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Besancenot au pays des soviets (4)

mercredi 28 janvier 2026, par Alex

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L’article précédent s’achevait sur le récit-témoin de Besancenot décrivant la première des journées révolutionnaires de février 1917, le jeudi 23.

Le militant bolchévique Kaiourov est catastrophé car les ouvrier(e)s ne suivent pas les consignes de son parti et rentrent en révolution. Kaiourov est passif, spectateur, totalement inactif.

Or la réalité est différente. Bien que Kaiourov comme tous les révolutionnaires ait été surpris par l’arrivée de la révolution—mais qui ne l’aurais pas été ?—il a pris le jour même la tête du mouvement. Besancenot qui se dit révolutionnaire, solidaire de la révolution, ne met pas en valeur Kaiourov. Citons-don un historien qui n’est pas révolutionnaire, mais respecte un minimum de sérieux académique, bien qu’il rebaptise, à tort, Benjamin :

(...) les instances des partis de gauche s’en tenaient à un programme très prudent (...) Dans le cadre de ce programme, la journée internationale des femmes, qui devait être célébrée le jeudi 23 février, offrait une excellente occasion de mettre sur pied des manifestations d’envergure limitée. Au congrès international des femmes socialistes à Copenhague,
en 1910, il avait en effet été décidé que chaque année, à cette date,
l’ouvrière serait mise à l’honneur. Il s’agissait d’organiser des meeting,
d’affirmer que la femme ouvrière est l’égale de l’homme et d’inciter les militantes à la lutte des classes. (...) C’est dans cet état d’esprit que benjamin Nikolaevitch Kaiourov, membre du comité bolchévique du quartier de Vyborg,
alla transmettre les instructions du parti aux ouvrières des industries textiles de Lesnoï, dans la banlieue de Petrograd. Il était lui-même ouvrier et travaillait chez Erikson, la fabrique suédoise d’appareils téléphoniques.
On le retrouvera les jours suivants, dirigeant le mouvement révolutionnaire dans la rue. Militant de base, il n’accéda jamais aux postes les plus élevés de la hiérarchie communiste. Sa vie se termina d’ailleurs tragiquement en 1936.
Refusant d’avouer les crimes et trahisons qui lui étaient imputés, il fut abattu par les agents du NKVD.

Dans la soirée du 22 février, il se trouvait donc à Lesnoï. Il commença par expliquer à ses auditrices la signification de la journée internationale des femmes. Passant ensuite à la situation politique du moment, il exposa que le comité du quartier de Vyborg déconseillait formellement toute grève. Pour justifier cette position, il insista sur le fait que l’heure n’était pas propice aux affrontements avec les forces de police. Il exhorta par conséquent les militantes à s’en tenir aux décisions prises par le comité et s’abstenir d’actions partielles et isolées, vouées par avance à l’échec.

Au matin du jeudi 23 février, il ne fut donc certainement pas enchanté en apprenant que les ouvrières, auxquelles il avait apporté la veille la bonne parole du parti, ne tenaient aucun compte de ses consignes et se mettaient en grève. Plus inquiétant encore était le fait qu’elles étaient descendues dans la rue et appelaient les ouvriers métallurgistes à se joindre à elles. Or, il était facile de prévoir que les ouvriers des usines Poutilov n’allaient pas se faire prier pour manifester dans les rues aux côtés de leurs camarades de l’industrie textile. En effet, ils négligèrent eux aussi complètement les prudentes consignes du parti. Ils avaient d’ailleurs tout intérêt à profiter du concours qui s’offrait à eux car la présence de femmes et d’enfants dans les démonstrations ouvrières de masse incitait traditionnellement les forces de l’ordre à ne pas se livrer à des brutalités trop voyantes et à faire preuve d’une certaine retenue dans leur besogne répressive. privés de travail et de salaire, il était donc bien naturel qu’ils saisissent cette possibilité de manifester publiquement leur mécontentement et d’exprimer leurs revendications.

En militant discipliné qu’il était, Kaiourov fut surpris et indigné par cette initiative qui constituait à ses yeux une méconnaissance flagrante de la décision prise par le comité de district du parti. Il éprouva également un peu d’humeur en en constatant l’inutilité de ses propres appels au calme et à la discipline. Il se trouvait aux usines Erikson lorsqu’il apprit la tournure imprévue que prenait la célébration de la journée internationale des femmes. Ce fut l’un de ses camarades, Nikifor Ilyn, qui apporta la nouvelle et qui annonça en même temps l’arrivée imminente d’un groupe de déléguées représentant les ouvrières de Lesnoï. Peu après , celles-ci vinrent en effet annocer officiellement leur décision de se mettre en grève et firent état du soutien que les ouvriers métallurgistes leur apportaient.

Aussitôt, Kaiourov avisa quatre de ses camarades et se retira avec eux dans un couloir de l’usine pour tenir une conférence improvisée. Il s’agissait de décider quelle attitude il convenait d’adopter face à ce mouvement de grèves qui venaient d’être qui venait d’être déclenché spontanément. (...) Il appela donc tous les ouvriers, hommes et femmes, à descendre dans la rue et à manifester Les dirigeants bolchéviques de Vyborg, placés devant le fait accompli, ne purent que donner après coup leur approbation. Kaiourov constitua avec ses camarades un comité de grève et descendit lui aussi dans la rue pour prendre la tête de la manifestation et la canaliser vers le centre de Petrograd.

1917 à Petrograd, F. Antoniazzi (2017)

Cette dernière phrase balaye le portrait que Besancenot à fait de Kaïourov

Besancenot prétend exalter le rôle des masses, mais il rabaisse ce que les masses ont produit de plus conscient : leurs organisations. Un résumé simple de ce qu’ont apporté de plus précieux ces organisations est résumé par Trotsky :

Prolétaires du monde entier :
La Ière Internationale vous a donné un programme et un drapeau. La IIe Internationale a dressé sur leurs pieds de grandes masse. La IIIe Internationale a donné un exemple d’action révolutionnaire hardie. La IVe Internationale vous donnera la victoire mondiale !

C’est au tour de la France ! Pour la quatrième Internationale Trotsky, mars 1934.

La première méthode de Besancenot de ne pas valoriser les travailleurs conscients et organisés est depasser sous silence l’existence même de leurs organisations. Il valorise les « masses », opposées aux « grands hommes », mais entre ces deux nivaux, il y a les organisation. Or si l’on s’adresse au grand public militant, après les classes, ce sont les grandes dates liées à l’histoire des internationales ouvrières qu’il faut connaitre.
Car ces dates sont liées aux liens entre le courant communiste et les anarchistes (I ère internationale), les socio-démocrates (IIè internationale), les staliniens (IIIè internationale).

Il [Vassili] avait franchi la porte des locaux du parti » et d’emblée on est sceptique. Un lecteur peu familier avec la Russie de 1917 ne notera peut-être pas cette phrase. Dans la France d’aujourd’hui les partis ont des locaux, les responsables s’y réunissent et leurs entrées et sorties sont guettées par les télés ou radios qui popularisent ces lieux en y interrogeant les « responsables » qui vont définir ou prendre des « consignes ». Besancenot utilise ce dernier terme en mentionnant les « consignes du parti bolchévique » élaborées dans leurs « locaux ». Nous ignorons quel était le vocabulaire de Vassili Kaiourov au quotidien. Mais ces tournures qui s’appliqueraient à une scène de grève massive dans la France d’aujourd’hui nous semble très trompeuses. Avant la fin de la révolution de février (cinq journées), le parti bolchévique était illégal, persécuté, les réunions avaient lieu clandestinement dans des appartements. Cet élément est signalé par le bolchévique Chliapnikov dans son récit « A la veille de 17 ». Il mentionne une descente de la police dans un de ces appartements, conduisant à l’arrestation de 136 révolutionnaires. Cette raffle eut lieu dans la nuit du 25 au 26 février. On est donc encore en pleine révolution, puisque celle-ci s’étendit jusqu’à la victoire en 5 journées, les 23, 24, 25,26 et 27 février.
Besancenot dénigre tout au long de son livre le concept de parti de la classe ouvrière :

les marxistes ont surrestimé la question du parti

et il prête à Kaïourov un sentiment analogue à propos des

(...) Le doute avait pris (..) à lui seul cet attroupement signifiait un désaveu pour le parti. Les décisions politiques prises la veilleavaient été sans ambiguïté : pour l’ehure pas de grève. (...) comment avait-il pu se méprendre sur la détermination des travialleurs et des ouvrières ? (...) La veille au soir, le comité du parti bolchévique qu’il présidait avait à l’unanimité pris position contre cette grève.

Le 23 février, c’était la " Journée internationale des Femmes ". On projetait, dans les cercles de la social-démocratie, de donner à ce jour sa signification par les moyens d’usage courant : réunions, discours, tracts. La veille encore, il ne serait venu à la pensée de personne que cette " Journée des Femmes " pût inaugurer la révolution. Pas une organisation ne préconisa la grève pour ce jour-là. Bien plus, une organisation bolcheviste, et des plus combatives, le Comité du rayon essentiellement ouvrier de Vyborg, déconseillait toute grève. L’état d’esprit des masses d’après le témoignage de Kaïourov, un des chefs ouvriers du rayon, était très tendu et chaque grève menaçait de tourner en collision ouverte. Mais comme le Comité estimait que le moment d’ouvrir les hostilités n’était pas encore venu – le parti n’étant pas encore assez fort et la liaison entre ouvriers et soldats étant trop insuffisante – il avait donc décidé de ne point faire appel à la grève, mais de se préparer à l’action révolutionnaire pour une date indéterminée. Telle fut la ligne de conduite préconisée par le Comité à la veille du 23, et il semblait que tous l’eussent adoptée. Mais le lendemain matin, en dépit de toutes les directives, les ouvrières du textile quittèrent le travail dans plusieurs fabriques et envoyèrent des déléguées aux métallos pour leur demander de soutenir la grève. C’est " à contrecœur ", écrit Kaïourov, que les bolcheviks marchèrent, suivis par les ouvriers mencheviks et socialistes-révolutionnaires. Mais du moment qu’il s’agissait d’une grève de masse, il fallait engager tout le monde à descendre dans la rue et prendre la tête du mouvement : telle fut la résolution que proposa Kaïourov, et le Comité de Vyborg se vit contraint de l’approuver. " L’idée d’une manifestation mûrissait depuis longtemps parmi les ouvriers, mais, à ce moment, personne ne se faisait encore une idée de ce qui en sortirait. " Prenons bonne note de ce témoignage d’un participant, très important pour la compréhension du mécanisme des événements.

Notons que Trotsky, comme tous les révolutionnaires, parle de la « journée des femmes », alors que Besancenot fait ce qui semble être un anachronisme en reprenant le jargon gouvernemental français ;

Le passage

Politiquement l’air du temps avait repris de la couleur. (...) Le 13 février, 20 000 ouvriers avaient cessé le travail à l’occasion du deuxième anniversaire du procès des députés bolchéviques. Le 27, ouvriers et soldats unissent leurs forces et investissent le palais d’Hiver, centre du pouvoir impérial au sommet duquel flotte désormais le drapeau rouge. (...) Besancenot p. 42-43

ressemble étonnament au suivant :

Avec 1917 s’ouvre une ère nouvelle (...) En février la crise éclate : le 13, 20000 ouvriers débraient pour le deuxième anniversaire des députés bolchéviques (...) Le 27 l’insurrection ouvrière et la révolte des soldats se conjuguent : le drapeau rouge flotte sur le palais d’hiver.

Faisons une courte pause. Il y a eu une insurrection ouvrière armée en 1905 et Kaïourov y a participé. Curieusement, Besancenot ne mentionne pas cette insurrection. Ce point culminant d’une montée révolutionaire n’est pas ce que Besancenot veut mettre en avant. Ce sont les aspects « démocratiques bourgeois » :

Le souvenir de la révolution russe de 1905 était dans dans tous les esprits, pour le meilleur comme pour le pire. D’un côté, la mutinerie des marins du Cuirassé Potemkine en juin, la grève générale d’octobre,
la naissance des soviets, ces assemblées populaires qui regroupaient ouvriers, paysans et soldats, puis la signature, le 17 octobre, du manifeste qui promettait des libertés politiques, de nouveaux droits de réunion et d’expression, ainsi qu’une Constitution libérale instituant un Parlement russe,
la Douma. De l’autre ce 22 janvier où la foule, , amassée devant le Palais d’hiver, avait été fauchée par la mitraille alors qu’elle réclamait au Tsar la réintégration des grévistes congédiés de l’usine Poutilov, où travaillaient d’ordinaire 10000 ouvriers. Les centaines de vies ôtées au peuple russe au cours de ce « Dimanche rouge » étaient gravées dans les mémoires

Le deuxième témoignage est caricatural. Besancenot invente un monologue de Trotsky, dans la bouche duquel il met les termes. Citons un couts extrait, quasiment tout le reste de la « scène Trotsky » est du même acabit :

Sa place au sein du soviet e Petrograd le reliait au peuple, lui permettant ainsi d’être en phase avec l’expression des espoires, des doutes et des colères (...) les classes populaires voulaient en découdre avec le vieux régime(...) Les crises politiques dues aux tergiversations des modérés(...) Cet engouement populaire

Pourtant elle peut laisser perplexe : le parti mentionné est le parti bolchévique, ce parti avait donc des locaux officiels ? Les réunions étaient clandestines, elles pouvaient avoir lieu dans les apartements de militants.

A l’inverse de Besancenot, nous donnerons la parole aux acteurs qui ont laissé leur témoignage, sans parler à leur place. Ils méritent tous qu’on les sorte des oubliettes, qu’on partage leur point de vue ou non. Le livre de Besancenot ne contient aucune bibliographie, il ne cite aucun des des témoignages écrits à l’époque. Nous allons tenter de ccombler ce

Oui les masses interviennent dans la révolution, et leur point de vue est peut se résumer de mainière souven simple mais claire et profonde par ses racines dans l’oppression séculaire. Qui était Trotsky ? Besancenot ne daigne pas consacrer un paragraphe à ce dirigeant de la révolution d’Octobre ! Laissons la parole à Jospeh Berman, fils d’un des milleirs de juifs qui devinrent des combattants de l’Armée Rouge, sans que Besancenot évoque leur existence. Il présente ainsi Trotsky

[Mon père] s’est engagé dans l’Armée Rouge non par conviction politique, mais parce que c’était la seule force armée organisée qui combattaient les formes de tueurs qui assassinaient impunément les Juifs dispersés et désarmés. (...) Voilà pourquoi il avait rejoint l’Armée Rouge. Trtsky aussi, était un juif qui ne croyait pas au paradis, il appelait les hommes à combattre, les Juifs comme les autres, pour anéantir une fois pour toutes ces bandits sanguinaires ; il voulait construire une société juste où tous les hommesauraient les mêmes droits et où tous les peuples pourraient vivre en paix.

(...) Dans ces batailles contre les bandes de Petlioura en 1918-20 , tout comme lors de la révolte du Ghetto de Varsovie en 1943, et plus tard lors des guerres d’Israel, les soldats juïfs étaient contraint à l’héroïsme (...) Revenons en 18-19 ! (...) Mon père, à la tête d’une équipe , fut chargé à plusieurs reprises d’aller chercher des volontaires dans une petite gare située dans la plaine ukrainienne, cela lui sembla le bout du monde. Là se terminait la ligne de chemin de fer, avec aux alentours quelques maisons. Quand ils arrivèrent
(...) [Mon père] se demandait e qui poussait ces paysans à rejoindre l’Armée Rouge. Pour les Juifs c’était clair, ils étaient victimes des pogromes, il fallait anéantir les assassins. Les paysans répondaient à l’appel de Lénine qui promettait la terre « à ceux qui la travaillent »

Les masses paysannes pauvres sont celles qui s’expriment le moins. Elles permettent à l’humanité de se nourri

Tous ceux qui figurent dans mon exposé étaient des révolutionnaires authentiques. (...) Le portrait sinistre de Staline, le Secrétaire général disparu, n’est devenu que trop familier tel que l’ont dépeint ses opposants déçus et défaits par l’appareil qu’il dominait, et même ses successeurs ; mais ce fut Lénine qui, avec leur aide, lui avait mis en main les armes et avait conduit Staline sur la voie qu’il devait suivre jusqu’à sa mort. (L. Shapiro, Les origines de l’absolutisme communiste.

La généalogie idéologique d’Octobre 1917

En effet jamais dans l’histoire de l’humanité aucune révolution des exploités ne fut prévue et organisée comme le fût la révolution d’Octobre 1917. Rappelons quelques étapes dans le domaine des idées :

En Russie en 1883, Plekhanov se convertissait au marxisme et appelait à former un parti prolétarien fondé sur le communisme de Marx et Engels :

Qu’est-ce que le socialisme scientifique ? On entend par ce terme la doctrine communiste qui a commencé à se développer après 1840 à partir du socialisme utopique, sous l’influence de la philosophie Hégélienne et de l’économie classique de l’autre, doctrine qui a fourni la première une explication valable pour l’ensemble de la civilisation humaine, démoli impitoyablement les sophismes des théoriciens bourgeois et mis « tout le savoir de son temps » au service du prolétariat.(...) La théorie de l’histoire de Marx et Engels constitue cette « algèbre de la révolution » que Herzen croyait trouver dans l’Hégélianisme (...) L’évolution de la société russe crée de nouvelles structures sociales, tout en détruisant les formes séculaires du rapport des paysans avec la terre et des paysans entre eux. ces nouvelles structures sociales portent les germes d’un nouveau mouvement social, le seul qui pourra mettre fin à l’exploitation de la population travailleuse de Russie. Parce qu’ils sont parvenus à un plus haut degré de développement que la paysannerie, parce qu’ils ont plus de besoins et un horizon intellectuel plus vaste, les ouvriers de l’industrie se rallieront à notre intelligentsia révolutionnaire dans sa lutte contre l’absolutisme, puis ayant obtenu la liberté politique, s’organiseront en un parti socialiste ouvrier, qui devra entreprendre la propagande systématique du socialisme chez les paysans (Plékhanov, Socialisme et lutte politique)

Les deux principaux dirigeants de la Révolution d’Octobre, Lénine et Trotski, n’ont fait que suivre le chemin tracé par Plékhanov :

C’est lui [Plékhanov] qui 34 ans avant Octobre prouva que la révolution russe triompherait sous la forme du mouvement révolutionnaire des ouvriers. Il s’est efforcé de placer le fait du mouvement de classe du prolétariat à la base de la lutte révolutionnaire des premiers cercles d’intellectuels. C’est cela que nous avons appris de lui et cela se trouve non seulement à la base de l’activité de Plekhanov, mais aussi (à la base) de toute notre lutte révolutionnaire. A cela nous somme resté fidèles jusqu’à présent. (Trotsky)

Cette généalogie, Besancenot n’en dit mot dans son livre. Il se cache derrière un de ses arguments principaux : ne pas voir l’histoire à travers les grands hoomes. Mais ce sont les millions de prolétaires qui par leurs luttes ont fait naître dans le cerveau des Marx, Engels, Plékhanov, Lénine et Trotsky des textes comme ceux cités plus haut. Ne pas les faire conaître, c’est ensevelir l’histoire de ces « masses » dont Besancenot se prétend le porte-parole. Une fois écrits ces textes furent transmis à des millions de prolétaires des nouvelles générations soit directement, soit par la propagande de milliers de militants socialistes. Pour preuve citons l’un d’eux :

Je lisais alors beaucoup de romans et d’ouvrages scientifiques. Mes auteurs favoris étaient ceux qui avaint mis leur talent au service de la lutte pour la libération de l’homme. C’étaient avant tout les écrivains russes, parmi lesquels mes préférences allaient à Andréiev, Gorki et Tolstoï. Puis venaient les auteurs français : Hugo, Zola et Mirbeau. Ensuite les allemands : Heine et Hoffman ; Oscar Wilde pour les Anglais. Zaromski et Konopnicka pour les Polonais. Sans oublier, évidemment, les écrivains juifs. J’admirais particulièrement Peretz.

Pour ce qui est de la littérature scientifique traitant des problèmes sociaux, je lisais surtout des auteurs anarchistes. Bien plus tard lors de mon exil et de la faillite de la IIe Internationale, ces écrivains exercèrent sur moi une influence déterminante. Mais dès l’époque dont il est ici question, je pris beaucoup de plaisir à lire Kropotkine. Sa profonde humanité, sa foi dans la bonté naturelle de l’Homme, son idéalisme révolutionnaire, l’élégance et la finese de son style, y compris lorsqu’il traitait de questions scientifiques, , ces qualités devaient inévitablement émouvoir un jeune homme de mon âge, qu’il fut ou non anarchiste. PAr contre, Bakounine me laissait indifférent. Sa formule célèbre, « Détruire c’est construire », ne me satisfaisait pas. Avant de détruire je voulais connaitre le but du combat et savoir que construire.

Quant à Stirner je le considérais comme un ennemi. Sa nouvelle société m’apparaissait comme une jungle oùles hommes s’entre-dévoraient tels des bêtes fauves. Ses oeuvres me semblaient avoir été écrites par un être anormal., un homme retourné à l’état sauvage.

C’était peut-être dû à l’influence de de mon entourage, qui était foncièrement Marxiste. De tous les auteurs marxistes que j’ai lu à cette époque, c’est Plékhanov, Kautsky et, un peu plus tard Engels, qui me firent la plus forte impression. Il ne s’agissait pas encore pour moi de lire Marx. Kautsky me plaisait pour deux raisons : d’abord c’était un bon vulgarisateur de Marx ; il donnait à ses lecteurs des bases solides pour poursuivre eux-mêmes l’atude du Marxisme. Ensuite parce que, contre les révisionnistes, il défendait la nécessité historique de la révolution sociale. Dan notre cercle de Bundistes, nous étions plein de fi en la révolution sociale !

Pourtant, je me sentais plus proche de Plékhanov que de Kautsky, car le premier parlait de la révolution russe en termes concrets. Plékhanov et moi étions des familiers si j’ose dire. Cela mis à part, il y avait chez lui plus d’élan. Il me donnait l’impression d’aller au fond des choses et d’apporter un élément introuvable chez Kautsky. J’ignorais alors que Lénine, qui était son adversaire politique, reconnaissait en Plékhanov l’un des plus grands philosophes marxistes, sur le plan théorique en tout cas. J’avais le sentiment que pour comprendre la théorie du matérialisme, le secours de Plékhanov m’était plus précieux que ceoui de Kautsky.

Je lisais beaucoup et je discutais souvent, avec des camarades aussi bien qu’avec des adversaires—ce n’est pas ce qui manquait. Avant qu’une année s’achève, j’étais devenu un matérialiste relativement conscient ; je pouvais même m’ne tirer honorablementdans une discussion à ce sujet.

Besancenot communiste, mais quel communisme ?

Besancenot se félicite même qu’une des prmière conqu^te de la révolution russe est la révolution dans l’enseignement, et un des aspects positifs est que le marxisme n’est pas enseigné : « Les thèmes travaillés sont définis par les enseignants et les élèves. Pas d’étude du marxisme (comme plus tard du ’marxisme-léninisme’), mais au contraire le refus de tout endoctrinement »

Besancenot se cache derrière Trotsky

« Dans une société prise de révolution, les classes sont en lutte. Il est pourtant tout à fait évident que les transformations qui se produisent entre le début et la fin d’une révolution, dans les bases économiques de la société et dans le substratum social des classes, ne suffisent pas du tout à expliquer la marche de la révolution même, laquelle, en un bref laps de temps, jette à bas des institutions séculaires, en crée de nouvelles et les renverse encore. La dynamique des événements révolutionnaires est directement déterminée par de rapides, intensives et passionnées conversions psychologiques des classes constituées avant la révolution. » (Léon Trotsly)

De ce paragraphe, Besancenot cite la dernière phrase et en fait comme le fil conducteur de son livre. Il fait mine de se placer dans la lignée du grand dirigeant de la Révolution d’Octobre que fût Trostky. Mais c’est le contraire, là git le mécanisme trompeur utilisé tout au long de son livre par Besancenot. Certes Trotsky mentionne les masses dans la dernière phrase du paragraphe cité, mais la première phrase du même paragraphe, que Besancenot ne cite pas, fait une référence claire à la lutte des classes.

Décrivons donc ce mécanisme. On a vu plus haut que pour les marxistes, le moteur de l’histoire est la lutte des classes. Or Besancenot dans son livre ne met à aucun moment en lumière cette lutte de classe. Prolétaires, paysans riches ou pauvres, propriétaires terriens ne sont pas les acteurs de la Révolution.
Introduction : Le véritable acteur de cette période, le peuple russe, ce héros qui s’est dressé, il y a cent ans, contre le tsarisme et contre la guerre, e qui s’est auto-organisé à travers une multitude de conseils populaires (les soviets) pour bâtir une nouvelle société. (...) De nos jours, l’espoir d’un affranchissement n’a pas disparu du ceour des peuples.
Chapitre 2 : En février puis en octobre 1917, deux révolutions amènent des milliers de conseils populaires autogéré, les soviets, à prendre le pouvoir dans des circonstances historiques et des proportions géographiques inégalées.
Chapitre 3 : En 1905, une première révolution avait fait vaciller le régime. De la fin du mois de janvier à octobre, le peuple s’était mobilisé et organisé en une kyrielle de soviets à travers tout le pays.

Chapitre 4 : A partir de Février, la révolution de Février entre dans une seconde phase. Jusqu’ici, les gouvernements successifs s’étaient obstinés à continuer la guerre, malgré le mécontentement et la vive déspprobation populaire.

Chapitre 5 : Entre le 23 février et le 25 octobre, la vie politique russe ne s’est pa figée (...) Chacune dans leur camp, classes populaires et classes possédantes ont radicalisé leur position sur la base des épreuves qui les opposaient pour la prise du pouvoir.

Chapitre 6 : A l’image du prolétariat, la classe aisée n’a pas l’intention de rester les bras croisés devant le péril qui se profile. Elle est prête à défendre ardemment ses intérêts. Stimulé par la défaite populair de juillet, le patronat passe à l’offensive et profite de la situation pour imposer d’importants reculs sociaux à la menaçant d’un lock-out généralisé.

Chapitre 11 : S’il existe d’emblée une relation sinueuse envtre les soviets et le parti, la population garde, à cette époque encore, la main sur son sort (...) Le peuple est à l’oeuvre et s’attelle à changer sa vie quotidienne dans une multitude de domaines, débordant les lois traditionnelles de l’histoire.

Les menchevicks, dont la propagande a volontiers mis en avant des mots d’ordre comme « Etat populaire »,« auto-administration » ou « commune »ont soutenu la création des soviets et y ont joué un réel non négligeable.

Or Octobre 1917 fur la première révolution prolétarienne victorieuse.

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