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Révolte sociale en Afrique du sud

jeudi 22 juillet 2021, par Robert Paris

Révolte sociale en Afrique du sud

Une explosion de colère déferle sur une grande partie de l’Afrique du Sud.

Des milliers de personnes parmi les plus pauvres du pays ont déclenché des émeutes et pillé des centres commerciaux, des supermarchés et des entrepôts.

La révolte a commencé dans la province du KwaZulu-Natal, centrée sur la ville de Durban. Ensuite, il s’est propagé à Johannesburg et à la province environnante du Gauteng.

Ensuite, il y a eu d’importants pillages dans deux autres provinces : Mpumalanga, juste à l’est de Gauteng, et Northern Cape.

Au départ, tout semblait lié à de petites manifestations initiées par les partisans de l’ancien président Jacob Zuma, qui venait d’être emprisonné.

Mais cela est rapidement devenu beaucoup plus - et la plupart des personnes impliquées n’ont aucun intérêt pour Zuma ou aucun des politiciens au sommet de la société.

Duduzile vit dans le canton d’Alexandra, au nord de Johannesburg, où vivent environ 750 000 personnes. Elle a déclaré : « J’ai 40 ans et je n’ai jamais rien vu de tel. Les gens vidaient les magasins. C’était gratuit pour tous.

« Pour beaucoup, c’était un délice. Enfin, il y avait de la nourriture et d’autres choses. Il n’y a pas de travail, nous avons faim, nos enfants et nos aînés ont faim.

« Le coronavirus a fait des morts, beaucoup de morts, et nous sommes plus pauvres que jamais pendant les fermetures.

9 juillet

https://berthoalain.com/2021/07/10/...

10-11 juillet

https://berthoalain.com/2021/07/12/...

12 juillet

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13 juillet

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14 juillet

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Encore 14 juillet

https://berthoalain.com/2021/07/16/...

Le gouvernement de l’ANC est secoué par des manifestations hostiles tandis que les Sud-Africains protestent contre la détérioration des conditions sociales

L’Afrique du Sud a été secouée par quatre jours de manifestations de colère et d’émeutes à travers le pays, dans ce qu’on a décrit comme les pires troubles depuis la fin du régime d’apartheid détesté et de la domination de la minorité blanche et la prise de pouvoir par le Congrès national africain (ANC) en 1994.

Les deux provinces les plus densément peuplées d’Afrique du Sud, Gauteng, où se trouvent Johannesburg, la capitale commerciale et la plus grande ville du pays, et Pretoria, la capitale, et la province orientale du KwaZulu-Natal, ont été les plus touchées. Mais les protestations se sont étendues aux provinces du Cap Nord et de Mpumalanga.

Les manifestants, bien plus nombreux que la police, ont pillé des magasins, des entrepôts, des dépôts et des usines, emportant des appareils électriques, des vêtements et des denrées alimentaires, tandis que d’autres ont mis le feu à des magasins et des bureaux. La BBC a diffusé une vidéo qui montre une mère qui laisse tomber son enfant d’un immeuble en feu dans les bras d’un groupe de personnes en contrebas.

Plusieurs des principales autoroutes du pays ont été bloquées après qu’on a incendié des camions, ce qui a incité la plus grande raffinerie de pétrole d’Afrique du Sud à annoncer la suspension de ses activités en raison des troubles civils et de la perturbation des voies d’approvisionnement vers et depuis le KwaZulu-Natal. De longues files d’attente se sont formées devant les stations-service et les magasins de la ville portuaire orientale de Durban et de Johannesburg.

La violence aurait touché les cliniques de soins de santé et le programme de distribution des vaccins qui s’essouffle. Des fournitures médicales et des médicaments ont été pillés, alors même que la troisième vague d’infections au Covid frappe l’Afrique du Sud. Selon les statistiques officielles, le virus a tué au moins 64.000 personnes, bien que les chiffres de surmortalité indiquent que 100.000 autres personnes, sinon plus, sont mortes directement ou indirectement à cause de la pandémie.

Au moins 72 personnes sont mortes et plus de 1.300 personnes ont été arrêtées pendant les manifestations. Si la plupart des personnes décédées ont été tuées par des tirs à balles réelles de la police, dix ont été tuées lors d’un mouvement de foule au centre commercial Ndofaya à Soweto, Johannesburg, et d’autres ont été écrasées dans un entrepôt lorsqu’une pile de marchandises est tombée sur des pillards.

L’incarcération, la semaine dernière, de l’ancien président Jacob Zuma, condamné par la Cour constitutionnelle était l’événement qui a déclenché les manifestations. Zuma a été arrêté pour outrage au tribunal, ayant initialement défié son ordre de comparaître lors d’une enquête sur la corruption durant sa présidence de 2009 à 2018. Craignant que ses actions en tant qu’ancien président et celles de ses acolytes aient un impact négatif sur les intérêts commerciaux de l’Afrique du Sud dans le pays et à l’étranger, ainsi que sur le soutien électoral de l’ANC, comme en témoignent les pertes importantes aux élections municipales de 2016, la fraction du président Cyril Ramaphosa au sein de l’ANC l’avait contraint à démissionner en tant que président.

Zuma, 79 ans, est un vétéran de la lutte antiapartheid qu’il a rejoint à 17 ans, purgeant une peine de 10 ans de prison à Robben Island dans les années 1960 aux côtés de Nelson Mandela. Zuma a également été membre du Parti communiste stalinien sud-africain (SACP) jusqu’en 1990. Depuis lors, il joue un rôle majeur au sein de l’ANC. Ce rôle, son soutien avoué aux agriculteurs et aux travailleurs pauvres, ainsi qu’un degré important de favoritisme, lui a permis de conserver un certain soutien populaire, bien qu’il soit embourbé depuis des années dans des scandales et qu’il doive faire face à un procès longtemps reporté pour fraude, corruption et racket.

Zuma et sa faction ont attaqué la décision de justice, accusant le tribunal et ses adversaires politiques de partialité politique et d’avoir imposé une peine de prison sans procès qui était inconstitutionnelle. Après avoir initialement refusé de se rendre à la police et appelé ses partisans à s’opposer à la sentence, il a cédé au dernier moment mercredi et s’est présenté aux autorités. Lundi, la Cour constitutionnelle a accepté d’entendre sa demande d’annulation de l’ordonnance d’emprisonnement, mais elle n’a pas encore rendu sa décision.

Les manifestations des partisans de Zuma, principalement dans sa province natale du KwaZulu-Natal, se sont rapidement transformées en un mouvement plus large contre le gouvernement de l’ANC. Des millions de personnes sont mécontentes de sa mauvaise gestion de la pandémie et du déploiement des vaccins, ainsi que de l’intensification de la crise économique qui a laissé de nombreuses personnes sans emploi, sans revenu ou sans soutien financier du gouvernement, tandis que les échelons supérieurs du parti au pouvoir s’enrichissent aux dépens du public.

Avec l’un des niveaux d’inégalité des revenus les plus élevés au monde, les 20 pour cent les plus aisés de la population d’Afrique du Sud s’approprient plus de 68 pour cent des revenus. Selon les statistiques gouvernementales, pâle reflet de la réalité, un tiers des travailleurs sont sans emploi, entraînant la paupérisation de millions de personnes, tandis que le gouvernement a gelé les salaires du secteur public, refusant de verser une augmentation salariale due à partir d’avril 2020 en vertu de l’accord triennal de 2018.

Si Ramaphosa a été contraint de reconnaître la colère généralisée suscitée par les conditions sociales qui ont transformé le pays en poudrière, cela ne l’a pas empêché d’ordonner à l’armée d’aider la police à disperser les foules, à réprimer les manifestations et à arrêter les pillards. S’adressant à la nation à la télévision lundi, pour la deuxième fois seulement depuis le début des émeutes, il a déclaré : « Que les choses soient claires : nous allons prendre des mesures pour protéger chaque personne dans ce pays contre la menace de violence, d’intimidation, de vol et de pillage. » Il voulait dire par là que l’armée agirait pour protéger les grandes entreprises et la bourgeoisie sud-africaine des masses furieuses.

Il a annoncé une prolongation de deux semaines des mesures de confinement limitées qui visent à contrer une troisième vague brutale d’infections au Covid le week-end dernier. Ces mesures comprennent l’interdiction des rassemblements et de la vente d’alcool, un couvre-feu de 21 h à 4 h et la fermeture des écoles, cherchant à faire porter aux manifestants la responsabilité de la perturbation du programme de vaccination.

Ramaphosa a prévenu que le pays risquait de retomber dans les querelles ethniques du début des années 1990, lorsque, sous le régime de l’apartheid, « des éléments sinistres attisaient les flammes de la violence dans nos communautés pour essayer de nous monter les uns contre les autres ».

La faction de Ramaphosa courtise plus ouvertement la finance et les grandes entreprises internationales pour qu’elles investissent en Afrique du Sud. Ramaphosa s’est engagée à éradiquer la corruption endémique au sein de l’ANC qui a rendu les capitaux étrangers et les institutions financières internationales réticents à traiter avec le pays. Il a cherché à utiliser les tribunaux contre ses adversaires de l’ANC, en faisant valoir que ce qui est en jeu, c’est « l’État de droit ». Il entend par là cet état de droit capitaliste qui a permis à Ramaphosa de se constituer une immense fortune personnelle ; qui sanctionne l’expropriation par l’élite financière de la richesse créée par la classe ouvrière sous la forme de bénéfices et de dividendes versés aux actionnaires ; et qui permet aux grandes entreprises de dissimuler leur criminalité derrière le « voile d’entreprise ».

Cela ne signifie pas que les travailleurs doivent soutenir Zuma, ouvertement corrompu, ou bien ses partisans. Les luttes intestines au sein de l’ANC sont l’expression de la crise prolongée qui frappe l’ensemble de la bourgeoisie sud-africaine. L’ANC est arrivé au pouvoir en 1994 dans le but de sauver le capitalisme sud-africain dans une période de transition rapide. Avec la mondialisation de la production, le régime nationaliste et autarcique de l’apartheid n’était plus adapté, et l’on craignait que le militantisme croissant de la classe ouvrière sud-africaine n’entraîne la fin du régime capitaliste dans le pays.

L’ANC a été choisi comme mécanisme pour réprimer les efforts révolutionnaires de la classe ouvrière noire, une classe capitaliste noire étant formée pour prendre sa place aux côtés des capitalistes blancs, par le biais de programmes de l’émancipation économique des Noirs (Black Economic Empowerment – BEE). Cette démarche a été sanctifiée politiquement par la théorie stalinienne en deux étapes du SACP, qui a proclamé la fin officielle de l’apartheid comme une révolution démocratique et une étape nécessaire avant toute lutte pour le socialisme.

La carrière de Ramaphosa ainsi que celle de Zuma expriment la trajectoire de l’ANC et sa politique. Après avoir dirigé le plus grand syndicat d’Afrique du Sud, le National Union of Mineworkers, il a été élu secrétaire général de l’ANC en 1991. Devenu rapidement multimillionnaire, en tant qu’actionnaire des mines Lonmin à Marikana, Ramaphosa a appelé en 2012 les autorités à intervenir contre les mineurs en grève. Cela a donné le feu vert aux forces de sécurité pour tirer sur les grévistes, tuant 34 personnes et en blessant 78 autres.

Le parcours de l’ANC – de l’opposition à la cooptation – a été reproduit à travers l’Afrique et le Moyen-Orient. La bourgeoisie nationale, dépendante de l’impérialisme et craignant la révolution d’en bas, ne peut résoudre les problèmes démocratiques, économiques et sociaux fondamentaux auxquels font face les masses. Seule la classe ouvrière peut le faire. Cela signifie qu’elle doit rompre avec la politique capitaliste de l’ANC. Elle doit adopter un programme socialiste et international dans l’unité la plus étroite avec ses frères et sœurs de classe sur le continent africain et dans les centres impérialistes, pour prendre le pouvoir et renverser le capitalisme.

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