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Pandémie et nouvel ordre « sanitaire » : l’organisation française Lutte Ouvrière défend la théorie du non-complot

mardi 27 avril 2021, par Karob, Robert Paris

Pandémie et nouvel ordre "sanitaire" : l’organisation française Lutte Ouvrière défend la théorie du non-complot

Voici comment l’organisation Lutte Ouvrière prétend qu’elle arme politiquement et socialement les militants et les travailleurs face au covid et aux politiques prétendument sanitaires du capitalisme

Voici de quel complot, nous parlons dans cet article :

https://www.matierevolution.fr/spip...

Dans son mensuel « Lutte de classe », l’organisation Lutte ouvrière de Arthaud-Laguiller-Mercier-Muro écrit… sous le titre de « Face au Covid-19, raisonner et agir en militant ouvrier » :

… l’article suivant

La préoccupation de cette organisation dans cette revue est clairement indiquée dans la première phrase :

« Dans de nombreuses entreprises, des travailleurs expriment leur méfiance envers les vaccins anti-Covid, reprenant parfois des thèses complotistes. »

Ce qui embête donc cette organisation prétendument communiste révolutionnaire et trotskiste, c’est que les travailleurs expriment leur méfiance envers les vaccins anti-covid !!!

Et leur bête noire dans cet article n’est pas le capitalisme, les trusts, les banques, la finance, les gouvernants à leur service, non, leur bête noire ce sont « les thèses complotistes » !!!

Que font ces travailleurs complotistes ? « Ils en viennent ainsi parfois à jeter le bébé avec l’eau du bain, à tout refuser en bloc. »

Ah bon, dans cette société en plein chaos, il ne faut donc surtout pas tout rejeter en bloc ?!!!

« Ensuite, notre problème n’est pas tant d’affirmer que nous sommes pour les vaccins ou que nous sommes pour la science en général. »

Donc LO est général pour les vaccins et pour « la science » mais le problème ne serait pas là ? Eh si ! Il y a un problème là aussi ! Car il n’y a pas de vaccins non capitalistes dans une société capitaliste et pas de science tout court sinon la science capitaliste !!!

« Les travailleurs, ne trouvant pas d’explication rationnelle, en viennent à s’accrocher à toutes sortes d’explications. »

Mais là s’arrête le raisonnement de cet article qui se garde même de citer, sans parler de leur répondre, les raisonnements faux, les fausses thèses et les faux complots.

Mais où serait le raisonnement de ces camarades pour expliquer pourquoi les gouvernants prennent des mesures aussi catastrophiquement fausses pour combattre la pandémie, à part de comprendre qu’ils font exprès et c’est là où LO ne veut pas arriver car elle deviendrait « complotiste » !!!

Et LO participe ainsi à la campagne du gouvernement et des partis capitalistes contre « le complotisme » et qui met dans le même sac des thèses révolutionnaires sur les complots du grand capital et des thèses fascistes sur différents types de complots inventés, raciaux ou autres… Bref pour les LO, nous devons déduire que les classes dirigeantes ne complotent jamais contrairement à ce que nous enseigne l’Histoire (faut but de guerre comme en Irak par exemple) et que les seuls complots existants viendrait de la fachosphère ou de l’extrême droite (protocole de Sion…).

Une discussion de congrès de LO peut nous éclairer sur ses conceptions concernant les complots et le complotisme :

https://mensuel.lutte-ouvriere.org/...

On peut y lire :

« Beaucoup de travailleurs préfèrent les histoires de complots ourdis par une poignée de milliardaires tout puissants à notre analyse rationnelle du capitalisme et de l’exploitation qui les implique et les interpelle, eux. »

On ne comprend pas très bien ce qui oppose l’analyse dite rationnelle (manière pieuse de LO de parler de l’analyse marxiste) du capitalisme et de l’exploitation et celle du complot des capitalistes… Lénine n’a-t-il pas, par exemple expliqué, de « manière rationnelle » que l’impérialisme est le partage de la planète entre une poignée de capitalistes et de leurs États respectifs ? N’avait-il pas non plus dénoncer les buts de rapine des différentes bourgeoises dans la guerre de 14-18 et les mensonges proférés pour les couvrir dans la brochure de 1915 intitulé « Le socialisme et la guerre ».

« Il y a un domaine où le gouvernement russe ne s’est pas laissé distancer par ses confrères européens : tout comme eux, il a su duper “ son ” peuple dans des proportions grandioses. Un immense, un monstrueux appareil de mensonge et de manœuvres savantes a été mis en jeu également en Russie pour inoculer aux masses le chauvinisme et leur faire admettre que le gouvernement tsariste mène une guerre “ juste ”, qu’il défend avec désintéressement ses “ frères slaves ”, etc. »

https://www.marxists.org/francais/l...

Quelles conséquences ce type d’ « analyses rationnelles » peut-il avoir sur les positions politiques et sociales des militants de LO ? On en trouve l’explication dans l’article suivant du mensuel :

L’activité militante communiste au temps du coronavirus

« Et, dans une période où une partie importante de la population se pose des questions, notre tâche première est de lui donner des réponses en marxistes, en révolutionnaires », poursuit LO.

Eh bien chiche ! En marxistes, peut-on nous dire quelle est la situation du monde capitaliste et, du coup, celle du prolétariat ?

LO répond : la situation est celle d’une pandémie ! Ah bon ! Et quel lien avec l’effondrement du système capitaliste qui a commencé avant et continue après ? Motus !!!

Que veulent les classes possédantes dans la situation, d’après LO ? Motus !!! A part exploiter et profiter, c’est-à-dire que pour LO il n’y a rien de changé !!! C’est une simple maladie qui est certes aggravée par la domination de classe mais c’est tout. N’imaginez pas que les classes dirigeantes manipulent covid pour se débarrasser de la révolution sociale mondiale !!! Ce serait du complotisme !

Pourtant, le monde entier s’effondre. Sur tous les plans, pas seulement sur celui de la santé. Sur celui de l’économie, de la démocratie, de l’emploi, de la sécurité.

Au lieu de développer, à propos de covid comme de l’effondrement capitaliste, une politique révolutionnaire active, LO prône la passivité !!!

LO vous explique dans cet article que, des épidémies, il y en a eu, il y en aura toujours et que cela n’a rien de nouveau !!! Et que c’est le monde capitaliste qui va soigner la pandémie. Pourtant, cela n’y ressemble pas du tout !!!

Et pour la politique dite de « confinement », LO répond à ses militants :

« Le confinement, malgré tous ses inconvénients concernant l’activité militante sur le terrain, a un avantage : il offre du temps pour se cultiver, s’éduquer, se familiariser de plus en plus avec les idées communistes révolutionnaires. »

En somme, profitez pour étudier des périodes historiques décisives comme avant, comme si vous n’étiez pas en train de vivre maintenant une période historique tout à fait décisive : celle de la chute mondiale du capitalisme !!!!

Peste ! C’est maigre comme perspective politique et sociale révolutionnaire dans la situation !!!

Mais surtout, cela dit à ses militants qu’il faut attendre la fin de la pandémie pour remettre la révolution sociale à plus tard… pour ne pas dire à jamais… Comme les réformistes déguisés en révolutionnaires en Russie qui appelaient à remettre au lendemain la révolution prolétarienne car bourgeoise en Russie ou encore en Espagne à faire d’abord la guerre au fascisme en s’alliant à la bourgeoise dite démocratique en remettant à plus tard la révolution ! Ceux qui disent « on le fera après la pandémie », c’est pour dire jamais !!!

LO continue : « Et le confinement est un moyen de se donner des armes supplémentaires pour continuer le combat, pour le rendre plus efficace une fois l’épidémie jugulée. »

Les armes en question dans le texte, c’est de la lecture !!!

Mais si le capitalisme ne se donne pas les moyens de la juguler cette pandémie, s’il y tient parce qu’il s’en sert pour écraser les peuples, et du coup on en revient à demander pourquoi les gouvernants et les classes possédantes REFUSENT de se donner les moyens de combattre réellement covid !

C’est là que LO s’arrête et hurle : STOP, pas de complotisme !!!

Mais pas non plus à LO d’interprétation rationnelle non plus du fait que les politiques sanitaires soient apparemment aussi impuissantes, absurdes et contre-productives à la fois !!!

Ce n’est pas parce que LO ne sait pas que le capitalisme connaît une chute spectaculaire mais parce qu’il a choisi de dissocier les deux :

« Même lorsque le virus sera vaincu, il restera la crise dans laquelle s’enfonce de plus en plus le système capitaliste. Et cette crise-là risque d’être aussi grave que le coronavirus voire bien plus grave pour les exploités. Une fois de plus, la classe capitaliste cherchera à faire payer par les exploités les moyens qu’elle se donnera pour tenter de surmonter la crise. »

Dans l’article de LO cité au début, on lisait :

« notre problème n’est pas tant d’affirmer que nous sommes pour les vaccins ou que nous sommes pour la science en général. Car en fait, d’une certaine manière, on ne discuterait alors pas du vrai problème. Nous risquerions de nous enliser dans des discussions de principe ou, pire, d’apparaître comme des donneurs de leçons en disant ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Nous passerions alors à côté de l’essentiel. Notre vrai problème est d’aider les travailleurs qui se posent des questions à se repérer sur un plan politique, et en fait sur le plan social : qui donne les coups et qui les reçoit ? C’est-à-dire réintroduire des raisonnements de classes sociales et plus exactement d’antagonismes de classes. Et pas simplement des raisonnements de type syndicaliste : à tel problème, convient telle solution ou telle revendication, ce qui reviendrait à faire du réformisme. »

C’est pure hypocrisie car LO milite à fond POUR les vaccins dans les conditions capitalistes actuelles et pas dans un futur socialiste !!! LO milite à fond pour la perspective syndicaliste réformiste et il suffit de lire ses éditoriaux pour s’en apercevoir.

Lire par exemple ces éditoriaux des bulletins de Lutte ouvrière et autres articles :

Contre la pénurie de vaccins, il faut réquisitionner les laboratoires !

https://journal.lutte-ouvriere.org/...

Épidémie : faux confinement et vraie pénurie de vaccins

https://journal.lutte-ouvriere.org/...

Méprisant avec la population, à genoux devant le Big pharma !

https://journal.lutte-ouvriere.org/...

La pénurie de vaccins, fruit de la politique des trusts et des États

https://mensuel.lutte-ouvriere.org/...

Si la revue confidentielle et interne Lutte de classe parle de réformisme syndical, il n’en est nullement de même pour les éditoriaux de Lutte Ouvrière qui, eux, sont largement diffusés dans les entreprises. Dans ceux-ci, c’est, au contraire, un point de vue syndical et réformiste qui est défendu, avec, comme rajout, un petit brin de conclusion soi-disant opposé au capitalisme.

En tout cas, lorsque l’organisation LO dénonce seulement la pénurie de vaccins, elle n’explique pas les morts dus aux vaccins ni les variants qui sont également causés par eux, du fait de la sélection « naturelle » de virus qui contournent les vaccins et autre produits antiviraux…

En fait, ce n’est pas une lacune d’explication sanitaire mais d’interprétation « rationnelle » des liens entre la chute du capitalisme et la pandémie…

C’est surtout l’absence de toute politique vraiment révolutionnaire et le fait que le capitalisme s’effondre ne rend pas révolutionnaires les organisations passées au réformisme, même si elles gardent des étiquettes prétendument révolutionnaires.

On remarquera que le refus du complotisme est un prétexte au refus d’une analyse révolutionnaire et d’une politique révolutionnaire. Toute analyse des crises de la domination capitaliste lors des guerres, des révolutions, des dictatures, des génocides, des fascismes peut être traitée aisément de « complotisme » !!!

Et toute politique révolutionnaire pour renverser la dictature capitaliste peut également être traitée de « complot ».

LO n’est pas complotiste car cette organisation ne complote nullement pour renverser la dictature capitaliste !!! Et même quand le capitalisme, devenu déliquescent, menace la vie de l’humanité entière !!!

Pour LO, la lutte contre les politiques sanitaires des gouvernements et des États capitalistes de par le monde n’est pas à lier à la perspective de renversement du capitalisme qui doit libérer la recherche médicale et les politiques de santé publique des mains des capitalistes même si par sa porte-parole Nathalie Arthaud défend en parole le contraire et se dit « favorable à l’expropriation des grands laboratoires pharmaceutiques (et) militer pour que les travailleurs prennent le pouvoir politique et économique entre leurs mains. Pour qu’ils réorganisent l’économie sur des bases collectives. Pour qu’ils la planifient de façon à ce que les potentialités productives, technologiques, scientifiques soient véritablement mises au service de toute la population. » dans une interview donnée au journal Le Point (https://www.lepoint.fr/politique/na...). Car à part en faire une profession de foi électorale au mieux propagandiste, LO n’en fait pas une orientation pratique en termes de tâches immédiates à populariser auprès des travailleurs et du reste de la population ! Aussi tout la politique de LO est de continuer à faire pression sur le Gouvernement de La Grande Bourgeoisie comme le milieu syndical !

Les révolutionnaires ne pensent-ils jamais que les classes dirigeantes font des complots ?!!!

Et Marx face aux complots de la bourgeoisie ?

https://www.marxists.org/francais/m...

Et Trotsky en 1905 face à la bourgeoisie russe ?

« Le 3 décembre ouvre l’ère du complot contre révolutionnaire avec l’arrestation du soviet des députés ouvriers. »

https://www.marxists.org/francais/t...

Et Trotsky en 1917 face à la bourgeoisie russe ?

https://www.marxists.org/francais/t...

Et Trotsky face aux staliniens ?

https://www.marxists.org/francais/t...

Et Barta qui parle du « complot que les possédants, en liaison avec le corps des officiers et la haute bureaucratie, préparent contre les travailleurs »…

https://www.marxists.org/francais/b...

Les révolutionnaires eux-mêmes ne complotent-ils jamais ?

« En fait, dans toute société de classes, il y a assez de contradictions pour que, dans les fissures, l’on puisse bâtir un complot. »

« Alors que les complots périodiques sont le plus souvent l’expression du marasme et du croupissement de la société, l’insurrection populaire, par contre, surgit d’ordinaire en résultat d’une rapide évolution précédente, qui rompt le vieil équilibre de la nation. »

« Ce qui vient d’être dit ne signifie pourtant pas du tout que l’insurrection populaire et la conspiration s’excluent l’une l’autre en toutes circonstances. Un élément de conspiration, dans telle ou telle mesure, entre presque toujours dans l’insurrection. Étape historiquement conditionnée de la révolution, l’insurrection des masses n’est jamais purement élémentaire. Même ayant éclaté à l’improviste pour la majorité de ses participants, elle est fécondée par les idées dans lesquelles les insurgés voient une issue aux peines de l’existence. Mais une insurrection des masses peut être prévue et préparée. Elle peut être organisée d’avance. Dans ce cas, le complot est subordonné à l’insurrection, il la sert, facilite sa marche, accélère sa victoire. Plus élevé est le niveau politique d’un mouvement révolutionnaire, plus sérieuse est sa direction, plus grande est la place occupée par la conspiration dans l’insurrection populaire. Il est indispensable de comprendre exactement le rapport entre l’insurrection et la conspiration, autant dans ce qui les oppose que dans ce qui les complète réciproquement, et d’autant plus que l’emploi même du mot " conspiration " a dans la littérature marxiste un aspect contradictoire, soit qu’il s’agisse de l’entreprise indépendante d’une minorité prenant l’initiative, ou bien de la préparation par la minorité du soulèvement de la majorité. L’histoire prouve, il est vrai, qu’une insurrection populaire peut vaincre, dans certaines conditions, même sans complot. Surgissant par une poussée " élémentaire " d’une révolte générale, de diverses protestations, manifestations, grèves, collisions de rue, l’insurrection peut entraîner une partie de l’armée, paralyser les forces de l’ennemi et renverser le vieux pouvoir. C’est ainsi qu’il en fut, jusqu’à un certain degré, en février 1917, en Russie. L’on eut à peu près le même tableau dans le développement des révolutions allemande et austro-hongroise pendant l’automne de 1918. Dans la mesure, en ces deux cas, où, à la tête des insurgés, il n’y avait point de parti profondément pénétré des intérêts et des desseins de l’insurrection, la victoire de celle-ci devait inévitablement transmettre le pouvoir aux mains de ceux des partis qui, jusqu’au dernier moment, s’étaient opposés à l’insurrection. Renverser l’ancien pouvoir, c’est une chose. Prendre le pouvoir en main, c’en est une autre. La bourgeoisie, dans une révolution, peut s’emparer du pouvoir non point parce qu’elle est révolutionnaire, mais parce qu’elle est la bourgeoisie : elle a en main la propriété, l’instruction, la presse, un réseau de points d’appui, une hiérarchie d’institutions. Il en est autrement pour le prolétariat : dépourvu de privilèges sociaux qui existeraient en dehors de lui-même, le prolétariat insurgé ne peut compter que sur son ombre, sur sa cohésion, sur ses cadres, sur son État-major. De même qu’un forgeron ne peut saisir de sa main nue un fer chauffé à blanc, le prolétariat ne peut, les mains nues, s’emparer du pouvoir : il lui faut une organisation appropriée à cette tâche. Dans la combinaison de l’insurrection de masses avec la conspiration, dans la subordination du complot à l’insurrection, dans l’organisation de l’insurrection à travers la conspiration, réside le domaine compliqué et lourd de responsabilités de la politique révolutionnaire que Marx et Engels appelaient " l’art de l’insurrection ". Cela suppose une juste direction générale des masses, une souplesse d’orientation devant des circonstances changeantes, un plan médité d’offensive, de la prudence dans la préparation technique et de la hardiesse à porter le coup. Les historiens et les hommes politiques appellent d’habitude insurrection des forces élémentaires un mouvement des masses qui, lié par son hostilité à l’égard de l’ancien régime, n’a point de visées claires, ni de méthodes de lutte élaborées, ni de direction conduisant consciemment à la victoire. L’insurrection des forces élémentaires est volontiers reconnue par les historiens officiels, du moins par les démocrates, comme une calamité inévitable dont la responsabilité retombe sur l’ancien régime. La véritable cause de cette indulgence, c’est que les insurrections des forces " élémentaires " ne peuvent sortir des cadres du régime bourgeois. Dans la même voie marche aussi la social-démocratie : elle ne nie pas la révolution en général, en tant que catastrophe sociale, de même qu’elle ne nie pas les tremblements de terre, les éruptions de volcans, les éclipses de soleil et les épidémies de peste. Ce qu’elle nie, comme du " blanquisme " ou, pis encore, du bolchevisme, c’est la préparation consciente de l’insurrection, le plan, la conspiration. En d’autres termes, la social-démocratie est prête à sanctionner, à retardement il est vrai, les coups d’Etat qui transmettent le pouvoir aux mains de la bourgeoisie, condamnant avec intransigeance en même temps celles des méthodes qui peuvent seules transmettre le pouvoir au prolétariat. Sous une fausse objectivité se cache une politique de défense de la société capitaliste. D’après ses observations et ses méditations sur les échecs de nombreux soulèvements auxquels il prit part ou dont il fut témoin, Auguste Blanqui déduisit un certain nombre de règles tactiques à défaut desquelles la victoire de l’insurrection est rendue extrêmement difficile, sinon impossible. Blanqui réclamait la création en temps opportun de détachements révolutionnaires réguliers, leur direction centralisée, un bon approvisionnement en munitions, une répartition bien calculée des barricades, dont la construction serait prévue, et que l’on défendrait systématiquement et non épisodiquement. Toutes ces règles, procédant des problèmes militaires de l’insurrection, doivent, bien entendu, être inévitablement modifiées, en même temps que les conditions sociales et la technique militaire ; mais, en elles-mêmes, elles ne sont nullement du " blanquisme " dans le sens où l’on entend à peu prés chez les allemands le " putschisme " ou " l’aventurisme " révolutionnaire. L’insurrection est un art et, comme tout art, elle a ses lois. Les règles de Blanqui étaient les exigences d’un réalisme de guerre révolutionnaire. L’erreur de Blanqui consistait non point en son théorème direct, mais dans sa réciproque. Du fait que l’incapacité tactique condamnait l’insurrection à l’échec, Blanqui déduisait que l’observation des règles de la tactique insurrectionnelle était capable, par elle-même, d’assurer la victoire. C’est seulement à partir de là qu’il est légitime d’opposer le blanquisme au marxisme. La conspiration ne remplace pas l’insurrection. La minorité active du prolétariat, si bien organisée soit-elle, ne peut s’emparer du pouvoir indépendamment de la situation générale du pays : en cela, le blanquisme est condamné par l’histoire. Mais seulement en cela. Le théorème direct conserve toute sa force. Pour la conquête du pouvoir, le prolétariat n’a pas assez d’une insurrection des forces élémentaires. Il lui faut une organisation correspondante, il lui faut un plan, il lui faut la conspiration. C’est ainsi que Lénine posa la question. La critique d’Engels, dirigée contre le fétichisme de la barricade, s’appuyait sur l’évolution de la technique générale et de la technique militaire. La tactique insurrectionnelle du blanquisme répondait au caractère du vieux Paris, d’un prolétariat à demi composé d’artisans, aux rues étroites et au système militaire de Louis-Philippe. En principe, l’erreur du blanquisme consistait à identifier la révolution avec l’insurrection. L’erreur technique du blanquisme consistait à identifier l’insurrection avec la barricade. La critique marxiste fut dirigée contre les deux erreurs. Estimant, d’accord avec le blanquisme, que l’insurrection est un art, Engels découvrait non seulement la place secondaire de l’insurrection dans la révolution, mais le rôle déclinant de la barricade dans l’insurrection. La critique d’Engels n’avait rien de commun avec une renonciation aux méthodes révolutionnaires au profit du pur parlementarisme, comme essayèrent de le démontrer en leur temps les philistins de la social-démocratie allemande, avec le concours de la censure du Hohenzollern. Pour Engels, la question des barricades restait celle d’un des éléments techniques de l’insurrection. Or, les réformistes essayaient, devant la négation de la valeur décisive de la barricade, d’en conclure à la négation de la violence révolutionnaire en général. C’est à peu prés comme si, raisonnant sur la diminution probable de l’importance de la tranchée dans la prochaine guerre, l’on en concluait à l’effondrement du militarisme. L’organisation à l’aide de laquelle le prolétariat peut non seulement renverser l’ancien régime, mais se substituer à lui, ce sont les soviets. Ce qui plus tard devint une affaire d’expérience historique n’était, jusqu’à l’insurrection d’octobre, qu’un pronostic théorique, s’appuyant, il est vrai, sur l’expérience préalable de 1905. Les soviets sont les organes de préparation des masses à l’insurrection, les organes de l’insurrection et, après la victoire, les organes du pouvoir. Cependant, les soviets, par eux-mêmes, ne tranchent pas la question. Selon le programme et la direction, ils peuvent servir à diverses fins. Un programme est donné aux soviets par le parti. Si les soviets, dans les circonstances d’une révolution - et, hors d’une révolution, ils sont généralement impossibles - s’emparent de toute la classe, à l’exception des couches tout à fait arriérées, passives ou démoralisées, le parti révolutionnaire est à la tête de la classe. Le problème de la conquête du pouvoir ne peut être résolu que par la combinaison du parti avec les soviets ou bien avec d’autres organisations de masses équivalant plus ou moins aux soviets. Le soviet, ayant à sa tête un parti révolutionnaire, tend consciemment et en temps utile à s’emparer du pouvoir. Se réglant sur les variations de la situation politique et sur l’état d’esprit des masses, il prépare les points d’appui de l’insurrection, lie les détachements de choc par l’unité du dessein, élabore d’avance le plan de l’offensive et du dernier assaut : cela signifie précisément introduire la conspiration organisée dans l’insurrection de masses. Les bolcheviks, plus d’une fois, longtemps encore avant l’insurrection d’Octobre, avaient eu à réfuter les accusations dirigées contre eux par leurs adversaires, qui leur imputaient des machinations conspiratives et du blanquisme. Or, nul autant que Lénine ne mena une lutte aussi intransigeante contre le système de la pure conspiration. Les opportunistes de la social-démocratie internationale prirent plus d’une fois sous leur protection la vieille tactique socialiste-révolutionnaire de la terreur individuelle contre les agents du tsarisme, résistant à la critique implacable des bolcheviks qui opposaient à l’aventureux individualisme de l’intelligentsia le cours vers l’insurrection des masses. Mais en repoussant toutes les variétés du blanquisme et de l’anarchie, Lénine ne s’inclinait pas une minute devant la force élémentaire " sacrée " des masses. Il avait médité plus tôt et plus profondément que d’autres le rapport entre les facteurs objectifs et subjectifs de la révolution, entre le mouvement des forces élémentaires et la politique du parti, entre les masses populaires et la classe avancée, entre le prolétariat et son avant-garde, entre les soviets et le parti, entre l’insurrection et la conspiration. Mais s’il est juste que l’on ne puisse provoquer à son gré un soulèvement et que, pour la victoire, il faille en même temps, en temps utile, organiser l’insurrection, par là-même, devant la direction révolutionnaire, se pose le problème d’un diagnostic exact : il faut, au moment opportun, surprendre l’insurrection qui monte pour la compléter par une conspiration. L’intervention obstétricale dans un accouchement, quoique l’on ait beaucoup abusé de cette image, reste encore l’illustration la plus vive d’une intrusion consciente dans un processus élémentaire. Herzen accusait autrefois son ami Bakounine d’avoir, dans toutes ses entreprises révolutionnaires, invariablement pris le deuxième mois de la grossesse pour le neuvième. Quant à Herzen, il était plutôt disposé à nier la grossesse même au neuvième mois. En Février, la question de la date de l’accouchement ne se posait presque pas du tout, dans la mesure où l’insurrection avait éclaté " d’une façon inattendue ", sans direction centralisée. Mais c’est précisément pour cela que le pouvoir passa non à ceux qui avaient accompli l’insurrection, mais à ceux qui l’avaient freinée. Il en était tout différemment de la nouvelle insurrection : elle était consciemment préparée par le parti bolcheviste. Le problème : saisir le bon moment pour donner le signal de l’offensive, retombait par là-même sur l’Etat-major bolcheviste. Le mot " moment " ne doit pas être entendu trop à la lettre, comme un jour et une heure déterminés : même pour les enfantements, la nature a accordé des différences de temps considérables dont les limites n’intéressent pas seulement l’art de l’accoucheur, mais aussi la casuistique du droit de succession. Entre le moment où la tentative de provoquer un soulèvement doit encore inévitablement s’avérer prématurée et amener un avortement révolutionnaire, et le moment où la situation favorable doit déjà être considérée comme irrémédiablement perdue, une certaine période de la révolution s’écoule - elle peut se mesurer en quelques semaines, parfois en quelques mois- dans le courant de laquelle l’insurrection peut s’accomplir avec de plus ou moins grandes chances de succès. Discerner cette période relativement courte et choisir ensuite un moment déterminé, dans le sens précis du jour et de l’heure, pour porter le dernier coup, c’est pour la direction révolutionnaire la tâche la plus lourde de responsabilité. On peut à bon droit l’appeler un problème nodal car il rattache la politique révolutionnaire à la technique de l’insurrection : faut-il rappeler que l’insurrection, de même que la guerre, est la prolongation de la politique, seulement par d’autres moyens ? L’intuition et l’expérience sont nécessaires pour une direction révolutionnaire de même que pour tous les autres domaines de l’art créateur. Mais cela ne suffit pas. L’art du rebouteur peut aussi, non sans succès, reposer sur l’intuition et l’expérience. L’art du guérisseur politique ne suffit cependant que pour des époques et des périodes où prédomine la routine. Une époque de grands tournants historiques ne tolère pas les œuvres des rebouteurs. L’expérience, même inspirée par l’intuition, ne lui suffit pas. Il faut une méthode matérialiste permettant de découvrir, derrière les ombres chinoises des programmes et des mots d’ordre, le mouvement réel des corps de la société. Les prémisses essentielles d’une révolution résident en ce que le régime social existant se trouve incapable de résoudre les problèmes fondamentaux du développement de la nation. La révolution ne devient cependant possible que dans le cas où, dans la composition de la société, il se trouve une nouvelle classe capable de prendre la tête de la nation pour résoudre les problèmes posés par l’histoire. Le processus de la préparation de la révolution consiste en ce que les tâches objectives, marquées dans les contradictions de l’économie et des classes, se fraient une voie dans la conscience des vivantes masses humaines, en modifient les aspects et créent de nouveaux rapports des forces politiques. Les classes dirigeantes, en résultat de leur incapacité manifeste de sortir le pays de l’impasse, perdent foi en elles-mêmes, les vieux partis se décomposent, une lutte acharnée se livre entre les groupes et les cliques, les espoirs se reportent sur un miracle ou sur un thaumaturge. Tout cela constitue une des prémisses politiques de l’insurrection, extrêmement importante, quoique passive. Une hostilité furieuse à l’égard de l’ordre établi et l’intention de risquer les efforts les plus héroïques, de laisser tomber des victimes, pour entraîner le pays dans une voie de relèvement telle est la nouvelle conscience politique de la classe révolutionnaire qui constitue la principale prémisse tactique de l’insurrection. Les deux camps principaux - les gros propriétaires et le prolétariat - ne représentent pourtant pas, au total, toute la nation. Entre eux s’insèrent de larges couches de la petite bourgeoisie, jouant de toutes les couleurs du prisme économique et politique. Le mécontentement des couches intermédiaires, leurs désillusions en face de la politique de la classe dirigeante, leur impatience et leur révolte, leur disposition à soutenir l’initiative hardiment révolutionnaire du prolétariat constituent la troisième condition politique de l’insurrection, en partie passive dans la mesure où elle neutralise les sommets de la petite bourgeoisie, en partie active dans la mesure où elle en pousse les bases à lutter directement, coude à coude avec les ouvriers. La réciprocité conditionnelle de ces prémisses est évidente : plus le prolétariat agit résolument et avec assurance, et plus il a la possibilité d’entraîner les couches intermédiaires, plus la classe dominante est isolée, plus la démoralisation s’accentue chez elle. Et, par contre, la désagrégation des dirigeants apporte de l’eau au moulin de la classe révolutionnaire. Le prolétariat ne peut, pour l’insurrection, se pénétrer de l’assurance indispensable en ses propres forces qu’au cas où, devant lui, se découvre une claire perspective, que s’il a la possibilité de vérifier activement les rapports de forces qui changent à son profit, s’il sent au-dessus de lui une direction perspicace, ferme et audacieuse. Ceci nous amène à la condition, dernière dans le dénombrement mais non dans son importance, de la conquête du pouvoir : au parti révolutionnaire, en tant qu’avant-garde étroitement unie et trempée de la classe. Grâce à une combinaison favorable des conditions historiques, tant intérieures qu’internationales, le prolétariat russe trouva à sa tête un parti exceptionnellement doué de clarté politique et d’une trempe révolutionnaire sans exemple : c’est cela seulement qui permit à une classe jeune et peu nombreuse d’accomplir une tâche historique d’une envergure inouïe. En général, comme en témoigne l’histoire - celle de la Commune de Paris, des révolutions allemande et autrichienne de 1918, des soviets de Hongrie et de Bavière, de la révolution italienne de 1919, de la crise allemande de 1923, de la révolution chinoise des années 1925-1927, de la révolution espagnole de 1931 - le plus faible anneau dans la chaîne des conditions a été jusqu’à présent celui du parti : le plus difficile pour la classe ouvrière est de créer une organisation révolutionnaire qui soit à la hauteur de ses tâches historiques. Dans les pays les plus vieux et les plus civilisés, des forces considérables travaillent à affaiblir et à décomposer l’avant-garde révolutionnaire. Une importante partie de ce travail se voit dans la lutte de la social-démocratie contre le " blanquisme ", dénomination sous laquelle on fait figurer l’essence révolutionnaire du marxisme. Si nombreuses qu’aient été les grandes crises sociales et politiques, la coïncidence de toutes les conditions indispensables pour une insurrection prolétarienne victorieuse et stable ne s’est vue jusqu’à présent dans l’histoire qu’une seule fois : en octobre 1917, en Russie. Une situation révolutionnaire n’est pas éternelle. De toutes les prémisses d’une insurrection, la moins stable est l’état d’esprit de la petite bourgeoisie. En temps de crises nationales, celle-ci marche derrière la classe qui, non seulement par la parole, mais par l’action, lui inspire confiance. Capable d’élans impulsifs, même de délires révolutionnaires, la petite bourgeoisie n’a pas de résistance, elle perd facilement courage en cas d’insuccès et, de ses ardentes espérances, tombe dans la désillusion. Ce sont précisément les violents et rapides changements de ses états d’esprit qui donnent une telle instabilité à chaque situation révolutionnaire. Si le parti prolétarien n’est pas suffisamment résolu pour transformer en temps utile l’attente et les espérances des masses populaires en une action révolutionnaire, le flux est bientôt remplacé par un reflux : les couches intermédiaires détournent leurs regards de la révolution et cherchent un sauveur dans le camp opposé. De même qu’à la marée montante le prolétariat entraîne après lui la petite bourgeoisie, au moment du reflux la petite bourgeoisie entraîne à sa suite d’importantes couches du prolétariat. Telle est la dialectique des vagues communistes et fascistes dans l’évolution politique de l’Europe après la guerre. Essayant de s’appuyer sur l’aphorisme de Marx : aucun régime ne disparaît de la scène avant d’avoir épuisé toutes ses possibilités, les mencheviks niaient qu’il fût admissible de lutter pour la dictature du prolétariat dans la Russie arriérée où le capitalisme était encore loin de s’être dépensé complètement. Dans ce raisonnement, il y avait deux erreurs, et chacune était fatale. Le capitalisme n’est pas un système national, il est mondial. La guerre impérialiste et ses conséquences ont montré que le régime capitaliste s’est vidé sur le plan mondial. La révolution en Russie fut la cassure du plus faible anneau dans le système capitaliste mondial. Mais la fausseté de la conception mencheviste se révèle aussi du point de vue national. A s’en tenir à une abstraction économique, on peut, admettons-le, affirmer que le capitalisme en Russie n’avait pas épuisé ses possibilités. Mais les processus économiques ont lieu autre part que dans les sphères éthérées, ils se produisent dans un milieu historique concret. Le capitalisme n’est pas une abstraction : c’est un vivant système de rapports de classes qui a besoin avant tout d’un pouvoir étatique. Que la monarchie, sous la protection de laquelle s’était formé le capitalisme russe, eût épuisé ses possibilités, les mencheviks ne le niaient pas. La révolution de Février tenta d’instituer un régime étatique intermédiaire. Nous en avons suivi pas à pas l’histoire : en quelque huit mois, ce régime était complètement épuisé. Quel ordre gouvernemental pouvait, dans ces conditions, assurer le développement ultérieur du capitalisme russe ? " La république bourgeoise, défendue seulement par les socialistes de tendances modérées, qui ne trouvaient plus d’appui dans les masses... ne pouvait se maintenir. Tout l’essentiel en elle était corrodé, il ne restait que l’écorce. " Cette juste appréciation appartient à Milioukov. Le sort du système corrodé devait être d’après lui le même que celui de la monarchie tsariste : " L’un et l’autre avaient préparé le terrain pour la révolution et, l’un et l’autre, le jour de la révolution, n’avaient pas trouvé un seul défenseur, " Dés juillet-août, Milioukov caractérisait la situation par une alternative entre deux noms : Kornilov ou Lénine. Mais Kornilov avait déjà fait son coup d’essai, terminé par un lamentable échec. Pour le régime de Kérensky, en tout cas, il ne restait plus de place. Si divers que fussent les états d’esprit, témoigne Soukhanov, " il n’y avait d’unité que dans la haine pour le kérenskysme ". De même que la monarchie tsariste s’était rendue finalement impossible aux yeux des sommets de la noblesse et même des grands-ducs, le gouvernement de Kérensky devint odieux même aux directs inspirateurs du régime, aux " grands-ducs " des sommets conciliateurs. Dans ce mécontentement général, dans cet aigu malaise politique de toutes les classes réside un des plus importants symptômes d’une situation révolutionnaire arrivée à maturité. C’est ainsi que chaque muscle, chaque nerf, chaque fibre de l’organisme sont intolérablement tendus à la veille de la percée d’une gros abcès. La résolution du Congrès bolcheviste de juillet, qui mettait en garde les ouvriers contre les conflits prématurés, indiquait en même temps qu’il faudrait accepter la bataille " quand la crise de toute la nation et le profond soulèvement des masses créeraient des conditions favorables pour la venue des éléments pauvres des villes et des campagnes à la cause des ouvriers ". Ce moment arriva en septembre-octobre. L’insurrection était en droit de compter désormais sur un succès, car elle pouvait s’appuyer sur une authentique majorité populaire. Il ne faut pas, bien entendu, comprendre cela formellement. Si, sur la question de l’insurrection, l’on avait ouvert préalablement un référendum, il aurait donné des résultats extrêmement contradictoires et indécis. La disposition intime à soutenir l’insurrection n’est pas du tout identifiable à la faculté de se rendre clairement compte d’avance de la nécessité de l’insurrection. En outre, les réponses dépendraient, en une très grande mesure, de la façon même de poser la question, de l’organe qui dirigerait l’enquête, ou, plus simplement parlant, de la classe qui se trouverait au pouvoir. Les méthodes de la démocratie ont leurs limites. On peut questionner tous les voyageurs d’un train pour savoir quel est le type de wagon qui leur convient le mieux, mais on ne peut aller les questionner tous pour savoir s’il faut freiner en pleine marche un train qui court au déraillement. Or, si l’opération de sécurité est accomplie adroitement et en temps voulu, on est sûr d’avoir l’approbation des voyageurs. Les consultations parlementaires du peuple ont toutes lieu en même temps ; cependant, les diverses couches populaires, en temps de révolution, parviennent à une seule et même conclusion avec un retard inévitable, parfois très petit, l’une sur l’autre. Tandis que l’avant-garde brûlait d’impatience révolutionnaire, les couches arriérées commençaient seulement à se dresser. A Petrograd et à Moscou, toutes les organisations de masses étaient sous la direction des bolcheviks ; dans la province de Tambov, qui comptait plus de trois millions d’habitants, c’est-à-dire un peu moins que les deux capitales ensemble, une fraction bolcheviste dans le Soviet ne surgit pour la première fois que peu avant l’insurrection d’octobre. Les syllogismes du développement objectif ne coïncident nullement - jour par jour - avec les syllogismes de la réflexion des masses. Et quand une grande décision pratique, par la marche des choses, devient urgente, elle permet moins que tout un référendum. Les différences de niveau et d’état d’esprit des diverses couches populaires sont réduites par l’action : les éléments d’avant-garde entraînent les hésitants et isolent les résistants. La majorité ne se compte pas, elle se conquiert. L’insurrection monte précisément quand l’issue des contradictions ne se voit plus que dans la voie de l’action directe. »

https://www.marxists.org/francais/t...

Lire encore sur les révolutionnaires et les complots :

https://www.google.fr/search?hl=fr&...

1 Message

  • "Alors l’Élysée complote, et manœuvre pour trouver chaque fois la meilleure façon de défendre les intérêts impérialistes en Afrique." Qui a dit ça...Le FN ? et non Lutte Ouvrière dans sa revue Lutte de Classes en 1979 à lire ici.

    https://mensuel.lutte-ouvriere.org/...

    "A quelques reprises, l’Élysée a fait le choix de l’intervention militaire directe, quand cela semblait possible et que les armées locales, aidées et encadrées par des troupes françaises, n’avaient plus la force suffisante.

    C’est ce qui s’est passé il y a un mois en Centrafrique, mais à d’autres occasions aussi dans le passé. En 1964, les parachutistes français sautaient sur Libreville, au Gabon, pour remettre en selle Léon M’ba, renversé par un coup d’État. En 1977, ils intervenaient en Mauritanie. Plus récemment au Tchad et au Zaïre." La France par la voix de sa ministre des armées n’avait elle pas proposé ses services à la dictature tunisienne en 2011 afin de rétablir le dialogue et la paix sociale bien évidemment ... Ce que LO ne dit pas c’est les buts sociaux de ces "complots" car ceux économiques&politiques n’expliquent pas tout .. Pourquoi la bourgeoisie entrainait la classe ouvrière dans la 1er guerre mondiale coté français en tuant Jaurès...pour se repartager le monde ou pour éviter (en concertation avec les autres Etats comme ce qui s’était passé en 1871 pendant la Commune) que le monde entier bascule du coté des révolutions sociales, comme en Chine, au Mexique, au Maroc, aux USA, au Portugal ou en Russie en 1905, car les crises économiques étaient en train de ravager l’Europe également pendant les années qui précèdent...avec des prolétaires bien décidés à s’organiser ? LO a toujours pensé en terme de complot , mais ce qui a surtout changé c’est sa manière de raisonner sur la permanence du capitalisme alors que les capitalistes eux mêmes se savent condamner à la faillite. Toute l’extrème gauche s’est tellement intégrée au capitalisme par le biais des élections politiques & syndicales et de la routine militante que cela implique, que le moindre mouvement qui sort de cette routine est suspecté de marcher contre ces appareils militants. Ainsi ils deviennent les meilleurs défenseurs de l’Etat, de la police, et de toutes les institutions étatiques ou l’on pousse les travailleurs dit du service public, à démissionner par tous les moyens .

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