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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Marx et Engels sur l'organisation des travailleurs</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;1847 &lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1847&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ves et regroupements de travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout mouvement &#224; la hausse des salaires ne peut avoir d'autre effet qu'une hausse du prix du bl&#233;, du vin, etc., c'est-&#224;-dire l'effet d'une disette. A quoi servent les salaires ? Il s'agit du prix de revient du ma&#239;s, etc. ; ils sont le prix int&#233;gral de tout. On peut aller encore plus loin : le salaire est la proportion des &#233;l&#233;ments composant la richesse et consomm&#233;s de mani&#232;re reproductive chaque jour par la masse des travailleurs. Or, doubler les salaires... c'est attribuer &#224; chacun des producteurs une part plus grande que son produit, ce qui est contradictoire, et si la hausse ne s'&#233;tend qu'&#224; un petit nombre d'industries, elle am&#232;ne une perturbation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes ; en un mot, une disette....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible, je le d&#233;clare, que des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires n'aboutissent pas &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix : c'est aussi certain que deux et deux font quatre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 110 et 111)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nions toutes ces affirmations, sauf que deux et deux font quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il n'y a pas de hausse g&#233;n&#233;rale des prix . Si le prix de tout double en m&#234;me temps que les salaires, il n'y a pas de changement de prix, le seul changement est celui des termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires ne peut jamais produire une hausse plus ou moins g&#233;n&#233;rale du prix des marchandises. En fait, si chaque industrie employait le m&#234;me nombre de travailleurs par rapport au capital fixe ou aux instruments utilis&#233;s, une augmentation g&#233;n&#233;rale des salaires produirait une baisse g&#233;n&#233;rale des profits et le prix courant des marchandises ne subirait aucune modification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le rapport entre le travail manuel et le capital fixe n'est pas le m&#234;me dans les diff&#233;rentes industries, toutes les industries qui emploient une masse relativement plus grande de capital et moins de travailleurs seront oblig&#233;es t&#244;t ou tard de baisser le prix de leurs marchandises. Dans le cas contraire, o&#249; le prix de leurs marchandises ne baisse pas, leur profit s'&#233;l&#232;vera au-dessus du taux commun des profits. Les machines ne sont pas des salari&#233;s. La hausse g&#233;n&#233;rale des salaires affectera donc moins les industries qui, par rapport aux autres, emploient plus de machines que de travailleurs. Mais comme la concurrence tend toujours &#224; niveler le taux des profits, les profits qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus du taux moyen ne peuvent qu'&#234;tre transitoires. Ainsi, &#224; quelques fluctuations pr&#232;s, une hausse g&#233;n&#233;rale des salaires conduira, non comme le dit M. Proudhon, &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, mais &#224; une baisse partielle, c'est-&#224;-dire une baisse du prix courant des marchandises fabriqu&#233;es. principalement &#224; l'aide de machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse et la baisse des profits et des salaires expriment simplement la proportion dans laquelle capitalistes et ouvriers se partagent le produit d'une journ&#233;e de travail, sans influencer dans la plupart des cas le prix du produit. Mais que &#171; des gr&#232;ves suivies d'augmentations de salaires aboutissent &#224; une hausse g&#233;n&#233;rale des prix, voire &#224; une disette &#187;, voil&#224; des notions qui ne peuvent fleurir que dans le cerveau d'un po&#232;te incompris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, les gr&#232;ves ont r&#233;guli&#232;rement donn&#233; lieu &#224; l'invention et &#224; l'application de nouvelles machines. Les machines &#233;taient, peut-on dire, l'arme employ&#233;e par le capitaliste pour r&#233;primer la r&#233;volte du travail sp&#233;cialis&#233;. La mule autonome , la plus grande invention de l'industrie moderne, mit hors de combat les fileurs r&#233;volt&#233;s. Si les coalitions et les gr&#232;ves n'avaient d'autre effet que de faire r&#233;agir contre elles les efforts du g&#233;nie m&#233;canique, elles exerceraient encore une immense influence sur le d&#233;veloppement de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve, continue M. Proudhon, dans un article publi&#233; par M. L&#233;on Faucher... septembre 1845, que depuis quelque temps les ouvriers britanniques ont perdu l'habitude de se regrouper, ce qui est assur&#233;ment un progr&#232;s pour lequel on ne peut mais f&#233;licitez-les : mais cette am&#233;lioration du moral des ouvriers vient surtout de leur &#233;ducation &#233;conomique. &#171; Ce n'est pas des fabricants, s'&#233;crie un ouvrier de filature lors d'une r&#233;union &#224; Bolton, que d&#233;pendent les salaires. Dans les p&#233;riodes de d&#233;pression, les ma&#238;tres ne sont pour ainsi dire que le fouet dont la n&#233;cessit&#233; s'arme et, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent porter des coups. Le principe r&#233;gulateur est la relation entre l'offre et la demande ; et les ma&#238;tres n'ont pas ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Bien jou&#233; !&#034; s'&#233;crie M. Proudhon. &#171; Ce sont des travailleurs bien form&#233;s, des travailleurs mod&#232;les, etc., etc., etc. Une telle pauvret&#233; n'existait pas en Grande-Bretagne ; il ne traversera pas la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Proudhon, Vol. I, p. 261 et 262)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes les villes d'Angleterre, Bolton est celle o&#249; le radicalisme est le plus d&#233;velopp&#233;. Les ouvriers de Bolton sont connus pour &#234;tre les plus r&#233;volutionnaires de tous. A l'&#233;poque de la grande agitation en Angleterre pour l'abolition des Corn Laws, les fabricants anglais pensaient qu'ils ne pourraient faire face aux propri&#233;taires terriens qu'en mettant les ouvriers au premier plan. Mais comme les int&#233;r&#234;ts des ouvriers n'&#233;taient pas moins oppos&#233;s &#224; ceux des fabricants que les int&#233;r&#234;ts des fabricants ne l'&#233;taient &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, il &#233;tait naturel que les fabricants se trouvent mal dans les r&#233;unions ouvri&#232;res. Qu'ont fait les constructeurs ? Pour sauver les apparences, ils organis&#232;rent des r&#233;unions compos&#233;es en grande partie de contrema&#238;tres, du petit nombre d'ouvriers qui leur &#233;taient d&#233;vou&#233;s et des vrais amis du m&#233;tier . Lorsque, plus tard, les v&#233;ritables travailleurs ont tent&#233;, comme &#224; Bolton et &#224; Manchester, de prendre part &#224; ces fausses manifestations pour protester contre elles, on leur a interdit l'entr&#233;e au motif qu'il s'agissait d'une r&#233;union &#224; billet &#8211; une r&#233;union &#224; laquelle seules les personnes ayant les qualifications requises &#233;taient autoris&#233;es. les cartes d'entr&#233;e &#233;taient admises. Pourtant les affiches placard&#233;es sur les murs annon&#231;aient des r&#233;unions publiques. Chaque fois qu'une de ces r&#233;unions avait lieu, les journaux des constructeurs rendaient compte de mani&#232;re pompeuse et d&#233;taill&#233;e des discours prononc&#233;s. Il va sans dire que ce sont les contrema&#238;tres qui faisaient ces discours. Les journaux de Londres les reproduisent mot pour mot. M. Proudhon a le malheur de prendre des contrema&#238;tres pour de simples ouvriers, et il leur enjoint de ne pas traverser la Manche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en 1844 et 1845 les gr&#232;ves retinrent moins l'attention qu'auparavant, c'est parce que 1844 et 1845 furent les deux premi&#232;res ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; que l'industrie britannique connut depuis 1837. N&#233;anmoins aucun des syndicats n'avait &#233;t&#233; dissous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons maintenant les contrema&#238;tres de Bolton. Selon eux, les fabricants n'ont aucun contr&#244;le sur les salaires parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits, et ils n'ont aucun contr&#244;le sur le prix des produits parce qu'ils n'ont aucun contr&#244;le sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi ils souhaitent qu'il soit entendu qu'il ne faut pas former de coalitions pour extorquer aux patrons une augmentation de salaire. M. Proudhon, au contraire, interdit les coalitions, de peur qu'elles ne soient suivies d'une hausse des salaires qui n'entra&#238;nerait une disette g&#233;n&#233;rale. Inutile de dire que sur un point il y a une entente cordiale entre les contrema&#238;tres et M. Proudhon : qu'une hausse des salaires &#233;quivaut &#224; une hausse du prix des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crainte de la disette est-elle la v&#233;ritable cause de la rancune de M. Proudhon ? Non. Tout simplement, il est ennuy&#233; par les contrema&#238;tres de Bolton parce qu'ils d&#233;terminent la valeur par l'offre et la demande et ne tiennent pratiquement pas compte de la valeur constitu&#233;e , de la valeur pass&#233;e &#224; l'&#233;tat de constitution, de la constitution de la valeur, y compris l'&#233;changeabilit&#233; permanente et toutes les autres proportionnalit&#233;s de rapports et rapports de proportionnalit&#233;, avec la Providence &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une gr&#232;ve ouvri&#232;re est ill&#233;gale, et ce n'est pas seulement le Code p&#233;nal qui le dit, c'est le syst&#232;me &#233;conomique, la n&#233;cessit&#233; de l'ordre &#233;tabli...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que chaque ouvrier individuellement dispose librement de sa personne et de ses mains, cela peut &#234;tre tol&#233;r&#233;, mais que les ouvriers entreprennent par coalition de faire violence au monopole, c'est quelque chose que la soci&#233;t&#233; ne peut permettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vol. I, p. 334 et 335)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Proudhon veut faire passer un article du Code p&#233;nal comme une cons&#233;quence n&#233;cessaire et g&#233;n&#233;rale des rapports de production bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, le regroupement est autoris&#233; par une loi du Parlement, et c'est le syst&#232;me &#233;conomique qui a contraint le Parlement &#224; accorder cette autorisation l&#233;gale. En 1825, lorsque, sous le ministre Huskisson, le Parlement dut modifier la loi pour la rendre de plus en plus conforme aux conditions r&#233;sultant de la libre concurrence, il dut n&#233;cessairement abolir toutes les lois interdisant les regroupements d'ouvriers. Plus l'industrie et la concurrence se d&#233;veloppent, plus il y a d'&#233;l&#233;ments qui provoquent et renforcent la combinaison, et d&#232;s que la combinaison devient un fait &#233;conomique, gagnant chaque jour en solidit&#233;, elle ne tardera pas &#224; devenir un fait juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'article du Code p&#233;nal prouve tout au plus que l'industrie moderne et la concurrence n'&#233;taient pas encore bien d&#233;velopp&#233;es sous l'Assembl&#233;e constituante et sous l'Empire. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomistes et socialistes [*1] sont d'accord sur un point : la condamnation de la combinaison . Seulement, ils ont des motifs diff&#233;rents pour justifier leur acte de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes disent aux travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas. Par la combinaison vous g&#234;nez le progr&#232;s r&#233;gulier de l'industrie, vous emp&#234;chez les fabricants d'ex&#233;cuter leurs commandes, vous perturbez le commerce et vous pr&#233;cipitez l'invasion des machines qui, en rendant votre travail en partie inutile, vous obligent &#224; accepter un salaire encore inf&#233;rieur. D'ailleurs, quoi que vous fassiez, votre salaire sera toujours d&#233;termin&#233; par le rapport des mains demand&#233;es aux mains fournies, et c'est un effort aussi ridicule que dangereux pour vous de vous r&#233;volter contre les lois &#233;ternelles de l'&#233;conomie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes disent aux ouvriers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne combinez pas, car de toute fa&#231;on, qu'y gagnerez-vous ? Une hausse des salaires ? Les &#233;conomistes vous prouveront bien clairement que les quelques gains que vous pourrez en tirer pendant quelques instants si vous r&#233;ussissez seront suivis d'une baisse permanente. D'habiles calculateurs vous prouveront qu'il vous faudrait des ann&#233;es pour r&#233;cup&#233;rer, par l'augmentation de vos salaires, les d&#233;penses occasionn&#233;es par l'organisation et l'entretien des combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous, socialistes, vous disons qu'en dehors de la question d'argent, vous continuerez n&#233;anmoins &#224; &#234;tre des ouvriers, et que les ma&#238;tres continueront &#224; &#234;tre les ma&#238;tres, comme avant. Donc pas de combinaison ! Pas de politique ! Car entrer en coalition, n'est-ce pas s'engager dans la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes veulent que les ouvriers restent dans la soci&#233;t&#233; telle qu'elle est constitu&#233;e et telle qu'elle a &#233;t&#233; sign&#233;e et scell&#233;e par eux dans leurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes veulent que les ouvriers abandonnent l'ancienne soci&#233;t&#233; pour mieux pouvoir entrer dans la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'ils leur ont pr&#233;par&#233;e avec tant de pr&#233;voyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les deux, malgr&#233; les manuels et les utopies, la combinaison n'a pas encore cess&#233; un instant d'avancer et de cro&#238;tre avec le d&#233;veloppement et la croissance de l'industrie moderne. Elle est aujourd'hui parvenue &#224; un tel stade que le degr&#233; auquel la combinaison s'est d&#233;velopp&#233;e dans un pays donn&#233; marque clairement le rang qu'il occupe dans la hi&#233;rarchie du march&#233; mondial. L'Angleterre, dont l'industrie a atteint le plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement, poss&#232;de les combinaisons les plus nombreuses et les mieux organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre, on ne s'est pas arr&#234;t&#233; &#224; des combinaisons partielles qui n'ont d'autre objectif qu'une frappe passag&#232;re, et qui disparaissent avec elle. Des coalitions permanentes se sont constitu&#233;es, des syndicats , qui servent de remparts aux ouvriers dans leurs luttes contre le patronat. Et &#224; l'heure actuelle, tous ces syndicats locaux trouvent un point de ralliement dans la National Association of United Trades , dont le comit&#233; central est &#224; Londres et qui compte d&#233;j&#224; 80 000 membres. L'organisation de ces gr&#232;ves, coalitions et syndicats se poursuivit simultan&#233;ment avec les luttes politiques des ouvriers, qui constituent aujourd'hui un grand parti politique, sous le nom de Chartistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative des travailleurs de s'associer entre eux se fait toujours sous forme de combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande industrie concentre en un m&#234;me lieu une foule de gens qui ne se connaissent pas. La concurrence divise leurs int&#233;r&#234;ts. Mais le maintien des salaires, cet int&#233;r&#234;t commun qu'ils ont contre leur patron, les unit dans une pens&#233;e commune de r&#233;sistance &#8211; de combinaison . Ainsi, la coalition a toujours un double objectif : mettre un terme &#224; la concurrence entre les travailleurs, afin qu'ils puissent poursuivre une concurrence g&#233;n&#233;rale avec le capitaliste. Si le premier but de la r&#233;sistance &#233;tait simplement le maintien des salaires, les coalitions, d'abord isol&#233;es, se constituent en groupes &#224; mesure que les capitalistes s'unissent &#224; leur tour en vue de la r&#233;pression, et face &#224; un capital toujours uni, le maintien de l'association. leur devient plus n&#233;cessaire que celui du salaire. C'est si vrai que les &#233;conomistes anglais s'&#233;tonnent de voir les ouvriers sacrifier une bonne partie de leur salaire au profit d'associations qui, aux yeux de ces &#233;conomistes, sont &#233;tablies uniquement en faveur des salaires. Dans cette lutte &#8211; v&#233;ritable guerre civile &#8211; tous les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une bataille &#224; venir s'unissent et se d&#233;veloppent. Une fois parvenue &#224; ce point, l'association prend un caract&#232;re politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques avaient d'abord transform&#233; la masse de la population du pays en travailleurs. La combinaison du capital a cr&#233;&#233; pour cette masse une situation commune, des int&#233;r&#234;ts communs. Cette masse est donc d&#233;j&#224; une classe contre le capital, mais pas encore pour elle-m&#234;me. Dans la lutte, dont nous n'avons not&#233; que quelques phases, cette masse s'unit et se constitue comme classe &#224; part. Les int&#233;r&#234;ts qu'elle d&#233;fend deviennent des int&#233;r&#234;ts de classe. Mais la lutte de classe contre classe est une lutte politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la bourgeoisie, nous avons deux phases &#224; distinguer : celle o&#249; elle s'est constitu&#233;e en classe sous le r&#233;gime de la f&#233;odalit&#233; et de la monarchie absolue, et celle o&#249;, d&#233;j&#224; constitu&#233;e en classe, elle a renvers&#233; la f&#233;odalit&#233; et la monarchie pour faire de la soci&#233;t&#233; une soci&#233;t&#233; bourgeoise. soci&#233;t&#233;. La premi&#232;re de ces phases fut la plus longue et n&#233;cessita les plus grands efforts. Cela aussi commen&#231;a par des coalitions partielles contre les seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses recherches ont &#233;t&#233; men&#233;es pour retracer les diff&#233;rentes phases historiques par lesquelles la bourgeoisie est pass&#233;e, depuis la commune jusqu'&#224; sa constitution en classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'il s'agit de faire une &#233;tude pr&#233;cise des gr&#232;ves, regroupements et autres formes sous lesquelles les prol&#233;taires r&#233;alisent sous nos yeux leur organisation en classe, les uns sont saisis d'une peur r&#233;elle et les autres affichent un d&#233;dain transcendantal .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe opprim&#233;e est la condition vitale de toute soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'antagonisme des classes. L'&#233;mancipation de la classe opprim&#233;e implique donc n&#233;cessairement la cr&#233;ation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;. Pour que la classe opprim&#233;e puisse s'&#233;manciper, il faut que les puissances productives d&#233;j&#224; acquises et les rapports sociaux existants ne puissent plus coexister. De tous les instruments de production, la plus grande puissance productive est la classe r&#233;volutionnaire elle-m&#234;me. L'organisation des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires en classe suppose l'existence de toutes les forces productives qui pourraient &#234;tre engendr&#233;es au sein de l'ancienne soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il qu'apr&#232;s la chute de l'ancienne soci&#233;t&#233;, il y aura une nouvelle domination de classe aboutissant &#224; un nouveau pouvoir politique ? Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re est l'abolition de toute classe, tout comme la condition de la lib&#233;ration du tiers-&#233;tat, de l'ordre bourgeois, &#233;tait l'abolition de tous les domaines et de tous les ordres. [*2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, au cours de son d&#233;veloppement, substituera &#224; l'ancienne soci&#233;t&#233; civile une association qui exclura les classes et leurs antagonismes, et il n'y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est pr&#233;cis&#233;ment l'expression officielle de la volont&#233; politique. antagonisme dans la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, l'antagonisme entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie est une lutte de classe contre classe, une lutte qui, port&#233;e &#224; sa plus haute expression, est une r&#233;volution totale. En effet, est-il surprenant qu'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l' opposition des classes aboutisse &#224; la contradiction brutale , au choc des corps contre les corps, comme d&#233;nouement final ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne dites pas que le mouvement social exclut le mouvement politique. Il n'y a jamais de mouvement politique qui ne soit en m&#234;me temps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans un ordre de choses o&#249; il n'y aura plus de classes et d'antagonismes de classes que les &#233;volutions sociales cesseront d'&#234;tre des r&#233;volutions politiques . D'ici l&#224;, &#224; la veille de tout remaniement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, le dernier mot des sciences sociales sera toujours :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat ou la mort ; la lutte sanguinaire ou le n&#233;ant. C'est ainsi que la question est invinciblement pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait du roman Jean Siska de George Sand :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le combat ou la mort : lutte sanglante ou extinction. C'est ainsi que la question se pose inexorablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de bas de page&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les lois alors en vigueur en France &#8211; la loi dite Le Chapelier adopt&#233;e en 1791 lors de la r&#233;volution par l'Assembl&#233;e constituante et le code p&#233;nal &#233;labor&#233; sous l'Empire napol&#233;onien &#8211; interdisaient aux ouvriers de se syndiquer ou de se rendre en gr&#232;ve. L'interdiction des syndicats a &#233;t&#233; abolie en France en 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*1] C'est-&#224;-dire les socialistes de l'&#233;poque : les fouri&#233;ristes en France, les owenistes en Angleterre. FE [&#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition allemande, 1885]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*2] Domaines ici au sens historique des domaines de la f&#233;odalit&#233;, domaines aux privil&#232;ges d&#233;finis et limit&#233;s. La r&#233;volution de la bourgeoisie a aboli les domaines et leurs privil&#232;ges. La soci&#233;t&#233; bourgeoise ne conna&#238;t que des classes . Il &#233;tait donc absolument en contradiction avec l'histoire de d&#233;crire le prol&#233;tariat comme le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. [&#8211; Engels, &#233;dition allemande de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires de 1848-1849, la Ligue fit ses preuves de deux mani&#232;res. Premi&#232;rement, ses membres se sont partout impliqu&#233;s &#233;nergiquement dans le mouvement et se sont tenus aux premiers rangs de la seule classe r&#233;solument r&#233;volutionnaire, le prol&#233;tariat, dans la presse, sur les barricades et sur les champs de bataille. La Ligue a en outre fait ses preuves dans la mesure o&#249; sa compr&#233;hension du mouvement, telle qu'exprim&#233;e dans les circulaires publi&#233;es par les Congr&#232;s et le Comit&#233; central de 1847 et dans le Manifeste du Parti communiste , s'est r&#233;v&#233;l&#233;e la seule correcte, et les attentes exprim&#233;es dans ces documents ont &#233;t&#233; pleinement remplies. Ce message, autrefois propag&#233; en secret par la Ligue, est d&#233;sormais sur toutes les l&#232;vres et pr&#234;ch&#233; ouvertement sur le march&#233;. Mais dans le m&#234;me temps, l'organisation autrefois solide de la Ligue s'est consid&#233;rablement affaiblie. Un grand nombre de membres directement impliqu&#233;s dans le mouvement pensaient que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait r&#233;volu et que la seule action publique suffisait. Les diff&#233;rents districts et communes ont laiss&#233; leurs liens avec le Comit&#233; central s'affaiblir et s'endormir progressivement. Ainsi, tandis que le parti d&#233;mocrate, le parti de la petite-bourgeoisie, s'organise de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier a perdu son seul point d'ancrage solide, restant organis&#233; au mieux dans des localit&#233;s individuelles pour des objectifs locaux ; au sein du mouvement g&#233;n&#233;ral, elle est par cons&#233;quent tomb&#233;e sous la domination et la direction compl&#232;tes des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Cette situation ne peut pas durer ; l'ind&#233;pendance des travailleurs doit &#234;tre restaur&#233;e. Le Comit&#233; central reconnut cette n&#233;cessit&#233; et envoya donc un &#233;missaire, Joseph Moll, en Allemagne au cours de l'hiver 1848-1849 pour r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll n'a cependant pas produit d'effet durable, en partie parce que les ouvriers allemands de l'&#233;poque n'avaient pas assez d'exp&#233;rience et en partie parce qu'elle a &#233;t&#233; interrompue par l'insurrection de mai dernier. Moll lui-m&#234;me prit les armes, rejoignit l'arm&#233;e du Bade-Palatinat et tomba le 29 juin lors de la bataille de la Murg. La Ligue perdit en lui l'un des membres les plus anciens, les plus actifs et les plus fiables, qui avait particip&#233; &#224; tous les congr&#232;s et comit&#233;s centraux et qui avait auparavant men&#233; une s&#233;rie de missions avec beaucoup de succ&#232;s. Depuis la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires allemand et fran&#231;ais en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont rassembl&#233;s &#224; Londres : ils ont reconstitu&#233; leurs effectifs avec de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et ont entrepris de r&#233;organiser la Ligue avec un z&#232;le renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;organisation ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central consid&#232;re qu'il est tr&#232;s important d'envoyer cet &#233;missaire au moment m&#234;me o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, c'est-&#224;-dire lorsque le parti ouvrier doit entrer dans la bataille avec toute la force n&#233;cessaire. d'organisation, d'unit&#233; et d'ind&#233;pendance, afin qu'elle ne soit pas exploit&#233;e et prise en charge par la bourgeoisie comme en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vous avions d&#233;j&#224; dit en 1848, mes fr&#232;res, que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande arriverait bient&#244;t au pouvoir et retournerait imm&#233;diatement son pouvoir nouvellement conquis contre les ouvriers. Vous avez vu comment cette pr&#233;vision s'est r&#233;alis&#233;e. C'est en effet la bourgeoisie qui a pris possession de l'autorit&#233; de l'&#201;tat &#224; la suite du mouvement de mars 1848 et a utilis&#233; ce pouvoir pour repousser les ouvriers, ses alli&#233;s dans la lutte, vers leur ancienne position d'oppression. Bien que la bourgeoisie n'ait pu y parvenir qu'en concluant une alliance avec le parti f&#233;odal vaincu en mars et qu'elle ait finalement d&#251; c&#233;der &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est n&#233;anmoins assur&#233;e des conditions favorables. Compte tenu des difficult&#233;s financi&#232;res du gouvernement, ces conditions garantiraient qu'&#224; long terme le pouvoir retomberait entre ses mains et que tous ses int&#233;r&#234;ts seraient sauvegard&#233;s, s'il &#233;tait possible au mouvement r&#233;volutionnaire d'assumer d&#233;sormais ce qu'on appelle cours pacifique du d&#233;veloppement. Pour garantir son pouvoir, la bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin d'attiser la haine en prenant des mesures violentes contre le peuple, puisque toutes ces mesures violentes ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mises en &#339;uvre par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais les &#233;v&#233;nements ne suivront pas ce cours pacifique. Au contraire, la r&#233;volution qui acc&#233;l&#233;rera le cours des &#233;v&#233;nements est imminente, qu'elle soit initi&#233;e par un soul&#232;vement ind&#233;pendant du prol&#233;tariat fran&#231;ais ou par une invasion de la Babel r&#233;volutionnaire par la Sainte-Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le perfide que la bourgeoisie lib&#233;rale allemande a jou&#233; contre le peuple en 1848 sera assum&#233; dans la r&#233;volution &#224; venir par la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, qui occupe d&#233;sormais dans l'opposition la m&#234;me position que la bourgeoisie lib&#233;rale d'avant 1848. Ce parti d&#233;mocratique, qui est bien plus dangereux pour les ouvriers que ne l'&#233;taient auparavant les lib&#233;raux, est compos&#233; de trois &#233;l&#233;ments : 1) Les &#233;l&#233;ments les plus progressistes de la grande bourgeoisie, qui poursuivent l'objectif du renversement imm&#233;diat et complet de la f&#233;odalit&#233; et de l'absolutisme. Cette fraction est repr&#233;sent&#233;e par l'ancien Berlin Vereinbarer, les r&#233;sistants aux imp&#244;ts ; 2) Le petit bourgeois constitutionnel-d&#233;mocrate, dont l'objectif principal lors du mouvement pr&#233;c&#233;dent &#233;tait la formation d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique ; c'est pour cela que leurs repr&#233;sentants, la gauche &#224; l'Assembl&#233;e de Francfort et plus tard au Parlement de Stuttgart, ont &#339;uvr&#233;, comme ils l'ont eux-m&#234;mes fait dans la campagne pour la Constitution du Reich ; 3) Les petits-bourgeois r&#233;publicains, dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rale allemande semblable &#224; celle de la Suisse et qui se disent d&#233;sormais &#171; rouges &#187; et &#171; sociaux-d&#233;mocrates &#187; parce qu'ils nourrissent le pieux d&#233;sir d'abolir la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital. , par la grande bourgeoisie sur la petite bourgeoisie. Les repr&#233;sentants de cette fraction &#233;taient les membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, les dirigeants des associations d&#233;mocratiques et les r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions se pr&#233;tendent &#171; r&#233;publicaines &#187; ou &#171; rouges &#187;, tout comme aujourd'hui les membres de la petite bourgeoisie r&#233;publicaine en France se disent &#171; socialistes &#187;. L&#224; o&#249;, comme dans le Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., ils trouvent encore une chance de parvenir &#224; leurs fins par la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour conserver leurs anciennes phrases et prouver par leurs actes qu'ils n'ont pas chang&#233; le moins du monde. En outre, il va sans dire que le changement de nom de ce parti ne modifie en rien ses rapports avec les travailleurs, mais prouve simplement qu'il est d&#233;sormais oblig&#233; de former un front contre la bourgeoisie unie &#224; l'absolutisme et de rechercher le soutien du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti d&#233;mocrate petit-bourgeois en Allemagne est tr&#232;s puissant. Elle n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; de la classe moyenne urbaine, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres artisans ; il compte aussi parmi ses partisans les paysans et le prol&#233;tariat rural, dans la mesure o&#249; ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui parmi le prol&#233;tariat ind&#233;pendant des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation du parti ouvrier r&#233;volutionnaire avec les d&#233;mocrates petits-bourgeois est la suivante : il coop&#232;re avec eux contre le parti qu'ils visent &#224; renverser ; il s'oppose &#224; eux partout o&#249; ils souhaitent assurer leur propre position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits-bourgeois d&#233;mocrates, loin de vouloir transformer la soci&#233;t&#233; enti&#232;re dans l'int&#233;r&#234;t des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, aspirent seulement &#224; un changement des conditions sociales qui rendra la soci&#233;t&#233; existante aussi tol&#233;rable et confortable que possible pour eux. Ils exigent donc avant tout une r&#233;duction des d&#233;penses publiques par une restriction de la bureaucratie et le transfert de la majeure partie de la charge fiscale vers les grands propri&#233;taires fonciers et la bourgeoisie. Ils exigent en outre la suppression de la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit capital par la cr&#233;ation d'institutions publiques de cr&#233;dit et l'adoption de lois contre l'usure, gr&#226;ce auxquelles il leur serait possible, ainsi qu'aux paysans, de recevoir des avances de l'&#201;tat &#224; des conditions favorables. des capitalistes ; aussi, l'introduction de rapports de propri&#233;t&#233; bourgeoise sur la terre par l'abolition compl&#232;te de la f&#233;odalit&#233;. Pour r&#233;aliser tout cela, ils ont besoin d'une forme de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnelle, soit r&#233;publicaine, qui leur donnerait, ainsi qu'&#224; leurs alli&#233;s paysans, la majorit&#233; ; ils ont &#233;galement besoin d'un syst&#232;me d&#233;mocratique de gouvernement local qui leur donne un contr&#244;le direct sur la propri&#233;t&#233; municipale et sur une s&#233;rie de fonctions politiques actuellement aux mains des bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination du capital et son accumulation rapide doivent &#234;tre encore contrecarr&#233;es, en partie par une r&#233;duction du droit de succession, et en partie par le transfert d'autant d'emplois que possible &#224; l'&#201;tat. En ce qui concerne les ouvriers, une chose est avant tout certaine : ils doivent rester des salari&#233;s comme avant. Cependant, les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent de meilleurs salaires et une meilleure s&#233;curit&#233; pour les travailleurs, et esp&#232;rent y parvenir par une extension de l'emploi public et par des mesures sociales ; en bref, ils esp&#232;rent soudoyer les ouvriers avec une aum&#244;ne plus ou moins d&#233;guis&#233;e et briser leur force r&#233;volutionnaire en rendant temporairement leur situation tol&#233;rable. Les revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas exprim&#233;es simultan&#233;ment par toutes ses sections et, dans leur totalit&#233;, elles sont l'objectif explicite d'un tr&#232;s petit nombre seulement de ses partisans. Plus certains individus ou fractions de la petite bourgeoisie avanceront, plus ils adopteront explicitement ces revendications, et les rares personnes qui reconnaissent leur propre programme dans ce qui a &#233;t&#233; mentionn&#233; ci-dessus pourraient bien croire qu'elles ont avanc&#233; le maximum qu'on peut exiger de la petite bourgeoisie. la r&#233;volution. Mais ces revendications ne peuvent en aucun cas satisfaire le parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits-bourgeois d&#233;mocrates veulent mettre un terme &#224; la r&#233;volution le plus rapidement possible, en atteignant tout au plus les objectifs d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre t&#226;che de rendre la r&#233;volution permanente jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; chass&#233;es du pouvoir. leurs positions dirigeantes, jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir d'&#201;tat et jusqu'&#224; ce que l'association des prol&#233;taires ait suffisamment progress&#233; &#8211; non seulement dans un pays mais dans tous les pays dirigeants du monde &#8211; pour que cesse la concurrence entre les prol&#233;taires de ces pays et au moins les forces d&#233;cisives de la production sont concentr&#233;es entre les mains des ouvriers. Notre pr&#233;occupation ne peut pas &#234;tre simplement de modifier la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais de l'abolir, non d'&#233;touffer les antagonismes de classe mais d'abolir les classes, non d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante mais d'en fonder une nouvelle. Il ne fait aucun doute qu'au cours de la r&#233;volution allemande, les d&#233;mocrates petits-bourgeois acquerront pour le moment une influence pr&#233;dominante. La question est donc de savoir quelle doit &#234;tre l'attitude du prol&#233;tariat, et en particulier de la Ligue, &#224; son &#233;gard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tant que perdurent les conditions actuelles dans lesquelles les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Dans la lutte r&#233;volutionnaire &#224; venir, qui les mettra dans une position dominante ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Apr&#232;s cette lutte, pendant la p&#233;riode de pr&#233;dominance petite-bourgeoise sur les classes renvers&#233;es et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment, alors que les petits-bourgeois d&#233;mocrates sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent au prol&#233;tariat l'unit&#233; g&#233;n&#233;rale et la r&#233;conciliation ; ils tendent la main de l'amiti&#233; et cherchent &#224; fonder un grand parti d'opposition qui embrasserait toutes les nuances de l'opinion d&#233;mocratique ; c'est-&#224;-dire qu'ils cherchent &#224; pi&#233;ger les ouvriers dans une organisation de parti dans laquelle pr&#233;valent des expressions sociales-d&#233;mocrates g&#233;n&#233;rales tandis que leurs int&#233;r&#234;ts particuliers sont cach&#233;s derri&#232;re eux et dans laquelle, dans le souci de pr&#233;server la paix, les revendications sp&#233;cifiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas &#234;tre satisfaites. &#234;tre pr&#233;sent&#233;e. Une telle unit&#233; serait &#224; leur seul avantage et au d&#233;savantage total du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante durement acquise et serait r&#233;duit une fois de plus &#224; un simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Il faut donc r&#233;sister de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; cette unit&#233;. Au lieu de s'abaisser au rang d'un ch&#339;ur applaudissant, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent &#339;uvrer &#224; la cr&#233;ation d'une organisation ind&#233;pendante du parti ouvrier, &#224; la fois secr&#232;te et ouverte, et aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocrates officiels et de la Ligue. doit viser &#224; faire de chacune de ses communes un centre et un noyau d'associations ouvri&#232;res dans lequel la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat peuvent &#234;tre discut&#233;s sans influence bourgeoise. Les d&#233;mocrates de Breslau, qui m&#232;nent une campagne furieuse dans leur organe, la Neue Oder Zeitung, d&#233;montrent &#224; quel point les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance dans laquelle le prol&#233;tariat aurait un pouvoir et des droits &#233;gaux., contre les travailleurs organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante, qu'ils appellent &#171; socialistes &#187;. Dans le cas d'une lutte contre un ennemi commun, une alliance sp&#233;ciale n'est pas n&#233;cessaire. D&#232;s qu'il faudra combattre directement un tel ennemi, les int&#233;r&#234;ts des deux parties co&#239;ncideront pour un moment et une association d'opportunit&#233;s momentan&#233;es surgira spontan&#233;ment dans le futur, comme cela s'est produit dans le pass&#233;. Il va sans dire que dans les conflits sanglants &#224; venir, comme dans tous les autres, ce seront les travailleurs, avec leur courage, leur d&#233;termination et leur abn&#233;gation, qui seront les principaux responsables de la victoire. Comme par le pass&#233;, ainsi dans la lutte &#224; venir &#233;galement, la petite bourgeoisie, en g&#233;n&#233;ral, h&#233;sitera le plus longtemps possible et restera craintive, ind&#233;cise et inactive ; mais lorsque la victoire sera certaine, il la revendiquera et appellera les ouvriers &#224; se comporter de mani&#232;re ordonn&#233;e, &#224; retourner au travail et &#224; pr&#233;venir les soi-disant exc&#232;s, et il exclura le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois de le faire ; mais il est en leur pouvoir de rendre aussi difficile que possible &#224; la petite bourgeoisie l'usage de son pouvoir contre le prol&#233;tariat arm&#233;, et de lui dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois, d&#232;s le d&#233;but, portera en elle cela portera les germes de sa propre destruction, et son d&#233;placement ult&#233;rieur par le prol&#233;tariat sera consid&#233;rablement facilit&#233;. Surtout, pendant et imm&#233;diatement apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent, dans la mesure du possible, s'opposer aux tentatives de pacification bourgeoises et contraindre les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs phrases terroristes. Ils doivent veiller &#224; ce que l'enthousiasme r&#233;volutionnaire imm&#233;diat ne soit pas soudainement r&#233;prim&#233; apr&#232;s la victoire. Au contraire, il faut la maintenir le plus longtemps possible. Loin de s'opposer aux soi-disant exc&#232;s &#8211; cas de vengeance populaire contre des individus d&#233;test&#233;s ou contre des b&#226;timents publics auxquels sont associ&#233;s des souvenirs haineux &#8211; le parti ouvrier doit non seulement tol&#233;rer ces actions mais doit m&#234;me leur donner une direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent &#224; chaque occasion pr&#233;senter leurs propres revendications contre celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les travailleurs d&#232;s que la bourgeoisie d&#233;mocratique entreprendra de prendre le pouvoir. Ils doivent obtenir ces garanties par la force si n&#233;cessaire, et g&#233;n&#233;ralement s'assurer que les nouveaux dirigeants s'engagent &#224; faire toutes les concessions et promesses possibles &#8211; le moyen le plus s&#251;r de les compromettre. Ils doivent contr&#244;ler par tous les moyens et dans la mesure du possible l'euphorie victorieuse et l'enthousiasme pour la nouvelle situation qui suivent chaque bataille de rue r&#233;ussie, par une analyse froide et froide de la situation et par une m&#233;fiance non dissimul&#233;e &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement. Aux c&#244;t&#233;s des nouveaux gouvernements officiels, ils doivent simultan&#233;ment &#233;tablir leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires,soit sous la forme de comit&#233;s et de conseils ex&#233;cutifs locaux, soit par l'interm&#233;diaire de clubs ou de comit&#233;s ouvriers, de sorte que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement perdent imm&#233;diatement le soutien des ouvriers, mais se retrouvent d&#232;s le d&#233;but surveill&#233;s et menac&#233;s par les autorit&#233;s derri&#232;re lesquelles se tiennent les travailleurs. toute la masse des ouvriers. En un mot, d&#232;s le moment de la victoire, la suspicion des ouvriers doit se porter non plus contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre leur ancien alli&#233;, contre le parti qui entend exploiter pour lui-m&#234;me la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour pouvoir s'opposer avec force et menace &#224; ce parti, dont la trahison des travailleurs commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, les travailleurs doivent &#234;tre arm&#233;s et organis&#233;s. Il faut armer imm&#233;diatement tout le prol&#233;tariat de mousquets, de fusils, de canons et de munitions, et s'opposer &#224; la r&#233;surgence de la milice citoyenne &#224; l'ancienne, dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; la formation de cette milice ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e, les ouvriers doivent essayer de s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante en tant que garde prol&#233;tarienne, avec des dirigeants &#233;lus et avec leur propre &#233;tat-major &#233;lu ; ils doivent essayer de se placer non sous les ordres de l'autorit&#233; de l'Etat mais sous les ordres des conseils locaux r&#233;volutionnaires constitu&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont employ&#233;s par l'Etat, ils doivent s'armer et s'organiser en corps sp&#233;ciaux avec des dirigeants &#233;lus, ou en tant que partie de la garde prol&#233;tarienne. Sous aucun pr&#233;texte, les armes et les munitions ne doivent &#234;tre restitu&#233;es ; toute tentative de d&#233;sarmer les travailleurs doit &#234;tre d&#233;jou&#233;e, par la force si n&#233;cessaire. La destruction de l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers et l'imposition de conditions qui compromettent le r&#232;gne de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui est pour le moment in&#233;vitable, et le rendent aussi difficile que possible - tels sont les principaux points sur lesquels le prol&#233;tariat et c'est pourquoi la Ligue doit garder &#224; l'esprit pendant et apr&#232;s le soul&#232;vement prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements seront &#233;tablis, leur lutte contre les travailleurs commencera. Pour que les ouvriers puissent s'opposer par la force aux petits-bourgeois d&#233;mocrates, il est avant tout essentiel qu'ils soient organis&#233;s de mani&#232;re ind&#233;pendante et centralis&#233;s dans des clubs. D&#232;s que possible apr&#232;s le renversement des gouvernements actuels, le Comit&#233; central se rendra en Allemagne et convoquera imm&#233;diatement un congr&#232;s, lui soumettant les propositions n&#233;cessaires pour la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au centre du mouvement. op&#233;rations. L'organisation rapide de liaisons, au moins provinciales, entre les clubs ouvriers est une des conditions essentielles du renforcement et du d&#233;veloppement du parti ouvrier ; le r&#233;sultat imm&#233;diat du renversement des gouvernements existants sera l'&#233;lection d'un organe repr&#233;sentatif national. Ici, le prol&#233;tariat doit veiller : 1) &#224; ce que, par des pratiques agressives, les autorit&#233;s locales et les commissaires du gouvernement n'excluent, sous aucun pr&#233;texte que ce soit, une quelconque partie des travailleurs ; 2) que des candidats ouvriers sont nomm&#233;s partout en opposition aux candidats d&#233;mocrates bourgeois. Dans la mesure du possible, ils devraient &#234;tre membres de la Ligue et leur &#233;lection devrait se faire par tous les moyens possibles. M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a aucune chance d'&#234;tre &#233;lus, les travailleurs doivent pr&#233;senter leurs propres candidats pour pr&#233;server leur ind&#233;pendance, &#233;valuer leur propre force et porter leur position r&#233;volutionnaire et le point de vue de leur parti &#224; l'attention du public. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par les phrases creuses des d&#233;mocrates, qui affirmeront que les candidats ouvriers diviseront le parti d&#233;mocrate et offriront aux forces de r&#233;action une chance de victoire. Tous ces discours signifient, en derni&#232;re analyse, que le prol&#233;tariat doit &#234;tre escroqu&#233;. Les progr&#232;s que fera le parti prol&#233;tarien en agissant ainsi de mani&#232;re ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que les inconv&#233;nients r&#233;sultant de la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans le corps repr&#233;sentatif. Si les forces de la d&#233;mocratie entreprennent d&#232;s le d&#233;but une action terroriste d&#233;cisive contre la r&#233;action, l'influence r&#233;actionnaire dans les &#233;lections sera d&#233;j&#224; d&#233;truite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers sera l'abolition de la f&#233;odalit&#233;, car lors de la premi&#232;re r&#233;volution fran&#231;aise, la petite bourgeoisie voudra donner les terres f&#233;odales aux paysans comme propri&#233;t&#233; gratuite ; c'est-&#224;-dire qu'ils tenteront de perp&#233;tuer l'existence du prol&#233;tariat rural et de former une classe paysanne petite-bourgeoise qui sera soumise au m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement qui afflige encore le paysan fran&#231;ais. Les ouvriers doivent s'opposer &#224; ce projet &#224; la fois dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t. Ils doivent exiger que les propri&#233;t&#233;s f&#233;odales confisqu&#233;es restent propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et soient utilis&#233;es pour des colonies ouvri&#232;res, cultiv&#233;es collectivement par le prol&#233;tariat rural avec tous les avantages de la grande agriculture et o&#249; le principe de la propri&#233;t&#233; commune trouvera imm&#233;diatement une base solide au sein du groupe. du syst&#232;me fragile des relations de propri&#233;t&#233; bourgeoises. De m&#234;me que les d&#233;mocrates s'allient aux paysans, les ouvriers doivent s'allier au prol&#233;tariat rural.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit les d&#233;mocrates travailleront directement &#224; une r&#233;publique f&#233;d&#233;r&#233;e, soit du moins, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, ils tenteront de paralyser le gouvernement central en accordant aux communes et aux provinces la plus grande autonomie et ind&#233;pendance possible. En opposition &#224; ce projet, les ouvriers doivent lutter non seulement pour une r&#233;publique allemande une et indivisible, mais aussi, au sein de cette r&#233;publique, pour une centralisation la plus d&#233;cisive du pouvoir entre les mains du pouvoir d'Etat. Ils ne doivent pas se laisser &#233;garer par des discours d&#233;mocratiques vides de sens sur la libert&#233; des communes, l'autonomie, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; tant de vestiges du Moyen &#194;ge doivent encore &#234;tre abolis, o&#249; tant de choses locales et Il faut briser l'obstination provinciale, on ne peut en aucun cas tol&#233;rer que chaque village, chaque ville et chaque province oppose de nouveaux obstacles &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, qui ne peut se d&#233;velopper avec toute son efficacit&#233; qu'&#224; partir d'un point central. Une reprise de la situation actuelle, dans laquelle les Allemands doivent mener une lutte s&#233;par&#233;e dans chaque ville et province pour obtenir le m&#234;me degr&#233; de progr&#232;s, ne peut pas non plus &#234;tre tol&#233;r&#233;e. Surtout, on ne peut pas permettre &#224; un soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer une forme de propri&#233;t&#233; qui est plus arri&#233;r&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne et qui se transforme partout et in&#233;vitablement en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ; &#224; savoir la propri&#233;t&#233; communale, avec les conflits qui en r&#233;sultent entre les communaut&#233;s pauvres et riches. On ne peut pas non plus permettre &#224; ce soi-disant syst&#232;me libre de gouvernement local de perp&#233;tuer, &#224; c&#244;t&#233; du droit civil de l'&#201;tat, l'existence d'un droit civil communal avec ses pratiques acerbes dirig&#233;es contre les travailleurs. Comme en France en 1793, la t&#226;che du parti v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire en Allemagne est de r&#233;aliser la centralisation la plus stricte. [Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A cette &#233;poque &#8211; gr&#226;ce aux falsificateurs bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8211; il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme acquis que l'appareil administratif centralis&#233; fran&#231;ais avait &#233;t&#233; introduit par la Grande R&#233;volution et surtout qu'il avait &#233;t&#233; utilis&#233; par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive. pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais on sait aujourd'hui que, tout au long de la r&#233;volution jusqu'au XVIII brumaire, toute l'administration des d&#233;partements, des arrondissements et des communesse composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les constituants respectifs eux-m&#234;mes, et que ces autorit&#233;s agissaient en toute libert&#233; dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'&#201;tat ; que pr&#233;cis&#233;ment ce gouvernement autonome provincial et local, semblable &#224; celui am&#233;ricain, est devenu le levier le plus puissant de la r&#233;volution et &#224; tel point que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du XVIII brumaire, s'est empress&#233; de le remplacer par le une administration pr&#233;fectorale encore existante, qui fut donc d&#232;s le d&#233;but un pur instrument de r&#233;action. Mais pas plus que l'autonomie locale et provinciale n'est en contradiction avec la centralisation politique nationale, elle n'est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; cet &#233;go&#239;sme cantonal ou communal born&#233; qui nous para&#238;t si r&#233;pugnant en Suisse et que tous les pays d'Allemagne du Sud En 1849, les r&#233;publicains f&#233;d&#233;raux voulaient &#233;tablir le pouvoir en Allemagne. &#8211; Note d'Engels sur l'&#233;dition de 1885.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment la prochaine pouss&#233;e am&#232;nera les d&#233;mocrates au pouvoir et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. on demandera quelles mesures les ouvriers doivent proposer en r&#233;ponse. Au d&#233;but, bien s&#251;r, les ouvriers ne peuvent proposer aucune mesure directement communiste. Mais les actions suivantes sont possibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ils peuvent forcer les d&#233;mocrates &#224; s'introduire dans autant de domaines que possible de l'ordre social existant, afin de perturber son fonctionnement r&#233;gulier et de faire en sorte que les d&#233;mocrates petits-bourgeois se compromettent ; en outre, les travailleurs peuvent imposer la concentration du plus grand nombre possible de forces productives &#8211; moyens de transport, usines, chemins de fer, etc. &#8211; entre les mains de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser les propositions des d&#233;mocrates jusqu'&#224; leur extr&#234;me logique (les d&#233;mocrates agiront de toute fa&#231;on de mani&#232;re r&#233;formiste et non r&#233;volutionnaire) et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, la petite bourgeoisie propose l'achat des chemins de fer et des usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement confisqu&#233;s par l'&#201;tat, sans compensation, comme propri&#233;t&#233; des r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent un imp&#244;t proportionnel, alors les travailleurs doivent exiger un imp&#244;t progressif ; si les d&#233;mocrates eux-m&#234;mes proposent un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, alors les travailleurs doivent insister sur un imp&#244;t dont les taux augmentent si fortement qu'il ruine le grand capital ; si les d&#233;mocrates exigent la r&#233;gulation de la dette de l'&#201;tat, alors les travailleurs doivent exiger la faillite nationale. Les revendications des travailleurs devront donc &#234;tre ajust&#233;es en fonction des mesures et des concessions des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les ouvriers allemands ne puissent pas acc&#233;der au pouvoir et r&#233;aliser leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans passer par un d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire prolong&#233;, ils peuvent cette fois au moins &#234;tre s&#251;rs que le premier acte du drame r&#233;volutionnaire qui approche co&#239;ncidera avec la victoire directe de leur propre pays. classe en France et sera ainsi acc&#233;l&#233;r&#233;e. Mais ce sont eux qui doivent contribuer le plus &#224; leur victoire finale, en s'informant de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe, en prenant le plus t&#244;t possible leur position politique ind&#233;pendante, en ne se laissant pas induire en erreur par les phrases hypocrites de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique et en les faisant douter. pendant un instant la n&#233;cessit&#233; d'un parti du prol&#233;tariat organis&#233; de mani&#232;re ind&#233;pendante. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La R&#233;volution Permanente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discours du Comit&#233; central &#224; la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;juin 1850&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre derni&#232;re circulaire, remise par l'&#233;missaire de la Ligue, nous avons discut&#233; de la position du parti ouvrier et, en particulier, de la Ligue, tant &#224; l'heure actuelle qu'en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif principal de cette lettre est de pr&#233;senter un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un certain temps, &#224; la suite des d&#233;faites subies par le parti r&#233;volutionnaire l'&#233;t&#233; dernier, l'organisation de la Ligue s'est presque compl&#232;tement d&#233;sint&#233;gr&#233;e. Les membres les plus actifs de la Ligue impliqu&#233;s dans les diff&#233;rents mouvements sont dispers&#233;s, les contacts sont rompus et les adresses ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233;es ; &#224; cause de cela et &#224; cause du danger d'ouverture des lettres, la correspondance devint temporairement impossible. Le Comit&#233; central a donc &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te jusque vers la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que les s&#233;quelles imm&#233;diates de nos d&#233;faites s'estompaient, il devint &#233;vident que le parti r&#233;volutionnaire avait besoin d'une organisation secr&#232;te forte dans toute l'Allemagne. La n&#233;cessit&#233; de cette organisation, qui conduisit le Comit&#233; central &#224; d&#233;cider d'envoyer un &#233;missaire en Allemagne et en Suisse, conduisit &#233;galement la commune de Cologne &#224; tenter d'organiser la Ligue en Allemagne m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e, plusieurs r&#233;fugi&#233;s plus ou moins connus des diff&#233;rents mouvements form&#232;rent en Suisse une organisation qui entendait renverser les gouvernements au moment opportun et tenir les hommes pr&#234;ts &#224; prendre la direction du mouvement et m&#234;me &#224; le gouvernement lui-m&#234;me. Cette association ne poss&#233;dait aucun caract&#232;re de parti particulier ; les &#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;roclites qui le composaient rendaient cela impossible. Les membres &#233;taient des personnes de tous les groupes du mouvement, depuis les communistes r&#233;solus et m&#234;me les anciens membres de la Ligue jusqu'aux d&#233;mocrates petits-bourgeois les plus timides et aux anciens membres du gouvernement du Palatinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux des carri&#233;ristes du Bade-Palatinat et des personnalit&#233;s de moindre ambition, si nombreux en Suisse &#224; cette &#233;poque, cette association repr&#233;sentait pour eux une occasion id&#233;ale de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instructions que cette association a envoy&#233;es &#224; ses agents &#8212; et que le Comit&#233; central a en sa possession &#8212; donnent tout aussi peu de raisons de se fier. L'absence d'un point de vue pr&#233;cis du parti et la tentative de rassembler tous les &#233;l&#233;ments d'opposition disponibles dans une association simul&#233;e ne sont que mal masqu&#233;es par une masse de questions d&#233;taill&#233;es concernant la situation industrielle, agricole, politique et militaire de chaque localit&#233;. Num&#233;riquement aussi, l'association &#233;tait extr&#234;mement faible ; d'apr&#232;s la liste compl&#232;te des membres que nous poss&#233;dons, la soci&#233;t&#233; enti&#232;re en Suisse comptait, au fa&#238;te de sa force, une trentaine de membres &#224; peine. Il est significatif que les travailleurs soient &#224; peine repr&#233;sent&#233;s parmi les membres. D&#232;s le d&#233;but, c'&#233;tait une arm&#233;e d'officiers et de sous-officiers sans aucun soldat. Parmi ses membres figurent A. Fries et Greiner du Palatinat, Korner d'Elberfeld, Sigel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont envoy&#233; deux agents en Allemagne. Le premier agent, Bruhn, membre de la Ligue, r&#233;ussit, par de faux semblants, &#224; persuader certains membres de la Ligue et certaines communes d'adh&#233;rer pour le moment &#224; la nouvelle association, car ils croyaient qu'il s'agissait de la Ligue ressuscit&#233;e. Tout en rendant compte de la Ligue au Comit&#233; central suisse &#224; Zurich, il nous envoyait simultan&#233;ment des rapports sur l'association suisse. Il ne peut pas se contenter de son r&#244;le d'informateur, car alors qu'il correspondait encore avec nous, il a &#233;crit de pures calomnies aux habitants de Francfort, gagn&#233;s &#224; l'association suisse, et il leur a ordonn&#233; de ne conclure aucun accord. aucun contact avec Londres. Pour cela, il fut imm&#233;diatement expuls&#233; de la Ligue. Les affaires de Francfort furent r&#233;gl&#233;es par un &#233;missaire de la Ligue. On peut ajouter que les activit&#233;s de Bruhn au nom du Comit&#233; central suisse rest&#232;rent infructueuses. Le deuxi&#232;me agent, l'&#233;tudiant Schurz de Bonn, n'obtint aucun r&#233;sultat car, comme il l'&#233;crivait &#224; Zurich, il constatait que tous les gens utiles &#233;taient d&#233;j&#224; entre les mains de la Ligue. Il a ensuite quitt&#233; brutalement l'Allemagne et tra&#238;ne d&#233;sormais &#224; Bruxelles et &#224; Paris, o&#249; il est surveill&#233; par la Ligue. Le Comit&#233; central ne consid&#232;re pas cette nouvelle association comme un danger, d'autant plus qu'un membre tout &#224; fait fiable de la Ligue fait partie du comit&#233;, avec pour instruction d'observer et de rendre compte des actions et des projets de ces personnes, dans la mesure o&#249; ils op&#232;rent contre le Ligue. Par ailleurs, nous avons envoy&#233; un &#233;missaire en Suisse afin de recruter les personnes qui seront utiles &#224; la Ligue, avec l'aide dudit membre de la Ligue, et afin d'organiser la Ligue en Suisse en g&#233;n&#233;ral. Ces informations sont bas&#233;es sur des documents enti&#232;rement authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentative de m&#234;me nature avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite auparavant par Struve, Sigel et d'autres, au moment o&#249; ils unissaient leurs forces &#224; Gen&#232;ve. Ces gens n'eurent aucun scrupule &#224; affirmer sans ambages que l'association qu'ils tentaient de fonder &#233;tait la Ligue, ni &#224; utiliser les noms des membres de la Ligue pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette fin. Bien s&#251;r, ils n'ont tromp&#233; personne avec ce mensonge. Leur tentative fut si infructueuse &#224; tous &#233;gards que les quelques membres de cette association avort&#233;e rest&#233;s en Suisse durent finalement adh&#233;rer &#224; l'organisation mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Mais plus cette coterie devenait impuissante, plus elle se vantait de titres pr&#233;tentieux comme &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187;, etc. Struve, avec quelques autres grands hommes d&#233;&#231;us, a poursuivi ces tentatives ici &#224; Londres. Des manifestes et des appels &#224; adh&#233;rer au &#171; Bureau central des r&#233;fugi&#233;s allemands &#187; et au &#171; Comit&#233; central de la d&#233;mocratie europ&#233;enne &#187; ont &#233;t&#233; envoy&#233;s dans toutes les r&#233;gions d'Allemagne, mais cette fois encore sans le moindre succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts que cette coterie pr&#233;tend avoir nou&#233;s avec des r&#233;volutionnaires fran&#231;ais et autres non-allemands n'existent pas. Toute leur activit&#233; se limite &#224; quelques petites intrigues parmi les r&#233;fugi&#233;s allemands ici &#224; Londres, qui n'affectent pas directement la Soci&#233;t&#233; des Nations et qui sont inoffensives et faciles &#224; surveiller. Toutes ces tentatives ont soit le m&#234;me objectif que la Ligue, &#224; savoir l'organisation r&#233;volutionnaire du parti ouvrier, auquel cas elles sapent la centralisation et la force du parti en le fragmentant et ont donc un caract&#232;re s&#233;paratiste r&#233;solument nuisible, soit sinon, ils ne peuvent servir qu'&#224; utiliser le parti ouvrier &#224; des fins qui lui sont &#233;trang&#232;res ou carr&#233;ment hostiles. Dans certaines circonstances, le parti ouvrier peut utiliser avec profit d'autres partis et groupes pour ses propres objectifs, mais il ne doit se subordonner &#224; aucun autre parti. Ceux qui &#233;taient au gouvernement lors du dernier mouvement et qui ont utilis&#233; leur position uniquement pour trahir le mouvement et &#233;craser le parti ouvrier s'il tentait d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante doivent &#224; tout prix &#234;tre tenus &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un rapport sur l'&#233;tat de la Ligue :&lt;br class='autobr' /&gt;
je. Belgique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la Ligue parmi les ouvriers belges, telle qu'elle existait en 1846 et 1847, a naturellement pris fin, puisque les principaux membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en 1848 et condamn&#233;s &#224; mort, leur peine &#233;tant commu&#233;e en r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; avec travaux forc&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la Ligue en Belgique a perdu de sa force depuis la r&#233;volution de f&#233;vrier et depuis que la plupart des membres de l'Association des travailleurs allemands ont &#233;t&#233; chass&#233;s de Bruxelles. Les mesures polici&#232;res mises en place ont emp&#234;ch&#233; sa r&#233;organisation. N&#233;anmoins, une commune bruxelloise a pers&#233;v&#233;r&#233; jusqu'au bout ; il existe encore aujourd'hui et fonctionne au mieux de ses capacit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
ii. Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette circulaire, le Comit&#233; central avait l'intention de pr&#233;senter un rapport sp&#233;cial sur la situation de la Soci&#233;t&#233; des Nations en Allemagne. Cependant, cette information ne peut pas &#234;tre faite &#224; l'heure actuelle, car la police prussienne enqu&#234;te actuellement sur un vaste r&#233;seau de contacts au sein du parti r&#233;volutionnaire. Cette circulaire, qui arrivera en toute s&#233;curit&#233; en Allemagne mais qui, bien entendu, pourra tomber ici et l&#224; entre les mains de la police lors de sa diffusion en Allemagne, doit donc &#234;tre r&#233;dig&#233;e de mani&#232;re &#224; ce que son contenu ne fournisse pas &#224; ces derni&#232;res des armes qui pourraient &#234;tre utilis&#233;es contre la Ligue. Le Comit&#233; central se bornera donc, pour l'heure, aux remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, la ligue a ses principaux centres &#224; Cologne, Francfort-sur-le-Main, Hanau, Mayence, Wiesbaden, Hambourg, Schwerin, Berlin, Breslau, Liegnitz, Glogau, Leipzig, Nuremberg, Munich, Bamberg, Wurzburg, Stuttgart et Baden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes suivantes ont &#233;t&#233; choisies comme districts centraux : Hambourg pour le Schleswig-Holstein ; Schwerin pour le Mecklembourg ; Breslau pour la Sil&#233;sie ; Leipzig pour la Saxe et Berlin ; Nuremberg pour la Bavi&#232;re, Cologne pour la Rh&#233;nanie et la Westphalie. Les communes de G&#246;ttingen, Stuttgart et Bruxelles resteront pour l'instant en contact direct avec le Comit&#233; central, jusqu'&#224; ce qu'elles soient parvenues &#224; &#233;largir leur influence dans la mesure n&#233;cessaire pour former de nouveaux districts centraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cision ne sera prise sur la position de la Ligue &#224; Bade qu'apr&#232;s r&#233;ception du rapport de l'&#233;missaire envoy&#233; l&#224;-bas et en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; existent des associations de paysans et d'ouvriers agricoles, comme dans le Schleswig-Holstein et le Mecklembourg, les membres de la Ligue ont r&#233;ussi &#224; exercer une influence directe sur elles et, dans certains cas, &#224; en obtenir un contr&#244;le total. Pour la plupart, les associations d'ouvriers et de travailleurs agricoles de Saxe, de Franconie, de Hesse et de Nassau sont &#233;galement sous la direction de la Ligue. Les membres les plus influents de la Fraternit&#233; ouvri&#232;re appartiennent &#233;galement &#224; la Ligue. Le Comit&#233; central veut faire remarquer &#224; toutes les communes et aux membres de la Ligue qu'il est de la plus haute importance de conqu&#233;rir partout une influence dans les associations ouvri&#232;res, sportives, paysannes et agricoles, etc. Il demande aux districts centraux et aux communes correspondant directement au Comit&#233; central de faire un rapport sp&#233;cial dans leurs lettres ult&#233;rieures sur ce qui a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;missaire en Allemagne, qui a re&#231;u un vote d'&#233;loge du Comit&#233; central pour son activit&#233;, n'a recrut&#233; partout dans la Ligue que les personnes les plus s&#251;res et a laiss&#233; l'expansion de la Ligue &#224; leurs connaissances locales les plus comp&#233;tentes. La possibilit&#233; de recruter des r&#233;volutionnaires convaincus d&#233;pendra de la situation locale. L&#224; o&#249; cela n'est pas possible, une deuxi&#232;me classe de membres de la Ligue doit &#234;tre cr&#233;&#233;e pour ceux qui sont fiables et qui font des r&#233;volutionnaires utiles mais qui ne comprennent pas encore toutes les implications communistes du mouvement actuel. Cette seconde classe, aupr&#232;s de laquelle l'association doit &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une simple affaire locale ou r&#233;gionale, doit rester sous la direction continue des membres et des comit&#233;s actuels de la Ligue. Gr&#226;ce &#224; ces nouveaux contacts, l'influence de la Ligue sur les associations paysannes et sportives en particulier peut &#234;tre tr&#232;s fermement organis&#233;e. Les arrangements d&#233;taill&#233;s sont laiss&#233;s aux districts centraux ; le Comit&#233; central esp&#232;re &#233;galement recevoir le plus t&#244;t possible leurs rapports sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une commune a propos&#233; au Comit&#233; central de convoquer un congr&#232;s de la Ligue, en allemand m&#234;me. Les communes et les districts comprendront certainement que, dans les circonstances actuelles, m&#234;me les congr&#232;s r&#233;gionaux des districts centraux ne sont pas partout souhaitables et qu'un congr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la Ligue est actuellement purement impossible. Toutefois, le Comit&#233; central convoquera un congr&#232;s de la Ligue communiste dans un lieu appropri&#233; d&#232;s que les circonstances le permettront. La Rh&#233;nanie et la Westphalie prussiennes ont r&#233;cemment re&#231;u la visite d'un &#233;missaire du district central de Cologne. Le rapport sur le r&#233;sultat de ce voyage n'est pas encore parvenu &#224; Cologne. Nous demandons &#224; tous les districts centraux d'envoyer des &#233;missaires similaires dans leurs r&#233;gions et de rendre compte de leurs succ&#232;s dans les plus brefs d&#233;lais. Signalons enfin qu'au Schleswig-Holstein, des contacts ont &#233;t&#233; &#233;tablis avec l'arm&#233;e : nous attendons toujours le rapport plus d&#233;taill&#233; sur l'influence que la Ligue peut esp&#233;rer y gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
iii. Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de l'&#233;missaire est toujours attendu. il ne sera donc pas possible de fournir des informations plus pr&#233;cises avant la prochaine circulaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
iv. France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts avec les ouvriers allemands de Besan&#231;on et d'autres localit&#233;s du Jura seront r&#233;tablis depuis la Suisse. A Paris Ewerbeck, le Ligueur qui &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#224; la t&#234;te de la commune, a annonc&#233; sa d&#233;mission de la Ligue, car il consid&#232;re que ses activit&#233;s litt&#233;raires sont plus importantes. Les contacts sont donc momentan&#233;ment interrompus et doivent &#234;tre repris avec une prudence particuli&#232;re, car les Parisiens ont enr&#244;l&#233; un grand nombre de personnes absolument inaptes &#224; la Ligue et qui y &#233;taient m&#234;me directement oppos&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
c.Angleterre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le district de Londres est le plus fort de toute la Ligue. Elle a acquis un cr&#233;dit particulier en couvrant &#224; elle seule les d&#233;penses de la Ligue pendant plusieurs ann&#233;es, notamment celles li&#233;es aux voyages des &#233;missaires de la Ligue. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment renforc&#233;e par le recrutement de nouveaux &#233;l&#233;ments et elle continue de diriger ici l'Association &#233;ducative ouvri&#232;re allemande, ainsi que la section plus r&#233;solue des r&#233;fugi&#233;s allemands en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est en contact avec les partis r&#233;solument r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, anglais et hongrois par l'interm&#233;diaire de membres d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tous les partis impliqu&#233;s dans la r&#233;volution fran&#231;aise, c'est en particulier le v&#233;ritable parti prol&#233;tarien dirig&#233; par Blanqui qui nous a rejoint. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la soci&#233;t&#233; secr&#232;te blanquiste sont en contact r&#233;gulier et officiel avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue, &#224; qui ils ont confi&#233; d'importants travaux pr&#233;paratoires &#224; la prochaine r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de l'aile r&#233;volutionnaire des chartistes sont &#233;galement en contact r&#233;gulier et &#233;troit avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Comit&#233; central. Leurs journaux sont mis &#224; notre disposition. La rupture entre ce parti ouvrier r&#233;volutionnaire et ind&#233;pendant et la faction dirig&#233;e par O'Connor, qui tend davantage vers une politique de r&#233;conciliation, a &#233;t&#233; consid&#233;rablement acc&#233;l&#233;r&#233;e par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central est &#233;galement en contact avec la partie la plus progressiste des r&#233;fugi&#233;s hongrois. Ce parti est important car il comprend de nombreux excellents experts militaires, qui seraient &#224; la disposition de la Ligue en cas de r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central demande aux districts centraux de diffuser cette lettre parmi leurs membres dans les plus brefs d&#233;lais et de soumettre prochainement leurs propres rapports. Il exhorte tous les membres de la Ligue &#224; l'activit&#233; la plus intense, surtout maintenant que la situation est devenue si critique qu'il ne faudra pas longtemps avant qu'une nouvelle r&#233;volution n'&#233;clate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'histoire de la Ligue communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Londres&lt;br class='autobr' /&gt;
, 8 octobre 1885&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la condamnation des communistes de Cologne en 1852, le rideau tombe sur la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier ind&#233;pendant allemand. Aujourd'hui, cette p&#233;riode est presque oubli&#233;e. Il dura pourtant de 1836 &#224; 1852 et, avec la propagation des travailleurs allemands &#224; l'&#233;tranger, le mouvement se d&#233;veloppa dans presque tous les pays civilis&#233;s. Et ce n'est pas tout. Le mouvement ouvrier international actuel est en substance une continuation directe du mouvement ouvrier allemand de l'&#233;poque, qui fut le premier mouvement ouvrier international de tous les temps et qui donna naissance &#224; nombre de ceux qui prirent un r&#244;le dirigeant dans son mouvement. Association internationale des travailleurs. Et les principes th&#233;oriques que la Ligue communiste avait inscrits sur sa banni&#232;re dans le Manifeste du Parti communiste de 1847 constituent aujourd'hui le lien international le plus fort de tout le mouvement prol&#233;tarien d'Europe et d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il n'existe qu'une seule source pour une histoire coh&#233;rente de ce mouvement. Il s'agit du soi-disant Livre noir, Les Conspirations communistes du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle , de Wermuth et Stieber, Erline, en deux parties, 1853 et 1854. Cette compilation grossi&#232;re, h&#233;riss&#233;e de falsifications d&#233;lib&#233;r&#233;es, fabriqu&#233;e par deux des canailles de la police les plus m&#233;prisables. de notre si&#232;cle, sert encore aujourd'hui de source ultime pour tous les &#233;crits non communistes sur cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je puis donner ici n'est qu'une esquisse, et encore seulement en ce qui concerne la Soci&#233;t&#233; des Nations elle-m&#234;me ; seulement ce qui est absolument n&#233;cessaire pour comprendre les R&#233;v&#233;lations . J'esp&#232;re qu'un jour j'aurai l'occasion d'exploiter le riche mat&#233;riel rassembl&#233; par Marx et moi-m&#234;me sur l'histoire de cette p&#233;riode glorieuse de la jeunesse du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* En 1836, les &#233;l&#233;ments les plus extr&#233;mistes, principalement prol&#233;tariens, de la Ligue secr&#232;te d&#233;mocrate-r&#233;publicaine des hors-la-loi, fond&#233;e en 1834 par des r&#233;fugi&#233;s allemands &#224; Paris, se s&#233;par&#232;rent et form&#232;rent la nouvelle Ligue secr&#232;te des Justes. La Ligue m&#232;re, dans laquelle il ne restait que des &#233;l&#233;ments endormis &#224; la Jakobus Venedey, s'endormit bient&#244;t compl&#232;tement ; Lorsqu'en 1840 la police flairait quelques quartiers en Allemagne, elle n'&#233;tait plus que l'ombre d'elle-m&#234;me. La nouvelle Ligue, au contraire, se d&#233;veloppa relativement rapidement. &#192; l'origine, il s'agissait d'une exception allemande du communisme ouvrier fran&#231;ais, rappelant le babouvisme et prenant forme &#224; Paris &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque ; la communaut&#233; des biens &#233;tait exig&#233;e comme la cons&#233;quence n&#233;cessaire de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;. Les objectifs &#233;taient ceux des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes parisiennes de l'&#233;poque : moiti&#233; association de propagande, moiti&#233; complot, Paris &#233;tant cependant toujours consid&#233;r&#233; comme le point central de l'action r&#233;volutionnaire, m&#234;me si la pr&#233;paration de putschs occasionnels en Allemagne n'&#233;tait nullement exclue. Mais comme Paris restait le champ de bataille d&#233;cisif, la Ligue n'&#233;tait alors en r&#233;alit&#233; que la branche allemande des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes fran&#231;aises, notamment la Soci&#233;t&#233; des saisons dirig&#233;e par Blanqui et Barbes, avec laquelle &#233;taient entretenues des relations &#233;troites. Les Fran&#231;ais entrent en action le 12 mai 1839 ; les sections de la Ligue march&#232;rent avec eux et furent ainsi impliqu&#233;es dans la d&#233;faite commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les Allemands arr&#234;t&#233;s se trouvaient Karl Schapper et Heinrich Bauer ; Le gouvernement de Louis Philippe se contente de les expulser apr&#232;s un assez long emprisonnement. Tous deux sont all&#233;s &#224; Londres. Schapper &#233;tait originaire de Weilburg &#224; Nassau et, alors qu'il &#233;tudiait en foresterie &#224; Giessen en 1832, il &#233;tait membre de la conspiration organis&#233;e par Georg Buchner ; il participa &#224; la prise du commissariat de Francfort le 3 avril 1833, s'enfuit &#224; l'&#233;tranger et rejoignit en f&#233;vrier 1834 la marche de Mazzini sur la Savoie. De stature gigantesque, r&#233;solu et &#233;nergique, toujours pr&#234;t &#224; risquer l'existence et la vie civiles, il &#233;tait un mod&#232;le du r&#233;volutionnaire professionnel qui joua un r&#244;le important dans les ann&#233;es trente. Malgr&#233; une certaine lenteur de pens&#233;e, il n'&#233;tait en aucun cas incapable d'une compr&#233;hension th&#233;orique profonde, comme le prouve son &#233;volution de &#171; d&#233;magogue &#187; &#224; communiste, et il s'en tenait alors d'autant plus rigidement &#224; ce qu'il &#233;tait parvenu &#224; reconna&#238;tre. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que sa passion r&#233;volutionnaire a parfois pris le dessus sur la compr&#233;hension, mais il s'est toujours rendu compte ensuite de son erreur et l'a ouvertement reconnu. Il &#233;tait pleinement un homme et ce qu'il a fait pour la fondation du mouvement ouvrier allemand ne sera pas oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heinrich Bauer, originaire de Franconie, &#233;tait cordonnier ; un petit gar&#231;on vif, alerte et plein d'esprit, dont le petit corps contenait cependant aussi beaucoup d'astuce et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;s &#224; Londres, o&#249; Schapper, qui avait &#233;t&#233; compositeur &#224; Paris, tentait d&#233;sormais de gagner sa vie comme professeur de langues, ils se mirent tous deux &#224; l'&#339;uvre pour rassembler les fils bris&#233;s et firent de Londres le centre de la Ligue. Ils ont &#233;t&#233; rejoints ici, sinon d&#233;j&#224; plus t&#244;t &#224; Paris, par Joseph Moll, un horloger de Cologne, un Hercule de taille moyenne &#8211; combien de fois Schapper et lui ont-ils d&#233;fendu victorieusement l'entr&#233;e d'une salle contre des centaines d'adversaires qui se pr&#233;cipitaient ! &#8212; un homme qui &#233;tait au moins &#233;gal &#224; ses deux camarades en &#233;nergie et en d&#233;termination, et intellectuellement sup&#233;rieur &#224; tous deux. Non seulement il &#233;tait un diplomate n&#233;, comme le prouve le succ&#232;s de ses nombreux voyages dans le cadre de diverses missions ; il &#233;tait &#233;galement plus capable de perspicacit&#233; th&#233;orique. Je les ai connus tous les trois &#224; Londres en 1843. Ce furent les premiers prol&#233;taires r&#233;volutionnaires que j'ai rencontr&#233;s, et aussi &#233;loign&#233;s que soient nos points de vue &#224; cette &#233;poque - car j'admettais toujours, contre leur communisme &#233;galitaire et born&#233; [par &#233;galitaire Communisme Je comprends, comme je l'ai dit, seulement ce communisme qui se fonde exclusivement ou principalement sur la revendication de l'&#233;galit&#233;], qui fait du bien d'une arrogance philosophique tout aussi born&#233;e - je n'oublierai jamais la profonde impression que ces trois hommes r&#233;els m'ont fait , qui voulait alors seulement devenir un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, comme dans une moindre mesure en Suisse, ils b&#233;n&#233;ficiaient des libert&#233;s d'association et de r&#233;union. D&#232;s le 7 f&#233;vrier 1840, l'Association allemande pour l'&#233;ducation ouvri&#232;re, fonctionnant l&#233;galement et qui existe toujours, fut fond&#233;e. Cette Association servait &#224; la Ligue de terrain de recrutement pour de nouveaux membres, et comme, comme toujours, les communistes &#233;taient les membres les plus actifs et les plus intelligents de l'Association, il allait de soi que sa direction reposait enti&#232;rement entre les mains de la Ligue. La Ligue eut bient&#244;t plusieurs communaut&#233;s, ou, comme on les appelait encore alors, &#171; loges &#187;, &#224; Londres. Les m&#234;mes tactiques &#233;videntes ont &#233;t&#233; suivies en Suisse et ailleurs. L&#224; o&#249; des associations de travailleurs pouvaient &#234;tre fond&#233;es, elles &#233;taient utilis&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L&#224; o&#249; cela &#233;tait interdit par la loi, on rejoignait des chorales, des clubs sportifs, etc. Les connexions &#233;taient dans une large mesure entretenues par les membres qui voyageaient continuellement d'avant en arri&#232;re ; ils servaient &#233;galement, lorsque cela &#233;tait n&#233;cessaire, d'&#233;missaires. Dans les deux cas, la Ligue obtint un vif soutien gr&#226;ce &#224; la sagesse des gouvernements qui, en recourant &#224; la d&#233;portation, transform&#232;rent en &#233;missaire tout ouvrier r&#233;pr&#233;hensible &#8212; et dans neuf cas sur dix, il &#233;tait membre de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tendue de la diffusion de la Ligue restaur&#233;e &#233;tait consid&#233;rable. Notamment en Suisse, Weitling, August Becker (un homme tr&#232;s dou&#233; qui, cependant, comme tant d'Allemands, a connu un &#233;chec en raison d'une instabilit&#233; inn&#233;e de caract&#232;re) et d'autres ont cr&#233;&#233; une organisation forte plus ou moins attach&#233;e au syst&#232;me communiste de Weitling. Ce n'est pas le lieu de critiquer le communisme de Weitling. Mais en ce qui concerne sa signification en tant que premier mouvement th&#233;orique ind&#233;pendant du prol&#233;tariat allemand, je souscris encore aujourd'hui aux paroles de Marx dans le Vorwarts de Paris de 1844 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; la bourgeoisie (allemande) &#8211; y compris ses philosophes et ses scribes &#233;rudits &#8211; pourrait-elle citer un ouvrage relatif &#224; l'&#233;mancipation de la bourgeoisie &#8211; son &#233;mancipation politique &#8211; comparable aux Garanties d'harmonie et de libert&#233; de Weitlings ? Si l'on compare la m&#233;diocrit&#233; terne et farfelue de la litt&#233;rature politique allemande avec ces d&#233;buts incommensurables et brillants des ouvriers allemands, si l'on compare ces gigantesques chaussures d'enfant du prol&#233;tariat avec les proportions naines des spectacles politiques &#233;puis&#233;s de la bourgeoisie, on Je dois proph&#233;tiser une silhouette d'athl&#232;te pour cette Cendrillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La figure de cet athl&#232;te se pr&#233;sente aujourd'hui &#224; nous, bien qu'elle soit encore loin d'&#234;tre pleinement d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses sections existaient &#233;galement en Allemagne ; dans la nature des choses, ils &#233;taient d'un caract&#232;re passager, mais ceux qui naissaient compensaient largement ceux qui disparaissaient. Ce n'est qu'au bout de sept ans, &#224; la fin de 1846, que la police d&#233;couvrit des traces de la Ligue &#224; Berlin (Mentel) et &#224; Magdebourg (Beck), sans pouvoir les suivre plus avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, Weitling, qui s'y trouvait encore en 1840, rassembla &#233;galement les &#233;l&#233;ments &#233;pars avant de partir pour la Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tailleurs constituaient la force centrale de la Ligue. Les tailleurs allemands &#233;taient partout : en Suisse, &#224; Londres, &#224; Paris. Dans cette derni&#232;re ville, l'allemand &#233;tait tellement la langue dominante dans ce commerce que j'y ai connu en 1846 un tailleur norv&#233;gien qui avait voyag&#233; directement par mer de Trondhjem en France et, en l'espace de dix-huit mois, n'avait presque pas appris un mot. de fran&#231;ais mais avait acquis une excellente connaissance de l'allemand. Deux des communaut&#233;s parisiennes en 1847 &#233;taient majoritairement compos&#233;es de tailleurs, une d'&#233;b&#233;nistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que le centre de gravit&#233; se soit d&#233;plac&#233; de Paris vers Londres, un fait nouveau est apparu : d'allemande, la Ligue est progressivement devenue internationale . Dans la soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re, on trouvait, outre les Allemands et les Suisses, des membres de toutes les nationalit&#233;s pour lesquelles l'allemand constituait le principal moyen de communication avec les &#233;trangers, notamment les Scandinaves, les Hollandais, les Hongrois, les Tch&#232;ques, les Slaves du Sud, mais aussi des Russes et des Alsaciens. En 1847, parmi les habitu&#233;s figurait un grenadier britannique de la Garde en uniforme. La soci&#233;t&#233; s'appela bient&#244;t Association d'&#233;ducation ouvri&#232;re communiste et les cartes de membres portaient l'inscription &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, dans au moins vingt langues, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas sans erreurs ici et l&#224;. Comme l'Association ouverte, la Ligue secr&#232;te prit bient&#244;t un caract&#232;re plus international ; d'abord dans un sens restreint, pratiquement &#224; travers les diverses nationalit&#233;s de ses membres, th&#233;oriquement &#224; travers la prise de conscience que toute r&#233;volution pour &#234;tre victorieuse doit &#234;tre europ&#233;enne. On n'allait pas encore plus loin ; mais les fondations &#233;taient l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des liens &#233;troits furent entretenus avec les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais par l'interm&#233;diaire des r&#233;fugi&#233;s londoniens, compagnons d'armes du 12 mai 1839. De m&#234;me avec les Polonais les plus radicaux. Les &#233;migr&#233;s polonais officiels, tout comme Mazzini, &#233;taient, bien entendu, des adversaires plut&#244;t que des alli&#233;s. Les chartistes anglais, en raison du caract&#232;re sp&#233;cifiquement anglais de leur mouvement, furent consid&#233;r&#233;s comme non r&#233;volutionnaires. Les dirigeants londoniens de la Ligue ne prirent contact avec eux que plus tard, par mon interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mani&#232;res &#233;galement, le caract&#232;re de la Ligue avait chang&#233; avec les &#233;v&#233;nements. M&#234;me si Paris &#233;tait encore &#8212; et &#224; cette &#233;poque &#224; juste titre &#8212; consid&#233;r&#233;e comme la ville m&#232;re de la r&#233;volution, on &#233;tait n&#233;anmoins sortie de l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des conspirateurs parisiens. La propagation de la Ligue a accru sa conscience de soi. On sentait que des racines s'enracinaient de plus en plus dans la classe ouvri&#232;re allemande et que ces travailleurs allemands &#233;taient historiquement appel&#233;s &#224; &#234;tre les porte-drapeaux des travailleurs du Nord et de l'Est de l'Europe. Il y avait en Weitling un th&#233;oricien communiste qui pouvait &#234;tre hardiment plac&#233; aux c&#244;t&#233;s de ses rivaux fran&#231;ais contemporains. Enfin, l'exp&#233;rience du 12 mai nous avait appris que pour l'instant il n'y avait rien &#224; gagner &#224; des tentatives de putsch . Et si l'on continuait &#224; expliquer chaque &#233;v&#233;nement comme le signe de l'approche de la temp&#234;te, si l'on conservait intactes les anciennes r&#232;gles semi-conspiratrices, c'&#233;tait principalement la faute du vieux d&#233;fi r&#233;volutionnaire, qui avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se heurter aux sonneurs. des opinions qui gagnaient du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la doctrine sociale de la Ligue, si impr&#233;cise qu'elle f&#251;t, contenait un tr&#232;s grand d&#233;faut, mais qui avait ses racines dans les conditions elles-m&#234;mes. Les membres, dans la mesure o&#249; ils &#233;taient ouvriers, &#233;taient presque exclusivement des artisans. M&#234;me dans les grandes m&#233;tropoles, celui qui les exploitait n'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement qu'un petit ma&#238;tre. L'exploitation &#224; grande &#233;chelle de la couture, ce qu'on appelle aujourd'hui la fabrication de v&#234;tements de confection, par la transformation de la couture artisanale en une industrie nationale travaillant pour un grand capitaliste, n'en &#233;tait alors qu'&#224; ses d&#233;buts, m&#234;me &#224; Londres. D'une part, l'exploitant de ces artisans &#233;tait un petit ma&#238;tre ; d'un autre c&#244;t&#233;, ils esp&#233;raient tous devenir eux-m&#234;mes de petits ma&#238;tres. En outre, une masse de notions h&#233;rit&#233;es des corporations s'accrochaient encore &#224; l'artisan allemand &#224; cette &#233;poque. Le plus grand honneur leur est d&#251;, dans la mesure o&#249; eux, qui n'&#233;taient pas encore eux-m&#234;mes des prol&#233;taires &#224; part enti&#232;re mais seulement un appendice de la petite bourgeoisie, un appendice qui passait dans le prol&#233;tariat moderne et qui ne s'opposait pas encore directement &#224; la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire au grand capital, dans la mesure o&#249; ces artisans &#233;taient capables d'anticiper instinctivement leur d&#233;veloppement futur et de constituer, m&#234;me s'ils ne l'&#233;taient pas encore en pleine conscience, le parti du prol&#233;tariat. Mais il &#233;tait &#233;galement in&#233;vitable que leurs vieux pr&#233;jug&#233;s artisanaux soient pour eux une pierre d'achoppement &#224; chaque instant, lorsqu'il s'agissait de critiquer en d&#233;tail la soci&#233;t&#233; existante, c'est-&#224;-dire d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques. Et je ne crois pas qu'&#224; cette &#233;poque, dans toute la Soci&#233;t&#233; des Nations, un seul homme ait jamais lu un livre d'&#233;conomie politique. Mais cela importait peu ; pour l'instant, &#171; l'&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; fraternit&#233; &#187; et la &#171; justice &#187; les aident &#224; surmonter tous les obstacles th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; celui de la Ligue et de Weitling, un second communisme, essentiellement diff&#233;rent, se d&#233;veloppait. Lors de mon s&#233;jour &#224; Manchester, je me suis rendu compte de mani&#232;re tangible que les faits &#233;conomiques, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent n'ont jou&#233; aucun r&#244;le ou seulement un r&#244;le m&#233;prisable dans l'&#233;criture de l'histoire, constituent, du moins dans le monde moderne, une force historique d&#233;cisive ; qu'ils constituent la base de l'origine des antagonismes de classe actuels ; que ces antagonismes de classes, dans les pays o&#249; ils se sont pleinement d&#233;velopp&#233;s gr&#226;ce &#224; la grande industrie, donc notamment en Angleterre, sont &#224; leur tour la base de la formation des partis politiques et des luttes de partis, et donc de toute l'histoire politique . Marx non seulement &#233;tait parvenu au m&#234;me point de vue, mais l'avait d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233; dans le Deutsche-Franz&#246;sische Jahrb&#252;cher (1844) en ce sens que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas du tout l'&#201;tat qui conditionne et r&#233;gule la soci&#233;t&#233; civile, mais la soci&#233;t&#233; civile qui conditionne et r&#233;gule l'&#201;tat et, par cons&#233;quent, cette politique et son histoire doivent s'expliquer &#224; partir des relations &#233;conomiques et de leur d&#233;veloppement, et non l'inverse. Lorsque j'ai rendu visite &#224; Marx &#224; Paris au cours de l'&#233;t&#233; 1844, notre accord complet dans tous les domaines th&#233;oriques est devenu &#233;vident et notre travail commun date de cette &#233;poque. Lorsque, au printemps 1845, nous nous retrouv&#226;mes &#224; Bruxelles, Marx avait d&#233;j&#224; pleinement d&#233;velopp&#233; sa th&#233;orie mat&#233;rialiste de l'histoire dans ses principales caract&#233;ristiques sur la base mentionn&#233;e ci-dessus et nous nous appliqu&#226;mes maintenant &#224; l'&#233;laboration d&#233;taill&#233;e du mode de pens&#233;e nouvellement acquis. perspectives dans les directions les plus diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;couverte, qui a r&#233;volutionn&#233; la science de l'histoire et, comme nous l'avons vu, est essentiellement l'&#339;uvre de Marx &#8212; d&#233;couverte dans laquelle je ne peux revendiquer pour moi qu'une part tr&#232;s insignifiante &#8212; &#233;tait cependant d'une importance imm&#233;diate pour les travailleurs contemporains. mouvement. Le communisme chez les Fran&#231;ais et les Allemands, le chartisme chez les Anglais n'apparaissent plus comme quelque chose de fortuit qui aurait tout aussi bien pu ne pas se produire. Ces mouvements se pr&#233;sentaient d&#233;sormais comme un mouvement de la classe opprim&#233;e moderne, le prol&#233;tariat, comme les formes plus ou moins d&#233;velopp&#233;es de sa lutte historiquement n&#233;cessaire contre la classe dirigeante, la bourgeoisie ; en tant que formes de la lutte des classes, mais qui se distinguent de toutes les luttes de classes ant&#233;rieures par cette seule chose : la classe opprim&#233;e actuelle, le prol&#233;tariat, ne peut pas parvenir &#224; son &#233;mancipation sans en m&#234;me temps &#233;manciper la soci&#233;t&#233; dans son ensemble de la division en classes et, par cons&#233;quent, , des luttes de classes. Et le communisme ne signifiait plus la cr&#233;ation, au moyen de l'imagination, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale aussi parfaite que possible, mais la compr&#233;hension de la nature, des conditions et des objectifs g&#233;n&#233;raux qui en d&#233;coulaient, de la lutte men&#233;e par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous n'&#233;tions nullement d'avis que les nouveaux r&#233;sultats scientifiques devaient &#234;tre confi&#233;s, dans de grands volumes, exclusivement au monde &#171; savant &#187;. Bien au contraire. Nous &#233;tions tous deux d&#233;j&#224; profond&#233;ment impliqu&#233;s dans le mouvement politique et poss&#233;dons une certaine audience dans le monde instruit, notamment en Allemagne occidentale, ainsi que de nombreux contacts avec le prol&#233;tariat organis&#233;. Il &#233;tait de notre devoir de fournir une base scientifique &#224; notre vision, mais il &#233;tait tout aussi important pour nous de gagner &#224; notre conviction le prol&#233;tariat europ&#233;en et en premier lieu le prol&#233;tariat allemand. D&#232;s que nous &#233;tions devenus clairs dans notre esprit, nous nous sommes mis &#224; la t&#226;che. Nous avons fond&#233; une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re allemande &#224; Bruxelles et repris la Deutsche Br&#252;sseler Zeitung , qui nous a servi d'organe jusqu'&#224; la r&#233;volution de F&#233;vrier. Nous sommes rest&#233;s en contact avec la section r&#233;volutionnaire des chartistes anglais par l'interm&#233;diaire de Julian Harney, r&#233;dacteur en chef de l'organe central du mouvement, The Northern Star , auquel j'ai contribu&#233;. Nous sommes &#233;galement entr&#233;s dans une sorte de cartel avec les d&#233;mocrates bruxellois (Marx &#233;tait vice-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique) et avec les sociaux-d&#233;mocrates fran&#231;ais de la R&#233;forme , que je fournissais des nouvelles des mouvements anglais et allemand. Bref, nos relations avec les organisations radicales et prol&#233;tariennes et les organes de presse &#233;taient tout &#224; fait ce qu'on pouvait souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos relations avec la Ligue des Justes &#233;taient les suivantes : L'existence de la Ligue nous &#233;tait &#233;videmment connue ; en 1843, Schapper m'avait propos&#233; d'y adh&#233;rer, ce que je refusais naturellement &#224; cette &#233;poque. Mais non seulement nous entretenions une correspondance continue avec les Londoniens, mais nous restions encore plus proches du Dr Ewerbeck, alors chef des communaut&#233;s parisiennes. Sans entrer dans les affaires int&#233;rieures de la Ligue, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de tous les &#233;v&#233;nements importants. D'un autre c&#244;t&#233;, nous avons influenc&#233; les vues th&#233;oriques des membres les plus importants de la Ligue par la parole, par la lettre et par la presse. Nous avons &#233;galement r&#233;alis&#233; &#224; cet effet diverses circulaires lithographi&#233;es, que nous envoyions &#224; nos amis et correspondants dans le monde entier, &#224; des occasions particuli&#232;res, lorsqu'il s'agissait des affaires int&#233;rieures du Parti communiste en voie de formation. Dans ces cas-l&#224;, la Ligue elle-m&#234;me &#233;tait parfois mise en cause. Ainsi, un jeune &#233;tudiant westphalien, Hermann Kriege, parti en Am&#233;rique, s'y pr&#233;senta comme &#233;missaire de la Ligue et s'associa au fou Harro Harring dans le but d'utiliser la Ligue pour bouleverser l'Am&#233;rique du Sud. Il a fond&#233; un journal dans lequel, au nom de la Ligue, il pr&#234;chait un communisme extravagant d'amour r&#234;v&#233;, bas&#233; sur &#171; l'amour &#187; et d&#233;bordant d'amour. Contre cela nous avons lanc&#233; une circulaire qui n'a pas manqu&#233; de son effet. Kriege a disparu de la sc&#232;ne de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, Weitling vint &#224; Bruxelles. Mais il n'&#233;tait plus le jeune compagnon tailleur na&#239;f qui, &#233;tonn&#233; par ses propres talents, essayait de clarifier dans son esprit &#224; quoi ressemblerait une soci&#233;t&#233; communiste. Il &#233;tait d&#233;sormais le grand homme, pers&#233;cut&#233; par les environs &#224; cause de sa sup&#233;riorit&#233;, qui flairait partout des rivaux, des ennemis secrets et des pi&#232;ges - le proph&#232;te, chass&#233; de pays en pays, qui portait toute faite la recette pour la r&#233;alisation du paradis sur terre. dans sa poche, et qui l'&#233;tait &#233;tait poss&#233;d&#233; par l'id&#233;e que tout le monde avait l'intention de le lui voler. Il s'&#233;tait d&#233;j&#224; brouill&#233; avec les membres de la Ligue &#224; Londres ; et &#224; Bruxelles, o&#249; Marx et sa femme l'accueillaient avec une patience presque surhumaine, il ne pouvait s'entendre avec personne non plus. Peu apr&#232;s, il se rendit en Am&#233;rique pour y essayer son r&#244;le de proph&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces circonstances contribu&#232;rent &#224; la r&#233;volution tranquille qui s'op&#233;rait dans la Ligue, et surtout parmi les dirigeants de Londres. L'insuffisance de la conception ant&#233;rieure du communisme, aussi bien le simple communisme &#233;galitaire fran&#231;ais que celle de Weitling, leur devint de plus en plus &#233;vidente. En remontant le communisme au christianisme primitif introduit par Weitling &#8212; si brillants soient certains passages de son &#201;vangile des pauvres p&#233;cheurs &#8212;, on avait abouti &#224; ce que le mouvement en Suisse soit en grande partie entre les mains, d'abord d'imb&#233;ciles comme Albrecht, puis d'exploiter de faux proph&#232;tes comme Kuhlmann. Le &#171; vrai socialisme &#187; &#233;voqu&#233; par quelques &#233;crivains litt&#233;raires &#8211; une traduction de la phras&#233;ologie socialiste fran&#231;aise en allemand h&#233;g&#233;lien corrompu et des r&#234;ves d'amour sentimentaux (voir la section sur l'allemand du &#171; vrai &#187; socialisme dans le Manifeste du Parti communiste &#8211; que Kriege et l'&#233;tude de la litt&#233;rature correspondante introduite dans la Ligue s'est vite av&#233;r&#233;e d&#233;go&#251;ter les vieux r&#233;volutionnaires de la Ligue, ne serait-ce qu'&#224; cause de sa faiblesse baveuse. Face au caract&#232;re intenable des vues th&#233;oriques ant&#233;rieures et aux aberrations pratiques qui en r&#233;sultaient, on s'est rendu compte davantage. et plus encore &#224; Londres que Marx et moi avions raison dans notre nouvelle th&#233;orie. Cette compr&#233;hension &#233;tait sans aucun doute favoris&#233;e par le fait que parmi les dirigeants londoniens se trouvaient d&#233;sormais deux hommes qui &#233;taient consid&#233;rablement sup&#233;rieurs &#224; ceux mentionn&#233;s pr&#233;c&#233;demment en termes de capacit&#233; de connaissances th&#233;oriques : le peintre miniature. Karl Pfander de Heilbronn et le tailleur Georg Eccarius de Thuringe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note en bas de page d'Engels : Pfander est d&#233;c&#233;d&#233; il y a environ huit ans &#224; Londres. c'&#233;tait un homme d'une intelligence particuli&#232;rement fine, spirituel, ironique et dialectique. Eccarius, comme nous le savons, fut ensuite pendant de nombreuses ann&#233;es secr&#233;taire du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'Association internationale des travailleurs, au sein duquel se trouvaient, entre autres, les anciens membres suivants de la Ligue : Eccarius, Pfander, Lessner, Lochner, Marx et moi. Eccarius se consacre ensuite exclusivement au mouvement syndical anglais.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de dire qu'au printemps 1847, Moll rendit visite &#224; Marx &#224; Bruxelles et imm&#233;diatement apr&#232;s &#224; moi &#224; Paris et nous invita &#224; plusieurs reprises, au nom de ses camarades, &#224; adh&#233;rer &#224; la Ligue. Il rapporta qu'ils &#233;taient autant convaincus de la justesse g&#233;n&#233;rale de notre fa&#231;on de voir les choses que de la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices. Si nous entrions, nous aurions l'occasion d'exposer notre communisme critique devant un congr&#232;s de la Ligue dans un manifeste, qui serait ensuite publi&#233; comme manifeste de la Ligue ; nous pourrions &#233;galement contribuer, avec notre part, au remplacement de l'organisation obsol&#232;te de la Ligue par une organisation conforme aux temps et aux objectifs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne doutions pas qu'une organisation au sein de la classe ouvri&#232;re allemande &#233;tait n&#233;cessaire, ne serait-ce qu'&#224; des fins de propagande, et que cette organisation, dans la mesure o&#249; elle n'aurait pas un caract&#232;re simplement local, ne pourrait &#234;tre qu'une organisation secr&#232;te, m&#234;me en dehors de l'Allemagne. Or, une telle organisation existait d&#233;j&#224;, sous la forme de la Ligue. Ce &#224; quoi nous nous opposions auparavant dans cette Ligue est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; comme erron&#233; par les repr&#233;sentants de la Ligue eux-m&#234;mes ; nous f&#251;mes m&#234;me invit&#233;s &#224; collaborer aux travaux de r&#233;organisation. Pouvons-nous dire non ? Certainement pas. Nous sommes donc entr&#233;s dans la Ligue ; Marx a fond&#233; une communaut&#233; de la Ligue &#224; Bruxelles parmi nos amis proches, tandis que j'ai fr&#233;quent&#233; les trois communaut&#233;s de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 1847, eut lieu &#224; Londres le premier congr&#232;s de la Ligue, au cours duquel W. Wolff repr&#233;sentait les communaut&#233;s de Bruxelles et moi celle de Paris. Lors de ce congr&#232;s, la r&#233;organisation de la Ligue fut d'abord r&#233;alis&#233;e. Ce qui restait des vieux noms mystiques remontant &#224; la p&#233;riode conspiratrice &#233;tait d&#233;sormais aboli ; la Ligue se compose d&#233;sormais de communaut&#233;s, de cercles, de cercles dirigeants, d'un Comit&#233; central et d'un Congr&#232;s, et s'appelle d&#233;sormais la &#171; Ligue communiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le but de la Ligue est le renversement de la bourgeoisie, la domination du prol&#233;tariat, l'abolition de l'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise bas&#233;e sur les antagonismes de classes et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans classes et sans propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; ainsi a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; le premier article. L'organisation elle-m&#234;me &#233;tait totalement d&#233;mocratique, avec des conseils d'administration &#233;lectifs et toujours r&#233;vocables. Cela seul a emp&#234;ch&#233; toute vell&#233;it&#233; de conspiration, qui exige une dictature, et la Soci&#233;t&#233; des Nations s'est transform&#233;e &#8211; du moins en temps de paix ordinaire &#8211; en une pure soci&#233;t&#233; de propagande. Ces nouvelles R&#232;gles furent soumises &#224; la discussion des communaut&#233;s &#8212; tant la proc&#233;dure &#233;tait d&#233;sormais d&#233;mocratique &#8212; puis de nouveau d&#233;battues au IIe Congr&#232;s et finalement adopt&#233;es par celui-ci le 8 d&#233;cembre 1847. On les retrouve r&#233;imprim&#233;es dans Wermuth et Stieber, vol.I, p.239, Annexe X.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Deuxi&#232;me Congr&#232;s a eu lieu fin novembre et d&#233;but d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e. Marx &#233;tait &#233;galement pr&#233;sent &#224; cette occasion et exposa la nouvelle th&#233;orie au cours d'un d&#233;bat assez long &#8211; le congr&#232;s dura au moins dix jours. Toutes les contradictions et tous les doutes ont finalement &#233;t&#233; lev&#233;s, les nouveaux principes fondamentaux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; et Marx et moi avons &#233;t&#233; charg&#233;s de r&#233;diger le Manifeste. Cela a &#233;t&#233; fait imm&#233;diatement apr&#232;s. Quelques semaines avant la R&#233;volution de F&#233;vrier, il fut envoy&#233; &#224; Londres pour &#234;tre imprim&#233;. Depuis lors, il a fait le tour du monde, a &#233;t&#233; traduit dans presque toutes les langues et sert encore aujourd'hui dans de nombreux pays de guide pour le mouvement prol&#233;tarien. &#192; la place de l'ancienne devise de la Ligue, &#171; Tous les hommes sont fr&#232;res &#187;, est apparu le nouveau cri de guerre : &#171; Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! &#187; qui proclamait ouvertement le caract&#232;re international de la lutte. Dix-sept ans plus tard, ce cri de guerre r&#233;sonnait dans le monde entier comme le mot d'ordre de l'Association internationale des travailleurs, et aujourd'hui le prol&#233;tariat militant de tous les pays l'a inscrit dans son &#233;tendard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de F&#233;vrier &#233;clate. Le Comit&#233; central de Londres, qui fonctionnait jusqu'&#224; pr&#233;sent, a imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; ses pouvoirs au cercle dirigeant de Bruxelles. Mais cette d&#233;cision intervient &#224; un moment o&#249; un v&#233;ritable &#233;tat de si&#232;ge existait d&#233;j&#224; &#224; Bruxelles et o&#249; les Allemands notamment ne pouvaient plus se rassembler nulle part. Nous &#233;tions tous sur le point d'aller &#224; Paris, et le nouveau Comit&#233; central d&#233;cida donc de se dissoudre &#233;galement, de remettre tous ses pouvoirs &#224; Marx et de lui donner imm&#233;diatement le pouvoir de constituer un nouveau Comit&#233; central &#224; Paris. A peine les cinq personnes qui adopt&#232;rent cette d&#233;cision (3 mars 1848) furent-elles s&#233;par&#233;es, que la police p&#233;n&#233;tra de force dans la maison de Marx, l'arr&#234;ta et l'obligea &#224; partir le lendemain pour la France, l&#224; o&#249; il souhaitait se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, nous nous sommes bient&#244;t tous retrouv&#233;s. L&#224;, le document suivant fut r&#233;dig&#233; et sign&#233; par tous les membres du nouveau Comit&#233; central. Il a &#233;t&#233; distribu&#233; dans toute l'Allemagne et beaucoup peuvent encore en tirer des le&#231;ons aujourd'hui :&lt;br class='autobr' /&gt;
Exigences du Parti communiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Allemagne tout enti&#232;re sera d&#233;clar&#233;e une seule r&#233;publique indivisible.&lt;br class='autobr' /&gt; Les repr&#233;sentants du peuple seront pay&#233;s de mani&#232;re &#224; ce que les travailleurs puissent eux aussi si&#233;ger au Parlement du peuple allemand.&lt;br class='autobr' /&gt; Armement universel du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; Les domaines des princes et autres domaines f&#233;odaux, toutes mines, carri&#232;res, etc., seront transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat. Sur ces domaines, l'agriculture doit &#234;tre men&#233;e &#224; tr&#232;s grande &#233;chelle et avec les moyens scientifiques les plus modernes pour le b&#233;n&#233;fice de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les hypoth&#232;ques sur les propri&#233;t&#233;s paysannes seront d&#233;clar&#233;es propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat ; les int&#233;r&#234;ts de ces hypoth&#232;ques seront pay&#233;s par les paysans &#224; l'&#201;tat.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les districts o&#249; le fermage est d&#233;velopp&#233;, le fermage ou la redevance agricole sont vers&#233;s &#224; l'&#201;tat &#224; titre d'imp&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; Tous les moyens de transport : chemin de fer, canaux, bateaux &#224; vapeur, routes, poste, etc., seront pris en charge par l'Etat. Ils doivent &#234;tre transform&#233;s en propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat et mis gratuitement &#224; la disposition de la classe des non-poss&#233;dants.&lt;br class='autobr' /&gt; Limitation du droit de succession.&lt;br class='autobr' /&gt; Introduction d'une fiscalit&#233; progressive et graduelle et suppression des taxes sur les biens de consommation.&lt;br class='autobr' /&gt; Mise en place d'ateliers nationaux. L'&#201;tat doit garantir un revenu &#224; tous les travailleurs et subvenir aux besoins de ceux qui ne sont pas en mesure de travailler.&lt;br class='autobr' /&gt; Enseignement &#233;l&#233;mentaire universel et gratuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat allemand, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie d'&#339;uvrer avec toute l'&#233;nergie possible &#224; la mise en &#339;uvre des mesures ci-dessus. Car ce n'est que par leur &#233;ducation que les millions d'Allemands, qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont &#233;t&#233; exploit&#233;s par un petit nombre de personnes et que l'on s'efforce de maintenir dans une suj&#233;tion toujours plus grande, pourront obtenir leurs droits et le pouvoir qui leur sont dus en tant que producteurs d'&#233;nergie. toute richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; : Karl Marx, Karl Schapper, H. Bauer, F. Engels, J. Moll, W. Wolff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, l'engouement pour les l&#233;gions r&#233;volutionnaires pr&#233;vaut &#224; Paris. Espagnols, Italiens, Belges, N&#233;erlandais, Polonais et Allemands se sont rassembl&#233;s en foule pour lib&#233;rer leurs patries respectives. La l&#233;gion allemande &#233;tait dirig&#233;e par Herwegh, Bornsted, Bornstein. Etant donn&#233; qu'au lendemain de la r&#233;volution tous les travailleurs &#233;trangers non seulement perdirent leur emploi mais furent en outre harcel&#233;s par le public, l'afflux dans ces l&#233;gions fut tr&#232;s grand. le nouveau gouvernement vit en eux un moyen de se d&#233;barrasser des travailleurs &#233;trangers et leur accorda l'&#233;tape du soldat , c'est-&#224;-dire un logement le long de leur ligne de marche et une indemnit&#233; de marche de 50 centimes par jour jusqu'&#224; la fronti&#232;re, apr&#232;s quoi l'&#233;loquent Lamartine , le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, si &#233;mu aux larmes, a rapidement trouv&#233; l'occasion de les trahir aupr&#232;s de leurs gouvernements respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes oppos&#233;s de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive &#224; ce jeu avec la r&#233;volution. Mener une invasion, qui consistait &#224; importer par la force la r&#233;volution de l'ext&#233;rieur, au milieu de la fermentation qui se d&#233;roulait alors en Allemagne, signifiait saper la r&#233;volution en Allemagne elle-m&#234;me, renforcer les gouvernements et d&#233;livrer les l&#233;gionnaires - Lamartine le garantissait. &#8212; sans d&#233;fense entre les mains des troupes allemandes. Lorsque par la suite la r&#233;volution fut victorieuse &#224; Vienne et &#224; Berlin, la l&#233;gion devint encore plus inutile ; mais une fois commenc&#233;, le jeu continuait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fond&#233; un club communiste allemand, dans lequel nous avons conseill&#233; aux ouvriers de se tenir &#224; l'&#233;cart de la l&#233;gion et de rentrer seuls chez eux et d'y travailler pour le mouvement. Notre vieil ami Flocon, qui si&#233;geait au Gouvernement Provisoire, obtint pour les ouvriers envoy&#233;s par nous les m&#234;mes facilit&#233;s de voyage que celles accord&#233;es aux l&#233;gionnaires. Nous renvoy&#226;mes ainsi en Allemagne trois ou quatre cents ouvriers, dont la grande majorit&#233; des membres de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on pouvait facilement le pr&#233;voir, la Ligue se r&#233;v&#233;la &#234;tre un levier beaucoup trop faible face au mouvement populaire de masse qui venait d'&#233;clater. Les trois quarts des membres de la Ligue qui vivaient auparavant &#224; l'&#233;tranger ont chang&#233; de domicile et sont retourn&#233;s dans leur pays d'origine ; leurs communaut&#233;s pr&#233;c&#233;dentes furent ainsi en grande partie dissoutes et ils perdirent tout contact avec la Ligue. Une partie, la plus ambitieuse d'entre eux, n'essaya m&#234;me pas de reprendre ce contact, mais chacun commen&#231;a pour son propre compte un petit mouvement s&#233;par&#233; dans sa localit&#233;. Enfin, les conditions dans chaque petit &#201;tat, dans chaque province et dans chaque ville &#233;taient si diff&#233;rentes que la Ligue e&#251;t &#233;t&#233; incapable de donner autre chose que les directives les plus g&#233;n&#233;rales ; ces directives sont cependant beaucoup mieux diffus&#233;es par la presse. Bref, &#224; partir du moment o&#249; les causes qui avaient rendu n&#233;cessaire la Ligue secr&#232;te ont cess&#233; d'exister, la Ligue secr&#232;te comme telle a cess&#233; de signifier quoi que ce soit. Mais cela ne pouvait surtout pas surprendre ceux qui venaient de d&#233;pouiller cette m&#234;me Ligue secr&#232;te du dernier vestige de son caract&#232;re conspirateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; que la Ligue avait &#233;t&#233; une excellente &#233;cole d'activit&#233; r&#233;volutionnaire. Sur le Rhin, o&#249; la Neue Rheinische Zeitung constituait un centre solide, &#224; Nassau, dans la Hesse rh&#233;nane, etc., partout les membres de la Ligue se tenaient &#224; la t&#234;te du mouvement d&#233;mocratique extr&#234;me. Ce fut le cas &#224; Hambourg. En Allemagne du Sud, la pr&#233;dominance de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise faisait obstacle. &#192; Breslau, Wilhelm Wolff fut actif avec beaucoup de succ&#232;s jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1848 ; en outre, il re&#231;ut un mandat sil&#233;sien en tant que repr&#233;sentant suppl&#233;ant au parlement de Francfort. Enfin, le compositeur Stephan Born, qui avait travaill&#233; &#224; Bruxelles et &#224; Paris comme membre actif de la Ligue, fonda &#224; Berlin une Confr&#233;rie ouvri&#232;re qui devint assez r&#233;pandue et exista jusqu'en 1850. Born, un jeune homme tr&#232;s talentueux, mais qui, &#233;tait un peu trop press&#233; de devenir un personnage politique, &#171; fraternis&#233; &#187; avec les plus divers ragtags et bobtails pour rassembler les foules, et n'&#233;tait pas du tout l'homme qui pouvait apporter l'unit&#233; dans les tendances oppos&#233;es, la lumi&#232;re dans les tendances oppos&#233;es. le chaos. Ainsi, dans les publications officielles de l'association, les opinions repr&#233;sent&#233;es dans le Manifeste du Parti communiste &#233;taient m&#234;l&#233;es de souvenirs et d'aspirations corporatives, de fragments de Louis Blanc et de Proudhon, de protectionnisme, etc. ; bref, ils voulaient plaire &#224; tout le monde [allen alles sein]. En particulier, les gr&#232;ves, les syndicats et les coop&#233;ratives de production se d&#233;clench&#232;rent et on oublia qu'il s'agissait avant tout de conqu&#233;rir d'abord, par des victoires politiques, le domaine dans lequel seul de telles choses pouvaient se r&#233;aliser de mani&#232;re durable. base. Lorsque, par la suite, les victoires de la r&#233;action firent comprendre aux dirigeants des Fr&#232;res musulmans la n&#233;cessit&#233; de prendre une part directe &#224; la lutte r&#233;volutionnaire, ils furent naturellement abandonn&#233;s par la masse confuse qu'ils s'&#233;taient group&#233;e autour d'eux. Born participa au soul&#232;vement de Dresde en mai 1849 et r&#233;ussit &#224; s'en sortir. Mais contrairement au grand mouvement politique du prol&#233;tariat, la Fraternit&#233; ouvri&#232;re s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un pur Sonderbund [ligue s&#233;par&#233;e], qui n'existait dans une large mesure que sur le papier et jouait un r&#244;le tellement subordonn&#233; que la r&#233;action ne l'a pas trouv&#233;. il fallut le supprimer jusqu'en 1850, et ses branches survivantes jusqu'&#224; plusieurs ann&#233;es plus tard. Born, dont le vrai nom &#233;tait Buttermilk, n'est pas devenu un grand personnage politique mais un petit professeur suisse, qui ne traduit plus Marx dans le langage des corporations mais le doux Renan dans son propre allemand complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juin 1849, avec la d&#233;faite des insurrections de mai en Allemagne et la r&#233;pression de la r&#233;volution hongroise par les Russes, une grande p&#233;riode de la R&#233;volution de 1848 prit fin. Mais la victoire de la r&#233;action n'&#233;tait pas encore d&#233;finitive. Une r&#233;organisation des forces r&#233;volutionnaires dispers&#233;es &#233;tait n&#233;cessaire, et donc aussi de la Ligue. La situation interdisait encore, comme en 1848, toute organisation ouverte du prol&#233;tariat ; il fallut donc s'organiser &#224; nouveau en secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1849, la plupart des membres des comit&#233;s centraux et congr&#232;s pr&#233;c&#233;dents se r&#233;unirent &#224; nouveau &#224; Londres. Les seuls qui manquaient encore &#233;taient Schapper, qui fut emprisonn&#233; &#224; Wiesbaden mais qui revint apr&#232;s son acquittement, au printemps 1850, et Moll, qui, apr&#232;s avoir accompli une s&#233;rie de missions et de voyages d'agitation des plus dangereux, recruta finalement des cavaliers &#224; cheval. artilleurs de l'artillerie du Palatinat au beau milieu de l'arm&#233;e prussienne dans la province du Rhin &#8212; rejoignirent la compagnie ouvri&#232;re de Besan&#231;on du corps de Willich et furent tu&#233;s d'une balle dans la t&#234;te lors de la rencontre &#224; la Murg devant le pont Rotenfels. D'un autre c&#244;t&#233;, Willich entra en sc&#232;ne. Willich &#233;tait un de ces communistes sentimentaux si r&#233;pandus en Allemagne occidentale depuis 1845 et qui, pour cette seule raison, se montraient instinctivement et furtivement hostiles &#224; notre tendance critique. Bien plus, il &#233;tait enti&#232;rement proph&#232;te, convaincu de sa mission personnelle de lib&#233;rateur pr&#233;destin&#233; du prol&#233;tariat allemand et, en tant que tel, pr&#233;tendant direct tant &#224; la dictature politique que militaire. Ainsi, au communisme chr&#233;tien primitif pr&#234;ch&#233; pr&#233;c&#233;demment par Weitling, s'est ajout&#233;e une sorte d'islam communiste. Cependant, la propagande de cette nouvelle religion se limita pour la premi&#232;re fois aux casernes de r&#233;fugi&#233;s sous le commandement de Willich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue fut donc r&#233;organis&#233;e ; L'adresse de mars 1850 fut publi&#233;e et Heinrich Bauer fut envoy&#233; comme &#233;missaire en Allemagne. L'Adresse, compos&#233;e par Marx et moi-m&#234;me, est encore int&#233;ressante aujourd'hui, car la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est d&#233;j&#224; aujourd'hui le parti qui doit certainement &#234;tre le premier &#224; arriver au pouvoir en Allemagne comme sauveur de la soci&#233;t&#233; des ouvriers communistes &#224; l'occasion de le prochain bouleversement europ&#233;en est d&#233;sormais imminent (les r&#233;volutions europ&#233;ennes de 1815, 1830, 1848-1852, 1870 se sont produites &#224; des intervalles de 15 &#224; 18 ans au cours de notre si&#232;cle). Une grande partie de ce qui y est dit est donc toujours applicable aujourd'hui. La mission de Heinrich Bauer fut couronn&#233;e d'un plein succ&#232;s. Le fid&#232;le petit cordonnier &#233;tait un diplomate n&#233;. Il ramena dans l'organisation active les anciens membres de la Ligue, qui &#233;taient en partie &#224; la tra&#238;ne et en partie agissant pour leur propre compte, et en particulier aussi les dirigeants de l'&#233;poque de la Fraternit&#233; Ouvri&#232;re. La Ligue commen&#231;a &#224; jouer un r&#244;le dominant dans les associations ouvri&#232;res, paysannes et sportives dans une bien plus grande mesure qu'avant 1848, de sorte que le prochain discours trimestriel aux communaut&#233;s, en juin 1850, pouvait d&#233;j&#224; rapporter que l'&#233;tudiant Schurz de Bonn (plus tard ancien ministre am&#233;ricain), qui &#233;tait en tourn&#233;e en Allemagne dans l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, &#171; avait d&#233;j&#224; trouv&#233; toutes les forces n&#233;cessaires entre les mains de la Ligue &#187;. La Ligue &#233;tait sans aucun doute la seule organisation r&#233;volutionnaire ayant une quelconque importance en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le but de cette organisation d&#233;pendait dans une large mesure de la r&#233;alisation ou non des perspectives d'un nouvel essor de la r&#233;volution. Et au cours de l'ann&#233;e 1850, cela devint de plus en plus improbable, voire impossible. La crise industrielle de 1847, qui avait ouvert la voie &#224; la R&#233;volution de 1848, avait &#233;t&#233; surmont&#233;e ; une nouvelle p&#233;riode de prosp&#233;rit&#233; industrielle sans pr&#233;c&#233;dent s'&#233;tait install&#233;e ; quiconque avait des yeux pour voir et s'en servait devait clairement se rendre compte que la temp&#234;te r&#233;volutionnaire de 1848 s'&#233;teignait peu &#224; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec cette prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale, dans laquelle les forces productives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise se d&#233;veloppent de mani&#232;re aussi luxuriante que possible dans les relations bourgeoises, on ne peut pas parler d'une v&#233;ritable r&#233;volution . Une telle r&#233;volution n'est possible que dans les p&#233;riodes o&#249; ces deux facteurs, les forces productives modernes et les formes productives bourgeoises, entrent en collision. Les diverses querelles dans lesquelles se livrent aujourd'hui et se compromettent les repr&#233;sentants des factions industrielles du parti de l'ordre continental, loin de fournir l'occasion de nouvelles r&#233;volutions, ne sont au contraire possibles que parce que la base des relations est momentan&#233;ment si s&#251;re. et, ce que la r&#233;action ne sait pas, c'est tellement bourgeois . De l&#224;, toutes les tentatives de la r&#233;action visant &#224; freiner le d&#233;veloppement bourgeois rebondiront aussi certainement que toute indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des d&#233;mocrates &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et moi avons &#233;crit dans la &#171; Revue de mai &#224; octobre 1850 &#187; de la Neue Rheinische Zeitung , Politisch-okonomische Revue , n&#176; V et VI, Hambourg, 1850, p. 153.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette froide appr&#233;ciation de la situation &#233;tait cependant consid&#233;r&#233;e par beaucoup comme une h&#233;r&#233;sie, &#224; une &#233;poque o&#249; Ledru-Rollin, Louis Blanc, Mazzini, Kossuth et, parmi les petites lumi&#232;res allemandes, Ruge, Kinkel, Gogg et les autres se pressaient. &#224; Londres pour former les gouvernements provisoires du futur non seulement pour leurs patries respectives mais pour toute l'Europe, et alors qu'il ne restait plus qu'&#224; obtenir de l'Am&#233;rique l'argent n&#233;cessaire comme emprunt pour que la r&#233;volution r&#233;alise &#224; tout moment le La r&#233;volution europ&#233;enne et les diff&#233;rentes r&#233;publiques qui l'accompagnaient allaient de soi. Peut-on s'&#233;tonner qu'un homme comme Willich se soit laiss&#233; prendre &#224; cela, que Schapper, agissant selon son ancienne impulsion r&#233;volutionnaire, se soit lui aussi laiss&#233; tromper et que la majorit&#233; des ouvriers londoniens, eux-m&#234;mes en grande partie r&#233;fugi&#233;s, les aient suivis. dans le camp des artisans de la r&#233;volution bourgeois-d&#233;mocrates ? Il suffit de dire que la r&#233;serve que nous maintenions n'&#233;tait pas du go&#251;t de ces gens-l&#224; ; il s'agissait d'entrer dans le jeu de faire des r&#233;volutions. Nous avons cat&#233;goriquement refus&#233; de le faire. Une scission s'ensuit ; on peut en savoir plus &#224; ce sujet dans l' Apocalypse . Puis vint l'arrestation de Nothjung, suivie de celle de Haupt, &#224; Hambourg. Ce dernier est devenu tra&#238;tre en divulguant les noms du Comit&#233; central de Cologne et en &#233;tant d&#233;sign&#233; comme t&#233;moin principal au proc&#232;s ; mais ses proches ne souhaitaient pas &#234;tre ainsi d&#233;shonor&#233;s et l'envoy&#232;rent &#224; Rio de Janerio, o&#249; il s'&#233;tablit plus tard comme homme d'affaires et, en reconnaissance de ses services, fut nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral de Prusse puis d'Allemagne. Il est maintenant de nouveau en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note d'Engels : Schapper &#224; Londres &#224; la fin des ann&#233;es soixante. Willich a particip&#233; avec distinction &#224; la guerre civile am&#233;ricaine ; il est devenu g&#233;n&#233;ral de brigade et a re&#231;u une balle dans la poitrine lors de la bataille de Murfreesboro (Tennessee), mais s'est r&#233;tabli et est mort il y a une dizaine d'ann&#233;es en Am&#233;rique. Parmi les autres personnes mentionn&#233;es ci-dessus, je remarquerai seulement que Heinrich Bauer a &#233;t&#233; perdu en Australie et que Weitling et Ewerbeck sont morts en Am&#233;rique.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une meilleure compr&#233;hension des R&#233;v&#233;lations , je donne la liste des accus&#233;s de Cologne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) PG Roser, fabricant de cigares ; (2) Heinrich Burgers, d&#233;c&#233;d&#233; plus tard en tant que d&#233;put&#233; progressiste au Landtag ; (3) Peter Nothjung, tailleur, d&#233;c&#233;d&#233; il y a quelques ann&#233;es comme photographe &#224; Breslau ; (4) WJ Reiff ; (5) le Dr Hermann Becker, aujourd'hui bourgmestre en chef de Cologne et membre de la Chambre haute ; (6) le Dr Roland Daniels, m&#233;decin, d&#233;c&#233;d&#233; quelques ann&#233;es apr&#232;s le proc&#232;s des suites d'une tuberculose contract&#233;e en prison ; (7) Karl Otto, chimiste ; (8) Dr Abraham Jacoby, maintenant m&#233;decin &#224; New York ; (9) Dr IJ Klein, aujourd'hui m&#233;decin et conseiller municipal de Cologne ; (10) Ferdinand Freiligrath, qui se trouvait pourtant d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque &#224; Londres ; (11) IL Ehrhard, commis ; (12) Friedrich Lessner, tailleur, actuellement &#224; Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un proc&#232;s public devant jury du 4 octobre au 12 novembre 1852, les personnes suivantes furent condamn&#233;es pour tentative de haute trahison : Roser, Burgers et Nothjung &#224; six ans, Reiff, Otto et Becker &#224; cinq ans et Lessner &#224; trois ans de prison. une forteresse ; Daniels, Klein, Jacoby et Ehrhard ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le proc&#232;s de Cologne, la premi&#232;re p&#233;riode du mouvement ouvrier communiste allemand prend fin. Imm&#233;diatement apr&#232;s la sentence, nous avons dissous notre Ligue ; quelques mois plus tard, la ligue s&#233;par&#233;e Willich-Schapper trouva &#233;galement le repos &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Il y a toute une g&#233;n&#233;ration entre hier et aujourd'hui. A cette &#233;poque, l'Allemagne &#233;tait un pays d'artisanat et d'industrie domestique bas&#233;e sur le travail manuel ; c'est aujourd'hui un grand pays industriel en constante transformation industrielle. A cette &#233;poque, il fallait rechercher un &#224; un les travailleurs qui comprenaient leur situation de travailleurs et leur antagonisme historico-&#233;conomique envers le capital, car cet antagonisme lui-m&#234;me commen&#231;ait seulement &#224; se d&#233;velopper. Aujourd'hui, l'ensemble du prol&#233;tariat allemand doit &#234;tre soumis &#224; des lois d'exception, simplement pour ralentir un peu le processus de son d&#233;veloppement vers la pleine conscience de sa position de classe opprim&#233;e. A cette &#233;poque, les quelques personnes dont l'esprit avait p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'&#224; la r&#233;alisation du r&#244;le historique du prol&#233;tariat devaient se rassembler en secret, se rassembler clandestinement en petites communaut&#233;s de 3 &#224; 20 personnes. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand n'a plus besoin d'aucune organisation officielle, ni publique ni secr&#232;te. La simple interconnexion &#233;vidente de camarades de classe partageant les m&#234;mes id&#233;es suffit, sans aucune r&#232;gle, conseil, r&#233;solution ou autre forme tangible, &#224; &#233;branler l'ensemble de l'Empire allemand jusque dans ses fondations. Bismarck est l'arbitre de l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Allemagne, mais &#224; l'int&#233;rieur de celles-ci, la figure athl&#233;tique du prol&#233;tariat allemand, que Marx pr&#233;voyait d&#233;j&#224; en 1844, devient chaque jour plus mena&#231;ante, le g&#233;ant pour qui l'&#233;difice imp&#233;rial exigu con&#231;u pour s'adapter aux philistins est encore aujourd'hui. devenu inad&#233;quat et dont la stature puissante et les &#233;paules larges grandissent jusqu'au moment o&#249;, en se levant simplement de son si&#232;ge, il brisera toute la structure de la constitution imp&#233;riale en fragments. Et bien plus encore. Le mouvement international du prol&#233;tariat europ&#233;en et am&#233;ricain s'est tellement renforc&#233; que non seulement sa premi&#232;re forme &#233;troite &#8212; la Ligue secr&#232;te &#8212; mais m&#234;me sa seconde forme, infiniment plus large &#8212; l'Association internationale des travailleurs &#8212; est devenue pour lui une entrave, et que le simple sentiment de solidarit&#233; fond&#233; sur la compr&#233;hension de l'identit&#233; de position de classe suffit &#224; cr&#233;er et &#224; maintenir un seul et m&#234;me grand parti du prol&#233;tariat parmi les ouvriers de tous pays et de toutes langues. La doctrine que la Ligue a repr&#233;sent&#233;e de 1847 &#224; 1852, et qui &#224; cette &#233;poque pouvait &#234;tre trait&#233;e par les sages philistins en haussant les &#233;paules comme des hallucinations de compl&#232;tement fous, comme la doctrine secr&#232;te de quelques sectaires dispers&#233;s, a maintenant d'innombrables adeptes. dans tous les pays civilis&#233;s du monde, parmi les condamn&#233;s aux mines de Sib&#233;rie autant que parmi les chercheurs d'or de Californie ; et le fondateur de cette doctrine, l'homme le plus d&#233;test&#233; et le plus calomni&#233; de son temps, Karl Marx, &#233;tait, &#224; sa mort, le conseiller toujours recherch&#233; et toujours volontaire du prol&#233;tariat de l'ancien et du nouveau monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/organisation/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution</title>
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		<dc:date>2026-08-19T22:09:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
Les probl&#232;mes de la guerre civile &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un fait que, jusqu'ici, personne ne s'est souci&#233; de faire la somme des enseignements qui se d&#233;gagent de l'exp&#233;rience de la guerre civile, de la n&#244;tre comme de celle des autres pays. Et, pourtant, pratiquement et id&#233;ologiquement, un travail de ce genre correspond &#224; un besoin imp&#233;rieux. Tout au long de l'histoire de l'Humanit&#233;, la guerre civile a jou&#233; un r&#244;le particulier. De 1871 &#224; 1914, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, Guerre, guerre civile et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les probl&#232;mes de la guerre civile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait que, jusqu'ici, personne ne s'est souci&#233; de faire la somme des enseignements qui se d&#233;gagent de l'exp&#233;rience de la guerre civile, de la n&#244;tre comme de celle des autres pays. Et, pourtant, pratiquement et id&#233;ologiquement, un travail de ce genre correspond &#224; un besoin imp&#233;rieux. Tout au long de l'histoire de l'Humanit&#233;, la guerre civile a jou&#233; un r&#244;le particulier. De 1871 &#224; 1914, les r&#233;formistes se figuraient que pour l'Europe occidentale ce r&#244;le &#233;tait termin&#233;. Mais la guerre imp&#233;rialiste remit la guerre civile &#224; l'ordre du jour. Cela, nous le savons et le comprenons. Nous l'avons inclus dans notre programme. Cependant, nous manquons presque compl&#232;tement d'une conception scientifique de la guerre civile, de ses phases, de ses aspects et de ses m&#233;thodes. Nous constatons m&#234;me de formidables lacunes dans la simple description des &#233;v&#233;nements qui se sont succ&#233;d&#233; dans ce domaine au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es. Il m'est arriv&#233; r&#233;cemment de faire remarquer que nous consacrons beaucoup de temps et d'efforts &#224; l'&#233;tude de la Commune de Paris, mais que nous n&#233;gligeons tout &#224; fait la lutte du prol&#233;tariat allemand, riche pourtant en exp&#233;riences de guerre civile, et que nous ignorons quasi-compl&#232;tement les le&#231;ons de l'insurrection bulgare de septembre 1923. Mais le plus surprenant est qu'il semble bien qu'on ait, depuis longtemps, rel&#233;gu&#233; aux archives l'exp&#233;rience de la R&#233;volution d'Octobre. Et pourtant, dans la R&#233;volution d'Octobre, il est bien des choses dont peuvent tirer profit jusqu'aux tacticiens militaires, car il n'est pas douteux que la prochaine guerre, dans une mesure infiniment plus large que jusqu'ici, se combinera avec diverses formes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration, l'exp&#233;rience de l'insurrection bulgare de septembre 1923 offrent &#233;galement un int&#233;r&#234;t puissant. Nous avons &#224; notre disposition les moyens n&#233;cessaires, puisque tant de camarades bulgares ayant pris part &#224; l'insurrection r&#233;sident maintenant en Russie, de nous livrer &#224; une &#233;tude s&#233;rieuse de ces &#233;v&#233;nements. Il est d'ailleurs facile de s'en faire une id&#233;e d'ensemble. Le pays qui fut le th&#233;&#226;tre de l'insurrection n'est pas plus grand qu'une province russe. Et l'organisation des forces combattantes, les groupements politiques, y rev&#234;tent un caract&#232;re gouvernemental. D'autre part, pour les pays (et ils sont nombreux, la totalit&#233; des pays d'Orient, notamment) o&#249; la population paysanne pr&#233;domine, l'exp&#233;rience de l'insurrection bulgare a une importance capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en quoi consiste notre t&#226;che ? A r&#233;diger un manuel pour la conduite des op&#233;rations r&#233;volutionnaires, une th&#233;orie de la r&#233;volution, ou bien un r&#232;glement de la guerre civile ? De toute fa&#231;on, au premier plan de l'ouvrage que nous avons &#224; mettre sur pied, on traitera de l'insurrection en tant que supr&#234;me phase de la r&#233;volution. Il faut r&#233;unir et coordonner les donn&#233;es de l'exp&#233;rience de la guerre civile, analyser les conditions dans lesquelles elle a lieu, &#233;tudier les fautes commises, mettre en relief les op&#233;rations les mieux r&#233;ussies, en tirer les conclusions n&#233;cessaires. Ce faisant, qu'enrichirons-nous : la science, c'est-&#224;-dire la connaissance des lois de l'&#233;volution historique, ou bien l'art militaire r&#233;volutionnaire, pris en tant qu'ensemble de r&#232;gles d'action tir&#233;es de l'exp&#233;rience ? Selon moi, enrichirons l'un et l'autre. Mais, pratiquement, nous n'aurons en vue que l'art militaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Composer en quelque sorte un &#171; r&#232;glement de la guerre civile &#187; est une t&#226;che compliqu&#233;e. Tout d'abord, il est n&#233;cessaire de tracer une caract&#233;ristique des conditions essentielles &#224; la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat. Ainsi, nous resterons encore dans le domaine de la politique r&#233;volutionnaire ; mais l'insurrection n'est-elle pas, apr&#232;s tout, la continuation de la politique par d'autres moyens ? L'analyse des conditions essentielles &#224; l'insurrection devra &#234;tre adapt&#233;e &#224; diff&#233;rents types de pays. D'un c&#244;t&#233;, nous avons des pays o&#249; le prol&#233;tariat constitue la majorit&#233; de la population et, d'un autre c&#244;t&#233;, des pays o&#249; le prol&#233;tariat est une infime minorit&#233; parmi la population paysanne. Entre ces deux p&#244;les, se situent les pays d'un type interm&#233;diaire. D&#232;s lors, nous devons nous baser pour notre &#233;tude sur trois types de pays ; industriels, agraires et interm&#233;diaires. De m&#234;me dans le chapitre d'introduction consacr&#233; aux postulats et conditions r&#233;volutionnaires n&#233;cessaires &#224; la prise du pouvoir, on d&#233;crira la caract&#233;ristique des particularit&#233;s de chacun de ces types de pays, au point de vue de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous envisageons l'insurrection de deux fa&#231;ons : d'abord comme une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de processus historique, comme une r&#233;fraction des lois objectives de la lutte de classes ; ensuite, d'un point de vue objectif et pratique, &#224; savoir : de quelle mani&#232;re pr&#233;parer et ex&#233;cuter l'insurrection pour en assurer le plus s&#251;rement le succ&#232;s. La guerre nous offre &#224; ce sujet une analogie frappante. Car elle est aussi le produit de certaines conditions historiques, le r&#233;sultat d'un conflit d'int&#233;r&#234;ts. En m&#234;me temps, la guerre est un art. La th&#233;orie de la guerre est une &#233;tude des forces et des moyens dont on dispose, de leur concentration et de leur emploi en vue de la victoire. De m&#234;me, l'insurrection est un art. Dans un sens strictement pratique, c'est-&#224;-dire s'approchant dans une certaine mesure des r&#232;glements militaires, on peut et on doit mettre sur pied une th&#233;orie de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, on se heurtera d'embl&#233;e &#224; toutes sortes de m&#233;prises et aux critiques de ceux qui ne manqueront pas de dire que l'id&#233;e d'&#233;crire le r&#232;glement de l'insurrection, &#224; plus forte raison celui de la guerre civile, est pure utopie bureaucratique. Il est probable que l'on dira encore que nous voulons militariser l'histoire, que le processus r&#233;volutionnaire ne se r&#233;glemente pas, que, dans chaque pays, la r&#233;volution a ses particularit&#233;s, son originalit&#233;, qu'en temps de r&#233;volution, la situation se modifie &#224; tous moments et qu'il est chim&#233;rique de vouloir fabriquer en s&#233;rie des canevas pour la conduite des r&#233;volutions ou de composer, &#224; l'instar d'un adjudant de quartier, un tas de prescriptions intangibles et d'en imposer la stricte observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, si quelqu'un pr&#233;tendait &#233;tablir quelque chose de ce genre, il serait tout bonnement ridicule. Mais, au fond, l'on peut tout aussi bien en dire autant de nos r&#232;glements militaires. Toute guerre se d&#233;roule dans une situation et dans des conditions qu'on ne peut pr&#233;voir &#224; l'avance. Cependant, sans le secours de r&#232;glements r&#233;unissant les donn&#233;es de l'exp&#233;rience militaire, il est pu&#233;ril de vouloir conduire une arm&#233;e, aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre. Le vieil adage : &#171; Ne te cramponne pas au r&#232;glement comme un aveugle &#224; un mur &#187; ne diminue nullement l'importance des r&#232;glements militaires, pas plus que la dialectique ne diminue l'importance de la logique formelle ou des r&#232;gles d'arithm&#233;tique. Il est indubitable que, dans la guerre civile, les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; l'&#233;tablissement de plans, &#224; l'organisation, aux dispositions &#224; prendre, sont infiniment plus rares que dans les guerres entre arm&#233;es &#171; nationales &#187;. Dans la guerre civile, la politique se m&#234;le aux actions militaires plus &#233;troitement, plus intimement que dans la guerre &#171; nationale &#187;. Ainsi, il serait vain de transposer les m&#234;mes m&#233;thodes d'un domaine dans l'autre. Mais il ne s'ensuit pas qu'il est interdit de s'appuyer sur l'exp&#233;rience acquise pour en tirer les m&#233;thodes, les proc&#233;d&#233;s, les indications, les directives, les suggestions ayant une signification pr&#233;cise et de les convertir en r&#232;gles g&#233;n&#233;rales susceptibles de prendre place dans un r&#232;glement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, au nombre de ces r&#232;gles, on mentionnera la n&#233;cessit&#233; de subordonner strictement les actions purement militaires &#224; la ligne politique g&#233;n&#233;rale, de tenir rigoureusement compte de l'ensemble de la situation et de l'&#233;tat d'esprit des masses. Dans tous les cas, avant de taxer d'utopie une &#339;uvre de ce genre, il est n&#233;cessaire de d&#233;cider, apr&#232;s un examen approfondi de la question, s'il existe des r&#232;gles g&#233;n&#233;rales conditionnant ou facilitant la victoire en p&#233;riode de guerre civile et en quoi elles consistent. Ce n'est qu'au cours d'un examen de ce genre que l'on pourra d&#233;finir o&#249; se terminent les indications pr&#233;cises, utiles, disciplinant le travail &#224; accomplir et o&#249; commence la fantaisie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;chons d'aborder la r&#233;volution en partant de ce point de vue. La phase supr&#234;me de la r&#233;volution c'est l'insurrection, laquelle d&#233;cide du pouvoir. L'insurrection est toujours pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode d'organisation et de pr&#233;paration sur la base d'une campagne politique d&#233;termin&#233;e. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le moment de l'insurrection est bref, mais il est un moment d&#233;cisif dans le cours de la r&#233;volution. Si la victoire est acquise, elle est suivie d'une p&#233;riode qui comprend l'affermissement de la r&#233;volution au moyen de l'&#233;crasement des derni&#232;res forces ennemies et l'organisation du nouveau pouvoir et des forces r&#233;volutionnaires charg&#233;es de la d&#233;fense de la r&#233;volution. Dans ces conditions le r&#232;glement de la guerre civile devra se composer de trois chap&#238;tres au moins : la pr&#233;paration de l'insurrection, l'insurrection et enfin l'affermissement de la victoire. Ainsi, outre l'introduction de principe dont il est question plus haut pour la caract&#233;ristique, sous la forme abr&#233;g&#233;e de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales ou sous forme de directives, des postulats et conditions r&#233;volutionnaires, notre r&#232;glement de la guerre civile devra renfermer trois chapitres englobant dans l'ordre de leur succession les trois principales &#233;tapes de la guerre civile. Telle sera l'architecture strat&#233;gique de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me strat&#233;gique que nous avons &#224; r&#233;soudre consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; combiner logiquement toutes les forces et moyens r&#233;volutionnaires en vue d'atteindre le but principal : la prise et la d&#233;fense du pouvoir. Il est &#233;vident que chaque aspect de cette strat&#233;gie de la guerre civile soul&#232;ve de multiples probl&#232;mes tactiques particuliers comme la formation de centuries d'usine, l'organisation de postes de commandement dans les villes et sur les voies ferr&#233;es, et la pr&#233;paration minutieuse des moyens de s'emparer dans les villes des points vitaux. Ces probl&#232;mes tactiques d&#233;couleront dans notre r&#232;glement de la guerre civile, les uns du deuxi&#232;me chapitre relatif &#224; l'insurrection, les autres du troisi&#232;me chapitre qui embrassera la p&#233;riode d'&#233;crasement de l'ennemi et d'affermissement du pouvoir r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous adoptons un semblable plan de travail, nous aurons la possibilit&#233; d'aborder notre ouvrage de plusieurs c&#244;t&#233;s &#224; la fois. Ainsi on chargera un groupe de camarades de certaines questions tactiques se rapportant &#224; la guerre civile. D'autres groupes &#233;tabliront le plan g&#233;n&#233;ral de l'introduction de principe et ainsi de suite. En m&#234;me temps il sera n&#233;cessaire d'examiner, sous l'angle de la guerre civile, les mat&#233;riaux historiques qu'on aura r&#233;unis, car il est &#233;vident que notre intention n'est pas de forger un r&#232;glement qui serait un simple produit de l'esprit, mais un r&#232;glement inspir&#233; par l'exp&#233;rience, &#233;clair&#233; et enrichi d'une part par les th&#233;ories marxistes et, d'autre part, par les donn&#233;es de la science militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que les r&#232;glements militaires ne traitent que de la m&#233;thode, en d'autres termes ils ne donnent que des directives g&#233;n&#233;rales sans les appuyer d'exemples pr&#233;cis ou d'explications d&#233;taill&#233;es. Pourrons-nous adopter la m&#234;me m&#233;thode pour &#233;noncer le r&#232;glement de la guerre civile ? Ce n'est pas certain. Il est tr&#232;s possible que nous soyons oblig&#233;s de citer, &#224; titre d'illustration, dans le r&#232;glement m&#234;me ou dans un chapitre annexe un certain nombre de faits historiques ou, tout au moins, de nous y r&#233;f&#233;rer. Ce sera peut-&#234;tre une excellente fa&#231;on d'&#233;viter un exc&#232;s de sch&#233;matisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection et la fixation du &#171; moment &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi s'agit-il ? D'un r&#232;glement de la guerre civile ou d'un r&#232;glement de l'insurrection ? Je pense tout de m&#234;me que si l'on adopte le r&#232;glement, il s'agit avant tout d'un r&#232;glement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains camarades, dit-on, ont &#233;lev&#233; des objections &#224; ce sujet et ont donn&#233; l'impression qu'ils confondaient la guerre civile avec la lutte de classes et l'insurrection avec la guerre civile. La v&#233;rit&#233; est que la guerre civile constitue une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de la lutte de classes, lorsque celle-ci rompant les cadres de la l&#233;galit&#233; vient se placer sur le plan d'un affrontement public et dans une certaine mesure physique des forces en pr&#233;sence. Con&#231;ue de cette fa&#231;on, la guerre civile embrasse les insurrections spontan&#233;es d&#233;termin&#233;es par des causes locales, les interventions sanguinaires des hordes contre-r&#233;volutionnaires, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire, l'insurrection pour la prise du pouvoir et la p&#233;riode de liquidation des tentatives de soul&#232;vement contre-r&#233;volutionnaire. Tout cela entre dans le cadre de la notion de la guerre civile, tout cela est plus large que l'insurrection et tout de m&#234;me infiniment plus &#233;troit que la notion de la lutte de classes qui passe &#224; travers toute l'histoire de l'Humanit&#233;. Si l'on parle de l'insurrection comme d'une t&#226;che &#224; r&#233;aliser, il faut en causes &#224; bon escient et non en la d&#233;formant comme on le fait couramment en la confondant avec la r&#233;volution. Nous devons lib&#233;rer les autres de cette confusion et commencer par nous en d&#233;barrasser nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection pose partout et toujours une t&#226;che pr&#233;cise &#224; r&#233;aliser. Dans ce but nous r&#233;partissons les r&#244;les, confions &#224; chacun sa mission, distribuons des armes, choisissons le moment, portons des coups et prenons le pouvoir si... on ne nous &#233;crase pas avant. L'insurrection doit se faire selon un plan con&#231;u d'avance. Elle est une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de la r&#233;volution. La prise du pouvoir n'arr&#234;te pas la guerre civile, elle ne fait qu'en changer le caract&#232;re. Ainsi c'est bien d'un r&#232;glement de la guerre civile qu'il s'agit et pas seulement d'un r&#232;glement de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; fait allusion aux dangers de sch&#233;matisme. Voyons &#224; la lumi&#232;re d'un exemple en quoi ils peuvent consister. J'ai eu l'occasion d'observer fr&#233;quemment une des plus dangereuses manifestations du sch&#233;matisme dans la fa&#231;on dont nos jeunes officiers d'&#233;tat-major abordent les questions militaires de la r&#233;volution. Si nous prenons les trois &#233;tapes que nous avons distingu&#233;es dans la guerre civile, nous apercevons que le travail militaire du parti r&#233;volutionnaire rev&#234;t, dans chacune des trois p&#233;riodes, un caract&#232;re particulier. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire nous nous heurtons forc&#233;ment aux forces (police, arm&#233;e) de la classe dominante. Les neuf dixi&#232;mes du travail militaire du parti consistent &#224; ce moment &#224; d&#233;sagr&#233;ger l'arm&#233;e ennemie, &#224; la disloquer de l'int&#233;rieur et pour un dixi&#232;me seulement &#224; rassembler et pr&#233;parer les forces r&#233;volutionnaires. Il va de soi que les rapports arithm&#233;tiques que j'indique sont pris arbitrairement, mais ils donnent tout de m&#234;me une id&#233;e de ce que doit &#234;tre r&#233;ellement le travail militaire clandestin du parti r&#233;volutionnaire. Plus on s'approche du moment de l'insurrection, plus on doit intensifier le travail pour la formation des organisations de combat. C'est alors qu'on peut craindre certains dangers de sch&#233;matisme. Il est &#233;vident que les formations de combat &#224; l'aide desquelles le parti r&#233;volutionnaire s'appr&#234;te &#224; accomplir l'insurrection ne peuvent avoir de physionomie tr&#232;s nette, &#224; plus forte raison elles ne sauraient correspondre &#224; des unit&#233;s militaires comme la brigade, la division ou le corps d'arm&#233;e. Cela ne dispense pas ceux qui ont la charge de diriger l'insurrection d'y faire p&#233;n&#233;trer l'ordre et la m&#233;thode. Mais le plan de l'insurrection ne se b&#226;tit pas sur une direction centralis&#233;e des troupes de la r&#233;volution, mais au contraire sur la plus grande initiative de chaque d&#233;tachement auquel on aura assign&#233; d'avance avec le maximum de pr&#233;cision la t&#226;che qui lui incombe. L'insurg&#233; combat en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale en observant les m&#233;thodes de la &#171; petite guerre &#187;, c'est-&#224;-dire au moyen de d&#233;tachements de partisans ou de demi-partisans ciment&#233;s beaucoup plus par la discipline politique et par la claire conscience de l'unit&#233; du but &#224; atteindre que par n'importe quelle discipline hi&#233;rarchique. Apr&#232;s la prise du pouvoir la situation se modifie compl&#232;tement. La lutte de la r&#233;volution victorieuse pour assurer sa d&#233;fense et son d&#233;veloppement se transforme aussit&#244;t en lutte pour l'organisation de l'appareil gouvernemental centralis&#233;. Les d&#233;tachements de partisans, dont l'apparition au moment de la lutte pour la prise du pouvoir est aussi in&#233;vitable que n&#233;cessaire, peuvent &#234;tre, apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, une cause de graves dangers susceptibles d'&#233;branler l'Etat r&#233;volutionnaire en formation. C'est alors qu'on doit proc&#233;der &#224; l'organisation d'une arm&#233;e rouge r&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fixation du moment de l'insurrection est en rapport &#233;troit avec les mesures que nous venons d'envisager. Il va de soi qu'il n'est pas question de d&#233;signer arbitrairement, par dessus les &#233;v&#233;nements, la date fixe et irr&#233;vocable de l'insurrection. Ce serait vraiment se faire une id&#233;e par trop simpliste du caract&#232;re de la r&#233;volution et de son d&#233;veloppement. Marxistes, nous devons savoir et comprendre qu'il ne suffit pas de vouloir l'insurrection pour l'accomplir. Lorsque les conditions objectives la rendent possible il faut la faire car elle ne se fait pas d'elle-m&#234;me. Et pour cela l'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire doit avoir en t&#234;te le plan de l'insurrection avant de la d&#233;clencher. Le plan de l'insurrection donnera une orientation de temps et de lieu. On tiendra compte de la fa&#231;on la plus minutieuse de tous les facteurs et &#233;l&#233;ments de l'insurrection, on aura le coup d'&#339;il juste pour d&#233;terminer leur dynamisme, pour d&#233;finir la distance que l'avant-garde r&#233;volutionnaire devra maintenir entre elle et la classe ouvri&#232;re pour ne pas s'en isoler et au m&#234;me moment on ex&#233;cutera le bond d&#233;cisif. La fixation du moment de l'insurrection est un des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires de cette orientation. Il sera fix&#233; d'avance, d&#232;s que les prodromes de l'insurrection appara&#238;tront clairement. Il est certain que le terme choisi ne sera pas &#233;bruit&#233; &#224; tout venant, au contraire, on le dissimulera le plus possible &#224; l'ennemi, sans toutefois induire en erreur son propre parti et les masses qui le suivront. Le travail du parti dans tous les domaines sera subordonn&#233; au terme de l'insurrection et tout devra &#234;tre au jour fix&#233;. Si l'on s'est tromp&#233; dans ses calculs le moment de l'insurrection pourra &#234;tre report&#233;, bien que ce soit l&#224; une &#233;ventualit&#233; comportant toujours de graves inconv&#233;nients et beaucoup de dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut reconna&#238;tre que le terme de l'insurrection est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant sans importance par beaucoup de communistes occidentaux qui ne se sont toujours pas d&#233;barrass&#233;s de leur mani&#232;re fataliste et passive d'aborder les principaux probl&#232;mes de la r&#233;volution. Rosa Luxembourg en est encore le type le plus expressif et le plus talentueux. Psychologiquement on le comprend sans peine. Elle s'&#233;tait form&#233;e, pour ainsi dire, dans la lutte contre l'appareil bureaucratique de la social-d&#233;mocratie et des syndicats allemands. Inlassablement elle avait d&#233;montr&#233; que cet appareil &#233;touffait l'initiative du prol&#233;tariat. A cela elle ne voyait salut et issue que dans une irr&#233;sistible pouss&#233;e des masses balayant toutes les barri&#232;res et d&#233;fenses &#233;difi&#233;es par la bureaucratie social-d&#233;mocrate. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire d&#233;bordant toutes les rives de la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#233;tait devenue pour Rosa Luxembourg synonyme de r&#233;volution prol&#233;tarienne. Cependant, quelle que soit sa puissance, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne r&#233;sout pas le probl&#232;me du pouvoir, elle ne fait que le poser. Pour s'emparer du pouvoir il faut, s'appuyant sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, organiser l'insurrection. Toute l'&#233;volution de Rosa Luxembourg fait penser qu'elle aurait fini par l'admettre. Mais quand elle fut arrach&#233;e &#224; la lutte, elle n'avait encore dit ni son dernier, ni son avant-dernier mot. Cependant il y avait encore r&#233;cemment dans le parti communiste allemand un tr&#232;s fort courant vers le fatalisme r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution approche, disait-on, elle apportera l'insurrection et nous donnera le pouvoir. Quant au parti, son r&#244;le est dans ce moment de faire de l'agitation r&#233;volutionnaire et d'en attendre les effets. Dans de telles conditions, poser carr&#233;ment la question du terme de l'insurrection, c'est arracher le parti &#224; la passivit&#233; et au fatalisme, c'est le mettre en face des principaux probl&#232;mes de la r&#233;volution, notamment l'organisation consciente de l'insurrection pour chasser l'ennemi du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la question du moment de l'insurrection doit &#234;tre trait&#233;e dans le r&#232;glement de la guerre civile. Ainsi nous faciliterons la pr&#233;paration du parti &#224; l'insurrection ou tout au moins la pr&#233;paration de ses cadres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut consid&#233;rer que le pas le plus difficile qu'un parti communiste aura &#224; franchir sera le passage du travail de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, forc&#233;ment long, &#224; la lutte directe pour la prise du pouvoir. Ce passage ne se fera pas sans provoquer des crises et des crises graves. Le seul moyen d'en affaiblir la port&#233;e et de faciliter le groupement des &#233;l&#233;ments dirigeants les plus r&#233;solus consiste &#224; amener les cadres du parti &#224; m&#233;diter et approfondir d'avance les questions d&#233;coulant de l'insurrection r&#233;volutionnaire et cela d'autant plus concr&#232;tement que les &#233;v&#233;nements seront plus proches. Sous ce rapport l'&#233;tude de la R&#233;volution d'Octobre est d'une importance unique pour les partis communistes europ&#233;ens. Malheureusement cette &#233;tude pour le moment ne se fait pas et ne se fera pas aussi longtemps qu'on n'en donnera pas les moyens. Nous-m&#234;mes n'avons ni &#233;tudi&#233; ni coordonn&#233; les enseignements de la R&#233;volution d'Octobre et sp&#233;cialement les enseignements militaires r&#233;volutionnaires qui s'en d&#233;gagent. Il faudra suivre pas &#224; pas toutes les &#233;tapes de la pr&#233;paration r&#233;volutionnaire qui va de mars &#224; octobre, la fa&#231;on dont s'est d&#233;roul&#233;e l'insurrection d'Octobre sur quelques-uns des points les plus typiques, puis la lutte pour l'affermissement du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A qui destinerons-nous le r&#232;glement de la guerre civile ? Aux ouvriers, ont r&#233;pondu certains camarades, afin que chacun d'eux sache comment se comporter. Evidemment il n'y aurait qu'&#224; se louer de ce que &#171; tout &#187; ouvrier sache ce qu'il lui appartient de faire. Mais c'est poser la question sur une trop large &#233;chelle, et partant utopique. De toute fa&#231;on ce n'est pas par ce bout qu'il faut commencer. Notre r&#232;glement doit &#234;tre destin&#233; en premier lieu aux cadres du parti, aux chefs de la r&#233;volution. Naturellement on y vulgarisera certains chapitres, certaines questions &#224; l'intention des larges milieux ouvriers, mais avant tout il s'adressera aux chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;alable nous devons pour nous-m&#234;mes rassembler notre propre exp&#233;rience et nos id&#233;es, les formuler aussi clairement que possible, les v&#233;rifier minutieusement et, autant qu'on le pourra, les syst&#233;matiser. Avant la guerre imp&#233;rialiste certains &#233;crivains militaires se plaignaient que les guerres fussent devenues trop rares pour la bonne instructions des officiers. Avec non moins de raison, l'on peut dire que la raret&#233; des r&#233;volutions entrave l'&#233;ducation des r&#233;volutionnaires. Sous ce rapport, notre g&#233;n&#233;ration n'a pas &#224; se plaindre. Nous qui en sommes avons eu le temps de faire la r&#233;volution de 1905 et de vivre assez pour prendre une part dirigeante &#224; la r&#233;volution de 1917. Mais point n'est besoin de dire que l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire quotidienne se dissipe rapidement. Et puis que de nouveaux probl&#232;mes ! Ne sommes-nous pas oblig&#233;s aujourd'hui de discuter des questions comme la fabrication de l'&#233;toffe, la construction de l'usine &#233;lectrique de Nolkoff et tant d'autres probl&#232;mes &#233;conomiques plut&#244;t que la fa&#231;on dont se fait l'insurrection. Mais qu'on se rassure, cette derni&#232;re question est loin d'&#234;tre p&#233;rim&#233;e. Plus d'une fois l'histoire demandera qu'on y r&#233;ponde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel moment doit-on commencer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La catastrophe allemande de 1923 a amen&#233; l'Internationale Communiste &#224; s'occuper des m&#233;thodes d'organisations de la r&#233;volution et sp&#233;cialement de l'insurrection r&#233;volutionnaire. A ce sujet, la fixation du moment de l'insurrection a acquis une importance de principe du fait qu'il est apparu nettement que cette question est la pierre d'achoppement sur laquelle viennent buter tous les probl&#232;mes relatifs &#224; l'organisation de la r&#233;volution. La social-d&#233;mocratie a adopt&#233;, vis-&#224;-vis de la r&#233;volution, l'attitude qui caract&#233;rise la bourgeoisie lib&#233;rale dans sa p&#233;riode de lutte pour le pouvoir contre la f&#233;odalit&#233; de la monarchie. La bourgeoisie lib&#233;rale sp&#233;cule sur la r&#233;volution, mais se garde bien d'en endosser la responsabilit&#233;. Au moment propice de la lutte, elle jette dans la balance sa richesse, son instruction et les autres moyens d'influence de sa classe pour faire main-basse sur le pouvoir. En 1918 la social-d&#233;mocratie allemande a jou&#233; un r&#244;le de ce genre. Au fond, elle constitue l'appareil politique qui transmit &#224; la bourgeoisie le pouvoir d&#233;chu des Hohenzollern. Une telle politique de sp&#233;culation passive est absolument incompatible avec le communisme pour autant qu'il s'assigne le but de s'emparer du pouvoir au nom et dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne est une r&#233;volution de masses formidables inorganis&#233;es, dans leur ensemble. L'aveugle pouss&#233;e des masses joue dans le mouvement un r&#244;le consid&#233;rable. La victoire ne peut &#234;tre acquise que par un parti communiste qui se donne comme objectif pr&#233;cis la prise du pouvoir, qui, avec un soin minutieux m&#233;dite, forge, rassemble les moyens d'atteindre le but poursuivi et qui, s'appuyant sur l'insurrection des masses, r&#233;alise ses desseins. Par sa centralisation, sa r&#233;solution, sa fa&#231;on m&#233;thodique d'aborder l'insurrection, le parti communiste apporte au prol&#233;tariat dans la lutte pour le pouvoir les avantages que la bourgeoisie porte en elle du fait m&#234;me de sa position &#233;conomique. Sous ce rapport, la question du moment de l'insurrection n'est pas un simple d&#233;tail technique, elle d&#233;montre au contraire de la fa&#231;on la plus nette et la plus pr&#233;cise dans quelle mesure on s'est pr&#233;par&#233; &#224; aborder l'insurrection avec toutes les r&#232;gles de l'art militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'on ne peut baser ses calculs, quand il s'agit de fixer le moment de l'insurrection, sur l'exp&#233;rience purement militaire. Disposant de forces arm&#233;es suffisantes, un Etat peut, &#224; son gr&#233;, d&#233;clencher la guerre. D'autre part, pendant la guerre c'est le haut commandement qui d&#233;cide de l'offensive apr&#232;s avoir pes&#233; toutes les donn&#233;es de la situation. Mais il est tout de m&#234;me plus facile d'analyser une situation militaire qu'une situation r&#233;volutionnaire. Le commandement militaire a affaire &#224; des unit&#233;s combattantes organis&#233;es dont la liaison entre elles a &#233;t&#233; soigneusement &#233;tudi&#233;e et combin&#233;e &#224; l'avance gr&#226;ce &#224; quoi le commandement tient, pour ainsi dire, ses arm&#233;es dans la main. Il est &#233;vident qu'il n'en saurait &#234;tre de m&#234;me dans la r&#233;volution. Les formations de combat n'y sont pas s&#233;par&#233;es des masses ouvri&#232;res, elles ne peuvent m&#234;me accro&#238;tre la violence du choc qu'elles doivent donner qu'en liaison avec le mouvement offensif des masses. D&#232;s lors, il incombe au commandement r&#233;volutionnaire de saisir le rythme du mouvement pour fixer &#224; coup s&#251;r le moment o&#249; doit avoir lieu l'offensive d&#233;cisive. Comme on le voit, la fixation du terme de l'insurrection pose un probl&#232;me difficile. Il peut se faire aussi que la situation soit d'une nettet&#233; telle que la direction du parti n'ait plus aucun doute sur l'opportunit&#233; de l'action. Mais si une telle appr&#233;ciation de la situation se produit 24 heures avant le moment d&#233;cisif, le signal est susceptible d'arriver trop tard, le parti, saisi &#224; l'improviste, est mis par cons&#233;quent dans l'impossibilit&#233; de diriger le mouvement qui, dans ce cas, peut se terminer par la d&#233;faite. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;voir autant que possible &#224; l'avance l'approche du moment d&#233;cisif ou, en d'autres termes, de fixer le terme de l'insurrection en se basant sur la marche g&#233;n&#233;rale du mouvement et sur l'ensemble de la situation du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, le terme fix&#233; tombe dans un mois ou deux, le Comit&#233; Central ou la Direction du Parti profite de ce d&#233;lai pour amener le parti &#224; pied d'&#339;uvre en l'initiant &#224; toutes les questions qui se posent, au moyen d'une propagande accrue, d'une pr&#233;paration et d'une organisation appropri&#233;es, et d'un choix judicieux des &#233;l&#233;ments les plus combatifs pour l'ex&#233;cution des missions d&#233;termin&#233;es. Il va sans dire qu'un terme qui aura &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; un mois, deux mois et &#224; plus forte raison trois ou quatre mois &#224; l'avance, ne saurait &#234;tre irr&#233;vocable, mais la tactique doit consister &#224; v&#233;rifier tout au long du d&#233;lai fix&#233; si le choix du moment a &#233;t&#233; juste. Voyons un exemple : les postulats politiques indispensables au succ&#232;s de l'insurrection r&#233;sident dans l'&#233;branlement de la machine gouvernementale et dans l'appui que donne &#224; l'avant-garde r&#233;volutionnaire la majorit&#233; des travailleurs des principaux centres et r&#233;gions du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que les choses n'en soient pas encore arriv&#233;es l&#224;, mais qu'elles en sont proches. Les forces du parti r&#233;volutionnaire croissent rapidement, mais il est malais&#233; de constater s'il a derri&#232;re lui une majorit&#233; suffisante de travailleurs. Entre temps, la situation devenant de plus en plus grave, la question de l'insurrection se pose pratiquement. Que doit faire la Direction du parti ? Elle peut, par exemple, raisonner de la fa&#231;on suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Du moment qu'au cours des derni&#232;res semaines l'influence du parti a grandi rapidement, il est permis de croire que dans tels ou tels des principaux centres du pays la majorit&#233; des ouvriers est sur le point de nous suivre. Dans ces conditions, concentrons sur ces points d&#233;cisifs les meilleures forces du parti et calculons qu'il nous faudra environ un mois pour gagner la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - Du moment que la plupart des principaux centres du pays sont avec nous, nous pouvons appeler les travailleurs &#224; constituer des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, &#224; condition bien entendu que se poursuive la d&#233;sorganisation de l'appareil gouvernemental. Calculons que la constitution des Soviets dans les principaux centres et r&#233;gions du pays exige encore deux semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; - Du moment que dans les principales agglom&#233;rations et r&#233;gions du pays les Soviets sont en voie d'organisation sous la direction du parti, il s'ensuit naturellement que la convocation d'un Congr&#232;s national des Soviets s'impose. Mais avant qu'il ne se tienne, trois ou quatre semaines peuvent s'&#233;couler. Or, c'est l'&#233;vidence m&#234;me que dans une situation pareille le Congr&#232;s des Soviets ne peut, &#224; moins de s'exposer &#224; la r&#233;pression, que consacrer la prise du pouvoir. Autrement dit, le pouvoir de fait doit &#234;tre dans les mains du prol&#233;tariat au moment de la r&#233;union du Congr&#232;s. Ainsi deux mois &#224; deux mois et demi sont le d&#233;lai qu'on s'assignera pour pr&#233;parer l'insurrection. Ce laps de temps d&#233;coulant de l'analyse g&#233;n&#233;rale qu'on aura faite de la situation politique et de son d&#233;veloppement ult&#233;rieur, d&#233;finit le caract&#232;re et l'allure qu'on doit donner au travail militaire r&#233;volutionnaire en vue de la d&#233;sorganisation de l'arm&#233;e bourgeoise, de la mainmise sur les r&#233;seaux de chemin de fer, de la formation et de l'armement de d&#233;tachements d'ouvriers et ainsi de suite. Nous assignons au commandant clandestin de la ville &#224; conqu&#233;rir une t&#226;che bien d&#233;finie : prise de telle et telle mesure pendant les quatre premi&#232;res semaines, mise au point de chaque disposition et intensification des pr&#233;paratifs au cours des deux semaines suivantes de sorte que, dans les quinze jours qui suivent, tout soit pr&#234;t pour l'action. De cette fa&#231;on, par la r&#233;alisation de t&#226;ches &#224; caract&#232;re limit&#233; mais nettement d&#233;fini, le travail militaire r&#233;volutionnaire est ex&#233;cut&#233; dans les limites du d&#233;lai fix&#233;. Ainsi on &#233;vitera de tomber dans le d&#233;sordre et la passivit&#233; qui peuvent &#234;tre fatales et l'on obtiendra, par contre, la fusion n&#233;cessaire des efforts de m&#234;me que plus de r&#233;solutions chez tous les chefs du mouvement. Au moment, le travail politique doit &#234;tre pouss&#233; &#224; fond. La r&#233;volution suit son cours logique. Un mois apr&#232;s nous sommes d&#233;j&#224; en mesure de v&#233;rifier si le parti a r&#233;ussi r&#233;ellement &#224; gagner la majorit&#233; des ouvriers dans les principaux centres industriels du pays. Cette v&#233;rification peut &#234;tre faite au moyen d'un r&#233;f&#233;rendum quelconque, par une action des syndicats, par des manifestations dans la rue, de toute fa&#231;on par une combinaison de tous ces moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous acqu&#233;rons la certitude que la premi&#232;re &#233;tape que nous nous &#233;tions trac&#233;e a &#233;t&#233; franchie comme nous l'avions pr&#233;vu, le terme fix&#233; pour l'insurrection en est singuli&#232;rement renforc&#233;. En revanche, s'il s'av&#232;re que quelle que soit la croissance de notre influence au cours du mois &#233;coul&#233;, nous n'avons toujours pas la majorit&#233; des ouvriers derri&#232;re nous, il est prudent d'ajourner le moment de l'insurrection. Dans le m&#234;me temps nous aurons maintes occasions de v&#233;rifier jusqu'&#224; quel point la classe dirigeante a perdu la t&#234;te, jusqu'&#224; quel degr&#233; l'arm&#233;e est, d&#233;mobilis&#233;e et l'appareil affaibli. Au moyen de ces constatations on se rendra compte de la nature des fuites qui auront pu se produire dans notre travail clandestin de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire. L'organisation des Soviets sera par la suite un moyen &#233;ventuel de v&#233;rifier les rapports de forces et, partant, d'&#233;tablir si les conditions sont propres au d&#233;clenchement de l'insurrection. Evidemment il ne sera pas toujours possible, en tous temps et en tous lieux, de constituer les Soviets avant l'insurrection. Il faut m&#234;me s'attendre &#224; ce que les Soviets ne puissent &#234;tre organis&#233;s qu'au cours de l'action. Mais partout o&#249;, sous la direction du parti communiste, l'on aura la possibilit&#233; de les organiser avant le renversement du r&#233;gime bourgeois, ils appara&#238;tront comme le pr&#233;lude de l'insurrection prochaine. Et le terme n'en sera que plus facile &#224; fixer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Central du parti v&#233;rifiera le travail de son organisation militaire, il se rendra compte des r&#233;sultats obtenus dans chaque branche et dans la mesure o&#249; la situation politique l'exigera il donnera &#224; ce travail l'impulsion n&#233;cessaire. Il faut s'attendre &#224; ce que l'organisation militaire, se basant non pas sur l'analyse g&#233;n&#233;rale de la situation et sur le rapport des forces en pr&#233;sence mais sur l'appr&#233;ciation des r&#233;sultats qu'elle aura obtenus dans le domaine de son action pr&#233;paratoire, se consid&#233;rera toujours comme insuffisamment pr&#234;te. Mais il va de soi que ce qui d&#233;cide dans ces moments-l&#224;, c'est l'appr&#233;ciation qu'on se fait de la situation et du rapport des forces respectives, notamment des troupes de choc de l'ennemi et des n&#244;tres. De cette fa&#231;on un terme qui aura &#233;t&#233; fix&#233; deux, trois ou quatre mois &#224; l'avance, pourra avoir un effet sans &#233;gal sur l'organisation de l'insurrection, si m&#234;me on devait &#234;tre contraint par la suite de l'avancer ou de la retarder de quelques jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que l'exemple qui pr&#233;c&#232;de est purement hypoth&#233;tique, mais il est une excellente illustration de l'id&#233;e qu'on doit se faire de la pr&#233;paration de l'insurrection. Il ne s'agit pas de jouer aveugl&#233;ment avec des dates, mais de d&#233;terminer le moment de l'insurrection en se basant sur la marche m&#234;me des &#233;v&#233;nements, d'en v&#233;rifier la justesse au cours des &#233;tapes successives du mouvement et d'en fixer le terme auquel tout le travail de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire devra &#234;tre subordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;p&#232;te que sous ce rapport on doit &#233;tudier de la fa&#231;on la plus attentive les enseignements de la R&#233;volution d'Octobre, de l'unique r&#233;volution que jusqu'ici le prol&#233;tariat ait faite victorieusement. Il faut composer, du point de vue strat&#233;gique et tactique, un calendrier d'Octobre. Il faut exposer comment les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;velopp&#233;s vague apr&#232;s vague, quelles en ont &#233;t&#233; les r&#233;percussions dans le parti, dans les Soviets, au sein du Comit&#233; Central et dans l'organisation militaire du parti. Quel fut le sens des h&#233;sitations qui se produisirent dans le parti ? De quel poids pes&#232;rent-elles sur l'ensemble des &#233;v&#233;nements ? Quel fut le r&#244;le de l'organisation militaire ? Voil&#224; un travail d'une importance inappr&#233;ciable. Le remettre &#224; plus tard serait commettre une faute impardonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calme avant la temp&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore une question d'une valeur consid&#233;rable pour l'intelligibilit&#233; du d&#233;veloppement de la guerre civile qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, devra &#234;tre trait&#233;e dans notre futur r&#232;glement. Celui qui s'est tenu au courant des discussions qui ont suivi les &#233;v&#233;nements d'Allemagne de 1923 a remarqu&#233; &#224; coup s&#251;r l'explication qu'on a donn&#233;e de la d&#233;faite. &#171; La principale cause de la d&#233;faite, a-t-on dit, est qu'au moment d&#233;cisif le prol&#233;tariat allemand manqua totalement d'esprit combatif ; les masses ne voulurent pas se battre, la meilleure preuve est qu'elles ne r&#233;agirent nullement devant l'offensive fasciste ; or en pr&#233;sence de l'attitude des masses, que pouvait faire le parti ?.. &#187; Tel a &#233;t&#233; le son de cloche de nos camarades Brandler [1] , Talheimer [2] et autres. Au premier abord l'argument para&#238;t irr&#233;futable. Cependant le &#171; moment d&#233;cisif &#187; de 1923 ne s'est pas form&#233; du jour au lendemain. Il fut le r&#233;sultat de toute la pr&#233;c&#233;dente p&#233;riode de luttes dont la violence alla constamment en s'aggravant. L'ann&#233;e 1923 est marqu&#233;e d'un bout &#224; l'autre par les batailles que le prol&#233;tariat allemand eut &#224; soutenir. Or, comment se fait-il qu'&#224; la veille de son Octobre la classe ouvri&#232;re allemande ait perdu tout &#224; coup sa combativit&#233; ? On ne se l'explique pas. Aussi bien on ne peut s'emp&#234;cher de se demander s'il est exact que les ouvriers allemands n'aient pas voulu se battre. Cette question nous ram&#232;ne &#224; notre propre exp&#233;rience d'Octobre. Si l'on relit les journaux, ne f&#251;t-ce que ceux de notre parti, de la p&#233;riode qui pr&#233;c&#233;da la R&#233;volution d'Octobre, nous voyons les camarades qui combattaient l'id&#233;e de l'insurrection arguer pr&#233;cis&#233;ment du peu d'empressement des masses ouvri&#232;res russes pour la bataille. Aujourd'hui cela peut para&#238;tre &#224; peine croyable, pourtant tel &#233;tait le principal argument qu'ils invoquaient. Ainsi, nous nous trouvions dans une situation analogue : durant toute l'ann&#233;e 1917 le prol&#233;tariat russe avait &#233;t&#233; sur la br&#232;che, cependant lorsque la question de la prise du pouvoir se posa des voix s'&#233;lev&#232;rent pour affirmer que les masses ouvri&#232;res ne voulaient pas se battre. Et effectivement, &#224; la veille d'Octobre le mouvement s'&#233;tait quelque peu ralenti. Est-ce effet du hasard ? Ou plut&#244;t faut-il y voir une certaine &#171; loi &#187; historique ? Selon moi il n'est pas douteux qu'un ph&#233;nom&#232;ne de ce genre doit avoir certaines causes g&#233;n&#233;rales. Dans la nature ce ph&#233;nom&#232;ne s'appelle : le calme avant la temp&#234;te. Je suis bien pr&#232;s de croire qu'au moment de la r&#233;volution ce ph&#233;nom&#232;ne n'a pas d'autre sens. Au cours d'une p&#233;riode donn&#233;e la combativit&#233; du prol&#233;tariat s'accro&#238;t, elle prend les formes les plus diverses : gr&#232;ves, manifestations, collisions avec la police. A ce moment les masses commencent &#224; prendre conscience de leur force. L'ampleur croissante du mouvement suffit d&#233;j&#224; &#224; leur donner une satisfaction politique. Toute manifestation nouvelle, tout succ&#232;s dans le domaine politique et &#233;conomique accroissent leur enthousiasme. Mais cette p&#233;riode s'&#233;puise vite. L'exp&#233;rience des masses grandit en m&#234;me temps que leur organisation se d&#233;veloppe. Dans le camp oppos&#233; l'ennemi montre aussi qu'il n'est pas d&#233;cid&#233; &#224; c&#233;der la place sans combat. Il en r&#233;sulte que l'&#233;tat d'esprit r&#233;volutionnaire des masses se fait plus critique, plus profond, plus angoissant. Les masses cherchent, surtout si elles ont constat&#233; des fautes et subi des revers, une direction s&#251;re, elles veulent avoir la certitude qu'on va se battre et qu'on saura les conduire et que dans la bataille d&#233;cisive elles peuvent escompter la victoire. Or, c'est ce passage de l'optimisme quasi-aveugle &#224; une conscience plus nette des difficult&#233;s &#224; surmonter qui engendre ce temps d'arr&#234;t r&#233;volutionnaire qui correspond dans une certaine mesure &#224; une crise dans l'&#233;tat des masses. A condition que le reste de la situation s'y pr&#234;te, cette crise ne peut &#234;tre dissip&#233;e que par le parti politique et surtout par l'impression qu'il donne d'&#234;tre v&#233;ritablement d&#233;cid&#233; &#224; prendre la direction de l'insurrection. Entre temps la grandeur du but &#224; atteindre (il y va de la prise du pouvoir) suscite d'in&#233;vitables h&#233;sitations jusque dans le parti, sp&#233;cialement dans ses milieux dirigeants sur qui se concentrera tout &#224; l'heure la responsabilit&#233; du mouvement. Ainsi, recueillement des masses avant la bataille et h&#233;sitations des chefs sont deux ph&#233;nom&#232;nes qui, bien que loin d'&#234;tre &#233;quivalents, n'en sont pas moins simultan&#233;s. C'est pourquoi on entend dire que les masses ne cherchent pas la bataille, que leurs dispositions sont au contraire plut&#244;t passives et que dans ces conditions c'est aller au devant d'une aventure que de les pousser &#224; l'insurrection. Il va de soi que lorsqu'un &#233;tat d'esprit pareil prend le dessus, la r&#233;volution ne peut qu'&#234;tre vaincue. Et apr&#232;s la d&#233;faite, provoqu&#233;e par le parti lui-m&#234;me, rien n'emp&#234;che plus de raconter &#224; tout venant que l'insurrection &#233;tait impossible pour la raison que les masses ne la voulaient pas. Cette question doit &#234;tre examin&#233;e &#224; fond. En s'appuyant sur l'exp&#233;rience acquise, il faut apprendre &#224; saisir le moment o&#249; le prol&#233;tariat se dit &#224; lui-m&#234;me ; &#171; Il n'y a plus rien &#224; attendre des gr&#232;ves, des manifestations et autres protestations. Il s'agit maintenant de se battre. J'y suis pr&#234;t parce qu'il n'y a pas d'autre issue &#224; la situation, mais puisqu'il s'agit de bataille il faut la livrer avec l'appoint de toutes nos forces et sous une direction s&#251;re... &#187; A ce moment la situation atteint une gravit&#233; extr&#234;me. C'est le d&#233;s&#233;quilibre le plus complet : une boule sur le sommet d'un c&#244;ne. Le moindre choc peut la faire tomber d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre. En Russie, gr&#226;ce &#224; la fermet&#233; et &#224; la r&#233;solution de la Direction du parti, la boule a suivi la ligne qui menait &#224; la victoire. En Allemagne, la politique du parti a chass&#233; la boule dans le sens de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique et l'action militaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel caract&#232;re, un caract&#232;re politique ou un caract&#232;re militaire, donnerons-nous &#224; notre ouvrage ? Nous le ferons partir du point o&#249; la politique devient une question d'action militaire et sous cet angle il envisagera la politique. A premi&#232;re vue cela peut para&#238;tre une contradiction, car ce n'est pas la politique qui est au service de l'insurrection mais l'insurrection qui est au service de la politique. En r&#233;alit&#233;, rien dans cela ne se contredit. L'insurrection dans son ensemble sert &#233;videmment les buts principaux de la politique prol&#233;tarienne. Seulement lorsque l'insurrection est d&#233;clench&#233;e, c'est la politique du moment qui, tout enti&#232;re, doit lui &#234;tre subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage de la politique &#224; l'action militaire et la conjonction de ces deux alternatives cr&#233;ent g&#233;n&#233;ralement de grandes difficult&#233;s. Nous savons tous que le point de jonction est toujours le plus faible. Nous nous en sommes quelque peu rendu compte ici-m&#234;me. Un camarade a d&#233;montr&#233;, par une m&#233;thode &#224; rebours, combien il est difficile de combiner la politique et l'action militaire. Un autre camarade est venu ensuite aggraver l'erreur de son pr&#233;d&#233;cesseur. Si l'on en croit le premier de ces camarades, L&#233;nine aurait contest&#233; en 1918 l'importance de l'arm&#233;e rouge sous pr&#233;texte que de la lutte qui mettait aux prises les deux imp&#233;rialismes rivaux d&#233;coulait notre salut. D'apr&#232;s le deuxi&#232;me nous aurions jou&#233; soi-disant &#171; le r&#244;le du troisi&#232;me larron &#187;. Or jamais L&#233;nine n'a tenu et n'aurait pu tenir ce langage. Il est certain que si nous eussions eu affaire, au moment de la R&#233;volution d'Octobre &#224; une Allemagne victorieuse et que la paix e&#251;t &#233;t&#233; conclue, l'Allemagne n'e&#251;t pas manqu&#233; de nous &#233;craser quand bien m&#234;me nous eussions dispos&#233; d'une arm&#233;e de trois millions d'hommes, car ni en 1918, ni en 1919, nous n'aurions pu trouver les forces capables de se mesurer avec des arm&#233;es allemandes triomphantes. Dans ces conditions la lutte entre les deux camps imp&#233;rialistes fut notre principale ligne de protection. Mais dans les cadres de cette lutte nous aurions pu trouver la mort cent fois en 1918 nous n'avions pas eu notre embryon d'arm&#233;e rouge. Est-ce parce que l'Angleterre et la France paralysaient l'Allemagne que le probl&#232;me de Kazan a &#233;t&#233; r&#233;solu ? Si nos soldats rouges n'avaient pas d&#233;fendu Kazan, s'ils avaient ouvert la route de Moscou aux mercenaires de l'arm&#233;e blanche, on nous aurait coup&#233; la gorge et on aurait eu raison. A ce moment nous aurions eu beau jeu &#224; faire figure de &#171; troisi&#232;me larron &#187; avec... la gorge tranch&#233;e. Lorsque L&#233;nine disait : &#171; Militants qui travaillez dans l'arm&#233;e, n'exag&#233;rez pas votre importance ; vous repr&#233;sentez un facteur dans la complexit&#233; des forces, mais vous n'&#234;tes ni notre unique, ni m&#234;me notre principale force ; en r&#233;alit&#233; nous nous maintenons gr&#226;ce &#224; la guerre europ&#233;enne, qui paralyse les deux imp&#233;rialismes rivaux &#187;, il se pla&#231;ait au point de vue politique. Mais il ne s'ensuit pas qu'il contestait &#171; l'importance de l'arm&#233;e rouge &#187;. Si nous appliquons cette m&#233;thode de raisonnement aux probl&#232;mes int&#233;rieurs de la r&#233;volution, nous aboutissons &#224; des conclusions tr&#232;s curieuses. Prenons notamment la question de l'organisation des formations de combat. Un parti communiste dont l'existence est plus ou moins ill&#233;gale charge son organisation militaire clandestine de former des centuries. Qu'est-ce que repr&#233;sente au fond quelques dizaines de centuries ainsi constitu&#233;es par rapport au probl&#232;me de la prise du pouvoir ? Si l'on se place &#224; un point de vue social, historique, la question du pouvoir se d&#233;cide par la composition de la soci&#233;t&#233;, par le r&#244;le du prol&#233;tariat dans la production, par sa maturit&#233; politique, par le degr&#233; de d&#233;sorganisation de l'Etat bourgeois et ainsi de suite. En r&#233;alit&#233;, tous ces facteurs ne jouent qu'en dernier lieu, tandis que l'issue de la lutte peut d&#233;pendre directement de l'existence de ces quelques dizaines de centuries. Des conditions sociales et politiques favorables &#224; la prise du pouvoir sont une chance pr&#233;alable de succ&#232;s, mais elles ne garantissent pas automatiquement la victoire, elles permettent d'aller jusqu'au point o&#249; la politique c&#232;de le pas &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois la guerre civile n'est que la continuation violente de la lutte des classes. Quant &#224; l'insurrection elle est la continuation de la politique par d'autres moyens. C'est pourquoi on ne la peut comprendre que sous l'angle de ses moyens. Il n'est pas possible de mesurer la politique &#224; l'aune de la guerre, pas plus qu'il n'est possible de mesurer la guerre &#224; l'aune unique de la politique, ne serait-ce que sous le rapport du temps. C'est l&#224; une question sp&#233;ciale qui vaut d'&#234;tre s&#233;rieusement trait&#233;e dans notre futur r&#232;glement de la guerre civile. Dans la p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire nous mesurons le temps &#224; l'aune politique, c'est-&#224;-dire par des ann&#233;es, des mois, des semaines. En p&#233;riode d'insurrection nous mesurons le temps avec des heures et des journ&#233;es. Ce n'est pas pour rien que l'on dit qu'en temps de guerre un mois, parfois m&#234;me une seule journ&#233;e, comptent pour une ann&#233;e. En avril 1917 L&#233;nine disait : &#171; Patiemment, infatigablement, expliquez aux ouvriers... &#187; et &#224; la fin d'octobre il ne restait d&#233;j&#224; plus de temps pour donner des explications &#224; celui qui n'avait pas encore compris ; il fallait passer &#224; l'offensive &#224; la t&#234;te de ceux qui avaient saisi. En octobre la perte d'une seule journ&#233;e e&#251;t pu r&#233;duire &#224; n&#233;ant tout le travail de plusieurs mois, voire d'ann&#233;es de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me souvient d'un th&#232;me de manoeuvre que nous avions donn&#233; il y a quelque temps &#224; notre Acad&#233;mie militaire. Il s'agissait de d&#233;cider si nous devions &#233;vacuer tout de suite la r&#233;gion de Bi&#233;lostok, que sa position rendait intenable, ou de nous y maintenir dans l'espoir que Bi&#233;lostok, centre ouvrier, s'insurgerait ? Il va de soi qu'on ne peut r&#233;soudre s&#233;rieusement une question de ce genre que sur la base de donn&#233;es pr&#233;cises et r&#233;elles. La man&#339;uvre militaire ne dispose pas de ces donn&#233;es puisque en elle tout est conventionnel. Mais en principe la controverse se ramenait &#224; deux mesures de temps relatives l'une &#224; la guerre, l'autre &#224; la politique r&#233;volutionnaire. Or, quelle est la mesure qui, toutes conditions &#233;gales, l'emporte &#224; la guerre ? Celle de la guerre. En d'autres termes, il &#233;tait douteux que Bi&#233;lostok se soulev&#226;t en l'espace de quelques jours et m&#234;me en admettant que le soul&#232;vement escompt&#233; ait lieu, restait &#224; savoir ce que ferait le prol&#233;tariat insurg&#233; sans armes et sans pr&#233;paration militaire, tandis qu'il &#233;t&#233; fort possible qu'en deux ou trois jours, deux ou trois divisions fussent d&#233;cim&#233;es en demeurant sur des positions intenables dans l'attente d'une insurrection qui, m&#234;me au cas o&#249; elle se produirait, pourrait tr&#232;s bien ne pas modifier radicalement la situation militaire. Brest-Litowsk nous donne un exemple classique d'une juste application des mesures de temps politique et militaire. On sait que la majorit&#233; du Comit&#233; central du parti communiste russe, et moi dans le nombre, avait pris la d&#233;cision contre la minorit&#233; en t&#234;te de laquelle se trouvait le camarade L&#233;nine, de ne pas conclure la paix, bien que nous courrions le risque de voir les Allemands passer &#224; l'offensive. Quel &#233;tait le sens de cette d&#233;cision ? Certains camarades esp&#233;raient utopiquement une guerre r&#233;volutionnaire. D'autres, dont j'&#233;tais, jugeaient de t&#226;ter l'ouvrier allemand afin de savoir s'il s'opposerait au kaiser au cas o&#249; ce dernier attaquerait la r&#233;volution. En quoi consistait l'erreur que nous commettions ? Dans le risque excessif que nous courions. Pour secouer l'apathie de l'ouvrier allemand il aurait peut-&#234;tre fallu des semaines, voire des mois, alors qu'&#224; ce moment les arm&#233;es allemandes n'avaient besoin que quelques jours pour s'avancer jusqu'&#224; Dwinsk, Minsk et Moscou. La mesure de la politique r&#233;volutionnaire est longue, tandis que la mesure de la guerre est courte. Celui qui ne se p&#233;n&#232;tre pas de cette v&#233;rit&#233; apr&#232;s avoir pr&#233;alablement &#233;tudi&#233;, m&#233;dit&#233;, approfondi l'exp&#233;rience pass&#233;e, court le risque, du fait de la conjonction de la politique r&#233;volutionnaire et de l'action militaire, c'est-&#224;-dire de ce qui nous conf&#232;re le plus de sup&#233;riorit&#233; sur l'ennemi, de commettre fautes sur fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;cessit&#233; de poser les probl&#232;mes de la guerre civile avec le maximum de clart&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade nous a ramen&#233; &#224; la question de savoir quel genre de r&#232;glement nous avons &#224; mettre sur pied : r&#232;glement de l'insurrection ou r&#232;glement de la guerre civile. Nous ne devons pas, nous a dit ce camarade, viser trop loin, sinon notre t&#226;che ne fera, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, que co&#239;ncider avec les t&#226;ches de l'Internationale communiste. Rien de moins vrai. Et celui qui tient ce langage d&#233;montre qu'il confond la guerre civile, dans l'acception propre de ce terme, avec la lutte de classes. Si nous prenons l'Allemagne comme sujet d'&#233;tude, nous pouvons par exemple commencer avec profit par examiner les &#233;v&#233;nements de mars 1921. Ensuite vient la longue p&#233;riode de regroupement des forces, sous les mots d'ordre du front uni. Il est &#233;vident qu'aucun r&#232;glement de guerre civile ne convient &#224; cette p&#233;riode. A partir de janvier 1923 et de l'occupation de la Ruhr, appara&#238;t de nouveau une situation r&#233;volutionnaire qui s'aggrave brusquement en juin 1923, lorsque s'effondre la politique de r&#233;sistance passive pratiqu&#233;e par la bourgeoisie allemande et que craque de toutes parts l'appareil d'Etat bourgeois. C'est cette p&#233;riode que nous devons &#233;tudier minutieusement, parce qu'elle nous donne d'un c&#244;t&#233; un exemple classique de la fa&#231;on dont se d&#233;veloppe et m&#251;rit une situation r&#233;volutionnaire et d'un autre c&#244;t&#233; un exemple non moins classique d'une r&#233;volution rat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1923, l'Allemagne eut sa guerre civile, mais l'insurrection qui devait la couronner et la r&#233;soudre ne vint pas. Le r&#233;sultat fut une situation r&#233;volutionnaire, vraiment exceptionnelle, irr&#233;m&#233;diablement compromise et une bourgeoisie &#233;branl&#233;e, affermie de nouveau au pouvoir. Pourquoi ? Parce qu'au moment propice, la politique ne fut pas continu&#233;e par les moyens insurrectionnels qui s'imposaient logiquement. Il est &#233;vident que le redressement du r&#233;gime bourgeois qui suivit en Allemagne l'avortement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne a une stabilit&#233; tr&#232;s douteuse. Qu'on se rassure, nous aurons encore en Allemagne, &#224; &#233;ch&#233;ance plus ou moins longue, une nouvelle situation r&#233;volutionnaire. Mais il est clair que le mois d'ao&#251;t 1924 fut bien diff&#232;rent du mois d'ao&#251;t 1923. Et si nous fermions les yeux sur l'exp&#233;rience qui se d&#233;gage de ces &#233;v&#233;nements, si nous ne la mettions pas &#224; profit pour nous instruire, si nous allions passivement au-devant de fautes comme celles qui ont &#233;t&#233; commises, nous pourrions nous attendre &#224; voir se r&#233;p&#233;ter la catastrophe allemande de 1923 et le p&#233;ril qui en r&#233;sulterait pour le mouvement ouvrier serait immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans ce domaine moins que dans tout autre, nous ne pouvons tol&#233;rer de d&#233;formation de notions essentielles. Nous avons vu des camarades s'essayer ici &#224; des objections d'un scepticisme incoh&#233;rent au sujet du moment de l'insurrection. Ces camarades ne font que d&#233;montrer ainsi qu'ils savent pas poser en marxistes la question de l'insurrection sur le plan de l'art militaire. A l'appui de leur th&#232;se, ils invoquent comme argument que, dans l'imbroglio d'une situation extr&#234;mement complexe et variable, il est impossible de se lier d'avance par une d&#233;cision anticip&#233;e. Mais, si l'on devait s'en tenir &#224; ces lieux communs, il faudrait d&#232;s lors renoncer aux plans et aux dates d'op&#233;rations militaires, car &#224; la guerre, il arrive aussi que la situation change brusquement et inopin&#233;ment. Un plan d'op&#233;rations militaires ne se r&#233;alise jamais dans la proportion de 100%, il faut m&#234;me s'estimer heureux si, au cours de son ex&#233;cution, il se r&#233;alise dans la proportion de 25%. Mais le chef militaire qui s'appuierait l&#224;-dessus pour nier d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale l'utilit&#233; d'un plan de campagne m&#233;riterait tout simplement qu'on lui pass&#226;t la camisole de force. Dans tous les cas, je recommande de s'en tenir &#224; cette m&#233;thode comme la plus juste et la plus logique : formulons d'abord les r&#232;gles g&#233;n&#233;rales de notre r&#232;glement de la guerre civile et voyons ensuite ce que l'on peut supprimer ou r&#233;server. Mais si nous commen&#231;ons par des suppressions, des r&#233;serves, des d&#233;viations, des doutes, des h&#233;sitations, nous n'aboutirons jamais &#224; des conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camarade a contest&#233; la remarque que j'avais faite au sujet de l'&#233;volution de l'organisation militaire du parti en p&#233;riode de pr&#233;paration r&#233;volutionnaire, pendant l'insurrections et apr&#232;s la prise du pouvoir. Selon ce camarade, l'existence de d&#233;tachements de partisans ne devrait pas &#234;tre tol&#233;r&#233;e, seules des formations militaires r&#233;guli&#232;res seraient n&#233;cessaires. Les d&#233;tachements de partisans, nous a-t-il dit, sont des organisations chaotiques... En &#233;coutant ces propos, j'&#233;tais bien pr&#232;s de d&#233;sesp&#233;rer. En effet, &#224; quoi rime cette d&#233;testable arrogance doctrinale ? Si les d&#233;tachements de partisans sont des organisations chaotiques, il faut alors reconna&#238;tre que, de ce point de vue purement formel, la r&#233;volution est aussi un chaos. Or, dans la premi&#232;re p&#233;riode de la r&#233;volution, on est bel et bien oblig&#233; de s'appuyer exclusivement sur des d&#233;tachements de ce genre. On nous objecte que ces d&#233;tachements doivent &#234;tre constitu&#233;s sur le m&#234;me type. Si l'on veut dire par l&#224; que, dans la guerre de partisans, on ne doit n&#233;gliger aucun des &#233;l&#233;ments d'ordre et de m&#233;thode accessibles &#224; ce genre de guerre, nous sommes tout &#224; fait d'accord. Mais si vous r&#234;vez d'une organisation militaire hi&#233;rarchis&#233;e, centralis&#233;e et constitu&#233;e avant que l'insurrection ait eu lieu, c'est l&#224; une utopie qui, au cas o&#249; l'on voudrait lui donner corps dans la vie, risquerait d'&#234;tre fatale. Si, &#224; l'aide d'une organisation militaire clandestine, j'ai &#224; m'emparer d'une ville (but partiel de l'ensemble d'un plan pour la prise du pouvoir dans le pays), je r&#233;partis ma t&#226;che en objectifs particuliers (occupation des &#233;difices gouvernementaux, des gares, de la poste, du t&#233;l&#233;graphe, des imprimeries) et je confie l'ex&#233;cution de chacune de ces missions aux chefs de petits d&#233;tachements initi&#233;s d'avance aux buts qui leur sont assign&#233;s. Chaque d&#233;tachement ne doit compter que sur lui-m&#234;me ; il doit poss&#233;der sa propre intendance, sinon il se pourrait qu'apr&#232;s s'&#234;tre empar&#233; de l'h&#244;tel des postes, par exemple, il manque totalement de vivres. Toute tentative de centraliser et hi&#233;rarchiser ces d&#233;tachements m&#232;nerait in&#233;luctablement &#224; la bureaucratisation, qui, en temps de guerre, est doublement redoutable : 1&#176; parce qu'elle ferait croire faussement aux chefs de d&#233;tachements que quelqu'un doit forc&#233;ment les commander, alors qu'il faut au contraire leur inculquer l'assurance qu'ils disposent de la plus large libert&#233; de mouvement et de la plus grande initiative ; 2&#176; parce que la bureaucratisation, li&#233;e au syst&#232;me hi&#233;rarchique, enl&#232;verait aux d&#233;tachements leurs meilleurs &#233;l&#233;ments pour les besoins de toutes sortes d'&#233;tats-majors. D&#232;s le premier moment de l'insurrection, ces &#233;tats-majors resteraient suspendu entre ciel et terre, tandis que les d&#233;tachements, dans l'attente d'ordres sup&#233;rieurs, se verraient vou&#233;s &#224; l'inaction et &#224; des pertes de temps qui rendraient certain l'&#233;chec de l'insurrection. Telles sont les raisons pour lesquelles le d&#233;dain des militaires professionnels pour les organisations &#171; chaotiques &#187; de partisans doit &#234;tre condamn&#233; comme un pr&#233;jug&#233; anti-r&#233;aliste, anti-scientifique et anti-marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, apr&#232;s la prise du pouvoir dans les principaux centres du pays, les d&#233;tachements de partisans peuvent jouer en rase campagne un r&#244;le extr&#234;mement efficace. Il suffit de rappeler l'appui que les d&#233;tachements de partisans apport&#232;rent &#224; l'arm&#233;e rouge et &#224; la R&#233;volution, en op&#233;rant &#224; l'arri&#232;re des troupes allemandes en Ukraine et &#224; l'arri&#232;re des troupes de Koltchak en Sib&#233;rie. N&#233;anmoins, il reste d&#233;finitivement acquis comme r&#232;gle que le pouvoir r&#233;volutionnaire se met aussit&#244;t &#224; l'&#339;uvre pour incorporer les meilleurs d&#233;tachements de partisans et leurs &#233;l&#233;ments les plus s&#251;rs dans le syst&#232;me d'une organisation militaire r&#233;guli&#232;re. Autrement, ces d&#233;tachements de partisans deviendraient indubitablement des facteurs de d&#233;sordre susceptibles de d&#233;g&#233;n&#233;rer en bandes arm&#233;es au service des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois anarchisants insurg&#233;s contre l'Etat prol&#233;tarien. Nous en avons pas mal d'exemples. Il est vrai que, parmi les partisans rebelles &#224; l'organisation militaire r&#233;guli&#232;re, il y eut aussi des h&#233;ros. On a cit&#233; les noms de Siverss [3] et de Kikvids&#233; [4]. Je pourrais en nommer beaucoup d'autres. Siverss et Kikvids&#233; combattirent et moururent en h&#233;ros. Et aujourd'hui, dans la lumi&#232;re de leurs immenses m&#233;rites, au regard de la R&#233;volution, p&#226;lissent au point de dispara&#238;tre tels ou tels c&#244;t&#233;s n&#233;gatifs de leur action de partisans. Mais &#224; ce moment, il &#233;tait indispensable de combattre tout ce qu'il y avait en eux de n&#233;gatif. A ce prix seulement, nous pouvions arriver &#224; organiser l'arm&#233;e rouge et &#224; la mettre &#224; m&#234;me de remporter des victoires d&#233;cisives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, je mets en garde contre une confusion de terminologie, parce que, le plus souvent, elle dissimule une confusion de notions. De m&#234;me, je mets en garde contre les erreurs que l'on peut commettre en se refusant &#224; poser la question de l'insurrection d'une fa&#231;on nette et courageuse, sous pr&#233;texte que la situation varie et se modifie continuellement. Ext&#233;rieurement, cela rappelle &#233;trangement la dialectique ; de toute fa&#231;on, on le prend volontiers pour tel. Mais, en r&#233;alit&#233;, il n'en rien. La pens&#233;e dialectique est comme un ressort, et les ressorts sont faits d'acier tremp&#233;. Les doutes et les r&#233;serves ne d&#233;cident et n'enseignent rien du tout. Lorsque l'id&#233;e essentielle est mise lumineusement en relief, les r&#233;serves et les restrictions peuvent se ranger logiquement autour d'elle. Si l'on tient uniquement aux r&#233;serves, le r&#233;sultat dans la th&#233;orie sera la confusion et dans la pratique le chaos. Or, confusion et chaos n'ont rien de commun avec la dialectique. En r&#233;alit&#233;, une pseudo-dialectique de ce genre cache le plus souvent des sentiments social-d&#233;mocrates ou stupides vis-&#224;-vis de la r&#233;volution, comme vis-&#224;-vis d'une chose qui s'accomplit en dehors de nous. Dans ces conditions, il ne peut pas &#234;tre question de concevoir l'insurrection comme un art. Et pourtant, c'est pr&#233;cis&#233;ment la th&#233;orie de cet art que nous voulons &#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les questions que nous avons soulev&#233;es doivent &#234;tre m&#233;dit&#233;es, travaill&#233;es, formul&#233;es. Elles doivent devenir partie int&#233;grante de notre instruction et &#233;ducation militaire. Le rapport de ces questions avec les probl&#232;mes de la d&#233;fense de la R&#233;publique des Soviets est indiscutable. Nos ennemis continuent de ressasser que l'arm&#233;e rouge aurait soi-disant pour t&#226;che de provoquer artificiellement des mouvements r&#233;volutionnaires dans les autres pays, afin de les faire aboutir par la force de ses ba&#239;onnettes. Inutile de dire que cette caricature n'a rien de commun avec la politique que nous poursuivons. Nous sommes par dessus tout int&#233;ress&#233;s au maintien de la paix, nous l'avons prouv&#233; par notre attitude, par les concessions que nous faites dans les trait&#233;s et par la r&#233;duction progressive des effectifs de notre arm&#233;e. Mais nous sommes suffisamment imbus de r&#233;alisme r&#233;volutionnaire pour nous rendre compte clairement que nos ennemis essayeront encore de nous t&#226;ter avec leurs armes. Et si nous sommes loin de l'id&#233;e de forcer, par des mesures militaires artificielles, le d&#233;veloppement de la R&#233;volution, nous sommes s&#251;rs en revanche que la guerre des Etats capitalistes contre l'Union sovi&#233;tique sera suivie de violentes commotions sociales, pr&#233;mices de la guerre civile, dans les pays de nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons savoir combiner la guerre d&#233;fensive qui sera impos&#233;e &#224; notre arm&#233;e rouge avec la guerre civile dans le camp ennemi. Dans ce but, le r&#232;glement de la guerre civile doit devenir un des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires d'un type sup&#233;rieur de manuel militaire r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &#8212; 29 juillet 1924.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Brandler, Heinrich (1877-1967) - d'origine ouvri&#232;re (ma&#231;on). Vieux militant du parti social-d&#233;mocratique allemand. Pendant la guerre imp&#233;rialite (1914-1918) a adopt&#233; la position de la gauche, en adh&#233;rant &#224; la fraction de Rosa Luxembourg et Karl. Liebknecht. Fut l'un des principaux organisateurs et des chefs du Parti Communiste Allemand (KPD). En raison des &#233;v&#233;nements de mars 1921 fut condamn&#233; &#224; cinq ann&#233;es de prison, mais il r&#233;ussit &#224; s'enfuir en Russie Sovi&#233;tique. Apr&#232;s l'amnistie de 1922, revint en Allemagne et devint le principal dirigeant du KPD, qu'il dirigea jusqu'&#224; la d&#233;faite de la r&#233;volution allemande en automne 1923. Au d&#233;but de 1924, lors du congr&#232;s du Parti &#224; Francfort, la tactique pratiqu&#233;e par Brandler et ses amis au cours des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires de 1923, subie la critique acerbe de l'aile gauche, qui avait toujours &#233;t&#233; en opposition avec le comit&#233; central du Parti, &#224; la t&#234;te duquel se trouvait Brandler. Lors de ce congr&#232;s la tendance de gauche eut la majorit&#233; absolue, et la direction de parti passa &#224; celle-ci. La tactique du vieux comit&#233; central du Parti allemand fut aussi examin&#233;e lors du Ve Congr&#232;s de l'Internationale Communiste (voir le rapport st&#233;nographique des travaux du Ve Congr&#232;s de l'I.C.). - Note &#339;uvre. Note de l'&#233;diteur : pour de plus amples d&#233;tails voir la pr&#233;sentation de &#034;5 ann&#233;es d'Internationale Communiste&#034; et l'article : &#034;Peut-on d&#233;terminer l'&#233;ch&#233;ance d'une r&#233;volution ou d'une contre-r&#233;volution ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Talheimer, Auguste - comme Brandler, un de plus proche associ&#233; de Rosa Luxembourg et des fondateurs du mouvement Spartakiste. Ensemble avec Brandler &#233;tait l'organisateur KPD et son principal th&#233;oricien. Jusqu'&#224;u Congres de Parti de Frantfort il &#233;tait le membre et le r&#233;dacteur principal de l'organe du parti &#171; Rote Fahne &#187; ? pr&#233;sent, en 1924, il dirige la section propagandiste de l'Internationale Communiste. - Note &#338;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Siverss - l'organisateur des d&#233;tachements de partisans, &#224; la t&#234;te desquels il menait une lutte infatigable de guerrilla contre la contre-r&#233;volution du sud. En novembre 1918 fut mortellement bless&#233; lors de la bataille de Balachov.(Sur les exploits Siverss consulter l'ouvrage. d'Antonov-Ovseenko &#171; Notes sur la guerre civile &#187;, tome I, paru en 1924). - Note &#338;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] La VIe division qui a re&#231;u par la suite le nom de la division du nom Kikvidz&#233; fut form&#233;e le 16 mai 1918 sous la direction du camarade Kikvidz&#233;. Cette division a r&#233;alis&#233; de nombreux faits d'armes. Elle luttait contre Petlioura, les Allemands et contre les troupes de Krasnov. Le camarade Kikvidz&#233; fut tu&#233; le 11 janvier 1919 dans la ferme Zoubrilovo, dans r&#233;gion du Don. Depuis ce temps-l&#224; en l'honneur de ce chef la division a &#233;t&#233; baptis&#233;e la division Kikvidz&#233;. - Note &#338;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note compl&#233;mentaire de L. Trotsky, dans &#171; Comment la r&#233;volution s'est arm&#233; &#187;]. Apr&#232;s le d&#233;c&#232;s du Camarade Kikvidz&#233; la division continua &#224; prende part, avec succ&#232;s, au combat sur le front Sud. La division a maintenu sa capacit&#233; de combat lors de l'offensive de Denikine. Lors des batailles de l'automne 1919 il a vaincu de grandes unit&#233;s ennemies aux abords de Davidovka, Lougansk, Litzki et ailleurs. En hiver de 1919-1920 elle a lutt&#233; contre l'ennemi &#224; Bataisk et &#224; Olginsk. Le 2 mars 1920 la division a captur&#233; Bataisk. Lors de la retraite de Denikine, une brigade de cette division fut la premi&#232;re &#224; entrer dans Novorossiisk, pour cela elle fut d&#233;cor&#233;e de l'Ordre du Drapeau Rouge. En mai de 1920 la division a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e au Front Occidental : elle pris part &#224; l'intervention r&#233;volutionnaire sur le front polonais en juillet 1920 et &#224; la marche sur Varsovie. La paix avec la Pologne a trouv&#233; la division dans la r&#233;gion de Minsk.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La guerre et la r&#233;volution
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute une g&#233;n&#233;ration a surgi dont la jeunesse politique a &#233;t&#233; marqu&#233;e par la R&#233;volution d'Octobre ou les d&#233;buts de la IIIe Internationale. Pour cette g&#233;n&#233;ration, particuli&#232;rement en Russie, la IIe Internationale repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne assez p&#233;nible. La jeunesse r&#233;volutionnaire a toujours consid&#233;r&#233; les Mench&#233;viks et les S.R. [Social-r&#233;volutionnaires] comme des ennemis de classe, toujours de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, de la tranch&#233;e. Elle n'a pas v&#233;cu le moment historique d'un pass&#233; r&#233;cent, non seulement jusqu'&#224; la guerre imp&#233;rialiste, mais pendant cette m&#234;me guerre, alors qu'au sein m&#234;me de la IIe Internationale qui se courbait honteusement et sans honneur devant l'Imp&#233;rialisme, d&#233;butait le processus int&#233;rieur qui devait conduire au schisme et &#224; la cr&#233;ation de l'Internationale Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui monte une g&#233;n&#233;ration encore plus jeune qui, n'ayant pas l'exp&#233;rience de la guerre civile, ne peut concevoir le r&#244;le jou&#233; par les Mench&#233;viks et les &#171; S.R. &#187;. Ce n'est pas en vain que ces m&#234;mes Mench&#233;viks comptent sur la virginit&#233; politique des jeunes pour se redonner une vie nouvelle sous forme d'une organisation de la jeunesse. Ils pensent que les faits ont trac&#233; une croix d&#233;finitive sur le pass&#233;, et ils veulent obtenir une large audience aupr&#232;s des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que le slogan d'un &#171; Front uni de tous les travailleurs &#187; leur semble, en cette circonstance, devoir trouver une certaine r&#233;sonance. Si un Front uni est possible avec Scheidemann et Vandervelde, pourquoi pas avec Martov et Tchernov ? En quel sens est possible ce Front uni avec Scheidemann ? Et tout d'abord qui est Scheidemann ? Et qui est Vandervelde ? Les jeunes communistes &#8212; qui se heurt&#232;rent d'abord &#224; la IIe Internationale en la personne du social-r&#233;volutionnaire K&#233;rensky et du Mench&#233;vik Ts&#233;retelli, quand ceux-ci d&#233;sarm&#232;rent les prol&#233;taires de P&#233;tersbourg et mirent en prison des milliers de travailleurs les prenant soi-disant pour des espions allemands, ou plus tard, quand ces m&#234;mes Mench&#233;viks et S.R., en qualit&#233; d'organisateurs, d'orateurs, de terroristes, d'agitateurs, d'administrateurs et de ministres de Noullans, de Koltchak, de D&#233;nikine, d'Ioudenitch, de Miller, massacr&#232;rent les ouvriers et les paysans russes au nom et sous les drapeaux de l'Entente &#8212; ces jeunes communistes sont d&#233;j&#224; renseign&#233;s sur le compte des Partis cit&#233;s plus haut, mais ils les connaissent encore imparfaitement. Les chefs de la Social-d&#233;mocratie internationale, y compris nos &#171; S.R. &#187; et nos Mench&#233;viks, avaient jur&#233; au Congr&#232;s de B&#226;le, un an et demi &#224; peine avant la guerre mondiale, de r&#233;pliquer &#224; une ouverture des hostilit&#233;s par la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste petit-bourgeois est capable de tous les retournements. Il joue tr&#232;s souvent avec les couleurs de la R&#233;volution, mais aux moments d&#233;cisifs de l'Histoire, il &#171; s'aplatit &#187;. Les repr&#233;sentants qualifi&#233;s de la jeune g&#233;n&#233;ration doivent conna&#238;tre le pass&#233; r&#233;cent. Il faut leur enseigner, le plus concr&#232;tement possible, par des tableaux expressifs de la vie politique, par des figures humaines, ce que fut la p&#233;riode pr&#233;paratoire &#224; la R&#233;volution d'Octobre et &#224; la naissance de la IIIe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de cette &#233;poque &#8212; nous pensons &#224; l'histoire des classes laborieuses et de leurs groupements politiques &#8212; n'a pas &#233;t&#233; encore &#233;crite et ne le sera pas de sit&#244;t. Il faut &#233;tudier ce pass&#233; tout r&#233;cent &#224; l'aide de mat&#233;riaux bruts, tels que souvenirs, documents, discours et articles. La compr&#233;hension de ces tranches du pass&#233; est d'autant plus facilit&#233;e que l'actualit&#233;, trop directement m&#234;me, d&#233;coule des &#233;v&#233;nements d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre tend &#224; d&#233;montrer le propos que nous avons expos&#233; &#8212; bien que de fa&#231;on limit&#233;e &#8212; en offrant &#224; la jeunesse l'&#233;tude de ce pass&#233; tr&#232;s r&#233;cent. L'auteur a eu l'avantage, pendant la guerre en qualit&#233; d'&#233;migr&#233;, d'observateur et aussi de participant, de pouvoir p&#233;n&#233;trer au sein m&#234;me de plusieurs Partis socialistes europ&#233;ens et nord-am&#233;ricains. On trouvera ici, rassembl&#233;s, les fruits de ces travaux n&#233;s de cette participation et reli&#233;s au th&#232;me central : la Guerre et l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ce livre prit naissance d&#233;j&#224; au d&#233;but de l'ann&#233;e 1919. Mais je ne r&#233;ussis pas, jusqu'&#224; maintenant, &#224; r&#233;unir les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; la composition de cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais alors &#233;crit une introduction explicative. Celle-ci, &#233;crite en Mars 1920, est compl&#233;t&#233;e d&#233;finitivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 24 avril 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre se trouvent rassembl&#233;s des documents se rapportant &#224; la lutte politique qui se d&#233;roula pendant la grande guerre imp&#233;rialiste. Tous ces &#233;v&#233;nements, ici expos&#233;s, sont loin de pr&#233;senter le m&#234;me int&#233;r&#234;t. J'ai r&#233;uni ces articles, ces pamphlets, ces esquisses caract&#233;ristiques comme des r&#233;percussions, parfois tr&#232;s fugitives, de cette grande &#233;poque, comme des tranches de la grande lutte qui ne cessa pas m&#234;me aux mois les plus sombres de la r&#233;action imp&#233;rialiste, et qui actuellement s'&#233;tend sur le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Autriche-Hongrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre me trouva &#224; Vienne. De l&#224; partit le signal de la premi&#232;re guerre mondiale, apr&#232;s le meurtre de l'archiduc par de jeunes terroristes serbes. La vie int&#233;rieure de cette nation, d&#233;j&#224; d&#233;chir&#233;e par des dissentiments internes qui la faisaient ressembler &#224; une gigantesque maison d'ali&#233;n&#233;s, prit un caract&#232;re plus aigu en 1914. L&#224; furent d&#233;truits les espoirs et tous les avantages acquis en 1906 gr&#226;ce &#224; la premi&#232;re r&#233;volution russe. Celle-ci avait d&#233;gag&#233; de fa&#231;on d&#233;cisive les contradictions de classe et rejet&#233; &#171; l'&#233;c&#339;urante &#187; lutte nationaliste, avec ses miasmes de chauvinisme. Apr&#232;s tout, chaque droit conquis, comme tout r&#233;gime d&#233;mocratique lui-m&#234;me, n'est pas en soi un rem&#232;de, mais met en lumi&#232;re les plaies de toute soci&#233;t&#233;. Pour assainir la vie politique il aurait fallu disposer d'un Parti r&#233;volutionnaire capable de rassembler les prol&#233;taires de toute nationalit&#233; et de s'opposer &#224; l'imp&#233;rialisme croissant. Mais ceci ne se produisit pas. L'acquisition du droit de vote co&#239;ncidait avec le reflux de la vague r&#233;volutionnaire russe et donnait un avantage d&#233;cisif aux &#233;l&#233;ments opportunistes du Socialisme en Autriche-Hongrie. La chasse aux mandats en un pays aux multiples nationalit&#233;s &#233;tait favorable &#224; l'&#233;closion d'un opportunisme provincial et nationaIiste. La Social-d&#233;mocratie &#171; r&#233;aliste &#187;, c'est-&#224;-dire r&#233;formatrice et sachant s'adapter, per&#231;a gr&#226;ce au chauvinisme, mais, ce faisant, accentua la chute du prol&#233;tariat. En cons&#233;quence, il r&#233;gnait, en Autriche-Hongrie, une atmosph&#232;re de profond d&#233;sespoir qui n'existait pas en Russie malgr&#233; le caract&#232;re incomparablement plus horrible du despotisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre s'av&#233;rait une issue &#224; l'impasse o&#249; se trouvait l'Imp&#233;rialisme austro-hongrois qui esp&#233;rait effectuer la soudure totale de la monarchie &#224; la flamme de l'incendie mondial. Il en &#233;tait de m&#234;me pour la petite-bourgeoisie chauvine qui, ayant &#224; supporter la concurrence du commerce international, cherchait son salut l&#224; o&#249; il est le moins possible de le trouver. M&#234;me remarque pour la Social-d&#233;mocratie austro-hongroise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son chef, prudent et &#233;vasif, opportuniste mais tacticien habile et perspicace dans les limites de l'opportunisme, Victor Adler, laissa compl&#232;tement tomber les r&#234;nes et c&#233;da la premi&#232;re place (&#224; moiti&#233; volontairement, &#224; moiti&#233; contre son gr&#233;) aux Austerlitz, Renner, Zeiss et autres bourgeois auxquels la IIe Internationale a permis, et permet encore, de s'intituler &#171; socialistes &#187;. Tous pouss&#232;rent un soupir de soulagement. Je me souviens, comment Hans Deutsch (actuellement, &#224; ce qu'il para&#238;t, ami du ministre de la Guerre) parlait ouvertement de l'in&#233;luctable guerre &#171; salvatrice &#187;, qui devait d&#233;finitivement lib&#233;rer l'Autriche du &#171; cauchemar &#187; serbe. La pourriture des cercles dirigeants sociaux-d&#233;mocrates se r&#233;v&#233;la subitement dans toute son horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de honte pour le parti et d'aversion envers les &#171; faux marxistes &#187; &#8212; qui n'attendaient que le moment favorable pour trahir ouvertement &#8212;, ce sentiment avait encore, &#224; ce moment-l&#224;, gard&#233; toute sa fra&#238;cheur, et la d&#233;sillusion n'en &#233;tait que plus douloureuse ! Je me vis oblig&#233; de quitter Vienne o&#249; j'avais pass&#233; sept ans de ma vie d'&#233;migr&#233;. J'avais sign&#233; en arrivant (1907) l'engagement de rester dans les limites du territoire de la monarchie &#171; bis auf Widerruf &#187; (jusqu'&#224; la clause contradictoire), c'est-&#224;-dire jusqu'au moment o&#249; je serai mis dehors ! Ce qui, en principe, ne pouvait avoir lieu sans mon accord ! Escort&#233; par les policiers autrichiens, le groupe bigarr&#233; des ressortissants russes fut dirig&#233; vers la Suisse, le 3 ou le 4 ao&#251;t 1914 (nouveau style).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Suisse, nous avons commenc&#233; &#224; mesurer l'ampleur du krach qui allait se produire, frappant ainsi toute l'organisation socialiste internationale et, de suite, nous avons cherch&#233; quelles seraient les voies conduisant au salut. La petite nation neutre, resserr&#233;e entre trois des principaux bellig&#233;rants (un quatri&#232;me se pr&#233;parant seulement &#224; la lutte : l'Italie), &#233;tait devenue une ar&#232;ne politique o&#249; les marxistes russes, de temps &#224; autre, pouvaient avoir la vision des &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient. Quant &#224; moi, je sentis la n&#233;cessit&#233; de me rendre compte de ce qui se passait dans le monde. Cela me contraignit &#224; tenir un journal, c'est-&#224;-dire une forme de litt&#233;rature dont je n'avais jamais us&#233; jusqu'&#224; ce jour. Je ne renouvelai cette exp&#233;rience qu'une seule fois ensuite, dans une prison espagnole, apr&#232;s mon expulsion. Cependant, quand apr&#232;s deux ou trois semaines, les journaux socialistes allemands et fran&#231;ais re&#231;us &#224; Z&#252;rich donn&#232;rent un tableau clair de l'immense catastrophe politique et morale du Socialisme, la forme de mon journal changea. Il devint un pamphlet critique et politique. Le Marxisme ne pouvait pas se laisser aller au d&#233;couragement devant le visage terrifiant des &#233;v&#233;nements ! Qu'importent l'effondrement, la trahison et la d&#233;sertion politiques ! Le Marxisme devait d&#233;montrer que c'est seulement en vainquant politiquement et en rejetant les superstructures de la IIe Internationale, que le prol&#233;tariat pourrait se frayer un chemin jusqu'&#224; la voie du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. Ce processus cruel, mais sauveur, ne pouvait qu'&#234;tre acc&#233;l&#233;r&#233; par les horreurs et la sauvagerie de la guerre. J'&#233;crivis une brochure La Guerre et l'Internationale, qui fut &#233;dit&#233;e &#224; Z&#252;rich en Novembre 1914 et qui, gr&#226;ce &#224; la collaboration de Fritz Platten, fut assez largement diffus&#233;e en Suisse, en Allemagne et en Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin&#233;e aux pays de langue allemande et &#233;dit&#233;e en cette langue, la brochure attaquait en premi&#232;re ligne la Social-d&#233;mocratie allemande, Parti leader de la IIe Internationale. Evidemment... il &#233;tait soulign&#233; que... les Fran&#231;ais, ayant d&#233;capit&#233; leur roi, vivaient fort bien en R&#233;publique ! En analysant le servilisme m&#233;prisable de l'id&#233;ologie de guerre allemande, la brochure ne laisse aucun doute quant &#224; ce qui suit : &#224; savoir que, devant une nouvelle contradiction de l'Histoire, l'Imp&#233;rialisme et le Socialisme &#8212; en guerre avec leurs slogans, leurs programmes et leurs antagonismes &#8212; repr&#233;sentent tous deux une r&#233;action en armes qu'il faut &#233;craser et rejeter hors du chemin de l'Histoire. Etant donn&#233; la fa&#231;on dont elle avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;e, la brochure re&#231;ut l'accueil qu'on pouvait en attendre de la part de la presse social-patriote. Je me souviens du leader des journalistes chauvins Heilemann, d&#233;clarant ouvertement que l'&#339;uvre &#233;tait d'un fou, mais cons&#233;quente avec elle-m&#234;me en sa propre folie. Il va de soi qu'il ne manquait pas de remarques pr&#233;tendant que ladite brochure &#233;tait inspir&#233;e par un patriotisme secret et qu'elle se r&#233;v&#233;lait une arme de la propagande des Alli&#233;s. Le tribunal allemand estima l'ouvrage irr&#233;v&#233;rencieux envers les Hohenzollern et condamna l'auteur, par contumace, &#224; quelques mois de prison. J'ignore totalement si la R&#233;publique de Ebert me tiendra compte de cette condamnation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je re&#231;us une invitation du journal Kievckaia Mysl me demandant de me rendre en France au titre de correspondant de guerre. Pendant toute la p&#233;riode de mon s&#233;jour &#224; l'&#233;tranger, j'avais conserv&#233; des liens avec la r&#233;daction de ce journal. Il se signalait, dans les milieux r&#233;volutionnaires internationaux en g&#233;n&#233;ral et dans ceux de Kiev en particulier, pour son radicalisme non clairement avou&#233; avec une &#171; pointe &#187; de Marxisme. Comme &#171; l'Intelligentsia &#187; de Kiev se compose de propri&#233;taires terriens et qu'il s'y trouve peu d'industrie, la lutte des classes n'y atteint pas le degr&#233; constat&#233; &#224; P&#233;trograd ou dans les autres centres du mouvement ouvrier. La pression politique du Pouvoir, s'appuyant sur celle du nationalisme, obligeait l'opposition bourgeoise &#224; se parer de la nuance du radicalisme. Ceci explique la ligne de conduite suivie par la r&#233;daction qui, ne s'identifiant ni &#224; la Social-d&#233;mocratie, ni &#224; la classe ouvri&#232;re, faisait une large place &#224; des collaborateurs marxistes et leur permettait d'expliquer les &#233;v&#233;nements, en particulier ceux de l'&#233;tranger, d'apr&#232;s leur point de vue r&#233;volutionnaire. Pendant la guerre des Balkans, alors que la mentalit&#233; imp&#233;rialiste ne s'&#233;tait pas encore empar&#233;e des cercles de la petite bourgeoisie, j'eus l'occasion, dans les colonnes de ce m&#234;me journal, de mener une lutte ouverte contre les fourberies et les crimes des diplomates alli&#233;s dans les Balkans et aussi contre l'Imp&#233;rialisme &#171; n&#233;o-slave &#187;. Sur ce terrain, l'opposition des &#171; Kadets &#187; [Constitutionnels-d&#233;mocrates] avait conclu alliance avec la monarchie. J'acceptai la proposition d'autant plus volontiers qu'elle me donnait la possibilit&#233; de me glisser plus pr&#232;s de la vie politique fran&#231;aise en cette &#233;poque critique. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, le journal, c&#233;dant &#224; la pression de l'opinion bourgeoise et les instances de ses collaborateurs sociaux-patriotes, donna compl&#232;tement dans le patriotisme, s'effor&#231;ant de conserver tout juste &#171; une lueur d'honorabilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Goloss &#187; [La Voix] et &#171; Nach&#233; Slovo &#187; [Notre Parole] (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces circonstances, deux &#233;migr&#233;s russes assez peu connus fond&#232;rent un modeste quotidien en langue russe. Cet organe avait &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me suivant : renseigner les milliers de prol&#233;taires abandonn&#233;s par leur pays et en m&#234;me temps maintenir leur int&#233;r&#234;t sans cesse croissant envers les gigantesques &#233;v&#233;nements journaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal s'effor&#231;ait (c'&#233;tait d'ailleurs l&#224; son but) d'&#233;clairer lesdits &#233;v&#233;nements &#224; la lueur du socialisme international et de ne pas laisser s'&#233;teindre l'esprit de solidarit&#233; entre les peuples. Les noms de ces deux initiateurs, de ces deux organisateurs et travailleurs infatigables, acquirent par la suite une grande c&#233;l&#233;brit&#233; pendant la R&#233;volution. Antonov-Ovseenko, actuellement commandant en Ukraine et Manouilsky (Bezrabotny), membre de la d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique en Ukraine. Ils &#233;taient des publicistes sinc&#232;res, dou&#233;s de lyrisme, mais &#224; des degr&#233;s diff&#233;rents : Manouilsky &#233;tait plus analytique, le second plus path&#233;tique, mais tous deux &#233;taient ardemment d&#233;vou&#233;s &#224; leur t&#226;che. Manouilsky tomba malade, atteint de tuberculose pulmonaire et fut envoy&#233; en Suisse pour se soigner, et d'o&#249;, plus tard, il participa au mouvement. Le journal reposa alors enti&#232;rement sur les &#233;paules d'Antonov. Et ceci n'est pas uniquement une figure de rh&#233;torique : non seulement, il &#233;crivait des articles, tenait la chronique journali&#232;re sur la guerre, traduisait les t&#233;l&#233;grammes et effectuait les corrections, mais encore il emportait &#171; sur ses &#233;paules &#187; des ballots entiers des &#233;ditions fra&#238;chement imprim&#233;es. Ajoutez &#224; cela qu'il organisait des concerts, des spectacles, des soir&#233;es au b&#233;n&#233;fice du journal et acceptait toutes sortes de dons destin&#233;s &#224; une loterie. Le journal sortait avec des difficult&#233;s mat&#233;rielles et techniques sans cesse croissantes. Avant la sortie du premier num&#233;ro, il restait en caisse trente francs. Toute personne nantie d'un certain bon sens aurait pens&#233; qu'il &#233;tait impossible d'&#233;diter un journal r&#233;volutionnaire quotidien dans les conditions impos&#233;es par la guerre, par le chauvinisme enrag&#233; et la censure malveillante. Cette publication eut d'autant plus de m&#233;rite &#224; para&#238;tre, avec de courtes interruptions, qu'elle continua d'exister, sous une autre appellation, jusqu'&#224; la R&#233;volution russe, c'est-&#224;-dire pendant deux ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre, apr&#232;s que les arm&#233;es allemandes eussent &#233;t&#233; contenues sur la Marne, devint de plus en plus cruelle et sans merci. Elle ne tenait compte ni de ses victimes ni des d&#233;penses &#233;normes qu'elle exigeait : des milliards ! Nach&#233; Slovo, lui, qui avait d&#233;clar&#233; la guerre au monstre imp&#233;rialiste, faisait &#233;tat dans sa comptabilit&#233; de sommes de dix francs ! Une fois par semaine au moins, il semblait que le journal ne pourrait survivre aux exigences financi&#232;res ! Aucune issue ! Et pourtant il s'en trouvait toujours une ! Les typographes se passaient de manger. Antonov portait des chaussures trou&#233;es ! et &#224; nouveau le miracle s'accomplissait ! le num&#233;ro suivant sortait. La principale ressource provenait des soir&#233;es organis&#233;es par le journal. Afin de nous couler, la Pr&#233;fecture interdit les concerts. Les dons augment&#232;rent ! La personnalit&#233; moscovite bien connue Chakhov, sympathisant &#224; &#034;l'id&#233;e&#034;, se trouvant justement &#224; Paris, nous envoya de fa&#231;on inattendue la somme de 1.100 F accompagn&#233;e d'un mot : &#034;contre l'arbitraire&#8221;. Il s'av&#233;ra qu'il s'&#233;tait inform&#233; de l'importance de la somme maxima rapport&#233;e par une soir&#233;e et il nous faisait un don &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s mon arriv&#233;e &#224; Paris, je trouvai le journal en son second mois d'existence. Un des collaborateurs les plus actifs en cette premi&#232;re &#233;poque &#233;tait Martov, qui priva le journal de l'objectivit&#233; indispensable. Martov gardait l'espoir de faire revivre le Parti &#224; l'aide du social-patriotisme, alors que l'aile gauche &#233;tait convaincue de la faillite totale de la IIe Internationale et de la n&#233;cessit&#233; absolue de former l'Union combattante des socialistes r&#233;volutionnaires.. En d'autres termes, le journal &#233;tait, au d&#233;but, l'organe d'un bloc provisoire comprenant des membres de l'actuel centre gauche (Internationale II et 1/2 !) et des actuels communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bloc en arriva bient&#244;t &#224; une pol&#233;mique interne acharn&#233;e et ensuite &#224; une cassure totale. Peu apr&#232;s Zimmerwald, Martov rompit avec Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nach&#233; Slovo &#187; et &#171; Sozial-Demokrat &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte contre ses ennemis Nach&#233; Slovo se d&#233;barrassa d&#233;finitivement de ses collaborateurs douteux et assura l'&#233;quilibre d'une plate-forme politique qui ne tenait jusqu'ici que par compromis. Le 1er Mars 1916, la r&#233;daction exposa le programme suivant : Nach&#233; Slovo se donne comme objectif le r&#233;tablissement de l'Internationale dans le cadre de la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat de tous les pays contre la guerre et l'Imp&#233;rialisme et contre les principes du Capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat sans merci contre le Social-patriotisme, qui &#233;gare la conscience des travailleurs et paralyse leur volont&#233; r&#233;volutionnaire, est le principal but de l'action entreprise par Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe se rallie &#224; la r&#233;solution &#171; zimmerwaldienne &#187;, voyant en celle-ci une &#233;tape sur le chemin qui doit mener &#224; la cr&#233;ation d'une IIIe Internationale r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo regarde comme une obligation de l'aile gauche des Internationalistes,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de condamner l'&#233;clectisme politique,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de fournir au prol&#233;tariat les explications n&#233;cessaires pour qu'il comprenne les conditions et le caract&#232;re de l'&#232;re historique o&#249; nous entrons,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de lui faire saisir l'importance de la tactique r&#233;volutionnaire qui souligne le changement d'une lutte jusqu'ici d&#233;fensive en une bataille offensive,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de lui montrer la voie d'un approfondissement et d'un &#233;largissement &#233;conomiques syst&#233;matiques amenant aux conflits entre la classe ouvri&#232;re et son gouvernement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ceci, sous le drapeau de &#171; la conqu&#234;te du pouvoir politique pour r&#233;aliser la r&#233;volution sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo se donne comme obligation, dans les cadres sociaux-d&#233;mocrates russes, d'&#233;purer ses rangs de tous les sociaux-patriotes qui portent en eux le caract&#232;re le plus antir&#233;volutionnaire et le plus d&#233;moralisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nach&#233; Slovo r&#233;clame une totale rupture avec les &#233;tats-majors sociaux-patriotes et une lutte impitoyable contre eux. Etant donn&#233; l'influence de ces derniers sur les masses ouvri&#232;res, il est absolument n&#233;cessaire d'obtenir l'union de tous les Internationalistes russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Gen&#232;ve, pendant la guerre, le journal Sozial-Demokrat sous la direction de L&#233;nine, sortit environ 33 num&#233;ros. Les diff&#233;rences de points de vue entre Nach&#233; Slovo et Sozial-Demokrat s'amenuisaient &#224; mesure que se creusait le foss&#233; entre les sociaux-patriotes et les sociaux-pacifistes. Le fait m&#234;me de la participation de Martov &#224; Nach&#233; Slovo &#8212; lequel Martov, oubliant son ex-glissement &#224; gauche, continuait &#224; d&#233;montrer que les Mench&#233;viks n'avaient pas &#233;volu&#233; sur le plan de l'Internationalisme &#8212; ne pouvait que brouiller les cartes. La critique de Sozial-Demokrat &#233;tait, sous ce rapport, irr&#233;prochablement juste et aida l'aile gauche &#224; d&#233;busquer Martov. En outre, elle donna au journal, apr&#232;s la Conf&#233;rence de Zimmerwald, une tournure plus pr&#233;cise et sans compromis. A la seconde Conf&#233;rence de Zimmerwald (Kienthal), la rupture entre le journal Nach&#233; Slovo et les internationalistes du type Martov devint un fait accompli. Martov se poussa &#224; nouveau vers la droite et marcha la main dans la main avec Axelrod, qui unissait francophilie et pacifisme, pla&#231;ant au-dessus de tout sa haine envers le bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait trois points de d&#233;saccord (et particuli&#232;rement quand la r&#233;daction passa entre les mains de &#171; l'aile gauche &#187;) entre les deux journaux. Ces trois points concernaient le d&#233;faitisme, le combat pour la paix et le caract&#232;re de la r&#233;volution grandissante en Russie. Nach&#233; Slovo refusait le d&#233;faitisme. Sozial-Demokrat d&#233;non&#231;ait le slogan &#171; la lutte pour la paix &#187; craignant que celui-ci ne cache des tendances pacifistes et lui opposait la guerre civile. Pour finir, Nach&#233; Slovo, pensait que l'objectif du Parti &#233;tait la prise du pouvoir au nom de la r&#233;volution socialiste. Sozial-Demokrat tenait pour la dictature &#171; d&#233;mocratique &#187; paysanne et ouvri&#232;re. La R&#233;volution de Mars balaya ces diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses colonnes, le journal Nach&#233; Slovo relevait toutes les nouvelles arrivant &#224; Paris ayant trait au r&#233;veil de l'esprit international parmi les mouvements ouvriers. Par l'interm&#233;diaire de ce journal, nous appelions les Internationalistes d'Angleterre, de Suisse, d'Italie, d'Am&#233;rique et m&#234;me d'Australie, d'o&#249; correspondait Artem (Sergueiev), maintenant d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous jetions avec avidit&#233; sur tout ce qui pouvait &#233;voquer une id&#233;e r&#233;volutionnaire en Allemagne et nous creusions profond&#233;ment tous les documents publi&#233;s par l'opposition social-d&#233;mocrate allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs de &#171; Nach&#233; Slovo &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les travailleurs russes r&#233;sidant &#224; Paris, &#224; Londres et m&#234;me en Suisse, Nach&#233; Slovo comptait des amis d&#233;vou&#233;s et leur nombre allait sans cesse croissant. Beaucoup plus qu'un dixi&#232;me de ces personnes se consacr&#232;rent, par la suite, &#224; la cause de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. L'&#233;tat-major litt&#233;raire du journal se composait de membres de diff&#233;rentes tendances :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y comptait des bolch&#233;viks &#224; opinions conciliatrices, des purs bolch&#233;viks, des &#171; avant-gardistes &#187; et de futurs mench&#233;viks. Il est logique de donner la liste des principaux collaborateurs, apr&#232;s le d&#233;part de Martov et de ses amis : Angelica Balabanova, M. Bronsky, Vladimirov, Divilkovsky (Avdiev), Zalevsky, Kollonta&#239;, Lozovsky, Lounatcharsky, Manouilsky (Bezrabotny), Mechtcheriakov, Ovseenko-Antonov (Gallsky), Pokrovsky, Pavlovitch, Poliansky, Radek, Rappoport (Vanne), Riazanov (Boukvoied), Racovski, Rothstein, Sokolnikov, Sergu&#233;ev (Artem), Trotsky, Ouritsky (Boretsky), Tchoudnovsky, Tchitch&#233;rine (Ornatsky). Nos amis les plus proches parmi les &#233;trangers se nommaient Alfred Rosmer et Henriette Roland-Holst.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G. I. Tchoudnovsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[partie mise en ligne s&#233;par&#233;ment]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal de Tchernov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de Goloss et ensuite de nach&#233; slovo, incita un groupe de sociaux-r&#233;volutionnaires, avec comme chef de file Tchernov, &#224; fonder un quotidien de tendance subjective. Parmi les membres de l'Intelligentsia populiste, l'&#233;pid&#233;mie patriotique s&#233;vissait incomparablement plus que dans les rangs marxistes. On aurait pu compter sur les doigts les socialistes-r&#233;volutionnai&#173;res-internationalistes. Leur internationalisme n'avait pas un caract&#232;re r&#233;volutionnaire, mais bien humanitaire et id&#233;aliste. En ce qui concerne le chef de ce parti, il remplissait sa fonction &#171; naturelle &#187;, ce qui signifie qu'il s'effor&#231;ait de prendre position sans oser le faire, d&#233;fendant &#224; sa mani&#232;re l'internationalisme en coop&#233;&#173;ration avec les sociaux-patriotes fran&#231;ais et comblait les lacunes et les trous de cette doctrine par le bla-bla-bla de ses &#233;crits et de ses discours. S'en prenant tout d'abord &#224; la Social-d&#233;mocratie allemande, &#224; la critique de laquelle il se pr&#233;parait depuis longtemps en empruntant des arguments ici et l&#224;, tant&#244;t chez Bernstein, tant&#244;t chez les syndicalistes, Tchernov, apr&#232;s une certaine p&#233;riode d'attente, d&#233;cida que la crise subie par la IIe Internationale signifiait la ruine totale de l'id&#233;ologie marxiste et qu'il fallait battre le fer quand il &#233;tait chaud. Il est &#233;vident qu'il ne d&#233;passa pas le niveau d'une argumentation ordinaire et d'un pathos soi-disant moralisateur. Jusque dans la boue du chauvinisme fran&#231;ais, il recherchait des arguments pour &#233;tayer sa grande d&#233;couverte : &#171; Marx et Engels &#233;taient les fondateurs du social-imp&#233;rialisme allemand. &#187; La crise ne survint qu'&#224; la suite du manque d'audience de la voix de Tchernov chez les dirigeants responsables de la IIe Internationale. Ce fameux pro&#173;ph&#232;te &#171; subjectiviste &#187; oublie simplement de nous expliquer pourquoi les 9/10 de ses partisans avec les blanquistes, les syn&#173;dicalistes et les anarchistes se trouv&#232;rent entra&#238;n&#233;s dans les remous du patriotisme. Pendant deux ou trois mois, il s'effor&#231;a, chaque jour, de d&#233;montrer qu'il avait des opinions se distinguant par leur haute teneur politique r&#233;volutionnaire. La censure fran&#173;&#231;aise le prit au mot et, apr&#232;s la fermeture de nos journaux, inter&#173;dit aussi le sien. Il se rendit &#224; Zimmerwald o&#249; il fit figure de provincial et finit par s'accrocher &#224; la gauche zimmerwaldienne (r&#233;sultat totalement impr&#233;visible non seulement pour la gauche, mais aussi pour la Conf&#233;rence et pour lui-m&#234;me). Il est &#233;vident que cela ne l'emp&#234;cha pas, d'&#234;tre le ministre de la guerre imp&#233;&#173;rialiste et, en des discours vides et ampoul&#233;s, de d&#233;fendre l'offensive de juin 1917 en coop&#233;ration avec les arm&#233;es de l'Entente imp&#233;rialiste. Les pires traits d'une intelligentsia oppor&#173;tuniste, malgr&#233; l'enrichissement qui lui fut donn&#233; par son exp&#233;&#173;rience parlementaire et journalistique, se retrouvent en la figure politique de Tchernov. L'ind&#233;chiffrable vague r&#233;volutionnaire projeta ce charlatan &#224; la pr&#233;sidence d'une assembl&#233;e, puis d'un seul coup le rejeta dans un oubli total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le choix et l'&#233;tude scrupuleuse de la documentation n&#233;cessaire &#224; notre publication, il s'av&#233;ra indispensable de la scinder en deux tomes. Dans le second livre, nous publierons des articles concernant les groupements politiques et la lutte int&#233;&#173;rieure au sein des principaux partis socialistes europ&#233;ens ; il en sera de m&#234;me pour les documents relatant deux mois de travail en Am&#233;rique, &#224; la veille de la r&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pris pour objectif de ne pas reproduire tous les articles de cette p&#233;riode de guerre, car leur publication aurait alourdi outre-mesure cet ouvrage. Nous avons &#233;cart&#233; ceux qui ne pr&#233;sentaient qu'un int&#233;r&#234;t secondaire, &#233;galement ceux contenant des redites. Il nous fallut aussi nous priver des articles trop malmen&#233;s par la censure fran&#231;aise. Et ces derniers sont plut&#244;t nombreux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les coupures effectu&#233;es par la censure, le sens de certains articles reste transparent et nous avons essay&#233; de les r&#233;tablir en leur int&#233;grit&#233;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale il fut impossible d'&#233;chapper aux redites, une partie importante des articles ayant &#233;t&#233; &#233;crite pour un quotidien qui, par son essence m&#234;me, ne vit que de r&#233;p&#233;titions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lueur d'une r&#233;vision attentive, nous avons pens&#233; que ces r&#233;p&#233;titions &#233;taient utiles en ce qui concerne les jeunes lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers doivent s'impr&#233;gner jusqu'&#224; saturation de l'atmosph&#232;re r&#233;gnant &#224; l'&#233;poque de la guerre imp&#233;rialiste, &#233;poque r&#233;volue pour nous-m&#234;me et qui, pour toujours, creuse un foss&#233; sanglant entre le pass&#233; de l'humanit&#233; et son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L.TROTSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou-Simbirsk, 18 mars 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moscou, 24 avril 1922.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Dans la deuxi&#232;me quinzaine de janvier, Goloss fut interdit par ordre du gouvernement fran&#231;ais, mais le 29, il reparaissait sous le titre Nach&#233; Slovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/lt_guerre_et_revolution.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/lt_guerre_et_revolution.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/guerre1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/guerre_et_revolution/guerre1.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1_intro.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1_intro.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_1/Guerre_et_revolution_vol_1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2_intro.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2_intro.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/trotsky_leon/Guerre_et_revolution_vol_2/Guerre_et_revolution_vol_2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Science militaire et litt&#233;rature : parler pour ne rien dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en publiant bon nombre d'utiles articles sp&#233;ciaux, la revue Affaires militaires ne r&#233;ussit pas &#224; trouver son &#233;quilibre intellectuel. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. Des &#233;v&#233;nements qui n'avaient pas &#233;t&#233; pr&#233;vus par les collaborateurs d'Affaires militaires se sont d&#233;roul&#233;s dans le monde entier et en particulier dans notre propre pays. Tout d'abord, ces collaborateurs furent nombreux &#224; penser qu'aucun sch&#233;ma n'&#233;tant applicable &#224; ces &#233;v&#233;nements, tout &#233;tait incompr&#233;hensible ; par cons&#233;quent, il valait mieux refuser tout crit&#232;re d'appr&#233;ciation et attendre patiemment de voir quelle serait l'issue de ce bouleversement. Mais au fur et &#224; mesure de l'&#233;coulement du temps, certaines caract&#233;ristiques de l'ordre commenc&#232;rent &#224; poindre de cet immense chaos que les collaborateurs d'Affaires militaires n'avaient absolument pas pr&#233;vus. L'intelligence humaine est g&#233;n&#233;ralement passive et assez paresseuse ; elle saisit plus facilement ce qu'elle conna&#238;t et qui n'exige pas de r&#233;flexions suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui se passe actuellement. S'&#233;tant tout d'abord convaincus que leurs connaissances n'&#233;taient pas rejet&#233;es et reconnaissant ensuite dans la nouvelle organisation des traits qui leur &#233;taient familiers, maints sp&#233;cialistes militaires se d&#233;p&#234;ch&#232;rent d'en conclure qu'il n'y avait rien de nouveau sous le soleil et que par cons&#233;quent, les anciennes structures pouvaient encore tr&#232;s bien servir avec succ&#232;s. Mais il y a plus. Apr&#232;s avoir conclu que finalement, dans le domaine militaire aussi, tout finirait par retomber aux anciens usages, ils reprirent courage et d&#233;cid&#232;rent d'attendre beno&#238;tement la restauration. &#192; cette enseigne, quelques collaborateurs d'Affaires militaires s'empress&#232;rent de remettre sur le tapis leurs conceptions g&#233;n&#233;rales fortement poussi&#233;reuses &#8212; notamment &#224; propos de la place de la guerre et de l'arm&#233;e dans l'histoire de l'&#233;volution humaine. De toute &#233;vidence, ils se prennent pour des &#171; sp&#233;cialistes &#187; dans ce domaine aussi. Erreur fatale ! Un bon artilleur ou un intendant est loin d'&#234;tre toujours appel&#233; &#224; jouer les historiens philosophes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; travers deux ou trois exemples, en voici la preuve. Dans son num&#233;ro 15-16, les Affaires militaires publient en bonne place un article du citoyen F.&#8239;Herschelman : &#171; La guerre sera-t-elle possible &#224; l'avenir ? &#187; &#192; commencer par le titre, tout est faux dans cet article. Quant au fond, l'auteur se demande si les guerres sont in&#233;vitables &#224; l'avenir et arrive &#224; la conclusion qu'elles le seront. Comme chacun sait, il existe une abondante litt&#233;rature &#224; ce sujet. Aujourd'hui, la question est pass&#233;e du domaine litt&#233;raire &#224; celui du combat intensif, prenant ouvertement dans tous les pays l'aspect d'une guerre civile. En Russie, le pouvoir est aux mains d'un parti politique dont le programme d&#233;finit avec pr&#233;cision et nettet&#233; les caract&#233;ristiques sociales et historiques des guerres pass&#233;es ou actuelles, et qui pr&#233;cise avec autant de clart&#233; que d'exactitude les conditions dans lesquelles les guerres deviendront non seulement inutiles, mais aussi impossibles. Personne ne demande au citoyen Herschelman d'adopter le point de vue communiste. Mais quand un sp&#233;cialiste militaire entreprend une analyse de la guerre dans une revue russe officieuse &#8211; en 1919, pas en 1914 ! &#8211; il semble qu'on serait en droit d'exiger que ledit sp&#233;cialiste connaisse au moins les rudiments du programme qui est la doctrine officielle du r&#233;gime et sur lequel repose toute notre politique int&#233;rieure et internationale. Il n'y fait m&#234;me pas allusion. Comme il est de tradition, l'auteur commence par le commencement, c'est-&#224;-dire qu'il d&#233;marre sur un postulat de la pire banalit&#233;, tir&#233; de la scholastique impuissance historique de Leer et stipulant que &#171; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; sur l'interpr&#233;tation la plus large, voire illimit&#233;e, du mot &#171; lutte &#187;, cet aphorisme supprime en toute simplicit&#233; l'ensemble de l'histoire humaine en la dissolvant sans r&#233;sidu dans la biologie. Lorsque sans jouer sur les mots nous parlons de guerre, nous sous-entendons un affrontement syst&#233;matique de groupes humains organis&#233;s par l'&#201;tat et qui utilisent les moyens techniques dont ils disposent au nom de buts fix&#233;s par le pouvoir politique qui les repr&#233;sente. Il est absolument &#233;vident que rien de semblable n'existe en dehors de la soci&#233;t&#233; humaine. Si la lutte est propre &#224; tout ce qui vit, la guerre en revanche est un ph&#233;nom&#232;ne purement historique et humain. Celui qui ne s'en rend pas compte est encore tr&#232;s loin du seuil m&#234;me de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, les hommes se mangeaient entre eux. Dans certains pays, le cannibalisme s'est encore conserv&#233; jusqu'&#224; nos jours. Il est vrai que les Achantis ne publient pas de revues militaires, mais s'ils le faisaient, leurs th&#233;oriciens militaires &#233;criraient vraisemblablement : &#171; Esp&#233;rer que les gens renoncent au cannibalisme est vain, puisque la lutte est l'apanage de tout ce qui vit. &#187; Avec la permission du citoyen Herschelman, nous pourrions r&#233;pliquer au savant anthropophage qu'il ne s'agit pas pour l'instant de la lutte en g&#233;n&#233;ral, mais de l'une de ses formes singuli&#232;res, qui s'exprime en l'occurrence par l'homme &#224; l'aff&#251;t de son semblable. Manifestement, le cannibalisme n'a pas disparu sous l'effet de la persuasion, mais &#224; la suite des modifications de l'ordre social : en effet, lorsqu'il se r&#233;v&#233;la plus avantageux de transformer les prisonniers en esclaves, l'anthropophagie (cannibalisme) disparut. Et la lutte ? La lutte, eh bien, elle demeura. Cependant, pour le moment nous ne parlons pas de lutte, mais de cannibalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jadis, le m&#226;le se battait avec un autre m&#226;le pour une femelle. Les fianc&#233;s antiques &#171; enlevaient la fille de l'eau &#187;. Comme le citoyen Herschelman le sait sans doute, ce moyen n'a plus cours de nos jours, bien que la lutte soit l'apanage de tout ce qui vit. Les r&#232;glements de comptes dans les bois ou les cavernes ont &#233;t&#233; remplac&#233;s plus tard par des tournois de chevalerie en pr&#233;sence des dames. Cependant, tournois et duels appartiennent aujourd'hui au pass&#233; ou se sont dans l'ensemble transform&#233;s en vulgaire &#233;cho de mascarade des anciens heurts sanglants. Pour comprendre ce processus, il faut suivre de pr&#232;s l'&#233;volution de l'&#233;conomie, les relations entre hommes et femmes, les modifications fondamentales intervenues dans la vie familiale et tribale courante, l'apparition et l'&#233;volution des classes, le conditionnement historique des opinions et des pr&#233;jug&#233;s des chevaliers et de la noblesse, le r&#244;le du duel en tant qu'&#233;l&#233;ment de l'id&#233;ologie de classe, la disparition du fondement social des classes privil&#233;gi&#233;es, la transformation du duel en une survivance inutile, etc. Sur la base d'un aphorisme vide de sens &#8211; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#8211; dans ce domaine comme dans tous les autres, on ne peut pas aller bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tribus et les clans slaves se battaient entre eux. Du temps du f&#233;odalisme, les principaut&#233;s se battaient entre elles. Les tribus allemandes faisaient de m&#234;me, tout comme les principaut&#233;s f&#233;odales de la future France unifi&#233;e. Les luttes sanglantes entre f&#233;odaux, les guerres opposant entre elles les provinces ou les villes aux arm&#233;es de chevaliers &#233;taient &#224; l'ordre du jour non pas parce que &#171; la lutte est l'apanage de tout ce qui vit &#187;, mais parce qu'elles &#233;taient d&#233;termin&#233;es par certaines relations sociales de l'&#233;poque, et elles disparurent en m&#234;me temps que ces derni&#232;res. Les motifs qui poussaient les Moscovites &#224; se battre contre les habitants de Kiev, les Prussiens contre les Saxons, les Normands contre les Bourguignons &#233;taient &#224; l'&#233;poque aussi profonds et rigoureux que les causes qui se trouvaient &#224; l'origine de la derni&#232;re guerre entre Allemands et Anglais. Par cons&#233;quent, une fois encore, il ne s'agit pas d'une simple loi de la nature en tant que telle, mais de lois sp&#233;cifiques d&#233;finissant l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; humaine. Sans m&#234;me nous &#233;loigner du domaine le plus g&#233;n&#233;ral des consid&#233;rations historiques, permettez-moi de poser une question : si l'homme a d&#233;pass&#233; le stade de la guerre entre la Bourgogne et la Normandie, la Saxe et la Prusse, entre les principaut&#233;s de Kiev et de Moscou, pourquoi ne d&#233;passerait-il pas le stade des affrontements entre l'Angleterre et l'Allemagne, la Russie et le Japon ? De toute &#233;vidence, la lutte dans le sens le plus large du mot demeurera ; toutefois, la guerre &#8211; qui n'est qu'une forme particuli&#232;re de cette lutte &#8211; n'est apparue qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; l'homme commen&#231;a &#224; b&#226;tir sa soci&#233;t&#233; et &#224; utiliser des armes. Cette forme singuli&#232;re de lutte &#8211; la guerre &#8211; a suivi le cours des modifications de la soci&#233;t&#233; humaine et, dans certaines circonstances historiques, elle peut compl&#232;tement dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur morcellement, les guerres f&#233;odales &#233;taient essentiellement dues &#224; l'isolement de l'&#233;conomie moyen&#226;geuse. Chaque r&#233;gion consid&#233;rait sa voisine comme un monde repli&#233; sur lui-m&#234;me duquel on pouvait tirer profit. Dans leurs nids d'aigle, les chevaliers observaient d'un &#339;il rapace l'enrichissement des villes qui se d&#233;veloppaient. L'&#233;volution ult&#233;rieure a unifi&#233; les provinces et les r&#233;gions en un tout. &#192; la suite d'une lutte interne et externe impitoyable, la France unifi&#233;e, l'Italie unifi&#233;e et l'Allemagne unifi&#233;e se d&#233;velopp&#232;rent sur cette nouvelle base &#233;conomique. L'unit&#233; &#233;conomique ayant ainsi transform&#233; de grands pays en un organisme &#233;conomique unique, les guerres devinrent impossibles dans les limites de cette nouvelle formation historique &#233;largie : la nation et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'&#233;volution des relations &#233;conomiques n'en resta pas l&#224;. L'industrie avait depuis longtemps d&#233;pass&#233; son cadre national et avait li&#233; le monde entier par les cha&#238;nes de l'interd&#233;pendance. Ce n'est pas seulement la Bourgogne ou la Normandie, la Saxe ou la Prusse, Moscou ou Kiev, mais la France, l'Allemagne et la Russie qui ont cess&#233; depuis longtemps d'&#234;tre des mondes se suffisant &#224; eux-m&#234;mes pour devenir des parties d&#233;pendantes de l'&#233;conomie mondiale. Nous ne le sentons que trop bien aujourd'hui, en p&#233;riode de blocus militaire, quand nous ne recevons plus les produits industriels allemands ou anglais qui nous sont indispensables. D'autre part, les ouvriers allemands ou anglais ressentent eux aussi cette rupture m&#233;canique d'un tout &#233;conomique, puisqu'ils ne re&#231;oivent plus ni le bl&#233; du Don, ni le beurre sib&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fondements de l'&#233;conomie sont devenus mondiaux. La perception des b&#233;n&#233;fices &#8212; c'est-&#224;-dire le droit d'&#233;cr&#233;mer l'&#233;conomie mondiale &#8212; n'en est pas moins demeur&#233;e aux mains des classes bourgeoises de certaines nations. S'il faut donc chercher les racines des guerres actuelles dans la &#171; nature &#187;, ce n'est pas dans la nature biologique ni m&#234;me dans la nature humaine en g&#233;n&#233;ral qu'on doit les qu&#233;rir, mais dans la &#171; nature &#187; sociale de la bourgeoisie qui naquit, puis se d&#233;veloppa en tant que classe exploitante, usurpatrice, dirigeante, profiteuse et ravageuse, en contraignant les masses laborieuses &#224; guerroyer au nom de ses objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;troitement li&#233;e en un tout, l'&#233;conomie mondiale cr&#233;e des sources inou&#239;es d'enrichissement et de puissance. La bourgeoisie de chaque nation voudrait &#234;tre la seule &#224; b&#233;n&#233;ficier de ces sources, d&#233;sorganisant par la m&#234;me occasion l'&#233;conomie mondiale, comme le firent les f&#233;odaux &#224; l'&#233;poque de transition vers un nouveau r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe destin&#233;e &#224; semer toujours davantage de d&#233;sordre dans l'&#233;conomie ne peut se maintenir longtemps au pouvoir. C'est pourquoi la bourgeoisie elle-m&#234;me se sent contrainte de chercher une issue en cr&#233;ant &#171; la Soci&#233;t&#233; des Nations &#187;. L'id&#233;e de Wilson est de r&#233;viser l'&#233;conomie mondiale unifi&#233;e en cr&#233;ant une esp&#232;ce de soci&#233;t&#233; de brigandage par actions, afin que les profits soient r&#233;partis entre les capitalistes de tous les pays sans qu'ils se battent entre eux. Manifestement, Wilson entend garder la majorit&#233; des actions pour ses propres boursiers de New York ou de Chicago, ce dont ne veulent pas entendre parler les bandits de Londres, Paris, Tokyo et autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans cet affrontement des app&#233;tits bourgeois que g&#238;t la difficult&#233; des gouvernements bourgeois de trouver une solution au probl&#232;me de la &#171; Soci&#233;t&#233; des Nations &#187;. On peut n&#233;anmoins assurer qu'apr&#232;s l'exp&#233;rience de la guerre actuelle, les milieux capitalistes des pays les plus importants auraient cr&#233;&#233; les conditions d'une exploitation plus ou moins centralis&#233;e et unifi&#233;e du monde entier sans recourir &#224; la guerre, de la m&#234;me fa&#231;on que la bourgeoisie avait liquid&#233; les guerres f&#233;odales dans les limites du territoire national. La bourgeoisie aurait pu mener cette nouvelle t&#226;che &#224; bien si la classe ouvri&#232;re ne s'&#233;tait pas retourn&#233;e contre elle, tout comme en son temps elle-m&#234;me s'&#233;tait oppos&#233;e aux forces f&#233;odales. La guerre civile qui s'est termin&#233;e en Russie par la victoire du prol&#233;tariat aura une fin semblable dans tous les autres pays ; cette guerre m&#232;ne &#224; la conclusion suivante : le prol&#233;tariat prend en mains la solution du probl&#232;me qui se pose aujourd'hui &#224; l'humanit&#233; &#8212; probl&#232;me de vie ou de mort, &#224; savoir la transformation de toute la surface terrestre, de ses richesses naturelles et de tout ce qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le travail de l'homme en une &#233;conomie mondiale, mieux syst&#233;matis&#233;e en fonction d'une seule et m&#234;me pens&#233;e, et o&#249; la r&#233;partition des biens se fait comme dans une grande coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citoyen Herschelman n'a sans doute aucune id&#233;e de tout cela. Il a d&#233;couvert un quelconque opuscule d'un certain professeur Danievski, intitul&#233; Le syst&#232;me de l'&#233;quilibre politique, du l&#233;gitimisme et des commencements de la nation, et, en s'appuyant sur quelques conclusions rachitiques du juriste officiel, en conclut &#224; l'in&#233;luctabilit&#233; des guerres jusqu'&#224; l'ach&#232;vement des si&#232;cles. Dans les colonnes de la revue de l'Arm&#233;e Rouge ouvri&#232;re et paysanne &#8211; en mai 1919 ! &#8211; l'&#233;ditorial expose gravement que le d&#233;but de... la l&#233;gitimit&#233; ne pr&#233;serve pas de la guerre ! La l&#233;gitimit&#233;, c'est la reconnaissance de l'immuabilit&#233; de toute la saloperie monarchiste, de classes et de castes qui s'est accumul&#233;e sur cette terre. Chercher &#224; prouver que la reconnaissance des droits &#233;ternels du pouvoir des Hohenzollern ou des Romanov, ou encore des usuriers parisiens, ne pr&#233;serve pas des guerres, cela signifie simplement parler pour ne rien dire. C'est aussi valable pour la th&#233;orie du soi-disant &#171; &#233;quilibre politique &#187;. Personne n'a mieux d&#233;montr&#233; la fausset&#233; et l'inanit&#233; de cette th&#233;orie que le marxisme (communisme). La tricherie diplomatique de &#171; l'&#233;quilibre &#187; n'&#233;tait que la fa&#231;ade d'une comp&#233;tition diabolique des engins militaires d'une part et de l'autre &#8211; des aspirations de l'Angleterre &#224; affaiblir la France et l'Allemagne, de l'Allemagne &#224; affaiblir la France, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux locomotives ont &#233;t&#233; lanc&#233;es l'une contre l'autre sur la m&#234;me voie, voil&#224; la signification de la th&#233;orie du monde arm&#233; par &#171; l'&#233;quilibre europ&#233;en &#187;, une th&#233;orie dont les marxistes ont d&#233;montr&#233; la fausset&#233; bien avant qu'elle ne s'&#233;croul&#226;t dans le sang et la boue. Seuls les songe-creux petits-bourgeois et les charlatans bourgeois peuvent parler du principe national comme fondement de la paix &#233;ternelle. Lorsque le d&#233;veloppement de l'industrie exigea la transformation de la province en une unit&#233; nationale beaucoup plus vaste, les guerres furent men&#233;es sous la banni&#232;re nationale. Les guerres contemporaines ne supposent pas le principe national. Il ne s'agit d&#233;j&#224; plus des guerres civiles. Koltchak vend la Sib&#233;rie &#224; l'Am&#233;rique, D&#233;nikine est pr&#234;t &#224; inf&#233;oder les trois quarts du peuple russe &#224; l'Angleterre et &#224; la France pourvu qu'on le laisse continuer de piller &#224; son aise le dernier quart. Le principe national ne joue m&#234;me plus de r&#244;le dans les guerres internationales. L'Angleterre et la France se partagent les colonies allemandes, et &#233;cart&#232;lent l'Asie. L'Am&#233;rique fourre son nez dans les affaires europ&#233;ennes, tandis que l'Italie s'adjuge des Slaves. &#192; moiti&#233; &#233;touff&#233;e, la Serbie trouve encore le moyen d'&#233;trangler les Bulgares. Dans le meilleur des cas, le principe national n'est qu'un pr&#233;texte. Il s'agit en fait de souverainet&#233; mondiale, c'est-&#224;-dire de la domination &#233;conomique du monde entier. Apr&#232;s une critique superficielle de la l&#233;gitimit&#233;, de la th&#233;orie de l'&#233;quilibre politique et du principe national, le citoyen Herschelman ne mentionne m&#234;me pas le probl&#232;me de l'issue de la guerre. Et pourtant, cette issue se d&#233;cide actuellement sur le terrain. Apr&#232;s avoir chass&#233; la bourgeoisie du gouvernail national et pris les r&#234;nes du pouvoir, la classe ouvri&#232;re pr&#233;pare la cr&#233;ation de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rative sovi&#233;tique europ&#233;enne et mondiale qui reposera sur une &#233;conomie mondiale unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a &#233;t&#233; et demeurera une forme arm&#233;e de l'exploitation ou de la lutte contre l'exploitation. La domination f&#233;d&#233;rative du prol&#233;tariat en tant que transition vers une Commune mondiale signifie la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme et donc la liquidation des affrontements arm&#233;s. La guerre dispara&#238;tra comme le cannibalisme. La lutte, elle, continuera, mais ce sera la lutte collective de l'humanit&#233; contre les forces ennemies de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 juillet 1919, Voronej-Kolodezna&#238;a&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Affaires militaires n&#176; 23-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des soviets et du Parti dans la r&#233;volution...</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

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&lt;p&gt;Des soviets et du Parti dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers ont surgi chez nous en 1905 et en 1917 du mouvement m&#234;me, comme sa forme d'organisation naturelle &#224; un certain niveau de lutte. Mais les jeunes partis europ&#233;ens qui ont plus ou moins accept&#233; les soviets comme &#8220;doctrine&#8221;, comme &#034;principe&#8221;, sont toujours expos&#233;s au danger d'une conception f&#233;tichiste des soviets consid&#233;r&#233;s en tant que facteurs autonomes de la r&#233;volution. En effet, malgr&#233; l'im&#173;mense (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des soviets et du Parti dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers ont surgi chez nous en 1905 et en 1917 du mouvement m&#234;me, comme sa forme d'organisation naturelle &#224; un certain niveau de lutte. Mais les jeunes partis europ&#233;ens qui ont plus ou moins accept&#233; les soviets comme &#8220;doctrine&#8221;, comme &#034;principe&#8221;, sont toujours expos&#233;s au danger d'une conception f&#233;tichiste des soviets consid&#233;r&#233;s en tant que facteurs autonomes de la r&#233;volution. En effet, malgr&#233; l'im&#173;mense avantage que pr&#233;sentent les soviets comme organisation de lutte pour le pouvoir, il est parfaitement possible que l'insur&#173;rection se d&#233;veloppe sur la base d'autre forme d'organisation (comit&#233;s d'usines, syndicats) et que les soviets ne surgissent comme organe du pouvoir qu'au moment de l'insurrection ou m&#234;me apr&#232;s sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s instructive &#224; ce point de vue est la lutte que L&#233;nine engagea apr&#232;s les journ&#233;es de juillet contre le f&#233;tichisme sovi&#233;tiste. Les soviets s.-r. mencheviks &#233;tant devenus en juillet des organisations poussant ouvertement les soldats &#224; l'offensive et pers&#233;cutant les bolcheviks, le mouvement r&#233;volutionnaire des masses ouvri&#232;res pouvait et devait se chercher d'autres voies. L&#233;nine indiquait les comit&#233;s d'usines comme organisation de la lutte pour le pouvoir. Tr&#232;s probablement, le mouvement aurait suivi cette ligne sans l'insurrection de Kornilov qui obligea les soviets conciliateurs &#224; se d&#233;fendre eux-m&#234;mes et permit aux bolcheviks de leur insuffler &#224; nouveau l'esprit r&#233;volutionnaire en les liant &#233;troitement aux masses par l'interm&#233;diaire de leur gauche, c'est-&#224;-dire des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question, comme l'a montr&#233; la r&#233;cente exp&#233;rience de l'Allemagne, a une immense importance internationale. Dans ce pays, les soviets furent plusieurs fois construits comme organes de l'insurrection, comme organes du pouvoir sans pouvoir. Le r&#233;sultat fut qu'en 1923 le mouvement des masses prol&#233;tariennes et semi-prol&#233;tariennes commen&#231;a &#224; se grouper autour des comit&#233;s d'usines, qui au fond remplissaient les m&#234;mes fonctions que celles qui incombaient chez nous aux soviets dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant la lutte directe pour le pouvoir. Cependant, en ao&#251;t et en septembre, quelques camarades propos&#232;rent de proc&#233;der imm&#233;diatement en Allemagne &#224; la cr&#233;ation de soviets. Apr&#232;s de longs et ardents d&#233;bats leur proposition fut repouss&#233;e, et avec raison. Comme les comit&#233;s d'usines &#233;taient d&#233;j&#224; devenus effectivement les points de concentration des masses r&#233;volutionnaires, les soviets auraient, dans la p&#233;riode pr&#233;paratoire, jou&#233; un r&#244;le parall&#232;le &#224; ces comit&#233;s d'usines et n'auraient &#233;t&#233; qu'une forme sans contenu. Ils n'auraient fait que d&#233;tourner la pens&#233;e des t&#226;ches mat&#233;rielles de l'insurrection (arm&#233;e, police, centuries, chemins de fer, etc.) pour la reporter sur une forme d'orga&#173;nisation autonome. D'autre part, la cr&#233;ation des soviets comme tels, avant l'insurrection, aurait &#233;t&#233; comme une proclamation de guerre non suivie d'effet. Le gouvernement qui &#233;tait oblig&#233; de tol&#233;rer les comit&#233;s d'usines, parce qu'ils r&#233;unissaient autour d'eux des masses consid&#233;rables, aurait frapp&#233; les premiers soviets comme organe officiel cherchant &#224; s'emparer du pouvoir. Les communistes auraient &#233;t&#233; oblig&#233;s de prendre la d&#233;fense des soviets en tant qu'organisation. La lutte d&#233;cisive n'aurait pas eu pour but la prise ou la d&#233;fense de positions mat&#233;rielles et ne se serait pas d&#233;roul&#233;e au moment choisi par nous au moment o&#249; l'insurrection aurait d&#233;coul&#233;e n&#233;cessairement du mouvement des masses ; elle aurait &#233;clat&#233; &#224; cause d'une forme d'organisa&#173;tion, &#224; cause des soviets, au moment choisi par l'ennemi. Or, il est &#233;vident que tout le travail pr&#233;paratoire de l'insurrection pouvait avec un plein succ&#232;s &#234;tre subordonn&#233; &#224; la forme d'orga&#173;nisation des comit&#233;s d'usines qui avaient d&#233;j&#224; eu le temps de devenir des organisations de masses qui continuaient &#224; augmen&#173;ter et &#224; se fortifier et laissaient au Parti les coud&#233;es franches sous le rapport de la fixation de la date de l'insurrection. Evi&#173;demment, &#224; une certaine &#233;tape, les soviets auraient d&#251; surgir. Il est douteux que, dans les conditions que nous venons d'indi&#173;quer, ils eussent surgi au fort de la lutte comme organes directs de l'insurrection, car il e&#251;t pu en r&#233;sulter au moment critique une dualit&#233; de direction r&#233;volutionnaire. Il ne faut pas, dit un proverbe anglais, changer de cheval quand on traverse un torrent. Il est possible que, apr&#232;s la victoire dans les principales villes, les soviets eussent commenc&#233; &#224; appara&#238;tre sur tous les points du pays. En tout cas, l'insurrection victorieuse aurait n&#233;cessairement provoqu&#233; la cr&#233;ation des soviets comme organes du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas oublier que, chez nous, les soviets avaient d&#233;j&#224; surgi &#224; l'&#233;tape &#034;d&#233;mocratique&#034; de la r&#233;volution, qu'ils avaient &#233;t&#233; alors l&#233;galis&#233;s en quelque sorte, que nous en avions ensuite h&#233;rit&#233; et que nous les avions utilis&#233;s. Il n'en sera pas de m&#234;me dans les r&#233;volutions prol&#233;tariennes d'Occident. L&#224;, dans la majorit&#233; des cas, les soviets se cr&#233;eront sur l'appel des communistes et seront par suite des organes directs de l'insurrection prol&#233;&#173;tarienne. Il n'est pas impossible, &#233;videmment, que la d&#233;sorga&#173;nisation de' l'appareil &#233;tatique bourgeois devienne tr&#232;s forte avant que le prol&#233;tariat puisse s'emparer du pouvoir, ce qui permettrait de cr&#233;er des soviets comme organes d&#233;clar&#233;s de la pr&#233;para&#173;tion de l'insurrection. Mais il y a bien peu de chance pour que cela soit la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale. Dans le cas le plus fr&#233;quent, on ne parviendra &#224; cr&#233;er les soviets qu'aux derniers jours, comme organes directs de la masse pr&#234;te &#224; s'insurger. Enfin, il est tr&#232;s possible &#233;galement que les soviets surgissent apr&#232;s le moment critique de l'insurrection et m&#234;me apr&#232;s sa victoire comme organes du nouveau pouvoir. Il faut avoir constamment devant les yeux toutes ces &#233;ventualit&#233;s pour ne pas tomber dans le f&#233;tichisme d'organisation et ne pas transformer les soviets, de forme souple, vitale de lutte, en &#034;principe &#034; d'organisation, introduit de l'ext&#233;rieur dans le mouvement et entravant son d&#233;veloppement r&#233;gulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, on a d&#233;clar&#233; dans notre presse que nous savions pas par quelle porte viendrait la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#173;en Angleterre : sera-ce par le Parti Communiste ou par les syndicats, il est impossible de le d&#233;cider. Cette fa&#231;on de poser la question, qui vise &#224; l'envergure historique, est radicalement fausse et tr&#232;s dangereuse, parce qu'elle voile la principale le&#231;on des derni&#232;res ann&#233;es. S'il n'y a pas eu de r&#233;volution victorieuse &#224; la fin de la guerre, c'est parce qu'il manquait un parti. Cette constatation s'applique &#224; l'Europe tout enti&#232;re. On pourrait en v&#233;rifier la justesse en suivant pas &#224; pas le mouvement r&#233;volu&#173;tionnaire dans les diff&#233;rents pays. En ce qui concerne l'Allemagne, il est clair que la r&#233;volution aurait pu y triompher en 1918 et en 1919, si la masse avait &#233;t&#233; dirig&#233;e comme il convient par le Parti. En 1917, l'exemple de la Finlande nous a montr&#233; que le mouvement r&#233;volutionnaire s'y d&#233;veloppait dans des conditions exceptionnellement favorables, sous le couvert et avec l'aide militaire directe de la Russie r&#233;volutionnaire. Mais la majorit&#233; de la direction du Parti finlandais &#233;tait social-d&#233;mocrate et fit &#233;chouer la r&#233;volution. Cette le&#231;on ne se d&#233;gage pas moins clairement de l'exp&#233;rience de la Hongrie. Dans ce pays, les communistes, alli&#233;s aux social-d&#233;mocrates de gauche ne conquirent pas le pouvoir, mais le re&#231;urent des mains de la bourgeoisie &#233;pouvant&#233;e. La r&#233;volution hongroise, victorieuse sans bataille et sans victoire, se trouva, d&#232;s le d&#233;but priv&#233;e d'une direction combattive. Le Parti communiste se fondit avec le Parti social-d&#233;mocrate, montrant par l&#224; qu'il n'&#233;tait pas lui-m&#234;me vraiment communiste et que, par suite, il &#233;tait maIgr&#233;, l'esprit combatif des prol&#233;taires hongrois, incapable de conserver le pouvoir qu'il avait obtenu si facilement. La r&#233;volution prol&#233;&#173;tarienne ne peut triompher sans le Parti, &#224; l'encontre du Parti ou par un succ&#233;dan&#233; de Parti. C'est l&#224; le principal enseigne&#173;ment des dix derni&#232;res ann&#233;es. Les syndicats anglais peuvent, il est vrai, devenir un levier puissant de la r&#233;volution prol&#233;&#173;tarienne ; ils peuvent, par exemple, dans certaines conditions et pour une certaine p&#233;riode, remplacer m&#234;me les Soviets ouvriers. Mais ils ne le pourront sans le soutien du Parti communiste, ni &#224; plus forte raison contre lui ; ils ne pourront jouer ce r&#244;le que si l'influence communiste devient pr&#233;pond&#233;rante dans leur sein. Cette le&#231;on sur le r&#244;le et I'importance du Parti dans la r&#233;volu&#173;tion prol&#233;tarienne nous l'avons pay&#233;e trop cher pour ne pas la retenir int&#233;gralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;volutions bourgeoises, la conscience, la pr&#233;pa&#173;ration, la m&#233;thode ont jou&#233; un r&#244;le beaucoup moins grand que celui qu'elles sont appel&#233;es &#224; jouer et jouent d&#233;j&#224; dans les r&#233;vo&#173;lutions du prol&#233;tariat. La force motrice de la r&#233;volution bour&#173;geoise &#233;tait &#233;galement la masse, mais beaucoup moins consciente et moins organis&#233;e que maintenant. La direction &#233;tait aux mains des diff&#233;rentes fractions de la bourgeoisie, qui disposait de la richesse, de l'instruction et de l'organisation (municipalit&#233;s, universit&#233;s, presse, etc.). La monarchie bureaucratique se d&#233;fen&#173;dait empiriquement, agissait au petit bonheur. La bourgeoisie choisissait le moment favorable o&#249; elle pouvait, en exploitant le mouvement des masses populaires, jeter tout son poids social sur le plateau de la balance et s'emparer du pouvoir. Mais, dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne, le prol&#233;tariat est non seulement la principale force combative, mais aussi, dans la personne de son avant-garde, la force dirigeante. Seul, le parti du prol&#233;tariat peut, dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne jouer le r&#244;le que jouaient, dans la r&#233;volution bourgeoise, la puissance de la bourgeoisie, son instruction, ses municipalit&#233;s et universit&#233;s. Son r&#244;le est d'autant plus grand que la conscience de classe de son ennemi s'est formidablement accrue. Au cours des si&#232;cles de sa domi&#173;nation, la bourgeoisie a &#233;labor&#233; une &#233;cole politique incompa&#173;rablement sup&#233;rieure &#224; celle de l'ancienne monarchie bureau&#173;cratique. Si le parlementarisme a &#233;t&#233; pour le prol&#233;tariat jusqu'&#224; un certain point une &#233;cole de pr&#233;paration &#224; la r&#233;volution, il a &#233;t&#233; encore davantage pour la bourgeoisie une &#233;cole de strat&#233;gie contre-r&#233;volutionnaire. Il suffit, pour le montrer, d'indiquer que c'est par le parlementarisme que la bourgeoisie a &#233;duqu&#233; la social-d&#233;mocratie, qui est maintenant le plus puissant rempart de la propri&#233;t&#233; individuelle. L'&#233;poque de la r&#233;volution sociale en Europe, comme l'ont montr&#233; les premi&#232;res exp&#233;riences, sera une &#233;poque de batailles non seulement implacables, mais raisonn&#233;es, beaucoup plus raisonn&#233;es que chez nous en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi il nous faut aborder autrement qu'on ne le fait maintenant les questions de la guerre civile et, en particulier, de l'insurrection. A la suite de L&#233;nine, nous r&#233;p&#233;tons fr&#233;&#173;quemment les paroles de Marx : &#034;L'insurrection est un art&#034;. Mais cette pens&#233;e n'est qu'une phrase vide, si l'on n'&#233;tudie pas les &#233;l&#233;ments essentiels de l'art de la guerre civile sur la base de la vaste exp&#233;rience accumul&#233;e pendant ces derni&#232;res ann&#233;es. Il faut le dire ouvertement : notre indiff&#233;rence pour les questions de l'insurrection arm&#233;e t&#233;moigne de la force consi&#173;d&#233;rable que conserve encore parmi nous la tradition social-d&#233;mocrate. Le parti qui consid&#232;re superficiellement les questions de la guerre civile dans l'espoir que tout s'arrangera de soi-m&#234;me au moment n&#233;cessaire, essuiera &#224; coup s&#251;r un &#233;chec. Il faut &#233;tudier collectivement et s'assimiler l'exp&#233;rience des batailles prol&#233;tariennes depuis 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire, esquiss&#233;e plus haut, des groupements du Parti en 1917 repr&#233;sente &#233;galement une partie essentielle de l'exp&#233;rience de la guerre civile et a une importance directe pour la politique de l'Internationale Communiste. Nous l'avons d&#233;j&#224; dit et nous le r&#233;p&#233;tons : l'&#233;tude de nos divergences de vues ne peut et ne doit en aucun cas, &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme dirig&#233;e contre les camarades qui ont men&#233; alors une politique erron&#233;e. Mais d'autre part, il serait inadmissible de rayer de l'histoire du Parti son chapitre le plus important uniquement parce que tous les membres du Parti ne marchaient pas alors de pair avec la r&#233;vo&#173;lution du prol&#233;tariat. Le Parti peut et doit conna&#238;tre tout son pass&#233; pour l'appr&#233;cier comme il convient et mettre chaque chose sur son plan. La tradition d'un parti r&#233;volutionnaire n'est pas faite de r&#233;ticences, mais de clart&#233; critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a assur&#233; &#224; notre Parti des avantages r&#233;volu&#173;tionnaires incomparables. Traditions de la lutte h&#233;ro&#239;que contre le tsarisme, habitudes, proc&#233;d&#233;s r&#233;volutionnaires li&#233;s aux conditions de l'action clandestine, &#233;laboration th&#233;orique de l'exp&#233;&#173;rience r&#233;volutionnaire de toute l'humanit&#233;, lutte contre le men&#173;chevisme, contre le courant des narodniki, contre le conciliation&#173;nisme, exp&#233;rience de la R&#233;volution de 1905, &#233;laboration th&#233;orique de cette exp&#233;rience pendant les ann&#233;es de la contre-r&#233;volution, examen des probl&#232;mes du mouvement ouvrier international du point de vue des le&#231;ons de 1905 : voil&#224;, dans l'ensemble, ce qui a donn&#233; &#224; notre Parti une trempe excep&#173;tionnelle, une clairvoyance sup&#233;rieure, une envergure r&#233;volu&#173;tionnaire sans exemple. Et pourtant, dans ce parti si bien pr&#233;&#173;par&#233;, ou plut&#244;t dans ses sph&#232;res dirigeantes, il s'est form&#233;, au moment de l'action d&#233;cisive, un groupe d'anciens bolcheviks r&#233;volutionnaires exp&#233;riment&#233;s, qui s'est oppos&#233; violemment au coup de force prol&#233;tarien et qui, pendant la p&#233;riode la plus critique de la r&#233;volution - de f&#233;vrier 1917 &#224; f&#233;vrier 1918 - a occup&#233; dans toutes les questions essentielles une position social-d&#233;mocrate. Pour pr&#233;server le Parti et la r&#233;volution des cons&#233;quences funestes de cet &#233;tat de choses, il a fallu l'influence exceptionnelle de L&#233;nine dans le Parti. C'est ce que l'on ne saurait oublier, si nous voulons que les Partis communistes autres pays apprennent quelque chose &#224; notre &#233;cole. La question de la s&#233;lection du personnel dirigeant a, pour les d'Europe Occidentale, une importance exceptionnelle. C'est ce que montre entre autres l'exp&#233;rience de la faillite d'Octobre 1923 en Allemagne. Mais cette s&#233;lection doit &#234;tre effectu&#233;e sur le principe de l'action r&#233;volutionnaire... Nous avons eu en Alle&#173;magne assez d'occasions d'&#233;prouver la valeur des dirigeants du Parti au moment des luttes directes. Sans cette &#233;preuve, tous les autres crit&#233;riums ne sauraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme s&#251;rs. Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, la France a eu bien moins de convulsions r&#233;volutionnaires, m&#234;me limit&#233;es. Pourtant, il y a eu quelques l&#233;g&#232;res explosions de guerre civile quand le Comit&#233; Directeur du Parti et les dirigeants syndicaux ont d&#251; r&#233;agir &#224; des questions urgentes et importantes (par exemple le meeting sanglant du 11 janvier 1924). L'&#233;tude attentive d'&#233;pisodes de ce genre nous fournit des donn&#233;es inestimables permettant d'appr&#233;cier la valeur de la direction du Parti, la conduite de ses chefs et de ses diff&#233;rents organes. Ne pas tenir compte de ces donn&#233;es pour la s&#233;lection des hommes, c'est aller in&#233;vitablement &#224; la d&#233;faite, car, sans direction perspicace, r&#233;solue et courageuse du Parti, la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout parti, m&#234;me le plus r&#233;volutionnaire, &#233;labore in&#233;vitablement son conservatisme d'organisation : sinon, il manquerait de la stabilit&#233; n&#233;cessaire. Mais, en l'occurrence, tout est affaire de degr&#233;. Dans un parti r&#233;volutionnaire, la dose n&#233;cessaire de conservatisme doit se combiner avec l'entier affranchissement de la routine, la souplesse d'orientation, l'audace agissante. C'est aux tournants historiques que ces qualit&#233;s se v&#233;rifient le mieux. L&#233;nine, nous l'avons vu plus haut, disait que souvent les partis, m&#234;me les plus r&#233;volutionnaire, lorsqu'il survenait un change&#173;ment brusque de situation et, partant, de t&#226;ches, continuaient &#224; suivre leur ligne ant&#233;rieure et, par l&#224; m&#234;me, devenaient ou mena&#173;&#231;aient de devenir un frein au d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. Le conservatisme du Parti, comme son initiative r&#233;volutionnaire, trouvent leur expression la plus concentr&#233;e dans les organes de la direction. Or, les Partis communistes europ&#233;ens ont encore &#224; effectuer leur tournant le plus brusque : celui o&#249; ils passeront du travail pr&#233;paratoire &#224; la prise du pouvoir. Ce tournant est celui qui exige le plus de qualit&#233;s, impose le plus de responsa&#173;bilit&#233;s et est le plus dangereux. En laisser passer le moment est pour le Parti le plus grand d&#233;sastre qui puisse le frapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;e &#224; la lumi&#232;re de notre propre exp&#233;rience, l'exp&#233;&#173;rience des batailles des derni&#232;res ann&#233;es en Europe et principa&#173;lement en Allemagne, nous montre qu'il y a deux cat&#233;gories de chefs enclins &#224; tirer le Parti en arri&#232;re au moment o&#249; il lui faut accomplir le plus grand saut en avant. Les uns sont port&#233;s &#224; voir principalement les difficult&#233;s, les obstacles et &#224; appr&#233;cier chaque situation avec le parti pris, inconscient parfois, de se d&#233;rober &#224; l'action. Chez eux, le marxisme devient une m&#233;thode servant &#224; motiver l'impossibilit&#233; de l'action r&#233;volutionnaire. Les menche&#173;viks russes repr&#233;sentaient les sp&#233;cimens les plus caract&#233;ris&#173;tiques de ce type de chefs. Mais ce type ne se limite pas au menchevisme et, au moment le plus critique, se r&#233;v&#232;le dans le parti le plus r&#233;volutionnaire, chez les militants occupant les plus hauts postes. Les repr&#233;sentants de l'autre cat&#233;gorie sont des agitateurs superficiels. Ils ne voient pas les obstacles tant qu'ils ne s'y heurtent pas de front. Leur coutume d'&#233;luder les difficult&#233;s r&#233;elles en jonglant sur les mots, leurs optimisme extr&#234;me dans toutes les questions se transforment in&#233;vitablement en impuis&#173;sance et en pessimisme quand vient le moment de l'action d&#233;ci&#173;sive. Pour le premier type, pour le r&#233;volutionnaire mesquin, gagne-petit, les difficult&#233;s de la prise du pouvoir ne sont que l'accumulation et la multiplication de toutes les difficult&#233;s qu'il est habitu&#233; &#224; voir sur son chemin. Pour le second type, pour l'optimiste superficiel, les difficult&#233;s de l'action r&#233;volutionnaire surgissent toujours soudainement. Dans la p&#233;riode de pr&#233;para&#173;tion, ces deux hommes ont une conduite diff&#233;rente l'un appara&#238;t comme un sceptique sur lequel il est impossible de compter fermement au point de vue r&#233;volutionnaire ; l'autre, par contre, peut sembler un r&#233;volutionnaire ardent. Mais, au moment d&#233;cisif, tous deux marchent la main dans la main, s'&#233;l&#232;vent contre l'insurrection. Pourtant, tout le travail de pr&#233;paration n'a de valeur que dans la mesure o&#249; il rend le Parti, et surtout ses organes dirigeants, capables de d&#233;terminer le moment de l'insur&#173;rection et de la diriger. Car la t&#226;che du Parti communiste est de s'emparer du pouvoir afin de proc&#233;der &#224; la refonte de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, on a fr&#233;quemment parl&#233; et &#233;crit sur la n&#233;cessit&#233; de la bolch&#233;visation de l'Internationale Communiste. C'est l&#224; une t&#226;che urgente, indispensable, dont la n&#233;cessit&#233; se fait sentir encore plus imp&#233;rieusement apr&#232;s les terribles le&#231;ons qui nous ont &#233;t&#233; donn&#233;es l'ann&#233;e derni&#232;re en Bulgarie et en Allemagne. Le bolchevisme n'est pas une doctrine (c'est-&#224;-dire n'est pas seulement une doctrine), mais un syst&#232;me d'&#233;ducation r&#233;volutionnaire pour l'accomplissement de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Qu'est-ce que bolch&#233;viser les Partis communistes ? C'est les &#233;duquer, c'est s&#233;lectionner dans leur sein un personnel dirigeant, de fa&#231;on qu'ils ne flanchent pas au moment de leur R&#233;volution d 'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article7426&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article7426&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers et la r&#233;volution</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8250</link>
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		<dc:date>2026-07-15T22:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1906 &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers et la r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
1 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire du conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg est l'histoire de cinquante journ&#233;es. C'est le 13 octobre 1905 que se tint la s&#233;ance o&#249; le conseil fut fond&#233;. C'est le 3 d&#233;cembre que l'assembl&#233;e fut dispers&#233;e par les troupes gouvernementales. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment se fait-il qu'il ait r&#233;ussi en si peu de temps &#224; prendre non seulement dans l'histoire du prol&#233;tariat russe, mais aussi de la r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;cembre 1906&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers et la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg est l'histoire de cinquante journ&#233;es. C'est le 13 octobre 1905 que se tint la s&#233;ance o&#249; le conseil fut fond&#233;. C'est le 3 d&#233;cembre que l'assembl&#233;e fut dispers&#233;e par les troupes gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il qu'il ait r&#233;ussi en si peu de temps &#224; prendre non seulement dans l'histoire du prol&#233;tariat russe, mais aussi de la r&#233;volution russe, une place que personne ne songe &#224; contester ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil organisait les masses, dirigeait les gr&#232;ves politiques et les manifestations, armait les ouvriers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autres organisations r&#233;volutionnaires l'avaient d&#233;j&#224; fait avant lui, le faisaient en m&#234;me temps que lui et continu&#232;rent &#224; le faire apr&#232;s sa dissolution. La diff&#233;rence, c'est qu'il &#233;tait, ou du moins aspirait &#224; devenir, un organe de pouvoir. Si le prol&#233;tariat, tout comme la presse r&#233;actionnaire, appelait le conseil &#171; le gouvernement ouvrier &#187;, dans les faits, le conseil repr&#233;sentait r&#233;ellement un embryon de gouvernement r&#233;volutionnaire. Le conseil r&#233;alisait le pouvoir dans la mesure o&#249; il se trouvait d&#233;j&#224; dans ses mains ; il luttait directement pour le pouvoir dans la mesure ou il se concentrait encore dans les mains de l'Etat militaro-policier. Avant le conseil, il y avait d&#233;j&#224; au sein du prol&#233;tariat industriel des organisations r&#233;volutionnaires, la plupart des organisations social-d&#233;mocrates. Mais c'&#233;tait des organisations &#233;voluant au sein du prol&#233;tariat ; leur lutte avait pour but imm&#233;diat de conqu&#233;rir une influence sur les masses. Le conseil, lui, est l'organisation du prol&#233;tariat son but &#8212; c'est la lutte pour le pouvoir r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, simultan&#233;ment, le conseil &#233;tait et demeurait l'expression organis&#233;e de la volont&#233; de classe du prol&#233;tariat. Dans la lutte pour le pouvoir, il appliquait les m&#233;thodes que tout naturellement impliquait le fait que le prol&#233;tariat est une classe : son r&#244;le dans la production, son nombre, son homog&#233;n&#233;it&#233; sociale. Plus : il liait la lutte pour le pouvoir &#224; la direction imm&#233;diate de toute l'activit&#233; sociale autonome des masses ouvri&#232;res ; souvent m&#234;me il se chargea de r&#233;gler des conflits entre des repr&#233;sentants individuels du capital et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le conseil a conduit &#224; la victoire diverses gr&#232;ves, s'il a r&#233;gl&#233; avec succ&#232;s divers conflits entre ouvriers et patrons, ce n'est absolument pas qu'il exist&#226;t tout expr&#232;s dans ce but au contraire, l&#224; o&#249; existait un syndicat puissant, celui-ci se montra bien plus &#224; m&#234;me que le conseil de diriger la lutte syndicale ; l'intervention du conseil n'avait du poids qu'en raison de l'autorit&#233; universelle dont il jouissait. Et cette autorit&#233; &#233;tait due au fait qu'il accomplissait ses t&#226;ches fondamentales, les t&#226;ches de la r&#233;volution, qui allaient bien au-del&#224; des limites de chaque m&#233;tier et de chaque ville et assignaient au prol&#233;tariat comme classe une place dans les premiers rangs des combattants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instrument principal du conseil a &#233;t&#233; la gr&#232;ve politique de masse. La vertu d'une gr&#232;ve de ce type est de d&#233;sorganiser le pouvoir d'Etat. Et plus l' &#171; anarchie &#187; qui en r&#233;sulte est grande, plus la gr&#232;ve approche son but. Mais cela n'est exact que si ce n'est pas par des moyens anarchistes qu'on arrive &#224; cette anarchie. La classe qui jour apr&#232;s jour met en oeuvre l'appareil de production et simultan&#233;ment celui du pouvoir, la classe qui, en cessant le travail en bloc, paralyse non seulement l'industrie mais aussi toute la machine &#233;tatique, doit &#234;tre suffisamment organis&#233;e pour ne pas &#234;tre la premi&#232;re victime de l'anarchie qu'elle a cr&#233;&#233;e. Plus la gr&#232;ve suspend l'organisation d'Etat existante sur une large &#233;chelle, plus l'organisation de la gr&#232;ve doit assumer les fonctions de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers a r&#233;alis&#233; la libert&#233; de la presse. Il a organis&#233; des patrouilles de rue pour garantir la s&#233;curit&#233; des citoyens. Il s'est plus ou moins rendu ma&#238;tre de la poste, du t&#233;l&#233;graphe et des chemins de fer. Il a tent&#233; d'instaurer la journ&#233;e de travail de huit heures obligatoire. En paralysant par le mouvement gr&#233;viste l'Etat absolutiste, il introduit son propre ordre d&#233;mocratique dans la vie des classes laborieuses des villes.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 9 janvier 1905, la r&#233;volution montra qu'elle dominait dans la t&#234;te des masses ouvri&#232;res. Le 14 juin, elle montra par la r&#233;volte du cuirass&#233; &#171; Potemkin Tavvitchesky &#187; qu'elle pouvait devenir une force mat&#233;rielle. La gr&#232;ve d'octobre montra qu'elle pouvait d&#233;sorganiser, paralyser l'ennemi et lui faire plier le genou. Enfin, en faisant na&#238;tre partout les conseils ouvriers, la r&#233;volution montra qu'elle &#233;tait capable de cr&#233;er une forme de pouvoir. Or, un pouvoir r&#233;volutionnaire ne peut s'appuyer que sur une force r&#233;volutionnaire active. Le d&#233;roulement de la r&#233;volution russe le montre : aucune classe sociale en dehors du prol&#233;tariat n'est susceptible et n'est pr&#234;te &#224; appuyer le pouvoir r&#233;volutionnaire. Le premier acte de la r&#233;volution a &#233;t&#233; le combat de rue opposant le prol&#233;tariat &#224; la monarchie ; la premi&#232;re victoire s&#233;rieuse de la r&#233;volution a &#233;t&#233; obtenue par un v&#233;ritable instrument de classe du prol&#233;tariat, la gr&#232;ve politique ; enfin, le premier organe embryonnaire du pouvoir r&#233;volutionnaire est un organe de repr&#233;sentation du prol&#233;tariat. Le conseil, c'est dans l'histoire russe moderne la premi&#232;re forme de pouvoir d&#233;mocratique. Le conseil est le pouvoir organis&#233; de la masse elle-m&#234;me sur chacune de ses parties. C'est la vraie d&#233;mocratie non trafiqu&#233;e, sans deux chambres, sans bureaucratie professionnelle, avec le droit pour les &#233;lecteurs de r&#233;voquer leur repr&#233;sentant quand ils le veulent. Par ses membres, par des d&#233;put&#233;s ouvriers &#233;lus, le conseil dirige sans interm&#233;diaires toutes les manifestations sociales du prol&#233;tariat dans son ensemble, et de ses diff&#233;rents groupements, il organise ses actions de masse, il lui donne ses mots d'ordre et son drapeau. Cette direction organis&#233;e des masses autonomes a vu pour la premi&#232;re fois le jour sur le sol russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme dominait les masses sans les diriger. Il cr&#233;ait de fa&#231;on m&#233;canique des cadres ext&#233;rieurs pour l'activit&#233; des masses, dans lesquels il faisait rentrer par la contrainte les &#233;l&#233;ments agit&#233;s de la nation. La seule masse que dirige&#226;t l'absolutisme &#233;tait l'arm&#233;e. Mais, l&#224; aussi, diriger n'&#233;tait pas autre chose que commander. En brassant les &#233;l&#233;ments qui composaient l'arm&#233;e, l'absolutisme an&#233;antissait en eux tout lien moral ; il lui substituait l'identit&#233; des conditions physiques et soumettait leur volont&#233; &#224; l'hypnose abrutissante de la caserne. A l'heure actuelle, m&#234;me la direction de cette masse atomis&#233;e et hypnotis&#233;e &#233;chappe de plus en plus &#224; l'absolutisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme, pour sa part, n'avait pas chez nous suffisamment de force pour donner des ordres aux masses, et il lui manquait l'initiative n&#233;cessaire pour les guider. Face &#224; l'apparition publique des masses, m&#234;me dans les cas o&#249; elle le renfor&#231;ait directement, il r&#233;agissait comme face &#224; un ph&#233;nom&#232;ne naturel lourd de dangers, un tremblement de terre ou l'&#233;ruption d'un volcan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat s'engagea sur le terrain de la r&#233;volution en masse autonome, dans une ind&#233;pendance politique totale vis-&#224;-vis du lib&#233;ralisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil &#233;tait l'organisation de classe des ouvriers &#8212; et c'&#233;tait l&#224; la source de sa puissance dans la lutte. Il p&#233;rit dans la premi&#232;re p&#233;riode de son existence et il ne pouvait en &#234;tre autrement, non pas que la confiance des masses urbaines lui f&#238;t d&#233;faut, mais parce que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale la r&#233;volution dans les villes a des limites &#233;troites ; les raisons de sa perte furent la passivit&#233; des villages et l'inertie des &#233;l&#233;ments villageois dans l'arm&#233;e. Sa position politique dans la population urbaine &#233;tait aussi forte qu'on peut le souhaiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recensement de 1897 d&#233;nombrait &#224; Saint-P&#233;tersbourg environ 820 000 personnes &#171; actives &#187;, dont 433 000 ouvriers et domestiques ; la population prol&#233;tarienne de la r&#233;sidence atteint par cons&#233;quent les 53 %. Si nous incluons les personnes non actives, nous arrivons &#224; un chiffre un peu inf&#233;rieur (50,8 %), les prol&#233;taires n'ayant pour la plupart pas de famille. Dans tous les cas, le prol&#233;tariat constitue plus de la moiti&#233; de la population p&#233;tersbourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers n'&#233;tait pas le repr&#233;sentant officiel du demi-million de personnes que comptait presque la population ouvri&#232;re de la capitale. Il en unissait dans son organisation environ 200 000, pour la plupart des ouvriers d'usine, et si son influence politique, directe et indirecte, touchait un vaste milieu, de tr&#232;s importantes couches du prol&#233;tariat (ouvriers du b&#226;timent, domestiques, journaliers, charretiers) n'&#233;taient n&#233;anmoins presque pas ou pas du tout touch&#233;es par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pourtant pas le moindre doute que le conseil exprimait les int&#233;r&#234;ts de cette masse prol&#233;tarienne dans son ensemble. Si, dans les fabriques, il existait aussi des &#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires, tout le monde voyait leur nombre fondre non seulement de jour en jour, mais d'heure en heure. Dans les masses prol&#233;tariennes de Saint-P&#233;tersbourg, il ne pouvait y avoir que des amis et pas d'ennemis de la domination politique du conseil. La seule exception &#233;taient les domestiques privil&#233;gi&#233;s, les laquais des laquais charg&#233;s de dignit&#233;s de la haute bureaucratie, les cochers des ministres, des sp&#233;culateurs en Bourse et des cocottes &#8212; tous ces conservateurs et monarchistes de profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intelligentsia, si nombreuse &#224; Saint-P&#233;tersbourg, le conseil avait plus d'amis que d'ennemis. Des milliers d'&#233;tudiants reconnaissaient la direction politique du conseil et soutenaient ses initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligentsia dipl&#244;m&#233;e et salari&#233;e &#233;tait enti&#232;rement de son c&#244;t&#233;, sauf les &#233;l&#233;ments irr&#233;m&#233;diablement tomb&#233;s dans l'inertie. Le soutien &#233;nergique accord&#233; &#224; la gr&#232;ve des postes et du t&#233;l&#233;graphe attira &#233;galement l'attention des couches inf&#233;rieures des fonctionnaires sur le conseil. Tout ce qui dans la ville &#233;tait asservi, honn&#234;te, anim&#233; de quelque vie, se sentait, instinctivement ou consciemment, attir&#233; vers le conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait contre lui ? Les repr&#233;sentants du brigandage capitaliste, les sp&#233;culateurs en Bourse qui sp&#233;culent sur la hausse, les patrons, les n&#233;gociants et les exportateurs &#224; qui la gr&#232;ve infligeait des pertes, les fournisseurs de la p&#232;gre dor&#233;e, la bande du conseil municipal p&#233;tersbourgeois, ce syndicat de propri&#233;taires immobiliers, la haute bureaucratie, les cocottes qui &#233;margent au budget de l'Etat, les dignitaires, ces hommes publics grassement pay&#233;s, les partisans des &#171; Nowoje Vremja &#187;, le d&#233;partement des d&#233;tectives, tout ce qu'il y avait de rapace, de grossier, de d&#233;bauch&#233; et de condamn&#233; &#224; p&#233;rir. Entre l'arm&#233;e du conseil et ses ennemis, il y avait les &#233;l&#233;ments politiquement indiff&#233;rents, h&#233;sitants ou peu s&#251;rs. Les groupes les plus arri&#233;r&#233;s de la petite bourgeoisie, qui &#233;taient encore demeur&#233;s en dehors de la politique, n'eurent pas le temps d'&#233;tudier suffisamment le conseil et de s'int&#233;resser &#224; lui. Mais, de par la nature de leurs propres int&#233;r&#234;ts, ils &#233;taient plus proches du conseil que de l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens professionnels des milieux de l'intelligentsia, les journalistes radicaux qui ne savent pas ce qu'ils veulent, les d&#233;mocrates rong&#233;s de scepticisme, &#233;mettaient des grognements condescendants &#224; l'adresse du conseil, comptaient ses erreurs sur leurs doigts, et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, donnaient &#224; entendre qu'au cas o&#249; eux auraient &#233;t&#233; &#224; la t&#234;te de cette institution, ils auraient fait le bonheur &#233;ternel du prol&#233;tariat. On peut consid&#233;rer que l'impuissance totale de ces messieurs les excuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, le conseil &#233;tait effectivement l'organe de la majorit&#233; significative de la population. Ses ennemis au sein de la population de la capitale n'auraient pas repr&#233;sent&#233; de danger pour sa domination politique s'ils n'avaient trouv&#233; un protecteur en l'absolutisme encore bien vivant qui s'appuyait de son c&#244;t&#233; sur les &#233;l&#233;ments arri&#233;r&#233;s de l'arm&#233;e paysanne. La faiblesse du conseil n'&#233;tait pas sa faiblesse &#224; lui, mais celle d'une r&#233;volution purement urbaine. Ces cinquante jours ont &#233;t&#233; pour la r&#233;volution la p&#233;riode de sa plus grande puissance. Le conseil a &#233;t&#233; son organe dans la lutte pour ce pouvoir. Le caract&#232;re de classe du conseil a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par la rigoureuse division en classes de la population urbaine et la profonde antinomie politique entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie capitaliste &#8212; m&#234;me dans le cadre historiquement limit&#233; de la lutte avec l'absolutisme. Apr&#232;s la gr&#232;ve d'octobre, la bourgeoisie capitaliste a frein&#233; ouvertement et consciemment la r&#233;volution, la petite bourgeoisie s'est r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre trop insignifiante pour jouer un r&#244;le autonome, c'est le prol&#233;tariat qui a &#233;t&#233; le chef incontestable de la r&#233;volution urbaine, c'est son organisation de classe qui a &#233;t&#233; son organe dans la lutte pour le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le gouvernement &#233;tait d&#233;moralis&#233;, plus le conseil &#233;tait fort. Plus, &#224; c&#244;t&#233; de lui, l'ancien pouvoir d'Etat perdait la t&#234;te et ses moyens, plus le conseil attirait la sympathie des masses non prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve politique de masse (g&#233;n&#233;rale) &#233;tait l'instrument principal dont disposait le conseil. Unissant tous les groupes du prol&#233;tariat par un lien r&#233;volutionnaire direct et entretenant l'&#233;nergie des ouvriers de chaque entreprise gr&#226;ce &#224; l'autorit&#233; et &#224; la force de la classe, il avait la possibilit&#233; de suspendre toute la vie &#233;conomique du pays. Donc, les moyens de production et de transport avaient beau demeurer comme auparavant propri&#233;t&#233; priv&#233;e des capitalistes et en partie de l'Etat, la puissance &#233;tatique avait beau demeurer entre les mains de la bureaucratie, c'&#233;tait le conseil qui disposait des moyens de production et de transport nationaux, du moins dans la mesure o&#249; il s'agissait d'arr&#234;ter la vie &#233;conomique et politique r&#233;guli&#232;re. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sa capacit&#233;, montr&#233;e dans les faits, &#224; organiser la vie &#233;conomique et &#224; porter l'anarchie dans la vie officielle de l'Etat, qui faisait du conseil ce qu'il &#233;tait. Dans ces conditions, cela aurait &#233;t&#233; la plus d&#233;sesp&#233;r&#233;e des utopies que de chercher un moyen de faire coexister le conseil et le vieux gouvernement. Et pourtant, si l'on veut r&#233;sumer le fond v&#233;ritable de toutes les objections qui ont &#233;t&#233; soulev&#233;es contre la tactique du conseil, on s'aper&#231;oit qu'elles partent toutes de cette id&#233;e fantastique : apr&#232;s octobre, en s'appuyant sur les conqu&#234;tes arrach&#233;es &#224; l'absolutisme, le conseil aurait d&#251; se pr&#233;occuper d'organiser les masses, s'abstenir de toutes autres initiatives agressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, en quoi consistait cette victoire d'octobre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le prol&#233;tariat ait le droit d'inscrire &#224; son compte historique la victoire enti&#232;re, cela n'a pas emp&#234;ch&#233; son parti d'appr&#233;cier en toute lucidit&#233; les r&#233;sultats obtenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute qu'&#224; la suite de l'assaut d'octobre, l'absolutisme abandonne la partie. Mais il n'avait pas &#224; proprement parler perdu la bataille, il avait &#233;vit&#233; l'affrontement. Il ne fit aucune tentative s&#233;rieuse pour opposer son arm&#233;e paysanne aux villes en r&#233;bellion. Bien entendu, il ne s'en abstint pas pour des raisons humanitaires, mais parce qu'il avait perdu tout courage et toute ma&#238;trise de soi. Les &#233;l&#233;ments lib&#233;raux de la bureaucratie, qui attendaient tranquillement leur tour, eurent le dessus, et au moment o&#249; la gr&#232;ve d&#233;j&#224; refluait, ils publi&#232;rent le manifeste du 17 octobre, l'abdication de principe de l'absolutisme. Mais toute l'organisation mat&#233;rielle du pouvoir, la hi&#233;rarchie des fonctionnaires, la police, la justice, l'arm&#233;e, restait comme auparavant propri&#233;t&#233; indivis&#233;e de la monarchie. Quelle tactique le conseil pouvait-il et devait-il suivre dans ces conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il puisait sa force dans le fait qu'en s'appuyant sur le prol&#233;tariat productif il pouvait priver l'absolutisme de la possibilit&#233; d'utiliser l'appareil mat&#233;riel du pouvoir. De ce point de vue, l'activit&#233; du conseil signifiait l'organisation de l'&#171; anarchie &#187;. S'il continuait &#224; exister et &#224; se d&#233;velopper, cela signifiait le renforcement de l'&#171; anarchie &#187;. Une coexistence permanente &#233;tait impossible. Le conflit &#224; venir &#233;tait d&#233;j&#224; inscrit dans la demi-victoire d'octobre, qui en &#233;tait la base mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que restait-il donc &#224; faire au conseil ? Devait-il feindre de ne pas pr&#233;voir l'in&#233;luctabilit&#233; du conflit ? Devait-il se donner l'apparence d'avoir organis&#233; les masses pour les joies d'un r&#233;gime constitutionnel ? Qui aurait cru cela de lui ? Bien entendu, ni l'absolutisme ni les masses ouvri&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, l'exemple de la douma nous a montr&#233; quel pi&#232;tre secours repr&#233;sentait dans la lutte contre l'absolutisme une correction superficielle, une forme creuse de loyaut&#233;. Pour s'adonner &#224; une tactique d'hypocrisie constitutionnelle, il aurait fallu que le conseil f&#251;t fait d'une autre p&#226;te. Et, m&#234;me dans ce dernier cas, &#224; quel r&#233;sultat serait-il arriv&#233; ? Seulement celui auquel parvint plus tard la douma. Le conseil ne pouvait rien faire d'autre que de reconna&#238;tre qu'un conflit ouvert &#233;tait in&#233;vitable &#224; court terme, et il ne disposait d'aucune autre tactique que de se pr&#233;parer &#224; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en quoi pouvaient consister ces pr&#233;paratifs, sinon &#224; d&#233;velopper et consolider les propri&#233;t&#233;s du conseil qui lui donnaient la possibilit&#233; de paralyser le pouvoir d'Etat et faisaient sa force ? Evidemment, les efforts, inscrits dans sa nature, que le conseil d&#233;ployait pour consolider et d&#233;velopper ces propri&#233;t&#233;s, acc&#233;l&#233;raient in&#233;vitablement le conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil se soucia &#8212; et ce de plus en plus &#8212; d'&#233;tendre son influence sur l'arm&#233;e et la paysannerie. En novembre, le conseil appela les ouvriers &#224; montrer activement leur solidarit&#233; fraternelle avec l'arm&#233;e en train de sortir de sa l&#233;thargie. Ne pas le faire, c'&#233;tait ne pas se soucier d'accro&#238;tre ses forces. Le faire correctement, c'&#233;tait aller au-devant du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y aurait-il eu d'aventure une troisi&#232;me voie ? Le conseil aurait-il par hasard d&#251; faire appel &#224; la pr&#233;tendue &#171; raison d'Etat &#187; du gouvernement ? Aurait-il pu, aurait-il d&#251; rep&#233;rer la fronti&#232;re qui s&#233;pare les droits du peuple des privil&#232;ges de la monarchie et faire halte &#224; cette limite sacr&#233;e ? Mais qui se serait port&#233; garant que la monarchie ne franchirait pas cette limite ? Qui se serait charg&#233; de pr&#233;parer la paix, ou au moins un armistice provisoire, entre les deux adversaires ? Le lib&#233;ralisme ? L'une de ses d&#233;putations proposa le 18 octobre au comte Witte, comme signe de r&#233;conciliation avec le peuple, de retirer les troupes de la r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il vaut mieux rester sans &#233;lectricit&#233; et sans eau que sans troupes &#187;, r&#233;pondit le ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence, le gouvernement ne pensait pas du tout &#224; d&#233;sarmer. Quelles possibilit&#233;s avait donc le conseil ? Ou bien s'&#233;carter et remettre l'affaire entre les mains de la chambre conciliatrice, de la future douma d'Empire &#8212; ce que souhaitait &#224; vrai dire &#233;galement le lib&#233;ralisme. Ou bien se pr&#233;parer &#224; d&#233;fendre les armes &#224; la main tout ce qui avait &#233;t&#233; conquis en octobre et, si possible, &#224; organiser d'autres assauts. Nous savons certes maintenant &#224; sati&#233;t&#233; que la chambre conciliatrice est devenue l'ar&#232;ne d'un nouveau conflit r&#233;volutionnaire. Par cons&#233;quent, le r&#244;le objectif jou&#233; par la douma ne fit que confirmer la justesse de l'hypoth&#232;se de laquelle le prol&#233;tariat avait d&#233;duit sa tactique. Mais il n'est pas m&#234;me n&#233;cessaire d'aller si loin. On peut poser la question : qu'est-ce qui pouvait et devait garantir la r&#233;union de cette &#171; chambre conciliatrice &#187; &#224; qui il n'&#233;tait donn&#233; de concilier personne ? Toujours la m&#234;me raison d'Etat de la monarchie ? Ou bien une promesse solennelle de sa part ? On bien la parole d'honneur du comte Witte ? Ou bien les p&#232;lerinages des &#233;tats ruraux &#224; Peterhof par la porte de service ? Ou bien les mises en garde de Mendelssohn ? Ou bien enfin le fameux &#171; cours naturel des choses &#187; sur lequel le lib&#233;ralisme se d&#233;charge de tous les probl&#232;mes d&#232;s que l'histoire lui confie leur solution &#224; lui, &#224; son initiative, &#224; son &#233;nergie, &#224; sa raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on reconna&#238;t &#8212; et il est impossible de ne pas le reconna&#238;tre &#8212; qu'apr&#232;s la demi-victoire d'octobre les choses se pr&#233;sentaient comme nous venons de le dire, il reste encore &#224; se demander si le conseil se pr&#233;para comme il le fallait &#224; ce conflit in&#233;vitable. La presse bourgeoise-d&#233;mocratique a lanc&#233; &#224; ce sujet diverses accusations qui ont malheureusement trouv&#233; aussi quelque &#233;cho dans la presse du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A les en croire, la faute principale du conseil et des partis r&#233;volutionnaires a consist&#233; &#224; faire trop d'agitation et trop peu de travail d'organisation ; et c'est pourquoi l'assaut contre-r&#233;volutionnaire ne fut pas repouss&#233; avec suffisamment de force. Pour nous, nous avons du mal &#224; saisir quel type d'organisation ces accusateurs ont en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation du conseil n'unissait pas moins de 200 000 ouvriers. Toutes les usines avaient leur centre directeur : le coll&#232;ge des d&#233;put&#233;s de l'usine, tous les arrondissements le leur : l'assembl&#233;e d'arrondissement des d&#233;put&#233;s, et finalement l'ensemble du prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois le sien : le conseil ; c'&#233;tait une organisation vaste, libre, influente, capable d'initiative. Simultan&#233;ment se d&#233;ployait une intense activit&#233; pour fonder des syndicats ; ceux-ci aspiraient vivement &#224; s'unir ; ils avaient un organe : le bureau central des syndicats ; d'une repr&#233;sentation des diverses entreprises, le conseil lui-m&#234;me se changeait en repr&#233;sentation des organisations de m&#233;tiers ; dans sa derni&#232;re p&#233;riode d'existence seize syndicats y &#233;taient repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, on peut reprocher au conseil d'avoir organis&#233; seulement 200 000 et non pas 400 &#224; 500 000 ouvriers. On peut reprocher au conseil et &#224; la social-d&#233;mocratie de n'avoir organis&#233; que seize syndicats, et non pas trente ou quarante, de ne pas avoir organis&#233; l'ensemble du prol&#233;tariat dans ces unions. Mais il faut quand m&#234;me ne pas perdre de vue que, pour tout ce travail, l'histoire n'a accord&#233; que cinquante jours ! La social-d&#233;mocratie a beaucoup fait, elle ne pouvait faire de miracles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le travail d'organisation interne du parti lui-m&#234;me &#233;tait-il sur la bonne voie ? N'a-t-il pas laiss&#233; passer ces cinquante jours sans en profiter ? Dans la mesure o&#249; la t&#226;che &#233;tait d'armer dans les plus brefs d&#233;lais des centaines de milliers d'ouvriers, le parti ne pouvait rien faire de mieux que d'utiliser toutes ses forces pour l'organisation et la consolidation du conseil. En fin de compte, le conseil est int&#233;gralement son travail. En ce qui concerne sa propre organisation, deux voies s'ouvraient au parti la voie conspirative et la voie ouverte. Dans nos rangs, aucun individu dou&#233; d'un peu de jugeote ne doutait que l'assaut de la contre-r&#233;volution contre les organisations r&#233;volutionnaires ouvertes ne f&#251;t in&#233;vitable. Pourtant, cela aurait &#233;t&#233; une stupidit&#233; compl&#232;te, dans cette p&#233;riode o&#249; la vie politique des masses &#233;tait intense et ouverte, de diriger toute l'organisation du parti dans la clandestinit&#233;. Pour que le travail d'agitation f&#251;t couronn&#233; du succ&#232;s, il &#233;tait indispensable de faire appara&#238;tre publiquement le parti au moyen des sections et des clubs sociaux-d&#233;mocrates. Mais il va de soi que ces organisations subirent en d&#233;cembre le m&#234;me sort que le conseil des d&#233;put&#233;s ouvriers, la f&#233;d&#233;ration paysanne et toutes les autres unions syndicales, la f&#233;d&#233;ration des cheminots, des postes et des t&#233;l&#233;graphes &#224; leur t&#234;te. D&#233;cembre r&#233;sulte d'octobre comme la conclusion de l'hypoth&#232;se. L'issue de d&#233;cembre s'explique tout naturellement par le fait qu'&#224; ce moment donn&#233; du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire la r&#233;action a &#233;t&#233; m&#233;caniquement plus forte que la r&#233;volution. Certes, le lib&#233;ralisme estime qu'il convient dans toutes les circonstances de suppl&#233;er au d&#233;faut de forces par la rapidit&#233; des pieds. Pour lui, la tactique r&#233;ellement courageuse, m&#251;re, r&#233;fl&#233;chie et adapt&#233;e est la d&#233;sertion au moment d&#233;cisif. C'est qu'il a l'immense avantage d'avoir les pieds l&#233;gers, n'&#233;tant encombr&#233; ni par la confiance de la masse ni par les responsabilit&#233;s vis-&#224;-vis d'elle. Mais, si la social-d&#233;mocratie ou le conseil avaient, en d&#233;cembre, c&#233;d&#233; sans lutter, ils auraient vid&#233; de leur sens non seulement la manifestation de novembre, mais encore les efforts accomplis et la victoire remport&#233;e en octobre. Cela aurait &#233;t&#233;, ajout&#233;e &#224; la d&#233;faite mat&#233;rielle qui r&#233;sultait des rapports de forces, la d&#233;faite morale qui aurait r&#233;sult&#233; de la trahison qu'&#233;tait la d&#233;sertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit que d&#233;cembre a &#233;t&#233; la cons&#233;quence directe et in&#233;vitable d'octobre. De ce point de vue, les divergences d'opinion dans l'appr&#233;ciation de la gr&#232;ve de novembre et de la lutte pour la journ&#233;e de huit heures prennent une importance secondaire. La lutte pour la journ&#233;e de huit heures suscite actuellement, lorsqu'on appr&#233;cie r&#233;trospectivement l'activit&#233; du conseil, un certain nombre d'opinions divergentes. Ce n'est pas le cas pour la gr&#232;ve de novembre, mais quelques sociaux-d&#233;mocrates influents ont mis en doute son opportunit&#233;. Pour notre part, nous affirmons la chose suivante : si la gr&#232;ve de novembre a &#233;t&#233; une faute, si l'instauration par la force de la journ&#233;e de huit heures en a &#233;t&#233; une magistrale &#8212; ce qui n'est absolument pas notre avis &#8212;, ces deux fautes sont d'importance mineure ; elles n'ont pas modifi&#233; la situation politique ; ce ne sont pas ces deux &#171; fautes &#187; qui ont fait na&#238;tre l'opposition entre le pouvoir qui s'appuie sur les soldats et celui qui s'appuie sur les ouvriers. Avec ou sans fautes, le conflit de d&#233;cembre &#233;tait inscrit dans cette situation contradictoire. La d&#233;faite de d&#233;cembre &#233;tait inscrite dans les rapports de forces. Au sud, dans les pays baltes, dans le Caucase, il n'y a eu ni gr&#232;ve de novembre ni instauration par la force de la journ&#233;e de huit heures. Et pourtant les choses se pass&#232;rent de la m&#234;me fa&#231;on partout il y a eu en d&#233;cembre conflit et d&#233;faite.&lt;br class='autobr' /&gt;
5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque les raisons de la d&#233;faite de d&#233;cembre ne sont pas &#224; rechercher dans la tactique suivie, peut-&#234;tre les trouvera-t-on dans la composition du conseil ? On a dit que le p&#233;ch&#233; originel du conseil &#233;tait son caract&#232;re de classe. Pour devenir l'organe de la r&#233;volution nationale, explique-t-on, il fallait que le conseil &#233;largisse son cadre ; il fallait que les repr&#233;sentants de toutes les couches de la population y eussent leur place. Cela aurait affermi l'influence du conseil et renforc&#233; son pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En est-il ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force du conseil venait du r&#244;le jou&#233; par le prol&#233;tariat dans l'&#233;conomie capitaliste. La t&#226;che du conseil n'&#233;tait pas de se transformer en une parodie de Parlement, mais de cr&#233;er les conditions du parlementarisme ; ce n'&#233;tait pas d'organiser la repr&#233;sentation &#233;gale des int&#233;r&#234;ts de diff&#233;rents groupes sociaux, mais d'unifier la lutte r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. L'arme principale du conseil &#233;tait la gr&#232;ve politique de masse, une m&#233;thode qui n'appartient qu'&#224; la classe des ouvriers salari&#233;s, au prol&#233;tariat. L'unit&#233; de classe &#233;liminait dans le conseil les frictions internes et le rendait capable d'initiative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle fa&#231;on pouvait-on &#233;largir la composition du conseil ? On aurait pu admettre des repr&#233;sentants des professions lib&#233;rales ; m&#234;me s'ils n'avaient rien apport&#233; au conseil, nous pouvons supposer qu'ils ne l'auraient pas non plus trop encombr&#233;. Inutile d'ajouter qu'ils n'auraient rien chang&#233; &#224; la physionomie de classe du conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels autres groupes de la soci&#233;t&#233; auraient pu &#234;tre repr&#233;sent&#233;s ? le congr&#232;s des zemstvos ? Le commerce et l'industrie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s des zemstvos si&#233;geait &#224; Moscou en novembre il d&#233;lib&#233;rait sur la question des n&#233;gociations avec le minist&#232;re du comte Witte, mais il ne lui vint m&#234;me pas &#224; l'esprit de soulever le probl&#232;me des n&#233;gociations avec le conseil ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des s&#233;ances du congr&#232;s &#233;clata l'insurrection de S&#233;bastopol. Cela rejeta aussit&#244;t les repr&#233;sentants des zemstvos &#224; droite, si bien que Milioukov dut rassurer le congr&#232;s avec un discours qui disait en substance que, Dieu merci, l'insurrection &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;cras&#233;e. De quelle fa&#231;on aurait-on pu amener &#224; une action r&#233;volutionnaire commune ces messieurs et les d&#233;put&#233;s ouvriers qui salu&#232;rent les insurg&#233;s de S&#233;bastopol ? L'un des dogmes mi-sinc&#232;res, mi-hypocrites du lib&#233;ralisme est l'exigence que l'arm&#233;e reste en dehors de la politique. Le conseil, lui, d&#233;ploya une immense &#233;nergie pour amener l'arm&#233;e &#224; la politique r&#233;volutionnaire. Sur la base de quel programme pouvait-on dans ce domaine imaginer une coop&#233;ration ? Qu'est-ce que ces messieurs auraient pu apporter &#224; l'activit&#233; du conseil, mis &#224; part une opposition syst&#233;matique, des d&#233;bats sans fin et la d&#233;moralisation interne ? Qu'auraient-ils pu nous donner, &#224; part des avertissements et des conseils dont il y avait d&#233;j&#224; suffisamment dans la presse lib&#233;rale ? Il est bien possible que les cadets et les octobristes aient eu &#224; leur disposition la vraie &#171; raison d'Etat &#187; ; cela n'emp&#234;che que le conseil ne pouvait pas se transformer en un club de pol&#233;miques politiques et d'&#233;ducation mutuelle &#8212; il fallait qu'il soit un organe de lutte, et il le resta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, pour le conseil, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et elle seule &#233;tait la condition pr&#233;alable de l'insurrection, o&#249; les &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens pouvaient trouver leur place &#224; c&#244;t&#233; des ouvriers ; alors que le conseil demandait &#224; tous les groupes r&#233;volutionnaires de pr&#233;parer la gr&#232;ve directement et imm&#233;diatement avec lui, le lib&#233;ralisme bourgeois voyait dans la gr&#232;ve politique, &#224; laquelle par nature il ne pouvait prendre de part active, une m&#233;thode de lutte ayant perdu toute efficacit&#233; et exigeait la part du lion dans la direction d'une lutte dont le prol&#233;tariat devait supporter tout le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que les repr&#233;sentants du lib&#233;ralisme bourgeois et de la d&#233;mocratie bourgeoise pouvaient ajouter &#224; la puissance du conseil ? Comment auraient-ils pu enrichir ses m&#233;thodes de lutte ? Il suffit de se rappeler le r&#244;le qu'ils ont jou&#233; en octobre, en novembre, en d&#233;cembre, il suffit de se souvenir de la r&#233;sistance que ces &#233;l&#233;ments ont pu opposer &#224; la dissolution de leur douma, pour comprendre que le conseil pouvait et devait rester une organisation de classe, c'est-&#224;-dire une organisation de lutte. Des d&#233;put&#233;s bourgeois pouvaient augmenter son importance num&#233;rique, mais ils &#233;taient absolument incapables d'augmenter sa puissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che centrale de la r&#233;volution est la lutte pour le pouvoir. Ces cinquante journ&#233;es et leur conclusion sanglante n'ont pas seulement montr&#233; que la Russie des villes &#233;tait une base trop &#233;troite pour cette lutte, mais aussi que, dans les limites de la r&#233;volution urbaine, une organisation locale ne peut assumer la direction du prol&#233;tariat. La lutte du prol&#233;tariat au nom de t&#226;ches nationales exigeait une organisation de classe d'envergure nationale. Le conseil de P&#233;tersbourg &#233;tait une organisation locale. Mais le besoin d'une organisation centrale &#233;tait tel que, bon gr&#233; mal gr&#233;, il dut en assumer les fonctions. Il fit de ce point de vue tout ce qu'il put, mais il resta cependant avant tout le conseil des d&#233;put&#233;s de P&#233;tersbourg. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque du premier conseil apparut nettement et avec force la n&#233;cessit&#233; d'un congr&#232;s ouvrier panrusse, qui aurait immanquablement entra&#238;n&#233; la fondation d'un organe dirigeant central. La d&#233;faite de d&#233;cembre emp&#234;cha que cette t&#226;che f&#251;t men&#233;e &#224; bien. Elle resta comme un legs de cette p&#233;riode de cinquante jours. L'id&#233;e du conseil s'ancra dans l'intelligence ouvri&#232;re, de m&#234;me que la n&#233;cessit&#233; pr&#233;alable de l'irruption r&#233;volutionnaire des masses. L'exp&#233;rience montra que le conseil n'est pas adapt&#233; ni possible dans toutes les circonstances. L'organisation du conseil signifie objectivement que l'on cr&#233;e la possibilit&#233; de d&#233;sorganiser le gouvernement, signifie l'organisation de l'&#171; anarchie &#187;, par cons&#233;quent la condition n&#233;cessaire &#224; un conflit r&#233;volutionnaire. Si donc une p&#233;riode de calme plat pour la r&#233;volution et de triomphe d&#233;mesur&#233; de la r&#233;action exclut la possibilit&#233; d'un organe des masses d&#233;clar&#233;, &#233;lu, influent, il n'y a aucun doute que le prochain nouvel assaut de la r&#233;volution entra&#238;nera partout la constitution de conseils ouvriers. Le conseil ouvrier panrusse, organis&#233; par tout le rassemblement de tous les ouvriers du territoire, prendra en main la direction des organisations locales &#233;lues du prol&#233;tariat. Bien entendu, l'essentiel n'est pas le nom et les d&#233;tails des organisations ; c'est la t&#226;che qui consiste &#224; diriger de fa&#231;on d&#233;mocratiquement centralis&#233;e le prol&#233;tariat dans la lutte pour faire passer le pouvoir dans les mains du peuple. L'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas, et le nouveau conseil n'aura plus &#224; parcourir le cycle des &#233;v&#233;nements de ces cinquante jours, mais de cette p&#233;riode, il pourra tirer un programme d'activit&#233; complet. Et ce programme est parfaitement clair :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; coop&#233;ration r&#233;volutionnaire avec l'arm&#233;e, la paysannerie et les couches pl&#233;b&#233;iennes de la bourgeoisie urbaine ;&lt;br class='autobr' /&gt; abolition de l'absolutisme ; destruction de son organisation mat&#233;rielle : en partie bouleversement, en partie dissolution imm&#233;diate de l'arm&#233;e, an&#233;antissement de l'appareil policier bureaucratique ;&lt;br class='autobr' /&gt; journ&#233;e de huit heures ;&lt;br class='autobr' /&gt; armement de la population et, surtout, du prol&#233;tariat ;&lt;br class='autobr' /&gt; transformation des administrations en organes d'auto-administration des villes ; fondation de conseils de d&#233;put&#233;s paysans comme organes locaux de la r&#233;volution agraire ;&lt;br class='autobr' /&gt; organisation des &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante et campagne &#233;lectorale sur la base d'un programme d&#233;termin&#233; de travaux de la repr&#233;sentation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plan de ce genre est plus facile &#224; formuler qu'&#224; mettre en pratique. Mais, si la r&#233;volution doit vaincre, le prol&#233;tariat russe sera oblig&#233; de suivre pr&#233;cis&#233;ment ce programme. Il d&#233;ploiera une activit&#233; r&#233;volutionnaire comme le monde n'en a encore jamais vu. L'histoire de ces cinquante journ&#233;es ne sera plus alors qu'une page bien p&#226;le dans le grand livre de la lutte et de la victoire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Italie &#233;tait-elle mure en 1919 pour les soviets ?</title>
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		<dc:date>2026-06-19T22:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Italie</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Italie 1919-1920 : la r&#233;volution abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, battue, puis oubli&#233;e&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4597 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution italienne de 1919 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278 &lt;br class='autobr' /&gt;
Prendre l'usine ou prendre le pouvoir ? (Italie 1919-1920) &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6145 &lt;br class='autobr' /&gt;
Italie 1919 : conseils d'usine &lt;br class='autobr' /&gt;
http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-no01-aout-octobre-2009/article/italie-1919-1921-les-conseils-d &lt;br class='autobr' /&gt;
Amadeo Bordiga (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Italie 1919-1920 : la r&#233;volution abandonn&#233;e &#224; elle-m&#234;me, battue, puis oubli&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4597&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4597&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution italienne de 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article278&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre l'usine ou prendre le pouvoir ? (Italie 1919-1920)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6145&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6145&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Italie 1919 : conseils d'usine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-no01-aout-octobre-2009/article/italie-1919-1921-les-conseils-d&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-no01-aout-octobre-2009/article/italie-1919-1921-les-conseils-d&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amadeo Bordiga&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mai 1919&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Est-ce le moment de former des &#171; soviets &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux des articles de notre dernier num&#233;ro, l'un consacr&#233; &#224; une analyse du syst&#232;me de repr&#233;sentation communiste et l'autre &#224; un expos&#233; des t&#226;ches actuelles de notre Parti, concluaient en se demandant s'il est possible ou appropri&#233; de cr&#233;er des organisations ouvri&#232;res et paysannes. &#187; conseils aujourd'hui, alors que le pouvoir de la bourgeoisie est encore intact. Le camarade Ettore Croce, dans une discussion sur notre th&#232;se abstentionniste dans un article d' Avanti ! , demande que nous disposions d'une nouvelle arme avant de nous d&#233;barrasser de l'ancienne arme de l'action parlementaire et attend avec impatience la formation des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre dernier num&#233;ro, nous avons clarifi&#233; la distinction entre les t&#226;ches technico-&#233;conomiques et politiques des organes repr&#233;sentatifs sovi&#233;tiques et nous avons montr&#233; que les v&#233;ritables organes de la dictature du prol&#233;tariat sont les soviets politiques locaux et centraux, dans lesquels les travailleurs ne sont pas subdivis&#233;s selon les crit&#232;res. &#224; leur m&#233;tier particulier. L'autorit&#233; supr&#234;me de ces organes est le Comit&#233; ex&#233;cutif central, qui nomme les commissaires du peuple ; parall&#232;lement &#224; eux na&#238;t tout un r&#233;seau d'organes &#233;conomiques, fond&#233;s sur les conseils d'usine et les syndicats, qui culminent dans le Conseil central de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, r&#233;p&#233;tons-le, s'il n'y a pas de repr&#233;sentation commerciale au sein de la CEC et du Soviet des Soviets, mais seulement une repr&#233;sentation territoriale, il n'en est pas de m&#234;me du Conseil de l'&#201;conomie, l'organe charg&#233; de la mise en &#339;uvre technique de la socialisation. mesures d&#233;cr&#233;t&#233;es par l'assembl&#233;e politique. Dans ce Conseil, les f&#233;d&#233;rations professionnelles et les conseils &#233;conomiques locaux jouent un r&#244;le. Le num&#233;ro du 16 ao&#251;t de L'Ordine Nuovocontenait un article int&#233;ressant sur le syst&#232;me de socialisation de type sovi&#233;tique. Cet article expliquait comment dans une premi&#232;re &#233;tape, qualifi&#233;e d'anarcho-syndicaliste, les conseils d'usine prendraient en charge la gestion de la production, mais que par la suite, dans des &#233;tapes ult&#233;rieures de centralisation, ils perdraient de leur importance. En fin de compte, ils ne seraient rien d'autre que des clubs et des soci&#233;t&#233;s de secours mutuels et d'instruction pour les ouvriers d'une usine particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous portons notre attention sur le mouvement communiste allemand, nous voyons dans le programme de la Ligue Spartacus que les conseils d'ouvriers et de soldats, les organes qui doivent remplacer les parlements bourgeois et les conseils municipaux, sont tout &#224; fait diff&#233;rents des conseils d'usine. les conseils, qui (article 7 de la section III) r&#233;glementent les conditions de travail et contr&#244;lent la production, en accord avec les conseils ouvriers, et prennent finalement en charge la gestion de l'ensemble de l'entreprise .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique russe, la direction des usines &#233;tait compos&#233;e &#224; hauteur d'un tiers seulement de repr&#233;sentants du conseil d'usine, d'un tiers de repr&#233;sentants du Conseil supr&#234;me de l'&#233;conomie et d'un tiers de repr&#233;sentants de la F&#233;d&#233;ration centrale de l'industrie. les int&#233;r&#234;ts de la main-d'&#339;uvre, les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la soci&#233;t&#233; et les int&#233;r&#234;ts d'un secteur industriel particulier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne &#233;galement, les &#233;lections aux conseils ouvriers sont organis&#233;es selon la formule : un membre du conseil pour 1 000 &#233;lecteurs. Seules les grandes usines de plus de 1 000 ouvriers constituent une seule unit&#233; &#233;lectorale ; dans le cas des petites usines et des ch&#244;meurs, le vote a lieu selon des modalit&#233;s &#233;tablies par la commission &#233;lectorale en accord avec diverses organisations professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble que nous avons rassembl&#233; ici suffisamment d'&#233;l&#233;ments pour pouvoir nous d&#233;clarer partisans d'un syst&#232;me de repr&#233;sentation clairement divis&#233; en deux divisions : &#233;conomique et politique. En ce qui concerne les fonctions &#233;conomiques, chaque usine aura son propre conseil d'usine &#233;lu par les ouvriers ; celui-ci aura un r&#244;le &#224; jouer dans la socialisation et la gestion ult&#233;rieure de l'usine selon des crit&#232;res appropri&#233;s. En ce qui concerne la fonction politique, c'est-&#224;-dire la formation des organes de pouvoir locaux et centraux, les &#233;lections aux conseils prol&#233;tariens auront lieu sur la base de listes &#233;lectorales dans lesquelles (avec l'exclusion rigoureuse de tous les bourgeois, c'est-&#224;-dire les personnes qui vivre de quelque mani&#232;re que ce soit du travail des autres) tous les prol&#233;taires sont inclus sur un pied d'&#233;galit&#233;, quel que soit leur m&#233;tier, et m&#234;me s'ils sont (l&#233;gitimement) au ch&#244;mage ou frapp&#233;s d'incapacit&#233;. Compte tenu de tout cela, est-il possible, ou souhaitable, de cr&#233;er des Sovi&#233;tiques maintenant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'agit de conseils d'usine, ceux-ci se r&#233;pandent d&#233;j&#224; sous la forme de commissions internes, ou du syst&#232;me anglais des &#171; shop stewards &#187;. Comme il s'agit d'organismes qui repr&#233;sentent les int&#233;r&#234;ts de la main-d'&#339;uvre, ils devraient &#234;tre cr&#233;&#233;s m&#234;me lorsque l'usine est encore aux mains du capital priv&#233;. En fait, il serait certainement avantageux pour nous d'insister sur la cr&#233;ation de ces conseils d'usine, m&#234;me si nous ne devons pas nous faire d'illusions quant &#224; leur capacit&#233; r&#233;volutionnaire inn&#233;e. Ce qui nous am&#232;ne au probl&#232;me le plus important, celui des soviets politiques. Le soviet politique repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts collectifs de la classe ouvri&#232;re, dans la mesure o&#249; cette classe ne partage pas le pouvoir avec la bourgeoisie, mais a r&#233;ussi &#224; la renverser et &#224; l'exclure du pouvoir. C'est pourquoi la pleine signification et la force du soviet ne r&#233;sident pas dans telle ou telle structure, mais dans le fait qu'il est l'organe d'une classe qui prend en main la direction de la soci&#233;t&#233;. Chaque membre du soviet est un prol&#233;taire conscient qu'il exerce une dictature au nom de sa propre classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la classe bourgeoise est encore au pouvoir, m&#234;me s'il &#233;tait possible de convoquer les &#233;lecteurs prol&#233;tariens pour d&#233;signer leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s (car il n'est pas question d'utiliser pour cela les syndicats ou les commissions internes existantes), ce serait simplement donner une imitation formelle d'une activit&#233; future, une imitation d&#233;nu&#233;e de son caract&#232;re r&#233;volutionnaire fondamental. Ceux qui peuvent repr&#233;senter le prol&#233;tariat aujourd'hui , avant qu'il ne prenne le pouvoir demain , sont des travailleurs conscients de cette &#233;ventualit&#233; historique ; en d'autres termes, les travailleurs membres du Parti communiste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte contre le pouvoir bourgeois, le prol&#233;tariat est repr&#233;sent&#233; par son parti de classe , m&#234;me si celui-ci ne constitue qu'une minorit&#233; audacieuse. Les soviets de demain doivent provenir des branches locales ou du Parti communiste. Ce sont eux qui pourront faire appel &#224; des &#233;l&#233;ments qui, d&#232;s que la r&#233;volution sera victorieuse, seront propos&#233;s comme candidats devant les masses &#233;lectorales prol&#233;tariennes pour constituer les Conseils des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il veut remplir ces fonctions, le Parti communiste doit abandonner sa participation aux &#233;lections des organes de la d&#233;mocratie bourgeoise.. Les raisons qui soutiennent cette affirmation sont &#233;videntes. Le Parti ne doit avoir comme membres que des individus capables de faire face aux responsabilit&#233;s et aux dangers de la lutte pendant la p&#233;riode d'insurrection et de r&#233;organisation sociale. La conclusion selon laquelle nous ne devrions abandonner notre participation aux &#233;lections que lorsque nous disposons de Sovi&#233;tiques est une erreur. Un examen plus approfondi de la question conduit plut&#244;t &#224; la conclusion suivante : tant que le pouvoir bourgeois existe, l'organe de la r&#233;volution est le parti de classe ; apr&#232;s l'effondrement du pouvoir bourgeois, c'est le r&#233;seau des conseils ouvriers. Le parti de classe ne peut pas remplir ce r&#244;le, ni &#234;tre en mesure de mener l'assaut contre le pouvoir bourgeois afin de remplacer la d&#233;mocratie parlementaire par le syst&#232;me sovi&#233;tique. &#224; moins qu'il ne renonce &#224; envoyer ses propres repr&#233;sentants dans les organes bourgeois. Ce renoncement, qui n'est n&#233;gatif que dans un sens formel, est la condition premi&#232;re &#224; remplir pour mobiliser les forces du prol&#233;tariat communiste. Ne pas vouloir faire un tel renoncement &#233;quivaut &#224; abandonner notre position de volont&#233; de d&#233;clarer la guerre de classe &#224; la premi&#232;re occasion disponible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Opposition de gauche (trotskyste) en Russie</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7868</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article7868</guid>
		<dc:date>2026-06-10T22:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives &lt;br class='autobr' /&gt;
Tactique et t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Le r&#244;le historique et les t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste dans le mouvement ouvrier international &lt;br class='autobr' /&gt;
1. L'opposition l&#233;niniste est avant tout un courant international. Son apparition et son d&#233;veloppement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus cons&#233;cutivement &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'opposition de gauche trotskiste de Russie en 1930 (en camp de concentration stalinien) analysait son bilan et ses perspectives&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tactique et t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Le r&#244;le historique et les t&#226;ches de l'opposition l&#233;niniste dans le mouvement ouvrier international&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'opposition l&#233;niniste est avant tout un courant international. Son apparition et son d&#233;veloppement prennent leurs racines dans les changements de toute la situation internationale survenus cons&#233;cutivement &#224; la d&#233;faite de la premi&#232;re vague de la r&#233;volution europ&#233;enne en 1921-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soi-disant stabilisation du capitalisme a apport&#233; avec elle le renforcement des positions du social r&#233;formisme dans la classe ouvri&#232;re, la d&#233;croissance du mouvement communiste international et le renforcement dans ses rangs des &#233;l&#233;ments centristes et droitiers. L'aile gauche du Komintern [1] a subi une s&#233;rie de d&#233;faites jusqu'&#224; ce qu'elle soit formellement exclue par l'IC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de l'aile gauche du communisme a &#233;t&#233; la cons&#233;quence du changement qui s'est produit dans les relations internationales. Cependant, cette d&#233;faite n'a pas conduit &#224; la liquidation du mouvement oppositionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions de l'&#233;conomie mondiale sapaient de fait la &#171; stabilisation &#187;, suscitant des r&#233;veils partiels de la lutte de classe prol&#233;tarienne, gr&#226;ce auxquels l'aile gauche se renfor&#231;ait &#224; nouveau et se revivifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La p&#233;riode compl&#232;te rec&#232;le de tr&#232;s grandes possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires. Il s'ensuit la n&#233;cessit&#233; br&#251;lante d'un parti mondial du communisme. La conqu&#234;te du Komintern, sa transformation en l'instrument principal de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale, telle est la t&#226;che principale de l'opposition de gauche communiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte pour le redressement du PC(b)U et de l'IC, l'opposition bolchevik-l&#233;niniste s'oriente vers une r&#233;forme profonde de ces organisations, par le changement de leur direction opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me but, l'opposition donne une base id&#233;ologique aux &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens de gauche du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul l'accomplissement de cette t&#226;che &#224; l'&#233;tape actuelle, pr&#233;pare la possibilit&#233;, &#224; l'&#233;tape suivante, de conqu&#233;rir les ouvriers communistes &#224; la politique de L&#233;nine et de transformer le Komintern en avant-garde du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire international, &#224; un niveau plus &#233;lev&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
isolateur&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Les &#233;tapes principales du d&#233;veloppement de la pratique de l'opposition l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. D'octobre 1923 au 14e congr&#232;s du PC(b)U [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re &#233;tape du mouvement d'opposition repr&#233;sentait une r&#233;action spontan&#233;e des masses du Parti contre la bureaucratisation qui commen&#231;ait &#224; s'y d&#233;velopper. Celle-ci &#233;tait la principale forme de pression exerc&#233;e contre cette r&#233;action spontan&#233;e par les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les erreurs de la direction du parti en mati&#232;re de politique &#233;conomique, qui ont eu de fortes r&#233;percussions sur la situation mat&#233;rielle des masses ouvri&#232;res, et la d&#233;faite de la tactique du Komintern en Allemagne, ont suscit&#233; un m&#233;contentement ouvert dans les rangs du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La tactique de l'opposition durant cette p&#233;riode consistait &#224; donner une forme id&#233;ologique &#224; ce m&#233;contentement et &#224; montrer les causes qui ont suscit&#233; les erreurs de la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'opposition n'a pu remplir ce r&#244;le jusqu'au bout, car elle (sa direction) n'avait pas encore totalement pris conscience, de fa&#231;on claire, du fait que le clivage qui s'est esquiss&#233; dans le parti allait devenir le point de d&#233;part de la lutte ult&#233;rieure &#224; l'int&#233;rieur du parti, qui entrainerait un clivage profond du parti selon deux options de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La d&#233;claration des 46 [3] et le Cours nouveau [4] sont les documents principaux de l'opposition &#224; cette &#233;poque ; ils refl&#233;taient une certaine absence d'explication, principalement en ce qui concerne l'analyse de la politique &#233;conomique du CC et de sa signification sociale, ainsi que du sens politique des dissensions &#224; l'int&#233;rieur du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette erreur de la direction de l'opposition &#233;tait accompagn&#233;e d'une autre erreur concernant les questions d'organisation. L'absence de forme organisationnelle de l'opposition en 1923 est l'une des causes de sa d&#233;faite &#224; Moscou, malgr&#233; le fait qu'elle disposait d'une majorit&#233; nette dans les rangs de l'organisation moscovite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La cause objective de toutes ces erreurs tactiques avait pour origine le d&#233;veloppement insuffisant des contradictions de classe durant cette p&#233;riode dans le pays ; de l&#224; &#233;galement r&#233;sultait le retard de la prise de conscience par le parti des t&#226;ches rendue prioritaires par la marche des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique aussi la presque compl&#232;te liquidation du mouvement oppositionnel jusqu'au 14e congr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
isolateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Du 14e au 15e congr&#232;s [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Les principales tendances de classe li&#233;es aux dissensions internes du parti se sont r&#233;v&#233;l&#233;es de fa&#231;on suffisamment claire lors du 14e congr&#232;s. D'un c&#244;t&#233; s'est form&#233; le bloc de centre droit ; de l'autre, un centre gauche qui &#233;tait &#224; la t&#234;te des mouvements oppositionnels du prol&#233;tariat de Leningrad [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette p&#233;riode, apr&#232;s avoir form&#233; un bloc avec l'opposition de Leningrad tout en conservant son ind&#233;pendance id&#233;ologique, la principale t&#226;che tactique de l'opposition de 1923 consistait &#224; obtenir progressivement l'h&#233;g&#233;monie dans ce bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che, l'opposition l'a enti&#232;rement accomplie ; les documents principaux de l'&#233;poque en ont &#233;t&#233; l'expression :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La d&#233;claration de 1923 [7],&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;claration des 83 [8],&lt;br class='autobr' /&gt; La plate-forme des 13 [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Dans sa lutte contre le bloc de centre droit, la tactique de l'opposition unifi&#233;e est pass&#233;e par trois &#233;tapes principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La p&#233;riode de pr&#233;paration du travail clandestin. Celle-ci s'est r&#233;duite &#224; la cr&#233;ation de la fraction et &#224; la formulation d'une conception id&#233;ologique et organisationnelle. Ensuite, sur cette base, l'opposition unifi&#233;e a conduit &#224; une offensive ouverte et r&#233;solue sous la forme de &#171; si&#232;ge &#187; des &#171; bastilles de l'appareil &#187; (usine des appareils et instruments a&#233;ronautiques, usine Poutilov [10], etc.).&lt;br class='autobr' /&gt; Les le&#231;ons de la premi&#232;re p&#233;riode ont montr&#233; l'insuffisance d'une telle forme de lutte, la force &#233;norme des pr&#233;jug&#233;s dans la masse ouvri&#232;re elle-m&#234;me et la n&#233;cessit&#233; du passage &#224; une nouvelle forme de lutte : une forme plus compr&#233;hensible pour les &#233;l&#233;ments avanc&#233;s des masses, et pr&#233;vue pour donner le temps d'une explication progressive, pers&#233;v&#233;rante et syst&#233;matique des positions de l'opposition, dans le cadre d'interventions publiques et l&#233;gales.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;faite du 16 octobre 1926 [11] a ouvert alors une p&#233;riode de recul de l'opposition sur la base de la r&#233;duction de la lutte fractionnelle clandestine et du transfert du centre de gravit&#233; vers le travail l&#233;gal. La 15e conf&#233;rence [12], le pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC [13], le pl&#233;num de f&#233;vrier du CC [14] ; telles ont &#233;t&#233; les &#233;tapes de cette nouvelle tactique. Le groupe des CD [15] a quitt&#233; l'opposition durant cette p&#233;riode ; il ne comprenait pas la n&#233;cessit&#233; de nouvelles formes de lutte, sans lesquelles on ne peut pr&#233;parer les conditions pour une nouvelle offensive.&lt;br class='autobr' /&gt; La tactique du recul et des interventions l&#233;gales ouvertes a &#233;t&#233; enti&#232;rement justifi&#233;e &#224; ce moment, quand les dissensions se sont &#224; nouveau attis&#233;es, en relation avec la r&#233;volution chinoise ; elles ont rendu in&#233;vitable l'aggravation de la lutte et le passage &#224; l'offensive. Gr&#226;ce &#224; son travail l&#233;gal, l'opposition a su recevoir un soutien politique fort du parti durant cette p&#233;riode.&lt;br class='autobr' /&gt; La nouvelle tactique offensive, pour la p&#233;riode qui va d'avril 1927 [16] au 15e congr&#232;s, utilisait des m&#233;thodes de lutte l&#233;gales et semi-l&#233;gales, et s'est d&#233;velopp&#233;e de fait &#224; une &#233;chelle plus importante que la lutte de 1926. Une grande campagne de p&#233;tition, des alliances, des manifestations, de pair avec le renforcement du travail fractionnel, &#233;taient des indicateurs du haut niveau de lutte et de la grande participation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Du 15e congr&#232;s au pl&#233;num de novembre 1928 [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La capitulation des centristes de gauche (les zinovi&#233;vistes) et la crise aigu&#235; du bloc de centre droit &#224; l'occasion de la gr&#232;ve du pain des koulaks, qui a port&#233; un coup d&#233;cisif aux illusions de la p&#233;riode de reconstruction, ont cr&#233;&#233; un nouveau rapport de force dans le pays et dans le parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution vers la gauche de la politique des centristes a &#233;t&#233; l'expression de cette nouvelle p&#233;riode de d&#233;veloppement, et a donn&#233; &#224; l'opposition de nouvelles t&#226;ches &#224; accomplir. &#171; Le centrisme &#187;, dit le camarade Trotski, en &#233;valuant les perspectives de la p&#233;riode qui a suivi le congr&#232;s, &#171; est un coup d'arr&#234;t, mais les masses acqui&#232;rent &#233;galement leur propre exp&#233;rience dans la lutte. Nous comptons l&#224;-dessus &#187;. (&#192; une nouvelle &#233;tape) [18]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation dans la classe ouvri&#232;re, et le renforcement des &#233;l&#233;ments de gauche du parti, cr&#233;ent les conditions favorables pour le mouvement oppositionnel. Le caract&#232;re hybride du centrisme, son absence de clart&#233;, ses h&#233;sitations, qui se sont exprim&#233;es sous une forme claire aux pl&#233;nums d'avril et de juillet 1928 [19], ont d&#233;masqu&#233; encore plus son incapacit&#233; &#224; faire face &#224; de nouveaux dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En d&#233;clarant que notre principale t&#226;che tactique est le soutien, sous une forme critique, des pas faits &#224; gauche par le centrisme, dans le but de d&#233;masquer la direction centriste, l'opposition a trouv&#233; le contact avec les masses du parti. Sur la base de cette tactique, elle a gagn&#233; l'initiative dans la lutte contre la droite et a pris l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des conventions collectives de 1928 [20] a &#233;t&#233; le point le plus avanc&#233; de l'offensive de l'opposition. Sous ses coups puissants, les centristes ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'entrer en lutte contre la droite ; cependant, l'opposition n'avait pas assez de forces pour mener &#224; bien la r&#233;forme du parti et remplacer la direction centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D. De novembre 1928 &#224; la p&#233;riode actuelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Malgr&#233; le fait que la direction centriste ait conserv&#233; pleinement tous ses d&#233;saccords strat&#233;giques avec l'opposition, et n'ait pas touch&#233; au r&#233;gime du parti et aux m&#233;thodes bureaucratiques de la construction de l'&#233;conomie, elle s'est &#171; empar&#233;e des slogans de notre arsenal &#187; (Trotski), et prenant le chemin de la lutte administrative avec les koulaks et de l'organisation par en haut des kolkhozes et de l'industrialisation, elle a inculqu&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re et au parti des illusions qui n'&#233;taient pas du tout r&#233;volutionnaires, sur les possibilit&#233;s de sortie des contradictions dans de brefs d&#233;lais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le changement radical de la situation a oblig&#233; l'opposition &#224; changer &#224; nouveau sa tactique, en r&#233;orientant son travail vers l'explication &#233;nergique et syst&#233;matique aux masses de l'incapacit&#233; des centristes &#224; diriger la classe ouvri&#232;re vers une nouvelle voie, et &#224; sortir la dictature prol&#233;tarienne de l'orni&#232;re dans laquelle ils ont mis le pays par leur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression de cette nouvelle tactique a &#233;t&#233; la d&#233;claration du 4 octobre 1929 [21] donnant comme principale t&#226;che de cette p&#233;riode la cr&#233;ation d'un front uni par rapport aux masses qui se font des illusions sur &#171; le plan quinquennal &#187;. En analysant la situation, la d&#233;claration avertissait que le plan quinquennal des centristes, mis en place avec des m&#233;thodes rejet&#233;es par la r&#233;volution d'octobre, conduit non au d&#233;veloppement, mais &#224; la r&#233;duction des forces productives ; il n'am&#233;liore pas la situation mat&#233;rielle, politique et culturelle de la classe ouvri&#232;re, mais la d&#233;t&#233;riore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le passage de la direction centriste &#224; la voie de l'aventure ultra gauche et le premier repli qui a suivi le 15 mars [22] ont d&#233;montr&#233; la compl&#232;te absence de fondement et l'aventurisme de la politique centriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de l'opposition, le d&#233;but du d&#233;clin des illusions centristes parmi les masses a permis justement &#224; l'opposition de commencer &#224; se pr&#233;parer &#224; une nouvelle tactique offensive, mettant en avant un nouveau mot d'ordre pour le changement de direction, mot d'ordre qui pouvait devenir &#224; ce moment-l&#224; la conclusion que les masses tiraient de leur propre exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression du passage &#224; une nouvelle tactique offensive s'est manifest&#233;e dans les documents &#171; des 4 et des 7 &#187; [23], qui ont formul&#233; pour la premi&#232;re fois les principales dissensions, et dans la &#171; carte postale &#187; d'ao&#251;t [24] du camarade Trotski, qui donnait la formulation la plus pr&#233;cise de la nouvelle tactique offensive et de ses principales t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Les principales le&#231;ons de notre lutte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jetant un regard r&#233;trospectif sur les &#233;tapes pass&#233;es de sa lutte, l'opposition l&#233;niniste doit tenir compte de fa&#231;on sens&#233;e des erreurs qui ont &#233;t&#233; faites, afin d'&#233;viter leur r&#233;p&#233;tition dans le futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici seulement les principales d'entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la lutte, l'opposition ne se rendait pas compte de la profondeur des dissensions qui la s&#233;paraient de la fraction dominante, et des influences de classe que ces dissensions d&#233;terminaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sous-estimation du travail organisationnel a &#233;t&#233; &#233;galement li&#233;e &#224; cela ; elle a conduit &#224; laisser passer les conditions les plus favorables pour la cr&#233;ation d'une organisation ill&#233;gale qui fonctionne correctement et qui oriente son travail vers une longue p&#233;riode de travail clandestin. La cons&#233;quence des erreurs a &#233;t&#233; justement l'inad&#233;quation entre les exigences mises en avant par la crise politique et les possibilit&#233;s organisationnelles existantes. Une inad&#233;quation qui s'est refl&#233;t&#233;e de fa&#231;on si pr&#233;judiciable sur le travail de masse : il a &#233;t&#233; loin de correspondre &#224; son importance potentielle sur le plan id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concessions faites aux compagnons de route provisoires dans la lutte ont constitu&#233; un autre d&#233;faut non moins s&#233;rieux de notre travail ; elles ont souvent pris une proportion bien au-del&#224; de ce qu'exigeaient les int&#233;r&#234;ts du mouvement, pris dans sa totalit&#233;. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, dans nos rangs, de mettre de l'eau dans notre vin, ainsi que d'affaiblir la direction ; ces &#233;l&#233;ments (principalement avec une orientation de centre gauche) nuisaient, dans les moments d&#233;cisifs, aux bases id&#233;ologiques et aux forces organisationnelles de notre mouvement, ils y suscitaient de profondes crises internes. L'influence des compagnons de route se ressentait indubitablement aussi sur la ligne tactique de l'opposition dans une direction qui, selon l'appr&#233;ciation du camarade Trotski, consistait &#224; ce que &#171; nos erreurs &#233;taient toujours dans une bien plus grande mesure des erreurs de droite que des erreurs de gauche par rapport &#224; la ligne juste &#187; (voir sa lettre du 23 mai 1928 &#224; B&#233;loborodov). Ce n'est qu'en se purifiant, au cours de plusieurs processus, des &#233;l&#233;ments les plus nuisibles de centre gauche, que l'opposition l&#233;niniste a pu se donner une orientation claire &#224; sa tactique dans sa lutte implacable avec le centrisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Nos t&#226;ches en lien avec les fondements de la tactique l&#233;niniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale t&#226;che de l'opposition, pour le moment, est l'organisation de la lutte prol&#233;tarienne pour la r&#233;forme du parti, des syndicats, de l'&#201;tat, avec pour principe la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, ainsi que la rectification de la ligne strat&#233;gique du parti et son retour dans la voie trac&#233;e par L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che ne peut &#234;tre accomplie que par la mobilisation de toutes les forces r&#233;volutionnaires du parti et de la classe ouvri&#232;re autour de l'opposition l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions qui se sont form&#233;es &#224; pr&#233;sent, la crise &#233;conomique et politique qui ne cesse de s'approfondir dans le pays, suscitent la croissance du m&#233;contentement de toutes les classes. Dans cette situation qui &#233;largit indubitablement notre base dans la classe ouvri&#232;re, notre ligne tactique doit se traduire par une offensive politique sur la base d'un travail organisationnel profond dans les masses, bien que grandisse en m&#234;me temps &#233;galement le danger des interventions contre-r&#233;volutionnaires des classes ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La seule possibilit&#233;, dit le camarade Trotski, de conserver et d'augmenter les chances de la voie du d&#233;veloppement r&#233;formiste de la r&#233;volution d'octobre et du parti, r&#233;side dans la mise en place du fonctionnement correct de l'organisation centralis&#233;e des bolcheviks-l&#233;ninistes, disposant de ressources techniques suffisantes pour influer de fa&#231;on syst&#233;matique sur l'opinion du parti atomis&#233;. &#187; (lettre du 08/08/1930) [26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; principale de l'opposition l&#233;niniste doit &#234;tre la capacit&#233; &#224; effectuer un brusque changement de tactique pour se r&#233;armer, et &#224; utiliser de nouvelles m&#233;thodes de lutte, en d'autres termes &#224; pratiquer une politique de tournants brusques. Dans les p&#233;riodes de croissance de l'activit&#233; politique des masses et du renforcement, en parall&#232;le, de la pression des classes ennemies, elle doit mettre en pratique une tactique d'offensive d&#233;cid&#233;e et hardie ; dans les p&#233;riodes de recul politique de l'esprit des masses, elle doit passer &#224; une tactique d&#233;fensive et attentiste, mais en tentant, dans ces conditions, de faire preuve, sur la base d'une nouvelle ligne tactique, d'une tr&#232;s grande activit&#233; dans sa lutte pour gagner de l'influence sur les masses. Gardant la maitrise dans les compromis qu'elle passe et les accords forc&#233;s, elle ne doit jamais reculer d'un iota sur les questions de principe devant l'ennemi ou devant un alli&#233; peu s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse politique profonde et les &#233;valuations saines de la r&#233;alit&#233; ont toujours aid&#233; l'opposition &#224; indiquer de fa&#231;on juste la tactique &#224; suivre, en choisissant entre l'offensive et la d&#233;fensive en fonction de la situation objective. C'est pour cette raison qu'elle a toujours &#233;t&#233; &#233;trang&#232;re &#224; l'aventurisme et s'est toujours bas&#233;e uniquement sur la croissance de la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une &#233;laboration approfondie des mots d'ordre concrets du moment, &#224; partir des orientations programmatiques, qui soit &#233;trang&#232;re &#224; la fois au regard en arri&#232;re conservateur et &#224; la simple r&#233;p&#233;tition non critique des slogans anciens, peut assurer &#224; l'opposition bolchevik-l&#233;niniste une tactique efficace qui corresponde aux buts poursuivis.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. La lutte pour les masses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution d'octobre, il n'y a pas eu de changements dans la situation de notre prol&#233;tariat qui conduisent &#224; la liquidation de son r&#244;le r&#233;volutionnaire pass&#233;. Au contraire, il a grandi de fa&#231;on plus sensible sur les plans politique et culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le profond abattement de la classe ouvri&#232;re en ce qui concerne son &#233;tat d'esprit politique, sa passivit&#233;, sa fatigue durant les ann&#233;es qui ont suivi la fin de la guerre civile, malgr&#233; l'exposition de certaines de ses couches &#224; l'influence des pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois qui lui viennent de la campagne et que la bureaucratie entretient consciemment, nous avons pu souvent observer la manifestation de la profonde r&#233;sistance, sourde, de la classe ouvri&#232;re face &#224; la ligne thermidorienne. Et cela permet d'estimer que maintenant, quand les illusions nuisibles parmi les masses s'effondrent rapidement, toute pression des classes ennemies peut cr&#233;er &#224; nouveau dans le parti et la classe ouvri&#232;re un retour vers l'activit&#233; r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique actuelle de la bureaucratie centriste est clairement calcul&#233;e pour brider le prol&#233;tariat, dans le but de lui retirer la possibilit&#233; de se d&#233;fendre. En liaison avec cela, une diff&#233;renciation, sur le plan de la conscience de classe des masses ouvri&#232;res, s'est effectu&#233;e &#224; des niveaux plus ou moins clairement marqu&#233;s. &#192; c&#244;t&#233; d'une aristocratie ouvri&#232;re peu nombreuse et tr&#232;s bien pay&#233;e, qui aspire &#224; une vie tranquille, et un groupe d'ouvriers de choc assez important, mais qui n'est pas encore totalement form&#233;, composant formellement le soutien du r&#233;gime, il y a de nombreuses &#171; recrues &#187;, venues de la petite bourgeoisie de la ville et de la campagne, dont l'&#233;tat d'esprit va des relations de confiance bienveillantes &#224; l'&#233;gard de toutes les fables que les centristes leur comptent, jusqu'&#224; une haine plus consciente du pouvoir sovi&#233;tique, tel qu'il est incarn&#233; par ses repr&#233;sentants actuels. Mais la fraction la plus importante du prol&#233;tariat industriel se lib&#232;re progressivement des illusions pass&#233;es, acquiert une exp&#233;rience politique, et s'imbibe d'un profond m&#233;contentement r&#233;volutionnaire ; elle continue de garder pour le moment une attitude d'attente, dans la mesure o&#249; le r&#233;gime existant ne donne pas la possibilit&#233; aux sentiments des masses de se manifester librement, tant qu'ils n'atteindront pas leur limite sup&#233;rieure, qui correspondrait &#224; l'intensit&#233; de la pression politique qu'ils subissent. Ce noyau principal de la classe ouvri&#232;re, capable d'entrainer &#224; sa suite le reste de la masse de nombreux millions de personnes, cherche maintenant une direction ferme, claire, ayant un programme d'action pr&#233;cis, visant &#224; r&#233;tablir un r&#233;gime normal et une ligne politique juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales questions tactiques de notre lutte sont de trouver les voies pour gagner &#224; nous des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires d'avant-garde et de la classe ouvri&#232;re et, par eux, gagner &#224; notre influence, &#224; notre direction la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re pour la lutte &#224; venir pour la r&#233;forme. Et pour ce faire, notre premi&#232;re t&#226;che consiste &#224; contrecarrer tous les &#233;l&#233;ments de d&#233;ception, de fatigue et d'apathie qui g&#234;nent l'essor de l'activit&#233; r&#233;volutionnaire des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, on ne doit pas fermer les yeux sur le fait que la grande masse des ouvriers n'a pas pris conscience jusqu'&#224; pr&#233;sent de la n&#233;cessit&#233; d'une lutte active contre la croissance du danger contre-r&#233;volutionnaire, par la faute de la direction centriste, malgr&#233; le fait que la dictature prol&#233;tarienne rec&#232;le de tr&#232;s grandes forces et possibilit&#233;s de renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'on ne peut pas vaincre vraiment avec la seule avant-garde. Et pour que toute la classe en arrive &#224; un soutien direct et conscient de l'avant-garde, il est n&#233;cessaire qu'elle acqui&#232;re sa propre exp&#233;rience politique et sache la g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison qu'il devrait &#234;tre clair pour nous que la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts vitaux du prol&#233;tariat conduira au r&#233;veil des couches retardataires des masses, seulement quand les buts de la lutte seront &#233;troitement li&#233;s &#224; la situation concr&#232;te et seront compr&#233;hensibles pour les grandes masses. Ce n'est qu'en cr&#233;ant une organisation fortement ramifi&#233;e, li&#233;e &#233;troitement aux masses sur leurs lieux de travail, et grandissant sur la base de la d&#233;fense m&#234;me des int&#233;r&#234;ts quotidiens les plus modestes, que nous pouvons compter sur la r&#233;ussite de notre agitation, et sur le fait que cette masse nous suivra dans la lutte pour la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous pr&#233;occupant avant tout de la classe ouvri&#232;re dans sa globalit&#233;, nous devons mener le travail aussi bien parmi les membres du parti, que parmi les ouvriers sans parti, contrecarrant de toutes les fa&#231;ons possibles les tentatives de cr&#233;er une s&#233;paration entre les uns et les autres. De telles tentatives sont aussi bien le fait de la bureaucratie centriste, qui essaie de semer la discorde entre les diff&#233;rents d&#233;tachements de la classe ouvri&#232;re, que des partis anti-sovi&#233;tiques, qui tentent de dresser les ouvriers sans parti contre le parti et de les d&#233;tourner vers la voie de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre directive tactique acquiert de ce fait un sens particulier &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rents courants politiques, et avant tout &#224; l'&#233;gard du centrisme lui-m&#234;me, qui &#171; repr&#233;sente le principal danger dans le parti &#187; (L. Trotski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'objectif principal du centrisme est d'&#233;touffer l'activit&#233; du prol&#233;tariat, aussi bien par des m&#233;thodes de terreur administrative et &#233;conomique, que des m&#233;thodes sophistiqu&#233;es de mensonge, notre t&#226;che est un grand travail d'explication, destin&#233; &#224; d&#233;masquer le centrisme, dans le but de relever l'activit&#233; des prol&#233;taires &#224; un niveau o&#249; plus aucune menace n'est capable d'emp&#234;cher l'intervention des masses. En outre, nous devons expliquer avec t&#233;nacit&#233; aux masses que la voie de la r&#233;forme passe par le remplacement de la direction centriste &#171; qui ne peut r&#233;aliser la r&#233;forme pour des raisons organiques &#187; (Rakovski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centrisme, qui suscite le d&#233;senchantement et la chute de l'activit&#233; m&#234;me de la partie la plus r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, facilite l'influence des mencheviks sur les masses. En luttant contre le centrisme, et en montrant au prol&#233;tariat les voies les plus efficaces du sauvetage de son pouvoir (la dictature du prol&#233;tariat), nous paralysons en grande partie aussi l'influence des mencheviks et des autres partis anti-sovi&#233;tiques qui font du travail dans la classe ouvri&#232;re. Il convient &#233;galement de dire la m&#234;me chose sur les anarchistes et les partis qui ont de la m&#234;me fa&#231;on des complices &#224; l'int&#233;rieur de l'officiel PCR(b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En luttant contre ces courants, nous nous battons contre la division de la classe ouvri&#232;re en sph&#232;res d'influence, en fonction de ses principales cat&#233;gories sociales, contre sa soumission &#224; diff&#233;rentes influences &#233;trang&#232;res de classe, et pour son unit&#233;, son regroupement, avec le mot d'ordre du r&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat. Mais cette t&#226;che ne peut pas &#234;tre accomplie par une action ext&#233;rieure, en lan&#231;ant simplement des mots d'ordre ronflants, sans un travail pr&#233;paratoire correspondant dans toutes les organisations ouvri&#232;res de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, de ce point de vue, la lutte dans le secteur prol&#233;tarien du parti officiel est l'une des t&#226;ches &#224; accomplir. Mais le travail dans cette direction ne doit en aucun cas masquer la n&#233;cessit&#233; de conqu&#233;rir les organisations prol&#233;tariennes hors du parti, et particuli&#232;rement les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'en attirant de notre c&#244;t&#233; toute l'aile r&#233;volutionnaire du parti et la majorit&#233; r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re, ainsi qu'en r&#233;tablissant ensuite la confiance &#224; son &#233;gard des couches pauvres et moyennes du village (par la voie de la propagande de mesures &#233;conomiques correspondantes), que nous pourrons r&#233;aliser une r&#233;forme dans toute l'ampleur n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de notre lutte, nous aurons sans doute &#224; faire face &#224; la r&#233;sistance cruelle des forces thermidoriennes et bonapartistes. Et l&#224; se posera au prol&#233;tariat la question des formes que prendra sa lutte avec ces forces, car, celle-ci ne pourra certainement pas se faire sans un &#233;pisode de guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti officiel repr&#233;sente maintenant la cohabitation de deux camps de la guerre civile. (L. F.) [27]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette cohabitation ne peut continuer longtemps. L'un de ces camps doit p&#233;rir, afin de laisser la place au d&#233;veloppement de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons pas, par cons&#233;quent, miser sur le travail en direction du parti officiel, qui n'existe pas comme parti, mais nous devons choisir de nous orienter vers la recr&#233;ation du vieux parti l&#233;niniste avec le secteur r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien du parti officiel et les ouvriers actifs, d'avant-garde, consciemment r&#233;volutionnaires, qui se trouvent actuellement hors du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraction bolchevik-l&#233;niniste, organis&#233;e et en &#233;tat d'agir, sera la base sur laquelle se fera la cristallisation de ces &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens et r&#233;volutionnaires, et la renaissance du parti l&#233;niniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. Les formes et les m&#233;thodes de lutte pour la r&#233;forme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nous donnant pour t&#226;che de contribuer &#224; l'organisation des masses ouvri&#232;res, nous devons, en m&#234;me temps, nous rendre compte que le r&#233;gime et la politique centriste conduisent objectivement &#224; ce que, dans le mouvement des masses, une certaine spontan&#233;it&#233; puisse prendre le dessus sur le niveau d'organisation que l'opposition l&#233;niniste peut donner &#224; ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison que, dans le cas o&#249; un mouvement se d&#233;clare de fa&#231;on spontan&#233;e, nous ne refuserons pas d'y participer. Car lorsque se pr&#233;sentent les conditions objectives d'une pression r&#233;volutionnaire directe, se mettre au service du mouvement des masses est, comme dit L&#233;nine, &#171; la t&#226;che la plus &#233;lev&#233;e du parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, nous ne sommes pas complaisants avec les &#233;l&#233;ments de spontan&#233;it&#233; des mouvements, nous ne nous soumettons pas &#224; eux, nous aspirons de toutes les mani&#232;res possibles &#224; les combattre, &#224; soumettre ces mouvements &#224; notre influence : &#171; aller &#224; la rencontre des masses ne veut pas dire l&#226;cher pied devant la spontan&#233;it&#233; &#187; (L. T.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, alors que la grande masse de la classe ouvri&#232;re (et pas toute son avant-garde) n'est pas encore sortie de son attentisme, il nous faut rejeter cat&#233;goriquement les propositions qui sont dict&#233;es par l'impatience r&#233;volutionnaire et l'absence de maturit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que cela veut dire que nous appelons &#224; la passivit&#233; et inculquons aux &#233;l&#233;ments d'avant-garde du prol&#233;tariat qu'il faut survivre avec fatalisme, tant que le d&#233;veloppement objectif des &#233;v&#233;nements ne nous apportera pas des r&#233;sultats tout pr&#234;ts &#171; par eux-m&#234;mes &#187; ? Absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut seulement dire qu'il ne s'agit pas de lancer des mots d'ordre qui ne peuvent &#234;tre encore compris des masses ouvri&#232;res et qui ne se d&#233;duisent pas de leur propre exp&#233;rience. La principale t&#226;che des ouvriers d'avant-garde et conscients, &#224; l'&#233;tape actuelle de l'offensive politique, doit consister, non &#224; crier des slogans ronflants, mais &#224; r&#233;aliser un travail opini&#226;tre pour cr&#233;er une organisation clandestine extr&#234;mement ramifi&#233;e, afin d'&#234;tre en mesure, gr&#226;ce elle, de se saisir des conflits, particuliers ou plus g&#233;n&#233;raux, des ouvriers avec la bureaucratie, et d'entra&#238;ner de plus en plus de masses d'ouvriers &#224; la lutte pour la r&#233;forme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la lutte de la classe ouvri&#232;re contre le r&#233;gime bureaucratique a eu principalement un caract&#232;re individualiste et anarchique. Dans les conditions d'&#233;touffement complet de l'activit&#233; normale des syndicats, qui se sont transform&#233;s d'organes de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des ouvriers en organes auxiliaires des gestionnaires, les ouvriers ont recours &#224; des formes de lutte comme les absences injustifi&#233;es, la d&#233;t&#233;rioration des machines, l'assassinat des ouvriers de choc, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition l&#233;niniste ne met pas en avant toute forme de m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime bureaucratique existant et de sa politique. Sa t&#226;che consiste &#224; pr&#233;parer et &#224; organiser la r&#233;sistance collective et de masse &#224; toute la politique de la bureaucratie stalinienne. Et en ce sens, il y a, &#224; la disposition du prol&#233;tariat, toute une s&#233;rie de m&#233;thodes mises au point par l'exp&#233;rience pass&#233;e du mouvement, en commen&#231;ant par les protestations organis&#233;es et en finissant par des manifestations, des gr&#232;ves, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement, lorsqu'il a atteint une grande force et exerce une grande pression, peut se manifester en exer&#231;ant directement sa propre autorit&#233;, par la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, la destitution et l'&#233;lection des fonctionnaires dans le parti, les syndicats, les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fonction du degr&#233; de d&#233;veloppement d'un mouvement ouvrier de masse, la gr&#232;ve acquiert une grande importance en sa qualit&#233; d'instrument traditionnel de lutte de la classe ouvri&#232;re ; son utilisation dans les conditions actuelles est punie avec toute la s&#233;v&#233;rit&#233; de l'arbitraire bureaucratique, bien que du temps de L&#233;nine elle ait &#233;t&#233; reconnue comme moyen de d&#233;fense des ouvriers contre les perversions de l'appareil au pouvoir. Une r&#233;solution connue du 11e congr&#232;s [28] du parti sur les syndicats obligeait les cellules communistes des entreprises &#224; se mettre &#224; la t&#234;te des ouvriers contre les d&#233;formations bureaucratiques des organes &#233;conomiques d'&#201;tat (apr&#232;s &#233;puisement complet des autres moyens d'action).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions actuelles, l'utilisation organis&#233;e des gr&#232;ves peut jouer un grand r&#244;le dans la mobilisation des forces prol&#233;tariennes avec les slogans de r&#233;forme du parti, des syndicats et des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du 11e congr&#232;s nous donne un argument important en faveur du droit de gr&#232;ve contre le r&#233;gime bureaucratique. L'opposition doit montrer aux masses qu'elle est &#224; cet &#233;gard le vrai promoteur de la ligne l&#233;niniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans les conditions se rapprochant de la pire des situations, celle qui exige la plus grande tension des forces du prol&#233;tariat, sa lutte peut prendre la forme la plus aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cas d'intervention ouverte des &#233;l&#233;ments bonapartistes, dans le but d'un coup d'&#201;tat contre-r&#233;volutionnaire, le seul moyen de r&#233;tablir la dictature du prol&#233;tariat est l'&#233;crasement arm&#233; de la contre-r&#233;volution, d'o&#249; qu'elle vienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition bolchevik-l&#233;niniste a toujours consid&#233;r&#233; sa lutte pour la r&#233;forme comme une t&#226;che internationale. La lutte qui a &#233;t&#233; et qui est actuellement men&#233;e par l'opposition contre la direction stalinienne, l'est en lien &#233;troit avec la lutte g&#233;n&#233;rale de l'aile gauche du Komintern contre la domination du centrisme. Sans le remplacement de la direction centriste du Komintern, la pr&#233;paration du facteur subjectif de la r&#233;volution mondiale est impossible, car l'histoire de la direction stalinienne est l'histoire de ses erreurs incessantes et des d&#233;faites du prol&#233;tariat international suscit&#233;es par elles (L. Trotski).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centrisme stalinien et sa domination au Komintern ont grandi sur la base de la stabilisation relative du capitalisme et d'une s&#233;rie de d&#233;faites du prol&#233;tariat europ&#233;en au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es. Les succ&#232;s de la lutte contre l'opportunisme stalinien et pour la renaissance du Komintern seront stimul&#233;s par l'essor du mouvement ouvrier international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la situation internationale montre clairement la justesse de l'&#233;valuation g&#233;n&#233;rale du 3e congr&#232;s de l'IC [29] selon laquelle &#171; la courbe du d&#233;veloppement capitaliste est, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, descendante avec des mouvements passagers de remont&#233;e ; la courbe de la r&#233;volution est, par contre, montante avec quelques fl&#233;chissements &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons, en nous appuyant sur ce fait, attendre en toute certitude un nouvel essor de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui sapera profond&#233;ment le terrain sous les pieds de la domination de la bureaucratie centriste et cr&#233;era la pouss&#233;e que nous attendons au profit de la classe ouvri&#232;re et de l'aile gauche du Komintern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement pour cette raison que l'opposition l&#233;niniste n'a jamais consid&#233;r&#233; (&#224; la fa&#231;on des zinovi&#233;vistes et des d&#233;cistes qui souffrent de la m&#234;me fa&#231;on du bornage national) sa lutte contre le centrisme en faisant abstraction de sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du d&#233;veloppement de toute la situation internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En menant une lutte opini&#226;tre pour la renaissance du Komintern sur les bases du l&#233;ninisme, nous cr&#233;ons par l&#224; m&#234;me les &#233;l&#233;ments subjectifs de l'essor futur de la lutte prol&#233;tarienne, en pr&#233;parant le lendemain du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Komintern : Commounistitch&#233;ski Internatsional (en russe), soit Internationale communiste en fran&#231;ais (IC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le 14e congr&#232;s du Parti communiste (bolch&#233;vique) de l'URSS (PC(b)U) s'est tenu &#224; Moscou entre le 18/12/1925 et le 31/12/1925.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] D&#233;claration des 46 : lettre envoy&#233;e par un groupe de 46 dirigeants sovi&#233;tiques au Bureau politique du Comit&#233; central du PC(b)U le 15 octobre 1923, et gard&#233;e secr&#232;te, comme ne concernant que le bureau politique. &#201;crite par 46 dirigeants bolcheviks, dont Pr&#233;obajenski, Antonov-Ovs&#233;&#239;enko, Smirnov, Piatakov&#8230; elle d&#233;crit la situation dans le pays, critique la direction du parti et son manque de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cours nouveau de L. Trotski, &#233;crit fin 1923.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 15e congr&#232;s du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou entre le 02/12/1927 et le 19/12/1927. Lors de ce congr&#232;s, les dirigeants de &#171; l'opposition unifi&#233;e &#187; sont exclus du parti. (Trotski l'avait &#233;t&#233; avant m&#234;me le congr&#232;s, au mois de novembre). C'est &#233;galement l&#224; qu'ont &#233;t&#233; avanc&#233;es les premi&#232;res r&#233;solutions sur le travail &#224; la campagne et directives pour la mise en place du 1er plan quinquennal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans les ann&#233;es 1920, le mouvement oppositionnel &#233;tait anim&#233; par G. Zinoviev &#224; Leningrad, ville o&#249; il avait une grande influence dans le Parti bolch&#233;vique et dont il avait &#233;t&#233; pr&#233;sident du soviet en d&#233;cembre 1917. (Elle s'appelait alors Petrograd, avant qu'on l'affuble du nom de L&#233;nine en 1924, question d'honorer le mort&#8230; et faire, en son nom, le contraire de sa politique. Rebaptis&#233;e depuis 1991 de son nom sous le tsarisme, Saint-P&#233;tersbourg, pour faire oublier son pass&#233; rouge. Mais c'est une autre histoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] D&#233;claration de 1923 : voir la note 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] D&#233;claration des 83, r&#233;dig&#233;e par L&#233;on Trotski et envoy&#233;e au Comit&#233; central du PCPR en mai 1927. Th&#232;mes trait&#233;s : &#233;chec en Chine, &#233;chec en Grande-Bretagne, politique int&#233;rieure, danger de la guerre, unit&#233; du parti, d&#233;fense de G. Zinoviev. Elle a &#233;t&#233; sign&#233;e dans un premier temps par 83 bolcheviks de l'opposition (en fait 84), puis par plus de 3 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Plate-forme des 13 : pr&#233;par&#233;e pour le 15e congr&#232;s du PC(b)U en septembre 1927, elle &#233;tait sign&#233;e &#224; la fois par Kamenev, Zinoviev, Trotski, et plusieurs autres dirigeants de l'opposition trotskyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Usine Poutilov : usine d'armement construite en 1801 sous le r&#232;gne de Paul 1er &#224; Saint-P&#233;tersbourg. Sa production se diversifie avec le temps (mat&#233;riel ferroviaire, par exemple). En 1900, l'usine occupait la premi&#232;re place dans l'empire russe pour sa production m&#233;tallurgique et de machines. En 1917, 29 000 ouvriers y &#233;taient employ&#233;s. Ils ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans les &#233;v&#233;nements. Plus de 10 000 ouvriers ont rejoint les fronts de la guerre civile. Nationalis&#233;e en 1917, l'usine a &#233;t&#233; privatis&#233;e en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] La d&#233;faite du 16 octobre 1926 : au pl&#233;num du Comit&#233; central du PC(b)U, L. Trotski, G. Zinoviev et L. Kamenev ont &#233;t&#233; exclus du Bureau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] La 15e conf&#233;rence du PC(b)U s'est tenue &#224; Moscou entre le 26 octobre et le 3 novembre 1926. Elle &#233;tait consacr&#233;e &#224; la situation internationale, &#224; la situation &#233;conomique du pays et aux t&#226;ches du parti et des syndicats, enfin &#224; l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Ce 7e pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC s'est tenu &#224; Moscou du 22/11 au 16/12/1926. Il portait sur la situation internationale (en particulier la Grande-Bretagne, la Chine et l'Allemagne), l'action du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'IC, les syndicats, et les oppositions &#224; l'int&#233;rieur du parti russe (des exclusions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Ce pl&#233;num du Comit&#233; central du parti, tenu le 12 f&#233;vrier 1927, a vot&#233; les r&#233;solutions relatives &#224; l'industrie du b&#226;timent en 1926/1927 et &#224; La baisse des prix de vente et de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Le groupe &#171; Centraliste d&#233;mocratique &#187; (abr&#233;g&#233; CD, &#233;galement nomm&#233; D&#233;ciste), s'est form&#233; en tant que tendance dans le parti bolch&#233;vique en mars 1919 au 8e congr&#232;s du PCR. Les dirigeants principaux &#233;taient Val&#233;riane Ossinski, Vladimir Smirnov et Timof&#233;&#239; Sapronov. Ils voulaient revenir &#224; une pratique politique et &#233;conomique initi&#233;e par la base ouvri&#232;re au d&#233;triment de la centralisation et de la bureaucratisation qui s'&#233;taient instaur&#233;es. Ils s'impliqu&#232;rent &#233;galement dans le d&#233;bat sur les syndicats fin 1920, d&#233;but 1921. Le groupe se dissout en mars 1921 suite au 10e congr&#232;s du PCR qui condamne les fractions. Ses membres se li&#232;rent en 1923 avec l'opposition de gauche initi&#233;e par Trotski, puis &#224; l'opposition unifi&#233;e de Trotski avec Kamenev et Zinoviev, et rompirent avec l'opposition trotskiste apr&#232;s la d&#233;faite de cette opposition unifi&#233;e du 16 octobre 1926, dont parle l'article. Certains membres ont fait ensuite d&#233;fection, d'autres sont rest&#233;s fid&#232;les &#224; leurs id&#233;es, mais tous ont subi la r&#233;pression stalinienne (isolateurs, prisons, exils, puis ex&#233;cutions massives &#224; la fin des ann&#233;es trente). Par rapport au r&#233;gime stalinien, ils jugent que &#171; Si chez nous les moyens de production sont nationalis&#233;s et que le pouvoir d'&#201;tat n'est pas entre les mains de la classe ouvri&#232;re, alors l'absence par elle-m&#234;me de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production montre que le sujet de l'exploitation a chang&#233; (le propri&#233;taire), mais pas l'objet (la classe ouvri&#232;re) &#187; [T. Sapronov : L'agonie de la dictature petite-bourgeoise]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils jugent en quelque sorte la contre-r&#233;volution comme achev&#233;e, et ont, dans la p&#233;riode du &#171; Grand tournant &#187; de Staline vers la d&#233;koulakisation, une politique que Trotski juge &#224; la fois gauchiste et en partie d&#233;faitiste. C'est &#224; leur propos que Trotski &#233;crit, fin 1928 : &#171; &#8230; aller au-devant de la masse ne signifie pas se mettre &#224; la t&#234;te des mouvements d&#233;sordonn&#233;s auxquels tendent les &#171; d&#233;cistes &#187;, qui, ou bien se casseront le cou sur une politique d'aventure, ce qui ne serait qu'un demi-malheur, ou bien aideront accidentellement l'ennemi &#224; tordre le cou &#224; la r&#233;volution, ce qui est beaucoup plus grave [&#8230;] &#187; Et estimant n&#233;cessaire de se d&#233;marquer de cette politique, Trotski ajoutait : &#171; Il faut que les flancs et l'arri&#232;re soient pour nous d&#233;limit&#233;s par une ligne claire, afin que la masse sache o&#249; nous sommes et o&#249; nous ne sommes pas. &#187; Cf. (Lettre du 21 octobre 1928). C'est ce point de vue que rappellent ici les r&#233;dacteurs du journal retrouv&#233; de l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Avril 27 : le 12 avril 1927, le Kuomintang retourne ses armes contre le Parti communiste chinois &#224; Shangha&#239; et y &#233;crase dans le sang la classe ouvri&#232;re, attisant ainsi la confrontation entre l'opposition de gauche et la majorit&#233; du PC(b)U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Pl&#233;num de novembre 1928 : le pl&#233;num du Comit&#233; central du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou du 16 au 24 novembre 1928. L'opposition droiti&#232;re y a &#233;t&#233; condamn&#233;e ; celle-ci a cependant vot&#233; cette r&#233;solution avec les partisans de Staline pour pr&#233;server l'unit&#233; du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] &#192; une nouvelle &#233;tape est un texte &#233;crit apr&#232;s le 18 d&#233;cembre 1927. La citation n'y a pas &#233;t&#233; retrouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Pl&#233;nums d'avril et de juillet 1928 : le premier s'est d&#233;roul&#233; du 6 au 11 avril 1928 &#224; Moscou et r&#233;unissait le Comit&#233; central du PC(b)U et la Commission centrale de contr&#244;le du PC(b)U ; il &#233;tait consacr&#233; &#224; des questions agraire, industrielle, d'organisation du parti. Le second s'est d&#233;roul&#233; du 4 au 12 juillet 1928 &#224; Moscou et r&#233;unissait le Comit&#233; central du PC(b)U ; questions abord&#233;es : Komintern, agriculture, formation de sp&#233;cialistes, nominations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] &#171; &#192; la fin de 1928, une campagne pour le renouvellement des conventions collectives s'est ouverte dans tout le pays [&#8230;] &#187;, pr&#233;cise Mikhail Vassiliev dans le num&#233;ro 20 des Cahiers du mouvement ouvrier : &#171; &#201;tant donn&#233; l'aggravation brutale des conditions de vie et de travail de la classe ouvri&#232;re, la hausse des prix sur les marchandises de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, un mouvement de gr&#232;ve s'est intensifi&#233; dans le pays. &#187; Et il cite un document de l'opposition de gauche &#224; l'&#233;poque qui dit : &#171; Le m&#233;contentement des ouvriers, ne trouvant pas d'issue aupr&#232;s des syndicats, s'amplifie [&#8230;] La gr&#232;ve, c'est le moyen extr&#234;me d'autod&#233;fense de la classe ouvri&#232;re contre les perversions de l'appareil bureaucratique. [&#8230;] les bolcheviks-l&#233;ninistes doivent prendre la t&#234;te du mouvement partout et en se souciant en tout lieu de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des travailleurs, luttant sans merci contre les perversions bureaucratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Nous n'avons pas le texte de la d&#233;claration du 4 octobre 1929, r&#233;dig&#233;e par Rakovski, l'un des responsables de l'opposition trotkiste &#224; l'&#233;poque. Mais elle est, semble-t-il, dans la continuit&#233; d'une autre d&#233;claration de Rakovski, cosign&#233;e avec deux autres oppositionnels, Kossior et Okoudjava, datant du 22 ao&#251;t (publi&#233;e notamment par P. Brou&#233; dans Les cahiers L&#233;on Trotsky no 6, p. 78 &#224; 85). &#192; sa fa&#231;on, ce texte du 22 ao&#251;t saluait le tournant &#224; gauche de la direction stalinienne, avec son plan d'industrialisation que les signataires de la d&#233;claration appelaient &#224; soutenir, appelant en m&#234;me temps &#224; la r&#233;int&#233;gration de l'opposition de gauche dans le parti, y compris la r&#233;int&#233;gration de Trotski et son retour d'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotski a, &#224; post&#233;riori (fin septembre), approuv&#233; sur le fond ce texte, auquel il apportait sa signature. Dans sa Lettre ouverte aux bolcheviks-l&#233;ninistes signataires de la d&#233;claration du 22 ao&#251;t 1929, il &#233;crivait : &#171; Le fait du tournant &#224; gauche de la direction officielle est patent. Depuis 1926, nous avons plus d'une fois pr&#233;dit qu'il &#233;tait in&#233;vitable sous les coups de la lutte de classe qui avait sans aucune difficult&#233; d&#233;moli le cadre de la politique droite-centre. De m&#234;me il n'est pas n&#233;cessaire de d&#233;montrer ici le fait incontestable que, si la lutte contre notre plate-forme a &#233;t&#233; conduite avec les arguments du groupe de droite actuel, la lutte officielle contre ce dernier a &#233;t&#233; men&#233;e avec des arguments emprunt&#233;s &#224; notre plate-forme. [&#8230;] Vous avez absolument raison de souligner que le plan quinquennal de construction socialiste peut devenir une &#233;tape tr&#232;s importante dans le d&#233;veloppement de la r&#233;volution d'Octobre. Dans des termes mesur&#233;s, mais sans &#233;quivoque, vous soulignez les conditions qui seraient n&#233;cessaires pour cela mais qui n'existent pas encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il mettait en garde contre toute illusion sur le cours qu'allait suivre la direction stalinienne, tant sur le plan international que dans sa politique vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re et dans le parti : &#171; La direction maintient et m&#234;me renforce la r&#233;pression parce que la co&#239;ncidence de nombre des mesures pratiques extr&#234;mement importantes qu'elle a prises dans sa politique actuelle avec les mots d'ordre et formulations de notre plate-forme, ne fait nullement dispara&#238;tre pour elle la dissemblance des principes th&#233;oriques d'o&#249; la direction et l'Opposition partent pour leur examen des probl&#232;mes de l'heure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en garde semble avoir &#233;t&#233; prise en compte dans la d&#233;claration du 4 octobre, qui &#233;tait devenue, plus que sa premi&#232;re &#233;bauche du 22 ao&#251;t, une r&#233;f&#233;rence pour l'opposition de gauche (dont les r&#233;dacteurs du texte). C'est ce que l'on voit par le r&#233;sum&#233; qu'en donne Rakovski lui-m&#234;me en avril 1930 : &#171; Dans sa d&#233;claration au C.C. et &#224; la C.C.C. du 4 octobre de l'ann&#233;e derni&#232;re, l'Opposition bolchevik-l&#233;niniste s'est &#233;lev&#233;e contre les mesures administratives extraordinaires &#224; la campagne, parce qu'elles entrainent des cons&#233;quences politiques n&#233;gatives. Nous nous sommes &#233;galement &#233;lev&#233;s contre la th&#233;orie tout &#224; fait n&#233;faste de la possibilit&#233; de construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste dans un seul pays [&#8230;] &#187;. Cette d&#233;claration d&#233;non&#231;ait &#171; l'application &#8211; en vue de l'accroissement de la discipline du travail et de la rationalisation &#8211; de proc&#233;d&#233;s rejet&#233;s par la r&#233;volution d'Octobre &#187; (d&#233;crets sur la discipline, introduction de la semaine continue, augmentation des normes de production&#8230;). Elle indiquait &#171; la n&#233;cessit&#233; d'une unification de toutes les forces communistes et r&#233;volutionnaires autour du Plan quinquennal d'industrialisation et de la lutte contre le capitalisme agraire et les droitiers. [&#8230;] Dans la mesure cependant o&#249; la r&#233;alisation du mot d'ordre d'unification de toutes les forces communistes signifie la fin de la p&#233;riode du monopole politique du centrisme la bureaucratie centriste va le combattre avec le m&#234;me acharnement que dans le pass&#233; &#187;. (D&#233;claration en vue du xvie congr&#232;s du PCUS, du 12 avril 1930, sign&#233;e de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, publi&#233;e par P. Brou&#233; dans le Cahier L&#233;on Trotsky no 6, p. 90 &#224; 103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Il s'agit en fait d'une d&#233;cision prise le 14 mars 1930 par le Comit&#233; central du PC(b)U sur La lutte avec les d&#233;viations dans le mouvement kolkhozien par rapport &#224; la ligne du parti. Cette d&#233;cision a fait suite &#224; l'article sign&#233; par Staline dans la Pravda du 2 mars 1930, intitul&#233; Le vertige du succ&#232;s. Devant les difficult&#233;s rencontr&#233;es et la r&#233;sistance des paysans, la campagne de &#171; collectivisation &#187; a &#233;t&#233; stopp&#233;e un temps et un certain nombre de cadres de base ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s pour gauchisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Il s'agit vraisemblablement du texte du 12 avril 1930, sign&#233; de Rakovski, Kossior, Mouralov et Kasparova, puis cosign&#233; par quelques autres (Brou&#233; en cite deux autres) dont nous avons parl&#233; dans la note 21.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Nous n'avons pas ce texte. Il semble &#234;tre la lettre de Trotski d'ao&#251;t 1930 dont dit se souvenir Ciliga dans Au pays de mensonge d&#233;concertant (une de ces lettres surnomm&#233;es les &#171; cartes postales &#187; qui parvenaient aux oppositionnels m&#234;me dans les prisons). Ciliga n'en cite pas le texte, mais seulement les longues discussions qu'ont suscit&#233;es au sein des trois tendances des oppositionnels de Verkn&#233;ouralsk l'appr&#233;ciation que Trotsky donnait du stade o&#249; en &#233;tait le &#171; bonapartisme stalinien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ciliga &#233;crit : &#171; Une de ses phrases : &#8220;La pr&#233;paration du bonapartisme dans le parti est achev&#233;e&#8221;, devint le fondement de tous les raisonnements et de toutes les th&#232;ses de la gauche. Quant aux droites, ils ne lui attribuaient qu'une valeur rh&#233;torique sans importance pour l'attitude d'ensemble adopt&#233;e par Trotski. Les gauches ne voulaient entendre que le jugement n&#233;gatif &#233;mis par Trotski sur la superstructure politique du r&#233;gime, les droites &#8211; que son jugement positif quant &#224; la base sociale : dictature du prol&#233;tariat et caract&#232;re socialiste de l'&#233;conomie &#187; (Ante Ciliga, Dix ans au pays du mensonge d&#233;concertant, p. 181-182 de l'&#233;dition 10/18 de 1977). Mais il ne nous renseigne pas sur les pr&#233;cisions que Trotski donnait sur la nouvelle tactique de l'opposition dont parlent ici les auteurs du texte des oppositionnels emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Il s'agit vraisemblablement de la m&#234;me &#171; carte postale &#187; d'ao&#251;t 1930 cit&#233;e plus haut (cf note 24)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] L. F. : Peut-&#234;tre, sous ces initiales, les auteurs du texte tiennent-ils &#224; citer L. F&#233;dortchenko qui, si l'on en croit la liste des bolcheviks-l&#233;ninistes enferm&#233;s dans l'isolateur de Verkhn&#233;ouralsk, publi&#233;e dans le no 19 de mars 1931 du Bulletin de l'Opposition, y aurait &#233;t&#233; enferm&#233;. S'agirait-il de L&#233;onide F&#233;dortchenko dont a retrouv&#233; mention par ailleurs et qui serait d&#233;c&#233;d&#233; en 1929 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Le 11e congr&#232;s du PC(b)U s'est tenu &#224; Moscou du 27 mars au 2 avril 1922. Dans le projet de r&#233;solution sur Le r&#244;le et les t&#226;ches des syndicats dans les conditions de la Nouvelle politique &#233;conomique, r&#233;dig&#233; par L&#233;nine pour ce congr&#232;s, il &#233;crivait : &#171; Le passage des entreprises d'&#201;tat &#224; l'autonomie financi&#232;re est in&#233;vitablement et indissolublement li&#233; &#224; la nouvelle politique &#233;conomique, et dans un tr&#232;s proche avenir ce type de gestion deviendra immanquablement pr&#233;pond&#233;rant, sinon exclusif. En fait, cela signifie, dans une situation o&#249; la libert&#233; du commerce est autoris&#233;e et se d&#233;veloppe, que les entreprises d'&#201;tat reviennent dans une mesure notable &#224; des bases commerciales capitalistes. Cette constance, jointe &#224; la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse d'accro&#238;tre la productivit&#233; du travail, d'obtenir de chaque entreprise d'&#201;tat une gestion non d&#233;ficitaire et m&#234;me b&#233;n&#233;ficiaire, &#224; l'attachement l&#233;gitime ou m&#234;me excessif aux int&#233;r&#234;ts particuliers de l'entreprise, ne peut manquer d'engendrer une certaine contradiction d'int&#233;r&#234;ts entre la masse des ouvriers et les directeurs, les administrateurs des entreprises d'&#201;tat ou les services administratifs dont ils rel&#232;vent. Aussi est-ce le devoir absolu des syndicats, m&#234;me &#224; l'&#233;gard des entreprises d'&#201;tat, de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat et des masses travailleuses vis-&#224;-vis de leurs employeurs. &#187; Et un peu plus loin il ajoutait : &#171; C'est pourquoi une des t&#226;ches essentielles des syndicats consiste &#224; d&#233;fendre dans tous les domaines et par tous les moyens les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat dans sa lutte contre le capital. Cette t&#226;che doit &#234;tre ouvertement situ&#233;e parmi les toutes premi&#232;res, l'appareil des syndicats doit &#234;tre r&#233;organis&#233;, modifi&#233; ou compl&#233;t&#233; en cons&#233;quence, il faut cr&#233;er, ou plus exactement faire en sorte que s'organisent des fonds de gr&#232;ve, etc. [&#8230;] D'o&#249; il d&#233;coule qu'actuellement nous ne pouvons absolument pas renoncer au recours &#224; la gr&#232;ve, que nous ne pouvons par principe admettre que la loi substitue aux gr&#232;ves l'arbitrage obligatoire de l'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution insistait aussi sur &#171; la diff&#233;rence entre la lutte de classe du prol&#233;tariat dans un &#201;tat qui reconna&#238;t la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre, des usines, etc., avec un pouvoir politique aux mains de la classe des capitalistes, et la lutte &#233;conomique du prol&#233;tariat dans un &#201;tat qui ne reconna&#238;t pas la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et de la majorit&#233; des grosses entreprises, dans un &#201;tat dont le pouvoir politique est dans les mains du prol&#233;tariat &#187; en &#233;crivant : &#171; il est &#233;vident que le but final vis&#233; par les gr&#232;ves en r&#233;gime capitaliste est la destruction de l'appareil d'&#201;tat et le renversement de la classe d&#233;tenant actuellement le pouvoir d'&#201;tat. Mais dans un &#201;tat prol&#233;tarien de type transitoire comme l'est le n&#244;tre, le but final vis&#233; par les gr&#232;ves ne peut &#234;tre que le renforcement de l'&#201;tat prol&#233;tarien et du pouvoir d'&#201;tat exerc&#233; par la classe prol&#233;tarienne, au moyen de la lutte contre les d&#233;formations bureaucratiques de cet &#201;tat, contre ses erreurs et ses faiblesses, contre les app&#233;tits de classe des capitalistes &#233;chappant &#224; son contr&#244;le, etc. &#187; (L&#233;nine, &#338;uvres, tome 33, p. 185-196 de l'&#233;dition en fran&#231;ais.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ce 3e congr&#232;s de l'IC : il s'est tenu &#224; Moscou entre le 22 juin et le 12 juillet 1921. 103 partis et organisations et 605 d&#233;l&#233;gu&#233;s y ont particip&#233;. La citation est extraite des Th&#232;ses sur la situation mondiale et les t&#226;ches de l'Internationale communiste, chapitre VII, Perspectives et t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/1930/08/bl%20tactique%20taches.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plateforme de l'Opposition de gauche en 1927&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/07/ogi192807.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Correspondances de l'Opposition de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/corr_opp/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes au camp d'internement stalinien de Vorkouta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/urss/vorkouta.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview d'un de ses sympathisants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rogovine/works/1994/04/dogart.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Discussion de Trotsky sur l'Opposition de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/04/lt19390400a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Quelle image des soviets de Russie en 1917</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8757</link>
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		<dc:date>2026-05-23T22:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelle image des soviets de Russie en 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas du tout celle de la dictature bureaucratique du stalinisme ! Ce n'est pas du tout celle de la fausse d&#233;mocratie capitaliste ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas celle de prol&#233;taires du sang sur les mains brulant de s'entretuer dans une guerre civile ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Non ! C'est celle d'assembl&#233;es massives, calmes, s&#233;rieuses d'exploit&#233;s et d'opprim&#233;s soucieux de r&#233;fl&#233;chir, de discuter sans fin pour comprendre, pour changer le monde ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire la suite : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19240 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/p09_oktober_11__800_x_600_-d7d0e.jpg' width=&#034;672&#034; height=&#034;489&#034; alt='' /&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/chelyabinsk_v_revolyucii.jpg' width=&#034;740&#034; height=&#034;485&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19236 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/png/1917__predstaviteli_armii_i_flota_vo_vremya_odnogo_iz_zasedanij_petrograd_maj_1917.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/1917__predstaviteli_armii_i_flota_vo_vremya_odnogo_iz_zasedanij_petrograd_maj_1917.png' width=&#034;1561&#034; height=&#034;1063&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/png/1917__gruppa_predstavitelej_kraevogo_soveta_rabochih_i_soldatskih_deputatov_v_moment_sverzheniya_vremennogo_pravitel_stva.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/1917__gruppa_predstavitelej_kraevogo_soveta_rabochih_i_soldatskih_deputatov_v_moment_sverzheniya_vremennogo_pravitel_stva.png' width=&#034;1717&#034; height=&#034;965&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19234 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/prezidium-chelyabinskogo-soveta-1917.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/prezidium-chelyabinskogo-soveta-1917.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;681&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/u.webp' width=&#034;480&#034; height=&#034;306&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/scale_1200.jpg' width=&#034;778&#034; height=&#034;531&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/webp/ml.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/ml.webp' width=&#034;1280&#034; height=&#034;884&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/k.webp' width=&#034;480&#034; height=&#034;320&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19229 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/innnvnnv.webp' width=&#034;441&#034; height=&#034;320&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/ifsssff.webp' width=&#034;427&#034; height=&#034;320&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/ia.webp' width=&#034;417&#034; height=&#034;320&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/i.webp' width=&#034;447&#034; height=&#034;320&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/h.webp' width=&#034;431&#034; height=&#034;320&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/webp/e4b6d271feb3d7ffe0eb6ce4a508d15c.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/e4b6d271feb3d7ffe0eb6ce4a508d15c.webp' width=&#034;2167&#034; height=&#034;1356&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/congress_of_soviets__1917_.jpg' width=&#034;412&#034; height=&#034;259&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/a201.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/a201.jpg' width=&#034;1387&#034; height=&#034;569&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19221 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1503113659_1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1503113659_1.jpg' width=&#034;1280&#034; height=&#034;840&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/500px-m._v__rodzyanko_sredi_chinov_armii__pereshedshih_na_storonu_vremennogo_pravitel_stva__1917_.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;336&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/webp/17r43z9mk1kdojmj51.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/webp/17r43z9mk1kdojmj51.webp' width=&#034;1349&#034; height=&#034;972&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1_244_q.jpg' width=&#034;276&#034; height=&#034;183&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1_244_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/1_244_.jpg' width=&#034;2552&#034; height=&#034;1811&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle image des soviets de Russie en 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du tout celle de la dictature bureaucratique du stalinisme ! Ce n'est pas du tout celle de la fausse d&#233;mocratie capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas celle de prol&#233;taires du sang sur les mains brulant de s'entretuer dans une guerre civile !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! C'est celle d'assembl&#233;es massives, calmes, s&#233;rieuses d'exploit&#233;s et d'opprim&#233;s soucieux de r&#233;fl&#233;chir, de discuter sans fin pour comprendre, pour changer le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5767&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5767&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6698&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6698&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7426&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7426&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce que L&#233;nine d&#233;fendait en 1905 sur le r&#244;le du soviet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lenin/works/1905/nov/04b.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/lenin/works/1905/nov/04b.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en 1917...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/nin/works/1932/00/soviets.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/nin/works/1932/00/soviets.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi le mouvement trotskyste a &#233;chou&#233;...</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article7466</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article7466</guid>
		<dc:date>2025-10-11T22:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;L'&#233;mancipation des ouvriers ne peut &#234;tre l'oeuvre que des ouvriers eux-m&#234;mes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des d&#233;faites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des l&#233;gendes, de monter des proc&#232;s d'imposture, &#8212; de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'&#224; une fin : prolonger la domination d'une coterie d&#233;j&#224; condamn&#233;e par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;L'&#233;mancipation des ouvriers ne peut &#234;tre l'oeuvre que des ouvriers eux-m&#234;mes. Il n'y a donc pas de plus grand crime que de tromper les masses, de faire passer des d&#233;faites pour des victoires, des amis pour des ennemis, d'acheter des chefs, de fabriquer des l&#233;gendes, de monter des proc&#232;s d'imposture, &#8212; de faire en un mot ce que font les staliniens. Ces moyens ne peuvent servir qu'&#224; une fin : prolonger la domination d'une coterie d&#233;j&#224; condamn&#233;e par l'histoire. Ils ne peuvent pas servir &#224; l'&#233;mancipation des masses. Voil&#224; pourquoi la IVe Internationale soutient contre le stalinisme une lutte &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que les masses ne sont pas sans p&#233;ch&#233;. Nous ne sommes pas enclins &#224; les id&#233;aliser. Nous les avons vues en des circonstances vari&#233;es, &#224; diverses &#233;tapes, au milieu des plus grands bouleversements. Nous avons observ&#233; leurs faiblesses et leurs qualit&#233;s. Leurs qualit&#233;s : la d&#233;cision, l'abn&#233;gation, l'h&#233;ro&#239;sme trouvaient toujours leur plus haute expression dans les p&#233;riodes d'essor de la r&#233;volution. A ces moments, les bolcheviks furent &#224; la t&#234;te des masses. Un autre chapitre de l'histoire s'ouvrit ensuite, quand se r&#233;v&#233;l&#232;rent les faiblesses des opprim&#233;s : h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, insuffisance de culture, manque d'horizon. Fatigu&#233;es, d&#233;&#231;ues, les masses s'affaiss&#232;rent, perdirent la foi en elles-m&#234;mes et c&#233;d&#232;rent la place &#224; une nouvelle aristocratie. Dans cette p&#233;riode les bolcheviks (les &#034;trotskistes&#034;) se trouv&#232;rent isol&#233;s des masses. Nous avons pratiquement parcouru deux cycles semblables : 1897-1905, ann&#233;es de flux ; 1907-1913, ann&#233;es de reflux ; 1917-1923, ann&#233;es marqu&#233;es par un essor sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; puis une nouvelle p&#233;riode de r&#233;action qui n'est pas encore finie. Gr&#226;ce &#224; ces &#233;v&#233;nements, les &#034;trotskistes&#034; ont appris &#224; conna&#238;tre le rythme de l'histoire, en d'autres termes la dialectique de la lutte des classes. Ils ont appris et, me semble-t-il, r&#233;ussi &#224; subordonner &#224; ce rythme objectif leurs desseins subjectifs et leurs programmes. Ils ont appris &#224; ne point d&#233;sesp&#233;rer parce que les lois de l'histoire ne d&#233;pendent pas de nos go&#251;ts individuels ou de nos crit&#233;riums moraux. Ils ont appris &#224; subordonner leurs go&#251;ts individuels &#224; ces lois. Ils ont appris &#224; ne point craindre les ennemis les plus puissants, si la puissance de ces ennemis est en contradiction avec les exigences du d&#233;veloppement historique. Ils savent remonter le courant avec la conviction profonde que l'afflux historique d'une puissance nouvelle les portera jusqu'&#224; l'autre rive. Pas tous ; beaucoup se noieront en chemin. Mais participer au mouvement les yeux ouverts, avec une volont&#233; tendue, telle est bien la satisfaction morale par excellence qui puisse &#234;tre donn&#233;e &#224; un &#234;tre pensant !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky dans &#034;Leur morale et la n&#244;tre&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi le mouvement trotskyste international a eu du mal &#224; se constituer et est rest&#233; faible en nombre et en comp&#233;tences politiques et sociales ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : nous nous revendiquons du trotskysme et c'est &#224; ce titre que nous d&#233;nions tout droit &#224; se revendiquer du trotskysme &#224; des organisations ne faisant aucune propagande ni ne menant aucune action en faveur des soviets, des conseils de travailleurs et de la perspective du pouvoir des conseils ouvriers r&#233;volutionnaires, ne faisant aucun effort pour vaincre les ennemis du prol&#233;tariat, notamment les r&#233;formistes mais aussi les courants pseudo-radicaux militaires ou islamistes notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Le mouvement trotskyste a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;, l&#224; o&#249; il n&#233;, en Russie, carr&#233;ment &#233;radiqu&#233;, massacr&#233; et aussi discr&#233;dit&#233; d&#233;finitivement. Il n'a pas pu rena&#238;tre car l'essentiel de la politique du stalinisme visait &#224; emp&#234;cher une renaissance du mouvement r&#233;volutionnaire en Russie puis dans le reste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Le mouvement trotskyste a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;, d&#233;cri&#233;, combattu et ses dirigeants assassin&#233;s partout dans le monde par les agents de Staline, sp&#233;cialement apoint&#233;s pour cela. Des intellectuels ont &#233;t&#233; embauch&#233;s partout dans le monde pour cr&#233;diter la th&#232;se &#171; hitl&#233;ro-trotskyste &#187; et les dirigeants syndicaux aussi ont &#233;t&#233; manipul&#233;s par les officines de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Ceux qui ont rejoint le mouvement trotskyste, &#224; part un ou deux dirigeants dans chaque pays, ne venaient pas d'une ancienne forrmation communiste et rejoignaient plus par r&#233;pulsion du stalinisme que par v&#233;ritable militantisme et formation communiste r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Une grande partie des trotskystes, hors de Russie, ont &#233;t&#233; coup&#233;s du prol&#233;tariat, notamment pas la chasse aux trotskystes dans les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Le mouvement trotskyste est n&#233; dans une phase de d&#233;faites successives du prol&#233;tariat qui ont marqu&#233; les nouveaux militants. Et c'&#233;taient des d&#233;faites d&#233;terminantes comme celle, sans combat, du prol&#233;tariat allemand devant le fascisme. Non seulement mais l'aspect repoussant et d&#233;moralisant du stalinisme pour tous ceux qui le combattaient. M&#234;me si cela donnait raison &#224; Trotsky, cela ne le renfor&#231;ait pas. Le basculement des troskystes espagnols dans le sens nationaliste catalan et d&#233;mocratique petit-bourgeois a sign&#233; la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) La mainmise stalinienne sur l'URSS a permis la mainmise sur le mouvement ouvrier communiste mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) La campagne mondiale sur les proc&#232;s de Moscou, relay&#233;e par la presse bourgeoise, a contribu&#233; &#224; discr&#233;diter les trotskystes dans l'opinion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176;) Le mouvement trotskyste, malgr&#233; l'influence de Trotsky, a, du coup, &#233;t&#233; victime de tendances petites bourgeoises qui n'&#233;taient pas compens&#233;es par une implantation ouvri&#232;re. Il a m&#234;me rejet&#233; longtemps sa constitution en IVe Internationale, repouss&#233; longtemps son programme de transition, souvent refus&#233; de faire du travail en direction de la classe ouvri&#232;re, eu des illusions sur les fronts populaires, parfois m&#234;me refus&#233; de d&#233;noncer fermement les crimes du stalinisme, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) Dans ces conditions, l'assassinat de Trotsky, seul dirigeant r&#233;volutionnaire porteur des le&#231;ons du pass&#233;, a &#233;t&#233; d&#233;terminante pour tuer politiquement le mouvement trotskyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) Les meilleurs militants trotskystes ont &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233;s par la guerre et l'apr&#232;s-guerre et particuli&#232;rement par l'absence d'une vague r&#233;volutionnaire apr&#232;s la guerre, vague &#233;radiqu&#233;e par avance par le bombardement syst&#233;matique des quartiers ouvriers des pays vaincus par les forces alli&#233;es anglo-am&#233;ricaines. Les bombes atomiques ont achev&#233; de terroriser les peuples, d&#233;j&#224; tortur&#233;s par la barbarie de la guerre dans les deux camps. La guerre mondiale a servi de bain de sng pr&#233;ventif comme pare-feu face aux risques r&#233;volutionnaires d'apr&#232;s-guerre. L'influence du stalinisme et du nationalisme ont permis que les r&#233;volutions coloniales ne prennent pas un tour prol&#233;tarien r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) L'alliance Staline/Hiltler suivie de l'alliance Staline/USA/Angleterre ont transform&#233; l'URSS bureaucratique en agence de l'imp&#233;rialisme mondial et fait basculer le diagnostic de Trotsky (Etat ouvrier &#224; d&#233;formations bureuacratiques) dans le sens des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. Ceux qui sont rest&#233;s &#224; l'analyse &#171; Etat ouvrier &#187; de la Russie n'en sont pas ressortis plus arm&#233;s, au contraire. Ils ont continu&#233; &#224; pr&#244;ner la &#171; d&#233;fense de l'URSS &#187;, soi-disant par fid&#233;lit&#233; &#224; Trotsky, alors m&#234;me que, Natalia Trotsky et Muniz le soulignaient, la situation mondiale avait chang&#233; et que la Russie elle-m&#234;me n'&#233;tait plus qu'un facteur contre-r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) Finalement, des groupes trotskystes allaient prendre des positions rompant avec le marxisme r&#233;volutionnaire, pr&#234;tant au stalinisme la capacit&#233; de cr&#233;er des Etats &#171; ouvriers &#187; sans r&#233;volution, sans soviets, sans autre intervention que celle de l'arm&#233;e de Staline avec l'accord des imp&#233;rialismes occidentaux ou de l'arm&#233;e de Mao, ou de celle de Castro ou d'autres encore. Ils allaient soutenir des fausses r&#233;volutions, de faux socialismes, des guerilla et autres mouvements situ&#233;s en dehors de l'action r&#233;volurionnaire du prol&#233;tariat, et soutenir aussi les gauches bourgeoises, les syndicats bureaucratis&#233;s et r&#233;formistes, les faux &#233;cologistes, les faux f&#233;ministes, les propagandistes du climat et bien d'autres mouvements qui n'ont rien de r&#233;volutionnaires et rien de socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de Trotsky en Russie ne voulait pas dire que ce dernier avait eu tort ou &#233;tait devenu contre-r&#233;volutionnaire, contrairement &#224; ce que les staliniens ont pr&#233;tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6921&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;taient les trotskystes en URSS ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3135&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6830&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6864&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6864&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6875&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6526&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6526&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6476&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6286&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6286&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6035&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6035&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5426&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4481&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4464&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3259&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6952&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6952&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Destin d'une r&#233;volution isol&#233;e et trahie - la contre-r&#233;volution stalinienne assassine les opposants communistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2198&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat m&#233;thodique des dirigeants trotskystes dans le monde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1035&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1438&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5985&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5985&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5956&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5613&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5613&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6239&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5968&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5191&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5191&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6620&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6620&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4850&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, le grand organisateur des d&#233;faites prol&#233;tariennes des ann&#233;es trente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6240&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme a m&#233;thodiquement achet&#233; des intellectuels et les a dress&#233;s contre le trotskysme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3608&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1923-24, des gens ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de diff&#233;rents partis pour la seule raison qu'ils n'&#233;taient pas d'accord pour condamner imm&#233;diatement Trotsky. Par la suite, ces &#233;l&#233;ments ont &#233;t&#233; contraints de regrouper leurs forces, sans avoir ni traditions r&#233;volutionnaires ni fondement th&#233;orique sous leurs pieds. Certains d'entre eux ne se sentaient m&#234;me pas faire partie d'une organisation r&#233;volutionnaire et en ont vite profit&#233; pour l'abandonner. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie comprend Madeleine et Maurice Paz, et dans une certaine mesure le vieux Loriot et Souvarine qui, n'ayant pas eu le temps de devenir marxiste, est devenu libre penseur, comme je l'ai d&#233;j&#224; &#233;crit plus haut. En Allemagne, Urbahns a compromis pendant plusieurs ann&#233;es l'Opposition entre la social-d&#233;mocratie et le sapronovisme. Enfin, en Belgique, Van Overstraten - et ce fut une grande surprise pour moi - s'est r&#233;v&#233;l&#233; impressionniste et dilettante. Sans compr&#233;hension marxiste, il recommence &#224; z&#233;ro sur chaque question, comme sur une page blanche, comme un autodidacte politique, malgr&#233; sa formation intellectuelle. J'ai rencontr&#233; Overstraten &#224; plusieurs congr&#232;s et lors de deux ou trois visites qu'il m'a rendu au commissariat militaire. Si je me souviens bien, il ne parlait jamais aux congr&#232;s et dans les conversations personnelles, il &#233;coutait plus qu'il ne parlait. Il est tout &#224; fait clair qu'il ne se sentait pas &#224; l'aise dans le Comintern de L&#233;nine : mais maintenant il l'admet ouvertement. Il a perdu la discipline th&#233;orique et organisationnelle, et je crains qu'il ne puisse plus la r&#233;cup&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les oppositionnels d'Europe occidentale n'ont jamais v&#233;cu une vie id&#233;ologique et politique coh&#233;rente, n'ont pas abord&#233; les grandes questions, ne se sont pas impliqu&#233;s dans la vie interne des autres partis. C'est ainsi que tous ces compagnons de route accidentels (Urbahns, Overstraten, Souvarine, Paz ) apparaissaient aux autres ainsi qu'&#224; nos camarades, et ils se voyaient tels. Mais au fond, ils nous ont caus&#233; beaucoup de tort, en bloquant aux id&#233;es de l'opposition la voie de l'entr&#233;e dans le parti, qu'ils ont d&#233;clar&#233; mort et liquid&#233;. Cette approche &#233;tait beaucoup plus facile et donnait la possibilit&#233; de vivre tranquillement dans son coin, avec une heure par semaine de discussions oppositionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre travail &#224; l'&#233;tranger ces deux derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; de mettre un terme &#224; ces fictions, &#224; la multiplication des malentendus fondamentaux et de d&#233;velopper les fondements de l'Opposition de gauche internationale. Pendant ces deux ann&#233;es, j'ai pass&#233; plus de temps &#224; d&#233;fricher qu'&#224; construire. Mais c'&#233;tait un travail pr&#233;alable absolument n&#233;cessaire, si l'on tient compte du fait que le sol est tr&#232;s encombr&#233;, non seulement par les ordures de l'appareil officiel, mais aussi par la confusion et le chaos des regroupements d'opposition al&#233;atoires et accidentels. Une organisation oppositionnelle fonctionnelle n'a &#233;t&#233; pratiquement pr&#233;sente, dans aucun pays, au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es. La meilleure organisation &#233;tait probablement le groupe am&#233;ricain, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il s'est r&#233;ellement constitu&#233; r&#233;cemment, recevant une forte et nouvelle impulsion du VIe Congr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/nin_21111930.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/nin_21111930.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre destructrice des proc&#232;s de Moscou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4693&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3160&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3150&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3150&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinisme s'est mobilis&#233;, par exemple en France, contre les militants ouvriers trotskistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6838&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6838&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les staliniens fran&#231;ais &#233;taient mobilis&#233;s contre le trotskisme, proclam&#233; ennemi num&#233;ro un et agent du fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3263&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, la question est de savoir pourquoi nous ne progressons pas en fonction de la valeur de nos id&#233;es, qui ne sont pas aussi d&#233;nu&#233;es de sens que le croient certains de nos amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne progressons pas politiquement. Ce fait est l'expression du recul g&#233;n&#233;ral du mou\'ement ouvrier dans les quinze derni&#232;res ann&#233;es. Quand le mouv&#232;mcnt r&#233;volutionnaire d&#233;cline de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, quand une d&#233;faite suit une autre d&#233;faite, quand le fascisme s'&#233;tend sur le monde entier. Quand le marxisme officiel s'incarne dans la plus formidable machine &#224; duper les travailleurs, il va de soi que les r&#233;volutionnaires ne peuvent travailler que contre le courant historique g&#233;n&#233;ral. Et cela, quand bien m&#234;me leurs id&#233;es sont aussi intelligentes et exactes qu'on peut le souhaiter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%2021.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/volumes/Tome%2021.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment Trotsky critiquait le courant trotskyste de France sur la question syndicale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article469&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article469&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les militants de l'Opposition de gauche sont ex&#233;cut&#233;s sans proc&#232;s, et nombre d'entre eux ont sans doute p&#233;ri dans le cours de la pr&#233;paration des proc&#232;s &#224; spectacle, de ces amalgames dont on con&#231;oit sans peine combien Staline e&#251;t aim&#233; y faire figurer, dans le r&#244;le d'accus&#233; avouant ses crimes et battant sa coulpe, l'un des &#171; irr&#233;ductibles &#187; qui n'avaient cess&#233; de le braver depuis des ann&#233;es. Trotsky lui m&#234;me redoutait, non sans raison, &#224; l'annonce de chaque proc&#232;s, d'y voir figurer l'un d'entre eux, bris&#233; par les m&#233;thodes perfectionn&#233;es dont il ne sous estimait pas l'efficacit&#233;. Parmi tous les hommes qui n'avaient pas capitul&#233;, Staline pourtant ne r&#233;ussit finalement qu'&#224; briser le seul Mouralov, celui l&#224; m&#234;me qu'il avait curieusement &#233;pargn&#233; en le laissant exercer librement sa profession d'agronome dans la r&#233;gion de Novosibirsk. Ce coup tr&#232;s dur pour Trotsky demeura unique. Parmi les accus&#233;s des trois grands proc&#232;s de Moscou ont figur&#233; certes nombre d'anciens dirigeants ou militants de l'Opposition, mais, &#224; l'exception de Mouralov, tous ces hommes avaient d&#233;j&#224; &#171; capitul&#233; &#187; des ann&#233;es auparavant et s'&#233;taient reni&#233;s publiquement, Zinoviev et Kamenev, Piatakov et Krestinsky d&#232;s 1928, Smirnov, Mratchkovsky, Boguslavsky, Ter Vaganian apr&#232;s Radek en 1929, Rakovsky en 1934 enfin. Mais aucun des bolcheviks l&#233;ninistes maintenus en isolateur depuis des ann&#233;es, rest&#233;s fid&#232;les &#224; l'organisation et &#224; son programme, n'a finalement collabor&#233;, m&#234;me sous la torture, aux proc&#232;s pr&#233;fabriqu&#233;s et la majorit&#233; d'entre eux ont pay&#233; ce refus de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons sur ce qu'&#233;taient ces hommes en 1936 qu'un seul t&#233;moignage, celui de Victor Serge. Il &#233;crit &#224; Trotsky, le 27 mai 1936, peu apr&#232;s sa lib&#233;ration et son arriv&#233;e en Belgique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes en ce moment fort peu nombreux : quelques centaines, dans les cinq cents. Mais ces cinq cents ne fl&#233;chiront plus. Ce sont des hommes tremp&#233;s, qui ont appris &#224; penser et &#224; sentir par eux m&#234;mes et qui acceptent avec tranquillit&#233; la perspective d'une pers&#233;cution sans fin. Dans les isolateurs, nos camarades sont quelques dizaines au total, sur des centaines de zinovi&#233;vistes, droitiers et autres staliniens v&#233;reux. Parmi nous, il n'y a pas grande unit&#233; de vues. Boris Mikh(ailovitch Eltsine) disait : &#034;C'est le G.P.U. qui fait notre unit&#233;&#034;. Deux grandes tendances se divisent &#224; peu pr&#232;s par moiti&#233; : ceux qui estiment qu'il faut tout r&#233;viser, que l'on a commis des fautes depuis le d&#233;but de la r&#233;volution d'Octobre et ceux qui consid&#232;rent le bolchevisme &#224; ses d&#233;buts comme inattaquable. Les premiers sont enclins &#224; consid&#233;rer que dans les questions d'organisation vous aviez raison, avec Rosa Luxemburg, dans certains cas, contre L&#233;nine autrefois. En ce sens, il y a un trotskisme dont les attaches remontent loin (personnellement, je suis aussi de cet avis, pensant toutefois que les principes d'organisation de L&#233;nine ont fait leurs preuves dans une p&#233;riode et un pays donn&#233;, particuli&#232;rement arri&#233;r&#233;). Nous nous divisons aussi par moiti&#233; sur les probl&#232;mes de la d&#233;mocratie sovi&#233;tique et de la dictature (les premiers, partisans de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re la plus large dans la dictature : mon impression est que cette tendance est en r&#233;alit&#233; de beaucoup la plus forte). Dans les isolateurs, un groupe dit du &#034;capitalisme d'&#201;tat&#034; (Goskappisty) s'est d&#233;tach&#233; : ils professent que le capitalisme d'&#201;tat vers lequel s'acheminent &#233;galement Mussolini, Hitler et Staline, est aujourd'hui le pire ennemi du prol&#233;tariat. Ils sont peu nombreux, mais il y a parmi eux quelques camarades des plus capables [ ... ] Il devient de plus en plus difficile, sinon impossible de tenir [ ... ] En g&#233;n&#233;ral, il n'y a plus d'autorit&#233;s : les vieux se sont discr&#233;dit&#233;s, les jeunes entendent penser par eux-m&#234;mes. Par &#034;vieux&#034;, j'entends ici la g&#233;n&#233;ration d'opposants de 23 28 dont il ne reste que quelques cadres admirables, des jeunes d'ailleurs comme les Iakovine et les Dingelstedt. Dans les isolateurs et ailleurs, on trouve surtout maintenant les opposants trotskystes de 1930 1933. Une seule autorit&#233; subsiste : la v&#244;tre. Vous avez l&#224; bas une situation morale incomparable, des d&#233;vouements absolus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1980/00/broue_19800000l.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si Staline s'appr&#234;tait &#224; revenir sur le chemin de la r&#233;volution, il n'aurait pas extermin&#233; et d&#233;moralis&#233; les r&#233;volutionnaires. En derni&#232;re analyse, Mussolini a raison lorsqu'il &#233;crit dans le &#171; Giornale d'italia &#187; que &#171; personne jusqu'ici n'a port&#233; de coups plus rudes &#224; l'id&#233;al du communisme (de la r&#233;volution prol&#233;tarienne) ni extermin&#233; de communistes avec autant d'acharnement que Staline. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &#8211; 9 mars 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3088&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assassinat de Trotsky ach&#232;ve le travail de destruction du trotskysme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6008&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6008&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5975&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5671&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5671&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale, plusieurs groupes trotskystes ont vir&#233; de bord et quelques rares ont partiellement tenu le cap&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1945/07/barta_19450702.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faiblesses du trotskysme en France ont jou&#233; un r&#244;le important&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301125a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1930/11/301125a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky rappelle &#224; propos des trotskystes am&#233;ricains : &#171; j'&#233;crivais &#224; Cannon :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le Parti a seulement une minorit&#233; de v&#233;ritables ouvriers d'usine... Les &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens repr&#233;sentent un levain tr&#232;s n&#233;cessaire et je crois que nous pouvons &#234;tre fiers de la qualit&#233; de ces &#233;l&#233;ments. Mais... notre Parti peut &#234;tre inond&#233; par des &#233;l&#233;ments non prol&#233;tariens et peut m&#234;me perdre son caract&#232;re r&#233;volutionnaire. Evidemment notre t&#226;che n'est pas d'emp&#234;cher l'afflux des intellectuels par des m&#233;thodes artificielles... mais d'orienter toute l'organisation vers les usines, les gr&#232;ves, les syndicats...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Prenons un exemple concret : nous ne pouvons pas consacrer suffisamment ou autant de forces &#224; toutes les usines. Notre organisation locale peut choisir comme champ d'activit&#233; durant la p&#233;riode prochaine une, deux ou trois usines dans son rayon et concentrer toutes ses forces sur ces usines. Si nous avons, dans l'une d'elles, deux ou trois ouvriers, nous pouvons cr&#233;er une commission sp&#233;ciale de soutien de cinq membres non ouvriers dans le but d'&#233;largir notre influence dans cette usine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La m&#234;me chose doit &#234;tre faite dans les syndicats. Nous ne pouvons pas introduire des membres non ouvriers dans les syndicats ouvriers. Mais nous pouvons constituer, avec des chances de succ&#232;s, des commissions de soutien pour l'action orale et litt&#233;raire en connection avec nos camarades au sein du syndicat. Les conditions invariables de cette action doivent &#234;tre : ne pas commander les ouvriers, mais seulement les aider, leur donner des suggestions, les armer de faits, d'id&#233;es, de journaux d'usines, de tracts sp&#233;ciaux, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Une telle collaboration aurait une &#233;norme importance &#233;ducative, d'une part pour les camarades ouvriers, d'autre part pour les membres non ouvriers qui ont besoin d'une solide r&#233;&#233;ducation.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Vous avez par exemple, un nombre important d'&#233;l&#233;ments juifs non travailleurs dans vos rangs. Ils peuvent &#234;tre un levain de valeur, si le Parti r&#233;ussit &#224; les extraire peu &#224; peu d'un milieu clos, et &#224; les lier aux ouvriers d'usines au moyen d'une activit&#233; quotidienne. Je crois qu'une telle orientation assurerait aussi une atmosph&#232;re plus saine &#224; l'int&#233;rieur du Parti...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous pouvons poser sans tarder une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale : un membre du Parti qui n'a pas gagn&#233; au Parti un nouvel ouvrier au cours de trois ou six mois n'est pas un bon membre du Parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Si nous assurions s&#233;rieusement une telle orientation g&#233;n&#233;rale et si nous en v&#233;rifiions chaque semaine les r&#233;sultats pratiques, nous &#233;viterions un grand danger, celui de voir les intellectuels et les ouvriers en faux col supplanter la minorit&#233; ouvri&#232;re, la condamner au silence et transformer le Parti en un club de discussion tr&#232;s intelligent, mais absolument inhabitable pour les ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les m&#234;mes r&#232;gles devraient &#234;tre appliqu&#233;es sous une forme correspondante en ce qui concerne le travail et le recrutement de l'organisation de jeunesse, sans quoi nous courons le danger d'&#233;duquer de bons &#233;l&#233;ments jeunes en dilettantes r&#233;volutionnaires et non en combattants r&#233;volutionnaires.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette lettre prouve clairement, je l'esp&#232;re, que je n'ai pas invent&#233; le danger d'une d&#233;viation petite-bourgeois&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma7.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/defmarx/dma7.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re chose qu'il faut comprendre dans la situation mondiale, et si on ne la comprend pas tout s'embrouille et l'action devient st&#233;rile, c'est que l'Etat et le gouvernement russes actuels, loin d'avoir pour base la r&#233;volution bolchevique de 1917, ou le moindre de ses restes, repr&#233;sentent face &#224; elle la plus f&#233;roce et achev&#233;e des contre-r&#233;volutions. L'actuel gouvernement russe a contribu&#233; &#224; lui seul &#224; la d&#233;faite de la r&#233;volution mondiale et &#224; l'&#233;tat de prostration des masses bien plus que tous les gouvernements capitalistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans Moscou et le stalinisme mondial, ou bien la guerre imp&#233;rialiste n'aurait pas &#233;clat&#233;, emp&#234;ch&#233;e par la r&#233;volution europ&#233;enne, ou bien la guerre se serait vite et victorieusement transform&#233;e en guerre civile. C'est cette derni&#232;re direction que prenait l'action spontan&#233;e des masses sous l'occupation nazie, action que le stalinisme et le capitalisme mondial ont, sous un &#233;tendard unitaire, r&#233;orient&#233;e vers la guerre imp&#233;rialiste via les mouvements nationaux. Nous en sommes ainsi arriv&#233;s &#224; l'actuelle compl&#232;te domination r&#233;actionnaire du monde par les Trois Grands victorieux, ce qui entra&#238;ne une menace continuelle de nouvelle guerre imp&#233;rialiste et qui donne aux masses une am&#232;re sensation de frustration, gage de domination stalinienne et r&#233;formiste. La crise du mouvement ouvrier mondial se r&#233;sume donc dans la capacit&#233; organique du stalinisme (la social-d&#233;mocratie est un second couteau de peu d'importance) &#224; clouer l'activit&#233; des masses, pendant et apr&#232;s la guerre, dans le cercueil mis en place par les vieux imp&#233;rialismes et la contre-r&#233;volution russe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la guerre le parti am&#233;ricain a eu une attitude opportuniste comparable &#224; celle du centrisme et non &#224; celle qui doit &#234;tre la n&#244;tre. Lui-m&#234;me l'a d&#233;finie comme non-soutien, transformation de la guerre imp&#233;rialiste en vraie guerre contre le fascisme, opposition politique, etc... et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale s'est abstenu d'agitation et de travail sp&#233;cifique contre la guerre, tant &#224; l'arri&#232;re qu'au front. Et la politique de ce parti est apparue face au monde, pendant des ann&#233;es, comme la politique officielle de la IV&#176; Internationale ! D'autre part, ce qui faisait office de centre international l'a tacitement accept&#233; comme bonne. Evidemment, la politique du parti am&#233;ricain a entra&#238;n&#233; vers l'opportunisme tous les groupes de la IV&#176; Internationale dans le monde. [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
Les camarades qui pendant l'occupation, dans de terribles conditions, ont continu&#233; la lutte g&#233;n&#233;rale pour la r&#233;volution sur la base de nos id&#233;es, se sont montr&#233;s redevables de l'estime et de l'admiration de toute l'Internationale. Notre respect et notre amiti&#233; va &#224; tous ceux qui sont tomb&#233;s et ceux qui continuent. C'est cela m&#234;me qui nous oblige &#224; signaler les erreurs qui entravent aujourd'hui la croissance de l'organisation et la marche r&#233;volutionnaire. Pour r&#233;soudre positivement sa crise, pour aider l'Internationale &#224; r&#233;soudre la sienne, le parti fran&#231;ais doit analyser sa conduite et celle de l'Internationale pendant la guerre imp&#233;rialiste, et condamner les opportunismes et les vacillements. L'erreur la plus grave en ce domaine vient de la nouvelle direction &#233;lue &#224; la Pr&#233;-conf&#233;rence d'avril 1946. Depuis plus d'un an elle n'a toujours pas mis en discussion la politique des principaux partis pendant la guerre imp&#233;rialiste (...). Son erreur risque d'&#234;tre davantage mortelle pour notre mouvement quand cette nouvelle direction rechigne &#224; mettre &#224; l'ordre du jour du Congr&#232;s mondial en pr&#233;paration l'attitude des principaux partis face &#224; la guerre imp&#233;rialiste et aux mouvements nationaux. Une erreur peut &#234;tre grave ou tr&#232;s grave, mais un parti qui sait les corriger poursuivra son chemin vers la r&#233;volution. Une erreur non rectifi&#233;e produit la phtisie th&#233;orique, l'ankylose organique, la destruction t&#244;t ou tard. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas, comme le consid&#232;rent malheureusement quelques tendances, consubstantiel &#224; notre mouvement. Le crit&#232;re qui a toujours pr&#233;valu dans notre attitude vis-&#224;-vis de la question est celui-ci : la d&#233;fense de l'U.R.S.S. dans une guerre contre des ennemis ext&#233;rieurs aide t-elle ou entrave t-elle la r&#233;volution mondiale ? [...] La &#171; d&#233;fense inconditionnelle de l'U.R.S.S. &#187; s'est r&#233;v&#233;l&#233;e incompatible avec la d&#233;fense de la R&#233;volution mondiale. La d&#233;fense de la Russie doit &#234;tre abandonn&#233;e de toute urgence parce qu'elle lie tous nos mouvements, p&#232;se sur notre progr&#232;s th&#233;orique, et nous donne aux yeux des masses une physionomie stalinisante. Il est impossible de d&#233;fendre la R&#233;volution mondiale et la Russie en m&#234;me temps. C'est l'un ou l'autre. Nous nous pronon&#231;ons pour la R&#233;volution mondiale, contre la d&#233;fense de la Russie, et vous invitons &#224; vous prononcer dans le m&#234;me sens [...] pour &#234;tre fid&#232;les &#224; la tradition r&#233;volutionnaire de la IV&#176; Internationale, nous devons abandonner la th&#233;orie trotskyste de la d&#233;fense de l'U.R.S.S. ; nous produirons ainsi dans l'Internationale la r&#233;volution id&#233;ologique indispensable pour la r&#233;ussite de la R&#233;volution mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/postwar/1947/06/nt_19470600.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat russe a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; par le stalinisme dans tout le mouvement ourier comme premier pays socialiste alors que L&#233;nine et Trotsky affirmaient le contraire&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7423&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement trotskyste en France, le plus&#8230; &#224; droite de tout le trotskysme mondial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5230&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5230&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3738&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3738&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la Quatri&#232;me Internationale fond&#233;e par L&#233;on Trotsky a &#233;chou&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4250&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'extr&#234;me gauche opportuniste a soutenu les ennemis du prol&#233;tariat sous pr&#233;texte de lutte contre le fascisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre principale divergence avec l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise : ils ne sont pas clairs vis-&#224;-vis de la nature de l'Etat capitaliste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5462&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les faux &#171; militants de la base &#187; qui noyautent le mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre</title>
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		<dc:date>2025-10-05T22:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les faux &#171; militants de la base &#187; et v&#233;ritables amis des directions syndicales&#8230; et du pouvoir d'Etat capitaliste&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut le dire sans d&#233;tour : un certain nombre de ceux qui se pr&#233;sentent dans le mouvement, aux ronds-points et aux assembl&#233;es du mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre, comme des &#171; militants du rang &#187;, des &#171; autonomes &#187;, des &#171; ind&#233;pendants &#187;, ne sont rien d'autre que les alli&#233;s cach&#233;s de nos faux amis &#8212; les directions syndicales et les partis dits &#171; de gauche &#187; (notamment LFI et la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/png/les_trois_bouffons.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/les_trois_bouffons.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/png/gauche_bourgeoise_1_.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/gauche_bourgeoise_1_.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnailc.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/jpg/thumbnailc.jpg' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les faux &#171; militants de la base &#187; et v&#233;ritables amis des directions syndicales&#8230; et du pouvoir d'Etat capitaliste&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire sans d&#233;tour : un certain nombre de ceux qui se pr&#233;sentent dans le mouvement, aux ronds-points et aux assembl&#233;es du mouvement d&#233;but&#233; le 10 septembre, comme des &#171; militants du rang &#187;, des &#171; autonomes &#187;, des &#171; ind&#233;pendants &#187;, ne sont rien d'autre que les alli&#233;s cach&#233;s de nos faux amis &#8212; les directions syndicales et les partis dits &#171; de gauche &#187; (notamment LFI et la fausse extr&#234;me gauche). Derri&#232;re leur vernis radical, ils jouent le r&#244;le le plus dangereux : canaliser la col&#232;re populaire, la neutraliser, et la livrer aux mains de la bourgeoisie. Ce sont des ennemis politiques, pas de simples adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est claire. En juin 1848, les ouvriers parisiens se soul&#232;vent contre la mis&#232;re et le ch&#244;mage impos&#233;s par la R&#233;publique. Que fait la gauche r&#233;publicaine ? Louis Blanc et ses semblables invoquent l'&#171; union sacr&#233;e &#187; pour d&#233;fendre la R&#233;publique bourgeoise. Et c'est Cavaignac qui fait tirer les canons sur les barricades, envoyant &#224; la mort des dizaines de milliers de prol&#233;taires et de paysans. D&#233;j&#224;, cette gauche pr&#233;f&#233;rait fusiller le peuple plut&#244;t que le laisser prendre en main son destin. Blanqui, lui, choisissait le camp des insurg&#233;s : voil&#224; la diff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la Commune de Paris de 1871, la gauche r&#233;formiste a tout fait pour retarder et d&#233;tourner de la r&#233;volution et pour ne pas abattre l'arm&#233;e de Thiers et attaquer la Banque de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;volution des soviets en Russie, la gauche des mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires ont milit&#233; contre le pouvoir des soviets au point de llui mener la guerre aux c&#244;t&#233;s des arm&#233;es blanches et imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1919, en Allemagne, Ebert et Noske, dirigeants sociaux-d&#233;mocrates, l&#226;chent les corps francs pour assassiner Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. La gauche &#171; progressiste &#187; assassine les r&#233;volutionnaires pour sauver la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, en 1936-37, la gauche r&#233;publicaine et les staliniens pr&#233;f&#232;rent r&#233;primer les anarchistes et les r&#233;volutionnaires plut&#244;t que de risquer que le peuple prenne r&#233;ellement le pouvoir. Ils ouvrent ainsi la voie &#224; Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Chili, en 1973, Allende lui-m&#234;me, la corde d&#233;j&#224; autour du cou, en appelle au peuple pour &#171; faire confiance &#187; &#224; Pinochet. R&#233;sultat : des milliers de morts, des dizaines de milliers de disparus, un peuple livr&#233; sans d&#233;fense &#224; la dictature militaire. Jusqu'au dernier souffle, la gauche bourgeoise pr&#233;f&#232;re le fascisme &#224; la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui ? Les h&#233;ritiers de cette tradition rejettent bruyamment la peste brune, mais accueillent &#224; bras ouverts sa variante rouge-brune : le stalinisme, ce fascisme bureaucratique d&#233;guis&#233; en communisme, qui n'a cess&#233; d'&#233;craser les &#233;lans r&#233;volutionnaires pour maintenir l'ordre bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gens osent se donner des airs d'opposants. Mais en r&#233;alit&#233;, ils sont les chiens de garde du syst&#232;me. Ils demandent des noms comme de petits flics de la transparence bourgeoise. Ils transforment toute critique en &#171; invective &#187; pour &#233;viter le fond. Ils psychanalysent les col&#232;res populaires comme si le refus de l'exploitation &#233;tait une maladie. Derri&#232;re le masque de l'&#171; autonomie &#187;, ils ne font que recycler les mots d'ordre des directions syndicales et leur offrir un vernis radical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'on ne s'y trompe pas : cette contre-r&#233;volution progressiste de gauche n'a qu'une mission &#8212; d&#233;signer les r&#233;volutionnaires comme &#171; fauteurs de division &#187; et aligner les masses sur les consignes venues d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous disons autre chose. L'&#233;mancipation ne viendra pas de leurs grandes man&#339;uvres, ni de leurs AG fantoches, ni de leurs postures moralisantes. Elle viendra de la gr&#232;ve sauvage, insurrectionnelle, expropriatrice. Des assembl&#233;es r&#233;ellement souveraines. De la d&#233;sob&#233;issance, du boycott des institutions bourgeoises et de l'action directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a tranch&#233; : chaque fois que le peuple s'est soulev&#233;, cette gauche &#171; respectable &#187; s'est dress&#233;e contre lui. Ils peuvent bien continuer &#224; moraliser, &#224; psychanalyser, &#224; jouer les radicaux de fa&#231;ade. Nous savons qui ils sont : les ennemis de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche a toujours &#233;t&#233; l'ennemie des travailleurs, des salari&#233;s, de la classe ouvri&#232;re, des prol&#233;taires. La gauche, c'est la gauche de la bourgeoisie. La gauche, ce n'est pas notre camp, ce ne sont pas nos amis, ni m&#234;me nos adversaires. Le temps venu, la gauche envoie les troupes contre les manifestants qui les g&#234;nent. On l'a vu &#224; l'&#233;poque de Hollande, en 2016, les cr&#226;nes ouverts de nombreux jeunes ou moins jeunes manifestants &#233;tudiants ou salari&#233;s, sans distinction. Elle organise aussi les fascis les bastonnades ou les corps francs massacreurs des prol&#233;taires quand la r&#233;volution pointe son nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la gauche d&#233;tourne le mouvement d'auto-organisation des travailleurs car elle ne veut surtout pas d'un pouvoir des travailleurs renversant le pouvoir des capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui &#224; l'insurrection qui vient et qui couve derri&#232;re les parades syndicats qui ne peuvent plus servir qu'&#224; tenter de masquer cette insurrection qui a eu lieu et qui n'a de cesse de revenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui &#224; l'insurrection prol&#233;taire et &#224; tous ses soutiens quelles que soient leurs origines de classe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela forgeons un programme et d&#233;fendons l'id&#233;e de s'organiser ind&#233;pendamment des syndicats, des associations ou partis bourgeois-e-s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la seule issue pour en finir avec les structures &#233;tatiques militaires sociales ou juridiques du pass&#233; pourtant encore bien trop pr&#233;sentes actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gens-l&#224; nous ont fait reculer par rapport aux mouvement des Gilets jaunes et pas seulement en nombre, en mobilisation mais sur le fond&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce que faisait et disait le mouvement des Gilets jaunes&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Gilets jaunes ont &#233;t&#233; le premier mouvement de masse auto-organis&#233; &#224; clamer :&lt;br class='autobr' /&gt;
A bas l'inflation sur l'essence, la baguette, les chaussures !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la mis&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas les in&#233;galit&#233;s sociales !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas l'Etat au service des milliardaires !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas l'imp&#244;t public qui ne sert pas l'int&#233;r&#234;t public !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la casse des services publics !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la baisse des salaires, des retraites, des allocations ch&#244;mages et des aides sociales !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas la soci&#233;t&#233; du 1% des riches qui s'impose aux pauvres !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; bas les m&#233;dia, les administrations, les forces de r&#233;pression et le pouvoir des capitalistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous n'avons rien, nous voulons tout !&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne d&#233;cidons de rien, nous voulons d&#233;cider de tout ! &#187;, voil&#224; le but commun des Gilets jaunes !&lt;br class='autobr' /&gt;
La profondeur sociale du mouvement de masse se d&#233;couvre dans celle de ses slogans, de ses tracts, de ses affiches, des propos de ses participants dans les assembl&#233;es, les comit&#233;s et les piquets :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est celui qui a faim qui conduit la manif et le rassemblement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On ne veut pas perdre notre vie&#8230; &#224; gagner l'argent des riches. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La seule chose &#224; faire avec l'Etat des milliardaires, c'est de le renverser. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand on n'a pas de quoi mettre dans la bouche des enfants et dans leur cartable, on a plein &#224; mettre dans la gueule des riches. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le seul pouvoir qu'on respecte, c'est celui du peuple travailleur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est parce qu'on a vu la v&#233;rit&#233; sur leur pouvoir qu'il a commenc&#233; &#224; nous crever les yeux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est parce que nous avons faim et que nous en avons marre qu'ils ont peur. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La seule chose qu'ils n'auront pas vol&#233;e c'est notre r&#233;volution. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A la lanterne les hommes politiques &#224; la botte des milliardaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#234;me la bile des poss&#233;dants est devenue jaune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_18209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://matierevolution.fr/IMG/png/ag_musele_e.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://matierevolution.fr/IMG/png/ag_musele_e.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un exemple : &#224; Poitiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Adresse &#224; ceux et celles qui veulent choisir la voie de l'autonomie et de l'ind&#233;pendance de classe contre la direction de l'Assembl&#233;e de Poitiers qui soutient les directions syndicales sociales-patriotes, lieutenants ouvriers du capitalisme au sein des travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Analyse du d&#233;bat des assembl&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fil de discussion montre deux camps principaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	Le camp critique (A. L., &#201;., B., etc.) : ils d&#233;noncent le r&#244;le des syndicats (CGT, FSU) dans la neutralisation des luttes. Ils parlent de &#171; vider les AG de leur sens &#187;, de les confisquer, de d&#233;tourner la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Ils d&#233;fendent l'action directe, l'autonomie, et la n&#233;cessit&#233; d'assembl&#233;es r&#233;ellement souveraines.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Le camp mod&#233;rateur/pro-syndical (A., F. L., &#201;., parfois M. S. et C. L. dans d'autres fils) : ils se posent en gardiens de &#171; l'unit&#233; &#187;, accusent les critiques de &#171; d&#233;mobiliser &#187; ou de traiter les syndicats de &#171; tra&#238;tres &#187;. En r&#233;alit&#233;, leur r&#244;le est de d&#233;samorcer toute contestation s&#233;rieuse des appareils syndicaux, de d&#233;fendre les intersyndicales et leurs journ&#233;es saute-mouton, et d'emp&#234;cher que l'assembl&#233;e devienne un v&#233;ritable espace de rupture politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	Les voix interm&#233;diaires (M., P. P., etc.) : elles insistent sur la pr&#233;carit&#233; et la difficult&#233; de faire gr&#232;ve, ce qui ram&#232;ne le d&#233;bat sur le terrain du &#171; r&#233;alisme &#187; mat&#233;riel. Cela sert souvent d'appui indirect au camp mod&#233;rateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
En somme, cette assembl&#233;e agit comme un organe parasyndical :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	canaliser la col&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	neutraliser les critiques sous couvert de mod&#233;ration,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	maintenir l'emprise des appareils syndicaux sur le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; l'assembl&#233;e &#171; parasyndicale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat a montr&#233; une chose claire : &#224; chaque fois que des critiques r&#233;elles sont adress&#233;es aux directions syndicales, certains &#8212; A., F. L., &#201;. et leurs semblables &#8212; s'&#233;rigent en &#171; mod&#233;rateurs &#187; ou en &#171; gardiens de l'unit&#233; &#187;. Mais de quelle unit&#233; s'agit-il ? D'une unit&#233; avec les directions CGT, FSU et autres appareils qui, depuis des mois, n'ont fait qu'encadrer, ritualiser, &#233;puiser la col&#232;re en l'amenant vers des journ&#233;es saute-mouton, sans lendemain ni perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce discours soi-disant &#171; constructif &#187; n'est en r&#233;alit&#233; qu'un paravent : on nous explique qu'il ne faut pas &#171; diviser &#187;, qu'il ne faut pas &#171; pol&#233;miquer &#187;, que critiquer le r&#244;le des syndicats serait &#171; d&#233;mobiliser &#187;. Mais le v&#233;ritable frein &#224; la mobilisation, ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces appareils qui verrouillent les AG, qui confisquent la parole, qui d&#233;cident &#224; la place de la base, et qui transforment chaque tentative de soul&#232;vement en simple procession symbolique.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. et les autres ne d&#233;fendent pas la lutte : ils d&#233;fendent la mise des directions syndicales. Ils utilisent des arguments fallacieux &#8212; accuser de &#171; tra&#238;trise &#187;, accuser de &#171; d&#233;mobiliser &#187; &#8212; pour en r&#233;alit&#233; interdire toute critique et maintenir l'emprise des lieutenants ouvriers du capital sur nos luttes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; &#231;a, le camp critique, celui qui parle d'action directe, d'autonomie, d'assembl&#233;es r&#233;ellement souveraines, n'a pas &#224; se laisser intimider. Si l'on veut r&#233;ellement changer de politique, cela ne peut pas &#234;tre en m&#233;nageant ces faux d&#233;bats, mais en d&#233;non&#231;ant publiquement le r&#244;le de ce petit milieu, qui ne fait qu'orienter vers des voies de garage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#171; assembl&#233;e &#187; n'est pas une assembl&#233;e de lutte : c'est une assembl&#233;e parasyndicale, con&#231;ue pour encadrer, neutraliser, et emp&#234;cher que la col&#232;re d&#233;bouche sur une v&#233;ritable organisation ind&#233;pendante.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi nous appelons toutes celles et ceux qui veulent vraiment en finir avec ce carcan &#224; rompre avec ces faux cadres, &#224; rejoindre les Gilets Jaunes, &#224; reconstruire des assembl&#233;es populaires souveraines, ouvertes, d&#233;cidant par la base, et capables de mettre en place l'action directe, l'auto-organisation et la gr&#232;ve insurrectionnelle dont nous avons besoin.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les principales le&#231;ons dans &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine</title>
		<link>http://matierevolution.fr/spip.php?article8199</link>
		<guid isPermaLink="true">http://matierevolution.fr/spip.php?article8199</guid>
		<dc:date>2025-08-18T22:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les principales le&#231;ons dans &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176;) &#171; Sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire, pas de mouvement r&#233;volutionnaire On ne saurait trop insister sur cette id&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; l'engouement pour les formes les plus &#233;troites de l'action pratique va de pair avec la propagande &#224; la mode de l'opportunisme. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176;) &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire est, par son essence m&#234;me, international. Il ne s'ensuit pas seulement que nous devons combattre le chauvinisme national. Il s'ensuit encore qu'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les principales le&#231;ons dans &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) &#171; Sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire, pas de mouvement r&#233;volutionnaire On ne saurait trop insister sur cette id&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; l'engouement pour les formes les plus &#233;troites de l'action pratique va de pair avec la propagande &#224; la mode de l'opportunisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire est, par son essence m&#234;me, international. Il ne s'ensuit pas seulement que nous devons combattre le chauvinisme national. Il s'ensuit encore qu'un mouvement qui commence dans un pays jeune ne peut &#234;tre fructueux que s'il assimile l'exp&#233;rience des autres pays. Or pour cela il ne suffit pas simplement de conna&#238;tre cette exp&#233;rience ou de se borner &#224; recopier les derni&#232;res r&#233;solutions : il faut pour cela savoir faire l'analyse critique de cette exp&#233;rience et la contr&#244;ler soi-m&#234;me. Ceux qui se rendent compte combien s'est d&#233;velopp&#233; le mouvement ouvrier contemporain, et combien il s'est ramifi&#233;, comprendront quelle r&#233;serve de forces th&#233;oriques et d'exp&#233;rience politique (et r&#233;volutionnaire) r&#233;clame l'accomplissement de cette t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) &#171; La lutte politique des r&#233;volutionnaires est beaucoup plus large et plus complexe que la lutte &#233;conomique des ouvriers contre le patronat et gouvernement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) &#171; Un r&#233;volutionnaire mou, h&#233;sitant dans les probl&#232;mes th&#233;oriques, born&#233; dans son horizon, justifiant son inertie par la spontan&#233;it&#233; du mouvement de masse ; plus semblable &#224; un secr&#233;taire de trade-union qu'a' un tribun populaire, incapable de pr&#233;senter un plan hardi et de grande envergure qui force le respect m&#234;me de ses adversaires, un r&#233;volutionnaire inexp&#233;riment&#233; et maladroit dans son art professionnel - la lutte contre la police politique, - est-ce l&#224; un r&#233;volutionnaire, voyons ? Non, ce n'est qu'un pitoyable man&#339;uvrier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Loin de moi la pens&#233;e de nier la n&#233;cessit&#233; d'une litt&#233;rature populaire pour les ouvriers, et d'une autre particuli&#232;rement populaire (mais non vulgaire, bien entendu), pour les ouvriers les plus arri&#233;r&#233;s. Mais ce qui me r&#233;volte, c'est cette tendance continuelle &#224; coller la p&#233;dagogie aux questions de politique, aux questions d'organisation. Car enfin, messieurs les champions de &#8220;l'ouvrier moyen&#8221;, au fond vous insultez plut&#244;t l'ouvrier &#224; vouloir toujours vous pencher vers lui avant de lui parler de politique ouvri&#232;re ou d'organisation ouvri&#232;re. Redressez-vous donc pour parler de choses s&#233;rieuses, et laissez la p&#233;dagogie aux p&#233;dagogues, et non aux politiques et aux organisateurs ! N'y a-t-il pas de m&#234;me parmi les intellectuels des &#233;l&#233;ments avanc&#233;s, des &#233;l&#233;ments &#8220;moyens&#8221; et une &#8220;masse&#8221; ? Tout le monde ne reconna&#238;t-il pas la n&#233;cessit&#233; d'une litt&#233;rature populaire pour les intellectuels, et ne publie-t-on pas cette litt&#233;rature ? Mais figurez-vous que, dans un article sur l'organisation des &#233;tudiants ou des coll&#233;giens, l'auteur, du ton d'un homme qui vient de faire une d&#233;couverte, rab&#226;che que ce qu'il faut tout d'abord, c'est une organisation des &#8220;&#233;tudiants moyens&#8221;. Il fera &#224; coup s&#251;r rire de lui, et ce sera justice. Donnez-nous, lui dira-t-on, quelques id&#233;es sur l'organisation, si vous en avez, et laissez-nous le soin de voir quels sont parmi nous les &#233;l&#233;ments &#8220;moyens&#8221;, sup&#233;rieurs ou inf&#233;rieurs. Et si vous n'avez pas d'id&#233;es &#224; vous sur l'organisation, tous vos discours sur &#8220;la masse&#8221; et sur les &#233;l&#233;ments &#8220;moyens&#8221; seront simplement fastidieux. Comprenez donc que les questions de &#8220;politique&#8221; et d'&#8220;organisation&#8221; sont en elles-m&#234;mes si s&#233;rieuses qu'on ne saurait les traiter autrement qu'avec un extr&#234;me s&#233;rieux : on peut et on doit pr&#233;parer les ouvriers (ainsi que les &#233;tudiants et les coll&#233;giens) de fa&#231;on &#224; pouvoir aborder devant eux ces questions, mais du moment que vous les avez abord&#233;es, donnez-nous une vraie r&#233;ponse, ne faites pas machine arri&#232;re, vers les &#8220;moyens&#8221; ou vers &#8220;la masse&#8221;, ne vous en tenez pas quittes avec des phrases ou des anecdotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) &#171; Plus large et plus profonde devient la pouss&#233;e spontan&#233;e des masses ouvri&#232;res et plus celles-ci mettent en avant non seulement d'agitateurs de talent mais d'organisateurs, de propagandistes de talent et de praticiens au meilleur sens du mot (comme il y en a si peu parmi nos intellectuels, pour la plupart assez apathiques et nonchalants &#224; la mani&#232;re russe). Lorsque nous aurons des d&#233;tachements d'ouvriers r&#233;volutionnaires sp&#233;cialement pr&#233;par&#233;s (et, bien entendu, de &#8220;toutes les armes&#8221; de l'action r&#233;volutionnaire) par un long apprentissage, aucune police politique du monde ne pourra en avoir raison, parce que ces d&#233;tachements d'hommes d&#233;vou&#233;s corps et &#226;me &#224; la r&#233;volution jouiront de la confiance illimit&#233;e des masses ouvri&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) &#171; Ce serait une tr&#232;s grave erreur si, en b&#226;tissant l'organisation du Parti, on ne comptait que sur des explosions et des combats de rue, ou sur &#8220;la marche progressive de la lutte obscure, quotidienne&#8221;. Nous devons toujours faire notre travail quotidien et toujours &#234;tre pr&#234;ts &#224; tout, parce que tr&#232;s souvent il est presque impossible de pr&#233;voir l'alternance des p&#233;riodes d'explosion et des p&#233;riodes d'accalmie ; et quand il est possible de les pr&#233;voir, on ne peut en tirer parti pour remanier l'organisation ; car dans un pays autocratique, la situation change du jour au lendemain : il suffit parfois d'un raid nocturne des janissairestsaristes. Et l'on ne saurait (comme se l'imaginent apparemment les Nadi&#233;jdine) se repr&#233;senter la r&#233;volution elle-m&#234;me sous la forme d'un acte unique : la r&#233;volution sera une succession rapide d'explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d'accalmie plus ou moins profonde. C'est pourquoi l'activit&#233; essentielle de notre Parti, le foyer de son activit&#233; doit &#234;tre un travail qui est possible et n&#233;cessaire aussi bien dans les p&#233;riodes des plus violentes explosions que dans celles de pleine accalmie, c'est-&#224;-dire un travail d'agitation politique unifi&#233;e pour toute la Russie, qui mettrait en lumi&#232;re tous les aspects de la vie et s'adresserait aux plus grandes masses. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
8&#176;) &#171; Ceux qui ne ferment pas sciemment les yeux ne peuvent pas ne pas voir que la nouvelle tendance &#034;critique&#034; dans l'extr&#234;me gauche n'est qu'une nouvelle vari&#233;t&#233; de l'opportunisme. Et si l'on juge des gens, non pas d'apr&#232;s le brillant uniforme qu'ils ont eux-m&#234;mes rev&#234;tu ou le nom &#224; effet qu'ils se sont eux-m&#234;mes attribu&#233;, mais d'apr&#232;s leur fa&#231;on d'agir et les id&#233;es qu'ils propagent effectivement, il appara&#238;tra clairement que la &#034;libert&#233; de critique&#034; est la libert&#233; de la tendance opportuniste dans la social-d&#233;mocratie, la libert&#233; de transformer cette derni&#232;re en un parti d&#233;mocratique de r&#233;formes, la libert&#233; de faire p&#233;n&#233;trer dans le socialisme les id&#233;es bourgeoises et les &#233;l&#233;ments bourgeois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) &#171; Petit groupe compact, nous suivons une voie escarp&#233;e et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts nous sommes entour&#233;s d'ennemis, et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. Nous nous sommes unis en vertu d'une d&#233;cision librement consentie, pr&#233;cis&#233;ment afin de combattre l'ennemi et de ne pas tomber dans le marais d'&#224; c&#244;t&#233;, dont les h&#244;tes, d&#232;s le d&#233;but, nous ont bl&#226;m&#233;s d'avoir constitu&#233; un groupe &#224; part, et pr&#233;f&#233;r&#233; la voie de la lutte &#224; la voie de la conciliation. Et certains d'entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu'on leur fait honte, ils r&#233;pliquent : Quels gens arri&#233;r&#233;s vous &#234;tes ! N'avez-vous pas honte de nous d&#233;nier la libert&#233; de vous inviter &#224; suivre une voie meilleure ! Oh ! oui, Messieurs, vous &#234;tes libres non seulement d'inviter, mais d'aller o&#249; bon vous semble, f&#251;t-ce dans le marais ; nous trouvons m&#234;me que votre v&#233;ritiable place est pr&#233;cis&#233;ment dans le marais, et nous sommes pr&#234;ts, dans la mesure de nos forces, &#224; vous aider &#224; y transporter vos p&#233;nates. Mais alors l&#226;chez-nous la main, ne vous accrochez pas &#224; nous et ne souillez pas le grand mot de libert&#233;, parce que, nous aussi, nous sommes &#034;libres&#034; d'aller o&#249; bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s'y dirigent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) &#171; L'exemple des social-d&#233;mocrates russes illustre d'une fa&#231;on particuli&#232;rement frappante ce ph&#233;nom&#232;ne commun &#224; l'Europe (et signal&#233; depuis longtemps par les marxistes allemands) que la fameuse libert&#233; de critique ne signifie pas le remplacement d'une th&#233;orie par une autre, mais la libert&#233; &#224; l'&#233;gard de tout syst&#232;me coh&#233;rent et r&#233;fl&#233;chi ; elle signifie &#233;clectisme et absence de principes. Ceux qui connaissent tant soit peu la situation de fait de notre mouvement ne peuvent pas ne pas voir que la large diffusion du marxisme a &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'un certain abaissement du niveau th&#233;orique. Bien des gens dont la pr&#233;paration th&#233;orique &#233;tait infime ou nulle ont adh&#233;r&#233; au mouvement pour ses succ&#232;s pratiques et sa port&#233;e pratique. On peut juger du manque de tact que montre le Rabotch&#233;&#239;&#233; Di&#233;lo lorsqu'il sort d'un air triomphant cette d&#233;finition de Marx : &#034;Tout pas r&#233;el du mouvement pratique importe plus qu'une douzaine de programmes.&#034; R&#233;p&#233;ter ces mots en cette &#233;poque de d&#233;bandade th&#233;orique &#233;quivaut &#224; clamer &#224; la vue d'un cort&#232;ge fun&#232;bre : &#034;Je vous souhaite d'en avoir toujours &#224; porter !&#034; D'ailleurs, ces mots sont emprunt&#233;s &#224; la lettre sur le programme de Gotha, dans laquelle Marx condamne cat&#233;goriquement l'&#233;clectisme dans l'&#233;nonc&#233; des principes. Si vraiment il est n&#233;cessaire de s'unir, &#233;crivait Marx aux chefs du parti, passez des accords en vue d'atteindre les buts pratiques, du mouvement, mais n'allez pas jusqu'&#224; faire commerce des principes, ne faites pas de &#034;concessions&#034; th&#233;oriques. Telle &#233;tait la pens&#233;e de Marx, et voil&#224; qu'il se trouve parmi nous des gens qui, en son nom, essayent de diminuer l'importance de la th&#233;orie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) &#171; Pour le moment, nous tenons simplement &#224; indiquer que seul un parti guid&#233; par une th&#233;orie d'avant-garde peut remplir le r&#244;le de combattant d'avant-garde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Citons les remarques faites par Engels en 1874, sur l'importance de la th&#233;orie dans le mouvement social-d&#233;mocrate. Engels reconna&#238;t &#224; la grande lutte de la social-d&#233;mocratie non pas deux formes (politique et &#233;conomique) - comme cela se fait chez nous - mais trois, en mettant sur le m&#234;me plan la lutte th&#233;orique. Sa recommandation au mouvement ouvrier allemand, d&#233;j&#224; vigoureux pratiquement et politiquement, est si instructive au point de vue des probl&#232;mes et discussions actuels, que le lecteur, esp&#233;rons-le, ne nous en voudra pas de lui donner le long extrait de la pr&#233;face &#224; la brochure Der deutsche Bauernkrieg [1] depuis longtemps devenue une raret&#233; bibliographique : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les ouvriers allemands ont deux avantages importants sur les ouvriers du reste de l'Europe. Le premier, c'est qu'ils appartiennent au peuple le plus th&#233;oricien de l'Europe et qu'ils ont conserv&#233; en eux-m&#234;mes ce sens de la th&#233;orie, presque compl&#232;tement perdu par les classes dites &#034;instruites&#034; d'Allemagne. Sans la philosophie allemande qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;, en particulier sans celle de Hegel, le socialisme scientifique allemand, le seul socialisme scientifique qui ait jamais exist&#233;, ne se serait jamais constitu&#233;. Sans le sens th&#233;orique qui leur est inh&#233;rent, les ouvriers ne se seraient jamais assimil&#233; &#224; un tel point ce socialisme scientifique, comme c'est le cas &#224; pr&#233;sent. Combien est immense cet avantage, c'est ce que montrent, d'une part, l'indiff&#233;rence &#224; toute th&#233;orie gui est une des principales raisons pour lesquelles le mouvement ouvrier anglais progresse si lentement malgr&#233; la magnifique organisation de certains m&#233;tiers, et d'autre part, le trouble et les h&#233;sitations que le proudhonisme a provoqu&#233;s, sous sa forme primitive, chez les Fran&#231;ais et les Belges et, sous la forme caricaturale que lui a donn&#233;e Bakounine, chez les Espagnols et les Italiens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me avantage est que les Allemands sont entr&#233;s dans le mouvement ouvrier presque les derniers. De m&#234;me que le socialisme th&#233;orique allemand n'oubliera jamais qu'il repose sur Saint-Simon, Fourier et Owen - trois penseurs qui, malgr&#233; le caract&#232;re fantaisiste et utopique de leurs doctrines, comptent parmi les plus grands esprits de tous les temps, et qui par leur g&#233;nie ont anticip&#233; sur d'innombrables v&#233;rit&#233;s dont maintenant nous d&#233;montrons scientifiquement la justesse, - de m&#234;me le mouvement ouvrier pratique d'Allemagne ne doit jamais oublier qu'il s'est d&#233;velopp&#233; gr&#226;ce au mouvement anglais et fran&#231;ais, dont il a pu utiliser la co&#251;teuse exp&#233;rience et &#233;viter maintenant les fautes, in&#233;vitables alors dans la plupart des cas. O&#249; serions-nous maintenant sans le mod&#232;le des trade-unions anglaises et de la lutte politique des ouvriers fran&#231;ais, sans cette impulsion formidable qu'a donn&#233;e notamment la Commune de Paris ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut rendre justice aux ouvriers allemands : ils ont profit&#233; avec une rare intelligence des avantages de leur situation. Pour la premi&#232;re fois depuis que le mouvement ouvrier existe, la lutte est dans ses trois directions coordonn&#233;es et li&#233;es entre elles : th&#233;orique, politique et &#233;conomique-pratique (r&#233;sistance aux capitalistes). C'est dans cette attaque pour ainsi dire concentrique que r&#233;sident la force et l'invincibilit&#233; du mouvement allemand. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette situation avantageuse d'une part, le caract&#232;re essentiellement insulaire du mouvement anglais, ainsi que la r&#233;pression du mouvement fran&#231;ais, de l'autre, font que les ouvriers allemands se trouvent maintenant &#224; la t&#234;te de la lutte prol&#233;tarienne. Combien de temps les &#233;v&#233;nements leur permettront-ils d'occuper ce poste d'honneur, on ne saurait le pr&#233;dire. Mais aussi longtemps qu'ils l'occuperont ils s'acquitteront comme il convient, il faut l'esp&#233;rer, des obligations que ce poste leur impose. Pour cela ils devront redoubler leurs efforts dans tous les domaines de la lutte et de l'agitation. Pour les chefs en particulier, leur devoir consistera &#224; s'instruire de plus en plus dans toutes les questions th&#233;oriques, &#224; se lib&#233;rer de plus en plus de l'influence des phrases traditionnelles de l'ancienne conception du monde, et &#224; ne jamais perdre de vue que le socialisme, depuis qu'il est devenu une science, veut &#234;tre trait&#233; comme une science, c'est-&#224;-dire &#234;tre &#233;tudi&#233;. il faut redoubler d'ardeur pour r&#233;pandre parmi les masses ouvri&#232;res la conscience ainsi acquise et de plus en plus lucide, cimenter toujours plus fortement l'organisation du parti et celle des syndicats... &lt;br class='autobr' /&gt;
...Si les ouvriers allemands continuent &#224; progresser ainsi, je ne dis pas qu'ils marcheront &#224; la t&#234;te du mouvement - il n'est pas dans l'int&#233;r&#234;t du mouvement que les ouvriers d'une seule nation quelconque marchent &#224; sa t&#234;te - mais qu'ils occuperont une place honorable parmi les combattants et seront arm&#233;s de pied en cap, si de rudes &#233;preuves ou de grands &#233;v&#233;nements les obligent soudain &#224; plus de courage, &#224; plus de d&#233;cision et d'&#233;nergie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les paroles d'Engels se sont r&#233;v&#233;l&#233;es proph&#233;tiques. Quelques ann&#233;es plus tard, les ouvriers allemands &#233;taient inopin&#233;ment soumis &#224; la rude &#233;preuve de la loi d'exception contre les socialistes. Les ouvriers allemands se trouv&#232;rent en effet arm&#233;s de pied en cap pour affronter cette &#233;preuve, et ils en sortirent victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) &#171; L'histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvri&#232;re ne peut arriver qu'&#224; la conscience trade-unioniste, c'est-&#224;-dire &#224; la conviction qu'il faut s'unir en syndicats, mener la lutte contre le patronat, r&#233;clamer du gouvernement telles ou telles lois n&#233;cessaires aux ouvriers, etc. Quant &#224; la doctrine socialiste, elle est n&#233;e des th&#233;ories philosophiques, historiques, &#233;conomiques &#233;labor&#233;es par les repr&#233;sentants instruits des classes poss&#233;dantes, par les intellectuels. Les fondateurs du socialisme scientifique contemporain, Marx et Engels, &#233;taient eux-m&#234;mes, par leur situation sociale, des intellectuels bourgeois. De m&#234;me en Russie, la doctrine th&#233;orique de la social-d&#233;mocratie surgit d'une fa&#231;on tout &#224; fait ind&#233;pendante de la croissance spontan&#233;e du mouvement ouvrier ; elle y fut le r&#233;sultat naturel, in&#233;luctable du d&#233;veloppement de la pens&#233;e chez les intellectuels r&#233;volutionnaires socialistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&#176;) &#171; Il faut combattre les formules comme : il faut mettre au premier plan non la &#034;cr&#232;me&#034;, des ouvriers, mais l'ouvrier du rang, ou comme : &#034;La lutte politique suit toujours docilement la lutte &#233;conomique&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&#176;) &#171; Tous ceux qui parlent de &#034;surestimation de l'id&#233;ologie [8]&#034;, d'exag&#233;ration du r&#244;le de l'&#233;l&#233;ment conscient [9], etc., se figurent que le mouvement purement ouvrier est par lui-m&#234;me capable d'&#233;laborer et qu'il &#233;laborera pour soi une id&#233;ologie ind&#233;pendante, &#224; la condition seulement que les ouvriers &#034;arrachent leur sort des mains de leurs dirigeants&#034;. Mais c'est une erreur profonde. Pour compl&#233;ter ce que nous avons dit plus haut, rapportons encore les paroles profond&#233;ment justes et significatives de Kautsky &#224; propos du projet du nouveau programme du parti social-d&#233;mocrate autrichien :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Beaucoup de nos critiques r&#233;visionnistes imputent &#224; Marx cette affirmation que le d&#233;veloppement &#233;conomique et la lutte de classe, non seulement cr&#233;ent les conditions de la production socialiste, mais engendrent directement la conscience(soulign&#233; par K.K.) de sa n&#233;cessit&#233;. Et voil&#224; que ces critiques objectent que l'Angleterre, pays au d&#233;veloppement capitaliste le plus avanc&#233;, est la plus &#233;trang&#232;re &#224; cette science. Le projet de programme donne &#224; croire que la commission a &#233;labor&#233; le programme autrichien partage aussi ce point de vue soi-disant marxiste orthodoxe, que r&#233;fute l'exemple de l'Angleterre. Le projet porte : &#034;Plus le prol&#233;tariat augmente en cons&#233;quence du d&#233;veloppement capitaliste, plus il est contraint et a la possibilit&#233; de lutter contre le capitalisme. Le prol&#233;tariat vient &#224; la conscience de la possibilit&#233; et de la n&#233;cessit&#233; du socialisme&#034;. Par suite, la conscience socialiste serait le r&#233;sultat n&#233;cessaire, direct, de la lutte de classe prol&#233;tarienne. Et cela est enti&#232;rement faux. Comme doctrine, le socialisme a &#233;videmment ses racines dans les rapports &#233;conomiques actuels au m&#234;me degr&#233; que la lutte de classe du prol&#233;tariat ; autant que cette derni&#232;re, il proc&#232;de de la lutte contre la pauvret&#233; et la mis&#232;re masses, engendr&#233;es par le capitalisme. Mais le socialisme et la lutte de classe surgissent parall&#232;lement et ne s'engendrent pas l'un l'autre ; ils surgissent de pr&#233;misses diff&#233;rentes. La conscience socialiste d'aujourd'hui ne peut surgir que sur la base d'une profonde connaissance scientifique. En effet, la science &#233;conomique contemporaine est autant une condition de la production socialiste que, par exemple, la technique moderne, et malgr&#233; tout son d&#233;sir, le prol&#233;tariat ne peut cr&#233;er ni l'une ni l'autre ; toutes deux surgissent du processus social contemporain. Or, le porteur de la science n'est pas le prol&#233;tariat, mais les intellectuels bourgeois (soulign&#233; par K. K.) : c'est en effet dans le cerveau de certains individus de cette cat&#233;gorie qu'est n&#233; le socialisme contemporain, et c'est par eux qu'il a &#233;t&#233; communiqu&#233; aux prol&#233;taires intellectuellement les plus d&#233;velopp&#233;s, qui l'introduisent ensuite dans la lutte de classe du prol&#233;tariat l&#224; o&#249; les conditions le permettent. Ainsi donc, la conscience socialiste est un &#233;l&#233;ment import&#233; du dehors (Von Aussen Hineingetragenes) dans la lutte de classe du prol&#233;tariat, et non quelque chose qui en surgit spontan&#233;ment (urw&#252;chsig). Aussi le vieux programme de Hainfeld disait-il tr&#232;s justement que la t&#226;che de la social-d&#233;mocratie est d'introduire dans le prol&#233;tariat (litt&#233;ralement : de remplir le prol&#233;tariat) la consciencede sa situation et la conscience de sa mission. Point ne serait besoin de le faire si cette conscience &#233;manait naturellement de la lutte de classe. Or le nouveau projet a emprunt&#233; cette th&#232;se &#224; l'ancien programme et l'a accol&#233;e &#224; la th&#232;se cit&#233;e plus haut. Ce qui a compl&#232;tement interrompu le cours de la pens&#233;e...&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&#176;) &#171; La question se pose : en quoi donc doit consister l'&#233;ducation politique ? Peut-on se borner &#224; propager l'id&#233;e que la classe ouvri&#232;re est hostile &#224; l'autocratie ? Certes, non. Il ne suffit pas d'&#233;clairer les ouvriers sur leur oppression politique (comme il ne suffisait pas de les &#233;clairer sur l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts &#224; ceux du patronat). Il faut faire de l'agitation &#224; propos de chaque manifestation concr&#232;te de cette oppression (comme nous l'avons fait pour les manifestations concr&#232;tes de l'oppression &#233;conomique). Or, comme cette oppression s'exerce sur les classes les plus diverses de la soci&#233;t&#233;, se manifeste dans les domaines les plus divers de la vie et de l'activit&#233; professionnelle, civile, priv&#233;e, familiale, religieuse, scientifique etc., etc., n'est-il pas &#233;vident que nous n'accomplirons pas notre t&#226;che qui est de d&#233;velopper la conscience politique des ouvriers, si nous ne nous chargeons pas d'organiser une vaste campagne politique de d&#233;nonciation de l'autocratie ? En effet, pour faire de l'agitation au sujet des manifestations concr&#232;tes d'oppression, il faut d&#233;noncer ces manifestations (de m&#234;me que pour mener l'agitation &#233;conomique, il fallait d&#233;noncer les abus commis dans les usines). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article141&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article141&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tant partisan de la construction du parti r&#233;volutionnaire, L&#233;nine est-il oppos&#233; aux soviets auto-organis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article8306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article8306&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une discussion &#224; propos de la conception d'organisation contenue dans &#034;Que faire ?&#034; de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les anticapitalistes du NPA-r&#233;volutionnaires &#034;r&#233;visent&#034; la brochure &#034;Que Faire ?&#034; de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7935&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7935&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA se demande que faire&#8230; d'octobre 1917&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4797&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4797&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti, les syndicats, les soviets : quelle politique pour les militants r&#233;volutionnaires et pour les travailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2996&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2996&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion sur le parti r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2455&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2455&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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