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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 02 : Matière à philosopher ? > La théorie platonicienne des sciences

La théorie platonicienne des sciences

samedi 22 mai 2021, par Robert Paris

Platon dans « Théétète » :

« Les profanes ne croient à l’existence que de ce qu’ils sont capables de tenir dans les mains »

Platon dans « Sophiste » :

« Les profanes affirment, habitués à toucher les objets, que seul existe ce qui produit un choc et un contact, et définissent ainsi le corps et l’âme… Les matérialistes, pour peu qu’ils soient obligés de reconnaître l’existence de quelque chose d’immatériel, aussi petit soit-il, cela nous suffit. »

Platon dans « Le Banquet » :

« Les yeux de l’esprit ne commencent à être perçants que quand ceux du corps commencent à baisser. »

Platon dans « Parménide » :

« Voilà Socrate quelles sont les difficultés – et en plus de celles-ci, il y en a un plus grand nombre encore – qui s’attachent inévitablement aux Formes, à supposer que les Formes des choses présentent une existence en soi et qu’on définisse chaque Forme comme quelque chose en soi. De là les incertitudes qu’on éveille chez celui à qui l’on expose ces théories, et les objections qu’il soulève [...] Mais pourtant, si, Socrate, il se trouve quelqu’un qui, au vu de toutes les difficultés qui viennent d’être soulevées et d’autres du même genre, n’admette point qu’il y ait des Formes des choses, quelqu’un qui refuse de poser à part une Forme pour chaque chose en particulier, cet individu ne saura de quel côté tourner sa pensée, parce qu’il n’admet point que pour chaque chose il y a une Forme qui est toujours la même, et, par suite, il détruira toute possibilité de pratiquer la dialectique. »

La théorie des sciences de Platon : abstraite, mathématique, immuable, parfaite et… divine

Pourquoi Platon a-t-il choisi de penser que les mathématiques dominaient les sciences de la nature ? Pourquoi a-t-il estimé que les formes étaient plus importantes que les choses ? Pourquoi a-t-il considéré que le monde des idées était au-dessus du monde matériel ?

La thèse en question, défendue par Platon et par les platoniciens, consiste à affirmer que la réalité est ailleurs que dans les choses, dans les objets perceptibles par les sensations, en l’occurrence dans un univers purement abstrait ou conceptuel, et atteignable uniquement par l’intellect « pur ».

Platon définit ce qu’il appelle « forme », ou « idée » et qui sont des « objets de pensée » qu’il considère comme aussi réels que les objets matériels. Il considère que l’on peut étudier de manière aussi objective les objets de pensée que les objets réels. Ce qui lui indique cette situation étonnante, ce sont d’abord les mathématiques où l’on étudie des situations purement mathématiques, ne dépendant pas des objets réels, et pour lesquels les vérités sont indépendantes de celui qui les étudie.

Platon dans « Timée » :

« Il faut convenir qu’il existe premièrement ce qui reste identique à soi-même en tant qu’idée, qui ne naît ni ne meurt, ni ne reçoit rien venu d’ailleurs, ni non plus ne se rend nulle part, qui n’est accessible ni à la vue ni à un autre sens et que donc l’intellection a pour rôle d’examiner ; qu’il y a deuxièmement ce qui a même nom et qui est semblable, mais qui est sensible, qui naît, qui est toujours en mouvement, qui surgit en quelque lieu pour en disparaître ensuite et qui est accessible à l’opinion accompagnée de sensation. »

Pour Platon, la vérité doit être constante et même immuable :

« Qu’est-ce que ce qui existe de tout temps sans avoir pris naissance, et qu’est-ce que ce qui naît et renaît sans cesse sans exister jamais ? L’un, qui est toujours le même, est compris par la pensée et produit une connaissance raisonnable ; l’autre, qui naît et périt sans exister jamais réellement, tombe sous la prise des sens et non de l’intelligence, et ne produit qu’une opinion. Or, tout ce qui naît, procède nécessairement d’une cause ; car rien de ce qui est né ne peut être né sans cause. L’artiste, qui, l’œil toujours fixé sur l’être immuable et se servant d’un pareil modèle, en reproduit l’idée et la vertu, ne peut manquer d’enfanter un tout d’une beauté achevée, tandis que celui qui a l’œil fixé sur ce qui passe, avec ce modèle périssable, ne fera rien de beau…. Si le monde est beau et si celui qui l’a fait est excellent, il l’a fait évidemment d’après un modèle éternel ; sinon (ce qu’il n’est pas même permis de dire) il s’est servi du modèle périssable. Il est parfaitement clair qu’il s’est servi du modèle éternel ; car le monde est la plus belle des choses qui ont un commencement, et son auteur la meilleure de toutes les causes. Le monde a donc été formé d’après un modèle intelligible, raisonnable et toujours le même ; d’où il suit, par une conséquence nécessaire, que le monde est une copie. Le plus difficile en toute chose est de trouver un commencement conforme à la nature. Après avoir distingué la copie et le modèle, il faut distinguer aussi les paroles et reconnaître qu’elles ont de la parenté avec les pensées qu’elles expriment. L’expression de ce qui est constant, immuable et intelligible, doit être constante, immuable, et autant que possible incapable d’être ni réfutée ni ébranlée, et ne rien laisser à désirer à cet égard. Mais, quand il s’agit d’exprimer une copie de ce qui est immuable, comme ce n’est qu’une copie, par analogie avec elle, l’expression aussi ne doit être que vraisemblable… »

En fait, loin de chercher à comprendre comment fonctionne la réalité et quelle relation elle a avec la pensée humaine, Platon recherche le principe immuable du… divin !!!

Si Platon ne veut pas que l’idée serve à comprendre la réalité, mais au contraire que la réalité serve à comprendre l’idée, c’est que, pour lui, l’idée rapproche de dieu, de l’immuable, du non créé, du non changeant, de l’immortel, du divin…

« Or, tout ce qui naît, procède nécessairement d’une cause ; car rien de ce qui est né ne peut être né sans cause. L’artiste, qui, l’œil toujours fixé sur l’être immuable et se servant d’un pareil modèle, en reproduit l’idée et la vertu, ne peut manquer d’enfanter [28b] un tout d’une beauté achevée, tandis que celui qui a l’œil fixé sur ce qui passe, avec ce modèle périssable, ne fera rien de beau… Mais il est difficile de trouver l’auteur et le père de l’univers, et impossible, après l’avoir trouvé, de le faire connaître à tout le monde…. Disons la cause qui a porté le suprême ordonnateur à produire et à composer cet univers. Il était bon.. »

Ce n’est donc pas de la science que Platon a trouvé la conception mais du christianisme, même si c’est de mathématiciens comme Théétète ou d’astronomes comme Timée que Platon fait parler !!

« Dieu voulant que tout soit bon et que rien ne soit mauvais, autant que cela est possible, prit la masse des choses visibles qui s’agitait d’un mouvement sans frein et sans règle, et du désordre il fit sortir l’ordre, pensant que l’ordre était beaucoup meilleur. Or, celui qui est parfait en bonté n’a pu et ne peut rien faire qui ne soit très bon. Il trouva que de toutes les choses visibles, il ne pouvait absolument tirer aucun ouvrage qui fût plus beau qu’un être intelligent, et que dans aucun être il ne pouvait y avoir d’intelligence sans âme. En conséquence il mit l’intelligence dans l’âme, l’âme dans le corps, et il organisa l’univers de manière à ce qu’il fût, par sa constitution même, l’ouvrage le plus beau et le plus parfait. Ainsi, on doit admettre comme vraisemblable que ce monde est un animal véritablement doué d’une âme et d’une intelligence par la Providence divine…. Voilà le motif et le raisonnement qui firent faire à Dieu des différents touts un tout unique, parfait, exempt de vieillesse et de maladie. Dieu donna au monde la forme la plus convenable et la plus appropriée à sa nature ; or la forme la plus convenable à l’animal qui devait renfermer en soi tous les autres animaux ne pouvait être que celle qui renferme en elle toutes les autres formes. C’est pourquoi, jugeant le semblable infiniment plus beau que le dissemblable, il donna au monde la forme sphérique, ayant partout les extrémités également distantes du centre, ce qui est la forme la plus parfaite et la plus semblable à elle-même. »

Platon en vient ainsi, au travers de l’idée du créateur parfait et bon, à la notion des « formes » :

« Mais il faut traiter ce sujet avec encore plus d’exactitude. Supposons qu’on fasse prendre successivement toutes les formes possibles à un lingot d’or, et qu’on ne cesse de remplacer chaque forme par une autre, si quelqu’un, en montrant une de ces formes, demandait ce que c’est, on serait certain de dire la vérité en répondant que c’est de l’or ; mais on ne pourrait pas dire, comme si cette forme avait une existence réelle, que c’est un triangle ou toute autre figure, puisque cette figure disparaît au moment même où l’on en parle. Si donc on répondait, pour éviter toute erreur : elle est l’apparence que vous voyez ; il faudrait se contenter de cette réponse. L’être qui contient tous les corps en lui-même est comme ce lingot d’or : il faut toujours le désigner par le même nom ; car il ne change jamais de nature ; il reçoit perpétuellement toutes choses dans son sein, sans revêtir jamais une forme [50c] particulière, semblable à quelqu’une de celles qu’il renferme ; il est le fond commun où vient s’empreindre tout ce qui existe et il n’a d’autre mouvement ni d’autre forme que les mouvements et les formes des êtres qu’il contient. Ce sont eux qui le font paraître divers. Ces êtres qui sortent de son sein et y rentrent, sont des copies des êtres éternels, façonnées sur leurs modèles d’une manière merveilleuse et difficile à exposer, dont nous parlerons plus tard. Maintenant il faut reconnaître trois genres différents, ce qui est produit, ce en quoi il est produit, ce d’où et à la ressemblance de quoi il est produit. Nous pouvons comparer à la mère ce qui reçoit, au père ce qui fait, et au fils la nature intermédiaire ; mais il faut nous rappeler que comme les copies prennent mille aspects divers et reçoivent toutes les formes qui existent, l’être dans le sein duquel se trouve ce qui doit être ainsi façonné, ne serait pas propre à sa destination, s’il n’était pas lui-même privé de toutes les formes qu’il doit recevoir. En effet, s’il ressemble à quelqu’une de ses formes, quand viendra la forme contraire ou toute autre figure, il ne pourra la bien reproduire, puisqu’il aura lui- même un aspect qui lui est propre. Il est donc nécessaire que ce qui doit recevoir dans son sein toutes les espèces, soit dépourvu de toute forme ; de même que ceux qui composent des onguents odoriférants, mettent d’abord tous leurs soins à priver de toute odeur la liqueur qu’ils veulent parfumer ; ou de même que quand on veut façonner une substance molle, on ne lui laisse auparavant aucune forme déterminée, et on s’applique, au contraire, à l’unir et à la polir autant que possible. [51a] Ainsi, il convient que ce qui doit être propre à recevoir dans toute son étendue des copies de tous les êtres éternels, soit dépourvu de toute forme par soi-même. En conséquence, cette mère du monde, ce réceptacle de tout ce qui est visible et perceptible par les sens, nous ne l’appellerons ni terre, ni air, ni feu, ni eau, ni rien de ce que ces corps ont formé, ni aucun des éléments dont ils sont sortis ; mais nous ne nous tromperons pas en disant que c’est un certain être invisible, informe, contenant toutes choses en son sein, et recevant, d’une manière très obscure pour nous, la participation de l’être intelligible, un être, en un mot, très difficile à comprendre. Mais autant qu’on peut déterminer sa nature par tout ce que nous venons de dire, on parlerait avec exactitude en disant qu’il est du feu en tant qu’il s’enflamme, de l’eau en tant qu’il devient de la terre, et de l’air en tant qu’il 157 devient de la terre, et de l’air en tant qu’il prend la forme de ces deux corps.

Pour Platon, si la nature obéit aux formes c’est parce que :

« Tout ce qui a l’essence du corps a de la profondeur, et il est de toute nécessité que ce qui a de la profondeur contienne en soi la nature du plan. » (toujours tiré de « Timée »)

C’est des mathématiques que Platon tire ses preuves, par exemple des triangles… Et de tous les types de triangles, « Dieu s’en servit pour tracer le plan de l’univers »…

La conception qui en résulte ne se contente pas de placer les idées au-dessus de la réalité, elle considère qu’il y a plusieurs mondes, un monde imparfait et un monde parfait, un monde du corps et un monde de l’âme, un monde humain et un monde divin…

C’est ce qu’en conclue Platon :

« L’auteur de ce qu’il y a de plus beau et de plus excellent parmi les choses qui ont eu un commencement, prenait tous ces éléments, tels que nous venons de les montrer et que la nécessité les lui donnait, lorsqu’il engendrait le Dieu accompli qui se suffit à lui-même ; il employait toutes ces causes pour auxiliaires, mais il mit lui-même le bien dans toutes les choses engendrées. C’est pour cela qu’il faut distinguer deux sortes de causes, l’une nécessaire et l’autre divine ; et nous devons chercher en toutes choses la cause divine, pour jouir d’une vie heureuse autant que notre nature le comporte : mais nous devons aussi étudier les causes nécessaires en vue de la cause divine elle-même, nous persuadant que sans elles il est impossible de comprendre cet objet suprême de nos études, ou de le connaître même de quelque façon que ce soit. »

« Timée » de Platon

Dans « Parménide », Platon part d’une autre sorte de raisonnement pour opposer les idées et les choses, toujours en estimant qu’il existe une perfection divine des idées et une imperfection humaine de la perception des choses et de leur fragilité…

« Ce qui est en nous ne se rapporte pas aux idées, ni les idées à nous ; mais, je le répète, les idées se rapportent les unes aux autres, et les choses sensibles les unes aux autres. Comprends-tu ce que je dis ? — Parfaitement, reprit Socrate. — La science en soi est donc la science de la vérité en soi ? — Oui. — Chaque science en soi serait donc aussi la science d’un être en soi ? — Oui. — Et la science qui est parmi nous ne sera-t-elle pas la science de la vérité qui est parmi nous ? Et, par conséquent, chacune des sciences qui sont parmi nous ne serait-elle pas la science d’une des choses qui existent parmi nous ? — Nécessairement. — Mais, tu conviens que nous ne possédons pas les idées elles-mêmes, et qu’elles ne peuvent pas être parmi nous. — Oui. — Or, n’est-ce pas seulement par l’idée de la science qu’on connaît les idées en elles-mêmes ? — Oui. — Et cette idée de la science, nous ne la possédons pas ? — Non. — Donc, nous ne connaissons aucune idée, puisque nous n’avons pas part à la science en soi. — Il semble. — Donc, nous ne connaissons ni le beau en soi, ni le bon en soi, ni aucune de ces choses que nous reconnaissons comme des idées existant par elles-mêmes. — J’en ai peur. — Mais voici quelque chose de plus grave encore. — Quoi donc ? — M’accorderas - tu que s’il y a une science en soi, elle doit être beaucoup plus exacte et plus parfaite que la science qui est en nous ? De même pour la beauté et pour tout le reste. — Oui. — Et si jamais un être peut posséder la science en soi, ne penseras-tu pas que c’est à Dieu seul, et à nul autre, que peut appartenir la science parfaite ? — Nécessairement. — Mais Dieu possédant la science en soi, pourra-t-il connaître ce qui est en nous ? — Pourquoi pas ? — Parce que nous sommes convenus, Socrate, reprit Parménide, que les idées ne se rapportent pas à ce qui est parmi nous, ni ce qui est parmi nous aux ; idées, mais les idées à elles-mêmes, et ce qui est parmi nous à ce qui est parmi nous. — Nous en sommes convenus. — Si donc la domination et la science parfaite appartienne aux dieux, leur domination ne s’exercera jamais sur nous, et leur science ne nous connaîtra jamais, ni nous, ni rien de ce qui nous appartient ; mais, de même que l’empire que nous possédons parmi nous ne nous donne aucun empire sur les dieux, et que notre science ne connaît rien des choses divines, de même et par la même raison ils ne peuvent, tout dieux qu’ils sont, ni être nos maîtres, ni connaître les choses humaines. — Mais, dit Socrate, n’est-il pas trop étrange d’ôter à Dieu la connaissance ? — C’est cependant, répondit Parménide, ce qui doit nécessairement arriver, cela et bien d’autres choses encore, s’il y a des idées des êtres subsistant en elles-mêmes et si on tente de déterminer la nature de chacune d’elles ; de sorte que celui qui entendra avancer cette doctrine, pourra soutenir, ou qu’il n’y a pas de semblables idées, ou que, s’il y en a, elles ne peuvent être connues par la nature humaine. Et cela aura tout l’air d’une difficulté sérieuse, et, comme nous le disions tout à l’heure, il sera singulièrement malaisé de convaincre d’erreur celui qui l’aura proposée. Il faudra un homme bien heureusement né pour comprendre qu’à toute chose répond un genre et une essence en soi ; et il en faudrait un plus admirable encore, pour trouver tout cela et pour l’enseigner à un autre avec les explications convenables. — J’en conviens, Parménide, dit Socrate ; je suis tout-à-fait de ton avis. — Mais, cependant, reprit Parménide, si en considérant tout ce que nous venons de dire et tout ce que l’on pourrait dire encore, on venait à nier qu’il y eût des idées des êtres, et qu’on se refusât à en assigner une à chacun d’eux, on ne saurait plus où tourner sa pensée, lorsqu’on n’aurait plus pour chaque être une idée subsistant toujours la même, et, par là, on rendrait le discours absolument impossible. Il me semble que tu comprends très bien cela. — Tu dis vrai, repartit Socrate. — Quel parti prendras-tu donc au sujet de la philosophie ? et de quel côté te tourneras-tu, dans cette incertitude ? — Je ne le vois point pour l’heure. — C’est que tu entreprends, Socrate, de définir le beau, le juste, le bon et les autres idées avant d’être suffisamment exercé. Je m’en suis déjà aperçu dernièrement, lorsque je t’ai entendu t’entretenir avec Aristote, que voici. Elle est belle et divine, sache-le bien, cette ardeur qui t’anime pour les discussions philosophiques. Mais essaie tes forces et exerce-toi, tandis que tu es jeune encore, à ce qui semble inutile et paraît au vulgaire un pur verbiage ; sans quoi la vérité t’échappera. — Et en quoi consiste donc cet exercice, Parménide ? — Zénon t’en a donné l’exemple ; seulement j’ai été charmé de t’entendre lui dire que tu voudrais voir la discussion porter non sur des objets visibles, mais sur les choses que l’on saisit par la pensée seule, et qu’on peut regarder comme des idées. — C’est qu’en effet il me semble que dans le premier point de vue il n’est pas difficile de démontrer que les mêmes choses sont semblables et dissemblables, et susceptibles de tous les contraires. — Très bien, répondit Parménide. Cependant, pour te mieux exercer encore, il ne faut pas te contenter de supposer l’existence de quelqu’une de ces idées dont tu parles, et d’examiner les conséquences de cette hypothèse ; il faut supposer aussi la non-existence de : cette même idée. — Que veux-tu dire ? — Par exemple, si tu veux reprendre l’hypothèse d’où partait Zénon, celle de l’existence de la pluralité, et examiner ce qui doit arriver tant a la pluralité elle-même relativement à elle-même et à l’unité,qu’à l’unité relativement à elle-même et à la pluralité ; de même aussi il te faudra considérer, ce qui arriverait s’il n’y avait point de pluralité ; à l’unité et à la pluralité, chacune relativement à elle-même et relativement à son contraire. Tu pourras pareillement supposer tour à tour l’existence et la non-existence de la ressemblance, et examiner ce qui doit arriver dans l’une et l’autre hypothèse, tant aux idées que tu auras supposées être ou ne pas être, qu’aux autres idées, les unes et les autres par rapport à elles-mêmes et par rapport les unes aux autres. Et de même pour le dissemblable, le mouvement et le repos, la naissance et la mort, l’être et le non-être eux-mêmes. En un mot, pour toute chose que tu pourras supposer être ou ne pas être ou considérer comme affectée de tout autre attribut, il faut examiner ce qui lui arrivera, soit par rapport à elle-même, soit par rapport à toute autre chose qu’il te plaira de lui comparer, ou par rapport à plusieurs choses, ou par rapport à tout ; puis examiner à leur tour les autres choses, et par rapport à elles-mêmes et par rapport à toute autre dont tu voudras de préférence supposer l’existence ou la non-existence : voilà ce qu’il te faut faire si tu veux t’exercer complètement, afin de te rendre capable de discerner clairement la vérité. — Tu me parles-là, Parménide, dit Socrate, d’un travail bien ardu ; au reste, je ne comprends pas encore très bien, Mais pourquoi n’entreprends-tu pas toi-même de développer les conséquences de quelque hypothèse, afin que je t’entende mieux ? — Tu me demandes, Socrate, une entreprise pénible à mon âge. — Et toi, Zénon, reprit Socrate, pourquoi ne te charges-tu pas toi-même de développer quelque hypothèse ? — Alors Zénon dit en riant : Socrate, prions-en Parménide lui-même. Ce n’est pas une petite affaire que cet exercice dont il parle ; et peut-être ne vois-tu pas quelle tâche tu lui imposes. Si notre réunion était plus nombreuse, il ne siérait pas de lui adresser cette prière, parce qu’il n’est pas convenable, surtout pour un vieillard comme lui, de traiter de pareils sujets en présence de beaucoup de monde ; car la foule ignore qu’il est impossible d’atteindre la vérité sans ces recherches et sans ces voyages à travers toutes choses. »

« Parménide » de Platon

Platon développe une théorie des « formes » qui comprend à la fois une nature immuable des formes, une existence objective de celles-ci, une intelligibilité de leur présence, une appréhension par les homme que Platon appelle « réminiscence ».

C’est dans son « Phédon » que Platon commence à étudier les « formes » ou « idées » ayant, selon lui, une existence aussi réelle que l’objet :

« Car je ne vois rien de plus clair que ceci, c’est que le beau, le bien et toutes les autres choses de même nature dont tu parlais tout à l’heure existent d’une existence aussi réelle que possible. »

Et, selon Platon, ces formes sont immuables contrairement aux objets matériels périssables :

« L’égal en soi, le beau en soi, chaque chose en soi, autrement dit l’être réel, admet-il jamais un changement, quel qu’il soit, ou chacune de ces réalités, étant uniforme et existant pour elle-même, est-elle toujours la même et de la même façon et n’admet-elle jamais nulle part en aucune façon aucune altération ? Elle reste nécessairement, Socrate, répondit Cébès, dans le même état et de la même façon. »

Pour Platon, il existe une réalité non directement visible (les « formes » ou les « idées ») qui complète et même dirige la réalité matérielle visible.

Il développe ses conceptions dans « La République » :

« Mais n’aurons-nous pas raison de répondre pour notre défense que le véritable ami de la science aspire naturellement à l’être, ne s’arrête pas à la multitude des choses particulières auxquelles l’opinion prête l’existence, mais procède sans défaillance et ne se relâche point de son ardeur qu’il n’ait pénétré l’essence de chaque chose avec l’élément de son âme à qui il appartient de la pénétrer - cela appartient à l’élément apparenté à cette essence - puis, s’étant attaché et uni par une sorte d’hymen à la réalité véritable, et ayant engendré l’intelligence et la vérité, atteint à la connaissance et à la vraie vie, et y trouve sa nourriture et le repos des douleurs de l’enfantement… Et nous appelons beau en soi, bien en soi et ainsi de suite, l’être réel de chacune des choses que nous posions d’abord comme multiples, mais que nous rangeons ensuite sous leur idée propre, postulant l’unité de cette dernière.

Et nous disons que les unes sont perçues par la vue et non par la pensée, mais que les idées sont pensées et ne sont pas vues…

Tu sais, répondis-je, que les yeux, lorsqu’on les tourne vers des objets dont les couleurs ne sont plus éclairées par la lumière du jour, mais par la lueur des astres nocturnes, perdent leur acuité et semblent presque aveugles comme s’ils n’étaient point doués de vue nette.

Mais lorsqu’on les tourne vers des objets qu’illumine le soleil, ils voient distinctement et montrent qu’ils sont doués de vue nette.

Conçois donc qu’il en est de même à l’égard de l’âme ; quand elle fixe ses regards sur ce que la vérité et l’être illuminent, elle le comprend, le connaît, et montre qu’elle est douée d’intelligence ; mais quand elle les porte sur ce qui est mêlé d’obscurité, sur ce qui naît et périt, sa vue s’émousse, elle n’a plus que des opinions, passe sans cesse de l’une à l’autre, et semble dépourvue d’intelligence…

Examine à présent comment il faut diviser le monde intelligible.

Comment ?

De telle sorte que pour atteindre l’une de ses parties l’âme soit obligée de se servir, comme d’autant d’images, des originaux du monde visible, procédant, à partir d’hypothèses, non pas vers un principe, mais vers une conclusion ; tandis que pour atteindre l’autre - qui aboutit à un principe anhypothétique - elle devra, partant d’une hypothèse, et sans le secours des images utilisées dans le premier cas, conduire sa recherche à l’aide des seules idées prises en elles-mêmes.

Je ne comprends pas tout à fait ce que tu dis.

Eh bien ! reprenons-le ; tu le comprendras sans doute plus aisément après avoir entendu ce que je vais dire. Tu sais, j’imagine, que ceux qui s’appliquent à la géométrie, à l’arithmétique ou aux sciences de ce genre, supposent le pair et l’impair, les figures, trois sortes d’angles et d’autres choses de la même famille, pour chaque recherche différente ; qu’ayant supposé ces choses comme s’ils les connaissaient, ils ne daignent en donner raison ni à eux-mêmes ni aux autres, estimant qu’elles sont claires pour tous ; qu’enfin, partant de là, ils déduisent ce qui s’ensuit et finissent par atteindre, de manière conséquente, l’objet que visait leur enquête.

Tu sais donc qu’ils se servent de figures visibles et raisonnent sur elles en pensant, non pas à ces figures mêmes, mais aux originaux qu’elles reproduisent ; leurs raisonnements portent sur le carré en soi et la diagonale en soi, non sur la diagonale qu’ils tracent, et ainsi du reste ; des choses qu’ils modèlent ou dessinent, et qui ont leurs ombres et leurs reflets dans les eaux, ils se servent comme d’autant d’images pour chercher à voir ces choses en soi qu’on ne voit autrement que par la pensée.

Je disais en conséquence que les objets de ce genre sont du domaine intelligible, mais que, pour arriver à les connaître, l’âme est obligée d’avoir recours à des hypo¬thèses : qu’elle ne procède pas alors vers un principe - puisqu’elle ne peut remonter au delà de ses hypothèses - mais emploie comme autant d’images les originaux du monde visible, qui ont leurs copies dans la section inférieure, et qui, par rapport à ces copies, sont regardés et estimés comme clairs et distincts.

Je comprends que ce que tu dis s’applique à la géométrie et aux arts de la même famille.

Comprends maintenant que j’entends par deuxième division du monde intelligible celle que la raison même atteint par la puissance de la dialectique, en faisant des hypothèses qu’elle ne regarde pas comme des principes, mais réellement comme des hypothèses, c’est-à-dire des points de départ et des tremplins pour s’élever jusqu’au principe universel qui ne suppose plus de condition ; une fois ce principe saisi, elle s’attache à toutes les conséquences qui en dépendent, et descend ainsi jusqu’à la conclusion sans avoir recours à aucune donnée sensible, mais aux seules idées, par quoi elle procède, et à quoi elle aboutit.

Je te comprends un peu, mais point suffisamment - car il me semble que tu traites un sujet fort difficile ; tu veux distinguer sans doute, comme plus claire, la connaissance de l’être et de l’intelligible que l’on acquiert par la science dialectique de celle qu’on acquiert par ce que nous appelons les arts, auxquels des hypothèses servent de principes ; il est vrai que ceux qui s’appliquent aux arts sont obligés de faire usage du raisonnement et non des sens : pourtant, comme dans leurs enquêtes ils ne remontent pas vers un principe, mais partent d’hypothèses, tu ne crois pas qu’ils aient l’intelligence des objets étudiés, encore qu’ils l’eussent avec un principe ; or tu appelles connaissance discursive, et non intelligence, celle des gens versés dans la géométrie et les arts semblables, entendant par là que cette connaissance est intermédiaire entre l’opinion et l’intelligence. »

« La République » de Platon

Le dualisme de Platon

Chez Platon, la théorie des Idées implique un empire hypothétique d’ « essences immatérielles, éternelles et immuables », le monde des Idées (en grec, eidos). Les Idées sont les « archétypes » de la réalité d’après lesquels sont formés les objets du monde visible. Elles existent de manière objective, c’est-à-dire indépendamment de notre aptitude à les connaître ou du fait d’exister dans notre esprit. C’est pourquoi la position de Platon a été qualifiée d’ « idéalisme objectif ».

De sa théorie des Idées découle chez Platon une théorie des deux mondes, avec :

1. le monde sensible dans lequel nous vivons et que nous percevons par nos sens, monde affecté par le changement et la dégradation ;

2. le monde intelligible, qui constitue l’essence du premier, et qui contient les Idées immuables.

Pour Platon, le seul monde qui est véritablement est celui de « la permanence », donc le « monde des Idées ». Le monde sensible est soumis à l’empire des Idées, aussi bien sur le plan éthique que d’un point de vue ontologique : il ne tire son être que par participation (methexis), ou par imitation (mimésis) du monde proprement existant des Idées.

Le platonisme mathématique ou « réalisme en mathématiques » est une théorie épistémologique qui fonde l’objectivité scientifique sur l’existence d’entités mathématiques, nombres, grandeurs, figures géométriques ou structures, comme des êtres autonomes qui ne sont pas des artefacts de l’esprit humain. Ce ne sont pas des abstractions tirées du monde sensible, connues par les sens, ni de pures conventions, ni de simples instruments, mais des êtres jouissant d’une existence propre, comme les Idées de Platon.

« Outre l’existence des choses sensibles et des Idées, Platon admet celle des Choses mathématiques [Nombres, Lignes, Surfaces, Solides], qui sont des réalités intermédiaires (Metaxu ), différentes, d’une part, des Choses sensibles, en ce qu’elles sont éternelles et immobiles, et, d’autre part, des Idées, en ce qu’elles sont une pluralité d’exemplaires semblables, tandis que l’Idée est en elle-même une réalité une, individuelle et singulière. » — Aristote, Métaphysique

La mathématicien platonicien René Thom dans « Prédire n’est pas expliquer » :

« Les idées mathématiques sont produites dans notre cerveau dans la mesure où nous les pensons. Mais comme elles existent lorsque nous ne pensons pas, elles existent quelque part, et pas seulement dans notre mémoire : elles existent, je dirais, également ailleurs [...]. Elles existent donc déjà avant même qu’on ne les ait découvertes ? Certainement ! Et elles se réalisent en un certain sens dans tel ou tel cas, sur tel ou tel matériau approprié. C’est la vieille idée de la participation qui était déjà chez Platon. »

Contrairement à ce que pensait Platon, la physique n’est pas pure mathématique

Comment on pourrait imaginer Platon répondant à ses détracteurs au vu des sciences contemporaines :

Platon : L’une des principales idées que j’ai développées est celle de l’existence de deux mondes, le monde de l’univers sensible (des ombres pour reprendre l’image de l’homme dans la caverne qui ne voit des projections de la réalité sur le fond de sa grotte) et celui de l’univers rationnel (auquel l’homme accède par son raisonnement et qui manipule des concepts). Le monde est imparfait et les idées sont parfaites. Les mathématiques, par exemple, sont du domaine des idées. On pourrait s’imaginer que la physique, ou étude de la matière, allait donner raison au point de vue matérialiste d’Anaxagore, selon lequel tout est matière. Eh bien non ! La physique quantique a renoncé aux descriptions en termes d’objets matériels se déplaçant et donné une simple description par des outils mathématiques, des objets purement mathématiques non descriptifs. La physique moderne est devenue purement mathématique et je m’en réjouis. Aucun récit à l’aide d’objets du type de ceux que l’on croit voir dans notre univers sensible ne convient pour décrire les événements qui se produisent dans les expériences de la physique quantique qui se posent la question de ce qu’est la matière à l’état fondamental ! Il convient, il me semble, de concevoir l’importance de cette situation qui faut prendre désormais comme incontournable. Zénon a raison de remarquer que la matière et le vide sont une seule et même chose et que le mouvement n’est pas un déplacement à proprement parler.

Parménide a raison de dire que le mouvement apparent de matière n’est pas un déplacement d’objets et aussi que le vide au sein duquel on croyait que la matière se déplace n’est pas le non-existant, le néant, vide de tout. Il rappelle même à juste titre que le vide et la matière sont le même milieu en termes de particules et d’antiparticules dites virtuelles. Ils ont raison de dire qu’il n’y a pas d’espace-temps dans ces particules virtuelles et que, ce n’est qu’en présence d’une propriété de masse qui n’est pas attachée à une particule virtuelle particulière, que la matière massive et que l’espace et le temps existent. La matière-espace-temps n’est donc pas un objet mais une qualité qui saute d’une particule à une autre. Je suis donc en droit de la considérer comme une idée abstraite, puisqu’elle ne s’attache pas particulièrement à une matière dont elle ne serait qu’une mesure quantitative. Finie la matière particulaire massive chargée d’expliquer la matière massive à notre échelle… Aucun récit en termes d’objets ne pourra remplacer le calcul mathématique à l’aide de concepts très différents de ceux de masse, de vitesse et d’énergie. C’est l’action et non l’énergie qui est quantifiée. Pas de déplacement tel que nous le concevons à notre échelle, de manière continue. La nature ne fait que des sauts : un, deux, trois quanta, telle est la description d’un phénomène même si il est aussi simple qu’un mouvement rectiligne ou une simple rotation. Tout est décrit par des sauts.

Effectivement, Parménide a raison de remarquer que l’univers dans son ensemble n’est pas un objet en déplacement, que le mouvement est illusion, qu’on ne peut pas se déplacer vers le néant. Le vide quantique n’est pas le « rien », le « néant », la non-existence. Sur ce point Parménide et Zénon ont raison. Le vide est formé de particules et antiparticules virtuelles, comme la matière et comme la lumière. Il n’y a pas déplacement de matière existante dans un non existant vide. Mais, sur ce point je n’étais pas intervenu et mon point de vue a, par contre, été confirmé : l’univers réel est celui des idées et pas celui des objets qui sont du domaine sensible et que j’appelle des ombres. Anaxagore, que certains croient le précurseur de la science moderne, est effectivement le fondateur de la philosophie matérialiste, ce qui est très différent. Il a supposé que tout est matière et que les idées ne sont que des reflets déformés de la réalité, alors que c’est l’inverse : l’idée parfaite et immuable admet un reflet pour les hommes qui est le monde sensible. La physique quantique a été contrainte de démolir l’univers sensible qui est celui de l’homme du commun.

Et ce n’est pas seulement vrai en physique quantique, mais dans l’ensemble des sciences. La psychanalyse, la psychologie, la neurologie nous montre que l’homme vit à la fois dans un univers conscient qui est relié à ses sens et d’un univers inconscient qu’il perçoit dans ses rêves, dans ses fantasmes, dans ses méditations. Il y a donc bel et bien un monde qui nous met des idées en tête et qui n’est pas directement dépendant de nos sens. D’autres sciences remarquent également que l’univers n’est pas fait d’objets. Ce ne sont pas les matériaux qui composent les gènes qui déterminent l’action de l’ADN, la molécule de la vie. Ce ne sont pas les seuls gènes et leur contenu moléculaire qui comptent mais surtout l’ordre d’action de ces gènes, la rythmologie de leur action. Et cette rythmologie n’est pas un objet.

La physique quantique me semble avoir surtout donné gain de cause à ma conception du monde issue des mathématiques. Bien des physiciens sont d’accord sur ce point : il n’y a pas d’autre réalité que les formes géométriques et les équations ! N’est-ce pas la géométrie que la chimie reprend pour exposer les formes des molécules : le tétraèdre régulier de la molécule de méthane par exemple. Ainsi, on y expose qu’à chaque molécule correspond une structure géométrique en trois dimensions !

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LIRE ENCORE :

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https://www.persee.fr/doc/reg_0035-...

https://ojs.uclouvain.be/index.php/...

https://www.cairn.info/revue-les-et...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Plato...)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Platonisme

https://www.cairn.info/a-l-ecole-de...

https://www.persee.fr/doc/phlou_003...

https://journals.openedition.org/et...

https://corpus.ulaval.ca/jspui/bits...

https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/b...

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