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L’anti "Islamo-gauchisme", un mot d’ordre anti-communiste et anti-prolétarien du gouvernement (2)

mardi 8 juin 2021, par Alex

Cet article fait suite au premier article.

Si l’on décompose, suivant la méthode de Descartes, « islamo-gauchisme » en éléments simples, on y trouve, comme terme principal, « gauchisme »

Qu’est-ce que le gauchisme ?

Le Gauchisme fut tout d’abord une tendance du mouvement révolutionnaire prolétarien. C’est Lénine qui a donné en 1920 dans sa brochure un sens à ce terme, qui reste actuel pour les marxistes révolutionnaires. Le gauchisme était une des tendances du mouvement ouvrier qui se rallia à la révolution russe d’octobre 1917, et même une tendance du parti bolchevik (Boukharine en 1918).

C’est le premier aspect que des révolutionnaires devraient souligner dans cette expression employée par la ministre Vidal.

Les « Gauchistes » sont un courant qui est apparu dans plusieurs pays. Citons Lénine :

  • En Allemagne

Les communistes allemands dont nous aurons maintenant à parler ne se donnent pas le nom de communistes de "gauche", mais, si je ne me trompe, celui "d’opposition de principe". Mais qu’ils présentent des symptômes caractérisés de cette "maladie infantile, le gauchisme", c’est ce qu’on verra dans l’exposé ci-après. La brochure la Scission du Parti communiste d’Allemagne (Ligue Spartacus), publiée par le "groupe local de Francfort-sur-le-Main", et qui reflète le point de vue de cette opposition, expose avec un relief, une exactitude, une clarté et une concision extrêmes, le fond des idées de cette opposition. Quelques citations suffiront à le faire connaître au lecteur :

"Le parti communiste est le parti de la lutte de classe la plus décidée.. ". " ...Au point de vue politique, cette période de transition" (entre le capitalisme et le socialisme) "est celle de la dictature du prolétariat..." " ..La question se pose : qui doit exercer la dictature : le Parti communiste ou la classe prolétarienne ? . . Faut-il tendre en principe à la dictature du Parti communiste ou à la dictature de la classe prolétarienne ?

Plus loin, le Comité central du Parti communiste d’Allemagne est accusé, par l’auteur de la brochure, de chercher un moyen de se coaliser avec le Parti social-démocrate indépendant d’Allemagne, et de n’avoir soulevé "la question de l’admission en principe de tous les moyens politiques" de lutte, y compris le parlementarisme, que pour cacher ses véritables et principales tendances à la coalition avec les indépendants. Et la brochure continue :

"L’opposition a choisi une autre voie. Elle est d’avis que la domination du Parti communiste et la dictature du Parti, ce n’est qu’une question de tactique. En tout cas, la domination du Parti communiste est la forme dernière de toute domination de parti. Il faut tendre en principe à la dictature de la classe prolétarienne. Et toutes les mesures prises par le parti, son organisation, ses formes de lutte, sa stratégie et sa tactique doivent être orientées vers ce but. Il faut par suite repousser de la façon la plus décidée tout compromis avec les autres partis, tout retour aux formes parlementaires de lutte qui, historiquement et politiquement, ont fait leur temps, toute politique de louvoiement et d’entente." "Les méthodes spécifiquement prolétariennes de lutte révolutionnaire doivent être particulièrement soulignées. Et pour entraîner les plus larges milieux et couches de prolétaires qui doivent entrer dans la lutte révolutionnaire, sous la direction du Parti communiste, il faut créer de nouvelles formes d’organisation sur la plus large base et dans le plus large cadre. Le point de rassemblement de tous les éléments révolutionnaires est l’union ouvrière qui a à sa base les organisations d’usines. C’est là que doivent se réunir tous les ouvriers qui suivent le mot d’ordre : Sortez des syndicats ! C’est là que le prolétariat militant se formera en rangs serrés pour le combat. Pour y entrer il suffit de reconnaître la lutte de classes, le système des Soviets et la dictature. Ultérieurement, toute l’éducation politique des masses en lutte et l’orientation politique de la lutte incombent au Parti communiste qui reste en dehors de l’union ouvrière. . ".. .Ainsi, deux partis communistes se trouvent maintenant en présence : L’un est le parti des chefs, qui entend organiser la lutte révolutionnaire et la diriger par en haut, acceptant tes compromis et le parlementarisme, afin de créer des situations permettant à ces chefs d’entrer dans un gouvernement de coalition qui détiendrait la dictature. L’autre est le parti des masses, qui attend l’essor de la lutte révolutionnaire d’en bas qui ne connaît et n’applique dans cette lutte que la seule méthode menant clairement au but ; qui repousse toutes les méthodes parlementaires et opportunistes ; cette seule méthode est celle du renversement résolu de la bourgeoisie, afin d’instituer ensuite la dictature prolétarienne de classe et réaliser le socialisme. " " ..Là, c’est la dictature des chefs ; ici, c’est la dictature des masses ! Tel est notre mot d’ordre." Telles sont les thèses essentielles qui caractérisent les vues de l’opposition dans le Parti communiste allemand.

  • En Angleterre :

Ainsi la division fondamentale est la même qu’en Allemagne, malgré les différences considérables quant à la forme que revêt le désaccord (en Allemagne cette forme se rapproche beaucoup plus de la forme "russe" qu’en Angleterre) et pour maintes autres raisons. Mais voyons les arguments des "gauches".

Pour ce qui est de la participation au parlement, Sylvia Pankhurst se réfère à un article publié dans le même numéro par W. Gallacher, lequel écrit au nom du "Conseil ouvrier d’Ecosse" de Glasgow :

"Ce Conseil, dit-il, est nettement antiparlementaire, et il a pour lui l’aile gauche de diverses organisations politiques. Nous représentons le mouvement révolutionnaire écossais, qui se propose de créer une organisation révolutionnaire dans les industries (dans les diverses branches de l’industrie) et un parti communiste appuyé sur des comités sociaux dans tout le pays. Longtemps nous nous sommes disputés avec les parlementaires officiels. Nous n’avons pas jugé nécessaire de leur déclarer ouvertement la guerre ; quant à eux, ils craignent de s’attaquer à nous.

Mais cette situation ne peut pas durer longtemps. Nous triomphons sur toute la ligne. La masse des membres du Parti travailliste indépendant d’Ecosse est de plus en plus écœurée du parlement, et presque tous les groupes locaux sont pour les Soviets (le mot russe est employé dans la transcription anglaise) ou pour les Soviets ouvriers. Evidemment, ce fait a une importance très sérieuse pour ces messieurs qui considèrent la politique comme un gagne-pain (comme une profession), et ils usent de tous les expédients pour persuader leurs membres de revenir dans le giron du parlementarisme. Les camarades révolutionnaires ne doivent pas (tous les mots soulignés le sont par l’auteur) soutenir cette bande. Ici la lutte nous sera très difficile. La défection de ceux pour qui l’intérêt personnel est un stimulant plus fort que l’intérêt qu’ils portent à la révolution, en sera un des traits les plus affligeants. Accorder le moindre appui au parlementarisme revient simplement à aider à l’accession au pouvoir de nos Scheidemann et Noske britanniques. Henderson, Clynes et Cie sont irrémédiablement réactionnaires. Le Parti travailliste indépendant officiel tombe de plus en plus sous la coupe des libéraux bourgeois, qui ont trouvé un refuge moral dans le camp de MM. MacDonald, Snowden et Cie. Le Parti travailliste indépendant officiel est violemment hostile à la III° Internationale, mais la masse est pour elle. Soutenir de quelque façon que ce soit les parlementaires opportunistes, c’est tout bonnement faire le jeu de ces messieurs. Le Parti socialiste britannique n’a ici aucune importance... Ce qu’il faut, c’est une bonne organisation révolutionnaire industrielle et un parti communiste agissant sur des bases scientifiques, claires et nettement définies. Si nos camarades peuvent nous aider à créer l’une et l’autre, nous accepterons volontiers leur concours : s’ils ne le peuvent pas, qu’ils ne s’en mêlent pas pour l’amour de Dieu, à moins qu’ils ne veuillent trahir la révolution en prêtant appui aux réactionnaires qui recherchent avec tant de zèle le titre "honorable" (?) (le point d’interrogation est de l’auteur) de parlementaires, et qui brûlent de prouver qu’ils sont capables de gouverner aussi bien que les "patrons" eux-mêmes, les hommes politiques de classe."

Cette lettre à la rédaction traduit admirablement, à mon avis, l’état d’esprit et le point de vue des jeunes communistes ou des ouvriers de la masse, qui commencent à peine à venir au communisme. Cet état d’esprit est réconfortant et précieux au plus haut point ; il faut savoir l’apprécier et l’entretenir, car sans lui on désespérerait de la victoire de la révolution prolétarienne en Angleterre, comme du reste dans tout autre pays. Ceux qui savent exprimer, susciter dans les masses cet état d’esprit (qui très souvent sommeille, est inconscient, latent), il faut s’en montrer soucieux et leur prêter aide et attention. Mais il faut aussi leur dire ouvertement, sans équivoque, que cet état d’esprit à lui seul ne suffit pas à diriger les masses dans la grande lutte révolutionnaire, et que telles ou telles erreurs que les hommes les plus dévoués à la cause révolutionnaire sont disposés à commettre ou commettent, peuvent nuire à cette cause. La lettre adressée à la rédaction par le camarade Gallacher contient indéniablement en germe toutes les erreurs des communistes "de gauche" d’Allemagne et celles commises par les bolcheviks russes "de gauche" en 1908 et 1918. (...) L’auteur de cette lettre est tout pénétré d’une très noble colère prolétarienne contre les "politiciens de classe" de la bourgeoisie (colère compréhensible et sympathique du reste aux yeux non seulement des prolétaires, mais aussi de tous les travailleurs, de toutes les "petites gens", pour employer ici l’expression allemande). Cette colère d’un représentant des masses opprimées et exploitées est en vérité le "commencement de la sagesse", la base de tout mouvement socialiste et communiste et de son succès. (...) L’auteur de la lettre a fort bien compris que seuls les Soviets ouvriers, et non le parlement, peuvent offrir au prolétariat le moyen d’atteindre au but. Et celui qui ne l’a pas encore compris est évidemment le pire réactionnaire, fut-il l’homme le plus savant, le politique le plus expérimenté, le socialiste le plus sincère, le marxiste le plus érudit, le plus loyal des citoyens et des pères de famille.

(...)

Que les Henderson, les Clynes, les MacDonald, les Snowden soient irrémédiablement réactionnaires, cela est exact. Il n’est pas moins exact qu’ils veulent prendre le pouvoir (préférant d’ailleurs la coalition avec la bourgeoisie) ; qu’ils veulent "administrer" selon les vieilles règles bourgeoises et se conduiront forcément, une fois au pouvoir, comme les Scheidemann et les Noske. Tout cela est exact.

  • En Italie :

le camarade Bordiga et ses amis "gauches" tirent de leur juste critique de MM. Turati et Cie cette conclusion fausse qu’en principe toute participation au parlement est nuisible. Les "gauches" italiens ne peuvent apporter l’ombre d’un argument sérieux en faveur de cette thèse. Ils ignorent simplement (ou s’efforcent d’oublier) les exemples internationaux d’utilisation réellement révolutionnaire et communiste des parlements bourgeois, utilisation incontestablement utile à la préparation de la révolution prolétarienne. Simplement incapables de se représenter cette utilisation "nouvelle", ils clament en se répétant sans fin, contre l’utilisation "ancienne", non bolchevique, du parlementarisme.

Là est justement leur erreur foncière. Ce n’est pas seulement dans le domaine parlementaire, c’est dans tous les domaines d’activité que le communisme doit apporter (et il en sera incapable sans un travail long, persévérant, opiniâtre) un principe nouveau, qui romprait à fond avec les traditions de la II° Internationale (tout en conservant et développant ce que cette dernière a donné de bon).

Considérons par exemple le journalisme. Les journaux, les brochures, les tracts remplissent une fonction indispensable de propagande, d’agitation et d’organisation. Dans un pays tant soit peu civilisé, aucun mouvement de masse ne saurait se passer d’un appareil journalistique. Et toutes les clameurs soulevées contre les "chefs", toutes les promesses solennelles de préserver la pureté des masses de l’influence des chefs, ne nous dispenseront pas d’employer pour ce travail des hommes issus des milieux intellectuels bourgeois, ne nous dispenseront pas de l’atmosphère, de l’ambiance "propriétaire", démocratique bourgeoise, où ce travail s’accomplit en régime capitaliste. Même deux années et demie après le renversement de la bourgeoisie, après la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, nous voyons autour de nous cette atmosphère, cette ambiance des rapports propriétaires, démocratiques bourgeois des masses (paysans, artisans).

Le parlementarisme est une forme d’action, le journalisme en est une autre. Le contenu dans les deux cas peut être communiste et doit l’être si, dans l’un comme dans l’autre domaine, les militants sont réellement communistes, réellement membres du parti prolétarien de masse. Mais dans l’une et dans l’autre sphère - et dans n’importe quelle sphère d’action, en régime capitaliste et en période de transition du capitalisme au socialisme - il est impossible d’éluder les difficultés, les tâches particulières que le prolétariat doit surmonter et réaliser pour utiliser à ses fins les hommes issus d’un milieu bourgeois, pour triompher des préjugés et des influences des intellectuels bourgeois, pour affaiblir la résistance du milieu petit-bourgeois (et puis ensuite le transformer complètement).

Lénine a donc résumé ces points qui font des Gauchistes une des tendances du parti prolétarien. On peut en conclure que non seulement le gauchisme fait régulièrement partie du courant révolutionnaire, et aussi qu’un parti qui n’a pas d’aile gauchiste est en général un parti assez mort, qui n’attire plus les jeunes, ou dont les vieux ont perdu tout enthousiasme révolutionnaire.

En résumé, les Gauchistes sont, selon Lénine, des Communistes de gauche, des révolutionnaires prolétariens, qui ont compris que la classe ouvrière, dont la tâche historique est de prendre le pouvoir à la tête de tous les opprimés, doit combattre en permanence les politiciens ouvertement bourgeois et les faux socialistes, et que cette prise du pouvoir, la dictature du prolétariat, s’incarnera dans les Soviets comme en Russie en 1917.

A l’injure lancée par la ministre F. Vidal contre l’Université infestée par l’« islamo-gauchisme », un député marxiste aurait pu répondre au parlement :

« Gauchisme est un terme créé par Lénine ! Les gauchistes sont de vrais révolutionnaires comme Rosa Luxembourg et Trotsky que vos prédécesseurs ont fait assassiner suite à des campagnes antisémites. L’antisémitisme a toujours gangrené votre armée française ! A bas l’armée française gangrénée par le racisme. Vive Lénine, vive Rosa Luxembourg, vive Trotsky ! »

Inviter Lénine, Trotsky et Rosa Luxemburg au parlement aurait fait scandale. Des « révolutionnaires » comme N. Arthaud et J.P. Mercier de LO, qui font de nombreuses apparitions dans les médias auraient pu inviter Lénine, Trotsky et Rosa Luxemburg dans ce débat lancé par le gouvernement, afin de lui donner une autre tournure et de susciter la curiosité des ouvriers à ce sujet, les invitant à lire la brochure de Lénine.

Actualité permanente du Gauchisme et des questions religieuses

Ces discussions de Lénine d’il y a 100 ans sont toujours actuelles. Dans la plupart des mouvement on côtoie des militants du courant de la Gauche communiste qui ont des points communs avec les gauchistes que décrivait Lénine en Angleterre, Allemagne et Italie. Comprendre les positions de ces militants est important. On peut se retrouver avec eux si l’on combat les bureaucrates syndicaux, mais séparés si l’on défend les travailleurs sans-papiers car pour certains gauchistes, réclamer des papiers (que souvent eux-mêmes possèdent et gardent précieusement) est se faire complice de l’Etat bourgeois, alors qu’il faut détruire cet Etat. De même, réclamer une augmentation de salaire serait réactionnaire de la part des ouvriers pour des gauchistes (qui ont eux-mêmes parfois des salaires corrects), puisque les communistes sont pour l’abolition du salariat.

Mais même dans un parti trotskyste, il peut y avoir des courants gauchistes liés à la religion. E. G. Flynn, en l’honneur de laquelle la chanson « Rebel girl » a été composée, décrit dans son autobiographie la forme d’opposition des religions catholique/protestante que prend le sentiment révolutionnaire des enfants irlandais dès leur berceau (maladie infantile prend alors sons sens propre) :

Voici l’histoire de ma vie. Ce premier livre raconte mon enfance et ma prime jeunesse ; comment je suis devenue socialiste à l’âge de seize ans ; mes activités comme agitateur des IWW et chef de grève jusqu’en 1918. [Cela] m’a conduit, à mon sens logiquement et irrévocablement, à demander l’adhésion au Parti communiste en 1926.

(...)

De naissance, je suis originaire de la Nouvelle-Angleterre, mais pas descendante du Mayflower. Mes ancêtres étaient "immigrés et révolutionnaires" —de l’Ile d’émeraude (Irlande). Je suis née en 1890 à Concord, New Hampshire, à la fin du siècle le plus tragique pour « ce pays le plus affligeant », qui avait souffert sous domination britannique pendant plus de 700 ans. Il y avait eu un soulèvement à chaque génération en Irlande, et mes ancêtres étaient réputés être dans chacun d’eux. La conscience d’être irlandais nous est venue dès notre petite enfance, à travers des chants plaintifs et des histoires héroïques. Les Irlandais se sont battus pour arracher leur terre natale aux propriétaires étrangers, pour parler leur langue gaélique natale, pour prier dans l’église de leur choix, pour avoir leurs propres écoles, être indépendants et autonomes. Enfants, nous avons tété une haine brûlante de la domination britannique avec le lait maternel. Jusqu’à la mort de mon père, à plus de quatre-vingts ans, il n’a jamais dit « Angleterre » sans ajouter : « Dieu la maudisse ! » Avant d’avoir dix ans je connaissais les grands héros-Robert Emmet, Wolfe Tone, Michael Davitt, Parnell, et O’Donovan Rossa, qui était enchaîné pieds et poings, comme un chien, et a dû manger dans une assiette en fer blanc sur le sol d’une prison britannique.

The rebel girl. An autobiography.

De même origine irlandaise, le grand révolutionnaire J. Connolly a été amené à se prononcer sur les questions qui se posaient dans la classe ouvrière comme le nationalisme, le mouvement gélique et régulièrement la religion. Trotsky fut amené a prendre position en faveur de la lutte de l’Eglise allemande contre le nazisme.

Toutes ces prises de positions ne concernaient pas des érudits mais furent posées par la lutte de classes. Elles sont liées très souvent à des nations opprimées par l’impérialisme où les survivances du féodalisme ont été institutionnalisées par les impérialismes français et anglais. Or seul le bolchévisme, le parti de Lénine et Trotsky, a réussi a prendre la tête d’une révolution prolétarienne, parce qu’ils ont compris comment le prolétariat pouvait prendre la tête d’une révolution bourgeoise (impliquant souvent des questions religieuses) qui se transforme inévitablement en révolution prolétarienne. La théorie de Lénine sur la question nationale, celle de Trotsky sur la révolution permanente sont liées aux questions nationales, religieuses ou autres similaires qui se mêlent au questions sociales dans les pays capitalistes arriérés.

Penser que les thèmes religieux peuvent disparaitre des prises de position des marxistes est donc une illusion, et il est donc possible que dans un parti révolutionnaire, une politique gauchiste soit liée non pas aux syndicats, aux élections, au parlementarisme, comme c’est souvent le cas, mais à des questions liées à la religion.

Cela ne veut pas dire qu’il faut « avouer » au gouvernement que oui, des courants « islamo-gauchistes » peuvent exister. C’est d’abord une discussion interne qui doit avoir lieu. Un des points de départ est donné par le Congrès des peuples d’Orient qui eut lieu à Bakou en 1920. La démarche qui l’inspira reste un modèle d’actualité. Il est regrettable que des courants soi-disant trotskistes comme LO ou des tendances du NPA ne l’aient pas remis au goût du jour, et se convertissent à l’« anti-islamophobie ».

Le Figaro a bien compris que l’offensive du gouvernement contre l’islamo-gauchiste est l’occasion d’une attaque contre le bolchévisme (le véritable, celui de Lénine et Trotsky) et le congrès de Bakou :

Depuis quelques jours, la locution « islamo-gauchisme » occupe une part importante du débat politico-médiatique. Mais au-delà des débats sur le mot, à quelle réalité renvoie-t-il ? Et d’où vient l’idée d’une alliance entre la gauche laïque et l’islam ?

Tout commence en 1917, au cœur du Parti communiste soviétique. Lénine est convaincu que les peuples colonisés, « opprimés du monde », sont des alliés de l’URSS : comme les prolétaires à l’échelle nationale, ils doivent permettre la Révolution à l’échelle mondiale. Or par un hasard historique, l’Europe colonisatrice est constituée de pays chrétiens et la majorité des pays musulmans sont colonisés : ainsi commence à germer l’idée d’une alliance possible entre communistes et musulmans.

Cette idée prend corps en 1920, lors du Congrès de Bakou. L’URSS convoque plus de 2000 délégués arabes, turcs et iraniens dans le but de trouver ensemble le moyen de « renverser les capitalistes français, anglais et américains ».

La gauche et l’islam : chronique d’un malentendu historique (Maroun Eddé – Le Figaro - 28/02/2021)

Bien que le Figaro présente l’auteur de l’article M. Eddé comme « normalien, spécialiste de philosophie politique », on remarque tout de suite les grossières erreurs factuelles qui truffent chaque phrase de son article. D’une part en 1917 et en 1920, l’URSS n’existe pas, l’Iran non plus (c’est la Perse jusqu’en 1935). En 1917, le « Parti communiste » soviétique n’existe pas non plus (le parti s’appelle encore social-démocrate).

Mais surtout, ce ne sont pas que des délégués « arabes, turcs et iraniens » qui sont invités au Congrès de Bakou (appelé par l’Internationale communiste). Comme nous l’avons déjà signalé l’Iran n’existe pas, mais il y avait 192 délégués « Persans et Fuses ». Il y avait aussi des chrétiens de nations opprimées, en particulier des arméniens, des géorgiens. Il y avait aussi des « Israélites ». La division du monde en deux types de nation faite par Lénine dans ses thèses sur la question coloniale n’est absolument pas religieuse comme le fait croire l’auteur de l’article du Figaro. Lors de la première séance du Congrès, il est affirmé que le monde est partagé « entre nations souveraines et nations vassales ».

Les participants au congrès de Bakou ne s’identifiaient pas par une religion, mais par une nationalité. Il n’y avait que 3 arabes contre 100 géorgiens, 157 Arméniens.

Bref, l’auteur de l’article du Figaro est un charlatan, à l’image de la ministre qui a lancé l’offensive contre l’islamo-gauchisme.

Il prétend « découvrir » un lien ancien, caché, entre communisme (auquel il assimile la gauche) et religion. Il se prive curieusement de remonter à Marx et Engels, qui n’ont pas eu peur de comparer les communistes aux chrétiens :

Ernest Renan a eu une bonne formule :

Si vous voulez avoir une idée exacte de ce que furent les premières communautés chrétiennes, ne les comparez pas aux communautés religieuses de nos jours ; elles ressemblent plutôt à des sections locales de l’Association Internationale des Travailleurs.

Et c’est exact. Le christianisme s’est emparé des masses comme le fait le socialisme actuel.

(...) Comme tous les autres grands mouvements révolutionnaires, le christianisme est l’oeuvre des masses.

Engels. Le livre de l’apocalypse.

Pour Engels le christianisme a même eu un rôle révolutionnaire plus important que l’Islam :

A ceci les soulèvements du monde mahométan, notamment en Afrique, forment un singulier contraste. L’Islam est une religion appropriée aux Orientaux, plus spécialement aux Arabes, c’est-à-dire, d’une part à des citadins pratiquant le commerce et l’industrie, d’autre part à des Bedouins nomades. Là réside le germe d’une collision périodique. Les citadins, devenus opulents et luxueux, se relâchent dans l’observance de la " Loi " . Les Bédouins pauvres, et, à cause de leur pauvreté, de moeurs sévères, regardent avec envie et convoitise ces richesses et ces jouissances. Ils s’unissent sous un prophète, un Madhi, pour châtier les infidèles, pour rétablir la loi cérémoniale et la vraie croyance, et pour s’approprier, comme récompense, les trésors des infidèles. Au bout de cent ans, naturellement, ils se trouvent exactement au même point que ceux-ci ; une nouvelle purification est nécessaire ; un nouveau Madhi surgit ; le jeu recommence. Cela s’est passé de la sorte depuis les guerres de conquête des Almoravides et des Almohades africains en Espagne jusqu’au dernier Madhi de Khartoum qui bravait les Anglais si victorieusement. Il en fut ainsi, ou à peu près, des bouleversements en Perse et en d’autres contrées mahométanes. Ce sont tous des mouvements, nés de causes économiques, bien que portant un déguisement religieux. Mais, alors même qu’ils réussissent, ils laissent intacts les conditions économiques. Rien, n’est changé, la collision devient périodique. Par contre, dans les insurrections populaires de l’occident chrétien, le déguisement religieux ne sert que de drapeau et de masque à des attaques contre un ordre économique devenu caduc ; finalement cet ordre est renversé ; un nouveau s’élève, il y a progrès, le monde marche.

Engels. Contribution à l’histoire du christianisme primitif.

On voit donc que l’auteur du Figaro aurait pu accuser Engels de connivence avec le Jihad du Mahdi (qu’on peut découvrir en dvd par le très bon film Khartoum). Bien sûr un anticommuniste primaire ne peut réellement se pencher sur les textes, qui contrediraient à chaque ligne son point de vue. Mais des marxistes peuvent le faire, plutôt que de se convertir à l’« anti-islamophobie » comme le fait par exemple la fraction l’Etincelle-LO du NPA.

Le congrès de Bakou est-il encore actuel ? Les bolchéviks ont-ils appelé au Jihad ?

A suivre ...

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