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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Jean Tirole, prix Nobel d'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2015-01-07T01:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>

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&lt;p&gt;Jean Tirole prix Nobel d'&#233;conomie est un anti-social, fanatique de l'auto-r&#233;gulation des march&#233;s, la m&#233;thode justement qui a compl&#232;tement et d&#233;finitivement capot&#233; en 2007 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On a beaucoup reproch&#233; aux &#233;conomistes de ne pas avoir pr&#233;vu la crise financi&#232;re de 2008. Nous n'&#233;tions pas au courant du ph&#233;nom&#232;ne de titrisation mais nous avions document&#233; tous les risques &#187;, affirme Jean Tirole dans son interview &#224; la D&#233;p&#234;che du 14 octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; ...au lieu de prot&#233;ger les salari&#233;s, le CDI les dessert (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;4- Origines et politique du n&#233;o-imp&#233;rialisme dit &#034;n&#233;o-lib&#233;ral&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Jean Tirole prix Nobel d'&#233;conomie est un anti-social, fanatique de l'auto-r&#233;gulation des march&#233;s, la m&#233;thode justement qui a compl&#232;tement et d&#233;finitivement capot&#233; en 2007&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On a beaucoup reproch&#233; aux &#233;conomistes de ne pas avoir pr&#233;vu la crise financi&#232;re de 2008. Nous n'&#233;tions pas au courant du ph&#233;nom&#232;ne de titrisation mais nous avions document&#233; tous les risques &#187;&lt;/i&gt;, affirme Jean Tirole dans son interview &#224; la D&#233;p&#234;che du 14 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ...au lieu de prot&#233;ger les salari&#233;s, le CDI les dessert car plus personne n'a acc&#232;s &#224; ce type de contrat. &#187;&lt;/i&gt; d&#233;clare Jean Tirole. Son rapport pour le conseil d'analyse &#233;conomique avec Olivier Blanchard sur le march&#233; de travail fran&#231;ais est une attaque contre les garanties offertes par le CDI. Il est l'auteur (avec Olivier Blanchard du MIT) d'une proposition appel&#233;e Contrat de travail unique. Lors d'une conf&#233;rence de presse &#224; Toulouse, le nouveau prix Nobel d'&#233;conomie a expos&#233; ses id&#233;es pour lutter contre le ch&#244;mage : un &#171; contrat de travail unique &#187; et une &#171; taxe sur les licenciements &#187;. Tirole propose de restaurer le droit de licencier librement (sauf cas de harc&#232;lement notoire ou pour grossesse par exemple) ; ce droit de licencier restaurerait le d&#233;sir de recruter. Les tribunaux n'auraient plus &#224; intervenir dans les licenciements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mr Tirole nous dit que sa r&#233;forme aurait pour corollaire la suppression d'une bonne partie du droit du travail et des protections juridiques, dont la mise au rencart des prud'hommes vu que, selon lui, &#171; les prud'hommes n'ont ni l'information ni les comp&#233;tences pour prendre des d&#233;cisions de gestion &#224; la place des chefs d'entreprise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirole dirige un Institut universitaire &#224; Toulouse, celui-ci est un oasis qui &#233;chappe au contr&#244;le de l'&#201;ducation nationale, parce qu'il est financ&#233; par des entreprises priv&#233;es de la r&#233;gion ; ce qui permet &#224; Tirole de suivre le mod&#232;le am&#233;ricain, de recruter qui il veut au prix du march&#233; mondial. Son &#233;cole s'appelle Toulouse School of Economics (TSE), ce n'est pas par hasard. Par ailleurs, Tirole est de formation am&#233;ricaine autant que fran&#231;aise, au MIT de Boston o&#249; il passe toujours la moiti&#233; de l'ann&#233;e. Tirole est pour la privatisation de l'universit&#233; et il la pratique. L'&#201;cole d'&#233;conomie de Toulouse, qui est la t&#234;te de pont au sein de l'universit&#233; fran&#231;aise des courants de pens&#233;e lib&#233;raux ou ultralib&#233;raux en &#233;conomie. Plus que cela ! C'est lui, effectivement, qui a jou&#233; les pr&#233;curseurs pour inviter le monde de la finance &#224; sponsoriser la recherche &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 2006 sur la recherche, en organisant ce syst&#232;me de fondation financ&#233;e par des fonds publics et des groupes priv&#233;s voire m&#234;me des m&#233;c&#232;nes, avec &#224; la clef de tr&#232;s fortes d&#233;fiscalisations, a brutalement acc&#233;l&#233;r&#233; cette privatisation &#224; peine masqu&#233;e de l'enseignement universitaire de pointe et de la recherche &#233;conomique. Mais, loin d'&#233;viter des d&#233;penses &#224; l'Etat, l'universit&#233; priv&#233;e draine l'argent de l'Etat vers le priv&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apports financiers pr&#233;vus sur la p&#233;riode 2007-2012 pour financer la Fondation et les 140 chercheurs qu'elle abrite au sein de l'&#233;cole en t&#233;moignent : 42,8 millions d'euros proviennent de l'&#201;tat, 0,825 des fondateurs, et 33,4 millions des entreprises priv&#233;es. &#192; titre d'illustration, pour la seule ann&#233;e 2010, l'&#201;tat a apport&#233; 7,5 millions d'euros, les fondateurs 0,165 et le priv&#233; 6,825 millions d'euros.&lt;br class='autobr' /&gt;
En clair, les portes de TSE, &#224; la pointe de la recherche &#233;conomique en France, ont toutes grandes &#233;t&#233; ouvertes au priv&#233;. Le groupe Axa a ainsi apport&#233; 600.000 euros ; EDF 500.000 euros ; Electrabel (filiale de GDF Suez) 600.000 euros ; la Caisse des d&#233;p&#244;ts 600.000 euros ; BNP Paribas 600.000 euros, La Poste 300.000 euros ; Cr&#233;dit Agricole 600.000 euros, Total 600.000 euros et France T&#233;l&#233;com 250.000 euros.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gouvernance de la fondation est presque identique. Les financeurs priv&#233;s d&#233;tiennent des si&#232;ges au conseil pratiquement &#224; parit&#233; avec les fondateurs. Outre Jean Tirole, qui pr&#233;side, et deux personnalit&#233;s qualifi&#233;es, les membres du conseil au titre des fondateurs sont au nombre de six ; et les membres repr&#233;sentant les entreprises sont au nombre de cinq, en l'occurrence les repr&#233;sentants d'Exane, de GDF Suez, de France T&#233;l&#233;com, du Cr&#233;dit Agricole et de BNP Paribas.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, une bonne partie des &#171; gestionnaires &#187; de la recherche &#233;conomique de pointe en France sont des entreprises priv&#233;es, et notamment des banques. Des &#233;tablissements priv&#233;s qui ont bien s&#251;r import&#233; le fonctionnement du priv&#233; au sein de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour des comptes mentionne cet &#233;tat de fait notamment dans le cas des r&#233;mun&#233;rations. Alors que le traitement d'un professeur d'universit&#233; en fin de carri&#232;re avoisine les 5.000 euros net par mois, les b&#233;n&#233;ficiaires d'une &#171; chaire senior &#187; &#224; l'&#201;cole de Toulouse profitent de r&#233;mun&#233;rations financ&#233;es par la fondation qui oscillent entre &#171; 21.000 et 80.000 euros &#187;. Ces r&#233;mun&#233;rations, note la Cour des comptes, r&#233;sultent d'une &#171; n&#233;gociation de gr&#233; &#224; gr&#233; entre la direction de TSE et les int&#233;ress&#233;s &#187;, dans des conditions de discr&#233;tion &#171; proche de l'opacit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, c'est une bombe qui a &#233;t&#233; log&#233;e au sein de l'Universit&#233; fran&#231;aise. Une bombe qui risque de conduire &#224; un &#233;clatement de l'Universit&#233; dans les disciplines &#233;conomiques : avec une universit&#233; de luxe, sous la coupe du priv&#233;, disposant de professeurs et de chercheurs profitant des r&#233;mun&#233;rations consid&#233;rablement sup&#233;rieures &#224; celles de la fonction publique ; et une universit&#233; du pauvre, abandonn&#233;e au public, avec des professeurs sous-pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;) Mais les cons&#233;quences de cette privatisation pas m&#234;me masqu&#233;e vont encore au-del&#224; car ce syst&#232;me induit un type de recrutement de chercheurs bien parti- culiers. On se doute en effet que les &#233;conomistes sp&#233;cialistes de l'exclusion sociale ou des in&#233;galit&#233;s ont assez peu de chances de faire carri&#232;re &#224; Toulouse. En tout cas, ils ont moins de chances que les chercheurs dont les inclinaisons sont plus lib&#233;rales et les th&#233;matiques de recherches davantage li&#233;es aux march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, les grands groupes priv&#233;s ont apport&#233; 33,4 millions d'euros &#224; TSE (priv&#233;e) et seulement 2,375 millions &#224; PSE (public) bien que les deux soient class&#233;e &#171; p&#244;les d'excellence &#187;. Dans la disproportion spectaculaire des chiffres, on comprend sur-le-champ les risques induits par cette privatisation rampante de la recherche et de l'enseigne- ment de pointe en &#233;conomie : le secteur priv&#233; &#8211; les grandes banques, les groupes d'assurance ou quelques mastodontes industriels &#8211; a la facult&#233; de favoriser un p&#244;le d'excellence plut&#244;t qu'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de la Cour des comptes d&#233;taille les r&#233;mun&#233;rations de PSE : de 1.000 &#224; 2.000 euros net par mois pour deux cours de masters de 24 heures dans l'ann&#233;e pour les titulaires de chaire associ&#233;e ; 3.600 euros net pour un cours de masters de 24 heures pour les professeurs associ&#233;s ; 2.600 euros par mois pour les doctorants et 4.000 euros par mois pour les post-doctorants&#8230; En clair, PSE est &#224; la tra&#238;ne par rapport &#224; TSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la crise des subprimes, Jean Tirole a ainsi propos&#233; un ensemble de r&#233;formes r&#233;gulatrices qui visaient &#224; ne pas jeter le b&#233;b&#233; (la finance) avec l'eau du bain (les mauvais produits et les mauvaises pratiques, comme certaines formes de titrisation). Ses propositions ne tranchaient gu&#232;re avec le discours officiel &#8212; r&#233;guler sans rompre avec la financiarisation &#8212;. Il s'est d'ailleurs largement gard&#233; de prendre clairement parti sur les grands choix de politique macro&#233;conomique post-crise, &#224; la diff&#233;rence d'un Stiglitz ou d'un Krugman. A l'oppos&#233; d'un autre Fran&#231;ais beaucoup lu actuellement aux Etats-Unis, Thomas Piketty, ses travaux ne font pas l'objet de d&#233;bats publics passionn&#233;s, m&#234;me lorsqu'ils portent sur le th&#232;me pourtant aujourd'hui central de la r&#233;forme du march&#233; du travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Tirole a aussi contribu&#233;, en fondant la TSE lanc&#233;e durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, &#224; importer en France le mod&#232;le organisationnel de l'universit&#233; d'excellence &#224; l'am&#233;ricaine : g&#233;n&#233;ralisation de l'anglais dans les cursus au d&#233;triment du maintien du pluralisme linguistique, financements publics et priv&#233;s massifs dans le cadre d'une fondation aux r&#232;gles assez peu transparentes (Fondation Jean-Jacques Laffont), mise en place de syst&#232;mes d'incitation &#224; la productivit&#233; scientifique qui implique la diff&#233;renciation des gains individuels selon les performances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TSE attire les chercheurs internationaux comp&#233;titifs sur le segment de l'excellence internationale et les &#233;tudiants &#233;trangers impressionn&#233;s par les charmes combin&#233;s de la science &#233;conomique la plus moderne, &#233;tatsunienne et math&#233;matique, et de la douceur de vivre de la Ville rose. Au mod&#232;le &#233;litiste des grandes &#233;coles, la science &#233;conomique version TSE a ainsi substitu&#233;, ou mieux hybrid&#233;, une autre forme d'&#233;litisme, que l'on pourrait nommer &#171; &#233;litisme transatlantlique &#187;. Le Nobel de Jean Tirole consacre cette hybridation soutenue par les pouvoirs publics, les grandes entreprises et encens&#233;e par les m&#233;dias et le monde de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne demandez donc pas &#224; Jean Tirole de vous expliquer la crise de 2007 ni o&#249; en est le capitalisme en 2014 ! Ce n'est pas son boulot !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'imp&#233;rialisme a cent ans. Qu'est-ce que l'imp&#233;rialisme ?</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article1858</link>
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		<dc:date>2011-01-22T00:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand on pense &#224; l'imp&#233;rialisme, on pense souvent, &#224; tort, aux seuls USA et surtout aux agressions guerri&#232;res et le fondement &#233;conomique est oubli&#233;. Mais surtout, ce qui est omis, c'est le fondement en termes de luttes de classes de la soci&#233;t&#233; actuelle qui donne naissance &#224; cet imp&#233;rialisme. Car ce dernier est la forme prise par la domination d'une classe exploiteuse sur une classe exploit&#233;e et son avenir ne d&#233;pend pas des aspirations &#224; la paix et &#224; la d&#233;mocratie mais de la capacit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;4- Origines et politique du n&#233;o-imp&#233;rialisme dit &#034;n&#233;o-lib&#233;ral&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_2193 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/usarmytoiraqusdba0101024.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;768&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on pense &#224; l'imp&#233;rialisme, on pense souvent, &#224; tort, aux seuls USA et surtout aux agressions guerri&#232;res et le fondement &#233;conomique est oubli&#233;. Mais surtout, ce qui est omis, c'est le fondement en termes de luttes de classes de la soci&#233;t&#233; actuelle qui donne naissance &#224; cet imp&#233;rialisme. Car ce dernier est la forme prise par la domination d'une classe exploiteuse sur une classe exploit&#233;e et son avenir ne d&#233;pend pas des aspirations &#224; la paix et &#224; la d&#233;mocratie mais de la capacit&#233; r&#233;volutionnaire de la classe exploit&#233;e de s'organiser en vue de la destruction plan&#233;taire et d&#233;finitive du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;veloppant des m&#233;tropoles o&#249; sont stock&#233;es les masses de capital tir&#233;es du monde entier, l'imp&#233;rialisme a pu entretenir l'illusion que les peuples travailleurs des pays riches avaient int&#233;r&#234;t &#224; prot&#233;ger le syst&#232;me. C'est l'une des plus dangereuses illusions r&#233;formistes qu'il faut d&#233;molir. Le prol&#233;tariat des pays riches n'a pas moins int&#233;r&#234;t &#224; la destruction de l'imp&#233;rialisme que celui des pays pauvres. Le sort du prol&#233;tariat allemand sous Hitler en donne une cuisante d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains courants proposent d'affaiblir, de mettre dans sa poche m&#234;me, la lutte des classes, afin de mieux -disent-ils - unir tous ceux que r&#233;volte l'imp&#233;rialisme. C'est &#244;ter au combat sa perspective communiste de destruction du syst&#232;me capitaliste. C'est faire croire qu'il y a une voix anti-imp&#233;rialiste qui serait autre que l'action communiste du prol&#233;tariat. Cette d&#233;nonciation des crimes de l'imp&#233;rialisme sans perspective de sa destruction, m&#234;me quand elle est honn&#234;te, ne m&#232;ne que dans le mur les luttes. Elle permet &#224; des leaders, comme les nationaliste bourgeois et petits bourgeois, qui veulent seulement am&#233;nager &#224; leur profit l'imp&#233;rialisme, de prendre la direction des luttes prol&#233;tariennes &#224; vocation r&#233;volutionnaire et de les amener dans une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prol&#233;taires communistes r&#233;volutionnaires n'ont pas &#224; nier ni &#224; rejeter les aspirations nationales d&#233;mocratiques et anti-imp&#233;rialistes des masses populaires car cela reviendrait &#224; rejeter ces masses entre les mains de leurs ennemis bourgeois et petits bourgeois. Ils doivent prendre la t&#234;te de ces luttes et donner une perspective communiste au combat contre l'imp&#233;rialisme : la destruction de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que le peuple de Paris en 1871 &#233;tait dirig&#233; par des aspirations d&#233;mocratiques et nationales et que c'est parce qu'il s'est organis&#233; de mani&#232;re autonome sur des bases de classe qu'il a donn&#233; &#224; la la Commune de 1871 ce caract&#232;re de premier pouvoir prol&#233;tarien au monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition la plus couramment donn&#233;e, et tout &#224; fait fausse, est la suivante : &lt;i&gt;&#034;L'imp&#233;rialisme est un strat&#233;gie politique de conqu&#234;te visant la formation d'empires. Ce terme est parfois employ&#233; pour d&#233;signer plus particuli&#232;rement le n&#233;o-colonialisme. Par extension, imp&#233;rialisme d&#233;signe tout rapport de domination &#233;tabli par une nation ou une conf&#233;d&#233;ration sur un autre pays.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une strat&#233;gie de conqu&#234;te menant &#224; des empires ne d&#233;crirait certainement pas l'imp&#233;rialisme que nous connaissons qui est l'imp&#233;rialisme du capitalisme bien diff&#233;rent de celui de l'empire d'Egypte, de l'empire romain ou de l''empire arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme capitaliste n'est pas (ou pas seulement) la formation par conqu&#234;te militaire d'un empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but n'est pas des territoires mais des investissements de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une strat&#233;gie mais d'une phase historique du syst&#232;me. Dire que c'est une strat&#233;gie sous-entend que l'on pourrait changer de strat&#233;gie et avoir un capitalisme moins guerrier ou moins conqu&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme n'est pas &#034;une politique d'expansion&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'imp&#233;rialisme est une immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;nine dans &#034;L'imp&#233;rialisme, stade ultime du capitalisme&#034; (1916)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/imperialism.jpg' width=&#034;283&#034; height=&#034;395&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Telles sont les possibilit&#233;s que nous offre une plus large alliance des Etats d'Occident, une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant &#224; constituer un groupe &#224; part de nations industrielles avanc&#233;es, dont les classes sup&#233;rieures recevraient un &#233;norme tribut de l'Asie et de l'Afrique et entretiendraient, &#224; l'aide de ce tribut, de grandes masses domestiqu&#233;es d'employ&#233;s et de serviteurs, non plus occup&#233;es &#224; produire en grandes quantit&#233;s des produits agricoles et industriels, mais rendant des services priv&#233;s ou accomplissant, sous le contr&#244;le de la nouvelle aristocratie financi&#232;re, des travaux industriels de second ordre. Que ceux qui sont pr&#234;ts &#224; tourner le dos &#224; cette th&#233;orie&#034; (il aurait fallu dire : a cette perspective) &#034;comme ne m&#233;ritant pas d'&#234;tre examin&#233;e, m&#233;ditent sur les conditions &#233;conomiques et sociales des r&#233;gions de l'Angleterre m&#233;ridionale actuelle, qui en sont d&#233;j&#224; arriv&#233;es &#224; cette situation. Qu'ils r&#233;fl&#233;chissent &#224; l'extension consid&#233;rable que pourrait prendre ce syst&#232;me si la Chine &#233;tait soumise au contr&#244;le &#233;conomique de semblables groupes de financiers, de &#034;placeurs de capitaux&#034; (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employ&#233;s de commerce et d'industrie, qui drainent les profits du plus grand r&#233;servoir potentiel que le monde ait jamais connu, afin de les consommer en Europe. Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile &#224; escompter pour que ladite ou quelque autre pr&#233;vision de l'avenir dans une seule direction puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la plus probable. Mais les influences qui r&#233;gissent &#224; l'heure actuelle l'imp&#233;rialisme de l'Europe occidentale s'orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de r&#233;sistance, si elles ne sont pas d&#233;tourn&#233;es d'un autre c&#244;t&#233;, c'est dans ce sens qu'elles joueront.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hobson dans &#034;L'imp&#233;rialisme&#034; (1902)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/imperialisme_spectre_xx_siecle_gm1.jpg' width=&#034;286&#034; height=&#034;450&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le premier livre de K&#244;toku Sh&#251;sui &#24184;&#24499;&#31179;&#27700; (1871-1911), L'Imp&#233;rialisme, le spectre du vingti&#232;me si&#232;cle (&#20108;&#21313;&#19990;&#32000;&#12398;&#24618;&#29289;&#12289;&#24093;&#22269;&#20027;&#32681; Nij&#251;seiki no kaibutsu, teikokushugi, infra L'Imp&#233;rialisme), publi&#233; en avril 1901, est son &#339;uvre la plus connue avec son ouvrage sur l'essence du socialisme (&#31038;&#20250;&#20027;&#32681;&#31070;&#39620; Shakaishugi shinzui), &#233;crit en 1903.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;dition date d'avril 1901, la plus ancienne existante date du mois de mai 1901 et est conserv&#233;e &#224; la biblioth&#232;que de l'Universit&#233; de Waseda. La maison d'&#233;dition est Keiseisha shoten &#35686;&#37266;&#31038;&#26360;&#24215;. Les &#233;ditions les plus r&#233;centes sont celles que l'on trouve dans les ouvres compl&#232;tes de K&#244;toku Sh&#251;sui, volume 3, Meiji bunken &#26126;&#27835;&#25991;&#29486;, 1968 ; dans le volume 13 de Kindai nihonshis&#244; taikei &#36817;&#20195;&#26085;&#26412;&#24605;&#24819;&#20307;&#31995; de Chikumashob&#244;&#31569;&#25705;&#26360;&#25151;,1975, et une &#233;dition plus r&#233;cente est disponible dans la collection dirig&#233;e par Ienaga Sabur&#244; &#23478;&#38263;&#19977;&#37070;, Nihon heiwaron taikei (Collection sur les th&#233;ories pacifistes au japon), 1991. Il existe d'autres &#233;ditions, nous avons donn&#233; ici les plus courantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande originalit&#233; de ce texte est la d&#233;nonciation de l'imp&#233;rialisme japonais au m&#234;me titre que celle des puissances occidentales : c'est une rupture fondamentale avec le nationalisme devenu le courant id&#233;ologique et politique dominant dans ses diff&#233;rentes variantes au cours de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente. Moment crucial de la formation du courant anti-imp&#233;rialiste au Japon, c'est &#233;galement le point de d&#233;part d'un courant socialiste non chr&#233;tien et internationaliste : bien que dans son introduction, K&#244;toku Sh&#251;sui ne se pr&#233;sente pas comme socialiste, la conclusion ne laisse aucun doute quant &#224; ses perspectives politiques. K&#244;toku Sh&#251;sui fut la figure la plus embl&#233;matique du mouvement socialiste et anarchiste d'avant-guerre au Japon. Son nom est rest&#233; grav&#233; dans la m&#233;moire historique avec l' &#171; Affaire de crime de l&#232;se-majest&#233; &#187; de 1910, Taigyaku jiken : apr&#232;s l'arrestation de plus d'une centaine de militants, vingt-six d'entre eux furent accus&#233;s d'avoir particip&#233; &#224; un complot visant la vie de l'empereur. Vingt-quatre militants furent condamn&#233;s &#224; la peine capitale. Douze militants dont une femme, la ma&#238;tresse de K&#244;toku, Kan.no Suga furent ex&#233;cut&#233;s dans le mois qui suivit le proc&#232;s, en janvier 1911, alors que douze autres virent leur peine commu&#233;e en emprisonnement &#224; perp&#233;tuit&#233;. Les deux derniers avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s sous un autre chef d'accusation &#224; des peines de onze et huit ans de r&#233;clusion.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/hilferding-capital.jpg' width=&#034;450&#034; height=&#034;702&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1910, Hilferding &#233;crit dans &#034;Le capital financier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Avec l'&#233;volution vers le capital financier en Europe, le capital europ&#233;en &#233;migre souvent d&#233;j&#224; comme tel : une grande banque allemande fonde une succursale &#224; l'&#233;tranger ; celle-ci lance un emprunt, dont le produit est employ&#233; a l'&#233;tablissement d'une installation &#233;lectrique ; celle-ci est confi&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; de production de mat&#233;riel &#233;lectrique avec laquelle la banque est li&#233;e dans son pays d'origine. Ou le processus se simplifie encore : la succursale en question fonde &#224; l'&#233;tranger une entreprise industrielle, &#233;met les actions dans le pays d'origine et confie les fournitures aux entreprises avec lesquelles la banque principale est li&#233;e. Le processus s'accomplit &#224; l'&#233;chelle la plus vaste d&#232;s que les emprunts des Etats &#233;trangers sont employ&#233;s &#224; l'achat de fournitures industrielles. C'est l'union &#233;troite du capital bancaire et du capital industriel qui favorise ce d&#233;veloppement des exportations de capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de ces exportations de capital est la diff&#233;rence des taux de profit : elles sont le moyen de l'&#233;galisation des taux de profit nationaux. Le niveau du profit d&#233;pend de la composition organique du capital, par cons&#233;quent du niveau du d&#233;veloppement capitaliste. Plus il est avanc&#233;, plus le taux de profit est bas. A cette cause g&#233;n&#233;rale qui entre moins en ligne de compte, puisqu'il s'agit de marchandises du march&#233; mondial, dont le prix est d&#233;termin&#233; par les m&#233;thodes de production les plus d&#233;velopp&#233;es, s'en ajoutent d'autres, sp&#233;ciales. En ce qui concerne d'abord le taux d'int&#233;r&#234;t, celui-ci est beaucoup plus &#233;lev&#233; dans les pays &#224; faible d&#233;veloppement capitaliste, sans organisation de cr&#233;dit et bancaire, que dans les pays capitalistes avanc&#233;s, &#224; quoi s'ajoute le fait que l'int&#233;r&#234;t contient la plupart du temps encore des parties du salaire ou du b&#233;n&#233;fice de l'entrepreneur. Le taux d'int&#233;r&#234;t &#233;lev&#233; est un stimulant direct &#224; l'exportation de capital de pr&#234;t. Le b&#233;n&#233;fice de l'entrepreneur est plus &#233;lev&#233; parce que la main-d'&#339;uvre est extr&#234;mement bon march&#233; et que sa qualit&#233; inf&#233;rieure est compens&#233;e par une tr&#232;s longue dur&#233;e du travail. Mais en outre, parce que la rente fonci&#232;re est faible ou purement th&#233;orique du fait qu'il y a encore beaucoup de terres libres, soit naturellement, soit par suite de l'expropriation violente des indig&#232;nes, le bas prix de la terre r&#233;duit le co&#251;t de production. A cela s'ajoute l'accroissement du profit par les privil&#232;ges et les monopoles. S'il s'agit de produits dont le nouveau march&#233; lui-m&#234;me constituerait le d&#233;bouch&#233;, des surprofits abondants sont r&#233;alis&#233;s, car ici les marchandises produites selon le mode capitaliste sont en concurrence avec des produits fabriqu&#233;s sur la base artisanale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de quelque fa&#231;on que se fasse l'exportation de capital, elle signifie toujours que la capacit&#233; d'absorption du march&#233; &#233;tranger augmente. La barri&#232;re qui s'opposait &#224; l'exportation de marchandises &#233;tait la capacit&#233; d'absorption des march&#233;s &#233;trangers pour les produits industriels europ&#233;ens. Elle &#233;tait limit&#233;e par la disposition d'exc&#233;dents de leur production naturelle ou autre, dont la productivit&#233; ne pouvait &#234;tre accrue rapidement et encore moins transform&#233;e en peu de temps en production pour le march&#233;. Il est donc compr&#233;hensible que la production capitaliste anglaise, consid&#233;rablement plus souple et plus capable d'expansion, suffit tr&#232;s rapidement aux besoins des nouveaux march&#233;s et m&#234;me les d&#233;passa, ce qui se manifesta par voie de cons&#233;quence en tant que surproduction de l'industrie textile. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, la capacit&#233; d'absorption de l'Angleterre pour les produits sp&#233;cifiques des nouveaux march&#233;s &#233;tait limit&#233;e. Certes, consid&#233;r&#233;e du point de vue purement quantitatif, elle &#233;tait beaucoup plus grande que celle des march&#233;s &#233;trangers. Mais, ce qui jouait ici le r&#244;le d&#233;cisif, c'&#233;tait la qualit&#233;, la valeur d'usage des produits que ces march&#233;s pouvaient exporter en &#233;change des marchandises anglaises. Dans la mesure o&#249; il s'agissait de produits de luxe, leur consommation en Angleterre &#233;tait limit&#233;e. D'un autre c&#244;t&#233;, l'industrie textile cherchait &#224; s'&#233;tendre d'une fa&#231;on extr&#234;mement rapide, mais l'exportation des produits textiles accrut consid&#233;rablement l'importation des produits coloniaux, alors que la consommation de luxe ne s'&#233;tendait absolument pas dans les m&#234;mes proportions. Bien au contraire, l'expansion rapide de l'industrie textile eut comme cons&#233;quence que le profit fut accumul&#233; en proportions de plus en plus grandes, au lieu d'&#234;tre consomm&#233; en produits de luxe. C'est pourquoi chaque ouverture de nouveaux march&#233;s donne lieu &#224; des crises en Angleterre, provoqu&#233;es, d'une part, par la baisse des prix des produits textiles &#224; l'&#233;tranger et, de l'autre, par la chute des prix des produits coloniaux dans la m&#233;tropole. Toutes les crises anglaises montrent l'importance de ces causes sp&#233;cifiques de crise : il suffit de voir avec quel soin Tooke suit l'&#233;volution des prix de tous les produits coloniaux et avec quelle r&#233;gularit&#233; les crises industrielles d'autrefois sont accompagn&#233;es de l'effondrement complet de ces branches commerciales. Un changement n'apparut qu'avec le d&#233;veloppement du syst&#232;me des transports moderne, qui rejette tout le poids sur l'industrie m&#233;tallurgique, tandis que le commerce avec les nouveaux march&#233;s se d&#233;veloppe d'autant plus dans ce sens qu'il ne s'agit pas d'un simple commerce de marchandises, mais d'exportation de capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; &#224; elle seule l'exportation du capital en tant que capital de pr&#234;t accro&#238;t d'une fa&#231;on consid&#233;rable la capacit&#233; d'absorption des nouveaux march&#233;s. En supposant qu'un nouveau march&#233; soit en &#233;tat d'exporter pour 1 million de livres de marchandises, sa capacit&#233; d'absorption dans un &#233;change de marchandises - bien entendu, &#224; valeurs &#233;gales - serait &#233;galement de 1 million de livres. Mais si cette valeur est export&#233;e dans le pays, non pas en tant que marchandises, mais en tant que capital de pr&#234;t, par exemple sous forme d'un emprunt d'Etat, la valeur de 1 million de livres dont le nouveau march&#233; peut disposer gr&#226;ce &#224; l'exportation de son exc&#233;dent ne sert pas &#224; un &#233;change contre des marchandises, mais au versement des int&#233;r&#234;ts du capital pr&#234;t&#233;. On peut par cons&#233;quent exporter dans ce pays, non seulement une valeur de 1 million de livres, mais, disons, de 10 millions, si cette valeur y est envoy&#233;e en tant que capital et si l'int&#233;r&#234;t est de 10 %, et de 20 millions si l'int&#233;r&#234;t est ramen&#233; &#224; 5 %. Cela montre en m&#234;me temps la grande importance que la baisse du taux d'int&#233;r&#234;t a pour la capacit&#233; d'extension du march&#233;. La vive concurrence du capital de pr&#234;t &#233;tranger a pour effet de faire baisser rapidement le taux d'int&#233;r&#234;t m&#234;me dans les pays retardataires et, par l&#224;, d'accro&#238;tre de nouveau la possibilit&#233; de l'exportation de capital. Beaucoup plus important encore que l'exportation sous forme de capital de pr&#234;t est l'effet de l'exportation du capital industriel, et c'est ce qui explique pourquoi ce genre d'exportation se d&#233;veloppe de plus en plus. Car le transfert de la production capitaliste sur le march&#233; ext&#233;rieur lib&#232;re ce dernier des barri&#232;res de sa propre capacit&#233; de consommation. Le revenu de cette nouvelle production assure la mise en valeur du capital. Mais, pour son &#233;coulement, le nouveau march&#233; n'entre pas seul en ligne de compte. Au contraire, le capital, dans ces nouveaux territoires &#233;galement, se tourne vers les branches de production dont l'&#233;coulement est assur&#233; sur le march&#233; mondial. Le d&#233;veloppement capitaliste en Afrique du Sud, par exemple, est compl&#232;tement ind&#233;pendant de la capacit&#233; d'absorption de ce pays, du fait que la principale branche d'industrie, l'extraction aurif&#232;re, a une capacit&#233; d'&#233;coulement quasi illimit&#233;e et que le d&#233;veloppement capitaliste dans ce pays ne d&#233;pend que de la capacit&#233; d'extension de l'exploitation des mines et de l'existence d'une main-d'&#339;uvre suffisante. De m&#234;me, l'exploitation des mines de cuivre est ind&#233;pendante de la capacit&#233; de consommation de la colonie, tandis que les industries productrices de biens de consommation, qui doivent trouver leurs d&#233;bouch&#233;s en majeure partie sur le nouveau march&#233; lui-m&#234;me, voient leur expansion tr&#232;s rapidement limit&#233;e par la capacit&#233; de consommation int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'exportation de capital &#233;largit les limites qu'impose la capacit&#233; de consommation du nouveau march&#233;. Mais, en m&#234;me temps, le transfert de m&#233;thodes de transport et de production capitalistes dans le pays &#233;tranger entra&#238;nent ici un d&#233;veloppement &#233;conomique rapide, la cr&#233;ation d'un march&#233; int&#233;rieur plus vaste par suite de la dissolution des rapports d'&#233;conomie naturelle, l'extension de la production pour le march&#233; et, par l&#224;, l'augmentation des produits qui sont export&#233;s et par cons&#233;quent peuvent servir &#224; de nouveaux versements d'int&#233;r&#234;ts du capital import&#233;. Si la conqu&#234;te de nouveaux march&#233;s coloniaux signifiait autrefois avant tout la cr&#233;ation de nouveaux moyens de consommation, les placements de capital se tournent aujourd'hui principalement vers des branches qui fournissent des mati&#232;res premi&#232;res pour l'industrie. En m&#234;me temps, avec l'expansion de l'industrie indig&#232;ne destin&#233;e &#224; couvrir les besoins de l'exportation de capital, le capital export&#233; se tourne vers la production de mati&#232;res premi&#232;res pour les industries. Par l&#224;, les produits du capital export&#233; trouvent accueil dans le pays d'origine, et le cercle &#233;troit dans lequel se mouvait la production en Angleterre s'&#233;largit consid&#233;rablement du fait de l'alimentation r&#233;ciproque de l'industrie indig&#232;ne et de la production du capital export&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous savons que l'ouverture de nouveaux march&#233;s est un &#233;l&#233;ment important pour mettre fin &#224; une d&#233;pression industrielle, prolonger la dur&#233;e d'une p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; et att&#233;nuer l'effet de la crise. L'exportation de capital pr&#233;cipite l'ouverture de march&#233;s ext&#233;rieurs et d&#233;veloppe consid&#233;rablement leurs forces productives. En m&#234;me temps, elle accro&#238;t la production dans le pays qui doit fournir les marchandises destin&#233;es &#224; &#234;tre envoy&#233;es en tant que capital &#224; l'&#233;tranger. Elle devient ainsi un puissant stimulant de la production capitaliste qui, avec la g&#233;n&#233;ralisation de l'exportation de capital, entre dans une nouvelle p&#233;riode de Sturm und Drang 4, de temp&#234;te et de fi&#232;vre, pendant laquelle le cycle de prosp&#233;rit&#233; et de d&#233;pression semble raccourci, la crise att&#233;nu&#233;e. L'accroissement rapide de la production entra&#238;ne &#233;galement un accroissement de la demande de main-d'&#339;uvre, qui favorise les syndicats : les tendances immanentes &#224; la paup&#233;risation qui caract&#233;risent le capitalisme semblent surmont&#233;es dans les pays de d&#233;veloppement capitaliste ancien. La mont&#233;e rapide de la production emp&#234;che de prendre conscience des maux de la soci&#233;t&#233; capitaliste et cr&#233;e une vision optimiste de ses capacit&#233;s de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture plus ou moins rapide des colonies et de nouveaux march&#233;s d&#233;pend maintenant essentiellement de leur aptitude &#224; servir &#224; des d&#233;placements de capitaux. Celle-ci est d'autant plus grande que la colonie est plus riche en biens, dont la production selon les m&#233;thodes capitalistes et l'&#233;coulement sur le march&#233; mondial sont assur&#233;s, et qui sont importants pour l'industrie indig&#232;ne. Mais la rapide expansion du capitalisme depuis 1895 a entra&#238;n&#233; une hausse des prix avant tout des m&#233;taux et du coton et par l&#224; fortement accru le d&#233;sir d'ouvrir de nouvelles sources pour ces mati&#232;res premi&#232;res de la plus haute importance. C'est ainsi que le capital d'exportation cherche avant tout &#224; s'investir dans les territoires qui sont capables de fournir ces produits et se tourne vers les secteurs dont la production, mini&#232;re surtout, peut &#234;tre entreprise imm&#233;diatement selon des m&#233;thodes hautement capitalistes. Gr&#226;ce &#224; cette production s'accro&#238;t de nouveau l'exc&#233;dent que la colonie peut exporter et par l&#224; est donn&#233;e la possibilit&#233; de nouveaux placements de capitaux. Ainsi l'allure de la transformation capitaliste des nouveaux march&#233;s est extraordinairement acc&#233;l&#233;r&#233;e ; l'obstacle ne consiste pas en la p&#233;nurie de capital, mais plut&#244;t en l'absence de main-d'&#339;uvre &#171; libre &#187;, c'est-&#224;-dire salari&#233;e. La question ouvri&#232;re prend des formes aigu&#235;s et ne para&#238;t pouvoir &#234;tre r&#233;solue qu'&#224; l'aide de moyens violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toujours, quand le capital se trouve plac&#233; pour la premi&#232;re fois devant des conditions qui contredisent son besoin de mise en valeur et qu'on ne peut surmonter que lentement et progressivement, il a recours &#224; la force de l'Etat et la met au service d'une expropriation violente qui lui procure la main-d'&#339;uvre n&#233;cessaire, qu'il s'agisse, comme &#224; ses d&#233;buts, de paysans europ&#233;ens, des indiens du Mexique et du P&#233;rou, ou, comme aujourd'hui, des Noirs africains 5. Les m&#233;thodes de violence font partie int&#233;grante de la politique coloniale qui sans elles perdrait son sens capitaliste, tout comme l'existence d'un prol&#233;tariat sans terre est une condition indispensable du capitalisme. Faire une politique coloniale en &#233;vitant ses m&#233;thodes de violence est aussi absurde que de vouloir abolir le prol&#233;tariat en conservant le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;thodes d'obligation au travail sont vari&#233;es. La principale est l'expropriation des indig&#232;nes, auxquels on prend leurs terres et, par l&#224;, la base m&#234;me de leur existence. La terre devient la propri&#233;t&#233; des conqu&#233;rants, la tendance &#233;tant de plus en plus de la remettre, non &#224; des &#233;migrants individuels, mais &#224; de grandes soci&#233;t&#233;s. C'est le cas surtout quand il s'agit d'exploitations mini&#232;res. Ici est cr&#233;&#233;e brusquement, selon les m&#233;thodes de l'accumulation primitive, une richesse capitaliste entre les mains d'un petit nombre de magnats du capital, tandis que les petits colons en sont pour leurs frais. Qu'on pense aux richesses &#233;normes qui sont ainsi concentr&#233;es entre les mains du groupe qui exploite les mines d'or et de diamants de l'Afrique du Sud, et dans une mesure plus restreinte entre les mains des compagnies coloniales allemandes. en liaison &#233;troite avec les grandes banques. L'expropriation cr&#233;e en m&#234;me temps, avec les indig&#232;nes ainsi rendus libres, un prol&#233;tariat destin&#233; &#224; devenir un objet d'exploitation. L'expropriation elle-m&#234;me est rendue possible par la r&#233;sistance que les convoitises des conqu&#233;rants suscitent tout naturellement chez les indig&#232;nes. L'attitude provocante des &#233;migrants cr&#233;e les conflits qui rendent &#171; n&#233;cessaire &#187; l'intervention de l'Etat, laquelle ne s'arr&#234;te pas &#224; mi-chemin. L'effort du capital en vue de se procurer des objets passifs d'exploitation est d&#233;sormais, en tant, que &#171; pacification du territoire &#187;, but de l'Etat, pour la r&#233;alisation duquel toute la nation, c'est-&#224;-dire en premier lieu les soldats prol&#233;tariens et les contribuables de la m&#233;tropole, doit se porter garante. (...) Nous avons vu que les exportations de capital sont la condition de l'expansion rapide du capitalisme. Cette expansion est la condition vitale du maintien de la soci&#233;t&#233; capitaliste en g&#233;n&#233;ral, mais aussi du maintien, sinon de l'augmentation, du taux de profit. Cette politique d'expansion unit toutes les couches des poss&#233;dants au service du capital financier. Le protectionnisme et l'expansion deviennent ainsi l'exigence commune de la classe dirigeante. Mais le fait que la classe capitaliste se d&#233;tourne de la politique du libre-&#233;change signifie que celle-ci n'a plus aucune chance de succ&#232;s. Car le libre-&#233;change n'est pas une revendication positive du prol&#233;tariat, elle n'est pour lui qu'une d&#233;fense contre la politique protectionniste, qui signifie la cartellisation plus rapide et plus stricte, donc le renforcement de l'organisation patronale, l'aggravation des antagonismes nationaux, l'accroissement des armements, de la pression fiscale, l'abaissement du niveau de vie, le renforcement du pouvoir d'Etat, l'affaiblissement de la d&#233;mocratie, et la naissance d'une id&#233;ologie de violence, anti-ouvri&#232;re. D&#232;s que la bourgeoisie a tourn&#233; le dos &#224; la politique du libre-&#233;change, la lutte en faveur de cette politique n'a aucune chance de succ&#232;s, car le prol&#233;tariat &#224; lui seul est trop faible pour l'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne peut absolument pas signifier que le prol&#233;tariat doive se convertir &#224; la politique protectionniste moderne, avec laquelle l'imp&#233;rialisme est indissolublement li&#233;. Qu'il ait compris la n&#233;cessit&#233; de cette politique pour la classe capitaliste et par cons&#233;quent sa victoire, aussi longtemps qu'elle exerce le pouvoir, n'est pas une raison pour le prol&#233;tariat de renoncer &#224; sa politique propre et de capituler devant celle de ses ennemis ou de se laisser aller &#224; des illusions sur l'utilit&#233; pr&#233;tendue que la g&#233;n&#233;ralisation et l'accroissement de l'exploitation signifient pour sa situation de classe. Mais cela n'emp&#234;che pas le prol&#233;tariat de se rendre compte que la politique imp&#233;rialiste ne fait que g&#233;n&#233;raliser la r&#233;volution du capitalisme et par l&#224;, du m&#234;me coup, les conditions de la victoire du socialisme. Mais, si faible que soit la conviction que la politique du capital financier doive mener &#224; des d&#233;veloppements guerriers et, par l&#224;, au d&#233;clenchement d'orages r&#233;volutionnaires, et puisse d&#233;tourner le prol&#233;tariat de sa lutte impitoyable contre le militarisme et la politique de guerre, il lui est impossible, sous pr&#233;texte qu'en fin de compte la politique d'expansion du capital est le facteur le plus puissant de sa victoire d&#233;finitive, de soutenir cette politique. Tout au contraire, la victoire ne peut sortir que de l'opposition &#224; cette politique, parce que c'est seulement ainsi que le prol&#233;tariat peut tirer profit de l'effondrement auquel elle doit aboutir, effondrement politique et social, mais non &#233;conomique, ce qui n'est pas une conception rationnelle. Le protectionnisme et les cartels signifient hausse du co&#251;t de la vie ; les organisations patronales renforcent la capacit&#233; de r&#233;sistance du capital &#224; l'assaut des syndicats ; la politique d'armements et la politique coloniale aggravent de plus en plus le poids des imp&#244;ts qui p&#232;sent sur le prol&#233;tariat ; le r&#233;sultat de cette politique, l'affrontement arm&#233; des Etats capitalistes ; signifie un &#233;norme accroissement de la mis&#232;re, mais tous ces facteurs, qui ont pour effet de renforcer la conscience r&#233;volutionnaire des masses populaires, ne peuvent &#234;tre mis au service d'une transformation compl&#232;te de l'&#233;conomie que si la classe dont la mission est de cr&#233;er la soci&#233;t&#233; nouvelle saisit d'avance tous les r&#233;sultats de cette politique. Cela n'est possible que si l'on montre clairement &#224; quel point elle est contraire aux int&#233;r&#234;ts des masses populaires, ce qui ne peut se faire &#224; son tour qu'au moyen d'une lutte constante, impitoyable, contre la politique imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si le capital ne peut faire aucune autre politique qu'imp&#233;rialiste, le prol&#233;tariat ne peut pas lui opposer celle qui fut la politique de l'&#233;poque de la domination du capital industriel. A la politique capitaliste la plus avanc&#233;e, il ne peut opposer celle d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e de l'&#233;poque du libre-&#233;change et de l'hostilit&#233; au pouvoir d'Etat. Sa r&#233;ponse &#224; la politique &#233;conomique du capital financier, l'imp&#233;rialisme, ne peut pas &#234;tre le libre-&#233;change mais seulement le socialisme. Ce n'est pas l'id&#233;al devenu r&#233;actionnaire du r&#233;tablissement de la libre concurrence, mais la suppression compl&#232;te de la concurrence par la suppression du capitalisme qui peut &#234;tre maintenant le but de la politique prol&#233;tarienne. Au dilemme bourgeois : protectionnisme ou libre-&#233;change ? le prol&#233;tariat r&#233;pond : ni l'un ni l'antre, mais socialisme, organisation de la production, r&#233;glementation consciente de l'&#233;conomie, non par les magnats du capital et &#224; leur profit, mais par et au profit de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, qui se subordonne enfin l'&#233;conomie, comme elle s'est subordonn&#233; la nature depuis qu'elle en a d&#233;couvert les lois. Le socialisme cesse d'&#234;tre un id&#233;al lointain et m&#234;me un &#171; objectif final &#187; qui ne fait que donner un sens g&#233;n&#233;ral aux &#171; revendications pr&#233;sentes &#187; et devient un &#233;l&#233;ment essentiel de la politique pratique imm&#233;diate du prol&#233;tariat. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans les pays o&#249; la politique de la bourgeoisie s'est impos&#233;e le plus compl&#232;tement, ou les revendications d&#233;mocratiques de la classe ouvri&#232;re ont &#233;t&#233; satisfaites dans leurs parties les plus importantes au point de vue social, que le socialisme doit, comme la seule r&#233;ponse &#224; l'imp&#233;rialisme, &#234;tre mis au premier plan de la propagande pour assurer l'ind&#233;pendance de la politique ouvri&#232;re et montrer sa sup&#233;riorit&#233; pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens. &#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/Oeuvres_4_L20.gif' width=&#034;133&#034; height=&#034;213&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1913, Rosa Luxemburg explique dans l'Accumulation du capital, que la reproduction du syst&#232;me capitaliste n&#233;cessite l'ouverture continuelle de nouveaux d&#233;bouch&#233;s et son implantation dans les r&#233;gions g&#233;ographiques dont il est encore absent. Ainsi selon Rosa Luxemburg, l'imp&#233;rialisme m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustrant l'importance &#233;conomique des colonies, o&#249; plut&#244;t refl&#233;tant l'importance qu'on leur attribuait &#224; l'&#233;poque peut-&#234;tre &#224; tort, Jules Ferry d&#233;clara &#224; la Chambre que &lt;i&gt;&#171; la politique coloniale est fille de la politique industrielle &#187;&lt;/i&gt;. En effet, au fur et &#224; mesure de son d&#233;veloppement et de l'&#233;mergence &#233;conomique de nouveaux pays, l'acc&#232;s au march&#233; et le partage des d&#233;bouch&#233;s deviennent de plus en plus probl&#233;matiques. Mais la constitution de march&#233;s coloniaux exclusifs est limit&#233;e par la taille finie de la plan&#232;te. Le temps du monde fini commence (selon l'expression du po&#232;te Paul Val&#233;ry[5]) et les antagonismes entre les grandes puissances &#233;conomiques ne peuvent s'en trouver qu'exacerb&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, des crises et des conflits opposent &#224; plusieurs reprises le Royaume-Uni &#224; la France (crise de Fachoda en 1898), les britanniques &#224; des colons n&#233;erlandais (Premi&#232;re Guerre des Boers de 1880 &#224; 1881, Seconde Guerre des Boers de 1899 &#224; 1902), la France &#224; l'Allemagne (au Maroc en 1905&#8211;1906 puis en 1911)&#8230; Jean Jaur&#232;s, opposant &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale, d&#233;clara que &lt;i&gt;&#171; le capitalisme porte la guerre comme la nu&#233;e porte l'orage &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/Lenine__Imperialisme_stade_supreme_du_capitalisme.jpg' width=&#034;461&#034; height=&#034;621&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1916, L&#233;nine explique dans l'Imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme, que la concentration du capital m&#232;ne &#224; un stade de l'histoire du capitalisme marqu&#233; par les positions de monopoles des grandes firmes industrielles et financi&#232;res. Confront&#233;es &#224; la baisse tendancielle du taux de profit (th&#233;orie marxiste qui estime que les taux de profits du capitalisme tendent &#224; baisser naturellement sur le long terme), les grandes firmes tentent d'investir sur les march&#233;s &#233;trangers afin de retrouver de forts niveaux de profit. Les grandes firmes nationales s'entendent alors pour se partager le monde. L&#233;nine prend par exemple le cas d'AEG (Allemagne) et de General Electric (&#201;tats-Unis) dans le domaine de l'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Ce qui caract&#233;risait l'ancien capitalisme o&#249; r&#233;gnait la libre concurrence, c'&#233;tait l'exportation des marchandises. Ce qui caract&#233;rise le capitalisme o&#249; r&#232;gnent les monopoles, c'est l'exportation des capitaux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crivit sa brochure : L'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme, afin de d&#233;montrer &#171; la nature &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme &#187; et la n&#233;cessit&#233; de supprimer le capitalisme pour mettre fin aux guerres imp&#233;rialistes. Attaquant les th&#232;ses de Kautsky, il affirmait avec vigueur l'identit&#233; du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme : &lt;i&gt;&#171; S'il &#233;tait n&#233;cessaire de donner une d&#233;finition aussi br&#232;ve que possible de l'imp&#233;rialisme, il faudrait dire que c'est la phase monopoliste du capitalisme &#187;&lt;/i&gt;. Plus pr&#233;cis&#233;ment il &#233;num&#233;rait cinq facteurs dont l'ensemble constituait l'imp&#233;rialisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - 1&#176; La concentration de la production et du capital, cr&#233;ant les monopoles dont le r&#244;le est d&#233;cisif dans la vie &#233;conomique ; - 2&#176; La fusion du capital bancaire avec le capital industriel et la r&#233;alisation sur cette base du capital financier, d'une oligarchie financi&#232;re ; - 3&#176; L'exportation du capital, devenue particuli&#232;rement importante, &#224; la diff&#233;rence de l'exportation des marchandises ; - 4&#176; La formation des monopoles capitalistes internationaux qui se partagent le monde ; - 5&#176; Le partage territorial de la plan&#232;te achev&#233; par les plus grandes puissances capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme est le capitalisme dans la phase du d&#233;veloppement o&#249; s'est constitu&#233;e la domination des monopoles et du capital financier, o&#249; l'exportation du capital a acquis une haute importance, o&#249; le partage du monde entre les grands trusts internationaux a commenc&#233;, o&#249; le partage de tous les territoires de la plan&#232;te entre les plus grandes puissances capitalistes s'est achev&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Si l'on devait d&#233;finir l'imp&#233;rialisme aussi bri&#232;vement que possible, il faudrait dire qu'il est le stade monopoliste du capitalisme. Cette d&#233;finition embrasserait l'essentiel, car, d'une part, le capital financier est le r&#233;sultat de la fusion du capital de quelques grandes banques monopolistes avec le capital de groupements monopolistes d'industriels ; et, d'autre part, le partage du monde est la transition de la politique coloniale, s'&#233;tendant sans obstacle aux r&#233;gions que ne s'est encore appropri&#233;e aucune puissance capitaliste, &#224; la politique coloniale de la possession monopolis&#233;e de territoires d'un globe enti&#232;rement partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les d&#233;finitions trop courtes, bien que commodes parce que r&#233;sumant l'essentiel, sont cependant insuffisantes, si l'on veut en d&#233;gager des traits fort importants de ce ph&#233;nom&#232;ne que nous voulons d&#233;finir. Aussi, sans oublier ce qu'il y a de conventionnel et de relatif dans toutes les d&#233;finitions en g&#233;n&#233;ral, qui ne peuvent jamais embrasser les liens multiples d'un ph&#233;nom&#232;ne dans l'int&#233;gralit&#233; de son d&#233;veloppement, devons-nous donner de l'imp&#233;rialisme une d&#233;finition englobant les cinq caract&#232;res fondamentaux suivants : 1) concentration de la production et du capital parvenue &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement si &#233;lev&#233; qu'elle a cr&#233;&#233; les monopoles, dont le r&#244;le est d&#233;cisif dans la vie &#233;conomique ; 2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et cr&#233;ation, sur la base de ce &#034;capital financier&#034;, d'une oligarchie financi&#232;re ; 3) l'exportation des capitaux, &#224; la diff&#233;rence de l'exportation des marchandises, prend une importance toute particuli&#232;re ; 4) formation d'unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde, et 5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes. L'imp&#233;rialisme est le capitalisme arriv&#233; &#224; un stade de d&#233;veloppement o&#249; s'est affirm&#233;e la domination des monopoles et du capital financiers, o&#249; l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, o&#249; le partage du monde a commenc&#233; entre les trusts internationaux et o&#249; s'est achev&#233; le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin l'autre d&#233;finition que l'on peut et doit donner de l'imp&#233;rialisme si l'on envisage, non seulement les notions fondamentales d'ordre purement &#233;conomique (auxquelles se borne la d&#233;finition cit&#233;e), mais aussi la place historique que tient la phase actuelle du capitalisme par rapport au capitalisme en g&#233;n&#233;ral, ou bien encore le rapport qui existe entre l'imp&#233;rialisme et les deux tendances essentielles du mouvement ouvrier. Ce qu'il faut noter tout de suites, c'est que l'imp&#233;rialisme compris dans le sens indiqu&#233; repr&#233;sente ind&#233;niablement une phase particuli&#232;re du d&#233;veloppement du capitalisme. Pour permettre au lecteur de se faire de l'imp&#233;rialisme une id&#233;e suffisamment fond&#233;es, nous nous sommes appliqu&#233;s &#224; citer le plus souvent possible l'opinion d'&#233;conomistes bourgeois, oblig&#233;s de reconna&#238;tre les faits &#233;tablis, absolument indiscutables, de l'&#233;conomie capitaliste moderne. C'est dans le m&#234;me but que nous avons produit des statistiques d&#233;taill&#233;es permettant de voir jusqu'&#224; quel point pr&#233;cis s'est d&#233;velopp&#233; le capital bancaire, etc., en quoi s'est exprim&#233; exactement la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;, le passage du capitalisme &#233;volu&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme. Inutile de dire, &#233;videmment, que toutes les limites sont, dans la nature et dans la soci&#233;t&#233;, conventionnelles et mobiles ; qu'il serait absurde de discuter, par exemple, sur la question de savoir en quelle ann&#233;e ou en quelle d&#233;cennie se situe l'instauration &#034;d&#233;finitive&#034; de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; o&#249; il faut discuter sur la d&#233;finition de l'imp&#233;rialisme, c'est surtout avec K. Kautsky, le principal th&#233;oricien marxiste de l'&#233;poque dite de la IIe Internationale, c'est-&#224;-dire des vingt-cinq ann&#233;es comprises entre 1889 et 1914. Kautsky s'est r&#233;solument &#233;lev&#233;, en 1915 et m&#234;me d&#232;s novembre 1914, contre les id&#233;es fondamentales exprim&#233;es dans notre d&#233;finition de l'imp&#233;rialismes, en d&#233;clarant qu'il faut entendre par imp&#233;rialisme non pas une &#034;phase&#034; ou un degr&#233; de l'&#233;conomie, mais une politique, plus pr&#233;cis&#233;ment une politique d&#233;termin&#233;e, celle que &#034;pr&#233;f&#232;re&#034; le capital financier, et en sp&#233;cifiant qu'on ne saurait &#034;identifier&#034; l'imp&#233;rialisme avec le &#034;capitalisme contemporain&#034;, que s'il faut entendre par imp&#233;rialisme &#034;tous les ph&#233;nom&#232;nes du capitalisme contemporain&#034;, -cartels, protectionnisme, domination des financiers, politique coloniale, alors la question de la n&#233;cessit&#233; de l'imp&#233;rialisme pour le capitalisme se r&#233;duira &#224; &#034;la plus plate tautologie&#034;, car alors, &#034;il va de soi que l'imp&#233;rialisme est une n&#233;cessit&#233; vitale pour le capitalisme&#034;, etc. Nous ne saurions mieux exprimer la pens&#233;e de Kautsky qu'en citant sa d&#233;finition de l'imp&#233;rialisme, dirig&#233;e en droite ligne contre l'essence des id&#233;es que nous exposons (attendu que les objections venant du camp des marxistes allemands, qui ont profess&#233; ce genre d'id&#233;es pendant toute une suite d'ann&#233;es, sont depuis longtemps connues de Kautsky comme les objections d'un courant d&#233;termin&#233; du marxisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de Kautsky est celle-ci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;L'imp&#233;rialisme est un produit du capitalisme industriel hautement &#233;volu&#233;. Il consiste dans la tendance qu'a chaque nation capitaliste industrielle &#224; s'annexer ou &#224; s'assujettir des r&#233;gions agraires toujours plus grandes (l'italique est de Kautsky), quelles que soient les nations qui les peuplent [1].&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition ne vaut absolument rien, car elle fait ressortir unilat&#233;ralement, c'est-&#224;-dire arbitrairement, la seule question nationale (d'ailleurs importante au plus haut point en elle-m&#234;me et dans ses rapports avec l'imp&#233;rialisme), en la rattachant, de fa&#231;on arbitraire et inexacte, au seul capital industriel des pays annexionnistes, et en mettant en avants, d'une fa&#231;on non moins arbitraire et inexacte, l'annexion des r&#233;gions agraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme est une tendance aux annexions : voil&#224; &#224; quoi se r&#233;duit la partie politique de la d&#233;finition de Kautsky. Elle est juste, mais tr&#232;s incompl&#232;te, car, politiquement l'imp&#233;rialisme tend, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#224; la violence et &#224; la r&#233;action. Mais ce qui nous int&#233;resse ici, c'est l'aspect &#233;conomique de la question, cet aspect que Kautsky introduit lui-m&#234;me dans sa d&#233;finition. Les inexactitudes de la d&#233;finition de Kautsky sautent aux yeux. Ce qui est caract&#233;ristique de l'imp&#233;rialisme, ce n'est point le capital industriel, justement, mais le capital financier. Ce n'est pas par hasard qu'en France, le d&#233;veloppement particuli&#232;rement rapide du capital financier, co&#239;ncidant avec l'affaiblissement du capital industriel, a consid&#233;rablement accentu&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 1880-1890, la politique annexionniste (coloniale). L'imp&#233;rialisme se caract&#233;rise justement par une tendance &#224; annexer non seulement les r&#233;gions agraires, mais m&#234;me les r&#233;gions les plus industrielles (la Belgique est convoit&#233;e par l'Allemagne, la Lorraine par la France), car premi&#232;rement, le partage du monde &#233;tant achev&#233;s, un nouveau partage oblige &#224; tendre la main vers n'importe quels territoires ; deuxi&#232;mement, ce qui est l'essence m&#234;me de l'imp&#233;rialisme, c'est la rivalit&#233; de plusieurs grandes puissances tendant &#224; l'h&#233;g&#233;monie, c'est-&#224;-dire &#224; la conqu&#234;te de territoires - non pas tant pour elles-m&#234;mes que pour affaiblir l'adversaire et saper son h&#233;g&#233;monie (la Belgique est surtout n&#233;cessaire &#224; l'Allemagne comme point d'appui contre l'Angleterre ; l'Angleterre a surtout besoin de Bagdad comme point d'appui contre l'Allemagne, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky se r&#233;f&#232;re plus sp&#233;cialement, et &#224; maintes reprises, aux Anglais qui ont, para&#238;t-il, &#233;tabli l'acception purement politique du mot &#034;imp&#233;rialisme&#034; au sens o&#249; l'emploie Kautsky. Prenons l'ouvrage de l'Anglais Hobson, L'imp&#233;rialisme, paru en 1902 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le nouvel imp&#233;rialisme se distingue de l'ancien, premi&#232;rement, en ce qu'il substitue aux tendances d'un seul Empire en expansion la th&#233;orie et la pratique d'Empires rivaux, guid&#233;s chacun par les m&#234;mes aspirations &#224; l'expansion politique et au profit commercial ; deuxi&#232;mement, en ce qu'il marque la pr&#233;pond&#233;rance sur les int&#233;r&#234;ts commerciaux des int&#233;r&#234;ts financiers ou relatifs aux investissements de capitaux... [2]&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que, sur le plan des faits, Kautsky a absolument tort d'all&#233;guer l'opinion des Anglais en g&#233;n&#233;ral (&#224; moins de se r&#233;f&#233;rer aux imp&#233;rialistes vulgaires ou aux apologistes directs de l'imp&#233;rialisme). Nous voyons que Kautsky, qui pr&#233;tend continuer &#224; d&#233;fendre le marxisme, fait en r&#233;alit&#233; un pas en arri&#232;re comparativement au social-lib&#233;ral Hobson, qui, lui, tient plus exactement compte de deux particularit&#233;s &#034;historiques concr&#232;tes&#034; (Kautsky, dans sa d&#233;finitions, se moque pr&#233;cis&#233;ment du caract&#232;re historique concret !) de l'imp&#233;rialisme moderne : 1) la concurrence de plusieurs imp&#233;rialismes et 2) la supr&#233;matie du financier sur le commer&#231;ant. Or, en attribuant un r&#244;le essentiel &#224; l'annexion des pays agraires par les pays industriels, on accorde le r&#244;le pr&#233;dominant au commer&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition de Kautsky n'est pas seulement fausse et non marxiste. Comme on le verra plus loin, elle sert de base &#224; un syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de vues rompant sur toute la ligne avec la th&#233;orie marxiste et avec la pratique marxiste. Kautsky soul&#232;ve une question de mots tout &#224; fait futile : doit-on qualifier la nouvelle phase du capitalisme d'imp&#233;rialisme ou de phase du capital financier ? Qu'on l'appelle comme on voudra : cela n'a pas d'importance. L'essentiel, c'est que Kautsky d&#233;tache la politique de l'imp&#233;rialisme de son &#233;conomie en pr&#233;tendant que les annexions sont la politique &#034;pr&#233;f&#233;r&#233;e&#034; du capital financier, et en opposant &#224; cette politique une autre politique bourgeoise pr&#233;tendument possible, toujours sur la base du capital financier. Il en r&#233;sulte que les monopoles dans l'&#233;conomie sont compatibles avec un comportement politique qui exclurait le monopoles, la violence et la conqu&#234;te. Il en r&#233;sulte que le partage territorial du monde, achev&#233; pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;poque du capital financier et qui est &#224; la base des formes originales actuelles de la rivalit&#233; entre les plus grands Etats capitalistes, est compatible avec une politique non imp&#233;rialiste. Cela revient &#224; estomper, &#224; &#233;mousser les contradictions les plus fondamentales de la phase actuelle du capitalisme, au lieu d'en d&#233;voiler la profondeur. Au lieu du marxisme, on aboutit ainsi au r&#233;formisme bourgeois. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que, par son essence &#233;conomique, l'imp&#233;rialisme est le capitalisme monopoliste. Cela seul suffit &#224; d&#233;finir la place de l'imp&#233;rialisme dans l'histoire, car le monopole, qui na&#238;t sur le terrain et &#224; partir de la libre concurrence, marque la transition du r&#233;gime capitaliste &#224; un ordre &#233;conomique et social sup&#233;rieur. Il faut noter plus sp&#233;cialement quatre esp&#232;ces principales de monopoles ou manifestations essentielles du capitalisme monopoliste, caract&#233;ristiques de l'&#233;poque que nous &#233;tudions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, le monopole est n&#233; de la concentration de la production, parvenue &#224; un tr&#232;s haut degr&#233; de d&#233;veloppement. Ce sont les groupements monopolistes de capitalistes, les cartels, les syndicats patronaux, les trusts. Nous avons vu le r&#244;le immense qu'ils jouent dans la vie &#233;conomique de nos jours. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, ils ont acquis une supr&#233;matie totale dans les pays avanc&#233;s, et si les premiers pas dans la voie de la cartellisation ont d'abord &#233;t&#233; franchis par les pays ayant des tarifs protectionnistes tr&#232;s &#233;lev&#233;s (Allemagne, Am&#233;rique), ceux-ci n'ont devanc&#233; que de peu l'Angleterre qui, avec son syst&#232;me de libert&#233; du commerce, a d&#233;montr&#233; le m&#234;me fait fondamental, &#224; savoir que les monopoles sont engendr&#233;s par la concentration de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les monopoles ont entra&#238;n&#233; une mainmise accrue sur les principales sources de mati&#232;res premi&#232;res, surtout dans l'industrie fondamentale, et la plus cartellis&#233;e, de la soci&#233;t&#233; capitaliste : celle de la houille et du fer. Le monopole des principales sources de mati&#232;res premi&#232;res a &#233;norm&#233;ment accru le pouvoir du grand capital et aggrav&#233; la contradiction entre l'industrie cartellis&#233;e et l'industrie non cartellis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, le monopole est issu des banques. Autrefois modestes interm&#233;diaires, elles d&#233;tiennent aujourd'hui le monopole du capital financier. Trois &#224; cinq grosses banques, dans n'importe lequel des pays capitalistes les plus avanc&#233;s, ont r&#233;alis&#233; l'&#034;union personnelle&#034; du capital industriel et du capital bancaire, et concentr&#233; entre leurs mains des milliards et des milliards repr&#233;sentant la plus grande partie des capitaux et des revenus en argent de tout le pays. Une oligarchie financi&#232;re qui enveloppe d'un r&#233;seau serr&#233; de rapports de d&#233;pendance toutes les institutions &#233;conomiques et politiques sans exception de la soci&#233;t&#233; bourgeoise d'aujourd'hui : telle est la manifestation la plus &#233;clatante de ce monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, le monopole est issu de la politique coloniale. Aux nombreux &#034;anciens&#034; mobiles de la politique coloniale le capital financier a ajout&#233; la lutte pour les sources de mati&#232;res premi&#232;res, pour l'exportation des capitaux, pour les &#034;zones d'influence&#034;, - c'est-&#224;-dire pour les zones de transactions avantageuses, de concessions, de profits de monopole, etc., - et, enfin, pour le territoire &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral. Quand, par exemple, les colonies des puissances europ&#233;ennes ne repr&#233;sentaient que la dixi&#232;me partie de l'Afrique, comme c'&#233;tait encore le cas en 1876, la politique coloniale pouvait se d&#233;velopper d'une fa&#231;on non monopoliste, les territoires &#233;tant occup&#233;s suivant le principe, pourrait-on dire, de la &#034;libre conqu&#234;te&#034;. Mais quand les 9/10 de l'Afrique furent accapar&#233;s (vers 1900) et que le monde entier se trouva partag&#233;, alors commen&#231;a forc&#233;ment l'&#232;re de la possession monopoliste des colonies et, partant, d'une lutte particuli&#232;rement acharn&#233;e pour le partage et le repartage du globe.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2187 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/gif/crise_social_democr_L.gif' width=&#034;163&#034; height=&#034;200&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg concluait dans &#034;La crise de la social-d&#233;mocratie&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Friedrich Engels a dit un jour : &#171; La soci&#233;t&#233; bourgeoise est plac&#233;e devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. &#187; Mais que signifie donc une &#171; rechute dans la barbarie &#187; au degr&#233; de civilisation que nous connaissons en Europe aujourd'hui ? Jusqu'ici nous avons lu ces paroles sans y r&#233;fl&#233;chir et nous les avons r&#233;p&#233;t&#233;es sans en pressentir la terrible gravit&#233;. Jetons un coup d'oeil autour de nous en ce moment m&#234;me, et nous comprendrons ce que signifie une rechute de la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans la barbarie. Le triomphe de l'imp&#233;rialisme aboutit &#224; l'an&#233;antissement de la civilisation - sporadiquement pendant la dur&#233;e d'une guerre moderne et d&#233;finitivement si la p&#233;riode des guerres mondiales qui d&#233;bute maintenant devait se poursuivre sans entraves jusque dans ses derni&#232;res cons&#233;quences. C'est exactement ce que Friedrich Engels avait pr&#233;dit, une g&#233;n&#233;ration avant nous, voici quarante ans. Nous sommes plac&#233;s aujourd'hui devant ce choix : ou bien triomphe de l'imp&#233;rialisme et d&#233;cadence de toute civilisation, avec pour cons&#233;quences, comme dans la Rome antique, le d&#233;peuplement, la d&#233;solation, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, un grand cimeti&#232;re ; ou bien victoire du socialisme, c'est-&#224;-dire de la lutte consciente du prol&#233;tariat international contre l'imp&#233;rialisme et contre sa m&#233;thode d'action : la guerre. C'est l&#224; un dilemme de l'histoire du monde, un ou bien - ou bien encore ind&#233;cis dont les plateaux balancent devant la d&#233;cision du prol&#233;tariat conscient. Le prol&#233;tariat doit jeter r&#233;solument dans la balance le glaive de son combat r&#233;volutionnaire : l'avenir de la civilisation et de l'humanit&#233; en d&#233;pendent. Au cours de cette guerre, l'imp&#233;rialisme a remport&#233; la victoire. En faisant peser de tout son poids le glaive sanglant de l'assassinat des peuples, il a fait pencher la balance du c&#244;t&#233; de l'abime, de la d&#233;solation et de la honte. Tout ce fardeau de honte et de d&#233;solation ne sera contrebalanc&#233; que si, au milieu de la guerre, nous savons retirer de la guerre la le&#231;on qu'elle contient, si le prol&#233;tariat parvient &#224; se ressaisir et s'il cesse de jouer le r&#244;le d'un esclave manipul&#233; par les classes dirigeantes pour devenir le ma&#238;tre de son propre destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re paie cher toute nouvelle prise de conscience de sa vocation historique. Le Golgotha de sa lib&#233;ration est pav&#233; de terribles sacrifices. Les combattants des journ&#233;es de Juin, les victimes de la Commune, les martyrs de la R&#233;volution russe - quelle ronde sans fin de spectres sanglants ! Mais ces hommes-l&#224; sont tomb&#233;s au champ d'honneur, ils sont, comme Marx l'&#233;crivit &#224; propos des h&#233;ros de la Commune, &#171; ensevelis &#224; jamais dans le grand coeur de la classe ouvri&#232;re &#187;. Maintenant, au contraire, des millions de prol&#233;taires de tous les pays tombent au champ de la honte, du fratricide, de l'automutilation, avec aux l&#232;vres leurs chants d'esclaves. Il a fallu que cela aussi ne nous soit pas &#233;pargn&#233;. Vraiment nous sommes pareils &#224; ces Juifs que Mo&#239;se a conduits &#224; travers le d&#233;sert. Mais nous ne sommes pas perdus et nous vaincrons pourvu que nous n'ayons pas d&#233;sappris d'apprendre. Et si jamais le guide actuel du prol&#233;tariat, la social-d&#233;mocratie, ne savait plus apprendre, alors elle p&#233;rirait &#171; pour faire place aux hommes qui soient &#224; la hauteur d'un monde nouveau &#187; (....) La politique imp&#233;rialiste n'est pas l'oeuvre d'un pays ou d'un groupe de pays. Elle est le produit de l'&#233;volution mondiale du capitalisme &#224; un moment donn&#233; de sa maturation. C'est un ph&#233;nom&#232;ne international par nature, un tout ins&#233;parable qu'on ne peut comprendre que dans ses rapports r&#233;ciproques et auquel aucun &#201;tat ne saurait se soustraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce point de vue seulement qu'on peut &#233;valuer correctement dans la guerre actuelle la question de la &#171; d&#233;fense nationale &#187;. L'Etat national, l'unit&#233; et l'ind&#233;pendance nationales, tels &#233;taient les drapeaux id&#233;ologiques sous lesquels se sont constitu&#233;s les grands &#201;tats bourgeois du coeur de l'Europe au si&#232;cle dernier. Le capitalisme est incompatible avec le particularisme des petits &#201;tats, avec un &#233;miettement politique et &#233;conomique ; pour s'&#233;panouir, il lui faut un territoire coh&#233;rent aussi grand que possible, d'un m&#234;me niveau de civilisation ; sans quoi, on ne pourrait &#233;lever les besoins de la soci&#233;t&#233; au niveau requis pour la production marchande capitaliste, ni faire fonctionner le m&#233;canisme de la domination bourgeoise moderne. Avant d'&#233;tendre son r&#233;seau sur le globe tout entier, l'&#233;conomie capitaliste a cherch&#233; &#224; se cr&#233;er un territoire d'un seul tenant dans les limites nationales d'un &#201;tat. Ce programme, &#233;tant donn&#233; l'&#233;chiquier politique et national tel qu'il avait &#233;t&#233; transmis par le f&#233;odalisme m&#233;di&#233;val, ne pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233; que par des voies r&#233;volutionnaires. Il ne l'a &#233;t&#233; qu'en France au cours de la grande R&#233;volution. Dans le reste de l'Europe (tout comme la r&#233;volution bourgeoise d'ailleurs), ce programme est rest&#233; &#224; l'&#233;tat d'&#233;bauche, il s'est arr&#234;t&#233; &#224; mi-chemin. L'Empire allemand et l'Italie d'aujourd'hui, le maintien de l'Autriche-Hongrie et de la Turquie jusqu'&#224; nos jours, l'Empire russe et le Commonwealth britannique en sont des preuves vivantes. Le programme national n'a jou&#233; un r&#244;le historique, en tant qu'expression id&#233;ologique de la bourgeoisie montante aspirant au pouvoir dans l'&#201;tat, que jusqu'au moment o&#249; la soci&#233;t&#233; bourgeoise s'est tant bien que mal install&#233;e dans les grands Etats du centre de l'Europe et y a cr&#233;&#233; les instruments et les conditions indispensables de sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, l'imp&#233;rialisme a compl&#232;tement enterr&#233; le vieux programme bourgeois d&#233;mocratique : l'expansion au-del&#224; des fronti&#232;res nationales (quelles que soient les conditions nationales des pays annex&#233;s) est devenue la plate-forme de la bourgeoisie de tous les pays. Certes, la phrase nationale est demeur&#233;e, mais son contenu r&#233;el et sa fonction se sont mu&#233;s en leur contraire. Elle ne sert plus qu'&#224; masquer tant bien que mal les aspirations imp&#233;rialistes, &#224; moins qu'elle ne soit utilis&#233;e comme cri de guerre, dans les conflits imp&#233;rialistes, seul et ultime moyen id&#233;ologique de capter l'adh&#233;sion des masses populaires et de leur faire jouer leur r&#244;le de chair &#224; canon dans les guerres imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance g&#233;n&#233;rale de la politique capitaliste actuelle domine la politique des &#201;tats particuliers comme une loi aveugle et toute-puissante, tout comme les lois de la concurrence &#233;conomique d&#233;terminent rigoureusement les conditions de production pour chaque entrepreneur particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons un instant - pour dissiper le fant&#244;me de la &#171; guerre nationale &#187; qui domine actuellement la politique sociale-d&#233;mocrate que, dans l'un des &#201;tats contemporains, la guerre ait effectivement d&#233;but&#233; comme une simple guerre de d&#233;fense nationale ; nous voyons que des succ&#232;s militaires conduisent avant toute chose &#224; l'occupation des territoires &#233;trangers. Mais en pr&#233;sence de groupes capitalistes hautement influents, qui sont int&#233;ress&#233;s &#224; des acquisitions imp&#233;rialistes les app&#233;tits d'expansion se r&#233;veillent au cours de la guerre, et la tendance imp&#233;rialiste qui, au d&#233;but de celle-ci, &#233;tait en germe ou sommeillait, va se d&#233;velopper comme en serre chaude et va d&#233;terminer le caract&#232;re de la guerre, ses buts et ses cons&#233;quences. En outre, le syst&#232;me d'alliance entre les &#201;tats militaires qui, depuis des dizaines d'ann&#233;es, domine les relations politiques des &#201;tats implique n&#233;cessairement que chacune des parties bellig&#233;rantes, d'un point de vue purement d&#233;fensif, cherche &#224; attirer des alli&#233;s dans son camp. De ce fait, la guerre entra&#238;ne sans cesse de nouveaux pays et ainsi, in&#233;vitablement, les int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes de la politique mondiale sont touch&#233;s, et de nouveaux int&#233;r&#234;ts se cr&#233;ent. L'Angleterre a entra&#238;n&#233; le Japon dans la guerre, a fait passer la guerre d'Europe en Asie orientale et a mis les destin&#233;es de la Chine &#224; l'ordre du jour, a attis&#233; les rivalit&#233;s entre le Japon et les &#201;tats-Unis, entre elle et le Japon - et ainsi a accumul&#233; de quoi alimenter de nouveaux conflits. De m&#234;me, dans l'autre camp, l'Allemagne a entra&#238;n&#233; la Turquie dans la guerre, ce qui am&#232;ne &#224; liquider aussit&#244;t la question de Constantinople, la question des Balkans et du Proche-Orient. Celui qui n'aurait pas compris que, dans ses causes et ses points de d&#233;part, la guerre mondiale &#233;tait d&#233;j&#224; une guerre purement imp&#233;rialiste, peut apercevoir en tout cas, d'apr&#232;s ses effets, que la guerre devait, dans les conditions actuelles, se transformer en un processus imp&#233;rialiste de partage du monde selon un encha&#238;nement tout &#224; fait m&#233;canique et in&#233;vitable. C'est ce qui s'est produit pour ainsi dire depuis le d&#233;but. Comme l'&#233;quilibre de forces reste constamment pr&#233;caire entre les parties bellig&#233;rantes, chacune d'elles est oblig&#233;e d'un point de vue purement militaire de renforcer sa propre position et de se pr&#233;server du danger de nouvelles hostilit&#233;s, et de tenir en laisse les pays neutres en proc&#233;dant &#224; toute une s&#233;rie de combines sur les peuples et les pays. Voir les &#171; offres &#187; germano-autrichiennes, d'une part, et anglo-russes, d'autre part, qui sont faites en Italie, en Roumanie, en Gr&#232;ce et en Bulgarie. La pr&#233;tendue &#171; guerre de d&#233;fense nationale &#187; a donc comme cons&#233;quence chez les pays non engag&#233;s un d&#233;placement g&#233;n&#233;ral des possessions et des rapports de force, qui va express&#233;ment dans le sens de l'expansion. Enfin, comme aujourd'hui tous les Etats capitalistes ont des possessions coloniales et qu'en cas de guerre, m&#234;me si celle-ci d&#233;bute comme une &#171; guerre de d&#233;fense nationale &#187;, les colonies y sont attir&#233;es pour des raisons purement militaires, et comme chaque Etat bellig&#233;rant cherche &#224; occuper les colonies de l'adversaire ou du moins &#224; y provoquer un soul&#232;vement - voir la mainmise des colonies allemandes par l'Angleterre et les tentatives qui sont faites pour d&#233;clencher la &#171; guerre sainte &#187; dans les colonies anglaises et fran&#231;aises -, toute guerre actuelle doit automatiquement se transformer en une conflagration mondiale de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, cette id&#233;e d'une guerre modeste et vertueuse pour la d&#233;fense de la patrie qui obs&#232;de aujourd'hui nos parlementaires et nos journalistes est une pure fiction qui emp&#234;che toute saisie d'ensemble de la situation historique dans son contexte mondial. L'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant quant &#224; la nature de la guerre, c'est la nature historique de la soci&#233;t&#233; contemporaine et de son organisation militaire, et non pas les d&#233;clarations solennelles ni m&#234;me les intentions sinc&#232;res des &#171; dirigeants &#187; politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma d'une pure &#171; guerre de d&#233;fense nationale &#187; pouvait peut-&#234;tre &#224; premi&#232;re vue s'appliquer &#224; un pays comme la Suisse. Mais, comme par hasard, il se fait que la Suisse n'est pas un &#201;tat national et que, de plus, elle n'est pas repr&#233;sentative des &#201;tats actuels. Sa &#171; neutralit&#233; &#187; et le luxe de sa milice ne sont pr&#233;cis&#233;ment que des produits n&#233;gatifs de l'&#233;tat de guerre latent des grandes puissances militaires qui l'entourent et ils ne seront durables qu'aussi longtemps qu'elle pourra s'accommoder de cette situation. Une telle neutralit&#233; est foul&#233;e aux pieds en un clin d'oeil par les bottes de l'imp&#233;rialisme, au cours d'une guerre mondiale : c'est ce dont t&#233;moigne le sort de la Belgique. Ici, nous en arrivons tout sp&#233;cialement &#224; la situation des petits &#201;tats. Le cas de la Serbie constitue aujourd'hui le meilleur moyen de mettre &#224; l'&#233;preuve le mythe de la &#171; guerre nationale &#187;. S'il est un &#201;tat qui a pour lui le droit &#224; la d&#233;fense nationale d'apr&#232;s tous les indices formels ext&#233;rieurs, c'est bien la Serbie. Priv&#233;e de son unit&#233; nationale par les annexions de l'Autriche, menac&#233;e par l'Autriche dans son existence nationale, accul&#233;e &#224; la guerre par l'Autriche, la Serbie m&#232;ne une v&#233;ritable guerre de d&#233;fense nationale pour sauvegarder son existence et sa libert&#233;. Si la position du groupe social-d&#233;mocrate allemand est juste, alors les sociaux-d&#233;mocrates serbes qui ont protest&#233; contre la guerre devant le parlement de Belgrade et qui ont refus&#233; les cr&#233;dits de guerre sont tout simplement des tra&#238;tres : ils auraient trahi les int&#233;r&#234;ts vitaux de leur propre pays. En r&#233;alit&#233;, les Serbes Lapstewitch et Kazlerowitch ne sont pas seulement entr&#233;s en lettres d'or dans l'histoire du socialisme international, mais ont fait preuve d'une p&#233;n&#233;trante vision historique des circonstances r&#233;elles de la guerre, et par l&#224; ils ont rendu un service &#224; leur pays et &#224; l'instruction de leur peuple. Formellement, la Serbie m&#232;ne sans nul doute une guerre de d&#233;fense nationale. Mais les tendances de sa monarchie et de ses classes dirigeantes vont dans le sens de l'expansion, comme les tendances des classes dirigeantes de tous les &#201;tats actuels, sans tenir compte des fronti&#232;res nationales, et prennent par l&#224; un caract&#232;re agressif. Il en est ainsi pour la tendance de la Serbie vers la C&#244;te Adriatique, o&#249; elle a vid&#233; avec l'Italie un v&#233;ritable diff&#233;rend imp&#233;rialiste sur le dos des Albanais, et dont l'issue se d&#233;cida finalement en dehors de la Serbie, entre les grandes puissances. Cependant, le point capital est le suivant : derri&#232;re l'imp&#233;rialisme serbe, on trouve l'imp&#233;rialisme russe. La Serbie elle-m&#234;me n'est qu'un pion sur le grand &#233;chiquier de la politique mondiale et toute analyse de l'attitude de la Serbie face &#224; la guerre qui ne tient pas compte de tout ce contexte et de l'arri&#232;re-plan politique g&#233;n&#233;ral n'est b&#226;tie que sur du sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci concerne &#233;galement la derni&#232;re guerre des Balkans. Si on consid&#232;re les choses isol&#233;ment et d'une mani&#232;re formelle, les jeunes &#201;tats balkaniques &#233;taient historiquement dans leur bon droit, ils accomplissaient le vieux programme d&#233;mocratique de l'&#201;tat national. Cependant, replac&#233;es dans leur contexte historique r&#233;el qui a fait des Balkans le centre de la politique mondiale imp&#233;rialiste, les guerres des Balkans n'&#233;taient objectivement qu'un d&#233;tail du tableau d'ensemble des hostilit&#233;s, un maillon de la cha&#238;ne fatidique des &#233;v&#233;nements qui ont conduit &#224; la guerre mondiale avec une fatale n&#233;cessit&#233;. La social-d&#233;mocratie internationale a r&#233;serv&#233; &#224; B&#226;le aux socialistes des pays balkaniques l'ovation la plus chaleureuse pour leur refus de toute collaboration morale ou politique &#224; la guerre des Balkans et pour avoir d&#233;masqu&#233; le vrai visage de cette guerre par l&#224;, elle a condamn&#233; par avance l'attitude des socialistes allemands et fran&#231;ais dans la guerre actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les petits &#201;tats se trouvent cependant aujourd'hui dans la m&#234;me situation que les &#201;tats balkaniques ; ainsi, par exemple, la Hollande. &#171; Quand le bateau coule, il faut avant tout songer &#224; boucher les fuites. &#187; De quoi pourrait-il s'agir en effet pour la petite Hollande, sinon tout simplement de d&#233;fense nationale, de la d&#233;fense de l'existence et de l'ind&#233;pendance du pays ? Si on prend uniquement en consid&#233;ration les intentions du peuple hollandais, il ne serait question que de d&#233;fense nationale. Mais la politique prol&#233;tarienne qui repose sur la connaissance historique ne peut tenir compte des intentions subjectives d'un pays particulier, elle doit se placer &#224; un niveau international et s'orienter par rapport &#224; la totalit&#233; de la situation de la politique mondiale. La Hollande, qu'elle le veuille ou non, n'est, elle aussi, qu'un petit rouage dans tout l'engrenage de la politique et de la diplomatie mondiales actuelles. Ceci appara&#238;trait aussit&#244;t d'une mani&#232;re &#233;vidente au cas o&#249; la Hollande serait effectivement entra&#238;n&#233;e dans le Maelstrom de la guerre mondiale. Tout d'abord, ses adversaires chercheraient &#224; frapper ses colonies ; la strat&#233;gie de la Hollande au cours de cette guerre aurait donc tout naturellement pour but la conservation de ses possessions actuelles, et la d&#233;fense de l'ind&#233;pendance nationale du peuple flamand de la mer du Nord d&#233;boucherait en fait sur la d&#233;fense de son droit &#224; dominer et &#224; exploiter le peuple malais de l'archipel indon&#233;sien. Mais ce n'est pas tout : livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, le militarisme hollandais se briserait comme une coquille de noix dans le tourbillon de la guerre mondiale ; la Hollande ferait aussit&#244;t partie, qu'elle le veuille ou non, d'une des grandes associations d'&#201;tats combattants, et de la sorte elle deviendrait aussi le support et l'instrument de tendances purement imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est &#224; chaque fois le cadre historique de l'imp&#233;rialisme actuel qui d&#233;termine le caract&#232;re de la guerre pour chaque pays particulier, et ce cadre fait que, de nos jours, les guerres de d&#233;fense nationale ne sont absolument plus possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'&#233;crivait &#233;galement Kautsky il y a quelques ann&#233;es &#224; peine dans sa brochure Patriotisme et social-d&#233;mocratie (Leipzig, 1907) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si le patriotisme de la bourgeoisie et le patriotisme du prol&#233;tariat sont deux choses tout &#224; fait diff&#233;rentes, et m&#234;me oppos&#233;es, il y a quand m&#234;me des situations dans lesquelles ces deux sortes de patriotisme peuvent converger pour agir de concert, m&#234;me dans le cas d'une guerre. La bourgeoisie et le prol&#233;tariat d'une nation sont l'un comme l'autre int&#233;ress&#233;s &#224; son ind&#233;pendance et &#224; son autonomie, ils veulent tous deux l'&#233;limination et l'&#233;loignement de toute sorte d'oppression et d'exploitation par une nation &#233;trang&#232;re ; au cours des luttes nationales naissant de pareilles aspirations, le patriotisme du prol&#233;tariat s'est toujours uni &#224; celui de la bourgeoisie. Depuis lors, cependant, le prol&#233;tariat est devenu une force qui, chaque fois que l'Etat subit un grand &#233;branlement, se montre dangereuse pour les classes dirigeantes ; depuis lors, &#224; la fin de toute guerre, la r&#233;volution menace, comme l'ont montr&#233; la Commune de Paris et le terrorisme russe apr&#232;s la guerre russo-turque ; et depuis lors, m&#234;me la bourgeoisie des nations qui ne sont pas du tout ou trop peu ind&#233;pendantes et unifi&#233;es a effectivement abandonn&#233; ses buts nationaux lorsqu'ils ne pouvaient &#234;tre atteints que par le renversement du gouvernement, car elle d&#233;teste et redoute la r&#233;volution plus qu'elle n'aime l'ind&#233;pendance et la grandeur de la nation. C'est pourquoi elle renonce &#224; l'ind&#233;pendance de la Pologne et laisse subsister des formes d'&#201;tats aussi ant&#233;diluviens que l'Autriche et la Turquie, qui, il y a une g&#233;n&#233;ration d&#233;j&#224;, semblaient destin&#233;s &#224; dispara&#238;tre. De ce fait, les probl&#232;mes nationaux qui, aujourd'hui encore, ne peuvent &#234;tre r&#233;solus que par la guerre ou la r&#233;volution ne pourront d&#233;sormais trouver une solution qu'apr&#232;s la victoire pr&#233;alable du prol&#233;tariat. Car ils prendront aussit&#244;t, en raison de la solidarit&#233; internationale, une toute autre forme aujourd'hui, dans la soci&#233;t&#233; de l'exportation et de l'oppression. Le prol&#233;tariat des &#201;tats capitalistes n'aura plus &#224; s'occuper comme aujourd'hui de ses luttes pratiques, il pourra consacrer toutes ses forces &#224; d'autres t&#226;ches. &#187; (pp. 12-14.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Entre-temps, il devient de moins en moins vraisemblable que le patriotisme prol&#233;taire et le patriotisme bourgeois puissent encore s'unir pour d&#233;fendre la libert&#233; de leur pays. &#187; La bourgeoisie fran&#231;aise, dit-il, s'est unie au tsarisme. La Russie n'est plus un danger pour la libert&#233; de l'Europe occidentale, parce que affaiblie par la r&#233;volution. &#171; Dans ces conditions, on ne doit plus s'attendre &#224; assister encore &#224; une guerre de d&#233;fense nationale au cours de laquelle le patriotisme prol&#233;tarien et le patriotisme bourgeois pourraient s'allier. &#187; (p. 16.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment qu'avaient cess&#233; les oppositions qui, au XIXe si&#232;cle encore, pouvaient obliger bien des peuples libres &#224; entrer en conflit arm&#233; avec leurs voisins, nous avons vu que le militarisme actuel ne servait plus du tout la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts essentiels du peuple, mais seulement du profit ; qu'il ne contribuait plus &#224; maintenir l'ind&#233;pendance et l'int&#233;grit&#233; nationales qui ne sont menac&#233;es par personne, mais seulement &#224; conserver et &#224; &#233;tendre les conqu&#234;tes d'outre-mer qui favorisent uniquement le profit capitaliste. Les oppositions actuelles entre les &#201;tats ne permirent plus de mener une guerre &#224; laquelle le patriotisme prol&#233;tarien ne devrait pas s'opposer de la mani&#232;re la plus cat&#233;gorique. &#187; (p. 23.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que r&#233;sulte-t-il de tout cela en ce qui concerne l'attitude pratique de la social-d&#233;mocratie dans la guerre actuelle ? Devait-elle d&#233;clarer : puisque cette guerre est une guerre imp&#233;rialiste, puisque l'Etat dans lequel nous vivons ne r&#233;pond pas au droit socialiste de libre disposition, ni &#224; l'id&#233;al national, nous ne nous en soucions pas, nous l'abandonnons &#224; l'ennemi ? Jamais l'attitude passive du laisser faire, laisser passer ne peut &#234;tre la ligne de conduite d'un parti r&#233;volutionnaire comme la social-d&#233;mocratie. Le r&#244;le de la social-d&#233;mocratie, ce n'est pas de se placer sous le commandement des classes dirigeantes pour d&#233;fendre la soci&#233;t&#233; de classe existante, ni de rester silencieusement &#224; l'&#233;cart en attendant que la tourmente soit pass&#233;e, mais bien de suivre une politique de classe ind&#233;pendante qui, dans chaque grande crise de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, aiguillonne les classes dirigeantes &#224; aller de l'avant et, par l&#224;, chasse la crise : voil&#224; son r&#244;le, en tant qu'avant-garde du prol&#233;tariat en lutte. Au lieu de draper la guerre imp&#233;rialiste dans le vote fallacieux de la d&#233;fense nationale, il s'agissait pr&#233;cis&#233;ment de prendre au s&#233;rieux le droit de libre disposition des peuples et la d&#233;fense nationale, de s'en servir comme de leviers r&#233;volutionnaires, et de les retourner contre la guerre imp&#233;rialiste. L'exigence la plus &#233;l&#233;mentaire de la d&#233;fense de la nation est que la nation prenne elle-m&#234;me sa d&#233;fense en main. La premi&#232;re &#233;tape dans cette direction est : la milice, &#224; savoir : pas seulement l'armement imm&#233;diat de tous les hommes adultes, mais avant tout aussi la possibilit&#233; pour le peuple de d&#233;cider de la guerre et de la paix, et encore le r&#233;tablissement imm&#233;diat de tous les droits politiques, car la plus grande libert&#233; politique est le fondement indispensable de la d&#233;fense nationale populaire. Proclamer ces v&#233;ritables mesures de d&#233;fense nationale et exiger leur application, c'&#233;tait l&#224; la premi&#232;re t&#226;che de la social-d&#233;mocratie. Pendant quarante ans, nous avons expliqu&#233; aux classes dirigeantes et aux masses populaires que seule la milice &#233;tait &#224; m&#234;me de d&#233;fendre r&#233;ellement la patrie et de la rendre invincible. Et voil&#224; qu'au moment o&#249; arrivait la premi&#232;re grande &#233;preuve, nous avons, comme si c'&#233;tait l'&#233;vidence m&#234;me, abandonn&#233; la d&#233;fense du pays &#224; l'arm&#233;e permanente, cette chair &#224; canon sous la f&#233;rule des classes dirigeantes. Visiblement, nos parlementaires n'ont m&#234;me pas remarqu&#233; qu'en accompagnant de leurs &#171; voeux ardents &#187; cette chair &#224; canon qui partait au front et en reconnaissant qu'elle &#233;tait la v&#233;ritable d&#233;fense de la patrie, en admettant sans aucun commentaire que l'arm&#233;e royale prussienne permanente &#233;tait sa sauvegarde &#224; l'heure de la plus grande d&#233;tresse, ils laissaient froidement tomber le point capital de notre programme politique : la milice, qu'ils r&#233;duisaient &#224; n&#233;ant la signification de quarante ans d'agitation sur la question de la milice, qu'ils en faisaient une fumisterie utopique que personne ne prendra plus jamais au s&#233;rieux [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres du prol&#233;tariat international comprenaient autrement la d&#233;fense de la patrie. Lorsque le prol&#233;tariat prit le pouvoir en 1871 dans la ville de Paris assi&#233;g&#233;e par les Prussiens, Marx commentait ainsi avec enthousiasme son action :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Paris, si&#232;ge central de l'ancien pouvoir gouvernemental, et, en m&#234;me temps, forteresse sociale de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, avait pris les armes contre la tentative faite par Thiers et ses ruraux pour restaurer et perp&#233;tuer cet ancien pouvoir gouvernemental que leur avait l&#233;gu&#233; l'Empire. Paris pouvait seulement r&#233;sister parce que, du fait du si&#232;ge, il s'&#233;tait d&#233;barrass&#233; de l'arm&#233;e et l'avait remplac&#233;e par une garde nationale, dont la masse &#233;tait constitu&#233;e par des ouvriers. C'est cet &#233;tat de fait qu'il s'agissait maintenant de transformer en une institution durable. Le premier d&#233;cret de la Commune fut donc la suppression de l'arm&#233;e permanente, et son remplacement par le peuple en armes. [...] Si la Commune &#233;tait donc la repr&#233;sentation v&#233;ritable de tous les &#233;l&#233;ments sains de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, et par suite le v&#233;ritable gouvernement national, elle &#233;tait en m&#234;me temps un gouvernement ouvrier, et, &#224; ce titre, en sa qualit&#233; de champion audacieux de l'&#233;mancipation du travail, internationale au plein sens du terme. Sous les yeux de l'arm&#233;e prussienne qui avait annex&#233; &#224; l'Allemagne deux provinces fran&#231;aises, la Commune annexait &#224; la France les travailleurs du monde entier. &#187; (Adresse du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Internationale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment nos vieux ma&#238;tres concevaient-ils le r&#244;le de la social-d&#233;mocratie dans une guerre comme celle que nous connaissons aujourd'hui ? Friedrich Engels d&#233;crivait comme suit les lignes fondamentales de la politique que le parti du prol&#233;tariat doit adopter dans une grande guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Une guerre o&#249; les Russes et les Fran&#231;ais envahiraient l'Allemagne serait pour celle-ci un combat de vie ou de mort dans lequel elle ne pourrait assurer son existence nationale qu'en recourant aux mesures les plus r&#233;volutionnaires. Le gouvernement actuel, s'il n'y est pas forc&#233;, ne d&#233;clenchera certes pas la r&#233;volution. Mais nous, nous avons un parti fort qui peut l'y forcer, ou le remplacer, s'il le faut : le parti social-d&#233;mocrate. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Et nous n'avons pas oubli&#233; l'exemple prestigieux que nous a donn&#233; la France de 1793. Le jubil&#233; du centenaire de 1793 approche. Si l'ardeur conqu&#233;rante du tsarisme et l'impatience chauviniste de la bourgeoisie fran&#231;aise devaient retarder l'avance victorieuse mais pacifique des sociaux-d&#233;mocrates allemands, ceux-ci - soyez-en s&#251;rs sont pr&#234;ts &#224; prouver au monde que les prol&#233;taires allemands d'aujourd'hui ne sont pas indignes des sans-culottes et que 1893 peut &#234;tre plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; de 1793. Et si les soldats &#233;trangers mettent le pied en territoire allemand, ils seront accueillis par ces paroles de la Marseillaise : &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quoi, ces cohortes &#233;trang&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt; Feraient la loi dans nos foyers ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En bref : la paix signifie la certitude de la victoire du parti social-d&#233;mocrate allemand en dix ans environ. La guerre lui apportera soit la victoire en deux ou trois ans, soit la ruine compl&#232;te pour quinze &#224; vingt ans au moins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il &#233;crivait cela, Engels envisageait une tout autre situation que la situation actuelle. Il avait encore sous les yeux le vieil Empire tsariste, alors que nous, depuis lors, nous avons connu la grande R&#233;volution russe. De plus, il songeait &#224; une v&#233;ritable guerre de d&#233;fense nationale de l'Allemagne attaqu&#233;e simultan&#233;ment &#224; l'est et &#224; l'ouest. Enfin, il avait surestim&#233; le degr&#233; d'&#233;volution de la situation en Allemagne et les perspectives d'une r&#233;volution sociale : les vrais militants ont souvent tendance &#224; surestimer le rythme de l'&#233;volution. Mais ce qui ressort en tout cas clairement de son analyse, c'est que par d&#233;fense nationale dans le sens de la politique social-d&#233;mocrate, Engels n'entendait pas le soutien du gouvernement des junkers prussiens et de son &#233;tat-major, mais une action r&#233;volutionnaire qui suivrait l'exemple des jacobins fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les sociaux-d&#233;mocrates doivent d&#233;fendre leur pays lors des grandes crises historiques. Et la lourde faute du groupe social-d&#233;mocrate du Reichstag est d'avoir solennellement proclam&#233; dans sa d&#233;claration du 4 ao&#251;t 1914 : &#171; A l'heure du danger, nous ne laisserons pas notre patrie sans d&#233;fense &#187;, et d'avoir, dans le m&#234;me temps, reni&#233; ses paroles. Il a laiss&#233; la patrie sans d&#233;fense &#224; l'heure du plus grand danger. Car son premier devoir envers la patrie &#233;tait &#224; ce moment de lui montrer les dessous v&#233;ritables de cette guerre imp&#233;rialiste, de rompre le r&#233;seau de mensonges patriotiques et diplomatiques qui camouflait cet attentat contre la patrie ; de d&#233;clarer haut et clair que, dans cette guerre, la victoire et la d&#233;faite &#233;taient &#233;galement funestes pour le peuple allemand ; de r&#233;sister jusqu'&#224; la derni&#232;re extr&#233;mit&#233; &#224; l'&#233;tranglement de la patrie au moyen de l'&#233;tat de si&#232;ge ; de proclamer la n&#233;cessit&#233; d'armer imm&#233;diatement le peuple et de le laisser d&#233;cider lui-m&#234;me la question de la guerre ou de la paix ; d'exiger avec la derni&#232;re &#233;nergie que la repr&#233;sentation populaire si&#232;ge en permanence pendant toute la dur&#233;e de la guerre pour assurer le contr&#244;le vigilant de la repr&#233;sentation populaire sur le gouvernement et du peuple sur la repr&#233;sentation populaire ; d'exiger l'abolition imm&#233;diate de toutes les limitations des droits politiques, car seul un peuple libre peut d&#233;fendre avec succ&#232;s son pays ; d'opposer, enfin, au programme imp&#233;rialiste de guerre - qui tend &#224; la conservation de l'Autriche et de la Turquie, c'est-&#224;-dire de la r&#233;action en Europe et en Allemagne -, le vieux programme v&#233;ritablement national des patriotes et des d&#233;mocrates de 1848, le programme de Marx, Engels et Lassalle : le mot d'ordre de la grande et indivisible R&#233;publique allemande. Tel est le drapeau qu'il fallait d&#233;ployer devant le pays, qui aurait &#233;t&#233; v&#233;ritablement national, v&#233;ritablement lib&#233;rateur, et qui aurait r&#233;pondu aux meilleures traditions de l'Allemagne et de la politique de classe internationale du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande heure historique de la guerre mondiale r&#233;clamait manifestement une action politique r&#233;solue, une prise de position aux vues larges et &#233;tendues, une orientation sup&#233;rieure du pays que seule la social-d&#233;mocratie &#233;tait appel&#233;e &#224; proposer. Au lieu de cela, on assista &#224; une faillite lamentable et sans exemple de la part de la repr&#233;sentation parlementaire de la classe ouvri&#232;re, qui avait la parole &#224; ce moment. Par la faute de ses dirigeants, la social-d&#233;mocratie n'a m&#234;me pas suivi une fausse politique : elle n'a pas suivi de politique du tout, en tant que parti d'une classe dou&#233; de sa propre vision du monde, elle s'est mise compl&#232;tement hors circuit ; elle a abandonn&#233; sans broncher le pays au sort redoutable de la guerre imp&#233;rialiste et &#224; la dictature du sabre et, par-dessus le march&#233;, elle a assum&#233; la responsabilit&#233; de la guerre. La d&#233;claration du groupe parlementaire dit qu'il a seulement vot&#233; en faveur des moyens n&#233;cessaires &#224; la d&#233;fense du pays, mais que, par contre, il d&#233;cline la responsabilit&#233; de la guerre. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'inverse qui est vrai. Les moyens n&#233;cessaires &#224; cette &#171; d&#233;fense nationale &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; la boucherie humaine d&#233;clench&#233;e par l'imp&#233;rialisme au moyen des arm&#233;es de la monarchie militaire, la social-d&#233;mocratie n'avait pas du tout besoin de les voter, car leur mise en oeuvre ne d&#233;pendait pas le moins du monde du vote des sociaux-d&#233;mocrates : ceux-ci &#233;taient en minorit&#233; face &#224; la majorit&#233; compacte des trois quarts du Reichstag bourgeois. Par son vote spontan&#233;, le groupe social-d&#233;mocrate n'a abouti qu'&#224; une chose : &#224; attester l'unit&#233; du peuple tout entier pendant la guerre, &#224; proclamer l'Union sacr&#233;e, c'est-&#224;-dire la suspension de la lutte de classes, l'interruption de la politique d'opposition de la social-d&#233;mocratie au cours de la guerre, donc &#224; assumer la coresponsabilit&#233; morale de la guerre. Par son vote spontan&#233;, elle a marqu&#233; cette guerre du sceau de la d&#233;fense d&#233;mocratique de la patrie, a contribu&#233; &#224; tromper les masses sur les vraies conditions et les vraies t&#226;ches de la d&#233;fense de la patrie et contresign&#233; cette mystification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le grave dilemme : int&#233;r&#234;ts de la patrie et solidarit&#233; internationale du prol&#233;tariat, le conflit tragique qui a incit&#233; nos parlementaires &#224; rallier &#171; d'un coeur lourd &#187; le camp de la guerre imp&#233;rialiste, n'est que pure invention, une fiction nationaliste bourgeoise. Au contraire, entre les int&#233;r&#234;ts du pays et les int&#233;r&#234;ts de classe de l'Internationale prol&#233;tarienne, il existe aussi bien pendant la guerre que pendant la paix une parfaite harmonie : la guerre, comme la paix, exige le d&#233;veloppement le plus intense de la lutte de classes et la d&#233;fense la plus r&#233;solue du programme social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que devait faire notre parti pour souligner son opposition &#224; la guerre et ses exigences ? Devait-il proclamer la gr&#232;ve de masse ? Ou bien exhorter les soldats &#224; refuser de servir ? C'est ainsi que l'on pose la question habituellement. R&#233;pondre oui &#224; de telles questions serait tout aussi ridicule que si le parti se mettait &#224; d&#233;cr&#233;ter : &#171; Si la guerre &#233;clate, alors nous faisons la r&#233;volution. &#187; Les r&#233;volutions ne sont pas &#171; faites &#187;, et les grands mouvements populaires ne sont pas mis en sc&#232;ne avec des recettes techniques qui sortiraient de la poche des dirigeants des instances du parti. De petits cercles de conspirateurs peuvent bien &#171; pr&#233;parer &#187; un putsch pour un jour et une heure pr&#233;cis, ils peuvent au moment voulu donner le signal de l'&#171; attaque &#187; &#224; quelques milliers de partisans. Mais dans les grands moments de l'histoire, les mouvements de masse ne sont pas dirig&#233;s par des moyens aussi primitifs. La gr&#232;ve de masse &#171; la mieux pr&#233;par&#233;e &#187; peut dans certaines circonstances faire long feu lamentablement, juste au moment o&#249; un chef de parti lui donne &#171; le signal &#187;, ou bien, apr&#232;s un premier &#233;lan, tomber &#224; plat. Si de grandes manifestations populaires et des actions de masse ont effectivement lieu sous une forme ou une autre, ce qui en d&#233;cide, c'est tout un ensemble de facteurs &#233;conomiques, politiques et psychiques, la tension des oppositions de classe &#224; un moment donn&#233;, le degr&#233; de conscience et de combativit&#233; des masses tous facteurs impr&#233;visibles qu'aucun parti ne peut produire artificiellement. C'est l&#224; toute la diff&#233;rence entre les grandes crises de l'histoire et les petites actions de parade qu'en p&#233;riode calme un parti bien disciplin&#233; peut ex&#233;cuter d&#233;licatement sous la baguette de ses &#171; instances &#187;. L'heure historique exige &#224; chaque fois les formes correspondantes du mouvement populaire et en cr&#233;e elle-m&#234;me de nouvelles et improvise des moyens de lutte inconnus jusque-l&#224;, trie et enrichit l'arsenal du peuple, insouciante de toutes les prescriptions des partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les dirigeants de la social-d&#233;mocratie avaient &#224; proposer en tant qu'avant-garde du prol&#233;tariat conscient, ce n'&#233;tait donc pas des prescriptions et des recettes ridicules de nature technique, mais le mot d'ordre politique, la formulation claire des t&#226;ches et des int&#233;r&#234;ts politiques du prol&#233;tariat au cours de la guerre. Ce qu'on a dit de la gr&#232;ve de masse &#224; propos de la r&#233;volution russe peut s'appliquer &#224; tout mouvement de masse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; S'il est donc vrai que c'est &#224; la p&#233;riode r&#233;volutionnaire que revient la direction de la gr&#232;ve de masse au sens de l'initiative de son d&#233;clenchement et de la prise en charge des frais, il n'est pas moins vrai qu'en un tout autre sens la direction dans les gr&#232;ves de masse revient &#224; la social-d&#233;mocratie et &#224; ses organismes directeurs. Au lieu de se poser le probl&#232;me de la technique et du m&#233;canisme de la gr&#232;ve de masse, la social-d&#233;mocratie est appel&#233;e, dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, &#224; en prendre la direction politique. La t&#226;che la plus importante de &#034; direction &#034; dans la p&#233;riode de la gr&#232;ve de masse, consiste &#224; donner le mot d'ordre de la lutte, &#224; l'orienter, &#224; r&#233;gler la tactique de la lutte politique de telle mani&#232;re qu'&#224; chaque phase et &#224; chaque instant du combat soit r&#233;alis&#233;e et mise en activit&#233; la totalit&#233; de la puissance du prol&#233;tariat d&#233;j&#224; engag&#233; et lanc&#233; dans la bataille et que cette puissance s'exprime par la position du parti dans la lutte ; il faut que la tactique de la social-d&#233;mocratie ne se trouve jamais, quant &#224; l'&#233;nergie et &#224; la pr&#233;cision, au-dessous du niveau du rapport des forces en pr&#233;sence, mais que, au contraire, elle d&#233;passe ce niveau ; alors, cette direction politique se transformera automatiquement en une certaine mesure en direction technique. Une tactique socialiste cons&#233;quente, r&#233;solue, allant de l'avant, provoque dans la masse un sentiment de s&#233;curit&#233;, de confiance, de combativit&#233; ; une tactique h&#233;sitante, faible, fond&#233;e sur une sous-estimation des forces du prol&#233;tariat, paralyse et d&#233;soriente la masse. Dans le premier cas, les gr&#232;ves de masse &#233;clatent &#034; spontan&#233;ment &#034; et toujours &#034; en temps opportun &#034; ; dans le deuxi&#232;me cas, la direction du parti a beau appeler directement &#224; la gr&#232;ve - c'est en vain. [2] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve qu'il ne s'agit pas de la forme ext&#233;rieure, technique, de l'action, mais de son contenu politique, c'est par exemple le fait que la tribune du Parlement, cet endroit unique d'o&#249; on peut se faire entendre librement et avoir une audience internationale, pouvait dans ce cas-ci devenir un outil prodigieux de stimulation du peuple si elle avait &#233;t&#233; utilis&#233;e par les d&#233;put&#233;s sociaux-d&#233;mocrates dans le but de formuler d'une mani&#232;re claire et distincte les int&#233;r&#234;ts, les t&#226;ches et les exigences de la classe ouvri&#232;re dans cette crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les masses auraient-elles soutenu ces mots d'ordre de la social-d&#233;mocratie par leur attitude ? Personne ne peut le dire dans le feu de l'action. Mais ce n'est pas du tout le point d&#233;cisif. &#171; Avec confiance &#187;, nos parlementaires ont bien laiss&#233; partir en guerre les g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e prusso-allemande, sans exiger de leur part l'assurance qu'ils seraient vainqueurs et que la possibilit&#233; d'une d&#233;faite &#233;tait exclue. Ce qui vaut pour les arm&#233;es militaires vaut aussi pour les arm&#233;es r&#233;volutionnaires : elles engagent le combat l&#224; o&#249; il se pr&#233;sente sans r&#233;clamer au pr&#233;alable la certitude de la r&#233;ussite. Dans le pire des cas, la voix du parti serait rest&#233;e au d&#233;but sans effet visible. Et l'attitude virile de notre parti lui aurait vraisemblablement valu les plus grandes pers&#233;cutions comme c'avait &#233;t&#233; le cas en 1870 pour Bebel et Liebknecht. &#171; Mais qu'est-ce que cela peut faire ? &#187; - disait tr&#232;s simplement Ignaz Auer en 1895 dans son discours sur les F&#234;tes de Sedan - &#171; un parti qui veut conqu&#233;rir le monde doit maintenir bien haut ses principes, sans tenir compte des dangers que cela implique ; il serait perdu s'il agissait autrement ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'est jamais facile de nager &#224; contre-courant - &#233;crivait le vieux Liebknecht - et lorsque le courant se pr&#233;cipite avec la vitesse et la masse imp&#233;tueuse d'un Niagara, alors c'est encore moins une sin&#233;cure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les camarades les plus &#226;g&#233;s ont encore en m&#233;moire la haine des socialistes dans l'ann&#233;e de la plus grande honte nationale : de la honte de la Loi des socialistes - 1878. Des millions de gens voyaient alors en tout social-d&#233;mocrate un meurtrier et un criminel de droit commun, et, en 1870, un tra&#238;tre &#224; la patrie et un ennemi mortel. De telles explosions de l'&#034;&#226;me du peuple&#034; ont, par leur force &#233;l&#233;mentaire monstrueuse, quelque chose de d&#233;concertant, de stup&#233;fiant, d'oppressant. On se sent impuissant devant une puissance sup&#233;rieure, une force majeure excluant toute h&#233;sitation. On n'a aucun adversaire saisissable. C'est comme une &#233;pid&#233;mie : elle est dans les hommes, dans l'air, partout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'explosion de 1878 n'&#233;tait cependant pas comparable en force et en sauvagerie &#224; celle de 1870. Pas seulement l'ouragan de passion humaine qui plie, abat, d&#233;truit tout ce qu'il saisit, mais encore la machinerie redoutable du militarisme fonctionnant &#224; plein rendement - et nous entre les rouages de fer qui mugissaient tout autour et dont le contact &#233;tait synonyme de mort, et entre les bras de fer qui sifflaient tout autour de nous et pouvaient &#224; tout instant nous saisir. A c&#244;t&#233; de la force &#233;l&#233;mentaire des esprits d&#233;cha&#238;n&#233;s, le m&#233;canisme le plus complet de l'art du meurtre que le monde ait jamais connu. Et tout cela dans le mouvement le plus effr&#233;n&#233; - toutes les chaudi&#232;res pr&#234;tes &#224; exploser. O&#249; reste alors la force individuelle, la volont&#233; individuelle ? Surtout si on sait qu'on fait partie d'une minorit&#233;, et si on n'a m&#234;me plus un point d'appui s&#251;r dans le peuple. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Notre parti &#233;tait encore en formation. Nous &#233;tions soumis &#224; l'&#233;preuve la plus difficile qui se puisse concevoir, avant que l'organisation n&#233;cessaire ne soit cr&#233;&#233;e. Lorsque vint la haine des socialistes, l'ann&#233;e de l'ignominie pour nos ennemis, l'ann&#233;e de la gloire pour la social-d&#233;mocratie, nous avions d&#233;j&#224; une organisation si forte et si ramifi&#233;e que chacun &#233;tait r&#233;confort&#233; par la conscience d'un appui puissant et que personne de sens&#233; ne pouvait croire que le parti p&#251;t succomber. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce n'&#233;tait donc pas une sin&#233;cure, alors, de nager &#224; contre-courant. Mais qu'y avait-il &#224; faire ? Ce qui devait &#234;tre, devait &#234;tre. Cela voulait dire : serrer les dents et, quoi qu'il advienne, laisser venir. Ce n'&#233;tait pas le moment d'avoir peur... Or, Bebel et moi... nous ne nous occupions pas un seul instant des avertissements. Nous ne pouvions pas battre en retraite, nous devions rester &#224; notre poste, advienne que pourra. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils rest&#232;rent &#224; leur poste, et la social-d&#233;mocratie allemande s'est nourrie pendant quarante ans de la force morale dont elle avait fait preuve alors contre un monde d'ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que cela se serait aussi pass&#233; cette fois-ci. Au d&#233;but, le seul r&#233;sultat aurait peut-&#234;tre &#233;t&#233; que l'honneur du prol&#233;tariat allemand aurait &#233;t&#233; sauf, que les milliers et les milliers de prol&#233;taires qui p&#233;rissent maintenant dans les tranch&#233;es, le jour, la nuit et dans le brouillard, ne seraient pas morts dans un d&#233;sarroi spirituel accablant, mais en gardant &#224; l'esprit cette faible lueur d'espoir : ce qui leur &#233;tait le plus cher au monde, la social-d&#233;mocratie internationale, lib&#233;ratrice des peuples, n'&#233;tait pas une illusion. Mais d&#233;j&#224; la voix courageuse de notre parti aurait eu pour effet de temp&#233;rer fortement l'ivresse chauvine et l'inconscience de la foule, elle aurait gard&#233; du d&#233;lire les cercles populaires les plus &#233;clair&#233;s, elle aurait contrecarr&#233; le travail d'intoxication et d'abrutissement du peuple par les imp&#233;rialistes. Et pr&#233;cis&#233;ment, la croisade contre la social-d&#233;mocratie aurait rapidement d&#233;gris&#233; les masses populaires. Par la suite, &#224; mesure que les hommes de tous les pays sont pris d'un sentiment de naus&#233;e devant cette boucherie humaine lugubre et interminable, o&#249; le caract&#232;re imp&#233;rialiste de la guerre se trahit de plus en plus, o&#249; le tohubohu de la sp&#233;culation sanguinaire devient de plus en plus insolent tout ce qu'il y a de vivant, de sinc&#232;re, d'humain et de progressiste se rassemblerait autour du drapeau de la social-d&#233;mocratie. Et surtout, dans le tourbillon, la ruine et la d&#233;b&#226;cle, la social-d&#233;mocratie, comme un rocher au milieu de la mer mugissante, serait rest&#233;e le grand phare de l'Internationale sur lequel tous les autres partis ouvriers se seraient bien-t&#244;t orient&#233;s. L'&#233;norme autorit&#233; morale dont jouissait la social-d&#233;mocratie allemande dans tout le monde prol&#233;taire jusqu'au 4 ao&#251;t 1914 aurait sans aucun doute provoqu&#233; rapidement un changement au milieu de cette confusion g&#233;n&#233;rale. Par l&#224;, l'atmosph&#232;re favorable &#224; la paix et la pression des masses populaires en vue de la paix auraient &#233;t&#233; renforc&#233;es dans tous les pays, la fin de ce meurtre de masse aurait &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e, les guerres mondiales sous la direction de l'Angleterre seraient r&#233;duites le lendemain en raison du nombre de ses victimes. Le prol&#233;tariat allemand serait rest&#233; la sentinelle vigilante du socialisme et de la lib&#233;ration de l'humanit&#233; - et cela, c'&#233;tait bien un acte patriotique qui n'&#233;tait pas indigne des disciples de Marx, Engels et Lassalle..&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2188 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L170xH290/162-0ddf6.jpg?1782537996' width='170' height='290' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et Trotsky ach&#232;ve dans &#034;Le programme de transition&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'La bourgeoisie imp&#233;rialiste domine le monde. C'est pourquoi la prochaine guerre, par son caract&#232;re fondamental, sera une guerre imp&#233;rialiste. Le contenu fondamental de la politique du prol&#233;tariat international sera, par cons&#233;quent, la lutte contre l'imp&#233;rialisme et sa guerre. Le principe fondamental de cette lutte sera :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'ennemi principal est dans notre PROPRE PAYS&#034;, ou :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La d&#233;faite de notre propre gouvernement (imp&#233;rialiste) est le moindre mal&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tous les pays du monde ne sont pas des pays imp&#233;rialistes. Au contraire, la majorit&#233; des pays sont les victimes de l'imp&#233;rialisme. Certains pays coloniaux ou semi-coloniaux tenteront, sans aucun doute, d'utiliser la guerre pour rejeter le joug de l'esclavage. De leur part, la guerre ne sera pas imp&#233;rialiste, mais &#233;mancipatrice. Le devoir du prol&#233;tariat international sera d'aider les pays opprim&#233;s en guerre contre les oppresseurs. Ce m&#234;me devoir s'&#233;tend aussi &#224; l'URSS ou &#224; tout autre &#201;tat ouvrier qui peut surgir avant la guerre ou durant la guerre. La d&#233;faite de tout gouvernement imp&#233;rialiste dans la lutte contre un &#201;tat ouvrier ou un pays colonial est le moindre mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers d'un pays imp&#233;rialiste ne peuvent cependant pas aider un pays anti-imp&#233;rialiste par l'interm&#233;diaire de leur gouvernement, quelles que soient, &#224; un moment donn&#233;, les relations diplomatiques et militaires entre les deux pays. Si les gouvernements se trouvent en alliance temporaire, et au fond incertaine, le prol&#233;tariat du pays imp&#233;rialiste continue &#224; rester en opposition de classe &#224; son gouvernement et apporte un appui &#224; l' &#034;alli&#233;&#034; non imp&#233;rialiste de celui-ci par ses propres m&#233;thodes, c'est-&#224;-dire par les m&#233;thodes de la lutte de classe internationale (agitation en faveur de l'&#201;tat ouvrier et du pays colonial, non seulement contre ses ennemis, mais aussi contre ses alli&#233;s perfides : boycott et gr&#232;ve dans certains cas, renoncement au boycott et &#224; la gr&#232;ve dans d'autres, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en soutenant un pays colonial ou l'URSS dans la guerre, le prol&#233;tariat ne se solidarise pas dans la moindre mesure avec le gouvernement bourgeois du pays colonial ni avec la bureaucratie thermidorienne de l'URSS. Au contraire, il maintient sa compl&#232;te ind&#233;pendance politique aussi bien envers l'un qu'envers l'autre. En aidant une guerre juste et progressiste, le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire conquiert les sympathies des travailleurs des colonies et de l'URSS, y affermit ainsi l'autorit&#233; et l'influence de la IV&#176; Internationale, et peut aider d'autant mieux au renversement du gouvernement bourgeois dans le pays colonial, de la bureaucratie r&#233;actionnaire en URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la guerre, les sections de la IV&#176; Internationale se sentiront in&#233;vitablement isol&#233;es : chaque guerre prend les masses populaires &#224; l'improviste et les pousse du c&#244;t&#233; de l'appareil gouvernemental. Les internationalistes devront nager contre le courant. Cependant, les d&#233;vastations et les maux de la nouvelle guerre qui, d&#232;s les premiers mois, laisseront loin en arri&#232;re les horreurs sanglantes de 1914-1918 auront t&#244;t fait de d&#233;griser les masses. Le m&#233;contentement et la r&#233;volte de celles-ci cro&#238;tront par bonds. Les sections de la IV&#176; Internationale se trouveront &#224; la t&#234;te du flux r&#233;volutionnaire. Le programme des revendications transitoires prendra une actualit&#233; br&#251;lante. Le probl&#232;me de la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat se dressera de toute sa hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#233;touffer ou de noyer dans le sang l'humanit&#233;, le capitalisme empoisonne l'atmosph&#232;re mondiale par les vapeurs d&#233;l&#233;t&#232;res de la haine nationale et raciale. L'antis&#233;mitisme est aujourd'hui l'une des convulsions les plus malignes de l'agonie du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation intransigeante des pr&#233;jug&#233;s de race et de toutes les formes et nuances de l'arrogance et du chauvinisme nationaux, en particulier de l'antis&#233;mitisme, doit entrer dans le travail quotidien de toutes les sections de la IV&#176; Internationale comme le principal travail d'&#233;ducation dans la lutte contre l'imp&#233;rialisme et la guerre. Notre mot d'ordre fondamental reste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;PROL&#201;TAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Chine dans le monde imp&#233;rialiste actuel (en anglais)</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article528</link>
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		<dc:date>2008-06-18T16:10:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Chine China</dc:subject>
		<dc:subject>Asie Asia</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;China in the Contemporary World Dynamic of Accumulation and Class Struggle : &lt;br class='autobr' /&gt;
A Challenge for the Radical Left &lt;br class='autobr' /&gt;
By Loren Goldner &lt;br class='autobr' /&gt;
Everyone recognizes the growing importance of China both for world capitalist accumulation and for the remaking of the international working class. But the variety of approaches to the question in the broader &#8220;left&#8221; are as diverse as the old gamut of viewpoints on the &#8220;Russian question&#8221;, and ultimately flow from the same theoretical frameworks. The old Maoists (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;4- Origines et politique du n&#233;o-imp&#233;rialisme dit &#034;n&#233;o-lib&#233;ral&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Chine China&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;Asie Asia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Capitalisme - capitalism&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;China in the Contemporary World Dynamic of Accumulation and Class Struggle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Challenge for the Radical Left&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By Loren Goldner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Everyone recognizes the growing importance of China both for world capitalist accumulation and for the remaking of the international working class. But the variety of approaches to the question in the broader &#8220;left&#8221; are as diverse as the old gamut of viewpoints on the &#8220;Russian question&#8221;, and ultimately flow from the same theoretical frameworks. The old Maoists and &#8220;Marxist-Leninists&#8221; argue for a return to the pre-1978 system of Mao. Those who see China as state-capitalist (as I do) or scattered &#8220;bureaucratic collectivists&#8221;, or orthodox Trotskyists, all favor the removal of the Stalinist bureaucracy by working-class revolution (although for the Trotskyists such a revolution would be merely &#8220;political&#8221;, not social). These different takes on the dynamic of China today, and how it got there, lead to different conceptions of the practical tasks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All of these debates are tied up with the potential emergence of China as a future &#8220;hegemon&#8221; of the world capitalist system. Such debates uncannily and eerily echo the 1980's debates about &#8220;Japan as No. 1&#8221;, and may well find themselves in the same dustbin down the road. The very formulation of the problem in this way leads to a briar-patch of further questions. Foremost is the 80-year old Marxist debate about the &#8220;decadence&#8221; or &#8220;decay&#8221; of capitalism as a global system, and how that analysis can explain and interpret the undeniable major development of the productive forces in East Asia in the past 35 years (in South Korea, Taiwan, and China, as well as in the &#8220;flying geese&#8221; such as Malaysia, Thailand, etc.) and finally in the broader &#8220;emerging economies&#8221; (e..g. Brazil, Russia, India) that are currently growing rapidly. Most judgements about contemporary China stand or fall depending on how one comes down on this question of &#8220;decadence&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;China undeniably has a long way to go before it can be a first-tier capitalist power in any sense of the term. GDP is still ca. $1,100 per capita. Total GDP in 2003 was $1.4 trillion, sixth highest in the world, but Chinese statistics are (hardly unique to China) colored by local politically-motivated reporting. Yes, China surpassed the U.S, in 2004 as the top national recipient of foreign direct investment (FDI), and last year foreign capital earned approximately $10-15 billion net returns on investment. But global capital earned roughly the same amount in&#8230;Australia. So far the post-1978 turn to the &#8220;socialist market economy&#8221; has mainly improved the lot of about 200 million people in the coastal regions, and of them, approximately 50 million enjoy &#8220;middle-class&#8221; living standards. But one overriding social question in China today is what is going to happen to the other 900 million people (overwhelmingly peasants) as yet unaffected positively or affected negatively by the market reforms. There are an estimated 100 million people in the floating population that migrates from city to city in search of work. A &#8220;rust bowl&#8221; has emerged in the northeast, particularly in Manchuria. A net 20 million industrial jobs have been lost, as the large &#8220;SOE's&#8221; (state-owned enterprises) are downsized and looted by their managers. (At the party congress of 1997 that consecrated his replacement of Teng shao-peng, Xiang Zemin announced 100 million layoffs for the coming 10 years.) The banking system is reportedly filled with &#8220;non-operating loans&#8221;, and the Western capitalist press openly worries about a deflationary bust that would be as bad as or worse than the bursting of the Japanese bubble in 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this context, the political and social situation seems in serious ferment, if not yet outright explosive. Riots of workers, the unemployed and retirees robbed of their pensions seem to have become commonplace, particularly in the northeast, even if they have rarely gone beyond a local framework. A recent New York Times article ( Dec. 2004) recounted a riot of several days in a medium-size town touched off by an incident between an arrogant yuppie and a worker, The article went on to say that 60,000 such incidents had occurred in the past year. Any attempt at independent labor organization (i.e. outside the government-controlled unions) is met with serious repression, including prison, labor camps and outright execution of militants. (China Labour Bulletin, coming out of Hong Kong, is a useful source on these developments, but one must keep in mind that it is funded by northern European Social Democracies and the British Labour Party, undoubtedly hoping to see a Solidarnosc-type union movement arise in China as a battering ram against the still-entrenched Stalinist hard-liners in the party apparatus. ) Documents recently came to light about a meeting in 2003 between top U.S. government officials and the AFL-CIO to discuss the labor situation in China and what to do about it, and there are allegations (which seem to make perfect sense) that China Labour Bulletin has received serious funding from the National Endowment for Democracy (NED), which was behind the coup attempt against Hugo Chavez in 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The position and role of the Chinese &#8220;hard-liners&#8221; (essentially, people hostile to the post-1978 market reforms from a Maoist viewpoint) is, for different assessments, a major focus of contention. While some people on the far-left and ultra-left glibly assume that the emergence of full-blown capitalism in China is already irreversible, I think (as the above assessment already shows) that it is highly problematic, and that both factions of the Chinese Communist Party (CCP) know they are riding the whirlwind. The pro-reform faction would like to make China into a giant Taiwan or even Singapore, but the huge peasant question (something faced by neither Taiwan and still less Singapore) strikes me as a nearly-insuperable obstacle to such a dream. The sophisticated Western capitalist think tanks and financial press remain acutely aware that the non-convertibility of the renminbi and the state monopoly of foreign trade (two factors that made China immune to the 1997-98 Asian financial meltdown) have to be dismantled to complete the integration of China into &#8220;globalization&#8221;. A non-convertible currency, the state monopoly of foreign trade and nationalization have nothing intrinsically &#8220;socialist&#8221; about them, and all three existed in Nazi Germany (nationalization being of course more muted but very real). The Stalinist old guard seems to be the main constituency for maintaining them, and currents such as orthodox Trotskyists point to them as proof of the lingering &#8220;socialist&#8221; character of China. Thus a state-capitalist, bureaucratic-collectivist or orthodox Trotskyist analysis of the nature of Chinese society leads to different appraisals of both the social dynamic and of the factional situation within the party elite. And such appraisals lead us right back to the question of capitalist &#8220;decadence&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Many people writing about China today (and now I am referring to a much wider gamut of opinion than the Marxist or radical left debates) seem to take it for granted that China will successfully become a major pole of world capitalism by the mid-21st century, if not the actual hegemon. As indicated above, I think such an outcome is anything but certain. First, I think it could only come about through a process similar to that by which the U.S. displaced Britain, the latter occurring through three decades of world war, depression and social retrogression (fascism, Stalinism). (Future historians may indeed look back on the present era as the first phase of such a process.) Whatever happens in China, however important China is and will be, will happen as part of a WORLD dynamic. My own analysis is that China occupies, relative to world capitalism, a position quite similar to that of Russia in the decades before 1917, namely one in which the full constitution of a capitalist- bourgeois society is threatened by the very real possibility of a &#8220;permanent revolution&#8221; (an analysis applied by Marx to Germany in 1848 and by Trotsky to Russia after 1905) whereby the completion of the bourgeois revolution spills over into proletarian revolution. The Chinese ruling elite is riding the whirlwind precisely because its own necessary reforms are quite visibly setting in motion social processes that could completely overwhelm it, namely a working-class and peasant insurrection which would necessarily assume a (truly) socialist content and would have to link up with the world working class in a similar development, or (as in Russia) be prone to lapsing back into some kind of closed authoritarian autarchy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I believe the U.S. capitalists are acutely aware that such an insurrection in China would be even more dangerous for them for them than the &#8220;mere&#8221; emergence of China as a new capitalist superpower challenging or displacing the U.S. hegemon. China could also disintegrate regionally (as it has in the past), and tens of millions of refugees could potentially destabilize other parts of Asia. The U.S. and Western capitalists' ultimate goal (one which seems to me extremely difficult to bring about) has to be stability and an entente with a Chinese elite willing to &#8220;globalize&#8221;, i.e. fully open the economy, and a Solidarnosc-type labor movement could help achieve that. The CIA recently disclosed that the main thinking of the Bush administration is (contrary to the post-9/11 cooperation in the &#8220;war on terror&#8221;) that the U.S. and China are ultimately on a collision course. I believe this is the deep meaning of the post-9/11 U.S. military deployment in Eurasia, continuing the U.S. success after the 1989-1991 disintegration of the Soviet bloc. The U.S. has a strategy all along the borders of Russia and China, and it has taken giant steps in achieving that strategy. Since I don't think that the American capitalists think (at least for now) in terms of permanent revolution as a threat, their biggest nightmare is the emergence of an East Asian capitalist hegemon (perhaps an Asian version of the EU) and/or an Asian Monetary Fund of the type that Japan floated during the Asian meltdown of 1997-98. There are great obstacles to the creation of such a pole, namely the questions of Taiwan, of Korean reunification and resurgent Japanese nationalism, all of which are simmering pots the U.S. can stir to hinder Asian regional integration the way it can stir the Palestinian question in the Middle East. Nonethless I am convinced that there are important members of both the U.S. and Asian elites who see precisely the emergence of such a pole as the current stakes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No assessment of the global role of China can neglect the fact that the Bank of China (the central bank) holds over half-a-trillion in dollar reserves, most of it recycled into U.S. government paper, and every day brings new speculation about when China will tire of holding these depreciating assets and &#8220;diversify&#8221; out of the dollar. Currents that view China as an &#8220;anti-imperialist&#8221; force in the world have to explain how China came to have such a role in world capitalist accumulation, and is now emerging as a foreign investor (e.g. in Canada, in South America and in Africa) in its own right.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I have referred several times to the framework of &#8220;decadence&#8221; or the &#8220;epoch of capitalist decay&#8221; as necessarily part of any assessment of where China is headed. This theory has various expressions. But all of them come down to an assertion that there is something fundamentally different (and &#8220;decadent&#8221;) about world capitalist development since 1914. Marxists who reject the decadence theory, on the other hand, think that capitalism today is doing what is always did, namely developing the global productive forces, and that China will successfully push the U.S. aside as the U.S. pushed Great Britain aside. As the main expression of capitalist decadence, I would cite the billions of people, mainly in the Third World (but not exclusively) (and hundreds of millions in China itself) who are living in extreme precariousness because capitalism cannot profitably employ them, quite analogous to the &#8220;reserve army of the unemployed&#8221; which Marx described in a mainly national (i.e. British) context in the 1860's. This population, further, through world migration, above all to the metropolis, is exercising a downward pull on working-class wages worldwide, just as the &#8220;reserve army&#8221; did in Marx's day. Thus my general hunch is that China will emerge as a superpower or as &#8220;the&#8221; hegemon only through a bloody reshuffling of the capitalist deck, and not through the kind of &#8220;normal&#8221; development that achieved world hegemony for Britain after 1815.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I think a debate on all aspects of these questions is a top priority for the existing and future international revolutionary left.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;March 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This article is from the Break Their Haughty Power web site at &lt;a href=&#034;http://home.earthlink.net/~lrgoldner&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://home.earthlink.net/~lrgoldner&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mondialisation, financiarisation, guerre permanente, le n&#233;o-imp&#233;rialisme</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article87</link>
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		<dc:date>2008-03-26T15:51:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>USA - Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Pays-Bas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libert&#233;s que des arm&#233;es enti&#232;res pr&#234;tes au combat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si le peuple am&#233;ricain permet un jour que des banques priv&#233;es contr&#244;lent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la r&#233;cession, jusqu'au jour o&#249; leurs enfants se r&#233;veilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis.&#034; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;4- Origines et politique du n&#233;o-imp&#233;rialisme dit &#034;n&#233;o-lib&#233;ral&#034;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot26" rel="tag"&gt;USA - Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot117" rel="tag"&gt;Pays-Bas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libert&#233;s que des arm&#233;es enti&#232;res pr&#234;tes au combat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si le peuple am&#233;ricain permet un jour que des banques priv&#233;es contr&#244;lent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d'abord par l'inflation, ensuite par la r&#233;cession, jusqu'au jour o&#249; leurs enfants se r&#233;veilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Jefferson&lt;/strong&gt; 1802&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#232;ses du site &#034;Mati&#232;re et r&#233;volution&#034; sur la crise actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Il n'y a aucune origine accidentelle &#224; la crise actuelle. Pour les capitalistes, loin d'&#234;tre une surprise, elle est une catastrophe annonc&#233;e. C'est seulement pour le grand public, et particuli&#232;rement pour les travailleurs, qu'elle est tout ce qu'il y a de plus &#233;tonnant : le syst&#232;me qui domine le monde, sans une puissance capable de le renverser, sans une classe sociale qui semble lui contester ce pouvoir, est en train de s'effondrer et de se d&#233;truire lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ce n'est pas une crise conjoncturelle. Ce n'est pas une crise am&#233;ricaine. Ce n'est pas une crise immobili&#232;re. Ce n'est pas une crise financi&#232;re. Ce n'est pas une crise bancaire. Ce n'est pas une crise p&#233;troli&#232;re. Ce n'est pas une crise de confiance. Ce n'est pas une crise inflationniste. Ce n'est pas une crise inflationniste. Ce n'est pas une crise de l'endettement. Ce n'est pas une crise due &#224; une simple r&#233;cession. Bien s&#251;r, il y a tout cela &#224; la fois mais cela n'explique pas le fondement de la crise. C'est le syst&#232;me capitaliste tout entier qui est en crise. Le terme &#171; syst&#233;mique &#187; pour caract&#233;riser la crise signifie que c'est le fondement, le principe m&#234;me, du capitalisme qui est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- C'est l'accumulation du capital qui ne peut plus fonctionner. Et ce pour une raison simple. Le m&#233;canisme d'accumulation du capital a atteint sa limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Cela signifie que le capitalisme n'a pas subi une maladie, ni un d&#233;faut, ni un comportement d&#233;faillant de tels ou tels de ses acteurs. Non, le capitalisme meurt parce qu'il a &#233;t&#233; au bout de ses possibilit&#233;s. C'est son succ&#232;s lui-m&#234;me qui provoque sa fin. Il n'y a pas moyen d'inventer suffisamment d'investissement vu la quantit&#233; de capitaux existant dans le monde. Tous les cadeaux des Etats et des banques centrales au capital ne peuvent qu'&#234;tre des palliatifs d'une dur&#233;e de plus en plus limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- L'accumulation du capital est le but m&#234;me de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Produire, exploiter, vendre des marchandises, tout cela n'est qu'un moyen. Faire de l'argent, s'enrichir n'est aussi qu'un moyen. Le but m&#234;me est de transformer cet argent en capital, c'est-&#224;-dire trouver les moyens de l'investir et de lui faire rendre du profit, lequel profit doit lui-m&#234;me encore &#234;tre investi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- C'est ce m&#233;canisme qui ne fonctionne plus. Il n'est pas gripp&#233;. Il n'est pas menac&#233;. Il est mort. Il a &#233;t&#233; maintenu en survie pendant un temps d&#233;j&#224; tr&#232;s long par des m&#233;canismes financiers et eux-m&#234;mes viennent d'atteindre leurs limites. On ne peut pas maintenir le mourant tellement longtemps m&#234;me en inventant de nouvelles techniques de survie artificielle. Bien entendu, aujourd'hui tout le monde accuse le syst&#232;me financier et ses &#171; folies &#187;, mais c'est oublier que ce sont ces pr&#233;tendues folies, des politiques pratiqu&#233;es parfaitement consciemment, qui ont permis au syst&#232;me de perdurer au-del&#224; de ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Les guerres locales comme celles d'Irak, celle d'Afghanistan, mais aussi de Yougoslavie et du Timor ont &#233;t&#233; aussi des moyens de faire durer le syst&#232;me. Mais, l&#224; aussi, les limites sont atteintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Quel moyen aurait le syst&#232;me de se redresser vraiment ? Celui de d&#233;truire une tr&#232;s grande partie des richesses et des marchandises accumul&#233;es. Il ne lui suffit pas de d&#233;truire les richesses fictives de la finance. Il lui faut, pour repartir, d&#233;truire une partie de la plan&#232;te comme il l'a d&#233;j&#224; fait, dans des circonstances semblables, lors de deux guerres mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- De l&#224; d&#233;coule l'alternative pour les classes ouvri&#232;res et les peuples. Entre le Capital et le Travail, il y a maintenant une question de vie ou de mort. M&#234;me si la classe ouvri&#232;re ne souhaite pas consciemment se pr&#233;parer au renversement d&#233;finitif du syst&#232;me et &#224; la fondation d'une soci&#233;t&#233; reposant sur la satisfaction des besoins collectifs des peuples de la plan&#232;te, c'est le capitalisme lui-m&#234;me qui va la contraindre &#224; choisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Les m&#233;canismes politiques et sociaux de domination sont d&#233;sormais d&#233;pass&#233;s. On va voir du nouveau. Les &#171; d&#233;mocraties &#187; occidentales vont montrer toute leur barbarie aux populations qui y sont le moins pr&#233;par&#233;es : celles de leurs propres pays. Les dictatures, les fascismes vont revenir au go&#251;t du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- Il est urgent de pr&#233;parer l'avant-garde aux situations &#224; venir. Il n'y a rien de plus urgent que de comprendre la crise actuelle et ses cons&#233;quences et de les faire comprendre autour de nous. Ce qui est &#224; l'ordre du jour n'est pas seulement de se d&#233;fendre contre des attaques. C'est de se d&#233;fendre contre une attaque id&#233;ologique de grande ampleur. Les gouvernants vont t&#226;cher de donner leur propre interpr&#233;tation des &#233;v&#233;nements pour nous convaincre qu'eux seuls peuvent faire revenir l'&#233;poque pass&#233;e. Ils mentent. Elle ne peut pas revenir. Ils vont chercher ainsi &#224; nous emp&#234;cher de nous organiser entre nous pour comprendre, discuter et r&#233;pondre aux situations. La crise de confiance des peuples dans le syst&#232;me est dangereuse si les opprim&#233;s, si les peuples se mettent &#224; s'organiser, et d&#233;j&#224; &#224; se r&#233;unir pour confronter les points de vue, pour donner leurs avis sur la signification de ce qui se passe et sur les moyens d'y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- Ce que souhaite la classe dirigeante, c'est que chacun se retrouve face &#224; ses peurs, face aux probl&#232;mes mat&#233;riels touchant sa vie, celle de sa famille, et se demande seulement quel dirigeant bourgeois va pouvoir le sauver. Des sauveurs supr&#234;mes, des Hitler ou des chefs civils ou militaires dictatoriaux pr&#233;tendant tenir la solution, on va en voir d&#233;filer. La premi&#232;re des tromperies qui va se pr&#233;senter &#224; nous sera celle des r&#233;formistes de tous poils qui auront quantit&#233; de pr&#233;tendues solutions pour sauver &#224; la fois le syst&#232;me et la population. Le seul effet de leurs discours sera de d&#233;mobiliser les opprim&#233;s et d'&#233;viter tout risque r&#233;volutionnaire aux exploiteurs afin de leur permettre de pr&#233;parer leurs vraies solutions violentes : dictatures et guerres. D'avance il faut se pr&#233;parer &#224; n'avoir confiance qu'en nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- Au lieu de se prot&#233;ger, ce qui ne sera pas possible, il faut saisir l'occasion. Le capitalisme est atteint dans ses fondements. Profitons-en pour en finir avec ce syst&#232;me d'exploitation. Nous sommes des millions de fois plus nombreux que les exploiteurs et bien plus forts que le syst&#232;me si nous en sommes conscients. La fin du capitalisme ne sera une catastrophe et un recul massif que si nous nous contentons de nous d&#233;fendre, cat&#233;gorie par cat&#233;gorie, pays par pays, groupe social par groupe social. Cela peut &#234;tre le pr&#233;lude d'une avanc&#233;e historique de l'humanit&#233; si nous d&#233;cidons d'en finir avec l'esclavage salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
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MATIERE ET REVOLUTION&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un n&#233;o-imp&#233;rialisme dit &#171; n&#233;o-lib&#233;ral &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Un tournant mondial, &#224; la fois &#233;conomique, politique et militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Il est n&#233;cessaire d'&#233;tablir la liaison entre les divers &#233;l&#233;ments du tournant de 1985-90 : politiques, sociaux, &#233;conomiques et m&#234;me militaires ainsi que leurs liens avec les &#233;l&#233;ments qui ont marqu&#233; la situation pr&#233;c&#233;dente. Cela signifie relier la mondialisation, la lib&#233;ralisation, la fin de la politique des blocs, la fin de l'apartheid, le d&#233;samor&#231;age de multiples situations sociales et politiques explosives, la fin de la guerre russe d'Afghanistan, la fin du soutien massif des USA &#224; l'expansion de l'islamisme saoudien, la nouvelle domination mondiale du capital US, la nouvelle politique guerri&#232;re de l'imp&#233;rialisme US, etc&#8230; Tous ces &#233;l&#233;ments, qui font de 1985 un v&#233;ritable tournant mondial, ne doivent pas &#234;tre &#233;tudi&#233;s s&#233;par&#233;ment car ils sont indissociables. La d&#233;finition de la nouvelle politique de l'Etat am&#233;ricain n'est que le lien le plus &#233;vident, mais il y en a bien d'autres qui concernent l'ensemble de la plan&#232;te. Cette nouvelle politique n'a pas fait que ramener l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine qui &#233;tait remise en question. Elle a permis un nouveau d&#233;veloppement &#233;conomique mondial. Et elle a permis de d&#233;samorcer des situations sociales et politiques explosives et potentiellement r&#233;volutionnaires. Elle est donc li&#233;e &#224; la lutte des classes et &#224; la d&#233;stabilisation du syst&#232;me capitaliste que posaient ces crises (crise sociale et politique en Iran en 1979, en Cor&#233;e du sud, en Turquie, en Pologne, au Br&#233;sil en 1980).&lt;br /&gt;
Etablir ces liens suppose de constater dans quel &#233;tat se trouvaient ces diverses situations dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente : sortie calamiteuse des USA de son intervention au Vietnam et en Indochine emp&#234;chant toute intervention militaire directe, reconnaissance de la Chine et reconnaissance de son r&#244;le r&#233;gional, n&#233;cessit&#233; de trouver de nouvelles solutions suite &#224; la crise du dollar et &#224; la crise du p&#233;trole des ann&#233;es 70, perte de r&#244;le dirigeant et de dynamisme sur le plan &#233;conomique du capital am&#233;ricain face &#224; l'Europe et au Japon, usure de la politique des blocs marqu&#233;e notamment par le d&#233;veloppement de luttes sociales dans les pays piliers des deux blocs, est et ouest, usure de la politique de confinement des bourgeoisies du tiers-monde dans une &#233;conomie autocentr&#233;e, usure de l'ensemble de la dynamique &#233;conomique mondiale. Face &#224; toutes ces contradictions du syst&#232;me capitaliste, le prol&#233;tariat mondial mena&#231;ait de se redresser au travers de grandes luttes sociales et politiques et d'appara&#238;tre pour ce qu'il est mondialement : une v&#233;ritable alternative &#224; la domination capitaliste. Telle &#233;tait alors la question et nous allons voir comment s'est d&#233;velopp&#233;e la r&#233;ponse : la nouvelle politique mondiale de l'imp&#233;rialisme et sur quelles forces elle s'est appuy&#233;e. Il convient en effet de parler de &#171; politique &#187; de l'imp&#233;rialisme car aucun des changements majeurs de cette p&#233;riode ne s'est fait spontan&#233;ment ou par une &#233;volution (&#233;conomique ou sociale) de la soci&#233;t&#233;. La financiarisation, la d&#233;r&#233;glementation, la mondialisation ne sont pas des &#233;volutions &#233;conomiques spontan&#233;es. La finance n'a pas domin&#233; les Etats. Les bourgeoisies des pays &#171; &#233;mergents &#187; ne se sont pas impos&#233;es au march&#233; mondial. Les bureaucraties de l'Est n'ont pas &#233;t&#233; ind&#233;pendantes dans leur d&#233;cision de r&#233;int&#233;grer le giron du march&#233; mondial. Sur tous ces points, c'est l'imp&#233;rialisme qui a tranch&#233; et, en particulier, l'imp&#233;rialisme dominant, celui des USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes du grand tournant du milieu des ann&#233;es 80&lt;br /&gt;
La mondialisation a &#233;t&#233; un grand tournant de la politique &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme. L'un des &#233;l&#233;ments clef a &#233;t&#233; la r&#233;int&#233;gration des pays de l'Est dans le march&#233; mondial. Un autre point fondamental a &#233;t&#233; l'ouverture des march&#233;s des zones prot&#233;g&#233;es des divers pays imp&#233;rialistes concurrents des USA. En ce sens, le changement du milieu des ann&#233;es 80 va compl&#232;tement &#224; rebours de l'ordre mis en place en 1945-47 : la politique des blocs et l'exclusion du march&#233; mondial des bourgeoisies du tiers-monde. La politique imp&#233;rialiste de l'apr&#232;s deuxi&#232;me guerre mondiale consistait, au contraire, dans une fermeture du monde : deux blocs (est et ouest), des protections d'Etat, des nationalismes &#233;tatistes pour r&#233;pondre aux aspirations des peuples, donc des fronti&#232;res partout. Il convient de rappeler que l'ordre mondial de 1945 d&#233;coulait des menaces que repr&#233;sentaient les classes ouvri&#232;res et les peuples dans cet apr&#232;s-guerre. Le nouveau changement de 1985, quarante ans apr&#232;s, est fondamentalement marqu&#233; par une pr&#233;occupation similaire. &lt;br /&gt;
La lutte des travailleurs d'Afrique du sud face &#224; une dictature apparemment irr&#233;formable a non seulement menac&#233; de r&#233;volution prol&#233;tarienne la bourgeoisie du pays le plus riche d'Afrique mais l'ensemble du continent. La lutte des travailleurs polonais des ann&#233;es 1970-80 a remis sur le devant de la sc&#232;ne politique le prol&#233;tariat dans les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;. Il est clair, dans les pays de l'Est, que le danger &#233;tait grand que la classe ouvri&#232;re, suivant l'exemple des travailleurs polonais, se porte &#224; la t&#234;te de la contestation des dictatures pr&#233;tendument socialistes, et ne se contente pas, comme en Pologne, de contester le pouvoir mais aille jusqu'&#224; les renverser. En URSS m&#234;me, le danger d'un mouvement de ce type &#233;tait particuli&#232;rement grand. L'absence d'une bourgeoisie capable de contrebalancer un prol&#233;tariat nombreux et concentr&#233;, l'usurpation du pouvoir ouvrier fond&#233; par la r&#233;volution d'octobre 1917, les man&#339;uvres de la bureaucratie pour s'approcher de l'imp&#233;rialisme en rendant le r&#233;gime insupportable afin de faire accepter le changement, la mise en coupe r&#233;gl&#233;e du pays par des brigands li&#233;s aux bureaucrates de chaque r&#233;gion, tout cela rendait particuli&#232;rement dangereux toute mont&#233;e de luttes ouvri&#232;res au pays de naissance du stalinisme. Comme le montrera la r&#233;volte de Tienanmen en 1989 dans laquelle la classe ouvri&#232;re, durement frapp&#233;e par le &#171; grand bond &#187;, s'est mobilis&#233;e aux c&#244;t&#233;s des &#233;tudiants, la Chine n'&#233;tait pas &#224; l'abri d'un tel risque et le prol&#233;tariat y &#233;tait &#233;galement une force mena&#231;ante et particuli&#232;rement dangereuse dans tous les pays qui maintenaient le grand &#233;cart entre les mensonges d'un pouvoir pr&#233;tendument prol&#233;tarien, en r&#233;alit&#233; violemment hostile au prol&#233;tariat. C'est pour cela que les dirigeants chinois &#233;taient particuli&#232;rement d&#233;sireux que les dirigeants hongrois et russes &#233;crasaient la r&#233;volution ouvri&#232;re de Hongrie en 1956. C'est en effet en 1956 que la classe ouvri&#232;re des pays de l'Est, alors que les bureaucraties envisageaient d&#233;j&#224; la r&#233;int&#233;gration dans le giron imp&#233;rialiste, avait repr&#233;sent&#233; une menace. Ces dangers prol&#233;tariens &#224; l'Est ne mena&#231;aient pas seulement les bureaucraties d'Etat de ces pays, mensong&#232;rement appel&#233;s &#171; socialistes &#187;, mais aussi et surtout l'imp&#233;rialisme. La r&#233;int&#233;gration des pays de l'Est, &#224; commencer par l'URSS, dans le march&#233; mondial avait &#233;t&#233; envisag&#233;e en 1956 &#224; l'&#233;poque de Krouchtchev. L'imp&#233;rialisme avait donn&#233; son feu vert &#224; une d&#233;marche prudente et progressive pour v&#233;rifier que la classe ouvri&#232;re, en particulier celle d'URSS, n'en profiterait pas pour se r&#233;volter. L'exp&#233;rience avait &#233;t&#233; n&#233;gative : la bureaucratie avait &#233;t&#233; d'accord avec l'imp&#233;rialisme pour estimer que, face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Hongrie avec constitution de soviets r&#233;volutionnaires en armes, &#224; la mont&#233;e ouvri&#232;re en Pologne et aux r&#233;voltes en URSS m&#234;me (dans les camps du goulag ou en G&#233;orgie, par exemple), il n'&#233;tait pas encore temps de lever la chape de plomb du stalinisme. L'imp&#233;rialisme s'&#233;tait bien gard&#233; de jeter de l'huile sur le feu des r&#233;voltes ouvri&#232;res de 1956, en Hongrie et en Pologne. Loin de continuer &#224; pousser l'URSS vers la r&#233;int&#233;gration au march&#233; mondial, il avait accompagn&#233; le retrait des avanc&#233;es de Krouchtchev vers le &#171; monde libre &#187; et n'avait nullement fait payer &#224; l'URSS le tournant marqu&#233; par la mise &#224; l'&#233;cart de Krouchtchev. Contrairement aux apparences, l'imp&#233;rialisme n'avait rien &#224; gagner que des luttes ouvri&#232;res d&#233;voilent les mensonges du faux socialisme, lui qui avait &#233;t&#233; le principal b&#233;n&#233;ficiaire de ce mythe. C'est bel et bien l'imp&#233;rialisme qui, par la politique des blocs, avait tenu &#224; pr&#233;senter les r&#233;gimes staliniens comme les repr&#233;sentants du communisme prol&#233;tarien afin de d&#233;tourner les v&#233;ritables risques prol&#233;tariens et communistes, que ce soit &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale ou lors des luttes de la d&#233;colonisation. Il faut rappeler que la politique des blocs n'&#233;tait nullement le produit d'un effort de remise en cause de l'ordre capitaliste qui serait venu de l'Est, d'un &#171; communisme &#187; ou d'un &#171; socialisme &#187; qui aurait menac&#233; le capitalisme. Lorsque l'imp&#233;rialisme a livr&#233; la moiti&#233; de l'Europe et la moiti&#233; de l'Asie au camp stalinien, il y avait belle lurette que le r&#233;gime de Russie ne faisait plus peur au capitalisme puisqu'il n'avait plus rien &#224; voir avec le communisme et en &#233;tait m&#234;me un ennemi violent. C'est l'imp&#233;rialisme US qui avait choisi de pactiser avec la bureaucratie du Kremlin, se fondant essentiellement sur une m&#234;me haine du prol&#233;tariat et des risques du prol&#233;tariat communiste. C'est lui qui, &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale en 1945, lui avait propos&#233;, &#224; Yalta, de jouer conjointement les gendarmes du monde contre les risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre. Les staliniens avaient parfaitement jou&#233; leur r&#244;le &#224; cette &#233;poque, pour &#233;craser, d&#233;tourner, tromper toutes les luttes risquant de prendre un tour insurrectionnel. Si la fin des ann&#233;es 80 a permis de r&#233;aliser ce changement, c'est qu'au milieu des ann&#233;es 80 l'imp&#233;rialisme, lui aussi, avait besoin de changer sa m&#233;thode de domination du monde pour mieux en maintenir l'essentiel. Si l'imp&#233;rialisme a choisi d'en finir avec la politique des blocs (est/ouest) ce n'est pas parce que cette politique le mena&#231;ait mais parce que sa capacit&#233; &#224; d&#233;tourner les luttes ouvri&#232;res commen&#231;ait &#224; s'user et que cette politique avait des effets pervers qui devenaient particuli&#232;rement dangereux. La politique des blocs supposait le soutien de r&#233;gimes r&#233;actionnaires aux quatre coins de la plan&#232;te, des r&#233;gimes qui avaient commenc&#233; &#224; s'effriter dangereusement. Elle imposait &#224; la bourgeoisie US de ne pas s'attaquer &#224; la mainmise des autres pays imp&#233;rialistes sur leur zone prot&#233;g&#233;e sous pr&#233;texte que ces pays faisaient partie du m&#234;me bloc. Or, l'&#233;volution de la situation &#233;conomique et des rapports de force exigeait de remettre en question ces privil&#232;ges. Et surtout, la lutte des classes et les luttes de peuples n'&#233;taient plus suffisamment canalis&#233;es par la politique des blocs. L'imp&#233;rialisme US, face au d&#233;veloppement de ses contradictions, avait donc besoin d'une nouvelle mani&#232;re de g&#233;rer les contradictions mondiales. &lt;br /&gt;
Et d'abord la principale de ces contradictions : celle entre le Capital et le Travail. A la fin des ann&#233;es 70 et au d&#233;but des ann&#233;es 80, en m&#234;me temps que les combats prol&#233;tariens &#224; l'Est, se d&#233;roulaient des luttes ouvri&#232;res dans le monde dit &#171; libre &#187; : en Turquie, en Cor&#233;e du sud et en Afrique du sud, par exemple. Le monde a eu les yeux fix&#233;s sur les mines d'or d'Afrique du sud comme sur les Chantiers de la Baltique ou sur la gr&#232;ve de Daewoo, ou sur la commune insurrectionnelle de Kwangju de Cor&#233;e du sud. Le plus g&#234;nant pour l'imp&#233;rialisme, c'est que les pays piliers de la politique des blocs, dans le camp de l'Ouest, sont le plus d&#233;stabilis&#233;s par des r&#233;voltes et r&#233;volutions, autant que ceux des pays de l'Est. Des r&#233;gimes soutenus par l'imp&#233;rialisme, arm&#233;s par lui, pr&#233;sent&#233;s comme des vitrines des USA dans la r&#233;gion, sont renvers&#233;s successivement, comme l'Iran du Shah, l'Ethiopie de l'empereur Ha&#239;l&#233; S&#233;lassi&#233;, et que d'autres comme l'Afrique du sud de l'Apartheid, le Za&#239;re de Mobutu, la Turquie ou la Cor&#233;e du sud sont menac&#233;s. &lt;br /&gt;
C'est d'abord cette situation explosive, ou du moins d&#233;stabilis&#233;e, qui va amener l'imp&#233;rialisme &#224; un changement du mode d'organisation des rapports mondiaux, changement qui ne se r&#233;sume pas &#224; une ouverture des pays de l'Est vers le monde capitaliste. Le tournant de la politique imp&#233;rialiste appel&#233; &#171; chute du mur de Berlin &#187; est &#233;galement caract&#233;ris&#233; par ce que l'on a appel&#233; &#171; la mondialisation &#187; et qui est un important changement de la politique &#233;conomique mondiale, notamment caract&#233;ris&#233; par une certaine ouverture du march&#233; international aux bourgeoisies du tiers-monde. Cela ne va pas se faire d'un seul coup mais en plusieurs &#233;tapes radicales. A la finale, on trouvera non seulement une grande partie des produits industriels sortis des pays anciennement &#171; sous-d&#233;velopp&#233;s &#187;, mais surtout des trusts mondiaux avoir pour base ces pays et des capitaux de ces pays investis massivement dans les pays riches, dont les USA. Bien entendu, ce ne sont pas ces bourgeoisies de l'ancien &#171; tiers monde &#187; qui ont &#233;t&#233; capables par elles-m&#234;mes de s'imposer sur le march&#233; mondial en concurren&#231;ant les USA. C'est, au contraire, l'imp&#233;rialisme US qui a choisi de leur permettre d'acc&#233;der au march&#233; mondial alors que, jusqu'en 1985, il &#233;tait impossible &#224; leur production nationale d'acc&#233;der &#224; ce march&#233; et &#224; leurs capitaux de prendre la t&#234;te de trusts mondiaux. La raison de ce changement n'est bien &#233;videmment pas &#224; chercher dans une quelconque volont&#233; d'&#233;quit&#233; de la bourgeoisie mondiale. C'est l'int&#233;r&#234;t de la plus grande des bourgeoisies imp&#233;rialistes, celle des USA, qui l'a encore fois emport&#233; dans cette nouvelle politique &#233;conomique mondiale. Il s'agissait de permettre &#224; la grande bourgeoisie du tiers-monde d'acc&#233;der au top niveau afin de r&#233;soudre ainsi les probl&#232;mes internes de l'imp&#233;rialisme US, en particulier sa perte graduelle de position dominante sur le terrain &#233;conomique. La crise du d&#233;but des ann&#233;es 70 est le produit de la m&#233;thode exclusivement mon&#233;taire (les &#233;changes internationaux se font en dollar) de faire payer au monde, par l'inflation am&#233;ricaine, les d&#233;penses de la bourgeoisie am&#233;ricaine pour maintenir sa domination sur le monde (par exemple les d&#233;penses de la guerre du Vietnam et celles de la course aux armements). La crise du dollar de 1970 en est le r&#233;sultat. Mais cette m&#233;thode, le dollar fort, a pour effet pervers de d&#233;favoriser la production des USA sur le march&#233; mondial, poussant en avant les concurrents, l'Europe et le Japon, qui ne cessent alors de gagner des part de march&#233;. Concurrenc&#233;e sur le march&#233; mondial par les autres bourgeoisies imp&#233;rialistes, la bourgeoisie US a repris la main en ouvrant le march&#233; mondial et en portant la concurrence &#224; une nouvelle &#233;chelle. Il a investi massivement ses capitaux dans des pays neufs, augmentant ainsi la productivit&#233; de son capital quitte &#224; aggraver son d&#233;ficit national, commercial et financier. L'objectif, dans les pays &#171; &#233;mergents &#187; n'a pas &#233;t&#233; de d&#233;velopper ces pays, d'y supprimer la mis&#232;re ou d'y construire des &#233;conomies prosp&#232;res et des soci&#233;t&#233;s du m&#234;me type que celles du monde occidental. La fin des blocs et l'ouverture &#233;conomique n'ont pas supprim&#233; les contradictions principales du syst&#232;me. Au contraire, ces r&#233;formes visaient &#224; conserver l'essentiel : la division en classes du monde et la domination imp&#233;rialiste fond&#233;e sur une fraction de plus en plus r&#233;duite de poss&#233;dants. Des pays pauvres ont connu une forte croissance mais, gr&#226;ce &#224; la dette, &#224; la mainmise de la finance, au contr&#244;le des institutions internationales, leur d&#233;pendance des pays imp&#233;rialistes est plus grande que jamais. &lt;br /&gt;
Le tournant mondial de la politique imp&#233;rialiste a &#233;galement permis de d&#233;samorcer les points les plus chauds des luttes sociales et des luttes des peuples. Une nouvelle fois, l'imp&#233;rialisme a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'aide du stalinisme pour stabiliser le monde. L'Afrique du sud en est l'exemple le plus marquant, l'aide de Gorbatchev et de l'Etat russe ayant &#233;t&#233; d&#233;terminante pour obtenir du Parti communiste sud-africain et de l'ANC leur accord pour &#233;viter la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui faisait plus que menacer et avait m&#234;me commenc&#233; &#224; exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La principale cause du tournant : crise des ann&#233;es 70 &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&#171; La crise actuelle est-elle la r&#233;p&#233;tition de celle de 1929 ? &#187; de Robert Boyer &lt;br /&gt;
article pour le n&#176;8206 de la revue du Cepremap (centre d'&#233;tudes prospectives d'&#233;conomie) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Lors des ann&#233;es vingt, la forte croissance de l'&#233;conomie repose sur un boom de l'accumulation portant de fa&#231;on privil&#233;gi&#233;e sur la section des moyens de production. Quant &#224; la croissance de l'emploi, elle est dans sa quasi-totalit&#233; d&#233;pendante du succ&#232;s de l'accumulation puisqu'elle est uniquement le fait de la section 1. La crise de 1929 appara&#238;t donc comme une crise de suraccumulation dans la section 1, ce qui explique que, de 1929 &#224; 1938, la chute de l'accumulation, diff&#233;rentiellement plus marqu&#233;e dans la section 1, impose le retour &#224; une relative coh&#233;rence des deux sections mais au prix d'une contraction cumulative de la production et de l'emploi. A l'oppos&#233;, &#224; partir de la fin des ann&#233;es cinquante, l'accumulation se porte simultan&#233;ment sur les deux sections, signe d'une forme nouvelle d'articulation entre les conditions de production &#8211; tout particuli&#232;rement dans la section 2, initialement retardataire par rapport aux normes am&#233;ricaines &#8211; et les conditions de vie des salari&#233;s. (&#8230;) Dans la crise actuelle &#8211; tout comme de 1930 &#224; 1938 &#8211; la mont&#233;e du ch&#244;mage ne d&#233;rive pas de d&#233;sajustements conjoncturels, mais bien de l'arriv&#233;e aux limites d'un r&#233;gime d'accumulation &#8211; lui-m&#234;me cons&#233;quence d'un ensemble de formes structurelles ou institutionnelles originales. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le mode de croissance de l'apr&#232;s seconde guerre (&#8230;) a but&#233; aux Etats-Unis depuis le milieu des ann&#233;es soixante (&#8230;) sur les limites de l'approfondissement de la division sociale et technique du travail, hypoth&#233;quant la poursuite des gains de productivit&#233; &#233;lev&#233;s, base sur laquelle repose la stabilit&#233; du mode de croissance due en particulier &#224; la compl&#233;mentarit&#233; salaire-profit d'une part, consommation et investissement de l'autre. (&#8230;) Aux Etats-Unis dans le milieu des ann&#233;es soixante se manifeste un probl&#232;me majeur de productivit&#233; industrielle, que ces difficult&#233;s naissent du caract&#232;re de plus en plus co&#251;teux du d&#233;veloppement des forces productives ou des luttes des travailleurs (&#8230;). Si la crise de 1929 &#233;tait marqu&#233;e par l'incompatibilit&#233; entre un taux de profit &#8211; trop haut &#8211; et des perspectives de r&#233;alisation &#8211; insuffisantes du fait m&#234;me du niveau du taux de profit -, la dynamique &#224; l'&#339;uvre apr&#232;s 1945 se manifeste au contraire par une tr&#232;s grande r&#233;gularit&#233; de la croissance qui conserve jusqu'en 1973 un niveau &#233;lev&#233;. (&#8230;) C'est l'ensemble des formes institutionnelles, d'un r&#233;gime d'accumulation intensive centr&#233;e sur la consommation de masse et d'une r&#233;gulation dite &#171; monopoliste &#187; qui entre en crise au d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix. (&#8230;) Apparemment, les ann&#233;es 1930-1931 d'une part, 1974-1975 de l'autre, font appara&#238;tre une &#233;tonnante similitude quant &#224; la contraction de la production industrielle et du PIB (environ &#8211; 11% pour la premi&#232;re, &#8211; 4% pour la seconde). De la m&#234;me fa&#231;on, l'investissement se contracte massivement bien qu'&#224; un rythme moindre en 1975 (- 7% contre &#8211; 15%). De fait, au-del&#224; de ces similitudes, on enregistre deux diff&#233;rences fondamentales :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Apr&#232;s la chute de la production pendant quatre trimestres, le mouvement se renverse au milieu de l'ann&#233;e 1975 alors que la d&#233;pression ne cesse de s'approfondir jusqu'en 1932 ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Au cours des deux ann&#233;es sous revue, une diff&#233;rence fondamentale tient &#224; l'opposition entre une d&#233;flation qui va s'approfondissant (respectivement &lt;br /&gt;
&#8211;2,8% et -7,5% de chute des prix &#224; la consommation en 1931 puis 1932) et la poursuite de l'inflation &#224; un rythme &#233;lev&#233; peu affect&#233; par l'ampleur de la r&#233;cession (10,9% et 9,6% par an en 1975 et 1976). (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si la r&#233;cession (des ann&#233;es soixante-dix) s'arr&#234;te au bout de quatre trimestres, c'est pour l'essentiel du fait de la poursuite d'une forte croissance de la consommation des m&#233;nages (+ 4,2% par an) alors qu'au contraire elle avait chut&#233; de 1930 &#224; 1931 (-5,1%). Ainsi s'explique qu'apr&#232;s une premi&#232;re ann&#233;e de r&#233;duction de l'investissement, ce dernier se remette &#224; cro&#238;tre l&#233;g&#232;rement, du fait des pressions qu'exerce la demande finale sur les capacit&#233;s de production d'abord dans le secteur des moyens de consommation et par extension dans celui des moyens de production. Enfin, la reprise de la croissance des exportations au milieu de l'ann&#233;e 1975 s'oppose &#224; l'effondrement qui survient de 1931 &#224; 1932, lui-m&#234;me cons&#233;quence de la mont&#233;e du protectionnisme et de la dislocation des relations internationales qui marquent les ann&#233;es trente. (&#8230;) Le contraste entre l'effondrement de la consommation dans les ann&#233;es trente (son taux annuel de variation passe de 2,3% &#224; &#8211; 3,8% apr&#232;s 1930) et la tr&#232;s l&#233;g&#232;re d&#233;c&#233;l&#233;ration apr&#232;s 1974 (de + 4,9% &#224; + 3,6% par an) est frappant (&#8230;) &lt;br /&gt;
La crise actuelle trouve son origine dans le divorce entre un niveau de taux de profit trop bas et la poursuite d'une croissance des d&#233;bouch&#233;s de moyens de consommation, impuls&#233;e par le rapport salarial, dans un premier temps tout au moins. Dans un second temps, le blocage de l'accumulation a pour cons&#233;quence de r&#233;duire le dynamisme de la consommation, crise li&#233;e &#224; l'insuffisance de la rentabilit&#233; et r&#233;cession d&#233;rivant de la contraction de la demande effective cumulant leurs effets. Tout le probl&#232;me est alors celui du rel&#232;vement du taux de profit. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Il est clair que la complexit&#233; de ce r&#233;seau de contradictions marque l'arriv&#233;e aux limites du mode de d&#233;veloppement lui-m&#234;me et non pas un &#171; d&#233;r&#232;glement passager &#187;. (&#8230;) Quelles qu'en soient les causes (suraccumulation li&#233;e &#224; la mont&#233;e de la composition technique ou &#224; une croissance &#171; disproportionn&#233;e &#187;, cons&#233;quence de la sp&#233;culation financi&#232;re, &#8230;), les crises trouvent leur origine dans une baisse du profit qui, contractant l'accumulation, d&#233;clenche une chute de la production, donc de l'emploi. La reprise intervient lorsque les faillites industrielles et bancaires et le ch&#244;mage induisent un rel&#232;vement du profit suffisant pour enclencher une nouvelle phase d'expansion, initi&#233;e par la restauration des bases de l'accumulation (abondance des r&#233;serves de main d'&#339;uvre, salaires bas, possibilit&#233;s de cr&#233;dit &#8230; donc haut niveau du taux de profit). (&#8230;)&lt;br /&gt;
Une crise cyclique correspond &#224; un &#233;pisode de chute de la production, d'effondrement de l'accumulation, de faillites industrielles et bancaires selon un mouvement assurant la reconstitution quasi automatique des bases d'une reprise de la croissance &#224; formes institutionnelles globalement inchang&#233;es. A l'oppos&#233;, une crise structurelle, ou grande crise, d&#233;signe un &#233;pisode au cours duquel la dynamique de la reproduction &#233;conomique entre en contradictions avec les formes sociales et institutionnelles sur la base desquelles elle op&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Une sortie de la crise &#224; la charni&#232;re des ann&#233;es 70-80 &lt;br /&gt;
et des contradictions imp&#233;rialistes et inter-imp&#233;rialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle politique &#233;conomique recherchait trois objectifs qu'elle a, pour l'essentiel atteint : relance de l'&#233;conomie mondiale, redressement des profits am&#233;ricains dans la concurrence mondiale, surexploitation du prol&#233;tariat mondial, int&#233;gration de la bourgeoisie du Tiers-Monde aux objectifs de l'imp&#233;rialisme. Ce n'est pas un pays ou un autre qui a pris le tournant en 1980, qu'il s'agisse d'un pays imp&#233;rialiste, d'un pays riche ou moyen, ou encore d'un pays sous-d&#233;velopp&#233;. Tous les gouvernants de la plan&#232;te ont lanc&#233; des nouveaux plans &#233;conomiques. Dans les pays riches, les investissements financiers ont pris un tour nouveau. Dans les pays pauvres condamn&#233;s jusque l&#224; &#224; un &#233;tatisme nationaliste fond&#233; sur l'autarcie ou pas loin est supprim&#233; et remplac&#233; par l' &#171; ouverture &#233;conomique &#187;, que ce soit celle de Turgut &#214;zal en Turquie ou celle de Chadli en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Relancer l'&#233;conomie am&#233;ricaine comme base de la relance mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie am&#233;ricaine et son Etat vont, en 1980, prendre la t&#234;te d'un changement global qui a pour but de r&#233;soudre les difficult&#233;s &#233;conomiques, sociales et politiques que conna&#238;t la bourgeoisie mondiale et l'imp&#233;rialisme et, bien entendu, ils vont le faire d'abord au profit du capital am&#233;ricain. La super-puissance am&#233;ricaine est la premi&#232;re vis&#233;e par la crise qui frapper l'&#233;conomie capitaliste &#224; la fin des ann&#233;es 70 et au d&#233;but des ann&#233;es 80. Elle perd des parts de march&#233;, son leadership en termes de taux de croissance, de taux d'exploitation, de productivit&#233; du travail au profit du Japon et de l'Europe notamment. L'intervention am&#233;ricaine pour la domination imp&#233;rialiste sur le monde repr&#233;sente un co&#251;t qui gr&#232;ve le budget am&#233;ricain. Il en r&#233;sulte de nombreuses faiblesses de l'&#233;conomie et de l'Etat am&#233;ricain que celui va transformer en instruments de sup&#233;riorit&#233; de par une nouvelle politique mondiale. Il va, du coup, redresser l'ensemble de l'&#233;conomie capitaliste. &lt;br /&gt;
Au sein du monde imp&#233;rialiste, ces modifications qui visaient &#224; pr&#233;server la domination de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ont port&#233; leur fruit. En 1980, le taux de profit de l'&#233;conomie priv&#233;e est au plus bas de toute la p&#233;riode 1950-2000 : &#224; 12% &#224; la fois pour les Etats-Unis et pour l'Europe (sources BEA). Il n'avait cess&#233; de baisser depuis 1965 et n'a cess&#233; de monter depuis. On voit l&#224; un des premiers effets de la nouvelle politique et qui &#233;tait, &#233;videmment, un des premiers buts de cette politique.&lt;br /&gt;
Comme l'&#233;crivent Mamadou Camara et Pierre Salama dans &#171; La finance mondialis&#233;e &#187;, ouvrage collectif sous la direction de Fran&#231;ois Chesnais, &#171; &lt;i&gt;La sortie de crise des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; permise gr&#226;ce &#224; une lib&#233;ralisation soudaine et brutale de l'ensemble des march&#233;s. L'inflation a &#233;t&#233; stopp&#233;e, la croissance a pu reprendre. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;En Europe, aussi, ces politiques ont entra&#238;n&#233; une remont&#233;e des profits en m&#234;me temps qu'une chute des investissements productifs et une hausse du ch&#244;mage. Ces trois courbes ont chang&#233; d'allure &#224; partir du tournant de 1980. Le taux du profit non investi est pass&#233; de 2% &#224; 9% de 1980 &#224; 1985 (sources OCDE). Dans la m&#234;me p&#233;riode, le taux de ch&#244;mage est pass&#233; de 5% &#224; 10%. C'est &#233;galement en 1980 que le taux de marge en Europe a bondi, passant de 24% en 1980 (il faisait 27,5% en 1969) &#224; 30% en 1990 et 32% en 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Marcel et Jacques Taieb dans &#171; Les grandes crises &#187; :&lt;br /&gt;
&#171; Les Etats-Unis plongent en 1982 dans la r&#233;cession la plus forte depuis 1945 : le PIB d&#233;cro&#238;t de 2,5%, la production industrielle de 7,1% ; le ch&#244;mage atteint un niveau record depuis 1945. (&#8230;) Une d&#233;tente sur les taux d'int&#233;r&#234;t &#224; la fin 1982 et l'effet expansionniste de la politique budg&#233;taire vont entra&#238;ner une reprise tr&#232;s nette en 1983 et 1984 (cette derni&#232;re ann&#233;e se traduisant par un taux de croissance record pour le PIB am&#233;ricain : +6,5%). Cette reprise se poursuivra (&#224; un rythme moindre) jusqu'en 1989 (&#8230;) Cette relance, qui dope le dollar, se r&#233;alise &#224; cr&#233;dit. Les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s aux Etats-Unis (malgr&#233; une certaine baisse), la confiance dans l'&#233;conomie am&#233;ricaine et la hausse du dollar entra&#238;nent un afflux de capitaux de l'Europe et du Japon qui permettent de financer les d&#233;ficits budg&#233;taires et ext&#233;rieurs accompagnant cette croissance. L'Am&#233;rique vit au dessus de ses moyens (&#8230;) Les Etats-Unis deviennent le premier pays d&#233;biteur du monde. (&#8230;) Cette relance &#224; cr&#233;dit s'est accompagn&#233;e d'une mont&#233;e des endettements publics et priv&#233;s qui entravent la poursuite de la croissance et expliquent dans une large mesure la r&#233;cession de 1990-91. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Faire payer le co&#251;t &#224; la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 marquent un tournant dans le sens de l'accroissement du taux d'exploitation des travailleurs. Cet objectif se r&#233;alise par plusieurs voies diverses : mesures sociales, mesures &#233;conomiques, mesures politiques. Bien des changements datent de cette &#233;poque : individualisation de l'emploi et du salaire, flexibilit&#233;, pr&#233;carisation par la fin de l' &#171; emploi &#224; vie &#187;, sous-traitance, filialisation, contr&#244;le accru des r&#233;sultats individuels et collectifs, nouveaux mode d'organisation des salari&#233;s, nouveau r&#244;le des syndicats charg&#233;s d'accompagner les contre-r&#233;formes, etc&#8230; &lt;br /&gt;
Qu'il s'agisse de mesures dites anti-inflation, anti-ch&#244;mage, anti-d&#233;pendance de l'ext&#233;rieur, anti-&#233;tatiques, il s'agit en fait de mani&#232;res d'augmenter le taux de profit sur le dos des salari&#233;s. Les mesures anti-inflation, sous pr&#233;texte d'&#233;viter un emballement &#233;conomique, visent &#224; augmenter le profit en n'augmentant pas la quantit&#233; produite ou m&#234;me en la diminuant afin d'augmenter le taux de profit. Cela permet de r&#233;duire le personnel employ&#233; relativement &#224; une m&#234;me quantit&#233; de travail et &#224; un profit sup&#233;rieur. On parvient ainsi &#224; r&#233;duire l'emploi salari&#233;, &#224; augmenter la pression du ch&#244;mage sur les luttes et sur la syndicalisation, et &#224; baisser les salaires, en particulier les salaires d'embauche pour la jeune g&#233;n&#233;ration particuli&#232;rement frapp&#233;e par la baisse des emplois. L'augmentation de la pression patronale, li&#233;e &#224; la baisse des luttes, permet aussi d'augmenter les cadences de travail. Les mesures dites anti-ch&#244;mage consistent &#224; imposer aux salari&#233;s d'accepter des emplois pr&#233;caires, sous-qualifi&#233;s, mal pay&#233;s, aux mauvaises conditions de travail ou sans garanties de s&#233;curit&#233;. Les mesures dites anti-d&#233;pendance ext&#233;rieure consistent &#224; proposer de nouvelles conditions d'exploitation en se servant du niveau bas des salaires des pays les plus pauvres. La division entre nationaux et immigr&#233;s, entre jeunes et vieux, entre salari&#233;s en fixe et pr&#233;caires devient un moyen important pour diviser les luttes, casser l'organisation ouvri&#232;re et opposer les salari&#233;s entre eux. Les syndicats perdent du poids social, des effectifs et perdent des luttes. Dans la p&#233;riode de croissance et de plein emploi, les patrons avaient une strat&#233;gie toute diff&#233;rente d'int&#233;gration des syndicats dans un r&#244;le r&#233;formiste, r&#244;le qu'ils avaient eu de l'apr&#232;s-guerre &#224; 1970.&lt;br /&gt;
La part des salaires dans l'&#233;conomie se r&#233;duit et la part des profits augmente. La ponction sociale diminue &#233;galement sous pr&#233;texte de moins d'Etat. Par contre, on assiste &#224; &#171; plus d'Etat &#187; en ce qui concerne les commandes militaires, les interventions financi&#232;res, les aides en tous genres aux capitalistes. Le moins d'Etat se traduit encore par des ponction sur le dos des salari&#233;s, en diminuant les services publics et en r&#233;duisant les salari&#233;s qui y sont affect&#233;s.&lt;br /&gt;
Le tournant des ann&#233;es 80 n'est pas seulement la fin du bloc de l'Est mais une attaque en r&#232;gle contre la classe ouvri&#232;re mondiale. Il s'agit de d&#233;samorcer toutes les situations dans lesquelles la classe ouvri&#232;re aurait des possibilit&#233;s d'intervention autonome, et ce avec l'aide directe de l'imp&#233;rialisme le plus puissant du monde, celui des USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno Marcel et Jacques Taieb dans &#171; Les grandes crises &#187; :&lt;br /&gt;
&#171; C'est dans un climat morose et incertain qu'&#233;clate le second choc p&#233;trolier en 1979 avec la chute de la monarchie en Iran. (&#8230;) Le volume du commerce ext&#233;rieur freine sa croissance. (&#8230;) Au vu des comparaisons chiffr&#233;es, les difficult&#233;s en 1980-1982 paraissent moins accus&#233;es qu'en 1974-75 et l'auraient &#233;t&#233; moins encore sans les mesures restrictives des gouvernements, plus s&#233;v&#232;res que celles des ann&#233;es soixante-dix. Cette fois, en effet, on annonce clairement la couleur qui est de restaurer les profits, de renverser la tendance &#224; la hausse des salaires r&#233;els, de terrasser l'inflation. L'arriv&#233;e au pouvoir de M.Thatcher et de R. Reagan, pr&#233;c&#233;d&#233;e par l'installation de P.Volcker &#224; la t&#234;te du Federal Reserve Board, incarne bien ce renversement. &lt;br /&gt;
(&#8230;) Dans le domaine social, la politique de R. Reagan a ind&#233;niablement d&#233;t&#233;rior&#233; la situation des pauvres et accentu&#233; le dualisme. M. Albert &#233;crit : &#171; Le plus important r&#233;sultat du lib&#233;ralisme reaganien a probablement &#233;t&#233;, on le sait, l'augmentation de l'&#233;cart entre riches et pauvres. Ce fut pr&#233;tendument &#171; le prix &#224; payer &#187; pour &#171; remuscler &#187; l'Am&#233;rique. (&#8230;) Malgr&#233; la reprise, (&#8230;) le nombre de pauvres n'a pas diminu&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es. Il a m&#234;me l&#233;g&#232;rement augment&#233; tandis que triplait le nombre des millionnaires en dollars. Quant au revenu des 40 millions d'Am&#233;ricains les plus pauvres, on estime qu'il a diminu&#233; de 10% en dix ans. Et, si l'on d&#233;finit comme &#171; pauvres &#187; tous ceux qui disposent de revenus inf&#233;rieurs de moiti&#233; &#224; la moyenne nationale, alors on constate que la population am&#233;ricaine compte d&#233;sormais 17% de pauvres contre 5% en RFA et dans les pays scandinaves, 8% en Suisse et 12% en Grande-Bretagne. &#187; (dans &#171; Capitalisme contre capitalisme &#187; en 1991) &#187;. H.Monnet et J.-J. Santini &#233;crivent dans &#171; l'&#233;conomie britannique &#187; : &#171; Le premier axe de r&#233;forme emprunt&#233; par les lois de 1980,1982, 1984 et 1988 a &#233;t&#233; de chercher &#224; limiter le monopole syndical. (&#8230;) Pour freiner le d&#233;veloppement des conflits qui a atteint un niveau dramatique au cours des ann&#233;es soixante-dix, la nouvelle l&#233;gislation encadre les possibilit&#233;s de recours &#224; la gr&#232;ve et limite les pr&#233;rogatives des syndicats en cas de conflit. Ainsi, toute action revendicative doit d&#233;sormais &#234;tre d&#233;cid&#233;e &#224; l'avance par un vote &#224; bulletin secret des membres du syndicat. Dans le cas contraire, l'immunit&#233; financi&#232;re qui prot&#233;ge au Royaume-Uni les syndicats dans les conflits du travail se trouve lev&#233;e comme dans le cas du secondary picketting, c'est-&#224;-dire de l'organisation de piquets de gr&#232;ve en amont ou en aval de l'entreprise o&#249; surgit un conflit du travail, qui devient ill&#233;gal. Les immunit&#233;s financi&#232;res sont aussi supprim&#233;es lorsque les conflits du travail ne sont pas limit&#233;s &#224; ceux qui mettent en face &#224; face les travailleurs et leur employeur (les conflits intersyndicaux, les gr&#232;ves de solidarit&#233; avec d'autres les travailleurs d'autres pays et les actions concert&#233;es des salari&#233;s de divers &#233;tablissements d'une entreprise multinationale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travail pr&#233;caire : les nouveaux habits de la surexploitation &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
En 1998, la France, qui recense quelque 26,5 millions d'actifs potentiels (chiffres INSEE), comptait dix millions de ch&#244;meurs et de pr&#233;caires &#8211; cinq millions de ch&#244;meurs r&#233;els et pratiquement autant de travailleurs &#171; b&#233;n&#233;ficiant &#187; d'un emploi al&#233;atoire. La paup&#233;risation touche donc plus du tiers de la population active. On n'est plus tr&#232;s loin du mod&#232;le am&#233;ricain o&#249; le fait de travailler n'emp&#234;che pas d'&#234;tre pauvre et marginalis&#233;. Ch&#244;mage, pr&#233;carisation et surexploitation, autant de facettes compl&#233;mentaires de la paup&#233;risation.&lt;br /&gt;
Ces dix millions de ch&#244;meurs et pr&#233;caires (dont huit millions touchent moins que le minimum de pauvret&#233;, 3800 francs mensuels), comprennent, outre les 2,9 millions de ch&#244;meurs officiellement recens&#233;s par le gouvernement et les 2,5 autres millions de ch&#244;meurs effectifs recens&#233;s par les statisticiens, tout l'&#233;ventail de ces fameux &#034;nouveaux emplois&#034; qui ne permettent pas de sortir de la pr&#233;carit&#233;. Pr&#232;s de 4 millions 300 000 au total : int&#233;rimaires, petits boulots, emplois de service et de proximit&#233;, emplois &#224; temps partiel, contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, emplois de sous-traitance, emplois saisonniers, &#224; domicile, nouveaux &#034;contractuels des &#171; contrats aid&#233;s &#187;, emplois jeunes, contrats de qualification, contrats d'adaptation, contrats d'orientation, contrats d'apprentissage, Contrats Initiative Emploi, Contrats Emploi Solidarit&#233;, Contrats Emploi Consolid&#233;, emplois associatifs, emplois familiaux, stagiaires longue dur&#233;e sous-pay&#233;s ou m&#234;me non pay&#233;s, emplois partiels, flexibles, intermittents, salari&#233;s transform&#233;s en &#171; artisans &#187;, &#171; franchis&#233;s &#187;, fonctionnaires rel&#233;gu&#233;s au rang de &#171; contractuels &#187;, emplois sans aucun statut (pour les sans papiers donc sans droits)&#8230; sont les mille et une formes du travail jetable, du salariat pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la fracture... &#224; l'explosion sociale &lt;br /&gt;
Loin d'&#234;tre le produit d'une diminution globale de la richesse, la pr&#233;carisation de la classe ouvri&#232;re se produit dans un contexte de croissance &#233;conomique. En vingt ans, le PIB des pays industriels s'est accru, de 55 % en Allemagne, de 56 % en France, de 40 % en Angleterre, de 58 % aux USA. Bilan ? 10 millions de pauvres dont 5 millions de ch&#244;meurs r&#233;els et presque autant de travailleurs pr&#233;caires en France ; 4,1 millions de ch&#244;meurs et 5,5 millions de petits boulots en Allemagne ; 1,8 million de ch&#244;meurs et 12 millions de pr&#233;caires en Angleterre. Aux Etats-Unis, le pays le plus riche du monde, plus de 40 millions de personnes vivent dans des familles ayant moins de 10 000 dollars de revenu annuel et le m&#234;me nombre n'ont pas acc&#232;s aux soins ; 90 millions sont illettr&#233;es, un enfant sur quatre vit dans la pauvret&#233;. Les 10 % d'Am&#233;ricains les plus pauvres ont vu leurs ressources baisser de 21 % tandis que les 10 % les plus riches ont vu leurs revenus s'accro&#238;tre de 22 %, selon &lt;i&gt;l'International Herald Tribune&lt;/i&gt; de mars 1996.&lt;br /&gt;
Dans tous les pays riches, non seulement les pauvres (en activit&#233; ou au ch&#244;mage) sont plus nombreux, mais ils sont de plus en plus pauvres. Leur part du total des revenus s'est effondr&#233;e.&lt;br /&gt;
En r&#233;alit&#233;, on assiste depuis vingt ans &#224; la reconstitution d'une vaste &#171; arm&#233;e industrielle de r&#233;serve &#187; oscillant entre le ch&#244;mage, l'exclusion et la pr&#233;carit&#233; permettant &#224; la classe capitaliste de mettre sous pression l'ensemble de la classe ouvri&#232;re. Cette surexploitation, cette pr&#233;carisation de la classe salari&#233;e fait l'objet d'une politique d&#233;lib&#233;r&#233;e de la bourgeoisie, institutionnalis&#233;e et l&#233;galis&#233;e par tous les gouvernements des pays imp&#233;rialistes.&lt;br /&gt;
Cette politique vise bien s&#251;r &#224; briser les capacit&#233;s de d&#233;fense des travailleurs, &#224; atomiser leur coh&#233;sion &#233;conomique, &#224; isoler les pr&#233;caires, les ch&#244;meurs, les exclus, du reste de la population salari&#233;e. Mais &#224; un certain stade, l'accumulation des facteurs d'injustice et de pr&#233;carit&#233; sociale peut aussi aboutir &#224; un sentiment g&#233;n&#233;ral d'indignation sociale. On en a eu un avant go&#251;t en France en janvier 1998 avec le mouvement des ch&#244;meurs et des exclus qui, pour &#234;tre minoritaire, s'est r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s populaire chez l'ensemble des travailleurs.&lt;br /&gt;
Pour l'heure, m&#234;me si toute une s&#233;rie d'organisations syndicales et associatives visant &#224; d&#233;fendre et repr&#233;senter les ch&#244;meurs et les pr&#233;caires se sont cr&#233;&#233;es, la division entre ch&#244;meurs, pr&#233;caires et salari&#233;s n'est pas pour autant r&#233;gl&#233;e au sein du mouvement ouvrier. C'est en r&#233;alit&#233; une question de rapport des forces global, donc politique, entre la classe ouvri&#232;re et la bourgeoisie. La bourgeoisie peut s'accommoder d'une politique d'assistance envers les plus pauvres, qui au bout du compte n'aboutit qu'&#224; g&#233;rer l'injustice sociale et &#224; la p&#233;renniser (en se d&#233;chargeant d'ailleurs de cette t&#226;che sur les organisations ouvri&#232;res).&lt;br /&gt;
Il faudra que le mouvement ouvrier engage des combats d'envergure, en un mot m&#232;ne une politique de mobilisation qui puisse redonner espoir et perspectives y compris aux plus d&#233;munis et aux &#171; exclus &#187;, pour que la classe ouvri&#232;re regagne en solidarit&#233; politique ce qu'elle a perdu en &#233;miettement &#233;conomique. La v&#233;ritable solidarit&#233; de classe ne se construit que dans la lutte de classe, sous ses formes les plus d&#233;termin&#233;es. C'est alors que la &#171; fracture sociale &#187; dont parlait Chirac, loin d'engendrer r&#233;signation et passivit&#233; ouvri&#232;re, deviendra le plus fort facteur de cristallisation de la col&#232;re sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5 Millions et demi de ch&#244;meurs en 1998&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Les ch&#244;meurs comptabilis&#233;s officiellement&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;(demandeurs d'emploi fixe ayant travaill&#233;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;moins de 78H)&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;2976800&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;2&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ceux qui ont travaill&#233; plus de 78 heures&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;485 700&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;3&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ch&#244;meurs cherchant un emploi pr&#233;caire&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;374 200&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;4&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ch&#244;meurs cherchant un emploi pr&#233;caire mais&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;ayant travaill&#233; plus de 78 heures&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;52 800&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;5&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ch&#244;meurs cherchant un emploi CDD&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;112 900&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;6&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ch&#244;meurs cherchant un emploi CDD mais&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;ayant travaill&#233; plus de 78 heures&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;25 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;7&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ch&#244;meurs des DOM-TOM&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;215 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;8&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Ch&#244;meurs &#226;g&#233;s de plus de 55 ans ou 57,5 ans&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dispens&#233;s de recherche d'emploi&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;280 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;9&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Jeunes en fin de scolarit&#233; et femmes &#224; la&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;recherche d'un emploi non inscrits &#224; l'ANPE&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;300 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;10&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Stagiaires (jeunes et adultes)&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;90 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;11&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Licenci&#233;s &#233;conomiques en contrats de conversion&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;60 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;12&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Pr&#233;retrait&#233;s&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;200 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;13&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;RMistes non inscrits &#224; l'ANPE&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;400 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Total des ch&#244;meurs en 1998&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;strong&gt;5572400&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plus de 4 millions de pr&#233;caires&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;a&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;CES (Contrats Emploi Solidarit&#233;) et&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;CEC (contrats Emploi Consolid&#233;s)&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;450 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;b&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Contrats aid&#233;s&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;405 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;c&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Int&#233;rimaires permanents&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;413 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;d&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;CDD&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;906 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;e&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Apprentis&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;257 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;f&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Contrats &#034; hors statut &#034; de la&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;fonction publique&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;340 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;g&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Temps partiels impos&#233;s&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;ou d&#251;s &#224; des plans sociaux&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1 495 000&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Total des pr&#233;caires en 1998&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;&lt;strong&gt;4266000&lt;/strong&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ralisation du travail pr&#233;caire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi pr&#233;caire qui caract&#233;risait avant tout, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, des secteurs sp&#233;cifiques (commerce, grande distribution, textile, h&#244;tellerie-restauration, nettoyage industriel, travail agricole, etc), a gagn&#233; aujourd'hui tous les secteurs, y compris les grandes entreprises et tout le secteur public et &#233;tatique. &#034;&lt;i&gt;Nous avons 2000 vacataires permanents parfois depuis dix ans et 500 ultra-pr&#233;caires qui se font jeter tous les trois mois&lt;/i&gt;&#034; d&#233;claraient les employ&#233;s des mus&#233;es r&#233;cemment en gr&#232;ve. Un postier sur cinq est d&#233;j&#224; un contractuel. Les 20 000 embauches pr&#233;vues &#224; la Poste dans le cadre des 35 heures (qui ne font que remplacer 20 000 d&#233;parts) comprennent 14 000 nouveaux contractuels dont seulement un peu plus de 50 % seraient &#224; temps complet en CDI. Les collectivit&#233;s locales quant &#224; elles ont syst&#233;matiquement recours aux Contrats Emploi Solidarit&#233;, sans compter 30 % d'emplois &#224; temps partiel. La situation &#224; l'Education Nationale et dans la Sant&#233; Publique n'est pas plus enviable (voir nos articles).&lt;br /&gt;
Pour l'essentiel ces emplois n'ont rien de &#034;nouveaux&#034; mais remplacent syst&#233;matiquement les postes en fixe. Un seul exemple : en dix ans, l'Office National des For&#234;ts a supprim&#233; 8000 emplois d'ouvriers forestiers sur 14 000 pour prendre 2000 pr&#233;caires (dont 1800 Contrats Emploi Solidarit&#233;, des jeunes qui seront rejet&#233;s au ch&#244;mage).&lt;br /&gt;
Les emplois r&#233;mun&#233;r&#233;s en dessous du SMIC, comme les emplois &#224; dur&#233;e &#171; d&#233;termin&#233;e &#187; (CDD), donc limit&#233;e, connaissent un accroissement spectaculaire. Le nombre des CDD (906 000 en 1998) a quadrupl&#233; en quinze ans et repr&#233;sente les trois quarts des embauches actuelles ! Dans le m&#234;me temps, le nombre d'int&#233;rimaires a &#233;t&#233; multipli&#233; par trois. La France est devenue le num&#233;ro deux mondial pour les profits r&#233;alis&#233;s dans ce qu'on appelle pudiquement les EMO, entreprises de main d'oeuvre, qui tirent exclusivement leurs b&#233;n&#233;fices de la location de travailleurs.&lt;br /&gt;
La sous-traitance est un moyen tr&#232;s largement employ&#233; dans la grande industrie comme dans le b&#226;timent pour disposer d'une main d'oeuvre flexible, sous-pay&#233;e et dont on peut se s&#233;parer &#224; volont&#233;.&lt;br /&gt;
Le temps partiel (le plus souvent impos&#233; bien s&#251;r), s&#233;vit chez 80 % des employ&#233;s de l'aide &#224; domicile, 53 % des agents de nettoyage, 45 % des caissi&#232;res et 20 % des secr&#233;taires, mais aussi 30 % des agents de service des &#233;coles et des filles de salle des h&#244;pitaux. Il vient d'&#234;tre institutionnalis&#233; &#224; EDF-GDF o&#249; 15 000 pourraient &#234;tre embauch&#233;s sur trois ans pay&#233;s sur la base de 32 heures, alors que les agents d&#233;j&#224; embauch&#233;s se verraient proposer 32 heures pay&#233;es 35.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;caires et ch&#244;meurs non-indemnis&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs pr&#233;caires sont des ch&#244;meurs &#224; temps partiel, avec une particularit&#233; par rapport aux autres cotisants de l'ASSEDIC : lorsqu'ils se retrouvent sur le pav&#233;, ils ne touchent que rarement des indemnit&#233;s.&lt;br /&gt;
Cette situation d&#233;coule de d&#233;cisions relativement r&#233;centes.&lt;br /&gt;
En 1992, sous un gouvernement socialiste, &#171; &lt;i&gt;l'allocation unique d&#233;gressive&lt;/i&gt; &#187; (A.U.D.) a remplac&#233; les prestations ch&#244;mage ant&#233;rieures. Le principe de l'A.U.D. consiste &#224; appliquer un abattement sur l'allocation au bout de chaque p&#233;riode de 4 mois. La &#171; &lt;i&gt;peau de chagrin&lt;/i&gt; &#187; en quelque sorte, qui a encore r&#233;tr&#233;ci sous le gouvernement Balladur qui a succ&#233;d&#233; &#224; Rocard : un travailleur peut toucher l'indemnit&#233; &#224; taux plein pendant quatre mois &#224; condition d&#233;sormais d'avoir travaill&#233; au moins quatre mois au cours des 8 derniers mois. Ensuite il ne touche plus rien. S'il a travaill&#233; moins de 4 mois dans une p&#233;riode de 8 mois, il ne touche rien, m&#234;me au d&#233;part.&lt;br /&gt;
Celui qui encha&#238;ne des missions en int&#233;rim ou en CDD entrecoup&#233;es de p&#233;riodes de ch&#244;mage peut facilement n'&#234;tre jamais indemnis&#233; par les ASSEDIC. On voit d'o&#249; viennent ces &#171; &lt;i&gt;nouveaux pauvres&lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;l'&#232;re Mitterrand&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Pays-Bas : un exemple social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Pays-Bas viennent le mois dernier d'&#234;tre cit&#233;s en exemple par le BIT, bureau international du travail, pour &#034;&lt;i&gt;leur capacit&#233; &#224; &#233;viter le fl&#233;au du ch&#244;mage&lt;/i&gt;&#034;. Cela fait &#233;cho aux nombreuses d&#233;clarations des dirigeants europ&#233;ens : &#034;&lt;i&gt;Les Pays-Bas, pr&#233;tendait ainsi Jospin en 1997, nous indiquent la route &#224; suivre. Ce petit pays a divis&#233; son ch&#244;mage par deux en quinze ans, qui passe de 12 % de la population active en 1982 &#224; 6 % en 1997, alors que sur la m&#234;me p&#233;riode le n&#244;tre s'envolait de 8 % &#224; 13 %.&lt;/i&gt;&#034;&lt;br /&gt;
Les dirigeants de la principale centrale syndicale, la FNV, ont pass&#233; en 1982 avec Chris Van Veen, le patron des patrons, les accords dits de Wassenar, au terme de n&#233;gociations d&#233;roul&#233;es dans le plus grand secret. Le contenu de l'accord : aust&#233;rit&#233; et blocage des salaires en &#233;change du &#034;partage du travail&#034;. Pas &#233;tonnant que les Pays Bas soient apparus &#224; nos dirigeants comme des pionniers ! D'autant que ce pacte s'est alors conclu sans mouvements sociaux.&lt;br /&gt;
En moins d'un an, plus des deux tiers des conventions collectives ont &#233;t&#233; ren&#233;goci&#233;es. Le principe g&#233;n&#233;ral en &#233;tait la r&#233;duction de 5 % de la dur&#233;e annuelle du travail sur deux ans sans garantie de salaire. Sans garantie d'embauche compensatrice non plus. Plus des deux tiers des emplois nets cr&#233;&#233;s depuis 1982 sont des emplois &#224; temps partiel. Les travailleurs &#224; temps partiel repr&#233;sentent aux Pays Bas pr&#232;s de 40 % de l'ensemble des salari&#233;s contre 6,5 % en Italie, 16,7 % en Allemagne, 17 % en France et 25 % en Angleterre. Il s'agit g&#233;n&#233;ralement d'un temps partiel impos&#233;.&lt;br /&gt;
Par ailleurs, une fraction non n&#233;gligeable de la population a &#233;t&#233; officiellement d&#233;clar&#233;e &#034;inapte&#034; au travail et touche une pension d'invalidit&#233;. Il s'agit notamment de travailleurs &#226;g&#233;s, licenci&#233;s des grandes entreprises et &#034;plus assez productifs&#034;. Leur nombre avoisinait le million en 1993, soit un adulte sur 7. Ces &#034;invalides&#034; ne sont pas comptabilis&#233;s comme ch&#244;meurs. Satisfait d'avoir r&#233;duit les chiffres officiels du ch&#244;mage, le gouvernement hollandais s'en est pris au d&#233;but des ann&#233;es 90 au &#171; statut prot&#233;g&#233; &#187; des invalides. Le statut d'invalidit&#233; a &#233;t&#233; red&#233;fini. Les b&#233;n&#233;ficiaires ont d&#251; se soumettre &#224; un r&#233;examen de leur situation. 50 % des personnes r&#233;examin&#233;es ont perdu leurs droits en 1994 et 35 % en 1995. Les 500 000 personnes qui per&#231;oivent une allocation d'assistance d'un montant de 2700 francs par mois ne sont pas compt&#233;es comme ch&#244;meurs. Comme ne le sont pas non plus les 100 000 autres ch&#244;meurs jug&#233;s inemployables sur le march&#233; du travail et pour lesquels le gouvernement a &#233;tabli un programme &#171; r&#233;servoir d'emplois &#187; dans les municipalit&#233;s, r&#233;tribu&#233;s au salaire minimum.&lt;br /&gt;
Selon les calculs de l'OCDE, si l'on tient compte de toutes ces cat&#233;gories &#034;le ch&#244;mage au sens large en &#233;quivalent plein temps atteint plus de 25 % de la population active et reste au dessus du niveau des ann&#233;es 80&#034;.&lt;br /&gt;
Parall&#232;lement, le niveau du salaire minimum et des allocations a &#233;t&#233; gel&#233; &#224; plusieurs reprises. Le taux de pauvret&#233; est pass&#233; de 8,2 % en 1985 &#224; 12,5 % en 1995.&lt;br /&gt;
Quant au consensus social dont le gouvernement n&#233;erlandais &#233;tait si fier, il n'existe plus. En 1997, des mouvements ont eu lieu chez les contr&#244;leurs de tram, agents de s&#233;curit&#233;, gardiens d'immeubles d'Amsterdam et de Leiden qui ont obtenu jusqu'&#224; 145 % du salaire minimum : en janvier 1998, mouvements au service du nettoiement d'Amsterdam, dans le secteur public Abva-Kabo ; avril 1998, gr&#232;ve aussi du secteur de la sant&#233; avec cinquante h&#244;pitaux qui n'acceptent plus que les urgences et une manifestation de 23 000 personnes ; juin 1998, mouvement du secteur des cr&#232;ches, des maisons de quartiers... Les travailleurs contestent de plus en plus ces mesures anti-sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Redonner aux USA la primaut&#233; sur Europe et Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes mesures &#233;conomiques de la mondialisation (lib&#233;ralisation, d&#233;r&#233;glementation, privatisation (dont celles des services publics, des syst&#232;mes de retraite et de sant&#233;), financiarisation, titrisation de la dette, appel massif des USA aux capitaux mondiaux, effort pour rendre plus liquide le capital en circulation, accroissement du taux de profit, accroissement des &#233;changes mondiaux, nouveaux march&#233;s, nouvelles technologies, etc&#8230;) vont non seulement relancer l'&#233;conomie mais ramener les USA &#224; un r&#244;le dirigeant qu'il semblait en passe de perdre au profit de l'Europe et du Japon. &lt;br /&gt;
C'est en 1980 que plusieurs indices des Etats-Unis font un bond en avant et particuli&#232;rement le ratio pour le capital US entre les revenus venus de l'&#233;tranger et ceux domestiques (plus que doubl&#233; d&#232;s 1982). C'est &#233;galement en 1980 que bondissent &#224; la fois le ratio des avoirs &#233;trangers sur les USA et celui des avoirs am&#233;ricains &#224; l'&#233;tranger, et ils ne vont d&#232;s lors cesser d'augmenter (rapport de la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine 2005). En 1980, d'autres indicatifs &#233;conomiques am&#233;ricains s'inversent : l'&#233;pargne et l'investissement productif. Les deux chutent en m&#234;me temps (par rapport &#224; la production totale (chiffres de Dum&#233;nil et L&#233;vy) et le ratio entre le premier et le second s'effondre &#233;galement. Toute la structure des profits am&#233;ricains est en train de changer contraignant le reste du monde &#224; en faire autant, au profit du capital US. L'ann&#233;e 1980 est &#233;galement celle d'une mont&#233;e en fl&#232;che des revenus des classes privil&#233;gi&#233;es aux d&#233;pens des pauvres. Elle va finir par entra&#238;ner une forte reprise &#233;conomique aux USA qui va marquer les ann&#233;es 90, jusqu'en 2000.&lt;br /&gt;
La lib&#233;ralisation et l'ouverture &#233;conomique vont au capital US ouvrir de nouveaux march&#233;s financiers. La financiarisation va relancer la concurrence mondiale en donnant la primeur au plus attractif pour les capitaux libres, les USA. Tous les capitaux du monde vont &#234;tre attir&#233;s par des &#171; produits financiers &#187; invent&#233;s dans ce but. &lt;i&gt;&#171; Les actifs d&#233;tenus par des &#233;trangers aux Etats-Unis ont doubl&#233; de 1980 &#224; 1985 (de 500 &#224; 1000 milliards de dollars). &#187; &#233;crit Michel Beau dans son &#171; Histoire du capitalisme &#187;.&lt;/i&gt; Le d&#233;ficit du budget de l'Etat, loin d'&#234;tre combattu comme le pr&#233;tendait Reagan, va devenir un moyen d'attirer ces capitaux en transformant les bons des pr&#234;teurs en esp&#232;ces de titres, jouables &#224; la hausse ou &#224; la baisse. Les pays riches et moyens vont &#234;tre entra&#238;n&#233;s, bon gr&#233; mal gr&#233;, dans une spirale ascendante de la finance conduite par le capital US. &lt;br /&gt;
L'investissement massif des capitaux am&#233;ricains &#224; partir de 1990 dans les pays &#233;mergents a permis au capital US de reprendre la t&#234;te de la croissance capitaliste par rapport &#224; ses concurrents imp&#233;rialistes. Dans la p&#233;riode 1981-86, les taux de croissance annuel moyen du PIB &#233;taient de 3,1% pour les USA, 3,3% pour le Japon et 2% pour l'Union Europ&#233;enne. Dans la p&#233;riode 1987-1991, ils &#233;taient de 2,1% pour les USA, de 4,8% pour le Japon et de 3% pour l'Union Europ&#233;enne. Dans la p&#233;riode 1992-96, ils &#233;taient de 2,6% pour les USA, de 1,2% pour le Japon, de 1,4% pour l'Union Europ&#233;enne. Les USA n'&#233;taient plus talonn&#233;s par leurs concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais dans &#171; La finance mondialis&#233;e &#187; :&lt;br /&gt;
&#171; Lorsque le capital de placement resurgit au d&#233;but des ann&#233;es 1980, l'&#233;crasante majorit&#233; des salari&#233;s comme des citoyens de la plupart des pays, hormis les Etats-Unis et la Suisse et &#224; un moindre degr&#233; le Royaume Uni, en ont compl&#232;tement oubli&#233; l'existence et le pouvoir social. (&#8230;) La mont&#233;e en force des march&#233;s de titres d'entreprises &#224; la faveur du mouvement d'accumulation financi&#232;re, et des mesures de d&#233;r&#233;glementation a &#233;t&#233; suivie d'une &#233;volution notable de la fonction des march&#233;s et du pouvoir des investisseurs. A partir des ann&#233;es 1980 aux Etats-Unis et des ann&#233;es 1990 pour des pays comme la France, ce ne sont plus seulement les parts de propri&#233;t&#233; d'entreprises qui deviennent des actifs financiers achetables et vendables en Bourse, mais les entreprises comme telles, et m&#234;me des groupes industriels entiers. (&#8230;) Par accumulation financi&#232;re, on entend la centralisation dans des institutions sp&#233;cialis&#233;es de profits industriels non r&#233;investis et de revenus non consomm&#233;s, que celles-ci ont pour charge de valoriser sous la forme de placements en actifs financiers &#8211; devises, obligations et actions &#8211; en se tenant hors de la production de biens et de services. (&#8230;) L'afflux de ressources non investies s'acc&#233;l&#232;re au d&#233;but des ann&#233;es 1970 &#224; mesure que le dynamisme de l' &#187;&#226;ge d'or &#187; s'&#233;puise. (&#8230;) Cela explique pourquoi la crise de 1974-75 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une premi&#232;re forme de krach financier. (&#8230;) L'&#233;tape suivante a &#233;t&#233; celle du &#171; recyclage &#187; &#224; partir de 1976 des &#171; p&#233;trodollars &#187;, c'est-&#224;-dire des sommes tr&#232;s &#233;lev&#233;es r&#233;sultant du rel&#232;vement temporaire du prix du p&#233;trole plac&#233;es &#224; Londres par des potentats du golfe Persique. Ce &#171; recyclage &#187; a pris la forme de pr&#234;ts et d'ouverture de lignes de cr&#233;dit des banques internationales aux gouvernements du tiers monde, notamment en Am&#233;rique latine. (&#8230;) C'est l' &#187;effet boule de neige de la dette &#187;. (&#8230;) L'unique mani&#232;re de faire face aux &#233;ch&#233;ances du service de la dette est d'emprunter de nouveau. (&#8230;) Ces m&#233;canismes cumulatifs et pervers d'endettement (&#8230;) sont apparus du fait des mesures prises par les Etats-Unis &#224; partir de 1979 : (&#8230;.) lib&#233;ralisation des march&#233;s obligataires des titres de la dette publique et hausse du dollar et des taux d'int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains. (&#8230;) C'est dans les pays du centre du syst&#232;me que la dette publique a fait faire &#224; la croissance du capital un saut quantitatif et qualitatif. (&#8230;) la mise en place d'un march&#233; obligataire compl&#232;tement ouvert aux investisseurs financiers &#233;trangers a permis le financement des d&#233;ficits budg&#233;taires par placement de bons du Tr&#233;sor et autres effets de la dette sur les march&#233;s financiers. (&#8230;) D&#232;s 1984-85, tous les pays du G7 (&#224; la suite des Etats-Unis et de la Grande Bretagne) ont adopt&#233; le cours nouveau de financement des d&#233;ficits budg&#233;taires par l'appel au march&#233; obligataire lib&#233;ralis&#233; et l'offre de taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;els positifs. (&#8230;) au cours des ann&#233;es 1980, les institutions financi&#232;res (ou investisseurs institutionnels) ravissent aux banques le premier rang en tant que foyers de centralisation financi&#232;re et leur prennent une partie de leurs activit&#233;s de pr&#234;t. (&#8230;) Tout Etat qui voulait placer lui aussi des bons du Tr&#233;sor sur des march&#233;s lib&#233;ralis&#233;s &#233;tait forc&#233; de s'aligner sur les pratiques am&#233;ricaines. (&#8230;) Le syst&#232;me financier des Etats-Unis domine les autres en raison tant de la place du dollar que de la dimension des march&#233;s obligataires et boursiers am&#233;ricains. (&#8230;) La lib&#233;ralisation et la d&#233;r&#233;glementation des syst&#232;mes financiers se sont faites &#224; marche forc&#233;e sous la direction du FMI et de la Banque mondiale et sous la pression politique des Etats-Unis. Les march&#233;s financiers &#171; &#233;mergents &#187;, qui ont &#233;t&#233; ouverts aux op&#233;rations du capital financier &#224; partir du d&#233;but des ann&#233;es 1990, sont &#224; distinguer des places financi&#232;res aguerries comme Hong Kong et Singapour n&#233;es comme relais de la City dans le cadre de l'ancienne zone sterling. (&#8230;) Les march&#233;s &#171; &#233;mergents &#187; n'ont jamais n'ont jamais accueilli, m&#234;me avant la crise mexicaine de 1995, plus de 15% des capitaux mondiaux cherchant &#224; se placer en conservant un degr&#233; de liquidit&#233; &#233;lev&#233;. (&#8230;) L'int&#233;gration dans le r&#233;gime de mondialisation financi&#232;re &#171; (des pays &#233;mergents) (&#8230;) a eu pour r&#233;sultat de cr&#233;er des syst&#232;mes financiers tr&#232;s fragiles. (&#8230;)&lt;br /&gt;
(Si on fait) le bilan de la lib&#233;ralisation, de la d&#233;r&#233;glementation et de la privatisation (pas seulement des mouvements de capitaux, bien s&#251;r, mais aussi des &#233;changes et des investissements directs), (&#8230;) il y a eu un tr&#232;s fort bond dans la concentration de la richesse. Se pose alors la question de savoir si ce succ&#232;s n'a pas &#233;t&#233; acquis dans des conditions qui pourraient rendre la domination retrouv&#233;e des classes sup&#233;rieures et des pays qui leur servent de bastion, peu viable dans le long terme, parce que fond&#233;e sur des bases &#233;conomiques &#233;troites et instables. Si tel &#233;tait le cas, on serait alors face &#224; une situation propice &#224; l'accentuation du militarisme comme au renforcement des m&#233;thodes de contr&#244;le politique et social militaro-s&#233;curitaires au plan international comme au niveau domestique. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les ann&#233;es 1980 ont &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;es par le retour &#224; une configuration de d&#233;veloppement in&#233;gal avec une concentration de la croissance dans deux zones seulement. (&#8230;) Une baisse conjugu&#233;e &#224; la fois des salaires et de la part des profits r&#233;serv&#233;e &#224; l'investissement a marqu&#233; la macro&#233;conomie de l'Europe dans les ann&#233;es 1980 et 1990. Ce mouvement n'est pas propre &#224; l'Europe. (&#8230;) Dans les ann&#233;es 1990, l'&#233;conomie mondiale n'a connu que deux foyers de croissance. L'un a &#233;t&#233; situ&#233; en Asie du Sud-Est et a dur&#233; jusqu'au d&#233;clenchement de la crise de 1997, l'autre aux Etats-Unis jusqu'au krach du Nasdaq au printemps 2001. La croissance des pays de l'Asie du Sud-Est a repos&#233; sur une production destin&#233;e principalement &#224; &#234;tre &#233;coul&#233;e sur les march&#233;s ext&#233;rieurs et a &#233;t&#233; dop&#233;e par l'afflux de capitaux &#233;trangers en qu&#234;te d'investissements et de placements rentables. (&#8230;) Les Etats-Unis sont le seul pays dans lequel le r&#233;gime d'accumulation financiaris&#233; command&#233; par le capital de placement a &#233;t&#233; aussi un &#171; r&#233;gime de croissance &#187;. (&#8230;) Ce sont les privatisations des entreprises de service public et une accentuation du processus de privatisation des syst&#232;mes de retraite et de sant&#233; qui ont &#233;t&#233; la colonne vert&#233;brale des politiques gouvernementales de soutien des march&#233;s financiers. (&#8230;) Le cours de la mondialisation financi&#232;re a &#233;t&#233; marqu&#233; par une succession de crises financi&#232;res dont les effets &#233;conomiques et sociaux se sont aggrav&#233;s chaque fois. (&#8230;) La racine des crises financi&#232;res, mais aussi de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale ce qu'on nomme la fragilit&#233; syst&#233;mique, se trouve dans le montant extr&#234;mement &#233;lev&#233; des cr&#233;ances sur la production future auquel les possesseurs d'actifs financiers estiment pouvoir pr&#233;tendre, ainsi que dans la &#171; course au r&#233;sultat &#187; &#224; laquelle les gestionnaires des fonds de pension et de placement financier doivent se livrer. (&#8230;) Sous l'effet de la d&#233;sinterm&#233;diation financi&#232;re et de la concurrence des investisseurs institutionnels, les banques comme les soci&#233;t&#233;s d'assurance sont pouss&#233;es &#224; prendre de lus en plus de risques. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Depuis la r&#233;&#233;mergence des march&#233;s boursiers dans toute leur force, le d&#233;partement du Tr&#233;sor et de la FED ont fait ce qu'il fallait pour cr&#233;er les liquidit&#233;s et autres moyens n&#233;cessaires pour endiguer les crises. Ils continueront &#224; le faire m&#234;me si cela contrevient formellement aux th&#233;ories profess&#233;es. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les Etats-Unis ont partie li&#233;e avec le capital de placement comme nul autre pays. Ils sont profond&#233;ment marqu&#233;s par la vision du monde qui est propre au capital financier et &#224; la propri&#233;t&#233; patrimoniale. L' &#187; exception am&#233;ricaine &#187; des ann&#233;es 1990 a accentu&#233; les diff&#233;rences entre leur &#171; mode de vie &#187; et celle des autres pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rard Dum&#233;nil et Dominique L&#233;vy dans &#171; Le n&#233;olib&#233;ralisme sous h&#233;g&#233;monie &#233;tats-unienne &#187; dans l'ouvrage collectif sous la direction de Fran&#231;ois Chesnais pr&#233;c&#233;demment cit&#233; : &lt;br /&gt;
&#171; La transition des ann&#233;es 1970 aux ann&#233;es 1980 fut marqu&#233;e par un &#233;v&#233;nement embl&#233;matique du nouvel ordre social : la d&#233;cision, en 1979, par la Banque centrale des Etats-Unis, la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale, de hausser les taux d'int&#233;r&#234;t au niveau requis par l'&#233;limination de l'inflation, et cela quels que soient les co&#251;ts dans les pays du centre et de la p&#233;riph&#233;rie. (&#8230;) Ce qui suivit fut &#224; la hauteur de ce premier pas : prise de contr&#244;le du salaire, &#233;rosion graduelle des syst&#232;mes de protection sociale, vague de ch&#244;mage, croissance lente et crise r&#233;currentes dans les pays de la p&#233;riph&#233;rie, dislocation des soci&#233;t&#233;s, mont&#233;e des tensions internationales et nouveau militarisme. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Quand on tente de se repr&#233;senter les Etats-Unis en tant que pays capitaliste, on pense d'abord aux 116 millions d'actifs occupant un emploi dans les entreprises priv&#233;es de ce pays qui r&#233;alisent 7.262 milliards de dollars de produit annuel (les chiffres sont ceux de 2000). (&#8230;) Les profits s'&#233;levaient &#224; 380 milliards de dollars en 2000 (&#8230;) apr&#232;s paiement des imp&#244;ts et des int&#233;r&#234;ts par les entreprises (&#8230;) On peut les appeler profits int&#233;rieurs (domestiques, selon l'expression anglaise). A ces profits, il faut ajouter des revenus provenant de l'&#233;tranger. (&#8230;) En 2000, des agents &#233;conomiques des Etats-Unis poss&#233;daient 3.488 millions de dollars de placement dans le reste du monde (&#8230;) Ces avoirs ne rapport&#232;rent pas moins de 381 millions de dollars soit une somme &#233;quivalente &#224; celle de l'ensemble des profits int&#233;rieurs. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les Etats-Unis se sont transform&#233;s en un centre de collecte et de redistribution des profits. D'une part, ils tirent de tr&#232;s importants revenus du reste du monde par des investissements et placements particuli&#232;rement rentables, et, d'autre part, r&#233;tribuent un capital &#233;tranger &#224; un taux inf&#233;rieur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Une nouvelle r&#233;ponse aux aspirations des bourgeoisies du Tiers-Monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques ann&#233;es, la situation de la bourgeoisie du Tiers-Monde va changer du tout au tout. Durant les ann&#233;es de l'apr&#232;s-guerre, le syst&#232;me mondial les a cantonn&#233;s, pour l'essentiel, dans des gestionnaires de l'autarcie, les fameux nationalismes &#233;tatistes des ind&#233;pendances, comme si ces &#233;conomies &#233;taient charg&#233;es de se d&#233;brouiller seules &#224; remonter la pente. Les &#233;conomies nationales &#233;taient r&#233;duites de constater que le march&#233; n'&#233;tait pas ouvert &#224; leurs produits concurrentiels. L'industrie industrialisante de Boumedienne, en Alg&#233;rie, ne pouvait trouver preneurs. Des grands pays comme l'Inde ou la Chine restaient des &#233;conomies &#224; but essentiellement interne, contraintes de se d&#233;velopper de mani&#232;re tout &#224; fait d&#233;former et sans b&#233;n&#233;ficier des derniers progr&#232;s techniques ni de vendre leurs propres produits &#224; grande &#233;chelle. Ils ne pouvaient pas non plus utiliser leurs capitaux pour mettre la main sur les produits capitalistes les plus rentables de la plan&#232;te. C'est tout cela que change la &#171; mondialisation &#187; avec la d&#233;r&#233;glementation, la financiarisation, la cr&#233;ation d'institutions financi&#232;res non bancaires, la titrisation de la dette nationale. D&#233;sormais des capitaux situ&#233;s dans n'importe quel pays, en particulier les pays p&#233;troliers, vont pouvoir s'investir directement ou se d&#233;sinvestir &#224; grande vitesse dans des choix financiers les plus rentables. &lt;br /&gt;
Le capital am&#233;ricain ou celui des pays riches vont se porter vers des pays moyens en vue d'investissements productifs, menant &#224; la formation de pays dits &#171; &#233;mergents &#187; et ouvrant des perspectives nouvelles &#224; la bourgeoisie du Tiers-Monde. Le m&#233;canisme de la dette nationale de ces pays, remise elle aussi entre les mains des financiers et de leurs sp&#233;culations, va &#234;tre un moyen d'offrir &#224; cette bourgeoisie une masse de capitaux dont elle n'aurait jamais pu r&#234;ver autrement que par ce m&#233;canisme de pr&#234;t en cascade mais aussi la rendre d&#233;pendante du capital international et imp&#233;rialiste comme jamais.&lt;br /&gt;
Les croissances impressionnantes des ann&#233;es 90, comme des 6% au Cambodge, 7% en Cor&#233;e du sud, en Indochine et en Tha&#239;lande, 8% en Malaisie et au Vietnam et 12% en Chine ne signifient pas que ces &#233;conomies sont en train de d&#233;velopper ces pays, mais que les capitaux mondiaux ont trouv&#233; de nouveaux moyens de d&#233;velopper leur colonisation du monde, que les ind&#233;pendances ont men&#233; &#224; un nouveau type de d&#233;pendance du capital mondial dans lequel caracolent quelques individus de chacun de ces pays. &lt;br /&gt;
Loin de gagner en ind&#233;pendance, ces &#171; nouvelles bourgeoisies &#187; issues du Tiers-Monde sont plus d&#233;pendantes que jamais. Elles sont contraintes de se mettre sous la coupe des trusts multinationaux et des financiers, de se soumettre au diktat de l'endettement, de l'ajustement structurel, de la suppression des services publics, toutes politiques qui provoquent une forte instabilit&#233; sociale et politique et d'important profits pour les capitaux &#233;trangers au d&#233;triment du d&#233;veloppement du pays. Les seules activit&#233;s favoris&#233;es sont les plus profitables, au d&#233;triment de nombreuses industries nationales. L'essentiel des profits revient dans les m&#233;tropoles par de multiples voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais dans &#171; La finance mondialis&#233;e &#187; :&lt;br /&gt;
&#171; Les crises dont les &#171; pays &#233;mergents &#187; ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre portent de fa&#231;on particuli&#232;rement fortes le sceau de l' &#187; insatiabilit&#233; &#187; de la finance. En mal de placements, les investisseurs institutionnels mais aussi les grandes banques s'y sont pr&#233;cipit&#233;s. Ils ont contribu&#233; &#224; une croissance en partie effective, mais aussi largement factice et fond&#233;e sur des bases tr&#232;s fragiles. Lorsque les choses se sont g&#226;t&#233;es, ils ont pris la fuite. Le nombre de ces crises, depuis la premi&#232;re au Mexique en 1995, et leurs effets d&#233;vastateurs doivent &#234;tre mis en rapport avec l'impact de la lib&#233;ralisation et de la d&#233;r&#233;glementation des &#233;changes et des privatisations sur les structures &#233;conomiques et les syst&#232;mes productifs de ces pays. (&#8230;) En Am&#233;rique latine (Mexique, Argentine) et en Asie (Tha&#239;lande, Indon&#233;sie, Philippines), on a assist&#233; &#224; la formation chaque fois de d&#233;ficits commerciaux &#233;lev&#233;s, doubl&#233;s d'une d&#233;gradation de la balance courante sous l'effet du service des int&#233;r&#234;ts de la dette et des rapatriements de profits par les soci&#233;t&#233;s transnationales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mamadou Camara et Pierre Salama dans &#171; L'insertion diff&#233;renci&#233;e aux effets paradoxaux des pays en d&#233;veloppement dans la mondialisation financi&#232;re &#187; :&lt;br /&gt;
&#171; L'id&#233;e selon laquelle une int&#233;gration plus pouss&#233;e des &#233;conomies en d&#233;veloppement (et particuli&#232;rement les plus d&#233;velopp&#233;es d'entre elles) dans l'&#233;conomie mondiale au moyen d'un afflux important de capitaux priv&#233;s favoriserait le rattrapage et la croissance, est assez r&#233;pandue. (&#8230;) Le processus de mondialisation financi&#232;re est une dynamique dont sont exclus la majorit&#233; des pays en d&#233;veloppement. (&#8230;) La sp&#233;cificit&#233; zone Am&#233;rique latine est celle est aussi celle de la mont&#233;e des investissements de portefeuille attir&#233;s par les taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els tr&#232;s &#233;lev&#233;s offerts pour financer les d&#233;ficits publics et courants. Ces flux qui &#233;taient quasiment inexistants dans la p&#233;riode 1980-1989 (de l'ordre de 400 millions de dollars par an) explosent au cours de la p&#233;riode 1990-1999 avec des montants avoisinant les 24 milliards de dollars en moyenne annuelle. (&#8230;) C'est en Am&#233;rique latine que la crise de la dette s'est d&#233;clench&#233;e. C'est elle qui continue toujours &#224; repr&#233;senter l'une des zones les plus ins&#233;r&#233;es dans la finance mondiale (&#8230;) L'ouverture brutale des march&#233;s de capitaux produit des effets n&#233;gatifs forts sur l'&#233;conomie r&#233;elle : stopper les fuites de capitaux impose la mise en place de taux d'int&#233;r&#234;ts astronomiques. A d&#233;faut de ralentir les orties de capitaux, ils paralysent la production et pr&#233;cipitent la r&#233;cession. (&#8230;) Aux m&#233;canismes de sortie de capitaux li&#233;s au service de la dette, &#224; mesure qu'elle augmente et que les primes de risque enflent, s'ajoute un &#233;l&#233;ment nouveau. Ce sont les sorties de capitaux au titre de dividendes aux actionnaires des entreprises multinationales. Elles repr&#233;sentent d&#233;j&#224; plus du tiers de la valeur des int&#233;r&#234;ts de la dette au Br&#233;sil. Cet accroissement des paiements de dividendes est le produit direct de l'essor des investissements directs &#233;trangers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la Chine et l'&#233;conomie chinoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Chine, l'envers du miracle &#187; de Marc Epstein :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La Chine en 2007 est le premier producteur agricole (48% des l&#233;gumes), premier en construction d'autoroutes, de voies ferr&#233;es, de logements, de centrales &#233;lectriques, d'ordinateurs portables, de t&#233;l&#233;viseurs, le premier producteur et consommateur de charbon et d'acier&#8230; Il produit 8 tracteurs sur dix, plus de sept montres sur dix, plus d'un appareil photo sur deux&#8230; Selon les derni&#232;res estimations, la production industrielle chinoise devrait d&#233;passer d&#232;s 2013 celle des usines am&#233;ricaines. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
A condition que la stabilit&#233; sociale se maintienne&#8230; De source officielle, quelque 75.000 manifestations se produiraient chaque ann&#233;e &#224; travers le pays (&#8230;) Si l'Etat-parti devait s'effondrer, le monde tremblerait pour de bon. (&#8230;) Le parti communiste est extr&#234;mement bien pr&#233;par&#233; pour faire face &#224; des contestations isol&#233;es, de type traditionnel. Depuis une quinzaine d'ann&#233;es, il a d&#233;velopp&#233; un vrai savoir-faire r&#233;pressif et gagn&#233; en subtilit&#233;. Un exemple : quelque 30 &#224; 50 millions de personnes ont perdu leur emploi, depuis la fin des ann&#233;es 1980, &#224; la suite des r&#233;formes dans les entreprises d'Etat. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le Parti a &#233;t&#233; tr&#232;s habile, en distribuant de l'argent, en cooptant des groupes et en restant pr&#233;sent sur le terrain (&#8230;) et surtout le PC a veill&#233; &#224; ce que les mouvements contestataires ne puissent se coordonner. (&#8230;) Que se passerait-il si des &#233;v&#233;nements comparables &#224; ceux qui se d&#233;roul&#232;rent sur la place Tienanmen en 1989 venaient &#224; se reproduire ? (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela fait quelques temps que la Chine devient l'une des soci&#233;t&#233;s les plus in&#233;galitaires du monde. Les diff&#233;rences de revenus s'accroissent entre provinces, entre cille et campagne, &#224; l'int&#233;rieur des villes et notamment entre ceux qui profitent de la corruption et les autres. (&#8230;) La Chine est pass&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1990 tr&#232;s pr&#232;s d'une grave crise financi&#232;re. Depuis lors, les dirigeants ont entrepris une s&#233;rie de r&#233;formes, en particulier sur le plan bancaire. (&#8230;) Au premier tournant conjoncturel, on pourrait assister &#224; une explosion des cr&#233;ances douteuses. (&#8230;) Le syst&#232;me financier demeure rudimentaire. Or, il joue un r&#244;le politique notamment important pour le pouvoir obnubil&#233; par la n&#233;cessaire stabilit&#233; sociale. Afin de pouvoir cr&#233;er des emplois pour limiter le ch&#244;mage &#224; un niveau socialement acceptable, le r&#233;gime a int&#233;r&#234;t &#224; maintenir un syst&#232;me financier (&#8230;) pilot&#233; de mani&#232;re administrative. (&#8230;) Pour le moment, le Parti est parvenu &#224; isoler chaque &#233;v&#233;nement de contestation en usant de la carotte et du b&#226;ton (&#8230;) Mais &#224; P&#233;kin les dirigeants craignent pour leur pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple : l'Inde, un nouveau &#171; miracle &#187; de l'&#233;conomie capitaliste ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
On a beaucoup parl&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique de la Chine, atelier du monde. Bien que moins m&#233;diatique, l'Inde conna&#238;t, elle aussi, une croissance &#233;conomique impressionnante en un petit nombre d'ann&#233;es. Au point que certains se demandent si l'Inde peut devenir, avec la Chine, le Br&#233;sil ou l'Afrique du sud, l'un des nouveaux pays dominants du monde capitaliste. &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;(dossiers et documents) d'octobre 2006 affirme, sous le titre &#171; La Chine et l'Inde devraient occuper les 1e et 3e places mondiales d&#232;s 2035 &#187;, &lt;i&gt;&#171; La Chine, partie la premi&#232;re dans la course au d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; il y a trente ans, b&#233;n&#233;ficie d'une croissance de pr&#232;s de 10% l'an. L'Inde, partie seulement au milieu des ann&#233;es 1990, jouit d'un 8% annuel. (&#8230;) Moins m&#233;diatis&#233;e que la Chine, l'Inde accumule des succ&#232;s &#233;conomiques. La production industrielle de l'Inde a enregistr&#233; une hausse de 6,9% sur un an. L'informatique n'y est plus seule. L'industrie manufacturi&#232;re, en joint-venture avec des compagnies &#233;trang&#232;res, se d&#233;veloppe aussi &#224; un rythme &#233;lev&#233;. D&#233;sormais presque tous les grands noms de l'Automobile ont des usines ou des centres de recherche en Inde. &#187; &lt;/i&gt;Quatri&#232;me puissance agricole mondiale et premi&#232;re pour les services informatiques, l'Inde d&#233;veloppe son industrie, son commerce et ses services et conna&#238;t m&#234;me un d&#233;veloppement des productions d'&#233;nergie. &lt;br /&gt;
La mondialisation, l'ouverture des march&#233;s, les nouvelles technologies peuvent-ils &#224; ce point transformer le partage des richesses, la r&#233;partition mondiale du travail et les rapports de forces mondiaux ? La recherche de la productivit&#233; du capital peut-elle aller jusqu'&#224; l'amener &#224; investir l'essentiel dans ces pays et les pays imp&#233;rialistes &#224; se laisser prendre la premi&#232;re place ? L'Inde b&#233;n&#233;ficie des retomb&#233;es du boom chinois et de la politique mondiale d'ouverture &#233;conomique des USA, mais ce pays, qui repr&#233;sentait moins d'1% de l'&#233;conomie mondiale au d&#233;but des ann&#233;es 70, peut-il devenir un pays central du syst&#232;me ? Ces pays &#171; &#233;mergents &#187; ne risquent-ils pas de se trouver ensuite eux-m&#234;mes concurrenc&#233;s, en termes de main d'&#339;uvre bon march&#233;, par des voisins plus pauvres ? Les pays de main d'&#339;uvre bon march&#233; ont connu un boom des emplois suivi d'un boom des gr&#232;ves qui a amen&#233; une am&#233;lioration relative des salaires et une diminution de l'avantage concurrentiel. Le Japon ou la Cor&#233;e du sud ont d'abord donn&#233; l'impression qu'ils allaient prendre la premi&#232;re place, avant de subir des crises d&#233;vastatrices puis de repartir de l'avant en limitant leurs ambitions ? Le succ&#232;s de l'Inde, lui-m&#234;me, n'est-il pas un moyen pour les capitalistes de limiter le d&#233;veloppement chinois ? &lt;br /&gt;
Il faut rappeler que ce ne sont pas les &#171; pays &#233;mergents &#187; qui auraient forc&#233; la porte du march&#233; mondial, c'est le capital international et l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui ont choisi, par la politique de mondialisation, de s'ouvrir &#224; ces pays. Le plus &#233;tonnant, &#224; partir de ce moment, n'est pas que des trusts occidentaux investissent en Inde, pays &#224; main d'&#339;uvre bon march&#233;, qu'un pays du tiers monde soit capable de leur proposer une main d'&#339;uvre technologique et d'ing&#233;nierie top niveau. C'est plut&#244;t que des trusts indiens aient atteint le stade leur permettant de racheter les entreprises des pays riches et de jouer dans la cour des grands de la concurrence mondiale. Cependant, dans les quatre derni&#232;res ann&#233;es, ces acquisitions indiennes d'entreprises &#233;trang&#232;res, du type de Mittal Steel sur Arcelor, ne repr&#233;sentaient que 1,4 milliards de dollars. Par contre, le d&#233;veloppement &#233;conomique est incontestable. On a longtemps pens&#233; que l'Inde s'en tiendrait &#224; son r&#244;le de premier plan dans les technologies de l'information, mais ce stade aussi semble d&#233;pass&#233;. La recherche appliqu&#233;e, les biotechnologies, la pharmacie se d&#233;veloppent &#224; grande vitesse. Il y a en Inde quatre millions de chercheurs pour 1,3 en Europe. La croissance &#233;conomique concerne maintenant des grandes cha&#238;nes de distribution et m&#234;me l'automobile. La politique internationale de l'Etat indien accompagne cette &#233;volution &#233;conomique dans le sens d'un rapprochement des USA. &lt;br /&gt;
L'Inde, issue de l'ind&#233;pendance en 1947, ne semblait pas se diriger vers une telle issue. L'Inde de Nehru avait fait sienne la th&#232;se du d&#233;veloppement autocentr&#233;, &#233;tatiste, ne visant pas sp&#233;cialement les exportations et encore moins les importations de capitaux &#233;trangers. Pays surtout agricole et textile, l'Inde faisait le choix de se doter d'une industrie lourde par des investissements &#233;tatiques tr&#232;s importants et de se prot&#233;ger de la concurrence par un fort protectionnisme, comme l'avait fait la Russie stalinienne. Certains secteurs d'investissement en Inde &#233;taient quasiment ferm&#233;s aux capitaux &#233;trangers. Cela ne signifie pas que la politique du pouvoir indien soit &#171; socialiste &#187;. Les industriels nationaux b&#233;n&#233;ficiaient, eux aussi, des faveurs de ce pouvoir, des aides de l'Etat et de ce protectionnisme, m&#234;me si les objectifs des plans quinquennaux furent pr&#233;sent&#233;s comme &#171; &lt;i&gt;un d&#233;veloppement de type socialiste, afin d'assurer une croissance &#233;conomique rapide, l'expansion de l'emploi, la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s de revenus et de richesse. &#187;, &lt;/i&gt;comme l'affirmait le Pr&#233;ambule au deuxi&#232;me plan. Le &#171; type socialiste de soci&#233;t&#233; &#187; selon une expression du chef de l'Etat, Nehru, ne faisait r&#233;f&#233;rence qu'&#224; l'&#233;tatisme, au dirigisme &#233;conomique, &#224; la planification de grands ouvrages et d'une industrie lourde et aux liens &#233;conomiques avec la Russie stalinienne. En politique, l'Inde s'affirmait oppos&#233;e au bloc capitaliste, comme chef de file du bloc des pays &#171; non-align&#233;s &#187;. L'Inde n'a jamais eu une &#233;conomie d'Etat comme les pays de l'Est, mais une &#233;conomie mixte avec une importante grande bourgeoisie consid&#233;rablement aid&#233;e, l'&#233;tatisme a domin&#233; l'&#233;conomie pendant quarante ans, les d&#233;penses du plan allant jusqu'&#224; 20% du PIB. Du fait de l'impossibilit&#233; pour l'Inde d'exporter sur le march&#233; mondial en grande partie monopolis&#233; par les pays riches, l'Etat indien investissait &#224; perte dans l'&#233;conomie. En 1971, les industries nationalis&#233;es repr&#233;sentaient 75% des actifs industriels mais seulement 1% des investissements accumul&#233;s. En 1970, le gouvernement adoptera encore un encadrement &#233;tatique strict des grandes soci&#233;t&#233;s nationales et &#233;trang&#232;res par des lois qui auront cours jusqu'en 1993.&lt;br /&gt;
C'est, au milieu des ann&#233;es 80 et au d&#233;but des ann&#233;es 90, que la politique dite de &#171; mondialisation &#187;, politique d'ouverture de l'&#233;conomie mondiale voulue et dirig&#233;e par l'imp&#233;rialisme, a permis &#224; l'Inde de renoncer &#224; cette politique &#233;conomique autocentr&#233;e. Ce changement est marqu&#233; par l'ouverture de l'entreprise conjointe des automobiles Suzuki et du trust indien Maruti et par un contrat avec Alcatel. Le pouvoir indien a r&#233;orient&#233; toute sa politique &#233;conomique pour favoriser l'industrie et le commerce priv&#233;s, d&#233;sengager progressivement l'&#233;tat par des privatisations progressives, aider les exportations et permettre les investissements &#233;trangers en Inde. Des zones franches industrielles exclusivement tourn&#233;es vers les march&#233;s ext&#233;rieurs ont &#233;t&#233; cr&#233;es et des activit&#233;s d'exportations d&#233;fiscalis&#233;es. Le secteur priv&#233; de l'informatique, de loin le plus important secteur d'exportations, a &#233;t&#233; particuli&#232;rement aid&#233; par l'Etat. En 1991, la croissance dans le domaine des logiciels est de 50%. En 1991, l'abolition du Licence Raj sonne la fin de l'&#233;conomie contr&#244;l&#233;e par l'Etat. Les industriels indiens redeviennent totalement libres de leurs choix d'investissements &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur du pays et les investisseurs &#233;trangers libres d'entrer dans le pays. Lib&#233;ralisation commerciale, baisse des droits de douane, d&#233;mant&#232;lement des restrictions quantitatives, d&#233;but des privatisations et diminution des moyens donn&#233;s au plan sont des mesures qui vont donner agir sur capital priv&#233;, national comme &#233;tranger, comme un appel d'air. 1994-97 repr&#233;sentent quatre ann&#233;es de croissance &#233;conomique au dessus de 7%. Ce dynamisme et cette confiance des march&#233;s financiers dans les perspectives nouvelles de l'Inde lui permettent d'&#233;chapper en grande partie &#224; la &#171; crise asiatique &#187; de 1997. De 1998 &#224; 2007, les privatisations, pudiquement appel&#233;es &#171; d&#233;sinvestissements &#187; (compte tenu d'une forte opposition dans la population) se d&#233;veloppent et m&#232;nent &#224; la formation d'un secteur priv&#233; indien, &#233;tranger ou mixte de plus en plus important. La part exportatrice de l'&#233;conomie grandit encore plus vite. Les exportations de biens et services croissent au rythme de 10,8%. En 2005, la hausse des profits a atteint un niveau record de 40% selon Bertrand Tavernier dans un ouvrage intitul&#233; &#171; L'Inde, l'av&#232;nement d'une grande puissance &#187; qui s'adresse aux investisseurs. L'Etat, qui disposait en 1990 de trois semaines d'importations en devises, dispose maintenant de 125 milliards de dollars en devises. D&#233;sormais, l'Inde rembourse par anticipation ses pr&#234;ts et n'est plus catalogu&#233;e comme un pays sous-d&#233;velopp&#233;. En m&#234;me temps, l'Inde conna&#238;t la croissance d'un march&#233; int&#233;rieur d'une petite bourgeoisie nombreuse. Selon Jean-Joseph Boillot, dans &#171; L'&#233;conomie de l'Inde &#187;, &lt;i&gt;&#171; L'Inde entre progressivement dans l'&#232;re de la consommation de masse pour les classes moyennes avec une expansion de la consommation priv&#233;e voisine de 5% par an et une contribution &#224; la croissance du PIB proche de 65%. &#187; &lt;/i&gt;Sur une population qui a franchi le cap du milliard en 2000, cette classe moyenne ne repr&#233;sente que 250 millions d'habitants alors que 840 millions d'Indiens sont encore au dessous du seuil de pauvret&#233; selon le rapport du PNUD de 2004. 65 &#224; 70% de la population vivent &#224; la campagne. 92% de la population active travaille dans le secteur &#171; inorganis&#233; &#187;. 27 millions sont au ch&#244;mage et le sous-emploi en frappe en plus 35 millions, selon le rapport de la commission du plan de 2002. Avec le Mexique et le Br&#233;sil, l'Inde partage l'honneur d'&#234;tre parmi les soci&#233;t&#233;s les plus in&#233;galitaires du monde. Le &#171; miracle indien &#187;, si l'on pr&#233;tend appeler miracle le d&#233;veloppement de l'exploitation capitaliste dans de nouvelles r&#233;gions du monde, est tr&#232;s loin de toucher l'immense majorit&#233; de la population indienne. S'il y a un avenir dans les importants changements que conna&#238;t l'Inde, c'est plut&#244;t du c&#244;t&#233; du d&#233;veloppement d'une importante classe ouvri&#232;re et de ses luttes &#233;conomiques et politiques qu'ils sont &#224; attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Une nouvelle division mondiale apr&#232;s la politique des blocs Est/Ouest&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin des blocs, le monde est apparemment r&#233;unifi&#233;. Il y a un seul march&#233;, un seul syst&#232;me, une seule domination : l'imp&#233;rialisme lui-m&#234;me largement domin&#233; par les USA. Cependant, la r&#233;alit&#233; ne refl&#232;te pas cette apparente suppression des contradictions. L'imp&#233;rialisme a momentan&#233;ment r&#233;solu ses probl&#232;mes des ann&#233;es 80. Il en a produites d'autres et les contradictions fondamentales qui existaient auparavant ont seulement &#233;t&#233; port&#233;es &#224; une autre &#233;chelle, attendant seulement une nouvelle grave crise &#233;conomique, sociale ou politique pour refaire surface. Les diverses crises des ann&#233;es 2000 t&#233;moignent du fait que les crises momentan&#233;ment jugul&#233;es laissent des traces ind&#233;l&#233;biles avec des petites bombinettes pr&#234;tes &#224; exploser en cas d'&#233;tincelle. &lt;br /&gt;
Fondamentalement, en supprimant les blocs, le capitalisme n'a pas supprim&#233; la menace communiste qui est celle du prol&#233;tariat. En accroissant l'exploitation de prol&#233;tariat, il reproduit les conditions de nouvelles explosions et de nouvelles prises de conscience de classe et de nouvelles formes d'organisation autonomes des travailleurs. Il claironne d'autant plus que la perspective communiste est morte qu'il doit &#224; nouveau la combattre. &lt;br /&gt;
Les USA ont r&#233;ussi &#224; imposer &#224; nouveau leur domination mais le prix &#224; payer est &#233;lev&#233; pour lui et pour le syst&#232;me. La relance permanente de l'&#233;conomie am&#233;ricaine n&#233;cessite une mobilisation permanente de la population, mise en situation de devoir se d&#233;fendre contre un danger plus ou moins imaginaire. Elle n&#233;cessite des d&#233;penses d'armement de plus en plus folles. La financiarisation, la mondialisation et la fin des blocs n&#233;cessitent une domination imp&#233;rialiste de plus en plus fond&#233;e sur la guerre permanente, une guerre du plus haut niveau technologique permettant aux USA de surclasser tous ses concurrents et d'imposer au monde ses armes sophistiqu&#233;es. &lt;br /&gt;
Europe et Japon ont &#233;t&#233; ramen&#233;s par les USA &#224; un r&#244;le second, incapable de menacer la super-puissance. Cependant, continuellement, la menace p&#232;se sur l'&#233;conomie am&#233;ricaine que l'&#233;conomie &#224; cr&#233;dit, que les sp&#233;culations en cascade ne s'effondrent dans une perte de confiance brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) &lt;strong&gt;Mondialisation&lt;/strong&gt; : faits et m&#233;faits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation c'est d'abord un d&#233;veloppement sans pr&#233;c&#233;dent des &#233;changes mondiaux. Entre 1960 et 1973, ils ont tripl&#233;. Le taux d'exportation pour l'ensemble des pays d&#233;velopp&#233;s est pass&#233; de 9 % avant 1967 &#224; 14 % au d&#233;but des ann&#233;es 70, pour rester ensuite sensiblement constant au long des ann&#233;es 80 et 90. Du coup, le commerce international a continu&#233; &#224; cro&#238;tre plus vite que les productions nationales (5,3 % par an contre 1,9 % de 1984 &#224; 1994 dans l'ensemble des pays de l'OCDE). On a retrouv&#233; des taux d'exportation du m&#234;me niveau qu'avant la premi&#232;re guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'expansion des firmes multinationales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'internationalisation des firmes a &#233;t&#233; au d&#233;part la principale marque de la mondialisation. Elle a &#233;t&#233; due &#224; la volont&#233; d'installer la production dans des pays &#233;mergents pour b&#233;n&#233;ficier du march&#233; int&#233;rieur autant qu'&#224; celle de profiter d'une main d'&#339;uvre bon march&#233;. Du coup une bonne partie de l'accroissement du volume du commerce est tout simplement due aux &#233;changes internes aux multinationales, bon nombre de celles-ci fonctionnant comme une gigantesque entreprise qui aurait des ateliers sur les diff&#233;rents continents. Il faut donc relativiser le chiffre des &#233;changes cit&#233; plus haut : augmentation du commerce ne signifie pas augmentation &#233;quivalente de la production. Ainsi l'investissement transnational, entre 1983 et 1990, aurait augment&#233; trois fois plus que le commerce mondial et quatre fois plus que la production mondiale.&lt;br /&gt;
En tout cas depuis 1980, cette internationalisation ne s'est jamais d&#233;mentie faisant passer le stock mondial d'investissements directs &#224; l'&#233;tranger de 719 milliards de dollars au d&#233;but des ann&#233;es 80 &#224; 1889 milliards de dollars en 1990 et &#224; 6314 milliards de dollars en 2000.&lt;br /&gt;
Les firmes multinationales (FMN), d&#233;velopp&#233;es dans les ann&#233;es 60, ont connu un nouvel essor au milieu des ann&#233;es 80. Mais cet essor a aussi &#233;t&#233; favorable &#224; de nouvelles entreprises, souvent au d&#233;part plus petites &#233;videmment. En 1993, on estimait &#224; 35 000 le nombre de FMN dans le monde et les cent principales disposaient d'&#224; peu pr&#232;s 16 % des moyens de production mondiaux.&lt;br /&gt;
Les trusts multinationaux sont neuf fois plus nombreux qu'il y a trente ans. Nombre d'entre eux comme Exxon ou General Motors sont autant sinon plus riches et plus puissants que des Etats. Ils disposent de v&#233;ritables gouvernements, avec des r&#233;seaux d'information et d'action et se paient parfois de v&#233;ritables bandes arm&#233;es qui maintiennent des populations et des pays entiers sous leur coupe.&lt;br /&gt;
{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La concentration du capital&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du milieu des ann&#233;es 90, la concentration des entreprises capitalistes a pris de l'ampleur.&lt;br /&gt;
La croissance du volume des fusions-acquisitions a &#233;t&#233; continuelle et de plus en plus rapide : 130 milliards de dollars en 1994, 200 milliards de dollars en 1995, 550 milliards de dollars en 1998, 1100 milliards de dollars en 2000. Ces sommes consid&#233;rables repr&#233;sentaient un pourcentage du PIB mondial de 1% en 1997 et presque 4 % en 2000.&lt;br /&gt;
Cette concentration a fait passer la part des dix premi&#232;res multinationales (hors secteur financier) dans les ventes internationales des cent premi&#232;res soci&#233;t&#233;s de 25,8 % en 1995 &#224; 29,2 % en 1999. Elle touche cependant in&#233;galement les secteurs d'activit&#233;. Elle est fondamentale dans quatre secteurs : mat&#233;riel &#233;lectrique et &#233;lectronique, automobile, industrie p&#233;troli&#232;re et alimentation. Viennent ensuite ceux de la pharmacie et la chimie. Elle l'est beaucoup moins dans les autres.&lt;br /&gt;
{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La puissance du capital financier&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore plus que dans les autres secteurs, le mouvement de concentration des entreprises financi&#232;res internationales s'est acc&#233;l&#233;r&#233; dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 90. Le montant des fusions-acquisitions dans le secteur financier est pass&#233; de 24,3 milliards de dollars en 1994 &#224; 82,6 milliards de dollars en 1997 et &#224; 241,3 milliards de dollars en 2000. Selon la Banque des R&#232;glements Internationaux, la BRI, il n'y a plus mondialement qu'une vingtaine de grandes banques qui g&#232;rent tous les transferts de devises.&lt;br /&gt;
Parall&#232;lement les flux de capitaux &#224; court terme ont explos&#233;, supplantant de plus en plus et de tr&#232;s loin les investissements &#224; but industriel et commercial. En 1997, 1300 milliards de dollars &#233;taient &#233;chang&#233;s chaque jour, contre dix &#224; vingt milliards dans les ann&#233;es 70. Et en 2000, c'est 2000 milliards de dollars qui sont &#233;chang&#233;s chaque jour soit cent fois plus que le volume des &#233;changes de biens et de services. L'essentiel a un caract&#232;re sp&#233;culatif, 82 % des op&#233;rations durant moins de 7 jours. Autant &#233;videmment qui ne s'investit pas dans l'&#233;conomie productive.&lt;br /&gt;
De plus cette &#233;volution a connu deux phases distinctes. Pendant les d&#233;cennies 1960 et 70, les flux internationaux de capitaux suivaient un axe &#171; Nord-Sud &#187; (par l'investissement priv&#233; dans la dette publique des pays du tiers-monde) mais dans la v&#233;ritable explosion des march&#233;s financiers, qui a suivi la crise de la dette des pays pauvres de 1982-83, les flux sont devenus essentiellement &#171; Nord-Nord &#187;. C'est &#224; cette &#233;poque que les obstacles &#224; la libre circulation des capitaux ont &#233;t&#233; lev&#233;s en Am&#233;rique du nord, dans l'Union Europ&#233;enne et au Japon, la r&#233;glementation des march&#233;s financiers &#233;tant assouplie au Japon, aux USA et en Grande-Bretagne. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'avec la cr&#233;ation d'un march&#233; unique des capitaux, ce soient les USA et la Grande-Bretagne qui aient re&#231;u les plus grands flux d'investissements. Ainsi apr&#232;s avoir entra&#238;n&#233; plusieurs crises catastrophiques dans des r&#233;gions du Tiers-Monde, ces capitaux ont contribu&#233; &#224; accentuer l'in&#233;galit&#233; de ce Tiers-Monde avec les pays industrialis&#233;s.&lt;br /&gt;
{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'accroissement des in&#233;galit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation a repr&#233;sent&#233; une phase d'accroissement de la richesse globale, multipli&#233;e par 2,8. Mais elle ne s'est pas fait &#233;galitairement, contribuant au contraire &#224; accro&#238;tre la richesse aux p&#244;les les plus riches et la pauvret&#233; aux p&#244;les les plus pauvres. Si le PIB des pays industrialis&#233;s a plus que tripl&#233; en vingt ans, celui des pays moyens n'a progress&#233; que de 2,2 fois et celui des pays les plus pauvres seulement de 1,5 fois. Et au sein de chacun d'entre eux, pays pauvres surtout mais aussi dans les pays riches, ce n'est qu'une part, parfois bien faible, de la population qui a vu son revenu s'am&#233;liorer.&lt;br /&gt;
Ainsi le d&#233;veloppement des investissements dans les pays pauvres n'a pas n&#233;cessairement repr&#233;sent&#233; un d&#233;veloppement durable pour eux. Bien souvent les revenus des investissements &#233;trangers ont repr&#233;sent&#233; une sortie de capitaux plus importante que ceux qui y sont rentr&#233;s. Ces mouvements &#233;tant aggrav&#233;s par la volatilit&#233; des capitaux sp&#233;culatifs et l'&#233;normit&#233; de la dette publique et donc des int&#233;r&#234;ts &#224; rembourser.&lt;br /&gt;
La mondialisation est donc loin d'&#234;tre synonyme de l'uniformisation du monde, encore moins de son &#233;galisation. Des r&#233;gions et m&#234;me des pays entiers sont exclus de la nouvelle donne. L'Am&#233;rique latine et le continent africain ne repr&#233;sentent respectivement que 4,5 % et 2,2 % du commerce mondial. Les cartes &#233;conomiques qui repr&#233;sentent chaque pays en fonction de son importance &#233;conomique rayent pratiquement de la plan&#232;te une grande part de l'Afrique, de l'Am&#233;rique du sud et de l'Asie. Au sein de chacun de ces pays, une ou deux zones sont &#233;conomiquement actives, ce qui est appel&#233; cyniquement l'Alg&#233;rie &#171; utile &#187; ou le Chili &#171; actif &#187;, les autres demeurant parfois quasiment en dehors du fonctionnement capitaliste, souvent dans une mis&#232;re croissante.&lt;br /&gt;
Ainsi l'&#233;cart entre riches et pauvres comme l'&#233;cart entre pays riches et pays pauvres ne s'est pas r&#233;sorb&#233;, bien au contraire. Le monde tout entier a beau &#234;tre entra&#238;n&#233; dans le tourbillon capitaliste, une fraction de la plan&#232;te ne vit toujours pas dans les circuits de l'argent, faute d'en poss&#233;der, et ne subsiste que gr&#226;ce au troc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une globalisation relative&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'internationalisation des firmes, l'&#171; entreprise globale &#187; est encore une exception, que l'on consid&#232;re cela du point de vue des salari&#233;s, des capitaux ou des ventes. Les plus grandes firmes industrielles am&#233;ricaines ont encore la majorit&#233; de leurs emplois aux USA. Seule Ford, faisant figure d'exception, emploie plus de 50 % de ses salari&#233;s &#224; l'&#233;tranger. Au Japon, seule Sony est dans le m&#234;me cas avec aussi 50 % de l'emploi &#224; l'&#233;tranger. Certes ce n'est pas le cas des multinationales de petits pays comme les Pays-Bas, la Su&#232;de ou la Suisse, Nestl&#233;, Electrolux, ABB ou Volvo. Mais m&#234;me celles-ci s'appuient toujours sur leur Etat national d'origine. Ou encore, en particulier en ce qui concerne les firmes europ&#233;ennes, sont parmi les plus fermes partisans de la constitution d'une Europe susceptible de faire pi&#232;ce et tenir t&#234;te aux Etats-Unis ou au Japon. Pierre Veltz peut donc &#233;crire &#224; bon droit dans La mondialisation, au-del&#224; des mythes : &#171; Le cadre national reste et restera sans doute longtemps encore un r&#233;f&#233;renciel de premier rang y compris pour les grandes firmes, leur actionnariat, leur strat&#233;gie &#187;.&lt;br /&gt;
Le rapport de la Banque Mondiale de d&#233;cembre 2001 affirmait : &#171; La mondialisation a souvent &#233;t&#233; un facteur tr&#232;s important de r&#233;duction de la pauvret&#233; mais trop de pays et d'individus sont rest&#233;s en marge &#187;. Et en effet plus que de mettre en relation le monde entier, la mondialisation a surtout tiss&#233; des liens entre des &#238;lots de richesse. La production de Tokyo se compare aujourd'hui &#224; celle du Royaume-Uni, elle vaut deux fois celle du Br&#233;sil dont plus du quart est concentr&#233; &#224; Sao Paulo et Rio.&lt;br /&gt;
En r&#233;alit&#233;, m&#234;me dans les pays pauvres qui ont &#233;t&#233; grand ouverts &#224; la mondialisation, elle est bien loin de repr&#233;senter un d&#233;veloppement de la prosp&#233;rit&#233; pour les peuples. Les exemples r&#233;cents de la Turquie, de l'Afrique du Sud et de l'Argentine le montrent bien.&lt;br /&gt;
L'extension de la sph&#232;re d'action du capital signifie aussi et surtout l'extension de sa ponction sur les richesses du monde. Cela explique que les in&#233;galit&#233;s se soient accrues au sein de la population des pays riches comme entre pays riches et pays pauvres. Selon le &#171; Bilan du monde &#187; 2002 &#171; 2 milliards de personnes font figure d'exclus de la mondialisation &#187;.&lt;br /&gt;
Dans Le basculement du monde Michel Beaud &#233;crit : &#171; Jamais tant de richesse, jamais tant de pauvret&#233; &#187;. Et effectivement, une part consid&#233;rable de la plan&#232;te reste pauvre alors que le produit mondial par habitant est pass&#233; de 360 dollars par personne en 1900 &#224; 1500 dollars 1975 et &#224; 4500 dollars en 1994. Le d&#233;veloppement capitaliste n'a fait que mondialiser l'exploitation et, &#224; l'occasion, les crises. Pas de surprise. Ce sera au d&#233;veloppement de la lutte de classe de mondialiser la r&#233;volution et le progr&#232;s pour tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'imp&#233;rialisme de L&#233;nine</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article99</link>
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		<dc:date>2007-09-18T18:35:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;DOCUMENTS L'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme LENINE 1916 L'ouvrage fondamental du marxisme analysant le mode de production capitaliste &#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste, celle &#034;des guerres et des r&#233;volutions&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;face aux &#233;ditions fran&#231;aises et allemandes
&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit, comme il est indiqu&#233; dans la pr&#233;face &#224; l'&#233;dition russe, en 1916, compte tenu de la censure tsariste. Il ne m'est pas possible actuellement de reprendre tout le texte, ce qui serait d'ailleurs sans utilit&#233;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique69" rel="directory"&gt;4- Origines et politique du n&#233;o-imp&#233;rialisme dit &#034;n&#233;o-lib&#233;ral&#034;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LENINE&lt;/h2&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
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&lt;td class='numeric '&gt;1916&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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&lt;/table&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
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&lt;td&gt;L'ouvrage fondamental du marxisme analysant le mode de production capitaliste &#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste, celle &#034;&lt;strong&gt;des guerres et des r&#233;volutions&lt;/strong&gt;&#034;.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face aux &#233;ditions fran&#231;aises et allemandes&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre a &#233;t&#233; &#233;crit, comme il est indiqu&#233; dans la pr&#233;face &#224; l'&#233;dition russe, en 1916, compte tenu de la censure tsariste. Il ne m'est pas possible actuellement de reprendre tout le texte, ce qui serait d'ailleurs sans utilit&#233;, car la t&#226;che fondamentale de ce livre a &#233;t&#233; et reste encore de montrer, d'apr&#232;s les donn&#233;es d'ensemble des statistiques bourgeoises indiscutables et les aveux des savants bourgeois de tous les pays, quel &#233;tait &lt;strong&gt;le tableau d'ensemble&lt;/strong&gt; de l'&#233;conomie capitaliste mondiale, dans ses rapports internationaux, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, &#224; la veille de la premi&#232;re guerre imp&#233;rialiste mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
A certain &#233;gard, il ne sera du reste pas inutile, pour beaucoup de communistes des pays capitalistes avanc&#233;s, de se rendre compte &#224; travers l'exemple de ce livre, &lt;strong&gt;l&#233;gal du point de vue de la censure tsariste&lt;/strong&gt;, de la possibilit&#233; - et de la n&#233;cessit&#233; - d'utiliser m&#234;me les faibles vestiges de l&#233;galit&#233; dont ils peuvent encore profiter, disons, dans l'Am&#233;rique contemporaine ou en France, apr&#232;s les r&#233;centes arrestations de la presque totalit&#233; d'entre eux, pour expliquer toute la fausset&#233; des vues des social-pacifistes et de leurs espoirs en une &#034;d&#233;mocratie mondiale&#034;. Pour ce qui est des compl&#233;ments les plus indispensables &#224; ce livre censur&#233;, je vais tenter de les donner dans cette pr&#233;face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre montre que la guerre de 1914-1918 a &#233;t&#233; de part et d'autre une guerre imp&#233;rialiste (c'est-&#224;-dire une guerre de conqu&#234;te, de pillage, de brigandage), une guerre pour le partage du monde, pour la distribution et la redistribution des colonies, des &#034;zones d'influence&#034; du capital financier, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la preuve du v&#233;ritable caract&#232;re social ou, plus exactement, du v&#233;ritable caract&#232;re de classe de la guerre, ne r&#233;side &#233;videmment pas dans l'histoire diplomatique de celle-ci, mais dans l'analyse de la situation &lt;strong&gt;objective&lt;/strong&gt; des &lt;strong&gt;classes&lt;/strong&gt; dirigeantes de &lt;strong&gt;toutes&lt;/strong&gt; les puissances bellig&#233;rantes. Pour montrer cette situation objective, il faut prendre non pas des exemples, des donn&#233;es isol&#233;es (l'extr&#234;me complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes de la vie sociale permet toujours de trouver autant d'exemples ou de donn&#233;es isol&#233;es qu'on voudra &#224; l'appui de n'importe quelle th&#232;se), mais tout l'ensemble des donn&#233;es sur les &lt;strong&gt;fondements&lt;/strong&gt; de la vie &#233;conomique de &lt;strong&gt;toutes&lt;/strong&gt; les puissances bellig&#233;rantes et du monde &lt;strong&gt;entier&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces donn&#233;es d'ensemble, tout &#224; fait irr&#233;futables, que j'ai produites dans le tableau du &lt;strong&gt;partage du monde&lt;/strong&gt; en 1876 et 1914 (au chapitre VI) et du partage des &lt;strong&gt;chemins de fer&lt;/strong&gt; du monde entier en 1890 et 1913 (au chapitre VII). Les chemins de fer constituent le bilan des branches ma&#238;tresses de l'industrie capitaliste, de l'industrie houill&#232;re et sid&#233;rurgique, le bilan et les indices les plus &#233;vidents du d&#233;veloppement du commerce mondial et de la civilisation d&#233;mocratique bourgeoise. Comment les chemins de fer sont li&#233;s avec la grande production, avec les monopoles, avec les syndicats patronaux, les cartels, les trusts, les banques, avec l'oligarchie financi&#232;re, c'est ce que montrent les chapitres pr&#233;c&#233;dents du livre. La r&#233;partition in&#233;gale du r&#233;seau ferroviaire, l'in&#233;galit&#233; de son d&#233;veloppement, c'est le bilan du capitalisme moderne, monopoliste, &#224; l'&#233;chelle mondiale. Et ce bilan montre que, sur &lt;strong&gt;cette&lt;/strong&gt; base &#233;conomique, les guerres imp&#233;rialistes sont absolument in&#233;vitables, &lt;strong&gt;aussi longtemps&lt;/strong&gt; qu'existera la propri&#233;t&#233; des moyens de production.&lt;br class='autobr' /&gt;
La construction des chemins de fer semble &#234;tre une entreprise simple, naturelle, d&#233;mocratique, culturelle, civilisatrice : elle appara&#238;t ainsi aux yeux des professeurs bourgeois qui sont pay&#233;s pour masquer la hideur de l'esclavage capitaliste, ainsi qu'aux yeux des philistins petits-bourgeois. En r&#233;alit&#233;, les liens capitalistes, qui rattachent par mille r&#233;seaux ces entreprises &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production en g&#233;n&#233;ral, ont fait de cette construction un instrument d'oppression pour &lt;strong&gt;un milliard&lt;/strong&gt; d'hommes (les colonies plus les semi-colonies), c'est-&#224;-dire pour plus de la moiti&#233; de la population du globe dans les pays d&#233;pendants et pour les esclaves salari&#233;s du capital dans les pays &#034;civilis&#233;s&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Propri&#233;t&#233; priv&#233;e fond&#233;e sur le travail du petit patron, libre concurrence, d&#233;mocratie : tous ces slogans dont les capitalistes et leur presse se servent pour tromper les ouvriers et les paysans, sont depuis longtemps d&#233;pass&#233;s. Le capitalisme s'est transform&#233; en un syst&#232;me universel d'oppression coloniale et d'asphyxie financi&#232;re de l'immense majorit&#233; de la population du globe par une poign&#233;e de pays &#034;avanc&#233;s&#034;. Et le partage de ce &#034;butin&#034; se fait entre deux ou trois rapaces de puissance mondiale, arm&#233;s de pied en cap (Am&#233;rique, Angleterre, Japon) qui entra&#238;nent toute la terre dans &lt;strong&gt;leur&lt;/strong&gt; guerre pour le partage de &lt;strong&gt;leur&lt;/strong&gt; butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix de Brest-Litovsk, dict&#233;e par l'Allemagne monarchique, puis la paix de Versailles, bien plus f&#233;roce et plus odieuse, dict&#233;e par des r&#233;publiques &#034;d&#233;mocratiques&#034;, les Etats-Unis et la France, ainsi que par la &#034;libre&#034; Angleterre, ont rendu un service &#233;minemment utile &#224; l'humanit&#233;, en d&#233;masquant les coolies de la plume aux gages de l'imp&#233;rialisme, de m&#234;me que les petits bourgeois r&#233;actionnaires qui, bien que se disant pacifistes et socialistes, chantaient les louanges du &#034;wilsonisme&#034; et d&#233;montraient la possibilit&#233; de la paix et des r&#233;formes sous l'imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dizaines de millions de cadavres et de mutil&#233;s laiss&#233;s par une guerre faite pour d&#233;terminer &#224; quel groupe - anglais ou allemand - de brigands financiers reviendra la plus grande part du butin, et puis ces deux &#034;trait&#233;s de paix&#034;, dessillent les yeux, avec une rapidit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent, &#224; des millions et des dizaines de millions d'hommes opprim&#233;s, &#233;cras&#233;s, tromp&#233;s, dup&#233;s par la bourgeoisie. Comme cons&#233;quence de la ruine universelle engendr&#233;e par la guerre, on voit ainsi grandir une crise r&#233;volutionnaire mondiale qui, si longues et p&#233;nibles que doivent &#234;tre ses p&#233;rip&#233;ties, ne peut se terminer autrement que par la r&#233;volution prol&#233;tarienne et sa victoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Manifeste de B&#226;le de la IIe Internationale, qui avait port&#233; d&#232;s 1912 une appr&#233;ciation pr&#233;cis&#233;ment sur la guerre qui devait &#233;clater en 1914, et non sur la guerre en g&#233;n&#233;ral (il existe diff&#233;rentes sortes de guerres, il en est aussi de r&#233;volutionnaires), est rest&#233; un monument qui d&#233;nonce toute la faillite honteuse, tout le reniement des h&#233;ros de la IIe Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi je reproduis ce manifeste en annexe &#224; cette &#233;dition, en attirant une fois de plus l'attention des lecteurs sur le fait que les h&#233;ros de la IIe Internationale &#233;vitent soigneusement les passages du manifeste o&#249; l'on parle avec pr&#233;cision, de fa&#231;on claire et explicite, de la liaison entre cette guerre imminente, pr&#233;cis&#233;ment, et la r&#233;volution prol&#233;tarienne, sur le fait qu'ils les &#233;vitent avec un soin &#233;gal &#224; celui que met un voleur &#224; &#233;viter le lieu de son larcin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une attention particuli&#232;re est r&#233;serv&#233;e dans ce livre &#224; la critique du &#034;kautskisme&#034;, courant id&#233;ologique international repr&#233;sent&#233; dans tous les pays du monde par d'&#034;&#233;minents th&#233;oriciens&#034;, chefs de la IIe Internationale (en Autriche, Otto Bauer et Cie ; en Angleterre, Ramsay MacDonald et d'autres ; en France, Albert Thomas, etc.), et par une foule de socialistes, de r&#233;formistes, de pacifistes, de d&#233;mocrates bourgeois et de cur&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce courant id&#233;ologique est, d'une part, le produit de la d&#233;composition, de la putr&#233;faction de la IIe Internationale et, d'autre part, le fruit in&#233;vitable de l'id&#233;ologie des petits bourgeois, que toute l'ambiance rend prisonniers des pr&#233;jug&#233;s bourgeois et d&#233;mocratiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez Kautsky et ses semblables, pareilles conceptions sont le reniement total des fondements r&#233;volutionnaires du marxisme, de ceux que cet auteur a d&#233;fendus des dizaines d'ann&#233;es, plus sp&#233;cialement dans la lutte contre l'opportunisme socialiste (de Bernstein, de Millerand, de Hyndman, de Gompers, etc.). Aussi n'est-ce pas par hasard que, dans le monde entier, les &#034;kautskistes&#034; se sont unis aujourd'hui, dans le domaine de la politique, aux ultra-opportunistes (par l'entremise de la IIe Internationale ou l'Internationale jaune) et aux gouvernements bourgeois (par le biais des gouvernements bourgeois de coalition, &#224; participation socialiste).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire en g&#233;n&#233;ral, et le mouvement communiste en particulier, qui grandissent dans le monde entier, ne peuvent se dispenser d'analyser et de d&#233;noncer les erreurs th&#233;oriques du &#034;kautskisme&#034;. Et cela d'autant plus que le pacifisme et le &#034;d&#233;mocratisme&#034; - en g&#233;n&#233;ral - qui ne pr&#233;tendent pas le moins du monde au marxisme, mais qui, tout comme Kautsky et Cie, estompent la profondeur des contradictions de l'imp&#233;rialisme et le caract&#232;re in&#233;vitable de la crise r&#233;volutionnaire qu'il engendre, - sont encore extr&#234;mement r&#233;pandus dans le monde entier. Et la lutte contre ces courants est une n&#233;cessit&#233; pour le parti du prol&#233;tariat, qui doit arracher &#224; la bourgeoisie les petits patrons qu'elle a dup&#233;s, de m&#234;me que des millions de travailleurs plac&#233;s dans des conditions de vie plus ou moins petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de dire quelques mots du chapitre VIII : &#034;Le parasitisme et la putr&#233;faction du capitalisme.&#034; Comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; not&#233; dans le texte du livre, Hilferding, ancien &#034;marxiste&#034;, aujourd'hui compagnon d'armes de Kautsky et l'un des principaux repr&#233;sentants de la politique bourgeoise, r&#233;formiste, dans le &#034;Parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant d'Allemagne&#034;, a fait sur cette question un pas en arri&#232;re par rapport &#224; l'Anglais Hobson, pacifiste et r&#233;formiste &lt;strong&gt;d&#233;clar&#233;&lt;/strong&gt;. La scission internationale de l'ensemble du mouvement ouvrier s'est d&#233;j&#224;, aujourd'hui, enti&#232;rement manifest&#233;e (IIe et IIIe Internationales). C'est &#233;galement un fait accompli que la lutte arm&#233;e et la guerre civile entre les deux courants : le soutien de Koltchak et de D&#233;nikine en Russie par les mench&#233;viks et les &#034;socialistes-r&#233;volutionnaires&#034; contre les bolch&#233;viks ; les partisans de Scheidemann, ainsi que Noske et Cie, en Allemagne, aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie contre les spartakistes, m&#234;me tableau en Finlande, en Pologne, en Hongrie, etc. O&#249; est donc la base &#233;conomique de ce ph&#233;nom&#232;ne historique universel ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cis&#233;ment dans le parasitisme et la putr&#233;faction qui caract&#233;risent le stade historique supr&#234;me du capitalisme, c'est-&#224;-dire l'imp&#233;rialisme. Comme il est montr&#233; dans ce livre, le capitalisme a assur&#233; une situation privil&#233;gi&#233;e &#224; une &lt;strong&gt;poign&#233;e&lt;/strong&gt; (moins d'un dixi&#232;me de la population du globe ou, en comptant de la fa&#231;on la plus &#034;large&#034; et la plus exag&#233;r&#233;e, moins d'un cinqui&#232;me) d'Etats particuli&#232;rement riches et puissants, qui pillent le monde entier par une simple &#034;tonte des coupons&#034;. L'exportation des capitaux procure un revenu annuel de 8 &#224; 10 milliards de francs, d'apr&#232;s les prix et les statistiques bourgeoises d'avant-guerre. Aujourd'hui beaucoup plus, &#233;videmment.&lt;br class='autobr' /&gt;
On con&#231;oit que ce gigantesque &lt;strong&gt;surprofit&lt;/strong&gt; (car il est obtenu en sus du profit que les capitalistes extorquent aux ouvriers de &#034;leur&#034; pays) &lt;strong&gt;permette de corrompre&lt;/strong&gt; les chefs ouvriers et la couche sup&#233;rieure de l'aristocratie ouvri&#232;re. Et les capitalistes des pays &#034;avanc&#233;s&#034; la corrompent effectivement : ils la corrompent par mille moyens, directs et indirects, ouverts et camoufl&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette couche d'ouvriers embourgeois&#233;s ou de l'&#034;aristocratie ouvri&#232;re&#034;, enti&#232;rement petits-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par toute leur conception du monde, est le principal soutien de la IIe Internationale, et, de nos jours, le principal &lt;strong&gt;soutien social&lt;/strong&gt; (pas militaire) &lt;strong&gt;de la bourgeoisie&lt;/strong&gt;. Car ce sont de v&#233;ritables &lt;strong&gt;agents de la bourgeoisie&lt;/strong&gt; au sein du mouvement &lt;strong&gt;ouvrier&lt;/strong&gt;, des commis ouvriers de la classe des capitalistes (labour lieutenants of the capitalist class), de v&#233;ritables propagateurs du r&#233;formisme et du chauvinisme. Dans la guerre civile entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, un nombre appr&#233;ciable d'entre eux se range in&#233;vitablement aux cot&#233;s de la bourgeoisie, aux c&#244;t&#233;s des &#034;Versaillais&#034; contre les &#034;Communards&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on n'a pas compris l'origine &#233;conomique de ce ph&#233;nom&#232;ne, si l'on n'en a pas mesur&#233; la port&#233;e politique et sociale, il est impossible d'avancer d'un pas dans l'accomplissement des t&#226;ches pratiques du mouvement communiste et de la r&#233;volution sociale &#224; venir.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'imp&#233;rialisme est le pr&#233;lude de la r&#233;volution sociale du prol&#233;tariat. Cela s'est confirm&#233;, depuis 1917, &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
6 juillet 1920&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I. LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION ET LES MONOPOLES&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement intense de l'industrie et le processus de concentration extr&#234;mement rapide de la production dans des entreprises toujours plus importantes constituent une des caract&#233;ristiques les plus marqu&#233;es du capitalisme. Les statistiques industrielles contemporaines donnent sur ce processus les renseignements les plus complets et les plus pr&#233;cis.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Allemagne, par exemple, sur 1 000 entreprises industrielles, 3 en 1882, 6 en 1895 et 9 en 1907, &#233;taient des entreprises importantes, c'est-&#224;-dire employant plus de 50 ouvriers salari&#233;s. La part qui leur revenait, sur cent ouvriers, &#233;tait respectivement de 22, 30 et 37. Mais la concentration de la production est beaucoup plus intense que celle de la main-d'oeuvre, le travail dans les grandes entreprises &#233;tant beaucoup plus productif. C'est ce que montrent les chiffres relatifs aux machines &#224; vapeur et aux moteurs &#233;lectriques. Si nous consid&#233;rons ce qu'on appelle en Allemagne l'industrie au sens large du mot, c'est-&#224;-dire en y comprenant le commerce, les transports, etc., nous aurons le tableau suivant. Sur un total de 3 265 623 &#233;tablissements, les gros sont au nombre de 30 588, soit 0,9% seulement. Ils emploient 5,7 millions d'ouvriers sur un total de 14,4 millions, soit 39,4% ; ils consomment 6,6 millions de chevaux-vapeur sur un total de 8,8, c'est-&#224;-dire 75,3% et 1,2 million de kilowatts d'&#233;lectricit&#233; sur un total de 1,5 million, soit 77,2%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moins d'un centi&#232;me des entreprises poss&#232;dent &lt;strong&gt;plus des 3/4&lt;/strong&gt; du total de la force-vapeur et de la force &#233;lectrique ! 2,97 millions de petites entreprises (jusqu'&#224; 5 ouvriers salari&#233;s), constituant 91% du total des entreprises, n'utilisent que 7% de la force motrice, &#233;lectricit&#233; et vapeur ! Des dizaines de milliers de grandes entreprises sont tout ; des millions de petites ne sont rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1907, les &#233;tablissements occupant 1 000 ouvriers et plus &#233;taient en Allemagne au nombre de 586. Ils employaient pr&#232;s du &lt;strong&gt;dixi&#232;me&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;1,38 million&lt;/strong&gt;) de la totalit&#233; des ouvriers et &lt;strong&gt;environ le tiers&lt;/strong&gt; (32%) de la force-vapeur et de la force &#233;lectrique [1] prises ensemble. Le capital-argent et les banques, comme nous le verrons, rendent cette sup&#233;riorit&#233; d'une poign&#233;e de tr&#232;s grandes entreprises plus &#233;crasante encore, et cela au sens le plus litt&#233;ral du mot, c'est-&#224;-dire que des millions de &#034;patrons&#034;, petits, moyens et m&#234;me une partie des grands, sont en fait enti&#232;rement asservis par quelques centaines de financiers millionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un autre pays avanc&#233; du capitalisme moderne, aux Etats-Unis de l'Am&#233;rique du Nord, la concentration de la production est encore plus intense. Ici, la statistique consid&#232;re &#224; part l'industrie au sens &#233;troit du mot, et groupe les entreprises selon la valeur de la production annuelle. En 1904, il y avait 1 900 grosses entreprises (sur 216 180, soit 0,9%), produisant chacune pour un million de dollars et au-del&#224; ! Ces entreprises employaient 1,4 million d'ouvriers (sur 5,5 millions, soit 25,6%) et avaient un chiffre de production de 5,6 milliards (sur 14,8 milliards, soit 38%). Cinq ans plus tard en 1909, les chiffres respectifs &#233;taient : 3 060 entreprises (sur 268 491, soit 1,1%), employant 2 millions d'ouvriers (sur 6,6, soit 30,5%) et ayant un chiffre de production de 9 milliards (sur 20,7 milliards, soit 43,8%) [2].&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#232;s de la moiti&#233; de la production totale du pays est fournie par &lt;strong&gt;un centi&#232;me&lt;/strong&gt; de l'ensemble des entreprises ! Et ces trois mille entreprises g&#233;antes embrassent 258 branches d'industrie. On voit par l&#224; que la concentration, arriv&#233;e &#224; un certain degr&#233; de son d&#233;veloppement, conduit d'elle-m&#234;me, pour ainsi dire, droit au monopole. Car quelques dizaines d'entreprises g&#233;antes peuvent ais&#233;ment s'entendre, et, d'autre part, la difficult&#233; de la concurrence et la tendance au monopole naissent pr&#233;cis&#233;ment de la grandeur des entreprises. Cette transformation de la concurrence en monopole est un des ph&#233;nom&#232;nes les plus importants - sinon le plus important - de l'&#233;conomie du capitalisme moderne. Aussi convient-il d'en donner une analyse d&#233;taill&#233;e. Mais &#233;cartons d'abord un malentendu possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
La statistique am&#233;ricaine porte : 3 000 entreprises g&#233;antes pour 250 branches industrielles. Cela ne ferait, semble-t-il, qu'une douzaine d'entreprises g&#233;antes par industrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas le cas. Toutes les industries ne poss&#232;dent pas de grandes entreprises ; d'autre part, une particularit&#233; extr&#234;mement importante du capitalisme arriv&#233; au stade supr&#234;me de son d&#233;veloppement est ce qu'on appelle la &lt;strong&gt;combinaison&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire la r&#233;union, dans une seule entreprise, de diverses branches d'industrie qui peuvent constituer les &#233;tapes successives du traitement de la mati&#232;re premi&#232;re (par exemple, la production de la fonte &#224; partir du minerai de fer et la transformation de la fonte en acier, et peut-&#234;tre aussi la fabrication de divers produits finis en acier), ou bien jouer les unes par rapport aux autres le r&#244;le d'auxiliaires (par exemple, l'utilisation des d&#233;chets ou des sous-produits ; la fabrication du mat&#233;riel d'emballage, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La combinaison, &#233;crit Hilferding, &#233;galise les diff&#233;rences de conjoncture, et assure ainsi &#224; l'entreprise combin&#233;e un taux de profit plus stable. En second lieu, la combinaison &#233;limine le commerce. En troisi&#232;me lieu, elle permet des perfectionnements techniques et, par cons&#233;quent, la r&#233;alisation de profits suppl&#233;mentaires par rapport aux entreprises &#034;simples&#034; (c'est-&#224;-dire non combin&#233;es). En quatri&#232;me lieu, elle affermit la position de l'entreprise combin&#233;e par rapport &#224; l'entreprise &#034;simple&#034; dans la lutte concurrentielle qui se d&#233;cha&#238;ne au moment d'une forte d&#233;pression (ralentissement des affaires, crise), lorsque la baisse des prix des mati&#232;res premi&#232;res retarde sur la baisse des prix des articles manufactur&#233;s [3].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomiste bourgeois allemand Heymann, qui a consacr&#233; un ouvrage &#224; la description des entreprises &#034;mixtes&#034;, c'est-&#224;-dire combin&#233;es, dans la sid&#233;rurgie allemande, dit : &#034;Les entreprises simples p&#233;rissent, &#233;cras&#233;es entre les prix &#233;lev&#233;s des mati&#232;res premi&#232;res et les bas prix des articles manufactur&#233;s.&#034; Ce qui aboutit au tableau suivant : &#034;Restent, d'une part, les grandes compagnies houill&#232;res avec une production atteignant plusieurs millions de tonnes, fortement organis&#233;es dans leur syndicat patronal charbonnier ; et puis, &#233;troitement unies &#224; ces compagnies houill&#232;res, les grandes aci&#233;ries, avec leur syndicat de l'acier. Ces entreprises g&#233;antes qui produisent 400 000 tonnes d'acier par an (une tonne=60 pouds) et extraient des quantit&#233;s formidables de minerai et de houille, qui fabriquent des produits finis en acier, emploient 10 000 ouvriers log&#233;s dans les casernes des cit&#233;s ouvri&#232;res et ont parfois leurs propres chemins de fer et leurs sports, sont les repr&#233;sentants typiques de la sid&#233;rurgie allemande. Et la concentration va croissant. Certaines entreprises deviennent de plus en plus importantes ; un nombre toujours plus grand d'entre elles, d'une m&#234;me branche ou de branches diff&#233;rentes, s'agglom&#232;re en des entreprises g&#233;antes soutenues et dirig&#233;es par une demi-douzaine de grosses banques berlinoises. En ce qui concerne l'industrie mini&#232;re allemande, la justesse de la doctrine de Karl Marx sur la concentration est exactement d&#233;montr&#233;e ; il est vrai qu'il s'agit d'un pays o&#249; l'industrie est prot&#233;g&#233;e par des tarifs douaniers et des droits de transport. L'industrie mini&#232;re allemande est m&#234;me pour l'expropriation [4].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle est la conclusion &#224; laquelle devait aboutir un &#233;conomiste bourgeois consciencieux, ce qui constitue une exception. Notons qu'il semble consid&#233;rer l'Allemagne comme un cas d'esp&#232;ce, son industrie &#233;tant prot&#233;g&#233;e par de hauts tarifs douaniers. Mais cette circonstance n'a pu que h&#226;ter la concentration et la formation d'unions monopolistes de patrons : cartels, syndicats, etc. Il importe &#233;minemment de constater qu'en Angleterre, pays du libre-&#233;change, la concentration m&#232;ne &lt;strong&gt;aussi&lt;/strong&gt; au monopole, bien qu'un peu plus tard et peut-&#234;tre sous une autre forme. Voici ce qu'&#233;crit le professeur Hermann Levy dans son &#233;tude sp&#233;ciale sur les &lt;strong&gt;Monopoles, Cartels et Trusts, &lt;/strong&gt;d'apr&#232;s les donn&#233;es concernant le d&#233;veloppement &#233;conomique de la Grande-Bretagne :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En Grande-Bretagne, c'est la grandeur des entreprises et le niveau &#233;lev&#233; de leur technique qui impliquent la tendance au monopole. D'une part, la concentration a pour r&#233;sultat qu'il est n&#233;cessaire d'investir dans chaque entreprise des sommes &#233;normes ; aussi, la cr&#233;ation de nouvelles entreprises se heurte &#224; des exigences toujours plus grandes en mati&#232;re d'investissements, ce qui rend plus difficile leur constitution. Ensuite (et cela nous parait &#234;tre un point plus important), toute nouvelle entreprise qui veut se mettre au niveau des entreprises g&#233;antes cr&#233;&#233;es par la concentration doit fournir une telle quantit&#233; exc&#233;dentaire de produits que leur vente avantageuse ne pourrait avoir lieu qu'&#224; la condition d'une augmentation extraordinaire de la demande, sinon cet exc&#233;dent de production ferait baisser les prix dans une proportion aussi on&#233;reuse pour la nouvelle usine que pour les associations monopolistes.&#034; En Angleterre, les associations monopolistes d'entrepreneurs, cartels et trusts ne surgissent la plupart du temps - &#224; la diff&#233;rence des autres pays o&#249; les droits protecteurs facilitent la cartellisation, - que si le nombre des principales entreprises concurrentes se ram&#232;ne, &#034;tout au plus &#224; deux douzaines&#034;. &#034;L'influence du mouvement de concentration sur l'organisation des monopoles dans la grande industrie appara&#238;t ici avec une nettet&#233; cristalline [5].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un demi-si&#232;cle, quand Marx &#233;crivait son &lt;strong&gt;Capital&lt;/strong&gt;, la libre concurrence apparaissait &#224; l'immense majorit&#233; des &#233;conomistes comme une &#034;loi de la nature&#034;. La science officielle tenta de tuer par la conspiration du silence l'oeuvre de Marx, qui d&#233;montrait par une analyse th&#233;orique et historique du capitalisme que la libre concurrence engendre la concentration de la production, laquelle, arriv&#233;e &#224; un certain degr&#233; de d&#233;veloppement, conduit au monopole. Maintenant, le monopole est devenu un fait. Les &#233;conomistes accumulent des montagnes de livres pour en d&#233;crire les diverses manifestations, tout en continuant &#224; d&#233;clarer en choeur que &#034;le marxisme est r&#233;fut&#233;&#034;. Mais les faits sont t&#234;tus, comme dit le proverbe anglais, et, qu'on le veuille ou non, on doit en tenir compte. Les faits montrent que les diff&#233;rences existant entre les pays capitalistes, par exemple, en mati&#232;re de protectionnisme ou de libre-&#233;change, ne d&#233;terminent que des variations insignifiantes dans la forme des monopoles ou dans la date de leur apparition, tandis que la naissance des monopoles, cons&#233;quence de la concentration de la production, est une loi g&#233;n&#233;rale et essentielle du stade actuel de l'&#233;volution du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'Europe, on peut &#233;tablir avec assez de pr&#233;cision le moment o&#249; le nouveau capitalisme s'est &lt;strong&gt;d&#233;finitivement &lt;/strong&gt;substitu&#233; &#224; l'ancien : c'est le d&#233;but du XXe si&#232;cle. On lit dans un des travaux r&#233;capitulatifs les plus r&#233;cents sur l'histoire de &#034;la formation des monopoles&#034; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'&#233;poque ant&#233;rieure &#224; 1860 peut fournir quelques exemples de monopoles capitalistes ; on peut y d&#233;couvrir les embryons des formes, d&#233;sormais si famili&#232;res ; mais tout cela appartient ind&#233;niablement &#224; la pr&#233;histoire des cartels. Le vrai d&#233;but des monopoles modernes se situe, au plus t&#244;t, vers les ann&#233;es 1860-1870. La premi&#232;re p&#233;riode importante de leur d&#233;veloppement commence avec la d&#233;pression industrielle internationale des ann&#233;es 1870-1880, et va jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1890.&#034; &#034;Si l'on examine la question &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, le d&#233;veloppement de la libre concurrence atteint son apog&#233;e entre 1860 et 1880. L'Angleterre avait achev&#233; de construire son organisation capitaliste ancien style. En Allemagne, cette organisation s'attaquait puissamment &#224; l'artisanat et &#224; l'industrie &#224; domicile et commen&#231;ait &#224; cr&#233;er ses propres formes d'existence.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le grand revirement commence avec le krach de 1873 ou, plus exactement, avec la d&#233;pression qui lui succ&#233;da et qui - avec une interruption &#224; peine perceptible aussit&#244;t apr&#232;s 1880 et un essor extr&#234;mement vigoureux mais court vers 1889 - remplit vingt-deux ann&#233;es de l'histoire &#233;conomique de l'Europe.&#034; Pendant la courte p&#233;riode d'essor de 1889-1890, on se servit dans une notable mesure du syst&#232;me des cartels pour exploiter la conjoncture. Une politique irr&#233;fl&#233;chie fit monter les prix avec encore plus de rapidit&#233; et de violence que cela n'aurait eu lieu en l'absence des cartels ; ces derniers s'effondr&#232;rent presque tous lamentablement &#034;dans la fosse du krach&#034;. Cinq ann&#233;es de mauvaises affaires et de bas prix suivirent, mais l'&#233;tat d'esprit n'&#233;tait plus le m&#234;me dans l'industrie. La d&#233;pression n'&#233;tait plus consid&#233;r&#233;e comme une chose allant de soi, on n'y voyait plus qu'une pause ayant une nouvelle conjoncture favorable.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La formation des cartels entra ainsi dans sa deuxi&#232;me phase. De ph&#233;nom&#232;ne passager qu'ils &#233;taient, les cartels deviennent une des bases de toute la vie &#233;conomique. Ils conqui&#232;rent un domaine apr&#232;s l'autre, mais avant tout celui de la transformation des mati&#232;res premi&#232;res. D&#233;j&#224; au d&#233;but de la p&#233;riode 1890-1900, ils avaient &#233;labor&#233;, en constituant le syndicat du coke sur le mod&#232;le duquel est organis&#233; celui du charbon, une technique des cartels qui, au fond, n'a pas &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e. Le grand essor de la fin du XIXe si&#232;cle et la crise de 1900-1903 se d&#233;roulent - tout au moins dans l'industrie mini&#232;re et sid&#233;rurgique - pour la premi&#232;re fois enti&#232;rement sous le signe des cartels. Et si cela apparaissait encore, &#224; l'&#233;poque, comme quelque chose de nouveau, c'est maintenant une v&#233;rit&#233; d'&#233;vidence, pour l'opinion publique, que d'importants secteurs de la vie &#233;conomique &#233;chappent, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, &#224; la libre concurrence [6].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, les &#233;tapes principales de l'histoire des monopoles peuvent se r&#233;sumer comme suit : 1) Ann&#233;es 1860-1880 : point culminant du d&#233;veloppement de la libre concurrence. Les monopoles ne sont que des embryons &#224; peine perceptibles. 2) Apr&#232;s la crise de 1873, p&#233;riode de large d&#233;veloppement des cartels ; cependant ils ne sont encore que l'exception. Ils manquent encore de stabilit&#233;. Ils ont encore un caract&#232;re passager. 3) Essor de la fin du XIXe si&#232;cle et crise de 1900-1903 : les cartels deviennent une des bases de la vie &#233;conomique tout enti&#232;re. Le capitalisme s'est transform&#233; en imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cartels s'entendent sur les conditions de vente, les &#233;ch&#233;ances, etc. Ils se r&#233;partissent les d&#233;bouch&#233;s. Ils d&#233;terminent la quantit&#233; des produits &#224; fabriquer. Ils fixent les prix. Ils r&#233;partissent les b&#233;n&#233;fices entre les diverses entreprises, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nombre des cartels, en Allemagne, &#233;tait estim&#233; &#224; 250 environ en 1896 et 385 en 1905, englobant pr&#232;s de 12 000 &#233;tablissements [7]. Mais tous s'accordent &#224; reconna&#238;tre que ces chiffres sont inf&#233;rieurs &#224; la r&#233;alit&#233;. Les donn&#233;es pr&#233;cit&#233;es de la statistique industrielle allemande de 1907 montrent que m&#234;me ces 12 000 grosses entreprises concentrent certainement plus de la moiti&#233; de la force motrice, vapeur et &#233;lectricit&#233; du pays. Dans les Etats-Unis de l'Am&#233;rique du Nord, le nombre des trusts &#233;tait estim&#233; &#224; 185 en 1900 et 250 en 1907. La statistique am&#233;ricaine divise l'ensemble des entreprises industrielles en entreprises appartenant &#224; des particuliers, &#224; des firmes et &#224; des compagnies. Ces derni&#232;res poss&#233;daient en 1904 23,6%, et en 1909 25,9%, soit plus du quart de la totalit&#233; des &#233;tablissements industriels. Elles employaient en 1904 70,6% et en 1909 75,6%, soit les trois quarts du total des ouvriers. Leur production s'&#233;levait respectivement &#224; 10,9 et 16,3 milliards de dollars, soit 73,7% et 79% de la somme totale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas rare de voir les cartels et les trusts d&#233;tenir 7 ou 8 dixi&#232;mes de la production totale d'une branche d'industrie. Lors de sa fondation en 1893, le Syndicat rh&#233;no-westphalien du charbon d&#233;tenait 86,7% de la production houill&#232;re de la r&#233;gion, et d&#233;j&#224; 95,4% en 1910 [8]. Le monopole ainsi cr&#233;&#233; assure des b&#233;n&#233;fices &#233;normes et conduit &#224; la formation d'unit&#233;s industrielles d'une ampleur formidable. Le fameux trust du p&#233;trole des Etats-Unis (Standard Oil Company) a &#233;t&#233; fond&#233; en 1900. &#034;Son capital s'&#233;levait &#224; 150 millions de dollars. Il fut &#233;mis pour 100 millions de dollars d'actions ordinaires et pour 106 millions d'actions privil&#233;gi&#233;es. Pour ces derni&#232;res il fut pay&#233; de 1900 &#224; 1907 des dividendes de 48, 48, 45, 44, 36, 40, 40 et 40%, soit au total 367 millions de dollars. De 1882 &#224; 1907 inclusivement, sur 889 millions de dollars de b&#233;n&#233;fices nets, 606 millions furent distribu&#233;s en dividendes et le reste vers&#233; au fonds de r&#233;serve [9] &#034;. &#034;L'ensemble des entreprises du trust de l'acier (United States Steel Corporation) occupaient, en 1907, au moins 210 180 ouvriers et employ&#233;s. La plus importante entreprise de l'industrie mini&#232;re allemande, la Soci&#233;t&#233; mini&#232;re de Gelsenkirchen (Gelsenkirchener Bergwerksgesellschaft), occupait en 1908 46 048 ouvriers et employ&#233;s [10]&#034;. D&#232;s 1902, le trust de l'acier produisait 9 millions de tonnes d'acier [11]. Sa production constituait, en 1901, 66,3% et, en 1908, 56,1% de la production totale d'acier des Etats-Unis [12]. Son pourcentage dans l'extraction de minerai s'&#233;levait au cours des m&#234;mes ann&#233;es &#224; 43,9% et 46,3%.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport de la commission gouvernementale am&#233;ricaine sur les trusts d&#233;clare : &#034;La sup&#233;riorit&#233; des trusts sur leurs concurrents r&#233;side dans les grandes proportions de leurs entreprises et dans leur remarquable &#233;quipement technique. Le trust du tabac a, depuis le jour m&#234;me de sa cr&#233;ation, fait tout son possible pour substituer dans de larges proportions le travail m&#233;canique au travail manuel. A cet effet, il a achet&#233; tous les brevets ayant quelque rapport avec la pr&#233;paration du tabac, en d&#233;pensant &#224; cette fin des sommes &#233;normes. Nombre de ces brevets, inutilisables dans leur &#233;tat primitif, durent tout d'abord &#234;tre mis au point par les ing&#233;nieurs du trust. A la fin de 1906, deux soci&#233;t&#233;s filiales furent constitu&#233;es uniquement pour l'acquisition de brevets. C'est dans ce m&#234;me but que le trust fit construire ses propres fonderies, ses fabriques de machines et ses ateliers de r&#233;paration. Un de ces &#233;tablissements, celui de Brooklyn, emploie en moyenne 300 ouvriers ; on y exp&#233;rimente et on y perfectionne au besoin les inventions concernant la fabrication des cigarettes, des petits cigares, du tabac &#224; priser, des feuilles d'&#233;tain pour l'emballage, des bo&#238;tes, etc.&#034; [13] . &#034;D'autres trusts emploient des &#034;developping engineers&#034; (ing&#233;nieurs pour le d&#233;veloppement de la technique), dont la t&#226;che est d'inventer de nouveaux proc&#233;d&#233;s de fabrication et de faire l'essai des nouveaut&#233;s techniques. Le trust de l'acier accorde &#224; ses ing&#233;nieurs et &#224; ses ouvriers des primes &#233;lev&#233;es pour toute invention susceptible de perfectionner la technique ou de r&#233;duire les frais de production [14].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le perfectionnement technique de la grande industrie allemande est organis&#233; de la m&#234;me fa&#231;on par exemple dans l'industrie chimique, qui a pris au cours des derni&#232;res d&#233;cennies un d&#233;veloppement prodigieux. D&#232;s 1908, le processus de concentration de la production fit surgir dans cette industrie deux &#034;groupes&#034; principaux qui tendaient, &#224; leur mani&#232;re, vers le monopole. Au d&#233;but, ces groupes furent les &#034;doubles alliances&#034; de deux paires de grandes usines ayant chacune un capital de 20 &#224; 21 millions de marks : d'une part, les anciennes fabriques Meister &#224; Hochst et Cassella &#224; Francfort-sur-le-Main ; d'autre part, la fabrique d'aniline et de soude de Ludwigshafen et l'ancienne usine Bayer, d'Elberfels. Puis, en 1905 l'un de ces groupes et en 1908 l'autre conclurent chacun un accord avec une autre grande fabrique. Il en r&#233;sulta deux, &#034;triples alliances&#034;, chacune repr&#233;sentant un capital de 40 &#224; 50 millions de marks, qui commenc&#232;rent &#224; &#034;se rapprocher&#034;, &#224; &#034;s'entendre&#034; sur les prix, etc. [15]&lt;br class='autobr' /&gt;
La concurrence se transforme en monopole. Il en r&#233;sulte un progr&#232;s immense de la socialisation de la production. Et, notamment, dans le domaine des perfectionnements et des inventions techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est plus du tout l'ancienne libre concurrence des patrons dispers&#233;s, qui s'ignoraient r&#233;ciproquement et produisaient pour un march&#233; inconnu. La concentration en arrive au point qu'il devient possible de faire un inventaire approximatif de toutes les sources de mati&#232;res premi&#232;res (tels les gisements de minerai de fer) d'un pays et m&#234;me, ainsi que nous le verrons, de plusieurs pays, voire du monde entier. Non seulement on proc&#232;de &#224; cet inventaire, mais toutes ces sources sont accapar&#233;es par de puissants groupements monopolistes. On &#233;value approximativement la capacit&#233; d'absorption des march&#233;s que ces groupements &#034;se partagent&#034; par contrat. Le monopole accapare la main-d'oeuvre sp&#233;cialis&#233;e, les meilleurs ing&#233;nieurs ; il met la main sur les voies et moyens de communication, les chemins de fer en Am&#233;rique, les soci&#233;t&#233;s de navigation en Europe et en Am&#233;rique. Le capitalisme arriv&#233; &#224; son stade imp&#233;rialiste conduit aux portes de la socialisation int&#233;grale de la production ; il entra&#238;ne en quelque sorte les capitalistes, en d&#233;pit de leur volont&#233; et sans qu'ils en aient conscience, vers un nouvel ordre social, interm&#233;diaire entre l'enti&#232;re libert&#233; de la concurrence et la socialisation int&#233;grale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La production devient sociale, mais l'appropriation reste priv&#233;e. Les moyens de production sociaux restent la propri&#233;t&#233; priv&#233;e d'un petit nombre d'individus. Le cadre g&#233;n&#233;ral de la libre concurrence nominalement reconnue subsiste, et le joug exerc&#233; par une poign&#233;e de monopolistes sur le reste de la population devient cent fois plus lourd, plus tangible, plus intol&#233;rable.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomiste allemand Kestner a consacr&#233; tout un ouvrage &#224; &#034;la lutte entre les cartels et les outsiders&#034;, c'est-&#224;-dire les industriels qui ne font point partie de ces derniers. Il l'a intitul&#233; : &lt;strong&gt;La contrainte &#224; l'organisation&lt;/strong&gt;, alors qu'il e&#251;t fallu dire, bien entendu, pour ne pas exalter le capitalisme, la contrainte &#224; se soumettre aux associations de monopolistes. Il est &#233;difiant de jeter un simple coup d'oeil, ne serait-ce que sur la liste des moyens de cette lutte actuelle, moderne, civilis&#233;e, pour &#034;l'organisation&#034;, auxquels ont recours les unions de monopolistes : 1) privation de mati&#232;res premi&#232;res (...&#034;un des proc&#233;d&#233;s essentiels pour imposer l'adh&#233;sion au cartel&#034;) ; 2) privation de main-d'oeuvre au moyen d'&#034;alliance&#034; (c'est-&#224;-dire d'accords entre les capitalistes et les syndicats ouvriers, aux termes desquels ces derniers n'acceptent de travailler que dans les entreprises cartellis&#233;es) ; 3) privation de moyens de transport ; 4) fermeture des d&#233;bouch&#233;s ; 5) accords avec les acheteurs, par lesquels ceux-ci s'engagent &#224; n'entretenir de relations commerciales qu'avec les cartels ; 6) baisse syst&#233;matique des prix (pour ruiner les &#034;outsiders&#034;, c'est-&#224;-dire les entreprises ind&#233;pendantes du monopole, on d&#233;pense des millions afin de vendre, pendant un certain temps, au-dessous du prix de revient : dans l'industrie de l'essence de p&#233;trole, il y a eu des cas o&#249; les prix sont tomb&#233;s de 40 &#224; 22 marks, soit une baisse de pr&#232;s de moiti&#233; !) ; 7) privation de cr&#233;dits ; 8) boycottage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est plus la lutte concurrentielle entre les petites et les grandes usines, les entreprises techniquement arri&#233;r&#233;es et les entreprises techniquement avanc&#233;es. C'est l'&#233;touffement par les monopoles de ceux qui ne se soumettent pas &#224; leur joug, &#224; leur arbitraire. Voici comment ce processus se refl&#232;te dans l'esprit d'un &#233;conomiste bourgeois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;M&#234;me dans l'activit&#233; purement &#233;conomique, &#233;crit Kestner, un certain d&#233;placement se produit de l'activit&#233; commerciale, au sens ancien du mot, vers la sp&#233;culation organis&#233;e. Le plus grand succ&#232;s ne va pas au n&#233;gociant que son exp&#233;rience technique et commerciale met &#224; m&#234;me d'appr&#233;cier au mieux les besoins des clients et, pour ainsi dire, de &#034;d&#233;couvrir&#034; la demande latente, mais au g&#233;nie (?!) de la sp&#233;culation, qui sait calculer &#224; l'avance ou du moins pressentir le d&#233;veloppement organique et les possibilit&#233;s de certaines liaisons entre les diff&#233;rentes entreprises et les banques...&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit en clair, cela veut dire que le d&#233;veloppement du capitalisme en est arriv&#233; &#224; un point o&#249; la production marchande, bien que continuant de &#034;r&#233;gner&#034; et d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la base de toute l'&#233;conomie, se trouve en fait &#233;branl&#233;e, et o&#249; le gros des b&#233;n&#233;fices va aux &#034;g&#233;nies&#034; des machinations financi&#232;res. A la base de ces machinations et de ces tripotages, il y a la socialisation de la production ; mais l'immense progr&#232;s de l'humanit&#233;, qui s'est hauss&#233;e jusqu'&#224; cette socialisation, profite... aux sp&#233;culateurs. Nous verrons plus loin comment, &#034;sur cette base&#034;, la critique petite-bourgeoise r&#233;actionnaire de l'imp&#233;rialisme capitaliste r&#234;ve d'un retour &lt;strong&gt;en arri&#232;re&lt;/strong&gt;, vers la concurrence &#034;libre&#034;, &#034;pacifique&#034;, &#034;honn&#234;te&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La mont&#233;e continue des prix, cons&#233;quence de la formation des cartels, dit Kestner, n'a &#233;t&#233; observ&#233;e jusqu'ici qu'en ce qui concerne les principaux moyens de production, notamment la houille, le fer, la potasse, et jamais par contre en ce qui concerne les produits fabriqu&#233;s. L'augmentation de la rentabilit&#233; qui en d&#233;coule s'est &#233;galement limit&#233;e &#224; l'industrie des moyens de production. A cette observation il faut encore ajouter que non seulement l'industrie de transformation des mati&#232;res premi&#232;res (et non des produits semi-ouvr&#233;s) tire de la constitution des cartels des avantages sous forme de profits &#233;lev&#233;s, et cela au d&#233;triment de l'industrie de transformation des produits semi-ouvr&#233;s, mais aussi qu'elle a acquis sur cette derni&#232;re une certaine &lt;strong&gt;domination&lt;/strong&gt; qui n'existait pas au temps de la libre concurrence [16] .&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot que nous avons soulign&#233; montre le fond de la question, que les &#233;conomistes bourgeois reconnaissent si rarement et de si mauvaise gr&#226;ce et auquel les d&#233;fenseurs actuels de l'opportunisme, K. Kautsky en t&#234;te, s'efforcent si obstin&#233;ment de se soustraire et de se d&#233;rober. Les rapports de domination et la violence qu'ils comportent, voil&#224; ce qui est typique de la &#034;phase la plus r&#233;cente du d&#233;veloppement du capitalisme&#034;, voil&#224; ce qui devait n&#233;cessairement r&#233;sulter, et qui a effectivement r&#233;sult&#233;, de la formation de monopoles &#233;conomiques tout-puissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Citons encore un exemple de la domination exerc&#233;e par les cartels. L&#224; o&#249; il est possible de s'emparer de la totalit&#233; ou de la majeure partie des sources de mati&#232;res premi&#232;res, il est particuli&#232;rement facile de former des cartels et de constituer des monopoles. Mais on aurait tort de penser que les monopoles ne surgissent pas &#233;galement dans les autres branches industrielles, o&#249; il est impossible d'accaparer les sources de mati&#232;res premi&#232;res. L'industrie du ciment trouve ses mati&#232;res premi&#232;res partout. Mais cette industrie est, elle aussi, fortement cartellis&#233;e en Allemagne. Les usines se sont group&#233;es dans des syndicats r&#233;gionaux : de l'Allemagne m&#233;ridionale, de la Rh&#233;no-Westphalie, etc. Les prix sont ceux des monopoles : 230 &#224; 280 marks le wagon pour un prix de revient de 180 marks ! Les entreprises versent de 12 &#224; 16% de dividende ; et n'oublions pas que les &#034;g&#233;nies&#034; de la sp&#233;culation moderne savent empocher des b&#233;n&#233;fices importants en sus de ce qui est distribu&#233; &#224; titre de dividende. Pour supprimer la concurrence dans une industrie aussi lucrative, les monopolistes usent m&#234;me de subterfuges : ils r&#233;pandent des bruits mensongers sur la mauvaise situation de leur industrie, ils publient dans les journaux des avis non sign&#233;s : &#034;Capitalistes, gardez-vous de placer vos fonds dans l'industrie du ciment&#034; ; enfin, ils rach&#232;tent les usines des &#034;outsiders&#034; (c'est-&#224;-dire des industriels ne faisant pas partie des cartels) en leur payant les &#034;indemnit&#233;s&#034; de 60, 80 ou 150 mille marks [17]. Le monopole s'ouvre un chemin partout et par tous les moyens, depuis le paiement d'une &#034;modeste&#034; indemnit&#233; jusqu'au &#034;recours&#034;, &#224; la fa&#231;on am&#233;ricaine, au dynamitage du concurrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que les cartels suppriment les crises, c'est l&#224; une fable des &#233;conomistes bourgeois qui s'attachent &#224; farder le capitalisme. Au contraire, le monopole cr&#233;&#233; dans &lt;strong&gt;certaines&lt;/strong&gt; industries augmente et aggrave le chaos inh&#233;rent &#224; &lt;strong&gt;l'ensemble&lt;/strong&gt; de la production capitaliste. La disproportion entre le d&#233;veloppement de l'agriculture et celui de l'industrie, caract&#233;ristique du capitalisme en g&#233;n&#233;ral, s'accentue encore davantage. La situation privil&#233;gi&#233;e de l'industrie la plus cartellis&#233;e, ce qu'on appelle l'industrie &lt;strong&gt;lourde&lt;/strong&gt;, surtout celle du charbon et du fer, am&#232;ne dans les autres branches industrielles une &#034;absence de syst&#232;me encore plus sensible&#034;, comme le reconna&#238;t Jeidels, auteur d'un des meilleurs ouvrages sur les &#034;rapports des grosses banques allemandes et de l'industrie [18]&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Plus une &#233;conomie nationale est d&#233;velopp&#233;e, &#233;crit Liefmann, d&#233;fenseur acharn&#233; du capitalisme, et plus elle se tourne vers les entreprises hasardeuses ou qui r&#233;sident &#224; l'&#233;tranger, vers celles qui, pour se d&#233;velopper, ont besoin d'un grand laps de temps, ou enfin vers celles qui n'ont qu'une importance locale [19].&#034; L'augmentation du caract&#232;re hasardeux tient, en d&#233;finitive, &#224; l'augmentation prodigieuse du capital, qui d&#233;borde en quelque sorte, s'&#233;coule &#224; l'&#233;tranger, etc. En m&#234;me temps, le progr&#232;s extr&#234;mement rapide de la technique entra&#238;ne des &#233;l&#233;ments toujours plus nombreux de disproportion entre les divers aspects de l'&#233;conomie nationale, de g&#226;chis, de crise. Ce m&#234;me Liefmann est oblig&#233; de faire l'aveu suivant : &#034;Vraisemblablement, d'importantes r&#233;volutions dans le domaine technique attendent une fois de plus l'humanit&#233; dans un proche avenir ; elles auront un effet aussi sur l'organisation de l'&#233;conomie nationale&#034;... &#233;lectricit&#233;, aviation... &#034;D'ordinaire et en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, en ces p&#233;riodes de profondes transformations &#233;conomiques, on voit se d&#233;velopper une sp&#233;culation intensive [20] ...&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les crises (de toute esp&#232;ce, le plus souvent &#233;conomiques, mais pas exclusivement) accroissent &#224; leur tour, dans de tr&#232;s fortes proportions, la tendance &#224; la concentration et au monopole. Voici quelques r&#233;flexions extr&#234;mement &#233;difiantes de Jeidels sur l'importance de la crise de 1900, laquelle marqua, comme on le sait, un tournant dans l'histoire des monopoles modernes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Au moment o&#249; s'ouvrit la crise de 1900, existaient en m&#234;me temps que les entreprises g&#233;antes des principales industries, quantit&#233; d'entreprises &#224; l'organisation d&#233;su&#232;te selon les conceptions actuelles, des entreprises &#034;simples&#034; (c'est-&#224;-dire non combin&#233;es), que la vague de l'essor industriel avait amen&#233;es &#224; la prosp&#233;rit&#233;. La chute des prix et la r&#233;duction de la demande jet&#232;rent ces entreprises &#034;simples&#034; dans une d&#233;tresse qui n'atteign&#238;t pas du tout les entreprises g&#233;antes combin&#233;es, ou ne les affecta que pour un temps tr&#232;s court. C'est pourquoi la crise de 1900 provoqua une concentration industrielle infiniment plus forte que celle engendr&#233;e par la crise de 1873 : cette derni&#232;re avait, elle aussi, op&#233;r&#233; une certaine s&#233;lection des meilleures entreprises, mais &#233;tant donn&#233; le niveau technique de l'&#233;poque, cette s&#233;lection n'avait pas pu assurer le monopole aux entreprises qui en &#233;taient sorties victorieuses. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce monopole durable que d&#233;tiennent &#224; un haut degr&#233;, gr&#226;ce &#224; leur technique tr&#232;s complexe, &#224; leur organisation tr&#232;s pouss&#233;e et &#224; la puissance de leur capital les entreprises g&#233;antes des actuelles industries sid&#233;rurgique et &#233;lectrique, puis, &#224; un degr&#233; moindre, les entreprises de constructions m&#233;caniques, certaines branches de la m&#233;tallurgie, des voies de communication, etc. [21] &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monopole, tel est le dernier mot de la &#034;phase la plus r&#233;cente du d&#233;veloppement du capitalisme&#034;. Mais nous n'aurions de la puissance effective et du r&#244;le des monopoles actuels qu'une notion extr&#234;mement insuffisante, incompl&#232;te, &#233;triqu&#233;e, Si nous ne tenions pas compte du r&#244;le des banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] D'apr&#232;s Annalen des deutschen Reichs, 1911, Zahn.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Statistical Abstract of the United States, 1912, p. 202.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] R. HILFERDING : &lt;strong&gt;Le capital financier&lt;/strong&gt;, &#233;dit. russe, pp. 286-287.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Hans Gideon HEYMANN : &lt;strong&gt;Die gemischten Werke im deutschen Grosseisengewerbe&lt;/strong&gt;. Stuttgart, 1904, pp. 256 et 278.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Hermann LEVY : &lt;strong&gt;Monopole, Kartelle und Trusts. &lt;/strong&gt;I&#233;na, 1909, pp. 286, 290, 298.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Th. VOGELSTEIN : Die finanzielle Organisation der kapitalistischen Industrie und die Monopolbildungen, dans Grudriss der Sozial&#246;konomik. VI Abt., T&#252;bingen, 1914. Voir, du m&#234;me auteur : Organisationsformen der Eisenindustrie und Textilindustrie in England und Amerika, Tome I, Leipzig 1910.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Dr. RIESSER : Die deutschen Grossbanken und ihre Kouzentration im Zusammenhange mit der Entwicklung der Gesamtwirtschaft in Deutschland,4e &#233;dition, 1912, p. 149 - R. LIEFMANN : Kartelle und Trusts und die Weiterbildung der volkswirtschaftlichen Organisation. 2e &#233;dition, 1910, p. 25.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Dr. Fritz KESTNER : Der Organisationszwang. Eine Untersuchung &#252;ber die K&#228;mpfe zwischen Kartellen und Aussenseitern. Berlin, 1912, p. 11.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] R. LIEFMANN : Beteiligungs - und Finazierungsgesellschaften. Eine studie &#252;ber den modernen Kapitalismus und das Effektenwesen. 1e &#233;dition., I&#233;na, 1909, p. 212.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] &lt;strong&gt;Ibidem&lt;/strong&gt;, p. 218.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Dr. S. TSCHIERSCHKY :&lt;strong&gt; Kartell und Trust&lt;/strong&gt;. G&#246;ttingen, 1903, p. 13.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] T. VOGELSTEIN :&lt;strong&gt; Organisationsformen&lt;/strong&gt;, p. 275.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Report of the Commissioner of Corporations on the Tobacco Industry. Washington, 1909, p. 226. - Cit&#233; d'apr&#232;s le livre du Dr. Paul TAFEL : Die nordamerikanischen Trusts und ihre Wirkungen auf den Fortschritt der Technik. Stuttgart, 1913, p. 48.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Dr P. Tafel : &lt;strong&gt;Ibid&lt;/strong&gt;em, p. 49.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] RIESSER : ouvrage cit&#233;, 3e &#233;dit. pp. 547 et suivantes. Les journaux annoncent (juin 1916) la cr&#233;ation d'un nouveau trust colossal s'&#233;tendant &#224; toute l'industrie chimique de l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] KESTNER : ouvr. cit&#233;, p. 254.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Von L. ESCHWEGE. &#034;Zement&#034;, dans &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt;, 1909, n&#176;1, pp. 115 et suiv.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] O. JEIDELS : Das Verh&#228;ltnis der deutschen Grossbanken zur Industrie mit besonderer Ber&#252;cksichtigung der Eisenindustrie, Leipzig, 1905, p. 271.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] LIEFMANN : Beteiligungs-und Finanzierungsgesellschaften, p. 434.&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] &lt;strong&gt;Ibid.&lt;/strong&gt;, pp. 465-466.&lt;br class='autobr' /&gt;
[21] JEIDELS : ouvr. cit&#233;, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;II. LES BANQUES ET LEUR NOUVEAU ROLE&lt;br class='autobr' /&gt;
La fonction essentielle et initiale des banques est de servir d'interm&#233;diaire dans les paiements. Ce faisant, elles transforment le capital-argent inactif en capital actif, c'est-&#224;-dire g&#233;n&#233;rateur de profit, et r&#233;unissant les divers revenus en esp&#232;ces, elles les mettent &#224; la disposition de la classe des capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fur et &#224; mesure que les banques se d&#233;veloppent et se concentrent dans un petit nombre d'&#233;tablissements, elles cessent d'&#234;tre de modestes interm&#233;diaires pour devenir de tout-puissants monopoles disposant de la presque totalit&#233; du capital-argent de l'ensemble des capitalistes et des petits patrons, ainsi que de la plupart des moyens de production et de sources de mati&#232;res premi&#232;res d'un pays donn&#233;, ou de toute une s&#233;rie de pays. Cette transformation d'une masse d'interm&#233;diaires modestes en une poign&#233;e de monopolistes constitue un des processus essentiels de la transformation du capitalisme en imp&#233;rialisme capitaliste. Aussi nous faut-il nous arr&#234;ter tout d'abord sur la concentration des banques.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1907-1908, les d&#233;p&#244;ts de toutes les soci&#233;t&#233;s anonymes bancaires d'Allemagne disposant d'un capital de plus d'un million de marks s'&#233;levaient &#224; 7 milliards de marks ; en 1912-1913, ils atteignaient d&#233;j&#224; 9,8 milliards. En cinq ans, ils avaient donc augment&#233; de 2 milliards 800 millions, soit de 40%. Sur cette somme, 2 milliards 750 millions se r&#233;partissaient entre 57 banques ayant chacune un capital de plus de 10 millions de marks. La r&#233;partition des d&#233;p&#244;ts entre grandes et petites banques &#233;tait la suivante [1] :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourcentage des d&#233;p&#244;ts&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Dans les 9 grandes banques berlinoises&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Dans les 48 autres ayant un Capital de plus de 10 millions de marks&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Dans les 115 banques ayant un capital de 1 &#224; 10 millions&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Dans les petites banques ayant un capital de moins de 1 million&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;1907-1908&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;47&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;32,5&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;16,5&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;4&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;1912-1913&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;49&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;36&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;12&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;3&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Les petites banques sont refoul&#233;es par les grandes dont 9 seulement concentrent presque la moiti&#233; de tous les d&#233;p&#244;ts. Et nous ne tenons pas compte ici de bien des &#233;l&#233;ments, par exemple de la transformation de toute une s&#233;rie de petites banques en de v&#233;ritables filiales des grandes, etc. Nous en parlerons plus loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de 1913, Schulze-Gaevernitz &#233;valuait les d&#233;p&#244;ts des 9 grandes banques berlinoises &#224; 5,1 milliards de marks sur un total d'environ 10 milliards. Consid&#233;rant non seulement les d&#233;p&#244;ts, mais l'ensemble du capital bancaire, le m&#234;me auteur &#233;crivait : &#034;A la fin de 1909, les neuf grandes banques berlinoises g&#233;raient, &lt;strong&gt;avec les banques qui leur &#233;taient rattach&#233;es&lt;/strong&gt;, 11,3 milliards de marks, soit environ 83% de l'ensemble du capital bancaire allemand. La &#034;Deutsche Bank&#034; qui, &lt;strong&gt;avec les banques qui lui sont rattach&#233;es&lt;/strong&gt;, g&#232;re pr&#232;s de 3 milliards de marks, constitue, de m&#234;me que la Direction des chemins de fer de l'Etat, en Prusse, l'accumulation de capitaux la plus importante, et aussi l'organisation la plus d&#233;centralis&#233;e de l'Ancien monde [2].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons soulign&#233; l'indication relative aux banques &#034;rattach&#233;es&#034;, car c'est l&#224; une des caract&#233;ristiques les plus importantes de la concentration capitaliste moderne. Les grandes entreprises, les banques surtout, n'absorbent pas seulement les petites, elles se les &#034;rattachent&#034; et se les subordonnent, elles les incorporent dans &#034;leur&#034; groupement, dans leur &#034;consortium&#034;, pour emprunter le terme technique, par la &#034;participation&#034; &#224; leur capital, par l'achat ou l'&#233;change d'actions, par le syst&#232;me des cr&#233;dits, etc., etc. Le professeur Liefmann a consacr&#233; tout un gros &#034;ouvrage&#034; de 500 pages &#224; la description des &#034;soci&#233;t&#233;s de participation et de financement&#034; [3] modernes ; malheureusement, il ajoute des r&#233;flexions &#034;th&#233;oriques &#034; de tr&#232;s mauvais aloi &#224; une documentation brute souvent mal dig&#233;r&#233;e. A quoi aboutit, du point de vue de la concentration, ce syst&#232;me de &#034;participations&#034;, c'est ce que montre, mieux que tout, le livre d'une &#034;personnalit&#233;&#034; du monde bancaire, Riesser, sur les grandes banques allemandes. Mais, avant d'en examiner les donn&#233;es, citons un exemple concret du syst&#232;me des &#034;participations&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#034;groupe&#034; de la &#034;Deutsche Bank&#034; est un des plus importants, sinon le plus important, de tous les groupes de grandes banques. Pour embrasser d'un coup d'oeil les principaux fils reliant entre elles toutes les banques de ce groupe, il faut distinguer les &#034;participations&#034; au premier, au deuxi&#232;me et au troisi&#232;me degr&#233; ou, ce qui revient au m&#234;me, la d&#233;pendance (des banques de moindre importance &#224; l'&#233;gard de la &#034;Deutsche Bank&#034;) au premier, au deuxi&#232;me et au troisi&#232;me degr&#233;. Cela donne le tableau suivant [4] :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;la &#034;Deutsche Bank&#034; participe :&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;D&#233;pendance au 1&#176; degr&#233;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;D&#233;pendance au 2&#176; degr&#233;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;D&#233;pendance au 3&#176; degr&#233;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;constamment&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#224; 17 banques&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dont 9 participent &#224; 34 autres&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dont 4 participent &#224; 7 autres&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;pour un temps ind&#233;termin&#233;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#224; 5 banques&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;de temps &#224; autre&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#224; 8 banques&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dont 5 participent &#224; 14 autres&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dont 2 participent &#224; 2 autres&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Total&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&#224; 30 banques&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dont 14 participent &#224; 48 autres&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;dont 6 participent &#224; 9 autres&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Parmi les 8 banques &#034;d&#233;pendantes au premier degr&#233;&#034; et &#034;de temps &#224; autre&#034; de la &#034;Deutsche Bank&#034;, trois sont &#233;trang&#232;res : une autrichienne (la &#034;Bankverein&#034; de Vienne) et deux russes (la &#034;Banque commerciale de Sib&#233;rie&#034; et la &#034;Banque russe pour le commerce ext&#233;rieur&#034;). Au total, le groupe de la &#034;Deutsche Bank&#034; comprend, directement ou indirectement, enti&#232;rement ou partiellement, 87 banques, et le montant des capitaux dont il dispose, en tant que capital propre ou capital en d&#233;p&#244;t, peut s'&#233;valuer &#224; 2 ou 3 milliards de marks.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#233;vident qu'une banque plac&#233;e &#224; la t&#234;te d'un tel groupe et passant des accords avec une demi-douzaine d'autres banques, quelque peu inf&#233;rieures, pour des op&#233;rations financi&#232;res particuli&#232;rement importantes et lucratives, telles que les emprunts d'Etat, a d&#233;pass&#233; le r&#244;le d'&#034;interm&#233;diaire&#034; et est devenue l'union d'une poign&#233;e de monopolistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rapidit&#233; avec laquelle la concentration bancaire s'est effectu&#233;e en Allemagne &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et au d&#233;but du XXe ressort des donn&#233;es suivantes, que nous empruntons &#224; Riesser en les abr&#233;geant :&lt;br class='autobr' /&gt;
Six grandes banques berlinoises&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Ann&#233;es&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Succursales en Allemagne&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Caisses de d&#233;p&#244;ts et Bureaux de change&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Participations constantes aux soci&#233;t&#233;s anonymes bancaires allemandes&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Total des &#233;tablissements&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;1895&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;16&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;14&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;1&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;42&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;1900&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;21&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;40&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;8&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;80&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;1911&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;104&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;276&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;63&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;450&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;On voit avec quelle rapidit&#233; s'&#233;tend le r&#233;seau serr&#233; des canaux qui enveloppent tout le pays et centralisent tous les capitaux et revenus, transformant des milliers et milliers d'entreprises &#233;parses en un seul organisme capitaliste national, puis mondial. La &#034;d&#233;centralisation&#034; dont parlait, dans le passage pr&#233;cit&#233;, Schulze-Gaevernitz au nom de l'&#233;conomie politique bourgeoise de nos jours, consiste en fait dans la subordination &#224; un seul centre d'un nombre toujours croissant d'unit&#233;s &#233;conomiques autrefois relativement &#034;ind&#233;pendantes&#034; ou, plus exactement, d'importance strictement locale. En r&#233;alit&#233;, il y a donc &lt;strong&gt;centralisation&lt;/strong&gt;, accentuation du r&#244;le, de l'importance, de la puissance des monopoles g&#233;ants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pays capitalistes plus anciens, ce &#034;r&#233;seau bancaire&#034; est encore plus dense. En Angleterre, Irlande comprise, il y avait en 1910 7151 succursales pour l'ensemble des banques. Quatre grandes banques en avaient chacune plus de 400 (de 447 &#224; 689), 4 autres en avaient plus de 200 et 11 plus de 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, &lt;strong&gt;trois&lt;/strong&gt; banques importantes : le Cr&#233;dit Lyonnais, le Comptoir National d'Escompte et la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, ont d&#233;velopp&#233; leurs op&#233;rations et le r&#233;seau de leurs succursales de la fa&#231;on suivante [5] :&lt;br class='autobr' /&gt;
||Ann&#233;es	||Nombre de succursales et de caisses de d&#233;p&#244;t	||Capitaux&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de francs)&lt;br class='autobr' /&gt; Province	Paris	Total	Appartenant aux banques	En d&#233;p&#244;t&lt;br class='autobr' /&gt;
1870	47	17	64	200	427&lt;br class='autobr' /&gt;
1890	192	66	258	265	1247&lt;br class='autobr' /&gt;
1909	1033	196	1229	887	4363&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour caract&#233;riser les &#034;relations&#034; d'une grande banque moderne, Riesser indique le nombre de lettres qu'envoie et re&#231;oit la Soci&#233;t&#233; d'Escompte (Disconto-Gesellschaft), une des banques les plus puissantes de l'Allemagne et du monde (dont le capital, en 1914, atteignait 300 millions de marks) :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;e	Nombre de lettres&lt;br class='autobr' /&gt; re&#231;ues	exp&#233;di&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
1870	6135	6 292&lt;br class='autobr' /&gt;
1890	85 800	87 513&lt;br class='autobr' /&gt;
1909	533 102	62 043&lt;br class='autobr' /&gt;
A la grande banque parisienne du &#034;Cr&#233;dit Lyonnais&#034;, le nombre des comptes courants est pass&#233; de 28 535 en 1875 &#224; 633 539 en 1912 [6].&lt;br class='autobr' /&gt;
Mieux peut-&#234;tre que de longs d&#233;veloppements, ces simples chiffres montrent comment la concentration des capitaux et l'accroissement des op&#233;rations bancaires modifient radicalement le r&#244;le jou&#233; par les banques. Les capitalistes &#233;pars finissent par ne former qu'un seul capitaliste collectif. En tenant le compte courant de plusieurs capitalistes, la banque semble ne se livrer qu'&#224; des op&#233;rations purement techniques, uniquement subsidiaires. Mais quand ces op&#233;rations prennent une extension formidable, il en r&#233;sulte qu'une poign&#233;e de monopolistes se subordonne les op&#233;rations commerciales et industrielles de la soci&#233;t&#233; capitaliste tout enti&#232;re ; elle peut, gr&#226;ce aux liaisons bancaires, gr&#226;ce aux comptes courants et &#224; d'autres op&#233;rations financi&#232;res, &lt;strong&gt;conna&#238;tre &lt;/strong&gt;tout d'abord &lt;strong&gt;exactement&lt;/strong&gt; la situation de tels ou tels capitalistes, puis les contr&#244;ler, agir sur eux en &#233;largissant ou en restreignant, en facilitant ou en entravant le cr&#233;dit, et enfin &lt;strong&gt;d&#233;terminer enti&#232;rement &lt;/strong&gt;leur sort, d&#233;terminer les revenus de leurs entreprises, les priver de capitaux, ou leur permettre d'accro&#238;tre rapidement les leurs dans d'&#233;normes proportions, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous venons de mentionner le capital de 300 millions de marks de la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034; de Berlin. Cet accroissement de capital de la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034; fut l'un des &#233;pisodes de la lutte pour l'h&#233;g&#233;monie entre les deux plus grandes banques berlinoises, la &#034;Deutsche Bank&#034; et la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034;. En 1870, la premi&#232;re ne faisait que d&#233;buter et n'avait qu'un capital de 15 millions, alors que celui de la seconde s'&#233;levait &#224; 30 millions. En 1908, la premi&#232;re poss&#233;dait 200 millions ; la seconde, 170 millions. En 1914, la premi&#232;re portait son capital &#224; 250 millions ; la seconde, en fusionnant avec une autre grande banque de premi&#232;re importance, &#034;l'Union de Schaffhausen&#034;, &#233;levait le sien &#224; 300 millions. Et, naturellement, cette lutte pour l'h&#233;g&#233;monie va de pair avec des &#034;conventions&#034; de plus en plus fr&#233;quentes et durables entre les deux banques. Voici les r&#233;flexions que suscite ce d&#233;veloppement des banques chez des sp&#233;cialistes en la mati&#232;re, qui traitent les probl&#232;mes &#233;conomiques d'un point de vue n'allant jamais au-del&#224; de l'esprit de r&#233;forme bourgeois le plus mod&#233;r&#233; et le plus scrupuleux :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;D'autres banques suivront la m&#234;me voie&#034;, &#233;crivait la revue allemande &lt;strong&gt;Die Bank &lt;/strong&gt;&#224; propos de l'&#233;l&#233;vation du capital de la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034; &#224; 300 millions,&#034; et les 300 personnes qui, aujourd'hui, gouvernent &#233;conomiquement l'Allemagne, se r&#233;duiront avec le temps &#224; 50, 25 ou &#224; moins encore. Il n'y a pas lieu d'attendre que le mouvement de concentration moderne se circonscrive aux banques. Les relations &#233;troites entre les banques conduisent naturellement &#224; un rapprochement des consortiums industriels qu'elles patronnent... Un beau matin, en nous r&#233;veillant, nous serons tout &#233;tonn&#233;s de ne plus voir que des trusts ; nous serons plac&#233;s devant la n&#233;cessit&#233; de substituer aux monopoles priv&#233;s des monopoles d'Etat. Et cependant, quant au fond, nous n'aurons rien &#224; nous reprocher, si ce n'est d'avoir laiss&#233; au d&#233;veloppement des choses un libre cours, quelque peu acc&#233;l&#233;r&#233; par l'action [7] .&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; bien un exemple de l'impuissance du journalisme bourgeois, dont la science bourgeoise ne se distingue que par une moindre sinc&#233;rit&#233; et une tendance &#224; voiler le fond des choses, &#224; masquer la for&#234;t par des arbres. &#034;S'&#233;tonner&#034; des cons&#233;quences de la concentration, &#034;s'en prendre&#034; au gouvernement de l'Allemagne capitaliste ou &#224; la &#034;soci&#233;t&#233;&#034; capitaliste (&#224; &#034;nous&#034;), redouter que l'usage des actions &#034;ne h&#226;te&#034; la concentration, tout comme Tschierschky, sp&#233;cialiste allemand &#034;en mati&#232;re de cartels&#034;, redoute les trusts am&#233;ricains et leur &#034;pr&#233;f&#232;re&#034; les cartels allemands, lesquels, pr&#233;tend-il, ne sont pas capables &#034;de h&#226;ter &#224; l'exc&#232;s, comme le font les trusts, le progr&#232;s technique et &#233;conomique [8] &#034; - n'est-ce pas de l'impuissance ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les faits restent les faits. Il n'y a pas de trusts en Allemagne, il y a &#034;seulement&#034; des cartels ; mais l'Allemagne est &lt;strong&gt;gouvern&#233;e&lt;/strong&gt; par tout au plus 300 magnats du capital. Et ce nombre diminue sans cesse. En tout &#233;tat de cause, dans tous les pays capitalistes, et quelle que soit leur l&#233;gislation bancaire, les banques renforcent et acc&#233;l&#232;rent consid&#233;rablement le processus de concentration des capitaux et de formation des monopoles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les banques cr&#233;ent, &#224; l'&#233;chelle sociale, la forme, mais seulement la forme, d'une comptabilit&#233; et d'une r&#233;partition g&#233;n&#233;rales des moyens de production&#034;, &#233;crivait Marx il y a un demi-si&#232;cle, dans &lt;strong&gt;le Capital &lt;/strong&gt;(trad. russe, Livre III, 2e partie, p. 144). Les chiffres que nous avons cit&#233;s sur l'accroissement du capital bancaire, sur l'augmentation du nombre des comptoirs et succursales des grosses banques et de leurs comptes courants, etc., nous montrent concr&#232;tement cette &#034;comptabilit&#233; g&#233;n&#233;rale&#034; de la classe &lt;strong&gt;tout enti&#232;re &lt;/strong&gt;des capitalistes et m&#234;me pas seulement des capitalistes, car les banques r&#233;unissent, au moins pour un temps, toutes sortes de revenus en argent provenant de petits patrons, d'employ&#233;s et de la mince couche sup&#233;rieure des ouvriers. La &#034;r&#233;partition g&#233;n&#233;rale des moyens de production&#034;, voil&#224; ce que &lt;strong&gt;r&#233;sulte &lt;/strong&gt;d'un point de vue tout formel du d&#233;veloppement des banques modernes, dont les plus importantes, au nombre de 3 &#224; 6 en France et de 6 &#224; 8 en Allemagne, disposent de milliards et de milliards. Mais quant &lt;strong&gt;au contenu&lt;/strong&gt;, cette r&#233;partition des moyens de production n'a rien de &#034;g&#233;n&#233;ral&#034; ; elle est priv&#233;e, c'est-&#224;-dire conforme aux int&#233;r&#234;ts du grand capital - et au premier chef du plus grand capital, du capital monopoliste - qui op&#232;re dans des conditions telles que la masse de la population peut &#224; peine subvenir &#224; ses besoins et que tout le d&#233;veloppement de l'agriculture retarde irr&#233;m&#233;diablement sur celui de l'industrie, dont une branche, l'&#034;industrie lourde&#034;, pr&#233;l&#232;ve un tribut sur toutes les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les caisses d'&#233;pargne et les bureaux de poste commencent &#224; concurrencer les banques dans la socialisation de l'&#233;conomie capitaliste. Ce sont des &#233;tablissements plus &#034;d&#233;centralis&#233;s&#034;, c'est-&#224;-dire dont l'influence s'&#233;tend sur un plus grand nombre de localit&#233;s, de coins perdus, sur de plus vastes contingents de la population. Une commission am&#233;ricaine a r&#233;uni, sur le d&#233;veloppement compar&#233; des d&#233;p&#244;ts en banque et dans les caisses d'&#233;pargne, les donn&#233;es ci-apr&#232;s [9] :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;D&#233;p&#244;ts (en milliards de marks)&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; Angleterre	France	Allemagne&lt;br class='autobr' /&gt; En banque	Dans les caisses &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Epargne	En banque	Dans les caisses &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Epargne	En banque	Dans les soci&#233;t&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
de cr&#233;dit	Dans les caisses &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Epargne&lt;br class='autobr' /&gt;
1870	8,4	1,6 ?	0,9	0,5	0,4	2,6&lt;br class='autobr' /&gt;
1888	12,4	2	1,5	2,1	1,1	0,4	4,5&lt;br class='autobr' /&gt;
1908	23,2	4,2	3,7	4,2	7,1	2,2	13,9&lt;br class='autobr' /&gt;
Servant un int&#233;r&#234;t de 4% &#224; 4,25% sur les d&#233;p&#244;ts, les caisses d'&#233;pargne sont oblig&#233;es de chercher pour leurs capitaux des placements &#034;avantageux&#034;, de se lancer dans les op&#233;rations sur les lettres de change, les hypoth&#232;ques, etc. Les lignes de d&#233;marcation entre les banques et les caisses d'&#233;pargne &#034;s'effacent de plus en plus&#034;. Les chambres de commerce de Bochum et d'Erfurt, par exemple, demandent qu'il soit &#034;interdit&#034; aux caisses d'&#233;pargne de se livrer &#224; des op&#233;rations &#034;purement&#034;, bancaires, telles que l'escompte des lettres de change, et exigent la limitation de l'activit&#233; &#034;bancaire&#034;, des bureaux de poste [10]. Les manitous de la banque semblent craindre que le monopole d'Etat ne trouve l&#224; une faille par o&#249; se glisser. Mais il va de soi que cette crainte ne d&#233;passe pas le cadre de la concurrence &#224; laquelle peuvent se livrer deux chefs de bureau d'une m&#234;me administration. Car, d'un c&#244;t&#233;, ce sont en d&#233;finitive toujours &lt;strong&gt;les m&#234;mes &lt;/strong&gt;magnats du capital bancaire qui disposent en fait des milliards confi&#233;s aux caisses d'&#233;pargne et, d'un autre c&#244;t&#233;, le monopole d'Etat en soci&#233;t&#233; capitaliste n'est qu'un moyen d'accro&#238;tre et d'assurer les revenus des millionnaires pr&#232;s de faire faillite dans telle ou telle industrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le remplacement du vieux capitalisme, o&#249; r&#233;gnait la libre concurrence, par un nouveau o&#249; r&#232;gne le monopole, entra&#238;ne, notamment, une diminution de l'importance de la Bourse. La revue &lt;strong&gt;Die Bank &lt;/strong&gt;&#233;crit : &#034;La Bourse a depuis longtemps cess&#233; d'&#234;tre l'interm&#233;diaire indispensable des &#233;changes qu'elle &#233;tait autrefois, lorsque les banques ne pouvaient pas encore placer parmi leurs clients la plupart des valeurs &#233;mises [11].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Toute banque est une Bourse&#034; : cet aphorisme moderne contient d'autant plus de v&#233;rit&#233; que la banque est plus importante et que la concentration fait de plus grands progr&#232;s dans les op&#233;rations bancaires [12]&#034;. &#034;Si autrefois la Bourse, apr&#232;s 1870, avec ses exc&#232;s de jeunesse&#034; (allusion &#034;d&#233;licate&#034; au krach boursier de 1873, aux scandales de la Grunderzeit, etc.), &#034;avait inaugur&#233; l'&#233;poque de l'industrialisation de l'Allemagne, aujourd'hui les banques et l'industrie peuvent &#034;se tirer d'affaire elles-m&#234;mes&#034;. La domination de nos grandes banques sur la Bourse... n'est que l'expression de l'Etat industriel allemand pleinement organis&#233;. D&#232;s lors, si le domaine des lois &#233;conomiques fonctionnant automatiquement s'en trouve r&#233;tr&#233;ci et le domaine de la r&#233;glementation consciente par les banques grandement &#233;largi, il s'ensuit que la responsabilit&#233; incombant en mati&#232;re d'&#233;conomie nationale &#224; quelques dirigeants augmente dans de vastes proportions.&#034; Voil&#224; ce qu'&#233;crit le professeur allemand Schulze-Gaevernitz [13], cet apologiste de l'imp&#233;rialisme allemand qui fait autorit&#233; chez les imp&#233;rialistes de tous les pays et qui s'applique &#224; masquer un &#034;d&#233;tail&#034;, &#224; savoir que cette &#034;r&#233;glementation consciente&#034; par l'entremise des banques consiste dans le d&#233;pouillement du public par une poign&#233;e de monopolistes &#034;pleinement organis&#233;s&#034;. La t&#226;che du professeur bourgeois n'est pas de mettre &#224; nu tout le m&#233;canisme et de divulguer tous les tripotages des monopolistes de la banque, mais de les pr&#233;senter sous des dehors innocents.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me Riesser, &#233;conomiste et &#034;financier&#034; qui fait encore plus autorit&#233;, s'en tire avec des phrases &#224; propos de faits qu'il est impossible de nier : &#034;La Bourse perd de plus en plus ce caract&#232;re absolument indispensable &#224; l'&#233;conomie tout enti&#232;re et &#224; la circulation des valeurs, qui en fait non seulement le plus pr&#233;cis des instruments de mesure, mais aussi un r&#233;gulateur presque automatique des mouvements &#233;conomiques convergeant vers elle [14].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes, l'ancien capitalisme, le capitalisme de la libre concurrence, avec ce r&#233;gulateur absolument indispensable qu'&#233;tait pour lui la Bourse, dispara&#238;t &#224; jamais. Un nouveau capitalisme lui succ&#232;de, qui comporte des &#233;l&#233;ments manifestes de transition, une sorte de m&#233;lange entre la libre concurrence et le monopole. Une question se pose d'elle-m&#234;me : &lt;strong&gt;vers quoi &lt;/strong&gt;tend cette &#034;transition&#034; que constitue le capitalisme moderne ? Mais cette question, les savants bourgeois ont peur de la poser. &#034;Il y a trente ans, les employeurs engag&#233;s dans la libre concurrence accomplissaient les 9/10 de l'effort &#233;conomique qui ne fait pas partie du travail manuel des &#034;ouvriers&#034;. A l'heure pr&#233;sente, ce sont des &lt;strong&gt;fonctionnaires &lt;/strong&gt;qui accomplissent les 9/10 de cet effort intellectuel dans l'&#233;conomie. La banque est &#224; la t&#234;te de cette &#233;volution [15].&#034;Cet aveu de Schulze-Gaevernitz nous ram&#232;ne une fois de plus &#224; la question de savoir vers quoi tend ce ph&#233;nom&#232;ne transitoire que constitue le capitalisme moderne, parvenu &#224; son stade imp&#233;rialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les quelques banques qui, gr&#226;ce au processus de concentration, restent &#224; la t&#234;te de toute l'&#233;conomie capitaliste, ont naturellement une tendance de plus en plus marqu&#233;e &#224; des accords de monopoles &#224; un &lt;strong&gt;trust des banques. &lt;/strong&gt;En Am&#233;rique, ce ne sont plus neuf, mais &lt;strong&gt;deux &lt;/strong&gt;tr&#232;s grandes banques, celles des milliardaires Rockefeller et Morgan, qui r&#232;gnent sur un capital de 11 milliards de marks [16]. En Allemagne, l'absorption que nous avons signal&#233;e plus haut de &lt;strong&gt;l'Union de Schaffhausen&lt;/strong&gt; par la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034; a &#233;t&#233; appr&#233;ci&#233;e en ces termes par le &lt;strong&gt;Frankfurter Zeitung, &lt;/strong&gt;organe au service des int&#233;r&#234;ts boursiers :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le mouvement de concentration croissante des banques resserre le cercle des &#233;tablissements auxquels on peut, en g&#233;n&#233;ral, adresser des demandes de cr&#233;dit, d'o&#249; une d&#233;pendance accrue de la grosse industrie &#224; l'&#233;gard d'un petit nombre de groupes bancaires. La liaison &#233;troite de l'industrie et du monde de la finance restreint la libert&#233; de mouvement des soci&#233;t&#233;s industrielles ayant besoin de capitaux bancaires. Aussi la grande industrie envisage-t-elle avec des sentiments divers la trustification (le groupement ou la transformation en trusts) croissante des banques ; en effet, on a pu maintes fois observer des commencements d'accords entre consortiums de grandes banques, accords tendant &#224; limiter la concurrence [17] .&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore une fois, le dernier mot du d&#233;veloppement des banques, c'est le monopole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la liaison &#233;troite qui existe entre les banques et l'industrie, c'est dans ce domaine que se manifeste peut-&#234;tre avec le plus d'&#233;vidence le nouveau r&#244;le des banques. Si une banque escompte les lettres de change d'un industriel, lui ouvre un compte courant, etc., ces op&#233;rations en tant que telles ne diminuent pas d'un iota l'ind&#233;pendance de cet industriel, et la banque ne d&#233;passe pas son r&#244;le modeste d'interm&#233;diaire. Mais si ces op&#233;rations se multiplient et s'instaurent r&#233;guli&#232;rement, si la banque &#034;r&#233;unit&#034; entre ses mains d'&#233;normes capitaux, si la tenue des comptes courants d'une entreprise permet &#224; la banque -et c'est ce qui arrive- de conna&#238;tre avec toujours plus d'ampleur et de pr&#233;cision la situation &#233;conomique du client, il en r&#233;sulte une d&#233;pendance de plus en plus compl&#232;te du capitaliste industriel &#224; l'&#233;gard de la banque.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps se d&#233;veloppe, pour ainsi dire, l'union personnelle des banques et des grosses entreprises industrielles et commerciales, la fusion des unes et des autres par l'acquisition d'actions, par l'entr&#233;e des directeurs de banque dans les conseils de surveillance (ou d'administration) des entreprises industrielles et commerciales, et inversement. L'&#233;conomiste allemand Jeidels a r&#233;uni une documentation fort compl&#232;te sur cette forme de concentration des capitaux et des entreprises. Les six plus grandes banques berlinoises &#233;taient repr&#233;sent&#233;es par leurs directeurs dans 344 soci&#233;t&#233;s industrielles et, par les membres de leur conseil d'administration, encore dans 407, soit un total de 751 soci&#233;t&#233;s. Dans 289 de ces derni&#232;res, elles avaient soit deux membres aux conseils de surveillance, soit la pr&#233;sidence de ces derniers. Ces soci&#233;t&#233;s s'&#233;tendent aux domaines les plus divers du commerce et de l'industrie, aux assurances, aux voies de communication, aux restaurants, aux th&#233;&#226;tres, &#224; la production artistique, etc. D'autre part, il y avait (en 1910) dans les conseils de surveillance de ces m&#234;mes six banques, cinquante et un des plus gros industriels, dont un directeur de la firme Krupp, celui de la grande compagnie de navigation &#034;Hapag&#034; (Hamburg-Amerika), etc. ; etc. De 1895 &#224; 1910, chacune de ces six banques a particip&#233; &#224; l'&#233;mission d'actions et d'obligations pour des centaines de soci&#233;t&#233;s industrielles, dont le nombre est pass&#233; de 281 &#224; 419 [18].&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#034;union personnelle&#034; des banques et de l'industrie est compl&#233;t&#233;e par l'&#034;union personnelle&#034; des unes et des autres avec le gouvernement. &#034;Des postes aux conseils de surveillance, &#233;crit Jeidels, sont librement offerts &#224; des personnages de grand renom, de m&#234;me qu'&#224; d'anciens fonctionnaires de l'Etat qui peuvent faciliter (!!) consid&#233;rablement les relations avec les autorit&#233;s...&#034; &#034;On trouve g&#233;n&#233;ralement au conseil de surveillance d'une grande banque un membre du Parlement ou un membre de la municipalit&#233; de Berlin.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;laboration et, pour ainsi dire, la mise au point des grands monopoles capitalistes se poursuivent donc &#224; toute vapeur, par tous les moyens &#034;naturels&#034; et &#034;surnaturels&#034;. Il en r&#233;sulte une division syst&#233;matique du travail entre quelques centaines de rois de la finance de la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Parall&#232;lement &#224; cette extension du champ d'activit&#233; de certains gros industriels&#034; (qui entrent aux conseils d'administration des banques, etc.) &#034; et &#224; l'attribution d'une r&#233;gion industrielle d&#233;termin&#233;e &#224; des directeurs provinciaux, il se produit une sorte de sp&#233;cialisation des dirigeants des grandes banques. Pareille sp&#233;cialisation n'est possible que dans les grandes banques en g&#233;n&#233;ral, et si elles ont des relations &#233;tendues dans le monde industriel, en particulier. Cette division du travail se fait dans deux directions : d'une part, toutes les relations avec l'industrie sont confi&#233;es &#224; un directeur, dont c'est le domaine sp&#233;cial ; d'autre part, chaque directeur assume la surveillance d'entreprises particuli&#232;res ou de groupes d'entreprises dont la production ou les int&#233;r&#234;ts sont connexes...&#034; (Le capitalisme en est d&#233;j&#224; arriv&#233; &#224; la &lt;strong&gt;surveillance &lt;/strong&gt;organis&#233;e sur les diff&#233;rentes entreprises) &#034;... La sp&#233;cialit&#233; de l'un est l'industrie allemande, parfois m&#234;me uniquement celle de l'Allemagne occidentale&#034; (l'Allemagne occidentale est la partie la plus industrialis&#233;e du pays) ; &#034;pour d'autres, les relations avec les autres Etats et avec l'industrie de l'&#233;tranger, les renseignements sur la personnalit&#233; des industriels, etc., les questions boursi&#232;res, etc. En outre, chacun des directeurs de la banque se voit souvent confier la gestion d'une r&#233;gion ou d'une branche d'industrie ; tel travaille principalement dans les conseils de surveillance des soci&#233;t&#233;s d'&#233;lectricit&#233;, tel autre dans les usines chimiques, les brasseries ou les raffineries de sucre, un autre encore, dans les quelques entreprises rest&#233;es isol&#233;es, et en m&#234;me temps dans le conseil de surveillance de soci&#233;t&#233;s d'assurances... En un mot, il est certain que dans les grandes banques, au fur et &#224; mesure qu'augmentent l'&#233;tendue et la diversit&#233; de leurs op&#233;rations, la division du travail s'accentue entre leurs dirigeants, avec pour but (et pour r&#233;sultat) de les &#233;lever, pour ainsi dire, un peu au-dessus des op&#233;rations purement bancaires, de les rendre plus aptes &#224; juger, plus comp&#233;tents dans les questions d'ordre g&#233;n&#233;ral de l'industrie et dans les questions sp&#233;ciales touchant les diverses branches, de les pr&#233;parer &#224; agir dans la sph&#232;re d'influence industrielle de la banque. Ce syst&#232;me des banques est compl&#233;t&#233; par une tendance &#224; &#233;lire dans leurs conseils de surveillance des hommes bien au fait de l'industrie, des industriels, d'anciens fonctionnaires, surtout de ceux qui ont servi dans l'administration des chemins de fer, des mines&#034;, etc. [19]&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve une structure administrative similaire, avec de tr&#232;s l&#233;g&#232;res variantes, dans les banques fran&#231;aises. Le &#034;Cr&#233;dit Lyonnais&#034;, par exemple, une des trois plus grandes banques fran&#231;aises, a organis&#233; un service sp&#233;cial des &#233;tudes financi&#232;res, qui emploie en permanence plus de cinquante ing&#233;nieurs, statisticiens, &#233;conomistes, juristes, etc., et dont l'entretien co&#251;te de six &#224; sept cent mille francs par an. Ce service est &#224; son tour divis&#233; en huit sections, dont l'une est charg&#233;e de recueillir des informations portant sp&#233;cialement sur les entreprises industrielles, la seconde &#233;tudiant les statistiques g&#233;n&#233;rales ; la troisi&#232;me, les compagnies de chemins de fer et de navigation ; la quatri&#232;me, les fonds ; la cinqui&#232;me, les rapports financiers, etc. [20]&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en r&#233;sulte, d'une part, une fusion de plus en plus compl&#232;te ou, suivant l'heureuse formule de N. Boukharine, une interp&#233;n&#233;tration du capital bancaire et du capital industriel, et, d'autre part, la transformation des banques en &#233;tablissements pr&#233;sentant au sens le plus exact du terme un &#034;caract&#232;re universel&#034;. Sur ce point, nous croyons devoir citer les propres termes de Jeidels, auteur qui a le mieux &#233;tudi&#233; la question :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'examen des relations industrielles dans leur ensemble permet de constater le &lt;strong&gt;caract&#232;re universel&lt;/strong&gt; des &#233;tablissements financiers travaillant pour l'industrie. Contrairement aux autres formes de banques, contrairement aux exigences quelquefois formul&#233;es par divers auteurs, &#224; savoir que les banques devraient se sp&#233;cialiser dans un domaine ou dans une industrie d&#233;termin&#233;s pour ne pas voir le sol se d&#233;rober sous leurs pieds, les grandes banques s'efforcent de multiplier le plus possible leurs relations avec les entreprises industrielles les plus diverses quant au lieu et au genre de production, et de faire dispara&#238;tre de plus en plus les in&#233;galit&#233;s dans la r&#233;partition des capitaux entre les diverses r&#233;gions ou les branches d'industrie, in&#233;galit&#233;s dont on trouve l'explication dans l'histoire des diff&#233;rentes entreprises.&#034; &#034;Une tendance consiste &#224; g&#233;n&#233;raliser la liaison avec l'industrie ; une autre, &#224; la rendre continue et intensive ; toutes les deux sont appliqu&#233;es par les six grandes banques, sinon int&#233;gralement, du moins d&#233;j&#224; dans de notables proportions et &#224; un degr&#233; &#233;gal.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
On entend assez souvent les milieux industriels et commerciaux se plaindre du &#034;terrorisme&#034; des banques. Faut-il s'en &#233;tonner, quand les grandes banques &#034;commandent&#034; de la fa&#231;on dont voici un exemple ? Le 19 novembre 1901, l'une des banques D berlinoises (on appelle ainsi les quatre grandes banques dont le nom commence par la lettre D) adressait au conseil d'administration du Syndicat des ciments du Centre-Nord-Ouest allemand la lettre suivante : &#034;Selon la note que vous avez publi&#233;e le 18 de ce mois dans tel journal, il appara&#238;t que nous devons envisager l'&#233;ventualit&#233; de voir la prochaine assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de votre syndicat, fix&#233;e au 30 courant, prendre des d&#233;cisions susceptibles d'amener dans votre entreprise des changements que nous ne pouvons accepter. Aussi sommes-nous, &#224; notre grand regret, dans la n&#233;cessit&#233; de vous refuser dor&#233;navant le cr&#233;dit qui vous &#233;tait accord&#233;... Toutefois, si cette assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale ne prend pas de d&#233;cisions inacceptables pour nous et si nous recevons les garanties d&#233;sirables pour l'avenir, nous nous d&#233;clarons tout dispos&#233;s &#224; n&#233;gocier avec vous l'ouverture d'un nouveau cr&#233;dit [21].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, nous retrouvons l&#224; les dol&#233;ances du petit capital opprim&#233; par le gros, seulement cette fois c'est tout un syndicat qui est tomb&#233; dans la cat&#233;gorie des &#034;petits&#034; ! La vieille lutte du petit et du gros capital recommence, mais &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement nouveau, infiniment sup&#233;rieur. Il est &#233;vident que disposant de milliards, les grandes banques sont capables de h&#226;ter aussi le progr&#232;s technique par des moyens qui ne sauraient en aucune fa&#231;on &#234;tre compar&#233;s &#224; ceux d'autrefois. Les banques fondent, par exemple, des soci&#233;t&#233;s sp&#233;ciales d'&#233;tudes techniques dont les travaux ne profitent, bien entendu, qu'aux entreprises industrielles &#034;amies&#034;. Citons entre autres la &#034;Soci&#233;t&#233; pour l'&#233;tude des chemins de fer &#233;lectriques&#034;, le &#034;Bureau central de recherches scientifiques et techniques&#034;, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants des grandes banques eux-m&#234;mes ne peuvent pas ne pas voir que des conditions nouvelles sont en train de se former dans l'&#233;conomie nationale, mais ils sont impuissants devant elles :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Quiconque, &#233;crit Jeidels, a observ&#233;, au cours des derni&#232;res ann&#233;es, les changements de personnes &#224; la direction et aux conseils de surveillance des grandes banques, n'a pas pu ne pas remarquer que le pouvoir passait peu &#224; peu aux mains d'hommes qui consid&#232;rent comme une t&#226;che indispensable et de plus en plus pressante, pour les grandes banques, d'intervenir activement dans le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de l'industrie, et qu'entre ces hommes et les anciens directeurs des banques il se produit &#224; ce propos des d&#233;saccords d'ordre professionnel et souvent aussi d'ordre personnel. Il s'agit, au fond, de savoir si, en tant qu'&#233;tablissements de cr&#233;dit, les banques ne subissent pas un pr&#233;judice du fait de leur intervention dans le processus de la production industrielle, si elles ne sacrifient pas leurs solides principes et un b&#233;n&#233;fice assur&#233; &#224; une activit&#233; qui n'a rien &#224; voir avec leur r&#244;le d'interm&#233;diaires du cr&#233;dit et qui les am&#232;ne sur un terrain o&#249; elles sont encore plus expos&#233;es que par le pass&#233; &#224; l'action aveugle de la conjoncture industrielle. C'est ce qu'affirment nombre d'anciens directeurs de banques, mais la plupart des jeunes consid&#232;rent l'intervention active dans les questions industrielles comme une n&#233;cessit&#233; pareille &#224; celle qui a suscit&#233;, en m&#234;me temps que le d&#233;veloppement actuel de la grande industrie moderne, l'apparition des grandes banques et l'entreprise bancaire industrielle d'aujourd'hui. Les deux parties ne sont d'accord que sur un point, &#224; savoir qu'il n'existe pas de principes fermes ni de but concret pour la nouvelle activit&#233; des grandes banques [22].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ancien capitalisme a fait son temps. Le nouveau constitue une transition. La recherche de &#034;principes fermes et d'un but concret&#034; en vue de &#034;concilier&#034; le monopole et la libre concurrence est, de toute &#233;vidence, une tentative vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Les aveux des praticiens ne ressemblent gu&#232;re aux &#233;loges enthousiastes des apologistes officiels du capitalisme &#034;organis&#233;&#034;, tels que Schulze-Gaevernitz, Liefmann et autres &#034;th&#233;oriciens&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quelle &#233;poque au juste s'impose d&#233;finitivement la &#034;nouvelle activit&#233;&#034; des grandes banques ? Cette importante question trouve une r&#233;ponse assez pr&#233;cise chez Jeidels.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les relations des entreprises industrielles avec leur nouvel objet, leurs nouvelles formes, leurs nouveaux organismes, c'est-&#224;-dire avec les grandes banques pr&#233;sentant une organisation &#224; la fois centralis&#233;e et d&#233;centralis&#233;e, ne sont gu&#232;re ant&#233;rieures, en tant que ph&#233;nom&#232;ne caract&#233;ristique de l'&#233;conomie nationale, aux ann&#233;es 1890 ; on peut m&#234;me, en un sens, faire remonter ce point de d&#233;part &#224; l'ann&#233;e 1897, avec ses grandes &#034;fusions&#034; d'entreprises qui introduisent pour la premi&#232;re fois la nouvelle forme d'organisation d&#233;centralis&#233;e, pour des raisons de politique industrielle des banques. Et l'on peut m&#234;me le faire remonter &#224; une date encore plus r&#233;cente, car c'est seulement la crise de 1900 qui a &#233;norm&#233;ment acc&#233;l&#233;r&#233; le processus de concentration tant dans l'industrie que dans la banque et en a assur&#233; le triomphe d&#233;finitif, qui a fait pour la premi&#232;re fois de cette liaison avec l'industrie le v&#233;ritable monopole des grosses banques. qui a rendu ces rapports notablement plus &#233;troits et plus intensifs [23].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le XXe si&#232;cle marque le tournant o&#249; l'ancien capitalisme fait place au nouveau, o&#249; la domination du capital financier se substitue &#224; la domination du capital en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Alfred LANSBURGH : &#034;F&#252;nf Jahre deutsches Bankwesen&#034;, dans Die Bank, 1913, n&#176;8, p. 728.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] SCHULZE-GAEVERNITZ : &#034;Die deutsche Kreditbank&#034; dans Grundriss der Sozial&#246;konomik, T&#252;bingen, 1915, pp. 12 et 137.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] R. LIEFMANN : Beteiligungs-und Finanzierungsge-sellschaften. Eine Studie &#252;ber den modernen Kapitalismus und das Effektenwesen, 1&#232;re &#233;dition, I&#233;na, 1909, p. 212.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Alfred LANSBURGH : &#034;Das Beteiligungssystem im deutschen Bankwesen&#034;, dans Die Bank, 1910, n&#176;1, p. 500.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Eugen KAUFMANN : Das franz&#246;sische Bankwesen, T&#252;bingen, 1911, pp. 356 et 362.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Jean LESCURE : L'&#233;pargne en France, P., 1914, p. 52.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] A. LANSBURGH : &#034;Die Bank mit den 300 Millionen&#034;, dans Die Bank, 1914, n&#176;1, p. 426.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] S. TSCHIERSCHKY : ouvr. cit&#233;, p. 128.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] D'apr&#232;s la National Monetary Commission am&#233;ricaine, dans Die Bank, 1910, n&#176;1, p. 1200.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] D'apr&#232;s la National Monetary Comission am&#233;ricaine, dans Die Bank, 1913, pp. 811, 1022 ; 1914, p. 713.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Die Bank, 1914, n&#176;1, p. 316.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Dr. Oscar STILLICH : Geld- und Bankwesen, Berlin, 1907, p. 169.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] SCHULZE-GAEVERNITZ : &#034;Die deutsche Kreditbank&#034;, dans Grundriss der Sozial&#246;konomik, T&#252;bingen, 1915, p. 101.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] RIESSER : ouvr. cit&#233;, 4e &#233;d., p. 629.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] SCHULZE-GAEVERNITZ : &#034;Die deutsche Kreditbank&#034; dans Grundriss der Sozial&#246;konomik, T&#252;bingen, 1915, p. 151.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] Die Bank, 1912, n&#176;1, p. 435.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Cit&#233; d'apr&#232;s Schulze-Gaevernitz dans Grundiss der Sozial&#246;konomik, p. 155.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] JEIDELS et RIESSER : ouvr. cit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] JEIDELS : ouvr. cit&#233;, p. 157.&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] Article de Eugen Kaufmann sur les banques fran&#231;aises dans Die Bank, 1909, n&#176;2, pp. 851 et suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[21] Dr. Oscar STILLICH : Geld-und Bankwesen, Berlin, 1907, p. 148.&lt;br class='autobr' /&gt;
[22] JEIDELS : ouvr. cit&#233;, pp. 183-184.&lt;br class='autobr' /&gt;
[23] JEIDELS : ouvr. cit&#233;, p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;III. LE CAPITAL FINANCIER ET L'OLIGARCHIE FINANCIERE&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Une part toujours croissante du capital industriel, &#233;crit Hilferding, n'appartient pas aux industriels qui l'utilisent. Ces derniers n'en obtiennent la disposition que par le canal de la banque, qui est pour eux le repr&#233;sentant des propri&#233;taires de ce capital. D'autre part, force est &#224; la banque d'investir une part de plus en plus grande de ses capitaux dans l'industrie. Elle devient ainsi, de plus en plus, un capitaliste industriel. Ce capital bancaire -c'est-&#224;-dire ce capital-argent- qui se transforme ainsi en capital industriel, je l'appelle &#034;capital financier&#034;. &#034;Le capital financier est donc un capital dont disposent les banques et qu'utilisent les industriels [1].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;finition est incompl&#232;te dans la mesure o&#249; elle passe sous silence un fait de la plus haute importance, &#224; savoir la concentration accrue de la production et du capital, au point qu'elle donne et a d&#233;j&#224; donn&#233; naissance au monopole. Mais tout l'expos&#233; de Hilferding, en g&#233;n&#233;ral, et plus particuli&#232;rement les deux chapitres qui pr&#233;c&#232;dent celui auquel nous empruntons cette d&#233;finition, soulignent le r&#244;le des &lt;strong&gt;monopoles capitalistes.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Concentration de la production avec, comme cons&#233;quence, les monopoles ; fusion ou interp&#233;n&#233;tration des banques et de l'industrie, voil&#224; l'histoire de la formation du capital financier et le contenu de cette notion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous faut montrer maintenant comment la &#034;gestion&#034; exerc&#233;e par les monopoles capitalistes devient in&#233;vitablement, sous le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la production marchande et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la domination : d'une oligarchie financi&#232;re. Notons que les repr&#233;sentants de la science bourgeoise allemande - et pas seulement allemande - comme Riesser, Schulze-Gaevernitz, Liefmann, etc., sont tous des apologistes de l'imp&#233;rialisme et du capital financier. Loin de d&#233;voiler le &#034;m&#233;canisme&#034; de la formation de cette oligarchie, ses proc&#233;d&#233;s, l'ampleur de ses revenus &#034;licites et illicites&#034;, ses attaches avec les parlements, etc., etc., ils s'efforcent de les estomper, de les enjoliver. Ces &#034;questions maudites&#034;, ils les &#233;ludent par des phrases grandiloquentes autant que vagues, par des appels au &#034;sentiment de responsabilit&#233;&#034; des directeurs de banques, par l'&#233;loge du &#034;sentiment du devoir&#034; des fonctionnaires prussiens, par l'analyse doctorale des futilit&#233;s qu'on trouve dans les ridicules projets de loi de &#034;surveillance&#034; et de &#034;r&#233;glementation&#034;, par des fadaises th&#233;oriques comme cette d&#233;finition &#034;scientifique&#034; saugrenue du professeur Liefmann : &#034;&lt;strong&gt;Le commerce est une pratique industrielle visant &#224; r&#233;unir les biens, &#224; les conserver et &#224; les mettre &#224; la disposition&lt;/strong&gt;&#034; [2] (les italiques sont dans l'ouvrage du professeur)... Il en r&#233;sulte que le commerce a exist&#233; chez l'homme primitif qui ne pratiquait pas encore l'&#233;change et qu'il doit subsister dans la soci&#233;t&#233; socialiste !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les faits monstrueux touchant la monstrueuse domination de l'oligarchie financi&#232;re sont tellement patents que, dans tous les pays capitalistes, aussi bien en Am&#233;rique qu'en France et en Allemagne, est apparue une litt&#233;rature qui, tout en professant le point de vue &lt;strong&gt;bourgeois, &lt;/strong&gt;brosse n&#233;anmoins un tableau &#224; peu pr&#232;s v&#233;ridique, et apporte une critique - &#233;videmment petite-bourgeoise - de l'oligarchie financi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la base, il y a tout d'abord le &#034;syst&#232;me de participations&#034;, dont nous avons d&#233;j&#224; dit quelques mots. Voici l'expos&#233; qu'en fait l'&#233;conomiste allemand Heymann, qui a &#233;t&#233; l'un des premiers, sinon le premier, &#224; s'en occuper :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Un dirigeant contr&#244;le la soci&#233;t&#233; de base (litt&#233;ralement : la &#034;soci&#233;t&#233;-m&#232;re&#034;) ; celle-ci, a son tour, r&#232;gne sur les soci&#233;t&#233;s qui d&#233;pendent d'elle (les &#034;soci&#233;t&#233;s filles&#034;) ; ces derni&#232;res r&#232;gnent sur les &#034;soci&#233;t&#233;s petites-filles&#034;, etc. On peut donc sans poss&#233;der un tr&#232;s grand capital, avoir la haute main sur d'immenses domaines de la production. En effet, si la possession de 50% du capital est toujours suffisante pour contr&#244;ler une soci&#233;t&#233; par actions, le dirigeant n'a besoin que d'un million pour pouvoir contr&#244;ler 8 millions de capital dans les &#034;soci&#233;t&#233;s petites-filles&#034;. Et si cette &#034;imbrication&#034; est pouss&#233;e plus loin, on peut avec un million, contr&#244;ler seize millions, trente-deux millions, etc.&#034; [3]&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, l'exp&#233;rience montre qu'il suffit de poss&#233;der 40% des actions pour g&#233;rer les affaires d'une soci&#233;t&#233; anonyme [4], car un certain nombre de petits actionnaires diss&#233;min&#233;s n'ont pratiquement aucune possibilit&#233; de participer aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, etc. La &#034;d&#233;mocratisation&#034; de la possession des actions, dont les sophistes bourgeois et les opportunistes pseudo-social d&#233;mocrates attendent (ou assurent qu'ils attendent) la &#034;d&#233;mocratisation du capital&#034;, l'accentuation du r&#244;le et de l'importance de la petite production, etc., n'est en r&#233;alit&#233; qu'un des moyens d'accro&#238;tre la puissance de l'oligarchie financi&#232;re. C'est pourquoi ; soit dit en passant, dans les pays capitalistes plus avanc&#233;s ou plus anciens et &#034;exp&#233;riment&#233;s&#034;, le l&#233;gislateur permet l'&#233;mission de titres d'un montant r&#233;duit. En Allemagne, une action ne peut, aux termes de la loi, &#234;tre d'un montant inf&#233;rieur &#224; mille marks, et les magnats allemands de la finance consid&#232;rent d'un oeil envieux l'Angleterre o&#249; sont autoris&#233;es des actions d'une livre sterling (=20 marks ; environ 10 roubles). Siemens, un des plus grands industriels et &#034;rois de la finance&#034; allemands, d&#233;clarait au Reichstag, le 7 juin 1900, que &#034;l'action d'une livre sterling est la base de l'imp&#233;rialisme britannique.&#034; [5] Ce marchand a une conception nettement plus profonde, plus &#034;marxiste&#034;, de l'imp&#233;rialisme que certain auteur incongru, qui passe pour le fondateur du marxisme russe et qui estime que l'imp&#233;rialisme est une tare propre &#224; un peuple d&#233;termin&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le &#034;syst&#232;me de participations&#034; ne sert pas seulement &#224; accro&#238;tre immens&#233;ment la puissance des monopolistes, il permet en outre de consommer impun&#233;ment les pires tripotages et de d&#233;valiser le public, car d'un point de vue formel, au regard de la loi, les dirigeants de la &#034;soci&#233;t&#233;-m&#232;re&#034; ne sont pas responsables de la filiale, consid&#233;r&#233;e comme &#034;autonome&#034; et &lt;strong&gt;par l'interm&#233;diaire &lt;/strong&gt;de laquelle on peut tout &#034;faire passer&#034;. Voici un exemple que nous empruntons au fascicule de mai 1914 de la revue allemande &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La &#034;Soci&#233;t&#233; anonyme de l'acier &#224; ressorts&#034; de Cassel &#233;tait consid&#233;r&#233;e, il y a quelques ann&#233;es encore, comme l'une des entreprises allemandes les plus rentables. Une mauvaise gestion fit que ses dividendes tomb&#232;rent de 15% &#224; z&#233;ro. La direction, devait-on apprendre, avait, &#224; l'insu des actionnaires, fait &#224; l'une de ses soci&#233;t&#233;s filiales, la &#034;Hassia&#034;, au capital nominal de quelques centaines de milliers de marks seulement, une avance de fonds de 6 &lt;strong&gt;millions de marks. &lt;/strong&gt;De ce pr&#234;t qui repr&#233;sentait presque le triple du capital-actions de la soci&#233;t&#233;-m&#232;re, celle-ci ne soufflait mot dans ses bilans. Juridiquement, un pareil silence &#233;tait parfaitement l&#233;gal, et il put durer deux ann&#233;es enti&#232;res sans qu'aucun article de la l&#233;gislation commerciale f&#251;t viol&#233;. Le pr&#233;sident du conseil de surveillance qui, en qualit&#233; de responsable, signait ces bilans truqu&#233;s, &#233;tait et est encore pr&#233;sident de la Chambre de commerce de Cassel. Les actionnaires n'eurent connaissance de l'avance faite &#224; &#034;Hassia&#034; que longtemps apr&#232;s, quand elle se r&#233;v&#233;la une erreur &#034;... (l'auteur aurait bien fait de mettre ce mot entre guillemets)... &#034; et que les actions de l'&#034;acier &#224; ressorts&#034;, &#224; la suite des op&#233;rations de vente pratiqu&#233;es par des initi&#233;s, eurent perdu pr&#232;s de 100% de leur valeur...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;&lt;strong&gt;Cet exemple typique des jongleries dont sont couramment l'objet les bilans &lt;/strong&gt;des soci&#233;t&#233;s par actions nous explique pourquoi leurs conseils d'administration se risquent dans les affaires hasardeuses d'un coeur bien plus l&#233;ger que les particuliers. La technique moderne des bilans ne leur offre pas seulement la possibilit&#233; de cacher &#224; l'actionnaire moyen les risques engag&#233;s ; elle permet aussi aux principaux int&#233;ress&#233;s de se d&#233;rober aux cons&#233;quences d'une exp&#233;rience avort&#233;e en vendant &#224; temps leurs actions, alors que l'entrepreneur priv&#233; assume l'enti&#232;re responsabilit&#233; de ses actes...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bilans de nombreuses soci&#233;t&#233;s anonymes rappellent ces palimpsestes du Moyen &#226;ge, dont il fallait d'abord gratter le texte visible pour pouvoir d&#233;couvrir, dessous, les signes qui r&#233;v&#233;laient le texte r&#233;el du document.&#034; (un palimpseste est un parchemin dont on a gratt&#233; l'&#233;criture premi&#232;re pour y &#233;crire un nouveau texte.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le proc&#233;d&#233; le plus simple et de ce fait, le plus souvent employ&#233; pour rendre un bilan ind&#233;chiffrable consiste &#224; diviser une entreprise donn&#233;e en plusieurs parties, par la constitution ou l'adjonction de filiales. L'avantage de ce syst&#232;me selon les buts vis&#233;s -l&#233;gaux ou ill&#233;gaux- est tellement &#233;vident que les soci&#233;t&#233;s importantes qui ne l'ont pas adopt&#233; font aujourd'hui figure d'exception [6].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur cite comme exemple la soci&#233;t&#233; puissante et monopoliste appliquant tr&#232;s largement ce syst&#232;me, la fameuse Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale d'&#233;lectricit&#233; (l'A. E. G., sur laquelle nous reviendrons plus loin). En 1912, on estimait qu'elle participait &#224; &lt;strong&gt;175 ou 200 &lt;/strong&gt;autres soci&#233;t&#233;s, les dominant, bien entendu, et englobant au total un capital d'environ &lt;strong&gt;1,5 milliard de marks&lt;/strong&gt; [7].&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les r&#232;gles de contr&#244;le et de surveillance, de publication des bilans, d'&#233;tablissement de sch&#233;mas pr&#233;cis pour ces derniers, etc., ce par quoi les professeurs et les fonctionnaires bien intentionn&#233;s - c'est-&#224;-dire ayant la bonne intention de d&#233;fendre et de farder le capitalisme - occupent l'attention du public, sont ici d&#233;pourvues de toute valeur. Car la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est sacr&#233;e, et l'on ne peut emp&#234;cher personne d'acheter, de vendre, d'&#233;changer des actions, de les hypoth&#233;quer, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour juger du d&#233;veloppement que le &#034;syst&#232;me de participations&#034; a pris dans les grandes banques russes, il suffit de se reporter aux donn&#233;es fournies par E. Agahd qui, employ&#233; pendant quinze ans &#224; la Banque russo-chinoise, publia en mai 1914 un ouvrage dont le titre n'est pas tout &#224; fait exact : &lt;strong&gt;Grandes Banques et march&#233; mondial &lt;/strong&gt;[8]. L'auteur divise les grandes banques russes en deux groupes principaux : a) celles qui appliquent le &#034;syst&#232;me de participations&#034; et b) celles qui sont &#034;ind&#233;pendantes&#034; (entendant toutefois arbitrairement par ce dernier terme l'&#034;ind&#233;pendance&#034; &#224; l'&#233;gard des banques &lt;strong&gt;&#233;trang&#232;res). &lt;/strong&gt;Il subdivise le premier groupe en trois sous-groupes : 1) participation allemande, 2) participation anglaise et 3) participation fran&#231;aise. C'est-&#224;-dire &#034;participation&#034; et domination des plus grandes banques &#233;trang&#232;res de la nation envisag&#233;e. Quant aux capitaux des banques, l'auteur les divise en capitaux &#224; placement &#034;productif&#034; (dans l'industrie et le commerce) et capitaux de &#034;sp&#233;culation&#034; (consacr&#233;s aux op&#233;rations boursi&#232;res et financi&#232;res), estimant, du point de vue r&#233;formiste petit-bourgeois qui lui est propre qu'on peut en r&#233;gime capitaliste distinguer entre ces deux genres de placements et &#233;liminer le dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici ces donn&#233;es :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Actif des banques (d'apr&#232;s les bilans d'octobre-novembre 1913)&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de roubles&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Groupe de banques russes	Capitaux plac&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt; Production	Sp&#233;culation	Total&lt;br class='autobr' /&gt;
a 1) 4 banques : Banque Commerciale de Sib&#233;rie, Russe,&lt;br class='autobr' /&gt;
Internationale, Comptoir d'Escompte	413,7	859,1	1272,8&lt;br class='autobr' /&gt;
a 2) 2 banques : Industrielle et Commerciale, Russo-Anglaise	239,3	169,1	408,4&lt;br class='autobr' /&gt;
a 3) 5 banques : Russo-Asiatique, Priv&#233;e de &lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Petersbourg, Azov-Don, Union de Moscou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Russo-Fran&#231;aise de Commerce	711,8	661,2	1373,0&lt;br class='autobr' /&gt;
Total (11 banques)	1364,8	1689,4	3054,2&lt;br class='autobr' /&gt;
b) 8 banques du corps des marchands de Moscou, Volga-Kama, &lt;br class='autobr' /&gt;
Junker et Cie, Banque d'affaires de Saint-Petersbourg (anc. Wawelberg),&lt;br class='autobr' /&gt;
de Moscou (anc. Riabouchinsky), Comptoir d'Escompte de Moscou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Banque d'Affaires de Moscou et Priv&#233;e de Moscou	504,2	391,1	895,3&lt;br class='autobr' /&gt;
Total (19 banques)	1869,0	2080,5	3949,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, d'apr&#232;s ces chiffres, des 4 milliards de roubles environ constituant le capital &#034;actif&#034; des grandes banques, &lt;strong&gt;plus de trois quarts, &lt;/strong&gt;plus de 3 milliards, reviennent &#224; des banques qui ne sont au fond que des &#034;filiales&#034; de banques &#233;trang&#232;res et, en premier lieu, de banques parisiennes (du fameux trio : &#034;Union parisienne&#034;, Banque de Paris et des Pays-Bas &#034;Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rales&#034;) et berlinoises (notamment la &#034;Deutsche Bank&#034; et la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034;). Deux des banques russes les plus importantes, la &#034;Banque russe&#034; (&#034;Banque russe pour le commerce ext&#233;rieur&#034;) et la &#034;Banque internationale&#034; (&#034;Banque de Saint-P&#233;tersbourg pour le commerce international&#034;) ont, de 1906 &#224; 1912, fait passer leurs capitaux de 44 &#224; 98 millions de roubles et leurs fonds de r&#233;serve de 15 &#224; 39 millions, &#034;en travaillant aux trois quarts avec des capitaux allemands&#034;. La premi&#232;re appartient au &#034;consortium&#034; berlinois de la &#034;Deutsche Bank&#034; et la seconde &#224; celui, &#233;galement berlinois, de la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034;. L'excellent Agahd s'indigne profond&#233;ment de voir la majorit&#233; des actions d&#233;tenues par les banques berlinoises, ce qui r&#233;duit &#224; l'impuissance les actionnaires russes. Et, naturellement, le pays qui exporte ses capitaux fait son beurre. La &#034;Deutsche Bank&#034; introduisant &#224; Berlin les actions de la Banque commerciale de Sib&#233;rie, les garda une ann&#233;e en portefeuille et les vendit ensuite au cours de 193 pour 100, c'est-&#224;-dire presque au double, &#034;s'adjugeant&#034; ainsi un b&#233;n&#233;fice d'environ 6 millions de roubles que Hilferding devait appeler &#034;b&#233;n&#233;fice de constitution&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre auteur estime &#224; 8 235 millions de roubles, presque 8,25 milliards, la &#034;puissance&#034; totale des plus grandes banques de P&#233;tersbourg ; quant &#224; la &#034;participation&#034; ou, plus exactement, la domination des banques &#233;trang&#232;res, il la fixe aux proportions suivantes : banques fran&#231;aises, 55% ; anglaises, 10% ; allemandes, 35%. Sur cette somme de 8 235 millions, 3 687 millions de capitaux actifs, soit plus de 40% reviennent, suivant les calculs de l'auteur, aux syndicats patronaux ci-apr&#232;s : &#034;Prodougol&#034;, &#034;Prodamet&#034;, syndicats du p&#233;trole, de la m&#233;tallurgie et des ciments. La fusion du capital bancaire et du capital industriel, gr&#226;ce &#224; la formation des monopoles capitalistes, a donc fait de grands progr&#232;s &#233;galement en Russie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capital financier, concentr&#233; en quelques mains et exer&#231;ant un monopole de fait, pr&#233;l&#232;ve des b&#233;n&#233;fices &#233;normes et toujours croissants sur la constitution de firmes, les &#233;missions de valeurs, les emprunts d'Etat, etc., affermissant la domination des oligarchies financi&#232;res et frappant la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re d'un tribut au profit des monopolistes. Voici, pris entre mille, un exemple, cit&#233; par Hilferding, des &#034;proc&#233;d&#233;s de gestion&#034; des trusts am&#233;ricains : en 1887, M. Havemeyer fondait le trust du sucre par la fusion de quinze petites soci&#233;t&#233;s, dont le capital s'&#233;levait &#224; un total de 6,5 millions de dollars. Convenablement &#034;coup&#233; d'eau&#034;, selon l'expression am&#233;ricaine, le capital du trust fut &#233;valu&#233; &#224; 50 millions de dollars. Cette &#034;recapitalisation&#034; tenait compte des futurs profits du monopole, de m&#234;me que le trust de l'acier - toujours en Am&#233;rique - tient compte des futurs profits du monopole on achetant le plus possible de gisements de minerai. Et, effectivement, le trust du sucre a impos&#233; ses prix de monopole ; ce qui lui procura un b&#233;n&#233;fice tel qu'il put payer 10% de dividendes au capital &lt;strong&gt;sept fois&lt;/strong&gt; &#034;coup&#233; d'eau&#034;, soit &lt;strong&gt;presque 70% au capital effectivement vers&#233; lors de la fondation du trust ! &lt;/strong&gt;En 1909, le capital de ce trust s'&#233;levait &#224; 90 millions de dollars. En vingt-deux ans, il avait plus que d&#233;cupl&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, le r&#232;gne de l'&#034;oligarchie financi&#232;re&#034; (&lt;strong&gt;Contre l'oligarchie financi&#232;re en France, &lt;/strong&gt;titre du fameux livre de Lysis, dont la cinqui&#232;me &#233;dition a paru en 1908) a rev&#234;tu une forme &#224; peine diff&#233;rente. Les quatre plus grosses banques jouissent d'un &#034; monopole&#034;, non pas relatif, mais &#034;absolu&#034;, de l'&#233;mission des valeurs. Pratiquement, c'est un &#034;trust des grandes banques&#034;. Et le monopole qu'il exerce assure des b&#233;n&#233;fices exorbitants, lors des &#233;missions. Le pays contractant un emprunt ne re&#231;oit g&#233;n&#233;ralement pas plus de 90% du montant de ce dernier ; 10% reviennent aux banques et aux autres interm&#233;diaires. Le b&#233;n&#233;fice des banques sur l'emprunt russo-chinois de 400 millions de francs s'est &#233;lev&#233; &#224; 8% ; sur l'emprunt russe de 800 millions (1904), &#224; 10% ; sur l'emprunt marocain de 62 500 000 francs (1904), &#224; 18,75%. Le capitalisme, qui a inaugur&#233; son d&#233;veloppement par l'usure en petit, l'ach&#232;ve par l'usure en grand. &#034;Les Fran&#231;ais, dit Lysis, sont les usuriers de l'Europe.&#034; Toutes les conditions de la vie &#233;conomique sont profond&#233;ment modifi&#233;es par cette transformation du capitalisme. M&#234;me lorsque la population est stagnante, que l'industrie, le commerce et les transports maritimes sont frapp&#233;s de marasme, le &#034;pays&#034; peut s'enrichir par l'usure. &#034;Cinquante personnes repr&#233;sentant un capital de 8 millions de francs peuvent disposer de &lt;strong&gt;deux milliards &lt;/strong&gt;plac&#233;s dans quatre banques.&#034; Le syst&#232;me des &#034;participations&#034;, que nous connaissons d&#233;j&#224;, am&#232;ne au m&#234;me r&#233;sultat ; la &#034;Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale&#034;, une des banques les plus puissantes, &#233;met 64 000 obligations d'une filiale, les &#034;Raffineries d'Egypte&#034;. Le cours de l'&#233;mission &#233;tant &#224; 150%, la banque gagne 50 centimes du franc. Les dividendes de cette soci&#233;t&#233; se sont r&#233;v&#233;l&#233;s fictifs, le &#034;public&#034; a perdu de 90 &#224; 100 millions de francs. &#034;Un des directeurs de la &#034;Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale&#034; faisait partie du Conseil d'administration des &#034;Raffineries d'Egypte&#034;&#034;. Rien d'&#233;tonnant si l'auteur est oblig&#233; de conclure : &#034;La R&#233;publique fran&#231;aise est une monarchie financi&#232;re&#034; ; &#034;l'omnipotence de nos grandes banques est absolue ; elles entra&#238;nent dans leur sillage le gouvernement, la presse&#034; [9].&lt;br class='autobr' /&gt;
La rentabilit&#233; exceptionnelle de l'&#233;mission des valeurs, une des principales op&#233;rations du capital financier, joue un r&#244;le tr&#232;s important dans le d&#233;veloppement et l'affermissement de l'oligarchie financi&#232;re : &#034;Il n'y a pas, dans tout le pays, une seule affaire qui donne, f&#251;t-ce approximativement, des b&#233;n&#233;fices aussi &#233;lev&#233;s que la m&#233;diation pour le placement d'un emprunt &#233;tranger&#034;, dit la revue allemande &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt; [10]. &#034;Il n'est pas une seule op&#233;ration bancaire qui procure des b&#233;n&#233;fices aussi &#233;lev&#233;s que les &#233;missions.&#034; D'apr&#232;s &lt;strong&gt;l'Economiste allemand, &lt;/strong&gt;les b&#233;n&#233;fices r&#233;alis&#233;s sur l'&#233;mission de valeurs industrielles ont &#233;t&#233;, en moyenne : &lt;br class='autobr' /&gt;
en 1895 : 38,6%	en 1896 : 36,1%&lt;br class='autobr' /&gt;
en 1897 : 66,7%	en 1898 : 67,7%&lt;br class='autobr' /&gt;
en 1899 : 66,9%	en 1900 : 55,2%&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En dix ans, de 1891 &#224; 1900, l'&#233;mission des valeurs industrielles allemandes a fait &#034;gagner&#034; &lt;strong&gt;plus d'un milliard.&lt;/strong&gt;&#034; [11]&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, dans les p&#233;riodes d'essor industriel, les b&#233;n&#233;fices du capital financier sont d&#233;mesur&#233;s, en p&#233;riode de d&#233;pression les petites entreprises et les entreprises pr&#233;caires p&#233;rissent, et les grandes banques &#034;participent&#034; soit &#224; leur achat a vil prix soit &#224; de profitables &#034;assainissements&#034; et &#034;r&#233;organisations&#034;. Dans l'&#034;assainissement&#034; des entreprises d&#233;ficitaires, &#034;le capital-actions est abaiss&#233;, c'est-&#224;-dire que les b&#233;n&#233;fices sont r&#233;partis sur un montant moindre du capital, et calcul&#233;s par la suite en cons&#233;quence. Ou encore, si les revenus sont tomb&#233;s &#224; z&#233;ro, on fait appel &#224; un nouveau capital ; celui-ci, associ&#233; &#224; l'ancien qui est de moindre rapport, devient d&#232;s lors suffisamment rentable. Remarquons en passant, ajoute Hilferding, que tous ces assainissements et r&#233;organisations ont pour les banques une double importance : c'est d'abord une op&#233;ration fructueuse et, ensuite, une occasion de prendre en tutelle ces soci&#233;t&#233;s embarrass&#233;es [12]&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un exemple. La soci&#233;t&#233; anonyme mini&#232;re &#034;Union&#034; de Dortmund, fond&#233;e en 1872, au capital-actions de 40 millions de marks environ, vit le cours de ses actions s'&#233;lever &#224; 170% apr&#232;s qu'elle eut pay&#233; dans sa premi&#232;re ann&#233;e 12% de dividendes. Le capital financier en fit son beurre, gagnant la bagatelle de quelque 28 millions de marks. Lors de la fondation de cette soci&#233;t&#233;, le r&#244;le principal &#233;tait revenu a la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034;, cette m&#234;me grosse banque allemande qui a r&#233;ussi &#224; porter son capital &#224; 300 millions de marks. Ensuite, les dividendes de l'&#034;Union&#034; tomb&#232;rent &#224; z&#233;ro. Les actionnaires durent consentir &#224; passer une partie des capitaux par &#034;profits et pertes&#034;, c'est-&#224;-dire &#224; en sacrifier une partie pour ne pas perdre le tout. Et c'est ainsi que, par une s&#233;rie d'&#034;assainissements&#034;, plus de 73 millions de marks ont disparu, en trente ans, des registres de l'&#034;Union&#034;. &#034;A l'heure actuelle, les actionnaires fondateurs de cette soci&#233;t&#233; n'en ont en mains que 5% de la valeur nominale de leurs titres [13]&#034;, mais les banques n'ont cess&#233; de &#034;gagner&#034; &#224; chaque &#034;assainissement&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La sp&#233;culation sur les terrains situ&#233;s aux environs des grandes villes en plein d&#233;veloppement est aussi une op&#233;ration extr&#234;mement lucrative pour le capital financier. Le monopole des banques fusionne ici avec celui de la rente fonci&#232;re et celui des voies de communication, car la mont&#233;e du prix des terrains, la possibilit&#233; de les vendre avantageusement par lots, etc., d&#233;pendent surtout de la commodit&#233; des communications avec le centre de la ville, et ses communications sont pr&#233;cis&#233;ment aux mains des grandes compagnies li&#233;es &#224; ces m&#234;mes banques par le syst&#232;me de participations et la r&#233;partition des postes directoriaux. Il se produit ce que l'auteur allemand L. Eschwege, collaborateur de la revue &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;qui a sp&#233;cialement &#233;tudi&#233; les op&#233;rations de vente de terrains, les hypoth&#232;ques fonci&#232;res, etc., a appel&#233; le &#034;marais&#034; : la sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e sur les terrains suburbains, les faillites des entreprises de construction telles que la &#034;Boswau et Knauer &#034; de Berlin, qui avait r&#233;colt&#233; jusqu'&#224; 100 millions de marks par l'interm&#233;diaire de l'&#034;importante et respectable&#034; &#034;Deutsche Bank&#034;, laquelle, s'en tenant bien entendu au syst&#232;me des &#034;participations&#034;, c'est-&#224;-dire agissant en secret, dans l'ombre, s'est tir&#233;e d'affaire en perdant &#034;seulement&#034; 12 millions de marks ; ensuite, la ruine des petits propri&#233;taires et des ouvriers que les firmes de construction factices laissent impay&#233;s ; les tripotages avec la &#034;loyale&#034; police et l'administration berlinoises pour avoir la haute main sur la d&#233;livrance par la municipalit&#233; des renseignements concernant les terrains et des autorisations de construire, etc., etc. [14]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#034;moeurs am&#233;ricaines&#034;, au sujet desquelles les professeurs europ&#233;ens et les bourgeois bien pensant l&#232;vent si hypocritement les yeux au ciel, sont devenues, &#224; l'&#233;poque du capital financier, celles de toute grande ville dans n'importe quel pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
On parlait &#224; Berlin, au d&#233;but de 1914, de la constitution prochaine d'un &#034;trust des transports&#034;, c'est-&#224;-dire d'une &#034;communaut&#233; d'int&#233;r&#234;ts &#034;de trois entreprises berlinoises de transports : Chemin de fer &#233;lectrique urbain, Soci&#233;t&#233; des tramways et Soci&#233;t&#233; des omnibus. &#034;Que pareille intention exist&#226;t, &#233;crivait &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;nous le savions depuis qu'il est connu que la majorit&#233; des actions de la Soci&#233;t&#233; des omnibus a &#233;t&#233; acquise par deux autres soci&#233;t&#233;s de transports... On ne saurait suspecter la bonne foi des instigateurs de ces projets qui esp&#232;rent, par une r&#233;gularisation unifi&#233;e des transports, r&#233;aliser des &#233;conomies, dont une partie pourrait finalement profiter au public. Mais la question se complique du fait que, derri&#232;re le trust en formation, il y a des banques qui, si elles le veulent, peuvent subordonner les moyens de communication dont elles auront le monopole aux int&#233;r&#234;ts de leur commerce de terrains. Pour se convaincre combien une telle supposition est naturelle, il suffit de se rappeler que, d&#232;s la fondation de la Soci&#233;t&#233; du chemin de fer &#233;lectrique urbain, les int&#233;r&#234;ts de la grande banque qui la patronnait s'y sont trouv&#233;s m&#234;l&#233;s. Savoir : les int&#233;r&#234;ts de cette entreprise de transports s'enchev&#234;traient avec les int&#233;r&#234;ts du trafic des terrains. En effet, la ligne Est de ce chemin de fer devait desservir des terrains que la banque, une fois la construction de la ligne assur&#233;e, revendit avec un &#233;norme b&#233;n&#233;fice pour elle-m&#234;me et pour quelques participants [15] &#034;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monopole, quand il s'est form&#233; et brasse des milliards, p&#233;n&#232;tre imp&#233;rieusement dans &lt;strong&gt;tous &lt;/strong&gt;les domaines de la vie sociale, ind&#233;pendamment du r&#233;gime politique et de toutes autres &#034;contingences&#034;. La litt&#233;rature &#233;conomique allemande a l'habitude de louer servilement l'int&#233;grit&#233; des fonctionnaires prussiens, non sans faire allusion au Panama fran&#231;ais et &#224; la corruption politique am&#233;ricaine. Mais la v&#233;rit&#233; est que &lt;strong&gt;m&#234;me &lt;/strong&gt;les publications bourgeoises consacr&#233;es aux affaires bancaires de l'Allemagne sont constamment oblig&#233;es de d&#233;border le domaine des op&#233;rations purement bancaires et de parler, par exemple, de &#034;l'attraction exerc&#233;e par les banques&#034; sur les fonctionnaires qui, de plus en plus fr&#233;quemment, passent au service de ces derni&#232;res : &#034;O&#249; en est l'int&#233;grit&#233; du fonctionnaire d'Etat qui aspire, dans son for int&#233;rieur &#224; une petite place de tout repos &#224; la Behrenstrasse [16] ?&#034; (rue de Berlin o&#249; se trouve le si&#232;ge de la &#034;Deutsche Bank&#034;.) L'&#233;diteur de &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;Alfred Lansburgh, &#233;crivait en 1909 un article : &#034;La signification &#233;conomique du byzantinisme&#034;, traitant notamment du voyage de Guillaume II en Palestine et &#034;de sa cons&#233;quence imm&#233;diate, le chemin de fer de Bagdad, cette fatale &#034;grande oeuvre de l'esprit d'entreprise allemand&#034;, qui a plus fait pour l'&#034;encerclement&#034; que tous nos p&#233;ch&#233;s politiques pris ensemble [17]&#034; (il faut entendre par encerclement la politique d'Edouard VII, tendant &#224; isoler l'Allemagne dans le cercle d'une alliance imp&#233;rialiste antiallemande). En 1911, le collaborateur d&#233;j&#224; mentionn&#233; de cette revue, Eschwege, publiait un article intitul&#233; : &#034;La ploutocratie et les fonctionnaires&#034;, dans lequel il d&#233;voilait, entre autres, le cas du fonctionnaire allemand V&#246;lker, qui se signala par son &#233;nergie au sein de la commission des cartels, mais qui, au bout de quelque temps, se trouva &#234;tre d&#233;tenteur d'une petite place lucrative dans le plus grand des cartels, le Syndicat de l'acier. Des cas analogues, qui ne sont point un effet du hasard, obligeaient l'&#233;crivain bourgeois &#224; reconna&#238;tre que &#034;la libert&#233; &#233;conomique garantie par la Constitution allemande n'est plus, dans bien des domaines, qu'une phrase vide de sens&#034; et que, la domination de la ploutocratie une fois &#233;tablie, &#034;m&#234;me la libert&#233; politique la plus large ne peut emp&#234;cher que nous ne devenions un peuple d'hommes priv&#233;s de libert&#233; [18] &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce qui est de la Russie, nous nous bornerons a un seul exemple. Il y a quelques ann&#233;es, une nouvelle a fait le tour de la presse, annon&#231;ant que Davydov, directeur de la chancellerie du cr&#233;dit, abandonnait son poste d'Etat pour entrer au service d'une grande banque ; celle-ci lui accordait des &#233;moluments qui, d'apr&#232;s le contrat, devaient en quelques ann&#233;es se monter &#224; plus d'un million de roubles. La chancellerie du cr&#233;dit est une institution dont la t&#226;che est de &#034;coordonner l'activit&#233; de tous les &#233;tablissements de cr&#233;dit de l'Etat&#034; et qui accorde aux banques de la capitale des subventions allant de 800 &#224; 1 000 millions de roubles [19] .&lt;br class='autobr' /&gt;
Le propre du capitalisme est, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, de s&#233;parer la propri&#233;t&#233; du capital de son application &#224; la production ; de s&#233;parer le capital-argent du capital industriel ou productif ; de s&#233;parer le rentier, qui ne vit que du revenu qu'il tire du capital-argent, de l'industriel, ainsi que de tous ceux qui participent directement &#224; la gestion des capitaux. L'imp&#233;rialisme, ou la domination du capital financier, est ce stade supr&#234;me du capitalisme o&#249; cette s&#233;paration atteint de vastes proportions. La supr&#233;matie du capital financier sur toutes les autres formes du capital signifie l'h&#233;g&#233;monie du rentier et de l'oligarchie financi&#232;re ; elle signifie une situation privil&#233;gi&#233;e pour un petit nombre d'Etats financi&#232;rement &#034;puissants&#034;, par rapport a tous les autres. On peut juger de l'&#233;chelle de ce processus par la statistique des &#233;missions, c'est-&#224;-dire de la mise en circulation de valeurs de toute sorte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le &lt;strong&gt;Bulletin de l'institut international de statistique, &lt;/strong&gt;A. Neymarck [20] a publi&#233; sur les &#233;missions de valeurs dans le monde entier des donn&#233;es tr&#232;s &#233;tendues, compl&#232;tes, susceptibles d'&#234;tre compar&#233;es, et maintes fois reproduites par la suite fragmentairement dans les publications &#233;conomiques. Voici les chiffres pour les quarante derni&#232;res ann&#233;es :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Total des &#233;missions en milliards de francs (par dizaine d'ann&#233;es&lt;/i&gt;&lt;i&gt;)&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
1871-1880 : 76,4	1881-1890 : 64,5&lt;br class='autobr' /&gt;
1894-1900 : 100,4	1901-1910 : 197,8&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 1870 et 1880, la somme des &#233;missions a augment&#233; dans le monde entier &#224; la suite, notamment, des emprunts, cons&#233;quence de la guerre franco-prussienne et de la &#034;Gr&#252;nderzeit&#034; qui la suivit en Allemagne. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, pendant les trente derni&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle, les &#233;missions n'augmentent relativement pas tr&#232;s vite. Mais, au cours des dix premi&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle, la progression est &#233;norme, pr&#232;s de 100% en dix ans. Le d&#233;but du XXe si&#232;cle marque donc un tournant en ce qui concerne non seulement l'extension des monopoles (cartels, syndicats, trusts), ce dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, mais aussi en ce qui concerne le d&#233;veloppement du capital financier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Neymarck &#233;value &#224; environ 815 milliards de francs le total des valeurs &#233;mises dans le monde entier en 1910. D&#233;falcation faite, approximativement, des sommes r&#233;p&#233;t&#233;es, il abaisse ce total &#224; 575 ou 600 milliards, qui se r&#233;partissent comme suit entre les diff&#233;rents pays (le montant &#233;tant suppos&#233; &#233;gal &#224; 600 milliards) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Montant des valeurs en 1910 (en milliards de francs)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Angleterre	142 Japon	12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etats-Unis	132	Total 4 pays les plus riches : &lt;br class='autobr' /&gt;
479	Belgique	7,5&lt;br class='autobr' /&gt;
France	110 Espagne	7,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne	95 Suisse	6,25&lt;br class='autobr' /&gt;
Russie	31 Danemark	3,75&lt;br class='autobr' /&gt;
Autriche-Hongrie	24 Su&#232;de, Norv&#232;ge,Roumanie, etc.	2,5&lt;br class='autobr' /&gt;
Italie	14 &lt;br class='autobr' /&gt;
Hollande	12,5&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Total&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;600&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres, on le voit imm&#233;diatement, mettent tr&#232;s nettement en &#233;vidence les quatre pays capitalistes les plus riches, qui disposent chacun d'environ 100 &#224; 150 milliards de francs de valeurs. Deux de ces quatre pays - l'Angleterre et la France - sont les pays capitalistes les plus anciens et, ainsi que nous le verrons, les plus riches en colonies ; les deux autres - les Etats-Unis et l'Allemagne - sont les plus avanc&#233;s par le d&#233;veloppement rapide et le degr&#233; d'extension des monopoles capitalistes dans la production. Ensemble, ces quatre pays poss&#232;dent 479 milliards de francs, soit pr&#232;s de 80% du capital financier mondial. Presque tout le reste du globe est, d'une mani&#232;re ou d'une autre, d&#233;biteur et tributaire de ces pays, v&#233;ritables banquiers internationaux qui sont les quatre &#034;piliers&#034; du capital financier mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe d'examiner particuli&#232;rement le r&#244;le que joue l'exportation des capitaux dans la cr&#233;ation du r&#233;seau international de d&#233;pendances et de relations du capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] R. HILFERDING : &lt;strong&gt;Le capital financier, &lt;/strong&gt;Moscou, 1912, pp. 338-339.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] R. LIEFMANN : ouvr. cit&#233;, p. 476.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Hans Gideon HEYMANN : &lt;strong&gt;Die gemischten Werke im deutschen Grosseisengewerbe, &lt;/strong&gt;Stuttgart., 1904, pp. 268-269.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] LIEFMANN :&lt;strong&gt; Beteiligungsgesellschaften&lt;/strong&gt;, etc., 1&#232;re &#233;dition, p. 258.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] SCHULZE-GAEVERNITZ dans &lt;strong&gt;Grundiss der Sozial&#246;konomik.,&lt;/strong&gt; V, 2, p. 110.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] L. ESCHWEGE : &#034;Tochtergesellschaften&#034;. &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;1914, n&#176;1, p. 545.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Kurt HEINIG : &#034;Der Weg des Elektrotrusts&#034;, dans &lt;strong&gt;Die Neue Zeit, &lt;/strong&gt;1912, 30e ann&#233;e, n&#176;2, p. 484.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] E. AGAHD : Grossbanken und Weltmarkt. Die wirtschaftliche und politische Bedeutung der Grossbanken im Weltmarkt unter Ber&#252;cksichtigung ihres Einflusses auf Russlands Volkswirtschaft und die deutsch-russischen Beziehungen, Berlin, 1914.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] LYSIS : &lt;strong&gt;Contre l'oligarchie financi&#232;re en France, &lt;/strong&gt;Paris, 1908, 5e &#233;dition, pp. 11, 12, 26, 39, 40, 48.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;1913, n&#176;7, p. 630.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] STILLICH : ouvr. cit&#233;, p. 143 et W. SOMBART : &lt;strong&gt;Die deutsche Volkswirtschaft im 19. Jahrhundert&lt;/strong&gt;, 2 &#233;dit., 1909, p 526, annexe 8.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] R. HILFERDING : &lt;strong&gt;Le capital financier&lt;/strong&gt;, p. 172&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] STILLICH : ouvr. cit&#233;, p. 138 et LIEFMANN : ouvr. cit&#233;, p. 51.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt;, 1913, p. 952, L. ESCHWEGE : &lt;strong&gt;Der Sumpf&lt;/strong&gt; ; &lt;strong&gt;ibidem&lt;/strong&gt;, 1912, n&#176;1, pp. 223 et suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] &#034;Verkehrstrust&#034;, &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;1914, n&#176;1, p. 89.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] &#034;Der Zug zur Bank&#034;, dans &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;1909, n&#176;1, p. 79.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] &#034;Der Zug zur Bank&#034;, dans &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;1909, n&#176;1, p. 301.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt;, 1911, n&#176;2, p. 825 1913, n&#176;2, p. 926.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] E. AGAHD : ouvr. cit&#233;, p. 202.&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] &lt;strong&gt;Bulletin de l'Institut international de statistique, &lt;/strong&gt;tome XIX, livr. II, La Haye, 1912. Les donn&#233;es sur les petits Etats (2e colonne) sont celles de 1902, augment&#233;es de 20%.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;IV. L'EXPORTATION DES CAPITAUX&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui caract&#233;risait l'ancien capitalisme, o&#249; r&#233;gnait la libre concurrence, c'&#233;tait l'exportation des &lt;strong&gt;marchandises. &lt;/strong&gt;Ce qui caract&#233;rise le capitalisme actuel, o&#249; r&#232;gnent les monopoles, c'est l'exportation des &lt;strong&gt;capitaux&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme, c'est la production marchande, &#224; son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, o&#249; la force de travail elle-m&#234;me devient marchandise. L'extension des &#233;changes tant nationaux qu'internationaux, surtout, est un trait distinctif caract&#233;ristique du capitalisme. Le d&#233;veloppement in&#233;gal et par bonds des diff&#233;rentes entreprises, des diff&#233;rentes industries et des diff&#233;rents pays, est in&#233;vitable en r&#233;gime capitaliste. Devenue capitaliste la premi&#232;re, et adoptant le libre-&#233;change vers le milieu du XIXe si&#232;cle, l'Angleterre pr&#233;tendit au r&#244;le d'&#034;atelier du monde entier&#034;, de fournisseur en articles manufactur&#233;s de tous les pays, qui devaient, en &#233;change, la ravitailler en mati&#232;res premi&#232;res. Mais &lt;strong&gt;ce &lt;/strong&gt;monopole, l'Angleterre commen&#231;a &#224; le perdre d&#232;s le dernier quart de ce si&#232;cle. D'autres pays, qui s'&#233;taient d&#233;fendus par des tarifs douaniers &#034;protecteurs&#034;, devinrent &#224; leur tour des Etats capitalistes ind&#233;pendants. Au seuil du XXe si&#232;cle, on vit se constituer un autre genre de monopoles : tout d'abord, des associations monopolistes capitalistes dans tous les pays &#224; capitalisme &#233;volu&#233; ; ensuite, la situation de monopole de quelques pays tr&#232;s riches, dans lesquels l'accumulation des capitaux atteignait d'immenses proportions. Il se constitua un &#233;norme &#034;exc&#233;dent de capitaux&#034; dans les pays avanc&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, si le capitalisme pouvait d&#233;velopper l'agriculture qui, aujourd'hui, retarde partout terriblement sur l'industrie, s'il pouvait &#233;lever le niveau de vie des masses populaires qui, en d&#233;pit d'un progr&#232;s technique vertigineux, demeurent partout grev&#233;es par la sous-alimentation et l'indigence, il ne saurait &#234;tre question d'un exc&#233;dent de capitaux. Les critiques petits-bourgeois du capitalisme servent &#224; tout propos cet &#034;argument&#034;. Mais alors le capitalisme ne serait pas le capitalisme, car l'in&#233;galit&#233; de son d&#233;veloppement et la sous-alimentation des masses sont les conditions et les pr&#233;misses fondamentales, in&#233;vitables, de ce mode de production. Tant que le capitalisme reste le capitalisme, l'exc&#233;dent de capitaux est consacr&#233;, non pas &#224; &#233;lever le niveau de vie des masses dans un pays donn&#233;, car il en r&#233;sulterait une diminution des profits pour les capitalistes, mais &#224; augmenter ces profits par l'exportation de capitaux &#224; l'&#233;tranger, dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Les profits y sont habituellement &#233;lev&#233;s, car les capitaux y sont peu nombreux, le prix de la terre relativement bas, les salaires de m&#234;me, les mati&#232;res premi&#232;res &#224; bon march&#233;. Les possibilit&#233;s d'exportation de capitaux proviennent de ce qu'un certain nombre de pays attard&#233;s sont d'ores et d&#233;j&#224; entra&#238;n&#233;s dans l'engrenage du capitalisme mondial, que de grandes lignes de chemins de fer y ont &#233;t&#233; construites ou sont en voie de construction, que les conditions &#233;l&#233;mentaires du d&#233;veloppement industriel s'y trouvent r&#233;unies, etc. La n&#233;cessit&#233; de l'exportation des capitaux est due &#224; la &#034;maturit&#233; excessive&#034; du capitalisme dans certains pays, o&#249; (l'agriculture &#233;tant arri&#233;r&#233;e et les masses mis&#233;rables) les placements &#034;avantageux&#034; font d&#233;faut au capital. Voici des donn&#233;es approximatives sur l'importance des capitaux plac&#233;s &#224; l'&#233;tranger par trois principaux pays [1].&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Capitaux plac&#233;s &#224; l'&#233;tranger (en milliards de francs)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;es	Par l'Angleterre	Par la France	Par l'Allemagne&lt;br class='autobr' /&gt;
1862	3,6	-	-&lt;br class='autobr' /&gt;
1872	15	10 (1869)	-&lt;br class='autobr' /&gt;
1882	22	15 (1886) ?&lt;br class='autobr' /&gt;
1893	42	20 (1896) ?&lt;br class='autobr' /&gt;
1902	62	27-37	12,5&lt;br class='autobr' /&gt;
1914	75-100	60	44&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit par l&#224; que l'exportation des capitaux n'atteignit un d&#233;veloppement prodigieux qu'au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Avant la guerre, les capitaux investis &#224; l'&#233;tranger par les trois principaux pays &#233;taient de 175 &#224; 200 milliards de francs. Au taux modeste de 5%, ils devaient rapporter 8 &#224; 10 milliards de francs par an. Base solide pour l'oppression et l'exploitation imp&#233;rialiste de la plupart des pays et des peuples du monde, pour le parasitisme capitaliste d'une poign&#233;e d'Etats opulents !&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se r&#233;partissent entre les diff&#233;rents pays ces capitaux plac&#233;s &#224; l'&#233;tranger ? &lt;strong&gt;O&#249; &lt;/strong&gt;vont-ils ? A cette question on ne peut donner qu'une r&#233;ponse approximative, qui est pourtant de nature &#224; mettre en lumi&#232;re certains rapports et liens g&#233;n&#233;raux de l'imp&#233;rialisme moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Continents entre lesquels sont r&#233;partis approximativement les capitaux export&#233;s (aux environs de 1910)&lt;br class='autobr' /&gt;
en milliards de mark&lt;/i&gt;&lt;i&gt;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Par l'Angleterre	Par la France	Par l'Allemagne	Total&lt;br class='autobr' /&gt;
Europe	4	23	18	45&lt;br class='autobr' /&gt;
Am&#233;rique	37	4	10	51&lt;br class='autobr' /&gt;
Asie, Afrique, Australie	29	9	7	44&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;Total&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	70	35	35	140&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'Angleterre, ce sont en premier lieu ses possessions coloniales, tr&#232;s grandes en Am&#233;rique &#233;galement (le Canada, par exemple), sans parler de l'Asie, etc. Les immenses exportations de capitaux sont &#233;troitement li&#233;es ici, avant tout, aux immenses colonies, dont nous dirons plus loin l'importance pour l'imp&#233;rialisme. Il en va autrement pour la France. Ici les capitaux plac&#233;s &#224; l'&#233;tranger le sont surtout en Europe et notamment en Russie (10 milliards de francs au moins). Il s'agit principalement de capitaux &lt;strong&gt;de pr&#234;t, &lt;/strong&gt;d'emprunts d'Etat, et non de capitaux investis dans les entreprises industrielles. A la diff&#233;rence de l'imp&#233;rialisme anglais, colonialiste, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais peut &#234;tre qualifi&#233; d'usuraire. L'Allemagne offre une troisi&#232;me variante : ses colonies sont peu consid&#233;rables, et ses capitaux plac&#233;s &#224; l'&#233;tranger sont ceux qui se r&#233;partissent le plus &#233;galement entre l'Europe et l'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les exportations de capitaux influent, en l'acc&#233;l&#233;rant puissamment, sur le d&#233;veloppement du capitalisme dans les pays vers lesquels elles sont dirig&#233;es. Si donc ces exportations sont susceptibles, jusqu'&#224; un certain point, d'amener un ralentissement dans l'&#233;volution des pays exportateurs, ce ne peut &#234;tre qu'en d&#233;veloppant en profondeur et en &#233;tendue le capitalisme dans le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pays exportateurs de capitaux ont presque toujours la possibilit&#233; d'obtenir certains &#034;avantages&#034;, dont la nature fait la lumi&#232;re sur l'originalit&#233; de l'&#233;poque du capital financier et des monopoles. Voici par exemple, ce qu'on lisait, en octobre 1913, dans la revue berlinoise &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Une com&#233;die digne d'un Aristophane se joue depuis peu sur le march&#233; financier international. De nombreux Etats &#233;trangers, de l'Espagne aux Balkans, de la Russie &#224; l'Argentine, au Br&#233;sil et &#224; la Chine pr&#233;sentent sur les grands march&#233;s financiers, ouvertement ou sous le manteau, des demandes d'emprunts dont certaines sont extraordinairement pressantes. La situation aujourd'hui n'est gu&#232;re favorable sur les march&#233;s financiers et les perspectives politiques ne sont pas radieuses. Et cependant, aucun des march&#233;s financiers n'ose refuser les emprunts &#233;trangers, de crainte que le voisin ne le pr&#233;vienne et ne consente l'emprunt, en s'assurant ainsi services pour services. Dans les transactions internationales de cette sorte, le pr&#234;teur, en effet, obtient presque toujours quelques chose : un avantage lors de la conclusion d'un trait&#233; de commerce, une base houill&#232;re, la construction d'un port, une grasse concession, une commande de canons.&#034; [2]&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capital financier a engendr&#233; les monopoles. Or, les monopoles introduisent partout leurs m&#233;thodes : l'utilisation des &#034;relations&#034; pour des transactions avantageuses se substitue, sur le march&#233; public, &#224; la concurrence. Rien de plus ordinaire que d'exiger, avant d'accorder un emprunt, qu'il soit affect&#233; en partie &#224; des achats de produits dans le pays pr&#234;teur, surtout &#224; des commandes d'armements, de bateaux, etc. La France, au cours de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es (1890-1910), a tr&#232;s souvent recouru &#224; ce proc&#233;d&#233;. L'exportation des capitaux devient ainsi un moyen d'encourager l'exportation des marchandises. Les transactions entre des entreprises particuli&#232;rement importantes rev&#234;tent, dans ces circonstances, un caract&#232;re tel que pour employer cet &#034;euph&#233;misme&#034; de Schilder [3], &#034;elles confinent &#224; la corruption&#034;. Krupp en Allemagne, Schneider en France, Armstrong en Angleterre nous offrent le mod&#232;le de ces firmes &#233;troitement li&#233;es &#224; des banques g&#233;antes et au gouvernement, et qu'il n'est pas facile d'y &#034;passer outre&#034; lors de la conclusion d'un emprunt.&lt;br class='autobr' /&gt;
La France, cr&#233;ditrice de la Russie, a &#034;fait pression&#034; sur elle lors du trait&#233; de commerce du 16 septembre 1905, en se faisant accorder certains avantages jusqu'en 1917. Elle fit de m&#234;me &#224; l'occasion du trait&#233; de commerce qu'elle signa avec le Japon le 19 ao&#251;t 1911. La guerre douani&#232;re entre l'Autriche et la Serbie, qui dura, sauf une interruption de sept mois, de 1906 &#224; 1911, avait &#233;t&#233; provoqu&#233;e en partie par la concurrence entre l'Autriche et la France quant au ravitaillement de la Serbie en mat&#233;riel de guerre. En janvier 1912, Paul Deschanel d&#233;clarait &#224; la Chambre que les firmes fran&#231;aises avaient, de 1908 &#224; 1911, fourni &#224; la Serbie pour 45 millions de francs de mat&#233;riel de guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un rapport du consul austro-hongrois &#224; Sao-Paulo (Br&#233;sil) d&#233;clare : &#034;La construction des chemins de fer br&#233;siliens est r&#233;alis&#233;e principalement avec des capitaux fran&#231;ais, belges, britanniques et allemands. Les pays int&#233;ress&#233;s s'assurent, au cours des op&#233;rations financi&#232;res li&#233;es &#224; la construction des voies ferr&#233;es, des commandes de mat&#233;riaux de construction&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capital financier jette ainsi ses filets au sens litt&#233;ral du mot, pourrait-on dire, sur tous les pays du monde. Les banques qui se fondent dans les colonies et leurs succursales, jouent en l'occurrence un r&#244;le important. Les imp&#233;rialistes allemands consid&#232;rent avec envie les &#034;vieux&#034; pays colonisateurs qui, &#224; cet &#233;gard, ont assur&#233; leur avenir de fa&#231;on particuli&#232;rement &#034;avantageuse&#034; : en 1904 l'Angleterre avait 50 banques coloniales avec 2 279 succursales (en 1910, elle en avait 72 avec 5 449 succursales) ; la France en avait 20 avec 136 succursales ; la Hollande, 16 avec 68 succursales, alors que l'Allemagne n'en avait &#034;en tout et pour tout&#034;, que 13 avec 70 succursales [4]. Les capitalistes am&#233;ricains jalousent, de leur c&#244;t&#233;, leurs confr&#232;res anglais et allemands : &#034;En Am&#233;rique du Sud, &#233;crivaient-ils, navr&#233;s, en 1915, cinq banques allemandes ont 40 succursales, et cinq banques anglaises en ont 70... L'Angleterre et l'Allemagne ont, au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, investi en Argentine, au Br&#233;sil et en Uruguay environ 4 billions (milliards) de dollars, ce qui fait qu'ils b&#233;n&#233;ficient de 46% de l'ensemble du commerce de ces trois pays [5].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pays exportateurs de capitaux se sont, au sens figur&#233; du mot, partag&#233; le monde. Mais le capital financier a conduit aussi au partage &lt;strong&gt;direct &lt;/strong&gt;du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] HOBSON : &lt;strong&gt;Imperialism&lt;/strong&gt;, Londres, 1962. p. 58 ; RIESSER : ouvr. cit&#233;, pp. 395 et 464 ; P. ARNDT dans &lt;strong&gt;Welwirtschaft-liches Archiv&lt;/strong&gt;, tome 7, 1916, p. 35 ; NEYMARCK dans le &lt;strong&gt;Bulletin ; &lt;/strong&gt;HILFERDING : &lt;strong&gt;Le capital financier&lt;/strong&gt;, p. 492 ; Lloyd GEORGE : Discours prononc&#233; le 4 mai 1915 &#224; la chambre des Communes. &lt;strong&gt;Daily Telegraph &lt;/strong&gt;du 5 mai 1915 ; B. HARMS : &lt;strong&gt;Probleme der Weltwirtschaft&lt;/strong&gt;, I&#233;na, 1912, p. 235 et autres ; Dr. Siegmund SCHILDER : &lt;strong&gt;Entwicklungstendenzen der Weltwirtschaft. &lt;/strong&gt;Berlin, 1912, tome 1, p. 150 ; George PAISH : &#034;Great Britain's Capital Investments etc.&#034; dans le &lt;strong&gt;Journal of the Royal Statistical Society, &lt;/strong&gt;vol. LXXIV. 1910-11, pp. 167 et suivantes ; Georges DIOURITCH : &lt;strong&gt;L'expansion des banques allemandes &lt;/strong&gt;&#224; &lt;strong&gt;l'&#233;tranger, ses rapports avec le d&#233;veloppement &#233;conomique de l'Allemagne&lt;/strong&gt;, Paris, 1909, p. 84.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] &lt;strong&gt;Die Bank, &lt;/strong&gt;1913, n&#176;2, pp. 1024.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] SCHILDER : ouvr. cit&#233;, pp. 346, 350, 371.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] RIESSER : ouvr. cit&#233;, p. 375, 4e &#233;dition, et DIOURITCH : ouvr. cit&#233;, p. 283.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] &lt;strong&gt;The Annals of the American Academy of Political and Social Science, &lt;/strong&gt;vol. LIX, mai 1915, p. 301. Dans cette m&#234;me publication, &#224; la page 331, nous lisons que, dans la derni&#232;re livraison de la revue financi&#232;re &lt;strong&gt;The Statist, &lt;/strong&gt;le fameux statisticien Paish estime la somme du capital export&#233; par l'Angleterre, l'Allemagne, la France, la Belgique et la Hollande &#224; 40 milliards de dollars, soit 200 milliards de francs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;V. LE PARTAGE DU MONDE ENTRE LES GROUPEMENTS CAPITALISTES&lt;br class='autobr' /&gt;
Les groupements de monopoles capitalistes - cartels, syndicats, trusts - se partagent tout d'abord le march&#233; int&#233;rieur en s'assurant la possession, plus ou moins absolue, de toute la production de leur pays. Mais, en r&#233;gime capitaliste, le march&#233; int&#233;rieur est n&#233;cessairement li&#233; au march&#233; ext&#233;rieur. Il y a longtemps que le capitalisme a cr&#233;&#233; le march&#233; mondial. Et, au fur et &#224; mesure que croissait l'exportation des capitaux et que s'&#233;tendaient, sous toutes les formes, les relations avec l'&#233;tranger et les colonies, ainsi que les &#034;zones d'influence&#034; des plus grands groupements monopolistes, les choses allaient &#034;naturellement&#034; vers une entente universelle de ces derniers, vers la formation de cartels internationaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce nouveau degr&#233; de concentration du capital et de la production &#224; l'&#233;chelle du monde entier est infiniment plus &#233;lev&#233; que les pr&#233;c&#233;dents. Voyons comment se forme ce supermonopole.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'industrie &#233;lectrique caract&#233;rise mieux que tout autre les progr&#232;s modernes de la technique, le capitalisme &lt;strong&gt;de la fin &lt;/strong&gt;du XIXe si&#232;cle et du commencement du XXe. Et elle s'est surtout d&#233;velopp&#233;e dans les deux nouveaux pays capitalistes les plus avanc&#233;s : les Etats-Unis et l'Allemagne. En Allemagne, la concentration dans ce domaine a &#233;t&#233; particuli&#232;rement acc&#233;l&#233;r&#233;e par la crise de 1900. Les banques, d&#233;j&#224; suffisamment li&#233;es &#224; l'industrie &#224; cette &#233;poque, pr&#233;cipit&#232;rent et accentu&#232;rent au plus haut point pendant cette crise la ruine des entreprises relativement peu importantes, et leur absorption par les grandes entreprises. &#034;En refusant tout secours aux entreprises qui avaient pr&#233;cis&#233;ment le plus grand besoin de capitaux, &#233;crit Jeidels, les banques provoqu&#232;rent d'abord un essor prodigieux, puis la faillite lamentable des soci&#233;t&#233;s qui ne leur &#233;taient pas assez &#233;troitement rattach&#233;es.&#034; [1]&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sultat : apr&#232;s 1900, la concentration progressa &#224; pas de g&#233;ant. Jusqu'en 1900, il y avait eu dans l'industrie &#233;lectrique 8 ou 7 &#034;groupes&#034; form&#233;s chacun de plusieurs soci&#233;t&#233;s (au total 28) et dont chacun &#233;tait soutenu par des banques au nombre de 2 &#224; 11. Vers 1908-1912, tous ces groupes avaient fusionn&#233; pour n'en former que deux, voire un. Voici comment :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Groupements dans l'industrie &#233;lectrique :&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Felten &amp; Guillaume	Lahmeyer	Union A.E.G.	Siemens &amp; Halske	Schuckert &amp; Cie	Bergmann	Kummer&lt;br class='autobr' /&gt;
Felten &amp; Lahmeyer	A.E.G.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soc. Gen. &lt;br class='autobr' /&gt;
d'Electricit&#233;	Siemens &amp; &lt;br class='autobr' /&gt;
Halske-Schuckert	Bergmann	&lt;strong&gt;Krach &lt;br class='autobr' /&gt;
en 1900&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
A.E.G.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soc. Gen. d'Electricit&#233;	Siemens &amp; Halske-Schuckert &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Collaboration &#233;troite de puis 1906&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
La fameuse A.E.G. (Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale d'Electricit&#233;) contr&#244;le au terme de ce d&#233;veloppement 175 &#224; 200 soci&#233;t&#233;s (selon le syst&#232;me des &#034;participations&#034;) et dispose au total d'un capital d'environ 1,5 &lt;strong&gt;milliard &lt;/strong&gt;de marks. A elles seules, ses repr&#233;sentations directes &#224; l'&#233;tranger sont au nombre de 34, dont 12 soci&#233;t&#233;s par actions, dans plus de 10 Etats. D&#232;s 1904, les capitaux investis par l'industrie &#233;lectrique allemande &#224; l'&#233;tranger &#233;taient &#233;valu&#233;s &#224; 233 millions de marks, dont 62 millions en Russie. Inutile de dire que la &#034;Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale d'Electricit&#233;&#034; est une immense entreprise &#034;combin&#233;e&#034; (ses soci&#233;t&#233;s industrielles de fabrication sont &#224; elles seules au nombre de 16), produisant les articles les plus vari&#233;s, depuis les c&#226;bles et isolateurs jusqu'aux automobiles et aux appareils volants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la concentration en Europe a &#233;t&#233; aussi partie int&#233;grante du processus de concentration en Am&#233;rique. Voici comment cela s'est fait &lt;br class='autobr' /&gt;
General Electric Co.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etats-unis :	La compagnie Thomson Houston fonde une firme pour l'Europe	La compagnie Edison fonde pour l'Europe la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise Edison, qui transmet ses brevets &#224; une soci&#233;t&#233; allemande&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne :	Soci&#233;t&#233; d'&#233;lectricit&#233; Union	Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale d'Electricit&#233; (A.E.G.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale d'Electricit&#233; (A.E.G.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi se sont constitu&#233;es &lt;strong&gt;deux &lt;/strong&gt;&#034;puissances&#034; de l'industrie &#233;lectrique. &#034;Il n'existe pas au monde d'autres soci&#233;t&#233;s d'&#233;lectricit&#233; qui en soient &lt;strong&gt;enti&#232;rement &lt;/strong&gt;ind&#233;pendantes&#034;, &#233;crit Heinig dans son article &#034;La voie du trust de l'&#233;lectricit&#233;&#034;. Quant au chiffre d'affaires et &#224; l'importance des entreprises des deux &#034;trusts&#034;, les chiffres suivants en donnent une id&#233;e, encore que tr&#232;s incompl&#232;te :&lt;br class='autobr' /&gt; Chiffre d'affaire&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de Marks)	Nombre de &lt;br class='autobr' /&gt;
personnes employ&#233;es	B&#233;n&#233;fices nets&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de Marks)&lt;br class='autobr' /&gt;
Am&#233;rique : General Electric Co. (G.E.C.)	1907	252	28 000	35,4&lt;br class='autobr' /&gt; 1910 :	298	32 000	45,6&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne : Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale d'Electricit&#233; (A.E.G.)	1907 :	216	30 700	14,5&lt;br class='autobr' /&gt; 1910 :	362	60 800	21,7&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voil&#224; qu'en 1907, entre les trusts am&#233;ricain et allemand, intervient un accord pour le partage du monde. La concurrence cesse entre eux. Le G.E.C. &#034;re&#231;oit&#034; les Etats-Unis et le Canada ; l'A.E.G. &#034;obtient&#034; l'Allemagne, l'Autriche, la Russie, la Hollande, le Danemark, la Suisse, la Turquie, les Balkans. Des accords sp&#233;ciaux, naturellement secrets, r&#232;glent l'activit&#233; des filiales, qui p&#233;n&#232;trent dans de nouvelles branches de l'industrie et dans les pays &#034;nouveaux&#034; qui ne sont pas encore formellement inclus dans le partage. Il s'institue un &#233;change d'exp&#233;rience et d'inventions [2].&lt;br class='autobr' /&gt;
On con&#231;oit toute la difficult&#233; de la concurrence contre ce trust, pratiquement unique et mondial, qui dispose d'un capital de plusieurs milliards et a des &#034;succursales&#034;, des repr&#233;sentations, des agences, des relations, etc., en tous les points du globe. Mais ce partage du globe entre deux trusts puissants n'exclut certes pas un &lt;strong&gt;nouveau partage, &lt;/strong&gt;au cas o&#249; le rapport des forces viendrait &#224; se modifier (par suite d'une in&#233;galit&#233; dans le d&#233;veloppement, de guerres, de faillites, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'industrie du p&#233;trole fournit un exemple &#233;difiant d'une tentative de repartage de ce genre, de lutte pour ce nouveau partage.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le march&#233; mondial du p&#233;trole, &#233;crivait en 1905 Jeidels, est aujourd'hui encore, partag&#233; entre deux grands groupes financiers : la &#034;Standard Oil Company&#034; de Rockefeller et les ma&#238;tres du p&#233;trole russe de Bakou, Rothschild et Nobel. Les deux groupes sont &#233;troitement li&#233;s, mais, depuis, plusieurs ann&#233;es, leur monopole est menac&#233; par cinq ennemis [3]&#034; : 1) l'&#233;puisement des ressources p&#233;troli&#232;res am&#233;ricaines ; 2) la concurrence de la firme Mantachev de Bakou ; 3) les sources de p&#233;trole d'Autriche et 4) celles de Roumanie ; 5) les sources de p&#233;trole d'outre-Oc&#233;an, notamment dans les colonies hollandaises (les firmes richissimes Samuel et Shell, li&#233;es &#233;galement au capital anglais). Les trois derniers groupes d'entreprises sont li&#233;es aux grandes banques allemandes, la puissante &#034;Deutsche Bank&#034; en t&#234;te. Ces banques ont d&#233;velopp&#233; syst&#233;matiquement et de fa&#231;on autonome l'industrie du p&#233;trole, par exemple en Roumanie, pour avoir &#034;leur propre&#034; point d'appui. En 1907, la somme des capitaux &#233;trangers investis dans l'industrie roumaine du p&#233;trole se montait &#224; 185 millions de francs, dont 74 millions de provenance allemande [4].&lt;br class='autobr' /&gt;
On vit alors d&#233;buter ce qu'on appelle, dans la litt&#233;rature &#233;conomique, une lutte pour le &#034;partage du monde&#034;. D'une part, la &#034;Standard Oil&#034; de Rockefeller, voulant &lt;strong&gt;tout &lt;/strong&gt;avoir, fonda en Hollande m&#234;me une soci&#233;t&#233; filiale, accaparant les sources p&#233;trolif&#232;res des Indes n&#233;erlandaises et cherchant ainsi &#224; atteindre son ennemi principal, le trust hollando-britannique de la &#034;Shell&#034;. De leur c&#244;t&#233;, la &#034;Deutsche Bank&#034; et les autres banques berlinoises cherch&#232;rent &#224; &#034;garder&#034; la Roumanie et &#224; l'associer &#224; la Russie contre Rockefeller. Ce dernier disposait de capitaux infiniment sup&#233;rieurs et d'une excellente organisation pour le transport du p&#233;trole et sa livraison aux consommateurs. La lutte devait se terminer, et elle se termina effectivement en 1907, par la d&#233;faite totale de la &#034;Deutsche Bank&#034;, qui se trouva plac&#233;e devant l'alternative de liquider ses &#034;int&#233;r&#234;ts p&#233;troliers&#034; en perdant des millions, ou de se soumettre. C'est cette derni&#232;re solution qui l'emporta ; il fut conclu avec la &#034;Standard Oil&#034; un contrat fort d&#233;savantageux pour la &#034;Deutsche Bank&#034; par lequel cette derni&#232;re s'engageait &#224; &#034;ne rien entreprendre qui p&#251;t nuire aux int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains&#034; ; toutefois, une clause pr&#233;voyait l'annulation du contrat au cas o&#249; l'Allemagne introduirait, par voie l&#233;gislative, le monopole d'Etat sur le p&#233;trole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors commence la &#034;com&#233;die du p&#233;trole&#034;. Un des rois de la finance allemande, von Gwinner, directeur de la &#034;Deutsche Bank&#034;, d&#233;clenche par l'interm&#233;diaire de son secr&#233;taire priv&#233; Stauss, une campagne &lt;strong&gt;pour &lt;/strong&gt;le monopole des p&#233;troles. L'appareil formidable de la grande banque berlinoise, avec ses vastes &#034;relations&#034;, est mis en branle ; la presse, d&#233;lirante, d&#233;borde de clameurs &#034;patriotiques&#034; contre le &#034;joug&#034; du trust am&#233;ricain et, le 15 mars 1911, le Reichstag adopte, presque &#224; l'unanimit&#233;, une motion invitant le gouvernement &#224; pr&#233;senter un projet de monopole pour le p&#233;trole. Le gouvernement se saisit de cette id&#233;e &#034;populaire&#034;, et la &#034;Deutsche Bank&#034;, qui voulait duper son associ&#233; am&#233;ricain et am&#233;liorer sa situation &#224; l'aide du monopole d'Etat, paraissait gagner la partie. D&#233;j&#224; les magnats allemands du p&#233;trole escomptaient des b&#233;n&#233;fices fabuleux, qui devaient ne le c&#233;der en rien &#224; ceux des sucriers russes... Mais, premi&#232;rement, les grandes banques allemandes se brouill&#232;rent au sujet du partage du butin, et la &#034;Disconto-Gesellschaft&#034; d&#233;voila les vis&#233;es int&#233;ress&#233;es de la &#034;Deutsche Bank&#034; ; ensuite, le gouvernement eut peur &#224; l'id&#233;e d'engager la lutte avec Rockefeller, car il &#233;tait fort douteux que l'Allemagne p&#251;t r&#233;ussir &#224; se procurer du p&#233;trole en dehors de ce dernier (la production roumaine &#233;tant peu importante). Enfin (1913) le cr&#233;dit d'un milliard destin&#233; aux pr&#233;paratifs de guerre de l'Allemagne fut accord&#233; et le projet de monopole se trouva report&#233;. La &#034;Standard Oil&#034; de Rockefeller sortait momentan&#233;ment victorieuse de la lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La revue berlinoise &lt;strong&gt;Die Bank &lt;/strong&gt;disait &#224; ce propos que l'Allemagne ne pourrait combattre la &#034;Standard Oil&#034; qu'en instituant le monopole du courant &#233;lectrique et en transformant la force hydraulique en &#233;lectricit&#233; &#224; bon march&#233;. Mais, ajoutait l'auteur de l'article, &#034;le monopole de l'&#233;lectricit&#233; viendra au moment o&#249; les producteurs en auront besoin, c'est-&#224;-dire quand l'industrie &#233;lectrique sera au seuil d'une nouvelle grande faillite ; quand les gigantesques centrales &#233;lectriques si co&#251;teuses, construites partout aujourd'hui par les &#034;consortiums&#034; priv&#233;s de l'industrie &#233;lectrique et pour lesquelles ces &#034;consortiums&#034; se voient d&#232;s maintenant attribuer certains monopoles par les villes, les Etats, etc., ne pourront plus travailler dans des conditions profitables. D&#232;s lors il faudra avoir recours aux forces hydrauliques. Mais on ne pourra pas les transformer aux frais de l'Etat en &#233;lectricit&#233; &#224; bon march&#233; ; il faudra une fois de plus les remettre &#224; un &#034;monopole priv&#233; contr&#244;l&#233; par l'Etat&#034;, l'industrie priv&#233;e ayant d&#233;j&#224; conclu une s&#233;rie de march&#233;s et s'&#233;tant r&#233;serv&#233; d'importants privil&#232;ges... Il en fut ainsi du monopole des potasses ; il en est ainsi de celui du p&#233;trole ; il en sera de m&#234;me du monopole de l'&#233;lectricit&#233;. Nos socialistes d'Etat, qui se laissent aveugler par de beaux principes, devraient enfin comprendre qu'en Allemagne les monopoles n'ont jamais eu pour but ni pour r&#233;sultat d'avantager les consommateurs, ou m&#234;me de laisser &#224; l'Etat une partie des b&#233;n&#233;fices de l'entreprise, mais qu'ils ont toujours servi &#224; assainir, aux frais de l'Etat, l'industrie priv&#233;e dont la faillite est imminente [5] &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; les aveux pr&#233;cieux que sont oblig&#233;s de faire les &#233;conomistes bourgeois d'Allemagne. Ils montrent nettement que les monopoles priv&#233;s et les monopoles d'Etat s'interp&#233;n&#232;trent &#224; l'&#233;poque du Capital financier, les uns et les autres n'&#233;tant que des cha&#238;nons de la lutte imp&#233;rialiste entre les plus grands monopoles pour le partage du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la marine marchande, le d&#233;veloppement prodigieux de la concentration a &#233;galement abouti au partage du monde. En Allemagne, on voit au premier plan deux puissantes soci&#233;t&#233;s, la &#034;Hamburg-America&#034; et la &#034;Nord-Deutsche Lloyd&#034;, ayant chacune un capital de 200 millions de marks (actions et obligations) et poss&#233;dant des bateaux &#224; vapeur d'une valeur de 185 &#224; 189 millions de marks. D'autre part, en Am&#233;rique, le 1er janvier 1903, s'est form&#233; le trust dit de Morgan, la &#034;Compagnie Internationale du commerce maritime&#034;, qui r&#233;unit neuf compagnies de navigation am&#233;ricaines et anglaises et dispose d'un capital de 120 millions de dollars (480 millions de marks). D&#232;s 1903, les colosses allemands et ce trust anglo-am&#233;ricain concluaient un accord pour le partage du monde, en relation avec le partage des b&#233;n&#233;fices. Les soci&#233;t&#233;s allemandes renon&#231;aient &#224; concurrencer leur rival dans les transports entre l'Angleterre et l'Am&#233;rique. On avait pr&#233;cis&#233; &#224; qui serait &#034;attribu&#233;&#034; tel ou tel port, on avait cr&#233;&#233; un comit&#233; mixte de contr&#244;le, etc. Le contrat &#233;tait conclu pour vingt ans, avec cette prudente r&#233;serve qu'il serait frapp&#233; de nullit&#233; en cas de guerre [6].&lt;br class='autobr' /&gt;
Extr&#234;mement &#233;difiante aussi est l'histoire de la cr&#233;ation du cartel international du rail. C'est en 1884, au moment d'une grave d&#233;pression industrielle, que les usines de rails anglaises, belges et allemandes firent une premi&#232;re tentative pour constituer ce cartel. Elles s'entendirent pour ne pas concurrencer sur le march&#233; int&#233;rieur les pays touch&#233;s par l'accord, et se partag&#232;rent le march&#233; ext&#233;rieur comme suit : Angleterre, 66% ; Allemagne, 27% ; Belgique, 7%. L'Inde fut attribu&#233;e enti&#232;rement &#224; l'Angleterre. Une firme anglaise &#233;tant rest&#233;e en dehors du cartel, il y eut contre elle une lutte commune, dont les frais furent couverts par un pourcentage pr&#233;lev&#233; sur le total des ventes effectu&#233;es. Mais, en 1886, lorsque deux firmes anglaises sortirent du cartel, celui-ci s'effondra. Fait caract&#233;ristique : l'entente ne put se r&#233;aliser dans les p&#233;riodes ult&#233;rieures d'essor industriel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de 1904, un syndicat de l'acier est fond&#233; en Allemagne. En novembre 1904, le cartel international du rail est reconstitu&#233; comme suit : Angleterre, 53,5% ; Allemagne, 28,83% ; Belgique, 17,67%. La France y adh&#233;ra par la suite avec respectivement 4,8%, 5,8%, et 6,4% pour la premi&#232;re, la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me ann&#233;e, au-del&#224; de 100%, soit pour un total de 104,8%, etc. En 1905, la &#034;Steel Corporation&#034; am&#233;ricaine y adh&#233;rait &#224; son tour, puis l'Autriche et l'Espagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;A l'heure actuelle, &#233;crivait Vogelstein en 1910, le partage du monde est achev&#233;, et les grands consommateurs, les chemins de fer d'Etat en premier lieu, peuvent, puisque le monde est d&#233;j&#224; partag&#233; et qu'on n'a pas tenu compte de leurs int&#233;r&#234;ts, habiter comme le po&#232;te dans les cieux de Jupiter [7].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mentionnons encore le syndicat international du zinc, fond&#233; en 1909, qui partagea exactement le volume de la production entre cinq groupes d'usines : allemandes, belges, fran&#231;aises, espagnoles, anglaises, puis le trust international des poudres, dont Liefmann dit que c'est &#034;une &#233;troite alliance, parfaitement moderne, entre toutes les fabriques allemandes d'explosifs, qui se sont en quelque sorte partag&#233; le monde entier avec les fabriques fran&#231;aises et am&#233;ricaines de dynamite, organis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re [8]&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au total, Liefmann d&#233;nombrait en 1897 pr&#232;s de quarante cartels internationaux auxquels participait l'Allemagne, et vers 1910, environ une centaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains auteurs bourgeois (auxquels vient de se joindre K. Kautsky, qui a compl&#232;tement reni&#233; sa position marxiste, celle de 1909 par exemple) ont exprim&#233; l'opinion que les cartels internationaux, une des expressions les plus accus&#233;es de l'internationalisation du capital, permettaient d'esp&#233;rer que la paix r&#233;gnerait entre les peuples en r&#233;gime capitaliste. Du point de vue de la th&#233;orie, cette opinion est tout &#224; fait absurde ; et du point de vue pratique, c'est un sophisme et un mode de d&#233;fense malhonn&#234;te du pire opportunisme. Les cartels internationaux montrent &#224; quel point se sont d&#233;velopp&#233;s aujourd'hui les monopoles capitalistes, et &lt;strong&gt;quel est l'objet &lt;/strong&gt;de la lutte entre les groupements capitalistes. Ce dernier point est essentiel ; lui seul nous r&#233;v&#232;le le sens historique et &#233;conomique des &#233;v&#233;nements, car les &lt;strong&gt;formes &lt;/strong&gt;de la lutte peuvent changer et changent constamment pour des raisons diverses, relativement temporaires et particuli&#232;res, alors que &lt;strong&gt;l'essence &lt;/strong&gt;de la lutte, son &lt;strong&gt;contenu &lt;/strong&gt;de classe, ne &lt;strong&gt;saurait &lt;/strong&gt;vraiment changer tant que les classes existent. On comprend qu'il soit de l'int&#233;r&#234;t de la bourgeoisie allemande, par exemple, &#224; laquelle s'est en somme ralli&#233; Kautsky dans ses d&#233;veloppements th&#233;oriques (nous y reviendrons plus loin), de camoufler &lt;strong&gt;le contenu &lt;/strong&gt;de la lutte &#233;conomique actuelle (le partage du monde) et de souligner tant&#244;t une, tant&#244;t une autre &lt;strong&gt;forme &lt;/strong&gt;de cette lutte. Kautsky commet la m&#234;me erreur. Et il ne s'agit &#233;videmment pas de la bourgeoisie allemande, mais de la bourgeoisie universelle. Si les capitalistes se partagent le monde, ce n est pas en raison de leur sc&#233;l&#233;ratesse particuli&#232;re, mais parce que le degr&#233; de concentration d&#233;j&#224; atteint les oblige &#224; s'engager dans cette voie afin de r&#233;aliser des b&#233;n&#233;fices ; et ils le partagent &#034;proportionnellement aux capitaux&#034;, &#034;selon les forces de chacun&#034;, car il ne saurait y avoir d'autre mode de partage en r&#233;gime de production marchande et de capitalisme. Or, les forces changent avec le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique ; pour l'intelligence des &#233;v&#233;nements, ils faut savoir quels probl&#232;mes sont r&#233;solus par le changement du rapport des forces ; quant &#224; savoir si ces changements sont &#034;purement&#034; &#233;conomiques ou extra-&#233;conomiques (par exemple, militaires), c'est l&#224; une question secondaire qui ne peut modifier en rien le point de vue fondamental sur l'&#233;poque moderne du capitalisme. Substituer &#224; la question du &lt;strong&gt;contenu &lt;/strong&gt;des luttes et des transactions entre les groupements capitalistes la question de la forme de ces luttes et de ces transactions (aujourd'hui pacifique, demain non pacifique, apr&#232;s-demain de nouveau non pacifique), c'est s'abaisser au r&#244;le de sophiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;poque du capitalisme moderne nous montre qu'il s'&#233;tablit entre les groupements capitalistes certains rapports &lt;strong&gt;bas&#233;s &lt;/strong&gt;sur le partage &#233;conomique du monde et que, parall&#232;lement et cons&#233;quemment, il s'&#233;tablit entre les groupements politiques, entre les Etats, des rapports bas&#233;s sur le partage territorial du monde, sur la lutte pour les colonies, la &#034;lutte pour les territoires &#233;conomiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] JEIDELS : ouvr. cit&#233;, p. 232&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] RIESSER : ouvr. cit&#233;, DIOURITCH : ouvr. cit&#233; ; p. 239 ; Rurt HEINIG : article cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] JEIDELS : ouvr. cit&#233;, pp. 192.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] DIOURITCH : ouvr. cit&#233;, pp. 245.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] &lt;strong&gt;Die Bank&lt;/strong&gt;, 1912, n&#176;1, p. 1036 ; 1912 n&#176;2, pp. 629 ; 1913, n&#176;1, p. 388&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] RIESSER : ouvr. cit&#233;, p. 125.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] VOGELSTEIN : &lt;strong&gt;Organisationsformen&lt;/strong&gt;, p. 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] LIEFMANN : &lt;strong&gt;Kartelle und Trusts, &lt;/strong&gt;2e &#233;dition, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. LE PARTAGE DU MONDE ENTRE LES GRANDES PUISSANCES&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son livre : &lt;strong&gt;L'extension territoriale des colonies europ&#233;ennes, &lt;/strong&gt;le g&#233;ographe A. Supan [1] donne un rapide r&#233;sum&#233; de cette extension pour la fin du XIXe si&#232;cle :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Pourcentage des territoires appartenant aux puissances colonisatrices europ&#233;ennes (plus les Etats-Unis)&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; 1876	1900	Diff&#233;rence&lt;br class='autobr' /&gt;
Afrique	10,8%	90,4%	+79,6%&lt;br class='autobr' /&gt;
Polyn&#233;sie	56,8%	98,9%	+42,1%&lt;br class='autobr' /&gt;
Asie	51,5%	56,6%	+5,1%&lt;br class='autobr' /&gt;
Australie	100%	100%	-&lt;br class='autobr' /&gt;
Am&#233;rique	27,5%	27,2%	-0,3%&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le trait caract&#233;ristique de cette p&#233;riode, conclut-il, c'est donc le partage de l'Afrique et de la Polyn&#233;sie.&#034; Comme il n'y a plus, en Asie et en Am&#233;rique, de territoires inoccup&#233;s, c'est-&#224;-dire n'appartenant &#224; aucun Etat, il faut amplifier la conclusion de Supan et dire que le trait caract&#233;ristique de la p&#233;riode envisag&#233;e, c'est le partage d&#233;finitif du globe, d&#233;finitif non en ce sens qu'un &lt;strong&gt;nouveau partage &lt;/strong&gt;est impossible, - de nouveaux partages &#233;tant au contraire possibles et in&#233;vitables, - mais en ce sens que la politique coloniale des pays capitalistes en a &lt;strong&gt;termin&#233; &lt;/strong&gt;avec la conqu&#234;te des territoires inoccup&#233;s de notre plan&#232;te. Pour la premi&#232;re fois, le monde se trouve enti&#232;rement partag&#233;, si bien qu'&#224; l'avenir il pourra &lt;strong&gt;uniquement &lt;/strong&gt;&#234;tre question de nouveaux partages, c'est-&#224;-dire du passage d'un &#034;possesseur&#034; &#224; un autre, et non de la &#034;prise de possession&#034; de territoires sans ma&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous traversons donc une &#233;poque originale de la politique coloniale mondiale, &#233;troitement li&#233;e &#224; l'&#034;&#233;tape la plus r&#233;cente du d&#233;veloppement capitaliste&#034;, celle du capital financier. Aussi importe-t-il avant tout de se livrer &#224; une &#233;tude approfondie des donn&#233;es de fait, pour bien comprendre la situation actuelle et ce qui distingue cette &#233;poque des pr&#233;c&#233;dentes. Tout d'abord, deux questions pratiques : y a-t-il accentuation de la politique coloniale, aggravation de la lutte pour les colonies, pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;poque du capital financier ? et de quelle fa&#231;on exacte le monde est-il actuellement partag&#233; sous ce rapport ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son &lt;strong&gt;Histoire de la colonisation&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt; [2] , l'auteur am&#233;ricain Morris tente de comparer les chiffres relatifs &#224; l'&#233;tendue de possessions coloniales de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne aux diverses p&#233;riodes du XIXe si&#232;cle. Voici, en abr&#233;g&#233;, les r&#233;sultats qu'il obtient :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Possessions coloniales&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Angleterre	France	Allemagne&lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;es	Superficie&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;strong&gt;en millions de miles carr&#233;s&lt;/strong&gt;)	Population&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;strong&gt;en millions&lt;/strong&gt;)	Superficie&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;strong&gt;en millions de miles carr&#233;s&lt;/strong&gt;)	Population&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;strong&gt;en millions&lt;/strong&gt;)	Superficie&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;strong&gt;en millions de miles carr&#233;s&lt;/strong&gt;)	Population&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;strong&gt;en millions&lt;/strong&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
1815-1830 ?	126,4	0,02	0,5	-	-&lt;br class='autobr' /&gt;
1860	2,5	145,1	0,2	3,4	-	-&lt;br class='autobr' /&gt;
1880	7,7	267,9	0,7	7,5	-	-&lt;br class='autobr' /&gt;
1899	9,3	309,0	3,7	56,4	1,0	14,7&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'Angleterre, la p&#233;riode d'accentuation prodigieuse des conqu&#234;tes coloniales se situe entre 1860 et 1890, et elle est tr&#232;s intense encore dans les vingt derni&#232;res ann&#233;es du XIXe si&#232;cle. Pour la France et l'Allemagne, c'est surtout ces vingt ann&#233;es qui comptent. On a vu plus haut que le capitalisme pr&#233;monopoliste, le capitalisme o&#249; pr&#233;domine la libre concurrence, atteint la limite de son d&#233;veloppement entre 1860 et 1880 ; or, l'on voit maintenant que &lt;strong&gt;c'est pr&#233;cis&#233;ment au lendemain de cette p&#233;riode &lt;/strong&gt;que commence l'&#034;essor&#034; prodigieux des conqu&#234;tes coloniales, que la lutte pour le partage territorial du monde devient infiniment &#226;pre. Il est donc hors de doute que le passage du capitalisme &#224; son stade monopoliste, au capital financier, est &lt;strong&gt;li&#233; &lt;/strong&gt;&#224; l'aggravation de la lutte pour le partage du monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son ouvrage sur l'imp&#233;rialisme, Hobson distingue la p&#233;riode 1884-1900 comme celle d'une intense &#034;expansion&#034; des principaux Etats europ&#233;ens. D'apr&#232;s ses calculs, l'Angleterre a acquis, pendant cette p&#233;riode, un territoire de 3,7 millions de miles carr&#233;s, avec une population de 57 millions d'habitants ; la France, 3,6 millions de miles carr&#233;s avec 36,5 millions d'habitants ; l'Allemagne, un million de miles carr&#233;s avec 14,7 millions d'habitants ; la Belgique, 900 000 miles carr&#233;s avec 30 millions d'habitants ; le Portugal, 800 000 miles carr&#233;s avec 9 millions d'habitants. La chasse aux colonies men&#233;e par tous les Etats capitalistes &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, et surtout apr&#232;s 1880, est un fait universellement connu dans l'histoire de la diplomatie et de la politique ext&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'apog&#233;e de la libre concurrence en Angleterre, entre 1840 et 1870, les dirigeants politiques bourgeois du pays &#233;taient &lt;strong&gt;contre &lt;/strong&gt;la politique coloniale, consid&#233;rant l'&#233;mancipation des colonies, leur d&#233;tachement complet de l'Angleterre, comme une chose utile et in&#233;vitable. Dans un article sur &#034;l'imp&#233;rialisme britannique contemporain [3]&#034;, publi&#233; en 1898, M. Berr indique qu'un homme d'Etat anglais aussi enclin, pour ne pas dire plus, &#224; pratiquer une politique imp&#233;rialiste, que Disra&#235;li, d&#233;clarait en 1852 : &#034;Les colonies sont des meules pendues &#224; notre cou.&#034; Mais &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, les hommes du jour en Grande-Bretagne &#233;taient Cecil Rhodes et Joseph Chamberlain, qui pr&#234;chaient ouvertement l'imp&#233;rialisme et en appliquaient la politique avec le plus grand cynisme !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de constater que d&#232;s cette &#233;poque, ces dirigeants politiques de la bourgeoisie anglaise voyaient nettement le rapport entre les racines pour ainsi dire purement &#233;conomiques et les racines sociales et politiques de l'imp&#233;rialisme contemporain. Chamberlain pr&#234;chait l'imp&#233;rialisme comme une &#034;politique authentique, sage et &#233;conome&#034;, insistant surtout sur la concurrence que font &#224; l'Angleterre sur le march&#233; mondial l'Allemagne, l'Am&#233;rique et la Belgique. Le salut est dans les monopoles, disaient les capitalistes en fondant des cartels, des syndicats et des trusts. Le salut est dans les monopoles, reprenaient les chefs politiques de la bourgeoisie en se h&#226;tant d'accaparer les parties du monde non encore partag&#233;es. Le journaliste Stead, ami intime de Cecil Rhodes, raconte que celui-ci lui disait en 1895, &#224; propos de ses conceptions imp&#233;rialistes : &#034;J'&#233;tais hier dans l'East-End (quartier ouvrier de Londres), et j'ai assist&#233; &#224; une r&#233;union de sans-travail. J'y ai entendu des discours forcen&#233;s. Ce n'&#233;tait qu'un cri : Du pain ! Du pain ! Revivant toute la sc&#232;ne en rentrant chez moi, je me sentis encore plus convaincu qu'avant de l'importance de l'imp&#233;rialisme... L'id&#233;e qui me tient le plus &#224; coeur, c'est la solution du probl&#232;me social, &#224; savoir : pour sauver les quarante millions d'habitants du Royaume-Uni d'une guerre civile meurtri&#232;re, nous, les colonisateurs, devons conqu&#233;rir des terres nouvelles afin d'y installer l'exc&#233;dent de notre population, d'y trouver de nouveaux d&#233;bouch&#233;s pour les produits de nos fabriques et de nos mines. L'Empire, ai-je toujours dit, est une question de ventre. Si vous voulez &#233;viter la guerre civile, il vous faut devenir imp&#233;rialistes [4].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi parlait en 1895 Cecil Rhodes, millionnaire, roi de la finance, le principal fauteur de la guerre anglo-boer. Mais si sa d&#233;fense de l'imp&#233;rialisme est un peu grossi&#232;re, cynique, elle ne se distingue pas, quant au fond, de la &#034;th&#233;orie&#034; de MM. Maslov, S&#252;dekum, Potressov, David, du fondateur du marxisme russe, etc., etc. Cecil Rhodes &#233;tait tout simplement un social-chauvin un peu plus honn&#234;te...&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour donner un tableau aussi pr&#233;cis que possible du partage territorial du monde et des changements survenus &#224; cet &#233;gard pendant ces derni&#232;res dizaines d'ann&#233;es, nous profiterons des donn&#233;es fournies par Supan, dans l'ouvrage d&#233;j&#224; cit&#233;, sur les possessions coloniales de toutes les puissances du monde. Supan consid&#232;re les ann&#233;es 1876 et 1900. Nous prendrons comme termes de comparaison l'ann&#233;e 1876, fort heureusement choisie, car c'est vers cette &#233;poque que l'on peut, somme toute, consid&#233;rer comme achev&#233; le d&#233;veloppement du capitalisme pr&#233;monopoliste en Europe occidentale, et l'ann&#233;e 1914, en rempla&#231;ant les chiffres de Supan par ceux, plus r&#233;cents, des &lt;strong&gt;Tableaux de g&#233;ographie et de statistique &lt;/strong&gt;de H&#252;bner. Supan n'&#233;tudie que les colonies ; nous croyons utile, pour que le tableau du partage du monde soit complet, d'y ajouter aussi des renseignements sommaires sur les pays non coloniaux et sur les pays semi-coloniaux, parmi lesquels nous rangeons la Perse, la Chine et la Turquie. A l'heure pr&#233;sente, la Perse est presque enti&#232;rement une colonie ; la Chine et la Turquie sont en voie de le devenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici les r&#233;sultats que nous obtenons :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Possessions coloniales des grandes puissances &lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de kilom&#232;tres carr&#233;s et en millions d'habitants)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pays	Colonies	M&#233;tropoles	Total&lt;br class='autobr' /&gt; 1876	1914	1914	1914&lt;br class='autobr' /&gt; km2	hab.	km2	hab.	km2	hab.	km2	hab.&lt;br class='autobr' /&gt;
Angleterre	22,5	251,9	33,5	393,5	0,3	46,5	33,8	440,0&lt;br class='autobr' /&gt;
Russie	17,0	15,9	17,4	33,2	5,4	136,2	22,8	169,4&lt;br class='autobr' /&gt;
France	0,9	6,0	10,6	55,5	0,5	39,6	11,1	95,1&lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne	-	-	2,9	12,3	0,5	64,9	3,4	77,2&lt;br class='autobr' /&gt;
Etats-Unis	-	-	0,3	9,7	9,4	97,0	9,7	106,7&lt;br class='autobr' /&gt;
Japon	-	-	0,3	19,2	0,4	53,0	0,7	72,2&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Total pour les 6 grandes puissances&lt;/strong&gt;	40,4	273,8	65,0	523,4	16,5	437,2	81,5	960,6&lt;br class='autobr' /&gt;
Colonies des autres puissances (Belgique, Hollande, etc.) 9,9	45,3&lt;br class='autobr' /&gt;
Semi-colonies (Perse, Chine, Turquie) 14,5	361,2&lt;br class='autobr' /&gt;
Autres pays 28,0	289,9&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Ensemble du globe&lt;/strong&gt; 133,9	1657,0&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce tableau nous montre clairement qu'au seuil du XXe si&#232;cle, le partage du monde &#233;tait &#034;termin&#233;&#034;. Depuis 1876 les possessions coloniales se sont &#233;tendues dans des proportions gigantesques : elles sont pass&#233;es de 40 &#224; 65 millions de kilom&#232;tres carr&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'elles sont devenues une fois et demie plus importantes pour les six plus grandes puissances. L'augmentation est de 25 millions de kilom&#232;tres carr&#233;s, c'est-&#224;-dire qu'elle d&#233;passe de moiti&#233; la superficie des m&#233;tropoles (16,5 millions). Trois puissances n'avaient en 1876 aucune colonie, et une quatri&#232;me, la France, n'en poss&#233;dait presque pas. Vers 1914, ces quatre puissances ont acquis 14,1 millions de kilom&#232;tres carr&#233;s de colonies, soit une superficie pr&#232;s d'une fois et demie plus grande que celle de l'Europe, avec une population d'environ 100 millions d'habitants. L'in&#233;galit&#233; de l'expansion coloniale est tr&#232;s grande. Si l'on compare, par exemple, la France, l'Allemagne et le Japon, pays dont la superficie et la population ne diff&#232;rent pas tr&#232;s sensiblement, on constate que le premier de ces pays a acquis presque trois fois plus de colonies (quant &#224; la superficie) que les deux autres pris ensemble. Mais par son capital financier, la France &#233;tait peut-&#234;tre aussi, au d&#233;but de la p&#233;riode envisag&#233;e, plusieurs fois plus riche que l'Allemagne et le Japon r&#233;unis. Les conditions strictement &#233;conomiques ne sont pas seules &#224; influencer le d&#233;veloppement des possessions coloniales ; les conditions g&#233;ographiques et autres jouent aussi leur r&#244;le. Si importants qu'aient &#233;t&#233;, au cours des derni&#232;res dizaines d'ann&#233;es, le nivellement du monde, l'&#233;galisation des conditions &#233;conomiques et du niveau de vie qui se sont produits dans les diff&#233;rents pays sous la pression de la grande industrie, des &#233;changes et du capital financier, il n'en subsiste pas moins des diff&#233;rences notables, et parmi les six pays nomm&#233;s plus haut, l'on voit, d'une part, de jeunes Etats capitalistes (Am&#233;rique, Allemagne, Japon), qui progressent avec une extr&#234;me rapidit&#233;, et, d'autre part, de vieux pays capitalistes (France, Angleterre), qui se d&#233;veloppent, ces derniers temps, avec beaucoup plus de lenteur que les pr&#233;c&#233;dents ; enfin, un pays qui est au point de vue &#233;conomique le plus arri&#233;r&#233; (Russie), et o&#249; l'imp&#233;rialisme capitaliste moderne est envelopp&#233;, pour ainsi dire, d'un r&#233;seau particuli&#232;rement serr&#233; de rapports pr&#233;capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
A c&#244;t&#233; des possessions coloniales des grandes puissances, nous avons plac&#233; les colonies de faible &#233;tendue des petits Etats, lesquelles sont, pourrait-on dire, le prochain objectif d'un &#034;nouveau partage&#034; possible et probable des colonies. La plupart de ces petits Etats ne conservent leurs colonies que gr&#226;ce aux oppositions d'int&#233;r&#234;ts, aux frictions, etc., entre les grandes puissances, qui emp&#234;chent celles-ci de se mettre d'accord sur le partage du butin. Pour ce qui est des Etats &#034;semi-coloniaux&#034;, ils nous offrent un exemple des formes transitoires que l'on trouve dans tous les domaines de la nature et de la soci&#233;t&#233;. Le capital financier est un facteur si puissant, si d&#233;cisif, pourrait-on dire, dans toutes les relations &#233;conomiques et internationales, qu'il est capable de se subordonner et se subordonne effectivement m&#234;me des Etats jouissant d'une compl&#232;te ind&#233;pendance politique. Nous en verrons des exemples tout &#224; l'heure. Mais il va de soi que ce qui donne au capital financier les plus grandes &#034;commodit&#233;s&#034; et les plus grands avantages, c'est une soumission &lt;strong&gt;telle&lt;/strong&gt; qu'elle entra&#238;ne pour les pays et les peuples en cause, la perte de leur ind&#233;pendance politique. Les pays semi-coloniaux sont typiques, &#224; cet &#233;gard, en tant que solution &#034;moyenne&#034;. On con&#231;oit que la lutte autour de ces pays &#224; demi assujettis devait s'envenimer particuli&#232;rement &#224; l'&#233;poque du capital financier, alors que le reste du monde &#233;tait d&#233;j&#224; partag&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La politique coloniale et l'imp&#233;rialisme existaient d&#233;j&#224; avant la phase contemporaine du capitalisme, et m&#234;me avant le capitalisme. Rome, fond&#233;e sur l'esclavage, faisait une politique coloniale et pratiquait l'imp&#233;rialisme. Mais les raisonnements &#034;d'ordre g&#233;n&#233;ral&#034; sur l'imp&#233;rialisme, qui n&#233;gligent ou rel&#232;guent &#224; l'arri&#232;re-plan la diff&#233;rence essentielle des formations &#233;conomiques et sociales, d&#233;g&#233;n&#232;rent infailliblement en banalit&#233;s creuses ou en rodomontades, comme la comparaison entre &#034;la Grande Rome et la Grande-Bretagne [5] &#034;. M&#234;me la politique coloniale du capitalisme dans les phases &lt;strong&gt;ant&#233;rieures &lt;/strong&gt;de celui-ci se distingue fonci&#232;rement de la politique coloniale du capital financier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui caract&#233;rise notamment le capitalisme actuel, c'est la domination des groupements monopolistes constitu&#233;s par les plus gros entrepreneurs. Ces monopoles sont surtout solides lorsqu'ils accaparent dans leurs seules mains &lt;strong&gt;toutes &lt;/strong&gt;les sources de mati&#232;res brutes, et nous avons vu avec quelle ardeur les groupements capitalistes internationaux tendent leurs efforts pour arracher &#224; l'adversaire toute possibilit&#233; de concurrence, pour accaparer, par exemple, les gisements de fer ou de p&#233;trole, etc. Seule la possession des colonies donne au monopole de compl&#232;tes garanties de succ&#232;s contre tous les al&#233;as de la lutte avec ses rivaux, m&#234;me au cas o&#249; ces derniers s'aviseraient de se d&#233;fendre par une loi &#233;tablissant le monopole d'Etat. Plus le capitalisme est d&#233;velopp&#233;, plus le manque de mati&#232;res premi&#232;res se fait sentir, plus la concurrence et la recherche des sources de mati&#232;res premi&#232;res dans le monde entier sont acharn&#233;es, et plus est brutale la lutte pour la possession des colonies.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On peut m&#234;me avancer, &#233;crit Schilder, cette affirmation qui, &#224; d'aucuns, para&#238;tra peut-&#234;tre paradoxale, &#224; savoir que l'accroissement de la population urbaine et industrielle pourrait &#234;tre entrav&#233;, dans un avenir plus ou moins rapproch&#233;, beaucoup plus par le manque de mati&#232;res premi&#232;res industrielles que par le manque de produits alimentaires.&#034; C'est ainsi que le manque de bois, dont le prix monte sans cesse, se fait de plus en plus sentir, comme celui du cuir, comme celui des mati&#232;res premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; l'industrie textile. &#034;Les groupements d'industriels s'efforcent d'&#233;quilibrer l'agriculture et l'industrie dans le cadre de l'&#233;conomie mondiale ; on peut signaler, &#224; titre d'exemple, l'Union internationale des associations de filateurs de coton, qui existe depuis 1904 dans plusieurs grands pays industriels, et l'Union europ&#233;enne des associations de filateurs de lin, fond&#233;e sur le m&#234;me mod&#232;le en 1910 [6].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement, les r&#233;formistes bourgeois, et surtout, parmi eux, les kautskistes d'aujourd'hui, essaient d'att&#233;nuer l'importance de ces faits en disant qu'&#034;on pourrait&#034; se procurer des mati&#232;res premi&#232;res sur le march&#233; libre sans politique coloniale &#034;co&#251;teuse et dangereuse&#034;, et qu'&#034;on pourrait&#034; augmenter formidablement l'offre de mati&#232;res premi&#232;res par une &#034;simple&#034; am&#233;lioration des conditions de l'agriculture en g&#233;n&#233;ral. Mais ces d&#233;clarations tournent &#224; l'apologie de l'imp&#233;rialisme, &#224; son id&#233;alisation, car elles passent sous silence la particularit&#233; essentielle du capitalisme contemporain : les monopoles. Le march&#233; libre recule de plus en plus dans le pass&#233; ; les syndicats et les trusts monopolistes le restreignent de jour en jour. Et la &#034;simple&#034; am&#233;lioration des conditions de l'agriculture se r&#233;duit &#224; l'am&#233;lioration de la situation des masses, &#224; la hausse des salaires et &#224; la diminution des profits. Mais existe-t-il, ailleurs que dans l'imagination des suaves r&#233;formistes, des trusts capables de se pr&#233;occuper de la situation des masses, au lieu de penser &#224; conqu&#233;rir des colonies ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capital financier ne s'int&#233;resse pas uniquement aux sources de mati&#232;res premi&#232;res d&#233;j&#224; connues. Il se pr&#233;occupe aussi des sources possibles ; car, de nos jours, la technique se d&#233;veloppe avec une rapidit&#233; incroyable, et des territoires aujourd'hui inutilisables peuvent &#234;tre rendus utilisables demain par de nouveaux proc&#233;d&#233;s (&#224; cet effet, une grande banque peut organiser une exp&#233;dition sp&#233;ciale d'ing&#233;nieurs, d'agronomes, etc.), par l'investissement de capitaux importants. Il en est de m&#234;me pour la prospection de richesses min&#233;rales, les nouveaux proc&#233;d&#233;s de traitement et d'utilisation de telles ou telles mati&#232;res premi&#232;res, etc., etc. D'o&#249; la tendance in&#233;vitable du capital financier &#224; &#233;largir son territoire &#233;conomique, et m&#234;me son territoire d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. De m&#234;me que les trusts capitalisent leur avoir en l'estimant deux ou trois fois sa valeur, en escomptant leurs b&#233;n&#233;fices &#034;possibles&#034; dans l'avenir (et non leurs b&#233;n&#233;fices actuels), en tenant compte des r&#233;sultats ult&#233;rieurs du monopole, de m&#234;me le capital financier a g&#233;n&#233;ralement tendance &#224; mettre la main sur le plus de terres possible, quelles qu'elles soient, o&#249; qu'elles soient, et par quelques moyens que ce soit, dans l'espoir d'y d&#233;couvrir des sources de mati&#232;res premi&#232;res et par crainte de rester en arri&#232;re dans la lutte forcen&#233;e pour le partage des derniers morceaux du monde non encore partag&#233;s, ou le repartage des morceaux d&#233;j&#224; partag&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les capitalistes anglais mettent tout en oeuvre pour d&#233;velopper dans &lt;strong&gt;leur &lt;/strong&gt;colonie d'Egypte la culture du coton qui, en 1904, sur 2,3 millions d'hectares de terre cultiv&#233;e, en occupait d&#233;j&#224; 0,6 million, soit plus d'un quart. Les Russes font de m&#234;me dans &lt;strong&gt;leur &lt;/strong&gt;colonie du Turkestan. En effet les uns et les autres peuvent ainsi battre plus facilement leurs concurrents &#233;trangers, arriver plus ais&#233;ment &#224; la monopolisation des sources de mati&#232;res premi&#232;res, &#224; la formation d'un trust textile plus &#233;conomique et plus avantageux, &#224; production &#034;combin&#233;e&#034;, qui contr&#244;lerait &#224; lui seul &lt;strong&gt;toutes &lt;/strong&gt;les phases de la production et du traitement du coton.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exportation des capitaux trouve &#233;galement son int&#233;r&#234;t dans la conqu&#234;te des colonies, car il est plus facile sur le march&#233; colonial (c'est parfois m&#234;me le seul terrain o&#249; la chose soit possible) d'&#233;liminer un concurrent par les moyens du monopole, de s'assurer une commande, d'affermir les &#034;relations&#034; n&#233;cessaires, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La superstructure extra-&#233;conomique qui s'&#233;rige sur les bases du capital financier, ainsi que la politique et l'id&#233;ologie de ce dernier, renforcent la tendance aux conqu&#234;tes coloniales. &#034;Le capital financier veut non pas la libert&#233;, mais la domination&#034;m dit fort justement Hilferding. Et un auteur bourgeois fran&#231;ais, d&#233;veloppant et compl&#233;tant en quelque sorte les id&#233;es de Cecil Rhodes, desquelles il a &#233;t&#233; question plus haut, &#233;crit qu'il convient d'ajouter aux causes &#233;conomiques de la politique coloniale d'aujourd'hui des causes sociales : &#034;Les difficult&#233;s croissantes de la vie qui p&#232;sent non seulement sur les multitudes ouvri&#232;res, mais aussi sur les classes moyennes, font s'accumuler dans tous les pays de vieille civilisation des &#034;impatiences, des rancunes, des haines mena&#231;antes pour la paix publique ; des &#233;nergies d&#233;tourn&#233;es de leur milieu social et qu'il importe de capter pour les employer dehors &#224; quelque grande oeuvre, si l'on ne veut pas qu'elles fassent explosion au-dedans [7].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'instant qu'il est question de politique coloniale &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme capitaliste, il faut noter que le capital financier et la politique internationale qui lui est conforme, et qui se r&#233;duit &#224; la lutte des grandes puissances pour le partage &#233;conomique et politique du monde, cr&#233;ent pour les Etats diverses formes &lt;strong&gt;transitoires &lt;/strong&gt;de d&#233;pendance. Cette &#233;poque n'est pas seulement caract&#233;ris&#233;e par les deux groupes principaux de pays : possesseurs de colonies et pays coloniaux, mais encore par des formes vari&#233;es de pays d&#233;pendants qui, nominalement, jouissent de l'ind&#233;pendance politique, mais qui, en r&#233;alit&#233;, sont pris dans les filets d'une d&#233;pendance financi&#232;re et diplomatique. Nous avons d&#233;j&#224; indiqu&#233; une de ces formes : les semi-colonies. En voici une autre, dont l'Argentine, par exemple, nous offre le mod&#232;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'Am&#233;rique du Sud et, notamment l'Argentine, &#233;crit Schulze-Gaevernitz dans son ouvrage sur l'imp&#233;rialisme britannique, est dans une telle d&#233;pendance financi&#232;re vis-&#224;-vis de Londres qu'on pourrait presque l'appeler une colonie commerciale de l'Angleterre [8].&#034; Les capitaux plac&#233;s par la Grande-Bretagne en Argentine &#233;taient &#233;valu&#233;s par Schilder, d'apr&#232;s les informations du consul austro-hongrois &#224; Buenos-Aires pour 1909, &#224; 8 milliards 750 millions de francs. Ou se repr&#233;sente sans peine quelles solides relations cela assure au capital financier - et &#224; sa fid&#232;le &#034;amie&#034; la diplomatie - de l'Angleterre avec la bourgeoisie d'Argentine, avec les milieux dirigeants de toute la vie &#233;conomique et politique de ces pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Portugal nous offre l'exemple d'une forme quelque peu diff&#233;rente, associ&#233;e &#224; l'ind&#233;pendance politique, de la d&#233;pendance financi&#232;re et diplomatique. Le Portugal est un Etat souverain, ind&#233;pendant, mais il est en fait, depuis plus de deux cents ans, depuis la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714), sous protectorat britannique. L'Angleterre a d&#233;fendu le Portugal et ses possessions coloniales pour fortifier ses propres positions dans la lutte contre ses adversaires, l'Espagne et la France. Elle a re&#231;u, en &#233;change, des avantages commerciaux, des privil&#232;ges pour ses exportations de marchandises et surtout de capitaux vers le Portugal et ses colonies, le droit d'user des ports et des &#238;les du Portugal, de ses c&#226;bles t&#233;l&#233;graphiques, etc., etc. [9] De tels rapports ont toujours exist&#233; entre petits et grands Etats, mais &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme capitaliste, ils deviennent un syst&#232;me g&#233;n&#233;ral, ils font partie int&#233;grante de l'ensemble des rapports r&#233;gissant le &#034;partage du monde&#034;, ils forment les maillons de la cha&#238;ne des op&#233;rations du capital financier mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en finir avec la question du partage du monde, il nous faut encore noter ceci. La litt&#233;rature am&#233;ricaine, au lendemain de la guerre hispano-am&#233;ricaine, et la litt&#233;rature anglaise, apr&#232;s la guerre anglo-boer, n'ont pas &#233;t&#233; seules &#224; poser tr&#232;s nettement et ouvertement la question du partage du monde, juste &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et au d&#233;but du XXe. Et la litt&#233;rature allemande, qui a le plus &#034;jalousement&#034; observ&#233; de pr&#232;s l'&#034;imp&#233;rialisme britannique&#034;, n'a pas &#233;t&#233; seule non plus &#224; porter sur ce fait un jugement syst&#233;matique. Dans la litt&#233;rature bourgeoise fran&#231;aise &#233;galement, la question est pos&#233;e d'une fa&#231;on suffisamment nette et large, pour autant que cela puisse se faire d'un point de vue bourgeois. R&#233;f&#233;rons-nous &#224; l'historien Driault, qui, dans son livre &lt;strong&gt;Probl&#232;mes politiques et sociaux de la fin du XIXe si&#232;cle, &lt;/strong&gt;au chapitre sur les grandes puissances et le partage du monde, s'est exprim&#233; en ces termes : &#034;Dans ces derni&#232;res ann&#233;es, sauf en Chine, toutes les places vacantes sur le globe ont &#233;t&#233; prises par les puissances de l'Europe ou de l'Am&#233;rique du Nord : quelques conflits se sont produits et quelques d&#233;placements d'influence, pr&#233;curseurs de plus redoutables et prochains bouleversements. Car il faut se h&#226;ter : les nations qui ne sont pas pourvues risquent de ne l'&#234;tre jamais et de ne pas prendre part &#224; la gigantesque exploitation du globe qui sera l'un des faits essentiels du si&#232;cle prochain (le XXe). C'est pourquoi toute l'Europe et l'Am&#233;rique furent agit&#233;es r&#233;cemment de la fi&#232;vre de l'expansion coloniale, de &#034;l'imp&#233;rialisme&#034;, qui est le caract&#232;re le plus remarquable de la fin du XIXe si&#232;cle.&#034; Et l'auteur ajoutait : &#034;Dans ce partage du monde, dans cette course ardente aux tr&#233;sors et aux grands march&#233;s de la terre, l'importance relative des Empires fond&#233;s en ce si&#232;cle, le XIXe, n'est absolument pas en proportion avec la place qu'occupent en Europe les nations qui les ont fond&#233;s. Les puissances pr&#233;pond&#233;rantes en Europe, qui pr&#233;sident &#224; ses destin&#233;es, &lt;strong&gt;ne sont pas &lt;/strong&gt;&#233;galement pr&#233;pond&#233;rantes dans le monde. Et comme la grandeur coloniale, promesse de richesses encore non &#233;valu&#233;es, se r&#233;percutera &#233;videmment sur l'importance relative des Etats europ&#233;ens, la question coloniale, &#034;l'imp&#233;rialisme&#034;, si l'on veut, a modifi&#233; d&#233;j&#224;, modifiera de plus en plus les conditions politiques de l'Europe elle-m&#234;me [10].&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] A. SUPAN : Die territorial Entwicklung der euro-p&#228;ischen Kolonien, 1906, p. 254.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Henry C. MORRIS : &lt;strong&gt;The History of colonization, &lt;/strong&gt;New-York, 1900, vol. II, p. 88 ; vol. I, p. 419 ; vol. II, p. 304.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] &lt;strong&gt;Die Neue Zeit&lt;/strong&gt;, 1898, 16e ann&#233;e, n&#176;1, p. 302.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] &lt;strong&gt;Die Neue Zeit&lt;/strong&gt;, 1898, 16e ann&#233;e, n&#176;1, p. 304.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] C.P. LUCAS : &lt;strong&gt;Greater Rome and Greater Britain&lt;/strong&gt;, Oxford, 1912, ou Earl of CROMER : &lt;strong&gt;Ancient and modern Imperialism&lt;/strong&gt;, Londres, 1910.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] SCHILDER : ouvr. cit&#233;, pp. 35-42.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] WAHL : &lt;strong&gt;La France aux colonies ; &lt;/strong&gt;cit&#233; par Henri RUSSIER : &lt;strong&gt;Le Partage de l'Oc&#233;anie, &lt;/strong&gt;Paris, 1905, p. 165.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] SCHULZE-GAEVERNITZ : Britisher Imperialismus und englischer Freihandel zu Beginn des 20-ten jahrhunderts, Leipzig, 1906, p. 318. Sartorius WALTERSHAUSEN tient le m&#234;me langage dans son livre : Das volkswirtschaftliche System der Kapitalanlage im Auslande, Berlin, 1907, p. 46.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] SCHILDER : ouvr. cit&#233;, tome I, pp. 160-161. &lt;br class='autobr' /&gt;
[10] J.-E. DRIAULT : &lt;strong&gt;Probl&#232;mes politiques et sociaux, &lt;/strong&gt;Paris, 1907, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. L'IMPERIALISME, STADE PARTICULIER DU CAPITALISME&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous faut maintenant essayer de dresser un bilan, de faire la synth&#232;se de ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut de l'imp&#233;rialisme. L'imp&#233;rialisme a surgi comme le d&#233;veloppement et la continuation directe des propri&#233;t&#233;s essentielles du capitalisme en g&#233;n&#233;ral. Mais le capitalisme n'est devenu l'imp&#233;rialisme capitaliste qu'&#224; un degr&#233; d&#233;fini, tr&#232;s &#233;lev&#233;, de son d&#233;veloppement, quand certaines des caract&#233;ristiques fondamentales du capitalisme ont commenc&#233; &#224; se transformer en leurs contraires, quand se sont form&#233;s et pleinement r&#233;v&#233;l&#233;s les traits d'une &#233;poque de transition du capitalisme &#224; un r&#233;gime &#233;conomique et social sup&#233;rieur. Ce qu'il y a d'essentiel au point de vue &#233;conomique dans ce processus, c'est la substitution des monopoles capitalistes &#224; la libre concurrence capitaliste. La libre concurrence est le trait essentiel du capitalisme et de la production marchande en g&#233;n&#233;ral ; le monopole est exactement le contraire de la libre concurrence ; mais nous avons vu cette derni&#232;re se convertir sous nos yeux en monopole, en cr&#233;ant la grande production, en &#233;liminant la petite, en rempla&#231;ant la grande par une plus grande encore, en poussant la concentration de la production et du capital &#224; un point tel qu'elle a fait et qu'elle fait surgir le monopole : les cartels, les syndicats patronaux, les trusts et, fusionnant avec eux, les capitaux d'une dizaine de banques brassant des milliards. En m&#234;me temps, les monopoles n'&#233;liminent pas la libre concurrence dont ils sont issus ; ils existent au-dessus et &#224; c&#244;t&#233; d'elle, engendrant ainsi des contradictions, des frictions, des conflits particuli&#232;rement aigus et violents. Le monopole est le passage du capitalisme &#224; un r&#233;gime sup&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on devait d&#233;finir l'imp&#233;rialisme aussi bri&#232;vement que possible, il faudrait dire qu'il est le stade monopoliste du capitalisme. Cette d&#233;finition embrasserait l'essentiel, car, d'une part, le capital financier est le r&#233;sultat de la fusion du capital de quelques grandes banques monopolistes avec le capital de groupements monopolistes d'industriels ; et, d'autre part, le partage du monde est la transition de la politique coloniale, s'&#233;tendant sans obstacle aux r&#233;gions que ne s'est encore appropri&#233;e aucune puissance capitaliste, &#224; la politique coloniale de la possession monopolis&#233;e de territoires d'un globe enti&#232;rement partag&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les d&#233;finitions trop courtes, bien que commodes parce que r&#233;sumant l'essentiel, sont cependant insuffisantes, si l'on veut en d&#233;gager des traits fort importants de ce ph&#233;nom&#232;ne que nous voulons d&#233;finir. Aussi, sans oublier ce qu'il y a de conventionnel et de relatif dans toutes les d&#233;finitions en g&#233;n&#233;ral, qui ne peuvent jamais embrasser les liens multiples d'un ph&#233;nom&#232;ne dans l'int&#233;gralit&#233; de son d&#233;veloppement, devons-nous donner de l'imp&#233;rialisme une d&#233;finition englobant les cinq caract&#232;res fondamentaux suivants : 1) concentration de la production et du capital parvenue &#224; un degr&#233; de d&#233;veloppement si &#233;lev&#233; qu'elle a cr&#233;&#233; les monopoles, dont le r&#244;le est d&#233;cisif dans la vie &#233;conomique ; 2) fusion du capital bancaire et du capital industriel, et cr&#233;ation, sur la base de ce &#034;capital financier&#034;, d'une oligarchie financi&#232;re ; 3) l'exportation des capitaux, &#224; la diff&#233;rence de l'exportation des marchandises, prend une importance toute particuli&#232;re ; 4) formation d'unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde, et 5) fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes. L'imp&#233;rialisme est le capitalisme arriv&#233; &#224; un stade de d&#233;veloppement o&#249; s'est affirm&#233;e la domination des monopoles et du capital financiers, o&#249; l'exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, o&#249; le partage du monde a commenc&#233; entre les trusts internationaux et o&#249; s'est achev&#233; le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous verrons plus loin l'autre d&#233;finition que l'on peut et doit donner de l'imp&#233;rialisme si l'on envisage, non seulement les notions fondamentales d'ordre purement &#233;conomique (auxquelles se borne la d&#233;finition cit&#233;e), mais aussi la place historique que tient la phase actuelle du capitalisme par rapport au capitalisme en g&#233;n&#233;ral, ou bien encore le rapport qui existe entre l'imp&#233;rialisme et les deux tendances essentielles du mouvement ouvrier. Ce qu'il faut noter tout de suites, c'est que l'imp&#233;rialisme compris dans le sens indiqu&#233; repr&#233;sente ind&#233;niablement une phase particuli&#232;re du d&#233;veloppement du capitalisme. Pour permettre au lecteur de se faire de l'imp&#233;rialisme une id&#233;e suffisamment fond&#233;es, nous nous sommes appliqu&#233;s &#224; citer le plus souvent possible l'opinion d'&#233;conomistes &lt;strong&gt;bourgeois, &lt;/strong&gt;oblig&#233;s de reconna&#238;tre les faits &#233;tablis, absolument indiscutables, de l'&#233;conomie capitaliste moderne. C'est dans le m&#234;me but que nous avons produit des statistiques d&#233;taill&#233;es permettant de voir jusqu'&#224; quel point pr&#233;cis s'est d&#233;velopp&#233; le capital bancaire, etc., en quoi s'est exprim&#233; exactement la transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;, le passage du capitalisme &#233;volu&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme. Inutile de dire, &#233;videmment, que toutes les limites sont, dans la nature et dans la soci&#233;t&#233;, conventionnelles et mobiles ; qu'il serait absurde de discuter, par exemple, sur la question de savoir en quelle ann&#233;e ou en quelle d&#233;cennie se situe l'instauration &#034;d&#233;finitive&#034; de l'imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l&#224; o&#249; il faut discuter sur la d&#233;finition de l'imp&#233;rialisme, c'est surtout avec K. Kautsky, le principal th&#233;oricien marxiste de l'&#233;poque dite de la IIe Internationale, c'est-&#224;-dire des vingt-cinq ann&#233;es comprises entre 1889 et 1914. Kautsky s'est r&#233;solument &#233;lev&#233;, en 1915 et m&#234;me d&#232;s novembre 1914, contre les id&#233;es fondamentales exprim&#233;es dans notre d&#233;finition de l'imp&#233;rialismes, en d&#233;clarant qu'il faut entendre par imp&#233;rialisme non pas une &#034;phase&#034; ou un degr&#233; de l'&#233;conomie, mais une politique, plus pr&#233;cis&#233;ment une politique d&#233;termin&#233;e, celle que &#034;pr&#233;f&#232;re&#034; le capital financier, et en sp&#233;cifiant qu'on ne saurait &#034;identifier&#034; l'imp&#233;rialisme avec le &#034;capitalisme contemporain&#034;, que s'il faut entendre par imp&#233;rialisme &#034;tous les ph&#233;nom&#232;nes du capitalisme contemporain&#034;, -cartels, protectionnisme, domination des financiers, politique coloniale, alors la question de la n&#233;cessit&#233; de l'imp&#233;rialisme pour le capitalisme se r&#233;duira &#224; &#034;la plus plate tautologie&#034;, car alors, &#034;il va de soi que l'imp&#233;rialisme est une n&#233;cessit&#233; vitale pour le capitalisme&#034;, etc. Nous ne saurions mieux exprimer la pens&#233;e de Kautsky qu'en citant sa d&#233;finition de l'imp&#233;rialisme, dirig&#233;e en droite ligne contre l'essence des id&#233;es que nous exposons (attendu que les objections venant du camp des marxistes allemands, qui ont profess&#233; ce genre d'id&#233;es pendant toute une suite d'ann&#233;es, sont depuis longtemps connues de Kautsky comme les objections d'un courant d&#233;termin&#233; du marxisme).&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;finition de Kautsky est celle-ci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'imp&#233;rialisme est un produit du capitalisme industriel hautement &#233;volu&#233;. Il consiste dans la tendance qu'a chaque nation capitaliste industrielle &#224; s'annexer ou &#224; s'assujettir des r&#233;gions agraires toujours plus grandes (l'italique est de Kautsky), quelles que soient les nations qui les peuplent [1].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;finition ne vaut absolument rien, car elle fait ressortir unilat&#233;ralement, c'est-&#224;-dire arbitrairement, la seule question nationale (d'ailleurs importante au plus haut point en elle-m&#234;me et dans ses rapports avec l'imp&#233;rialisme), en la rattachant, de fa&#231;on arbitraire et &lt;strong&gt;inexacte, &lt;/strong&gt;au &lt;strong&gt;seul &lt;/strong&gt;capital industriel des pays annexionnistes, et en mettant en avants, d'une fa&#231;on non moins arbitraire et inexacte, l'annexion des r&#233;gions agraires.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'imp&#233;rialisme est une tendance aux annexions : voil&#224; &#224; quoi se r&#233;duit la partie &lt;strong&gt;politique &lt;/strong&gt;de la d&#233;finition de Kautsky. Elle est juste, mais tr&#232;s incompl&#232;te, car, politiquement l'imp&#233;rialisme tend, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#224; la violence et &#224; la r&#233;action. Mais ce qui nous int&#233;resse ici, c'est l'aspect &lt;strong&gt;&#233;conomique &lt;/strong&gt;de la question, cet aspect que Kautsky introduit &lt;strong&gt;lui-m&#234;me &lt;/strong&gt;dans &lt;strong&gt;sa &lt;/strong&gt;d&#233;finition. Les inexactitudes de la d&#233;finition de Kautsky sautent aux yeux. Ce qui est caract&#233;ristique de l'imp&#233;rialisme, ce &lt;strong&gt;n'est point &lt;/strong&gt;le capital industriel, justement, &lt;strong&gt;mais &lt;/strong&gt;le capital financier. Ce n'est pas par hasard qu'en France, le d&#233;veloppement particuli&#232;rement rapide du capital &lt;strong&gt;financier,&lt;/strong&gt; co&#239;ncidant avec l'affaiblissement du capital industriel, a consid&#233;rablement accentu&#233;, d&#232;s les ann&#233;es 1880-1890, la politique annexionniste (coloniale). L'imp&#233;rialisme se caract&#233;rise justement par une tendance &#224; annexer &lt;strong&gt;non seulement &lt;/strong&gt;les r&#233;gions agraires, mais m&#234;me les r&#233;gions les plus industrielles (la Belgique est convoit&#233;e par l'Allemagne, la Lorraine par la France), car premi&#232;rement, le partage du monde &#233;tant achev&#233;s, un &lt;strong&gt;nouveau partage &lt;/strong&gt;oblige &#224; tendre la main vers &lt;strong&gt;n'importe &lt;/strong&gt;quels territoires ; deuxi&#232;mement, ce qui est l'essence m&#234;me de l'imp&#233;rialisme, c'est la rivalit&#233; de plusieurs grandes puissances tendant &#224; l'h&#233;g&#233;monie, c'est-&#224;-dire &#224; la conqu&#234;te de territoires - non pas tant pour elles-m&#234;mes que pour affaiblir l'adversaire et saper &lt;strong&gt;son &lt;/strong&gt;h&#233;g&#233;monie (la Belgique est surtout n&#233;cessaire &#224; l'Allemagne comme point d'appui contre l'Angleterre ; l'Angleterre a surtout besoin de Bagdad comme point d'appui contre l'Allemagne, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky se r&#233;f&#232;re plus sp&#233;cialement, et &#224; maintes reprises, aux Anglais qui ont, para&#238;t-il, &#233;tabli l'acception purement politique du mot &#034;imp&#233;rialisme&#034; au sens o&#249; l'emploie Kautsky. Prenons l'ouvrage de l'Anglais Hobson, &lt;strong&gt;L'imp&#233;rialisme, &lt;/strong&gt;paru en 1902 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le nouvel imp&#233;rialisme se distingue de l'ancien, premi&#232;rement, en ce qu'il substitue aux tendances d'un seul Empire en expansion la th&#233;orie et la pratique d'Empires rivaux, guid&#233;s chacun par les m&#234;mes aspirations &#224; l'expansion politique et au profit commercial ; deuxi&#232;mement, en ce qu'il marque la pr&#233;pond&#233;rance sur les int&#233;r&#234;ts commerciaux des int&#233;r&#234;ts financiers ou relatifs aux investissements de capitaux... [2]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons que, sur le plan des faits, Kautsky a absolument tort d'all&#233;guer l'opinion des Anglais en g&#233;n&#233;ral (&#224; moins de se r&#233;f&#233;rer aux imp&#233;rialistes vulgaires ou aux apologistes directs de l'imp&#233;rialisme). Nous voyons que Kautsky, qui pr&#233;tend continuer &#224; d&#233;fendre le marxisme, fait en r&#233;alit&#233; un pas en arri&#232;re comparativement au &lt;strong&gt;social-lib&#233;ral &lt;/strong&gt;Hobson, qui, lui, tient &lt;strong&gt;plus exactement &lt;/strong&gt;compte de deux particularit&#233;s &#034;historiques concr&#232;tes&#034; (Kautsky, dans sa d&#233;finitions, se moque pr&#233;cis&#233;ment du caract&#232;re historique concret !) de l'imp&#233;rialisme moderne : 1) la concurrence de &lt;strong&gt;plusieurs &lt;/strong&gt;imp&#233;rialismes et 2) la supr&#233;matie du financier sur le commer&#231;ant. Or, en attribuant un r&#244;le essentiel &#224; l'annexion des pays agraires par les pays industriels, on accorde le r&#244;le pr&#233;dominant au commer&#231;ant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;finition de Kautsky n'est pas seulement fausse et non marxiste. Comme on le verra plus loin, elle sert de base &#224; un syst&#232;me g&#233;n&#233;ral de vues rompant sur toute la ligne avec la th&#233;orie marxiste et avec la pratique marxiste. Kautsky soul&#232;ve une question de mots tout &#224; fait futile : doit-on qualifier la nouvelle phase du capitalisme d'imp&#233;rialisme ou de phase du capital financier ? Qu'on l'appelle comme on voudra : cela n'a pas d'importance. L'essentiel, c'est que Kautsky d&#233;tache la politique de l'imp&#233;rialisme de son &#233;conomie en pr&#233;tendant que les annexions sont la politique &#034;pr&#233;f&#233;r&#233;e&#034; du capital financier, et en opposant &#224; cette politique une autre politique bourgeoise pr&#233;tendument possible, toujours sur la base du capital financier. Il en r&#233;sulte que les monopoles dans l'&#233;conomie sont compatibles avec un comportement politique qui exclurait le monopoles, la violence et la conqu&#234;te. Il en r&#233;sulte que le partage territorial du monde, achev&#233; pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;poque du capital financier et qui est &#224; la base des formes originales actuelles de la rivalit&#233; entre les plus grands Etats capitalistes, est compatible avec une politique non imp&#233;rialiste. Cela revient &#224; estomper, &#224; &#233;mousser les contradictions les plus fondamentales de la phase actuelle du capitalisme, au lieu d'en d&#233;voiler la profondeur. Au lieu du marxisme, on aboutit ainsi au r&#233;formisme bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky discute avec Cunow, apologiste allemand de l'imp&#233;rialisme et des annexions, dont le raisonnement, cynique autant que vulgaire, est celui-ci : l'imp&#233;rialisme, c'est le capitalisme contemporain ; le d&#233;veloppement du capitalisme est in&#233;vitable et progressif ; donc, l'imp&#233;rialisme est progressif ; donc, il faut se prosterner devant lui et chanter ses louanges ! C'est quelque chose dans le genre de la caricature que les populistes faisaient des marxistes russes dans les ann&#233;es 1894-1895 : si les marxistes, disaient-ils, consid&#232;rent le capitalisme en Russie comme un ph&#233;nom&#232;ne in&#233;vitable et un facteur de progr&#232;s, il leur faut ouvrir un d&#233;bit de boisson et s'occuper d'implanter le capitalisme. Kautsky objecte &#224; Cunow : non, l'imp&#233;rialisme n'est pas le capitalisme contemporain, il n'est qu'une des formes de sa politique ; et nous pouvons et devons combattre cette politique, combattre l'imp&#233;rialisme, les annexions, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;plique semble parfaitement plausible. Or, en fait, elle &#233;quivaut &#224; une propagande plus subtile, mieux masqu&#233;e (et, partant, plus dangereuse), en faveur de la conciliation avec l'imp&#233;rialisme ; car la &#034;lutte&#034; contre la politique des trusts et des banques, si elle ne touche pas aux bases de leur &#233;conomie, se r&#233;duit &#224; un r&#233;formisme et &#224; un pacifisme bourgeois, &#224; des souhaits pieux et inoffensifs. Eluder les contradictions existantes, oublier les plus essentielles, au lieu d'en d&#233;voiler toute la profondeur, voil&#224; &#224; quoi revient la th&#233;orie de Kautsky, qui n'a rien de commun avec le marxisme. On con&#231;oit qu'une telle &#034;th&#233;orie&#034;, ne serve qu'&#224; d&#233;fendre l'id&#233;e de l'unit&#233; avec les Cunow !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Du point de vue purement &#233;conomique, &#233;crit Kautsky, il n'est pas impossible que le capitalisme traverse encore une nouvelle phase o&#249; la politique des cartels serait &#233;tendue &#224; la politique ext&#233;rieure, une phase d'ultra-imp&#233;rialisme [3], c'est-&#224;-dire de superimp&#233;rialisme, d'union et non de lutte des imp&#233;rialismes du monde entier, une phase de la cessation des guerres en r&#233;gime capitaliste, une phase &#034;d'exploitation en commun de l'univers par le capital financier uni &#224; l'&#233;chelle internationale [4].&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aurons &#224; nous arr&#234;ter plus loin sur cette &#034;th&#233;orie de l'ultra-imp&#233;rialisme&#034;, pour montrer en d&#233;tail &#224; quel point elle brise r&#233;solument et sans retour avec le marxisme. Pour l'instant, conform&#233;ment au plan g&#233;n&#233;ral de cet expos&#233;, il nous faut jeter un coup d'oeil sur les donn&#233;es &#233;conomiques pr&#233;cises relatives &#224; cette question. &#034;Du point de vue purement &#233;conomique&#034;, l'&#034;ultra-imp&#233;rialisme&#034; est-il possible ou bien est-ce l&#224; une ultra-niaiserie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, par point de vue purement &#233;conomique, on entend une &#034;pure&#034; abstraction, tout ce qu'on peut dire se ram&#232;ne &#224; la th&#232;se que voici : le d&#233;veloppement se fait dans le sens des monopoles et, par cons&#233;quent, dans celui d'un monopole universel, d'un trust mondial unique. C'est l&#224; un fait incontestable, mais aussi une affirmation absolument vide de contenu, comme celle qui consisterait &#224; dire que &#034;le d&#233;veloppement se fait dans le sens&#034; de la production des denr&#233;es alimentaires en laboratoire. En ce sens, la &#034;th&#233;orie&#034; de l'ultra-imp&#233;rialisme est une absurdit&#233; pareille &#224; ce que pourrait &#234;tre une &#034;th&#233;orie de l'ultra-agriculture&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si l'on parle des conditions &#034;purement &#233;conomiques&#034; de l'&#233;poque du capital financier, comme d'une &#233;poque historique concr&#232;te se situant au d&#233;but du XXe si&#232;cle, la meilleure r&#233;ponse aux abstractions mortes de l'&#034;ultra-imp&#233;rialisme&#034; (qui servent uniquement &#224; une fin r&#233;actionnaire, consistant &#224; d&#233;tourner l'attention des profondes contradictions existantes), c'est de leur opposer la r&#233;alit&#233; &#233;conomique concr&#232;te de l'&#233;conomie mondiale contemporaine. Les propos absolument vides de Kautsky sur l'ultra-imp&#233;rialisme encouragent, notamment, cette id&#233;e profond&#233;ment erron&#233;e et qui porte de l'eau au moulin des apologistes de l'imp&#233;rialisme, suivant laquelle la domination du capital financier att&#233;nuerait les in&#233;galit&#233;s et les contradictions de l'&#233;conomie mondiale, alors qu'en r&#233;alit&#233; elle les renforce.&lt;br class='autobr' /&gt;
R. Calwer a tent&#233;, dans son opuscule intitul&#233; &lt;strong&gt;Introduction &#224; l'&#233;conomie mondiale&lt;/strong&gt; [5] de r&#233;sumer l'essentiel des donn&#233;es purement &#233;conomiques qui permettent de se faire une id&#233;e pr&#233;cise des apports internes de l'&#233;conomie mondiale &#224; la limite des XIXe et XXe si&#232;cles. Il divise le monde en cinq &#034;principales r&#233;gions &#233;conomiques&#034; : 1) l'Europe centrale (l'Europe, moins la Russie et l'Angleterre) ; 2) la Grande-Bretagne ; 3) la Russie ; 4) l'Asie orientale ; 5) l'Am&#233;rique. Ce faisant, il inclut les colonies dans les &#034;r&#233;gions&#034; des Etats auxquels elles appartiennent, et &#034;laisse de c&#244;t&#233;&#034; un petit nombre de pays non r&#233;partis par r&#233;gions, par exemple la Perse, l'Afghanistan et l'Arabie en Asie, le Maroc et l'Abyssinie en Afrique, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici, en abr&#233;g&#233;, les donn&#233;es &#233;conomiques qu'il fournit sur ces r&#233;gions.&lt;br class='autobr' /&gt; Transport	Commerce	Industrie&lt;br class='autobr' /&gt;
Principales r&#233;gions du monde	Superficie&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de km2)	Population&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions d'habitants)	Voies ferr&#233;es&lt;br class='autobr' /&gt;
(en milliers de km)	Marine marchande&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de tonnes)	Importations et exportations&lt;br class='autobr' /&gt;
(en milliards de marks)	Houille&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de tonnes)	Fonte&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions de tonnes)	Broches dans l'industrie cotonni&#232;re&lt;br class='autobr' /&gt;
(en millions)&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Europe centrale	27,6&lt;br class='autobr' /&gt;
(23,6*)	388&lt;br class='autobr' /&gt;
(146)	204	8	41	251	15	26&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Grande-Bretagne	28,9&lt;br class='autobr' /&gt;
(28,6*)	398&lt;br class='autobr' /&gt;
(355)	140	11	25	249	9	51&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Russie	22	131	63	1	3	16	3	7&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Asie Orientale	12	389	8	1	2	8	0,02	2&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Am&#233;rique	30	148	379	6	14	245	14	19&lt;br class='autobr' /&gt;
[* Les chiffres entre parenth&#232;ses se rapportent respectivement &#224; la superficie et &#224; la population des colonies.]&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit qu'il existe trois r&#233;gions &#224; capitalisme hautement &#233;volu&#233; (puissant d&#233;veloppement des voies de communication, du commerce et de l'industrie) : l'Europe centrale, la Grande-Bretagne et l'Am&#233;rique. Parmi elles, trois Etats dominant le monde : l'Allemagne, l'Angleterre, les Etats-Unis. Leur rivalit&#233; imp&#233;rialiste et la lutte qu'ils se livrent rev&#234;tent une acuit&#233; extr&#234;me, du fait que l'Allemagne dispose d'une r&#233;gion insignifiante et de peu de colonies ; la cr&#233;ation d'une &#034;Europe centrale&#034; est encore une question d'avenir, et s'&#233;labore au travers d'une lutte &#224; outrance. Pour le moment, le signe distinctif de l'Europe enti&#232;re, c'est le morcellement politique. Dans les r&#233;gions britannique et am&#233;ricaine, au contraire, la concentration politique est tr&#232;s forte, mais la disproportion est &#233;norme entre les immenses colonies de la premi&#232;re et les colonies insignifiantes de la seconde. Or, dans les colonies, le capitalisme commence seulement &#224; se d&#233;velopper. La lutte pour l'Am&#233;rique du Sud devient de plus en plus &#226;pre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les deux autres r&#233;gions : la Russie et l'Asie orientale, le capitalisme est peu d&#233;velopp&#233;. La densit&#233; de la population est extr&#234;mement faible dans la premi&#232;re, extr&#234;mement forte dans la seconde ; dans la premi&#232;re, la concentration politique est grande ; dans la seconde, elle n'existe pas. Le partage de la Chine commence &#224; peine, et la lutte pour ce pays entre le Japon, les Etats-Unis, etc., va s'intensifiant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comparez &#224; cette r&#233;alit&#233;, &#224; la vari&#233;t&#233; prodigieuse des conditions&lt;br class='autobr' /&gt;
VIII. LE PARASITISME ET LA PUTREFACTION DU CAPITALISME&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous reste encore &#224; examiner un autre aspect essentiel de l'imp&#233;rialisme, auquel on accorde g&#233;n&#233;ralement trop peu d'importance dans la plupart des jugements port&#233;s sur ce sujet. Un des d&#233;fauts du marxiste Hilferding est qu'il a fait ici un pas en arri&#232;re par rapport au non-marxiste Hobson. Nous voulons parler du parasitisme propre &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous l'avons vu, la principale base &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme est le monopole. Ce monopole est capitaliste, c'est-&#224;-dire n&#233; du capitalisme ; et, dans les conditions g&#233;n&#233;rales du capitalisme, de la production marchande, de la concurrence, il est en contradiction permanente et sans issue avec ces conditions g&#233;n&#233;rales. N&#233;anmoins, comme tout monopole, il engendre in&#233;luctablement une tendance &#224; la stagnation et &#224; la putr&#233;faction. Dans la mesure o&#249; l'on &#233;tablit, f&#251;t-ce momentan&#233;ment, des prix de monopole, cela fait dispara&#238;tre jusqu'&#224; un certain point les stimulants du progr&#232;s technique et, par suite, de tout autre progr&#232;s ; et il devient alors possible, &lt;strong&gt;sur le plan &#233;conomique,&lt;/strong&gt; de freiner artificiellement le progr&#232;s technique. Un exemple : en Am&#233;rique, un certain Owens invente une machine qui doit r&#233;volutionner la fabrication des bouteilles. Le cartel allemand des fabricants de bouteilles rafle les brevets d'Owens et les garde dans ses tiroirs, retardant leur utilisation. Certes, un monopole, en r&#233;gime capitaliste, ne peut jamais supprimer compl&#232;tement et pour tr&#232;s longtemps la concurrence sur le march&#233; mondial (c'est l&#224;, entre autres choses, une des raisons qui fait appara&#238;tre l'absurdit&#233; de la th&#233;orie de l'ultra-imp&#233;rialisme). Il est &#233;vident que la possibilit&#233; de r&#233;duire les frais de production et d'augmenter les b&#233;n&#233;fices en introduisant des am&#233;liorations techniques pousse aux transformations. Mais la tendance &#224; la stagnation et &#224; la putr&#233;faction, propre au monopole, continue &#224; agir de son c&#244;t&#233; et, dans certaines branches d'industrie, dans certains pays, il lui arrive de prendre pour un temps le dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monopole de la possession de colonies particuli&#232;rement vastes, riches ou avantageusement situ&#233;es, agit dans le m&#234;me sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivons. L'imp&#233;rialisme est une immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays, accumulation qui atteint, comme on l'a vu, 100 &#224; 150 milliards de francs en titres. D'o&#249; le d&#233;veloppement extraordinaire de la classe ou, plus exactement, de la couche des rentiers, c'est-&#224;-dire des gens qui vivent de la &#034;tonte des coupons&#034;, qui sont tout &#224; fait &#224; l'&#233;cart de la participation &#224; une entreprise quelconque et dont la profession est l'oisivet&#233;. L'exportation des capitaux, une des bases &#233;conomiques essentielles de l'imp&#233;rialisme, accro&#238;t encore l'isolement complet de la couche des rentiers par rapport &#224; la production, et donne un cachet de parasitisme &#224; l'ensemble du pays vivant de l'exploitation du travail de quelques pays et colonies d'outre-mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En 1893, &#233;crit Hobson, le capital britannique plac&#233; &#224; l'&#233;tranger s'&#233;levait &#224; 15% environ de la richesse totale du Royaume-Uni. [1]&#034; Rappelons que, vers 1915, ce capital &#233;tait d&#233;j&#224; environ deux fois et demie plus &#233;lev&#233;. &#034;L'imp&#233;rialisme agressif, poursuit Hobson, qui co&#251;te si cher aux contribuables et qui repr&#233;sente si peu de chose pour l'industriel et le n&#233;gociant... est une source de grands profits pour le capitaliste qui cherche &#224; placer son capital...&#034; (en anglais, cette notion est exprim&#233;e par un seul mot : investor = &#034;placeur&#034;, rentier.) &#034;Le revenu annuel total que la Grande-Bretagne retire de son commerce ext&#233;rieur et colonial, importations et exportations, est estim&#233; par le statisticien Giffen &#224; 18 millions de livres sterling (environ 170 millions de roubles) pour 1899, calcul&#233;s &#224; raison de 2,5% sur un chiffre d'affaires total de 800 millions de livres sterling.&#034; Si grande que soit cette somme, elle ne suffit pas &#224; expliquer l'agressivit&#233; de l'imp&#233;rialisme britannique. Ce qui l'explique, c'est la somme de 90 &#224; 100 millions de livres sterling repr&#233;sentant le revenu du capital &#034;plac&#233;&#034;, le revenu de la couche des rentiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le revenu des rentiers est cinq fois plus &#233;lev&#233; que celui qui provient du commerce ext&#233;rieur, et cela dans le pays le plus &#034;commer&#231;ant&#034; du monde ! Telle est l'essence de l'imp&#233;rialisme et du parasitisme imp&#233;rialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi la notion d'&#034;Etat-rentier&#034; (Rentnerstaat) ou Etat-usurier devient-elle d'un emploi courant dans la litt&#233;rature &#233;conomique traitant de l'imp&#233;rialisme. L'univers est divis&#233; en une poign&#233;e d'Etats-usuriers et une immense majorit&#233; d'Etats-d&#233;biteurs. &#034;Parmi les placements de capitaux &#224; l'&#233;tranger, &#233;crit Schulze-Gaevernitz, viennent au premier rang les investissements dans les pays politiquement d&#233;pendants ou alli&#233;s : l'Angleterre pr&#234;te &#224; l'Egypte, au Japon, &#224; la Chine, &#224; l'Am&#233;rique du Sud. En cas de besoin, sa marine de guerre joue le r&#244;le d'huissier. La puissance politique de l'Angleterre la pr&#233;serve de la r&#233;volte de ses d&#233;biteurs. [2]&#034; Dans son ouvrage &lt;strong&gt;Le syst&#232;me &#233;conomique de placement des capitaux &#224; l'&#233;tranger,&lt;/strong&gt; Sartorius von Waltershausen prend comme mod&#232;le d'&#034;Etat-rentier&#034; la Hollande et montre que l'Angleterre et la France, elles aussi, sont en train de le devenir [3]. Schilder consid&#232;re que cinq Etats industriels sont des &#034;pays-cr&#233;diteurs nettement prononc&#233;s&#034; : l'Angleterre, la France, l'Allemagne, la Belgique et la Suisse. Il ne fait pas figurer la Hollande dans cette liste, uniquement parce qu'elle est &#034;peu industrielle [4]&#034;. Les Etats-Unis ne sont cr&#233;diteurs qu'envers l'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'Angleterre, &#233;crit Schulze-Gaevernitz, se transforme peu &#224; peu d'Etat industriel en Etat-cr&#233;diteur. Malgr&#233; l'accroissement absolu de la production et de l'exportation industrielles, on voit augmenter l'importance relative qu'ont pour l'ensemble de l'&#233;conomie nationale les revenus provenant des int&#233;r&#234;ts et des dividendes, des &#233;missions, commissions et sp&#233;culation. A mon avis, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce fait qui constitue la base &#233;conomique de l'essor imp&#233;rialiste. Le cr&#233;diteur est plus solidement li&#233; au d&#233;biteur que le vendeur &#224; l'acheteur. [5]&#034; En ce qui concerne l'Allemagne, l'&#233;diteur de la revue berlinoise Die Bank, A. Lansburgh, &#233;crivait en 1911 dans un article intitul&#233; : &#034;L'Allemagne, Etat-rentier&#034; : &#034;On se moque volontiers, en Allemagne, de la tendance qu'ont les Fran&#231;ais &#224; se faire rentiers. Mais on oublie qu'en ce qui concerne la bourgeoisie, la situation en Allemagne devient de plus en plus analogue &#224; celle de la France. [6]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat-rentier est un Etat du capitalisme parasitaire, pourrissant ; et ce fait ne peut manquer d'influer sur les conditions sociales et politiques du pays en g&#233;n&#233;ral, et sur les deux tendances essentielles du mouvement ouvrier en particulier. Pour mieux le montrer, laissons la parole &#224; Hobson, le t&#233;moin le plus &#034;s&#251;r&#034;, car on ne saurait le soup&#231;onner de parti pris envers l'&#034;orthodoxie marxiste&#034; ; d'autre part, &#233;tant Anglais, il conna&#238;t bien la situation des affaires dans le pays le plus riche en colonies, en capital financier et en exp&#233;rience imp&#233;rialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;crivant, sous l'impression encore toute fra&#238;che de la guerre anglo-boer, la collusion de l'imp&#233;rialisme et des int&#233;r&#234;ts des &#034;financiers&#034;, les b&#233;n&#233;fices croissants que ceux-ci retirent des adjudications, des fournitures de guerre,, etc., Hobson &#233;crivait : &#034;Ceux qui orientent cette politique nettement parasitaire, ce sont les capitalistes ; mais les m&#234;mes causes agissent &#233;galement sur des cat&#233;gories sp&#233;ciales d'ouvriers. Dans nombre de villes, les industries les plus importantes d&#233;pendent des commandes du gouvernement ; l'imp&#233;rialisme des centres de la m&#233;tallurgie et des constructions navales est, dans une mesure appr&#233;ciable, la cons&#233;quence de ce fait.&#034; Des circonstances de deux ordres affaiblissaient, selon l'auteur, la puissance des anciens empires : 1) le &#034;parasitisme &#233;conomique&#034; et 2) le recrutement d'une arm&#233;e parmi les peuples d&#233;pendants. &#034;La premi&#232;re est la coutume du parasitisme &#233;conomique en vertu de laquelle l'Etat dominant exploite ses provinces, ses colonies et les pays d&#233;pendants pour enrichir sa classe gouvernante et corrompre ses classes inf&#233;rieures, afin qu'elles se tiennent tranquilles.&#034; Pour qu'une semblable corruption, quelle qu'en soit la forme, soit &#233;conomiquement possible, il faut, ajouterons-nous pour notre part, des profits de monopole &#233;lev&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la seconde circonstance, Hobson &#233;crit : &#034;Un des sympt&#244;mes les plus singuliers de la c&#233;cit&#233; de l'imp&#233;rialisme, c'est l'insouciance avec laquelle la Grande-Bretagne, la France et les autres nations imp&#233;rialistes s'engagent dans cette voie. La Grande-Bretagne est all&#233;e plus loin que toutes les autres. La plupart des batailles par lesquelles nous avons conquis notre Empire des Indes ont &#233;t&#233; livr&#233;es par nos troupes form&#233;es d'indig&#232;nes. Dans l'Inde, comme plus r&#233;cemment aussi en Egypte, de nombreuses arm&#233;es permanentes sont plac&#233;es sous le commandement des Britanniques ; presque toutes nos guerres de conqu&#234;te en Afrique, l'Afrique du Sud except&#233;e, ont &#233;t&#233; faites pour notre compte par les indig&#232;nes.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La perspective du partage de la Chine provoque chez Hobson l'appr&#233;ciation &#233;conomique que voici : &#034;Une grande partie de l'Europe occidentale pourrait alors prendre l'apparence et le caract&#232;re qu'ont maintenant certaines parties des pays qui la composent : le Sud de l'Angleterre, la Riviera, les r&#233;gions d'Italie et de Suisse les plus fr&#233;quent&#233;es des touristes et peupl&#233;es de gens riches - &#224; savoir : de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d'employ&#233;s professionnels et de commer&#231;ants et un nombre plus important de domestiques et d'ouvriers occup&#233;s dans les transports et dans l'industrie travaillant &#224; la finition des produits manufactur&#233;s. Quant aux principales branches d'industrie, elles dispara&#238;traient, et la grande masse des produits alimentaires et semi-ouvr&#233;s affluerait d'Asie et d'Afrique comme un tribut.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Telles sont les possibilit&#233;s que nous offre une plus large alliance des Etats d'Occident, une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant &#224; constituer un groupe &#224; part de nations industrielles avanc&#233;es, dont les classes sup&#233;rieures recevraient un &#233;norme tribut de l'Asie et de l'Afrique et entretiendraient, &#224; l'aide de ce tribut, de grandes masses domestiqu&#233;es d'employ&#233;s et de serviteurs, non plus occup&#233;es &#224; produire en grandes quantit&#233;s des produits agricoles et industriels, mais rendant des services priv&#233;s ou accomplissant, sous le contr&#244;le de la nouvelle aristocratie financi&#232;re, des travaux industriels de second ordre. Que ceux qui sont pr&#234;ts &#224; tourner le dos &#224; cette th&#233;orie&#034; (il aurait fallu dire : a cette perspective) &#034;comme ne m&#233;ritant pas d'&#234;tre examin&#233;e, m&#233;ditent sur les conditions &#233;conomiques et sociales des r&#233;gions de l'Angleterre m&#233;ridionale actuelle, qui en sont d&#233;j&#224; arriv&#233;es &#224; cette situation. Qu'ils r&#233;fl&#233;chissent &#224; l'extension consid&#233;rable que pourrait prendre ce syst&#232;me si la Chine &#233;tait soumise au contr&#244;le &#233;conomique de semblables groupes de financiers, de &#034;placeurs de capitaux&#034; (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employ&#233;s de commerce et d'industrie, qui drainent les profits du plus grand r&#233;servoir potentiel que le monde ait jamais connu, afin de les consommer en Europe. Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile &#224; escompter pour que ladite ou quelque autre pr&#233;vision de l'avenir dans une seule direction puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la plus probable. Mais les influences qui r&#233;gissent &#224; l'heure actuelle l'imp&#233;rialisme de l'Europe occidentale s'orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de r&#233;sistance, si elles ne sont pas d&#233;tourn&#233;es d'un autre c&#244;t&#233;, c'est dans ce sens qu'elles joueront. [7]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur a parfaitement raison : &lt;strong&gt;si&lt;/strong&gt; les forces de l'imp&#233;rialisme ne rencontraient pas de r&#233;sistance, elles aboutiraient pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce r&#233;sultat. La signification des &#034;Etats-Unis d'Europe&#034; dans la situation actuelle, imp&#233;rialiste, a &#233;t&#233; ici tr&#232;s justement caract&#233;ris&#233;e. Il e&#251;t fallu seulement ajouter que, &#224; l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier &lt;strong&gt;&#233;galement,&lt;/strong&gt; les opportunistes momentan&#233;ment vainqueurs dans la plupart des pays, &#034;jouent&#034; avec syst&#232;me et continuit&#233;, pr&#233;cis&#233;ment dans ce sens. L'imp&#233;rialisme, qui signifie le partage du monde et une exploitation ne s'&#233;tendant pas uniquement &#224; la Chine, et qui procure des profits de monopole &#233;lev&#233;s &#224; une poign&#233;e de pays tr&#232;s riches, cr&#233;e la possibilit&#233; &#233;conomique de corrompre les couches sup&#233;rieures du prol&#233;tariat ; par l&#224; m&#234;me il alimente l'opportunisme, lui donne corps et le consolide. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, ce sont les forces dress&#233;es contre l'imp&#233;rialisme en g&#233;n&#233;ral et l'opportunisme en particulier, forces que le social-lib&#233;ral Hobson n'est &#233;videmment pas en mesure de discerner.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opportuniste allemand Gerhard Hildebrand, qui fut en son temps exclu du parti pour avoir d&#233;fendu l'imp&#233;rialisme et qui pourrait &#234;tre aujourd'hui le chef du parti dit &#034;social-d&#233;mocrate&#034; d'Allemagne, compl&#232;te fort bien Hobson en pr&#233;conisant la formation des &#034;Etats-Unis d'Europe occidentale&#034; (sans la Russie) en vue d'actions &#034;communes&#034;... contre les Noirs d'Afrique, contre le &#034;grand mouvement islamique&#034;, pour l'entretien &#034;d'une arm&#233;e et d'une flotte puissantes&#034; contre la &#034;coalition sino-japonaise&#034; [8], etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La description par Schulze-Gaevernitz de l'&#034;imp&#233;rialisme britannique&#034; nous r&#233;v&#232;le les m&#234;mes traits de parasitisme. Le revenu national de l'Angleterre a presque doubl&#233; de 1865 &#224; 1898, tandis que le revenu &#034;provenant de l'&#233;tranger&#034; a, dans le m&#234;me temps, augment&#233; de neuf fois. Si le &#034;m&#233;rite&#034; de l'imp&#233;rialisme est d'&#034;habituer le Noir au travail&#034; (on ne saurait se passer de la contrainte...), le &#034;danger&#034; de l'imp&#233;rialisme consiste en ceci que &#034;l'Europe se d&#233;chargera du travail manuel - d'abord du travail de la terre et des mines, et puis du travail industriel le plus grossier - sur les hommes de couleur, et s'en tiendra, en ce qui la concerne, au r&#244;le de rentier, pr&#233;parant peut-&#234;tre ainsi l'&#233;mancipation &#233;conomique, puis politique, des races de couleur&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Angleterre, une quantit&#233; de terre sans cesse croissante est enlev&#233;e &#224; l'agriculture pour &#234;tre affect&#233;e au sport, &#224; l'amusement des riches. Pour ce qui est de l'Ecosse, pays le plus aristocratique pour la chasse et autres sports, on dit qu'&#034;elle vit de son pass&#233; et de M. Carnegie&#034; (un milliardaire am&#233;ricain). Rien que pour les courses et la chasse au renard, l'Angleterre d&#233;pense annuellement 14 millions de livres sterling (environ 130 millions de roubles). Le nombre des rentiers de ce pays s'&#233;l&#232;ve &#224; un million environ. La proportion des producteurs y est en baisse :&lt;br class='autobr' /&gt; Population de l'Angleterre (en millions d'habitants)	Ouvriers des principales industries (en millions)	Pourcentage par rapport &#224; la population&lt;br class='autobr' /&gt;
1851	17,9	4,1	23%&lt;br class='autobr' /&gt;
1901	32,5	4,9	15%&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, parlant de la classe ouvri&#232;re anglaise, l'investigateur bourgeois de &#034;l'imp&#233;rialisme britannique du d&#233;but du XXe si&#232;cle&#034; est oblig&#233; d'&#233;tablir syst&#233;matiquement une diff&#233;rence entre la &#034;couche sup&#233;rieure&#034; des ouvriers et la &#034;couche inf&#233;rieure prol&#233;tarienne proprement dite&#034;. La premi&#232;re fournit la masse des coop&#233;rateurs et des syndiqu&#233;s, des membres des soci&#233;t&#233;s sportives et de nombreuses sectes religieuses. C'est &#224; son niveau qu'est adapt&#233; le droit de vote qui, en Angleterre, &#034;est encore suffisamment limit&#233; pour qu'en soit exclue la couche inf&#233;rieure prol&#233;tarienne proprement dite&#034; ! ! Pour pr&#233;senter sous un jour plus favorable la condition de la classe ouvri&#232;re anglaise, on ne parle g&#233;n&#233;ralement que de cette couche sup&#233;rieure, qui ne forme qu'une minorit&#233; du prol&#233;tariat : par exemple, &#034;la question du ch&#244;mage int&#233;resse surtout Londres et la couche inf&#233;rieure prol&#233;tarienne, &lt;strong&gt;dont les hommes politiques font peu de cas&lt;/strong&gt; [9]&#034;... Il aurait fallu dire : dont les politiciens bourgeois et les opportunistes &#034;socialistes&#034; font peu de cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les caract&#233;ristiques de l'imp&#233;rialisme qui se rattachent au groupe de ph&#233;nom&#232;nes dont nous parlons, il faut mentionner la diminution de l'&#233;migration en provenance des pays imp&#233;rialistes et l'accroissement de l'immigration, vers ces pays, d'ouvriers venus des pays plus arri&#233;r&#233;s, o&#249; les salaires sont plus bas. L'&#233;migration anglaise, remarque Hobson, tombe &#224; partir de 1884 : elle atteignait cette ann&#233;e-l&#224; 242 000 personnes, et 169 000 en 1900. L'&#233;migration allemande atteignit son maximum entre 1881 et 1890 : 1 453 000 &#233;migrants ; au cours des deux dizaines d'ann&#233;es suivantes, elle tomba respectivement &#224; 544 000 et 341 000 pendant qu'augmentait le nombre des ouvriers venus en Allemagne, d'Autriche, d'Italie, de Russie, etc. D'apr&#232;s le recensement de 1907, il y avait en Allemagne 1 342 294 &#233;trangers, dont 440 800 ouvriers industriels et 257 329 travailleurs agricoles [10]. En France, les travailleurs de l'industrie mini&#232;re sont &#034;en grande partie&#034; des &#233;trangers : Polonais, Italiens, Espagnols [11]. Aux Etats-Unis, les immigrants de l'Europe orientale et m&#233;ridionale occupent les emplois les plus mal pay&#233;s, tandis que les ouvriers am&#233;ricains fournissent la proportion la plus forte de contrema&#238;tres et d'ouvriers ex&#233;cutant les travaux les mieux r&#233;tribu&#233;s [12]. L imp&#233;rialisme tend &#224; cr&#233;er, &#233;galement parmi les ouvriers, des cat&#233;gories privil&#233;gi&#233;es et &#224; les d&#233;tacher de la grande masse du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
A noter qu'en Angleterre, la tendance de l'imp&#233;rialisme &#224; diviser les ouvriers, &#224; renforcer parmi eux l'opportunisme, &#224; provoquer la d&#233;composition momentan&#233;e du mouvement ouvrier, est apparue bien avant la fin du XIXe si&#232;cle et le d&#233;but du XXe. Car deux traits distinctifs essentiels de l'imp&#233;rialisme, la possession de vastes colonies et le monopole du march&#233; mondial, s'y sont manifest&#233;s d&#232;s la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Marx et Engels ont m&#233;thodiquement, pendant des dizaines d'ann&#233;es, observ&#233; de pr&#232;s cette liaison de l'opportunisme dans le mouvement ouvrier avec les particularit&#233;s imp&#233;rialistes du capitalisme anglais. Ainsi, Engels &#233;crivait &#224; Marx le 7 octobre 1858 : &#034;En r&#233;alit&#233;, le prol&#233;tariat anglais s'embourgeoise de plus en plus, et il semble bien que cette nation, bourgeoise entre toutes, veuille en arriver &#224; avoir, &#224; c&#244;t&#233; de sa bourgeoisie, une aristocratie bourgeoise et un prol&#233;tariat bourgeois. Evidemment, de la part d'une nation qui exploite l'univers entier c'est jusqu'&#224; un certain point, logique.&#034; Pr&#232;s d'un quart de si&#232;cle plus tard, dans une lettre du 11 ao&#251;t 1881, il parle des &#034;pires trade-unions anglaises qui se laissent diriger par des hommes que la bourgeoisie a achet&#233;s ou que, tout au moins, elle entretient&#034;. Dans une lettre &#224; Kautsky (12 septembre 1882), Engels &#233;crivait : &#034;Vous me demandez ce que pensent les ouvriers anglais de la politique coloniale. La m&#234;me chose que ce qu'ils pensent de la politique en g&#233;n&#233;ral. Ici, point de parti ouvrier, il n'y a que des radicaux conservateurs et lib&#233;raux ; quant aux ouvriers, ils jouissent en toute tranquillit&#233; avec eux du monopole colonial de l'Angleterre et de son monopole sur le march&#233; mondial [13].&#034; (Engels a expos&#233; la m&#234;me th&#232;se dans sa pr&#233;face &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition de &lt;strong&gt;La situation des classes laborieuses en Angleterre,&lt;/strong&gt; 1892).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc, nettement indiqu&#233;es, les causes et les cons&#233;quences. Les causes : 1) l'exploitation du monde par l'Angleterre ; 2) son monopole sur le march&#233; mondial ; 3) son monopole colonial. Les cons&#233;quences : 1) l'embourgeoisement d'une partie du prol&#233;tariat anglais ; 2) une partie de ce prol&#233;tariat se laisse diriger par des hommes que la bourgeoisie a achet&#233;s ou que, tout au moins, elle entretient. L'imp&#233;rialisme du d&#233;but du XXe si&#232;cle a achev&#233; le partage du globe entre une poign&#233;e d'Etats, dont chacun exploite aujourd'hui (en ce sens qu'il en retire du surprofit) une partie du &#034;monde entier&#034; &#224; peine moindre que celle qu'exploitait l'Angleterre en 1858 ; dont chacun, gr&#226;ce aux trusts, aux cartels, au capital financier, &#224; ses rapports de cr&#233;diteur &#224; d&#233;biteur, occupe une situation de monopole sur le march&#233; mondial ; dont chacun jouit, dans une certaine mesure, d'un monopole colonial (nous avons vu que, sur 75 millions de kilom&#232;tres carr&#233;s, superficie de toutes les colonies du monde, 65 millions, c'est-&#224;-dire 86%, sont concentr&#233;s aux mains de six grandes puissances ; 61 millions de kilom&#232;tres carr&#233;s, soit 81%, sont d&#233;tenus par trois puissances.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui distingue la situation actuelle, c'est l'existence de conditions &#233;conomiques et politiques qui ne pouvaient manquer de rendre l'opportunisme encore plus incompatible avec les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux et vitaux du mouvement ouvrier : d'embryon, l'imp&#233;rialisme est devenu le syst&#232;me pr&#233;dominant ; les monopoles capitalistes ont pris la premi&#232;re place dans l'&#233;conomie et la politique ; le partage du monde a &#233;t&#233; men&#233; &#224; son terme ; d'autre part, au lieu du monopole sans partage de l'Angleterre, nous assistons maintenant &#224; la lutte d'un petit nombre de puissances imp&#233;rialistes pour la participation au monopole, lutte qui caract&#233;rise tout le d&#233;but du XXe si&#232;cle. L'opportunisme ne peut plus triompher aujourd'hui compl&#232;tement au sein du mouvement ouvrier d'un seul pays pour des dizaines et des dizaines d'ann&#233;es, comme il l'a fait en Angleterre dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Mais, dans toute une s&#233;rie de pays, il a atteint sa pleine maturit&#233;, il l'a d&#233;pass&#233;e et s'est d&#233;compos&#233; en fusionnant compl&#232;tement, sous la forme du social-chauvinisme, avec la politique bourgeoise [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] HOBSON : ouvr. cit&#233;, pp. 59 et 62.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] SCHULZE-GAEVERNITZ : &lt;strong&gt;Britischer Imperialismus,&lt;/strong&gt; pp. 320 et autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Sart. von WALTERSHAUSEN : &lt;strong&gt;Das Volkswirtschaftliche System, etc.,&lt;/strong&gt; Berlin, 1907, vol. IV.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] SCHILDER : ouvr. cit&#233;, p. 393.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] SCHULZE-GAEVERNITZ : &lt;strong&gt;Britischer Imperialismus,&lt;/strong&gt; p. 122.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] &lt;strong&gt;Die Bank,&lt;/strong&gt; 1911, n&#176;1, pp. 10-11.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] HOBSON : ouvr. cit&#233;, pp. 103, 205, 144, 335, 386.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Gerhard HILDEBRAND : Die Ersch&#252;tterung der Industrieherrschaft und des Industriesozialismus, 1910, pp. 229 et suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] SCHULZE-GAEVERNITZ : &lt;strong&gt;Britischer Imperialismus,&lt;/strong&gt; p. 301.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Statistik des Deutschen Reichs, tome 211.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] HENGER : Die Kapitalsanlage der Franzosen, Stuttgart, 1913.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] HOURWICH : &lt;strong&gt;Immigration and Labour,&lt;/strong&gt; New York, 1913.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] &lt;strong&gt;Briefwechsel von Marx und Engels,&lt;/strong&gt; tome II, p. 290 ; tome IV, p. 433 - K. KAUTSKY : &lt;strong&gt;Sozialismus und Kolonialpolitik,&lt;/strong&gt; Berlin, 1907, p. 79 ; brochure &#233;crite aux temps infiniment lointains o&#249; Kautsky &#233;tait encore marxiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Le social-chauvinisme russe des Potressov, des Tchkhenk&#233;li, des Maslov, etc., sous sa forme ouverte aussi bien que sous sa forme voil&#233;e (MM. Tchkh&#233;idz&#233;, Skob&#233;lev, Axelrod, Martov, etc.), est &#233;galement issu d'une vari&#233;t&#233; russe de l'opportunisme, notamment du courant liquidateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. LA CRITIQUE DE L'IMPERIALISME&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous entendons la critique de l'imp&#233;rialisme au sens large du mot, comme l'attitude des diff&#233;rentes classes de la soci&#233;t&#233; envers la politique de l'imp&#233;rialisme, &#224; partir de l'id&#233;ologie g&#233;n&#233;rale de chacune d'elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
La proportion gigantesque du capital financier concentr&#233; dans quelques mains et cr&#233;ant un r&#233;seau extraordinairement vaste et serr&#233; de rapports et de relations, par l'entremise duquel il soumet &#224; son pouvoir la masse non seulement des moyens et petits, mais m&#234;me des tr&#232;s petits capitalistes et patrons, ceci d'une part, et la lutte aigu&#235; contre les autres groupements nationaux de financiers pour le partage du monde et la domination sur les autres pays, d'autre part, - tout cela fait que les classes poss&#233;dantes passent en bloc dans le camp de l'imp&#233;rialisme. Engouement &#034;g&#233;n&#233;ral&#034; pour les perspectives de l'imp&#233;rialisme, d&#233;fense acharn&#233;e de celui-ci, tendance &#224; le farder de toutes les mani&#232;res, - n'est-ce pas un signe des temps. L'id&#233;ologie imp&#233;rialiste p&#233;n&#232;tre &#233;galement dans la classe ouvri&#232;re, qui n'est pas s&#233;par&#233;e des autres classes par une muraille de Chine. Si les chefs de l'actuel parti dit &#034;social-d&#233;mocrate&#034; d'Allemagne sont trait&#233;s &#224; juste titre de &#034;social-imp&#233;rialistes&#034;, c'est-&#224;-dire de socialistes en paroles et d'imp&#233;rialistes en fait, il convient de dire que, d&#233;j&#224; en 1902, Hobson signalait l'existence en Angleterre des &#034;imp&#233;rialistes fabiens&#034;, appartenant &#224; l'opportuniste &#034;Soci&#233;t&#233; des fabiens&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les savants et les publicistes bourgeois d&#233;fendent g&#233;n&#233;ralement l'imp&#233;rialisme sous une forme quelque peu voil&#233;e ; ils en dissimulent l'enti&#232;re domination et les racines profondes ; ils s'efforcent de faire passer au premier plan des particularit&#233;s, des d&#233;tails secondaires, s'attachant &#224; d&#233;tourner l'attention de l'essentiel par de futiles projets de &#034;r&#233;formes&#034; tels que la surveillance polici&#232;re des trusts et des banques, etc. Plus rares sont les imp&#233;rialistes av&#233;r&#233;s, cyniques, qui ont le courage d'avouer combien il est absurde de vouloir r&#233;former les traits essentiels de l'imp&#233;rialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un exemple. Dans les &lt;strong&gt;Archives de l'&#233;conomie mondiale,&lt;/strong&gt; les imp&#233;rialistes allemands s'appliquent &#224; suivre les mouvements de lib&#233;ration nationale dans les colonies, surtout non allemandes, comme bien l'on pense. Ils signalent l'effervescence et les protestations qui se manifestent dans l'Inde, les mouvements du Natal (Afrique du Sud), des Indes n&#233;erlandaises, etc. L'un d'eux, dans une note &#224; propos d'une publication anglaise rendant compte de la conf&#233;rence des nations et races assujetties, qui s'est tenue du 28 au 30 juin 1910 et a r&#233;uni les repr&#233;sentants des divers peuples d'Asie, d'Afrique et d'Europe subissant une domination &#233;trang&#232;re, porte le jugement suivant sur les discours prononc&#233;s &#224; cette conf&#233;rence : &#034;On nous dit qu'il faut combattre l'imp&#233;rialisme ; que les Etats dominants doivent reconna&#238;tre aux peuples assujettis le droit &#224; l'ind&#233;pendance ; qu'un tribunal international doit surveiller l'ex&#233;cution des trait&#233;s conclus entre les grandes puissances et les peuples faibles. La conf&#233;rence ne va pas plus loin que ces voeux innocents. Nous n'y voyons pas trace de la compr&#233;hension de cette v&#233;rit&#233; que l'imp&#233;rialisme est indissolublement li&#233; au capitalisme dans sa forme actuelle et que, par cons&#233;quent (!!), la lutte directe contre l'imp&#233;rialisme est sans espoir, &#224; moins que l'on ne se borne &#224; combattre certains exc&#232;s particuli&#232;rement r&#233;voltants. [1]&#034; Etant donn&#233; que le redressement r&#233;formiste des bases de l'imp&#233;rialisme est une duperie, un &#034;voeu innocent&#034;, et que les repr&#233;sentants bourgeois des nations opprim&#233;es ne vont pas &#034;plus loin&#034; en avant, le repr&#233;sentant bourgeois de la nation oppressive va &#034;plus loin&#034; en arri&#232;re vers une adulation servile de l'imp&#233;rialisme, qu'il masque sous des pr&#233;tentions &#034;scientifiques&#034;. Belle &#034;logique&#034;, en v&#233;rit&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-il possible de modifier par des r&#233;formes les bases de l'imp&#233;rialisme ? Faut-il aller de l'avant pour accentuer et approfondir les antagonismes qu'il engendre, ou on arri&#232;re pour les att&#233;nuer ? Telles sont les questions fondamentales de la critique de l'imp&#233;rialisme. Les particularit&#233;s politiques de l'imp&#233;rialisme &#233;tant la r&#233;action sur toute la ligne et le renforcement de l'oppression nationale, cons&#233;quence du joug de l'oligarchie financi&#232;re et de l'&#233;limination de la libre concurrence, l'imp&#233;rialisme voit se dresser contre lui, d&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle, une opposition d&#233;mocratique petite-bourgeoise &#224; peu pr&#232;s dans tous les pays imp&#233;rialistes. La rupture de Kautsky et du vaste courant international kautskiste avec le marxisme consiste pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que Kautsky, loin d'avoir voulu et su prendre le contre-pied de cette opposition petite-bourgeoise, r&#233;formiste, r&#233;actionnaire, quant au fond, sur le plan &#233;conomique, a au contraire pratiquement fusionn&#233; avec elle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux Etats-Unis, la guerre imp&#233;rialiste de 1898 contre l'Espagne suscita l'opposition des &#034;anti-imp&#233;rialistes&#034;, ces derniers mohicans de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui qualifiaient cette guerre de &#034;criminelle&#034;, consid&#233;raient l'annexion de territoires &#233;trangers comme une violation de la Constitution, d&#233;non&#231;aient la &#034;d&#233;loyaut&#233; des chauvins&#034; &#224; l'&#233;gard du chef des indig&#232;nes des Philippines, Aguinaldo (auquel les Am&#233;ricains avaient d'abord promis l'ind&#233;pendance de son pays pour, ensuite, y d&#233;barquer des troupes am&#233;ricaines et annexer les Philippines), et citaient les paroles de Lincoln : &#034;Quand un Blanc se gouverne lui-m&#234;me, il y a self-government ; quand il se gouverne lui-m&#234;me et, en m&#234;me temps, gouverne les autres, ce n'est plus du self-government, c'est du despotisme [2] &#034; Mais, en attendant, toute cette critique craignait de reconna&#238;tre la liaison indissoluble qui rattache l'imp&#233;rialisme aux trusts et, par cons&#233;quent, aux fondements du capitalisme ; elle craignait de s'unir aux forces engendr&#233;es par le grand capitalisme et son d&#233;veloppement, elle demeurait un &#034;voeu innocent&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle est aussi la position fondamentale de Hobson dans sa critique de l'imp&#233;rialisme. Hobson a anticip&#233; sur les th&#232;ses de Kautsky, en s'insurgeant contre l'&#034;in&#233;luctabilit&#233; de l'imp&#233;rialisme&#034; et en invoquant la n&#233;cessit&#233; &#034;d'&#233;lever la capacit&#233; de consommation&#034; de la population (en r&#233;gime capitaliste !). C'est aussi le point de vue petit-bourgeois qu'adoptent dans leur critique de l'imp&#233;rialisme, de l'omnipotence des banques, de l'oligarchie financi&#232;re, etc., des auteurs maintes fois cit&#233;s par nous, tels que Agahd, A. Lansburgh et L. Eschwege et, parmi les Fran&#231;ais, Victor B&#233;rard, auteur d'un livre superficiel : &lt;strong&gt;L'Angleterre et l'imp&#233;rialisme,&lt;/strong&gt; paru en 1900. Sans pr&#233;tendre le moins du monde faire oeuvre de marxistes, ils opposent tous &#224; l'imp&#233;rialisme la libre concurrence et la d&#233;mocratie, condamnent le projet du chemin de fer de Bagdad, qui m&#232;ne &#224; des conflits et &#224; la guerre, et formulent des &#034;voeux innocents&#034; de paix, etc. Il n'est pas jusqu'au statisticien des &#233;missions internationales, A. Neymarck, qui, totalisant les centaines de milliards de francs repr&#233;sent&#233;s par les valeurs &#034;internationales&#034;, s'exclamait en 1912 : &#034;Est-il possible d'admettre que la paix puisse &#234;tre rompue ?... que l'on risque, en pr&#233;sence de ces chiffres &#233;normes, de provoquer une guerre ? [3]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle na&#239;vet&#233;, et de la part des &#233;conomistes bourgeois, n'est pas &#233;tonnante ; au surplus, il leur est avantageux de feindre la na&#239;vet&#233; et de parler &#034;s&#233;rieusement&#034; de paix &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme. Mais que reste-t-il du marxisme de Kautsky lorsque, en 1914, 1915, 1916, il adopte le m&#234;me point de vue que les r&#233;formistes bourgeois et affirme que &#034;tout le monde est d'accord&#034; (imp&#233;rialistes, pseudo-socialistes et social-pacifistes) en ce qui concerne la paix ? Au lieu d'analyser et de mettre en lumi&#232;re les profondes contradictions imp&#233;rialistes, il forme le &#034;voeu pieux&#034;, r&#233;formiste, de les esquiver et de les &#233;luder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici un sp&#233;cimen de la critique &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme par Kautsky. Il examine les statistiques de 1872 et 1912 sur les exportations et les importations anglaises &#224; destination et en provenance de l'Egypte ; il s'av&#232;re qu'elles se sont d&#233;velopp&#233;es plus faiblement que l'ensemble des exportations et importations de l'Angleterre. Et Kautsky de conclure : &#034;Nous n'avons aucune raison de supposer que, sans l'occupation militaire de l'Egypte, le commerce de l'Angleterre avec l'Egypte se f&#251;t moins accru par le simple poids des facteurs &#233;conomiques.&#034; &#034;C'est par la d&#233;mocratie pacifique, et non par les m&#233;thodes violentes de l'imp&#233;rialisme, que les tendances du capital &#224; l'expansion peuvent &#234;tre le mieux favoris&#233;es. [4] &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce raisonnement de Kautsky, repris sur tous les tons par son h&#233;raut d'armes en Russie (et d&#233;fenseur russe des social-chauvins), M. Spectator, constitue le fond de la critique kautskiste de l'imp&#233;rialisme et m&#233;rite, de ce fait, un examen plus d&#233;taill&#233;. Commen&#231;ons par une citation de Hilferding, dont Kautsky a dit maintes fois, notamment en avril 1915, que ses conclusions &#233;taient &#034;unanimement adopt&#233;es par tous les th&#233;oriciens socialistes&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ce n'est pas l'affaire du prol&#233;tariat, &#233;crit Hilferding, d'opposer &#224; la politique capitaliste plus progressive la politique d&#233;pass&#233;e de l'&#233;poque du libre &#233;change et de l'hostilit&#233; envers l'Etat. La r&#233;ponse du prol&#233;tariat &#224; la politique &#233;conomique du capital financier, &#224; l'imp&#233;rialisme, ne peut &#234;tre le libre &#233;change, mais seulement le socialisme. Ce n'est pas le r&#233;tablissement de la libre concurrence, devenue maintenant un id&#233;al r&#233;actionnaire, qui peut &#234;tre aujourd'hui le but de la politique prol&#233;tarienne, mais uniquement l'abolition compl&#232;te de la concurrence par la suppression du capitalisme. [5]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky a rompu avec le marxisme en d&#233;fendant, pour l'&#233;poque du capital financier, un &#034;id&#233;al r&#233;actionnaire&#034;, la &#034;d&#233;mocratie pacifique&#034;, le &#034;simple poids des facteurs &#233;conomiques&#034;, car cet id&#233;al r&#233;trograde &lt;strong&gt;objectivement&lt;/strong&gt; du capitalisme monopoliste au capitalisme non monopoliste, il est une duperie r&#233;formiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le commerce avec l'Egypte (ou avec toute autre colonie ou semi-colonie) &#034;se f&#251;t accru&#034; davantage sans occupation militaire, sans imp&#233;rialisme, sans capital financier. Qu'est-ce &#224; dire ? Que le capitalisme se d&#233;velopperait plus rapidement si la libre concurrence n'&#233;tait limit&#233;e ni par les monopoles en g&#233;n&#233;ral, ni par les &#034;relations&#034; ou le joug (c'est-&#224;-dire encore le monopole) du capital financier, ni par la possession monopoliste des colonies par certains pays ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les raisonnements de Kautsky ne sauraient avoir un autre sens : or, &lt;strong&gt;ce&lt;/strong&gt; &#034;sens&#034; est un non-sens. Admettons que, en effet, la libre concurrence, sans monopoles d'aucune sorte, &lt;strong&gt;puisse&lt;/strong&gt; d&#233;velopper plus rapidement le capitalisme et le commerce. Mais plus le d&#233;veloppement du commerce et du capitalisme est rapide, et plus est forte la concentration de la production et du capital, laquelle &lt;strong&gt;engendre&lt;/strong&gt; le monopole. Et les monopoles sont d&#233;j&#224; n&#233;s, - &lt;strong&gt;issus,&lt;/strong&gt; pr&#233;cis&#233;ment de la libre concurrence ! Si m&#234;me les monopoles se sont mis de nos jours &#224; freiner le d&#233;veloppement, ce n'est cependant pas un argument en faveur de la libre concurrence, qui n'est plus possible depuis qu'elle a engendr&#233; les monopoles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tournez et retournez les raisonnements de Kautsky, vous n'y trouverez rien d'autre qu'esprit r&#233;actionnaire et r&#233;formisme bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on corrige ce raisonnement et que l'on dise, avec Spectator : le commerce des colonies anglaises se d&#233;veloppe aujourd'hui moins vite avec la m&#233;tropole qu'avec les autres pays, Kautsky n'en sera pas quitte pour autant. Car ce qui cr&#233;e des difficult&#233;s &#224; l'Angleterre, c'est &lt;strong&gt;aussi&lt;/strong&gt; le monopole, c'est &lt;strong&gt;aussi&lt;/strong&gt; l'imp&#233;rialisme, mais ceux d'autres pays (Am&#233;rique, Allemagne). On sait que les cartels ont entra&#238;n&#233; la cr&#233;ation de tarifs protectionnistes d'un type nouveau et original : comme l'avait d&#233;j&#224; not&#233; Engels dans le livre III du &lt;strong&gt;Capital &lt;/strong&gt;on prot&#232;ge pr&#233;cis&#233;ment les produits susceptibles d'&#234;tre export&#233;s. On sait &#233;galement que les cartels et le capital financier ont un syst&#232;me qui leur est propre, celui de l'&#034;exportation &#224; vil prix&#034;, du &#034;dumping&#034;, comme disent les Anglais : &#224; l'int&#233;rieur du pays, le cartel vend ses produits au prix fort, fix&#233; par le monopole ; &#224; l'&#233;tranger, il les vend &#224; un prix d&#233;risoire pour ruiner un concurrent, &#233;tendre au maximum sa propre production, etc. Si l'Allemagne d&#233;veloppe son commerce avec les colonies anglaises plus rapidement que l'Angleterre elle-m&#234;me, cela ne prouve qu'une chose, c'est que l'imp&#233;rialisme allemand est plus jeune, plus fort, mieux organis&#233; que l'imp&#233;rialisme anglais, qu'il lui est sup&#233;rieur ; mais cela ne prouve nullement la &#034;supr&#233;matie&#034; du commerce libre. Car cette lutte ne dresse pas le commerce libre contre le protectionnisme, contre la d&#233;pendance coloniale, mais oppose l'un &#224; l'autre deux imp&#233;rialismes rivaux, deux monopoles, deux groupements du capital financier. La supr&#233;matie de l'imp&#233;rialisme allemand sur l'imp&#233;rialisme anglais est plus forte que la muraille des fronti&#232;res coloniales ou des tarifs douaniers protecteurs ; en tirer &#034;argument&#034; en &lt;strong&gt;faveur&lt;/strong&gt; de la libert&#233; du commerce et de la &#034;d&#233;mocratie pacifique&#034;, c'est d&#233;biter des platitudes, c'est oublier les traits et les caract&#232;res essentiels de l'imp&#233;ralisme, c'est substituer au marxisme le r&#233;formisme petit-bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est int&#233;ressant de noter que m&#234;me l'&#233;conomiste bourgeois A. Lansburgh, dont la critique de l'imp&#233;rialisme est aussi petite-bourgeoise que celle de Kautsky, a pourtant &#233;tudi&#233; plus scientifiquement que ce dernier les donn&#233;es de la statistique commerciale. Il n'a pas fait porter sa comparaison sur un pays pris au hasard et uniquement une colonie, d'une part, avec les autres pays, d'autre part, mais sur les exportations d'un pays imp&#233;rialiste 1) dans les pays qui lui empruntent de l'argent et sont financi&#232;rement d&#233;pendants &#224; son &#233;gard et 2) dans les pays qui en sont financi&#232;rement ind&#233;pendants. Et voici le tableau qu'il a obtenu :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exportations de l'Allemagne (en millions de marks)&lt;br class='autobr' /&gt; 1889	1908	Augmentation en %&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pays financi&#232;rement d&#233;pendants de l'Allemagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Roumanie	48,2	70,8	+ 47%&lt;br class='autobr' /&gt;
Portugal	19	32,8	+ 73%&lt;br class='autobr' /&gt;
Argentine	60,7	147	+ 143%&lt;br class='autobr' /&gt;
Br&#233;sil	48,7	84,5	+ 73%&lt;br class='autobr' /&gt;
Chili	28,3	52,4	+ 85%&lt;br class='autobr' /&gt;
Turquie	29,9	64	+ 114%&lt;br class='autobr' /&gt;
Total	234,8	451,5	+ 92%&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les pays financi&#232;rement ind&#233;pendants de l'Allemagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Grande-Bretagne	651,8	997,4	+ 53%&lt;br class='autobr' /&gt;
France	210,2	437,9	+ 108%&lt;br class='autobr' /&gt;
Belgique	137,2	322,8	+ 135%&lt;br class='autobr' /&gt;
Suisse	177,4	401,1	+ 127%&lt;br class='autobr' /&gt;
Australie	21,2	64,5	+ 205%&lt;br class='autobr' /&gt;
Indes n&#233;erlandaises	8,8	40,7	+ 363%&lt;br class='autobr' /&gt;
Total	1206,6	2264,4	+ 87%&lt;br class='autobr' /&gt;
Lansburgh n'a pas tir&#233; de &lt;strong&gt;conclusions&lt;/strong&gt; et, de ce fait, par une singuli&#232;re inadvertance, il n'a pas remarqu&#233; que &lt;strong&gt;si&lt;/strong&gt; ces chiffres prouvent quelque chose, ce n'est que &lt;strong&gt;contre&lt;/strong&gt; lui, car les exportations vers des pays financi&#232;rement d&#233;pendants se sont &lt;strong&gt;tout de m&#234;me&lt;/strong&gt; d&#233;velopp&#233;es un peu &lt;strong&gt;plus vite&lt;/strong&gt; qu'en direction des pays financi&#232;rement ind&#233;pendants (nous soulignons notre &#034;si&#034;, car la statistique de Lansburgh est loin d'&#234;tre compl&#232;te).&lt;br class='autobr' /&gt;
Etablissant le lien qui existe entre les exportations et les emprunts, Lansburgh &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En 1890-91, un emprunt roumain fut contract&#233; par l'entremise des banques allemandes, qui, les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes, avaient d&#233;j&#224; consenti des avances sur cet emprunt. Il servit principalement &#224; des achats en Allemagne de mat&#233;riel ferroviaire. En 1891, les exportations allemandes vers la Roumanie s'&#233;levaient &#224; 55 millions de marks. L'ann&#233;e d'apr&#232;s, elles tombaient &#224; 39,4 millions, pour descendre par paliers jusqu'&#224; 25,4 millions en 1900. Elles n'ont rejoint le niveau de 1891 que ces toutes derni&#232;res ann&#233;es, gr&#226;ce &#224; deux nouveaux emprunts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les exportations allemandes au Portugal s'&#233;lev&#232;rent, par suite des emprunts de 1888-89, &#224; 21,1 millions de marks (1890), pour retomber dans les deux ann&#233;es qui suivirent &#224; 16,2 et 7,4 millions ; elles ne remont&#232;rent &#224; leur ancien niveau qu'en 1903.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chiffres concernant le commerce de l'Allemagne avec l'Argentine sont encore plus significatifs. A la suite des emprunts de 1888 et de 1890, les exportations vers l'Argentine atteignirent, en 1889, 60,7 millions de marks. Deux ans plus tard, elles n'&#233;taient plus que de 18,6 millions, soit &#224; peine, le tiers du chiffre pr&#233;c&#233;dent. Ce n'est qu'en 1901 qu'elles atteignirent et d&#233;pass&#232;rent leur niveau de 1889, gr&#226;ce &#224; de nouveaux emprunts contract&#233;s en Allemagne par l'Etat et les villes, ainsi qu'&#224; des avances de fonds pour la construction d'usines &#233;lectriques et &#224; d'autres op&#233;rations de cr&#233;dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la suite de l'emprunt de 1889, les exportations vers le Chili s'&#233;lev&#232;rent &#224; 45,2 millions (1892) ; elles retomb&#232;rent un an plus tard &#224; 22,5 millions. Apr&#232;s un nouvel emprunt contract&#233; par l'interm&#233;diaire des banques allemandes en 1906, les exportations mont&#232;rent &#224; 84,7 millions en 1907 pour retomber, en 1908, &#224; 52,4 millions. [6]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
De ces faits, Lansburgh tire cette plaisante moralit&#233; petite-bourgeoise que les exportations li&#233;es aux emprunts sont instables et irr&#233;guli&#232;res, qu'il est f&#226;cheux d'exporter des capitaux &#224; l'&#233;tranger au lieu de d&#233;velopper &#034;naturellement&#034; et &#034;harmonieusement&#034; l'industrie nationale, que les pots-de-vin se chiffrant par millions distribu&#233;s &#224; l'occasion des emprunts &#233;trangers reviennent &#034;cher&#034; &#224; la firme Krupp, etc. Mais les faits attestent clairement : la mont&#233;e des exportations est &lt;strong&gt;justement&lt;/strong&gt; li&#233;e aux tripotages du capital financier, qui ne se soucie gu&#232;re de morale bourgeoise et &#233;corche deux fois le m&#234;me boeuf : d'abord, les b&#233;n&#233;fices de l'emprunt ; ensuite, les b&#233;n&#233;fices que rapporte ce m&#234;me emprunt quand il est employ&#233; &#224; l'achat des produits de Krupp ou du mat&#233;riel ferroviaire du Syndicat de l'acier, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;p&#233;tons que nous ne consid&#233;rons pas du tout la statistique de Lansburgh comme une perfection. Mais il fallait absolument la reproduire, parce qu'elle est plus scientifique que celle de Kautsky et de Spectator, parce que Lansburgh donne la bonne mani&#232;re de poser la question. Pour traiter du r&#244;le du capital financier en mati&#232;re d'exportation, etc., il faut savoir distinguer le lien qui existe sp&#233;cialement et exclusivement entre l'exportation et les tripotages des financiers, sp&#233;cialement et exclusivement entre l'exportation et l'&#233;coulement des produits des cartels, etc. Tandis que comparer simplement les colonies en g&#233;n&#233;ral aux non-colonies, un imp&#233;rialisme &#224; un autre, une semi-colonie ou une colonie (l'Egypte) &#224; tous les autres pays, c'est tourner la question et masquer ce qui en fait justement le &lt;strong&gt;fond&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la critique th&#233;orique de l'imp&#233;rialisme par Kautsky n'a rien de commun avec le marxisme, si elle ne peut que servir de marchepied &#224; la propagande de la paix et de l'unit&#233; avec les opportunistes et les social-chauvins, c'est parce qu'elle &#233;lude et estompe justement les contradictions les plus profondes, les plus fondamentales de l'imp&#233;rialisme : contradiction entre les monopoles et la libre concurrence qui s'exerce &#224; c&#244;t&#233; d'eux, celle entre les formidables &#034;op&#233;rations&#034; (et les formidables profits) du capital financier et le commerce &#034;honn&#234;te&#034; sur le march&#233; libre, celle entre les cartels et les trusts, d'une part, et l'industrie non cartellis&#233;e, d'autre part, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fameuse th&#233;orie de l'&#034;ultra-imp&#233;rialisme&#034; invent&#233;e par Kautsky rev&#234;t un caract&#232;re tout aussi r&#233;actionnaire. Comparez le raisonnement qu'il a fait en 1915 &#224; ce sujet &#224; celui d&#233;velopp&#233; par Hobson en 1902 :&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky : &#034;... La politique imp&#233;rialiste actuelle ne peut-elle pas &#234;tre supplant&#233;e par une politique nouvelle, ultra-imp&#233;rialiste, qui substituerait &#224; la lutte entre les capitaux financiers nationaux l'exploitation de l'univers en commun par le capital financier uni &#224; l'&#233;chelle internationale ? Cette nouvelle phase du capitalisme est en tout cas concevable. Est-elle r&#233;alisable ? Il n'existe pas encore de pr&#233;misses indispensables pour nous permettre de trancher la question.&#034; [7]&lt;br class='autobr' /&gt;
Hobson : &#034;Le christianisme, qui a pris solidement pied dans un petit nombre de grands empires f&#233;d&#233;raux dont chacun poss&#232;de une s&#233;rie de colonies non civilis&#233;es et de pays d&#233;pendants, appara&#238;t &#224; beaucoup comme le d&#233;veloppement le plus logique des tendances modernes, d&#233;veloppement qui donnerait le plus d'espoir d'une paix durable sur la base solide d'un inter-imp&#233;rialisme.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky appelle ultra-imp&#233;rialisme ce que Hobson a appel&#233;, treize ans avant lui, inter-imp&#233;rialisme. Outre l'invention d'un nouveau vocable savantissime au moyen du remplacement d'une particule latine par une autre, le progr&#232;s de la pens&#233;e &#034;scientifique&#034; de Kautsky se r&#233;sume &#224; vouloir faire passer pour du marxisme ce que Hobson pr&#233;sente en substance comme l'hypocrisie de la pr&#234;traille anglaise. Apr&#232;s la guerre anglo-boer, il &#233;tait tout naturel que cette caste hautement respectable orient&#226;t le gros de ses efforts vers la &lt;strong&gt;consolation&lt;/strong&gt; des petits bourgeois et des ouvriers anglais, qui avaient perdu beaucoup des leurs dans les batailles sud-africaines et qui se voyaient infliger un suppl&#233;ment d'imp&#244;ts pour assurer des profits plus &#233;lev&#233;s aux financiers anglais. Pouvait-on mieux les consoler qu'en leur faisant croire que l'imp&#233;rialisme n'&#233;tait pas si mauvais, qu'il &#233;tait proche de l'inter- (ou de l'ultra-) imp&#233;rialisme, susceptible d'assurer une paix permanente ? Quelles que soient les bonnes intentions de la pr&#233;traille anglaise, ou du doucereux Kautsky, la signification sociale objective, c'est-&#224;-dire r&#233;elle, de sa &#034;th&#233;orie&#034; est et ne peut &#234;tre que de consoler les masses, dans un esprit &#233;minemment r&#233;actionnaire, par l'espoir d'une paix permanente en r&#233;gime capitaliste, en d&#233;tournant leur attention des antagonismes aigus et des probl&#232;mes aigus de l'actualit&#233;, et en l'orientant vers les perspectives mensong&#232;res d'on ne sait quel futur &#034;ultra-imp&#233;rialisme&#034; pr&#233;tendument nouveau. Mystification des masses, il n'y a absolument rien d'autre dans la th&#233;orie &#034;marxiste&#034; de Kautsky.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, il suffit de confronter clairement des faits notoires, indiscutables, pour se convaincre de la fausset&#233; des perspectives que Kautsky s'efforce de faire entrevoir aux ouvriers d'Allemagne (et aux ouvriers de tous les pays). Consid&#233;rons l'Inde, l'Indochine et la Chine. On sait que ces trois pays coloniaux et semi-coloniaux, d'une population totale de 600 &#224; 700 millions d'habitants, sont exploit&#233;s par le capital financier de plusieurs puissances imp&#233;rialistes : Angleterre, France, Japon, Etats-Unis, etc. Admettons que ces pays imp&#233;rialistes forment des alliances les uns contre les autres, afin de sauvegarder ou d'&#233;tendre leurs possessions, leurs int&#233;r&#234;ts et leurs &#034;zones d'influence&#034; dans les pays asiatiques mentionn&#233;s. Ce seraient l&#224; des alliances &#034;inter-imp&#233;rialistes&#034; ou &#034;ultra-imp&#233;rialistes&#034;. Admettons que &lt;strong&gt;toutes&lt;/strong&gt; les puissances imp&#233;rialistes concluent une alliance pour un partage &#034;pacifique&#034; de ces pays d'Asie : on pourra parler du &#034;capital financier uni &#224; l'&#233;chelle internationale&#034;. Il existe des exemples de ce genre d'alliances au cours du XXe si&#232;cle, disons dans les rapports des puissances &#224; l'&#233;gard de la Chine. Est-il &#034;concevable&#034; de supposer, le r&#233;gime capitaliste subsistant (condition que suppose justement Kautsky), que ces alliances ne soient pas de courte dur&#233;e, qu'elles excluent les frictions, les conflits et la lutte sous toutes les formes possibles et imaginables ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de poser clairement la question pour voir que la r&#233;ponse ne peut &#234;tre que n&#233;gative. Car il est &lt;strong&gt;in&lt;/strong&gt;concevable en r&#233;gime capitaliste que le partage des zones d'influence, des int&#233;r&#234;ts, des colonies, etc., repose sur autre chose que la &lt;strong&gt;force&lt;/strong&gt; de ceux qui prennent part au partage, la force &#233;conomique, financi&#232;re, militaire, etc. Or, les forces respectives de ces participants au partage varient d'une fa&#231;on in&#233;gale, car il ne peut y avoir en r&#233;gime capitaliste de d&#233;veloppement &lt;strong&gt;uniforme&lt;/strong&gt; des entreprises, des trusts, des industries, des pays. L'Allemagne &#233;tait, il y a un demi-si&#232;cle, une quantit&#233; n&#233;gligeable, par sa force capitaliste compar&#233;e &#224; celle de l'Angleterre d'alors ; il en &#233;tait de m&#234;me du Japon comparativement &#224; la Russie. Est-il &#034;concevable&#034; de supposer que, d'ici une dizaine ou une vingtaine d'ann&#233;es, le rapport des forces entre les puissances imp&#233;rialistes demeurera inchang&#233; ? C'est absolument inconcevable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, les alliances &#034;inter-imp&#233;rialistes&#034; ou &#034;ultra-imp&#233;rialistes&#034; dans la r&#233;alit&#233; capitaliste, et non dans la mesquine fantaisie petite-bourgeoise des pr&#234;tres anglais ou du &#034;marxiste&#034; allemand Kautsky, ne sont in&#233;vitablement, quelles que soient les formes de ces alliances, qu'il s'agisse d'une coalition imp&#233;rialiste dress&#233;e contre une autre, ou d'une union g&#233;n&#233;rale embrassant &lt;strong&gt;toutes&lt;/strong&gt; les puissances imp&#233;rialistes, que des &#034;tr&#234;ves&#034; entre des guerres. Les alliances pacifiques pr&#233;parent les guerres et, &#224; leur tour, naissent de la guerre ; elles se conditionnent les unes les autres, engendrant des alternatives de lutte pacifique et de lutte non pacifique sur &lt;strong&gt;une seule et m&#234;me&lt;/strong&gt; base, celle des liens et des rapports imp&#233;rialistes de l'&#233;conomie mondiale et de la politique mondiale. Or, l'extra-lucide Kautsky, pour rassurer les ouvriers et les r&#233;concilier avec les social-chauvins pass&#233;s aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie, &lt;strong&gt;s&#233;pare&lt;/strong&gt; les deux anneaux de cette seule et m&#234;me cha&#238;ne ; il s&#233;pare l'union pacifique (et ultra-imp&#233;rialiste, voire ultra-ultra-imp&#233;rialiste) actuelle de &lt;strong&gt;toutes&lt;/strong&gt; les puissances pour &#034;pacifier&#034; la Chine (rappelez-vous la r&#233;pression de la r&#233;volte des Boxers) du conflit non pacifique de demain, lequel pr&#233;parera pour apr&#232;s-demain une nouvelle alliance universelle &#034;pacifique&#034; en vue du partage, par exemple, de la Turquie, etc., etc. Au lieu de la liaison vivante entre les p&#233;riodes de paix imp&#233;rialiste et les p&#233;riodes de guerres imp&#233;rialistes, Kautsky offre aux ouvriers une abstraction sophistiqu&#233;e, afin de les r&#233;concilier avec leurs chefs d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la pr&#233;face &#224; son &lt;strong&gt;Histoire de la diplomatie dans le d&#233;veloppement international de l'Europe,&lt;/strong&gt; l'Am&#233;ricain Hill divise l'histoire diplomatique contemporaine en trois p&#233;riodes : 1) l'&#232;re de la r&#233;volution ; 2) le mouvement constitutionnel ; 3) l'&#232;re de l'&#034;imp&#233;rialisme commercial&#034; [8] contemporain. Un autre auteur divise l'histoire de la &#034;politique mondiale&#034; de la Grande-Bretagne depuis 1870 en quatre p&#233;riodes : 1) la premi&#232;re p&#233;riode asiatique (lutte contre la progression de la Russie en Asie centrale vers l'Inde) ; 2) la p&#233;riode africaine (approximativement de 1885 &#224; 1902) - lutte contre la France pour le partage de l'Afrique (Fachoda 1898, on est &#224; un cheveu de la guerre avec la France) ; 3) la deuxi&#232;me p&#233;riode asiatique (trait&#233; avec le Japon contre la Russie) et 4) la p&#233;riode &#034;europ&#233;enne&#034;, caract&#233;ris&#233;e surtout par la lutte contre l'Allemagne [9]. &#034;Les escarmouches politiques d'avant-postes se produisent sur le terrain financier&#034;, &#233;crivait d&#232;s 1905 Riesser, &#034;personnalit&#233;&#034; du monde de la banque, qui montrait comment le capital financier fran&#231;ais op&#233;rant en Italie pr&#233;parait l'alliance politique des deux pays ; comment se d&#233;veloppaient la lutte entre l'Allemagne et l'Angleterre pour la Perse, ainsi que la lutte de tous les capitaux europ&#233;ens pour les emprunts &#224; consentir &#224; la Chine, etc. La voil&#224;, la r&#233;alit&#233; vivante des alliances pacifiques &#034;ultra-imp&#233;rialistes&#034; dans leur liaison indissoluble avec les conflits simplement imp&#233;rialistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'att&#233;nuation par Kautsky des contradictions les plus profondes de l'imp&#233;rialisme, att&#233;nuation qui conduit in&#233;vitablement &#224; farder l'imp&#233;rialisme, n'est pas sans influer &#233;galement sur la critique que fait cet auteur des caract&#232;res politiques de ce dernier. L'imp&#233;rialisme est l'&#233;poque du capital financier et des monopoles, qui provoquent partout des tendances &#224; la domination et non &#224; la libert&#233;. R&#233;action sur toute la ligne, quel que soit le r&#233;gime politique, aggravation extr&#234;me des antagonismes dans ce domaine &#233;galement : tel est le r&#233;sultat de ces tendances. De m&#234;me se renforcent particuli&#232;rement l'oppression nationale et la tendance aux annexions, c'est-&#224;-dire &#224; la violation de l'ind&#233;pendance nationale (car l'annexion n'est rien d'autre qu'une violation du droit des nations &#224; disposer d'elles-m&#234;mes). Hilferding note tr&#232;s justement la liaison entre l'imp&#233;rialisme et le renforcement de l'oppression nationale. &#034;Pour ce qui est des pays nouvellement d&#233;couverts, &#233;crit-il, le capital import&#233; y intensifie les antagonismes et suscite contre les intrus la r&#233;sistance croissante des peuples qui s'&#233;veillent &#224; la conscience national ; cette r&#233;sistance peut facilement aboutir &#224; des mesures dangereuses dirig&#233;es contre le capital &#233;tranger. Les anciens rapports sociaux sont fonci&#232;rement r&#233;volutionn&#233;s ; le particularisme agraire mill&#233;naire des &#034;nations plac&#233;es en marge de l'histoire&#034; est rompu ; elles sont entra&#238;n&#233;es dans le tourbillon capitaliste. C'est le capitalisme lui-m&#234;me qui procure peu a peu aux asservis les voies et moyens de s'&#233;manciper. Et la cr&#233;ation d'un Etat national unifi&#233;, en tant qu'instrument de la libert&#233; &#233;conomique et culturelle, autrefois but supr&#234;me des nations europ&#233;ennes, devient aussi le leur. Ce mouvement d'ind&#233;pendance menace le capital europ&#233;en dans ses domaines d'exploitation les plus pr&#233;cieux, ceux qui lui offrent les plus riches perspectives ; et il ne peut maintenir sa domination qu'en multipliant sans cesse ses forces militaires. [10]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi il faut ajouter que ce n'est pas seulement dans les pays nouvellement d&#233;couverts, mais aussi dans les anciens, que l'imp&#233;rialisme conduit aux annexions, au renforcement du joug national et, partant, &#224; l'exasp&#233;ration de la r&#233;sistance. Tout en s'&#233;levant contre le renforcement de la r&#233;action politique par l'imp&#233;rialisme, Kautsky laisse dans l'ombre une question particuli&#232;rement br&#251;lante, celle de l'impossibilit&#233; de r&#233;aliser l'unit&#233; avec les opportunistes &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme. Tout en s'&#233;levant contre les annexions, il donne &#224; ses protestations la forme la plus inoffensive et la plus ais&#233;ment acceptable pour les opportunistes. Il s'adresse directement &#224; un auditoire allemand et n'en estompe pas moins ce qui est justement le plus important et le plus actuel, par exemple le fait que l'Alsace-Lorraine est une annexion de l'Allemagne. Pour bien mesurer le sens de cette &#034;d&#233;viation intellectuelle&#034; de Kautsky, prenons un exemple. Supposons qu'un Japonais condamne l'annexion des Philippines par les Am&#233;ricains. Se trouvera-t-il beaucoup de gens pour croire qu'il est m&#251; par l'hostilit&#233; aux annexions en g&#233;n&#233;ral, et non par le d&#233;sir d'annexer lui-m&#234;me les Philippines ? Et ne devra-t-on pas reconna&#238;tre que l'on ne peut consid&#233;rer comme sinc&#232;re et politiquement loyale la &#034;lutte&#034; du Japonais contre les annexions que s'il se dresse contre l'annexion de la Cor&#233;e par le Japon et r&#233;clame pour elle la libert&#233; de s&#233;paration d'avec le Japon ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse th&#233;orique, ainsi que la critique &#233;conomique et politique, de l'imp&#233;rialisme par Kautsky sont &lt;strong&gt;enti&#232;rement&lt;/strong&gt; p&#233;n&#233;tr&#233;es d'une tendance absolument incompatible avec le marxisme, qui consiste &#224; estomper et att&#233;nuer les contradictions les plus essentielles et &#224; maintenir &#224; tout prix au sein du mouvement ouvrier europ&#233;en une unit&#233; chancelante avec l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Weltwirtschaftliches Archiv, vol. II, p. 193.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] J. PATOUILLET : L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, Dijon, 1904, p. 272.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Bulletin de l'Institut international de statistique, tome XIX, livre II, p. 225.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] KAUTSKY : Nationalstaat, imperialistischer Staat und Staatenbund, N&#252;rnberg, 1915, pp. 72 et 70.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] R. HILFERDING : Le capital financier, p. 567.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Die Bank, 1909, n&#176;2, pp. 819 et suivantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Neue Zeit, 30 avril 1915, p. 144.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] David Jayne HILL : A History of the Diplomacy in the international development of Europe, vol. I, p. X.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] SCHILDER : ouvr. cit&#233;, 178.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] R. HILFERDING : Le capital financier, p. 487.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;X. LA PLACE DE L'IMPERIALISME DANS L'HISTOIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que, par son essence &#233;conomique, l'imp&#233;rialisme est le capitalisme monopoliste. Cela seul suffit &#224; d&#233;finir la place de l'imp&#233;rialisme dans l'histoire, car le monopole, qui na&#238;t sur le terrain et &#224; partir de la libre concurrence, marque la transition du r&#233;gime capitaliste &#224; un ordre &#233;conomique et social sup&#233;rieur. Il faut noter plus sp&#233;cialement quatre esp&#232;ces principales de monopoles ou manifestations essentielles du capitalisme monopoliste, caract&#233;ristiques de l'&#233;poque que nous &#233;tudions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, le monopole est n&#233; de la concentration de la production, parvenue &#224; un tr&#232;s haut degr&#233; de d&#233;veloppement. Ce sont les groupements monopolistes de capitalistes, les cartels, les syndicats patronaux, les trusts. Nous avons vu le r&#244;le immense qu'ils jouent dans la vie &#233;conomique de nos jours. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, ils ont acquis une supr&#233;matie totale dans les pays avanc&#233;s, et si les premiers pas dans la voie de la cartellisation ont d'abord &#233;t&#233; franchis par les pays ayant des tarifs protectionnistes tr&#232;s &#233;lev&#233;s (Allemagne, Am&#233;rique), ceux-ci n'ont devanc&#233; que de peu l'Angleterre qui, avec son syst&#232;me de libert&#233; du commerce, a d&#233;montr&#233; le m&#234;me fait fondamental, &#224; savoir que les monopoles sont engendr&#233;s par la concentration de la production.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, les monopoles ont entra&#238;n&#233; une mainmise accrue sur les principales sources de mati&#232;res premi&#232;res, surtout dans l'industrie fondamentale, et la plus cartellis&#233;e, de la soci&#233;t&#233; capitaliste : celle de la houille et du fer. Le monopole des principales sources de mati&#232;res premi&#232;res a &#233;norm&#233;ment accru le pouvoir du grand capital et aggrav&#233; la contradiction entre l'industrie cartellis&#233;e et l'industrie non cartellis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, le monopole est issu des banques. Autrefois modestes interm&#233;diaires, elles d&#233;tiennent aujourd'hui le monopole du capital financier. Trois &#224; cinq grosses banques, dans n'importe lequel des pays capitalistes les plus avanc&#233;s, ont r&#233;alis&#233; l'&#034;union personnelle&#034; du capital industriel et du capital bancaire, et concentr&#233; entre leurs mains des milliards et des milliards repr&#233;sentant la plus grande partie des capitaux et des revenus en argent de tout le pays. Une oligarchie financi&#232;re qui enveloppe d'un r&#233;seau serr&#233; de rapports de d&#233;pendance toutes les institutions &#233;conomiques et politiques sans exception de la soci&#233;t&#233; bourgeoise d'aujourd'hui : telle est la manifestation la plus &#233;clatante de ce monopole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatri&#232;mement, le monopole est issu de la politique coloniale. Aux nombreux &#034;anciens&#034; mobiles de la politique coloniale le capital financier a ajout&#233; la lutte pour les sources de mati&#232;res premi&#232;res, pour l'exportation des capitaux, pour les &#034;zones d'influence&#034;, - c'est-&#224;-dire pour les zones de transactions avantageuses, de concessions, de profits de monopole, etc., - et, enfin, pour le territoire &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral. Quand, par exemple, les colonies des puissances europ&#233;ennes ne repr&#233;sentaient que la dixi&#232;me partie de l'Afrique, comme c'&#233;tait encore le cas en 1876, la politique coloniale pouvait se d&#233;velopper d'une fa&#231;on non monopoliste, les territoires &#233;tant occup&#233;s suivant le principe, pourrait-on dire, de la &#034;libre conqu&#234;te&#034;. Mais quand les 9/10 de l'Afrique furent accapar&#233;s (vers 1900) et que le monde entier se trouva partag&#233;, alors commen&#231;a forc&#233;ment l'&#232;re de la possession monopoliste des colonies et, partant, d'une lutte particuli&#232;rement acharn&#233;e pour le partage et le repartage du globe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde sait combien le capitalisme monopoliste a aggrav&#233; toutes les contradictions du capitalisme. Il suffit de rappeler la vie ch&#232;re et le despotisme des cartels. Cette aggravation des contradictions est la plus puissante force motrice de la p&#233;riode historique de transition qui fut inaugur&#233;e par la victoire d&#233;finitive du capital financier mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Monopoles, oligarchie, tendances &#224; la domination au lieu des tendances &#224; la libert&#233;, exploitation d'un nombre toujours croissant de nations petites ou faibles par une poign&#233;e de nations extr&#234;mement riches ou puissantes : tout cela a donn&#233; naissance aux traits distinctifs de l'imp&#233;rialisme qui le font caract&#233;riser comme un capitalisme parasitaire ou pourrissant. C'est avec un relief sans cesse accru que se manifeste l'une des tendances de l'imp&#233;rialisme : la cr&#233;ation d'un &#034;Etat-rentier&#034;, d'un Etat-usurier, dont la bourgeoisie vit de plus en plus de l'exportation de ses capitaux et de la &#034;tonte des coupons&#034;. Mais ce serait une erreur de croire que cette tendance &#224; la putr&#233;faction exclut la croissance rapide du capitalisme ; non, telles branches d'industrie, telles couches de la bourgeoisie, tels pays manifestent &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, avec une force plus ou moins grande, tant&#244;t l'une tant&#244;t l'autre de ces tendances. Dans l'ensemble, le capitalisme se d&#233;veloppe infiniment plus vite qu'auparavant, mais ce d&#233;veloppement devient g&#233;n&#233;ralement plus in&#233;gal, l'in&#233;galit&#233; de d&#233;veloppement se manifestant en particulier par la putr&#233;faction des pays les plus riches en capital (Angleterre).&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sujet du rapide d&#233;veloppement &#233;conomique de l'Allemagne, Riesser, auteur d'une &#233;tude sur les grandes banques allemandes, &#233;crit : &#034;La progression pas tellement lente de l'&#233;poque ant&#233;rieure (1848-1870) est &#224; la rapidit&#233; du d&#233;veloppement de toute l'&#233;conomie allemande, et notamment de ses banques, &#224; cette &#233;poque (1870-1905), &#224; peu pr&#232;s ce qu'est une chaise de poste du bon vieux temps &#224; l'automobile moderne, dont la course devient parfois un danger, aussi bien pour le pi&#233;ton insouciant que pour les occupants de la voiture.&#034; A son tour, ce capital financier qui a grandi extraordinairement vite ne demanderait pas mieux, pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison, que de pouvoir entrer plus &#034;paisiblement&#034; en possession des colonies dont il doit s'emparer, par des moyens qui ne sont pas exclusivement pacifiques, aux d&#233;pens de nations plus riches. Quant aux Etats-Unis, le d&#233;veloppement &#233;conomique y a &#233;t&#233;, en ces derni&#232;res dizaines d'ann&#233;es, encore plus rapide qu'en Allemagne. Et c'est justement &lt;strong&gt;gr&#226;ce&lt;/strong&gt; &#224; cela que les traits parasitaires du capitalisme am&#233;ricain moderne sont apparus de fa&#231;on particuli&#232;rement saillante. D'autre part, la comparaison entre la bourgeoisie r&#233;publicaine des Etats-Unis, par exemple, et la bourgeoisie monarchiste du Japon ou de l'Allemagne montre qu'&#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, les plus grandes diff&#233;rences politiques sont extr&#234;mement att&#233;nu&#233;es, non point qu'elles soient insignifiantes en g&#233;n&#233;ral, mais parce que, dans tous ces cas, il s'agit d'une bourgeoisie ayant des traits parasitaires nettement affirm&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les profits &#233;lev&#233;s que tirent du monopole les capitalistes d'une branche d'industrie parmi beaucoup d'autres, d'un pays parmi beaucoup d'autres, etc., leur donnent la possibilit&#233; &#233;conomique de corrompre certaines couches d'ouvriers, et m&#234;me momentan&#233;ment une minorit&#233; ouvri&#232;re assez importante, en les gagnant &#224; la cause de la bourgeoisie de la branche d'industrie ou de la nation consid&#233;r&#233;es et en les dressant contre toutes les autres. Et l'antagonisme accru des nations imp&#233;rialistes aux prises pour le partage du monde renforce cette tendance. Ainsi se cr&#233;e la liaison de l'imp&#233;rialisme avec l'opportunisme, liaison qui s'est manifest&#233;e en Angleterre plus t&#244;t et avec plus de relief que partout ailleurs du fait que certains traits imp&#233;rialistes de d&#233;veloppement y sont apparus beaucoup plus t&#244;t que dans les autres pays. Il est des auteurs, L. Martov par exemple, qui se plaisent &#224; escamoter la liaison de l'imp&#233;rialisme avec l'opportunisme existant au sein du mouvement ouvrier, - chose qui, aujourd'hui, saute aux yeux - par des raisonnements d'un &#034;optimisme de commande&#034; (dans la mani&#232;re de Kautsky et de Huysmans) &#224; l'exemple de ceux-ci : la cause des adversaires du capitalisme serait sans espoir si le capitalisme avanc&#233;, pr&#233;cis&#233;ment, conduisait au renforcement de l'opportunisme ou si les ouvriers pr&#233;cis&#233;ment les mieux pay&#233;s, se montraient enclins &#224; l'opportunisme, etc. Il ne faut pas se leurrer sur la valeur de cet &#034;optimisme&#034;, c'est un optimisme &#224; l'&#233;gard de l'opportunisme, un optimisme qui sert &#224; masquer l'opportunisme. En r&#233;alit&#233;, la rapidit&#233; particuli&#232;re et le caract&#232;re particuli&#232;rement odieux du d&#233;veloppement de l'opportunisme ne sont nullement une garantie de sa victoire durable, de m&#234;me que le prompt d&#233;veloppement d'une tumeur maligne dans un organisme sain ne peut qu'acc&#233;l&#233;rer la maturation et l'&#233;limination de l'abc&#232;s et la gu&#233;rison de l'organisme. Les gens les plus dangereux &#224; cet &#233;gard sont ceux qui ne veulent pas comprendre que, si elle n'est pas indissolublement li&#233;e &#224; la lutte contre l'opportunisme, la lutte contre l'imp&#233;rialisme est une phrase creuse et mensong&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
De tout ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut sur la nature &#233;conomique de l'imp&#233;rialisme, il ressort qu'on doit le caract&#233;riser comme un capitalisme de transition ou, plus exactement, comme un capitalisme agonisant. Il est extr&#234;mement instructif, &#224; cet &#233;gard, de constater que les &#233;conomistes bourgeois, en d&#233;crivant le capitalisme moderne, emploient fr&#233;quemment des termes tels que : &#034;entrelacement&#034;, &#034;absence d'isolement&#034;, etc. ; les banques sont &#034;des entreprises qui, par leurs t&#226;ches et leur d&#233;veloppement, n'ont pas un caract&#232;re &#233;conomique strictement priv&#233; et &#233;chappent de plus en plus &#224; la sph&#232;re de la r&#233;glementation &#233;conomique strictement priv&#233;e&#034;. Et ce m&#234;me Riesser, de qui sont ces derniers mots, proclame avec le plus grand s&#233;rieux que la &#034;pr&#233;diction&#034; des marxistes concernant la &#034;socialisation&#034; &#034;ne s'est pas r&#233;alis&#233;e&#034; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Que veut donc dire ce mot d'&#034;entrelacement&#034; ? Il traduit simplement le trait le plus saillant du processus qui se d&#233;roule sous nos yeux. Il montre que l'observateur parle des arbres, mais ne voit pas la for&#234;t. Il copie servilement ce qui est ext&#233;rieur, fortuit, chaotique. Il d&#233;nonce dans l'observateur un homme &#233;cras&#233; par le fait brut, et totalement incapable d'en d&#233;gager le sens et la valeur. Possession d'actions et rapports entre propri&#233;taires priv&#233;s &#034;s'entrelacent accidentellement&#034;. Mais ce qu'il y a derri&#232;re cet entrelacement, ce qui en constitue la base, ce sont les rapports sociaux de production et leur perp&#233;tuel changement. Quand une grosse entreprise devient une entreprise g&#233;ante et qu'elle organise m&#233;thodiquement, en tenant un compte exact d'une foule de renseignements, l'acheminement des deux tiers ou des trois quarts des mati&#232;res premi&#232;res de base n&#233;cessaires &#224; des dizaines de millions d'hommes ; quand elle organise syst&#233;matiquement le transport de ces mati&#232;res premi&#232;res jusqu'aux lieux de production les mieux appropri&#233;s, qui se trouvent parfois &#224; des centaines et des milliers de verstes ; quand un centre unique a la haute main sur toutes les phases successives du traitement des mati&#232;res premi&#232;res, jusque et y compris la fabrication de toute une s&#233;rie de vari&#233;t&#233;s de produits finis ; quand la r&#233;partition de ces produits se fait d'apr&#232;s un plan unique parmi des dizaines et des centaines de millions de consommateurs (vente du p&#233;trole en Am&#233;rique et en Allemagne par la &#034;Standard Oil&#034; am&#233;ricaine), alors, il devient &#233;vident que nous sommes en pr&#233;sence d'une socialisation de la production et non point d'un simple &#034;entrelacement&#034;, et que les rapports relevant de l'&#233;conomie priv&#233;e et de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e forment une enveloppe qui est sans commune mesure avec son contenu, qui doit n&#233;cessairement entrer en putr&#233;faction si l'on cherche &#224; en retarder artificiellement l'&#233;limination, qui peut continuer &#224; pourrir pendant un laps de temps relativement long (dans le pire des cas, si l'abc&#232;s opportuniste tarde &#224; percer), mais qui n'en sera pas moins in&#233;luctablement &#233;limin&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Schulze-Gaevernitz, admirateur enthousiaste de l'imp&#233;rialisme allemand, s'exclame :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Si, en d&#233;finitive. la direction des banques allemandes incombe &#224; une douzaine de personnes, l'activit&#233; de ces derni&#232;res est d&#233;sormais plus importante pour le bien public que celle de la majorit&#233; des ministres&#034; (il vaut mieux oublier ici l'&#034;entrelacement&#034; des hommes des banques, des ministres, des industriels, des rentiers)... &#034;Imaginons que les tendances que nous avons relev&#233;es soient all&#233;es jusqu'au bout de leur &#233;volution : le capital-argent de la nation est concentr&#233; dans les banques ; celles-ci sont li&#233;es entre elles au sein d'un cartel ; le capital d'investissement de la nation a pris la forme de titres. Alors se r&#233;alisent les paroles g&#233;niales de Saint-Simon : &#034;L'anarchie actuelle de la production, qui provient du fait que les relations &#233;conomiques se d&#233;veloppent sans r&#233;gularisation uniforme, doit c&#233;der la place &#224; l'organisation de la production. La production ne sera plus dirig&#233;e par des chefs d'entreprise isol&#233;s ind&#233;pendants les uns des autres et ignorant les besoins &#233;conomiques des hommes, mais par une institution sociale. L'autorit&#233; administrative centrale, capable de consid&#233;rer d'un point de vue plus &#233;lev&#233; le vaste domaine de l'&#233;conomie sociale, la r&#233;gularisera d'une mani&#232;re qui soit utile &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, remettra les moyens de production en des mains qualifi&#233;es, et veillera notamment &#224; une constante harmonie entre la production et la consommation. Il y a des &#233;tablissements qui, au nombre de leurs t&#226;ches, se sont assign&#233; une certaine organisation de l'oeuvre &#233;conomique : ce sont les banques.&#034; Nous sommes encore loin de la r&#233;alisation de ces paroles de Saint-Simon, mais nous y allons ; c'est du marxisme, autre que ne se le repr&#233;sentait Marx, mais uniquement par la forme. [1] &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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