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De l’Afghanistan au Mali, de la Côte d’Ivoire à la Tunisie, les peuples qui laissent l’impérialisme prétendre les sauver par leurs guerres le paient très cher

mardi 7 septembre 2021, par Alex, Waraa

De l’Afghanistan au Mali, de la Côte d’Ivoire à la Tunisie, les peuples qui laissent l’impérialisme prétendre les sauver par leurs guerres le paient très cher

La coalition impérialiste armée a abandonné l’Afghanistan et a laissé aux Talibans, en plus du pouvoir, ses armes de guerre ! Avoir détruit plusieurs fois le pays par des armes de destruction massive des pays occidentaux n’a pas libéré le peuple afghan pas plus que les guerres américaines ou françaises aux quatre coins du monde, de l’Irak au Yémen. Aucune guerre impérialiste n’a jamais libéré personne ! La coalition occidentale ne traite pas mieux ses supplétifs afghans que la France les siens d’Algérie, les harkis par exemple. Pas mieux que les pays occidentaux n’avaient soutenu le peuple arménien qui avait pris parti pour eux contre l’empire ottoman.

Débâcle américaine, invasion d’immigrés, retour au moyen-âge, les images récentes, de l’Afghanistan ont été utilisée par le gouvernement français non pas pour aider le peuple afghan à se libérer, ni nous donner l’ordre du jour de ses négociations avec les Talibans au Qatar (contrats d’armements, de pétrole ?) mais pour nous faire peur et applaudir une nouvelle chasse policière aux immigrés afghans.

On veut aussi nous faire « oublier » que dans les années 90 qui connurent la première prise de contrôle du pays par les Talibans, les premiers clients des ventes d’armes françaises étaient le Pakistan, les Emirats Arables Unis et l’Arabie Saoudite, les trois seuls pays qui reconnurent et soutinrent le pouvoir des Talibans. Il est bien connu que les Talibans furent rassemblés, entrainés, armés par le Pakistan à partir de 1993, grâce aux milliards de dollars déversés par les USA, le principal allié de la France.

L’Afghanistan aux mains des Talibans, un retour au moyen-âge ? Non car les premières sources des conflits permanents qui minent(au sens propre et figuré) l’Afghanistan ont été mises en place à dessein par les impérialismes qui il y a cent ans encore étaient à leur apogée : la Grande-Bretagne et la France. Les USA n’ont fait que prendre le relais après l’indépendance de l’Inde et du Pakistan en 1947.

La frontière sud de l’Afghanistan ne fut fixée définitivement qu’en 1921, c’est la ligne Durand, du nom de l’officier anglais qui fit volontairement passer la frontière de l’Empire britannique des Indes en plein milieu des peuplespachtoun, séparés depuis entre l’Afghanistan et le Pakistan, des familles étant séparées par cette frontière artificielle.

La frontière nord de l’Afghanistan marquée par le fleuve Amou-Daria était la limite imposée des l’Empire des Tsars. Cet Empire russe, prison des peuples, ne put exister que par l’alliance franco-russe qui a partir de 1892 permit au capital financier français de soutenir les Tsars russes, dictateurs organisateurs de pogroms antisémites, en argent et en armes.

La frontière ouest avec l’Iran est la ligne portant le nom du militaire anglais Goldsmith,qui a placé artificiellement la ville iranienne d’Herat en Afghanistan. La courte frontière Est avec la Chine, a été mise en place pour qu’un corridor est-ouest (le corridor du Wakhan) sépare l’empire russe au nord de l’empire anglais au sud. Malgré les multiples zig-zags dus au relief montagneux, les frontières d’Afghanistan ont donc été tirées arbitrairement à la règle comme celles de la plupart des anciennes colonies.

L’Afghanistan, état-tampon entre deux empires, comme ses deux voisins d’est et d’ouest la Chine et l’Iran, faisait partie, comme la Turquie, d’un long chapelet d’Etats tampons, non colonisés directement, dont la neutralité évitait les affrontements directs entre les grandes puissance, qui préféraient y payer des seigneurs de la guerre, déguisés en religieux, ou représentants de telle tribu, pour y défendre leurs intérêts impérialiste.

La Thaïlande garda aussi son indépendance pour faire fonction d’état-tampon entre les colonies françaises et anglaises. Ainsi, tous ces problèmes nationaux, cet entremêlement conflictuel des nations et des religions n’a que pour cause secondaire le poids de l’histoire ancienne, l’Islam ou le Bouddhisme, utilisés par la cause principale qui est l’impérialisme, la forme la plus moderne du capitalisme. Lorsque ces empires s’écroulèrent,les bourgeoisies locales ne demandèrent qu’à reprendre les méthodes de leurs colonisateurs. Faire se battre en eux des pauvres pour des questions micro-nationales ou religieuses permet de les détourner de la lutte des classes. Mais se dévouer à un impérialisme en espérant son soutien dans des guerres dont celui-ci tire toujours profit mène souvent à l’échec. Avant puis après le génocide dont ils furent victime en 1915, les arméniens crurent aux promesses du président des USA Wilson, de la France et de la Grande-Bretagne. Suite au démembrement de l’empire ottoman, les dirigeants nationalistes bourgeois du Dashnak demandèrent en vain un mandataméricain ou franco-anglais sur leur pays, ils ne l’obtinrent jamais. Ce n’est pas en étudiant le moyen-âge de l’Arménie ou de l’Afghanistan qu’on comprendra les malheurs de ces peuples, mais en y dévoilant les mécanismes politiques de l’impérialisme, à l’oeuvre aujourd’hui plus que jamais.

Mais face à ces nationalistes comme les dashnaks arméniens, les Petlioura ukrainiens, prêts à vendre leur peuple à un impérialisme pour guerroyer à son profit, une autre force apparu : celle de militants anti-impérialistes issus des peuples opprimés, qui choisirent de ne se battre ni pour ou contre la religion, mais de faire alliance avec le prolétariat révolutionnaire européen.

Lors du premier Congrès des peuples d’Orient, organisé en 1920 à Bakou par la Russie révolutionnaire de Lénine et Trotsky, des délégués juifs et arabes, turcs arméniens et kurdes, que les « spécialistes » au service de notre bourgeoisie se plaisent sur les plateaux télé, à nous décrire « scientifiquement » comme des ennemis éternels, s’étaient réunis fraternellement et appelaient leurs compatriotes exploités à ne plus se mettre au service d’un impérialisme en massacrant leurs frères de classe d’une autre tribu, nationalité ou religion. Un nationaliste révolutionnaireanti-colonial, Narboutzbekov,ydéclara : « Le pouvoir des soviets ne saurait trouver de meilleurs alliés que les masses laborieuses de l’Orient. Nous ne craignons ni les oulémas, ni les bandes fascistes des Mollahs [les Talibans de l’époque], contre lesquels nous avons les premiers levé notre drapeau. Nous périrons ou nous vaincrons, mais les masses ouvrières du Turkestan ont à lutter sur deux fronts : ici contre les mollahs réactionnaires, et là contre les tendances nationalistes des européens ». Et Narboutzbekov ne faisait pas seulement allusion aux impérialistes, mais aux réformistes déguisés en faux révolutionnaires dans le mouvement ouvrier : « débarrassez-nous de vos colonisateurs, travaillant sous le masque du communisme ! Vive les camarades Lénine et Trotsky ! ».

Le message de Narboutzbekov reste valable jusqu’à aujourd’hui : il dénonçait le futur Stalinisme, mais aussi les dirigeants opportunistes (c’est-à-dire dévoués à a bourgeoisie) du mouvement ouvrier européen, comme Léon Jouhaux qui fit rentrer la CGT dans l’Union sacrée en 1914, ou les dirigeants socio-démocrates et staliniens commeLéon Blum et Maurice Thorez, dont les dirigeants actuels des syndicats ne sont que les héritiers.

En particulier, la tête de la CGT française est restée pourrie par sa tendance pro-impérialisme français depuis 1914. C’est ce qui pèse le plus contre des actions de solidarités entre les prolétaires de France et d’Afghanistan.

Un député Afghan était présent à Bakou, ainsi que des représentants de tous les pays aujourd’hui frontaliers de l’Afghanistan : Turkestan Chinois, Pakistan, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan et Tadjikistan.

Alfred Rosmer, un militant de la CGT qui refusa l’Union sacrée en 1914, et resta fidèle à ses idées jusqu’à sa mort à Créteil en 1964, était également présent et déclara : « je suis venu à Bakou pour transmettre aux peuples opprimés d’Orient le salut fraternel des ouvriers de France. » Il dénonça l’impérialisme français et ses méfaits en Algérie, Tunisie et autres colonies.

Le nom de ces révolutionnaires a été enterré par les représentants officiels du syndicalisme d’aujourd’hui. Narboutzbekov fut assassiné par la répression stalinienne en 1938, Rosmerfut exclu du Parti communiste français.

Or ces militants avaient donné une perspective qui reste actuelle, et est la seule perspective d’avenir, un levier pour transformer le monde.

Ce n’est pas d’une quelconque charité, qu’ont besoin de notre part les exploités afghans. C’est que les exploités d’ici mènent une lutte politique réelle conte leur impérialisme. Cet aspect est sorti du programme des syndicats, comme de l’extrême gauche officielle. Se battre pour des revendications économiques les augmentations de salaire et la semaine des 32 h est certes utile. Mais seulement si ces conquêtes donnent aux travailleurs la force de s’attaquer au joug politique qui enserre le monde : celui de l’impérialisme. Un joug plus supportable dans les pays impérialistes comme la France, que dans des pays opprimés comme l’Afghanistan. Mais un joug qui est fondamentalement le même : celui de l’exploitation capitaliste, qui bloque les progrès de l’humanité tout entière. L’augmentation du niveau de vie qu’accorde l’impérialisme à certains travailleurs, a pour seul but de déconnecter leur luttes de celles des pays exploités par l’impérialisme comme l’Afghanistan.

L’éloignement géographique n’a que peu d’importance. La révolution de 1789 inspire encore des millions d’opprimés sur toute la planète, dont des Afghans.

Ce qui nous éloigne des luttes des opprimés d’Asie ou d’Afrique, d’Afghanistan, de Birmanie ou du Mali n’est pas l’éloignement géographique ou culturel, c’est l’éloignement des organisations syndicales et politiques des mouvements ouvriers d’Europe et d’Amérique d’un programme révolutionnaire internationaliste.

Beaucoup d’Afghan(e)s, privés aujourd’hui des cadeaux empoisonnés de la présence impérialiste, forcés à lutter s’ils veulent devenir vraiment libre, devront renouer, comme nous, avec les perspectives tracées par les Rosmer et les Narboutzbekov, suite à la vague révolutionnaire déclenchée en 1917 et qui ébranla pas seulement la Russie, mais le monde entier.

Tous les peuples qui luttent pour leur liberté ne peuvent compter que sur le soutien du prolétariat mondial et n’ont aucun intérêt à croire que les Etats impérialistes feront la guerre pour les libérer.

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