, orient&#233; en vue d'un but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptationnisme est une philosophie du type &#171; tout va de mieux en mieux &#187; qui est tr&#232;s &#233;loign&#233;e de ce que nous pouvons remarquer de l'&#233;volution des esp&#232;ces. Ind&#233;pendamment de l'action de l'homme, les nombreuses esp&#232;ces disparues semblent avoir &#233;t&#233;, au moins un temps, parfaitement adapt&#233;es &#224; leur environnement et cela ne les a pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre enti&#232;rement &#233;limin&#233;es et parfois sans aucune descendance &#233;volutive. L'image du &#171; progr&#232;s &#233;volutif &#187; a &#233;galement l'inconv&#233;nient de faire appara&#238;tre les esp&#232;ces nouvelles comme une apparition li&#233;e &#224; une n&#233;cessit&#233; du chnagement environnemental comme si les esp&#232;ces nouvelles n'&#233;taient pas parfois apparues bien avant d'appara&#238;tre comme dominantes et comme si elles n'avaient pas pr&#233;exist&#233; aux conditions favorables apparues bien plus tard. D'autre part, il est faux d'imaginer que les nouvelles esp&#232;ces devaient succ&#233;der aux anciennes, les unes prenant directement la succession des autres, cens&#233;es dispara&#238;tre imm&#233;diatement &#224; l'apparition des suivantes. Ce sc&#233;nario est loin n&#233;cessaire ni m&#234;me courant. D'autre part, la disparition d'esp&#232;ces et l'apparition d'autres esp&#232;ces est loin de se produire simplement par concurrence directe et encore moins comme la preuve d'une sup&#233;riorit&#233; comme l'exemple des marsupiaux et des placentaires le montre bien. De m&#234;me, si les dinosaures ont disparu et les mammif&#232;res en ont profit&#233; pour se d&#233;velopper, cela ne signifie nullement que ce sont les mammif&#232;res qui aient pouss&#233; les dinosaures en dehors de l'histoire ni que les mammif&#232;res se soient r&#233;v&#233;l&#233;s de quelque mani&#232;re que ce soit sup&#233;rieurs aux dinosaures. Ni les variations g&#233;n&#233;tiques en tous sens qui sont la base des changements d'esp&#232;ces, ni les variations brutales de l'environnement qui induisent ces changements d'esp&#232;ces, ni la &#171; lutte pour la vie &#187; qui image la mani&#232;re dont les esp&#232;ces sont &#233;limin&#233;es ou renforc&#233;es, n'ont un caract&#232;re directif qui donne une direction unique &#224; la transformation et d&#233;finissent encore moins un sens du progr&#232;s g&#233;n&#233;ral du vivant. Tout au plus, les modifications brutales de l'environnement, encore appel&#233;es &#171; stress environnemental &#187;, peuvent-elles permettre de lib&#233;rer les modifications g&#233;n&#233;tiques permises par le syst&#232;me g&#233;n&#233;tique, en occupant ailleurs les m&#233;canismes &#171; chaperons &#187; qui bloquaient ces transformations. La &#171; s&#233;lection naturelle &#187;, qui englobe dans un m&#234;me terme la lutte pour acc&#233;der aux subsistances, la lutte pour conqu&#233;rir et conserver les niches &#233;cologiques, la lutte pour accroitre la population qui comprend la lutte pour la sexualit&#233; et la procr&#233;ation, am&#232;ne certainement une lutte pour l'existence, favorise certaines esp&#232;ces au d&#233;triment d'autres, donne ainsi un sens &#224; l'&#233;volution g&#233;n&#233;rale mais cette &#233;volution n'a, au d&#233;part, aucunement un sens g&#233;n&#233;ral ni de progr&#232;s, mais un sens local, momentan&#233;, al&#233;atoire, non dirigiste et encore moins dirig&#233; par un principe de progr&#232;s pr&#233;existant. La transformation g&#233;n&#233;rale ne vient qu'apr&#232;s coup et est impr&#233;dictible. L'adaptation locale a un sens mais non un principe g&#233;n&#233;ral d'adaptation. En effet, les esp&#232;ces trop adapt&#233;es &#224; leur environnement sont celles qui ont le moins d'avenir, &#233;tant donn&#233; que ce sont celles qui supporteront le moins le changement brutal de l'environnement. Les plus favoris&#233;es en cas de changement brutal sont celles qui sont accoutum&#233;es &#224; subir des changements brutaux et ont conserv&#233; un grand potentiel de changement. La totipotence, ou potentiel de diversification, est beaucoup plus que le perfectionnement, que la sp&#233;cialisation, que le progr&#232;s, la facult&#233; essentielle pour des esp&#232;ces qui auront un avenir &#233;volutif. La plupart des esp&#232;ces ne sont nullement concurrentes les unes des autres sur la m&#234;me niche &#233;cologique ni pr&#233;datrice ou proie l'une de l'autre et il est donc impossible de pr&#233;tendre &#233;tablir une &#233;chelle de valeur entre l'ensemble des esp&#232;ces, avec un crit&#232;re de sup&#233;riorit&#233; &#233;volutive ou adaptative. Quant &#224; l'adage selon lequel &#171; ce sont les plus adapt&#233;s qui survivent &#187;, c'est soit une tautologie (ceux qui ont surv&#233;cu se sont montr&#233;s adapt&#233;s &#224; la situation) soit un pr&#233;cepte erron&#233; qui pr&#233;tendrait que la plus grande adaptation &#224; une situation donn&#233;e (par exemple un type de climat, de v&#233;g&#233;tation, d'environnement inerte ou vivant) coinciderait avec une plus grande adaptation &#224; n'importe quelle autre situation. Tel n'est ni le point de vue de Darwin ni celui qui d&#233;coule de nos connaissances modernes en science de l'&#233;volution du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Darwin ou les grandes &#233;nigmes de la vie &#187; de Stephen Jay Gould :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; En r&#233;alit&#233;, &#171; &#233;volution &#187; est un terme que Darwin employait tr&#232;s rarement, car il voulait bannir toute notion de progr&#232;s de ce que nous appelons aujourd'hui &#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;pigramme c&#233;l&#232;bre, Darwin &#233;crit qu'il doit s'interdire d'employer les quelificatifs &#171; sup&#233;rieur &#187; ou &#171; inf&#233;rieur &#187; lorsqu'il d&#233;crit la structure des organismes. Pouvons-nous pr&#233;tendre, en effet, que nous sommes des cr&#233;atures sup&#233;rieures &#224; l'amibe, qui est aussi bien adapt&#233;e &#224; son environnement que nous le sommes au n&#244;tre ? Darwin &#233;vita donc de recourir &#224; l' &#171; &#233;volution &#187;, d'une part, parce que son sens technique heurtait ses convictions, et, d'autre part, parce que la notion de progr&#232;s, ins&#233;parable de son sens courant, lui d&#233;plaisait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce aux &#339;uvres de Herbert Spencer, &#233;rudit inlassable de l'&#233;poque victorienne, qui savait presque tout, que &#171; &#233;volution &#187; a fait son entr&#233;e dans la langue anglaise en tant que synonyme de &#171; descendance avec modification &#187;. Selon Spencer, l'&#233;volution &#233;tait la loi fondamentale de tout changement. Et, pour un sujet vertueux de la reine Victoria, quel principe, sinon celui de progr&#232;s pouvait bien diriger les processus de transformation de l'univers ? Spencer donna donc la d&#233;finition de la loi universelle dans son ouvrage &#171; Premiers Principes &#187;, en 1862 : &#171; L'&#233;volution est une int&#233;gration de mati&#232;re jointe &#224; une d&#233;perdition de mouvement ; la mati&#232;re passe ainsi d'une homog&#233;n&#233;it&#233; ind&#233;finie et incoh&#233;rente &#224; une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; d&#233;finie et coh&#233;rente. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par une ironie du sort, cependant, le p&#232;re de la th&#233;orie &#233;volutionniste &#233;tait presque seul &#224; soutenir que le changement organique a pour unique r&#233;sultat d'am&#233;liorer l'adaptation des organismes &#224; leur environnement, et ne se conforme pas &#224; une id&#233;e abstraite de progr&#232;s d&#233;finie par la complexit&#233; de la structure ou l'accroissement de l'homog&#233;n&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne jamais dire sup&#233;rieur ou inf&#233;rieur&#8230; &#187; Si nous avions tenu compte de l'avertissement de Darwin, la confusion et l'incompr&#233;hension qui existent aujourd'hui entre les savants et les profanes nous auraient &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la conception de Darwin est essentielle pour les savants qui ont abandonn&#233; depuis longtemps l'id&#233;e d'une relation n&#233;cessaire entre &#233;volution et progr&#232;s, la consid&#233;rant comme une perversion anthropocentriste de la pire esp&#232;ce. Pourtant, la plupart des profanes confondent encore &#233;volution et progr&#232;s. Ils n'imaginent pas l'&#233;volution humaine comme une suite de changements, mais comme un accroissement d'intelligence,de taille, ou de tout ce qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une am&#233;lioration&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander pourquoi les savants ont provoqu&#233; ce terrible malentendu en choisissant un mot courant, qui signifie progr&#232;s, pour d&#233;signer ce que Darwin nommait, moins spectaculairement mais plus correctement, &#171; descendance avec modification &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution telle que la pr&#233;sentent les ouvrages de r&#233;f&#233;rence et la presse &#224; gros tirage est un processus d'am&#233;lioration physique continue : les animaux vivent &#171; en harmonie &#187; avec leur environnement gr&#226;ce &#224; la s&#233;lection des individus les mieux adapt&#233;s. Mais certains types d'environnement ne provoquent pas une telle r&#233;action. Imaginons une esp&#232;ce vivant dans un environnement qui lui impose une mortalit&#233; catastrophique &#224; intervalles r&#233;guliers &#8211; des &#233;tangs qui s'ass&#232;chent, ou des hauts-fonds agit&#233;s par des temp&#234;tes, par exemple. Ou bien que la nourriture soit &#233;ph&#233;m&#232;re et difficile &#224; trouver, mais extr&#234;mement abondante une fois localis&#233;e. Les organismes ne peuvent s'harmoniser &#224; un tel environnement. Il est trop instable pour qu'on puisse s'y adapter. Dans de telles conditions, il vaut mieux investir son &#233;nergie dans la reproduction, fabriquer la plus grande quantit&#233; possible de descendants, aussi rapidement que possible, afin d'&#234;tre s&#251;r que certains d'entre euxau moins survivront &#224; la catastrophe ; se reproduire &#224; un train d'enfer tant qu'il y a de la nourriture, car cela ne durera pas longtemps, pour qu'une partie de la prog&#233;niture survive et en d&#233;couvre de nouveau. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutionnistes modernes citent toujours les m&#234;mes sc&#233;narios et les m&#234;mes acteurs (que la th&#233;orie de la cr&#233;ation parfaite du grande architecte divin), seule l'interpr&#233;tation a chang&#233;. On nous dit maintenant, avec le m&#234;me emmerveillement, que la s&#233;lection naturelle est l'instrument de la perfection. Me sentant intellectuellement proche de Darwin, je n'en doute pas. Mais ma confiance dans le pouvoir de la s&#233;lection naturelle a d'autres racines ; elle ne se fonde pas sur &#171; les organes d'une perfection et d'une complexit&#233; extr&#234;mes &#187;, comme les appelait Darwin. En fait, celui-ci consid&#233;rait cette perfection comme un probl&#232;me. Il allait jusqu'&#224; dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Imaginer que l'&#339;il, avec son aptitude unique &#224; s'adapter &#224; des distances diff&#233;rentes, &#224; laisser p&#233;n&#233;trer des quantit&#233;s de lumi&#232;re diff&#233;rentes et &#224; corriger les inconsistances sph&#233;riques et chromatiques, est le produit de la s&#233;lection naturelle, semble, je l'avoue, absurde au plus haut degr&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la th&#233;orie de Darwin, la s&#233;lection naturelle joue un r&#244;le constructif : elle construit l'adaptation progressivement, au moyen d'une s&#233;rie d'adapatations interm&#233;diaires, rassemblant des &#233;l&#233;ments qui n'ont apparemment de signification qu'en fonction de l'ensemble. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les critiques de Darwin, le probl&#232;me &#233;tait d'attribuer une valeur adaptative aux &#171; &#233;tapes interm&#233;diaires &#187;. Darwin r&#233;pondit en s'effor&#231;ant de d&#233;terminer celles-ci et de mettre leur fonction en &#233;vidence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La raison me dit que si l'on peut montrer qu'il existe de nombreuses &#233;tapes interm&#233;diaires entre un &#339;il imparfait et un &#339;il complexe, parfait, chaque &#233;tape ayant son utilit&#233; pour l'individu&#8230; alors on pourra affirmer que la s&#233;lection naturelle est capable de produire un &#339;il complexe, parfait, bien que dela soit difficile &#224; imaginer, sans risquer de mettre en p&#233;ril la rigueur interne de la th&#233;orie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stephen Jay Gould dans &#171; Le pouce du panda &#187; ou &#171; Les grandes &#233;nigmes de l'&#233;volution &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La &#171; synth&#232;se moderne &#187;, version contemporaine du darwinisme qui r&#232;gne depuis trente ans, a consid&#233;r&#233; que le mod&#232;le de substitution des g&#232;nes par adaptation dans les populations locales rendait valablement compte, par accumulation et extension, de toute l'histoire de la vie. (&#8230;) Les tendances ma&#238;tresses de l'&#233;volution dans les principales lign&#233;es ne sont-elles qu'une accumulation plus pouss&#233;e d'une suite de transformations adaptatives ? De nombreux &#233;volutionnistes (dont je fais partie) commencent &#224; mettre en doute cette synth&#232;se et &#224; soutenir la th&#232;se hi&#233;rarchique selon laquelle les diff&#233;rences de niveau dans le changement &#233;volutif refl&#232;tent souvent des cat&#233;gories de causes diff&#233;rentes. Une rectification mineure au sein d'une population peut &#234;tre le r&#233;sultat d'un processus adaptatif. (&#8230;)Par exemple, dans le cheminement complexe du d&#233;veloppement embryonnaire bien des causes simples, des changements mineurs des taux de croissance notamment, peuvent se traduire par des changements nets et surprenants dans l'organisme adulte. (&#8230;) Le 23 novembre 1859, le jour pr&#233;c&#233;dent la sortie de son livre r&#233;volutionnaire, Charles Darwin re&#231;ut une lettre extraordinaire de son ami Thomas Henry Huxley. Celui-ci lui offrait son soutien actif dans le combat &#224; venir, allant m&#234;me jusqu'au sacrifice supr&#234;me : &#171; Je suis pr&#234;t &#224; mourir sur le b&#251;cher s'il le faut. (&#8230;) Je me pr&#233;pare en aiguisant mes griffes et mon bec. &#187; Mais il ajoutait aussi un avertissement : &#171; Vous vous &#234;tes encombr&#233; d'une difficult&#233; inutile en adoptant le &#171; Natura non facit saltum &#187; sans la moindre r&#233;serve. &#187; L'expression latine, g&#233;n&#233;ralement attribu&#233;e &#224; Linn&#233; signifie que &#171; la nature ne fait pas de sauts &#187;. Darwin approuvait totalement cette devise ancienne. Disciple de Charles Lyell, ap&#244;tre du &#171; gradualisme &#187; en g&#233;ologie, Darwin d&#233;crivait l'&#233;volution comme un processus majestueux et r&#233;gulier, agissant avec une telle lenteur que personne ne pouvait esp&#233;rer l'observer pensant la dur&#233;e d'une vie. Les anc&#234;tres et leurs descendants, selon Darwin, doivent &#234;tre reli&#233;s par &#171; une infinit&#233; de liens transitoires &#187; qui forment &#171; une belle succession d'&#233;tapes progressives &#187;. Seule une longue p&#233;riode de temps a permis &#224; un processus si lent de r&#233;aliser une telle ouvre. Huxley avait le sentiment que Darwin creusait le foss&#233; de sa propre th&#233;orie. La s&#233;lection naturelle n'avait besoin d'aucun postulat sur la vitesse ; elle pouvait agir tout aussi bien si l'&#233;volution se d&#233;roulait sur un rythme rapide. (...) De nombreux &#233;volutionnistes consid&#232;rent qu'une stricte continuit&#233; entre micro et macro-&#233;volution constitue un ingr&#233;dient essentiel du darwinisme et corollaire n&#233;cessaire de la s&#233;lection naturelle. (...) Thomas Henry Huxley avait s&#233;par&#233; la s&#233;lection naturelle du gradualisme et averti Darwin que son adh&#233;sion franche et sans fondement s&#251;r au gradualisme pouvait saper son syst&#232;me tout entier. Les fossiles pr&#233;sentent trop de transitions brutales pour t&#233;moigner d'un changement progressif et le principe de la s&#233;lection naturelle ne l'exige pas, car la s&#233;lection peut agir rapidement. Mais ce lien superflu que Darwin a invent&#233; devint le dogme central de la th&#233;orie synth&#233;tique. Goldschmidt n'&#233;leva aucune objection contre les th&#232;ses classiques de la micro&#233;volution. Il consacra la premi&#232;re moiti&#233; de son ouvrage principal &#171; Les fondements mat&#233;riels de l'&#233;volution &#187; au changement progressif et continu au sein des esp&#232;ces. Cependant, il se d&#233;marqua nettement de la th&#233;orie synth&#233;tique en affirmant que les esp&#232;ces nouvelles apparaissent soudainement par variation discontinue, ou macro-mutation. Il admit que l'immense majorit&#233; des macro-mutations ne pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme d&#233;sastreuses et il les appela &#171; monstres &#187;. (&#8230;) Quand Darwin publia &#034;L'origine des esp&#232;ces&#034;, en 1859, il introduisit le terme &#034;s&#233;lection naturelle&#034;. Mais il n'a nulle part utilis&#233; le mot &#034;&#233;volution&#034;, bien que le public suppose que Darwin seul est responsable de ce concept. (...) De nombreux penseurs &#233;volutionnistes, Darwin y compris, n'ont pas &#233;chapp&#233; &#224; la confusion entre l'id&#233;e d'&#233;volution et celle de progr&#232;s. Mais la force de Darwin venait de ce que l'id&#233;e simple, selon laquelle la survie du plus adapt&#233; devait produire des changements &#233;volutionnistes, s'appuyait sur une avalanche de faits (...) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; La vie est belle &#187; de Stephen Jay Gould :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par &#171; plus aptes &#187;, Darwin entendait &#171; mieux adapt&#233;s &#224; de nouveaux environnements locaux &#187;, et non pas sup&#233;rieurs d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale sur le plan de l'organisation anatomique. Les moyens par lesquels s'obtient l'adaptation locale peuvent avoir pour cons&#233;quence tout aussi bien de restreindre que d'augmenter les perspectives de maintien &#224; long terme (simplification chez les parasites ; exag&#233;ration chez le paon). En outre, rien n'est plus erratique et impr&#233;visible (tant dans les m&#233;taphores que dans la r&#233;alit&#233;) que l'&#233;volution du climat et de la g&#233;ographie. Les continents se fragmentent et leurs morceaux se dispersent ; la circulation des courants oc&#233;aniques se modifie ; des rivi&#232;res changent de cours ; des montagnes s'&#233;l&#232;vent ; des estuaires s'ass&#232;chent. Si l'&#233;volution de la vie proc&#232;de plus d'une course poursuite avec les changements de l'environnementque de l'escalade d'une &#233;chelle du progr&#232;s, la contingence devrait dominer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'affirme que, dans la th&#233;orie de Darwin, un r&#244;le capital a &#233;t&#233; d&#233;volu &#224; la contingence, non comme corollaire logique de son &#233;chafaudage intellectuel, mais comme sujet central et explicite de sa propre vie et de son &#339;uvre. Darwin a invoqu&#233; la contingence de mani&#232;re s&#233;duisante comme argument principal en faveur du fait de l'&#233;volution lui-m&#234;me. Il recourut &#224; un paradoxe pour d&#233;fendre sa th&#233;orie : on pourrait croire que la meilleure preuve de l'&#233;volution r&#233;side dans ces merveilleux exemples d'adaptation optimale &#233;labor&#233;s, semble-t-il, gr&#226;ce &#224; la s&#233;lection naturelle &#8211; comme la perfection a&#233;rodynamique de la plume ou le mim&#233;tisme parfait de ces insectes qui ressemblent &#224; des feuilles ou &#224; des brindilles. Ces ph&#233;nom&#232;nes sont les exemples r&#233;guli&#232;rement cit&#233;s dans les manuels pour montrer jusqu'&#224; quel point de sophistication peuvent aller les modifications obtenues par &#233;volution &#8211; l'&#339;uvre de la s&#233;lection naturelle est lente, mais elle peut atteindre d'extraordinaires degr&#233;s de finesse. Et pourtant Darwin admit que l'apparence de la perfection ne pouvait &#234;tre prise comme preuve de l'&#233;volution, car l'optimalit&#233; dissimule les traces de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les plumes sont parfaites, elles peuvent aussi bien avoir &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par un Dieu omnipotent qu'&#233;labor&#233;es par la s&#233;lection naturelle. Darwin admettait qu'on devait rechercher les preuves principales de l'&#233;volution dans les bricolages, les &#233;tranget&#233;s et les imperfections qui laissent apercevoir les cheminements de l'histoire&#8230;. Les &#233;v&#233;nements contingents de l'histoire ( de &#171; rien que l'histoire &#187;) fa&#231;onnent pourtant notre monde, et l'&#233;volution s'observe dans la panoplie de ces structures qui ne peuvent &#234;tre comprises qu'&#224; la lumi&#232;re de leur pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la contingence r&#232;gne m&#234;me dans le monde de Darwin, qui extrapole &#224; partir de la comp&#233;tition organique au sein de communaut&#233;s locales satur&#233;es en esp&#232;ces&#8230; Cependant les aspects de grande dimension ne s'obtiennent pas &#224; partir de ceux de petite dimension, simplement en leur laissant le temps de s'accumuler. Plusieurs ph&#233;nom&#232;nes relevant de la grande &#233;chelle &#8211; fond&#233;s sur la macro&#233;volution et l'histoire des environnements &#8211; s'imposent aux directions aux directions emprunt&#233;es par l'&#233;volution. Et aussi, ils interrompent, ram&#232;nent au d&#233;part, et redirigent tous les ph&#233;nom&#232;nes pouvant &#234;tre accumul&#233;s au cours du temps par le d&#233;roulement des processus prenant place dans l'imm&#233;diat ici et maintenant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Cette vision de la vie &#187; de Stephen Jay Gould :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Consid&#233;rez trois aspects de la nouvelle vision du monde r&#233;v&#233;l&#233;e par Darwin qui r&#233;futent des composantes de la vision de Humboldt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) La nature doit &#234;tre d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme un lieu de comp&#233;tition et de lutte, et non comme une harmonie sup&#233;rieure et ineffable&#8230; La lutte est une simple m&#233;taphore, qui n'implique pas n&#233;cessairement un combat sanglant (on peut consid&#233;rer, nous dit Darwin, qu'une plante en bordure du d&#233;sert lutte contre un environnement incl&#233;ment). Mais la plupart du temps, la comp&#233;tition proc&#232;de par &#233;limination et certains meurent de ce qui fait vivre les autres. La lutte, en outre, op&#232;re pour le succ&#232;s reproductif des organismes individuels, et non directement en vue d'une harmonie sup&#233;rieure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'une de ses m&#233;taphores les plus incisives, mettant en garde contre l'apparente harmonie de la nature, Darwin semble tailler en pi&#232;ces la foi de Humboldt et les toiles de Church :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous regardons la face de la nature resplendissante de bonheur, et nous remarquons souvent une surabondance d'alimentation ; mais nous ne voyons pas, ou nous oublions que les oiseaux qui chantent perch&#233;s nonchalamment sur une branche se nourrissent principalement d'insectes ou de graines, et que, ce faisant, ils d&#233;truisent continuellement une forme de vie, nous oublions combien souvent ces oiseaux chanteurs, ou leurs &#339;ufs ou leurs nids sont d&#233;truits par d'autre oiseaux et des b&#234;tes de proie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Les lign&#233;es &#233;volutives ne suivent aucune direction intrins&#232;que qui les conduirait vers des &#233;tats sup&#233;rieurs ou vers une plus grane unification. La s&#233;lection naturelle ne donne que des adaptations locales : les organismes se transforment en r&#233;ponse aux modifications de leur environnement. Les causes g&#233;ologiques et climatiques du changement environnemental n'imposent elles aussi aucune direction intrins&#232;que. L'&#233;volution est opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Les changements &#233;volutifs ne sont pas mus par une force interne et harmonieuse. L'&#233;volution exprime un &#233;quilibre entre les caract&#233;ristiques internes des organismes et le vecteur externe du changement environnemental. Ces forces interne et externe incluent toutes deux des composantes al&#233;atoires, ce qui &#233;carte encore plus toute id&#233;e de tension vers l'union et l'harmonie. La force interne des mutations g&#233;n&#233;tiques, source premi&#232;re des variations &#233;volutives, fonctionne de mani&#232;re al&#233;atoire par rapport &#224; la direction de la s&#233;lection naturelle. La force externe du chagement environnemental se modifie capricieusement par rapport au progr&#232;s et &#224; la complexit&#233; des organismes&#8230; Je regrette &#233;galement l'hypoth&#232;se excessivement adaptationniste qui affirme que tout trait &#233;volutif d&#233;pourvu d'int&#233;r&#234;t dans notre vie actuelle est probablement apparu autrefois pour de bonnes raisons, li&#233;es &#224; des conditions pass&#233;es qui ont depuis &#233;volu&#233;. Dans notre monde impitoyable, complexe et partiellement al&#233;atoire, nombre de traits n'ont tout simplement aucun sens fonctionnel. Point final&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evolution &#187; vient du latin &#171; evolvere &#187; qui signifie litt&#233;ralement &#171; d&#233;rouler &#187; et implique clairement le d&#233;roulement dans le temps d'une s&#233;quence pr&#233;dictible ou pr&#233;programm&#233;e selon un mode intrins&#232;quement progressif ou du moins directionnel&#8230; Les citations pr&#233;darwiniennes qui nomment &#171; &#233;volution &#187; le changement g&#233;n&#233;alogique emploient toutes le mot dans le sens de progr&#232;s pr&#233;dictible&#8230; Bien que le mot &#171; &#233;volution &#187; n'apparaisse pas dan la premi&#232;re &#233;dition de &#171; L'Origine des esp&#232;ces &#187;, Darwin y utilise cependant le verbe &#171; &#233;voluer &#187;, dans son sens vernaculaire et en un endroit remarquable : comme dernier mot du livre !&#8230; En fait, Darwin a astucieusement utilis&#233; cet emplacement strat&#233;gique pour insister sur la grandeur absolue et la valeur comparative de l'histoire naturelle en tant que telle&#8230; Mais Darwin n'aurait pu qualifier d' &#171; &#233;volution &#187;, au sens vernaculaire que poss&#233;dait alors ce mot, le processus g&#233;r&#233; par son m&#233;canisme de s&#233;lection naturelle. Car ce m&#233;canisme ne g&#233;n&#232;re qu'une adaptation croissante aux modifications de l'environnement local, et non un &#171; progr&#232;s &#187; pr&#233;dictible au sens usuel de &#171; perfectionnement &#187; cosmique ou g&#233;n&#233;ral contenu dans les notions occidentales d'accroissement de la complexit&#233; ou des aptitudes mentales. Dans le monde causal de Darwin, un parasite anatomiquement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, r&#233;duit &#224; un agr&#233;gat informe de cellules assumant sa reproduction et son alimentation au sein du corps h&#244;te, est aussi bien adapt&#233; &#224; son environnement et aussi bien dot&#233; d'un potentiel de persistance &#233;volutive que la cr&#233;ature la plus alambiqu&#233;e, en tout point adapt&#233;e &#224; un environnement externe complexe et dangereux. En outre, la s&#233;lection naturelle n'adaptant les organismes qu'aux seuls environnements locaux, environnements qui se transforment de mani&#232;re al&#233;atoire sur des dur&#233;es g&#233;ologiques, les voies de l'&#233;volution adaptatives sont impr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour ces deux raisons fondamentales &#8211; absence de directionnalit&#233; intrins&#232;que et absence de pr&#233;dictibilit&#233; -, le processus g&#233;r&#233; par la s&#233;lection naturelle pouvait difficilement sugg&#233;rer &#224; Darwin une &#171; &#233;volution &#187; au sens ordinaire de s&#233;quences se d&#233;roulant de mani&#232;re pr&#233;dictible et directionnelle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Darwin n'utilise souvent le mot &#171; &#233;volution &#187; dans ses &#233;crits, il c&#233;da cependant au consensus croissant lors de la publication de &#171; La Descendance de l'homme &#187;, en 1871, o&#249; pour la premi&#232;re fois il d&#233;signa son processus par le mot &#171; &#233;volution &#187;. Jamais toutefois il ne pla&#231;a ce mot dans un titre d'ouvrage &#8211; et, pour d&#233;signer sa grande &#339;uvre sur notre esp&#232;ce, il choisit de souligner notre &#171; descendance &#187; g&#233;n&#233;alogique plut&#244;t que notre &#171; ascendance &#187; vers des niveaux de conscience sup&#233;rieurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les propri&#233;t&#233;s &#233;tranges et fascinantes de l'&#233;volution darwinienne d&#233;coulent du fondement variationnel de la s&#233;lection naturelle &#8211; y compris le caract&#232;re sens&#233; et explicable, mais totalement impr&#233;visible, du r&#233;sultat (qui d&#233;pend des changements complexes et contingents des environnements locaux), et le caract&#232;re non progressiviste de la variation (qui, simple adaptation &#224; ces environnements locaux impr&#233;visibles, n'est en rien la construction d'une esp&#232;ce &#171; sup&#233;rieure &#187; en un quelconque sens cosmique ou g&#233;n&#233;ral&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand public consid&#232;re g&#233;n&#233;ralement le principe darwinien de la s&#233;lection naturelle comme une force d'optimisation, visant la m&#234;me perfection locale fournie directement par Dieu dans l'ancienne conception th&#233;ologique naturelle. Si la s&#233;lection naturelle tend &#224; r&#233;aliser les meilleures des formes et les plus &#233;quilibr&#233;es des interactions susceptibles d'exister en un lieu donn&#233;, les plantes natives sont alors n&#233;cessairement parfaites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la s&#233;leection naturelle ne g&#233;n&#232;re pas de pr&#233;f&#233;rence des plantes que les humains trouvent justement attrayantes. Et les syst&#232;mes naturels ne fournissent pas toujours de riches associations d'esp&#232;ces bien &#233;quilibr&#233;es&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; lutte pour l'existence &#187; d&#233;bouche uniquement sur une ad&#233;quation locale. En outre, et ce point est encore plus important pour le d&#233;bat sur la sup&#233;riorit&#233; des plantes natives, la s&#233;lection naturelle n'est qu'un principe &#171; de mieux &#187;, et non d'optimisation : elle ne fait que transcender les conditions locales, sans conduire vers une &#171; am&#233;lioration &#187; universelle &#8211; car, une fois qu'une esp&#232;ce l'emporte sur les autres en un lieu donn&#233;, la s&#233;lection naturelle n'a plus besoin d'exercer sa pression pour promouvoir une meilleure adaptation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3936&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques id&#233;es fausses sur l'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces ou l'&#233;volution comme philosophie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3899&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution des esp&#232;ces aujourd'hui et en films&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5044&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La th&#233;orie hi&#233;rarchique de l'&#233;volution de Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qui caract&#233;rise finalement la vie et son &#233;volution ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3026&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comprendre la th&#233;orie de Darwin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=darwin+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les id&#233;es de Darwin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/evolution-mene-toujours-au-progres-01-10-2007-77225&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution m&#232;ne toujours au progr&#232;s ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://medomai.over-blog.com/2015/05/le-mythe-du-progres-selon-stephen-jay-gould.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le mythe du progr&#232;s selon Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://revel.unice.fr/alliage/?id=4056&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des m&#233;tamorphoses au mythe du progr&#232;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2843&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi nous combattons l'id&#233;ologie du progr&#232;s ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article720&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le pouce du panda, Stephen Jay Gould&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui &#233;tait Darwin et quelles &#233;taient ses id&#233;es ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2972&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qui caract&#233;rise finalement la vie et son &#233;volution ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article2964&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques id&#233;es fausses sur l'&#233;volution darwinienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique35&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Evolution ou r&#233;volution des esp&#232;ces ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1084&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution comme th&#233;orie scientifique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;volution est-elle r&#233;guli&#232;re, progressive, lin&#233;aire, continue ou, au contraire, par sauts, par apparitions et disparitions, par &#233;quilibres ponctu&#233;s, non-lin&#233;aire et non-r&#233;guli&#232;re ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUR CONCLURE :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#034;L'&#233;mergence de l'homme&#034;, le pal&#233;oanthropologue Ian Taterstall explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une conception absolument fausse que de mesurer le succ&#232;s &#233;volutif de telle ou telle esp&#232;ce en fonction de son progr&#232;s en direction du sommet d'une &#233;chelle. (...) La plupart des personnes qui veulent se repr&#233;senter l'apparition de l'homme en termes d'histoire &#233;volutive tendent &#224; la concevoir comme un lent mouvement de perfectionnement, de nos adaptations au cours du temps. Si tel &#233;tait le cas, le processus nous ayant fa&#231;onn&#233;s apparaitrait r&#233;trospectivement in&#233;luctable. De nombreux pal&#233;oanthropologues, ces chercheurs qui &#233;tudient les archives fossiles, trouvent une certaine commodit&#233; intellectuelle &#224; regarder notre histoire &#233;volutive comme une longue mont&#233;e laborieuse mais r&#233;guli&#232;re, qui nous a fait passer du stade la brute &#224; celui de l'&#234;tre intelligent. Ils ont m&#234;me forg&#233; le terme d'&#034;hominisation&#034; afin de d&#233;crire le processus &#224; l'origine de l'homme, ce qui renforce l'impression que non seulement notre esp&#232;ce est unique en son genre, mais que le m&#233;canisme &#233;volutif qui nous a fa&#231;onn&#233;s l'est tout autant. Cette conception pr&#233;sente de nombreux risques. (...) Les scientifiques l'ont appris petit &#224; petit, &#224; mesure que se sont accumul&#233;es les donn&#233;es des archives pal&#233;ontologiques - lesquelles les ont contraint &#224; abandonner l'id&#233;e que notre histoire biologique a uniquement consist&#233; en une simple progression lin&#233;aire (...) Depuis des ann&#233;es, les pal&#233;ontologues se rendaient vaguement compte que (...) les nouvelles esp&#232;ces, au lieu d'apparaitre en raison d'une transformation graduelle d'une esp&#232;ce souche, au cours du temps, semblaient surgir brusquement dans les archives g&#233;ologiques (...) Elles disparaissaient aussi brutalement qu'elles &#233;taient apparues (...) Les archives fossiles n'ob&#233;issaient pas aux pr&#233;dictions de la th&#233;orie du changement graduel. (...) Le nouveau sch&#233;ma explicatif &#233;tait constitu&#233; de longues p&#233;riodes de stabilit&#233; des esp&#232;ces interrompues par de brefs ph&#233;nom&#232;nes de sp&#233;ciation, d'extinction et de remplacement. (...) Eldredge et Gould proposaient, en r&#233;alit&#233;, que l'&#233;volution, tout en &#233;tant graduelle, proc&#233;dait par &#224;-coups : &#034;l'&#233;volution par sauts&#034; (...) . &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quelques id&#233;es fausses sur l'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces ou l'&#233;volution comme philosophie</title>
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		<dc:date>2013-11-15T01:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Evolution des esp&#232;ces</dc:subject>

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&lt;p&gt;Quelques id&#233;es fausses sur l'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces ou l'&#233;volution comme philosophie &lt;br class='autobr' /&gt; Tr&#232;s peu de sujets scientifiques ont connu (ou subi) une telle vulgarisation mais depuis tr&#232;s longtemps, depuis le d&#233;but, il y a une grande distance entre les d&#233;couvertes des sciences et le discours sur les sciences qui est diffus&#233; dans le grand public. En particulier en ce qui concerne l'&#233;volution des esp&#232;ces, le darwinisme. Et cela pour de nombreuses raisons. La philosophie qui d&#233;coule des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot297" rel="tag"&gt;Evolution des esp&#232;ces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques id&#233;es fausses sur l'&#233;volution darwinienne des esp&#232;ces ou l'&#233;volution comme philosophie
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s peu de sujets scientifiques ont connu (ou subi) une telle vulgarisation mais depuis tr&#232;s longtemps, depuis le d&#233;but, il y a une grande distance entre les d&#233;couvertes des sciences et le discours sur les sciences qui est diffus&#233; dans le grand public. En particulier en ce qui concerne l'&#233;volution des esp&#232;ces, le darwinisme. Et cela pour de nombreuses raisons. La philosophie qui d&#233;coule des &#233;tudes du vivant est un enjeu consid&#233;rable sur le plan politique et social et les classes dirigeantes tiennent &#224; conserver leur mainmise sur ce domaine. Aux USA, par exemple, la question de l'&#233;volution pose encore de gros probl&#232;mes et est l'objet de luttes men&#233;es essentiellement par les organisations religieuses. C'est le cas dans toutes les r&#233;gions du monde o&#249; les classes dirigeantes ont plus que jamais besoin des religions comme b&#233;quilles de l'ordre social. Pour la plupart des religieux, la notion m&#234;me d'&#233;volution entre en contradiction avec celle de cr&#233;ation par dieu. Elle contredit &#233;galement l'id&#233;e de jardin cr&#233;&#233; par dieu pour l'homme. L'&#233;volution des esp&#232;ces ne donne nullement une place &#224; part &#224; l'homme. L'homme actuel n'est rien d'autre, au point de vue de l'&#233;volution, qu'une esp&#232;ce comme une autre. Toutes les recherches sur un caract&#232;re particulier qui donnerait une sup&#233;riorit&#233; &#224; l'homo sapiens ont &#233;chou&#233;. Toute tentative scientifique de s&#233;parer l'homme d'un c&#244;t&#233; et l'animal de l'autre s'est r&#233;v&#233;l&#233;e impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'&#233;poque du d&#233;voilement des d&#233;couvertes de Darwin, ces questions &#233;taient sulfureuses et elles le restent. Les religieux n'ont nullement abandonn&#233; leur combat contre les id&#233;es de Darwin et il convient de prendre conscience que Darwin lui-m&#234;me menait un combat mat&#233;rialiste, un combat contre la religion qu'il connaissait d'autant mieux qu'il avait d&#251; rester religieux et qu'il ne croyait plus en dieu. Pour faire passer l'id&#233;e d'&#233;volution des esp&#232;ces dans le grand public, en &#233;vitant de heurter les a priori philosophiques que les classes dirigeantes tiennent &#224; imposer, bien des d&#233;rives ont &#233;t&#233; rajout&#233;es &#224; cette id&#233;e qui ont pour nom : gradualit&#233;, transformation globale d'une esp&#232;ce en une autre avec disparition de la pr&#233;c&#233;dente inadapt&#233;e, r&#233;gularit&#233; d'une &#233;volution tr&#232;s lente, action d'une force du progr&#232;s, sens d'une adaptation, s&#233;lection des meilleurs, lin&#233;arit&#233;, continuit&#233;, d&#233;terminisme sans hasard, ordre g&#233;n&#233;tique, pouvoir absolu des g&#232;nes, am&#233;lioration des esp&#232;ces, sup&#233;riorit&#233; d'esp&#232;ces nouvelles sur d'autres esp&#232;ces plus anciennes. Philosophiquement, la recherche d'un seul facteur expliquant le fonctionnement du vivant est un &#233;chec. A chaque niveau, on assiste dans le fonctionnement du vivant non pas &#224; la mise en &#233;vidence d'un facteur mais d'un combat entre des contraires : conservation et variation au sein du m&#233;canisme g&#233;n&#233;tique, vie et mort au sein des g&#232;nes et des prot&#233;ines de la cellule vivante, transformation et conservation au niveau de la liaison entre l'enfant et ses parents, transformation et conservation &#233;galement dans la relation entre une esp&#232;ce et son environnement, dialectique de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur &#224; chaque niveau hi&#233;rarchique du vivant. Tous les r&#233;ductionnismes prenant un seul niveau comme base du fonctionnement ont &#233;chou&#233; que ce niveau soit l'esp&#232;ce, l'individu, la cellule vivante, l'ADN, le g&#232;ne,&#8230; Il n'y a pas un principe unique &#224; la base du fonctionnement du vivant mais, au contraire, des &#233;l&#233;ments contradictoires &#224; chaque niveau. Darwin avait soulign&#233; la contradiction entre environnement et &#234;tre vivant, entre hasard et n&#233;cessit&#233;, entre variation et s&#233;lection....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on entend souvent dire que l'adaptation &#224; l'environnement rend une esp&#232;ce plus forte alors qu'elle rend &#233;galement une esp&#232;ce plus faible, plus fragile en cas de changement rapide du milieu. Ce caract&#232;re contradictoire de tous les &#233;l&#233;ments du vivant a une base fondamentale : la vie est fond&#233;e sur la mort et la mort sur la vie&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diderot soulevait d&#233;j&#224; cette probl&#233;matique dans son &#171; Encyclop&#233;die &#187; dans son article &#171; Na&#238;tre &#187; o&#249; il &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Venir au monde. S'il fallait donner une d&#233;finition bien rigoureuse de ces deux mots, na&#238;tre et mourir, on y trouverait peut-&#234;tre de la difficult&#233;. Ce que nous en allons dire est purement syst&#233;matique. A proprement parler, on ne na&#238;t point, on ne meurt point ; on &#233;tait d&#232;s le commencement des choses et on sera jusqu'&#224; leur consommation. Un point qui vivait s'est accru, d&#233;velopp&#233; jusqu'&#224; un certain terme, par la juxtaposition successive d'une infinit&#233; de mol&#233;cules. Pass&#233; ce terme, il d&#233;croit, et se r&#233;sout en mol&#233;cules s&#233;par&#233;es qui vont se r&#233;pandre dans la masse g&#233;n&#233;rale et commune. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immunologue Ameisen souligne l'interp&#233;n&#233;tration &#224; tous les niveaux de la vie et de la mort dont l'&#233;volution n'est qu'un des m&#233;canismes. L'&#233;limination ne concerne pas seulement les esp&#232;ces mais, d'un c&#244;t&#233;, les individus, les cellules, tous les produits biochimiques et, d'un autre, les groupes d'esp&#232;ces, les &#233;cosyst&#232;mes, les co&#233;volutions entre esp&#232;ces. L'&#233;limination est indispensable au processus du vivant. La mort cellulaire est indispensable au processus vivant de la cellule. Le cancer est une maladie qui affecte le processus naturel de la mort cellulaire. On ne peut pas consid&#233;rer la disparition des esp&#232;ces ou groupes d'esp&#232;ces comme s'il s'agissait d'un ph&#233;nom&#232;ne ext&#233;rieur &#233;tranger au fonctionnement du vivant alors que tout ce fonctionnement est p&#233;n&#233;tr&#233; de processus permanents d'&#233;limination de l'essentiel de ses produits, de la simple mol&#233;cule biochimique au branchement d'esp&#232;ces. Et l'&#233;limination concerne &#224; chaque fois non une fraction infime mais les 99% de tout ce qui est produit par l'activit&#233; du vivant. Le vivant est souvent pr&#233;sent&#233; comme un m&#233;canisme tr&#232;s stable qui serait seulement perturb&#233; par l'agitation ext&#233;rieure produisant des chocs et des destructions d'esp&#232;ces. Au contraire, le vivant est un m&#233;canisme loin de l'&#233;quilibre (thermodynamique dite de Prigogine) dans lequel la capacit&#233; de produire de l'&#233;nergie provient justement du fait qu'il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne dans lequel un ordre est fond&#233; sur le d&#233;sordre. L'&#233;volution ne fait pas que perturber des esp&#232;ces qui existaient depuis un certain nombre d'ann&#233;es. L'esp&#232;ce &#233;merge de cette agression permanente du vivant en son propre sein. M&#234;me s'il y a un relatif conservatisme de l'esp&#232;ce (les pommiers donnent des pommes qui redonnent des pommiers), l'esp&#232;ce est le produit d'un combat interne entre conservation et transformation, pas seulement d'une conservation. M&#234;me le m&#233;canisme g&#233;n&#233;tique ne privil&#233;gie pas directement une esp&#232;ce. La g&#233;n&#233;tique, introduite apr&#232;s coup dans la notion d'&#233;volution puisque Darwin ignorait tout de la biochimie, a men&#233; &#224; ses propres id&#233;ologies trompeuses dont celle qui pr&#233;tend que chaque esp&#232;ce aurait un ADN ne pouvant produire que cette esp&#232;ce. A l'ours des g&#232;nes d'ours, &#224; la mouche des g&#232;nes de mouche. De m&#234;me, on a propag&#233; l'id&#233;e que chaque caract&#232;re correspondrait &#224; un g&#232;ne et inversement. Tout cela est g&#233;n&#233;ralement faux. Un g&#232;ne de mouche peut tr&#232;s bien agir au sein du m&#233;canisme d'un ours. M&#234;me les g&#232;nes de levure de boulanger peuvent agir sur la g&#233;n&#233;tique de l'homme ! Les diff&#233;rences entre le contenu biochimique des g&#232;nes entre esp&#232;ces sont souvent minimes et n'expliquent nullement des diff&#233;rences consid&#233;rables entre les f&#339;tus et encore plus consid&#233;rables entre les adultes de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection n'est nullement &#224; l'&#339;uvre uniquement au niveau des esp&#232;ces. Le m&#233;canisme aveugle de destruction de l'essentiel du mat&#233;riel vivant se produit sans cesse et &#224; tous les niveaux. La &#171; lutte pour la vie &#187; est synonyme de lutte pour la mort puisque l'essentiel dispara&#238;t &#224; chaque moment. Un homme adulte n'a quasiment plus une seule mol&#233;cule de son enfance tout en &#233;tant le produit de l'enfant et du f&#339;tus. Sans cette destruction, nous n'aurions ni nos formes, ni nos organes, ni leurs fonctions. L'apoptose ou &#171; suicide cellulaire &#187; sculpte en effet notre corps lors de sa formation en d&#233;truisant une masse de cellules. Chaque organe est lui-m&#234;me un produit contradictoire entre forces dialectiquement oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre de l'esp&#232;ce comme celui de l'organe ou du syst&#232;me (syst&#232;me nerveux, syst&#232;me sanguin, etc) est &#233;mergent et l'&#233;mergence est le produit d'une contradiction dialectique entre &#233;l&#233;ments et forces oppos&#233;s. L'opposition dialectique entre ordre et d&#233;sordre est permanente au sein du vivant et est le fondement de sa dynamique. Ceux qui ont cru voir la dynamique du vivant dans le seul ADN ont appris que l'ADN est une mol&#233;cule inactive (enti&#232;rement inhib&#233;e) et que, sans la contradiction des prot&#233;ines de l'environnement, elle ne peut pas &#234;tre d&#233;sinhib&#233;e. Et ce n'est qu'un exemple. La g&#233;n&#233;tique n'est pas un ordre mais une combinaison d'ordre et de d&#233;sordre. L'esp&#232;ce n'est pas davantage un ordre mais &#233;galement le produit d'un affrontement entre ordre et d&#233;sordre. Le d&#233;sordre n'est pas seulement ext&#233;rieur (l'environnement) mais int&#233;rieur. La g&#233;n&#233;tique a souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e comme un photocopieur qui se contente de maintenir &#224; l'identique. Ensuite, on a dit que la g&#233;n&#233;tique introduisait des petites erreurs progressives s'instillant lentement. En fait, la g&#233;n&#233;tique, comme les autres m&#233;canismes du vivant, est fond&#233;e sur la n&#233;gation dialectique (destruction, inhibition, combat des contraires, etc). On ne peut jamais interpr&#233;ter la vie en termes de &#171; pour &#187; mais en termes de &#171; contre &#187;. On ne peut pas voir dans une apparition de nouvel organe, de nouvelle esp&#232;ce, de nouveau m&#233;canisme du vivant, de nouveau fonctionnement d'un organe un objectif, un but, un positif. On ne peut qu'y voir la destruction d'un ancien fonctionnement, un processus n&#233;gatif, la destruction d'un ordre ancien. Comme on le voit l'erreur fondamentale concernant la conception de l'&#233;volution du vivant est philosophique. La soci&#233;t&#233; en place refuse de voir dans l'&#233;volution la destruction brutale d'un ancien ordre. Elle feint d'y voir une transformation lente, graduelle, et surtout positive alors que rien dans les &#233;l&#233;ments d'&#233;tude ne nous montrent un tel r&#244;le en positif. Darwin, lui-m&#234;me, n'avait nullement d&#233;velopp&#233; l'id&#233;e d'une &#233;volution positive et montrait plut&#244;t une action en aveugle de la s&#233;lection. Il est impossible par exemple de dire que l'apparition de l'aile avait tel ou tel but. Ou encore que le gros cerveau s'est d&#233;velopp&#233; pour telle ou telle raison. Donner un but &#224; une &#233;volution naturelle est un geste purement id&#233;ologique, l'attribution d'une morale, d'un sens, d'une intentionnalit&#233;, &#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui n'a rien &#224; voir avec cela. On a vu aussi apparaitre avec ce type de conceptions des id&#233;es de domination d'esp&#232;ces ou de groupes d'esp&#232;ces du type de l' &#171; &#232;re des dinosaures &#187; ou de l' &#171; &#232;re des mammif&#232;res &#187; alors que ces deux &#233;poques n'avaient rien &#224; voir avec cela. Il faudrait plut&#244;t parler toujours et encore de l'&#232;re des insectes et m&#234;me de l'&#232;re des bact&#233;ries. La notion de domination d'une esp&#232;ce ou d'un groupe d'esp&#232;ce soi-disant plus &#233;volu&#233; n'a pas de sens, mis &#224; part les buts id&#233;ologiques de leurs auteurs. Cette notion de domination successive d'esp&#232;ces ou de groupes d'esp&#232;ces est pr&#233;sent&#233; comme &#233;quivalent &#224; l'&#233;volution alors qu'il ne s'agit nullement de cela. L'&#233;volution ne fait pas dispara&#238;tre l'esp&#232;ce souche&#8230; Il s'agit bien entendu d'un but de justification de la &#171; domination de l'homme &#187;. Cependant, malgr&#233; ces discours, la domination de l'homme sur les insectes ou sur les bact&#233;ries n'a nullement &#233;t&#233; prouv&#233;e. Quant aux dinosaures, ils ne peuvent absolument pas &#234;tre pr&#233;sent&#233;s comme ayant &#233;t&#233; vaincus par les mammif&#232;res, m&#234;me pas indirectement, c'est-&#224;-dire par une comp&#233;tition des qualit&#233;s des deux groupes d'esp&#232;ces !!! Il y avait certainement plus de &#171; concurrence pour la vie &#187; au sein de chaque groupe qu'entre eux&#8230; Et, si quelque chose a avantag&#233; les mammif&#232;res, c'est plus des faiblesses que des forces, faiblesses qui amenaient par exemple les mammif&#232;res &#224; rester de tr&#232;s petite taille. La conception &#171; positive &#187; de la vie et de son &#233;volution laisse au contraire entendre que des facteurs positifs entra&#238;neraient une &#233;volution positive, sous-entendu d'accroissement num&#233;rique et d'accroissement de la domination. L'exemple des bact&#233;ries, et leur durabilit&#233;, montre bien que la p&#233;rennit&#233; n'est nullement synonyme d'&#233;volution structurelle et de complexification. La complexification du vivant ne s'est nullement produite dans un contexte o&#249; les &#234;tres non complexifi&#233;s disparaissaient. La taille n'est pas davantage un facteur en soi positif. M&#234;me la taille du cerveau ne l'est pas puisque des esp&#232;ces d'hominid&#233;s ayant un cerveau plus grand en volume que le n&#244;tre (celui d'homo sapiens) ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; Cette vision de la vie &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'interpr&#233;tation populaire de l'&#233;volution contient au moins deux hypoth&#232;ses erron&#233;es, si r&#233;pandues et ancr&#233;es (certes inconsciemment) dans les explications conventionnelles que nombre de faits &#233;vidents, imm&#233;diatement compr&#233;hensibles au niveau de leur simple description, apparaissent tr&#232;s souvent dans le discours m&#233;diatique sous une forme confuse dont les &#171; vulgarisateurs scientifiques &#187; consid&#232;rent &#224; tort qu'elles expriment la pens&#233;e r&#233;elle des scientifiques, ou, plus cyniquement, qu'ils d&#233;cident de pr&#233;senter comme des &#233;quivalents litt&#233;raires des l&#233;g&#232;ret&#233;s musicales des autoradios aux heures de pointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, l'&#233;volution appara&#238;t avant tout comme la transformation corps et &#226;me d'un organisme en un autre. Ainsi, les poissons deviendraient des amphibiens en &#171; conqu&#233;rant &#187; la terre ferme, tandis que les singes d&#233;laissent la s&#233;curit&#233; de leurs arbres pour finalement devenir des humains en affrontant les dangers au sol &#224; l'aide d'une arme tenue de leurs mains lib&#233;r&#233;es et d'une petite lueur d'intelligence &#233;manant d'un organe &#233;largi situ&#233; &#224; l'arri&#232;re de leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, et c'est la seconde composante de cette vision transformationnelle, des descendants remportent la victoire gr&#226;ce &#224; leur valeur intrins&#232;que face &#224; la s&#233;lection naturelle. Car &#171; plus tard &#187; ne peut que signifier &#171; meilleur &#187; ; jusque l&#224; la terre c&#232;de devant les m&#233;taphores de conqu&#234;te ou de colonisation et que les savanes africaines, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la plan&#232;te, r&#233;sonnent des sons du progr&#232;s d&#233;sormais exprim&#233;s par la voix du langage r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'&#233;volution proc&#232;de par embranchements, et non par m&#233;tamorphose d'une forme &#224; une autre, l'ancien disparaissant dans le triomphe du nouveau&#8230; En outre, la plupart des nouveaut&#233;s, du moins &#224; leurs d&#233;buts, croissent comme de minuscules brindilles sur des buissons vigoureux et persistants, et non comme des r&#233;alisations plus sophistiqu&#233;es d'anc&#234;tres qui ont donn&#233; leur maximum &#224; un organisme qui transcende la m&#233;diocrit&#233; de leurs &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amphibiens et leurs descendants ont certes bien r&#233;ussi sur la terre ferme, mais les nageoires sont sup&#233;rieures aux pieds dans le buisson des vert&#233;br&#233;s ; la majorit&#233; de ses pousses (esp&#232;ces) y sont des poissons. Je ne nie pas le succ&#232;s actuel des humains et la nouveaut&#233; int&#233;ressante qu'ils repr&#233;sentent. Mais Homo sapiens n'occupe qu'une petite branche sur un modeste rameau de primates comprenant quelque deux cent esp&#232;ces, et m&#234;me nos sous-groupes les moins apparent&#233;s, tant au niveau de l'&#233;volution qu'&#224; celui de la g&#233;ographie (disons les San du sud de l'Afrique et les Sami du nord de la Finlande), pr&#233;sentent tr&#232;s peu de divergence g&#233;n&#233;tique, tandis que deux populations d'une m&#234;me esp&#232;ce de chimpanz&#233;s, s&#233;par&#233;es de seulement quelques centaines de kilom&#232;tres sur la terre africaine, ont d&#233;velopp&#233; entre elles un nombre bien plus consid&#233;rable de diff&#233;rences g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait a priori surprenant appara&#238;t pourtant &#233;vident si on se replace dans le cadre d'une &#233;volution arborescente. Tous les &#234;tres humains descendent d'anc&#234;tres communs qui v&#233;curent en Afrique il y a moins de 200.000 ans malgr&#233; leur dispersion ult&#233;rieures aux quatre coins du globe. Les deux populations de chimpanz&#233;s, bien que rest&#233;s g&#233;ographiquement proches, se sont s&#233;par&#233;s de leur anc&#234;tre commun il y a bien plus longtemps, de sorte que l'&#233;volution a eu beaucoup plus de temps pour d&#233;velopper des diff&#233;rences g&#233;n&#233;tiques entre ces deux groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; l'&#233;chelle la plus vaste, on ne peut comprendre ce principe d'une &#233;mergence de la nouveaut&#233; par embranchement &#8211; et non par transformation globale de tous les anc&#234;tres en descendants plus sophistiqu&#233;s &#8211; que si l'on prend conscience que les bact&#233;ries composent aujourd'hui encore la majeure partie de l'arbre de la vie &#8211; et notamment son tronc basal, qu'elles ont-elles-m&#234;mes construit d&#232;s l'apparition de la vie cellulaire &#8211; et que tous les r&#232;gnes multicellulaires ne forment que quelques branches &#8211; pas forc&#233;ment toutes saines &#8211; &#224; l'extr&#233;mit&#233; d'un m&#234;me rameau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque pr&#233;tend se poser les grandes questions qui interrogent l'humanit&#233; doit in&#233;vitablement interroger &#233;galement les philosophies, c'est-&#224;-dire les reprendre et en reprendre la critique. Les questions de la conservation et du changement, de la vie et de la mort, de l'inerte et du vivant, de la formation des syst&#232;mes (vivants et non-vivants), du changement graduel et du changement brutal (la gradualit&#233; suppose que le seul changement provienne de l'accumulation de tout petits changements insensibles), de la lin&#233;arit&#233; et de la non-lin&#233;arit&#233; de l'&#233;volution (la lin&#233;arit&#233; suppose que les hommes succ&#232;dent aux grands singes, ce qui signifierait que ces derniers disparaissent au moins au sein d'une zone d'apparition de la nouvelle esp&#232;ce), de la non-pr&#233;existence ou de la pr&#233;existence des principes particuliers (id&#233;e qui pr&#233;existe &#224; la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle) d'une esp&#232;ce &#224; na&#238;tre (ou d'un individu &#224; na&#238;tre), la question de la pr&#233;d&#233;termination (fatalisme sous couvert d'une loi absolument d&#233;terministe sans place au hasard) ou de la non-pr&#233;d&#233;termination (ordre &#233;mergent du d&#233;sordre sans fatalisme) de la succession des syst&#232;mes (par exemple des esp&#232;ces ou des groupes d'esp&#232;ces), la question de l'h&#233;ritage g&#233;n&#233;tique con&#231;u ou non comme seul pilote de l'esp&#232;ce (d'o&#249; l'id&#233;e qu'un ADN &#233;gale une esp&#232;ce et que l'&#233;pig&#233;n&#233;tique n'aurait aucun r&#244;le pilote), l'id&#233;e du progr&#232;s, du positif, de l'adaptation, de la r&#233;ussite des plus aptes au lieu de l'id&#233;e dialectique de la n&#233;gation, de la contradiction, du r&#244;le pilote de l'inhibition et de la destruction, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas se contenter d'observer la vie, il convient de la penser et les philosophies ne sont pas indiff&#233;rentes. Pr&#233;tendre qu'on n'aurait aucun a priori philosophique est erreur ou mensonge. En tout cas, cela nuit pour s'orienter. Nous ne pouvons pas parler de nos observations sans utiliser des concepts abstraits qui supposent des philosophies. Par exemple, raisonner sur les pr&#233;-hominid&#233;s est une mani&#232;re de pr&#233;tendre qu'ils devaient n&#233;cessairement mener aux hominid&#233;s et ces derniers aux hommes et &#224; l'homme actuel. Ce n'est nullement l'observation qui nous a dit cela. C'est une esp&#232;ce de fatalisme qui n'est m&#234;me pas pr&#233;sent au sein de la conception de Darwin de l'&#233;volution ! L'observation montre que l'&#233;volution n'a pas donn&#233; les m&#234;mes r&#233;sultats sur le continent europ&#233;en et sur le continent australien, s&#233;par&#233;s depuis longtemps. Donc il n'y a pas une seule &#233;volution possible des esp&#232;ces et aucun fatalisme (f&#251;t-il pr&#233;tendument fond&#233; scientifiquement sur une &#171; loi &#187; de l'&#233;volution) &#224; une succession particuli&#232;re. Il n'y a aucune loi de cause &#224; effet entre une esp&#232;ce et une esp&#232;ce suivante, aucune possibilit&#233; de pr&#233;dire la suite de l'&#233;volution et m&#234;me pas, &#224; l'envers, le pass&#233; &#171; originel &#187; des esp&#232;ces. Il n'y a pas non un concept pr&#233;existant d'homme ou d'hominid&#233; (ou d'autres esp&#232;ce) en dehors de la succession r&#233;elle des esp&#232;ces d'&#234;tres vivants. Ce n'est pas un concept id&#233;el d'homme qui aurait chemin&#233; au sein des hominid&#233;s jusqu'&#224; nous dans le but de produire l'homme actuel. Le vivant n'a aucun type de &#171; but &#187;. Toutes les philosophies finalistes, m&#234;me celles des scientifiques ath&#233;es, rejoignent&#8230; finalement l'id&#233;e de la cr&#233;ation d la nature comme un jardin pour l'homme et construit par la volont&#233; d'un esprit sup&#233;rieur. Qu'il y ait eu une cr&#233;ation volontaire et consciente ou plusieurs ne change pas fondamentalement le caract&#232;re de ce finalisme. Pourtant, ni l'&#233;volution, ni aucun fonctionnement du vivant ne permet de pr&#233;tendre que quelque chose se soit produit &#171; dans le but &#187;, &#171; pour fabriquer ceci &#187;, &#171; pour r&#233;agir &#224; cela &#187;, &#171; pour permettre de r&#233;soudre tel probl&#232;me &#187;. Il n'y a pas une conscience cach&#233;e dans l'&#233;volution ni dans aucun m&#233;canisme du vivant ou de l'inerte. Il n'y a pas davantage d'&#233;l&#233;ments d&#233;montrant une conscience cach&#233;e dans le passage de l'inerte au vivant. Ceux qui survalorisent tel ou tel changement, par exemple l'apparition de l'homme ou de la vie, comme s'il ne pouvait pas &#234;tre produit spontan&#233;ment par la mati&#232;re ne font pas qu'observer les transformations de cette mati&#232;re. Sinon, ils constateraient que les sauts d'un &#233;tat &#224; un autre, loin d'&#234;tre une exception, sont la r&#232;gle, au sein de l'inerte comme au sein du vivant. Ils remarqueraient que conservation et changement ne s'opposent pas de mani&#232;re diam&#233;trale (et donc m&#233;taphysique) mais s'entrem&#234;lent et se composent tout en se combattant, de mani&#232;re dialectique. Le changement dit graduel n'est rien d'autre qu'une forme de conservation globale du syst&#232;me. La conservation n'est rien d'autre qu'un combat, une n&#233;gation, face &#224; des tendances transformatrices d&#233;j&#224; pr&#233;sentes au sein du syst&#232;me et de son mode de conservation. L'ordre est de m&#234;me fond&#233; sur le d&#233;sordre (&#233;mergence), les lois sur le hasard, la continuit&#233; apparente n'existerait pas sans la discontinuit&#233; ni la sym&#233;trie d'u ordre sans la rupture de sym&#233;trie qui fonde cet ordre. Etc, etc&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les raisonnements dialectiques n'ayant rien de spontan&#233;, ni intellectuellement (scientifiquement par exemple), ni socialement, il est bien plus courant de lire des &#233;volutionnistes m&#233;taphysiciens, fatalistes, id&#233;alistes, continuistes, lin&#233;aristes, pr&#233;d&#233;terministes, etc, que le contraire. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de souligner que la science de l'&#233;volution doit repenser sa philosophie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gould soulignait le caract&#232;re dialectique de la th&#232;se de Darwin (dans &#171; La structure de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pratiquement tous les biologistes antidarwiniens acceptaient que la s&#233;lection naturelle intervint r&#233;ellement, mais ils la consid&#233;raient comme un m&#233;canisme mineur et n&#233;gatif, seulement capable de jouer le r&#244;le du bourreau&#8230; Darwin souligna que la s&#233;lection naturelle, qui avait certes un r&#244;le n&#233;gatif et se caract&#233;risait, il le reconnaissait, par une faible intensit&#233;, avait, n&#233;anmoins, la capacit&#233;, sous certaines conditions appliqu&#233;es &#224; la nature de la variation, de promouvoir des caract&#232;res &#233;volutifs nouveaux. Autrement dit, la s&#233;lection naturelle pouvait cr&#233;er&#8230; Certains aspects de la th&#233;orie de Darwin innovaient sur le plan philosophique&#8230; mettant l'accent sur la complexit&#233; et l'interaction : il s'agit notamment du m&#233;canisme propos&#233; par Darwin d'une interaction entre hasard et n&#233;cessit&#233;, en ce qui concerne la gamme des variations s'offrant &#224; l'action de la s&#233;lection. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stephen Jay Gould &#233;crit dans &#171; Le pouce du panda &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toutes les grandes th&#233;ories de la sp&#233;ciation s'accordent &#224; reconna&#238;tre que la divergence s'effectue rapidement au sein de populations tr&#232;s r&#233;duites. (...) Le processus (de sp&#233;ciation) peut prendre des centaines voir des milliers d'ann&#233;es. (...) Mais mille ans, ce n'est qu'un infime pourcentage de la dur&#233;e moyenne d'existence des esp&#232;ces invert&#233;br&#233;es. (...) Eldredge et moi faisons r&#233;f&#233;rence &#224; ce m&#233;canisme sous le nom de syst&#232;me des &#233;quilibres ponctu&#233;s. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pens&#233;e occidentale qu'un ph&#233;nom&#232;ne de nature, il nous faut alors &#233;tudier d'autres philosophies du changement pour &#233;largir le champ de nos pr&#233;jug&#233;s. Les fameuses lois de la dialectique reformul&#233;es par Engels &#224; partir de la philosophie de Hegel, font explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de &#8216;' la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233; &#8216;' La formule laisse entendre que le changement se produit par grands sauts suivant une lente accumulation de tensions auquel un syst&#232;me r&#233;siste jusqu'au moment o&#249; il atteint le point de rupture. (...) Le mod&#232;le ponctu&#233; peut refl&#233;ter les rythmes du changement biologique (...) ne serait-ce qu'&#224; cause du nombre et de l'importance des r&#233;sistances au changement dans les syst&#232;mes complexes &#224; l'&#233;tat stable. (...) &#171; L'histoire de n'importe quelle r&#233;gion de la terre est comme la vie d'un soldat. Elle consiste en de longues p&#233;riodes d'ennui entrecoup&#233;es de courtes p&#233;riodes d'effroi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Gould souligne, dans le m&#234;me ouvrage, l'importance des conceptions philosophiques dans la th&#233;orie de l'&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous avons tendance &#224; penser que le progr&#232;s de nos recherches ne d&#233;pend que de l'observation &#171; directe &#187;, et que nous n'avons gu&#232;re &#224; nous soucier, contrairement &#224; d'autres biologistes, de probl&#232;mes conceptuels tels que l'interpr&#233;tation de ph&#233;nom&#232;nes se d&#233;roulant &#224; une &#233;chelle trop petite ou &#233;voluant trop rapidement. La plupart d'entre nous ricaneraient si on leur proposait de travailler avec un philosophe professionnel, consid&#233;rant une telle entreprise au mieux comme une agr&#233;able perte de temps, au pire comme l'aveu que notre propre clart&#233; de pens&#233;e laisse &#224; d&#233;sirer. Et, cependant, les probl&#232;mes conceptuels pos&#233;s par des th&#233;ories invoquant des causes op&#233;rant &#224; plusieurs niveaux simultan&#233;ment, des effets propag&#233;s vers le haut et vers le bas, des propri&#233;t&#233; &#233;mergentes (ou non) &#224; des niveaux sup&#233;rieurs, des interactions entre processus al&#233;atoires et processus d&#233;terministes, et des facteurs pr&#233;visibles ou contingents, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s si complexes et si peu familiers aux personnes ayant appris &#224; traiter les mod&#232;les plus simples de causalit&#233; unilin&#233;aire que la biologie utilise depuis des si&#232;cles qu'il leur a fallu se tourner vers des coll&#232;gues ayant explicitement appris &#224; penser avec rigueur ces questions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du vivant nous pose autant de probl&#232;mes philosophiques que la physique quantique, pour ne prendre que cet exemple d'une philosophie indispensable au sein d'une science dite dure. Ce n'est pas seulement parce que le vivant et l'homme ont &#233;t&#233; investis par les religions. C'est surtout parce que nous devons y penser le changement et qu'il faut nous d&#233;partir d'une philosophie du fig&#233; comme abstraction, par exemple d'un concept &#233;ternel et abstrait d'homme (ou de vie) qui n'a aucune existence r&#233;elle mais qui est commun&#233;ment reconnue et diffus&#233;e&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, les sciences comme celles de l'&#233;volution proposent de multiples exemples d'une dialectique des contraires qui n'est nullement reconnue diffus&#233;e comme conception philosophique dans le grand public ni parmi les auteurs scientifiques ou philosophes pour des raisons sociales et politiques qui tiennent surtout &#224; l'int&#233;r&#234;t des classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le m&#233;canisme du vivant n'&#233;tait pas dialectiquement contradictoire (une g&#233;n&#233;tique m&#234;lant conservation et transformation, transmission &#224; l'identique et variation, cr&#233;ation de nouveaut&#233; et suppression du non-soi par l'immunologie, action contradictoire des prot&#233;ines sur les g&#232;nes puisque l'attachement inhibe les g&#232;nes inhibiteurs de l'ADN), il ne serait pas possible que la suppression massive d'esp&#232;ces donne autre chose que des impasses du vivant. Il ne serait pas possible que cela donne de la nouveaut&#233; et en particulier de la nouveaut&#233; structurelle (nouveaux organes, nouvelles fonctions, nouveaux modes d'existence). Le stress (agression notamment climatique) qui inhibe les inhibiteurs hsp ne fait qu'ouvrir la possibilit&#233; de cr&#233;ation de nouveaut&#233; (qui existait d&#233;j&#224; au sein du fonctionnement g&#233;n&#233;tique). Nous avons affaire sans cesse &#224; des n&#233;gations dialectiques au sein de contradictions coexistant dans le syst&#232;me g&#233;n&#233;tique. L'ADN est certainement la mol&#233;cule la plus contradictoire puisque chacun des g&#232;nes actifs et inactiv&#233; par d'autres g&#232;nes. Le m&#234;me ADN pourrait &#233;galement permettre de produire d'autres esp&#232;ces si le m&#233;canisme de contr&#244;le hsp n'&#233;liminait pas syst&#233;matiquement le non-soi. Dans tous les m&#233;canismes du vivant, l'immunologue Ameisen rappelle que l'action est toujours n&#233;gation de la n&#233;gation, comme il l'affirme dans son ouvrage &#171; La sculpture du vivant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de la contradiction dialectique am&#232;ne nombre d'auteurs et tout le grand public a consid&#233;rer le changement d'esp&#232;ce comme une esp&#232;ce de miracle alors que le vivant ne parvient &#224; maintenir la production d'une m&#234;me esp&#232;ce que par des interventions permanentes de destruction du non-soi. Sans cesse, la tendance spontan&#233;e de l'&#234;tre vivant consiste &#224; produire des mol&#233;cules qui ne sont pas adapt&#233;es &#224; l'esp&#232;ce. Il n'y a donc aucun &#233;tonnement &#224; constater, d&#232;s que les m&#233;canismes de protection sont occup&#233;s &#224; la d&#233;fense face &#224; une agression ext&#233;rieure (stress), que la nouveaut&#233; se met &#224; &#234;tre produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;tonnant (carr&#233;ment miraculeux) de la production d'esp&#232;ces nouvelles n'existe qu'&#224; partir du moment o&#249; on consid&#232;re l'esp&#232;ce comme fixe, stable, naturellement d&#233;finitive, fond&#233;e sur un ADN propre &#224; l'esp&#232;ce et ne pouvant produire qu'une seule esp&#232;ce. Ce dogme ne correspond nullement &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la particule quantique, l'&#234;tre vivant est une superposition d'&#233;tats virtuels et l'&#233;tat actuel n'est que l'un des &#233;tats possibles. La superposition signifie que les contraires coexistent et ne se d&#233;truisent pas mutuellement. L'apparente fixit&#233; de l'esp&#232;ce n'est nullement inscrite dans l'ADN et de nombreux g&#232;nes sont capables de sauter d'une esp&#232;ce &#224; une autre comme les g&#232;nes d'une esp&#232;ce sont parfaitement capables de fonctionner sur de multiples autres esp&#232;ces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de fronti&#232;re &#233;tanche entre les esp&#232;ces. C'est pour cela que l'&#233;volution est possible. L'esp&#232;ce n'est qu'un ordre &#233;mergent au sein du d&#233;sordre g&#233;n&#233;tique. Cet ordre n'est pas seulement fond&#233; sur le contenu de l'ADN en termes de g&#232;nes mais sur l'ordre (un v&#233;ritable rythme) des interactions (entre g&#232;nes et prot&#233;ines) au cours du d&#233;veloppement du f&#339;tus. C'est ordre qui d&#233;termine par exemple le plan de construction de l'&#234;tre vivant. En faisant interagir les m&#234;mes g&#232;nes et prot&#233;ines dans un autre ordre, on obtient un autre &#234;tre vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vivant est une rythmologie (ph&#233;nom&#232;ne &#233;pig&#233;n&#233;tique plut&#244;t que g&#233;n&#233;tique) mais les rythmes g&#233;n&#233;tiques diff&#232;rent sans cesse. Il n'y a pas un rythme unique de l'&#233;volution. Certaines esp&#232;ces n'&#233;voluent pas et d'autres &#233;voluent beaucoup. Cela aussi t&#233;moigne du fait qu'il n'y a pas un seul m&#233;canisme &#224; l'&#339;uvre, m&#233;canisme qu'on pourrait appeler &#171; force d'&#233;volution &#187; mais des interactions contradictoires avec des sauts d'&#233;chelle li&#233;s &#224; l'existence de multiples niveaux d'organisation du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croire &#224; une esp&#232;ce de force d'&#233;volution unique a un caract&#232;re animiste car cela suppose qu'une esp&#232;ce de volont&#233; pousserait les esp&#232;ces &#224; changer toutes de la m&#234;me mani&#232;re dans une direction pr&#233;d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui est clair, c'est que la vie est un seul et m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, que sa p&#233;rennit&#233; provient de sa capacit&#233; &#224; changer de forme en sautant rapidement d'une forme &#224; une autre, en allant plus vite que les agressions ext&#233;rieures. Le meilleur exemple de ce type de ph&#233;nom&#232;ne est la production de nouveaut&#233; par les bact&#233;ries agress&#233;es dans les h&#244;pitaux par les antibiotiques et les divers produits chimiques nettoyants. C'est l'agression biochimique qui ouvre la possibilit&#233; des variations de l'esp&#232;ce et la transformation ne se fait pas sur des temps imm&#233;moriaux mais &#224; toute vitesse. Le changement d'esp&#232;ce brutal existe m&#234;me si des tout petits changements (pour conserver l'essentiel) existent aussi. C'est ce qui a amen&#233; Stephen Jay Gould &#224; distinguer des macro&#233;volutions de la micro&#233;volution. En somme, on est amen&#233;s &#224; consid&#233;rer que l'histoire des esp&#232;ces est pleine de changements brutaux et fondamentaux, cr&#233;ateurs de nouveaut&#233; structurelle, que l'on est amen&#233; &#224; traiter plut&#244;t de r&#233;volution que d'&#233;volution. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une pens&#233;e des r&#233;volutions, d'une dialectique des contraires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une &#233;volution non-lin&#233;aire, discontinue et par bonds&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2064&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique, c'est la vie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2558&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dialectique de Hegel et les sciences&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique9&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des contradictions dynamiques&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'apparition du vivant, une rupture de chiralit&#233; ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article2959</link>
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		<dc:date>2013-11-12T02:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'homochiralit&#233; &#224; l'origine de la vie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pasteur l'avait pressenti : le vivant est indissociable d'une propri&#233;t&#233; g&#233;om&#233;trique que l'on nomme l'homochiralit&#233;. Des exp&#233;rimentations men&#233;es au LURE, Laboratoire pour l'utilisation du rayonnement &#233;lectromagn&#233;tique, r&#233;v&#232;lent sa possible origine. Un pas de plus pour d&#233;montrer la gen&#232;se probablement extraterrestre de la vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
La lumi&#232;re polaris&#233;e circulairement est un facteur physique efficace pour provoquer l'asym&#233;trie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Regardez votre main (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'homochiralit&#233; &#224; l'origine de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pasteur l'avait pressenti : le vivant est indissociable d'une propri&#233;t&#233; g&#233;om&#233;trique que l'on nomme l'homochiralit&#233;. Des exp&#233;rimentations men&#233;es au LURE, Laboratoire pour l'utilisation du rayonnement &#233;lectromagn&#233;tique, r&#233;v&#232;lent sa possible origine. Un pas de plus pour d&#233;montrer la gen&#232;se probablement extraterrestre de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re polaris&#233;e circulairement est un facteur physique efficace pour provoquer l'asym&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez votre main droite. Si vous la placez devant un miroir, c'est votre main gauche qui appara&#238;t. Il est impossible de superposer vos deux mains tourn&#233;es vers vous. Vos mains sont chirales : elles ne sont pas superposables &#224; leur image dans un miroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, au niveau microscopique, les biomol&#233;cules qui constituent le vivant sont chirales. De fait, en laboratoire, ces mol&#233;cules se trouvent toujours r&#233;parties &#224; part &#233;gale entre la forme droite et la forme gauche, images l'une de l'autre dans un miroir. Toutefois, dans les organismes vivants, certaines biomol&#233;cules, les acides amin&#233;s et les sucres de l'ADN, v&#233;ritables briques de la vie, ne se retrouvent que sous une seule configuration. Au sein du vivant, les acides amin&#233;s n'existent que sous la forme gauche, et les sucres de l'ADN sont tous droitiers. C'est ce qu'on appelle l'homochiralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des d&#233;cennies, l'origine de l'homochiralit&#233;, signature de la vie, demeure un myst&#232;re. Mais une &#233;quipe de chercheurs, men&#233;e par Laurent Nahon du Synchrotron Soleil et Uwe Meierhenrich de l'universit&#233; de Nice, vient de verser une pi&#232;ce importante &#224; ce dossier captivant. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 2000, ils ont men&#233; au Laboratoire pour l'utilisation du rayonnement &#233;lectromagn&#233;tique (Lure), pr&#233;curseur du Synchrotron Soleil r&#233;cemment entr&#233; en service, des exp&#233;riences sur la leucine, un acide amin&#233; tr&#232;s r&#233;pandu dans les organismes vivants. Leurs r&#233;sultats, publi&#233;s en juillet 2005, accr&#233;ditent la th&#232;se selon laquelle les ingr&#233;dients de la vie auraient &#233;t&#233; form&#233;s dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;01.La vie n'est pas un miroir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elles sont produites en laboratoire, les mol&#233;cules organiques, parmi lesquelles figurent les acides amin&#233;s ou les sucres (constitutifs de l'ADN), existent sous deux formes, appel&#233;es &#233;nantiom&#232;res (du grec enantios qui veut dire oppos&#233;). Il faut se repr&#233;senter ces deux configurations comme images l'une de l'autre dans un miroir. Comme deux mains non superposables, on retrouve une forme gauche, nomm&#233;e L (pour l&#233;vogyre), et une forme droite, nomm&#233;e D (pour dextrogyre). Toute mol&#233;cule montrant cette double g&#233;om&#233;trie est dite chirale (du grec kheir qui signifie main).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Pasteur le premier qui &#233;tablit l'existence de la chiralit&#233;. En 1847, il note que des cristaux de tartrate font tourner la lumi&#232;re polaris&#233;e soit &#224; gauche, soit &#224; droite. Il en d&#233;duit que les cristaux &#233;tudi&#233;s pr&#233;sentent deux structures g&#233;om&#233;triques diff&#233;rentes, droite ou gauche. Cette propri&#233;t&#233; a des implications importantes. Le limon&#232;ne par exemple, utilis&#233;e par l'industrie cosm&#233;tique et agroalimentaire, sent le citron sous sa forme droite alors que son &#233;nantiom&#232;re gauche a l'odeur du pin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriquement donc, les deux formes, L et D, coexistent pour de nombreuses mol&#233;cules, tr&#232;s pr&#233;sentes dans le monde vivant. C'est ce que Pasteur a baptis&#233; &#034;m&#233;lange rac&#233;mique&#034;, c'est-&#224;-dire un m&#233;lange comprenant 50 % de mol&#233;cules gauches et 50 % de mol&#233;cules droites, qui ne d&#233;vie pas la lumi&#232;re polaris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la vie n'utilise qu'une seule des deux configurations. Les acides amin&#233;s du vivant sont ainsi tous de forme gauche, alors que les sucres de l'ADN sont au contraire droitiers. On parle alors d'homochiralit&#233; de la vie. Ces deux termes sont ins&#233;parables : les scientifiques s'accordent en effet &#224; dire que l'homochiralit&#233; est une signature fondamentale de la vie, une condition n&#233;cessaire &#224; son d&#233;veloppement. Sans cette &#034;homochiralit&#233; de la vie&#034; (ou encore asym&#233;trie biomol&#233;culaire), la vie ne pourrait pas exister. En effet, le repliement des prot&#233;ines serait impossible. Or ce ph&#233;nom&#232;ne est indispensable au bon fonctionnement des enzymes, qui acc&#233;l&#232;rent les r&#233;actions chimiques capitales pour les organismes vivants. &#034;Dans ces conditions, la vie serait pour le moins rudimentaire,&#034; observe Andr&#233; Brack, du Centre de biophysique mol&#233;culaire d'Orl&#233;ans (CBM), et collaborateur de Laurent Nahon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;02.Une origine myst&#233;rieuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;quipe internationale a r&#233;cemment d&#233;couvert une forte polarisation circulaire de la lumi&#232;re infrarouge dans la n&#233;buleuse d'Orion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient l'homochiralit&#233; ? Cette question taraude les chercheurs depuis cent cinquante ans. Elle a donn&#233; naissance &#224; deux grandes classes de th&#233;ories, dites &#034;biotiques&#034; et &#034;abiotiques&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon la premi&#232;re, la vie originelle aurait d&#233;marr&#233; &#224; partir d'un m&#233;lange rac&#233;mique d'acides amin&#233;s, le d&#233;veloppement de la vie s&#233;lectionnant ensuite progressivement la forme gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement pour les tenants de cette hypoth&#232;se, une vie &#034;rac&#233;mique&#034; est hautement improbable, car les prot&#233;ines sont incapables de se replier si les acides amin&#233;s ne sont pas homochiraux. En revanche, les th&#233;ories abiotiques, qui sugg&#232;rent que l'apparition de l'homochiralit&#233; est ant&#233;rieure au vivant, sont largement admises aujourd'hui. D&#233;sormais, la question est donc de savoir comment est apparue l'homochiralit&#233; : quel facteur fait pencher la balance en faveur d'une forme plut&#244;t que l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis d&#233;j&#224; plusieurs ann&#233;es, un candidat potentiel attirait l'attention : la lumi&#232;re polaris&#233;e circulairement. De quoi s'agit-il ? Laurent Nahon nous &#233;claire : &#034;On peut se repr&#233;senter la lumi&#232;re polaris&#233;e circulairement comme un tire-bouchon qui tournerait soit dans le sens droit, soit dans le sens gauche,&#034; deux &#233;tats de la lumi&#232;re, non superposables, images l'un de l'autre dans un miroir&#8230; une lumi&#232;re &#034;chirale&#034; en quelque sorte. &#034;Cette propri&#233;t&#233; g&#233;om&#233;trique de la lumi&#232;re en fait une sonde id&#233;ale de l'homochiralit&#233;,&#034; pr&#233;cise-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Prenons un acide amin&#233; cr&#233;&#233; en laboratoire, donc constitu&#233; de 50 % de mol&#233;cules orient&#233;es &#224; gauche et 50 % de mol&#233;cules orient&#233;es &#224; droite. &#201;clairons-le avec une lumi&#232;re polaris&#233;e circulairement gauche. Ce rayonnement va agir sur les mol&#233;cules de configuration gauche, qu'elle va d&#233;grader progressivement et de mani&#232;re irr&#233;versible (car la mol&#233;cule gauche absorbe plus de lumi&#232;re gauche). Dans ces conditions, les mol&#233;cules droites deviennent progressivement surnum&#233;raires. L'inverse est &#233;galement vrai : dans le cas d'une lumi&#232;re polaris&#233;e circulairement droite, c'est l'&#233;nantiom&#232;re gauche qui est &#034;favoris&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de lumi&#232;re existe dans l'atmosph&#232;re terrestre, mais &#034;seul 0,1 % du rayonnement solaire est polaris&#233; circulairement, commente Laurent Nahon, et son sens varie entre le lever et le coucher du soleil.&#034; Bref, son effet est nul. Il faudra attendre 1998 pour d&#233;tecter enfin une source significative de ce rayonnement polaris&#233; circulairement. Non pas sur Terre, mais dans la n&#233;buleuse d'Orion, lieu de naissance de milliers d'&#233;toiles, comme la n&#233;buleuse qui a engendr&#233; notre syst&#232;me solaire&#8230; &#192; partir de l&#224;, ils ont con&#231;u une exp&#233;rience pour voir si cette lumi&#232;re extraterrestre permettait d'obtenir des mol&#233;cules homochirales (voir description partie 3), comme le sont les acides amin&#233;s du vivant et les sucres de l'ADN. Si oui, alors ils apportaient des preuves de l'origine extraterrestre de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;03.Une exp&#233;rience fondatrice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne de lumi&#232;re synchrotron SU5 du Laboratoire pour l'utilisation du rayonnement &#233;lectromagn&#233;tique (LURE) &#224; Orsay. Apr&#232;s irradiation d'&#233;chantillons d'acides amin&#233;s en quantit&#233; rac&#233;mique par la ligne de lumi&#232;re, on note l'induction d'une asym&#233;trie significative &#224; l'&#233;tat solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lumi&#232;re observ&#233;e aux confins de l'Univers peut-elle &#234;tre bien responsable de l'homochiralit&#233; de la vie ? C'est ce qu'a voulu tester l'&#233;quipe de physiciens et de biochimistes emmen&#233;e par Laurent Nahon et Uwe Meierhenrich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, ils ont soumis un &#233;chantillon solide de leucine - constitu&#233;e de 50 % de mol&#233;cules droites et 50 % de mol&#233;cules gauches - &#224; une lumi&#232;re particuli&#232;re, elle-m&#234;me chirale. Le choix s'est port&#233; sur la leucine car il s'agit d'un acide amin&#233; tr&#232;s commun, qui repr&#233;sente 8 % du poids des prot&#233;ines du corps humain. &#034;Nous avons soumis ce m&#233;lange rac&#233;mique de leucine solide &#224; une irradiation prolong&#233;e, au moyen d'un rayonnement dans l'ultraviolet (UV) lointain polaris&#233; circulairement,&#034; r&#233;sume le physicien Laurent Nahon. La pr&#233;sence de cette lumi&#232;re dans certaines r&#233;gions de l'espace interstellaire est &#233;tablie. But de l'exp&#233;rience : induire un d&#233;s&#233;quilibre entre les deux formes gauche et droite de leucine par une photochimie &#233;quivalente &#224; ce qui a pu se produire dans l'espace interstellaire. Si la tentative &#233;tait concluante, alors on se rapprochait des conditions qui ont pr&#233;sid&#233; &#224; la naissance de l'homochiralit&#233; de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re recherch&#233;e a &#233;t&#233; obtenue sur la ligne SU5 de l'anneau Super-ACO du Laboratoire pour l'utilisation du rayonnement &#233;lectromagn&#233;tique (Lure). Anc&#234;tre de l'actuel Synchrotron Soleil, le Lure &#233;tait un centre de recherche qui produisait et utilisait le rayonnement synchrotron, jusqu'&#224; l'arr&#234;t de ses installations fin 2003. Ce rayonnement &#233;tait fourni par un anneau de 72 m de circonf&#233;rence, dans lequel des &#233;lectrons de tr&#232;s haute &#233;nergie circulaient &#224; une vitesse proche de celle de la lumi&#232;re. Acc&#233;l&#233;r&#233;es de la sorte, ces particules &#233;mettaient un rayonnement, capt&#233; en diff&#233;rents endroits de l'anneau puis guid&#233; vers des sorties, les lignes de lumi&#232;re. Ici, la ligne de lumi&#232;re SU5 permettait d'obtenir un rayonnement dans l'UV lointain, qui interagit tr&#232;s fortement avec les acides amin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs dizaines d'heures d'irradiation par cette lumi&#232;re, les &#233;chantillons de leucine ont &#233;t&#233; analys&#233;s. Et le r&#233;sultat tant esp&#233;r&#233; &#233;tait au rendez-vous : &#034;Au final, nous avons obtenu un exc&#232;s de 2,6 % de la forme droite avec une lumi&#232;re polaris&#233;e gauche,&#034; d&#233;clare Laurent Nahon. Une valeur comparable aux r&#233;sultats obtenus par d'autres exp&#233;riences ant&#233;rieures. Sauf que celles-ci utilisaient des acides amin&#233;s &#224; l'&#233;tat liquide. &#034;L'avanc&#233;e est d'avoir entrepris l'exp&#233;rimentation avec un acide amin&#233; en phase solide, qui contrairement &#224; l'&#233;tat liquide est repr&#233;sentatif des conditions interstellaires,&#034; ajoute-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, le chiffre de 2,6 % peut sembler d&#233;risoire compar&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; biologique dans laquelle 100 % des acides amin&#233;s affichent la m&#234;me chiralit&#233;. C'est sans compter sur les r&#233;actions dites autocatalytiques qui viennent amplifier naturellement le ph&#233;nom&#232;ne : &#034;Il suffit de d&#233;clencher le m&#233;canisme pour faire basculer tout le syst&#232;me,&#034; confirme Andr&#233; Brack. La d&#233;couverte, publi&#233;e en juillet 2005 dans la prestigieuse revue scientifique Angewandte Chemie, apporte de pr&#233;cieux &#233;l&#233;ments en faveur d'une origine spatiale de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
04.La vie serait d'origine extraterrestre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;t&#233;orite carbon&#233;e de Murchison renferme plus de soixante-dix acides amin&#233;s diff&#233;rents. Au nombre de ceux-ci on trouve huit acides amin&#233;s prot&#233;iques. Des formes de vie fossile extraterrestre ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes sur cette m&#233;t&#233;orite vieille de 4,6 milliards d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine de la vie plongerait donc ses racines au plus profond de l'Univers ? L'id&#233;e a de quoi surprendre. Pourtant, elle n'est pas nouvelle. On peut m&#234;me dire que les preuves s'accumulent depuis une trentaine d'ann&#233;es. En effet, &#224; partir de la fin des ann&#233;es soixante, on a d&#233;couvert plusieurs m&#233;t&#233;orites sur lesquelles ont &#233;t&#233; collect&#233;s huit acides amin&#233;s, tous utilis&#233;s par les organismes vivants que nous connaissons. Plus r&#233;cemment, en 1997, le min&#233;ralogiste am&#233;ricain John Cronin fait une d&#233;couverte exceptionnelle en analysant la m&#233;t&#233;orite de Murchison, trouv&#233;e en 1968. Il analyse les acides amin&#233;s de ce mat&#233;riau extraterrestre et observe un exc&#232;s d'environ 9 % d'acides amin&#233;s de forme gauche, la m&#234;me configuration strictement utilis&#233;e par le monde vivant. On a pu &#233;galement calculer, gr&#226;ce &#224; une collecte de microm&#233;t&#233;orites en Antarctique (r&#233;alis&#233;e par le g&#233;ochimiste Michel Maurette en 1998) que la quantit&#233; de carbone apport&#233; par ces grains repr&#233;sente 30 &#224; 50 fois la quantit&#233; de carbone biologique pr&#233;sent &#224; la surface de la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se d'une origine extraterrestre de la vie s'est renforc&#233;e &#224; tel point que l'exobiologie, qui d&#233;signe au d&#233;part la recherche et l'&#233;tude de la vie en dehors de notre plan&#232;te, englobe d&#233;sormais tout ce qui concerne l'&#233;tude de la vie dans l'Univers, y compris et surtout l'&#233;tude de son &#233;mergence sur Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience du Lure marque donc une &#233;tape de plus puisqu'elle d&#233;montre que l'homochiralit&#233; peut &#234;tre induite par un rayonnement pr&#233;sent dans l'espace interstellaire. Comment aller plus loin ? &#034;Nous voulons dans un premier temps g&#233;n&#233;raliser l'exp&#233;rience &#224; tous les acides amin&#233;s organiques et &#224; une plus grande gamme de lumi&#232;res,&#034; r&#233;pond Laurent Nahon. L'&#233;quipe veut &#233;galement, en collaboration avec Louis d'Hendecourt, responsable de l'&#233;quipe d'astrochimie spatiale &#224; l'Institut d'astrophysique spatiale d'Orsay, s'attaquer &#224; la synth&#232;se d'acides amin&#233;s dans des conditions astrophysiques et non plus &#224; partir d'acides amin&#233;s d&#233;j&#224; produits : &#034;La prochaine grande &#233;tape consistera &#224; utiliser les pr&#233;curseurs des acides amin&#233;s pr&#233;sents dans l'espace, tels que l'eau, l'ammoniac et le m&#233;thanol. Refroidi sous forme de glace, ce m&#233;lange sera alors &#233;clair&#233; avec une lumi&#232;re UV polaris&#233;e circulairement,&#034; annonce l'exobiologiste Andr&#233; Brack, en esp&#233;rant, alors, observer l'apparition d'une homochiralit&#233;. Des exp&#233;riences pr&#233;liminaires de synth&#232;se ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tent&#233;es au Lure. Mais c'est sur la toute nouvelle ligne UV D&#233;sirs, qui vient d'entrer en service, que l'exp&#233;rience a &#233;t&#233; red&#233;ploy&#233;e en ce d&#233;but d'ann&#233;e 2009. Celle-ci a produit deux &#233;chantillons de mati&#232;re organique avec chacun une polarisation diff&#233;rente. Les analyses sont en cours &#224; l'Universit&#233; de Nice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le vivant, c'est la continuit&#233; ou la discontinuit&#233; ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article1793</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article1793</guid>
		<dc:date>2010-11-29T07:41:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'illusion du continu dans l'&#233;volution des esp&#232;ces &lt;br class='autobr' /&gt;
Constatant &#224; quel point toutes les formes du vivant sur terre montrent des origines communes, on a souvent entendu parler de la &#034;continuit&#233; du vivant&#034;. On remarque ainsi que des formes de vie qui sont tr&#232;s dissemblables ont des &#233;l&#233;ments biochimiques communs ou capables d'agir l'un sur l'autre. Les g&#232;nes hom&#233;otiques par exemple, fondamentaux dans la construction de structure d'un individu en d&#233;veloppement, sont communs et mettables en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_1802 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/68.jpg' width=&#034;450&#034; height=&#034;220&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'illusion du continu dans l'&#233;volution des esp&#232;ces&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Constatant &#224; quel point toutes les formes du vivant sur terre montrent des origines communes, on a souvent entendu parler de la &#034;continuit&#233; du vivant&#034;. On remarque ainsi que des formes de vie qui sont tr&#232;s dissemblables ont des &#233;l&#233;ments biochimiques communs ou capables d'agir l'un sur l'autre. Les g&#232;nes hom&#233;otiques par exemple, fondamentaux dans la construction de structure d'un individu en d&#233;veloppement, sont communs et mettables en commun. Cependant, nous allons essayer de montrer que parler de continuit&#233; du vivant est un contre-sens scientifique et philosophique. Et cela pour deux raisons : le changement n'est pas continu et ce que l'on appelle l'oppos&#233; de la discontinuit&#233; n'est pas la continuit&#233; mais la fixit&#233;.
&lt;p&gt;Pendant un grand nombre d'ann&#233;es, les scientifiques ont tenu &#224; la notion de continuit&#233; pour d&#233;truire les id&#233;es religieuses de cr&#233;ation. Cela ne donne pas &#224; la continuit&#233; une valeur incontestable. Bien entendu, nous ne souhaitons nullement voir r&#233;apparaitre le cr&#233;ationnisme religieux mais la vie est cependant &#233;mergente au sein de l'agitation des interactions.&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_1805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/350px-Phylogenetic_tree-fr-svg.png' width=&#034;350&#034; height=&#034;236&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de continuit&#233; d'une esp&#232;ce &#224; l'autre et pas vraiment de continuit&#233; des &#234;tres vivants &#224; leurs descendants d'une nouvelle esp&#232;ce : la sp&#233;ciation est une rupture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout d'abord, il faut en effet rappeler que la vie n'est pas un ordre de la mati&#232;re mais une structure &#233;mergente c'est-&#224;-dire un &#233;change permanent entre ordre et d&#233;sordre, sans cesse en construction au sein des d&#233;sordre. C'est un point fondamental. Un changement d'esp&#232;ce n'est pas d&#232;s lors le passage d'un ordre &#224; un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi rappeler que la vie n'est pas une structure &#224; une seule &#233;chelle hi&#233;rarchique mais &#224; plusieurs niveaux disjoints les uns des autres, sans continuit&#233;. Il y a le niveau de l'agitation brownienne des mol&#233;cules. Il y a le niveau des liens au sein des macromol&#233;cules comme prot&#233;ines, ADN ou ARN. Il y a les cellules vivantes. Il y a les organes et organismes. Il y a l'individu. Il y a les groupes et esp&#232;ces. Il y a les groupes d'esp&#232;ces en interaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une premi&#232;re discontinuit&#233; et une premi&#232;re non-lin&#233;arit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des ces structures apparaissent de nouvelles discontinuit&#233;s dans l'histoire du d&#233;veloppement de ces structures.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1800 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/differenciation-cellulaire-2jb5m.jpg' width=&#034;565&#034; height=&#034;475&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une cellule au d&#233;part non diff&#233;renci&#233;e (totipotente) va devenir en quelques &#233;tapes une cellule du sang, de la peau ou des muscles ou encore un neurone. Ces &#233;tapes sont autant de discontinuit&#233;s. Et elles n'&#233;taient pas inscrites d'avance dans le contenu de la cellule puisque ces transformations d&#233;pendent du milieu. On a ainsi des divergences dans l'histoire des &#034;destin&#233;es cellulaires&#034; qui sont des discontinuit&#233;s manifestes de l'histoire de la cellule qui se sp&#233;cialise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1799 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/Differenciation_cell_sang.jpg' width=&#034;480&#034; height=&#034;350&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici par exemple le tableau de la diff&#233;renciation des cellules sanguines et on constate qu'il n'y a aucune &#233;tape interm&#233;diaire entre celles-ci, et donc aucune continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la cellule vivante, une autre discontinuit&#233; fondamentale est &#224; l'oeuvre en permanence : le combat entre la vie et la mort ou ph&#233;nom&#232;ne d'apoptose avec des g&#232;nes et prot&#233;ines de vie et de mort sans cesse en lutte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que c'est l'apoptose qui sculpte le corps humain par des brusques disparitions massives de cellules qui se suicident pour laisser place &#224; des cavit&#233;s dans des organes ou sculpter les doigts, comme l'expose Ameisen, ou encore pour sculpter la structure des liaisons du cerveau en supprimant tous les circuits inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1804 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/4-42b.jpg' width=&#034;454&#034; height=&#034;276&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mort en masse a aussi montr&#233; son importance dans l'histoire du vivant avec les grandes extinctions et leur r&#244;le dans l'orientation de l'&#233;volution. Sans la disparition des dinosaures, pas de grands mammif&#232;res et pas d'homme...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1803 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/marella_et_cie.gif' width=&#034;513&#034; height=&#034;449&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/wiwaxia.gif' width=&#034;407&#034; height=&#034;177&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/nectocaris.gif' width=&#034;514&#034; height=&#034;133&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/hallucigenia.gif' width=&#034;463&#034; height=&#034;182&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/dinomischus.gif' width=&#034;483&#034; height=&#034;257&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_1812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/anomalocaris.gif' width=&#034;585&#034; height=&#034;203&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;couverte dans le schiste de Burgess d'embranchements disparus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre changement de perspective concernant le vivant est celui de la g&#233;n&#233;tique. Au lieu de consid&#233;rer que les propri&#233;t&#233;s de l'&#234;tre vivant sont d&#233;termin&#233;s par le contenu mol&#233;culaire de l'ADN, nous savons aujourd'hui qu'il est question d'expression des g&#232;nes et non seulement de leur existence. En effet, tous les g&#232;nes de l'ADN sont inhib&#233;s au sein de la mol&#233;cule et ne s'expriment que si leur inhibiteur est d&#233;sactiv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point souligne encore la discontinuit&#233; : celle d'&#233;volution. A tous les niveaux de structure du vivant, de la mol&#233;cule &#224; l'&#233;cosyst&#232;me, les changements sont brutaux et discontinus, qu'il s'agisse de ceux reli&#233;s &#224; des changements brutaux du milieu ou de ceux li&#233;s &#224; la sp&#233;ciation (l'isolement par exemple est une discontinuit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modifications historiques du vivant sont des ruptures sans continuit&#233; possible, qu'il s'agisse de l'apparition de la bact&#233;rie, de l'apparition de la cellule eucaryote, de l'apparition des &#234;tres pluricellulaires, de l'apparition de la respiration &#224; oxyg&#232;ne, de l'apparition de la sexualit&#233;, de l'apparition des vert&#232;bres, du cerveau et de bien d'autres transformations fondamentales de la structure de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle &#233;mergence va surgir lorsque les cellules eucaryotes vont &#224; leur tour d&#233;couvrir l'int&#233;r&#234;t de s'associer entre elles pour former une nouvelle soci&#233;t&#233; de cellules, comme l'avaient fait les bact&#233;ries apr&#232;s 2 milliards d'ann&#233;es de t&#226;tonnement pour aboutir &#224; la cellule eucaryote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pr&#233;c&#233;demment, il fallait que se forment des cellules sp&#233;cialis&#233;es compl&#233;mentaires pour qu'au lieu d'aller vivre sa vie chacune pour soi, ces cellules vivent en communaut&#233; et collaborent pour former une autre forme de vie dont la complexit&#233; se situe &#224; un niveau encore sup&#233;rieur. Pour r&#233;ussir cet exploit, il fallait des cellules tr&#232;s sophistiqu&#233;es, eucaryotes certes, mais aussi totipotentes, c'est-&#224;-dire avec un si large champ de potentialit&#233;s qu'elles puissent chacune se d&#233;velopper diff&#233;remment selon l'environnement qui lui serait propos&#233; &#224; l'int&#233;rieur du nouvel organisme ! Il fallait aussi que se d&#233;veloppent des facteurs de coh&#233;sion, d'organisation, de synchronisation, de communication tous indispensables pour que soit viable cette forme de vie des milliards de fois plus complexe que la pr&#233;c&#233;dente. Ces facteurs vont devenir pr&#233;pond&#233;rants car la reproduction, la survie ne se fait plus au niveau de la cellule mais de l'organisme multicellulaire tout entier. Toutes les cellules ont le m&#234;me mat&#233;riel g&#233;n&#233;tique, mais l'organisme se reproduit globalement gr&#226;ce &#224; ses gam&#232;tes. La s&#233;lection va jouer sur l'organisme r&#233;sultant de l'association de cellules, pas sur les cellules elles-m&#234;mes. C'est donc ces propri&#233;t&#233;s &#233;mergentes qui vont maintenant faire la diff&#233;rence et qui seront l'objet de la diversit&#233; s&#233;lective. Les cellules eucaryotes sont maintenant performantes, adaptables, totipotentes pour certaines. Ce qui va compter, c'est leur organisation, leur synchronisation, la performance de leur association pour s'adapter aux situations nouvelles et pour se multiplier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'embryologie est un nouveau domaine de d&#233;couverte pour la discontinuit&#233; du vivant : celle du d&#233;veloppement d'un individu. Dans le cas de l'homme nous en connaissons les &#233;tapes qui sont des ruptures et sont multiples. De la nidation de l'oeuf f&#233;cond&#233; &#224; l'adolescence de l'individu, on assiste &#224; de multiples &#233;tapes fondamentales qui sont des discontinuit&#233;s indispensables &#224; la fabrication d'un individu. La formation du cerveau en n&#233;cessite &#224; elle seule un tr&#232;s grand nombre, &#224; commencer par la fermeture du tube neural, le lancement de fabrication des premiers neurones puis al diff&#233;renciation de le moelle &#233;pini&#232;re et du cerveau, puis l'apparition du cortex, la myellinisation de la moelle &#233;pini&#232;re et du cerveau, etc, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces &#233;tapes ne s'est d&#233;roul&#233;e &#034;en continu&#034;. Chacune est un saut, une nouvelle organisation, avec d'ailleurs des risques de succ&#232;s ou d'&#233;chec... On entre d&#232;s lors dans une nouvelle &#233;tape appel&#233;e par Piaget les discontinuit&#233;s du d&#233;veloppement psychologique de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article50&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En termes d'&#233;volution des esp&#232;ces, Stephen Jay Gould a contest&#233; la continuit&#233; parlant plut&#244;t de ponctuation de l'&#233;volution, des transformations rapides de sp&#233;ciation succ&#233;dant &#224; des paliers de fixit&#233;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1801 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/loadimg-php.jpg' width=&#034;520&#034; height=&#034;369&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A gauche la notion d'&#233;volution continue, &#224; droite la conception de Gould de ponctuation : sauts brutaux et rapides intercal&#233;s entre des p&#233;riodes de fixit&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chaline &#233;crit : &lt;i&gt;&#034;L'&#233;volution des esp&#232;ces est un domaine o&#249; se sont oppos&#233;es durant deux si&#232;cles les notions de continu et de discontinu. Qu'en est-il r&#233;ellement aujourd'hui entre continuit&#233; versus discontinuit&#233; dans l'&#233;volution biologique ? La distribution des apparitions et disparitions d'esp&#232;ces chez les rongeurs campagnols suit des lois de puissance qui sugg&#232;re l'existence de mod&#232;les non-lin&#233;aires et de structures fractales dans le vivant. Le champ de l'&#233;volution du vivant est &#233;largi, au travers des ph&#233;nom&#232;nes physiques critiques, &#224; l'analyse des ph&#233;nom&#232;nes biologiques d&#233;terministes lin&#233;aires versus non d&#233;terministes non lin&#233;aires. Ces observations sont coh&#233;rentes avec la nouvelle th&#233;orie de la relativit&#233; d'&#233;chelle de Nottale qui pr&#233;voit plusieurs domaines de r&#233;solution dans la nature, s&#233;parant des domaines de d&#233;pendance ou d'ind&#233;pendance d'&#233;chelle. La d&#233;pendance d'&#233;chelle explicite qui caract&#233;rise les &#233;chelles du vivant dans le cadre de la th&#233;orie de la relativit&#233; d'&#233;chelle rend ainsi tout &#224; fait envisageable, qu'elles puissent &#234;tre d&#233;crites par des lois fondamentales nouvelles, qui manifesteraient leurs caract&#232;res fractal et irr&#233;versible. &#192; proximit&#233; du temps critique, propre &#224; chaque syst&#232;me, le syst&#232;me devient instable et fractal et pr&#233;sente des &#233;v&#233;nements pr&#233;curseurs selon un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Apr&#232;s le temps critique, le syst&#232;me montre des r&#233;pliques selon un mode d&#233;c&#233;l&#233;r&#233;. Les apparences discontinues de clades chez les quelques groupes test&#233;s suivent une loi log-p&#233;riodique de rapport d'&#233;chelle d'environ 1,73. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article14&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la suite...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1806 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/arbre-1241702814.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH720/arbre-1241702814-b1bfe.jpg?1779792817' width='500' height='720' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Des esp&#232;ces &#034;humaines&#034; qui ont des ruptures entre elles&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_7164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH470/-2041-41e26.jpg?1779792817' width='500' height='470' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bact&#233;rie, plasmide et toxine : un exemple de la dialectique du vivant</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article623</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article623</guid>
		<dc:date>2010-08-15T07:40:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt; CONSTRUCTION ET DECONSTRUCTION : LA DIALECTIQUE DU VIVANT &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Atlan explique dans &#171; Entre le cristal et la fum&#233;e &#187; : &#171; Deux courants convergents ont conduit &#224; se repr&#233;senter aujourd'hui l'organisation d'un syst&#232;me vivant comme le r&#233;sultat de processus antagonistes, l'un de construction, l'autre de d&#233;construction ; l'un d'ordonnancement et de r&#233;gularit&#233;s, l'autre de perturbations al&#233;atoires et de diversit&#233; ; l'un de r&#233;p&#233;tition invariante, l'autre de nouveaut&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;R&#233;volutions dans le fonctionnement du vivant&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sommaire du site&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;CONSTRUCTION ET DECONSTRUCTION : LA DIALECTIQUE DU VIVANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henri Atlan explique dans &#171; Entre le cristal et la fum&#233;e &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Deux courants convergents ont conduit &#224; se repr&#233;senter aujourd'hui l'organisation d'un syst&#232;me vivant comme le r&#233;sultat de processus antagonistes, l'un de construction, l'autre de d&#233;construction ; l'un d'ordonnancement et de r&#233;gularit&#233;s, l'autre de perturbations al&#233;atoires et de diversit&#233; ; l'un de r&#233;p&#233;tition invariante, l'autre de nouveaut&#233; impr&#233;visible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immunologue Jean Claude Ameisen expose dans &#171; La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort cr&#233;atrice &#187; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Rien &#8211; ou presque &#8211; de ce qui &#233;merge au cours de la longue histoire du vivant n'est de nature d&#233;finitive. L' &#233;volution est une succession infinie d'accidents, construisant, d&#233;construisant et reconstruisant, sans cesse, faisant na&#238;tre de la nouveaut&#233;. (&#8230;) Essayons d'imaginer des accidents qui auraient pour effet de d&#233;livrer une bact&#233;rie infect&#233;e (par une toxine) de l'&#233;treinte d'un plasmide qui l'asservit, et de permettre &#224; la bact&#233;rie de survivre. (&#8230;) Les informations g&#233;n&#233;tiques du plasmide permettent &#224; la bact&#233;rie de fabriquer en permanence l'antidote et de contrer ainsi l'effet de la toxine. (&#8230;) L'efficacit&#233; du module (toxine/antidote) de d&#233;pendance repose sur un m&#233;canisme d'une merveilleuse simplicit&#233; : l'existence d'une diff&#233;rence de stabilit&#233; dans le temps entre l'ex&#233;cuteur &#8211; la toxine -, capable de d&#233;truire la bact&#233;rie, et l'antidote &#8211; le protecteur -, capable de neutraliser l'effet de la toxine. La raison pour laquelle l'antidote dispara&#238;t plus vite que la toxine est que la prot&#233;ine antidote est rapidement d&#233;grad&#233;e, d&#233;coup&#233;e en morceaux, par une enzyme, une prot&#233;ase, un &#171; ciseau &#187; mol&#233;culaire. (&#8230;) Le &#171; programme &#187; qui condamne la bact&#233;rie et le plasmide &#224; l'interd&#233;pendance est un programme interactif (&#8230;) qui d&#233;pend des modalit&#233;s du dialogue &#8211; des interactions &#8211; entre les prot&#233;ines &#224; l'int&#233;rieur de la cellule. (&#8230;) Il existe une circonstance qui permettrait &#224; une bact&#233;rie de se lib&#233;rer du plasmide. Elle ne correspondrait pas, pour la bact&#233;rie qui gu&#233;rirait, &#224; une v&#233;ritable victoire, &#224; un v&#233;ritable retour en arri&#232;re, au temps &#171; avant l'infection &#187;. Elle correspondrait &#224; une plong&#233;e dans la nouveaut&#233;. Toute bact&#233;rie qui par hasard capturerait dans son chromosome les g&#232;nes plasmidiques du module toxine/antidote pourrait d&#233;sormais se d&#233;faire du plasmide et survivre &#224; sa disparition. (&#8230;) Au c&#339;ur du myst&#232;re du vivant, ce que nous commen&#231;ons &#224; entrevoir, c'est l'intrication profonde, l'interchangeabilit&#233; et l'interd&#233;pendance, entre les outils de construction et les outils de destruction. Et nous avons vu se brouiller les fronti&#232;res qui s&#233;parent les notions apparemment antagonistes de vie et de mort, de &#171; b&#226;tisseur &#187; et d' &#171; ex&#233;cuteur &#187;, de &#171; suicide &#187; et de &#171; meurtre &#187;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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