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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Jeunesse d'octobre 56 &#224; Budapest</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Jeunesse d'octobre 1956 &#224; Budapest &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;composition du cadavre de Staline &#8211; bien qu'on e&#251;t coll&#233; un chef de cire et qu'on e&#251;t embaum&#233; son uniforme &#8211; ne pouvait emp&#234;cher la pourriture de la dictature. Cette d&#233;composition se fit sentir dans les prisons surtout &#224; partir de 1954, pendant l'&#233;t&#233; Imre Nagy. Le changement se traduisait par une att&#233;nuation des s&#233;vices, par la possibilit&#233; d'&#233;crire et de recevoir quelques lettres, et autres menus adoucissements. (&#8230;) La d&#233;moralisation de la police (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jeunesse d'octobre 1956 &#224; Budapest&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;composition du cadavre de Staline &#8211; bien qu'on e&#251;t coll&#233; un chef de cire et qu'on e&#251;t embaum&#233; son uniforme &#8211; ne pouvait emp&#234;cher la pourriture de la dictature. Cette d&#233;composition se fit sentir dans les prisons surtout &#224; partir de 1954, pendant l'&#233;t&#233; Imre Nagy. Le changement se traduisait par une att&#233;nuation des s&#233;vices, par la possibilit&#233; d'&#233;crire et de recevoir quelques lettres, et autres menus adoucissements. (&#8230;) La d&#233;moralisation de la police secr&#232;te , l'Avo, &#233;tait le signe le plus certain, le plus &#233;c&#339;urant aussi du changement en cours. Les Avo ne savaient pas jusqu'o&#249; allait la transformation du r&#233;gime politique, et ils cherchaient &#224; prendre des gages en nous rendant de petits services : lors d'un brusque revirement, nous pourrions t&#233;moigner pour eux. Le gardien qui me giflait hier &#233;tait maintenant obs&#233;quieux. Dans leurs cerveaux de brutes, les mots n'avaient qu'un sens : les anciens ma&#238;tres disparaissaient, d'autres ma&#238;tres allaient les relayer. Et ils seraient choisis, de pr&#233;f&#233;rence, parmi ceux qui &#233;taient en prison. Peut-&#234;tre certains de nous, qui sait ? Cette masse de mercenaires arm&#233;s que repr&#233;sentait l'Avo &#233;tait en plein d&#233;sarroi : les dirigeants communistes savaient, eux, jusqu'o&#249; ils composeraient, mais ils mettaient une sorte de coquetterie &#224; n'en rien r&#233;v&#233;ler, et les Avo restaient sur leurs gardes, inquiets. L'Avo, c'&#233;tait la plus lourde hypoth&#232;que du r&#233;gime, on l'a bien vu pendant la R&#233;volution. Le 25 et le 26 octobre, par exemple, on a vu surgir dans diff&#233;rents quartiers de Budapest des voitures de l'Avo d'o&#249; ces canailles mitraillaient des femmes qui faisaient la queue devant les boulangeries. Comme s'ils tenaient &#224; exasp&#233;rer la population, &#224; susciter des actes de vengeance spectaculaires, pour permettre en retour une r&#233;pression sauvage, une r&#233;pression totale. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois premi&#232;res semaines d'octobre, (&#8230;) entre les dirigeants du Parti, l'autocritique prenait des dimensions &#233;piques, de jour en jour amplifi&#233;es, cependant que le peuple ni les intellectuels ne se tenaient pour satisfaits. Grignoter les mensonges ne suffisait d&#233;cid&#233;ment plus. Les &#233;crivains, les jeunes universitaires, les ouvriers, tous r&#233;clamaient la v&#233;rit&#233;, tant sur les actes du pass&#233; que sur la situation r&#233;elle du pays. La mise en sc&#232;ne de fun&#233;railles de Rajk visait non pas &#224; la r&#233;habilitation de la victime Rajk, mais &#224; la r&#233;habilitation de ceux qui avaient mis en place l'appareil &#224; obtenir et &#224; utiliser des aveux, de ceux qui avaient ordonn&#233; l'ex&#233;cution de l'ancien ministre, grand inquisiteur &#224; ses heures, l'emprisonnement et la torture pour sa femme et le rapt de son fils. La grossi&#232;re imagerie des chefs &#233;gar&#233;s &#233;tait remplac&#233;e &#224; pr&#233;sent par la grossi&#232;re imagerie des chefs repentants et morfondus. Les foules, certes, en avaient &#233;t&#233; saisies, mais pas comme les psychologues et propagandistes l'avaient voulu. Les Hongrois n'acceptaient plus le mensonge, que ce f&#251;t pour noircir les uns, ou pour blanchir les autres. Si, jusqu'au 6 octobre, date de ces fun&#233;railles sinistres au cimeti&#232;re Kerepesi, la r&#233;volte grondait sourdement, pendant les jours qui suivirent, elle s'exprima, pr&#233;cise et imp&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;unions du Cercle Pet&#246;fi &#233;taient en fait des r&#233;unions d'un comit&#233; permanent de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, une assembl&#233;e qui groupait les hommes les plus &#233;clair&#233;s, les plus conscients et qui mettait au point les cahiers de revendications de la nation. Les journaux, la radio apportaient tous les jours d'&#233;tonnantes nouvelles qui t&#233;moignaient aussi d'un &#233;branlement dans les autres pays satellites, les pays &#233;cuyers comme on dit en Hongrie. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La population d&#233;j&#224; noctambule de Budapest prenait l'habitude, &#224; pr&#233;sent, de prolonger ind&#233;finiment les discussions dans les lieux publics et dans la rue. Les dirigeants du Parti, auxquels tout contr&#244;le de l'opinion mena&#231;ait d'&#233;chapper, r&#233;p&#233;taient en vain : ne portez pas la discussion dans la rue. Mais lma rue, o&#249; ce qu'ils tenaient pour telle, p&#233;n&#233;trait partout. Les discussions du Cercle Pet&#246;fi, interdites, puis cependant reprises, avaient lieu dans des locaux de plus en plus vastes et, par un jeu de micros reli&#233;s &#224; la salle, se propageaient dans des immeubles entiers, durant ais&#233;ment de sept heures du soir &#224; trois heures du matin. Dans les expresso, dans les h&#244;tels d'&#233;tudiants, dans les couloirs des Facult&#233;s et les jardins, dans les r&#233;fectoires des usines, elles continuaient ind&#233;finiment. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a lanc&#233; l'id&#233;e de manifester ? Le mot d'ordre nous a &#233;t&#233; pass&#233; par t&#233;l&#233;phone. Nous &#233;tions tous en liaison, les responsables, ceux qui avaient la confiance des jeunes. L'id&#233;e de la manifestation &#233;tait dans l'air, depuis les fun&#233;railles de Rajk, peut-&#234;tre. Pour la premi&#232;re fois, chacun pouvait en faire &#224; sa t&#234;te, aller ou ne pas aller &#224; une d&#233;monstration, sans &#234;tre point&#233; par le secr&#233;taire du Parti ou le secr&#233;taire de la Section d'Etudes. L'occasion &#233;tait tentante. Quand le bruit courut, le mardi, que la manifestation &#233;tait interdite, les &#171; enfants &#187; (les jeunes) se mirent &#224; hurler : &#171; Nous voulons manifester. Nous n'avons jamais manifest&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi soir, pendant que dans diff&#233;rentes Universit&#233;s avaient lieu de grandes r&#233;unions et de nombreux &#171; meetings volants &#187; une centaine de d&#233;l&#233;gu&#233;s des &#233;coles d'art se rencontr&#232;rent pour d&#233;cider de l'opportunit&#233; de la manifestation et, le programme du mardi. La manifestation de solidarit&#233; pour les Polonais (eux-m&#234;mes en lutte contre la dictature et la mis&#232;re) serait-elle silencieuse ou non ? Devions-nous nous borner &#224; porter des banderoles ? Ou allions-nous crier, r&#233;p&#233;ter des mots d'ordre ? Quelqu'un proposa de manifester en silence, d'abord. Nous nous compterions. Et deux semaines plus tard, nous pourrions manifester encore et crier des slogans. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous sommes promis de d&#233;filer en rangs serr&#233;s, &#233;cole par &#233;cole, pour &#233;viter que les &#233;l&#233;ments inconnus qui poursuivaient peut-&#234;tre des buts qui n'&#233;taient pas les n&#244;tres, ne vinssent &#224; se m&#234;ler &#224; nous. Nous avons d&#233;cid&#233;, d'accord avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'autres &#233;coles venus nous rejoindre, que nous nous rencontrerions mardi &#224; deux heures et demi devant la statue de Pet&#246;fi. Et quel serait le parcours suivi par les diff&#233;rentes universit&#233;s ? Exigerions-nous l'arr&#234;t du trafic pendant la manifestation ? Nous nous efforcerions de tout pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le mardi se leva. D&#232;s le matin, il fallut s'occuper de la mise au point et du tirage des tracts. Nous avons envoy&#233; des &#233;missaires dans les usines, pour expliquer aux ouvriers le but de la manifestation projet&#233;e. Non, nous ne voulions pas r&#233;clamer une am&#233;lioration de la nourriture &#224; la cantine. Puis le ministre de l'Int&#233;rieur Lazlo Piros fit savoir qu'il interdisait la manifestation. Puis il fit savoir qu'il autorisait la manifestation. Et il y eut la grandeur de ces instants, autour de la statue de Bern, le g&#233;n&#233;ral polonais, le fameux insurg&#233; de 1848. Et le long stationnement d'une foule de cent mille personnes devant le Parlement, le spectacle extraordinaire des torches improvis&#233;es qui s'allumaient : pour d&#233;courager les manifestants et les obliger &#224; se disperser, le commandant de la police politique, de l'int&#233;rieur du Parlement, avait fait &#233;teindre les lumi&#232;res. Les gens mettaient le feu &#224; des journaux, aux papiers qu'ils avaient sur eux. Imre Nagy para&#238;t au balcon, trop tard, et dit quelques mots. Arrivent les premi&#232;res nouvelles de la lutte devant la Radio, la foule se divise, afflue vers les quais et les boulevards. Les uns marchent sur la Radio, les autres sur la statue de Staline. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant les grilles du parc du Mus&#233;e, les balles sifflaient d&#233;j&#224;. (&#8230;) Place du Parlement, les Avo avaient commis un massacre. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pouss&#233; des pointes de reconnaissance dans diverses directions. Il y avait foule devant l'imprimerie &#171; V&#246;r&#246;s Csillag &#187;. Surtout des soldats, sans armes et l'air d&#233;sempar&#233;. Un groupe de civils, sans armes eux aussi, entourait une auto qu'on lan&#231;ait comme un b&#233;lier contre le portail de l'immeuble. On avait, para&#238;t-il, arr&#234;t&#233; des Avo, la police secr&#232;te, et la foule voulait leur faire un mauvais parti. Un jeune homme dont la veste laissait voir un gros pansement &#224; l'&#233;paule me dit qu'il y avait eu deux cents morts pendant la nuit. Un tank passa, la tourelle ouverte. Les femmes comme les hommes brandirent le poing vers les soldats russes, indiff&#233;rents. C'&#233;tait mon premier tank russe. Certes, les tanks hongrois &#233;taient de la m&#234;me fabrication que les russes : ils ne s'en distinguaient que par le num&#233;rotage, mais que c'&#233;tait donc curieux ces tanks du pays &#171; grand fr&#232;re &#187; parmi le petit peuple de Budapest !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rebrouss&#226;mes chemin vers le boulevard Szent Istvan, de l'autre c&#244;t&#233; de la gare de l'Ouest, d'o&#249; venait le bruit qu'on aurait dit celui des chaines train&#233;es dans quelque pacifique enfer : des tanks. Les gens passaient, sans manifester de peur ou d'&#233;tonnement. &#171; Tu as beau courir, tu n'iras pas loin &#187;, lan&#231;a un gar&#231;onnet. Les tanks prirent une rue lat&#233;rale, plut&#244;t &#233;troite : ils remplissaient presque la chauss&#233;e. C'est qu'ils ne pouvaient pas passer par le haut du boulevard o&#249; se dressaient des barricades, tous les cent m&#232;tres. Une auto blind&#233;e dont le moteur avait d&#251; &#234;tre d&#233;truit, mont&#233;e sur le trottoir, bordait la premi&#232;re barricade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, nous sommes revenus sur nos pas. Nous nous m&#234;lions &#224; des groupes qui discutaient ferme, sans s'occuper de la fusillade intermittente, et pas davantage des tanks, qui semblaient errer plut&#244;t que patrouiller. &#171; Il ne faut pas jeter la discorde entre les &#233;tudiants et les ouvriers &#187;, expliquait un cheminot moustachu relatant un incident dont il aurait &#233;t&#233; t&#233;moin devant le Parlement. &#171; On ne savait pas encore quelle tournure &#231;a prendrait &#187;, disait une femme qui se mit tout &#224; coup &#224; sangloter, et qui s'esquiva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, je m'aper&#231;us que nous marchions sur une sorte de tapis automnal. L'asphalte &#233;tait recouvert d'un rev&#234;tement &#224; dessins jaunes, bleus et noirs. Les zones de diff&#233;rentes couleurs &#233;taient nettement d&#233;limit&#233;es ; c'&#233;taient des disques fondus. La foule avait cass&#233; les vitres du Centre Culturel, une de ces &#233;l&#233;gantes librairies &#8211; salons que les Russes avaient install&#233;s dans diff&#233;rents quartiers de Budapest, et qu'on appelait les boutiques Horizons. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous e&#251;mes juste le temps de nous abriter : des rafales partaient du milieu de la chauss&#233;e. La fusillade &#233;tait intense autour de l'imprimerie Athenaeum, le si&#232;ge de quelques publications d'importance secondaire, et tenues pour divertissantes. (&#8230;) Je ne sais dire combien de temps nous avons pris ainsi l'air de la Dictature du Prol&#233;tariat, qui s'&#233;tait install&#233;e sur les boulevards. Un caf&#233; fameux, &#233;norme, celui qui s'appelait jadis le &#171; New York &#187; avait ses vitres bris&#233;es, et dans ses fauteuils s'&#233;taient install&#233;s les ouvriers de la p&#233;riph&#233;rie. On ne leur servait rien, mais, dans une rue voisine, un boulanger faisait des kifli (sorte de croissant). Des gens s'engouffraient dans la boutique et repartaient par les rues en mangeant. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re sc&#232;ne de violence, je l'ai vue devant le S&#246;rszanatorium, un local assez mal fam&#233;, d'o&#249; partaient des coups de feu. La foule prit le local d'assaut, et je vis sortir quatre hommes en uniforme : l'un d'eux fut imm&#233;diatement abattu. &#171; Il vient de tuer une femme et son gosse &#187;, cria quelqu'un. Un autre fut pris &#224; partie par la foule, s&#233;rieusement malmen&#233;, puis on le conduisit avec sollicitude dans une pharmacie. On entourait le troisi&#232;me, qu'on emmena je ne sais o&#249;. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la pr&#233;fecture de Budapest, le colonel Sandor Kopacsi, cet homme vif et &#233;nergique qui avait organis&#233; le service d'ordre de la manifestation du mardi, surveille lui-m&#234;me la distribution des armes aux insurg&#233;s. Il prend garde qu'elle soit &#233;quitable. On fait la queue, pas de passe-droit. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de nous, les gens chantaient, toussaient, pleuraient. Chacun manifestait ses sentiments selon l'&#233;tat de son larynx, car la manifestation avait d&#233;j&#224; exig&#233; beaucoup, et voix et d'enthousiasme, avant que la foule ne f&#251;t parvenue au Parlement. (&#8230;) Les ouvriers de Csepel, ce groupe en tablier de cuir, la barre de fer brut &#224; la main, ils entrent tout droit dans la mythologie de la R&#233;volution. (&#8230;) La foule hurlait &#171; Cr&#232;ve Ger&#246;, montre seulement ta gueule ! &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois centres n&#233;vralgiques &#233;taient le Parlement, qui devait r&#233;pondre du lendemain, la Radio, qui devait &#233;tablir le lien avec le pays et le monde ext&#233;rieur, et la statue de Staline, symbole de la cruaut&#233;, de la b&#234;tise et du mensonge, g&#233;ante baudruche qu'il fallait d&#233;gonfler, f&#251;t-elle en bronze. (&#8230;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le b&#226;timent de la radio, on avait l'impression que les nouvelles les plus r&#233;centes, des nouvelles capitales, se transmettaient de la rue &#224; la Radio. Comme nous faisions l&#224;, de nos mains nues l'histoire, nous souhaitions que le puissant &#233;metteur de la Radio Kossuth en inform&#226;t le monde ext&#233;rieur, que l'annonce d'un speaker enthousiaste consacr&#226;t le nouveau code de notre libert&#233;. La foule s'agglom&#233;rait devant l'entr&#233;e du b&#226;timent o&#249; des t&#234;tes apparaissaient aux fen&#234;tres. Des cris fusaient de toutes parts pendant que les haut-parleurs d&#233;versaient de la musique. Et le cri : &#171; A bas Ger&#244; &#187;, &#171; Cr&#232;ve Ger&#246; &#187; avait &#233;t&#233; tant de fois r&#233;p&#233;t&#233; que les lapes s'allum&#232;rent sur la place et qu'une voix s'&#233;leva : &#171; Chers auditeurs, nous transmettons une allocution du camarade Ern&#246; Ger&#246;, premier secr&#233;taire du Comit&#233; central du MPD (parti communiste hongrois). &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les d&#233;cisions importantes prises par la Comit&#233; central en juillet&#8230; les membres du parti, la classe ouvri&#232;re, la paysannerie laborieuse, les intellectuels les ont pleinement approuv&#233;es&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu parles ! Nous sommes l&#224; et on ne nous avait pas demand&#233; d'approuver ou non&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous voulons &#233;lever le niveau de vie de notre peuple&#8230; Mais quelques mois ne suffisent pas &#224; r&#233;aliser compl&#232;tement ce qui a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;&#8230; Nous connaissons maintenant l'urgence des probl&#232;mes&#8230; Nous devons les examiner de pr&#232;s&#8230; Nous devons nous appuyer sur des millions de camarades, nos ouvriers, nos paysans&#8230; &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plaisanteries autour de moi allaient bon train, les jurons aussi, et les cris renouvel&#233;s appelaient Nagy au pouvoir. Mais le discours m&#233;canique et radiophonique continuait, imperturbable. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'immeuble de la Radio, c'&#233;taient les hommes de l'Avo qui avaient commenc&#233; &#224; tirer, non par nervosit&#233;, mais sur ordre. Sur l'ordre de qui ? Du commandant de leur d&#233;tachement ? Probablement sur l'ordre du conseiller sovi&#233;tique qui dirigeait leur &#233;tat-major.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les services de la radio furent le th&#233;&#226;tre de sanglantes bagarres. Les manifestants avaient r&#233;ussi, de la rue Pouchkine, &#224; gagner les studios en retrait de la rue du Mus&#233;um ; un bunker &#224; deux &#233;tages, pr&#233;vu pour les services d'&#233;mission en temps de guerre, et les ruines de l'ancienne l&#233;gation d'Italie, le long de la rue du Mus&#233;um, achevaient le bloc. Par cette rue du Mus&#233;um &#233;taient arriv&#233;s les d&#233;tachements de l'Avo, qui encerclaient le bloc ba&#239;onnette au canon, face &#224; la foule. D&#233;tail d&#233;risoire : c'est dans cette m&#234;me rue du Mus&#233;um que se trouvait le si&#232;ge du Club Kossuth, d'o&#249; &#233;tait issu le mouvement d&#233;sign&#233; sous le nom de Cercle Pet&#246;fi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La houle de la foule s'&#233;tait d&#233;plac&#233;e et renouvel&#233;e sans cesse. Vers 7 heures, une d&#233;l&#233;gation de manifestants, entr&#233;e dans l'immeuble de la Radio avait demand&#233; &#224; ce que les seize points fussent diffus&#233;s sur les ondes, &#224; Valeria Benke, la grande patronne de la Radio, qui s'&#233;tait d&#233;rob&#233;e, et au sous-directeur, Lazlo Hartai. Hartai, le type achev&#233; du fanatique, et d'autres responsables comme Erd&#246;s, firent lanterner la d&#233;l&#233;gation pendant des heures. Une d&#233;l&#233;gation du personnel de la Radio apparut &#224; un balcon et cria &#224; la foule que le personnel ne demandait qu'&#224; transmettre les seize points mais qu'on l'en emp&#234;chait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour calmer la foule, on am&#232;ne sur le balcon des membres de la d&#233;l&#233;gation. Les manifestants cri&#232;rent qu'il fallait mettre un micro dans la rue et qu'ils se chargeaient de donner eux-m&#234;mes la lecture des seize points. En effet, une voiture de radio arriva dans la rue Brody Sandor ; la foule hissa une jeune fille que signalait la couleur voyante de son imperm&#233;able sur la plateforme de la voiture. Elle lut le tract des seize points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelques instants plus tard, la foule s'aper&#231;ut que les postes r&#233;cepteurs, plac&#233;s dans les fen&#234;tres des appartements qui avoisinaient l'immeuble, ne diffusaient rien de cette lecture : la voiture n'&#233;tait pas reli&#233;e &#224; l'&#233;metteur de la radio d'Etat. Cette tentative de diversion poussa l'exasp&#233;ration &#224; son comble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des quartiers voisins, les gens arrivaient aux nouvelles. L'agitation &#233;tait extr&#234;me dans cette portion de la capitale comprise entre le Danube, les rues Kossuth et Rakoczi, jusqu'aux boulevards et au Th&#233;&#226;tre National, d'une part, jusqu'au Pont Pet&#246;fi d'autre part, et enfin dans ce quartier qui repr&#233;sente le cerveau de Budapest, avec les Facult&#233;s, les Biblioth&#232;ques, les journaux et dont la radio est le centre m&#234;me. C'est d'ailleurs sur ce secteur des boulevards aux alentours du Pont Pet&#246;fi que se situ&#232;rent un peu plus tard les foyers de r&#233;sistance les plus ardents, la caserne Kilian, l'impasse Korvin, et les luttes autour de l'immeuble de &#187;Szabad N&#233;p &#187;. A l'angle de la rue Kossuth et du boulevard du Mus&#233;um se trouve le fameux H&#244;tel Astoria, qui allait devenir pendant les jours d'octobre le si&#232;ge du Haut Commandant russe. Mais tout indique que des observateurs et des conseillers sovi&#233;tiques de haute vol&#233;e s'y &#233;taient d&#233;j&#224; install&#233;s avant le d&#233;but des bagarres &#224; la Radio. Toujours est-il que c'est devant l'Astoria que les premiers tanks de l'intervention prirent leur position de d&#233;part, d&#232;s cette nuit du 23. Quand ? Il est difficile de l'&#233;tablir &#224; une heure pr&#232;s, vers 3 ou 4 heures du matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, apr&#232;s de discours de Ger&#246;, la nuit tomb&#233;e, rien ne se passait. Les hauts-parleurs diffusaient de la musique de danse. L'un apr&#232;s l'autre, outre la d&#233;l&#233;gation admise, des groupes de jeunes &#233;taient entr&#233;s &#224; la radio en se faufilant &#224; travers le palais Eszterhazy. (&#8230;) Toute &#233;mission avait cess&#233; &#224; la Radio Kossuth, elles venaient du studio du Parlement. Le pouvoir tenait la radio. Ger&#246; r&#233;gnait toujours. O&#249; &#233;tait-il ? Pas mal de gens avaient entendu son discours mais les nouveaux venus dans la foule n'en connaissaient la teneur que par de brefs r&#233;sum&#233;s, qui se colportaient de l'un &#224; l'autre. &#171; Il ne veut rien entendre. Il nous refuse tout. Il nous a trait&#233;s de fascistes, de &#171; vaguany &#187; &#187;. Vagany, un mot en vogue, blessant, r&#233;serv&#233; aux aventuriers de bas &#233;tage, aux petites frappes, aux voyous, quelque chose comme &#171; hooligan &#187; en russe, avec la nuance de Budapest qui veut que la canaille ait de l'adresse et du cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et des courants, des vagues puissantes secouaient la foule, de mani&#232;re purement m&#233;canique aussi. Elle &#233;tait de plus en plus dense du c&#244;t&#233; du Mus&#233;e National, juste &#224; l'endroit o&#249; les insurg&#233;s de 1848 s'&#233;taient rassembl&#233;s pour &#233;couter le po&#232;me insurrectionnel, de la bouche de Pet&#246;fi. A pr&#233;sent, pour qu'elle f&#251;t valable et entendue, cette d&#233;claration devait &#234;tre &#233;nonc&#233;e &#224; la Radio. La foule, de plus en plus grande, prenait conscience de sa force et essayait de p&#233;n&#233;trer dans le goulot de la rue Brody Sandor, devant la fa&#231;ade de la Radiodiffusion. Il &#233;tait un peu moins de 9 heures quand la nouvelle se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre : la statue de Staline avait &#233;t&#233; abattue, il n'en demeurait que les bottes sur le socle. Tout le monde voulait en finir avec ces bottes, qui, par un d&#233;calage inadmissible de l'Histoire &#233;crasaient encore la radio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvante et renouvel&#233;e sans cesse, la foule tr&#233;pignait plus qu'elle ne grondait, en plein d&#233;sarroi, une foule o&#249; se m&#234;laient aux hommes, des enfants, des ouvri&#232;res, et beaucoup d'&#233;tudiants. Soudain, du c&#244;t&#233; de la radio, des cris. Les haut-parleurs invitent la foule &#224; approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Venez plus pr&#232;s. Avancez. Imre Nagy va vous parler. Ecoutez. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps se d&#233;ploie un cordon d'Avo, armes point&#233;es, ba&#239;onnettes au canon, qui interdit l'entr&#233;e du b&#226;timent. L'un des hommes, serr&#233; de pr&#232;s par les manifestants, lance &#224; l'officier, avec un chapelet de jurons : &#171; Il faut foutre cette bande de salauds en l'air. &#187; L'officier a un geste d'impatience. Et en un clin d'&#339;il, tout le tableau change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fen&#234;tres tombent des bombes lacrymog&#232;nes. Des manifestants en rattrapent quelques-unes au vol, et les lancent contre la fa&#231;ade. Les Avo dans les &#233;tages doivent pleurer comme les gens dans la rue. Au m&#234;me instant, ou presque, cinq camions d'Avo arrivent par la rue Pouchkine, et trois s'engouffrent dans l'immeuble de la radio. Deux sont immobilis&#233;s par la foule. Par la rue Szentkiralyi d&#233;bouchent des camions et des tanks de l'arm&#233;e, pleins de soldats en armes, des armes vides de munitions, comme il s'av&#232;re sur le champ. Un tank avance presque jusqu'&#224; l'entr&#233;e de la Radio. De la tourelle sort un officier &#8211; commandant, disent les uns, capitaine disent les autres &#8211; qui veut parler, calmer la foule &#224; ce qu'il para&#238;t. Je ne sais. Je suis alors pr&#232;s des camions militaires, au coin de la rue Pouchkine. Je saisis des bribes de propos &#233;chang&#233;s entre manifestants et soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sur qui voulez-vous tirer ? &#8211; Vous n'avez pas de m&#232;re ? &#8211; Toi, tu es un fils de paysan. Ton p&#232;re pense sans doute que tout est pour le mieux, &#224; la ferme. &#8211; Les Avo sont des assassins, nos ennemis sont les v&#244;tres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous n'avons pas de munitions. Ne craignez rien. Nous ob&#233;irons &#224; nos officiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les premi&#232;res salves claquent. La confusion est totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essayons de pousser les femmes et les enfants en direction de la Facult&#233; des Sciences et la foule, autant que faire se peut, reflue vers les jardins du Mus&#233;e National. Le commandant du tank est toujours debout, dress&#233; sur son tank, sa t&#234;te casqu&#233;e &#233;merge de la fum&#233;e. C'est lui qui s'abat le premier : couch&#233; par une salve &#8211; une s&#233;rie, comme on dit &#224; Budapest. Des fen&#234;tres de la radio les Avo d&#233;chargent leurs mitraillettes sur la rue. Du c&#244;t&#233; des studios, la fusillade cr&#233;pite. Les lampadaires &#233;clatent sous les balles. Les manifestants portent les bless&#233;s. Un enfant geint, la gorge ouverte, une femme l'emporte, silhouette d'une minceur fantastique d&#233;tach&#233;e sur la lueur des camions qui flambent. La sir&#232;ne des ambulances alterne avec les d&#233;tonations. Une ambulance charg&#233;e d'armes destin&#233;es aux Avo est prise d'assaut. D&#232;s lors, les armes changent de mains. Je vois P&#233;ter, un gar&#231;on de Polytechnique, charger une mitraillette. Il la secoue calmement, la premi&#232;re balle ne glisse pas dans le canon. De la caserne Kilian arrivent avec une promptitude qui tient du miracle les premiers groupes d'ouvriers qui ont fonc&#233; sur les d&#233;p&#244;ts. Un ambulancier tra&#238;ne un soldat bless&#233;. Sur un cri inarticul&#233;, nous nous jetons par terre derri&#232;re un camion en flammes. &#171; Il y a l&#224; vingt morts &#187; dit quelqu'un. Je rampe du c&#244;t&#233; de la rue Pouchkine, et voici que les coups de feu de ce c&#244;t&#233; claquent au-dessus de moi : ils viennent des toits des immeubles qui font face &#224; la Radio. Les partisans sont derri&#232;re les chemin&#233;es, dans les d&#233;crochements des charpentes. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soldats russes sautent de leurs tanks, embrassent les citoyens en armes, des Hongrois en l'occurrence, leur font place dans le tank, les y installent avec leur drapeau national. Les instances russes avaient d'abord donn&#233; &#224; l'Avo l'ordre secret de tirer sur la foule, et plus tard au personnel politique hongrois de les appeler officiellement, eux, les Russes, &#224; &#233;touffer l'insurrection en pr&#233;tendant qu'elle &#233;tait contre-r&#233;volutionnaire. Dans quelle mesure ces instances y croyaient, &#224; l'existence de ces contre-r&#233;volutionnaires ? Mais ce que le haut commandement russe savait, c'est que les troupes hongroises, des troupes portant uniforme russe, maniant des armes russes, usant d'un mat&#233;riel roulant russe, encadr&#233;es d'officiers g&#233;n&#233;raux russes, que ces troupes s'&#233;taient mutin&#233;es. Les hommes ont pass&#233; leurs armes aux insurg&#233;s. Qui pis est, les officiers hongrois laissaient faire, quand ils n'encourageaient pas. (&#8230;) Tous ceux qui, comme moi, ont circul&#233; dans les campagnes, pendant les jours d'octobre, ont rencontr&#233; de lamentables cort&#232;ges des soldats sans armes qui erraient sur les chemins de terre, dans les bois, cherchant &#224; atteindre leurs villages. Il n'y avait plus d'arm&#233;e. (&#8230;) Mais quel a pu &#234;tre l'affolement et l'indignation de ces g&#233;n&#233;raux russes quand ils s'aper&#231;urent que, non seulement les troupes hongroises avaient refus&#233; d'ob&#233;ir, mais que leurs propres soldats, natifs de Kharkov, de Sverdlovsk ou de Kuibitchev se mutinaient, eux aussi. Et si &#231;a continuait ? Si apr&#232;s l'arm&#233;e de Hongrie, les arm&#233;es d'occupation de Roumanie et des autres d&#233;mocraties populaires se soulevaient, &#224; leur tour ? De proche en proche, le mouvement de r&#233;bellion pourrait s'&#233;tendre, et quelque t&#233;m&#233;raire pourrait lever la main, et arracher l'&#233;paulette de son g&#233;n&#233;ral. N'avait-on pas renvers&#233; la statue de Staline ? Les mitrailleuses de l'Avo &#8211; et de la police politique russe, elle n'a pas d&#251; l&#226;cher l'Avo dans ces circonstances critiques &#8211; qui se sont install&#233;es sur les toits des minist&#232;res autour du Parlement avaient pour mission claire, pour mission capitale, d'&#233;touffer la mutinerie des soldats. Les tanks qui circulaient dans la ville devaient suffire &#224; intimider les civils. A condition toutefois de remplir leur r&#244;le. Le feu de l'Avo visait avant tout les soldats qui avaient cess&#233; d'ob&#233;ir : les d&#233;serteurs russes devaient mourir avant de faire &#233;cole. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier tank sovi&#233;tique est sorti &#224; minuit et demi, de la cour de l'Ambassade sovi&#233;tique, &#224; Bajza ucca, le mardi 23 octobre. Cette m&#234;me nuit, &#224; quatre heures, le premier convoi de tanks a pris position devant l'h&#244;tel Astoria. Mercredi, les tanks circulaient, nombreux, et souvent sautaient, jouets monstrueux cass&#233;s par des enfants, et pas seulement par des enfants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats se prom&#232;nent autour de leurs engins, et regardent la foule, assez dense par ici, avec un sourire plut&#244;t bienveillant. Dans un renfoncement deux civils examinent un fusil. Au coin de la rue Andrassy qui fut rue Staline, puis avenue de la Jeunesse Hongroise, un cadavre au bord d'un trottoir, le visage recouvert de papier journal. Les gens l'entourent, chapeau, casquette &#224; la main. Quelqu'un se baisse et d&#233;couvre le visage. Un civil, un adolescent, les cheveux coup&#233;s ras. Soudain, d&#233;bouche du c&#244;t&#233; de la rue Andrassy un cort&#232;ge pr&#233;c&#233;d&#233; d'un cycliste qui agite un drapeau. Une avant-garde, compacte, est suivie de pr&#232;s par la masse des manifestants, qui tiennent toute la largeur de la chauss&#233;e. Des cris &#171; Nous ne sommes pas des fascistes ! Les Avo sont des bandits ! &#187; Et l'impr&#233;cation &#224; pr&#233;sent famili&#232;re : &#171; Cr&#232;ve Ger&#246; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis une sorte de murmure parcourt la foule : &#171; Au Parlement. Allons au Parlement. &#187; Il y a un flottement. D'autres groupes, toujours sans armes, arrivent du c&#244;t&#233; de la rue Rakoczi. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants se scindent, envahissent les rues lat&#233;rales, tandis que le gros d&#233;file par la rue Bajcsi-Zsilinski. Certains passent par la rue des &#233;poux Rosenberg, l'ancienne rue Hold. Arr&#234;t des groupes, cris et d&#233;l&#233;gations aux ambassades des Etats-Unis et d'Angleterre. On d&#233;clare partout aux manifestants que les repr&#233;sentants diplomatiques ne servent &#224; rien en mati&#232;re de soul&#232;vement populaire. J'entre en conversation avec l'&#233;quipage d'un char russe, dans lequel soldats et manifestants fraternisent sous le drapeau hongrois. Un jeune officier russe, qui semble jouir du spectacle, du moment solennel, historique, et s'&#233;panouit dans les hourras d'enthousiasme, r&#233;p&#232;te inlassablement &#171; Vous &#234;tes des gars, des vrais de vrai &#187;. Toute cette grande famille afflue, passablement en d&#233;sordre, sur la place du Parlement, la place Kossuth. La fa&#231;ade de l'immense b&#226;timent en faux gothique, tant de fois d&#233;crite, est cern&#233;e par un cordon de tanks qu'entourent des groupes paisibles de soldats. Ceux-ci ne frayent pas avec la foule, ils la maintiennent &#224; distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sur le terre-plein b&#233;tonn&#233;, face &#224; l'escalier d'honneur, que surviennent deux autres tanks russes sur lesquels un nombre incroyable de jeunes gens s'agrippent. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re rafale venue des toits du Minist&#232;re de l'Agriculture faucha les hommes sur la pelouse, pr&#232;s de la statue de Rakoczi. Comme si l'ordre &#233;tait venu de l'immeuble du Parti tout proche. Telle fut ma premi&#232;re id&#233;e : la direction de ce tir doit se trouver au foyer de toutes les initiatives malheureuses, au Comit&#233; Central m&#234;me. (&#8230;) je vis les Russes diriger leurs armes vers les toits des Minist&#232;res. Pas de doute, ils tiraient sur les Avo. Et un instant encore, j'aper&#231;us mon camarade Fedor pr&#232;s de la tourelle de son tank. D'en haut, de seconde en seconde, les rafales devenaient plus nourries. Je ne sais ce que faisaient les tanks rang&#233;s devant la fa&#231;ade du Parlement, mais ceux qui &#233;taient sur a place se d&#233;fendaient ferme. La foule d&#233;ferlait tant&#244;t sur le Parlement, dont l'acc&#232;s lui &#233;tait barr&#233;, tant&#244;t vers le minist&#232;re dont les arcades offraient une protection, mais sous lesquelles on se pi&#233;tinait : les portes &#233;taient ferm&#233;es. Ceux qui essayaient de fuir vers la rue Alkotmany qui s&#233;pare, face au Parlement, le Minist&#232;re de l'Agriculture et l'Institut du Mouvement Ouvrier &#8211; l'ancienne Haute Cour d'Appel &#8211; &#233;taient des cibles faciles pour les mitrailleuses de l'Avo confortablement install&#233;s sur les toits : ils allaient mourir pr&#232;s des archives du Mouvement Ouvrier International. (&#8230;)*&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre la statue de Kossuth et la statue de Rakoczi, des deux c&#244;t&#233;s de la place, c'&#233;tait &#224; pr&#233;sent un paysage &#224; la Goya, des centaines de corps couch&#233;s parmi lesquels d&#233;ambulaient, lents, pesants, des infirmiers et des &#234;tres hagards qui cherchaient un des leurs. Les tanks russes qui prot&#233;geaient le Parlement &#8211; de quoi ? -, des r&#226;les des g&#233;missements, &#233;taient toujours point&#233;s sur les hommes couch&#233;s. Des &#233;quipages, insuffisants en nombre ou paralys&#233;s par la surprise essayaient de man&#339;uvrer les tanks sur le terre-plein. (..)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi du jeudi, les discours du nouveau secr&#233;taire du Parti, Janos Kadar, et du nouveau chef du gouvernement, Imre Nagy, qui faisaient des promesses, et passaient sous silence le massacre du matin, me remplirent d'amertume. Je ne les croyais pas, je savais &#8211; ce qui s'appelle savoir &#8211; qu'ils n'&#233;taient pas libres. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule d&#233;ambulait, la radio l'arrosait de conseils, de promesses et plus encore de menaces. Le m&#233;chant Ger&#246; est parti, le sage Kadar est arriv&#233;, Imre Nagy veille sur tous. Assez de sang, de vitres cass&#233;es. Ceux qui continuent &#224; combattre sont des ennemis du peuple. Et derri&#232;re les drapeaux tricolores souvent tach&#233;s de sang, les hommes criaient : &#171; Libert&#233;, ind&#233;pendance, nous ne sommes pas des fascistes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous disions qu'il &#233;tait urgent d'agir de mani&#232;re &#224; canaliser cette force, &#224; lui donner une direction, avant que sa propre fermentation ne la d&#233;compose. Nous nous trouvions devant l'imprimerie &#171; Etoile rouge &#187;, qui avait jadis appartenu &#224; un journal prosp&#232;re, le Pesti Hirlap. En un rien de temps, nous avons form&#233; un d&#233;tachement de soldats et d'agents qui se trouvaient parmi les manifestants ; il occupa l'imprimerie sur le champ. Nous avons r&#233;dig&#233; et fait imprimer, &#224; une vitesse record, un appel &#224; la population, qui exposait les revendications minima ; qui r&#233;clamait au gouvernement d&#233;mocratique le d&#233;part des Russes et l'arr&#234;t des combats. Nous sign&#226;mes : &#171; Le gouvernement provisoire et le comit&#233; de d&#233;fense national e. &#187; Quinze camions emport&#232;rent les tracts dans tous les quartiers de la ville, dans les banlieues industrielles et en province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imprimerie devint, pour vingt-quatre heures, le si&#232;ge du Gouvernement Provisoire. (&#8230;) la coh&#233;sion des groupes de r&#233;sistance s'affermissait. Je me suis occup&#233; surtout de celui du 9&#232;me arrondissement, dont le PC s'&#233;tait install&#233; dans la caserne de pompiers de la rue Tompa. Le mieux retranch&#233; restait celui de l'impasse Korvin ; il avait aussi une plus grande puissance de feu. Mais quant &#224; l'influence politique, c'est le centre de Sz&#233;na T&#233;r qui l'emportait. L'organisation, le courage aussi de ce groupe d'hommes pos&#233; en terrain d&#233;couvert en plein centre de Buda, exaltait la population. Militairement, la caserne Kilian restait le centre le plus redoutable, &#224; cause du commandement de Mal&#233;ter, du nombre de combattants, et de la situation strat&#233;gique. La liaison entre les quatre noyaux a fonctionn&#233; parfaitement pendant tous les combats, aussi bien sur le plan politique que sur le plan militaire. Chaque groupe d&#233;l&#233;guait ses repr&#233;sentants pour les pourparlers avec le gouvernement, en vue du cessez-le-feu et du d&#233;part des Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions des milliers d'yeux, nous savions tout ce qui se passait, nous intervenions simultan&#233;ment en tous les points n&#233;vralgiques. Et les discussions avec Imre Nagy tra&#238;naient. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce climat o&#249; la peur n'existait pas, o&#249; le sacrifice de la vie paraissait l&#233;ger, chaque geste, chaque parole prenait un sens nouveau. Ces pauvres tracts qui se multipliaient, que nous r&#233;digions avec tant de soin, pesant chaque mot, que nous tirions sur du papier gris&#226;tre, &#224; l'encrage ingrat des ron&#233;os nous r&#233;jouissaient comme l'hirondelle ou le perce-neige apr&#232;s la saison dure. Les murs, les vitrines se couvraient d'inscriptions, d'un journal mural improvis&#233;, de pamphlets, de toute une litt&#233;rature libre. Ici, quelqu'un avait copi&#233; des vers de Pet&#246;fi et les avait affich&#233;s ; l&#224;, quelqu'un avait affich&#233; ses propres po&#232;mes. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis deux jours, il y avait une accalmie dans la lutte. (&#8230;) Andropov, l'ambassadeur sovi&#233;tique, &#224; la haute silhouette, au visage angulaire de fonctionnaire styl&#233;, apparaissait plusieurs par jour. Il &#233;coutait ses interlocuteurs, faisait attendre les ministres hongrois, atermoyait, cependant que se pr&#233;parait l'invasion du dimanche. (&#8230;) Mal&#233;ter, de colonel, &#233;tait en une semaine devenu g&#233;n&#233;ral et ministre de la guerre, et de jour en jour avait moins de pouvoir r&#233;el. Il allait n&#233;gocier en personne avec les g&#233;n&#233;raux russes&#8230; Ils le font arr&#234;ter &#224; la porte et trinquent, levant leurs verres, pendant qu'on emm&#232;ne sous bonne garde l'audacieux et na&#239;f chef de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 29 octobre, les magasins avaient commenc&#233; &#224; lever leurs rideaux, et les balayeurs apparaissaient dans les rues. (&#8230;) Mardi, rue Ull&#246;i, la lutte flambe de nouveau. Ce que je vis, vers dix heures, du c&#244;t&#233; de la caserne Kilian, cadavres, destructions, feu et fum&#233;e. &#8230; aucun livre d'histoire n'y e&#251;t suffi. Nous savions tous que les Russes &#233;taient all&#233;s faire un tour &#224; la campagne, mais nous savions tous aussi qu'ils n'&#233;taient pas all&#233;s plus loin que le chat qui, apr&#232;s la bagarre se cache pour se refaire le museau. Nous savions, puisque les cheminots, les postiers, les camionneurs, les combattants et les civils transmettaient dans l'instant les nouvelles, puisque ne parlait d'autre chose, que les Russes envoyaient des camions de ravitaillement vers l'Est, mais que les troupes et les blind&#233;s affluaient en masse en Hongrie. Mais nous esp&#233;rions que le miracle de la r&#233;volution allait commander un autre miracle. Un miracle russe. Qu'ils comprendraient enfin. Qu'ils feraient d&#233;sormais patte de velours. Comme on ne savait pas trop, dans les premi&#232;res heures de l'insurrection, qui tirait sur qui, les premiers jours de libert&#233; en cette fin d'octobre on ne savait pas qui commandait &#224; qui. Qui gouvernait. Les conseils ouvriers tenaient les usines. Ils persistaient dans la gr&#232;ve pour inciter les Russes &#224; &#233;vacuer le pays. Un conseil flou et changeant tenait le Parlement, et essayait de faire d&#233;marrer l'appareil de l'Etat. Imre Nagy &#233;tait amen&#233; &#224; d&#233;noncer le pr&#233;tendu pacte de Varsovie, parce que les Russes, tout en s'y r&#233;f&#233;rant, ne le respectaient plus. Ils entraient en Hongrie, avec des troupes de plus en plus nombreuses et &#244;taient m&#234;me l'apparence d'autonomie qu'ils avaient feint d'octroyer au pays. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 octobre, les Comit&#233;s R&#233;volutionnaires qui se forment partout, prennent de plus en plus d'essor : des liens s'&#233;tablissent entre les diff&#233;rents centres. Dans une d&#233;claration &#224; la radio, Imre Nagy annonce le cessez-le-feu, reconna&#238;t le caract&#232;re d&#233;mocratique et populaire de l'insurrection, annonce la dissolution de l'Avo et promet l'&#233;vacuation des troupes sovi&#233;tiques. Les organisations r&#233;volutionnaires continuent &#224; critiquer la composition du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre, &#224; la suite du cessez-le-feu, s'organisent dans les administrations et les institutions officielles les Comit&#233;s R&#233;volutionnaires. Les troupes sovi&#233;tiques commencent l'&#233;vacuation de Budapest. Des &#233;l&#233;ments de l'Avo, le plus souvent en civil, troublent la s&#233;curit&#233; publique et commettent des assassinats. Quand la foule les reconna&#238;t, elle les lynche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 31 octobre, les nouvelles transmises de bouche &#224; oreille par les cheminots, et annonc&#233;es par les postes de radio dans les villes de Hongrie orientale signalent l'entr&#233;e de convois russes qui se dirigent vers la capitale. Cependant que les derni&#232;res troupes quittent Budapest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 novembre, le Conseil Ouvrier de Borsod exige la formation d'un Comit&#233; r&#233;volutionnaire National pour remplacer le Parlement. Le Conseil Ouvrier National lance un appel pour la cessation de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre, le travail reprend dans la plus grande partie du pays, comme dans la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 novembre, attaque g&#233;n&#233;rale des troupes sovi&#233;tiques. Avec la coop&#233;ration des parachutistes, elles occupent simultan&#233;ment tous les points strat&#233;giques du pays. Imre Nagy proteste aupr&#232;s des Nations Unies. Par un poste de radio nouveau, Ferenc M&#252;nnich, Janos Kadar et autres annoncent qu'ils ont form&#233; un nouveau gouvernement, qui a demand&#233; l'aide de l'arm&#233;e sovi&#233;tique pour abattre la Contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Jeunesse d'octobre &#187; de Nicolas Baudy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au nom de la classe ouvri&#232;re</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extraits de &#171; Au nom de la classe ouvri&#232;re &#187; de Sandor Kopacsi : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Entre le soir du 24 f&#233;vrier 1956 et l'aube du 25, dans la salle du Grand Palais du Kremlin, &#224; Moscou, il se passa quelque chose qui allait chambarder l'esprit des communistes du monde entier. C'&#233;tait la lecture du fameux &#171; rapport secret &#187; de Krouchtchev. (&#8230;) Le massacre d'innocents, la liquidation de millions de paysans, les goulags venaient de faire leur entr&#233;e dans l'histoire de l'Union sovi&#233;tique et de son r&#233;gime. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extraits de &#171; Au nom de la classe ouvri&#232;re &#187; de Sandor Kopacsi :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt;&#171; Entre le soir du 24 f&#233;vrier 1956 et l'aube du 25, dans la salle du Grand Palais du Kremlin, &#224; Moscou, il se passa quelque chose qui allait chambarder l'esprit des communistes du monde entier. C'&#233;tait la lecture du fameux &#171; rapport secret &#187; de Krouchtchev. (&#8230;) Le massacre d'innocents, la liquidation de millions de paysans, les goulags venaient de faire leur entr&#233;e dans l'histoire de l'Union sovi&#233;tique et de son r&#233;gime. Les dirigeants des pays de l'Est chancel&#232;rent sous le coup des r&#233;v&#233;lations. Le chef de l'Etat polonais, Bierut, rendit l'&#226;me sur place. (&#8230;) Apr&#232;s Kadar, la veuve de Rajk sortit des souterrains et exigea la r&#233;habilitation de son mari. (&#8230;) Rakosi fut cong&#233;di&#233; par t&#233;l&#233;phone. Le lendemain, il partit pour Moscou. Pour le pays, le rempla&#231;ant ne valait gu&#232;re mieux : Erno Ger&#246;, son bras droit de toujours, ancien commissaire du GPU en Espagne, champion des plans de production fantaisistes qui en dix ans avaient ruin&#233; le peuple hongrois. Apr&#232;s le d&#233;part du dictateur au petit pied, l'opposition du parti obtint la r&#233;habilitation solennelle de ses victimes les plus en vue, principalement celle de son ancien co-&#233;quipier Lazlo Rajk. Au terme de recherches longues, on retrouva les restes de son corps dans un bois (&#8230;) La c&#233;r&#233;monie d'inhumation fut pr&#233;vue pour le 6 octobre 1956. L'opposition du parti et tout particuli&#232;rement la veuve de la victime insist&#232;rent pour qu'elle fut solennelle, avec une participation tr&#232;s large. La population de Budapest se souciait peu des r&#232;glements de comptes &#224; l'int&#233;rieur du parti, mais la mauvaise gestion et la p&#233;nurie l'avaient pouss&#233; &#224; bout. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que nous allions mettre &#224; nu l'incomp&#233;tence criminelle du pouvoir (&#8230;) 200.000 personnes manifest&#232;rent (&#8230;) La jeunesse bougeait. Les universitaires pr&#233;sentaient une s&#233;rie de revendications concernant leur condition d'&#233;tudiant, dont certaines touchaient &#224; la grande politique. Ils avaient placard&#233; des tracts ron&#233;otyp&#233;s exhortant la jeunesse estudiantine &#224; se rendre &#224; une manif de sympathie avec la Pologne de Gomulka. (&#8230;) Une manif organis&#233;e par d'autres que les dirigeants officiels du Parti, c'&#233;tait un &#233;v&#233;nement. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine quelques mois plus t&#244;t en Pologne, &#224; Poznan, cinquante mille ouvriers avaient d&#233;fil&#233; dans les rues r&#233;clamant du pain, des &#233;lections libres et le d&#233;part des troupes sovi&#233;tiques. R&#233;sultat : cent morts, trois cent bless&#233;s, trois cent personnes arr&#234;t&#233;es. Les forces de s&#233;curit&#233; polonaises avaient tir&#233;&#8230; Certes, ces victimes anonymes avaient en quelque sorte arrach&#233; des concessions aux Russes, puisque, un mois plus tard, la direction d&#233;savoua la S&#233;curit&#233;, r&#233;int&#233;gra dans le parti l'ancien grand chef sorti de prison, Gomulka. En Hongrie, tout le monde commen&#231;ait &#224; appeler Imre Nagy &#171; le Gomulka hongrois &#187;. Les gens s'attendaient &#224; ce qu'il arrive un triomphe analogue &#224; celui de Gomulka qui &#233;tait devenu premier secr&#233;taire du parti polonais, tandis que le mar&#233;chal Rokossovsky, citoyen sovi&#233;tique d'origine polonaise plac&#233; &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e polonaise, symbole de la suj&#233;tion, &#233;tait &#233;cart&#233; du pouvoir. Krouchtchev et les autres dirigeants du Kremlin venaient de donner leur b&#233;n&#233;diction &#224; tous ces changements. (&#8230;) Les &#233;tudiants manifest&#232;rent. Certains arboraient des drapeaux, d'autres des pancartes sur lesquelles on lisait : une bourse qui permette de vivre, plus d'enseignement obligatoire du Russe, d&#233;mocratisons le parti, Imre Nagy au pouvoir, les Russes en Russie ! (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation longeait le quai o&#249; &#233;tait situ&#233;e la caserne des &#233;l&#232;ves-officiers de l'arm&#233;e. Les futurs commandants &#233;taient install&#233;s aux fen&#234;tres, pour la plupart juch&#233;s sur le rebord, jambes ballantes dans le vide. Ils faisaient des signaux au cort&#232;ge, ils reprenaient les mots d'ordre que criaient les manifestants. Sur la caserne, je voyais hiss&#233; un grand drapeau hongrois. A l'endroit o&#249; il devait porter un &#233;cusson &#224; la sovi&#233;tique, le drapeau pr&#233;sentait un trou. Les &#233;l&#232;ves-officiers avaient d&#233;coup&#233; l'&#233;cusson &#224; l'aide d'une paire de ciseaux. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent mille manifestants entouraient la statue de Staline que certains &#233;taient en train de d&#233;boulonner. C'&#233;taient les ouvriers des grandes usines de Pest. La mase de bronze s'abattit au milieu de la place des H&#233;ros. Ce fut sur cette immense place asphalt&#233;e, dans le cr&#233;puscule qui tombait vite en cette saison, que les gens apprirent qu'Imre Nagy h&#233;sitait &#224; venir : il n'avait aucun poste officiel, ni dans le parti ni dans le gouvernement ! Il ne pouvait venir &#171; faire un discours &#187; comme la bonne population de Budapest le demandait &#224; cor et &#224; cri. (&#8230;) Un demi million de personnes scandant avec d&#233;termination le nom d'un homme politique, &#231;a fait trembler les carreaux des immeubles environnants, c'est pire que le bang d'une escadre d'avions supersoniques. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amis intimes d'Imre Nagy &#233;taient all&#233;s le chercher et l'avaient amen&#233; presque de force sur la place du Parlement o&#249;, d'un balcon, il avait tenu un discours improvis&#233; dont l'essentiel avait &#233;t&#233; : &#171; Bonnes gens, de la patience, retournez chez vous, le parti va arranger les choses. &#187; La foule avait hu&#233;, puis avait fini par quitter la place (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la radio, on entendit la voix d&#233;sagr&#233;able du premier secr&#233;taire Ger&#246; : &#171; Chers camarades, chers amis, peuple travailleur de Hongrie, nous avons l'intention ferme et inalt&#233;rable de d&#233;velopper, d'&#233;largir et d'approfondir la d&#233;mocratie dans notre pays. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif des ennemis du peuple est aujourd'hui de saper le pouvoir de la classe ouvri&#232;re, de d&#233;nouer les liens entre notre parti et le glorieux parti de l'Union sovi&#233;tique. (&#8230;) Nous condamnons ceux qui ont profit&#233; des libert&#233;s d&#233;mocratiques que notre Etat assure aux travailleurs pour organiser une manifestation de caract&#232;re nationaliste ! &#187; (&#8230;) Un d&#233;tachement de la S&#233;curit&#233; post&#233; sur les toits tire sur les manifestants. (&#8230;) Sur les grands boulevards, les militaires transport&#233;s sur les camions furent t&#233;moins de la fusillade et de la panique qui s'en suivit. A l'instant m&#234;me, ils furent entour&#233;s par la foule exasp&#233;r&#233;e qui leur demanda des armes pour &#171; se d&#233;fendre contre les assassins de la S&#233;curit&#233; &#187;. Les jeunes recrues &#8211; jeunes paysans de la campagne &#8211; ne mirent pas longtemps pour r&#233;agir. Ils connaissaient la cruaut&#233; de la S&#233;curit&#233;. Une nouvelle preuve venait de leur en &#234;tre fournie &#224; l'instant. La fum&#233;e et la poussi&#232;re du tir ne s'&#233;taient pas encore dissip&#233;es. Un soldat puis deux tendirent leurs armes aux gens. D'autres en firent bient&#244;t autant. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats se joignent &#224; la foule qui fait feu contre les d&#233;fenseurs de l'immeuble de la radio (qui n'a pas diffus&#233; les &#171; revendications des manifestants). (&#8230;.) L'arm&#233;e intervient pour d&#233;gager l'immeuble de la radio. (&#8230;) Les gens assi&#232;gent le journal central du Parti. (&#8230;) Ils voulaient faire publier un placard comme quoi, en r&#233;ponse aux massacres commis par la S&#233;curit&#233;, tout le monde devait se mettre en gr&#232;ve demain. Peut-&#234;tre qu'on leur a refus&#233; la publication ? Et c'&#233;tait bien le cas. La r&#233;daction avait m&#234;me refus&#233; qu'une d&#233;l&#233;gation entre dans l'immeuble. Alors les gens &#233;taient all&#233;s chercher ceux qui se battaient pr&#232;s de la radio. Ensemble, ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent d'abord dans la librairie du parti, o&#249; ils saccag&#232;rent tout, puis gagn&#232;rent la r&#233;daction du journal, d'o&#249; ils fich&#232;rent tout le monde dehors. (&#8230;) Nous entend&#238;mes des coups de canon. Les insurg&#233;s &#233;taient en train de d&#233;busquer un point d'appui de la S&#233;curit&#233;. (&#8230;) Les armes &#224; feu cr&#233;pitaient dans le centre et dans les banlieues. (&#8230;) On chuchotait que Kadar &#233;tait pr&#233;vu par les camarades sovi&#233;tiques comme rempla&#231;ant de Ger&#246; &#224; la t&#234;te du parti. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imre Nagy fut coopt&#233; au Politburo hongrois (&#8230;) A deux heures du matin, une grande arm&#233;e blind&#233;e (russe) entrait dans Budapest. Les chars &#233;taient des &#171; Iosip Satline &#187;. C'&#233;taient les r&#233;serves de blind&#233;s de l'arm&#233;e sovi&#233;tique stationnant pr&#232;s du lac Balaton, au sud-ouest de la capitale. (&#8230;) Militairement parlant, c'&#233;tait un coup de poker. Ils avaient probablement song&#233; &#224; r&#233;&#233;diter leur succ&#232;s de Berlin en 1953 lorsque, au milieu des troubles, l'apparition des forces blind&#233;es sovi&#233;tiques avait suffi au d&#233;samor&#231;age de la r&#233;volte. A Budapest, la consigne des unit&#233;s russes fut &#233;galement de jouer la carte de la duret&#233;, de l'intimidation. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux premi&#232;res heures de la matin&#233;e, nous e&#251;mes enfin des &#233;chos de la situation militaire. Contrairement aux pr&#233;visions du gouvernement, l'arriv&#233;e des blind&#233;s sovi&#233;tiques n'avait fait qu'exasp&#233;rer la lutte. Un tr&#232;s grand nombre d'habitants des quartiers ouvriers de Csepel avaient &#233;t&#233; approvisionn&#233;s en mat&#233;riel par les travailleurs de l'usine &#171; Lampart &#187; (la principale fabrique d'armes du pays). L'arsenal de l'&#233;cole d'officiers avait &#233;galement &#233;t&#233; vid&#233;. Les armes, transport&#233;es en banlieue, furent r&#233;parties parmi la population. Certaines casernes de l'arm&#233;e, situ&#233;es dans le p&#233;rim&#232;tre, eurent elles aussi des complaisances. L'arriv&#233;e des blind&#233;s sovi&#233;tiques avait exasp&#233;r&#233; tous les milieux. (&#8230;) Pendant ce temps, la radio se manifestait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renseignement pris, les &#233;missions se faisaient maintenant de la cave du Parlement, entour&#233; de blind&#233;s sovi&#233;tiques. La maison de la radio, compl&#232;tement d&#233;truite, &#233;tait occup&#233;e par les insurg&#233;s. La radio parlait et elle parlait mal (&#8230;.) : &#171; Attention ! Attention ! D'ignobles attaques &#224; main arm&#233;e des bandes contre-r&#233;volutionnaires ont cr&#233;&#233; une situation extr&#234;mement grave. Les bandits ont envahi des usines et des b&#226;timents publics, assassinant des civils, des soldats et des membres de la police de s&#233;curit&#233;&#8230; &#187; Il est dur d'entendre des mensonges aussi grossiers (&#8230;) Vers la fin de la matin&#233;e, (&#8230;) Imre Nagy, nomm&#233; chef du gouvernement, parlait pour la premi&#232;re fois &#224; la radio. Le pays tout entier &#233;tait &#224; l'&#233;coute. &#171; Peuple de Budapest, je vous informe que tous ceux qui auront d&#233;pos&#233; les armes et cess&#233; de combattre &#224; 14 heures aujourd'hui ne tomberont pas sous le coup de la loi martiale. &#187; (&#8230;) Imre Nagy disait avoir d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233; au Parlement un projet de d&#233;mocratisation de notre gouvernement, de notre parti, de notre vie politique et &#233;conomique. &#187; Mais il &#233;vit&#233; de parler des crimes de Ger&#246; contre le peuple, des assassinats que la S&#233;curit&#233; avait commis, et surtout des tanks russes qui sillonaient en ce moment m&#234;me les rues de Budapest, appel&#233;s par quel pouvoir ? En vue de parer quelle &#171; agression ext&#233;rieure &#187; ? (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des insurg&#233;s, les fr&#232;res Pongracz et Sandor Angal, totalement inconnus hier, &#233;taient les noms les plus prestigieux de Budapest. Les fr&#232;res Poncracz, jeunes ouvriers de la banlieue de Budapest, et Sandor Angyal, jeune ouvrier de l'&#238;le de Csepel, commandaient de concert les deux plus importants groupes d'insurg&#233;s. Les fr&#232;res tenaient le cin&#233;ma Corvin. Angyal avait son QG quelques rues plus bas, dans le fin fond du vieux quartier prol&#233;tarien Ferencvaros. Ils poss&#232;daient des armes anti-tanks. Une dizaine de carcasses de chars sovi&#233;tiques t&#233;moignaient de l'efficacit&#233; de leur travail. Ils me contact&#232;rent par t&#233;l&#233;phone. (&#8230;) Je re&#231;us ordre du gouvernement d'ouvrir imm&#233;diatement des pourparlers avec les groupes insurg&#233;s. Mission : conna&#238;tre leurs intentions, les amener si possible &#224; se rendre, en leur assurant une amnistie totale. (&#8230;) L'a&#238;n&#233; des fr&#232;res Pongrcz r&#233;pondit : &#171; Le seul arrangement viable serait celui que le gouvernement hongrois trouverait avec le gouvernement sovi&#233;tique, en vue du retrait du pays de leur arm&#233;e. Nous ne nous faisons pas d'illusions : muni d'armes l&#233;g&#232;res le peuple ne parviendra pas &#224; se d&#233;barrasser d'eux. Mais il faut que notre gouvernement le sache : il n'y aura pas de cessez-le-feu tant que les Russes seront l&#224;. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Portant des drapeaux et des pancartes, les gens venaient du bois municipal, ils scandaient des mots d'ordre : &#171; A bas Ger&#246; ! &#187;, &#171; Rousski go home ! &#187; Hommes, femmes, jeunes gens, ils &#233;taient bien une dizaine de milliers sinon plus. (&#8230;) Trois gros tanks sovi&#233;tiques mod&#232;le Iosip-Staline faisaient route en sens oppos&#233;, droit en direction de la foule. Les tanks d&#233;bouch&#232;rent sur l'avenue. Les tankistes virent la foule quand ils &#233;taient d&#233;j&#224; nez &#224; nez. Les chars s'arr&#234;t&#232;rent et rest&#232;rent sur place, moteur ralenti. La foule ne put absolument pas s'arr&#234;ter : elle coula en avant, contournant les trois blind&#233;s. D'une seconde &#224; l'autre les armes automatiques des chars pouvaient d&#233;clencher un feu d'enfer. Au lieu de &#231;a, il se passa autre chose. Un gar&#231;on se fraya un chemin jusqu'au premier char et introduisit quelque chose dans la meurtri&#232;re. Ce n'&#233;tait pas une grenade. C'&#233;tait une simple feuille de papier. D'autres l'imit&#232;rent. Ces feuilles-l&#224; &#233;taient des tracts r&#233;dig&#233;s en langue russe par des &#233;tudiants de la facult&#233; des langues orientales. (&#8230;) Les tracts commen&#231;aient par une citation de Marx : &#171; ne peut &#234;tre libre le peuple qui en opprime d'autres. &#187; (&#8230;) Le commandant ouvrit la tourelle et se jucha sur le dessus de son char. Imm&#233;diatement, des mains se tendirent vers lui. Une jeune fille monta, embrassa le commandant. (&#8230;) Les gens criaient : &#171; Vive l'arm&#233;e sovi&#233;tique ! &#187; (&#8230;) Quelques minutes plus tard, la S&#233;curit&#233; &#233;tait en train de tirer sur les manifestants d&#233;sarm&#233;s qui r&#233;clamaient la d&#233;mission de Ger&#246;. Et les chars sovi&#233;tiques ouvraient le feu sur la S&#233;curit&#233;. Ils d&#233;fendaient la foule ! La foule subissait des pertes &#233;normes, sous le feu des mitrailleuses lourdes de la S&#233;curit&#233; post&#233;es sur les toits. La boucherie ne prendra fin que gr&#226;ce &#224; l'intervention des blind&#233;s sovi&#233;tiques, la vingtaine de blind&#233;s qui entouraient le Parlement. Leur commandant fit diriger le feu de ses canons contre la S&#233;curit&#233; hongroise embusqu&#233;e sur les toits. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politburo sovi&#233;tique d&#233;cidait la destitution de Ger&#246; qui est remplac&#233; par Kadar &#224; la t&#234;te du parti. Imre Nagy est nomm&#233; Premier ministre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;action de Ger&#246; fut brutale et imm&#233;diate. Officiellement relev&#233; de ses fonctions et remplac&#233; par Kadar sur l'intervention de Souslov et Miko&#239;an, il continuera quelque temps encore &#224; avoir la haute main sur la totalit&#233; des forces de l'ordre. Sans attendre, il fit d&#233;brancher toutes nos lignes t&#233;l&#233;phoniques directes, &#171; t&#233;l&#233;phone rouge &#187; compris. Pour le simple fait d'avoir n&#233;goci&#233; avec la foule, je devins hors-la &#8211;loi aux yeux du pouvoir. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu insurg&#233;, Yochka Szilagyi vint me parler. Pendant les deux jours de l'insurrection, il &#233;tait all&#233; partout. Il avait suivi les gens, du fond des usines de Csepel, jusqu'au massacre du Parlement, jusqu'au si&#232;ge de mon QG. Il avait voulu tout voir, tout savoir :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sandor, malgr&#233; les &#233;v&#233;nements tragiques et les pertes de sang, c'est une r&#233;volution, et une r&#233;volution merveilleuse. Les gars sont purs, avec une &#233;thique qui ferait p&#226;lir d'envie les plus grands personnages de l'Histoire. (&#8230;) Mais Sandor, le plus significatif, c'est l'avenir qui se pr&#233;pare. Je ne sais pas si tu te rend compte, mais dans les usines, les entreprises, les municipalit&#233;s, l'arm&#233;e, les gens se mettent &#224; &#233;lire au vote secret des comit&#233;s r&#233;volutionnaires, seuls organes directeurs habilit&#233;s d&#233;sormais pour la direction des affaires. (&#8230;) Ce sont les soviets qui se pr&#233;parent, Sandor, les vrais soviets, ceux-l&#224; m&#234;mes qui, en Russie en 1917, n'ont pas trouv&#233; le moyen de survivre ! Notre nation saigne et peut-&#234;tre saignera encore, mais tout porte &#224; croire que de ce bain de sang sortira le premier &#233;tat socialiste d&#233;mocratique du monde ! &#187; (&#8230;) Yochka Szilagyi restera aupr&#232;s d'Imre Nagy comme directeur du secr&#233;tariat du Premier ministre. (&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 octobre, aux environs de 19 heures, mon ami Yochka Szilagyi me convoqua par t&#233;l&#233;phone chez Imre Nagy, au Parlement : &#171; Sandor, la Hongrie a besoin des forces de l'ordre que tu as pr&#233;serv&#233;es. &#187; (&#8230;) Les Services secrets et la S&#233;curit&#233; furent dissous, leurs membres licenci&#233;s. Des comit&#233;s r&#233;volutionnaires furent &#233;lus dans la plupart des entreprises et organismes du pays, pr&#233;fecture de police comprise. Les Russes eux-m&#234;mes paraissaient changer leur fusil d'&#233;paule. Tout le monde parlait de n&#233;gociations entre les gouvernements hongrois et sovi&#233;tique (pour le retrait des troupes russes). (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;ge du gouvernement d'Imre Nagy, l'immense &#171; Westminster au bod du Danube &#187; ressemblait au palais Smolny de Petrograd, centre des bolcheviks en 1917, tant de fois reproduit dans des films. Les couloirs et les antichambres &#233;taient peupl&#233;s de d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;res, paysannes&#8230; (&#8230;) C'est la premi&#232;re fois que je retrouve la vraie atmosph&#232;re des &#171; Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde &#187;. (&#8230;) La population en r&#233;volte &#233;tait maintenant arm&#233;e dans tout le pays. L'&#233;lection des Comit&#233;s r&#233;volutionnaires dans les organismes et &#224; la t&#234;te des communes avait donn&#233; un sens aux combats jusque l&#224; anarchiques. Mais les unit&#233;s de l'arm&#233;e ne pouvaient demeurer longtemps dans l'&#233;tat de semi-liqu&#233;faction o&#249; la r&#233;volution les avait conduites. Il &#233;tait urgent de proc&#233;der &#224; l'&#233;lection d'une direction g&#233;n&#233;rale &#224; leur t&#234;te. Imre Nagy avait propos&#233; un trio de candidats : B&#233;la Kiraly pou le commandement, moi-m&#234;me comme son adjoint et Paul Mal&#233;ter pour le poste de ministre de la D&#233;fense. (&#8230;) &#171; Les chefs de nos deux arm&#233;es vont bient&#244;t se r&#233;unir, pr&#233;cisa Nagy. Les blind&#233;s quitteront Budapest, et dans trois mois toute l'arm&#233;e russe se retirera du pays. Nous proc&#233;derons &#224; des &#233;lections g&#233;n&#233;rales, o&#249; tous les partis d&#233;mocratiques pr&#233;senteront leurs candidats. Naturellement, nous conserverons tous les acquis socialistes, terres, banques, usines, entreprises resteront aux mains de l'Etat. &#187; (&#8230;) Nous conv&#238;nmes, avec Imre Nagy, de mettre sur pied deux divisions susceptibles de nettoyer en quelques jours Budapest de tous les &#233;l&#233;ments douteux, d&#233;class&#233;s et autres aventuriers en puissance. (&#8230;) Les tanks russes quittaient Budapest. (&#8230;) Le quartier dit &#171; russe &#187;, situ&#233; autour de l'ambassade, d&#233;m&#233;nageait massivement. Les gros immeubles modernes b&#226;tis pour les h&#244;tes &#233;trangers se vidaient d'&#233;tage en &#233;tage : les matelas et les canap&#233;s prenaient place sur les galeries des voitures, les grosses valises en cuir bouilli fa&#231;on Russie centrale, partaient encord&#233;s avec les duvets &#224; la housse en soie &#224; grosses fleurs achet&#233;s dans les d&#233;p&#244;ts sp&#233;ciaux de Budapest. A mesure que les &#233;tages se vidaient, des squatters de tous &#226;ges et de toutes conditions, venus du fin fond des quartiers pauvres, occupaient les lieux, avec leur marmaille, leurs vieux et leurs malades. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de la grande acierie, sur la route de Lillaf&#252;red, une colonne de l'arm&#233;e russe se dirigeait vers une place forte tenue par les insurg&#233;s. C'&#233;tait le 4 novembre. Les femmes et les enfants des ouvriers d'Alsohamor et Felsohamor se couch&#232;rent sur l'unique route de montagne qui y conduisait. Le commandant sovi&#233;tique fit stopper sa colonne de chars, il somma les femmes et les enfants de s'en aller. En vain. Apr&#232;s une lutte int&#233;rieure, l'officier opta pour la retraite de colonne. Deux jours plus tard, il fut fusill&#233; dans la cour de la caserne de la ville de Miskolc, en compagnie de ses adjoints. Sans doute aurait-il d&#251; passer avec ses chenilles sur les corps de femmes et d'enfants d'ouvriers ? (&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imre Nagy devenait pressant. Par l'interm&#233;diaire de Yochka, il pria le commandement de la nouvelle garde nationale d'acc&#233;l&#233;rer la mise sur pied de l'organisme. (&#8230;) Notre objectif &#233;tait de mettre imm&#233;diatement &#224; la disposition du gouvernement une force de frappe susceptible de mater tout ce qui paraissait entraver le retour &#224; la vie normale. Je sais que le mot &#171; normalisation &#187; sonne mal aujourd'hui apr&#232;s les exp&#233;riences brejn&#233;viennes en Tch&#233;coslovaquie. Notre normalisation &#224; nous signifiait simplement la cessation des combats et le retour &#224; la vie quotidienne, la mise en route de la production, surtout la reprise en main des esprits. Dimanche, le 4 novembre, nous pouvions compter sur deux divisions de la Garde nationale susceptibles d'assurer le red&#233;marrage de la vie &#224; Budapest. (&#8230;) Une semaine de combats meurtriers avait laiss&#233; des traces. Je rencontrais partout des trams renvers&#233;s, des d&#233;bris de voitures et des tanks calcin&#233;s. Mais la lutte &#233;tait visiblement termin&#233;e. Au coin d'une rue, je butai contre un attroupement : du haut d'un camion, des paysans distribuaient des canards plum&#233;s et des sacs de pommes de terre&#8230; gratuitement ! D'autres vivres arrivaient, par convois entiers, dans les usines, &#233;galement &#224; titre gracieux&#8230; Les cultivateurs du pays &#233;taient visiblement reconnaissants &#224; la classe ouvri&#232;re de Budapest d'avoir mis fin au r&#233;gime des kolkhozes, au moins sous sa forme obligatoire. Devant l'ancienne Bourse, les employ&#233;s du minist&#232;re des Finances discutaient des &#233;lections de leur comit&#233; r&#233;volutionnaire, de leur &#171; soviet &#187;, comme ils l'appelaient. (&#8230;) Un des jeunes employ&#233;s, ancien social-d&#233;mocrate ex-bagnard sous Rakosi, qui avait command&#233; un d&#233;tachement arm&#233; du minist&#232;re durant les journ&#233;es d'insurrection fut &#233;lu au vote secret en tant que pr&#233;sident du soviet du minist&#232;re. Il devait repr&#233;senter tout le personnel en face du pouvoir d'Etat et cela jusqu'&#224; l'expiration de son mandat. Le ministre devait tenir compte de son avis sous peine de d&#233;mission. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du dimanche 29, le chef de gare du poste fronti&#232;re sovi&#233;tique signale l'entr&#233;e de nouvelles troupes et de mat&#233;riel neuf en territoire hongrois. (&#8230;) Les forces sovi&#233;tiques mass&#233;es &#224; l'est du pays son &#233;valu&#233;es &#224; 200.000 hommes, douze divisions dont huit blind&#233;es, de quoi nous aplatir comme une galette. Ma premi&#232;re r&#233;action fut : &#171; Imre Nagy est au courant ? &#187; Il l'&#233;tait bien entendu. (&#8230;) Je lui demandai ce qui restait &#224; faire. Sa r&#233;ponse fut formelle : &#171; continuer, continuer comme si de rien n'&#233;tait. &#187; Il me fit promettre de garder le secret absolu sur tout ce que je venais d'apprendre. (&#8230;) Nagy d&#233;clara : &#171; Je refuse de donner l'ordre de r&#233;isister par les armes. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne citadelle de Mal&#233;ter subira un bombardement a&#233;rien en r&#232;gle. Elle tiendra cependant jusqu'&#224; l'aube du 7 novembre. Les Russes n'y trouveront pratiquement que des morts et des bless&#233;s graves. (&#8230;) Les ouvriers en armes de la grande usine sid&#233;rurgique de Csepel parvinrent &#224; infliger des pertes lourdes aux chars sovi&#233;tiques. (&#8230;) Par repr&#233;sailles aux cocktails Molotov les unit&#233;s blind&#233;es russes d&#233;truisaient syst&#233;matiquement les immeubles d'o&#249; &#233;tait parti le coup. Des rang&#233;es de maisons furent ras&#233;es derri&#232;re lesquelles les Russes croyaient d&#233;celer des groupes d'insurg&#233;s. Des centaines d'immeubles furent ainsi d&#233;truits, principalement dans les quartiers ouvriers, berceaux des insurg&#233;s. Le nombre des civils tu&#233;s dans les rues ou ensevelis sous les d&#233;combres se chiffrait &#224; plusieurs milliers ! (&#8230;) Apr&#232;s une nuit de bataille, l'avenue Ulloi br&#251;lait, la gare Deli fumait. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A certains endroits, les troupes russes concluaient un arrangement avec les autorit&#233;s locales ; en l'absence de gouvernement central (Kadar et ses hommes se gardant bien de se pointer sur le territoire national), les soviets ouvriers hongrois prenaient en mains la direction des affaires. L'arm&#233;e nationale &#233;tait r&#233;gie par des comit&#233;s r&#233;volutionnaires. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut d&#233;clar&#233;e sans d&#233;lai dans tout le pays &#171; jusqu'au retrait total des troupes sovi&#233;tiques. &#187; (&#8230;) Nous n'avions pas fait cent pas que nous nous trouv&#226;mes au milieu de la plus grande bataille de Budapest. Il s'agissait de l'attaque d'unit&#233;s d'insurg&#233;s renforc&#233;e d'une batterie de canons antichars de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re hongroise. (&#8230;) Deux soldats arm&#233;s de mitraillettes arrach&#232;rent la kalachnikoff de mes mains. (&#8230;) Le g&#233;n&#233;ral d'arm&#233;e S&#233;rov me d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Salopard, je vais te faire pendre &#224; l'arbre le plus haut de Budapest. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'enl&#232;vement puis l'arrestation d'Imre Nagy, le Conseil ouvrier national r&#233;agit avec fermet&#233;. Il donna pour consigne aux usines d'arr&#234;ter la production jusqu'au retour d'Imre Nagy et au d&#233;part des Russes. La gr&#232;ve fut totale sur le territoire, aucune branche d'industrie ne travailla, les bureaux, les &#233;coles, les services &#233;taient ferm&#233;s en Hongrie. ( &#8230;) Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de l'insurrection de Budapest, (&#8230;) Sandor Racz, pr&#233;sident du Parlement ouvrier, se leva et dit : &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de maintenant et pendant une heure, il n'y aura pas &#226;me qui vive dans les rues de la capitale. C'est notre mani&#232;re de comm&#233;morer nos morts tomb&#233;s dans la bataille pour la libert&#233;. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 d&#233;cembre, le Parlement ouvrier de Budapest fut mis hors la loi, ses dirigeants, choisis au vote secret par la totalit&#233; des usines et entreprises de la Hongrie, arr&#234;t&#233;s &#224; leur domicile. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Hongrie 1956 &#187; de Andy Anderson </title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7107</link>
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		<dc:date>2023-10-15T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Hongrie 1956 &#187; de Andy Anderson : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le 6 mars 1953, le Kremlin annon&#231;a brusquement que Staline &#233;tait mort apr&#232;s une courte maladie. Les travailleurs de l'Europe de l'Est estim&#232;rent que le temps &#233;tait venu de mettre fin &#224; l'oppression que son r&#233;gime leur avait impos&#233;e. Ils n'attendirent pas longtemps, la premi&#232;re manifestation de masse fut celle des ouvriers de Plzen, au d&#233;but du mois de juin. &lt;br class='autobr' /&gt; Plzen est l'un des plus grands centres industriels de Tch&#233;coslovaquie. La grande (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Extraits de &#171; Hongrie 1956 &#187; de Andy Anderson :&lt;br /&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le 6 mars 1953, le Kremlin annon&#231;a brusquement que Staline &#233;tait mort apr&#232;s une courte maladie. Les travailleurs de l'Europe de l'Est estim&#232;rent que le temps &#233;tait venu de mettre fin &#224; l'oppression que son r&#233;gime leur avait impos&#233;e. Ils n'attendirent pas longtemps, la premi&#232;re manifestation de masse fut celle des ouvriers de Plzen, au d&#233;but du mois de juin. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plzen est l'un des plus grands centres industriels de Tch&#233;coslovaquie. La grande fabrique d'armes et de v&#233;hicules Skoda y est implant&#233;e. La manifestation, qui fut tout &#224; fait spontan&#233;e, eut d'abord lieu pour protester contre l'&#233;change de la monnaie. Mais, au fur et &#224; mesure qu'elle se propageait, des exigences politiques se firent jour, une plus grande participation &#224; la gestion des usines, l'abolition du travail aux pi&#232;ces, la d&#233;mission du gouvernement et des &#233;lections libres. Au moment o&#249; la manifestation avait presque atteint la dimension d'une r&#233;volte (ainsi, des soldats en uniforme s'y &#233;taient joints et la foule avait occup&#233; l'H&#244;tel de Ville), des troupes arriv&#232;rent de Prague et l'insurrection fut rapidement r&#233;prim&#233;e. Des insurrections spontan&#233;es qui &#233;clat&#232;rent par la suite dans d'autres r&#233;gions de Tch&#233;coslovaquie et dans d'autres pays-satellites furent &#233;cras&#233;es imm&#233;diatement, avant m&#234;me d'avoir eu droit &#224; la &#171; une &#187; des journaux nationaux et &#233;trangers. Deux semaines plus tard, le 17 juin 1953, les travailleurs de Berlin-Est se r&#233;voltaient. Les ouvriers quitt&#232;rent en masse les usines (&#8230;) La r&#233;volte commen&#231;a par une manifestation des ouvriers du B&#226;timent sur la Stalin Allee. Abandonnant l'outil, ils march&#232;rent sur le centre-ville pour pr&#233;senter leurs revendications. Les travailleurs des transports abandonn&#232;rent leurs tramways et les chauffeurs de camions laiss&#232;rent leurs v&#233;hicules sur place pour rejoindre la manifestation. (&#8230;) Les travailleurs ne furent soumis qu'apr&#232;s avoir livr&#233; des combats sanglants contre les chars russes. Pendant plusieurs jours cette r&#233;volte attira l'attention du monde entier, non seulement parce qu'elle &#233;tait men&#233;e par des travailleurs dont les revendications &#233;taient autant politiques qu'&#233;conomiques, mais aussi &#224; cause de l'intervention directe et brutale de la Russie. (&#8230;) Cependant, la derni&#232;re des choses que souhaitait Moscou, &#224; ce moment-l&#224;, c'&#233;tait de se montrer faisant usage des chars et des ba&#239;onnettes de l'Arm&#233;e Rouge pour &#233;touffer la r&#233;volution en Europe orientale. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Hongrie, au d&#233;but du mois de juillet 1953, Malenkov lui-m&#234;me &#171; conseilla &#187; &#224; Rakosi de se retirer pour un certain temps &#224; l'arri&#232;re-plan de la sc&#232;ne politique. Imre Nagy, qui avait &#233;t&#233; ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de 1944, ministre de l'Int&#233;rieur en 1946, et qui avait, d'une mani&#232;re ou d'une autre, surv&#233;cu aux diff&#233;rentes purges, devint premier ministre. Son discours tra&#231;a les grandes lignes du nouveau programme. (&#8230;) Il fallait accorder plus d'int&#233;r&#234;t &#224; l'industrie l&#233;g&#232;re et aux biens de consommation. (&#8230;) Une ferme collective pouvait &#234;tre dissoute sur un vote de la majorit&#233; de ses membres. Les tribunaux d'exception devaient &#234;tre abolis. (&#8230;) De nombreux prisonniers politiques furent remis en libert&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objectivement, les concessions de Nagy avaient &#233;t&#233; relativement minces. Mais, pour le Kremlin, il allait encore trop vite. Le 18 avril 1955, l'Assembl&#233;e Nationale d&#233;cida par un vote &#171; unanime &#187; de relever Nagy de sa fonction. Le peuple hongrois se raidit en voyant Rakosi revenir &#224; l'avant-plan. (&#8230;) La plupart des concessions accord&#233;es au cours des vingt mois qu'avait dur&#233; le gouvernement Nagy furent d&#232;s lors soumises &#224; la &#171; tactique du salami &#187; et furent petit &#224; petit retir&#233;es. (&#8230;) Apr&#232;s la cl&#233;mence relative du r&#233;gime de Nagy, le brusque retour &#224; l'heure de 1953 provoqua une r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re plus intense que jamais. Des mesures toujours plus s&#233;v&#232;res furent n&#233;cessaires pour &#171; discipliner &#187; les masses. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 20e Congr&#232;s du Parti Communiste russe qui se tint en f&#233;vrier 1956, les &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; de Krouchtchev sur Staline provoqu&#232;rent un tremblement de terre politique. Les fondations des partis communistes du monde entier en furent &#233;branl&#233;es. (&#8230;) Krouchtchev &#233;tait-il au courant du ferment qui allait grandissant en Pologne et en Hongrie, avant m&#234;me le 20e Congr&#232;s ? Savait-il que ce ferment affectait m&#234;me le parti communiste polonais ? Comprenait-il le danger potentiel que cela repr&#233;sentait, tant pour son propre r&#233;gime que pour celui des satellites ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'en Pologne, au matin du 28 juin 1956, les ouvriers de la fabrique de locomotives Zispo, &#224; Poznan, se mirent en gr&#232;ve et descendirent dans la rue. Ce n'&#233;tait pas sur un coup de t&#234;te. Plusieurs semaines auparavant, un comit&#233; avait &#233;t&#233; &#233;lu, qui avait pr&#233;sent&#233; un cahier de revendications &#224; la direction. Certaines de ces revendications &#233;taient pr&#233;visibles : augmentation des salaires, diminution des prix, abaissement des cadences dans le travail &#224; la production. Mais la direction s'effraya quand ces &#171; simples ouvriers &#187; critiqu&#232;rent la mani&#232;re dont l'usine &#233;tait g&#233;r&#233;e et quand ils exig&#232;rent une organisation diff&#233;rente du travail dans les divers ateliers. (&#8230;) Les n&#233;gociations tra&#238;n&#232;rent en longueur, sans donner le moindre r&#233;sultat. A la fin, les ouvriers d&#233;masqu&#232;rent le proc&#233;d&#233; et, par milliers, envahirent les rues de la ville. Au fur et &#224; mesure que la nouvelle se r&#233;pandait, les travailleurs des autres entreprises se r&#233;unissaient, discutaient et votaient pour se joindre au mouvement. Le caract&#232;re politique des manifestations se r&#233;v&#233;la alors. Les pancartes port&#233;es dans les d&#233;fil&#233;s r&#233;clamaient des choses comme &#171; Pain et libert&#233; &#187;, &#171; les Russes dehors &#187;, &#171; Abolition du travail aux pi&#232;ces &#187;, etc.&lt;br /&gt;
D'autres gens, se mettant sous la direction des ouvriers, se joignirent &#224; eux. Les manifestations de Poznan prirent bient&#244;t la physionomie d'une insurrection &#224; grande &#233;chelle. Les chars et les troupes russes entour&#232;rent la ville, mais n'y entr&#232;rent pas. Le gouvernement fit plut&#244;t intervenir les chars polonais. (&#8230;) le sang des travailleurs coula dans les rues. Deux jours plus tard, la r&#233;volte &#233;tait &#233;cras&#233;e. (&#8230;) Il y eut des gr&#232;ves de solidarit&#233; dans plusieurs autres villes, mais elles furent rapidement isol&#233;es et n'atteignirent pas les proportions du mouvement de Poznan. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Frapp&#233;e et d&#233;sar&#231;onn&#233;e, la bureaucratie polonaise accusa des &#171; provocateurs &#187; et des &#171; agents secrets &#224; la solde des Etats-Unis et de l'Allemagne de l'Ouest &#187; d'&#234;tre &#224; l'origine de la r&#233;volte. Mais, le 18 juillet, au cours d'une r&#233;union du Comit&#233; Central du parti, le premier secr&#233;taire Edward Ochab d&#233;clara : &#171; Il est n&#233;cessaire de rechercher avant tout les causes sociales de ces incidents qui sont, pour notre Parti tout entier, un signal d'alarme qui t&#233;moigne d'une s&#233;rieuse perturbation dans les relations entre le Parti et les diff&#233;rents secteurs de la classe ouvri&#232;re. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gomulka, excommuni&#233; et emprisonn&#233; en 1951, sous r&#233;sidence surveill&#233;e depuis 1954, fut r&#233;int&#233;gr&#233; dans le parti. (&#8230;) Le 21 octobre, le Politburo polonais fut &#233;lu et, comme pr&#233;vu, Gomulka devint le premier secr&#233;taire du parti. Des remaniements durent imm&#233;diatement op&#233;r&#233;s dans le gouvernement, l'arm&#233;e et le parti. Rokossovki donna sa d&#233;mission et retourna &#224; Moscou o&#249; il obtint sur le champ le poste de ministre de la D&#233;fense. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gomulka n'avait triomph&#233; que tant qu'il repr&#233;sentait les aspirations du peuple polonais. La base de son pouvoir &#233;tait en fait extr&#234;mement fragile. Les int&#233;r&#234;ts qu'il repr&#233;sentait &#233;taient ceux de la bureaucratie polonaise. Tout en suivant l'action ind&#233;pendante des travailleurs polonais et leur exigence incessante d'une plus grande participation dans la conduite de leur propres affaires, la base de la bureaucratie &#8211; m&#234;me purg&#233;e des es &#233;l&#233;ments pro-russes &#8211; demeurait faible et instable. (&#8230;) En &#233;change d'une restitution partielle de ses propri&#233;t&#233;s confisqu&#233;es, l'Eglise mit son influence au service de Gomulka.&lt;br /&gt;
A partir du printemps 1956, l'escalade rapide de la tension en Pologne fut accompagn&#233;e d'un d&#233;veloppement similaire en Hongrie. (&#8230;) En avril 1956, le &#171; Cercle Pet&#244;fi &#187; fur fond&#233; par les Jeunesses communistes (principalement des &#233;tudiants). (&#8230;) Le gouvernement Rakosi interdit alors ces r&#233;unions, ce qui ne fit qu'empirer les choses. L'interdiction fut bien vite lev&#233;e. (&#8230;) Bient&#244;t, les r&#233;unions du Cercle Pet&#244;fi attir&#232;rent des milliers de personnes. (&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rakosi, qui &#233;tait &#224; Moscou, revint subitement &#224; Budapest. (&#8230;) Il dressa une liste des noms les plus connus parmi les politiciens et les &#233;crivains. Mais, avant que la premi&#232;re phase (les arrestations) ne fut mise en train, les Russes expliqu&#232;rent &#224; Rakosi que son projet serait l'&#233;tincelle qui mettrait le feu aux poudres d'une situation d&#233;j&#224; explosive. (&#8230;) Les Hongrois apprirent la d&#233;mission de Rakosi le 18 juillet. Ils apprirent en m&#234;me temps que Janos Kadar et le social-d&#233;mocrate Gy&#246;rgy Marosan, r&#233;cemment r&#233;habilit&#233;s, avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s membres du Politburo. C'&#233;taient les premi&#232;res des quelques concessions mineures qui furent accord&#233;es pendant le mois d'ao&#251;t, dans cette situation tumultueuse, ces concessions devaient se r&#233;v&#233;ler insignifiantes et m&#234;me tout &#224; fait inad&#233;quates. Les souffrances des travailleurs avaient &#233;t&#233; trop longues et trop dures pour qu'ils se fassent des illusions sur des modifications au niveau de la classe dirigeante ou pour qu'ils se laissent acheter par quelques sous de plus dans leur enveloppe de paie. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cercle Pet&#244;fi &#233;tait devenu, bien que pas tout &#224; fait consciemment, le porte-parole des d&#233;sirs du peuple travailleur de Hongrie. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe dirigeant, qui se sentait plus que jamais hors du coup, essaya de s'attirer les sympathies en organisant des fun&#233;railles pompeuses pour Laszlo Rajk. Nombre de ceux qui avaient mis en sc&#232;ne son proc&#232;s et son ex&#233;cution en tant que &#171; titiste-fasciste &#187; d&#233;ploraient maintenant avec indignation la &#171; diffamation &#187; du camarade Rajk qui avait &#233;t&#233; &#171; condamn&#233; et ex&#233;cut&#233; bien qu'innocent &#187;. (&#8230;) Plus de 200.000 personnes assist&#232;rent &#224; ces fun&#233;railles, et &#224; ce moment-l&#224;, les dirigeants ne virent pas clair ; ils ne comprirent pas que la demande d'une r&#233;habilitation de Rajk &#233;tait tout &#224; fait symbolique, car le peuple n'avait pas oubli&#233; la brutalit&#233; de la police secr&#232;te de Rajk. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le mois de septembre et le d&#233;but d'octobre, les travailleurs &#233;taient devenus actifs. Ils r&#233;clamaient une &#171; autogestion ouvri&#232;re effective &#187; dans les usines. (&#8230;) Le noyau de cette remarquable conscience politique des ouvriers se trouvait dans la zone industrielle tr&#232;s dense de l'&#238;le de Csepel (au sud de la ville, sur le Danube, entre Buda et Pest, surnomm&#233;e Csepel-la-rouge). (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cercle Pet&#244;fi fit siennes les revendications des travailleurs, mais ses membres ne se rendaient pas encore compte de leurs implications r&#233;volutionnaires. (&#8230;) Le Cercle Pet&#244;fi appela &#224; manifester en masse le 23 octobre, &#171; pour exprimer notre profonde sympathie et notre solidarit&#233; &#224; l'&#233;gard de nos fr&#232;res polonais &#187; dans leur lutte pour la libert&#233;. (&#8230;) Une foule de plusieurs milliers de personnes s'&#233;tait rassembl&#233;e sous la statue de Pet&#244;fi et rejoignait maintenant la manifestation. (&#8230;) Un petit nombre de travailleurs avaient quitt&#233; leur travail pour l'occasion, assez conscients et d&#233;cid&#233;s. (&#8230;) La manifestation &#233;tait termin&#233;e. Pour quelque raison inconnue, les gens se dirig&#232;rent vers la place Kossuth Lajos, o&#249; se trouve le Parlement. (&#8230;) La foule devait maintenant approcher les 100.000 personnes. (&#8230;) peut-&#234;tre pensaient-ils &#224; ce que Ger&#246; venait de dire : &#171; la manifestation des &#233;tudiants avait &#233;t&#233; une tentative de d&#233;truire la d&#233;mocratie &#8230; Les intellectuels avaient accumul&#233; les calomnies contre l'Union sovi&#233;tique&#8230; &#187; Tout cela &#233;tait un mensonge &#233;hont&#233;. (&#8230;) Quand cette masse compacte parcourut les rues, plusieurs autres milliers de personnes s'y joignirent, pour la plupart des ouvriers qui rentraient chez eux apr&#232;s le travail. (&#8230;) Un groupe de manifestants d&#233;cida de se rendre aux abords du grand parc municipal de Budapest o&#249; se trouvait l'Homme d'acier, une statue de Staline qui faisait huit m&#232;tres de haut. (&#8230;) Ils mirent la corde au cou de &#171; Staline &#187;. Des centaines de mains impatientes saisirent la corde. (&#8230;) Une d&#233;l&#233;gation se rendit &#224; la Radio, rue Brody Sandor, suivie de 100.000 personnes, pour exiger que leurs revendications soient diffus&#233;es. (&#8230;) La d&#233;cision spontan&#233;e des manifestants de se rendre &#224; la Maison de la Radio sensibilisait particuli&#232;rement les travailleurs. (&#8230;) Les premiers rangs &#233;taient maintenant tout contre le cordon des A.V.O. (&#8230;) Le mitrailleuses firent feu. (&#8230;) La r&#233;volution hongroise avait commenc&#233;. (&#8230;) Ceux qui, un peu plus t&#244;t, avaient quitt&#233; les fabriques d'armes y retourn&#232;rent. Leurs camarades des &#233;quipes de nuit les aid&#232;rent &#224; charger des camions d'armes r&#233;quisitionn&#233;es pour la cause : revolvers, fusils, fusils mitrailleurs et munitions. Puis, de nombreux ouvriers des &#233;quipes de nuit quitt&#232;rent les usines et se rendirent rue Brody Sandor pour aider &#224; distribuer les armes et pour se joindre &#224; la foule, dont le nombre ne cessait d'augmenter. De nombreux policiers remirent leurs armes aux ouvriers et aux &#233;tudiants, puis se tinrent &#224; l'&#233;cart ; quelques-uns se joignirent m&#234;me &#224; la manifestation. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les combats se poursuivaient dans la rue Brody Sandor et que l'on s'effor&#231;ait de prendre possession de la Maison de la Radio, des milliers de travailleurs et d'&#233;tudiants formaient de groupes dans les rues environnantes. Ces groupes s'&#233;parpill&#232;rent dans la ville pour &#233;tablir des barrages de contr&#244;le et occuper quelques-unes des places principales. (&#8230;) Il faut bien souligner que, si la situation avait atteint &#224; ce moment-l&#224; les dimensions d'une insurrection arm&#233;e, elle n'avait aucunement &#233;t&#233; projet&#233;e ou organis&#233;e. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les premi&#232;res heures du mercredi 24 octobre, ouvriers et &#233;tudiants mouraient dans les rues pour la libert&#233; supr&#234;me, de d&#233;cider comment faire fonctionner la soci&#233;t&#233;. Entre temps, les dirigeants manoeuvraient en coulisse. (&#8230;) Ger&#246; invita Nagy &#224; le remplacer (&#8230;) A 7H30 du matin, la radio fit mention de Nagy comme &#171; pr&#233;sident du conseil des ministres &#187;, le terme officiel pour d&#233;signer le premier ministre. (&#8230;) A 8H du matin, on annon&#231;a la d&#233;cision (&#8230;) du gouvernement de demander l'aide des unit&#233;s militaires russes en garnison en Hongrie. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imre Nagy &#233;tait sans doute le premier ministre du gouvernement qui fit appel aux troupes russes. (&#8230;) Malgr&#233; cela, les intellectuels croyaient encore en lui. L'une des causes principales de leur na&#239;vet&#233; &#233;tait leur manque de contact avec les ouvriers. Il y avait, dans une certaine mesure, une g&#234;ne et une suspicion r&#233;ciproques entre ces deux classes sociales. Mais l'action, la r&#233;volte proprement dite, les avait r&#233;unis comme rien d'autre n'aurait pu le faire. Ce sont les travailleurs qui, le matin du mercredi 24 octobre, sauv&#232;rent la lutte d'une d&#233;faite totale. Ils consid&#233;raient en effet que l'alternative Nagy &#233;tait &#224; c&#244;t&#233; de la question. Dans la soci&#233;t&#233; qu'ils entrevoyaient (&#8230;) il n'y avait de place ni pour un premier ministre, ni pour un gouvernement de politiciens professionnels, ni pour des fonctionnaires ou des patrons qui leur donnent des ordres. La d&#233;cision de Nagy de faire intervenir les chars russes ne fit que renforcer le moral et la r&#233;solution des travailleurs. Ils &#233;taient maintenant plus que jamais d&#233;cid&#233;s &#224; combattre jusqu'au bout quel que f&#251;t le r&#233;sultat.&lt;br /&gt;
Des milliers de gens avaient pass&#233; les premi&#232;res heures du mercredi dans les rues ou dans les meetings. Un conseil r&#233;volutionnaire de travailleurs et d'&#233;tudiants fut constitu&#233; &#224; Budapest et si&#233;gea en permanence. Et, pendant ce temps, Radio-Budapest continuait &#224; d&#233;verser les mensonges : &#171; La r&#233;volte est sur le point de s'effondrer, des milliers de rebelles se sont rendus aux autorit&#233;s ; ceux qui ne se rendent pas seront s&#233;v&#232;rement ch&#226;ti&#233;s. &#171; (&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 8H30, &#224; Budapest, la nouvelle courait que des ouvriers avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; engag&#233;s dans des combats avec des chars russes. (&#8230;) Juste apr&#232;s 9 heures, Nagy fit &#224; la radio une d&#233;claration o&#249;, personnellement, en tant que premier ministre, il demandait que l'on mette fin aux combats et que l'on r&#233;tablisse l'ordre. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chars russes avaient commenc&#233; &#224; entrer dans la ville par diff&#233;rents points pendant la matin&#233;e du 24 octobre. Certaines unit&#233;s furent imm&#233;diatement attaqu&#233;es par les ouvriers et les &#233;tudiants. D'autres ne furent attaqu&#233;es qu'apr&#232;s avoir occup&#233; des positions strat&#233;giques et ouvert le feu. (&#8230;) A pr&#233;sent la bataille faisait rage dans tout Budapest. (&#8230;) Les tanks de l'Union des R&#233;publiques Socialistes Sovi&#233;tiques, les &#171; tanks ouvriers &#187; tiraient des &#171; obus ouvriers &#187; qui d&#233;chiquetaient les corps des ouvriers hongrois. (&#8230;) Avant la fin de la semaine, ces quelques milliers d'&#233;tudiants et d'ouvriers avaient mis quelques trente chars russes hors de combat. (&#8230;) Pendant les accalmies, ils s'asseyaient et fumaient une cigarette en causant boutique &#8211; c'est-&#224;-dire de la r&#233;volution qui &#233;tait leur affaire. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caserne Kilia &#233;tait sous le contr&#244;le d'une unit&#233; de l'arm&#233;e hongroise sous les ordres du colonel Pal Mal&#233;ter, qui s'&#233;tait mis au c&#244;t&#233; du peuple. Les hommes de Mal&#233;ter &#233;taient estim&#233;s par un grand nombre de travailleurs et d'&#233;tudiants. (&#8230;) Parall&#232;lement, on assistait &#224; l'extension de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve commen&#231;a le matin du mercredi 24. Elle se propagea rapidement dans les usines de la banlieue industrielle de Budapest, &#224; Csepel, aux usines Ganz, Lancz, Etoile Rouge ; elle s'&#233;tendit ensuite aux autres centres industriels du pays : Miskols, Gyor, Szolnok, P&#233;cs, Debrecen. A Budapest, la quasi-totalit&#233; de la population s'&#233;tait insurg&#233;e. Dans les r&#233;gions industrielles, par contre, la r&#233;volution &#233;tait presque exclusivement le fait des ouvriers. Partout, les travailleurs formaient des conseils : dans les usines, les aci&#233;ries, les centrales &#233;lectriques, les mines, les d&#233;p&#244;ts de chemin de fer. Partout, ils discutaient &#224; fond leurs programmes et leurs revendications. Partout, ils prenaient les armes et, en bien des endroits, ils s'en servaient. (&#8230;) Il y avait &#224; pr&#233;sent des centaines de Conseils Ouvriers de par le pays. Le nombre des membres de ces conseils variait consid&#233;rablement de m&#234;me d'ailleurs que leurs programmes. Cependant, dans tous ces programmes, on retrouvait certaines exigences communes : abolition de l'A.V.O., retrait total des forces russes, libert&#233; civile et politique, gestion ouvri&#232;re des usines et des industries, cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants, libert&#233; absolue pour tous les partis politiques et amnistie g&#233;n&#233;rale pour tous les insurg&#233;s. Les divers programmes demandaient aussi l'augmentation des salaires et des pensions (&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi 25 octobre, les Conseils avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; &#233;tablir des liens entre eux. Dans les villes, des Conseils Centraux (g&#233;n&#233;ralement connus sous le nom de Conseils R&#233;volutionnaires) &#233;taient compos&#233;s de d&#233;l&#233;gu&#233;s de tous les conseils de la r&#233;gion. (&#8230;) A la fin de la journ&#233;e, les Conseils d&#233;tenaient, en dehors de l'Arm&#233;e Rouge, le seul pouvoir r&#233;el dans le pays. (&#8230;) Ce jeudi 25 marqua une sorte de tournant. Il sembla que le gouvernement &#233;tait en train de c&#233;der. (&#8230;) Le conseil de Miscolsc n'&#233;tait pas oppos&#233; &#224; Nagy, mais au contraire il proposa qu'il soit le premier ministre. Mais cela ne l'emp&#234;cha pas de faire exactement le contraire de ce que voulait Nagy quand celui-ci supplia les rebelles de d&#233;poser les armes et de reprendre le travail. (&#8230;) A la fin de la semaine, les Conseils avaient pratiquement mis sur pied une r&#233;publique des conseils. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nagy prit &#224; nouveau la parole &#224; Radio-Budapest (toutes les autres stations de radio du pays &#8211; Miskolc, Gyor, P&#233;cs, Szeged, Debrecen et Magyarovar &#8211; &#233;taient d&#233;sormais sous le contr&#244;le des Conseils R&#233;volutionnaires). Il annon&#231;a des concessions : l'A.V.O. serait dissoute et le gouvernement &#171; r&#233;organis&#233; &#187;. Il promit un cessez-le-feu (&#8230;). A la fin de la semaine, beaucoup de gens commen&#231;aient &#224; penser que la r&#233;volution &#233;tait victorieuse. Les chars russes n'attaquaient plus, et le bruit courait qu'ils allaient peut-&#234;tre quitter Budapest. Et pourtant les travailleurs se d&#233;fiaient toujours de Nagy. (&#8230;) Le lundi 29 octobre, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tous les Conseils du pays, r&#233;unis &#224; Gyor, adress&#232;rent &#224; Nagy une r&#233;solution &#233;nergique qui r&#233;affirmait leurs revendications. Ce message prenait presque la valeur d'un ultimatum. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mardi matin, tr&#232;s t&#244;t, Radio-Budapest confirma que l'Arm&#233;e Rouge allait se retirer. (&#8230;) Les unit&#233;s de l'Arm&#233;e Rouge commenc&#232;rent &#224; quitter Budapest &#224; 16 heures. Mais les travailleurs restaient m&#233;fiants. A Gyor, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des Conseils proclam&#232;rent imm&#233;diatement qu'il fallait continuer et renforcer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale jusqu'&#224; ce que le dernier soldat russe ait quitt&#233; le pays. (Il y avait d&#233;j&#224; eu une reprise du travail dans quelques usines). On n'envisagerait l'&#233;ventualit&#233; d'une reprise du travail que lorsque les n&#233;gociations sur les autres revendications seraient entam&#233;es. (&#8230;) Dans certains quartiers de Budapest et dans le reste du pays, les travailleurs rest&#232;rent en armes et attach&#233;s &#224; leurs organisations. On se trouvait en face d'une situation classique de &#171; double pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Arm&#233;e Rouge ne s'&#233;tait retir&#233;e de Budapest que pour occuper des positions &#224; l'ext&#233;rieur de la ville. Celle-ci &#233;tait encercl&#233;e par les chars russes. Au moment, des troupes sovi&#233;tiques fra&#238;ches p&#233;n&#233;traient par divisions enti&#232;res dans la partie nord-est du pays. (&#8230;) Cent-dix kilom&#232;tres seulement les s&#233;parait encore de Budapest. D&#232;s que les Conseils R&#233;volutionnaires, les Conseils Ouvriers et les autres organismes autonomes du nord-est de la Hongrie apprirent ces mouvements des troupes russes, ils en inform&#232;rent les autres Conseils du pays. Ils adress&#232;rent plusieurs ultimatums &#224; Nagy (&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du 1er novembre, la d&#233;l&#233;gation du gouvernement (qui comprenait Pal Mal&#233;ter, le communiste estim&#233; de tous (&#8230;) qui &#233;tait maintenant ministre de la D&#233;fense, ainsi que son chef d'Etat-Major, le g&#233;n&#233;ral Istvan Kovacs) &#233;tait toujours en train de n&#233;gocier le retrait de l'Arm&#233;e Rouge (&#8230;).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 3 novembre, &#224; 14H18, Radio-Budapest annon&#231;a : &#171; La d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique a promis que les trains transportant des troupes ne passeront plus la fronti&#232;re hongroise. &#187; (&#8230;) Plusieurs membres du dernier cabinet de Nagy &#233;taient persuad&#233;s que les Russes n'attaqueraient pas. (&#8230;) Les ouvriers ne partageaient pas cet optimisme. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tait maintenant totale. Les ouvriers contr&#244;laient vraiment la situation. (&#8230;) Peu avant minuit, le colonel Pal Mal&#233;ter et le g&#233;n&#233;ral Kovacs furent arr&#234;t&#233;s par les officiers de l'Arm&#233;e Rouge, alors qu'ils participaient encore officiellement aux &#171; n&#233;gociations &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 4 novembre, &#224; quatre heures du matin, Budapest fut r&#233;veill&#233;e par l'explosion des obus qui tombaient sur le centre de la ville. Des centaines de canons post&#233;s sur les hauteurs de Buda ouvraient le feu. (&#8230;) L'attaque fut men&#233;e simultan&#233;ment dans tout le pays. Toutes les grandes villes furent pilonn&#233;es par l'artillerie. Mais les habitants ne se laiss&#232;rent pas prendre de panique. (&#8230;) D&#232;s le premier coup de feu, ils furent galvanis&#233;s et pr&#234;ts &#224; l'action. (&#8230;) les barricades furent reconstruites (&#8230;) Les chars furent imm&#233;diatement attaqu&#233;s par la population. (&#8230;) Les m&#234;mes sc&#232;nes se d&#233;roul&#232;rent dans les autres grandes villes de Hongrie. Partout, les gens combattaient avec plus de courage et dans des conditions bien plus difficiles que dix jours auparavant. Il y avait en effet maintenant dans le pays quinze divisions blind&#233;es russes &#8211; six mille chars. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; un bombardement intense, tous les arrondissements ouvriers de Budapest &#8211; Cespel-la-Rouge, Ujpest, Kobainya &#8211; et Denapentele &#233;taient toujours aux mains des travailleurs. (&#8230;) Les nouvelles troupes russes ne faisaient pas de sentiment &#224; l'&#233;gard des Hongrois ; elles avaient &#233;t&#233; convenablement endoctrin&#233;es : les rebelles &#233;taient des &#171; fascistes &#187; et des &#171; capitalistes bourgeois &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade, Janos Kadar (&#8230;) constitua ce qu'il appela un nouveau &#171; Gouvernement des Ouvriers et des Paysans &#187;. Ce gouvernement fit imm&#233;diatement une d&#233;claration demandant au gouvernement russe &#171; une aide pour liquider les forces contre-r&#233;volutionnaires et r&#233;tablir l'ordre. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance arm&#233;e &#224; grande &#233;chelle prit fin le samedi 10 novembre. Des dizaines de chars russes hors de combat se trouvaient &#233;parpill&#233;s dans tout Budapest. Dans les villes, la r&#233;sistance arm&#233;e organis&#233;e par les groupes de travailleurs et de jeunes prit fin le 14 novembre. (&#8230;) Et les Hongrois n'&#233;taient toujours pas vaincus. Les Conseils ouvriers se renforc&#232;rent. Ils proclam&#232;rent leurs revendications demeuraient inchang&#233;es. (&#8230;) Le vendredi 16 novembre, Kadar fut contraint d'entamer des n&#233;gociations avec les conseils. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de certains conseils accept&#232;rent de demander aux travailleurs de reprendre le travail. A condition qu'un certain nombre de leurs revendications soient satisfaites imm&#233;diatement (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil Ouvrier Central de Budapest devait se r&#233;unir au Stade National le 21 novembre. (&#8230;) Les tanks russes bloqu&#232;rent les rues qui m&#232;nent au Stade National. (&#8230;) De nombreux membres importants des comit&#233;s de base furent arr&#234;t&#233;s. (&#8230;) Le 7 d&#233;cembre, on tire sur des manifestants dans les villes industrielles. Les arrestations en masse parmi la base des Conseils Ouvriers se poursuivent. (&#8230;) Le 8 d&#233;cembre, 10.000 personnes manifestent contre l'arrestation de deux membres du Conseil ouvrier de la ville de Salgoiarjan. &#8230;Etc&#8230; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 d&#233;cembre Manifestations &#224; Budapest &#8230;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 d&#233;cembre dans la ville d'Eger, des manifestants lib&#232;rent de force des membres emprisonn&#233;s du Conseil Ouvrier. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 d&#233;cembre, &#224; Eger, la police tire sur une foule importante de manifestants &#8230;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des tracts et des affiches r&#233;volutionnaires sont imprim&#233;s et distribu&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de deux jours massivement suivie&#8230;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 d&#233;cembre La peine de mort pour fait de gr&#232;ve est remise en vigueur. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 d&#233;cembre Gy&#246;rgy Marosan, social-d&#233;mocrate et ministre dans le gouvernement Kadar, d&#233;clare que si c'est n&#233;cessaire le gouvernement mettra &#224; mort 10.000 personnes pour prouver que c'est lui le vrai gouvernement, et non les Conseils Ouvriers. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de janvier 1957, les membres des conseils qui n'avaient pas encore &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s commenc&#232;rent &#224; d&#233;missionner. (&#8230;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre des Hongrois, la destruction des organisations qu'ils avaient construites pendant la br&#232;ve p&#233;riode de libert&#233; et la totale reprise en mains de tous les aspects de leur vie par la bureaucratie marqua la fin d'une &#233;poque : l'&#232;re pendant laquelle les bureaucrates russes avaient partiellement r&#233;ussi &#224; se faire passer pour les d&#233;fenseurs du socialisme et les champions de la classe ouvri&#232;re. &#187; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; l'Humanit&#233; &#187;, quotidien du Parti Communiste Fran&#231;ais, du 25 octobre 1956 :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les difficult&#233;s in&#233;vitables n'ont pas manqu&#233; dans les pays de d&#233;mocratie populaire, sp&#233;cialement en Pologne et en Hongrie. Ces deux pays ont &#233;t&#233; ravag&#233;s, pill&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre. Les destructions ont &#233;t&#233; incommensurablement, infiniment plus &#233;lev&#233;es que dans notre propre pays. Par ailleurs, les longues ann&#233;es de guerre froide ont oblig&#233; ces pays &#224; un lourd mais n&#233;cessaire effort de d&#233;fense. Tout r&#233;volutionnaire comprend cela, ce qu'il en d&#233;coulait des conditions de vie parfois difficiles pour les travailleurs. (&#8230;) Les forces r&#233;actionnaires hostiles au socialisme, misant sur l'ensemble de ces &#233;l&#233;ments bri&#232;vement &#233;num&#233;r&#233;s depuis le d&#233;but de cet article, ont pens&#233; que l'occasion &#233;tait venue de passer &#224; l'attaque en profitant de la volont&#233; affirm&#233;e de tous les Partis Communistes et Ouvriers de corriger les erreurs commises dans le pass&#233; et dans des domaines divers. (&#8230;) Les dirigeants hongrois, par exemple, ont qualifi&#233; &#224; juste titre de &#171; groupes contre-r&#233;volutionnaires &#187; les &#233;l&#233;ments qui ont provoqu&#233; les troubles d'hier &#224; Budapest. (&#8230;) Les travailleurs de France approuveront toujours les mesures prises dans les pays qui construisent le socialisme pour sauvegarder et consolider les conqu&#234;tes r&#233;volutionnaires contre les forces hostiles &#224; la soci&#233;t&#233; nouvelle. &#187; Sign&#233; : Marcel Servin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de la d&#233;claration du Bureau Politique du Parti Communiste Fran&#231;ais du 4 novembre 1956 :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s deux semaines de confusion politique, la cause du socialisme triomphe en Hongrie. (&#8230;) Barrant la route &#224; ceux qui furent les alli&#233;s de Hitler, aux repr&#233;sentants de la r&#233;action et du Vatican que le tra&#238;tre Nagy avait install&#233;s au gouvernement, la classe ouvri&#232;re hongroise dans un sursaut &#233;nergique a form&#233; un gouvernement ouvrier et paysan qui a pris en main les affaires du pays. (&#8230;) Le Parti Communiste Fran&#231;ais approuve pleinement la conduite du gouvernement ouvrier de Hongrie. (&#8230;) Face &#224; l'offensive acharn&#233;e et bestiale des fascistes, des f&#233;odaux et de leurs alli&#233;s les princes de l'Eglise pour restaurer en Hongrie le r&#233;gime terroriste de Horthy, il e&#251;t &#233;t&#233; inconcevable que l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans de l'URSS ne r&#233;pondit pas &#224; l'appel qui lui &#233;tait adress&#233; alors que les meilleurs fils de la classe ouvri&#232;re hongroise &#233;taient massacr&#233;s, pendus, ignoblement tortur&#233;s. (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1953 - Les travailleurs allemands changent le visage de l'Europe - Raya Dunayevskya</title>
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		<dc:date>2023-06-15T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1952</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les travailleurs allemands changent le visage de l'Europe &lt;br class='autobr' /&gt; Raya Dunayevskya &lt;br class='autobr' /&gt;
1953 &lt;br class='autobr' /&gt;
En une semaine, dans les rues et les usines d'Allemagne de l'Est, les ouvriers allemands ont bris&#233; le mythe selon lequel l'&#201;tat totalitaire est invincible. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte a commenc&#233; dans la production. Le 18 mai, les communistes ont annonc&#233; une nouvelle augmentation des heures de travail. Imm&#233;diatement, dans les usines nationalis&#233;es, des gr&#232;ves ouvertes, pas seulement l'absent&#233;isme et les ralentissements, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot185" rel="tag"&gt;1952&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les travailleurs allemands changent le visage de l'Europe
&lt;p&gt; Raya Dunayevskya&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1953&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En une semaine, dans les rues et les usines d'Allemagne de l'Est, les ouvriers allemands ont bris&#233; le mythe selon lequel l'&#201;tat totalitaire est invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte a commenc&#233; dans la production. Le 18 mai, les communistes ont annonc&#233; une nouvelle augmentation des heures de travail. Imm&#233;diatement, dans les usines nationalis&#233;es, des gr&#232;ves ouvertes, pas seulement l'absent&#233;isme et les ralentissements, ont commenc&#233; contre l'acc&#233;l&#233;ration. Le 27 mai, 1 000 travailleurs ont quitt&#233; l'usine Fimag &#224; Finsterwalde. Le 28 mai, les mineurs des mines Pieck &#224; Mansfield ont organis&#233; une journ&#233;e de travail. A Zeitzin, en Saxe, les travailleurs ont organis&#233; un rassemblement anti-acc&#233;l&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse aux gr&#232;ves, le gouvernement communiste du mercredi 10 juin a fait des concessions - sur tous les points sauf l'acc&#233;l&#233;ration. Mardi 16 juin, les ouvriers du b&#226;timent ont organis&#233; une marche de protestation contre l'acc&#233;l&#233;ration du projet de logement Stalin Allee. Le gouvernement envoya ses partisans se joindre aux marcheurs, esp&#233;rant apparemment ainsi appara&#238;tre comme sponsor. Mais au fur et &#224; mesure que les marcheurs se rapprochaient des b&#226;timents gouvernementaux, rejoints par des manifestants le long du parcours, le cri &#233;tait devenu &#171; A bas les zones et les limites de secteurs &#187;, &#171; A bas le gouvernement &#187;. Le gouvernement a alors &#233;mis une ordonnance r&#233;voquant l'acc&#233;l&#233;ration et admettant qu'elle avait eu tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le soir du 16 juin, les travailleurs avaient transform&#233; les coins des rues de Berlin-Est en centres politiques dans chacun desquels des centaines de personnes discutaient et d&#233;battaient de ce qu'il fallait faire ensuite. Le lendemain, 17 juin, t&#244;t le matin, ils ont agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Berlin-Est, ils ont en fait renvers&#233; le gouvernement est-allemand. Ils ont d&#233;truit le pouvoir policier du gouvernement, incendiant les casernes de la police, jetant les policiers par les fen&#234;tres et les for&#231;ant soit &#224; d&#233;serter vers l'Ouest, soit &#224; se rallier aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#233;vistes en colonnes ont charg&#233; les principaux b&#226;timents du gouvernement, o&#249; les repr&#233;sentants du gouvernement et les bureaucrates se recroquevillaient, impuissants. &#192; travers la ville, leurs voix s'&#233;lev&#232;rent &#224; l'unisson et &#224; un kilom&#232;tre de distance r&#233;sonn&#232;rent comme le cri d'un seul homme. Les salles communistes, les pavillons, les &#233;coles, les magasins ont &#233;t&#233; incendi&#233;s et les responsables de ceux-ci ont &#233;t&#233; battus. Sous les yeux des Berlinois de l'Ouest et des troupes russes, les ouvriers ont d&#233;chir&#233; les bornes am&#233;ricaines et russes. Les jeunes et les travailleurs ont d&#233;moli les symboles du pouvoir communiste, les drapeaux, les affiches, les photos des dirigeants communistes. Pendant quatre heures, le seul pouvoir de Berlin-Est appartenait aux ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 13 heures, le commandement russe entre dans Berlin avec 10 000 hommes pour prendre le pouvoir. Il d&#233;cr&#232;te la loi martiale et interdit les rassemblements de plus de trois personnes dans les rues. Mais les foules n'ont fait que rire de l'ordre. Aucun syndicat, aucun parti n'avait men&#233; la gr&#232;ve. C'&#233;tait &#034;trop &#8203;&#8203;d&#233;sorganis&#233;&#034; pour &#234;tre arr&#234;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partout en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers ont agi dans toutes les villes, grandes et petites, et dans toutes les grandes industries, dans toute l'Allemagne de l'Est. Trois mille ouvriers sid&#233;rurgistes de la grande aci&#233;rie de Henningsdorf ont march&#233; 15 milles &#224; travers le secteur ouest pour rejoindre les ouvriers de Berlin-Est. Le long de la route, ils ont &#233;t&#233; rejoints par des ouvriers et d'autres manifestants d'autres usines et villes, en particulier des femmes. Quinze mille ouvriers venaient d'Oranienburg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 000 travailleurs de l'usine de machines-outils nationalis&#233;e Thaelman &#224; Magdebourg ont combattu la police dans une bataille au cours de laquelle sept &#224; vingt-deux personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#233;vistes de l'usine d'optique Zeiss &#224; I&#233;na ont pris d'assaut les bureaux du Parti communiste, jet&#233; des livres et des journaux dans les rues et les ont br&#251;l&#233;s. Ils ont saccag&#233; le si&#232;ge de la jeunesse communiste et jet&#233; des machines &#224; &#233;crire par les fen&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'usine de fournitures de Kodak, les ouvriers ont pris le relais et ont mis des gr&#233;vistes aux commandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le village de Mienszk, pr&#232;s de Berlin, trois mille gr&#233;vistes ont saisi un train de travail, l'ont conduit au si&#232;ge du comt&#233; dans la ville voisine de Belzig et ont pris d'assaut le si&#232;ge du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots de l'&#201;tat sont sortis, paralysant les intercommunications zonales et interrompant l'exp&#233;dition des r&#233;parations vers la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers du b&#226;timent ont coup&#233; les c&#226;bles &#233;lectriques des lignes a&#233;riennes et du m&#233;tro et ont bloqu&#233; les voies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sabot&#233; les Russes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers d&#233;truisirent par dizaines les usines qui produisaient des armes ou des marchandises lourdes pour les Russes. C'est ainsi qu'ils ont exprim&#233; leur attitude &#224; l'&#233;gard des plans quinquennaux et de l'&#233;conomie de guerre. &#192; peu pr&#232;s tout ce que les bureaucrates peuvent planifier maintenant, c'est plus d'ennuis de la part des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 000 travailleurs de l'usine chimique Leuna (anciennement IG Farben) &#224; Halle ont mis le feu &#224; l'usine. Les ouvriers de l'usine de caoutchouc synth&#233;tique de Buna l'ont incendi&#233;e. Ces usines &#233;taient les principaux fournisseurs de gaz et de pneus de l'arm&#233;e d'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La zone houill&#232;re de Zwickau a &#233;t&#233; endommag&#233;e au-del&#224; de toute estimation. Ils ont mis le feu &#224; d'&#233;normes tas de charbon entre Halle et Magdebourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont d&#233;truit des installations d'extraction d'uranium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont ouvert des prisons et des camps de concentration pour lib&#233;rer les prisonniers politiques. &#192; Gera, une ville industrielle de la taille de Cincinnati, pr&#232;s des mines d'uranium russes de Saxe, des milliers de travailleurs ont frapp&#233; et march&#233; sur la prison de la ville pour exiger la lib&#233;ration de ses prisonniers politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans la journ&#233;e, cinq mille mineurs d'uranium de la ville voisine de Ronneburg ont rejoint les ouvriers de Gera. Les ouvriers ont jet&#233; la police allemande par la fen&#234;tre de leur caserne. Des renforts russes ont d&#251; &#234;tre appel&#233;s, cette fois avec des chars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers n'ont pas gagn&#233; la bataille mais environ 500 mineurs se sont retir&#233;s dans une for&#234;t pr&#232;s de Ronneburg avec des camions saisis dans leurs usines. De leur cachette, ils ont ensuite continu&#233; &#224; faire des raids sur les b&#226;timents communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'usine de munitions de Gustrow, des gr&#233;vistes ont lib&#233;r&#233; des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Merseberg, une arm&#233;e de gr&#233;vistes a march&#233; sur la prison pour lib&#233;rer les prisonniers, versant du goudron bouillant de la construction de routes &#224; proximit&#233; sur les soldats russes et lib&#233;rant 100 prisonniers politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs ont concentr&#233; leur col&#232;re et leurs actions contre les fonctionnaires communistes allemands qui agissaient en tant qu'agents du gouvernement. A Rathenow, ils ont lynch&#233; un garde d'usine lorsqu'il a tent&#233; d'emp&#234;cher les gr&#233;vistes d'entrer dans l'usine. A Erfurt, ils ont pendu deux policiers rouges &#224; des lampadaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a dur&#233; plusieurs jours. Combien exactement est impossible &#224; dire. Le samedi 20 juin, les Russes avaient envoy&#233; 25 000 soldats &#224; Berlin depuis leur force d'occupation de 300 000 hommes &#224; Postdam. Dans toutes les autres grandes villes, le pouvoir russe a supplant&#233; le pouvoir policier est-allemand. Le ministre de la Justice, Fechner, a &#233;t&#233; purg&#233;. La moiti&#233; de la police allemande a &#233;t&#233; d&#233;mobilis&#233;e car peu fiable et envoy&#233;e dans les usines pour travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt &#224; trente mille gr&#233;vistes ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s, des dizaines d'innombrables ex&#233;cut&#233;s, les familles des gr&#233;vistes condamn&#233;s ont &#233;t&#233; chass&#233;es de leurs maisons et envoy&#233;es dans des camps de concentration. Mais le 22 juin, la ville de Leipzig, haut lieu du communisme est-allemand, est toujours paralys&#233;e par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gouvernement impuissant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine du 22 juin, Grotewohl, Pieck, Ebert et Cie se sont pr&#233;cipit&#233;s d'usine en usine, essayant d'expliquer pourquoi le &#171; parti de la classe ouvri&#232;re est d&#233;test&#233; par la classe ouvri&#232;re &#187;. C'&#233;tait leur travail. Ils n'&#233;taient plus le gouvernement ; ils ressemblaient plut&#244;t aux acteurs d'une pi&#232;ce sur le point de se terminer. La nouvelle th&#233;orie est que parce que l'Allemagne de l'Est est un Etat ouvrier, les dirigeants sont des ouvriers tandis que ceux qui travaillent dans l'usine sont des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes ont promis toutes sortes de concessions &#233;conomiques. Mais un rassemblement organis&#233; le 26 juin n'a rassembl&#233; que 3 000 travailleurs, par rapport aux centaines de milliers qui avaient, volontairement ou non, assist&#233; deux mois auparavant aux manifestations du 1er mai, et aux millions qui avaient agi seuls dans la semaine de juin. 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 17 juin, usine apr&#232;s usine, les ouvriers font gr&#232;ve pour obtenir la lib&#233;ration de leurs camarades gr&#233;vistes, moyennant un salaire r&#233;gulier, pour la suppression du travail de nuit. Les ouvriers sid&#233;rurgistes de Henningsdorf qui avaient d&#233;fil&#233; dans la s&#233;curit&#233; de l'Ouest pour se rendre &#224; Berlin-Est, ont forc&#233; les Russes &#224; ouvrir les fronti&#232;res du secteur entre l'Est et l'Ouest en mena&#231;ant de faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette histoire donne une indication de la fa&#231;on dont les travailleurs allemands agissent depuis le 17 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi matin 9 juillet, la direction syndicale de l'usine a convoqu&#233; un soudeur oxyac&#233;tyl&#233;nique, Rudolph Lindner, dans son bureau. Il a refus&#233; de quitter le magasin. Cinq minutes plus tard, on lui a dit de se rendre &#224; la porte de l'usine pour voir un homme. Encore une fois, Lindner a refus&#233;. L'homme a finalement rassembl&#233; assez de courage pour entrer dans la boutique et faire savoir &#224; Lindner qu'il &#233;tait un membre de la police criminelle venu pour l'emmener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Linder et l'agent de la s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat sont arriv&#233;s &#224; la porte de l'usine, plusieurs centaines de travailleurs bloquaient le passage. Deux camions de policiers et deux wagons d'hommes en civil n'ont pas pu disperser les travailleurs et prendre Linder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs ont exig&#233; de la direction des explications sur la tentative d'arrestation, une garantie de protection de la part du service de s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat, la suppression de l'&#233;quipe de nuit et la transmission d'une lettre de protestation au gouvernement. Ces revendications n'ayant pas &#233;t&#233; satisfaites le lendemain matin &#224; neuf heures, les ouvriers se sont mis en gr&#232;ve, et ont exig&#233; en plus une explication pour la disparition d'un autre ouvrier 2 ans plus t&#244;t. Ils ont &#233;galement insist&#233; pour que cet agent de s&#233;curit&#233; en particulier soit licenci&#233; du Service de s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat et oblig&#233; de purger sa peine dans leur usine. Par ce moyen, ils cherchent &#224; abolir la distinction entre la police et les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 17 juin, les Allemands de l'Est, par millions, ont utilis&#233; l'offre am&#233;ricaine de colis alimentaires principalement comme un moyen de d&#233;fier le gouvernement d'occupation. Des foules attendent dans les stations sur&#233;lev&#233;es ceux qui vont chercher les colis et en juillet, lorsque la police a tent&#233; de leur enlever leur nourriture, ils ont battu les policiers et les ont forc&#233;s &#224; arr&#234;ter la confiscation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils votent ainsi avec leurs pieds pour l'abolition de la division entre l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Raya Dunayevska&#239;a 1955 La r&#233;volte dans les camps de travail d'esclaves &#224; Vorkouta</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6944</link>
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		<dc:date>2023-05-16T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire encore : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481 &lt;br class='autobr' /&gt;
Raya Dunayevska&#239;a 1955 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte dans les camps de travail d'esclaves &#224; Vorkouta &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui marque le deuxi&#232;me anniversaire de la gr&#232;ve la plus sans pr&#233;c&#233;dent au monde - la r&#233;volte dans les camps de travail forc&#233; russes &#224; Vorkouta. La partie remarquable de la gr&#232;ve est qu'elle n'a jamais eu lieu. Personne &#224; l'int&#233;rieur ou &#224; l'ext&#233;rieur du Kremlin, le si&#232;ge du gouvernement russe &#224; Moscou, ni m&#234;me les prisonniers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raya Dunayevska&#239;a 1955&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte dans les camps de travail d'esclaves &#224; Vorkouta&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui marque le deuxi&#232;me anniversaire de la gr&#232;ve la plus sans pr&#233;c&#233;dent au monde - la r&#233;volte dans les camps de travail forc&#233; russes &#224; Vorkouta. La partie remarquable de la gr&#232;ve est qu'elle n'a jamais eu lieu. Personne &#224; l'int&#233;rieur ou &#224; l'ext&#233;rieur du Kremlin, le si&#232;ge du gouvernement russe &#224; Moscou, ni m&#234;me les prisonniers eux-m&#234;mes qui devaient organiser cette gr&#232;ve, n'ont pens&#233; une telle chose possible dans leurs r&#234;ves les plus fous. Pourtant, quelques semaines apr&#232;s la r&#233;volte est-allemande du 17 juin 1953, ces m&#234;mes prisonniers ont &#233;t&#233; inspir&#233;s pour se lancer seuls.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mythe de l'invincibilit&#233; d&#233;truit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne montre autant l'incertitude et l'ins&#233;curit&#233; de ces dirigeants totalitaires, arm&#233;s jusqu'aux dents et avec tout le pouvoir et la terreur entre leurs mains, que la prudence avec laquelle le gouvernement a d'abord trait&#233; la gr&#232;ve. Ils ont envoy&#233; une commission, dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Derevianko, pour voler jusqu'au camp. Lorsqu'il a tent&#233; de haranguer les prisonniers et qu'il a &#233;chou&#233;, la commission est retourn&#233;e &#224; Moscou avec les demandes des prisonniers pour un examen de tous leurs cas et l'enl&#232;vement des barbel&#233;s. Au final, le Kremlin a fait ce que le tsar avait fait en 1912 : il a ouvert le feu sur les gr&#233;vistes d&#233;sarm&#233;s et en a tu&#233; quelque 200. Mais il n'a pas pu &#233;riger ce que les gr&#233;vistes avaient d&#233;truit : le mythe de l'invincibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces prisonniers sans aucun droit avaient os&#233; faire gr&#232;ve. Ils ont tenu pendant des semaines, &#233;branlant le Kremlin jusque dans ses fondements. Malgr&#233; une censure totale, les ouvriers de Leningrad sont imm&#233;diatement au courant de la gr&#232;ve. Quelques mois apr&#232;s, des &#233;tudiants de l'Institut minier de Leningrad, travaillant dans les mines de Vorkouta, ont racont&#233; aux prisonniers comment tout le monde avait parl&#233; de la gr&#232;ve &#224; Leningrad : &#171; Nous avons vite appris que vous &#233;tiez en gr&#232;ve. La baisse du charbon a &#233;t&#233; imm&#233;diatement perceptible. Nous n'avons aucune r&#233;serve. Il n'y a que le plan, c'est tout. Et tout le monde sait &#224; quel point les plans sont vuln&#233;rables. Cela a d&#233;truit le mythe selon lequel le syst&#232;me &#233;tait inattaquable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence de &#034;l'Occident&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;union &#034;au sommet&#034; est en train d'&#234;tre hu&#233;e maintenant et une r&#233;union des quatre grands ministres a alors eu lieu. Le r&#233;sultat en fut qu'ils obtinrent un silence aussi total sur la question de la r&#233;volte lors de cette conf&#233;rence &#224; Berlin-Ouest qu'&#224; Moscou. Le Dr Joseph Scholmer nous raconte cette histoire dans un livre des plus remarquables intitul&#233; Vorkouta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Dr Scholmer &#233;tait l'un des milliers de travailleurs esclaves lib&#233;r&#233;s lors de la conf&#233;rence des quatre grands ministres en 1953. Il a ceci &#224; dire des &#171; experts &#187; occidentaux sur la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Quand j'ai mentionn&#233; le mot 'guerre civile' pour la premi&#232;re fois &#224; ces gens, ils &#233;taient constern&#233;s. La possibilit&#233; d'un soul&#232;vement &#233;tait en dehors de leur domaine de compr&#233;hension. Ils n'avaient aucune id&#233;e qu'il y avait des groupes de r&#233;sistance dans les camps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai parl&#233; &#224; toutes sortes de gens dans les premi&#232;res semaines apr&#232;s mon retour d'Union sovi&#233;tique. Il me semblait que l'homme de la rue avait la meilleure id&#233;e de ce qui se passait. Les &#171; experts &#187; semblaient ne rien comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s du rideau de fer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par manque de compr&#233;hension que les dirigeants occidentaux ont agi comme ils l'ont fait. Bien au contraire. Je me souviens qu'&#224; la mort de Staline, un ouvrier de Flint a dit : &#171; &#192; quoi servent tous ces discours contre la Russie quand Eisenhower envoie sa sympathie aux dirigeants russes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre bout du monde de Flint, dans les camps de travail forc&#233; russes, le m&#234;me d&#233;go&#251;t pour les dirigeants occidentaux a balay&#233; les mouvements de r&#233;sistance russes. Pendant des ann&#233;es, il y a eu des groupes de r&#233;sistance clandestins, principalement ukrainiens. Avant le 17 juin, tous les pr&#233;paratifs de r&#233;sistance aux dirigeants totalitaires &#233;taient bas&#233;s sur l'&#233;ventualit&#233; d'une guerre et se tournaient vers les dirigeants occidentaux. Lorsque Staline mourut en mars 1953, l'espoir se r&#233;pandit dans les camps. Mais tout ce qui est venu des Eisenhower et des Churchill, ce sont des condol&#233;ances aux dirigeants russes qui ont continu&#233; le r&#233;gime stalinien. La morosit&#233; se r&#233;pandit dans les camps de travail forc&#233; jusqu'&#224; ce que la r&#233;volte du 17 juin en Allemagne de l'Est montre que la lib&#233;ration ne peut &#234;tre obtenue que par les travailleurs eux-m&#234;mes. Les prisonniers politiques russes ont poursuivi leur r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de juillet 1953 n'aurait pas pu avoir lieu sans la formation clandestine pr&#233;alable de groupes de r&#233;sistance &#224; l'int&#233;rieur des camps. Mais la gr&#232;ve telle qu'elle s'est produite &#233;tait enti&#232;rement diff&#233;rente de l'action pr&#233;vue lorsqu'ils se sont tourn&#233;s vers &#034;l'Occident&#034;. Le 17 juin avait chang&#233; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sabotage et la trahison de l'Occident semblaient en &#233;tonner certains. Mais l'un des chefs de la r&#233;sistance russe l'a dit en un mot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces radios sont contr&#244;l&#233;es par les diff&#233;rents gouvernements, n'est-ce pas ? Eh bien, le 17 juin, ils ont d&#251; demander aux repr&#233;sentants du gouvernement ce qu'ils devaient faire. Et les responsables gouvernementaux ont une profonde aversion pour les soul&#232;vements populaires, o&#249; qu'ils aient lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but de la gr&#232;ve &#224; Vorkouta (1953)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camps de la r&#233;gion septentrionale de Vorkouta dans le nord de l'Oural &#233;tait occup&#233;s par l'extraction du charbon. Fin juin, les d&#233;tenus de la mine de Kapitalna&#239;a distribuaient des tracts appelant les prisonniers &#224; ne plus livrer de charbon jusqu'&#224; l'amnistie. C'est &#224; cette &#233;poque qu'un fort contingent de prisonniers de Karaganda arriva &#224; Vorkouta. &#192; tous avaient &#233;t&#233; promises de meilleures conditions de travail qu'ils ne re&#231;urent pas. Des gr&#232;ves suivirent, facilit&#233;es par la g&#233;ographie de Vorkouta : entre les mines se trouvaient des centrales &#233;lectriques, des briqueteries, des cimenteries qui &#233;taient desservies par des trains conduits par les prisonniers eux-m&#234;mes. Des milliers de travailleurs &#233;taient ainsi mis au courant des &#233;v&#233;nements au fur et &#224; mesure du cheminement des trains. Si bien que le 29 juillet 1953, six des dix-sept divisions du Retchlag, soit 15 604 d&#233;tenus, &#233;taient en gr&#232;ve[5],[6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mines dans l'Oural polaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les administrateurs &#233;taient terrifi&#233;s du fait que des comit&#233;s de gr&#232;ve avaient pris en main une situation dangereuse et le risque d'anarchie existait. Les meneurs les plus audacieux &#233;taient presque toujours des Ukrainiens de l'Ouest, des Polonais et des Baltes. &#192; Vorkouta, il s'agissait de Kendzerski, &#171; ancien capitaine de l'arm&#233;e polonaise &#187;[5]. Les gr&#233;vistes ne re&#231;urent aucun appui de la population de la ville qui &#233;tait compos&#233;e surtout d'anciens d&#233;tenus effray&#233;s par ce soul&#232;vement pour leur propre s&#233;curit&#233; &#187;[7]. Apr&#232;s quatre jours de gr&#232;ve &#224; Vorkouta, le chef de la d&#233;l&#233;gation moscovite pr&#233;senta une nouvelle liste de privil&#232;ges : travail de neuf heures, suppression des matricules, permissions de contacts avec les parents. Mais les prisonniers voulaient plus : l'amnistie semblable &#224; celle donn&#233;e aux d&#233;tenus de &#171; droit commun &#187;[8]. L'&#233;tape des n&#233;gociations &#233;choua et la seconde &#233;tape fut celle de la force brutale. Les d&#233;tenus refus&#232;rent de quitter la zone et accroch&#232;rent des drapeaux noirs aux baraques. Le drapeau &#233;tait d&#233;ploy&#233; en signe de deuil pour deux d&#233;tenus morts au d&#233;but de la gr&#232;ve et dans 3 divisions du camp seulement[9]. Les prisonniers n'aimaient pas trop donner &#224; leur mouvement un c&#244;t&#233; trop anti-sovi&#233;tique ou anarchiste[10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s r&#233;prim&#232;rent alors la gr&#232;ve. La troupe et la police oblig&#232;rent les d&#233;tenus &#224; sortir des camps et proc&#233;d&#232;rent &#224; un triage pour s&#233;parer les meneurs. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s moscovites promirent d'acc&#233;der &#224; la demande des prisonniers et les participants aux gr&#232;ves les crurent[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er ao&#251;t 1953, division du camp no 10, mine no 29&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un camp de la mine no 29 (du nom de Iourchor) les d&#233;tenus ne crurent pas la d&#233;l&#233;gation de Moscou dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Ivan Maslennikov et ils refus&#232;rent de reprendre le travail. Les soldats arriv&#232;rent avec une lance &#224; eau pour disperser les d&#233;tenus. Mais avant qu'ils aient le temps de d&#233;rouler les tuyaux les prisonniers avanc&#232;rent comme un mur obligeant le v&#233;hicule des pompiers &#224; reculer. Les gardes ont tir&#233; deux salves sur les d&#233;tenus. Mais comme ils se tenaient par le bras, personne ne tomba, m&#234;me les morts et les bless&#233;s. Il y eut quatre salves puis des mitrailleuses lourdes ouvrirent le feu[11]. Les documents officiels du Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur parlent de 42 morts et 135 bless&#233;s. D'autres t&#233;moins parlent de centaines de victimes[12]. Selon d'autres sources, le nombre de morts fut de 53 et il y eut 124 bless&#233;s, dont 41 graves et 83 l&#233;gers[13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quences des &#233;v&#232;nements du 1er ao&#251;t 1953&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves termin&#233;es, aucun camp ne sortait vainqueur. Des contestations &#233;clat&#232;rent sporadiquement dans plusieurs camps dont ceux de Vorkouta et de Norilsk. Mais le bilan des gr&#232;ves malgr&#233; les morts donna un moral triomphant aux prisonniers. D'autres gr&#232;ves se pr&#233;par&#232;rent et parfois elles furent connues des autorit&#233;s gr&#226;ce au syst&#232;me des mouchards introduits dans les camps, la surveillance des Ukrainiens, des Baltes et des Polonais engag&#233;s toujours plus loin dans la voie de la conspiration[14]. Parfois aussi, des provocations de la part des gardes d&#233;clenchaient des r&#233;voltes. Le nombre des gardes fut renforc&#233;. Les autorit&#233;s s'inqui&#233;taient et c'&#233;tait avec raison puisque apr&#232;s Norilsk et Vorkouta elles eurent &#224; g&#233;rer le Soul&#232;vement de Kengir. Celui-ci fut plus violent que les autres et fit plus de victimes[15]. Mais ces gr&#233;vistes donn&#232;rent une impulsion qui acc&#233;l&#233;ra &#224; partir de 1954 la liquidation des camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Anne Applebaum, Goulag : une histoire, p. 784.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 (ru) &#1042;.&#1050;&#1086;&#1079;&#1083;&#1086;&#1074;, &#1048;&#1089;&#1090;&#1086;&#1088;&#1080;&#1103; &#1057;&#1090;&#1072;&#1083;&#1080;&#1085;&#1089;&#1082;&#1086;&#1075;&#1086; &#1043;&#1059;&#1051;&#1040;&#1043;&#1072; : &#1042;&#1086;&#1089;&#1089;&#1090;&#1072;&#1085;&#1080;&#1103;, &#1073;&#1091;&#1085;&#1090;&#1099; &#1080; &#1079;&#1072;&#1073;&#1072;&#1089;&#1090;&#1086;&#1074;&#1082;&#1080; &#1079;&#1072;&#1082;&#1083;&#1102;&#1095;&#1077;&#1085;&#1085;&#1099;&#1093;, t. 6, Moscou, &#1056;&#1054;&#1057;&#1057;&#1055;&#1069;&#1053;,&#8206; 2004, p. 526&#8212;527, 539.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Applebaum, p. 786.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Applebaum, p. 788.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &#1054;&#1087;&#1080;&#1089;&#1072;&#1085;&#1080;&#1077; &#1092;&#1083;&#1072;&#1075;&#1072; &#1074; &#1076;&#1086;&#1082;&#1091;&#1084;&#1077;&#1085;&#1090;&#1077; &#034;&#1057;&#1087;&#1088;&#1072;&#1074;&#1082;&#1072; &#1054;&#1087;&#1077;&#1088;&#1072;&#1090;&#1080;&#1074;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1086;&#1090;&#1076;&#1077;&#1083;&#1072; &#1059;&#1087;&#1088;&#1072;&#1074;&#1083;&#1077;&#1085;&#1080;&#1103; &#1056;&#1077;&#1095;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1083;&#1072;&#1075;&#1077;&#1088;&#1103; &#1086;&#1073; &#1086;&#1073;&#1089;&#1090;&#1072;&#1085;&#1086;&#1074;&#1082;&#1077; &#1074; &#1083;&#1072;&#1075;&#1077;&#1088;&#1085;&#1099;&#1093; &#1087;&#1086;&#1076;&#1088;&#1072;&#1079;&#1076;&#1077;&#1083;&#1077;&#1085;&#1080;&#1103;&#1093; &#1087;&#1086; &#1089;&#1086;&#1089;&#1090;&#1086;&#1103;&#1085;&#1080;&#1102; &#1085;&#1072; 28 &#1080;&#1102;&#1083;&#1103; 1953 &#1075;. // &#1048;&#1089;&#1090;&#1086;&#1088;&#1080;&#1103; &#1057;&#1090;&#1072;&#1083;&#1080;&#1085;&#1089;&#1082;&#1086;&#1075;&#1086; &#1043;&#1059;&#1051;&#1040;&#1043;&#1072;. &#1042;&#1086;&#1089;&#1089;&#1090;&#1072;&#1085;&#1080;&#1103;, &#1073;&#1091;&#1085;&#1090;&#1099; &#1080; &#1079;&#1072;&#1073;&#1072;&#1089;&#1090;&#1086;&#1074;&#1082;&#1080; &#1079;&#1072;&#1082;&#1083;&#1102;&#1095;&#1077;&#1085;&#1085;&#1099;&#1093;. &#1058;. 6. &#1052;. : &#1056;&#1054;&#1057;&#1057;&#1055;&#1069;&#1053;.p. 456&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Applebaum, p. 798.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Applebaum, p. 790.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Applebaum, p. 791.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 &#1055;&#1086; &#1076;&#1072;&#1085;&#1085;&#1099;&#1084; &#1085;&#1072; 6 &#1072;&#1074;&#1075;&#1091;&#1089;&#1090;&#1072;. &#1055;&#1086; &#1076;&#1086;&#1082;&#1091;&#1084;&#1077;&#1085;&#1090;&#1091; &#034;&#1057;&#1087;&#1080;&#1089;&#1086;&#1082; &#1079;&#1072;&#1082;&#1083;&#1102;&#1095;&#1077;&#1085;&#1085;&#1099;&#1093; 10-&lt;br class='autobr' /&gt;
&#1075;&#1086; &#1083;&#1072;&#1075;&#1077;&#1088;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1086;&#1090;&#1076;&#1077;&#1083;&#1077;&#1085;&#1080;&#1103;, &#1091;&#1073;&#1080;&#1090;&#1099;&#1093; 1 &#1072;&#1074;&#1075;&#1091;&#1089;&#1090;&#1072; 1953 &#1075;. &#1080; &#1091;&#1084;&#1077;&#1088;&#1096;&#1080;&#1093; &#1086;&#1090; &#1088;&#1072;&#1085;, &#1089;&#1086;&#1089;&#1090;&#1072;&#1074;&#1083;&#1077;&#1085;&#1085;&#1099;&#1081; &#1057;&#1087;&#1077;&#1080;&#1094;&#1072;&#1083;&#1100;&#1085;&#1099;&#1084; &#1086;&#1090;&#1076;&#1077;&#1083;&#1086;&#1084; &#1059;&#1087;&#1088;&#1072;&#1074;&#1083;&#1077;&#1085;&#1080;&#1103; &#1056;&#1077;&#1095;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1083;&#1072;&#1075;&#1077;&#1088;&#1103;.// &#1048;&#1089;&#1090;&#1086;&#1088;&#1080;&#1103; &#1057;&#1090;&#1072;&#1083;&#1080;&#1085;&#1089;&#1082;&#1086;&#1075;&#1086; &#1043;&#1059;&#1051;&#1040;&#1043;&#1072;. &#1042;&#1086;&#1089;&#1089;&#1090;&#1072;&#1085;&#1080;&#1103;, &#1073;&#1091;&#1085;&#1090;&#1099; &#1080; &#1079;&#1072;&#1073;&#1072;&#1089;&#1090;&#1086;&#1074;&#1082;&#1080; &#1079;&#1072;&#1082;&#1083;&#1102;&#1095;&#1077;&#1085;&#1085;&#1099;&#1093;. &#1058;. 6. &#1052;. : &#1056;&#1054;&#1057;&#1057;&#1055;&#1069;&#1053;. &#1057;. 519-523&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Applebaum, p. 792.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Applebaum, p. 793.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://frwiki.fr/Lexique/Soul%C3%A8vement_de_Vorkouta&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://frwiki.fr/Lexique/Soul%C3%A8vement_de_Vorkouta&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;pression stalinienne de la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Hongrie (1956)</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article6380</link>
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		<dc:date>2022-02-17T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;pression stalinienne de la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Hongrie (1956) &lt;br class='autobr' /&gt;
BRETON Andr&#233; (1956) : &lt;br class='autobr' /&gt;
HONGRIE, SOLEIL LEVANT &lt;br class='autobr' /&gt;
La presse mondiale dispose de sp&#233;cialistes pour tirer les conclusions politiques des r&#233;cents &#233;v&#233;nements et commenter la solution administrative par quoi l'O.N.U. ne manquera pas de sanctionner la d&#233;faite du peuple hongrois. Quant &#224; nous, il nous appartient de proclamer que Thermidor, juin 1848, mai 1871, ao&#251;t 1936, janvier 1937 et mars 1938 &#224; Moscou, avril 1939 en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16106 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1956_il_y_a_60_ans_les_hongrois_se_revoltaient_contre_le_communisme.jpg' width=&#034;600&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;pression stalinienne de la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Hongrie (1956)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;BRETON Andr&#233; (1956) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HONGRIE, SOLEIL LEVANT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse mondiale dispose de sp&#233;cialistes pour tirer les conclusions politiques des r&#233;cents &#233;v&#233;nements et commenter la solution administrative par quoi l'O.N.U. ne manquera pas de sanctionner la d&#233;faite du peuple hongrois. Quant &#224; nous, il nous appartient de proclamer que Thermidor, juin 1848, mai 1871, ao&#251;t 1936, janvier 1937 et mars 1938 &#224; Moscou, avril 1939 en Espagne, et novembre 1956 &#224; Budapest, alimentent le m&#234;me fleuve de sang qui, sans &#233;quivoque possible, divise le monde en ma&#238;tres et en esclaves. La ruse supr&#234;me de l'&#233;poque moderne, c'est que les assassins d'aujourd'hui se sont assimil&#233; le rythme de l'histoire, et que c'est d&#233;sormais au nom de la d&#233;mocratie et du socialisme que la mort polici&#232;re fonctionne, en Alg&#233;rie comme en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a exactement 39 ans, l'imp&#233;rialisme franco-britannique [1] tentait d'accr&#233;diter sa version int&#233;ress&#233;e de la r&#233;volution bolch&#233;vique faisant de L&#233;nine un agent du Kaiser ; le m&#234;me argument est utilis&#233; aujourd'hui par les pr&#233;tendus disciples de L&#233;nine contre les insurg&#233;s hongrois, confondus, dans leur ensemble, avec les quelques &#233;l&#233;ments fascistes qui ont d&#251;, in&#233;vitablement, s'immiscer parmi eux. Mais en p&#233;riode d'insurrection, le jugement moral est pragmatique : LES FASCISTES SONT CEUX QUI TIRENT SUR LE PEUPLE. Aucune id&#233;ologie ne tient devant cette infamie : c'est Gallifet lui-m&#234;me qui revient, sans scrupule et sans honte, dans un tank &#224; &#233;toile rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls de tous les dirigeants &#171; communistes &#187; mondiaux, Maurice Thorez et sa bande poursuivent cyniquement leur carri&#232;re de gitons de ce Gu&#233;p&#233;ou qui a d&#233;cid&#233;ment la peau si dure qu'il survit &#224; la charogne de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite du peuple hongrois est celle du prol&#233;tariat mondial. Quel que soit le tour nationaliste qu'ont d&#251; prendre la r&#233;sistance polonaise et la r&#233;volution hongroise, il s'agit d'un aspect circonstanciel, d&#233;termin&#233; avant tout par la pression colossale et forcen&#233;e de l'&#201;tat ultranationaliste qu'est la Russie. Le principe internationaliste de la r&#233;volution prol&#233;tarienne n'est pas en cause. La classe ouvi&#232;re avait &#233;t&#233; saign&#233;e &#224; blanc, dans sa totalit&#233;, en 1871, par les Versaillais de France. &#192; Budapest, face aux Versaillais de Moscou, la jeunesse - par-del&#224; tout espoir rebelle au dressage stalinien - lui a prodigu&#233; un sang qui ne peut manquer de prescrire son cours propre &#224; la transformation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tract r&#233;dig&#233; &#224; la suite de l'&#233;crasement de la r&#233;volution hongroise, en novembre 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signatures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne B&#233;douin, Robert Benayoun, Andr&#233; Breton, Adrien Dax, Yves Ell&#233;ou&#235;t, Charles Flamand, Georges Goldfayn, Louis Janover, Jean-Jacques Lebel, G&#233;rard Legrand, Nora Mitrani, Benjamin P&#233;ret, Jos&#233; Pierre, Andr&#233; Pieyre de Mandiargues, Jacques Saut&#232;s, Jean Schuster, Jacques S&#233;nelier, Jean-Claude Silbermann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Novembre 1956.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Qui vient de donner sa mesure en Egypte, selon ses techniques les plus &#233;prouv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE TEST HONGROIS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'ordre&#034; r&#232;gne de nouveau &#224; Budapest, sinon en Hongrie. Cependant malgr&#233; une r&#233;pression de plusieurs semaines, les tanks russes ne sont pas venus compl&#232;tement &#224; bout de la r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que de la population. La lutte arm&#233;e des ouvriers et des paysans se poursuit en province, tandis que les arrestations massives et les cours martiales frappent les conseils ouvriers de Budapest et de province. Le &#034;gouvernement&#034; Kadar et les Russes ne reculent devant aucun moyen et tentent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, &#224; n'importe quel prix, de reprendre la situation en main, de restaurer &#224; la fois la domination de la Russie sur la Hongrie et la toute puissance d'une bureaucratie totalitaire sur les ouvriers et les paysans hongrois &#8211; celle-ci &#233;tant la condition premi&#232;re de celle-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drame hongrois, le terrible drame DES OUVRIERS ET DES PAYSANS hongrois tombant en 1956 sous le feu des canons russes a &#233;t&#233; le TEST DECISIF pour le r&#233;gime stalinien des &#034;d&#233;mocraties populaires&#034; et de l'URSS. En 1948, le conflit avec la Yougoslavie n'alla pas jusqu'&#224; la guerre ouverte pour deux raisons : d'un c&#244;t&#233;, &#224; l'&#233;poque, Staline n'a pas trouv&#233; un Kadar yougoslave qui justifi&#226;t l'intervention de l'arm&#233;e russe. D'un autre c&#244;t&#233;, Moscou pensait pouvoir obliger la Yougoslavie &#224; capituler sous sa seule pression politique et &#233;conomique et &#233;viter ainsi les risques d'une intervention arm&#233;e dont ils avaient cependant menac&#233; Tito. Le conflit avec la Yougoslavie n'avait donc pas encore montr&#233;, DANS TOUTE SON ETENDUE, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence anti-ouvri&#232;re et oppressive de la caste bureaucratique de l'URSS que r&#233;v&#232;le aujourd'hui la trag&#233;die hongroise : aucun crime ne lui est impossible ; sa vraie nature est anti-socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eclair&#233;s par la trag&#233;die hongroise, tous les ouvriers conscients, tous les v&#233;ritables communistes comprennent maintenant cette v&#233;rit&#233; essentielle pour l'avenir du mouvement ouvrier, pour l'avenir du socialisme. Seuls continuent &#224; ne pas comprendre, ceux qui &#224; tout jamais sont, dans le mouvement ouvrier les adversaires du socialisme, les ennemis de l'&#233;mancipation des travailleurs malgr&#233; leurs paroles &#034;socialistes&#034; ou &#034;communistes&#034; : tel Thorez qui approuve l'intervention des troupes russes en Hongrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a ceux pour qui les &#233;v&#233;nements de Hongrie sont une occasion de plus pour cacher, derri&#232;re les crimes staliniens, leurs propres actions anti-socialistes. Mais ceux-l&#224;, les Mollet, les Lacoste, les Pineau, avec leur guerre en Afrique du Nord et leur &#034;coup de Suez&#034;, il y a longtemps que les travailleurs conscients les connaissent pour ce qu'ils sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le test hongrois, c'est le sang des dizaines de milliers d'ouvriers et de paysans tomb&#233;s pour leur libert&#233; : &#234;tre POUR l'intervention sovi&#233;tique en Hongrie c'est &#234;tre CONTRE l'&#233;mancipation de classe des travailleurs de tous les pays, c'est &#234;tre CONTRE le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DROIT DES &#034;GRANDS&#034; A DISPOSER DES PEUPLES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la Hongrie &#224; l'Afrique du Nord, en passant par le Moyen-Orient, le bruit des canons a remplac&#233; les belles phrases sur le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Partout o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques ou politiques sont menac&#233;s les dirigeants du monde ont recours &#224; la force comme supr&#234;me argument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie et les besoins des travailleurs hongrois ou &#233;gyptiens passent apr&#232;s les int&#233;r&#234;ts des grandes puissances qui se partagent le globe, tout comme en g&#233;n&#233;ral les int&#233;r&#234;ts des classes exploit&#233;es passent apr&#232;s ceux des exploiteurs qui ont le pouvoir en mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, pour conserver leur gagne pain aux actionnaires de la Compagnie du Canal de Suez, les gouvernants n'h&#233;sitent pas &#224; imposer des restrictions &#224; toute la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs font dans tous les pays du monde, les frais de ces op&#233;rations. Au nom du soi-disant &#034;int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&#034; ce sont toujours les m&#234;mes qui p&#226;tissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression sauvage de l'insurrection hongroise et la tr&#232;s peu glorieuse intervention franco-anglaise en Egypte ont tragiquement mis en &#233;vidence le fait que le monde est divis&#233; en &#034;chasses gard&#233;es&#034; par un petit nombre de nations militaris&#233;es &#224; l'extr&#234;me et qui se servent de la force pour imposer leur loi. Partout dans le monde des pays sont occup&#233;s par des arm&#233;es &#233;trang&#232;res. C'est tellement dans les moeurs depuis la fin de la guerre qu'il faut le massacre de tout un peuple comme en Hongrie pour qu'on r&#233;alise le r&#244;le de ces arm&#233;es d'occupation. Les travailleurs hongrois ont &#233;t&#233; assassin&#233;s au nom du Pacte de Varsovie ; demain, nous le serons peut-&#234;tre au nom de la &#034;solidarit&#233; atlantique&#034;. Les pr&#233;paratifs militaires qui se d&#233;veloppent en France visent, en m&#234;me temps qu'&#224; pr&#233;parer le prochain conflit mondial, &#224; remplir au besoin le m&#234;me r&#244;le que l'arm&#233;e russe en Europe orientale. Depuis la fin de la guerre, la France n'a pas cess&#233; de combattre, que ce soit en Indochine, en Afrique du Nord ou en Egypte. Partout nous allions d&#233;fendre les profits de nos patrons avec des fusils comme porte-voix. Depuis dix ans, quand ils ne sont pas occup&#233;s &#224; faire au Guatemala ce que les Fran&#231;ais font en Alg&#233;rie ou les Russes en Hongrie, les Etats-Unis construisent des bases militaires plus formidables les unes que les autres, aux quatre coins du monde et en Europe en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie occupe militairement la moiti&#233; de l'Europe au moyen d'une arm&#233;e colossale dont l'entretien est pay&#233; par les peuples occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre fait ce que font les USA, mais avec moins de moyens, et ce que fait la France mais avec plus de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est devenu une vaste prison des peuples gard&#233;e par les arm&#233;es de quelques &#034;grands&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Hongrie, l'Egypte et l'Alg&#233;rie n'en sont que l'illustration sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en permettant &#224; nos dirigeants de mener leur guerre en Alg&#233;rie et en Egypte que nous leur donnons un moyen de nous lier les mains ; c'est en acceptant cette politique de brigandage que nous permettons l'installation en France de bases militaires qui am&#232;neront peut-&#234;tre un pr&#233;sident du Conseil fran&#231;ais &#224; faire appel aux arm&#233;es de l'OTAN contre les travailleurs fran&#231;ais, comme Kadar a fait appel aux forces russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Un peuple qui en opprime un autre, n'est pas un peuple libre&#034;, disait L&#233;nine et nous qui laissons nos dirigeants opprimer tant de peuples craignons de voir un jour notre libert&#233; p&#233;rir sous les blind&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs n'ont pas int&#233;r&#234;t &#224; la guerre, ils en sont les premi&#232;res victimes. C'est pourquoi nous devons nous opposer &#224; toutes les occupations de territoires par quelque arm&#233;e que ce soit. Le premier gage de paix dans ce monde au bord du cataclysme serait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE RETRAIT DES TROUPES RUSSES DE LA HONGRIE ET DE TOUTE L'EUROPE ORIENTALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE RETRAIT DE TOUTES LES TROUPES ATLANTIQUES EN FRANCE ET EN EUROPE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE RETRAIT DES TROUPES FRAN&#199;AISES D'EGYPTE ET D'AFRIQUE DU NORD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?page=calendrier&amp;archives=2012-10-12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesbonscaracteres.com/epubs/Hongrie-1956.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1956/00/broue_hongrie.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/document/swp-us/misc-1/hungary.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In English&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1953 : r&#233;volte ouvri&#232;re dans l'Allemagne stalinienne</title>
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		<dc:date>2022-02-02T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Images : les journ&#233;es d'&#233;meutes &#224; Berlin &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volte &#224; Berlin-Est &lt;br class='autobr' /&gt;
Ev&#232;nements de 1953 en Allemagne de l'Est &lt;br class='autobr' /&gt; Le soul&#232;vement ouvrier en Allemagne orientale &lt;br class='autobr' /&gt;
Les prol&#233;taires de Berlin se l&#232;vent &lt;br class='autobr' /&gt;
Insurrection de juin 1953 en Allemagne de l'Est &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la presse &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 17 juin 1953 en RDA &lt;br class='autobr' /&gt;
Par C. B. (1965) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 17 juin 1965, c'&#233;tait jour de vacances en Allemagne de l'Ouest ; comme chaque ann&#233;e depuis onze ans, on profite du soleil (quand il y en a) pour aller saucissonner &#224; la campagne. A (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_15411 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/142486.jpg' width=&#034;416&#034; height=&#034;304&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/3410144032_093672570f.jpg' width=&#034;499&#034; height=&#034;394&#034; alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/220px-Bundesarchiv_Bild_183-20027-0002__Berlin__brennendes_Columbiahaus.jpg' width=&#034;220&#034; height=&#034;345&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15414 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1953.jpg' width=&#034;468&#034; height=&#034;330&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/Berlin_17-Juin-1953_4.jpg' width=&#034;700&#034; height=&#034;369&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15416 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/indexddd.jpg' width=&#034;287&#034; height=&#034;176&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1953_rda.jpg' width=&#034;318&#034; height=&#034;159&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/images-1_8.jpg' width=&#034;297&#034; height=&#034;170&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15419 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/B9716041234Z-1_20180615153232_000_GCNBGDDEL-1-0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/B9716041234Z-1_20180615153232_000_GCNBGDDEL-1-0.jpg' width=&#034;1097&#034; height=&#034;669&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15420 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/B9716041234Z-1_20180615153232_000_GCNBGDDEJ-1-0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/B9716041234Z-1_20180615153232_000_GCNBGDDEJ-1-0.jpg' width=&#034;1044&#034; height=&#034;669&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15421 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/publishable-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/publishable-2.jpg' width=&#034;1023&#034; height=&#034;768&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15422 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/Bundesarchiv_Bild_175-14676__Leipzig__Reichsgericht__russischer_Panzer.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/Bundesarchiv_Bild_175-14676__Leipzig__Reichsgericht__russischer_Panzer.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;566&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15423 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/Berlin1953e.jpg' width=&#034;394&#034; height=&#034;248&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15424 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/berlin1953.jpg' width=&#034;528&#034; height=&#034;462&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/video/AFE85005138&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Images : les journ&#233;es d'&#233;meutes &#224; Berlin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kZnvdSVmgpU&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volte &#224; Berlin-Est&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article476&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ev&#232;nements de 1953 en Allemagne de l'Est&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/mandel/works/1953/06/rda.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le soul&#232;vement ouvrier en Allemagne orientale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ciqi/1953/06/pci_19530622.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les prol&#233;taires de Berlin se l&#232;vent&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Insurrection_de_juin_1953_en_Allemagne_de_l%27Est&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Insurrection de juin 1953 en Allemagne de l'Est&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMEve/41&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dans la presse&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le 17 juin 1953 en RDA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par C. B. (1965)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 juin 1965, c'&#233;tait jour de vacances en Allemagne de l'Ouest ; comme chaque ann&#233;e depuis onze ans, on profite du soleil (quand il y en a) pour aller saucissonner &#224; la campagne. A peine &#233;coute-t-on au transistor les discours officiels tant il est bon de se promener sous les arbres, et le soir on rentre &#224; la maison. Sur les routes de l'Ouest, on aura laiss&#233; beaucoup plus de morts dans les voitures calcin&#233;es qu'il n'y en eut en tout, au cours du soul&#232;vement de l'Allemagne de l'Est, le 17 juin 1953, jour, que cette f&#234;te nationale est cens&#233;e comm&#233;morer. Selon l'auteur de ce r&#233;cent petit livre, ce chiffre est estim&#233; &#224; vingt et un morts connus pour les 16 et 17 juin 1953.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnulf Baring a voulu dissiper certaines l&#233;gendes sur cet &#233;v&#233;nement. En effet, en Allemagne de l'Ouest, les discours officiels proclament rituellement que le soul&#232;vement fut une lev&#233;e en masse de tout un peuple, avide de libert&#233;, de d&#233;mocratie et de r&#233;unification allemande. C'est faux, et les documents le montrent bien. Les cadres, les petits-bourgeois (commer&#231;ants, artisans) et les paysans rest&#232;rent &#224; l'&#233;cart du mouvement (en tout cas &#224; l'&#233;chelle de masse). Le soul&#232;vement eut un caract&#232;re strictement ouvrier et limit&#233; &#224; certaines villes et branches professionnelles. Selon les sources, on estime le nombre des participants &#224; la gr&#232;ve du 17 juin 1953 &#224; 5 % ou 7 % du total des salari&#233;s. Certes, il est possible que la proportion r&#233;elle f&#251;t sup&#233;rieure ; mais en tout, cas, ce pourcentage exprime un ordre de grandeur tr&#232;s vraisemblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tr&#232;s bri&#232;vement le cadre et le cours des &#233;v&#233;nements [1]. L'un .des probl&#232;mes qui ont toujours suscit&#233; le plus de difficult&#233;s aux dirigeants de l'Est en g&#233;n&#233;ral, c'est l'&#233;l&#233;vation de la productivit&#233; du travail. Aux champs., &#224; l'usine, les travailleurs n'ont qu'une seule pr&#233;occupation : se d&#233;brouiller (chaparder, couler les temps..,) et se r&#233;server des forces pour pouvoir ensuite, qui cultiver son lopin personnel, qui travailler au noir. Si la productivit&#233; en g&#233;n&#233;ral, est basse, c'est aussi parce que la production de biens de consommation est (mais la situation commence &#224; changer) basse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1952, les dirigeants de l'Allemagne de l'Est (ci-apr&#232;s RDA) amorcent un tournant. On va r&#233;viser les normes, c'est-&#224;-dire augmenter les cadences et la dur&#233;e du travail, r&#233;duire les salaires et comprimer le niveau de vie de la population en g&#233;n&#233;ral : voil&#224; ce que r&#233;clame l'accumulation socialiste (sic) du capital. Cette campagne se poursuit dans la presse, les r&#233;unions, etc. Toute l'ann&#233;e 1952 et en 1953, par paliers, la r&#233;vision est introduite dans les entreprises, non sans rencontrer des r&#233;sistances dans toutes les couches de la soci&#233;t&#233;. Tandis qu'&#224; l'&#233;chelle internationale se produit un &#233;v&#233;nement spectaculaire, la mort de Staline (le 5 mars 1953) et que les n&#233;gociations de paix prennent en Cor&#233;e un tour d&#233;cisif, le gouvernement recule et adopte un &#171; cours nouveau &#187; qui favorise quelque peu les paysans, les commer&#231;ants et les cadres, etc., mais cependant (comme toujours dans un pays capitaliste) n&#233;glige les ouvriers : la r&#233;vision des normes sera poursuivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique est accueillie de plus en plus mal, en particulier par les ouvriers ma&#231;ons qui b&#226;tissent &#224; Berlin-Est les immeubles destin&#233;s &#224; border une avenue triomphale, la Stalinallee. Ces ma&#231;ons sont parmi les ouvriers les mieux pay&#233;s de RDA (5 &#224; 9 marks de l'heure, contre 3 au man&#339;uvre ). On veut leur imposer des normes plus &#233;lev&#233;es, 10 %, tout de suite, mais bient&#244;t 150 %, 200 % et m&#234;me 300 %, si l'on en croit le ministre de la construction ( de 1950 &#224; 1953, les co&#251;ts de construction ont augment&#233; de 35 % &#224; 40 % et &#224; Berlin l'entreprise d'Etat fonctionne avec de tr&#232;s grosses pertes ; la p&#233;nurie de main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e est tr&#232;s importante dans ce secteur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir d'avril, des assembl&#233;es de fonctionnaires du parti et du syndicat d&#233;cident d'augmenter les normes et de r&#233;duire les salaires dans le b&#226;timent ; des brigades de travailleurs le&#8226; d&#233;cident aussi &#171; volontairement &#187;, mais l'agitation cro&#238;t sur les chantiers de l'avenue Staline. Une gr&#232;ve y &#233;clate le 15 juin ; le 16 au matin un cort&#232;ge&#8226;se forme, d'abord d'ouvriers qui veulent aller chercher du travail ailleurs ; mais, bient&#244;t grossi, il vient manifester devant la Maison des Syndicats puis devant le si&#232;ge du gouvernement. Les ouvriers veulent que le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Grotewohl, et le pr&#233;sident du Conseil, Ulbricht, viennent s'adresser &#224; eux. Mais on leur envoie des sous-fifres ; de calme qu'elle &#233;tait la manifestation devient de plus en plus houleuse. Finalement, les ouvriers retournent sur les chantiers en appelant &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Ils d&#233;cident de se retrouver le lendemain pour manifester de nouveau. La radio du secteur am&#233;ricain diffuse ces nouvelles &#224; 16 h 30 ; mais les autorit&#233;s militaires am&#233;ricaines lui recommandent d'en rester l&#224; et de n'inciter ni &#224; la gr&#232;ve ni &#224; la manifestation (les occupants fran&#231;ais chercheront en vain &#224; interdire aux manifestants de passer par le secteur qu'ils contr&#244;lent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le I7 juin, le mouvement gagne un grand nombre de villes, des r&#233;gions enti&#232;res. Dans l'ensemble les manifestants sont uniquement des ouvriers et presque toujours des jeunes. La participation des membres des autres classes est exceptionnelle, d'apr&#232;s notre auteur. Le mouvement, de plus, est limit&#233; aux grands centres industriels : Berlin-Est (61 000 gr&#233;vistes), Allemagne centrale (121 000), Magdebourg (38 000), et puissant surtout dans les grandes usines de produits chimiques : Leuna (28 000 gr&#233;vistes) ou Buna (12 000) et certains bassins miniers (Mansfeld).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s de gr&#232;ve sont compos&#233;s de jeunes ouvriers (25 &#224; 40 ans), et souvent aussi d'anciens militaires, sous-officiers en g&#233;n&#233;ral ( 8 % &#224; 10 % des membres des comit&#233;s dans certains cas ). Selon Baring, &#171; au 17 juin, les&#8226; ouvriers consid&#233;raient &#8211; &#224; juste titre &#8211; les cadres de leur entreprise comme une fraction de la nouvelle classe dirigeante, que le r&#233;gime&#8226; cherchait &#224; se gagner en &#8220;l'achetant&#8221; par de fortes incitations mat&#233;rielles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me , le grand complexe industriel de Stalinstadt (aujourd'hui Eisenh&#252;ttenstadt, dans le Brandebourg) sur l'Oder (fronti&#232;re polonaise), ne se joignit pas au mouvement. Le r&#233;gime portait tous ses efforts sur ce nouveau centre, mont&#233; de toutes pi&#232;ces et les travailleurs, des r&#233;fugi&#233;s de l'Est pour la moiti&#233;, y b&#233;n&#233;ficiaient des salaires les plus &#233;lev&#233;s du pays ; m&#234;me les ma&#231;ons de Stalinstadt ne cess&#232;rent pas le travail (alors qu'ailleurs le b&#226;timent faisait gr&#232;ve par solidarit&#233; avec Berlin-Est). En Saxe, la pr&#233;sence des arm&#233;es russes, qui effectuaient leurs grandes man&#339;uvres, emp&#234;cha les mineurs du charbon et de l'uranium de participer massivement &#224; la gr&#232;ve et aux manifestations. Ces activit&#233;s entra&#238;n&#232;rent donc surtout des travailleurs du b&#226;timent, des mines et des industries de&#8226;base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Berlin-Est, les manifestants contr&#244;laient apparemment la rue. Comme la veille, rassembl&#233;s devant le si&#232;ge du gouvernement, ils r&#233;clament l'apparition de Grotewohl et d'Ulbricht r&#233;unis en Conseil de cabinet. Un ministre, dit-on, demanda &#224; Ulbricht de prendre la parole pour calmer les gr&#233;vistes. Ulbricht refusa et comme l'autre insistait, il lui r&#233;pondit qu'il pleuvait et que par cons&#233;quent les manifestants n'allaient pas tarder &#224; se disperser [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les revendications de ces masses ? A Berlin-Est comme dans les autres centres, c'est pour l'essentiel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; paiement des salaires d'apr&#232;s les anciennes normes et r&#233;visions des contrats collectifs d'entreprise ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; baisse des prix des produits de grande consommation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#233;lections libres et au scrutin secret ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pas de repr&#233;sailles contre les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants d&#233;filent dans les rues, tiennent des meetings o&#249; leurs orateurs reprennent les revendications &#233;conomiques et politiques du mouvement. Dans certaines villes, les d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;res exigent et obtiennent la lib&#233;ration de prisonniers dont elles donnent le nom ; mais le 17 dans l'apr&#232;s-midi, la tension augmente et des &#171; masses incontr&#244;l&#233;es &#187; brisent les portes des prisons et lib&#232;rent des d&#233;tenus de droit commun en m&#234;me temps que des &#171; politiques &#187;. La propagande officielle exploitera ce fait, de m&#234;me que de petits pillages (de locaux du PC), incendies (des archives de la justice) ou lynchages (de flics. Mais la subversion n'ira pas plus loin et, les d&#233;monstrations termin&#233;es, les manifestants rentrent chez eux, ou reviennent sur leurs lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement r&#233;pond aux &#171; d&#233;sordres &#187; en faisant appel aux troupes russes. Face &#224; des masses d&#233;sarm&#233;es &#8211; contrairement &#224; la Hongrie de 1956 o&#249; l'arm&#233;e nationale passera du c&#244;t&#233; des gr&#233;vistes &#8211; ces troupes agiront de mani&#232;re pacifique : tirant en l'air et dispersant les attroupements avec des tanks. En g&#233;n&#233;ral les policiers est-allemands n'&#233;taient pas dispos&#233;s &#224; marcher contre les gr&#233;vistes et, du moins dans la plupart des cas, discutaient avec eux avant de laisser passer leurs cort&#232;ges ; mais il semble probable que si le mouvement avait chang&#233; de caract&#232;re ils auraient particip&#233; &#224; la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, au soir du 17 juin, &#171; l'ordre &#187; est r&#233;tabli ; certes les discussions vont se poursuivre sur les chantiers et dans les usines, mais elles n'iront plus jusqu'au point d'explosion. Le gouvernement va faire des promesses : am&#233;lioration du niveau de vie et retour aux anciennes normes ; &#8226; il va tout de suite commencer de les grignoter et finira par imposer ses exigences. Il autorisera aussi l'exp&#233;dition de colis de vivres occidentaux en RDA &#224; la fois pour calmer le m&#233;contentement et pour obscurcir la volont&#233; de lutte ouvri&#232;re. La r&#233;pression se fera petit &#224; petit : 1 300 condamnations, dont 7 &#224; la peine de mort, 4 &#224; la r&#233;clusion &#224; vie et le reste &#224; des peines de prison plus ou moins longues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'Ouest, le ministre des affaires pan-allemandes demanda par radio d&#232;s le 16, &#224; la population de RDA &#171; de ne pas se laisser entra&#238;ner &#224; des actions irr&#233;fl&#233;chies&#8230; dangereuses. &#187; Les dirigeants sociaux-d&#233;mocrates et syndicaux de Berlin crurent bon de faire ou de pr&#233;parer quelques appels radiodiffus&#233;s, invitant la population de RDA et les soldats russes &#224; se montrer solidaires des ma&#231;ons de Berlin-Est. Mais ces appels furent d&#233;savou&#233;s par la direction du parti socialiste comme des &#171; provocations extr&#234;mement dangereuses et d'une inconcevable irresponsabilit&#233; &#187;. D'ailleurs les postes de radio, sous contr&#244;le militaire alli&#233;, ne les diffus&#232;rent pas (sauf un, le 16 en fin d'apr&#232;s-midi ) ; et les bonzes socialistes locaux s'en tinrent l&#224;. La police militaire alli&#233;e et la police allemande de Berlin-Est (aux ordres des socialistes) refoul&#232;rent les curieux venus pour observer les &#233;v&#233;nements (&#224; la lisi&#232;re des deux Berlin) et peut-&#234;tre pour y participer. Mais il n'y eut aucune gr&#232;ve de solidarit&#233; en Allemagne de l'Ouest. Les seuls groupes &#224; faire preuve d'&#233;nergie furent des groupes plus ou moins dans la main de certains services secrets am&#233;ricains. Gros appoint pour la propagande de RDA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'appareil de propagande occidental, qui fit tant de bruit apr&#232;s coup, il se borna pendant l'action &#224; transmettre les informations. Ce faisant il a &#8211;semble-t-il &#8211; contribu&#233; &#224; l'extension du mouvement, mais sans l'encourager par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons encore que le chef social-d&#233;mocrate Willy Brandt a soutenu que &#171; les couches pur-sang du vieux mouvement ouvrier syndicaliste et politique &#187; ont influenc&#233; les &#233;v&#233;nements de fa&#231;on tr&#232;s sensible [3]. Selon Baring, si le fait est possible, les rapports qu'il a eu en mains ne lui permettent pas de conclure en ce sens. Le soul&#232;vement, dit-il, eut lieu dans les r&#233;gions qui &#233;lisaient des d&#233;put&#233;s communistes comme [dans] les autres. En tout cas, dans la rue, la &#171; tradition &#187; incarn&#233;e par les &#171; anciens &#187; &#233;tait absente (il ne faut pas oublier que les sociaux-d&#233;mocrates de Weimar, puis les nazis, et enfin le Gu&#233;p&#233;ou assassin&#232;rent pratiquement tous les militants ouvriers actifs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Baring, dont l'expos&#233; a &#233;t&#233; ici tr&#232;s r&#233;sum&#233; et un peu compl&#233;t&#233;, les Occidentaux auraient d&#251; intervenir plus efficacement en juin 1953. Cette inaction a men&#233; la population de RDA &#224; se r&#233;signer, &#224; chercher &#224; &#171; s'arranger &#187; avec le r&#233;gime. Maintenant, dit-il, l'heure est pass&#233;e des r&#233;volutions, on en est &#224; l'&#233;volution. Dans sa pr&#233;face, le Herr Professor Richard L&#246;wenthal [4] d&#233;plore lui aussi &#171; l'occasion manqu&#233;e du 17 juin &#187;. Cette attitude est celle de politiciens qui regrettent de ne pas avoir pu exploiter la faille de l'adversaire. Utopie ! En r&#233;alit&#233;, les Occidentaux ne tenaient pas &#224; appuyer les gr&#233;vistes. Certes, ils s'int&#233;ressaient au mouvement comme un patron peut r&#234;ver d'exploiter les difficult&#233;s qu'un patron concurrent &#233;prouve avec son personnel, mais sans ignorer qu'il lui faut &#234;tre discret et prudent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le soul&#232;vement du 17 juin appara&#238;t comme une immense gr&#232;ve sauvage, instinctive, spontan&#233;e, qui s'&#233;tend rapidement et se r&#233;sorbe aussi vite. Elle n'a touch&#233; que certains secteurs d'une &#233;norme entreprise, sans entra&#238;ner de solidarit&#233; au dehors. Elle a &#233;branl&#233; pendant quelques jours de 300 000 &#224; 400 000 hommes sans armes, qu'aucune grande lutte ant&#233;rieure n'avait pr&#233;par&#233; mat&#233;riellement et spirituellement, et qui ne pouvaient donc s'en tenir qu'&#224; la surface des choses. Le m&#233;lange de prudence et de puissance extr&#234;mes dont usa le gouvernement de RDA contribua &#233;galement &#224; d&#233;samorcer l'explosion. Dans d'autres conditions, dans la Hongrie de 1956, une gr&#232;ve sauvage, somme toute analogue au d&#233;but, prit ensuite un caract&#232;re absolument diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Cette note de lecture &#224; propos du livre Der 17. Juni 1953 d'Arnulf Baring, Cologne, 1965 est parue dans ICO n&#176; 43, novembre 1965.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La meilleure &#233;tude en fran&#231;ais sur ce sujet reste celle de Benno Sarel : &#171; Combats ouvriers sur l'avenue Staline &#187;, Les Temps modernes, n&#176; 95 (octobre 1953), repris dans La Classe ouvri&#232;re en Allemagne orientale, Editions Ouvri&#232;res, Paris 1958.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Gustave Noske, lui aussi, au d&#233;but de la R&#233;volution allemande, comptait sur la pluie pour faire rentrer les manifestants chez eux (cf. Noske, Von Kiel bis Kapp, 1920, p.17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] M&#234;me opinion par exemple, chez Vega, &#171; Signification de la r&#233;volte de juin en Allemagne orientale &#187;, Socialisme ou Barbarie n&#176; 13 (janvier-mars 1954), qui invoque &#171; l'exp&#233;rience &#187; des insurrections communistes de 1919 et 1921 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Autrefois th&#233;oricien de la &#171; nouvelle classe &#187; sous le nom de Paul Soring, aujourd'hui historien d'Etat, sp&#233;cialis&#233; dans les &#233;tudes sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/culture/2003/06/17/emeutes-de-1953-a-l-est-du-nouveau_436956/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A l'Est, du nouveau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Anniversaire de l'insurrection r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat hongrois du 23 octobre 1956 &#233;cras&#233;e dans le sang le 10 novembre 1956 : textes, films et photos</title>
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		<dc:date>2019-11-03T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
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		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Anniversaire de l'insurrection r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat hongrois du 23 octobre 1956 &#233;cras&#233;e dans le sang le 10 novembre 1956 : textes, films et photos &lt;br class='autobr' /&gt;
CE QUE FUT LA REVOLUTION DES CONSEILS OUVRIERS HONGROIS DE 1956 &lt;br class='autobr' /&gt;
EN TEXTES &lt;br class='autobr' /&gt;
Anniversaire de la r&#233;volution hongroise d'octobre 1956 &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#233;tait le r&#233;gime politique et social du pr&#233;tendu communisme hongrois &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;volution prol&#233;tarienne en Hongrie en 1956 : comment tout a commenc&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Au nom de la classe ouvri&#232;re &#187; de Sandor Kopacsi &lt;br class='autobr' /&gt;
Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_13646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/23_OCTOBRE_1956-29f3e.jpg' width=&#034;433&#034; height=&#034;324&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Anniversaire de l'insurrection r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat hongrois du 23 octobre 1956 &#233;cras&#233;e dans le sang le 10 novembre 1956 : textes, films et photos&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;CE QUE FUT LA REVOLUTION DES CONSEILS OUVRIERS HONGROIS DE 1956&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EN TEXTES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2736&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Anniversaire de la r&#233;volution hongroise d'octobre 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2705&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'&#233;tait le r&#233;gime politique et social du pr&#233;tendu communisme hongrois&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2700&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution prol&#233;tarienne en Hongrie en 1956 : comment tout a commenc&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2695&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Au nom de la classe ouvri&#232;re &#187; de Sandor Kopacsi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2699&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le conseil central du Grand Budapest en 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2693&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Hongrie 1956 &#187; de Andy Anderson&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2701&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution hongroise des conseils ouvriers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://libcom.org/library/hongrie-1956-%C2%ABle-proletariat-l%E2%80%99assaut-du-ciel%C2%BB-mouvement-communiste&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le prol&#233;tariat &#224; l'assaut du ciel&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2698&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jeunesse d'octobre 1956 &#224; Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.internationalism.org/ri372/hongrie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.left-dis.nl/f/hongrie1956.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'ordre r&#232;gne &#224; Budapest &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4457&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La le&#231;on de la r&#233;volution hongroise, de Ignazio Silone&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1956/00/broue_hongrie.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution hongroise des conseils ouvriers de P. Brou&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesbonscaracteres.com/livre/hongrie-1956&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie 1956, de Georges Kaldy&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A la fin de la seconde guerre mondiale, le stalinisme a sauv&#233; le capitalisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve642&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 5 mars 1953, Staline mourut&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article476&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1953 en Allemagne de l'Est, trois ans avant la Hongrie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article75&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sous couvert de &#034;socialisme&#034;, des Etats profond&#233;ment anti-ouvriers qui font face &#224; la r&#233;volte ouvri&#232;re&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article452&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#233;mocraties populaires &#187; : ni communistes, ni socialistes, ni d&#233;mocratiques, ni populaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article147&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les faux socialismes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4395&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le rideau de fer est-il le mur de Staline ou celui des puissances occidentales ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4407&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Que deviennent les anciens &#171; pays de l'Est &#187; ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EN FILMS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : bien entendu, nous ne partageons pas commentaires de la plupart de ces films !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=H5UG5HRWz4U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le 23 octobre 1956, d&#233;but de l'insurrection de Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sonuma.be/archive/hongrie-1956&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Archives audiovisuelles : Hongrie 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.filmsdocumentaires.com/films/1713-revolution-r-budapest-1956&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Films et documentaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://m.ina.fr/video/VDD09016083/hongrie-octobre-1956-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie, octobre 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=gYv1iCRusis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution hongroise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=N0pAW4hEpk4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution &#224; Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bE1FX0Uf01I&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La bataille de Budapest (en anglais)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=6BaV3W5zMuc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Trag&#233;die hongroise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=D8Y2V5LH_xg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution hongroise (1956)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VlpKc3mfAyQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Octobre 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CXU6HPfpC_U&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volte de Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ihS_D0Btaz8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution hongroise de 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Zi3bzXPYnsY&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Budapest 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=bDkLJA2LLXI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution hongroise de 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/video/VDD09016165&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une nation dans la tourmente&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=EqImvCnO15w&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chronologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=8FckhPmtE1A&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pleure Budapest : souvenirs d'une r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cinemantik.com/?p=297&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tonnerre sur la Hongrie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xfnsqu_budapest-1956-jean-pax-mefret_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Budapest 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xcwm68_budapest-1956_music&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore sur Budapest 56&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xjwip_char-sovietique-capture_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La capture d'un char russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/VDD09016083&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie, octobre 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/VDD11021202/la-revolte-d-une-generation-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volte d'une g&#233;n&#233;ration&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/VDD09016083/hongrie-octobre-1956-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie, octobre 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/AFE85007014/premier-reportage-sur-la-revolution-en-hongrie-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Premier reportage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/I00006275/plateau-jean-rabaud-sur-l-insurrection-en-hongrie-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A la t&#233;l&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/CAC90036855/retro-hongrie-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comm&#233;moration&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/AFE03006165/budapest-pendant-la-revolution-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Budapest pendant la r&#233;volution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/AFE85007028/sur-les-routes-conduisant-a-budapest-et-premiere-phase-de-la-revolution-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur les routes conduisant &#224; Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ina.fr/video/VDD09016165/une-nation-dans-la-tourmente-video.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une nation dans la tourmente&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesfilmsdici.fr/fr/catalogue/752-hongrie-1956.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.slideshare.net/Mattpiche/rvolution-hongroise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les photos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://footage.framepool.fr/fr/bin/2571024,Insurrection_populaire_hongroise,Budapest,Hongrie,1956/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Insurrection populaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu00183/l-insurrection-de-budapest.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'insurrection de Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=iU3xY-h_uGk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hungary 1956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?page=calendrier&amp;archives=2012-10-12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Encore des lectures&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu00183/l-insurrection-de-budapest.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'insurrection de Budapest&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;EN PHOTOS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article2692&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;volution hongroise en images&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pinterest.fr/tibor423/hungary-1956/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En photos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous couvert de &#034;socialisme&#034;, des Etats profond&#233;ment anti-ouvriers qui font face &#224; la r&#233;volte ouvri&#232;re</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article75</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article75</guid>
		<dc:date>2015-08-21T23:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;REVOLUTION OUVRIERE EN HONGRIE &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extension du stalinisme n'est pas celle du communisme &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature de la Hongrie &#171; socialiste &#187; et des &#171; pays de l'Est &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cons&#233;quences de la mort de Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne orientale &lt;br class='autobr' /&gt;
Hongrie &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la r&#233;volution hongroise des conseils ouvriers &lt;br class='autobr' /&gt;
CHRONOLOGIE &lt;br class='autobr' /&gt;
5 mars 1953 : mort de Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
mai 1953 : devant la r&#233;forme mon&#233;taire et l'augmentation des prix, les travailleurs de Tch&#233;coslovaquie pillent les magasins et se mettent en gr&#232;ve le 30 mai. Pendant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_51 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/AVO-23-oct-1956.jpg' width=&#034;464&#034; height=&#034;400&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;REVOLUTION OUVRIERE EN HONGRIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'extension du stalinisme n'est pas celle du communisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2705&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature de la Hongrie &#171; socialiste &#187; et des &#171; pays de l'Est &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve642&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cons&#233;quences de la mort de Staline&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article661&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Allemagne orientale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=1956+Hongrie+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/broue/works/1956/00/broue_hongrie.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur la r&#233;volution hongroise des conseils ouvriers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;CHRONOLOGIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 mars 1953 : mort de Staline&lt;br /&gt;
mai 1953 : devant la r&#233;forme mon&#233;taire et l'augmentation des prix, les travailleurs de Tch&#233;coslovaquie pillent les magasins et se mettent en gr&#232;ve le 30 mai. Pendant plusieurs jours les 5000 ouvriers de l'usine Staline de Plzen (ancienne usine Skoda) bloquent l'usine et bravent le pouvoir. Deux mois apr&#232;s, l'agitation dans les usines continuait en Tch&#233;coslovaquie.&lt;br /&gt;
12 juin 1953 : en apprenant l'augmentation des normes de travail, le chantier sud de Berlin se met en gr&#232;ve.&lt;br /&gt;
15 juin 1953 : Chantier Sud et Bloc 40 se joignent dans la lutte. Un cort&#232;ge de 300 ouvriers se termine &#224; 10.000 manifestants qui imposent le retrait de l'augmentation des normes de travail. Les ouvriers ne s'en tiennent pas l&#224; et appellent tous les travailleurs du pays &#224; faire la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique. &lt;br /&gt;
17-18 juin 1953 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 400.000 ouvriers de Berlin-Est et de plus de 270 villes d'Allemagne de l'Est. Les ouvriers en gr&#232;ve &#233;lisent des comit&#233;s de gr&#232;ve.&lt;br /&gt;
juillet 1953 : gr&#232;ve des d&#233;tenus du camp de Vorkhouta en URSS&lt;br /&gt;
d&#233;cembre 1953 : ex&#233;cution de B&#233;ria&lt;br /&gt;
juillet 1953 : Imre Nagy nomm&#233; chef du gouvernement hongrois&lt;br /&gt;
novembre 1954 : Mathias Rakosi revient d'URSS pour prendre la t&#234;te de la Hongrie &#171; socialiste &#187;.&lt;br /&gt;
mars 1955 : Nagy est condamn&#233; pour &#171; d&#233;viation de droite &#187;&lt;br /&gt;
avril 1955 : Nagy d&#233;missionne du gouvernement hongrois&lt;br /&gt;
f&#233;vrier 1956 : r&#233;habilitation de l'ancien Parti communiste polonais dissous et assassin&#233; par Staline&lt;br /&gt;
24 f&#233;vrier 1956 : rapport de Krouchtchev au 20e congr&#232;s du PC de l'URSS qui commence la campagne de &#171; d&#233;stalinisation &#187; : Staline y est qualifi&#233; de &lt;i&gt;&#171; monarque ignare et sanglant &#187;. &lt;/i&gt;Le dirigeant yougoslave Tito est r&#233;habilit&#233;.&lt;br /&gt;
mai 1956 : insurrection populaire violemment r&#233;prim&#233;e en G&#233;orgie&lt;br /&gt;
16 juin 1956 : gr&#232;ve de 15.000 ouvriers de l'usine m&#233;tallurgique Zispo &#224; Poznan (Pologne) qui dure jusqu'au 29 juin malgr&#233; une violente r&#233;pression &lt;br /&gt;
28-29 juin 1956 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et manifestations des ouvriers de Poznan (Pologne) qui se transforment en &#233;meutes au nom de &#171; A bas le faux communisme ! &#187;&lt;br /&gt;
17 juillet 1956, Ger&#246;, bourreau stalinien de la r&#233;volution espagnole, est nomm&#233; secr&#233;taire du PC hongrois &#224; la place de Rakosi qui est d&#233;missionn&#233; par Krouchtchev&lt;br /&gt;
6 octobre 1956 : en Hongrie, manifestation monstre &#224; Budapest lors des fun&#233;railles de Lazlo Rajk, victime du stalinisme&lt;br /&gt;
14 octobre 1956 : r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy dans le PC hongrois&lt;br /&gt;
16 octobre 1956 : en Pologne, pour calmer les mouvements de contestation, le gouvernement annonce que Gomulka, ancien secr&#233;taire du Parti communiste polonais, condamn&#233; pour nationalisme et r&#233;cemment lib&#233;r&#233;, est invit&#233; au comit&#233; central&lt;br /&gt;
19-20 octobre 1956 : en Pologne, aux rumeurs d'intervention russe s'oppose une mobilisation ouvri&#232;re de masse, avec notamment de grands meetings &#224; Varsovie et en province &lt;br /&gt;
21 octobre 1956 : pour calmer le d&#233;but de soul&#232;vement populaire, Gomulka est nomm&#233; premier secr&#233;taire du parti communiste de Pologne. R&#233;unions massives dans les usines et les facult&#233;s.&lt;br /&gt;
23 octobre 1956 : manifestation de 150.000 personnes, &#233;tudiants rejoints par les ouvriers qui sortent des usines. Les manifestants abattent la statue de Staline puis veulent lire une r&#233;solution &#224; la radio. A la demande de Ger&#246;, la police politique ouvre le feu sur les manifestants. Face &#224; l'arm&#233;e hongroise envoy&#233;e contre les manifestants, ceux-ci sont rejoints par toute la classe ouvri&#232;re qui arr&#234;te le travail, s'organise et s'arme. La chasse est men&#233;e par les ouvriers contre la police politique. C'est le d&#233;but de la r&#233;volution ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;
En Pologne, des condamn&#233;s de la r&#233;volte de Poznan sont lib&#233;r&#233;s et, le m&#234;me jour, de nombreux meetings r&#233;clament le d&#233;part des troupes russes. &lt;br /&gt;
24 octobre 1956 : Nagy est nomm&#233; chef du gouvernement mais la radio, aux mains du pouvoir, pr&#233;tend en m&#234;me temps que Nagy a fait appel aux troupes russes. Les premi&#232;res colonnes de tanks russes p&#233;n&#232;trent dans la capitale Budapest.&lt;br /&gt;
25 octobre 1956 : en Hongrie, les forces de l'ordre massacrent les manifestants de Budapest mais le pouvoir recule. Ger&#246; est d&#233;mis et remplac&#233; &#224; la t&#234;te du parti par Kadar. Nagy et Kadar promettent des r&#233;formes mais demandent aux insurg&#233;s de d&#233;poser les armes. Les premiers conseils ouvriers (dans les usines) et conseils r&#233;volutionnaire (dans les localit&#233;s) naissent. &lt;br /&gt;
26 octobre 1956 : A Budapest, le colonel Mal&#233;ter et le pr&#233;fet de police Kopacsi passent du c&#244;t&#233; des insurg&#233;s, donnant des armes &#224; l'insurrection. Comit&#233;s r&#233;volutionnaires et conseils ouvriers exercent un pouvoir r&#233;el dans tout le pays. &lt;br /&gt;
27 octobre 1956 : Nagy, au gouvernement, ne cesse de recevoir des d&#233;l&#233;gations des comit&#233;s et conseils qui se forment dans toutes les localit&#233;s et toutes les usines.&lt;br /&gt;
En Pologne, les ouvriers de l'usine Zeran exigent le retrait des troupes russes de Hongrie.&lt;br /&gt;
28 octobre 1956 : Nagy n&#233;gocie avec les insurg&#233;s&lt;br /&gt;
29 octobre 1956 : annonce mensong&#232;re que les troupes russes, qui se retirent de Budapest, se retirent de Hongrie.&lt;br /&gt;
30 octobre 1956 : malgr&#233; leur m&#233;fiance, les conseils r&#233;volutionnaires accordent leur soutien au gouvernement Nagy. A Gyor, les conseils ouvriers appuient le conseil national de Transdanubie.&lt;br /&gt;
31 octobre 1956 : pendant que Moscou pr&#233;tend n&#233;gocier son retrait de Hongrie, des troupes affluent massivement en vue de la r&#233;pression.&lt;br /&gt;
3 novembre 1956 : nouveau gouvernement Nagy incluant Mal&#233;ter et Kopacsi.&lt;br /&gt;
4 novembre 1956 : les troupes russes attaquent Budapest. Kadar reprend le pouvoir &#224; Nagy qui se cache &#224; l'ambassade yougoslave. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'&#233;tendant &#224; toute la classe ouvri&#232;re et qui va durer jusqu'au 13 novembre. Les combats s'&#233;tendent &#224; l'ensemble du pays.&lt;br /&gt;
Du 5 au 12 novembre 1956 : les combats men&#233;s par la classe ouvri&#232;re hongroise continuent contre les troupes russes, notamment avec les mineurs de Pecs et les ouvriers du quartier Cspel de Budapest.&lt;br /&gt;
14 novembre 1956 : mise en place du Conseil Ouvrier central du grand Budapest&lt;br /&gt;
15 novembre 1956 : Balazs, pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest est d&#233;mis (et remplac&#233; par Devenyi) pour avoir interpr&#233;t&#233; la reprise du travail comme une reconnaissance du gouvernement Kadar, ce que n'admettent pas les conseils ouvriers. En province, les conseils sont un deuxi&#232;me pouvoir. &lt;br /&gt;
19 novembre 1956 : convocation &#224; Budapest d'un Conseil Ouvrier National. En province, la gr&#232;ve est toujours totale.&lt;br /&gt;
21 novembre 1956 : la r&#233;union du Conseil Ouvrier National n'a pas &#233;t&#233; possible car l'arm&#233;e russe l'a emp&#234;ch&#233;e. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui se r&#233;unissent s'opposent, les travailleurs de province reprochant aux d&#233;l&#233;gu&#233;s de Budapest d'avoir appel&#233; &#224; la reprise du travail. Le pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest Devenyi est remplac&#233; par un jeune ouvrier Racz. Bali et Lalocsa sont vice-pr&#233;sident du Conseil.&lt;br /&gt;
23 novembre 1956 : c&#233;l&#233;bration de l'anniversaire de la r&#233;volution hongroise par une heure de Budapest ville morte &#224; l'appel du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest&lt;br /&gt;
4 d&#233;cembre 1956 : manifestation des femmes&lt;br /&gt;
5 d&#233;cembre 1956 : arrestation d'un grand nombre de membres des conseils ouvriers&lt;br /&gt;
5-6 d&#233;cembre 1956 : congr&#232;s de fondation de l'Union de la jeunesse r&#233;volutionnaire qui d&#233;nonce le stalinisme&lt;br /&gt;
9 d&#233;cembre 1956 : &#224; Budapest, le Conseil Ouvrier Central appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 48 heures contre la r&#233;pression qui frappe les conseils ouvriers&lt;br /&gt;
11 d&#233;cembre 1956 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Budapest. Les dirigeants ouvriers Racz et Bali sont arr&#234;t&#233;s. Le gouvernement d&#233;cr&#232;te la dissolution du Conseil Central Ouvrier du grand Budapest.&lt;br /&gt;
12 d&#233;cembre 1956 : en Pologne, les mineurs de Gl&#246;wice organisent une marche silencieuse de solidarit&#233; avec les ouvriers hongrois et contre la r&#233;pression&lt;br /&gt;
13 d&#233;cembre 1956 : la r&#233;pression organis&#233;e par le gouvernement Kadar avec l'appui russe continue en Hongrie, les arrestations se multiplient. L'usine de Beloiannisz poursuit sa gr&#232;ve. &lt;br /&gt;
Les m&#233;tallos de l'usine Cegielski &#224; Poznan en Pologne manifestent leur solidarit&#233; avec les ouvriers hongrois.&lt;br /&gt;
17 d&#233;cembre 1956 : les premi&#232;res condamnations &#224; mort sont prononc&#233;es contre les insurg&#233;s hongrois&lt;br /&gt;
3-4 janvier 1957 : les staliniens imposent la fusion de l'organisation ind&#233;pendante de la jeunesse r&#233;volutionnaire et l'organisation de la jeunesse stalinienne&lt;br /&gt;
11 et 12 janvier 1957 : les ouvriers de Csepel &#224; Budapest se mettent en gr&#232;ve et sont violemment r&#233;prim&#233;s. Les chars russes encerclent Csepel.&lt;br /&gt;
13 au 17 ao&#251;t 1957 : gr&#232;ve des traminots de Lodz en Pologne. Gomulka d&#233;nonce les traminots et tous les ouvriers gr&#233;vistes.&lt;br /&gt;
Septembre 1957 : dissolution des derniers conseils ouvriers hongrois.&lt;br /&gt;
14 avril 1958 : Gomulka d&#233;clare que les gr&#232;ves sont ill&#233;gales en Pologne&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_57 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH366/p295_05-7e2fc.jpg?1777539684' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;LA REVOLUTION OUVRIERE EN HONGRIE : LES MILICES OUVRIERES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DOCUMENTS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HONGRIE 1956 Socialisme ou Barbarie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents sur les conseils ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
CE QUE FURENT&lt;br class='autobr' /&gt;
LES CONSEILS OUVRIERS HONGROIS &lt;br class='autobr' /&gt;
(T&#233;moignage de Ferenc T&#246;ke, l'un des anciens vice-pr&#233;sidents&lt;br class='autobr' /&gt;
du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Paru dans la revue Etudes (Bruxelles), n&#176;3, 1960)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduction revue, corrig&#233;e et compl&#233;t&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis issu d'une famille ouvri&#232;re. Tr&#232;s jeune, j'ai commenc&#233; &#224; travailler comme apprenti &#224; l'usine d'appareils de T.S.F. ORION. Re&#231;u compagnon, je devins ajusteur-outilleur, mais d&#233;sireux de continuer des &#233;tudes qui, jusque-l&#224; avaient &#233;t&#233; tr&#232;s sommaires, je m'inscrivis &#224; des cours du soir. Gr&#226;ce &#224; quoi je fus vers&#233; dans les cadres en qualit&#233; de chronom&#233;treur, profession qui, certes, n'est pas populaire en Hongrie. N&#233;anmoins lorsque, pendant la r&#233;volution, on proc&#233;da aux &#233;lections du conseil ouvrier de mon entreprise &#8211; je travaillais alors &#224; la fabrique d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, qui employait quelques 3 000 ouvriers &#8211; je me trouvai en t&#234;te de liste avec une confortable avance de voix sur les autres. Quand ces &#233;lections provisoires furent confirm&#233;es, je voulus retirer ma candidature pour raison de sant&#233;, mais le personnel du d&#233;partement o&#249; je travaillais protesta contre cette d&#233;fection, et je fus de nouveau &#233;lu. J'ajoute que j'avais adh&#233;r&#233; au parti social-d&#233;mocrate &#224; l'&#226;ge de 16 ans, et que depuis j'ai conserv&#233; mes convictions sociales-d&#233;mocrates. Cependant, comme une grande partie des ouvriers de mon pays, j'&#233;tais devenu membre du Parti des Travailleurs Hongrois (le parti communiste). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que mon t&#233;moignage ne sera pas une image compl&#232;te des conseils ouvriers ; je ne peux dire que ce que je sais. Par contre, je dirai tout sans rien ajouter, sans rien n&#233;gliger. Ce que j'ai dit, j'en prends la responsabilit&#233;. Evidemment, il est possible que, dans les d&#233;tails, concernant les dates ou autres choses, je fasse une erreur, mais du point de vue de principe et historiquement, tout se d&#233;roula tel que je le raconte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements du 23 octobre 1956, cessant de participer aux combats insurrectionnels, je me rendis &#224; mon usine. C'&#233;tait, je crois, le 25 octobre. Sur les 3.000 travailleurs de l'entreprise, quelques 800 &#233;taient r&#233;unis au foyer culturel. Sur l'estrade avaient pris place le directeur, le secr&#233;taire du parti, le pr&#233;sident du comit&#233; d'usine et quelques autres fonctionnaires, c'est-&#224;-dire les permanents. Dans la salle, des ouvriers. Les dirigeants essayaient de mettre sur pied un conseil ouvrier. En effet, le Conseil National des Syndicats venait de prendre une initiative, approuv&#233;e par le Comit&#233; Central du parti, en vertu de laquelle on devait former un conseil ouvrier dans chaque usine, afin que les travailleurs aient un droit de regard plus &#233;tendu sur la marche de l'entreprise pour qu'ils dirigent r&#233;ellement les usines. Ce fut la forme officielle des mesures prises, par lesquelles ils ont voulu garder leur place, tout comme l&#224; o&#249; &#8211; &#233;tant les initiateurs &#8211; ils pouvaient rester du c&#244;t&#233; du feu. Mais les conseils ouvriers ont &#233;t&#233; form&#233;s dans un temps critique o&#249; rien ne pouvait &#234;tre impos&#233; aux ouvriers. L'esprit libre de la r&#233;v&#233;lation fut tellement fort que l'ouvrier voulant un changement ne d&#233;sirait aucunement accepter une d&#233;cision &#233;manant de Ger&#246;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, je dois ouvrir une parenth&#232;se consacr&#233;e aux &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dents. Au cours des semaines pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution du 23 octobre, l'atmosph&#232;re &#233;tait tendue &#224; l'usine. Les ouvriers, contre toute attente, beaucoup lurent les journaux affich&#233;s qui donnaient par exemple une place importante au cas de Mme Rajk. Cette derni&#232;re avait re&#231;u des autorit&#233;s 200.000 florins, en r&#233;compense, somme qu'elle avait remis imm&#233;diatement aux Coll&#232;ges Populaires. Sa d&#233;claration disant qu'on ne peut effacer les ann&#233;es de souffrance par aucun argent a fait un tel bruit dans l'usine que les ouvriers se groupant devant les journaux ne parl&#232;rent que de cela, pendant des heures. Le proc&#232;s des participants &#224; l'&#233;meute de Poznan en Pologne dont la presse hongroise a largement diffus&#233; les d&#233;bats fit &#233;galement grand bruit. Et en particulier, la conclusion du proc&#232;s annon&#231;ant que l'A.V.H. polonais avait &#233;t&#233; le principal fautif en tirant sur les masses. Je dois parler aussi des articles de journaux, au cours de presque toute l'ann&#233;e, et particuli&#232;rement des d&#233;clarations des &#233;crivains. Les articles furent affich&#233;s et les ouvriers les ont imm&#233;diatement discut&#233;s. Contrairement aux ann&#233;es apolitiques suivant 1948, les ouvriers &#233;taient politiquement tr&#232;s actifs. Ils ont commenc&#233; &#224; discuter politique, d'une mani&#232;re particuli&#232;rement active, bien que ces discussions ne tendissent &#224; aucun but pr&#233;cis. Ils ne parlaient que des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que les discours prononc&#233;s aux d&#233;bats du Cercle Pet&#246;fi n'ont pas &#233;t&#233; publi&#233;s officiellement, mais il y eut beaucoup de participants et les choses dites ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans les usines. Je dois dire que beaucoup d'ouvriers qui suivaient les cours du soir &#224; l'Universit&#233; Technique furent mis en contact avec ces d&#233;bats. Par leur interm&#233;diaire, les ouvriers en furent inform&#233;s, il s'ensuivait des discussions anim&#233;es. L'atmosph&#232;re politique &#233;tait tendue, car un air libre avait travers&#233; les usines, contre la pression &#233;touffante du parti. On a donc favorablement accueilli dans l'usine chaque manifestation du Cercle Pet&#246;fi, les travailleurs ont fait comme leur toute cette affaire. S'il avait &#233;t&#233; possible, chacun d'entre eux y aurait particip&#233;. Je puis affirmer que si l'on avait pu organiser un tel d&#233;bat dans l'usine, 2.800 sur 3.000 travailleurs y auraient particip&#233;, sans aucune agitation du parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois mentionner, parmi les faits et &#233;v&#233;nements qui ont contribu&#233; &#224; &#233;veiller l'int&#233;r&#234;t politique des ouvriers, la r&#233;union des membres du parti, au mois de juillet. A cette r&#233;union, le secr&#233;taire du parti a annonc&#233; la r&#233;habilitation de Rajk et expliqu&#233; les raisons de la d&#233;mission de R&#225;kosi. La d&#233;claration finale du secr&#233;taire du parti : &#034;camarades, on n'a pas besoin d'intervention, aujourd'hui nous n'en voulons entendre aucune, rentrez sagement chez vous&#034; provoqua un effet bizarre m&#234;l&#233; &#224; un sentiment p&#233;nible, car auparavant, il &#233;tait quasi obligatoire de prendre la parole. Cette fois-ci, on leur clouait le bec. Par la suite, tous ceux qui commenc&#232;rent &#224; parler dans l'usine, furent brim&#233;s, on leur conseillait de laisser tomber l'affaire Rajk.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organes officiels tels que le secr&#233;tariat du parti, la direction de l'usine, etc, emp&#234;ch&#232;rent par tous les moyens la diffusion du contenu des d&#233;bats qui d&#233;j&#224; animaient le pays. Ce fut ainsi le 22 octobre, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la jeunesse vinrent &#224; l'usine, et demand&#232;rent l'organisation locale de D.I.S.Z. (Jeunesse Communiste) de convoquer les ouvriers &#224; la salle de culture pour leur parler de la position et des revendications de la jeunesse. La direction de D.E.S.Z. fut favorable &#224; cette demande, mais celle de l'union et le secr&#233;tariat du parti s'y oppos&#232;rent. Les ouvriers d&#233;j&#224; &#224; ce moment protest&#232;rent contre cette attitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; l'ambiance des usines, avant le 23 octobre. Dans ces conditions, tout le monde &#233;tait politiquement actif, car les ouvriers avaient l'espoir de trouver une issue &#224; l'&#233;tat intenable dans lequel &#233;tait plong&#233; le pays, pendant les derni&#232;res ann&#233;es. C'est pourquoi, il &#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant de voir l'activit&#233; des ouvriers et leur r&#233;action &#224; la d&#233;cision du Conseil National des Syndicats sur les conseils ouvriers. Ils ont donn&#233; un autre sens &#224; cette d&#233;cision, contraire aux d&#233;sirs du parti et des Syndicats. Bien entendu, la direction souhaitait imposer ses candidats. Mais les ouvriers ne l'entendaient pas de cette oreille et seuls furent &#233;lus les candidats pr&#233;sent&#233;s par eux. Ils avaient pris au s&#233;rieux la d&#233;cision qui, en particulier, d&#233;clarait que les conseils doivent &#234;tre fond&#233;s par les ouvriers, ces derniers doivent y jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant. Devant la tournure des &#233;v&#233;nements, les cadres dirigeants d&#233;missionn&#232;rent de leur propre gr&#233;. Aucun d'eux, d'ailleurs, ne fut chass&#233; de l'usine. Le directeur, arguant de sa qualification d'ajusteur-outilleur et du fait qu'il avait &#233;t&#233; employ&#233; en cette qualit&#233; dans l'entreprise, demanda &#224; &#234;tre reclass&#233; dans sa sp&#233;cialit&#233;. Les ouvriers y consentirent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil ouvrier ainsi &#233;lu comprenait 25 membres environ. Chaque d&#233;partement de l'usine en avait &#233;lu deux ou trois. Ceux qui venaient des ateliers &#233;taient tous des manuels, ceux qui repr&#233;sentaient les bureaux &#233;taient des employ&#233;s. Au total, 19 des membres du conseil &#233;taient des manuels. Nous l'avons consid&#233;r&#233; comme conseil provisoire, car de 3.000 travailleurs n'&#233;taient pr&#233;sents que 800.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etant donn&#233; la situation g&#233;n&#233;rale tr&#232;s confuse, et les d&#233;clarations plut&#244;t vagues du gouvernement, on d&#233;cida de ne pas reconna&#238;tre ce dernier jusqu'&#224; plus ample inform&#233; et de poursuivre une gr&#232;ve qui &#233;tait un &#233;tat de fait. Le conseil ouvrier fut charg&#233; d'&#233;tablir un cahier de revendications qui devait &#234;tre approuv&#233; par les ouvriers, puis transmis au gouvernement. Au nombre des revendications figuraient : le retrait des troupes sovi&#233;tiques de Hongrie &#8211; donc l'ind&#233;pendance du pays &#8211; et le maintien au pouvoir d'un gouvernement Imre Nagy auquel seuls participeraient ceux qui jouissaient de la confiance du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois pr&#233;ciser que 50 % environ des membres du conseil ouvrier &#233;taient des jeunes, de 23 &#224; 28 ans. Ils avaient particip&#233; aux diverses actions r&#233;volutionnaires, aux manifestations, au d&#233;boulonnage de la statue de Staline, aux combats devant la Radio, etc. Quelques-uns avaient suivi des cours du soir &#224; l'Universit&#233;. Par leur envergure et leur esprit r&#233;volutionnaire, ils avaient r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner les travailleurs de l'usine. Les travailleurs plus &#226;g&#233;s avaient souvent dit que si les jeunes &#233;taient capables de d&#233;clencher une telle lutte glorieuse, ils seraient certainement capables et dignes de repr&#233;senter les travailleurs. Parmi ces &#034;anciens&#034;, on comptait chez nous de nombreux militants syndicalistes ; certains avaient fait de la prison sous l'ancien r&#233;gime, voire sous R&#225;kosi, mais pour la plupart ils &#233;taient d'avis que c'&#233;tait aux jeunes de prendre la rel&#232;ve. Puisqu'ils avaient &#233;t&#233; capables de soutenir un combat aussi difficile que celui qui venait de se d&#233;rouler, ils &#233;taient dignes de repr&#233;senter leurs camarades. Pour un membre du conseil, le fait d'appartenir au parti (communiste) n'avait aucune importance. Chacun savait que j'&#233;tais membre du parti, et cela ne m'avait pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre &#233;lu. Les 90 % des membres du conseil appartenaient d'ailleurs au parti, et plusieurs d'entre eux &#233;taient des militants actifs. Mais les ouvriers avaient confiance en eux, car ils savaient qu'ils avaient toujours d&#233;fendu leurs int&#233;r&#234;ts. Tout ce qu'on leur demandait, c'&#233;tait un pass&#233; irr&#233;prochable. C'est pourquoi, on examinait soigneusement le vie des candidats, leur imposant des interrogatoires serr&#233;s devant tous les ouvriers, au moment de l'&#233;lection. On leur posait des questions sur leurs ant&#233;c&#233;dents, les pressant d'avouer les fautes commises dans le pass&#233;. C'est ainsi, par exemple, qu'un ouvrier &#224; reconnu avoir &#233;t&#233; m&#234;l&#233; &#224; une histoire d'argent. L'assembl&#233;e, le remerciant de sa sinc&#233;rit&#233;, passa au suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, dans toutes les usines de Budapest, je crois, des conseils ouvriers furent cr&#233;&#233;s. Les ouvriers de la capitale hongroise savaient qu'en Yougoslavie des conseils ouvriers &#233;taient &#224; la t&#234;te des usines. Puisque, dans ce pays, des ouvriers pouvaient se consid&#233;rer comme les vrais propri&#233;taires des usines, pourquoi, se disaient-ils, la chose ne serait-elle pas possible en Hongrie ? D'autre part, ils souhaitaient que ces conseils ouvriers soient vraiment faits &#224; leur image. Et la cr&#233;ation des conseils s'&#233;tendit progressivement de Budapest &#224; tout le territoire du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, les conseils &#233;taient partout en place et commen&#231;aient &#224; fonctionner. En m&#234;me temps, on commen&#231;ait &#224; relever de leurs fonctions les anciens dirigeants. Les ouvriers r&#233;clamaient la d&#233;centralisation industrielle, ce qui, sur le plan pratique, signifiait que l'usine deviendrait la propri&#233;t&#233; effective de ceux qui y travaillaient, mais qu'une part des b&#233;n&#233;fices serait r&#233;serv&#233;e &#224; l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre usine, nous avons commenc&#233; de processus d&#232;s le 30 ou 31 octobre, un mardi. Avec une d&#233;l&#233;gation, je me suis rendu au Parlement pour un entretien avec Zoltan Tildy afin de soumettre un m&#233;morandum &#224; Imre Nagy. On venait justement de lire &#224; la radio les d&#233;clarations de Nagy, de Tildy et de K&#225;d&#225;r. Nous venions d'acqu&#233;rir la conviction que le gouvernement &#233;tait d&#233;sormais ma&#238;tre de la situation. Nous d&#233;cid&#226;mes de retourner &#224; l'usine et de demander aux ouvriers de reprendre le travail. Nous lan&#231;&#226;mes un appel &#224; la radio les invitant &#224; se retrouver devant leurs &#233;tablis le 5 novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, d&#232;s le 2 et le 3, nombreux &#233;taient les travailleurs qui s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s pour aider &#224; r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts, car il y en avait eu. On avait l'impression qu'ils se rendaient compte qu'ils travaillaient maintenant pour eux. Quelques-uns me dirent que jusqu'ici tous les concours d'&#233;mulation avaient &#233;t&#233; organis&#233;s sous la contrainte. Mais si les &#233;v&#233;nements suivaient le cours qu'ils venaient de prendre, eux-m&#234;mes organiseraient l'&#233;mulation au travail, et ils obtiendraient des rendements effectifs comme on n'en avait jamais vus. Le samedi 3 novembre, les travailleurs de l'usine prirent la d&#233;cision de reprendre le travail, le lundi suivant. Lors de cette r&#233;union, nous avons d&#233;sign&#233; l'&#233;quipe dirigeante de chaque atelier, ordonn&#233; l'organisation du travail de fa&#231;on &#224; &#233;viter tout &#224;-coups dans la production. A la fin de la journ&#233;e, nous nous sommes s&#233;par&#233;s avec la volont&#233; de commencer la production le surlendemain. Nous avons essay&#233; d'&#233;viter la l&#233;g&#232;ret&#233; fatale de tout transformer d'un seul coup, car les ouvriers savaient qu'un des vices du r&#233;gime rakosiste fut le changement et le remplacement continuels des dirigeants techniques. Nous avons voulu voir comment fonctionnait le m&#233;canisme apr&#232;s avoir supprim&#233; quelques postes consid&#233;r&#233;s comme importants. Nous aurions ensuite la possibilit&#233; de rectifier les fautes de d&#233;tail, de supprimer les bureaux hors proportion, d'&#233;vincer les mouchards et de pourvoir l'usine de cadres techniques qualifi&#233;s. Notre but fut donc de ne pas bouleverser la vie de l'usine du jour au lendemain mais d'assurer une transition calme et graduelle &#224; la production normale. Dans leur m&#233;morandum adress&#233; au gouvernement, les ouvriers ont exprim&#233; le d&#233;sir de devenir propri&#233;taires de l'usine ; ils voulaient la diriger comme &#233;tant la leur et la maintenir en bon &#233;tat. Le Conseil Ouvrier ne pouvait prendre aucune mesure irr&#233;fl&#233;chie, car il devait imm&#233;diatement en r&#233;pondre devant les travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Conseil Ouvrier fut constitu&#233; de telle mani&#232;re que, sauf son pr&#233;sident et son secr&#233;taire, il ne comportait aucun membre permanent. Chacun de ses membres devait participer &#224; la production avec les autres ouvriers et, apr&#232;s le travail, assurer le fonctionnement du Conseil, tenir les r&#233;unions, etc. Les membres du Conseil devaient rendre compte, chaque jour, des &#233;v&#233;nements politiques, des affaires de l'usine et de leur propre travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre au matin, nous f&#251;mes r&#233;veill&#233;s par la canonnade sovi&#233;tique. La deuxi&#232;me intervention sovi&#233;tique allait bouleverser tous nos plans. Du coup, les ouvriers des usines se retrouv&#232;rent en &#233;tat de gr&#232;ve : nous avions convenu en effet que si les &#233;v&#233;nements contraires survenaient, la gr&#232;ve serait poursuivie sans qu'on ait besoin de prendre une nouvelle d&#233;cision &#224; ce sujet. Les ouvriers se servaient maintenant de la seule arme dont ils disposaient contre le gouvernement K&#225;d&#225;r impos&#233; par les Russes, comme ils avaient utilis&#233; la gr&#232;ve contre le gouvernement Nagy lui-m&#234;me tant qu'ils avaient eu l'impression que la situation confuse du pays le justifiait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre, jour de la seconde intervention, de nombreux ouvriers vinrent aux nouvelles &#224; l'entreprise. Ils ne savaient que penser, car les &#233;missions de la radio ne leur permettaient pas de comprendre l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose &#233;tait claire : le nouveau gouvernement &#233;tait sans pouvoir. Il invitait les ouvriers &#224; reprendre le travail, mais ceux-ci ne manifestaient nullement l'intention d'ob&#233;ir. D'autre part, il &#233;tait &#233;vident que la population laborieuse ne pouvait rester ind&#233;finiment les bras crois&#233;s. Ni les ouvriers en particulier, ni la population en g&#233;n&#233;ral n'avaient suffisamment de r&#233;serves pour soutenir une gr&#232;ve qui pouvait durer plusieurs mois. L'argent manquait cruellement. Quoi qu'il en soit, les ouvriers estim&#232;rent qu'en restant group&#233;s sur leur lieu de travail ils pourraient exercer une certaine pression sur le gouvernement. Ils esp&#233;raient aussi persuader les troupes sovi&#233;tiques que leur action hostile se heurtait aux volont&#233;s unanimes du peuple hongrois. Enfin, ils d&#233;siraient en arriver &#224; un modus vivendi avec les dirigeants d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune tendance r&#233;actionnaire ne se manifesta pendant toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve. Jamais, &#224; aucun moment, il ne fut question d'un retour &#233;ventuel des anciens propri&#233;taires. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers r&#233;clamaient du nouveau. Ils ne pensaient pas &#224; copier le mod&#232;le yougoslave, pas plus qu'ils ne songeaient &#224; s'inspirer du syst&#232;me am&#233;ricain ou occidental. Ce fut cette immense force qui aboutit &#224; la formation d'un Conseil Central Ouvrier, en d&#233;pit de la menace que faisaient peser les ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez nous, &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, les aspirations des travailleurs se pr&#233;cis&#232;rent d&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance du Conseil Ouvrier. Elles s'opposaient radicalement aux intentions du gouvernement. Celui-ci voulait en effet que les conseils ouvriers se cantonnent dans des fonctions purement &#233;conomiques. Alors que les conseils ouvriers, eux, r&#233;clamaient en plus un r&#244;le politique, au moins tant que les ouvriers ne disposeraient pas d'une repr&#233;sentation politique proprement dite. C'est pourquoi, notre projet de programme &#233;labor&#233; a contenu &#233;galement des revendications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce projet a pris naissance de la mani&#232;re suivante : au cours des r&#233;unions, les membres du Conseil se faisaient les interpr&#232;tes des revendications de leurs camarades, puis s'ouvrait un d&#233;bat auquel les ouvriers pouvaient prendre part. Ensuite, on votait des r&#233;solutions. L'une d'entre-elles, adopt&#233;e &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, stipulait qu'aucun des anciens propri&#233;taires ne pourrait &#234;tre rappel&#233;, et que l'usine serait la propri&#233;t&#233; exclusive des ouvriers. On ne pu cependant pr&#233;ciser &#8211; faute de temps &#8211; la fa&#231;on dont s'exercerait ce droit de propri&#233;t&#233;. Diff&#233;rentes solutions furent envisag&#233;es, l'une entre autres qui pr&#233;conisait l'&#233;mission d'actions. Mais la question resta en suspens. D'autres questions furent r&#233;solues sans &#233;quivoque : on d&#233;cida par exemple qu'aucune organisation politique ne porrait se d&#233;velopper &#224; l'int&#233;rieur de l'usine m&#234;me pas celles relevant des futures partis ouvriers. Le syndicat seul aurait le privil&#232;ge de l'organisation, mais il devrait &#234;tre ind&#233;pendant des partis. L'opinion g&#233;n&#233;rale voulait que les syndicats se forment d&#232;s que possible afin que les ouvriers disposent d'une organisation qui d&#233;fende r&#233;ellement leurs int&#233;r&#234;ts. En ce qui concerne le nouveau r&#233;gime, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, notre projet de programme stipulait que la repr&#233;sentation politique est l'affaire des partis politiques, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques celle des syndicats ; alors que la production appartient &#224; la classe ouvri&#232;re enti&#232;re repr&#233;sent&#233;e comme telle dans les conseils. En aucun cas, on ne tol&#233;rerait une tendance favorable au r&#233;gime du parti unique. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers d&#233;siraient que les partis ayant particip&#233; &#224; la coalition gouvernementale entre 1945 et 1947 &#8211; c'est-&#224;-dire ceux qui &#233;taient favorables &#224; l'instauration d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, par opposition &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste &#8211; puissent prendre part aux &#233;lections. Tous ces partis &#233;taient favorables &#224; la r&#233;forme agraire, &#224; une certaine gestion socialiste de l'industrie, au respect de la libert&#233; et de la dignit&#233; humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne sugg&#233;ra que les conseils ouvriers eux-m&#234;mes pourraient &#234;tre la repr&#233;sentation politique des ouvriers. Ceux-ci se rendaient parfaitement compte que l'entreprise, en tant qu'employeur, ne pouvait repr&#233;senter leurs int&#233;r&#234;ts politiques. Le trait le plus absurde du syst&#232;me qui venait d'&#234;tre renvers&#233; n'&#233;tait-il pas pr&#233;cis&#233;ment que l'employeur fut en m&#234;me temps le repr&#233;sentant des ouvriers ? Certes, comme je viens de le dire, le Conseil Ouvrier devait remplir certaines fonctions politiques, car il s'opposait &#224; un r&#233;gime et les ouvriers n'avaient pas d'autre repr&#233;sentation, mais dans l'esprit des travailleurs, c'&#233;tait &#224; titre provisoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, il convient d'apporter certaines pr&#233;cisons. La situation ne fut pas la m&#234;me pendant la r&#233;volution et apr&#232;s son &#233;crasement. Pendant la r&#233;volution, surtout apr&#232;s la clarification du r&#244;le du gouvernement Imre Nagy, il ne fut pas question d'un r&#244;le politique pour les conseil ouvriers. Il &#233;tait entendu que ce r&#244;le incombait au diff&#233;rents partis politiques. Par contre, apr&#232;s le 4 novembre 1956, une tendance se dessina pour sugg&#233;rer une fonction politique aux conseils ouvriers, pendant un temps ind&#233;fini. En effet, il n'existait dans le pays aucune autre organisation en laquelle les ouvriers puissent avoir confiance. Quoi qu'il en soit, aucune consid&#233;ration de parti ne joua lors de la cr&#233;ation des conseils, seuls comptaient l'int&#233;r&#234;t de l'usine, l'aptitude et les connaissances professionnelles. La solution des questions politiques r&#233;sum&#233;es dans nos revendications revenait au gouvernement. Les ouvriers ne pensaient pas que cette t&#226;che incombait aux conseils ouvriers mais ceux-ci devaient les transmettre au gouvernement et veiller &#224; ce que les organes comp&#233;tents les r&#233;alisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la seconde intervention sovi&#233;tique, le projet de cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier ne fut m&#234;me pas formul&#233;. L'id&#233;e ne fut lanc&#233;e que pendant les journ&#233;es confuses qui suivirent &#224; 4 novembre. Le pays fut sans ma&#238;tre, le gouvernement n'existait pas en r&#233;alit&#233;, le peu d'employ&#233;s ayant la confiance des soldats russes circulaient en voiture blind&#233;es. Il est caract&#233;ristique que les membres du r&#233;gime renvers&#233; contraints par les ouvriers &#224; la d&#233;mission, n'osaient pas revenir aux usines. Les ouvriers ne les auraient pas tol&#233;r&#233;s m&#234;me apr&#232;s l'agression sovi&#233;tique. Ils n'osaient m&#234;me pas commencer &#224; organiser leur parti, puisque K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me d&#233;clarait que le pass&#233; ne devait pas revenir, que la vie du pays &#233;tait inconcevable sans le fonctionnement de plusieurs partis, etc. Ils n'&#233;taient donc ma&#238;tres de rien, m&#234;me de leurs propres organismes. Les ouvriers, en effet, constataient par eux-m&#234;mes une d&#233;sorganisation g&#233;n&#233;rale, l'&#233;tat lamentable des usines que personne n'entretenait plus, sans parler de l'arr&#234;t total de la production. On assista bient&#244;t &#224; des tentatives pour coordonner sur le plan d'arrondissement l'activit&#233; des divers conseils &#224; Csepel, dans les 13e et 14e arrondissements. C'est ainsi que naquirent les premiers conseils d'arrondissement. Dans chaque arrondissement, les usines d&#233;cid&#232;rent de former des conseils d'usine, l'unification des r&#233;solutions et, bien entendu, les &#233;changes d'informations. Comme les ouvriers &#233;taient conscients de leur opposition au gouvernement, ils se rendaient compte que plus leur organisation serait vaste et plus elle aurait d'influence.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce moment-l&#224;, les ouvriers hongrois &#233;taient persuad&#233;s qu'il fallait faire quelque chose, car le pays n'avait pas de v&#233;ritable ma&#238;tre. Certes, 200 000 soldats sovi&#233;tiques &#233;taient stationn&#233;s en Hongrie, certes le gouvernement K&#225;d&#225;r existait, mais son autorit&#233; ne d&#233;passait pas les limites du Parlement. Les membres du gouvernement n'osaient pas sortir de cette enceinte, s&#251;rs de se heurter partout &#224; la haine de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation chaotique, une t&#226;che urgente s'imposait : venir &#224; l'aide de ceux &#8211; ils &#233;taient des milliers et des milliers &#8211; qui &#233;taient rest&#233;s sans abri &#224; la suite des destructions insens&#233;es op&#233;r&#233;es par les Russes. Un gros effort de coordination s'imposait ; les besoins se faisaient d'heure en heure plus pressants. On envisagea de r&#233;unir dans une assembl&#233;e commune les conseils ouvriers des diff&#233;rents arrondissements de Budapest et ceux des plus grosses entreprises. Le Conseil Ouvrier d'Ujpest vota m&#234;me une r&#233;solution dans ce sens. De fait, une assembl&#233;e de ce genre fur organis&#233;e le 13 novembre. J'y pris part personnellement, voici dans quelles circonstances : une r&#233;union se tint d'abord &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, &#224; laquelle assist&#232;rent 800 ouvriers environ. Cette r&#233;union approuva la composition du Conseil Ouvrier &#233;lu sous la r&#233;volution, ainsi que les r&#233;solutions prises par ce Conseil. On d&#233;cida de maintenir les r&#233;solutions pr&#233;c&#233;demment vot&#233;es, de ne pas reconna&#238;tre le gouvernement K&#225;d&#225;r comme gouvernement l&#233;gal du pays, et de poursuivre la gr&#232;ve tant que les troupes sovi&#233;tiques stationneraient en Hongrie. Puis on &#233;lut un d&#233;l&#233;gu&#233; qui repr&#233;senterait l'usine &#224; la r&#233;union des conseils ouvriers de l'arrondissement. Cette &#233;lection se d&#233;roula d&#233;mocratiquement, tous les assistants y particip&#232;rent et pas seulement les membres du Conseil. Je fus &#233;lu. La r&#233;union commune des conseils de l'arrondissement eut alors lieu. Elle se d&#233;roula dans notre usine, et je fus &#233;lu, une fois de plus, avec mission de participer, au nom des usines de l'arrondissement, &#224; une assembl&#233;e plus large qui devait se d&#233;rouler &#224; la mairie d'Ujpest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque, avec les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s, nous arriv&#226;mes &#224; la mairie d'Ujpest nous la trouv&#226;mes occup&#233;e par les troupes sovi&#233;tiques. Impossible d'y organiser la r&#233;union. Le Conseil Ouvrier de l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; nous offrit alors l'hospitalit&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s gagn&#232;rent cette entreprise en ordre dispers&#233; et nous t&#238;nmes alors notre premi&#232;re r&#233;union, avec la participations des repr&#233;sentants des plus grosses usines. Cela se passait le 14 novembre &#224; 16 heures. Tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s reconnurent la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er un Conseil Central Ouvrier afin d'organiser les conseils d'arrondissement et de grandes usines, mais les avis diff&#233;r&#232;rent quant aux modalit&#233;s d'application pratique. Pendant la r&#233;union, S&#225;ndor Bali, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'usine Belo&#239;annis (anciennement Standard), prit la parole. Il d&#233;clara qu'il venait du Parlement o&#249; il avait particip&#233; &#224; un entretien avec J&#225;nos K&#225;d&#225;r, entretien auquel avaient &#233;galement pris part les repr&#233;sentants des Aci&#233;ries Hongroises, du Combinat Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, etc&#8230; Lecture avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; K&#225;d&#225;r des revendications ouvri&#232;res. Je dois pr&#233;ciser que ces revendications ne diff&#233;raient gu&#232;re d'une usine, d'un arrondissement &#224; l'autre : retrait des troupes sovi&#233;tiques, &#233;lections au scrutin secret sur la base du syst&#232;me multi-partis, formation d'un gouvernement d&#233;mocratique, propri&#233;t&#233; r&#233;ellement socialiste des usines et nullement capitaliste, maintien des conseils ouvriers, r&#233;tablissement des syndicats ind&#233;pendants, suppression des syndicats dits de &#034;transmission&#034; et aussi, je dois le souligner, respect du droit de gr&#232;ve, libert&#233; de presse, de r&#233;union, de religion, bref tous les grands objectifs de la r&#233;volution. Dans toutes les assembl&#233;es qui avaient pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;daction de ces revendications, l'unanimit&#233; &#233;tait telle qu'on eut dit que les d&#233;l&#233;gu&#233;s s'&#233;taient entendus d'avance. Ce fut ainsi &#224; cette premi&#232;re r&#233;union du Conseil Central. Il y avait &#233;galement des d&#233;l&#233;gu&#233;s de province ; de Gy&#246;r, de Miskolc qui venaient pour discuter de l'unification de nos efforts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Bali annon&#231;a que les revendications avaient &#233;t&#233; transmises &#224; K&#225;d&#225;r, l'approbation fut g&#233;n&#233;rale. Toutefois, on regretta aussit&#244;t qu'elles ne lui aient pas &#233;t&#233; soumises au nom d'un organisme central, ce qui leur aurait donn&#233; plus de poids. De toute fa&#231;on l'organisme centralis&#233; dont la cr&#233;ation &#233;tait d&#233;cid&#233;e commencerait d'agir sur la base de ces revendications, diriger l'organisation, la propagande, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bali rapporta aussi la r&#233;ponse de K&#225;d&#225;r ; &#034;vous avez le droit&#034;, avait dit celui-ci, &#034;de ne pas reconna&#238;tre mon gouvernement, cela m'importe peu. Je suis soutenu par l'arm&#233;e sovi&#233;tique, vous &#234;tes libres de faire ce que vous voulez. Si vous ne travaillez pas, c'est votre affaire. Ici, au Parlement, nous aurons toujours de quoi manger et de quoi nous &#233;clairer.&#034; K&#225;d&#225;r avait refus&#233; de recevoir plusieurs d&#233;l&#233;gations porteuses de textes qui commen&#231;aient invariablement par ces mots : &#034;Nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la discussion qui eut lieu &#224; l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; d'Ujpest, plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s prirent la parole pour recommander la formation d'un Conseil National Ouvrier. Moi-m&#234;me, j'&#233;tait partisans d'un tel organisme, mais officiellement je ne pouvais faire &#233;tat que de la volont&#233; de mes mandats, qui r&#233;clamaient un Conseil Ouvrier de Grane-Budapest. Les autre d&#233;l&#233;gu&#233;s, repr&#233;sentant la plupart des entreprises d'Ujjpest et du quartier de la &#034;Terre d'Ange&#034;, &#233;taient dans mon cas. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s ne pouvaient pas agir sans l'approbation de leurs mandants. Il est dommage que K&#225;d&#225;r n'ait pas assist&#233; incognito &#224; cette r&#233;union, car il aurait pris une bonne le&#231;on de d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et la r&#233;solution finale r&#233;clamait la cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les participants furent, pour la plupart, des anciens du mouvement ouvrier et aussi des jeunes. Plusieurs avaient particip&#233; au mouvement syndical et je les connaissais personnellement. J'avais confiance en eux et je savais leur honn&#234;tet&#233;. Nous avons accept&#233; ceux qui &#233;taient propos&#233;s par eux et ainsi, mutuellement, la r&#233;union pouvait v&#233;rifier les participants. C'est ainsi qu'une atmosph&#232;re de confiance fut cr&#233;&#233;e, les interventions nous ont &#233;galement aid&#233; &#224; se conna&#238;tre les uns et les autres. Il est vrai que chacun repr&#233;sentait certains arrondissements ou usines, mais dans ces occasions, la personnalit&#233; individuelle importe &#233;galement. Nous avons constat&#233; que les huit ou neuf plus grands arrondissements de la capitale &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers dignes de confiance. On prit la d&#233;cision de descendre dans la salle de r&#233;union de Egyes&#252;lt Izz&#242; car beaucoup d'ouvriers group&#233;s dans la rue s'int&#233;ressaient &#224; la r&#233;union et revendiquaient une information. Cette salle, grande comme un th&#233;&#226;tre, &#233;tait d&#233;j&#224; archi-pleine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle r&#233;union commen&#231;a. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, environ 40 &#224; 50, furent group&#233;s dans une petite salle contigu&#235;. Parmi eux, les envoy&#233;s des autres organisations, telles que l'Alliance des Ecrivains et le Cercle Pet&#246;fi. En g&#233;n&#233;ral, l'entente fut bonne entre les organisations r&#233;volutionnaires mais ces deux derni&#232;res nous &#233;taient les plus proches. On d&#233;signait des d&#233;l&#233;gu&#233;s charg&#233;s de parler &#224; ce grand public ouvrier. Mais, comme c'est le cas dans de tels moments, tout le monde voulut parler et une cacophonie s'ensuivit. Tous les ouvriers voulaient s'exprimer. Finalement, le d&#233;l&#233;gu&#233; de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, l'ing&#233;nieur chimiste Kalocsai, intervint dans le chaos g&#233;n&#233;ral : &#034;Cela ne peut pas durer ainsi, ce n'est pas une ar&#232;ne politique, ni un PEN Club ou Hyde Parc. Ceux qui ont leur mandat doivent se retirer pour travailler.&#034; Bient&#244;t, une commission d'environ 20 membres fut cr&#233;&#233;e afin de n&#233;gocier et de formuler une d&#233;cision commune &#224; pr&#233;senter au public. Parmi ces vingt, il y avait les repr&#233;sentants de la R&#233;gie Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, nomm&#233; D&#233;v&#233;nyi, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale et Csepel, Gy&#246;rgy Kalocsai, ensuite, Bali, Sebesty&#233;n, R&#225;cz, Bal&#225;zs, les repr&#233;sentants de L&#225;ng, de Egyes&#252;lt Izz&#243;, de la Fabrique de Machines de Mine de Ujpest, Arp&#225;d Bal&#225;zs, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre assembl&#233;e fut mise au courant de l'opinion des travailleurs de l'usine de m&#233;canique de pr&#233;cision de Belo&#239;annis. Bali l'a r&#233;sum&#233;e comme suit : nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r, comme &#233;tant l'&#233;manation de la volont&#233; du pays, ce qui ne nous emp&#234;che pas d'entrer en pourparlers avec lui. Sur le papier, au moins, il est le ma&#238;tre du pays. Il est impossible de poursuivre la gr&#232;ve, faute de r&#233;serves suffisantes. De plus, les conseils ouvriers ne peuvent poursuivre leurs activit&#233;s qu'&#224; condition de rester en contact &#233;troit avec les ouvriers. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale finirait par paralyser toute la vie du pays. Par cons&#233;quent, nous offrons &#224; K&#225;d&#225;r de reprendre le travail, le lundi 19 novembre, &#224; condition que son gouvernement s'engage &#224; entrer en pourparlers avec les Sovi&#233;tiques dans un d&#233;lai donn&#233;, pour leur retrait et qu'il garantisse la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. Bali a pr&#233;cis&#233; &#224; ce propos que lors de l'entretien entre K&#225;d&#225;r et la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r avait d&#233;clar&#233; aux ouvriers qui insistaient pour la r&#233;int&#233;gration de Nagy, qu'il n'y &#233;tait pas oppos&#233;, au contraire, mais qu'il ne pouvait n&#233;gocier avec lui tant qu'il resterait &#224; l'ambassade de Yougoslavie. &#034;Qu'il vienne ici, au Parlement, et nous pourrons causer utilement.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution finale adopt&#233;e ce jour-l&#224; reprenait la proposition des ouvriers de cette d&#233;l&#233;gation, approuv&#233;e par l'usine Bela&#239;annis quant &#224; la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. D'autre part, elle invitait toutes les usines de la capitale &#224; se faire repr&#233;senter au sein du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, faute de quoi, on ne pourrait envisager la cr&#233;ation d'un conseil national. Quelques discussions s'&#233;lev&#232;rent sur des points de d&#233;tail, mais l'unanimit&#233; se fit sans peine sur les grandes questions. Une discussion assez longue eut lieu au sujet de la gr&#232;ve. Il fut clairement dit que les ouvriers ne reprendraient le travail qu'une fois les revendications politiques satisfaites. Et que seul le Conseil Ouvrier en prendrait la d&#233;cision. K&#225;d&#225;r a d&#233;j&#224; r&#233;p&#233;t&#233; 36 fois, jusqu'&#224; ce jour, qu'il faut reprendre le travail, mais personne ne l'a &#233;cout&#233;, sauf son groupe extr&#234;mement r&#233;duit. Nous savions que la reprise du travail serait une d&#233;cision tr&#232;s impopulaire pour nous. Mais, par rapport &#224; l'avenir, elle aurait une importance capitale. Car, si nous obtenions des ouvriers la reprise du travail, nous serions en mesure de garder leur combativit&#233; et notre appel ult&#233;rieur &#224; la gr&#232;ve donnerait un caract&#232;re organis&#233; &#224; celle-ci. D'un mouvement spontan&#233; et incontr&#244;l&#233;, la gr&#232;ve deviendrait ainsi une arme redoutable et r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation de six membres fut alors d&#233;sign&#233;e pour porter la r&#233;solution &#224; K&#225;d&#225;r. On avait d&#233;cid&#233; de ne pas la rendre publique avant de conna&#238;tre les r&#233;actions de K&#225;d&#225;r. Serait-il pr&#234;t &#224; int&#233;grer Imre Nagy &#224; son gouvernement ? Car nous savions qu'Imre Nagy avait certainement ses propres conditions et, en particulier, concernant les n&#233;gociations sur le retrait des troupes sovi&#233;tiques. De toute fa&#231;on, K&#225;d&#225;r serait-il pr&#234;t &#224; entamer ces n&#233;gociations ? La d&#233;l&#233;gation devait nous rapporter des pr&#233;cisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque K&#225;d&#225;r re&#231;u la d&#233;l&#233;gation, il r&#233;p&#233;ta au sujet de Nagy ce qu'il avait dit pr&#233;c&#233;demment : &#034;Que voulez-vous ? Nagy se trouve dans une ambassade &#233;trang&#232;re et je ne peux pas n&#233;gocier avec lui. Qu'il vienne ici, nous parleront de tout.&#034; Par contre, il se montra enchant&#233; de la proposition concernant la reprise du travail : &#034;Je vois que vous &#234;tes des gens s&#233;rieux&#034;, dit-il en pr&#233;ludant par une flatterie. Puis il proposa qu'un contact soit &#233;tabli entre le gouvernement et le Conseil par le truchement d'un agent de liaison gouvernemental. Ce n'&#233;tait gu&#232;re tentant, car c'&#233;tait accepter les bons offices d'un commissaire du gouvernement qui finirait par fourrer son nez partout. K&#225;d&#225;r savait pertinemment que si les choses continuaient comme elles s'annon&#231;aient si bien, il n'y aurait ni plus ni moins qu'un contre-gouvernement. D'ailleurs, les autres revendications &#233;mises par les ouvriers d&#233;cha&#238;n&#232;rent sa col&#232;re. &#034;Alors quoi, c'est un contre-gouvernement que vous voulez&#034;, &#233;clata-t-il. Mais quelques paroles raisonnables le calm&#232;rent. Nous tomb&#226;mes d'accord que K&#225;d&#225;r entamerait des n&#233;gociations avec les Sovi&#233;tiques. Moyennant quelques pas dans la voie des concessions, le Conseil Ouvrier en ferait aussi de son c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travaux du Conseil Ouvrier de Grand-Budapest commenc&#232;rent au si&#232;ge du B.E.S.Z.K.A.R.T. (Compagnie des Tramways de la Municipalit&#233; de Budapest), rue Ak&#225;cfa. Les 22 arrondissements de la capitale avaient envoy&#233; chacun un d&#233;l&#233;gu&#233; ; ceux-ci &#233;lurent un pr&#233;sident et un secr&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'entretien avec K&#225;d&#225;r, le soir m&#234;me du 14 novembre, l'un des membres du Conseil Central Arp&#225;d bak&#225;zs je crois, a d&#233;clar&#233; &#224; la radio qu'un Conseil Central &#233;tait form&#233; et qu'il fallait reprendre le travail, etc. Partout, l'indignation donna l'impression que le Conseil Central &#233;tait complice avec K&#225;d&#225;r. Nous avons imm&#233;diatement pens&#233; que Bal&#225;zs &#233;tait l'homme de K&#225;d&#225;r et qu'il employait le m&#234;me syst&#232;me que G&#233;r&#246; qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, voulait opposer les ouvriers au gouvernement Nagy en lui endossant la responsabilit&#233; de l'appel aux troupes sovi&#233;tiques. Or, pr&#233;cis&#233;ment, la reprise du travail n'impliquait pas que, de notre c&#244;t&#233;, nous reconnaissions le gouvernement. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'&#233;carter Bal&#225;zs qui &#233;tait de surcro&#238;t le pr&#233;sident, de lier toute d&#233;claration publique &#224; une d&#233;cision pr&#233;c&#233;dente et d'envoyer imm&#233;diatement les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux usines pour y lire devant les ouvriers de chaque usine par le pr&#233;sident qui expliquait la n&#233;cessit&#233; de la reprise du travail. Les ouvriers s'&#233;taient rendus &#224; ces raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons donc commenc&#233; notre travail &#224; notre si&#232;ge, bien que le v&#233;ritable travail ne s'engagea que le lundi 19 novembre. Jusque-l&#224; quelques incidents se produisirent. Les nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s, par exemple, relanc&#232;rent la discussion sur l'opportunit&#233; de la reprise du travail. Nous avons d&#251; leur expliquer que, malgr&#233; une r&#233;sistance tr&#232;s forte dans certains secteurs de la classe, il fallait reprendre le travail d'autant plus qu'il ne signifiait nullement la reconnaissance du gouvernement. Un autre incident plus grave survint, le dimanche 18 novembre. Un groupe assez important d'ouvriers s'&#233;tait rassembl&#233; devant notre si&#232;ge dans la rue Ak&#225;cfa. Quand ils apprirent que Kalocsai et moi-m&#234;me, arrivant au si&#232;ge, &#233;tions membres du Conseil Central, ils voulurent carr&#233;ment nous battre. On a pass&#233; des moments tr&#232;s difficiles d'explication ! Mais finalement, le travail fut repris, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le 19 novembre comme pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest ne nous satisfaisait pas enti&#232;rement. Elle devait &#234;tre suivie de la cr&#233;ation d'un Conseil National que nous avons d&#233;cid&#233; de faire. Si nous vouions n&#233;gocier au nom de tous les ouvriers du pays, il fallait qu'il fussent repr&#233;sent&#233;s au sein d'un conseil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que le travail reprenait, des n&#233;gociations se d&#233;roulaient au Parlement entre les repr&#233;sentants du Conseil et du gouvernement. Pour K&#225;d&#225;r, le fait d'&#234;tre oblig&#233; de passer par le Conseil pour que la vie &#233;conomique renaisse, entra&#238;nait une &#233;norme perte de prestige ; cela l'ulc&#233;rait et il faisait tra&#238;ner en longueur les pourparlers. A cette fin, il usait d'une curieuse tactique, ne consentant &#224; n&#233;gocier que la nuit. C'&#233;tait user nos forces. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s se trouvaient d&#232;s le matin &#224; l'usine, l'apr&#232;s-midi ils se r&#233;unissaient dans les locaux du conseil rue Ak&#225;cfa, et c'est vers 8 heures du soir qu'ils &#233;taient convoqu&#233;s au Parlement. L&#224;, on les faisait attendre une heure ou davantage dans une grande salle ; et pendant qu'ils faisaient anti-chambre, des &#034;camarades&#034; bien v&#234;tus, soign&#233;s de leur personne, et que nul ne connaissait, venaient leur tenir compagnie. En fin de compte, chacun des ouvriers se trouvait flanqu&#233; d'un de ces beaux messieurs. Oh, ils n'&#233;taient pas agressifs. Ils venaient simplement &#034;causer&#034;, s'informer de l'&#233;tat d'esprit des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Ceux-ci, d'ailleurs, ne cachaient pas ce qu'ils avaient sur le c&#339;ur. Vers 10 ou 11 heures du soir, ils commen&#231;aient &#224; ressentir une certaine lassitude et un certain &#233;nervement &#224; la pens&#233;e qu'il leur fallait &#234;tre &#224; l'usine le lendemain matin &#224; 6 ou 7 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ces jeunes gens s'en allaient, et paraissait enfin le membre du gouvernement charg&#233; de recevoir la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r, Maros&#225;n, Apr&#243; ou Kossa. Ils savaient d'avance ce que les d&#233;l&#233;gu&#233;s voulaient, puisqu'ils venaient d'en &#234;tre avertis par leurs &#233;missaires. Sans laisser &#224; la d&#233;l&#233;gation le temps de parler, il attaquaient. K&#225;d&#225;r et Marsos&#225;n, surtout, se montraient grossiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Esp&#232;ce de voyous, s'exclamait ce dernier, &#034;vous venez nous faire la le&#231;on ? Vous &#234;tes des prolos, &#224; ce qu'il para&#238;t ? Mais qu'avez-vous de commun avec les ouvriers ?&#034; Et de s'en prendre &#224; celui-ci ou &#224; celui-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois que la d&#233;l&#233;gation arrivait au Parlement, on prenait le nom de chacun de ses membres, et d&#232;s le lendemain on savait tout sur leur compte. Quand le ministre choisissait un ouvrier comme t&#234;te de Turc il pr&#233;tendait que son manque de culture le rendait inapte &#224; la mission qu'il remplissait. Quand il tombait d'aventure sur un ing&#233;nieur, il lui reprochait de ne pas &#234;tre un ouvrier. Bref, tout &#233;tait bon pour semer le trouble parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s. A vrai dire, ces ministres bien v&#234;tus et dispos &#233;taient en mesure de fatiguer encore plus les gens harass&#233;s, minables, mal ras&#233;s et mal &#224; l'aise. Finalement, toute v&#233;ritable discussion se trouvait diff&#233;r&#233;e. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s annonc&#232;rent d'ailleurs ouvertement leur intention de cr&#233;er un Conseil National Ouvrier, car il ne voulaient pas agir en cachette du gouvernement. (Le mot gouvernement n'&#233;tait pas prononc&#233;, on disait simplement &#034;vous&#034; en s'adressant aux ministres.) Ils auraient souhait&#233; que K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues fussent repr&#233;sent&#233;s &#224; l'assembl&#233;e de formation du Conseil National. A cette nouvelle, Apr&#243; se f&#226;che tout rouge :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que c'est que cette fr&#233;n&#233;sie ? Vous voulez &#224; tout prix former un contre-gouvernement ? Vous voulez peut-&#234;tre fomenter une contre-r&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la reprise du travail, un ouvrier du 14e arrondissement se pr&#233;sentant au Conseil Central. Il dit qu'il savait bien le russe et proposa d'&#233;tablir une liaison entre le Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest et le commandement sovi&#233;tique. Ainsi, des n&#233;gociations directes seraient possibles. Nous nous d&#233;cid&#226;mes de profiter de l'occasion pour intervenir aupr&#232;s des Russes en faveur de certains disparus dont nous pouvions donner les noms. Le commandement sovi&#233;tique promit de faire des recherches. D&#233;sormais, la moiti&#233; du Conseil allait n&#233;gocier au Parlement, l'autre moiti&#233; au quartier g&#233;n&#233;ral russe. Nous recevions r&#233;guli&#232;rement des noms de disparus, le soir nous les transmettions au Sovi&#233;tiques, et deux ou trois jours plus tard les d&#233;tenus &#233;taient lib&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un lundi que nous inform&#226;mes K&#225;d&#225;r de notre intention de former un Conseil National Ouvrier, et le mardi, une d&#233;l&#233;gation porteuse de la m&#234;me nouvelle se rendit aupr&#232;s des Sovi&#233;tiques. Le g&#233;n&#233;ral Grebennik, commandant de la place, re&#231;ut en personne la d&#233;l&#233;gation qui lui fit part de notre intention d'organiser une r&#233;union du Conseil national Ouvrier au Palais des Sports, &#224; laquelle &#233;tait invit&#233; un repr&#233;sentant du commandement sovi&#233;tique. Tr&#232;s poliment, Grebennik nous remercia, ajoutant toutefois qu'il ne pouvait se m&#234;ler d'une affaire int&#233;rieure hongroise. La d&#233;l&#233;gation devrait s'adresser au gouvernement hongrois afin que celle-ci invit&#226;t le Haut Commandement sovi&#233;tique par la voie diplomatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le m&#234;me soir, les d&#233;l&#233;gu&#233;s coururent au Parlement pour informer le gouvernement K&#225;d&#225;r, en la personne d'Apr&#243;. Celui-ci d&#233;clara qu'il ne croyait pas que cette invitation puisse &#234;tre accept&#233;e, car une telle r&#233;union n'aurait pas de sens. Des &#233;l&#233;ments fascistes ne manqueraient pas d'y participer, et qui sait, se livreraient peut-&#234;tre &#224; des provocations. Qui pourrait lui donner des garanties contre pareille &#233;ventualit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous lui r&#233;pond&#238;mes que nous autres, ouvriers organis&#233;s, lui garantissions formellement qu'aucun incident de ce genre ne serait &#224; redouter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus charg&#233; de l'organisation du service d'ordre. Il &#233;tait compos&#233; d'ouvriers des usines de Csepel. On indiqua &#224; chaque usine le nombre de gars qu'elle devait fournir. Toute arme &#233;tant interdite &#224; l'int&#233;rieur de la salle de r&#233;union, tout le monde serait fouill&#233; avant de pouvoir p&#233;n&#233;trer dans le Palais des Sports.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province devait &#234;tre pr&#233;sents. En raison des difficult&#233;s des communications, des &#233;tudiants des facult&#233;s s'&#233;taient offerts &#224; les amener en camion. Chacun devait y mettre du sien, car le temps pressait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union avait &#233;t&#233; fix&#233;e au 21 novembre. D&#232;s six heures du matin, les organisateurs &#233;taient sur les lieux. Le quartier &#233;tait parfaitement calme, et nous esp&#233;rions que tout se passerait bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures pr&#233;cises commen&#231;a un formidable d&#233;fil&#233; militaire sovi&#233;tique. En fin de compte, Grebennik avait accept&#233; l'invitation, mais il se faisait repr&#233;senter &#224; sa fa&#231;on, par un &#233;chantillonnage complet de toutes les armes de la garnison. Il y avait peut-&#234;tre quatre cents blind&#233;s, des tanks pr&#234;ts &#224; tirer, de l'artillerie tract&#233;e, des soldats mitraillette au poing. Le Palais des Sports fut cern&#233; en un instant et toutes les rue adjacentes barr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant ce d&#233;ploiement de forces, les membres du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, dont moi-m&#234;me, nous dirige&#226;mes vers le si&#232;ge du syndicat des ouvriers du b&#226;timent (M.E.M.O.S.Z.), qui se trouvait &#224; proximit&#233;. Un certain nombre de nos camarades, toutefois, rest&#232;rent aux abords du palais des Sports pour attendre les d&#233;l&#233;gu&#233;s des mines, usines sid&#233;rurgiques et entreprises de province, venus des quatre coins de la Hongrie : de Debrecen, de Veszpr&#233;m, d'Inota, de Moh&#225;cs, de P&#233;cs, de Dunapentele, et d'ailleurs. Des &#233;lections d&#233;mocratiques s'&#233;taient pr&#233;alablement d&#233;roul&#233;es dans tous ces centres. Chacun des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;tait muni d'une attestation officielle. Il faut dire qu'en arrivant au Palais des Sports ils &#233;taient anim&#233;s contre nous d'une violente indignation &#224; la pens&#233;e que nous les avions l&#226;ch&#233;s et tromp&#233;s. En effet, nous autres, &#224; Budapest, nous travaillions, alors qu'ils ne travaillaient pas. Ils venaient dans l'intention de donner une nouvelle impulsion &#224; la gr&#232;ve. Celle-ci, en effet, paralysait encore les grands centres de province ; les ouvriers de Tatab&#225;nya avaient m&#234;me inond&#233; les carreaux des mines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagn&#233;s d'un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province, nous &#233;tions tout pr&#232;s du si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent quant nous f&#251;mes arr&#234;t&#233;s par un barrage form&#233; par les &#233;l&#232;ves de l'Acad&#233;mie Militaire Zrinyi, mitraillette au poing. Nous n'insist&#226;mes pas ; d'ailleurs, n'ayant pas d&#233;clin&#233; notre identit&#233;, nous ne f&#251;mes pas inqui&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Force nous fut d'essayer de gagner le si&#232;ge provisoire du Conseil du Grand-Budapest, rue Ak&#225;cfa. En principe, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province n'avaient pas le droit d'y p&#233;n&#233;trer. Mais ils insist&#232;rent, notamment les repr&#233;sentants des mineurs, qui &#233;taient particuli&#232;rement mont&#233;s. Impossible, disaient-ils, de n&#233;gocier avec des gens comme K&#225;d&#225;r. Voil&#224; o&#249; menaient les n&#233;gociations. On mobilisait des tanks pour nous attaquer. La gr&#232;ve seule pouvait &#234;tre une r&#233;ponse &#224; ces gens-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous invit&#226;mes donc les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#224; venir avec nous pour leur expliquer notre position. Cependant, la rue Ak&#225;cfa &#233;tait &#224; sont tour envahie par les soldats. Sur le trottoir qui faisait face &#224; l'immeuble o&#249; nous si&#233;gions, une puissante formation s'installa. C'&#233;taient des &#233;l&#232;ves de la m&#234;me Acad&#233;mie Militaire qui nous avaient attendus pr&#233;c&#233;demment devant le M.E.M.O.S.Z. Le commandant est mont&#233; avec quelques-uns d'entre eux, mitraillettes &#224; la main. &#034;Debout et haut les mains !&#034; cria-t-il. &#034;Qu'y a-t-il ici, insurrection fasciste, contre-r&#233;volution ?&#034; Tout le monde se mit debout et R&#225;cz r&#233;pondit &#224; l'officier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai oubli&#233; de mentionner un incident qui se termina par l'&#233;lection de R&#225;cz &#224; la pr&#233;sidence. Lorsque nous avons &#233;cart&#233; Bal&#225;zs, on l'a remplac&#233; par D&#233;v&#233;nyi, pensant que cet ouvrier de Csepel repr&#233;senterait bien notre Conseil. Or, il se comporta d'une fa&#231;on curieuse : au moment o&#249; nous devions aller n&#233;gocier avec K&#225;d&#225;r, il trouvait toujours une raison quelconque pour reculer cette entrevue, telle que : il suffit de n&#233;gocier demain, etc. une fois R&#225;cz, qui &#233;tait tr&#232;s v&#233;h&#233;ment, a bondi en disant : &#034;Je prie le pr&#233;sident de d&#233;missionner. Nous n'avons pas besoin de gens veules.&#034; Il a d&#233;missionn&#233; sur-le-champ et nous avons unanimement &#233;lu R&#225;cz, qui n'avait que 23 ans &#224; ce moment-l&#224;, mais &#233;tait tr&#232;s actif et combatif et d'une honn&#234;tet&#233; sans faille. En m&#234;me temps, nous avons charg&#233; Kalocsai, un homme temp&#233;r&#233;, et Bali d'assumer la vice-pr&#233;sidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je disais, R&#225;cz expliqua &#224; l'officier de quoi il s'agissait en r&#233;alit&#233; et le pria de s'asseoir avec nous pour &#233;couter nos discussions. Ce qu'il fit. Les mineurs parl&#232;rent avec v&#233;h&#233;mence, nous traitant de tous les noms : canailles, tra&#238;tres, etc. &#034;Si vous voulez travailler, faites-le, mais nous ne donnerons ni charbon, ni &#233;lectricit&#233;, nous inonderons toutes les mines.&#034; Les mineurs de Salg&#243;tarj&#225;n, de Tatab&#225;nya, de P&#233;cs &#233;taient tous d'accord. La discussion continua. Brusquement, l'officier sortit. Nous &#233;tions inquiets. Quelques minutes apr&#232;s, il revint seul, sans arme et d&#233;clara : &#034;On m'avait dit que vous pr&#233;pariez un complot fasciste. Maintenant, je suis convaincu que c'est une calomnie. J'ai renvoy&#233; mes gars &#224; l'Acad&#233;mie, mais permettez-moi d'assister &#224; votre r&#233;union constructive et tr&#232;s int&#233;ressante.&#034; Nous l'avons applaudi spontan&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province nous attaquaient, nous essayions de leur faire entendre raison. D'abord ce fut peine perdue. Nous n'&#233;tions soutenus que par un d&#233;l&#233;gu&#233; de Gy&#246;r. Pourtant, nos arguments finirent par les toucher : &#034;Vous autres, en province, vous vous trouvez dans une situation plus facile que nous. Dans une petite ville, tous le monde se conna&#238;t. Quand un &#233;v&#233;nement se produit, tous le monde en est inform&#233; dans la demi-heure qui suit. La solidarit&#233; est plus facile &#224; organiser. A Budapest, il y a plus d'un million et demi d'habitants, la situation est plus complexe, nous devons &#224; tout prix garder le contact les uns avec les autres, et aussi le contact avec la province. En cas de gr&#232;ve, toutes ces liaisons sont menac&#233;es.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 21 heures les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province se rendirent &#224; nos arguments et nous nous sent&#238;mes en parfaite harmonie. On convint de ne pas insister pour la cr&#233;ation d'un Conseil National, afin de ne pas envenimer les choses : cette seule &#233;ventualit&#233; n'avait-elle pas suffi &#224; mobiliser les tanks sovi&#233;tiques ? Par contre, le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, reconnu par les autorit&#233;s, devait poursuivre ses activit&#233;s. D'autre part, des contacts seraient &#233;tablis entre la capitale et les centres de province, et toutes nos d&#233;cisions leur seraient transmises par des agents de liaison ; ils pourraient ainsi d&#233;cider s'ils acceptaient ou non nos r&#233;solutions. Pour chacune, d'ailleurs, on tiendrait compte de l'avis des agents de liaison. Ainsi, bien que notre organisme conserv&#226;t jusqu'au bout le nom de Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, un conseil national fut tout de m&#234;me cr&#233;&#233; dans la pratique, et de fa&#231;on ill&#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand d&#233;p&#244;t des autobus de la B.E.S.Z.K.A.R.T. se trouve en face du Palais des Sports, et lorsque les travailleurs virent le d&#233;ploiement des forces sovi&#233;tiques, ils crurent que les membres du Conseil Central avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Aussit&#244;t le mot d'ordre d'une gr&#232;ve de 24 heures fut lanc&#233;, des coups de t&#233;l&#233;phone partirent dans toutes les directions, et bient&#244;t R&#225;cz, le pr&#233;sident du Conseil Ouvrier, fut inform&#233; que la moiti&#233; des travailleurs de Budapest &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve. Nous d&#251;mes approuver ce mouvement, d'une part par solidarit&#233; avec ceux qui y participaient, d'autre part pour protester contre l'attitude inqualifiable des autorit&#233;s qui nous consid&#233;raient tant&#244;t comme des interlocuteurs dignes de ce nom, tant&#244;t comme des trublions contre lesquels il fallait utiliser la force. C'&#233;tait notre premier appel &#224; la gr&#232;ve, et il fut enti&#232;rement suivi. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province virent dans ce geste un compromis, car s'ils observaient toujours la gr&#232;ve totale, les ouvriers de Budapest avaient repris le travail. Nous gagn&#226;mes ainsi d&#233;finitivement leur confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'entrevue suivante avec K&#225;d&#225;r, celui-ci se d&#233;cha&#238;na :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que se passe-t-il ? Vous pr&#233;tendez vouloir travailler et vous voil&#224; d&#233;j&#224; en gr&#232;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous expliqu&#226;mes que c'est nous qui avions bien des raisons de protester, car si les Sovi&#233;tiques s'&#233;taient livr&#233;s &#224; cette d&#233;monstration de force, ce n'&#233;tait s&#251;rement pas pour d&#233;fendre leurs positions, mais &#224; la demande du gouvernement. A quoi K&#225;d&#225;r r&#233;pondit qu'il n'&#233;tait pas une marionnette, qu'il &#233;tait, apr&#232;s tout, Premier ministre de Hongrie et qu'il saurait prouver que son gouvernement et lui &#233;taient les ma&#238;tres. Peu lui importaient nos arguments. Ce que veulent les ouvriers n'est pas forc&#233;ment juste ; est juste ce que les dirigeants d&#233;cident. Ils ne sont pas oblig&#233;s de se plier aux volont&#233;s des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
En raison de la situation catastrophique de l'&#233;conomie, K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues convoqu&#232;rent au Parlement une conf&#233;rence &#224; laquelle assistaient outre K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me, Maros&#225;n, Apr&#243; et d'autres dirigeants politiques, les directeurs des plus grandes usines et trois d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil Central. L'intervention de l'un de ceux-ci, Kalocsai, fut retransmise par la radio en &#233;mission diff&#233;r&#233;e, mais sous une forme falsifi&#233;e. Kaloczai stigmatisait l'action de certains &#034;&#233;l&#233;ments provocateurs &#8211; dans une usine de la Terre d'Ange, par exemple, aux Aci&#233;ries Hongroises, &#224; la Fabrique de Machines L&#225;ng, &#224; la M.A.V.A.G., des secr&#233;taires du parti sectaires qualifiaient le Conseil Ouvrier d'&#034;organisation fasciste&#034; et d&#233;claraient que son appel &#224; la reprise du travail ne pouvait &#234;tre pris en consid&#233;ration. A la radio, gr&#226;ce &#224; un artifice de montage, on entendit parler d'&#034;&#233;l&#233;ments provocateurs fascistes&#034;, et il ne fut pas du tout question de secr&#233;taires du parti sectaires. Kaloczai d&#233;non&#231;ait la &#034;r&#233;action gauchiste&#034; ; le mon &#034;gauchiste&#034; disparut, et tout le sens de l'intervention s'en trouva modifi&#233;. De ce fait, le Conseil d&#233;cida de publier un bulletin d'information.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir &#224; cette conf&#233;rence, K&#225;d&#225;r y d&#233;clara notamment : &#034;Vous savez, camarades, le gouvernement ouvrier et paysan se trouve dans une situation difficile, car la confusion r&#232;gne dans l'esprit des travailleurs qui ne voient pas le chemin &#224; suivre.&#034; Il dit aussi qu'il s'agissait, de toute &#233;vidence, d'une contre-r&#233;volution, puisque 241 communistes avaient &#233;t&#233; mis &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa r&#233;ponse, Bali, apr&#232;s avoir dit qui il &#233;tait et rappel&#233; ses origines, riposta : &#034;Il n'y a aucune confusion dans l'esprit des ouvriers. Dans le v&#244;tre, peu-&#234;tre&#034;, fit-il &#224; l'adresse de K&#225;d&#225;r et des autres dirigeants. &#034;Sachez que je milite au parti depuis dix ans, et pourtant je n'ai rien eu &#224; redouter, pendant les journ&#233;es r&#233;volutionnaires, quand je me m&#234;lais aux ouvriers. Ce n'est pas moi qu'ils voulaient pendre !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r entra en fureur, frappa du poing sur la table et s'&#233;cria : &#034;Sortez, provocateur !&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, les paroles de Bali avaient fait une telle impression sur les assistants &#8211; 200 personnes environ &#8211; que K&#225;d&#225;r jugea plus prudent de ne pas insister. Ancien social-d&#233;mocrate et entr&#233; au parti communiste d&#232;s 1945, Bali &#233;tait un militant tr&#232;s actif qui avait l'oreille des ouvriers car il travaillait comme eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers cette &#233;poque, K&#225;d&#225;r et ses amis cr&#233;&#232;rent un conseil ouvrier fantoche pour contrecarrer notre action. Il publiait des communiqu&#233;s, faisait distribuer des tracts nuitamment, donnait des instructions, par t&#233;l&#233;phone en notre nom. Quand nous appelions &#224; la reprise du travail, ce conseil (comme les secr&#233;taires du parti sectaires) poussait &#224; la poursuite de la gr&#232;ve. Nous passions le plus clair de notre temps &#224; d&#233;mentir et &#224; remettre les choses au point. Cela devait permettre aux dirigeants de pr&#233;tendre que nous ne faisions rien. Lors de la r&#233;union &#233;voqu&#233;e ci-dessus, un des n&#244;tres, Karsai, dit ouvertement aux dirigeants que nous avions une mission &#233;conomique &#224; accomplir, que nous ne tenions pas du tout &#224; avoir une activit&#233; politique, mais que leur duplicit&#233; nous y obligeait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Voulez-vous, oui ou non, l'ordre et le calme ?&#034; demanda-t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;ment ce que recherchaient K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues. Ils se pr&#233;paraient activement &#224; mettre sur pied une soi-disant &#034;garde ouvri&#232;re&#034; (que les Budapestois baptis&#232;rent &#034;poufa&#239;ka&#034;, du nom de l'uniforme ouatin&#233; des Russes). Tant que la chose n'&#233;tait pas au point, ils louvoyaient, quitte &#224; nous frapper plus tard plus vigoureusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, le travail du Conseil Central Ouvrier se poursuivait. On cr&#233;a des commissions qui furent charg&#233;es de questions diverses. Une commission, par exemple, s'occupa de d&#233;finir les formes et les m&#233;thodes de l'activit&#233; politique du Conseil, la commission &#233;conomique a essay&#233; de d&#233;terminer les principales t&#226;ches de d&#233;marrage de la production, les moyens d'organisation des usines et, ensemble avec la commission politique, les m&#233;thodes et le proc&#233;d&#233; des &#233;lections des conseils ouvriers d&#233;finitifs. K&#225;d&#225;r dut consentir &#224; ce que des n&#233;gociations fussent ouvertes entre nous et le Conseil National des Syndicats afin d'&#233;laborer une l&#233;gislation concernant l'activit&#233; des conseils ouvriers. Le projet s'inspirait largement de la loi yougoslave sur le m&#234;me sujet. Huit jours apr&#232;s l'avoir re&#231;u, le gouvernement publia un d&#233;cret. Toutefois, ce d&#233;cret ne contenait pas certaines dispositions primitivement pr&#233;vues, par lesquelles nous entendions mettre les conseils ouvriers &#224; l'abri de l'influence du parti au service du gouvernement. D'autre part, ce dernier s'opposa &#224; la cr&#233;ation de conseils ouvriers dans les administrations : P.T.T., Chemins de Fer, Minist&#232;res, etc. L'intention de K&#225;d&#225;r &#233;tait que des gens nomm&#233;s par la direction &#034;repr&#233;sentent&#034; les travailleurs dans ces firmes, alors que, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons voulu y cr&#233;er des conseils puissants afin de contrebalancer le gouvernement, jusqu'au moment du moins, o&#249; des v&#233;ritables syndicats ne s'organisent. K&#225;d&#225;r et Cie le savaient tr&#232;s bien et nous ont devanc&#233;, ce qui entra&#238;na, au sein de ces entreprises, une vive indignation et des discussions &#224; n'en plus finir. Cela permit au gouvernement de d&#233;tourner l'attention des masses de sujets plus importants et contribua &#224; l'&#233;parpillement de nos forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des revendications du Conseil Central Ouvrier &#233;tait de disposer d'un journal pour informer les travailleurs. Le gouvernement le repoussa cat&#233;goriquement, pr&#233;conisant &#224; la place, des communiqu&#233;s pour la radio r&#233;dig&#233;s par le Conseil et supervis&#233;s par eux. Evidemment, nous avons refus&#233; une telle &#034;solution&#034;. Nous avions besoin d'un journal et non de communiqu&#233;s radiodiffus&#233;s et contr&#244;l&#233;s par eux. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'organier, sous la direction de Sebesty&#233;n, une commission de presse avec pour t&#226;che la parution de notre journal. Nous &#233;tions sur le point de sortir un journal intitul&#233; Munk&#225;sujs&#225;g (gazette ouvri&#232;re) qui fut saisi &#224; l'imprimerie. Le num&#233;ro confisqu&#233; contenait des d&#233;tails pr&#233;cis sur les n&#233;gociations entre le gouvernement et les conseils ouvriers, et certaines d&#233;clarations, fid&#232;lement retranscrites, des dirigeants au cours de ces n&#233;gociations, tels ces mots de K&#225;d&#225;r fort d&#233;sinvoltes tant &#224; l'&#233;gard de notre conseil que du peuple hongrois tout entier : &#034;Peu me chaud que vous me reconnaissez ou pas. 200.000 soldats sovi&#233;tiques sont derri&#232;re moi. C'est moi qui commande en Hongrie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#251;mes nous contenter de publier &#8211; cette fois avec l'approbation du gouvernement &#8211; une feuille ron&#233;otyp&#233;e que dirigeait Sebesty&#233;n. Chaque arrondissement en recevait un exemplaire qu'il tirait en autant d'exemplaires qu'il comptait d'usines ; &#224; son tour, chaque usine en tirait un nombre d'exemplaires suffisant pour ses ouvriers. Mais le gouvernement trouva rapidement une r&#233;ponse : les commandements sovi&#233;tiques d'arrondissement saisirent, partout o&#249; c'&#233;tait possible, les machines ron&#233;os. Mais ce fut en vain. Nous avons distribu&#233; notre feuille par tous les moyens. Moi-m&#234;me, par exemple, je suis all&#233; &#224; la r&#233;union du Conseil Ouvrier de mon arrondissement (le 14e) o&#249; j'ai pu lire notre bulletin. Les participants prenaient des notes, puis le bulletin passait de main en main. Ce fut, &#224; l'&#233;poque, le journal le plus lu de Budapest. Malheureusement, il faillait une bonne semaine pour qu'il parvienne &#224; toucher ses lecteurs. K&#225;d&#225;r et les siens le craignaient beaucoup plus qu'un journal de croix-fl&#233;ch&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des n&#233;gociations interminables avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la parution de notre feuille ron&#233;otyp&#233;e. Nous discutions presque tous les jours avec K&#225;d&#225;r, mais celui-ci ne se manifestait en personne qu'apr&#232;s nous avoir fait cuisiner pendant des heures par ses collaborateurs. Ces s&#233;ances &#233;taient tellement &#233;puisantes que celui d'entre nous qui &#233;tait d&#233;sign&#233; pour y prendre part en &#233;tait malade d'avance. Parfois, K&#225;d&#225;r n'arrivait que sur le coup de trois heures du matin, alors que nous tombions de sommeil ; lui, il avait la possibilit&#233; de r&#233;cup&#233;rer pendant la journ&#233;e. D&#233;cid&#233;ment, nous n'&#233;tions pas &#224; &#233;galit&#233; sur le plan des forces physiques. Parmi nous, il y en avait toujours un sur qui K&#225;d&#225;r s'acharnait en particulier. Mais il n'aimait pas, surtout, R&#225;cz et ne lui adressait jamais la parole. Celui-ci, en effet, employait invariablement le m&#234;me style que K&#225;d&#225;r. S'il criait, R&#225;cz criait plus fort. Une fois K&#225;d&#225;r s'est d&#233;cha&#238;n&#233; et R&#225;cz a bondi sur la table en criant. Nous pensions donc qu'il ne fallait surtout pas envoyer R&#225;cz pour n&#233;gocier lorsque nous voulions arranger certains probl&#232;mes &#034;&#224; l'amiable&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque enfin notre bulletin fut pr&#234;t, K&#225;d&#225;r essaya d'en emp&#234;cher subrepticement le tirage, comme je l'ai indiqu&#233;, en faisant confisquer les ron&#233;os par le commandement russe. Nous ripost&#226;mes en d&#233;clarant que les ouvriers boycotteraient pendant 24 heures N&#233;pszabads&#225;g, l'organe central du parti. J'ai vu de mes yeux, sur les grands boulevards, des centaines d'ouvriers acheter N&#233;pszabads&#225;g et le d&#233;chirer aussit&#244;t sans l'avoir lu. Les gens marchaient jusqu'aux chevilles dans le papier journal. K&#225;d&#225;r nous a dit : &#034;Voyez, pour cette raison, vous n'aurez pas de journal. Je ne veux pas qu'on d&#233;chire &#233;galement votre journal&#8230;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps-l&#224;, la liaison entre le Conseil Central et les Russes &#233;tait maintenue. Lors d'une entrevue qui avait d&#233;but&#233; sous le signe d'une franche cordialit&#233;, deux jours apr&#232;s l'histoire du journal, nous d&#233;clar&#226;mes carr&#233;ment que nous ne reconnaissions ni le gouvernement K&#225;d&#225;r, ni la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention sovi&#233;tique. Nos interlocuteurs en eurent le souffle coup&#233;. Nous les invit&#226;mes alors &#224; se rendre dans les usines pour demander leur opinion aux ouvriers. Ce qu'ils firent. Dans mon usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, un officier sovi&#233;tique se pr&#233;senta. J'assistai &#224; la sc&#232;ne. Comme pr&#233;ambule, il demanda aux ouvriers ce qu'ils voulaient le 23 octobre, le fascisme ou le socialisme ? &#034;Le socialisme !&#034; La r&#233;ponse jaillit avec une telle force et une telle ampleur que les vitres en trembl&#232;rent. Le mot fascisme, par contre, fut accueilli par une temp&#234;te de hu&#233;es. L'officier demanda ensuite aux travailleurs de pr&#233;ciser leurs revendications, puis, sans mot dire, il gagna le bureau du secr&#233;taire du Conseil Ouvrier. Il demanda &#224; celui-ci s'il &#233;tait d'accord avec les travailleurs. Sur sa r&#233;ponse affirmative, l'officier d&#233;clara qu'il ne comprenait pas les divergences qui se manifestaient entre les ouvriers et K&#225;d&#225;r puisque, manifestement, on voulait la m&#234;me chose des deux c&#244;t&#233;s. En r&#233;alit&#233;, les Russes savaient fort bien o&#249; le b&#226;t blessait, mais ils ne voulaient pas l'avouer. Nous avons propos&#233; en Haut Commandement sovi&#233;tique d'envoyer &#224; nos r&#233;unions un officier de haut grade, comme observateur afin d'&#233;tudier sur place nos revendications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, le Conseil Central Ouvrier tint s&#233;ance. Y assistait, entre autres, un officier politique sovi&#233;tique d'un grade &#233;lev&#233;. On d&#233;cida, en accord avec les autres organismes r&#233;volutionnaires, que de 14 heures &#224; 15 heures, personne ne sortirait dans Budapest. Les Russes pr&#233;sents dans la salle exig&#232;rent que nous leur d&#233;voilions le fond de notre pens&#233;e car il subodoraient, disaient-ils, que quelque chose se pr&#233;parait. Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province en profit&#232;rent pour vider leur sac. Ils donn&#232;rent des d&#233;tails sur les d&#233;bordements des soldats russes et les abus commis par les secr&#233;taires du parti dans leur d&#233;partement. Ils racont&#232;rent, par exemple, que les membre de la &#034;poufa&#239;ka&#034; gardaient toutes les routes du d&#233;partement de Borsod et que les d&#233;l&#233;gu&#233;s des conseils ouvriers avaient d&#251; passer en fraude pour arriver &#224; Budapest. D'autre part, nous avions la preuve que des armes leur &#233;taient envoy&#233;es clandestinement de Tch&#233;coslovaquie. L'officier sovi&#233;tique demanda le nom des orateurs , ceux-ci d&#233;clin&#232;rent leur identit&#233;, et les choses en rest&#232;rent l&#224;. Quelques minutes avant 14 heures, notre pr&#233;sident se leva pour rendre compte de ce qui se passait en ville. Il rassura les camarades sovi&#233;tiques ; il ne s'agissait que d'une comm&#233;moration, de la comm&#233;moration d'un &#233;v&#233;nement sacr&#233; de notre histoire. Puis il nous invita &#224; nous lever, &#224; observer une minute de silence et &#224; chanter ensuite l'hymne national. Les Sovi&#233;tiques se lev&#232;rent, salu&#232;rent militairement pendant que s'&#233;levait notre chant national. Ils se comport&#232;rent d'une fa&#231;on tellement correcte que nous cr&#251;mes la fin de K&#225;d&#225;r arriv&#233;e. Et j'ose dire que si cela avait d&#233;pendu d'eux, il auraient march&#233; avec nous. Les instructions qu'ils avaient re&#231;ues n'avaient pas pr&#233;vu pareille occurrence. Ils furent visiblement tr&#232;s embarrass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, sur les grands boulevards et les principales art&#232;res de la ville, les forces sovi&#233;tiques se d&#233;ployaient avec une ampleur extraordinaire. Comme le dit plus tard un officier russe, ce qui leur paraissait impressionnant et redoutable, c'&#233;tait le vide complet r&#233;gnant autour d'eux. S'il y avait eu du monde dans les rues, ils se seraient sentis davantage en s&#233;curit&#233;, car les Hongrois n'auraient pas ouvert le feu sur d'autres Hongrois. Pendant une semaine ou deux, les officiers sovi&#233;tiques nous visit&#232;rent quotidiennement, jusqu'aux environ du 30 novembre. Au bout de quelques jours, nous leur avons demand&#233; ce qu'ils pensaient du Conseil. Ils nous r&#233;pondirent que c'&#233;tait diff&#233;rent de ce qu'ils avaient imagin&#233; auparavant. Ils voient des ouvriers de bon sens s'occuper des affaires r&#233;elles du pays. Mais comme eux ne sont pas familiers avec ces affaires et ne comprennent pas grand-chose aux probl&#232;mes hongrois, pour cette raison, ils ne peuvent pas prendre position. Par contre, ils trouvent nos r&#233;unions tr&#232;s int&#233;ressantes et nous demandent de pouvoir continuer &#224; y assister. Ce que nous leur avons accord&#233; volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues savaient parfaitement que nous luttions sur deux fronts, contre eux et contre les Russes. Ils &#233;taient fort ennuy&#233;s de nos contacts avec ces derniers. Ils nous demand&#232;rent d'autoriser un d&#233;l&#233;gu&#233; de leur gouvernement &#224; assister &#224; nos s&#233;ances, comme nous le faisions pour les Russes. K&#225;d&#225;r choisit un de ses collaborateurs imm&#233;diats, un certain S&#225;ndor, qui se montra tr&#232;s amical avec nous, ce qui ne l'emp&#234;cha pas de man&#339;uvrer en sous main.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la veille du 4 d&#233;cembre, les organisations r&#233;volutionnaires en contact permanent avec nous, propos&#232;rent de comm&#233;morer les victimes de l'intervention sovi&#233;tique du 4 novembre. D'abord, les ouvriers dans les usines pr&#233;conis&#232;rent une grande manifestation que nous avons rejet&#233; aussit&#244;t, comme un pr&#233;texte &#224; des multiples provocations. Nous vot&#226;mes la r&#233;solution d'organiser un grand cort&#232;ge de femmes qui, fleurs &#224; la mains, se rendraient au monument de la place des H&#233;ros. Une telle manifestation &#233;viterait toute sorte de provocation. D'autre part, nous avons invit&#233; la population de Budapest &#224; placer des bougies sur le bord des fen&#234;tres, &#224; la tomb&#233;e de la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 d&#233;cembre, d&#232;s le matin des ouvri&#232;res, fleurs &#224; la main arriv&#232;rent. Les rues adjacentes &#224; la place des H&#233;ros furent bloqu&#233;es par les d&#233;tachements sovi&#233;tiques. Les femmes contourn&#232;rent le bois qui se trouve derri&#232;re la place et de cette fa&#231;on, organis&#232;rent quand m&#234;me la manifestation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais auparavant, nous nous &#233;tions rendus au Parlement pour annoncer au gouvernement notre r&#233;solution de comm&#233;morer le 4 novembre. A ce jour d&#233;j&#224;, il y avait aussi des policiers hongrois, &#224; c&#244;t&#233; des tanks sovi&#233;tiques autour du Parlement. Il est caract&#233;ristique, cependant, que lorsque nous quitt&#226;mes le Parlement, l'un de ces policiers nous demanda : &#034;Alors, qu'est-ce que vous avez pu faire ? Pourquoi n&#233;gociez-vous avec ces gens ? Balayez-les !&#034; R&#233;ellement, tout le monde &#233;tait avec nous, m&#234;me parmi les propres forces extr&#234;mement restreintes du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, K&#225;d&#225;r, enragea en apprenant notre r&#233;solution. Le Conseil Central, dit-il, d&#233;montrait qu'il &#233;tait &#224; la remorque des forces contre-r&#233;volutionnaires et qu'il ne voulait pas collaborer avec le gouvernement pour le r&#233;tablissement de l'ordre. Cette attitude serait lourde de cons&#233;quences. Probablement, K&#225;d&#225;r d&#233;cida &#224; ce moment-l&#224; d'organiser cette pitoyable contre-manifestation qu'ils firent le 6 d&#233;cembre. D'autre part, le gouvernement r&#233;agit imm&#233;diatement aussi en faisant dispara&#238;tre les bougies des magasins. Mais on les retrouva au march&#233; noir, et le soir, toute la ville fut &#233;clair&#233;e au bougies, &#224; l'exception de quelques rares appartements occup&#233;s, selon toute probabilit&#233;, par des fonctionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre temps, l'homme de liaison du gouvernement vient assister une fois &#224; la r&#233;union du Conseil. Le gouvernement voulait donc s'infiltrer pour que, lentement, cet homme devienne un commissaire, transformant le Conseil en un appendice du gouvernement. Mais celui-ci fut particuli&#232;rement g&#234;n&#233; par les officiers sovi&#233;tiques qui assistaient &#233;galement &#224; la r&#233;union. Nous n'avons pas revu &#224; notre r&#233;union l'homme de liaison, K&#225;roly S&#225;ndor. Peu de temps apr&#232;s, &#224; la fin du mois de novembre, le commandant Grebennik fut d&#233;mis de ses fonctions, je crois que, pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; cause de l'entente qui fut cr&#233;&#233;e entre le Conseil Central et le haut Commandement sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation, de plus en plus aigu&#235;, deux ou trois membres du Conseil, qui jusque-l&#224; n'avaient pas ouvert la bouche et qui d&#233;siraient manifestement freiner notre action, intervinrent. A les entendre, nous avions cr&#233;&#233; une situation explosive, et nous n'aurions pas d&#251; prendre ces r&#233;solutions m&#234;me si les ouvriers des usines la d&#233;siraient. Nous e&#251;mes l'impression que ces gens-l&#224; ne faisaient que r&#233;p&#233;ter des consignes qu'on voulait faire p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur du Conseil. Mais d'autres voix r&#233;clam&#232;rent une action plus &#233;nergique, une attitude plus ferme &#224; l'&#233;gard du gouvernement, afin que celui-ci se sent&#238;t assez menac&#233; pour ne pas recourir aux repr&#233;sailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, un &#233;missaire vint nous informer que l'ambassadeur de l'Inde, M. Menon, qui se trouvait &#224; Budapest, cherchait &#224; entrer en contact avec le Consul Central Ouvrier. Il m'invitait &#224; lui rendre visite. Je pris une voiture, accompagn&#233; d'un de mes camarades, et nous p&#251;mes rencontrer l'ambassadeur sur la colline des Roses, dans l'immeuble occup&#233; par le charg&#233; d'affaires de l'Inde. M. Menon nous demanda notre point de vue sur la r&#233;volution et sur la situation actuelle. Nous r&#233;pond&#238;mes avec franchise. Il nous promit d'informer fid&#232;lement M. Nehru, et de faire tout son possible pour aider le peuple hongrois. Il voyait bien que l'insurrection de Budapest avait &#233;t&#233; un soul&#232;vement spontan&#233; du peuple hongrois, sans appui de forces &#233;trang&#232;res. Il pr&#233;cisa que c'&#233;tait l&#224; une opinion purement personnelle et qu'il n'&#233;tait pas habilit&#233; par son gouvernement &#224; faire une d&#233;claration quelle qu'elle f&#251;t. Il avait eu de nombreuses conversations, et il ramenait de Budapest deux valises de documents sur les &#233;v&#232;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps, notre bulletin ron&#233;otyp&#233; paraissait r&#233;guli&#232;rement, ce qui exasp&#233;rait K&#225;d&#225;r. Comme nous nous pr&#233;occupions tout particuli&#232;rement des syndicats, il nous dit un jour : &#034;Voyons, n'oubliez pas qu'il existe le Conseil National des Syndicats, sous la direction du camarade G&#225;sp&#225;r.&#034; Mais nous ne voulions pas de ce personnage, qui avait &#233;t&#233; l'un des choryph&#233;es du r&#233;gime R&#225;kosi, et dont de vieux militants syndicalistes, dans les Cuirs et Peaux et les Textiles, notamment, exigeaient la d&#233;mission. D'autre part, cependant, le Conseil Ouvrier, absorb&#233; par ses t&#226;ches politiques et &#233;conomiques, &#233;tait incapable de se charger seul de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts ouvriers. C'est ainsi qu'en d&#233;finitive eut lieu, entre les repr&#233;sentants du Conseil et des Syndicats, une r&#233;union qui se prolongea toute la nuit. Le Conseil National des Syndicats, avec G&#225;sp&#225;r et ses amis, soutenait le vieux syst&#232;me stalinien, et essayait de nous persuader que nous devions nous soumettre &#224; l'autorit&#233; des syndicats. D&#233;cid&#233;ment, K&#225;d&#225;r ne voulait pas l'ind&#233;pendance des conseils ouvriers ; Pour nous all&#233;cher, les tenants de G&#225;sp&#225;r nous offrirent la derni&#232;re page de N&#233;pakarat (journal du Conseil des Syndicats) pour y publier nos communiqu&#233;s. Mais ils ne purent garantir que nos textes passeraient int&#233;gralement et sans modification. En fin de compte, aucun accord ne put &#234;tre conclu : nos interlocuteurs restaient sur leurs positions, alors que nous r&#233;clamions des syndicats d&#233;mocratiques et ind&#233;pendants. Nous ne leur cachions pas que nous consid&#233;rions les centrales existantes comme des succursales du parti, dont la t&#226;che principale, consistait &#224; organiser des concours d'&#233;mulation et qui, de ce fait, ne pouvaient repr&#233;senter les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Le seul accord fut de r&#233;viser en commun la loi sur les conseils ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, K&#225;d&#225;r nous proposa de quitter l'immeuble de B.E.S.Z.K.A.R.T. pour celui du minist&#232;re de l'Agriculture, sous pr&#233;texte que notre pr&#233;sence paralysait l'administration des transports en commun. Il alla jusqu'&#224; menacer le directeur de l'entreprise de le renvoyer s'il ne prenait pas position contre nous. En r&#233;alit&#233;, la soi-disant milice ouvri&#232;re organis&#233;e par M&#252;nnich s'&#233;tait consid&#233;rablement renforc&#233;e et pourrait agir sur nous plus directement si nous nous trouvions au minist&#232;re. Nous refus&#226;mes la proposition de K&#225;d&#225;r, mais apr&#232;s de longues n&#233;gociations avec G&#225;sp&#225;r, nous accept&#226;mes de nous transf&#233;rer au sixi&#232;me &#233;tage de l'immeuble du syndicat du b&#226;timent, le M.E.M.O.S.Z. Nous avions vraiment besoin d'un local plus grand. Il y avait d&#233;j&#224; plusieurs commissions : Sebesty&#233;n &#224; la t&#234;te de celle de la presse, Karsai dirigeait la commission politique et un ouvrier de la Fabrique d'Aluminium la commission &#233;conomique. Karsai &#233;tait un ancien serrurier devenu ing&#233;nieur dans une usine fabriquant des radiateurs &#224; K&#246;b&#225;nya, en qui les ouvriers avaient grande confiance. En g&#233;n&#233;ral, j'en ai fait l'exp&#233;rience, les ouvriers &#233;taient tr&#232;s attentifs et votaient pour quelqu'un d'intelligent et digne de confiance. Le fait d'&#234;tre ouvrier ou non &#233;tait secondaire. D'ailleurs, parmi les ouvriers, beaucoup suivaient des cours du soir au lyc&#233;e et &#224; l'Universit&#233;. Les ouvriers aimaient particuli&#232;rement les ing&#233;nieurs anciens ouvriers qui avaient &#233;t&#233; des leurs, et connaissaient leur vie et leurs probl&#232;mes. Karsai &#233;tait un tel homme et je crois que plus tard il fut ex&#233;cut&#233;, justement &#224; cause de sa droiture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de d&#233;m&#233;nager, nous d&#233;cid&#226;mes d'organier une r&#233;union secr&#232;te pour discuter de la cr&#233;ation &#233;ventuelle du Conseil National Ouvrier. La situation g&#233;n&#233;rale &#233;tait en effet de plus en plus tendue, la province nous pressait de plus en plus activement, car de nombreux membres des conseils ouvriers disparaissaient, disparitions qui &#233;taient pour le gouvernement un moyen de chantage. On signalait qu'&#224; P&#233;cs plusieurs mineurs n'&#233;taient pas remont&#233;s des puits et qu'il faisaient la gr&#232;ve de la faim pour protester contre l'arrestation de leurs camarades. En harcelant ainsi les conseils, le gouvernement a emp&#234;ch&#233; leur travail. Ensuite, il accusait : &#034;Voil&#224;, le conseil ouvrier ne travaille pas, il fomente le m&#233;contentement, il ne fait que prendre le salaire, mais ne travaille pas.&#034; Par exemple, une nuit, on a arr&#234;t&#233; le pr&#233;sident du conseil ouvrier de la Fabrique de Wagon Ganz. D&#232;s le lendemain, S&#225;ndor nous racontait au Parlement qu'il le connaissait bien, qu'il &#233;tait un fasciste, etc. En un mot, le gouvernement faisait tout pour calomnier les conseils, emp&#234;cher leur travail, il n'&#233;vitait qu'une chose : de parler quand on r&#233;clamait le retrait des troupes sovi&#233;tiques. Alors, nous n'avions pas le choix. Il fallait rendre compte devant les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tout le pays afin de prendre les d&#233;cisions susceptibles d'&#233;claircir la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est moi, qui fut charg&#233; d'organiser la r&#233;union secr&#232;te. Pas un des membres du Conseil, pas m&#234;me le pr&#233;sident, ne devait en conna&#238;tre les d&#233;tails. Je convoquai mes gens pour la nuit du 7 au 8 d&#233;cembre, comme pour une r&#233;union normale, mais en pr&#233;voyant que personne ne rentrerait chez lui avant la tenue de la r&#233;union secr&#232;te. Il y avait un dortoir au syndicat du b&#226;timent, nous y pass&#226;mes la nuit et, &#224; 7 heures du matin, je fis distribuer les invitations. Un incident f&#226;cheux se produisit alors : le d&#233;l&#233;gu&#233; du 9&#232; arrondissement, qui &#233;tait de la police, porta directement l'invitation &#224; ses sup&#233;rieurs, place Deak. On transmit le document &#224; S&#225;ndor, &#233;missaire de K&#225;d&#225;r, qui m'appela imm&#233;diatement au t&#233;l&#233;phone ; &#034;Nous venons d'apprendre&#034;, me dit-il, &#034;que vous voulez cr&#233;er un Conseil National Ouvrier. Allez-vous tenir une r&#233;union dans ce but, oui ou non ? C'est de la r&#233;ponse que d&#233;pend la r&#233;action des services du maintien de l'ordre.&#034;. Force me fut de nier et je mis aussit&#244;t mes camarades au courant de la situation. &#034;Nous avons commenc&#233; ensemble&#034;, me dirent-ils, &#034;nous allons continuer ensemble&#034;, et nous d&#233;cid&#226;mes de tenir la r&#233;union sans plus tarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#233;taient pr&#233;sents. Il s'&#233;lev&#232;rent avec indignation contre les actions terroristes du gouvernement pour intimider les ouvriers. Les mineurs de Salg&#243;terj&#225;n &#233;taient les plus d&#233;termin&#233;s &#224; recourir &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Les rapports des dirigeants du Conseil Central Ouvrier, d&#233;clar&#232;rent-ils, prouv&#232;rent indubitablement que le gouvernement se moquait des revendications ouvri&#232;res, et qu'&#224; l'abri des ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques, il se jouait de nous. Tous le monde tomba d'accord, et la seule question qui soulev&#226;t une discussion &#233;tait de savoir si la gr&#232;ve serait de 24 ou de 48 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous d&#233;lib&#233;rions, le d&#233;l&#233;gu&#233; de Salg&#243;tarj&#225;n fut appel&#233; au t&#233;l&#233;phone. On l'informa que quelque 600 manifestants s'&#233;taient rendus devant le b&#226;timent du conseil local o&#249; le commandement sovi&#233;tique gardait &#224; vue des membres du Conseil Ouvrier de la ville mini&#232;re. Les manifestants r&#233;clamaient leur lib&#233;ration. Tout &#224; coup, des soldats sovi&#233;tiques et des gardes &#224; la &#034;poufa&#239;ka&#034; post&#233;s sur le toit avaient ouvert le feu, et on avait relev&#233; une trentaine de victimes, bless&#233;s ou morts. Cette nouvelle fut comme de l'huile sur le feu. Une temp&#234;te d'indignation balaya la salle et nous tomb&#226;mes d'accord que la seule riposte possible &#233;tait la gr&#232;ve. Toutefois, le service des eaux et celui d'&#233;lectricit&#233; ne seraient pas interrompus, et les h&#244;pitaux devraient continuer de fonctionner nonobstant certaines restrictions. Nous d&#233;cid&#226;mes d'autre part de lancer un appel aux syndicats libres du monde entier pour que les travailleurs d'Occident organisent une manifestation de solidarit&#233;. Par ailleurs, nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas proc&#233;der &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil National, car c'e&#251;t &#233;t&#233; fournir &#224; K&#225;d&#225;r un pr&#233;texte commode pour dissoudre le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. Nous opt&#226;mes pour une gr&#232;ve de 48 heures qui serait annonc&#233;e aux ouvriers par le conseil de chaque entreprise le lundi suivant. La gr&#232;ve elle-m&#234;me se d&#233;roulerait les mardi et mercredi, 10 et 11 d&#233;cembre. Si notre appel aux syndicats libres &#224; Bruxelles e&#251;t &#233;t&#233; entendu, il aurait &#233;t&#233; certainement tr&#232;s int&#233;ressant de voir les ouvriers partout en mouvement. Surtout, si, en Occident, ils n'avaient pas &#233;t&#233; des gens mous, comme ils &#233;taient. Mais h&#233;las, je n'ai jamais entendu dire qu'ils avaient fait quelque chose de s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions nettement l'impression que le gouvernement K&#225;d&#225;r se pr&#233;parait &#224; frapper un grand coup pour nous &#233;craser. Nous tent&#226;mes une ultime d&#233;marche aupr&#232;s des Russes. Il nous semblait en effet que K&#225;d&#225;r et les siens n'essayaient pas seulement de nous duper, mais qu'ils voulaient aussi donner le change aux Sovi&#233;tiques. En tant que repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re hongroise, il &#233;tait de notre devoir, pensions-nous, de mettre les occupants au courant de la v&#233;ritable situation. La tension montait dans le pays et les &#233;v&#233;nements prenaient mauvaise tournure du fait de certaines forces conservatrices (les sectaires gauchistes et K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me) qui s'opposaient &#224; toute solution de bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;solution fut vot&#233;e, qui pr&#233;voyait la visite d'une d&#233;l&#233;gation au Haut Commandement sovi&#233;tique de Budapest avec lequel nous &#233;tions toujours en contact, pour lui demander de faire savoir &#224; l'ambassade que notre d&#233;l&#233;gation demandait &#224; &#234;tre entendue par le gouvernement sovi&#233;tique. De plus, nous avons r&#233;dig&#233; une lettre adress&#233;e directement &#224; Boulganine. Le Haut Commandement sovi&#233;tique devait nous d&#233;clarer que, s'agissant d'une d&#233;marche diplomatique, il &#233;tait oblig&#233; de passer par le gouvernement hongrois : au cas o&#249; celui-ci donnerait son accord, l'ambassade pourrait transmettre la demande &#224; qui de droit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union termin&#233;e, nous nous f&#238;mes des adieux &#233;mus, car il &#233;tait possible que nous ne nous revissions plus. Nous nous prom&#238;mes de tenir bon, chacun de notre c&#244;t&#233;, et d'essayer de maintenir les conseils ouvriers dans l'esprit de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos appr&#233;hensions se trouv&#232;rent justifi&#233;es. Le 8 d&#233;cembre, un dimanche, jour o&#249; les r&#233;actions ouvri&#232;res &#233;taient le moins &#224; craindre, le gouvernement fit diffuser par la radio un communiqu&#233; pronon&#231;ant la dissolution du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. D&#232;s l'aube de ce jour, les membres du Conseil avaient &#233;t&#233; pris en chasse par la police. A cinq heures du matin, un d&#233;tachement arm&#233; se pr&#233;senta au si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent et emmena tous ceux qui avaient pass&#233; la nuit au dortoir. Quant &#224; moi, je fus arr&#234;t&#233; vers midi. A la police, on me fit entendre l'intervention que j'avais prononc&#233;e lors de la s&#233;ance secr&#232;te, et qui avait &#233;t&#233; enregistr&#233;e au magn&#233;tophone &#224; notre insu. On me reprochait mon projet de faire appel aux ouvriers du monde entier pour une gr&#232;ve de solidarit&#233;. Je r&#233;pondis que je connaissais suffisamment la th&#233;orie marxiste pour savoir que le prol&#233;tariat du monde entier &#233;tait un et indivisible. Le policier qui m'interrogeait me r&#233;torqua qu'il ne fallait pas prendre au s&#233;rieux tout ce qu'on enseignait dans les conf&#233;rences du parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la nouvelle de mon arrestation, les ouvriers de mon usine se mirent imm&#233;diatement en gr&#232;ve. Un comit&#233; se forma pour obtenir ma lib&#233;ration. Bon nombre de vieux militants communistes en faisaient partie. Des d&#233;l&#233;gations se pr&#233;sent&#232;rent un peu partout y compris chez K&#225;d&#225;r, pour se porter garantes de mon honn&#234;tet&#233;. Les membres du comit&#233; avaient de bonnes relations ; certains avaient des fils vice-ministres, d'autres hauts fonctionnaires et, de fait, on me lib&#233;ra assez vite. Toutefois, on me soumit &#224; une &#233;troite surveillance polici&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les autres membres du Conseil Central ne tard&#232;rent pas non plus &#224; &#234;tre remis en libert&#233;, et j'appris bient&#244;t que le gouvernement manifestait l'intention d'instituer une certaine forme de collaboration avec nous. Mais je ne voulais plus &#234;tre dupe, je pressentais un pi&#232;ge, et d'ailleurs je me pr&#233;parais &#224; quitter le pays car je venais d'apprendre les circonstances dans lesquelles les autres dirigeants de notre Conseil, Bali et R&#225;cz, avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. A l'issue de la r&#233;union qui avait lanc&#233; l'ordre de gr&#232;ve, ils s'&#233;taient rendus &#224; l'usine Belo&#239;annis o&#249;, sous la protection de leurs camarades, ils se sentaient plus en s&#233;curit&#233; que chez eux. Le dimanche 8 d&#233;cembre, vers midi, les forces du maintien d l'ordre voulurent occuper l'usine o&#249; se trouvaient un certain nombre d'ouvriers charg&#233;s des travaux d'entretien. Ceux-ci intervinrent en faveur de Bali et de R&#225;cz. Des blind&#233;s sovi&#233;tiques arriv&#232;rent alors et cern&#232;rent l'usine. Cependant, ils n'intervinrent pas directement, bien que les ouvriers ne permissent pas aux forces du maintien de l'ordre de p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur des b&#226;timents. Jusque lundi, ouvriers et policiers se regard&#232;rent comme chiens de fa&#239;ence. Alors K&#225;d&#225;r envoya un message &#224; Bali et &#224; R&#225;cz, et aussi aux autres membres du Conseil, par exemple &#224; Karsa&#239;, les invitant &#224; se rendre au Parlement pour discuter avec lui. Apr&#232;s r&#233;flexion, les d&#233;l&#233;gu&#233;s accept&#232;rent. Bient&#244;t un autobus envoy&#233; par K&#225;d&#225;r arriva devant l'usine. Bali et R&#225;cz, ainsi que les autres, y prirent place et furent conduits au Parlement o&#249; on les mit aussit&#244;t en &#233;tat d'arrestation. A vrai dire, il virent bien K&#225;d&#225;r, mais dans un couloir, et &#233;chang&#232;rent m&#234;me quelques mots avec lui, juste avant que le premier secr&#233;taire du parti assist&#226;t, sans sourciller, &#224; leur enl&#232;vement par les policiers. Une dizaine de jours plus tard, Bali, eu &#233;gard &#224; son long pass&#233; de militant communiste, et &#224; la gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e &#224; la suite de son arrestation, fut rel&#226;ch&#233;. (Il fut arr&#234;t&#233; de nouveau, en 1957). R&#225;cz, lui, resta en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de notre arrestation et des man&#339;uvres du gouvernement, la gr&#232;ve de 48 heures fut un succ&#232;s. En vain fit-on lire dans les usines un communiqu&#233; gouvernemental affirmant que l'appel du Conseil Central Ouvrier &#233;tait ill&#233;gal, puisque le Conseil venait d'&#234;tre dissous ; les ouvriers &#233;cout&#232;rent cette lecture en silence, ne firent aucun commentaire, rentr&#232;rent chez eux et ne revinrent pas &#224; l'usine le lendemain. La gr&#232;ve fut totale, paralysant la vie &#233;conomique jusqu'aux transports eux-m&#234;mes. C'est &#224; grand-peine que le gouvernement, sous la protection de forces arm&#233;es, put faire partir un ou deux tramways. Avec cette gr&#232;ve se terminait d'ailleurs le chapitre le plus important, peut-&#234;tre, de la r&#233;volution hongroise ; l'action des conseils ouvriers cessait, et le gouvernement entreprenait de mater la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais dire encore quelques mots de l'organisation, des projets et de quelques &#233;v&#233;nements du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. La grande majorit&#233; des membres de ce Conseil &#233;tait constitu&#233;e d'ouvriers qualifi&#233;s, mais nous comptions parmi nous quatre ou cinq ing&#233;nieurs. Parmi ces derniers, deux furent des anciens ouvriers, comme moi et Karsai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions cr&#233;&#233; au total sept sections ou commissions, dont les chefs &#233;taient en m&#234;me temps vice-pr&#233;sidents du Conseil. Ces commissions avaient pour t&#226;che d'&#233;laborer le programme des conseils ouvriers. Leurs chefs furent, outre R&#225;cz, comme pr&#233;sident, Kalocsai, Babsai, Karsai, Sebesty&#233;n, T&#246;ke, Bali. En parlant de la composition du Conseil Central, je voudrais compl&#233;ter mon t&#233;moignage. Bali et R&#225;cz sont venus de l'usine Belo&#239;annis (ancien Standard) du 11&#232; arrondissement. Tous deux serruriers-outilleurs, le dernier &#233;tait l'&#233;l&#232;ve de Bali sur le plan professionnel, mais aussi politiquement. J'ai d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; Bali qui fut notre &#034;penseur politique&#034; avec Karsa&#239;. Ce fut ce dernier surtout qui insista sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;laborer une perspective &#224; long terme, de clarifier notre propre r&#244;le tant sur le plan politique qu'&#233;conomique. A c&#244;t&#233; d'eux, R&#225;cz attira l'attention par son attitude tranchante, extr&#234;mement dure qui, li&#233;e &#224; un dynamisme exceptionnel et une sinc&#233;rit&#233; profonde, a exprim&#233; toute notre r&#233;volution. On n'aurait pas pu trouver un meilleur pr&#233;sident. Sebesty&#233;n &#233;tait ing&#233;nieur &#224; la M.O.M. (R&#233;gl&#233; d'Optique Hongroise). Pour d&#233;montrer combien il &#233;tait aim&#233; par les ouvriers, je raconte la tentative de son arrestation. Vers le 4 d&#233;cembre, en relation avec notre journal, la Gazette Ouvri&#232;re, la police vient arr&#234;ter Sebesty&#233;n dans son usine. Apprenant cette tentative, les ouvriers d&#233;clench&#232;rent imm&#233;diatement la gr&#232;ve et cern&#232;rent toute l'usine, arm&#233;s de tiges de fer et de lourds outils. A l'appel t&#233;l&#233;phonique d&#233;sesp&#233;r&#233; des policiers, bient&#244;t arriva un d&#233;tachement blind&#233; sovi&#233;tique qui, &#224; sont tour, cernait l'usine. A l'int&#233;rieur de la cl&#244;ture, il y avait les ouvriers, &#224; l'ext&#233;rieur, les blind&#233;s. On attendait. Le Conseil Ouvrier local nous a appel&#233; mais lorsque nous arriv&#226;mes, un autre groupe de &#034;poufa&#239;ka&#034; arriva &#233;galement. Leur commandant voulait parler avec autorit&#233; aux ouvriers, l'officier sovi&#233;tique arriva aussi. Chacun sut que si quelqu'un commence il y aura de la bagarre. Mais les ouvriers ne voulaient, &#224; aucun prix, donner Sebesty&#233;n ; on ne pouvait pas le toucher. Finalement, apr&#232;s l'intervention de leur haut commandement, les policiers se retir&#232;rent. Pour compl&#233;ter tout ce que j'ai dit sur les membres du Conseil, je mentionne &#233;galement ceux de Csepel, par exemple, Kl&#233;ger et Szen&#246;czei, arriv&#233;s apr&#232;s l'&#233;viction de D&#233;venyi, le d&#233;l&#233;gu&#233; des Chemins de Fer, Mester, Varga, charg&#233; de relations avec le commandement sovi&#233;tique et autres membres, charg&#233;s de t&#226;ches vari&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensions que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le r&#244;le des conseils ouvriers serait de diriger la production, de prendre possession des usines pour le compte des ouvriers et de cr&#233;er des conditions dans lesquelles le Conseil Ouvrier pourrait fonctionner ind&#233;pendamment de tout autre organisation, qu'il s'agisse de gouvernement, de parti ou de syndicat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous esp&#233;rions que le r&#233;gime, une fois consolid&#233;, pourrait instituer un syst&#232;me politique bas&#233; sur deux Chambres ; la premi&#232;re, l&#233;gislative, assumerait la direction politique du pays ; la seconde s'occuperait de l'&#233;conomie et des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re. Les membres de la deuxi&#232;me Chambre seraient &#233;lus parmi les producteurs, c'est-&#224;-dire parmi les membres des conseils ouvriers, sur la base d'&#233;lections d&#233;mocratiques. Notre intention n'&#233;tait pas de pr&#233;tendre, pour les conseils ouvriers, &#224; un r&#244;le politique. Nous pensions g&#233;n&#233;ralement que, de m&#234;me qu'il fallait des sp&#233;cialistes &#224; la direction de l'&#233;conomie, de m&#234;me la direction politique devait &#234;tre assum&#233;e par des experts. Nous tenions, par contre, &#224; contr&#244;ler nous-m&#234;mes tout ce qui nous concernait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de ces questions il y eut des discussions. En discutant des questions d'organisation du Conseil Central du Grand-Budapest, nous &#233;voquions aussi son avenir. A notre avis, pour que le Conseil puisse remplir son v&#233;ritable r&#244;le, &#224; savoir la direction de la production, le capitalisme d'Etat, sous le contr&#244;le du parti communiste, devait dispara&#238;tre. Il fallait aussi r&#233;gler la question des syndicats. Jusqu'au 1er janvier 1957, consid&#233;r&#233; par nous comme une date limite, on devait &#233;lire, dans chaque usine, d&#233;mocratiquement, les nouvelles directions syndicales, ainsi que le sp&#233;cifient les statuts des syndicats libres. (Il y aurait incompatibilit&#233; entre l'appartenance &#224; la direction syndicale et aux conseils ouvriers.) Le Conseil Ouvrier &#233;mit le v&#339;u que les syndicats hongrois quittent la F&#233;d&#233;ration Syndicale Mondiale pour adh&#233;rer &#224; la F&#233;d&#233;ration Internationale des Syndicats Libres. Les syndicats auraient pour t&#226;che de d&#233;fendre les ouvriers sur le plan national, contre le gouvernement si besoin &#233;tait, et contre les conseils ouvriers eux-m&#234;mes si, d'aventure, ceux-ci &#233;taient en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts ouvriers. Malgr&#233; tout, syndicats et conseils ouvriers devraient collaborer dans toute la mesure du possible, quand bien m&#234;me leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats sur le plan de la production ne seraient pas toujours concordants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la situation &#224; venir des conseils ouvriers, elle devrait &#234;tre d&#233;finie par les commissions &#233;conomique et politique du Conseil Central. Une question restait en suspens : comment le Conseil des Producteurs form&#233; de membres des conseils ouvriers pourrait avoir une certaine part &#224; la direction de l'Etat. Je dois dire franchement que nous n'e&#251;mes pas le temps d'&#233;tudier &#224; fond ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est certain, c'est que nous ne voulons plus d'un syst&#232;me gouvernant &#224; coups de d&#233;crets. L'Assembl&#233;e Nationale n'avait qu'&#224; voter des lois convenables. Evidement, pour les questions &#233;conomiques, l'Assembl&#233;e devrait consulter le Conseil des Producteurs et obtenir son approbation. Selon nos conceptions, le pays avait besoin d'une nouvelle constitution qui pr&#233;ciserait quels seraient les partis autoris&#233;s, dans quel esprit devrait travailler le gouvernement, et comment il assurerait le maintien d'une soci&#233;t&#233; socialiste. Le Conseil des Producteurs devrait fonctionner, bien entendu, selon les principes d&#233;finis dans la nouvelle constitution. Aux termes de la constitution pr&#233;c&#233;dente, les probl&#232;mes &#233;conomiques et politiques n'&#233;taient pas s&#233;par&#233;s. Quand des questions &#233;conomiques &#233;taient pos&#233;es devant le Parlement, elles &#233;taient tranch&#233;es par des sp&#233;cialistes de la politique et non par des &#233;conomistes, et ces politiciens ne prenaient pas en consid&#233;ration l'int&#233;r&#234;t des travailleurs. Une seule personnalit&#233; politique, quand elle avait du poids, pouvait diriger les affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon nos conceptions, le Conseil des Producteurs deviendrait un organisme dirigeant la vie &#233;conomique du pays, les deux chambres jouant chacune leur r&#244;le propre, se compl&#233;tant au lieu de s'opposer. Bien que toutes nos id&#233;es sur ces points ne fussent pas d&#233;finitives, nous les consign&#226;mes dans un projet que, par la suite, la police devait exploiter contre nous. Il y &#233;tait dit que le gouvernement serait l'&#233;manation des deux chambres, ses membres se heurtant dans chacune d'elles. Certains postes ne pourraient &#234;tre attribu&#233;s qu'&#224; des sp&#233;cialistes qualifi&#233;s, de l'une ou l'autre chambre. Chacune des deux chambres pourrait mettre en &#233;chec le gouvernement, responsable devant chacune d'elles et ne pouvant se maintenir qu'avec la confiance de l'une et de l'autre. Dans la Hongrie nouvelle et d&#233;mocratique que nous imaginions, le l&#233;gislatif et l'ex&#233;cutif devaient &#234;tre rigoureusement s&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous discut&#226;mes ainsi de la fa&#231;on dont les b&#233;n&#233;fices des usines, travaillant enfin d'une mani&#232;re rentable, seraient r&#233;partis. Nous pr&#233;voyions trois cat&#233;gories de b&#233;n&#233;ficiaires : l'Etat, l'entreprise elle-m&#234;me (r&#233;serves, &#233;quipement, roulement) et les travailleurs. Les modalit&#233;s de la distribution de cette partie des b&#233;n&#233;fices seraient d&#233;finies, chaque fin d'ann&#233;e, par le conseil d'usine. Certains d'entre nous &#233;mirent des id&#233;es aujourd'hui assez r&#233;pandues en Occident, d'un capitalisme &#034;populaire&#034; octroyant des actions aux travailleurs. Je ne puis dire comment les choses auraient &#233;volu&#233; si nous avions pu mettre nos id&#233;es en pratique. Evidemment, nous avons voulu une planification bien que diff&#233;rente de celle qui existait sous R&#225;kosi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivions en pleine r&#233;volution et nous devions combattre. Certes, nous ne savions pas avec pr&#233;cision comment l'avenir se pr&#233;senterait, mais nous avions tous le sentiment d'&#234;tre dans la bonne voie. Dans la voie que devaient suivre les travailleurs, le pays tout entier, pour que s'&#233;panouisse la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ces promesses d'avenir qu'ont &#233;cras&#233;es les Russes et K&#225;d&#225;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CE QUE FURENT&lt;br class='autobr' /&gt;
LES CONSEILS OUVRIERS HONGROIS &lt;br class='autobr' /&gt;
(T&#233;moignage de Ferenc T&#246;ke, l'un des anciens vice-pr&#233;sidents&lt;br class='autobr' /&gt;
du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Paru dans la revue Etudes (Bruxelles), n&#176;3, 1960)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduction revue, corrig&#233;e et compl&#233;t&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis issu d'une famille ouvri&#232;re. Tr&#232;s jeune, j'ai commenc&#233; &#224; travailler comme apprenti &#224; l'usine d'appareils de T.S.F. ORION. Re&#231;u compagnon, je devins ajusteur-outilleur, mais d&#233;sireux de continuer des &#233;tudes qui, jusque-l&#224; avaient &#233;t&#233; tr&#232;s sommaires, je m'inscrivis &#224; des cours du soir. Gr&#226;ce &#224; quoi je fus vers&#233; dans les cadres en qualit&#233; de chronom&#233;treur, profession qui, certes, n'est pas populaire en Hongrie. N&#233;anmoins lorsque, pendant la r&#233;volution, on proc&#233;da aux &#233;lections du conseil ouvrier de mon entreprise &#8211; je travaillais alors &#224; la fabrique d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, qui employait quelques 3 000 ouvriers &#8211; je me trouvai en t&#234;te de liste avec une confortable avance de voix sur les autres. Quand ces &#233;lections provisoires furent confirm&#233;es, je voulus retirer ma candidature pour raison de sant&#233;, mais le personnel du d&#233;partement o&#249; je travaillais protesta contre cette d&#233;fection, et je fus de nouveau &#233;lu. J'ajoute que j'avais adh&#233;r&#233; au parti social-d&#233;mocrate &#224; l'&#226;ge de 16 ans, et que depuis j'ai conserv&#233; mes convictions sociales-d&#233;mocrates. Cependant, comme une grande partie des ouvriers de mon pays, j'&#233;tais devenu membre du Parti des Travailleurs Hongrois (le parti communiste). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que mon t&#233;moignage ne sera pas une image compl&#232;te des conseils ouvriers ; je ne peux dire que ce que je sais. Par contre, je dirai tout sans rien ajouter, sans rien n&#233;gliger. Ce que j'ai dit, j'en prends la responsabilit&#233;. Evidemment, il est possible que, dans les d&#233;tails, concernant les dates ou autres choses, je fasse une erreur, mais du point de vue de principe et historiquement, tout se d&#233;roula tel que je le raconte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements du 23 octobre 1956, cessant de participer aux combats insurrectionnels, je me rendis &#224; mon usine. C'&#233;tait, je crois, le 25 octobre. Sur les 3.000 travailleurs de l'entreprise, quelques 800 &#233;taient r&#233;unis au foyer culturel. Sur l'estrade avaient pris place le directeur, le secr&#233;taire du parti, le pr&#233;sident du comit&#233; d'usine et quelques autres fonctionnaires, c'est-&#224;-dire les permanents. Dans la salle, des ouvriers. Les dirigeants essayaient de mettre sur pied un conseil ouvrier. En effet, le Conseil National des Syndicats venait de prendre une initiative, approuv&#233;e par le Comit&#233; Central du parti, en vertu de laquelle on devait former un conseil ouvrier dans chaque usine, afin que les travailleurs aient un droit de regard plus &#233;tendu sur la marche de l'entreprise pour qu'ils dirigent r&#233;ellement les usines. Ce fut la forme officielle des mesures prises, par lesquelles ils ont voulu garder leur place, tout comme l&#224; o&#249; &#8211; &#233;tant les initiateurs &#8211; ils pouvaient rester du c&#244;t&#233; du feu. Mais les conseils ouvriers ont &#233;t&#233; form&#233;s dans un temps critique o&#249; rien ne pouvait &#234;tre impos&#233; aux ouvriers. L'esprit libre de la r&#233;v&#233;lation fut tellement fort que l'ouvrier voulant un changement ne d&#233;sirait aucunement accepter une d&#233;cision &#233;manant de Ger&#246;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, je dois ouvrir une parenth&#232;se consacr&#233;e aux &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dents. Au cours des semaines pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution du 23 octobre, l'atmosph&#232;re &#233;tait tendue &#224; l'usine. Les ouvriers, contre toute attente, beaucoup lurent les journaux affich&#233;s qui donnaient par exemple une place importante au cas de Mme Rajk. Cette derni&#232;re avait re&#231;u des autorit&#233;s 200.000 florins, en r&#233;compense, somme qu'elle avait remis imm&#233;diatement aux Coll&#232;ges Populaires. Sa d&#233;claration disant qu'on ne peut effacer les ann&#233;es de souffrance par aucun argent a fait un tel bruit dans l'usine que les ouvriers se groupant devant les journaux ne parl&#232;rent que de cela, pendant des heures. Le proc&#232;s des participants &#224; l'&#233;meute de Poznan en Pologne dont la presse hongroise a largement diffus&#233; les d&#233;bats fit &#233;galement grand bruit. Et en particulier, la conclusion du proc&#232;s annon&#231;ant que l'A.V.H. polonais avait &#233;t&#233; le principal fautif en tirant sur les masses. Je dois parler aussi des articles de journaux, au cours de presque toute l'ann&#233;e, et particuli&#232;rement des d&#233;clarations des &#233;crivains. Les articles furent affich&#233;s et les ouvriers les ont imm&#233;diatement discut&#233;s. Contrairement aux ann&#233;es apolitiques suivant 1948, les ouvriers &#233;taient politiquement tr&#232;s actifs. Ils ont commenc&#233; &#224; discuter politique, d'une mani&#232;re particuli&#232;rement active, bien que ces discussions ne tendissent &#224; aucun but pr&#233;cis. Ils ne parlaient que des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que les discours prononc&#233;s aux d&#233;bats du Cercle Pet&#246;fi n'ont pas &#233;t&#233; publi&#233;s officiellement, mais il y eut beaucoup de participants et les choses dites ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans les usines. Je dois dire que beaucoup d'ouvriers qui suivaient les cours du soir &#224; l'Universit&#233; Technique furent mis en contact avec ces d&#233;bats. Par leur interm&#233;diaire, les ouvriers en furent inform&#233;s, il s'ensuivait des discussions anim&#233;es. L'atmosph&#232;re politique &#233;tait tendue, car un air libre avait travers&#233; les usines, contre la pression &#233;touffante du parti. On a donc favorablement accueilli dans l'usine chaque manifestation du Cercle Pet&#246;fi, les travailleurs ont fait comme leur toute cette affaire. S'il avait &#233;t&#233; possible, chacun d'entre eux y aurait particip&#233;. Je puis affirmer que si l'on avait pu organiser un tel d&#233;bat dans l'usine, 2.800 sur 3.000 travailleurs y auraient particip&#233;, sans aucune agitation du parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois mentionner, parmi les faits et &#233;v&#233;nements qui ont contribu&#233; &#224; &#233;veiller l'int&#233;r&#234;t politique des ouvriers, la r&#233;union des membres du parti, au mois de juillet. A cette r&#233;union, le secr&#233;taire du parti a annonc&#233; la r&#233;habilitation de Rajk et expliqu&#233; les raisons de la d&#233;mission de R&#225;kosi. La d&#233;claration finale du secr&#233;taire du parti : &#034;camarades, on n'a pas besoin d'intervention, aujourd'hui nous n'en voulons entendre aucune, rentrez sagement chez vous&#034; provoqua un effet bizarre m&#234;l&#233; &#224; un sentiment p&#233;nible, car auparavant, il &#233;tait quasi obligatoire de prendre la parole. Cette fois-ci, on leur clouait le bec. Par la suite, tous ceux qui commenc&#232;rent &#224; parler dans l'usine, furent brim&#233;s, on leur conseillait de laisser tomber l'affaire Rajk.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organes officiels tels que le secr&#233;tariat du parti, la direction de l'usine, etc, emp&#234;ch&#232;rent par tous les moyens la diffusion du contenu des d&#233;bats qui d&#233;j&#224; animaient le pays. Ce fut ainsi le 22 octobre, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la jeunesse vinrent &#224; l'usine, et demand&#232;rent l'organisation locale de D.I.S.Z. (Jeunesse Communiste) de convoquer les ouvriers &#224; la salle de culture pour leur parler de la position et des revendications de la jeunesse. La direction de D.E.S.Z. fut favorable &#224; cette demande, mais celle de l'union et le secr&#233;tariat du parti s'y oppos&#232;rent. Les ouvriers d&#233;j&#224; &#224; ce moment protest&#232;rent contre cette attitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; l'ambiance des usines, avant le 23 octobre. Dans ces conditions, tout le monde &#233;tait politiquement actif, car les ouvriers avaient l'espoir de trouver une issue &#224; l'&#233;tat intenable dans lequel &#233;tait plong&#233; le pays, pendant les derni&#232;res ann&#233;es. C'est pourquoi, il &#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant de voir l'activit&#233; des ouvriers et leur r&#233;action &#224; la d&#233;cision du Conseil National des Syndicats sur les conseils ouvriers. Ils ont donn&#233; un autre sens &#224; cette d&#233;cision, contraire aux d&#233;sirs du parti et des Syndicats. Bien entendu, la direction souhaitait imposer ses candidats. Mais les ouvriers ne l'entendaient pas de cette oreille et seuls furent &#233;lus les candidats pr&#233;sent&#233;s par eux. Ils avaient pris au s&#233;rieux la d&#233;cision qui, en particulier, d&#233;clarait que les conseils doivent &#234;tre fond&#233;s par les ouvriers, ces derniers doivent y jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant. Devant la tournure des &#233;v&#233;nements, les cadres dirigeants d&#233;missionn&#232;rent de leur propre gr&#233;. Aucun d'eux, d'ailleurs, ne fut chass&#233; de l'usine. Le directeur, arguant de sa qualification d'ajusteur-outilleur et du fait qu'il avait &#233;t&#233; employ&#233; en cette qualit&#233; dans l'entreprise, demanda &#224; &#234;tre reclass&#233; dans sa sp&#233;cialit&#233;. Les ouvriers y consentirent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil ouvrier ainsi &#233;lu comprenait 25 membres environ. Chaque d&#233;partement de l'usine en avait &#233;lu deux ou trois. Ceux qui venaient des ateliers &#233;taient tous des manuels, ceux qui repr&#233;sentaient les bureaux &#233;taient des employ&#233;s. Au total, 19 des membres du conseil &#233;taient des manuels. Nous l'avons consid&#233;r&#233; comme conseil provisoire, car de 3.000 travailleurs n'&#233;taient pr&#233;sents que 800.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etant donn&#233; la situation g&#233;n&#233;rale tr&#232;s confuse, et les d&#233;clarations plut&#244;t vagues du gouvernement, on d&#233;cida de ne pas reconna&#238;tre ce dernier jusqu'&#224; plus ample inform&#233; et de poursuivre une gr&#232;ve qui &#233;tait un &#233;tat de fait. Le conseil ouvrier fut charg&#233; d'&#233;tablir un cahier de revendications qui devait &#234;tre approuv&#233; par les ouvriers, puis transmis au gouvernement. Au nombre des revendications figuraient : le retrait des troupes sovi&#233;tiques de Hongrie &#8211; donc l'ind&#233;pendance du pays &#8211; et le maintien au pouvoir d'un gouvernement Imre Nagy auquel seuls participeraient ceux qui jouissaient de la confiance du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois pr&#233;ciser que 50 % environ des membres du conseil ouvrier &#233;taient des jeunes, de 23 &#224; 28 ans. Ils avaient particip&#233; aux diverses actions r&#233;volutionnaires, aux manifestations, au d&#233;boulonnage de la statue de Staline, aux combats devant la Radio, etc. Quelques-uns avaient suivi des cours du soir &#224; l'Universit&#233;. Par leur envergure et leur esprit r&#233;volutionnaire, ils avaient r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner les travailleurs de l'usine. Les travailleurs plus &#226;g&#233;s avaient souvent dit que si les jeunes &#233;taient capables de d&#233;clencher une telle lutte glorieuse, ils seraient certainement capables et dignes de repr&#233;senter les travailleurs. Parmi ces &#034;anciens&#034;, on comptait chez nous de nombreux militants syndicalistes ; certains avaient fait de la prison sous l'ancien r&#233;gime, voire sous R&#225;kosi, mais pour la plupart ils &#233;taient d'avis que c'&#233;tait aux jeunes de prendre la rel&#232;ve. Puisqu'ils avaient &#233;t&#233; capables de soutenir un combat aussi difficile que celui qui venait de se d&#233;rouler, ils &#233;taient dignes de repr&#233;senter leurs camarades. Pour un membre du conseil, le fait d'appartenir au parti (communiste) n'avait aucune importance. Chacun savait que j'&#233;tais membre du parti, et cela ne m'avait pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre &#233;lu. Les 90 % des membres du conseil appartenaient d'ailleurs au parti, et plusieurs d'entre eux &#233;taient des militants actifs. Mais les ouvriers avaient confiance en eux, car ils savaient qu'ils avaient toujours d&#233;fendu leurs int&#233;r&#234;ts. Tout ce qu'on leur demandait, c'&#233;tait un pass&#233; irr&#233;prochable. C'est pourquoi, on examinait soigneusement le vie des candidats, leur imposant des interrogatoires serr&#233;s devant tous les ouvriers, au moment de l'&#233;lection. On leur posait des questions sur leurs ant&#233;c&#233;dents, les pressant d'avouer les fautes commises dans le pass&#233;. C'est ainsi, par exemple, qu'un ouvrier &#224; reconnu avoir &#233;t&#233; m&#234;l&#233; &#224; une histoire d'argent. L'assembl&#233;e, le remerciant de sa sinc&#233;rit&#233;, passa au suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, dans toutes les usines de Budapest, je crois, des conseils ouvriers furent cr&#233;&#233;s. Les ouvriers de la capitale hongroise savaient qu'en Yougoslavie des conseils ouvriers &#233;taient &#224; la t&#234;te des usines. Puisque, dans ce pays, des ouvriers pouvaient se consid&#233;rer comme les vrais propri&#233;taires des usines, pourquoi, se disaient-ils, la chose ne serait-elle pas possible en Hongrie ? D'autre part, ils souhaitaient que ces conseils ouvriers soient vraiment faits &#224; leur image. Et la cr&#233;ation des conseils s'&#233;tendit progressivement de Budapest &#224; tout le territoire du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, les conseils &#233;taient partout en place et commen&#231;aient &#224; fonctionner. En m&#234;me temps, on commen&#231;ait &#224; relever de leurs fonctions les anciens dirigeants. Les ouvriers r&#233;clamaient la d&#233;centralisation industrielle, ce qui, sur le plan pratique, signifiait que l'usine deviendrait la propri&#233;t&#233; effective de ceux qui y travaillaient, mais qu'une part des b&#233;n&#233;fices serait r&#233;serv&#233;e &#224; l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre usine, nous avons commenc&#233; de processus d&#232;s le 30 ou 31 octobre, un mardi. Avec une d&#233;l&#233;gation, je me suis rendu au Parlement pour un entretien avec Zoltan Tildy afin de soumettre un m&#233;morandum &#224; Imre Nagy. On venait justement de lire &#224; la radio les d&#233;clarations de Nagy, de Tildy et de K&#225;d&#225;r. Nous venions d'acqu&#233;rir la conviction que le gouvernement &#233;tait d&#233;sormais ma&#238;tre de la situation. Nous d&#233;cid&#226;mes de retourner &#224; l'usine et de demander aux ouvriers de reprendre le travail. Nous lan&#231;&#226;mes un appel &#224; la radio les invitant &#224; se retrouver devant leurs &#233;tablis le 5 novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, d&#232;s le 2 et le 3, nombreux &#233;taient les travailleurs qui s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s pour aider &#224; r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts, car il y en avait eu. On avait l'impression qu'ils se rendaient compte qu'ils travaillaient maintenant pour eux. Quelques-uns me dirent que jusqu'ici tous les concours d'&#233;mulation avaient &#233;t&#233; organis&#233;s sous la contrainte. Mais si les &#233;v&#233;nements suivaient le cours qu'ils venaient de prendre, eux-m&#234;mes organiseraient l'&#233;mulation au travail, et ils obtiendraient des rendements effectifs comme on n'en avait jamais vus. Le samedi 3 novembre, les travailleurs de l'usine prirent la d&#233;cision de reprendre le travail, le lundi suivant. Lors de cette r&#233;union, nous avons d&#233;sign&#233; l'&#233;quipe dirigeante de chaque atelier, ordonn&#233; l'organisation du travail de fa&#231;on &#224; &#233;viter tout &#224;-coups dans la production. A la fin de la journ&#233;e, nous nous sommes s&#233;par&#233;s avec la volont&#233; de commencer la production le surlendemain. Nous avons essay&#233; d'&#233;viter la l&#233;g&#232;ret&#233; fatale de tout transformer d'un seul coup, car les ouvriers savaient qu'un des vices du r&#233;gime rakosiste fut le changement et le remplacement continuels des dirigeants techniques. Nous avons voulu voir comment fonctionnait le m&#233;canisme apr&#232;s avoir supprim&#233; quelques postes consid&#233;r&#233;s comme importants. Nous aurions ensuite la possibilit&#233; de rectifier les fautes de d&#233;tail, de supprimer les bureaux hors proportion, d'&#233;vincer les mouchards et de pourvoir l'usine de cadres techniques qualifi&#233;s. Notre but fut donc de ne pas bouleverser la vie de l'usine du jour au lendemain mais d'assurer une transition calme et graduelle &#224; la production normale. Dans leur m&#233;morandum adress&#233; au gouvernement, les ouvriers ont exprim&#233; le d&#233;sir de devenir propri&#233;taires de l'usine ; ils voulaient la diriger comme &#233;tant la leur et la maintenir en bon &#233;tat. Le Conseil Ouvrier ne pouvait prendre aucune mesure irr&#233;fl&#233;chie, car il devait imm&#233;diatement en r&#233;pondre devant les travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Conseil Ouvrier fut constitu&#233; de telle mani&#232;re que, sauf son pr&#233;sident et son secr&#233;taire, il ne comportait aucun membre permanent. Chacun de ses membres devait participer &#224; la production avec les autres ouvriers et, apr&#232;s le travail, assurer le fonctionnement du Conseil, tenir les r&#233;unions, etc. Les membres du Conseil devaient rendre compte, chaque jour, des &#233;v&#233;nements politiques, des affaires de l'usine et de leur propre travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre au matin, nous f&#251;mes r&#233;veill&#233;s par la canonnade sovi&#233;tique. La deuxi&#232;me intervention sovi&#233;tique allait bouleverser tous nos plans. Du coup, les ouvriers des usines se retrouv&#232;rent en &#233;tat de gr&#232;ve : nous avions convenu en effet que si les &#233;v&#233;nements contraires survenaient, la gr&#232;ve serait poursuivie sans qu'on ait besoin de prendre une nouvelle d&#233;cision &#224; ce sujet. Les ouvriers se servaient maintenant de la seule arme dont ils disposaient contre le gouvernement K&#225;d&#225;r impos&#233; par les Russes, comme ils avaient utilis&#233; la gr&#232;ve contre le gouvernement Nagy lui-m&#234;me tant qu'ils avaient eu l'impression que la situation confuse du pays le justifiait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre, jour de la seconde intervention, de nombreux ouvriers vinrent aux nouvelles &#224; l'entreprise. Ils ne savaient que penser, car les &#233;missions de la radio ne leur permettaient pas de comprendre l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose &#233;tait claire : le nouveau gouvernement &#233;tait sans pouvoir. Il invitait les ouvriers &#224; reprendre le travail, mais ceux-ci ne manifestaient nullement l'intention d'ob&#233;ir. D'autre part, il &#233;tait &#233;vident que la population laborieuse ne pouvait rester ind&#233;finiment les bras crois&#233;s. Ni les ouvriers en particulier, ni la population en g&#233;n&#233;ral n'avaient suffisamment de r&#233;serves pour soutenir une gr&#232;ve qui pouvait durer plusieurs mois. L'argent manquait cruellement. Quoi qu'il en soit, les ouvriers estim&#232;rent qu'en restant group&#233;s sur leur lieu de travail ils pourraient exercer une certaine pression sur le gouvernement. Ils esp&#233;raient aussi persuader les troupes sovi&#233;tiques que leur action hostile se heurtait aux volont&#233;s unanimes du peuple hongrois. Enfin, ils d&#233;siraient en arriver &#224; un modus vivendi avec les dirigeants d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune tendance r&#233;actionnaire ne se manifesta pendant toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve. Jamais, &#224; aucun moment, il ne fut question d'un retour &#233;ventuel des anciens propri&#233;taires. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers r&#233;clamaient du nouveau. Ils ne pensaient pas &#224; copier le mod&#232;le yougoslave, pas plus qu'ils ne songeaient &#224; s'inspirer du syst&#232;me am&#233;ricain ou occidental. Ce fut cette immense force qui aboutit &#224; la formation d'un Conseil Central Ouvrier, en d&#233;pit de la menace que faisaient peser les ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez nous, &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, les aspirations des travailleurs se pr&#233;cis&#232;rent d&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance du Conseil Ouvrier. Elles s'opposaient radicalement aux intentions du gouvernement. Celui-ci voulait en effet que les conseils ouvriers se cantonnent dans des fonctions purement &#233;conomiques. Alors que les conseils ouvriers, eux, r&#233;clamaient en plus un r&#244;le politique, au moins tant que les ouvriers ne disposeraient pas d'une repr&#233;sentation politique proprement dite. C'est pourquoi, notre projet de programme &#233;labor&#233; a contenu &#233;galement des revendications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce projet a pris naissance de la mani&#232;re suivante : au cours des r&#233;unions, les membres du Conseil se faisaient les interpr&#232;tes des revendications de leurs camarades, puis s'ouvrait un d&#233;bat auquel les ouvriers pouvaient prendre part. Ensuite, on votait des r&#233;solutions. L'une d'entre-elles, adopt&#233;e &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, stipulait qu'aucun des anciens propri&#233;taires ne pourrait &#234;tre rappel&#233;, et que l'usine serait la propri&#233;t&#233; exclusive des ouvriers. On ne pu cependant pr&#233;ciser &#8211; faute de temps &#8211; la fa&#231;on dont s'exercerait ce droit de propri&#233;t&#233;. Diff&#233;rentes solutions furent envisag&#233;es, l'une entre autres qui pr&#233;conisait l'&#233;mission d'actions. Mais la question resta en suspens. D'autres questions furent r&#233;solues sans &#233;quivoque : on d&#233;cida par exemple qu'aucune organisation politique ne porrait se d&#233;velopper &#224; l'int&#233;rieur de l'usine m&#234;me pas celles relevant des futures partis ouvriers. Le syndicat seul aurait le privil&#232;ge de l'organisation, mais il devrait &#234;tre ind&#233;pendant des partis. L'opinion g&#233;n&#233;rale voulait que les syndicats se forment d&#232;s que possible afin que les ouvriers disposent d'une organisation qui d&#233;fende r&#233;ellement leurs int&#233;r&#234;ts. En ce qui concerne le nouveau r&#233;gime, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, notre projet de programme stipulait que la repr&#233;sentation politique est l'affaire des partis politiques, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques celle des syndicats ; alors que la production appartient &#224; la classe ouvri&#232;re enti&#232;re repr&#233;sent&#233;e comme telle dans les conseils. En aucun cas, on ne tol&#233;rerait une tendance favorable au r&#233;gime du parti unique. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers d&#233;siraient que les partis ayant particip&#233; &#224; la coalition gouvernementale entre 1945 et 1947 &#8211; c'est-&#224;-dire ceux qui &#233;taient favorables &#224; l'instauration d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, par opposition &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste &#8211; puissent prendre part aux &#233;lections. Tous ces partis &#233;taient favorables &#224; la r&#233;forme agraire, &#224; une certaine gestion socialiste de l'industrie, au respect de la libert&#233; et de la dignit&#233; humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne sugg&#233;ra que les conseils ouvriers eux-m&#234;mes pourraient &#234;tre la repr&#233;sentation politique des ouvriers. Ceux-ci se rendaient parfaitement compte que l'entreprise, en tant qu'employeur, ne pouvait repr&#233;senter leurs int&#233;r&#234;ts politiques. Le trait le plus absurde du syst&#232;me qui venait d'&#234;tre renvers&#233; n'&#233;tait-il pas pr&#233;cis&#233;ment que l'employeur fut en m&#234;me temps le repr&#233;sentant des ouvriers ? Certes, comme je viens de le dire, le Conseil Ouvrier devait remplir certaines fonctions politiques, car il s'opposait &#224; un r&#233;gime et les ouvriers n'avaient pas d'autre repr&#233;sentation, mais dans l'esprit des travailleurs, c'&#233;tait &#224; titre provisoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, il convient d'apporter certaines pr&#233;cisons. La situation ne fut pas la m&#234;me pendant la r&#233;volution et apr&#232;s son &#233;crasement. Pendant la r&#233;volution, surtout apr&#232;s la clarification du r&#244;le du gouvernement Imre Nagy, il ne fut pas question d'un r&#244;le politique pour les conseil ouvriers. Il &#233;tait entendu que ce r&#244;le incombait au diff&#233;rents partis politiques. Par contre, apr&#232;s le 4 novembre 1956, une tendance se dessina pour sugg&#233;rer une fonction politique aux conseils ouvriers, pendant un temps ind&#233;fini. En effet, il n'existait dans le pays aucune autre organisation en laquelle les ouvriers puissent avoir confiance. Quoi qu'il en soit, aucune consid&#233;ration de parti ne joua lors de la cr&#233;ation des conseils, seuls comptaient l'int&#233;r&#234;t de l'usine, l'aptitude et les connaissances professionnelles. La solution des questions politiques r&#233;sum&#233;es dans nos revendications revenait au gouvernement. Les ouvriers ne pensaient pas que cette t&#226;che incombait aux conseils ouvriers mais ceux-ci devaient les transmettre au gouvernement et veiller &#224; ce que les organes comp&#233;tents les r&#233;alisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la seconde intervention sovi&#233;tique, le projet de cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier ne fut m&#234;me pas formul&#233;. L'id&#233;e ne fut lanc&#233;e que pendant les journ&#233;es confuses qui suivirent &#224; 4 novembre. Le pays fut sans ma&#238;tre, le gouvernement n'existait pas en r&#233;alit&#233;, le peu d'employ&#233;s ayant la confiance des soldats russes circulaient en voiture blind&#233;es. Il est caract&#233;ristique que les membres du r&#233;gime renvers&#233; contraints par les ouvriers &#224; la d&#233;mission, n'osaient pas revenir aux usines. Les ouvriers ne les auraient pas tol&#233;r&#233;s m&#234;me apr&#232;s l'agression sovi&#233;tique. Ils n'osaient m&#234;me pas commencer &#224; organiser leur parti, puisque K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me d&#233;clarait que le pass&#233; ne devait pas revenir, que la vie du pays &#233;tait inconcevable sans le fonctionnement de plusieurs partis, etc. Ils n'&#233;taient donc ma&#238;tres de rien, m&#234;me de leurs propres organismes. Les ouvriers, en effet, constataient par eux-m&#234;mes une d&#233;sorganisation g&#233;n&#233;rale, l'&#233;tat lamentable des usines que personne n'entretenait plus, sans parler de l'arr&#234;t total de la production. On assista bient&#244;t &#224; des tentatives pour coordonner sur le plan d'arrondissement l'activit&#233; des divers conseils &#224; Csepel, dans les 13e et 14e arrondissements. C'est ainsi que naquirent les premiers conseils d'arrondissement. Dans chaque arrondissement, les usines d&#233;cid&#232;rent de former des conseils d'usine, l'unification des r&#233;solutions et, bien entendu, les &#233;changes d'informations. Comme les ouvriers &#233;taient conscients de leur opposition au gouvernement, ils se rendaient compte que plus leur organisation serait vaste et plus elle aurait d'influence.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce moment-l&#224;, les ouvriers hongrois &#233;taient persuad&#233;s qu'il fallait faire quelque chose, car le pays n'avait pas de v&#233;ritable ma&#238;tre. Certes, 200 000 soldats sovi&#233;tiques &#233;taient stationn&#233;s en Hongrie, certes le gouvernement K&#225;d&#225;r existait, mais son autorit&#233; ne d&#233;passait pas les limites du Parlement. Les membres du gouvernement n'osaient pas sortir de cette enceinte, s&#251;rs de se heurter partout &#224; la haine de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation chaotique, une t&#226;che urgente s'imposait : venir &#224; l'aide de ceux &#8211; ils &#233;taient des milliers et des milliers &#8211; qui &#233;taient rest&#233;s sans abri &#224; la suite des destructions insens&#233;es op&#233;r&#233;es par les Russes. Un gros effort de coordination s'imposait ; les besoins se faisaient d'heure en heure plus pressants. On envisagea de r&#233;unir dans une assembl&#233;e commune les conseils ouvriers des diff&#233;rents arrondissements de Budapest et ceux des plus grosses entreprises. Le Conseil Ouvrier d'Ujpest vota m&#234;me une r&#233;solution dans ce sens. De fait, une assembl&#233;e de ce genre fur organis&#233;e le 13 novembre. J'y pris part personnellement, voici dans quelles circonstances : une r&#233;union se tint d'abord &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, &#224; laquelle assist&#232;rent 800 ouvriers environ. Cette r&#233;union approuva la composition du Conseil Ouvrier &#233;lu sous la r&#233;volution, ainsi que les r&#233;solutions prises par ce Conseil. On d&#233;cida de maintenir les r&#233;solutions pr&#233;c&#233;demment vot&#233;es, de ne pas reconna&#238;tre le gouvernement K&#225;d&#225;r comme gouvernement l&#233;gal du pays, et de poursuivre la gr&#232;ve tant que les troupes sovi&#233;tiques stationneraient en Hongrie. Puis on &#233;lut un d&#233;l&#233;gu&#233; qui repr&#233;senterait l'usine &#224; la r&#233;union des conseils ouvriers de l'arrondissement. Cette &#233;lection se d&#233;roula d&#233;mocratiquement, tous les assistants y particip&#232;rent et pas seulement les membres du Conseil. Je fus &#233;lu. La r&#233;union commune des conseils de l'arrondissement eut alors lieu. Elle se d&#233;roula dans notre usine, et je fus &#233;lu, une fois de plus, avec mission de participer, au nom des usines de l'arrondissement, &#224; une assembl&#233;e plus large qui devait se d&#233;rouler &#224; la mairie d'Ujpest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque, avec les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s, nous arriv&#226;mes &#224; la mairie d'Ujpest nous la trouv&#226;mes occup&#233;e par les troupes sovi&#233;tiques. Impossible d'y organiser la r&#233;union. Le Conseil Ouvrier de l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; nous offrit alors l'hospitalit&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s gagn&#232;rent cette entreprise en ordre dispers&#233; et nous t&#238;nmes alors notre premi&#232;re r&#233;union, avec la participations des repr&#233;sentants des plus grosses usines. Cela se passait le 14 novembre &#224; 16 heures. Tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s reconnurent la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er un Conseil Central Ouvrier afin d'organiser les conseils d'arrondissement et de grandes usines, mais les avis diff&#233;r&#232;rent quant aux modalit&#233;s d'application pratique. Pendant la r&#233;union, S&#225;ndor Bali, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'usine Belo&#239;annis (anciennement Standard), prit la parole. Il d&#233;clara qu'il venait du Parlement o&#249; il avait particip&#233; &#224; un entretien avec J&#225;nos K&#225;d&#225;r, entretien auquel avaient &#233;galement pris part les repr&#233;sentants des Aci&#233;ries Hongroises, du Combinat Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, etc&#8230; Lecture avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; K&#225;d&#225;r des revendications ouvri&#232;res. Je dois pr&#233;ciser que ces revendications ne diff&#233;raient gu&#232;re d'une usine, d'un arrondissement &#224; l'autre : retrait des troupes sovi&#233;tiques, &#233;lections au scrutin secret sur la base du syst&#232;me multi-partis, formation d'un gouvernement d&#233;mocratique, propri&#233;t&#233; r&#233;ellement socialiste des usines et nullement capitaliste, maintien des conseils ouvriers, r&#233;tablissement des syndicats ind&#233;pendants, suppression des syndicats dits de &#034;transmission&#034; et aussi, je dois le souligner, respect du droit de gr&#232;ve, libert&#233; de presse, de r&#233;union, de religion, bref tous les grands objectifs de la r&#233;volution. Dans toutes les assembl&#233;es qui avaient pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;daction de ces revendications, l'unanimit&#233; &#233;tait telle qu'on eut dit que les d&#233;l&#233;gu&#233;s s'&#233;taient entendus d'avance. Ce fut ainsi &#224; cette premi&#232;re r&#233;union du Conseil Central. Il y avait &#233;galement des d&#233;l&#233;gu&#233;s de province ; de Gy&#246;r, de Miskolc qui venaient pour discuter de l'unification de nos efforts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Bali annon&#231;a que les revendications avaient &#233;t&#233; transmises &#224; K&#225;d&#225;r, l'approbation fut g&#233;n&#233;rale. Toutefois, on regretta aussit&#244;t qu'elles ne lui aient pas &#233;t&#233; soumises au nom d'un organisme central, ce qui leur aurait donn&#233; plus de poids. De toute fa&#231;on l'organisme centralis&#233; dont la cr&#233;ation &#233;tait d&#233;cid&#233;e commencerait d'agir sur la base de ces revendications, diriger l'organisation, la propagande, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bali rapporta aussi la r&#233;ponse de K&#225;d&#225;r ; &#034;vous avez le droit&#034;, avait dit celui-ci, &#034;de ne pas reconna&#238;tre mon gouvernement, cela m'importe peu. Je suis soutenu par l'arm&#233;e sovi&#233;tique, vous &#234;tes libres de faire ce que vous voulez. Si vous ne travaillez pas, c'est votre affaire. Ici, au Parlement, nous aurons toujours de quoi manger et de quoi nous &#233;clairer.&#034; K&#225;d&#225;r avait refus&#233; de recevoir plusieurs d&#233;l&#233;gations porteuses de textes qui commen&#231;aient invariablement par ces mots : &#034;Nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la discussion qui eut lieu &#224; l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; d'Ujpest, plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s prirent la parole pour recommander la formation d'un Conseil National Ouvrier. Moi-m&#234;me, j'&#233;tait partisans d'un tel organisme, mais officiellement je ne pouvais faire &#233;tat que de la volont&#233; de mes mandats, qui r&#233;clamaient un Conseil Ouvrier de Grane-Budapest. Les autre d&#233;l&#233;gu&#233;s, repr&#233;sentant la plupart des entreprises d'Ujjpest et du quartier de la &#034;Terre d'Ange&#034;, &#233;taient dans mon cas. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s ne pouvaient pas agir sans l'approbation de leurs mandants. Il est dommage que K&#225;d&#225;r n'ait pas assist&#233; incognito &#224; cette r&#233;union, car il aurait pris une bonne le&#231;on de d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et la r&#233;solution finale r&#233;clamait la cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les participants furent, pour la plupart, des anciens du mouvement ouvrier et aussi des jeunes. Plusieurs avaient particip&#233; au mouvement syndical et je les connaissais personnellement. J'avais confiance en eux et je savais leur honn&#234;tet&#233;. Nous avons accept&#233; ceux qui &#233;taient propos&#233;s par eux et ainsi, mutuellement, la r&#233;union pouvait v&#233;rifier les participants. C'est ainsi qu'une atmosph&#232;re de confiance fut cr&#233;&#233;e, les interventions nous ont &#233;galement aid&#233; &#224; se conna&#238;tre les uns et les autres. Il est vrai que chacun repr&#233;sentait certains arrondissements ou usines, mais dans ces occasions, la personnalit&#233; individuelle importe &#233;galement. Nous avons constat&#233; que les huit ou neuf plus grands arrondissements de la capitale &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers dignes de confiance. On prit la d&#233;cision de descendre dans la salle de r&#233;union de Egyes&#252;lt Izz&#242; car beaucoup d'ouvriers group&#233;s dans la rue s'int&#233;ressaient &#224; la r&#233;union et revendiquaient une information. Cette salle, grande comme un th&#233;&#226;tre, &#233;tait d&#233;j&#224; archi-pleine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle r&#233;union commen&#231;a. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, environ 40 &#224; 50, furent group&#233;s dans une petite salle contigu&#235;. Parmi eux, les envoy&#233;s des autres organisations, telles que l'Alliance des Ecrivains et le Cercle Pet&#246;fi. En g&#233;n&#233;ral, l'entente fut bonne entre les organisations r&#233;volutionnaires mais ces deux derni&#232;res nous &#233;taient les plus proches. On d&#233;signait des d&#233;l&#233;gu&#233;s charg&#233;s de parler &#224; ce grand public ouvrier. Mais, comme c'est le cas dans de tels moments, tout le monde voulut parler et une cacophonie s'ensuivit. Tous les ouvriers voulaient s'exprimer. Finalement, le d&#233;l&#233;gu&#233; de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, l'ing&#233;nieur chimiste Kalocsai, intervint dans le chaos g&#233;n&#233;ral : &#034;Cela ne peut pas durer ainsi, ce n'est pas une ar&#232;ne politique, ni un PEN Club ou Hyde Parc. Ceux qui ont leur mandat doivent se retirer pour travailler.&#034; Bient&#244;t, une commission d'environ 20 membres fut cr&#233;&#233;e afin de n&#233;gocier et de formuler une d&#233;cision commune &#224; pr&#233;senter au public. Parmi ces vingt, il y avait les repr&#233;sentants de la R&#233;gie Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, nomm&#233; D&#233;v&#233;nyi, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale et Csepel, Gy&#246;rgy Kalocsai, ensuite, Bali, Sebesty&#233;n, R&#225;cz, Bal&#225;zs, les repr&#233;sentants de L&#225;ng, de Egyes&#252;lt Izz&#243;, de la Fabrique de Machines de Mine de Ujpest, Arp&#225;d Bal&#225;zs, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre assembl&#233;e fut mise au courant de l'opinion des travailleurs de l'usine de m&#233;canique de pr&#233;cision de Belo&#239;annis. Bali l'a r&#233;sum&#233;e comme suit : nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r, comme &#233;tant l'&#233;manation de la volont&#233; du pays, ce qui ne nous emp&#234;che pas d'entrer en pourparlers avec lui. Sur le papier, au moins, il est le ma&#238;tre du pays. Il est impossible de poursuivre la gr&#232;ve, faute de r&#233;serves suffisantes. De plus, les conseils ouvriers ne peuvent poursuivre leurs activit&#233;s qu'&#224; condition de rester en contact &#233;troit avec les ouvriers. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale finirait par paralyser toute la vie du pays. Par cons&#233;quent, nous offrons &#224; K&#225;d&#225;r de reprendre le travail, le lundi 19 novembre, &#224; condition que son gouvernement s'engage &#224; entrer en pourparlers avec les Sovi&#233;tiques dans un d&#233;lai donn&#233;, pour leur retrait et qu'il garantisse la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. Bali a pr&#233;cis&#233; &#224; ce propos que lors de l'entretien entre K&#225;d&#225;r et la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r avait d&#233;clar&#233; aux ouvriers qui insistaient pour la r&#233;int&#233;gration de Nagy, qu'il n'y &#233;tait pas oppos&#233;, au contraire, mais qu'il ne pouvait n&#233;gocier avec lui tant qu'il resterait &#224; l'ambassade de Yougoslavie. &#034;Qu'il vienne ici, au Parlement, et nous pourrons causer utilement.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution finale adopt&#233;e ce jour-l&#224; reprenait la proposition des ouvriers de cette d&#233;l&#233;gation, approuv&#233;e par l'usine Bela&#239;annis quant &#224; la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. D'autre part, elle invitait toutes les usines de la capitale &#224; se faire repr&#233;senter au sein du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, faute de quoi, on ne pourrait envisager la cr&#233;ation d'un conseil national. Quelques discussions s'&#233;lev&#232;rent sur des points de d&#233;tail, mais l'unanimit&#233; se fit sans peine sur les grandes questions. Une discussion assez longue eut lieu au sujet de la gr&#232;ve. Il fut clairement dit que les ouvriers ne reprendraient le travail qu'une fois les revendications politiques satisfaites. Et que seul le Conseil Ouvrier en prendrait la d&#233;cision. K&#225;d&#225;r a d&#233;j&#224; r&#233;p&#233;t&#233; 36 fois, jusqu'&#224; ce jour, qu'il faut reprendre le travail, mais personne ne l'a &#233;cout&#233;, sauf son groupe extr&#234;mement r&#233;duit. Nous savions que la reprise du travail serait une d&#233;cision tr&#232;s impopulaire pour nous. Mais, par rapport &#224; l'avenir, elle aurait une importance capitale. Car, si nous obtenions des ouvriers la reprise du travail, nous serions en mesure de garder leur combativit&#233; et notre appel ult&#233;rieur &#224; la gr&#232;ve donnerait un caract&#232;re organis&#233; &#224; celle-ci. D'un mouvement spontan&#233; et incontr&#244;l&#233;, la gr&#232;ve deviendrait ainsi une arme redoutable et r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation de six membres fut alors d&#233;sign&#233;e pour porter la r&#233;solution &#224; K&#225;d&#225;r. On avait d&#233;cid&#233; de ne pas la rendre publique avant de conna&#238;tre les r&#233;actions de K&#225;d&#225;r. Serait-il pr&#234;t &#224; int&#233;grer Imre Nagy &#224; son gouvernement ? Car nous savions qu'Imre Nagy avait certainement ses propres conditions et, en particulier, concernant les n&#233;gociations sur le retrait des troupes sovi&#233;tiques. De toute fa&#231;on, K&#225;d&#225;r serait-il pr&#234;t &#224; entamer ces n&#233;gociations ? La d&#233;l&#233;gation devait nous rapporter des pr&#233;cisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque K&#225;d&#225;r re&#231;u la d&#233;l&#233;gation, il r&#233;p&#233;ta au sujet de Nagy ce qu'il avait dit pr&#233;c&#233;demment : &#034;Que voulez-vous ? Nagy se trouve dans une ambassade &#233;trang&#232;re et je ne peux pas n&#233;gocier avec lui. Qu'il vienne ici, nous parleront de tout.&#034; Par contre, il se montra enchant&#233; de la proposition concernant la reprise du travail : &#034;Je vois que vous &#234;tes des gens s&#233;rieux&#034;, dit-il en pr&#233;ludant par une flatterie. Puis il proposa qu'un contact soit &#233;tabli entre le gouvernement et le Conseil par le truchement d'un agent de liaison gouvernemental. Ce n'&#233;tait gu&#232;re tentant, car c'&#233;tait accepter les bons offices d'un commissaire du gouvernement qui finirait par fourrer son nez partout. K&#225;d&#225;r savait pertinemment que si les choses continuaient comme elles s'annon&#231;aient si bien, il n'y aurait ni plus ni moins qu'un contre-gouvernement. D'ailleurs, les autres revendications &#233;mises par les ouvriers d&#233;cha&#238;n&#232;rent sa col&#232;re. &#034;Alors quoi, c'est un contre-gouvernement que vous voulez&#034;, &#233;clata-t-il. Mais quelques paroles raisonnables le calm&#232;rent. Nous tomb&#226;mes d'accord que K&#225;d&#225;r entamerait des n&#233;gociations avec les Sovi&#233;tiques. Moyennant quelques pas dans la voie des concessions, le Conseil Ouvrier en ferait aussi de son c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travaux du Conseil Ouvrier de Grand-Budapest commenc&#232;rent au si&#232;ge du B.E.S.Z.K.A.R.T. (Compagnie des Tramways de la Municipalit&#233; de Budapest), rue Ak&#225;cfa. Les 22 arrondissements de la capitale avaient envoy&#233; chacun un d&#233;l&#233;gu&#233; ; ceux-ci &#233;lurent un pr&#233;sident et un secr&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'entretien avec K&#225;d&#225;r, le soir m&#234;me du 14 novembre, l'un des membres du Conseil Central Arp&#225;d bak&#225;zs je crois, a d&#233;clar&#233; &#224; la radio qu'un Conseil Central &#233;tait form&#233; et qu'il fallait reprendre le travail, etc. Partout, l'indignation donna l'impression que le Conseil Central &#233;tait complice avec K&#225;d&#225;r. Nous avons imm&#233;diatement pens&#233; que Bal&#225;zs &#233;tait l'homme de K&#225;d&#225;r et qu'il employait le m&#234;me syst&#232;me que G&#233;r&#246; qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, voulait opposer les ouvriers au gouvernement Nagy en lui endossant la responsabilit&#233; de l'appel aux troupes sovi&#233;tiques. Or, pr&#233;cis&#233;ment, la reprise du travail n'impliquait pas que, de notre c&#244;t&#233;, nous reconnaissions le gouvernement. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'&#233;carter Bal&#225;zs qui &#233;tait de surcro&#238;t le pr&#233;sident, de lier toute d&#233;claration publique &#224; une d&#233;cision pr&#233;c&#233;dente et d'envoyer imm&#233;diatement les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux usines pour y lire devant les ouvriers de chaque usine par le pr&#233;sident qui expliquait la n&#233;cessit&#233; de la reprise du travail. Les ouvriers s'&#233;taient rendus &#224; ces raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons donc commenc&#233; notre travail &#224; notre si&#232;ge, bien que le v&#233;ritable travail ne s'engagea que le lundi 19 novembre. Jusque-l&#224; quelques incidents se produisirent. Les nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s, par exemple, relanc&#232;rent la discussion sur l'opportunit&#233; de la reprise du travail. Nous avons d&#251; leur expliquer que, malgr&#233; une r&#233;sistance tr&#232;s forte dans certains secteurs de la classe, il fallait reprendre le travail d'autant plus qu'il ne signifiait nullement la reconnaissance du gouvernement. Un autre incident plus grave survint, le dimanche 18 novembre. Un groupe assez important d'ouvriers s'&#233;tait rassembl&#233; devant notre si&#232;ge dans la rue Ak&#225;cfa. Quand ils apprirent que Kalocsai et moi-m&#234;me, arrivant au si&#232;ge, &#233;tions membres du Conseil Central, ils voulurent carr&#233;ment nous battre. On a pass&#233; des moments tr&#232;s difficiles d'explication ! Mais finalement, le travail fut repris, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le 19 novembre comme pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest ne nous satisfaisait pas enti&#232;rement. Elle devait &#234;tre suivie de la cr&#233;ation d'un Conseil National que nous avons d&#233;cid&#233; de faire. Si nous vouions n&#233;gocier au nom de tous les ouvriers du pays, il fallait qu'il fussent repr&#233;sent&#233;s au sein d'un conseil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que le travail reprenait, des n&#233;gociations se d&#233;roulaient au Parlement entre les repr&#233;sentants du Conseil et du gouvernement. Pour K&#225;d&#225;r, le fait d'&#234;tre oblig&#233; de passer par le Conseil pour que la vie &#233;conomique renaisse, entra&#238;nait une &#233;norme perte de prestige ; cela l'ulc&#233;rait et il faisait tra&#238;ner en longueur les pourparlers. A cette fin, il usait d'une curieuse tactique, ne consentant &#224; n&#233;gocier que la nuit. C'&#233;tait user nos forces. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s se trouvaient d&#232;s le matin &#224; l'usine, l'apr&#232;s-midi ils se r&#233;unissaient dans les locaux du conseil rue Ak&#225;cfa, et c'est vers 8 heures du soir qu'ils &#233;taient convoqu&#233;s au Parlement. L&#224;, on les faisait attendre une heure ou davantage dans une grande salle ; et pendant qu'ils faisaient anti-chambre, des &#034;camarades&#034; bien v&#234;tus, soign&#233;s de leur personne, et que nul ne connaissait, venaient leur tenir compagnie. En fin de compte, chacun des ouvriers se trouvait flanqu&#233; d'un de ces beaux messieurs. Oh, ils n'&#233;taient pas agressifs. Ils venaient simplement &#034;causer&#034;, s'informer de l'&#233;tat d'esprit des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Ceux-ci, d'ailleurs, ne cachaient pas ce qu'ils avaient sur le c&#339;ur. Vers 10 ou 11 heures du soir, ils commen&#231;aient &#224; ressentir une certaine lassitude et un certain &#233;nervement &#224; la pens&#233;e qu'il leur fallait &#234;tre &#224; l'usine le lendemain matin &#224; 6 ou 7 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ces jeunes gens s'en allaient, et paraissait enfin le membre du gouvernement charg&#233; de recevoir la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r, Maros&#225;n, Apr&#243; ou Kossa. Ils savaient d'avance ce que les d&#233;l&#233;gu&#233;s voulaient, puisqu'ils venaient d'en &#234;tre avertis par leurs &#233;missaires. Sans laisser &#224; la d&#233;l&#233;gation le temps de parler, il attaquaient. K&#225;d&#225;r et Marsos&#225;n, surtout, se montraient grossiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Esp&#232;ce de voyous, s'exclamait ce dernier, &#034;vous venez nous faire la le&#231;on ? Vous &#234;tes des prolos, &#224; ce qu'il para&#238;t ? Mais qu'avez-vous de commun avec les ouvriers ?&#034; Et de s'en prendre &#224; celui-ci ou &#224; celui-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois que la d&#233;l&#233;gation arrivait au Parlement, on prenait le nom de chacun de ses membres, et d&#232;s le lendemain on savait tout sur leur compte. Quand le ministre choisissait un ouvrier comme t&#234;te de Turc il pr&#233;tendait que son manque de culture le rendait inapte &#224; la mission qu'il remplissait. Quand il tombait d'aventure sur un ing&#233;nieur, il lui reprochait de ne pas &#234;tre un ouvrier. Bref, tout &#233;tait bon pour semer le trouble parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s. A vrai dire, ces ministres bien v&#234;tus et dispos &#233;taient en mesure de fatiguer encore plus les gens harass&#233;s, minables, mal ras&#233;s et mal &#224; l'aise. Finalement, toute v&#233;ritable discussion se trouvait diff&#233;r&#233;e. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s annonc&#232;rent d'ailleurs ouvertement leur intention de cr&#233;er un Conseil National Ouvrier, car il ne voulaient pas agir en cachette du gouvernement. (Le mot gouvernement n'&#233;tait pas prononc&#233;, on disait simplement &#034;vous&#034; en s'adressant aux ministres.) Ils auraient souhait&#233; que K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues fussent repr&#233;sent&#233;s &#224; l'assembl&#233;e de formation du Conseil National. A cette nouvelle, Apr&#243; se f&#226;che tout rouge :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que c'est que cette fr&#233;n&#233;sie ? Vous voulez &#224; tout prix former un contre-gouvernement ? Vous voulez peut-&#234;tre fomenter une contre-r&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la reprise du travail, un ouvrier du 14e arrondissement se pr&#233;sentant au Conseil Central. Il dit qu'il savait bien le russe et proposa d'&#233;tablir une liaison entre le Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest et le commandement sovi&#233;tique. Ainsi, des n&#233;gociations directes seraient possibles. Nous nous d&#233;cid&#226;mes de profiter de l'occasion pour intervenir aupr&#232;s des Russes en faveur de certains disparus dont nous pouvions donner les noms. Le commandement sovi&#233;tique promit de faire des recherches. D&#233;sormais, la moiti&#233; du Conseil allait n&#233;gocier au Parlement, l'autre moiti&#233; au quartier g&#233;n&#233;ral russe. Nous recevions r&#233;guli&#232;rement des noms de disparus, le soir nous les transmettions au Sovi&#233;tiques, et deux ou trois jours plus tard les d&#233;tenus &#233;taient lib&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un lundi que nous inform&#226;mes K&#225;d&#225;r de notre intention de former un Conseil National Ouvrier, et le mardi, une d&#233;l&#233;gation porteuse de la m&#234;me nouvelle se rendit aupr&#232;s des Sovi&#233;tiques. Le g&#233;n&#233;ral Grebennik, commandant de la place, re&#231;ut en personne la d&#233;l&#233;gation qui lui fit part de notre intention d'organiser une r&#233;union du Conseil national Ouvrier au Palais des Sports, &#224; laquelle &#233;tait invit&#233; un repr&#233;sentant du commandement sovi&#233;tique. Tr&#232;s poliment, Grebennik nous remercia, ajoutant toutefois qu'il ne pouvait se m&#234;ler d'une affaire int&#233;rieure hongroise. La d&#233;l&#233;gation devrait s'adresser au gouvernement hongrois afin que celle-ci invit&#226;t le Haut Commandement sovi&#233;tique par la voie diplomatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le m&#234;me soir, les d&#233;l&#233;gu&#233;s coururent au Parlement pour informer le gouvernement K&#225;d&#225;r, en la personne d'Apr&#243;. Celui-ci d&#233;clara qu'il ne croyait pas que cette invitation puisse &#234;tre accept&#233;e, car une telle r&#233;union n'aurait pas de sens. Des &#233;l&#233;ments fascistes ne manqueraient pas d'y participer, et qui sait, se livreraient peut-&#234;tre &#224; des provocations. Qui pourrait lui donner des garanties contre pareille &#233;ventualit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous lui r&#233;pond&#238;mes que nous autres, ouvriers organis&#233;s, lui garantissions formellement qu'aucun incident de ce genre ne serait &#224; redouter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus charg&#233; de l'organisation du service d'ordre. Il &#233;tait compos&#233; d'ouvriers des usines de Csepel. On indiqua &#224; chaque usine le nombre de gars qu'elle devait fournir. Toute arme &#233;tant interdite &#224; l'int&#233;rieur de la salle de r&#233;union, tout le monde serait fouill&#233; avant de pouvoir p&#233;n&#233;trer dans le Palais des Sports.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province devait &#234;tre pr&#233;sents. En raison des difficult&#233;s des communications, des &#233;tudiants des facult&#233;s s'&#233;taient offerts &#224; les amener en camion. Chacun devait y mettre du sien, car le temps pressait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union avait &#233;t&#233; fix&#233;e au 21 novembre. D&#232;s six heures du matin, les organisateurs &#233;taient sur les lieux. Le quartier &#233;tait parfaitement calme, et nous esp&#233;rions que tout se passerait bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures pr&#233;cises commen&#231;a un formidable d&#233;fil&#233; militaire sovi&#233;tique. En fin de compte, Grebennik avait accept&#233; l'invitation, mais il se faisait repr&#233;senter &#224; sa fa&#231;on, par un &#233;chantillonnage complet de toutes les armes de la garnison. Il y avait peut-&#234;tre quatre cents blind&#233;s, des tanks pr&#234;ts &#224; tirer, de l'artillerie tract&#233;e, des soldats mitraillette au poing. Le Palais des Sports fut cern&#233; en un instant et toutes les rue adjacentes barr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant ce d&#233;ploiement de forces, les membres du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, dont moi-m&#234;me, nous dirige&#226;mes vers le si&#232;ge du syndicat des ouvriers du b&#226;timent (M.E.M.O.S.Z.), qui se trouvait &#224; proximit&#233;. Un certain nombre de nos camarades, toutefois, rest&#232;rent aux abords du palais des Sports pour attendre les d&#233;l&#233;gu&#233;s des mines, usines sid&#233;rurgiques et entreprises de province, venus des quatre coins de la Hongrie : de Debrecen, de Veszpr&#233;m, d'Inota, de Moh&#225;cs, de P&#233;cs, de Dunapentele, et d'ailleurs. Des &#233;lections d&#233;mocratiques s'&#233;taient pr&#233;alablement d&#233;roul&#233;es dans tous ces centres. Chacun des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;tait muni d'une attestation officielle. Il faut dire qu'en arrivant au Palais des Sports ils &#233;taient anim&#233;s contre nous d'une violente indignation &#224; la pens&#233;e que nous les avions l&#226;ch&#233;s et tromp&#233;s. En effet, nous autres, &#224; Budapest, nous travaillions, alors qu'ils ne travaillaient pas. Ils venaient dans l'intention de donner une nouvelle impulsion &#224; la gr&#232;ve. Celle-ci, en effet, paralysait encore les grands centres de province ; les ouvriers de Tatab&#225;nya avaient m&#234;me inond&#233; les carreaux des mines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagn&#233;s d'un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province, nous &#233;tions tout pr&#232;s du si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent quant nous f&#251;mes arr&#234;t&#233;s par un barrage form&#233; par les &#233;l&#232;ves de l'Acad&#233;mie Militaire Zrinyi, mitraillette au poing. Nous n'insist&#226;mes pas ; d'ailleurs, n'ayant pas d&#233;clin&#233; notre identit&#233;, nous ne f&#251;mes pas inqui&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Force nous fut d'essayer de gagner le si&#232;ge provisoire du Conseil du Grand-Budapest, rue Ak&#225;cfa. En principe, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province n'avaient pas le droit d'y p&#233;n&#233;trer. Mais ils insist&#232;rent, notamment les repr&#233;sentants des mineurs, qui &#233;taient particuli&#232;rement mont&#233;s. Impossible, disaient-ils, de n&#233;gocier avec des gens comme K&#225;d&#225;r. Voil&#224; o&#249; menaient les n&#233;gociations. On mobilisait des tanks pour nous attaquer. La gr&#232;ve seule pouvait &#234;tre une r&#233;ponse &#224; ces gens-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous invit&#226;mes donc les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#224; venir avec nous pour leur expliquer notre position. Cependant, la rue Ak&#225;cfa &#233;tait &#224; sont tour envahie par les soldats. Sur le trottoir qui faisait face &#224; l'immeuble o&#249; nous si&#233;gions, une puissante formation s'installa. C'&#233;taient des &#233;l&#232;ves de la m&#234;me Acad&#233;mie Militaire qui nous avaient attendus pr&#233;c&#233;demment devant le M.E.M.O.S.Z. Le commandant est mont&#233; avec quelques-uns d'entre eux, mitraillettes &#224; la main. &#034;Debout et haut les mains !&#034; cria-t-il. &#034;Qu'y a-t-il ici, insurrection fasciste, contre-r&#233;volution ?&#034; Tout le monde se mit debout et R&#225;cz r&#233;pondit &#224; l'officier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai oubli&#233; de mentionner un incident qui se termina par l'&#233;lection de R&#225;cz &#224; la pr&#233;sidence. Lorsque nous avons &#233;cart&#233; Bal&#225;zs, on l'a remplac&#233; par D&#233;v&#233;nyi, pensant que cet ouvrier de Csepel repr&#233;senterait bien notre Conseil. Or, il se comporta d'une fa&#231;on curieuse : au moment o&#249; nous devions aller n&#233;gocier avec K&#225;d&#225;r, il trouvait toujours une raison quelconque pour reculer cette entrevue, telle que : il suffit de n&#233;gocier demain, etc. une fois R&#225;cz, qui &#233;tait tr&#232;s v&#233;h&#233;ment, a bondi en disant : &#034;Je prie le pr&#233;sident de d&#233;missionner. Nous n'avons pas besoin de gens veules.&#034; Il a d&#233;missionn&#233; sur-le-champ et nous avons unanimement &#233;lu R&#225;cz, qui n'avait que 23 ans &#224; ce moment-l&#224;, mais &#233;tait tr&#232;s actif et combatif et d'une honn&#234;tet&#233; sans faille. En m&#234;me temps, nous avons charg&#233; Kalocsai, un homme temp&#233;r&#233;, et Bali d'assumer la vice-pr&#233;sidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je disais, R&#225;cz expliqua &#224; l'officier de quoi il s'agissait en r&#233;alit&#233; et le pria de s'asseoir avec nous pour &#233;couter nos discussions. Ce qu'il fit. Les mineurs parl&#232;rent avec v&#233;h&#233;mence, nous traitant de tous les noms : canailles, tra&#238;tres, etc. &#034;Si vous voulez travailler, faites-le, mais nous ne donnerons ni charbon, ni &#233;lectricit&#233;, nous inonderons toutes les mines.&#034; Les mineurs de Salg&#243;tarj&#225;n, de Tatab&#225;nya, de P&#233;cs &#233;taient tous d'accord. La discussion continua. Brusquement, l'officier sortit. Nous &#233;tions inquiets. Quelques minutes apr&#232;s, il revint seul, sans arme et d&#233;clara : &#034;On m'avait dit que vous pr&#233;pariez un complot fasciste. Maintenant, je suis convaincu que c'est une calomnie. J'ai renvoy&#233; mes gars &#224; l'Acad&#233;mie, mais permettez-moi d'assister &#224; votre r&#233;union constructive et tr&#232;s int&#233;ressante.&#034; Nous l'avons applaudi spontan&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province nous attaquaient, nous essayions de leur faire entendre raison. D'abord ce fut peine perdue. Nous n'&#233;tions soutenus que par un d&#233;l&#233;gu&#233; de Gy&#246;r. Pourtant, nos arguments finirent par les toucher : &#034;Vous autres, en province, vous vous trouvez dans une situation plus facile que nous. Dans une petite ville, tous le monde se conna&#238;t. Quand un &#233;v&#233;nement se produit, tous le monde en est inform&#233; dans la demi-heure qui suit. La solidarit&#233; est plus facile &#224; organiser. A Budapest, il y a plus d'un million et demi d'habitants, la situation est plus complexe, nous devons &#224; tout prix garder le contact les uns avec les autres, et aussi le contact avec la province. En cas de gr&#232;ve, toutes ces liaisons sont menac&#233;es.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 21 heures les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province se rendirent &#224; nos arguments et nous nous sent&#238;mes en parfaite harmonie. On convint de ne pas insister pour la cr&#233;ation d'un Conseil National, afin de ne pas envenimer les choses : cette seule &#233;ventualit&#233; n'avait-elle pas suffi &#224; mobiliser les tanks sovi&#233;tiques ? Par contre, le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, reconnu par les autorit&#233;s, devait poursuivre ses activit&#233;s. D'autre part, des contacts seraient &#233;tablis entre la capitale et les centres de province, et toutes nos d&#233;cisions leur seraient transmises par des agents de liaison ; ils pourraient ainsi d&#233;cider s'ils acceptaient ou non nos r&#233;solutions. Pour chacune, d'ailleurs, on tiendrait compte de l'avis des agents de liaison. Ainsi, bien que notre organisme conserv&#226;t jusqu'au bout le nom de Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, un conseil national fut tout de m&#234;me cr&#233;&#233; dans la pratique, et de fa&#231;on ill&#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand d&#233;p&#244;t des autobus de la B.E.S.Z.K.A.R.T. se trouve en face du Palais des Sports, et lorsque les travailleurs virent le d&#233;ploiement des forces sovi&#233;tiques, ils crurent que les membres du Conseil Central avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Aussit&#244;t le mot d'ordre d'une gr&#232;ve de 24 heures fut lanc&#233;, des coups de t&#233;l&#233;phone partirent dans toutes les directions, et bient&#244;t R&#225;cz, le pr&#233;sident du Conseil Ouvrier, fut inform&#233; que la moiti&#233; des travailleurs de Budapest &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve. Nous d&#251;mes approuver ce mouvement, d'une part par solidarit&#233; avec ceux qui y participaient, d'autre part pour protester contre l'attitude inqualifiable des autorit&#233;s qui nous consid&#233;raient tant&#244;t comme des interlocuteurs dignes de ce nom, tant&#244;t comme des trublions contre lesquels il fallait utiliser la force. C'&#233;tait notre premier appel &#224; la gr&#232;ve, et il fut enti&#232;rement suivi. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province virent dans ce geste un compromis, car s'ils observaient toujours la gr&#232;ve totale, les ouvriers de Budapest avaient repris le travail. Nous gagn&#226;mes ainsi d&#233;finitivement leur confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'entrevue suivante avec K&#225;d&#225;r, celui-ci se d&#233;cha&#238;na :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que se passe-t-il ? Vous pr&#233;tendez vouloir travailler et vous voil&#224; d&#233;j&#224; en gr&#232;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous expliqu&#226;mes que c'est nous qui avions bien des raisons de protester, car si les Sovi&#233;tiques s'&#233;taient livr&#233;s &#224; cette d&#233;monstration de force, ce n'&#233;tait s&#251;rement pas pour d&#233;fendre leurs positions, mais &#224; la demande du gouvernement. A quoi K&#225;d&#225;r r&#233;pondit qu'il n'&#233;tait pas une marionnette, qu'il &#233;tait, apr&#232;s tout, Premier ministre de Hongrie et qu'il saurait prouver que son gouvernement et lui &#233;taient les ma&#238;tres. Peu lui importaient nos arguments. Ce que veulent les ouvriers n'est pas forc&#233;ment juste ; est juste ce que les dirigeants d&#233;cident. Ils ne sont pas oblig&#233;s de se plier aux volont&#233;s des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
En raison de la situation catastrophique de l'&#233;conomie, K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues convoqu&#232;rent au Parlement une conf&#233;rence &#224; laquelle assistaient outre K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me, Maros&#225;n, Apr&#243; et d'autres dirigeants politiques, les directeurs des plus grandes usines et trois d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil Central. L'intervention de l'un de ceux-ci, Kalocsai, fut retransmise par la radio en &#233;mission diff&#233;r&#233;e, mais sous une forme falsifi&#233;e. Kaloczai stigmatisait l'action de certains &#034;&#233;l&#233;ments provocateurs &#8211; dans une usine de la Terre d'Ange, par exemple, aux Aci&#233;ries Hongroises, &#224; la Fabrique de Machines L&#225;ng, &#224; la M.A.V.A.G., des secr&#233;taires du parti sectaires qualifiaient le Conseil Ouvrier d'&#034;organisation fasciste&#034; et d&#233;claraient que son appel &#224; la reprise du travail ne pouvait &#234;tre pris en consid&#233;ration. A la radio, gr&#226;ce &#224; un artifice de montage, on entendit parler d'&#034;&#233;l&#233;ments provocateurs fascistes&#034;, et il ne fut pas du tout question de secr&#233;taires du parti sectaires. Kaloczai d&#233;non&#231;ait la &#034;r&#233;action gauchiste&#034; ; le mon &#034;gauchiste&#034; disparut, et tout le sens de l'intervention s'en trouva modifi&#233;. De ce fait, le Conseil d&#233;cida de publier un bulletin d'information.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir &#224; cette conf&#233;rence, K&#225;d&#225;r y d&#233;clara notamment : &#034;Vous savez, camarades, le gouvernement ouvrier et paysan se trouve dans une situation difficile, car la confusion r&#232;gne dans l'esprit des travailleurs qui ne voient pas le chemin &#224; suivre.&#034; Il dit aussi qu'il s'agissait, de toute &#233;vidence, d'une contre-r&#233;volution, puisque 241 communistes avaient &#233;t&#233; mis &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa r&#233;ponse, Bali, apr&#232;s avoir dit qui il &#233;tait et rappel&#233; ses origines, riposta : &#034;Il n'y a aucune confusion dans l'esprit des ouvriers. Dans le v&#244;tre, peu-&#234;tre&#034;, fit-il &#224; l'adresse de K&#225;d&#225;r et des autres dirigeants. &#034;Sachez que je milite au parti depuis dix ans, et pourtant je n'ai rien eu &#224; redouter, pendant les journ&#233;es r&#233;volutionnaires, quand je me m&#234;lais aux ouvriers. Ce n'est pas moi qu'ils voulaient pendre !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r entra en fureur, frappa du poing sur la table et s'&#233;cria : &#034;Sortez, provocateur !&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, les paroles de Bali avaient fait une telle impression sur les assistants &#8211; 200 personnes environ &#8211; que K&#225;d&#225;r jugea plus prudent de ne pas insister. Ancien social-d&#233;mocrate et entr&#233; au parti communiste d&#232;s 1945, Bali &#233;tait un militant tr&#232;s actif qui avait l'oreille des ouvriers car il travaillait comme eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers cette &#233;poque, K&#225;d&#225;r et ses amis cr&#233;&#232;rent un conseil ouvrier fantoche pour contrecarrer notre action. Il publiait des communiqu&#233;s, faisait distribuer des tracts nuitamment, donnait des instructions, par t&#233;l&#233;phone en notre nom. Quand nous appelions &#224; la reprise du travail, ce conseil (comme les secr&#233;taires du parti sectaires) poussait &#224; la poursuite de la gr&#232;ve. Nous passions le plus clair de notre temps &#224; d&#233;mentir et &#224; remettre les choses au point. Cela devait permettre aux dirigeants de pr&#233;tendre que nous ne faisions rien. Lors de la r&#233;union &#233;voqu&#233;e ci-dessus, un des n&#244;tres, Karsai, dit ouvertement aux dirigeants que nous avions une mission &#233;conomique &#224; accomplir, que nous ne tenions pas du tout &#224; avoir une activit&#233; politique, mais que leur duplicit&#233; nous y obligeait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Voulez-vous, oui ou non, l'ordre et le calme ?&#034; demanda-t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;ment ce que recherchaient K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues. Ils se pr&#233;paraient activement &#224; mettre sur pied une soi-disant &#034;garde ouvri&#232;re&#034; (que les Budapestois baptis&#232;rent &#034;poufa&#239;ka&#034;, du nom de l'uniforme ouatin&#233; des Russes). Tant que la chose n'&#233;tait pas au point, ils louvoyaient, quitte &#224; nous frapper plus tard plus vigoureusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, le travail du Conseil Central Ouvrier se poursuivait. On cr&#233;a des commissions qui furent charg&#233;es de questions diverses. Une commission, par exemple, s'occupa de d&#233;finir les formes et les m&#233;thodes de l'activit&#233; politique du Conseil, la commission &#233;conomique a essay&#233; de d&#233;terminer les principales t&#226;ches de d&#233;marrage de la production, les moyens d'organisation des usines et, ensemble avec la commission politique, les m&#233;thodes et le proc&#233;d&#233; des &#233;lections des conseils ouvriers d&#233;finitifs. K&#225;d&#225;r dut consentir &#224; ce que des n&#233;gociations fussent ouvertes entre nous et le Conseil National des Syndicats afin d'&#233;laborer une l&#233;gislation concernant l'activit&#233; des conseils ouvriers. Le projet s'inspirait largement de la loi yougoslave sur le m&#234;me sujet. Huit jours apr&#232;s l'avoir re&#231;u, le gouvernement publia un d&#233;cret. Toutefois, ce d&#233;cret ne contenait pas certaines dispositions primitivement pr&#233;vues, par lesquelles nous entendions mettre les conseils ouvriers &#224; l'abri de l'influence du parti au service du gouvernement. D'autre part, ce dernier s'opposa &#224; la cr&#233;ation de conseils ouvriers dans les administrations : P.T.T., Chemins de Fer, Minist&#232;res, etc. L'intention de K&#225;d&#225;r &#233;tait que des gens nomm&#233;s par la direction &#034;repr&#233;sentent&#034; les travailleurs dans ces firmes, alors que, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons voulu y cr&#233;er des conseils puissants afin de contrebalancer le gouvernement, jusqu'au moment du moins, o&#249; des v&#233;ritables syndicats ne s'organisent. K&#225;d&#225;r et Cie le savaient tr&#232;s bien et nous ont devanc&#233;, ce qui entra&#238;na, au sein de ces entreprises, une vive indignation et des discussions &#224; n'en plus finir. Cela permit au gouvernement de d&#233;tourner l'attention des masses de sujets plus importants et contribua &#224; l'&#233;parpillement de nos forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des revendications du Conseil Central Ouvrier &#233;tait de disposer d'un journal pour informer les travailleurs. Le gouvernement le repoussa cat&#233;goriquement, pr&#233;conisant &#224; la place, des communiqu&#233;s pour la radio r&#233;dig&#233;s par le Conseil et supervis&#233;s par eux. Evidemment, nous avons refus&#233; une telle &#034;solution&#034;. Nous avions besoin d'un journal et non de communiqu&#233;s radiodiffus&#233;s et contr&#244;l&#233;s par eux. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'organier, sous la direction de Sebesty&#233;n, une commission de presse avec pour t&#226;che la parution de notre journal. Nous &#233;tions sur le point de sortir un journal intitul&#233; Munk&#225;sujs&#225;g (gazette ouvri&#232;re) qui fut saisi &#224; l'imprimerie. Le num&#233;ro confisqu&#233; contenait des d&#233;tails pr&#233;cis sur les n&#233;gociations entre le gouvernement et les conseils ouvriers, et certaines d&#233;clarations, fid&#232;lement retranscrites, des dirigeants au cours de ces n&#233;gociations, tels ces mots de K&#225;d&#225;r fort d&#233;sinvoltes tant &#224; l'&#233;gard de notre conseil que du peuple hongrois tout entier : &#034;Peu me chaud que vous me reconnaissez ou pas. 200.000 soldats sovi&#233;tiques sont derri&#232;re moi. C'est moi qui commande en Hongrie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#251;mes nous contenter de publier &#8211; cette fois avec l'approbation du gouvernement &#8211; une feuille ron&#233;otyp&#233;e que dirigeait Sebesty&#233;n. Chaque arrondissement en recevait un exemplaire qu'il tirait en autant d'exemplaires qu'il comptait d'usines ; &#224; son tour, chaque usine en tirait un nombre d'exemplaires suffisant pour ses ouvriers. Mais le gouvernement trouva rapidement une r&#233;ponse : les commandements sovi&#233;tiques d'arrondissement saisirent, partout o&#249; c'&#233;tait possible, les machines ron&#233;os. Mais ce fut en vain. Nous avons distribu&#233; notre feuille par tous les moyens. Moi-m&#234;me, par exemple, je suis all&#233; &#224; la r&#233;union du Conseil Ouvrier de mon arrondissement (le 14e) o&#249; j'ai pu lire notre bulletin. Les participants prenaient des notes, puis le bulletin passait de main en main. Ce fut, &#224; l'&#233;poque, le journal le plus lu de Budapest. Malheureusement, il faillait une bonne semaine pour qu'il parvienne &#224; toucher ses lecteurs. K&#225;d&#225;r et les siens le craignaient beaucoup plus qu'un journal de croix-fl&#233;ch&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des n&#233;gociations interminables avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la parution de notre feuille ron&#233;otyp&#233;e. Nous discutions presque tous les jours avec K&#225;d&#225;r, mais celui-ci ne se manifestait en personne qu'apr&#232;s nous avoir fait cuisiner pendant des heures par ses collaborateurs. Ces s&#233;ances &#233;taient tellement &#233;puisantes que celui d'entre nous qui &#233;tait d&#233;sign&#233; pour y prendre part en &#233;tait malade d'avance. Parfois, K&#225;d&#225;r n'arrivait que sur le coup de trois heures du matin, alors que nous tombions de sommeil ; lui, il avait la possibilit&#233; de r&#233;cup&#233;rer pendant la journ&#233;e. D&#233;cid&#233;ment, nous n'&#233;tions pas &#224; &#233;galit&#233; sur le plan des forces physiques. Parmi nous, il y en avait toujours un sur qui K&#225;d&#225;r s'acharnait en particulier. Mais il n'aimait pas, surtout, R&#225;cz et ne lui adressait jamais la parole. Celui-ci, en effet, employait invariablement le m&#234;me style que K&#225;d&#225;r. S'il criait, R&#225;cz criait plus fort. Une fois K&#225;d&#225;r s'est d&#233;cha&#238;n&#233; et R&#225;cz a bondi sur la table en criant. Nous pensions donc qu'il ne fallait surtout pas envoyer R&#225;cz pour n&#233;gocier lorsque nous voulions arranger certains probl&#232;mes &#034;&#224; l'amiable&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque enfin notre bulletin fut pr&#234;t, K&#225;d&#225;r essaya d'en emp&#234;cher subrepticement le tirage, comme je l'ai indiqu&#233;, en faisant confisquer les ron&#233;os par le commandement russe. Nous ripost&#226;mes en d&#233;clarant que les ouvriers boycotteraient pendant 24 heures N&#233;pszabads&#225;g, l'organe central du parti. J'ai vu de mes yeux, sur les grands boulevards, des centaines d'ouvriers acheter N&#233;pszabads&#225;g et le d&#233;chirer aussit&#244;t sans l'avoir lu. Les gens marchaient jusqu'aux chevilles dans le papier journal. K&#225;d&#225;r nous a dit : &#034;Voyez, pour cette raison, vous n'aurez pas de journal. Je ne veux pas qu'on d&#233;chire &#233;galement votre journal&#8230;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps-l&#224;, la liaison entre le Conseil Central et les Russes &#233;tait maintenue. Lors d'une entrevue qui avait d&#233;but&#233; sous le signe d'une franche cordialit&#233;, deux jours apr&#232;s l'histoire du journal, nous d&#233;clar&#226;mes carr&#233;ment que nous ne reconnaissions ni le gouvernement K&#225;d&#225;r, ni la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention sovi&#233;tique. Nos interlocuteurs en eurent le souffle coup&#233;. Nous les invit&#226;mes alors &#224; se rendre dans les usines pour demander leur opinion aux ouvriers. Ce qu'ils firent. Dans mon usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, un officier sovi&#233;tique se pr&#233;senta. J'assistai &#224; la sc&#232;ne. Comme pr&#233;ambule, il demanda aux ouvriers ce qu'ils voulaient le 23 octobre, le fascisme ou le socialisme ? &#034;Le socialisme !&#034; La r&#233;ponse jaillit avec une telle force et une telle ampleur que les vitres en trembl&#232;rent. Le mot fascisme, par contre, fut accueilli par une temp&#234;te de hu&#233;es. L'officier demanda ensuite aux travailleurs de pr&#233;ciser leurs revendications, puis, sans mot dire, il gagna le bureau du secr&#233;taire du Conseil Ouvrier. Il demanda &#224; celui-ci s'il &#233;tait d'accord avec les travailleurs. Sur sa r&#233;ponse affirmative, l'officier d&#233;clara qu'il ne comprenait pas les divergences qui se manifestaient entre les ouvriers et K&#225;d&#225;r puisque, manifestement, on voulait la m&#234;me chose des deux c&#244;t&#233;s. En r&#233;alit&#233;, les Russes savaient fort bien o&#249; le b&#226;t blessait, mais ils ne voulaient pas l'avouer. Nous avons propos&#233; en Haut Commandement sovi&#233;tique d'envoyer &#224; nos r&#233;unions un officier de haut grade, comme observateur afin d'&#233;tudier sur place nos revendications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, le Conseil Central Ouvrier tint s&#233;ance. Y assistait, entre autres, un officier politique sovi&#233;tique d'un grade &#233;lev&#233;. On d&#233;cida, en accord avec les autres organismes r&#233;volutionnaires, que de 14 heures &#224; 15 heures, personne ne sortirait dans Budapest. Les Russes pr&#233;sents dans la salle exig&#232;rent que nous leur d&#233;voilions le fond de notre pens&#233;e car il subodoraient, disaient-ils, que quelque chose se pr&#233;parait. Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province en profit&#232;rent pour vider leur sac. Ils donn&#232;rent des d&#233;tails sur les d&#233;bordements des soldats russes et les abus commis par les secr&#233;taires du parti dans leur d&#233;partement. Ils racont&#232;rent, par exemple, que les membre de la &#034;poufa&#239;ka&#034; gardaient toutes les routes du d&#233;partement de Borsod et que les d&#233;l&#233;gu&#233;s des conseils ouvriers avaient d&#251; passer en fraude pour arriver &#224; Budapest. D'autre part, nous avions la preuve que des armes leur &#233;taient envoy&#233;es clandestinement de Tch&#233;coslovaquie. L'officier sovi&#233;tique demanda le nom des orateurs , ceux-ci d&#233;clin&#232;rent leur identit&#233;, et les choses en rest&#232;rent l&#224;. Quelques minutes avant 14 heures, notre pr&#233;sident se leva pour rendre compte de ce qui se passait en ville. Il rassura les camarades sovi&#233;tiques ; il ne s'agissait que d'une comm&#233;moration, de la comm&#233;moration d'un &#233;v&#233;nement sacr&#233; de notre histoire. Puis il nous invita &#224; nous lever, &#224; observer une minute de silence et &#224; chanter ensuite l'hymne national. Les Sovi&#233;tiques se lev&#232;rent, salu&#232;rent militairement pendant que s'&#233;levait notre chant national. Ils se comport&#232;rent d'une fa&#231;on tellement correcte que nous cr&#251;mes la fin de K&#225;d&#225;r arriv&#233;e. Et j'ose dire que si cela avait d&#233;pendu d'eux, il auraient march&#233; avec nous. Les instructions qu'ils avaient re&#231;ues n'avaient pas pr&#233;vu pareille occurrence. Ils furent visiblement tr&#232;s embarrass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, sur les grands boulevards et les principales art&#232;res de la ville, les forces sovi&#233;tiques se d&#233;ployaient avec une ampleur extraordinaire. Comme le dit plus tard un officier russe, ce qui leur paraissait impressionnant et redoutable, c'&#233;tait le vide complet r&#233;gnant autour d'eux. S'il y avait eu du monde dans les rues, ils se seraient sentis davantage en s&#233;curit&#233;, car les Hongrois n'auraient pas ouvert le feu sur d'autres Hongrois. Pendant une semaine ou deux, les officiers sovi&#233;tiques nous visit&#232;rent quotidiennement, jusqu'aux environ du 30 novembre. Au bout de quelques jours, nous leur avons demand&#233; ce qu'ils pensaient du Conseil. Ils nous r&#233;pondirent que c'&#233;tait diff&#233;rent de ce qu'ils avaient imagin&#233; auparavant. Ils voient des ouvriers de bon sens s'occuper des affaires r&#233;elles du pays. Mais comme eux ne sont pas familiers avec ces affaires et ne comprennent pas grand-chose aux probl&#232;mes hongrois, pour cette raison, ils ne peuvent pas prendre position. Par contre, ils trouvent nos r&#233;unions tr&#232;s int&#233;ressantes et nous demandent de pouvoir continuer &#224; y assister. Ce que nous leur avons accord&#233; volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues savaient parfaitement que nous luttions sur deux fronts, contre eux et contre les Russes. Ils &#233;taient fort ennuy&#233;s de nos contacts avec ces derniers. Ils nous demand&#232;rent d'autoriser un d&#233;l&#233;gu&#233; de leur gouvernement &#224; assister &#224; nos s&#233;ances, comme nous le faisions pour les Russes. K&#225;d&#225;r choisit un de ses collaborateurs imm&#233;diats, un certain S&#225;ndor, qui se montra tr&#232;s amical avec nous, ce qui ne l'emp&#234;cha pas de man&#339;uvrer en sous main.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la veille du 4 d&#233;cembre, les organisations r&#233;volutionnaires en contact permanent avec nous, propos&#232;rent de comm&#233;morer les victimes de l'intervention sovi&#233;tique du 4 novembre. D'abord, les ouvriers dans les usines pr&#233;conis&#232;rent une grande manifestation que nous avons rejet&#233; aussit&#244;t, comme un pr&#233;texte &#224; des multiples provocations. Nous vot&#226;mes la r&#233;solution d'organiser un grand cort&#232;ge de femmes qui, fleurs &#224; la mains, se rendraient au monument de la place des H&#233;ros. Une telle manifestation &#233;viterait toute sorte de provocation. D'autre part, nous avons invit&#233; la population de Budapest &#224; placer des bougies sur le bord des fen&#234;tres, &#224; la tomb&#233;e de la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 d&#233;cembre, d&#232;s le matin des ouvri&#232;res, fleurs &#224; la main arriv&#232;rent. Les rues adjacentes &#224; la place des H&#233;ros furent bloqu&#233;es par les d&#233;tachements sovi&#233;tiques. Les femmes contourn&#232;rent le bois qui se trouve derri&#232;re la place et de cette fa&#231;on, organis&#232;rent quand m&#234;me la manifestation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais auparavant, nous nous &#233;tions rendus au Parlement pour annoncer au gouvernement notre r&#233;solution de comm&#233;morer le 4 novembre. A ce jour d&#233;j&#224;, il y avait aussi des policiers hongrois, &#224; c&#244;t&#233; des tanks sovi&#233;tiques autour du Parlement. Il est caract&#233;ristique, cependant, que lorsque nous quitt&#226;mes le Parlement, l'un de ces policiers nous demanda : &#034;Alors, qu'est-ce que vous avez pu faire ? Pourquoi n&#233;gociez-vous avec ces gens ? Balayez-les !&#034; R&#233;ellement, tout le monde &#233;tait avec nous, m&#234;me parmi les propres forces extr&#234;mement restreintes du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, K&#225;d&#225;r, enragea en apprenant notre r&#233;solution. Le Conseil Central, dit-il, d&#233;montrait qu'il &#233;tait &#224; la remorque des forces contre-r&#233;volutionnaires et qu'il ne voulait pas collaborer avec le gouvernement pour le r&#233;tablissement de l'ordre. Cette attitude serait lourde de cons&#233;quences. Probablement, K&#225;d&#225;r d&#233;cida &#224; ce moment-l&#224; d'organiser cette pitoyable contre-manifestation qu'ils firent le 6 d&#233;cembre. D'autre part, le gouvernement r&#233;agit imm&#233;diatement aussi en faisant dispara&#238;tre les bougies des magasins. Mais on les retrouva au march&#233; noir, et le soir, toute la ville fut &#233;clair&#233;e au bougies, &#224; l'exception de quelques rares appartements occup&#233;s, selon toute probabilit&#233;, par des fonctionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre temps, l'homme de liaison du gouvernement vient assister une fois &#224; la r&#233;union du Conseil. Le gouvernement voulait donc s'infiltrer pour que, lentement, cet homme devienne un commissaire, transformant le Conseil en un appendice du gouvernement. Mais celui-ci fut particuli&#232;rement g&#234;n&#233; par les officiers sovi&#233;tiques qui assistaient &#233;galement &#224; la r&#233;union. Nous n'avons pas revu &#224; notre r&#233;union l'homme de liaison, K&#225;roly S&#225;ndor. Peu de temps apr&#232;s, &#224; la fin du mois de novembre, le commandant Grebennik fut d&#233;mis de ses fonctions, je crois que, pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; cause de l'entente qui fut cr&#233;&#233;e entre le Conseil Central et le haut Commandement sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation, de plus en plus aigu&#235;, deux ou trois membres du Conseil, qui jusque-l&#224; n'avaient pas ouvert la bouche et qui d&#233;siraient manifestement freiner notre action, intervinrent. A les entendre, nous avions cr&#233;&#233; une situation explosive, et nous n'aurions pas d&#251; prendre ces r&#233;solutions m&#234;me si les ouvriers des usines la d&#233;siraient. Nous e&#251;mes l'impression que ces gens-l&#224; ne faisaient que r&#233;p&#233;ter des consignes qu'on voulait faire p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur du Conseil. Mais d'autres voix r&#233;clam&#232;rent une action plus &#233;nergique, une attitude plus ferme &#224; l'&#233;gard du gouvernement, afin que celui-ci se sent&#238;t assez menac&#233; pour ne pas recourir aux repr&#233;sailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, un &#233;missaire vint nous informer que l'ambassadeur de l'Inde, M. Menon, qui se trouvait &#224; Budapest, cherchait &#224; entrer en contact avec le Consul Central Ouvrier. Il m'invitait &#224; lui rendre visite. Je pris une voiture, accompagn&#233; d'un de mes camarades, et nous p&#251;mes rencontrer l'ambassadeur sur la colline des Roses, dans l'immeuble occup&#233; par le charg&#233; d'affaires de l'Inde. M. Menon nous demanda notre point de vue sur la r&#233;volution et sur la situation actuelle. Nous r&#233;pond&#238;mes avec franchise. Il nous promit d'informer fid&#232;lement M. Nehru, et de faire tout son possible pour aider le peuple hongrois. Il voyait bien que l'insurrection de Budapest avait &#233;t&#233; un soul&#232;vement spontan&#233; du peuple hongrois, sans appui de forces &#233;trang&#232;res. Il pr&#233;cisa que c'&#233;tait l&#224; une opinion purement personnelle et qu'il n'&#233;tait pas habilit&#233; par son gouvernement &#224; faire une d&#233;claration quelle qu'elle f&#251;t. Il avait eu de nombreuses conversations, et il ramenait de Budapest deux valises de documents sur les &#233;v&#232;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps, notre bulletin ron&#233;otyp&#233; paraissait r&#233;guli&#232;rement, ce qui exasp&#233;rait K&#225;d&#225;r. Comme nous nous pr&#233;occupions tout particuli&#232;rement des syndicats, il nous dit un jour : &#034;Voyons, n'oubliez pas qu'il existe le Conseil National des Syndicats, sous la direction du camarade G&#225;sp&#225;r.&#034; Mais nous ne voulions pas de ce personnage, qui avait &#233;t&#233; l'un des choryph&#233;es du r&#233;gime R&#225;kosi, et dont de vieux militants syndicalistes, dans les Cuirs et Peaux et les Textiles, notamment, exigeaient la d&#233;mission. D'autre part, cependant, le Conseil Ouvrier, absorb&#233; par ses t&#226;ches politiques et &#233;conomiques, &#233;tait incapable de se charger seul de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts ouvriers. C'est ainsi qu'en d&#233;finitive eut lieu, entre les repr&#233;sentants du Conseil et des Syndicats, une r&#233;union qui se prolongea toute la nuit. Le Conseil National des Syndicats, avec G&#225;sp&#225;r et ses amis, soutenait le vieux syst&#232;me stalinien, et essayait de nous persuader que nous devions nous soumettre &#224; l'autorit&#233; des syndicats. D&#233;cid&#233;ment, K&#225;d&#225;r ne voulait pas l'ind&#233;pendance des conseils ouvriers ; Pour nous all&#233;cher, les tenants de G&#225;sp&#225;r nous offrirent la derni&#232;re page de N&#233;pakarat (journal du Conseil des Syndicats) pour y publier nos communiqu&#233;s. Mais ils ne purent garantir que nos textes passeraient int&#233;gralement et sans modification. En fin de compte, aucun accord ne put &#234;tre conclu : nos interlocuteurs restaient sur leurs positions, alors que nous r&#233;clamions des syndicats d&#233;mocratiques et ind&#233;pendants. Nous ne leur cachions pas que nous consid&#233;rions les centrales existantes comme des succursales du parti, dont la t&#226;che principale, consistait &#224; organiser des concours d'&#233;mulation et qui, de ce fait, ne pouvaient repr&#233;senter les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Le seul accord fut de r&#233;viser en commun la loi sur les conseils ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, K&#225;d&#225;r nous proposa de quitter l'immeuble de B.E.S.Z.K.A.R.T. pour celui du minist&#232;re de l'Agriculture, sous pr&#233;texte que notre pr&#233;sence paralysait l'administration des transports en commun. Il alla jusqu'&#224; menacer le directeur de l'entreprise de le renvoyer s'il ne prenait pas position contre nous. En r&#233;alit&#233;, la soi-disant milice ouvri&#232;re organis&#233;e par M&#252;nnich s'&#233;tait consid&#233;rablement renforc&#233;e et pourrait agir sur nous plus directement si nous nous trouvions au minist&#232;re. Nous refus&#226;mes la proposition de K&#225;d&#225;r, mais apr&#232;s de longues n&#233;gociations avec G&#225;sp&#225;r, nous accept&#226;mes de nous transf&#233;rer au sixi&#232;me &#233;tage de l'immeuble du syndicat du b&#226;timent, le M.E.M.O.S.Z. Nous avions vraiment besoin d'un local plus grand. Il y avait d&#233;j&#224; plusieurs commissions : Sebesty&#233;n &#224; la t&#234;te de celle de la presse, Karsai dirigeait la commission politique et un ouvrier de la Fabrique d'Aluminium la commission &#233;conomique. Karsai &#233;tait un ancien serrurier devenu ing&#233;nieur dans une usine fabriquant des radiateurs &#224; K&#246;b&#225;nya, en qui les ouvriers avaient grande confiance. En g&#233;n&#233;ral, j'en ai fait l'exp&#233;rience, les ouvriers &#233;taient tr&#232;s attentifs et votaient pour quelqu'un d'intelligent et digne de confiance. Le fait d'&#234;tre ouvrier ou non &#233;tait secondaire. D'ailleurs, parmi les ouvriers, beaucoup suivaient des cours du soir au lyc&#233;e et &#224; l'Universit&#233;. Les ouvriers aimaient particuli&#232;rement les ing&#233;nieurs anciens ouvriers qui avaient &#233;t&#233; des leurs, et connaissaient leur vie et leurs probl&#232;mes. Karsai &#233;tait un tel homme et je crois que plus tard il fut ex&#233;cut&#233;, justement &#224; cause de sa droiture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de d&#233;m&#233;nager, nous d&#233;cid&#226;mes d'organier une r&#233;union secr&#232;te pour discuter de la cr&#233;ation &#233;ventuelle du Conseil National Ouvrier. La situation g&#233;n&#233;rale &#233;tait en effet de plus en plus tendue, la province nous pressait de plus en plus activement, car de nombreux membres des conseils ouvriers disparaissaient, disparitions qui &#233;taient pour le gouvernement un moyen de chantage. On signalait qu'&#224; P&#233;cs plusieurs mineurs n'&#233;taient pas remont&#233;s des puits et qu'il faisaient la gr&#232;ve de la faim pour protester contre l'arrestation de leurs camarades. En harcelant ainsi les conseils, le gouvernement a emp&#234;ch&#233; leur travail. Ensuite, il accusait : &#034;Voil&#224;, le conseil ouvrier ne travaille pas, il fomente le m&#233;contentement, il ne fait que prendre le salaire, mais ne travaille pas.&#034; Par exemple, une nuit, on a arr&#234;t&#233; le pr&#233;sident du conseil ouvrier de la Fabrique de Wagon Ganz. D&#232;s le lendemain, S&#225;ndor nous racontait au Parlement qu'il le connaissait bien, qu'il &#233;tait un fasciste, etc. En un mot, le gouvernement faisait tout pour calomnier les conseils, emp&#234;cher leur travail, il n'&#233;vitait qu'une chose : de parler quand on r&#233;clamait le retrait des troupes sovi&#233;tiques. Alors, nous n'avions pas le choix. Il fallait rendre compte devant les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tout le pays afin de prendre les d&#233;cisions susceptibles d'&#233;claircir la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est moi, qui fut charg&#233; d'organiser la r&#233;union secr&#232;te. Pas un des membres du Conseil, pas m&#234;me le pr&#233;sident, ne devait en conna&#238;tre les d&#233;tails. Je convoquai mes gens pour la nuit du 7 au 8 d&#233;cembre, comme pour une r&#233;union normale, mais en pr&#233;voyant que personne ne rentrerait chez lui avant la tenue de la r&#233;union secr&#232;te. Il y avait un dortoir au syndicat du b&#226;timent, nous y pass&#226;mes la nuit et, &#224; 7 heures du matin, je fis distribuer les invitations. Un incident f&#226;cheux se produisit alors : le d&#233;l&#233;gu&#233; du 9&#232; arrondissement, qui &#233;tait de la police, porta directement l'invitation &#224; ses sup&#233;rieurs, place Deak. On transmit le document &#224; S&#225;ndor, &#233;missaire de K&#225;d&#225;r, qui m'appela imm&#233;diatement au t&#233;l&#233;phone ; &#034;Nous venons d'apprendre&#034;, me dit-il, &#034;que vous voulez cr&#233;er un Conseil National Ouvrier. Allez-vous tenir une r&#233;union dans ce but, oui ou non ? C'est de la r&#233;ponse que d&#233;pend la r&#233;action des services du maintien de l'ordre.&#034;. Force me fut de nier et je mis aussit&#244;t mes camarades au courant de la situation. &#034;Nous avons commenc&#233; ensemble&#034;, me dirent-ils, &#034;nous allons continuer ensemble&#034;, et nous d&#233;cid&#226;mes de tenir la r&#233;union sans plus tarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#233;taient pr&#233;sents. Il s'&#233;lev&#232;rent avec indignation contre les actions terroristes du gouvernement pour intimider les ouvriers. Les mineurs de Salg&#243;terj&#225;n &#233;taient les plus d&#233;termin&#233;s &#224; recourir &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Les rapports des dirigeants du Conseil Central Ouvrier, d&#233;clar&#232;rent-ils, prouv&#232;rent indubitablement que le gouvernement se moquait des revendications ouvri&#232;res, et qu'&#224; l'abri des ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques, il se jouait de nous. Tous le monde tomba d'accord, et la seule question qui soulev&#226;t une discussion &#233;tait de savoir si la gr&#232;ve serait de 24 ou de 48 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous d&#233;lib&#233;rions, le d&#233;l&#233;gu&#233; de Salg&#243;tarj&#225;n fut appel&#233; au t&#233;l&#233;phone. On l'informa que quelque 600 manifestants s'&#233;taient rendus devant le b&#226;timent du conseil local o&#249; le commandement sovi&#233;tique gardait &#224; vue des membres du Conseil Ouvrier de la ville mini&#232;re. Les manifestants r&#233;clamaient leur lib&#233;ration. Tout &#224; coup, des soldats sovi&#233;tiques et des gardes &#224; la &#034;poufa&#239;ka&#034; post&#233;s sur le toit avaient ouvert le feu, et on avait relev&#233; une trentaine de victimes, bless&#233;s ou morts. Cette nouvelle fut comme de l'huile sur le feu. Une temp&#234;te d'indignation balaya la salle et nous tomb&#226;mes d'accord que la seule riposte possible &#233;tait la gr&#232;ve. Toutefois, le service des eaux et celui d'&#233;lectricit&#233; ne seraient pas interrompus, et les h&#244;pitaux devraient continuer de fonctionner nonobstant certaines restrictions. Nous d&#233;cid&#226;mes d'autre part de lancer un appel aux syndicats libres du monde entier pour que les travailleurs d'Occident organisent une manifestation de solidarit&#233;. Par ailleurs, nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas proc&#233;der &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil National, car c'e&#251;t &#233;t&#233; fournir &#224; K&#225;d&#225;r un pr&#233;texte commode pour dissoudre le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. Nous opt&#226;mes pour une gr&#232;ve de 48 heures qui serait annonc&#233;e aux ouvriers par le conseil de chaque entreprise le lundi suivant. La gr&#232;ve elle-m&#234;me se d&#233;roulerait les mardi et mercredi, 10 et 11 d&#233;cembre. Si notre appel aux syndicats libres &#224; Bruxelles e&#251;t &#233;t&#233; entendu, il aurait &#233;t&#233; certainement tr&#232;s int&#233;ressant de voir les ouvriers partout en mouvement. Surtout, si, en Occident, ils n'avaient pas &#233;t&#233; des gens mous, comme ils &#233;taient. Mais h&#233;las, je n'ai jamais entendu dire qu'ils avaient fait quelque chose de s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions nettement l'impression que le gouvernement K&#225;d&#225;r se pr&#233;parait &#224; frapper un grand coup pour nous &#233;craser. Nous tent&#226;mes une ultime d&#233;marche aupr&#232;s des Russes. Il nous semblait en effet que K&#225;d&#225;r et les siens n'essayaient pas seulement de nous duper, mais qu'ils voulaient aussi donner le change aux Sovi&#233;tiques. En tant que repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re hongroise, il &#233;tait de notre devoir, pensions-nous, de mettre les occupants au courant de la v&#233;ritable situation. La tension montait dans le pays et les &#233;v&#233;nements prenaient mauvaise tournure du fait de certaines forces conservatrices (les sectaires gauchistes et K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me) qui s'opposaient &#224; toute solution de bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;solution fut vot&#233;e, qui pr&#233;voyait la visite d'une d&#233;l&#233;gation au Haut Commandement sovi&#233;tique de Budapest avec lequel nous &#233;tions toujours en contact, pour lui demander de faire savoir &#224; l'ambassade que notre d&#233;l&#233;gation demandait &#224; &#234;tre entendue par le gouvernement sovi&#233;tique. De plus, nous avons r&#233;dig&#233; une lettre adress&#233;e directement &#224; Boulganine. Le Haut Commandement sovi&#233;tique devait nous d&#233;clarer que, s'agissant d'une d&#233;marche diplomatique, il &#233;tait oblig&#233; de passer par le gouvernement hongrois : au cas o&#249; celui-ci donnerait son accord, l'ambassade pourrait transmettre la demande &#224; qui de droit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union termin&#233;e, nous nous f&#238;mes des adieux &#233;mus, car il &#233;tait possible que nous ne nous revissions plus. Nous nous prom&#238;mes de tenir bon, chacun de notre c&#244;t&#233;, et d'essayer de maintenir les conseils ouvriers dans l'esprit de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos appr&#233;hensions se trouv&#232;rent justifi&#233;es. Le 8 d&#233;cembre, un dimanche, jour o&#249; les r&#233;actions ouvri&#232;res &#233;taient le moins &#224; craindre, le gouvernement fit diffuser par la radio un communiqu&#233; pronon&#231;ant la dissolution du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. D&#232;s l'aube de ce jour, les membres du Conseil avaient &#233;t&#233; pris en chasse par la police. A cinq heures du matin, un d&#233;tachement arm&#233; se pr&#233;senta au si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent et emmena tous ceux qui avaient pass&#233; la nuit au dortoir. Quant &#224; moi, je fus arr&#234;t&#233; vers midi. A la police, on me fit entendre l'intervention que j'avais prononc&#233;e lors de la s&#233;ance secr&#232;te, et qui avait &#233;t&#233; enregistr&#233;e au magn&#233;tophone &#224; notre insu. On me reprochait mon projet de faire appel aux ouvriers du monde entier pour une gr&#232;ve de solidarit&#233;. Je r&#233;pondis que je connaissais suffisamment la th&#233;orie marxiste pour savoir que le prol&#233;tariat du monde entier &#233;tait un et indivisible. Le policier qui m'interrogeait me r&#233;torqua qu'il ne fallait pas prendre au s&#233;rieux tout ce qu'on enseignait dans les conf&#233;rences du parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la nouvelle de mon arrestation, les ouvriers de mon usine se mirent imm&#233;diatement en gr&#232;ve. Un comit&#233; se forma pour obtenir ma lib&#233;ration. Bon nombre de vieux militants communistes en faisaient partie. Des d&#233;l&#233;gations se pr&#233;sent&#232;rent un peu partout y compris chez K&#225;d&#225;r, pour se porter garantes de mon honn&#234;tet&#233;. Les membres du comit&#233; avaient de bonnes relations ; certains avaient des fils vice-ministres, d'autres hauts fonctionnaires et, de fait, on me lib&#233;ra assez vite. Toutefois, on me soumit &#224; une &#233;troite surveillance polici&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les autres membres du Conseil Central ne tard&#232;rent pas non plus &#224; &#234;tre remis en libert&#233;, et j'appris bient&#244;t que le gouvernement manifestait l'intention d'instituer une certaine forme de collaboration avec nous. Mais je ne voulais plus &#234;tre dupe, je pressentais un pi&#232;ge, et d'ailleurs je me pr&#233;parais &#224; quitter le pays car je venais d'apprendre les circonstances dans lesquelles les autres dirigeants de notre Conseil, Bali et R&#225;cz, avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. A l'issue de la r&#233;union qui avait lanc&#233; l'ordre de gr&#232;ve, ils s'&#233;taient rendus &#224; l'usine Belo&#239;annis o&#249;, sous la protection de leurs camarades, ils se sentaient plus en s&#233;curit&#233; que chez eux. Le dimanche 8 d&#233;cembre, vers midi, les forces du maintien d l'ordre voulurent occuper l'usine o&#249; se trouvaient un certain nombre d'ouvriers charg&#233;s des travaux d'entretien. Ceux-ci intervinrent en faveur de Bali et de R&#225;cz. Des blind&#233;s sovi&#233;tiques arriv&#232;rent alors et cern&#232;rent l'usine. Cependant, ils n'intervinrent pas directement, bien que les ouvriers ne permissent pas aux forces du maintien de l'ordre de p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur des b&#226;timents. Jusque lundi, ouvriers et policiers se regard&#232;rent comme chiens de fa&#239;ence. Alors K&#225;d&#225;r envoya un message &#224; Bali et &#224; R&#225;cz, et aussi aux autres membres du Conseil, par exemple &#224; Karsa&#239;, les invitant &#224; se rendre au Parlement pour discuter avec lui. Apr&#232;s r&#233;flexion, les d&#233;l&#233;gu&#233;s accept&#232;rent. Bient&#244;t un autobus envoy&#233; par K&#225;d&#225;r arriva devant l'usine. Bali et R&#225;cz, ainsi que les autres, y prirent place et furent conduits au Parlement o&#249; on les mit aussit&#244;t en &#233;tat d'arrestation. A vrai dire, il virent bien K&#225;d&#225;r, mais dans un couloir, et &#233;chang&#232;rent m&#234;me quelques mots avec lui, juste avant que le premier secr&#233;taire du parti assist&#226;t, sans sourciller, &#224; leur enl&#232;vement par les policiers. Une dizaine de jours plus tard, Bali, eu &#233;gard &#224; son long pass&#233; de militant communiste, et &#224; la gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e &#224; la suite de son arrestation, fut rel&#226;ch&#233;. (Il fut arr&#234;t&#233; de nouveau, en 1957). R&#225;cz, lui, resta en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de notre arrestation et des man&#339;uvres du gouvernement, la gr&#232;ve de 48 heures fut un succ&#232;s. En vain fit-on lire dans les usines un communiqu&#233; gouvernemental affirmant que l'appel du Conseil Central Ouvrier &#233;tait ill&#233;gal, puisque le Conseil venait d'&#234;tre dissous ; les ouvriers &#233;cout&#232;rent cette lecture en silence, ne firent aucun commentaire, rentr&#232;rent chez eux et ne revinrent pas &#224; l'usine le lendemain. La gr&#232;ve fut totale, paralysant la vie &#233;conomique jusqu'aux transports eux-m&#234;mes. C'est &#224; grand-peine que le gouvernement, sous la protection de forces arm&#233;es, put faire partir un ou deux tramways. Avec cette gr&#232;ve se terminait d'ailleurs le chapitre le plus important, peut-&#234;tre, de la r&#233;volution hongroise ; l'action des conseils ouvriers cessait, et le gouvernement entreprenait de mater la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais dire encore quelques mots de l'organisation, des projets et de quelques &#233;v&#233;nements du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. La grande majorit&#233; des membres de ce Conseil &#233;tait constitu&#233;e d'ouvriers qualifi&#233;s, mais nous comptions parmi nous quatre ou cinq ing&#233;nieurs. Parmi ces derniers, deux furent des anciens ouvriers, comme moi et Karsai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions cr&#233;&#233; au total sept sections ou commissions, dont les chefs &#233;taient en m&#234;me temps vice-pr&#233;sidents du Conseil. Ces commissions avaient pour t&#226;che d'&#233;laborer le programme des conseils ouvriers. Leurs chefs furent, outre R&#225;cz, comme pr&#233;sident, Kalocsai, Babsai, Karsai, Sebesty&#233;n, T&#246;ke, Bali. En parlant de la composition du Conseil Central, je voudrais compl&#233;ter mon t&#233;moignage. Bali et R&#225;cz sont venus de l'usine Belo&#239;annis (ancien Standard) du 11&#232; arrondissement. Tous deux serruriers-outilleurs, le dernier &#233;tait l'&#233;l&#232;ve de Bali sur le plan professionnel, mais aussi politiquement. J'ai d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; Bali qui fut notre &#034;penseur politique&#034; avec Karsa&#239;. Ce fut ce dernier surtout qui insista sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;laborer une perspective &#224; long terme, de clarifier notre propre r&#244;le tant sur le plan politique qu'&#233;conomique. A c&#244;t&#233; d'eux, R&#225;cz attira l'attention par son attitude tranchante, extr&#234;mement dure qui, li&#233;e &#224; un dynamisme exceptionnel et une sinc&#233;rit&#233; profonde, a exprim&#233; toute notre r&#233;volution. On n'aurait pas pu trouver un meilleur pr&#233;sident. Sebesty&#233;n &#233;tait ing&#233;nieur &#224; la M.O.M. (R&#233;gl&#233; d'Optique Hongroise). Pour d&#233;montrer combien il &#233;tait aim&#233; par les ouvriers, je raconte la tentative de son arrestation. Vers le 4 d&#233;cembre, en relation avec notre journal, la Gazette Ouvri&#232;re, la police vient arr&#234;ter Sebesty&#233;n dans son usine. Apprenant cette tentative, les ouvriers d&#233;clench&#232;rent imm&#233;diatement la gr&#232;ve et cern&#232;rent toute l'usine, arm&#233;s de tiges de fer et de lourds outils. A l'appel t&#233;l&#233;phonique d&#233;sesp&#233;r&#233; des policiers, bient&#244;t arriva un d&#233;tachement blind&#233; sovi&#233;tique qui, &#224; sont tour, cernait l'usine. A l'int&#233;rieur de la cl&#244;ture, il y avait les ouvriers, &#224; l'ext&#233;rieur, les blind&#233;s. On attendait. Le Conseil Ouvrier local nous a appel&#233; mais lorsque nous arriv&#226;mes, un autre groupe de &#034;poufa&#239;ka&#034; arriva &#233;galement. Leur commandant voulait parler avec autorit&#233; aux ouvriers, l'officier sovi&#233;tique arriva aussi. Chacun sut que si quelqu'un commence il y aura de la bagarre. Mais les ouvriers ne voulaient, &#224; aucun prix, donner Sebesty&#233;n ; on ne pouvait pas le toucher. Finalement, apr&#232;s l'intervention de leur haut commandement, les policiers se retir&#232;rent. Pour compl&#233;ter tout ce que j'ai dit sur les membres du Conseil, je mentionne &#233;galement ceux de Csepel, par exemple, Kl&#233;ger et Szen&#246;czei, arriv&#233;s apr&#232;s l'&#233;viction de D&#233;venyi, le d&#233;l&#233;gu&#233; des Chemins de Fer, Mester, Varga, charg&#233; de relations avec le commandement sovi&#233;tique et autres membres, charg&#233;s de t&#226;ches vari&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensions que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le r&#244;le des conseils ouvriers serait de diriger la production, de prendre possession des usines pour le compte des ouvriers et de cr&#233;er des conditions dans lesquelles le Conseil Ouvrier pourrait fonctionner ind&#233;pendamment de tout autre organisation, qu'il s'agisse de gouvernement, de parti ou de syndicat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous esp&#233;rions que le r&#233;gime, une fois consolid&#233;, pourrait instituer un syst&#232;me politique bas&#233; sur deux Chambres ; la premi&#232;re, l&#233;gislative, assumerait la direction politique du pays ; la seconde s'occuperait de l'&#233;conomie et des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re. Les membres de la deuxi&#232;me Chambre seraient &#233;lus parmi les producteurs, c'est-&#224;-dire parmi les membres des conseils ouvriers, sur la base d'&#233;lections d&#233;mocratiques. Notre intention n'&#233;tait pas de pr&#233;tendre, pour les conseils ouvriers, &#224; un r&#244;le politique. Nous pensions g&#233;n&#233;ralement que, de m&#234;me qu'il fallait des sp&#233;cialistes &#224; la direction de l'&#233;conomie, de m&#234;me la direction politique devait &#234;tre assum&#233;e par des experts. Nous tenions, par contre, &#224; contr&#244;ler nous-m&#234;mes tout ce qui nous concernait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de ces questions il y eut des discussions. En discutant des questions d'organisation du Conseil Central du Grand-Budapest, nous &#233;voquions aussi son avenir. A notre avis, pour que le Conseil puisse remplir son v&#233;ritable r&#244;le, &#224; savoir la direction de la production, le capitalisme d'Etat, sous le contr&#244;le du parti communiste, devait dispara&#238;tre. Il fallait aussi r&#233;gler la question des syndicats. Jusqu'au 1er janvier 1957, consid&#233;r&#233; par nous comme une date limite, on devait &#233;lire, dans chaque usine, d&#233;mocratiquement, les nouvelles directions syndicales, ainsi que le sp&#233;cifient les statuts des syndicats libres. (Il y aurait incompatibilit&#233; entre l'appartenance &#224; la direction syndicale et aux conseils ouvriers.) Le Conseil Ouvrier &#233;mit le v&#339;u que les syndicats hongrois quittent la F&#233;d&#233;ration Syndicale Mondiale pour adh&#233;rer &#224; la F&#233;d&#233;ration Internationale des Syndicats Libres. Les syndicats auraient pour t&#226;che de d&#233;fendre les ouvriers sur le plan national, contre le gouvernement si besoin &#233;tait, et contre les conseils ouvriers eux-m&#234;mes si, d'aventure, ceux-ci &#233;taient en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts ouvriers. Malgr&#233; tout, syndicats et conseils ouvriers devraient collaborer dans toute la mesure du possible, quand bien m&#234;me leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats sur le plan de la production ne seraient pas toujours concordants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la situation &#224; venir des conseils ouvriers, elle devrait &#234;tre d&#233;finie par les commissions &#233;conomique et politique du Conseil Central. Une question restait en suspens : comment le Conseil des Producteurs form&#233; de membres des conseils ouvriers pourrait avoir une certaine part &#224; la direction de l'Etat. Je dois dire franchement que nous n'e&#251;mes pas le temps d'&#233;tudier &#224; fond ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est certain, c'est que nous ne voulons plus d'un syst&#232;me gouvernant &#224; coups de d&#233;crets. L'Assembl&#233;e Nationale n'avait qu'&#224; voter des lois convenables. Evidement, pour les questions &#233;conomiques, l'Assembl&#233;e devrait consulter le Conseil des Producteurs et obtenir son approbation. Selon nos conceptions, le pays avait besoin d'une nouvelle constitution qui pr&#233;ciserait quels seraient les partis autoris&#233;s, dans quel esprit devrait travailler le gouvernement, et comment il assurerait le maintien d'une soci&#233;t&#233; socialiste. Le Conseil des Producteurs devrait fonctionner, bien entendu, selon les principes d&#233;finis dans la nouvelle constitution. Aux termes de la constitution pr&#233;c&#233;dente, les probl&#232;mes &#233;conomiques et politiques n'&#233;taient pas s&#233;par&#233;s. Quand des questions &#233;conomiques &#233;taient pos&#233;es devant le Parlement, elles &#233;taient tranch&#233;es par des sp&#233;cialistes de la politique et non par des &#233;conomistes, et ces politiciens ne prenaient pas en consid&#233;ration l'int&#233;r&#234;t des travailleurs. Une seule personnalit&#233; politique, quand elle avait du poids, pouvait diriger les affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon nos conceptions, le Conseil des Producteurs deviendrait un organisme dirigeant la vie &#233;conomique du pays, les deux chambres jouant chacune leur r&#244;le propre, se compl&#233;tant au lieu de s'opposer. Bien que toutes nos id&#233;es sur ces points ne fussent pas d&#233;finitives, nous les consign&#226;mes dans un projet que, par la suite, la police devait exploiter contre nous. Il y &#233;tait dit que le gouvernement serait l'&#233;manation des deux chambres, ses membres se heurtant dans chacune d'elles. Certains postes ne pourraient &#234;tre attribu&#233;s qu'&#224; des sp&#233;cialistes qualifi&#233;s, de l'une ou l'autre chambre. Chacune des deux chambres pourrait mettre en &#233;chec le gouvernement, responsable devant chacune d'elles et ne pouvant se maintenir qu'avec la confiance de l'une et de l'autre. Dans la Hongrie nouvelle et d&#233;mocratique que nous imaginions, le l&#233;gislatif et l'ex&#233;cutif devaient &#234;tre rigoureusement s&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous discut&#226;mes ainsi de la fa&#231;on dont les b&#233;n&#233;fices des usines, travaillant enfin d'une mani&#232;re rentable, seraient r&#233;partis. Nous pr&#233;voyions trois cat&#233;gories de b&#233;n&#233;ficiaires : l'Etat, l'entreprise elle-m&#234;me (r&#233;serves, &#233;quipement, roulement) et les travailleurs. Les modalit&#233;s de la distribution de cette partie des b&#233;n&#233;fices seraient d&#233;finies, chaque fin d'ann&#233;e, par le conseil d'usine. Certains d'entre nous &#233;mirent des id&#233;es aujourd'hui assez r&#233;pandues en Occident, d'un capitalisme &#034;populaire&#034; octroyant des actions aux travailleurs. Je ne puis dire comment les choses auraient &#233;volu&#233; si nous avions pu mettre nos id&#233;es en pratique. Evidemment, nous avons voulu une planification bien que diff&#233;rente de celle qui existait sous R&#225;kosi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivions en pleine r&#233;volution et nous devions combattre. Certes, nous ne savions pas avec pr&#233;cision comment l'avenir se pr&#233;senterait, mais nous avions tous le sentiment d'&#234;tre dans la bonne voie. Dans la voie que devaient suivre les travailleurs, le pays tout entier, pour que s'&#233;panouisse la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ces promesses d'avenir qu'ont &#233;cras&#233;es les Russes et K&#225;d&#225;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Comment tout a commenc&#233; de Karol Dombrowski :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le 16 juin 1956, les ouvriers du d&#233;partement WW 3 de l'usine m&#233;tallurgique Zispo (anciennement &#233;tablissement Staline de Poznan, d&#233;baptis&#233; depuis peu), qui rassemble plus de 15.000 ouvriers au total, commencent une gr&#232;ve dite &#171; perl&#233;e &#187;. Les ouvriers protestent contre une r&#233;alit&#233; de moins en moins supportable : alors que de 1953 &#224; 1956 le rendement moyen du travail dans l'usine s'est accru de pr&#232;s de 25%, leur salaire a baiss&#233; de 3% en moyenne depuis 1954, baisse encore plus sensible dans cinq d&#233;partements (&#8230;) : de 200 &#224; 540 zlotys sur un salaire mensuel de 1800 &#224; 2000 zlotys par mois. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La direction reste sourde &#224; la gr&#232;ve des ouvriers, qui se r&#233;unissent alors par ateliers, puis en r&#233;unions inter-ateliers, pour &#233;laborer une plate-forme revendicative en trois points : situation mat&#233;rielle des salari&#233;s, conditions de travail, situation l&#233;gale du personnel. &lt;br /&gt;
&#171; (&#8230;) augmentation de 15 &#224; 20% du salaire de base et modification du syst&#232;me des primes, remboursement des sommes pr&#233;lev&#233;es au titre de l'imp&#244;t per&#231;u ill&#233;galement sur les primes, juste et rapide attribution de logements ouvriers et r&#233;fection des logements ouvriers, baisse des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, r&#233;tribution des travaux nuisibles &#224; la sant&#233;, (&#8230;) mettre fin aux arr&#234;ts de travail techniques et aux heures suppl&#233;mentaires (&#8230;) diminuer la pression bureaucratique sur les conditions et l'atmosph&#232;re de travail, am&#233;lioration de l'hygi&#232;ne et de la s&#233;curit&#233; du travail, attribution de v&#234;tements et de chaussures de protection, (&#8230;) participation directe du personnel &#224; la gestion et au contr&#244;le (&#8230;) reconnaissance de repr&#233;sentants du personnels &#233;lus de mani&#232;re libre et ind&#233;pendante. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Les ouvriers se r&#233;unissent et d&#233;cident d'envoyer une d&#233;l&#233;gation &#224; Varsovie et engager la gr&#232;ve totale pour soutenir sa d&#233;marche. (&#8230;) Puis, le ministre flanqu&#233; du secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration des m&#233;taux, part imm&#233;diatement &#224; Poznan, le mercredi 27 juin, pour discuter avec les ouvriers de Zispo, o&#249; il r&#233;p&#232;te ce qu'il a dit &#224; la d&#233;l&#233;gation. Son attitude exasp&#232;re les ouvriers. (&#8230;) Les &#233;quipes de nuit se r&#233;unissent et d&#233;cident de se mettre en gr&#232;ve totale pour le lendemain matin 28 et de manifester dans les rues de la ville. Les cadres du parti et du syndicat tentent vainement de s'y opposer, mais la col&#232;re des ouvriers balaie leurs timides objections. (&#8230;) L'&#233;quipe de jour, qui arrive &#224; 6 heures du matin, confirme la d&#233;cision de gr&#232;ve. Les deux &#233;quipes d&#233;cident en m&#234;me temps une manifestation, l'envoi d'un message au Premier ministre lui demandant de venir sur place se rendre compte de la validit&#233; de leurs revendications et un meeting public sur la place de l'h&#244;tel de ville (&#8230;) Les mots d'ordre scand&#233;s par les manifestants (&#8230;) son &#233;loquents : &#171; Du pain, nous voulons du pain ! Nous r&#233;clamons l'augmentation des salaires ! Nous r&#233;clamons la diminution des prix ! Nous voulons am&#233;liorer notre niveau de vie ! (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt;
Les gr&#233;vistes de Zispo d&#233;cident d'envoyer d&#232;s l'aube des d&#233;l&#233;gations dans les usines voisines et d'abord aux &#233;tablissements de r&#233;paration d'&#233;quipements ferroviaires dits ZNTK et aux &#233;tablissements de l'industrie du caoutchouc Stomil, qui se mettent en gr&#232;ve tout de suite. (&#8230;) D&#232;s huit heures, la quasi-totalit&#233; des usines de Poznan (qui compte douze usines importantes) sont en gr&#232;ve. A neuf heures, plus un tramway ne fonctionne et les premiers trains s'arr&#234;tent. A dix heures, les bureaux de poste ferment leurs guichets. A onze heures, la gare centrale ferme aussi (&#8230;) Des ouvriers en gr&#232;ve venus d'autres usines convergent eux aussi (avec ceux de Zispo, de ZNTK et Stomil) vers la place de l'H&#244;tel de ville. (&#8230;) Les manifestants ajoutent aux slogans des pancartes : &#171; A bas les bonzes ! Nous ne voulons plus &#234;tre des esclaves ! (&#8230;) A bas le faux communisme ! Dehors les troupes russes ! Nous volons une Pologne libre ! &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Une fois rassembl&#233;s &#224; plusieurs dizaines de milliers sur la place de l'H&#244;tel de ville, les gr&#233;vistes envoient des d&#233;l&#233;gations au comit&#233; du parti, au comit&#233; populaire de la ville, au comit&#233; de vo&#239;vodie (r&#233;gion), en grande partie d&#233;sert&#233;s par leurs fonctionnaires (&#8230;) Nul ne les re&#231;oit. (&#8230;) Au meeting, une bonne dizaine d'orateurs prennent bri&#232;vement la parole et r&#233;clament entre autres que des repr&#233;sentants des autorit&#233;s viennent s'adresser aux manifestants et r&#233;pondent &#224; leurs revendications. Personne ne vient. (&#8230;) Les manifestants envahissent la prison et lib&#232;rent les 250 d&#233;tenus, tous de droit commun, et s'emparent d'armes &#224; l'arsenal de la prison. Les politiques sont intern&#233;s dans la prison de la S&#233;curit&#233; d'Etat (la Bezpieka). (&#8230;) Plusieurs colonnes de manifestants convergent alors rue Kochanowski, o&#249; se dresse l'immeuble de la police politique. Ils tentent d'y p&#233;n&#233;trer. La police tire et abat un jeune apprenti de l'usine Zispo &#226;g&#233; de 16 ans. Une deuxi&#232;me salve couche cinq manifestants sur le pav&#233;. Les manifestants d&#233;sarment un camion de soldats envoy&#233; sur la place et s'emparent de deux chars. Les soldats n'ont dans les deux cas oppos&#233; aucune r&#233;sistance. Puis, les manifestants font le tour des commissariats pour s'y emparer des armes. D'autres grimpent sur des camions pour aller rafler les armes des postes de police des banlieues voisines. (&#8230;) les manifestants s'emparent de l'H&#244;tel de ville au sommet duquel ils placent un gigantesque &#233;criteau portant l'inscription : &#171; Du pain et la libert&#233; ! &#187;. Ils s'emparent aussi du conseil populaire de la vo&#239;vodie et de divers b&#226;timents officiels. (&#8230;) Au m&#234;me moment arrivent par avion &#224; Poznan le Premier ministre, l'ancien social-d&#233;mocrate Cyranki&#233;wicz, flanqu&#233; d'Edouard Gierek, secr&#233;taire au comit&#233; central du POUP et du pr&#233;sident du conseil central des syndicats, le stalinien pur sucre Klosiewicz, alors m&#234;me que des groupes de gr&#233;vistes en armes sillonnent la ville. Aucun d'eux n'a le souci de rencontrer gr&#233;vistes et manifestants. Ils se contentent de convoquer quelques cadres du parti et du syndicat officiel des principales usines de la ville, organisent un &#171; r&#233;tablissement de l'ordre &#187; et font d&#233;cr&#233;ter le couvre-feu d&#232;s 21 heures. Les affrontements entre l'arm&#233;e et les groupes insurg&#233;s sans coordination commencent d&#232;s le d&#233;but de la soir&#233;e, se poursuivent toute la nuit et durent jusqu'au milieu de l'apr&#232;s-midi du 29. (&#8230;) Les soldats n'opposent, quand ils le peuvent, aucune r&#233;sistance. (&#8230;) A la fin de l'apr&#232;s-midi du 29, &#171; l'ordre &#187; est r&#233;tabli. (&#8230;) Une vague r&#233;volutionnaire va soulever la Pologne la troisi&#232;me semaine d'octobre, &#224; laquelle la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Poznan avait donn&#233; la premi&#232;re impulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de la &#171; R&#233;solution des d&#233;l&#233;gu&#233;s des conseils ouvriers du 11e arrondissement de Budapest &#187; du 12 novembre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) La classe ouvri&#232;re consid&#232;re que les usines et la terre comme propri&#233;t&#233; du peuple travailleur. (&#8230;) Nous revendiquons l'&#233;largissement total de la sph&#232;re d'activit&#233; des conseils ouvriers (&#8230;) de fixer des &#233;lections libres (&#8230;), la lib&#233;ration imm&#233;diate des membres du gouvernement Imre Nagy (&#8230;), le cessez le feu imm&#233;diat et l'&#233;vacuation imm&#233;diate des troupes sovi&#233;tiques de Budapest (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de l' &#171; Appel du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest &#187; du 27 novembre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Pour une Hongrie socialiste, ind&#233;pendante et d&#233;mocratique&lt;br /&gt;
Camarades ouvriers ! Le Conseil central ouvrier des usines et des arrondissements du Grand-Budapest &#233;lu d&#233;mocratiquement par la base vous adresse un appel et des informations dans le but de resserrer encore nos rangs et de les rendre plus unis et plus forts. On sait que le Conseil central ouvrier du Grand-Budapest a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; sur l'initiative des grandes entreprises, le 14 novembre dernier, afin de coordonner le travail des conseils ouvriers des usines et de se faire le porte-parole commun de leurs revendications. (&#8230;) Voil&#224; pourquoi nous avons convi&#233; au Palais des sports, &#224; Budapest, pour le 21 novembre dernier, les repr&#233;sentants de la province, des d&#233;partements, afin que, &#224; la r&#233;union du conseil ouvrier national, nous discutions des questions les plus importantes qui nous pr&#233;occupent (&#8230;) Le gouvernement a interdit cette r&#233;union. Cette mesure inattendue a envenim&#233; la situation. D&#232;s que l'interdiction a &#233;t&#233; connue, les ouvriers des usines de Budapest ainsi que les travailleurs des transports ont cess&#233; le travail et ont commenc&#233; une gr&#232;ve de protestation, sans avoir re&#231;u aucune directive du conseil central. (&#8230;) Nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; reprendre le travail dans tout le pays, sans pour autant renoncer &#224; notre droit de gr&#232;ve, &#224; la condition expresse que le gouvernement reconnaisse le conseil ouvrier national comme seul organisme repr&#233;sentatif de la classe ouvri&#232;re et qu'il continue sans d&#233;lai des n&#233;gociations relatives &#224; nos revendications. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 23 novembre au matin, Jozsef Balazs, l'un des membres de notre d&#233;l&#233;gation, a annonc&#233; personnellement &#224; la radio le r&#233;sultat de ces entretiens. Le pr&#233;sident du Conseil des ministres avait reconnu le Conseil central ouvrier du Grand-Budapest comme qualifi&#233; pour poursuivre les n&#233;gociations et avait promis de soumettre au Conseil des ministres les revendications qui lui &#233;taient pr&#233;sent&#233;es. (&#8230;) Force nous est de proclamer que toutes ces promesses ne constituent pas grand-chose. N&#233;anmoins, nous avons d&#233;cid&#233; de reprendre le travail, car nous avons en vue les seuls int&#233;r&#234;ts du peuple. (&#8230;) Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers. Afin d'augmenter encore nos forces, nous pensons que, en vue des mesures et actions unies, la r&#233;alisation des t&#226;ches suivantes s'impose : &lt;br /&gt;
1&#176;) (&#8230;) former d'urgence des conseils ouvriers d'arrondissement et de d&#233;partement au moyen d'&#233;lections d&#233;mocratiques organis&#233;es &#224; la base. Les usines importantes et d'abord celles qui se trouvent dans les villes centrales de d&#233;partement devront prendre l'initiative de constituer des conseils centraux. &lt;br /&gt;
2&#176;) Tout conseil central d'arrondissement ou de d&#233;partement doit se mettre imm&#233;diatement en rapport avec le Conseil central ouvrier du Grand-Budapest (15-17 rue Akacfa, t&#233;l&#233;phone 422130). Le pr&#233;sident du Conseil central ouvrier est Sandor Racz, pr&#233;sident du conseil ouvrier de l'usine Standard (Beloiannis), son adjoint est Gy&#235;rgy Kalocsai, d&#233;l&#233;gu&#233; du conseil ouvrier des Huileries v&#233;g&#233;tales de Csepel, son secr&#233;taire est Istvan Babai, pr&#233;sident du conseil ouvrier de la Compagnie des tramways de Budapest. Un repr&#233;sentant mandat&#233; du conseil ouvrier d&#233;partemental doit se rendre personnellement au secr&#233;tariat du Conseil central ouvrier du Grand-Budapest, afin d'organiser le contact et de s'entretenir des questions d'actualit&#233;.&lt;br /&gt;
3&#176;) Une des t&#226;ches les plus importantes des membres des conseils ouvriers d'usine consiste &#224; s'occuper non seulement de l'organisation du travail, mais aussi &#224; &#233;lire d'urgence les conseils ouvriers d&#233;finitifs. Au cours de ces &#233;lections, nous devons montrer la m&#234;me &#233;nergie pour combattre l'agitation de la dictature rakosiste que celle de la restauration capitaliste. Les conseils doivent &#234;tre compos&#233;s d'ouvriers honn&#234;tes au pass&#233; irr&#233;prochable ! Au sein des conseils, les ouvriers devront poss&#233;der une majorit&#233; d'au moins deux tiers. (&#8230;) Les directeurs d'usine doivent &#234;tre &#233;lus par les conseils eux-m&#234;mes apr&#232;s d&#233;claration de candidature. (&#8230;)&lt;br /&gt;
4&#176;) (&#8230;) Seuls les ouvriers ont combattu pour la cr&#233;ation des conseils ouvriers et la lutte de ces conseils a &#233;t&#233; dans bien des cas entrav&#233;s par les syndicats qui se sont bien gard&#233;s de les aider. (&#8230;) Nous sommes hostiles au maintien des permanents syndicaux r&#233;tribu&#233;s. En effet, l'activit&#233; aussi bien au sein d'un comit&#233; d'usine qu'au sein d'un conseil ouvrier doit &#234;tre un travail social b&#233;n&#233;vole. Nous ne voulons pas vivre de la r&#233;volution et nous ne tol&#233;rerons pas que qui que ce soit essaie d'en vivre. (&#8230;) Nous protestons contre la th&#232;se des &#171; syndicats libres &#187; r&#233;cemment constitu&#233;s d'apr&#232;s laquelle les conseils ouvriers devraient &#234;tre uniquement des organisations &#233;conomiques. Nous pouvons affirmer que les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re sont repr&#233;sent&#233;s en Hongrie par les conseils ouvriers et que, en Hongrie, il n'existe pas actuellement un pouvoir politique plus puissant que le leur. Nous devons &#339;uvrer de toutes nos forces au renforcement du pouvoir ouvrier. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits d'un entretien avec Sandor Racz, pr&#233;sident du Conseil ouvrier central du Grand Budapest, men&#233; par Sandor Szilagy :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) On imagine difficilement quel &#233;v&#233;nement c'&#233;tait quand la statue (de Staline) s'est &#233;branl&#233;e : le peuple au nom duquel on avait &#233;rig&#233; la statue, &#233;tait all&#233; la renverser. Tout le monde fraternisait. Apr&#232;s le renversement de Joseph, et quand il ne restait plus que ses bottes sur le socle, des gens sont arriv&#233;s en camions pour nous dire d'aller &#224; la maison de radio, qu'on y tirait sur les gens. Tous ceux qui ont pu se sont agripp&#233;s aux camions. Les rues &#233;taient pleines de monde. Deux slogans retentissaient dans la ville : &#171; les Russes dehors ! &#187; et &#171; Imre Nagy au gouvernement ! &#187; Il y avait une telle foule que nous n'avons pas pu entrer &#224; la radio. (&#8230;) Vers 10 heures, quatre blind&#233;s hongrois sont arriv&#233;s. Ils n'ont pas pu entrer dans la rue parce que les gens les ont encercl&#233;s, ont saut&#233; sur eux et ont interpell&#233; les officiers. (&#8230;) Le lendemain matin, (&#8230;) la foule allait et venait et moi je me suis mis &#224; parler. (&#8230;) l y avait toujours cent ou deux cents personnes autour de moi. (&#8230;.) le 29, nous nous sommes retrouv&#233;s &#224; l'usine &#224; environ cinq cents, dans la salle de spectacle. (&#8230;) Je ne me souviens plus qui a propos&#233; de d&#233;signer un conseil ouvrier. Je ne me souviens plus non plus qui a propos&#233; mon nom. Toujours est-il que moi aussi j'ai d&#251; monter sur l'estrade. Finalement, le conseil ouvrier provisoire a eu quinze membres. (&#8230;) Je suis devenu agent de liaison avec l'arrondissement et les autres conseils ouvriers. (&#8230;) Nous avons d&#233;cid&#233; de reprendre le travail et d'organiser la surveillance de l'usine. Il nous paraissait &#233;vident que par la r&#233;volution nous avions obtenu que le directeur ne dirige plus, mais que ce soit nous qui prenions l'usine en mains. (&#8230;) En me promenant dans l'usine, j'ai enlever tous les portraits, toutes les &#233;toiles, les statues et autres salet&#233;s. J'ai dit que ceux qui ne pouvaient pas vivre sans pouvaient les emmener chez eux, mais qu'on pouvait travailler sans tout &#231;a. (&#8230;) Je vivais dans l'usine. Nous avions de quoi manger parce que nous recevions de la campagne des pommes de terre, de la viande, des oies. &#199;a aussi, &#231;a appartient &#224; la r&#233;volution, des paysans baluchon sur le dos qui viennent ravitailler les r&#233;volutionnaires. Le conseil ouvrier payait aussi les avances, du moins &#224; ceux qui venaient les chercher. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Depuis le d&#233;but, je n'avais pas l'espoir que les Russes nous laisseraient ce que nous avions conquis. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas d'accord non plus avec le fait que Mal&#233;ter et ses gens aillent au quartier g&#233;n&#233;ral sovi&#233;tique qui &#233;tait compl&#232;tement coup&#233; du monde. Le 4 novembre, &#224; 4 heures du matin, on a entendu l'appel de Nagy &#224; la radio. Vous ne pouvez pas vous repr&#233;senter cette trag&#233;die. C'&#233;tait terrible d'entendre ce communiste qui demandait en pleurant aux Russes de ne pas faire de mal &#224; la ville, &#224; ce pays. Je l'entend encore, parce qu'ils ont lu l'appel en Russe aussi. (&#8230;) Quelque chose comme : je vous en prie, je vous en prie. On n'a entendu le premier coup de canon qu'une bonne demi-heure plus tard. Jusqu'au 6, il n'y a eu rien d'autre que des combats. &lt;br /&gt;
Nous &#233;tions dans l'usine. En tout, nous &#233;tions vingt, mais aucune arme, seulement des pistolets &#8211; &#231;a n'aurait pas eu beaucoup d'int&#233;r&#234;t. Moi, je me suis post&#233; sur le toit de l'usine. De l&#224;, je voyais les projectiles, les bombes qui volaient partout. Nous &#233;tions sur les nerfs, dans une col&#232;re terrible. C'&#233;tait un pays pacifique, calme, pr&#234;t &#224; se mettre au travail, qu'on &#233;tait en train d'attaquer ! &lt;br /&gt;
Nous avons convoqu&#233; pour le 8 novembre une s&#233;ance des conseils de l'arrondissement, dans la salle de spectacles de l'usine de Machines et Petits Moteurs. Il y avait environ cent personnes ; d'ailleurs notre but &#233;tait seulement de donner un peu d'espoir aux gens. Unanimement, nous pensions que d&#233;sormais les conseils ouvriers devaient jouer un r&#244;le actif. Jusque l&#224;, nous ne m&#234;lions pas de politique parce que nous avions confiance en Nagy. Nous le voyions comme la garantie de la r&#233;volution. Mais Kadar et sa clique l'ont vendu, lui et la r&#233;volution aussi. A ce moment-l&#224; tout le monde rejetait Kadar ; personne ne voulait lui adresser la parole &#8211; except&#233; les quelques personnes qu'il avait prises dans son gouvernement. Donc nous pensions qu'il fallait sauver le plus possible cette libert&#233; que nous avions conquise et que c'&#233;tait notre affaire. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 12, il y avait entra&#238;nement et nous avons convoqu&#233; l'arrondissement &#224; Beloiannisz. (...) Les gens sont venus des conseils ouvriers de l'arrondissement. J'en connaissais beaucoup de vue, puisque j'ai &#233;t&#233; agent de liaison. Durant ces journ&#233;es, j'ai &#233;t&#233; assez actif. (&#8230;) A ce moment l&#224;, nous avions formul&#233; nos exigences politiques : le d&#233;part des troupes sovi&#233;tiques, le r&#233;tablissement du gouvernement Nagy, la reconnaissance l&#233;gale des conseils ouvriers et des comit&#233;s r&#233;volutionnaires. Quatre ou cinq des d&#233;l&#233;gu&#233;s les avaient formul&#233;s en points, en haut dans le bureau. Ensuite, nous avons vot&#233;. &#199;a, c'est important parce que le 14, Bali s'est rendu &#224; la s&#233;ance de fondation du Conseil Ouvrier Central &#224; l'Egyes&#252;lt Izzo, avec ce programme pr&#234;t. (&#8230;) Sanyi m'a racont&#233; comment le Conseil Ouvrier Central avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. (&#8230;) Le 14 au soir, Sandor S. Nagy, le fraiseur de Ganz, est venu dire &#224; notre conseil qu'il avait convoqu&#233; une autre r&#233;union (&#8230;) et que nous nous y fassions repr&#233;senter. J'ai dit qu'on m'y envoie, car je trouvais quelque chose bizarre dans cette affaire. (&#8230;) Il y avait environ quatre cent personnes dans la grande salle ; ceux qui &#233;taient &#224; la table pr&#233;sidentielle &#233;taient bien fringu&#233;s, chemise blanche et tout &#8211; moi et les autres dans la salle, bien s&#251;r en bleu de travail, dans lequel nous &#233;tions all&#233;s &#224; l'usine. (&#8230;) Un grand jeune homme parlait &#224; tort et &#224; travers. (&#8230;) A tr&#232;s haute voix, je lui ai demand&#233; de se pr&#233;senter, de dire qui l'avait envoy&#233; ici et comment. Il s'est av&#233;r&#233; qu'il &#233;tait &#233;tudiant et que deux individus &#233;taient venus le chercher pour lui faire d&#233;clarer ce qu'il venait de dire. J'ai annonc&#233; que cette s&#233;ance n'avait aucun int&#233;r&#234;t puisque le Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; et qu'il n'y avait aucun besoin d'un contre-conseil ouvrier. Et donc que moi je m'en allais. Ceux qui voulaient conna&#238;tre le v&#233;ritable programme du Conseil Ouvrier Central pouvaient en prendre connaissance au 15 de la rue Akacfa. (&#8230;) Dix minutes plus tard, la foule commen&#231;ait &#224; se rassembler derri&#232;re moi. (&#8230;) Le conseil ouvrier a fait un rapport aux quatre cent personnes qui m'avaient suivi. Le rapport &#233;tait &#224; peine commenc&#233; que deux soldats russes ont fait irruption. J'ai bien entendu quand ils ont charg&#233; leur mitraillette. Je me suis lev&#233; en sentant les deux mitraillettes dans mon dos. Je suis all&#233; &#224; la table et j'ai commenc&#233; &#224; parler : &#171; M&#234;me si deux soldats russes sont l&#224; dans la porte avec leurs mitraillettes, il faut que nous parlions des probl&#232;mes des travailleurs hongrois ! &#187; La tension est tomb&#233;e et les deux soldats sont partis. (&#8230;) C'est comme cela que j'ai &#233;t&#233; choisi au Conseil Ouvrier Central. (&#8230;) Jozsef Sandor aussi est arriv&#233; &#224; la s&#233;ance &#8211; il faisait la liaison entre Kadar et le Conseil Ouvrier Central &#8211; et il a dit qu'il y avait eu un malentendu avec les Russes et, pour cette raison, il pr&#233;sentait les excuses du gouvernement. Moi, je ne le crois pas, qu'il y ait eu un malentendu. (&#8230;) Nous avions d&#233;cid&#233; avec Jozef Sandor qu'une d&#233;l&#233;gation irait au Parlement. Environ dix personnes ont &#233;t&#233; choisies pour la d&#233;l&#233;gation et j'&#233;tais parmi eux. Kadar n'est arriv&#233; qu'&#224; minuit et il a fallu attendre jusque l&#224;. (&#8230;) Les membres du gouvernement sont arriv&#233;s vers huit heures. Donc sont arriv&#233;s Biszku, Ribansky, Jozsef Sandor, Marosan et d'autres. Et, sans que tu t'en aper&#231;oives, l'un &#233;tait assis &#224; droite, l'autre &#224; gauche et tu &#233;tais soumis &#224; un interrogatoire serr&#233; pour savoir ce que, en fin de compte, tu voulais. L&#224;-dessus, Kadar arrive. (&#8230;) D&#233;venyi, notre chef, ne s'est pas du tout comport&#233; comme il convenait de la part d'un ouvrier. Il salivait, g&#233;missait, b&#233;gayait (&#8230;) Je me suis lev&#233; et j'ai dit : &#171; Nous jacassons ici comme des pies, pendant que dans la rue on tire sur les ouvriers hongrois ! &#187; (&#8230;) Une s&#233;ance du Conseil Ouvrier Central &#233;tait annonc&#233;e pour huit heures du matin. Apr&#232;s le compte-rendu de D&#233;venyi, j'ai demand&#233; la parole et j'ai racont&#233; ce qui s'&#233;tait pass&#233; au Parlement. Puis j'ai propos&#233; une motion de d&#233;fiance contre D&#233;venyi. J'ai critiqu&#233; la conduite de toute la d&#233;l&#233;gation. Ceux d'environ cinquante ans intervenaient plut&#244;t en faveur de D&#233;venyi. Ils disaient que lui obtiendrait quelque chose avec ses marchandages. Par contre, les moins de quarante ans avaient des prises de position plus radicales (&#224; ce moment-l&#224;, personne ne reconnaissait Kadar). J'ai &#233;t&#233; &#233;lu nouveau pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central au scrutin secret. (&#8230;) Nous avons appel&#233; les ouvriers &#224; rentrer dans leurs usines et &#224; y &#233;lire des conseils ouvriers d&#233;finitifs. Les gens de Kadar disaient toujours que les conseils ouvriers n'&#233;taient pas valables parce que les ouvriers n'&#233;taient m&#234;me pas dans les usines et avaient &#233;t&#233; &#233;lus par acclamation, comme si eux avaient &#233;t&#233; choisis par acclamation ! Antal Apro a dit qu'ils prendraient trois membres du Conseil Ouvrier Central dans le gouvernement. Alors, je lui ai dit : &#171; Qu'est-ce que vous en pensez ? Qu'on m'a envoy&#233; ici pour marchander un quelconque portefeuille minist&#233;riel ? R&#233;pondez-moi plut&#244;t : quand est-ce que les troupes sovi&#233;tiques partiront, quand Imre Nagy reviendra &#224; la t&#234;te du gouvernement et quand les l&#233;galisera-t-on les conseils ouvriers ? A ce moment-l&#224;, les d&#233;portations battaient leur plein. Nous avions un comit&#233; de lib&#233;ration de trois membres, et c'est eux qui allaient au commandement russe pour faire &#233;viter la d&#233;portation aux gens. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le Conseil Ouvrier National ne s'est jamais organis&#233;. Nous avons convoqu&#233; les repr&#233;sentants des conseils ouvriers pour une conf&#233;rence le 24, &#224; 8 heures, au stade. Et plusieurs milliers de personnes se sont rassembl&#233;es. Mais les tanks russes encadraient le stade, si bien que m&#234;me une souris n'aurait pas pu passer. Nous sommes all&#233;s au si&#232;ge de Memosz, mais on ne nous a pas laiss&#233;s passer l&#224; non plus. Si bien qu'&#224; soixante ou soixante-dix nous sommes all&#233;s rue Akacfa. Ne serait-ce parce que un ou deux envoy&#233;s de province seulement ont pu acc&#233;der &#224; la petite salle, le Conseil Ouvrier National n'a pas pu s'organiser. (&#8230;) L&#224;, nous avons d&#233;cid&#233; de faire gr&#232;ve les 22 et 23 pour protester contre l'interdiction de notre conf&#233;rence et contre l'enl&#232;vement de Imre Nagy. (...) Entre temps, on m'a d&#233;sign&#233; de nouveau comme pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest. (&#8230;) Les discussions avec le gouvernement &#233;taient de la com&#233;die et ne servaient &#224; rien. Ils nous ont fait discuter sur les modifications au programme du gouvernement. Nous avions propos&#233; la reconnaissance par d&#233;cret des conseils ouvriers et du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest, l'attribution des postes de directeur par concours et le droit des conseils ouvriers de renvoyer les directeurs, des choses dans ce genre. Mais le gouvernement se moquait de nous. Il a voulu nous donner une place au minist&#232;re de l'Agriculture, mais je n'ai pas accept&#233; : nous n'&#233;tions pas un minist&#232;re ! (&#8230;) Je suis all&#233; &#224; Vezpren, &#224; la cr&#233;ation du conseil ouvrier du d&#233;partement. C'est eux qui m'avaient invit&#233; &#224; leur s&#233;ance inaugurale. J'&#233;tais assez exasp&#233;r&#233; et je leur ai franchement racont&#233; quel jeu le gouvernement menait avec nous. J'ai aussi particip&#233; &#224; une autre s&#233;ance d'un conseil ouvrier, &#224; l'usine Etoile Rouge de Obuda. Le conseil &#233;tait plein de communistes qui n'allaient pas dans la direction souhait&#233;e par les travailleurs. Moi, j'y vais et j'ai organis&#233; une v&#233;ritable &#233;lection du conseil. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 27, il y avait une nouvelle n&#233;gociation avec le gouvernement. C'est moi qui ai dirig&#233; cette d&#233;l&#233;gation. (&#8230;) Quand Kadar est arriv&#233;, je me suis avanc&#233; avec mes questions : &#171; Qu'est-ce que pense Mr Kadar de ce qui se passe, de l'enl&#232;vement d'Imre Nagy et de son &#233;quipe, de la gr&#232;ve, des condamnations des ouvriers&#8230; ? &#187; C'&#233;tait la fin de la n&#233;gociation. Elle a repris le 6 d&#233;cembre. Mais, &#224; l'&#233;poque, les rapports avec le gouvernement s'&#233;taient beaucoup envenim&#233;s. Le parti s'organisait, mais le Conseil Ouvrier Central aussi se renfor&#231;ait constamment. Des groupes de travail se sont constitu&#233;s : presse et information avec Miklos Sebestyen, le groupe pour l'organisation sous la direction de F&#233;renc T&#246;ke, le groupe de travail sur l'&#233;conomie et d'autres. Le 28, nous avons voulu publier le &#171; Journal des travailleurs &#187; sous la direction de Gyula Obersovsky. Nous en &#233;tions d&#233;j&#224; aux premi&#232;res &#233;preuves quand Jozsef Sandor a t&#233;l&#233;phon&#233; pour dire que le gouvernement consid&#233;rait cela comme un acte d'opposition. D'accord, ai-je dit. Alors arr&#234;tons la composition, qu'ils voient notre bonne volont&#233;. Si bien qu'il n'y a eu qu'une feuille d'information, au stencil, qui a paru trois fois, la derni&#232;re fois, peut-&#234;tre le 5 d&#233;cembre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La deuxi&#232;me &#233;tape a &#233;t&#233; celle des deux manifestations : celle des femmes et celle du 6 d&#233;cembre contre le gouvernement. Pour la manifestation des femmes du 4 d&#233;cembre, le Conseil Ouvrier central n'a pas donn&#233; son accords pr&#233;alable par ce que beaucoup parlaient de provocation : on leur tirera dessus et ensuite on nous fera porter la responsabilit&#233;. Moi je n'&#233;tais pas d'accord, mais j'ai d&#251; m'incliner devant la majorit&#233;. Finalement, la manifestation a &#233;t&#233; tr&#232;s belle et tr&#232;s &#233;mouvante. (&#8230;) L'autre manifestation le 6 &#233;tait organis&#233;e par le Parti communiste et nous d&#233;fiait. Ils sont arriv&#233;s &#224; la gare de l'Ouest vers 4 heures, juste quand les travailleurs d'Angyalf&#246;ld et de Ujpest arrivaient et ces derniers les ont bien battus. Le 6 justement nous &#233;tions au Parlement pour y apporter le M&#233;morandum. Les gens de Kadar ont voulu nous coller la responsabilit&#233; des troubles. (&#8230;) Nous avons convoqu&#233; pour le 8 la conf&#233;rence des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil Ouvrier National. C'est Ferenc T&#246;ke qui l'avait convoqu&#233;e. (&#8230;) La s&#233;ance a commenc&#233; vers dix heures. Jozsef Sandor appelle pour nous dire de ne pas avoir l'audace de faire la conf&#233;rence, parce que le gouvernement est absolument contre. (&#8230;) Ensuite, vers midi, il y a eu un deuxi&#232;me coup de fil, beaucoup plus important : &#171; on tire sur les travailleurs &#224; Salgonarjan ! &#187; (&#8230;) A l'unanimit&#233;, nous avons accept&#233; la proposition d'une gr&#232;ve de quarante-huit heures. Le Conseil a aussi &#233;labor&#233; un appel aux travailleurs du monde dans lequel nous demandons qu'ils soutiennent les travailleurs hongrois dans la lutte qu'ils avaient entreprise, sans crainte pour leur vie. Cet appel est pass&#233; dans les journaux du monde entier. La gr&#232;ve du 11 et 12 et l'appel ont &#233;t&#233; nos derniers mots. Nous n'avions plus rien &#224; dire &#224; l'&#233;quipe Kadar qui, au lieu de n&#233;gocier, nous tirait dessus. Le 11, les membres du Conseil Ouvrier central ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et le Conseil d&#233;clar&#233; hors la loi. (&#8230;) Ma condamnation a &#233;t&#233; prononc&#233;e le 17 mars 1957 : perp&#233;tuit&#233;. (&#8230;) J'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le 28 mars 1963, avec la grande amnistie. Je voulais retourner &#224; l&#8216;usine, &#224; Beloiannisz, mais on ne me l'a pas permis ; environ vingt-cinq grandes entreprises ont ensuite refus&#233; mon livret de travail, jusqu'&#224; ce que je trouve du travail chez un m&#233;canicien priv&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
En 1945-46, la solidarit&#233; cr&#233;&#233;e par la guerre ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs hongrois. (&#8230;) Apr&#232;s 1945, le syst&#232;me n'a pas aid&#233; &#224; la formation et &#224; l'approfondissement de la conscience ouvri&#232;re, mais au contraire, avec la cr&#233;ation de ce r&#233;gime de mouchard, il a d&#233;sorganis&#233; cette conscience ouvri&#232;re qui aurait d&#251; donner naissance au v&#233;ritable pouvoir des ouvriers. En 1956, ces ouvriers tromp&#233;s ont clairement vu leur situation. Ils se sont rang&#233;s avec fermet&#233; et r&#233;solution aux c&#244;t&#233;s de la r&#233;volution et ils l'ont d&#233;fendue de toutes leurs forces. Ils l'ont fait parce qu'ils se sont rendus compte que c'&#233;tait le moment historique favorable &#224; la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; sans exploitation en Hongrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de &#171; Au nom de la classe ouvri&#232;re &#187; de Sandor Kopacsi :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Entre le soir du 24 f&#233;vrier 1956 et l'aube du 25, dans la salle du Grand Palais du Kremlin, &#224; Moscou, il se passa quelque chose qui allait chambarder l'esprit des communistes du monde entier. C'&#233;tait la lecture du fameux &#171; rapport secret &#187; de Krouchtchev. (&#8230;) Le massacre d'innocents, la liquidation de millions de paysans, les goulags venaient de faire leur entr&#233;e dans l'histoire de l'Union sovi&#233;tique et de son r&#233;gime. Les dirigeants des pays de l'Est chancel&#232;rent sous le coup des r&#233;v&#233;lations. Le chef de l'Etat polonais, Bierut, rendit l'&#226;me sur place. (&#8230;) Apr&#232;s Kadar, la veuve de Rajk sortit des souterrains et exigea la r&#233;habilitation de son mari. (&#8230;) Rakosi fut cong&#233;di&#233; par t&#233;l&#233;phone. Le lendemain, il partit pour Moscou. Pour le pays, le rempla&#231;ant ne valait gu&#232;re mieux : Erno Ger&#246;, son bras droit de toujours, ancien commissaire du GPU en Espagne, champion des plans de production fantaisistes qui en dix ans avaient ruin&#233; le peuple hongrois. Apr&#232;s le d&#233;part du dictateur au petit pied, l'opposition du parti obtint la r&#233;habilitation solennelle de ses victimes les plus en vue, principalement celle de son ancien co-&#233;quipier Lazlo Rajk. Au terme de recherches longues, on retrouva les restes de son corps dans un bois (&#8230;) La c&#233;r&#233;monie d'inhumation fut pr&#233;vue pour le 6 octobre 1956. L'opposition du parti et tout particuli&#232;rement la veuve de la victime insist&#232;rent pour qu'elle fut solennelle, avec une participation tr&#232;s large. La population de Budapest se souciait peu des r&#232;glements de comptes &#224; l'int&#233;rieur du parti, mais la mauvaise gestion et la p&#233;nurie l'avaient pouss&#233; &#224; bout. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que nous allions mettre &#224; nu l'incomp&#233;tence criminelle du pouvoir (&#8230;) 200.000 personnes manifest&#232;rent (&#8230;) La jeunesse bougeait. Les universitaires pr&#233;sentaient une s&#233;rie de revendications concernant leur condition d'&#233;tudiant, dont certaines touchaient &#224; la grande politique. Ils avaient placard&#233; des tracts ron&#233;otyp&#233;s exhortant la jeunesse estudiantine &#224; se rendre &#224; une manif de symptahie avec la Pologne de Gomulka. (&#8230;) Une manif organis&#233;e par d'autres que les dirigeants officiels du Parti, c'&#233;tait un &#233;v&#233;nement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A peine quelques mois plus t&#244;t en Pologne, &#224; Poznan, cinquante mille ouvriers avaient d&#233;fil&#233; dans les rues r&#233;clamant du pain, des &#233;lections libres et le d&#233;part des troupes sovi&#233;tiques. R&#233;sultat : cent morts, trois cent bless&#233;s, trois cent personnes arr&#234;t&#233;es. Les forces de s&#233;curit&#233; polonaises avaient tir&#233;&#8230; Certes, ces victimes anonymes avaient en quelque sorte arrach&#233; des concessions aux Russes, puisque, un mois plus tard, la direction d&#233;savoua la S&#233;curit&#233;, r&#233;int&#233;gra dans le parti l'ancien grand chef sorti de prison, Gomulka. En Hongrie, tout le monde commen&#231;ait &#224; appeler Imre Nagy &#171; le Gomulka hongrois &#187;. Les gens s'attendaient &#224; ce qu'il arrive un triomphe analogue &#224; celui de Gomulka qui &#233;tait devenu premier secr&#233;taire du parti polonais, tandis que le mar&#233;chal Rokossovsky, citoyen sovi&#233;tique d'origine polonaise plac&#233; &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e polonaise, symbole de la suj&#233;tion, &#233;tait &#233;cart&#233; du pouvoir. Krouchtchev et les autres dirigeants du Kremlin venaient de donner leur b&#233;n&#233;diction &#224; tous ces changements. (&#8230;) Les &#233;tudiants manifest&#232;rent. Certains arboraient des drapeaux, d'autres des pancartes sur lesquelles on lisait : une bourse qui ermette de vivre, plus d'enseignement obligatoire du Russe, d&#233;mocratisons le parti, Imre Nagy au pouvoir, les Russes en Russie ! (&#8230;) La manifestation longeait le quai o&#249; &#233;tait situ&#233;e la caserne des &#233;l&#232;ves-officiers de l'arm&#233;e. Les futurs commandants &#233;taient install&#233;s aux fen&#234;tres, pour la plupart juch&#233;s sur le rebord, jambes ballantes dans le vide. Ils faisaient des signaux au cort&#232;ge, ils reprenaient les mots d'ordre que criaient les manifestants. Sur la caserne, je voyais hiss&#233; un grand drapeau hongrois. A l'endroit o&#249; il devait porter un &#233;cusson &#224; la sovi&#233;tique, le drapeau pr&#233;sentait un trou. Les &#233;l&#232;ves-officiers avaient d&#233;coup&#233; l'&#233;cusson &#224; l'aide d'une paire de ciseaux. (&#8230;) Cent mille manifestants entouraient la statue de Staline que certains &#233;taient en train de d&#233;boulonner. C'&#233;taient les ouvriers des grandes usines de Pest. La mase de bronze s'abattit au milieu de la place des H&#233;ros. Ce fut sur cette immense place asphalt&#233;e, dans le cr&#233;puscule qui tombait vite en cette saison, que les gens apprirent qu'Imre Nagy h&#233;sitait &#224; venir : il n'avait aucun poste officiel, ni dans le parti ni dans le gouvernement ! Il ne pouvait venir &#171; faire un discours &#187; comme la bonne population de Budapest le demandait &#224; cor et &#224; cri. (&#8230;) Un demi million de personnes scandant avec d&#233;termination le nom d'un homme politique, &#231;a fait trembler les carreaux des immeubles environnants, c'est pire que le bang d'une escadre d'avions supersoniques. (&#8230;) Les amis intimes d'Imre Nagy &#233;taient all&#233;s le chercher et l'avaient amen&#233; presque de force sur la place du Parlement o&#249;, d'un balcon, il avait tenu un discours improvis&#233; dont l'essentiel avait &#233;t&#233; : &#171; Bonnes gens, de la patience, retournez chez vous, le parti va arranger les choses. &#187; La foule avait hu&#233;, puis avait fini par quitter la place (&#8230;) A la radio, on entendit la voix d&#233;sagr&#233;able du premier secr&#233;taire Ger&#246; : &#171; Chers camarades, chers amis, peuple travailleur de Hongrie, nous avons l'intention ferme et inalt&#233;rable de d&#233;velopper, d'&#233;largir et d'approfondir la d&#233;mocratie dans notre pays. (&#8230;) L'objectif des ennemis du peuple est aujourd'hui de saper le pouvoir de la classe ouvri&#232;re, de d&#233;nouer les liens entre notre parti et le glorieux parti de l'Union sovi&#233;tique. (&#8230;) Nous condamnons ceux qui ont profit&#233; des libert&#233;s d&#233;mocratiques que notre Etat assure aux travailleurs pour organiser une manifestation de caract&#232;re nationaliste ! &#187; (&#8230;) Un d&#233;t&#226;chement de la S&#233;curit&#233; post&#233; sur les toits tire sur les manifestants. (&#8230;) Sur les grands boulevards, les militaires transport&#233;s sur les camions furent t&#233;moins de la fusillade et de la panique qui s'en suivit. A l'instant m&#234;me, ils furent entour&#233;s par la foule exasp&#233;r&#233;e qui leur demanda des armes pour &#171; se d&#233;fendre contre les assassins de la S&#233;curit&#233; &#187;. Les jeunes recrues &#8211; jeunes paysans de la campagne &#8211; ne mirent pas longtemps pour r&#233;agir. Ils connaisaient la cruant&#233; de la S&#233;curit&#233;. Une nouvelle preuve venait de leur en &#234;tre fournie &#224; l'instant. La fum&#233;e et la poussi&#232;re du tir ne s'&#233;taient pas encore dissip&#233;es. Un soldat puis deux tendirent leurs armes aux gens. D'autres en firent bient&#244;t autant. (&#8230;) Les sodlats se joignent &#224; la foule qui fait feu contre les d&#233;fenseurs de l'immeuble de la radio (qui n'a pas diffus&#233; les &#171; revendications des manifestants). (&#8230;.) L'arm&#233;e intervient pour d&#233;gager l'immeuble de la radio. (&#8230;) Les gens assi&#232;gent le journal central du Parti. (&#8230;) Ils voulaient faire publier un placard comme quoi, en r&#233;ponse aux massacres commis par la S&#233;curit&#233;, tout le monde devait se mettre en gr&#232;ve demain. Peut-&#234;tre qu'on leur a refus&#233; la publication ? Et c'&#233;tait bien le cas. La r&#233;daction avait m&#234;me refus&#233; qu'une d&#233;l&#233;gation entre dans l'immeuble. Alors les gens &#233;taient all&#233;s chercher ceux quyi se battaient pr&#232;s de la radio. Ensemble, ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent d'abord dans la librairie du parti, o&#249; ils saccag&#232;rent tout, puis gagn&#232;rent la r&#233;daction du journal, d'o&#249; ils fich&#232;rent tout le monde dehors. (&#8230;) Nous entendimes des coups de canon. Les insurg&#233;s &#233;taient en train de d&#233;busquer un point d'appui de la S&#233;curit&#233;. (&#8230;) Les armes &#224; feu cr&#233;pitaient dans le centre et dans les banlieues. (&#8230;) On chuchotait que Kadar &#233;tait pr&#233;vu par les camarades sovi&#233;tiques comme rempla&#231;ant de Ger&#246; &#224; la t&#234;te du parti. (&#8230;) Imre Nagy fut coopt&#233; au Politburo hongrois (&#8230;) A deux heures du matin, une grande arm&#233;e blind&#233;e (russe) entrait dans Budapest. Les chars &#233;taient des &#171; Iosip Satline &#187;. C'&#233;taient les r&#233;serves de blind&#233;s de l'arm&#233;e sovi&#233;tqiue stationnant pr&#232;s du lac Balaton, au sud-ouest de la capitale. (&#8230;) Militairement parlant, c'&#233;tait un coup de poker. Ils avaient probablement song&#233; &#224; r&#233;&#233;diter leur succ&#232;s de Berlin en 1953 lorsque, au milieu des troubles, l'apparition des forces blind&#233;es sovi&#233;tiques avait suffi au d&#233;samor&#231;age de la r&#233;volte. A Budapest, la consigne des unit&#233;s russes fut &#233;galement de jouer la carte de la duret&#233;, de l'intimidation. (&#8230;) Aux premi&#232;res heures de la matin&#233;e, nous e&#251;mes enfin des &#233;chos de la situation militaire. Contrairement aux pr&#233;visions du gouvernement, l'arriv&#233;e des blind&#233;s sovi&#233;tiques n'avait fait qu'exasp&#233;rer la lutte. Un tr&#232;s grand nombre d'habitants des quartiers ouvriers de Csepel avaient &#233;t&#233; approvisonn&#233;s en mat&#233;riel par les travailleurs de l'usine &#171; Lampart &#187; (la principale fabrique d'armes du pays). L'arsenal de l'&#233;cole d'officiers avait &#233;galement &#233;t&#233; vid&#233;. Les armes, transport&#233;es en banlieue, furent r&#233;parties parmi la population. Certaines casernes de l'arm&#233;e, situ&#233;es dans le p&#233;rim&#232;tre, eurent elles aussi des complaisances. L'arriv&#233;e des blind&#233;s sovi&#233;tiques avait exasp&#233;r&#233; tous les milieux. (&#8230;) Pendant ce temps, la radio se manifestait. Renseignement pris, les &#233;missions se faisaient maintenant de la cave du Parlement, entour&#233; de blind&#233;s sovi&#233;tiques. La maison de la radio, compl&#232;tement d&#233;truite, &#233;tait occup&#233;e par les insurg&#233;s. La radio parlait et elle parlait mal (&#8230;.) : &#171; Attention ! Attention ! D'ignobles attaques &#224; main arm&#233;e des bandes contre-r&#233;volutionnaires ont cr&#233;&#233; une situation extr&#234;mement grave. Les bandits ont envahi des usines et des b&#226;timents publics, assassinant des civils, des soldats et des membres de la police de s&#233;curit&#233;&#8230; &#187; Il est dur d'entendre des mensonges aussi grossiers (&#8230;) Vers la fin de la matin&#233;e, (&#8230;) Imre Nagy, nomm&#233; chef du gouvernement, parlait pour la premi&#232;re fois &#224; la radio. Le pays tout entier &#233;tait &#224; l'&#233;coute. &#171; Peuple de Budapest, je vous informe que tous ceux qui auront d&#233;pos&#233; les armes et cess&#233; de combattre &#224; 14 heures aujourd'hui ne tomberont pas sous le coup de la loi martiale. &#187; (&#8230;) Imre Nagy disait avoir d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233; au Parlement un projet de d&#233;mocratisation de notre gouvernement, de notre parti, de notre vie politique et &#233;conomique. &#187; Mais il &#233;vit&#233; de parler des crimes de Ger&#246; contre le peuple, des assassinats que la S&#233;curit&#233; avait commis, et surtout des tanks russes qui sillonaient en ce moment m&#234;me les rues de Budapest, appel&#233;s par quel pouvoir ? En vue de parer quelle &#171; agression ext&#233;rieure &#187; ? (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au sein des insurg&#233;s, les fr&#232;res Pongracz et Sandor Angal, totalement inconnus hier, &#233;taient les noms les plus prestigieux de Budapest. Les fr&#232;res Poncracz, jeunes ouvriers de la banlieue de Budapest, et Sandor Angyal, jeune ouvrier de l'&#238;le de Csepel, commandaient de concert les deux plus importants groupes d'insurg&#233;s. Les fr&#232;res tenaient le cin&#233;ma Corvin. Angyal avait son QG quelques rues plus bas, dans le fin fond du vieux quartier prol&#233;tarien Ferencvaros. Ils poss&#232;daient des armes anti-tanks. Une dizaine de carcasses de chars sovi&#233;tiques t&#233;moignaient de l'efficacit&#233; de leur travail. Ils me contact&#232;rent par t&#233;l&#233;phone. (&#8230;) Je re&#231;us ordre du gouvernement d'ouvrir imm&#233;diatement des pourparlers avec les groupes insurg&#233;s. Mission : conna&#238;tre leurs intentions, les amener si possible &#224; se rendre, en leur assurant une amnistie totale. (&#8230;) L'a&#238;n&#233; des fr&#232;res Pongrcz r&#233;pondit : &#171; Le seul arrangement viable serait celui que le gouvernement hongrois trouverait avec le gouvernement sovi&#233;tique, en vue du retrait du pays de leur arm&#233;e. Nous ne nous faisons pas d'illusions : muni d'armes l&#233;g&#232;res le peuple ne parviendra pas &#224; se d&#233;barrasser d'eux. Mais il faut que notre gouvernement le sache : il n'y aura pas de cessez-le-feu tant que les Russes seront l&#224;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Portant des drapeaux et des pancartes, les gens venaient du bois municipal, ils scandaient des mots d'ordre : &#171; A bas Ger&#246; ! &#187;, &#171; Rousski go home ! &#187; Hommes, femmes, jeunes gens, ils &#233;taient bien une dizaine de milliers sinon plus. (&#8230;) Trois gros tanks sovi&#233;tiques mod&#232;le Iosip-Staline faisaient route en sens oppos&#233;, droit en direction de la foule. Les tanks d&#233;bouch&#232;rent sur l'avenue. Les tankistes virent la floule quend ils &#233;taient d&#233;j&#224; nez &#224; nez. Les chars s'arr&#234;t&#232;rent et rest&#232;rent sur place, moteur ralenti. La foule ne put absolument pas s'arr&#234;ter : elle coula en avant, contournant les trois blind&#233;s. D'une seconde &#224; l'autre les armes automatiques des chars pouvaient d&#233;clencher un feu d'enfer. Au ieu de &#231;a, il se passa autre chose. Un gar&#231;on se fraya un chemin jusqu'au premier char et introduisit quelque chose dans la meurtri&#232;re. Ce n'&#233;tait pas une grenade. C'&#233;tait une simple feuille de papier. D'autres l'imit&#232;rent. Ces feuiles-l&#224; &#233;taient des tracts r&#233;dig&#233;s en langue russe par des &#233;tudiants de la facult&#233; des langues orientales. (&#8230;) Les tracts commen&#231;aient par une citartion de Marx : &#171; ne peut &#234;tre libre le peuple qui en opprime d'autres. &#187; (&#8230;) Le commandant ouvrit la tourelle et se jucha sur le dessus de son char. Imm&#233;ditement, de smains se tendirent vers lui. Une jeune fille monta, embrassa le commndant. (&#8230;) Les gens criaient : &#171; Vive l'arm&#233;e sovi&#233;tique ! &#187; (&#8230;) Quelques minutes plus tard, la S&#233;curit&#233; &#233;tait en train de tirer sur les manifestants d&#233;sarm&#233;s qui r&#233;clamaient la d&#233;mission de Ger&#246;. Et les chars sovi&#233;tiques ouvraient le feu sur la S&#233;curit&#233;. Ils d&#233;fendaient la foule ! La foule subissait des pertes &#233;normes, sous le feu des mitrailleuses lourdes de la S&#233;curit&#233; post&#233;es sur les toits. La boucherie ne prendra fin que gr&#226;ce &#224; l'intervention des blind&#233;s sovi&#233;tqiues, la vingtaine de blind&#233;s qui entouraient le Parlement. Leur commandant fit diriger le feu de ses canons contre la S&#233;curit&#233; hongroise embusqu&#233;e sur les toits. (&#8230;) Le politbura sovi&#233;tqiue d&#233;cidait la destitution de Ger&#246; qui est remplac&#233; par Kadar &#224; la t&#234;te du parti. Imre Nagy est nomm&#233; Premier ministre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;action de Ger&#246; fut brutale et imm&#233;diate. Officiellement relev&#233; de ses fonctions et remplac&#233; par Kadar sur l'intervention de Souslov et Miko&#239;an, il continuera quelque temps encore &#224; avoir la haute main sur la totalit&#233; des forces de l'ordre. Sans attendre, il fit d&#233;brancher toutes nos lignes t&#233;l&#233;phoniques directes, &#171; t&#233;l&#233;phone rouge &#187; compris. Pour le simple fait d'avoir n&#233;goci&#233; avec la foule, je devins hors-la &#8211;loi aux yeux du pouvoir. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Devenu insurg&#233;, Yochka Szilagyi vint me parler. Pendant les deux jours de l'insurrection, il &#233;tait all&#233; partout. Il avait suivi les gens, du fond des usines de Csepel, jusqu'au massacre du Parlement, jusqu'au si&#232;ge de mon QG. Il avait voulu tout voir, tout savoir :&lt;br /&gt;
Sandor, malgr&#233; les &#233;v&#233;nements tragiques et les pertes de sang, c'est une r&#233;volution, et une r&#233;volution merveilleuse. Les gars sont purs, avec une &#233;thique qui ferait p&#226;lir d'envie les plus grnds personnages de l'Histoire. (&#8230;) Mais Sandor, le plus significatif, c'est l'avenir qui se pr&#233;pare. Je ne sais pas si tu te rend compte, mais dans les usines, les entreprises, les municipalit&#233;s, l'arm&#233;e, les gens se mettent &#224; &#233;lire au vote secret des comit&#233;s r&#233;volutionnaires, seuls organes directeurs habilit&#233;s d&#233;sormais pour la direction des affaires. (&#8230;) Ce sont les soviets qui se pr&#233;parent, Sandor, les vrais soviets, ceux-l&#224; m&#234;mes qui, en Russie en 1917, n'ont pas trouv&#233; le moyen de survivre ! Notre nation saigne et peut-&#234;tre saignera encore, mais tout porte &#224; croire que de ce bain de sang sortira le premier &#233;tat socialiste d&#233;mocratique du monde ! &#187; (&#8230;) Yochka Szilagyi restera aupr&#232;s d'Imre Nagy comme directeur du secr&#233;tariat du Premier ministre. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 30 octobre, aux environs de 19 heures, mon ami Yochka Szilagyi me convoqua par t&#233;l&#233;phone chez Imre Nagy, au Parlement : &#171; Sandor, la Hongrie a besoin des forces de l'ordre que tu as pr&#233;serv&#233;es. &#187; (&#8230;) Les Services secrets et la S&#233;curit&#233; furent dissous, leurs membres licenci&#233;s. Des comit&#233;s r&#233;volutionnaires furent &#233;lus dans la plupart des entreprises et organismes du pays, pr&#233;fecture de police comprise. Les Russes eux-m&#234;mes paraissaient changer leur fusil d'&#233;paule. Tout le monde parlait de n&#233;gociations entre les gouvernements hongrois et sovi&#233;tique (pour le retrait des troupes russes). (&#8230;) Le si&#232;ge du gouvernement d'Imre Nagy, l'immense &#171; Westminster au bod du Danube &#187; ressemblait au palais Smolny de Petrograd, centre des bolcheviks en 1917, tant de fois reproduit dans des films. Les couloirs et les antichambres &#233;taient peupl&#233;s de d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;eres, paysannes&#8230; (&#8230;) C'est la premi&#232;re fois que je retrouve la vraie atmosph&#232;re des &#171; Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde &#187;. (&#8230;) La population en r&#233;volte &#233;tait maintenant arm&#233;e dans tout le pays. L'&#233;lection des Comit&#233;s r&#233;volutionnaires dans les organismes et &#224; la t&#234;te des communes avait donn&#233; un sens aux combats jusque l&#224; anarchiques. Mais les unit&#233;s de l'arm&#233;e ne pouvaient demeurer longtemps dans l'&#233;tat de semi-liqu&#233;faction o&#249; la r&#233;volution les avait conduites. Il &#233;tait urgent de proc&#233;der &#224; l'&#233;lection d'une direction g&#233;n&#233;rale &#224; leur t&#234;te. Imre Nagy avait propos&#233; un trio de candidats : B&#233;la Kiraly pou le commandement, moi-m&#234;me comme son adjoint et Paul Mal&#233;ter pour le poste de ministre de la D&#233;fense. (&#8230;) &#171; Les chefs de nos deux arm&#233;es vont bient&#244;t se r&#233;unir, pr&#233;cisa Nagy. Les blind&#233;s quitteront Budapest, et dans trois mois toute l'arm&#233;e russe se retirera du pays. Nous proc&#233;derons &#224; des &#233;lections g&#233;n&#233;rales, o&#249; tous les partis d&#233;mocratiques pr&#233;senteront leurs candidats. Naturellement, nous conserverons tous les acquis socialistes, terres, banques, usines, entreprises resteront aux mains de l'Etat. &#187; (&#8230;) Nous convinmes, avec Imre Nagy, de mettre sur pied deux divisions susceptibles de nettoyer en quelques jours Budapest de tous les &#233;l&#233;ments douteux, d&#233;class&#233;s et autres aventuriers en puissance. (&#8230;) Les tanks russes quitaient Budapest. (&#8230;) Le quartier dit &#171; russe &#187;, situ&#233; autour de l'ambassade, d&#233;m&#233;nageait massivement. Les gros immeubles modernes b&#226;tis pour les h&#244;tes &#233;trangers se vidaient d'&#233;tage en &#233;tage : les matelas et les canap&#233;s prenaient place sur les galeries des voitures, les grosses valises en cuir bouilli fa&#231;on Russie centrale, partaient encord&#233;s avec les duvets &#224; la housse en soie &#224; grosses fleurs achet&#233;s dans les d&#233;p&#244;ts sp&#233;ciaux de Budapest. A mesure que les &#233;tages se vidaient, des squatters de tous &#226;ges et de toutes conditions, venus du fin fond des quartiers pauvres, occupaient les lieux, avec leur marmaille, leurs vieux et leurs malades. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Pr&#232;s de la grande acierie, sur la route de Lillaf&#252;red, une colonne de l'arm&#233;e russe se dirigeait vers une place forte tenue par les insurg&#233;s. C'&#233;tait le 4 novembre. Les femmes et les enfants des ouvriers d'Alsohamor et Felsohamor se couch&#232;rent sur l'unique route de montagne qui y conduisait. Le commandant sovi&#233;tique fit stopper sa colonne de chars, il somma les femmes et les enfants de s'en aller. En vain. Apr&#232;s une lutte int&#233;rieure, l'officier opta pour la retraite de colonne. Deux jours plus tard, il fut fusill&#233; dans la cour de la caserne de la ville de Miskolc, en compagnie de ses adjoints. Sans doute aurait-il d&#251; passer avec ses chenilles sur les corps de femmes et d'enfants d'ouvriers ? (&#8230;) &lt;br /&gt;
Imre Nagy devenait pressant. Par l'interm&#233;diaire de Yochka, il pria le commandement de la nouvelle garde nationale d'acc&#233;l&#233;rer la mise sur pied de l'organisme. (&#8230;) Notre objectif &#233;tait de mettre imm&#233;diatement &#224; la disposition du gouvernement une force de frappe susceptible de mater tout ce qui paraissait entraver le retour &#224; la vie normale. Je sais que le mot &#171; normalisation &#187; sonne mal aujourd'hui apr&#232;s les exp&#233;riences brejn&#233;viennes en Tch&#233;coslovaquie. Notre normalisation &#224; nous signifiait simplement la cesssation des combats et le retour &#224; la vie quotidienne, la mise en route de la production, surtout la reprise en main des esprits. Dimanche, le 4 novembre, nous pouvions compter sur deux divisions de la Garde nationale susceptibles d'assurer le red&#233;marrage de la vie &#224; Budapest. (&#8230;) Une semaine de combats meurtriers avait laiss&#233; des traces. Je rencontrais partout des trams renvers&#233;s, des d&#233;bris de voitures et des tanks calcin&#233;s. Mais la lutte &#233;tait visiblement termin&#233;e. Au coin d'une rue, je butai contre un attroupement : du haut d'un camion, des paysans distribuaient des canards plum&#233;s et des sacs de pommes de terre&#8230; gratuitement ! D'autres vivres arrivaient, par convois entiers, dans les usines, &#233;galement &#224; titre gracieux&#8230; Les cultivateurs du pays &#233;taient visiblement reconnaissants &#224; la classe ouvri&#232;re de Budapest d'avoir mis fin au r&#233;gime des kolkhozes, au moins sous sa forme obligatoire. Devant l'ancienne Bourse, les employ&#233;s du minist&#232;re des Finances discutaient des &#233;lections de leur comit&#233; r&#233;volutionnaire, de leur &#171; soviet &#187;, comme ils l'appelaient. (&#8230;) Un des jeunes employ&#233;s, ancien social-d&#233;mocrate ex-bagnard sous Rakosi, qui avait command&#233; un d&#233;tachement arm&#233; du minist&#232;re durant les journ&#233;es d'insurrection fut &#233;lu au vote secret en tant que pr&#233;sident du soviet du minist&#232;re. Il devait repr&#233;senter tout le personnel en face du pouvoir d'Etat et cela jusqu'&#224; l'expiration de son mandat. Le ministre devait tenir compte de son avis sous peine de d&#233;mission. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A partir du dimanche 29, le chef de gare du poste fronti&#232;re sovi&#233;tique signale l'entr&#233;e de nouvelles troupes et de mat&#233;riel neuf en territoire hongrois. (&#8230;) Les forces sovi&#233;tiques mass&#233;es &#224; l'est du pays son &#233;valu&#233;es &#224; 200.000 hommes, douze divisions dont huit blind&#233;es, de quoi nous aplatir comme une galette. Ma premi&#232;re r&#233;action fut : &#171; Imre Nagy est au courant ? &#187; Il l'&#233;tait bien entendu. (&#8230;) Je lui demandai ce qui restait &#224; faire. Sa r&#233;ponse fut formelle : &#171; continuer, continuer comme si de rien n'&#233;tait. &#187; Il me fit promettre de garder le secret absolu sur tout ce que je venais d'apprendre. (&#8230;) Nagy d&#233;clara : &#171; Je refuse de donner l'ordre de r&#233;isister par les armes. &#187; (&#8230;) L'ancienne citadelle de Mal&#233;ter subira un bombardement a&#233;rien en r&#232;gle. Elle tiendra cependant jusqu'&#224; l'aube du 7 novembre. Les Russes n'y trouveront pratiquement que des morts et des bless&#233;s graves. (&#8230;) Les ouvriers en armes de la grande usine sid&#233;rurgique de Csepel parvinrent &#224; infliger des pertes lourdes aux chars sovi&#233;tiques. (&#8230;) Par repr&#233;sailles aux cocktails Molotov les unit&#233;s blind&#233;es russes d&#233;truisaient syst&#233;matiquement les immeubles d'o&#249; &#233;tait parti le coup. Des rang&#233;es de maisons furent ras&#233;es derri&#232;re lesquelles les Russes croyaient d&#233;celer des groupes d'insurg&#233;s. Des centaines d'immeubles furent ainsi d&#233;truits, principalement dans les quartiers ouvriers, berceaux des insurg&#233;s. Le nombre des civils tu&#233;s dans les rues ou ensevelis sous les d&#233;combres se chiffrait &#224; plusieurs milliers ! (&#8230;) Apr&#232;s une nuit de bataille, l'avenue Ulloi br&#251;lait, la gare Deli fumait. (&#8230;) A certains endroits, les troupes russes concluaient un arrangement avec les autorit&#233;s locales ; en l'absence de gouvernement central (Kadar et ses hommes se gardant bien de se pointer sur le territoire national), les soviets ouvriers hongrois prenaient en mains la direction des affaires. L'arm&#233;e nationale &#233;tait r&#233;gie par des comit&#233;s r&#233;volutionnaires. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut d&#233;clar&#233;e sans d&#233;lai dans tout le pays &#171; jusqu'au retrait total des troupes sovi&#233;tiques. &#187; (&#8230;) Nous n'avions pas fait cent pas que nous nous trouv&#226;mes au milieu de la plus grande bataille de Budapest. Il s'agissait de l'attaque d'unit&#233;s d'insurg&#233;s renforc&#233;e d'une batterie de canons antichars de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re hongroise. (&#8230;) Deux soldats arm&#233;s de mitraillettes arrach&#232;rent la kalachnikoff de mes mains. (&#8230;) Le g&#233;n&#233;ral d'arm&#233;e S&#233;rov me d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Salopard, je vais te faire pendre &#224; l'arbre le plus haut de Budapest. &#187; (&#8230;) A l'enl&#232;vement puis l'arrestation d'Imre Nagy, le Conseil ouvrier national r&#233;agit avec fermet&#233;. Il donna pour consigne aux usines d'arr&#234;ter la production jusqu'au retour d'Imre Nagy et au d&#233;part des Russes. La gr&#232;ve fut toale sur le territoire, aucune branche d'industrie ne travailla, les bureaux, les &#233;coles, les services &#233;taient ferm&#233;s en Hongrie. ( &#8230;) Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de l'insurrection de Budapest, (&#8230;) Sandor Racz, pr&#233;sident du Parlement ouvrier, se leva et dit : &#171; (&#8230;) A partir de maintenant et pendant une heure, il n'y aura pas &#226;me qui vive dans les rues de la capitale. C'est notre mani&#232;re de comm&#233;morer nos morts tomb&#233;s dans la bataille pour la libert&#233;. &#187; (&#8230;) Le 9 d&#233;cembre, le Parlement ouvrier de Budapest fut mis hors la loi, ses dirigeants, choisis au vote secret par la totalit&#233; des usines et entreprises de la Hongrie, arr&#234;t&#233;s &#224; leur domicile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de &#171; Hongrie 1956 &#187; de Andy Anderson :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le 6 mars 1953, le Kremlin annon&#231;a brusquement que Staline &#233;tait mort apr&#232;s une courte maladie. Les travailleurs de l'Europe de l'Est estim&#232;rent que le temps &#233;tait venu de mettre fin &#224; l'oppression que son r&#233;gime leur avait impos&#233;e. Ils n'attendirent pas longtemps, la premi&#232;re manifestation de masse fut celle des ouvriers de Plzen, au d&#233;but du mois de juin. &lt;br /&gt;
Plzen est l'un des plus grands centres industriels de Tch&#233;coslovaquie. La grande fabrique d'armes et de v&#233;hicules Skoda y est implant&#233;e. La manifestation, qui fut tout &#224; fait spontan&#233;e, eut d'abord lieu pour protester contre l'&#233;change de la monnaie. Mais, au fur et &#224; mesure qu'elle se propageait, des exigences politiques se firent jour, une plus grande participation &#224; la gestion des usines, l'abolition du travail aux pi&#232;ces, la d&#233;mission du gouvernement et des &#233;lections libres. Au moment o&#249; la manifestation avait presque atteint la dimension d'une r&#233;volte (ainsi, des soldats en uniforme s'y &#233;taient joints et la foule avait occup&#233; l'H&#244;tel de Ville), des troupes arriv&#232;rent de Prague et l'insurrection fut rapidement r&#233;prim&#233;e. Des insurrections spontan&#233;es qui &#233;clat&#232;rent par la suite dans d'autres r&#233;gions de Tch&#233;coslovaquie et dans d'autres pays-satellittes furent &#233;cras&#233;es imm&#233;diatement, avant m&#234;me d'avoir eu droit &#224; la &#171; une &#187; des journaux nationaux et &#233;trangers. Deux semaines plus tard, le 17 juin 1953, les travailleurs de Berlin-Est se r&#233;voltaient. Les ouvriers quitt&#232;rent en masse les usines (&#8230;) La r&#233;volte commen&#231;a par une manifestation des ouvriers du B&#226;timent sur la Stalin Allee. Abandonnant l'outil, ils march&#232;rent sur le centre-ville pour pr&#233;senter leurs revendications. Les travailleurs des transports abandonn&#232;rent leurs tramways et les chauffeurs de camions laiss&#232;rent leurs v&#233;hicules sur place pour rejoindre la manifestation. (&#8230;) Les travailleurs ne furent soumis qu'apr&#232;s avoir livr&#233; des combats sanglants contre les chars russes. Pendant plusieurs jours cette r&#233;volte attira l'attention du monde entier, non seulement parce qu'elle &#233;tait men&#233;e par des travailleurs dont les revendications &#233;taient autant politiques qu'&#233;conomiques, mais aussi &#224; cause de l'intervention directe et brutale de la Russie. (&#8230;) Cependant, la derni&#232;re des choses que souhaitait Moscou, &#224; ce moment-l&#224;, c'&#233;tait de se montrer faisant usage des chars et des ba&#239;onnettes de l'Arm&#233;e Rouge pour &#233;touffer la r&#233;volution en Europe orientale. (&#8230;)&lt;br /&gt;
En Hongrie, au d&#233;but du mois de juillet 1953, Malenkov lui-m&#234;me &#171; conseilla &#187; &#224; Rakosi de se retirer pour un certain temps &#224; l'arri&#232;re-plan de la sc&#232;ne politique. Imre Nagy, qui avait &#233;t&#233; ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de 1944, ministre de l'Int&#233;rieur en 1946, et qui avait, d'une mani&#232;re ou d'une autre, surv&#233;cu aux diff&#233;rentes purges, devint premier ministre. Son discours tra&#231;a les grandes lignes du nouveau programme. (&#8230;) Il fallait accorder plus d'int&#233;r&#234;t &#224; l'industrie l&#233;g&#232;re et aux biens de consommation. (&#8230;) Une ferme collective pouvait &#234;tre dissoute sur un vote de la majorit&#233; de ses membres. Les tribunaux d'exception devaient &#234;tre abolis. (&#8230;) De nombreux prisonniers politiques furent remis en libert&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Objectivement, les concessions de Nagy avaient &#233;t&#233; relativement minces. Mais, pour le Kremlin, il allait encore trop vite. Le 18 avril 1955, l'Assembl&#233;e Nationale d&#233;cida par un vote &#171; unanime &#187; de relever Nagy de sa fonction. Le peuple hongrois se raidit en voyant Rakosi revenir &#224; l'avant-plan. (&#8230;) La plupart des concessions accord&#233;es au cours des vingt mois qu'avait dur&#233; le gouvernement Nagy furent d&#232;s lors soumises &#224; la &#171; tactique du salami &#187; et furent petit &#224; petit retir&#233;es. (&#8230;) Apr&#232;s la cl&#233;mence relative du r&#233;gime de Nagy, le brusque retour &#224; l'heure de 1953 provoqua une r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re plus intense que jamais. Des mesures toujours plus s&#233;v&#232;res furent n&#233;cessaires pour &#171; discipliner &#187; les masses. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au 20e Congr&#232;s du Parti Communiste russe qui se tint en f&#233;vrier 1956, les &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; de Krouchtchev sur Staline provoqu&#232;rent un tremblement de terre politique. Les fondations des partis communistes du monde entier en furent &#233;branl&#233;es. (&#8230;) Krouchtchev &#233;tait-il au courant du ferment qui allait grandissant en Pologne et en Hongrie, avant m&#234;me le 20e Congr&#232;s ? Savait-il que ce ferment affectait m&#234;me le parti communiste polonais ? Comprenait-il le danger potentiel que cela repr&#233;sentait, tant pour son propre r&#233;gime que pour celui des satellites ? &lt;br /&gt;
Toujours est-il qu'en Pologne, au matin du 28 juin 1956, les ouvriers de la fabrique de locomotives Zispo, &#224; Poznan, se mirent en gr&#232;ve et descendirent dans la rue. Ce n'&#233;tait pas sur un coup de t&#234;te. Plusieurs semaines auparavant, un comit&#233; avait &#233;t&#233; &#233;lu, qui avait pr&#233;sent&#233; un cahier de revendications &#224; la direction. Certaines de ces revendications &#233;taient pr&#233;visibles : augmentation des salaires, diminution des prix, abaissement des cadences dans le travail &#224; la production. Mais la direction s'effraya quand ces &#171; simples ouvriers &#187; critiqu&#232;rent la mani&#232;re dont l'usine &#233;tait g&#233;r&#233;e et quand ils exig&#232;rent une organisation diff&#233;rente du travail dans les divers ateliers. (&#8230;) Les n&#233;gociations tra&#238;n&#232;rent en longueur, sans donner le moindre r&#233;sultat. A la fin, les ouvriers d&#233;masqu&#232;rent le proc&#233;d&#233; et, par milliers, envahirent les rues de la ville. Au fur et &#224; mesure que la nouvelle se r&#233;pandait, les travailleurs des autres entreprises se r&#233;unissaient, discutaient et votaient pour se joindre au mouvement. Le caract&#232;re politique des manifestations se r&#233;v&#233;la alors. Les pancartes port&#233;es dans les d&#233;fil&#233;s r&#233;clamaient des choses comme &#171; Pain et libert&#233; &#187;, &#171; les Russes dehors &#187;, &#171; Abolition du travail aux pi&#232;ces &#187;, etc.&lt;br /&gt;
D'autres gens, se mettant sous la direction des ouvriers, se joignirent &#224; eux. Les manifestations de Poznan prirent bient&#244;t la physionomie d'une insurrection &#224; grande &#233;chelle. Les chars et les troupes russes entour&#232;rent la ville, mais n'y entr&#232;rent pas. Le gouvernement fit plut&#244;t intervenir les chars polonais. (&#8230;) le sang des travailleurs coula dans les rues. Deux jours plus tard, la r&#233;volte &#233;tait &#233;cras&#233;e. (&#8230;) Il y eut des gr&#232;ves de solidarit&#233; dans plusieurs autres villes, mais elles furent rapidement isol&#233;es et n'atteignirent pas les proportions du mouvement de Poznan. &lt;br /&gt;
Frapp&#233;e et d&#233;sar&#231;onn&#233;e, la bureaucratie polonaise accusa des &#171; provocateurs &#187; et des &#171; agents secrets &#224; la solde des Etats-Unis et de l'Allemagne de l'Ouest &#187; d'&#234;tre &#224; l'origine de la r&#233;volte. Mais, le 18 juillet, au cours d'une r&#233;union du Comit&#233; Central du parti, le premier secr&#233;taire Edward Ochab d&#233;clara : &#171; Il est n&#233;cessaire de rechercher avant tout les causes sociales de ces incidents qui sont, pour notre Parti tout entier, un signal d'alarme qui t&#233;moigne d'une s&#233;rieuse perturbation dans les relations entre le Parti et les diff&#233;rents secteurs de la classe ouvri&#232;re. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Gomulka, excommuni&#233; et emprisonn&#233; en 1951, sous r&#233;sidence surveill&#233;e depuis 1954, fut r&#233;int&#233;gr&#233; dans le parti. (&#8230;) Le 21 octobre, le Politburo polonais fut &#233;lu et, comme pr&#233;vu, Gomulka devint le premier secr&#233;taire du parti. Des remaniements durent imm&#233;diatement op&#233;r&#233;s dans le gouvernement, l'arm&#233;e et le parti. Rokossovki donna sa d&#233;mission et retourna &#224; Moscou o&#249; il obtint sur le champ le poste de ministre de la D&#233;fense. &lt;br /&gt;
Gomulka n'avait triomph&#233; que tant qu'il repr&#233;sentait les aspirations du peuple polonais. La base de son pouvoir &#233;tait en fait extr&#234;mement fragile. Les int&#233;r&#234;ts qu'il repr&#233;sentait &#233;taient ceux de la bureaucratie polonaise. Tout en suivant l'action ind&#233;pendante des travailleurs polonais et leur exigence incessante d'une plus grande participation dans la conduite de leur propres affaires, la base de la bureaucratie &#8211; m&#234;me purg&#233;e des es &#233;l&#233;ments pro-russes &#8211; demeurait faible et instable. (&#8230;) En &#233;change d'une restitution partielle de ses propri&#233;t&#233;s confisqu&#233;es, l'Eglise mit son influence au service de Gomulka.&lt;br /&gt;
A partir du printemps 1956, l'escalade rapide de la tension en Pologne fut accompagn&#233;e d'un d&#233;veloppement similaire en Hongrie. (&#8230;) En avril 1956, le &#171; Cercle Pet&#244;fi &#187; fur fond&#233; par les Jeunesses communistes (principalement des &#233;tudiants). (&#8230;) Le gouvernement Rakosi interdit alors ces r&#233;unions, ce qui ne fit qu'empirer les choses. L'interdiction fut bien vite lev&#233;e. (&#8230;) Bient&#244;t, les r&#233;unions du Cercle Pet&#244;fi attir&#232;rent des milliers de personnes. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Rakosi, qui &#233;tait &#224; Moscou, revint subitement &#224; Budapest. (&#8230;) Il dressa une liste des noms les plus connus parmi les politiciens et les &#233;crivains. Mais, avant que la premi&#232;re phase (les arrestations) ne fut mise en train, les Russes expliqu&#232;rent &#224; Rakosi que son projet serait l'&#233;tincelle qui mettrait le feu aux poudres d'une situation d&#233;j&#224; explosive. (&#8230;) Les Hongrois apprirent la d&#233;mission de Rakosi le 18 juillet. Ils apprirent en m&#234;me temps que Janos Kadar et le social-d&#233;mocrate Gy&#246;rgy Marosan, r&#233;cemment r&#233;habilit&#233;s, avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s membres du Politburo. C'&#233;taient les premi&#232;res des quelques concessions mineures qui furent accord&#233;es pendant le mois d'ao&#251;t, dans cette situation tumultueuse, ces concessions devaient se r&#233;v&#233;ler insignifiantes et m&#234;me tout &#224; fait inad&#233;quates. Les souffrances des travailleurs avaient &#233;t&#233; trop longues et trop dures pour qu'ils se fassent des illusions sur des modifications au niveau de la classe dirigeante ou pour qu'ils se laissent acheter par quelques sous de plus dans leur enveloppe de paie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le cercle Pet&#244;fi &#233;tait devenu, bien que pas tout &#224; fait consciemment, le porte-parole des d&#233;sirs du peuple travailleur de Hongrie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le groupe dirigeant, qui se sentait plus que jamais hors du coup, essaya de s'attirer les sympathies en organisant des fun&#233;railles pompeuses pour Laszlo Rajk. Nombre de ceux qui avaient mis en sc&#232;ne son proc&#232;s et son ex&#233;cution en tant que &#171; titste-fasciste &#187; d&#233;ploraient maintenant avec indignation la &#171; diffamation &#187; du camarade Rajk qui avait &#233;t&#233; &#171; condamn&#233; et ex&#233;cut&#233; bien qu'innocent &#187;. (&#8230;) Plus de 200.000 personnes assist&#232;rent &#224; ces fun&#233;railles, et &#224; ce moment-l&#224;, les dirigeants ne virent pas clair ; ils ne comprirent pas que la demande d'une r&#233;habilitation de Rajk &#233;tait tout &#224; fait symbolique, car le peuple n'avait pas oubli&#233; la brutalit&#233; de la police secr&#232;te de Rajk. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Pendant le mois de septembre et le d&#233;but d'octobre, les travailleurs &#233;taient devenus actifs. Ils r&#233;clamaient une &#171; autogestion ouvri&#232;re effective &#187; dans les usines. (&#8230;) Le noyau de cette remarquable conscience politique des ouvriers se trouvait dans la zone industrielle tr&#232;s dense de l'&#238;le de Csepel (au sud de la ville, sur le Danube, entre Buda et Pest, surnomm&#233;e Csepel-la-rouge). (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le cercle Pet&#244;fi fit siennes les revendications des travailleurs, mais ses membres ne se rendaient pas encore compte de leurs implications r&#233;volutionnaires. (&#8230;) Le Cercle Pet&#244;fi appela &#224; manifester en masse le 23 octobre, &#171; pour exprimer notre profonde sympathie et notre solidarit&#233; &#224; l'&#233;gard de nos fr&#232;res polonais &#187; dans leur lutte pour la libert&#233;. (&#8230;) Une foule de plusieurs milliers de personnes s'&#233;tait rassembl&#233;e sous la statue de Pet&#244;fi et rejoignait maintenant la manifestation. (&#8230;) Un petit nombre de travailleurs avaient quitt&#233; leur travail pour l'occasion, assez conscients et d&#233;cid&#233;s. (&#8230;) La manifestation &#233;tait termin&#233;e. Pour quelque raison inconnue, les gens se dirig&#232;rent vers la place Kossuth Lajos, o&#249; se trouve le Parlement. (&#8230;) La foule devait maintenant approcher les 100.000 personnes. (&#8230;) peut-&#234;tre pensaient-ils &#224; ce que Ger&#246; venait de dire : &#171; la manifestation des &#233;tudiants avait &#233;t&#233; une tentative de d&#233;truire la d&#233;mocratie &#8230; Les intellectuels avaient accumul&#233; les calomnies contre l'Union sovi&#233;tique&#8230; &#187; Tout cela &#233;tait un mensonge &#233;hont&#233;. (&#8230;) Quand cette masse compacte parcourut les rues, plusieurs autres milliers de personnes s'y joignirent, pour la plupart des ouvriers qui rentraient chez eux apr&#232;s le travail. (&#8230;) Un groupe de manifestants d&#233;cida de se rendre aux abords du grand parc municipal de Budapest o&#249; se trouvait l'Homme d'acier, une statue de Staline qui faisait huit m&#232;tres de haut. (&#8230;) Ils mirent la corde au cou de &#171; Staline &#187;. Des centaines de mains impatientes saisirent la corde. (&#8230;) Une d&#233;l&#233;gation se rendit &#224; la Radio, rue Brody Sandor, suivie de 100.000 personnes, pour exiger que leurs revendications soient diffus&#233;es. (&#8230;) La d&#233;cision spontan&#233;e des manifestants de se rendre &#224; la Maison de la Radio sensibilisait particuli&#232;rement les travailleurs. (&#8230;) Les premiers rangs &#233;taient maintenant tout contre le cordon des A.V.O. (&#8230;) Le mitrailleuses firent feu. (&#8230;) La r&#233;volution hongroise avait commenc&#233;. (&#8230;) Ceux qui, un peu plus t&#244;t, avaient quitt&#233; les fabriques d'armes y retourn&#232;rent. Leurs camarades des &#233;quipes de nuit les aid&#232;rent &#224; charger des camions d'armes r&#233;quisitionn&#233;es pour la cause : revolvers, fusils, fusils mitrailleurs et munitions. Puis, de nombreux ouvriers des &#233;quipes de nuit quitt&#232;rent les usines et se rendirent rue Brody Sandor pour aider &#224; distribuer les armes et pour se joindre &#224; la foule, dont le nombre ne cessait d'augmenter. De nombreux policiers remirent leurs armes aux ouvriers et aux &#233;tudiants, puis se tinrent &#224; l'&#233;cart ; quelques-uns se joignirent m&#234;me &#224; la manifestation. (&#8230;) Pendant que les combats se poursuivaient dans la rue Brody Sandor et que l'on s'effor&#231;ait de prendre possession de la Maison de la Radio, des milliers de travailleurs et d'&#233;tudiants formaient de groupes dans les rues environnantes. Ces groupes s'&#233;parpill&#232;rent dans la ville pour &#233;tablir des barrages de contr&#244;le et occuper quelques-unes des places principales. (&#8230;) Il faut bien souligner que, si la situation avait atteint &#224; ce moment-l&#224; les dimensions d'une insurrection arm&#233;e, elle n'avait aucunement &#233;t&#233; projet&#233;e ou organis&#233;e. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Durant les premi&#232;res heures du mercredi 24 octobre, ouvriers et &#233;tudiants mouraient dans les rues pour la libert&#233; supr&#234;me, de d&#233;cider comment faire fonctionner la soci&#233;t&#233;. Entre temps, les dirigeants manoeuvraient en coulisse. (&#8230;) Ger&#246; invita Nagy &#224; le remplacer (&#8230;) A 7H30 du matin, la radio fit mention de Nagy comme &#171; pr&#233;sident du conseil des ministres &#187;, le terme officiel pour d&#233;signer le premier ministre. (&#8230;) A 8H du matin, on annon&#231;a la d&#233;cision (&#8230;) du gouvernement de demander l'aide des unit&#233;s militaires russes en garnison en Hongrie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ilmre Nagy &#233;tait sans doute le premier ministre du gouvernement qui fit appel aux troupes russes. (&#8230;) Malgr&#233; cela, les intellectuels croyaient encore en lui. L'une des causes principales de leur na&#239;vet&#233; &#233;tait leur manque de contact avec les ouvriers. Il y avait, dans une certaine mesure, une g&#234;ne et une suspicion r&#233;ciproques entre ces deux classes sociales. Mais l'action, la r&#233;volte proprement dite, les avait r&#233;unis comme rien d'autre n'aurait pu le faire. Ce sont les travailleurs qui, le matin du mercredi 24 octobre, sauv&#232;rent la lutte d'une d&#233;faite totale. Ils consid&#233;raient en effet que l'alternative Nagy &#233;tait &#224; c&#244;t&#233; de la question. Dans la soci&#233;t&#233; qu'ils entrevoyaient (&#8230;) il n'y avait de place ni pour un premier ministre, ni pour un gouvernement de politiciens professionnels, ni pour des fonctionnaires ou des patrons qui leur donnent des ordres. La d&#233;cision de Nagy de faire intervenir les chars russes ne fit que renforcer le moral et la r&#233;solution des travailleurs. Ils &#233;taient maintenant plus que jamais d&#233;cid&#233;s &#224; combattre jusqu'au bout quel que f&#251;t le r&#233;sultat.&lt;br /&gt;
Des milliers de gens avaient pass&#233; les premi&#232;res heures du mercredi dans les rues ou dans les meetings. Un conseil r&#233;volutionnaire de travailleurs et d'&#233;tudiants fut constitu&#233; &#224; Budapest et si&#233;gea en permanence. Et, pendant ce temps, Radio-Budapest continuait &#224; d&#233;verser les mensonges : &#171; La r&#233;volte est sur le point de s'effondrer, des milliers de rebelles se sont rendus aux autorit&#233;s ; ceux qui ne se rendent pas seront s&#233;v&#232;rement ch&#226;ti&#233;s. &#171; (&#8230;) &lt;br /&gt;
A 8H30, &#224; Budapest, la nouvelle courait que des ouvriers avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; engag&#233;s dans des combats avec des chars russes. (&#8230;) Juste apr&#232;s 9 heures, Nagy fit &#224; la radio une d&#233;claration o&#249;, personnellement, en tant que premier ministre, il demandait que l'on mette fin aux combats et que l'on r&#233;tablisse l'ordre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les chars russes avaient commenc&#233; &#224; entrer dans la ville par diff&#233;rents points pendant la matin&#233;e du 24 octobre. Certaines unit&#233;s furent imm&#233;diatement attaqu&#233;es par les ouvriers et les &#233;tudiants. D'autres ne furent attaqu&#233;es qu'apr&#232;s avoir occup&#233; des positions strat&#233;giques et ouvert le feu. (&#8230;) A pr&#233;sent la bataille faisait rage dans tout Budapest. (&#8230;) Les tanks de l'Union des R&#233;publiques Socialistes Sovi&#233;tiques, les &#171; tanks ouvriers &#187; tiraient des &#171; obus ouvriers &#187; qui d&#233;chiquetaient les corps des ouvriers hongrois. (&#8230;) Avant la fin de la semaine, ces quelques milliers d'&#233;tudiants et d'ouvriers avaient mis quelques trente chars russes hors de combat. (&#8230;) Pendant les accalmies, ils s'asseyaient et fumaient une cigarette en causant boutique &#8211; c'est-&#224;-dire de la r&#233;volution qui &#233;tait leur affaire. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La caserne Kilia &#233;tait sous le contr&#244;le d'une unit&#233; de l'arm&#233;e hongroise sous les ordres du colonel Pal Mal&#233;ter, qui s'&#233;tait mis au c&#244;t&#233; du peuple. Les hommes de Mal&#233;ter &#233;taient estim&#233;s par un grand nombre de travailleurs et d'&#233;tudiants. (&#8230;) Parall&#232;lement, on assistait &#224; l'extension de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;
La gr&#232;ve commen&#231;a le matin du mercredi 24. Elle se propagea rapidement dans les usines de la banlieue industrielle de Budapest, &#224; Csepel, aux usines Ganz, Lancz, Etoile Rouge ; elle s'&#233;tendit ensuite aux autres centres industriels du pays : Miskols, Gyor, Szolnok, P&#233;cs, Debrecen. A Budapest, la quasi-totalit&#233; de la population s'&#233;tait insurg&#233;e. Dans les r&#233;gions industrielles, par contre, la r&#233;volution &#233;tait presque exclusivement le fait des ouvriers. Partout, les travailleurs formaient des conseils : dans les usines, les aci&#233;ries, les centrales &#233;lectriques, les mines, les d&#233;p&#244;ts de chemin de fer. Partout, ils discutaient &#224; fond leurs programmes et leurs revendications. Partout, ils prenaient les armes et, en bien des endroits, ils s'en servaient. (&#8230;) Il y avait &#224; pr&#233;sent des centaines de Conseils Ouvriers de par le pays. Le nombre des membres de ces conseils variait consid&#233;rablement de m&#234;me d'ailleurs que leurs programmes. Cependant, dans tous ces programmes, on retrouvait certaines exigences communes : abolition de l'A.V.O., retrait total des forces russes, libert&#233; civile et politique, gestion ouvri&#232;re des usines et des industries, cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants, libert&#233; absolue pour tous les partis politiques et amnistie g&#233;n&#233;rale pour tous les insurg&#233;s. Les divers programmes demandaient aussi l'augmentation des salaires et des pensions (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le jeudi 25 octobre, les Conseils avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; &#233;tablir des liens entre eux. Dans les villes, des Conseils Centraux (g&#233;n&#233;ralement connus sous le nom de Conseils R&#233;volutionnaires) &#233;taient compos&#233;s de d&#233;l&#233;gu&#233;s de tous les conseils de la r&#233;gion. (&#8230;) A la fin de la journ&#233;e, les Conseils d&#233;tenaient, en dehors de l'Arm&#233;e Rouge, le seul pouvoir r&#233;el dans le pays. (&#8230;) Ce jeudi 25 marqua une sorte de tournant. Il sembla que le gouvernement &#233;tait en train de c&#233;der. (&#8230;) Le conseil de Miscolsc n'&#233;tait pas oppos&#233; &#224; Nagy, mais au contraire il proposa qu'il soit le premier ministre. Mais cela ne l'emp&#234;cha pas de faire exactement le contraire de ce que voulait Nagy quand celui-ci supplia les rebelles de d&#233;poser les armes et de reprendre le travail. (&#8230;) A la fin de la semaine, les Conseils avaient pratiquement mis sur pied une r&#233;publique des conseils. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Nagy prit &#224; nouveau la parole &#224; Radio-Budapest (toutes les autres stations de radio du pays &#8211; Miskolc, Gyor, P&#233;cs, Szeged, Debrecen et Magyarovar &#8211; &#233;taient d&#233;sormais sous le contr&#244;le des Conseils R&#233;volutionnaires). Il annon&#231;a des concessions : l'A.V.O. serait dissoute et le gouvernement &#171; r&#233;organis&#233; &#187;. Il promit un cessez-le-feu (&#8230;). A la fin de la semaine, beaucoup de gens commen&#231;aient &#224; penser que la r&#233;volution &#233;tait victorieuse. Les chars russes n'attaquaient plus, et le bruit courait qu'ils allaient peut-&#234;tre quitter Budapest. Et pourtant les travailleurs se d&#233;fiaient toujours de Nagy. (&#8230;) Le lundi 29 octobre, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tous les Conseils du pays, r&#233;unis &#224; Gyor, adress&#232;rent &#224; Nagy une r&#233;solution &#233;nergique qui r&#233;affirmait leurs revendications. Ce message prenait presque la valeur d'un ultimatum. &lt;br /&gt;
Le mardi matin, tr&#232;s t&#244;t, Radio-Budapest confirma que l'Arm&#233;e Rouge allait se retirer. (&#8230;) Les unit&#233;s de l'Arm&#233;e Rouge commenc&#232;rent &#224; quitter Budapest &#224; 16 heures. Mais les travailleurs restaient m&#233;fiants. A Gyor, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des Conseils proclam&#232;rent imm&#233;diatement qu'il fallait continuer et renforcer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale jusqu'&#224; ce que le dernier soldat russe ait quitt&#233; le pays. (Il y avait d&#233;j&#224; eu une reprise du travail dans quelques usines). On n'envisagerait l'&#233;ventualit&#233; d'une reprise du travail que lorsque les n&#233;gociations sur les autres revendications seraient entam&#233;es. (&#8230;) Dans certains quartiers de Budapest et dans le reste du pays, les travailleurs rest&#232;rent en armes et attach&#233;s &#224; leurs organisations. On se trouvait en face d'une situation classique de &#171; double pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'Arm&#233;e Rouge ne s'&#233;tait retir&#233;e de Budapest que pour occuper des positions &#224; l'ext&#233;rieur de la ville. Celle-ci &#233;tait encercl&#233;e par les chars russes. Au moment, des troupes sovi&#233;tiques fra&#238;ches p&#233;n&#233;traient par divisions enti&#232;res dans la partie nord-est du pays. (&#8230;) Cent-dix kilom&#232;tres seulement les s&#233;parait encore de Budapest. D&#232;s que les Conseils R&#233;volutionnaires, les Conseils Ouvriers et les autres organismes autonomes du nord-est de la Hongrie apprirent ces mouvements des troupes russes, ils en inform&#232;rent les autres Conseils du pays. Ils adress&#232;rent plusieurs ultimatums &#224; Nagy (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le soir du 1er novembre, la d&#233;l&#233;gation du gouvernement (qui comprenait Pal Mal&#233;ter, le communiste estim&#233; de tous (&#8230;) qui &#233;tait maintenant ministre de la D&#233;fense, ainsi que son chef d'Etat-Major, le g&#233;n&#233;ral Istvan Kovacs) &#233;tait toujours en train de n&#233;gocier le retrait de l'Arm&#233;e Rouge (&#8230;).&lt;br /&gt;
Le samedi 3 novembre, &#224; 14H18, Radio-Budapest annon&#231;a : &#171; La d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique a promis que les trains transportant des troupes ne passeront plus la fronti&#232;re hongroise. &#187; (&#8230;) Plusieurs membres du dernier cabinet de Nagy &#233;taient persuad&#233;s que les Russes n'attaqueraient pas. (&#8230;) Les ouvriers ne partageaient pas cet optimisme. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tait maintenant totale. Les ouvriers contr&#244;laient vraiment la situation. (&#8230;) Peu avant minuit, le colonel Pal Mal&#233;ter et le g&#233;n&#233;ral Kovacs furent arr&#234;t&#233;s par les officiers de l'Arm&#233;e Rouge, alors qu'ils participaient encore officiellement aux &#171; n&#233;gociations &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le dimanche 4 novembre, &#224; quatre heures du matin, Budapest fut r&#233;veill&#233;e par l'explosion des obus qui tombaient sur le centre de la ville. Des centaines de canons post&#233;s sur les hauteurs de Buda ouvraient le feu. (&#8230;) L'attaque fut men&#233;e simultan&#233;ment dans tout le pays. Toutes les grandes villes furent pilonn&#233;es par l'artillerie. Mais les habitants ne se laiss&#232;rent pas prendre de panique. (&#8230;) D&#232;s le premier coup de feu, ils furent galvanis&#233;s et pr&#234;ts &#224; l'action. (&#8230;) les barricades furent reconstruites (&#8230;) Les chars furent imm&#233;diatement attaqu&#233;s par la population. (&#8230;) Les m&#234;mes sc&#232;nes se d&#233;roul&#232;rent dans les autres grandes villes de Hongrie. Partout, les gens combattaient avec plus de courage et dans des conditions bien plus difficiles que dix jours auparavant. Il y avait en effet maintenant dans le pays quinze divisions blind&#233;es russes &#8211; six mille chars. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Malgr&#233; un bombardement intense, tous les arrondissements ouvriers de Budapest &#8211; Cespel-la-Rouge, Ujpest, Kobainya &#8211; et Denapentele &#233;taient toujours aux mains des travailleurs. (&#8230;) Les nouvelles troupes russes ne faisaient pas de sentiment &#224; l'&#233;gard des Hongrois ; elles avaient &#233;t&#233; convenablement endoctrin&#233;es : les rebelles &#233;taient des &#171; fascistes &#187; et des &#171; capitalistes bourgeois &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A ce stade, Janos Kadar (&#8230;) constitua ce qu'il appela un nouveau &#171; Gouvernement des Ouvriers et des Paysans &#187;. Ce gouvernement fit imm&#233;diatement une d&#233;claration demandant au gouvernement russe &#171; une aide pour liquider les forces contre-r&#233;volutionnaires et r&#233;tablir l'ordre. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;sistance arm&#233;e &#224; grande &#233;chelle prit fin le samedi 10 novembre. Des dizaines de chars russes hors de combat se trouvaient &#233;parpill&#233;s dans tout Budapest. Dans les villes, la r&#233;sistance arm&#233;e organis&#233;e par les groupes de travailleurs et de jeunes prit fin le 14 novembre. (&#8230;) Et les Hongrois n'&#233;taient toujours pas vaincus. Les Conseils ouvriers se renforc&#232;rent. Ils proclam&#232;rent leurs revendications demeuraient inchang&#233;es. (&#8230;) Le vendredi 16 novembre, Kadar fut contraint d'entamer des n&#233;gociations avec les conseils. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de certains conseils accept&#232;rent de demander aux travailleurs de reprendre le travail. A condition qu'un certain nombre de leurs revendications soient satisfaites imm&#233;diatement (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le Conseil Ouvrier Central de Budapest devait se r&#233;unir au Stade National le 21 novembre. (&#8230;) Les tanks russes bloqu&#232;rent les rues qui m&#232;nent au Stade National. (&#8230;) De nombreux membres importants des comit&#233;s de base furent arr&#234;t&#233;s. (&#8230;) Le 7 d&#233;cembre, on tire sur des manifestants dans les villes industrielles. Les arrestations en masse parmi la base des Conseils Ouvriers se poursuivent. (&#8230;) Le 8 d&#233;cembre, 10.000 personnes manifestent contre l'arrestation de deux membres du Conseil ouvrier de la ville de Salgoiarjan. &#8230;Etc&#8230; &lt;br /&gt;
9 d&#233;cembre Manifestations &#224; Budapest &#8230;&lt;br /&gt;
11 d&#233;cembre dans la ville d'Eger, des manifestants lib&#232;rent de force des membres emprisonn&#233;s du Conseil Ouvrier. &lt;br /&gt;
12 d&#233;cembre, &#224; Eger, la police tire sur une foule importante de manifestants &#8230;&lt;br /&gt;
Des tracts et des affiches r&#233;volutionnaires sont imprim&#233;s et distribu&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de deux jours massivement suivie&#8230;&lt;br /&gt;
15 d&#233;cembre La peine de mort pour fait de gr&#232;ve est remise en vigueur. &lt;br /&gt;
26 d&#233;cembre Gy&#246;rgy Marosan, social-d&#233;mocrate et ministre dans le gouvernement Kadar, d&#233;clare que si c'est n&#233;cessaire le gouvernement mettra &#224; mort 10.000 personnes pour prouver que c'est lui le vrai gouvernement, et non les Conseils Ouvriers. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au d&#233;but de janvier 1957, les membres des conseils qui n'avaient pas encore &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s commenc&#232;rent &#224; d&#233;missionner. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le massacre des Hongrois, la destruction des organisations qu'ils avaient construites pendant la br&#232;ve p&#233;riode de libert&#233; et la totale reprise en mains de tous les aspects de leur vie par la bureaucratie marqua la fin d'une &#233;poque : l'&#232;re pendant laquelle les bureaucrates russes avaient partiellement r&#233;ussi &#224; se faire passer pour les d&#233;fenseurs du socialisme et les champions de la classe ouvri&#232;re. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; l'Humanit&#233; &#187;, quotidien du Parti Communiste Fran&#231;ais, du 25 octobre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les difficult&#233;s in&#233;vitables n'ont pas manqu&#233; dans les pays de d&#233;mocratie populaire, sp&#233;cialement en Pologne et en Hongrie. Ces deux pays ont &#233;t&#233; ravag&#233;s, pill&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre. Les destructions ont &#233;t&#233; incommensurablement, infiniment plus &#233;lev&#233;es que dans notre propre pays. Par ailleurs, les longues ann&#233;es de guerre froide ont oblig&#233; ces pays &#224; un lourd mais n&#233;cessaire effort de d&#233;fense. Tout r&#233;volutionnaire comprend cela, ce qu'il en d&#233;coulait des conditions de vie parfois difficiles pour les travailleurs. (&#8230;) Les forces r&#233;actionnaires hostiles au socialisme, misant sur l'ensemble de ces &#233;l&#233;ments bri&#232;vement &#233;num&#233;r&#233;s depuis le d&#233;but de cet article, ont pens&#233; que l'occasion &#233;tait venue de passer &#224; l'attaque en profitant de la volont&#233; affirm&#233;e de tous les Partis Communistes et Ouvriers de corriger les erreurs commises dans le pass&#233; et dans des domaines divers. (&#8230;) Les dirigeants hongrois, par exemple, ont qualifi&#233; &#224; juste titre de &#171; groupes contre-r&#233;volutionnaires &#187; les &#233;l&#233;ments qui ont provoqu&#233; les troubles d'hier &#224; Budapest. (&#8230;) Les travailleurs de France approuveront toujours les mesures prises dans les pays qui construisent le socialisme pour sauvegarder et consolider les conqu&#234;tes r&#233;volutionnaires contre les forces hostiles &#224; la soci&#233;t&#233; nouvelle. &#187; Sign&#233; : Marcel Servin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de la d&#233;claration du Bureau Politique du Parti Communiste Fran&#231;ais du 4 novembre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s deux semaines de confusion politique, la cause du socialisme triomphe en Hongrie. (&#8230;) Barrant la route &#224; ceux qui furent les alli&#233;s de Hitler, aux repr&#233;sentants de la r&#233;action et du Vatican que le tra&#238;tre Nagy avait install&#233;s au gouvernement, la classe ouvri&#232;re hongroise dans un sursaut &#233;nergique a form&#233; un gouvernement ouvrier et paysan qui a pris en main les affaires du pays. (&#8230;) Le Parti Communiste Fran&#231;ais approuve pleinement la conduite du gouvernement ouvrier de Hongrie. (&#8230;) Face &#224; l'offensive acharn&#233;e et bestiale des fascistes, des f&#233;odaux et de leurs alli&#233;s les princes de l'Eglise pour restaurer en Hongrie le r&#233;gime terroriste de Horthy, il e&#251;t &#233;t&#233; inconcevable que l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans de l'URSS ne r&#233;pondit pas &#224; l'appel qui lui &#233;tait adress&#233; alors que les meilleurs fils de la classe ouvri&#232;re hongroise &#233;taient massacr&#233;s, pendus, ignoblement tortur&#233;s. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Un document d'un groupe trotskyste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hongrie 1956&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution des conseils ouvriers d&#233;fie la bureaucratie stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une c&#233;r&#233;monie officielle avec tous les h&#233;ritiers des fossoyeurs des r&#233;volutions des ann&#233;es 1950&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 50 ans, l'avant-garde ouvri&#232;re et la jeunesse hongroise subissaient la r&#233;pression f&#233;roce de l'arm&#233;e du Kremlin, venue au secours du pouvoir stalinien hongrois en d&#233;route. La bureaucratie de l'URSS et son arm&#233;e assassinaient plusieurs milliers d'insurg&#233;s, en emprisonnaient des dizaines de milliers, en chassait du pays 160 000 pour interdire toute r&#233;volution politique contre sa dictature. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 22 juin 2006, en visite &#224; Budapest &#224; l'occasion du cinquantenaire de l'insurrection, le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis a pos&#233; en d&#233;fenseur de la d&#233;mocratie : &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand des peuples combattent pour leur libert&#233;, les &#201;tats-Unis se tiennent &#224; leurs c&#244;t&#233;s. (Le Monde, 24 juin 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la complicit&#233; des repr&#233;sentants de la nouvelle bourgeoisie hongroise, George Bush fils se permet de reprendre la mystification de la d&#233;fense &#233;ternelle de &#171; la libert&#233; &#187; par la plus grande puissance imp&#233;rialiste. Pourtant, il a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; pr&#233;sident une premi&#232;re fois en 2000 avec moins de voix que son concurrent, il a restreint depuis cinq ans les libert&#233;s d&#233;mocratiques aux &#201;tats-Unis et les Afghans et Irakiens subissent une occupation gr&#226;ce &#224; lui. Sans parler des multiples contributions ant&#233;rieures du principal imp&#233;rialisme &#224; des coups d'&#201;tat qui, quand ils r&#233;ussirent, abolirent la plupart des libert&#233;s : Argentine en 1943, Iran en 1953, Guatemala en 1954, Congo en 1960, Cuba en 1961, Guatemala en 1963, Equateur en 1963, Br&#233;sil en 1964, Bolivie en 1964, Indon&#233;sie en 1965, Gr&#232;ce en 1967, Bolivie en 1971, Chili en 1973, Argentine en 1976, Grenade en 1986, Ha&#239;ti en 1993, Venezuela en 2002, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la Hongrie de 1956, les dirigeants de l'&#233;poque des &#201;tats-Unis furent, en fait, satisfaits de l'&#233;crasement de la r&#233;volution ouvri&#232;re par le Kremlin, tout en utilisant la f&#233;roce r&#233;pression stalinienne dans leur propagande contre le socialisme et la r&#233;volution. Tant il est vrai que ce qui unissait les bureaucraties de l'URSS et de la Chine aux bourgeoisies d'Am&#233;rique du Nord, d'Europe de l'Ouest et du Japon &#233;tait la haine de tout mouvement de la classe ouvri&#232;re, de toute r&#233;volution mettant en cause l'ordre mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opinion la plus r&#233;pandue parmi les officiels am&#233;ricains &#233;tait que le mot &#171; &#233;volution &#187; vers la libert&#233; en Europe de l'est conviendrait mieux pour tous les int&#233;ress&#233;s que le mot &#171; r&#233;volution &#187;, bien que personne ne l'ait dit publiquement. (New York Times, 25 octobre 1955, cit&#233; par Andy Anderson, Hongrie 1956, Spartacus, 1976, p. 128)&lt;br class='autobr' /&gt;
Bush &#233;tait invit&#233; par le gouvernement de Ferenc Gyurcs&#225;ny. Le Premier ministre hongrois est un capitaliste et aussi le dirigeant du Parti socialiste hongrois (MSzP), organisation s&#339;ur du PS fran&#231;ais. Le MSzP est le nom pris en 1989, quand il a d&#233;cid&#233; de restaurer le capitalisme en Hongrie, par le parti de la bureaucratie&#8230; qui a &#233;cras&#233; l'insurrection ouvri&#232;re en 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature sociale et le r&#233;gime politique de la Hongrie en 1956&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1947, l'&#233;conomie et les institutions politiques de la Hongrie furent calqu&#233;es sur celles de l'URSS, avec une dimension sp&#233;cifique d'oppression nationale qui d&#233;coulait de leur importation et de l'in&#233;galit&#233; des rapports entre l'URSS et les &#201;tats d'Europe de l'est, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de la subordination des bureaucraties au pouvoir dans ces derniers &#224; la bureaucratie russe, &#224; l'exception de celles de la Yougoslavie et de l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution prol&#233;tarienne avait triomph&#233; en Russie en Octobre 1917 gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence et &#224; l'activit&#233; d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire s'appuyant r&#233;solument sur les conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats (&#171; soviets &#187;). La r&#233;volution d'Octobre &#233;tait le d&#233;but de la r&#233;volution socialiste qui allait secouer le monde. Elle instaurait le pouvoir des soviets, qui proc&#233;da &#224; l'expropriation des capitalistes. L'&#201;tat ouvrier ainsi engendr&#233; &#233;tait en transition vers le socialisme, un mode de production sans classes sociales qui requiert un niveau &#233;lev&#233; des forces productives.&lt;br class='autobr' /&gt;
La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, pour devenir sociale, doit in&#233;luctablement passer par l'&#233;tatisation, de m&#234;me que la chenille, pour devenir papillon, doit passer par la chrysalide. Mais la chrysalide n'est pas un papillon&#8230; La propri&#233;t&#233; d'&#201;tat ne devient celle du &#171; peuple entier &#187; que dans la mesure o&#249; disparaissent les privil&#232;ges et les distinctions sociales et o&#249;, par cons&#233;quent, l'&#201;tat perd sa raison d'&#234;tre. (L&#233;on Trotsky, La R&#233;volution trahie, 1936, Minuit, p. 159)&lt;br class='autobr' /&gt;
Seule l'extension de la r&#233;volution &#224; des pays plus avanc&#233;s pouvait permettre de surmonter l'arri&#233;ration &#233;conomique et culturelle l&#233;gu&#233;e par le tsarisme, les d&#233;vastations de la guerre inter-imp&#233;rialiste, de la guerre civile et des interventions &#233;trang&#232;res. Mais, isol&#233; &#224; la suite des &#233;checs des autres r&#233;volutions d'Europe, en particulier de l'Allemagne en 1919, en 1921 et en 1923, mais aussi en Hongrie en 1919, l'&#201;tat ouvrier russe d&#233;g&#233;n&#233;ra. Le Parti communiste (bolchevik) est devenu un parti unique, les soviets sont affaiblis, la bureaucratie de l'&#201;tat a &#233;chapp&#233; &#224; tout contr&#244;le de la classe ouvri&#232;re. La bureaucratie, sous la conduite de Staline, s'empara alors du pouvoir politique et du parti communiste lui-m&#234;me, au terme de conflits entre la direction de l'appareil et l'Opposition de gauche (1924), puis l'Opposition unifi&#233;e (1926).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette caste ne tirait sa puissance que des bases sociales dues &#224; la R&#233;volution d'octobre, mais elle ne pouvait pr&#233;server, face au prol&#233;tariat, son pouvoir et ses privil&#232;ges que pour autant que la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne s'&#233;tendait pas et que le prol&#233;tariat russe ne relevait pas la t&#234;te. D'o&#249; l'invention de l'absurdit&#233; du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, d'o&#249; le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire que la bureaucratie manifesta de plus en plus consciemment sur l'ar&#232;ne interne (la r&#232;gne de la Gu&#233;p&#233;ou, les proc&#232;s de Moscou de 1934 o&#249; les anciens compagnons de L&#233;nine furent accus&#233;s de crimes inou&#239;s, le goulag et les ex&#233;cutions sommaires&#8230;) et &#224; l'ext&#233;rieur, en utilisant comme instrument l'Internationale communiste (le barrage &#224; la r&#233;volution des fronts populaires, la liquidation des r&#233;volutionnaires en Espagne en 1936, le pacte avec Hitler en 1939&#8230;). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'invasion par l'imp&#233;rialisme allemand de l'URSS se heurte, malgr&#233; l'imp&#233;ritie de Staline, &#224; la r&#233;sistance des peuples de l'URSS. En 1940, une nouvelle Sainte Alliance contre-r&#233;volutionnaire se constitue entre la bourgeoisie imp&#233;rialiste &#233;tasunienne, la bourgeoisie imp&#233;rialiste britannique et la bureaucratie stalinienne russe, formalis&#233;e lors des accords de T&#233;h&#233;ran, Casablanca, Yalta et Postdam. Staline dissout l'Internationale communiste en 1943. La bureaucratie mise sur le nationalisme russe pour cimenter la population. Dans la conscience des nouvelles g&#233;n&#233;rations de l'URSS, la &#171; grande guerre patriotique &#187; estompera la R&#233;volution d'Octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bombardements des villes allemandes, le comportement ignoble de l'Arm&#233;e rouge envers la population allemande, le d&#233;sarmement des maquis et des insurg&#233;s, les blocs d'union nationale, l'occupation de l'Allemagne et sa division, tout est fait pour emp&#234;cher la r&#233;volution en Europe (allemande, grecque, italienne, fran&#231;aise, tch&#233;coslovaque, polonaise, hongroise&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'arriv&#233;e de l'Arm&#233;e rouge, les travailleurs hongrois renouent avec les comit&#233;s et leurs conseils qui prennent en charge les fonctions de s&#233;curit&#233;, de d&#233;blaiement et de reconstruction, de remise en marche de la production comme de secours divers (voir Julien Papp, La Hongrie lib&#233;r&#233;e, Presses universitaires de Rennes, 2006). Le Kremlin s'emploie &#224; d&#233;faire les conseils ouvriers au profit d'un gouvernement d'union nationale qui r&#233;unit le Parti des petits propri&#233;taires (le parti bourgeois et cl&#233;rical majoritaire aux &#233;lections de novembre 1945), le Parti national paysan (un autre parti bourgeois), le Parti communiste hongrois, le Parti socialiste hongrois. Le gouvernement d'union nationale d&#233;fend la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme ses homologues d'Italie ou de France&#8230; mais sous surveillance de l'arm&#233;e de l'URSS et non de celle des &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, quand Washington s'en prend &#224; l'URSS dans le but de r&#233;int&#233;grer la Russie dans la sph&#232;re du capitalisme, la bureaucratie du Kremlin se d&#233;fend &#8212;&#224; sa mani&#232;re&#8212; en cr&#233;ant &#224; partir de 1947 un certain nombre d'&#201;tats tampon dans la zone qui lui avait &#233;t&#233; confi&#233;e dans le cadre de la Sainte Alliance. Les pr&#233;tendues &#171; d&#233;mocraties populaires &#187; subissent une transformation profonde pour les conformer &#224; l'URSS non de 1917, mais de 1947 : d'un c&#244;t&#233;, le capital est expropri&#233;, conform&#233;ment aux aspirations des masses en 1919 et en 1944 ; de l'autre, le pouvoir est remis &#224; une bureaucratie corrompue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme leurs homologues en Union sovi&#233;tique et dans les autres d&#233;mocraties populaires, les quelques milliers de dirigeants de ce grand appareil bureaucratique menaient un train de vie privil&#233;gi&#233;. Ils disposaient de magasins sp&#233;ciaux, de salons de couture, de villas, de voitures, ils voyageaient luxueusement dans le pays et &#224; l'&#233;tranger. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 103)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les partis bourgeois sont &#233;limin&#233;s (ainsi que les partis sociaux-d&#233;mocrates). Le Pacte de Varsovie sera proclam&#233; en 1955 face &#224; l'OTAN constitu&#233; en 1949. Au nom du socialisme, du &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;, dans toute l'Europe centrale, les bureaucraties imposent un r&#233;gime policier d'autant plus ha&#239; qu'il est impos&#233; par l'&#233;tranger, en particulier dans la partie est de l'Allemagne divis&#233;e. La Yougoslavie et l'Albanie jouissent de plus d'autonomie vis-&#224;-vis de l'URSS, car le mouvement de r&#233;sistance nationale dirig&#233; par les staliniens y avait pris lui-m&#234;me le pouvoir. Les partis uniques eux-m&#234;mes sont purg&#233;s &#224; plusieurs reprises des &#233;l&#233;ments suspect&#233;s par Staline d'ind&#233;pendance. En Hongrie, par exemple, l'ancien dirigeant du Parti communiste hongrois durant la clandestinit&#233;, L&#225;szl&#243; Rajk, est pendu en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Staline d&#233;clenche la premi&#232;re vague de la r&#233;volution politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Staline, en mars 1953, a donn&#233; le signal d'un puissant mouvement r&#233;volutionnaire pour chasser la bureaucratie qui usurpait le pouvoir dans tous les pays o&#249; la classe capitaliste avait &#233;t&#233; expropri&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; l'insurrection des ouvriers de l'Allemagne de l'est en 1953,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; les protestations des d&#233;port&#233;s politiques des goulags russes en 1953 et 1954,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; les luttes des travailleurs de Tch&#233;coslovaquie en 1954,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; les mouvements des prol&#233;tariats de Pologne et de Hongrie en 1956.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement se conjugue avec une certaine remont&#233;e de la lutte des classes &#224; l'Ouest de l'Europe : en 1953, la France conna&#238;t une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des services publics (voir R&#233;volution Socialiste n&#176; 11-12). En Europe de l'Est, au gaspillage de la gestion bureaucratique de l'&#233;conomie, s'ajoutent les pr&#233;l&#232;vements de l'URSS. La pesante mainmise russe est rejet&#233;e par la majorit&#233; de la population, le temps de travail est aussi long que les salaires sont faibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1953, les ouvriers du b&#226;timent et les m&#233;tallos de Berlin Est se mettent en gr&#232;ve contre l'aggravation de leurs conditions de travail. En de puissantes manifestations, les travailleurs de toute l'Allemagne de l'est s'&#233;l&#232;vent contre la dictature de la bureaucratie et l'occupation russe. Ils manifestent &#224; Berlin-Ouest, mais les occupants imp&#233;rialistes (France, Grande-Bretagne, &#201;tats-Unis) ferment alors les zones qu'ils contr&#244;lent. La r&#233;volte ouvri&#232;re est mat&#233;e par les chars russes et la police secr&#232;te, la Stasi, qui comporte plus d'un nazi recycl&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En URSS, les prisonniers du camp de Vorkouta se soul&#232;vent avant d'&#234;tre implacablement r&#233;prim&#233;s. Sous les pressions venant du prol&#233;tariat et se r&#233;fractant dans la bureaucratie, Nikita Kroutchev reconna&#238;t en f&#233;vrier 1956 quelques-uns des crimes de Staline tout en d&#233;finissant le stalinisme comme une simple d&#233;viation et un &#171; culte de la personnalit&#233; &#187;. En pratique, il desserre la censure et lib&#232;re une partie des prisonniers politiques du goulag. La couche sociale des usurpateurs de la r&#233;volution d'octobre 1917 compte accepter quelques concessions en URSS &#8212;et dans les pays qu'elle contr&#244;le en Europe centrale et orientale&#8212; pour p&#233;renniser ses privil&#232;ges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les masses s'engouffrent dans la br&#232;che ouverte par Kroutchev. Le 28 juin 1956, de puissantes manifestations ouvri&#232;res ont lieu &#224; Pozna&#324;, en Pologne, pour arracher les libert&#233;s d&#233;mocratiques, de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires. Elles s'en prennent &#224; la police, aux tribunaux et aux prisons. Ces manifestations s'appuient sur le bouillonnement de la jeunesse &#233;tudiante et des travailleurs qui revendiquent un &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187;. La classe ouvri&#232;re polonaise aspire &#224; contr&#244;ler les propri&#233;t&#233;s de l'&#201;tat, &#224; l'&#233;purer des profiteurs, des assassins, &#224; dissoudre la police politique. Elle veut refouler les troupes russes d'occupation. Le soir m&#234;me, elles sont durement r&#233;prim&#233;es par le gouvernement d'Edward Ochab, premier secr&#233;taire du parti ouvrier unifi&#233; polonais (PZPR).&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre la dictature bureaucratique ne constitue pas &#224; proprement parler une r&#233;volution sociale, car elle ne vise pas &#224; transformer les conqu&#234;tes issues de la R&#233;volution d'octobre mais au contraire &#224; d&#233;fendre, contre l'imp&#233;rialisme et la bureaucratie, la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, la planification. La r&#233;volution prol&#233;tarienne les d&#233;fend, de la seule mani&#232;re efficace, en r&#233;tablissant la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, en d&#233;truisant la bureaucratie parasitaire, en accomplissant une r&#233;volution politique qui donne le pouvoir au prol&#233;tariat. Cette r&#233;volution politique est l'expression, dans les pays o&#249; les fondements de la domination capitaliste ont &#233;t&#233; d&#233;truits et o&#249; une bureaucratie contre-r&#233;volutionnaire s'est empar&#233;e du pouvoir politique, de la r&#233;volution socialiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation du 23 octobre 1956&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Hongrie, la classe ouvri&#232;re et la jeunesse suivent l'exemple de leurs s&#339;urs et fr&#232;res polonais. Cr&#233;&#233; en 1955 et compos&#233; d'&#233;tudiants rejoints par des intellectuels, le Cercle Pet&#246;fi (du nom d'un po&#232;te mort en 1849 lors de la guerre d'ind&#233;pendance) est un forum de discussion de l'organisation de jeunesse communiste. Ses principaux animateurs sont tr&#232;s souvent des oppositionnels au sein du Parti des travailleurs hongrois (MDP), dont certains en ont &#233;t&#233; exclus. Le 23 octobre 1956, la manifestation appel&#233;e &#224; Budapest par le Cercle Pet&#246;fi est un gigantesque succ&#232;s. 300 000 manifestants, plus peut-&#234;tre, ont r&#233;pondu &#224; l'appel du Cercle. La manifestation regroupe des dizaines de milliers d'&#233;tudiants et de jeunes travailleurs venus soutenir la jeunesse et les ouvriers polonais menac&#233;s par les mouvements des troupes russes. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, en ces m&#234;mes jours d'octobre 1956, la classe ouvri&#232;re polonaise s'oppose &#224; l'occupation russe du pays. Alors que les meneurs des &#171; &#233;meutiers de Poznan &#187; sont jug&#233;s fin septembre, la jeunesse &#233;tudiante et le prol&#233;tariat polonais descendent dans la rue et tiennent des meetings pour une Pologne socialiste et ind&#233;pendante de l'occupant russe. Kroutchev et son gouvernement voit alors en Wladislaw Gomulka, un ancien premier secr&#233;taire du Parti ouvrier unifi&#233; polonais (PZPR) &#233;cart&#233; du temps de Staline, une porte de sortie face aux masses. Rapidement r&#233;habilit&#233; d&#233;but octobre, Gomulka tient un meeting le 23 octobre &#224; Varsovie devant plus de 300 000 personnes. Il y tient le discours de la &#171; d&#233;mocratisation &#187; et des r&#233;formes tout en d&#233;fendant l'essentiel, le monopole politique de la bureaucratie polonaise, elle-m&#234;me appendice de la bureaucratie russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Hongrie, le mouvement &#233;chappe au contr&#244;le de la bureaucratie. Le 20 octobre, la jeunesse &#233;tudiante a fond&#233; une organisation de la jeunesse, la MEFESZ, ind&#233;pendante du parti stalinien. Les 21 et 22 octobre, de grands meetings ouverts et libres sont organis&#233;s dans les universit&#233;s de Budapest. Les meetings des Universit&#233;s polytechnique et de sciences humaines ont adopt&#233; un programme en 16 points. Les &#233;tudiants ont confirm&#233; leur solidarit&#233; avec les Polonais, leur volont&#233; d'un socialisme &#171; d&#233;mocratique et ind&#233;pendant &#187;. Ils ont envoy&#233; des d&#233;l&#233;gations dans les usines. Ils ont aussi pr&#233;vu de mettre &#224; bas les statues de Staline et veulent voir les troupes russes quitter leur pays. Ils veulent que les tortionnaires staliniens soient d&#233;mis de leurs fonctions pour laisser place &#224; Imre Nagy, le &#171; Gomulka &#187; hongrois, exclu en 1948 et revenu au pouvoir en 1953, mais de nouveau &#233;cart&#233; en 1955.&lt;br class='autobr' /&gt;
Interdite, la manifestation se rend vers le Parlement. Autoris&#233;e alors par Ernest Ger&#246;, le premier secr&#233;taire du MDP, les manifestants entendent &#224; la radio son intervention. Ger&#246; annonce que seuls des &#171; canailles &#187; et des &#171; chauvins &#187; ont pu organiser cette manifestation ouvrant &#171; la porte aux capitalistes &#187;. L'ancien tortionnaire de r&#233;volutionnaires espagnols en 1936-1937, le liquidateur avec Rakosi de milliers de membres du MDP de 1948 &#224; 1953, pr&#233;tend que les relations avec l'URSS sont celles de l'&#233;galit&#233;. Bouillonnants, les jeunes manifestants d&#233;cident de diffuser &#224; la radio, pour r&#233;pondre &#224; Ger&#246;, leur r&#233;solution en 16 points. La statue de Staline est abattue. Devant l'immeuble de la radio, les agents (les avos) d&#233;test&#233;s de la police politique stalinienne (AVH) tirent sur la foule. Les manifestants ne l&#226;chent pas prise. Les autorit&#233;s appellent l'arm&#233;e et la police municipale en renfort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection ouvri&#232;re &#224; Budapest&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le soir du 23 octobre, l'arm&#233;e refuse d'intervenir contre le peuple. Parfois, les soldats ouvrent les portes des casernes et laisse les masses insurg&#233;es s'armer. Des commissariats sont attaqu&#233;s et, si possible, d&#233;valis&#233;s de leurs armes. Dans la nuit du 23 au 24, les travailleurs entrent en action contre tout ce qui repr&#233;sente l'ordre bureaucratique. Ils s'attaquent &#224; la radio, aux b&#226;timents de l'AVH dont les nombreux avos n'arrivent pas &#224; repousser les &#233;tudiants et les ouvriers arm&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, les insurg&#233;s se sont organis&#233;s politiquement autour du cercle Pet&#246;fi et du Comit&#233; r&#233;volutionnaire des &#233;tudiants. Ce dernier sera le premier organe de la r&#233;volution politique contre la bureaucratie. Il d&#233;fend imm&#233;diatement la fraternisation avec les soldats russes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la neutralisation de l'arm&#233;e hongroise par le mouvement des masses, le Kremlin d&#233;cide de s'appuyer sur les dizaines de milliers de soldats russes en cantonnement permanent en Hongrie. La bureaucratie russe ne peut laisser planer le doute sur sa capacit&#233; &#224; r&#233;primer. Sinon, les travailleurs de Pologne, de RDA et d'URSS, pourraient suivre l'exemple des ouvriers et des &#233;tudiants hongrois et signer son arr&#234;t de mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 octobre, au petit matin, les troupes russes entrent en action en entourant Budapest et en s'installant sur les principaux axes de circulation. Environ 2 000 chars russes font mouvement contre l'insurrection. Les troupes russes aident les avos &#224; tirer sur les insurg&#233;s, &#224; arr&#234;ter les meneurs, &#224; reprendre les usines et les b&#226;timents officiels occup&#233;s. Le Comit&#233; central du Parti des travailleurs hongrois (MDP), en retard sur les &#233;v&#233;nements et impuissant devant la spontan&#233;it&#233; de l'insurrection, tente de jouer la carte Imre Nagy, comme le Parti ouvrier unifi&#233; polonais (PZPR) a fait avec Gomulka. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nagy essaie de limiter, d'adoucir, d'entraver la r&#233;pression, de se d&#233;barrasser de Ger&#246; et de ses acolytes, de persuader les Sovi&#233;tiques de se retirer, les insurg&#233;s de se mod&#233;rer, Sovi&#233;tiques et insurg&#233;s de lui faire confiance, de l'accepter comme m&#233;diateur. L'objectif principal qu'il poursuivait, c'&#233;tait l'ordre. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Histoire des d&#233;mocraties populaires, Seuil, 1969, t. 2, p. 123-124)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau gouvernement affirme qu'il a appel&#233; les troupes de l'URSS. Au grand effroi de toutes les fractions de la bureaucratie, la classe ouvri&#232;re manifeste sa force. L'insurrection s'&#233;tend aux faubourgs ouvriers, les usines sont occup&#233;es et les travailleurs s'arment. Des combats ont lieu devant les usines, &#224; la radio, au Parlement et dans les quartiers ouvriers. Le 25 octobre, le colonel Pal Maleter, commandant de la caserne Kilian de Budapest, forte de 2 000 hommes, passe dans le camp des insurg&#233;s. Une partie des soldats hongrois constituent, avec les ouvriers et &#233;tudiants insurg&#233;s, l'arm&#233;e de la r&#233;volution des conseils ouvriers. Les insurg&#233;s tiennent t&#234;te &#224; la plus puissante arm&#233;e d'Europe, r&#233;ussissant parfois &#224; fraterniser avec des soldats de l'Arm&#233;e rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseils ouvriers et les comit&#233;s r&#233;volutionnaires face &#224; la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs renouent avec les formes d'organisation de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, celle de la crise r&#233;volutionnaire hongroise de 1945, de la r&#233;volution espagnole de 1936, de la r&#233;volution hongroise de 1919, de la r&#233;volution allemande de 1918, des r&#233;volutions russes de 1917 et 1905 et de la Commune de Paris de 1871. Devant l'apparition des conseils ouvriers et du Comit&#233; r&#233;volutionnaire des &#233;tudiants, le pouvoir stalinien est confront&#233; &#224; une situation de double pouvoir. Les conseils, v&#233;ritables soviets, voient le jour dans tout le pays et remplacent syst&#233;matiquement l'administration bureaucratique qu'ils ont chass&#233;e des entreprises, des administrations et des casernes. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la force politique du prol&#233;tariat arm&#233;. Les travailleurs et la jeunesse se dotent de leurs organes politiques dont les repr&#233;sentants sont &#233;lus d&#233;mocratiquement et souvent &#224; bulletin secret. Ils constituent leurs comit&#233;s de gr&#232;ve, leurs milices arm&#233;es et les centralisent au sein de conseils ouvriers, d'&#233;tudiants ou de soldats. Ces conseils se forment spontan&#233;ment dans les entreprises qui ont arr&#234;t&#233; le travail le 24 octobre, contre les assassins du gouvernement Ger&#246;, contre l'AVH et les chars russes. Ils se g&#233;n&#233;ralisent avec le massacre du Parlement, le 25 octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la place Kossuth, ce soir-l&#224;, des dizaines de milliers de personnes exigent l'arrestation de Ger&#246;, l'annulation de la loi martiale et la lib&#233;ration des insurg&#233;s emprisonn&#233;s. Les jeunes et les travailleurs refusent le palliatif du Comit&#233; central du MDP : un simple remaniement minist&#233;riel, comprenant Imre Nagy, de nouveau r&#233;habilit&#233;. Les &#233;tudiants, diffusent des tracts en russe pour inciter les soldats de l'Arm&#233;e rouge &#224; ne pas tirer sur leurs fr&#232;res et s&#339;urs. La fraternisation s'amorce : plusieurs &#233;quipages sortent de leurs chars et m&#234;lent le drapeau tricolore hongrois &#224; celui de l'URSS. La police politique tire alors &#224; la mitrailleuse sur la foule sans armes : 300 morts et des centaines de bless&#233;s jonchent le sol. La bureaucratie a d&#233;cid&#233; qu'il s'agissait d'une lutte &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant la nuit du 25 au 26 octobre, les affrontements font rage dans toute la ville. Un tract sign&#233; par &#171; les &#233;tudiants et ouvriers r&#233;volutionnaires &#187; appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale jusqu'au retrait des troupes russes et &#224; la dissolution de l'AVH. Dans les grandes villes comme Miskolc, Gyor, Sopron, P&#233;cs, Dunapentele, Debrecen, Szeged, des conseils ouvriers et r&#233;volutionnaires prennent &#224; leur tour le pouvoir, chassent l'AVH et adoptent le programme de la r&#233;volution politique contre la bureaucratie stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme des conseils : l'ind&#233;pendance nationale et la liquidation du totalitarisme bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de la bureaucratie russe pr&#233;sents sur place, Mikoyan et Souslov, remplacent Ger&#246; par J&#225;nos K&#225;d&#225;r le 25 octobre &#224; la t&#234;te du MDP. K&#225;d&#225;r &#233;tait le chef de la police secr&#232;te de 1948 &#224; 1951, quand il fut emprisonn&#233;. Mikoyan et la nouvelle direction du MDP composent un gouvernement de coalition. En plus de &#171; communistes &#187; dont Nagy, nomm&#233; Premier ministre, K&#225;d&#225;r et des anciens opposants &#224; Ger&#246; comme Gy&#246;rgy Luk&#225;cs et Geza Losonczy, il comprend Bela Kovacs et Zolt&#224;n Tidly, les dirigeants du Parti des petits propri&#233;taires (FKGP).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour soutenir l'action de son gouvernement, il suscite la constitution d'un front populaire regroupant, outre les communistes, ce qui reste des anciens partis. (L'Humanit&#233;, 28 octobre 1996) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ombre de la bourgeoisie hongroise repr&#233;sente pourtant la bourgeoisie mondiale qui, elle, n'a pas disparu et qui travaille &#224; restaurer le capitalisme. Le nouveau gouvernement Nagy-K&#225;d&#225;r-Tidly invite les travailleurs &#224; reprendre le travail, &#224; cesser leur gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; rendre les armes : &lt;br class='autobr' /&gt;
Peuple ouvrier de Hongrie&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un petit groupe de provocateurs contre-r&#233;volutionnaires a lanc&#233; une attaque arm&#233;e contre l'ordre de notre R&#233;publique populaire, une attaque qui a &#233;t&#233; soutenue par une fraction des travailleurs de la capitale&#8230; La nouvelle direction du parti et le gouvernement sous ma direction sont d&#233;cid&#233;s &#224; tirer les le&#231;ons de ces tragiques &#233;v&#233;nements. Aussit&#244;t que l'ordre sera r&#233;tabli, l'Assembl&#233;e nationale sera convoqu&#233;e&#8230; Nous appliquerons la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; ceux qui continuent leurs attaques arm&#233;es&#8230; Hongrois, amis, camarades, placez-vous sous la conduite du parti&#8230; (Imre Nagy, Discours radiodiffus&#233;, 25 octobre 1956, Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 148-149)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il annonce son intention de dissoudre la police politique AVH, de constituer une nouvelle milice nationale &#224; sa place et de n&#233;gocier le d&#233;part des troupes russes. Mais ces concessions et les belles paroles de Nagy et K&#225;d&#225;r ne suffisent pas aux conseils ouvriers. Sans rejeter le gouvernement, ils cherchent &#224; s'unifier nationalement et maintiennent leurs revendications. Appuy&#233;e sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre le gouvernement et arm&#233;e gr&#226;ce &#224; la fraternisation avec les soldats, la r&#233;volution politique pr&#233;cise son programme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil ouvrier et le Parlement &#233;tudiant de la ville de Miskolc sont dans les premiers &#224; &#233;tablir une diffusion radio de leurs revendications. Ils seront suivis par toutes les r&#233;gions du pays. Le 28 octobre, alors que la radio annonce les pleins pouvoirs pour Nagy, Radio-Miskolc propose aux autres conseils ouvriers du pays de s'unir sur les bases suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) L'&#233;dification d'une Hongrie libre, souveraine, ind&#233;pendante, d&#233;mocratique et socialiste. 2) Une loi instituant des &#233;lections libres au suffrage universel. 3) Le d&#233;part imm&#233;diat des troupes sovi&#233;tiques. 4) L'&#233;laboration d'une nouvelle Constitution. 5) La suppression de l'AVH, le gouvernement ne devra s'appuyer que sur deux forces arm&#233;es : l'arm&#233;e nationale et la police ordinaire. 6) Amnistie totale pour tous ceux qui ont pris les armes et inculpation de Ger&#246; et de ses complices. 7) Elections libres dans un d&#233;lai de deux mois avec la participation de plusieurs partis. (Pierre Brou&#233;, La R&#233;volution hongroise des conseils ouvriers, PCI, 1957) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Budapest, le Comit&#233; r&#233;volutionnaire des intellectuels, qui r&#233;unit notamment le Cercle Pet&#246;fi et le Comit&#233; r&#233;volutionnaire des &#233;tudiants, adopte le 28 octobre un programme qui r&#233;affirme le m&#234;me programme qu'&#224; Miskolc. Il avance d'autres revendications, dont l'augmentation des salaires, la d&#233;fense de la nationalisation des usines et des terres, la direction des usines par les conseils, des aides et d&#233;dommagements aux petits paysans contraints &#224; la collectivisation, la libert&#233; de presse et de r&#233;union.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 30 octobre, un Conseil national de Transdanubie se tient &#224; Gy&#246;r avec 400 d&#233;l&#233;gu&#233;s. Loin de faire confiance au nouveau gouvernement, Radio-Miskolc rend compte de la r&#233;union en ces termes :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la r&#233;union, la majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s a soutenu la proposition &#224; continuer la gr&#232;ve tant que le gouvernement ne r&#233;aliserait pas les revendications. (Jean-Jacques Marie et Balazs Nagy, Pologne-Hongrie 1956, EDI, 1966, p. 199)&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant un tel mouvement, la bureaucratie tente de gagner du temps. Les troupes russes &#233;vacuent la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manoeuvres du gouvernement de Nagy et K&#225;d&#225;r, pr&#233;paratifs du Kremlin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Nagy-K&#225;d&#225;r-Tidly navigue entre les exigences des conseils, la pression de la bureaucratie russe et celle de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pr&#233;tend maintenir la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, revendiqu&#233;e explicitement par les conseils ouvriers et le Comit&#233; r&#233;volutionnaire des intellectuels. Nagy re&#231;oit toutes les d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;res et paysannes du pays qui affluent vers Budapest, porteuses des m&#234;mes revendications qu'&#224; Miskolc. En annon&#231;ant accepter les revendications de la r&#233;volution, le gouvernement K&#225;d&#225;r-Nagy fait tout pour associer les conseils &#224; son gouvernement. Il met en place une Garde Nationale qui fusionne l'ancienne arm&#233;e et l'ancienne police avec les insurg&#233;s en armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, alert&#233; par l'entr&#233;e de troupes &#171; sovi&#233;tiques &#187;, Nagy proclame le retrait du Pacte de Varsovie, demande des n&#233;gociations aux autorit&#233;s de l'URSS et en appelle &#224; l'ONU.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement hongrois demande au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations-Unies d'inscrire &#224; l'ordre du jour de la prochaine Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale la question de la neutralit&#233; hongroise et la d&#233;fense de cette neutralit&#233; par les quatre grandes puissances. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 219)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me jour, le gouvernement l&#233;galise les anciens partis de l'union nationale de 1945, celle qui fut mise en place par Staline apr&#232;s la d&#233;faite du nazisme : le Parti socialiste hongrois, qui rejoint le gouvernement, le Parti des petits propri&#233;taires et le Parti national-paysan, qui y figuraient d&#233;j&#224;. Il r&#233;habilite l'ancien drapeau hongrois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre &#224; 16 heures, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les usines de Budapest se r&#233;unissent&#8230; Elek Nagy conduira une d&#233;l&#233;gation de 16 au Parlement. Ils y rencontrent un Imre Nagy extr&#234;mement fatigu&#233; qui leur parle de son impuissance devant la pr&#233;sence russe et qui leur demande, malgr&#233; tout, la reprise du travail : la l&#233;gitimit&#233; de son gouvernement en d&#233;pend. (Julien Papp, Gavroche n&#176; 148, octobre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les quartiers ouvriers de Budapest, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'ach&#232;ve peu &#224; peu avec l'annonce de l'&#233;viction des derniers partisans de Rakosi et Ger&#246;, la nomination de Maleter au minist&#232;re de la D&#233;fense, d'autant que Nagy et K&#225;d&#225;r ont confirm&#233; la n&#233;gociation du retrait d&#233;finitif des troupes russes du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de coalition donne la parole au cardinal Mindszenty :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne donnons &#224; l'empire russe aucune raison de faire couler le sang&#8230; On doit reprendre le travail, on doit partout se remettre &#224; la production dans l'int&#233;r&#234;t de la nation tout enti&#232;re&#8230; Chacun dans ce pays doit savoir que ce combat ne fut pas une r&#233;volution, mais un combat pour la libert&#233;&#8230; Maintenant il nous faut des &#233;lections g&#233;n&#233;rales&#8230; Nous sommes pour la propri&#233;t&#233; priv&#233;e justement et l&#233;galement limit&#233;e par des int&#233;r&#234;ts sociaux&#8230; Nous esp&#233;rons qu'on nous accordera sans d&#233;lai la libert&#233; d'instruction religieuse&#8230; (Joszsf Mindszenty, Discours radiodiffus&#233;, 3 novembre 1956, Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 224-225)&lt;br class='autobr' /&gt;
La longue allocution du chef de l'&#201;glise catholique, dirig&#233;e vers le retour &#224; l'ordre et la restauration du capitalisme, n'a gu&#232;re d'impact, bien que nombre d'ouvriers soient chr&#233;tiens. Mais elle servira de pr&#233;texte au Kremlin.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, le Kremlin retire les troupes &#233;branl&#233;es par le caract&#232;re prol&#233;tarien de l'insurrection et la fraternisation et installe des r&#233;giments d&#233;p&#234;ch&#233;s d'Asie centrale qu'il intoxique. Mao presse Kroutchev de r&#233;primer. Dulles, le secr&#233;taire d'&#201;tat (ministre des affaires &#233;trang&#232;res) des &#201;tats-Unis donne son feu vert &#224; Kroutchev, Joukov et Boulganine. Celui-ci convoque K&#225;d&#225;r &#224; Moscou le 1er novembre. Dans le m&#234;me temps, les blind&#233;s russes prennent le contr&#244;le des chemins de fer de l'est du pays, s'assurant ainsi la possibilit&#233; de d&#233;placer rapidement leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention russe du 3 novembre et l'&#233;crasement de l'insurrection ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre au matin, Budapest se retrouve encercl&#233;e par 120 000 soldats, 1 000 blind&#233;s, 2 500 tanks. Une d&#233;l&#233;gation du Comit&#233; r&#233;volutionnaire du maintien de l'ordre se rend &#224; des n&#233;gociations au quartier g&#233;n&#233;ral russe. &#192; 22 heures, Pal Maleter et Istv&#225;n Kovacs sont arr&#234;t&#233;s par le NKVD, la police politique russe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre au petit matin, les troupes russes investissent Budapest, coupent les boulevards d'acc&#232;s aux deux grands bastions ouvriers de la capitale, Csepel et Ujpest. K&#225;d&#225;r annonce &#224; la radio la constitution d'un nouveau gouvernement et justifie l'intervention russe par un danger &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187;. Tito approuve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant 7 jours, les travailleurs et jeunes r&#233;volutionnaires font face, malgr&#233; un armement limit&#233;, mais le centre de Budapest est conquis par l'arm&#233;e de l'URSS le 7 novembre. Les combats dans les quartiers ouvriers d'Ujpest et devant les usines de Csepel dureront jusqu'au 11 novembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Minutieusement pr&#233;par&#233;e, l'intervention sovi&#233;tique est rapidement venue &#224; bout des forces insurg&#233;es. Celles-ci ne disposaient que de peu de positions fortifi&#233;es, de peu de munitions, d'organisation. Les troupes de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re encasern&#233;es, command&#233;es en majorit&#233; par des officiers staliniens, &#233;taient demeur&#233;es passives pendant la premi&#232;re phase du soul&#232;vement ; elles n'intervinrent que sporadiquement lors de l'acte final. De toute mani&#232;re la partie &#233;tait in&#233;gale. Ce sont les ouvriers de quelques grandes usines de Budapest, de Csepel, de Dunapentele, les mineurs de P&#233;cs, qui ont r&#233;sist&#233; le plus longtemps. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Histoire des d&#233;mocraties populaires, Seuil, 1969, t. 2, p. 130)&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation des conseils dans les entreprises fin octobre, comme la r&#233;sistance face &#224; l'intervention de la contre-r&#233;volution stalinienne d&#233;but novembre prouvent le caract&#232;re profond&#233;ment prol&#233;tarien du mouvement hongrois de 1956. Officiellement, les combats causent 3 000 morts hongrois, dont la moiti&#233; de moins de 30 ans. 13 000 bless&#233;s sont soign&#233;s dans les h&#244;pitaux, des ouvriers dans l'immense majorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; la d&#233;faite militaire, il faudra plusieurs mois de man&#339;uvres au gouvernement K&#225;d&#225;r pour en finir avec les gr&#232;ves et les conseils ouvriers. Une fois consolid&#233;, il licencie, arr&#234;te, emprisonne des milliers d'anciens insurg&#233;s. Comme Kroutchev l'exige, il ex&#233;cute Maleter et d'autres militaires en 1958, coupables de s'&#234;tre ralli&#233;s aux conseils ouvriers, il ex&#233;cute Nagy et ses adjoints pour leur complaisance envers les insurg&#233;s. Les guides staliniens de la Chine et de l'Albanie, Mao Zedong et Enver Hodja, applaudissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1956, il a manqu&#233; au prol&#233;tariat hongrois un parti ouvrier r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le Kremlin et le PCF en 1956, le personnel politique et les medias de la bourgeoisie calomnient aujourd'hui la r&#233;volution des conseils ouvriers de 1956 en la faisant passer pour un mouvement anticommuniste et purement national. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains commentateurs sont plus subtils. Sans nier le caract&#232;re prol&#233;tarien de la r&#233;volution, le principal organe de l'altermondialisme se r&#233;jouit de sa faiblesse politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la cr&#233;ation de conseils autonomes op&#233;rant sur la base d'une d&#233;mocratie directe bat en br&#232;che la formule du parti r&#233;volutionnaire d&#233;fendue par L&#233;nine et Trotsky, celle d'une organisation autoritaire et centralisatrice qui r&#233;serve les d&#233;cisions &#224; une &#233;lite savante et restreinte. (Thomas Feixa, Le Monde Diplomatique, octobre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition pos&#233;e entre les conseils ouvriers d'un c&#244;t&#233;, et le parti ouvrier r&#233;volutionnaire de l'autre, n'a pas de sens. Les soviets existaient &#233;galement en Russie, mais les v&#233;ritables d&#233;cisions leur &#233;chappaient jusqu'en octobre au profit du gouvernement provisoire qui poursuivait la guerre imp&#233;rialiste, qui d&#233;fendait les capitalistes et les propri&#233;taires fonciers. La victoire des soviets russes vint qu'ils disposaient d'une direction r&#233;volutionnaire &#224; leur t&#234;te, repr&#233;sent&#233;e par le Parti bolchevik, construit par Vladimir L&#233;nine et ralli&#233; par L&#233;on Trotsky. Il fallut une insurrection pour donner le pouvoir aux soviets, faute de quoi ils auraient &#233;t&#233; dissous au profit d'une assembl&#233;e constituante ou, plus probablement, d'une dictature militaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, les petits-bourgeois ne servent qu'&#224; d&#233;sorienter le prol&#233;tariat. Ils pleurnichent sur les Allende et les Nagy, mais ils pr&#233;f&#232;rent les r&#233;volutions &#233;cras&#233;es plut&#244;t que victorieuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'au jour de la d&#233;cision, le prol&#233;tariat soit assez fort pour vaincre, il est n&#233;cessaire qu'il se constitue en parti autonome, un parti de classe conscient, s&#233;par&#233; de tous les autres. (Friedrich Engels, Lettre &#224; G. Trier, 18 d&#233;cembre 1889)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, certains &#171; trotskystes &#187; aboutissent aussi &#224; l'id&#233;e que les travailleurs hongrois pouvaient fort bien se passer d'un parti r&#233;volutionnaire. Ainsi, LO n'a pas un mot sur la question du parti :&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en exer&#231;ant un pouvoir de fait, ni les Conseils ouvriers ni, plus g&#233;n&#233;ralement, leurs mandants, les travailleurs, ne voyaient d'autres perspectives politiques pour le pays, une fois les troupes sovi&#233;tiques parties, que celle d'une consolidation du gouvernement Nagy. L&#224; se trouvait la limite politique de la r&#233;volution. M&#234;me si les travailleurs soutenaient le gouvernement Nagy, en quelque sorte par d&#233;faut, la situation &#233;tait conflictuelle. (Georges Kaldy, Lutte Ouvri&#232;re, 20 octobre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il ne sait pas comment la r&#233;soudre, du moins, Kaldy-Barcia saisit qu'il y avait une contradiction entre les conseils et le gouvernement. Certains ne peuvent pas en dire autant :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Nagy reconna&#238;t l'insurrection et les conseils ouvriers : il devient le gouvernement de la r&#233;volution. (Laura Fonteyn, Le Cri des Travailleurs, novembre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas besoin, donc, de parti ouvrier r&#233;volutionnaire, ni de prise du pouvoir par les conseils ouvriers. En fait, le groupe CRI est, comme tant d'autres, &#224; la recherche de &#171; bons &#187; bureaucrates. Du coup, le CRI, qui rejette l'analyse par Trotsky de l'ex-URSS, s'inscrit dans la touchante unanimit&#233; autour d'Imre Nagy qui va des r&#233;visionnistes du trotskysme aux repr&#233;sentants de l'imp&#233;rialisme mondial, en passant par les bureaucrates qui ont restaur&#233; le capitalisme en Hongrie. &lt;br class='autobr' /&gt;
La France a esp&#233;r&#233; avec vous lorsqu'en 1956, Imre Nagy anima la r&#233;sistance &#224; l'implacable logique qui, durant quarante-cinq ans, divisa et meurtrit notre continent, cette logique des blocs que la France, vous le savez, a toujours r&#233;cus&#233;e. (Jacques Chirac, Discours au Parlement hongrois, 16 janvier 1997)&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'une r&#233;volution politique puisse entra&#238;ner une fraction de l'ancien parti unique, que l'armement du prol&#233;tariat puisse faire basculer une partie de l'arm&#233;e du c&#244;t&#233; des milices ouvri&#232;res est une chose, mais s'en remettre &#224; eux en est une autre. Seul un parti r&#233;volutionnaire r&#233;solu et exp&#233;riment&#233; peut utiliser de tels ralliements au service de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Quand, faute de parti &#224; eux et digne d'eux, les prol&#233;taires se fient aux anciens bureaucrates ou aux grad&#233;s, ils risquent de le payer ch&#232;rement. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bureaucratie ne pourra &#234;tre &#233;cart&#233;e que de mani&#232;re r&#233;volutionnaire et ce sera, comme toujours, au prix de sacrifices d'autant moins nombreux qu'on s'y prendra plus &#233;nergiquement et plus hardiment. (L&#233;on Trotsky, La R&#233;volution trahie, 1936, Minuit, p. 191)&lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise au CRI, il n'y a jamais eu de &#171; gouvernement r&#233;volutionnaire &#187; de Nagy. Le 25 octobre et le 27, il y a la tentative d'un &#171; front populaire &#187; (L'Humanit&#233;) de restaurer l'ordre. Le 1er novembre, il n'y a pas plus de &#171; gouvernement r&#233;volutionnaire &#187; car Nagy (qui appelle l'ONU au secours) ne repr&#233;sente plus rien. Par contre, un gouvernement contre-r&#233;volutionnaire K&#225;d&#225;r est apparu (dans le sillage des blind&#233;s) et il n'y a toujours pas, h&#233;las, de gouvernement des conseils. Pour un gouvernement r&#233;volutionnaire &#233;manant des conseils, il e&#251;t fallut un parti cons&#233;quent en leur sein. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'h&#233;ro&#239;sme des travailleurs hongrois avait pu &#234;tre compl&#233;t&#233; par l'existence d'un parti tel que le Parti bolchevik russe, le d&#233;nouement de la r&#233;volution hongroise aurait &#233;t&#233; tout autre et la face du monde en aurait &#233;t&#233; chang&#233;e. Mais, face &#224; la bureaucratie russe appuy&#233;e par la bureaucratie chinoise, &#224; leurs agents hongrois, face &#224; Kroutchev et &#224; K&#225;d&#225;r, les conseils ouvriers n'avaient pas de moyen de b&#233;n&#233;ficier de l'exp&#233;rience internationale et historique du mouvement ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition communiste hongroise form&#233;e entre 1953 et 1956 pensa &#8212;et avec elle l'auteur de ces lignes&#8212; qu'elle pourrait r&#233;aliser ses buts graduellement, par des r&#233;formes successives. Mais parmi les le&#231;ons importantes de 1956, enseign&#233;es par la classe ouvri&#232;re hongroise, nous avons appris que, pour la r&#233;alisation de ces revendications, la r&#233;volution des ouvriers, de tous les travailleurs est indispensable&#8230; La directive que donne le programme de la 4e Internationale, en tant que t&#226;che centrale de la classe ouvri&#232;re d&#233;coulant de ses exp&#233;riences, c'est de r&#233;soudre la crise de la direction. En d'autres termes, de construire le parti ouvrier marxiste contre les partis &#171; dirigeants &#187; staliniens et sociaux-d&#233;mocrates, pour les remplacer. (Bal&#224;sz Nagy, La V&#233;rit&#233; n&#176; 538, ao&#251;t 1967)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale : le pouvoir aux travailleuses et aux travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants et les travailleurs hongrois sont all&#233;s aussi loin qu'ils le pouvaient en l'absence d'un tel parti, en s'armant et en affrontant courageusement l'AVH et l'arm&#233;e russe, en constituant des organes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re et en les centralisant. Mais les conseils n'ont pas postul&#233; au pouvoir :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la r&#233;volution, surtout apr&#232;s la clarification du r&#244;le du gouvernement Imre Nagy, il ne fut pas question d'un r&#244;le politique pour les conseils ouvriers. Il &#233;tait entendu que ce r&#244;le incombait aux diff&#233;rents partis politiques. (Ferenc T&#246;ke, vice-pr&#233;sident du Conseil central du grand Budapest, Etudes n&#176; 3, 1960, Institut Imre Nagy)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le d'un parti r&#233;volutionnaire, au sein des conseils, aurait &#233;t&#233; de les aider &#224; postuler au pouvoir, &#224; renverser la bureaucratie stalinienne, &#224; instaurer le pouvoir ouvrier, &#224; ouvrir la voie des &#201;tats-Unis socialistes d'Europe en appelant &#224; la lutte les prol&#233;tariats de Pologne, de l'URSS, d'Allemagne&#8230; Faute d'un regroupement solide des &#233;l&#233;ments les plus avanc&#233;s, li&#233; aux communistes des autres pays, le Conseil central de Budapest s'en remit &#224; Nagy, qui se faisait lui-m&#234;me duper par le Kremlin, qui agissait lui-m&#234;me au compte de la contre-r&#233;volution mondiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'absence de parti r&#233;volutionnaire socialiste co&#251;ta cher au prol&#233;tariat hongrois. Ce qui ne veut pas dire qu'on puisse lui en imputer la responsabilit&#233;. Comme l'a montr&#233; l'exp&#233;rience, il n'est pas facile de construire un tel parti sous le r&#232;gne totalitaire du stalinisme. Sans direction r&#233;volutionnaire socialiste consciente, les conseils ouvriers ne purent affirmer leur pouvoir. Ils continu&#232;rent &#224; n&#233;gocier pour obtenir des concessions de la part des marionnettes de Moscou. Cela s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un d&#233;sastre. Tandis que la direction des conseils ouvriers perdait du temps en vaines n&#233;gociations avec des personnages qui n'avaient aucun pouvoir r&#233;el dans le pays, la contre-r&#233;volution stalinienne mobilisait ses forces r&#233;pressives.&lt;br class='autobr' /&gt;
a) La direction des conseils ouvriers manqua de proclamer clairement les buts de la r&#233;volution : libert&#233; nationale et d&#233;mocratie ouvri&#232;re ; renversement de la caste bureaucratique et transfert du pouvoir aux conseils ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
b) La direction des conseils ouvriers manqua de publier syst&#233;matiquement des appels r&#233;volutionnaires aux travailleurs d'Europe de l'Est et de l'Union Sovi&#233;tique, expliquant les buts de la r&#233;volution et demandant la solidarit&#233; socialiste dans la lutte commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) La direction des conseils ouvriers manqua d'en appeler syst&#233;matiquement aux forces sovi&#233;tiques, de rappeler l'h&#233;ritage de la r&#233;volution de 1917 qui &#233;tait le leur, leurs convictions socialistes et leur propre m&#233;contentement profond vis-&#224;-vis du Kremlin.&lt;br class='autobr' /&gt;
d) La direction des conseils ouvriers manqua de s'adresser aux travailleurs des pays capitalistes afin qu'ils leur viennent en aide et qu'ils emp&#234;chent les imp&#233;rialistes de tirer avantage de la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
e) La direction des conseils ouvriers manqua de mobiliser toutes les couches de la population afin qu'elles contribuent &#224; la victoire et &#224; la d&#233;fense militaire de la nation dans son ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
f) La direction des conseils ouvriers commit une erreur fatale lorsqu'elle prit pour argent comptant les promesses faites par la bureaucratie de Moscou d'introduire des r&#233;formes et de terminer l'occupation.&lt;br class='autobr' /&gt;
g) La direction des conseils ouvriers n'avait pas pr&#233;vu que Moscou &#233;tait pr&#234;t &#224; noyer la r&#233;volution dans le sang et se trouva par cons&#233;quent surprise par l'attaque de la contre-r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les conseils ouvriers avaient pris le pouvoir, ce qu'ils auraient fait avec une direction r&#233;volutionnaire socialiste, la bureaucratie de Moscou aurait &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; la chute. Leurs appels politiques et leurs actions d&#233;termin&#233;es &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution auraient eu un &#233;cho en Union Sovi&#233;tique et dans toute l'Europe de l'Est et auraient soulev&#233; les masses gr&#226;ce &#224; l'ardente conviction que ceci repr&#233;sentait le retour &#224; L&#233;nine et la r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'&#201;tat ouvrier. (SWP, Revolution in Hungary and the crisis of Stalinism, 1957)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela aurait d&#251; &#234;tre l'heure de la 4e Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la Quatri&#232;me Internationale lui interdit d'&#234;tre au rendez-vous de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat hongrois avait besoin de la solidarit&#233; du prol&#233;tariat europ&#233;en et mondial. Mais il ne pouvait pas compter sur les organisations majoritaires de celui-ci, &#233;videmment pas les partis &#171; communistes &#187;, ni sur la social-d&#233;mocratie, occup&#233;e en octobre 1956 &#224; mener ou &#224; soutenir l'intervention de la France, du Royaume-Uni et d'Isra&#235;l contre l'Egypte de Nasser et &#224; mener une guerre coloniale en Alg&#233;rie. Seule la 4e Internationale fond&#233;e par L&#233;on Trotsky, malgr&#233; sa taille r&#233;duite, aurait pu exprimer consciemment l'unit&#233; du prol&#233;tariat mondial contre la bourgeoisie imp&#233;rialiste et sa complice la bureaucratie stalinienne, et l'organiser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque la r&#233;volution hongroise brisa, il y a dix ans, le pouvoir de la bureaucratie, les ouvriers, les paysans travailleurs, les intellectuels et la jeunesse ne savaient rien sur la 4e Internationale. Son programme leur &#233;tait inconnu. Ainsi, la ressemblance, l'identit&#233; m&#234;me entre ce programme et leurs revendications spontan&#233;es est &#233;tonnante. (Bal&#224;sz Nagy, La V&#233;rit&#233; n&#176; 538, ao&#251;t 1967)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conseils hongrois de 1956, en se dressant contre la bureaucratie stalinienne et sa police secr&#232;te, en revendiquant le socialisme, convergent en effet avec le programme de la r&#233;volution politique trac&#233; par la 4e Internationale &#224; partir de 1933.&lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons la bureaucratie sovi&#233;tique chass&#233;e du pouvoir par un parti r&#233;volutionnaire ayant toutes les qualit&#233;s du vieux bolchevisme et enrichi, en outre, de l'exp&#233;rience mondiale de ces derniers temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce parti commencerait par r&#233;tablir la d&#233;mocratie dans les syndicats et les soviets. Il pourrait et devrait r&#233;tablir la libert&#233; des partis sovi&#233;tiques. Avec les masses, &#224; la t&#234;te des masses, il proc&#233;derait &#224; un nettoyage sans merci des services de l'&#201;tat. Il abolirait les grades, les d&#233;corations, les privil&#232;ges et ne maintiendrait de l'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;tribution du travail que ce qui est n&#233;cessaire &#224; l'&#233;conomie et &#224; l'&#201;tat. Il donnerait &#224; la jeunesse la possibilit&#233; de penser librement, d'apprendre, de critiquer, en un mot, de se former. Il introduirait de profondes modifications dans la r&#233;partition du revenu national, conform&#233;ment &#224; la volont&#233; des masses ouvri&#232;res et paysannes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'aurait pas &#224; recourir &#224; des mesures r&#233;volutionnaires en mati&#232;re de propri&#233;t&#233;. Il continuerait et pousserait &#224; fond l'exp&#233;rience de l'&#233;conomie planifi&#233;e. Apr&#232;s la r&#233;volution politique, apr&#232;s le renversement de la bureaucratie, le prol&#233;tariat aurait &#224; accomplir dans l'&#233;conomie de tr&#232;s importantes r&#233;formes, il n'aurait pas &#224; faire une nouvelle r&#233;volution sociale. (L&#233;on Trotsky, La R&#233;volution trahie, 1936, Minuit, p. 168-169)&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, aucune organisation ne peut transmettre le drapeau du communisme v&#233;ritable et de l'internationalisme prol&#233;tarien aux &#233;tudiants et travailleurs hongrois. Du coup, ceux-ci se fient aux promesses du gouvernement d'unit&#233; nationale Nagy-K&#225;d&#225;r-Tildy, ne postulent pas au pouvoir, n'ont pas d'&#233;tat-major, alors que la contre-r&#233;volution en dispose. Ce drame s'explique par la f&#233;roce r&#233;pression ant&#233;rieure des nazis en Europe centrale et des staliniens en URSS et dans toute l'Europe de l'est . Il se prolonge et s'aggrave par l'adaptation de la 4e Internationale elle-m&#234;me &#224; la bureaucratie stalinienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, quand la r&#233;volution politique commence &#224; Berlin-Est, &#224; Poznan et &#224; Budapest, la direction de la 4e Internationale a tourn&#233; le dos au programme de la r&#233;volution antibureaucratique et &#224; la construction de partis ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1948, quand la bureaucratie yougoslave se heurte &#224; la bureaucratie russe, la direction Pablo-Germain de l'internationale fond&#233;e par Trotsky soutient sans r&#233;serve Tito, l'assassin des trotskystes de son pays et le chef de la bureaucratie stalinienne yougoslave, et refuse d'appeler &#224; construire un parti qui se battrait pour le pouvoir des travailleurs en Yougoslavie. &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me ann&#233;e, la direction s'adapte &#224; la direction stalinienne chinoise qui entre dans P&#233;kin &#224; la t&#234;te d'arm&#233;es paysannes et elle renie les trotskystes de Chine. Menac&#233; par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui d&#233;clenche la guerre de Cor&#233;e sous le drapeau de l'ONU, Mao Zedong aligne la Chine sur le mod&#232;le de l'&#201;tat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; voisin en expropriant le capital et en constituant une bureaucratie stalinienne aussi privil&#233;gi&#233;e que totalitaire. Les trotskystes rest&#233;s en Chine sont arr&#234;t&#233;s, parfois ex&#233;cut&#233;s, souvent emprisonn&#233;s pour plus de 20 ans (voir R&#233;volutions et contre-r&#233;volutions en Chine, GB, 2002). &lt;br class='autobr' /&gt;
La 4e Internationale avait d&#233;j&#224; connu des crises politiques. &#192; la fin des ann&#233;es 1920, quand Staline rompit avec l'aile restaurationniste de la bureaucratie, mit en place un plan r&#233;clam&#233; depuis longtemps par l'Opposition de gauche, collectivisa l'agriculture par la force, certains &#171; trotskystes &#187; russes se ralli&#232;rent (Karl Radek, Ievgu&#234;ni Preobrajenski, Ivar Smilga&#8230;). Au milieu des ann&#233;es 1930, quand l'appareil stalinien international reprend la politique menchevik et sociale-d&#233;mocrate d'alliance avec des partis bourgeois d&#233;mocratiques, des cadres et des organisations rompent avec le bolchevisme-l&#233;ninisme pour s'adapter aux fronts populaires (Andr&#232;s Nin, Henk Sneevliet...). &#192; la fin des ann&#233;es 1930, quand Staline conclut un pacte avec Hitler et partage avec lui la Pologne, puis au milieu des ann&#233;es 1940, quand l'URSS &#233;tend brutalement son contr&#244;le &#224; l'Europe de l'est, des minorit&#233;s remettent en cause l'analyse de l'URSS et refusent de la d&#233;fendre contre l'imp&#233;rialisme (Max Shachtman, Tony Cliff, Cornelius Castoriadis...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le drapeau de la 4e Internationale &#233;tait rest&#233; sans tache, car ces d&#233;viations avaient &#233;t&#233; combattues et rejet&#233;es. De 1948 &#224; 1953, c'est le centre, la direction elle-m&#234;me de l'internationale qui, &#224; la recherche de raccourcis politiques, devient progressivement pro-stalinienne. Elle entra&#238;ne la 4e Internationale dans sa d&#233;viation, ce qui l'affaiblit et finira par la d&#233;truire comme organisation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction pabliste de la 4e Internationale veut r&#233;former la bureaucratie stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son 3e congr&#232;s mondial, en 1951, sous la direction de &#171; Michel Pablo &#187; (Raptis) et d'&#171; Ernest Germain &#187; (Mandel), avec l'approbation de &#171; Nahuel Moreno &#187;, la 4e Internationale r&#233;vise son programme et adopte celui de l'ancien dirigeant de la section polonaise devenu pro-stalinien, Isaac Deutscher. Contre la fondation de la 4e Internationale, elle pr&#234;te &#224; l'appareil stalinien international la capacit&#233; de mener des r&#233;volutions dans les pays capitalistes. Contre la r&#233;volution politique, elle envisage la r&#233;forme de la bureaucratie au pouvoir dans les &#201;tats ouvriers d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s. Contre la r&#233;volution permanente, elle revient au front uni anti-imp&#233;rialiste pour conf&#233;rer &#224; la petite-bourgeoisie et m&#234;me &#224; la bourgeoisie nationale des pays d'Am&#233;rique latine la capacit&#233; de lutter r&#233;ellement contre l'imp&#233;rialisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
De la sorte, la &#171; 4e Internationale &#187; perd sa raison d'&#234;tre pour devenir un groupe de pression sur les appareils non prol&#233;tariens, ses dirigeants se muent en conseillers des dirigeants petits-bourgeois, voire bourgeois. Plus tard, Pablo-Raptis deviendra le conseiller d'Ahmed Ben Bella dans le cadre du premier gouvernement alg&#233;rien, puis l'&#233;minence grise du dirigeant bourgeois nationaliste grec Andreas Papandreou lors de la fondation du PASOK. La LCR qui a vot&#233; Chirac en 2002 est l'h&#233;riti&#232;re en France de la destruction de la 4e Internationale par Raptis, Mandel, Posadas, Maitan et Frank.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapidement, la ligne du 3e congr&#232;s mondial se r&#233;v&#232;le catastrophique : le POR de Bolivie s'aligne sur le nationalisme bourgeois lors de la r&#233;volution de 1952 et le &#171; Secr&#233;tariat international de la 4e Internationale &#187; refuse d'appeler &#224; l'unification r&#233;volutionnaire de l'Allemagne et au retrait des troupes d'occupation de l'Allemagne en juin 1953. En fait, le SI parie sur la bureaucratie russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois de juin dernier, en Allemagne de l'Est, les travailleurs se sont dress&#233;s contre le gouvernement stalinien au cours de l'une des plus grandes manifestations de l'histoire de l'Allemagne. Ce fut l&#224; le premier soul&#232;vement de masse contre le stalinisme depuis qu'il a usurp&#233; le pouvoir en URSS. Comment r&#233;agit Pablo devant cet &#233;v&#233;nement historique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu d'exprimer clairement les aspirations politiques r&#233;volutionnaires des insurg&#233;s d'Allemagne de l'Est, Pablo couvrit les satrapes staliniens contre-r&#233;volutionnaires qui mobilisaient les troupes russes pour &#233;craser le soul&#232;vement : &#171; Les dirigeants sovi&#233;tiques et ceux des diff&#233;rentes d&#233;mocraties populaires et des partis communistes ne pourront plus falsifier ou ignorer la signification profonde de ces &#233;v&#233;nements. Ils sont oblig&#233;s de pers&#233;v&#233;rer dans la voie de concessions encore plus amples et plus r&#233;elles pour ne pas risquer de s'ali&#233;ner &#224; jamais le soutien des masses et de provoquer des explosions encore plus fortes. Ils ne pourront plus d&#233;sormais s'arr&#234;ter &#224; mi-chemin. Ils s'efforceront de doser les concessions pour &#233;viter les explosions encore plus graves dans l'imm&#233;diat et faire si possible une transition &#224; froid de la situation actuelle &#224; une situation plus supportable pour les masses. &#187; (D&#233;claration du Secr&#233;tariat International de la Quatri&#232;me Internationale)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu de demander le retrait des troupes sovi&#233;tiques, la seule force sur laquelle le gouvernement stalinien s'appuyait, Pablo semait l'illusion que &#171; des concessions encore plus amples et plus r&#233;elles &#187; viendraient des gauleiters du Kremlin. Moscou aurait-elle pu esp&#233;rer recevoir un plus grand secours, au moment o&#249; elle s'employait &#224; une falsification monstrueuse de la signification de ces &#233;v&#233;nements, en pr&#233;sentant les travailleurs r&#233;volt&#233;s comme des &#171; fascistes &#187; et des &#171; agents de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#187; et o&#249; elle d&#233;cha&#238;nait contre eux la r&#233;pression sauvage ? (James Cannon, Lettre ouverte du SWP aux trotskystes du monde entier, 1953)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Du stalinisme au r&#233;visionnisme</title>
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		<dc:date>2015-01-03T02:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Du stalinisme au r&#233;visionnisme de Kostas Papaioannou &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La France est-elle une monarchie &#224; l'anglaise ou un gouvernement &#224; la turque ? &#187;, se demandait en 1750 le marquis d'Argenson. Cette question, maint d&#233;l&#233;gu&#233; du Vingti&#232;me Congr&#232;s a d&#251; se la poser en &#233;coutant le terrible r&#233;quisitoire de Krouchtchev contre le chef disparu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; nous, nous songeons au mot proph&#233;tique &#233;crit par Trotski peu avant sa mort : &#171; Une explication historique n'est pas une justification. N&#233;ron, lui aussi, fut un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du stalinisme au r&#233;visionnisme
de Kostas Papaioannou&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France est-elle une monarchie &#224; l'anglaise ou un gouvernement &#224; la turque ? &#187;, se demandait en 1750 le marquis d'Argenson. Cette question, maint d&#233;l&#233;gu&#233; du Vingti&#232;me Congr&#232;s a d&#251; se la poser en &#233;coutant le terrible r&#233;quisitoire de Krouchtchev contre le chef disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; nous, nous songeons au mot proph&#233;tique &#233;crit par Trotski peu avant sa mort : &lt;i&gt;&#171; Une explication historique n'est pas une justification. N&#233;ron, lui aussi, fut un produit de son temps. N&#233;anmoins, apr&#232;s qu'il eut disparu, ses statues furent bris&#233;es et son nom partout effac&#233;. La vengeance de l'histoire est plus terrible que celle du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral le plus puissant. J'ose penser que c'est consolant. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la moindre v&#233;ll&#233;it&#233; d' &#171; explication historique &#187;, encore moins de justification morale, Nikita Krouchtchev montra, dans la nuit du 24 au 25 f&#233;vrier 1956, que la vengeance du nouveau secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral sur l'ancien pouvait &#234;tre plus terrible encore que celle de l'histoire. Le grand homme devenait subitement le bouc &#233;missaire. D&#233;j&#224;, peu avant sa mort, la conspiration du silence s'&#233;tait faite autour de ses &#339;uvres jusqu'alors qualifi&#233;es d' &#171; immenses &#187;, et les autorit&#233;s comp&#233;tentes insistaient sur &#171; la n&#233;cessit&#233; de bannir de la propagande la pr&#233;sentation erronn&#233;e et antimarxiste du r&#244;le de l'individu dans l'histoire, qui se traduit par la th&#233;orie id&#233;aliste du culte de la personnalit&#233; &#187;. Mais quelle devait &#234;tre la nouvelle interpr&#233;tation, non erronn&#233;e, non antimarxiste, du r&#244;le de Staline dans l'histoire du marxisme ,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait d&#233;sormais impossible de cacher le lien de cause &#224; effet qui existe entre l'enthousiasme de commande devant l'&#339;uvre &#171; th&#233;orique &#187; de Staline et la d&#233;ch&#233;ance de la pens&#233;e marxiste. Ainsi Lukacs a pu d&#233;noncer publiquement un &#171; syst&#232;me qui voulait fabriquer des philosophes &#224; la cha&#238;ne, sans science, sans culture &#187;. Cet ancien pourfendeur de l' &#171; obscurantisme bourgeois &#187; constatait maintenant avec amertume que &#171; &#224; l'heure o&#249; nous sommes, il n'existe pas de logique marxiste, pas de p&#233;dagogie, pas d'esth&#233;tique, pas d'&#233;thique marxistes, et cela en d&#233;pit du fait que le prol&#233;tariat s'est empar&#233; du pouvoir dans plusieurs pays, jetant ainsi les bases objectives du d&#233;veloppement du marxisme scientifique &#187;. On sait que Jdanov avait autrefois formul&#233; les m&#234;mes reproches, mais cette fois ce qui &#233;tait mis en cause ce n'&#233;tait pas le &#171; cosmopolitisme &#187; ni l' &#171; objectivisme &#187;, mais le &#171; dogmatisme &#187;, lequel, disait Lukacs, &#171; a non seulement laiss&#233; inexploit&#233;es toutes les nouvelles possibilit&#233;s, mais encore a rejet&#233; le marxisme, &#233;touff&#233; toutes les tentatives qui auraient pu conduire &#224; son enrichissement &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; science fabuleuse &#187; au nom de laquelle le Parti promu au rang de p&#233;dagogue supr&#234;me, avait rejet&#233; la relativit&#233; einsteinienne, la th&#233;orie du quanta, la psychanalyse, la sociologie w&#233;b&#233;rienne, l'&#233;conomie keyn&#233;sienne, la peinture impressionniste ou la musique dod&#233;caphonique, n'&#233;tait qu'une fantasmagorie destin&#233;e &#224; donner une aur&#233;ole id&#233;ologique au &#171; culte de la personnalit&#233; &#187;. Mais on ne se limita &#224; la seule d&#233;nonciation de la &#171; superstructure id&#233;ologique &#187; du stalinisme. Au lendemain du Vingti&#232;me Congr&#232;s, on en vint &#224; attribuer &#224; ce dernier la plupart des &#171; violations de la l&#233;galit&#233; socialiste &#187;. C'est, en somme, de la &#171; pr&#233;sentation erron&#233;e et antimarxiste du r&#244;le de la personnalit&#233; &#187; que d&#233;couleraient non seulement la p&#233;trification de la doctrine et l'&#233;touffement de la d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du Parti, mais aussi l'introduction de &#171; normes infernales &#187; dans les usines et m&#234;me la d&#233;portation en 1944-1945 de la population enti&#232;re de diff&#233;rentes &#171; r&#233;publiques sovi&#233;tiques &#187;, &#171; y compris, selon Krouchtchev, les femmes, les enfants, les vieillards, avec tous les membres du Parti et du Komsomol, sans exception. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle fut la nouvelle &#171; pr&#233;sentation &#187; authentiquement &#171; marxiste &#187; du r&#244;le de la personnalit&#233; dans l'histoire. On croyait jusqu'alors que le marxisme expliquait l'action des individus ou les aberrations des id&#233;ologies par les forces impersonnelles, &#171; mat&#233;rielles &#187;, qui meuvent le d&#233;veloppement &#233;conomique et la lutte des classes. En lieu et place, le marxisme devenu orthodoxe a d'abord offert une vision &#233;d&#233;nique de l'&#233;dification du socialisme dans un seul pays et par un seul homme ; ensuite, une version d&#233;moniaque du mythe du roi thaumaturge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surprenante facilit&#233; avec laquelle le &#171; culte &#187; de Staline fut transform&#233; en abjection r&#233;v&#233;lait toutefois le n&#233;ant sur lequel l'immense &#233;difice avait &#233;t&#233; b&#226;ti. En fait, avec la tyrannie de Staline, c'&#233;tait la mystique de l' &#171; avant-garde &#187; qui venait de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine avait &#233;t&#233; le premier &#224; s'alarmer de l'arrogance de cette pr&#233;tendue avant-garde dont il d&#233;non&#231;ait vertement la &#171; vantardise communiste &#187; et les &#171; mensonges communistes &#187;. Il avait m&#234;me enrichi la langue d'un vocable nouveau : &#171; com-vantardise &#187;, qui fit fortune. L'hybris que d&#233;signe ce mot bizarre, rien ne le r&#233;v&#232;le mieux que le discours prononc&#233; par Staline aux fun&#233;railles de L&#233;nine : &lt;i&gt;&#171; Nous autres communistes, sommes des gens d'une contexture particuli&#232;re. Nous sommes taill&#233;s dans une &#233;toffe sp&#233;ciale. Il n'y a rien de plus haut que le titre de membre du Parti. Il n'est pas donn&#233; &#224; tout le monde d'&#234;tre membre d'un tel parti&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de ces surhommes survcurent aux &#233;purations que d&#233;clencha l'auteur du panyg&#233;rique, qui d'ailleurs s'acharna avec une remarquable pers&#233;v&#233;rance &#224; d&#233;montrer qu'effectivement ils &#233;taient tous taill&#233;s dans une &#233;toffe tout &#224; fait &#171; sp&#233;ciale &#187;. C&#233;l&#233;brant l'extermination de la vieille garde du bolchevisme, Staline d&#233;montra, treize ans plus tard, qu'il ne s'agissait que d' &lt;i&gt;&#171; une poign&#233;e d'espions, assassins et saboteurs rampant devant l'&#233;tranger, servilement aplatis devant le moindre fonctionnaire &#233;tranger (sic) et pr&#234;ts &#224; lui servir d'espions. &#187;&lt;/i&gt; Il a fallu que Krouchtchev appliqu&#226;t le m&#234;me proc&#233;d&#233; &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur pour que les surhommes qui, dans le monde entier, se croyaient &#171; taill&#233;s dans une &#233;toffe sp&#233;ciale &#187;, abandonnent leurs chim&#232;res et mettent une sourdine &#224; leurs pr&#233;tentions &#224; l'infaillibilit&#233;. &#171; R&#233;apprendre &#187; : ce fut le mot qui fusait de toutes parts pendant cette courte p&#233;riode. &#171; Il faut r&#233;apprendre la pleine ind&#233;pendance du jugement et du caract&#232;re &#187; dira Togliatti&#8230; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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