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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La science est ins&#233;parable de la dialectique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-on dire, apr&#232;s Engels, que la science (et aussi le socialisme) est ins&#233;parable de la dialectique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Disons tout de suite quelles sont les implications consid&#233;rables d'une telle affirmation : science et socialisme ne d&#233;pendent pas du domaine du bon sens, de la lin&#233;arit&#233;, de la logique formelle usuelle. Et il ne suffit pas d'avoir son propre avis, il faut &#233;tudier non seulement un domaine d'&#233;tude mais aussi la philosophie g&#233;n&#233;rale du changement qui pilote le tout. Chacun vous dira que &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Dialectique naturelle et sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peut-on dire, apr&#232;s Engels, que la science (et aussi le socialisme) est ins&#233;parable de la dialectique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Disons tout de suite quelles sont les implications consid&#233;rables d'une telle affirmation : science et socialisme ne d&#233;pendent pas du domaine du bon sens, de la lin&#233;arit&#233;, de la logique formelle usuelle. Et il ne suffit pas d'avoir son propre avis, il faut &#233;tudier non seulement un domaine d'&#233;tude mais aussi la philosophie g&#233;n&#233;rale du changement qui pilote le tout. Chacun vous dira que &#171; tout est ou vrai ou faux (ou exclusif) &#187;, que &#171; un et un font deux est une r&#232;gle incontournable &#187;, et que &#171; le tout est la somme des parties &#187;, et aussi que &#171; le vide n'est pas la mati&#232;re &#187;, que &#171; ou on est un &#234;tre vivant ou un objet du non-vivant &#187;, que &#171; la mati&#232;re, ce sont des choses et la lumi&#232;re, ce sont des ondes et que ce n'est pas du tout pareil &#187;, que &#171; la nature ne fait pas des bonds et tout &#233;volue contin&#251;ment &#187;, que &#171; il n'y pas de sauts dans la nature ni dans la soci&#233;t&#233; &#187;, etc. Ce sont toutes ces affirmations courantes que contredit directement la dialectique de la nature et de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce qu'est la dialectique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons aussi ce qu'est la dialectique de Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tonnant que la dialectique soit commun&#233;ment repouss&#233;e et le plus souvent ignor&#233;e, y compris par la majorit&#233; des scientifiques et penseurs alors que le cerveau humain est clairement dialectique, l'&#234;tre humain &#233;tant sans cesse contradictoire dans ses pens&#233;es et actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la pens&#233;e humaine est celle de la dialectique r&#233;volutionnaire des n&#233;gations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique s'oppose &#224; la logique formelle et m&#233;taphysique et elle a pour particularit&#233; de reconnaitre les contradictions comme moteur positif du changement et de les consid&#233;rer comme fondements indispensables et internes des processus naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re remarque en sciences qui nous impose de les penser dialectiquement, c'est la coexistence permanente de la diversit&#233; au sein de l'ordre, de l'&#233;mergence de nouveaut&#233; dans la conservation de structure, du chaos dans le d&#233;terminisme et du d&#233;terminisme au sein du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans les propri&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes, impossible de concevoir que des plan&#232;tes du syst&#232;me solaire puissent &#234;tre aussi dissemblables en &#233;tant parties sans doute d'un substrat commun. Impossible de concevoir que les objets de l'espace cosmiques soient aussi divers alors qu'ils ob&#233;issent au m&#234;me ordre universel. Impossible de concevoir aussi que les reliefs de la Terre soient aussi divers. Ou encore que les formes du Vivant aient donn&#233; des r&#233;sultats aussi diff&#233;rents &#224; toutes les &#233;chelles de structuration, alors qu'il y a, &#224; tous les niveaux, des origines communes des &#234;tres vivants terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tape de la science dans tous les domaines de la connaissance a consist&#233; &#224; reconnaitre des objets d'&#233;tude, &#224; les s&#233;rier, &#224; les s&#233;parer, &#224; les distinguer, &#224; donner leurs caract&#233;ristiques propres, &#224; diff&#233;rencier les phases d'une transformation en les opposant. Elle construit ainsi des descriptions en objets fixes, diff&#233;rents, isol&#233;s entre eux et s&#233;par&#233;s de la dynamique g&#233;n&#233;rale. On trouve tout ce qui les distingue et on apprend &#224; retrouver partout leurs manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, une fois ce travail de nomenclature r&#233;alis&#233;, la science se trouve en face de ses cr&#233;atures, des concepts m&#233;taphysiques et se demande comment ils peuvent interagir puisque rien ne les relie conceptuellement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel fut le sort de l'onde et du corpuscule (mais aussi de la mati&#232;re et du vide, de l'ordre et du d&#233;sordre, de l'ind&#233;terminisme et du d&#233;terminisme, etc)&#8230; On les a isol&#233;s, vid&#233;s de leurs contradictions internes et donc rendus incapables d'interagir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu une physique ondulatoire, compl&#232;tement oppos&#233;e &#224; la physique corpusculaire. Ce n'est pas sans mal que la physique quantique s'est ensuite charg&#233;e de les marier et cela a toujours sembl&#233; un coup de baguette magique tr&#232;s tir&#233; par les cheveux (parlant de compl&#233;mentarit&#233;, de dualit&#233;, etc. mais refusant le caract&#232;re dialectique de leur existence et de leur interaction). Les conceptions m&#233;taphysiques (les oppositions diam&#233;trales en &#171; ou-ou &#187; exclusifs) en sont la cause. Il est difficile de comprendre comment peuvent se lier, se fondre, interagir, se transformer l'un dans l'autre ce que l'on a consid&#233;r&#233; comme diam&#233;tralement oppos&#233;s, appartenant &#224; un dualisme. L'exemple classique est la m&#233;taphysique religieuse du Bien et du Mal ! On connait aussi les m&#233;taphysiques de l'Homme et de l'Animal, ou encore du Corps et du Cerveau, ou de l'Ame et de la Mati&#232;re&#8230; On n'en est pas toujours sortis puisque, par exemple, bien des scientifiques se disent toujours partisans du m&#233;taphysicien Descartes et que bien des m&#233;decins affirment que soigner le corps et l'esprit n'ont rien &#224; voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a construit, avec de la physique tr&#232;s s&#233;rieuse, une m&#233;taphysique avec des oppos&#233;s diam&#233;traux : l'onde et le corpuscule (ou particule). On peut dire que toutes les propri&#233;t&#233;s de l'une s'opposent directement &#224; celles de l'autre : d&#233;localis&#233;e/local, &#233;tendue/ponctuel, &#224; interf&#233;rences/ sans interf&#233;rences, sans masse/avec masse, contact sans choc/avec choc, pas comme un objet/comme un objet, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, il a &#233;t&#233; d'autant plus difficile &#224; la physique quantique de dire que c'&#233;taient des descriptions compl&#233;mentaires de la m&#234;me chose : des quanta !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le pire : il fallait comprendre comment ces contraires diam&#233;traux pouvaient s'&#233;changer, se transformer l'un dans l'autre, se lier, s'absorber mutuellement et on en passe des miracles, de la magie du genre de faire sortir un oiseau d'un chapeau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la physique se casse la t&#234;te pour comprendre comment un photon lumineux est absorb&#233; par une particule mat&#233;rielle. O&#249; est-ce que la particule a pu caser le photon, dans quelle partie de sa structure (consid&#233;r&#233;e comme ponctuelle !) ? Et d'o&#249; sort-elle le photon qu'elle &#233;met ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emission et absorption de bosons par des fermions (traduisez des photons lumineux par les particules mat&#233;rielles) n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne secondaire, un coup de baguette magique marginal, mais le ph&#233;nom&#232;ne de base de la Physique ! La seule mani&#232;re pour deux particules d'interagir est d'&#233;changer des photons ! Il est donc essentiel de comprendre comment cela peut bien se passer. Impossible si on consid&#232;re que structurellement et dans leur comportement les bosons et les fermions n'ont aucun terrain commun, aucune entente possible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de changer la philosophie des concepts : au lieu de concepts diam&#233;traux et dualistes, il faut des concepts dialectiques, qui comprennent leur contraire au sein de leur propre d&#233;finition et se con&#231;oivent d'embl&#233;e comme une dynamique du changement. On ne peut pas supprimer (conceptuellement) le changement et ensuite chercher &#224; le r&#233;introduire artificiellement au sein de la th&#233;orie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que l'on avait d'abord essay&#233; de faire quand on s'est aper&#231;u qu'on ne pouvait pas comprendre la physique en s&#233;parant d'un c&#244;t&#233; les ondes et de l'autre les corpuscules. Il fallait les m&#234;ler d&#232;s le d&#233;but, les faire s'&#233;changer, se transformer mutuellement, se communiquer sans cesse, se transformer l'un dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des domaines, des &#233;l&#233;ments, des concepts s'opposent en Physique mais on a reconnu bien souvent ensuite qu'ils s'opposent dialectiquement et pas diam&#233;tralement. L'exemple de l'onde et du corpuscule est sans doute l'un des plus fr&#233;quemment cit&#233;s et des plus remarquables car, par tous ses traits, l'onde et le corpuscule ont longtemps sembl&#233; &#234;tre diam&#233;tralement oppos&#233;s avant que la Physique quantique d&#233;montre qu'ils sont ins&#233;parables et se composent sans cesse. Pourtant, la physique des ondes est celle du continu et la physique des corpuscules est celle du discontinu. La premi&#232;re occupe l'espace alors que la seconde est localis&#233;e. La premi&#232;re est celle des interf&#233;rences contrairement &#224; la seconde. Et on peut ainsi mulitplier les oppositions. Mais il s'av&#232;re que toute onde provient de corpuscules et tout corpuscule provient d'ondes ! Et les uns sont indispensables aux autres. Ils sont m&#234;me inconcevables l'un sans l'autre. On retrouve ce type d'oppositions dialectiques avec les fermions et les bosons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais partons d'une situation encore plus simple : la fronti&#232;re entre deux domaines. Voil&#224; une situation proprement dialectique que l'on retrouve dans toute la Physique. Deux &#233;tats, deux zones m&#233;t&#233;orologiques, deux zones de temp&#233;ratures ou de pressions diff&#233;rentes, deux mat&#233;riaux accol&#233;s, deux secteurs mat&#233;riels, une surface de s&#233;paration, une faille qui s&#233;pare deux parties d'une roche ou d'un mat&#233;riau, une fissure, une coupure, une s&#233;paration, dans toutes ces situations diverses on retrouve une dialectique &#233;tonnante de la s&#233;paration qui appartient &#224; la fois aux deux zones oppos&#233;es et qui n'est ni tout &#224; fait l'une ni tout &#224; fait l'autre. Ainsi, les surfaces des mati&#232;res sont des domaines &#224; part qui &#233;changent sans cesse avec les deux zones et qui ne sont pas tout &#224; fait comme l'un ni comme l'autre, un &#171; no man's land &#187; en somme ou un domaine o&#249; les oppos&#233;s coexistent et sont indispensables l'un &#224; l'autre. La Physique des fronti&#232;res n'est pas celle des domaines, des zones, des parties oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, il faut citer la Physique quantique. Une apparente opposition diam&#233;trale est celle qu'on croyait voir entre vide et mati&#232;re. En fait, on constate qu'il y a du vide dans la mati&#232;re et de la mati&#232;re dans le vide, que l'un est absolument et toujours indispensable &#224; l'autre, que ce ne sont pas deux physiques oppos&#233;es mais une seule qui r&#233;git l'ensemble. On constate que les oppos&#233;s se changent sans cesse l'un dans l'autre, comme on l'a vu avec onde et corpuscule ! C'est renversant mais c'est certain. Le &#171; virtuel &#187; (qui est en quelque sorte la mati&#232;re &#233;ph&#233;m&#232;re du vide) se change sans cesse en &#171; r&#233;el &#187; (la mati&#232;re durable). Virtuel et r&#233;el s'opposent et se composent en permanence dans un balai qui explique les lois les plus &#233;tonnantes de la Physique quantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'une des propri&#233;t&#233;s les plus &#233;tonnantes en question est elle aussi dialectique : il s'agit de la dialectique du hasard et de la n&#233;cessit&#233;, ou encore du d&#233;terminisme et de l'ind&#233;terminisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore citer une autre dialectique fondamentale en Physique : celle de l'ordre et du d&#233;sordre, avec en fronti&#232;re le chaos d&#233;terministe ! Et il y a encore les dialectiques ordre/d&#233;sordre, &#233;mergence/r&#233;ductionnisme, conservation/changement, mobile/immobile, construction/destruction, lin&#233;aire/non-lin&#233;aire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2960&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2960&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4823&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4823&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui unit les parties diverses de la Physique, c'est&#8230; la dialectique. La mati&#232;re est intrins&#232;quement contradictoire. Et cela signifie d'abord que les contraires se couplent, s'&#233;changent, font partie de la m&#234;me dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il parler de dialectique de la mati&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2710&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2710&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique de la mati&#232;re et la philosophie dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il ne peut pas y avoir deux physiques s&#233;par&#233;es et oppos&#233;es diam&#233;tralement. Car il y a un seul monde interconnect&#233;, intercommuniquant, &#233;changeant, se transmettant, et donc ayant quelque chose en commun.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique du continu et une autre physique du discontinu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5563&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5563&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique des ondes et une autre physique des corpuscules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4339&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article882&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article882&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique relativiste et une autre physique quantique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3698&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7635&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7635&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; la mati&#232;re ne se cr&#233;e pas et une autre o&#249; elle se cr&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6505&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6505&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; le temps s'&#233;coule dans un seul sens et une autre dans les deux sens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7159&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7159&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; la mati&#232;re est durable et une autre o&#249; elle est &#233;ph&#233;m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1324&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de l'&#233;nergie et une autre physique de la mati&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5108&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5108&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique o&#249; le vide est le rien et une autre physique o&#249; le vide est le tout&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4372&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4372&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique qui est pur hasard et une autre physique qui est pur d&#233;terminisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1331&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1331&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une microphysique et une macrophysique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article658&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique r&#233;ductionniste et une physique &#233;mergentiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4030&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4030&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique &#224; entropie croissante et une autre physique qui n'y ob&#233;it pas tout le temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4821&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4821&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique des briques &#233;l&#233;mentaires et une autre qui n'y ob&#233;it pas tout le temps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3319&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3319&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique math&#233;matique et une autre qui fonctionne sans les maths&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5361&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5361&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de l'intrication et une autre qui est sans intrication&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4347&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4347&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique qui est li&#233;e &#224; un temps et une autre pour laquelle le temps n'existe pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4861&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4861&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de la mati&#232;re et une autre de la lumi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3767&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3767&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique du temps long et une autre physique du temps court&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3165&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article21&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut pas y avoir une physique de l'inerte et une autre physique du vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4643&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui ! Il y a un seul monde mat&#233;riel et donc une seule Physique et m&#234;me une seule science&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7243&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7243&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de dualisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7517&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7517&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7520&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7520&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re est intrins&#232;quement dialectique donc contradictoire de mani&#232;re interne et permanente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Physique, mat&#233;rialisme et dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2340&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2340&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Controverses scientifiques entre des visions non-dialectiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectique dans les sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dualisme a oppos&#233; bien d'autres &#233;l&#233;ments que les ondes et les corpuscules : l'&#233;nergie et la mati&#232;re, le vide et le plein, la lumi&#232;re et la mati&#232;re, le transformisme et le catastrophisme, l'inerte et le vivant, l'&#233;volution et la r&#233;volution, la quantit&#233; et la qualit&#233;, le virtuel et le r&#233;el, l'&#233;ph&#233;m&#232;re et le durable, l'homme et l'animal, le lent et le rapide, la fronti&#232;re et la zone entour&#233;e, la surface et l'int&#233;rieur, l'homme et le singe, etc. Elle les a s&#233;par&#233;s, oppos&#233;s diam&#233;tralement, disjoints, isol&#233;s, de mani&#232;re conceptuelle. Les outils de compr&#233;hension du monde, les concepts scientifiques, sont devenus, du coup, des obstacles &#224; la progression de l'&#233;tude de la dynamique. Or l'Univers est sans cesse dynamique&#8230; Le changement est inh&#233;rent &#224; la mati&#232;re, m&#234;me inerte. L&#224; encore, le dualisme s&#233;pare mati&#232;re et mouvement, mati&#232;re et &#233;nergie, &#233;tat stable et transformation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que toutes les sciences, naturelles comme sociales aboutissent &#224; des &#233;nigmes, des myst&#232;res. Le changement brutal et structurel devient tout &#224; fait incompr&#233;hensible. Pas &#233;tonnant : la dynamique de transformation a &#233;t&#233; artificiellement extraite de la description, les contraires dialectiques interagissent ayant &#233;t&#233; pr&#233;alablement s&#233;par&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment voulez-vous que, par miracle, l'onde se transforme en corpuscule et inversement, comment voulez-vous que la mati&#232;re se transforme en &#233;nergie et inversement, comment voulez-vous que le vide se transforme en mati&#232;re et inversement, comment voulez-vous que les particules &#233;ph&#233;m&#232;res se transforment en particules durables, comment voulez-vous que l'odre se transforme en d&#233;sordre et inversement, comment voulez-vous que le singe se transforme un jour en homme, comment voulez-vous que toutes les structures et tous les fonctionnement visant &#224; la conservation se transforment en leur contraire, en instruments du changement brutal et structurel, comment voulez-vous que le nuage de poussi&#232;res se transforme en &#233;toiles et galaxies, comment voulez-vous que l'identit&#233; g&#233;n&#233;tique de l'esp&#232;ce change donnant une nouvelle esp&#232;ce tr&#232;s diff&#233;rente, comment voulez-vous le syst&#232;me social se transforme un jour en un autre syst&#232;me social compl&#232;tement diff&#233;rent, comment voulez-vous que les opprim&#233;s et les exploit&#233;s soumis et ob&#233;issants se transforment en des r&#233;volt&#233;s et des r&#233;volutionnaires capables m&#234;me de renverser le pouvoir, la classe dominante et de construire leur propre pouvoir, comment voulez-vous que l'on constate partout, dans tous les domaines des sciences (pas de la magie !), &#171; l'&#233;mergence de structures nouvelles &#187; dont sont issus les particules, les atomes, les mol&#233;cules et toutes les structures mat&#233;rielle de l'Univers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; une question profond&#233;ment philosophique : pas de compr&#233;hension des r&#233;volutions naturelles et sociales sans philosophie r&#233;volutionnaire du changement radical et structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas s&#233;parer d'un c&#244;t&#233; les changements radicaux et fondamentaux et de l'autre les changements lents et partiels. On ne peut pas s&#233;parer la stabilit&#233; et le changement. On ne peut pas s&#233;parer diam&#233;tralement la conservation et le changement, pas plus en biologie que dans d'autres domaines, notamment en Physique ou en M&#233;t&#233;orologie et Climatologie ou encore en Economie, en Sciences Sociales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biologie est aussi un des domaines o&#249; s'exerce la dialectique des contraires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8144&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8144&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'&#233;tude des m&#233;canismes du vivant (...) les interactions entre le hasard et la n&#233;cessit&#233; rendent compte de la dialectique entre invariance et nouveaut&#233;. (...) Andr&#233; Pichot dans El&#233;ments pour une th&#233;orie de la biologie) souligne que la vie n'est donc pas un &#233;tat inh&#233;rent &#224; une organisation physico-chimique (comme le postule la biologie analytique) mais un ph&#233;nom&#232;ne bipolaire, un rapport dialectique dans lequel se d&#233;finissent deux termes, le vivant et son milieu ext&#233;rieur. Il distingue donc le vivant (la mati&#232;re vivante) et la vie qui est le rapport dialectique entre cette unit&#233; et son milieu. (...) Selon Pichot, ''L'existence du vivant requiert non seulement la coh&#233;rence interne mais aussi la coh&#233;rence externe, c'est-&#224;-dire un d&#233;terminisme circulaire avec un milieu ext&#233;rieur qui est d&#233;fini de la sorte. (...) Ce qui est &#233;nigmatique, c'est ce mouvement particulier de la mati&#232;re vers le d&#233;terminisme circulaire installant ce rapport dialectique qu'est la vie. (...) Pour Pichot, l'individu biologique &#233;merge dans le rapport dialectique entre le p&#244;le subjectif et son milieu. L'individu &#233;merge d'une scission entre deux p&#244;les qui sont &#224; la fois reli&#233;s et distincts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Meire - article &#171; Biologie et subjectivit&#233; en psychiatrie &#187; dans l'ouvrage collectif &#171; Auto-organisation et &#233;mergence dans les sciences de la vie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie remplacer les ou-ou exclusifs des oppositions diam&#233;trales par des cycles de contradictions dialectiques dans les sciences naturelles, sociales, &#233;conomiques et politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de Marx &#233;tudiant la soci&#233;t&#233; marchande et la soci&#233;t&#233; capitaliste. Les deux interchangent sans cesse et se compl&#232;tent depuis qu'elles existent. On ne peut pas dire que d'un c&#244;t&#233; il y aurait le capital marchand et de l'autre le capital&#8230; capitaliste ! C'est le m&#234;me capital qui circule dans l'&#233;change, dans la production, dans la vente, dans l'investissement et dans la sp&#233;culation. Alors, Marx donne une r&#233;ponse &#233;tonnante qui vaut d'&#234;tre rappel&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital marchand, c'est le cycle dynamique en perp&#233;tuelle transformation Marchandise-Capital-Marchandise et le capital du capitaliste, c'est le cycle dynamique Capital-Marchandise-Capital (nouveau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il les note sous cette forme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M-A-M' et A-M-A'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant le mod&#232;le de cycle dialectique de Marx, on peut dire, en abandonnant le &#171; ou onde ou corpuscule &#187;, que l'on a deux sortes de cycles : onde-corpuscule-onde et corpuscule-onde-corpuscule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'avantage de ce type de mod&#232;le ? Eh bien, si on dit d'un c&#244;t&#233; l'onde, de l'autre le corpuscule, on ne voit absolument pas comment ils se lient, comment ils interagissent, comment ils s'&#233;changent, alors que les deux cycles que nous proposons peuvent parfaitement s'imbriquer l'un dans l'autre et interagir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construction-d&#233;construction-construction et d&#233;construction-construction-d&#233;construction, les cycles du vivant et du cerveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article624&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article624&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article625&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article625&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inhibition-activation-inhibition et activation-inhibition-activation, les cycles de la biologie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel concernant ces cycles dialectiques, c'est qu'on a remplac&#233; les objets fixes par des transformations passant par des &#233;tapes contradictoires et interactives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les apparences peuvent faire croire &#224; l'objet fixe. Par exemple, il suffit que la transformation particule-vide-particule soit suffisamment rapide pour qu'on ait l'impression de la permanence de la particule. Mais le fait qu'il n'y a pas de parcours continu de la particule prouve bien que la particule devient tr&#232;s rapidement du vide avant de redevenir une particule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi construire des cycles comme : &#233;ph&#233;m&#232;re-durable- &#233;ph&#233;m&#232;re et durable-&#233;ph&#233;m&#232;re-durable qui s'opposent mais se composent et interagissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore les deux cycles oppos&#233;s : virtuel-r&#233;el-virtuel et r&#233;el-virtuel-r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proposer : local- non local &#8211; local et non local &#8211; local &#8211; non local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : mati&#232;re-vide-mati&#232;re et vide-mati&#232;re-vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi les deux cycles interactifs : vide &#8211; mati&#232;re &#8211; vide et mati&#232;re &#8211; vide &#8211; mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouve-t-on ce type de logique partout dans la dialectique de la nature et de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore donner l'exemple de la relation dialectique de l'ordre et du d&#233;sordre qui fonctionne ainsi : soit ordre-d&#233;sordre-ordre, soit d&#233;sordre-ordre-d&#233;sordre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel cycle dialectique, il y a bien opposition mais les oppos&#233;s se composent, &#233;changent et s'&#233;changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un autre exemple de cycles interactifs qui &#233;changent, s'&#233;changent et se composent. Ce sont les cycles interactifs des horloges naturelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4896&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4896&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi les cycles activation-inhibition-activation et inhibition-activation-inhibition en biologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5093&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : hasard-n&#233;cessit&#233;-hasard ainsi que n&#233;cessit&#233;-hasard-n&#233;cessit&#233;, par exemple dans l'&#233;volution des esp&#232;ces :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut proposer encore les deux cycles dialectiques : mati&#232;re-lumi&#232;re-mati&#232;re et lumi&#232;re-mati&#232;re-lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4893&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4893&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : d&#233;sorganisation-organisation-d&#233;sorganisation et organisation-d&#233;sorganisation-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6533&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6533&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de mol&#233;cules, on trouve : plier-d&#233;plier-plier et d&#233;plier-plier-d&#233;plier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://pastel.hal.science/tel-04346526v1/file/ENSAM_ABDALLAH-ELHIRTSI_2015_archivage.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pastel.hal.science/tel-04346526v1/file/ENSAM_ABDALLAH-ELHIRTSI_2015_archivage.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toujours chaos-ordre-chaos et ordre-chaos-ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6033&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6033&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de particules, on trouve accrocher-d&#233;crocher-accrocher et d&#233;crocher-accrocher-d&#233;crocher : &#171; C'est le rythme du cycle d'accroche-d&#233;croche des couples qui d&#233;termine la fr&#233;quence du photon. &#187; peut-on lire et aussi : &#171; Le photon est un ph&#233;nom&#232;ne p&#233;riodique dans lequel le cycle consiste dans la transformation : couple virtuel donne photon, puis redonne couple virtuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1688&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1688&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que le marxisme a envisag&#233; de tels cycles, mis &#224; part Marx dans l'&#233;tude du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait ! Engels dans sa &#171; Dialectique de la nature &#187; ! Il y &#233;crit notamment : &#171; La physique, comme pr&#233;c&#233;demment l'astronomie, &#233;tait arriv&#233;e &#224; un r&#233;sultat qui indiquait n&#233;cessairement comme conclusion ultime de la science le cycle &#233;ternel de la mati&#232;re en mouvement. &#187; On lit encore : &#171; La nouvelle conception de la nature &#233;tait achev&#233;e dans ses grandes lignes : voil&#224; dissous tout ce qui &#233;tait rigide volatilis&#233; tout ce qui &#233;tait fix&#233;, et p&#233;rissable tout ce qu'on avait tenu pour &#233;ternel ; il &#233;tait d&#233;montr&#233; que la nature se meut dans un flux et un cycle perp&#233;tuels. &#187; On peut lire Engels : &#171; C'est dans un cycle &#233;ternel que l&#224; mati&#232;re se meut : cycle qui certes n'accomplit sa r&#233;volution que dans des dur&#233;es pour lesquelles notre ann&#233;e terrestre n'est pas une unit&#233; de mesure suffisante, cycle dans lequel l'heure du supr&#234;me d&#233;veloppement, l'heure de la vie organique, et plus encore celle o&#249; vivent des &#234;tres ayant conscience d'eux-m&#234;mes et de la nature, est mesur&#233;e avec autant de parcimonie que l'espace dans lequel existent la vie et la conscience de soi ; cycle ans lequel tout mode fini d'existence de la mati&#232;re, - f&#251;t-il soleil ou n&#233;buleuse, animal singulier ou genre d'animaux, combinaison ou dissociation chimiques,- est &#233;galement transitoire, et o&#249; il n'est rien d'&#233;ternel sinon la mati&#232;re en &#233;ternel changement, en &#233;ternel mouvement, et les lois selon lesquelles elle se meut et elle change. Mais, quelle que soit la fr&#233;quence et quelle que soit l'inexorable rigueur avec lesquelles ce cycle s'accomplit dans le temps et dans l'espace ; quel que soit le nombre des millions de soleils et de terres qui naissent et p&#233;rissent ; si longtemps qu'il faille pour que, dans un syst&#232;me solaire, les conditions de la vie organique s'&#233;tablissent, ne f&#251;t-ce que sur une seule plan&#232;te ; si innombrables les &#234;tres organiques qui doivent d'abord appara&#238;tre et p&#233;rir avant qu'il sorte de leur sein des animaux avec un cerveau capable de penser et qu'ils trouvent pour un court laps de temps des conditions propres &#224; leur vie, pour &#234;tre ensuite extermin&#233;s eux aussi sans merci, -nous avons la certitude que, dans toutes ses transformations, la mati&#232;re reste &#233;ternellement la m&#234;me, qu'aucun de ses attributs ne peut jamais se perdre et que, par cons&#233;quent, si elle doit sur terre exterminer un jour, avec une n&#233;cessite d'airain, sa floraison supr&#234;me, l'esprit pensant, il faut avec la m&#234;me n&#233;cessit&#233; que quelque part ailleurs et &#224; une autre heure elle le reproduise. &#187; Engels poursuit : &#171; On transforme du mouvement m&#233;canique en chaleur. Pour compl&#233;ter ce processus, il faut le renverser, il faut convertir de la chaleur en mouvement. Ce n'est qu'alors qu'il sera satisfait &#224; la dialectique du processus, que le processus se sera &#233;puis&#233; en un cycle, - du moins en premi&#232;re instance. Mais l'histoire a sa marche propre, et, si dialectiquement qu'elle s'accomplisse &#224; la fin du compte, la dialectique doit fr&#233;quemment attendre assez longtemps l'histoire. Il faut sans doute mesurer par mill&#233;naires l'intervalle qui s&#233;pare la d&#233;couverte du feu par frottement de l'invention par H&#233;ron d'Alexandrie (vers 130 avant notre &#232;re) d'une machine &#224; laquelle la vapeur qui s'en &#233;chappait imprimait un mouvement de rotation. Et de nouveau pr&#232;s de deux mille ans s'&#233;coul&#232;rent jusqu'&#224; ce que f&#251;t construite la premi&#232;re machine &#224; vapeur, le premier dispositif permettant de convertir de la chaleur en mouvement m&#233;canique v&#233;ritablement utilisable. &#187; Et Engels affirme encore : &#171; La vieille t&#233;l&#233;ologie s'en est all&#233;e au diable, mais maintenant la certitude est bien &#233;tablie que, dans son cycle &#233;ternel, la mati&#232;re se meut selon des lois qui, &#224; un stade d&#233;termin&#233;, - tant&#244;t ici, tant&#244;t l&#224;, -produisent n&#233;cessairement dans des &#234;tres organiques l'esprit pensant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentons de montrer que l'on peut proposer de tels cycles dans toutes les relations dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; la vie et de l'autre la mort&#8230; Il y a des cycles dialectiques de la vie et de la mort dans lesquels le vecteur de la vie et celui de la mort peuvent s'&#233;changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4032&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4032&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4380&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4380&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/noesis/1671&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/noesis/1671&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logique formelle et logique dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectique et m&#233;taphysique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article33&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article33&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, mode de fonctionnement g&#233;n&#233;ral du changement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Oui ou non &#187; (exclusif) de la logique formelle (ou des math&#233;matiques) est-il valable en Sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de Hegel et les sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordre et d&#233;sordre de la mati&#232;re, deux r&#233;alit&#233;s compl&#232;tement et dialectiquement imbriqu&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Bohr et Heisenberg rejettent la dialectique des contradictions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3819&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3819&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, c'est la vie. Penser le monde sans la dynamique des contradictions, c'est la mort....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une dialectique dans toutes les sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3039&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3039&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7629&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7775&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3271&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3271&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la pens&#233;e humaine est celle de la dialectique r&#233;volutionnaire des n&#233;gations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique n'est pas seulement un calcul mais une pens&#233;e, et m&#234;me une pens&#233;e mat&#233;rialiste dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, un simple mode de pens&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept scientifique lui-m&#234;me doit &#234;tre dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2594&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2594&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les avanc&#233;es scientifiques fondamentales n&#233;cessitent une pens&#233;e dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7360&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7360&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vient faire la philosophie dialectique dans la politique des r&#233;volutionnaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme dialectique et le destin de l'humanit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6574&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6574&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sans la dialectique, la r&#233;volution sociale reste un insondable myst&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que l'on retrouve des soci&#233;t&#233;s du m&#234;me type aux quatre coins du monde, y compris en n'ayant eu aucun contact entre elles et comprendre aussi qu'elles n'ont cependant pas eu la m&#234;me histoire ? C'est une des contradictions &#233;tonnantes des soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que l'ordre qui domine la soci&#233;t&#233; n'est pas diam&#233;tralement oppos&#233; au d&#233;sordre mais se combine &#224; lui. Impossble sans la dialectique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que des opprim&#233;s et des exploit&#233;s qui n'ont cess&#233; de s'incliner respectueusement devant le pouvoir pendant des dur&#233;es imm&#233;moriales en viennent &#224; le contester, &#224; le combattre violemment, &#224; le renverser, &#224; le remplacer, &#224; d&#233;truire l'ancienne soci&#233;t&#233; ? Il y a l&#224; une contradiction, compl&#232;tement inexplicable si on voit pas de mani&#232;re dialectique ce que sont les exploit&#233;s, si on ne voit pas ces esclaves soumis comme des r&#233;volutionnaires potentiels&#8230; Les exploit&#233;s ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que des empires qui ont vaincu les plus fortes arm&#233;es du monde, qui ont domin&#233; tous les Etats, puissent &#234;tre domin&#233;s par des exploit&#233;s prenant les armes, alors que ces exploit&#233;s n'avaient aucune exp&#233;rience militaire pr&#233;alable ? L&#224; encore, une contradiction : l'Etat a pour principale fonction de combattre la r&#233;volution sociale mais, les exploit&#233;s n'&#233;tant g&#233;n&#233;ralement pas r&#233;volutionnaires, l'Etat n'est pas pr&#233;par&#233; &#224; se battre contre la r&#233;volution sociale. L'Etat est un organisme contradictoire au sens dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il qu'une soci&#233;t&#233; qui a connu de nombreuses crises sociales et politiques, et qui en a triomph&#233; victorieusement, se retrouvent brutalement au seuil de sa mort d&#233;finitive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique est particuli&#232;rement indispensable aux r&#233;volutionnaires et aux travailleurs dans les p&#233;riodes de crise de la soci&#233;t&#233; dominante, quand chaque situation est capable de se transformer en son contraire en un temps tr&#232;s rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas r&#233;volutionner le monde sans repenser l'ensemble de la r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et merveilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire depuis au moins 200.000 ans. Mais si nous faisons abstraction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'historien, j'entends un de ceux qui ne se sont pas priv&#233;s du don de g&#233;n&#233;ralisation, embrasse par la pens&#233;e le pass&#233; et le pr&#233;sent du genre humain, il voit se d&#233;rouler un spectacle grandiose et merveilleux. En effet, vous savez sans doute que la science moderne suppose que l'homme existe sur notre globe depuis l'ancien quaternaire, c'est-&#224;-dire depuis au moins 200.000 ans. Mais si nous faisons abstraction de ces calculs toujours hypoth&#233;tiques, si nous admettons, comme on admettait dans le bon vieux temps, que l'homme a paru sur terre environ 4.000 ans avant l'&#232;re chr&#233;tienne, nous avons quelque chose comme 200 g&#233;n&#233;rations qui sont venues l'une apr&#232;s l'autre pour dispara&#238;tre comme disparaissent les feuilles dans la for&#234;t &#224; l'approche de l'automne. Chacune de ces g&#233;n&#233;rations, que dis-je, presque chaque individu faisant partie de chaque g&#233;n&#233;ration a poursuivi ses propres buts, chacun a lutt&#233; pour sa propre existence ou pour l'existence de ses proches et pourtant il y a eu un mouvement d'ensemble, il y a ce que nous appelons l'histoire du genre humain, nous rappelons &#224; notre m&#233;moire l'&#233;tat de nos anc&#234;tres, si nous nous repr&#233;sentons, par exemple, la vie des hommes de cette race qui peuplait les habitations dites lacustres, et si nous comparons cette vie a celle des Suisses de nos jours, nous apercevons une &#233;norme diff&#233;rence. La distance qui s&#233;pare l'homme de ses parents plus ou moins anthropomorphes s'est agrandie, le pouvoir de l'homme sur la nature s'est augment&#233;. Il est donc tr&#232;s naturel, je dirai plus, il est in&#233;&#173;vitable de se demander quelles ont &#233;t&#233; les causes de ce mouvement et de ce progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, la grande question des causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain est celle qui constitue l'objet de ce qu'on appelait autrefois la philosophie de l'histoire et qu'on fe&#173;rait, me semble-t-il, mieux de d&#233;signer du nom de conception de l'histoire, c'est-&#224;-dire de l'histoire consid&#233;r&#233;e comme science, ne se contentant pas d'ap&#173;prendre comment les choses se sont pass&#233;es, mais, voulant savoir pourquoi elles se sont pass&#233;es d'une telle mani&#232;re et non pas d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute chose, la philosophie de l'histoire a eu son histoire &#224; elle, je veux dire qu'&#224; diff&#233;&#173;rentes &#233;poques les hommes qui s'occupaient de la question du pourquoi du mouvement historique ont r&#233;pondu d'une fa&#231;on diff&#233;rente &#224; cette grande question. Chaque &#233;poque avait sa philosophie de l'histoire &#224; elle. Vous m'objecterez peut-&#234;tre que souvent &#224; une m&#234;me &#233;poque historique il n'y avait pas seulement une mais plusieurs &#233;coles de philosophie de l'histoire. J'en tombe d'accord, mais je vous prie de consid&#233;rer que les diff&#233;rentes &#233;coles philosophiques propres &#224; une p&#233;riode donn&#233;e de l'histoire ont toujours entre elles quelque chose de commun qui permet de les envisager comme diff&#233;rentes esp&#232;ces d'un m&#234;me genre, il y a naturellement aussi des survivances. Nous pouvons donc dire, pour simplifier le probl&#232;me, que chaque p&#233;riode historique a sa propre philosophie de l'his&#173;toire. Nous allons en &#233;tudier quelques-unes unes. Je commence par la philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception th&#233;ologique de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l&#224; philosophie ou conception th&#233;ologique de l'histoire ? Cette conception est la plus primitive, elle est intimement li&#233;e aux premiers efforts faits par la pens&#233;e humaine pour se rendre compte du monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, la conception la plus simple que l'homme puisse se faire de la nature, c'est d'y voir non pas des ph&#233;nom&#232;nes d&#233;pendant les uns des autres et contr&#244;l&#233;s par des lois invariables, mais des &#233;v&#233;nements produits par l'action d'une ou de plusieurs volont&#233;s semblable &#224; la sienne. Le philosophe fran&#231;ais Guyau dit dans un de ses livres, qu'un enfant en sa pr&#233;sence traitait la lune de m&#233;chante parce qu'elle ne voulait pas se montrer, cet enfant consid&#233;rait la lune comme un &#234;tre anim&#233;, et, comme cet enfant, l'homme primitif anime toute la nature. L'animisme, la premi&#232;re phase du d&#233;veloppement de la pens&#233;e religieuse, et le premier pas de la science, c'est l'explication animiste des &#233;v&#233;nements de la nature et de les concevoir comme des ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois. Tandis qu'un enfant croit que la lune ne se montre pas parce qu'elle est m&#233;chante, un as&#173;tronome nous explique l'ensemble des conditions natu&#173;relles qui, &#224; un moment donn&#233;, nous permettent ou nous emp&#234;chent de voir tel ou tel astre. Or, tandis que dans l'explication de la nature, les progr&#232;s de la science ont &#233;t&#233; relativement rapides, la science de la soci&#233;t&#233; humaine et de son histoire n'avan&#231;ait qu'avec beaucoup plus de lenteur. On admettait, l'ex&#173;plication animiste des &#233;v&#233;nements historiques &#224; des &#233;poques o&#249; l'on se moquait d&#233;j&#224; de l'explication ani&#173;miste des ph&#233;nom&#232;nes de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s souvent tr&#232;s civilis&#233;es, on trouvait tout &#224; fait permis d'expliquer le mouvement historique de l'humanit&#233; comme la manifestation de la volont&#233; d'une ou de plusieurs divinit&#233;s. Cette expli&#173;cation de l'histoire par l'action de la divinit&#233; constitue ce que nous appelons la conception th&#233;olo&#173;gique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous donner deux exemples de cette concep&#173;tion, je vais caract&#233;riser ici la philosophie histo&#173;rique de deux hommes c&#233;l&#232;bres : Saint Augustin, &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone et Bossuet, &#233;v&#234;&#173;que de Meaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Augustin envisage les &#233;v&#233;nements histori&#173;ques comme soumis &#224; la Providence divine et, qui plus est, il est persuad&#233; qu'on ne peut les envisager au&#173;trement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Consid&#233;rez ce Dieu souverain et v&#233;ritable, dit-il, ce Dieu unique et tout-puissant, auteur et cr&#233;a&#173;teur de toutes les &#226;mes et de tous les corps... qui a fait de l'homme un animal raisonnable compos&#233; de corps et d'&#226;me, ce Dieu, principe de toute r&#232;gle, de toute beaut&#233;, de tout ordre qui donne &#224; tout le nom&#173;bre, le poids et la mesure, de qui d&#233;rive toute pro&#173;duction naturelle, quels qu'en soient le genre et le prix, je demande s'il est croyable que ce Dieu ait souffert que les empires de la terre, leur domination et leur servitude restassent &#233;trangers aux lois de, la Providence&#034; (Cit&#233; de Dieu, traduction Emile Saisset, livre V, chap. XI, pp. 292-293).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point de vue g&#233;n&#233;ral, Saint Augustin ne le quitte dans aucune de ses explications historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la grandeur des Romains, l' &#233;v&#234;&#173;que d'Hippone nous raconte avec beaucoup de d&#233;&#173;tails comme quoi elle entrait dans les vues de la Di&#173;vinit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Apr&#232;s que les royaumes d'Orient eurent brill&#233; sur la terre pendant une longue suite d'ann&#233;es, Dieu voulut que l'empire d'Occident, qui &#233;tait le dernier dans l'ordre des temps, devint le premier de tous par sa grandeur et son &#233;tendue, et comme il avait &#224; des&#173;sein de se servir de cet empire pour ch&#226;tier un grand nombre de nations, il le confia &#224; des hommes passionn&#233;s pour la louange et l'honneur, qui mettaient la gloire dans celle de la patrie et &#233;taient toujours pr&#234;ts &#224; se sacrifier pour son salut, triomphant ainsi de leur cupidit&#233; et de tous les autres vices par ce vice unique : l'amour de la gloire. Car, il ne faut pas se le dissimuler, l'amour de la gloire est un vi&#173;ce... etc.&#034; (p. 301).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'expliquer la prosp&#233;rit&#233; du premier empereur chr&#233;tien Constantin, la volont&#233; divine l&#232;ve toute difficult&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le bon Dieu, nous dit saint Augustin, voulant emp&#234;cher ceux qui l'adorent... de se persuader qu'il est impossible d'obtenir les royaumes et les gran&#173;deurs de la terre sans la faveur toute-puissante des d&#233;mons, a voulu favoriser l'empereur Constantin, qui, loin d'avoir recours aux fausses divinit&#233;s, n'adorait que la v&#233;ritable, et de le combler de plus de biens qu'un autre n'en e&#251;t seulement os&#233; souhaiter&#034; (t. I, pp. 328-329 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il enfin de savoir pourquoi une guerre durait plus longtemps qu'une autre, saint Augustin nous dira que Dieu l'avait voulu ainsi : &#034;De m&#234;me qu'il d&#233;pend de Dieu d'affliger ou de consoler les hommes, selon les conseils de la justice et de sa mi&#173;s&#233;ricorde, c'est lui, aussi qui r&#232;gle les temps des guerres, qui les abr&#232;ge ou les prolonge &#224; son gr&#233; &#034; (p. 323, tome I).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, saint Augustin reste toujours fi&#173;d&#232;le &#224; son principe fondamental. Malheureusement, il ne suffit pas d'&#234;tre fid&#232;le &#224; un principe donn&#233; pour trouver la Juste explication des ph&#233;nom&#232;nes. Il faut avant tout que le philosophe de l'histoire &#233;tudie soigneusement tous les faits qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et ac&#173;compagn&#233; le ph&#233;nom&#232;ne qu'il cherche &#224; expliquer. Le principe, fondamental ne peut et ne doit jamais servir que de fil conducteur dans l'analyse de la r&#233;alit&#233; historique. Or la th&#233;orie de saint Augustin est in&#173;suffisante sous les deux rapports indiqu&#233;s. Comme m&#233;&#173;thode d'analyse de la r&#233;alit&#233; historique, elle est nulle. Et quant &#224; son principe fondamental, je vous prie d'observer ceci. Saint Augustin parle de ce qu'il appelle les lois de la providence avec tant de conviction et avec tant de d&#233;tails, qu'on se demande, en le lisant, s'il n'a pas &#233;t&#233; le confident intime de son dieu. Et le m&#234;me auteur, avec la m&#234;me conviction, avec la m&#234;me fid&#233;lit&#233; &#224; son principe fondamental, et dans le m&#234;me ouvrage, nous dit que les voies du Sei&#173;gneur sont insondables. Mais s'il en est ainsi, pour&#173;quoi entreprendre la t&#226;che n&#233;cessairement ingrate et st&#233;rile de les sonder ? Et pourquoi nous indiquer ces insondables voies comme uns explication des &#233;v&#233;ne&#173;ments de la vie humaine ? La contradiction est palpa&#173;ble, et puisqu'elle est palpable, on a beau avoir la foi fervente et in&#233;branlable, on est forc&#233; de renon&#173;cer &#224; l'interpr&#233;tation th&#233;ologique de l'histoire si l'on tient tant soit peu &#224; la logique et si l'on ne veut pas pr&#233;tendre que l'insondable, c'est-&#224;-dire l'inexplicable, explique et fait comprendre toute chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; Bossuet. Comme Saint Augustin, Bossuet, dans sa conception de l'histoire, se place au point de vue th&#233;ologique. Il est persuad&#233; que les destin&#233;es historiques des peuples, ou, comme il s'ex&#173;prime, les r&#233;volutions des empires sont r&#233;gl&#233;es par la Providence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ces empires dit-il dans son Discours sur l'his&#173;toire universelle, ont une liaison n&#233;cessaire avec l'histoire du peuple de Dieu. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour ch&#226;tier ce peuple, des Perses, pour le r&#233;tablir, d'Alexandre et de ses premiers successeurs, pour le prot&#233;ger d'Antochius l'Illustre et de ses successeurs, pour l'exercer ; des Romains, pour soutenir sa libert&#233; contre les rois de Syrie, qui ne songeaient qu'&#224; la d&#233;truire. Les Juifs ont dur&#233; jusqu'&#224; J&#233;sus-Christ sous la puissance des m&#234;mes Romains. Quand ils l'ont m&#233;connu et cruci&#173;fi&#233;, ces m&#234;mes Romains ont pr&#234;t&#233; leurs mains sans y penser, &#224; la vengeance divine et ont extermin&#233; ce peuple ingrat&#034; (Discours, &#233;d. Garnier fr&#232;res, p.334).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, tous les peuples et tous les grands empires oui, l'un apr&#232;s l'autre apparurent sur la sc&#232;ne historique ont concouru par divers moyens au m&#234;me but : au bien de la religion chr&#233;tienne et &#224; la gloire de Dieu. Bossuet d&#233;couvre &#224; son &#233;l&#232;ve les se&#173;crets jugements de Dieu sur l'empire romain et sur Rome m&#234;me, en se basant sur la r&#233;v&#233;lation que le Saint Esprit a faite &#224; saint Jean et que celui-ci a expliqu&#233;e dans l'Apocalypse. Il parle, lui-aussi, comme si les voies du Seigneur avaient cess&#233; d'&#234;tre insondables, et, chose bien digne d'attention, le spectacle du mouvement historique ne lui inspire que le sentiment de la vanit&#233; des choses humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Ainsi, dit-il, quand vous voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers et quand vous voyez les Assy&#173;riens anciens et nouveaux, les M&#232;des, les Perses, les Grecs, les Romains, se pr&#233;senter successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres, ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le&#171; propre partage des choses humai&#173;nes. &#187; (Discours, p. 339).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pessimisme est un des traits les plus remar&#173;quables de la philosophie historique de Bossuet. Et, tout bien consid&#233;r&#233;, il faut avouer que ce trait rend fid&#232;lement le caract&#232;re essentiel du christianisme. Le christianisme promet &#224; ses fid&#232;les de la consolation, beaucoup de consolation ! Mais comment les console-t-il ? En les d&#233;tachant des choses d'ici-bas, en les persuadant que tout est vanit&#233; sur la terre et que le bonheur n'est possible pour les humains qu'a&#173;pr&#232;s la mort. Je vous prie de retenir ce trait dans votre m&#233;moire s il vous donnera dans la suite un ter&#173;me de comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre trait remarquable de la philosophie historique de Bossuet, c'est que, dans l'interpr&#233;ta&#173;tion des &#233;v&#233;nements historiques, il ne se contente pas, comme Saint Augustin, d'en appeler &#224; la volont&#233; du bon Dieu, mais porte d&#233;j&#224; son attention vers ce qu'il appelle les causes particuli&#232;res des r&#233;volu&#173;tions des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Car ce m&#234;me dieu - dit-il - qui a fait l'en&#173;cha&#238;nement de l'univers, et qui, tout-puissant par lui-m&#234;me, a voulu aussi que le cours des choses hu&#173;maines e&#251;t sa suite et ses proportions &#187; Je veux dire que les hommes et les nations ont eu les qualit&#233;s, proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle ils &#233;taient destin&#233;s, et qu'&#224; la r&#233;serve de certains coups ex&#173;traordinaires, o&#249; Dieu voulait que sa main par&#251;t tou&#173;te seule, il n'est point arriv&#233; de grand changement qui n'ait eu ses causes dans les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents. Et comme, dans toutes les affaires, il y a ce qui les pr&#233;pare, ce qui d&#233;termine &#224; les entreprendre, et ce qui les fait r&#233;ussir, la Vraie science de l'histoire est de remarquer dans chaque temps ces secr&#232;tes dis&#173;positions qui ont pr&#233;par&#233; les grands changements et les conjonctures importantes qui les ont fait arri&#173;ver.&#034; (Discours, pp. 339-340).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'apr&#232;s Bossuet, il arrive bien dans l'histoire des &#233;v&#233;nements o&#249; la main de Dieu para&#238;t toute seule, o&#249;, en d'autres termes Dieu agit d'une fa&#231;on imm&#233;diate. Ces &#233;v&#233;nements-l&#224;, ce sont, pour ainsi dire, des miracles historiques. Mais, pour la plupart des cas et dans la marche ordinaire des cho&#173;ses, les changements qui ont lieu &#224; une &#233;poque donn&#233;e ont leurs causes dans les &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes. La t&#226;&#173;che de la vraie science est d'&#233;tudier ces causes qui n'ont rien de surnaturel, puisqu'elles ne tiennent qu'&#224; la nature des hommes et des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception th&#233;ologique de l'histoire, Bossuet fait donc une large place &#224; l'explication naturelle des &#233;v&#233;nements historiques. Il est vrai que cette explication naturelle est, chez lui, intimement li&#233;e &#224; l'id&#233;e th&#233;ologique ; c'est toujours le bon Dieu qui donne aux hommes et aux nations des qualit&#233;s proportionnelles &#224; l'&#233;l&#233;vation &#224; laquelle il les des&#173;tine. Mais, une fois donn&#233;es, ces qualit&#233;s agissent toutes seules, et tant qu'elles agissent, nous avons non seulement le droit mais le devoir, Bossuet le dit cat&#233;goriquement, de chercher l'explication naturelle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Bossuet a, sur cel&#173;le de Saint Augustin, le grand avantage d'insister sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;tudier les causes particuli&#232;res des &#233;v&#233;nements. Mais cet avantage n'est, au fond, qu'un aveu, inconscient et involontaire sans doute, de 1'impuissance et de la st&#233;rilit&#233; de la conception th&#233;ologique proprement dite, c'est &#224; dire de la m&#233;&#173;thode qui consiste &#224; expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par l'action d'un ou de plusieurs agents surnaturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aveu, les ennemis de la th&#233;ologie en surent bien tirer parti au si&#232;cle suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus redoutable parmi ces ennemis, le pa&#173;triarche de Ferney, Voltaire, dit tr&#232;s malicieusement dans son c&#233;l&#232;bre Essai sur les m&#339;urs des Nations : &#034;Rien n'est plus digne de notre curiosit&#233; que la ma&#173;ni&#232;re dont Dieu voulut que l'Eglise s'&#233;tablit en faisant concourir les causes secondes &#224; ses d&#233;crets &#233;ternels. Laissons respectueusement ce qui est divin &#224; ceux qui en sont les d&#233;positaires, et attachons-nous uniquement &#224; l'historique .&#034; ( Essai, &#233;dition de Beuchot, t. I, p. 346 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception id&#233;aliste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception th&#233;ologique de l'histoire est donc mise respectueusement de c&#244;t&#233;. Voltaire s'attache &#224; l'historique, il s'efforce d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes par leurs causes secondes, c'est-&#224;-dire naturelles. Mais en quoi consiste la science, si ce n'est dans l'explication naturelle des ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie historique de Voltaire est un es&#173;sai d'interpr&#233;tation scientifique de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons cet essai d'un peu plus pr&#232;s. Voyons par exemple, quelles ont &#233;t&#233;, d'apr&#232;s Voltaire, les causes de la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cadence romaine a &#233;t&#233; longue et lente, mais parmi les fl&#233;aux qui ont caus&#233; la chute du colossal empire. Voltaire fait ressortir surtout les deux sui&#173;vants : 1&#176; les Barbares, 2&#176; les disputes de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Barbares ont d&#233;truit l'empire romain. Mais pourquoi, demande Voltaire, les Romains ne les exter&#173;min&#232;rent-ils pas, comme Marius avait extermin&#233; les Cimbres ? C'est qu'il ne se trouvait point de Marius. Et pourquoi ne se trouvait-il pas de Marius ? Parce que les m&#339;urs des Romains avaient chang&#233;. La sympt&#244;&#173;me le plus &#233;clatant de ce changement dans les m&#339;urs, c'est que l'empire romain avait alors plus de moines que de soldats. &#034;Ces moines couraient en troupe de ville en ville pour soutenir ou pour d&#233;truire la consubstantialit&#233; du Verbe... &#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Comme les descendants de Scipion &#233;taient deve&#173;nus des controversistes, comme la consid&#233;ration per&#173;sonnelle &#233;tait pass&#233;e des Hortensius et des Cic&#233;ron aux Cyrille, aux Gr&#233;goire, aux Amboise, tout fut per&#173;du et si l'on doit s'&#233;tonner de quelque chose, c'est que l'empire romain ait subsist&#233; encore un peu de temps.&#034; (Ibid., t. I, p. 377).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez bien ici quelle &#233;tait, d'apr&#232;s Vol&#173;taire, la cause principale de la chute de Rome. Cette cause, c'est le triomphe du christianisme. D'ailleurs Voltaire le dit lui-m&#234;me avec son ironie mordante : &#034;Le christianisme ouvrait le ciel, mais il perdait l'empire &#034; (Ibid., t. I, p. 337).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-il eu raison, a-t-il eu tort ? C'est ce qui ne nous regarde pas maintenant. Ce qui nous importe, c'est de nous rendre compte exactement des id&#233;es his&#173;toriques de Voltaire. L'examen critique de ces id&#233;es ne viendra qu'ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, nous voyons que, selon Voltaire, le chris&#173;tianisme a perdu l'empire romain, Humainement par&#173;lant, il est permis sans doute de demander pourquoi le christianisme a triomph&#233; de Rome ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Voltaire, le principal instrument de la Victoire des chr&#233;tiens fut Constantin, qu'il nous re&#173;pr&#233;sente conform&#233;ment &#224; la v&#233;rit&#233; historique. Mais un homme, f&#251;t-il empereur, et f&#251;t-il tr&#232;s m&#233;chant et tr&#232;s superstitieux, serait-il jamais capable d'assu&#173;rer le triomphe d'une religion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voltaire croyait que oui. Et, pour le croire, il n'&#233;tait pas le seul de son si&#232;cle. Tous les philoso&#173;phes le croyaient aussi. Comme exemple, je vous cite&#173;rai les consid&#233;rations d'un autre &#233;crivain sur l'ori&#173;gine du peuple juif et sur le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la conception th&#233;ologique de l'histoire con&#173;siste &#224; expliquer l'&#233;volution historique par la vo&#173;lont&#233; et l'action, directe ou indirecte, d'un ou de plusieurs agents surnaturels, la conception id&#233;aliste - dont Voltaire et ses amis &#233;taient les partisans convaincus - consiste &#224; expliquer cette m&#234;me &#233;volu&#173;tion par l'&#233;volution des m&#339;urs et des id&#233;es, ou de l'opinion, comme on s'exprimait au XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;J'entends par opinion, dit Suard, le r&#233;sultat de la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandues dans une nation, r&#233;sultat qui d&#233;termine ses jugements d'estime ou de m&#233;pris, d'amour ou de haine, qui forme ses penchants et ses habitudes, ses id&#233;es et ses ver&#173;tus, en un mot, ses m&#339;urs.&#034; (Suard, M&#233;langes de Lit&#173;t&#233;rature, III, p. 400).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque c'est l'opinion qui gouverne le monde, il est &#233;vident que l'opinion est la cause fondamenta&#173;le, la cause la plus profonde, du mouvement histori&#173;que, et il n'y a pas lieu de s'&#233;tonner qu'un histo&#173;rien en appelle &#224; l'opinion comme &#224; une force qui produit en derni&#232;re instance les &#233;v&#233;nements de telle ou telle &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si l'opinion en g&#233;n&#233;ral explique les &#233;v&#233;ne&#173;ments historiques, il est tout naturel de chercher dans l'opinion religieuse (dans le christianisme par exemple), la cause la plus profonde de la prosp&#233;rit&#233; ou de la d&#233;cadence d'un empire (par exemple de l'em&#173;pire de Rome). Voltaire &#233;tait donc fid&#232;le &#224; la philo&#173;sophie historique de son temps en disant que le christianisme a caus&#233; la ruine de l'empire de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parmi les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, il y en avait plusieurs qui sont connus comme des mat&#233;&#173;rialistes. Tels &#233;taient, par exemple, Holbach, l'au&#173;teur du c&#233;l&#232;bre Syst&#232;me de la nature , et Helv&#233;tius, l'auteur du livre non moins c&#233;l&#232;bre De l'Esprit . Il est tr&#232;s naturel de supposer qu'au moins ces philoso&#173;phes-l&#224; n'approuvaient pas la conception id&#233;aliste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Cette supposition, toute naturelle qu'elle paraisse, est erron&#233;e : Holbach et Helv&#233;tius, mat&#233;rialistes dans leur conception de la nature &#233;taient id&#233;alistes en ce qui concerne l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle, comme toute la &#034; s&#233;quelle des Encyclop&#233;distes &#034;, les mat&#233;ria&#173;listes de ce temps-l&#224; croyaient que l'opinion gouver&#173;ne le monde et que l'&#233;volution de l'opinion explique en derni&#232;re analyse toute l'&#233;volution historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, le d&#233;faut d'exp&#233;rience, de r&#233;flexion et de pr&#233;voyance, voil&#224; les vraies sources du mal moral. Les hommes ne se nuisent &#224; eux-m&#234;mes et ne blessent leurs associ&#233;s, que parce qu'ils n'ont point d'id&#233;es de leurs vrais int&#233;r&#234;ts.&#034; (Syst&#232;me social, t. II, chap. I, p. 5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit du m&#234;me ouvrage, nous li&#173;sons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'histoire nous prouve qu'en mati&#232;re de gouver&#173;nement, les nations furent de tout temps le jouet de leur ignorance, de leur imprudence, de leur cr&#233;dulit&#233; de leurs terreurs paniques, et surtout des passions de ceux qui surent prendre de l'ascendant sur la mul&#173;titude. Semblables &#224; des malades qui s'agitent sans cesse dans leur lit, sans y trouver de position con&#173;venable, les peuples ont souvent chang&#233; la forme de leurs gouvernements mais ils n'ont jamais eu ni le pouvoir, ni la capacit&#233; de r&#233;former le fond, de re&#173;monter &#224; la vraie source de leurs maux ; ils se vi&#173;rent sans cesse ballott&#233;s par des passions aveugles.&#034; (Ibid., II, p. 27).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces citations vous montrent que, d'apr&#232;s le ma&#173;t&#233;rialiste Holbach, l'ignorance fut la cause du mal moral et politique. Si les peuples sont m&#233;chants, c'est gr&#226;ce &#224; leur ignorance, si leurs gouvernements sont absurdes, c'est parce qu'ils n'ont pas su d&#233;cou&#173;vrir les vrais principes de l'organisation sociale et politique, si les r&#233;volutions faites par les peuples n'ont pas d&#233;racin&#233; le mal moral et social, c'est par&#173;ce qu'ils n'ont pas eu assez de lumi&#232;res. Mais qu'est ce que l'ignorance ? Qu'est-ce que l'erreur ? Qu'est-ce que le pr&#233;jug&#233; ? L'ignorance, l'erreur, le pr&#233;jug&#233;, tout cela, ce n'est que de l'opinion erron&#233;e. Et si l'ignorance, l'erreur et le pr&#233;jug&#233; ont emp&#234;ch&#233; les hommes de d&#233;couvrir les vraies bases de l'organi&#173;sation politique et sociale, il est clair que c'est l'opinion erron&#233;e qui a gouvern&#233; le monde. Holbach est donc, l&#224;-dessus, du m&#234;me avis que la plupart des philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Helv&#233;tius, je ne citerai que son opinion sur le syst&#232;me f&#233;odal. Dans une lettre &#224; Saurin sur l'Esprit des Lois de Montesquieu, il dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mais que diable veut-il nous apprendre par son Trait&#233; des Fiefs ? Est-ce une mati&#232;re que devait chercher &#224; d&#233;brouiller un esprit sage et raisonnable ? Quelle l&#233;gislation peut r&#233;sulter de ce chaos barbare de lois que la force a &#233;tablies, que l'ignorance a respect&#233;es, et qui s'opposeront toujours &#224; un bon or&#173;dre de choses ? &#034; (&#338;uvres, III, p. 266).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre endroit, il dit &#034;Montesquieu est trop f&#233;odaliste, et le gouvernement f&#233;odal est le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; &#034;. (&#338;uvres, III, p.314).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Helv&#233;tius trouve que le f&#233;odalisme, c'est &#224; dire tout un syst&#232;me d'institutions sociales et po&#173;litiques, &#233;tait le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et, par cons&#233;quent, devait son origine &#224; l'ignorance ou, en d'autres termes, &#224; une opinion erron&#233;e. C'est donc toujours l'opinion qui, en bien ou en mal, a gouvern&#233; le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai dit qu'il nous importait non pas de criti&#173;quer cette th&#233;orie, mais de bien la conna&#238;tre et de bien saisir sa nature. Maintenant que nous la con&#173;naissons, il nous est non seulement permis, mais n&#233;&#173;cessaire de l'analyser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette th&#233;orie est-elle vraie ou est-elle fausse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que les hommes qui ne comprennent pas en quoi consistent leurs int&#233;r&#234;ts ne pouvaient les servir de fa&#231;on raisonnable ? Cela est vrai sans contredit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, oui ou non, que l'ignorance a caus&#233; beaucoup de maux &#224; l'humanit&#233; et qu'un syst&#232;me social et politique bas&#233; sur la soumission et sur l'exploi&#173;tation de l'homme par l'homme, tel que fut le f&#233;odalisme, n'est possible que dans un temps d'ignorance et de pr&#233;jug&#233;s profond&#233;ment enracin&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est bien vrai, et je ne vois pas comment on pourrait contester une v&#233;rit&#233; aussi indubitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vrai, est-il faux, en un mot, que l'opi&#173;nion, dans le sens d&#233;termin&#233; par Suard, a une grande influence sur la conduite des hommes ? Quiconque con&#173;na&#238;t les hommes dira que cela aussi est indubitable et indiscutable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La force des id&#233;es &#8230; et leur origine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est-elle donc bas&#233;e sur la v&#233;rit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds oui et non. Et voici ce que j'entends par-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception id&#233;aliste de l'histoire est vraie dans ce sens qu'il y a du vrai en elle. Oui, il y a du vrai. L'opinion &#224; une tr&#232;s grande influence sur les hommes. Nous avons donc le droit de dire qu'elle gouverne le monde. Mais nous avons bien le droit de nous demander si cette opinion qui gouverne le monde n'est gouvern&#233;e par rien du tout ? Autrement dit, nous pouvons et nous devons nous demander si les opi&#173;nions et les sentiments des hommes sont une chose soumise au hasard. Poser cette question, c'est la r&#233;&#173;soudre aussit&#244;t dans le sens n&#233;gatif. Non, les opi&#173;nions et les sentiments des hommes ne sont point sou&#173;mis au hasard. Leur g&#233;n&#233;ration comme leur &#233;volution est soumise &#224; des lois que nous devons &#233;tudier. D&#232;s que vous admettez ceci - et le moyen de ne pas l'ad&#173;mettre ? - vous &#234;tes forc&#233;s de reconna&#238;tre que si l'opinion gouverne le monde, elle ne le gouverne pas en souverain absolu, qu'elle est gouvern&#233;e &#224; son tour et que, par cons&#233;quent, celui qui en appelle &#224; l'opi&#173;nion est loin de nous indiquer la cause fondamentale, la cause la plus profonde du mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc de la v&#233;rit&#233; dans la conception id&#233;aliste de l'histoire. Mais il n'y a pas toute la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conna&#238;tre toute la v&#233;rit&#233;, il nous faut re&#173;prendre la recherche justement l&#224; o&#249; la conception id&#233;aliste l'abandonne. Il nous faut t&#226;cher de nous rendre un compte exact des causes de la g&#233;n&#233;ration et de l'&#233;volution de l'opinion des hommes vivant en so&#173;ci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter notre t&#226;che, proc&#233;dons avec m&#233;&#173;thode, et, avant tout, voyons si l'opinion, c'est &#224; dire, conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition donn&#233;e par Suard, la masse de v&#233;rit&#233;s et d'erreurs r&#233;pandue parmi les hommes leur est inn&#233;e, si elle na&#238;t avec eux pour ne dispara&#238;tre qu'avec eux. Cela revient &#224; nous demander s'il y a des id&#233;es inn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; l'on &#233;tait fermement convain&#173;cu que les id&#233;es, au moins en partie, sont inn&#233;es. En admettant l'existence des id&#233;es inn&#233;es, on admettait en m&#234;me temps que ces id&#233;es-l&#224; constituent un fonds commun &#224; l'humanit&#233; toute enti&#232;re, un fonds qui est toujours le m&#234;me dans tous les temps et tous les cli&#173;mats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opinion, tr&#232;s r&#233;pandus autrefois, fut vic&#173;torieusement combattue par un philosophe anglais de grand m&#233;rite, John Locke. Dans son c&#233;l&#232;bre livre in&#173;titul&#233; : Essai sur l'entendement humain , John Locke a prouv&#233; qu'il n'y a point d'id&#233;es, de principes ou de nations inn&#233;es dans l'esprit de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es ou les principes des hommes leur vien&#173;nent de l'exp&#233;rience, et c'est &#233;galement vrai en ce qui concerne les principes sp&#233;culatifs, comme les principes pratiques ou principes de morale. Les prin&#173;cipes de morale, varient selon les temps et les lieux. Quand les hommes condamnent une action, c'est parce qu'elle leur est nuisible. Quand ils la louent, c'est qu'elle leur est utile. L'int&#233;r&#234;t (non pas l'int&#233;r&#234;t personnel, mais l'int&#233;r&#234;t social) d&#233;termine donc les jugements des hommes dans le domaine de la vie socia&#173;le. Telle &#233;tait la doctrine de Locke, dont tous les philosophes fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle &#233;taient des partisans convaincus. Nous avons donc le droit de prendre cette doctrine pour point de d&#233;part de notre critique de leur conception de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe point d'id&#233;es inn&#233;es dans l'esprit des hommes ; c'est l'exp&#233;rience qui d&#233;termine les Id&#233;es sp&#233;culatives et c'est l'int&#233;r&#234;t social qui d&#233;&#173;termine les &#034;id&#233;es pratiques&#034;. Admettons ce principe et voyons quelles cons&#233;quences en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action apr&#232;s la R&#233;volution Fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand &#233;v&#233;nement historique s&#233;pare le XVIII&#176; si&#232;cle du XIX&#176; : la R&#233;volution Fran&#231;aise, qui comme un ouragan a pass&#233; sur la France en d&#233;truisant l'an&#173;cien r&#233;gime et en balayant ses d&#233;bris. Elle a eu une profonde influence sur la vie &#233;conomique, sociale, politique et intellectuelle non seulement de la Fran&#173;ce, mais de l'Europe enti&#232;re. Elle n'a pas pu rester sans influence sur la philosophie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; cette influence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! Son r&#233;sultat le plus imm&#233;diat a &#233;t&#233; un sentiment d'immense lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand effort fait par les gens de ce temps-l&#224; a provoqu&#233; un besoin imp&#233;rieux de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce sentiment de lassitude, in&#233;vitable apr&#232;s toute grande d&#233;pense d'&#233;nergie, il y a eu aussi un certain scepticisme. Le XVIII&#176; si&#232;cle croyait fer&#173;mement au triomphe de la raison. La raison finit tou&#173;jours par avoir raison, disait Voltaire. Les &#233;v&#233;ne&#173;ments de la R&#233;volution ont bris&#233; cette foi. On a vu tant d'&#233;v&#233;nements inattendus, on a vu triompher tant de choses qui semblaient tout &#224; fait impossibles et absolument d&#233;raisonnables, on a vu tant de calculs les plus sages renvers&#233;s par la brutale logique des faits, qu'on s'est dit que la raison ne finira proba&#173;blement jamais par avoir raison. Nous avons l&#224;-dessus le pr&#233;cieux t&#233;moignage d'une femme d'esprit, qui sa&#173;vait observer ce qui se passait autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La plupart des hommes, dit Mme de Sta&#235;l, &#233;pou&#173;vant&#233;s des vicissitudes effroyables, dont les &#233;v&#233;ne&#173;ments politiques nous ont offert l'exemple, ont perdu maintenant tout int&#233;r&#234;t au perfectionnement d'eux-m&#234;&#173;mes et sont trop frapp&#233;s de la puissance du hasard pour croire &#224; l'ascendant les facult&#233;s intellectuel&#173;les&#034; (De la litt&#233;rature, Pr&#233;face, p. XVIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait donc &#233;pouvant&#233; par la puissance du ha&#173;sard. Mais qu'est-ce que le hasard ? Et qu'est-ce que le hasard dans la vie des soci&#233;t&#233;s ? Il y a mati&#232;re &#224; discussion philosophique l&#224;-dedans. Mais sans entrer dans cette discussion, nous pouvons dire que trop souvent les hommes attribuent au hasard ce dont les causes leur restent inconnues. Aussi quand le hasard leur fait trop et trop longtemps sentir sa puissance, ils finissent par essayer d'expliquer et de d&#233;couvrir les causes des ph&#233;nom&#232;nes qu'ils consid&#233;raient auparavant comme fortuits. Et c'est justement ce que nous voyons dans le domaine de la science historique au commencement du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophie de l'histoire de Saint-Simon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Simon, une des t&#234;tes les plus encyclop&#233;di&#173;ques et les moins m&#233;thodiques de la premi&#232;re moiti&#233; de ce si&#232;cle, s'efforce de poser les bases d'une science sociale. La science sociale, la science de la soci&#233;t&#233; humaine, la physique sociale, comme il l'ap&#173;pelle parfois, peut et doit, selon lui, devenir une science aussi exacte que les sciences naturelles. Nous devons &#233;tudier les faits relatifs &#224; la vie pas&#173;s&#233;e de l'humanit&#233; pour d&#233;couvrir les lois de son pro&#173;gr&#232;s. Nous ne pourrons pr&#233;voir l'avenir, que lorsque nous aurons compris le pass&#233;. Et pour le comprendre, pour expliquer le pass&#233;, Saint-Simon &#233;tudie surtout l'histoire de l'Europe occidentale depuis la chute de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit dans cette histoire, la lutte des indus&#173;triels (ou du Tiers Etat, comme on disait au si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent) contre l'aristocratie. Les industriels se sont ligu&#233;s avec la royaut&#233;, et, par l'appui qu'ils ont donn&#233; aux rois, ils leur ont fourni les moyens de s'emparer du pouvoir politique, qui se trouvait aupa&#173;ravant dans les mains des seigneurs f&#233;odaux. En &#233;change de leurs services la royaut&#233; leur a donn&#233; sa protection, au moyen de laquelle ils ont pu remporter beaucoup d'importantes victoires sur leurs ennemis. Peu &#224; peu, le travail et l'organisation aidant, les industriels sont parvenus &#224; poss&#233;der une force socia&#173;le imposante, bien sup&#233;rieure &#224; celle de l'aristocra&#173;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Fran&#231;aise n'&#233;tait, pour Saint-Si&#173;mon, qu'un &#233;pisode de la grande lutte, plusieurs fois s&#233;culaire, entre les industriels et les nobles. Et toutes ses propositions pratiques se r&#233;duisaient &#224; des projets, des mesures qu'il fallait, selon lui, prendre pour compl&#233;ter et consolider la victoire des industriels et la d&#233;faite des nobles. Or, la lutte des industriels contre la noblesse &#233;tait la lutte de deux int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Et si cette lutte a, comme le dit Saint-Simon, rempli toute l'histoire de l'Europe occidentale depuis le XV&#176; si&#232;cle, nous pouvons dire que c'est la lutte des grands int&#233;r&#234;ts sociaux, qui &#233;tait la cause du mouvement historique dans la p&#233;rio&#173;de indiqu&#233;e. Nous voici donc assez loin de la concep&#173;tion historique du dix-huiti&#232;me si&#232;cle : ce n'est pas l'opinion, c'est l'int&#233;r&#234;t social ou pour mieux dire, l'int&#233;r&#234;t des grands &#233;l&#233;ments constructifs de la so&#173;ci&#233;t&#233;, 1'int&#233;r&#234;t des classes et la lutte sociale pro&#173;voqu&#233;e par l'opposition de ces int&#233;r&#234;ts, qui gouver&#173;nent le monde et qui d&#233;terminent la marche de l'his&#173;toire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses id&#233;es historiques, Saint-Simon a eu une influence d&#233;cisive sur un des plus grands historiens fran&#231;ais : Augustin Thierry. Et comme Augustin Thierry a fait une v&#233;ritable r&#233;volution dans la science his&#173;torique de son pays, il nous sera bien utile d'analy&#173;ser ses id&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conceptions d'Augustin Thierry et de Mignet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous rappelez, je suppose, ce que je vous ai dit d'Holbach et qui concernait l'histoire du peu&#173;ple juif. Cette histoire &#233;tait, pour Holbach, l'&#339;u&#173;vre d'un seul homme. Mo&#239;se, qui a fa&#231;onn&#233; le caract&#232;&#173;re des Juifs et qui leur a donn&#233; leur constitution sociale et politique, ainsi que leur religion. Et chaque peuple, ajoutait Holbach, a eu son Mo&#239;se. La philosophie historique du -dix-huiti&#232;me si&#232;cle ne con&#173;naissait que l'individu, les grands hommes. La masse, le peuple comme tel, n'existait presque point pour elle. La philosophie historique d'Augustin Thierry est, sous ce rapport, juste le contraire de ce qu'&#233;tait celle du dix-huiti&#232;me si&#232;cle. &#034;C'est une chose bien simple, dit-il, dans ses Lettres sur l'histoire de France, que l'obstination des historiens &#224; n'at&#173;tribuer jamais aucune spontan&#233;it&#233;, aucune conception aux masses d'hommes. Si tout un peuple &#233;migre et se fait un nouveau domicile, c'est, au dire des annalis&#173;tes et des po&#232;tes, quelque h&#233;ros, qui pour son nom s'avise de fonder un empire, si des nouvel&#173;les coutumes s'&#233;tablissent, c'est quelque l&#233;gislateur qui les imagine et les impose, si une cit&#233; s'organi&#173;se, c'est quelque prince qui lui donne l'&#234;tre, et toujours le peuple et les citoyens sont de l'&#233;toffe pour la pens&#233;e d'un seul homme. &#034; (Dix ans, p. 346).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution a &#233;t&#233; l'&#339;uvre des masses populai&#173;res et cette r&#233;volution dont le souvenir &#233;tait si frais au temps de la Restauration ne permettait plus d'envisager le mouvement historique comme l'&#339;uvre d'individus plus ou moins sages et plus ou moins ver&#173;tueux. Au lieu de s'occuper des faits et gestes des grands hommes, les historiens voulaient dor&#233;navant s'occuper de 1'histoire des peuples. C'est d&#233;j&#224; tr&#232;s important et cela vaut bien la peine d'&#234;tre retenu dans la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. Ce sont les grandes masses qui font l'histoire. Soit. Mais pourquoi la font-elles ? En d'autres termes, quand les masses agissent, dans quel but agissent-elles ? Dans le but de garantir leurs int&#233;r&#234;ts, r&#233;pond Augustin Thierry. &#034; Voulez-vous dit-il, savoir au juste qui a cr&#233;&#233; cette institution, qui a con&#231;u une entreprise sociale ? Cherchez quels sont ceux qui en ont v&#233;ritablement besoin, &#224; ceux-l&#224; doit appartenir la pens&#233;e premi&#232;re, la volont&#233; d'agir et tout au moins la plus grande part dans l'ex&#233;cu&#173;tion, is fecit cui prodest : l'axiome vaut en his&#173;toire comme en droit. &#034; (Dix ans , p. 348).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse agit donc dans son int&#233;r&#234;t, l'int&#233;r&#234;t est la source, le mobile de toute cr&#233;ation sociale. Il est donc facile de comprendre que lorsqu'une ins&#173;titution devient oppos&#233;e &#224; l'int&#233;r&#234;t de la masse, la masse commence une lutte contre cette institution. Et comme uns institution nuisible &#224; la masse du peuple est souvent utile &#224; la classe privil&#233;gi&#233;e, la lutte contre cette institution devient une lutte contre la classe privil&#233;gi&#233;e. La lutte de classes d'hommes et d'int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s joue un grand r&#244;le dans la philo&#173;sophie historique d'Augustin Thierry. Cette lutte a rempli, par exemple, l'histoire de l'Angleterre de&#173;puis la conqu&#234;te normande jusqu'&#224; la r&#233;volution qui renversa la dynastie des Stuarts. Dans la r&#233;volution anglaise du XVII&#176; si&#232;cle luttaient deux classes d'hommes : les vainqueurs (la noblesse), les vaincus (la masse du peuple, bourgeoisie comprise). &#034;Chaque personnage, dit notre historien, dont les a&#239;eux s'&#233;&#173;taient trouv&#233;s enr&#244;l&#233;s dans la grande arm&#233;e d'inva&#173;sion, quittait son ch&#226;teau pour aller dans le camp royal prendre le commandement que son titre lui assi&#173;gnait. Les habitants des villes et des ports se ren&#173;daient en foule au camp oppos&#233;. On pouvait dire que le cri de ralliement des deux arm&#233;es &#233;tait, d'un c&#244;t&#233; oisivet&#233; et pouvoir, de l'autre travail et libert&#233; ; car les d&#233;s&#339;uvr&#233;s, les gens qui ns voulaient d'autre occupation dans la vie que celle de jouir sans peine, de quelque caste qu'ils fussent, s'enr&#244;laient dans les troupes royales o&#249; ils allaient d&#233;fendre des in&#173;t&#233;r&#234;ts conformes aux leurs, tandis que les familles de la caste des anciens vainqueurs, que l'industrie avait gagn&#233;s, s'unissaient au parti des Communes. &#034; (Ibid., p. 543).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte des deux classes, ce n'est pas seu&#173;lement dans le domaine social et politique qu'elle d&#233;terminait le mouvement. On voit son influence dans le domaine des id&#233;es. Les opinions religieuses des Anglais du XVII&#176; si&#232;cle &#233;taient, suivant Thierry, fa&#173;&#231;onn&#233;es par leur position sociale . &#034;C'&#233;tait pour des int&#233;r&#234;ts positifs que la guerre se soutenait de part et d'autre. Le reste n'&#233;tait qu'apparence ou pr&#233;tex&#173;te. Ceux qui s'engageaient dans la cause des sujets, &#233;taient, pour la plupart, presbyt&#233;riens, c'est &#224; dire que, m&#234;me en religion, ils ne voulaient aucun joug. Ceux qui soutenaient la cause contraire &#233;taient &#233;piscopaux ou papistes, c'est &#224; dire qu'ils aimaient &#224; trouver, jusque dans les formes du culte, du pouvoir &#224; exercer, des imp&#244;ts &#224; lever sur les hommes .&#034; (Ibid., p. 54).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici encore plus loin de la philosophie historique du XVIII&#176; si&#232;cle. Au XVIII&#176; si&#232;cle, l'opi&#173;nion gouverne le monde. Ici, l'opinion, dans le domaine de la religion, est d&#233;termin&#233;e, gouvern&#233;e, par la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notez bien que l'historien dont je viens de parler n'est pas le seul &#224; croire ainsi. Sa philoso&#173;phie historique est celle de tous les historiens re&#173;marquables du temps de la Restauration. Un contempo&#173;rain d'Augustin Thierry, Mignet se tient au m&#234;me point de vue. Dans son remarquable ouvrage De la f&#233;o&#173;dalit&#233;, il envisage l'&#233;volution sociale de la fa&#231;on suivante : &#034;Les int&#233;r&#234;ts qui dominent d&#233;cident du mouvement social. Ce mouvement arrive &#224; son but &#224; travers des oppositions, cesse quand il l'a atteint, est remplac&#233; par un autre, qui ne s'aper&#231;oit pas lorsqu'il commence, et qui ne se fait conna&#238;tre que lorsqu'il est le plus fort. Telle a &#233;t&#233; la marche de la f&#233;odalit&#233;. Elle &#233;tait dans les besoins avant d'&#234;tre dans le fait, premi&#232;re &#233;poque, et elle a &#233;t&#233; ensuite dans le fait en cessant d'&#234;tre dans les be&#173;soins, seconde &#233;poque, ce qui a fini par la faire sortir du fait .&#034; (La F&#233;odalit&#233; , pp. 77-78).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici nous nous trouvons de nouveau tr&#232;s loin de la philosophie du XVIII&#176; si&#232;cle. Helv&#233;tius reprochait &#224; Montesquieu d'&#233;tudier avec trop d'attention les lois f&#233;odales. Le syst&#232;me f&#233;odal &#233;tait pour lui le chef-d'&#339;uvre de l'absurdit&#233; et comme tel, ne valait pas la peine d'&#234;tre &#233;tudi&#233;. Mignet admet au contraire qu'il fut un temps, le Moyen-Age, o&#249; le syst&#232;me f&#233;o&#173;dal &#233;tait dans les besoins, o&#249; il &#233;tait donc utile &#224; la soci&#233;t&#233;, il dit que c'est justement cette utilit&#233; qui l'a fait na&#238;tre. Mignet r&#233;p&#232;te souvent que ce ne sont pas les hommes qui m&#232;nent les choses, mais les choses qui m&#232;nent les hommes. Et c'est de ce point de vue-l&#224; qu'il consid&#232;re les &#233;v&#233;nements dans son His&#173;toire de la R&#233;volution Fran&#231;aise. En parlant de l'As&#173;sembl&#233;e Constituante, il dit : &#034;Les classes aristo&#173;cratiques avaient les int&#233;r&#234;ts contraires &#224; ceux du parti national. Aussi la noblesse et le haut clerg&#233;, qui form&#232;rent la droite de l'Assembl&#233;e, furent en op&#173;position constante avec lui, except&#233; dans certains jours d'entra&#238;nement. Ces m&#233;contents de la r&#233;volution qui ne surent ni l'emp&#234;cher par leurs sacrifices, ni l'arr&#234;ter par leur adh&#233;sion, combattirent d'une ma&#173;ni&#232;re syst&#233;matique toutes ses r&#233;formes .&#034; (Histoire de la R&#233;v. Franc ., Vol. I, p. 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les groupements politiques sont d&#233;termin&#233;s par les int&#233;r&#234;ts de classes. Et ce sont les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts qui donnent naissance &#224; des consid&#233;rations po&#173;litiques. Mignet nous dit que la Constitution de 1791 &#034;&#233;tait l'&#339;uvre de la classe moyenne, qui se trouvait alors la plus forte, car, comme on le sait, la force qui domine s'empare toujours des institutions&#034;. &#034;La journ&#233;e du Dix Ao&#251;t fut l'insurrection de la multitu&#173;de contre la classe moyenne et contre le tr&#244;ne constitutionnel, comme le 14 Juillet avait &#233;t&#233; l'insur&#173;rection de la classe moyenne contre les classes pri&#173;vil&#233;gi&#233;es et le pouvoir, absolu de la couronne.&#034; (Ibid., p. 210 ; p. 290).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Thierry, Mignet est le repr&#233;sentant con&#173;vaincu de la classe moyenne. Tant qu'il s'agit de ju&#173;ger l'action politique de cette classe, Mignet va jusqu'&#224; pr&#233;coniser les moyens violents, &#034;On n'ob&#173;tient le droit que par la force&#034; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Guizot nous retrouvons les m&#234;mes tendances, les m&#234;mes sympathies et le m&#234;me point de vue. Mais, chez lui, ces tendances et ces sympathies sont plus prononc&#233;es et ce point de vue est mieux pr&#233;cis&#233;. D&#233;j&#224; dans ses Essais sur l'Histoire de France , qui paru&#173;rent en 1821, il dit avec beaucoup de clart&#233; quelle est, selon lui, la base de l'&#233;difice social. &#034;C'est par l'&#233;tude des institutions politiques que la plu&#173;part des &#233;crivains, &#233;rudits historiens ou publicistes ont cherch&#233; &#224; conna&#238;tre l'&#233;tat de la Soci&#233;t&#233;, le de&#173;gr&#233; ou le genre de sa civilisation. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus sage d'&#233;tudier d'abord la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour con&#173;na&#238;tre et comprendre ses institutions politiques. Avant de devenir cause, les institutions sont effet, la soci&#233;t&#233; les produit avant d'en &#234;tre modifi&#233;e, et au lieu de chercher dans le syst&#232;me ou les formes du gouvernement quel a &#233;t&#233; l'&#233;tat du peuple, c'est l'&#233;tat du peuple qu'il faut examiner avant tout pour savoir quel a d&#251;, quel a pu &#234;tre le gouvernement &#034;. (Essais sur l'Histoire de France , 12&#176; &#233;dition, p. 73.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait trouver des textes de m&#234;me sens dans les ouvrages de Guizot , d'Armand Carrel et de Tocqueville . Aussi je crois bien avoir le droit de dire qu'au commence&#173;ment du XIX&#176; si&#232;cle, les sociologues, les historiens et les critiques nous renvoient tous &#224; l'&#233;tat social comme &#224; la base la plus profonde des ph&#233;nom&#232;nes de la soci&#233;t&#233; humaine. Nous savons ce que c'est que cet &#233;tat, c'est &#034;l'&#233;tat des personnes &#034; comme dit Guizot, c'est l'&#233;tat des pro&#173;pri&#233;t&#233;s . Mais d'o&#249; vient-il cet &#233;tat, duquel tout d&#233;pend dans la soci&#233;t&#233; ? D&#232;s que nous aurons une r&#233;ponse nette et pr&#233;cise &#224; cette question, nous pourrons nous expliquer le mouvement historique et le progr&#232;s du genre humain. Mais cette grande question, cette question des questions, les historiens la laissent sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi nous sommes devant cette contradiction : les id&#233;es, les sentiments, l'opinion sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat social, et l'&#233;tat social est d&#233;termin&#233; par l'opinion. A est la cause de B, et B est la cause de A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, en parlant de l'&#233;volution de la philosophie de l'histoire, j'ai consid&#233;r&#233; surtout la France. A l'exception de Saint Augustin et d'Holbach, tous les auteurs, dont J'ai expos&#233; devant vous les id&#233;es historiques, &#233;taient des Fran&#231;ais. Maintenant nous allons traverser la fronti&#232;re pour mettre le pied sur le sol germanique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Schelling&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;&#173;me si&#232;cle &#233;tait le pays classique de la philosophie. Fichte, Schelling, Hegel et tant d'autres, moins c&#233;&#173;l&#232;bres, mais non moins attach&#233;s &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, vinrent approfondir les questions philosophi&#173;ques, cas redoutables questions qui sont si vieilles d&#233;j&#224; et qui restent pourtant toujours nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces grandes questions, la philosophie de l'histoire occupe une place des plus importantes. Il ne sera donc pas inutile de voir comment les philoso&#173;phes allemands r&#233;pondaient &#224; la question de savoir quelles sont les causes du mouvement historique et du progr&#232;s du genre humain. Mais comme nous n'avons pas assez de temps pour analyser en d&#233;tail la philosophie de l'histoire propre &#224; chacun d'eux, force nous est de nous contenter d'interroger les deux principaux : Schelling et Hegel, et encore ne pourrions-nous qu'effleurer leurs id&#233;es historiques. Ainsi, en ce qui concerne Schelling, nous ne parlerons que de sa no&#173;tion de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution historique est une suite de ph&#233;nom&#232;&#173;nes soumis &#224; des lois. Les ph&#233;nom&#232;nes soumis &#224; des lois sont des ph&#233;nom&#232;nes n&#233;cessaires. Exemple : la pluie. La pluie est un ph&#233;nom&#232;ne soumis &#224; des lois. Cela veut dire que dans des circonstances donn&#233;es, des gouttes d'eau tombent n&#233;cessairement sur la ter&#173;re. Cela se comprend tr&#232;s facilement lorsqu'il s'agit de gouttes d'eau qui n'ont ni conscience ni volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les ph&#233;nom&#232;nes historiques, ce ne sont pas des choses inanim&#233;es, ce sont des hommes qui agissent, et les hommes sont dou&#233;s de conscience et de volont&#233;. On peut donc tr&#232;s l&#233;gitimement se deman&#173;der si la notion de la n&#233;cessit&#233; - hors de laquelle il n'y a pas de conception scientifique - des ph&#233;no&#173;m&#232;nes, en histoire comme dans la science de la natu&#173;re, n'exclut pas celle de la libert&#233; humaine. Formu&#173;l&#233;e en d'autres termes, la question se pose ainsi : Y a-t-il moyen de concilier la libre action des hommes avec la n&#233;cessit&#233; historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, il semble que non, que la n&#233;&#173;cessit&#233; exclut la libert&#233;, et vice-versa. Mais il n'en est ainsi que pour celui dont le regard s'arr&#234;te &#224; la surface des choses, &#224; l'&#233;corce des ph&#233;nom&#232;nes. En r&#233;alit&#233;, cette fameuse contradiction, cette pr&#233;tendue antinomie de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;, n'existe pas. Loin d'exclure la libert&#233;, la n&#233;cessit&#233; en est la condition et le fondement. C'est justement ce que Schelling s'attachait &#224; prouver dans un des chapitres de son Syst&#232;me de l'id&#233;alisme transcendental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Schelling, la libert&#233; est impossible sans la n&#233;cessit&#233;. Si en agissant, je ne puis compter que sur la libert&#233; des autres hommes, il m'est impossible de pr&#233;voir les cons&#233;quences de mes actions, puisque &#224; chaque instant, mon calcul le plus parfait pourrait &#234;tre compl&#232;tement d&#233;jou&#233; par la libert&#233; d'autrui, et par cons&#233;quent il pourrait r&#233;sulter de mes actions, tout autre chose que ce que j'avais pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma libert&#233; serait donc nulle, ma vie serait sou&#173;mise au hasard. Je ne saurais &#234;tre s&#251;r des cons&#233;quen&#173;ces de mes actions que dans les cas o&#249; je pourrais pr&#233;voir les actions de mes prochains, et pour que je puisse les pr&#233;voir, il faut qu'elles soient soumises &#224; des lois, c'est &#224; dire qu'il faut qu'elles soient d&#233;termin&#233;es, qu'elles soient n&#233;cessaires. La n&#233;cessi&#173;t&#233; des actions des autres est donc la premi&#232;re condition de la libert&#233; de mes actions. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, en agissant de fa&#231;on n&#233;cessaire, les hommes peuvent en m&#234;me temps conserver la pleine libert&#233; de leurs actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une action n&#233;cessaire ? C'est une action qu'il est impossible &#224; un individu donn&#233; de ne pas faire dans des circonstances donn&#233;es. Et d'o&#249; vient l'impossibilit&#233; de ne pas faire cette action ? Elle vient de la nature de cet homme, fa&#231;onn&#233;e par son h&#233;r&#233;dit&#233; et par son &#233;volution ant&#233;rieure. La na&#173;ture de cet homme est telle qu'il ne peut pas ne pas agir d'une fa&#231;on donn&#233;e dans des circonstances donn&#233;es. C'est clair, n'est-ce-pas ? Eh bien ! ajoutez &#224; cela que la nature de cet homme est telle, qu'il ne peut pas ne pas avoir certaines volitions, et vous aurez concili&#233; la notion de la libert&#233; avec celle de la n&#233;cessit&#233;. Je suis libre quand je peux agir comme je veux. Et ma libre action est en m&#234;me temps n&#233;ces&#173;saire, puisque ma volition est d&#233;termin&#233;e par mon or&#173;ganisation et par les circonstances donn&#233;es. La n&#233;cessit&#233; n'exclut donc pas la libert&#233;. Ma n&#233;cessit&#233; c'est la libert&#233; m&#234;me, mais seulement consid&#233;r&#233;e d'un autre c&#244;t&#233; ou d'un autre point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir attir&#233; votre attention sur la r&#233;pon&#173;se que Schelling donnait &#224; la grande question de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;. Je passe &#224; son contemporain, son camarade et rival, Hegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie de l'histoire de Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie de Hegel &#233;tait, comme celle de Schelling, une philosophie id&#233;aliste. Pour lui, c'est l'Esprit ou l'Id&#233;e qui constitue le fond et comme l'&#226;me de tout ce qui existe. La mati&#232;re elle-m&#234;me n'est qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'Esprit ou de l'Id&#233;e. Cela est-il possible ? La mati&#232;re ne serait-elle vraiment qu'une mani&#232;re d'&#234;tre de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une question qui a une importance capi&#173;tale au point de vue philosophique, mais dont nous n'avons pas &#224; nous occuper maintenant. Ce qu'il nous faut, c'est &#233;tudier les id&#233;es historiques qui s'&#233;le&#173;vaient sur cette base id&#233;aliste dans le syst&#232;me de Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon ce grand penseur, l'histoire n'est que le d&#233;veloppement de l'Esprit universel dans le temps. La philosophie de l'histoire, c'est l'histoire consid&#233;&#173;r&#233;e avec intelligence. Elle prend les faits tels qu'ils sont, et la seule pens&#233;e qu'elle y apporte, c'est la pens&#233;e que la raison gouverne le monde. Cela vous rappelle sans doute la philosophie fran&#231;aise du dix-huiti&#232;me si&#232;cle, selon laquelle c'est l'opinion ou la raison qui gouverne le monde. Mais Hegel entendait cette pens&#233;e d'une fa&#231;on particuli&#232;re. C'est Anaxagore, dit-il dans ses Le&#231;ons sur la Philosophie de l'Histoire, qui le premier reconnut philosophiquement que la raison gouverne le monde, en entendant par-l&#224; non une Intelligence ayant conscience d'elle-m&#234;me, non un esprit comme tel, mais des lois g&#233;n&#233;rales. Le mouvement du syst&#232;me plan&#233;taire s'effectue par des lois immuables et ces lois en sont la raison, mais ni le soleil, ni les plan&#232;tes qui se meuvent selon ces lois, n'en ont conscience. La raison qui gouverne 1'histoire est donc, selon Hegel, uns raison incons&#173;ciente, ce n'est que l'ensemble des lois qui d&#233;termi&#173;ne le mouvement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'opinion des hommes, l'opinion que les philosophes du XVIII&#176; si&#232;cle consid&#233;raient comme ressort du mouvement historique, Hegel l'envisageait pour la plupart des cas par la mani&#232;re de vivre, ou en d'autres termes, par l'&#233;tat social. Il dit par exemple dans sa Philosophie de l'Histoire, que la cause de la d&#233;ca&#173;dence de Sparte &#233;tait la diff&#233;rence extr&#234;me des for&#173;tunes. Il dit que l'Etat, comme organisation politique, doit son origine &#224; l'in&#233;galit&#233; des fortu&#173;nes et &#224; la lutte des pauvres contre les riches. Et ce n'est pas tout. Les origines de la famille sont intimement li&#233;es, selon lui, &#224; l'&#233;volution &#233;co&#173;nomique des peuples primitifs. Bref, tout id&#233;aliste qu'il f&#251;t, Hegel, comme les historiens fran&#231;ais dont il a &#233;t&#233; question plus haut, en appelle &#224; l'&#233;tat so&#173;cial comme &#224; la base la plus profonde de la vie des peuples. En cela, il n'a pas &#233;t&#233; en arri&#232;re de son temps, mais il ne l'a pas devanc&#233; non plus, il reste impuissant &#224; expliquer les origines de l'&#233;tat social puisque ce n'est rien expliquer que de dire, comme il dit, qu'&#224; une &#233;poque donn&#233;e, l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;pend, comme son &#233;tat politique, religieux, es&#173;th&#233;tique, moral et intellectuel de l'esprit du temps. En sa qualit&#233; d'id&#233;aliste, Hegel en appelle &#224; 1'esprit comme dernier ressort du mouvement historique. Lorsqu'un peuple passe d'un degr&#233; de son &#233;volution &#224; un autre, c'est que l'Esprit Absolu (ou universel) dont ce peuple n'est que l'agent, s'&#233;l&#232;ve &#224; une phase sup&#233;rieure de son d&#233;veloppement. Comme de pareilles explications n'expliquent rien du tout, Hegel s'est trouv&#233; dans le m&#234;me cercle vicieux que les historiens et les sociologues fran&#231;ais : ils expliquaient l'&#233;tat social par l'&#233;tat des id&#233;es et l'&#233;tat des id&#233;es par l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que de tous les c&#244;t&#233;s, du c&#244;t&#233; de la philosophie comme du c&#244;t&#233; de l'histoire proprement dite et de la litt&#233;rature, l'&#233;volution de la science sociale dans ses diverses branches aboutissait au m&#234;&#173;me probl&#232;me : expliquer les origines de l'&#233;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que ce probl&#232;me n'&#233;tait pas r&#233;solu, la science continuait &#224; tourner dans un cercle vicieux, en d&#233;&#173;clarant que B est la cause de A, et en d&#233;signant A comme la cause de B. En revanche, tout promettait de s'&#233;claircir une fois r&#233;solue la question des origines de l'&#233;tat social.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception marxiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la solution de ce probl&#232;me qu'&#224; poursuivie Marx en &#233;laborant sa conception mat&#233;rialiste. Dans la pr&#233;face d'une de ses &#339;uvres : Critique de l'&#233;conomie politique , Marx raconte lui-m&#234;me comment ses &#233;tudes l'amen&#232;rent &#224; cette conception :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Mes recherches aboutirent &#224; ce r&#233;sultat : que les rapports juridiques, ainsi que les formes de l'E&#173;tat, ne peuvent s'expliquer ni par eux-m&#234;mes, ni par la soi-disant &#233;volution g&#233;n&#233;rale de l'esprit humain ; qu'ils prennent leurs racines plut&#244;t dans les condi&#173;tions d'existence mat&#233;rielles que Hegel, &#224; l'exemple des Anglais et des Fran&#231;ais du XVIII&#176; si&#232;cle, compre&#173;nait sous le nom de &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034;. (Contribution &#224; la Critique de l'Economie Politi&#173;que, par Karl Marx, traduction fran&#231;aise par Laura Lafargue, p. 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme vous le voyez, c'est le m&#234;me r&#233;sultat au&#173;quel nous avons vu aboutir les historiens, les socio&#173;logues et les critiques fran&#231;ais, de m&#234;me que les philosophes id&#233;alistes allemands. Mais Marx va plus loin. Il demande quelles sont les causes d&#233;terminan&#173;tes de la soci&#233;t&#233; civile, et il r&#233;pond que c'est dans l'&#233;conomie politique qu'il faut chercher l'anatomie de la soci&#233;t&#233; civile. Ainsi c'est l'&#233;tat &#233;conomique d'un peuple qui d&#233;termine son &#233;tat social, et l'&#233;tat social d'un peuple d&#233;termine &#224; son tour son &#233;tat po&#173;litique, religieux et ainsi de suite. Mais, demanderez-vous, l'&#233;tat &#233;conomique n'est pas sans cause non plus ? Sans doute, comme toutes choses ici-bas, il a sa cause &#232; lui, et cette cause, cause fondamentale de toute l'&#233;volution sociale et partant de tout mouve&#173;ment historique, c'est la lutte que l'homme m&#232;ne avec la nature pour son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux vous lire ce que Marx dit l&#224;-dessus : &#034;Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rapports d&#233;termin&#233;s, n&#233;ces&#173;saires, ind&#233;pendants de leur volont&#233; ; ces rapports de production correspondent &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppe&#173;ment donn&#233; de leurs forces productives mat&#233;rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, la base r&#233;elle, sur quoi s'&#233;l&#232;ve superstructure juridique et &#224; laquelle correspondent des formes de conscience sociale d&#233;termin&#233;es. Le mode de produc&#173;tion de la vie mat&#233;rielle conditionne le proc&#232;s de vie social, politique et intellectuel en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas la conscience des homme qui d&#233;termine la r&#233;alit&#233; c'est au contraire la r&#233;alit&#233; sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de leur d&#233;veloppement les forces productives de la soci&#233;t&#233; entrent en contradiction avec les rapports de produc&#173;tion existants, ou, ce qui n'en est que l'expression juridique, avec les rapports de propri&#233;t&#233; &#224; l'int&#233;&#173;rieur desquels elles s'&#233;taient mues jusqu'alors. De formes &#233;volutives des forces productives qu'ils &#233;taient, ces rapports deviennent des entraves de ces forces. Alors s'ouvre une &#232;re de r&#233;volution sociale. Le changement qui s'est produit dans la base &#233;conomi&#173;que bouleverse plus ou moins lentement ou rapidement toute la colossale superstructure. Lorsqu'on consi&#173;d&#232;re de tels bouleversements, il importe de distinguer toujours entre le bouleversement mat&#233;riel des condi&#173;tions de production &#233;conomique - qu'on doit constater fid&#232;lement &#224; l'aide des sciences physiques et natu&#173;relles - et les formes juridiques, politiques, reli&#173;gieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes id&#233;ologiques sous lesquelles les hommes de&#173;viennent conscients de ce conflit et le m&#232;nent &#224; bout. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu sur l'i&#173;d&#233;e qu'il se fait de lui, de m&#234;me on ne peut juger une telle &#233;poque de bouleversement sur sa conscience de soi ; il faut, au contraire, expliquer cette cons&#173;cience par les contradictions de la vie mat&#233;rielle, par le conflit qui existe entre les forces producti&#173;ves sociales et les rapports de production. Une so&#173;ci&#233;t&#233; ne dispara&#238;t jamais avant que soient d&#233;velop&#173;p&#233;es toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, et jamais de nouveaux et sup&#233;&#173;rieurs rapports de production ne se substituent &#224; elle avant que les conditions d'existence mat&#233;rielles de ces rapports aient &#233;t&#233; couv&#233;es dans le sein m&#234;me de la vieille soci&#233;t&#233;. C'est pourquoi l'humanit&#233; ne se pose jamais que les probl&#232;mes qu'elle peut r&#233;sou&#173;dre, car, &#224; regarder de plus pr&#232;s, il se trouvera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pr&#233;sente que lorsque les conditions mat&#233;rielles pour le r&#233;soudre existent ou du moins sont en voie de devenir .&#034; (Ibid ., pages 4, 5, 6, 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je comprends bien que ce langage, tout net et pr&#233;cis qu'il soit, peut para&#238;tre assez obscur. Aussi je me h&#226;te de commenter la pens&#233;e fondamentale de la conception mat&#233;rielle de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fondamentale de Marx se r&#233;duit &#224; ceci : les rapports de production d&#233;terminent tous les au&#173;tres rapports qui existent entre les hommes dans leur vie sociale. Les rapports de production sont &#224; leur tour d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce d'abord que les forces producti&#173;ves ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les animaux, l'homme est forc&#233; de lutter pour son existence. Chaque lutte supposa une certaine d&#233;pense de forces. L'&#233;tat des forces d&#233;ter&#173;mine le r&#233;sultat de la lutte. Chez les animaux, ces forces d&#233;pendent de la structure m&#234;me de l'organisme : les forces d'un cheval sauvage sont bien diff&#233;rentes de celles d'un lion, et la cause de cette diff&#233;rence est dans la diff&#233;rence de l'organisation. L'organisation physique de l'homme a naturellement aussi, une influence d&#233;cisive sur sa mani&#232;re de lutter pour l'existence et sur les r&#233;sultats de cette lutte. Ainsi, par exemple, l'homme est pourvu de la main. Il est vrai que ses voisins, les quadrumanes (les singes), ont aussi des mains, mais les mains des quadrumanes sont moins parfaitement adapt&#233;es &#224; divers travaux. La main est le premier instrument dont s'est servi l'homme dans sa lutte pour l'existence, ainsi que nous le montre Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main, avec le bras, est le premier instrument le premier outil dont se sert l'homme. Les muscles du bras servent de ressort qui frappe ou qui jette. Mais peu &#224; peu la machine s'ext&#233;riorise. La pierre avait d'abord servi par son poids, par sa masse. Dans la suite, cette masse est fix&#233;e &#224; un manche, et nous avons la hache, le marteau. La main, est le premier instrument de l'homme, lui sert ainsi &#224; en produire d'autres, &#224; fa&#231;onner la mati&#232;re pour lutter contre la nature, c'est &#224; dire contre le reste de la mati&#232;re ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus se perfectionne cette mati&#232;re asservie, plus se d&#233;veloppe l'usage des outils, des instruments et, plus augmente aussi la force de l'homme vis-&#224;-vis de la nature, plus augmente son pouvoir sur la natu&#173;re. On a d&#233;fini l'homme : un animal qui fait des ou&#173;tils. Cette d&#233;finition est plus profonde qu'on ne le pense d'abord. En effet, d&#232;s que l'homme a acquis la facult&#233; d'asservir et de fa&#231;onner une partie de la mati&#232;re pour lutter contre le reste de la mati&#232;&#173;re, la s&#233;lection naturelle et les autres causes analogues ont d&#251; exercer une influence bien secondaire sur les modifications corporelles de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus ses organes qui changent, ce sont ses outils et les choses qu'il adapte &#224; son usage avec l'aide de ses outils : ce n'est pas sa peau qui change avec le changement de climat, c'est son v&#234;tement. La transformation corporelle de l'hom&#173;me cesse (ou devient insignifiante) pour c&#233;der la place &#224; son &#233;volution technique ; et l'&#233;volution technique c'est l'&#233;volution des forces productives et l'&#233;volution des forces productives a une influence d&#233;cisive sur le groupement des hommes, sur l'&#233;tat de leur culture. La science, de nos jours, distingue plusieurs types sociaux : 1) Type chasseur ; 2) Type pasteur ; 3) Type agriculteur s&#233;dentaire ; 4) Type industriel et commercial. Chacun de ces types est caract&#233;ris&#233; par certains rapports entre les hommes, rapports qui ne d&#233;pendent pas de leur volont&#233; et qui sont d&#233;termin&#233;s par l'&#233;tat des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, prenons pour exemple les rapports de la propri&#233;t&#233;. Le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; d&#233;pend du mode de production, car la r&#233;partition et la consommation des richesses sont &#233;troitement li&#233;es &#224; la fa&#231;on de se les procurer. Chez les peuples chasseurs primi&#173;tifs, on est oblig&#233; souvent de se mettre &#224; plusieurs pour attraper le gros gibier ; ainsi, les Austra&#173;liens chassent le Kangourou par bandes de plusieurs dizaines d'individus ; les Esquimaux r&#233;unissent tou&#173;te une flottille de canots pour la p&#234;che &#224; la baleine. Les Kangourous captur&#233;s, les baleines ramen&#233;es au rivage sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune ; chacun en mange selon son app&#233;tit. Le territoire de chaque tribu, chez les Australiens aussi bien que chez tous les peuples chasseurs, est consid&#233;r&#233; comme propri&#233;t&#233; collective ; chacun y chasse &#224; sa guise, avec la seule obligation de ne pas empi&#233;ter sur le terrain des tribus voisines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au milieu de cette propri&#233;t&#233; commune, cer&#173;tains objets servant uniquement &#224; l'individu : ses v&#234;tements, ses armes, sont consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; individuelle, tandis que la tente et son mobilier sont &#224; la famille. De m&#234;me, le canot qui sert &#224; des groupes compos&#233;s de cinq &#224; six hommes, est &#224; ces per&#173;sonnes en commun. Ce qui d&#233;cide de la propri&#233;t&#233; c'est le mode de travail, le mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai taill&#233; une hache de silex de mes mains, elle est &#224; moi ; avec ma femme et mes enfants, nous avons b&#226;ti la hutte, elle est &#224; ma famille ; J'ai chass&#233; avec les gens de ma tribu, les b&#234;tes abattues sont &#224; nous en commun. Les animaux que j'ai tu&#233;s tout seul sur le territoire de la tribu sont &#224; moi, et si par hasard l'animal bless&#233; par moi est achev&#233; par un autre, il est &#224; nous deux et la peau est &#224; celui qui a donn&#233; le coup de gr&#226;ce. A cette fin, chaque fl&#232;che porte la marque du propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose vraiment remarquable : chez les Peaux-Rou&#173;ges de l'Am&#233;rique du Nord, avant l'introduction des armes &#224; feu, la chasse au bison &#233;tait jadis r&#233;glemen&#173;t&#233;e tr&#232;s rigoureusement : si plusieurs fl&#232;ches avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans le corps du bison, leur position r&#233;ci&#173;proque d&#233;cidait &#224; qui appartenait telle ou telle partie de l'animal abattu ; ainsi la peau &#233;tait &#224; celui dont la fl&#232;che avait p&#233;n&#233;tr&#233; le plus pr&#232;s du c&#339;ur. Mais depuis l'introduction des armes &#224; feu, comme les balles ne portent pas de marques distinctives, la r&#233;partition des bisons abattus se fait par partage &#233;gal ; ils sont donc consid&#233;r&#233;s comme propri&#233;t&#233; commune. Cet exemple montre avec &#233;vidence le lien &#233;troit qui existe entre la production et le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les rapports des hommes entre eux dans la production d&#233;cident des rapports de la propri&#233;t&#233;, de l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233;, comme disait Guizot. Mais une fois que l'&#233;tat de la propri&#233;t&#233; est donn&#233;, il est facile de comprendre la constitution de la soci&#233;t&#233;, elle se moule sur celle de la propri&#233;t&#233;. C'est ainsi que la th&#233;orie de Marx r&#233;sout le probl&#232;me que ne pouvaient pas r&#233;soudre les historiens et les philosophes de la premi&#232;re moiti&#233; du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les sciences philosophiques selon Hegel</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8146</link>
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		<dc:date>2026-07-31T22:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Traduction sommaire de l'Encyclop&#233;die des sciences philosophiques de Hegel &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
&#167;1 &lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie manque d'un avantage dont jouissent les autres sciences. Elle ne peut pas, comme elles, fonder l'existence de ses objets sur les aveux naturels de la conscience, ni supposer que sa m&#233;thode de connaissance, soit pour commencer, soit pour continuer, soit d&#233;j&#224; accept&#233;e. Les objets de la philosophie, il est vrai, sont dans l'ensemble les m&#234;mes que ceux de la religion. Dans les deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Traduction sommaire de l'Encyclop&#233;die des sciences philosophiques de Hegel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie manque d'un avantage dont jouissent les autres sciences. Elle ne peut pas, comme elles, fonder l'existence de ses objets sur les aveux naturels de la conscience, ni supposer que sa m&#233;thode de connaissance, soit pour commencer, soit pour continuer, soit d&#233;j&#224; accept&#233;e. Les objets de la philosophie, il est vrai, sont dans l'ensemble les m&#234;mes que ceux de la religion. Dans les deux cas, l'objet est la V&#233;rit&#233;, dans ce sens supr&#234;me o&#249; Dieu et Dieu seul est la V&#233;rit&#233;. Toutes deux traitent &#233;galement des mondes finis de la Nature et de l'Esprit humain, de leurs relations mutuelles et de leur v&#233;rit&#233; en Dieu.La philosophie peut donc, et m&#234;me doit, pr&#233;sumer une certaine connaissance de ses objets, et m&#234;me un certain int&#233;r&#234;t pour eux, ne serait-ce que pour la raison suivante : avec le temps, l'esprit se fait des images g&#233;n&#233;rales des objets, bien avant d'en avoir des notions , et c'est seulement par ces images mentales, et en y recourant, que l'esprit pensant s'&#233;l&#232;ve pour conna&#238;tre et comprendre en pensant .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avec l'essor de cette &#233;tude r&#233;fl&#233;chie des choses, il devient bient&#244;t &#233;vident que la pens&#233;e ne se contentera de rien d'autre que de montrer la n&#233;cessit&#233; de ses faits, de d&#233;montrer l'existence de ses objets, ainsi que leur nature et leurs qualit&#233;s. Notre connaissance originelle de ces choses se r&#233;v&#232;le ainsi inad&#233;quate. Nous ne pouvons rien supposer ni rien affirmer dogmatiquement ; nous ne pouvons pas non plus accepter les assertions et les suppositions des autres. Et pourtant, nous devons faire un commencement : et un commencement, en tant que premier et non d&#233;riv&#233;, fait une supposition, ou plut&#244;t est une supposition. Il semble qu'il soit impossible de faire un commencement du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude r&#233;fl&#233;chie des choses peut servir, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, &#224; d&#233;crire la philosophie. Mais cette description est trop large. S'il est exact de dire que la pens&#233;e fait la distinction entre l'homme et les animaux inf&#233;rieurs, alors tout ce qui est humain est humain, pour la seule et simple raison qu'il est d&#251; &#224; l'op&#233;ration de la pens&#233;e.La philosophie, en revanche, est un mode de pens&#233;e particulier &#8211; un mode dans lequel la pens&#233;e devient connaissance, et la connaissance &#224; travers des notions.Aussi grande que soit l'identit&#233; et l'unit&#233; essentielle des deux modes de pens&#233;e, le mode philosophique finit par se distinguer de la pens&#233;e plus g&#233;n&#233;rale qui agit dans tout ce qui est humain, dans tout ce qui donne &#224; l'humanit&#233; son caract&#232;re distinctif. Et cette diff&#233;rence se rattache au fait queles ph&#233;nom&#232;nes de conscience strictement humains et induits par la pens&#233;e n'apparaissent pas &#224; l'origine sous la forme d'une pens&#233;e, mais sous la forme d'un sentiment, d'une perception ou d'une image mentale &#8212; tous ces aspects devant &#234;tre distingu&#233;s de la forme de pens&#233;e proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s une vieille id&#233;e pr&#233;con&#231;ue, devenue une proposition triviale, c'est la pens&#233;e qui distingue l'homme de l'animal. Si triviale que puisse para&#238;tre cette vieille croyance, elle doit, chose &#233;trange, &#234;tre rappel&#233;e &#224; l'esprit en pr&#233;sence de certaines id&#233;es pr&#233;con&#231;ues de notre temps. Ces id&#233;es voudraient &#233;loigner &#224; tel point le sentiment et la pens&#233;e qu'elles en feraient des oppos&#233;s, et les repr&#233;senteraient comme si antagonistes que le sentiment, surtout le sentiment religieux, serait contamin&#233;, perverti et m&#234;me an&#233;anti par la pens&#233;e. Elles soutiennent aussi avec insistance que la religion et la pi&#233;t&#233; naissent et reposent sur autre chose que sur la pens&#233;e. Mais ceux qui font cette distinction oublient cependant que seul l'homme est capable de religion, et que les animaux n'ont pas plus de religion que de loi et de morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui insistent sur cette s&#233;paration de la religion et de la pens&#233;e ont g&#233;n&#233;ralement devant eux ce que l'on peut appeler la pens&#233;e apr&#232;s coup . Ils entendent par l&#224; la pens&#233;e &#171; r&#233;fl&#233;chie &#187;, qui a affaire aux pens&#233;es en tant que pens&#233;es et les am&#232;ne &#224; la conscience. La n&#233;gligence &#224; percevoir et &#224; garder &#224; l'esprit cette distinction que la philosophie &#233;tablit clairement &#224; l'&#233;gard de la pens&#233;e est la source des objections et des reproches les plus grossiers contre la philosophie. L'homme &#8212; et cela pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est de sa nature de penser &#8212; est le seul &#234;tre qui poss&#232;de la loi, la religion et la morale. Dans ces domaines de la vie humaine, la pens&#233;e, sous le couvert du sentiment, de la foi ou de l'image g&#233;n&#233;rale, n'est donc pas rest&#233;e inactive : son action et ses productions y sont pr&#233;sentes et contenues. Mais c'est une chose d'avoir de tels sentiments et de telles images g&#233;n&#233;ralis&#233;es qui ont &#233;t&#233; model&#233;s et p&#233;n&#233;tr&#233;s par la pens&#233;e, et une autre chose d'avoir des pens&#233;es &#224; leur sujet. Les pens&#233;es auxquelles donne lieu la r&#233;flexion apr&#232;s coup sur ces modes de conscience sont ce qui est compris dans la r&#233;flexion, le raisonnement g&#233;n&#233;ral et autres, aussi bien que dans la philosophie elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oubli de cette distinction entre la pens&#233;e en g&#233;n&#233;ral et la pens&#233;e r&#233;flexive de la philosophie a conduit &#224; un autre malentendu, plus fr&#233;quent. On a souvent soutenu que la r&#233;flexion de ce genre &#233;tait la condition, ou m&#234;me le seul moyen, d'atteindre la conscience et la certitude de l'&#201;ternel et du Vrai. Par exemple, on a trait&#233; les preuves m&#233;taphysiques (aujourd'hui quelque peu d&#233;su&#232;tes) de l'existence de Dieu comme si la connaissance de ces preuves et la conviction de leur v&#233;rit&#233; &#233;taient le seul et essentiel moyen de produire la croyance et la conviction qu'il y a un Dieu. Une telle doctrine trouverait son &#233;quivalent si l'on disait qu'il est impossible de manger avant d'avoir acquis la connaissance des caract&#232;res chimiques, botaniques et zoologiques de nos aliments, et qu'il faut retarder la digestion jusqu'&#224; ce que l'on ait termin&#233; l'&#233;tude de l'anatomie et de la physiologie. S'il en &#233;tait ainsi, ces sciences dans leur domaine, comme la philosophie dans le sien, gagneraient beaucoup en utilit&#233; ; en fait, leur utilit&#233; s'&#233;l&#232;verait au point d'&#234;tre absolument et universellement indispensable. Ou plut&#244;t, au lieu d'&#234;tre indispensables, elles n'existeraient pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu , de quelque nature qu'il soit, qui occupe notre conscience, est ce qui constitue le caract&#232;re qualitatif de nos sentiments, perceptions, imaginations et id&#233;es, de nos buts et devoirs, de nos pens&#233;es et notions. De ce point de vue, le sentiment, la perception, etc., sont les formes prises par ces contenus. Les contenus restent un et les m&#234;mes, qu'ils soient sentis, vus, repr&#233;sent&#233;s ou voulus, et qu'ils soient simplement sentis ou ressentis avec un m&#233;lange de pens&#233;es, ou simplement pens&#233;s. Sous l'une quelconque de ces formes, ou dans le m&#233;lange de plusieurs, les contenus se confrontent &#224; la conscience ou en sont l' objet . Mais lorsqu'ils sont ainsi objets de conscience, les modes des diverses formes s'allient aux contenus, et chacune de leurs formes semble par cons&#233;quent donner naissance &#224; un objet sp&#233;cial. Ainsi, ce qui est au fond le m&#234;me peut appara&#238;tre comme un fait d'une autre sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divers modes de sentiment, de perception, de d&#233;sir et de volont&#233;, dans la mesure o&#249; nous en avons conscience , sont en g&#233;n&#233;ral appel&#233;s id&#233;es (repr&#233;sentations mentales) : et l'on peut dire en gros que la philosophie met des pens&#233;es, des cat&#233;gories ou, en langage plus pr&#233;cis, des notions ad&#233;quates &#224; la place des images g&#233;n&#233;ralis&#233;es que nous appelons ordinairement id&#233;es. De telles impressions mentales peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des m&#233;taphores de pens&#233;es et de notions. Mais avoir ces conceptions figuratives n'implique pas que nous appr&#233;cions leur signification intellectuelle, les pens&#233;es et les notions rationnelles auxquelles elles correspondent. Inversement, c'est une chose d'avoir des pens&#233;es et des notions intelligentes, et une autre chose de savoir &#224; quelles impressions, perceptions et sentiments elles correspondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence expliquera dans une certaine mesure ce que les gens appellent l'inintelligibilit&#233; de la philosophie. Leur difficult&#233; r&#233;side en partie dans une incapacit&#233; - qui en elle-m&#234;me n'est rien d'autre qu'un manque d'habitude - &#224; penser de mani&#232;re abstraite, c'est-&#224;-dire dans une incapacit&#233; &#224; saisir des pens&#233;es pures et &#224; se mouvoir en elles. Dans notre &#233;tat d'esprit ordinaire, les pens&#233;es sont rev&#234;tues et ne font qu'un avec la mati&#232;re sensible ou spirituelle du moment ; et dans la r&#233;flexion, la m&#233;ditation et le raisonnement g&#233;n&#233;ral, nous introduisons un m&#233;lange de pens&#233;es dans les sentiments, les perceptions et les images mentales. (Ainsi, dans les propositions dont le sujet est d&#251; aux sens - par exemple &#171; Cette feuille est verte &#187; - nous avons des cat&#233;gories telles que l'&#234;tre et l'individualit&#233;.) Mais c'est une tout autre chose de faire des pens&#233;es pures et simples notre objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais leur plainte selon laquelle la philosophie est inintelligible est due &#224; une autre raison : c'est un d&#233;sir impatient d'avoir devant les yeux comme image mentale ce qui est dans l'esprit comme pens&#233;e ou notion. Quand on demande aux gens d'appr&#233;hender une notion, ils se plaignent souvent de ne pas savoir ce qu'ils doivent penser. Mais le fait est que dans une notion, il n'y a rien d'autre &#224; penser que la notion elle-m&#234;me. Ce que r&#233;v&#232;le cette expression, c'est un d&#233;sir ardent d'une image qui nous est d&#233;j&#224; famili&#232;re. L'esprit, priv&#233; de l'usage de ses id&#233;es famili&#232;res, sent le sol o&#249; il se tenait autrefois fermement et chez lui lui &#234;tre enlev&#233;, et, lorsqu'il est transport&#233; dans la r&#233;gion de la pens&#233;e pure, il ne sait plus o&#249; il se trouve dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cons&#233;quence de cette faiblesse est que les auteurs, les pr&#233;dicateurs et les orateurs sont jug&#233;s plus intelligibles lorsqu'ils parlent de choses que leurs lecteurs ou leurs auditeurs connaissent d&#233;j&#224; par c&#339;ur &#8211; des choses que ces derniers connaissent et qui ne n&#233;cessitent aucune explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe doit donc tenir compte des modes de pens&#233;e populaires et des objets de la religion. En traitant des modes ordinaires de pens&#233;e, il devra tout d'abord, comme nous l'avons vu, prouver et presque &#233;veiller la n&#233;cessit&#233; de sa m&#233;thode particuli&#232;re de connaissance. En traitant des objets de la religion et de la v&#233;rit&#233; dans son ensemble, il devra montrer que la philosophie est capable de les saisir par ses propres moyens ; et si une diff&#233;rence avec les conceptions religieuses se fait jour, il devra justifier les points sur lesquels elle s'&#233;carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner au lecteur une explication pr&#233;liminaire de la distinction ainsi &#233;tablie, et pour lui faire voir en m&#234;me temps que la v&#233;ritable signification de notre conscience est conserv&#233;e, et m&#234;me pour la premi&#232;re fois mise dans sa juste lumi&#232;re, lorsqu'elle est traduite sous la forme de la pens&#233;e et de la notion de raison, il peut &#234;tre bon de rappeler une autre de ces vieilles croyances irraisonn&#233;es. Et c'est la conviction que pour parvenir &#224; la v&#233;rit&#233; d'un objet ou d'un &#233;v&#233;nement, m&#234;me des sentiments, des perceptions, des opinions et des id&#233;es mentales, nous devons le r&#233;fl&#233;chir. Or, en tout cas, r&#233;fl&#233;chir, c'est au moins transformer des sentiments, des id&#233;es ordinaires, etc. en pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature a donn&#233; &#224; chacun la facult&#233; de penser. Mais la pens&#233;e est tout ce que la philosophie pr&#233;tend &#234;tre la forme propre de son m&#233;tier. Ainsi, la conception inad&#233;quate qui ignore la distinction &#233;tablie au &#167; 3 conduit &#224; une nouvelle illusion, l'inverse de la plainte mentionn&#233;e plus haut sur l'inintelligibilit&#233; de la philosophie. En d'autres termes, cette science doit souvent subir le m&#233;pris d'entendre parler, m&#234;me par des gens qui ne s'en sont jamais occup&#233;s, comme s'ils la connaissaient parfaitement. Sans pr&#233;paration autre que celle d'une &#233;ducation ordinaire, ils n'h&#233;sitent pas, surtout sous l'influence du sentiment religieux, &#224; philosopher et &#224; critiquer la philosophie. Tout le monde convient que pour conna&#238;tre une autre science, il faut l'avoir d'abord &#233;tudi&#233;e, et que c'est seulement en vertu de cette connaissance qu'on peut pr&#233;tendre porter un jugement sur elle. Tout le monde convient que pour fabriquer une chaussure, il faut avoir appris et pratiqu&#233; le m&#233;tier de cordonnier, bien que chacun ait un mod&#232;le dans son pied et poss&#232;de dans ses mains les dons naturels pour les op&#233;rations requises. Pour la philosophie seule, semble-t-il, une telle &#233;tude, un tel soin et une telle application ne sont nullement n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision confortable de ce qui est requis pour un philosophe a r&#233;cemment &#233;t&#233; corrobor&#233;e par la th&#233;orie de la connaissance imm&#233;diate ou intuitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la forme de la connaissance philosophique. Il n'est pas moins souhaitable, d'autre part, que la philosophie comprenne que son contenu n'est autre que l'actualit&#233; , ce noyau de v&#233;rit&#233; qui, produit et se produisant &#224; l'origine dans l'enceinte de la vie mentale, est devenu le monde , le monde int&#233;rieur et ext&#233;rieur de la conscience. Nous prenons d'abord conscience de ce contenu dans ce que nous appelons l'exp&#233;rience. Mais l'exp&#233;rience elle-m&#234;me, lorsqu'elle examine le vaste champ de l'existence int&#233;rieure et ext&#233;rieure, a assez de sens pour distinguer la simple apparence, qui est passag&#232;re et d&#233;nu&#233;e de sens, de ce qui en soi m&#233;rite vraiment le nom d'actualit&#233;. Comme c'est seulement par la forme que la philosophie se distingue des autres modes de connaissance de cette m&#234;me somme d'&#234;tre, elle doit n&#233;cessairement &#234;tre en harmonie avec l'actualit&#233; et l'exp&#233;rience. En fait, cette harmonie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e au moins comme un moyen extrins&#232;que de v&#233;rifier la v&#233;rit&#233; d'une philosophie. De m&#234;me, on peut consid&#233;rer que le but supr&#234;me et final de la science philosophique est de r&#233;aliser, par la constatation de cette harmonie, une r&#233;conciliation de la raison consciente de soi avec la raison qui est dans le monde, en d'autres termes, avec la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pr&#233;face de ma Philosophie du droit , p. xix, on trouve les propositions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est raisonnable est r&#233;el&lt;br class='autobr' /&gt;
et&lt;br class='autobr' /&gt;
ce qui est r&#233;el est raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces simples affirmations ont donn&#233; lieu &#224; des expressions de surprise et d'hostilit&#233;, m&#234;me dans des milieux o&#249; l'on consid&#233;rerait comme une insulte l'absence de philosophie, et encore plus de religion. La religion, du moins, n'a pas besoin d'&#234;tre mise en &#233;vidence ; ses doctrines sur les gouvernements divins du monde confirment trop clairement ces propositions. Pour leur sens philosophique, nous devons pr&#233;supposer une intelligence suffisante pour savoir non seulement que Dieu est actuel, qu'il est l'actuel supr&#234;me, que lui seul est vraiment actuel ; mais aussi, en ce qui concerne la port&#233;e logique de la question, que l'existence est en partie une simple apparence et en partie seulement une r&#233;alit&#233;. Dans la vie courante, tout caprice de l'imagination, toute erreur, le mal et tout ce qui est de la nature du mal, ainsi que toute existence d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e et transitoire, quelle qu'elle soit, re&#231;oivent d'une mani&#232;re fortuite le nom d'actuel. Mais m&#234;me nos sentiments ordinaires suffisent &#224; interdire &#224; une existence fortuite (fortuite) d'obtenir le nom emphatique d'actuel ; car par fortuite nous entendons une existence qui n'a pas plus de valeur que celle d'une chose possible, qui pourrait aussi bien ne pas &#234;tre qu'&#234;tre. Quant au terme d'Actualit&#233;, ces critiques auraient d&#251; consid&#233;rer le sens dans lequel je l'emploie. Dans une Logique d&#233;taill&#233;e, j'ai trait&#233; entre autres choses de l'Actualit&#233;, et je l'ai distingu&#233;e avec pr&#233;cision non seulement du fortuit, qui, apr&#232;s tout, a une existence, mais m&#234;me des cat&#233;gories apparent&#233;es de l'existence et des autres modifications de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'actualit&#233; du rationnel s'oppose l'id&#233;e populaire selon laquelle les id&#233;es et les id&#233;aux ne sont que des chim&#232;res et la philosophie un simple syst&#232;me de fantasmes. A cette id&#233;e s'oppose aussi l'id&#233;e tr&#232;s diff&#233;rente selon laquelle les id&#233;es et les id&#233;aux sont quelque chose de bien trop excellent pour avoir une r&#233;alit&#233;, ou bien quelque chose de trop impuissant pour la procurer par eux-m&#234;mes. Ce divorce entre id&#233;e et r&#233;alit&#233; est particuli&#232;rement cher &#224; l'entendement analytique qui consid&#232;re ses propres abstractions, tout r&#234;ves qu'elles soient, comme quelque chose de vrai et de r&#233;el, et qui se vante de l'imp&#233;ratif &#171; il faut &#187;, qu'il prend un plaisir particulier &#224; prescrire m&#234;me dans le domaine de la politique. Comme si le monde avait attendu qu'il apprenne comment il devrait &#234;tre, et qu'il ne l'&#233;tait pas ! Car, si tout &#233;tait comme il devrait &#234;tre, que deviendrait la sagesse pr&#233;coce de ce &#171; il faut &#187; ? Lorsque l'entendement tourne ce &#171; il faut &#187; contre des objets ext&#233;rieurs triviaux et transitoires, contre des r&#232;gles ou des conditions sociales, qui ont tr&#232;s probablement une grande importance relative pour un certain temps et des cercles particuliers, il peut souvent avoir raison. Dans un tel cas, l'observateur intelligent peut rencontrer bien des choses qui ne satisfont pas aux exigences g&#233;n&#233;rales du droit ; car qui n'est pas assez perspicace pour voir dans son propre environnement bien des choses qui sont loin d'&#234;tre ce qu'elles devraient &#234;tre ? Mais une telle perspicacit&#233; se trompe en pensant que, lorsqu'elle examine ces objets et prononce ce qu'ils devraient &#234;tre, elle traite de questions de science philosophique. L'objet de la philosophie est l'Id&#233;e, et l'Id&#233;e n'est pas impuissante au point d'avoir simplement le droit ou l'obligation d'exister sans exister r&#233;ellement. L'objet de la philosophie est une r&#233;alit&#233; dont ces objets, les r&#232;glements et les conditions sociales, ne sont que l'ext&#233;rieur superficiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la r&#233;flexion, la r&#233;flexion sur les choses, impliquent d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale le principe (et donc le commencement) de la philosophie. Et lorsque l'esprit de r&#233;flexion rena&#238;t dans son ind&#233;pendance dans les temps modernes, apr&#232;s l'&#233;poque de la R&#233;forme luth&#233;rienne, il ne se contente pas, comme &#224; ses d&#233;buts chez les Grecs, de rester &#224; l'&#233;cart, dans un monde qui lui est propre, mais il tourne aussit&#244;t ses &#233;nergies vers la mati&#232;re apparemment illimit&#233;e du monde ph&#233;nom&#233;nal. C'est ainsi que le nom de philosophie en est venu &#224; s'appliquer &#224; toutes les branches de la connaissance qui s'occupent de d&#233;terminer la norme et l'universel dans l'oc&#233;an des individualit&#233;s empiriques, ainsi que l'&#233;l&#233;ment n&#233;cessaire, ou les lois, que l'on trouve dans le d&#233;sordre apparent des masses infinies du hasard. Il appara&#238;t ainsi que la philosophie moderne tire ses mat&#233;riaux de nos propres observations et perceptions personnelles du monde ext&#233;rieur et int&#233;rieur, de la nature aussi bien que de l'esprit et du c&#339;ur de l'homme, lorsque tous deux se trouvent en pr&#233;sence imm&#233;diate de l'observateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe de l'exp&#233;rience comporte une condition indiciblement importante : pour accepter et croire un fait, il faut &#234;tre en contact avec lui ; ou, en termes plus exacts, il faut que nous trouvions le fait uni et combin&#233; &#224; la certitude de nous-m&#234;mes. Il faut &#234;tre en contact avec le sujet que nous &#233;tudions, soit par nos sens ext&#233;rieurs, soit par notre esprit plus profond et notre conscience intime de nous-m&#234;mes. Ce principe est le m&#234;me que celui qu'on a appel&#233; de nos jours la foi, la connaissance imm&#233;diate, la r&#233;v&#233;lation dans le monde ext&#233;rieur et, surtout, dans notre propre c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sciences qui ont re&#231;u le nom de philosophie, nous les appelons sciences empiriques , parce qu'elles partent de l'exp&#233;rience. Mais les r&#233;sultats essentiels qu'elles visent et qu'elles fournissent sont des lois, des propositions g&#233;n&#233;rales, une th&#233;orie, c'est-&#224;-dire des pens&#233;es sur ce qui existe. C'est sur cette base que la physique newtonienne a &#233;t&#233; appel&#233;e philosophie naturelle. Hugo Grotius , en rassemblant et en comparant le comportement des &#201;tats les uns envers les autres tel qu'il est enregistr&#233; dans l'histoire, a r&#233;ussi, &#224; l'aide des m&#233;thodes ordinaires du raisonnement g&#233;n&#233;ral, &#224; &#233;tablir certains principes g&#233;n&#233;raux et &#224; &#233;tablir une th&#233;orie que l'on peut appeler la philosophie du droit international. En Angleterre, c'est encore la signification habituelle du terme philosophie. Newton continue d'&#234;tre c&#233;l&#233;br&#233; comme le plus grand des philosophes, et le nom est rest&#233; jusque dans les listes de prix des fabricants d'instruments. Tous les instruments, tels que le thermom&#232;tre et le barom&#232;tre, qui ne rentrent pas dans la cat&#233;gorie sp&#233;ciale des appareils magn&#233;tiques ou &#233;lectriques, sont appel&#233;s instruments philosophiques. C'est bien la pens&#233;e , et non pas un simple m&#233;lange de bois, de fer, etc., qui doit &#234;tre appel&#233;e l'instrument de la philosophie ! La science r&#233;cente de l'&#233;conomie politique, qui est connue en Allemagne sous le nom d'&#233;conomie rationnelle de l'&#201;tat ou d'&#233;conomie nationale intelligente, a particuli&#232;rement pris en Angleterre le nom de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son domaine propre, cette connaissance empirique peut d'abord donner satisfaction, mais elle se r&#233;v&#232;le insuffisante de deux mani&#232;res. En premier lieu, il y a un autre cercle d'objets qu'elle n'embrasse pas. Ce sont la Libert&#233;, l'Esprit et Dieu. Ils appartiennent &#224; un autre domaine, non pas parce qu'on peut dire qu'ils n'ont rien &#224; voir avec l'exp&#233;rience, car bien qu'ils ne soient certainement pas des exp&#233;riences sensorielles, c'est une proposition tout &#224; fait identique que de dire que tout ce qui est dans la conscience est v&#233;cu. La v&#233;ritable raison pour laquelle on les assigne &#224; un autre domaine de la connaissance est que, par leur port&#233;e et leur contenu, ces objets se montrent manifestement infinis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une vieille phrase souvent attribu&#233;e &#224; tort &#224; Aristote et cens&#233;e exprimer la teneur g&#233;n&#233;rale de sa philosophie : Nihil est in intellectu quod non fuerit in sensu : il n'y a rien dans la pens&#233;e qui n'ait &#233;t&#233; dans le sens et dans l'exp&#233;rience. Si la philosophie sp&#233;culative a refus&#233; d'admettre cette maxime, c'est seulement par malentendu. Mais elle affirmera &#224; l'inverse : Nihil est in sensu quod ! non fuerit in intellectu . Et cela peut &#234;tre pris en deux sens. Dans le sens g&#233;n&#233;ral, cela signifie que &#957;&#959;&#965;&#962; ou l'esprit (l'id&#233;e la plus profonde de &#957;&#959;&#965;&#962; dans la pens&#233;e moderne) est la cause du monde. Dans son sens sp&#233;cial (voir &#167; 2), cela affirme que le sentiment du droit, de la morale et de la religion est un sentiment (et par l&#224; une exp&#233;rience) d'une telle port&#233;e et d'un tel caract&#232;re qu'il ne peut na&#238;tre que de la pens&#233;e et reposer sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en second lieu, sous le rapport de la forme, la raison subjective d&#233;sire une satisfaction plus grande que celle que donne la connaissance empirique ; et cette forme est, au sens le plus large du terme, la n&#233;cessit&#233; (&#167; 1). La m&#233;thode de la science empirique pr&#233;sente deux d&#233;fauts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier est que le principe universel ou g&#233;n&#233;ral qu'elle contient, le genre, etc., est, de lui-m&#234;me, ind&#233;termin&#233; et vague, et par cons&#233;quent ne se rattache pas de lui-m&#234;me aux particuliers ou aux d&#233;tails. L'un est ext&#233;rieur &#224; l'autre et accidentel ; il en est de m&#234;me des faits particuliers qui sont r&#233;unis : chacun est ext&#233;rieur aux autres et accidentel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second d&#233;faut est que les commencements sont dans tous les cas des donn&#233;es et des postulats, qui ne sont ni expliqu&#233;s ni d&#233;duits. Sur ces deux points, la forme de n&#233;cessit&#233; n'obtient pas ce qui lui est d&#251;. C'est pourquoi la r&#233;flexion, chaque fois qu'elle s'efforce de rem&#233;dier &#224; ces d&#233;fauts, devient une pens&#233;e sp&#233;culative, la pens&#233;e propre &#224; la philosophie. En tant qu'esp&#232;ce de r&#233;flexion qui, tout en ayant une certaine communaut&#233; de nature avec la r&#233;flexion d&#233;j&#224; mentionn&#233;e, en est n&#233;anmoins diff&#233;rente, la pens&#233;e philosophique poss&#232;de ainsi, outre les formes communes, quelques formes qui lui sont propres, dont la Notion peut &#234;tre prise pour le type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation de la science sp&#233;culative avec les autres sciences peut &#234;tre formul&#233;e de la mani&#232;re suivante. Elle ne n&#233;glige nullement les faits empiriques contenus dans les diverses sciences, mais les reconna&#238;t et les adopte ; elle appr&#233;cie et applique &#224; sa propre structure l'&#233;l&#233;ment universel de ces sciences, leurs lois et leurs classifications ; mais en outre, elle introduit et fait conna&#238;tre d'autres cat&#233;gories dans les cat&#233;gories de la science. La diff&#233;rence, envisag&#233;e sous cet angle, n'est qu'un changement de cat&#233;gories. La logique sp&#233;culative contient toute la logique et la m&#233;taphysique ant&#233;rieures : elle conserve les m&#234;mes formes de pens&#233;e, les m&#234;mes lois et les m&#234;mes objets, tout en les remodelant et en les &#233;largissant avec des cat&#233;gories plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer de la notion au sens sp&#233;culatif ce qu'on appelle ordinairement une notion. La phrase selon laquelle aucune notion ne peut jamais comprendre l'infini, phrase qui a &#233;t&#233; r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; maintes reprises jusqu'&#224; devenir axiomatique, est fond&#233;e sur cette appr&#233;ciation &#233;troite de ce que l'on entend par notions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e, qui se propose comme instrument de la connaissance philosophique, demande elle-m&#234;me une explication plus pouss&#233;e. Il faut comprendre en quoi elle poss&#232;de une n&#233;cessit&#233; ou une force, et quand elle pr&#233;tend &#234;tre &#224; la hauteur de la t&#226;che d'appr&#233;hender les objets absolus (Dieu, l'Esprit, la Libert&#233;), il faut justifier cette pr&#233;tention. Mais une telle explication est elle-m&#234;me une le&#231;on de philosophie et rel&#232;ve proprement de la science elle-m&#234;me. Une tentative pr&#233;liminaire pour clarifier les choses ne serait qu'antiphilosophique et consisterait en un tissu d'hypoth&#232;ses, d'affirmations et de pour et de contre inf&#233;rentiels, c'est-&#224;-dire de dogmatisme sans force, contre lequel on aurait &#233;galement le droit de faire un contre-dogmatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des principales id&#233;es de la philosophie critique est de nous demander de nous arr&#234;ter avant de nous int&#233;resser &#224; Dieu ou &#224; l'&#234;tre v&#233;ritable des choses, et de consid&#233;rer d'abord la facult&#233; de conna&#238;tre et de voir si elle est &#224; la hauteur d'un tel effort. Il faut, dit Kant, conna&#238;tre l'instrument avant d'entreprendre le travail auquel il doit &#234;tre employ&#233; ; car si l'instrument est insuffisant, tous nos efforts seront vains. La plausibilit&#233; de cette suggestion lui a valu l'approbation et l'admiration de tous ; le r&#233;sultat en a &#233;t&#233; de soustraire la connaissance &#224; l'int&#233;r&#234;t qu'elle porte &#224; ses objets et &#224; son absorption dans leur &#233;tude, pour la ramener &#224; elle-m&#234;me, et de la ramener ainsi &#224; une question de forme. Si nous ne voulons pas &#234;tre tromp&#233;s par les mots, il est facile de voir &#224; quoi cela revient. Dans le cas d'autres instruments, nous pouvons essayer de les critiquer autrement qu'en nous adressant au travail sp&#233;cial auquel ils sont destin&#233;s. Mais l'examen de la connaissance ne peut se faire que par un acte de connaissance. Examiner ce qu'on appelle cet instrument, c'est le conna&#238;tre. Mais chercher &#224; conna&#238;tre avant de savoir est aussi absurde que la sage r&#233;solution de Scholastique de ne pas s'aventurer dans l'eau avant d'avoir appris &#224; nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reinhold a vu la confusion qui r&#233;sulte de ce style de d&#233;part et a essay&#233; de se tirer d'affaire en commen&#231;ant par une &#233;tape hypoth&#233;tique et probl&#233;matique de la philosophie. Il a suppos&#233; ainsi qu'il serait possible, personne ne sait comment, de progresser jusqu'&#224; ce que nous nous trouvions, plus loin, arriv&#233;s &#224; la v&#233;rit&#233; premi&#232;re des v&#233;rit&#233;s. Si l'on examine de pr&#232;s sa m&#233;thode, on s'aper&#231;oit qu'elle est identique &#224; une pratique tr&#232;s courante. Elle part d'un substrat de faits exp&#233;rimentaux, ou d'une hypoth&#232;se provisoire qui a &#233;t&#233; introduite dans une d&#233;finition, et se met ensuite &#224; analyser ce point de d&#233;part. Nous pouvons d&#233;celer dans l'argumentation de Reinhold une perception de la v&#233;rit&#233;, selon laquelle la marche habituelle qui proc&#232;de par hypoth&#232;ses et anticipations ne vaut pas mieux qu'un mode de proc&#233;dure hypoth&#233;tique et probl&#233;matique. Mais cette perception ne change pas le caract&#232;re de cette m&#233;thode ; elle en fait seulement ressortir les imperfections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions particuli&#232;res qui font que la philosophie existe peuvent &#234;tre d&#233;crites ainsi. L'esprit, lorsqu'il est sensible ou perceptif, trouve son objet dans quelque chose de sensible ; lorsqu'il imagine, dans une image ; lorsqu'il veut, dans un but ou une fin. Mais contrairement &#224; ces formes d'existence et de ses objets, ou peut-&#234;tre seulement en distinction avec elles, l'esprit doit aussi satisfaire les d&#233;sirs de sa vie la plus haute et la plus intime. Ce moi le plus intime, c'est la pens&#233;e. Ainsi l'esprit fait de la pens&#233;e son objet. Dans le meilleur sens du terme, il vient &#224; lui-m&#234;me ; car la pens&#233;e est son principe et son moi le plus pur. Mais tandis qu'elle est ainsi occup&#233;e, la pens&#233;e s'emm&#234;le dans des contradictions, c'est-&#224;-dire se perd dans la non-identit&#233; dure et solide de ses pens&#233;es, et ainsi, au lieu de s'atteindre elle-m&#234;me, elle est saisie et retenue dans sa contrepartie. Ce r&#233;sultat, auquel conduit la pens&#233;e honn&#234;te mais &#233;troite, la simple compr&#233;hension, est combattu par le d&#233;sir plus &#233;lev&#233; dont nous avons parl&#233;. Ce d&#233;sir exprime la pers&#233;v&#233;rance de la pens&#233;e, qui reste fid&#232;le &#224; elle-m&#234;me, m&#234;me dans cette perte consciente de son repos et de son ind&#233;pendance natifs, &#171; afin de surmonter &#187; et d'&#233;laborer en elle-m&#234;me la solution de ses propres contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales le&#231;ons de la logique est de voir que la pens&#233;e est dialectique par sa nature m&#234;me et que, en tant qu'entendement, elle doit tomber dans la contradiction, c'est-&#224;-dire dans la n&#233;gation d'elle-m&#234;me. Lorsque la pens&#233;e n'a plus aucun espoir de parvenir par ses propres moyens &#224; r&#233;soudre la contradiction qu'elle a elle-m&#234;me provoqu&#233;e, elle revient aux solutions de la question avec lesquelles elle avait appris &#224; se calmer sous d'autres formes et d'autres modes. Malheureusement, le recul de la pens&#233;e l'a conduite, comme Platon l'a d&#233;j&#224; remarqu&#233; de son temps, &#224; une haine tr&#232;s injustifi&#233;e de la raison (misologie) ; et elle adopte alors contre ses propres efforts cette attitude hostile dont on voit un exemple dans la doctrine selon laquelle la connaissance &#171; imm&#233;diate &#187;, comme on l'appelle, est la forme exclusive sous laquelle nous devenons conscients de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor de la philosophie est d&#251; &#224; ce besoin de penser. Son point de d&#233;part est l'exp&#233;rience, qui comprend &#224; la fois notre conscience imm&#233;diate et les inductions qui en d&#233;coulent. &#201;veill&#233;e par cette excitation, la pens&#233;e se caract&#233;rise essentiellement par le fait qu'elle s'&#233;l&#232;ve au-dessus de l'&#233;tat naturel de l'esprit, au-dessus des sens et des inf&#233;rences des sens, pour devenir son &#233;l&#233;ment propre et non alt&#233;r&#233;, et qu'elle adopte d'abord une attitude distante et n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du point d'o&#249; elle est partie. Gr&#226;ce &#224; cet &#233;tat d'antagonisme avec les ph&#233;nom&#232;nes des sens, sa premi&#232;re satisfaction se trouve en elle-m&#234;me, dans l'id&#233;e de l'essence universelle de ces ph&#233;nom&#232;nes : une id&#233;e (l'Absolu ou Dieu) plus ou moins abstraite. D'autre part, les sciences, fond&#233;es sur l'exp&#233;rience, exercent sur l'esprit une excitation qui lui permet de surmonter la forme sous laquelle se pr&#233;sentent leurs contenus vari&#233;s et d'&#233;lever ces contenus au rang de v&#233;rit&#233; n&#233;cessaire. Les faits scientifiques ont en effet l'aspect d'un vaste conglom&#233;rat, une chose se rapprochant d'une autre, comme si elles &#233;taient simplement donn&#233;es et pr&#233;sent&#233;es, c'est-&#224;-dire d&#233;pourvues de tout lien essentiel ou n&#233;cessaire. Par suite de cette excitation, la pens&#233;e est tir&#233;e de son universalit&#233; non r&#233;alis&#233;e et de sa satisfaction imaginaire ou simplement possible, et pouss&#233;e vers un d&#233;veloppement &#224; partir d'elle-m&#234;me. D'un c&#244;t&#233;, ce d&#233;veloppement signifie seulement que la pens&#233;e incorpore les contenus de la science, dans toute leur sp&#233;cialit&#233; de d&#233;tail telle qu'elle leur est soumise. De l'autre, il fait que ces contenus imitent l'action de la pens&#233;e cr&#233;atrice originelle et pr&#233;sentent l'aspect d'une &#233;volution libre d&#233;termin&#233;e par la seule logique du fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlerons plus loin, express&#233;ment et avec plus de d&#233;tails, de la relation entre &#171; imm&#233;diatet&#233; &#187; et &#171; m&#233;diation &#187; dans la conscience. Il suffit de dire ici que, bien que les deux &#171; moments &#187; ou facteurs se pr&#233;sentent comme distincts, aucun d'eux ne peut &#234;tre absent, ni exister ind&#233;pendamment de l'autre. Ainsi, la connaissance de Dieu, comme de toute r&#233;alit&#233; suprasensible, est dans son v&#233;ritable caract&#232;re une exaltation au-dessus des sensations ou des perceptions : elle implique par cons&#233;quent une attitude n&#233;gative &#224; l'&#233;gard des donn&#233;es sensorielles initiales, et dans cette mesure implique une m&#233;diation. Car m&#233;dier, c'est prendre quelque chose comme commencement et passer &#224; une chose seconde ; de sorte que l'existence de cette seconde chose d&#233;pend de ce que nous y sommes parvenus &#224; partir de quelque chose d'autre qui lui est oppos&#233;. Malgr&#233; cela, la connaissance de Dieu n'est pas une simple suite, d&#233;pendante de la phase empirique de la conscience : en fait, son ind&#233;pendance est essentiellement assur&#233;e par cette n&#233;gation et cette exaltation. Sans doute, si nous attachons une importance injuste au fait de la m&#233;diation et le pr&#233;sentons comme impliquant un &#233;tat de conditionnement, on peut dire &#8211; ce qui n'a pas beaucoup de sens &#8211; que la philosophie est fille de l'exp&#233;rience et doit son origine &#224; un fait a posteriori . (En fait, penser est toujours la n&#233;gation de ce que nous avons imm&#233;diatement devant nous.) On peut cependant dire avec autant de v&#233;rit&#233; que nous devons manger aux moyens de nourriture, tant que nous ne pouvons pas manger sans eux. Si nous adoptons cette conception, manger est certainement pr&#233;sent&#233; comme ingrat : cela d&#233;vore ce &#224; quoi il se doit. Penser, selon cette conception de son action, est tout aussi ingrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi un aspect a priori de la pens&#233;e, o&#249;, par une m&#233;diation, non faite par quelque chose d'ext&#233;rieur, mais par une r&#233;flexion sur soi-m&#234;me, nous avons cette imm&#233;diatet&#233; qui est l'universalit&#233;, la complaisance de la pens&#233;e qui est si bien avec elle-m&#234;me qu'elle se sent indiff&#233;rente &#224; descendre dans les d&#233;tails, et par l&#224; m&#234;me &#224; d&#233;velopper sa propre nature. Il en est de m&#234;me de la religion, qui, qu'elle soit grossi&#232;re ou &#233;labor&#233;e, qu'elle soit rev&#234;tue d'une pr&#233;cision scientifique dans les d&#233;tails ou qu'elle se limite &#224; la simple foi du c&#339;ur, poss&#232;de, partout, la m&#234;me nature intense de contentement et de f&#233;licit&#233;. Mais si la pens&#233;e ne va jamais plus loin que l'universalit&#233; des Id&#233;es, comme ce fut n&#233;cessairement le cas dans les premi&#232;res philosophies (alors que les El&#233;ates n'all&#232;rent jamais au-del&#224; de l'&#202;tre, ou H&#233;raclite au-del&#224; du Devenir), elle est &#224; juste titre accus&#233;e de formalisme. M&#234;me dans une phase plus avanc&#233;e de la philosophie, nous pouvons souvent trouver une doctrine qui n'a ma&#238;tris&#233; que certaines propositions ou formules abstraites, telles que : &#171; Dans l'absolu tout est un &#187;.&#171; Sujet et objet sont identiques &#187; &#8212; et cela ne se r&#233;p&#232;te que dans les cas particuliers. Si l'on tient compte de cette premi&#232;re p&#233;riode de la pens&#233;e, de la p&#233;riode de la simple g&#233;n&#233;ralit&#233;, on peut dire sans risque de se tromper que l'exp&#233;rience est le v&#233;ritable auteur du d&#233;veloppement et du progr&#232;s de la philosophie. Car, premi&#232;rement, les sciences empiriques ne s'arr&#234;tent pas &#224; la simple observation des particularit&#233;s d'un ph&#233;nom&#232;ne. Gr&#226;ce &#224; la pens&#233;e, elles peuvent pr&#233;senter &#224; la philosophie des mat&#233;riaux pr&#233;par&#233;s pour elle, sous forme d'uniformit&#233;s g&#233;n&#233;rales, c'est-&#224;-dire de lois, et de classifications des ph&#233;nom&#232;nes. Lorsque cela est fait, les faits particuliers qu'ils contiennent sont pr&#234;ts &#224; &#234;tre re&#231;us par la philosophie. Deuxi&#232;mement, cela implique que la pens&#233;e elle-m&#234;me est oblig&#233;e de s'orienter vers ces v&#233;rit&#233;s concr&#232;tes et sp&#233;cifiques. L'accueil de ces mat&#233;riaux scientifiques dans la philosophie, maintenant que la pens&#233;e a supprim&#233; leur imm&#233;diatet&#233; et qu'elle a cess&#233; d'&#234;tre de simples donn&#233;es, constitue en m&#234;me temps un d&#233;veloppement de la pens&#233;e &#224; partir d'elle-m&#234;me. La philosophie doit donc son d&#233;veloppement aux sciences empiriques. En retour, elle conf&#232;re &#224; leur contenu ce qui leur est si vital, la libert&#233; de penser, en bref un caract&#232;re a priori . Ces contenus sont d&#233;sormais justifi&#233;s comme n&#233;cessaires et ne d&#233;pendent plus seulement de faits tels qu'ils ont &#233;t&#233; d&#233;couverts et v&#233;cus. Le fait v&#233;cu devient ainsi une illustration et une copie de l'activit&#233; originelle et enti&#232;rement autonome de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est, en termes exacts, l'origine et le d&#233;veloppement de la philosophie. Mais l'Histoire de la philosophie nous donne le m&#234;me processus d'un point de vue historique et ext&#233;rieur. Les &#233;tapes de l'&#233;volution de l'Id&#233;e semblent s'y succ&#233;der par hasard et ne pr&#233;senter qu'une s&#233;rie de principes diff&#233;rents et sans rapport entre eux, que les divers syst&#232;mes de philosophie mettent en &#339;uvre &#224; leur mani&#232;re. Mais il n'en est pas ainsi. Depuis des milliers d'ann&#233;es, le m&#234;me architecte dirige l'&#339;uvre : et cet architecte est l'unique esprit vivant dont la nature est de penser, de prendre conscience de ce qu'il est, et, en se pla&#231;ant ainsi devant lui comme objet, de s'&#233;lever en m&#234;me temps au-dessus de lui et d'atteindre ainsi un degr&#233; sup&#233;rieur de son &#234;tre. Les diff&#233;rents syst&#232;mes que pr&#233;sente l'histoire de la philosophie ne sont donc pas inconciliables avec l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire, ou bien qu'il s'agit d'une philosophie &#224; diff&#233;rents degr&#233;s de maturit&#233;, ou bien que le principe particulier qui est le fondement de chaque syst&#232;me n'est qu'une branche d'un seul et m&#234;me univers de pens&#233;e. En philosophie, la derni&#232;re naissance du temps est le r&#233;sultat de tous les syst&#232;mes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, et doit inclure leurs principes ; et donc, si, pour d'autres raisons, elle m&#233;rite le titre de philosophie, elle sera le syst&#232;me le plus complet, le plus complet et le plus ad&#233;quat de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle de tant de syst&#232;mes philosophiques si divers sugg&#232;re la n&#233;cessit&#233; de d&#233;finir plus exactement la relation entre l'universel et le particulier. Quand l'universel est r&#233;duit &#224; une simple forme et coordonn&#233; avec le particulier, comme s'il &#233;tait au m&#234;me niveau, il s'enfonce lui-m&#234;me dans un particulier. M&#234;me le bon sens dans les affaires courantes est au-dessus de l'absurdit&#233; qui consiste &#224; mettre un universel &#224; c&#244;t&#233; des particuliers. Quiconque d&#233;sire des fruits rejetterait-il les cerises, les poires et les raisins sous pr&#233;texte qu'ils sont des cerises, des poires ou des raisins et non des fruits ? Mais quand il s'agit de philosophie, l'excuse de beaucoup est que les philosophies sont si diff&#233;rentes, qu'aucune d'elles n'est la philosophie, que chacune n'est qu'une philosophie. Un tel argument est cens&#233; justifier n'importe quel m&#233;pris pour la philosophie. Et pourtant, les cerises sont aussi des fruits. Souvent aussi, un syst&#232;me dont le principe est l'universel est mis au m&#234;me niveau qu'un autre dont le principe est un particulier, et qu'il est mis au m&#234;me niveau que des th&#233;ories qui nient compl&#232;tement l'existence de la philosophie. On dit que de tels syst&#232;mes ne sont que des conceptions diff&#233;rentes de la philosophie. Avec une &#233;gale justice, la lumi&#232;re et l'obscurit&#233; pourraient &#234;tre qualifi&#233;es de diff&#233;rentes sortes de lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 14&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me &#233;volution de la pens&#233;e que celle que nous voyons dans l'histoire de la philosophie se retrouve dans le Syst&#232;me de la philosophie lui-m&#234;me. Ici, au lieu d'observer le processus, comme nous le faisons dans l'histoire, de l'ext&#233;rieur, nous voyons le mouvement de la pens&#233;e clairement d&#233;fini dans son milieu natif. La pens&#233;e, qui est authentique et autonome, doit &#234;tre intrins&#232;quement concr&#232;te ; elle doit &#234;tre une Id&#233;e ; et lorsqu'elle est consid&#233;r&#233;e dans toute son universalit&#233;, elle est l'Id&#233;e, ou l'Absolu. La science de cette Id&#233;e doit former un syst&#232;me. Car la v&#233;rit&#233; est concr&#232;te ; c'est-&#224;-dire qu'en m&#234;me temps qu'elle donne un lien et un principe d'unit&#233;, elle poss&#232;de aussi une source interne de d&#233;veloppement. La v&#233;rit&#233; n'est donc possible que comme univers ou totalit&#233; de la pens&#233;e ; et la libert&#233; de l'ensemble, ainsi que la n&#233;cessit&#233; des diverses subdivisions qu'elle implique, ne sont possibles que lorsque celles-ci sont distingu&#233;es et d&#233;finies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins d'&#234;tre un syst&#232;me, une philosophie n'est pas une production scientifique. La philosophie non syst&#233;matique ne peut &#234;tre cens&#233;e exprimer que les particularit&#233;s personnelles de l'esprit et ne repose sur aucun principe pour r&#233;guler son contenu. En dehors de leur interd&#233;pendance et de leur union organique, les v&#233;rit&#233;s de la philosophie sont sans valeur et doivent alors &#234;tre trait&#233;es comme des hypoth&#232;ses sans fondement ou des convictions personnelles. Pourtant, de nombreux trait&#233;s philosophiques se limitent &#224; une telle exposition des opinions et des sentiments de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme syst&#232;me est souvent mal compris. Il ne d&#233;signe pas une philosophie dont le principe est &#233;troit et doit &#234;tre distingu&#233; des autres. Au contraire, une v&#233;ritable philosophie fait de tout principe particulier un principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune des parties de la philosophie est un tout philosophique, un cercle arrondi et complet en lui-m&#234;me . Mais dans chacune de ces parties, l'Id&#233;e philosophique se trouve dans une sp&#233;cificit&#233; ou un milieu particulier. Le cercle singulier, parce qu'il est une totalit&#233; r&#233;elle, franchit les limites impos&#233;es par son milieu sp&#233;cial et donne naissance &#224; un cercle plus vaste. L'ensemble de la philosophie ressemble ainsi &#224; un cercle de cercles . L'Id&#233;e appara&#238;t dans chaque cercle singulier, mais en m&#234;me temps, l'Id&#233;e enti&#232;re est constitu&#233;e par le syst&#232;me de ces phases particuli&#232;res, et chacune est un membre n&#233;cessaire de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 16&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la forme d'une encyclop&#233;die, la science n'a pas de place pour une exposition d&#233;taill&#233;e des d&#233;tails, et doit se limiter &#224; exposer le commencement des sciences sp&#233;ciales et les notions d'importance cardinale en elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir dans quelle mesure les parties particuli&#232;res sont n&#233;cessaires pour constituer une branche particuli&#232;re de la connaissance est si ind&#233;termin&#233;e que, pour &#234;tre vraie, la partie ne doit pas &#234;tre un membre isol&#233;, mais elle doit &#234;tre elle-m&#234;me un tout organique. Le champ de la philosophie tout entier forme donc en r&#233;alit&#233; une science unique ; mais on peut aussi le consid&#233;rer comme un tout, compos&#233; de plusieurs sciences particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas confondre l'encyclop&#233;die de la philosophie avec les encyclop&#233;dies ordinaires. Une encyclop&#233;die ordinaire ne pr&#233;tend &#234;tre qu'un agr&#233;gat de sciences, r&#233;gl&#233;es par aucun principe, et telles que l'exp&#233;rience les pr&#233;sente. Elle comprend m&#234;me parfois ce qui ne porte que le nom de sciences, alors qu'elles ne sont qu'une collection de bribes d'informations. Dans un tel agr&#233;gat, les diverses branches de la connaissance doivent leur place dans l'encyclop&#233;die &#224; des raisons extrins&#232;ques, et leur unit&#233; est donc artificielle : elles sont ordonn&#233;es , mais on ne peut pas dire qu'elles forment un syst&#232;me . Pour la m&#234;me raison, d'autant plus que les mat&#233;riaux &#224; combiner ne d&#233;pendent pas non plus d'une r&#232;gle ou d'un principe, l'arrangement est au mieux une exp&#233;rience, et pr&#233;sentera toujours des in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une encyclop&#233;die de la philosophie exclut trois sortes de sciences partielles. I. Elle exclut les simples agr&#233;gats de fragments d'information. La philologie, dans son aspect prima facie, appartient &#224; cette classe. II. Elle rejette les quasi-sciences, qui sont fond&#233;es sur un acte de volont&#233; arbitraire seul, comme l'h&#233;raldique. Les sciences de cette classe sont positives du d&#233;but &#224; la fin. III. Dans une autre classe de sciences, &#233;galement qualifi&#233;es de positives, mais qui ont une base rationnelle et un d&#233;but rationnel, la philosophie revendique ce constituant comme sien. Les traits positifs restent la propri&#233;t&#233; des sciences elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment positif de la derni&#232;re classe de sciences est de nature diff&#233;rente. (1) Leur commencement, bien que rationnel au fond, c&#232;de &#224; l'influence du hasard, quand il s'agit de mettre en contact leur v&#233;rit&#233; universelle avec les faits r&#233;els et les ph&#233;nom&#232;nes singuliers de l'exp&#233;rience. Dans cette r&#233;gion du hasard et du changement, la notion ad&#233;quate de science doit c&#233;der la place aux raisons ou aux fondements de l'explication. Ainsi, par exemple, dans la science de la jurisprudence ou dans le syst&#232;me des imp&#244;ts directs et indirects, il est n&#233;cessaire de fixer avec pr&#233;cision et de fa&#231;on d&#233;finitive certains points qui d&#233;passent la comp&#233;tence des lignes absolues trac&#233;es par la notion pure. Une certaine latitude de fixation est donc laiss&#233;e ; chaque point peut &#234;tre d&#233;termin&#233; d'une mani&#232;re d'apr&#232;s un principe, d'une autre mani&#232;re d'apr&#232;s un autre, et n'admet aucune certitude d&#233;finitive. De m&#234;me, l'id&#233;e de nature, lorsqu'elle est morcel&#233;e en d&#233;tails, se dissipe en contingences. L'histoire naturelle, la g&#233;ographie et la m&#233;decine butent sur des descriptions d'existences, sur des esp&#232;ces et des distinctions qui ne sont pas d&#233;termin&#233;es par la raison, mais par le jeu et les incidents fortuits. L'histoire elle-m&#234;me tombe dans la m&#234;me cat&#233;gorie. L'id&#233;e est son essence et sa nature int&#233;rieure ; (ii) Ces sciences sont positives aussi parce qu'elles ne reconnaissent pas la nature finie de ce qu'elles affirment, et qu'elles ne montrent pas comment ces cat&#233;gories et toute leur sph&#232;re passent dans un domaine sup&#233;rieur. Elles supposent que leurs affirmations poss&#232;dent une autorit&#233; irr&#233;vocable. Ici, la faute r&#233;side dans la finitude de la forme, comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent, elle r&#233;sidait dans la mati&#232;re. ( iii ) En cons&#233;quence imm&#233;diate de cela, les sciences sont positives en raison des bases insuffisantes sur lesquelles reposent leurs conclusions : fond&#233;es comme elles le sont sur des inf&#233;rences d&#233;tach&#233;es et fortuites, sur le sentiment, la foi et l'autorit&#233;, et, en g&#233;n&#233;ral, sur les r&#233;sultats de la perception int&#233;rieure et ext&#233;rieure. Sous cette rubrique, nous devons &#233;galement classer la philosophie qui se propose de construire sur l'anthropologie, les faits de conscience, le sens int&#233;rieur ou l'exp&#233;rience ext&#233;rieure. Il peut arriver, cependant, qu'empirique soit une &#233;pith&#232;te applicable seulement &#224; la forme de l'exposition scientifique, tandis que la sagacit&#233; intuitive a class&#233; ce qui n'est que des ph&#233;nom&#232;nes, selon la s&#233;quence essentielle de la notion. Dans un tel cas, les contrastes entre les ph&#233;nom&#232;nes vari&#233;s et nombreux r&#233;unis servent &#224; &#233;liminer les circonstances ext&#233;rieures et accidentelles de leurs conditions, et l'universel appara&#238;t ainsi clairement. Guid&#233;e par une telle intuition, la physique exp&#233;rimentale pr&#233;sentera la science rationnelle de la nature &#8212; comme l'histoire pr&#233;sentera la science des affaires et des actions humaines &#8212; dans une image ext&#233;rieure qui refl&#232;te la notion philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la philosophie, pour commencer son cheminement, ait d&#251;, comme les autres sciences, partir d'une pr&#233;supposition subjective. Les sciences postulent leurs objets respectifs, tels que l'espace, le nombre, etc., et l'on pourrait supposer que la philosophie doit aussi postuler l'existence de la pens&#233;e. Mais les deux cas ne sont pas exactement parall&#232;les. C'est par l'acte libre de la pens&#233;e qu'elle occupe un point de vue dans lequel elle est pour elle-m&#234;me, et se donne ainsi un objet de sa propre production. Et ce n'est pas tout. Le point de vue m&#234;me, qui n'est pris &#224; l'origine que sur la base de son propre t&#233;moignage, doit, au cours de la science, se transformer en un r&#233;sultat, le r&#233;sultat final dans lequel la philosophie retourne en elle-m&#234;me et atteint le point par lequel elle a commenc&#233;. De cette mani&#232;re, la philosophie pr&#233;sente l'apparence d'un cercle qui se ferme sur lui-m&#234;me et n'a pas de commencement, comme les autres sciences. Parler d'un commencement de la philosophie n'a de sens que par rapport &#224; celui qui se propose de commencer l'&#233;tude, et non par rapport &#224; la science en tant que science. On peut exprimer la m&#234;me chose ainsi. La notion de science, celle donc par laquelle nous partons, qui, par cela m&#234;me qu'elle est initiale, implique une s&#233;paration entre la pens&#233;e qui est notre objet et le sujet philosophant qui est comme ext&#233;rieur &#224; la premi&#232;re, doit &#234;tre saisie et comprise par la science elle-m&#234;me. C'est en somme l'unique but, l'unique action et le seul but de la philosophie : parvenir &#224; la notion de sa notion, et ainsi assurer son retour et sa satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 18&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toute la science, et seulement la science tout enti&#232;re, peut montrer ce qu'est l'Id&#233;e ou le syst&#232;me de la raison, il est impossible de donner d'une mani&#232;re pr&#233;liminaire une impression g&#233;n&#233;rale d'une philosophie. Une division de la philosophie en ses parties ne peut non plus &#234;tre intelligible qu'en rapport avec le syst&#232;me. Une division pr&#233;liminaire, comme la conception limit&#233;e dont elle provient, ne peut &#234;tre qu'une anticipation. Mais ici on suppose que l'Id&#233;e se r&#233;v&#232;le &#234;tre la pens&#233;e qui est compl&#232;tement identique &#224; elle-m&#234;me, et non pas identique simplement dans l'abstrait, mais aussi dans son action de se mettre en face d'elle-m&#234;me, de mani&#232;re &#224; acqu&#233;rir un &#234;tre propre, et pourtant d'&#234;tre en pleine possession d'elle-m&#234;me pendant qu'elle est dans cet autre. Ainsi la philosophie se subdivise en trois parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. La logique : science de l'Id&#233;e en et pour elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
II. La philosophie de la nature : science de l'Id&#233;e dans son alt&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. La philosophie de l'esprit : science de l'Id&#233;e revenue &#224; elle-m&#234;me &#224; partir de cette alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons observ&#233; au &#167; 15, les diff&#233;rences entre les diverses sciences philosophiques ne sont que des aspects ou des sp&#233;cialisations de l'Id&#233;e ou du syst&#232;me de raison unique, qui, seul, se manifeste de la m&#234;me mani&#232;re dans ces diff&#233;rents milieux. Dans la nature, rien d'autre ne devrait &#234;tre discern&#233; que l'Id&#233;e ; mais l'Id&#233;e s'est ici d&#233;pouill&#233;e de son &#234;tre propre. Dans l'esprit, l'Id&#233;e a affirm&#233; un &#234;tre qui lui est propre et est en voie de devenir absolue. Toute forme d'expression de l'Id&#233;e est en m&#234;me temps un stade passager ou fugitif ; c'est pourquoi chacune de ces subdivisions doit non seulement conna&#238;tre son contenu comme un objet qui existe pour un certain temps, mais aussi expliquer en m&#234;me temps comment ce contenu passe dans son cercle sup&#233;rieur. Repr&#233;senter la relation entre elles comme une division conduit donc &#224; une conception erron&#233;e ; car elle coordonne les diff&#233;rentes parties ou sciences les unes &#224; c&#244;t&#233; des autres, comme si elles n'avaient pas de d&#233;veloppement inn&#233;, mais &#233;taient, comme autant d'esp&#232;ces, r&#233;ellement et radicalement distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II : Notion pr&#233;liminaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Logique d&#233;riv&#233;e d'une &#233;tude de l'ensemble du syst&#232;me&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique est la science de l'Id&#233;e pure ; pure, c'est-&#224;-dire parce que l'Id&#233;e est dans le milieu abstrait de la Pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition, et les autres qui figurent dans ces esquisses introductives, d&#233;coulent d'un survol de l'ensemble du syst&#232;me, auquel elles font suite. La m&#234;me remarque s'applique &#224; toutes les notions pr&#233;liminaires, quelles qu'elles soient, concernant la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu d&#233;finir la logique comme la science de la pens&#233;e , de ses lois et de ses formes caract&#233;ristiques. Mais la pens&#233;e, en tant que pens&#233;e, ne constitue que le milieu g&#233;n&#233;ral, ou la circonstance qualifiante, qui rend l'Id&#233;e particuli&#232;rement logique. Si nous identifions l'Id&#233;e &#224; la pens&#233;e, il ne faut pas prendre la pens&#233;e au sens d'une m&#233;thode ou d'une forme, mais au sens de la totalit&#233; auto-d&#233;velopp&#233;e de ses lois et de ses termes particuliers. Ces lois sont l'&#339;uvre de la pens&#233;e elle-m&#234;me, et non un fait qu'elle d&#233;couvre et auquel elle doit se soumettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique est, sous diff&#233;rents points de vue, la science la plus difficile ou la plus facile. La logique est difficile parce qu'elle a affaire non pas &#224; des perceptions, ni, comme la g&#233;om&#233;trie, &#224; des repr&#233;sentations abstraites des sens, mais &#224; des abstractions pures ; et parce qu'elle exige une force et une facilit&#233; pour se retirer dans la pens&#233;e pure, pour s'y maintenir fermement et pour se mouvoir dans un tel &#233;l&#233;ment. La logique est facile parce que ses faits ne sont rien d'autre que notre propre pens&#233;e et ses formes ou termes familiers : et ceux-ci sont le comble de la simplicit&#233;, l'ABC de tout le reste. Ce sont aussi ceux que nous connaissons le mieux : tels que &#171; est &#187; et &#171; n'est pas &#187; ; qualit&#233; et grandeur ; &#234;tre en puissance et &#234;tre actuel ; un, plusieurs, etc. Mais une telle connaissance ne fait qu'ajouter aux difficult&#233;s de l'&#233;tude ; car si, d'un c&#244;t&#233;, nous pensons naturellement qu'il ne vaut pas la peine de nous occuper plus longtemps de choses si famili&#232;res, d'un autre c&#244;t&#233;, le probl&#232;me est de les conna&#238;tre d'une mani&#232;re nouvelle, tout &#224; fait oppos&#233;e &#224; celle par laquelle nous les connaissons d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utilit&#233; de la logique est une question qui concerne son influence sur l'&#233;tudiant et l'entra&#238;nement qu'elle peut lui donner pour d'autres objectifs. Cet entra&#238;nement logique consiste dans l'exercice de la pens&#233;e que l'&#233;tudiant doit accomplir (cette science est la pens&#233;e de la pens&#233;e) et dans le fait qu'il remplit sa t&#234;te de pens&#233;es, dans leur nature naturelle et sans m&#233;lange. Il est vrai que la logique, &#233;tant la forme absolue de la v&#233;rit&#233; et un autre nom pour la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me, est quelque chose de plus que simplement utile. Cependant, si ce qui est le plus noble, le plus lib&#233;ral et le plus ind&#233;pendant est aussi le plus utile, la logique a quelque pr&#233;tention &#224; ce dernier caract&#232;re. Son utilit&#233; doit alors &#234;tre estim&#233;e &#224; un autre niveau que l'exercice de la pens&#233;e pour l'exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 19n&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re question est la suivante : quel est le but de notre science ? La r&#233;ponse la plus simple et la plus intelligible &#224; cette question est que la V&#233;rit&#233; est le but de la Logique. V&#233;rit&#233; est un mot noble, et la chose l'est encore plus. Tant que l'homme est sain de c&#339;ur et d'esprit, la recherche de la v&#233;rit&#233; doit &#233;veiller tout l'enthousiasme de sa nature. Mais vient imm&#233;diatement l'objection : sommes-nous capables de conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; ? Il semble y avoir une disproportion entre des &#234;tres finis comme nous et la v&#233;rit&#233; qui est absolue, et l'on se demande s'il existe un pont entre le fini et l'infini. Dieu est la v&#233;rit&#233; : comment le conna&#238;trons-nous ? Une telle entreprise semble &#234;tre en contradiction avec les gr&#226;ces de l'humilit&#233;. D'autres qui demandent si nous pouvons conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; ont un but diff&#233;rent. Ils veulent se justifier en vivant en se contentant de leurs objectifs mesquins et finis. Et une humilit&#233; de ce genre est une pauvre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le temps est r&#233;volu o&#249; l'on se demandait : &#171; Comment, moi, pauvre ver de terre, pourrais-je conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; ? &#187; Et &#224; sa place, on trouve la vanit&#233; et la suffisance : on pr&#233;tend, sans aucun effort de sa part, respirer l'atmosph&#232;re m&#234;me de la v&#233;rit&#233;. On a flatt&#233; les jeunes en leur faisant croire qu'ils poss&#232;dent un droit naturel de naissance &#224; la v&#233;rit&#233; morale et religieuse. Et de la m&#234;me mani&#232;re, on d&#233;clare que les plus m&#251;rs sont enfonc&#233;s, p&#233;trifi&#233;s, ossifi&#233;s dans le mensonge. La jeunesse, disent ces professeurs, voit la vive lumi&#232;re de l'aube ; mais la g&#233;n&#233;ration plus &#226;g&#233;e g&#238;t dans le bourbier et la boue du jour ordinaire. Ils admettent que les sciences sp&#233;ciales sont quelque chose qu'il faut certainement cultiver, mais simplement comme moyen de satisfaire les besoins de la vie ext&#233;rieure. Dans tout cela, ce n'est pas l'humilit&#233; qui nous emp&#234;che de conna&#238;tre et d'&#233;tudier la v&#233;rit&#233;, mais la conviction que nous en sommes d&#233;j&#224; pleinement possesseurs. Et sans aucun doute, les jeunes portent avec eux les espoirs de leurs a&#238;n&#233;s ; c'est sur eux que repose le progr&#232;s du monde et de la science. Mais ces espoirs ne sont plac&#233;s dans les jeunes qu'&#224; la condition qu'au lieu de rester tels qu'ils sont, ils entreprennent le dur travail de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modestie dans la recherche de la v&#233;rit&#233; a encore une autre facette : c'est l'indiff&#233;rence distingu&#233;e &#224; l'&#233;gard de la v&#233;rit&#233;, telle que nous la voyons dans la conversation de Pilate avec le Christ. Pilate demandait &#171; Qu'est-ce que la v&#233;rit&#233; ? &#187; avec l'air d'un homme qui a r&#233;gl&#233; ses comptes avec tout depuis longtemps et conclu que rien n'a d'importance particuli&#232;re &#8212; il entendait &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que Salomon quand il dit : &#171; Tout est vanit&#233; &#187;. Dans ce cas, il ne reste que l'orgueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la v&#233;rit&#233; rencontre un obstacle suppl&#233;mentaire dans la timidit&#233;. Un esprit paresseux trouve naturel de dire : &#171; Ne croyez pas que nous voulons &#234;tre s&#233;rieux dans notre philosophie. Nous serons heureux, entre autres, d'&#233;tudier la logique, mais il faut que la logique nous laisse tels que nous &#233;tions auparavant. &#187; Les gens ont le sentiment que si la pens&#233;e d&#233;passe le champ ordinaire de nos id&#233;es et de nos impressions, elle ne peut qu'&#234;tre sur la mauvaise voie. Ils semblent se confier &#224; une mer sur laquelle les vagues de la pens&#233;e les ballotteront de-ci de-l&#224;, jusqu'&#224; ce qu'ils atteignent enfin le banc de sable de cette sc&#232;ne temporelle, aussi compl&#232;tement pauvres qu'au moment o&#249; ils l'ont quitt&#233;e. Ce qui r&#233;sulte d'une telle vision, nous le voyons dans le monde. Il est possible, dans ces limites, d'acqu&#233;rir des connaissances vari&#233;es et de nombreuses r&#233;alisations, de devenir un ma&#238;tre de la routine officielle et d'&#234;tre form&#233; &#224; des fins sp&#233;ciales. Mais c'est tout autre chose d'&#233;duquer l'esprit pour la vie sup&#233;rieure et de consacrer nos &#233;nergies &#224; son service. De nos jours, on peut esp&#233;rer qu'un d&#233;sir de quelque chose de meilleur a surgi parmi les jeunes, de sorte qu'ils ne se contenteront plus de la simple paille du savoir ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Il est universellement admis que la pens&#233;e est l'objet de la logique. Mais notre appr&#233;ciation de la pens&#233;e peut &#234;tre tr&#232;s basse ou tr&#232;s &#233;lev&#233;e. D'un c&#244;t&#233;, les gens disent : &#171; Ce n'est qu'une pens&#233;e. &#187; Selon eux, la pens&#233;e est subjective , arbitraire et accidentelle, distincte de la chose elle-m&#234;me, du vrai et du r&#233;el . D'un autre c&#244;t&#233;, on peut faire une tr&#232;s haute appr&#233;ciation de la pens&#233;e, lorsque la pens&#233;e seule est consid&#233;r&#233;e comme suffisante pour atteindre la plus haute de toutes les choses, la nature de Dieu , dont les sens ne peuvent rien nous dire. Dieu est un esprit, dit-on, et doit &#234;tre ador&#233; en esprit et en v&#233;rit&#233;. Mais ce qui est simplement ressenti et sensible, nous l'admettons, n'est pas le spirituel ; son c&#339;ur des c&#339;urs est dans la pens&#233;e ; et seul l'esprit peut conna&#238;tre l'esprit. Et s'il est vrai que l'esprit peut se r&#233;duire &#224; un sentiment et &#224; des sens &#8211; comme c'est le cas en religion &#8211; le simple sentiment, en tant que mode de conscience, est une chose, et son contenu une autre. Le sentiment, en tant que sentiment, est la forme g&#233;n&#233;rale de la nature sensible que nous avons en commun avec les brutes. Cette forme, le sentiment, peut peut-&#234;tre saisir et s'approprier la v&#233;rit&#233; organique dans sa totalit&#233;, mais cette forme n'a aucune congruence r&#233;elle avec son contenu. La forme du sentiment est la forme la plus basse dans laquelle la v&#233;rit&#233; spirituelle puisse &#234;tre exprim&#233;e. Le monde des existences spirituelles, Dieu lui-m&#234;me, n'existe en v&#233;rit&#233; propre que dans la pens&#233;e et en tant que pens&#233;e. S'il en est ainsi, la pens&#233;e, loin d'&#234;tre une simple pens&#233;e, est le mode le plus &#233;lev&#233; et, en toute rigueur, le seul mode d'appr&#233;hension de l'&#233;ternel et de l'absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la pens&#233;e, comme de la science de la pens&#233;e, on peut se faire une opinion tr&#232;s haute ou tr&#232;s basse. On suppose que tout homme peut penser sans logique, comme il peut dig&#233;rer sans &#233;tudier la physiologie. S'il a &#233;tudi&#233; la logique, il pense ensuite comme il le faisait auparavant, peut-&#234;tre avec plus de m&#233;thode, mais sans gu&#232;re de changement. Si c'&#233;tait tout, et si la logique ne faisait que faire conna&#238;tre aux hommes l'action de la pens&#233;e comme facult&#233; de comparaison et de classification, elle ne produirait rien qui n'ait &#233;t&#233; fait aussi bien auparavant. Et en fait, la logique n'avait jusqu'ici aucune autre id&#233;e de son devoir que celle-l&#224;. Pourtant, il est honorable et int&#233;ressant pour l'homme d'&#234;tre bien inform&#233; sur la pens&#233;e, m&#234;me en tant que simple activit&#233; de l'esprit sujet. C'est en sachant ce qu'il est et ce qu'il fait que l'homme se distingue des brutes. Mais nous pouvons consid&#233;rer la pens&#233;e comme la plus haute, comme ce qui seul peut r&#233;ellement entrer en contact avec le supr&#234;me et le vrai. Dans ce cas, la logique en tant que science de la pens&#233;e occupe une place &#233;lev&#233;e. Si la Logique consid&#232;re la pens&#233;e dans son action et dans ses productions (et la pens&#233;e n'&#233;tant pas une &#233;nergie sans r&#233;sultat produit des pens&#233;es et la pens&#233;e particuli&#232;re requise), le th&#232;me de la Logique est en g&#233;n&#233;ral le monde suprasensible, et traiter de ce th&#232;me, c'est demeurer un moment dans ce monde. Les Math&#233;matiques s'occupent des abstractions du temps et de l'espace. Mais celles-ci sont toujours l'objet des sens, bien que le sensible soit abstrait et id&#233;alis&#233;. La Pens&#233;e fait m&#234;me ses adieux &#224; ce dernier sensible abstrait : elle affirme sa propre ind&#233;pendance native, renonce au domaine du sens externe et interne, et met de c&#244;t&#233; les int&#233;r&#234;ts et les inclinations de l'individu. Lorsque la Logique s'engage sur ce terrain, elle est une science plus &#233;lev&#233;e que nous avons l'habitude de supposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La n&#233;cessit&#233; de comprendre la logique dans un sens plus profond que celui de la simple science de la pens&#233;e est renforc&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de la religion et de la politique, du droit et de la morale. Autrefois, les hommes ne voulaient pas nuire en pensant : ils pensaient librement et sans crainte. Ils pensaient &#224; Dieu, &#224; la nature et &#224; l'&#201;tat ; et ils &#233;taient s&#251;rs qu'on ne pouvait obtenir la connaissance de la v&#233;rit&#233; que par la pens&#233;e, et non par les sens ou par des id&#233;es ou des opinions fortuites. Mais tandis qu'ils pensaient ainsi, les principales ordonnances de la vie commenc&#232;rent &#224; &#234;tre s&#233;rieusement affect&#233;es par leurs conclusions. La pens&#233;e privait les institutions existantes de leur force. Les constitutions devinrent victimes de la pens&#233;e ; la religion fut assaillie par la pens&#233;e ; des croyances religieuses fermes qui avaient toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme des r&#233;v&#233;lations furent min&#233;es, et dans beaucoup d'esprits la vieille foi fut boulevers&#233;e. Les philosophes grecs, par exemple, devinrent les antagonistes de l'ancienne religion et d&#233;truisirent ses croyances. Les philosophes furent donc bannis ou mis &#224; mort, comme des r&#233;volutionnaires qui avaient subverti la religion et l'&#201;tat, deux choses ins&#233;parables. En bref, la pens&#233;e s'est impos&#233;e comme une puissance dans le monde r&#233;el et a exerc&#233; une influence &#233;norme. L'affaire a fini par attirer l'attention sur l'influence de la pens&#233;e, et ses pr&#233;tentions ont &#233;t&#233; soumises &#224; un examen plus rigoureux, par lequel le monde a d&#233;clar&#233; trouver que la pens&#233;e s'arrogeait trop et &#233;tait incapable d'accomplir ce qu'elle avait entrepris. Elle n'avait pas, disait-on, appris l'&#234;tre r&#233;el de Dieu, de la Nature et de l'Esprit. Elle n'avait pas appris ce qu'&#233;tait la v&#233;rit&#233;. Ce qu'elle avait fait, c'&#233;tait renverser la religion et l'&#201;tat. Il devenait donc urgent de justifier la pens&#233;e, en se r&#233;f&#233;rant aux r&#233;sultats qu'elle avait produits : et c'est cet examen de la nature de la pens&#233;e et cette justification qui, ces derniers temps, a constitu&#233; l'un des principaux probl&#232;mes de la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e consid&#233;r&#233;e comme une activit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167;20&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous prenons notre premi&#232;re impression de la pens&#233;e, nous trouvons en l'examinant d'abord (a) que, dans son acception subjective habituelle, la pens&#233;e est l'une des nombreuses activit&#233;s ou facult&#233;s de l'esprit, coordonn&#233;e avec d'autres telles que la sensation, la perception, l'imagination, le d&#233;sir, la volont&#233;, etc. Le produit de cette activit&#233;, la forme ou le caract&#232;re particulier de la pens&#233;e, est l'UNIVERSEL, ou, en g&#233;n&#233;ral, l'abstrait. La pens&#233;e, consid&#233;r&#233;e comme une activit&#233; , peut donc &#234;tre d&#233;crite comme l' universel actif , et, puisque l'acte, son produit, est encore une fois l'universel, peut &#234;tre appel&#233; l'universel auto-actualisant. La pens&#233;e con&#231;ue comme sujet (agent) est un penseur, et le sujet existant comme penseur est simplement d&#233;sign&#233; par le terme &#171; je &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre le sens, la conception et la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions qui rendent compte de la pens&#233;e dans cette section et dans les suivantes ne sont pas pr&#233;sent&#233;es comme des affirmations ou des opinions de ma part sur la question. Mais dans ces chapitres pr&#233;liminaires, toute d&#233;duction ou preuve serait impossible, et les affirmations peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des preuves. En d'autres termes, tout homme, lorsqu'il pense et consid&#232;re ses pens&#233;es, d&#233;couvrira par l'exp&#233;rience de sa conscience qu'elles poss&#232;dent le caract&#232;re d'universalit&#233; aussi bien que les autres aspects de la pens&#233;e qui seront &#233;num&#233;r&#233;s plus loin. Nous supposons bien s&#251;r que ses pouvoirs d'attention et d'abstraction ont subi un entra&#238;nement pr&#233;alable, lui permettant d'observer correctement les preuves de sa conscience et de ses conceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction a d&#233;j&#224; fait allusion &#224; la distinction entre Sens, Conception et Pens&#233;e. Comme cette distinction est d'une importance capitale pour comprendre la nature et les esp&#232;ces de la connaissance, il sera utile d'y attirer l'attention. Pour expliquer le Sens, la m&#233;thode la plus simple consiste certainement &#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; sa source ext&#233;rieure, les organes des sens. Mais nommer l'organe ne sert pas beaucoup &#224; expliquer ce qu'il saisit. La v&#233;ritable distinction entre le Sens et la Pens&#233;e r&#233;side en ceci : le trait essentiel du sensible est l'individualit&#233; , et comme l'individu (qui, r&#233;duit &#224; ses termes les plus simples, est l'atome) est aussi membre d'un groupe, l'existence sensible pr&#233;sente un certain nombre d'unit&#233;s mutuellement exclusives &#8211; d'unit&#233;s, pour parler en termes plus d&#233;finis et plus abstraits, qui existent c&#244;te &#224; c&#244;te et apr&#232;s les autres. La conception ou la pens&#233;e par image fonctionne avec des mat&#233;riaux provenant de la m&#234;me source sensible. Mais ces mat&#233;riaux, une fois con&#231;us , sont express&#233;ment caract&#233;ris&#233;s comme &#233;tant en moi et donc mien ; et deuxi&#232;mement, comme universels ou simples, parce qu'ils ne se rapportent qu'&#224; soi. Le sens n'est pas la seule source de conception mat&#233;rialis&#233;e. Il y a des conceptions constitu&#233;es par des mat&#233;riaux &#233;manant de la pens&#233;e consciente, comme celles de la loi, de la morale, de la religion et m&#234;me de la pens&#233;e elle-m&#234;me, et il faut un certain effort pour d&#233;couvrir en quoi r&#233;side la diff&#233;rence entre de telles conceptions et des pens&#233;es ayant la m&#234;me port&#233;e. Car c'est une pens&#233;e dont une telle conception est le v&#233;hicule, et il ne manque pas la forme d'universalit&#233;, sans laquelle aucun contenu ne pourrait &#234;tre en moi, ni &#234;tre une conception du tout. Mais ici aussi, la particularit&#233; de la conception est, en g&#233;n&#233;ral, &#224; chercher dans l'individualisme ou l'isolement de son contenu. Il est vrai que, par exemple, la loi et les dispositions l&#233;gales n'existent pas dans un espace sensible, s'excluant mutuellement. Quant au temps, bien qu'ils apparaissent dans une certaine mesure successifs, leurs contenus eux-m&#234;mes ne sont pas con&#231;us comme affect&#233;s par le temps, ou comme transitoires et changeants en lui. Le d&#233;faut de la conception est plus profond. Ces id&#233;es, bien que poss&#233;dant implicitement l'unit&#233; organique de l'esprit, sont isol&#233;es &#231;&#224; et l&#224; sur le vaste terrain de la conception, avec sa g&#233;n&#233;ralit&#233; int&#233;rieure et abstraite. Ainsi, &#224; la d&#233;rive, chacun est simple, sans rapport entre eux : le Droit, le Devoir, Dieu. La conception dans ces circonstances se contente soit de d&#233;clarer que le Droit est le Droit, que Dieu est Dieu ; soit, &#224; un degr&#233; de culture plus &#233;lev&#233;, elle proc&#232;de &#224; l'&#233;nonciation des attributs : par exemple, Dieu est le Cr&#233;ateur du monde, omniscient, tout-puissant, etc. De cette mani&#232;re, plusieurs pr&#233;dicats isol&#233;s et simples sont li&#233;s entre eux ; mais malgr&#233; le lien fourni par leur sujet, les pr&#233;dicats ne d&#233;passent jamais la simple contigu&#239;t&#233;. En ce point, la Conception co&#239;ncide avec l'Entendement.:la seule distinction &#233;tant que ce dernier introduit des relations d'universel et de particulier , de cause &#224; effet, etc., et fournit ainsi une connexion n&#233;cessaire aux id&#233;es isol&#233;es de conception ; ce dernier les a laiss&#233;es c&#244;te &#224; c&#244;te dans ses espaces mentaux vagues, reli&#233;es seulement par un simple &#171; et &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre conception et pens&#233;e est d'une importance particuli&#232;re : on peut dire que la philosophie ne fait que transformer des conceptions en pens&#233;es, bien qu'elle op&#232;re la transformation ult&#233;rieure d'une simple pens&#233;e en notion. L'existence sensible a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par les attributs d'individualit&#233; et d'exclusion mutuelle de ses membres. Il est bon de se rappeler que ces attributs m&#234;mes du sens sont des pens&#233;es et des termes g&#233;n&#233;raux. On montrera dans la Logique que la pens&#233;e (et l'universel) n'est pas un simple contraire du sens : elle ne laisse rien lui &#233;chapper, mais, d&#233;bordant son autre, elle est &#224; la fois cet autre et elle-m&#234;me. Or le langage est l'&#339;uvre de la pens&#233;e : et donc tout ce qui s'exprime dans le langage doit &#234;tre universel. Ce que je veux dire ou supposer est &#224; moi : cela m'appartient, &#224; cet individu particulier. Mais le langage n'exprime rien d'autre que l'universalit&#233; ; je ne peux donc pas dire ce que je veux simplement dire. Et l'indicible &#8211; le sentiment ou la sensation &#8211; loin d'&#234;tre la v&#233;rit&#233; la plus haute, est la plus insignifiante et la plus fausse. Si je dis &#171; l'individu &#187;, &#171; cet individu &#187;, &#171; ici &#187;, &#171; maintenant &#187;, tous ces termes sont universels. Tout et n'importe quoi est un individu, un &#171; ceci &#187;, et s'il est sens&#233;, il est ici et maintenant. De m&#234;me, quand je dis &#171; je &#187;, j'entends mon moi unique &#224; l'exclusion de tous les autres ; mais ce que je dis , c'est-&#224;-dire &#171; je &#187;, c'est tout simplement tout &#171; je &#187;, qui de la m&#234;me mani&#232;re exclut tous les autres de lui-m&#234;me. Dans une expression maladroite dont Kant se servait, il disait que je suis l'accompagnateur de toutes mes conceptions, aussi bien des sensations, des d&#233;sirs, des actions, etc. &#171; Je &#187; est par essence et par acte l'universel ; et cette association est une forme, bien qu'externe, de l'universalit&#233;. Tous les autres hommes ont en commun avec moi d'&#234;tre &#171; je &#187;, tout comme il est commun &#224; toutes mes sensations et &#224; toutes mes conceptions d'&#234;tre miennes. Mais &#171; je &#187;, dans l'abstrait, en tant que tel, n'est que l'acte de concentration sur soi ou de relation &#224; soi-m&#234;me, dans lequel nous faisons abstraction de toute conception et de tout sentiment, de tout &#233;tat d'esprit et de toute particularit&#233; de la nature, du talent et de l'exp&#233;rience. Dans cette mesure, &#171; je &#187; est l'existence d'une universalit&#233; enti&#232;rement abstraite , un principe de libert&#233; abstraite.C'est donc la pens&#233;e, consid&#233;r&#233;e comme sujet, qui est exprim&#233;e par le mot &#171; je &#187; ; et comme je suis &#224; la fois dans toutes mes sensations, mes conceptions et mes &#233;tats de conscience, la pens&#233;e est partout pr&#233;sente, et elle est une cat&#233;gorie qui traverse toutes ces modifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;20n&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re impression que nous avons quand nous employons le terme de &#171; pens&#233;e &#187; est celle d'une activit&#233; subjective, une parmi de nombreuses facult&#233;s semblables, telles que la m&#233;moire, l'imagination et la volont&#233;. Si la pens&#233;e n'&#233;tait qu'une activit&#233; de l'esprit sujet et si elle &#233;tait trait&#233;e sous cet aspect par la logique, la logique ressemblerait aux autres sciences en ce qu'elle poss&#232;derait un objet bien d&#233;fini. Il pourrait alors sembler arbitraire de consacrer une science sp&#233;ciale &#224; la pens&#233;e, tandis que la volont&#233;, l'imagination et les autres se verraient refuser le m&#234;me privil&#232;ge. Cependant, le choix d'une facult&#233; pourrait m&#234;me, dans cette optique, &#234;tre tr&#232;s bien fond&#233; sur une certaine autorit&#233; reconnue comme appartenant &#224; la pens&#233;e et sur sa pr&#233;tention &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la vraie nature de l'homme, en quoi consiste sa distinction par rapport aux animaux. Il n'est pas non plus sans importance d'&#233;tudier la pens&#233;e m&#234;me en tant qu'&#233;nergie subjective. Une analyse d&#233;taill&#233;e de sa nature r&#233;v&#233;lerait des r&#232;gles et des lois dont la connaissance est tir&#233;e de l'exp&#233;rience. L'&#233;tude des lois de la pens&#233;e, de ce point de vue, a servi autrefois &#224; former le corps de la science logique. C'est Aristote qui en fut le fondateur. Il a r&#233;ussi &#224; attribuer &#224; la pens&#233;e ce qui lui appartient en propre. Notre pens&#233;e est extr&#234;mement concr&#232;te ; mais dans son contenu composite, il faut distinguer la partie qui appartient proprement &#224; la pens&#233;e, ou au mode abstrait de son action. Un lien spirituel subtil, consistant dans l'action de la pens&#233;e, est ce qui donne l'unit&#233; &#224; tous ces contenus, et c'est ce lien, la forme en tant que forme, qu'Aristote a not&#233; et d&#233;crit. Jusqu'&#224; nos jours, la logique d'Aristote continue d'&#234;tre le syst&#232;me re&#231;u. Elle a en effet &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e plus longuement, surtout par les travaux des scolastiques du moyen &#226;ge qui, sans y ajouter de mati&#232;re, se sont content&#233;s de peaufiner les d&#233;tails. Les modernes ont aussi laiss&#233; leur empreinte sur cette logique, en partie en omettant de nombreux points de doctrine logique dus &#224; Aristote et aux scolastiques, en partie en y ajoutant une quantit&#233; de mati&#232;re psychologique. Le but de la science est de se familiariser avec la proc&#233;dure de la pens&#233;e finie : et, si elle est adapt&#233;e &#224; son objet pr&#233;suppos&#233;, la science a le droit d'&#234;tre qualifi&#233;e de correcte. L'&#233;tude de cette logique formelle a sans aucun doute son utilit&#233;. Elle aiguise l'esprit, comme on dit, et nous apprend &#224; rassembler nos pens&#233;es et &#224; faire des abstractions, alors que dans la conscience commune nous avons affaire &#224; des conceptions sensuelles qui se croisent et se troublent les unes les autres. L'abstraction implique en outre la concentration de l'esprit sur un seul point, et induit ainsi l'habitude de pr&#234;ter attention &#224; notre moi int&#233;rieur. La connaissance des formes de la pens&#233;e finie peut &#234;tre un moyen d'entra&#238;ner l'esprit aux sciences empiriques, puisque leur m&#233;thode est r&#233;gl&#233;e par ces formes : et dans ce sens, la logique a &#233;t&#233; qualifi&#233;e d'instrumentale. Il est vrai que nous pouvons &#234;tre encore plus lib&#233;raux et dire : la logique doit &#234;tre &#233;tudi&#233;e non pour son utilit&#233;, mais pour elle-m&#234;me ; le sur-excellent ne doit pas &#234;tre recherch&#233; pour la simple utilit&#233;.En un sens, c'est tout &#224; fait vrai, mais on peut r&#233;pondre que le sur-excellent est aussi le plus utile, parce qu'il est le principe qui soutient tout et qui, ayant sa subsistance propre, peut servir de v&#233;hicule &#224; des fins particuli&#232;res qu'il favorise et assure. Ainsi, des fins particuli&#232;res, bien qu'elles n'aient pas le droit d'&#234;tre plac&#233;es en premier, sont n&#233;anmoins favoris&#233;es par la pr&#233;sence du bien supr&#234;me. La religion, par exemple, a une valeur absolue qui lui est propre ; pourtant, en m&#234;me temps, d'autres fins prosp&#232;rent et r&#233;ussissent &#224; sa suite. Comme le dit le Christ : &#171; Cherchez premi&#232;rement le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront donn&#233;es par-dessus. &#187; On ne peut atteindre des fins particuli&#232;res qu'en obtenant ce qui est absolument et ce qui existe de plein droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e dans ses rapports avec les objets&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) La pens&#233;e a &#233;t&#233; d&#233;crite comme active. Nous allons maintenant consid&#233;rer en second lieu cette action dans ses rapports avec les objets, ou comme une r&#233;flexion sur quelque chose. Dans ce cas, l'universel ou le produit de son op&#233;ration contient la valeur de la chose, c'est l'essentiel, l'int&#233;rieur et le vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au &#167; 5, on cite la vieille croyance selon laquelle la r&#233;alit&#233; d'un objet, d'une circonstance ou d'un &#233;v&#233;nement, la valeur ou l'essence intrins&#232;que, la chose dont tout d&#233;pend, n'est pas une donn&#233;e &#233;vidente de la conscience, ni ne co&#239;ncide avec la premi&#232;re apparition et impression de l'objet ; qu'au contraire, la r&#233;flexion est n&#233;cessaire pour d&#233;couvrir la constitution r&#233;elle de l' objet &#8212; et que par une telle r&#233;flexion elle sera &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les universaux appr&#233;hend&#233;s dans la r&#233;flexion&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 21n&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chir est une le&#231;on que l'enfant doit apprendre. Une de ses premi&#232;res le&#231;ons est de joindre les adjectifs aux substantifs. Cela l'oblige &#224; faire attention et &#224; distinguer : il doit se souvenir d'une r&#232;gle et l'appliquer au cas particulier. Cette r&#232;gle n'est rien d'autre qu'un universel : et l'enfant doit voir que le particulier s'adapte &#224; cet universel. Dans la vie, nous avons des fins &#224; atteindre. Et &#224; cet &#233;gard, nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; la meilleure fa&#231;on de les atteindre. La fin repr&#233;sente ici l'universel ou le principe directeur et nous avons des moyens et des instruments dont nous r&#233;glons l'action conform&#233;ment &#224; la fin. De la m&#234;me mani&#232;re, la r&#233;flexion est active dans les questions de conduite. R&#233;fl&#233;chir signifie ici se souvenir du droit, du devoir &#8211; l'universel qui sert de r&#232;gle fixe pour guider notre comportement dans le cas donn&#233;. Notre acte particulier doit impliquer et reconna&#238;tre la loi universelle. Nous trouvons la m&#234;me chose dans notre &#233;tude des ph&#233;nom&#232;nes naturels. Par exemple, nous observons le tonnerre et les &#233;clairs. Le ph&#233;nom&#232;ne est familier et nous le percevons souvent. Mais l'homme ne se contente pas de la simple connaissance, du fait tel qu'il appara&#238;t aux sens ; il voudrait aller au-del&#224; de la surface, savoir ce qu'il est et le comprendre. Cela l'am&#232;ne &#224; r&#233;fl&#233;chir : il cherche &#224; d&#233;couvrir la cause comme quelque chose de distinct du simple ph&#233;nom&#232;ne ; il essaie de conna&#238;tre l'int&#233;rieur dans sa distinction avec l'ext&#233;rieur. Le ph&#233;nom&#232;ne devient alors double, il se divise en int&#233;rieur et ext&#233;rieur, en force et sa manifestation, en cause et effet. Une fois de plus, nous trouvons l'int&#233;rieur ou la force identifi&#233;s &#224; l'universel et au permanent : non pas tel ou tel &#233;clair, telle ou telle plante, mais ce qui demeure le m&#234;me en eux tous. L'apparence sensible est individuelle et &#233;ph&#233;m&#232;re ; ce qui est permanent en elle se d&#233;couvre par la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature nous montre une infinit&#233; de formes et de ph&#233;nom&#232;nes particuliers. Dans cette diversit&#233;, nous sentons le besoin d'introduire l'unit&#233; : nous comparons donc et cherchons l'universel de chaque cas particulier. Les individus naissent et p&#233;rissent ; l'esp&#232;ce demeure et revient en eux tous, et son existence n'est visible que par la r&#233;flexion. Sous le m&#234;me titre tombent des lois telles que celles qui r&#232;glent le mouvement des astres. Aujourd'hui nous voyons les &#233;toiles ici, demain l&#224; ; et notre esprit trouve dans ce chaos quelque chose d'incongru, quelque chose auquel il ne peut croire, parce qu'il croit &#224; l'ordre et &#224; une loi simple, constante et universelle. Inspir&#233; par cette croyance, l'esprit a port&#233; sa r&#233;flexion sur les ph&#233;nom&#232;nes et a appris leurs lois. En d'autres termes, il a &#233;tabli que le mouvement des astres est conforme &#224; une loi universelle d'apr&#232;s laquelle tout changement de position peut &#234;tre connu et pr&#233;vu. Il en est de m&#234;me des influences qui se font sentir dans l'infinie complexit&#233; de la conduite humaine. L&#224; aussi l'homme a la croyance &#224; l'empire d'un principe g&#233;n&#233;ral. De tous ces exemples, on peut conclure que la r&#233;flexion est toujours &#224; la recherche de quelque chose de fixe et de permanent, de d&#233;fini en soi et de r&#233;gissant les particuliers. Cet universel, qui ne peut &#234;tre saisi par les sens, est consid&#233;r&#233; comme le vrai et l'essentiel. Ainsi, les devoirs et les droits sont essentiels en mati&#232;re de conduite ; et une action est vraie lorsqu'elle se conforme &#224; ces formules universelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En caract&#233;risant ainsi l'universel, nous prenons conscience de son antith&#232;se avec quelque chose d'autre. Ce quelque chose d'autre est l'imm&#233;diat, l'ext&#233;rieur et l'individuel, par opposition au m&#233;dium, &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'universel. L'universel n'existe pas ext&#233;rieurement &#224; l'&#339;il ext&#233;rieur en tant qu'universel. L'esp&#232;ce en tant qu'esp&#232;ce ne peut &#234;tre per&#231;ue : les lois des mouvements c&#233;lestes ne sont pas &#233;crites dans le ciel. L'universel ne se voit ni ne s'entend, son existence n'est que pour l'esprit. La religion nous conduit &#224; un universel qui embrasse tout le reste en lui-m&#234;me, &#224; un Absolu par lequel tout le reste est amen&#233; &#224; l'existence : et cet Absolu n'est pas un objet des sens, mais de l'esprit et de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation sujet-objet&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 22&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) Par l'acte de r&#233;flexion, quelque chose est modifi&#233; dans la mani&#232;re dont le fait &#233;tait pr&#233;sent&#233; &#224; l'origine dans la sensation, la perception ou la conception. Ainsi, il semble qu'une modification doit intervenir avant que la v&#233;ritable nature de l'objet puisse &#234;tre d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la r&#233;flexion produit est un produit de notre pens&#233;e. Solon, par exemple, a tir&#233; de sa t&#234;te les lois qu'il a donn&#233;es aux Ath&#233;niens. C'est la moiti&#233; de la v&#233;rit&#233; ; mais il ne faut pas pour cela oublier que l'universel (dans le cas de Solon, les lois) est l'inverse m&#234;me de ce qui est purement subjectif, ni m&#233;conna&#238;tre qu'il est l'&#234;tre essentiel, vrai et objectif des choses. Pour d&#233;couvrir la v&#233;rit&#233; des choses, il ne suffit pas d'&#234;tre attentif, il faut faire appel &#224; nos propres facult&#233;s pour transformer ce qui est imm&#233;diatement devant nous. Or, &#224; premi&#232;re vue, cela semble une inversion de l'ordre naturel, propre &#224; contrecarrer le but m&#234;me auquel tend la connaissance. Mais la m&#233;thode n'est pas aussi irrationnelle qu'il y para&#238;t. De tout temps, on a cru que le seul moyen d'atteindre le substratum permanent &#233;tait de transmuter le ph&#233;nom&#232;ne donn&#233; au moyen de la r&#233;flexion. Dans les temps modernes, un doute a &#233;t&#233; &#233;mis pour la premi&#232;re fois sur ce point &#224; propos de la diff&#233;rence pr&#233;tendue entre les produits de notre pens&#233;e et les choses dans leur nature propre. Cette nature r&#233;elle des choses, dit-on, est tr&#232;s diff&#233;rente de ce que nous en faisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scepticisme kantien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le divorce entre la pens&#233;e et la chose est principalement l'&#339;uvre de la philosophie critique, et il va &#224; l'encontre de la conviction de tous les si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents selon laquelle leur accord &#233;tait une &#233;vidence. L'antith&#232;se entre les deux est la charni&#232;re sur laquelle tourne la philosophie moderne. Cependant, la croyance naturelle des hommes lui donne un d&#233;menti. Dans la vie courante, nous r&#233;fl&#233;chissons sans nous rappeler particuli&#232;rement que c'est ainsi que nous parvenons &#224; la v&#233;rit&#233;, et nous pensons sans h&#233;sitation, dans la ferme conviction que la pens&#233;e co&#239;ncide avec la chose. Et cette croyance est de la plus haute importance. Elle marque l'&#233;tat maladif de l'&#233;poque lorsque nous la voyons adopter la croyance d&#233;sesp&#233;r&#233;e que notre connaissance n'est que subjective et que nous ne pouvons aller au-del&#224; de cette subjectivit&#233;. Tandis que, bien comprise, la v&#233;rit&#233; est objective et devrait tellement r&#233;gler la conviction de chacun que la conviction de l'individu est consid&#233;r&#233;e comme fausse lorsqu'elle n'est pas d'accord avec cette r&#232;gle. Les opinions modernes, au contraire, accordent une grande valeur au simple fait d'&#234;tre convaincu, et soutiennent qu'&#234;tre convaincu est une bonne chose en soi, quelle que soit la charge de notre conviction &#8211; puisqu'il n'existe aucun crit&#232;re permettant de mesurer sa v&#233;racit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit plus haut que, selon la croyance ancienne, le droit caract&#233;ristique de l'esprit &#233;tait de conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;. S'il en est ainsi, cela implique aussi que tout ce que nous connaissons de la nature ext&#233;rieure et int&#233;rieure, en un mot, le monde objectif, est en soi le m&#234;me que dans la pens&#233;e, et que penser, c'est faire ressortir la v&#233;rit&#233; de notre objet, quel qu'il soit. Le r&#244;le de la philosophie n'est que de faire appara&#238;tre dans la conscience explicite ce que le monde de tous les temps a cru de la pens&#233;e. La philosophie n'apporte donc rien de nouveau, et notre discussion actuelle nous a conduit &#224; une conclusion qui s'accorde avec la croyance naturelle de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pensez par vous-m&#234;me &#187; [note]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 23&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) La nature r&#233;elle de l'objet est r&#233;v&#233;l&#233;e par la r&#233;flexion ; mais il n'en est pas moins vrai que cet effort de pens&#233;e est mon acte. S'il en est ainsi, la nature r&#233;elle est un produit de mon esprit, en sa qualit&#233; de sujet pensant, engendr&#233; par moi dans ma simple universalit&#233;, recueillie par moi-m&#234;me et soustraite aux influences ext&#233;rieures, en un mot, dans ma Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Penser par soi-m&#234;me &#187; est une expression que l'on emploie souvent comme si elle avait une signification particuli&#232;re. En fait, nul ne peut penser pour un autre, pas plus qu'il ne peut manger ou boire pour lui, et l'expression est un pl&#233;onasme. Penser, c'est en effet ipso facto &#234;tre libre, car la pens&#233;e en tant qu'action de l'universel est une relation abstraite de soi &#224; soi, o&#249;, &#233;tant chez nous-m&#234;mes et compl&#232;tement vides de notre subjectivit&#233;, notre conscience n'est, quant &#224; son contenu, que dans le fait et ses caract&#233;ristiques. Si l'on admet cela, et si l'on applique le terme d'humilit&#233; ou de modestie &#224; une attitude o&#249; notre subjectivit&#233; n'est pas autoris&#233;e &#224; intervenir par un acte ou une qualit&#233;, il est facile d'appr&#233;cier la question touchant l'humilit&#233; ou la modestie et l'orgueil de la philosophie. Car au point de vue du contenu, la pens&#233;e n'est vraie qu'&#224; mesure qu'elle s'enfonce dans les faits ; et, du point de vue de la forme, il ne s'agit pas d'un &#233;tat ou d'un acte priv&#233; ou particulier du sujet, mais plut&#244;t de cette attitude de conscience o&#249; le moi abstrait, lib&#233;r&#233; de toutes les limitations sp&#233;ciales auxquelles ses &#233;tats ou qualit&#233;s ordinaires sont soumis, se restreint &#224; cette action universelle dans laquelle il est identique &#224; tous les individus. Dans ces circonstances, la philosophie peut &#234;tre acquitt&#233;e de l'accusation d'orgueil. Et quand Aristote appelle l'esprit &#224; s'&#233;lever &#224; la dignit&#233; de cette attitude, la dignit&#233; qu'il recherche est obtenue en abandonnant toutes nos opinions et tous nos pr&#233;jug&#233;s individuels et en nous soumettant &#224; l'emprise du fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectivit&#233; de la pens&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 24&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces explications et ces pr&#233;cisions permettent de qualifier les pens&#233;es de pens&#233;es objectives , parmi lesquelles on peut &#233;galement inclure les formes qui sont plus particuli&#232;rement &#233;tudi&#233;es dans la logique commune, o&#249; elles sont g&#233;n&#233;ralement trait&#233;es comme des formes de pens&#233;e consciente seulement. La logique co&#239;ncide donc avec la m&#233;taphysique, la science des choses pos&#233;es et retenues dans des pens&#233;es , pens&#233;es reconnues capables d'exprimer la r&#233;alit&#233; essentielle des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition des rapports entre des formes telles que la notion, le jugement et le syllogisme et d'autres formes telles que la causalit&#233; est une affaire de la science elle-m&#234;me. Mais cela est &#233;vident &#224; l'avance. Si la pens&#233;e essaie de former une notion des choses, cette notion (ainsi que ses phases imm&#233;diates, le jugement et le syllogisme) ne peut &#234;tre compos&#233;e d'articles et de relations qui sont &#233;trangers et sans rapport avec les choses. La r&#233;flexion, comme nous l'avons dit plus haut, conduit &#224; l'universel des choses : cet universel est lui-m&#234;me l'un des facteurs constitutifs d'une notion. Dire que la Raison ou l'Entendement est dans le monde &#233;quivaut dans sa port&#233;e &#224; l'expression &#171; Pens&#233;e objective &#187;. Cette derni&#232;re expression a cependant l'inconv&#233;nient que la pens&#233;e se limite g&#233;n&#233;ralement &#224; exprimer ce qui appartient seulement &#224; l'esprit ou &#224; la conscience, tandis qu'objectif est un terme qui s'applique, du moins en premier lieu, seulement au non-mental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;24n&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Parler de la pens&#233;e ou de la pens&#233;e objective comme du c&#339;ur et de l'&#226;me du monde, c'est peut-&#234;tre attribuer une conscience aux choses de la nature. Nous &#233;prouvons une certaine r&#233;pugnance &#224; faire de la pens&#233;e la fonction int&#233;rieure des choses, surtout quand nous parlons de la pens&#233;e comme marquant la divergence de l'homme par rapport &#224; la nature. Il serait donc n&#233;cessaire, si nous employons le terme de pens&#233;e, de parler de la nature comme du syst&#232;me de la pens&#233;e inconsciente ou, pour reprendre l'expression de Schelling, d'une intelligence p&#233;trifi&#233;e. Et pour &#233;viter toute m&#233;prise, il faudrait remplacer le terme ambigu de pens&#233;e par &#171; forme-pens&#233;e &#187; ou &#171; type de pens&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ce qui pr&#233;c&#232;de, les principes de la logique doivent &#234;tre recherch&#233;s dans un syst&#232;me de types de pens&#233;e ou de cat&#233;gories fondamentales, dans lequel l'opposition entre subjectif et objectif, dans son sens habituel, dispara&#238;t. La signification ainsi attach&#233;e &#224; la pens&#233;e et &#224; ses formes caract&#233;ristiques peut &#234;tre illustr&#233;e par l'ancien dicton selon lequel &#171; le nous gouverne le monde &#187;, ou par notre propre expression selon laquelle &#171; la raison est dans le monde &#187;, ce qui signifie que la raison est l'&#226;me du monde qu'elle habite, son principe immanent, sa nature la plus propre et la plus int&#233;rieure, son universel. Une autre illustration est fournie par le fait que, lorsque nous parlons d'un animal d&#233;termin&#233;, nous disons qu'il est (un) animal. Or, l'animal en tant qu'animal ne peut &#234;tre montr&#233; ; on ne peut rien indiquer, sauf un animal sp&#233;cial. L'animal en tant qu'animal n'existe pas : il n'est que la nature universelle des animaux individuels, tandis que chaque animal existant est une chose d&#233;finie et particularis&#233;e plus concr&#232;tement. Mais &#234;tre un animal &#8212; la loi de genre qui est l'universel dans ce cas &#8212; est la propri&#233;t&#233; de l'animal particulier et constitue son essence d&#233;finie. Enlevez au chien son animalit&#233;, et il devient impossible de dire ce qu'il est. Toutes les choses ont une nature int&#233;rieure permanente, ainsi qu'une existence ext&#233;rieure. Elles vivent et meurent, naissent et passent ; mais leur partie essentielle et universelle est la nature ; et cela signifie bien plus que quelque chose de commun &#224; toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pens&#233;e est la substance constitutive des choses ext&#233;rieures, elle est aussi la substance universelle de ce qui est spirituel. Dans toute perception humaine, la pens&#233;e est pr&#233;sente ; de m&#234;me, dans tous les actes de conception et de souvenir, bref, dans toute activit&#233; mentale, dans le vouloir, le d&#233;sir, etc. Toutes ces facult&#233;s ne sont que des sp&#233;cialisations suppl&#233;mentaires de la pens&#233;e. Lorsqu'elle est pr&#233;sent&#233;e sous cet angle, la pens&#233;e joue un r&#244;le diff&#233;rent de celui qu'elle joue si nous parlons d'une facult&#233; de pens&#233;e, une parmi une foule d'autres facult&#233;s, telles que la perception, la conception et la volont&#233;, avec lesquelles elle se trouve au m&#234;me niveau. Lorsqu'elle est consid&#233;r&#233;e comme le v&#233;ritable universel de tout ce que la nature et l'esprit contiennent, elle &#233;tend son champ d'action bien au-del&#224; de tout cela et devient la base de tout. De ce point de vue, la pens&#233;e, dans son sens objectif de nous,1. Passons maintenant au sens subjectif du terme. Nous disons d'abord que l'homme est un &#234;tre qui pense, mais nous disons aussi que l'homme est un &#234;tre qui per&#231;oit et qui veut. L'homme est un penseur et il est universel, mais il n'est un penseur que parce qu'il sent sa propre universalit&#233;. L'animal aussi est par implication universel, mais l'universel n'est pas ressenti consciemment par lui comme &#233;tant universel : il ne sent que l'individuel. L'animal voit un objet singulier, par exemple sa nourriture, ou un homme. Pour l'animal tout cela ne va jamais au-del&#224; d'une chose individuelle. De m&#234;me, la sensation n'a &#224; voir avec rien d'autre qu'avec des choses singuli&#232;res, comme cette douleur ou ce go&#251;t sucr&#233;. La nature ne fait pas entrer son nous dans la conscience : c'est l'homme qui se double le premier pour &#234;tre un universel pour un universel. Cela se produit d'abord quand l'homme sait qu'il est &#171; je &#187;. Par le terme &#171; je &#187;, j'entends moi-m&#234;me, une personne unique et enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e. Et pourtant je n'exprime rien de particulier &#224; moi-m&#234;me, car tout autre est un &#171; je &#187; ou un &#171; moi &#187;, et quand je m'appelle &#171; je &#187;, bien que je veuille sans aucun doute parler de moi-m&#234;me, j'exprime un universel complet. &#171; Je &#187; est donc un simple &#234;tre-pour-soi, dans lequel tout ce qui est particulier ou marqu&#233; est renonc&#233; et enfoui hors de vue ; c'est comme le point ultime et inanalysable de la conscience. On peut dire que &#171; je &#187; et la pens&#233;e sont la m&#234;me chose, ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, &#171; je &#187; est la pens&#233;e en tant que penseur. Ce que j'ai dans ma conscience est pour moi. &#171; Je &#187; est le vide ou le r&#233;ceptacle de tout et de n'importe quoi : pour lequel tout est et qui emmagasine tout en lui-m&#234;me. Chaque homme est un monde entier de conceptions qui gisent enfouies dans la nuit du &#171; moi &#187;. Il s'ensuit que le &#171; moi &#187; est l'universel dans lequel nous laissons de c&#244;t&#233; tout ce qui est particulier, et dans lequel en m&#234;me temps tous les particuliers ont une existence latente. En d'autres termes, ce n'est pas une simple universalit&#233;, rien de plus, mais l'universalit&#233; qui renferme tout. Nous employons commun&#233;ment le mot &#171; je &#187; sans y attacher beaucoup d'importance, et il n'est objet d'&#233;tude que pour l'analyse philosophique. Dans le &#171; moi &#187;, nous avons devant nous la pens&#233;e dans sa plus pure puret&#233;. Alors que l'animal ne peut pas dire &#171; je &#187;, l'homme le peut, car il est dans sa nature de penser. Or, dans le &#171; moi &#187;, il y a une vari&#233;t&#233; de contenus, provenant &#224; la fois de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, et selon la nature de ces contenus, notre &#233;tat peut &#234;tre qualifi&#233; de perception, de conception ou de r&#233;miniscence. Mais dans tous ces contenus se trouve le &#171; je &#187;, ou bien en eux toute pens&#233;e est pr&#233;sente. L'homme pense donc toujours, m&#234;me dans ses perceptions : s'il observe quelque chose, il l'observe toujours comme un universel, il fixe un seul point qu'il met en relief, d&#233;tournant ainsi son attention des autres points, et le prend comme abstrait et universel, m&#234;me si l'universalit&#233; n'est que formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de nos conceptions ordinaires, deux choses peuvent se produire. Ou bien le contenu est model&#233; par la pens&#233;e, mais non la forme ; ou bien la forme appartient &#224; la pens&#233;e et non le contenu. En utilisant des termes tels que col&#232;re, rose, espoir, par exemple, je parle de choses que j'ai apprises par la sensation, mais j'exprime ce contenu de mani&#232;re universelle, c'est-&#224;-dire sous la forme de la pens&#233;e. J'ai laiss&#233; de c&#244;t&#233; beaucoup de choses particuli&#232;res et j'ai donn&#233; le contenu dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; : mais le contenu reste n&#233;anmoins d&#233;riv&#233; des sens. D'un autre c&#244;t&#233;, lorsque je repr&#233;sente Dieu, le contenu est ind&#233;niablement un produit de la pure pens&#233;e, mais la forme conserve toujours les limitations sensuelles qu'elle poss&#232;de, telle que je la trouve imm&#233;diatement pr&#233;sente en moi. Dans ces images g&#233;n&#233;ralis&#233;es, le contenu n'est pas simplement sensible, comme c'est le cas lors d'une inspection visuelle ; mais soit le contenu est sensible et la forme appartient &#224; la pens&#233;e, soit vice versa. Dans le premier cas, la mati&#232;re nous est donn&#233;e et notre pens&#233;e fournit la forme ; dans le second cas, le contenu qui a sa source dans la pens&#233;e est transform&#233;, au moyen de la forme, en quelque chose de donn&#233;, qui parvient donc &#224; l'esprit de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La logique est l'&#233;tude de la pens&#233;e pure et simple, ou des formes-pens&#233;es pures. Au sens ordinaire du terme, par pens&#233;e nous nous repr&#233;sentons g&#233;n&#233;ralement quelque chose de plus que la pens&#233;e simple et sans m&#233;lange ; nous entendons une pens&#233;e dont la mati&#232;re est issue de l'exp&#233;rience. En logique, au contraire, une pens&#233;e ne comprend rien d'autre que ce qui d&#233;pend de la pens&#233;e et ce que la pens&#233;e a fait na&#238;tre. C'est dans ces conditions que les pens&#233;es sont des pens&#233;es pures. L'esprit est alors dans son &#233;l&#233;ment propre et donc libre ; car la libert&#233; signifie que l'autre chose avec laquelle vous traitez est un second moi, de sorte que vous ne quittez jamais votre propre terrain, mais que vous vous donnez la loi. Dans les impulsions ou les app&#233;tits, le d&#233;but vient de quelque chose d'autre, de quelque chose que nous sentons ext&#233;rieur. Dans ce cas, nous parlons alors de d&#233;pendance. Pour la libert&#233;, il est n&#233;cessaire que nous ne sentions aucune pr&#233;sence d'autre chose que nous-m&#234;mes. L'homme naturel, dont les mouvements ne suivent que la r&#232;gle de ses app&#233;tits, n'est pas son propre ma&#238;tre. Si volontaire qu'il soit, les &#233;l&#233;ments de sa volont&#233; et de son opinion ne lui appartiennent pas, et sa libert&#233; n'est que formelle. Mais quand nous pensons, nous renon&#231;ons &#224; notre &#234;tre &#233;go&#239;ste et particulier, nous nous enfon&#231;ons dans la chose, nous laissons la pens&#233;e suivre son cours, et si nous y ajoutons quelque chose de notre cru, nous pensons mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, d'apr&#232;s les remarques pr&#233;c&#233;dentes, nous consid&#233;rons la Logique comme le syst&#232;me des types purs de la pens&#233;e, nous trouvons que les autres sciences philosophiques, la Philosophie de la Nature et la Philosophie de l'Esprit, tiennent lieu, pour ainsi dire, de Logique appliqu&#233;e, et que la Logique est l'&#226;me qui les anime toutes deux. Leur probl&#232;me, dans ce cas, est seulement de reconna&#238;tre les formes logiques sous les formes qu'elles prennent dans la Nature et dans l'Esprit, formes qui ne sont qu'un mode particulier d'expression des formes de la pens&#233;e pure. Si nous prenons par exemple le syllogisme (non tel qu'il &#233;tait compris dans l'ancienne logique formelle, mais comme sa valeur r&#233;elle), nous trouverons qu'il exprime la loi que le particulier est le moyen terme qui fusionne ensemble les extr&#234;mes de l'universel et du singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme syllogistique est une forme universelle de toutes choses. Tout ce qui existe est un particulier qui relie ensemble l'universel et le singulier. Mais la nature est faible et ne parvient pas &#224; montrer les formes logiques dans leur puret&#233;. On peut voir une aussi faible illustration du syllogisme dans l'aimant. Au milieu ou au point d'indiff&#233;rence d'un aimant, ses deux p&#244;les, quelle que soit leur distinction, sont r&#233;unis en un seul. La physique nous apprend aussi &#224; voir l'universel ou l'essence dans la nature : et la seule diff&#233;rence entre elle et la philosophie de la nature est que cette derni&#232;re nous pr&#233;sente &#224; l'esprit les formes ad&#233;quates de la notion dans le monde physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra maintenant que la logique est l'esprit qui anime toutes les sciences, et que ses cat&#233;gories constituent la hi&#233;rarchie spirituelle. Elles sont le c&#339;ur et le centre des choses, et pourtant elles sont toujours sur nos l&#232;vres, et, du moins en apparence, des objets parfaitement familiers. Mais les choses ainsi famili&#232;res sont g&#233;n&#233;ralement les plus &#233;trang&#232;res. L'&#234;tre, par exemple, est une cat&#233;gorie de la pens&#233;e pure, mais faire de &#171; est &#187; un objet d'investigation ne nous vient jamais &#224; l'esprit. L'imagination commune place l'Absolu bien loin, dans un monde au-del&#224;. L'Absolu est plut&#244;t directement devant nous, si pr&#233;sent que tant que nous pensons, nous devons, sans en avoir express&#233;ment conscience, le porter toujours avec nous et toujours l'utiliser. Le langage est le principal d&#233;positaire de ces types de pens&#233;e, et l'un des usages de l'instruction grammaticale que re&#231;oivent les enfants est de tourner inconsciemment leur attention vers les distinctions de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit g&#233;n&#233;ralement que la logique ne s'occupe que des formes et qu'elle en tire la mati&#232;re d'ailleurs. Mais ce &#171; seulement &#187;, qui suppose que les pens&#233;es logiques ne sont rien en comparaison du reste des contenus, n'est pas le mot qu'il faut employer pour parler des formes qui sont le fondement absolument r&#233;el de tout. Tout le reste est plut&#244;t un &#171; seulement &#187; en comparaison de ces pens&#233;es. Faire de ces formes abstraites un probl&#232;me suppose chez le chercheur un niveau de culture plus &#233;lev&#233; que d'ordinaire ; et les &#233;tudier en elles-m&#234;mes et pour elles-m&#234;mes signifie en outre que ces types de pens&#233;e doivent &#234;tre d&#233;duits de la pens&#233;e elle-m&#234;me et que leur v&#233;rit&#233; ou leur r&#233;alit&#233; doit &#234;tre examin&#233;e &#224; la lumi&#232;re de leurs propres lois. Nous ne les prenons pas pour des donn&#233;es ext&#233;rieures, pour les d&#233;finir ensuite ou pour d&#233;montrer leur valeur et leur autorit&#233; en les comparant &#224; la forme qu'elles prennent dans notre esprit. Si nous agissions ainsi, nous proc&#233;derions par observation et par exp&#233;rience et dirions, par exemple, que nous employons habituellement le terme &#171; force &#187; dans tel cas et tel sens. Une telle d&#233;finition serait consid&#233;r&#233;e comme correcte si elle correspondait &#224; la conception de son objet pr&#233;sente dans notre &#233;tat d'esprit ordinaire. Le d&#233;faut de cette m&#233;thode empirique est qu'une notion n'est pas d&#233;finie telle qu'elle est en elle-m&#234;me et pour elle-m&#234;me, mais en fonction de quelque chose d'assum&#233;, qui est ensuite utilis&#233; comme crit&#232;re et norme de correction. Il n'est pas n&#233;cessaire d'appliquer un tel test : il suffit de laisser les formes-pens&#233;es suivre l'impulsion de leur propre vie organique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demander si une cat&#233;gorie est vraie ou non, cela doit para&#238;tre &#233;trange &#224; l'esprit ordinaire : car une cat&#233;gorie ne devient vraie que lorsqu'elle s'applique &#224; un objet donn&#233;, et en dehors de cette application, il semblerait inutile de rechercher la v&#233;rit&#233;. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment autour de cette question que tout tourne. Il faut cependant d'abord bien comprendre ce que nous entendons par V&#233;rit&#233;. Dans la vie courante, la v&#233;rit&#233; signifie l'accord d'un objet avec notre conception de celui-ci. Nous pr&#233;supposons donc un objet auquel notre conception doit se conformer. Au sens philosophique du mot, par contre, la v&#233;rit&#233; peut &#234;tre d&#233;crite, en termes g&#233;n&#233;raux et abstraits, comme l'accord d'un contenu de pens&#233;e avec lui-m&#234;me. Cette signification est tout &#224; fait diff&#233;rente de celle donn&#233;e ci-dessus. En m&#234;me temps, la signification plus profonde et philosophique de la v&#233;rit&#233; peut &#234;tre partiellement retrac&#233;e m&#234;me dans l'usage ordinaire du langage. Ainsi, nous parlons d'un v&#233;ritable ami, c'est-&#224;-dire d'un ami dont la mani&#232;re de se comporter s'accorde avec la notion d'amiti&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re, nous parlons d'une v&#233;ritable &#339;uvre d'art. Dans ce sens, faux signifie la m&#234;me chose que mauvais ou discordant avec lui-m&#234;me. En ce sens, un &#233;tat mauvais est un &#233;tat faux, et le mal et le mensonge consistent en la contradiction qui subsiste entre la fonction ou la notion et l'existence de l'objet. Nous pouvons nous faire une repr&#233;sentation correcte d'un tel objet mauvais, mais le sens de cette repr&#233;sentation est intrins&#232;quement faux. Nous pouvons avoir en t&#234;te de nombreuses exactitudes, qui sont en m&#234;me temps des mensonges. Dieu seul est l'harmonie parfaite de la notion et de la r&#233;alit&#233;. Toutes les choses finies renferment une fausset&#233; : elles ont une notion et une existence, mais leur existence ne r&#233;pond pas aux exigences de la notion. C'est pourquoi elles doivent p&#233;rir, et alors l'incompatibilit&#233; entre leur notion et leur existence devient manifeste.C'est dans l'esp&#232;ce que l'animal individuel a sa notion ; et l'esp&#232;ce se lib&#232;re de cette individualit&#233; par la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude de la v&#233;rit&#233;, ou, comme on l'explique ici, de la coh&#233;rence, constitue le v&#233;ritable probl&#232;me de la logique. Dans notre esprit quotidien, nous ne sommes jamais troubl&#233;s par des questions sur la v&#233;rit&#233; des formes de pens&#233;e. Nous pouvons aussi exprimer le probl&#232;me de la logique en disant qu'elle examine les formes de pens&#233;e en fonction de leur capacit&#233; &#224; contenir la v&#233;rit&#233;. Et la question se r&#233;sume &#224; ceci : quelles sont les formes de l'infini et quelles sont les formes du fini ? En g&#233;n&#233;ral, on ne soup&#231;onne pas les formes finies de la pens&#233;e ; on les laisse passer sans les remettre en question. Mais c'est de la conformit&#233; &#224; des cat&#233;gories finies dans la pens&#233;e et dans l'action que na&#238;t toute tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La v&#233;rit&#233; peut &#234;tre &#233;tablie par plusieurs m&#233;thodes, mais chacune d'elles n'est qu'une forme. La premi&#232;re de ces m&#233;thodes est l'exp&#233;rience. Mais cette m&#233;thode n'est qu'une forme, elle n'a pas de valeur intrins&#232;que. Car dans l'exp&#233;rience, tout d&#233;pend de l'esprit avec lequel nous nous appuyons sur la r&#233;alit&#233;. Un grand esprit est grand dans son exp&#233;rience, et dans le jeu bigarr&#233; des ph&#233;nom&#232;nes il per&#231;oit imm&#233;diatement le point de signification r&#233;elle. L'id&#233;e est pr&#233;sente, sous une forme r&#233;elle, et non quelque chose qui se trouve au-del&#224; de la colline et au loin. Le g&#233;nie d'un Goethe, par exemple, qui regarde la nature ou l'histoire, fait de grandes exp&#233;riences, entrevoit le principe vivant et l'exprime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une deuxi&#232;me m&#233;thode pour saisir la v&#233;rit&#233; est la r&#233;flexion, qui la d&#233;finit par des rapports intellectuels de condition et de condition. Mais dans ces deux modes, la v&#233;rit&#233; absolue n'a pas encore trouv&#233; sa forme appropri&#233;e. La m&#233;thode de connaissance la plus parfaite proc&#232;de sous la forme pure de la pens&#233;e, et l'homme est ici dans une attitude de libert&#233; totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la forme de la pens&#233;e soit la forme parfaite et qu'elle pr&#233;sente la v&#233;rit&#233; telle qu'elle est intrins&#232;quement et r&#233;ellement, c'est l&#224; le dogme g&#233;n&#233;ral de toute philosophie. Pour prouver ce dogme, il ne reste qu'&#224; d&#233;montrer que ces autres formes de connaissance sont finies. Le grand scepticisme de l'Antiquit&#233; a accompli cette t&#226;che en montrant les contradictions contenues dans chacune de ces formes. Ce scepticisme est all&#233; plus loin, il est vrai ; mais lorsqu'il s'est aventur&#233; &#224; attaquer les formes de la raison, il a commenc&#233; par insinuer sous elles quelque chose de fini sur lequel il pouvait s'appuyer. Toutes les formes de la pens&#233;e finie appara&#238;tront au cours du d&#233;veloppement logique, l'ordre dans lequel elles se pr&#233;senteront &#233;tant d&#233;termin&#233; par des lois n&#233;cessaires. Ici, dans l'introduction, on ne pouvait que les supposer, sans &#234;tre scientifique, comme quelque chose de donn&#233;. Dans la th&#233;orie de la logique elle-m&#234;me, ces formes appara&#238;tront non seulement sous leur c&#244;t&#233; n&#233;gatif, mais aussi sous leur c&#244;t&#233; positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on compare les diff&#233;rentes formes de recherche de la v&#233;rit&#233;, la premi&#232;re, la connaissance imm&#233;diate, para&#238;t peut-&#234;tre la plus noble, la plus noble et la plus appropri&#233;e. Elle comprend tout ce que les moralistes appellent l'innocence, ainsi que le sentiment religieux, la confiance simple, l'amour, la fid&#233;lit&#233; et la foi naturelle. Les deux autres formes, la connaissance r&#233;flexive, la connaissance philosophique, doivent laisser derri&#232;re elles cette harmonie naturelle non recherch&#233;e. Et dans la mesure o&#249; elles ont cela en commun, les m&#233;thodes qui pr&#233;tendent saisir la v&#233;rit&#233; par la pens&#233;e peuvent naturellement &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme faisant partie int&#233;grante de l'orgueil qui conduit l'homme &#224; se fier &#224; ses propres capacit&#233;s pour conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;. Une telle position implique une rupture totale et, vue sous cet angle, pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la source de tout mal et de toute m&#233;chancet&#233;, la transgression originelle. Il semble donc que le seul moyen de se r&#233;concilier et de retrouver la paix soit de renoncer &#224; toute pr&#233;tention &#224; penser ou &#224; savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture de l'unit&#233; naturelle n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; l'attention des hommes, et les peuples, d&#232;s les temps les plus recul&#233;s, se sont demand&#233;s ce qui pouvait bien expliquer cette &#233;tonnante division de l'esprit contre lui-m&#234;me. Or, on ne trouve pas dans la nature une telle d&#233;sunion int&#233;rieure : les choses naturelles ne font rien de mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contes et all&#233;gories de la religion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende mosa&#239;que de la chute de l'homme a conserv&#233; une image ancienne repr&#233;sentant l'origine et les cons&#233;quences de cette d&#233;sunion. Les incidents de la l&#233;gende forment la base d'un article essentiel du credo, la doctrine du p&#233;ch&#233; originel de l'homme et de son besoin de secours qui en r&#233;sulte. Il serait peut-&#234;tre bon, au d&#233;but de la logique, d'examiner l'histoire qui traite de l'origine et des port&#233;es de la connaissance m&#234;me que la logique doit discuter. Car, bien que la philosophie ne doive pas se laisser intimider par la religion, ou accepter la position d'une existence soumise, elle ne peut se permettre de n&#233;gliger ces conceptions populaires. Les contes et les all&#233;gories de la religion, qui jouissent depuis des milliers d'ann&#233;es de la v&#233;n&#233;ration des nations, ne doivent pas &#234;tre mis de c&#244;t&#233; comme d&#233;suets, m&#234;me aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on examine de plus pr&#232;s l'histoire de la Chute, on d&#233;couvre, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, qu'elle illustre les effets universels de la connaissance sur la vie spirituelle. Dans sa phase instinctive et naturelle, la vie spirituelle rev&#234;t le manteau de l'innocence et de la simplicit&#233; confiante ; mais l'essence m&#234;me de l'esprit implique l'absorption de cette condition imm&#233;diate dans quelque chose de plus &#233;lev&#233;. La vie spirituelle se distingue de la vie naturelle, et plus particuli&#232;rement de la vie animale, en ce qu'elle ne continue pas un simple courant de tendance, mais se divise en une autor&#233;alisation. Mais cette position de vie coup&#233;e doit &#224; son tour &#234;tre supprim&#233;e, et l'esprit doit, par son propre acte, gagner le chemin de la concorde. La concorde finale est alors spirituelle ; c'est-&#224;-dire que le principe de la restauration se trouve dans la pens&#233;e, et seulement dans la pens&#233;e. La main qui inflige la blessure est aussi la main qui la gu&#233;rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre histoire nous raconte qu'Adam et Eve, les premiers &#234;tres humains, les types de l'humanit&#233;, furent plac&#233;s dans un jardin o&#249; poussaient un arbre de vie et un arbre de la connaissance du bien et du mal. Dieu, dit-on, leur avait interdit de manger du fruit de ce dernier arbre ; de l'arbre de vie, pour le moment, nous ne disons rien de plus. Ces paroles supposent &#233;videmment que l'homme n'est pas destin&#233; &#224; rechercher la connaissance et qu'il doit demeurer dans l'&#233;tat d'innocence. D'autres races m&#233;ditatives, on peut le remarquer, ont eu la m&#234;me croyance que l'&#233;tat primitif de l'humanit&#233; &#233;tait un &#233;tat d'innocence et d'harmonie. Or, tout cela est vrai dans une certaine mesure. La d&#233;sunion qui appara&#238;t dans toute l'humanit&#233; n'est pas un &#233;tat dans lequel il faut se reposer. Mais c'est une erreur de consid&#233;rer l'harmonie naturelle et imm&#233;diate comme l'&#233;tat correct. L'esprit n'est pas un simple instinct : au contraire, il implique essentiellement la tendance au raisonnement et &#224; la m&#233;ditation. L'innocence enfantine a sans doute quelque chose de fascinant et d'attrayant : mais seulement parce qu'elle nous rappelle ce que l'esprit doit conqu&#233;rir pour lui-m&#234;me. L'harmonie de l'enfance est un don de la nature : la seconde harmonie doit na&#238;tre du travail et de la culture de l'esprit. Aussi les paroles du Christ : &#171; Si vous ne devenez comme les petits enfants &#187;, etc., sont-elles bien loin de nous dire que nous devons toujours rester des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons encore dans le r&#233;cit de Mo&#239;se que la cause qui a pouss&#233; l'homme &#224; quitter son unit&#233; naturelle est attribu&#233;e &#224; une sollicitation ext&#233;rieure. Le serpent &#233;tait le tentateur. Mais la v&#233;rit&#233; est que le pas vers l'opposition, l'&#233;veil de la conscience, r&#233;sulte de la nature m&#234;me de l'homme ; et la m&#234;me histoire se r&#233;p&#232;te chez tous les fils d'Adam. Le serpent repr&#233;sente la ressemblance avec Dieu comme consistant dans la connaissance du bien et du mal : et c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette connaissance que participe l'homme lorsqu'il rompt avec l'unit&#233; de son &#234;tre instinctif et mange du fruit d&#233;fendu. Le premier reflet de la conscience &#233;veill&#233;e chez les hommes leur a dit qu'ils &#233;taient nus. C'est un trait na&#239;f et profond. Car le sentiment de honte t&#233;moigne de la s&#233;paration de l'homme de sa vie naturelle et sensuelle. Les b&#234;tes n'en arrivent jamais &#224; cette s&#233;paration et n'&#233;prouvent aucune honte. Et c'est dans le sentiment humain de honte que nous devons chercher l'origine spirituelle et morale du v&#234;tement, aupr&#232;s duquel le besoin purement physique est une question secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite vient la mal&#233;diction, comme on l'appelle, que Dieu a prononc&#233;e sur l'homme. Le point saillant de cette mal&#233;diction porte principalement sur le contraste entre l'homme et la nature. L'homme doit travailler &#224; la sueur de son front, et la femme enfante dans la douleur. Quant au travail, s'il est le r&#233;sultat de la d&#233;sunion, il est aussi la victoire sur elle. Les b&#234;tes n'ont plus qu'&#224; se procurer les mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; la satisfaction de leurs besoins ; l'homme, au contraire, ne peut satisfaire ses besoins qu'en produisant et en transformant lui-m&#234;me les moyens n&#233;cessaires. Ainsi, m&#234;me dans ces choses ext&#233;rieures, l'homme a affaire &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire ne se termine pas avec l'expulsion du paradis. On nous dit encore que Dieu dit : &#171; Voici qu'Adam est devenu comme l'un de nous, pour conna&#238;tre le bien et le mal. &#187; On parle maintenant de la connaissance comme d'un &#234;tre divin, et non plus, comme auparavant, comme d'une chose mauvaise et interdite. Ces mots contiennent une r&#233;futation du discours oiseux selon lequel la philosophie ne concerne que la finitude de l'esprit. La philosophie est connaissance, et c'est par la connaissance que l'homme r&#233;alise pour la premi&#232;re fois sa vocation originelle, celle d'&#234;tre l'image de Dieu. Lorsque le r&#233;cit ajoute que Dieu a chass&#233; les hommes du jardin d'Eden pour les emp&#234;cher de manger de l'arbre de vie, cela signifie simplement que, du point de vue naturel, l'homme est certainement fini et mortel, mais infini dans la connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons tous le dogme th&#233;ologique selon lequel la nature de l'homme est mauvaise, entach&#233;e de ce qu'on appelle le p&#233;ch&#233; originel. Or, tout en acceptant ce dogme, nous devons renoncer &#224; l'id&#233;e selon laquelle le p&#233;ch&#233; originel r&#233;sulterait d'un acte accidentel du premier homme. Car la notion m&#234;me d'esprit suffit &#224; montrer que l'homme est mauvais par nature, et c'est une erreur de croire qu'il puisse jamais &#234;tre autre chose. Dans la mesure o&#249; l'homme est et agit comme une cr&#233;ature de la nature, tout son comportement est ce qu'il ne devrait pas &#234;tre. Pour l'esprit, c'est un devoir d'&#234;tre libre et de se r&#233;aliser par son propre acte. La nature n'est pour l'homme que le point de d&#233;part qu'il doit transformer. La doctrine th&#233;ologique du p&#233;ch&#233; originel est une v&#233;rit&#233; profonde ; mais les Lumi&#232;res modernes pr&#233;f&#232;rent croire que l'homme est naturellement bon et qu'il agit bien tant qu'il reste fid&#232;le &#224; la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure o&#249; l'homme quitte le chemin de l'&#234;tre purement naturel marque la diff&#233;rence entre lui, agent conscient de lui-m&#234;me, et le monde naturel. Mais ce schisme, bien qu'il constitue un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de la notion m&#234;me d'esprit, n'est pas le but final de l'homme. C'est &#224; cet &#233;tat de rupture int&#233;rieure qu'appartient toute l'action finie de la pens&#233;e et de la volont&#233;. Dans cette sph&#232;re finie, l'homme poursuit ses propres fins et tire de lui-m&#234;me la mati&#232;re de sa conduite. Tant qu'il poursuit ces buts jusqu'au bout, tant que sa connaissance et sa volont&#233; se cherchent lui-m&#234;me, son moi &#233;troit en dehors de l'universel, il est mauvais ; et son mal est d'&#234;tre subjectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'il y ait l&#224; un double mal, mais en r&#233;alit&#233;, les deux sont identiques. L'homme, en tant qu'esprit, n'est pas une cr&#233;ature de la nature, et lorsqu'il se comporte comme tel et suit les d&#233;sirs de l'app&#233;tit, il veut l'&#234;tre. La m&#233;chancet&#233; naturelle de l'homme est donc diff&#233;rente de la vie naturelle des animaux. On peut d&#233;finir plus exactement la vie purement naturelle en disant que l'homme naturel en tant que tel est un individu, car la nature est en toutes choses dans les liens de l'individualisme. Ainsi, lorsque l'homme veut &#234;tre une cr&#233;ature de la nature, il veut au m&#234;me degr&#233; &#234;tre simplement un individu. Mais contre cette action impulsive et app&#233;titive, due &#224; l'individualisme de la nature, intervient aussi la loi ou le principe g&#233;n&#233;ral. Cette loi peut &#234;tre soit une force ext&#233;rieure, soit avoir la forme d'une autorit&#233; divine. Tant qu'il demeure dans son &#233;tat naturel, l'homme est esclave de la loi. Il est vrai que parmi les instincts et les affections de l'homme, il y a des inclinations sociales ou bienveillantes, l'amour, la sympathie et d'autres qui vont au-del&#224; de son isolement &#233;go&#239;ste. Mais tant que ces tendances sont instinctives, leur universalit&#233; virtuelle de port&#233;e et de signification est alt&#233;r&#233;e par la forme subjective qui laisse toujours libre cours &#224; l'&#233;go&#239;sme et &#224; l'action al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formations concr&#232;tes de la conscience&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; pens&#233;es objectives &#187; d&#233;signe la v&#233;rit&#233;, la v&#233;rit&#233; qui doit &#234;tre l' objet absolu de la philosophie et non pas seulement le but vers lequel elle tend. Mais cette expression m&#234;me ne peut manquer de sugg&#233;rer une opposition, de caract&#233;riser et d'appr&#233;cier ce qui est le motif principal de l'attitude philosophique actuelle et qui constitue le v&#233;ritable probl&#232;me de la v&#233;rit&#233; et de nos moyens de la d&#233;couvrir. Si les formes-pens&#233;es sont vici&#233;es par une antith&#232;se fixe, c'est-&#224;-dire si elles n'ont qu'un caract&#232;re fini, elles ne conviennent pas &#224; l'univers &#233;gocentrique de la v&#233;rit&#233;, et la v&#233;rit&#233; ne peut trouver dans la pens&#233;e aucun r&#233;ceptacle ad&#233;quat. Une telle pens&#233;e, qui ne peut produire que des cat&#233;gories limit&#233;es et partielles et proc&#233;der par leur moyen, est ce qu'on appelle au sens strict du mot l'entendement. La finitude de ces cat&#233;gories r&#233;side en outre dans deux points. D'abord, elles ne sont que subjectives, et l'antith&#232;se d'un objectif leur est attach&#233;e en permanence. Deuxi&#232;mement, elles ont toujours un contenu restreint et persistent ainsi en opposition les unes avec les autres et plus encore avec l' Absolu . Afin d'expliquer plus compl&#232;tement la position et la signification attribu&#233;es ici &#224; la logique, nous examinerons ensuite, en guise d'introduction, les attitudes dans lesquelles la pens&#233;e est cens&#233;e se tenir &#224; l'&#233;gard de l'objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit , qui fut &#224; ce titre, lors de sa publication, d&#233;sign&#233;e comme la premi&#232;re partie du Syst&#232;me philosophique, j'ai suivi la m&#233;thode consistant &#224; partir de la premi&#232;re et de la plus simple phase de l'esprit, la conscience imm&#233;diate, et &#224; montrer comment ce stade s'est progressivement et n&#233;cessairement d&#233;velopp&#233; jusqu'au point de vue philosophique, la n&#233;cessit&#233; de ce point de vue &#233;tant prouv&#233;e par le processus. Mais dans ces conditions, il &#233;tait impossible de limiter la recherche &#224; la seule forme de la conscience. En effet, le stade de la connaissance philosophique est le plus riche en mati&#232;re et en organisation, et c'est pourquoi, se pr&#233;sentant &#224; nous sous la forme d'un r&#233;sultat, il pr&#233;supposait l'existence des formations concr&#232;tes de la conscience, telles que la morale individuelle et sociale, l'art et la religion. Dans le d&#233;veloppement de la conscience, qui semble &#224; premi&#232;re vue limit&#233; au seul point de vue de la forme, se trouve donc en m&#234;me temps inclus le d&#233;veloppement de la mati&#232;re ou des objets dont il est question dans les branches sp&#233;ciales de la philosophie. Mais ce dernier processus doit, pour ainsi dire, se poursuivre derri&#232;re la conscience, puisque ces faits sont le noyau essentiel qui s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; la conscience. L'expos&#233; est donc plus compliqu&#233;, car une grande partie de ce qui appartient en propre aux branches concr&#232;tes est tra&#238;n&#233;e pr&#233;matur&#233;ment dans l'introduction. L'aper&#231;u qui suit dans le pr&#233;sent ouvrage a encore plus l'inconv&#233;nient d'&#234;tre seulement historique et d&#233;ductive dans sa m&#233;thode. Mais il s'efforce surtout de montrer comment les questions que les hommes ont pos&#233;es, en dehors de l'&#233;cole, sur la nature de la connaissance, de la foi et autres questions du m&#234;me genre, questions qu'ils imaginent n'avoir aucun rapport avec la pens&#233;e abstraite, peuvent en r&#233;alit&#233; &#234;tre ramen&#233;es aux cat&#233;gories simples, qui sont d'abord &#233;claircies par la logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note. &#171; Pense par toi-m&#234;me &#187; &#233;tait le slogan des Lumi&#232;res selon Kant .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Premi&#232;re attitude de la pens&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'objectivit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;26&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces attitudes de pens&#233;e se manifeste dans la m&#233;thode qui ne doute pas et ne se rend pas compte de la contradiction de la pens&#233;e, ni de l'hostilit&#233; de la pens&#233;e envers elle-m&#234;me. Elle croit sans question que la r&#233;flexion est le moyen de d&#233;couvrir la v&#233;rit&#233; et de pr&#233;senter les objets &#224; l'esprit tels qu'ils sont r&#233;ellement. Et dans cette croyance, elle avance droit sur ses objets, prend les mat&#233;riaux fournis par les sens et la perception et les reproduit d'elle-m&#234;me comme des faits de pens&#233;e ; et alors, croyant que ce r&#233;sultat est la v&#233;rit&#233;, la m&#233;thode est satisfaite. La philosophie &#224; ses d&#233;buts, toutes les sciences, et m&#234;me l'action et le mouvement quotidiens de la conscience vivent dans cette foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 27&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mani&#232;re de penser n'a jamais reconnu l'opposition entre le subjectif et l'objectif , et rien n'emp&#234;che que ses &#233;nonc&#233;s aient un caract&#232;re v&#233;ritablement philosophique et sp&#233;culatif, bien qu'il soit tout aussi possible qu'ils ne d&#233;passent jamais les cat&#233;gories finies ou le stade o&#249; l'opposition n'est pas encore r&#233;solue. Dans la pr&#233;sente introduction, il s'agit surtout d'observer cette attitude de pens&#233;e dans sa forme extr&#234;me, et nous examinerons donc d'abord son second aspect, inf&#233;rieur, en tant que syst&#232;me philosophique. L'un des exemples les plus clairs et les plus proches de nous se trouve dans la m&#233;taphysique du pass&#233; telle qu'elle subsistait parmi nous avant la philosophie de Kant. Mais c'est seulement par rapport &#224; l'histoire de la philosophie que cette m&#233;taphysique peut &#234;tre dite appartenir au pass&#233; : la chose est toujours et partout pr&#233;sente, comme la vision que l'entendement abstrait se fait des objets de la raison. Et c'est l&#224; que r&#233;side le bien r&#233;el et imm&#233;diat, si l'on examine de plus pr&#232;s sa port&#233;e principale et son mode op&#233;ratoire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 28&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;taphysique prenait les lois et les formes de la pens&#233;e pour les lois et les formes fondamentales des choses. Elle supposait que penser une chose &#233;tait le moyen de d&#233;couvrir son moi et sa nature v&#233;ritables : et dans cette mesure elle occupait un terrain plus &#233;lev&#233; que la philosophie critique qui lui succ&#233;da. Mais en premier lieu (1) ces termes de la pens&#233;e &#233;taient coup&#233;s de leur lien, de leur solidarit&#233; ; chacun &#233;tait consid&#233;r&#233; comme valable en soi et capable de servir de pr&#233;dicat de la v&#233;rit&#233;. C'&#233;tait l'hypoth&#232;se g&#233;n&#233;rale de cette m&#233;taphysique que la connaissance de l'Absolu s'obtenait en lui attribuant des pr&#233;dicats. Elle ne recherchait pas ce que signifiaient sp&#233;cialement les termes de l'entendement ni ce qu'ils valaient, ni ne testait la m&#233;thode qui caract&#233;rise l' Absolu par l'attribution de pr&#233;dicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme exemples de tels pr&#233;dicats, on peut prendre : l'existence , dans la proposition : &#171; Dieu a une existence &#187; ; la finitude ou l'infinit&#233;, comme dans la question : &#171; Le monde est-il fini ou infini ? &#187; ; le simple et le complexe, dans la proposition : &#171; L'&#226;me est simple &#187; ou encore : &#171; La chose est une unit&#233;, un tout &#187;, etc. Personne n'a demand&#233; si de tels pr&#233;dicats avaient une v&#233;rit&#233; intrins&#232;que et ind&#233;pendante, ou si la forme propositionnelle pouvait &#234;tre une forme de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphysique du pass&#233; supposait, comme le font toujours les croyances simples, que la pens&#233;e saisit le moi m&#234;me des choses et que les choses, pour devenir ce qu'elles sont vraiment, ont besoin d'&#234;tre pens&#233;es. Car la nature et l'&#226;me humaine sont un v&#233;ritable Prot&#233;e dans leurs transformations perp&#233;tuelles ; et il vient bient&#244;t &#224; l'esprit de l'observateur que la premi&#232;re impression grossi&#232;re des choses n'est pas leur &#234;tre essentiel. C'est un point de vue tout &#224; fait contraire au r&#233;sultat auquel est arriv&#233;e la philosophie critique ; un r&#233;sultat dont on peut dire qu'elle a ordonn&#233; &#224; l'homme d'aller se nourrir de simples balles et de paille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut examiner de plus pr&#232;s la d&#233;marche de cette vieille m&#233;taphysique. En premier lieu, elle n'a jamais d&#233;pass&#233; le domaine de l'entendement analytique. Sans examen pr&#233;alable, elle a adopt&#233; les cat&#233;gories abstraites de la pens&#233;e et les a consid&#233;r&#233;es comme des pr&#233;dicats de la v&#233;rit&#233;. Mais en employant le terme de pens&#233;e, nous ne devons pas oublier la diff&#233;rence entre la pens&#233;e finie ou discursive et la pens&#233;e infinie et rationnelle. Les cat&#233;gories, telles qu'elles nous sont pr&#233;sent&#233;es &#224; premi&#232;re vue et de mani&#232;re isol&#233;e, sont des formes finies. Mais la v&#233;rit&#233; est toujours infinie et ne peut &#234;tre exprim&#233;e ou pr&#233;sent&#233;e &#224; la conscience en termes finis. L'expression &#171; pens&#233;e infinie &#187; peut susciter la surprise si nous adh&#233;rons &#224; la conception moderne selon laquelle la pens&#233;e est toujours limit&#233;e. Mais c'est, &#224; juste titre, l'essence m&#234;me de la pens&#233;e d'&#234;tre infinie. L'explication nominale de l'appellation de fini est qu'une chose a une fin, qu'elle n'existe que jusqu'&#224; un certain point, o&#249; elle entre en contact avec son autre et est limit&#233;e par lui. Le fini subsiste donc en r&#233;f&#233;rence &#224; son autre, qui est sa n&#233;gation et se pr&#233;sente comme sa limite. Or la pens&#233;e est toujours dans sa sph&#232;re propre, elle est en rapport avec elle-m&#234;me, elle est son propre objet. En ayant une pens&#233;e pour objet, je suis chez moi-m&#234;me. La puissance pensante, le &#171; je &#187;, est donc infinie, parce que, lorsqu'elle pense, elle est en rapport avec un objet qui est elle-m&#234;me. En g&#233;n&#233;ral, un objet signifie quelque chose d'autre, un n&#233;gatif qui m'est oppos&#233;. Mais dans le cas o&#249; la pens&#233;e se pense elle-m&#234;me, elle a un objet qui n'est en m&#234;me temps pas un objet : en d'autres termes, son objectivit&#233; est supprim&#233;e et transform&#233;e en id&#233;e. La pens&#233;e, en tant que pens&#233;e, n'implique donc, dans sa nature pure, aucune limite ; elle n'est finie que lorsqu'elle s'en tient &#224; des cat&#233;gories limit&#233;es, qu'elle croit ultimes. La pens&#233;e infinie ou sp&#233;culative, au contraire, tout en d&#233;finissant non moins, fait dispara&#238;tre ce d&#233;faut dans l'acte m&#234;me de limiter et de d&#233;finir. Et ainsi l'infini ne doit pas &#234;tre con&#231;u, comme le plus souvent, comme un lointain abstrait et lointain pour toujours et &#224; jamais, mais de la mani&#232;re simple indiqu&#233;e pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e de l'ancien syst&#232;me m&#233;taphysique &#233;tait finie . Tout son mode d'action &#233;tait r&#233;gl&#233; par des cat&#233;gories dont il croyait les limites fix&#233;es &#224; jamais et non sujettes &#224; aucune n&#233;gation ult&#233;rieure. Ainsi, une de ses questions &#233;tait : Dieu existe-t-il ? Cette question suppose que l'existence est un terme tout &#224; fait positif, une sorte de ne plus ultra . Nous verrons cependant plus loin que l'existence n'est nullement un terme purement positif, mais un terme trop bas pour l' Id&#233;e absolue et indigne de Dieu. Une seconde question dans ces syst&#232;mes m&#233;taphysiques &#233;tait : le monde est-il fini ou infini ? Les termes m&#234;mes de la question supposent que le fini est un contradictoire permanent de l'infini : et l'on voit bien que, lorsqu'ils sont ainsi oppos&#233;s, l'infini, qui devrait bien entendu &#234;tre le tout, n'appara&#238;t que comme un aspect unique et souffre de la restriction du fini. Mais un infini restreint n'est lui-m&#234;me qu'un fini. De la m&#234;me mani&#232;re, on se demandait si l'&#226;me &#233;tait simple ou compos&#233;e. En d'autres termes, la simplicit&#233; &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une caract&#233;ristique ultime, exprimant une v&#233;rit&#233; enti&#232;re. Loin d'&#234;tre ainsi, la simplicit&#233; est l'expression d'une demi-v&#233;rit&#233;, aussi unilat&#233;rale et abstraite que l'existence &#8211; un terme de pens&#233;e qui, comme nous le verrons plus loin, est lui-m&#234;me faux et donc incapable de contenir la v&#233;rit&#233;. Si l'&#226;me est consid&#233;r&#233;e comme simplement et abstraitement simple, elle est caract&#233;ris&#233;e d'une mani&#232;re inad&#233;quate et finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question essentielle de la m&#233;taphysique pr&#233;kantienne &#233;tait donc de savoir si l'on pouvait attribuer &#224; ses objets des pr&#233;dicats de ce genre. Or, ces pr&#233;dicats ne sont en fin de compte que des formules limit&#233;es de l'entendement qui, au lieu d'exprimer la v&#233;rit&#233;, imposent seulement une limite. Il faut remarquer que le trait principal de la m&#233;thode consiste &#224; &#171; assigner &#187; ou &#224; &#171; attribuer &#187; des pr&#233;dicats &#224; l'objet &#224; conna&#238;tre, par exemple &#224; Dieu. Or, l'attribution n'est rien d'autre qu'une r&#233;flexion ext&#233;rieure sur l'objet : les pr&#233;dicats qui permettent de d&#233;terminer l'objet sont fournis par la pens&#233;e imag&#233;e et appliqu&#233;s de mani&#232;re m&#233;canique. Or, pour que nous ayons une connaissance v&#233;ritable, l'objet doit se caract&#233;riser lui-m&#234;me et ne pas tirer ses pr&#233;dicats de l'ext&#233;rieur. M&#234;me si nous suivons la m&#233;thode de la pr&#233;dication, l'esprit ne peut s'emp&#234;cher de penser que de tels pr&#233;dicats ne suffisent pas &#224; &#233;puiser l'objet. De m&#234;me, les Orientaux ont raison d'appeler Dieu l'Un aux multiples noms ou l'Un aux myriades de noms. L'une apr&#232;s l'autre de ces cat&#233;gories finies laisse l'&#226;me insatisfaite, et le sage oriental est contraint de rechercher sans cesse de tels pr&#233;dicats. Il est vrai que les choses finies doivent &#234;tre caract&#233;ris&#233;es par des pr&#233;dicats finis, et c'est avec eux que l'entendement trouve le champ d'action qui lui convient. Lui-m&#234;me fini, il ne conna&#238;t que la nature du fini. Ainsi, lorsque j'appelle vol une action, j'ai caract&#233;ris&#233; l'action dans ses faits essentiels, et cette connaissance suffit au juge. De m&#234;me, les choses finies sont entre elles comme cause et effet, force et exercice, et lorsqu'elles sont appr&#233;hend&#233;es dans ces cat&#233;gories, elles sont connues dans leur finitude. Mais les objets de la raison ne peuvent &#234;tre d&#233;finis par ces pr&#233;dicats finis. Essayer de le faire &#233;tait le d&#233;faut de l'ancienne m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;dicats de ce genre, pris individuellement, n'ont qu'une port&#233;e limit&#233;e de signification, et personne ne peut s'emp&#234;cher de percevoir combien ils sont insuffisants et combien ils sont loin de la pl&#233;nitude de d&#233;tails que nous donne notre pens&#233;e imaginative, par exemple dans le cas de Dieu, de l'Esprit ou de la Nature. En outre, bien que le fait qu'ils soient tous des pr&#233;dicats d'un m&#234;me sujet leur conf&#232;re une certaine connexion, leurs significations diff&#233;rentes les s&#233;parent : et par cons&#233;quent chacun d'eux est introduit comme &#233;tranger par rapport aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Orientaux ont cherch&#233; &#224; rem&#233;dier au premier de ces d&#233;fauts, lorsque, par exemple, ils ont d&#233;fini Dieu en lui attribuant plusieurs noms ; mais ils ont toujours estim&#233; que le nombre des noms aurait d&#251; &#234;tre infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) En second lieu, les syst&#232;mes m&#233;taphysiques ont adopt&#233; un crit&#232;re erron&#233;. Leurs objets &#233;taient sans doute des totalit&#233;s qui appartiennent en elles-m&#234;mes &#224; la raison, c'est-&#224;-dire &#224; l'univers organis&#233; et syst&#233;matiquement d&#233;velopp&#233; de la pens&#233;e. Mais ces totalit&#233;s &#8212; Dieu, l'&#226;me, le monde &#8212; &#233;taient consid&#233;r&#233;es par le m&#233;taphysicien comme des sujets faits et pr&#234;ts &#224; servir de base &#224; une application des cat&#233;gories de l'entendement. Elles &#233;taient issues de la conception populaire. C'est pourquoi la conception populaire &#233;tait le seul canon pour d&#233;terminer si les pr&#233;dicats &#233;taient ou non ad&#233;quats et suffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 31&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut supposer que les conceptions communes de Dieu, de l'&#226;me, du monde, donnent &#224; la pens&#233;e une base solide et stable. Ce n'est pas le cas en r&#233;alit&#233;. Outre qu'elles ont un caract&#232;re particulier et subjectif qui leur est attach&#233;, et laissent ainsi la place &#224; une grande vari&#233;t&#233; d'interpr&#233;tations, elles exigent elles-m&#234;mes avant tout une d&#233;finition ferme et stable par la pens&#233;e. On peut le constater dans chacune de ces propositions o&#249; le pr&#233;dicat, ou en philosophie la cat&#233;gorie, est n&#233;cessaire pour indiquer quel est le sujet, ou la conception par laquelle nous partons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une phrase comme &#171; Dieu est &#233;ternel &#187;, nous partons de la conception de Dieu, sans savoir encore ce qu'il est : nous le dire, c'est l'affaire du pr&#233;dicat. Ainsi, dans les principes de la logique, o&#249; les termes qui formulent le sujet sont ceux de la pens&#233;e seulement, il n'est pas seulement superflu de faire de ces cat&#233;gories des pr&#233;dicats de propositions dont Dieu, ou, plus vaguement encore, l'Absolu, est le sujet, mais cela aurait aussi l'inconv&#233;nient de sugg&#233;rer un autre canon que celui de la nature de la pens&#233;e. En outre, la forme propositionnelle (et &#224; la proposition il serait plus juste de substituer le jugement) n'est pas propre &#224; exprimer le concret &#8212; et le vrai est toujours concret &#8212; ou le sp&#233;culatif. Tout jugement est par sa forme unilat&#233;ral et, dans cette mesure, faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;taphysique n'&#233;tait pas une pens&#233;e libre et objective. Au lieu de laisser l'objet exprimer librement et spontan&#233;ment ses propres caract&#233;ristiques, elle le supposait tout fait. Si quelqu'un veut savoir ce que signifie la libre pens&#233;e, il faut se reporter &#224; la philosophie grecque : car la scolastique, comme ces syst&#232;mes m&#233;taphysiques, en acceptait les faits et les acceptait comme un dogme issu de l'autorit&#233; de l'&#201;glise. Nous autres, modernes, avons &#233;t&#233; initi&#233;s par toute notre &#233;ducation &#224; des id&#233;es qu'il est extr&#234;mement difficile de d&#233;passer, en raison de leur port&#233;e consid&#233;rable. Mais les philosophes de l'Antiquit&#233; &#233;taient dans une situation diff&#233;rente. C'&#233;taient des hommes qui vivaient enti&#232;rement dans les perceptions des sens et qui, apr&#232;s avoir rejet&#233; la mythologie et ses fantaisies, ne pr&#233;supposaient rien d'autre que le ciel au-dessus et la terre autour. Dans ce milieu mat&#233;riel, non m&#233;taphysique, la pens&#233;e est libre et jouit de sa propre intimit&#233;, d&#233;barrass&#233;e de tout ce qui est mat&#233;riel et parfaitement &#224; l'aise. Ce sentiment que nous sommes tous &#224; nous-m&#234;mes est caract&#233;ristique de la libre pens&#233;e &#8212; de ce voyage &#224; l'air libre, o&#249; rien n'est au-dessous ou au-dessus de nous, et o&#249; nous nous tenons dans la solitude, avec nous-m&#234;mes seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 32&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) En troisi&#232;me lieu, ce syst&#232;me de m&#233;taphysique s'est transform&#233; en dogmatisme . Lorsque notre pens&#233;e ne s'&#233;tend jamais au-del&#224; de termes &#233;troits et rigides, nous sommes forc&#233;s de supposer que de deux assertions oppos&#233;es, telles que les propositions ci-dessus, l'une doit &#234;tre vraie et l'autre fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dogmatisme peut &#234;tre d&#233;crit de la mani&#232;re la plus simple comme le contraire du scepticisme. Les anciens sceptiques donnaient le nom de dogmatisme &#224; toute philosophie, quelle qu'elle soit, qui soutenait un syst&#232;me de doctrine d&#233;finie. Dans ce sens large, le scepticisme peut m&#234;me appliquer ce nom &#224; la philosophie proprement sp&#233;culative. Mais dans un sens plus &#233;troit, le dogmatisme consiste dans la t&#233;nacit&#233; qui trace une ligne dure et solide entre certains termes et d'autres qui leur sont oppos&#233;s. Nous pouvons le voir clairement dans le strict &#171; ou bien &#8212; ou bien &#187; : par exemple, le monde est fini ou bien infini ; mais il doit &#234;tre l'un des deux. Le contraire de cette rigidit&#233; est la caract&#233;ristique de toute v&#233;rit&#233; sp&#233;culative. L&#224;, aucune formule inad&#233;quate de ce genre n'est admise, et il est impossible qu'elle l'&#233;puise. Ces formules, la v&#233;rit&#233; sp&#233;culative les tient en union comme une totalit&#233;, alors que le dogmatisme les investit, dans leur isolement, d'un titre de fixit&#233; et de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive souvent en philosophie que la demi-v&#233;rit&#233; se place &#224; c&#244;t&#233; de la v&#233;rit&#233; enti&#232;re et se donne pour elle-m&#234;me la position de quelque chose de permanent. Mais le fait est que la demi-v&#233;rit&#233;, au lieu d'&#234;tre un principe fixe ou auto-subsistant, n'est qu'un &#233;l&#233;ment absolu et inclus dans le tout. La m&#233;taphysique de l'entendement est dogmatique, parce qu'elle maintient les demi-v&#233;rit&#233;s dans leur isolement ; tandis que l'id&#233;alisme de la philosophie sp&#233;culative r&#233;alise le principe de totalit&#233; et montre qu'il peut d&#233;passer les formules inad&#233;quates de la pens&#233;e abstraite. Ainsi l'id&#233;alisme dirait : l'&#226;me n'est ni seulement finie, ni seulement infinie ; elle est en r&#233;alit&#233; l'une tout autant que l'autre, et par l&#224; m&#234;me ni l'une ni l'autre. En d'autres termes, de telles formules dans leur isolement sont inadmissibles et n'entrent en consid&#233;ration que comme &#233;l&#233;ments formateurs d'une notion plus vaste. Un tel id&#233;alisme se manifeste m&#234;me dans les phases ordinaires de la conscience. Ainsi nous disons des choses sensibles qu'elles sont changeantes : c'est-&#224;-dire qu'elles le sont , mais il est &#233;galement vrai qu'elles ne le sont pas. Nous nous montrons plus obstin&#233;s &#224; traiter des cat&#233;gories de l'entendement. Ce sont des termes que nous croyons un peu plus fermes, ou m&#234;me absolument fermes et rapides. Nous les consid&#233;rons comme s&#233;par&#233;s les uns des autres par un ab&#238;me infini, de sorte que des cat&#233;gories oppos&#233;es ne peuvent jamais se rencontrer. La bataille de la raison est la lutte pour briser la rigidit&#233; &#224; laquelle l'entendement a tout r&#233;duit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 33&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de cette m&#233;taphysique, dans sa forme syst&#233;matique, est l'ontologie , ou la doctrine des caract&#233;ristiques abstraites de l'&#234;tre. La multitude de ces caract&#233;ristiques et les limites pos&#233;es &#224; leur applicabilit&#233; ne sont fond&#233;es sur aucun principe. Elles doivent donc &#234;tre &#233;num&#233;r&#233;es selon l'exp&#233;rience et les circonstances, et l'importance qui leur est attribu&#233;e ne repose que sur des conceptions sensuelles communes, sur des affirmations selon lesquelles des mots particuliers sont employ&#233;s dans un sens particulier, et peut-&#234;tre m&#234;me sur l'&#233;tymologie. Si l'exp&#233;rience d&#233;clare que la liste est compl&#232;te, et si l'usage du langage, par son accord, montre que l'analyse est correcte, le m&#233;taphysicien est satisfait ; et la v&#233;rit&#233; et la n&#233;cessit&#233; intrins&#232;ques et ind&#233;pendantes de ces caract&#233;ristiques ne sont jamais consid&#233;r&#233;es comme un sujet d'investigation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demander si l'&#234;tre, l'existence, la finitude, la simplicit&#233;, la complexit&#233;, etc. sont des notions intrins&#232;quement et ind&#233;pendamment vraies, doit surprendre ceux qui croient qu'une question sur la v&#233;rit&#233; ne peut concerner que des propositions (si une notion est ou n'est pas avec v&#233;rit&#233; &#224; attribuer, comme on dit, &#224; un sujet), et que la fausset&#233; r&#233;side dans la contradiction qui existe entre le sujet de nos id&#233;es et la notion qu'on doit en pr&#233;diquer. Or, comme la notion est concr&#232;te, elle et chacun de ses caract&#232;res en g&#233;n&#233;ral sont essentiellement une unit&#233; ferm&#233;e en elle-m&#234;me de caract&#232;res distincts . Si donc la v&#233;rit&#233; n'&#233;tait rien d'autre que l'absence de contradiction , il faudrait d'abord examiner pour chaque notion si elle ne contient pas, prise individuellement, cette sorte de contradiction intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 34&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me branche du syst&#232;me m&#233;taphysique &#233;tait la psychologie rationnelle ou pneumatologie. Elle traitait de la nature m&#233;taphysique de l'&#226;me, c'est-&#224;-dire de l'esprit consid&#233;r&#233; comme une chose. Elle esp&#233;rait trouver l'immortalit&#233; dans une sph&#232;re domin&#233;e par les lois de la composition, du temps, du changement qualitatif et de l'augmentation ou de la diminution quantitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nom de &#171; rationnelle &#187; donn&#233; &#224; cette esp&#232;ce de psychologie servait &#224; la mettre en contraste avec les modes empiriques d'observation des ph&#233;nom&#232;nes de l'&#226;me. La psychologie rationnelle envisageait l'&#226;me dans sa nature m&#233;taphysique et &#224; travers les cat&#233;gories fournies par la pens&#233;e abstraite. Les rationalistes s'effor&#231;aient de d&#233;terminer la nature int&#233;rieure de l'&#226;me telle qu'elle est en elle-m&#234;me et telle qu'elle est pour la pens&#233;e. En philosophie, on entend peu parler de l'&#226;me &#224; l'heure actuelle : le terme favori est maintenant celui d'esprit (mind). Les deux sont distincts, l'&#226;me &#233;tant en quelque sorte le terme moyen entre le corps et l'esprit, ou le lien entre les deux. L'esprit, en tant qu'&#226;me, est immerg&#233; dans la corpor&#233;it&#233;, et l'&#226;me est le principe animateur du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;taphysique pr&#233;kantienne, disons-nous, consid&#233;rait l'&#226;me comme une chose. &#171; Chose &#187; est un mot tr&#232;s ambigu. Par chose, nous entendons d'abord une existence imm&#233;diate, quelque chose que nous repr&#233;sentons sous une forme sensible : et dans ce sens, le terme a &#233;t&#233; appliqu&#233; &#224; l'&#226;me. D'o&#249; la question du si&#232;ge de l'&#226;me. Bien entendu, si l'&#226;me a un si&#232;ge, il est dans l'espace et envisag&#233; de mani&#232;re sensible. De m&#234;me, si l'&#226;me est consid&#233;r&#233;e comme une chose, nous pouvons nous demander si elle est simple ou compos&#233;e. La question est importante car elle porte sur l'immortalit&#233; de l'&#226;me, qui est cens&#233;e d&#233;pendre de l'absence de composition. Mais le fait est que dans la simplicit&#233; abstraite nous avons une cat&#233;gorie qui correspond aussi peu &#224; la nature de l'&#226;me que celle de la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot sur les rapports entre la psychologie rationnelle et la psychologie empirique. La premi&#232;re, parce qu'elle s'applique &#224; appliquer la pens&#233;e &#224; la connaissance de l'esprit et m&#234;me &#224; d&#233;montrer le r&#233;sultat de cette pens&#233;e, est la plus &#233;lev&#233;e ; la psychologie empirique, quant &#224; elle, part de la perception et ne fait que raconter et d&#233;crire ce que la perception fournit. Mais si nous voulons penser l'esprit, nous ne devons pas nous embarrasser de ses ph&#233;nom&#232;nes particuliers. L'esprit est essentiellement actif au m&#234;me sens que les scolastiques disaient que Dieu est &#171; l'actualit&#233; absolue &#187;. Mais si l'esprit est actif, il doit en quelque sorte s'exprimer lui-m&#234;me. Il est donc faux de consid&#233;rer l'esprit comme un ens sans processus , comme le faisait l'ancienne m&#233;taphysique qui s&#233;parait la vie int&#233;rieure de l'esprit sans processus de sa vie ext&#233;rieure. L'esprit, entre toutes choses, doit &#234;tre consid&#233;r&#233; dans sa r&#233;alit&#233; concr&#232;te, dans son &#233;nergie, et de telle mani&#232;re que ses manifestations apparaissent comme d&#233;termin&#233;es par sa force int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 35&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me branche de la m&#233;taphysique est la cosmologie. Les sujets qu'elle aborde sont le monde, sa contingence, sa n&#233;cessit&#233;, son &#233;ternit&#233;, sa limitation dans le temps et dans l'espace, les lois (seulement formelles) de ses changements, la libert&#233; de l'homme et l'origine du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces sujets, il appliquait ce que l'on croyait &#234;tre des contrastes profonds : tels que la contingence et la n&#233;cessit&#233; ; la n&#233;cessit&#233; &#233;ternelle et interne ; la cause efficiente et finale, ou la causalit&#233; en g&#233;n&#233;ral et le dessein ; l'essence ou la substance et le ph&#233;nom&#232;ne ; la forme et la mati&#232;re ; la libert&#233; et la n&#233;cessit&#233; ; le bonheur et la douleur ; le bien et le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la cosmologie ne comprenait pas seulement la nature, mais aussi l'esprit, dans sa complexit&#233; ext&#233;rieure, dans ses ph&#233;nom&#232;nes, c'est-&#224;-dire l'existence en g&#233;n&#233;ral ou la somme des choses finies. Mais cet objet, elle ne le consid&#233;rait pas comme un tout concret, mais seulement sous certains points de vue abstraits. Ainsi, les questions que la cosmologie tentait de r&#233;soudre &#233;taient les suivantes : le hasard ou la n&#233;cessit&#233; domine-t-il dans le monde ? Le monde est-il &#233;ternel ou cr&#233;&#233; ? L'un des principaux objectifs de cette &#233;tude &#233;tait donc d'&#233;tablir ce que l'on appelait des lois cosmologiques g&#233;n&#233;rales : par exemple, que la nature n'agit pas par &#224;-coups. Et par &#224;-coups ( saltus ), on entendait une diff&#233;rence qualitative ou une alt&#233;ration qualitative qui se manifeste sans aucun moyen d&#233;terminant ant&#233;rieur ; alors qu'au contraire, un changement graduel (de quantit&#233;) n'est &#233;videmment pas sans interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne l'esprit tel qu'il se manifeste dans le monde, les questions que la cosmologie a principalement trait&#233;es portaient sur la libert&#233; de l'homme et sur l'origine du mal. Personne ne peut nier que ces questions soient de la plus haute importance. Mais pour y r&#233;pondre de mani&#232;re satisfaisante, il est n&#233;cessaire de ne pas pr&#233;tendre que les formules abstraites de l'entendement sont d&#233;finitives, ni de supposer que chacun des deux termes d'une antith&#232;se a une existence ind&#233;pendante ou peut &#234;tre trait&#233; isol&#233;ment comme une v&#233;rit&#233; compl&#232;te et autocentr&#233;e. Telle est cependant la position g&#233;n&#233;rale adopt&#233;e par les m&#233;taphysiciens avant Kant et qui appara&#238;t dans leurs discussions cosmologiques, qui pour cette raison n'ont pas pu atteindre leur but, &#224; savoir la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes du monde. Observez comment ils proc&#232;dent &#224; la distinction entre la libert&#233; et la n&#233;cessit&#233;, dans l'application de ces cat&#233;gories &#224; la nature et &#224; l'esprit. Ils consid&#232;rent la nature comme soumise dans son fonctionnement &#224; la n&#233;cessit&#233; ; ils tiennent l'esprit pour libre. Il y a sans doute un fondement r&#233;el &#224; cette distinction dans le noyau m&#234;me de l'esprit. Mais libert&#233; et n&#233;cessit&#233;, oppos&#233;es de fa&#231;on abstraite, ne sont applicables que dans le monde fini auquel elles appartiennent en tant que telles. Une libert&#233; qui n'implique aucune n&#233;cessit&#233;, et une simple n&#233;cessit&#233; sans libert&#233;, sont des formules abstraites et donc fausses de la pens&#233;e. La libert&#233; n'est pas une ind&#233;termination vide : essentiellement concr&#232;te et invariablement autod&#233;termin&#233;e, elle est en m&#234;me temps n&#233;cessaire. La n&#233;cessit&#233;, dans l'acception ordinaire du terme en philosophie populaire, signifie une d&#233;termination venant de l'ext&#233;rieur seulement - comme dans la m&#233;canique finie, o&#249; un corps ne se meut que lorsqu'il est frapp&#233; par un autre corps, et se meut dans la direction qui lui est communiqu&#233;e par l'impact. Il s'agit l&#224; cependant d'une n&#233;cessit&#233; purement ext&#233;rieure, non de la v&#233;ritable n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure qui est identique &#224; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour le contraste entre le Bien et le Mal, contraste favori du monde moderne introspectif. Si nous consid&#233;rons le Mal comme poss&#233;dant une fixit&#233; propre, distincte du Bien, nous avons raison dans une certaine mesure : il y a une opposition entre les deux ; et ceux qui soutiennent le caract&#232;re apparent et relatif de cette opposition ne veulent pas dire que le Mal et le Bien dans l'Absolu ne font qu'un, ou, selon l'expression moderne, qu'une chose devient d'abord mauvaise &#224; partir de notre fa&#231;on de la consid&#233;rer. L'erreur survient lorsque nous prenons le Mal pour un positif permanent, au lieu de ce qu'il est en r&#233;alit&#233;, un n&#233;gatif qui, bien qu'il veuille s'affirmer, n'a pas de persistance r&#233;elle et n'est en fait que l'existence factice absolue de la n&#233;gativit&#233; en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 36&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me branche de la m&#233;taphysique est la th&#233;ologie naturelle ou rationnelle. La notion de Dieu, ou Dieu en tant qu'&#234;tre possible, les preuves de son existence et ses propri&#233;t&#233;s constituent l'&#233;tude de cette branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(a) Lorsque l'entendement discute ainsi de la D&#233;it&#233;, son but principal est de trouver quels pr&#233;dicats correspondent ou non au fait que nous avons dans notre imagination comme Dieu. Et ce faisant, il suppose que le contraste entre positif et n&#233;gatif est absolu ; et donc, &#224; la longue, il ne reste rien pour la notion telle que l'entend l'entendement, sinon l'abstraction vide de l'&#202;tre ind&#233;termin&#233;, de la simple r&#233;alit&#233; ou positivit&#233;, le produit sans vie du &#171; d&#233;isme &#187; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) La m&#233;thode de d&#233;monstration employ&#233;e dans la connaissance finie doit toujours conduire &#224; une inversion de l'ordre v&#233;ritable. Elle exige en effet l'&#233;nonc&#233; d'une raison objective de l'existence de Dieu, qui acquiert ainsi l'apparence d'&#234;tre d&#233;riv&#233;e d'autre chose. Cette m&#233;thode de d&#233;monstration, guid&#233;e comme elle l'est par le canon de la simple identit&#233; analytique, est embarrass&#233;e par la difficult&#233; de passer du fini &#224; l'infini. Ou bien la finitude du monde existant, qui reste un fait comme auparavant, s'attache &#224; la notion de D&#233;it&#233;, et Dieu doit &#234;tre d&#233;fini comme la substance imm&#233;diate de ce monde &#8212; ce qui est le panth&#233;isme ; ou bien il reste un objet oppos&#233; au sujet, et par l&#224; m&#234;me fini &#8212; ce qui est le dualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Les attributs de Dieu, qui devraient &#234;tre divers et pr&#233;cis, ont, &#224; proprement parler, sombr&#233; et disparu dans la notion abstraite de pure r&#233;alit&#233;, d' &#234;tre ind&#233;termin&#233; . Mais dans notre pens&#233;e mat&#233;rielle , le monde fini continue cependant d'avoir un &#234;tre r&#233;el, Dieu &#233;tant en quelque sorte son antith&#232;se : ainsi se pr&#233;sente l'image ult&#233;rieure des diff&#233;rents rapports de Dieu avec le monde. Ceux-ci, formul&#233;s comme des propri&#233;t&#233;s, doivent d'une part, en tant que rapports &#224; des circonstances finies, poss&#233;der eux-m&#234;mes un caract&#232;re fini (nous donnant des propri&#233;t&#233;s telles que la justice, la gr&#226;ce, la puissance, la sagesse, etc.) ; d'autre part, ils doivent &#234;tre infinis. Or, &#224; ce niveau de pens&#233;e, le seul moyen, et un moyen confus, de concilier ces exigences oppos&#233;es, &#233;tait d'exalter quantitativement les propri&#233;t&#233;s, de les transformer en ind&#233;termination, en sensus eminentior. Mais c'&#233;tait un exp&#233;dient qui d&#233;truisait r&#233;ellement la propri&#233;t&#233; et ne laissait qu'un simple nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de la vieille th&#233;ologie m&#233;taphysique &#233;tait de voir jusqu'o&#249; la raison seule pouvait aller dans la connaissance de Dieu. La connaissance de Dieu par la raison est certainement le plus grand probl&#232;me de la philosophie. Les premiers enseignements de la religion sont des conceptions figur&#233;es de Dieu. Ces conceptions, telles que les pr&#233;sente le Credo, nous sont transmises dans notre jeunesse. Elles sont les doctrines de notre religion, et dans la mesure o&#249; l'individu fonde sa foi sur ces doctrines et les sent vraies, il a tout ce dont il a besoin en tant que chr&#233;tien. Telle est la foi, et la science de cette foi est la th&#233;ologie. Mais tant que la th&#233;ologie ne sera pas quelque chose de plus qu'une simple &#233;num&#233;ration et compilation de ces doctrines ab extra, elle n'aura pas droit au titre de science. M&#234;me la m&#233;thode si en vogue aujourd'hui &#8211; le mode de traitement purement historique &#8211; qui rapporte par exemple ce qui a &#233;t&#233; dit par tel ou tel P&#232;re de l'&#201;glise &#8211; ne conf&#232;re pas &#224; la th&#233;ologie un caract&#232;re scientifique. Pour obtenir cela, nous devons passer &#224; la compr&#233;hension des faits par la pens&#233;e &#8211; ce qui est le travail de la philosophie. La v&#233;ritable th&#233;ologie est donc en m&#234;me temps une v&#233;ritable philosophie de la religion, comme elle le fut, pourrions-nous ajouter, au Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, examinons de plus pr&#232;s cette th&#233;ologie rationnelle. C'&#233;tait une science qui s'approchait de Dieu non par la raison, mais par l'entendement, et qui, dans sa mani&#232;re de penser, employait les termes sans avoir le moindre sentiment de leurs limites et de leurs liens r&#233;ciproques. La notion de Dieu &#233;tait le sujet de discussion, et pourtant le crit&#232;re de notre connaissance provenait d'une source &#233;trang&#232;re, la conception mat&#233;rialis&#233;e de Dieu. Or, la pens&#233;e doit &#234;tre libre dans ses mouvements. Il faut sans doute se rappeler que le r&#233;sultat de la pens&#233;e ind&#233;pendante s'accorde avec le sens de la religion chr&#233;tienne, car la religion chr&#233;tienne est une r&#233;v&#233;lation de la raison. Mais cette harmonie d&#233;passait les efforts de la th&#233;ologie rationnelle. Elle se proposait de d&#233;finir la conception figur&#233;e de Dieu en termes de pens&#233;e ; mais elle aboutissait &#224; une notion de Dieu qui &#233;tait ce que nous pouvons appeler l'abstrait de la positivit&#233; ou de la r&#233;alit&#233;, &#224; l'exclusion de toute n&#233;gation. Dieu &#233;tait donc d&#233;fini comme le plus r&#233;el de tous les &#234;tres. Mais chacun peut voir que cet &#234;tre le plus r&#233;el de tous, dans lequel la n&#233;gation n'entre pas, est tout le contraire de ce qu'il devrait &#234;tre et de ce que l'entendement suppose qu'il est. Au lieu d'&#234;tre riche et pleine au-del&#224; de toute mesure, elle est con&#231;ue de mani&#232;re si &#233;troite qu'elle est au contraire extr&#234;mement pauvre et tout &#224; fait vide. C'est avec raison que le c&#339;ur aspire &#224; un corps concret de v&#233;rit&#233; ; mais sans un caract&#232;re d&#233;fini, c'est-&#224;-dire sans une n&#233;gation contenue dans la notion, il ne peut y avoir qu'une abstraction. Quand la notion de Dieu n'est appr&#233;hend&#233;e que comme celle de l'&#234;tre abstrait ou le plus r&#233;el, Dieu est, pour ainsi dire, rel&#233;gu&#233; dans un autre monde au-del&#224; : et parler d'une connaissance de lui n'aurait aucun sens. L&#224; o&#249; il n'y a pas de qualit&#233; d&#233;finie, la connaissance est impossible. La simple lumi&#232;re n'est que t&#233;n&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second probl&#232;me de la th&#233;ologie rationnelle &#233;tait de prouver l'existence de Dieu. Or, il faut remarquer &#224; ce propos que la d&#233;monstration, telle que l'entend l'entend, signifie la d&#233;pendance d'une v&#233;rit&#233; par rapport &#224; une autre. Dans de telles d&#233;monstrations, nous avons une pr&#233;supposition, quelque chose de ferme et de solide, d'o&#249; d&#233;coule quelque chose d'autre ; nous d&#233;montrons la d&#233;pendance d'une v&#233;rit&#233; &#224; partir d'un point de d&#233;part suppos&#233;. Si donc ce mode de d&#233;monstration s'applique &#224; l'existence de Dieu, cela ne peut signifier que l'&#234;tre de Dieu doit d&#233;pendre d'autres termes, qui constitueront alors le fondement de son &#234;tre. Il est &#233;vident que cela conduirait &#224; une certaine erreur : car Dieu doit &#234;tre simplement et uniquement le fondement de tout, et en ce sens ne d&#233;pendre d'aucun autre. Et la perception de ce danger a conduit certains &#224; dire dans les temps modernes que l'existence de Dieu n'est pas susceptible de preuve, mais doit &#234;tre saisie imm&#233;diatement ou intuitivement. Mais la raison, et m&#234;me le bon sens, donnent &#224; la d&#233;monstration un sens tout autre que celui de l'entendement. La d&#233;monstration de la raison part sans doute de quelque chose qui n'est pas Dieu. Mais, &#224; mesure qu'elle avance, elle ne laisse pas le point de d&#233;part comme un fait inexpliqu&#233;, ce qui &#233;tait le cas. Au contraire, elle montre ce point comme d&#233;riv&#233; et appel&#233; &#224; l'existence, et alors Dieu appara&#238;t comme premier, v&#233;ritablement imm&#233;diat et auto-subsistant, avec les moyens de d&#233;rivation envelopp&#233;s et absorb&#233;s en lui-m&#234;me. Ceux qui disent : &#171; Consid&#233;rez la nature, et la nature vous conduira &#224; Dieu ; vous trouverez une cause finale absolue &#187; ne veulent pas dire que Dieu est quelque chose de d&#233;riv&#233; : ils veulent dire que c'est nous qui passons d'un autre &#224; Dieu lui-m&#234;me ; et ainsi Dieu, bien que cons&#233;quence, est aussi le fondement absolu du pas initial. Le rapport des deux choses est invers&#233; ; et ce qui est venu comme cons&#233;quence &#233;tant montr&#233; comme ant&#233;c&#233;dent, l'ant&#233;c&#233;dent originel est r&#233;duit &#224; une cons&#233;quence. Il en est toujours ainsi, d'ailleurs, chaque fois que la raison d&#233;montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; la lumi&#232;re de la pr&#233;sente discussion, nous jetons un coup d'&#339;il sur la m&#233;thode m&#233;taphysique dans son ensemble, nous trouvons que sa principale caract&#233;ristique a &#233;t&#233; de faire de l'identit&#233; abstraite son principe et de chercher &#224; saisir les objets de la raison par les cat&#233;gories abstraites et finies de l'entendement. Mais cet infini de l'entendement, cette essence pure, est encore finie : elle a exclu toute la vari&#233;t&#233; des choses particuli&#232;res, qui la limitent et la nient ainsi. Au lieu de gagner une identit&#233; concr&#232;te, cette m&#233;taphysique s'est attach&#233;e &#224; une identit&#233; abstraite. Son point fort &#233;tait de percevoir que la pens&#233;e seule constitue l'essence de tout ce qui est. Elle a puis&#233; ses mat&#233;riaux chez les philosophes ant&#233;rieurs, en particulier chez les scolastiques. Dans la philosophie sp&#233;culative, l'entendement constitue sans doute un stade, mais non un stade o&#249; nous devrions nous tenir toujours. Platon n'est pas un m&#233;taphysicien de ce type imparfait, encore moins Aristote, bien que l'on croie g&#233;n&#233;ralement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Deuxi&#232;me attitude de la pens&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'objectivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
. PREMI&#200;RE. L'EMPIRISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 37&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, un double besoin commen&#231;a &#224; se faire sentir. D'une part, il fallait une mati&#232;re concr&#232;te, pour contrebalancer les th&#233;ories abstraites de l' entendement , qui ne peut, sans aide, passer de la g&#233;n&#233;ralit&#233; &#224; la sp&#233;cialisation et &#224; la d&#233;termination . D'autre part, il fallait quelque chose de fixe et de s&#251;r, de mani&#232;re &#224; exclure la possibilit&#233; de prouver n'importe quoi et n'importe quoi dans la sph&#232;re et selon la m&#233;thode des formules finies de la pens&#233;e. Telle fut la gen&#232;se de la philosophie empirique , qui abandonna la recherche de la v&#233;rit&#233; dans la pens&#233;e elle-m&#234;me, et alla la chercher dans l'exp&#233;rience , le pr&#233;sent ext&#233;rieur et int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor de l'empirisme est d&#251; &#224; ce besoin de contenus concrets et d'une base solide, besoins que la m&#233;taphysique abstraite de l' entendement n'a pas su satisfaire. Or, par concr&#233;tude des contenus, on entend que nous devons conna&#238;tre les objets de la conscience comme intrins&#232;quement d&#233;termin&#233;s et comme l'unit&#233; de caract&#233;ristiques distinctes. Mais, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, ce n'est nullement le cas de la m&#233;taphysique de l'entendement, si elle se conforme &#224; son principe. Avec la simple compr&#233;hension, la pens&#233;e se limite &#224; la forme d'un universel abstrait et ne peut jamais progresser vers la particularisation de cet universel. Nous voyons ainsi les m&#233;taphysiciens s'efforcer de faire ressortir par l'instrument de la pens&#233;e ce qui &#233;tait l'essence ou l'attribut fondamental de l'&#226;me. L'&#226;me, disaient-ils, est simple. La simplicit&#233; ainsi attribu&#233;e &#224; l'&#226;me signifiait une simplicit&#233; pure et compl&#232;te, d'o&#249; la diff&#233;rence est exclue : la diff&#233;rence, ou en d'autres termes la composition, &#233;tant faite l'attribut fondamental du corps, ou de la mati&#232;re en g&#233;n&#233;ral. Il est clair que dans cette simplicit&#233; &#233;troite, nous avons affaire &#224; une cat&#233;gorie tr&#232;s superficielle, tout &#224; fait incapable d'embrasser la richesse de l'&#226;me ou de l'esprit. Lorsqu'il apparut ainsi que la pens&#233;e m&#233;taphysique abstraite &#233;tait inad&#233;quate, on sentit qu'il fallait recourir &#224; la psychologie empirique. Il en fut de m&#234;me pour la physique rationnelle. Les expressions courantes &#233;taient, par exemple, que l'espace est infini, que la nature ne fait pas de saut, etc. De toute &#233;vidence, cette phras&#233;ologie &#233;tait totalement insatisfaisante en pr&#233;sence de la pl&#233;nitude et de la vie de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 38&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, cette source &#224; laquelle puise l'empirisme est commune &#224; la m&#233;taphysique. C'est dans nos conceptions mat&#233;rialis&#233;es, c'est-&#224;-dire dans des faits qui &#233;manent en premier lieu de l'exp&#233;rience, que la m&#233;taphysique trouve aussi la garantie de la justesse de ses d&#233;finitions (y compris ses hypoth&#232;ses initiales et son corps de doctrine plus d&#233;taill&#233;). Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, il faut remarquer que la sensation isol&#233;e n'est pas la m&#234;me chose que l'exp&#233;rience, et que l'&#233;cole empirique &#233;l&#232;ve les faits compris sous le terme de sensation, de sentiment et de perception au rang d'id&#233;es g&#233;n&#233;rales, de propositions ou de lois. Elle le fait cependant &#224; la r&#233;serve que ces principes g&#233;n&#233;raux (tels que la force) n'ont pas d'autre port&#233;e ni de validit&#233; propre que celle qui est tir&#233;e de l'impression sensible, et qu'aucun lien ne doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme l&#233;gitime, sauf ce qui peut &#234;tre d&#233;montr&#233; dans les ph&#233;nom&#232;nes. Et du c&#244;t&#233; subjectif, la connaissance empirique a son fondement stable dans le fait que dans une sensation la conscience est directement pr&#233;sente et certaine d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empirisme est fond&#233; sur le grand principe selon lequel tout ce qui est vrai doit &#234;tre dans le monde r&#233;el et pr&#233;sent &#224; la sensation. Ce principe contredit ce &#171; devrait &#234;tre &#187; sur la base duquel la &#171; r&#233;flexion &#187; est suffisamment vaine pour m&#233;priser le pr&#233;sent r&#233;el et pour d&#233;signer une sc&#232;ne au-del&#224; de la sc&#232;ne, qui n'a lieu et n'existe que dans l'entendement de ceux qui en parlent. Tout comme l'empirisme, la philosophie (&#167; 7) ne reconna&#238;t que ce qui est, et n'a rien &#224; voir avec ce qui devrait simplement &#234;tre et ce qui est ainsi reconnu comme n'existant pas. Du c&#244;t&#233; subjectif, il convient &#233;galement de noter le pr&#233;cieux principe de libert&#233; qui est impliqu&#233; dans l'empirisme. Car la principale le&#231;on de l'empirisme est que l'homme doit voir par lui-m&#234;me et sentir qu'il est pr&#233;sent dans chaque fait de connaissance qu'il doit accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empirisme, pouss&#233; jusqu'&#224; ses cons&#233;quences l&#233;gitimes, se limitant dans ses faits &#224; la sph&#232;re finie, nie le suprasensible en g&#233;n&#233;ral, ou du moins toute connaissance de celui-ci qui en d&#233;finirait la nature ; il ne laisse &#224; la pens&#233;e d'autre pouvoir que l'abstraction, l'universalit&#233; et l'identit&#233; formelles. Mais il y a une erreur fondamentale dans tout empirisme scientifique. Il emploie les cat&#233;gories m&#233;taphysiques de la mati&#232;re, de la force, celles de l'un, du multiple, de la g&#233;n&#233;ralit&#233;, de l'infini, etc., suivant les indications que lui donnent ces cat&#233;gories, il en tire des conclusions, et ce faisant, il pr&#233;suppose et applique la forme syllogistique . Et tout en ignorant qu'il contient de la m&#233;taphysique dans son usage, il utilise ces cat&#233;gories et leurs combinaisons dans un style tout &#224; fait irr&#233;fl&#233;chi et acritique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empirisme nous a fait dire : &#171; Cessez de vagabonder dans des abstractions vides, gardez les yeux ouverts, saisissez l'homme et la nature tels qu'ils sont ici devant vous, profitez du moment pr&#233;sent. &#187; Personne ne peut nier qu'il y ait une bonne part de v&#233;rit&#233; dans ces paroles. Le monde quotidien, ce qui est ici et maintenant, &#233;tait un bon &#233;change contre l'autre monde futile, contre les mirages et les chim&#232;res de l'entendement abstrait. Et ainsi fut acquis un principe infini, cette base solide qui manquait tant &#224; la vieille m&#233;taphysique. Les principes finis sont le maximum que l'entendement puisse saisir, et ceux-ci &#233;tant essentiellement instables et chancelants, la structure qu'ils soutenaient doit s'effondrer avec fracas. L'instinct de la raison a toujours &#233;t&#233; de trouver un principe infini. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le moment n'&#233;tait pas venu de le trouver dans la pens&#233;e. C'est pourquoi cet instinct s'est empar&#233; du pr&#233;sent, de l'Ici, de l'Ceci, o&#249; il y a sans doute une forme infinie implicite, mais pas dans l'existence r&#233;elle de cette forme. Le monde ext&#233;rieur est la v&#233;rit&#233;, il faudrait seulement le conna&#238;tre : car la v&#233;rit&#233; est actuelle et doit exister. Le principe infini, la v&#233;rit&#233; &#233;gocentrique, est donc dans le monde pour que la raison la d&#233;couvre : bien qu'elle existe sous une forme individuelle et sensible, et non dans sa v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cette &#233;cole fait de la perception sensible la forme sous laquelle le fait doit &#234;tre appr&#233;hend&#233;, et c'est l&#224; le d&#233;faut de l'empirisme. La perception sensible en tant que telle est toujours individuelle , toujours transitoire : non pas que le processus de connaissance s'arr&#234;te &#224; la sensation, mais il va au contraire jusqu'&#224; d&#233;couvrir l' &#233;l&#233;ment universel et permanent de l'individu appr&#233;hend&#233; par les sens. C'est le processus qui conduit de la simple perception &#224; l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour former des exp&#233;riences, l'empirisme fait un usage particulier de la forme de l'analyse . Dans l'impression des sens, nous avons un concret de plusieurs &#233;l&#233;ments dont nous sommes cens&#233;s &#233;plucher les diff&#233;rents attributs un &#224; un, comme la peau d'un oignon. En d&#233;membrant ainsi la chose, on comprend que nous d&#233;sint&#233;grons et d&#233;composons ces attributs qui se sont coalis&#233;s, et que nous n'y ajoutons rien d'autre que notre propre acte de d&#233;sint&#233;gration. Or l'analyse est le processus qui m&#232;ne de l' imm&#233;diatet&#233; de la sensation &#224; la pens&#233;e : les attributs que l'objet analys&#233; contient en union acqui&#232;rent la forme de l'universalit&#233; en &#233;tant s&#233;par&#233;s. L'empirisme se trompe donc s'il suppose que, tout en analysant les objets, il les laisse tels qu'ils &#233;taient : il transforme en r&#233;alit&#233; le concret en quelque chose d'abstrait. Et par suite de ce changement, l'&#234;tre vivant est tu&#233; : la vie ne peut exister que dans le concret et l'un. Non que nous puissions nous passer de cette division, si notre intention est de comprendre. L'esprit lui-m&#234;me est une division inh&#233;rente. L'erreur consiste &#224; oublier qu'il ne s'agit l&#224; que de la moiti&#233; du processus et que l'essentiel est la r&#233;union de ce qui a &#233;t&#233; s&#233;par&#233;. Et c'est l&#224; o&#249; l'analyse ne d&#233;passe jamais le stade de la partition que les mots du po&#232;te sont vrais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encheiresin Naturae n'a pas la chimie, mais il a&lt;br class='autobr' /&gt;
sa propre main, et il n'a rien &#224; voir&lt;br class='autobr' /&gt;
avec la Theile dans sa main,&lt;br class='autobr' /&gt;
il le dirige dans sa bande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse part du concret, et la possession de ce mat&#233;riel lui donne un avantage consid&#233;rable sur la pens&#233;e abstraite de l'ancienne m&#233;taphysique. Elle &#233;tablit les diff&#233;rences entre les choses, ce qui est tr&#232;s important ; mais ces diff&#233;rences ne sont en fin de compte que des attributs abstraits, c'est-&#224;-dire des pens&#233;es. Ces pens&#233;es, suppose-t-on, contiennent l'essence r&#233;elle des objets ; et ainsi, nous voyons r&#233;appara&#238;tre l'axiome de la m&#233;taphysique d'autrefois, selon lequel la v&#233;rit&#233; des choses r&#233;side dans la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons maintenant la th&#233;orie empirique &#224; la m&#233;taphysique quant &#224; leurs contenus respectifs. Nous voyons que cette derni&#232;re, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, prend pour th&#232;me les objets universels de la raison, &#224; savoir Dieu, l'&#226;me et le monde ; et ces th&#232;mes, accept&#233;s d'apr&#232;s la conception populaire, c'&#233;tait le probl&#232;me de la philosophie de les r&#233;duire sous forme de pens&#233;es. Un autre exemple de la m&#234;me m&#233;thode est la philosophie scolastique, dont le th&#232;me pr&#233;suppos&#233; a &#233;t&#233; form&#233; par les dogmes de l'&#201;glise chr&#233;tienne ; elle a cherch&#233; &#224; en fixer le sens et &#224; leur donner un ordre syst&#233;matique par la pens&#233;e. Les faits sur lesquels se fonde l'empirisme sont d'une nature enti&#232;rement diff&#233;rente. Ce sont les faits sensibles de la nature et les faits de l'esprit fini. En d'autres termes, l'empirisme traite d'une mati&#232;re finie , et les anciens m&#233;taphysiciens avaient un infini, bien que, ajoutons-le, ils aient fini ce contenu infini par la forme finie de l'entendement. La m&#234;me finitude de forme se retrouve dans l'empirisme, mais ici les faits sont &#233;galement finis. Dans cette mesure, les deux modes de philosophie ont la m&#234;me m&#233;thode ; tous deux proc&#232;dent &#224; partir de donn&#233;es ou d'hypoth&#232;ses qu'ils acceptent comme ultimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, l'empirisme trouve la v&#233;rit&#233; dans le monde ext&#233;rieur et, m&#234;me s'il admet l'existence d'un monde suprasensible, il consid&#232;re que la connaissance de ce monde est impossible et nous enferme dans le domaine de la perception sensible. Cette doctrine, appliqu&#233;e syst&#233;matiquement, produit ce qu'on a appel&#233; plus tard le mat&#233;rialisme . Ce mat&#233;rialisme consid&#232;re la mati&#232;re , en tant que mati&#232;re, comme le v&#233;ritable monde objectif. Mais avec la mati&#232;re, nous sommes d'embl&#233;e introduits dans une abstraction qui, en tant que telle, ne peut &#234;tre per&#231;ue, et l'on peut soutenir qu'il n'y a pas de mati&#232;re, parce que, telle qu'elle existe, elle est toujours quelque chose de d&#233;fini et de concret. Pourtant, l'abstraction que nous appelons mati&#232;re est cens&#233;e &#234;tre &#224; la base de tout le monde sensible et exprime le monde sensible dans ses termes les plus simples comme une individualisation compl&#232;te, et donc un amas de points qui s'excluent mutuellement. Aussi longtemps que cette sph&#232;re sensible n'est et n'est pour l'empirisme qu'une simple donn&#233;e , nous avons une doctrine de servitude : car nous devenons libres lorsque nous ne sommes pas en face d'un monde absolument &#233;tranger, mais que nous d&#233;pendons d'un fait que nous sommes nous-m&#234;mes. D'ailleurs, conform&#233;ment au point de vue empirique, la raison et la d&#233;raison ne peuvent &#234;tre que subjectives : en d'autres termes, nous devons prendre ce qui est donn&#233; tel qu'il est, et nous n'avons pas le droit de nous demander si et dans quelle mesure il est rationnel par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 39&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ce principe, on a observ&#233; avec raison que dans ce que nous appelons l'exp&#233;rience, par opposition &#224; la simple perception unique de faits isol&#233;s, il y a deux &#233;l&#233;ments. L'un est la mati&#232;re, infinie dans sa multiplicit&#233;, et telle qu'elle se pr&#233;sente, un simple ensemble de singuliers ; l'autre est la forme, les caract&#232;res de l'universalit&#233; et de la n&#233;cessit&#233;. La simple exp&#233;rience offre sans doute de nombreux cas, peut-&#234;tre innombrables, de perceptions semblables ; mais, apr&#232;s tout, aucune multitude, si grande soit-elle, ne peut &#234;tre la m&#234;me chose que l'universalit&#233;. De m&#234;me, la simple exp&#233;rience permet de percevoir des changements successifs et des objets juxtapos&#233;s ; mais elle ne pr&#233;sente aucun lien n&#233;cessaire. Si donc la perception doit maintenir sa pr&#233;tention &#224; &#234;tre la seule base de ce que les hommes tiennent pour la v&#233;rit&#233;, l'universalit&#233; et la n&#233;cessit&#233; apparaissent comme quelque chose d'ill&#233;gitime : elles deviennent un accident de notre esprit, une simple habitude, dont le contenu pourrait &#234;tre constitu&#233; autrement qu'il ne l'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un corollaire important de cette th&#233;orie que, dans ce mode de traitement empirique, les principes et les lois juridiques et &#233;thiques, ainsi que les v&#233;rit&#233;s de la religion, sont pr&#233;sent&#233;s comme l'&#339;uvre du hasard et d&#233;pouill&#233;s de leur caract&#232;re objectif et de leur v&#233;rit&#233; int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scepticisme de Hume , qui a conduit &#224; cette conclusion, doit &#234;tre clairement distingu&#233; du scepticisme grec . Hume admet la v&#233;rit&#233; de l'&#233;l&#233;ment empirique, du sentiment et de la sensation, et se met &#224; contester les principes et les lois universels, parce qu'ils ne sont pas garantis par la perception sensible. Le scepticisme antique &#233;tait si loin de faire du sentiment et de la sensation le canon de la v&#233;rit&#233; qu'il s'est tourn&#233; en premier lieu contre les enseignements des sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Sur le scepticisme moderne compar&#233; &#224; l'ancien, voir Schelling et Hegel's Critical Journal of Philosophy )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Deuxi&#232;me attitude de la pens&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'objectivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
DEUX. LA PHILOSOPHIE CRITIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'empirisme , la philosophie critique part du principe que l'exp&#233;rience constitue le seul fondement des connaissances ; elle ne les consid&#232;re cependant pas comme des v&#233;rit&#233;s, mais seulement comme des connaissances de ph&#233;nom&#232;nes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie critique part &#224; l'origine de la distinction des &#233;l&#233;ments pr&#233;sent&#233;s dans l'analyse de l'exp&#233;rience, &#224; savoir la mati&#232;re sensible et ses relations universelles. Prenant en compte la critique de Hume sur cette distinction , telle qu'expos&#233;e dans la section pr&#233;c&#233;dente , &#224; savoir que la sensation n'appr&#233;hende pas explicitement plus qu'un individu ou plus qu'un simple &#233;v&#233;nement, elle insiste en m&#234;me temps sur le fait que l'universalit&#233; et la n&#233;cessit&#233; sont consid&#233;r&#233;es comme remplissant une fonction &#233;galement essentielle dans la constitution de ce qu'on appelle l'exp&#233;rience. Cet &#233;l&#233;ment, ne provenant pas des faits empiriques en tant que tels, doit appartenir &#224; la spontan&#233;it&#233; de la pens&#233;e ; en d'autres termes, il est a priori . Les Cat&#233;gories ou Notions de l' Entendement constituent l' objectivit&#233; des connaissances exp&#233;rientielles. Dans tous les cas, elles impliquent une r&#233;f&#233;rence connective, et par cons&#233;quent, par leur moyen sont form&#233;s des jugements synth&#233;tiques a priori , c'est-&#224;-dire des connexions primaires et non d&#233;riv&#233;es d' oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scepticisme de Hume ne nie pas que les caract&#232;res d' universalit&#233; et de n&#233;cessit&#233; se trouvent dans la connaissance. Et m&#234;me chez Kant , ce fait reste apr&#232;s tout une pr&#233;supposition ; on peut dire, pour employer la phras&#233;ologie ordinaire des sciences, que Kant n'a fait que proposer une autre explication de ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 41&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie critique s'attache &#224; v&#233;rifier la valeur des cat&#233;gories employ&#233;es en m&#233;taphysique, ainsi que dans les autres sciences et dans la conception ordinaire. Mais elle ne s'int&#233;resse pas au contenu de ces cat&#233;gories, ni &#224; la relation exacte qu'elles entretiennent entre elles ; elle les consid&#232;re simplement comme affect&#233;es par le contraste entre le subjectif et l'objectif. Le contraste, tel que nous devons l'entendre ici, porte sur la distinction (voir &#167; pr&#233;c&#233;dent) des deux &#233;l&#233;ments de l'exp&#233;rience. Le nom d'objectivit&#233; est ici donn&#233; &#224; l'&#233;l&#233;ment d'universalit&#233; et de n&#233;cessit&#233;, c'est-&#224;-dire aux cat&#233;gories elles-m&#234;mes, ou &#224; ce qu'on appelle le constituant a priori . La philosophie critique a cependant &#233;largi le contraste de telle mani&#232;re que la subjectivit&#233; en vient &#224; embrasser l' ensemble de l'exp&#233;rience, y compris les deux &#233;l&#233;ments pr&#233;cit&#233;s ; et il ne reste de l'autre c&#244;t&#233; que la &#171; chose en soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes sp&#233;ciales de l' &#233;l&#233;ment a priori , c'est-&#224;-dire de la pens&#233;e, qui, malgr&#233; son objectivit&#233;, est consid&#233;r&#233;e comme un acte purement subjectif , se pr&#233;sentent comme suit dans un ordre syst&#233;matique qui, on peut le remarquer, est uniquement fond&#233; sur des bases psychologiques et historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Un pas tr&#232;s important a &#233;t&#233; franchi, sans aucun doute, lorsque les termes de la vieille m&#233;taphysique ont &#233;t&#233; examin&#233;s. Le simple penseur a poursuivi son chemin sans m&#233;fiance dans les cat&#233;gories qui s'offraient d'elles-m&#234;mes. Il ne lui est jamais venu &#224; l'id&#233;e de se demander dans quelle mesure ces cat&#233;gories avaient une valeur et une autorit&#233; propres. Si, comme on l'a dit, il est caract&#233;ristique de la libre pens&#233;e de ne laisser passer aucune hypoth&#232;se sans la remettre en question, les anciens m&#233;taphysiciens n'&#233;taient pas des libres penseurs. Ils acceptaient leurs cat&#233;gories telles qu'elles &#233;taient, sans plus de peine, comme une donn&#233;e a priori , non encore v&#233;rifi&#233;e par la r&#233;flexion. La philosophie critique a invers&#233; cette tendance. Kant s'est charg&#233; d'examiner dans quelle mesure les formes de pens&#233;e &#233;taient capables de conduire &#224; la connaissance de la v&#233;rit&#233;. Il a notamment exig&#233; une critique de la facult&#233; de connaissance comme pr&#233;alable &#224; son exercice. C'est une exigence l&#233;gitime, si elle signifie que les formes de pens&#233;e elles-m&#234;mes doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme un objet d'investigation. Malheureusement, on s'insinue bient&#244;t dans l'id&#233;e erron&#233;e selon laquelle on sait d&#233;j&#224; avant de savoir, l'erreur de ne pas entrer dans l'eau avant d'avoir appris &#224; nager . Il est vrai que les formes de pens&#233;e doivent &#234;tre soumises &#224; un examen avant d'&#234;tre utilis&#233;es : mais qu'est-ce que cet examen, sinon ipso facto une connaissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de combiner dans notre d&#233;marche d'investigation l'action des formes de pens&#233;e avec leur critique . Les formes de pens&#233;e doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;es dans leur nature essentielle et dans leur d&#233;veloppement complet : elles sont &#224; la fois l'objet de la recherche et l'action de cet objet. Elles s'examinent donc elles-m&#234;mes : dans leur propre action, elles doivent d&#233;terminer leurs limites et signaler leurs d&#233;fauts. C'est cette action de la pens&#233;e que nous consid&#233;rerons plus loin sp&#233;cialement sous le nom de dialectique , et dont il suffit de remarquer d'embl&#233;e qu'au lieu de s'exercer sur les cat&#233;gories du dehors, elle est immanente &#224; leur propre action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons donc formuler ainsi le premier point de la philosophie de Kant : la pens&#233;e doit elle-m&#234;me examiner sa propre capacit&#233; de connaissance. Aujourd'hui, les hommes ont d&#233;pass&#233; Kant et sa philosophie : tout le monde veut aller plus loin. Mais il y a deux fa&#231;ons d'aller plus loin : en arri&#232;re et en avant. La lumi&#232;re de la critique montre bient&#244;t que beaucoup de nos essais modernes de philosophie ne sont que de simples r&#233;p&#233;titions de la vieille m&#233;thode m&#233;taphysique, une pens&#233;e sans fin et sans critique dans un sillon d&#233;termin&#233; par la tendance naturelle de l'esprit de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'examen des cat&#233;gories par Kant souffre du grave d&#233;faut de les consid&#233;rer non pas de mani&#232;re absolue et pour elles-m&#234;mes, mais pour voir si elles sont subjectives ou objectives. Dans le langage de la vie courante, nous entendons par objectif ce qui existe en dehors de nous et nous parvient de l'ext&#233;rieur par la sensation. Ce que Kant a fait, c'est nier que les cat&#233;gories, telles que la cause et l'effet , soient, dans ce sens du mot, objectives, ou donn&#233;es dans la sensation, et soutenir au contraire qu'elles appartiennent &#224; notre propre pens&#233;e elle-m&#234;me, &#224; la spontan&#233;it&#233; de la pens&#233;e. Dans cette mesure donc, elles sont subjectives. Et pourtant, malgr&#233; cela, Kant donne le nom d'objectif &#224; ce qui est pens&#233;, &#224; l'universel et au n&#233;cessaire, tandis qu'il qualifie de subjectif tout ce qui est simplement ressenti. Cette disposition semble inverser l'emploi du mot mentionn&#233; en premier lieu et a valu &#224; Kant d'&#234;tre accus&#233; de confusion de langage. Mais l'accusation est injuste si l'on consid&#232;re plus &#233;troitement les faits. Le vulgaire croit que les objets de perception qui lui sont pr&#233;sent&#233;s, tels qu'un animal ou une &#233;toile isol&#233;e, sont des existences ind&#233;pendantes et permanentes, par rapport auxquelles les pens&#233;es sont sans substance et d&#233;pendent d'autre chose. En fait, les perceptions des sens sont le caract&#232;re proprement d&#233;pendant et secondaire, tandis que les pens&#233;es sont r&#233;ellement ind&#233;pendantes et primaires. C'est pourquoi Kant a donn&#233; le titre d'objectif au facteur intellectuel, &#224; l'universel et au n&#233;cessaire : et il avait parfaitement raison de le faire. Nos sensations , d'autre part, sont subjectives ; car les sensations manquent de stabilit&#233; dans leur nature propre, et ne sont pas moins fugaces et &#233;vanescentes que la pens&#233;e n'est permanente et auto-subsistante. Aujourd'hui, la ligne de distinction sp&#233;ciale &#233;tablie par Kant entre le subjectif et l'objectif est adopt&#233;e par la phras&#233;ologie du monde cultiv&#233;. Ainsi, la critique d'une &#339;uvre d'art devrait, dit-on, &#234;tre non pas subjective, mais objective &#8211; en d'autres termes, au lieu de partir du sentiment ou de l'humeur particuli&#232;re et accidentelle du moment, elle devrait garder en vue les points de vue g&#233;n&#233;raux que les lois de l'art &#233;tablissent. Dans la m&#234;me acception, nous pouvons distinguer dans toute d&#233;marche scientifique l'int&#233;r&#234;t objectif et l'int&#233;r&#234;t subjectif de la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'objectivit&#233; de la pens&#233;e, au sens de Kant, est elle aussi, dans une certaine mesure, subjective. Les pens&#233;es, selon Kant, bien que des cat&#233;gories universelles et n&#233;cessaires, ne sont que nos pens&#233;es, s&#233;par&#233;es par un ab&#238;me infranchissable de la chose, telle qu'elle existe en dehors de notre connaissance. Mais la v&#233;ritable objectivit&#233; de la pens&#233;e signifie que les pens&#233;es, loin d'&#234;tre simplement n&#244;tres, doivent en m&#234;me temps &#234;tre l'essence r&#233;elle des choses et de tout ce qui est pour nous un objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objectif et subjectif sont des expressions courantes, dont l'emploi peut facilement conduire &#224; la confusion. Jusqu'ici, nous avons montr&#233; trois significations de l'objectivit&#233;. Premi&#232;rement, elle signifie ce qui a une existence ext&#233;rieure, &#224; la diff&#233;rence de ce qui est subjectif, ce qui est seulement suppos&#233;, r&#234;v&#233;, etc. Deuxi&#232;mement, elle a le sens que Kant lui donne d'universel et de n&#233;cessaire, par opposition &#224; l'&#233;l&#233;ment particulier, subjectif et occasionnel qui appartient &#224; nos sensations. Troisi&#232;mement, comme nous venons de l'expliquer, elle signifie l'essence de la chose existante, appr&#233;hend&#233;e par la pens&#233;e, par opposition &#224; ce qui n'est que notre pens&#233;e, et qui par cons&#233;quent est encore s&#233;par&#233; de la chose elle-m&#234;me, telle qu'elle existe dans une essence ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 42&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) La facult&#233; th&#233;orique . La connaissance en tant que connaissance. Le fondement sp&#233;cifique des cat&#233;gories, selon le syst&#232;me critique, r&#233;side dans l'identit&#233; premi&#232;re du &#171; je &#187; dans la pens&#233;e, ce que Kant appelle &#171; l'unit&#233; transcendantale de la conscience de soi &#187;. Les impressions du sentiment et de la perception sont, si nous consid&#233;rons leur contenu, une multiplicit&#233; ou un m&#233;lange d'&#233;l&#233;ments ; et cette multiplicit&#233; est &#233;galement manifeste dans leur forme. Car le sens se caract&#233;rise par une exclusion mutuelle de ses membres ; et cela sous deux aspects, &#224; savoir l'espace et le temps, qui, &#233;tant les formes, c'est-&#224;-dire le type universel de la perception, sont eux-m&#234;mes a priori . Mais cet ensemble, que donnent la sensation et la perception, doit &#234;tre r&#233;duit &#224; une identit&#233; ou &#224; une synth&#232;se premi&#232;re. Pour cela, le &#171; je &#187; le met en rapport avec lui-m&#234;me et l'unit l&#224; dans une conscience que Kant appelle &#171; pure aperception &#187;. Les modes sp&#233;cifiques par lesquels le moi se rapporte &#224; lui-m&#234;me la multiplicit&#233; du sens sont les purs concepts de l'entendement, les Cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, on le sait, ne s'est pas donn&#233; beaucoup de peine pour d&#233;couvrir les cat&#233;gories. Le &#171; je &#187;, l'unit&#233; de la conscience de soi, &#233;tant tout &#224; fait abstrait et compl&#232;tement ind&#233;termin&#233; , la question se pose de savoir comment parvenir aux formes sp&#233;cialis&#233;es du &#171; je &#187;, les cat&#233;gories ? Heureusement, la logique commune nous offre une classification empirique des esp&#232;ces de jugement . Or, juger, c'est penser &#224; un objet d&#233;termin&#233;. C'est pourquoi les divers modes de jugement, tels qu'ils sont &#233;num&#233;r&#233;s sous nos yeux, nous fournissent les diverses cat&#233;gories de la pens&#233;e. C'est &#224; la philosophie de Fichte que revient le grand m&#233;rite d'avoir attir&#233; l'attention sur la n&#233;cessit&#233; de montrer la n&#233;cessit&#233; de ces cat&#233;gories et d'en donner une v&#233;ritable d&#233;duction . Fichte aurait d&#251; produire au moins un effet sur la m&#233;thode de la logique. On aurait pu s'attendre &#224; ce que les lois g&#233;n&#233;rales de la pens&#233;e, qui sont le fonds de commerce habituel des logiciens, ou la classification des notions, des jugements et des syllogismes, ne soient plus tir&#233;es de la simple observation et donc trait&#233;es seulement empiriquement, mais d&#233;duites de la pens&#233;e elle-m&#234;me. Si la pens&#233;e doit &#234;tre capable de prouver quoi que ce soit, si la logique doit insister sur la n&#233;cessit&#233; des preuves, et si elle se propose d'enseigner la th&#233;orie de la d&#233;monstration, son premier soin doit &#234;tre de donner raison de son propre sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Kant soutient donc que les cat&#233;gories ont leur source dans le &#171; Moi &#187; et que le &#171; Moi &#187; fournit par cons&#233;quent les caract&#232;res d'universalit&#233; et de n&#233;cessit&#233;. Si nous observons ce que nous avons devant nous, nous pouvons le d&#233;crire d'abord comme un ensemble ou une diversit&#233; : et dans les cat&#233;gories nous trouvons les points simples ou les unit&#233;s vers lesquels cet ensemble est amen&#233; &#224; converger. Le monde sensible est une sc&#232;ne d'exclusion mutuelle : son &#234;tre est hors de lui-m&#234;me. C'est l&#224; le caract&#232;re fondamental du sensible. &#171; Maintenant &#187; n'a de sens que par rapport &#224; un avant et un apr&#232;s. De m&#234;me, le rouge ne subsiste que par opposition au jaune et au bleu. Or, cet autre chose est hors du sensible ; celui-ci n'est qu'en tant qu'il n'est pas l'autre, et seulement en tant qu'il est. Mais la pens&#233;e, ou le &#171; Moi &#187;, occupe une position tout &#224; fait oppos&#233;e au sensible, avec ses exclusions mutuelles et son &#234;tre hors de lui-m&#234;me. Le &#171; Je &#187; est l'identit&#233; premi&#232;re, un avec lui-m&#234;me et tout &#224; fait chez lui en lui-m&#234;me. Le mot &#171; je &#187; exprime le simple fait de faire agir sur soi-m&#234;me : et tout ce qui est plac&#233; dans cette unit&#233; ou ce foyer est affect&#233; par elle et transform&#233; en elle. Le &#171; je &#187; est comme le creuset et le feu qui consument la pluralit&#233; l&#226;che du sens et la r&#233;duisent &#224; l'unit&#233;. C'est le processus que Kant appelle aperception pure, par opposition &#224; l'aperception commune, pour laquelle la pluralit&#233; qu'elle re&#231;oit est encore une pluralit&#233; ; alors que l'aperception pure est plut&#244;t un acte par lequel le &#171; je &#187; fait &#171; mienne &#187; les mat&#233;riaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception a au moins le m&#233;rite de rendre juste la nature de toute conscience. La tendance de tous les efforts de l'homme est de comprendre le monde, de se l'approprier et de le soumettre &#224; lui-m&#234;me : et pour cela, il faut que la r&#233;alit&#233; positive du monde soit comme &#233;cras&#233;e et broy&#233;e, c'est-&#224;-dire id&#233;alis&#233;e. Il faut en m&#234;me temps remarquer que ce n'est pas le simple acte de notre conscience personnelle qui introduit une unit&#233; absolue dans la diversit&#233; des sens. Cette identit&#233; est plut&#244;t elle-m&#234;me l'absolu. L'absolu est en quelque sorte assez bon pour laisser les choses individuelles jouir d'elles-m&#234;mes et les ram&#232;ne &#224; l'unit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Des expressions comme &#171; unit&#233; transcendantale de la conscience de soi &#187; ont une apparence laide et sugg&#232;rent un monstre &#224; l'arri&#232;re-plan : mais leur signification n'est pas aussi absconse qu'il y para&#238;t. La signification du transcendantal chez Kant peut &#234;tre comprise par la mani&#232;re dont il le distingue du transcendantal. On peut dire que le transcendant est ce qui d&#233;passe les cat&#233;gories de l'entendement : un sens dans lequel le terme est employ&#233; pour la premi&#232;re fois en math&#233;matiques. Ainsi, en g&#233;om&#233;trie, on vous demande de concevoir la circonf&#233;rence d'un cercle comme form&#233;e d'un nombre infini de lignes droites infiniment petites. En d'autres termes, des caract&#233;ristiques que l'entendement tient pour totalement diff&#233;rentes, la ligne droite et la courbe, sont express&#233;ment investies d'identit&#233;. Un autre transcendant du m&#234;me genre est la conscience de soi qui est identique &#224; elle-m&#234;me et infinie en elle-m&#234;me, par opposition &#224; la conscience ordinaire qui tire sa forme et son ton de mat&#233;riaux finis. Cette unit&#233; de la conscience de soi, Kant l'appelle cependant transcendantale seulement ; et il voulait dire par l&#224; que l'unit&#233; n'&#233;tait que dans nos esprits et ne s'attachait pas aux objets en dehors de notre connaissance d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Consid&#233;rer les cat&#233;gories comme seulement subjectives, c'est-&#224;-dire comme une partie de nous-m&#234;mes, doit para&#238;tre tr&#232;s &#233;trange &#224; l'esprit naturel ; et il y a sans doute quelque chose de bizarre dans cela. Il est tout &#224; fait vrai cependant que les cat&#233;gories ne sont pas contenues dans la sensation telle qu'elle nous est donn&#233;e. Lorsque, par exemple, nous regardons un morceau de sucre, nous trouvons qu'il est dur, blanc, sucr&#233;, etc. Nous disons que toutes ces propri&#233;t&#233;s sont r&#233;unies dans un seul objet. Or, c'est cette unit&#233; qui ne se trouve pas dans la sensation. La m&#234;me chose se produit si nous concevons deux &#233;v&#233;nements comme &#233;tant en relation de cause &#224; effet. Les sens ne nous informent que de deux &#233;v&#233;nements distincts qui se succ&#232;dent dans le temps. Mais que l'un soit cause, l'autre effet &#8212; en d'autres termes, le lien causal entre les deux &#8212; n'est pas per&#231;u par les sens ; cela n'est &#233;vident que pour la pens&#233;e. Pourtant, bien que les cat&#233;gories, telles que l'unit&#233;, ou la cause et l'effet, soient strictement la propri&#233;t&#233; de la pens&#233;e, il ne s'ensuit nullement qu'elles doivent &#234;tre simplement les n&#244;tres et non pas aussi les caract&#233;ristiques des objets. Kant les limite cependant au sujet-esprit, et sa philosophie peut &#234;tre qualifi&#233;e d'id&#233;alisme subjectif : car il soutient que la forme et la mati&#232;re de la connaissance sont toutes deux fournies par l'Ego - ou sujet connaissant - la forme par notre intellectuel, la mati&#232;re par notre ego sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au contenu de cet id&#233;alisme subjectif , il n'y a pas lieu d'en dire un mot. On pourrait peut-&#234;tre imaginer &#224; premi&#232;re vue que les objets perdraient leur r&#233;alit&#233; lorsque leur unit&#233; serait transf&#233;r&#233;e au sujet. Mais ni nous ni les objets n'aurions rien &#224; gagner du simple fait qu'ils poss&#232;dent l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel n'est pas de savoir si les choses existent, mais ce qu'elles sont et si leur contenu est vrai ou non. Il ne sert &#224; rien de dire que les choses existent. Ce qui existe cesse d'exister quand le temps passe. On pourrait aussi pr&#233;tendre que l'id&#233;alisme subjectif a tendance &#224; favoriser l'orgueil. Mais si le monde d'un homme est la somme de ses perceptions sensibles, il n'a aucune raison de se vanter d'un tel monde. Laissant donc de c&#244;t&#233; comme sans importance cette distinction entre subjectif et objectif, nous nous int&#233;ressons principalement &#224; savoir ce qu'est une chose, c'est-&#224;-dire son contenu, qui n'est pas plus objectif qu'il n'est subjectif. Si la simple existence suffit &#224; cr&#233;er l'objectivit&#233;, m&#234;me un crime est objectif : mais c'est une existence qui est au fond nulle, comme cela appara&#238;t clairement lorsque vient le jour du ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 43&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cat&#233;gories peuvent &#234;tre envisag&#233;es sous deux aspects. D'une part, c'est par leur instrumentalit&#233; que la simple perception des sens s'&#233;l&#232;ve &#224; l'objectivit&#233; et &#224; l'exp&#233;rience. D'autre part, ces notions ne sont que des unit&#233;s dans notre conscience : elles sont par cons&#233;quent conditionn&#233;es par la mati&#232;re qui leur est donn&#233;e, et n'ayant rien en elles-m&#234;mes, elles ne peuvent &#234;tre appliqu&#233;es que dans le cadre de l'exp&#233;rience. Mais l'autre constituant de l'exp&#233;rience, les impressions du sentiment et de la perception, n'est pas moins subjectif que les cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d'affirmer que les cat&#233;gories prises en elles-m&#234;mes sont vides, car elles ont un contenu, du moins dans la marque et la signification particuli&#232;res qu'elles poss&#232;dent. Bien entendu, le contenu des cat&#233;gories n'est pas perceptible par les sens, ni dans le temps et l'espace : mais c'est plut&#244;t un m&#233;rite qu'un d&#233;faut. On peut observer qu'un aper&#231;u de cette signification du contenu affecte notre pens&#233;e ordinaire. On dit par exemple qu'un livre ou un discours contient beaucoup de choses, qu'il est plein de contenu en proportion du plus grand nombre de pens&#233;es et de r&#233;sultats g&#233;n&#233;raux qu'on y trouve ; au contraire, on ne devrait jamais dire qu'un livre, par exemple un roman, contient beaucoup de choses parce qu'il contient un grand nombre d'incidents, de situations, etc. M&#234;me la voix populaire reconna&#238;t ainsi qu'il faut quelque chose de plus que les faits des sens pour qu'une &#339;uvre soit pleine de mati&#232;re. Et quel est ce besoin suppl&#233;mentaire sinon des pens&#233;es, ou en premier lieu des cat&#233;gories ? Il n'est pas tout &#224; fait faux de dire que les cat&#233;gories sont vides en elles-m&#234;mes, si l'on entend par l&#224; qu'elles et l'id&#233;e logique dont elles sont les membres ne constituent pas la philosophie tout enti&#232;re, mais conduisent n&#233;cessairement, par un progr&#232;s convenable, aux v&#233;ritables domaines de la nature et de l'esprit. Mais il ne faut pas se m&#233;prendre sur ce progr&#232;s. L'id&#233;e logique n'acquiert pas pour autant un contenu qui lui est &#233;tranger &#224; l'origine, mais se sp&#233;cialise et se d&#233;veloppe par son action propre dans la nature et l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 44&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que les cat&#233;gories ne sont pas des termes appropri&#233;s pour exprimer l'Absolu &#8211; l'Absolu n'&#233;tant pas donn&#233; dans la perception &#8211; et l'Entendement, ou la connaissance au moyen des cat&#233;gories, est par cons&#233;quent incapable de conna&#238;tre les Choses-en-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chose en soi (et sous le mot &#171; chose &#187; on comprend m&#234;me l'Esprit et Dieu) exprime l'objet quand on laisse de c&#244;t&#233; tout ce que la conscience en fait, tous ses aspects &#233;motionnels et toutes les pens&#233;es sp&#233;cifiques &#224; son &#233;gard. Il est facile de voir ce qui reste : une abstraction compl&#232;te, un vide total, seulement d&#233;crit encore comme un &#171; autre monde &#187;, le n&#233;gatif de toute image, de tout sentiment et de toute pens&#233;e d&#233;finie. Il n'est pas besoin d'&#234;tre tr&#232;s p&#233;n&#233;trant pour voir que ce caput mortuum n'est encore qu'un produit de la pens&#233;e, tel qu'il en r&#233;sulte quand la pens&#233;e est pouss&#233;e jusqu'&#224; l'abstraction pure : qu'il est l'&#339;uvre du &#171; moi &#187; vide, qui fait de cette identit&#233; vide un objet . Le caract&#232;re n&#233;gatif que re&#231;oit cette identit&#233; abstraite en tant qu'objet est &#233;galement compt&#233; parmi les cat&#233;gories de Kant, et n'est pas moins familier que l'identit&#233; vide susmentionn&#233;e. On ne peut donc que s'&#233;tonner de la remarque perp&#233;tuelle selon laquelle nous ne connaissons pas la Chose en soi. Au contraire, il n'y a rien que nous puissions conna&#238;tre aussi facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la Raison , facult&#233; de l'Inconditionn&#233;, qui d&#233;couvre la nature conditionn&#233;e de la connaissance contenue dans l'exp&#233;rience. Ce qu'on appelle ainsi l'objet de la Raison, l' Infini ou l'Inconditionn&#233;, n'est rien d'autre que l'identit&#233; &#224; soi-m&#234;me, ou l'identit&#233; premi&#232;re de l'&#171; Ego &#187; dans la pens&#233;e (mentionn&#233;e au &#167; 42). La Raison elle-m&#234;me est le nom donn&#233; &#224; l'&#171; Ego &#187; abstrait ou &#224; la pens&#233;e, qui fait de cette pure identit&#233; son but ou son objet (cf. note du &#167; pr&#233;c&#233;dent). Or cette identit&#233;, n'ayant aucun attribut d&#233;fini, ne peut recevoir aucune lumi&#232;re des v&#233;rit&#233;s de l'exp&#233;rience, parce que celles-ci se r&#233;f&#232;rent toujours &#224; des faits d&#233;finis. Tel est le genre d'Inconditionn&#233; que l'on suppose &#234;tre la v&#233;rit&#233; absolue de la Raison, ce qu'on appelle l' Id&#233;e ; tandis que les connaissances de l'exp&#233;rience sont r&#233;duites au niveau de la fausset&#233; et d&#233;clar&#233;es apparences .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant fut le premier &#224; marquer clairement la distinction entre la Raison et l'Entendement. L'objet de la premi&#232;re, selon lui, &#233;tait l'infini et l'inconditionn&#233;, celui de la seconde le fini et le conditionn&#233;. Kant rendit un service pr&#233;cieux en affirmant le caract&#232;re fini des connaissances de l'entendement fond&#233;es uniquement sur l'exp&#233;rience et en attribuant &#224; leur contenu le nom d'apparence. Mais son erreur fut de s'arr&#234;ter au point de vue purement n&#233;gatif et de limiter l'inconditionnalit&#233; de la Raison &#224; une identit&#233; abstraite sans aucune nuance de distinction. C'est d&#233;grader la Raison en une chose finie et conditionn&#233;e que de l'identifier &#224; un simple d&#233;passement du domaine fini et conditionn&#233; de l'entendement. L'infini r&#233;el, loin d'&#234;tre une simple transcendance du fini, implique toujours l'absorption du fini dans sa propre nature plus compl&#232;te. De la m&#234;me mani&#232;re, Kant rendit &#224; l'Id&#233;e sa dignit&#233; propre : la justifiant pour la Raison, comme une chose distincte des d&#233;terminations analytiques abstraites ou des conceptions purement sensibles qui s'attribuent habituellement le nom d'id&#233;es. Mais en ce qui concerne l'Id&#233;e &#233;galement, il n'a jamais d&#233;pass&#233; son aspect n&#233;gatif, celui de ce qui devrait &#234;tre mais n'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e selon laquelle les objets de la conscience imm&#233;diate , qui constituent le corps de l'exp&#233;rience, ne sont que de simples apparences (ph&#233;nom&#232;nes) est un autre r&#233;sultat important de la philosophie kantienne. Le sens commun, ce m&#233;lange de sens et d'entendement, croit que les objets dont il a connaissance sont ind&#233;pendants et autonomes ; et lorsqu'il devient &#233;vident qu'ils tendent vers l'autre et se limitent l'un l'autre, l'interd&#233;pendance de l'un par rapport &#224; l'autre est consid&#233;r&#233;e comme quelque chose d'&#233;tranger &#224; eux et &#224; leur v&#233;ritable nature. C'est tout le contraire qui est vrai. Les choses imm&#233;diatement connues ne sont que de simples apparences &#8211; en d'autres termes, le fondement de leur &#234;tre ne r&#233;side pas en elles-m&#234;mes mais dans quelque chose d'autre. Mais vient alors l'&#233;tape importante qui consiste &#224; d&#233;finir ce quelque chose d'autre. Selon Kant, les choses que nous connaissons ne sont pour nous que des apparences, et nous ne pouvons jamais conna&#238;tre leur nature essentielle , qui appartient &#224; un autre monde que nous ne pouvons approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits ordinaires ont sans doute critiqu&#233; cet id&#233;alisme subjectif, qui r&#233;duit les faits de la conscience &#224; un monde purement personnel, cr&#233;&#233; par nous seuls. En effet, la v&#233;rit&#233; est plut&#244;t la suivante : les choses dont nous avons une conscience directe sont de simples ph&#233;nom&#232;nes, non seulement pour nous, mais par leur nature m&#234;me ; et le v&#233;ritable et propre cas de ces choses, si finies soient-elles, est de fonder leur existence non pas sur elles-m&#234;mes, mais sur l'Id&#233;e divine universelle. Cette conception des choses est, il est vrai, aussi id&#233;aliste que celle de Kant ; mais, par opposition &#224; l'id&#233;alisme subjectif de la philosophie critique, elle devrait &#234;tre appel&#233;e id&#233;alisme absolu. Cependant, l'id&#233;alisme absolu, bien qu'il soit tr&#232;s en avance sur le r&#233;alisme vulgaire , n'est en aucune fa&#231;on limit&#233; &#224; la philosophie. Il est &#224; la base de toute religion ; car la religion aussi croit que le monde r&#233;el que nous voyons, la somme totale de l'existence, est cr&#233;&#233; et gouvern&#233; par Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 46&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne suffit pas de signaler l'existence de l'objet de la Raison. La curiosit&#233; nous pousse &#224; rechercher la connaissance de cette identit&#233;, de cette chose-en-soi vide. Or, la connaissance signifie une connaissance de l'objet telle qu'elle permette d'appr&#233;hender son objet sp&#233;cifique et particulier. Mais cet objet implique une interconnexion complexe dans l'objet lui-m&#234;me et fournit un fondement de connexion avec de nombreux autres objets. Dans le cas pr&#233;sent, pour exprimer la nature des traits de l'Infini ou de la Chose-en-soi, la Raison n'aurait rien d'autre que les cat&#233;gories : et dans tout effort pour les employer ainsi, la Raison devient sur&#233;levante ou &#171; transcendante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici commence la seconde &#233;tape de la Critique de la Raison, qui, en tant qu'&#339;uvre ind&#233;pendante, a plus de valeur que la premi&#232;re. La premi&#232;re partie, comme nous l'avons expliqu&#233; plus haut, enseigne que les cat&#233;gories naissent de l'unit&#233; de la conscience de soi, que toute connaissance obtenue par leur moyen n'a rien d'objectif et que l'objectivit&#233; m&#234;me qu'elles revendiquent n'est que subjective. Dans cette mesure, la Critique kantienne pr&#233;sente ce type &#171; commun &#187; d'id&#233;alisme connu sous le nom d'id&#233;alisme subjectif. Elle ne pose aucune question sur le sens ou la port&#233;e des cat&#233;gories, mais consid&#232;re simplement la forme abstraite de la subjectivit&#233; et de l'objectivit&#233;, et cela m&#234;me d'une mani&#232;re si partielle que le premier aspect, celui de la subjectivit&#233;, est retenu comme terme final et purement affirmatif de la pens&#233;e. Dans la seconde partie, cependant, lorsque Kant examine l' application , comme on dit, que la Raison fait des cat&#233;gories pour conna&#238;tre ses objets, le contenu des cat&#233;gories, du moins sous certains points de vue, entre en discussion ; ou, du moins, l'occasion s'est pr&#233;sent&#233;e de discuter la question. Il vaut la peine de voir &#224; quelle d&#233;cision Kant parvient au sujet de la m&#233;taphysique, comme on appelle cette application des cat&#233;gories &#224; l'inconditionn&#233;. Nous exposerons ici bri&#232;vement et critiquerons sa m&#233;thode de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 47&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] La premi&#232;re des entit&#233;s inconditionn&#233;es que Kant examine est l' &#226;me (voir ci-dessus, &#167; 34). &#171; Dans ma conscience &#187;, dit-il, &#171; je trouve toujours que (1) je suis le sujet d&#233;terminant ; (2) je suis singulier ou abstraitement simple ; (3) je suis identique, ou un et le m&#234;me, dans toute la vari&#233;t&#233; de ce dont j'ai conscience ; (4) je me distingue en tant que pensant de toutes les choses ext&#233;rieures &#224; moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la m&#233;thode de l'ancienne m&#233;taphysique, comme le dit Kant &#224; juste titre, consistait &#224; substituer &#224; ces &#233;nonc&#233;s de l'exp&#233;rience les cat&#233;gories ou termes m&#233;taphysiques correspondants. Ainsi naissent ces quatre propositions nouvelles : a) l'&#226;me est une substance ; b) elle est une substance simple ; c) elle est num&#233;riquement identique aux diverses p&#233;riodes de l'existence ; d) elle est en relation avec l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant discute cette traduction et attire l'attention sur le paralogisme ou l'erreur consistant &#224; confondre une sorte de v&#233;rit&#233; avec une autre. Il souligne que les attributs empiriques ont ici &#233;t&#233; remplac&#233;s par des cat&#233;gories et montre que nous ne sommes pas autoris&#233;s &#224; raisonner des premi&#232;res aux secondes, ni &#224; mettre ces derni&#232;res &#224; la place des premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique ne fait &#233;videmment que r&#233;p&#233;ter l'observation de Hume (&#167; 39) selon laquelle les cat&#233;gories dans leur ensemble &#8211; les id&#233;es d'universalit&#233; et de n&#233;cessit&#233; &#8211; sont enti&#232;rement absentes de la sensation ; et que le fait empirique diff&#232;re, tant dans sa forme que dans son contenu, de sa formulation intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fait purement empirique devait constituer les titres de la pens&#233;e, alors sans doute serait-il indispensable de pouvoir identifier pr&#233;cis&#233;ment l'&#171; id&#233;e &#187; dans l'&#171; impression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour d&#233;montrer, dans sa critique de la psychologie m&#233;taphysique, que l'&#226;me ne peut &#234;tre d&#233;crite comme substantielle, simple, identique &#224; elle-m&#234;me, et comme conservant son ind&#233;pendance dans ses rapports avec le monde mat&#233;riel, Kant part d'un seul argument : les divers attributs de l'&#226;me que la conscience nous fait ressentir dans l'exp&#233;rience ne sont pas exactement les m&#234;mes attributs que ceux qui r&#233;sultent de l'action de la pens&#233;e sur elle. Or, nous avons vu plus haut que, selon Kant, toute connaissance, m&#234;me l'exp&#233;rience, consiste &#224; penser nos impressions, c'est-&#224;-dire &#224; transformer en cat&#233;gories intellectuelles les attributs qui appartiennent principalement &#224; la sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des r&#233;sultats positifs de la critique kantienne est sans aucun doute qu'elle a lib&#233;r&#233; la philosophie de l'esprit de la &#171; chose-&#226;me &#187;, des cat&#233;gories et, par cons&#233;quent, des questions sur la simplicit&#233;, la complexit&#233;, la mat&#233;rialit&#233;, etc. de l'&#226;me. Mais m&#234;me pour le sens commun des hommes ordinaires, le point de vue v&#233;ritable, celui qui fait le mieux ressortir l'inadmissibilit&#233; de ces formes, n'est pas qu'elles sont des pens&#233;es, mais que des pens&#233;es de ce genre ne peuvent pas et ne retiennent pas la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pens&#233;e et le ph&#233;nom&#232;ne ne correspondent pas parfaitement, nous sommes au moins libres de choisir lequel des deux sera tenu pour d&#233;faillant. L'id&#233;alisme kantien, lorsqu'il touche au monde de la Raison, rejette la faute sur les pens&#233;es, affirmant que les pens&#233;es sont d&#233;fectueuses, car elles ne sont pas exactement adapt&#233;es aux sensations et &#224; un mode d'esprit enti&#232;rement limit&#233; au domaine de la sensation, dans lequel, en tant que tel, il n'y a aucune trace de la pr&#233;sence de ces pens&#233;es. Mais quant au contenu r&#233;el de la pens&#233;e, aucune question n'est soulev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 47n&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paralogismes sont une esp&#232;ce de syllogismes mal fond&#233;s, dont le vice particulier consiste &#224; employer un seul et m&#234;me mot dans deux pr&#233;misses avec un sens diff&#233;rent. Selon Kant, la m&#233;thode adopt&#233;e par la psychologie rationnelle des anciens m&#233;taphysiciens, lorsqu'ils supposaient que les qualit&#233;s de l'&#226;me ph&#233;nom&#233;nale, telles qu'elles sont donn&#233;es dans l'exp&#233;rience, faisaient partie de sa propre essence r&#233;elle, se fondait sur un tel paralogisme. On ne peut pas non plus nier que des pr&#233;dicats tels que simplicit&#233;, permanence, etc., ne soient pas applicables &#224; l'&#226;me. Mais leur inaptitude ne tient pas au motif avanc&#233; par Kant, selon lequel la Raison, en les appliquant, d&#233;passerait les limites qui lui sont assign&#233;es. La vraie raison est que ce style de termes abstraits ne convient pas &#224; l'&#226;me, qui est bien plus qu'une simple chose simple ou immuable. Ainsi, par exemple, si l'&#226;me est une simple identit&#233;, elle est en m&#234;me temps active et &#233;tablit des distinctions dans sa propre nature. Mais tout ce qui est simplement ou abstraitement simple est aussi en tant que tel une simple chose morte. Dans sa pol&#233;mique contre la m&#233;taphysique du pass&#233;, Kant a &#233;cart&#233; ces pr&#233;dicats de l'&#226;me ou de l'esprit. Il a bien fait ; mais lorsqu'il en est venu &#224; exposer ses raisons, son &#233;chec est &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 48&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Le second objet inconditionn&#233; est le monde (&#167; 35). Dans sa tentative de comprendre la nature inconditionn&#233;e du monde, la raison tombe dans ce qu'on appelle des antinomies . En d'autres termes, elle soutient deux propositions oppos&#233;es sur le m&#234;me objet, et de telle mani&#232;re que chacune d'elles doit &#234;tre soutenue avec une &#233;gale n&#233;cessit&#233;. Il s'ensuit que le corps de fait cosmique, dont les &#233;nonc&#233;s sp&#233;cifiques se contredisent, ne peut &#234;tre une r&#233;alit&#233; auto-subsistante, mais seulement une apparence. L'explication propos&#233;e par Kant all&#232;gue que la contradiction n'affecte pas l'objet dans son essence propre, mais s'attache seulement &#224; la Raison qui cherche &#224; le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, on a sugg&#233;r&#233; que la contradiction est occasionn&#233;e par le sujet lui-m&#234;me ou par la qualit&#233; intrins&#232;que des cat&#233;gories. Et proposer l'id&#233;e que la contradiction introduite dans le monde de la Raison par les cat&#233;gories de l'Entendement est in&#233;vitable et essentielle, c'&#233;tait faire l'un des pas les plus importants dans le progr&#232;s de la philosophie moderne. Mais plus la question ainsi soulev&#233;e &#233;tait importante, plus la solution &#233;tait triviale. Son seul motif &#233;tait un exc&#232;s de tendresse pour les choses du monde. La tache de la contradiction, semble-t-il, ne pouvait pas &#234;tre autoris&#233;e &#224; g&#226;cher l'essence du monde ; mais il ne pouvait y avoir aucune objection &#224; l'attacher &#224; la Raison pensante, &#224; l'essence de l'esprit. Personne ne se sentira probablement dispos&#233; &#224; nier que le monde ph&#233;nom&#233;nal pr&#233;sente des contradictions &#224; l'esprit observateur ; par &#171; ph&#233;nom&#233;nal &#187;, on entend le monde tel qu'il se pr&#233;sente aux sens et &#224; l'entendement, &#224; l'esprit subjectif. Mais si l'on compare l'essence du monde &#224; l'essence de l'esprit, il para&#238;t &#233;trange d'entendre avec quelle assurance et quelle tranquillit&#233; certains ont avanc&#233;, et d'autres ont r&#233;p&#233;t&#233;, ce modeste dogme selon lequel la pens&#233;e ou la raison, et non le monde, est le si&#232;ge de la contradiction. On ne peut &#233;chapper &#224; l'argumentation que l'on fait valoir que la raison ne tombe en contradiction qu'en appliquant les cat&#233;gories. Car cette application des cat&#233;gories est consid&#233;r&#233;e comme n&#233;cessaire, et la raison n'est pas cens&#233;e &#234;tre dot&#233;e d'autres formes que les cat&#233;gories pour la connaissance. Or, la connaissance est une pens&#233;e d&#233;terminante et d&#233;termin&#233;e : de sorte que si la raison n'est qu'une pens&#233;e vide et ind&#233;termin&#233;e, elle ne pense rien. Et si, en fin de compte, la raison se r&#233;duit &#224; une simple identit&#233; sans diversit&#233; (voir le &#167; suivant), elle finira aussi par obtenir une heureuse d&#233;livrance de la contradiction au prix d'un l&#233;ger sacrifice de toutes ses facettes et de tous ses contenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi noter que l'une des raisons pour lesquelles Kant n'a &#233;num&#233;r&#233; que quatre antinomies fut son incapacit&#233; &#224; &#233;tudier plus &#224; fond l'antinomie . Ces quatre antinomies ont retenu son attention, car, comme on peut le voir dans sa discussion des soi-disant paralogismes de la raison, il a pris pour base de son argumentation la liste des cat&#233;gories. Utilisant ce qui est devenu par la suite une mode favorite, il a simplement plac&#233; l'objet sous une rubrique par ailleurs toute pr&#234;te, au lieu de d&#233;duire ses caract&#233;ristiques de sa notion. J'ai signal&#233; d'autres lacunes dans le traitement des antinomies, &#224; l'occasion, dans ma Science de la logique . Il suffira ici de dire que les antinomies ne se limitent pas aux quatre objets sp&#233;ciaux tir&#233;s de la cosmologie : elles apparaissent dans tous les objets de toute sorte, dans toutes les conceptions, notions et id&#233;es. En &#234;tre conscient et conna&#238;tre les objets dans cette propri&#233;t&#233; qui leur est propre est un &#233;l&#233;ment essentiel d'une th&#233;orie philosophique. Car la propri&#233;t&#233; ainsi indiqu&#233;e est ce que nous d&#233;crirons plus loin comme l' influence dialectique en logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes de la philosophie m&#233;taphysique ont donn&#233; naissance &#224; la croyance que, lorsque la connaissance tombe dans les contradictions, c'est une simple aberration accidentelle, due &#224; une erreur subjective d'argumentation ou de d&#233;duction. Selon Kant, cependant, la pens&#233;e a une tendance naturelle &#224; aboutir &#224; des contradictions ou &#224; des antinomies, chaque fois qu'elle cherche &#224; saisir l'infini. Nous avons &#233;voqu&#233; dans la derni&#232;re partie du paragraphe ci-dessus l'importance philosophique des antinomies de la raison et montr&#233; comment la reconnaissance de leur existence a largement contribu&#233; &#224; se d&#233;barrasser du dogmatisme rigide de la m&#233;taphysique de l'entendement et &#224; attirer l'attention sur le mouvement dialectique de la pens&#233;e. Mais ici aussi, comme nous devons l'ajouter, Kant n'est jamais all&#233; au-del&#224; du r&#233;sultat n&#233;gatif que la chose en soi est inconnaissable, et n'a jamais p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la d&#233;couverte de ce que les antinomies signifient r&#233;ellement et positivement. La signification vraie et positive des antinomies est la suivante : toute chose r&#233;elle implique une coexistence d'&#233;l&#233;ments oppos&#233;s. Par cons&#233;quent, conna&#238;tre, ou, en d'autres termes, comprendre un objet, c'est en avoir conscience comme d'une unit&#233; concr&#232;te de d&#233;terminations oppos&#233;es. La m&#233;taphysique ancienne, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, lorsqu'elle &#233;tudiait les objets dont elle cherchait une connaissance m&#233;taphysique, proc&#233;dait en appliquant les cat&#233;gories abstraitement et &#224; l'exclusion de leurs contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, au contraire, a essay&#233; de prouver que les affirmations issues de cette m&#233;thode pouvaient &#234;tre contredites par d'autres affirmations de m&#234;me port&#233;e et de m&#234;me n&#233;cessit&#233;. Dans l'&#233;num&#233;ration de ces antinomies, il a limit&#233; son champ d'action &#224; la cosmologie de l'ancien syst&#232;me m&#233;taphysique et a distingu&#233; dans sa discussion quatre antinomies, dont le nombre repose sur la liste des cat&#233;gories. La premi&#232;re antinomie porte sur la question de savoir si nous devons ou non penser que le monde est limit&#233; dans l'espace et le temps. La deuxi&#232;me antinomie nous aborde le dilemme suivant : la mati&#232;re doit &#234;tre con&#231;ue soit comme infiniment divisible, soit comme constitu&#233;e d'atomes. La troisi&#232;me antinomie porte sur l'antith&#232;se de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;, dans la mesure o&#249; elle est comprise dans la question de savoir si tout dans le monde doit &#234;tre suppos&#233; soumis &#224; la condition de causalit&#233;, ou si nous pouvons aussi supposer des &#234;tres libres, c'est-&#224;-dire des points initiaux absolus d'action, dans le monde. Enfin, la quatri&#232;me antinomie est le dilemme suivant : ou bien le monde dans son ensemble a une cause, ou bien il n'a pas de cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode suivie par Kant pour discuter ces antinomies est la suivante. Il met en opposition les deux propositions impliqu&#233;es dans le dilemme, comme th&#232;se et antith&#232;se, et cherche &#224; prouver l'une et l'autre, c'est-&#224;-dire qu'il essaie de montrer qu'elles d&#233;coulent in&#233;vitablement de la r&#233;flexion sur la question. Il proteste particuli&#232;rement contre l'accusation d'&#234;tre un plaideur sp&#233;cial et de fonder son raisonnement sur des illusions. Mais, &#224; vrai dire, les arguments que Kant propose pour sa th&#232;se et son antith&#232;se ne sont que de simples simulacres de d&#233;monstration. La chose &#224; prouver est invariablement impliqu&#233;e dans l'hypoth&#232;se &#224; partir de laquelle il part, et le caract&#232;re sp&#233;cieux de ses preuves n'est d&#251; qu'&#224; son mode de proc&#233;dure prolixe et apagogique. Pourtant, ce fut, et c'est encore, un grand exploit pour la philosophie critique d'exposer ces antinomies : car de cette mani&#232;re elle a donn&#233; une expression (au d&#233;but certainement subjective et inexpliqu&#233;e) &#224; l'unit&#233; r&#233;elle de ces cat&#233;gories que l'entendement maintient constamment s&#233;par&#233;es. La premi&#232;re des antinomies cosmologiques, par exemple, implique la reconnaissance de la doctrine selon laquelle l'espace et le temps pr&#233;sentent un aspect discret aussi bien que continu : alors que l'ancienne m&#233;taphysique, mettant l'accent exclusivement sur la continuit&#233;, avait &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; consid&#233;rer le monde comme illimit&#233; dans l'espace et le temps. Il est tout &#224; fait exact de dire que nous pouvons aller au-del&#224; de tout espace d&#233;fini et de tout temps d&#233;fini : mais il n'est pas moins exact de dire que l'espace et le temps ne sont r&#233;els et actuels que lorsqu'ils sont d&#233;finis ou sp&#233;cialis&#233;s en &#171; ici &#187; et &#171; maintenant &#187; &#8212; une sp&#233;cialisation qui est impliqu&#233;e dans la notion m&#234;me d'eux. Les m&#234;mes observations s'appliquent aux autres antinomies. Prenons par exemple l'antinomie de la libert&#233; et de la n&#233;cessit&#233;. L'essentiel de cette antinomie est que la libert&#233; et la n&#233;cessit&#233; telles que les comprennent les penseurs abstraits ne sont pas ind&#233;pendamment r&#233;elles, comme ces penseurs le supposent, mais simplement des facteurs id&#233;aux (des moments) de la vraie libert&#233; et de la vraie n&#233;cessit&#233;, et qu'abstraire et isoler l'une ou l'autre conception revient &#224; la rendre fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] Le troisi&#232;me objet de la Raison est Dieu (&#167; 36) : lui aussi doit &#234;tre connu et d&#233;fini par la pens&#233;e. Mais, en comparaison d'une identit&#233; sans m&#233;lange, tout terme d&#233;finissant en tant que tel ne semble &#224; l'entendement qu'une limite et une n&#233;gation : toute r&#233;alit&#233; doit donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme illimit&#233;e, c'est-&#224;-dire ind&#233;finie. Ainsi, Dieu, lorsqu'il est d&#233;fini comme la somme de toutes les r&#233;alit&#233;s, le plus r&#233;el des &#234;tres, devient un simple abstrait . Et le seul terme sous lequel le plus r&#233;el des &#234;tres r&#233;els puisse &#234;tre d&#233;fini est celui de l'&#202;tre lui-m&#234;me, le comble de l'abstraction. Ce sont deux &#233;l&#233;ments, l'identit&#233; abstraite d'une part, dont il est ici question comme la notion ; et l'&#202;tre d'autre part, que la Raison cherche &#224; unifier. Et leur union est l' Id&#233;al de la Raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 50&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;aliser cette unification, deux voies ou deux formes sont admissibles. Ou bien on peut commencer par l'&#202;tre et aller jusqu'&#224; l' abstraction de la Pens&#233;e ; ou bien le mouvement peut commencer par l'abstraction et aboutir &#224; l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partirons d'abord de l'Etre. Or l'Etre, dans son aspect naturel, se pr&#233;sente &#224; la vue comme un Etre d'une infinie vari&#233;t&#233;, un Monde dans toute sa pl&#233;nitude. Et ce monde peut &#234;tre consid&#233;r&#233; de deux mani&#232;res : d'abord comme une collection d'innombrables faits sans rapport entre eux ; ensuite comme une collection d'innombrables faits en relation mutuelle, t&#233;moignant d'un dessein. Le premier aspect est soulign&#233; dans la preuve cosmologique, le second dans les preuves de la th&#233;ologie naturelle. Supposons maintenant que cette pl&#233;nitude de l'Etre passe sous l'action de la pens&#233;e. Elle est alors d&#233;barrass&#233;e de son isolement et de son incoh&#233;rence, et consid&#233;r&#233;e comme un Etre universel et absolument n&#233;cessaire, qui se d&#233;termine lui-m&#234;me et agit selon des buts ou des lois g&#233;n&#233;rales. Et cet Etre n&#233;cessaire et autod&#233;termin&#233;, diff&#233;rent de l'Etre du commencement, est Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale critique de Kant &#224; l'&#233;gard de ce processus est de le consid&#233;rer comme une syllogisation, c'est-&#224;-dire comme une transition. Les perceptions, et cet ensemble de perceptions que nous appelons le monde, ne pr&#233;sentent en l'&#233;tat aucune trace de cette universalit&#233; qu'elles re&#231;oivent ensuite de l'acte purificateur de la pens&#233;e. La conception empirique du monde ne donne donc aucune garantie &#224; l'id&#233;e d'universalit&#233;. Et ainsi toute tentative de la part de la pens&#233;e de s'&#233;lever de la conception empirique du monde &#224; Dieu est contrari&#233;e par l'argument de Hume (comme dans les paralogismes, &#167; 47), selon lequel nous n'avons pas le droit de penser les sensations, c'est-&#224;-dire d'en tirer l'universalit&#233; et la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est essentiellement un penseur : c'est pourquoi le bon sens, tout comme la philosophie, ne veulent pas renoncer &#224; leur droit de s'&#233;lever jusqu'&#224; Dieu &#224; partir de la vision empirique du monde. La seule base sur laquelle cette &#233;l&#233;vation est possible est l'&#233;tude r&#233;fl&#233;chie du monde, et non pas la simple attitude sensuelle, animale, de celui-ci. La pens&#233;e, et la pens&#233;e seule, a des yeux pour l'essence, la substance, la puissance universelle et le dessein ultime du monde. Et ce que les hommes appellent les preuves de l'existence de Dieu sont, bien comprises, des moyens de d&#233;crire et d'analyser le cours naturel de l'esprit, le cours de la pens&#233;e pensant les donn&#233;es des sens. L'&#233;l&#233;vation de la pens&#233;e au-del&#224; du monde des sens, son passage du fini &#224; l'infini, le saut dans le suprasensible qu'elle fait lorsqu'elle rompt la cha&#238;ne des sens, toute cette transition est pens&#233;e et rien que pens&#233;e. Dites qu'il ne doit pas y avoir de passage de ce genre, et vous dites qu'il ne doit pas y avoir de pens&#233;e. Et en v&#233;rit&#233;, les animaux ne font pas de telles transitions. Ils ne vont jamais au-del&#224; de la sensation et de la perception des sens, et par cons&#233;quent ils n'ont pas de religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral comme en particulier, il y a deux remarques &#224; faire sur la critique de cette exaltation de la pens&#233;e. La premi&#232;re remarque concerne la question de la forme. Lorsque l'exaltation se manifeste dans un processus syllogistique, sous la forme de ce que nous appelons les preuves de l'existence de Dieu, ces raisonnements ne peuvent que partir d'une sorte de th&#233;orie du monde, qui en fait un agr&#233;gat soit de faits contingents, soit de causes finales et de relations impliquant un dessein. Le penseur purement syllogistique peut consid&#233;rer ce point de d&#233;part comme une base solide et supposer qu'il reste toujours dans la m&#234;me lumi&#232;re empirique, laiss&#233; &#224; la fin tel qu'il &#233;tait au d&#233;but. Dans ce cas, la port&#233;e du commencement sur la conclusion &#224; laquelle il conduit a un aspect purement affirmatif, comme si nous ne faisions que raisonner d'une chose qui est et continue d' &#234;tre &#224; une autre chose qui est de la m&#234;me mani&#232;re. Mais la grande erreur est de restreindre nos notions de la nature de la pens&#233;e &#224; sa seule forme dans l'entendement. Penser le monde ph&#233;nom&#233;nal, c'est plut&#244;t remodeler sa forme et le transmuter en un monde universel. Ainsi, l'action de la pens&#233;e a aussi un effet n&#233;gatif sur sa base : et la mati&#232;re de la sensation, lorsqu'elle re&#231;oit le sceau de l'universalit&#233;, perd aussit&#244;t sa forme premi&#232;re et ph&#233;nom&#233;nale. Par l'enl&#232;vement et la n&#233;gation de l'enveloppe, le noyau au sein de la perception sensible est mis en lumi&#232;re (&#167;&#167; 13 et 23). Et c'est parce qu'elles n'expriment pas avec suffisamment d'importance les traits n&#233;gatifs impliqu&#233;s dans l'exaltation de l'esprit du monde &#224; Dieu que les preuves m&#233;taphysiques de l'existence d'un Dieu sont des interpr&#233;tations et des descriptions d&#233;fectueuses du processus. Si le monde n'est qu'une somme d'incidents, il s'ensuit qu'il est aussi d&#233;cidu et ph&#233;nom&#233;nal, in esse et posse null. Cette ascension de l'esprit signifie que l'&#234;tre que poss&#232;de le monde n'est qu'une apparence, pas un &#234;tre r&#233;el, pas une v&#233;rit&#233; absolue ; Cela signifie que, au-del&#224; de cette apparence, la v&#233;rit&#233; demeure en Dieu, de sorte que l'&#234;tre v&#233;ritable est un autre nom de Dieu. Le processus d'exaltation pourrait ainsi appara&#238;tre comme une transition et impliquer un moyen, mais il n'en est pas moins vrai que toute trace de transition et de moyen est absorb&#233;e ; car le monde, qui aurait pu sembler &#234;tre le moyen pour arriver &#224; Dieu, est expliqu&#233; comme une nullit&#233;. Si l'&#234;tre du monde n'est pas annul&#233;, le point d'appui de l'exaltation est perdu. De cette fa&#231;on, le moyen apparent dispara&#238;t, et le processus de d&#233;rivation est annul&#233; dans l'acte m&#234;me par lequel il proc&#232;de. C'est l'aspect affirmatif de cette relation, comme suppos&#233;e subsister entre deux choses, dont l'une est l'une et l'autre.Jacobi a en vue l'autre, comme il le fait surtout lorsqu'il s'attaque aux d&#233;monstrations de l'entendement. Il les bl&#226;me &#224; juste titre de chercher des conditions (c'est-&#224;-dire le monde) pour l'inconditionn&#233;, et il remarque que l'Infini ou Dieu doit, selon cette m&#233;thode, &#234;tre pr&#233;sent&#233; comme d&#233;pendant et d&#233;riv&#233;. Mais cette &#233;l&#233;vation, telle qu'elle se produit dans l'esprit, sert &#224; corriger cette apparence : en fait, elle n'a d'autre sens que de corriger cette apparence. Jacobi, cependant, n'a pas su reconna&#238;tre la nature authentique de la pens&#233;e essentielle, par laquelle elle annule la m&#233;diation dans l'acte m&#234;me de m&#233;diation ; et par cons&#233;quent, son objection, bien qu'elle soit contre l'entendement simplement &#171; r&#233;flexif &#187;, est fausse lorsqu'elle s'applique &#224; la pens&#233;e dans son ensemble, et en particulier &#224; la pens&#233;e raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer ce que nous entendons par n&#233;gligence du facteur n&#233;gatif dans la pens&#233;e, nous pouvons nous r&#233;f&#233;rer, &#224; titre d'illustration, aux accusations de panth&#233;isme et d'ath&#233;isme port&#233;es contre les doctrines de Spinoza . La substance absolue de Spinoza est certainement en de&#231;&#224; de l'esprit absolu, et il est juste et appropri&#233; d'exiger que Dieu soit d&#233;fini comme esprit absolu. Mais lorsque la d&#233;finition de Spinoza est cens&#233;e identifier le monde &#224; Dieu, et confondre Dieu avec la nature et le monde fini, cela implique que le monde fini poss&#232;de une actualit&#233; authentique et une r&#233;alit&#233; affirmative. Si cette hypoth&#232;se est admise, bien s&#251;r, une union de Dieu avec le monde rend Dieu compl&#232;tement fini et le d&#233;grade &#224; la simple masse finie et adventive de l'existence. Mais il y a deux objections &#224; noter. En premier lieu, Spinoza ne d&#233;finit pas Dieu comme l'unit&#233; de Dieu avec le monde, mais comme l'union de la pens&#233;e avec l'&#233;tendue, c'est-&#224;-dire avec le monde mat&#233;riel. Deuxi&#232;mement, m&#234;me si nous acceptons cette affirmation populaire maladroite concernant cette unit&#233;, il n'en demeure pas moins vrai que le syst&#232;me de Spinoza n'&#233;tait pas l'ath&#233;isme mais l'acosmisme, d&#233;finissant le monde comme une apparence d&#233;pourvue de v&#233;ritable r&#233;alit&#233;. Une philosophie qui affirme que Dieu et Dieu seul existe ne doit pas &#234;tre stigmatis&#233;e comme ath&#233;e, alors que m&#234;me les nations qui adorent le singe, la vache ou les images de pierre et d'airain sont cr&#233;dit&#233;es d'une certaine religion. Mais dans l'&#233;tat actuel des choses, l'imagination des hommes ordinaires &#233;prouve une r&#233;ticence v&#233;h&#233;mente &#224; abandonner sa conviction la plus ch&#232;re, que cet agr&#233;gat de finitude, qu'elle appelle un monde, a une r&#233;alit&#233; r&#233;elle ; et soutenir qu'il n'y a pas de monde est une fa&#231;on de penser qu'ils sont pr&#234;ts &#224; croire impossible, ou du moins beaucoup moins possible que d'envisager l'id&#233;e qu'il n'y a pas de Dieu. La nature humaine, ce qui n'est pas &#224; son honneur, est plus dispos&#233;e &#224; croire qu'un syst&#232;me nie Dieu, qu'il nie le monde. Une n&#233;gation de Dieu semble tellement plus intelligible qu'une n&#233;gation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde remarque porte sur la critique des propositions mat&#233;rielles auxquelles conduit en premier lieu cette &#233;l&#233;vation de la pens&#233;e. Si ces propositions ont pour pr&#233;dicat des termes tels que substance du monde, son essence n&#233;cessaire, cause qui le r&#232;gle et le dirige selon un dessein, elles sont certainement inad&#233;quates pour exprimer ce que Dieu entend ou doit entendre. Pourtant, &#224; part l'astuce qui consiste &#224; adopter une conception populaire pr&#233;liminaire de Dieu et &#224; critiquer un r&#233;sultat selon cette norme suppos&#233;e, il est certain que ces caract&#233;ristiques ont une grande valeur et sont des facteurs n&#233;cessaires de l'id&#233;e de Dieu. Mais si nous voulons ainsi amener devant la pens&#233;e l'id&#233;e authentique de Dieu et donner sa vraie valeur et son expression &#224; la v&#233;rit&#233; centrale, nous devons nous garder de partir d'un niveau de faits subordonn&#233;. Parler des choses &#171; purement contingentes &#187; du monde est une description tr&#232;s inad&#233;quate des pr&#233;misses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les structures organiques et les preuves qu'elles fournissent de l'adaptation mutuelle appartiennent &#224; un domaine sup&#233;rieur, celui de la nature anim&#233;e. Mais m&#234;me sans tenir compte des imperfections que l'&#233;tude de la nature anim&#233;e et des autres aspects t&#233;l&#233;ologiques des choses existantes peut contracter &#224; cause de la petitesse des causes finales et des exemples pu&#233;rils de ces causes et de leurs cons&#233;quences, la nature simplement anim&#233;e est, au mieux, incapable de fournir la mati&#232;re n&#233;cessaire &#224; une expression v&#233;ridique de l'id&#233;e de Dieu. Dieu est plus que la vie : il est Esprit. Et donc, si la pens&#233;e de l'Absolu prend un point de d&#233;part pour son ascension et d&#233;sire prendre le point de d&#233;part le plus proche, le plus vrai et le plus ad&#233;quat, se trouvera dans la nature de l'esprit seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 51&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre voie d'unification par laquelle on peut r&#233;aliser l'id&#233;al de la Raison, c'est de partir de l' abstrait de la Pens&#233;e et de chercher &#224; la caract&#233;riser : pour cela, il n'y a que l'Etre qui soit disponible. C'est la m&#233;thode de la preuve ontologique. L'opposition, pr&#233;sent&#233;e ici d'un point de vue purement subjectif, se situe entre la Pens&#233;e et l'Etre ; tandis que dans la premi&#232;re voie de jonction, l'Etre est commun aux deux c&#244;t&#233;s de l'antith&#232;se, et le contraste n'est qu'entre son individualisation et son universalit&#233;. L'entendement r&#233;pond &#224; cette seconde voie par une objection implicitement identique &#224; celle qu'il a faite &#224; la premi&#232;re. Il nie que l'empirique implique l'universel ; il nie donc que l'universel implique la sp&#233;cialisation, qui dans ce cas est l'Etre. En d'autres termes, il dit : l'Etre ne peut &#234;tre d&#233;duit de la notion par aucune analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil et l'acceptation uniform&#233;ment favorables qui ont accompagn&#233; la critique de la preuve ontologique par Kant sont sans doute dus &#224; l'illustration qu'il a utilis&#233;e. Pour expliquer la diff&#233;rence entre la pens&#233;e et l'&#234;tre, il prend l'exemple de cent souverains, qui, pour ce qui est de la notion, sont la m&#234;me centaine, qu'ils soient r&#233;els ou seulement possibles, bien que la diff&#233;rence des deux cas soit tr&#232;s sensible dans leur effet sur la bourse d'un homme. Rien n'est plus &#233;vident que tout ce que nous pensons ou concevons seulement n'est pas pour cela actuel ; que la repr&#233;sentation mentale, et m&#234;me la compr&#233;hension notionnelle, sont toujours en de&#231;&#224; de l'&#234;tre. Pourtant, on ne peut pas injustement qualifier de barbarie dans le langage, le fait de donner le nom de notion &#224; des choses comme cent souverains. Et, en laissant cette erreur de c&#244;t&#233;, ceux qui opposent perp&#233;tuellement &#224; l'Id&#233;e philosophique la diff&#233;rence entre l'&#202;tre et la Pens&#233;e auraient pu admettre que les philosophes n'ignoraient pas enti&#232;rement ce fait. Peut-il y avoir une proposition plus banale que celle-l&#224; ? Mais enfin, il est bon de se rappeler, quand nous parlons de Dieu, que nous avons affaire &#224; un objet d'une autre nature que cent souverains, et diff&#233;rent de toute notion particuli&#232;re, repr&#233;sentation ou autre nom. C'est en effet cela et cela seul qui caract&#233;rise toute chose finie : son &#234;tre dans le temps et dans l'espace est en d&#233;saccord avec sa notion. Dieu, au contraire, doit express&#233;ment &#234;tre ce qui ne peut &#234;tre que &#171; pens&#233; comme existant &#187; ; sa notion implique l'&#234;tre. C'est cette unit&#233; de la notion et de l'&#234;tre qui constitue la notion de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'&#233;tait tout cela, nous n'aurions qu'une expression formelle de la nature divine, qui ne d&#233;passerait pas r&#233;ellement la simple &#233;nonciation de la nature de la notion elle-m&#234;me. Et que la notion, dans ses termes les plus abstraits, renferme l'&#234;tre, c'est &#233;vident. Car la notion, quelle que soit par ailleurs sa d&#233;termination, est au moins un renvoi sur elle-m&#234;me, qui r&#233;sulte de la suppression de l'interm&#233;diaire, et qui est donc imm&#233;diat. Et qu'est-ce que ce renvoi &#224; soi, sinon l'&#234;tre ? Il serait certes &#233;trange que la notion, le plus intime de l'esprit, si m&#234;me l'&#171; Ego &#187;, ou surtout la totalit&#233; concr&#232;te que nous appelons Dieu, ne f&#251;t pas assez riche pour contenir une cat&#233;gorie aussi pauvre que l'&#234;tre, la plus pauvre et la plus abstraite de toutes. Car, si l'on consid&#232;re la pens&#233;e qu'elle contient, rien ne peut &#234;tre plus insignifiant que l'&#234;tre. Et pourtant il peut y avoir quelque chose de plus insignifiant encore que l'&#234;tre, ce qui &#224; premi&#232;re vue est peut-&#234;tre suppos&#233; &#234;tre , une existence ext&#233;rieure et sensible, comme celle du papier qui est devant moi. Mais personne ne propose ici de parler de l'existence sensible d'une chose limit&#233;e et p&#233;rissable. En outre, la petite restriction de la Critique selon laquelle &#171; la pens&#233;e et l'&#234;tre sont diff&#233;rents &#187; ne peut que g&#234;ner le cheminement de l'esprit humain de la pens&#233;e de Dieu &#224; la certitude qu'il est : elle ne peut pas l'enlever. C'est ce processus de transition, qui d&#233;pend de l'indissociabilit&#233; absolue de la pens&#233;e de Dieu et de son &#234;tre, qui a &#233;t&#233; justifi&#233; par la th&#233;orie de la foi ou de la connaissance imm&#233;diate &#8212; dont nous parlerons plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 52&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on, la pens&#233;e, &#224; son plus haut degr&#233;, doit aller au-del&#224; pour avoir une certaine d&#233;termination ; et bien qu'on l'appelle constamment Raison, elle est une pens&#233;e purement abstraite. Et le r&#233;sultat de tout cela est que la Raison ne fournit rien au-del&#224; de l'unit&#233; formelle n&#233;cessaire pour simplifier et syst&#233;matiser les exp&#233;riences ; elle est un canon , non un organon , de la v&#233;rit&#233;, et ne peut fournir qu'une critique de la connaissance, non une doctrine de l'infini. Dans son analyse finale, cette critique se r&#233;sume dans l'affirmation que, &#224; proprement parler, la pens&#233;e n'est que l'unit&#233; ind&#233;termin&#233;e et l'action de cette unit&#233; ind&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant a sans aucun doute consid&#233;r&#233; la raison comme la facult&#233; de l'inconditionn&#233;. Mais si elle se r&#233;duit &#224; une identit&#233; abstraite, elle renonce implicitement &#224; son inconditionnalit&#233; et n'est en r&#233;alit&#233; qu'un entendement vide. Car la raison n'est inconditionn&#233;e que dans la mesure o&#249; son caract&#232;re et sa qualit&#233; ne sont pas dus &#224; un contenu &#233;tranger et &#233;tranger, seulement dans la mesure o&#249; elle se caract&#233;rise elle-m&#234;me et est ainsi ma&#238;tresse de son contenu. Kant explique cependant express&#233;ment que l'action de la raison consiste uniquement &#224; appliquer les cat&#233;gories pour syst&#233;matiser la mati&#232;re donn&#233;e par la perception, c'est-&#224;-dire &#224; la placer dans un ordre ext&#233;rieur, sous la conduite du principe de non-contradiction .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b) Kant entend par Raison pratique une volont&#233; pensante, c'est-&#224;-dire une volont&#233; qui se d&#233;termine elle-m&#234;me selon des principes universels. Sa fonction est de donner des lois objectives et imp&#233;ratives de la libert&#233;, c'est-&#224;-dire des lois qui &#233;noncent ce qui doit arriver. La pr&#233;tention &#224; consid&#233;rer la pens&#233;e comme une activit&#233; qui se fait sentir objectivement, c'est-&#224;-dire comme une v&#233;ritable Raison, est justifi&#233;e par la possibilit&#233; suppos&#233;e de prouver la libert&#233; pratique par l'exp&#233;rience, c'est-&#224;-dire de la montrer dans le ph&#233;nom&#232;ne de la conscience de soi. Cette exp&#233;rience dans la conscience se heurte imm&#233;diatement &#224; tout ce que le n&#233;cessitariste produit &#224; partir d'une exp&#233;rience contraire, en particulier &#224; l'induction sceptique (utilis&#233;e entre autres par Hume) &#224; partir de la diversit&#233; infinie de ce que les hommes consid&#232;rent comme juste et comme devoir, c'est-&#224;-dire &#224; partir de la diversit&#233; apparente de ces pr&#233;tendues lois objectives de la libert&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 54&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la loi que la raison pratique doit embrasser et &#224; laquelle elle doit ob&#233;ir, et qui doit servir de crit&#232;re dans son acte d'autod&#233;termination ? Il n'y a pas d'autre r&#232;gle que la m&#234;me identit&#233; abstraite d'entendement que pr&#233;c&#233;demment : il ne doit y avoir aucune contradiction dans l'acte d'autod&#233;termination. C'est pourquoi la raison pratique ne se d&#233;barrasse jamais du formalisme qui est pr&#233;sent&#233; comme le point culminant de la raison th&#233;orique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette Raison pratique ne limite pas le principe universel du Bien &#224; sa propre r&#233;gulation int&#233;rieure : elle devient pratique , au vrai sens du mot, lorsqu'elle exige que le Bien se manifeste dans le monde avec une objectivit&#233; ext&#233;rieure, et qu'elle exige que la pens&#233;e soit objective en tout et non pas seulement subjective. Nous parlerons plus loin de ce postulat de la Raison pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant a express&#233;ment d&#233;fendu la libre d&#233;termination de soi-m&#234;me, que le sp&#233;culatif refusait au sp&#233;culateur, en invoquant la raison pratique. Beaucoup d'esprits ont trouv&#233; ce c&#244;t&#233; particulier de la philosophie kantienne bienvenu, et cela pour de bonnes raisons. Pour bien appr&#233;cier ce que nous devons &#224; Kant en la mati&#232;re, il faut se repr&#233;senter la forme de la philosophie pratique, et en particulier de la &#171; philosophie morale &#187;, qui pr&#233;valait &#224; son &#233;poque. On peut la d&#233;crire en g&#233;n&#233;ral comme un syst&#232;me eud&#233;moniste qui, lorsqu'on lui demandait quelle devait &#234;tre la fin principale de l'homme, r&#233;pondait le bonheur. Et par bonheur, l'eud&#233;monisme entendait la satisfaction des app&#233;tits, des d&#233;sirs et des besoins priv&#233;s de l'homme, &#233;levant ainsi le contingent et le particulier au rang de principe de la volont&#233; et de son actualisation. A cet eud&#233;monisme, qui &#233;tait d&#233;pourvu de stabilit&#233; et de coh&#233;rence, et qui laissait la &#171; porte et le portail &#187; largement ouverts &#224; tous les caprices, Kant opposa la raison pratique, et souligna ainsi la n&#233;cessit&#233; d'un principe de volont&#233; qui devait &#234;tre universel et imposer &#224; tous la m&#234;me obligation. La raison th&#233;orique, comme nous l'avons montr&#233; dans les paragraphes pr&#233;c&#233;dents, est identifi&#233;e par Kant &#224; la facult&#233; n&#233;gative de l'infini ; et comme elle n'a pas de contenu positif propre, elle se limite &#224; la fonction de d&#233;couvrir la finitude de la connaissance exp&#233;rimentale. Au contraire, il a express&#233;ment accord&#233; &#224; la raison pratique une infinit&#233; positive, en attribuant &#224; la volont&#233; le pouvoir de se modifier elle-m&#234;me selon des modes universels, c'est-&#224;-dire par la pens&#233;e. La volont&#233; poss&#232;de sans aucun doute un tel pouvoir ; et il est bon de se rappeler que l'homme n'est libre qu'autant qu'il le poss&#232;de et s'en sert dans sa conduite. Mais la reconnaissance de l'existence de ce pouvoir ne suffit pas et ne sert pas &#224; nous dire quel est le contenu de la volont&#233; ou de la raison pratique. Par cons&#233;quent, dire qu'un homme doit faire du bien le contenu de sa volont&#233; pose la question de savoir quel est ce contenu et quels sont les moyens de d&#233;terminer ce qu'est le bien. On ne r&#233;sout pas la difficult&#233; par le principe selon lequel la volont&#233; doit &#234;tre coh&#233;rente avec elle-m&#234;me, ni par le pr&#233;cepte d'accomplir le devoir pour l'amour du devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 55&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(c) Kant conf&#232;re &#224; la facult&#233; de jugement r&#233;flexif la fonction d'un entendement intuitif. En d'autres termes, alors que les particularit&#233;s apparaissaient jusqu'ici, en ce qui concerne l'identit&#233; universelle ou abstraite, fortuites et impossibles &#224; d&#233;duire d'elle, l'entendement intuitif saisit les particularit&#233;s comme model&#233;es et form&#233;es par l'universel lui-m&#234;me. L'exp&#233;rience pr&#233;sente de telles particularit&#233;s universalis&#233;es dans les produits de l'art et de la nature organique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait capital de la Critique du jugement de Kant est qu'il y donne une repr&#233;sentation et un nom, sinon m&#234;me une expression intellectuelle, &#224; l'Id&#233;e. Une telle repr&#233;sentation, comme une compr&#233;hension intuitive ou une adaptation int&#233;rieure, sugg&#232;re un universel qui est en m&#234;me temps appr&#233;hend&#233; comme une unit&#233; essentiellement concr&#232;te. C'est dans ces seuls apercus que la philosophie kantienne s'&#233;l&#232;ve &#224; la hauteur sp&#233;culative. Schiller et d'autres ont trouv&#233; dans l'id&#233;e de beaut&#233; artistique, o&#249; la pens&#233;e et la conception sensible se sont d&#233;velopp&#233;es ensemble pour ne faire qu'une, un moyen d'&#233;chapper &#224; la compr&#233;hension abstraite et s&#233;paratiste. D'autres ont trouv&#233; le m&#234;me soulagement dans la perception et la conscience de la vie et des &#234;tres vivants, que cette vie soit naturelle ou intellectuelle. L'&#339;uvre d'art, tout comme l'individu vivant, a, il faut le reconna&#238;tre, un contenu limit&#233;. Mais dans l'harmonie postul&#233;e de la nature (ou de la n&#233;cessit&#233;) et dans la libre finalit&#233; du monde con&#231;u comme r&#233;alis&#233;, Kant nous a pr&#233;sent&#233; l'Id&#233;e, qui comprend m&#234;me son contenu. Or, ce qu'on peut appeler la paresse de la pens&#233;e, lorsqu'elle s'occupe de l'Id&#233;e supr&#234;me, trouve dans le &#171; devoir &#234;tre &#187; un moyen trop facile de s'&#233;vader : au lieu de la r&#233;alisation effective de la fin ultime, elle s'attache avec acharnement &#224; la disjonction de la notion et de la r&#233;alit&#233;. Or, si la pens&#233;e ne veut pas penser l'id&#233;al r&#233;alis&#233;, les sens et l'intuition peuvent au moins le voir dans la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente des organismes vivants et du beau dans l'art. Et par cons&#233;quent, les remarques de Kant sur ces objets &#233;taient bien propres &#224; conduire l'esprit &#224; saisir et &#224; penser l'Id&#233;e concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 56&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ainsi amen&#233;s &#224; concevoir entre l'universel de l'entendement et le particulier de la perception un rapport diff&#233;rent de celui sur lequel se fonde la th&#233;orie de la Raison th&#233;orique et pratique. Mais, s'il en est ainsi, il ne s'accompagne pas de la reconnaissance que le premier est le rapport v&#233;ritable et la v&#233;rit&#233; m&#234;me. Au lieu de cela, l'unit&#233; (de l'universel avec le particulier) n'est accept&#233;e que telle qu'elle existe dans les ph&#233;nom&#232;nes finis et n'est invoqu&#233;e que comme un fait d'exp&#233;rience. Une telle exp&#233;rience, d'abord personnelle seulement, peut provenir de deux sources. Elle peut provenir du G&#233;nie, la facult&#233; qui produit des &#171; id&#233;es esth&#233;tiques &#187;, c'est-&#224;-dire des pens&#233;es-images de l'imagination libre qui servent une id&#233;e et sugg&#232;rent des pens&#233;es, bien que leur contenu ne soit pas exprim&#233; sous une forme notionnelle et n'admette m&#234;me pas une telle expression. Elle peut aussi &#234;tre due au Go&#251;t, le sentiment de congruence entre le libre jeu de l'intuition ou de l'imagination et l'uniformit&#233; de l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 57&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe par lequel la facult&#233; de jugement r&#233;flexive r&#232;gle et ordonne les produits de la nature anim&#233;e est d&#233;crit comme la Fin ou la cause finale, la notion en action, l'universel &#224; la fois d&#233;terminant et d&#233;termin&#233; en lui-m&#234;me. En m&#234;me temps, Kant prend soin d'&#233;carter la conception d'une adaptation externe ou finie, dans laquelle la Fin n'est qu'une forme adventice des moyens et de la mati&#232;re dans laquelle elle se r&#233;alise. Dans l'organisme vivant, au contraire, la cause finale est un principe modelant et une &#233;nergie immanente &#224; la mati&#232;re, et chaque membre est &#224; son tour un moyen aussi bien qu'une fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 58&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle Id&#233;e transforme &#233;videmment radicalement le rapport que l'entendement &#233;tablit entre les moyens et les fins, entre la subjectivit&#233; et l'objectivit&#233;. Et pourtant, face &#224; cette unification, la Fin ou le dessein est ensuite expliqu&#233; comme une cause qui existe et agit subjectivement, c'est-&#224;-dire comme notre seule id&#233;e : et la t&#233;l&#233;ologie est donc expliqu&#233;e comme un principe de critique purement personnel &#224; notre entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que la philosophie critique eut &#233;tabli que la raison ne peut conna&#238;tre que les ph&#233;nom&#232;nes, la nature anim&#233;e aurait encore eu le choix entre deux modes de pens&#233;e &#233;galement subjectifs. M&#234;me selon l'explication de Kant lui-m&#234;me, il aurait &#233;t&#233; n&#233;cessaire d'admettre, dans le cas des productions naturelles, une connaissance qui ne se limite pas aux cat&#233;gories de qualit&#233;, de cause et d'effet, de composition, de constituants, etc. Le principe d'adaptation ou de dessein int&#233;rieur, s'il avait &#233;t&#233; respect&#233; et mis en pratique dans une application scientifique, aurait conduit &#224; une m&#233;thode d'observation de la nature diff&#233;rente et plus &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 59&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous adoptons ce principe, l'Id&#233;e, une fois toutes les limitations enlev&#233;es, se pr&#233;senterait ainsi : l'universalit&#233; fa&#231;onn&#233;e par la Raison, et d&#233;crite comme la fin absolue et finale ou le Bien, se r&#233;aliserait dans le monde, et se r&#233;aliserait de plus au moyen d'une troisi&#232;me chose, la puissance qui propose cette fin en m&#234;me temps qu'elle la r&#233;alise, c'est-&#224;-dire Dieu. Ainsi, en Lui, qui est la v&#233;rit&#233; absolue, ces oppositions entre l'universel et l'individuel, le subjectif et l'objectif, se r&#233;solvent et s'expliquent comme n'&#233;tant ni auto-subsistantes ni vraies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 60&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le bien, qui est ainsi pr&#233;sent&#233; comme la cause finale du monde, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;crit comme notre bien, comme la loi morale de notre raison pratique. Cela &#233;tant, l'unit&#233; dont il s'agit ne va pas plus loin que de mettre l'&#233;tat du monde et le cours de ses &#233;v&#233;nements en harmonie avec nos normes morales. D'ailleurs, m&#234;me avec cette limitation, la cause finale, le bien, est une abstraction vague, et la m&#234;me vague s'attache &#224; ce qui doit &#234;tre le devoir. Mais cette harmonie se heurte en outre &#224; la renaissance et &#224; la r&#233;affirmation de l'antith&#232;se qu'elle avait annul&#233;e par son propre principe. L'harmonie est alors d&#233;crite comme purement subjective, quelque chose qui ne devrait &#234;tre que quelque chose, et qui en m&#234;me temps n'est pas un simple article de foi, poss&#233;dant une certitude subjective, mais sans v&#233;rit&#233;, sans cette objectivit&#233; qui est propre &#224; l'Id&#233;e. Cette contradiction peut sembler dissimul&#233;e en ajournant la r&#233;alisation de l'Id&#233;e &#224; un avenir, &#224; un temps o&#249; l'Id&#233;e sera aussi. Mais une condition sensible comme le temps est l'inverse d'une r&#233;conciliation de la discordance, et c'est l&#224; une condition de la nature des choses. et une progression infinie qui est l'image correspondante adopt&#233;e par l'entendement ne fait, &#224; premi&#232;re vue, que r&#233;p&#233;ter et rejouer la contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore faire une remarque g&#233;n&#233;rale sur le r&#233;sultat auquel la philosophie critique a abouti quant &#224; la nature de la connaissance, r&#233;sultat qui est devenu l'une des &#171; idoles &#187; ou des croyances axiomatiques courantes de notre &#233;poque. Dans tout syst&#232;me dualiste, et en particulier dans celui de Kant, le d&#233;faut fondamental se manifeste dans l'incoh&#233;rence qui consiste &#224; unifier &#224; un moment donn&#233; ce qui, un moment auparavant, avait &#233;t&#233; expliqu&#233; comme ind&#233;pendant et par cons&#233;quent incapable de s'unifier. Et alors, au moment m&#234;me o&#249; l'on pr&#233;tend que l'unification est la v&#233;rit&#233;, nous en arrivons soudain &#224; la doctrine selon laquelle les deux &#233;l&#233;ments, qui, dans leur v&#233;ritable &#233;tat d'unification, se sont vu refuser toute existence ind&#233;pendante, ne sont vrais et actuels que dans leur &#233;tat de s&#233;paration. Philosophier de ce genre n'a pas le peu de p&#233;n&#233;tration n&#233;cessaire pour d&#233;couvrir que ce m&#233;lange ne fait que mettre en &#233;vidence &#224; quel point chacun des deux termes est insatisfaisant. Et il &#233;choue simplement parce qu'il est incapable de rapprocher deux pens&#233;es. (Et, pour la forme, il n'y en a jamais plus de deux.) C'est une contradiction totale que de dire, d'une part, que l'entendement ne conna&#238;t que les ph&#233;nom&#232;nes, et, d'autre part, d'affirmer le caract&#232;re absolu de cette connaissance par des affirmations telles que : &#171; La connaissance ne peut aller plus loin &#187; ; &#171; Voil&#224; la limite naturelle et absolue de la connaissance humaine. &#187; Mais &#171; naturel &#187; n'est pas le bon mot ici. Les choses de la nature ne sont limit&#233;es et ne sont naturelles que dans la mesure o&#249; elles ne connaissent pas leur limite universelle, ou dans la mesure o&#249; leur mode ou leur qualit&#233; est une limite de notre point de vue, et non du leur. Personne ne sait, ni m&#234;me ne sent, qu'une chose est une limite ou un d&#233;faut, tant qu'il n'est pas en m&#234;me temps au-dessus et au-del&#224;. Les &#234;tres vivants, par exemple, poss&#232;dent le privil&#232;ge de la douleur, qui est refus&#233; &#224; l'inanim&#233; : m&#234;me chez les &#234;tres vivants, un mode ou une qualit&#233; unique passe au sentiment d'un n&#233;gatif. Car les &#234;tres vivants en tant que tels poss&#232;dent en eux une vitalit&#233; universelle, qui d&#233;passe et inclut le mode unique ; et ainsi, en se maintenant dans la n&#233;gation d'eux-m&#234;mes, ils sentent que la contradiction existe en eux. Mais la contradiction n'est en eux qu'autant qu'un seul et m&#234;me sujet renferme &#224; la fois l'universalit&#233; de leur sens de la vie et le mode individuel qui est en n&#233;gation avec elle. Cette illustration montrera comment une limite ou une imperfection dans la connaissance n'est appel&#233;e limite ou imperfection que lorsqu'elle est compar&#233;e &#224; l'id&#233;e actuellement pr&#233;sente de l'universel, d'un total et d'un parfait. Une tr&#232;s petite consid&#233;ration pourrait montrer qu'appeler une chose finie ou limit&#233;e prouve implicitement la pr&#233;sence m&#234;me de l'infini et de l'illimit&#233;, et que notre connaissance d'une limite ne peut exister que lorsque l'illimit&#233; est en de&#231;&#224; de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la conception kantienne de la connaissance nous am&#232;ne &#224; une seconde remarque. La philosophie de Kant ne pouvait avoir aucune influence sur la m&#233;thode des sciences. Elle laisse les cat&#233;gories et la m&#233;thode de la connaissance ordinaire absolument intactes. Il peut arriver que, dans les premi&#232;res parties d'un ouvrage scientifique de cette &#233;poque, nous trouvions des propositions emprunt&#233;es &#224; la philosophie kantienne ; mais le cours du trait&#233; montre clairement que ces propositions n'&#233;taient qu'un ornement superflu, et que les quelques premi&#232;res pages auraient pu &#234;tre omises sans produire le moindre changement dans le contenu empirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ensuite comparer Kant &#224; la m&#233;taphysique de l'&#233;cole empirique. L'empirisme naturel, bien qu'il insiste sans conteste sur la perception sensible, admet n&#233;anmoins un monde suprasensible ou une r&#233;alit&#233; spirituelle, quelle que soit sa structure et sa constitution, et qu'elle d&#233;rive de l'intellect, de l'imagination, etc. En ce qui concerne la forme, les faits de ce monde suprasensible reposent sur l'autorit&#233; de l'esprit, de la m&#234;me mani&#232;re que les autres faits compris dans la connaissance empirique reposent sur l'autorit&#233; de la perception ext&#233;rieure. Mais lorsque l'empirisme devient r&#233;fl&#233;chi et logiquement coh&#233;rent, il tourne ses armes contre ce dualisme dans l'esp&#232;ce de fait ultime et la plus &#233;lev&#233;e ; il nie l'ind&#233;pendance du principe pensant et d'un monde spirituel qui se d&#233;veloppe dans la pens&#233;e. Le mat&#233;rialisme ou naturalisme est donc le syst&#232;me coh&#233;rent et complet de l'empirisme. En opposition directe &#224; un tel empirisme, Kant affirme le principe de la pens&#233;e et de la libert&#233;, et se rattache &#224; la premi&#232;re forme de doctrine empirique mentionn&#233;e, dont il ne s'est jamais &#233;cart&#233; des principes g&#233;n&#233;raux. Il y a aussi un dualisme dans sa philosophie. D'un c&#244;t&#233; se trouve le monde de la sensation et de l'entendement qui r&#233;fl&#233;chit sur lui. Ce monde, il est vrai, il le pr&#233;sente comme un monde d'apparences. Mais ce n'est l&#224; qu'un titre ou une description formelle ; car la source, les faits et les modes d'observation demeurent tout &#224; fait les m&#234;mes que dans l'empirisme. De l'autre c&#244;t&#233;, et ind&#233;pendamment, se trouve une pens&#233;e qui se comprend elle-m&#234;me, le principe de libert&#233;, que Kant a en commun avec la m&#233;taphysique ordinaire et r&#233;volue, mais vid&#233;e de tout ce qu'elle contenait, et sans qu'il puisse y infuser rien de nouveau. Car, dans la doctrine critique, la pens&#233;e, ou, comme on l'appelle l&#224;, la Raison, est d&#233;pouill&#233;e de toute forme sp&#233;cifique et ainsi priv&#233;e de toute autorit&#233;. Le principal effet de la philosophie kantienne a &#233;t&#233; de raviver la conscience de la Raison, ou l'int&#233;riorit&#233; absolue de la pens&#233;e. Son abstraction a en effet emp&#234;ch&#233; cette int&#233;riorit&#233; de se d&#233;velopper en quelque chose, ou de donner naissance &#224; des formes sp&#233;ciales, qu'il s'agisse de principes cognitifs ou de lois morales ; mais n&#233;anmoins elle refusa absolument d'accepter ou de tol&#233;rer quoi que ce soit qui poss&#233;d&#226;t le caract&#232;re d'une ext&#233;riorit&#233;. D&#233;sormais le principe de l'ind&#233;pendance de la Raison, ou de son autosubsistance absolue, est &#233;rig&#233; en principe g&#233;n&#233;ral de la philosophie, en m&#234;me temps qu'une conclusion acquise d'avance de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La philosophie critique a un grand m&#233;rite n&#233;gatif. Elle a fait comprendre que les cat&#233;gories de l'entendement ont une port&#233;e limit&#233;e et que tout processus cognitif confin&#233; dans leur cadre ne peut atteindre la v&#233;rit&#233;. Mais Kant n'a vu que la moiti&#233; de la v&#233;rit&#233;. Il a expliqu&#233; la nature finie des cat&#233;gories en disant qu'elles n'&#233;taient que subjectives, valables que pour notre pens&#233;e, dont la chose en soi &#233;tait s&#233;par&#233;e par un gouffre infranchissable. En fait, ce n'est pas parce qu'elles sont subjectives que les cat&#233;gories sont finies : elles sont finies par leur nature m&#234;me, et c'est par elles-m&#234;mes qu'il est n&#233;cessaire de montrer leur finitude. Kant cependant soutient que ce que nous pensons est faux, parce que c'est nous qui le pensons. Une autre lacune du syst&#232;me est qu'il ne donne qu'une description historique de la pens&#233;e et une simple &#233;num&#233;ration des facteurs de la conscience. L'&#233;num&#233;ration est dans l'ensemble correcte, mais pas un mot n'aborde la n&#233;cessit&#233; de ce qui est ainsi rassembl&#233; empiriquement. Les observations faites sur les diff&#233;rents stades de la conscience aboutissent &#224; la constatation sommaire que le contenu de tout ce que nous connaissons n'est qu'une apparence. Et comme il est vrai au moins que toute pens&#233;e finie s'int&#233;resse aux apparences, jusqu'ici la conclusion est justifi&#233;e. Mais ce stade de &#171; l'apparence &#187; &#8212; le monde ph&#233;nom&#233;nal &#8212; n'est pas le terme de la pens&#233;e : il existe une autre r&#233;gion, plus &#233;lev&#233;e. Mais cette r&#233;gion &#233;tait pour la philosophie kantienne un &#171; autre monde &#187; inaccessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Le syst&#232;me kantien n'a pos&#233; que formellement le principe de la spontan&#233;it&#233; et de l'autod&#233;termination de la pens&#233;e. Kant n'a jamais approfondi la mani&#232;re et l'&#233;tendue de cette autod&#233;termination de la pens&#233;e. C'est Fichte qui a le premier remarqu&#233; cette lacune et qui, apr&#232;s avoir signal&#233; l'absence d'une d&#233;duction pour les cat&#233;gories, a essay&#233; d'y suppl&#233;er r&#233;ellement. Chez Fichte, le &#171; moi &#187; est le point de d&#233;part du d&#233;veloppement philosophique et le r&#233;sultat de son action est cens&#233; &#234;tre visible dans les cat&#233;gories. Mais chez Fichte, le &#171; moi &#187; n'est pas r&#233;ellement pr&#233;sent&#233; comme une &#233;nergie libre et spontan&#233;e ; il est cens&#233; recevoir sa premi&#232;re excitation par un choc ou une impulsion venant du dehors. On suppose que le &#171; moi &#187; r&#233;agira contre ce choc et que c'est seulement par cette r&#233;action qu'il prendra conscience de lui-m&#234;me. En attendant, la nature de l'impulsion reste &#233;trang&#232;re &#224; notre entendement et le &#171; moi &#187;, toujours confront&#233; &#224; quelque chose d'autre, est charg&#233; d'une condition. Fichte n'a donc jamais d&#233;pass&#233; la conclusion de Kant, selon laquelle seul le fini est connaissable, tandis que l'infini d&#233;passe le champ de la pens&#233;e. Ce que Kant appelle la chose en soi, Fichte l'appelle l'impulsion du dehors, cette abstraction de quelque chose d'autre que le &#171; moi &#187;, qui ne peut &#234;tre d&#233;crit ou d&#233;fini autrement que par le n&#233;gatif ou le non-Ego en g&#233;n&#233;ral. Le &#171; je &#187; est ainsi consid&#233;r&#233; comme &#233;tant en relation essentielle avec le non-moi, par lequel son acte d'autod&#233;termination s'&#233;veille d'abord. Et de cette mani&#232;re, le &#171; je &#187; n'est que l'acte continu de se lib&#233;rer de cette impulsion, sans jamais acqu&#233;rir une v&#233;ritable libert&#233;, car avec la cessation de l'impulsion, le &#171; je &#187;, dont l'&#234;tre est son action, cesserait aussi d'&#234;tre. Et le contenu produit par l'action du &#171; je &#187; ne diff&#232;re en rien du contenu ordinaire de l'exp&#233;rience, si ce n'est par cette remarque suppl&#233;mentaire que ce contenu n'est qu'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Attitude de la pens&#233;e face &#224; l'objectivit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONNAISSANCE IMM&#201;DIATE OU INTUITIVE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 61&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on en croit la philosophie critique , la pens&#233;e est subjective et son mode ultime et invincible est l'universalit&#233; abstraite ou l'identit&#233; formelle . La pens&#233;e est ainsi oppos&#233;e &#224; la V&#233;rit&#233;, qui n'est pas une abstraction , mais une universalit&#233; concr&#232;te. Dans ce mode de pens&#233;e supr&#234;me, qui s'appelle Raison , les Cat&#233;gories sont laiss&#233;es de c&#244;t&#233;. La th&#233;orie extr&#234;me oppos&#233;e consid&#232;re la pens&#233;e comme un acte du seul particulier et, pour cette raison, la d&#233;clare incapable d'appr&#233;hender la V&#233;rit&#233; . C'est la th&#233;orie intuitive .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 62&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon cette th&#233;orie, la pens&#233;e, op&#233;ration priv&#233;e et particuli&#232;re, a toute sa port&#233;e et tout son produit dans les Cat&#233;gories. Mais ces Cat&#233;gories, telles qu'elles sont appr&#233;hend&#233;es par l'entendement, sont des v&#233;hicules limit&#233;s de la pens&#233;e, des formes du conditionn&#233;, du d&#233;pendant et du d&#233;riv&#233;. Une pens&#233;e limit&#233;e &#224; ces modes n'a aucun sens de l'Infini et du Vrai, et ne peut franchir le gouffre qui la s&#233;pare d'eux. (Cette restriction se rapporte aux preuves de l'existence de Dieu.) Ces modes ou cat&#233;gories inad&#233;quats sont aussi appel&#233;s notions : et avoir une notion d'un objet ne peut donc signifier, dans ce langage, que le saisir sous la forme d'&#234;tre conditionn&#233; et d&#233;riv&#233;. Par cons&#233;quent, si l'objet en question est le Vrai, l' Infini , l'Inconditionn&#233;, nous le transformons par nos notions en quelque chose de fini et de conditionn&#233; ; ainsi, au lieu d'appr&#233;hender la v&#233;rit&#233; par la pens&#233;e, nous l'avons pervertie en fausset&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le seul argument simple avanc&#233; en faveur de la th&#232;se selon laquelle la connaissance de Dieu et de la v&#233;rit&#233; doit &#234;tre imm&#233;diate ou intuitive. A une &#233;poque ant&#233;rieure, toutes les sortes de conceptions anthropomorphiques, comme on les appelle, &#233;taient bannies de Dieu, comme &#233;tant finies et par cons&#233;quent indignes de l'infini ; et de cette fa&#231;on, Dieu avait &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; un &#234;tre assez vide. Mais &#224; cette &#233;poque, les formes-pens&#233;es n'&#233;taient en g&#233;n&#233;ral pas consid&#233;r&#233;es comme relevant de l'anthropomorphisme. On croyait plut&#244;t que la pens&#233;e enlevait la finitude aux conceptions de l' Absolu , ce qui concordait avec la conviction de tous les temps mentionn&#233;e plus haut, selon laquelle la r&#233;flexion est la seule voie vers la v&#233;rit&#233;. Mais maintenant, enfin, les formes-pens&#233;es elles-m&#234;mes sont qualifi&#233;es d'anthropomorphiques, et la pens&#233;e elle-m&#234;me est d&#233;crite comme une simple facult&#233; d'Unitisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacobi a formul&#233; cette accusation de la mani&#232;re la plus claire dans le septi&#232;me suppl&#233;ment &#224; ses Lettres sur Spinoza , empruntant son argumentation aux &#339;uvres de Spinoza lui-m&#234;me et l'utilisant comme arme contre la connaissance en g&#233;n&#233;ral. Dans son attaque, la connaissance est consid&#233;r&#233;e comme signifiant la connaissance du fini seulement, un processus de pens&#233;e d'une condition d'une s&#233;rie &#224; une autre, chacune d'elles &#233;tant &#224; la fois conditionnelle et conditionn&#233;e. Selon une telle opinion, expliquer et obtenir la notion de quelque chose revient &#224; montrer qu'elle d&#233;rive de quelque chose d'autre. Tout ce que cette connaissance embrasse, par cons&#233;quent, est partiel, d&#233;pendant et fini, tandis que l'infini ou le vrai, c'est-&#224;-dire Dieu, se trouve en dehors de l'interconnexion m&#233;canique dans laquelle la connaissance est cens&#233;e &#234;tre confin&#233;e. Il est important d'observer que, tandis que Kant fait consister la nature finie des Cat&#233;gories principalement dans la circonstance formelle qu'elles sont subjectives, Jacobi discute les Cat&#233;gories dans leur caract&#232;re propre et d&#233;clare qu'elles sont finies dans leur signification m&#234;me. Ce que Jacobi avait surtout sous les yeux, lorsqu'il d&#233;crivait ainsi la science, c'&#233;taient les brillants succ&#232;s des sciences physiques ou &#171; exactes &#187; dans la d&#233;termination des forces et des lois naturelles. Ce n'est certainement pas sur le terrain fini occup&#233; par ces sciences que nous pouvons nous attendre &#224; rencontrer la pr&#233;sence int&#233;rieure de l'infini. Lalande avait raison lorsqu'il disait qu'il avait balay&#233; tout le ciel avec sa lunette et n'avait vu aucun Dieu (voir &#167; 60n ). Dans le domaine de la science physique, l'universel, qui est le r&#233;sultat final de l'analyse, n'est que l'agr&#233;gat ind&#233;termin&#233; &#8212; du fini ext&#233;rieur &#8212; en un mot, la Mati&#232;re : et Jacobi a bien vu qu'il n'y avait pas d'autre issue possible que de passer d'une clause explicative ou d'une loi &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 63&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant tout ce temps, la doctrine selon laquelle la v&#233;rit&#233; existe pour l'esprit a &#233;t&#233; si fortement soutenue par Jacobi que seule la Raison est d&#233;clar&#233;e &#234;tre ce par quoi l'homme vit. Cette Raison est la connaissance de Dieu. Mais, &#233;tant donn&#233; que la connaissance d&#233;riv&#233;e est limit&#233;e &#224; l'&#233;tendue des faits finis, la Raison est une connaissance d&#233;riv&#233;e, ou la Foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connaissance, foi, pens&#233;e, intuition sont les cat&#233;gories que nous rencontrons dans cette ligne de r&#233;flexion. Ces termes, que tout le monde suppose familiers, sont trop souvent utilis&#233;s de mani&#232;re arbitraire, sous la seule direction des conceptions et des distinctions de la psychologie, sans qu'on en examine la nature et la notion, ce qui est apr&#232;s tout la question principale. Ainsi, nous trouvons souvent la connaissance oppos&#233;e &#224; la foi, et en m&#234;me temps expliqu&#233;e comme une connaissance sous-d&#233;rivative ou intuitive &#8212; de sorte qu'elle doit &#234;tre au moins une sorte de connaissance. Et, en outre, c'est incontestablement un fait d'exp&#233;rience, premi&#232;rement, que ce que nous croyons est dans notre conscience &#8212; ce qui implique que nous le savons ; et deuxi&#232;mement, que cette croyance est une certitude dans notre conscience &#8212; ce qui implique que nous le savons.De plus, et surtout, nous trouvons la pens&#233;e oppos&#233;e &#224; la connaissance et &#224; la foi imm&#233;diates, et en particulier &#224; l'intuition. Mais si l'on qualifie cette intuition d'intellectuelle, il faut en r&#233;alit&#233; entendre l'intuition qui pense, &#224; moins que, dans une question sur la nature de Dieu, nous ne voulions interpr&#233;ter l'intellect comme d&#233;signant des images et des repr&#233;sentations de l'imagination. Le mot foi ou croyance, dans le dialecte de ce syst&#232;me, en vient &#224; &#234;tre employ&#233; m&#234;me en r&#233;f&#233;rence &#224; des objets communs qui sont pr&#233;sents aux sens. Nous croyons, dit Jacobi, que nous avons un corps &#8212; nous croyons &#224; l'existence des choses des sens. Mais si nous parlons de la foi dans le Vrai et l'&#201;ternel, et que nous disons que Dieu nous est donn&#233; et r&#233;v&#233;l&#233; dans la connaissance ou l'intuition imm&#233;diate, nous ne nous int&#233;ressons pas aux choses des sens, mais &#224; des objets qui sont propres &#224; notre esprit pensant, &#224; des v&#233;rit&#233;s d'une signification universelle inh&#233;rente. Et quand il s'agit du &#171; moi &#187; individuel, c'est-&#224;-dire de la personnalit&#233;, et non pas du &#171; moi &#187; de l'exp&#233;rience ou d'une personne priv&#233;e, il s'agit surtout de la personnalit&#233; de Dieu, c'est de la personnalit&#233; pure, d'une personnalit&#233; universelle par sa nature. Une telle personnalit&#233; est une pens&#233;e et ne rel&#232;ve que de la pens&#233;e. Bien plus. L'intuition pure et simple est tout &#224; fait la m&#234;me chose que la pens&#233;e pure et simple. L'intuition et la croyance d&#233;signent en premier lieu les conceptions d&#233;finies que nous attachons &#224; ces mots dans l'usage que nous en faisons habituellement ; et dans cette mesure, elles diff&#232;rent de la pens&#233;e sur certains points que presque tout le monde peut comprendre. Mais ici, elles sont prises dans un sens plus &#233;lev&#233; et doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;es comme signifiant une croyance en Dieu ou une intuition intellectuelle de Dieu ; en bref, nous devons mettre de c&#244;t&#233; tout ce qui distingue sp&#233;cialement la pens&#233;e d'une part de la croyance et de l'intuition d'autre part. Il est impossible &#224; quiconque de dire en quoi la croyance et l'intuition, lorsqu'elles sont transf&#233;r&#233;es &#224; ces r&#233;gions sup&#233;rieures, diff&#232;rent de la pens&#233;e. Et cependant, telles sont les distinctions st&#233;riles des mots avec lesquelles les hommes s'imaginent affirmer une v&#233;rit&#233; importante ; alors m&#234;me que les formules qu'ils soutiennent sont identiques &#224; celles qu'ils attaquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de foi a l'avantage particulier de sugg&#233;rer la foi de la religion chr&#233;tienne ; il semble inclure la foi chr&#233;tienne, ou peut-&#234;tre m&#234;me co&#239;ncider avec elle ; et ainsi la philosophie de la foi a un aspect tout &#224; fait orthodoxe et chr&#233;tien, en vertu duquel elle se permet d'&#233;noncer ses dicta arbitraires avec plus de pr&#233;tention et d'autorit&#233;. Mais il ne faut pas se laisser tromper par l'apparence que procure subrepticement une similitude purement verbale. Les deux choses sont radicalement diff&#233;rentes. D'abord, la foi chr&#233;tienne comporte en elle une autorit&#233; de l'&#201;glise ; mais la foi de la philosophie de Jacobi n'a d'autre autorit&#233; que celle d'une r&#233;v&#233;lation personnelle. Deuxi&#232;mement, la foi chr&#233;tienne est un abondant corps de v&#233;rit&#233; objective, un syst&#232;me de connaissances et de doctrines. La port&#233;e de la foi philosophique est si ind&#233;finie que, tout en laissant une place &#224; la foi du chr&#233;tien, elle admet &#233;galement la croyance en la divinit&#233; du Dala&#239;-Lama, du b&#339;uf ou du singe, r&#233;duisant ainsi la D&#233;it&#233; &#224; ses termes les plus simples, &#224; un &#171; &#202;tre supr&#234;me &#187;. La foi elle-m&#234;me, prise dans ce sens pr&#233;tendument philosophique, n'est rien d'autre que l'abstrait sans substance de la connaissance imm&#233;diate, une cat&#233;gorie purement formelle applicable &#224; des faits tr&#232;s diff&#233;rents ; et elle ne doit jamais &#234;tre confondue ou identifi&#233;e avec la pl&#233;nitude spirituelle de la foi chr&#233;tienne, que nous consid&#233;rions cette foi dans le c&#339;ur du croyant et la pr&#233;sence du Saint-Esprit, ou dans le syst&#232;me de doctrine th&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce qu'on appelle ici la foi ou la connaissance imm&#233;diate, il faut aussi identifier l'inspiration, les r&#233;v&#233;lations du c&#339;ur, les v&#233;rit&#233;s implant&#233;es en l'homme par la nature, et aussi, en particulier, la saine raison ou le bon sens, comme on l'appelle. Toutes ces formes s'accordent &#224; adopter comme principe directeur l'imm&#233;diatet&#233;, ou la mani&#232;re &#233;vidente par laquelle un fait ou un ensemble de v&#233;rit&#233;s se pr&#233;sente &#224; la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 64&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette connaissance imm&#233;diate consiste &#224; savoir que l'Infini, l'&#201;ternel, le Dieu qui est dans notre Id&#233;e, est r&#233;ellement : ou bien elle affirme que dans notre conscience est imm&#233;diatement et ins&#233;parablement li&#233;e &#224; cette id&#233;e la certitude de son &#234;tre actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes ne songeraient pas &#224; contester ces maximes de la connaissance imm&#233;diate. Ils pourraient plut&#244;t trouver mati&#232;re &#224; se f&#233;liciter de ce que ces anciennes doctrines, qui expriment comme elles le font la teneur g&#233;n&#233;rale de l'enseignement philosophique, soient devenues, m&#234;me de cette mani&#232;re non philosophique, dans une certaine mesure des convictions universelles de l'&#233;poque. Ce qui est vraiment &#233;tonnant, c'est que l'on puisse supposer que ces principes &#233;taient oppos&#233;s &#224; la philosophie, &#224; savoir que tout ce qui est tenu pour vrai est immanent &#224; l'esprit et qu'il existe une v&#233;rit&#233; pour l'esprit (&#167; 63). D'un point de vue formel, il y a un int&#233;r&#234;t particulier &#224; la maxime selon laquelle l'&#234;tre de Dieu est imm&#233;diatement et ins&#233;parablement li&#233; &#224; la pens&#233;e de Dieu, que l'objectivit&#233; est li&#233;e &#224; la subjectivit&#233; que la pens&#233;e pr&#233;sente &#224; l'origine. Non contente de cela, la philosophie de la connaissance imm&#233;diate va jusqu'&#224; affirmer, dans sa conception unilat&#233;rale, que l'attribut d'existence, m&#234;me dans la perception, est aussi ins&#233;parablement li&#233; &#224; la conception que nous avons de notre propre corps et des choses ext&#233;rieures qu'&#224; la pens&#233;e de Dieu. Or, c'est l'effort de la philosophie de prouver cette unit&#233;, de montrer qu'elle est dans la nature m&#234;me de la pens&#233;e et de la subjectivit&#233; d'&#234;tre ins&#233;parable de l'&#234;tre et de l'objectivit&#233;. Dans ces conditions donc, quelle que soit l'appr&#233;ciation que l'on puisse porter sur le caract&#232;re de ces preuves, la philosophie doit en tout cas se r&#233;jouir de voir d&#233;montr&#233; et soutenu que ses maximes sont des faits de conscience, et donc en harmonie avec l'exp&#233;rience. La diff&#233;rence entre la philosophie et les affirmations de la connaissance imm&#233;diate r&#233;side plut&#244;t dans l'attitude exclusive que la connaissance imm&#233;diate adopte lorsqu'elle s'oppose &#224; la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant c'est comme une v&#233;rit&#233; &#233;vidente ou imm&#233;diate que le cogito ergo sum de Descartes , la maxime sur laquelle on peut dire que tout l'int&#233;r&#234;t de la philosophie moderne est bas&#233;, a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233; pour la premi&#232;re fois par son auteur. Celui qui appelle cela un syllogisme ne doit pas en savoir plus sur un syllogisme sinon que le mot &#171; ergo &#187; [&#171; donc &#187;] y appara&#238;t. O&#249; chercher le moyen terme ? Et un moyen terme est un point beaucoup plus essentiel d'un syllogisme que le mot &#171; ergo &#187;. Si nous essayons de justifier le nom en appelant la combinaison d'id&#233;es chez Descartes un syllogisme &#171; imm&#233;diat &#187;, cette vari&#233;t&#233; superflue de syllogisme n'est qu'un simple nom pour une synth&#232;se absolument imm&#233;diate de termes distincts de la pens&#233;e. Cela &#233;tant, la synth&#232;se de l'&#234;tre avec nos id&#233;es, telle qu'elle est &#233;nonc&#233;e dans la maxime de la connaissance imm&#233;diate , n'a ni plus ni moins droit au titre de syllogisme que l' axiome de Descartes. J'emprunte &#224; la Dissertation sur la philosophie cart&#233;sienne de Hotho (publi&#233;e en 1826) la citation dans laquelle Descartes lui-m&#234;me d&#233;clare distinctement que la maxime cogito, ergo sum n'est pas un syllogisme. Les passages sont Respons. ad II Object. ; De Methodo iv ; Ep. i. 118. Du premier passage, je cite les mots les plus imm&#233;diatement pertinents. Descartes dit : &#171; Que nous soyons des &#234;tres pensants est prima quaedam notio quae ex nullo syllogismo concluditur &#187; (une certaine notion premi&#232;re, qui ne se d&#233;duit d'aucun syllogisme) ; et continue : &#171; neque cum quis dicit : Ego cogito, ergo sum sive existo, existentiam ex cogitatione per syllogismum deducit &#187; (et quand on dit : je pense, donc je suis ou j'existe, on ne d&#233;duit pas l'existence de la pens&#233;e au moyen d'un syllogisme). Descartes savait ce que cela impliquait dans un syllogisme, et il ajoute donc que, pour que la maxime puisse &#234;tre d&#233;duite par syllogisme, il faudrait y ajouter la pr&#233;misse majeure : &#171; Illud omne quod cogitate, est sive existit &#187; (Tout ce qui pense, est ou existe). Bien entendu, remarque-t-il, cette pr&#233;misse majeure elle-m&#234;me doit &#234;tre d&#233;duite de l'&#233;nonc&#233; primitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage de Descartes sur la maxime que le &#171; je &#187; qui pense doit aussi &#234;tre en m&#234;me temps, son affirmation que cette connexion est donn&#233;e et impliqu&#233;e dans la simple perception de la conscience, que cette connexion est la premi&#232;re absolue, le principe, la plus certaine et la plus &#233;vidente de toutes choses, de sorte qu'aucun scepticisme ne peut &#234;tre con&#231;u assez monstrueux pour ne pas l'admettre, tout ce langage est si vivant et si distinct, que les d&#233;clarations modernes de Jacobi et d'autres sur cette connexion imm&#233;diate ne peuvent passer que pour des r&#233;p&#233;titions inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 65&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie dont nous parlons n'est pas satisfaite lorsqu'elle a montr&#233; que la connaissance m&#233;diate prise s&#233;par&#233;ment est un v&#233;hicule ad&#233;quat de la v&#233;rit&#233;. Sa doctrine distinctive est que seule la connaissance imm&#233;diate, &#224; l'exclusion totale de la m&#233;diation, peut avoir un contenu qui soit vrai. Cette exclusivit&#233; suffit &#224; montrer que la th&#233;orie est une rechute dans l' entendement m&#233;taphysique , avec ses mots d'ordre &#171; ou bien-ou bien &#187;. Et donc en r&#233;alit&#233; une rechute dans l'habitude de la m&#233;diation ext&#233;rieure, dont l'essentiel consiste &#224; s'accrocher &#224; ces cat&#233;gories &#233;troites et unilat&#233;rales du fini, dont elle s'imaginait &#224; tort avoir d&#233;finitivement abandonn&#233;. Mais ce point, nous ne l'examinerons pas en d&#233;tail ici. Une connaissance exclusivement imm&#233;diate est affirm&#233;e comme un fait seulement, et dans la pr&#233;sente introduction nous ne pouvons l'&#233;tudier que de ce point de vue ext&#233;rieur. La signification r&#233;elle d'une telle connaissance sera expliqu&#233;e lorsque nous en arriverons &#224; la question logique de l'opposition entre le m&#233;diate et l'imm&#233;diat. Mais il est caract&#233;ristique de la th&#233;orie qui nous occupe de ne pas examiner la nature du fait, c'est-&#224;-dire sa notion, mais de ne pas examiner la nature du fait, c'est-&#224;-dire sa notion. car un tel examen serait lui-m&#234;me un pas vers la m&#233;diation et m&#234;me vers la connaissance. La v&#233;ritable discussion sur le terrain logique doit donc &#234;tre diff&#233;r&#233;e jusqu'&#224; ce que nous arrivions au domaine propre de la logique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de la deuxi&#232;me partie de la Logique, la Doctrine de l'&#202;tre Essentiel , est une discussion de l'unit&#233; intrins&#232;que et auto-affirmative de l'imm&#233;diatet&#233; et de la m&#233;diation .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 66&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas lieu d'aller plus loin : la connaissance imm&#233;diate doit &#234;tre accept&#233;e comme un fait . Dans ces conditions, l'examen se dirige vers le champ de l'exp&#233;rience , vers un ph&#233;nom&#232;ne psychologique . S'il en est ainsi, il nous suffit de constater, comme l'exp&#233;rience la plus courante, que des v&#233;rit&#233;s dont nous savons bien qu'elles r&#233;sultent de trains de pens&#233;es compliqu&#233;s et hautement m&#233;diatis&#233;s se pr&#233;sentent imm&#233;diatement et sans effort &#224; l'esprit de tout homme familiaris&#233; avec le sujet. Le math&#233;maticien, comme quiconque ma&#238;trise une science particuli&#232;re, affronte tout probl&#232;me avec des solutions toutes faites qui pr&#233;supposent les analyses les plus compliqu&#233;es ; et tout homme instruit a un certain nombre de vues g&#233;n&#233;rales et de maximes qu'il peut rassembler sans difficult&#233;, mais qui ne peuvent provenir que d'une r&#233;flexion fr&#233;quente et d'une longue exp&#233;rience. La facilit&#233; avec laquelle nous acqu&#233;rons une sorte de connaissance, d'art ou d'expertise technique consiste &#224; avoir la connaissance particuli&#232;re ou le genre d'action pr&#233;sent &#224; notre esprit dans tout cas qui se produit, pourrait-on dire, imm&#233;diatement dans nos membres m&#234;mes, dans une activit&#233; sortante. Dans tous ces cas, l'imm&#233;diatet&#233; de la connaissance est si loin d'exclure la m&#233;diation, que les deux choses sont li&#233;es &#8211; la connaissance imm&#233;diate &#233;tant en r&#233;alit&#233; le produit et le r&#233;sultat de la connaissance m&#233;diatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas moins &#233;vident que l'existence imm&#233;diate est li&#233;e &#224; sa m&#233;diation. La semence et les parents sont des existences imm&#233;diates et initiales par rapport &#224; la prog&#233;niture qu'ils engendrent. Mais la semence et les parents, bien qu'ils existent et soient par cons&#233;quent imm&#233;diats, sont n&#233;anmoins engendr&#233;s &#224; leur tour ; et l'enfant, sans pr&#233;judice de la m&#233;diation de son existence, est imm&#233;diat parce qu'il est. Le fait que je sois &#224; Berlin, ma pr&#233;sence imm&#233;diate ici, est m&#233;diatis&#233;e par le fait que j'ai fait le voyage jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 67&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut observer une chose &#224; propos de la connaissance imm&#233;diate de Dieu, des principes juridiques et &#233;thiques (y compris sous le terme de connaissance imm&#233;diate ce que l'on appelle instinct, id&#233;es implant&#233;es ou inn&#233;es, sens commun, raison naturelle, ou toute autre forme que nous donnons, en bref, &#224; la spontan&#233;it&#233; originelle). C'est une question d'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale que l'&#233;ducation ou le d&#233;veloppement sont n&#233;cessaires pour faire &#233;merger dans la conscience ce qui y est contenu. Il en &#233;tait de m&#234;me pour la r&#233;miniscence platonicienne ; et le rite chr&#233;tien du bapt&#234;me, bien qu'il soit un sacrement, implique l'obligation suppl&#233;mentaire d'une &#233;ducation chr&#233;tienne. Bref, la religion et la morale, si elles soient foi ou connaissance imm&#233;diate, sont toujours conditionn&#233;es de tous c&#244;t&#233;s par le processus m&#233;diateur que l'on appelle d&#233;veloppement, &#233;ducation, formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la doctrine des id&#233;es inn&#233;es, tout comme ses adversaires, ont toujours &#233;t&#233; coupables de la m&#234;me exclusivit&#233; et de la m&#234;me &#233;troitesse que celle que nous avons relev&#233;e ici. Ils ont trac&#233; une ligne de d&#233;marcation nette entre l'union essentielle et imm&#233;diate (comme on peut la d&#233;crire) de certains principes universels avec l'&#226;me, et une autre union qui doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e de fa&#231;on ext&#233;rieure et par le canal d' objets et de conceptions donn&#233;s . Une objection, emprunt&#233;e &#224; l'exp&#233;rience, a &#233;t&#233; soulev&#233;e contre la doctrine des id&#233;es inn&#233;es. Tous les hommes, a-t-on dit, doivent avoir ces id&#233;es ; ils doivent avoir, par exemple, la maxime de contradiction pr&#233;sente dans l'esprit &#8211; ils doivent en &#234;tre conscients ; car cette maxime et d'autres semblables ont &#233;t&#233; incluses dans la classe des id&#233;es inn&#233;es. L'objection peut &#234;tre imput&#233;e &#224; une conception erron&#233;e ; car les principes en question, bien qu'inn&#233;s, n'ont pas besoin pour autant d'avoir la forme d'id&#233;es ou de conceptions de quelque chose dont nous sommes conscients. Cependant, l'objection contredit compl&#232;tement la th&#233;orie grossi&#232;re de la connaissance imm&#233;diate, qui maintient express&#233;ment ses formules en tant qu'elles sont dans la conscience. Un autre point m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;. On peut supposer que l'&#233;cole intuitive admette que le cas sp&#233;cial de la foi religieuse implique un compl&#233;ment par une &#233;ducation et un d&#233;veloppement chr&#233;tiens ou religieux. Dans ce cas, elle agit de fa&#231;on capricieuse lorsqu'elle veut ignorer cette admission en parlant de la foi, ou elle trahit une insouciance de ne pas savoir que, une fois admise la n&#233;cessit&#233; de l'&#233;ducation, la m&#233;diation est d&#233;clar&#233;e indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;miniscence des id&#233;es dont parle Platon revient &#224; dire que les id&#233;es existent implicitement dans l'homme, au lieu d'&#234;tre, comme le pr&#233;tendent les sophistes, une importation &#233;trang&#232;re dans son esprit. Mais concevoir la connaissance comme r&#233;miniscence n'emp&#234;che pas, ni ne rejette comme inutile, le d&#233;veloppement de ce qui est implicitement dans l'homme ; d&#233;veloppement qui est un autre mot pour la m&#233;diation. Il en va de m&#234;me des id&#233;es inn&#233;es que nous trouvons chez Descartes et les philosophes &#233;cossais. Ces id&#233;es ne sont que potentielles au premier chef, et doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une sorte de simple capacit&#233; chez l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de ces exp&#233;riences, l'appel se porte sur quelque chose qui se r&#233;v&#232;le li&#233; &#224; la conscience imm&#233;diate. M&#234;me si cette combinaison est d'abord consid&#233;r&#233;e comme une connexion externe et empirique, le fait qu'elle soit constante montre, m&#234;me pour l'observation empirique, qu'elle est essentielle et ins&#233;parable. Mais, de plus, si cette conscience imm&#233;diate, telle qu'elle se manifeste dans l'exp&#233;rience, est prise s&#233;par&#233;ment, dans la mesure o&#249; elle est une conscience de Dieu et de la nature divine, l'&#233;tat d'esprit qu'elle implique est g&#233;n&#233;ralement d&#233;crit comme une exaltation au-dessus du fini, au-dessus des sens, au-dessus des d&#233;sirs et des affections instinctifs du c&#339;ur naturel ; exaltation qui se prolonge et se termine par la foi en Dieu et en un ordre divin. Il est donc &#233;vident que, bien que la foi puisse &#234;tre une connaissance et une certitude imm&#233;diates, elle implique &#233;galement l'interposition de ce processus comme son ant&#233;c&#233;dent et sa condition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;j&#224; observ&#233; que les pr&#233;tendues preuves de l'existence de Dieu, qui partent de l'existence finie, expriment cette exaltation. Dans cette optique, elles ne sont pas des inventions d'une r&#233;flexion trop subtile, mais le canal n&#233;cessaire et naturel par lequel court le mouvement de l'esprit ; il se peut cependant que, dans leur forme ordinaire, ces preuves n'aient pas leur expression correcte et ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 69&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le passage ( &#167; 64 ) de l'Id&#233;e subjective &#224; l'&#234;tre qui constitue le sujet principal de la doctrine de la connaissance imm&#233;diate. On y affirme qu'il existe entre notre Id&#233;e et l'&#234;tre une relation premi&#232;re et &#233;vidente. Or, ce point central de transition, ind&#233;pendamment de toute relation qui se manifeste dans l'exp&#233;rience, implique clairement une m&#233;diation. Et cette m&#233;diation n'est pas d'un genre imparfait ou irr&#233;el, dans la mesure o&#249; elle se produit avec et &#224; travers quelque chose d'ext&#233;rieur, mais une m&#233;diation qui comprend &#224; la fois l'ant&#233;c&#233;dent et la conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 70&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette th&#233;orie affirme que la v&#233;rit&#233; ne r&#233;side ni dans l'Id&#233;e en tant que pens&#233;e purement subjective, ni dans le simple &#234;tre en soi, que le simple &#234;tre en soi , un &#234;tre qui n'appartient pas &#224; l'Id&#233;e, est l'&#234;tre sensible et fini du monde. Or tout cela ne fait qu'affirmer, sans d&#233;monstration, que l'Id&#233;e n'a de v&#233;rit&#233; que par l'&#234;tre, et que l'&#234;tre n'a de v&#233;rit&#233; que par l'Id&#233;e. La maxime de la connaissance imm&#233;diate rejette une imm&#233;diatet&#233; ind&#233;finie et vide (et telle est l'&#234;tre abstrait, ou l'unit&#233; pure prise en soi), et affirme &#224; sa place l'unit&#233; de l'Id&#233;e avec l'&#234;tre. Et elle agit avec raison. Mais il serait stupide de ne pas voir que l'unit&#233; de termes ou de modes distincts n'est pas simplement une unit&#233; purement imm&#233;diate, c'est-&#224;-dire une unit&#233; vide et ind&#233;termin&#233;e, mais que &#8212; avec la m&#234;me insistance &#8212; l'un des termes est montr&#233; comme n'ayant de v&#233;rit&#233; que par l'interm&#233;diaire de l'autre &#8212; ou, si l'on pr&#233;f&#232;re l'expression, que l'un des termes n'est m&#233;diatis&#233; &#224; la v&#233;rit&#233; que par l'interm&#233;diaire de l'autre. Que la qualit&#233; de m&#233;diation soit impliqu&#233;e dans l'imm&#233;diatet&#233; m&#234;me de l'intuition est ainsi d&#233;montr&#233; comme un fait contre lequel l'entendement, conform&#233;ment &#224; la maxime fondamentale de la connaissance imm&#233;diate selon laquelle l'&#233;vidence de la conscience est infaillible, ne peut rien objecter. Seul l'entendement abstrait ordinaire consid&#232;re les termes de m&#233;diation et d'imm&#233;diatet&#233;, chacun en soi de mani&#232;re absolue, comme repr&#233;sentant une ligne de distinction inflexible, et se charge ainsi de la t&#226;che d&#233;sesp&#233;r&#233;e de les concilier. La difficult&#233;, comme nous l'avons montr&#233;, n'existe pas dans le fait, et elle dispara&#238;t dans la notion sp&#233;culative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 71&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unicit&#233; de l'&#233;cole intuitive a certaines caract&#233;ristiques que nous allons maintenant souligner dans leurs traits principaux, apr&#232;s avoir expos&#233; le principe fondamental. Le premier de ces corollaires est le suivant : comme le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; ne r&#233;side pas dans la nature du contenu, mais dans le simple fait de la conscience, toute pr&#233;tendue v&#233;rit&#233; n'a d'autre base que la certitude subjective et l'affirmation que nous d&#233;couvrons un certain fait dans notre conscience. Ce que je d&#233;couvre dans ma conscience est ainsi exag&#233;r&#233; et transform&#233; en un fait de la conscience de tous, et m&#234;me pr&#233;sent&#233; comme la nature m&#234;me de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pr&#233;tendues preuves de l'existence de Dieu , il y avait le consensus gentium , auquel on fait appel d&#232;s Cic&#233;ron. Le consensus gentium est une autorit&#233; de poids, et le passage est facile et naturel de la constatation qu'un certain fait se trouve dans la conscience de chacun &#224; la conclusion qu'il est un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de la nature m&#234;me de la conscience. Dans cette cat&#233;gorie d'accord g&#233;n&#233;ral se trouvait latente la perception profonde, qui n'&#233;chappe pas &#224; l'esprit le moins cultiv&#233;, que la conscience de l'individu est en m&#234;me temps particuli&#232;re et accidentelle. Mais si l'on n'examine pas la nature m&#234;me de cette conscience, en la d&#233;pouillant de ses &#233;l&#233;ments particuliers et accidentels, et si l'on ne d&#233;couvre pas, par l'op&#233;ration p&#233;nible de la r&#233;flexion, l'universel dans son int&#233;gralit&#233; et sa puret&#233;, ce n'est qu'un accord unanime sur un point donn&#233; qui peut autoriser une pr&#233;somption d&#233;cente que ce point fait partie de la nature m&#234;me de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, si la pens&#233;e s'obstine &#224; reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; de ce qui est pr&#233;sent&#233; comme un fait g&#233;n&#233;ral, le consensus gentium ne suffit certainement pas. Pourtant, m&#234;me en admettant que l'universalit&#233; du fait constitue une preuve satisfaisante, il s'est av&#233;r&#233; impossible d'&#233;tablir la croyance en Dieu sur un tel argument, car l'exp&#233;rience montre qu'il existe des individus et des nations qui n'ont pas une telle foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger dans quelle mesure l'exp&#233;rience nous montre des cas plus ou moins nombreux d'ath&#233;isme ou de croyance en Dieu, il importe de savoir si la simple conception g&#233;n&#233;rale de la divinit&#233; suffit ou s'il faut une connaissance plus pr&#233;cise de Dieu. Le monde chr&#233;tien refuserait certainement le titre de Dieu aux idoles des Hindous et des Chinois, aux f&#233;tiches des Africains et m&#234;me aux dieux de la Gr&#232;ce. S'il en &#233;tait ainsi, celui qui croit &#224; ces idoles ne serait pas un croyant en Dieu. Si l'on pr&#233;tendait, au contraire, qu'une telle croyance aux idoles implique une sorte de croyance en Dieu, comme l'esp&#232;ce implique le genre, alors l'idol&#226;trie ne serait pas simplement une croyance en une idole, mais une croyance en Dieu. Les Ath&#233;niens &#233;taient d'un avis oppos&#233;. Les po&#232;tes et les philosophes qui expliquaient que Zeus &#233;tait un nuage et soutenaient qu'il n'y avait qu'un seul Dieu, &#233;taient trait&#233;s d'ath&#233;es &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger de ces questions r&#233;side dans le fait de consid&#233;rer ce que l'esprit peut faire d'un objet, et non ce qu'est r&#233;ellement et explicitement cet objet. Si nous oublions de faire cette distinction, les perceptions les plus communes des sens humains seront de nature religieuse : car chaque perception de ce genre, et en fait chaque acte de l'esprit, contient implicitement le principe qui, une fois purifi&#233; et d&#233;velopp&#233;, s'&#233;l&#232;ve jusqu'&#224; la religion. Mais &#234;tre capable de religion est une chose, l'avoir en est une autre. Et la religion, pourtant implicite, n'est qu'une capacit&#233; ou une possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les temps modernes, les voyageurs ont rencontr&#233; des tribus (comme les capitaines Ross et Parry ont rencontr&#233; les Esquimaux) qui, nous disent-ils, n'ont m&#234;me pas ce petit minimum de religion que poss&#232;dent les sorciers africains, les go&#232;tes d'H&#233;rodote. D'autre part, un Anglais qui passa les premiers mois du dernier Jubil&#233; &#224; Rome, dit, dans son r&#233;cit des Romains modernes, que les gens du commun sont des bigots, tandis que ceux qui savent lire et &#233;crire sont des ath&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation d'ath&#233;isme est rarement entendue de nos jours : principalement parce que les faits et les exigences de la religion sont r&#233;duits au minimum. (Voir &#167; 73.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a rien de plus court et de plus commode que d'affirmer simplement que nous d&#233;couvrons un fait dans notre conscience et que nous sommes certains qu'il est vrai ; et de d&#233;clarer que cette certitude, au lieu de provenir uniquement de notre constitution mentale particuli&#232;re, appartient &#224; la nature m&#234;me de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second corollaire qui r&#233;sulte de la consid&#233;ration de l'imm&#233;diatet&#233; de la conscience comme crit&#232;re de v&#233;rit&#233;, c'est que toute superstition ou idol&#226;trie est reconnue comme v&#233;rit&#233; et que l'on pr&#233;pare l'apologie de tout contenu de la volont&#233;, si mauvais et immoral soit-il. C'est parce qu'il y croit, et non par le raisonnement et le syllogisme de ce qu'on appelle la connaissance m&#233;diate, que l'Hindou trouve Dieu dans la vache, le singe, le brahmane ou le lama. Mais les d&#233;sirs et les affections naturels portent et d&#233;posent spontan&#233;ment leurs int&#233;r&#234;ts dans la conscience, o&#249; aussi les buts immoraux s'installent naturellement : le caract&#232;re bon ou mauvais exprimerait ainsi l' &#234;tre d&#233;fini de la volont&#233;, qui serait connu, et cela le plus imm&#233;diatement, dans les int&#233;r&#234;ts et les buts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 73&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement et enfin, la conscience imm&#233;diate de Dieu ne va pas plus loin que de nous dire qu'il est : nous dire ce qu'il est serait un acte de connaissance, impliquant une m&#233;diation. Ainsi, Dieu en tant qu'objet de la religion est express&#233;ment r&#233;duit &#224; l'ind&#233;termin&#233; suprasensible, &#224; Dieu en g&#233;n&#233;ral : et la signification de la religion est r&#233;duite au minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il &#233;tait vraiment n&#233;cessaire de reconqu&#233;rir et de garantir la simple croyance qu'il existe un Dieu, ou m&#234;me de le cr&#233;er, nous pourrions bien nous &#233;tonner de la pauvret&#233; de l'&#233;poque qui peut voir un gain dans la plus petite pitance de conscience religieuse, et qui dans son &#233;glise est tomb&#233;e si bas qu'elle se prosterne sur l'autel qui se dressait autrefois &#224; Ath&#232;nes, d&#233;di&#233; au &#171; Dieu inconnu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 74&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; indiquer bri&#232;vement la nature g&#233;n&#233;rale de la forme d'imm&#233;diatet&#233;. En effet, c'est l'unilat&#233;ralit&#233; essentielle de la cat&#233;gorie qui rend unilat&#233;ral et donc fini tout ce qui lui est soumis. D'une part, elle ne fait de l'universel qu'une abstraction ext&#233;rieure aux particuliers, et de Dieu un &#234;tre sans qualit&#233; d&#233;termin&#233;e. Or, Dieu ne peut &#234;tre appel&#233; esprit que lorsqu'on sait qu'il est &#224; la fois le commencement et la fin, ainsi que le milieu, dans le processus de m&#233;diation. Sans cette union des &#233;l&#233;ments, il n'est ni concret, ni vivant, ni esprit. Ainsi, la connaissance de Dieu comme esprit implique n&#233;cessairement une m&#233;diation. D'autre part, la forme d'imm&#233;diatet&#233; conf&#232;re au particulier le caract&#232;re d'un &#234;tre ind&#233;pendant ou autocentr&#233;. Mais de tels pr&#233;dicats contredisent l'essence m&#234;me du particulier, qui doit &#234;tre rapport&#233; &#224; quelque chose d'autre en dehors. Ils conf&#232;rent ainsi au fini le caract&#232;re d'un absolu. Mais la forme de l'imm&#233;diatet&#233; est en outre tout &#224; fait abstraite : elle n'a pas de pr&#233;f&#233;rence pour un contenu plut&#244;t que pour un autre, mais elle est &#233;galement susceptible de tous : elle peut aussi bien sanctionner l'idol&#226;trie et l'immoralit&#233; que l'inverse. C'est seulement quand nous discernons que le contenu &#8212; le particulier &#8212; n'est pas auto-subsistant, mais qu'il d&#233;rive de quelque chose d'autre, que sa finitude et sa fausset&#233; se r&#233;v&#232;lent sous leur v&#233;ritable jour. Un tel discernement, o&#249; le contenu que nous discernons porte en lui le fondement de sa nature d&#233;pendante, est une connaissance qui implique une m&#233;diation. Le seul contenu qui puisse &#234;tre tenu pour vrai est celui qui n'est pas m&#233;diatis&#233; par quelque chose d'autre, qui n'est pas limit&#233; par d'autres choses ; ou, autrement dit, il est m&#233;diatis&#233; par lui-m&#234;me, o&#249; la m&#233;diation et la r&#233;f&#233;rence imm&#233;diate &#224; soi co&#239;ncident. L'entendement qui se croit lib&#233;r&#233; de la connaissance finie, l'identit&#233; des m&#233;taphysiciens analytiques et des vieux &#171; rationalistes &#187;, reprend brusquement comme principe et crit&#232;re de v&#233;rit&#233; cette imm&#233;diatet&#233; qui, en tant que r&#233;f&#233;rence abstraite &#224; soi, est la m&#234;me chose que l'identit&#233; abstraite. La pens&#233;e abstraite (la forme scientifique utilis&#233;e par la m&#233;taphysique &#171; r&#233;flexive &#187;) et l'intuition abstraite (la forme utilis&#233;e par la connaissance imm&#233;diate) sont une seule et m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition st&#233;r&#233;otyp&#233;e entre la forme de l'imm&#233;diatet&#233; et celle de la m&#233;diation donne &#224; la premi&#232;re une demi-mesure et une insuffisance qui affectent tout contenu qui lui est soumis. L'imm&#233;diatet&#233; signifie en somme une r&#233;f&#233;rence abstraite &#224; soi, c'est-&#224;-dire une identit&#233; abstraite ou une universalit&#233; abstraite. Par cons&#233;quent, l'universel essentiel et r&#233;el, pris dans sa seule imm&#233;diatet&#233;, n'est qu'un universel abstrait ; et de ce point de vue, Dieu est con&#231;u comme un &#234;tre enti&#232;rement d&#233;pourvu de qualit&#233; d&#233;termin&#233;e. Appeler Dieu esprit n'est alors qu'une phrase : car la conscience et la conscience de soi qu'implique l'esprit sont impossibles sans une distinction de lui-m&#234;me et d'autre chose, c'est-&#224;-dire sans m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 75&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous &#233;tait impossible de critiquer cette troisi&#232;me attitude que la pens&#233;e a &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; prendre &#224; l'&#233;gard de la v&#233;rit&#233; objective, autrement que ce qui est naturellement indiqu&#233; et admis dans la doctrine elle-m&#234;me. La th&#233;orie affirme que la connaissance imm&#233;diate est un fait. Il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; qu'il est faux en effet de dire qu'il y a une connaissance imm&#233;diate, une connaissance sans m&#233;diation, soit par autre chose, soit en elle-m&#234;me. Il a &#233;t&#233; &#233;galement d&#233;montr&#233; qu'il est faux en effet de dire que la pens&#233;e ne progresse que par des cat&#233;gories finies et conditionn&#233;es, qui sont toujours m&#233;diatis&#233;es par autre chose, et d'oublier que dans l'acte m&#234;me de m&#233;diation, la m&#233;diation elle-m&#234;me s'&#233;vanouit. Et pour montrer qu'il y a en fait une connaissance qui ne progresse ni par imm&#233;diatet&#233; pure, ni par m&#233;diation pure, nous pouvons citer l'exemple de la logique et de toute la philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 76&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons les maximes de la connaissance imm&#233;diate en relation avec la m&#233;taphysique acritique du pass&#233; dont nous sommes partis, nous constaterons par cette comparaison le caract&#232;re r&#233;actionnaire de l'&#233;cole de Jacobi. Sa doctrine est un retour au point de d&#233;part moderne de cette m&#233;taphysique dans la philosophie cart&#233;sienne. Jacobi et Descartes soutiennent tous deux les trois points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La simple ins&#233;parabilit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#234;tre du penseur. Cogito, ergo sum est la m&#234;me doctrine que celle selon laquelle l'&#234;tre, la r&#233;alit&#233; et l'existence du &#171; Moi &#187; me sont imm&#233;diatement r&#233;v&#233;l&#233;s dans la conscience. (Descartes, en effet, prend soin de pr&#233;ciser que par pens&#233;e il entend la conscience en g&#233;n&#233;ral. Princip. Phil. i . 9.) Cette ins&#233;parabilit&#233; est la connaissance absolument premi&#232;re et la plus certaine, non m&#233;diatis&#233;e ou d&#233;montr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'ins&#233;parabilit&#233; de l'existence de la conception de Dieu : la premi&#232;re est n&#233;cessairement impliqu&#233;e dans la seconde, ou la conception ne peut jamais &#234;tre sans l'attribut de l'existence, qui est ainsi n&#233;cessaire et &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes, Principes Phil. I, 15 : &#171; Le lecteur sera plus dispos&#233; &#224; croire qu'il existe un &#234;tre supr&#234;mement parfait, s'il remarque que, pour rien d'autre, on ne trouve en lui une id&#233;e dans laquelle il remarque que l'existence n&#233;cessaire est contenue de la m&#234;me mani&#232;re. Il verra que cette id&#233;e pr&#233;sente une nature vraie et immuable, nature qui ne peut pas ne pas exister, puisque l'existence n&#233;cessaire est contenue en elle. &#187; Une remarque qui suit imm&#233;diatement et qui ressemble &#224; une m&#233;diation ou &#224; une d&#233;monstration ne porte pas r&#233;ellement atteinte au principe originel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Spinoza, nous rencontrons la m&#234;me affirmation que l'essence ou la conception abstraite de Dieu implique l'existence. La premi&#232;re des d&#233;finitions de Spinoza, celle de la Causa sui , explique qu'elle est &#171; ce dont l'essence enveloppe l'existence, ou ce dont la nature ne peut &#234;tre con&#231;ue que comme existant &#187;. L'ins&#233;parabilit&#233; de la notion d'avec l'&#234;tre est le point principal et l'hypoth&#232;se fondamentale de son syst&#232;me. Mais quelle notion est ainsi ins&#233;parable de l'&#234;tre ? Non pas la notion des choses finies, car elles sont ainsi constitu&#233;es pour avoir une existence contingente et une existence cr&#233;&#233;e. La onzi&#232;me proposition de Spinoza, qui suit avec une preuve que Dieu existe n&#233;cessairement, et la vingti&#232;me, qui montre que l'existence de Dieu et son essence sont une seule et m&#234;me chose, sont vraiment superflues, et la preuve est plus dans la forme que dans la r&#233;alit&#233;. Dire que Dieu est la Substance, la seule Substance, et que, comme la Substance est Causa sui , Dieu existe donc n&#233;cessairement, c'est simplement dire que Dieu est ce dont la notion et l'&#234;tre sont ins&#233;parables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La conscience imm&#233;diate de l'existence des choses ext&#233;rieures. On n'entend par l&#224; rien d'autre que la conscience sensible. Avoir une telle connaissance est la plus l&#233;g&#232;re de toutes les connaissances, et la seule chose qui vaille la peine d'&#234;tre connue, c'est que cette connaissance imm&#233;diate de l'existence des choses ext&#233;rieures est une erreur et une illusion, que le monde sensible en tant que tel est absolument d&#233;pourvu de v&#233;rit&#233;, que l'existence de ces choses ext&#233;rieures est accidentelle et passe comme une apparence, et que leur nature m&#234;me est de n'avoir qu'une existence s&#233;parable de leur essence et de leur notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 77&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe cependant une distinction entre les deux points de vue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La philosophie cart&#233;sienne, &#224; partir de ces postulats non prouv&#233;s, qu'elle tient pour ind&#233;montrables, s'est &#233;tendue &#224; des d&#233;tails de plus en plus &#233;tendus de la connaissance, et a ainsi donn&#233; naissance aux sciences des temps modernes. La th&#233;orie moderne (de Jacobi), au contraire (&#167; 62), est arriv&#233;e &#224; une conclusion intrins&#232;quement tr&#232;s importante, &#224; savoir que la connaissance, proc&#233;dant comme elle doit le faire par des m&#233;diations finies, ne peut conna&#238;tre que le fini et n'incarner jamais la v&#233;rit&#233; ; et elle voudrait que la conscience de Dieu n'aille pas plus loin que la croyance tr&#232;s abstraite que nous avons mentionn&#233;e ci-dessus, que Dieu existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anselme dit au contraire : &#171; Il me semble que c'est de la n&#233;gligence que de ne pas s'efforcer de comprendre ce que nous croyons, une fois confirm&#233;s dans la foi. &#187; [ Tractat. Cur Deus Homo ? ] Ces paroles d'Anselme, en rapport avec les v&#233;rit&#233;s concr&#232;tes de la doctrine chr&#233;tienne, posent un probl&#232;me de recherche bien plus difficile que celui que pose la foi moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La doctrine moderne, d'une part, ne change rien &#224; la m&#233;thode cart&#233;sienne de la connaissance scientifique habituelle et conduit sur le m&#234;me plan les sciences exp&#233;rimentales et finies qui en sont issues. Mais, d'autre part, quand il s'agit de la science qui a pour objet l'infini, elle abandonne cette m&#233;thode et, comme elle n'en conna&#238;t pas d'autre, elle rejette toutes les m&#233;thodes. Elle s'abandonne aux fantaisies et aux assertions les plus folles, &#224; une pr&#233;tention morale et &#224; une arrogance sentimentale, ou &#224; un dogmatisme t&#233;m&#233;raire et &#224; un d&#233;sir d'argumentation qui s'expriment le plus bruyamment contre la philosophie et les doctrines philosophiques. La philosophie, bien entendu, ne tol&#232;re pas les assertions ou les pr&#233;tentions pures et dures et freine le libre jeu de la bascule argumentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 78&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc rejeter l'opposition entre une imm&#233;diatet&#233; ind&#233;pendante dans les contenus ou les faits de la conscience et une m&#233;diation &#233;galement ind&#233;pendante, suppos&#233;e incompatible avec la premi&#232;re. L'incompatibilit&#233; n'est qu'une simple supposition, une assertion arbitraire. De m&#234;me, toutes les autres suppositions et postulats doivent &#234;tre abandonn&#233;s &#224; l'entr&#233;e de la philosophie, qu'ils soient issus de l'intellect ou de l'imagination. Car la philosophie est la science dans laquelle toute proposition de ce genre doit d'abord &#234;tre examin&#233;e et son sens et ses oppositions doivent &#234;tre d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scepticisme, &#233;rig&#233; en science n&#233;gative et appliqu&#233; syst&#233;matiquement &#224; toutes les formes de connaissance, pourrait sembler une introduction appropri&#233;e, car il montrerait la nullit&#233; de telles hypoth&#232;ses. Mais une introduction sceptique serait non seulement une d&#233;marche ingrate, mais aussi inutile ; et cela parce que la dialectique , comme nous le montrerons bient&#244;t, est elle-m&#234;me un &#233;l&#233;ment essentiel de la science affirmative .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scepticisme, d'ailleurs, ne pouvait saisir que les formes finies telles que l'exp&#233;rience les lui sugg&#233;rait, en les prenant pour donn&#233;es, au lieu de les d&#233;duire scientifiquement. Exiger un tel scepticisme, c'est exiger que la science soit pr&#233;c&#233;d&#233;e d'un doute universel, ou d'une absence totale de pr&#233;supposition. A proprement parler, dans la r&#233;solution qui veut la pens&#233;e pure , cette exigence est accomplie par la libert&#233; qui, faisant abstraction de tout, saisit son abstraction pure, la simplicit&#233; de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. Logique d&#233;finie et divis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la forme, la doctrine logique a trois c&#244;t&#233;s : [a] le c&#244;t&#233; abstrait, ou celui de l'entendement ; [b] le c&#244;t&#233; dialectique, ou celui de la raison n&#233;gative ; [c] le c&#244;t&#233; sp&#233;culatif, ou celui de la raison positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois aspects ne constituent pas trois parties de la logique, mais sont des stades ou des &#171; moments &#187; de toute entit&#233; logique, c'est-&#224;-dire de toute notion et de toute v&#233;rit&#233; quelles qu'elles soient. On peut les placer tous sous le premier stade, celui de la compr&#233;hension, et les maintenir ainsi isol&#233;s les uns des autres ; mais ce serait en donner une conception inad&#233;quate. L'&#233;nonc&#233; des lignes de partage et des aspects caract&#233;ristiques de la logique n'est ici qu'historique et anticipatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] La pens&#233;e, en tant qu'entendement , s'en tient &#224; la fixit&#233; des caract&#232;res et &#224; leur distinction les uns des autres : elle traite chaque abstrait limit&#233; comme ayant une subsistance et un &#234;tre qui lui sont propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'usage que nous faisons du terme de pens&#233;e et m&#234;me de notion, nous n'avons souvent devant les yeux que l'op&#233;ration de l'entendement. Et sans doute la pens&#233;e est avant tout un exercice de l'entendement ; seulement elle va plus loin, et la notion n'est pas seulement une fonction de l'entendement. L'acte de l'entendement peut &#234;tre d&#233;crit en g&#233;n&#233;ral comme l'acte d'investir son objet de la forme de l'universalit&#233;. Mais cet universel est un universel abstrait, c'est-&#224;-dire que son opposition au particulier est si rigoureusement maintenue qu'il est en m&#234;me temps r&#233;duit au caract&#232;re de particulier. Dans cette attitude s&#233;paratrice et abstraite envers ses objets, l'entendement est l'inverse de la perception et de la sensation imm&#233;diates, qui, en tant que telles, restent compl&#232;tement dans leur sph&#232;re d'action native dans le concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en faisant r&#233;f&#233;rence &#224; cette opposition de l'entendement &#224; la sensation ou au sentiment que nous devons expliquer les critiques fr&#233;quentes adress&#233;es &#224; la pens&#233;e, qui serait dure et &#233;troite et conduirait, si elle &#233;tait d&#233;velopp&#233;e de mani&#232;re coh&#233;rente, &#224; des r&#233;sultats ruineux et pernicieux. La r&#233;ponse &#224; ces accusations, dans la mesure o&#249; elles sont justifi&#233;es par les faits, est qu'elles ne touchent pas &#224; la pens&#233;e en g&#233;n&#233;ral, certainement pas &#224; la pens&#233;e de la Raison, mais seulement &#224; l'exercice de l'entendement. Il faut cependant ajouter que le m&#233;rite et les droits de l'entendement seul doivent &#234;tre reconnus sans h&#233;sitation. Et ce m&#233;rite r&#233;side dans le fait qu'en dehors de l'entendement, il n'y a ni fixit&#233; ni exactitude dans le domaine de la th&#233;orie ou de la pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en th&#233;orie, la connaissance commence par appr&#233;hender les objets existants dans leurs diff&#233;rences sp&#233;cifiques. Dans l'&#233;tude de la nature, par exemple, nous distinguons les mati&#232;res, les forces, les genres, etc., et nous st&#233;r&#233;otypons chacun dans son isolement. La pens&#233;e agit ici dans sa capacit&#233; analytique, o&#249; son canon est l'identit&#233;, une simple r&#233;f&#233;rence de chaque attribut &#224; lui-m&#234;me. C'est sous la conduite de la m&#234;me identit&#233; que le processus de la connaissance s'effectue d'une v&#233;rit&#233; scientifique &#224; une autre. Ainsi, par exemple, en math&#233;matiques, la grandeur est le trait qui, &#224; l'exclusion de tout autre, d&#233;termine notre progression. Ainsi, en g&#233;om&#233;trie, nous comparons une figure &#224; une autre, de mani&#232;re &#224; faire ressortir leur identit&#233;. De m&#234;me, dans d'autres domaines de la connaissance, comme la jurisprudence, la progression est avant tout r&#233;gl&#233;e par l'identit&#233;. Dans ce domaine, nous argumentons d'une loi ou d'un pr&#233;c&#233;dent sp&#233;cifique &#224; un autre : et qu'est-ce que cela, sinon proc&#233;der sur la base du principe d'identit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la compr&#233;hension est aussi indispensable dans la pratique que dans la th&#233;orie. Le caract&#232;re est essentiel dans la conduite, et un homme de caract&#232;re est un homme compr&#233;hensif, qui, dans cette capacit&#233;, a des objectifs pr&#233;cis en vue et les poursuit sans d&#233;vier. L'homme qui veut faire quelque chose de grand doit apprendre, comme le dit Goethe, &#224; se limiter. L'homme qui, au contraire, veut tout faire, ne fait en r&#233;alit&#233; rien et &#233;choue. Il y a une foule de choses int&#233;ressantes dans le monde : la po&#233;sie espagnole, la chimie, la politique et la musique sont toutes tr&#232;s int&#233;ressantes, et si quelqu'un s'y int&#233;resse, nous n'avons pas &#224; lui trouver &#224; redire. Mais pour qu'une personne dans une situation donn&#233;e puisse accomplir quelque chose, elle doit s'en tenir &#224; un point pr&#233;cis et ne pas disperser ses forces dans plusieurs directions. Dans toute profession aussi, l'important est de la poursuivre avec compr&#233;hension. Ainsi, le juge doit s'en tenir &#224; la loi et rendre son verdict en accord avec elle, sans se laisser d&#233;courager par aucun motif ou un autre, sans se permettre d'excuses et sans regarder &#224; gauche ou &#224; droite. La compr&#233;hension, elle aussi, est toujours un &#233;l&#233;ment d'une formation approfondie. L'intellect exerc&#233; ne se contente pas d'impressions troubles et ind&#233;finies, mais saisit les objets dans leur caract&#232;re fixe ; tandis que l'homme inculte h&#233;site, et il lui faut souvent beaucoup de peine pour s'entendre avec lui sur la question en discussion et pour l'amener &#224; fixer son regard sur le point pr&#233;cis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; expliqu&#233; que le principe logique en g&#233;n&#233;ral, loin d'&#234;tre une simple action subjective de notre esprit, est plut&#244;t l'universel m&#234;me, qui en tant que tel est aussi objectif. Cette doctrine est illustr&#233;e par le cas de l'entendement, la premi&#232;re forme des v&#233;rit&#233;s logiques. L'entendement dans ce sens plus large correspond &#224; ce que nous appelons la bont&#233; de Dieu, dans la mesure o&#249; cela signifie que les choses finies existent et subsistent. Dans la nature, par exemple, nous reconnaissons la bont&#233; de Dieu dans le fait que les diverses classes ou esp&#232;ces d'animaux et de plantes sont pourvues de tout ce dont elles ont besoin pour leur conservation et leur bien-&#234;tre. L'homme n'est pas non plus except&#233;, car, &#224; la fois en tant qu'individu et en tant que nation, il poss&#232;de en partie, dans les circonstances donn&#233;es du climat, de la qualit&#233; et des produits du sol, et en partie dans ses parties naturelles ou ses talents, tout ce qui est n&#233;cessaire &#224; son entretien et &#224; son d&#233;veloppement. Sous cette forme, l'entendement est visible dans tous les domaines du monde objectif ; et aucun objet de ce monde ne peut jamais &#234;tre enti&#232;rement parfait s'il ne donne pas pleinement satisfaction aux canons de l'entendement. Un &#201;tat, par exemple, est imparfait tant qu'il n'est pas parvenu &#224; une nette diff&#233;renciation des ordres et des vocations, et tant que les fonctions de la politique et du gouvernement, qui sont diff&#233;rentes en principe, ne se sont pas dot&#233;es d'organes sp&#233;ciaux, de m&#234;me que nous voyons, par exemple, l'organisme animal d&#233;velopp&#233; pourvu d'organes s&#233;par&#233;s pour les fonctions de sensation, de mouvement, de digestion, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion qui pr&#233;c&#232;de peut servir &#224; montrer que la compr&#233;hension est indispensable m&#234;me dans les domaines et les r&#233;gions d'action que l'imagination populaire consid&#232;re comme les plus &#233;loign&#233;s d'elle, et que plus la compr&#233;hension y est absente, plus l'imperfection en r&#233;sulte. Cela est particuli&#232;rement vrai pour l'art, la religion et la philosophie. Dans l'art, par exemple, la compr&#233;hension est visible l&#224; o&#249; les formes de beaut&#233;, qui diff&#232;rent en principe, sont maintenues distinctes et expos&#233;es dans leur puret&#233;. Il en va de m&#234;me pour les &#339;uvres d'art isol&#233;es. Il fait partie de la beaut&#233; et de la perfection d'un po&#232;me dramatique que les caract&#232;res des diff&#233;rents personnages soient fid&#232;lement et fid&#232;lement pr&#233;serv&#233;s, et que les diff&#233;rents objectifs et int&#233;r&#234;ts en jeu soient clairement et r&#233;solument expos&#233;s. Ou encore, prenons le domaine de la religion. La sup&#233;riorit&#233; de la mythologie grecque sur la mythologie nordique (en dehors d'autres diff&#233;rences de sujet et de conception) consiste principalement en ceci : dans la premi&#232;re, les dieux individuels sont fa&#231;onn&#233;s sous des formes aux contours nets comme ceux d'une sculpture, tandis que dans la seconde, les figures se fondent vaguement et vaguement les unes dans les autres. Enfin vient la philosophie. Il n'y a pas lieu de faire une remarque particuli&#232;re, apr&#232;s ce qui vient d'&#234;tre dit, sur le fait que la philosophie ne peut jamais se passer de l'entendement. Sa premi&#232;re exigence est que chaque pens&#233;e soit saisie dans toute sa pr&#233;cision, et que rien ne reste vague et ind&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ajoute g&#233;n&#233;ralement que l'entendement ne doit pas aller trop loin. Ce qui est vrai dans la mesure o&#249; l'entendement n'est pas un ultime, mais au contraire fini, et constitu&#233; de telle mani&#232;re que lorsqu'il est pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, il tourne &#224; son contraire. La mode de la jeunesse est de se pr&#233;cipiter dans les abstractions, mais l'homme qui a appris &#224; conna&#238;tre la vie &#233;vite le &#171; ou bien &#8211; ou bien &#187; abstrait et s'en tient au concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 81&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Au stade dialectique, ces caract&#233;risations ou formules finies se remplacent elles-m&#234;mes et passent dans leurs oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Mais lorsque le principe dialectique est employ&#233; par l'entendement s&#233;par&#233;ment et ind&#233;pendamment &#8212; notamment comme on le voit dans son application aux th&#233;ories philosophiques &#8212; la dialectique devient scepticisme ; dans lequel le r&#233;sultat qui d&#233;coule de son action est pr&#233;sent&#233; comme une simple n&#233;gation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) On a coutume de consid&#233;rer la dialectique comme un art fortuit qui, par pure imprudence, introduit la confusion et une simple apparence de contradiction dans des notions d&#233;termin&#233;es. Et dans cette optique, l'apparence est le n&#233;ant, tandis que la vraie r&#233;alit&#233; est cens&#233;e appartenir aux dicta originels de l'entendement. Souvent, en effet, la dialectique n'est rien d'autre qu'un basculement subjectif d'arguments pour et contre , o&#249; l'absence de pens&#233;e s&#233;rieuse est masqu&#233;e par la subtilit&#233; qui donne naissance &#224; de tels arguments. Mais dans son caract&#232;re v&#233;ritable et propre, la dialectique est la nature et l'essence m&#234;mes de tout ce qui est pr&#233;diqu&#233; par la simple compr&#233;hension - la loi des choses et du fini dans son ensemble. La dialectique est diff&#233;rente de la &#171; r&#233;flexion &#187;. En premier lieu, la r&#233;flexion est ce mouvement au-del&#224; du pr&#233;dicat isol&#233; d'une chose qui lui donne une certaine r&#233;f&#233;rence et fait ressortir sa relativit&#233;, tout en lui laissant par ailleurs sa validit&#233; isol&#233;e. Mais par dialectique, on entend la tendance int&#233;rieure vers l'ext&#233;rieur, par laquelle l'unilat&#233;ralit&#233; et la limitation des pr&#233;dicats de l'entendement sont vues sous leur v&#233;ritable jour et montr&#233;es comme leur n&#233;gation. Car &#234;tre fini, c'est se supprimer soi-m&#234;me et se mettre de c&#244;t&#233;. Ainsi compris, le principe dialectique constitue la vie et l'&#226;me du progr&#232;s scientifique, la dynamique qui seule donne au corps de la science un lien immanent et une n&#233;cessit&#233; ; en un mot, il appara&#238;t comme constituant l'&#233;l&#233;vation r&#233;elle et vraie, par opposition &#224; l'externe, au-dessus du fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...La logique d&#233;finie et divis&#233;e plus en d&#233;tail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note sur le &#167; 81&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) Dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de la plus haute importance de bien comprendre et de comprendre la nature de la dialectique . Partout o&#249; il y a du mouvement, partout o&#249; il y a de la vie, partout o&#249; quelque chose se produit dans le monde r&#233;el, la dialectique est &#224; l'&#339;uvre. Elle est aussi l'&#226;me de toute connaissance v&#233;ritablement scientifique. Dans la fa&#231;on populaire de voir les choses, le refus de se laisser enfermer dans les enseignements abstraits de la compr&#233;hension appara&#238;t comme une &#233;quit&#233; qui, selon le proverbe : &#171; Vivre et laisser vivre &#187;, exige que chacun ait son tour ; nous admettons l'un, mais nous admettons aussi l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous regardons de plus pr&#232;s, nous voyons que les limitations du fini ne viennent pas seulement de l'ext&#233;rieur ; que sa propre nature est la cause de son abrogation et que, par son propre acte, il passe dans son homologue. Nous disons, par exemple, que l'homme est mortel et nous semblons penser que la cause de sa mort ne r&#233;side que dans des circonstances ext&#233;rieures ; de sorte que si cette fa&#231;on de voir &#233;tait correcte, l'homme aurait deux propri&#233;t&#233;s sp&#233;ciales, la vitalit&#233; et &#8211; aussi &#8211; la mortalit&#233;. Mais la v&#233;ritable vision des choses est que la vie en tant que vie implique le germe de la mort, et que le fini, &#233;tant radicalement contradictoire avec lui-m&#234;me, implique sa propre suppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus confondre la dialectique avec la simple sophistique . L'essence de la sophistique consiste &#224; donner autorit&#233; &#224; un principe partiel et abstrait, isol&#233;ment, en fonction de l'int&#233;r&#234;t et de la situation particuli&#232;re de l'individu &#224; un moment donn&#233;. Par exemple, le souci de mon existence et le fait que je poss&#232;de les moyens d'existence sont un motif essentiel de conduite, mais si je mets exclusivement l'accent sur cette consid&#233;ration ou ce motif de mon bien-&#234;tre et en tire la conclusion que je peux voler ou trahir mon pays, nous sommes dans un cas de sophistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il est essentiel que je sois subjectivement libre, c'est-&#224;-dire que j'aie une id&#233;e claire de ce que je fais et la conviction que c'est bien. Mais si je plaide sur ce seul principe, je tombe dans la sophistique, qui renverserait tous les principes de la morale. La dialectique est tout &#224; fait diff&#233;rente de cette sorte de plaidoirie partisane ; son but est d'&#233;tudier les choses dans leur &#234;tre et leur mouvement propres et de d&#233;montrer ainsi la finitude des cat&#233;gories partielles de l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que la dialectique n'est pas une nouveaut&#233; en philosophie. Platon est consid&#233;r&#233; par les anciens comme l'inventeur de la dialectique, et ce nom lui vient du fait que la philosophie platonicienne a donn&#233; &#224; la dialectique la forme scientifique libre, et donc objective. Socrate, comme on peut s'y attendre d'apr&#232;s le caract&#232;re g&#233;n&#233;ral de sa philosophie, a l'&#233;l&#233;ment dialectique sous une forme essentiellement subjective, celle de l'ironie. Il utilisait la dialectique d'abord contre la conscience ordinaire, puis surtout contre les sophistes. Dans ses conversations, il simulait le d&#233;sir d'une connaissance plus claire du sujet en discussion, et apr&#232;s avoir pos&#233; toutes sortes de questions dans ce but, il amenait ses interlocuteurs &#224; des propos contraires &#224; ceux que leurs premi&#232;res impressions avaient jug&#233;s corrects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, les sophistes pr&#233;tendaient &#234;tre des ma&#238;tres, Socrate, par une s&#233;rie de questions, for&#231;ait le sophiste Protagoras &#224; avouer que toute connaissance n'est que souvenir. Dans ses dialogues plus strictement scientifiques, Platon emploie la m&#233;thode dialectique pour montrer la finitude de tous les termes fixes et fermes de l'entendement. Ainsi, dans le Parm&#233;nide, il d&#233;duit le multiple de l'unique. C'est dans ce grand style que Platon traite la dialectique. Dans les temps modernes, c'est Kant , plus que tout autre, qui ressuscita le nom de dialectique et lui rendit sa place d'honneur. Il le fit, comme nous l'avons vu, en &#233;laborant les antinomies de la raison. Le probl&#232;me de ces antinomies n'est pas un simple travail subjectif oscillant entre un ensemble de fondements et un autre ; il sert en r&#233;alit&#233; &#224; montrer que toute proposition abstraite de l'entendement, prise exactement telle qu'elle est donn&#233;e, tourne naturellement vers son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si r&#233;ticente que soit l'entendement &#224; admettre l'action de la dialectique, il ne faut pas supposer que la reconnaissance de son existence soit r&#233;serv&#233;e au philosophe. Il serait plus juste de dire que la dialectique exprime une loi qui se fait sentir dans tous les autres degr&#233;s de conscience et dans l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale. Tout ce qui nous entoure peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un exemple de dialectique. Nous savons que tout ce qui est fini , au lieu d'&#234;tre stable et ultime, est plut&#244;t changeant et transitoire ; et c'est exactement ce que nous entendons par cette dialectique du fini, par laquelle le fini, en tant qu'implicitement autre que ce qu'il est, est forc&#233; de d&#233;passer son &#234;tre imm&#233;diat ou naturel pour se transformer soudainement en son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; identifi&#233; (&#167; 80) l'entendement avec ce qu'implique l'id&#233;e populaire de la bont&#233; de Dieu ; nous pouvons maintenant remarquer que la dialectique, dans la m&#234;me signification objective, r&#233;pond par son principe &#224; l'id&#233;e de sa puissance. Toutes choses, disons-nous, c'est-&#224;-dire le monde fini en tant que tel, sont condamn&#233;es ; en disant cela, nous avons une vision de la dialectique comme puissance universelle et irr&#233;sistible devant laquelle rien ne peut r&#233;sister, si s&#251;r et si stable qu'il se croie. La cat&#233;gorie de puissance n'&#233;puise pas, il est vrai, la profondeur de la nature divine de la notion de Dieu ; mais elle forme certainement un &#233;l&#233;ment vital de toute conscience religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre cette objectivit&#233; g&#233;n&#233;rale de la dialectique, nous trouvons des traces de sa pr&#233;sence dans chacune des provinces et des phases particuli&#232;res du monde naturel et spirituel. Prenons comme exemple le mouvement des corps c&#233;lestes. A cet instant, la plan&#232;te se trouve &#224; tel endroit, mais implicitement, c'est la possibilit&#233; d'&#234;tre &#224; un autre endroit ; et cette possibilit&#233; d'&#234;tre autrement, la plan&#232;te la fait na&#238;tre en se d&#233;pla&#231;ant. De m&#234;me, les &#233;l&#233;ments &#171; physiques &#187; se r&#233;v&#232;lent dialectiques. Le processus de l'action m&#233;t&#233;orologique est la manifestation de leur dialectique. C'est la m&#234;me dynamique qui est &#224; la base de tout processus naturel et qui, pour ainsi dire, force la nature &#224; sortir d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer la pr&#233;sence de la dialectique dans le monde spirituel, sp&#233;cialement dans les domaines du droit et de la morale, il suffit de rappeler comment l'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale nous montre l'extr&#234;me d'un &#233;tat ou d'une action qui se transforme brusquement en son contraire : dialectique que l'on retrouve sous bien des aspects dans les proverbes courants. Le summum jus summa injuria , qui signifie que pousser un droit abstrait &#224; son extr&#233;mit&#233;, c'est commettre une injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie politique, comme chacun sait, l'extr&#234;me anarchie et l'extr&#234;me despotisme se succ&#232;dent naturellement. La dialectique dans le domaine de l'&#233;thique individuelle se manifeste dans les adages bien connus : &#171; L'orgueil pr&#233;c&#232;de la chute &#187; ; &#171; Trop d'esprit se trompe &#187;. M&#234;me le sentiment, aussi bien corporel que mental, a sa dialectique. Chacun sait comment les extr&#234;mes de la douleur et du plaisir se rencontrent : le c&#339;ur d&#233;bordant de joie cherche son soulagement dans les larmes, et la m&#233;lancolie la plus profonde trahit parfois sa pr&#233;sence par un sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note sur le &#167; 81&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Scepticisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scepticisme ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une simple doctrine du doute. Il serait plus juste de dire que le sceptique n'a aucun doute sur son point, qui est le n&#233;ant de toute existence finie. Celui qui ne fait que douter s'accroche encore &#224; l'espoir que son doute peut &#234;tre r&#233;solu et que l'une ou l'autre des opinions d&#233;finies entre lesquelles il h&#233;site se r&#233;v&#233;lera solide et vraie. Le scepticisme proprement dit est tout autre chose : c'est un d&#233;sespoir complet &#224; l'&#233;gard de tout ce que l'entendement consid&#232;re comme stable, et le sentiment qu'il fait na&#238;tre est un sentiment de calme ininterrompu et de repos int&#233;rieur. Tel est du moins le noble scepticisme de l'Antiquit&#233;, surtout tel qu'il se manifeste dans les &#233;crits de Sextus Empiricus, lorsqu'il fut syst&#233;matis&#233; dans les derniers temps de Rome comme un compl&#233;ment aux syst&#232;mes dogmatiques des sto&#239;ciens et des &#233;picuriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre genre, et &#224; distinguer strictement de celui-ci, est le scepticisme moderne, d&#233;j&#224; mentionn&#233; (&#167; 39), qui a pr&#233;c&#233;d&#233; en partie la philosophie critique et en est en partie issu. Ce scepticisme post&#233;rieur consistait uniquement &#224; nier la v&#233;rit&#233; et la certitude du suprasensible, et &#224; indiquer que nous devons nous en tenir aux faits des sens et des sensations imm&#233;diates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle encore aujourd'hui du scepticisme comme de l'ennemi irr&#233;sistible de toute connaissance positive et donc de la philosophie, dans la mesure o&#249; celle-ci s'occupe de connaissance positive. Mais ces affirmations sont erron&#233;es. Seule la pens&#233;e finie de l'entendement abstrait doit craindre le scepticisme, car elle ne peut lui r&#233;sister. La philosophie inclut le principe sceptique comme une fonction subordonn&#233;e qui lui est propre, sous la forme de la dialectique. Mais, contrairement au simple scepticisme, la philosophie ne se contente pas du r&#233;sultat purement n&#233;gatif de la dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sceptique se m&#233;prend sur la valeur de son r&#233;sultat lorsqu'il le consid&#232;re comme une simple n&#233;gation. Car le n&#233;gatif qui se pr&#233;sente comme r&#233;sultat de la dialectique est, parce qu'il est un r&#233;sultat, en m&#234;me temps positif : il contient ce dont il r&#233;sulte, absorb&#233; en lui-m&#234;me et int&#233;gr&#233; &#224; sa propre nature. Or, ainsi con&#231;u, le stade dialectique pr&#233;sente les traits qui caract&#233;risent le troisi&#232;me degr&#233; de la v&#233;rit&#233; logique, la forme sp&#233;culative ou forme de la raison positive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 82&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] Le stade sp&#233;culatif, ou stade de la Raison positive, appr&#233;hende l'unit&#233; des termes (propositions) dans leur opposition - l'affirmative, qui est impliqu&#233;e dans leur d&#233;sint&#233;gration et dans leur transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Le r&#233;sultat de la dialectique est positif, parce qu'il a un contenu d&#233;fini, ou parce que son r&#233;sultat n'est pas un rien vide et abstrait, mais la n&#233;gation de certaines propositions sp&#233;cifiques qui sont contenues dans le r&#233;sultat - pour la raison m&#234;me qu'il est un r&#233;sultant et non un rien imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Il s'ensuit que le r&#233;sultat &#171; raisonnable &#187;, bien qu'il ne soit qu'une pens&#233;e et une abstraction, n'en est pas moins un r&#233;sultat concret, puisqu'il n'est pas une simple unit&#233; formelle, mais une unit&#233; de propositions distinctes. Les abstractions nues ou les pens&#233;es formelles ne sont donc pas l'affaire de la philosophie, qui n'a affaire qu'&#224; des pens&#233;es concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La logique de la simple compr&#233;hension est impliqu&#233;e dans la logique sp&#233;culative et peut en &#234;tre extraite &#224; volont&#233; par le simple fait d'omettre l'&#233;l&#233;ment dialectique et &#171; raisonnable &#187;. Lorsque cela est fait, elle devient ce qu'est la logique commune, une collection descriptive de formes-pens&#233;es et de r&#232;gles diverses qui, bien que finies, sont consid&#233;r&#233;es comme quelque chose d'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons seulement ce qu'il contient, et non comment il le contient, le v&#233;ritable monde de la raison, loin d'&#234;tre la propri&#233;t&#233; exclusive de la philosophie, est le droit de tout &#234;tre humain, quel que soit son degr&#233; de culture ou de d&#233;veloppement mental ; ce qui justifierait le titre antique d'&#234;tre rationnel de l'homme. Le mode g&#233;n&#233;ral par lequel l'exp&#233;rience nous fait d'abord prendre conscience de l'ordre raisonnable des choses est la croyance accept&#233;e et irraisonn&#233;e ; et le caract&#232;re du rationnel, comme nous l'avons d&#233;j&#224; not&#233; (&#167; 45), est d'&#234;tre inconditionn&#233;, autonome et donc autod&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, l'homme prend conscience de l'ordre raisonnable des choses surtout lorsqu'il conna&#238;t Dieu et sait qu'il est enti&#232;rement d&#233;termin&#233; par lui-m&#234;me. De m&#234;me, la conscience qu'un citoyen a de son pays et de ses lois est une perception du monde rationnel, tant qu'il les consid&#232;re comme des pouvoirs inconditionn&#233;s et &#233;galement universels, auxquels il doit soumettre sa volont&#233; individuelle. Et dans le m&#234;me sens, la connaissance et la volont&#233; de l'enfant sont rationnelles, lorsqu'il conna&#238;t la volont&#233; de ses parents et la veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour transformer ces r&#233;alit&#233;s rationnelles (bien s&#251;r positivement rationnelles) en principes sp&#233;culatifs, il suffit de les penser . L'expression &#171; sp&#233;culation &#187; dans la vie courante est souvent employ&#233;e dans un sens tr&#232;s vague et en m&#234;me temps secondaire, comme lorsqu'on parle de sp&#233;culation matrimoniale ou commerciale. Par l&#224;, nous entendons seulement deux choses : premi&#232;rement, que ce qui constitue l'objet de cette sp&#233;culation doit &#234;tre d&#233;pass&#233; et laiss&#233; derri&#232;re nous ; deuxi&#232;mement, que l'objet de cette sp&#233;culation, bien qu'il ne soit en premier lieu que subjectif, ne doit pas le rester, mais &#234;tre r&#233;alis&#233; ou traduit en objectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons dit plus haut au sujet de l'Id&#233;e peut s'appliquer &#224; l'usage courant du terme de sp&#233;culation ; et nous pouvons ajouter que les gens qui se classent parmi les lettr&#233;s parlent express&#233;ment de la sp&#233;culation, m&#234;me comme s'il s'agissait d'une chose purement subjective. Une certaine th&#233;orie de certaines conditions et circonstances de la nature ou de l'esprit peut &#234;tre, disent ces gens, tr&#232;s belle et tr&#232;s juste comme mati&#232;re de sp&#233;culation, mais elle contredit l'exp&#233;rience et rien de pareil n'est admissible dans la r&#233;alit&#233;. A cela il faut r&#233;pondre que le sp&#233;culatif n'est, dans sa v&#233;ritable signification, ni pr&#233;liminaire ni m&#234;me d&#233;finitivement, quelque chose de purement subjectif ; qu'au contraire, il s'&#233;l&#232;ve express&#233;ment au-dessus des oppositions telles que celle du subjectif et de l'objectif, que l'entendement ne peut surmonter, et, les absorbant en lui-m&#234;me, il fait preuve de sa nature concr&#232;te et universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une proposition unilat&#233;rale ne peut donc jamais exprimer une v&#233;rit&#233; sp&#233;culative. Si nous disons, par exemple, que l'absolu est l'unit&#233; du subjectif et de l'objectif, nous avons sans doute raison, mais nous sommes unilat&#233;ralistes dans la mesure o&#249; nous &#233;non&#231;ons seulement l'unit&#233; et mettons l'accent sur elle, oubliant qu'en r&#233;alit&#233; le subjectif et l'objectif ne sont pas seulement identiques, mais aussi distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi remarquer que la v&#233;rit&#233; sp&#233;culative a &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me signification que ce qu'on appelait autrefois mysticisme, en rapport particulier avec l'exp&#233;rience et les doctrines religieuses. Le terme mysticisme est aujourd'hui utilis&#233; en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale pour d&#233;signer ce qui est myst&#233;rieux et incompr&#233;hensible ; et &#224; mesure que la culture g&#233;n&#233;rale et la fa&#231;on de penser varient, l'&#233;pith&#232;te est appliqu&#233;e par une classe pour d&#233;signer le r&#233;el et le vrai, par une autre pour nommer tout ce qui touche &#224; la superstition et &#224; la tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remarquons tout d'abord que le mysticisme n'est myst&#233;rieux que pour l'entendement, qui est r&#233;gi par le principe d'identit&#233; abstraite ; tandis que le mysticisme, en tant que synonyme de sp&#233;culatif, est l'unit&#233; concr&#232;te de propositions que l'entendement n'admet que s&#233;par&#233;es et oppos&#233;es. Et si ceux qui reconnaissent le mysticisme comme la v&#233;rit&#233; supr&#234;me se contentent de le laisser dans son myst&#232;re originel, leur conduite ne fait que prouver que pour eux aussi, comme pour leurs adversaires, penser signifie identification abstraite, et que par cons&#233;quent, &#224; leur avis, la v&#233;rit&#233; ne peut &#234;tre conquise qu'en renon&#231;ant &#224; la pens&#233;e, ou, comme on le dit souvent, en capturant la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme nous l'avons vu, la pens&#233;e abstraite de l'entendement est si loin d'&#234;tre d&#233;finitive ou stable qu'elle a une tendance perp&#233;tuelle &#224; se dissoudre elle-m&#234;me et &#224; basculer dans son contraire. La raison, au contraire, consiste simplement &#224; embrasser en elle ces contraires comme des &#233;l&#233;ments insubstantiels. Ainsi, le monde de la raison peut &#234;tre &#233;galement qualifi&#233; de mystique, non pas parce que la pens&#233;e ne peut &#224; la fois l'atteindre et le comprendre, mais simplement parce qu'il se situe au-del&#224; du champ de l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subdivision de la logique&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167;83&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique est subdivis&#233;e en trois parties :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. La doctrine de l'&#234;tre .&lt;br class='autobr' /&gt;
II. La doctrine de l'essence .&lt;br class='autobr' /&gt;
III. La doctrine de la notion et de l'id&#233;e .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire la th&#233;orie de la pens&#233;e en :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. son imm&#233;diatet&#233; , la notion implicite et en germe,&lt;br class='autobr' /&gt;
II. sa r&#233;flexion et sa m&#233;diation , l'&#234;tre-pour-soi et la manifestation de la notion,&lt;br class='autobr' /&gt;
III. son retour en soi, et son maintien d&#233;velopp&#233; par soi-m&#234;me - la notion en et pour soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division de la logique que nous venons de donner, ainsi que toute la discussion pr&#233;c&#233;dente sur la nature de la pens&#233;e, sont anticipatoires ; et sa justification ou sa preuve ne peut r&#233;sulter que d'une &#233;tude d&#233;taill&#233;e de la pens&#233;e elle-m&#234;me. Car prouver en philosophie signifie montrer comment le sujet par lui-m&#234;me et &#224; partir de lui-m&#234;me se fait ce qu'il est. La relation dans laquelle ces trois degr&#233;s principaux de la pens&#233;e, ou de l'Id&#233;e logique, se trouvent les uns par rapport aux autres doit &#234;tre con&#231;ue de la mani&#232;re suivante. La v&#233;rit&#233; ne vient qu'avec la notion ; ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, la notion est la v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre et de l'essence, qui, maintenues s&#233;par&#233;ment dans leur isolement, ne peuvent que &#234;tre fausses, la premi&#232;re parce qu'elle est exclusivement imm&#233;diate, la seconde parce qu'elle est exclusivement m&#233;diate. Pourquoi alors, pourrait-on demander, commencer par le faux et non pas imm&#233;diatement par le vrai ? A quoi nous r&#233;pondons que la v&#233;rit&#233;, pour m&#233;riter ce nom, doit authentifier sa propre v&#233;rit&#233; : cette authentification, ici dans le domaine de la logique, est donn&#233;e lorsque la notion se d&#233;montre comme &#233;tant ce qui est m&#233;diatis&#233; par et avec elle-m&#234;me, et donc en m&#234;me temps comme &#233;tant vraiment imm&#233;diate. Cette relation entre les trois stades de l'Id&#233;e logique appara&#238;t sous une forme r&#233;elle et concr&#232;te ainsi : Dieu, qui est la v&#233;rit&#233;, n'est connu de nous dans sa v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire comme esprit absolu, que dans la mesure o&#249; nous reconnaissons en m&#234;me temps que le monde qu'il a cr&#233;&#233;, la nature et l'esprit fini, sont, dans leur diff&#233;rence avec Dieu, faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. &#202;TRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 84&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre n'est que la notion implicite : ses formes particuli&#232;res ont le pr&#233;dicat &#171; est &#187; ; quand on les distingue, elles sont chacune une &#171; autre &#187; ; et la forme que prend en elles la dialectique, c'est-&#224;-dire leur sp&#233;cialisation ult&#233;rieure, passe &#224; une autre. Cette d&#233;termination ult&#233;rieure, ou sp&#233;cialisation, est &#224; la fois une mise en avant et par l&#224; un d&#233;gagement de la notion implicite dans l'&#234;tre ; et en m&#234;me temps le retrait de l'&#234;tre vers l'int&#233;rieur, son enfoncement plus profond en lui-m&#234;me. Ainsi l'explicitation de la notion dans la sph&#232;re de l'&#234;tre fait deux choses : elle fait ressortir la totalit&#233; de l'&#234;tre, et elle abolit l' imm&#233;diatet&#233; de l'&#234;tre, ou la forme de l'&#234;tre en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 85&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#202;tre lui-m&#234;me et les sous-cat&#233;gories sp&#233;ciales qui en d&#233;coulent, ainsi que celles de la logique en g&#233;n&#233;ral, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des d&#233;finitions de l' Absolu , ou des d&#233;finitions m&#233;taphysiques de Dieu : du moins la premi&#232;re et la troisi&#232;me cat&#233;gorie de chaque triade peuvent l'&#234;tre : la premi&#232;re, o&#249; la forme-pens&#233;e de la triade est formul&#233;e dans sa simplicit&#233;, et la troisi&#232;me, &#233;tant le retour de la diff&#233;renciation &#224; une simple auto-r&#233;f&#233;rence. Car une d&#233;finition m&#233;taphysique de Dieu est l'expression de sa nature dans les pens&#233;es en tant que telles : et la logique embrasse toutes les pens&#233;es tant qu'elles persistent dans la forme-pens&#233;e. La seconde sous-cat&#233;gorie de chaque triade, o&#249; le degr&#233; de la pens&#233;e est dans sa diff&#233;renciation, donne, d'autre part, une d&#233;finition du fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection &#224; la forme de la d&#233;finition est qu'elle implique quelque chose dans l'esprit sur lequel ces pr&#233;dicats peuvent se fixer. Ainsi, m&#234;me l'Absolu (bien qu'il pr&#233;tende exprimer Dieu dans le style et le caract&#232;re de la pens&#233;e), en comparaison de son pr&#233;dicat (qui exprime r&#233;ellement et distinctement dans la pens&#233;e ce que le sujet n'exprime pas), n'est encore qu'une pens&#233;e inchoative, le sujet ind&#233;termin&#233; des pr&#233;dicats &#224; venir. La pens&#233;e, qui est ici la seule question importante, n'est contenue que dans le pr&#233;dicat : et par cons&#233;quent la forme propositionnelle, comme ledit sujet, c'est-&#224;-dire l'Absolu, n'est qu'une pure superfluit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quantit&#233;, qualit&#233; et mesure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune des trois sph&#232;res de l'id&#233;e logique se r&#233;v&#232;le &#234;tre un ensemble syst&#233;matique de termes de pens&#233;e et une phase de l'Absolu. Tel est le cas de l'&#202;tre, qui contient les trois degr&#233;s de qualit&#233;, de quantit&#233; et de mesure .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; est d'abord le caract&#232;re identique &#224; l'&#234;tre : si identique qu'une chose cesse d'&#234;tre ce qu'elle est, si elle perd sa qualit&#233;. La quantit&#233;, au contraire, est le caract&#232;re ext&#233;rieur &#224; l'&#234;tre, et n'affecte en rien l'&#234;tre. Ainsi, par exemple, une maison reste ce qu'elle est, qu'elle soit plus grande ou plus petite ; et le rouge reste rouge, qu'il soit plus clair ou plus fonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mesure, troisi&#232;me degr&#233; de l'&#234;tre, qui est l'unit&#233; des deux premiers, est une quantit&#233; qualitative. Toutes les choses ont leur mesure : c'est-&#224;-dire que les termes quantitatifs de leur existence, qu'elles soient telles ou telles, n'ont pas d'importance dans certaines limites ; mais lorsque ces limites sont d&#233;pass&#233;es d'un plus ou d'un moins suppl&#233;mentaire, les choses cessent d'&#234;tre ce qu'elles &#233;taient. De la mesure d&#233;coule le passage &#224; la seconde subdivision de l'id&#233;e, l'Essence .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois formes de l'&#234;tre dont il est question ici, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elles sont les premi&#232;res, sont aussi les plus pauvres, c'est-&#224;-dire les plus abstraites . La conscience imm&#233;diate (sensible), dans la mesure o&#249; elle comporte en m&#234;me temps un &#233;l&#233;ment intellectuel, est surtout restreinte aux cat&#233;gories abstraites de qualit&#233; et de quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience sensible est, dans l'estimation ordinaire, la plus concr&#232;te et par cons&#233;quent aussi la plus riche ; mais cela n'est vrai que pour ce qui est des mat&#233;riaux, tandis que, par rapport &#224; la pens&#233;e qu'elle contient, elle est r&#233;ellement la plus pauvre et la plus abstraite.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. QUALIT&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) &#202;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre pur&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 86&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#202;tre pur fait le commencement : parce qu'il est d'un c&#244;t&#233; pure pens&#233;e , et de l'autre imm&#233;diatet&#233; m&#234;me, simple et ind&#233;termin&#233;e ; et le premier commencement ne peut &#234;tre m&#233;diatis&#233; par rien, ni &#234;tre davantage d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les doutes et les avertissements que l'on pourrait formuler contre le fait de commencer la science par un &#234;tre abstrait et vide dispara&#238;tront si l'on ne per&#231;oit que ce qu'implique naturellement un commencement. On peut d&#233;finir l'&#234;tre par &#171; je = je &#187;, par &#171; indiff&#233;rence absolue &#187; ou par &#171; identit&#233; &#187;, etc. Lorsqu'il est n&#233;cessaire de commencer soit par ce qui est absolument certain, c'est-&#224;-dire par la certitude de soi-m&#234;me, soit par une d&#233;finition ou une intuition de la v&#233;rit&#233; absolue , ces formes et d'autres de ce genre peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme devant &#234;tre les premi&#232;res. Mais chacune de ces formes contient une m&#233;diation et ne peut donc &#234;tre la premi&#232;re v&#233;ritable : car toute m&#233;diation implique un progr&#232;s effectu&#233; d'une premi&#232;re &#224; une seconde et proc&#233;dant de quelque chose de diff&#233;rent. Si je = je, ou m&#234;me l'intuition intellectuelle, ne signifient en r&#233;alit&#233; rien de plus que la premi&#232;re, ils sont dans cette simple imm&#233;diatet&#233; identiques &#224; l'&#234;tre ; tandis qu'inversement, l'&#234;tre pur, s'il n'est plus abstrait mais qu'il contient en lui une m&#233;diation, est pure pens&#233;e ou intuition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous &#233;non&#231;ons l'Etre comme un pr&#233;dicat de l'Absolu, nous obtenons la premi&#232;re d&#233;finition de ce dernier. L'Absolu est l'Etre. C'est (dans la pens&#233;e) la d&#233;finition absolument initiale, la plus abstraite et la plus restreinte. C'est la d&#233;finition donn&#233;e par les El&#233;ates , mais c'est en m&#234;me temps la d&#233;finition bien connue de Dieu comme somme de toutes les r&#233;alit&#233;s. Cela signifie, en bref, que nous devons mettre de c&#244;t&#233; cette limitation qui est dans chaque r&#233;alit&#233;, de sorte que Dieu ne soit que le r&#233;el dans toute r&#233;alit&#233; , le superlativement r&#233;el. Ou, si nous rejetons la r&#233;alit&#233;, comme impliquant une r&#233;flexion, nous obtenons une affirmation plus imm&#233;diate ou irr&#233;fl&#233;chie de la m&#234;me chose, lorsque Jacobi dit que le Dieu de Spinoza est le principium de l'&#234;tre dans toute existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Quand la pens&#233;e doit commencer , nous n'avons rien d'autre que la pens&#233;e dans sa plus pure ind&#233;termination : car nous ne pouvons d&#233;terminer que s'il y a &#224; la fois l'un et l'autre : et au commencement il n'y en a pas encore d'autre. L'ind&#233;termin&#233;, tel que nous l'avons, est le vide avec lequel nous commen&#231;ons, non pas une absence de traits atteinte par l'abstraction, non pas l'&#233;limination de tout caract&#232;re, mais l'absence de traits originelle qui pr&#233;c&#232;de tout caract&#232;re d&#233;fini et qui est le tout premier de tous. Et c'est cela que nous appelons l'&#202;tre. Il ne doit pas &#234;tre senti, ou per&#231;u par les sens, ou repr&#233;sent&#233; par l'imagination : il n'est que et simplement pens&#233;, et en tant que tel il constitue le commencement. L'essence est &#233;galement ind&#233;termin&#233;e, mais dans un autre sens : elle a travers&#233; le processus de m&#233;diation et contient implicitement la d&#233;termination qu'elle a absorb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Dans l' histoire de la philosophie, les diff&#233;rentes &#233;tapes de l'Id&#233;e logique prennent la forme de syst&#232;mes successifs, chacun fond&#233; sur une d&#233;finition particuli&#232;re de l'Absolu. De m&#234;me que l'Id&#233;e logique se d&#233;ploie dans un processus allant de l'abstrait au concret, de m&#234;me dans l'histoire de la philosophie, les syst&#232;mes les plus anciens sont les plus abstraits et donc en m&#234;me temps les plus pauvres. La relation entre les syst&#232;mes philosophiques ant&#233;rieurs et post&#233;rieurs ressemble beaucoup &#224; la relation entre les &#233;tapes correspondantes de l' Id&#233;e logique : en d'autres termes, les premiers sont conserv&#233;s dans les derniers, mais subordonn&#233;s et submerg&#233;s. Tel est le v&#233;ritable sens d'un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s mal compris dans l'histoire de la philosophie : la r&#233;futation d'un syst&#232;me par un autre , d'un syst&#232;me ant&#233;rieur par un syst&#232;me post&#233;rieur. Le plus souvent, la r&#233;futation est prise dans un sens purement n&#233;gatif, signifiant que le syst&#232;me r&#233;fut&#233; a cess&#233; de compter pour quelque chose, a &#233;t&#233; mis de c&#244;t&#233; et est fini. S'il en &#233;tait ainsi, l'histoire de la philosophie serait, de toutes les &#233;tudes, la plus triste, car elle montre la r&#233;futation de tous les syst&#232;mes que le temps a fait na&#238;tre. Or, bien qu'il soit admis que toute philosophie a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;e, il faut affirmer au m&#234;me degr&#233; qu'aucune philosophie n'a &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;e, et m&#234;me qu'aucune ne peut l'&#234;tre. Et cela pour deux raisons. En effet, toute philosophie digne de ce nom incarne toujours l'Id&#233;e ; et en second lieu, tout syst&#232;me repr&#233;sente un facteur particulier ou un stade particulier dans l'&#233;volution de l'Id&#233;e. La r&#233;futation d'une philosophie signifie donc seulement que ses barri&#232;res sont franchies et que son principe particulier est r&#233;duit &#224; un facteur dans le principe plus complet qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'histoire de la philosophie, dans son sens v&#233;ritable, ne traite pas d'un pass&#233;, mais d'un pr&#233;sent &#233;ternel et v&#233;ritable ; et, dans ses r&#233;sultats, elle ressemble non pas &#224; un mus&#233;e des aberrations de l'intellect humain, mais &#224; un panth&#233;on de figures divines. Ces figures de dieux sont les diff&#233;rentes &#233;tapes de l'Id&#233;e, telles qu'elles se pr&#233;sentent l'une apr&#232;s l'autre dans le d&#233;veloppement dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appartient &#224; l' historien de la philosophie de montrer plus pr&#233;cis&#233;ment dans quelle mesure l' &#233;volution graduelle de son th&#232;me co&#239;ncide avec le d&#233;veloppement dialectique de l'Id&#233;e logique pure ou s'en &#233;carte. Il suffit de dire ici que la logique commence l&#224; o&#249; commence l' histoire proprement dite de la philosophie. La philosophie a commenc&#233; dans l' &#233;cole &#233;l&#233;atique , surtout avec Parm&#233;nide. Parm&#233;nide, qui con&#231;oit l'absolu comme l'&#202;tre, dit que &#171; l'&#202;tre seul est et le Rien n'est pas &#187;. Tel &#233;tait le v&#233;ritable point de d&#233;part de la philosophie, qui est toujours la connaissance par la pens&#233;e : et ici, pour la premi&#232;re fois, nous trouvons la pens&#233;e pure saisie et transform&#233;e en objet &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ont pens&#233; d&#232;s le commencement (c'est seulement ainsi qu'ils se sont distingu&#233;s des animaux). Mais il a fallu des milliers d'ann&#233;es pour qu'ils parviennent &#224; saisir la pens&#233;e dans sa puret&#233; et &#224; la voir dans ce qu'elle a de v&#233;ritablement objectif. Les El&#233;ates sont c&#233;l&#233;br&#233;s comme des penseurs audacieux. Mais cette admiration nominale est souvent accompagn&#233;e de la remarque qu'ils ont d&#233;pass&#233; les bornes, en faisant de l'Etre seul la v&#233;rit&#233;, et en niant la v&#233;rit&#233; de tout autre objet de la conscience. Il faut aller plus loin que l'Etre, il est vrai ; et pourtant il est absurde de parler des autres contenus de notre conscience comme d'une sorte d'ext&#233;rieur et d'&#224; c&#244;t&#233; de l'Etre, ou de dire qu'il y a d'autres choses, en plus de l'Etre. La v&#233;rit&#233; est plut&#244;t la suivante : l'Etre, en tant qu'Etre, n'est rien de fixe ni d'ultime : il c&#232;de &#224; la dialectique et s'enfonce dans son contraire, qui, pris aussi imm&#233;diatement, est le N&#233;ant. Apr&#232;s tout, l'Etre est la pure Pens&#233;e ; Quoi que vous puissiez faire d'autre avec quoi vous commencez (le Je = Je, l'indiff&#233;rence absolue ou Dieu lui-m&#234;me), vous commencez avec une figure de conception mat&#233;rialis&#233;e, non avec un produit de la pens&#233;e ; et que, dans la mesure o&#249; son contenu de pens&#233;e est concern&#233;, un tel commencement n'est que l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 87&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce simple &#202;tre, en tant qu'il est simple abstraction, est donc l'absolument n&#233;gatif : qui, sous un aspect &#233;galement imm&#233;diat, n'est que le N&#233;ant .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) De l&#224; est tir&#233;e la seconde d&#233;finition de l'Absolu : l'Absolu est le N&#233;ant. En fait, cette d&#233;finition est implicite lorsqu'on dit que la chose en soi est l'ind&#233;termin&#233;, absolument sans forme et donc sans contenu , ou lorsqu'on dit que Dieu n'est que l'&#202;tre supr&#234;me et rien de plus ; car c'est en r&#233;alit&#233; d&#233;clarer qu'il est la m&#234;me n&#233;gativit&#233; que ci-dessus. Le N&#233;ant dont les bouddhistes font le principe universel, ainsi que le but et la finalit&#233; de toute chose, est la m&#234;me abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Si l'opposition dans la pens&#233;e s'&#233;nonce dans cette imm&#233;diatet&#233; comme l'&#202;tre et le N&#233;ant, le choc de sa nullit&#233; est trop grand pour ne pas stimuler la tentative de fixer l'&#202;tre et de le garantir contre le passage au N&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce but, la r&#233;flexion a recours au moyen de d&#233;couvrir un pr&#233;dicat fixe de l'Etre, pour le distinguer du N&#233;ant. Ainsi, nous trouvons l'Etre identifi&#233; &#224; ce qui persiste au milieu de tous les changements, &#224; la mati&#232;re susceptible d'innombrables d&#233;terminations, ou m&#234;me, sans r&#233;flexion, &#224; une existence unique, &#224; un objet quelconque des sens ou de l'esprit. Mais toute caract&#233;risation additionnelle et plus concr&#232;te fait perdre &#224; l'Etre l'int&#233;grit&#233; et la simplicit&#233; qu'il avait au d&#233;part. C'est seulement dans et en vertu de cette simple g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'il est Rien, quelque chose d'inexprimable, dont la distinction avec le N&#233;ant n'est qu'une simple intention ou signification .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de comprendre que ces commencements ne sont que des abstractions vides, aussi vides l'une que l'autre. L'instinct qui nous pousse &#224; attacher une importance d&#233;termin&#233;e &#224; l'&#202;tre , ou aux deux, est la n&#233;cessit&#233; m&#234;me qui conduit au mouvement en avant de l'&#202;tre et du N&#233;ant, et leur donne une signification vraie ou concr&#232;te . Ce progr&#232;s est la d&#233;duction logique et le mouvement de la pens&#233;e qui se manifestent dans la suite. La r&#233;flexion qui trouve une connotation plus profonde &#224; l'&#202;tre et au N&#233;ant n'est rien d'autre que la pens&#233;e logique, &#224; travers laquelle cette connotation se d&#233;veloppe, non pas, cependant, d'une mani&#232;re accidentelle, mais d'une mani&#232;re n&#233;cessaire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute signification dans laquelle ils apparaissent ensuite n'est donc qu'une sp&#233;cification plus pr&#233;cise et une d&#233;finition plus vraie de l'Absolu. Et lorsque cela est fait, l'&#202;tre et le N&#233;ant purement abstraits sont remplac&#233;s par un concret dans lequel ces deux &#233;l&#233;ments forment une partie organique. La forme supr&#234;me du N&#233;ant en tant que principe s&#233;par&#233; serait la Libert&#233; : mais la Libert&#233; est la n&#233;gativit&#233; &#224; ce stade o&#249; elle s'enfonce, absorb&#233;e par elle-m&#234;me, dans une intensit&#233; supr&#234;me, et est elle-m&#234;me une affirmation, et m&#234;me une affirmation absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre l'&#202;tre et le N&#233;ant n'est d'abord qu'implicite et non encore r&#233;ellement &#233;tablie : il faut seulement les distinguer. Une distinction implique bien entendu deux choses, et que l'une d'elles poss&#232;de un attribut qui ne se trouve pas dans l'autre. Or, l'&#202;tre est une absence absolue d'attributs, et donc le N&#233;ant. La distinction entre les deux n'est donc qu'intentionnelle ; c'est une distinction tout &#224; fait nominale, qui n'est en m&#234;me temps pas une distinction. Dans tous les autres cas de diff&#233;rence, il y a un point commun qui comprend les deux choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons par exemple que nous parlions de deux esp&#232;ces diff&#233;rentes : le genre forme un terrain commun entre les deux. Mais dans le cas de l'&#234;tre et du n&#233;ant, la distinction est sans fondement : il ne peut donc y avoir de distinction, les deux d&#233;terminations &#233;tant la m&#234;me absence de fond. Si l'on r&#233;pond que l'&#234;tre et le n&#233;ant sont tous deux des pens&#233;es, de sorte que la pens&#233;e peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un terrain commun, l'objecteur oublie que l'&#234;tre n'est pas une pens&#233;e particuli&#232;re ou d&#233;finie, et que par cons&#233;quent, &#233;tant tout &#224; fait ind&#233;termin&#233;, il est une pens&#233;e qui ne se distingue pas du n&#233;ant. Il est aussi naturel que nous nous repr&#233;sentions l'&#234;tre comme une richesse absolue, et le n&#233;ant comme une pauvret&#233; absolue. Mais si, en consid&#233;rant le monde entier, nous pouvons seulement dire que tout est et rien de plus, nous n&#233;gligeons toute particularit&#233; et, au lieu de la pl&#233;nitude absolue, nous avons le vide absolu. La m&#234;me critique s'applique &#224; ceux qui d&#233;finissent Dieu comme un &#234;tre pur, et non comme un &#234;tre pur. une d&#233;finition qui n'est pas meilleure du tout que celle des bouddhistes, qui consid&#232;rent Dieu comme n&#233;ant et qui, de ce principe, tirent la conclusion suppl&#233;mentaire que l'auto-annihilation est le moyen par lequel l'homme devient Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenir&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 88&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;ant, s'il est ainsi imm&#233;diat et &#233;gal &#224; lui-m&#234;me , est aussi r&#233;ciproquement le m&#234;me que l'&#234;tre. La v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre et du n&#233;ant est donc l'unit&#233; des deux : et cette unit&#233; est le devenir .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La proposition selon laquelle l'&#202;tre et le Rien sont la m&#234;me chose para&#238;t si paradoxale &#224; l'imagination ou &#224; l'entendement qu'elle est peut-&#234;tre prise pour une plaisanterie. Et c'est en effet une des choses les plus difficiles que la pens&#233;e puisse s'attendre &#224; faire : car l'&#202;tre et le Rien pr&#233;sentent le contraste fondamental dans toute son imm&#233;diatet&#233;, c'est-&#224;-dire sans que l'un des termes soit investi d'un attribut qui impliquerait sa connexion avec l'autre. Cet attribut, cependant, comme le paragraphe ci-dessus le montre, est implicite en eux &#8211; l'attribut qui est exactement le m&#234;me dans les deux. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la d&#233;duction de leur unit&#233; est compl&#232;tement analytique : en fait, tout le progr&#232;s de la philosophie dans chaque cas, s'il s'agit d'un progr&#232;s m&#233;thodique, c'est-&#224;-dire n&#233;cessaire, ne fait qu'expliciter ce qui est implicite dans une notion. Il est cependant aussi juste de dire que l'&#202;tre et le Rien sont tout &#224; fait diff&#233;rents que d'affirmer leur unit&#233;. L'un n'est pas ce qu'est l'autre. Mais comme la distinction n'a pas encore pris de forme d&#233;finie (l'&#202;tre et le N&#233;ant sont encore l'imm&#233;diat), elle est, au sens o&#249; ils l'ont, quelque chose d'indicible, que nous voulons simplement dire .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Il n'est pas n&#233;cessaire de faire de grandes d&#233;penses d'esprit pour se moquer de la maxime selon laquelle l'&#202;tre et le Rien sont la m&#234;me chose, ou plut&#244;t pour produire des absurdit&#233;s qui, affirme-t-on &#224; tort, sont les cons&#233;quences et les illustrations de cette maxime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#234;tre et le n&#233;ant sont identiques, disent ces objecteurs, il s'ensuit que cela ne fait aucune diff&#233;rence que ma maison, ma propri&#233;t&#233;, l'air que je respire, cette ville, le soleil, la loi, l'esprit, Dieu soient ou ne soient pas. Or, dans certains de ces cas, les objecteurs invoquent des fins priv&#233;es, l'utilit&#233; d'une chose pour moi, et se demandent ensuite si cela m'est &#233;gal que la chose existe ou non. D'ailleurs, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'enseignement de la philosophie qui lib&#232;re l'homme de la multitude infinie de fins et d'intentions finies, en le rendant si insensible &#224; elles que leur existence ou leur non-existence lui est indiff&#233;rente. Mais il ne faut jamais oublier que, si l'on mentionne une chose substantielle, on cr&#233;e par l&#224; un lien avec d'autres existences et d'autres fins qui, par hypoth&#232;se, valent la peine d'&#234;tre : et c'est de cette hypoth&#232;se que d&#233;pend la question de savoir si l'&#234;tre et le non-&#234;tre d'un sujet d&#233;termin&#233; sont la m&#234;me chose ou non. Une distinction substantielle se substitue alors secr&#232;tement &#224; la distinction vide de l'&#234;tre et du n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres cas, ce sont des existences pratiquement absolues, des id&#233;es et des buts vitaux qui sont plac&#233;s sous la simple cat&#233;gorie d'&#234;tre ou de non-&#234;tre. Mais il n'y a rien d'autre &#224; dire de ces objets concrets que de dire qu'ils sont ou ne sont pas. Des abstractions st&#233;riles, comme l'&#234;tre et le n&#233;ant, cat&#233;gories initiales qui sont pour cette raison les plus rares que l'on puisse trouver, ne suffisent absolument pas &#224; rendre compte de la nature de ces objets. La v&#233;rit&#233; substantielle est quelque chose de bien au-dessus de ces abstractions et de leurs oppositions. Et chaque fois qu'une existence concr&#232;te est d&#233;guis&#233;e sous le nom d'&#234;tre et de non-&#234;tre, l'esprit vide commet l'erreur habituelle de parler et d'avoir en t&#234;te une image d'autre chose que ce dont il s'agit : et ici il s'agit d'&#234;tre et de n&#233;ant abstraits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) On dira peut-&#234;tre que personne ne peut se faire une id&#233;e de l'unit&#233; de l'&#202;tre et du N&#233;ant. Quant &#224; cela, la notion de l'unit&#233; est &#233;nonc&#233;e dans la section pr&#233;c&#233;dente, et c'est tout : saisissez-la, et vous aurez compris cette unit&#233;. Ce que l'objecteur entend r&#233;ellement par compr&#233;hension &#8211; par notion &#8211; est plus que ce que son langage implique proprement : il lui faut un &#233;tat d'esprit plus riche et plus complexe, une conception imag&#233;e qui propose la notion comme un cas concret et plus familier aux op&#233;rations ordinaires de la pens&#233;e. Et tant que l'incompr&#233;hensibilit&#233; signifie seulement le manque d'habitude &#224; l'effort n&#233;cessaire pour saisir une pens&#233;e abstraite, libre de tout m&#233;lange sensible, et pour saisir une v&#233;rit&#233; sp&#233;culative, la r&#233;ponse &#224; la critique est que la connaissance philosophique est sans doute distincte en nature du mode de connaissance le mieux connu dans la vie courante, aussi bien que de celui qui r&#232;gne dans les autres sciences. Mais si n'avoir aucune notion signifie simplement que nous ne pouvons pas nous repr&#233;senter en imagination l'unit&#233; de l'&#202;tre et du N&#233;ant, la d&#233;claration est loin d'&#234;tre vraie ; Car chacun a mille fa&#231;ons de se repr&#233;senter cette unit&#233;. Dire que nous n'en avons pas, c'est simplement vouloir dire que nous ne reconnaissons pas la notion en question dans aucune de ces images et que nous ne nous rendons pas compte qu'elles en sont l'exemple. L'exemple le plus &#233;vident est le devenir. Chacun a une id&#233;e mentale du devenir et admet m&#234;me qu'il s'agit d' une id&#233;e unique ; il admettra en outre que, lorsqu'on l'analyse, il renferme l'attribut d'&#234;tre et aussi ce qui est le contraire de l'&#234;tre, &#224; savoir le n&#233;ant ; et que ces deux attributs sont indivisibles dans une seule id&#233;e : de sorte que le devenir est l'unit&#233; de l'&#234;tre et du n&#233;ant. Un autre exemple assez &#233;vident est le commencement. Dans son commencement, la chose n'est pas encore, mais elle est plus que rien, car son &#234;tre est d&#233;j&#224; au commencement. Le commencement est lui-m&#234;me un cas de devenir ; seul le premier terme est employ&#233; en vue d'un d&#233;veloppement ult&#233;rieur. Si l'on adoptait la logique &#224; la m&#233;thode la plus ordinaire des sciences, on pourrait partir de la repr&#233;sentation d'un Commencement comme pens&#233; abstraitement, ou du Commencement comme tel, et ensuite analyser cette repr&#233;sentation ; et peut-&#234;tre les gens admettraient-ils plus volontiers, &#224; la suite de cette analyse, que l'&#202;tre et le N&#233;ant se pr&#233;sentent comme indivisibles dans l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Il reste &#224; noter que des expressions telles que &#171; l'&#202;tre et le Rien sont la m&#234;me chose &#187; ou &#171; l'unit&#233; de l'&#202;tre et du Rien &#187; &#8212; comme toutes les autres unit&#233;s de ce genre, celle du sujet et de l'objet, et d'autres encore &#8212; donnent lieu &#224; des objections raisonnables. Elles d&#233;forment les faits, en donnant une importance exclusive &#224; l'unit&#233;, et en laissant la diff&#233;rence qui existe indubitablement en elle (parce que c'est l'&#202;tre et le Rien, par exemple, dont l'unit&#233; est d&#233;clar&#233;e) sans aucune mention ou remarque expresse. Il semble donc que la diversit&#233; ait &#233;t&#233; ind&#251;ment &#233;cart&#233;e et n&#233;glig&#233;e. Le fait est qu'aucun principe sp&#233;culatif ne peut &#234;tre correctement exprim&#233; par une telle forme propositionnelle, car l'unit&#233; doit &#234;tre con&#231;ue dans la diversit&#233;, qui est en m&#234;me temps pr&#233;sente et explicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Devenir &#187; est la v&#233;ritable expression de la r&#233;sultante de &#171; &#234;tre &#187; et de &#171; ne pas &#234;tre &#187; ; c'est l'unit&#233; des deux ; mais ce n'est pas seulement l'unit&#233;, c'est aussi l'inqui&#233;tude inh&#233;rente, l'unit&#233; qui n'est pas une simple r&#233;f&#233;rence &#224; soi et donc sans mouvement, mais qui, par la diversit&#233; de l'&#202;tre et du Rien qui est en elle, est en guerre en elle-m&#234;me. L'&#202;tre d&#233;termin&#233;, au contraire, est cette unit&#233;, ou le Devenir sous cette forme d'unit&#233; : donc tout ce qui &#171; est l&#224; et ainsi &#187; est unilat&#233;ral et fini. L'opposition entre les deux facteurs semble avoir disparu ; elle n'est qu'impliqu&#233;e dans l'unit&#233;, elle n'y est pas explicitement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) La maxime du devenir, selon laquelle l'&#234;tre est le passage au n&#233;ant et le n&#233;ant le passage &#224; l'&#234;tre, est contredite par la maxime du panth&#233;isme, doctrine de l'&#233;ternit&#233; de la mati&#232;re, selon laquelle du n&#233;ant ne vient rien et que quelque chose ne peut na&#238;tre que de quelque chose. Les anciens voyaient clairement que la maxime : &#171; Du n&#233;ant ne vient rien, de quelque chose quelque chose &#187; abolit en r&#233;alit&#233; le devenir : car ce dont il vient et ce qu'il devient sont une seule et m&#234;me chose. Ainsi expliqu&#233;e, la proposition est la maxime de l'identit&#233; abstraite telle que la soutient l'entendement. Il ne peut donc que para&#238;tre &#233;trange d'entendre de nos jours enseigner tranquillement des maximes telles que &#171; Du n&#233;ant ne vient rien, de quelque chose na&#238;t quelque chose &#187;, sans que le professeur se rende compte le moins du monde qu'elles sont la base du panth&#233;isme, et m&#234;me sans savoir que les anciens ont &#233;puis&#233; tout ce qu'il y a &#224; dire &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le devenir est la premi&#232;re pens&#233;e concr&#232;te, et par cons&#233;quent la premi&#232;re notion, tandis que l'&#202;tre et le N&#233;ant sont des abstractions vides. La notion d'&#202;tre dont nous parlons parfois doit donc signifier le devenir, et non le simple point de l'&#202;tre, qui est le N&#233;ant vide, pas plus que le N&#233;ant, qui est l'&#202;tre vide. Dans l'&#202;tre donc nous avons le Rien, et dans le Rien l'&#202;tre ; mais cet &#202;tre qui ne se perd pas dans le N&#233;ant est le devenir. Il ne faut pas non plus omettre cette distinction, tout en soulignant l'unit&#233; du devenir ; sans cette distinction nous reviendrions &#224; l'&#202;tre abstrait. Le devenir n'est que l'&#233;nonc&#233; explicite de ce qu'est l'&#202;tre dans sa v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend souvent dire que la pens&#233;e s'oppose &#224; l'&#234;tre. Or, face &#224; une telle affirmation, il faut d'abord se demander ce qu'on entend par &#234;tre. Si nous entendons l'&#234;tre tel qu'il est d&#233;fini par la r&#233;flexion, nous ne pouvons en dire que ce qui est absolument identique et affirmatif. Et si nous consid&#233;rons ensuite la pens&#233;e, il ne nous &#233;chappe pas que la pens&#233;e est aussi au moins ce qui est absolument identique &#224; elle-m&#234;me. L'&#234;tre comme la pens&#233;e ont donc tous deux le m&#234;me attribut. Cette identit&#233; de l'&#234;tre et de la pens&#233;e ne doit cependant pas &#234;tre prise dans un sens concret, comme si nous pouvions dire qu'une pierre, dans la mesure o&#249; elle a de l'&#234;tre, est la m&#234;me chose qu'un homme pensant. Une chose concr&#232;te est toujours tr&#232;s diff&#233;rente de la cat&#233;gorie abstraite en tant que telle. Et dans le cas de l'&#234;tre, nous ne parlons de rien de concret, car l'&#234;tre est le tout abstrait. Jusque-l&#224; donc, la question de l' &#234;tre de Dieu &#8212; un &#234;tre qui est en lui-m&#234;me concret au-dessus de toute mesure &#8212; n'a que peu d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que premier terme concret de la pens&#233;e, le Devenir est le premier v&#233;hicule ad&#233;quat de la v&#233;rit&#233;. Dans l'histoire de la philosophie, ce stade de l'Id&#233;e logique trouve son analogue dans le syst&#232;me d' H&#233;raclite .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand H&#233;raclite dit &#171; Tout coule &#187;, il &#233;nonce le devenir comme le trait fondamental de toute existence, alors que les El&#233;ates, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;, ne voyaient que la v&#233;rit&#233; dans l'&#234;tre, l'&#234;tre rigide et sans processus. Jetant un coup d'&#339;il au principe des El&#233;ates, H&#233;raclite poursuit en disant : &#171; L'&#234;tre n'est rien d'autre que le non-&#234;tre &#187; ; une affirmation qui exprime la n&#233;gativit&#233; de l'&#234;tre abstrait et son identit&#233; avec le non-&#234;tre, telle qu'elle est explicit&#233;e dans le devenir ; les deux abstractions &#233;tant &#233;galement intenables. On peut consid&#233;rer cela comme un exemple de la r&#233;futation r&#233;elle d'un syst&#232;me par un autre. R&#233;futer une philosophie , c'est montrer le mouvement dialectique dans son principe, et ainsi la r&#233;duire &#224; un membre constitutif d'une forme concr&#232;te sup&#233;rieure de l'Id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le devenir, pris dans son meilleur sens, est un terme extr&#234;mement pauvre : il a besoin de s'approfondir et de prendre du poids. Nous trouvons une telle force approfondie dans la vie, par exemple. La vie est un devenir, mais cela ne suffit pas &#224; &#233;puiser la notion de vie. Une forme encore plus &#233;lev&#233;e se trouve dans l'esprit. Ici aussi se trouve le devenir, mais plus riche et plus intense que le simple devenir logique. Les &#233;l&#233;ments dont l'unit&#233; constitue l'esprit ne sont pas les simples abstractions de l'&#234;tre et du n&#233;ant, mais le syst&#232;me de l'id&#233;e logique et de la nature.&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) &#202;tre d&#233;termin&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 89&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Devenir, l'&#202;tre qui est un avec le N&#233;ant et le N&#233;ant qui est un avec l'&#202;tre ne sont que des facteurs &#233;vanouissants ; ils sont et ils ne sont pas. Ainsi, par sa contradiction inh&#233;rente, le Devenir s'effondre dans l'unit&#233; dans laquelle les deux &#233;l&#233;ments sont absorb&#233;s. Ce r&#233;sultat est donc l'&#202;tre d&#233;termin&#233; (&#202;tre l&#224; et ainsi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce premier exemple, il faut se rappeler une fois pour toutes que la seule fa&#231;on d'assurer une croissance et un progr&#232;s dans la connaissance est de s'en tenir fermement &#224; la v&#233;rit&#233; des r&#233;sultats. Il n'y a absolument rien dans lequel nous ne puissions ni ne devions signaler des contradictions ou des attributs oppos&#233;s ; et l'abstraction faite par la compr&#233;hension signifie donc une insistance forc&#233;e sur un seul aspect et un effort r&#233;el pour obscurcir et supprimer toute conscience de l'autre attribut qui est impliqu&#233;. Chaque fois qu'une telle contradiction est d&#233;couverte dans un objet ou une notion, la conclusion habituelle est donc : cet objet n'est donc rien .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Z&#233;non , qui le premier a montr&#233; la contradiction inh&#233;rente au mouvement, a conclu qu'il n'y a pas de mouvement ; et les anciens, qui ont reconnu l'origine et la mort, les deux esp&#232;ces du devenir, comme des cat&#233;gories fausses, ont employ&#233; l'expression que l'Un ou l'Absolu ne na&#238;t ni ne p&#233;rit. Une telle dialectique ne consid&#232;re que le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de son r&#233;sultat, et ne voit pas ce qui est en m&#234;me temps r&#233;ellement pr&#233;sent, le r&#233;sultat d&#233;fini, dans le cas pr&#233;sent un pur n&#233;ant, mais un n&#233;ant qui renferme l'&#234;tre, et, de m&#234;me, un &#234;tre qui renferme le n&#233;ant. L'&#234;tre d&#233;termin&#233; est donc (1) l'unit&#233; de l'&#234;tre et du n&#233;ant, dans laquelle nous nous d&#233;barrassons de l'imm&#233;diatet&#233; de ces d&#233;terminations, et leur contradiction dispara&#238;t dans leur connexion mutuelle, unit&#233; dans laquelle ils ne sont que des &#233;l&#233;ments constitutifs. Et (2) puisque le r&#233;sultat est l'abolition de la contradiction, elle vient sous la forme d'une simple unit&#233; avec elle-m&#234;me : c'est-&#224;-dire qu'elle est aussi l'&#202;tre avec la n&#233;gation ou la d&#233;terminit&#233; : elle est le Devenir express&#233;ment mis sous la forme d'un de ses &#233;l&#233;ments, &#224; savoir l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me notre conception ordinaire du devenir implique que quelque chose en d&#233;coule et que le devenir a donc un r&#233;sultat. Mais cette conception soul&#232;ve la question : comment le devenir ne reste-t-il pas un simple devenir, mais a-t-il un r&#233;sultat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question d&#233;coule de ce que le devenir a d&#233;j&#224; montr&#233;. Le devenir contient toujours l'&#234;tre et le n&#233;ant, de telle mani&#232;re que ces deux &#233;l&#233;ments se transforment sans cesse l'un en l'autre et s'annulent r&#233;ciproquement. Ainsi le devenir se tient devant nous dans une inqui&#233;tude totale, mais il ne peut se maintenir dans cette inqui&#233;tude abstraite : car puisque l'&#234;tre et le n&#233;ant disparaissent dans le devenir (et c'est l&#224; la notion m&#234;me du devenir), celui-ci doit aussi dispara&#238;tre. Le devenir est comme un feu qui s'&#233;teint en lui-m&#234;me lorsqu'il consume sa mati&#232;re. Le r&#233;sultat de ce processus n'est cependant pas un n&#233;ant vide, mais un &#234;tre identique &#224; la n&#233;gation, ce que nous appelons l'&#234;tre d&#233;termin&#233; (&#234;tre alors et l&#224;) : ce qui signifie &#233;videmment avant tout qu'il est devenu .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qualit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 90&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] L'&#202;tre d&#233;termin&#233; est un &#202;tre dot&#233; d'un caract&#232;re ou d'un mode &#8212; qui est simplement ; et ce caract&#232;re imm&#233;diat est la Qualit&#233; . Et en tant que refl&#233;t&#233; en lui-m&#234;me dans son caract&#232;re ou son mode, l'&#202;tre d&#233;termin&#233; est un quelque chose, en tant qu'existant. Les cat&#233;gories qui r&#233;sultent d'une analyse plus approfondie de l'&#202;tre d&#233;termin&#233; ne doivent &#234;tre mentionn&#233;es que bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; peut &#234;tre d&#233;crite comme le mode d&#233;termin&#233;, imm&#233;diat et identique &#224; l'&#234;tre, par opposition &#224; la quantit&#233; (&#224; venir ult&#233;rieurement), qui, bien qu'&#233;tant un mode de l'&#234;tre, n'est plus imm&#233;diatement identique &#224; l'&#234;tre, mais un mode indiff&#233;rent et ext&#233;rieur &#224; lui. Une chose est ce qu'elle est en vertu de sa qualit&#233;, et perdant sa qualit&#233; elle cesse d'&#234;tre ce qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233;, en outre, n'est qu'une cat&#233;gorie du fini, et c'est pour cette raison qu'elle a sa place dans la nature , et non dans le monde de l'esprit. Ainsi, par exemple, dans la nature , ce qu'on appelle les corps &#233;l&#233;mentaires, l'oxyg&#232;ne, l'azote, etc., doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des qualit&#233;s existantes. Mais dans le domaine de l'esprit, la qualit&#233; n'appara&#238;t que d'une mani&#232;re subordonn&#233;e, et non comme si sa qualit&#233; pouvait &#233;puiser un aspect particulier de l'esprit. Si, par exemple, nous consid&#233;rons l'esprit subjectif, qui constitue l'objet de la psychologie, nous pouvons d&#233;crire ce qu'on appelle le caract&#232;re (moral et mental) comme &#233;tant, dans le langage logique, identique &#224; la qualit&#233;. Cela ne signifie cependant pas que le caract&#232;re soit un mode d'&#234;tre qui impr&#232;gne l'&#226;me et lui soit imm&#233;diatement identique, comme c'est le cas dans le monde naturel pour les corps &#233;l&#233;mentaires mentionn&#233;s plus haut. Cependant, une manifestation plus distincte de la qualit&#233; en tant que telle, m&#234;me dans l'esprit, se trouve dans le cas d'&#233;tats d'abrutissement ou de morbidit&#233;, en particulier dans les &#233;tats de passion et lorsque la passion atteint le d&#233;r&#232;glement. L'&#233;tat d'esprit d'une personne d&#233;rang&#233;e, constitu&#233; d'une masse de jalousie, de peur, etc., peut &#234;tre convenablement d&#233;crit comme une Qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alit&#233;, &#202;tre-pour-autrui et &#202;tre-pour-soi&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 91&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Qualit&#233;, en tant que d&#233;terminisme qui est , en contraste avec la N&#233;gation qui est impliqu&#233;e en elle mais qui s'en distingue, est la R&#233;alit&#233; . La N&#233;gation n'est plus un n&#233;ant abstrait, mais, en tant qu'&#234;tre d&#233;termin&#233; et quelque chose, elle n'est qu'une forme de cet &#234;tre &#8212; elle est en tant qu'Autre. Puisque cette alt&#233;rit&#233;, bien que d&#233;termination de la Qualit&#233; elle-m&#234;me, en est d'abord distincte, la Qualit&#233; est l'&#202;tre-pour-un-autre &#8212; une expansion du simple point de l'&#202;tre d&#233;termin&#233;, ou du Quelque chose. L'&#202;tre comme tel de la Qualit&#233;, en contraste avec cette r&#233;f&#233;rence &#224; quelque chose d'autre, est l'&#202;tre-pour-soi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de toute d&#233;termination est la n&#233;gation. L'observateur irr&#233;fl&#233;chi suppose que les choses d&#233;termin&#233;es ne sont que positives et les place sous la forme de l'&#234;tre. Mais l'&#234;tre n'est pas la fin de l'affaire : c'est, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, un vide et une instabilit&#233; complets. Cependant, si l'on confond ainsi l'&#234;tre abstrait avec l'&#234;tre modifi&#233; et d&#233;termin&#233;, on comprend que, bien que l'&#234;tre d&#233;termin&#233; contienne un &#233;l&#233;ment de n&#233;gation, cet &#233;l&#233;ment est d'abord comme envelopp&#233;, et ne vient au premier plan et ne re&#231;oit son d&#251; que dans l'&#234;tre-pour-soi. Si nous consid&#233;rons ensuite l'&#234;tre d&#233;termin&#233; comme une d&#233;termination qui est , nous obtenons ainsi ce qu'on appelle la R&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons par exemple de la r&#233;alit&#233; d'un projet ou d'un but, ce qui signifie qu'ils ne sont plus int&#233;rieurs et subjectifs, mais qu'ils sont pass&#233;s &#224; l'&#234;tre-l&#224;-et-alors. Dans le m&#234;me sens, le corps peut &#234;tre appel&#233; la r&#233;alit&#233; de l'&#226;me, la loi la r&#233;alit&#233; de la libert&#233;, et le monde tout entier la r&#233;alit&#233; de l'id&#233;e divine. Le mot &#171; r&#233;alit&#233; &#187; est cependant employ&#233; dans une autre acception pour signifier que quelque chose se comporte conform&#233;ment &#224; sa caract&#233;ristique ou &#224; sa notion essentielle. Par exemple, nous utilisons l'expression : ceci est une occupation r&#233;elle ; ceci est un homme r&#233;el. Ici, le terme ne signifie pas seulement une existence ext&#233;rieure et imm&#233;diate, mais plut&#244;t qu'une existence quelconque s'accorde avec sa notion. En ce sens, ajoutons-nous, la r&#233;alit&#233; n'est pas distincte de l'id&#233;alit&#233; que nous allons d'abord conna&#238;tre sous la forme de l'&#202;tre-pour-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 92&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] L'&#234;tre, s'il &#233;tait tenu &#224; l'&#233;cart de son mode d&#233;termin&#233;, comme c'est le cas dans l'&#234;tre par soi (l'&#234;tre implicite), ne serait que l'abstraction vacante de l'&#234;tre. Dans l'&#234;tre (d&#233;termin&#233; ici et maintenant), la d&#233;termination est une avec l'&#234;tre ; mais en m&#234;me temps, lorsqu'elle est explicitement faite n&#233;gation, elle est une limite , une barri&#232;re. L'alt&#233;rit&#233; n'est donc pas quelque chose d'indiff&#233;rent et d'ext&#233;rieur &#224; lui, mais une fonction qui lui est propre. Elle est en quelque sorte, par sa qualit&#233;, d'abord finie , ensuite modifiable ; de sorte que la finitude et la variabilit&#233; appartiennent &#224; son &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#234;tre-l&#224;-et-alors, la n&#233;gation est encore directement une avec l'&#234;tre, et cette n&#233;gation est ce que nous appelons une limite. Une chose n'est ce qu'elle est que dans et par sa limite. Nous ne pouvons donc pas consid&#233;rer la limite comme seulement ext&#233;rieure &#224; l'&#234;tre qui est l&#224;-bas. Elle traverse au contraire toute cette existence. La conception de la limite comme une simple caract&#233;ristique ext&#233;rieure de l'&#234;tre-l&#224;-et-alors provient d'une confusion entre limite quantitative et limite qualitative. Nous parlons ici avant tout de la limite qualitative. Si nous observons par exemple un terrain de trois hectares, cette circonstance est sa limite quantitative. Mais le terrain peut aussi &#234;tre une prairie, et non un bois ou un &#233;tang. C'est l&#224; sa limite qualitative. L'homme, s'il veut &#234;tre actuel, doit &#234;tre l&#224;-bas et alors, et pour cela il doit se fixer une limite. Les hommes qui sont trop exigeants envers le fini n'atteignent jamais l'actualit&#233;, mais s'attardent dans l'abstraction et leur lumi&#232;re s'&#233;teint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous regardons de plus pr&#232;s ce qu'implique une limite, nous voyons qu'elle renferme en elle-m&#234;me une contradiction, et qu'elle manifeste ainsi sa nature dialectique. D'un c&#244;t&#233;, la limite fait la r&#233;alit&#233; d'une chose ; de l'autre, elle en est la n&#233;gation. Mais, de nouveau, la limite, en tant que n&#233;gation de quelque chose, n'est pas un rien abstrait, mais un rien qui est &#8212; ce que nous appelons un &#171; autre &#187;. &#201;tant donn&#233; quelque chose, un autre surgit pour nous : nous savons qu'il n'y a pas seulement quelque chose, mais aussi un autre. De plus, l'autre n'est pas d'une nature telle que nous puissions penser quelque chose en dehors de lui ; un quelque chose est implicitement l'autre de lui-m&#234;me, et le quelque chose voit sa limite devenir objective pour lui dans l'autre. Si nous demandons maintenant quelle est la diff&#233;rence entre quelque chose et un autre, il se trouve qu'ils sont identiques : cette identit&#233; est exprim&#233;e en latin par le couple aliad-aliud . L'autre, en tant qu'oppos&#233; au quelque chose, est lui-m&#234;me un quelque chose, et nous disons donc quelque autre, ou quelque chose d'autre ; et ainsi, d'autre part, le premier quelque chose, oppos&#233; &#224; l'autre, qui est aussi d&#233;fini comme quelque chose, est lui-m&#234;me un autre. Quand nous disons &#171; autre chose &#187;, notre premi&#232;re impression est que quelque chose pris s&#233;par&#233;ment n'est que quelque chose, et que la qualit&#233; d'&#234;tre autre ne lui est attach&#233;e que par des consid&#233;rations ext&#233;rieures. Ainsi nous supposons que la lune, &#233;tant autre chose que le soleil, pourrait tr&#232;s bien exister sans le soleil. Mais en r&#233;alit&#233; la lune, en tant que quelque chose, a son autre implicite en elle. Platon dit : Dieu a fait le monde de la nature de l'&#171; un &#187; et de l'&#171; autre &#187; ( ton eterou ) ; les ayant r&#233;unis, il en a form&#233; un troisi&#232;me, qui est de la nature de l'&#171; un &#187; et de l'&#171; autre &#187;. Dans ces mots, nous avons en termes g&#233;n&#233;raux une d&#233;claration de la nature du fini, qui, en tant que quelque chose, ne rencontre pas la nature de l'autre comme s'il n'avait aucune affinit&#233; avec elle, mais, &#233;tant implicitement l'autre de lui-m&#234;me, subit ainsi une alt&#233;ration. L'alt&#233;ration manifeste ainsi la contradiction inh&#233;rente &#224; l'&#234;tre d&#233;termin&#233; et qui le force &#224; sortir de ses propres limites. Pour la conception mat&#233;rialis&#233;e, l'existence a le caract&#232;re de quelque chose de purement positif et demeurant tranquillement dans ses propres limites ; bien que nous sachions aussi, il est vrai, que tout ce qui est fini (comme l'existence) est sujet au changement. Une telle variabilit&#233; de l'existence est pour l'&#339;il superficiel une simple possibilit&#233;, dont la r&#233;alisation n'est pas une cons&#233;quence de sa nature propre.Mais le fait est que la mutabilit&#233; r&#233;side dans la notion d'existence, et le changement n'est que la manifestation de ce qu'il est implicitement. Les vivants meurent, simplement parce qu'en tant que vivants ils portent en eux le germe de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 93&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose devient un autre ; cet autre est lui-m&#234;me quelque chose ; donc il devient &#233;galement un autre, et ainsi &#224; l'infini .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 94&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet infini est l'infini faux ou n&#233;gatif : il n'est que la n&#233;gation d'un fini : mais le fini se rel&#232;ve toujours tel qu'il &#233;tait, et il n'est jamais &#233;limin&#233; ni absorb&#233;. En d'autres termes, cet infini n'exprime que l' &#233;limination qui doit &#234;tre faite du fini. La progression vers l'infini ne va jamais plus loin que l'&#233;nonc&#233; de la contradiction qui existe dans le fini, &#224; savoir qu'il est un peu aussi bien qu'un peu autre chose. Elle &#233;tablit par une it&#233;ration sans fin l'alternance de ces deux termes, dont chacun appelle l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous laissons se s&#233;parer quelque chose et quelque chose, les &#233;l&#233;ments de l'&#234;tre d&#233;termin&#233;, il en r&#233;sulte que quelque chose devient autre, et cet autre est lui-m&#234;me quelque chose, qui alors change comme tel, et ainsi de suite &#224; l'infini. Ce r&#233;sultat para&#238;t &#224; la r&#233;flexion superficielle quelque chose de tr&#232;s grand, le plus grand possible. Mais une telle progression vers l'infini n'est pas le v&#233;ritable infini. Celui-ci consiste &#224; &#234;tre &#224; l'aise avec soi-m&#234;me dans son autre, ou, si l'on &#233;nonce cela comme un processus, &#224; se retrouver dans son autre. Il faut beaucoup comprendre correctement la notion d'infini et ne pas s'arr&#234;ter &#224; l'infini erron&#233; d'une progression sans fin. Quand on parle par exemple du temps et de l'espace comme infinis, c'est d'abord &#224; la progression infinie que nos pens&#233;es s'attachent. Nous disons : tant&#244;t, tant&#244;t, et nous allons sans cesse en avant et en arri&#232;re au-del&#224; de cette limite. Il en est de m&#234;me de l'espace, dont l'infinit&#233; a fait l'objet de d&#233;clamations st&#233;riles chez les astronomes dou&#233;s pour l'&#233;dification. En essayant de contempler un tel infini, notre pens&#233;e, nous dit-on g&#233;n&#233;ralement, doit s'&#233;puiser. Il est vrai que nous devons abandonner cette contemplation sans fin, non pas parce que l'occupation est trop sublime, mais parce qu'elle est trop ennuyeuse. Il est ennuyeux de s'&#233;tendre sur la contemplation de cette progression infinie, car la m&#234;me chose se r&#233;p&#232;te sans cesse. Nous posons une limite, puis nous la d&#233;passons, puis nous avons une autre limite, et ainsi de suite &#224; l'infini. Tout cela n'est qu'une alternance superficielle, qui ne quitte jamais la r&#233;gion du fini. Supposer qu'en sortant et en p&#233;n&#233;trant dans cet infini nous nous lib&#233;rons du fini, c'est en v&#233;rit&#233; rechercher la lib&#233;ration qui vient par la fuite. Mais l'homme qui fuit n'est pas encore libre : en fuyant, il est encore conditionn&#233; par ce qu'il fuit. Si l'on dit aussi que l'infini est inaccessible, la d&#233;claration est vraie, mais seulement parce qu'&#224; l'id&#233;e d'infinit&#233; a &#233;t&#233; attach&#233;e la circonstance d'&#234;tre simplement et uniquement n&#233;gative. La philosophie n'a rien &#224; voir avec des choses aussi vides et d'un autre monde. Ce &#224; quoi la philosophie a affaire, c'est toujours quelque chose de concret et de pr&#233;sent au sens le plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie a sans doute &#233;t&#233; quelquefois charg&#233;e de r&#233;pondre &#224; la question de savoir comment l'infini se r&#233;sout &#224; sortir de lui-m&#234;me. Cette question, qui repose sur l'hypoth&#232;se d'une opposition rigide entre le fini et l'infini, peut &#234;tre r&#233;solue en disant que cette opposition est fausse et qu'en r&#233;alit&#233; l'infini sort &#233;ternellement de lui-m&#234;me et pourtant ne sort pas de lui-m&#234;me. Si nous disons en outre que l'infini est le non-fini, nous avons en r&#233;alit&#233; exprim&#233; virtuellement la v&#233;rit&#233; : car, comme le fini lui-m&#234;me est le premier n&#233;gatif, le non-fini est le n&#233;gatif de cette n&#233;gation, la n&#233;gation qui est identique &#224; elle-m&#234;me et donc en m&#234;me temps une affirmation vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'infini de la r&#233;flexion dont il est ici question n'est qu'une tentative pour atteindre l'infini v&#233;ritable, un mis&#233;rable ni-un-ni-un-autre. C'est en g&#233;n&#233;ral le point de vue qui a &#233;t&#233; mis en avant ces derniers temps en Allemagne. Le fini, nous dit cette th&#233;orie, doit &#234;tre absorb&#233; ; l'infini ne doit pas &#234;tre seulement n&#233;gatif, mais aussi positif. Ce &#171; devoir &#234;tre &#187; trahit l'incapacit&#233; de r&#233;aliser r&#233;ellement une pr&#233;tention qui est en m&#234;me temps reconnue comme juste. Ce stade n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; par les syst&#232;mes de Kant et de Fichte, en ce qui concerne la morale. Le plus haut point auquel nous conduit cette voie n'est que le postulat d'une approximation sans fin de la loi de la Raison, postulat qui a &#233;t&#233; fait un argument en faveur de l'immortalit&#233; de l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 95&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] Ce que nous avons maintenant en r&#233;alit&#233;, c'est que quelque chose devient un autre, et que l'autre devient g&#233;n&#233;ralement un autre. Ainsi, par rapport &#224; un autre, quelque chose est virtuellement un autre contre lui ; et comme ce qui passe dans est tout &#224; fait la m&#234;me chose que ce qui passe, puisque tous deux ont un seul et m&#234;me attribut, &#224; savoir &#234;tre un autre, il s'ensuit que quelque chose, dans son passage dans un autre, ne fait que se joindre &#224; lui-m&#234;me. &#202;tre ainsi en relation avec soi-m&#234;me dans le passage et dans l'autre, c'est l'Infini v&#233;ritable. Ou bien, sous un aspect n&#233;gatif : ce qui est chang&#233; est l'autre, il devient l'autre de l'autre. Ainsi l'&#234;tre, mais comme n&#233;gation de la n&#233;gation, est r&#233;tabli : il est maintenant l'&#234;tre-pour-soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dualisme, en opposant le fini &#224; l'infini, ne remarque pas cette simple circonstance que l'infini n'est que l'un des deux et se r&#233;duit &#224; un particulier dont le fini forme l'autre particulier. Un tel infini, qui n'est qu'un particulier, est contigu au fini qui lui fait une limite et une barri&#232;re : il n'est pas ce qu'il devrait &#234;tre, c'est-&#224;-dire l'infini, mais il est seulement fini. Dans de telles circonstances, o&#249; le fini est d'un c&#244;t&#233; et l'infini de l'autre, ce monde-ci comme fini et l'autre comme infini, une &#233;gale dignit&#233; de permanence et d'ind&#233;pendance est attribu&#233;e au fini et &#224; l'infini. L'&#234;tre du fini devient un &#234;tre absolu, et par ce dualisme il acquiert ind&#233;pendance et stabilit&#233;. Touch&#233;, pour ainsi dire, par l'infini, il serait an&#233;anti. Mais il ne doit pas &#234;tre touch&#233; par l'infini. Il doit y avoir un ab&#238;me, un gouffre infranchissable entre les deux, l'infini demeurant de l'autre c&#244;t&#233; et le fini de l'autre c&#244;t&#233;. Ceux qui attribuent au fini cette inflexibilit&#233; par rapport &#224; l'infini ne sont pas, comme ils le croient, bien au-dessus de la m&#233;taphysique : ils sont encore au niveau de la m&#233;taphysique la plus ordinaire de l'entendement. Car il se passe ici la m&#234;me chose que dans la progression infinie. On admet d'abord que le fini n'a pas d'actualit&#233; propre, pas d'&#234;tre absolu, pas de racine et de d&#233;veloppement propres, mais qu'il n'est qu'un &#234;tre passager. Mais on oublie aussit&#244;t cela ; le fini, devenu simple pendant de l'infini, enti&#232;rement s&#233;par&#233; de lui et sauv&#233; de l'an&#233;antissement, est con&#231;u comme persistant dans son ind&#233;pendance. Tandis que la pens&#233;e s'imagine ainsi &#233;lev&#233;e &#224; l'infini, elle rencontre le sort oppos&#233; : elle arrive &#224; un infini qui n'est qu'un fini, et le fini qu'elle a laiss&#233; derri&#232;re elle doit toujours &#234;tre conserv&#233; et transform&#233; en absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cet examen (avec lequel il serait bon de comparer le Phil&#232;be de Platon ), qui tend &#224; montrer la nullit&#233; de la distinction que fait l'entendement entre le fini et l'infini, on peut tomber dans l'affirmation que l'infini et le fini sont donc un, et que l'infini v&#233;ritable, la v&#233;rit&#233;, doit &#234;tre d&#233;fini et &#233;nonc&#233; comme l'unit&#233; du fini et de l'infini. Une telle affirmation serait juste dans une certaine mesure ; mais elle est aussi sujette &#224; perversion et &#224; fausset&#233; que l'unit&#233; de l'&#202;tre et du Rien que nous avons d&#233;j&#224; signal&#233;e. D'ailleurs, on peut tr&#232;s justement lui reprocher de r&#233;duire l'infini &#224; la finitude et de faire un infini fini. Car, en ce qui concerne l'expression, le fini semble laiss&#233; &#224; sa place ; il n'est pas express&#233;ment dit qu'il doit &#234;tre absorb&#233;. Si nous r&#233;fl&#233;chissons que le fini, identifi&#233; &#224; l'infini, ne peut certainement pas rester ce qu'il &#233;tait en dehors de cette unit&#233;, et qu'il subira au moins un changement dans ses caract&#233;ristiques (comme un alcali, combin&#233; &#224; un acide, perd certaines de ses propri&#233;t&#233;s), nous devons voir que le m&#234;me sort attend l'infini, qui, en tant que n&#233;gatif, verra de son c&#244;t&#233; son tranchant s'effacer, pour ainsi dire, de l'autre c&#244;t&#233;. Et c'est ce qui se passe r&#233;ellement avec l'infini abstrait unilat&#233;ral de l'entendement. Mais l'infini v&#233;ritable n'est pas seulement dans la position de l'acide unilat&#233;ral, et ne se perd donc pas. La n&#233;gation de la n&#233;gation n'est pas une neutralisation : l'infini est l'affirmatif, et c'est seulement le fini qui est absorb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Etre-pour-soi entre la cat&#233;gorie de l'Id&#233;alit&#233;. L'Etre-l&#224;-et-alors, saisi d'abord dans son &#234;tre ou son affirmation, a une r&#233;alit&#233; (&#167; 91) ; et ainsi la finitude elle-m&#234;me est d'abord dans la cat&#233;gorie de la r&#233;alit&#233;. Mais la v&#233;rit&#233; du fini est plut&#244;t son id&#233;alit&#233;. De m&#234;me, l'infini de l'entendement, qui est coordonn&#233; avec le fini, n'est lui-m&#234;me qu'un des deux finis, non une v&#233;rit&#233; totale, mais un &#233;l&#233;ment non substantiel. Cette id&#233;alit&#233; du fini est la maxime principale de la philosophie ; et c'est pourquoi toute philosophie authentique est id&#233;alisme. Mais tout d&#233;pend de ne pas prendre pour infini ce qui, dans les termes m&#234;mes de sa caract&#233;risation, est en m&#234;me temps fait particulier et fini. C'est pourquoi nous avons accord&#233; une plus grande attention &#224; cette distinction. La notion fondamentale de la philosophie, l'infini v&#233;ritable, en d&#233;pend. Cette distinction est &#233;claircie par les r&#233;flexions simples et pour cette raison insignifiantes en apparence, mais incontestables, contenues dans le premier paragraphe de cette section.&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) &#202;tre-pour-soi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 96&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] L'&#234;tre-pour-soi, comme r&#233;f&#233;rence &#224; soi-m&#234;me, est l'imm&#233;diatet&#233;, et comme r&#233;f&#233;rence du n&#233;gatif &#224; soi-m&#234;me, est un auto-subsistant, l'Un. Cette unit&#233;, &#233;tant sans distinction en elle-m&#234;me, exclut ainsi l'autre d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre pour soi, &#234;tre un, est une Qualit&#233; achev&#233;e, et comme telle contient l'&#202;tre abstrait et l'&#202;tre modifi&#233; comme &#233;l&#233;ments non substantiels. En tant qu'&#202;tre simple, l'Un est simple autor&#233;f&#233;rence ; en tant qu'&#202;tre modifi&#233;, il est d&#233;termin&#233; : mais la d&#233;termination n'est pas ici une d&#233;termination finie &#8212; quelque chose qui se distingue d'une autre &#8212; mais infinie, parce qu'elle contient une distinction absorb&#233;e et annul&#233;e en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus &#233;vident de l'&#234;tre-pour-soi se trouve dans le &#171; je &#187;. Nous nous connaissons comme des &#234;tres, distincts d'abord des autres &#234;tres et ayant certains rapports avec eux. Mais nous connaissons aussi cette expansion de l'existence (dans ces rapports) r&#233;duite, pour ainsi dire, &#224; un point sous la forme simple de l'&#234;tre-pour-soi. Quand nous disons &#171; je &#187;, nous exprimons cette r&#233;f&#233;rence &#224; soi qui est infinie et en m&#234;me temps n&#233;gative. On peut dire que l'homme se distingue du monde animal et par l&#224; m&#234;me de notre nature tout enti&#232;re, en se connaissant lui-m&#234;me comme &#171; je &#187; : ce qui revient &#224; dire que les choses naturelles n'atteignent jamais le libre &#234;tre-pour-soi, mais, limit&#233;es &#224; l'&#234;tre-l&#224;-et-alors, elles sont toujours et seulement &#234;tre pour un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#234;tre-pour-soi peut &#234;tre qualifi&#233; d'id&#233;alit&#233;, de m&#234;me que l'&#234;tre-l&#224;-et-alors a &#233;t&#233; qualifi&#233; de r&#233;alit&#233;. On dit qu'&#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;alit&#233; il y a aussi une id&#233;alit&#233;. Ainsi les deux cat&#233;gories sont mises sur un pied d'&#233;galit&#233; et parall&#232;les. A proprement parler, l'id&#233;alit&#233; n'est pas quelque chose en dehors et &#224; c&#244;t&#233; de la r&#233;alit&#233; : la notion d'id&#233;alit&#233; consiste simplement en ce qu'elle est la v&#233;rit&#233; de la r&#233;alit&#233;. C'est-&#224;-dire que lorsque la r&#233;alit&#233; est explicitement pos&#233;e comme ce qu'elle est implicitement, elle appara&#238;t imm&#233;diatement comme id&#233;alit&#233;. L'id&#233;alit&#233; n'a donc pas re&#231;u sa juste valeur, si l'on admet que la r&#233;alit&#233; n'est pas tout en tout, mais qu'il faut reconna&#238;tre une id&#233;alit&#233; en dehors d'elle. Une telle id&#233;alit&#233;, ext&#233;rieure &#224; la r&#233;alit&#233; ou m&#234;me au-del&#224;, ne serait qu'un nom vide de sens. L'id&#233;alit&#233; n'a de sens que lorsqu'elle est l'id&#233;alit&#233; de quelque chose : mais ce quelque chose n'est pas un simple ceci ou cela ind&#233;fini, mais une existence caract&#233;ris&#233;e comme r&#233;alit&#233;, qui, si elle est maintenue isol&#233;e, ne poss&#232;de aucune v&#233;rit&#233;. La distinction entre la nature et l'esprit n'est pas mal comprise, quand la premi&#232;re est ramen&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233;, et la seconde si solide et si compl&#232;te qu'elle subsiste m&#234;me sans l'esprit : c'est dans l'esprit qu'elle atteint en quelque sorte son but et sa v&#233;rit&#233;. De m&#234;me, l'esprit, de son c&#244;t&#233;, n'est pas seulement un monde au-del&#224; de la nature et rien de plus : il n'est r&#233;ellement et de fa&#231;on parfaitement &#233;vidente qu'il est esprit que lorsqu'il renferme la nature absorb&#233;e en elle-m&#234;me. A ce propos, il faut remarquer le double sens du mot allemand aufheben (mettre de c&#244;t&#233;, mettre de c&#244;t&#233;). Nous entendons par l&#224; : 1) effacer, ou annuler : ainsi disons-nous qu'une loi ou un r&#232;glement est mis de c&#244;t&#233; ; 2) conserver, ou pr&#233;server : c'est dans ce sens que nous l'utilisons quand nous disons : quelque chose est bien mis de c&#244;t&#233;. Ce double emploi du langage, qui donne au m&#234;me mot un sens positif et un sens n&#233;gatif, n'est pas un hasard et ne donne pas lieu de reprocher au langage d'&#234;tre source de confusion. Il faut plut&#244;t y reconna&#238;tre l'esprit sp&#233;culatif de notre langage qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus du simple &#171; ou bien ou bien &#187; de l'entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 97&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Le rapport du n&#233;gatif &#224; lui-m&#234;me est un rapport n&#233;gatif, et donc une distinction de l'Un par rapport &#224; lui-m&#234;me, la r&#233;pulsion de l'Un ; c'est-&#224;-dire qu'il produit plusieurs Uns. En ce qui concerne l'imm&#233;diatet&#233; des existants par eux-m&#234;mes, ces Plusieurs sont : et la r&#233;pulsion de chacun d'eux devient dans cette mesure leur r&#233;pulsion les uns contre les autres en tant qu'unit&#233;s existantes &#8212; en d'autres termes, leur exclusion r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que nous parlons de l'Un, le Multiple nous vient g&#233;n&#233;ralement &#224; l'esprit en m&#234;me temps. D'o&#249; vient donc le Multiple ? La conscience qui se repr&#233;sente le Multiple comme une donn&#233;e premi&#232;re et qui consid&#232;re l'Un comme un seul parmi le Multiple ne peut r&#233;pondre &#224; cette question. Mais la notion philosophique enseigne au contraire que l'Un forme la pr&#233;supposition du Multiple : et dans la pens&#233;e de l'Un il est implicite qu'il se fait explicitement Multiple. L'unit&#233; auto-existante n'est pas, comme l'&#202;tre, d&#233;pourvue de toute r&#233;f&#233;rence connective : elle est une r&#233;f&#233;rence, comme l'&#233;tait l'&#202;tre-l&#224;-et-alors, non pas cependant une r&#233;f&#233;rence qui se relie quelque peu &#224; un autre, mais en tant qu'unit&#233; de l'un et de l'autre, elle est une connexion avec elle-m&#234;me, et cette connexion, notons-le, est une connexion n&#233;gative. Par l&#224; l'Un manifeste une incompatibilit&#233; totale avec lui-m&#234;me, une r&#233;pulsion envers lui-m&#234;me : et ce qui se fait explicitement &#234;tre, c'est le Multiple. Nous pouvons d&#233;signer ce c&#244;t&#233; du processus de l'&#202;tre-pour-soi par le terme figur&#233; de R&#233;pulsion. R&#233;pulsion est un terme employ&#233; &#224; l'origine dans l'&#233;tude de la mati&#232;re, pour signifier que la mati&#232;re, en tant que Nombreux, dans chacun de ces nombreux &#233;l&#233;ments, se comporte comme exclusive de tous les autres. Il serait cependant erron&#233; de consid&#233;rer le processus de r&#233;pulsion comme si l'Un &#233;tait le r&#233;pulsif et le Nombreux le repouss&#233;. L'Un, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;, n'est qu'une auto-exclusion et une mise en sc&#232;ne explicite de lui-m&#234;me comme le Nombreux. Cependant, chacun des Nombreux est lui-m&#234;me un Un, et en vertu de son comportement, cette r&#233;pulsion totale se transforme d'un seul coup en son contraire : l'Attraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attraction et r&#233;pulsion&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 98&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] Mais les multiples sont uns comme les autres : chacun est Un, ou m&#234;me l'un des multiples ; ils sont par cons&#233;quent un et le m&#234;me. Ou bien, quand nous &#233;tudions tout ce que recouvre la r&#233;pulsion , nous voyons qu'en tant qu'attitude n&#233;gative de multiples Uns les uns envers les autres, elle est tout aussi essentiellement une relation de connexion entre eux ; et comme ceux auxquels l'Un est li&#233; dans son acte de r&#233;pulsion sont des Uns, il est en eux mis en relation avec lui-m&#234;me. La r&#233;pulsion a donc un droit &#233;gal &#224; &#234;tre appel&#233;e Attraction ; et l'Un exclusif, ou l'&#202;tre-pour-soi, se supprime lui-m&#234;me. Le caract&#232;re qualitatif, qui dans l'Un ou l'unit&#233; a atteint le point extr&#234;me de sa caract&#233;risation, est ainsi pass&#233; dans la d&#233;terminit&#233; (qualit&#233;) supprim&#233;e, c'est-&#224;-dire dans l'&#202;tre comme Quantit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie des Atomistes est la doctrine dans laquelle l'Absolu est formul&#233; comme Etre-pour-soi, comme Un et plusieurs. Et c'est la r&#233;pulsion, qui se manifeste dans la notion de l'Un, qui est suppos&#233;e &#234;tre la force fondamentale de ces atomes. Mais au lieu de l'attraction, c'est le hasard, c'est-&#224;-dire la simple inintelligence, qui est cens&#233;e les r&#233;unir. Tant que l'Un est fix&#233; comme un, il est certainement impossible de consid&#233;rer sa rencontre avec les autres comme autre chose qu'ext&#233;rieure et m&#233;canique. Le Vide, qui est suppos&#233; comme le principe compl&#233;mentaire des atomes, n'est que r&#233;pulsion et rien d'autre, pr&#233;sent&#233; sous l'image du n&#233;ant existant entre les atomes. L'atomisme moderne &#8212; et la physique est toujours en principe atomiste &#8212; a abandonn&#233; les atomes au point de fonder sa foi sur les mol&#233;cules ou les particules. Ce faisant, la science s'est rapproch&#233;e de la conception sensible, au prix de perdre la pr&#233;cision de la pens&#233;e. Mettre une force attractive &#224; c&#244;t&#233; d'une force r&#233;pulsive, comme l'ont fait les modernes, donne certainement de la pl&#233;nitude au contraste ; et la d&#233;couverte de cette force naturelle, comme on l'appelle, a &#233;t&#233; une source de beaucoup d'orgueil. Mais l'implication mutuelle des deux, qui fait ce qu'elles ont de vrai et de concret, devrait &#234;tre arrach&#233;e &#224; l'obscurit&#233; et &#224; la confusion o&#249; elles &#233;taient laiss&#233;es m&#234;me dans les Rudiments m&#233;taphysiques de la science naturelle de Kant. Dans les temps modernes, l'importance de la th&#233;orie atomique est encore plus &#233;vidente dans la science politique que dans la science physique. Selon elle, la volont&#233; des individus en tant que telle est le principe cr&#233;ateur de l'&#201;tat ; la force d'attraction, ce sont les besoins et les inclinations particuli&#232;res des individus ; et l'Universel, ou l'&#201;tat lui-m&#234;me, est le lien ext&#233;rieur d'un pacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La philosophie atomique constitue une &#233;tape essentielle dans l'&#233;volution historique de l'Id&#233;e. Le principe de ce syst&#232;me peut &#234;tre d&#233;crit comme l'&#202;tre-pour-soi sous la forme du Multiple. Aujourd'hui, les naturalistes soucieux d'&#233;viter la m&#233;taphysique se tournent vers l'atomisme. Mais il n'est pas possible d'&#233;chapper &#224; la m&#233;taphysique et de cesser de ramener la nature &#224; des termes de pens&#233;e en se jetant dans les bras de l'atomisme. L'atome, en fait, est lui-m&#234;me une pens&#233;e ; et par cons&#233;quent la th&#233;orie qui consid&#232;re la mati&#232;re comme constitu&#233;e d'atomes est une th&#233;orie m&#233;taphysique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Newton a express&#233;ment mis en garde les physiciens contre la m&#233;taphysique , il est vrai, mais il faut le dire, il n'a en aucune fa&#231;on tenu compte de son propre avertissement. Les seuls qui soient de v&#233;ritables physiciens sont les animaux : eux seuls ne pensent pas, alors que l'homme est un &#234;tre pensant et un m&#233;taphysicien n&#233;. La v&#233;ritable question n'est pas de savoir si nous appliquerons la m&#233;taphysique, mais si notre m&#233;taphysique est de la bonne sorte, c'est-&#224;-dire si, au lieu de l'Id&#233;e logique concr&#232;te, nous n'adoptons pas des formes de pens&#233;e unilat&#233;rales, rigidement fix&#233;es par l'entendement, et si nous n'en faisons pas la base de notre travail th&#233;orique aussi bien que pratique. C'est sur ce terrain que l'on peut objecter &#224; la philosophie atomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens atomistes consid&#233;raient le monde comme un tout, comme le font souvent leurs successeurs aujourd'hui. Le hasard leur a assign&#233; la t&#226;che de rassembler les atomes qui flottent dans le vide. Mais, apr&#232;s tout, le lien qui unit les multiples atomes les uns aux autres n'est en aucun cas un simple hasard : comme nous l'avons d&#233;j&#224; fait remarquer, ce lien est fond&#233; sur leur nature m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Kant que nous devons la th&#233;orie achev&#233;e de la mati&#232;re comme unit&#233; de la r&#233;pulsion et de l'attraction. Cette th&#233;orie est correcte dans la mesure o&#249; elle reconna&#238;t l'attraction comme l'autre des deux &#233;l&#233;ments impliqu&#233;s dans la notion d'&#234;tre-pour-soi : un &#233;l&#233;ment non moins essentiel que la r&#233;pulsion pour constituer la mati&#232;re. Cependant, cette construction dynamique de la mati&#232;re, comme on l'appelle, a le d&#233;faut de tenir pour acquis, au lieu de les d&#233;duire, l'attraction et la r&#233;pulsion. Si elles avaient &#233;t&#233; d&#233;duites, nous aurions alors vu le comment et le pourquoi d'une unit&#233; qui est simplement affirm&#233;e. Kant ... [insiste sur le fait que] la mati&#232;re doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme consistant uniquement dans leur unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les physiciens allemands ont accept&#233; pendant un certain temps cette pure dynamique. Mais malgr&#233; cela, la plupart de ces physiciens modernes ont trouv&#233; plus commode de revenir au point de vue atomique et, malgr&#233; les avertissements de K&#228;stner, l'un d'eux, ont commenc&#233; &#224; consid&#233;rer la mati&#232;re comme constitu&#233;e de particules infinit&#233;simales, appel&#233;es &#171; atomes &#187;, lesquelles doivent ensuite &#234;tre mises en relation les unes avec les autres par le jeu de forces qui leur sont attach&#233;es, attractives, r&#233;pulsives ou autres. Cela aussi est de la m&#233;taphysique, et une m&#233;taphysique contre laquelle, en raison de son absence totale d'intelligence, il y aurait suffisamment de raisons de se garder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quantit&#233; et qualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La transition de la qualit&#233; &#224; la quantit&#233;, indiqu&#233;e dans le paragraphe qui nous occupe, ne se rencontre pas dans notre fa&#231;on de penser ordinaire, qui consid&#232;re que chacune de ces cat&#233;gories existe ind&#233;pendamment l'une de l'autre. Nous avons l'habitude de dire que les choses ne sont pas seulement d&#233;finies qualitativement, mais aussi quantitativement ; mais d'o&#249; viennent ces cat&#233;gories et comment elles sont li&#233;es les unes aux autres, ce ne sont l&#224; que des questions que nous examinerons plus en d&#233;tail. Le fait est que la quantit&#233; signifie simplement la qualit&#233; remplac&#233;e et absorb&#233;e : et c'est par la dialectique de la qualit&#233; examin&#233;e ici que s'effectue ce remplacement.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, nous avons eu l'&#202;tre : comme v&#233;rit&#233; de l'&#202;tre, est venu le Devenir, qui a form&#233; le passage vers l'&#202;tre d&#233;termin&#233; ; et nous avons d&#233;couvert que la v&#233;rit&#233; de cela &#233;tait l'Alt&#233;ration. Et dans son r&#233;sultat, l'Alt&#233;ration s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre l'&#202;tre-pour-soi ; enfin, dans les deux c&#244;t&#233;s du processus, la R&#233;pulsion et l'Attraction, on a clairement vu que la R&#233;pulsion et l'Attraction s'annulaient elles-m&#234;mes, et par l&#224; m&#234;me annulaient la Qualit&#233; dans la totalit&#233; de ses stades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette qualit&#233; d&#233;pass&#233;e et absorb&#233;e n'est ni un n&#233;ant abstrait, ni un &#234;tre tout aussi abstrait et sans traits distinctifs : elle n'est qu'un &#234;tre indiff&#233;rent &#224; la d&#233;termination ou au caract&#232;re. Cet aspect de l'&#234;tre est aussi ce qui appara&#238;t comme quantit&#233; dans nos conceptions ordinaires. Nous observons les choses, tout d'abord en ayant en vue leur qualit&#233;, que nous consid&#233;rons comme le caract&#232;re identique &#224; l'&#234;tre de la chose. Si nous consid&#233;rons ensuite leur quantit&#233;, nous obtenons la conception d'un caract&#232;re ou d'un mode indiff&#233;rent et ext&#233;rieur, de telle sorte qu'une chose reste ce qu'elle est, bien que sa quantit&#233; soit modifi&#233;e et que la chose devienne plus ou moins grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
B. QUANTIT&#201;&lt;br class='autobr' /&gt;
C. MESURE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 107&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mesure est le quantum qualitatif, en premier lieu en tant qu'imm&#233;diat &#8212; un quantum auquel un &#234;tre d&#233;termin&#233; ou une qualit&#233; est attach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mesure, o&#249; qualit&#233; et quantit&#233; ne font qu'un, est donc la perfection de l'&#202;tre. L'&#202;tre, tel que nous le saisissons d'abord, est quelque chose de compl&#232;tement abstrait et sans caract&#232;re ; mais c'est l'essence m&#234;me de l'&#202;tre de se caract&#233;riser lui-m&#234;me, et sa caract&#233;risation compl&#232;te est atteinte dans la mesure. La mesure, comme les autres stades de l'&#202;tre, peut servir de d&#233;finition de l'Absolu ; Dieu, a-t-on dit, est la mesure de toutes choses. C'est cette id&#233;e qui constitue la note de fond de nombreux hymnes h&#233;breux anciens, dans lesquels la glorification de Dieu tend principalement &#224; montrer qu'il a assign&#233; &#224; chaque chose ses limites : &#224; la mer et &#224; la terre ferme, aux rivi&#232;res et aux montagnes, ainsi qu'aux diff&#233;rentes esp&#232;ces de plantes et d'animaux. Dans le sens religieux des Grecs, la divinit&#233; de la mesure, en particulier en ce qui concerne l'&#233;thique sociale, &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par N&#233;m&#233;sis. Cette conception implique une th&#233;orie g&#233;n&#233;rale selon laquelle tous les &#234;tres humains, les richesses, les honneurs et le pouvoir, ainsi que la joie et la douleur, ont leur mesure d&#233;finie, dont la transgression entra&#238;ne la ruine et la destruction. Dans le monde des objets aussi, il y a la mesure. Nous voyons en premier lieu des &#234;tres dans la nature dont la mesure constitue la structure essentielle. C'est le cas, par exemple, du syst&#232;me solaire, que l'on peut d&#233;crire comme le royaume des mesures libres. Lorsque nous passons ensuite &#224; l'&#233;tude de la nature inorganique, la mesure passe pour ainsi dire &#224; l'arri&#232;re-plan ; du moins, nous trouvons souvent que les caract&#233;ristiques quantitatives et qualitatives sont indiff&#233;rentes les unes aux autres. Ainsi, la qualit&#233; d'un rocher ou d'une rivi&#232;re n'est pas li&#233;e &#224; une grandeur d&#233;finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me ces objets, lorsqu'on les examine de pr&#232;s, ne sont pas tout &#224; fait d&#233;mesur&#233;s : l'eau d'une rivi&#232;re et les constituants isol&#233;s d'une roche, lorsqu'on les analyse chimiquement, se r&#233;v&#232;lent &#234;tre des qualit&#233;s conditionn&#233;es par les rapports quantitatifs entre les mati&#232;res qu'ils contiennent. Dans la nature organique, cependant, la mesure s'&#233;l&#232;ve de nouveau jusqu'&#224; la perception imm&#233;diate. Les diff&#233;rentes esp&#232;ces de plantes et d'animaux, dans leur ensemble comme dans leurs parties, ont une certaine mesure ; il convient cependant de remarquer que les formes les plus imparfaites, celles qui s'&#233;loignent le moins de la nature inorganique, se distinguent en partie des formes sup&#233;rieures par la plus grande ind&#233;termination de leur mesure. Ainsi, parmi les fossiles, nous trouvons des ammonites discernables seulement au microscope, et d'autres aussi grosses qu'une roue de charrette. La m&#234;me impr&#233;cision de mesure appara&#238;t chez plusieurs plantes qui se trouvent &#224; un niveau de d&#233;veloppement organique peu &#233;lev&#233;, par exemple les foug&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 108&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; la qualit&#233; et la quantit&#233; ne sont qu'imm&#233;diatement unies , dans cette mesure leur diff&#233;rence se pr&#233;sente d'une mani&#232;re &#233;galement imm&#233;diate. Deux cas sont alors possibles. Ou bien le quantum ou la mesure sp&#233;cifique est un quantum nu, et l'&#234;tre d&#233;fini (l&#224; et alors) est susceptible d'une augmentation ou d'une diminution, sans que la mesure (qui est dans cette mesure une r&#232;gle ) soit pour autant compl&#232;tement &#233;cart&#233;e. Ou bien la modification du quantum est aussi une modification de la qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; entre quantit&#233; et qualit&#233;, qui se trouve dans la mesure, n'est d'abord qu'implicite et n'est pas encore explicitement r&#233;alis&#233;e. En d'autres termes, ces deux cat&#233;gories, qui s'unissent dans la mesure, revendiquent chacune une autorit&#233; ind&#233;pendante. D'une part, les caract&#232;res quantitatifs de l'existence peuvent &#234;tre modifi&#233;s sans que sa qualit&#233; en soit affect&#233;e. D'autre part, cette augmentation et cette diminution, si insignifiantes soient-elles, ont leur limite, au-del&#224; de laquelle la qualit&#233; subit un changement. Ainsi, la temp&#233;rature de l'eau est, en premier lieu, un point sans cons&#233;quence pour sa liquidit&#233; ; cependant, avec l'augmentation ou la diminution de la temp&#233;rature de l'eau liquide, il arrive un point o&#249; cet &#233;tat de coh&#233;sion subit un changement qualitatif, et l'eau se transforme en vapeur ou en glace. Un changement quantitatif se produit, apparemment sans autre signification ; mais il y a quelque chose qui se cache derri&#232;re, et un changement de quantit&#233; apparemment innocent agit comme une sorte de pi&#232;ge pour saisir la qualit&#233;. L'antinomie de la mesure que cela implique a &#233;t&#233; illustr&#233;e sous plus d'un aspect chez les Grecs. On a demand&#233;, par exemple, si un seul grain de bl&#233; fait un tas de bl&#233;, ou si un seul poil de la queue du cheval fait une queue chauve. Au premier abord, sans doute, en consid&#233;rant la nature de la quantit&#233; comme un caract&#232;re indiff&#233;rent et ext&#233;rieur de l'&#234;tre, nous sommes dispos&#233;s &#224; r&#233;pondre &#224; ces questions par la n&#233;gative. Et pourtant, il faut bien l'admettre, cette augmentation et cette diminution indiff&#233;rentes ont leur limite : on arrive enfin &#224; un point o&#249; un seul grain de bl&#233; suppl&#233;mentaire fait un tas de bl&#233;, et la queue chauve se produit si l'on continue &#224; arracher des poils isol&#233;s. Ces exemples trouvent un parall&#232;le dans l'histoire du paysan qui, tandis que son &#226;ne marchait gaiement, ajoutait once apr&#232;s once &#224; sa charge, jusqu'&#224; ce qu'il finisse par s'effondrer sous le fardeau insupportable. Ce serait une erreur de traiter ces exemples comme des futilit&#233;s p&#233;dantesques ; ils concernent en r&#233;alit&#233; des pens&#233;es, dont la connaissance est d'une grande importance dans la vie pratique, surtout dans la morale. Ainsi, en mati&#232;re de d&#233;penses, il existe une certaine latitude dans laquelle un plus ou un moins n'a pas d'importance ; mais lorsque la mesure impos&#233;e par les circonstances particuli&#232;res du cas sp&#233;cial est d&#233;pass&#233;e d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, la nature qualitative de la mesure (comme dans les exemples ci-dessus de la diff&#233;rence de temp&#233;rature de l'eau) se fait sentir, et une conduite qui, un instant auparavant, &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une bonne &#233;conomie, se transforme en avarice ou en prodigalit&#233;. Les m&#234;mes principes peuvent &#234;tre appliqu&#233;s en politique, lorsque la constitution d'un &#201;tat doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme ind&#233;pendante, tout autant que comme d&#233;pendante, de l'&#233;tendue de son territoire, du nombre de ses habitants et d'autres points quantitatifs du m&#234;me genre. Si nous consid&#233;rons, par exemple, un &#201;tat ayant un territoire de dix mille milles carr&#233;s et une population de quatre millions d'habitants, nous devrions, sans h&#233;siter,Il faut admettre que quelques milles carr&#233;s de terre ou quelques milliers d'habitants de plus ou de moins ne sauraient exercer aucune influence essentielle sur le caract&#232;re de sa constitution. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, il ne faut pas oublier que, par l'accroissement ou la diminution continue d'un &#201;tat, on arrive enfin &#224; un point o&#249;, ind&#233;pendamment de toutes autres circonstances, ce seul changement quantitatif entra&#238;ne n&#233;cessairement un changement dans la qualit&#233; de la constitution. La constitution d'un petit canton suisse ne convient pas &#224; un grand royaume ; de m&#234;me la constitution de la r&#233;publique romaine ne convenait pas lorsqu'elle &#233;tait transf&#233;r&#233;e aux petites villes imp&#233;riales de Germanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 109&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, lorsque la mesure, par sa nature quantitative, d&#233;passe son caract&#232;re qualitatif, nous rencontrons ce qui est d'abord une absence de mesure, le sans mesure. Mais comme le second rapport quantitatif, qui est sans mesure par rapport au premier, n'en est pas moins qualitatif, le sans mesure est aussi une mesure. Ces deux passages, de la qualit&#233; au quantum, et de ce dernier &#224; la qualit&#233;, peuvent &#234;tre repr&#233;sent&#233;s sous l'image d'une progression infinie, comme l'auto-abrogation et la restauration de la mesure dans le sans mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quantit&#233;, comme nous l'avons vu, n'est pas seulement susceptible de variation, c'est-&#224;-dire d'augmentation ou de diminution : elle tend naturellement et n&#233;cessairement &#224; se d&#233;passer elle-m&#234;me. Cette tendance se maintient m&#234;me dans la mesure. Mais si la quantit&#233; pr&#233;sente dans la mesure d&#233;passe une certaine limite, la qualit&#233; qui lui correspond est &#233;galement suspendue. Ce n'est cependant pas une n&#233;gation de la qualit&#233; tout &#224; fait, mais seulement de cette qualit&#233; d&#233;termin&#233;e, dont la place est aussit&#244;t prise par une autre. Ce processus de mesure, qui appara&#238;t alternativement comme un simple changement de quantit&#233;, puis comme une r&#233;version soudaine de la quantit&#233; en qualit&#233;, peut &#234;tre envisag&#233; sous la figure d'une ligne nodale (nou&#233;e). Nous trouvons de telles lignes dans la nature sous des formes diverses. Nous avons d&#233;j&#224; fait allusion aux &#233;tats d'agr&#233;gation qualitativement diff&#233;rents que pr&#233;sente l'eau lorsque la temp&#233;rature augmente ou diminue. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se pr&#233;sente dans les diff&#233;rents degr&#233;s d'oxydation des m&#233;taux. La diff&#233;rence des notes de musique peut m&#234;me &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un exemple de ce qui se produit dans le processus de mesure, la r&#233;version de ce qui est d'abord purement quantitatif en une modification qualitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 110&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe ici, c'est que l'imm&#233;diatet&#233; qui s'attache encore &#224; la mesure en tant que telle est &#233;cart&#233;e. Dans la mesure, la qualit&#233; et la quantit&#233; elles-m&#234;mes sont d'abord imm&#233;diates, et la mesure n'est que leur identit&#233; &#171; relative &#187;. Mais la mesure se montre absorb&#233;e et d&#233;pass&#233;e dans l'incommensurable : pourtant l'incommensurable, bien qu'il soit la n&#233;gation de la mesure, est lui-m&#234;me une unit&#233; de quantit&#233; et de qualit&#233;. Ainsi, dans l'incommensurable, la mesure ne se rencontre encore qu'avec elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 111&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu des facteurs plus abstraits, l'&#202;tre et le N&#233;ant, l'un et l'autre, etc., l'Infini, qui est l'affirmation comme n&#233;gation de la n&#233;gation, trouve maintenant ses facteurs dans la qualit&#233; et la quantit&#233;. Celles-ci ( a ) ont d'abord pass&#233; de la qualit&#233; &#224; la quantit&#233; (&#167; 98), et la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; (&#167; 105), et se pr&#233;sentent ainsi toutes deux comme des n&#233;gations. ( b ) Mais dans leur unit&#233;, c'est-&#224;-dire dans leur mesure, elles sont originairement distinctes, et l'une n'est que par l'interm&#233;diaire de l'autre. Et ( g ) apr&#232;s que l'imm&#233;diatet&#233; de cette unit&#233; s'est r&#233;v&#233;l&#233;e s'annuler elle-m&#234;me, l'unit&#233; est explicitement pos&#233;e comme ce qu'elle est implicitement, simple rapport &#224; soi, qui contient en elle l'&#234;tre et toutes ses formes absorb&#233;es. L'&#202;tre ou l'imm&#233;diatet&#233;, qui par sa n&#233;gation est une m&#233;diation avec soi et une r&#233;f&#233;rence &#224; soi, qui par cons&#233;quent est aussi une m&#233;diation qui s'annule en r&#233;f&#233;rence &#224; soi, ou l'imm&#233;diatet&#233;, est l'Essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de mesure, au lieu d'&#234;tre seulement l'infini erron&#233; d'une progression sans fin, sous la forme d'un retour toujours renaissant de la qualit&#233; &#224; la quantit&#233; et de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233;, est aussi un v&#233;ritable infini de co&#239;ncidence avec soi-m&#234;me dans l'autre. Dans la mesure, qualit&#233; et quantit&#233; se font face originellement, comme l'une et l'autre. Mais la qualit&#233; est implicitement quantit&#233; et inversement la quantit&#233; est implicitement qualit&#233;. Dans le processus de mesure, donc, ces deux choses passent l'une dans l'autre : chacune d'elles devient ce qu'elle &#233;tait d&#233;j&#224; implicitement : et nous obtenons ainsi l'&#202;tre mis en suspens et absorb&#233;, avec ses diverses caract&#233;ristiques ni&#233;es. Un tel &#202;tre est l'Essence. La mesure est implicitement l'Essence ; et son processus consiste &#224; r&#233;aliser implicitement ce qu'elle est. La conscience ordinaire con&#231;oit les choses comme &#233;tant, et les &#233;tudie en qualit&#233;, quantit&#233; et mesure. Mais ces caract&#233;ristiques imm&#233;diates se r&#233;v&#232;lent bient&#244;t non fixes mais transitoires ; et l'Essence est le r&#233;sultat de leur dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de l'Essence, une cat&#233;gorie ne passe pas dans une autre , mais renvoie simplement &#224; une autre. Dans l'Etre, la forme de r&#233;f&#233;rence est due uniquement &#224; notre r&#233;flexion sur ce qui se passe : mais c'est la caract&#233;ristique sp&#233;ciale et propre de l'Essence. Dans le domaine de l'Etre, quand quelque chose devient autre, le quelque chose a disparu. Il n'en est pas de m&#234;me dans l'Essence : il n'y a pas d'autre v&#233;ritable, mais seulement diversit&#233;, r&#233;f&#233;rence de l'un &#224; son autre. Le passage de l'Essence n'est donc pas en m&#234;me temps un passage : car dans le passage du diff&#233;rent au diff&#233;rent, le diff&#233;rent ne dispara&#238;t pas : les diff&#233;rents termes restent dans leur rapport. Quand nous parlons d'Etre et de N&#233;ant, l'Etre est ind&#233;pendant, le N&#233;ant aussi. Il en est autrement du Positif et du N&#233;gatif . Sans doute, ceux-ci poss&#232;dent la caract&#233;ristique d'Etre et de N&#233;ant. Mais le Positif en lui-m&#234;me n'a pas de sens ; il est tout entier en rapport avec le n&#233;gatif. Et il en est de m&#234;me du n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de l'Etre, la r&#233;f&#233;rence d'un terme &#224; un autre n'est qu'implicite ; dans l'Essence, au contraire, elle est explicite. Et c'est l&#224; en g&#233;n&#233;ral la distinction entre les formes de l'Etre et de l'Essence : dans l'Etre tout est imm&#233;diat , dans l'Essence tout est relatif .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. ESSENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes de l'Essence ne sont que de simples couples de corr&#233;latifs, et pourtant ils ne se refl&#232;tent pas absolument en eux-m&#234;mes : c'est pourquoi, dans l'Essence, l'unit&#233; r&#233;elle de la notion n'est pas encore r&#233;alis&#233;e, mais seulement postul&#233;e par r&#233;flexion. L'Essence, qui est l'Etre entrant en m&#233;diation avec lui-m&#234;me par la n&#233;gativit&#233; de lui-m&#234;me, n'est relation &#224; soi-m&#234;me que dans la mesure o&#249; elle est relation &#224; un Autre, cet Autre se pr&#233;sentant cependant d'abord non pas comme quelque chose qui est , mais comme postul&#233; et hypoth&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#202;tre n'a pas disparu : mais, premi&#232;rement, l'Essence, en tant que simple rapport &#224; soi-m&#234;me, est l'&#202;tre, et deuxi&#232;mement, en ce qui concerne son caract&#232;re unilat&#233;ral d' imm&#233;diatet&#233; , l'&#202;tre est d&#233;pos&#233; &#224; un simple n&#233;gatif, &#224; une lumi&#232;re apparente ou r&#233;fl&#233;chie &#8211; l'Essence est donc l'&#202;tre r&#233;fl&#233;chissant ainsi la lumi&#232;re en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Absolu est l'Essence. C'est la m&#234;me d&#233;finition que la pr&#233;c&#233;dente, selon laquelle l'Absolu est l'Etre, en tant que l'Etre est aussi simple rapport &#224; soi-m&#234;me. Mais elle est en m&#234;me temps plus &#233;lev&#233;e, car l'Essence est l'Etre entr&#233; en soi-m&#234;me : c'est-&#224;-dire que le simple rapport &#224; soi (dans l'Etre) est express&#233;ment pos&#233; comme n&#233;gation du n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire comme auto-m&#233;diation immanente. Malheureusement, quand l'Absolu est d&#233;fini comme l'Essence, la n&#233;gativit&#233; que cela implique est souvent interpr&#233;t&#233;e comme signifiant seulement le retrait de tous les pr&#233;dicats d&#233;termin&#233;s. Cette action n&#233;gative de retrait ou d'abstraction tombe ainsi en dehors de l'Essence &#8211; qui est ainsi laiss&#233;e comme un simple r&#233;sultat en dehors de ses pr&#233;misses &#8211; le caput mortuum de l'abstraction. Mais comme cette n&#233;gativit&#233;, au lieu d'&#234;tre ext&#233;rieure &#224; l'Etre, est sa propre dialectique, la v&#233;rit&#233; de ce dernier, &#224; savoir l'Essence, sera l'Etre en tant que retir&#233; en lui-m&#234;me &#8211; l'Etre immanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion , ou lumi&#232;re projet&#233;e en elle-m&#234;me, constitue la distinction entre l'Essence et l'&#202;tre imm&#233;diat, et est la caract&#233;ristique particuli&#232;re de l'Essence elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute mention de l'Essence implique que nous la distinguons de l'Etre : celui-ci est imm&#233;diat et, compar&#233; &#224; l'Essence, nous le consid&#233;rons comme une simple apparence. Mais cette apparence n'est pas un n&#233;ant absolu ni un rien du tout, mais un Etre d&#233;pass&#233; et mis de c&#244;t&#233;. Le point de vue donn&#233; par l'Essence est, en g&#233;n&#233;ral, le point de vue de la &#171; R&#233;flexion &#187; . Ce mot &#171; Le terme &#171; r&#233;flexion &#187; s'applique &#224; l'origine au fait qu'un rayon lumineux qui frappe en ligne droite la surface d'un miroir est renvoy&#233; par celui-ci. Dans ce ph&#233;nom&#232;ne, nous avons deux choses : d'abord un fait imm&#233;diat qui est, et ensuite la phase d&#233;l&#233;gu&#233;e, d&#233;riv&#233;e ou transmise de ce fait. Quelque chose de ce genre se produit lorsque nous r&#233;fl&#233;chissons ou pensons &#224; un objet : car ici nous voulons conna&#238;tre l'objet, non pas dans son imm&#233;diatet&#233;, mais comme d&#233;riv&#233; ou m&#233;diatis&#233;.Le probl&#232;me ou le but de la philosophie est souvent repr&#233;sent&#233; comme la recherche de l'essence des choses : une expression qui signifie seulement que les choses, au lieu d'&#234;tre laiss&#233;es dans leur imm&#233;diatet&#233;, doivent &#234;tre montr&#233;es comme &#233;tant m&#233;diatis&#233;es par, ou fond&#233;es sur, quelque chose d'autre. L'&#234;tre imm&#233;diat des choses est ainsi con&#231;u sous l'image d'une &#233;corce ou d'un rideau derri&#232;re lequel l'Essence est cach&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout, dit-on, a une essence, c'est-&#224;-dire que les choses ne sont pas ce qu'elles se montrent imm&#233;diatement. Il y a bien plus &#224; faire que de passer d'une qualit&#233; &#224; une autre, et de passer du qualitatif au quantitatif, et vice versa : il y a une permanence dans les choses, et cette permanence est en premier lieu leur essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres significations et emplois de la cat&#233;gorie d'essence, nous pouvons remarquer que dans le verbe auxiliaire allemand sein (&#234;tre), le pass&#233; est exprim&#233; par le terme pour essence (wesen ) : nous d&#233;signons l'&#234;tre pass&#233; par gewesen . Cette anomalie de langage implique dans une certaine mesure une perception correcte de la relation entre l'&#234;tre et l'essence. Nous pouvons certainement consid&#233;rer l'essence comme l'&#234;tre pass&#233;, tout en nous rappelant cependant que le pass&#233; n'est pas enti&#232;rement ni&#233;, mais seulement mis de c&#244;t&#233; et donc en m&#234;me temps pr&#233;serv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dire que C&#233;sar &#233;tait en Gaule, c'est nier seulement l'imm&#233;diatet&#233; de l'&#233;v&#233;nement, mais pas son s&#233;jour en Gaule dans son ensemble. Ce s&#233;jour est pr&#233;cis&#233;ment ce qui constitue la port&#233;e de la proposition, dans laquelle il est cependant pr&#233;sent&#233; comme termin&#233; et disparu. Wesen dans la vie ordinaire ne signifie souvent qu'un ensemble ou un agr&#233;gat : Zeitungswesen (la presse), Postwesen (la poste), Steuerwesen (le revenu). Tout ce que ces termes signifient, c'est que les choses en question ne doivent pas &#234;tre prises individuellement, dans leur imm&#233;diatet&#233;, mais comme un complexe, et peut-&#234;tre aussi, en plus, dans leurs diverses port&#233;es. Cet usage du terme n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent dans ses implications du n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle aussi d'essences finies, comme l'homme. Mais le terme m&#234;me d'essence implique que nous avons fait un pas au-del&#224; de la finitude, et le titre appliqu&#233; &#224; l'homme est jusqu'ici inexact. On ajoute souvent qu'il y a une essence supr&#234;me (l'&#202;tre) : par l&#224; on entend Dieu. On peut faire deux remarques &#224; ce sujet. En premier lieu, l'expression &#171; il y a &#187; ne sugg&#232;re qu'un fini : par exemple, quand nous disons qu'il y a tant de plan&#232;tes, ou qu'il y a des plantes de telle constitution et des plantes de telle autre constitution, nous parlons alors de quelque chose qui a d'autres choses au-del&#224; et &#224; c&#244;t&#233; de lui. Mais Dieu, l'absolument infini, n'est pas quelque chose qui soit en dehors de Dieu et &#224; c&#244;t&#233; duquel il y ait d'autres essences. Tout ce qui est en dehors de Dieu, s'il est s&#233;par&#233; de lui, n'a aucune essentialit&#233; : dans son isolement, il devient une simple apparence, sans support ni essence propre. Mais, en second lieu, c'est une mauvaise fa&#231;on de parler que d'appeler Dieu l' essence supr&#234;me ou supr&#234;me. La cat&#233;gorie de quantit&#233; que l'expression emploie a sa place propre dans le cadre du fini. Quand nous appelons une montagne la plus haute de la terre, nous avons la vision d'autres hautes montagnes &#224; c&#244;t&#233; d'elle. Il en est de m&#234;me quand nous appelons quelqu'un le plus riche ou le plus savant de son pays. Mais Dieu, loin d'&#234;tre un Etre, m&#234;me le plus &#233;lev&#233;, est l' Etre. Cette d&#233;finition, bien qu'une telle repr&#233;sentation de Dieu soit une &#233;tape importante et n&#233;cessaire dans la croissance de la conscience religieuse, n'&#233;puise en aucune fa&#231;on la profondeur de l'id&#233;e chr&#233;tienne ordinaire de Dieu. Si nous consid&#233;rons Dieu comme l'Essence seulement, et rien de plus, nous ne le connaissons que comme la Puissance universelle et irr&#233;sistible, en d'autres termes, comme le Seigneur. Or, la crainte du Seigneur est sans doute le commencement, mais seulement le commencement, de la sagesse. Consid&#233;rer Dieu sous cet angle, comme le Seigneur, et le Seigneur seul, est particuli&#232;rement caract&#233;ristique du juda&#239;sme et aussi du mahom&#233;tisme. Le d&#233;faut de ces religions r&#233;side dans leur faible reconnaissance du fini, que ce soit en tant que choses naturelles ou en tant que phases finies de l'esprit, c'est le propre des religions pa&#239;ennes et (comme elles le sont aussi pour cette raison) polyth&#233;istes de maintenir intact. Une autre affirmation assez courante est que Dieu, en tant qu'&#202;tre supr&#234;me, ne peut &#234;tre connu. Telle est la position adopt&#233;e par les &#171; Lumi&#232;res &#187; modernes et l'entendement abstrait, qui se contentent de dire qu'il y a un &#234;tre supr&#234;me, et laissent l&#224; le sujet. Parler ainsi et consid&#233;rer Dieu simplement comme l'&#202;tre supr&#234;me de l'autre monde implique que nous regardions le monde qui nous est pr&#233;sent&#233; dans son imm&#233;diatet&#233; comme quelque chose de permanent et de positif, et que nous oublions que l'&#202;tre v&#233;ritable n'est que le d&#233;passement de tout ce qui est imm&#233;diat. Si Dieu est l'&#202;tre suprasensible abstrait, en dehors duquel se trouvent donc toute diff&#233;rence et tout caract&#232;re sp&#233;cifique, il n'est qu'un simple nom, un simple caput mortuum.de la compr&#233;hension abstraite. La v&#233;ritable connaissance de Dieu commence lorsque nous savons que les choses, telles qu'elles sont imm&#233;diatement, n'ont pas de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne d'autres sujets que Dieu, la cat&#233;gorie d'Essence est souvent sujette &#224; un usage abstrait, par lequel, dans l'&#233;tude d'une chose, son Essence est consid&#233;r&#233;e comme quelque chose qui n'est pas affect&#233; par son incarnation ph&#233;nom&#233;nale d&#233;finie et qui subsiste ind&#233;pendamment de celle-ci. Ainsi, nous disons, par exemple, des hommes que l'important n'est pas ce qu'ils font ou comment ils se comportent, mais ce qu'ils sont. Cela est exact, si cela signifie que la conduite d'un homme doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e, non pas dans son imm&#233;diatet&#233;, mais seulement telle qu'elle est expliqu&#233;e par son moi int&#233;rieur et comme une r&#233;v&#233;lation de ce moi int&#233;rieur. Il faut n&#233;anmoins se rappeler que le seul moyen par lequel l'Essence et le moi int&#233;rieur peuvent &#234;tre v&#233;rifi&#233;s est leur apparition dans la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure ; alors que l'appel que les hommes font &#224; la vie essentielle, en tant que distincte des faits mat&#233;riels de la conduite, est g&#233;n&#233;ralement motiv&#233; par le d&#233;sir d'affirmer leur propre subjectivit&#233; et d'&#233;chapper &#224; un jugement absolu et objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 113&lt;br class='autobr' /&gt;
Identit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auto-relation dans l'Essence est la forme de l'Identit&#233; ou de la r&#233;flexion en soi, qui a ici pris la place de l'imm&#233;diatet&#233; de l'&#202;tre. Elles sont toutes deux la m&#234;me abstraction : l'auto-relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inintelligence des sens, qui consiste &#224; prendre pour &#202;tre tout ce qui est limit&#233; et fini, se transforme en obstination de l'entendement, qui consid&#232;re le fini comme identique &#224; lui-m&#234;me , et non comme intrins&#232;quement contradictoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inessentiel&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 114&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233;, telle qu'elle descend de l'Etre, appara&#238;t d'abord charg&#233;e seulement des caract&#232;res de l'Etre et rapport&#233;e &#224; l'Etre comme &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur. Cet Etre ext&#233;rieur, pris s&#233;par&#233;ment de l'Etre v&#233;ritable (de l'Essence), est appel&#233; l' Inessentiel . Mais c'est une erreur. Parce que l'Essence est l'Etre-en-soi, elle n'est essentielle que dans la mesure o&#249; elle a en elle-m&#234;me son n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire sa r&#233;f&#233;rence &#224; un autre, ou sa m&#233;diation. Par cons&#233;quent, elle a l'Inessentiel comme son propre semblant (reflet) en elle-m&#234;me. Mais dans le semblant ou la m&#233;diation, il y a distinction : et puisque ce qui est distingu&#233; (en tant que distingu&#233; de l'identit&#233; d'o&#249; il surgit et dans laquelle il n'est pas, ou r&#233;side en tant qu'apparent) re&#231;oit lui-m&#234;me la forme de l'identit&#233;, l' apparence n'est pas encore sur le mode de l'Etre, ou de l'imm&#233;diatet&#233; &#224; soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sph&#232;re de l'Essence se r&#233;v&#232;le ainsi &#234;tre une combinaison encore imparfaite d'imm&#233;diatet&#233; et de m&#233;diation. En elle, chaque terme est express&#233;ment investi du caract&#232;re d'auto-relation, alors qu'en m&#234;me temps on est contraint de le d&#233;passer. Elle a l'Etre - l'Etre r&#233;fl&#233;chi, un &#234;tre dans lequel un autre appara&#238;t et qui appara&#238;t dans un autre. C'est donc aussi la sph&#232;re dans laquelle la contradiction , encore implicite dans la sph&#232;re de l'Etre, s'explicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cette notion unique est le principe commun qui sous-tend toute la logique, on retrouve dans le d&#233;veloppement de l'Essence les m&#234;mes attributs ou termes que dans le d&#233;veloppement de l'Etre, mais sous une forme r&#233;flexive. Au lieu de l'Etre et du N&#233;ant, nous avons maintenant les formes du Positif et du N&#233;gatif ; le premier d'abord comme Identit&#233; correspondant &#224; l'Etre pur et sans contraste, le second se d&#233;veloppant (se manifestant en lui-m&#234;me) comme Diff&#233;rence . De m&#234;me, nous avons l'Etre repr&#233;sent&#233; par le Fondement de l'Etre d&#233;termin&#233; : qui se manifeste, lorsqu'il est r&#233;fl&#233;chi sur le Fondement, comme Existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'essence est la branche la plus difficile de la logique. Elle comprend les cat&#233;gories de la m&#233;taphysique et des sciences en g&#233;n&#233;ral. Ce sont les produits de l'entendement r&#233;fl&#233;chi qui, tout en admettant que les diff&#233;rences ont un fondement propre et en affirmant express&#233;ment en m&#234;me temps leur relativit&#233; , combine n&#233;anmoins les deux &#233;nonc&#233;s, c&#244;te &#224; c&#244;te ou l'un apr&#232;s l'autre, par un &#171; aussi &#187;, sans r&#233;unir ces pens&#233;es en une seule, ni les unifier dans la notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du&lt;br class='autobr' /&gt;
terrain de r&#233;flexion &#8211; L'existence &#8211; La chose&lt;br class='autobr' /&gt;
A. L'ESSENCE COMME BASE DE L'EXISTENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) Le principe pur ou les cat&#233;gories de la r&#233;flexion&lt;br class='autobr' /&gt;
[a] Identit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 115&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Essence s'illumine en elle-m&#234;me ou n'est qu'un simple reflet : elle n'est donc qu'une relation &#224; soi, non pas comme imm&#233;diate mais comme r&#233;fl&#233;chie. Et cette relation r&#233;flexe est l'identit&#233; &#224; soi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233; devient une identit&#233; de forme seulement, ou de l'entendement, si on la tient fermement et fermement &#224; l'&#233;cart de la diff&#233;rence. Ou plut&#244;t, l'abstraction est l'imposition de cette identit&#233; de forme , la transformation de quelque chose d'intrins&#232;quement concret en cette forme de simplicit&#233; &#233;l&#233;mentaire. Et cela peut se faire de deux mani&#232;res. Ou bien on peut n&#233;gliger une partie des multiples traits qui se trouvent dans la chose concr&#232;te (par ce qu'on appelle l'analyse ) et n'en choisir qu'un seul ; ou bien, n&#233;gligeant leur vari&#233;t&#233;, on peut concentrer le caract&#232;re multiple en un seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous associons l'Identit&#233; &#224; l' Absolu , en faisant de l'Absolu le sujet d'une proposition, nous obtenons : L'Absolu est ce qui est identique &#224; lui-m&#234;me. Aussi vraie que soit cette proposition, il est douteux qu'elle soit entendue dans sa v&#233;rit&#233; : et c'est pourquoi elle est au moins imparfaite dans l'expression. Car on ne sait pas si elle signifie l'Identit&#233; abstraite de l'entendement - abstraite, c'est-&#224;-dire parce qu'elle est en contraste avec les autres caract&#233;ristiques de l'Essence - ou l'Identit&#233; qui est intrins&#232;quement concr&#232;te . Dans ce dernier cas, comme on le verra, la v&#233;ritable identit&#233; se d&#233;couvre d'abord dans le Fondement, et, avec une v&#233;rit&#233; plus &#233;lev&#233;e, dans la Notion. M&#234;me le mot Absolu est souvent utilis&#233; pour signifier plus qu'abstrait. L'espace absolu et le temps absolu, par exemple, sont une autre fa&#231;on de dire l'espace abstrait et le temps abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend les principes de l'Essence comme principes essentiels de la pens&#233;e, ils deviennent des pr&#233;dicats d'un sujet pr&#233;suppos&#233; qui, parce qu'ils sont essentiels, est &#171; tout &#187;. Les propositions qui en r&#233;sultent ont &#233;t&#233; formul&#233;es comme des lois universelles de la pens&#233;e. Ainsi la premi&#232;re d'entre elles, la maxime d'Identit&#233;, se lit : Tout est identique &#224; soi-m&#234;me, A = A ; et n&#233;gativement, A ne peut &#234;tre en m&#234;me temps A et Non-A . Cette maxime, au lieu d'&#234;tre une v&#233;ritable loi de la pens&#233;e, n'est rien d'autre que la loi de l'entendement abstrait. La forme propositionnelle elle-m&#234;me la contredit : car une proposition promet toujours une distinction entre sujet et pr&#233;dicat, tandis que la proposition actuelle ne remplit pas ce que sa forme exige. Mais la loi est particuli&#232;rement &#233;cart&#233;e par les lois suivantes, dites lois de la pens&#233;e , qui font des lois de son contraire. On affirme que la maxime d'Identit&#233;, bien qu'elle ne puisse &#234;tre prouv&#233;e, r&#232;gle la marche de toute conscience, et que l'exp&#233;rience montre qu'elle est accept&#233;e d&#232;s que ses termes sont saisis. &#192; cette pr&#233;tendue exp&#233;rience des livres de logique peut s'opposer l'exp&#233;rience universelle qu'aucun esprit ne pense, ne forme de conceptions, ne parle conform&#233;ment &#224; cette loi, et qu'aucune existence, de quelque nature que ce soit, ne s'y conforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;nonc&#233;s du genre de cette pr&#233;tendue loi (une plan&#232;te est une plan&#232;te, le magn&#233;tisme est le magn&#233;tisme, l'esprit est l'esprit) sont, &#224; juste titre, r&#233;put&#233;s absurdes. C'est certainement une question d'exp&#233;rience g&#233;n&#233;rale. La logique qui propose s&#233;rieusement de telles lois et le monde scolastique dans lequel elles sont seules valables ont depuis longtemps &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;s par le bon sens pratique aussi bien que par la philosophie de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; est d'abord la r&#233;p&#233;tition de ce que nous avions auparavant comme Etre, mais comme devenu , par d&#233;passement de son caract&#232;re d'imm&#233;diatet&#233;. C'est donc l'Etre comme Id&#233;alit&#233;. Il importe de bien comprendre le vrai sens de l'Identit&#233; ; et, pour cela, il faut surtout se garder de la prendre pour une identit&#233; abstraite, &#224; l'exclusion de toute Diff&#233;rence. C'est la pierre de touche qui distingue toute mauvaise philosophie de ce qui m&#233;rite seul le nom de philosophie. L'identit&#233; dans sa v&#233;rit&#233;, comme Id&#233;alit&#233; de ce qui est imm&#233;diatement, est une cat&#233;gorie &#233;lev&#233;e pour nos modes d'esprit religieux aussi bien que pour toutes les autres formes de pens&#233;e et d'activit&#233; mentale. La vraie connaissance de Dieu, pourrait-on dire, commence lorsque nous le connaissons comme identit&#233; - comme identit&#233; absolue. Conna&#238;tre tant de choses, c'est voir toute la puissance et toute la gloire du monde s'effondrer en pr&#233;sence de Dieu, et subsister seulement comme le reflet de sa puissance et de sa gloire. De m&#234;me, l'identit&#233;, en tant que conscience de soi, est ce qui distingue l'homme de la nature, et particuli&#232;rement des animaux qui ne parviennent jamais &#224; se comprendre eux-m&#234;mes comme &#171; moi &#187;, c'est-&#224;-dire comme une unit&#233; pure et autonome. De m&#234;me, en ce qui concerne la pens&#233;e, il ne faut pas confondre la v&#233;ritable identit&#233;, qui contient l'&#234;tre et ses caract&#233;ristiques id&#233;alement transfigur&#233;es en elle, avec une identit&#233; abstraite, une identit&#233; de forme nue. Toutes les accusations d'&#233;troitesse, de duret&#233;, d'absurdit&#233;, que l'on adresse si souvent &#224; la pens&#233;e du point de vue du sentiment et de la perception imm&#233;diate, reposent sur la supposition perverse que la pens&#233;e n'agit que comme une facult&#233; d'identification abstraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique formelle elle-m&#234;me confirme cette hypoth&#232;se en &#233;non&#231;ant la loi supr&#234;me de la pens&#233;e (appel&#233;e ainsi) dont nous avons parl&#233; plus haut. Si la pens&#233;e n'&#233;tait rien de plus qu'une identit&#233; abstraite, nous ne pourrions que reconna&#238;tre qu'elle est une entreprise des plus futiles et des plus fastidieuses. Sans doute la notion, et l'id&#233;e aussi, sont identiques &#224; elles-m&#234;mes : mais identiques seulement dans la mesure o&#249; elles impliquent en m&#234;me temps une distinction.&lt;br class='autobr' /&gt;
[b] Diff&#233;rence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 116&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence n'est qu'identit&#233; et reflet en elle-m&#234;me, seulement en tant qu'elle est n&#233;gativit&#233; en rapport avec elle-m&#234;me, et par l&#224; m&#234;me r&#233;pulsion envers elle-m&#234;me. Elle contient donc essentiellement la caract&#233;ristique de la diff&#233;rence .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autre-&#234;tre n'est plus ici qualitatif, prenant la forme du caract&#232;re ou de la limite. Il est d&#233;sormais dans l'essence, dans l'essence auto-relativiste, et donc la n&#233;gation est en m&#234;me temps une relation &#8211; est, en bref, Distinction, Relativit&#233;, M&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demander &#171; comment l'identit&#233; devient-elle diff&#233;rente &#187; suppose que l'identit&#233;, en tant que simple identit&#233; abstraite, est quelque chose d'elle-m&#234;me, et la diff&#233;rence quelque chose d'autre, &#233;galement ind&#233;pendant. Cette supposition rend impossible la r&#233;ponse &#224; cette question. Si l'on consid&#232;re l'identit&#233; comme diff&#233;rente de la diff&#233;rence, on n'a alors que diff&#233;rence ; et par cons&#233;quent, on ne peut pas d&#233;montrer le progr&#232;s vers la diff&#233;rence, car celui qui demande le comment du progr&#232;s implique par l&#224; que pour lui le point de d&#233;part n'existe pas. La question pos&#233;e alors n'a &#233;videmment aucun sens, et celui qui la pose peut se voir demander ce qu'il entend par identit&#233; ; on verrait alors qu'il n'y attache aucune id&#233;e du tout, et que l'identit&#233; est pour lui un nom vide. Comme nous l'avons vu, l'identit&#233; est d'ailleurs indubitablement une n&#233;gation, non pas un n&#233;ant abstrait et vide, mais la n&#233;gation de l'&#234;tre et de ses caract&#233;ristiques. De ce fait, l'identit&#233; est en m&#234;me temps un rapport &#224; soi-m&#234;me, et qui plus est un rapport &#224; soi-m&#234;me n&#233;gatif ; en d'autres termes, elle &#233;tablit une distinction entre elle et elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diversit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence est d'abord (1) une diff&#233;rence imm&#233;diate, c'est-&#224;-dire la diversit&#233; ou la vari&#233;t&#233;. Dans la diversit&#233;, les diff&#233;rentes choses sont chacune individuellement ce qu'elles sont, et ne sont pas affect&#233;es par la relation dans laquelle elles se trouvent les unes par rapport aux autres. Cette relation leur est donc ext&#233;rieure. En cons&#233;quence, les diverses choses &#233;tant ainsi indiff&#233;rentes &#224; la diff&#233;rence qui existe entre elles, elle tombe en dehors d'elles dans une troisi&#232;me chose, l'agent de la comparaison. Cette diff&#233;rence ext&#233;rieure, en tant qu'identit&#233; des objets en rapport, est la ressemblance ; en tant que non-identit&#233; de ces objets, elle est la dissemblance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart que l'entendement permet de s&#233;parer ces caract&#233;ristiques est si grand que, bien que la comparaison ait un seul et m&#234;me substrat pour la ressemblance et la dissemblance, qui sont expliqu&#233;es comme &#233;tant des aspects et des points de vue diff&#233;rents en elle, la ressemblance en elle-m&#234;me est le premier des &#233;l&#233;ments seuls, &#224; savoir l'identit&#233;, et la dissemblance en elle-m&#234;me est la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233;, comme l'identit&#233;, s'est transform&#233;e en maxime : &#171; Tout est divers ou diff&#233;rent &#187; ou &#171; Il n'y a pas deux choses compl&#232;tement semblables l'une &#224; l'autre &#187;. Ici, tout est plac&#233; sous un pr&#233;dicat, qui est l'inverse de l'identit&#233; qui lui est attribu&#233;e dans la premi&#232;re maxime : et donc sous une loi qui contredit la premi&#232;re. Il y a cependant une explication. Comme la diversit&#233; est suppos&#233;e due uniquement &#224; des circonstances ext&#233;rieures, toute chose prise en soi est cens&#233;e et comprise comme &#233;tant toujours identique &#224; elle-m&#234;me, de sorte que la seconde loi n'a pas besoin d'interf&#233;rer avec la premi&#232;re. Mais, dans ce cas, la vari&#233;t&#233; n'appartient pas &#224; la chose ou au tout en question : elle ne constitue aucune caract&#233;ristique intrins&#232;que du sujet : et la seconde maxime, sous cette apparence, ne peut pas du tout &#234;tre &#233;nonc&#233;e. Si, au contraire, la chose elle-m&#234;me est, comme le dit la maxime, diverse, elle doit l'&#234;tre en vertu de son caract&#232;re propre : mais dans ce cas, c'est la diff&#233;rence sp&#233;cifique, et non la vari&#233;t&#233; en tant que telle, qui est vis&#233;e. Et c'est le sens de la maxime de Leibniz .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'intelligence se met &#224; &#233;tudier l'identit&#233;, elle l'a d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e et elle ne consid&#232;re la diff&#233;rence que sous la forme de la simple vari&#233;t&#233;. Si nous suivons la loi dite de l'identit&#233; et disons : la mer est la mer, l'air est l'air, la lune est la lune, ces objets ne se rapportent pas les uns aux autres. Ce n'est donc pas l'identit&#233; qui est en jeu, mais la diff&#233;rence. Mais nous ne nous arr&#234;tons pas l&#224;, nous ne consid&#233;rons pas les choses simplement comme diff&#233;rentes. Nous les comparons les unes aux autres et d&#233;couvrons alors les traits de ressemblance et de dissemblance. Le travail des sciences finies consiste en grande partie dans l'application de ces cat&#233;gories, et l'expression &#171; traitement scientifique &#187; ne signifie g&#233;n&#233;ralement rien de plus que la m&#233;thode qui a pour but la comparaison des objets examin&#233;s. Cette m&#233;thode a sans aucun doute conduit &#224; des r&#233;sultats importants ; nous pouvons notamment mentionner les grands progr&#232;s des temps modernes dans le domaine de l'anatomie compar&#233;e et de la linguistique compar&#233;e. Mais il serait exag&#233;r&#233; de supposer que la m&#233;thode comparative puisse &#234;tre utilis&#233;e avec le m&#234;me succ&#232;s dans toutes les branches de la connaissance. Et il faut le souligner, la simple comparaison ne saurait jamais satisfaire en d&#233;finitive aux exigences de la science. Ses r&#233;sultats sont certes indispensables, mais ils ne constituent encore que des pr&#233;liminaires &#224; une connaissance v&#233;ritablement intelligente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la fonction de la comparaison est de r&#233;duire les diff&#233;rences existantes &#224; l'identit&#233;, la science qui remplit le mieux ce but est la math&#233;matique. La raison en est que la diff&#233;rence quantitative n'est que la diff&#233;rence tout &#224; fait ext&#233;rieure. Ainsi, en g&#233;om&#233;trie, un triangle et un quadrilat&#232;re, figures qualitativement diff&#233;rentes, voient cette diff&#233;rence qualitative s'effacer par abstraction et sont &#233;galis&#233;es l'une &#224; l'autre en grandeur. Il r&#233;sulte de ce qui a &#233;t&#233; dit pr&#233;c&#233;demment sur la simple identit&#233; de l'entendement que, comme on l'a &#233;galement fait remarquer (p. 99), ni la philosophie ni les sciences empiriques n'ont &#224; envier cette sup&#233;riorit&#233; des math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On raconte que lorsque Leibniz exposait la maxime de la vari&#233;t&#233; , les cavaliers et les dames de la cour, se promenant dans le jardin, s'efforc&#232;rent de d&#233;couvrir deux feuilles indiscernables l'une de l'autre, afin de r&#233;futer la loi &#233;nonc&#233;e par le philosophe. Leur artifice &#233;tait sans conteste une m&#233;thode commode pour traiter de la m&#233;taphysique, et qui n'a pas cess&#233; d'&#234;tre &#224; la mode. N&#233;anmoins, en ce qui concerne le principe de Leibniz, il faut entendre par diff&#233;rence non pas seulement une diversit&#233; ext&#233;rieure et indiff&#233;rente, mais une diff&#233;rence essentielle. La nature m&#234;me des choses implique donc qu'elles doivent &#234;tre diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ressemblance et dissemblance&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 118&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ressemblance n'est qu'une identit&#233; de choses qui ne sont pas identiques, qui ne sont pas identiques entre elles ; et la dissemblance est une relation de choses semblables. Les deux ne se trouvent donc pas sur des aspects ou des points de vue diff&#233;rents de la chose, sans aucune affinit&#233; mutuelle, mais l'une jette la lumi&#232;re sur l'autre. La vari&#233;t&#233; devient ainsi une diff&#233;rence r&#233;flexive ou une diff&#233;rence (distinction) implicite et essentielle, une diff&#233;rence d&#233;termin&#233;e ou sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rence et identit&#233; dans les sciences naturelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les choses simplement diff&#233;rentes se montrent indiff&#233;rentes l'une &#224; l'autre, la ressemblance et la dissemblance, au contraire, sont deux caract&#232;res qui sont en relation compl&#232;tement r&#233;ciproque. Ce passage de la simple vari&#233;t&#233; &#224; l'opposition se manifeste dans nos actes de pens&#233;e ordinaires lorsque nous admettons que la comparaison n'a de sens que dans l'hypoth&#232;se d'une diff&#233;rence existante, et que, d'autre part, nous ne pouvons distinguer que dans l'hypoth&#232;se d'une similitude existante. Par cons&#233;quent, si le probl&#232;me est de d&#233;couvrir une diff&#233;rence, nous n'attribuons pas une grande habilet&#233; &#224; l'homme qui ne distingue que les objets dont la diff&#233;rence est palpable, par exemple une plume et un chameau ; et de m&#234;me, cela n'implique pas une facult&#233; de comparaison tr&#232;s avanc&#233;e lorsque les objets compar&#233;s, par exemple un h&#234;tre et un ch&#234;ne, un temple et une &#233;glise, sont proches parents. En bref, dans le cas de diff&#233;rence, nous aimons voir l'identit&#233;, et dans le cas d'identit&#233;, nous aimons voir la diff&#233;rence. Dans le domaine des sciences empiriques, cependant, l'une de ces deux cat&#233;gories est souvent admise &#224; faire dispara&#238;tre l'autre de la vue et de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me scientifique consiste tant&#244;t &#224; r&#233;duire &#224; l'identit&#233; les diff&#233;rences existantes, tant&#244;t &#224; d&#233;couvrir de nouvelles diff&#233;rences, avec la m&#234;me partialit&#233;. C'est ce que nous voyons surtout dans la science physique. Le probl&#232;me consiste, d'abord, &#224; rechercher sans cesse de nouveaux &#171; &#233;l&#233;ments &#187;, de nouvelles forces, de nouveaux genres et de nouvelles esp&#232;ces. Ou bien, dans une autre direction, &#224; d&#233;montrer que tous les corps jusqu'ici consid&#233;r&#233;s comme simples sont compos&#233;s : et les physiciens et les chimistes modernes sourient des anciens qui se contentaient de quatre &#233;l&#233;ments, et ceux-ci n'&#233;taient pas simples. D'autre part, et d'un autre c&#244;t&#233;, la question principale est celle de l'identit&#233; pure et simple. Ainsi, l'&#233;lectricit&#233; et l'affinit&#233; chimique sont consid&#233;r&#233;es comme une seule et m&#234;me chose, et m&#234;me les processus organiques de digestion et d'assimilation sont consid&#233;r&#233;s comme une simple op&#233;ration chimique. La philosophie moderne a souvent &#233;t&#233; surnomm&#233;e la philosophie de l'identit&#233; . Mais, comme on l'a d&#233;j&#224; remarqu&#233; (p. 103, note), c'est pr&#233;cis&#233;ment la philosophie, et en particulier la logique sp&#233;culative, qui met &#224; nu le n&#233;ant de l'identit&#233; abstraite, indiff&#233;renci&#233;e, connue de l'entendement : bien qu'elle exhorte aussi sans aucun doute ses disciples &#224; ne pas s'en tenir &#224; la simple diversit&#233;, mais &#224; rechercher l'int&#233;rieur de toute existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence implicite est la diff&#233;rence essentielle, le positif et le n&#233;gatif : et cela se passe ainsi. Le positif est l'identique rapport &#224; soi-m&#234;me de telle mani&#232;re qu'il n'est pas le n&#233;gatif, et le n&#233;gatif est le diff&#233;rent par lui-m&#234;me de telle mani&#232;re qu'il n'est pas le positif. Ainsi l'un a une existence propre dans la mesure o&#249; il n'est pas l'autre. L'un se rend visible dans l'autre et n'est qu'autant que cet autre est. La diff&#233;rence essentielle est donc l'opposition , selon laquelle le diff&#233;rent n'est confront&#233; &#224; aucun autre, mais &#224; son autre. C'est-&#224;-dire que l'un et l'autre (positif et n&#233;gatif) ne sont marqu&#233;s d'une caract&#233;ristique propre que dans leur rapport &#224; l'autre : l'un ne se refl&#232;te en lui-m&#234;me que comme il se refl&#232;te dans l'autre. Et ainsi de l'autre. L'un et l'autre sont ainsi l'autre propre de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence implicite ou essentielle donne la maxime : &#171; Tout est essentiellement distinct &#187; ; ou, comme on l'a dit aussi : &#171; De deux pr&#233;dicats oppos&#233;s, un seul peut &#234;tre assign&#233; &#224; quelque chose, et il n'y en a pas de troisi&#232;me possible &#187;. Cette maxime du contraste ou de l'opposition contredit de la mani&#232;re la plus expresse la maxime de l'identit&#233; : l'une dit qu'une chose ne doit &#234;tre qu'une relation &#224; elle-m&#234;me, l'autre dit qu'elle doit &#234;tre un oppos&#233;, une relation &#224; son autre. L'inintelligence native de l'abstraction se trahit en mettant en regard deux maximes contraires comme celles-ci, comme des lois, sans m&#234;me les comparer. La maxime du tiers exclu est la maxime de l'entendement d&#233;fini, qui voudrait &#233;viter la contradiction, mais qui, ce faisant, y tombe. A doit &#234;tre ou +A ou -A, dit-elle. Elle d&#233;clare virtuellement dans ces mots un troisi&#232;me A qui n'est ni + ni -, et qui en m&#234;me temps est pourtant investi des caract&#232;res + et -.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si + W signifie 6 milles &#224; l'ouest et -W signifie 6 milles &#224; l'est, et si + et - s'annulent, les 6 milles de chemin ou d'espace restent ce qu'ils &#233;taient avec et sans le contraste. M&#234;me le simple plus et le moins du nombre ou de la direction abstraite ont, si l'on veut, z&#233;ro pour troisi&#232;me : mais il ne faut pas nier que le contraste vide que l'entendement institue entre le plus et le moins n'est pas sans valeur dans des abstractions telles que le nombre, la direction, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la doctrine des concepts contradictoires, une notion est, par exemple, bleue (car dans cette doctrine, m&#234;me l'image sensible g&#233;n&#233;ralis&#233;e d'une couleur est appel&#233;e notion) et l'autre non bleue. Cette autre ne serait alors pas une affirmative, par exemple jaune, mais serait simplement maintenue au niveau du n&#233;gatif abstrait. Que le n&#233;gatif dans sa propre nature soit tout autant positif (voir le &#167; suivant) est impliqu&#233; dans le fait de dire que ce qui est oppos&#233; &#224; un autre est son autre. L'inanit&#233; de l'opposition entre ce que l'on appelle des notions contradictoires est pleinement d&#233;montr&#233;e dans ce que nous pouvons appeler la formule grandiose d'une loi g&#233;n&#233;rale, selon laquelle tout a l'un et non l'autre de tous les pr&#233;dicats qui sont en telle opposition. De cette fa&#231;on, l'esprit est ou blanc ou non blanc, jaune ou non jaune, etc., &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a oubli&#233; que l'Identit&#233; et l'Opposition sont elles-m&#234;mes oppos&#233;es, et la maxime d' Opposition a m&#234;me &#233;t&#233; prise pour celle d'Identit&#233;, sous la forme du principe de Contradiction . Une notion qui ne poss&#232;de ni l'une ni l'autre de deux caract&#233;ristiques mutuellement contradictoires, par exemple un cercle quadrangulaire, est tenue pour logiquement fausse. Or, bien qu'un cercle &#224; angles multiples et un arc rectiligne ne contredisent pas moins cette maxime, les g&#233;om&#232;tres n'h&#233;sitent jamais &#224; traiter le cercle comme un polygone &#224; c&#244;t&#233;s rectilignes. Mais tout ce qui ressemble &#224; un cercle (c'est-&#224;-dire son simple caract&#232;re ou sa d&#233;finition nominale) n'est toujours pas une notion. Dans la notion de cercle, le centre et la circonf&#233;rence sont &#233;galement essentiels ; les deux caract&#233;ristiques lui appartiennent ; et pourtant le centre et la circonf&#233;rence sont oppos&#233;s et contradictoires l'un &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de polarit&#233;, si dominante en physique, contient implicitement la d&#233;finition la plus correcte de l'opposition. Mais la physique, dans sa th&#233;orie des lois de la pens&#233;e, adh&#232;re &#224; la logique ordinaire ; elle pourrait donc bien &#234;tre horrifi&#233;e si jamais elle devait &#233;laborer la notion de polarit&#233; et parvenir aux pens&#233;es qu'elle implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Avec le positif, nous revenons &#224; l'identit&#233;, mais dans sa v&#233;rit&#233; sup&#233;rieure en tant qu'auto-relation identique, et en m&#234;me temps avec la remarque qu'elle n'est pas le n&#233;gatif. Le n&#233;gatif en soi est le m&#234;me que la diff&#233;rence elle-m&#234;me. L'identique en tant que tel est avant tout ce qui n'est pas encore caract&#233;ris&#233; : le positif, au contraire, est ce qui est identique &#224; soi-m&#234;me , mais avec la marque de l'antith&#232;se &#224; un autre. Et le n&#233;gatif est la diff&#233;rence en tant que telle, caract&#233;ris&#233;e comme n'&#233;tant pas l'identit&#233;. C'est la diff&#233;rence de la diff&#233;rence en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le positif et le n&#233;gatif sont cens&#233;s exprimer une diff&#233;rence absolue. Mais les deux sont au fond les m&#234;mes : le nom de l'un pourrait &#234;tre transf&#233;r&#233; &#224; l'autre. Ainsi, par exemple, les dettes et les actifs ne sont pas deux esp&#232;ces particuli&#232;res de biens auto-subsistants. Ce qui est n&#233;gatif pour le d&#233;biteur est positif pour le cr&#233;ancier. Un chemin vers l'est est aussi un chemin vers l'ouest. Le positif et le n&#233;gatif sont donc intrins&#232;quement conditionn&#233;s l'un par l'autre et ne sont que l'un par rapport &#224; l'autre. Le p&#244;le nord de l'aimant ne peut &#234;tre sans le p&#244;le sud, et vice versa. Si nous coupons un aimant en deux, nous n'avons pas un p&#244;le nord dans un morceau et un p&#244;le sud dans l'autre. De m&#234;me, en &#233;lectricit&#233;, le positif et le n&#233;gatif ne sont pas deux fluides divers et ind&#233;pendants. Dans l'opposition, le diff&#233;rent n'est pas confront&#233; &#224; un autre, mais &#224; son autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rons g&#233;n&#233;ralement les choses comme ind&#233;pendantes les unes des autres. Ainsi disons-nous : je suis un homme, et autour de moi il y a de l'air, de l'eau, des animaux et toutes sortes de choses. Tout est ainsi mis en dehors de tout autre chose. Mais le but de la philosophie est de bannir l'indiff&#233;rence et de constater la n&#233;cessit&#233; des choses. Par l&#224;, on voit l'autre se dresser contre l' autre. Ainsi, par exemple, la nature inorganique ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e simplement comme autre chose que la nature organique, mais comme son contraire n&#233;cessaire. Les deux sont en rapport essentiel l'une avec l'autre, et l'une des deux n'est qu'autant qu'elle exclut l'autre de la nature et se rapporte ainsi &#224; elle. De m&#234;me, la nature n'est pas sans esprit, ni l'esprit sans nature. Un pas important est franchi lorsque nous cessons de dire en pensant : bien entendu, il est aussi possible qu'il y ait autre chose. Pendant que nous parlons, nous sommes encore entach&#233;s de contingence : et toute vraie pens&#233;e, nous l'avons d&#233;j&#224; dit, est une pens&#233;e de la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la physique moderne, l'opposition, observ&#233;e pour la premi&#232;re fois dans le magn&#233;tisme sous la forme de polarit&#233;, est aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme une loi universelle qui s'&#233;tend &#224; toute la nature. Ce serait un v&#233;ritable progr&#232;s scientifique si l'on prenait soin en m&#234;me temps de ne pas laisser la simple vari&#233;t&#233; devenir sans explication une cat&#233;gorie valable, &#224; c&#244;t&#233; de l'opposition. Ainsi, tant&#244;t les couleurs sont consid&#233;r&#233;es comme &#233;tant en opposition polaire les unes avec les autres, et appel&#233;es couleurs compl&#233;mentaires ; tant&#244;t elles sont consid&#233;r&#233;es dans leur diff&#233;rence indiff&#233;rente et purement quantitative de rouge, jaune, vert, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Au lieu de parler selon la maxime du &#171; tiers exclu &#187; (qui est la maxime de l'entendement abstrait), nous devrions plut&#244;t dire : tout est oppos&#233;. Ni dans le ciel ni sur la terre, ni dans le monde de l'esprit ni dans celui de la nature, il n'existe nulle part un &#171; ou bien &#187; aussi abstrait que celui que soutient l'entendement. Tout ce qui existe est concret, avec en lui-m&#234;me une diff&#233;rence et une opposition. La finitude des choses r&#233;sidera alors dans le manque de correspondance entre leur &#234;tre imm&#233;diat et ce qu'elles sont essentiellement. Ainsi, dans la nature inorganique, l'acide est implicitement en m&#234;me temps la base : en d'autres termes, son seul &#234;tre consiste dans sa relation &#224; son autre. Par cons&#233;quent, l'acide n'est pas non plus quelque chose qui persiste tranquillement dans le contraste : il s'efforce toujours de r&#233;aliser ce qu'il est en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction est le principe moteur m&#234;me du monde : et il est ridicule de dire que la contradiction est impensable. La seule chose correcte dans cette affirmation est que la contradiction n'est pas la fin de l'affaire, mais s'annule elle-m&#234;me. Mais la contradiction, une fois annul&#233;e, ne laisse pas subsister l'identit&#233; abstraite ; car celle-ci n'est elle-m&#234;me qu'un c&#244;t&#233; de la contrari&#233;t&#233;. Le r&#233;sultat imm&#233;diat de l'opposition (lorsqu'elle est r&#233;alis&#233;e comme contradiction) est le Fondement, qui contient l'identit&#233; aussi bien que la diff&#233;rence remplac&#233;e et d&#233;pos&#233;e en &#233;l&#233;ments dans la notion plus compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 120&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction a donc deux formes. Le positif est le diff&#233;rent, qui est entendu comme ind&#233;pendant, et qui pourtant n'est pas indiff&#233;rent &#224; son rapport &#224; l'autre. Le n&#233;gatif doit &#234;tre, non moins ind&#233;pendamment, n&#233;gatif, se rapportant &#224; lui-m&#234;me, subsistant &#224; lui-m&#234;me, et pourtant, en m&#234;me temps que n&#233;gatif, il doit avoir en tout point son rapport &#224; lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire son positif, seulement dans l'autre. Le positif et le n&#233;gatif sont donc tous deux une contradiction explicite ; tous deux sont en puissance le m&#234;me. Tous deux le sont aussi en r&#233;alit&#233;, car l'un est l'abrogation de l'autre et de lui-m&#234;me. Ainsi ils tombent &#224; terre . Ou bien, comme on le voit, la diff&#233;rence essentielle, en tant que diff&#233;rence, n'est que la diff&#233;rence de lui par rapport &#224; lui-m&#234;me, et contient ainsi l'identique : de sorte que la diff&#233;rence essentielle et actuelle comprend aussi bien l'identit&#233; que l'&#234;tre lui-m&#234;me. En tant que diff&#233;rence se rapportant &#224; lui-m&#234;me, elle est &#233;galement virtuellement &#233;nonc&#233;e comme l' identique &#224; soi-m&#234;me . Et l'oppos&#233; est en g&#233;n&#233;ral ce qui comprend l'un et son autre, lui-m&#234;me et son contraire. L'immanence de l'essence ainsi d&#233;finie est le Fond.&lt;br class='autobr' /&gt;
[c] Le sol&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 121&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fondement est l' unit&#233; de l'identit&#233; et de la diff&#233;rence, la v&#233;rit&#233; de ce que la diff&#233;rence et l'identit&#233; ont fini par &#234;tre &#8211; la r&#233;flexion sur soi, qui est &#233;galement une r&#233;flexion sur l'autre, et vice-versa. C'est l'essence exprim&#233;e explicitement comme une totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maxime du Fond est la suivante : &#171; Chaque chose a son Fond suffisant &#187;, c'est-&#224;-dire que la v&#233;ritable essentialit&#233; d'une chose n'est pas de la pr&#233;dire comme identique &#224; elle-m&#234;me, ou comme diff&#233;rente (diverse), ou simplement positive, ou simplement n&#233;gative, mais comme ayant son &#234;tre dans un autre, qui, &#233;tant le m&#234;me &#224; lui-m&#234;me, est son essence. Et dans cette mesure, l'essence n'est pas une r&#233;flexion abstraite sur soi, mais sur un autre. Le Fond est l'essence dans sa propre int&#233;riorit&#233; ; l'essence est intrins&#232;quement un Fond ; et elle n'est un Fond que lorsqu'elle est le Fond de quelque chose, d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se garder, quand on dit que le fondement est l'unit&#233; de l'identit&#233; et de la diff&#233;rence, d'entendre par cette unit&#233; une identit&#233; abstraite. Autrement, on ne ferait que changer le nom, tout en continuant &#224; croire que l'identit&#233; (de l'entendement) d&#233;j&#224; vue est fausse. Pour &#233;viter cette m&#233;prise, on peut dire que le fondement, outre qu'il est l'unit&#233;, est aussi la diff&#233;rence de l'identit&#233; et de la diff&#233;rence. Dans ce cas, dans le fondement qui promettait d'abord de remplacer la contradiction, une nouvelle contradiction semble surgir. C'est pourtant une contradiction qui, loin de persister tranquillement en elle-m&#234;me, en est plut&#244;t l'expulsion hors d'elle-m&#234;me. Le fondement n'est fondement que dans la mesure o&#249; il fournit un fondement ; mais le r&#233;sultat qui en r&#233;sulte ainsi n'est que lui-m&#234;me. C'est l&#224; son formalisme. Le fondement et ce qui est fond&#233; sont un seul et m&#234;me contenu : la diff&#233;rence entre les deux est la simple diff&#233;rence de forme qui s&#233;pare la simple relation &#224; soi-m&#234;me, d'une part, de la m&#233;diation ou de la d&#233;rivation, d'autre part. La recherche des fondements des choses s'inscrit dans le point de vue adopt&#233; par la r&#233;flexion, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit (&#167; 112n). Nous voulons voir la chose comme double, d'abord dans son imm&#233;diatet&#233;, et ensuite dans son fondement, l&#224; o&#249; elle n'est plus imm&#233;diate. C'est l&#224; le sens &#233;vident de la loi de la base suffisante : les choses doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es essentiellement comme m&#233;diatis&#233;es. La mani&#232;re dont la logique formelle &#233;tablit cette loi donne un mauvais exemple aux autres sciences. La logique formelle demande &#224; ces sciences de ne pas accepter leur objet tel qu'il est imm&#233;diatement donn&#233; ; et pourtant elle-m&#234;me pose une loi de la pens&#233;e sans la d&#233;duire, c'est-&#224;-dire sans montrer sa m&#233;diation. Avec la m&#234;me justice que le logicien soutient que notre facult&#233; de penser est constitu&#233;e de telle sorte que nous devons demander le fondement de toute chose, le physicien pourrait-il r&#233;pondre, lorsqu'on lui demanderait pourquoi un homme qui tombe dans l'eau se noie, que l'homme se trouve constitu&#233; de telle sorte qu'il ne peut pas vivre sous l'eau, et qu'il ne peut pas vivre sous l'eau. ou le juriste, lorsqu'on lui demande pourquoi un criminel est puni, r&#233;pond que la soci&#233;t&#233; civile est constitu&#233;e de telle mani&#232;re que les crimes ne peuvent rester impunis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la logique est dispens&#233;e de donner un fondement &#224; la loi de la base suffisante, elle pourrait au moins expliquer ce qu'il faut entendre par une base. L'explication courante, qui d&#233;crit la base comme ce qui a une cons&#233;quence, semble &#224; premi&#232;re vue plus claire et plus intelligible que la d&#233;finition pr&#233;c&#233;dente en termes logiques. Mais si vous demandez quelle est la cons&#233;quence, on vous r&#233;pond que c'est ce qui a une base ; et il devient &#233;vident que l'explication n'est intelligible que parce qu'elle suppose ce qui, dans notre cas, a &#233;t&#233; atteint comme la fin d'un mouvement ant&#233;rieur de la pens&#233;e. Et c'est l&#224; le v&#233;ritable r&#244;le de la logique : montrer que ces pens&#233;es, qui, telles qu'elles sont habituellement employ&#233;es, flottent simplement devant la conscience sans &#234;tre comprises ni d&#233;montr&#233;es, sont en r&#233;alit&#233; des degr&#233;s dans l'autod&#233;termination de la pens&#233;e. Ce n'est en aucun cas qu'elles sont comprises et d&#233;montr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la vie courante, et il en est de m&#234;me dans les sciences finies, cette forme r&#233;flexive est souvent employ&#233;e comme une clef pour d&#233;couvrir le secret de la condition r&#233;elle des objets d'investigation. Tant que nous nous occupons de ce que l'on peut appeler les besoins domestiques de la connaissance, rien ne peut &#234;tre oppos&#233; &#224; cette m&#233;thode d'&#233;tude. Mais elle ne peut jamais donner de satisfaction d&#233;finitive, ni en th&#233;orie ni en pratique. Et la raison pour laquelle elle &#233;choue est que le fondement n'a pas encore de contenu propre d&#233;fini ; de sorte que consid&#233;rer quelque chose comme reposant sur un fondement ne fait que donner la diff&#233;rence formelle de m&#233;diation au lieu d'imm&#233;diatet&#233;. Nous voyons un ph&#233;nom&#232;ne &#233;lectrique, par exemple, et nous demandons son fondement (ou sa raison) : on nous dit que l'&#233;lectricit&#233; est le fondement de ce ph&#233;nom&#232;ne. Qu'est-ce que cela sinon le m&#234;me contenu que nous avions imm&#233;diatement devant nous, mais traduit sous la forme de l'int&#233;riorit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le motif n'est pas seulement une simple identit&#233;, mais aussi une diff&#233;rence : il est donc possible d'invoquer des motifs divers pour une m&#234;me somme de faits. Cette diversit&#233; de motifs, suivant la logique de la diff&#233;rence, aboutit &#224; l'opposition des motifs pour et contre . Dans toute action, comme un vol, il y a un ensemble de faits dans lequel on peut distinguer plusieurs aspects. Le vol a viol&#233; les droits de propri&#233;t&#233; ; il a donn&#233; au voleur n&#233;cessiteux les moyens de satisfaire ses besoins ; il est possible aussi que l'homme &#224; qui le vol a &#233;t&#233; fait ait abus&#233; de son bien. La violation de propri&#233;t&#233; est incontestablement le point de vue d&#233;cisif devant lequel les autres doivent c&#233;der ; mais la simple loi du motif ne peut r&#233;soudre cette question. En effet, la loi est g&#233;n&#233;ralement interpr&#233;t&#233;e comme parlant d'un motif suffisant, et non d'un motif quelconque ; et l'on pourrait donc supposer, dans l'action en question, que, bien que d'autres points de vue que la violation de propri&#233;t&#233; puissent &#234;tre retenus comme motifs, ils ne seraient pas des motifs suffisants. Mais ici se pr&#233;sente un dilemme. Si nous employons l'expression &#171; raison suffisante &#187;, l'&#233;pith&#232;te est soit inutile, soit de nature &#224; nous faire d&#233;passer la simple cat&#233;gorie de raison. Le pr&#233;dicat est inutile et tautologique s'il ne fait &#233;tat que de la possibilit&#233; de donner une raison ou une raison : car une raison n'est une raison que dans la mesure o&#249; elle poss&#232;de cette possibilit&#233;. Si un soldat fuit la bataille pour sauver sa vie, sa conduite est certainement une violation du devoir ; mais on ne peut pas dire que la raison qui l'a conduit &#224; agir ainsi &#233;tait insuffisante, sinon il serait rest&#233; &#224; son poste. Il faut encore dire ceci : d'un c&#244;t&#233;, n'importe quelle raison suffit ; de l'autre, aucune raison ne suffit comme simple raison, car, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, elle est encore d&#233;pourvue d'un contenu objectivement et intrins&#232;quement d&#233;termin&#233;, et n'est donc pas auto-active et productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un contenu ainsi d&#233;termin&#233; objectivement et intrins&#232;quement, et donc agissant par lui-m&#234;me, nous appara&#238;tra d&#233;sormais sous le nom de notion : et c'est la notion que Leibniz avait en vue lorsqu'il parlait de la base suffisante et pr&#233;conisait l'&#233;tude des choses sous son point de vue. Ses remarques &#233;taient d'abord dirig&#233;es contre cette m&#233;thode purement m&#233;canique de concevoir les choses, si en vogue aujourd'hui encore, m&#233;thode qu'il d&#233;clare &#224; juste titre insuffisante. Nous pouvons voir un exemple de cette th&#233;orie m&#233;canique de l'investigation lorsque le processus organique de la circulation du sang est ramen&#233; &#224; la simple contraction du c&#339;ur ; ou lorsque certaines th&#233;ories du droit p&#233;nal expliquent que le but de la punition r&#233;side dans le fait de dissuader les gens de commettre un crime, de rendre le criminel inoffensif, ou dans d'autres raisons &#233;trang&#232;res du m&#234;me genre. Il serait injuste envers Leibniz de supposer qu'il se soit content&#233; d'une loi aussi pauvre que la base formelle. La m&#233;thode d'investigation qu'il a inaugur&#233;e est l'inverse m&#234;me d'un formalisme qui se contente de simples bases, l&#224; o&#249; l'on cherche une connaissance compl&#232;te et concr&#232;te. Des consid&#233;rations dans ce sens ont conduit Leibniz &#224; opposer causae efficientes et causae finales , et &#224; insister sur la place des causes finales comme conception &#224; laquelle doivent aboutir les efficientes. Si l'on adopte cette distinction, la lumi&#232;re, la chaleur et l'humidit&#233; seraient les causae efficientes , et non la causa finalis de la croissance des plantes ; la cause finalis est la notion m&#234;me de la plante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sophistes se contentent de simples fondements, surtout en mati&#232;re de droit et de morale. La sophistique, telle que nous la concevons habituellement, est une m&#233;thode d'investigation qui vise &#224; d&#233;former ce qui est juste et vrai, et &#224; pr&#233;senter les choses sous un faux jour. Telle n'est cependant pas la tendance propre ou premi&#232;re de la sophistique : son point de vue n'est autre que celui du raisonnement. Les sophistes sont apparus &#224; une &#233;poque o&#249; les Grecs commen&#231;aient &#224; se m&#233;contenter de la simple autorit&#233; et de la tradition et ressentaient le besoin d'une justification intellectuelle de ce qu'ils devaient accepter comme obligatoire. Les sophistes ont satisfait &#224; ce desideratum en enseignant &#224; leurs compatriotes &#224; rechercher les diff&#233;rents points de vue sous lesquels les choses peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es : ces points de vue sont les m&#234;mes que les fondements. Mais le fondement, comme nous l'avons vu, n'a pas de principes essentiels et objectifs qui lui soient propres, et il est aussi facile de d&#233;couvrir les fondements de ce qui est mauvais et immoral que de ce qui est moral et juste. Il appartient donc &#224; l'observateur de d&#233;cider quels points doivent avoir le plus de poids. La d&#233;cision dans de telles circonstances est dict&#233;e par ses opinions et ses sentiments personnels. Ainsi, le fondement objectif de ce qui aurait d&#251; &#234;tre une obligation absolue et essentielle, accept&#233;e par tous, a &#233;t&#233; sap&#233; : et la sophistique, par cette action destructrice, s'est m&#233;rit&#233;e &#224; juste titre la mauvaise r&#233;putation mentionn&#233;e plus haut. Socrate, comme nous le savons tous, a affront&#233; les sophistes sur tous les points, non pas en r&#233;affirmant simplement l'autorit&#233; et la tradition contre leurs argumentations, mais en montrant dialectiquement combien les simples fondements &#233;taient intenables, et en justifiant les obligations de justice et de bont&#233; en r&#233;tablissant l'universel ou la notion de volont&#233;. De nos jours, une telle m&#233;thode d'argumentation n'est pas tout &#224; fait d&#233;mod&#233;e. Et ce n'est pas seulement le cas dans la discussion de questions profanes. On la retrouve m&#234;me dans les sermons, comme ceux o&#249; sont expos&#233;s tous les motifs possibles de gratitude envers Dieu. Socrate et Platon n'auraient pas h&#233;sit&#233; &#224; appliquer le nom de sophistique &#224; de telles plaidoiries. Car la sophistique n'a rien &#224; voir avec ce qu'on enseigne : il se peut bien que ce soit vrai. La sophistique consiste dans la circonstance formelle de l'enseigner par des arguments qui sont aussi bien utilisables pour l'attaque que pour la d&#233;fense. Dans une &#233;poque aussi riche en r&#233;flexions et aussi consacr&#233;e au raisonnement que la n&#244;tre, il faut &#234;tre bien pauvre celui qui ne peut pas avancer un bon argument pour tout, m&#234;me pour ce qui est le pire et le plus d&#233;prav&#233;. Tout ce qui s'est corrompu dans le monde a eu un bon argument pour se corrompre. Un appel aux arguments fait d'abord penser &#224; battre en retraite ; mais lorsque l'exp&#233;rience lui a appris le v&#233;ritable &#233;tat des choses, il se ferme les oreilles et refuse de se laisser abuser davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existence&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 122&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence, telle qu'elle appara&#238;t au premier abord, a pour caract&#233;ristique principale la manifestation en elle-m&#234;me et l'interm&#233;diation en elle-m&#234;me. Mais lorsqu'elle a achev&#233; le cercle de l'interm&#233;diation, son unit&#233; avec elle-m&#234;me est explicitement pos&#233;e comme l'auto-annulation de la diff&#233;rence, et donc de l'interm&#233;diation. Nous revenons donc une fois de plus &#224; l'imm&#233;diatet&#233; ou &#224; l'&#234;tre - mais &#224; l'&#234;tre en tant qu'il est interm&#233;di&#233; par l'annulation de l'interm&#233;diation. Et cet &#234;tre est l'existence .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement n'est pas encore d&#233;termin&#233; par des principes objectifs qui lui sont propres, il n'est pas non plus une fin ou une cause finale : il n'est donc ni actif, ni productif. Une existence ne proc&#232;de que du fondement. Le fondement d&#233;termin&#233; est donc une affaire formelle : c'est-&#224;-dire que n'importe quel point peut convenir, pourvu qu'il soit express&#233;ment pos&#233; comme relation &#224; soi-m&#234;me, comme affirmation, en corr&#233;lation avec l'existence imm&#233;diate qui en d&#233;pend. Si c'est un fondement, c'est un bon fondement : car le terme &#171; bon &#187; est employ&#233; abstraitement comme &#233;quivalent &#224; affirmatif ; et tout point (ou trait) est bon qui peut d'une mani&#232;re ou d'une autre &#234;tre &#233;nonc&#233; comme manifestement affirmatif. Il arrive donc qu'un fondement puisse &#234;tre trouv&#233; et invoqu&#233; pour tout : et un bon fondement (par exemple un bon motif d'action) peut effectuer quelque chose ou non, il peut avoir une cons&#233;quence ou non. Il devient un motif (au sens strict) et effectue quelque chose, par exemple par sa r&#233;ception dans une volont&#233; ; c'est l&#224; et l&#224; seulement qu'il devient actif et devient une cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) Existence&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 123&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence est l'unit&#233; imm&#233;diate de la r&#233;flexion en soi et de la r&#233;flexion en autrui. Il en r&#233;sulte que l'existence est la multitude ind&#233;finie d'existants r&#233;fl&#233;chis en eux-m&#234;mes, qui en m&#234;me temps s'&#233;clairent &#233;galement les uns les autres, qui sont en somme corr&#233;latifs et forment un monde de d&#233;pendance r&#233;ciproque et d'interconnexion infinie entre les bases et les cons&#233;quences. Les bases sont elles-m&#234;mes des existences, et les existants sont de m&#234;me, sous bien des aspects, des bases aussi bien que des cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; existence &#187; (qui d&#233;rive de existere ) sugg&#232;re le fait d'avoir proc&#233;d&#233; de quelque chose. L'existence est l'&#234;tre qui a proc&#233;d&#233; du fondement et qui a r&#233;tabli son existence en annulant son interm&#233;diaire. L'essence, en tant qu'&#234;tre mis de c&#244;t&#233; et absorb&#233;, s'est pr&#233;sent&#233;e originellement devant nous comme resplendissante ou se manifestant en soi, et les cat&#233;gories de ce reflet sont l'identit&#233;, la diff&#233;rence et le fondement. Ce dernier est l'unit&#233; de l'identit&#233; et de la diff&#233;rence ; et parce qu'il les unifie, il doit en m&#234;me temps se distinguer de lui-m&#234;me. Mais ce qui se distingue ainsi du fondement n'est pas une simple diff&#233;rence, tout comme le fondement lui-m&#234;me est une identit&#233; abstraite. Le fondement op&#232;re sa propre suspension : et lorsqu'il est suspendu, le r&#233;sultat de sa n&#233;gation est l'existence. Issue du fondement, l'existence contient en elle le fondement ; le fondement ne reste pas, pour ainsi dire, derri&#232;re l'existence, mais, par sa nature m&#234;me, se d&#233;passe et se traduit en existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se manifeste m&#234;me dans notre fa&#231;on de penser ordinaire, lorsque nous consid&#233;rons le fondement d'une chose, non comme quelque chose d'abstraitement int&#233;rieur, mais comme un existant lui-m&#234;me. Par exemple, l'&#233;clair qui a mis le feu &#224; une maison serait consid&#233;r&#233; comme le fondement de l'incendie ; ou les m&#339;urs et les conditions de vie d'une nation seraient consid&#233;r&#233;es comme le fondement de sa constitution. Tel est en effet l'aspect ordinaire sous lequel le monde existant appara&#238;t originellement &#224; la r&#233;flexion &#8211; une foule ind&#233;finie d'existants qui, se r&#233;fl&#233;chissant simultan&#233;ment sur eux-m&#234;mes et les uns sur les autres, sont en relation r&#233;ciproque comme fondement et cons&#233;quence. Dans ce jeu bigarr&#233; du monde, si l'on peut ainsi appeler la somme des existants, on ne trouve nulle part de base solide : tout porte un aspect de relativit&#233;, conditionn&#233; par et conditionnant quelque chose d'autre. L'entendement r&#233;fl&#233;chi se donne pour t&#226;che de d&#233;couvrir et de suivre ces connexions qui s'&#233;tendent dans toutes les directions : mais la question touchant un dessein ultime reste jusqu'ici sans r&#233;ponse, et donc le d&#233;sir de la raison vers la connaissance passe avec le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'Id&#233;e logique au-del&#224; de cette position de simple relativit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose en soi&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 124&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur un autre de l'existant est cependant ins&#233;parable de la r&#233;flexion sur soi : le fondement est leur unit&#233;, d'o&#249; l'existence est issue. L'existant inclut donc la relativit&#233;, et a de son c&#244;t&#233; ses multiples interconnexions avec d'autres existants : il se r&#233;fl&#233;chit sur lui-m&#234;me comme son fondement. L'existant ainsi d&#233;crit est une Chose .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; chose en soi &#187; (ou chose abstraite), si c&#233;l&#232;bre dans la philosophie de Kant , se montre ici dans sa gen&#232;se . Elle appara&#238;t comme la r&#233;flexion abstraite sur soi, &#224; laquelle on s'attache tant, &#224; l'exclusion de la r&#233;flexion dans les autres choses et de toute pr&#233;dication de diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose en soi est donc le substrat vide de ces pr&#233;dicats de relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si conna&#238;tre signifie comprendre un objet dans son caract&#232;re concret, alors la chose en soi, qui n'est rien d'autre que la chose tout &#224; fait abstraite et ind&#233;termin&#233;e en g&#233;n&#233;ral, doit certainement &#234;tre aussi inconnaissable qu'on le pr&#233;tend. Mais avec autant de raison que nous parlons de la chose en soi, nous pourrions parler de la qualit&#233; en soi ou de la quantit&#233; en soi, et de n'importe quelle autre cat&#233;gorie. L'expression servirait alors &#224; signifier que ces cat&#233;gories sont prises dans leur imm&#233;diatet&#233; abstraite, ind&#233;pendamment de leur d&#233;veloppement et de leur caract&#232;re int&#233;rieur. Ce n'est donc qu'un caprice de l'entendement que d'attacher le qualificatif &#171; en soi &#187; &#224; la seule chose . Mais cet &#171; en soi &#187; s'applique aussi bien aux faits du monde mental qu'au monde naturel : comme nous parlons de l'&#233;lectricit&#233; ou d'une plante en soi, ainsi nous parlons de l'homme ou de l'&#201;tat en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cet &#171; en soi &#187; dans ces objets, nous devons entendre ce qu'ils sont au sens strict et propre. Cet usage est sujet aux m&#234;mes critiques que l'expression &#171; chose en soi &#187;. Car si nous nous en tenons au simple &#171; en soi &#187; d'un objet, nous l'appr&#233;hendons non pas dans sa v&#233;rit&#233;, mais sous la forme inad&#233;quate d'une simple abstraction. Ainsi, l'homme, en lui-m&#234;me, est l'enfant. Et ce que l'enfant doit faire, c'est sortir de cet &#171; en soi &#187; abstrait et non d&#233;velopp&#233; et devenir &#171; pour lui-m&#234;me &#187; ce qu'il n'est d'abord que &#171; en soi &#187; : un &#234;tre libre et raisonnable. De m&#234;me, l'&#201;tat en soi est l'&#201;tat encore immature et patriarcal, o&#249; les diverses fonctions politiques, latentes dans la notion d'&#201;tat, n'ont pas re&#231;u la pleine constitution logique qu'exige la logique des principes politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, le germe peut &#234;tre appel&#233; la plante en soi. Ces exemples peuvent montrer l'erreur qui consiste &#224; supposer que la &#171; chose en soi &#187; des choses est quelque chose d'inaccessible &#224; notre connaissance. Toutes les choses sont originellement en soi, mais ce n'est pas la fin de l'affaire. De m&#234;me que le germe, en tant que plante en soi, signifie l'auto-d&#233;veloppement, de m&#234;me la chose en g&#233;n&#233;ral d&#233;passe son en-soi (la r&#233;flexion abstraite sur soi) pour se manifester plus loin comme une r&#233;flexion sur d'autres choses. C'est en ce sens qu'elle a des propri&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) La Chose&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;t&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 125&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] La chose est la totalit&#233;, le d&#233;veloppement dans l'unit&#233; explicite des cat&#233;gories du fondement et de l'existence. Du c&#244;t&#233; de l'un de ses facteurs, &#224; savoir la r&#233;flexion sur d'autres choses, elle a en elle les diff&#233;rences en vertu desquelles elle est une chose caract&#233;ris&#233;e et concr&#232;te. Ces caract&#232;res sont diff&#233;rents les uns des autres ; ils ont leur r&#233;flexion en soi non pas de leur propre c&#244;t&#233;, mais du c&#244;t&#233; de la chose. Ce sont des propri&#233;t&#233;s de la chose : et leur relation &#224; la chose est exprim&#233;e par le mot &#171; avoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que terme de relation, &#171; avoir &#187; remplace &#171; &#234;tre &#187;. Il est vrai que quelque chose a aussi des qualit&#233;s de son c&#244;t&#233; : mais ce transfert de &#171; l'avoir &#187; dans la sph&#232;re de l'&#234;tre est inexact, car le caract&#232;re comme qualit&#233; est directement un avec le quelque chose, et le quelque chose cesse d'&#234;tre quand il perd sa qualit&#233;. Mais la chose est r&#233;flexion-en-soi : car elle est une identit&#233; qui est aussi distincte de la diff&#233;rence, c'est-&#224;-dire de ses attributs. Dans de nombreuses langues, &#171; avoir &#187; est employ&#233; pour d&#233;signer le temps pass&#233;. Et avec raison : car le pass&#233; est un &#234;tre absorb&#233;, ou suspendu, et l'esprit est son reflet-en-soi ; dans l'esprit seulement il continue &#224; subsister, mais l'esprit distinguant de lui-m&#234;me cet &#234;tre en lui qui a &#233;t&#233; absorb&#233; ou suspendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la chose, tous les caract&#232;res de la r&#233;flexion se retrouvent comme existants. Ainsi, dans son aspect initial, comme chose par soi, la chose est la m&#234;me ou identique. Mais l'identit&#233;, comme on l'a montr&#233;, ne se trouve pas sans diff&#233;rence : ainsi les propri&#233;t&#233;s que poss&#232;de la chose sont la diff&#233;rence existante sous la forme de la diversit&#233;. Dans le cas de la diversit&#233; de la vari&#233;t&#233;, chaque membre diff&#233;rent manifestait une indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tous les autres, et ils n'avaient entre eux aucun autre rapport que celui qui leur &#233;tait donn&#233; par une comparaison ext&#233;rieure &#224; eux. Mais maintenant, dans la chose, nous avons un lien qui maintient les diverses propri&#233;t&#233;s en union. Il ne faut pas non plus confondre propri&#233;t&#233; et qualit&#233;. Sans doute, disons-nous aussi qu'une chose a des qualit&#233;s. Mais la phras&#233;ologie est d&#233;plac&#233;e : &#171; avoir &#187; fait allusion &#224; une ind&#233;pendance, &#233;trang&#232;re au &#171; quelque chose &#187;, qui est pourtant directement identique &#224; sa qualit&#233;. Elle n'est en quelque sorte ce qu'elle est que par sa qualit&#233; : tandis que, bien que la chose n'existe en effet qu'en tant qu'elle a ses propri&#233;t&#233;s, elle n'est pas confin&#233;e dans telle ou telle propri&#233;t&#233; d&#233;finie, et peut donc la perdre, sans cesser d'&#234;tre ce qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Questions&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 126&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Mais m&#234;me dans le fond, la r&#233;flexion sur quelque chose d'autre est directement convertible en r&#233;flexion sur soi. Et donc les propri&#233;t&#233;s ne sont pas seulement diff&#233;rentes les unes des autres ; elles sont aussi identiques &#224; elles-m&#234;mes, ind&#233;pendantes et lib&#233;r&#233;es de leur attachement &#224; la chose. Pourtant, comme elles sont les caract&#232;res de la chose distingu&#233;s les uns des autres (comme r&#233;fl&#233;chis en soi), elles ne sont pas elles-m&#234;mes des choses, si les choses sont concr&#232;tes ; mais seulement des existences r&#233;fl&#233;chies en elles-m&#234;mes comme caract&#232;res abstraits. Elles sont ce qu'on appelle des Mati&#232;res .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne donne pas non plus le nom de choses &#224; des mati&#232;res telles que les mati&#232;res magn&#233;tiques et &#233;lectriques. Ce sont des qualit&#233;s propres, un &#202;tre r&#233;fl&#233;chi, Un avec leur &#202;tre, c'est le caract&#232;re qui a atteint l'imm&#233;diatet&#233;, l'existence : ce sont des &#171; entit&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lever les propri&#233;t&#233;s d'une chose &#224; la position ind&#233;pendante des mati&#232;res ou des mat&#233;riaux qui la composent, c'est proc&#233;der d'apr&#232;s la notion de chose, et c'est pour cette raison que l'exp&#233;rience le fait aussi. Cependant, la pens&#233;e et l'exp&#233;rience s'opposent &#224; ce que l'on conclue du fait que certaines propri&#233;t&#233;s d'une chose, telles que la couleur ou l'odeur, peuvent &#234;tre repr&#233;sent&#233;es comme des mati&#232;res colorantes ou odorantes particuli&#232;res, que nous sommes alors au bout de l'enqu&#234;te et qu'il ne faut rien de plus pour p&#233;n&#233;trer le v&#233;ritable secret des choses que de les d&#233;sint&#233;grer en leurs mati&#232;res composantes. Cette d&#233;sint&#233;gration en mati&#232;res ind&#233;pendantes est proprement limit&#233;e &#224; la nature inorganique. Le chimiste a donc raison lorsqu'il analyse, par exemple, le sel commun ou le gypse en ses &#233;l&#233;ments et d&#233;couvre que le premier est compos&#233; d'acide muriatique et de soude, le second d'acide sulfurique et de calcium. De m&#234;me, le g&#233;ologue a raison de consid&#233;rer le granite comme un compos&#233; de quartz, de feldspath et de mica. Ces mati&#232;res qui composent la chose sont elles-m&#234;mes en partie des choses, qui peuvent &#234;tre ramen&#233;es de cette fa&#231;on &#224; des mati&#232;res plus abstraites. L'acide sulfurique, par exemple, est un compos&#233; de soufre et d'oxyg&#232;ne. De telles mati&#232;res ou corps peuvent en fait &#234;tre pr&#233;sent&#233;s comme subsistant par eux-m&#234;mes ; mais nous trouvons fr&#233;quemment d'autres propri&#233;t&#233;s des choses, qui manquent enti&#232;rement de cette autosubsistance, consid&#233;r&#233;es aussi comme des mati&#232;res particuli&#232;res. Ainsi, nous entendons parler des mati&#232;res caloriques, &#233;lectriques ou magn&#233;tiques. De telles mati&#232;res sont au mieux des inventions de l'entendement. Et nous voyons ici le proc&#233;d&#233; habituel de la r&#233;flexion abstraite de l'entendement. Adoptant capricieusement des cat&#233;gories particuli&#232;res, dont la valeur d&#233;pend enti&#232;rement de leur place dans l'&#233;volution graduelle de l'id&#233;e logique, elle les emploie dans les pr&#233;tendus int&#233;r&#234;ts de l'explication, mais en face d'une perception et d'une exp&#233;rience claires et sans pr&#233;jug&#233;s, de mani&#232;re &#224; faire remonter &#224; elles tout objet &#233;tudi&#233;. Et ce n'est pas tout. La th&#233;orie, qui fait consister les choses en mati&#232;res ind&#233;pendantes, est souvent appliqu&#233;e dans un domaine o&#249; elle n'a ni sens ni force. Car m&#234;me dans les limites de la nature, partout o&#249; il y a de la vie organique, cette cat&#233;gorie est &#233;videmment insuffisante. On peut dire qu'un animal est compos&#233; d'os, de muscles, de nerfs, etc. ; mais nous employons ici &#233;videmment le mot &#171; consister &#187; dans un sens tout diff&#233;rent de celui que nous avons employ&#233; lorsque nous avons parl&#233; du morceau de granit comme &#233;tant compos&#233; des &#233;l&#233;ments ci-dessus mentionn&#233;s. Les &#233;l&#233;ments du granit sont tout &#224; fait indiff&#233;rents &#224; leur combinaison : ils pourraient tout aussi bien subsister sans elle. Les diff&#233;rentes parties et les diff&#233;rents membres d'un corps organique, au contraire, ne subsistent que dans leur union : ils cessent d'exister comme tels lorsqu'ils sont s&#233;par&#233;s les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la mati&#232;re est la simple r&#233;flexion abstraite ou ind&#233;termin&#233;e dans quelque chose d'autre, ou r&#233;flexion en soi en m&#234;me temps que d&#233;termin&#233;e ; c'est donc la chose qui est alors la subsistance de la chose. Par ce moyen, la chose a de la part des mati&#232;res sa r&#233;flexion en soi (inverse du &#167; 125) ; elle ne subsiste pas de sa part, mais consiste en les mati&#232;res, et n'est qu'une association superficielle entre elles, une combinaison ext&#233;rieure de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formulaire&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 128&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] La mati&#232;re , &#233;tant l'unit&#233; imm&#233;diate de l'existence avec elle-m&#234;me, est &#233;galement indiff&#233;rente &#224; l'&#233;gard du caract&#232;re sp&#233;cifique. C'est pourquoi les nombreuses mati&#232;res diverses se fondent en une seule mati&#232;re, ou en une existence sous la caract&#233;ristique r&#233;fl&#233;chissante de l'identit&#233;. En opposition &#224; cette mati&#232;re unique, ces propri&#233;t&#233;s distinctes et leur relation ext&#233;rieure qu'elles entretiennent les unes avec les autres dans la chose, constituent la forme - la cat&#233;gorie r&#233;fl&#233;chissante de la diff&#233;rence, mais une diff&#233;rence qui existe et qui est une totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette Mati&#232;re sans traits distinctifs est aussi la m&#234;me que l'&#233;tait la Chose en soi : seulement cette derni&#232;re est intrins&#232;quement tout &#224; fait abstraite, tandis que la premi&#232;re implique essentiellement une relation &#224; quelque chose d'autre, et en premier lieu &#224; la Forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses mati&#232;res qui composent une chose sont en puissance les unes aux autres. Ainsi nous obtenons une mati&#232;re en g&#233;n&#233;ral, &#224; laquelle la diff&#233;rence est express&#233;ment attach&#233;e ext&#233;rieurement et comme forme pure. Cette th&#233;orie qui consid&#232;re que toutes les choses ont une seule et m&#234;me mati&#232;re au fond et ne diff&#232;rent ext&#233;rieurement que par la forme, est tr&#232;s en vogue dans l'entendement r&#233;fl&#233;chi. La mati&#232;re est alors consid&#233;r&#233;e comme ind&#233;termin&#233;e par nature, mais susceptible de toute d&#233;termination ; en m&#234;me temps elle est parfaitement permanente et demeure la m&#234;me au milieu de tous les changements et de toutes les alt&#233;rations. Et dans les choses finies au moins cette indiff&#233;rence de la mati&#232;re &#224; l'&#233;gard de toute forme d&#233;termin&#233;e se manifeste certainement. Par exemple, il importe peu &#224; un bloc de marbre qu'il re&#231;oive la forme de telle ou telle statue ou m&#234;me celle d'un pilier. Il faut cependant remarquer qu'un bloc de marbre ne peut ignorer la forme que relativement, c'est-&#224;-dire par rapport au sculpteur : il n'est en aucun cas purement informe. Le min&#233;ralogiste consid&#232;re donc le marbre, relativement informe, comme une formation rocheuse particuli&#232;re, diff&#233;rente d'autres formations tout aussi particuli&#232;res, telles que le gr&#232;s ou le porphyre. C'est pourquoi nous disons que c'est une abstraction de l'entendement qui isole la mati&#232;re dans une certaine informe naturelle. Car &#224; proprement parler, la pens&#233;e de la mati&#232;re comprend partout le principe de la forme, et par cons&#233;quent aucune mati&#232;re informe n'appara&#238;t nulle part, m&#234;me dans l'exp&#233;rience, comme existante. Pourtant, la conception de la mati&#232;re comme originelle et pr&#233;existante, et comme naturellement informe, est tr&#232;s ancienne ; elle nous rencontre d&#233;j&#224; chez les Grecs, d'abord sous la forme mythique du Chaos, qui est cens&#233; repr&#233;senter le substrat informe du monde existant. Une telle conception doit n&#233;cessairement tendre &#224; faire de Dieu non pas le Cr&#233;ateur du monde, mais un simple fa&#231;onneur du monde ou un d&#233;miurge. Une compr&#233;hension plus approfondie de la nature r&#233;v&#232;le que Dieu a cr&#233;&#233; le monde &#224; partir de rien. Et cela nous apprend deux choses. D'une part, elle &#233;nonce que la mati&#232;re en tant que telle n'a pas de subsistance ind&#233;pendante, et d'autre part que la forme ne survient pas du dehors sur la mati&#232;re, mais qu'en tant que totalit&#233; elle renferme en elle-m&#234;me le principe de la mati&#232;re. Cette forme libre et infinie se pr&#233;sentera d&#233;sormais &#224; nous comme notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 129&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la Chose subit une rupture en Mati&#232;re et Forme. Chacune d'elles est la totalit&#233; de la chos&#233;it&#233; et subsiste pour elle-m&#234;me. Mais la Mati&#232;re, qui est cens&#233;e &#234;tre l'existence positive et ind&#233;termin&#233;e, contient en tant qu'existence la r&#233;flexion sur une autre, tout autant qu'elle contient l'&#234;tre clos sur lui-m&#234;me. Par cons&#233;quent, en tant qu'unissant ces caract&#232;res, elle est elle-m&#234;me la totalit&#233; de la Forme. Mais la Forme, &#233;tant un tout complet de caract&#232;res, implique ipso facto la r&#233;flexion sur soi ; en d'autres termes, en tant que Forme qui se rapporte &#224; elle-m&#234;me, elle a la fonction m&#234;me attribu&#233;e &#224; la Mati&#232;re. Les deux sont au fond la m&#234;me chose. Investissez-les de cette unit&#233;, et vous aurez le rapport de la Mati&#232;re et de la Forme, qui ne sont pas moins distinctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des &#171; mati&#232;res &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 130&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chose, &#233;tant cette totalit&#233;, est une contradiction. Du c&#244;t&#233; de son unit&#233; n&#233;gative, elle est Forme dans laquelle la Mati&#232;re est d&#233;termin&#233;e et d&#233;pos&#233;e au rang des propri&#233;t&#233;s (&#167; 125). En m&#234;me temps, elle est constitu&#233;e de Mati&#232;res qui, dans la r&#233;flexion-de-la-chose-en-soi, sont aussi ind&#233;pendantes qu'elles sont en m&#234;me temps ni&#233;es. Ainsi la chose est l'existence essentielle, en sorte qu'elle est une existence qui se suspend ou s'absorbe en elle-m&#234;me. En d'autres termes, la chose est une Apparence ou un Ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gation des diverses mati&#232;res, qui est affirm&#233;e dans la chose non moins que leur existence ind&#233;pendante, se pr&#233;sente en physique sous la forme de porosit&#233; . Chacune des diverses mati&#232;res (mati&#232;re color&#233;e, mati&#232;re odorante et, si l'on en croit certains, m&#234;me la mati&#232;re sonore &#8211; sans exclure la mati&#232;re calorique, &#233;lectrique, etc.) est &#233;galement ni&#233;e : et dans cette n&#233;gation de leurs pores, ou comme p&#233;n&#233;trant entre eux, nous trouvons les nombreuses autres mati&#232;res ind&#233;pendantes, qui, &#233;tant &#233;galement poreuses, font place &#224; leur tour &#224; l'existence des autres. Les pores ne sont pas des faits empiriques ; ce sont des inventions de l'entendement, qui s'en sert pour repr&#233;senter l'&#233;l&#233;ment de n&#233;gation dans les mati&#232;res ind&#233;pendantes. L'&#233;laboration ult&#233;rieure des contradictions est masqu&#233;e par l'imbroglio n&#233;buleux dans lequel toutes les mati&#232;res sont ind&#233;pendantes et toutes non moins ni&#233;es les unes dans les autres. Si les facult&#233;s ou les activit&#233;s sont pareillement hypostas&#233;es dans l'esprit, leur unit&#233; vivante se transforme &#233;galement en l'imbroglio d'une action de l'une sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pores (je n'entends pas ici les pores d'un corps organique, comme ceux du bois ou de la peau, mais ceux des mati&#232;res dites &#171; colorantes &#187;, caloriques, m&#233;talliques, cristallines, etc.) ne peuvent &#234;tre v&#233;rifi&#233;s par l'observation. De m&#234;me, la mati&#232;re elle-m&#234;me, et d'ailleurs la forme, qui est s&#233;par&#233;e de la mati&#232;re, que ce soit la chose en tant que compos&#233;e de mati&#232;res ou la conception selon laquelle la chose elle-m&#234;me subsiste et n'a que des propri&#233;t&#233;s, tout cela est le produit de l'entendement r&#233;fl&#233;chi qui, tout en observant et en pr&#233;tendant n'enregistrer que ce qu'il observe, cr&#233;e plut&#244;t une m&#233;taphysique h&#233;riss&#233;e de contradictions dont il n'a pas conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. APPARENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monde de l'apparence &#8212; Contenu et forme &#8212; Relation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 131&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' Essence doit appara&#238;tre ou briller. Son &#233;clat ou son reflet en elle est sa suspension et sa traduction dans l'imm&#233;diatet&#233;, qui, en tant que r&#233;flexion en soi, est mati&#232;re ou subsistance, est aussi forme, r&#233;flexion sur quelque chose d'autre, une subsistance qui se met &#224; part. Montrer ou briller est la caract&#233;ristique par laquelle l'essence se distingue de l'&#202;tre , par laquelle elle est essence, c'est-&#224;-dire la nature.et c'est cette manifestation qui, lorsqu'elle se d&#233;veloppe, se montre et est l'Apparence. L'essence n'est donc pas quelque chose au-del&#224; ou derri&#232;re l'apparence, mais &#8212; pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est l'essence qui existe &#8212; l'existence est Apparence (Rayonnage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence exprim&#233;e explicitement dans sa contradiction est l'apparence. Mais l'apparence (le fait de se montrer) ne doit pas &#234;tre confondue avec une simple apparence (le fait de briller). L'apparence est la v&#233;rit&#233; prochaine de l'&#234;tre ou de l'imm&#233;diatet&#233;. L'imm&#233;diat, au lieu d'&#234;tre, comme nous le supposons, quelque chose d'ind&#233;pendant, reposant sur lui-m&#234;me, n'est qu'une simple apparence, et comme tel il se r&#233;sume ou se r&#233;sume sous la simplicit&#233; de l'essence immanente. L'essence est, en premier lieu, la somme de l'apparence elle-m&#234;me, rayonnant en elle-m&#234;me (int&#233;rieurement) ; mais, loin de demeurer dans cette int&#233;riorit&#233;, elle vient comme un fondement vers l'existence ; et cette existence, fond&#233;e non pas en elle-m&#234;me, mais sur quelque chose d'autre, n'est qu'apparence. Dans notre imagination, nous combinons ordinairement avec le terme d'apparence ou de ph&#233;nom&#232;ne la conception d'un ensemble ind&#233;fini de choses existantes, dont l'&#234;tre est purement relatif et qui, par cons&#233;quent, ne reposent pas sur un fondement propre, mais ne sont consid&#233;r&#233;es que comme des &#233;tapes passag&#232;res. Mais cette conception implique tout autant que l'essence ne se tient pas derri&#232;re ou au-del&#224; de l'apparence. Elle est plut&#244;t, pourrions-nous dire, la bont&#233; infinie qui laisse libre cours &#224; sa propre apparence dans l'imm&#233;diatet&#233; et lui accorde gracieusement la joie d'exister. L'apparence ainsi cr&#233;&#233;e ne se tient pas sur ses pieds et n'a pas son &#234;tre en elle-m&#234;me mais dans quelque chose d'autre. Dieu qui est l'essence, lorsqu'il pr&#234;te existence aux &#233;tapes passag&#232;res de sa propre apparence en lui-m&#234;me, peut &#234;tre d&#233;crit comme la bont&#233; qui cr&#233;e le monde ; mais il est aussi la puissance au-dessus de lui, et la justice qui manifeste le caract&#232;re purement ph&#233;nom&#233;nal du contenu de ce monde existant, chaque fois qu'il essaie d'exister en toute ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparence est &#224; tous &#233;gards un degr&#233; tr&#232;s important de l'id&#233;e logique. On peut dire que la philosophie se distingue de la conscience ordinaire en ce qu'elle voit le caract&#232;re purement ph&#233;nom&#233;nal de ce que cette derni&#232;re suppose avoir un &#234;tre auto-subsistant. Cependant, il faut bien saisir la signification de l'apparence, sinon des erreurs surgiront. Dire que quelque chose n'est qu'une simple apparence peut &#234;tre mal interpr&#233;t&#233; comme signifiant que, par rapport &#224; ce qui est purement ph&#233;nom&#233;nal, il y a plus de v&#233;rit&#233; dans l'imm&#233;diat, dans ce qui est . Or, en fait, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparence est sup&#233;rieure &#224; l'&#234;tre, elle est une cat&#233;gorie plus riche parce qu'elle r&#233;unit les deux &#233;l&#233;ments de la r&#233;flexion sur soi et de la r&#233;flexion sur autrui, tandis que l'&#234;tre (ou l'imm&#233;diatet&#233;) n'est encore qu'une absence de relation et ne repose apparemment que sur lui-m&#234;me. Pourtant, dire que quelque chose n'est qu'une apparence sugg&#232;re un v&#233;ritable d&#233;faut, qui consiste en ce que l'apparence est toujours divis&#233;e contre elle-m&#234;me et sans stabilit&#233; intrins&#232;que. Au-del&#224; et au-dessus de la simple apparence vient en premier lieu l'Actualit&#233; , le troisi&#232;me degr&#233; de l'Essence, dont nous parlerons plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire de la philosophie moderne, Kant a le m&#233;rite d'avoir le premier r&#233;habilit&#233; cette distinction entre le mode de pens&#233;e commun et le mode de pens&#233;e philosophique. Il s'est cependant arr&#234;t&#233; &#224; mi-chemin lorsqu'il a attach&#233; &#224; l'Apparence une signification subjective seulement et a plac&#233; l'essence abstraite immobile en dehors d'elle comme la chose en soi hors de port&#233;e de notre connaissance .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il est de la nature m&#234;me du monde des objets imm&#233;diats d'&#234;tre seulement apparence. Sachant qu'il en est ainsi, nous connaissons en m&#234;me temps l'essence qui, loin de rester derri&#232;re ou au-del&#224; de l'apparence, manifeste plut&#244;t sa propre essentialit&#233; en d&#233;posant le monde &#224; une simple apparence. On ne peut gu&#232;re contester &#224; l'homme ordinaire qui, dans son d&#233;sir de totalit&#233;, ne peut accepter la doctrine de l'id&#233;alisme subjectif , que nous ne nous int&#233;ressons qu'aux ph&#233;nom&#232;nes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme ordinaire, dans son d&#233;sir de sauver l' objectivit&#233; de la connaissance, peut tout naturellement revenir &#224; l'imm&#233;diatet&#233; abstraite et soutenir que cette imm&#233;diatet&#233; est vraie et actuelle. Dans un petit ouvrage publi&#233; sous le titre Rapport clair comme le jour au grand public sur la nature propre de la philosophie la plus r&#233;cente : tentative pour forcer le lecteur &#224; comprendre , Fichte examine l'opposition entre l'id&#233;alisme subjectif et la conscience imm&#233;diate sous une forme populaire, sous la forme d'un dialogue entre l'auteur et le lecteur, et s'efforce de prouver que la vision de l'id&#233;aliste subjectif est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce dialogue, le lecteur se plaint &#224; l'auteur de ne pas s'&#234;tre mis du tout &#224; la place de l'id&#233;aliste et de ne pouvoir se consoler en pensant que les choses qui l'entourent ne sont pas des choses r&#233;elles mais de simples apparences. On ne peut gu&#232;re reprocher au lecteur de se sentir enferm&#233; dans un cercle infranchissable de conceptions purement subjectives. Mais, en dehors de cette conception subjective de l'apparence, nous avons toutes les raisons de nous r&#233;jouir que les choses qui nous entourent soient des apparences et non des existences stables et ind&#233;pendantes ; car dans ce cas, nous mourrions bient&#244;t de faim, tant corporellement que mentalement.&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) Le monde des apparences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 132&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparent ou le ph&#233;nom&#233;nal existe de telle mani&#232;re que sa subsistance est ipso facto suspendue et n'est qu'un stade de la forme elle-m&#234;me. La forme embrasse en elle la mati&#232;re ou la subsistance comme une de ses caract&#233;ristiques. De cette mani&#232;re, le ph&#233;nom&#233;nal a son fondement dans cette forme comme son essence, sa r&#233;flexion en soi en contraste avec son imm&#233;diatet&#233;, mais, ce faisant, il ne l'a que sous un autre aspect de la forme. Ce fondement n'est pas moins ph&#233;nom&#233;nal que lui-m&#234;me, et le ph&#233;nom&#232;ne passe donc &#224; une m&#233;diation sans fin de la subsistance au moyen de la forme, et donc &#233;galement par la non-subsistance. Cette m&#233;diation sans fin est en m&#234;me temps une unit&#233; de relation &#224; soi-m&#234;me ; et l'existence se d&#233;veloppe en une totalit&#233;, en un monde de ph&#233;nom&#232;nes &#8212; de finitude r&#233;fl&#233;chie.&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) Contenu et forme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 133&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors les uns des autres, comme le sont les ph&#233;nom&#232;nes de ce monde ph&#233;nom&#233;nal, ils forment une totalit&#233; et sont enti&#232;rement contenus dans leur relation &#224; eux-m&#234;mes. De cette fa&#231;on, la relation &#224; eux-m&#234;mes du ph&#233;nom&#232;ne est compl&#232;tement sp&#233;cifi&#233;e, il a la forme en lui-m&#234;me et, parce qu'il est dans cette identit&#233;, il l'a comme subsistance essentielle. Il en r&#233;sulte que la forme est le contenu et que dans sa phase se trouve la loi du ph&#233;nom&#232;ne . Lorsque la forme, au contraire, ne se refl&#232;te pas dans le soi, elle &#233;quivaut au n&#233;gatif du ph&#233;nom&#232;ne, &#224; ce qui n'est pas ind&#233;pendant et changeant : et cette sorte de forme est la forme indiff&#233;rente ou ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel &#224; retenir &#224; propos de l'opposition de la forme et du contenu est que le contenu n'est pas sans forme, mais qu'il a la forme en lui-m&#234;me, tout autant que la forme lui est ext&#233;rieure. Il y a donc un d&#233;doublement de la forme. Tant&#244;t elle se refl&#232;te en elle-m&#234;me, et alors elle est identique au contenu. Tant&#244;t elle ne se refl&#232;te pas en elle-m&#234;me, et alors elle est une existence ext&#233;rieure qui n'affecte en rien le contenu. Nous sommes ici en pr&#233;sence, implicitement, de la corr&#233;lation absolue du contenu et de la forme, c'est-&#224;-dire de leur r&#233;pulsion r&#233;ciproque, de sorte que le contenu n'est rien d'autre que la r&#233;pulsion de la forme en contenu, et la forme rien d'autre que la r&#233;pulsion du contenu en forme. Cette r&#233;pulsion mutuelle est l'une des lois les plus importantes de la pens&#233;e. Mais elle n'est pas explicitement mise en &#233;vidence avant les Relations de substance et de causalit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme et le contenu sont deux termes fr&#233;quemment employ&#233;s par l'entendement r&#233;fl&#233;chi, surtout lorsqu'il a l'habitude de consid&#233;rer le contenu comme essentiel et ind&#233;pendant, la forme au contraire comme inessentielle et d&#233;pendante. Il faut remarquer en revanche que tous deux sont en fait &#233;galement essentiels ; et que, s'il est aussi rare de trouver un contenu informe qu'une mati&#232;re informe , les deux (contenu et mati&#232;re) se distinguent par le fait que la mati&#232;re, bien que implicitement non d&#233;pourvue de forme, manifeste n&#233;anmoins dans son existence un m&#233;pris de la forme, tandis que le contenu, en tant que tel, n'est ce qu'il est que parce que la forme m&#251;rie y est incluse. Pourtant, la forme souffre toujours de l'ext&#233;riorit&#233;. Dans un livre, par exemple, elle n'a certainement aucun rapport avec le contenu, qu'il soit &#233;crit ou imprim&#233;, reli&#233; en papier ou en cuir. Cela n'implique cependant pas le moins du monde que, mis &#224; part une forme indiff&#233;rente et ext&#233;rieure, le contenu du livre soit lui-m&#234;me informe. Il y a sans doute assez de livres qui, m&#234;me par leur contenu, peuvent &#234;tre qualifi&#233;s d'informes. Mais l'absence de forme est ici la m&#234;me chose que la mauvaise forme, et signifie le d&#233;faut de la forme appropri&#233;e, et non l'absence de toute forme. Cette forme appropri&#233;e est si loin d'&#234;tre indiff&#233;rente au contenu qu'elle est plut&#244;t le contenu lui-m&#234;me. Une &#339;uvre d'art qui manque de la forme appropri&#233;e n'est pour cette raison m&#234;me pas une &#339;uvre d'art v&#233;ritable et c'est une mauvaise fa&#231;on d'excuser un artiste que de dire que le contenu de ses &#339;uvres est bon et m&#234;me excellent, bien qu'elles manquent de la forme appropri&#233;e. Les v&#233;ritables &#339;uvres d'art sont celles o&#249; le contenu et la forme pr&#233;sentent une identit&#233; parfaite. Le contenu de l'Iliade, pourrait-on dire, est la guerre de Troie, et surtout la col&#232;re d'Achille. En cela nous avons tout, et pourtant tr&#232;s peu apr&#232;s tout ; car l'Iliade est devenue une Iliade par la forme po&#233;tique dans laquelle ce contenu est model&#233;. On peut &#233;galement dire que le contenu de Rom&#233;o et Juliette est la ruine de deux amants &#224; cause de la discorde entre leurs familles : mais il faut quelque chose de plus pour rendre la trag&#233;die immortelle de Shakespeare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le rapport entre la forme et le contenu dans le domaine scientifique, il faut rappeler la diff&#233;rence qui existe entre la philosophie et les autres sciences. Celles-ci sont finies , parce que leur mode de pens&#233;e, en tant qu'acte purement formel, tire son contenu de l'ext&#233;rieur. Leur contenu n'est donc pas connu comme fa&#231;onn&#233; de l'int&#233;rieur par les pens&#233;es qui le fondent, et la forme et le contenu ne se p&#233;n&#232;trent pas compl&#232;tement. Cette s&#233;paration dispara&#238;t en philosophie et justifie ainsi son titre de connaissance infinie. Pourtant, la pens&#233;e philosophique elle-m&#234;me est souvent consid&#233;r&#233;e comme un acte purement formel ; et il est particuli&#232;rement &#233;vident que la logique, qui ne traite que de pens&#233;es en tant que pens&#233;es, n'est que formelle. Et si le contenu ne signifie rien de plus que ce qui est palpable et &#233;vident pour les sens, toute philosophie et en particulier la logique doivent &#234;tre reconnues d'embl&#233;e comme d&#233;pourvues de contenu, c'est-&#224;-dire de contenu perceptible par les sens. Cependant, m&#234;me les formes ordinaires de pens&#233;e et l'usage commun du langage ne limitent en rien l'appellation de contenu &#224; ce qui est per&#231;u par les sens, ou &#224; ce qui a un &#234;tre dans le lieu et dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre sans contenu, comme chacun sait, n'est pas un livre aux pages vides, mais un livre dont le contenu vaut mieux que rien. Une analyse plus approfondie nous am&#232;nera &#224; constater que par ce qu'on appelle contenu, un esprit cultiv&#233; n'entend rien d'autre que la pr&#233;sence et la puissance de la pens&#233;e. Mais c'est admettre que les pens&#233;es ne sont pas des formes vides sans affinit&#233; avec leur contenu, et que dans d'autres domaines comme dans l'art, la v&#233;rit&#233; et la valeur du contenu d&#233;pendent essentiellement de ce que le contenu se montre identique &#224; la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 134&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'existence imm&#233;diate est un caract&#232;re de la subsistance elle-m&#234;me aussi bien que de la forme : elle est par cons&#233;quent ext&#233;rieure au caract&#232;re du contenu ; mais cette ext&#233;riorit&#233; que le contenu poss&#232;de par le facteur de sa subsistance lui est &#233;galement essentielle. Ainsi formul&#233; explicitement, le ph&#233;nom&#232;ne est relativit&#233; ou corr&#233;lation : une seule et m&#234;me chose, &#224; savoir le contenu ou la forme d&#233;velopp&#233;e, est consid&#233;r&#233;e comme l'ext&#233;riorit&#233; et l'antith&#232;se d'existences ind&#233;pendantes et comme leur r&#233;duction &#224; un rapport d'identit&#233; dans lequel seule l'identification fait que les deux choses distingu&#233;es sont ce qu'elles sont.&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) Relation ou corr&#233;lation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 135&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] La relation imm&#233;diate est celle du Tout et des Parties . Le contenu est le Tout et consiste en les parties (la forme), sa contrepartie. Les parties sont diverses les unes des autres. Ce sont elles qui poss&#232;dent un &#234;tre ind&#233;pendant. Mais elles ne sont parties que lorsqu'elles sont identifi&#233;es par leur relation les unes aux autres ; ou, dans la mesure o&#249; elles constituent le Tout, lorsqu'elles sont prises ensemble. Mais cet &#171; ensemble &#187; est la contrepartie et la n&#233;gation de la partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corr&#233;lation essentielle est la phase sp&#233;cifique et absolument universelle dans laquelle les choses apparaissent. Tout ce qui existe est en corr&#233;lation, et cette corr&#233;lation est la v&#233;ritable nature de toute existence. L'&#234;tre ainsi existant n'a pas d'&#234;tre propre, mais seulement dans quelque chose d'autre : mais dans cet autre il est rapport &#224; soi-m&#234;me ; et la corr&#233;lation est l'unit&#233; du rapport &#224; soi-m&#234;me et du rapport aux autres. Le rapport du tout et des parties est faux dans la mesure o&#249; la notion et la r&#233;alit&#233; du rapport ne sont pas en harmonie. La notion du tout doit contenir des parties ; mais si le tout est pris et fait ce que sa notion implique, c'est-&#224;-dire s'il est divis&#233;, il cesse aussit&#244;t d'&#234;tre un tout. Il y a sans doute des choses qui correspondent &#224; ce rapport ; mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela qu'elles sont des existences basses et fausses. Il faut cependant se rappeler ce que signifie &#171; faux &#187;. Quand il appara&#238;t dans une discussion philosophique, le terme &#171; faux &#187; ne signifie pas que la chose &#224; laquelle il s'applique est inexistante. Un mauvais &#233;tat ou un corps malade peuvent tout de m&#234;me exister ; mais ces choses sont fausses, parce que leur notion et leur r&#233;alit&#233; sont en d&#233;saccord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du tout et des parties, en tant que relation imm&#233;diate, est facile &#224; comprendre et c'est pourquoi elle est souvent satisfaisante quand il s'agit de relations plus profondes. Les membres et les organes d'un corps organique, par exemple, ne sont pas de simples parties de celui-ci : ce n'est que dans leur unit&#233; qu'ils sont ce qu'ils sont, et ils sont incontestablement affect&#233;s par cette unit&#233;, comme ils l'affectent &#224; leur tour. Ces membres et ces organes ne deviennent de simples parties que lorsqu'ils passent entre les mains d'un anatomiste, dont l'occupation, rappelons-le, ne se limite pas au corps vivant, mais au cadavre. Non que cette analyse soit ill&#233;gitime : nous voulons seulement dire que la relation externe et m&#233;canique du tout et des parties ne nous suffit pas si nous voulons &#233;tudier la vie organique dans sa v&#233;rit&#233;. Et s'il en est ainsi dans la vie organique, il en est bien davantage ainsi lorsque nous appliquons cette relation &#224; l'esprit et aux formations du monde spirituel. Les psychologues ne parlent pas express&#233;ment de parties de l'&#226;me ou de l'esprit, mais la mani&#232;re dont l'entendement analytique traite ce sujet est en grande partie fond&#233;e sur l'analogie de cette relation finie. C'est du moins le cas lorsque les diff&#233;rentes formes d'activit&#233; mentale sont &#233;num&#233;r&#233;es et d&#233;crites simplement dans leur isolement les unes apr&#232;s les autres, sous le nom de facult&#233;s et de pouvoirs dits sp&#233;ciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force et son expression&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 136&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] L'un et le m&#234;me de cette corr&#233;lation (le rapport &#224; soi qui s'y trouve) est donc imm&#233;diatement un rapport &#224; soi n&#233;gatif. La corr&#233;lation est en bref le processus m&#233;diateur par lequel l'un et le m&#234;me est d'abord indiff&#233;rent &#224; la diff&#233;rence, et ensuite le rapport &#224; soi n&#233;gatif qui se repousse comme r&#233;flexion-en-soi &#224; la diff&#233;rence et s'investit (comme r&#233;flexion-en-autre chose) d'existence, tandis qu'il ram&#232;ne inversement ce reflet-en-autre &#224; la relation &#224; soi et &#224; l'indiff&#233;rence. C'est ainsi que se produit la corr&#233;lation de la force et de son expression ( &#196;u&#223;erung ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre le tout et la partie est la relation imm&#233;diate et donc inintelligente (m&#233;canique) &#8212; une r&#233;pulsion de l'identit&#233; &#224; soi-m&#234;me dans la simple vari&#233;t&#233; . Ainsi, nous passons du tout aux parties, et des parties au tout : dans l'un, nous oublions son opposition &#224; l'autre, tandis que chacun pour son propre compte, tant&#244;t le tout, tant&#244;t les parties, est consid&#233;r&#233; comme une existence ind&#233;pendante. En d'autres termes, lorsque l'on d&#233;clare que les parties subsistent dans le tout, et que le tout est constitu&#233; des parties, nous avons l'un des membres de la relation &#224; diff&#233;rents moments consid&#233;r&#233; comme subsistant en permanence, tandis que l'autre est non essentiel. Dans sa forme superficielle, le lien m&#233;canique consiste en ce que les parties sont ind&#233;pendantes les unes des autres et du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette relation peut &#234;tre adopt&#233;e pour la progression &#224; l'infini, dans le cas de la divisibilit&#233; de la mati&#232;re : et alors elle devient une alternance inintelligente avec les deux c&#244;t&#233;s. Une chose est prise &#224; un moment donn&#233; comme un tout : puis on passe &#224; la sp&#233;cification des parties : cette sp&#233;cification est oubli&#233;e, et ce qui &#233;tait une partie est consid&#233;r&#233; comme un tout ; alors la sp&#233;cification de la partie revient, et ainsi de suite &#224; jamais. Mais si l'on prend cet infini comme le n&#233;gatif qu'il est, c'est l'&#233;l&#233;ment n&#233;gatif en rapport avec lui-m&#234;me dans la corr&#233;lation &#8212; la Force, le tout identique &#224; lui-m&#234;me , ou l'immanence &#8212; qui pourtant d&#233;passe cette immanence et s'exprime ; et inversement l'expression qui s'&#233;vanouit et retourne &#224; la Force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cette infinit&#233;, la force est aussi finie : car le contenu, ou l'un et le m&#234;me de la force et de son produit, n'est d'abord cette identit&#233; que pour l'observateur : les deux c&#244;t&#233;s du rapport ne sont pas encore, chacun pour son compte, l'identit&#233; concr&#232;te de ce m&#234;me et unique, pas encore la totalit&#233;. Ils sont donc diff&#233;rents l'un pour l'autre, et le rapport est fini. La force exige donc une sollicitation ext&#233;rieure : elle agit en aveugle ; et &#224; cause de cette imperfection de la forme, le contenu est aussi limit&#233; et accidentel. Il n'est pas encore v&#233;ritablement identique &#224; la forme : il n'est pas encore comme notion et comme fin, c'est-&#224;-dire qu'il n'est pas intrins&#232;quement et effectivement d&#233;termin&#233;. Cette diff&#233;rence est tr&#232;s vitale, mais difficile &#224; saisir : elle prendra une formulation plus claire quand nous arriverons au Dessein. Si on la n&#233;glige, elle conduit &#224; la confusion de concevoir Dieu comme Force, confusion dont souffre particuli&#232;rement le Dieu de Herder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit souvent que la nature de la force elle-m&#234;me est inconnue et que l'on ne saisit que sa manifestation. Mais, en premier lieu, on peut r&#233;pondre que chaque article de la signification de la force est le m&#234;me que ce qui est sp&#233;cifi&#233; dans l'expression, et l'explication d'un ph&#233;nom&#232;ne par une force n'est qu'une simple tautologie. Ce qui est cens&#233; rester inconnu n'est donc en r&#233;alit&#233; que la forme vide de la r&#233;flexion sur soi, par laquelle seule la force se distingue de l'expression, et cette forme aussi est quelque chose de familier. C'est une forme qui n'ajoute rien au contenu et &#224; la loi, qui doivent &#234;tre d&#233;couverts &#224; partir du seul ph&#233;nom&#232;ne. Une autre assurance est toujours donn&#233;e : parler de forces n'implique aucune th&#233;orie sur leur nature ; et cela &#233;tant, on ne voit pas pourquoi la forme de force a &#233;t&#233; introduite dans les sciences. En second lieu, la nature de la force est indubitablement inconnue : nous n'avons toujours aucune n&#233;cessit&#233; de lier et de relier son contenu en lui-m&#234;me, comme nous n'avons aucune n&#233;cessit&#233; dans le contenu, en tant qu'il est express&#233;ment limit&#233; et qu'il doit donc son caract&#232;re &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Compar&#233; au rapport imm&#233;diat du tout et des parties, le rapport entre la force et son action peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme infini. En lui se r&#233;alise l'identit&#233; des deux parties qui, dans le premier rapport, n'existait que pour l'observateur. Le tout, bien que nous puissions voir qu'il est compos&#233; de parties, cesse d'&#234;tre un tout quand il est divis&#233; ; tandis que la force ne se montre force que lorsqu'elle s'exerce et, dans son exercice, ne revient qu'&#224; elle-m&#234;me. L'exercice n'est que force une fois de plus. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, ce rapport m&#234;me appara&#238;t fini, et fini en vertu de cette m&#233;diation : de m&#234;me, inversement, le rapport du tout et des parties est &#233;videmment fini en vertu de son imm&#233;diatet&#233;. La premi&#232;re et la plus simple preuve de la finitude du rapport m&#233;diatis&#233; de la force et de son exercice est que chaque force est conditionn&#233;e et a besoin d'autre chose qu'elle-m&#234;me pour subsister. Par exemple, le fer est un v&#233;hicule sp&#233;cial de la force magn&#233;tique, comme on le sait, dont les autres propri&#233;t&#233;s, telles que sa couleur, son poids sp&#233;cifique ou sa relation aux acides, sont ind&#233;pendantes de cette connexion avec le magn&#233;tisme. On observe la m&#234;me chose pour toutes les autres forces, qui, d'un bout &#224; l'autre, se trouvent conditionn&#233;es et transmises par autre chose qu'elles-m&#234;mes. Une autre preuve de la nature finie de la force est qu'elle a besoin d'&#234;tre sollicit&#233;e avant de pouvoir se manifester. Ce par quoi la force est sollicit&#233;e est elle-m&#234;me une autre expression de la force, qui ne peut se manifester sans sollicitation similaire. Cela nous conduit soit &#224; une r&#233;p&#233;tition de la progression infinie, soit &#224; une r&#233;ciprocit&#233; de sollicitation et d'&#234;tre sollicit&#233;. Dans les deux cas, nous n'avons pas de commencement absolu du mouvement. La force n'est pas encore, comme la cause finale, intrins&#232;quement autod&#233;termin&#233;e : le contenu lui est donn&#233; comme d&#233;termin&#233;, et la force, lorsqu'elle s'exerce, est, selon l'expression, aveugle dans son fonctionnement. Cette expression implique la distinction entre la manifestation abstraite de la force et l'action t&#233;l&#233;ologique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) L'affirmation souvent r&#233;p&#233;t&#233;e, que c'est l'exercice de la force et non la force elle-m&#234;me qui est susceptible d'&#234;tre connu, doit &#234;tre rejet&#233;e comme sans fondement. L'essence m&#234;me de la force est de se manifester, et ainsi, dans la totalit&#233; de la manifestation, con&#231;ue comme une loi, nous d&#233;couvrons en m&#234;me temps la force elle-m&#234;me. Et cependant, cette affirmation que la force en elle-m&#234;me est inconnaissable trahit un pressentiment bien fond&#233; que ce rapport est fini. Les diverses manifestations d'une force nous apparaissent d'abord sous une multiplicit&#233; ind&#233;finie, et dans leur isolement, semblent accidentelles ; mais, en r&#233;duisant cette multiplicit&#233; &#224; son unit&#233; int&#233;rieure, que nous appelons force, nous voyons que ce qui est apparemment contingent est n&#233;cessaire, en reconnaissant la loi qui la r&#233;git. Mais les diff&#233;rentes forces elles-m&#234;mes sont &#224; nouveau une multiplicit&#233;, et dans leur simple juxtaposition, elles semblent contingentes. C'est pourquoi, en physique empirique, nous parlons des forces de gravit&#233;, de magn&#233;tisme, d'&#233;lectricit&#233;, etc., et en psychologie des forces de m&#233;moire, d'imagination, de volont&#233; et de toutes les autres facult&#233;s. Cette multiplicit&#233; suscite &#224; nouveau le d&#233;sir de conna&#238;tre ces diff&#233;rentes forces comme un tout unique, d&#233;sir qui ne serait pas apais&#233; m&#234;me si l'on ramenait les diff&#233;rentes forces &#224; une force primaire commune. Une telle force primaire ne serait en r&#233;alit&#233; qu'une abstraction vide, sans plus de contenu que la chose abstraite en soi. De plus, la corr&#233;lation entre force et manifestation est essentiellement une corr&#233;lation m&#233;diatis&#233;e (de d&#233;pendance r&#233;ciproque ), et il faut donc contredire la notion de force pour la consid&#233;rer comme primaire ou reposant sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le cas de la nature de la force. Bien que nous puissions accepter de consid&#233;rer le monde comme une manifestation des forces divines, nous devrions objecter &#224; ce que Dieu lui-m&#234;me soit consid&#233;r&#233; comme une simple force. Car la force est apr&#232;s tout une cat&#233;gorie subordonn&#233;e et finie. Lors de la pr&#233;tendue renaissance des sciences, lorsque des mesures furent prises pour relier les ph&#233;nom&#232;nes individuels de la nature aux forces sous-jacentes, l'&#201;glise qualifia cette entreprise d'impie. L'argument de l'&#201;glise &#233;tait le suivant : si ce sont les forces de la gravitation, de la v&#233;g&#233;tation, etc., qui provoquent les mouvements des corps c&#233;lestes, la croissance des plantes, etc., il ne reste plus rien pour la providence divine, et Dieu se r&#233;duit au niveau d'un observateur tranquille, observant ce jeu de forces. Les sp&#233;cialistes de la nature, il est vrai, et Newton plus que d'autres, lorsqu'ils employ&#232;rent la cat&#233;gorie r&#233;flexive de la force pour expliquer les ph&#233;nom&#232;nes naturels, ont express&#233;ment plaid&#233; que l'honneur de Dieu, en tant que Cr&#233;ateur et Gouverneur du monde, ne serait pas ainsi port&#233; atteinte. Mais le r&#233;sultat logique de cette explication par les forces est que l'entendement inf&#233;rentiel proc&#232;de &#224; fixer chacune de ces forces et &#224; les maintenir dans leur finitude comme ultime. Et, en contraste avec ce monde d&#233;-infinitis&#233; de forces et de mati&#232;res ind&#233;pendantes, les seuls termes dans lesquels il est encore possible de d&#233;crire Dieu le pr&#233;senteront dans l'infinit&#233; abstraite d'un &#202;tre supr&#234;me inconnaissable dans un autre monde lointain. Telle est pr&#233;cis&#233;ment la position du mat&#233;rialisme et de la &#171; libre pens&#233;e &#187; moderne, dont la th&#233;ologie ignore ce qu'est Dieu et se limite au simple fait queDans cette dispute, l'Eglise et l'esprit religieux ont donc, dans une certaine mesure, raison. Les formes finies de l'entendement ne remplissent certes pas les conditions d'une connaissance de la nature ou des formations du monde de l'esprit telles qu'elles sont r&#233;ellement. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, il est impossible de n&#233;gliger le droit formel qui, en premier lieu, donne aux sciences empiriques le droit de revendiquer le droit de la pens&#233;e &#224; conna&#238;tre le monde existant dans toute la particularit&#233; de son contenu, et de chercher quelque chose de plus que la simple affirmation d'une foi abstraite selon laquelle Dieu a cr&#233;&#233; et gouverne le monde. Lorsque notre conscience religieuse, s'appuyant sur l'autorit&#233; de l'Eglise, nous enseigne que Dieu a cr&#233;&#233; le monde par sa volont&#233; toute-puissante, qu'il guide les astres dans leur course et accorde &#224; toutes ses cr&#233;atures leur existence et leur bien-&#234;tre, la question du pourquoi reste sans r&#233;ponse. Or, c'est la r&#233;ponse &#224; cette question qui constitue la t&#226;che commune de la science empirique et de la philosophie. Lorsque la religion refuse de reconna&#238;tre ce probl&#232;me, ou le droit de le poser, et invoque l'imp&#233;n&#233;trable v&#233;rit&#233; des d&#233;crets de Dieu, elle adopte le m&#234;me terrain agnostique que celui de la simple Lumi&#232;re. Un tel appel n'est rien de plus qu'un dogmatisme arbitraire, qui contrevient au commandement expr&#232;s du christianisme de conna&#238;tre Dieu en esprit et en v&#233;rit&#233;, et qui est motiv&#233; par une humilit&#233; qui n'est pas chr&#233;tienne, mais qui na&#238;t d'une bigoterie ostentatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 137&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force est un tout qui, dans son rapport &#224; soi-m&#234;me, est un rapport n&#233;gatif &#224; soi-m&#234;me ; et comme tel tout, elle se repousse sans cesse d'elle-m&#234;me et se met en avant. Mais comme cette r&#233;flexion dans un autre (qui correspond &#224; la distinction des parties du tout) est &#233;galement une r&#233;flexion dans soi-m&#234;me, cette &#233;mission est le moyen par lequel la force qui retourne &#224; elle-m&#234;me est comme force. L'acte m&#234;me d'&#233;mission met donc en suspens la diversit&#233; des deux c&#244;t&#233;s qui se trouve dans cette corr&#233;lation, et &#233;nonce express&#233;ment l'identit&#233; qui constitue virtuellement leur contenu. La v&#233;rit&#233; de la force et de la parole est donc cette relation dans laquelle les deux c&#244;t&#233;s ne se distinguent que comme ext&#233;rieur et int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 138&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] L' int&#233;rieur est le fondement, quand il se pr&#233;sente comme la simple forme d'un c&#244;t&#233; de l'apparence et de la corr&#233;lation &#8212; la forme vide de la r&#233;flexion en soi. En contrepartie se trouve l' ext&#233;rieur &#8212; l'existence &#8212; aussi comme forme de l'autre c&#244;t&#233; de la corr&#233;lation, avec la caract&#233;ristique vide de la r&#233;flexion en quelque chose d'autre. Mais l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur sont identifi&#233;s : et leur identit&#233; est l'identit&#233; port&#233;e &#224; la pl&#233;nitude dans le contenu, cette unit&#233; de la r&#233;flexion en soi et de la r&#233;flexion en autrui qui a &#233;t&#233; forc&#233;e d'appara&#238;tre dans le mouvement de la force. Tous deux sont la m&#234;me identit&#233; unique, et cette unit&#233; en fait le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 139&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu donc, l'ext&#233;rieur est le m&#234;me contenu que l'int&#233;rieur. Ce qui est &#224; l'int&#233;rieur se trouve aussi &#224; l'ext&#233;rieur, et vice versa. L'apparence ne montre rien qui ne soit dans l'essence, et dans l'essence il n'y a rien que ce qui est manifest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 140&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, comme termes formels, sont aussi r&#233;ciproquement oppos&#233;s, et cela de fa&#231;on absolue. L'un est l'abstraction de l'identit&#233; avec le moi, l'autre la simple multiplicit&#233; ou r&#233;alit&#233;. Mais en tant que stades d'une m&#234;me forme, ils sont essentiellement identiques, de sorte que tout ce qui est d'abord explicitement plac&#233; dans une seule abstraction, est aussi clairement et &#224; un certain stade dans l'autre. Par cons&#233;quent, ce qui n'est qu'int&#233;rieur n'est aussi qu'ext&#233;rieur : et ce qui n'est qu'ext&#233;rieur n'est d'abord qu'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une erreur de r&#233;flexion courante que de consid&#233;rer l'essence comme &#233;tant seulement l'int&#233;rieur. Si l'on prend les choses ainsi, cette mani&#232;re de voir est purement ext&#233;rieure, et cette sorte d'essence est une abstraction ext&#233;rieure vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ins Innere der Natur&lt;br class='autobr' /&gt;
Dringt kein erschaffner Geist,&lt;br class='autobr' /&gt;
Zu gl&#252;cklich wenn er nur&lt;br class='autobr' /&gt;
De &#228;ussere Schaale weisst.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aurait mieux fallu dire que si l'on d&#233;crit l'essence de la nature comme la partie int&#233;rieure, celui qui la d&#233;crit ainsi ne conna&#238;t que son enveloppe ext&#233;rieure. Dans l'&#234;tre en tant que tout, ou m&#234;me dans la simple perception sensible, la notion n'est d'abord qu'une chose int&#233;rieure, et pour cette raison m&#234;me, elle est quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; l'&#234;tre, une pens&#233;e et un &#234;tre subjectifs, d&#233;pourvus de v&#233;rit&#233;. Dans la nature comme dans l'esprit, tant que la notion, le dessein ou la loi sont d'abord la capacit&#233; int&#233;rieure, de simples possibilit&#233;s, ils ne sont d'abord qu'une nature ext&#233;rieure, inorganique, la connaissance d'une tierce personne, d'une force &#233;trang&#232;re, etc. Tel un homme est ext&#233;rieurement, c'est-&#224;-dire dans ses actions (non, bien entendu, dans son apparence purement corporelle), tel il est int&#233;rieurement ; et si sa vertu, sa moralit&#233;, etc. ne sont qu'int&#233;rieurement siennes, c'est-&#224;-dire si elles n'existent que dans ses intentions et ses sentiments, et si ses actes ext&#233;rieurs ne sont pas identiques &#224; eux, une moiti&#233; de lui est aussi creuse et vide que l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre l'Ext&#233;rieur et l'Int&#233;rieur unit les deux relations qui la pr&#233;c&#232;dent et, en m&#234;me temps, met en suspens la simple relativit&#233; et la ph&#233;nom&#233;nalit&#233; en g&#233;n&#233;ral. Pourtant, tant que la compr&#233;hension maintient l'Int&#233;rieur et l'Ext&#233;rieur fix&#233;s dans leur s&#233;paration, ils sont des formes vides, l'un aussi nul que l'autre. Non seulement dans l'&#233;tude de la nature, mais aussi dans celle du monde spirituel, il faut beaucoup appr&#233;cier la relation entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, et surtout &#233;viter l'id&#233;e fausse selon laquelle le premier est le seul point essentiel autour duquel tout tourne, tandis que le second est inessentiel et trivial. Nous commettons cette erreur lorsque, comme on le fait souvent, la diff&#233;rence entre la nature et l'esprit est ramen&#233;e &#224; la diff&#233;rence abstraite entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur. Quant &#224; la nature, elle est certainement ext&#233;rieure dans le grossier, non seulement &#224; l'esprit, mais m&#234;me &#224; lui-m&#234;me. Mais l'appeler ext&#233;rieure &#171; dans le grossier &#187; ne signifie pas qu'il s'agit d'une ext&#233;riorit&#233; abstraite, car une telle chose n'existe pas. Cela signifie plut&#244;t que l'id&#233;e qui forme le contenu commun de la nature et de l'esprit se trouve dans la nature seulement comme ext&#233;rieure et, pour cette raison m&#234;me, seulement int&#233;rieure. L'entendement abstrait, avec son &#171; ou bien ou bien &#187;, peut lutter contre cette conception de la nature. On la retrouve n&#233;anmoins de toute &#233;vidence dans nos autres modes de conscience, en particulier dans la religion. La religion nous enseigne que la nature, tout comme le monde spirituel, est une r&#233;v&#233;lation de Dieu ; mais avec cette distinction que, si la nature n'arrive jamais jusqu'&#224; &#234;tre consciente de son essence divine, cette conscience est le probl&#232;me expr&#232;s de l'esprit, qui, en la mati&#232;re, est encore fini. Ceux qui consid&#232;rent l'essence de la nature comme une simple int&#233;riorit&#233;, et par cons&#233;quent inaccessible &#224; nous, adoptent la m&#234;me ligne de conduite que cette ancienne croyance qui consid&#233;rait Dieu comme envieux et jaloux, croyance que Platon et Aristote ont d&#233;j&#224; prononc&#233;e. Tout ce que Dieu est, il le communique et le r&#233;v&#232;le ; et il le fait d'abord dans et par la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout objet est en effet d&#233;fectueux et imparfait lorsqu'il n'est qu'int&#233;rieur et donc en m&#234;me temps qu'ext&#233;rieur, ou (ce qui revient au m&#234;me) lorsqu'il n'est qu'ext&#233;rieur et donc qu'int&#233;rieur. Par exemple, un enfant, pris grossi&#232;rement en tant qu'&#234;tre humain, est sans doute un &#234;tre raisonnable ; mais la raison de l'enfant en tant qu'enfant est d'abord purement int&#233;rieure, sous la forme de ses capacit&#233;s naturelles ou de sa vocation, etc. Cette pure int&#233;riorit&#233; a en m&#234;me temps pour l'enfant la forme purement ext&#233;rieure, sous la forme de la volont&#233; de ses parents, des connaissances de ses ma&#238;tres et de tout le monde de la raison qui l'entoure. L'&#233;ducation et l'instruction d'un enfant visent &#224; le rendre r&#233;ellement et pour lui-m&#234;me ce qu'il n'est d'abord que virtuellement et donc pour les autres, c'est-&#224;-dire pour ses amis adultes. La raison, qui n'existe d'abord chez l'enfant que comme une possibilit&#233; int&#233;rieure, se r&#233;alise par l'&#233;ducation ; et inversement, l'enfant prend conscience par ce moyen que la bont&#233;, la religion et la science, qu'il avait d'abord consid&#233;r&#233;es comme une autorit&#233; ext&#233;rieure, sont sa propre nature. Il en est de m&#234;me pour l'enfant, qui, contrairement &#224; sa v&#233;ritable destin&#233;e, reste dans l'esclavage de l'homme naturel, son intelligence et sa volont&#233;. Ainsi, le criminel voit dans la peine qu'il doit subir un acte de violence ext&#233;rieure, alors qu'en r&#233;alit&#233; la peine n'est que la manifestation de sa propre volont&#233; criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vient d'&#234;tre dit nous apprend ce qu'il faut penser d'un homme qui, lorsqu'on le bl&#226;me pour ses d&#233;fauts, ou peut-&#234;tre pour ses actes r&#233;pr&#233;hensibles, fait appel aux intentions et aux sentiments (profess&#233;s) excellents de son moi int&#233;rieur qu'il distingue de ces d&#233;fauts. Il peut certainement y avoir des cas particuliers o&#249; la malveillance des circonstances ext&#233;rieures contrecarre des projets bien intentionn&#233;s et perturbe l'ex&#233;cution des plans les mieux con&#231;us. Mais en g&#233;n&#233;ral, m&#234;me dans ce cas, l'unit&#233; essentielle entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur est maintenue. Nous sommes donc fond&#233;s &#224; dire qu'un homme est ce qu'il fait ; et la vanit&#233; mensong&#232;re qui se console avec le sentiment de l'excellence int&#233;rieure peut &#234;tre confront&#233;e aux paroles de l'&#201;vangile : &#171; C'est &#224; leurs fruits que vous les reconna&#238;trez. &#187; Cette grande maxime s'applique avant tout au point de vue moral et religieux, mais elle est &#233;galement valable en ce qui concerne les performances artistiques et scientifiques. L'&#339;il per&#231;ant d'un ma&#238;tre qui aper&#231;oit chez son &#233;l&#232;ve des signes &#233;vidents de talent, peut le conduire &#224; affirmer qu'il a en lui un Rapha&#235;l ou un Mozart, et le r&#233;sultat montrera &#224; quel point cette opinion est fond&#233;e. Mais si un peintre ou un po&#232;te se flatte de penser que sa t&#234;te est pleine de hautes id&#233;es, sa consolation est bien mince ; et s'il veut &#234;tre jug&#233; non sur ses &#339;uvres r&#233;elles mais sur ses projets, nous pouvons sans risque rejeter ses pr&#233;tentions comme sans fondement et sans intention. Mais le cas inverse se pr&#233;sente aussi. En jugeant des hommes qui ont accompli quelque chose de grand et de bon, nous faisons souvent une fausse distinction entre ce qui est int&#233;rieur et ce qui est ext&#233;rieur. Tout ce qu'ils ont accompli, disons-nous, n'est qu'ext&#233;rieur ; int&#233;rieurement, ils agissaient pour un motif tout autre, par exemple pour satisfaire leur vanit&#233; ou une autre passion indigne. C'est l'esprit d'envie. Incapable de faire de grandes actions par elle-m&#234;me, l'envie s'efforce de d&#233;pr&#233;cier la grandeur et de la ramener &#224; son niveau. Rappelons-nous plut&#244;t la belle expression de Goethe : il n'y a pas d'autre rem&#232;de que l'amour contre les grandes sup&#233;riorit&#233;s des autres. On peut chercher &#224; &#244;ter aux grandes actions des hommes leur grandeur en insinuant l'hypocrisie ; mais s'il est possible que les hommes dissimulent et d&#233;guisent beaucoup de choses, ils ne peuvent cacher tout leur &#234;tre int&#233;rieur, qui se trahit infailliblement dans le decursus vitae. Il est vrai, m&#234;me ici, qu'un homme n'est rien d'autre que la suite de ses actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire que l'on appelle &#171; pragmatique &#187; a souvent p&#233;ch&#233; dans les temps modernes en traitant les grands personnages historiques, et en d&#233;figurant et en ternissant la v&#233;ritable conception que l'on s'en fait par cette s&#233;paration fallacieuse de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur. Non content de raconter sans fard les grands actes accomplis par les h&#233;ros de l'histoire du monde et de reconna&#238;tre que leur &#234;tre int&#233;rieur correspond &#224; la port&#233;e de leurs actes, l'historien pragmatique se croit justifi&#233; et m&#234;me oblig&#233; de rechercher les pr&#233;tendus motifs secrets qui se cachent derri&#232;re les faits r&#233;v&#233;l&#233;s. L'historien, dans ce cas, est cens&#233; &#233;crire avec plus de profondeur &#224; mesure qu'il r&#233;ussit &#224; arracher l'aur&#233;ole de tout ce qui a &#233;t&#233; tenu jusqu'ici pour grand et glorieux, et &#224; le rabaisser, en ce qui concerne son origine et sa signification propre, au niveau de la vulgaire m&#233;diocrit&#233;. Pour faciliter ces recherches pragmatiques en histoire, on recommande habituellement l'&#233;tude de la psychologie, qui est cens&#233;e nous faire conna&#238;tre les v&#233;ritables mobiles des actions humaines. Or, la psychologie dont il s'agit n'est que cette petite connaissance des hommes qui d&#233;tourne son regard de l'essentiel et du permanent de la nature humaine pour fixer son regard sur les traits accidentels et particuliers qui se manifestent dans les instincts et les passions isol&#233;s. Une psychologie pragmatique devrait au moins laisser &#224; l'historien qui &#233;tudie les mobiles des grandes actions le choix entre les int&#233;r&#234;ts &#171; substantiels &#187; du patriotisme, de la justice, de la v&#233;rit&#233; religieuse, etc., d'une part, et les int&#233;r&#234;ts subjectifs et &#171; formels &#187; de la vanit&#233;, de l'ambition, de l'avarice, etc., d'autre part. Ce sont ces derniers, cependant, que le pragmatiste doit consid&#233;rer comme r&#233;ellement efficaces, sinon l'hypoth&#232;se d'une opposition entre l'int&#233;rieur (la disposition de l'agent) et l'ext&#233;rieur (le sens de l'action) tomberait &#224; l'eau. Mais l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur ont en r&#233;alit&#233; le m&#234;me contenu, et c'est ce qui est le plus important. et la doctrine juste est l'exact oppos&#233; de cette juridicit&#233; p&#233;dante. Si les h&#233;ros de l'histoire n'avaient &#233;t&#233; mus que par des int&#233;r&#234;ts subjectifs et formels, ils n'auraient jamais accompli ce qu'ils ont accompli. Et si nous tenons compte de l'unit&#233; entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, nous devons reconna&#238;tre que les grands hommes ont voulu ce qu'ils ont fait et ont fait ce qu'ils ont voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 141&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les abstractions vides, par lesquelles le contenu unique et identique se prolonge n&#233;cessairement dans les deux corr&#233;latifs, se suspendent dans la transition imm&#233;diate de l'un dans l'autre. Le contenu lui-m&#234;me n'est rien d'autre que leur identit&#233; (&#167; 138) : et ces abstractions sont l'apparence de l'essence, pos&#233;e comme apparence. Par la manifestation de la force, l'int&#233;rieur est mis &#224; l'existence : mais cette mise &#224; l'existence est la m&#233;diation par des abstractions vides. En soi, le processus interm&#233;diaire s'&#233;vanouit dans l'imm&#233;diatet&#233;, dans laquelle l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur sont absolument identiques et leur diff&#233;rence n'est distinctement que suppos&#233;e et impos&#233;e. Cette identit&#233; est l'Actualit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. ACTUALIT&#201;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Substantialit&#233; - Causalit&#233; - R&#233;ciprocit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 142&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; est l'unit&#233; devenue imm&#233;diate de l'essence avec l'existence , ou de l'int&#233;rieur avec l'ext&#233;rieur. L'&#233;nonc&#233; de l'actuel est l'actuel lui-m&#234;me : de sorte que dans cet &#233;nonc&#233; il reste tout aussi essentiel, et n'est essentiel qu'autant qu'il est existence ext&#233;rieure imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; rencontr&#233; l'&#202;tre et l'Existence comme formes de l'imm&#233;diat. L'&#202;tre est en g&#233;n&#233;ral imm&#233;diatet&#233; non r&#233;fl&#233;chie et transition vers un autre. L'Existence est unit&#233; imm&#233;diate de l'&#202;tre et de la r&#233;flexion : d'o&#249; l'apparence ; elle vient du sol et tombe au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette unit&#233; est pos&#233;e explicitement et les deux c&#244;t&#233;s de la relation sont identifi&#233;s. L'actuel est donc exempt de transition et son ext&#233;riorit&#233; est son &#233;nergie. Dans cette &#233;nergie, il se refl&#232;te en lui-m&#234;me : son existence n'est que la manifestation de lui-m&#234;me, non d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Existe mais n'est pas r&#233;el&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; et la pens&#233;e (ou l'id&#233;e) sont souvent oppos&#233;es de fa&#231;on absurde. Combien de fois entendons-nous des gens dire que, bien qu'aucune objection ne puisse &#234;tre oppos&#233;e &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; la justesse d'une certaine pens&#233;e, il n'y a rien de tel &#224; voir dans la r&#233;alit&#233; , ou qu'elle ne peut &#234;tre r&#233;ellement mise en pratique ! Ceux qui emploient un tel langage ne font que prouver qu'ils n'ont pas bien saisi la nature de la pens&#233;e ou de l'actualit&#233;. La pens&#233;e dans un tel cas est, d'une part, le synonyme d'une conception subjective , d'un plan, d'une intention ou autre chose du m&#234;me genre, tout comme l'actualit&#233; est, d'autre part, synonyme d'existence ext&#233;rieure et sensible. Tout cela est tr&#232;s bien dans la vie courante, o&#249; l'on tol&#232;re une grande laxit&#233; dans les cat&#233;gories et les noms qui leur sont donn&#233;s ; et il peut bien s&#251;r arriver que, par exemple, le plan ou la soi-disant id&#233;e d'une certaine m&#233;thode de pens&#233;e soit consid&#233;r&#233; comme tel.L'imp&#244;t est bon et recommandable dans l'abstrait, mais rien de tel ne se trouve dans la r&#233;alit&#233;, et ne pourrait &#234;tre appliqu&#233; dans les conditions donn&#233;es. Mais lorsque l'entendement abstrait s'empare de ces cat&#233;gories et exag&#232;re la distinction qu'elles impliquent jusqu'&#224; en faire une ligne de contraste nette et ferme, lorsqu'il nous dit que dans ce monde r&#233;el nous devons nous d&#233;barrasser des id&#233;es, il est n&#233;cessaire de protester &#233;nergiquement contre ces doctrines, au nom de la science et de la saine raison. Car d'une part, les id&#233;es ne sont pas confin&#233;es &#224; notre t&#234;te, et l'id&#233;e, dans son ensemble, n'est pas si faible qu'elle laisse &#224; notre volont&#233; la question de son actualisation ou de sa non-actualisation. L'id&#233;e est plut&#244;t l'absolument actif aussi bien que l'actuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;el est r&#233;el&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;alit&#233; n'est pas aussi mauvaise et irrationnelle que le pensent les r&#233;formateurs aveugles, maladroits et confus. La r&#233;alit&#233;, en tant que distincte de la simple apparence et pr&#233;sentant avant tout une unit&#233; de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, est si loin d'&#234;tre en contradiction avec la raison qu'elle est plut&#244;t parfaitement raisonnable, et tout ce qui n'est pas raisonnable doit pour cette raison m&#234;me cesser d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme r&#233;el. On peut retrouver la m&#234;me opinion dans les usages du langage cultiv&#233;, qui refuse de donner le nom de r&#233;alit&#233;.un vrai po&#232;te ou un vrai homme d'&#201;tat &#224; un po&#232;te ou &#224; un homme d'&#201;tat qui ne peut rien faire de vraiment m&#233;ritoire ou de raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conception vulgaire de la r&#233;alit&#233;, qui prend pour ce qui est palpable et imm&#233;diatement &#233;vident pour les sens, il faut chercher la cause d'un pr&#233;jug&#233; r&#233;pandu sur la relation de la philosophie d' Aristote &#224; celle de Platon. L'opinion populaire fait la diff&#233;rence suivante : tandis que Platon reconna&#238;t l'id&#233;e et seulement l'id&#233;e comme v&#233;rit&#233;, Aristote, rejetant l'id&#233;e, s'en tient &#224; la r&#233;alit&#233;, et doit pour cela &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le fondateur et le chef de l'empirisme. On peut remarquer &#224; ce propos que ce n'est pas la r&#233;alit&#233; vulgaire de ce qui est imm&#233;diatement &#224; port&#233;e de main, mais l'id&#233;e comme r&#233;alit&#233;. O&#249; donc se situe la controverse d'Aristote contre Platon ? Cela r&#233;side en ceci : Aristote appelle l'id&#233;e platonicienne une simple dynamis , et &#233;tablit, en opposition &#224; Platon, que l'id&#233;e, que tous deux reconnaissent &#233;galement comme la seule v&#233;rit&#233;, doit &#234;tre essentiellement consid&#233;r&#233;e comme une energeia , en d'autres termes, comme l'int&#233;rieur qui est tout &#224; fait au premier plan, ou comme l'unit&#233; de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, ou comme l'actualit&#233;, au sens emphatique donn&#233; ici au mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est concr&#232;te&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 143&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cat&#233;gorie concr&#232;te comme l'Actualit&#233; inclut les caract&#233;ristiques pr&#233;cit&#233;es et leur diff&#233;rence, et en est donc aussi le d&#233;veloppement, de telle mani&#232;re que, comme elle les poss&#232;de, elles sont en m&#234;me temps clairement comprises comme une d&#233;monstration, &#224; assumer ou &#224; imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Possibilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[a] Envisag&#233;e comme identit&#233; en g&#233;n&#233;ral, l'Actualit&#233; est avant tout Possibilit&#233; &#8211; la r&#233;flexion en soi qui, par opposition &#224; l'unit&#233; concr&#232;te de l'actuel, est prise et transform&#233;e en une essentialit&#233; abstraite et inessentielle. La possibilit&#233; est ce qui est essentiel &#224; la r&#233;alit&#233;, mais de telle mani&#232;re qu'elle n'est en m&#234;me temps qu'une possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est probablement la port&#233;e de la possibilit&#233; qui a incit&#233; Kant &#224; la consid&#233;rer, avec la n&#233;cessit&#233; et l'actualit&#233;, comme des modalit&#233;s, &#171; car ces cat&#233;gories n'augmentent en rien la notion comme objet, mais expriment seulement sa relation avec la facult&#233; de conna&#238;tre &#187;. En effet, la possibilit&#233; est en r&#233;alit&#233; la simple abstraction de la r&#233;flexion sur soi, ce qu'on appelait autrefois l'int&#233;rieur, seulement qu'on entend aujourd'hui par l&#224; l'int&#233;rieur ext&#233;rieur, tir&#233; de la r&#233;alit&#233; et ayant l'&#234;tre d'une simple supposition, et qu'on ne la suppose donc que comme une simple modalit&#233;, une abstraction qui est courte et qui, en termes plus concrets, n'appartient qu'&#224; la pens&#233;e subjective. Il en est autrement de l'actualit&#233; et de la n&#233;cessit&#233; . Elles ne sont rien d'autre qu'une simple esp&#232;ce et un mode pour autre chose : en fait, c'est tout le contraire. Si on les suppose, c'est comme le concret, mais pas seulement comme des suppositions, mais comme un tout intrins&#232;quement complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; &#233;tant d'abord la simple forme de l'identit&#233; avec soi-m&#234;me (par rapport au concret actuel), la r&#232;gle qui s'applique &#224; elle est simplement qu'une chose ne doit pas &#234;tre contradictoire avec elle-m&#234;me. Ainsi tout est possible, car un acte d'abstraction peut donner &#224; tout contenu cette forme d'identit&#233;. Mais tout est aussi impossible que possible. Dans tout contenu - qui est et doit &#234;tre concret - la particularit&#233; de sa nature peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une contrari&#233;t&#233; sp&#233;cialis&#233;e et par l&#224; m&#234;me comme une contradiction. Rien n'est donc plus d&#233;nu&#233; de sens que de parler de cette possibilit&#233; et de cette impossibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En philosophie en particulier, il ne faut jamais dire que &#171; c'est possible &#187;, ou &#171; il y a encore une autre possibilit&#233; &#187;, ou, pour adopter une autre phras&#233;ologie, &#171; c'est concevable &#187;. La m&#234;me consid&#233;ration devrait mettre en garde l'historien contre l'emploi d'une cat&#233;gorie dont on a maintenant expliqu&#233; qu'elle &#233;tait fausse en soi : mais la subtilit&#233; de l'entendement vide trouve son plaisir principal dans l'ing&#233;niosit&#233; fantastique de sugg&#233;rer des possibilit&#233;s et des tas de possibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Possible et r&#233;el&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre pens&#233;e-image est d'abord dispos&#233;e &#224; voir dans la possibilit&#233; la cat&#233;gorie la plus riche et la plus large, et dans la r&#233;alit&#233; la cat&#233;gorie la plus pauvre et la plus &#233;troite. Tout est possible, dit-on, mais tout ce qui est possible n'est pas pour autant actuel. En r&#233;alit&#233;, si nous les consid&#233;rons comme des pens&#233;es, l'actualit&#233; est d'autant plus large que c'est la pens&#233;e concr&#232;te qui renferme la possibilit&#233; comme un &#233;l&#233;ment abstrait. Et cette sup&#233;riorit&#233; s'exprime dans une certaine mesure dans notre fa&#231;on de penser ordinaire, lorsque nous parlons du possible, par opposition &#224; l'actuel, comme &#233;tant seulement possible. On dit souvent que la possibilit&#233; consiste dans le fait qu'une chose est pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Penser &#187; signifie seulement concevoir un contenu sous la forme d'une identit&#233; abstraite. Or, tout contenu peut &#234;tre plac&#233; sous cette forme, puisqu'il n'est rien demand&#233; d'autre que de le s&#233;parer de la relation dans laquelle il se trouve. Par cons&#233;quent, tout contenu, si absurde et insens&#233; soit-il, peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme possible. Il est possible que la lune tombe sur la terre cette nuit, car la lune est un corps s&#233;par&#233; de la terre et peut aussi bien tomber sur elle qu'une pierre lanc&#233;e en l'air. Dans ce langage sur les possibilit&#233;s, c'est principalement la loi de la raison suffisante qui est manipul&#233;e dans le style d&#233;j&#224; expliqu&#233;. Tout, dit-on, est possible, pourvu que l'on puisse &#233;tablir une base. Moins un homme est instruit, ou en d'autres termes, moins il conna&#238;t la connexion sp&#233;cifique des objets sur lesquels il dirige ses observations, plus grande est sa tendance &#224; se lancer dans toutes sortes de possibilit&#233;s vides. On trouve un exemple de cette habitude dans la sph&#232;re politique chez le politicien de cabaret. Dans la vie pratique aussi, il n'est pas rare de voir la mauvaise volont&#233; et la paresse se glisser derri&#232;re la cat&#233;gorie du possible pour &#233;chapper &#224; des obligations d&#233;termin&#233;es. On peut y appliquer les m&#234;mes remarques que celles qui ont &#233;t&#233; faites &#224; propos de la loi de la raison suffisante. Les hommes raisonnables et pratiques refusent de se laisser imposer par le possible, pour la simple raison que c'est seulement possible. Ils s'en tiennent &#224; l'actuel (sans entendre par ce mot simplement ce qui est imm&#233;diatement pr&#233;sent et pr&#233;sent). De nombreux proverbes de la vie courante expriment le m&#234;me m&#233;pris pour ce qui est abstraitement possible. &#171; Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet autant de raisons de consid&#233;rer tout comme impossible que comme possible : car tout contenu (un contenu est toujours concret) comporte non seulement des propri&#233;t&#233;s diverses, mais m&#234;me oppos&#233;es. Rien n'est plus impossible, par exemple, que le fait que je sois : car &#171; je &#187; est en m&#234;me temps simple rapport &#224; soi-m&#234;me et, comme il est indubitable, rapport &#224; quelque chose d'autre. On peut constater la m&#234;me chose dans tous les autres faits du monde naturel ou spirituel. La mati&#232;re, peut-on dire, est impossible : car elle est l'unit&#233; de l'attraction et de la r&#233;pulsion. Il en est de m&#234;me de la vie, de la loi, de la libert&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, c'est l'entendement vide qui hante ces formes vides : et le r&#244;le de la philosophie en la mati&#232;re est de montrer combien elles sont nulles et d&#233;nu&#233;es de sens.Qu'une chose soit possible ou impossible d&#233;pend enti&#232;rement de l'objet, c'est-&#224;-dire de la somme totale des &#233;l&#233;ments en acte qui, &#224; mesure qu'elle se d&#233;voile, se r&#233;v&#232;le &#234;tre la n&#233;cessit&#233; .&lt;br class='autobr' /&gt;
&#174;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 144&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[b] Contingence (accidents). Mais l'Actuel, dans sa distinction avec la possibilit&#233; (qui est r&#233;flexion-en-soi), n'est que le concret ext&#233;rieur, l'imm&#233;diat non essentiel. En d'autres termes, dans la mesure o&#249; l'actuel est d'abord la simple unit&#233; simplement imm&#233;diate de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, il est &#233;videmment fait ext&#233;rieur non essentiel, et donc en m&#234;me temps simplement int&#233;rieur, abstraction de la r&#233;flexion-en-soi. C'est pourquoi il est lui-m&#234;me caract&#233;ris&#233; comme un simple possible. Lorsqu'il est ainsi &#233;valu&#233; au titre d'une simple possibilit&#233;, l'actuel est un Contingent ou un Accidentel, et, inversement, la possibilit&#233; est un simple Accident lui-m&#234;me ou un Hasard .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Possibilit&#233; et &#233;ventualit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 145&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; et la contingence sont les deux facteurs de l'Actualit&#233;, l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, consid&#233;r&#233;s comme de simples formes qui constituent l'ext&#233;riorit&#233; de l'actuel. Elles ont leur r&#233;flexion en soi sur le corps du fait actuel, ou contenu, avec sa d&#233;finition intrins&#232;que qui donne la base essentielle de leur caract&#233;risation. La finitude du contingent et du possible r&#233;side donc, comme nous le voyons maintenant, dans la distinction entre la d&#233;termination de la forme et le contenu : et, par cons&#233;quent, c'est du contenu seul que d&#233;pend la question de savoir si quelque chose est contingent et possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libre volont&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la possibilit&#233; est le simple int&#233;rieur de l'actualit&#233;, elle est par l&#224; m&#234;me une simple actualit&#233; ext&#233;rieure , c'est-&#224;-dire une contingence. Le contingent, en gros, est ce qui a pour fondement son &#234;tre non pas en soi, mais en quelque chose d'autre. C'est sous cet aspect que l'actualit&#233; se pr&#233;sente d'abord &#224; la conscience, et que l'on confond souvent avec l'actualit&#233; elle-m&#234;me. Mais le contingent n'est qu'un c&#244;t&#233; de l'actuel, celui de la r&#233;flexion sur quelque chose d'autre. Il est l'actuel dans la signification de quelque chose de simplement possible. C'est pourquoi nous consid&#233;rons le contingent comme ce qui peut &#234;tre ou ne pas &#234;tre, ce qui peut &#234;tre d'une mani&#232;re ou d'une autre, dont l'&#234;tre ou le non-&#234;tre, et dont l'&#234;tre de telle ou telle mani&#232;re ou d'une autre ne d&#233;pend pas de lui-m&#234;me, mais de quelque chose d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmonter cette contingence est, en gros, le probl&#232;me de la science d'une part ; de m&#234;me que dans le domaine de la pratique , de l'autre, le but de l'action est de s'&#233;lever au-dessus de la contingence de la volont&#233; ou du caprice. Il est pourtant arriv&#233; souvent, surtout dans les temps modernes, que la contingence ait &#233;t&#233; exag&#233;r&#233;ment &#233;lev&#233;e et qu'on lui ait attach&#233;, tant dans la nature que dans le monde de l'esprit, une valeur &#224; laquelle elle n'a aucun droit. Souvent, la nature , pour prendre la premi&#232;re, a &#233;t&#233; admir&#233;e surtout pour la richesse et la vari&#233;t&#233; de ses structures. Mais, &#224; part ce qu'elle contient de l' Id&#233;e , cette richesse ne satisfait aucun des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la Raison, et sa grande vari&#233;t&#233; de structures, organiques et inorganiques, ne nous offre que le spectacle d'une contingence se perdant dans le vague. En tout cas, la sc&#232;ne en damier pr&#233;sent&#233;e par les diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s d'animaux et de plantes, conditionn&#233;e comme elle l'est par des circonstances ext&#233;rieures - les changements complexes de configuration et de regroupement des nuages, etc. - ne devrait pas &#234;tre class&#233;e plus haut que la m&#234;mefantaisies fortuites de l'esprit qui s'abandonne &#224; ses propres caprices.L'&#233;merveillement avec lequel de tels ph&#233;nom&#232;nes sont accueillis est un &#233;tat d'esprit des plus abstraits, &#224; partir duquel on devrait progresser vers une vision plus approfondie de l'harmonie int&#233;rieure et de l'uniformit&#233; de la nature .&lt;br class='autobr' /&gt;
&#174;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est particuli&#232;rement important de bien &#233;valuer la contingence de la volont&#233; . La libert&#233; de la volont&#233; est une expression qui signifie souvent le libre choix, ou la volont&#233; sous forme de contingence. La libert&#233; de choix, ou la capacit&#233; de se d&#233;terminer dans un sens ou dans un autre, est sans aucun doute un &#233;l&#233;ment essentiel de la volont&#233; (qui est libre dans sa notion m&#234;me) ; mais au lieu d'&#234;tre la libert&#233; elle-m&#234;me, elle n'est en premier lieu qu'une libert&#233; formelle. La volont&#233; v&#233;ritablement libre, qui comprend le libre choix comme suspendu, a conscience que son contenu est intrins&#232;quement ferme et stable, et sait en m&#234;me temps qu'il lui appartient enti&#232;rement. Au contraire, une volont&#233; qui reste sur la voie de l'option, m&#234;me si elle d&#233;cide en faveur de ce qui est juste et vrai, est toujours hant&#233;e par l'id&#233;e qu'elle aurait pu, si elle l'avait voulu, d&#233;cider en faveur de la voie inverse. A y regarder de plus pr&#232;s, le libre choix appara&#238;t comme une contradiction, dans la mesure o&#249; sa forme et son contenu sont en opposition. La mati&#232;re du choix est donn&#233;e et connue comme un contenu qui ne d&#233;pend pas de la volont&#233; elle-m&#234;me, mais de circonstances ext&#233;rieures. Par rapport &#224; un tel contenu donn&#233;, la libert&#233; ne r&#233;side que dans la forme du choix, laquelle, n'&#233;tant qu'une libert&#233; de forme, ne peut par cons&#233;quent &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une libert&#233; que par supposition. A l'analyse finale, on verra que la m&#234;me ext&#233;riorit&#233; des circonstances sur laquelle se fonde le contenu que la volont&#233; trouve &#224; sa port&#233;e peut seule expliquer que la volont&#233; se prononce pour l'une et non pour l'autre des deux alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la contingence, comme on l'a montr&#233;, ne soit qu'un aspect de l'actualit&#233; tout enti&#232;re, et qu'il ne faille donc pas la confondre avec l'actualit&#233; tout enti&#232;re, et donc avec l'actualit&#233; elle-m&#234;me, elle n'a pas moins que les autres formes de l'id&#233;e sa fonction dans le monde des objets. Cela se voit d'abord dans la nature. A la surface de la nature, pour ainsi dire, le hasard s'&#233;tend sans entrave, et il faut simplement reconna&#238;tre la contingence, sans la pr&#233;tention parfois erron&#233;e attribu&#233;e &#224; la philosophie, en cherchant &#224; la trouver dans un &#171; ne peut &#234;tre que comme cela et non autrement &#187;. La contingence n'est pas moins visible dans le monde de l'esprit. La volont&#233;, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;, inclut la contingence sous la forme d'option ou de libre choix, mais seulement comme un &#233;l&#233;ment &#233;vanouissant et abrog&#233;. En ce qui concerne l'esprit et ses &#339;uvres, comme dans le cas de la nature, il faut se garder de se laisser tromper par une recherche bien intentionn&#233;e de la connaissance rationnelle , au point de vouloir d&#233;montrer la n&#233;cessit&#233; de ph&#233;nom&#232;nes marqu&#233;s par une contingence d&#233;termin&#233;e, ou, comme on dit, de les interpr&#233;ter a priori . Ainsi, dans le langage (bien qu'il soit en quelque sorte le corps de la pens&#233;e), le hasard joue toujours incontestablement un r&#244;le d&#233;cisif ; et il en est de m&#234;me pour les cr&#233;ations de la loi, de l'art, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de la science, et surtout de la philosophie, consiste sans aucun doute &#224; mettre en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; cach&#233;e sous l'apparence de la contingence. Cela ne signifie pas pour autant que le contingent rel&#232;ve uniquement de notre conception subjective et doive &#234;tre purement et simplement mis de c&#244;t&#233; si nous voulons parvenir &#224; la v&#233;rit&#233;. Toutes les recherches scientifiques qui poursuivent exclusivement cette tendance s'exposent &#224; l'accusation de pure jonglerie et de pr&#233;cisionnisme excessif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article&lt;br class='autobr' /&gt;
146&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A y regarder de plus pr&#232;s, voici ce que signifie le c&#244;t&#233; ext&#233;rieur de l'actualit&#233;. La contingence, qui est l'actualit&#233; dans son imm&#233;diatet&#233;, n'est l'identique &#224; soi-m&#234;me qu'en tant que supposition, qui n'est pas plus t&#244;t faite qu'elle est r&#233;voqu&#233;e et laisse subsister une ext&#233;riorit&#233; existante. Ainsi, la contingence ext&#233;rieure est quelque chose de pr&#233;suppos&#233;, dont l'existence imm&#233;diate est en m&#234;me temps une possibilit&#233;, et a vocation &#224; &#234;tre suspendue, &#224; &#234;tre la possibilit&#233; d'autre chose. Or cette possibilit&#233; est la Condition .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contingent, en tant qu'actualit&#233; imm&#233;diate, est en m&#234;me temps la possibilit&#233; d'autre chose, non plus la possibilit&#233; abstraite que nous avions au d&#233;but, mais la possibilit&#233; qui est . Et une possibilit&#233; existante est une condition. Par condition d'une chose, nous entendons d'abord une existence, en bref un imm&#233;diat, et ensuite la vocation de cet imm&#233;diat &#224; &#234;tre suspendu et &#224; servir &#224; l'actualisation d'autre chose. L'actualit&#233; imm&#233;diate n'est en g&#233;n&#233;ral jamais comme telle ce qu'elle devrait &#234;tre ; c'est une actualit&#233; finie avec un d&#233;faut inh&#233;rent, et sa vocation est d'&#234;tre consomm&#233;e. Mais l'autre aspect de l'actualit&#233; est son essentialit&#233;. C'est d'abord l'int&#233;rieur qui, en tant que simple possibilit&#233;, n'est pas moins destin&#233; &#224; &#234;tre suspendu. La possibilit&#233; ainsi suspendue est l'&#233;mergence d'une nouvelle actualit&#233;, dont l'actualit&#233; imm&#233;diate premi&#232;re &#233;tait la pr&#233;supposition. Nous voyons ici l'alternance impliqu&#233;e dans la notion d'une condition. Les conditions d'une chose semblent &#224; premi&#232;re vue n'impliquer aucune partialit&#233;. Mais en r&#233;alit&#233;, une telle actualit&#233; imm&#233;diate renferme en elle le germe d'autre chose. Cette autre chose n'est d'abord qu'une possibilit&#233;, mais la forme de possibilit&#233; est bient&#244;t suspendue et traduite en actualit&#233;. Cette nouvelle actualit&#233; qui en r&#233;sulte est l'int&#233;rieur m&#234;me de l'actualit&#233; imm&#233;diate qui l'&#233;puise. Ainsi na&#238;t une toute autre forme des choses, et pourtant elle n'est pas une autre : car l'actualit&#233; premi&#232;re n'est que pos&#233;e comme ce qu'elle &#233;tait en essence. Les conditions sacrifi&#233;es, qui tombent &#224; terre et s'&#233;puisent, ne font que s'unir &#224; elles-m&#234;mes dans l'autre actualit&#233;. Tel est en g&#233;n&#233;ral le processus de l'actualit&#233;. L'actualit&#233; n'est pas un simple cas d'&#234;tre imm&#233;diat, mais, en tant qu'&#234;tre essentiel, une suspension de sa propre imm&#233;diatet&#233; et par l&#224; m&#234;me une m&#233;diation de soi-m&#234;me avec soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Possibilit&#233; r&#233;elle&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 147&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[c] Lorsque cette ext&#233;riorit&#233; (de l'actualit&#233;) se d&#233;veloppe ainsi en un cercle des deux cat&#233;gories de possibilit&#233; et d'actualit&#233; imm&#233;diate, montrant l'interm&#233;diation de l'une par l'autre, elle est ce qu'on appelle la Possibilit&#233; R&#233;elle . En tant que tel cercle, elle est en outre la totalit&#233;, et donc le contenu, le fait ou l'affaire r&#233;el dans sa d&#233;finition globale. De m&#234;me, si nous consid&#233;rons la distinction entre les deux caract&#233;ristiques dans cette unit&#233;, elle r&#233;alise la totalit&#233; concr&#232;te de la forme, l'auto-traduction imm&#233;diate de l'int&#233;rieur vers l'ext&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur vers l'int&#233;rieur. Ce mouvement autonome de la forme est l'Activit&#233; , qui met en &#339;uvre le fait ou l'affaire comme un fondement r&#233;el qui est auto-suspendu &#224; l'actualit&#233;, et met en &#339;uvre l'actualit&#233; contingente, les conditions, c'est-&#224;-dire qu'elle est leur r&#233;flexion en soi et leur auto-suspension &#224; une autre actualit&#233; du fait r&#233;el. Si toutes les conditions sont r&#233;unies, le fait (l'&#233;v&#233;nement) doit &#234;tre actuel ; et le fait lui-m&#234;me est une des conditions : n'&#233;tant d'abord qu'int&#233;rieur, il n'est en fait lui-m&#234;me que pr&#233;suppos&#233;.L'actualit&#233; d&#233;velopp&#233;e, comme l'alternance co&#239;ncidente de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, l'alternance de leurs mouvements oppos&#233;s combin&#233;s en un seul mouvement, est la N&#233;cessit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;finie, &#224; juste titre, comme l'union de la possibilit&#233; et de l'actualit&#233;. Cette fa&#231;on de s'exprimer donne cependant une description superficielle et donc inintelligible de la notion tr&#232;s difficile de n&#233;cessit&#233;. Elle est difficile parce qu'elle est la notion elle-m&#234;me, seulement parce que ses stades ou facteurs sont encore des actualit&#233;s, qui ne doivent pourtant &#234;tre consid&#233;r&#233;es que comme des formes, en voie d'effondrement et transitoires. Dans les deux paragraphes suivants, il convient donc de donner une exposition plus d&#233;taill&#233;e des facteurs qui constituent la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; aveugle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on dit qu'une chose est n&#233;cessaire, la premi&#232;re question que nous posons est : pourquoi ? Tout ce qui est n&#233;cessaire nous est donc pr&#233;sent&#233; comme quelque chose qui r&#233;sulte d'une supposition, qui r&#233;sulte de certains ant&#233;c&#233;dents. Mais si nous nous en tenons &#224; la simple d&#233;rivation &#224; partir d'ant&#233;c&#233;dents, nous n'avons pas une id&#233;e compl&#232;te de ce que signifie la n&#233;cessit&#233;. Ce qui est simplement d&#233;riv&#233; est ce qu'il est, non par lui-m&#234;me, mais par quelque chose d'autre : et de ce fait, il est lui aussi simplement contingent. Ce qui est n&#233;cessaire, au contraire, il faudrait que nous soyons ce qu'il est par lui-m&#234;me : et ainsi, bien que d&#233;riv&#233;, il doit contenir en lui-m&#234;me l'ant&#233;c&#233;dent dont il d&#233;rive comme un &#233;l&#233;ment &#233;vanouissant. C'est pourquoi nous disons de ce qui est n&#233;cessaire : &#171; il est &#187;. Nous le tenons donc pour une simple relation &#224; soi-m&#234;me, dans laquelle toute d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard d'autre chose est supprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit souvent que la n&#233;cessit&#233; est aveugle. Si cela signifie que dans le processus de la n&#233;cessit&#233;, la fin ou la cause finale n'est pas pr&#233;sente explicitement et ouvertement, cette affirmation est juste. Le processus de la n&#233;cessit&#233; commence par l'existence de circonstances &#233;parses qui ne semblent avoir aucun rapport entre elles et aucune relation entre elles. Ces circonstances sont une r&#233;alit&#233; imm&#233;diate qui s'effondre et de cette n&#233;gation na&#238;t une r&#233;alit&#233; nouvelle. Nous avons ici un contenu qui se double formellement, une fois comme contenu du fait final r&#233;alis&#233;, une fois comme contenu des circonstances &#233;parses qui apparaissent comme positives et se font d'abord sentir sous ce caract&#232;re. Ce dernier contenu est en lui-m&#234;me nul et se transforme en cons&#233;quence en son n&#233;gatif , devenant ainsi le contenu du fait r&#233;alis&#233;. Les circonstances imm&#233;diates tombent &#224; terre comme conditions, mais restent en m&#234;me temps comme contenu de la r&#233;alit&#233; ultime. De telles circonstances et conditions est r&#233;sult&#233;, comme nous le disons, tout autre chose, et c'est pourquoi nous appelons ce processus de la n&#233;cessit&#233; aveugle. Si, au contraire, nous consid&#233;rons l'action t&#233;l&#233;ologique, nous avons dans la fin de l'action un contenu d&#233;j&#224; connu d'avance. Cette activit&#233; n'est donc pas aveugle mais voyante. Dire que le monde est gouvern&#233; par la Providence implique que le dessein, en tant que ce qui a &#233;t&#233; absolument pr&#233;d&#233;termin&#233;, est le principe actif, de sorte que le r&#233;sultat correspond &#224; ce qui a &#233;t&#233; connu et voulu d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie qui consid&#232;re le monde comme d&#233;termin&#233; par la n&#233;cessit&#233; et la croyance en une providence divine ne sont pas des points de vue qui s'excluent mutuellement. Nous verrons plus loin que le principe intellectuel qui sous-tend l'id&#233;e de la providence divine est la notion. Mais la notion est la v&#233;rit&#233; de la n&#233;cessit&#233;, qu'elle contient en elle-m&#234;me en suspension, de m&#234;me que, r&#233;ciproquement, la n&#233;cessit&#233; est la notion implicite.La n&#233;cessit&#233; n'est aveugle qu'aussi longtemps qu'elle n'est pas comprise . Rien n'est donc plus faux que l'accusation de fatalisme aveugle port&#233;e contre la philosophie de l'histoire, quand elle se donne pour probl&#232;me de comprendre la n&#233;cessit&#233; de tout &#233;v&#233;nement. La philosophie de l'histoire bien comprise prend le rang d'une Th&#233;odic&#233;e ; et ceux qui croient honorer la divine Providence en excluant la n&#233;cessit&#233; de son champ d'application la d&#233;gradent en r&#233;alit&#233; par cette exclusivit&#233; jusqu'&#224; un caprice aveugle et irrationnel. Dans le langage simple de l'esprit religieux qui parle des d&#233;crets &#233;ternels et immuables de Dieu, on sous-entend une reconnaissance expresse que la n&#233;cessit&#233; fait partie de l'essence de Dieu. Dans sa diff&#233;rence avec Dieu, l'homme, avec son opinion et sa volont&#233; particuli&#232;res, suit l'appel du caprice et de l'arbitraire, et se trouve ainsi souvent dans une situation de d&#233;lire.Ses actes se r&#233;v&#232;lent tout autres que ce qu'il avait voulu et voulu . Mais Dieu sait ce qu'il veut, cela n'est d&#233;termin&#233; dans sa volont&#233; &#233;ternelle ni par hasard, ni du dedans ni du dehors, et ce qu'il veut, il l'accomplit aussi, irr&#233;sistiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; nous donne un point de vue qui influe consid&#233;rablement sur nos sentiments et notre comportement. Lorsque nous consid&#233;rons les &#233;v&#233;nements comme n&#233;cessaires, notre situation semble &#224; premi&#232;re vue d&#233;pourvue de toute libert&#233;. Dans la croyance des anciens, comme nous le savons, la n&#233;cessit&#233; figurait comme le destin. Le point de vue moderne, au contraire, est celui de la consolation. Et la consolation signifie que si nous renon&#231;ons &#224; nos objectifs et &#224; nos int&#233;r&#234;ts, nous le faisons uniquement dans l'espoir d'obtenir une compensation. Le destin, au contraire, ne laisse aucune place &#224; la consolation. Mais un examen attentif du sentiment antique &#224; l'&#233;gard du destin ne r&#233;v&#232;le en aucun cas un sentiment d'asservissement &#224; son pouvoir. Au contraire, c'est le contraire. Cela appara&#238;t clairement si nous nous rappelons que le sentiment d'asservissement na&#238;t de l'incapacit&#233; &#224; surmonter l'antith&#232;se et de la vision de ce qui est et de ce qui arrive comme contradictoire avec ce qui devrait &#234;tre et arriver. Dans l'esprit antique, le sentiment &#233;tait plut&#244;t du genre suivant : parce qu'une chose est telle, elle est, et telle qu'elle est, telle doit &#234;tre. Ici, il n'y a pas de contraste, et par cons&#233;quent pas de sentiment de servitude, pas de douleur, pas de tristesse. Il est vrai, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, que cette attitude envers le destin est d&#233;nu&#233;e de consolation. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, c'est une disposition d'esprit qui n'a pas besoin de consolation tant que la subjectivit&#233; personnelle n'a pas acquis sa signification infinie. C'est sur ce point qu'il faut insister particuli&#232;rement en comparant le sentiment antique avec celui du monde moderne et chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par subjectivit&#233; , nous ne pouvons entendre en premier lieu que la subjectivit&#233; naturelle et finie, avec son contenu contingent et arbitraire d'int&#233;r&#234;ts et d'inclinations priv&#233;es, bref tout ce que nous appelons personne par opposition &#224; chose, en prenant le mot chose au sens emphatique (nous employons l'expression (correcte) selon laquelle il s'agit de choses et non de personnes). Dans ce sens de subjectivit&#233;, nous ne pouvons nous emp&#234;cher d'admirer la r&#233;signation tranquille des anciens &#224; la destin&#233;e, et de sentir que c'est l&#224; une disposition d'esprit bien plus &#233;lev&#233;e et plus noble que celle des modernes, qui poursuivent obstin&#233;ment leurs buts subjectifs et, lorsqu'ils se trouvent contraints de renoncer &#224; l'espoir de les atteindre, se consolent en esp&#233;rant une r&#233;compense sous une autre forme. Mais le terme de subjectivit&#233; ne doit pas se limiter &#224; la seule forme mauvaise et finie de subjectivit&#233;, qui s'oppose &#224; la chose (au fait). Dans sa v&#233;rit&#233;, la subjectivit&#233; est immanente au fait, et en tant que subjectivit&#233;, la v&#233;rit&#233; m&#234;me du fait est donc infinie. Dans ce sens, la doctrine de la consolation acquiert une signification plus nouvelle et plus &#233;lev&#233;e. C'est dans ce sens que la religion chr&#233;tienne doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la religion de la consolation, et m&#234;me de la consolation absolue. Le christianisme, nous le savons, enseigne que Dieu veut que tous les hommes soient sauv&#233;s. Cette doctrine d&#233;clare que la subjectivit&#233; a une valeur infinie. Et la force consolatrice du christianisme r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que Dieu lui-m&#234;me y est connu comme la subjectivit&#233; absolue, de sorte que, dans la mesure o&#249; la subjectivit&#233; comporte un &#233;l&#233;ment de particularit&#233;, notre personnalit&#233; particuli&#232;re est &#233;galement reconnue non seulement comme quelque chose &#224; annuler purement et simplement, mais en m&#234;me temps comme quelque chose &#224; pr&#233;server. Les dieux du monde antique &#233;taient, il est vrai, consid&#233;r&#233;s eux aussi comme des personnes ; mais la personnalit&#233; d'un Zeus et d'un Apollon n'est pas une personnalit&#233; r&#233;elle : elle n'est qu'une figure dans l'esprit. En d'autres termes, ces dieux ne sont que de simples personnifications qui, &#233;tant telles, ne se connaissent pas elles-m&#234;mes et sont seulement connues. On trouve une preuve de ce d&#233;faut et de cette impuissance des anciens dieux dans les croyances religieuses de l'Antiquit&#233;. Dans les croyances antiques, non seulement les hommes, mais aussi les dieux &#233;taient repr&#233;sent&#233;s comme soumis &#224; la destin&#233;e, destin&#233;e que nous devons concevoir comme une n&#233;cessit&#233; non d&#233;voil&#233;e, et donc comme quelque chose de totalement impersonnel, d&#233;sint&#233;ress&#233; et aveugle. D'autre part, le Dieu chr&#233;tien n'est pas seulement un Dieu connu, mais aussi un Dieu qui se conna&#238;t lui-m&#234;me ; il est une personnalit&#233; qui n'est pas seulement figur&#233;e dans notre esprit, mais qui est absolument r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une discussion plus approfondie des points &#233;voqu&#233;s ici, il faut se reporter &#224; la Philosophie de la religion. Mais nous pouvons noter en passant combien il est important pour tout homme de faire face &#224; tout ce qui lui arrive avec l'esprit du vieux proverbe qui d&#233;crit chaque homme comme l'architecte de sa propre fortune. Cela signifie que l'homme n'a que lui-m&#234;me l'usufruit de tout. L'autre fa&#231;on de proc&#233;der serait de rejeter la faute de tout ce que nous subissons sur les autres, sur des circonstances d&#233;favorables, etc. Et c'est l&#224; un nouvel exemple du langage de l'absence de libert&#233;, et en m&#234;me temps de la source du m&#233;contentement. Si l'homme voyait, au contraire, que tout ce qui lui arrive n'est que le r&#233;sultat de lui-m&#234;me et qu'il ne porte que sa propre faute, il serait libre et, dans tout ce qui lui arrive, aurait la conscience de n'avoir subi aucun tort. Un homme qui vit en d&#233;saccord avec lui-m&#234;me et avec son sort commet beaucoup de perversit&#233;s et de mauvaises choses, uniquement parce qu'il croit &#224; tort qu'il est l&#233;s&#233; par les autres. Il ne fait aucun doute que le hasard joue aussi un r&#244;le important dans ce qui nous arrive. Mais le hasard a sa racine dans l'homme &#171; naturel &#187;. Mais tant que l'homme a conscience d'&#234;tre libre, l'harmonie de son &#226;me et la paix de son esprit ne sont pas d&#233;truites par les d&#233;sagr&#233;ments qui lui arrivent. C'est donc leur conception de la n&#233;cessit&#233; qui est &#224; la base du m&#233;contentement des hommes et qui d&#233;termine ainsi leur destin&#233;e elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de n&#233;cessit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 148&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les trois &#233;l&#233;ments du processus de n&#233;cessit&#233;, la Condition, le Fait et l'Activit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a. La condition est [a] ce qui est pr&#233;suppos&#233; ou pr&#233;-&#233;nonc&#233;, c'est-&#224;-dire non seulement ce qui est suppos&#233; ou &#233;nonc&#233;, et donc seulement corr&#233;latif au fait, mais aussi ant&#233;rieur, et donc ind&#233;pendant, circonstance contingente et ext&#233;rieure qui existe sans &#233;gard au fait. Cependant, tout en &#233;tant ainsi contingent, ce terme pr&#233;suppos&#233; ou pr&#233;-&#233;nonc&#233;, par rapport au fait qui est la totalit&#233;, est un cercle complet de conditions. [b] Les conditions sont passives et servent de mat&#233;riaux au fait, dans le contenu duquel elles entrent ainsi. Elles sont &#233;galement intrins&#232;quement conformes &#224; ce contenu, et contiennent d&#233;j&#224; toute sa caract&#233;ristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b. Le fait est aussi [a] quelque chose de pr&#233;suppos&#233; ou d'ant&#233;rioris&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il n'est d'abord et comme suppos&#233; qu'int&#233;rieur et possible, et aussi, &#233;tant ant&#233;rieur, comme contenu ind&#233;pendant de lui-m&#234;me. [b] En usant les conditions, il re&#231;oit son existence ext&#233;rieure, la r&#233;alisation des articles de son contenu, qui correspondent r&#233;ciproquement aux conditions, de sorte que, tout en se pr&#233;sentant comme faits &#224; partir de celles-ci, il proc&#232;de aussi d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c. L'activit&#233; a de m&#234;me [a] une existence propre et ind&#233;pendante (comme homme, comme caract&#232;re), et en m&#234;me temps elle n'est possible que l&#224; o&#249; existent les conditions et le fait. [b] C'est le mouvement qui traduit les conditions en fait, et celui-ci en celui-l&#224; comme c&#244;t&#233; de l'existence, ou plut&#244;t le mouvement qui d&#233;duit le fait des conditions dans lesquelles il est potentiellement pr&#233;sent, et qui donne l'existence au fait en abolissant l'existence poss&#233;d&#233;e par les conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; ces trois &#233;l&#233;ments se pr&#233;sentent les uns aux autres sous la forme d'existences ind&#233;pendantes, ce processus a l'aspect d'une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. La n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure a un contenu limit&#233; pour son fait. Car le fait est ce tout, dans sa phase d'unit&#233;. Mais comme dans sa forme ce tout est ext&#233;rieur &#224; lui-m&#234;me, il s'ext&#233;riorise lui-m&#234;me dans son propre moi et dans son contenu, et cette ext&#233;riorit&#233;, attach&#233;e au fait, est une limite de son contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cercle des circonstances&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; est donc en puissance l'essence unique, identique &#224; elle-m&#234;me, mais non pleine de contenu, dont les diff&#233;rences prennent la forme de r&#233;alit&#233;s ind&#233;pendantes dans la lumi&#232;re r&#233;fl&#233;chie. Cette m&#234;me chose est en m&#234;me temps, comme forme absolue, l'activit&#233; qui r&#233;duit &#224; la d&#233;pendance et m&#233;diatise &#224; l'imm&#233;diatet&#233;. Tout ce qui est n&#233;cessaire est par un autre, qui se d&#233;compose en un fondement m&#233;diateur (le fait et l'activit&#233;) et une actualit&#233; imm&#233;diate, ou circonstance accidentelle, qui est en m&#234;me temps une condition. Le n&#233;cessaire, &#233;tant par un autre, n'est pas en soi et pour soi : hypoth&#233;tique, il est un simple r&#233;sultat d'une supposition. Mais cette m&#233;diation est tout aussi imm&#233;diate que l'abrogation de soi-m&#234;me. Le fondement et la condition contingente sont traduits en imm&#233;diatet&#233;, par laquelle cette d&#233;pendance est maintenant &#233;lev&#233;e &#224; l'actualit&#233;, et le fait s'est ferm&#233; avec lui-m&#234;me. Dans ce retour &#224; soi, le n&#233;cessaire est simplement et positivement , comme actualit&#233; inconditionn&#233;e. Le n&#233;cessaire est ainsi, m&#233;diatis&#233; par un cercle de circonstances : il est ainsi, parce que les circonstances sont ainsi, et en m&#234;me temps il est ainsi, sans m&#233;diation : il est ainsi, parce qu'il est.&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) La relation de substantialit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 150&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;cessaire est en soi une corr&#233;lation absolue d'&#233;l&#233;ments, c'est-&#224;-dire le processus d&#233;velopp&#233; (dans les paragraphes pr&#233;c&#233;dents), dans lequel la corr&#233;lation se suspend aussi &#224; l'identit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa forme imm&#233;diate, c'est le rapport de la substance et de l'accident. L'identit&#233; absolue de ce rapport est la substance en tant que telle, qui, en tant que n&#233;cessit&#233;, donne le n&#233;gatif &#224; cette forme d'int&#233;riorit&#233; et se rev&#234;t ainsi d'actualit&#233;, mais qui donne aussi le n&#233;gatif &#224; cette chose ext&#233;rieure. Dans cette n&#233;gativit&#233;, l'actuel, en tant qu'imm&#233;diat, n'est qu'un accident qui, par cette simple possibilit&#233;, passe dans une autre actualit&#233;. Ce passage est l'identit&#233; de la substance, consid&#233;r&#233;e comme activit&#233; formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article 151 du R&#232;glement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substance est donc la totalit&#233; des accidents , se r&#233;v&#233;lant en eux comme leur n&#233;gativit&#233; absolue (c'est-&#224;-dire comme puissance absolue) et en m&#234;me temps comme la richesse de tout contenu. Mais ce contenu n'est rien d'autre que cette r&#233;v&#233;lation m&#234;me, car le caract&#232;re (se refl&#233;tant en lui-m&#234;me pour faire du contenu) n'est qu'un stade passager de la forme qui passe dans la puissance de la substance. La substantialit&#233; est l'activit&#233; formelle absolue et la puissance de la n&#233;cessit&#233; : tout contenu n'est qu'un &#233;l&#233;ment &#233;vanouissant qui n'appartient qu'&#224; cette position o&#249; se produit une r&#233;pulsion absolue de la forme et du contenu l'un dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire de la philosophie, nous rencontrons la substance comme principe du syst&#232;me de Spinoza . Depuis l'&#233;poque de Spinoza, la signification et la valeur de cette philosophie tant vant&#233;e et non moins d&#233;cri&#233;e ont suscit&#233; de nombreux malentendus et de nombreuses discussions. L'ath&#233;isme et, en outre, le panth&#233;isme du syst&#232;me ont constitu&#233; le motif d'accusation le plus courant. Ces cris naissent de la conception spinoziste de Dieu comme substance, et substance seulement.Ce que nous devons penser de cette accusation r&#233;sulte en premier lieu de la place que prend la substance dans le syst&#232;me de l'id&#233;e logique. Bien qu'elle soit un stade essentiel dans l'&#233;volution de l'id&#233;e , la substance n'est pas la m&#234;me chose que l'id&#233;e absolue, mais l'id&#233;e sous la forme encore limit&#233;e de la n&#233;cessit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Dieu est la n&#233;cessit&#233;, ou, comme on peut le dire aussi, qu'il est la Chose absolue ; mais il n'en est pas moins la Personne absolue. Mais qu'il soit la Personne absolue, c'est un point que la philosophie de Spinoza n'a jamais atteint ; et de ce c&#244;t&#233;, elle est en de&#231;&#224; de la v&#233;ritable notion de Dieu qui forme le contenu de la conscience religieuse du christianisme. Spinoza &#233;tait juif de descendance ; et c'est en g&#233;n&#233;ral la mani&#232;re orientale de voir les choses, selon laquelle la nature du monde fini semble fragile et transitoire, qui a trouv&#233; son expression intellectuelle dans son syst&#232;me. Cette conception orientale de l'unit&#233; de la substance donne certainement la base de tout d&#233;veloppement ult&#233;rieur r&#233;el. Mais elle n'est pas l'id&#233;e finale. Elle est marqu&#233;e par l'absence du principe du monde occidental, le principe d'individualit&#233;, qui est apparu pour la premi&#232;re fois sous une forme philosophique, en m&#234;me temps que Spinoza, dans la Monadologie de Leibniz .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, nous revenons au pr&#233;tendu ath&#233;isme de Spinoza. Cette accusation se r&#233;v&#232;le sans fondement si nous nous rappelons que son syst&#232;me, au lieu de nier Dieu, reconna&#238;t plut&#244;t que lui seul existe r&#233;ellement. On ne peut pas non plus soutenir que le Dieu de Spinoza, bien qu'il soit d&#233;crit comme le seul vrai, n'est pas le vrai Dieu, et donc ne vaut pas Dieu. Si cette accusation &#233;tait juste, elle prouverait seulement que tous les autres syst&#232;mes, o&#249; la sp&#233;culation n'a pas d&#233;pass&#233; un stade subalterne de l'id&#233;e &#8212; les Juifs et les musulmans qui ne connaissent Dieu que comme Seigneur &#8212; et m&#234;me les nombreux chr&#233;tiens pour qui Dieu n'est que l'&#234;tre le plus &#233;lev&#233;, l'inconnaissable et le transcendant, sont tout aussi ath&#233;es que Spinoza. Le pr&#233;tendu ath&#233;isme de Spinoza n'est qu'une exag&#233;ration du fait qu'il prive le principe de diff&#233;rence ou de finitude de ce qui lui est d&#251;. C'est pourquoi son syst&#232;me, qui soutient qu'il n'y a pas de monde &#224; proprement parler, en tout cas que le monde n'a pas d'&#234;tre positif, devrait plut&#244;t &#234;tre appel&#233; acosmisme. Ces consid&#233;rations montreront aussi ce qu'il faut dire de l'accusation de panth&#233;isme. Si le panth&#233;isme signifie, comme c'est souvent le cas, la doctrine qui consid&#232;re les choses finies dans leur finitude et dans leur complexe comme Dieu, nous devons absoudre le syst&#232;me de Spinoza du crime de panth&#233;isme. Car dans ce syst&#232;me, les choses finies et le monde dans son ensemble sont d&#233;ni&#233;s de toute v&#233;rit&#233;. D'autre part, la philosophie qui est l'acosmisme est pour cette raison certainement panth&#233;iste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faut que l'on reconna&#238;t au contenu se r&#233;v&#232;le en m&#234;me temps &#234;tre un d&#233;faut de forme. Spinoza place la substance &#224; la t&#234;te de son syst&#232;me et la d&#233;finit comme l'unit&#233; de la pens&#233;e et de l'&#233;tendue, sans montrer comment il arrive &#224; cette distinction ni comment il la ram&#232;ne &#224; l'unit&#233; de la substance. La suite du traitement du sujet se d&#233;roule selon ce qu'on appelle la m&#233;thode math&#233;matique. On pose d'abord des d&#233;finitions et des axiomes, puis une s&#233;rie de th&#233;or&#232;mes, qui sont d&#233;montr&#233;s par une r&#233;duction analytique &#224; ces postulats non prouv&#233;s. Bien que le syst&#232;me de Spinoza, et m&#234;me ceux qui rejettent compl&#232;tement son contenu et ses r&#233;sultats, soient lou&#233;s pour la stricte s&#233;quence de sa m&#233;thode, un tel &#233;loge sans r&#233;serve de la forme est aussi peu justifi&#233; qu'un rejet sans r&#233;serve du contenu. Le d&#233;faut du contenu est que la forme ne lui est pas connue comme immanente et ne s'en approche donc que comme une forme ext&#233;rieure et subjective. Telle que Spinoza l'admet intuitivement sans m&#233;diation pr&#233;alable de la dialectique, la Substance, en tant que puissance n&#233;gative universelle, est comme un ab&#238;me t&#233;n&#233;breux et informe qui engloutit tout contenu d&#233;fini comme radicalement nul, et ne produit rien d'elle-m&#234;me qui ait une subsistance positive propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 152&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au stade o&#249; la substance, en tant que puissance absolue, est la puissance qui se rapporte &#224; elle-m&#234;me (elle-m&#234;me une possibilit&#233; purement int&#233;rieure), qui se d&#233;termine ainsi &#224; l'accidentalit&#233; &#8212; puissance dont se distingue l'ext&#233;riorit&#233; qu'elle cr&#233;e ainsi &#8212; la n&#233;cessit&#233; est une corr&#233;lation proprement dite, de m&#234;me que dans la premi&#232;re forme de n&#233;cessit&#233; elle est substance. C'est la corr&#233;lation de la Causalit&#233; .&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) La relation de causalit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 153&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substance est cause , dans la mesure o&#249; elle se r&#233;fl&#233;chit en soi contre son passage dans l'accidentalit&#233; et se pr&#233;sente ainsi comme le fait premier , mais elle n'en suspend pas moins cette r&#233;flexion en soi (sa simple possibilit&#233;), se pose comme le n&#233;gatif d'elle-m&#234;me, et produit ainsi un effet , une actualit&#233; qui, bien que jusqu'ici suppos&#233;e seulement comme une s&#233;quence, est en m&#234;me temps n&#233;cessaire par le processus qui l'effectue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que fait premier, la cause est qualifi&#233;e d'ind&#233;pendance absolue et de subsistance maintenue en face de l'effet ; mais dans la n&#233;cessit&#233;, dont l'identit&#233; constitue cette primaut&#233; m&#234;me, elle passe tout enti&#232;re dans l'effet. Dans la mesure o&#249; nous pouvons parler d'un contenu d&#233;termin&#233;, il n'y a pas de contenu qui ne soit dans la cause. Cette identit&#233; est en effet le contenu absolu lui-m&#234;me ; mais elle n'en est pas moins aussi la caract&#233;ristique formelle. La primaut&#233; de la cause est suspendue dans l'effet, dans lequel la cause se fait &#234;tre d&#233;pendante. Mais la cause ne dispara&#238;t pas pour autant et ne laisse que l'effet &#234;tre actuel. Car cette d&#233;pendance est &#233;galement suspendue directement, et est plut&#244;t le reflet de la cause en elle-m&#234;me, sa primaut&#233; ; en un mot, c'est dans l'effet que la cause devient d'abord actuelle et cause. La cause est donc dans sa pleine v&#233;rit&#233; causa sui . Jacobi, s'en tenant &#224; la conception partielle de la m&#233;diation (dans ses Lettres sur Spinoza ), a trait&#233; la causa sui (et l' effectus sui est le m&#234;me), qui est la v&#233;rit&#233; absolue de la cause, comme un simple formalisme. Il a aussi fait la remarque que Dieu doit &#234;tre d&#233;fini non comme le fondement des choses, mais essentiellement comme cause. Une consid&#233;ration plus approfondie de la nature de la cause aurait montr&#233; que Jacobi n'obtenait pas par ce moyen ce qu'il voulait. M&#234;me dans la cause finie et sa conception, nous pouvons voir cette identit&#233; entre cause et effet du point de vue du contenu. La pluie (la cause) et l'humide (l'effet) sont la m&#234;me eau existante. Du point de vue de la forme, la cause (la pluie) se dissipe ou se perd dans l'effet (l'humide) : mais dans ce cas, le r&#233;sultat ne peut plus &#234;tre d&#233;crit comme un effet ; car sans la cause il n'est rien, et il ne nous resterait que l'humide sans rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'acception commune de la relation causale, la cause est finie dans la mesure o&#249; son contenu l'est (comme c'est le cas pour la substance finie) et dans la mesure o&#249; la cause et l'effet sont con&#231;us comme deux existences ind&#233;pendantes, ce qu'ils ne sont cependant que si nous laissons de c&#244;t&#233; la relation causale. Dans le domaine fini, nous ne nous &#233;loignons jamais de la diff&#233;rence des caract&#233;ristiques formelles dans leur relation ; c'est pourquoi nous renversons la situation et d&#233;finissons la cause aussi comme quelque chose de d&#233;pendant ou comme un effet. Celle-ci a &#224; son tour une autre cause, et ainsi se d&#233;veloppe un progr&#232;s des effets aux causes &#224; l'infini . Il y a aussi un progr&#232;s descendant : l'effet, consid&#233;r&#233; dans son identit&#233; avec la cause, est lui-m&#234;me d&#233;fini comme une cause, et en m&#234;me temps comme une autre cause, qui a &#224; son tour d'autres effets, et ainsi de suite &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entendement se dresse contre l'id&#233;e de substance, mais il est aussi prompt &#224; utiliser la relation de cause &#224; effet. Chaque fois qu'il se propose de consid&#233;rer comme n&#233;cessaire une somme de faits, c'est surtout &#224; la relation de causalit&#233; que l'entendement r&#233;fl&#233;chi s'efforce de la ramener. Or, bien que cette relation appartienne sans aucun doute &#224; la n&#233;cessit&#233;, elle ne constitue qu'un aspect du processus de cette cat&#233;gorie. Ce processus exige &#233;galement la suspension de la m&#233;diation impliqu&#233;e par la causalit&#233; et son exposition comme simple auto-relation. Si nous nous en tenons &#224; la causalit&#233; en tant que telle, nous ne l'avons pas dans sa v&#233;rit&#233;. Une telle causalit&#233; est simplement finie, et sa finitude consiste &#224; ne pas assimiler la distinction entre cause et effet. Mais ces deux termes, s'ils sont distincts, sont aussi identiques. M&#234;me dans la conscience ordinaire, cette identit&#233; peut se trouver. Nous disons qu'une cause est cause seulement lorsqu'elle a un effet, et vice versa. La cause et l'effet sont donc tous deux un seul et m&#234;me contenu : et la diff&#233;rence entre eux est principalement que l'un pose et l'autre pose. Mais cette diff&#233;rence formelle se suspend encore, parce que la cause n'est pas seulement cause d'autre chose, mais aussi cause d'elle-m&#234;me, tandis que l'effet n'est pas seulement effet d'autre chose, mais aussi effet de lui-m&#234;me. C'est donc en cela que consiste la finitude des choses. Tandis que la cause et l'effet sont identiques dans leur mouvement, les deux formes se pr&#233;sentent s&#233;par&#233;es, de sorte que, bien que la cause soit aussi effet, et l'effet aussi cause, la cause n'est pas effet dans le m&#234;me rapport qu'elle est effet. Cela donne encore le progr&#232;s infini, sous la forme d'une s&#233;rie infinie de causes, qui se manifeste en m&#234;me temps qu'une s&#233;rie infinie d'effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Action et r&#233;action&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 154&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet diff&#232;re de la cause. L'effet en tant que tel a une existence d&#233;pendante de la seconde. Mais cette d&#233;pendance est aussi r&#233;flexion sur soi et imm&#233;diatet&#233; : et l'action de la cause, en tant qu'elle constitue l'effet, est en m&#234;me temps la pr&#233;constitution de l'effet, tant que l'effet est s&#233;par&#233; de la cause. Il existe d&#233;j&#224; une autre substance sur laquelle l'effet a lieu. En tant qu'imm&#233;diate, cette substance n'est pas une n&#233;gativit&#233; auto-r&#233;f&#233;renc&#233;e et active, mais passive. Mais elle est une substance, et donc elle est aussi active : elle suspend donc l'imm&#233;diatet&#233; avec laquelle elle a &#233;t&#233; initialement propos&#233;e et l'effet qui y a &#233;t&#233; mis : elle r&#233;agit, c'est-&#224;-dire suspend l'activit&#233; de la premi&#232;re substance. Mais cette premi&#232;re substance aussi met de c&#244;t&#233; de la m&#234;me mani&#232;re sa propre imm&#233;diatet&#233; ou l'effet qui y est mis ; elle suspend ainsi l'activit&#233; de l'autre substance et r&#233;agit. De cette mani&#232;re, la causalit&#233; passe dans le rapport d' action et de r&#233;action , ou de r&#233;ciprocit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;ciprocit&#233; , bien que la causalit&#233; ne soit pas encore rev&#234;tue de sa v&#233;ritable caract&#233;ristique, le mouvement rectiligne des causes aux effets et des effets aux causes se courbe et revient en lui-m&#234;me, et ainsi le progr&#232;s &#224; l'infini des causes et des effets est, en tant que progr&#232;s, r&#233;ellement et v&#233;ritablement suspendu. Cette courbure, qui transforme le progr&#232;s infini en un rapport ferm&#233; sur lui-m&#234;me, refl&#232;te ici comme toujours clairement que dans la r&#233;p&#233;tition d&#233;nu&#233;e de sens ci-dessus, il n'y a qu'une seule et m&#234;me chose, &#224; savoir une cause et une autre, et leur liaison l'une avec l'autre. La r&#233;ciprocit&#233;, qui est le d&#233;veloppement de ce rapport, ne distingue elle-m&#234;me que tour &#224; tour, non pas des causes, mais des facteurs de causalit&#233;, dans chacun desquels, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils sont ins&#233;parables (en vertu du principe de l'identit&#233; selon lequel la cause est cause dans l'effet et vice versa), l'autre facteur est &#233;galement suppos&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(c) R&#233;ciprocit&#233;, ou action et r&#233;action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 155&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les caract&#232;res qui, dans l'action r&#233;ciproque, sont distincts, sont en puissance les m&#234;mes. L'un des deux c&#244;t&#233;s est cause, il est premier, actif, passif, etc., tout comme l'autre. De m&#234;me, la pr&#233;supposition d'un autre c&#244;t&#233; et l'action qui s'exerce sur lui, la primaut&#233; imm&#233;diate et la d&#233;pendance produite par l'alternance, sont une seule et m&#234;me chose des deux c&#244;t&#233;s. La cause suppos&#233;e premi&#232;re est, en raison de son imm&#233;diatet&#233;, passive, d&#233;pendante et effet. La distinction des causes dites deux est donc nulle : et &#224; proprement parler, il n'y a qu'une seule cause qui, tout en se suspendant (comme substance) dans son effet, ne s'&#233;l&#232;ve aussi dans cette op&#233;ration qu'&#224; une existence ind&#233;pendante comme cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 156&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette unit&#233; de la double cause est aussi [b] actuelle. Toute cette alternance est proprement la cause en acte de se constituer et dans cette constitution r&#233;side son &#234;tre. La nullit&#233; des distinctions n'est pas seulement potentielle, ou un reflet de la n&#244;tre (&#167; 155). L'action r&#233;ciproque signifie seulement que chaque caract&#233;ristique que nous imposons doit aussi &#234;tre suspendue et invers&#233;e en son contraire, et que de cette fa&#231;on la nullit&#233; essentielle des &#171; moments &#187; est explicitement &#233;nonc&#233;e. Un effet est introduit dans la primaut&#233; ; en d'autres termes, la primaut&#233; est abolie : l'action d'une cause devient r&#233;action et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action r&#233;ciproque r&#233;alise la relation causale dans son d&#233;veloppement complet. C'est donc dans cette relation que la r&#233;flexion se r&#233;fugie ordinairement quand grandit la conviction que les choses ne peuvent plus &#234;tre &#233;tudi&#233;es d'une mani&#232;re satisfaisante au point de vue causal, &#224; cause du progr&#232;s infini dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;. Ainsi, dans la recherche historique, on peut se demander, sous une premi&#232;re forme, si le caract&#232;re et les m&#339;urs d'une nation sont la cause de sa constitution et de ses lois, ou s'ils n'en sont pas plut&#244;t l'effet. Puis, comme deuxi&#232;me degr&#233;, le caract&#232;re et les m&#339;urs d'une part, la constitution et les lois d'autre part, sont con&#231;us selon le principe de r&#233;ciprocit&#233; : et dans ce cas, la cause, dans le m&#234;me rapport qu'elle est cause, sera en m&#234;me temps un effet, et vice versa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose se produit dans l'&#233;tude de la nature, et en particulier des organismes vivants. On y voit les organes et les fonctions sexuelles se trouver dans une relation de r&#233;ciprocit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ciprocit&#233; est sans aucun doute la v&#233;rit&#233; prochaine de la relation de cause &#224; effet et se situe pour ainsi dire au seuil de la notion ; mais &#224; ce titre, si nous voulons une id&#233;e parfaitement globale, nous ne devons pas nous contenter d'appliquer cette relation. Si nous nous en tenons &#224; l'&#233;tude d'un contenu donn&#233; sous l'angle de la r&#233;ciprocit&#233;, nous adoptons une attitude qui laisse les choses compl&#232;tement incompr&#233;hensibles. Nous nous retrouvons avec un fait sec et l'appel &#224; la m&#233;diation, qui est le motif principal de l'application de la relation de causalit&#233;, reste sans r&#233;ponse. Et si nous examinons de plus pr&#232;s l'insatisfaction ressentie dans l'application de la relation de r&#233;ciprocit&#233;, nous verrons qu'elle consiste dans le fait que cette relation, au lieu d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un &#233;quivalent de la notion, doit d'abord &#234;tre connue et comprise dans sa nature propre. Et pour comprendre la relation d'action, nous ne devons pas laisser les deux parties se reposer dans leur &#233;tat de simples faits donn&#233;s, mais les reconna&#238;tre, comme cela a &#233;t&#233; montr&#233; dans les deux paragraphes pr&#233;c&#233;dents, pour des facteurs d'un troisi&#232;me et sup&#233;rieur, qui est la notion et rien d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute vrai, dans un certain sens, de consid&#233;rer les m&#339;urs des Spartiates comme la cause de leur constitution et inversement comme la cause de leurs m&#339;urs. Mais comme nous n'avons compris ni les m&#339;urs ni la constitution de la nation, le r&#233;sultat de telles r&#233;flexions ne peut jamais &#234;tre d&#233;finitif ni satisfaisant. Le point satisfaisant ne sera atteint que lorsque ces deux aspects particuliers de la vie et de l'histoire spartiates, ainsi que tous les autres, seront reconnus comme fond&#233;s sur cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 157&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pure r&#233;ciprocit&#233; avec soi-m&#234;me est donc la N&#233;cessit&#233; d&#233;voil&#233;e ou r&#233;alis&#233;e. Le lien de la n&#233;cessit&#233; en tant que n&#233;cessit&#233; est identit&#233;, en tant qu'elle est encore int&#233;rieure et cach&#233;e, parce qu'elle est identit&#233; des choses consid&#233;r&#233;es comme actuelles, bien que leur autosubsistance soit n&#233;cessairement une n&#233;cessit&#233;. La circulation de la substance par la causalit&#233; et la r&#233;ciprocit&#233; ne fait donc qu'exprimer ou affirmer express&#233;ment que l'autosubsistance est l'infini rapport n&#233;gatif &#224; soi-m&#234;me &#8212; un rapport n&#233;gatif en g&#233;n&#233;ral, car en lui l'acte de distinguer et d'interm&#233;dier devient une primaut&#233; des choses actuelles ind&#233;pendantes les unes des autres &#8212; et l'infini rapport &#224; soi-m&#234;me , parce que leur ind&#233;pendance ne r&#233;side que dans leur identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libert&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 158&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; de la n&#233;cessit&#233; est donc la Libert&#233; : et la v&#233;rit&#233; de la substance est la Notion - une ind&#233;pendance qui, bien que se r&#233;pulsant elle-m&#234;me en &#233;l&#233;ments ind&#233;pendants distincts, est pourtant dans cette r&#233;pulsion identique &#224; elle-m&#234;me, et dans le mouvement de r&#233;ciprocit&#233; toujours chez elle et en contact seulement avec elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libert&#233; et n&#233;cessit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; est souvent qualifi&#233;e de dure, et &#224; juste titre, si l'on s'en tient &#224; la n&#233;cessit&#233; en tant que telle, c'est-&#224;-dire &#224; sa forme imm&#233;diate. Il s'agit ici d'abord d'un &#233;tat ou d'un fait, en g&#233;n&#233;ral, qui poss&#232;de une existence ind&#233;pendante ; et la n&#233;cessit&#233; implique avant tout qu'un autre fait tombe sur un tel fait, qui l'abaisse. C'est l&#224; ce qu'il y a de dur et de triste dans la n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate ou abstraite. L'identit&#233; des deux choses, que la n&#233;cessit&#233; pr&#233;sente comme li&#233;es l'une &#224; l'autre et donc priv&#233;es de leur ind&#233;pendance, n'est d'abord qu'int&#233;rieure, et n'a donc aucune existence pour ceux qui sont sous le joug de la n&#233;cessit&#233;. La libert&#233; aussi, de ce point de vue, n'est qu'abstraite, et ne se conserve qu'en renon&#231;ant &#224; tout ce que nous sommes et &#224; tout ce que nous avons imm&#233;diatement. Mais, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, le processus de la n&#233;cessit&#233; est dirig&#233; de telle mani&#232;re qu'il surmonte l'ext&#233;riorit&#233; rigide qu'il avait d'abord et r&#233;v&#232;le sa nature int&#233;rieure. Il appara&#238;t alors que les membres, li&#233;s entre eux, ne sont pas r&#233;ellement &#233;trangers les uns aux autres, mais seulement des &#233;l&#233;ments d'un tout, chacun d'eux &#233;tant, dans sa connexion avec l'autre, comme chez lui et se combinant avec lui-m&#234;me. De cette fa&#231;on, la n&#233;cessit&#233; se transfigure en libert&#233;, non pas la libert&#233; qui consiste en une n&#233;gation abstraite, mais la libert&#233; concr&#232;te et positive. De l&#224; nous pouvons apprendre quelle erreur c'est que de consid&#233;rer la libert&#233; et la n&#233;cessit&#233; comme s'excluant mutuellement. La n&#233;cessit&#233;, en effet, en tant que n&#233;cessit&#233;, est loin d'&#234;tre la libert&#233; : cependant la libert&#233; pr&#233;suppose la n&#233;cessit&#233; et la contient comme un &#233;l&#233;ment insubstantiel en elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme de bien sait que la teneur de sa conduite est essentiellement obligatoire et n&#233;cessaire. Mais cette conscience est si loin de r&#233;duire sa libert&#233; que, sans elle, la libert&#233; r&#233;elle et raisonnable ne pourrait &#234;tre distingu&#233;e du choix arbitraire, libert&#233; qui n'a aucune r&#233;alit&#233; et n'est que potentielle. Un criminel, lorsqu'il est puni, peut consid&#233;rer sa peine comme une restriction de sa libert&#233;. En r&#233;alit&#233;, la peine n'est pas une contrainte &#233;trang&#232;re &#224; laquelle il est soumis, mais la manifestation de son propre acte. En bref, l'homme est le plus ind&#233;pendant lorsqu'il se sait d&#233;termin&#233; par l'id&#233;e absolue. C'est cette phase de l'esprit et de la conduite que Spinoza a appel&#233; Amor intellectualis Dei .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;159&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la Notion est la v&#233;rit&#233; de l'&#202;tre et de l'Essence, dans la mesure o&#249; le rayonnement ou l'apparat de l'auto-r&#233;flexion est lui-m&#234;me en m&#234;me temps imm&#233;diatet&#233; ind&#233;pendante, et cet &#234;tre d'une actualit&#233; diff&#233;rente n'est imm&#233;diatement qu'un rayonnement ou un apparat sur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion s'est pr&#233;sent&#233;e comme v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre et comme base de la r&#233;gression de l'un et de l'autre. Inversement, elle s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir de l'&#234;tre comme base. Le premier aspect de la progression peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une concentration de l'&#234;tre dans sa profondeur, r&#233;v&#233;lant ainsi sa nature int&#233;rieure ; le second aspect comme une &#233;mergence du plus parfait &#224; partir du moins parfait. Si l'on consid&#232;re ce d&#233;veloppement uniquement sous ce dernier aspect, il porte pr&#233;judice &#224; la m&#233;thode philosophique. Le sens particulier que rev&#234;tent ici ces pens&#233;es superficielles sur le plus imparfait et le plus parfait est de marquer la distinction entre l'&#234;tre, en tant qu'unit&#233; imm&#233;diate avec lui-m&#234;me, et la notion, en tant que libre m&#233;diation avec elle-m&#234;me. Puisque l'&#234;tre a montr&#233; qu'il est un &#233;l&#233;ment de la notion, celle-ci s'est ainsi pr&#233;sent&#233;e comme la v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre. En tant que reflet de l'&#234;tre en lui-m&#234;me et en tant qu'absorption de la m&#233;diation, la notion est la pr&#233;supposition de l'imm&#233;diat, pr&#233;supposition qui est identique au retour &#224; soi ; et dans cette identit&#233; r&#233;sident la libert&#233; et la notion. Si donc l'&#233;l&#233;ment partiel est appel&#233; imparfait, alors la notion, ou le parfait, est certainement un d&#233;veloppement de l'imparfait, car sa nature m&#234;me est de suspendre ainsi sa pr&#233;supposition. En m&#234;me temps, c'est la notion seule qui, en se supposant elle-m&#234;me, fait sa pr&#233;supposition, comme on l'a montr&#233; dans la causalit&#233; en g&#233;n&#233;ral et dans l'action r&#233;ciproque en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en ce qui concerne l'&#234;tre et l'essence, la notion se d&#233;finit comme l'essence ramen&#233;e &#224; la simple imm&#233;diatet&#233; de l'&#234;tre, l'&#233;clat ou la manifestation de l'essence ayant par l&#224; m&#234;me actualit&#233;, et son actualit&#233; &#233;tant en m&#234;me temps une libre illumination ou manifestation en elle-m&#234;me. De cette mani&#232;re, la notion a l'&#234;tre comme simple rapport &#224; elle-m&#234;me, ou comme imm&#233;diatet&#233; de son unit&#233; immanente. L'&#234;tre est une cat&#233;gorie si pauvre qu'elle est la moindre chose qu'on puisse montrer dans la notion. Le passage de la n&#233;cessit&#233; &#224; la libert&#233;, ou de l'actualit&#233; &#224; la notion, est le plus dur, parce qu'il propose que l'actualit&#233; ind&#233;pendante soit pens&#233;e comme ayant toute sa substantialit&#233; dans le d&#233;passement et l'identit&#233; avec l'autre actualit&#233; ind&#233;pendante. La notion aussi est extr&#234;mement dure, parce qu'elle est elle-m&#234;me pr&#233;cis&#233;ment cette identit&#233;. Mais la substance r&#233;elle en tant que telle, la cause, qui dans son exclusivit&#233; r&#233;siste &#224; toute invasion, est ipso facto soumise &#224; la n&#233;cessit&#233; ou au destin de passer &#224; la d&#233;pendance : et c'est plut&#244;t dans cette soumission que r&#233;side la principale duret&#233;. Penser la n&#233;cessit&#233;, au contraire, tend plut&#244;t &#224; fondre cette duret&#233;. Car penser signifie que, dans l'autre, on se retrouve soi-m&#234;me. Cela signifie une lib&#233;ration qui n'est pas une fuite de l'abstraction, mais consiste en ce que l'actuel s'avoit non pas comme autre chose, mais comme son &#234;tre et sa cr&#233;ation propres, dans l'autre actualit&#233; &#224; laquelle il est li&#233; par la force de la n&#233;cessit&#233;. En tant qu'existant sous une forme individuelle, cette lib&#233;ration s'appelle Moi ; en tant que d&#233;velopp&#233;e dans sa totalit&#233;, elle est Esprit libre ; en tant que sentiment, elle est Amour ; en tant que jouissance, elle est B&#233;atitude. La grande vision de la substance chez Spinoza n'est qu'une lib&#233;ration potentielle de l'exclusivit&#233; finie et de l'&#233;go&#239;sme ; mais la notion elle-m&#234;me r&#233;alise pour elle-m&#234;me &#224; la fois la puissance de la n&#233;cessit&#233; et la libert&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, comme maintenant, la notion est appel&#233;e v&#233;rit&#233; de l'Etre et de l'Essence, il faut s'attendre &#224; ce qu'on nous demande pourquoi nous ne commen&#231;ons pas par la notion. La r&#233;ponse est que, lorsque notre but est la connaissance par la pens&#233;e, nous ne pouvons pas commencer par la v&#233;rit&#233;, car la v&#233;rit&#233;, lorsqu'elle constitue le commencement, doit reposer sur une simple assertion. La v&#233;rit&#233;, lorsqu'elle est pens&#233;e, doit en tant que telle se v&#233;rifier elle-m&#234;me par la pens&#233;e. Si la notion &#233;tait plac&#233;e &#224; la t&#234;te de la logique et d&#233;finie, tout &#224; fait correctement quant au contenu, comme l'unit&#233; de l'Etre et de l'Essence, la question suivante se poserait : que devons-nous penser sous les termes d'Etre et d'Essence, et comment ces termes en viennent-ils &#224; &#234;tre englob&#233;s dans l'unit&#233; de la notion ? Mais si nous r&#233;pondions &#224; ces questions, alors notre d&#233;part par la notion ne serait que nominal. Le v&#233;ritable d&#233;part se ferait avec l'&#202;tre, comme nous l'avons fait ici : avec cette diff&#233;rence que les caract&#233;ristiques de l'&#202;tre aussi bien que celles de l'Essence devraient &#234;tre accept&#233;es sans critique &#224; partir de la conception figurative, alors que nous avons observ&#233; l'&#202;tre et l'Essence dans leur propre d&#233;veloppement dialectique et appris comment ils se perdent dans l'unit&#233; de la notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX Le concept&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 160&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Notion est le principe de la libert&#233;, la puissance de la substance r&#233;alis&#233;e en elle-m&#234;me. C'est un tout syst&#233;matique, dans lequel chacune de ses fonctions constitutives est la totalit&#233; m&#234;me de la Notion, et est indissolublement un avec elle. Ainsi, dans son identit&#233; propre, elle a une d&#233;termination originale et compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion se situe dans la position de l'id&#233;alisme absolu . La philosophie est une connaissance par notions, car elle voit que ce qui, &#224; d'autres degr&#233;s de conscience, est tenu pour ayant l'&#234;tre et &#233;tant naturellement ou imm&#233;diatement ind&#233;pendant, n'est qu'un stade constitutif de l'Id&#233;e. Dans la logique de l'entendement, la notion est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;e comme une simple forme de pens&#233;e et trait&#233;e comme une conception g&#233;n&#233;rale. C'est &#224; cette conception inf&#233;rieure de la notion que se r&#233;f&#232;re l'affirmation, si souvent avanc&#233;e au nom du c&#339;ur et du sentiment, selon laquelle les notions en tant que telles sont quelque chose de mort, de vide et d'abstrait. Le cas est en r&#233;alit&#233; tout &#224; fait inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion est au contraire le principe de toute vie, et poss&#232;de ainsi en m&#234;me temps un caract&#232;re de concr&#233;tude absolue . Qu'il en soit ainsi r&#233;sulte de tout le mouvement logique jusqu'ici, et il n'est pas n&#233;cessaire de le d&#233;montrer ici. L'opposition entre la forme et le contenu , dont on se sert ainsi pour critiquer la notion lorsqu'on la pr&#233;tend purement formelle, a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e, dialectiquement ou par elle-m&#234;me, comme toutes les autres oppositions soutenues par la r&#233;flexion. La notion, en somme, est ce qui contient toutes les cat&#233;gories ant&#233;rieures de la pens&#233;e qui se sont fondues en elle. C'est bien une forme, mais une forme infinie et cr&#233;atrice qui renferme, mais d&#233;gage en m&#234;me temps d'elle-m&#234;me, la pl&#233;nitude de tout contenu. De m&#234;me la notion peut, si l'on veut, &#234;tre appel&#233;e abstraite, si le nom concret est restreint aux faits concrets des sens ou de la perception imm&#233;diate. Car la notion n'est pas palpable au toucher, et quand nous nous y attaquons, l'ou&#239;e et la vue doivent nous faire d&#233;faut. Et pourtant, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;, la notion est un vrai concret ; parce qu'il implique l'&#202;tre et l'Essence, et la richesse totale de ces deux sph&#232;res avec elles, fusionn&#233;es dans l'unit&#233; de la pens&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#169;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme nous l'avons dit plus haut, les diff&#233;rentes &#233;tapes de l'id&#233;e logique doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme une s&#233;rie de d&#233;finitions de l'Absolu , la d&#233;finition qui en r&#233;sulte pour nous est que l'Absolu est la Notion. Cela n&#233;cessite cependant une appr&#233;ciation plus &#233;lev&#233;e de la notion que celle que l'on trouve dans la logique conceptualiste formelle, o&#249; la notion n'est qu'une simple forme de notre pens&#233;e subjective, sans contenu original propre. Mais si la logique sp&#233;culative attache ainsi au terme notion un sens si diff&#233;rent de celui qu'on lui donne habituellement, on peut se demander pourquoi le m&#234;me mot est employ&#233; dans deux acceptions contraires, donnant ainsi lieu &#224; confusion et &#224; malentendu. La r&#233;ponse est que, si grand que soit l'intervalle entre la notion sp&#233;culative et la notion de logique formelle , un examen plus approfondi montre que le sens profond n'est pas aussi &#233;tranger aux usages g&#233;n&#233;raux du langage qu'il le semble &#224; premi&#232;re vue. Nous parlons de la d&#233;duction d'un contenu de la notion, par exemple des dispositions sp&#233;cifiques du droit de propri&#233;t&#233; de la notion de propri&#233;t&#233; ; et ainsi nous parlons de nouveau de faire remonter ces d&#233;tails mat&#233;riels &#224; la notion. Nous reconnaissons ainsi que la notion n'est pas une simple forme sans contenu propre : car si elle l'&#233;tait, il n'y aurait dans un cas rien &#224; d&#233;duire d'une telle forme, et dans l'autre cas, ramener un corps de fait donn&#233; &#224; la forme vide de la notion ne ferait que d&#233;rober au fait son caract&#232;re sp&#233;cifique, sans le faire comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;veloppement&lt;br class='autobr' /&gt;
&#167; 161&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement en avant de la notion n'est plus ni un passage ni une r&#233;flexion sur quelque chose d'autre, mais un d&#233;veloppement . Car dans la notion, les &#233;l&#233;ments distingu&#233;s sont sans plus de c&#233;r&#233;monie d&#233;clar&#233;s identiques entre eux et avec le tout, et le caract&#232;re sp&#233;cifique de chacun est un &#234;tre libre de la notion enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage &#224; autre chose est le processus dialectique dans le domaine de l'&#234;tre : la r&#233;flexion (mettre en lumi&#232;re autre chose), dans le domaine de l'essence . Le mouvement de la notion est le d&#233;veloppement : par lequel n'est explicit&#233; que ce qui est d&#233;j&#224; implicitement pr&#233;sent. Dans le monde de la nature, c'est la vie organique qui correspond au degr&#233; de la notion. Ainsi, par exemple, la plante se d&#233;veloppe &#224; partir de son germe. Le germe englobe virtuellement la plante enti&#232;re, mais ne le fait qu'id&#233;alement ou en pens&#233;e : et ce serait donc une erreur de consid&#233;rer le d&#233;veloppement de la racine, de la tige, des feuilles et des autres diff&#233;rentes parties de la plante comme signifiant qu'elles sont r&#233;ellement pr&#233;sentes, mais sous une forme tr&#232;s infime, dans le germe. C'est ce qu'on appelle l'hypoth&#232;se de la &#171; bo&#238;te dans la bo&#238;te &#187;, th&#233;orie qui commet l'erreur de supposer une existence r&#233;elle de ce qui se trouve d'abord seulement comme un postulat de la pens&#233;e achev&#233;e. La v&#233;rit&#233; de l'hypoth&#232;se, d'autre part, r&#233;side dans le fait qu'elle per&#231;oit que dans le processus de d&#233;veloppement la notion reste en elle-m&#234;me et ne donne lieu qu'&#224; des modifications de forme, sans rien ajouter au contenu. C'est cette nature de la notion, cette manifestation d'elle-m&#234;me dans son processus de d&#233;veloppement en tant que soi-m&#234;me, qui est principalement en vue chez ceux qui parlent d'id&#233;es inn&#233;es ou qui, comme Platon, d&#233;crivent tout apprentissage comme une simple r&#233;miniscence. Bien entendu, cela ne signifie pas que tout ce qui est incorpor&#233; dans un esprit, apr&#232;s que cet esprit a &#233;t&#233; form&#233; par des instructions, &#233;tait pr&#233;sent dans cet esprit auparavant, sous sa forme d&#233;finitivement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de la notion est en quelque sorte &#224; consid&#233;rer comme un simple plan : l'Autre qu'il suscite n'est pas en r&#233;alit&#233; un Autre. Ou, comme l'exprime l'enseignement du christianisme : Dieu n'a pas seulement cr&#233;&#233; un Monde qui se pr&#233;sente &#224; lui comme un Autre ; il a aussi de toute &#233;ternit&#233; engendr&#233; un Fils dans lequel lui, Esprit, se sent chez lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 162&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine de la notion est divis&#233;e en trois parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La premi&#232;re est la doctrine de la notion subjective ou formelle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La seconde est la doctrine de la notion investie du caract&#232;re d'imm&#233;diatet&#233;, ou d' Objectivit&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La troisi&#232;me est la doctrine de l' Id&#233;e , du sujet-objet , de l'unit&#233; de la notion et de l'objectivit&#233;, de la v&#233;rit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Logique commune ne traite que des questions qui nous sont pr&#233;sent&#233;es ici comme une partie de la troisi&#232;me partie de l'ensemble du syst&#232;me, avec les pr&#233;tendues lois de la pens&#233;e que nous avons d&#233;j&#224; rencontr&#233;es ; et dans la Logique appliqu&#233;e, elle ajoute quelques &#233;l&#233;ments sur la connaissance. Elle y ajoute des &#233;l&#233;ments psychologiques, m&#233;taphysiques et empiriques de toutes sortes , qui ont &#233;t&#233; introduits parce que, en fin de compte, ces formes de pens&#233;e ne pouvaient pas &#234;tre amen&#233;es &#224; faire tout ce qu'on attendait d'elles. Mais avec ces ajouts, la science a perdu son unit&#233; de but. Il y a encore une circonstance contraire &#224; la Logique commune : ces formes, qui appartiennent au moins au domaine propre de la Logique, sont cens&#233;es &#234;tre des cat&#233;gories de la pens&#233;e consciente seulement, de la pens&#233;e aussi sous la forme de l'entendement, et non de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cat&#233;gories logiques pr&#233;c&#233;dentes, celles de l'Etre et de l'Essence, ne sont pas, il est vrai, de simples modes ou entit&#233;s logiques : il est prouv&#233; qu'elles sont des notions dans leur transition ou leur &#233;l&#233;ment dialectique, et dans leur retour &#224; elles-m&#234;mes et &#224; la totalit&#233;. Mais ce ne sont que des notions sous une forme modifi&#233;e (cf. &#167;&#167; 84 et 112 ), des notions rudimentaires ou, ce qui revient au m&#234;me, des notions pour nous. Le terme antith&#233;tique dans lequel chaque cat&#233;gorie passe, ou dans lequel elle brille, produisant ainsi une corr&#233;lation, n'est pas caract&#233;ris&#233; comme particulier. Le troisi&#232;me, dans lequel elles retournent &#224; l'unit&#233;, n'est pas caract&#233;ris&#233; comme sujet ou individu ; il n'est pas non plus explicitement d&#233;clar&#233; que la cat&#233;gorie est identique dans son antith&#232;se, c'est-&#224;-dire que sa libert&#233; n'est pas express&#233;ment affirm&#233;e : et tout cela parce que la cat&#233;gorie n'est pas l'universalit&#233;. Ce qui passe g&#233;n&#233;ralement sous le nom de notion est un mode de compr&#233;hension, ou m&#234;me une simple repr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale, et donc, en bref, un mode fini de pens&#233;e (cf. &#167; 62 ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de la notion est g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;e comme une science de la forme seulement, et elle ne traite que de la forme de la notion, du jugement et du syllogisme en tant que forme, sans toucher le moins du monde &#224; la question de savoir si quelque chose est vrai. La r&#233;ponse &#224; cette question ne d&#233;pend que du contenu. Si les formes logiques de la notion &#233;taient r&#233;ellement des r&#233;ceptacles morts et inertes de conceptions et de pens&#233;es, sans se soucier de ce qu'elles contiennent, la connaissance de ces formes serait une vaine curiosit&#233; dont la v&#233;rit&#233; pourrait se passer. Au contraire, elles sont r&#233;ellement, en tant que formes de la notion, l'esprit vital du monde actuel . Ce qui est vrai du monde actuel n'est vrai que par ces formes, par elles et en elles. Mais jusqu'&#224; pr&#233;sent, la v&#233;rit&#233; de ces formes n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e ni examin&#233;e pour elles-m&#234;mes, pas plus que leur n&#233;cessaire interconnexion&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. LA NOTION SUBJECTIVE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;veloppement de la notion subjective&lt;br class='autobr' /&gt;
Notion - Jugement - Syllogisme&lt;br class='autobr' /&gt;
(a) La notion en tant que notion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 163&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Notion en tant que Notion contient les trois &#171; moments &#187; ou parties fonctionnelles suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La premi&#232;re est l'universalit&#233; &#8212; ce qui signifie qu'elle est en libre &#233;galit&#233; avec elle-m&#234;me dans son caract&#232;re sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) La seconde est la Particularit&#233; , c'est-&#224;-dire le caract&#232;re sp&#233;cifique dans lequel l'universel continue sereinement &#233;gal &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) La troisi&#232;me est l'individualit&#233; &#8212; c'est-&#224;-dire la r&#233;flexion en soi des caract&#232;res sp&#233;cifiques de l'universalit&#233; et de la particularit&#233; ; cette unit&#233; n&#233;gative du soi a une d&#233;termination compl&#232;te et originale, sans aucune perte de son identit&#233; propre ou de son universalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individuel et l'actuel sont la m&#234;me chose : seul le premier est issu de la notion et se pr&#233;sente ainsi express&#233;ment comme une identit&#233; n&#233;gative avec lui-m&#234;me en tant qu'universel. L'actuel, parce qu'il n'est d'abord qu'une unit&#233; potentielle ou imm&#233;diate d'essence ou d'existence, peut avoir un effet ; mais l'individualit&#233; de la notion est la source m&#234;me de l'effectivit&#233;, effective non plus comme la cause, avec l'apparence d'effectuer autre chose, mais effective par elle-m&#234;me. Mais l'individualit&#233; ne doit pas &#234;tre entendue comme l'individuel imm&#233;diat ou naturel, comme quand nous parlons de choses individuelles ou d'hommes individuels : car cette forme particuli&#232;re de l'individualit&#233; n'appara&#238;t qu'au moment du jugement. Chaque fonction et chaque &#171; moment &#187; de la notion sont eux-m&#234;mes la notion enti&#232;re ( &#167; 160 ) ; mais l'individuel ou le sujet est la notion express&#233;ment pos&#233;e comme totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) La notion est g&#233;n&#233;ralement associ&#233;e dans notre esprit &#224; une g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite, et c'est pourquoi on la qualifie souvent de conception g&#233;n&#233;rale. C'est pourquoi nous parlons des notions de couleur, de plante, d'animal, etc. On suppose qu'elles sont obtenues en n&#233;gligeant les traits particuliers qui distinguent les diff&#233;rentes couleurs, plantes et animaux les uns des autres, et en conservant ceux qui leur sont communs. C'est l&#224; l'aspect de la notion qui est familier &#224; l'entendement ; et le sentiment a raison de stigmatiser des notions creuses et vides comme de simples fant&#244;mes et ombres. Mais l'universel de la notion n'est pas une simple somme de traits communs &#224; plusieurs choses, confront&#233;s &#224; un particulier qui jouit d'une existence propre. Il se particularise ou se sp&#233;cifie lui-m&#234;me, et se trouve parfaitement &#224; l'aise dans son antith&#232;se. Pour le bien de la connaissance et de notre conduite pratique, il est de la plus haute importance que l'universel r&#233;el ne soit pas confondu avec ce qui est simplement commun. Toutes les accusations que les partisans du sentiment portent contre la pens&#233;e, et sp&#233;cialement contre la pens&#233;e philosophique, et l'affirmation r&#233;it&#233;r&#233;e qu'il est dangereux de pousser la pens&#233;e jusqu'&#224; ce qu'ils appellent des trop grandes extr&#233;mit&#233;s, proviennent de la confusion de ces deux choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universel dans son sens v&#233;ritable et global est une pens&#233;e qui, comme on le sait, a mis des milliers d'ann&#233;es &#224; p&#233;n&#233;trer dans la conscience des hommes. Cette pens&#233;e n'a &#233;t&#233; pleinement reconnue qu'&#224; l'&#233;poque du christianisme. Les Grecs, si avanc&#233;s sous d'autres rapports, ne connaissaient ni Dieu ni m&#234;me l'homme dans leur v&#233;ritable universalit&#233;. Les dieux des Grecs n'&#233;taient que des puissances particuli&#232;res de l'esprit ; et le Dieu universel, le Dieu de toutes les nations, &#233;tait pour les Ath&#233;niens un Dieu encore cach&#233;. Ils croyaient de la m&#234;me mani&#232;re qu'un ab&#238;me absolu les s&#233;parait des barbares. L'homme en tant qu'homme n'&#233;tait pas alors reconnu comme ayant une valeur infinie et des droits infinis. On s'est demand&#233; pourquoi l'esclavage a disparu de l'Europe moderne. On a invoqu&#233; une circonstance particuli&#232;re apr&#232;s l'autre pour expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne. Mais la v&#233;ritable raison pour laquelle il n'y a plus d'esclaves dans l'Europe chr&#233;tienne se trouve dans le principe m&#234;me du christianisme, la religion de la libert&#233; absolue. C'est seulement dans la chr&#233;tient&#233; que l'homme est respect&#233; en tant qu'homme, dans son infinit&#233; et son universalit&#233;. Ce qui manque &#224; l'esclave, c'est la reconnaissance qu'il est une personne : et le principe de la personnalit&#233; est l'universalit&#233;. Le ma&#238;tre ne consid&#232;re pas son esclave comme une personne, mais comme un &#234;tre sans &#233;go&#239;sme. L'esclave n'est pas lui-m&#234;me consid&#233;r&#233; comme un &#171; je &#187; &#8212; son &#171; je &#187; est son ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction, dont il a &#233;t&#233; question plus haut, entre ce qui est simplement commun et ce qui est v&#233;ritablement universel, est exprim&#233;e de fa&#231;on frappante par Rousseau dans son c&#233;l&#232;bre Contrat social , lorsqu'il dit que les lois d'un &#201;tat doivent na&#238;tre de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale , mais qu'elles ne doivent pas pour autant &#234;tre la volont&#233; de tous . Rousseau aurait apport&#233; une contribution plus solide &#224; la th&#233;orie de l'&#201;tat s'il avait toujours gard&#233; cette distinction &#224; l'esprit. La volont&#233; g&#233;n&#233;rale est la notion de la volont&#233;, et les lois sont les clauses sp&#233;ciales de cette volont&#233; et fond&#233;es sur la notion de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Nous ajoutons une remarque sur l'origine et la formation des notions, comme le dit habituellement la Logique de l'entendement. Ce n'est pas nous qui forgeons les notions. La notion n'est pas du tout quelque chose qui a son origine. Sans doute la notion n'est pas un simple &#234;tre, ni l'imm&#233;diat : elle implique une m&#233;diation , mais la m&#233;diation r&#233;side en elle-m&#234;me. En d'autres termes, la notion est ce qui est m&#233;diatis&#233; par elle-m&#234;me et avec elle-m&#234;me. C'est une erreur de croire que les objets qui forment le contenu de nos id&#233;es mentales viennent en premier et que notre action subjective intervient ensuite et, par l'op&#233;ration d'abstraction mentionn&#233;e ci-dessus et en colliguant les points communs que poss&#232;dent les objets, forme des notions de ces objets. Au contraire, la notion est la premi&#232;re v&#233;ritable ; et les choses sont ce qu'elles sont par l'action de la notion, immanente en elles et se r&#233;v&#233;lant en elles. Dans le langage religieux, nous exprimons cela en disant que Dieu a cr&#233;&#233; le monde &#224; partir de rien. En d'autres termes, le monde et les choses finies sont issus de la pl&#233;nitude des pens&#233;es divines et des d&#233;crets divins. Ainsi la religion reconna&#238;t la pens&#233;e et (plus exactement) la notion comme la forme infinie, ou l'activit&#233; cr&#233;atrice libre, qui peut se r&#233;aliser sans l'aide d'une mati&#232;re qui existe en dehors d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 164&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion est concr&#232;te &#224; l'extr&#234;me, car l'unit&#233; n&#233;gative avec elle-m&#234;me, en tant que caract&#233;risation pure et enti&#232;re, qui est l'individualit&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment ce qui constitue son auto-relation, son universalit&#233;. Les fonctions ou &#171; moments &#187; de la notion sont dans cette mesure indissolubles. Les cat&#233;gories de la &#171; r&#233;flexion &#187; sont cens&#233;es &#234;tre appr&#233;hend&#233;es s&#233;par&#233;ment et accept&#233;es s&#233;par&#233;ment comme courantes, &#224; part leurs contraires. Mais dans la notion, o&#249; leur identit&#233; est express&#233;ment assum&#233;e, chacune de ses fonctions ne peut &#234;tre imm&#233;diatement appr&#233;hend&#233;e qu'&#224; partir et avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'universalit&#233;, la particularit&#233; et l'individualit&#233; sont, prises dans l'abstrait, identiques &#224; l'identit&#233;, &#224; la diff&#233;rence et au fondement. Mais l'universel est l'identique &#224; soi-m&#234;me, avec la r&#233;serve expresse qu'il contient &#224; la fois le particulier et l'individuel. De m&#234;me, le particulier est le caract&#232;re diff&#233;rent ou sp&#233;cifique, mais avec la r&#233;serve qu'il est en lui-m&#234;me universel et qu'il est en tant qu'individu. De m&#234;me, l'individuel doit &#234;tre compris comme un sujet ou substrat, qui renferme en lui-m&#234;me le genre et l'esp&#232;ce et poss&#232;de une existence substantielle. Telle est l'ins&#233;parabilit&#233; explicite ou r&#233;alis&#233;e des fonctions de la notion dans leur diff&#233;rence ( &#167; 160 ) &#8212; ce qu'on peut appeler la clart&#233; de la notion, dans laquelle chaque distinction ne cause ni obscurit&#233; ni interruption, mais est tout aussi transparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne reproche pas plus souvent &#224; la notion que d'&#234;tre abstraite . Certes, elle est abstraite, si par abstrait elle signifie que le milieu dans lequel elle existe est la pens&#233;e en g&#233;n&#233;ral et non la chose sensible dans sa concr&#233;tude empirique. Elle est abstraite aussi parce que la notion est en de&#231;&#224; de l'id&#233;e. Dans cette mesure, la notion subjective est encore formelle. Cela ne veut pas dire cependant qu'elle doive avoir ou recevoir un contenu autre que le sien. Elle est elle-m&#234;me la forme absolue, et donc tout caract&#232;re sp&#233;cifique, mais tel que ce caract&#232;re l'est dans sa v&#233;rit&#233;. Bien qu'elle soit abstraite, elle est donc le concret, le concret tout entier, le sujet en tant que tel. Le concret absolu, c'est l'esprit (voir la fin du &#167; 159 ) &#8212; la notion, lorsqu'elle existe comme notion, se distingue de son objectivit&#233;, qui, malgr&#233; cette distinction, reste la sienne propre. Tout le reste du concret, si riche soit-il, n'est pas aussi intens&#233;ment identique &#224; lui-m&#234;me et n'est donc pas aussi concret de sa part &#8212; surtout ce que l'on suppose commun&#233;ment &#234;tre concret, mais n'est qu'un amas maintenu en place par une influence ext&#233;rieure. Ce qu'on appelle notions, et en fait des notions sp&#233;cifiques, telles que l'homme, la maison, l'animal, etc., ne sont que des d&#233;notations et des repr&#233;sentations abstraites. Ces abstractions ne retiennent de toutes les fonctions de la notion que celle d'universalit&#233; ; elles laissent de c&#244;t&#233; la particularit&#233; et l'individualit&#233; et n'ont aucun d&#233;veloppement dans ces directions. Ce faisant, elles passent tout simplement &#224; c&#244;t&#233; de la notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 165&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;l&#233;ment d'individualit&#233; qui diff&#233;rencie d'abord explicitement les &#233;l&#233;ments de la notion. L'individualit&#233; est la r&#233;flexion n&#233;gative de la notion en elle-m&#234;me, et c'est ainsi d'abord sa libre diff&#233;renciation comme premi&#232;re n&#233;gation, par laquelle le caract&#232;re sp&#233;cifique de la notion est r&#233;alis&#233;, mais sous la forme de particularit&#233;. C'est-&#224;-dire que les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments ne sont d'abord qualifi&#233;s que comme les divers &#233;l&#233;ments de la notion, et, deuxi&#232;mement, leur identit&#233; n'est pas moins explicitement affirm&#233;e, l'un &#233;tant dit &#234;tre l'autre. Cette particularit&#233; r&#233;alis&#233;e de la notion est le jugement .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classification ordinaire des notions , claires, distinctes et ad&#233;quates, ne fait pas partie de la notion ; elle appartient &#224; la psychologie. En fait, les notions sont ici synonymes de repr&#233;sentations mentales ; une notion claire est une repr&#233;sentation simple et abstraite ; une notion distincte est celle o&#249;, en plus de la simplicit&#233;, il y a une &#171; marque &#187; ou un caract&#232;re soulign&#233; comme signe pour la connaissance subjective. Il n'y a pas de marque plus frappante du formalisme et de la d&#233;cadence de la logique que la cat&#233;gorie favorite de la &#171; marque &#187;. La notion ad&#233;quate se rapproche davantage de la notion proprement dite, ou m&#234;me de l'Id&#233;e : mais apr&#232;s tout, elle n'exprime que la circonstance formelle qu'une notion ou une repr&#233;sentation s'accorde avec son objet, c'est-&#224;-dire avec une chose ext&#233;rieure. La division en notions dites subordonn&#233;es et coordonn&#233;es implique une distinction m&#233;canique entre l'universel et le particulier qui ne permet qu'une simple corr&#233;lation entre eux dans une comparaison externe. De m&#234;me, l'&#233;num&#233;ration des notions contraires et contradictoires, affirmatives et n&#233;gatives, etc., n'est qu'un glanage al&#233;atoire de formes logiques qui appartiennent en propre &#224; la sph&#232;re de l'Etre ou de l'Essence (o&#249; elles ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; examin&#233;es) et qui n'ont rien &#224; voir avec le caract&#232;re notionnel sp&#233;cifique en tant que tel. Les v&#233;ritables distinctions de la notion, universelle, particuli&#232;re et individuelle, peuvent aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des esp&#232;ces de la notion, mais seulement si elles sont s&#233;par&#233;es les unes des autres par une r&#233;flexion ext&#233;rieure. La diff&#233;renciation et la sp&#233;cification immanentes de la notion apparaissent dans le jugement : car juger, c'est sp&#233;cifier la notion.&lt;br class='autobr' /&gt;
(b) Le jugement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 166&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Jugement est la notion dans sa particularit&#233;, comme une connexion qui est aussi une distinction de ses fonctions, qui sont pos&#233;es comme ind&#233;pendantes et pourtant comme identiques &#224; elles-m&#234;mes et non pas entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re impression que l'on a du Jugement est l'ind&#233;pendance des deux extr&#234;mes, le sujet et le pr&#233;dicat. Le premier est pour nous une chose ou un terme en soi , et le pr&#233;dicat un terme g&#233;n&#233;ral ext&#233;rieur au sujet en question et quelque part dans notre t&#234;te. Il s'agit ensuite de combiner le second avec le premier, et de former ainsi un Jugement. La copule &#171; est &#187; &#233;nonce cependant le pr&#233;dicat du sujet, et ainsi la subsomption subjective externe est &#224; nouveau mise en suspens, et le Jugement est consid&#233;r&#233; comme une d&#233;termination de l'objet lui-m&#234;me. Le sens &#233;tymologique du Jugement ( Urtheil ) en allemand est plus profond, comme s'il d&#233;clarait l'unit&#233; de la notion comme premi&#232;re, et sa distinction comme la partition originelle. Et c'est bien ce qu'est r&#233;ellement le Jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses termes abstraits, un jugement peut &#234;tre exprim&#233; par la proposition : &#171; L'individuel est l'universel &#187;. Ce sont les termes sous lesquels le sujet et le pr&#233;dicat se confrontent d'abord, lorsque les fonctions de la notion sont prises dans leur caract&#232;re imm&#233;diat ou leur premi&#232;re abstraction. (Des propositions telles que &#171; Le particulier est l'universel &#187; et &#171; L'individuel est le particulier &#187; appartiennent &#224; la sp&#233;cialisation ult&#233;rieure du jugement.) Il y a un &#233;trange manque d'observation dans les livres de logique que dans aucun d'eux le fait n'est &#233;nonc&#233; que dans chaque jugement il y a encore une affirmation faite comme &#171; L'individuel est l'universel &#187; ou encore plus pr&#233;cis&#233;ment &#171; Le sujet est le pr&#233;dicat &#187; (par exemple Dieu est esprit absolu). Il y a sans doute aussi une distinction entre des termes comme &#171; individuel &#187; et &#171; universel &#187;, &#171; sujet &#187; et &#171; pr&#233;dicat &#187; : mais c'est n&#233;anmoins un fait universel que chaque jugement les &#233;nonce comme identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La copule &#171; est &#187; d&#233;coule de la nature de la notion, qui est d'&#234;tre identique &#224; elle-m&#234;me, m&#234;me en se s&#233;parant de ce qui lui est propre. L'individuel et l'universel sont ses constituants, et par cons&#233;quent des caract&#232;res qui ne peuvent &#234;tre isol&#233;s. Les cat&#233;gories ant&#233;rieures (de la r&#233;flexion) dans leurs corr&#233;lations se r&#233;f&#232;rent aussi les unes aux autres : mais leur interconnexion n'est que &#171; avoir &#187; et non &#171; &#234;tre &#187;, c'est-&#224;-dire que ce n'est pas l'identit&#233; qui se r&#233;alise comme identit&#233; ou universalit&#233;. Dans le jugement, on voit donc pour la premi&#232;re fois la v&#233;ritable particularit&#233; de la notion : elle est la sp&#233;cialit&#233; ou la distinction de celle-ci, sans pour autant perdre l'universalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jugements sont g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;s comme des combinaisons de notions et, de plus, de notions h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Cette th&#233;orie du jugement est correcte dans la mesure o&#249; elle implique que c'est la notion qui constitue la pr&#233;supposition du jugement et qui, dans le jugement, appara&#238;t sous la forme de diff&#233;rence. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il est faux de parler de notions de nature diff&#233;rente. La notion, bien que concr&#232;te, est n&#233;anmoins une notion par essence, et les fonctions qu'elle contient ne sont pas des esp&#232;ces diff&#233;rentes de la notion. Il est &#233;galement faux de parler d'une combinaison des deux parties du jugement, si nous entendons par le terme de combinaison l'existence ind&#233;pendante des membres qui se combinent en dehors de la combinaison. La m&#234;me conception ext&#233;rieure de leur nature appara&#238;t avec plus de force lorsque les jugements sont d&#233;crits comme produits par l'attribution d'un pr&#233;dicat au sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage consid&#232;re le sujet comme existant par lui-m&#234;me &#224; l'ext&#233;rieur, et le pr&#233;dicat comme se trouvant quelque part dans notre t&#234;te. Mais une telle conception de la relation entre sujet et pr&#233;dicat est imm&#233;diatement contredite par la copule &#171; est &#187;. En disant &#171; cette rose est rouge &#187; ou &#171; ce tableau est beau &#187;, nous d&#233;clarons que ce n'est pas nous qui, de l'ext&#233;rieur, attribuons la beaut&#233; au tableau ou la rougeur &#224; la rose, mais que ces caract&#233;ristiques sont propres &#224; ces objets. Un autre d&#233;faut de la mani&#232;re dont la logique formelle con&#231;oit le jugement est qu'elle le fait appara&#238;tre comme quelque chose de simplement contingent, et qu'elle n'offre aucune preuve du passage de la notion au jugement. Car la notion ne reste pas immobile, comme le suppose l'entendement. Elle est plut&#244;t une forme infinie, d'une activit&#233; sans limite, comme le punctum saliens de toute vitalit&#233;, et par l&#224; m&#234;me auto-diff&#233;renciante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture de la notion dans la diff&#233;rence de ses fonctions constitutives &#8212; rupture impos&#233;e par l'acte natif de la notion &#8212; est le jugement. Un jugement signifie donc la particularisation de la notion. Sans doute la notion est implicitement le particulier. Mais dans la notion comme notion le particulier n'est pas encore explicite, et reste encore en unit&#233; transparente avec l'universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, par exemple, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233; ( &#167; 160n ), le germe d'une plante contient ses &#233;l&#233;ments particuliers, tels que racines, branches, feuilles, etc. : mais ces d&#233;tails n'existent d'abord que potentiellement et ne se r&#233;alisent qu'au moment o&#249; le germe se d&#233;voile. Cette r&#233;v&#233;lation est en quelque sorte le jugement de la plante. Cette illustration peut aussi servir &#224; montrer que ni la notion ni le jugement ne se trouvent simplement dans notre t&#234;te, ni ne sont simplement formul&#233;s par nous. La notion est le c&#339;ur m&#234;me des choses et les rend ce qu'elles sont. Former une notion d'un objet signifie donc prendre conscience de sa notion : et lorsque nous proc&#233;dons &#224; une critique ou &#224; un jugement de l'objet, nous n'accomplissons pas un acte subjectif et nous nous contentons d'attribuer tel ou tel pr&#233;dicat &#224; l'objet. Nous observons, au contraire, l'objet dans le caract&#232;re sp&#233;cifique impos&#233; par sa notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 167&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement est g&#233;n&#233;ralement pris dans un sens subjectif, comme une op&#233;ration et une forme qui se produisent simplement dans la pens&#233;e consciente. Cette distinction n'existe cependant pas dans le sens purement universel selon lequel toutes choses sont un jugement. C'est-&#224;-dire que ce sont des individus qui sont en eux-m&#234;mes une universalit&#233; ou une nature int&#233;rieure, un universel qui est individualis&#233;. Leur universalit&#233; et leur individualit&#233; sont distinctes, mais l'une est en m&#234;me temps identique &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation du jugement, selon laquelle il est suppos&#233; purement subjectif, comme si nous attribuions un pr&#233;dicat &#224; un sujet, est contredite par l'expression r&#233;solument objective du jugement. La rose est rouge, l'or est un m&#233;tal. Ce n'est pas par nous que quelque chose leur est d'abord attribu&#233;. Mais un jugement se distingue d'une proposition. Celle-ci contient une affirmation sur le sujet, qui ne lui est pas li&#233;e dans un rapport universel, mais exprime une action particuli&#232;re, un &#233;tat, etc. Ainsi, &#171; C&#233;sar est n&#233; &#224; Rome en telle ann&#233;e, a fait la guerre en Gaule pendant dix ans, a franchi le Rubicon, etc. &#187;, sont des propositions, mais non des jugements. Il est &#233;galement absurde de pr&#233;tendre que des affirmations telles que &#171; J'ai bien dormi cette nuit &#187; ou &#171; Pr&#233;sentez les armes ! &#187; puissent prendre la forme d'un jugement. &#171; Une voiture passe &#187; ne devrait &#234;tre un jugement, et au mieux subjectif, que s'il &#233;tait douteux que l'objet qui passe soit une voiture ou que ce soit elle et non plut&#244;t le point d'observation qui soit en mouvement : bref, seulement si l'on d&#233;sirait pr&#233;ciser une conception qui manquait encore de sp&#233;cification appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 168&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement est une expression de la finitude. Les choses, de son point de vue, sont dites finies, parce qu'elles sont un jugement, parce que leur &#234;tre d&#233;fini et leur nature universelle (leur corps et leur &#226;me), bien qu'unis en effet (sinon les choses ne seraient rien), sont n&#233;anmoins des &#233;l&#233;ments de la constitution qui sont d&#233;j&#224; diff&#233;rents et aussi en tout cas s&#233;parables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 169&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes abstraits du jugement &#171; l'individuel est l'universel &#187; pr&#233;sentent le sujet (comme &#233;tant n&#233;gativement li&#233; &#224; lui-m&#234;me) comme ce qui est imm&#233;diatement concret, tandis que le pr&#233;dicat est ce qui est abstrait, ind&#233;termin&#233;, en un mot, l'universel. Mais les deux &#233;l&#233;ments sont li&#233;s entre eux par un &#171; est &#187; : ainsi le pr&#233;dicat (dans son universalit&#233;) doit aussi contenir la sp&#233;cialit&#233; du sujet, doit, en un mot, avoir une particularit&#233; : ainsi se r&#233;alise l'identit&#233; entre sujet et pr&#233;dicat ; laquelle, n'&#233;tant ainsi pas affect&#233;e par cette diff&#233;rence de forme, est le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le pr&#233;dicat qui donne d'abord au sujet, qui jusqu'alors n'&#233;tait en soi qu'une simple repr&#233;sentation mentale ou un nom vide, son caract&#232;re et son contenu sp&#233;cifiques. Dans des jugements tels que &#171; Dieu est la plus r&#233;elle de toutes les choses &#187; ou &#171; L'Absolu est l'identique &#224; lui-m&#234;me &#187;, Dieu et l'Absolu ne sont que des noms ; ce qu'ils sont, nous l'apprenons seulement dans le pr&#233;dicat. Ce que le sujet peut &#234;tre par ailleurs, en tant que chose concr&#232;te, n'a rien &#224; voir avec ce jugement. ( Cf. &#167; 31. )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir le sujet comme ce dont on dit quelque chose et le pr&#233;dicat comme ce qu'on en dit est une simple bagatelle. Cela ne nous renseigne pas sur la distinction entre les deux. Du point de vue de la pens&#233;e, le sujet est d'abord l'individuel et le pr&#233;dicat l'universel. A mesure que le jugement se d&#233;veloppe, le sujet cesse d'&#234;tre simplement l'individuel imm&#233;diat et le pr&#233;dicat simplement l'universel abstrait : le premier acquiert les significations suppl&#233;mentaires de particulier et d'universel, le second celles de particulier et d'individuel. Ainsi, bien que les m&#234;mes noms soient donn&#233;s aux deux termes du jugement, leur signification passe par une s&#233;rie de changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 170&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons maintenant plus en d&#233;tail dans la sp&#233;cialit&#233; du sujet et du pr&#233;dicat. Le sujet comme auto-relation n&#233;gative (&#167;&#167; 163, 166) est le substrat stable dans lequel le pr&#233;dicat a sa subsistance et o&#249; il est id&#233;alement pr&#233;sent. Le pr&#233;dicat, comme on dit, est inh&#233;rent au sujet. De plus, comme le sujet est en g&#233;n&#233;ral et imm&#233;diatement concret, la connotation sp&#233;cifique du pr&#233;dicat n'est qu'un des nombreux caract&#232;res du sujet. Ainsi le sujet est plus ample et plus large que le pr&#233;dicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, le pr&#233;dicat en tant qu'universel est auto-subsistant, et indiff&#233;rent que ce sujet le soit ou non. Le pr&#233;dicat d&#233;borde le sujet, le subsume sous lui-m&#234;me : et par cons&#233;quent, de son c&#244;t&#233;, il est plus large que le sujet. Le contenu sp&#233;cifique du pr&#233;dicat ( &#167; 19 ) constitue &#224; lui seul l'identit&#233; des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Jugement (suite) - Le Syllogisme&lt;br class='autobr' /&gt;
Transition vers l'objet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 193&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; r&#233;alisation &#187; de la Notion &#8212; r&#233;alisation o&#249; l'universel est cette totalit&#233; une repli&#233;e sur elle-m&#234;me (dont les diff&#233;rents membres ne sont pas moins le tout, et qui s'est donn&#233; un caract&#232;re d'unit&#233; &#171; imm&#233;diate &#187; en fusionnant la m&#233;diation ) &#8212; cette r&#233;alisation de la Notion est l' Objet .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage du sujet , de la notion en g&#233;n&#233;ral, et sp&#233;cialement du syllogisme, &#224; l'objet, peut para&#238;tre &#233;trange &#224; premi&#232;re vue , surtout si nous ne consid&#233;rons que le syllogisme de l'entendement et si nous supposons que la syllogisation n'est qu'un acte de conscience, ... si notre conception habituelle de ce qu'on appelle un &#171; objet &#187; correspond approximativement &#224; l'objet tel qu'il est d&#233;crit ici. Par &#171; objet &#187;, on entend commun&#233;ment non pas un &#234;tre abstrait, ou simplement une chose existante, ou une quelconque sorte d'actualit&#233;, mais quelque chose d'ind&#233;pendant, de concret et d'auto-complet , cette compl&#233;tude &#233;tant la totalit&#233; de la notion. Que l'objet soit aussi un objet pour nous et qu'il soit ext&#233;rieur &#224; quelque chose d'autre, on le verra plus pr&#233;cis&#233;ment quand il se mettra en contraste avec le subjectif. A pr&#233;sent, en tant que ce dans quoi la notion est pass&#233;e par sa m&#233;diation, il n'est qu'un objet imm&#233;diat et rien de plus, de m&#234;me que la notion ne peut &#234;tre d&#233;crite comme subjective avant le contraste ult&#233;rieur avec l'objectivit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l'Objet en g&#233;n&#233;ral est l'unique total, en lui-m&#234;me encore ind&#233;termin&#233;, le Monde Objectif dans son ensemble, Dieu, l'Objet Absolu. Mais l'objet a aussi une diff&#233;rence qui lui est attach&#233;e : il se d&#233;compose en morceaux, ind&#233;finis dans leur multiplicit&#233; (constituant un monde objectif) ; et chacune de ces parties individualis&#233;es est aussi un objet, une existence intrins&#232;quement concr&#232;te, compl&#232;te et ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectivit&#233; a &#233;t&#233; compar&#233;e &#224; l'&#234;tre, &#224; l'existence et &#224; la r&#233;alit&#233; ; de m&#234;me, le passage &#224; l'existence et &#224; la r&#233;alit&#233; (non &#224; l'&#234;tre, car c'est l'imm&#233;diat, premier et tout &#224; fait abstrait) peut &#234;tre compar&#233; au passage &#224; l'objectivit&#233;. Le fondement d'o&#249; proc&#232;de l'existence et la corr&#233;lation r&#233;flexive qui se fond dans la r&#233;alit&#233; ne sont rien d'autre que la notion encore imparfaitement r&#233;alis&#233;e. Ils n'en sont que des aspects abstraits : le fondement &#233;tant son unit&#233; purement n&#233;e de l'essence, et la corr&#233;lation seulement la connexion de c&#244;t&#233;s r&#233;els qui sont cens&#233;s n'avoir qu'un &#234;tre auto-r&#233;fl&#233;chi. La notion est l'unit&#233; des deux ; et l'objet n'est pas une simple unit&#233; semblable &#224; l'essence, mais une unit&#233; intrins&#232;quement universelle, qui contient non seulement des distinctions r&#233;elles, mais les contient en elle-m&#234;me comme des totalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que toutes ces transitions ont un but autre que celui de montrer simplement la connexion indissoluble entre la notion ou la pens&#233;e et l'&#234;tre. On a souvent remarqu&#233; que l'&#234;tre n'est rien d'autre qu'une simple relation &#224; soi-m&#234;me, et cette petite cat&#233;gorie est certainement impliqu&#233;e dans la notion, ou m&#234;me dans la pens&#233;e. Mais le but de ces transitions n'est pas d'accepter des caract&#233;ristiques ou des cat&#233;gories comme seulement implicites - faute qui g&#226;che m&#234;me l'argument ontologique de l'existence de Dieu, quand on affirme que l'&#234;tre est une r&#233;alit&#233; parmi d'autres. Ce que fait une telle transition, c'est de prendre la notion, telle qu'elle devrait &#234;tre caract&#233;ris&#233;e en soi , comme une notion avec laquelle cette abstraction lointaine de l'&#234;tre, ou m&#234;me de l'objectivit&#233;, n'a encore rien &#224; voir, et de consid&#233;rer son caract&#232;re sp&#233;cifique en tant que caract&#232;re notionnel seulement, pour voir quand et si elle passe dans une forme qui est diff&#233;rente du caract&#232;re tel qu'il appartient &#224; la notion et tel qu'il appara&#238;t en elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'objet, produit de cette transition, est mis en rapport avec la notion qui, en ce qui concerne sa forme sp&#233;ciale, s'est &#233;vanouie en lui, on peut donner une expression correcte du r&#233;sultat en disant que la notion (ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, la subjectivit&#233;) et l'objet sont implicitement la m&#234;me chose. Mais il est &#233;galement correct de dire qu'ils sont diff&#233;rents. En bref, les deux modes d'expression sont &#233;galement corrects et incorrects. Le v&#233;ritable &#233;tat des choses ne peut &#234;tre pr&#233;sent&#233; par aucune expression de ce genre. L'implicite est une abstraction, plus partielle encore et plus inad&#233;quate que la notion elle-m&#234;me, dont l'insuffisance est en somme suspendue &#224; l'objet avec son insuffisance oppos&#233;e. Par cons&#233;quent, cette implicitation doit aussi, par sa n&#233;gation, se donner le caract&#232;re d'explicite. Comme dans tous les cas, l'identit&#233; sp&#233;culative n'est pas la trivialit&#233; mentionn&#233;e plus haut d'une identit&#233; implicite du sujet et de l'objet. Cela a &#233;t&#233; dit assez souvent. On ne saurait pourtant trop le r&#233;p&#233;ter, si l'on voulait vraiment mettre un terme &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, vici&#233;e et purement malveillante, &#224; l'&#233;gard de cette identit&#233; &#8211; dont on ne peut pourtant raisonnablement attendre rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re cette unit&#233; d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, et si l'on ne s'oppose pas &#224; la forme unilat&#233;rale de son implication, on la trouve comme la pr&#233;supposition bien connue de la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Elle y appara&#238;t comme la perfection supr&#234;me. Anselme, chez qui appara&#238;t pour la premi&#232;re fois la suggestion notable de cette preuve, s'est sans doute limit&#233; &#224; la question de savoir si un certain contenu se trouvait uniquement dans notre pens&#233;e. Voici en quelques mots ce qu'il dit : &#171; Certes, ce qui ne peut &#234;tre pens&#233; de plus grand que ce qui est, ne peut &#234;tre dans l'intellect seul. Car m&#234;me s'il est dans l'intellect seul, on peut aussi le penser comme existant en fait : et cela est plus grand. Si donc ce qui ne peut &#234;tre pens&#233; de plus grand que ce qui est, se trouve dans l'intellect seul, alors ce qui est plus grand que tout ce qui est pensable, peut &#234;tre d&#233;pass&#233; par la pens&#233;e. Mais cela est certainement impossible. &#187; Cette m&#234;me unit&#233; a re&#231;u une expression plus objective chez Descartes, Spinoza et d'autres, tandis que la th&#233;orie de la certitude imm&#233;diate ou de la foi la pr&#233;sente, au contraire, sous un aspect quelque peu subjectif comme Anselme. Ces intuitionnistes soutiennent que dans notre conscience l'attribut d'&#234;tre est indissolublement associ&#233; &#224; la conception de Dieu. La th&#233;orie de la foi place m&#234;me la conception des choses ext&#233;rieures finies sous le m&#234;me lien indissociable entre la conscience et l'&#234;tre de ces choses, en supposant que la perception les pr&#233;sente conjointes &#224; l'attribut d'existence : et en disant cela, elle a sans doute raison. Il serait cependant tout &#224; fait absurde de supposer que l'association dans la conscience entre l'existence et notre conception des choses finies soit de la m&#234;me nature que l'association entre l'existence et la conception de Dieu. Agir ainsi serait oublier que les choses finies sont changeantes et transitoires, c'est-&#224;-dire que l'existence leur est associ&#233;e pour un temps, mais que cette association n'est ni &#233;ternelle ni ins&#233;parable. En employant la phras&#233;ologie des cat&#233;gories qui nous occupent, nous pouvons dire que dire qu'une chose est finie signifie que son existence objective n'est pas en harmonie avec la pens&#233;e qu'on en a, avec sa vocation universelle, son genre et sa fin. Anselme, par cons&#233;quent, n&#233;gligeant toute conjonction de ce genre qui se produit dans les choses finies, a d&#233;clar&#233; avec raison que seul est parfait celui qui existe non seulement sur un mode subjectif, mais aussi sur un mode objectif. Il ne sert &#224; rien de faire des discours contre la preuve ontologique, comme on l'appelle, et contre la d&#233;finition qu'Anselme donne ainsi du parfait. L'argument est latent dans tout esprit non sophistiqu&#233;, et il revient dans toute philosophie, m&#234;me contre son gr&#233; et &#224; son insu - comme on peut le voir dans la th&#233;orie de la croyance imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable d&#233;faut de l'argumentation d'Anselme est celui qu'on peut imputer &#224; Descartes et &#224; Spinoza, ainsi qu'&#224; la th&#233;orie de la connaissance imm&#233;diate. Il est le suivant : cette unit&#233; qui est &#233;nonc&#233;e comme la perfection supr&#234;me ou, peut-&#234;tre subjectivement, comme la vraie connaissance, est pr&#233;suppos&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elle n'est admise qu'en puissance. Cette identit&#233;, si abstraite qu'elle paraisse ainsi, entre les deux cat&#233;gories peut &#234;tre &#224; la fois contrari&#233;e et contrari&#233;e par leur diversit&#233; ; et c'est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;ponse donn&#233;e &#224; Anselme il y a longtemps. En bref, la conception et l'existence du fini sont oppos&#233;es &#224; l'infini ; car, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;, le fini poss&#232;de une objectivit&#233; telle qu'elle est &#224; la fois incompatible avec la fin ou le but, son essence et sa notion, et diff&#233;rente de celle-ci. Ou bien le fini est une conception telle et d'une telle mani&#232;re subjective qu'elle n'implique pas l'existence. On ne peut surmonter cette objection et cette antith&#232;se qu'en montrant que le fini est faux et que ces cat&#233;gories, dans leur s&#233;paration, sont inad&#233;quates et nulles. Leur identit&#233; appara&#238;t ainsi comme une identit&#233; dans laquelle ils passent spontan&#233;ment et dans laquelle ils se r&#233;concilient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doctrine du concept&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1277&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partie de la Logique, qui contient la Doctrine de la Notion et constitue la troisi&#232;me partie de l'ensemble, est &#233;galement publi&#233;e sous le titre particulier de Syst&#232;me de Logique Subjective, pour la commodit&#233; des amis de cette science qui sont habitu&#233;s &#224; s'int&#233;resser davantage aux questions trait&#233;es ici et comprises dans le domaine de la logique commun&#233;ment appel&#233;e, qu'aux autres sujets logiques trait&#233;s dans les deux premi&#232;res parties. Pour ces premi&#232;res parties, je pourrais r&#233;clamer l'indulgence des critiques impartiales en raison du peu d'&#233;tudes pr&#233;liminaires dans ce domaine qui auraient pu me fournir un appui, un mat&#233;riau et un fil conducteur. Pour la pr&#233;sente partie, je peux r&#233;clamer leur indulgence plut&#244;t pour la raison oppos&#233;e : car la Logique de la Notion, une mati&#232;re toute pr&#234;te et solidifi&#233;e, on peut dire ossifi&#233;e, est d&#233;j&#224; &#224; port&#233;e de main, et le probl&#232;me est de rendre cette mati&#232;re fluide et de rallumer la spontan&#233;it&#233; de la Notion dans cette mati&#232;re morte. Si la construction d'une nouvelle ville dans un terrain vague s'accompagne de difficult&#233;s, les mat&#233;riaux ne manquent pas ; mais l'abondance des mat&#233;riaux pr&#233;sente d'autant plus d'obstacles d'un autre genre lorsqu'il s'agit de remodeler une ville ancienne, solidement b&#226;tie, et maintenue en possession et en occupation continue. Il faut, entre autres choses, se r&#233;soudre &#224; ne faire aucun usage de beaucoup de mat&#233;riaux jusqu'ici hautement estim&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1278&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, on peut invoquer la grandeur du sujet pour justifier l'ex&#233;cution imparfaite. Car quel sujet de connaissance peut-il avoir de plus sublime que la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me ? Mais on peut se demander si ce n'est pas justement ce sujet qui m&#233;rite une excuse, si l'on se rappelle le sens dans lequel Pilate posa la question : Qu'est-ce que la v&#233;rit&#233; ? Selon les mots du po&#232;te : &#171; Avec l'air d'un courtisan, l'aveugle mais souriant condamne la cause de l'&#226;me sinc&#232;re. &#187; La question de Pilate porte en elle le sens, qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;l&#233;ment des bonnes mani&#232;res, et rappelle en m&#234;me temps que le but de la recherche de la v&#233;rit&#233; est, comme chacun le sait, quelque chose d'abandonn&#233; et de mis de c&#244;t&#233; depuis longtemps, et que m&#234;me les philosophes et les logiciens professionnels reconnaissent que la v&#233;rit&#233; est inaccessible. Mais si la question que la religion pose sur la valeur des choses, des id&#233;es et des actes, question qui a le m&#234;me sens dans sa port&#233;e, fait &#224; nouveau valoir ses droits de nos jours, la philosophie doit esp&#233;rer qu'elle ne sera plus si &#233;trange si elle aussi, dans son domaine imm&#233;diat, affirme &#224; nouveau son v&#233;ritable but et, apr&#232;s avoir rechut&#233; dans la mani&#232;re et la m&#233;thode des autres sciences et leur renonciation &#224; la pr&#233;tention &#224; la v&#233;rit&#233;, s'efforce de s'&#233;lever &#224; nouveau vers ce but. Il n'est pas permis, &#224; proprement parler, de pr&#233;senter des excuses &#224; cet &#233;gard ; mais quant &#224; l'ex&#233;cution, je puis m'excuser en invoquant le fait que mes fonctions officielles et d'autres circonstances personnelles ne m'ont permis que de travailler pendant des heures dispers&#233;es &#224; une science qui exige et m&#233;rite un effort sans distraction et sans partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuremberg, 21 juillet 1816&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion en g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1279&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas plus dire d'embl&#233;e quelle est la nature de la notion que celle de n'importe quel autre objet. Il semblerait peut-&#234;tre que pour dire la notion d'un objet, il faille pr&#233;supposer l'&#233;l&#233;ment logique, et que par cons&#233;quent celui-ci ne puisse avoir autre chose pour pr&#233;supposation ni &#234;tre d&#233;duit, de m&#234;me qu'en g&#233;om&#233;trie les propositions logiques appliqu&#233;es &#224; la grandeur et employ&#233;es dans cette science sont pos&#233;es sous forme d' axiomes , de d&#233;terminations de la connaissance qui n'ont pas &#233;t&#233; et ne peuvent &#234;tre d&#233;duites . Or, s'il est vrai que la notion doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e non seulement comme une pr&#233;supposition subjective, mais comme le fondement absolu , elle ne peut l'&#234;tre qu'autant qu'elle s'est faite elle-m&#234;me fondement. L'imm&#233;diatet&#233; abstraite est sans doute une premi&#232;re ; mais en tant qu'elle est abstraite, elle est au contraire m&#233;diatis&#233;e, et donc, pour qu'elle soit saisie dans sa v&#233;rit&#233;, il faut d'abord chercher son fondement. Ce fondement, bien qu'imm&#233;diat, doit donc s'&#234;tre fait imm&#233;diat par la suppression de la m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1280&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet aspect, la Notion doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e en premier lieu simplement comme la troisi&#232;me de l' &#234;tre et de l'essence , de l' imm&#233;diat et de la r&#233;flexion . L'&#234;tre et l'essence sont jusqu'ici les moments de son devenir ; mais c'est leur fondement et leur v&#233;rit&#233; comme identit&#233; dans laquelle ils sont plong&#233;s et contenus. Ils y sont contenus parce qu'elle est leur r&#233;sultat , mais non plus comme &#234;tre et essence . Cette d&#233;termination, ils ne la poss&#232;dent qu'autant qu'ils ne se sont pas retir&#233;s dans cette leur unit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1281&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique objective , qui traite de l'&#234;tre et de l'essence, constitue donc proprement l' exposition g&#233;n&#233;tique de la Notion . Plus pr&#233;cis&#233;ment, la substance est d&#233;j&#224; essence r&#233;elle , ou essence en tant qu'elle est unie &#224; l'&#234;tre et entr&#233;e dans l'actualit&#233;. Par cons&#233;quent, la Notion a pour pr&#233;suppos&#233; imm&#233;diat la substance ; ce qui est implicite dans la substance se manifeste dans la Notion. Ainsi le mouvement dialectique de la substance par la causalit&#233; et la r&#233;ciprocit&#233; est la gen&#232;se imm&#233;diate de la Notion , l'exposition du processus de son devenir . Mais la signification de son devenir, comme de tout devenir, est qu'il est le reflet du transitoire dans son fondement et que l' autre d'abord apparentdans lequel la premi&#232;re est pass&#233;e constitue sa v&#233;rit&#233; .Ainsi la Notion est la v&#233;rit&#233; de la substance ; et puisque la substance a la n&#233;cessit&#233; pour mode sp&#233;cifique de relation, la libert&#233; se r&#233;v&#232;le comme la v&#233;rit&#233; de la n&#233;cessit&#233; et comme le mode de relation propre &#224; la Notion .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1282&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination progressive de la substance, n&#233;cessit&#233;e par sa nature propre, est la position de ce qui est en soi et pour soi. Or, la Notion est cette unit&#233; absolue de l'&#234;tre et de la r&#233;flexion, dans laquelle l'&#234;tre n'est en soi et pour soi qu'autant qu'il n'est pas moins r&#233;flexion ou positivit&#233; , et la positivit&#233; n'est pas moins &#234;tre qu'en soi et pour soi . Ce r&#233;sultat abstrait est mis en lumi&#232;re par l'exposition de sa gen&#232;se concr&#232;te ; cette exposition contient la nature de la Notion dont elle a d&#251; pr&#233;c&#233;der le traitement. Les moments principaux de cette exposition (qui a &#233;t&#233; donn&#233;e en d&#233;tail dans le deuxi&#232;me livre de la Logique objective) ne peuvent donc &#234;tre ici que bri&#232;vement r&#233;sum&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1283&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substance est l' absolu , l'actualit&#233; qui est en soi et pour soi, en soi comme simple identit&#233; de possibilit&#233; et d'actualit&#233;, essence absolue contenant en elle toute actualit&#233; et toute possibilit&#233; ; et pour soi, cette identit&#233; &#233;tant puissance absolue ou n&#233;gativit&#233; purement auto-r&#233;f&#233;renc&#233;e . Le mouvement de substantialit&#233; pos&#233; par ces moments consiste en les &#233;tapes suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1284&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La substance, comme puissance absolue ou n&#233;gativit&#233; auto-r&#233;f&#233;rente, se diff&#233;rencie en un rapport dans lequel ce qui n'&#233;tait au d&#233;but que de simples moments, sont des substances et des pr&#233;suppos&#233;s originels. Leur rapport sp&#233;cifique est celui d'une substance passive , de l'imm&#233;diatet&#233; originelle de la simple int&#233;riorit&#233; ou en-soi qui, impuissante &#224; se poser, n'est qu'une position originelle , et d'une substance active, la n&#233;gativit&#233; auto-r&#233;f&#233;rente qui, comme telle, s'est pos&#233;e sous la forme d'un autre et se rapporte &#224; cet autre. Cet autre n'est que la substance passive que la substance active, par sa propre puissance originelle, s'est pr&#233;suppos&#233;e comme condition. Cette pr&#233;suppos&#233; doit &#234;tre entendue en ce sens que le mouvement de la substance elle-m&#234;me se pr&#233;sente d'abord sous la forme d'un des moments de sa notion, l' en-soi , et que la d&#233;termination d'une des substances en rapport est aussi la d&#233;termination de ce rapport lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1285&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'autre moment est l'&#234;tre-pour-soi , c'est-&#224;-dire que la puissance se pose comme n&#233;gativit&#233; auto-r&#233;f&#233;rente , supprimant ainsi ce qui &#233;tait suppos&#233; . La substance active est la cause ; elle agit , c'est-&#224;-dire qu'elle pose maintenant , alors qu'auparavant elle ne faisait que supposer ; de sorte que (a) &#224; la puissance s'ajoute maintenant l' illusion de la puissance, &#224; la positivit&#233; l' illusion de la positivit&#233;. Ce qui &#233;tait originel dans la pr&#233;supposition devient dans la causalit&#233;, par le rapport &#224; un autre , ce qu'il est en soi ; la cause produit un effet, et cela aussi dans une autre substance ; elle est maintenant puissance par rapport &#224; un autre et appara&#238;t ainsi comme cause, mais elle n'est cause qu'en vertu de cette apparition . (b) L'effet entre dans la substance passive, ce qui fait qu'il appara&#238;t maintenant aussi comme positivit&#233; , mais il n'est substance passive qu'en tant que telle positivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1286&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Mais il y a encore plus que cette apparence , &#224; savoir : a) la cause agit sur la substance passive et change sa d&#233;termination ; mais c'est l&#224; la positivit&#233;, il n'y a rien d'autre &#224; changer en elle ; mais l'autre d&#233;termination qu'elle re&#231;oit est la causalit&#233; ; la substance passive devient donc cause, puissance et activit&#233; ; b) l'effet est pos&#233; en elle par la cause ; mais ce qui est pos&#233; par la cause, c'est la cause elle-m&#234;me qui, en agissant, est identique &#224; elle-m&#234;me ; c'est elle qui se met &#224; la place de la substance passive. De m&#234;me, &#224; l'&#233;gard de la substance active, a) l'action est la traduction de la cause en effet, en l'autre de la cause, en positivit&#233; ; et b) la cause se r&#233;v&#232;le dans l'effet comme ce qu'elle est ; l'effet est identique &#224; la cause, n'est pas un autre ; ainsi la cause en agissant r&#233;v&#232;le l'&#234;tre pos&#233; comme ce qu'est essentiellement la cause. Chacun des deux c&#244;t&#233;s devient donc, dans son rapport identique et n&#233;gatif &#224; l'autre, l' oppos&#233; de lui-m&#234;me, de sorte que l'autre, et donc chacun aussi, reste identique &#224; lui-m&#234;me . Mais le rapport identique et le rapport n&#233;gatif sont tous deux un et le m&#234;me ; la substance n'est identique &#224; elle-m&#234;me que dans son oppos&#233;, et c'est l&#224; l'identit&#233; absolue des substances pos&#233;es comme dualit&#233;. La substance active, par l'acte de se poser comme oppos&#233; &#224; elle-m&#234;me, acte qui est en m&#234;me temps la suppression de son alt&#233;rit&#233; pr&#233;suppos&#233;e , de la substance passive, se manifeste comme cause ou substantialit&#233; originaire. Inversement, par l'acte d'agir, l'&#234;tre pos&#233; se manifeste comme pos&#233;, le n&#233;gatif comme n&#233;gatif, et donc la substance passive comme n&#233;gativit&#233; auto-r&#233;f&#233;renc&#233;e , la cause rencontrant dans cet autre simplement et uniquement son propre soi. Par cette pose donc, l' originativit&#233; pr&#233;suppos&#233;e ou implicite devient explicite ou pour soi ; mais cet &#234;tre qui est en et pour soi n'est tel qu'autant que cette pose est &#233;galement une suppression de ce qui &#233;tait pr&#233;suppos&#233; ; En d'autres termes, la substance absolue est retourn&#233;e &#224; elle-m&#234;me et n'est devenue absolue que par et dans sa positivit&#233; . Cette r&#233;ciprocit&#233; est donc l'apparence qui se supprime &#224; nouveau, la r&#233;v&#233;lation que l' &#234;tre illusoire de la causalit&#233; dans lequel la cause appara&#238;t comme cause, est un &#234;tre illusoire . Cette r&#233;flexion infinie en soi, &#224; savoir que l'&#234;tre n'est en soi et pour soi que dans la mesure o&#249; il est pos&#233;, est la consommation de la substance.. Mais cette consommation n'est plus la substance elle-m&#234;me, mais quelque chose de plus &#233;lev&#233;, la Notion , le sujet . Le passage du rapport de substantialit&#233; se fait par sa propre n&#233;cessit&#233; immanente et n'est rien d'autre que la manifestation de lui-m&#234;me, que la Notion est sa v&#233;rit&#233;, et que la libert&#233; est la v&#233;rit&#233; de la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1287&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; dans le deuxi&#232;me livre de la Logique objective que la philosophie qui adopte le point de vue de la substance et s'arr&#234;te l&#224; est le syst&#232;me de Spinoza. J'y ai aussi indiqu&#233; le d&#233;faut de ce syst&#232;me quant &#224; la forme et &#224; la mati&#232;re. Mais la r&#233;futation du syst&#232;me est une autre affaire. A propos de la r&#233;futation d'un syst&#232;me philosophique, j'ai aussi fait ailleurs l'observation g&#233;n&#233;rale queIl faut se d&#233;barrasser de l'id&#233;e erron&#233;e selon laquelle le syst&#232;me serait enti&#232;rement faux , comme si le syst&#232;me vrai ne s'opposait qu'au faux. Le contexte m&#234;me dans lequel le syst&#232;me de Spinoza est mentionn&#233; ici fournit le point de vue v&#233;ritable du syst&#232;me et la question de savoir s'il est vrai ou faux. Le rapport de substance r&#233;sulte de la nature de l'essence ; ce rapport et son exposition comme totalit&#233; d&#233;velopp&#233;e dans un syst&#232;me sont donc un point de vue n&#233;cessaire adopt&#233; par l'absolu. Un tel point de vue ne doit donc pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une opinion, une mani&#232;re subjective et arbitraire de penser d'un individu, comme une aberration de la sp&#233;culation ; au contraire, la pens&#233;e sp&#233;culative se trouve n&#233;cessairement dans ce point de vue au cours de son d&#233;veloppement et dans cette mesure le syst&#232;me est parfaitement vrai ; mais ce n'est pas le point de vue le plus &#233;lev&#233; . Cela ne signifie pas pour autant que le syst&#232;me puisse &#234;tre consid&#233;r&#233; comme faux , comme devant &#234;tre r&#233;fut&#233; et susceptible d'&#234;tre r&#233;fut&#233; ; au contraire, la seule chose qu'il puisse consid&#233;rer comme fausse est sa pr&#233;tention &#224; &#234;tre le point de vue le plus &#233;lev&#233;. Le syst&#232;me v&#233;ritable ne peut donc pas avoir avec lui le rapport d'&#234;tre simplement oppos&#233; &#224; lui ; car s'il en &#233;tait ainsi, le syst&#232;me, en tant que contraire, serait lui-m&#234;me unilat&#233;ral. Au contraire, le syst&#232;me v&#233;ritable, en tant que sup&#233;rieur, doit contenir en lui-m&#234;me le syst&#232;me subordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1288&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la r&#233;futation ne doit pas venir de l'ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire qu'elle ne doit pas provenir d'hypoth&#232;ses ext&#233;rieures au syst&#232;me en question et incompatibles avec lui. Le syst&#232;me doit seulement refuser de reconna&#238;tre ces hypoth&#232;ses ; le d&#233;faut n'est un d&#233;faut que pour celui qui part des exigences et des demandes fond&#233;es sur ces hypoth&#232;ses .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on a dit que pour quiconque ne suppose pas comme un fait &#233;tabli la libert&#233; et l'autosubsistance du sujet conscient de lui-m&#234;me, il ne peut y avoir de r&#233;futation du spinozisme. D'ailleurs, un point de vue aussi &#233;lev&#233; et aussi riche en soi que le rapport de substance, loin d'ignorer ces pr&#233;suppos&#233;s, les contient m&#234;me : un des attributs de la substance de Spinoza est la pens&#233;e. Au contraire, le spinozisme sait r&#233;soudre et assimiler les d&#233;terminations dans lesquelles ces pr&#233;suppos&#233;s lui sont en conflit, de sorte qu'elles apparaissent dans le syst&#232;me, mais dans les modifications qui lui sont propres. Le nerf de la r&#233;futation ext&#233;rieure consiste donc uniquement &#224; s'accrocher obstin&#233;ment aux antith&#232;ses de ces pr&#233;suppos&#233;s, par exemple &#224; l'autosubsistance absolue de l'individu pensant contre la forme de la pens&#233;e pos&#233;e dans la substance absolue comme identique &#224; l'&#233;tendue. La v&#233;ritable r&#233;futation doit p&#233;n&#233;trer le bastion de l'adversaire et le rencontrer sur son propre terrain ; on ne tire aucun avantage de l'attaquer ailleurs et de le vaincre l&#224; o&#249; il n'est pas. La seule r&#233;futation possible du spinozisme consiste donc d'abord &#224; reconna&#238;tre son point de vue comme essentiel et n&#233;cessaire, et ensuite &#224; &#233;lever ce point de vue au point sup&#233;rieur par sa propre dialectique immanente. Le rapport de la substance, consid&#233;r&#233; simplement et uniquement dans sa nature intrins&#232;que, conduit &#224; son contraire, &#224; la Notion. L'expos&#233; de la substance (contenu dans le dernier livre) qui conduit &#224; la Notion est donc la seule et v&#233;ritable r&#233;futation du spinozisme. C'est le d&#233;voilement de la substance, et c'est l&#224; la gen&#232;se de la Notion, dont les principaux moments ont &#233;t&#233; r&#233;unis plus haut. L' unit&#233; de la substance est son rapport de n&#233;cessit&#233; ; mais cette unit&#233; n'est qu'une n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure ; en se posant par le moment de la n&#233;gativit&#233; absolue, elle devient une identit&#233; manifest&#233;e ou pos&#233;e, et par l&#224; la libert&#233; qui est l'identit&#233; de la Notion. La Notion, la totalit&#233; r&#233;sultant du rapport r&#233;ciproque, est l'unit&#233; des deux substances qui se trouvent dans ce rapport ; mais dans cette unit&#233; elles sont maintenant libres, car elles ne poss&#232;dent plus leur identit&#233; comme quelque chose d'aveugle, c'est-&#224;-dire comme quelque chose de simplement int&#233;rieur ; au contraire, les substances ont maintenant essentiellement le statut d'un &#234;tre illusoire, d'&#234;tre des moments de r&#233;flexion, par lesquels chacune n'est pas moins imm&#233;diatement unie &#224; son autre ou &#224; sa positivit&#233; et chacunecontient sa position en lui-m&#234;me, et par cons&#233;quent est pos&#233; dans son autre comme simplement et uniquement identique &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1289&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Notion, nous sommes donc entr&#233;s dans le domaine de la libert&#233;. La libert&#233; appartient &#224; la Notion, parce que l'identit&#233; qui, en tant que d&#233;termin&#233;e de fa&#231;on absolue, constitue la n&#233;cessit&#233; de la substance, est maintenant elle aussi abolie ou est une positivit&#233;, et cette positivit&#233; en tant qu'auto-reli&#233;e n'est que cette identit&#233;. L'opacit&#233; mutuelle des substances en relation causale a disparu et est devenue une clart&#233; auto-transparente, car l'originalit&#233; de leur auto-subsistance est pass&#233;e &#224; une positivit&#233; ; la substance originelle est originale en ce qu'elle n'est que la cause d'elle-m&#234;me, et c'est l&#224; une substance &#233;lev&#233;e &#224; la libert&#233; de la Notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1290&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous donne d'embl&#233;e une d&#233;termination plus pr&#233;cise de la notion m&#233;diatement. Parce que l'&#234;tre en soi et pour soi est imm&#233;diatement une positivit&#233;, la notion dans son simple rapport &#224; soi-m&#234;me est une d&#233;termination absolue qui, cependant, en tant que purement li&#233;e &#224; soi-m&#234;me, n'est pas moins imm&#233;diatement une identit&#233; simple. Mais ce rapport &#224; soi de la d&#233;termination comme union de soi avec soi-m&#234;me est &#233;galement la n&#233;gation de la d&#233;termination, et la notion comme cette &#233;galit&#233; avec soi-m&#234;me est l' universel. Mais cette identit&#233; a &#233;galement la d&#233;termination de la n&#233;gativit&#233; ; c'est la n&#233;gation ou la d&#233;termination qui est li&#233;e &#224; soi-m&#234;me ; ainsi la notion est l' individuel. Chacun d'eux, l'universel et l'individuel, est la totalit&#233;, chacun contient en soi la d&#233;termination de l'autre et donc ces totalit&#233;s sont une et une seulement, de m&#234;me que cette unit&#233; est la diff&#233;renciation d'elle-m&#234;me dans la libre illusion de cette dualit&#233; - d'une dualit&#233; qui, dans la diff&#233;rence de l'individuel et de l'universel, appara&#238;t comme une opposition compl&#232;te, mais une opposition si enti&#232;rement illusoire qu'en pensant et en &#233;non&#231;ant l'un, l'autre aussi est imm&#233;diatement pens&#233; et &#233;nonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1291&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pr&#233;c&#232;de doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la Notion de la Notion . Il peut sembler qu'elle diff&#232;re de ce qu'on entend ailleurs par &#171; notion &#187; et dans ce cas, on pourrait nous demander d'indiquer comment ce que nous avons trouv&#233; ici comme &#233;tant la Notion est contenu dans d'autres conceptions ou explications. D'une part, cependant, il ne peut &#234;tre question d'une confirmation bas&#233;e sur l' autorit&#233; de l'entendement ordinaire du terme ; dans la science de la Notion, son contenu et son caract&#232;re ne peuvent &#234;tre garantis que par la d&#233;duction immanente qui contient sa gen&#232;se et qui se trouve d&#233;j&#224; derri&#232;re nous. D'autre part, la Notion telle qu'elle est d&#233;duite ici doit,On peut certes reconna&#238;tre en principe ce qu'on pr&#233;sente ailleurs comme le concept de la Notion. Mais il n'est pas si facile de d&#233;couvrir ce que d'autres ont dit de la nature de la Notion. Car, dans l'ensemble, ils ne s'occupent pas du tout de la question, pr&#233;supposant que quiconque emploie ce mot sait automatiquement ce qu'il signifie. On aurait pu se sentir d'autant plus soulag&#233; derni&#232;rement de la n&#233;cessit&#233; de s'occuper de la Notion que, de m&#234;me qu'il fut un temps de mode de dire tout le mal de l'imagination, puis de la m&#233;moire, de m&#234;me il est devenu depuis quelque temps en philosophie une habitude, qui existe encore dans une certaine mesure, de calomnier de toute sorte la Notion, ce qui est supr&#234;me dans la pens&#233;e, tandis que l'incompr&#233;hensible et l'incompr&#233;hension sont au contraire consid&#233;r&#233;s comme le sommet de la science et de la morale. Je me bornerai ici &#224; une remarque qui pourra aider &#224; saisir les notions ici d&#233;velopp&#233;es et &#224; mieux s'y rep&#233;rer. L'id&#233;e, lorsqu'elle s'est d&#233;velopp&#233;e en une existence concr&#232;te et libre, n'est autre que le Je ou la pure conscience de soi. Il est vrai que j'ai des id&#233;es, c'est-&#224;-dire des id&#233;es d&#233;termin&#233;es ; mais le Je est l'id&#233;e pure elle-m&#234;me qui, en tant qu'id&#233;e, est venue &#224; l'existence. Quand donc il est question des d&#233;terminations fondamentales qui constituent la nature du Je, nous pouvons supposer qu'il s'agit de quelque chose de familier, c'est-&#224;-dire d'un lieu commun de notre pens&#233;e ordinaire. Mais le Je est d'abord cette pure unit&#233; qui se rapporte &#224; elle-m&#234;me, et il n'est pas ainsi imm&#233;diatement, mais seulement en faisant abstraction de toute d&#233;termination et de tout contenu et en se retirant dans la libert&#233; de l'&#233;galit&#233; sans restriction avec elle-m&#234;me. En tant que telle, elle est l'universalit&#233; ; une unit&#233; qui n'est unit&#233; avec elle-m&#234;me que par son attitude n&#233;gative , qui appara&#238;t comme un processus d'abstraction et qui contient par cons&#233;quent toute d&#233;termination dissoute en elle. Deuxi&#232;mement , le Moi, en tant que n&#233;gativit&#233; li&#233;e &#224; soi, n'est pas moins imm&#233;diatement individualit&#233; ou absolument d&#233;termin&#233;, s'opposant &#224; tout ce qui est autre et l'excluant &#8212; personnalit&#233; individuelle. Cette universalit&#233; absolue , qui est aussi imm&#233;diatement individualisation absolue et &#234;tre absolument d&#233;termin&#233;, qui est une pure positivit&#233; et qui n'est cet &#234;tre absolument d&#233;termin&#233; que par son unit&#233; avec la positivit&#233;, voil&#224; ce qui constitue la nature du Moi &#8212; aussi bien que de la Notion ; ni l'un ni l'autre ne peuvent &#234;tre v&#233;ritablement compris si les deux moments indiqu&#233;s ne sont pas saisis en m&#234;me temps dans leur abstraction et aussi dans leur parfaite unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1292&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle au sens ordinaire de l' entendement que poss&#232;de le Je , on entend par l&#224; une facult&#233; ou une propri&#233;t&#233; qui se trouve dans le m&#234;me rapport au Je que la propri&#233;t&#233; d'une chose se trouve dans le m&#234;me rapport &#224; la chose elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire dans un substrat ind&#233;termin&#233; qui n'est pas le fondement v&#233;ritable et le d&#233;terminant de sa propri&#233;t&#233;. Selon cette conception, je poss&#232;de des notions et la Notion, de m&#234;me que je poss&#232;de aussi un manteau, une couleur et d'autres propri&#233;t&#233;s ext&#233;rieures .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1293&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant a d&#233;pass&#233; ce rapport ext&#233;rieur de l'entendement, comme facult&#233; de notions et de la notion elle-m&#234;me, au moi. C'est une des id&#233;es les plus profondes et les plus vraies que l'on puisse trouver dans la Critique de la raison pure que l'unit&#233; qui constitue la nature de la notion soit reconnue comme l' unit&#233; synth&#233;tique originelle de l'aperception , comme unit&#233; du je pense ou de la conscience de soi. Cette proposition constitue ce qu'on appelle la d&#233;duction transcendentale des cat&#233;gories ; mais elle a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme l'une des parties les plus difficiles de la philosophie kantienne, sans doute pour la seule raison qu'elle exige que nous allions au-del&#224; de la simple repr&#233;sentation du rapport dans lequel le moi se trouve &#224; l' entendement , ou les notions &#224; une chose et &#224; ses propri&#233;t&#233;s et accidents, et que nous allions jusqu'&#224; la pens&#233;e de ce rapport. Un objet , dit Kant, est ce dans la notion duquel la diversit&#233; d'une intuition donn&#233;e est unifi&#233;e . Mais toute unification des repr&#233;sentations exige l' unit&#233; de la conscience dans la synth&#232;se de celles-ci. C'est donc cette unit&#233; de conscience qui seule constitue la liaison des repr&#233;sentations avec l'objet et par l&#224; leur validit&#233; objective , et sur laquelle repose m&#234;me la possibilit&#233; de l'entendement . Kant distingue cette unit&#233; de l' unit&#233; subjective de la conscience, de l'unit&#233; de repr&#233;sentation par laquelle je prends conscience d'une pluralit&#233; comme simultan&#233;e ou successive , ceci d&#233;pendant de conditions empiriques.D'autre part, les principes de la d&#233;termination objective des notions ne peuvent &#234;tre d&#233;duits que du principe de l' unit&#233; transcendantale de l'aperception . Par les cat&#233;gories qui sont ces d&#233;terminations objectives, la diversit&#233; des repr&#233;sentations donn&#233;es est d&#233;termin&#233;e de telle sorte qu'elle est amen&#233;e dans l' unit&#233; de la conscience .Selon cette exposition, l'unit&#233; de la notion est celle par laquelle quelque chose n'est pas un simple mode de sentiment , une intuition , ou m&#234;me une simple repr&#233;sentation , mais est un objet , et cette unit&#233; objective est l'unit&#233; de l'ego avec lui-m&#234;me.En fait, la compr&#233;hension d'un objet ne consiste en rien d'autre que le fait que le moi le fasse sien , le p&#233;n&#232;tre et le fasse entrer dans sa forme propre , c'est-&#224;-dire dans l' universalit&#233; qui est imm&#233;diatement une d&#233;termination , ou dans une d&#233;termination qui est imm&#233;diatement une universalit&#233;. Tel qu'il est pressenti ou m&#234;me dans la conception ordinaire, l'objet est encore quelque chose d'ext&#233;rieur et d'&#233;tranger . Lorsqu'il est compris, l'&#234;tre-en-et-pour-soi qu'il poss&#232;de dans l'intuition et la pens&#233;e imag&#233;e se transforme en une positivit&#233; ; le je en pensant qu'il le p&#233;n&#232;tre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1294&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est seulement en tant qu'il est dans la pens&#233;e que l'objet est vraiment en soi et pour soi ; dans l'intuition ou la conception ordinaire, il n'est qu'une apparence . La pens&#233;e supprime l' imm&#233;diatet&#233; &#224; laquelle l'objet nous fait face d'abord et transforme ainsi l'objet en une positivit&#233; ; mais cette positivit&#233; est son &#234;tre-en-soi-et-pour-soi , ou son objectivit&#233; .L'objet a donc son objectivit&#233; dans la Notion , et c'est l&#224; l' unit&#233; de la conscience de soi dans laquelle il a &#233;t&#233; re&#231;u ; par cons&#233;quent son objectivit&#233;, ou la Notion, n'est elle-m&#234;me autre que la nature de la conscience de soi, n'a d'autres moments ni d'autres d&#233;terminations que le Je lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1295&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un principe cardinal de la philosophie kantienne nous autorise &#224; nous r&#233;f&#233;rer &#224; la nature du Je pour savoir ce qu'est la Notion . Mais, inversement, il est n&#233;cessaire pour cela d'avoir saisi la Notion du Je telle qu'elle a &#233;t&#233; expos&#233;e plus haut. Si nous nous en tenons &#224; la simple repr&#233;sentation du Je telle qu'elle flotte devant notre conscience ordinaire, alors le Je n'est que la simple chose , appel&#233;e aussi &#226;me , dans laquelle la Notion est inh&#233;rente comme possession ou propri&#233;t&#233;. Cette repr&#233;sentation qui ne cherche &#224; comprendre ni le Je ni la Notion ne peut servir &#224; faciliter ou &#224; rapprocher la compr&#233;hension de la Notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1296&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expos&#233; kantien cit&#233; plus haut contient deux autres traits qui concernent la Notion et qui n&#233;cessitent quelques observations suppl&#233;mentaires. En premier lieu, le stade de l'entendement est cens&#233; &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233; par les stades du sentiment et de l'intuition , et c'est une proposition essentielle de la philosophie transcendantale kantienne que sans intuition les notions sont vides et ne valent que comme relations de la diversit&#233; donn&#233;e par l'intuition. En second lieu, la Notion a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e &#234;tre l' &#233;l&#233;ment objectif de la connaissance, et comme telle, la v&#233;rit&#233; . Mais d'un autre c&#244;t&#233;, la Notion est consid&#233;r&#233;e comme quelque chose de purement subjectif dont on ne peut extraire la r&#233;alit&#233; , ce qui doit &#234;tre compris comme objectivit&#233;, puisque la r&#233;alit&#233; est oppos&#233;e &#224; la subjectivit&#233; ; et, en g&#233;n&#233;ral, la Notion et l'&#233;l&#233;ment logique sont d&#233;clar&#233;s comme quelque chose de purement formel qui, puisqu'il fait abstraction du contenu, ne contient pas de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1297&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, en ce qui concerne le rapport de l'entendement ou de la notion aux degr&#233;s qu'il suppose , la forme de ces degr&#233;s est d&#233;termin&#233;e par la science particuli&#232;re consid&#233;r&#233;e. Dans notre science, la logique pure , ces degr&#233;s sont l'&#234;tre et l'essence . En psychologie, les degr&#233;s ant&#233;rieurs sont le sentiment et l'intuition , puis l'id&#233;ation en g&#233;n&#233;ral. Dans la ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit, qui est la doctrine de la conscience, l'ascension vers l'entendement se fait par les degr&#233;s de la conscience sensible , puis de la perception . Kant ne suppose que le sentiment et l'intuition. &#192; quel point cette &#233;chelle de degr&#233;s est incompl&#232;te, on le voit par le fait qu'il ajoute lui-m&#234;me en appendice &#224; la logique transcendantale ou doctrine de l'entendement un trait&#233; sur les concepts de r&#233;flexion, sph&#232;re situ&#233;e entre l'intuition et l' entendement ou l'&#234;tre et la notion .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1298&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne ces stades, il faut d'abord remarquer que les formes d'intuition, d'id&#233;ation, etc., appartiennent &#224; l' esprit conscient de lui-m&#234;me, qui, en tant que tel, n'entre pas dans le champ de la logique. Il est vrai que les pures d&#233;terminations de l'&#234;tre, de l'essence et de la notion constituent le plan de base et la structure int&#233;rieure simple des formes de l'esprit ; l'esprit en tant qu'intuition et aussi en tant que conscience sensible est dans la forme de l'&#234;tre imm&#233;diat ; de m&#234;me l'esprit en tant qu'id&#233;ation et perception est pass&#233; de l'&#234;tre au stade de l'essence ou de la r&#233;flexion. Mais ces formes concr&#232;tes int&#233;ressent aussi peu la logique que les formes concr&#232;tes que prennent les cat&#233;gories logiques de la nature, qui seraient l'espace et le temps, puis l'espace et le temps remplis d'eux-m&#234;mes par un contenu de nature inorganique , et enfin la nature organique .&#174;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1299&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, ici aussi, la Notion ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'acte de l'entendement conscient de soi, ni comme l' entendement subjectif , mais comme la Notion dans son caract&#232;re absolu propre, qui constitue un stade de la nature aussi bien que de l' esprit . La vie, ou la nature organique, est le stade de la nature o&#249; la Notion appara&#238;t , mais comme aveugle, comme inconsciente d'elle-m&#234;me et comme irr&#233;fl&#233;chie ; la Notion consciente de soi et pensante appartient uniquement &#224; l'esprit. Mais la forme logique de la Notion est ind&#233;pendante de ses formes non spirituelles, et aussi de ses formes spirituelles. La pr&#233;monition n&#233;cessaire &#224; ce sujet a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; donn&#233;e dans l'Introduction. C'est un point qui ne doit pas attendre d'&#234;tre &#233;tabli dans la logique elle-m&#234;me, mais doit &#234;tre &#233;clairci avant que cette science ne soit commenc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1300&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, quelles que soient les formes des stades qui pr&#233;c&#232;dent la Notion, nous en arrivons en second lieu au rapport dans lequel la Notion est pens&#233;e &#224; ces formes . La conception de ce rapport, aussi bien dans la psychologie ordinaire que dans la philosophie transcendentale kantienne, est que la mati&#232;re empirique , la diversit&#233; de l'intuition et de la repr&#233;sentation, existe d'abord pour son propre compte , puis que l'entendement s'en approche , y apporte l'unit&#233; et l'&#233;l&#232;ve par abstraction &#224; la forme de l'universalit&#233; . L'entendement est ainsi une forme intrins&#232;quement vide qui, d'une part, obtient une r&#233;alit&#233; par le contenu donn&#233; en question et, d'autre part, fait abstraction de ce contenu, c'est-&#224;-dire le laisse tomber comme quelque chose d'inutile, mais d'inutile seulement pour la Notion. Dans ces deux actions, la Notion n'est pas le facteur ind&#233;pendant, l'&#233;l&#233;ment essentiel et vrai de la mati&#232;re donn&#233;e ant&#233;rieure ; au contraire, c'est la mati&#232;re qui est consid&#233;r&#233;e comme la r&#233;alit&#233; absolue, qui ne peut &#234;tre extraite de la Notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1301&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien admettre que la notion en tant que telle n'est pas encore achev&#233;e, mais doit s'&#233;lever jusqu'&#224; l' id&#233;e qui seule est l'unit&#233; de la notion et de la r&#233;alit&#233;, et il faut montrer plus loin que cela est le r&#233;sultat spontan&#233; de la nature m&#234;me de la notion . En effet, la r&#233;alit&#233; que la notion se donne &#224; elle-m&#234;me ne doit pas &#234;tre re&#231;ue par elle comme quelque chose d'ext&#233;rieur, mais doit, conform&#233;ment aux exigences de la science, &#234;tre d&#233;duite de la notion elle-m&#234;me. Mais la v&#233;rit&#233; est que ce n'est pas la mati&#232;re donn&#233;e par l'intuition et la repr&#233;sentation qui doit &#234;tre justifi&#233;e comme le r&#233;el par opposition &#224; la notion. On dit souvent : &#171; Ce n'est qu'une notion &#187;, en opposant la notion non seulement &#224; l'id&#233;e, mais &#224; la r&#233;alit&#233; sensible, spatiale et temporelle, palpable, comme quelque chose de plus excellent que la notion ; et alors l' abstrait est tenu pour moins important que le concret, parce qu'il manque tellement de ce genre de mat&#233;riau. Dans cette optique, abstraire signifie choisir dans l'objet concret, pour nos besoins subjectifs, telle ou telle marque, sans pour autant diminuer la valeur et le statut des nombreuses autres propri&#233;t&#233;s et caract&#233;ristiques laiss&#233;es de c&#244;t&#233; ; au contraire, celles-ci, en tant que r&#233;elles , conservent leur validit&#233; tout &#224; fait intacte, seulement elles sont laiss&#233;es l&#224;, de l'autre c&#244;t&#233; ; ainsi, c'est seulement l' incapacit&#233; de l'entendement &#224; assimiler une telle richesse qui le contraint &#224; se contenter de l'abstraction appauvrie. Or, consid&#233;rer la mati&#232;re donn&#233;e de l'intuition et la diversit&#233; de la repr&#233;sentation comme le r&#233;el , par opposition &#224; la pens&#233;e , &#224; la notion, est une opinion dont l'abandon n'est pas seulement une condition de la philosophie, mais est d&#233;j&#224; pr&#233;suppos&#233; par la religion ; &#034;En effet, comment la religion peut-elle &#234;tre n&#233;cessaire, comment la religion peut-elle avoir un sens, si les ph&#233;nom&#232;nes passagers et superficiels du monde des choses sensibles sont encore tenus pour la v&#233;rit&#233; ? Mais la philosophie donne une id&#233;e raisonn&#233;e de l'&#233;tat v&#233;ritable des choses en ce qui concerne la r&#233;alit&#233; de l'&#234;tre sensible ; elle admet les stades du sentiment et de l'intuition comme pr&#233;alables &#224; l'entendement, en tant qu'ils sont des conditions de sa gen&#232;se, mais seulement en ce sens qu'elle est conditionn&#233;e par leur r&#233;alit&#233; .La pens&#233;e abstraite ne doit donc pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une simple mise de c&#244;t&#233; de la mati&#232;re sensible, dont la r&#233;alit&#233; n'est pas pour autant alt&#233;r&#233;e ; elle est plut&#244;t la suppression et la r&#233;duction de cette mati&#232;re en tant que simple apparence ph&#233;nom&#233;nale &#224; l' essentiel , qui ne se manifeste que dans la Notion . &#174;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1302&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, si ce qui est repris dans la Notion &#224; partir du ph&#233;nom&#232;ne concret doit servir seulement de marque ou de signe , il peut certainement s'agir de n'importe quelle d&#233;termination particuli&#232;re sensible al&#233;atoire de l'objet, choisie parmi les autres sur la base d'un int&#233;r&#234;t ext&#233;rieur al&#233;atoire et de m&#234;me nature que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1303&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un malentendu capital qui pr&#233;vaut : celui de consid&#233;rer comme v&#233;rit&#233; le principe naturel ou le commencement qui constitue le point de d&#233;part de l' &#233;volution naturelle ou de l' histoire de l'individu en devenir, et comme premier dans la notion . Or, dans l'ordre de la nature, l'intuition ou l'&#234;tre sont incontestablement premiers ou sont la condition de la notion, mais ils ne sont pas pour autant absolument inconditionn&#233;s ; au contraire, leur r&#233;alit&#233; est supprim&#233;e dans la notion et avec elle aussi l'illusion qu'ils avaient d'&#234;tre la r&#233;alit&#233; conditionnelle. Lorsqu'il s'agit non pas de v&#233;rit&#233; mais simplement d' histoire , comme dans la pens&#233;e picturale et ph&#233;nom&#233;nale, il n'est pas n&#233;cessaire de dire plus loin que nous commen&#231;ons par des sentiments et des intuitions et que de leur multiplicit&#233; l'entendement extrait une universalit&#233; ou une abstraction et a naturellement besoin pour cela du substrat de sentiments et d'intuitions qui, dans ce processus d'abstraction, reste pour &#234;tre repr&#233;sent&#233; dans la m&#234;me r&#233;alit&#233; compl&#232;te avec laquelle il s'est pr&#233;sent&#233; au d&#233;part.Mais la philosophie n'est pas cens&#233;e &#234;tre un r&#233;cit d'&#233;v&#233;nements, mais une connaissance de ce qui est vrai en eux et, en outre, sur la base de cette connaissance, comprendre ce qui, dans le r&#233;cit, appara&#238;t comme un simple &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1304&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la conception superficielle de ce qu'est la notion laisse toute diversit&#233; en dehors de la notion et n'attribue &#224; celle-ci que la forme de l'universalit&#233; abstraite ou de l'identit&#233; vide de la r&#233;flexion, on peut imm&#233;diatement faire appel &#224; ce fait que, ind&#233;pendamment de la conception que nous avons ici expos&#233;e, l'&#233;nonc&#233; ou la d&#233;finition d'une notion comprend express&#233;ment non seulement le genre, qui est lui-m&#234;me &#224; proprement parler plus qu'une universalit&#233; purement abstraite, mais aussi la d&#233;termination sp&#233;cifique. Si l'on veut seulement r&#233;fl&#233;chir attentivement &#224; la signification de ce fait, on verra que la diff&#233;renciation doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un moment &#233;galement essentiel de la notion. Kant a introduit cette consid&#233;ration par la pens&#233;e extr&#234;mement importante qu'il existe des jugements synth&#233;tiques a priori. Cette synth&#232;se originelle de l'aperception est l'un des principes les plus profonds du d&#233;veloppement sp&#233;culatif ; elle contient le d&#233;but d'une v&#233;ritable compr&#233;hension de la nature de la notion et s'oppose compl&#232;tement &#224; cette identit&#233; vide ou &#224; cette universalit&#233; abstraite qui n'est pas en elle-m&#234;me une synth&#232;se. Le d&#233;veloppement ult&#233;rieur, cependant, ne tient pas la promesse du d&#233;but. L'expression m&#234;me de synth&#232;se &#233;voque ais&#233;ment la conception d'une unit&#233; ext&#233;rieure et d'une simple combinaison d'entit&#233;s intrins&#232;quement s&#233;par&#233;es. Mais la philosophie kantienne n'a pas d&#233;pass&#233; le r&#233;flexe psychologique de la Notion et en est revenue &#224; l'affirmation selon laquelle la Notion est conditionn&#233;e en permanence par une multiplicit&#233; d' intuitions. Elle a d&#233;clar&#233; que la connaissance et l'exp&#233;rience intellectuelles sont un contenu ph&#233;nom&#233;nal , non pas parce que les cat&#233;gories elles-m&#234;mes sont seulement finies, mais, en vertu d'un id&#233;alisme psychologique, parce qu'elles ne sont que des d&#233;terminations issues de la conscience de soi. C'est aussi dans cette optique que la Notion sans la multiplicit&#233; de l'intuition est d&#233;clar&#233;e vide et d&#233;pourvue de contenu, bien qu'elle soit une synth&#232;se a priori ; en tant que telle, elle contient certainement en elle-m&#234;me la d&#233;termination et la diff&#233;rence. De plus, comme la d&#233;termination est celle de la Notion et donc la d&#233;termination absolue, l'individualit&#233;, la Notion est le fondement et la source de toute d&#233;termination et de toute multiplicit&#233; finies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1305&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position purement formelle de la Notion en tant qu'entendement est pleinement confirm&#233;e par l'expos&#233; kantien de ce qu'est la raison. Dans la raison, le stade le plus &#233;lev&#233; de la pens&#233;e, on aurait d&#251; s'attendre &#224; ce que la Notion perde le conditionnement dans lequel elle appara&#238;t encore au stade de l'entendement et atteigne la v&#233;rit&#233; parfaite. Mais cette attente est d&#233;&#231;ue. Car Kant d&#233;finit le rapport de la raison aux cat&#233;gories comme purement dialectique et, en effet, il prend le r&#233;sultat de cette dialectique comme le n&#233;ant infini , rien que cela et rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1306&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, l'unit&#233; infinie de la raison est elle aussi encore priv&#233;e de la synth&#232;se, et avec elle du commencement mentionn&#233; plus haut d'une Notion sp&#233;culative, vraiment infinie ; la raison devient l' unit&#233; famili&#232;re, toute formelle, simplement r&#233;gulatrice de l'emploi syst&#233;matique de l'entendement .On d&#233;clare abusif le fait de consid&#233;rer la logique, qui n'est qu'un canon de jugement , comme un organon de production d' id&#233;es objectives . Les notions de la raison, dans lesquelles nous ne pouvions pas ne pas pressentir une puissance sup&#233;rieure et une signification plus profonde, n'ont plus le caract&#232;re constitutif des cat&#233;gories, ce ne sont que des id&#233;es ; nous sommes bien libres de les utiliser, mais par ces entit&#233;s intelligibles dans lesquelles toute v&#233;rit&#233; devrait &#234;tre pleinement r&#233;v&#233;l&#233;e, nous ne devons entendre que des hypoth&#232;ses , et leur attribuer une v&#233;rit&#233; absolue serait le comble du caprice et de la t&#233;m&#233;rit&#233;, car elles n'apparaissent dans aucune exp&#233;rience . Aurait-on jamais pens&#233; que la philosophie refuserait la v&#233;rit&#233; aux entit&#233;s intelligibles parce qu'elles manquent de la mati&#232;re spatiale et temporelle du monde sensible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1307&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela se rattache directement la question du point de vue sous lequel il faut consid&#233;rer la notion et le caract&#232;re de la logique en g&#233;n&#233;ral, question sur laquelle la philosophie kantienne soutient la m&#234;me opinion que celle qui est commun&#233;ment admise : c'est-&#224;-dire dans quel rapport la notion et la science de la notion se situent-elles par rapport &#224; la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me ? Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; la d&#233;duction kantienne des cat&#233;gories selon laquelle, selon elle, l'objet, en tant que ce dans quoi la diversit&#233; de l'intuition est unifi&#233;e , n'est cette unit&#233; que par l'unit&#233; de la conscience de soi . Ici donc, lal'objectivit&#233; de la pens&#233;e est sp&#233;cifiquement &#233;nonc&#233;e,une identit&#233; de la Notion et de la chose , qui est la v&#233;rit&#233; . De m&#234;me, on admet commun&#233;ment que lorsque la pens&#233;e s'approprie un objet donn&#233;, celui-ci subit par l&#224; une alt&#233;ration et se change de quelque chose de sensible en quelque chose de pens&#233; ; et cependant que non seulement la nature essentielle de l'objet n'est pas affect&#233;e par cette alt&#233;ration, mais que c'est seulement dans sa Notion qu'il est dans sa v&#233;rit&#233;, tandis que dans l'imm&#233;diatet&#233; o&#249; il est donn&#233; il n'est qu'apparence et contingence ; que la connaissance qui comprend vraiment l'objet est la connaissance de lui tel qu'il est en et pour lui-m&#234;me , et que la Notion est son objectivit&#233; m&#234;me.&#174;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1308&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, on soutient &#233;galement que nous ne pouvons pas conna&#238;tre les choses telles qu'elles sont en elles-m&#234;mes et que la v&#233;rit&#233; est inaccessible aux facult&#233;s cognitives de la raison ; que la v&#233;rit&#233; pr&#233;cit&#233;e qui consiste dans l'unit&#233; de l'objet et de la notion n'est en fin de compte que l'apparence, et cette fois encore, parce que le contenu n'est que la diversit&#233; de l'intuition. Nous avons d&#233;j&#224; fait remarquer &#224; ce propos que c'est pr&#233;cis&#233;ment dans la notion que cette diversit&#233;, en tant qu'elle appartient &#224; l'intuition par opposition &#224; la notion, est supprim&#233;e et que par elle l'objet est r&#233;duit &#224; sa nature essentielle non contingente. Celle-ci entre dans la sph&#232;re de l'apparence et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que l'apparence n'est pas d&#233;pourvue d'&#234;tre essentiel, mais qu'elle est une manifestation de l'essence. Or, la manifestation compl&#232;tement lib&#233;r&#233;e de l'essence est la notion .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1309&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces propositions que nous rappelons ici au lecteur ne sont pas des assertions dogmatiques, car elles sont le r&#233;sultat de l'&#233;volution immanente de l'essence . Le point de vue actuel auquel cette &#233;volution a conduit est que la forme de l' absolu qui est sup&#233;rieure &#224; l'&#234;tre et &#224; l'essence est la Notion . Consid&#233;r&#233;e sous cet angle, la Notion a subjugu&#233; l'&#234;tre et l'essence, qui comprennent aussi, &#224; d'autres points de d&#233;part, le sentiment, l'intuition et la repr&#233;sentation, et qui &#233;taient apparus comme ses conditions pr&#233;alables, et s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre leur fondement inconditionnel . Reste maintenant le second aspect auquel est consacr&#233; ce troisi&#232;me livre de la Logique , &#224; savoir l'exposition de la mani&#232;re dont la Notion construit en elle et &#224; partir d'elle-m&#234;me la r&#233;alit&#233; qui s'est &#233;vanouie en elle. On a donc admis sans d&#233;tour que la connaissance qui s'arr&#234;te &#224; la Notion en tant que telle est encore incompl&#232;te et n'est parvenue jusqu'ici qu'&#224; la v&#233;rit&#233; abstraite . Mais son incompl&#233;tude ne r&#233;side pas dans le manque de cette r&#233;alit&#233; pr&#233;sum&#233;e donn&#233;e par le sentiment et l'intuition, mais dans le fait que la Notion ne s'est pas encore donn&#233;e une r&#233;alit&#233; propre , une r&#233;alit&#233; produite par ses propres moyens. L'absoluit&#233; d&#233;montr&#233;e de la Notion par rapport &#224; la mati&#232;re de l'exp&#233;rience et, plus exactement, aux cat&#233;gories et aux concepts de la r&#233;flexion, consiste en ceci que cette mati&#232;re, telle qu'elle appara&#238;t en dehors et avant la Notion, n'a pas de v&#233;rit&#233; ; elle n'a cette v&#233;rit&#233; que dans son id&#233;alit&#233; ou son identit&#233; avec la Notion. La d&#233;rivation du r&#233;el &#224; partir d'elle, si nous voulons l'appeler d&#233;rivation, consiste en premier lieu essentiellement en ceci que la Notion, dans son abstraction formelle, se r&#233;v&#232;le incompl&#232;te et passe par sa propre dialectique immanente dans la r&#233;alit&#233; ; mais elle ne retombe pas sur une r&#233;alit&#233; toute faite qui lui fait face et ne se r&#233;fugie pas dans quelque chose qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre l'&#233;l&#233;ment inessentiel de l'Apparence parce qu'ayant cherch&#233; autour d'elle quelque chose de meilleur, elle ne l'a pas trouv&#233; ; au contraire, elle produit la r&#233;alit&#233; par ses propres moyens.On restera toujours &#233;tonn&#233; de voir comment la philosophie kantienne a reconnu le rapport de la pens&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; sensible, au-del&#224; duquel elle ne s'est pas avanc&#233;e, comme seulement un rapport relatif de simple apparence, et a parfaitement reconnu et &#233;nonc&#233; une unit&#233; sup&#233;rieure des deux dans l'Id&#233;e en g&#233;n&#233;ral et, par exemple, dans l'Id&#233;e d'un entendement intuitif, et pourtant s'est arr&#234;t&#233;e net &#224; ce rapport relatif et &#224; l'affirmation que la Notion est et reste compl&#232;tement s&#233;par&#233;e de la r&#233;alit&#233;, affirmant ainsi comme v&#233;rit&#233; ce qu'elle d&#233;clarait &#234;tre une connaissance finie, et d&#233;non&#231;ant comme une extravagance injustifi&#233;e et un produit de la pens&#233;e ce qu'elle reconnaissait comme v&#233;rit&#233; et dont elle &#233;tablissait la notion sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1310&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que c'est principalement la logique et non la science en g&#233;n&#233;ral dont nous nous occupons ici de la relation &#224; la v&#233;rit&#233;, il faut en outre admettre que la logique en tant que La science formelle ne peut et ne doit pas contenir cette r&#233;alit&#233; qui est le contenu des autres parties de la philosophie, &#224; savoir les sciences philosophiques de la nature et de l'esprit. Ces sciences concr&#232;tes se pr&#233;sentent certes sous une forme d'Id&#233;e plus r&#233;elle que la logique ; mais ce n'est pas en revenant &#224; la r&#233;alit&#233; abandonn&#233;e par la conscience qui s'est &#233;lev&#233;e au-dessus de son mode d'apparence au niveau de la science, ni en revenant &#224; l'emploi de formes telles que les cat&#233;gories et les concepts de r&#233;flexion, dont la logique a d&#233;montr&#233; la finitude et la fausset&#233;.La logique, au contraire, montre l'&#233;l&#233;vation de l' Id&#233;e &#224; un niveau d'o&#249; elle devient cr&#233;atrice de la nature et passe &#224; la forme d'une imm&#233;diatet&#233; concr&#232;te dont la Notion, cependant, brise de nouveau cette forme pour se r&#233;aliser comme esprit concret . A l'oppos&#233; de ces sciences concr&#232;tes (bien que celles-ci aient et conservent comme principe formateur int&#233;rieur cet &#233;l&#233;ment logique, ou la Notion, qui leur avait servi d'arch&#233;type), la logique est bien entendu une science formelle ; mais elle est la science de la forme absolue qui est en elle-m&#234;me une totalit&#233; et contient l' Id&#233;e pure de la v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me . Cette forme absolue a en elle-m&#234;me son contenu ou sa r&#233;alit&#233; ; la Notion, n'&#233;tant pas une identit&#233; triviale et vide, poss&#232;de dans son moment de n&#233;gativit&#233; ou de d&#233;termination absolue les d&#233;terminations diff&#233;renci&#233;es ; le contenu est simplement et uniquement ces d&#233;terminations de la forme absolue et rien d'autre qu'un contenu pos&#233; par la forme absolue elle-m&#234;me et par cons&#233;quent aussi ad&#233;quat &#224; elle.C'est pourquoi cette forme est d'une nature tout autre que celle que l'on donne ordinairement &#224; la forme logique. Elle est d&#233;j&#224; v&#233;rit&#233; en elle-m&#234;me , puisque ce contenu est ad&#233;quat &#224; sa forme, ou la r&#233;alit&#233; &#224; sa Notion ; et elle est pure v&#233;rit&#233; parce que les d&#233;terminations du contenu n'ont pas encore la forme d'une alt&#233;rit&#233; absolue ou d'une imm&#233;diatet&#233; absolue.Lorsque Kant, &#224; propos de la logique, en vient &#224; discuter la vieille et c&#233;l&#232;bre question : qu'est-ce que la v&#233;rit&#233; ? il pr&#233;sente d'abord au lecteur comme une trivialit&#233; l'explication du terme comme accord de la connaissance avec son objet, d&#233;finition d'une grande valeur, voire d'une valeur supr&#234;me. Si nous nous souvenons de cette d&#233;finition en relation avec l'affirmation fondamentale de l'id&#233;alisme transcendantal, selon laquelleSi la raison, en tant que cognitive, est incapable d'appr&#233;hender les choses en soi , que la r&#233;alit&#233; se trouve absolument en dehors de la Notion, alors il est &#233;vident qu'une telle raison qui est incapable de se mettre en accord avec son objet, les choses en soi, et les choses en soi qui ne sont pas en accord avec la Notion de la raison, la Notion qui ne s'accorde pas avec la r&#233;alit&#233;, et une r&#233;alit&#233; qui ne s'accorde pas avec la Notion, sont des conceptions fausses . Si Kant avait consid&#233;r&#233; l'id&#233;e d'un entendement intuitif &#224; la lumi&#232;re de la d&#233;finition ci-dessus de la v&#233;rit&#233;, il aurait trait&#233; l'id&#233;e qui exprime l'accord requis, non pas comme une invention de la pens&#233;e, mais plut&#244;t comme la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1311&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que nous avons besoin de savoir, dit Kant, c'est un crit&#232;re universel et s&#251;r de toute connaissance quelle qu'elle soit ; ce crit&#232;re serait valable pour toutes les connaissances sans distinction d'objets ; mais comme avec un tel crit&#232;re on ferait abstraction de tout contenu de la connaissance ( rapport &#224; son objet) et que la v&#233;rit&#233; concerne pr&#233;cis&#233;ment ce contenu, il serait tout &#224; fait impossible et absurde de demander une marque de la v&#233;rit&#233; de ce contenu des connaissances. &#187; Ici, la conception habituelle de la fonction formelle de la logique est exprim&#233;e de mani&#232;re tr&#232;s nette et l'argumentation pr&#233;sent&#233;e a un air tr&#232;s convaincant. Mais il faut d'abord remarquer qu'il arrive habituellement &#224; un tel raisonnement formel qu'il oublie dans son discours le point m&#234;me sur lequel il a fond&#233; son argumentation et dont il parle. On pr&#233;tend qu'il serait absurde de demander le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; du contenu de la connaissance ; mais selon la d&#233;finition, ce n'est pas le contenu qui constitue la v&#233;rit&#233;, mais l'accord du contenu avec la Notion. Un contenu tel qu'il est ici question, sans la Notion , est quelque chose sans notion, et par cons&#233;quent sans &#234;tre essentiel ; certes, nous ne pouvons pas demander le crit&#232;re de la v&#233;rit&#233; d'un tel contenu, mais pour la raison tout &#224; fait oppos&#233;e ; non pas, c'est-&#224;-dire, parce que le contenu, en tant que chose sans notion, n'est pas l'accord requis, mais simplement parce qu'il ne peut &#234;tre rien de plus qu'une simple opinion sans v&#233;rit&#233;.Laissons de c&#244;t&#233; le contenu qui cause ici la confusion, la confusion dans laquelle tombe le formalisme chaque fois qu'il se propose d'expliquer quelque chose et qui lui fait dire le contraire de ce qu'il entend, et arr&#234;tons-nous &#224; la vision abstraite selon laquelle la logique n'est que formelle et, en fait, fait abstraction de tout contenu ; nous avons alors une connaissance unilat&#233;rale qui ne doit contenir aucun objet, une forme vide, vierge, qui n'est donc plus un accord pour un objet.L'accord requiert essentiellement deux termes, alors qu'il est v&#233;rit&#233;. Dans la synth&#232;se a priori de la Notion, Kant poss&#233;dait un principe sup&#233;rieur dans lequel une dualit&#233; dans une unit&#233; pouvait &#234;tre connue, donc une connaissance de ce qui est requis pour la v&#233;rit&#233; ; mais la mati&#232;re sensible, la multiplicit&#233; de l'intuition, &#233;tait trop forte pour lui et il ne pouvait s'en &#233;loigner pour consid&#233;rer la Notion et les cat&#233;gories en et pour elles-m&#234;mes et pour elles-m&#234;mes , et pour une m&#233;thode sp&#233;culative de philosopher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1312&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique &#233;tant la science de la forme absolue, cette science formelle, pour &#234;tre vraie , doit poss&#233;der en elle-m&#234;me un contenu ad&#233;quat &#224; sa forme ; et ce d'autant plus que l'&#233;l&#233;ment formel de la logique est la forme pure, et donc la v&#233;rit&#233; de la logique doit &#234;tre la forme pure.la pure v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me.Il faut donc consid&#233;rer cette science formelle comme poss&#233;dant des d&#233;terminations et un contenu plus riches, et comme ayant une influence sur le concret infiniment plus puissante qu'on ne le suppose habituellement . Les lois de la logique en elles-m&#234;mes (sans compter les ajouts h&#233;t&#233;rog&#232;nes de la logique appliqu&#233;e et du reste du mat&#233;riel psychologique et anthropologique) se limitent ordinairement, en dehors de la loi de contradiction, &#224; quelques maigres propositions concernant la transformation des jugements et les formes des syllogismes. M&#234;me ici, les formes qui se pr&#233;sentent &#224; nous, ainsi que leurs modifications ult&#233;rieures, ne sont que reprises en quelque sorte historiquement, et ne sont pas soumises &#224; la critique pour d&#233;terminer si elles sont vraies en elles-m&#234;mes et pour elles-m&#234;mes . Ainsi, par exemple, la forme du jugement positif est accept&#233;e comme quelque chose de parfaitement correct en soi, la question de savoir si un tel jugement est vrai ne d&#233;pendant que de son contenu. Que cette forme soit en elle-m&#234;me une forme de v&#233;rit&#233;, que la proposition qu'elle &#233;nonce, l' individuelle , soit un universel , ne soit pas intrins&#232;quement dialectique, c'est une question que personne ne songe &#224; examiner.On admet imm&#233;diatement que ce jugement est de lui-m&#234;me susceptible de contenir la v&#233;rit&#233;, et que la proposition &#233;nonc&#233;e par tout jugement positif est vraie, bien qu'il soit imm&#233;diatement &#233;vident qu'il lui manque ce que requiert la d&#233;finition de la v&#233;rit&#233;, &#224; savoir la concordance de la notion et de son objet. Si l'on prend pour notion le pr&#233;dicat, qui est ici l'universel, et pour objet le sujet, qui est l'individuel, alors l'un ne s'accorde pas avec l'autre. Mais si l' universel abstrait qu'est le pr&#233;dicat ne suffit pas &#224; constituer une notion, car une notion implique certainement quelque chose de plus, et si un tel sujet n'est pas encore beaucoup plus qu'un sujet grammatical, comment le jugement pourrait-il contenir la v&#233;rit&#233;, puisque ou bien sa notion et son objet ne s'accordent pas, ou bien il lui manque &#224; la fois la notion et l'objet ? Au contraire, il est impossible et absurde de vouloir saisir la v&#233;rit&#233; sous des formes telles que le jugement positif et le jugement en g&#233;n&#233;ral. De m&#234;me que la philosophie kantienne n'a pas consid&#233;r&#233; les cat&#233;gories en elles-m&#234;mes et pour elles-m&#234;mes, mais les a d&#233;clar&#233;es d&#233;terminations finies incapables de contenir la v&#233;rit&#233;, sous le faux pr&#233;texte qu'elles sont des formes subjectives de la conscience de soi, encore moins a-t-elle soumis &#224; la critique les formes de la Notion qui sont le contenu de la logique ordinaire ; au contraire, elle en a adopt&#233; une partie, &#224; savoir les fonctions du jugement, pour la d&#233;termination des cat&#233;gories et les a accept&#233;es comme des pr&#233;suppositions valables.M&#234;me si nous ne devions voir dans les formes logiques que des fonctions formelles de la pens&#233;e, elles m&#233;riteraient pour cela m&#234;me d'&#234;tre examin&#233;es pour voir dans quelle mesure, par elles-m&#234;mes, elles correspondent &#224; la v&#233;rit&#233; . Une logique qui ne s'acquitte pas de cette t&#226;che peut tout au plus pr&#233;tendre &#224; la valeur d'une histoire naturelle descriptive des ph&#233;nom&#232;nes de la pens&#233;e tels qu'ils se produisent. C'est un m&#233;rite infini d'Aristote, qui doit nous remplir de la plus haute admiration pour les pouvoirs de ce g&#233;nie, d'avoir &#233;t&#233; le premier &#224; entreprendre cette description. Il faut cependant aller plus loin et v&#233;rifier &#224; la fois la connexion syst&#233;matique de ces formes et leur valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Division&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1313&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen pr&#233;c&#233;dent de la Notion montre qu'elle est l'unit&#233; de l'&#234;tre et de l'essence. L'essence est la premi&#232;re n&#233;gation de l'&#234;tre, qui est ainsi devenu &#234;tre illusoire ; la Notion est la seconde n&#233;gation ou la n&#233;gation de cette n&#233;gation, et est donc &#224; nouveau l'&#234;tre , mais l'&#234;tre qui est r&#233;tabli comme m&#233;diation et n&#233;gativit&#233; infinies de l'&#234;tre en lui-m&#234;me. Par cons&#233;quent, l'&#234;tre et l'essence dans la Notion n'ont plus la m&#234;me d&#233;termination qu'ils avaient en tant qu'&#234;tre et essence, et ne sont pas non plus simplement dans une unit&#233; telle que chacun ait un &#234;tre illusoire dans l'autre. La Notion ne se diff&#233;rencie donc pas en ces d&#233;terminations. Elle est la v&#233;rit&#233; du rapport de substance dans lequel l'&#234;tre et l'essence r&#233;alisent l'un par l'autre l'accomplissement de leur autosubsistance et de leur d&#233;termination. La v&#233;rit&#233; de la substantialit&#233; s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre l' identit&#233; substantielle qui n'est pas moins une positionnalit&#233; et qui n'est qu'en tant que telle une identit&#233; substantielle. La positionnalit&#233; est un &#234;tre et une diff&#233;renciation d&#233;termin&#233;s ; par cons&#233;quent, dans la Notion, l'&#234;tre-en-et-pour-soi a atteint une r&#233;alit&#233; vraie et ad&#233;quate, car la positivit&#233; est elle-m&#234;me l'&#234;tre-en-et-pour-soi. Cette positivit&#233; constitue la diff&#233;rence de la Notion en elle-m&#234;me ; parce que la positivit&#233; est imm&#233;diatement l'&#234;tre-en-et-pour-soi, les diff&#233;rents moments de la Notion sont eux-m&#234;mes la Notion enti&#232;re, universelle dans leur d&#233;terminit&#233; et identique &#224; leur n&#233;gation .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1314&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc la notion m&#234;me de la notion. Mais elle n'est encore que sa notion, ou bien cette notion n'est elle- m&#234;me que la notion. Parce qu'elle est &#224; la fois &#234;tre-en-et-pour-soi et aussi positivit&#233;, ou substance absolue qui manifeste la n&#233;cessit&#233; des substances distinctes comme identit&#233;, cette identit&#233; doit elle-m&#234;me poser ce qu'elle est. Les moments du mouvement du rapport de substantialit&#233; par lesquels la notion est venue &#224; l'existence et la r&#233;alit&#233; ainsi manifest&#233;e ne sont encore qu'en transition dans la notion ; cette r&#233;alit&#233; n'a pas encore la d&#233;termination d'&#234;tre la d&#233;termination propre de la notion, auto-&#233;volu&#233;e ; elle est tomb&#233;e dans la sph&#232;re de la n&#233;cessit&#233; ; mais la d&#233;termination propre de la notion ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat de sa libre d&#233;termination, d'un &#234;tre d&#233;termin&#233; dans lequel la notion est identique &#224; elle-m&#234;me, ses moments &#233;tant aussi des notions et pos&#233;s par la notion elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1315&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but donc la Notion n'est qu'en elle-m&#234;me ou implicitement la v&#233;rit&#233; ; parce qu'elle n'est que quelque chose d'int&#233;rieur, elle n'est &#233;galement qu'ext&#233;rieure .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est d'abord un simple imm&#233;diat et, sous cette forme, ses moments ont la forme de d&#233;terminations imm&#233;diates et fixes. Elle appara&#238;t comme la notion d&#233;termin&#233;e, comme la sph&#232;re de la simple compr&#233;hension. Comme cette forme d'imm&#233;diatet&#233; est encore inad&#233;quate &#224; la nature de la notion, car celle-ci est libre, n'&#233;tant en rapport qu'avec elle-m&#234;me, elle est une forme ext&#233;rieure dans laquelle la notion ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un &#234;tre-en-et-pour-soi, mais seulement comme quelque chose de pos&#233; ou de subjectif . La notion sous la forme d'imm&#233;diatet&#233; constitue le point de vue pour lequel la notion est une pens&#233;e subjective, une r&#233;flexion ext&#233;rieure &#224; l'objet. Ce stade constitue donc la subjectivit&#233;, ou la notion formelle. Son ext&#233;riorit&#233; se manifeste dans l' &#234;tre fixe de ses d&#233;terminations, dont chacune appara&#238;t ind&#233;pendamment comme quelque chose d'isol&#233;, de qualitatif, qui n'est reli&#233; qu'ext&#233;rieurement &#224; son autre. Mais l' identit&#233; de la Notion, qui est pr&#233;cis&#233;ment leur essence int&#233;rieure ou subjective , les met dialectiquement en mouvement, de sorte que leur s&#233;paration dispara&#238;t et avec elle la s&#233;paration de la Notion d'avec l'objet, et qu'&#233;merge comme leur v&#233;rit&#233; la totalit&#233; qui est la Notion objective .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1316&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la notion dans son objectivit&#233; est le sujet en soi et pour soi. Par sa d&#233;termination n&#233;cessaire et progressive, la notion formelle se fait son sujet et se lib&#232;re ainsi du rapport de subjectivit&#233; et d'ext&#233;riorit&#233; &#224; l'objet. Ou, inversement, l'objectivit&#233; est la notion r&#233;elle qui a &#233;merg&#233; de son int&#233;riorit&#233; et est pass&#233;e &#224; l'&#234;tre d&#233;termin&#233;. Dans cette identit&#233; avec l'objet, la notion a donc un &#234;tre d&#233;termin&#233; libre qui lui est propre. Mais cette libert&#233; n'est encore qu'une libert&#233; imm&#233;diate, pas encore n&#233;gative . En tant qu'une avec l'objet, la notion est immerg&#233;e en lui ; ses moments distincts sont des existences objectives dans lesquelles elle n'est elle-m&#234;me que l' int&#233;rieur. En tant qu'&#226;me de la r&#233;alit&#233; objective, elle doit se donner la forme de subjectivit&#233; qui lui appartenait imm&#233;diatement en tant que notion formelle, mais elle doit se donner la forme de subjectivit&#233; qui lui appartenait imm&#233;diatement en tant que notion formelle. ainsi, sous la forme de la Notion libre, forme qui lui manquait encore dans l'objectivit&#233;, elle s'oppose &#224; cette objectivit&#233; et fait ainsi de l'identit&#233; avec elle qu'elle poss&#232;de en et pour elle-m&#234;me comme Notion objective , une identit&#233; pos&#233;e &#233;galement .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167; 1317&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette r&#233;alisation o&#249; elle a la forme de la libert&#233; m&#234;me dans son objectivit&#233;, la Notion ad&#233;quate est l' Id&#233;e. La Raison, qui est la sph&#232;re de l'Id&#233;e, est la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par elle-m&#234;me dans laquelle la Notion poss&#232;de la r&#233;alisation qui lui est enti&#232;rement ad&#233;quate et est libre, dans la mesure o&#249; elle conna&#238;t son monde objectif dans sa subjectivit&#233; et sa subjectivit&#233; dans son monde objectif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur le mat&#233;rialisme historique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sur le mat&#233;rialisme historique &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme historique ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414 &lt;br class='autobr' /&gt;
Franz Mehring &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde bourgeois d'aujourd'hui consid&#232;re le mat&#233;rialisme historique comme il le faisait il y a une &#233;ternit&#233; pour le darwinisme, et pour le socialisme il y a une demi-vie. Il l'insulte sans le comprendre. Finalement, et avec beaucoup de difficult&#233;, la bourgeoisie a commenc&#233; &#224; comprendre que le darwinisme &#233;tait en r&#233;alit&#233; autre chose qu'une &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;L'Histoire s'invite en la Mati&#232;re&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le mat&#233;rialisme historique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le mat&#233;rialisme historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3414&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Franz Mehring&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde bourgeois d'aujourd'hui consid&#232;re le mat&#233;rialisme historique comme il le faisait il y a une &#233;ternit&#233; pour le darwinisme, et pour le socialisme il y a une demi-vie. Il l'insulte sans le comprendre. Finalement, et avec beaucoup de difficult&#233;, la bourgeoisie a commenc&#233; &#224; comprendre que le darwinisme &#233;tait en r&#233;alit&#233; autre chose qu'une &#171; th&#233;orie du singe &#187; et que le socialisme n'&#233;tait pas une question de &#171; partage &#187; ou de &#171; mise main sur tous les fruits &#187;. de mille ans de culture &#187;. Mais le mat&#233;rialisme historique reste encore quelque chose sur lequel ils d&#233;versent des phrases aussi stupides que bon march&#233;, le d&#233;crivant, par exemple, comme le &#171; fantasme &#187; de quelques &#171; d&#233;magogues talentueux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'&#233;tude mat&#233;rialiste de l'histoire est &#233;videmment soumise aux lois m&#234;mes du mouvement historique qu'elle &#233;tablit elle-m&#234;me. C'est le produit du d&#233;veloppement historique ; cela n'aurait pas pu &#234;tre imagin&#233; &#224; une &#233;poque ant&#233;rieure, m&#234;me par l'esprit le plus brillant. Le secret de l'histoire, de l'humanit&#233;, ne pourra &#234;tre d&#233;voil&#233; que lorsqu'un certain niveau historique aura &#233;t&#233; atteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que dans toutes les p&#233;riodes ant&#233;rieures, l'investigation de ces causes motrices de l'histoire &#233;tait presque impossible &#8211; en raison des interconnexions compliqu&#233;es et cach&#233;es entre elles et leurs effets &#8211; notre p&#233;riode actuelle a tellement simplifi&#233; ces interconnexions que l'&#233;nigme a pu &#234;tre r&#233;solue. Depuis l'&#233;tablissement de la grande industrie, c'est-&#224;-dire au moins depuis la paix europ&#233;enne de 1815, ce n'est plus un secret pour personne en Angleterre que toute la lutte politique reposait sur les pr&#233;tentions &#224; la supr&#233;matie de deux classes : la l'aristocratie fonci&#232;re et la bourgeoisie (classe moyenne). En France, avec le retour des Bourbons, le m&#234;me fait s'aper&#231;oit ; les historiens de la Restauration, de Thierry &#224; Guizot, Mignet et Thiers, en parlent partout comme de la cl&#233; de la compr&#233;hension de toute l'histoire de France depuis le Moyen &#194;ge. Et depuis 1830, la classe ouvri&#232;re, le prol&#233;tariat, est reconnue dans les deux pays comme un troisi&#232;me concurrent pour le pouvoir. Les conditions &#233;taient devenues tellement simplifi&#233;es qu'il aurait fallu d&#233;lib&#233;r&#233;ment fermer les yeux pour ne pas voir dans la lutte de ces trois grandes classes et dans le conflit de leurs int&#233;r&#234;ts le moteur de l'histoire moderne &#8211; du moins dans les deux pays les plus avanc&#233;s. &#187; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait Engels &#224; propos du point culminant du d&#233;veloppement historique qui a pour la premi&#232;re fois &#233;veill&#233; chez lui et chez Marx une compr&#233;hension de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. La fa&#231;on dont cette compr&#233;hension a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e peut &#234;tre lue dans les &#339;uvres d'Engels elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de Marx et d'Engels est enti&#232;rement bas&#233;e sur le mat&#233;rialisme historique ; tous leurs &#233;crits sont fond&#233;s sur cela. C'est simplement une ruse des pseudo-sciences bourgeoises que de pr&#233;tendre qu'elles n'ont fait que des incursions occasionnelles dans la science de l'histoire afin de trouver un support &#224; une th&#233;orie de l'histoire qu'elles avaient &#171; aspir&#233;e de leurs pouces &#187;. Le Capital , comme Kautsky l'a d&#233;j&#224; soulign&#233;, est avant tout une &#339;uvre historique et, en effet, par rapport &#224; l'histoire, c'est une mine de tr&#233;sors seulement partiellement explor&#233;s. Et de la m&#234;me mani&#232;re, on peut dire que les &#233;crits d'Engels sont incomparablement plus riches en contenu qu'en port&#233;e, et qu'ils englobent infiniment plus de mat&#233;riel historique que ne le r&#234;vent les universitaires, qui prennent au premier abord quelques phrases partiellement comprises ou d&#233;lib&#233;r&#233;ment mal comprises. valeur, puis pensent qu'ils ont fait quelque chose de merveilleux en d&#233;couvrant une &#171; contradiction &#187; ou quelque chose du genre en eux. Ce serait une t&#226;che tr&#232;s utile de rassembler de mani&#232;re syst&#233;matique la richesse des vues historiques qui sont dispers&#233;es dans les &#339;uvres de Marx et d'Engels, et cette t&#226;che sera certainement r&#233;alis&#233;e &#224; un moment donn&#233;. Mais il faut pour l'instant se contenter d'une indication g&#233;n&#233;rale, car mon propos est ici de tracer seulement les grandes lignes essentielles du mat&#233;rialisme historique, et ce de mani&#232;re n&#233;gative plut&#244;t que positive, en r&#233;futant les objections les plus courantes qui sont les plus r&#233;pandues. soulev&#233; contre cela. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx lui-m&#234;me a r&#233;sum&#233; le mat&#233;rialisme historique de mani&#232;re br&#232;ve et convaincante dans son avant-propos de la Critique de l'&#233;conomie politique , publi&#233;e en 1859. Il y dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La conclusion g&#233;n&#233;rale &#224; laquelle je suis arriv&#233; et qui, une fois r&#233;alis&#233;e, est devenue le principe directeur de mes &#233;tudes peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e comme suit. Dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent in&#233;vitablement dans des relations d&#233;finies, ind&#233;pendantes de leur volont&#233;, &#224; savoir des relations de production appropri&#233;es &#224; un stade donn&#233; du d&#233;veloppement de leurs forces mat&#233;rielles de production. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, le fondement r&#233;el sur lequel s'&#233;l&#232;ve une superstructure juridique et politique et &#224; laquelle correspondent des formes d&#233;termin&#233;es de conscience sociale. Le mode de production de la vie mat&#233;rielle conditionne le processus g&#233;n&#233;ral de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui d&#233;termine leur existence, mais leur existence sociale qui d&#233;termine leur conscience. A un certain stade de d&#233;veloppement, les forces productives mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; entrent en conflit avec les rapports de production existants ou &#8211; cela exprime simplement la m&#234;me chose en termes juridiques &#8211; avec les rapports de propri&#233;t&#233; dans le cadre desquels elles op&#233;raient jusqu'&#224; pr&#233;sent. De formes de d&#233;veloppement des forces productives, ces relations deviennent leurs entraves. Commence alors une &#232;re de r&#233;volution sociale. Les changements dans les fondements &#233;conomiques conduisent t&#244;t ou tard &#224; la transformation de toute l'immense superstructure. En &#233;tudiant de telles transformations, il faut toujours distinguer entre la transformation mat&#233;rielle des conditions &#233;conomiques de production, qui peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;es avec la pr&#233;cision des sciences naturelles, et les transformations juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques &#8211; en bref, les formes id&#233;ologiques en lesquels les hommes prennent conscience de ce conflit et le combattent. De m&#234;me qu'on ne juge pas un individu par ce qu'il pense de lui-m&#234;me, de m&#234;me on ne peut pas juger une telle p&#233;riode de transformation par sa conscience, mais, au contraire, cette conscience doit s'expliquer &#224; partir des contradictions de la vie mat&#233;rielle, du conflit existant. entre les forces sociales de production et les rapports de production. Aucun ordre social n'est jamais d&#233;truit avant que toutes les forces productives pour lesquelles il suffit n'aient &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es, et de nouveaux rapports de production sup&#233;rieurs ne remplacent jamais les anciens avant que les conditions mat&#233;rielles de leur existence n'aient m&#251;ri dans le cadre de l'ancienne soci&#233;t&#233;. L'humanit&#233; ne se fixe donc in&#233;vitablement que les t&#226;ches qu'elle est capable de r&#233;soudre, car un examen plus attentif montrera toujours que le probl&#232;me lui-m&#234;me ne se pose que lorsque les conditions mat&#233;rielles de sa solution sont d&#233;j&#224; r&#233;unies ou du moins en cours de formation. Dans ses grandes lignes, les modes de production asiatiques, anciens, f&#233;odaux et bourgeois modernes peuvent &#234;tre d&#233;sign&#233;s comme des &#233;poques marquant le progr&#232;s du d&#233;veloppement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;.Le mode de production bourgeois est la derni&#232;re forme antagoniste du processus de production social &#8211; antagoniste non pas dans le sens d'un antagonisme individuel mais d'un antagonisme qui &#233;mane des conditions sociales d'existence des individus &#8211; mais les forces productives qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise cr&#233;ent &#233;galement les conditions mat&#233;rielles d'une solution &#224; cet antagonisme. La pr&#233;histoire de la soci&#233;t&#233; se termine donc avec cette formation sociale. &#187;[3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces quelques mots, la loi du mouvement de l'histoire humaine est pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re exhaustive avec une profonde clart&#233; et une lucidit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent dans aucun autre &#233;crit. Et il faut vraiment un professeur de philosophie de la belle ville lacustre de Leipzig pour y trouver, comme le fait M. Paul Barth, &#171; des mots et des images vagues &#187;, des formulations tr&#232;s vagues de statiques et de dynamiques sociales reconstitu&#233;es &#224; partir d'images. Mais dans la mesure o&#249; les &#234;tres humains sont les porteurs du d&#233;veloppement historique, Marx et Engels les avaient d&#233;j&#224; d&#233;crits comme tels onze ans plus t&#244;t dans le Manifeste du Parti Communiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de toute soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent est l'histoire des luttes de classes. Homme libre et esclave, patricien et pl&#233;b&#233;ien, seigneur et serf, ma&#238;tre de guilde et compagnon, en un mot oppresseur et opprim&#233;, s'opposaient constamment, menaient une lutte ininterrompue, tant&#244;t cach&#233;e, tant&#244;t ouverte, qui se terminait chaque fois soit par dans une reconstitution r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, ou dans la ruine commune des classes en conflit. Dans les premi&#232;res &#233;poques de l'histoire, nous constatons presque partout une organisation complexe de la soci&#233;t&#233; en divers ordres, une gradation multiple des rangs sociaux. Dans la Rome antique, nous avons des patriciens, des chevaliers, des pl&#233;b&#233;iens, des esclaves ; au Moyen &#194;ge, seigneurs f&#233;odaux, vassaux, ma&#238;tres de guilde, compagnons, apprentis, serfs ; dans presque tous ces cas encore, des gradations subordonn&#233;es. La soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, n&#233;e des ruines de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, n'a pas supprim&#233; les antagonismes de classe. Elle n'a fait qu'&#233;tablir de nouvelles classes, de nouvelles conditions d'oppression, de nouvelles formes de lutte &#224; la place des anciennes. Notre &#233;poque, l'&#233;poque de la bourgeoisie, poss&#232;de cependant ce trait distinctif : elle a simplifi&#233; les antagonismes de classes. La soci&#233;t&#233; dans son ensemble se divise de plus en plus en deux grands camps hostiles, en deux grandes classes directement oppos&#233;es : la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. &#187; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite la c&#233;l&#232;bre description de la mani&#232;re dont la bourgeoisie d'un c&#244;t&#233; et le prol&#233;tariat de l'autre doivent se d&#233;velopper selon les conditions de leur existence historique, description qui a r&#233;sist&#233; &#224; l'&#233;preuve de pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle de bouleversements sans pr&#233;c&#233;dent. brillamment ; elle est suivie par la preuve du pourquoi et du comment le prol&#233;tariat sera victorieux sur la bourgeoisie. Avec le renversement des anciennes conditions de production, le prol&#233;tariat niera les oppositions de classe, les classes elles-m&#234;mes, et avec elles sa propre domination en tant que classe. &#171; A la place de la vieille soci&#233;t&#233; bourgeoise, avec ses classes et ses oppos&#233;s de classe, vient une association dans laquelle le libre d&#233;veloppement de chacun sera la condition du libre d&#233;veloppement de tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous devrions ajouter ici quelques-unes des choses qu'Engels a dites sur la tombe de son ami :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout comme Darwin a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de la nature organique, Marx a d&#233;couvert la loi du d&#233;veloppement de l'histoire humaine : le simple fait, jusqu'ici masqu&#233; par une id&#233;ologie excessive, que l'humanit&#233; doit avant tout manger, boire, avoir un abri et des v&#234;tements, avant de pouvoir poursuivre des activit&#233;s politiques, scientifiques, artistiques, religieuses, etc. ; que donc la production des moyens mat&#233;riels imm&#233;diats de subsistance et par cons&#233;quent le degr&#233; de d&#233;veloppement &#233;conomique atteint par un peuple donn&#233; ou &#224; une &#233;poque donn&#233;e constituent le fondement sur lequel les institutions &#233;tatiques, les conceptions juridiques, les id&#233;es sur l'art et m&#234;me sur la religion , des personnes concern&#233;es ont &#233;volu&#233; et &#224; la lumi&#232;re de laquelle il faut donc les expliquer, et non l'inverse, comme cela a &#233;t&#233; le cas jusqu'&#224; pr&#233;sent. &#187; [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait simple en effet &#8211; dans l'esprit de Ludwig Feuerbach, qui disait &#224; ce sujet : &#171; C'est une marque sp&#233;cifique d'un philosophe qu'il ne soit pas professeur de philosophie. Les v&#233;rit&#233;s les plus simples sont celles que les hommes mettent le plus de temps &#224; atteindre. Feuerbach &#233;tait le lien entre Hegel et Marx, mais il fut arr&#234;t&#233; &#224; mi-chemin par les circonstances mis&#233;rables qui pr&#233;dominaient alors en Allemagne ; il consid&#233;rait encore &#171; l'arriv&#233;e &#224; la V&#233;rit&#233; &#187; comme un processus purement id&#233;ologique. Mais Marx et Engels ne sont pas &#171; parvenus &#187; au mat&#233;rialisme historique de cette mani&#232;re, et dire dans leurs &#233;loges qu'ils l'ont sorti de leur t&#234;te serait une insulte &#224; leur &#233;gard. Car m&#234;me avec les meilleures intentions du monde, cela reviendrait &#224; d&#233;clarer que toute la conception mat&#233;rialiste de l'histoire est une invention sortie d'une fantaisie vide de sens. Bien plut&#244;t, la v&#233;ritable renomm&#233;e de Marx et d'Engels consiste &#224; avoir donn&#233;, avec le mat&#233;rialisme historique lui-m&#234;me, la preuve la plus &#233;clatante de sa justesse. Ils connaissaient non seulement, comme Feuerbach, la philosophie allemande, mais aussi la R&#233;volution fran&#231;aise et l'industrie britannique. Ils ont r&#233;solu l'&#233;nigme de l'histoire humaine alors que cette t&#226;che venait tout juste de se pr&#233;senter &#224; l'humanit&#233;, alors que les &#171; conditions mat&#233;rielles &#187; de sa solution &#233;taient encore tr&#232;s impliqu&#233;es &#171; dans le processus de leur devenir &#187;. Et ils se sont r&#233;v&#233;l&#233;s &#234;tre des penseurs de premier ordre lorsqu'ils ont reconnu, il y a pr&#232;s de cinquante ans, &#224; partir de signes relativement faibles, ce que les scientifiques bourgeois de tous les pays, malgr&#233; la richesse incommensurable de preuves tr&#232;s claires, ne sont m&#234;me pas capables de saisir aujourd'hui, et dont ils n'ont tout au plus qu'une id&#233;e occasionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais donner un exemple tr&#232;s remarquable du peu de r&#233;sultats obtenus en &#233;laborant une proposition th&#233;orique &#233;trange &#224; des fins pol&#233;miques, m&#234;me si elle peut para&#238;tre extraordinairement &#233;clairante, s'accorder parfaitement dans son expression et son contenu avec la connaissance scientifique et r&#233;sulter d'une &#233;tude approfondie des connaissances historiques du d&#233;veloppement. Nous devons remercier la bont&#233; de M. le professeur Lujo Brentano pour la r&#233;f&#233;rence au fait que l'&#233;cole historique du romantisme se rapprochait tr&#232;s pr&#232;s d'une conception mat&#233;rialiste de l'histoire, notamment en relation avec un passage de Lavergne-Peguilhen, qui se lit comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Peut-&#234;tre les sciences sociales en tant que telles ont-elles fait si peu de progr&#232;s, parce que les formes &#233;conomiques elles-m&#234;mes n'ont pas &#233;t&#233; suffisamment diff&#233;renci&#233;es, parce qu'on n'a pas compris qu'elles constituent la base m&#234;me des organisations sociales et &#233;tatiques. On ne consid&#232;re pas que la production et la distribution des produits, la culture et sa diffusion, la l&#233;gislation &#233;tatique et la forme de l'&#201;tat doivent tirer leur contenu et leur d&#233;veloppement enti&#232;rement des formes &#233;conomiques ; que ces facteurs importants dans la soci&#233;t&#233; historique d&#233;coulent tout aussi in&#233;vitablement des formes &#233;conomiques et de leur application appropri&#233;e, que du produit de l'interaction cr&#233;atrice des forces productives, et que l&#224; o&#249; il y a des maux sociaux, ceux-ci trouvent g&#233;n&#233;ralement leur source dans la contradiction entre les formes de soci&#233;t&#233; et les formes d'&#201;tat. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; &#233;crit en 1838 par un repr&#233;sentant renomm&#233; de cette &#233;cole romantique historique, la m&#234;me &#233;cole &#224; laquelle Marx a soumis des critiques si destructrices dans son Deutsch-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher. Et pourtant, si l'on fait abstraction du fait que Marx n'a pas fait d&#233;river la production et la distribution des formes &#233;conomiques, mais qu'il a au contraire fait d&#233;river les formes &#233;conomiques de la production et de la distribution, il semble &#224; premi&#232;re vue avoir copi&#233; Lavergne-Peguilhen dans la pens&#233;e mat&#233;rialiste, th&#233;orie de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui compte, c'est &#171; l'utilisation appropri&#233;e &#187;. L'&#233;cole romantique historique &#233;tait une r&#233;action contre l'&#233;conomie politique bourgeoise classique, qui d&#233;clarait que les formes de production des classes bourgeoises &#233;taient la seule forme naturelle et que les formes &#233;conomiques de ces classes &#233;taient des lois &#233;ternelles de la nature. Contre ces exag&#233;rations, le romantisme historique s'est tourn&#233;, dans l'int&#233;r&#234;t des Junkers, vers la glorification patriarcale des relations &#233;conomiques d&#233;pendantes des propri&#233;taires fonciers et des esclaves ; &#224; l'exigence de libert&#233; politique de l'&#233;cole lib&#233;rale s'opposait la proposition selon laquelle la v&#233;ritable constitution d'un peuple ne r&#233;sidait pas dans quelques pages de lois et de statuts, mais dans les relations de pouvoir &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire dans le cas pr&#233;sent, le ma&#238;tre et le serviteur. des relations h&#233;rit&#233;es de la p&#233;riode f&#233;odale. La lutte th&#233;orique entre l'&#233;conomie politique bourgeoise et le romantisme historique &#233;tait le reflet id&#233;ologique de la lutte des classes entre la bourgeoisie et les Junkers. Chacune des deux tendances d&#233;clarait que la forme de production et d'&#233;conomie qui convenait &#224; sa propre classe &#233;tait une loi &#233;ternelle, naturelle et immuable ; le fait que les &#233;conomistes lib&#233;raux et vulgaires utilisaient des illusions abstraites, que les romantiques historiques s'appuyaient sur des faits brutaux, que les uns aient une apparence plus id&#233;aliste, les autres une apparence mat&#233;rialiste, ne venait que de la diff&#233;rence entre le d&#233;veloppement historique des classes en lutte . La bourgeoisie s'effor&#231;ait toujours de devenir la classe dirigeante et d&#233;crivait ainsi sa prochaine p&#233;riode de gouvernement comme un &#233;tat de bonheur g&#233;n&#233;ral ; les Junkers constituaient la classe dirigeante et devaient se contenter d'id&#233;aliser de mani&#232;re romantique les relations de d&#233;pendance &#233;conomique sur lesquelles reposait leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration de Lavergne-P&#233;guilhen n'est elle aussi qu'une telle glorification. Il essaie simplement de dire : les formes f&#233;odales de la soci&#233;t&#233; doivent &#234;tre la base de toute l'organisation sociale et &#233;tatique ; la forme de l'&#201;tat et l'&#233;laboration des lois doivent en d&#233;couler ; s'ils s'en &#233;loignent, alors la soci&#233;t&#233; devient malade. Lavergne-P&#233;guilhen, dans l'expos&#233; qu'il tire de sa proposition, ne cache pas ses intentions. Il distingue trois formes d'organisation &#233;conomique qui se succ&#232;dent et d&#233;sormais &#171; s'entrem&#234;lent &#187; : une &#233;conomie de force, une &#233;conomie &#171; partag&#233;e &#187; et une &#233;conomie mon&#233;taire, qui correspondent aux formes &#233;tatiques du despotisme, de l'aristocratie et de la monarchie ; et les sentiments moraux de peur, d'amour et d'&#233;go&#239;sme. Ce qu'il appelle l'&#233;conomie &#171; partag&#233;e &#187;, l'aristocratie ou, pour appeler la chose par son vrai nom, la f&#233;odalit&#233;, c'est l'amour. &#171; L'&#233;change mat&#233;riel de services mutuels &#187;, &#233;crit mot pour mot Lavergne-P&#233;guilhen, &#171; est partout, source d'amour et de d&#233;vouement &#187;. Mais comme l'histoire a eu l'id&#233;e erron&#233;e d'obscurcir ces sources et de &#171; m&#233;langer &#187; les formes &#233;conomiques, ainsi Lavergne-Peguilhen veut &#171; m&#233;langer &#187; les formes de l'&#201;tat, avec bien s&#251;r une &#171; utilisation appropri&#233;e &#187;. L'aristocratie doit gouverner dans le &#171; syst&#232;me de gouvernement local &#187;, &#171; avec le pouvoir que les membres les plus riches et les plus instruits de la communaut&#233; doivent exercer &#224; la fois en tant que l&#233;gislateurs communautaires et en tant qu'administrateurs sur la grande masse de leurs prot&#233;g&#233;s priv&#233;s de leurs droits dans la communaut&#233; &#187;. Parall&#232;lement, il subsiste une part de despotisme qui, &#171; m&#234;me dans sa forme la plus extr&#234;me, ne d&#233;truit gu&#232;re les forces sociales autant que la 'tyrannie du droit' &#187; ; et aussi une partie de la monarchie, mais sans &#171; int&#233;r&#234;t personnel &#187;, et au contraire &#171; englobant tous les int&#233;r&#234;ts avec le m&#234;me amour, de son point de vue sublime &#187;. On comprend alors ce que vise Lavergne-Peguilhen : la restauration du pouvoir des seigneurs f&#233;odaux, et &#171; le Roi absolu, s'il ex&#233;cute leur volont&#233; &#187;. Son &#339;uvre est d&#233;j&#224; critiqu&#233;e dans le Manifeste du Parti Communiste , dans son jugement sur le &#171; socialisme f&#233;odal &#187; : qui &#171; &#8230; frappe parfois la bourgeoisie au c&#339;ur, par un jugement amer et plein d'esprit, qui appara&#238;t dr&#244;le par sa totale incapacit&#233; &#224; comprendre le cours de la vie &#187;. histoire moderne.&#034; Seule la deuxi&#232;me partie de ce jugement sur les romantiques allemands est encore plus pertinente que la premi&#232;re. Leur d&#233;faite face &#224; la bourgeoisie avait d&#233;j&#224; eu lieu et avait aiguis&#233; l'esprit des socialistes f&#233;odaux en France et en Angleterre. Cela leur avait donn&#233; une vague indication que &#171; les vieilles phrases de la p&#233;riode de restauration &#233;taient devenues impossibles &#187; ; tandis que la f&#233;odalit&#233; allemande et particuli&#232;rement prussienne &#233;tait encore heureusement au pouvoir et pouvait, contre les empi&#232;tements sur ses pr&#233;rogatives de la l&#233;gislation Stein-Hardenberg, qui n'&#233;tait en aucun cas d&#233;cisive, inscrire sur son &#233;tendard une f&#233;odalit&#233; m&#233;di&#233;vale d&#233;guis&#233;e : dans des lieux communs moralisateurs mais autrement intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement cette incapacit&#233; &#224; comprendre, m&#234;me de mani&#232;re superficielle ; forme &#233;conomique autre que la f&#233;odale qui caract&#233;rise l'&#233;cole romantique historique, mais parce que, dans leurs int&#233;r&#234;ts de classe &#233;troits, ils ont cherch&#233; &#224; impr&#233;gner toutes les relations juridiques, &#233;tatiques, religieuses ou autres sur le ciel et sur la terre avec cette seule forme &#233;conomique, ils ont donc parfois frapp&#233; sur des phrases qui, de loin, ressemblent &#224; du mat&#233;rialisme dialectique, m&#234;me si elles en sont en r&#233;alit&#233; aussi &#233;loign&#233;es que : l'int&#233;r&#234;t de classe &#233;go&#239;ste par rapport &#224; la connaissance scientifique. Lavergne-P&#233;guilhen entretenait avec Marx et Engels une relation similaire &#224; celle de Gerlach et Stahl envers Lassalle vingt ans plus tard. Au S&#233;nat prussien ( Landratskammer ), Gerlach a assez souvent soutenu, &#224; sa mani&#232;re particuli&#232;re, la th&#233;orie constitutionnelle ult&#233;rieure de Lassalle contre l'opposition lib&#233;rale. Mais Lassalle lui-m&#234;me, dans son Syst&#232;me des droits acquis , avait port&#233; le coup de gr&#226;ce scientifique &#224; ces derniers rejetons du romantisme historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cole n'a donc rien &#224; voir avec le mat&#233;rialisme historique &#8211; ou, pour aller plus loin, elle aurait pu l'&#234;tre dans la mesure o&#249; son id&#233;ologie de classe flagrante faisait partie du ferment par lequel Marx et Engels sont parvenus &#224; la th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. Avant d'avoir pu voir l'int&#233;gralit&#233; de son &#339;uvre aujourd'hui &#224; juste titre oubli&#233;e, j'ai trouv&#233; la proposition de Lavergne-Peguilhen suffisamment frappante pour m&#233;riter d'&#234;tre adress&#233;e &#224; Engels en lui demandant si lui ou Marx avaient connu les &#233;crivains de l'&#233;cole romantique historique - Marwitz. , Adam Mueller, Haller, Lavergne-Peguilhen, etc. &#8211; et ont &#233;t&#233; influenc&#233;s par eux. Engels eut la grande gentillesse de r&#233;pondre le 28 septembre [1892 &#8211; NDLR ] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai moi-m&#234;me l'H&#233;ritage de Marwitz et j'ai lu le livre il y a quelques ann&#233;es mais je n'y ai rien d&#233;couvert &#224; part des choses superbes sur la cavalerie et une croyance in&#233;branlable dans le pouvoir miraculeux de cinq coups de fouet administr&#233;s par un noble &#224; un pl&#233;b&#233;ien. Pour le reste, je suis rest&#233; totalement &#233;tranger &#224; cette litt&#233;rature depuis 1841-42 &#8211; je n'y pr&#234;te que l'attention la plus superficielle &#8211; et je ne lui dois certainement absolument rien dans le domaine en question. Marx s'&#233;tait familiaris&#233;, &#224; l'&#233;poque de Bonn et de Berlin, avec la Restauration d'Adam Mueller et de Herr von Haller , etc. ; il ne parlait qu'avec un m&#233;pris consid&#233;rable de cette imitation insipide, grandiloquente et verbeuse des romantiques fran&#231;ais Joseph de Maistre et du cardinal Bonald. Mais m&#234;me s'il avait crois&#233; des passages comme celui cit&#233; de Lavergne-P&#233;guilhen, ils n'auraient pas pu lui faire la moindre impression &#224; ce moment-l&#224; s'il comprenait un tant soit peu ce que ces gens voulaient dire. Marx &#233;tait alors un h&#233;g&#233;lien et ce passage &#233;tait pour lui une pure h&#233;r&#233;sie. Il ne connaissait rien &#224; l'&#233;conomie politique et ne pouvait avoir aucune id&#233;e de la signification d'un terme comme Wirtschaftsform (forme &#233;conomique). Ainsi le passage en question, m&#234;me s'il l'avait connu, serait entr&#233; par une oreille et ressortirait par l'autre sans laisser de trace perceptible dans sa m&#233;moire. Mais je doute fort que des traces de telles opinions aient pu &#234;tre trouv&#233;es dans les travaux des historiens romantiques que Marx a lus entre 1837 et 1842.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage est bien s&#251;r extr&#234;mement remarquable mais j'aimerais que la citation soit v&#233;rifi&#233;e. Je ne connais pas le livre, mais son auteur m'est familier en tant qu'adh&#233;rent de &#171; l'&#233;cole historique &#187;. Le passage s'&#233;carte sur deux points de la conception moderne : 1) en d&#233;duisant la production et la distribution de la forme d'&#233;conomie au lieu, &#224; l'inverse, de d&#233;duire la forme d'&#233;conomie de la production ; et 2) dans le r&#244;le qu'il assigne &#224; &#171; l'utilisation appropri&#233;e &#187; de la forme d'&#233;conomie, ce que l'on peut consid&#233;rer comme signifiant tout ce qui est imaginable jusqu'&#224; ce que l'on apprenne du livre lui-m&#234;me ce que l'auteur a en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus &#233;trange est que la conception correcte de l'histoire se trouve in abstracto chez ceux-l&#224; m&#234;mes qui ont le plus d&#233;form&#233; l'histoire in concreto , tant th&#233;oriquement que pratiquement. Ces gens ont peut-&#234;tre vu dans le cas de la f&#233;odalit&#233; comment ici la forme de l'&#201;tat &#233;volue &#224; partir de la forme de l'&#233;conomie, car les choses ici sont claires et &#233;videntes, comme si elles &#233;taient pour ainsi dire pos&#233;es sur la paume de la main. Je dis qu'ils &#171; auraient pu &#187; parce qu'&#224; part le passage non v&#233;rifi&#233; ci-dessus &#8211; vous dites vous-m&#234;me qu'il vous a &#233;t&#233; donn&#233; &#8211; je n'ai jamais pu en d&#233;couvrir davantage que le fait qu'&#233;videmment les th&#233;oriciens de la f&#233;odalit&#233; sont moins abstraits que les lib&#233;raux bourgeois. Si l'un d'entre eux va plus loin et g&#233;n&#233;ralise cette conception de l'interconnexion entre la diffusion de la culture et la forme de l'&#201;tat, d'une part, et la forme de l'&#233;conomie au sein de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, d'autre part, en l'&#233;tendant &#224; toutes les formes d'&#233;conomie et d'&#201;tat, Comment expliquer ensuite l'aveuglement total du m&#234;me romantique d&#232;s qu'il s'agit d' autres formes d'&#233;conomie, par exemple la forme d'&#233;conomie bourgeoise et les formes d'&#201;tat correspondant &#224; ses diff&#233;rentes &#233;tapes de d&#233;veloppement : commune de corporation m&#233;di&#233;vale, monarchie absolue. , monarchie constitutionnelle, r&#233;publique ? Il est difficile de faire tenir tout cela ensemble. Et celui qui consid&#232;re la forme d'&#233;conomie comme la base de toute l'organisation sociale et gouvernementale appartient &#224; une &#233;cole pour laquelle la monarchie absolue des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles signifie d&#233;j&#224; la chute de l'homme, une trahison de la v&#233;ritable doctrine de l'&#233;conomie. &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'il dit en outre que la forme de l'&#201;tat se produit de la m&#234;me mani&#232;re ; in&#233;vitablement par la forme de l'&#233;conomie et son utilisation appropri&#233;e, car l'enfant na&#238;t de l'union sexuelle de l'homme et de la femme. Compte tenu de la doctrine mondialement connue de l'&#233;cole &#224; laquelle appartient l'auteur, je ne peux expliquer cela que ainsi : La v&#233;ritable forme d'&#233;conomie est la forme f&#233;odale. Mais dans la mesure o&#249; la m&#233;chancet&#233; de l'homme conspire contre elle, elle doit &#234;tre &#171; utilis&#233;e de mani&#232;re appropri&#233;e &#187; de telle mani&#232;re que son existence soit &#224; l'abri de ces attaques et pr&#233;serv&#233;e pour toute l'&#233;ternit&#233; et que la &#171; forme d'&#201;tat &#187;, etc. ; peut y correspondre &#224; jamais, c'est-&#224;-dire qu'il doit &#234;tre r&#233;trojet&#233; si possible au XIIIe ou au XIVe si&#232;cle. Alors le meilleur des mondes et la plus belle des th&#233;ories historiques se r&#233;aliseraient &#233;galement et la g&#233;n&#233;ralisation lavergne-perguilh&#233;nienne serait ramen&#233;e &#224; son v&#233;ritable contenu : la soci&#233;t&#233; f&#233;odale engendre un syst&#232;me politique f&#233;odal. &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait Engels. Et comme nous avons v&#233;rifi&#233; la citation selon ses souhaits, et fouill&#233; le livre de Lavergne-Peguilhen pour retrouver la relation expliqu&#233;e ci-dessus, nous n'avons pu que le remercier pour son explication instructive, selon laquelle &#224; partir d'un seul os, il avait correctement reconstitu&#233; tout le mastodonte f&#233;odal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devrions maintenant aborder deux des objections les plus courantes associ&#233;es au nom de mat&#233;rialisme historique. L'id&#233;alisme et le mat&#233;rialisme sont les r&#233;ponses oppos&#233;es &#224; la grande question philosophique fondamentale de la relation entre la pens&#233;e et l'&#234;tre, la question de savoir si l'esprit ou la nature est venu en premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En eux-m&#234;mes et pour eux-m&#234;mes, ils n'ont rien &#224; voir avec des id&#233;aux moraux. De tels id&#233;aux peuvent &#234;tre ch&#233;ris par le mat&#233;rialiste philosophique au plus haut et au plus pur degr&#233;, alors que l'id&#233;aliste philosophique n'a pas le moins besoin de les poss&#233;der. Mais apr&#232;s les longues ann&#233;es d'anticl&#233;ricalisme, le mot mat&#233;rialisme a pris un autre sens, insinuant l'immoralit&#233; et tendant fr&#233;quemment &#224; se glisser dans les travaux de la science bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par le mot mat&#233;rialisme, le philistin entend la gourmandise, l'ivresse, la convoitise des yeux, la convoitise de la chair, l'arrogance, la cupidit&#233;, l'avarice, la convoitise, la recherche du profit et l'escroquerie boursi&#232;re - bref, tous les vices ignobles auxquels il se livre lui-m&#234;me. priv&#233;. Par le mot id&#233;alisme, il entend la croyance en la vertu, la philanthropie universelle et, en g&#233;n&#233;ral, un &#171; monde meilleur &#187; dont il se vante devant les autres mais auquel lui-m&#234;me ne croit tout au plus que tant qu'il souffre de la gueule de bois ou de la faillite. cons&#233;quence de ses exc&#232;s &#171; mat&#233;rialistes &#187; habituels. C'est alors qu'il chante sa chanson pr&#233;f&#233;r&#233;e : &#171; Qu'est-ce que l'homme ? &#8211; Mi-b&#234;te, mi-ange &#187;. &#187; [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut utiliser ces mots dans ce sens m&#233;taphorique, il faut dire qu'aujourd'hui la profession de mat&#233;rialisme historique exige un id&#233;alisme moral &#233;lev&#233;, car elle entra&#238;ne invariablement la pauvret&#233;, la pers&#233;cution et la calomnie, alors que tout carri&#233;riste fait de l'id&#233;alisme historique sa cause. , puisqu'il offre les attentes les plus riches de tous les biens terrestres, de bonheur, de grosses sin&#233;cures, de toutes les d&#233;corations possibles de m&#233;rite, de titres et d'honneurs. Nous ne disons en aucun cas que tous les historiens id&#233;alistes sont motiv&#233;s par des raisons sordides, mais nous devrions &#234;tre autoris&#233;s &#224; rejeter toute tache immorale attach&#233;e au mat&#233;rialisme historique, comme une calomnie stupide et impudente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion entre le mat&#233;rialisme historique et le mat&#233;rialisme des sciences naturelles est plus facile &#224; comprendre, m&#234;me si elle constitue &#233;galement une erreur grossi&#232;re. Cette derni&#232;re n&#233;glige le fait que l'homme ne vit pas seulement dans la nature, mais aussi en soci&#233;t&#233;, qu'il n'existe pas seulement des sciences naturelles mais aussi des sciences sociales. Le mat&#233;rialisme historique englobe le mat&#233;rialisme des sciences naturelles, mais pas l'inverse. Le mat&#233;rialisme des sciences naturelles consid&#232;re l'homme comme une cr&#233;ation de la nature agissant consciemment, mais n'&#233;tudie pas comment la conscience de l'homme est d&#233;termin&#233;e au sein de la soci&#233;t&#233; humaine. Ainsi, lorsqu'il s'aventure sur le terrain de l'histoire, il se transforme en son contraire le plus aigu, en l'id&#233;alisme le plus extr&#234;me. Il croit &#224; la force magique et spirituelle des grands hommes qui font l'histoire ; nous nous souvenons de l'adulation de Buechner pour Friedrich II et de l'idol&#226;trie de Haeckel pour Bismarck, qui s'accompagnaient de la haine la plus absurde pour les socialistes. Elle ne conna&#238;t que les forces motrices id&#233;ales au sein de la soci&#233;t&#233; humaine. Un v&#233;ritable mod&#232;le pour cette esp&#232;ce est l'Histoire de la culture de Hellwald . Son auteur ne voit pas que la r&#233;forme religieuse du XVIe si&#232;cle n'&#233;tait que le reflet id&#233;ologique d'un mouvement &#233;conomique, mais plut&#244;t : &#171; La r&#233;forme a eu une influence extraordinaire sur les changements &#233;conomiques &#187;. Il ne remarque pas que les exigences du commerce ont conduit &#224; des arm&#233;es permanentes et &#224; des guerres commerciales, mais plut&#244;t : &#171; La recherche croissante de la paix a &#233;t&#233; la cause des arm&#233;es permanentes et a ensuite indirectement provoqu&#233; de nouvelles guerres. &#187; Il ne comprend pas la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique d'une monarchie absolue aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, mais plut&#244;t : &#171; Il faut dire que le despotisme de Louis XIV, le r&#233;gime des serviteurs et des ma&#238;tresses de cour n'auraient jamais &#233;t&#233; possibles, si le peuple avait ont utilis&#233; leur veto contre cela, car en derni&#232;re instance, tout le pouvoir leur appartient. &#187; [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite ind&#233;finiment. Sur presque chacune de ses 800 pages, Hellwald commet des erreurs similaires, voire pires. Face &#224; ce genre ; En mati&#232;re d'&#233;criture &#171; mat&#233;rialiste &#187; de l'histoire, les historiens id&#233;alistes ont, bien s&#251;r, un jeu facile. Mais ils ne devraient pas rendre le mat&#233;rialisme historique responsable de Hellwald et de ses camarades. Le mat&#233;rialisme des sciences naturelles arrive alors au plus grand illogisme &#224; travers ce qui appara&#238;t comme la plus grande coh&#233;rence logique. En consid&#233;rant l'homme uniquement comme un animal agissant consciemment, il fait de l'histoire un patchwork insens&#233; de motivations et de buts id&#233;aux ; parce qu'elle consid&#232;re &#224; tort l'homme agissant consciemment comme une cr&#233;ation isol&#233;e de la nature, elle atteint le spectre id&#233;aliste d'une histoire de l'humanit&#233; qui se pr&#233;cipite comme une folle danse d'ombres &#224; travers les relations mat&#233;rielles de la nature &#233;ternelle. Le mat&#233;rialisme historique part plut&#244;t du fait scientifique que l'homme n'est pas simplement un animal isol&#233;, mais plut&#244;t un animal social, qu'il n'atteint la conscience que dans la communaut&#233; des groupements sociaux (tribu, gens, classe) et ne peut y vivre que comme un &#234;tre conscient. l'&#234;tre humain, de sorte que la base mat&#233;rielle de ces groupements d&#233;termine sa conscience id&#233;ale et que leur d&#233;veloppement progressif repr&#233;sente les forces motrices de l'histoire humaine. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour ce qui a &#233;t&#233; greff&#233; sur le mat&#233;rialisme historique, abusant de sa r&#233;putation. Cela &#233;puise une grande partie des objections qui ont &#233;t&#233; soulev&#233;es. Quant &#224; une critique objective de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#8211; hormis une tentative que je vais &#233;voquer &#8211; la science bourgeoise ne l'a jamais r&#233;alis&#233;e. Avec quels discours insens&#233;s les repr&#233;sentants les plus &#171; exemplaires &#187; de cette science cherchent &#224; franchir l'obstacle inconfortable que constituent leurs propres id&#233;alisations et embellissements destin&#233;s &#224; rassurer la conscience de classe bourgeoise ! On peut en &#234;tre convaincu &#224; maintes reprises dans la conf&#233;rence dans laquelle M. Adolf Wagner, &#171; le plus grand professeur d'&#233;conomie sociale dans les meilleures universit&#233;s allemandes &#187;, a &#233;clair&#233; davantage les hommes d&#233;j&#224; &#233;clair&#233;s du Congr&#232;s social protestant en 1892. . [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que nous ne placions en aucune mani&#232;re tous les repr&#233;sentants de la science bourgeoise au m&#234;me niveau que ce sophiste et courtisans professionnel, nous n'avons, malgr&#233; des ann&#233;es d'observation de la critique du mat&#233;rialisme historique, rien d&#233;couvert en eux, sinon des phrases g&#233;n&#233;rales, qui sont des critiques moins objectives que des reproches moraux. Ils disent, plus ou moins, que le mat&#233;rialisme historique est une construction arbitraire de l'histoire qui r&#233;duit la vie inhabituellement diversifi&#233;e de l'humanit&#233; en une simple formule : qu'il nie toutes les forces id&#233;ales, qu'il fait de l'humanit&#233; le jouet impuissant d'un d&#233;veloppement m&#233;canique, et qu'il nie toutes les forces id&#233;ales. qu'il rejette toutes les normes morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, c'est exactement le contraire qui est vrai. Le mat&#233;rialisme historique ach&#232;ve toute construction arbitraire de l'histoire ; il &#233;limine toutes les formules simples, qui tentent de traiter de la m&#234;me mani&#232;re la vie vari&#233;e de l'humanit&#233;. &#034;La m&#233;thode mat&#233;rialiste se transforme en son contraire si elle n'est pas utilis&#233;e comme guide dans les &#233;tudes historiques, mais plut&#244;t comme un mod&#232;le fini auquel on coupe les &#233;v&#233;nements historiques&#034;. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Engels, tout comme Kautsky, protestaient contre toute tentative visant &#224; rendre le mat&#233;rialisme historique superficiel, comme s'il n'y avait que deux camps, deux classes en conflit mutuel, des masses homog&#232;nes, la masse r&#233;volutionnaire et la masse r&#233;actionnaire. &#171; Si tel &#233;tait effectivement le cas, alors &#233;crire l'histoire serait une chose assez facile. Mais en r&#233;alit&#233;, les relations ne sont pas si faciles. La soci&#233;t&#233; est et deviendra encore plus un organisme incroyablement compliqu&#233;, avec les classes les plus diverses et les int&#233;r&#234;ts de classe les plus diff&#233;rents, qui, selon la forme des choses, peuvent se regrouper dans les partis les plus diff&#233;rents. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique aborde chaque pan de l'histoire sans aucun pr&#233;jug&#233; ; elle l'examine simplement depuis sa base jusqu'&#224; son point culminant, depuis sa structure &#233;conomique jusqu'&#224; ses conceptions spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dit-on, il s'agit pr&#233;cis&#233;ment d'une &#171; construction historique arbitraire &#187;. Comment savez-vous que l'&#233;conomie est la base du d&#233;veloppement historique, et non la philosophie ? Or, nous savons par l&#224; que les hommes doivent d'abord &#234;tre capables de manger, de boire, de vivre et de s'habiller avant de pouvoir penser et &#233;crire de la po&#233;sie, que l'homme n'atteint la conscience que par ses relations sociales avec les autres hommes et que, par cons&#233;quent, son la conscience est d&#233;termin&#233;e par son &#234;tre social, et non l'inverse, son &#234;tre social par sa conscience. L'hypoth&#232;se selon laquelle les hommes ne viennent que de la pens&#233;e pour manger, boire et vivre, et qu'ils ne viennent &#224; l'&#233;conomie que de la philosophie, est pr&#233;cis&#233;ment l'hypoth&#232;se la plus manifestement &#171; arbitraire &#187;, et par cons&#233;quent l'id&#233;alisme historique conduit aux &#171; constructions historiques &#187; les plus &#233;tonnantes. Encore plus &#233;trange &#8211; ou peut-&#234;tre pas si &#233;trange &#8211; les &#233;pigones modernes de l'id&#233;alisme historique l'admettent dans un certain sens, dans la mesure o&#249; ils ne se lassent jamais de se moquer des &#171; constructions historiques &#187; de son plus grand repr&#233;sentant, Hegel. Mais ce n'est pas la &#171; construction historique &#187; de Hegel, dans laquelle ils le surpassent mille fois, qui les irrite, mais plut&#244;t la conception scientifique de Hegel de l'histoire comme processus de d&#233;veloppement humain, dont il faut escalader progressivement tous les d&#233;tours et tous les chemins confus. suivi, et dont les lois int&#233;rieures doivent &#234;tre prouv&#233;es &#224; travers toutes les contingences apparentes. Cette grande pens&#233;e, fruit le plus m&#251;r de notre philosophie classique, renaissance de la vieille dialectique grecque, a &#233;t&#233; reprise par Marx et Engels de Hegel : &#171; Nous, socialistes allemands, sommes fiers de ne pas seulement venir de Saint-Simon, de Fourier. et Owen, mais aussi de Kant et Hegel. [14] Mais ils reconnaissaient que Hegel, malgr&#233; de nombreux aper&#231;us brillants du cours du d&#233;veloppement historique, n'&#233;tait parvenu qu'&#224; des &#171; constructions arbitraires de l'histoire &#187;, parce qu'il consid&#233;rait l'effet comme la cause, les choses comme le reflet d'id&#233;es et les id&#233;es ne sont pas, comme c'est le cas en r&#233;alit&#233;, le reflet des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Hegel, cette conception &#233;tait tout &#224; fait naturelle, puisque les classes bourgeoises en Allemagne n'avaient en aucune fa&#231;on atteint une v&#233;ritable vie propre ; pour assurer une existence ind&#233;pendante, ils ont d&#251; fuir vers les hauteurs &#233;th&#233;r&#233;es des id&#233;es, et ils ont men&#233; ici leurs batailles r&#233;volutionnaires sous des formes qui n'&#233;taient pas r&#233;pr&#233;hensibles pour la r&#233;action absolutiste-f&#233;odale, ou seulement aussi l&#233;g&#232;rement irritantes que possible. La m&#233;thode dialectique de Hegel, qui pr&#233;sente l'ensemble du monde naturel, historique et spirituel comme un processus, pris dans un mouvement et un d&#233;veloppement constants, et tente de prouver les relations internes de ce mouvement et de ce d&#233;veloppement, aboutit n&#233;anmoins &#224; un syst&#232;me qui d&#233;couvre l'id&#233;e absolue dans la monarchie successorale, un id&#233;alisme chez les hussards bleus, une condition n&#233;cessaire chez les seigneurs f&#233;odaux, une signification profonde dans le p&#233;ch&#233; originel, une cat&#233;gorie chez les princes h&#233;ritiers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s qu'une nouvelle classe est n&#233;e de la bourgeoisie allemande au cours du d&#233;veloppement &#233;conomique et est entr&#233;e dans la lutte des classes, &#224; savoir le prol&#233;tariat, il &#233;tait alors naturel que cette nouvelle classe essaie &#224; nouveau de lutter les pieds sur terre. et qu'elle abordait donc son h&#233;ritage maternel avec une certaine r&#233;serve, prenant le contenu r&#233;volutionnaire de la philosophie bourgeoise, mais rejetant sa forme r&#233;actionnaire. Nous avons d&#233;j&#224; vu que les pionniers spirituels du prol&#233;tariat ont mis la dialectique de Hegel sur pied, au lieu de la laisser sur la t&#234;te. &#171; Pour Hegel, le processus de pens&#233;e du cerveau humain, qu'il transforme m&#234;me sous le nom d'&#171; Id&#233;e &#187; en un sujet ind&#233;pendant, est le d&#233;miurge du monde r&#233;el, et le monde r&#233;el n'est que l'ext&#233;rieur, le ph&#233;nom&#233;nal. forme de &#171; l'Id&#233;e &#187;. Pour moi, au contraire, l'id&#233;al n'est rien d'autre que le monde mat&#233;riel refl&#233;t&#233; par l'esprit humain et traduit en formes de pens&#233;e. &#187; [15] Mais en cela Hegel en avait aussi fini avec le monde bourgeois qui avait pu all&#232;grement oublier le contenu r&#233;volutionnaire de sa dialectique gr&#226;ce &#224; sa forme r&#233;actionnaire. &#171; Sous sa forme mystifi&#233;e, la dialectique est devenue &#224; la mode en Allemagne, parce qu'elle semblait transfigurer et glorifier l'&#233;tat de choses existant. Dans sa forme rationnelle, c'est un scandale et une abomination pour la bourgeoisie et ses professeurs doctrinaires, car elle inclut dans sa compr&#233;hension et sa reconnaissance affirmative de l'&#233;tat de choses existant, en m&#234;me temps aussi la reconnaissance de la n&#233;gation de cet &#233;tat, de sa rupture in&#233;vitable ; parce qu'il consid&#232;re toute forme sociale historiquement d&#233;velopp&#233;e dans un mouvement fluide et prend donc en compte sa nature &#233;ph&#233;m&#232;re tout autant que son existence momentan&#233;e ; parce qu'il ne se laisse imposer par rien et qu'il est par essence critique et r&#233;volutionnaire. Et Hegel est en fait devenu une vexation et une abomination pour la bourgeoisie allemande, non pas &#224; cause de sa faiblesse, mais plut&#244;t &#224; cause de sa force, non pas &#224; cause de ses &#171; constructions historiques arbitraires &#187;, mais &#224; cause de sa m&#233;thode dialectique. Car seul ce dernier danse la danse de la mort pour la bourgeoisie, mais pas le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il leur fallait donc faire table rase de tout Hegel, et le plus grand philosophe de la petite-bourgeoisie allemande a &#233;galement tir&#233; cette conclusion. Schopenhauer rejetait tout le &#171; charlatan &#187; Hegel ; il rejetait surtout la philosophie de l'histoire de Hegel. Il n'a vu aucun processus progressif de d&#233;veloppement dans l'histoire de l'humanit&#233; ; il n'y voyait qu'une histoire d'individus ; le petit-bourgeois allemand, dont il &#233;tait le proph&#232;te, est le m&#234;me qu'il &#233;tait d&#232;s le d&#233;but et sera le m&#234;me &#224; l'avenir. La philosophie de Schopenhauer atteint son point culminant dans &#171; la conviction qu'&#224; tout moment, la m&#234;me chose &#233;tait, est et sera &#187;. Il &#233;crit : &#171; L'histoire ne montre de tous c&#244;t&#233;s que la m&#234;me chose, sauf sous des formes diff&#233;rentes : les chapitres de l'histoire de l'humanit&#233; ne diff&#232;rent au fond que par le nom et les dates ; le contenu r&#233;ellement essentiel est le m&#234;me partout... le mat&#233;riau de l'histoire est l'individu dans sa solitude et son hasard, ce qui est toujours, et n'est plus, pour toujours, l'entrelacement &#233;ph&#233;m&#232;re comme les nuages dans le vent de l'humanit&#233; en mouvement, qui si souvent peut &#234;tre compl&#232;tement transform&#233;, &#224; la moindre chance. L'id&#233;alisme philosophique de Schopenhauer se rapproche tellement du mat&#233;rialisme m&#233;canique dans sa conception de l'histoire. En fait, ils sont les p&#244;les oppos&#233;s d'une m&#234;me vision &#233;troite. Et quand Schopenhauer disait sombrement du mat&#233;rialisme des sciences naturelles : &#171; Il faut enseigner &#224; ces messieurs du creuset que la simple chimie rend capable d'&#234;tre chimiste mais pas philosophe &#187;, de m&#234;me il faut lui apprendre que la simple philosophie rend capable de se faufiler, mais pas d'enqu&#234;te historique. Mais Schopenhauer &#233;tait coh&#233;rent &#224; sa mani&#232;re, et d&#232;s qu'il avait rejet&#233; la m&#233;thode dialectique de Hegel, il devait &#233;galement rejeter avec elle les constructions historiques de Hegel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre-temps, plus la petite bourgeoisie allemande se d&#233;veloppait : en une grande bourgeoisie industrielle, plus cette bourgeoisie, dans la lutte des classes, renon&#231;ait &#224; ses propres id&#233;aux et se replongeait dans l'&#233;conomie ; l'ombre de l'absolutisme f&#233;odal, plus leur besoin de prouver la raison historique de ce progr&#232;s &#233;trange et crabe s'est accru. Et comme la dialectique de Hegel devait &#234;tre pour eux une contrari&#233;t&#233; et une abomination pour les raisons &#233;voqu&#233;es par Marx, il ne leur restait plus que les constructions historiques de Hegel. Leurs historiens ont d&#233;couvert l'id&#233;e absolue dans le Reich allemand, un id&#233;al dans le militarisme, une signification profonde dans l'exploitation du prol&#233;tariat par la bourgeoisie, une condition n&#233;cessaire dans le taux d'escompte, une cat&#233;gorie dans la dynastie des Hohenzollern, etc. Et &#224; sa mani&#232;re stupide et rus&#233;e de commer&#231;ants, la bourgeoisie pr&#233;tend r&#233;aliser l'id&#233;alisme bourgeois, tout en lan&#231;ant des accusations de &#171; construction historique arbitraire &#187; contre le v&#233;ritable sauveur de ce qu'il y avait de significatif et de grand dans son id&#233;alisme. Alors les Gracques d&#233;plorent encore une fois le tumulte, et quel genre de Gracques ils sont !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie allemande classique , Marx/Engels : &#338;uvres s&#233;lectionn&#233;es , p.614 [&#201;dition en un volume, Lawrence et Wishart, 1968, ci-apr&#232;s MESW ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour &#234;tre juste, nous devons souligner explicitement que quelques chercheurs en histoire bourgeois tentent d'adopter une attitude moins biais&#233;e &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire. Ainsi, les Jahresberichte der Geschichtswissenschaft ( Annales de la science historique ) publi&#233;es par Jastrow enregistrent le deuxi&#232;me volume du Capital comme un ouvrage tr&#232;s important en particulier pour la science historique, et dans l' Historische Zeitschrift , n&#176; 68, p. 450, Paul Hinneberg dit dans un des critiques &#171; qui frappent de mani&#232;re audible aux portes de la science des &#339;uvres comme l'Ancient Society de Morgan et le Mutterrecht de Bachofen &#187;. Mais le r&#233;dacteur en chef, M. Max Lehmann, professeur d'histoire &#224; Leipzig, ajoute &#224; cela cette note pleine d'esprit : &#171; Nous regrettons qu'ici et l&#224; un coll&#232;gue &#233;coute ces coups ; c'est-&#224;-dire que nous laissons Herr Morgan dehors. Qu'il fournisse &#224; Herren Engels et Bebel la part de pr&#233;tendue connaissance qu'ils estiment indispensable pour fonder leurs th&#233;ories. &#187; C'est, &#224; notre connaissance, la seule mention du mat&#233;rialisme historique dans plus de soixante-dix volumes de l' Historische Zeitschrift , l'organe principal de la science historique bourgeoise ! [Note de Mehring]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Marx, Pr&#233;face &#224; Une contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique , MESW , p.182.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Marx et Engels, Manifeste du Parti Communiste , MESW , pp.35-36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. MESW , p.429.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Lavergne-Peghuilen, Die Bewegungs- und Produktionsgesetze , p.225&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Engels &#224; Mehring, septembre 1892. Marx-Engels, Correspondance choisie , pp.449-450.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Engels, Ludwig Feuerbach , MESW , pages 600-601.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Hellwald, Kulturgeschichte in ihrer nat&#252;rlichen Entwicklung , p.688, 689f.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Des sociologues bourgeois comme Herbert Spencer affirment tr&#232;s s&#233;rieusement, comme nous le savons, que l'homme est bien une cr&#233;ation isol&#233;e de la nature. Ils parlent de son &#171; activit&#233; individuelle dans sa condition primitive &#187;. Mais ce que nous avons ici n'est qu'une r&#233;&#233;dition darwiniste et embellie de la doctrine du contrat social, qu'aux XVIIe et XVIIIe si&#232;cles les id&#233;ologues de la bourgeoisie naissante, de Hobbes &#224; Rousseau, ont transf&#233;r&#233;e de l'av&#232;nement de l'&#201;tat moderne &#224; partir des trait&#233;s. conclu entre les princes et les villes pour vaincre l'anarchie f&#233;odale, jusqu'&#224; l'essor de la soci&#233;t&#233; humaine. Voir &#224; ce sujet Kautsky, Die sozialen Triebe in der Menschenwelt , Neue Zeit , 2e ann&#233;e, p.13ff. [Note de Mehring].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Adolf Wagner, Das neue sozialdemokratische Programm , p.9f. Nous avons pris la libert&#233; de d&#233;cortiquer un peu les absurdit&#233;s de M. Wagner dans Neue Zeit , 10e ann&#233;e, vol. 2, p.577 et suiv. [Note de Mehring].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Vorw&#228;rts , 5 octobre 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Kautsky, Die Klassengegens&#228;tze von 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Engels, Pr&#233;face &#224; l'&#233;dition allemande du Socialisme, utopique et scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Marx, Le Capital , Postface &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition allemande , Moscou, 1961, p.29.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/01.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/01.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/02.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/02.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/03.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/03.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6320&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6320&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/app.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/mehring/1893/histmat/app.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herbert Marcuse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5544&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5544&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1117&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1117&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6381&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6381&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2436&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2436&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3667&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Citations de Hegel sur la dialectique</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8147</link>
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		<dc:date>2026-07-23T22:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Hegel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Citations de Hegel sur la dialectique &lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Hegel : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est l'un des pr&#233;jug&#233;s fondamentaux de la logique jusqu'alors en vigueur et de la repr&#233;sentation habituelle que la contradiction ne serait pas une d&#233;termination aussi essentielle et immanente que l'identit&#233; ; pourtant, s'il &#233;tait question d'ordre hi&#233;rarchique et que les deux d&#233;terminations &#233;taient &#224; maintenir fermement comme des d&#233;terminations s&#233;par&#233;es, la contradiction serait &#224; prendre pour le plus profond et le plus essentiel, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot169" rel="tag"&gt;Hegel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_17798 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-32.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/maxresdefault-32.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17797 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/hr_56600100030101_1_watermarked_medium_size.png' width=&#034;262&#034; height=&#034;417&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Citations de Hegel sur la dialectique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l'un des pr&#233;jug&#233;s fondamentaux de la logique jusqu'alors en vigueur et de la repr&#233;sentation habituelle que la contradiction ne serait pas une d&#233;termination aussi essentielle et immanente que l'identit&#233; ; pourtant, s'il &#233;tait question d'ordre hi&#233;rarchique et que les deux d&#233;terminations &#233;taient &#224; maintenir fermement comme des d&#233;terminations s&#233;par&#233;es, la contradiction serait &#224; prendre pour le plus profond et le plus essentiel, car, face &#224; elle, l'identit&#233; est seulement la d&#233;termination de l'imm&#233;diat simple, de l'&#234;tre mort, tandis que la contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalit&#233; ; c'est seulement dans la mesure o&#249; quelque chose a dans soi-m&#234;me une contradiction qu'il se meut, a une tendance et une activit&#233;. (...) Quelque chose est donc vivant seulement dans la mesure o&#249; il contient dans soi la contradiction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Science de la Logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La repr&#233;sentation ordinaire contient donc partout la contradiction, mais n'en atteint pas la conscience ; elle demeure r&#233;flexion externe qui passe de l'&#233;galit&#233; &#224; l'in&#233;galit&#233;, ou du rapport n&#233;gatif &#224; la r&#233;flexion de la diff&#233;rence en elle-m&#234;me. Elle oppose de fa&#231;on externe ces deux d&#233;terminations (...) mais ne poss&#232;de pas le passage de l'une en l'autre qui est l'essentiel et soutient la contradiction. (...) La repr&#233;sentation ordinaire saisit la diff&#233;rence et la contradiction, mais pas la transition de l'un &#224; l'autre, or c'est cela le plus important. (...) C'est seulement sur le sommet de la contradiction que les diversit&#233;s deviennent mobiles les unes par rapport aux autres et vivantes, et acqui&#232;rent cette n&#233;gativit&#233; qui est la pulsation interne du mouvement spontan&#233; et de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Doctrine de l'Essence &#187; (1813)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sentiment que la nature est contradictoire avec la vie existante est le besoin que cette contradiction soit d&#233;pass&#233;e ; et elle l'est quand la vie existante a perdu sa puissance et toute sa dignit&#233;, quand elle est devenue purement n&#233;gative. Tous les ph&#233;nom&#232;nes de notre temps montrent que la satisfaction ne se trouve plus dans la vie traditionnelle ; cette vie se bornait &#224; dominer sa propri&#233;t&#233; d'une fa&#231;on ordonn&#233;e, &#224; contempler et jouir de son petit monde compl&#232;tement subordonn&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La constitution de l'Allemagne &#187; (1802)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre &#233;poque est une p&#233;riode de naissance et de transition. L'esprit de l'homme a rompu avec l'ancien ordre de choses qui pr&#233;valait jusqu'ici et avec les anciennes mani&#232;res de penser, et il est dans son esprit de les laisser tous sombrer dans les profondeurs du pass&#233; et d'entreprendre sa propre transformation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; la &#171; Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit &#187; (1807)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui se meut, c'est la contradiction. (...) C'est uniquement parce que le concret se suicide qu'il est ce qui se meut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; la &#171; Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit &#187; (1807)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule chose n&#233;cessaire pour obtenir la progression scientifique (...) c'est la connaissance de cette proposition logique : le n&#233;gatif est &#233;galement positif ; autrement dit, ce qui se contredit ne se r&#233;sout pas en z&#233;ro, en n&#233;ant abstrait, mais essentiellement en la n&#233;gation de son contenu particulier ; autrement dit encore, une telle n&#233;gation n'est pas compl&#232;te n&#233;gation, mais n&#233;gation de la chose d&#233;termin&#233;e (...) le r&#233;sultant, la n&#233;gation, &#233;tant n&#233;gation d&#233;termin&#233;e, a un contenu. (...) Elle s'est enrichie de sa n&#233;gation, (...) elle est l'unit&#233; d'elle-m&#234;me et de son oppos&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Science de la Logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dialectique est ici entendue comme la saisie des contraires dans leur unit&#233; ou du positif dans le n&#233;gatif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Science de la logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La raison est n&#233;gative et dialectique, parce qu'elle r&#233;sout en n&#233;ant les d&#233;terminations de l'entendement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Science de la logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous appelons dialectique le mouvement sup&#233;rieur de la raison dans lequel des termes totalement distincts se fondent spontan&#233;ment les uns dans les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le fait m&#234;me que quelque chose soit d&#233;termin&#233; comme une limitation implique que la limitation est d&#233;j&#224; transcend&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Science de la Logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une simple exp&#233;rience de r&#233;flexion nous fera comprendre que si l'on d&#233;finit quelque chose comme positif et que l'on avance sur cette base, le positif se transforme alors secr&#232;tement en n&#233;gatif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1813)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est intrins&#232;quement contradictoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1813)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dialectique a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme un art, comme si elle reposait sur un talent subjectif et n'appartenait pas &#224; l'objectivit&#233; du Concept. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Science de la logique &#187; (1816)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous appelons dialectique le mouvement sup&#233;rieur de la raison dans lequel des termes totalement distincts se fondent spontan&#233;ment les uns dans les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit donc de combiner dans notre d&#233;marche d'investigation l'action des formes de pens&#233;e avec leur critique. Les formes de pens&#233;e doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;es dans leur nature essentielle et dans leur d&#233;veloppement complet : elles sont &#224; la fois l'objet de la recherche et l'action de cet objet. Elles s'examinent donc elles-m&#234;mes : dans leur propre action, elles doivent d&#233;terminer leurs limites et signaler leurs d&#233;fauts. C'est cette action de la pens&#233;e que nous consid&#233;rerons plus loin sp&#233;cialement sous le nom de dialectique, et dont il suffit de remarquer d'embl&#233;e qu'au lieu de s'exercer sur les cat&#233;gories du dehors, elle est immanente &#224; leur propre action.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'examen des cat&#233;gories par Kant souffre du grave d&#233;faut de les consid&#233;rer non pas de mani&#232;re absolue et pour elles-m&#234;mes, mais pour voir si elles sont subjectives ou objectives. Dans le langage de la vie courante, nous entendons par objectif ce qui existe en dehors de nous et nous parvient de l'ext&#233;rieur par la sensation. Ce que Kant a fait, c'est nier que les cat&#233;gories, telles que la cause et l'effet , soient, dans ce sens du mot, objectives, ou donn&#233;es dans la sensation, et soutenir au contraire qu'elles appartiennent &#224; notre propre pens&#233;e elle-m&#234;me, &#224; la spontan&#233;it&#233; de la pens&#233;e. Dans cette mesure donc, elles sont subjectives. Et pourtant, malgr&#233; cela, Kant donne le nom d'objectif &#224; ce qui est pens&#233;, &#224; l'universel et au n&#233;cessaire, tandis qu'il qualifie de subjectif tout ce qui est simplement ressenti. Cette disposition semble inverser l'emploi du mot mentionn&#233; en premier lieu et a valu &#224; Kant d'&#234;tre accus&#233; de confusion de langage. Mais l'accusation est injuste si l'on consid&#232;re plus &#233;troitement les faits. Le vulgaire croit que les objets de perception qui lui sont pr&#233;sent&#233;s, tels qu'un animal ou une &#233;toile isol&#233;e, sont des existences ind&#233;pendantes et permanentes, par rapport auxquelles les pens&#233;es sont sans substance et d&#233;pendent d'autre chose. En fait, les perceptions des sens sont le caract&#232;re proprement d&#233;pendant et secondaire, tandis que les pens&#233;es sont r&#233;ellement ind&#233;pendantes et primaires. C'est pourquoi Kant a donn&#233; le titre d'objectif au facteur intellectuel, &#224; l'universel et au n&#233;cessaire : et il avait parfaitement raison de le faire. Nos sensations, d'autre part, sont subjectives ; car les sensations manquent de stabilit&#233; dans leur nature propre, et ne sont pas moins fugaces et &#233;vanescentes que la pens&#233;e n'est permanente et auto-subsistante. Aujourd'hui, la ligne de distinction sp&#233;ciale &#233;tablie par Kant entre le subjectif et l'objectif est adopt&#233;e par la phras&#233;ologie du monde cultiv&#233;. Ainsi, la critique d'une &#339;uvre d'art devrait, dit-on, &#234;tre non pas subjective, mais objective &#8211; en d'autres termes, au lieu de partir du sentiment ou de l'humeur particuli&#232;re et accidentelle du moment, elle devrait garder en vue les points de vue g&#233;n&#233;raux que les lois de l'art &#233;tablissent. Dans la m&#234;me acception, nous pouvons distinguer dans toute d&#233;marche scientifique l'int&#233;r&#234;t objectif et l'int&#233;r&#234;t subjectif de la recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'objectivit&#233; de la pens&#233;e, au sens de Kant, est elle aussi, dans une certaine mesure, subjective. Les pens&#233;es, selon Kant, bien que des cat&#233;gories universelles et n&#233;cessaires, ne sont que nos pens&#233;es, s&#233;par&#233;es par un ab&#238;me infranchissable de la chose, telle qu'elle existe en dehors de notre connaissance. Mais la v&#233;ritable objectivit&#233; de la pens&#233;e signifie que les pens&#233;es, loin d'&#234;tre simplement n&#244;tres, doivent en m&#234;me temps &#234;tre l'essence r&#233;elle des choses et de tout ce qui est pour nous un objet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Encyclop&#233;die des Sciences philosophiques &#187; (1817)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si les premi&#232;res d&#233;terminations r&#233;flexives : l'identit&#233;, la diff&#233;rence et l'opposition, sont &#233;tablies comme principes, alors on devrait &#224; plus forte raison concevoir et &#233;tablir comme principe... la contradiction, dont le principe doit &#234;tre &#233;nonc&#233; ainsi : toutes les choses sont contradictoires en soi. (...) C'est pourtant un des principaux pr&#233;jug&#233;s de la logique traditionnelle et de la repr&#233;sentation ordinaire que la contradiction ne serait pas une d&#233;termination aussi essentielle et immanente que l'identit&#233;. Mais s'il &#233;tait question de hi&#233;rarchie et s'il &#233;tait possible de consid&#233;rer ces deux d&#233;terminations comme isol&#233;es l'une de l'autre, c'est plut&#244;t la contradiction qu'il faudrait tenir pour la d&#233;termination la plus profonde et la plus essentielle. Vis-&#224;-vis d'elle l'identit&#233; n'est que la d&#233;termination du simple imm&#233;diat, de l'&#234;tre mort, tandis que la contradiction est la racine de tout mouvement et de toute vitalit&#233; ; c'est seulement dans la mesure o&#249; elle renferme une contradiction qu'une chose est capable de mouvement, d'&#233;lan, d'activit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contradiction est ordinairement ce qu'on &#233;carte en premier lieu des choses, de l'&#234;tre et du vrai en g&#233;n&#233;ral ; on dit notamment qu'&#034;il n'y arien de contradictoire&#034;. D'autre part, on rel&#232;gue la contradiction dans la r&#233;flexion subjective, en disant que c'est elle qui la pose dans ses rapports et comparaisons.... Qu'il s'agisse de la r&#233;alit&#233; ou de la r&#233;flexion pensante, la contradiction est consid&#233;r&#233;e comme un simple accident, pour ne pas dire comme une anomalie ou un paroxysme morbide et passager.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) Mais c'est un fait d'exp&#233;rience courante qu'il y a une foule de choses contradictoires, d'institutions contradictoires, etc, dont la contradiction n'existe pas seulement dans la r&#233;flexion ext&#233;rieure, mais r&#233;side dans les choses m&#234;mes. Elle ne doit pas non plus &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une simple anomalie qui appara&#238;t &#231;a ou l&#224;, mais elle est le n&#233;gatif dans sa d&#233;termination essentielle, le principe de tout mouvement spontan&#233;, lequel n'est pas autre chose que la manifestation de la contradiction. Le mouvement sensible ext&#233;rieur lui-m&#234;me est son existence imm&#233;diate. Une chose se meut non seulement en tant qu'elle se trouve &#224; un moment donn&#233; ici et au moment suivant ailleurs, mais aussi en tant qu'elle est et en m&#234;me temps n'est pas dans la m&#234;me place. On doit reconna&#238;tre avec les anciens dialecticiens les contradictions qu'ils ont montr&#233;es dans le mouvement ; cependant il ne s'ensuit pas que le mouvement n'existe pas, mais plut&#244;t que le mouvement est la contradiction m&#234;me existant empiriquement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose n'est donc vivante que pour autant qu'elle renferme une contradiction et poss&#232;de la force de la saisir et de la soutenir. Mais, lorsqu'un existant est incapable, dans sa d&#233;termination positive, de passer &#224; la d&#233;termination n&#233;gative et de les conserver l'une dans l'autre, autrement dit lorsqu'il est incapable de supporter &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me la contradiction, il n'est pas une unit&#233; vivante, ... mais s'effondre et succombe &#224; la contradiction. (...) Il r&#233;sulte de l'examen de la nature de la contradiction que lorsqu'on dit d'une chose qu'elle renferme une contradiction, on ne signifie pas par l&#224; qu'elle est endommag&#233;e, d&#233;fectueuse ou fautive. Toute d&#233;termination, tout concret, tout concept constituent essentiellement une unit&#233; des moments diff&#233;rents et diff&#233;renciables, qui deviennent contradictoires par la diff&#233;rence d&#233;termin&#233;e essentielle qui les s&#233;pare.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Science de la Logique &#187; (1832)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le vrai et le faux appartiennent &#224; ces id&#233;es d&#233;termin&#233;es qui sont consid&#233;r&#233;es statiquement comme des essences s&#233;par&#233;es, isol&#233;es et fix&#233;es, sans aucun &#233;l&#233;ment commun. Contre cette conception du vrai et du faux, il faut affirmer que la v&#233;rit&#233; n'est pas une monnaie qui porte une emprunte toute faite et qu'on n'a plus qu'&#224; empocher. Il n'y a pas un faux tout fait pas plus qu'un mal. (...) La substance est essentiellement le n&#233;gatif, en partie parce qu'elle implique une distinction et d&#233;termination du contenu, en partie parce qu'elle est un processus de diff&#233;renciation simple (...) Pour le sens commun, l'opposition du vrai et du faux est quelque chose de fixe ; d'habitude, il attend que l'on approuve ou bien que l'on rejette en bloc un syst&#232;me philosophique existant ; et dans une explication sur un tel syst&#232;me il n'admet que l'une ou l'autre des deux attitudes. Il ne con&#231;oit pas la diff&#233;rence des syst&#232;mes philosophiques comme le d&#233;veloppement progressif de la v&#233;rit&#233; ; pour lui diversit&#233; veut dire uniquement contradiction. Le bourgeon dispara&#238;t dans l'&#233;closion de la fleur et l'on pourrait dire que celui-l&#224; est r&#233;fut&#233; par celle-ci ; de m&#234;me le fruit d&#233;clare que la fleur est une fausse existence de la plante, il se substitue &#224; la fleur en tant que v&#233;rit&#233; de la plante. Non seulement ces formes se distinguent, mais encore elles se supplantent comme incompatibles. Cependant leur nature mouvante fait d'elles des moments de l'unit&#233; organique, en qui non seulement elles ne sont pas en conflit, mais o&#249; l'une est aussi n&#233;cessaire que l'autre ; et cette &#233;gale n&#233;cessit&#233; fait la vie de l'ensemble. (...) L'esprit doit reconnaitre dans la forme de ce qui semble se combattre et se contredire des moments mutuellement n&#233;cessaires. (...) le fond de la chose n'est pas &#233;puis&#233; dans sa fin, mais dans tout son accomplissement. le &#034;r&#233;sultat&#034; n'est pas le tout concret ; il ne l'est qu'avec le processus dont il est le terme. La fin prise ind&#233;pendamment du reste est l'universel mort, tout comme la tendance n'est qu'un simple effort, encore priv&#233; de r&#233;alisation ; et le r&#233;sultat nu est le cadavre que la tendance a laiss&#233; derri&#232;re elle. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est un processus d'av&#232;nement et de disparition, qui lui-m&#234;me n'advient ni ne dispara&#238;t, mais est en soi et constitue l'actualit&#233; et le mouvement de la v&#233;rit&#233; vivante. (...) Je nomme dialectique le principe moteur du concept (...) Consid&#233;rer quelque chose rationnellement veut dire non pas apporter du dehors une raison &#224; l'objet et l'&#233;laborer. L'objet par lui-m&#234;me est rationnel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit &#187; (1807)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dialectique interne de la soci&#233;t&#233; civile la pousse &#224; d&#233;passer ses propres limites&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Philosophie du droit &#187; (1821)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On voit aussi peu de choses dans la lumi&#232;re pure que dans l'obscurit&#233; pure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a rien, rien au ciel, ni dans la nature, ni dans l'esprit, ni ailleurs, qui ne contienne &#233;galement &#224; la fois l'imm&#233;diatet&#233; et la m&#233;diation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1812)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout est intrins&#232;quement contradictoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La science de la logique &#187; (1813)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le probl&#232;me de la science, et surtout de la philosophie, consiste &#224; faire surgir la n&#233;cessit&#233; cach&#233;e sous l'apparence de la contingence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La petite Logique &#187; (1830)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons toutes les raisons de nous r&#233;jouir que les choses qui nous entourent soient des apparences et non des existences stables et ind&#233;pendantes ; car dans ce cas, nous mourrions bient&#244;t de faim, tant corporellement que mentalement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La petite Logique &#187; (1830)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques autres citations de Hegel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Science de la logique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute chose est contradictoire en soi.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il faut rendre justice &#224; l'aspect n&#233;gatif ... On doit reconna&#238;tre la contradiction pr&#233;sente dans l'existence (...).&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La contradiction est la racine de tout mouvement et de toute manifestation vitale.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La raison ne peut penser et agir dans le monde que parce que le monde n'est pas un pur chaos.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Que la dialectique soit une loi constitutive de la pens&#233;e, et que, comme entendement, la pens&#233;e se nie et se contredise elle-m&#234;me, c'est l&#224; un des points essentiels de la logique.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On dit que la nature ignore les bonds (...) or le changement n'est pas seulement quantitatif mais aussi qualitatif et consiste dans quelque chose de nouveau, d'autre, dans la rupture de la forme ancienne de l'&#234;tre.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La nature ne fait pas de sauts&#034; dit-on ; et l'opinion ordinaire, quand il s'agit de comprendre l'av&#232;nement ou la disparition, s'imagine, comme nous l'avons vu, les comprendre en se les repr&#233;sentant comme un av&#232;nement ou une disparition graduels. Mais il s'est d&#233;j&#224; manifest&#233; que les changements de l'&#234;tre ne sont pas le passage d'une quantit&#233; &#224; une autre quantit&#233;, mais le passage du qualitatif au quantitatif et inversement, la transition en un autre qui est une interruption du graduel et un changement qualitatif par rapport &#224; l'&#234;tre d&#233;termin&#233; ant&#233;rieur. L'eau refroidie ne devient pas peu &#224; peu dure, de fa&#231;on &#224; se g&#233;lifier et &#224; durcir peu &#224; peu jusqu'&#224; la consistance de la glace, mais devient dure d'un seul coup ; ayant d&#233;j&#224; atteint la temp&#233;rature de la glace, elle peut encore conserver son &#233;tat liquide si elle demeure immobile, mais &#224; la moindre secousse elle passe alors &#224; l'&#233;tat solide. (...) De la m&#234;me fa&#231;on, des Etats, &#224; cause de leur diff&#233;rence de grandeur, tout autre facteur &#233;tant &#233;gal, acqui&#232;rent un caract&#232;re qualitatif diff&#233;rent. Les lois et la constitution deviennent autres quand l'&#233;tendue de l'Etat et le nombre de citoyens s'agrandissent. Il y a une mesure quantitative de l'Etat au del&#224; de laquelle il s'&#233;croule int&#233;rieurement sous la m&#234;me constitution qui, avant son extension, faisait son bonheur et sa force.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pour le sens commun, l'opposition du vrai et du faux est quelque chose de fixe ; d'habitude il attend que l'on approuve ou bien que l'on rejette en bloc un syst&#232;me philosophique existant ; et dans une explication sur un tel syst&#232;me il n'admet que l'une ou l'autre de ces attitudes. Il ne con&#231;oit pas la diff&#233;rence des syst&#232;mes philosophiques comme le d&#233;veloppement progressif de la v&#233;rit&#233; ; pour lui diversit&#233; veut dire uniquement contradiction. Le bourgeon dispara&#238;t dans l'&#233;closion de la fleur et l'on pourrait dire que celui-l&#224; est r&#233;fut&#233; par celle-ci ; de m&#234;me le fruit d&#233;clare que la fleur est une fausse existence de la plante, il se substitue &#224; la fleur en tant que v&#233;rit&#233; de la plante. Non seulement ces formes se distinguent, mais encore elles se supplantent comme incompatibles. Cependant leur nature mouvante fait d'elles des moments de l'unit&#233; organique, en qui non seulement elles ne sont pas en conflit, mais o&#249; l'une est aussi n&#233;cessaire que l'autre ; et cette &#233;gale n&#233;cessit&#233; fait la vie de l'ensemble. (...) Le fonds de la chose n'est pas &#233;puis&#233; dans la fin, mais dans tout son accomplissement. Le &#034;r&#233;sultat&#034; atteint n'est pas le tout concret ; il ne l'est qu'avec le processus dont il est le terme. La fin prise ind&#233;pendamment du reste est l'universel mort, tout comme la tendance n'est qu'un simple effort, encore priv&#233; de r&#233;alisation ; et le r&#233;sultat nu est le cadavre que la tendance a laiss&#233; derri&#232;re elle. (...) Saisir la chose, c'est l'exposer dans son d&#233;veloppement. (...) Le ph&#233;nom&#232;ne est un processus d'av&#232;nement et de disparition, qui lui-m&#234;me n'advient ni ne dispara&#238;t, mais est en soi et constitue l'actualit&#233; et le mouvement de la v&#233;rit&#233; vivante.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Si la mort sort de la vie, la vie en revanche sort de la mort.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il n'est, d'ailleurs, pas difficile de voir que notre temps est un temps de la naissance et du passage &#224; une nouvelle p&#233;riode. (&#8230;) De m&#234;me que, chez l'enfant, apr&#232;s une longue nutrition silencieuse, la premi&#232;re respiration interrompt un tel devenir graduel de la progression de simple accroissement, - c'est l&#224; un saut qualitatif -, (&#8230;) de m&#234;me se d&#233;sint&#232;gre fragment apr&#232;s fragment l'&#233;difice du monde pr&#233;c&#233;dent, tandis que le vacillement de celui-ci n'est indiqu&#233; que par des sympt&#244;mes isol&#233;s (&#8230;) l'insouciance, l'ennui qui viennent op&#233;rer des fissures dans ce qui subsiste, le pressentiment ind&#233;termin&#233; de quelque chose d'inconnu, sont des signes avant-coureur que ce quelque chose d'autre est en pr&#233;paration. Cet effritement, progressant peu &#224; peu, qui n'alt&#233;rait pas la physionomie du tout, est interrompu par l'explosion du jour qui, tel un &#233;clair, installe d'un coup la configuration d'un monde nouveau. (&#8230;) La substance vivante est (&#8230;) la n&#233;gativit&#233; simple en sa puret&#233;, par la m&#234;me scission en deux de ce qui est simple (&#8230;) le devenir lui-m&#234;me (&#8230;) le s&#233;rieux, la douleur, la patience et le travail du n&#233;gatif (&#8230;) et, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'auto-mouvement de la forme.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Lorsqu'on rencontre, dans un objet ou dans une notion, la contradiction (et il n'y a pas d'objet o&#249; l'on ne puisse trouver une contradiction, c'est-&#224;-dire deux d&#233;terminations oppos&#233;es et n&#233;cessaires, un objet sans contradiction n'&#233;tant que pure abstraction de l'entendement qui maintient avec une sorte de violence l'une des deux d&#233;terminations et s'efforce d'&#233;loigner et de d&#233;rober &#224; la conscience la d&#233;termination oppos&#233;e que contient la premi&#232;re), lorsqu'on rencontre, disons-nous, la contradiction, l'on a l'habitude de conclure qu'elle donne pour r&#233;sultat le n&#233;ant. (&#8230;) Ici, c'est le n&#233;ant, mais le n&#233;ant qui contient l'&#234;tre, et r&#233;ciproquement, c'est l'&#234;tre, mais l'&#234;tre qui contient le n&#233;ant.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La seule chose n&#233;cessaire pour obtenir la progression scientifique, et vers la compr&#233;hension de laquelle il faut essentiellement s'efforcer, c'est la connaissance de cette proposition logique : le n&#233;gatif est &#233;galement positif, autrement dit, ce qui se contredit ne se r&#233;sout pas en z&#233;ro, en n&#233;ant abstrait, mais essentiellement en la n&#233;gation de son contenu particulier ; autrement dit encore, une telle n&#233;gation n'est pas compl&#232;te n&#233;gation, mais n&#233;gation de la chose d&#233;termin&#233;e. (&#8230;) Le r&#233;sultant, la n&#233;gation, &#233;tant n&#233;gation d&#233;termin&#233;e, a un contenu. Elle est un concept nouveau, mais plus haut, plus riche que le pr&#233;c&#233;dent, car elle s'est enrichie de sa n&#233;gation, autrement dit de son oppos&#233; (&#8230;) elle est l'unit&#233; d'elle-m&#234;me et de son oppos&#233;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ce qui se meut, c'est la contradiction. (...) C'est uniquement parce que le concret se suicide qu'il est ce qui se meut.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce qui existe avec, en soi, sa propre limite, comme contradiction de soi-m&#234;me, qui le pousse et le fait sortir de lui-m&#234;me, est fini.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La dialectique est ... l'&#226;me de la recherche scientifique, et constitue l'unique principe &#224; l'aide duquel le contenu de la science se voit conf&#233;rer une liaison et une n&#233;cessit&#233; immanentes. S'&#233;carter des d&#233;terminations rationnelles abstraites semble &#224; la conscience commune une suggestion du simple bon sens, conform&#233;ment &#224; la maxime &#034;vis et laisse vivre les autres&#034;, tout &#233;tant repr&#233;sent&#233; comme &#233;galement bon. Mais le fond de la chose consiste en ce que le fini n'est pas seulement limit&#233; du dehors, mais doit &#234;tre d&#233;truit et transform&#233; en son contraire, en vertu de sa propre nature interne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire de la philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Nous trouvons dans l'&#233;cole des &#233;l&#233;ates (voir notamment Z&#233;non) le commencement de la dialectique, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment de pur mouvement du penser au travers de concepts ; et par l&#224; l'opposition entre le penser et le ph&#233;nom&#232;ne sensible ; dans l'essence de l'objet nous trouvons la contradiction qu'elle a en elle-m&#234;me (la dialectique &#224; proprement-parler).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Chaque philosophie est la philosophie de son &#233;poque, elle est un maillon dans toute la cha&#238;ne du d&#233;veloppement spirituel ; elle ne peut donc satisfaire que les int&#233;r&#234;ts de son temps. (...) C'est pourquoi il ne peut y avoir de nos jours des platoniciens, des aristot&#233;liciens, des sto&#239;ciens, des &#233;picuriens. Les ressusciter signifierait vouloir ramener &#224; un degr&#233; ant&#233;rieur... On peut regarder un tel retour en arri&#232;re ... comme le refuge de l'impuissance incapable de faire face &#224; la riche mati&#232;re du d&#233;veloppement qui exige d'&#234;tre ma&#238;tris&#233;e par la pens&#233;e et saisie en profondeur - impuissance qui cherche son salut dans la fuite et dans l'indigence.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sciences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Non seulement la philosophie ne peut &#234;tre qu'en accord avec l'exp&#233;rience naturelle, mais la naissance et la formation de la science philosophique ont la science empirique pour pr&#233;supposition et pour condition.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce qui faisait du concept &#171; l'objet &#187; dans l'&#233;l&#233;ment de l'&#234;tre, c'&#233;tait sa division en masses, substances s&#233;par&#233;es, mais l'objet devenant concept il n'y a rien de subsistant en lui : la n&#233;gativit&#233; a transperc&#233; tous ses moments.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La quantit&#233; pos&#233;e avec une d&#233;terminabilit&#233; essentielle qui exclut toutes les autres, c'est le quantum, ou quantit&#233; limit&#233;e. (...) Le nombre est une pens&#233;e, mais il est la pens&#233;e en tant qu'&#234;tre qui est ext&#233;rieur &#224; lui-m&#234;me. Comme pens&#233;e, il n'entre pas dans l'ordre des choses qui tombent sous l'intuition.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est assur&#233;ment bien vrai que le carr&#233; de l'hypot&#233;nuse d'un triangle rectangle est &#233;gal &#224; la somme des carr&#233;s des deux autres c&#244;t&#233;s. Mais la nature d'une v&#233;rit&#233; de ce genre est diff&#233;rente de celle des v&#233;rit&#233;s philosophiques (des v&#233;rit&#233;s historiques). (&#8230;) Le vrai et le faux font partie de ces notions d&#233;termin&#233;es qu'en l'absence de mouvement on prend pour des essences propres (...) Il faut &#224; l'encontre de cela affirmer que la v&#233;rit&#233; n'est pas une monnaie frapp&#233;e qui peut &#234;tre fournie toute faite et qu'on peut empocher comme &#231;a. Il n'y a pas plus de faux qu'il n'y a un mal.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;volution n'est pas une simple &#233;closion sans peine et sans lutte, comme celle de la vie organique, mais le travail dur et forc&#233; sur soi-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Parler de points de l'espace, comme s'ils constituaient l'&#233;l&#233;ment positif de l'espace, est irrecevable (...) La n&#233;gativit&#233; se rapporte &#224; l'espace en tant que point de l'espace et d&#233;veloppe en lui ses d&#233;terminations en tant que ligne et surface est pourtant dans le domaine de l'&#234;tre ext&#233;rieur &#224; lui-m&#234;me, et pose ses d&#233;terminations dans la n&#233;gativit&#233;, mais en m&#234;me temps dans la sph&#232;re de l'&#234;tre ext&#233;rieur &#224; soi, y apparaissant comme indiff&#233;renci&#233; vis-&#224;-vis de la juxtaposition tranquille de l'espace et de l'&#234;tre.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La notion d'espace comme vide, parfaite abstraction ext&#233;rieure &#224; la mati&#232;re, est d&#233;j&#224; une contradiction. Le passage du point &#224; la ligne, comme de la ligne &#224; l'espace, est une autre contradiction. La pr&#233;sence de l'avion dans l'espace (vide) est une premi&#232;re n&#233;gation. l'existence d'une trajectoire sur laquelle circule l'avion est une deuxi&#232;me n&#233;gation de l'espace. Le fait que la ligne ne soit pas faite des points, ni le plan de lignes, r&#233;sulte de leurs concepts, car la ligne est le point en dehors de lui-m&#234;me relativement &#224; l'espace lui-m&#234;me, et se suspendant lui-m&#234;me comme l'avion est port&#233; par une ligne situ&#233;e en dehors de lui : sa trajectoire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le temps lui aussi n'est que pure n&#233;gativit&#233;. Il existe parce que tout est &#233;ph&#233;m&#232;re, tout doit dispara&#238;tre, changer. Cependant, comme concept, le temps n'est pas en soi pure n&#233;gativit&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est par la m&#233;diation du travail que la conscience vient &#224; soi-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce qui &#233;l&#232;ve l'homme par rapport &#224; l'animal, c'est la conscience qu'il a d'&#234;tre un animal... Du fait qu'il sait qu'il est un animal, il cesse de l'&#234;tre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'homme se constitue pour soi par son activit&#233; pratique, parce qu'il est pouss&#233; &#224; se trouver lui-m&#234;me, &#224; se reconna&#238;tre lui-m&#234;me dans ce qui lui est donn&#233; imm&#233;diatement, dans ce qui s'offre &#224; lui ext&#233;rieurement. Il y parvient en changeant les choses ext&#233;rieures, qu'il marque du sceau de son int&#233;riorit&#233; et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres d&#233;terminations. Un homme agit ainsi, de par sa libert&#233; de sujet, pour &#244;ter au monde ext&#233;rieur son caract&#232;re farouchement &#233;tranger et pour ne jouir des choses que parce qu'il y retrouve une forme ext&#233;rieure de sa propre r&#233;alit&#233;. Ce besoin de modifier les choses ext&#233;rieures est d&#233;j&#224; inscrit dans les premiers penchants de l'enfant : le petit gar&#231;on qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l'eau, admire en fait une oeuvre o&#249; il b&#233;n&#233;ficie du spectacle de sa propre activit&#233;. Ce besoin rev&#234;t des formes multiples, jusqu'&#224; ce qu'il arrive &#224; cette mani&#232;re de se manifester soi-m&#234;me dans les choses ext&#233;rieures, que l'on trouve dans l'&#339;uvre artistique. Mais les choses artistiques ne sont pas les seules que l'homme traite ainsi ; il en use pareillement avec lui-m&#234;me, avec son propre corps, qu'il change volontairement, au lieu de le laisser dans l'&#233;tat o&#249; il se trouve. L&#224; est le motif de toutes les parures, de toutes les &#233;l&#233;gances, fussent-elles barbares, contraires au go&#251;t, enlaidissantes, voire dangereuses. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cette conscience de lui m&#234;me, l'homme l'acquiert de deux mani&#232;res : th&#233;oriquement, en prenant conscience de ce qu'il est int&#233;rieurement, de tous les mouvements de son &#226;me, de toutes les nuances de ses sentiments, en cherchant &#224; se repr&#233;senter &#224; lui-m&#234;me, tel qu'il se d&#233;couvre par la pens&#233;e, et &#224; se reconna&#238;tre dans cette repr&#233;sentation qu'il offre &#224; ses propres yeux. Mais l'homme est &#233;galement engag&#233; dans des rapports pratiques avec le monde ext&#233;rieur, et de ces rapports na&#238;t &#233;galement le besoin de transformer ce monde, comme lui m&#234;me, dans la mesure o&#249; il en fait partir, en lui imprimant son cachet personnel. Et il le fait pour encore se reconna&#238;tre lui-m&#234;me dans la forme des choses, pour jouir de lui-m&#234;me comme d'une r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure. On saisit d&#233;j&#224; cette tendance dans les premi&#232;res impulsions de l'enfant : il veut voir des choses dont il soit lui-m&#234;me l'auteur, et s'il lance des pierres dans l'eau, c'est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son &#339;uvre dans laquelle il retrouve comme un reflet de lui-m&#234;me. Ceci s'observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses, jusqu'&#224; cette sorte de reproduction de soi-m&#234;me qu'est une oeuvre d'art.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est seulement chez l'homme et dans l'esprit humain que cette opposition prend la forme d'un monde d&#233;doubl&#233;, de deux mondes s&#233;par&#233;s : d'une part le monde vrai et &#233;ternel des d&#233;terminations autonomes, d'autre part la nature, les penchants naturels, le monde des sentiments, des instincts, des int&#233;r&#234;ts subjectifs, personnels. Nous voyons, d'une part, l'homme emprisonn&#233; dans la vulgaire r&#233;alit&#233; et la temporalit&#233; terrestre, accabl&#233; par les besoins et les tristes n&#233;cessit&#233;s de la vie, encha&#238;n&#233; &#224; la mati&#232;re, courant apr&#232;s des fins et des jouissances sensibles, domin&#233; et entra&#238;n&#233; par des penchants naturels et des passions ; d'autre part, nous le voyons s'&#233;lever jusqu'&#224; des id&#233;es &#233;ternelles, vers le royaume de la pens&#233;e et de la libert&#233;, nous le voyons plier sa volont&#233; &#224; des lois et d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales, d&#233;pouiller le monde de sa r&#233;alit&#233; vivante et florissante pour le r&#233;soudre en abstractions, l'esprit n'affirmant son droit et sa libert&#233; qu'en traitant sans piti&#233; la nature, comme s'il voulait se venger des mis&#232;res et des violences qu'elle lui avait fait subir.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Notre savoir habituel ne se repr&#233;sente que l'objet qu'il sait ; il ne se repr&#233;sente pas en m&#234;me temps lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire le savoir m&#234;me. Or le tout qui est donn&#233; dans le savoir ne se r&#233;duit pas &#224; l'objet ; il contient aussi le Je qui sait, et la relation r&#233;ciproque entre moi et l'objet : la conscience.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&#234;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;De quoi doit &#234;tre fait le commencement de la science ? De la compr&#233;hension de la nature du conna&#238;tre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Philosophie et science sont deux termes ins&#233;parables : car le propre de la pens&#233;e philosophique est de ne pas consid&#233;rer les choses par leur c&#244;t&#233; ext&#233;rieur et superficiel, mais dans leurs caract&#232;res essentiels et n&#233;cessaires.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La connaissance, c'est l'approche sans fin vers l'objet, par la pens&#233;e. Il faut comprendre le &#034;reflet&#034; de la nature dans la pens&#233;e humaine non pas d'une fa&#231;on &#034;morte&#034;, &#034;abstraite&#034;, non pas sans mouvement, non pas sans contradictions, mais dans un processus sans fin de mouvement, de naissance de contradictions et de leur r&#233;solution.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le concept de l'objet se supprime dans l'objet effectivement r&#233;el, ou la premi&#232;re repr&#233;sentation imm&#233;diate se supprime dans l'exp&#233;rience ; ainsi la certitude se trouve perdue dans la v&#233;rit&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il n'y a rien dans le ciel, ni dans la nature ni dans l'esprit, qui ne renferme tout autant l'imm&#233;diatet&#233; que la m&#233;diation.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dire que nous ne connaissons rien de la chose en soi semble d'une grande sagesse. La chose en soi signifie la chose d&#233;pourvue de relation avec les autres. L'abstraction priv&#233;e de la d&#233;termination par rapport aux autres est vide, d&#233;pourvue de v&#233;rit&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La loi ne va pas au-del&#224; du ph&#233;nom&#232;ne. Au contraire, le royaume des lois est l'image &#034;calme&#034; du monde existant ou &#233;mergeant.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La science se doit d'&#234;tre&#8230; pens&#233;e</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8181</link>
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		<dc:date>2026-07-03T22:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La science se doit d'&#234;tre&#8230; pens&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
Heidegger d&#233;clarait, au contraire, dans son Cours du semestre d'hiver 1951-1952 : &#171; La science ne pense pas &#187; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.pileface.com/sollers/pdf/Heidegger.Martin.Quappelle-t-on.penser.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Heidegger est un penseur nazi... &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3967 &lt;br class='autobr' /&gt;
La science, ce sont seulement des faits ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3443 &lt;br class='autobr' /&gt;
La science, ce sont seulement des &#233;quations ? (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La science se doit d'&#234;tre&#8230; pens&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Heidegger d&#233;clarait, au contraire, dans son Cours du semestre d'hiver 1951-1952 : &#171; La science ne pense pas &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pileface.com/sollers/pdf/Heidegger.Martin.Quappelle-t-on.penser.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pileface.com/sollers/pdf/Heidegger.Martin.Quappelle-t-on.penser.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Heidegger est un penseur nazi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3967&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3967&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science, ce sont seulement des faits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3443&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3443&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science, ce sont seulement des &#233;quations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7557&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7557&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la r&#233;alit&#233; physique n'est jamais purement num&#233;rique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7006&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7006&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il une philosophie en sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas qu'exp&#233;rience, mesure et calcul et qu'elle est d'abord philosophie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2282&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2282&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un outil principal et un objectif premier pour le physicien Einstein : la philosophie !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1999&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1999&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il une philosophie en sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie science exprime une profonde pens&#233;e et m&#234;me une pens&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2680&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2680&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la science a toujours besoin de penseurs r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3655&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3655&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scientifiques doivent s'interroger sur les concepts qu'ils mettent en &#339;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/les-scientifiques-doivent-s-interroger-sur-les-concepts-qu-ils-mettent-en-oeuvre_163608&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/les-scientifiques-doivent-s-interroger-sur-les-concepts-qu-ils-mettent-en-oeuvre_163608&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour transformer le monde, il faut le repenser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les avanc&#233;es scientifiques fondamentales n&#233;cessitent une pens&#233;e dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7360&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7360&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas la diffusion de v&#233;rit&#233;s absolues et &#233;ternelles mais un d&#233;bat permanent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7793&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7793&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons-nous besoin de philosopher et ne pouvons-nous simplement nous contenter d'observer le monde et d'agir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de Hegel est toujours d'actualit&#233; pour la pens&#233;e scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la classe dirigeante a choisi de d&#233;truire toute pens&#233;e scientifique dans le grand public&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5348&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5348&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi on ne fait pas &#233;tudier les grands auteurs scientifiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4295&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4295&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas objective, pas neutre, elle est une des formes de la pens&#233;e humaine, pas une expression directe d'une r&#233;alit&#233; certaine et indiscutable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4344&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4344&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science peut-elle se passer de l'ontologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4272&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4272&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique n'est pas seulement un calcul mais une pens&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4174&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique, un domaine du consensus ou de l'affrontement des id&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4054&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4054&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'empirisme : La science se passe-t-elle de th&#233;oriser et se limite-t-elle &#224; constater les faits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2869&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2869&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science n'est pas la technologie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2697&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2697&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e et la soci&#233;t&#233; sont-elles pi&#233;g&#233;es par l'hypertrophie et l'omnipotence de la technologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2535&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2535&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept scientifique est dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2594&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2594&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique, un d&#233;bat philosophique permanent qui d&#233;passe la seule observation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La physique n'est pas pure math&#233;matique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4482&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4482&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science v&#233;ritable est un d&#233;bat permanent et ne craint pas la contestation ni les remises en question des v&#233;rit&#233;s admises, la science d'Etat est tout le contraire, elle a besoin d'autorit&#233; et de consensus inattaquable et in&#233;branlable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7793&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7793&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les robots remplacent l'homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4359&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4359&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; intelligence &#187; artificielle n'a pas&#8230; une pens&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7981&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7981&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3387&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3387&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute science est humaine et sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5439&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5439&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e humaine d&#233;passe-t-elle la nature, est-elle seulement son reflet, ou bien d&#233;pend-elle d'un monde diff&#233;rent, celui de l'esprit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5061&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5061&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir de la science est celui de la soci&#233;t&#233; humaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve850&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve850&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La terminologie de Hegel - Glossaires</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8232</link>
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		<dc:date>2026-06-20T22:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Hegel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La terminologie de Hegel &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Glossaire num&#233;ro 11&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot169" rel="tag"&gt;Hegel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La terminologie de Hegel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/glossary/terms/i/d.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/help/introduc.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/subject/philosophy/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://hansenlove.over-blog.com/article-23008043.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.scribd.com/document/233529759/Le-Vocabulaire-de-Hegel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/li_gloss.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/works/hl/hlconten.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/help/mean.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/reference/archive/hegel/works/sl/slsubjec.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7113&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3737&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Glossaire num&#233;ro 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le BAC de Philosophie en France, c'est Nietzsche !</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8833</link>
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		<dc:date>2026-06-15T22:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le texte de Nietzsche au programme du BAC de Philo en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Expliquer le texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les m&#233;thodes scientifiques sont une conqu&#234;te de la recherche pour le moins aussi consid&#233;rable que n'importe quel autre r&#233;sultat : c'est en effet sur la compr&#233;hension de la m&#233;thode que repose l'esprit scientifique, et tous les r&#233;sultats des sciences ne pourraient, si ces m&#233;thodes venaient &#224; se perdre, emp&#234;cher un nouveau triomphe de la superstition et de l'absurdit&#233;. Les gens cultiv&#233;s ont beau (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte de Nietzsche au programme du BAC de Philo en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer le texte suivant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les m&#233;thodes scientifiques sont une conqu&#234;te de la recherche pour le moins aussi consid&#233;rable que n'importe quel autre r&#233;sultat : c'est en effet sur la compr&#233;hension de la m&#233;thode que repose l'esprit scientifique, et tous les r&#233;sultats des sciences ne pourraient, si ces m&#233;thodes venaient &#224; se perdre, emp&#234;cher un nouveau triomphe de la superstition et de l'absurdit&#233;. Les gens cultiv&#233;s ont beau apprendre autant qu'ils veulent des r&#233;sultats de la science, on s'aper&#231;oit toujours &#224; leur conversation, et particuli&#232;rement aux hypoth&#232;ses qu'ils y proposent, que l'esprit scientifique leur fait d&#233;faut. Ils n'ont pas cette d&#233;fiance instinctive contre les &#233;carts de la pens&#233;e, qui, &#224; la suite d'un long exercice, a pris racine dans l'esprit de tout homme de science. Il leur suffit de trouver sur un sujet une hypoth&#232;se quelconque, ils sont alors tout feu tout flamme pour elle et croient qu'ainsi tout est dit. Avoir une opinion signifie par l&#224; m&#234;me chez eux : en devenir aussit&#244;t fanatique et finalement la prendre &#224; c&#339;ur comme une conviction. Ils s'&#233;chauffent, &#224; propos d'une chose inexpliqu&#233;e, pour la premi&#232;re id&#233;e qui leur passe en t&#234;te et qui ressemble &#224; une explication. D'o&#249; r&#233;sultent continuellement, notamment dans le domaine de la politique, les plus f&#226;cheuses cons&#233;quences. C'est pourquoi chacun devrait de nos jours avoir appris &#224; conna&#238;tre au moins une science &#224; fond ; alors il saura toujours ce que c'est qu'une m&#233;thode et combien est n&#233;cessaire la plus extr&#234;me prudence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain (1878)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, un tel texte peut sembler tr&#232;s raisonnable et intelligent. Mais le propos de Nietzsche ne s'en tient pas l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons quelques extraits significatifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord donnons la suite de l'extrait de Nietzsche du BAC que l'on n'a pas donn&#233; aux candidats&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est particuli&#232;rement aux femmes qu'il faut donner ce conseil ; car elles sont maintenant incurablement victimes de toutes les hypoth&#232;ses, surtout si celles-ci donnent l'impression de l'ing&#233;nieux, du s&#233;duisant, du vivifiant, du fortifiant. Plus on observe avec exactitude, plus on s'aper&#231;oit que la grande majorit&#233; des gens cultiv&#233;s demande encore au penseur des convictions et rien que des convictions, et qu'une petite minorit&#233; seulement veut une certitude. Ceux-l&#224; d&#233;sirent &#234;tre fortement entra&#238;n&#233;s, pour acqu&#233;rir eux-m&#234;mes par l&#224; un surcro&#238;t de force ; ceux-ci, le petit nombre, ont cet int&#233;r&#234;t pour les choses m&#234;mes qui fait abstraction des avantages personnels, m&#234;me dudit surcro&#238;t de force. C'est sur la premi&#232;re classe, de beaucoup pr&#233;dominante, que l'on compte partout o&#249; le penseur se prend et se donne pour un g&#233;nie, partant se consid&#232;re int&#233;rieurement comme un &#234;tre sup&#233;rieur, qui a droit &#224; l'autorit&#233;. En tant que le g&#233;nie de toute esp&#232;ce entretient le feu des convictions et &#233;veille de la d&#233;fiance envers l'id&#233;e prudente et modeste de la science, il est un ennemi de la v&#233;rit&#233;, quand m&#234;me il se croirait au plus haut point parmi ses amants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, il est vrai, une toute autre esp&#232;ce de g&#233;nie, celui de la justice ; et je ne puis absolument me r&#233;soudre &#224; l'estimer inf&#233;rieur &#224; quelque g&#233;nie que ce soit, philosophique, politique ou artistique. Il consiste &#224; se d&#233;tourner, avec une cordiale r&#233;pugnance, de tout ce qui aveugle et &#233;gare le jugement sur les choses ; il est par cons&#233;quent un ennemi des convictions, car il veut donner &#224; chaque objet, vif ou mort, r&#233;el ou imaginaire, ce qui lui revient &#8212; et pour cela il lui faut en avoir une connaissance nette ; il met donc chaque objet dans le meilleur jour et en fait le tour avec des yeux attentifs. Finalement, il donne m&#234;me &#224; son ennemie, la myope &#171; conviction &#187; (comme l'appellent les hommes : &#8212; chez les femmes, elle se nomme &#171; foi &#187;) ce qui revient &#224; la conviction &#8212; pour l'amour de la v&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Humain,_trop_humain/IX&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Humain,_trop_humain/IX&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;pris de Nietzsche contre les femmes n'a pas &#233;t&#233; cit&#233; par les examinateurs du BAC. Tiens, tiens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous admirez Nietzsche ? Pourtant, c'est un des sommets &#171; intellectuels &#187; du m&#233;pris et de la haine des femmes !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5438&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5438&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donnons quelques citations de l'ouvrage qui a &#233;t&#233; choisi pour le BAC : &#034;Humain, trop humain&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Civilisation et caste. &#8212; Une civilisation sup&#233;rieure ne peut na&#238;tre que l&#224; o&#249; il y a deux castes distinctes de la soci&#233;t&#233; ; celle des travailleurs et celle des oisifs, capables d'un loisir v&#233;ritable ; ou en termes plus forts, la caste du travail forc&#233; et la caste du travail libre. Le point de vue de la division du bonheur n'est pas essentiel, quand il s'agit de la production d'une civilisation sup&#233;rieure ; mais en tout cas la caste des oisifs est la plus capable de souffrances, la plus souffrante, son contentement de l'existence est moindre, son devoir plus grand. Que s'il se produit un &#233;change entre les deux castes, de sorte que les familles les plus basses, les moins intelligentes, tombent de la caste sup&#233;rieure dans l'inf&#233;rieure et qu'au rebours les hommes les plus libres de celle-ci r&#233;clament l'acc&#232;s &#224; la caste sup&#233;rieure : un &#233;tat se trouve atteint au-dessus duquel on ne voit plus que la mer ouverte des v&#339;ux illimit&#233;s. &#8212; Ainsi nous parle la voix expirante des temps antiques ; mais o&#249; y a-t-il maintenant des oreilles pour l'entendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le sang. &#8212; Ce que les hommes et les femmes ont par le sang d'avantage sur les autres et ce qui leur donne un droit indiscutable &#224; une estime plus haute, ce sont deux arts que l'h&#233;r&#233;dit&#233; a de plus en plus accrus : l'art de savoir commander, et l'art de l'ob&#233;issance fi&#232;re. &#8212; Or il se produit, partout o&#249; le commandement constitue une besogne journali&#232;re (comme dans le monde du grand n&#233;goce et de la grande industrie) quelque chose de pareil &#224; ces races &#171; par le sang &#187;, mais il leur manque la noble attitude dans l'ob&#233;issance, qui chez celles-l&#224; est un legs des conditions f&#233;odales et qui dans notre climat de civilisation ne doit plus s'accro&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre. &#8212; Au d&#233;savantage de la guerre on peut dire : elle rend le vainqueur brute, le vaincu m&#233;chant. En faveur de la guerre : elle introduit la barbarie dans les deux cons&#233;quences susdites, et par l&#224; ram&#232;ne &#224; la nature : elle est pour la civilisation un sommeil ou un hivernage, l'homme en sort plus fort pour le bien et pour le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;t&#233; et justice. &#8212; Quand les socialistes prouvent que le partage de la propri&#233;t&#233; dans l'humanit&#233; actuelle est la cons&#233;quence d'innombrables injustices et violences, et qu'ils d&#233;clinent in summa toute obligation envers une chose dont le fondement est si injuste : ils ne consid&#232;rent qu'un fait isol&#233;. Tout le pass&#233; de l'ancienne civilisation est fond&#233; sur la violence, l'esclavage, la tromperie, l'erreur ; mais nous ne pouvons pas nous-m&#234;mes, h&#233;ritiers que nous sommes de toutes ces circonstances, et concr&#233;tions de tout ce pass&#233;, l'an&#233;antir par d&#233;cret, et nous n'avons pas le droit d'en supprimer un seul morceau. Les sentiments d'injustice sont &#233;galement dans les &#226;mes des non-poss&#233;dants, ils ne sont pas meilleurs que les poss&#233;dants et n'ont pas un privil&#232;ge moral, car ils ont eu quelque part des anc&#234;tres poss&#233;dants. Ce n'est pas de nouveaux partages par la violence, mais de transformations graduelles des id&#233;es qu'on a besoin ; il faut que chez tous la justice devienne plus forte, l'instinct de violence plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esprits dangereux parmi les r&#233;volutionnaires. &#8212; Qu'on distingue ceux qui r&#234;vent un bouleversement de la soci&#233;t&#233; en gens qui veulent atteindre quelque chose pour eux-m&#234;mes et en gens qui le veulent pour leurs enfants et petits-enfants. Les derniers sont les plus dangereux ; car ils ont la foi et la bonne conscience du d&#233;sint&#233;ressement. Les autres peuvent &#234;tre assouvis : pour cela la soci&#233;t&#233; dominante a toujours assez de ressources et d'habilet&#233;. Le p&#233;ril commence aussit&#244;t que le but devient impersonnel ; les r&#233;volutionnaires par int&#233;r&#234;t impersonnel peuvent consid&#233;rer tous les d&#233;fenseurs de l'&#233;tat de choses existant comme &#233;go&#239;stes et par l&#224; se sentir sup&#233;rieurs &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Importance politique de la paternit&#233;. &#8212; Quand l'homme n'a pas de fils, il n'a pas un droit int&#233;gral &#224; d&#233;lib&#233;rer sur les besoins d'un &#201;tat particulier. Il faut qu'on y ait, comme les autres, hasard&#233; ce qu'on a de plus cher : cela seul attache solidement &#224; l'&#201;tat ; il faut que l'on consid&#232;re le bonheur de sa post&#233;rit&#233;, partant qu'on ait avant tout une post&#233;rit&#233;, pour prendre &#224; toutes les institutions et &#224; leur changement une part &#233;quitable et naturelle. Le d&#233;veloppement de la morale sup&#233;rieure d&#233;pend de ce que chacun ait des fils ; cela l'affranchit de l'&#233;go&#239;sme, ou plus justement, cela &#233;tend son &#233;go&#239;sme dans la dur&#233;e et fait qu'il poursuit avec z&#232;le des fins qui vont au del&#224; de son existence individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fiert&#233; des a&#239;eux. &#8212; On peut &#224; juste titre &#234;tre fier d'une lign&#233;e ininterrompue d'a&#239;eux bons de p&#232;re en fils, &#8212; mais non pas de la lign&#233;e m&#234;me ; car chacun en a tout autant. La descendance d'a&#239;eux bons fait la vraie noblesse de naissance ; une seule solution de continuit&#233; dans cette cha&#238;ne, un seul anc&#234;tre m&#233;chant, supprime cette noblesse. On doit demander &#224; quiconque parle de sa noblesse : N'as-tu parmi tes anc&#234;tres aucun homme violent, avide, extravagant, m&#233;chant, cruel ? S'il peut en toute science et conscience r&#233;pondre : Non, qu'on recherche son amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esclaves et ouvriers. &#8212; Le fait que nous attachons plus de prix &#224; une satisfaction de vanit&#233; qu'&#224; tout autre avantage (s&#233;curit&#233;, abri, plaisirs de toute esp&#232;ce) se montre &#224; un degr&#233; ridicule en ceci, que chacun (abstraction faite de raisons politiques) souhaite l'abolition de l'esclavage et repousse avec horreur l'id&#233;e de mettre des hommes dans cet &#233;tat : cependant que chacun doit se dire que les esclaves ont &#224; tous &#233;gards une existence plus s&#251;re et plus heureuse que l'ouvrier moderne, que le travail servile est peu de chose par rapport au travail de l'ouvrier. On proteste au nom de la &#171; dignit&#233; humaine &#187; : mais c'est-&#224;-dire, pour parler simplement, cette brave vanit&#233;, qui regarde comme le sort le plus dur de n'&#234;tre pas sur un pied d'&#233;galit&#233;, d'&#234;tre publiquement compt&#233; pour inf&#233;rieur. &#8212; Le cynique pense autrement &#224; ce sujet, parce qu'il m&#233;prise l'honneur ; &#8212; et c'est ainsi que Diog&#232;ne fut un temps esclave et pr&#233;cepteur domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon utopie. &#8212; Dans un meilleur ordre de soci&#233;t&#233;, le travail p&#233;nible et la peine de la vie seront attribu&#233;s &#224; celui qui en souffrira le moins, partant au plus stupide, et ainsi de suite par degr&#233;s jusqu'&#224; celui qui est le plus accessible aux esp&#232;ces les plus raffin&#233;es de la souffrance et qui, par cons&#233;quent, m&#234;me dans l'all&#233;gement le plus grand de la vie, souffre encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illusion dans la th&#233;orie de la r&#233;volution. &#8212; Il y a des r&#234;veurs politiques et sociaux qui d&#233;pensent du feu et de l'&#233;loquence &#224; r&#233;clamer un bouleversement de tous les ordres, dans la croyance qu'aussit&#244;t le plus superbe temple d'une belle humanit&#233; s'&#233;l&#232;verait, pour ainsi dire, de lui-m&#234;me. Dans ces r&#234;ves dangereux persiste un &#233;cho de la superstition de Rousseau, qui croit &#224; une bont&#233; de l'humaine nature merveilleuse, originelle, mais pour ainsi dire enterr&#233;e et met au compte des institutions de civilisation, dans la soci&#233;t&#233;, l'&#201;tat, l'&#233;ducation, toute la responsabilit&#233; de cet enterrement. Malheureusement on sait par des exp&#233;riences historiques que tout bouleversement de ce genre ressuscite &#224; nouveau les &#233;nergies les plus sauvages, caract&#232;res les plus effroyables et les plus effr&#233;n&#233;s des &#226;ges recul&#233;s : que par cons&#233;quent un bouleversement peut, bien &#234;tre une source de force dans une humanit&#233; devenue inerte, mais jamais ordonnateur, architecte, artiste, perfecteur de la nature humaine. &#8212; Ce n'est pas la nature de Voltaire, avec sa mod&#233;ration, son penchant &#224; arranger, &#224; purifier, &#224; modifier, mais les folies et les demi-mensonges passionn&#233;s de Rousseau qui ont &#233;veill&#233; l'esprit optimiste de la R&#233;volution, contre lequel je m'&#233;crie : &#171; &#201;crasez l'inf&#226;me ! &#187; Par lui l'esprit de lumi&#232;res et d'&#233;volution progressive a &#233;t&#233; banni pour longtemps : &#8212; voyons &#8212; chacun &#224; part soi, &#8212; s'il est possible de le rappeler !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;surrection de l'esprit. &#8212; Dans la maladie politique, un peuple se rajeunit d'ordinaire lui-m&#234;me et retrouve son esprit qu'il perdait peu &#224; peu dans la recherche et la conqu&#234;te du pouvoir. La civilisation n'est redevable &#224; rien plus qu'aux temps politiquement faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps heureux. &#8212; Un si&#232;cle heureux est absolument impossible par la raison que les hommes ne veulent que le souhaiter, mais ne veulent pas l'avoir, et tout individu, lorsque lui viennent d'heureux jours, apprend formellement &#224; demander au ciel le trouble et la mis&#232;re. Le destin des hommes est dispos&#233; pour d'heureux moments &#8212; toute vie en a de tels &#8212; mais non pour des &#233;poques heureuses. N&#233;anmoins, ces &#233;poques restent comme l'&#171; au-del&#224; des monts &#187; dans l'imagination des hommes, comme un legs des anc&#234;tres ; car on a sans doute, depuis des temps recul&#233;s, emprunt&#233; cette conception du si&#232;cle heureux &#224; cet &#233;tat o&#249; l'homme, apr&#232;s la tension violente de la chasse et de la guerre, s'abandonne au repos, &#233;tend ses membres, et entend bruire autour de lui les ailes du sommeil. C'est par un raisonnement faux que l'homme, conform&#233;ment &#224; cette vieille habitude, s'imagine que, maintenant encore, apr&#232;s des p&#233;riodes enti&#232;res de d&#233;tresse et de peine, il peut go&#251;ter, &#224; un degr&#233; et dans un temps proportionnels, cet &#233;tat de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme au point de vue de ses moyens d'action. &#8212; Le socialisme est le fantastique fr&#232;re cadet du despotisme presque d&#233;funt, dont il veut recueillir l'h&#233;ritage ; ses efforts sont donc, au sens le plus profond, r&#233;actionnaires. Car il d&#233;sire une pl&#233;nitude de puissance de l'&#201;tat telle que le despotisme seul l'a jamais eue, m&#234;me il d&#233;passe tout ce que montre le pass&#233;, parce qu'il travaille &#224; l'an&#233;antissement formel de l'individu : c'est que celui-ci lui appara&#238;t comme un luxe injustifiable de la nature, qui doit &#234;tre par lui corrig&#233; en un organe utile de la communaut&#233;. Par suite de cette parent&#233;, il se montre toujours dans le voisinage de tous les d&#233;ploiements excessifs de puissance, comme le vieux socialiste type Platon &#224; la cour du tyran de Sicile ; il souhaite (il exige &#224; l'occasion) le despotisme c&#233;sarien de ce si&#232;cle, parce que, comme j'ai dit, il voudrait en &#234;tre l'h&#233;ritier. Mais cet h&#233;ritage m&#234;me ne suffirait pas &#224; ses fins, il lui faut l'asservissement complet de tous les citoyens &#224; l'&#201;tat absolu, tel qu'il n'en a jamais exist&#233; de pareil ; et comme il n'a plus le moindre droit de compter sur la vieille pi&#233;t&#233; religieuse envers l'&#201;tat, qu'au contraire il doit, bon gr&#233; mal gr&#233;, travailler constamment &#224; sa suppression &#8212; puisqu'en effet il travaille &#224; la suppression de tous les &#201;tats existants, &#8212; il ne peut avoir d'espoir d'une existence future que pour de courtes p&#233;riodes, &#231;&#224; et l&#224;, gr&#226;ce au plus extr&#234;me terrorisme. C'est pourquoi il se pr&#233;pare silencieusement &#224; la domination par la terreur et enfonce aux masses &#224; demi cultiv&#233;es, comme un clou dans la t&#234;te, le mot de &#171; Justice &#187;, afin de leur enlever toute intelligence (apr&#232;s que cette intelligence a d&#233;j&#224; bien souffert de la demi-culture) et de leur procurer, pour le vilain jeu qu'elles auront &#224; jouer, une bonne conscience. &#8212; Le socialisme peut servir &#224; enseigner de fa&#231;on brutale et frappante le danger de toutes les accumulations de puissance dans l'&#201;tat, et en ce sens insinuer une m&#233;fiance contre l'&#201;tat m&#234;me. Quand sa rude voix se m&#234;lera au cri de guerre : &#171; Le plus d'&#201;tat possible &#187;, ce cri en d&#233;viendra d'abord. plus bruyant que jamais : mais bient&#244;t &#233;clatera avec non moins de force le cri oppos&#233; : &#171; Le moins d'&#201;tat possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme europ&#233;en et la destruction des nations. &#8212; Le commerce et l'industrie, l'&#233;change des livres et des lettres, la communaut&#233; de toute la haute culture, le rapide changement de lieu et de pays, la vie nomade qui est actuellement celle de tous les gens qui ne poss&#232;dent pas de la terre, &#8212; toutes ces conditions entra&#238;nent n&#233;cessairement un affaiblissement et enfin une destruction des nations, au moins des nations europ&#233;ennes : si bien qu'il doit na&#238;tre d'elles, par suite de croisements continuels, une race m&#234;l&#233;e, celle des hommes europ&#233;ens. &#192; cette fin s'oppose actuellement, sciemment ou non, l'exclusivisme des nations par la production des inimiti&#233;s nationales, mais la marche de ce m&#233;lange n'en avance pas moins lentement, malgr&#233; tous les courants contraires momentan&#233;s : ce nationalisme artificiel est au reste aussi dangereux que l'a &#233;t&#233; le catholicisme artificiel, car il est par essence un &#233;tat de contrainte, un &#233;tat de si&#232;ge forc&#233;, impos&#233; par un petit nombre au grand nombre, et a besoin de ruse, de mensonge et de violence pour se maintenir en cr&#233;dit. Ce n'est pas l'int&#233;r&#234;t du grand nombre (des peuples), comme on aime &#224; le dire, mais avant tout l'int&#233;r&#234;t de certaines dynasties princi&#232;res, puis celui de certaines classes du commerce et de la soci&#233;t&#233;, qui m&#232;ne &#224; ce nationalisme ; une fois qu'on a reconnu ce fait, on ne doit pas craindre de se donner seulement pour bon Europ&#233;en et de travailler par le fait &#224; la fusion des nations ; &#224; quoi les Allemands peuvent contribuer par leur vieille qualit&#233; &#233;prouv&#233;e, d'&#234;tre interpr&#232;tes et interm&#233;diaires des peuples. &#8212; En passant : tout le probl&#232;me des Juifs n'existe que dans les limites des &#201;tats nationaux, en ce sens que l&#224;, leur activit&#233; et leur intelligence sup&#233;rieure, le capital d'esprit et de volont&#233; qu'ils ont longuement amass&#233; de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration &#224; l'&#233;cole du malheur, doit arriver &#224; pr&#233;dominer g&#233;n&#233;ralement dans une mesure qui &#233;veille l'envie et la haine, si bien que dans presque toutes les nations d'&#224; pr&#233;sent &#8212; et cela d'autant plus qu'elles se donnent plus des airs de nationalisme &#8212; se propage cette impertinence de la presse qui consiste &#224; mener les Juifs &#224; l'abattoir comme les boucs &#233;missaires de tous les maux possibles publics et priv&#233;s. D&#232;s qu'il n'est plus question de conserver ou d'&#233;tablir des nations, mais de produire et d'&#233;lever une race m&#234;l&#233;e d'Europ&#233;ens aussi forte que possible, le Juif est un ingr&#233;dient aussi utile et aussi d&#233;sirable qu'aucun autre reste national. Toute nation, tout homme a des traits d&#233;plaisants, m&#234;me dangereux : c'est barbarie de vouloir que le Juif fasse une exception. Il se peut m&#234;me que ces traits pr&#233;sentent chez lui un degr&#233; particulier de danger et d'horreur ; et peut-&#234;tre le jeune boursicotier juif est-il en somme l'invention la plus r&#233;pugnante de la race humaine. Malgr&#233; tout, je voudrais, savoir combien, dans une r&#233;capitulation totale, on doit pardonner &#224; un peuple qui, non sans notre faute &#224; tous, a parmi tous les peuples eu l'histoire la plus p&#233;nible, et &#224; qui l'on doit l'homme le plus digne d'amour (le Christ), le sage le plus int&#232;gre (Spinoza), le livre le plus puissant et la loi morale la plus influente du monde. En outre : aux temps les plus sombres du moyen-&#226;ge, quand le rideau des nuages asiatiques pesait lourdement sur l'Europe, ce furent des libres-penseurs, des savants, des m&#233;decins juifs qui maintinrent le drapeau des lumi&#232;res et de l'ind&#233;pendance d'esprit sous la contrainte personnelle la plus dure, et qui d&#233;fendirent l'Europe contre l'Asie ; c'est &#224; leurs efforts que nous devons en grande partie qu'une explication du monde plus naturelle, plus raisonnable, et en tout cas affranchie du mythe, ait enfin pu ressaisir l&#224; victoire, et que la cha&#238;ne de la civilisation, qui nous rattache maintenant aux lumi&#232;res de l'antiquit&#233; gr&#233;co-romaine, soit rest&#233;e ininterrompue. Si le christianisme a tout fait pour orientaliser l'Occident, c'est le juda&#239;sme qui a surtout contribu&#233; &#224; l'occidentaliser de nouveau : ce qui revient &#224; dire en un certain sens, &#224; rendre la mission et l'histoire de l'Europe une continuation de l'histoire grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre indispensable. &#8212; C'est une vaine id&#233;e d'utopistes et de belles &#226;mes que d'attendre beaucoup encore (ou m&#234;me : beaucoup seulement alors) de l'humanit&#233;, quand elle aura d&#233;sappris de faire la guerre. En attendant, nous ne connaissons pas d'autre moyen qui puisse rendre aux peuples fatigu&#233;s cette rude &#233;nergie du champ de bataille, cette profonde haine impersonnelle, ce sang-froid dans le meurtre uni &#224; une bonne conscience, cette ardeur commune organisatrice dans l'an&#233;antissement de l'ennemi, cette fi&#232;re indiff&#233;rence aux grandes pertes, &#224; sa propre vie et &#224; celle des gens qu'on aime, cet &#233;branlement sourd des &#226;mes comparable aux tremblements de terre, avec autant de force et de s&#251;ret&#233; que ne fait n'importe quelle grande guerre ; les ruisseaux et les torrents qui se font jour alors, roulant il est vrai dans leur cours des pierres et des fanges de toute sorte et ruinant les pr&#233;s des cultures un peu d&#233;licates, remettent ensuite en mouvement, dans des circonstances favorables, les rouages des ateliers de l'esprit, qui se reprennent &#224; tourner avec une force nouvelle. La civilisation ne peut absolument pas se passer des passions, des vices et des m&#233;chancet&#233;s. &#8212; Lorsque les Romains parvenus &#224; l'Empire furent un peu las des guerres, ils essay&#232;rent de retirer de nouvelles forces des battues &#224; la b&#234;te fauve, des combats de gladiateurs et des pers&#233;cutions contre les chr&#233;tiens. Les Anglais d'aujourd'hui, qui semblent en somme avoir aussi renonc&#233; &#224; la guerre, prennent un autre moyen de recr&#233;er ces forces qui d&#233;croissent : ces p&#233;rilleux voyages de d&#233;couvertes, ces travers&#233;es, ces ascensions, entrepris, &#224; ce qu'on dit, pour des buts scientifiques, en r&#233;alit&#233; pour rapporter chez eux des aventures, des dangers de toute nature, un suppl&#233;ment de force. On inventera sous diverses formes de pareils substituts de la guerre, mais peut-&#234;tre feront-ils voir de plus en plus qu'une humanit&#233; d'une culture aussi &#233;lev&#233;e et par l&#224; m&#234;me aussi fatigu&#233;e que l'est aujourd'hui l'Europe, a besoin non seulement des guerres, mais des plus terribles &#8212; partant de retours momentan&#233;s &#224; la barbarie &#8212; pour ne pas d&#233;penser en moyens de civilisation sa civilisation et son existence m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse, origine d'une noblesse de race. &#8212; La richesse produit n&#233;cessairement une aristocratie de race, car elle met en &#233;tat de choisir les femmes les plus belles, de payer les meilleurs ma&#238;tres, elle procure &#224; l'homme la propret&#233;, le temps d'exercer son corps et surtout la possibilit&#233; d'&#233;viter le travail corporel abrutissant. En ce sens, elle cr&#233;e toutes les conditions n&#233;cessaires pour faire qu'en quelques g&#233;n&#233;rations les hommes se comportent, et m&#234;me se conduisent noblement et vertueusement : la libert&#233; plus grande de conscience, l'absence des mesquineries mis&#233;rables, de l'abaissement devant ceux qui procurent le pain, de l'&#233;pargne sou &#224; sou. &#8212; Pr&#233;cis&#233;ment ces avantages n&#233;gatifs sont la plus riche dot de bonheur pour un jeune homme ; un homme tr&#232;s pauvre se ruine d'ordinaire par sa noblesse de pens&#233;e, il ne professe pas et n'acquiert rien, sa race n'est pas viable. &#8212; Mais il faut l&#224;-dessus consid&#233;rer que la richesse exerce presque les m&#234;mes effets, qu'un homme puisse d&#233;penser trois cents &#233;cus ou trente mille par an : il n'y a d&#232;s lors plus de progression r&#233;elle des circonstances favorables. Seulement, avoir moins, mendier dans son enfance et s'humilier, c'est chose terrible : quoique pour des gens qui cherchent le bonheur dans l'&#233;clat des cours, dans la subordination aux hommes puissants et influents ou qui veulent devenir des princes de l'&#201;glise, cela puisse &#234;tre le bon point de d&#233;part. &#8212; (On y apprend &#224; se courber pour p&#233;n&#233;trer dans les sentiers souterrains de la faveur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relation avec le Moi sup&#233;rieur. &#8212; Tout homme a son bon jour, o&#249; il trouve son Moi sup&#233;rieur ; et la v&#233;ritable humanit&#233; veut qu'on n'appr&#233;cie chacun que d'apr&#232;s cet &#233;tat et non d'apr&#232;s les jours ouvrables de d&#233;pendance et de servilit&#233;. On doit, par exemple, juger et honorer un peintre d'apr&#232;s la vision la plus haute qu'il a &#233;t&#233; capable d'avoir et de rendre. Mais les hommes eux-m&#234;mes ont des relations tr&#232;s diverses avec ce Moi sup&#233;rieur et sont souvent leurs propres com&#233;diens, en ce sens qu'ils recommencent toujours &#224; imiter dans la suite ce qu'ils sont dans ces moments. Beaucoup vivent dans la frayeur et l'humilit&#233; devant leur id&#233;al et voudraient le renier : ils ont peur de leur Moi sup&#233;rieur, parce que, quand il parle, il parle arrogamment. En outre il jouit de la libert&#233; myst&#233;rieuse de venir et de partir comme il veut ; c'est pourquoi on l'appelle souvent un don des dieux, tandis qu'en r&#233;alit&#233; c'est tout le reste qui est un don des dieux (du hasard) : mais lui est de l'homme m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fin des citations de &#034;Humain, trop humain&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Humain,_trop_humain/VIII&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Humain,_trop_humain/VIII&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'o&#249; il d&#233;coule non une pens&#233;e scientifique mais une pens&#233;e ultra-r&#233;actionnaire, raciste, &#233;litiste, violente, anti-humaniste, anti-sociale et anti-socialiste, contre-r&#233;volutionnaire. Comme les etxes suivants le d&#233;montrent !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nietzsche critique, on l'a compris, l'id&#233;e que les id&#233;es libertaires, r&#233;volutionnaires, r&#233;publicaines, socialistes, voire anarchistes affaiblissent l'Homme et que pour y rem&#233;dier, il faut qu'une &#233;lite r&#233;siste et s'extirpe des codes &#233;tablis sous cette influence n&#233;faste, se d&#233;barrasse de toute morale et ne craigne pas de faire table rase des sentiments &#171; trop humains &#187;. Ne regardez pas du c&#244;t&#233; d'Hitler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1100&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1100&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5599&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5599&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1261&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1261&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5438&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5438&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Spinoza et Marx</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7660</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article7660</guid>
		<dc:date>2026-04-22T22:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Spinoza et Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
par Charles Bonnier &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
La Th&#233;orie des Classes &lt;br class='autobr' /&gt; Concludimus itaque in potestate uniuscujusque hominis non esse ratione semper uti et in summo humanae libertatis fastigio esse, et tamen unumquemque semper, quantum in se est, conari suum esse conservare. (Nous concluons donc qu'il n'est pas au pouvoir de chaque homme de toujours user de la raison, et qu'elle est le summum de la libert&#233; humaine, et pourtant chacun essaie toujours, autant qu'il est en lui-m&#234;me, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Spinoza et Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Charles Bonnier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Th&#233;orie des Classes&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Concludimus itaque in potestate uniuscujusque hominis non esse ratione semper uti et in summo humanae libertatis fastigio esse, et tamen unumquemque semper, quantum in se est, conari suum esse conservare.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Nous concluons donc qu'il n'est pas au pouvoir de chaque homme de toujours user de la raison, et qu'elle est le summum de la libert&#233; humaine, et pourtant chacun essaie toujours, autant qu'il est en lui-m&#234;me, de pr&#233;server son propre &#234;tre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza montre que la raison d'&#234;tre est le principe m&#234;me de toute existence, de tout organisme physique ou social. L'autre raison n'est qu'une vision sup&#233;rieure, g&#233;n&#233;rale, donn&#233;e &#224; quelques &#234;tres, une facult&#233; de comprendre momentan&#233;ment &#224; c&#244;t&#233; de leur raison d'exister celle que d'autres cr&#233;atures poss&#232;dent au m&#234;me titre qu'eux. Au fond la raison n'est que l'extension de la raison d'&#234;tre. Par suite elle se d&#233;termine &#224; elle-m&#234;me sa limite par le nombre de raisons d'&#234;tre qu'elle a embrass&#233;es. Mais il faut toujours qu'elle s'appuie sur sa base in&#233;branlable, sa raison d'&#234;tre. Si elle l'abandonnait, ne f&#251;t ce qu'un moment, l'&#234;tre perdrait non seulement l'&#233;quilibre mais toute relation avec les autres &#234;tres. On a pu se figurer, id&#233;e ch&#232;re aux professeurs de philosophie : &#171; L'esprit, une fois en possession de la v&#233;rit&#233;, ne relevant plus ni du prince (ou du roi d'Italie ?), si de la soci&#233;t&#233;, ni de l'humanit&#233; ; la v&#233;rit&#233; elle m&#234;me devenant avec son ordonnance et son encha&#238;nement le milieu imm&#233;diat de l'esprit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un milieu est soumis &#224; la notion et &#224; la mesure d'espace. Peut-on se figurer &#8212; hors d'une chaire de facult&#233; &#8211; une v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire une conception qui n'est que la mesure ad&#233;quate couvrant certains faits, imposant tout d'un coup son ordonnance et son encha&#238;nement aux objets, qui au contraire la forment, comme une couverture s'adapte &#224; la forme des objets couverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx reprochait d&#233;j&#224; &#224; Proudhon &#171; de cr&#233;er un id&#233;al de justice, de justice &#233;ternelle et de le tirer des rapports l&#233;gaux r&#233;pondant &#224; la production des marchandises&#8230;. puis, par un proc&#232;s contraire, voulant modeler la v&#233;ritable production des marchandises et le droit r&#233;el qui en r&#233;sulte sur cet id&#233;al. Que penserait-on d'un chimiste qui, au lieu d'&#233;tudier les v&#233;ritables lois des transformations de la mati&#232;re&#8230;. voudrait remodeler ces transformations sur les id&#233;es &#233;ternelles de la &#171; naturalit&#233; &#187; et de l' &#171; affinit&#233; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Proudhon a &#233;t&#233; encore surpass&#233;, &#171; Il nous plaira &#187; dit son successeur direct, &#171; &#224; travers l'&#233;volution &#224; demi m&#233;canique des formes &#233;conomiques et sociales, de faire sentir toujours cette haute dignit&#233; de l'esprit libre, affranchi de l'humanit&#233; elle-m&#234;me par l'&#233;ternel univers. &#187; Il faudrait pour que l'esprit p&#251;t &#234;tre affranchi de l'humanit&#233; qu'il s'aflranch&#238;t de lui-m&#234;me, puisqu'il fait partie de l'humanit&#233;, puisqu'il est le produit d'une raison d'&#234;tre. Bien plus, en admettant m&#234;me cette proposition &#233;norme, est-ce que l'&#233;ternel univers ne le r&#233;duirait pas &#224; une autre sorte d'esclavage ? Spinoza qui a, plus que tout autre philosophe, mesur&#233; l'univers qu'il a r&#233;duit &#224; des formules de force, reconna&#238;t qu'&#224; la base de tout est cette nature individuelle, qui ne poss&#232;de qu'une raison d'&#234;tre. Quand elle en est consciente, c'est-&#224;-dire lorsque les &#171; passions &#187; ne dominent pas en elle l'action, elle peut alors comprendre les affinit&#233;s qu'elle a avec les autres raisons d'&#234;tre et se construire ainsi une raison g&#233;n&#233;rale. A plus forte raison dans une soci&#233;t&#233;. Un individu na&#238;t et se d&#233;veloppe dans un milieu qui favorise ou contrarie sa nature ; les chocs ou les impulsions qu'il subit l'aident&#224; comprendre sa propre nature, c'est &#224; dire sa raison d'&#234;tre. Il la reconna&#238;tra d'autant plus facilement que le milieu sera plus favorable &#224; son &#233;panouissement. S'il appartient aujourd'hui &#224; la vari&#233;t&#233; dite bourgeoise, il se d&#233;veloppera sans contrainte, car il trouvera dans le syst&#232;me de la production, dans les lois sociales, un encouragement et une aide. Si au contraire une mauvaise &#233;toile l'a fait na&#238;tre dans la sous-classe du prol&#233;tariat, ou bien il dispara&#238;tra, domin&#233; ou entrain&#233; par des forces plus puissantes que la sienne ; il mourra de mis&#232;re ; ou bien il d&#233;couvrira que d'autres &#234;tres souffrent les m&#234;mes peines que lui, d'autres raisons d'&#234;tre que la sienne sont opprim&#233;es. Alors la souffrance, l'adversit&#233; formeront des &#234;tres durs &#224; la lutte, et ce qui devait &#233;craser l'&#234;tre le perfectionnera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu &#224; peu les circonstances elles-m&#234;mes se mettront de son c&#244;t&#233;, car le milieu social sera de plus en plus influenc&#233; par cet &#233;l&#233;ment compact, nouveau, dont il n'aura pu se d&#233;barrasser ; l'existence d'un &#233;l&#233;ment r&#233;fractaire modifiera le milieu, et celui-ci s'y adaptera. Il faut remarquer que, m&#234;me dans les moments les plus durs &#224; la sous-classe du prol&#233;tariat, le capital et la classe hourgeois ont d&#251; conserver forc&#233;ment les &#233;l&#233;ments r&#233;sistants qui leur &#233;taient utiles, et c'est ainsi que, suivant la parole de Marx, le Capital a d&#233;velopp&#233; l'&#233;l&#233;ment qui le d&#233;truira &#8212; sa n&#233;gation &#8212; le Prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par la destruction de la petite industrie et du travail domestique, le Capital an&#233;antit les derniers refuges de la masse et ainsi la soupape de s&#251;ret&#233; de toute la combinaison sociale du proc&#232;s de production ; il intensifie les contradictions et les antagonismes de ses formes capitalistes, et en m&#234;me temps, les &#233;l&#233;ments formateurs d'une nouvelle et les &#171; moments &#187; d'agonie de l'ancienne soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe en un mot chez la plupart des hommes une impuissance naturelle &#224; discerner la force qui les r&#233;git, c'est-&#224;-dire leur raison d'&#234;tre et &#224; plus forte raison celle qui d&#233;termine les autres hommes. Lorsqu'un Corn&#233;ly par exemple, dit : &#171; je ne connais pas de classes ; il est absurde d'en parler &#187;, il ne fait qu'exprimer l'opinion c'est-&#224;-dire l'ignorance g&#233;n&#233;rale. On ne conna&#238;t pas son d&#233;terminant mais on pr&#233;tend savoir parfaitement ce que sont &#171; la justice, la v&#233;rit&#233;, telle ou telle forme de gouvernement, voiles qui ont &#233;t&#233; mis devant le temple du Capital par les fripons pour duper les imb&#233;ciles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une forme de gouvernement, qu'on l'appelle aristocratie, absolutisme ou d&#233;mocratie ; ce n'est que l'apparence qui cache la r&#233;alit&#233; sociale. Jamais une classe ne dira quelle est sa raison d'&#234;tre ; elle mettra en avant son pr&#233;texte d'exister. La monarchie repr&#233;sentera une forte bureaucratie centralis&#233;e de privil&#233;gi&#233;s dont l'expression sera un roi ; l'aristocratie sera la classe m&#234;me des privil&#233;gi&#233;s au pouvoir, avec un coll&#232;gue (duc ou doge) pour chef nominal ; la r&#233;publique enfin sera une classe sans chef, repr&#233;sent&#233;e sucessivement par ses diverses fractions. Voil&#224; la raison d'&#234;tre de ces trois formes ; le pr&#233;texte pour la royaut&#233; sera le droit divin ; pour la noblesse le privil&#232;ge de la race ; pour la r&#233;publique les droits de l'homme et du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces classes ne subsistera une minute apr&#232;s le divorce du pr&#233;texte et de la raison d'&#234;tre. &#171; Les hommes, dit Spinoza, sont men&#233;s plut&#244;t par le d&#233;sir aveugle que par la raison ; et ce d&#233;sir, c'est leur puissance naturelle, leur raison d'&#234;tre [1] &#187;. Ici le mot passion est pris dans son sens &#233;tymologique de passivit&#233; ; en politique les passions troublent le d&#233;veloppement des diff&#233;rentes raisons d'&#234;tre et obscur cissent, comme dans une Affaire r&#233;cente, par des conceptions &#233;trang&#232;res les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes classes, les faisant agir &#224; rebours de leurs v&#233;ritables besoins ; les partis politiques souffrent de ces crises et sont longtemps &#224; s'en remettre. Il faut compter avec ces passions mais ne s'en laisser jamais influencer ; tout au plus les diriger pour le plus grand mal de la classe ennemie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ce droit, Spinoza entend la compr&#233;hension m&#234;me des lois de la nature et d'une nature ; et il le limite par la puissance m&#234;me (c'est-&#224;-dire la force) de l'individu ; et l'homme qui agit suivant les lois de sa propre nature agit selon le droit supr&#234;me de la nature [2]. L'homme, et par suite la classe n'existent en politique que comme puissance, et la constatation de cette puissance n'est faite que par l'affirmation de sa nature. Le voile, c'est-&#224;-dire le pr&#233;texte, est mis non seulement pour cacher la v&#233;ritable raison d'&#234;tre d'une classe aux autres classes, mais aussi pour la faire oublier aux membres de cette classe et les faire agir ainsi plus librement, sans avoir besoin d'&#234;tre hypocrites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres formes de gouvernements sont toutes tomb&#233;es aujourd'hui ; la forme r&#233;publicaine (et par l&#224; on entend aussi bien royaut&#233; constitutionnelle que pr&#233;sidence) a surv&#233;cu. C'est elle qui a &#171; uni &#187; ou qui a &#171; divis&#233; le moins &#187; suivant le fameux mot de Thiers, les diff&#233;rentes fractions de la classe bourgeoise ; c'est le pr&#233;texte qui couvre leurs app&#233;tits et leur soif de pouvoir ; c'est aussi celui qui masque le mieux le Capital tout en lui permettant son plus libre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, de ce coup d'&#339;il critique qui perce tous les voiles, avait d&#233;couvert le fourbe et l'erreur. &#171; Le capitaliste [3], &#233;crit-il, n'est pas capitaliste parce qu'il est directeur industriel, mais il devient directeur industriel parce qu'il est capitaliste &#187; et plus loin. &#171; Cette croyance b&#233;n&#233;vole au g&#233;nie d'invention, que manifeste le capitaliste isol&#233; dans la division du travail, s'est r&#233;fugi&#233;e dans la cervelle de professeurs allemands&#8230; le plus ou moins d'emploi de la division du travail d&#233;pend de la longueur de la bourse, et non de la grandeur du g&#233;nie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, c'est la possession du capital qui est la raison d'&#234;tre ; les aptitudes commerciales ne sont que le pr&#233;texte. Il en est de m&#244;me de l'Etat bourgeois par excellence, de la R&#233;publique. Les Capitalistes s'en sont empar&#233;s, non parce qu'ils &#233;taient partisans des id&#233;es vulgaires qu'entra&#238;n&#233; ce mot, mais parce que le Capital exigeait cette forme sp&#233;ciale, qui le d&#233;barrasse des entraves apport&#233;es par le restant des classes privil&#233;gi&#233;es. Aux &#201;tats-Unis o&#249; les voiles et les pr&#233;textes ont disparu, la classe capitaliste, repr&#233;sent&#233;e par les rois de l'Argent, du Fer, du P&#233;trole, etc., gouverne sans contrainte et presque sans hypocrisie, Bryan, le candidat d&#233;mocrate malheureux &#224; la pr&#233;sidence, le disait dans sa derni&#232;re campagne : &#171; Les Rouages du Gouvernement sont employ&#233;s pour favoriser les int&#233;r&#234;ts de ceux qui sont en position de s'assurer des faveurs du gouvernement &#187;. Voil&#224; ce qui est la raison d'&#234;tre de la R&#233;publique am&#233;ricaine ; le pr&#233;texte ce sont les fameuses maximes de Jefferson : &#171; droits &#233;gaux &#224; tous, privil&#232;ges sp&#233;ciaux &#224; aucun &#187; et de Lincoln &#171; gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison d'&#234;tre et Patriotisme de Classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Peccat ego civitas, quando es agit, vel fieri patitur, qune causa esse possuat ipsius ruinae : atque tam eamdem eo sensu peccare dicimus, quo Philosophi vel Medici peccare dicuni, et hoc sensu dicere possumus civitatem peccare, quando contra Rationis diclamen aliquid agit. &#187; (Tract. Poli. Ch. IV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Que la ville p&#233;che, lorsqu'elle agit ou permet que cela se fasse, afin qu'elle soit la cause de sa propre chute : et nous disons qu'elle p&#232;che dans le m&#234;me sens dans lequel on dit que les philosophes ou les docteurs p&#233;chent, et en ce sens, nous pouvons dire que la ville p&#232;che lorsqu'elle fait quelque chose de contraire aux pr&#233;ceptes de la Raison.)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une cit&#233;, une patrie sont des cadres mobiles renfermant des individus qui peuvent, par d&#233;finition, y &#234;tre contenus. Ce sont les mouvements d'expansion ou de r&#233;traction de ces individus qui cr&#233;ent l'individualit&#233; m&#234;me du cadre qui &#224; son tour r&#233;agit sur les existences qu'il contient et les remod&#232;le. Il s'&#233;tablit ainsi un rapport entre le contenant et le contenu, qu'il s'agisse de l'eau dans un vase ou de citoyens dans une cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza, n&#233; dans un si&#232;cle o&#249; la th&#233;ologie dominait les Esprits, ne f&#251;t-ce que par ses formules, a qualifi&#233; de p&#233;ch&#233; le plus grand crime que puisse commettre un individu ou une cit&#233; : c'est-&#224;-dire d'&#234;tre la cause de sa propre ruine. Ce terme de p&#233;ch&#233; peut &#234;tre remplac&#233;, dans un sens plus moderne, par celui de d&#233;s&#233;quilibre. P&#233;cher contre la raison d'&#234;tre signifie &#171; suicide &#187; (felo de se, comme dit la loi anglaise), car cette raison est la base m&#234;me de l'existence. Il serait int&#233;ressant d'examiner combien les grands mots de patriotisme, d'orgueil national, n'ont &#233;t&#233; employ&#233;s que pour cacher cette supr&#234;me raison, celle qu'on n'invoque jamais et &#224; laquelle on pense toujours, la raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on suppose une nation, telle qu'elle est constitu&#233;e aujourd'hui en p&#233;riode industrielle, comme aurait dit Fourier. Sa raison d'&#234;tre est son industrie, et c'est par cons&#233;quent le mot qu'on ne prononcera jamais mais qui d&#233;terminera cependant toutes les actions de ce groupe d'individus. Une classe se formera, produit du d&#233;veloppement de l'industrie et agira &#224; son tour pour le plus grand bien de cette industrie. Si cette classe devait se d&#233;velopper math&#233;matiquement, sans obstacle, on pourrait calculer exactement le moment o&#249; elle serait ad&#233;quate &#224; l'industrie m&#234;me qu'elle incarne, mais il n'en est presque jamais ainsi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres classes en effet existent &#224; c&#244;t&#233; d'elle ; les unes, incarnations de puissances et d'&#233;l&#233;ments du pass&#233;, formant un poids mort que la classe bourgeoise doit tra&#238;ner et qui paralysent son mouvement ascensionnel ; et encore ces classes pourraient s'&#233;liminer graduellement, mais l'industrie pour son d&#233;veloppement m&#234;me a besoin du travail d'une autre classe qu'elle exploite et pourtant d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc les &#233;l&#233;ments que la bourgeoisie moderne entra&#238;ne dans son orbite ; le Clerg&#233;,- la Noblesse ne peuvent que retarder sa marche, et m&#234;me dans certaines occasions elles lui servent de d&#233;rivatif, comme les app&#226;ts qu'on jette aux loups en Russie pour retarder leur poursuite, d'o&#249; l'excellence du cl&#233;ricalisme par exemple, que la bourgeoisie subventionne par le Concordat en France, pour l'avoir toujours sous la main, afin de le jeter en p&#226;ture aux lutteurs du Prol&#233;tariat. Le patriotisme et la raison d'&#234;tre de la bourgeoisie , c'est l'industrie, c'est le commerce. La partie bourgeoise est r&#233;gie par les besoins du commerce ; la guerre patrio- tique par excellence est aujourd'hui la guerre commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que les socialistes ne cessent de r&#233;p&#233;ter, mais &#8212; remarquons-le bien &#8212; sans jamais bl&#226;mer la bourgeoisie d'accomplir sa mission historique. Il est m&#234;me curieux que le seul argument qui serait inattaquable, les journaux aux gages de la bourgeoisie ne l'emploient jamais. Si l'Angleterre avait r&#233;pondu aux nations du Continent : &#171; j'attaque les r&#233;publiques du sud de l'Afrique parce que c'est une question de vie ou de mort pour mon commerce que l'extraction d'un &#233;l&#233;ment &#233;tranger et r&#233;fractaire &#187;, qu'auraient pu r&#233;pondre les autres nations qui agissent exactement de m&#234;me chaque fois que leur raison d'&#234;tre commerciale est menac&#233;e ou contrari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on n'invoque jamais cet argument de la raison d'&#234;tre, c'est qu'il est le dernier. C'est le voile d'Isis ; si on le soul&#232;ve et cela arrive fatalement un jour ou l'autre, on ne trouve plus rien, car cet argument ou ce voile &#233;tait l'existence m&#244;me de la classe. C'est pourquoi on lui a superpos&#233; d'autres arguments artificiels qu'on appelle patriotisme, civilisation, religion, pour arr&#234;ter les curieux, les violateurs de temples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe n'a jamais eu &#224; r&#233;pondre &#224; l'heure critique que ceci &#171; je d&#233;fends mon existence parce que je ne puis me suicider. &#187; C'est l&#224; le p&#233;ch&#233; impardonnable dont parle Spinoza. Mais la r&#233;plique de la part de l'agresseur est simple : &#171; En d&#233;truisant l'&#234;tre, je supprime la raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; tout le milieu &#233;conomique favorise l'rav&#232;nement d'une classe, il n'est m&#234;me pas besoin pour elle de justification, except&#233; celle que donne Spinoza : &#171; Tantum juris habet quantum potentia valet. &#187; Le machinisme de la grande industrie ne s'est pas justifi&#233; lorsqu'il a d&#233;truit la manufacture ; il a exist&#233; tout simplement, c'&#233;tait toute la raison qu'il avait &#224; donner. De m&#234;me le prol&#233;tariat, au moment o&#249; il saisira le pouvoir trouvera les esprits tellement transform&#233;s par l'&#233;volution &#233;conomique qu'il n'aura qu'&#224; donner acte de sa mission historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; moment &#187; troublant est celui que nous traversons, car les deux classes, comme deux chevaux dans une course, se trouvent &#224; la m&#234;me distance du but ; ils se balancent. Aussit&#244;t que le prol&#233;tariat aura d&#233;pass&#233;, ne fut-ce que d'une t&#234;te, la classe bourgeoise mont&#233;e par son jockey, le capital, l'opinion publique h&#233;sitante jusque-l&#224; penchera de tout son poids en sa faveur et les paris seront pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en attendant ce moment, la Bourgeoisie qui sent son avantage &#224; &#234;tre adapt&#233;e &#224; son milieu, reproche au Prol&#233;tariat de vouloir &#171; le &#187; d&#233;truire ; elle l'accuse de vouloir supprimer la patrie qu'elle pr&#233;tend repr&#233;senter. D'o&#249; l'accusation de &#171; sans patrie &#187; que l'on jetait jadis &#224; la bourgeoisie et qu'elle relance aujourd'hui au Prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle peut et doit &#234;tre la r&#233;ponse de ce dernier, simplement la suivante : [&#171; ] comme classe je ne puis admettre que les &#233;l&#233;ments qui favorisent ma raison d'&#234;tre ; il serait vain de vouloir m'enthousiasmer pour les obstacles qui entravent ma marche en avant. La patrie telle que vous, Bourgeois, la concevez, dans sa forme &#233;troite et protectionniste, m'emp&#234;che de m'unir aux prol&#233;tariats des autres pays, qui souffrent et luttent comme moi pour le r&#233;sultat que je cherche &#224; obtenir. Les entraves au d&#233;veloppement international ne me sont oppos&#233;s que dans l'int&#233;r&#234;t d'une patrie qui ne repr&#233;sente ni mes besoins ni mes aspirations. Je combats donc tout ce qui r&#233;tr&#233;cit la patrie &#224; laquelle j'appartiens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la r&#233;ponse que, comme classe isol&#233;e, le prol&#233;tariat peut faire &#224; la bourgeoisie. Mais en m&#234;me temps il a conscience et pressentiment du r&#244;le qu'il est appel&#233; uu jour &#224; jouer, et que Marx a r&#233;sum&#233; ainsi : &#171; suppression du mode de production capitaliste et suppression des classes [ &#187;]. ll sait que sa raison d'&#234;tre,dans son plein &#233;panouissement, sera la destruction des classes et l'union de l'humanit&#233; en un tout harmonique : l'Internationale. Il faut donc qu'il conserve et d&#233;veloppe tout ce qui, dans la patrie actuelle, favorise son d&#233;veloppement, et ces &#233;l&#233;meats auxiliaires il les transportera un jour pour les remettre au d&#233;p&#244;t commun de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme classe destructive des classes, le Prol&#233;tariat doit &#234;tre patriote, mais patriote d'une patrie qui se transformera, en s'y adaptant, en soci&#233;t&#233; communiste. Cette op&#233;ration, Spinoza la d&#233;finit ainsi : Lorsque nous disons que quiconque peut disposer comme il veut un &#233;l&#233;ment qui lui appartient de droit, cette puissance doit &#234;tre d&#233;finie non seulement par la puissance de l'agent, mais encore par l'aptitude de ce patient m&#234;me [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il donne ainsi les deux mesures de la patrie que poss&#232;de toute raison d'&#234;tre, qu'elle appartienne &#224; un individu ou &#224; une classe. La puissance et la patience de l'esprit d&#233;termine l'attaque, l'agression ; la classe prol&#233;- tarienne par exemple s'&#233;tend par son organisation, par la conqu&#234;te qu'elle a faite des municipalit&#233;s, de si&#232;ges de d&#233;put&#233;s et par les quelques lois protectrices du travail qu'elle a arrach&#233;es au pouvoir ennemi. Voil&#224; la puissance, c'est-&#224;-dire le droit qu'elle poss&#232;de ; partout o&#249; elle peut exercer cette puissance, partout est sa patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce territoire qui envahit une classe destin&#233;e au triomphe en mesure m&#234;me les progr&#232;s par son aptitude &#224; lui c&#233;der. C'est lui qui d&#233;finit la classe ; et la patrie du prol&#233;tariat peut se mesurer par les conqu&#234;tes qu'il a faites et qu'il fait tous les jours. Il arrache &#224; la bourgeoisie tout ce qui peut &#234;tre utile &#224; son d&#233;veloppement &#224; lui. Ce ne sera pourtant que lorsque la patrie (c'est-&#224;-dire la terre conquise) du prol&#233;tariat sera plus grande que la part r&#233;serv&#233;e &#224; la bourgeoisie que l'on pourra parler de patriotisme prol&#233;tarien. D'ailleurs le prol&#233;tariat n'a-t-il pas un exemple dans l'histoire du pass&#233; ? Ce ne fut que lorsque les gens du Thiers eurent accapar&#233;, par la confiscation et l'incendie, la propri&#233;t&#233; territoriale de la noblesse et du clerg&#233;, qu'ils purent avec raison se nommer &#171; Patriotes &#187;. En r&#233;alit&#233;, ce fut d&#232;s ce moment qu'ils eurent quelque chose &#224; d&#233;fendre contre les anciens propri&#233;taires, qui, eux, n'avaient plus de raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant le prol&#233;tariat fonde l'Internationale, mais qu'on le remarque bien, l'Internationale pour la lutte, l'Internationale de l'organisation ouvri&#232;re et socialiste. Il faut bien distinguer en effet entre l'Internationale des travailleurs qui existe aujourd'hui et qui fonctionne, et dont le but est la suppression du mode de production capitaliste, et l'Internationale humaine qui n'existera qu'apr&#232;s la suppression des classes. En ce sens Pottier avait raison d'&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Levons-nous, et demain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sera le genre humain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contemplation et l'action ne font qu'un en poli tique, o&#249; toute id&#233;e devient acte et tout acte se transforme en id&#233;e par r&#233;percussion. Mais, avant ce stage, avant que l'on ne poss&#232;de ce que Balzac appelle quelque part &#171; une t&#234;te m&#233;tallique &#187;, ne consid&#233;rant plus que les effets &#224; produire ; avant ce temps, une passion vous a lanc&#233; dans la politique et c'est votre raison d'&#234;tre qui a pr&#233;domin&#233; en vous et vous a pouss&#233; &#224; reconna&#238;tre la raison d'&#234;tre d'une classe et d'un parti. Ceci a &#233;t&#233; plut&#244;t l'effet d'une impulsion ; c'est &#224; ce moment que les sentiments du juste et de l'injuste (formes id&#233;ales pour vos besoins essentiels d' &#171; &#234;tre &#187;) peuvent vous d&#233;terminer : ce sont vos &#171; propri&#233;t&#233;s &#187;, comme le dit Spinoza [5]. Mais, aussit&#244;t le choix fait &#8212; et en politique il n'y a qu'un choix, comme il n'y a qu'un acte pour un homme, pour un parti, pour une classe, &#8212; il faut revenir &#224; la conception de Spinoza ; ne plus se consid&#233;rer que comme une force en lutte avec d'autres forces ; juger celles-ci, t&#226;cher de les comprendre, et ne les b&#233;nir ni les maudire. C'est leur &#234;tre, leur &#171; natura naturata &#187; qui pourrait m&#233;riter ces passions ; leur &#171; raison d'&#234;tre &#187; n'est qu'un sujet &#224; calcul et &#224; dosage. C'est cette intelligence, si rare en politique, qui permettait &#224; Marx, comme l'a dit Engels, de doser, d'appr&#233;cier les &#233;v&#233;nements qui se passaient sous ses yeux et d'en discerner les lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui le rend l'&#233;gal de ces deux g&#233;ants de la pens&#233;e politique ; Spinoza et Machiavel. Ces deux grands penseurs et leur doctrine sont loin d'avoir fourni toute leur part &#224; l'activit&#233; humaine ; Machiavel [6] n'a &#233;t&#233; que le conseiller des princes pendant tout le 16&#176; si&#232;cle ; quant &#224; Spinoza son trait&#233; politique, apr&#232;s avoir fait horreur au si&#232;cle pendant lequel il avait &#233;t&#233; &#233;crit, a paru retomber dans l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant l'un comme l'autre, ils ont &#233;tabli la loi supr&#234;me des forces humaines en conflit ; ils ont fix&#233; la science de la pens&#233;e active contr&#244;lant les forces et les faisant mouvoir. Marx, bien par del&#224; Hegel et la philo- sophie allemande, a &#233;t&#233; retrouver ses parrains comme on disait au moyen-&#226;ge, ceux qui lui fournirent ses armes les meilleures et lui donn&#232;rent la tactique que lui seul pouvait appliquer. Pendant ce temps que faisaient les intellectuels et les Docteurs ? Qu'est-ce d'abord qu'&#234;tre intellectuel ? N'est-ce pas avoir l'habitude d'un milieu pr&#233;par&#233;, d'instruments et de renseignements tout faits ? Aussi bien dans un laboratoire que dans une archive, la somme d'&#233;nergie cr&#233;atrice est minime, car on n'y fait que se laisser aller &#224; une impulsion d&#233;j&#224; imprim&#233;e. C'est une erreur de croire que l'habitude, l'entra&#238;nement de la science, produisent les grands savants. Ceux-ci sont les cr&#233;ateurs de leur propre milieu, de leurs propres instruments, de leur propre m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc distinguer entre l'habitude de la pens&#233;e toute faite, de la m&#233;thode toute pr&#234;te et l'acte de cr&#233;ation intellectuelle. Lorsqu'un grand savant meurt, l'impulsion qu'il a donn&#233;e, l'&#233;nergie qui se d&#233;gage de son &#339;uvre, transportent encore pendant quelque temps ses disciples imm&#233;diats. Mais bient&#244;t le poids mort, le &#171; dead weight &#187;, le poids de la mati&#232;re inorganique, intransformable, s'accumule sur les &#171; intellectuels &#187; et leur &#244;te jusqu'&#224; la volont&#233; de trouver ou d'inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, vouloir transporter la science, l'intellectualit&#233; plut&#244;t, sur le terrain de l'action politique, serait justement livrer le maniement des choses &#224; des manchots. Qu'on se figure Renan dans une assembl&#233;e ; d'ailleurs il n'en est pas besoin ; on a vu son ami Berthelot &#224; l'&#339;uvre. Claude Bernard a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; par Paul Bert, et tutti quanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet la r&#233;flexion (ici dans le sens litt&#233;ral du mot) tue l'action et surtout cette facult&#233; de recul imm&#233;diat et de jugement actif, qui permet &#224; un Marx de &#171; saisir &#187; un ph&#233;nom&#232;ne dans son proc&#232;s m&#234;me et de l'objectiver, le reliant &#224; une s&#233;rie de ph&#233;nom&#232;nes connexes, au moment m&#234;me o&#249; il appara&#238;t. Un intellectuel de marque serait incapable de cette &#171; sagacit&#233; &#187;, si nous entendons par ce mot une &#171; sagesse qui agit &#187;. Dans l'industrie plut&#244;t, chez les &#171; pratiquants &#187;, qui ne sont pourtant pas &#233;loign&#233;s de la vision scientifique, peut-&#234;tre trouverait-on ce que la science peut donner de plus &#233;nergique et de plus actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel n'est donc qu'un reliquat, un poids mort. Lorsqu'on jouit ainsi du travail des autres, lorsqu'il a suffi simplement de s'adapter aux d&#233;couvertes, tout en &#233;tant incapable de les d&#233;velopper, l'on m&#233;rite le beau nom de savant distingu&#233;. C'est une des grandes joies de notre &#233;poque que cet accolement d'une &#233;pith&#232;te de salon &#224; l'une des plus hautes qualit&#233;s de l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, si le savant distingu&#233; ne devient pas vulgarisateur, sa mission, son message, comme on dit en Angleterre, est de parler &#224; la foule, et il gagne alors en popularit&#233; ce qu'il perd en s&#233;rieux. D'o&#249; cette farce qu'on appelle &#171; la Conf&#233;rence &#187; populaire, Association philotechnique ou Universit&#233;. Il s'agit d'&#233;tablir cette &#233;chelle de Jacob qui permettra aux simples et aux ignorants de ce monde de monter jusqu'&#224; l'empyr&#233;e de la science. Et l'on n'oublie qu'une chose c'est que les conf&#233;renciers n'ont &#171; rien &#187; &#224; transmettre ; le savant pourrait &#234;tre compris du peuple ; l'adaptateur, jamais. En effet, il y a plus d'&#233;nergie et par cons&#233;quent plus de potentialit&#233; de science chez un ouvrier qui travaille &#224; se rendre ma&#238;tre de son outil, chez un contre-ma&#238;tre qui introduit un perfectionnemenf dans une machine que chez tous les savants de salon et d'antichambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence de la science m&#234;me est en eux ; et ils sont les &#233;gaux du vrai savant, parce qu'ils n'ont pas l'accumulation, le poids mort des r&#233;sultats inutilis&#233;s &#224; s'assimiler ; parce qu'ils poss&#232;dent l'&#233;lan, le ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re ce qu'on appelle souvent avec m&#233;pris un &#171; autodidacte &#187;, un homme qui a fait son instruction lui-m&#234;me dans ces ann&#233;es pr&#233;cieuses dont parle Balzac, entre vingt et trente ans, on verra que comme &#171; qualit&#233; &#187; son &#233;nergie est sup&#233;rieure, non seulement &#224; celle du savant amateur, mais souvent m&#234;me &#224; celle du savant v&#233;ritable. En effet, il n'a pas &#224; &#171; d&#233;sapprendre, ni &#224; d&#233;blayer &#187; ; il a v&#233;cu en apprenant, c'est-&#224;-dire qu'il a pris de la science ce qu'il lui fallait juste pour son d&#233;veloppement &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le savant a fait tout ce qu'il doit m&#234;me pour la soci&#233;t&#233;, lorsqu'il a expos&#233; sa m&#233;thode et donn&#233; &#224; sa d&#233;couverte sa propre g&#233;n&#233;alogie, pour permettre de la rattacher aux autres. Le peuple &#8212; c'est &#224; dire les autodidactes &#8212; saura bien sans le secours des Universit&#233;s populaires retrouver dans la marchandise-science ce qui est applicable imm&#233;diatement. En un mot, les intellectuels sont les gardiens du palais qui veillent au dehors &#224; ce qu'on n'y entre pas, mais vous distribuent l'adresse des magasins du bon march&#233; et de la vulgarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Bonnier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1], [2] et [5] citations en latin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] p. 331 (ou 391 ?). Capital I.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] p. 367. [(]Note 75).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir la r&#233;volution sociale &#224; Florence, o&#249; l'id&#233;e de classe est saisie sur le fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La science, domaine de l'unit&#233; et de l'ins&#233;parabilit&#233; des contraires dialectiques</title>
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		<dc:date>2026-03-29T22:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
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		<dc:subject>Contradiction</dc:subject>

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&lt;p&gt;La science, domaine de l'unit&#233; et de l'ins&#233;parabilit&#233; des contraires dialectiques &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accouplement de contraires qui se combattent mais ne s'&#233;liminent pas totalement, ne sont que des contraires dialectiques mais pas diam&#233;traux, on n'arr&#234;te pas de trouver ce type de situations dans les sciences. Tous les ph&#233;nom&#232;nes, naturels comme sociaux, n&#233;cessitent la contradiction dialectique pour &#234;tre compris. En fait, les contraires y sont aussi ins&#233;parables qu'onde et particule en physique quantique, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique9" rel="directory"&gt;Des contradictions dynamiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot315" rel="tag"&gt;Contradiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La science, domaine de l'unit&#233; et de l'ins&#233;parabilit&#233; des contraires dialectiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'accouplement de contraires qui se combattent mais ne s'&#233;liminent pas totalement, ne sont que des contraires dialectiques mais pas diam&#233;traux, on n'arr&#234;te pas de trouver ce type de situations dans les sciences. Tous les ph&#233;nom&#232;nes, naturels comme sociaux, n&#233;cessitent la contradiction dialectique pour &#234;tre compris. En fait, les contraires y sont aussi ins&#233;parables qu'onde et particule en physique quantique, ou que charges &#233;lectriques positives et n&#233;gatives, ou encore que chaleur et froid, que mati&#232;re et lumi&#232;re, que mati&#232;re et &#233;nergie, que la vie et la mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de physique quantique sans dialectique des contradictions (onde/corpuscule, vide/mati&#232;re, &#233;ph&#233;m&#232;re/durable, local/non local, temps/espace, attraction/r&#233;pulsion, mati&#232;re/antimati&#232;re, mobile/immobile, continu/discontinu, r&#233;el/virtuel, d&#233;terminisme/ind&#233;terminisme, mati&#232;re/lumi&#232;re, positif/n&#233;gatif, ordre/chaos, s&#233;parabilit&#233;/non-s&#233;parabilit&#233;, attraction/r&#233;pulsion, quantit&#233;/qualit&#233;, coh&#233;rence/d&#233;coh&#233;rence, fini/infini, &#233;mergent/r&#233;ductionniste, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2879&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5017&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3819&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3819&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6440&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article349&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article349&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3805&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3805&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6388&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6388&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article32&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article32&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4460&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4460&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article642&amp;_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-matierevolution-fr.translate.goog/spip.php?article642&amp;_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4902&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5120&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5120&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article659&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article659&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4480&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4480&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4823&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4823&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5660&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5660&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de biologie sans dialectique des contradictions (vie/mort, fixit&#233;/changement des g&#232;nes, h&#233;r&#233;dit&#233;/variations, g&#233;n&#233;tique/&#233;pig&#233;n&#233;tique, conservation/transformation, changement lent et rapide, hasard/n&#233;cessit&#233;, d&#233;terminisme/ind&#233;terminisme, &#233;volution/d&#233;veloppement, &#233;volution/r&#233;volution, &#233;quilibre/d&#233;s&#233;quilibre, micro&#233;volution/macro&#233;volution, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article47&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article545&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article545&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article546&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4380&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4380&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4437&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4437&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article5151&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article5151&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2911&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2911&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique91&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique91&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique35&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique35&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3271&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3271&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article22&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7114&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7114&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de science c&#233;r&#233;brale et psychanalytique sans dialectique des contradictions (Inconscient/conscient, r&#234;ve/r&#233;alit&#233;, pass&#233;/futur, interne/externe, psychanalyse/neurosciences, ordre/chaos, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article193&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article193&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6484&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6484&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5791&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5791&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5319&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5319&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de science de la g&#233;ographie/g&#233;ologie/climatologie sans dialectique des contradictions (r&#233;chauffement/glaciation, chaos/ordre, continu/discontinu, lent/rapide, conservation et transitions de phase, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4064&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4064&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2344&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2344&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4302&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4302&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3898&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3898&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article57&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article57&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4940&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4940&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de science de la pens&#233;e humaine sans dialectique des contradictions (m&#233;moire/effacement, abstrait/concret, homme/animal, rationnel/irrationnel, inn&#233;/acquis, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7976&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3189&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5053&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5053&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2242&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1521&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1521&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique103&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique103&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5420&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de science de l'Histoire sans dialectique des contradictions (d&#233;terminisme/ind&#233;terminisme, hasard/n&#233;cessit&#233;, lois/libert&#233;s, stable/instable, individu/collectivit&#233;, changement lent/rapide, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4859&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4859&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5542&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5542&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5456&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5456&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3152&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3152&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi parler de dialectique de la nature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article6947&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article6947&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique, mode de fonctionnement g&#233;n&#233;ral du changement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique oppos&#233;e &#224; la dialectique s'applique-t-elle en sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception m&#233;taphysique s'oppose &#224; la conception dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article33&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article33&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique des contradictions de Hegel et la science moderne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2424&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6947&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6947&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une contradiction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article572&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6570&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6570&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contradictions diam&#233;trales et contradictions dialectiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3098&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3098&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la dialectique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article29&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article29&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Oui ou non &#187; (exclusif) de la logique formelle (ou des math&#233;matiques) est-il valable en Sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6109&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le passage dialectique de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5717&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5717&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la discontinuit&#233;, g&#233;n&#233;rale et fondamentale, produit l'apparence de continuit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2464&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la dialectique de Hegel l'affirmait, la science d&#233;montre que la nature fait des bonds&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2453&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2453&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auto-organisation, auto-r&#233;gulation, auto-activation, auto-rythmicit&#233;, auto-mouvement, auto-structuration, ou la dialectique de la dynamique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser le monde sans la dialectique des contradictions, c'est l'imaginer sans aucune dynamique....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611n.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611n.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611o.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611o.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611i.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611i.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611j.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611j.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/00/engels_dialectique_nature.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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