English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS > Le gouffre entre le « quoi qu’il en coûte » pour défendre le capitalisme et le (...)

Le gouffre entre le « quoi qu’il en coûte » pour défendre le capitalisme et le refus de dépenser « un pognon de dingue » pour préserver les plus démunis

mercredi 19 mai 2021, par Alex, Waraa

Le gouffre entre le « quoi qu’il en coûte » pour défendre le capitalisme et le refus de dépenser « un pognon de dingue » pour préserver les plus démunis

Les gouvernants défendront le capitalisme qui s’effondre, « quoi qu’il en coûte » !!! C’est leur propre formule. Et le coût ne sera pas seulement financier, pour les finances publiques et pour la population, et économique pour l’emploi et les salaires, pour les chômeurs notamment, mais politique, menant à des dictatures et des guerres, et aussi social, détruisant tous les liens sociaux, et humain (se traduisant en pertes de millions de vies humaines !!!)

L’expression « quoi qu’il en coûte » ( pour les aides aux capitalistes) et l’expression « un pognon de dingue » (pour les aides aux chômeurs, aux services publics, pour la santé, contre la pandémie…) est le leurre par lequel le gouvernement tente de gagner la confiance des travailleurs en leur Etat, en leur classe dirigeante, qui bien qu’étant ce « monde des riches » rappelant Versailles à la veille de la Grande révolution de 1789, serait notre seule planche de salut.

Ouvrir les vannes de l’argent public est vite apparu comme la seule option possible pour un capitalisme à l’agonie, pour distribuer des bénéfices aux actionnaires, sans pour autant réellement investir. On n’a vu aucun « quoiqu’il en coûte » à l’hôpital public, dans les masques, dans les tests, dans les vaccins, dans les appareils respiratoires, dans les embauches de personnels de santé (dans tous ces domaines, les gouvernants estiment que « cela coûte un pognon de dingue »).

Pour autant le "quoi qu’il en coûte" dans le domaine de l’aide publique aux capitalistes n’a jamais été remis en cause par qui que ce soit. Toutes tendances politiques et syndicales confondues. La seule revendication proposée aux travailleurs lors d’inoffensives journées d’action serait de réclamer « un peu plus notre part » ! Comme si une part nous était réellement réservée au sein du système capitaliste !

Mais la grande illusion serait de croire que ce « quoi qu’il en coute » ne serait qu’une question d’argent. Depuis que le capitalisme s’est muté en impérialisme vers 1900, ce ne sont pas que des politiques budgétaires qui ont été les outils de sorties de crises, mais des contre-révolutions préventives, des guerres, la terreur de masse, le fascisme, le stalinisme, les génocides, les massacres.

Les volontaires pour ce volet politique du « quoi qu’il en coute », les généraux putschistes et leurs sous-fifres, ont bien compris que leur heure peut avoir sonné et ressortent de la tanière où de Gaulle les avait politiquement relégués suite à la guerre d’Algérie. Après une première lettre de déclaration publique, ils ont récidivé : ces militaires ont rédigé une deuxième lettre ouverte aux représentants des pouvoirs exécutifs et législatifs. Un premier recul est à noter dans cette deuxième version, qui peut-être la justifie : ces militaires ont cessé de mentionner favorablement les Gilets jaunes. Certes l’extrême droite fût présente dans ce mouvement, mais elle n’a pu s’en emparer. Les auteurs de la lettre ne s’étaient pas manifestés quand leurs amis de la Police, soutenus par la Gendarmerie donc l’armée, infligea des mutilations par dizaines aux Gilets jaunes. Du coup, certains officiers réticents à signer la première lettre ont pu signer la deuxième.

Outre leur aspiration à une dictature militaire et le rejet social fondamental du mouvement Gilets jaunes et de la contestation sociale des exploités, ces militaires se sentent solidaires d’un bourgeois anti-immigrés comme Macron, et réclament, dans leurs déclarations, également une épuration de l’armée, selon eux infiltrée « elle-même » par la « racaille », la 5ème colonne. La campagne antisémite de l’armée française contre le militaire Dreyfus semble donc à nouveau inspirer ces signataires. Les jeunes « issus de l’immigration » qui répondraient naïvement aux appels à s’engager diffusés par le gouvernement, découvriront le racisme ordinaire de l’armée française.

Face à cette ébauche de pronunciamento à la Franco, lié à la crise historique du capitalisme qui se confirme de jour en jour, l’occasion n’a pas été saisie par les syndicats et autres organisations se revendiquant des travailleurs, d’une riposte unitaire, massive. Cela n’a rien d’étonnant, la réponse au 6 février 1934 avait été imposée par la base, au nom de l’unité d’action, pas par les organisations.

L’extrême gauche qui se dit révolutionnaire n’a pas non plus développé cette perspective. Elle s’est montrée bien trop préoccupée de défendre les syndicats pro-police face aux blacks blocs pour imaginer que les travailleurs devaient affirmer leur propre réponse au putschisme montant ! Certains dirigeants syndicalistes d’extrême gauche, comme P. Poutou (NPA) et J-P Mercier (LO) , qui occupent tous les deux des responsabilités bureaucratiques à la CGT, proclament pourtant à juste titre que les actions syndicales ne suffisent pas, que les travailleurs doivent faire de la politique. Le NPA et Lutte ouvrière vont d’ailleurs être les principaux représentant de courants révolutionnaires aux élections régionales et présidentielles. Pourtant, aucune initiative de leur part face aux généraux et à la menace militaire. Le NPA a même passé une alliance avec J-L Mélenchon pour les régionales, c’est-à-dire avec un parti de la Gauche gouvernementale, mitterrandiste, dans la lignée de cette gauche qui bombarda les syriens et les Rifains en 1925, Sétif et Damas en mai 1945, organisa la bataille d’Alger et finalement le génocide au Rwanda …. et prétend soutenir les Palestiniens ! Oui le parti LFI fait partie de cette gauche qui a envoyé elle-même des militaires contre les « hordes musulmanes » et la direction de la CGT, tout comme JP Mercier, accepte cette nouvelle collusion, qui n’est pas la première, d’un de ses bureaucrates avec ces héritiers du militarisme colonial, d’ailleurs compagnons de route de la dictature militaire « de gauche » du Venezuela. Ce n’est pas de la CGT, ne serait-ce que d’un de ses courants formé de soi-disant révolutionnaires, qu’on peut attendre une action politique contre les fascistes qui lancent un défi, pour l’instant verbal, aux travailleurs.

Mais qu’aurait proposé Trotsky dont font semblant de se réclamer LO et des tendances du NPA ? Voici ce qu’il proposait en 1922 :

« Dans la C.G.T. réformiste, les communistes dénonceront les pratiques de collaboration de classe des dirigeants. Le Parti combattra l’impérialisme français, non seulement dans sa politique à l’égard de l’Allemagne, mais dans ses manifestations sur toute la surface du globe, en particulier les traités de paix de Saint-Germain, Neuilly, Trianon et Sèvres. »

Il est frappant que ces perspectives restent d’actualité. Le traité de Trianon a transformé la Hongrie en micro-état, au profit de la Roumanie qui servit de base contre –révolutionnaire à l’armée roumaine encadrée par des officiers français, pour écraser la révolution hongroise en 1919. Jusqu’à aujourd’hui la minorité hongroise de Transylvanie subit des discriminations du pouvoir roumain, que l’extrême droite hongroise tente de récupérer à son profit. Ce n’est pas un hasard si le soulèvement contre Ceaucescu en 1989 a eu un de ses foyers à Timisoara, Temesvar en hongrois, au cœur de cette Transylvanie. Cette extrême droite est contre les Tsiganes et les juifs, ce qui n’a rien d’étonnant, mais aussi contre les français. Ce traité peu connu en France est le pain quotidien de fascistes revanchards qui entretiennent le mythe de la Grande Hongrie actuellement.

Le traité de Versailles a permis à l’impérialisme français de récupérer au détriment de l’Allemagne le Cameroun, qui fait partie depuis de la Françafrique, où la guerre de terreur des années 60, vit des atrocités comparables à celles de la guerre d’Algérie. La Belgique reçut le Rwanda, où fut mis en place une politique raciale, prélude au génocide de 1994 après que la France eut pris le relais.

Le Traité de Sèvres aboutit au dépeçage de l’Empire Ottoman entre la France et l’Angleterre, qui semèrent les germes de toutes les guerres qui fracturent cette région depuis lors. Des politiques « responsables » s’indigent, au nom de la paix civile (car la France aurait en Europe les plus importantes « communautés » juives et musulmanes), que les manifestations de soutien aux Palestiniens importent « artificiellement » un conflit qui nous est « étranger » (comme l’était prétendument l’assassinat de noirs par la police Etats-Unienne). Les mêmes qui veulent transformer les enseignants en porte-parole du patriotisme chauvin avançant masqués derrière la laïcité oublient-ils donc l’histoire de leur pays ?

Car justement le traité de Sèvres fut le premier trait tracé au couteau dans la chair du peuple palestinien. Si la France créa dans le territoire de son mandat la division entre le Liban et la Syrie, si la Grande-Bretagne y créa la Jordanie et la Palestine, séparer une petite Palestine artificielle de la Syrie et du Liban n’a jamais été le souhait des populations. Cela a fait partie du jeu des impérialismes. A la bataille de Khan Maysaloun en juillet 1920, l’armée française a empêché l’unification d’une grande Syrie qui aurait aussi inclut le Liban. L’écrasement politique des Palestiniens a donc commencé avec le mandat colonial français, d’ailleurs confié à des militaires, comme le général Gouraud.

Cette implication de l’armée française en Syrie est du passé ? Malheureusement non. Une des réponses des impérialismes au printemps arabe qui il y a dix ans menaçait de secouer toute la péninsule arabique, fut de noyer la région sous les armes, fournies entre autre par la France, pour que des milices fascistes, déguisés en religieux, les récupèrent après un ou deux intermédiaires. Ce soutien militaire aux fascistes de la région déguisés en religieux pèse sur tout mouvement de libération nationale ou sociale, dont celui des palestiniens.

La présence de travailleurs aux manifestations de soutien aux Palestiniens, manifestations légale ou non, est donc un réflexe de classe salutaire. Les manifestants qui portaient simplement leur Gilet jaune ont déjà fait acte d’internationalisme de bon sens, en montrant le lien entre la dernière révolte populaire en France et la lutte contre l’oppression des Palestiniens. Mais derrière quel drapeau manifester, le drapeau palestinien ? Ou le drapeau rouge des travailleurs ?

Le drapeau dit palestinien est très trompeur. Il fut en fait élaboré par les impérialistes britanniques (dont Sykes, signataire des infâmes accords Sykes-Picot entre impérialismes anglais, français et russes), qui encadrèrent la révolte arabe (1916-1918), afin de l’utiliser contre l’empire Ottoman, et qui firent cadeau de ce hochet aux hachémites, dignitaires religieux de la Mecque ambitionnant de restaurer le Califat, mais qui durent se contenter de la petite Jordanie artificiellement délimitée sur la carte. A quelques nuances près, ce drapeau « palestinien », était donc d’abord celui de la Jordanie, et est similaire à celui de l’Egypte, de l’Irak, de la Syrie, et autres dictatures dirigées d’abord par les anglais qui les mirent en place notamment après la chute de l’Empire Ottoman. C’est sous le drapeau Jordanien que le Roi Hussein massacra des milliers de Palestiniens lors de la violente contre-révolution jordanienne du Septembre noir en 1970. Le découpage de la région en petits pays avec pour chacun une variante de ce même drapeau ne correspondait pas aux aspirations des peuples.

De plus, il existe une contradiction sociale intra-palestinienne autant qu’une opposition nationale Israélo-Palestinienne. Depuis son baptême, lors de la grande révolte de 1936, le mouvement palestinien est au moins autant qu’un mouvement national une lutte de classes, à l’intérieur de la société palestinienne, autant que dans les états voisins qui parquèrent les palestiniens dans des camps de réfugiés. Une partie de la classe moyenne palestinienne a fourni des cadres aux monarchies de Golfe, vivant confortablement dans des tours climatisées par exemple à Doha ou Dubai. Cela ne veut pas dire que cette petite-bourgeoise, parfois républicaine gauche, peu religieuse, contrainte de s’expatrier, ne serait pas prête à soutenir les prolétaires de Gaza pour la cause palestinienne. Mais cela veut dire que c’est seulement à l’échelle de toute la région de la péninsule arabe qu’une telle révolte aurait un sens. Là encore l’armée française est présente, la base militaire d’Abu Dhabi étant le symbole de ce soutien qu’apporte notre impérialisme à des Emirats qui monopolisent la rente pétrolière. Sans des campagnes antimilitaristes contre l’armée française, pour un soulèvement général des travailleurs de toutes les nationalités dans la péninsule arabe, contre les sultans, pour une grande république des travailleurs, le soutien au palestinien derrière le slogan « Palestine vaincra » revient à enfermer les Palestiniens dans un micro-nationalisme sans espoir, pour un drapeau et des frontières choisies par l’impérialisme et son relais Israélien. Seuls les travailleurs palestiniens, en s’alliant avec les travailleurs d’Israël, les travailleurs de toute l’Arabie qu’ils soient arabes, Indo-Pakistanais, Népalais, ainsi qu’avec les femmes des Philippines qui servent d’esclaves domestiques à vie dans la Péninsule arabe, pourront résoudre la question nationale.

L’extrême gauche électorale rend hommage aux 150 ans de la Commune de 1871, mais justement les Communards, voulant se défendre dans une guerre nationale contre l’invasion prussienne, ne suspendirent pas la lutte des classes. Ils la menèrent au contraire au terme que Marx avait prévu : la prise du pouvoir par le prolétariat. C’est en menant une lutte des classes, contre les cliques bourgeoises de l’OLP, du Hamas et des gouvernants arabes, que les opprimés palestiniens trouveront le chemin de la victoire.

En France, nous, travailleurs, pourrions affirmer ce soutien aux intérêts de classe des Palestiniens en parallèle à ceux des Maliens qui demandent le départ de l’armée française de leur pays, à ceux des travailleurs Birmans dont un des oppresseurs principaux est Total. La CGT a mené une grève récente chez Total à Grandpuits, en ne prenant aucune initiative dans cette direction. Ce n’est pas l’armée israélienne qui bloque la défense de la cause palestinienne en France : c’est le fait que nous laissions la direction de nos luttes à des bureaucraties syndicales qui sont patriotes, pro-impérialisme français, ouvertement depuis 1936.

C’est dans ce lien avec les exploités du monde entier que réside la plus grande de nos forces. Dans les tracts électoraux écrits par des soi-disant révolutionnaires, ceux qui reprennent pas tout simplement la conclusion du Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !, ou ne font aucune référence aux luttes menées dans le monde entier contre notre impérialisme (Mali, Birmanie, Liban etc), ne méritent pas le vote des travailleurs !

Dans notre combat face à l’effondrement capitaliste et ses conséquences sociales mais aussi politiques, nous devons renouer les fils de l’internationalisme ouvrier dont la Commune, il y a 150 ans a donné un exemple, et le « quoi qu’il en coute » se retournera alors contre ses auteurs, les capitalistes.

11 Messages de forum

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0