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Y a-t-il des domaines qui n’obéissent pas aux sciences ?

dimanche 19 septembre 2021, par Robert Paris

La question philosophique la plus souvent posée par les sciences : y a-t-il une limite à la capacité des sciences à comprendre le monde et y a-t-il des domaines qui n’obéissent pas aux sciences ?

A un certain niveau, cette question revient à dire : y aura-t-il un jour où on saura tout sur le monde, sur la vie, sur l’homme et sur la société ? Car, tant qu’il y a une seule chose qu’on ne sait pas de manière scientifique, nul n’est capable de dire si on pourra le savoir plus tard. Cela pose aussi la question de savoir si on est sûrs de nos connaissances scientifiques actuelles ou futures, car tant qu’une de ces « connaissances » pourra être remise en question, on pourra toujours prétendre que cela remet en question la validité et l’universalité de la science.

Ce qui est parfois amusant, c’est que les antiscientifiques entrent dans des discussions entre scientifiques pour en tirer argument contre la science. Regardez, disent-ils, s’ils ne sont pas d’accord entre eux, cela prouve que leur science est fausse !

Le doute scientifique, c’est-à-dire le fait que les scientifiques rediscutent tout, y compris des connaissances considérées longtemps comme indiscutables, est ainsi transformé en mise en doute générale de la démarche scientifique !

Il y a même certains scientifiques qui affirment déjà qu’il y a des choses que l’on ne saura jamais, se fondant notamment sur des limites de la pensée formelle comme les « propositions indécidables », mais de nombreuses fois dans le passé on a cru que l’on ne saurait jamais certaines choses et on y est parvenus. Ce n’est donc pas une preuve et la logique formelle n’est pas la science, même si cette dernière s’en sert régulièrement.

Par exemple, on entend souvent dire qu’on ne sait pas ce qui se passe avant le Big Bang, au-delà de la vitesse de la lumière, en dessous des constantes de Planck, au cœur d’un trou noir, dans les autres univers-bulles, et j’en passe… Mais ces « on ne sait pas » sont souvent des questions mal posées et pas de vrais problèmes de sciences. Par contre, il y a un très grand nombre de questions que l’on ne sait pas et même on peut dire que plus on en sait plus on mesure que l’on ne saura jamais tout car chaque connaissance pose de multiples nouvelles questions.

Les partisans de l’inconnaissable peuvent donc s’appuyer sur ces problèmes mais les partisans du monde connaissable aussi. Leur débat risque donc de continuer bien longtemps.

Quel est l’avantage de la philosophie d’un monde inconnaissable et l’avantage de celle d’un monde connaissable ?

Le premier consiste à laisser place aux métaphysiques, au magique, au mystique, au religieux, aux mages, aux fausses sciences, aux pratiques ésotériques, aux croyances de toutes sortes.

Le second consiste à nous pousser à chercher à comprendre scientifiquement des domaines encore non résolus, tout en admettant que nos anciennes connaissances et manière de voir peuvent être remises en cause sans pour autant jeter toute la science à la poubelle.

Comme toutes les questions philosophiques, celle de l’inconnaissabilité du monde ou d’une partie de celui-ci ne peut pas être définitivement tranchée mais cela ne veut ni dire que la science a perdu ni qu’elle a gagnée mais que la pensée humaine n’a pas de point d’arrêt, ni sa science, ni sa philosophie. Tant que l’homme existera, on n’arrivera jamais au point où on pourra dire de la pensée scientifique : FIN !

Pour ce qui est répondre à la question : y a-t-il un domaine du monde qui échappe à la connaissance, il faut aussi répondre par les raisons de cet échappement et elles sont parfois elles-mêmes… scientifiques !!!

Par exemple, il y a des raisons scientifiques pour que se va se produire soit imprédictible ! On peut étudier à fond l’état physique d’un vase en verre mais absolument personne ne peut dire comment il va se briser si on le jette à terre ! On peut étudier la météo et le climat mais on ne peut pas dire de manière sure qu’il va neiger à tel endroit à telle heure ! L’imprédictibilité en la matière provient du type même des lois scientifiques elles-mêmes : lois appelées chaos déterministe.

Des lois peuvent ainsi mener à plusieurs états physiques possibles sans que l’on puisse être sûrs de celui qu’on aura en réalité.

Les lois physiques sont souvent des « lois des possibles » plutôt que des lois strictement prédictives. C’est une limite de la capacité de la science mais qui ne rajoute aucun argument aux mystiques car les motifs de ces insuffisances sont tout à fait bien comprises.

Le fait que certaines dimensions soient hors de portées d’observation ne doit pas non plus servir d’argument. Il n’y a pas si longtemps nos capacités étaient encore bien plus restreintes et elles ont bien progressé.

Certains scientifiques comme Mach avaient même prédit qu’on ne saurait jamais répondre à la « simple » question : les atomes existent-ils et affirmé que c’était de la métaphysique et cela s’est révélé être de la physique !!!

D’autres scientifiques partisans d’un peu de mysticisme dans la pensée en trouvent des raisons dans l’apparition de la vie, de l’homme, de la pensée humaine, et même dans les valeurs des constantes physiques qui, selon eux, sont trop bien réglées (trop précisément) POUR permettre ces apparitions.

Mais cela ne démontre pas la validité de leur mysticisme pas plus qu’aucune argumentation de l’existence de dieu car soi on veut donner une argumentation de type scientifique à quelque chose qui n’en a pas besoin, soi on n’a pas besoin d’arguments scientifiques pour croire aux sorcières ou aux démons, ou à l’enfer ! Il faut choisir et pas tout mêler. Prétendre démontrer scientifiquement que l’on ne doit pas tout démontrer scientifiquement, ce n’est pas crédible, et d’autant moins que les démonstrations en question ne sont pas valables.

Notamment, ceux qui raisonnent sur ce qui se passerait ou ne se passerait pas si les constantes physiques avaient été autres ne sont pas des penseurs scientifiques intéressants, du moins pour résoudre cette question. En effet, nul ne peut changer à sa guise les constantes puis faire une expérience ou une théorie.

Faut-il conclure de tout cela que la science comprend tous les phénomènes étudiés ? Pas du tout ! La science ne prétend pas cela, pas plus qu’elle ne prétend ne jamais se remettre en question.

Il y a un très grand nombre de phénomènes fondamentaux qui sont étudiés et connus, sans pouvoir être interprétés de manière satisfaisante. On connaît ainsi nombre de phénomènes quantiques. On ignore l’origine de bien des éléments de la physique, à commencer par les charges électriques. Et de nombreuses interprétations fondamentales restent très discutées entre scientifiques.

Mais, comme les discussions entre évolutionnistes darwiniens, celles entre physiciens ne remettent pas en question fondamentalement la démarche de la science dans ce domaine ni en général.

On n’empêchera certes jamais ceux qui veulent absolument croire en la magie, en l’ésotérisme, en dieu et autres démons, de le faire et le but de la science n’est pas non plus de les en empêcher car il n’y a pas que des raisons raisonnables à le faire. Il y a aussi des besoins psychologiques et personnels qui peuvent justifier aux yeux de certains de s’appuyer sur de tels modes de pensée. Cela ne les crédibilise pas pour autant de manière générale.

L’effet placebo fonctionne bien du fait de raisons psychologiques sans que le produit qui est administré puisse prétendre au rôle de médicament réel.

D’une manière générale, il est aussi absurde de demander à la science de prouver l’inexistence de dieu, du diable, des démons, des mauvaises pensées, des cauchemars et des rêves que de demander aux métaphysique de prouver les limites de la physique et des autres sciences ;

Ces limites, quand elles sont réelles, proviennent le plus souvent de l’existence, au sein de l’Univers, de domaines à différentes échelles, domaines qui sont complètement imbriqués et interactifs et qui provoquent, aux limites de dimensions, des chaos aux conséquences imprédictibles. En effet, dans les transitions d’un domaine d’échelle à un autre, plusieurs lois sont concurrentes et des facteurs très petits deviennent déterminants, entraînant des changements très grands au bout de temps relativement petits. Et la réalité n’oppose pas diamétralement les lois des différents domaines mais les compose.

De toutes les difficultés qu’a eu la science à progresser, des gens ont cru tirer argument en faveur des croyances, des mysticismes et autres métaphysiques mais le principal argument de la croyance ne devrait pas être l’état de la science mais celui de la croyance elle-même !

D’autre part, si on constate parfois des recrudescences des croyances et autres mysticismes, ce n’est pas dû à un recul de la pensée scientifique en général, mais à celle de la société qui provient d’un recul historique de la société, en l’occurrence l’effondrement entamé du capitalisme, une chute bien réelle elle aussi et appréhendable scientifiquement, et non de manière métaphysique.

Que des gens aient peur de vivre cet effondrement économique, politique, social comme idéologique et que cela les pousse parfois à ses tourner vers des croyances ne prouve pas davantage que ces croyances ont des effets réels pour résoudre les problèmes réels de la société, ni qu’ils comprennent davantage que la pensée scientifique les problèmes en question. On le voit bien à la manière dont les religieux divers abordent la question scientifique de la pandémie.

Le déluge a fait croire aux religions mais celle-ci ne l’ont pas expliqué ! La pandémie n’a pas besoin de chercher ses explications dans les récits mystiques ou ésotériques.

Que ce soit l’effondrement du capitalisme ou sa naissance et son ascension, les religions n’ont aucune interprétation réelle, pas plus que pour permettre de comprendre les lois étonnantes de la matière, de la lumière et du vide !

Et c’est justement parce que les religions et autres mystiques ou ésotérismes n’ont pas davantage d’interprétations de la réalité qu’ils ne pointent que les questions que la science n’a pas résolu, du type des questions des origines : origines de l’Univers, de la matière, de la lumière, de la vie, de l’homme, de l’intelligence humaine, de la pensée, etc. Car sur l’origine, le mystère semble toujours planer, même quand nous avons assisté à cette origine comme dans la naissance d’un enfant. Qui peut dire, par exemple, quelle est l’origine des caractères, des modes de pensée, des réactions du petit qui naît ? Ni les scientifiques, ni les mystiques et autres métaphysiciens, même s’ils prétendent le contraire.

Le fait de s’appuyer plutôt sur l’ignorance que sur la connaissance, l’expérience et l’étude de réel discrédite plutôt les antiscientifiques et antimatérialistes.

Bien sûr, la chute de la société capitaliste entraîne avec elle le crédit des sciences et des scientifiques, car le capitalisme a prétendu s’appuyer sur une pensée scientifique. Mais c’était faux : le capitalisme, comme les autres sociétés de division de classes sociales, s’est appuyé sur les religions et les métaphysiques contre la pensée scientifique !

La pensée scientifique est plus que jamais indispensable pour comprendre le monde et le transformer. Mais cela ne signifie pas que ce mode de penser doit nécessairement détruire tous les autres. Nous n’avons pas besoin de juger par exemple de la valeur d’une poésie, d’une peinture, d’une musique, d’une création humaine quelconque d’un point de vue scientifique. De même que des poètes, des peintres, des musiciens n’ont pas besoin de nier la validité de la science pour affirmer l’existence indépendante de leur matière. Le fait qu’il en aille différemment des religions, qui se croient obligées de contester la science, nous éclaire sur leur rôle différent des autres créations humaines, pas sur la valeur contestée de la science…

En conclusion, nous dirons que ce n’est pas à la science, surtout pas celle de la société capitaliste, de mettre en question les religions ou les mysticismes. Darwin, certes, comptait sur la science mais pas Marx qui, lui, comptait sur la révolution sociale !!!

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