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Un complot de la bourgeoisie contre la classe ouvrière, dénoncé par le trotskiste Pierre Naville : les suites du 6 février 1934

dimanche 10 octobre 2021, par Alex

Un complot de la bourgeoisie contre la classe ouvrière, dénoncé par le trotskiste Pierre Naville : les suites du 6 février 1934

Le complotisme ! Une vision du monde qui infecterait le cerveau de ceux qui n’ont pas fait d’études : les idiots, dont bien sûr les jeunes des banlieues et les travailleurs.

Le gouvernement dénonce les travailleurs présents dans les manifs de cet été contre le pass (laissez-passer en bon français, les « instruits » ont oublié ce mot, qui rappellerait Pétain et la guerre d’Algérie qu’ils ont soutenus) et la vaccination obligatoire : ce sont des complotistes.

Une partie de l’extrême-gauche (Lutte Ouvrière et ses disciples de la Fraction l’Etincelle du NPA) se rallie idéologiquement au gouvernement en adoptant le concept de « complotisme », qui serait une idéologie répandue chez les travailleurs, surtout les non-vaccinés.

Bien entendu, ce serait du point de vue intellectuel que cette alliance gouvernement-extrême gauche aurait lieu. Comme dans tout Front unique, ces deux tendances marcheraient ensemble mais frapperaient séparément les ouvriers au nom de ceux qui ont de l’instruction, pour « sauver la science ».

L’extrême-gauche dénonce le complotisme en dénonçant un manque de conscience de classe chez les travailleurs « complotistes ». Mais aussi malheureusement en s’inclinant respectueusement devant la science bourgeoise institutionnelle confondue avec la science tout court.

C’est un mépris de classe qui est commun à ce deux tendances, qui dénonce tout ce qui s’oppose à l’Etat. Les larbins idéologues de l’Etat bourgeois peuvent d’ailleurs parfois approuver la dénonciation d’un complot, ils baptisent alors la personne qui le dénonce « lanceur d’alerte ». Ces larbins croient donc en fait beaucoup moins que l’extrême-gauche en cette théorie du complot.

Sans discuter en détail cette question, il est tout d’abord important de constater que la « théorie du complot » n’a jamais été une vision du monde dénoncée par les marxistes. Il y a aurait donc changement d’époque ?

Plékhanov dans sa brochure La conception matérialiste de l’histoire, que tout marxiste qui se respecte relit et médite chaque jour, on trouve :

  • La conception théologique de l’histoire
  • La conception idéaliste de l’histoire
  • Philosophie de l’histoire de Saint-Simon
  • Les conceptions d’Augustin Thierry et de Mignet
  • La philosophie de l’histoire de Schelling
  • La philosophie de l’histoire de Hegel
  • La conception marxiste de l’histoire

Plékhanov était loin d’être parfait, mais personne ne lui conteste son érudition, son exhaustivité : or il ne donne pas sa place à la Conception complotiste de l’histoire.

Lénine et Trostky qui étaient aussi loin d’être parfaits, avaient lu et relu Plékhanov (avec un crayon en main, précisait Lénine), ne pouvaient pas ne pas avoir remarqué l’absence de la théorie du complot chez Plékhanov. Ils ont pourtant été incapable de compléter Plékhanov sur ce point.

Pourquoi LO et son ex-Fraction n’ajoutent-ils pas ce chapitre manquant aux oeuvres de Plekhanov, Lénine et Trotsky, à l’heure où cette théorie du complot leur paraît infecter la conscience ouvrière ? Ils se contentent de reprendre ce terme comme une invective contre des mouvements qu’ils veulent discréditer, en ajoutant la référence incontournable aux « réseaux sociaux ».

Peut-être parce que la situation est pire : Lénine et Trotsky dénonçaient souvent des complots, surtout ceux de la bourgeoisie. Le comble est atteint dans l’article ci-dessous, où Pierre Naville caractérise de « complot contre la classe ouvrière » les menées de la bourgeoisie française suite aux émeutes du 6 février 1934 ! Pierre Naville donne donc clairement une analyse complotiste des événements. Trotsky lisait sans doute son journal français La Vérité, où cet article parut le 11 février 1934. A-t-il jamais dénoncé cet article comme « complotiste » ? Pas à notre connaissance.

Bien sûr, LO et sa Fraction affirmeront que cet article marxiste de Naville qui décrit et dénonce un complot n’a rien à voir avec la description et la dénonciation d’un complot, car Naville n’était pas sur Facebook. Et puis il y a complot et complot, un complot n’est pas toujours un complot, n’est d’ailleurs jamais vraiment un complot, Hegel l’aurait bien démontré grâce à sa dialectique.

Outre que cet article de P. Naville discrédite la dénonciation, faite par LO et la Fraction, au nom du trotskisme, du complotisme, l’article de P. Naville est tout à fait d’actualité : il décrit le début d’une période bonapartiste (1934-1940) analogue à la situation actuelle : la bourgeoisie française saborde la démocratie bourgeoise et marche à la guerre et au fascisme.

Le complot a vaincu. Avant-hier nous avons assisté au sursaut dernier du radicalisme bourgeois. Mais la réaction était décidée à en finir. Après l’émeute du 6 février, elle utilisa la répression de Daladier pour multiplier l’agitation. Les violences, la guerilla menée contre la police toute la nuit de mercredi, est son oeuvre. Mais aujourd’hui que Daladier-Frot ont capitulé, que la gauche bourgeoise a manifesté son impuissance, alors toutes les bandes réactionnaires, toute la grande presse vénale, crient aux « apaches », à la « tourbe », qui prend possession de la rue après « les bons patriotes ».

La comédie infâme se développe. Hypocritement les réacteurs et les fascistes, la Liberté, l’Echo de Paris et l’Ami du Peuple s’attendrissent sur le bon peuple de Paris, l’union nationale, et la fièvre sacrée du chauvinisme. Derrière cette mascarade s’échafaude le grand complot contre la classe ouvrière. Voilà la menace directe.

La vague réactionnaire monte. Nous entrons dans le régime de « l’Etat Fort », flanqué des formations fascistes des Croix de Feu et autres, qui essaient dans leurs affiches de retourner l’accusation en parlant du « fascisme Daladier ».

Tout cela s’élabore dans le dos de Doumergue. Doumergue joue en cette affaire exactement le rôle du paravent, ni plus ni moins, à la manière d’Hindenburg en Allemagne. On amuse les badauds avec son sourire et son accent languedocien, alors que les Tardieu, Reynaud et Cie tirent les ficelles et s’agitent. Qu’on lise le livre de Tardieu qui vient de paraître : L’heure de la décision ; c’est tout le programme du nouveau ministère :mâter les partis ouvriers, liquider les syndicats de fonctionnaires, ramener la Chambre au rang de Parlement-croupion, centraliser le pouvoir exécutif de l’Etat et élargir le rôle de la Police. Et tout cela a un objectif direct : préparer la guerre !

Voilà ce qui s’agite derrière les grandes phrases sur « la liberté et la paix ».

Mais les ouvriers ne sont pas et ne seront pas dupes ! Le P.C., la C.G.T., les socialistes, tous les représentants des courants démocratiques et révolutionnaires le constatent : ce qui, en fin de compte, menace le prolétariat en France, c’est le régime d’Hitler, la militarisation permanente de l’Etat, sa centralisation poussée à outrance, le prolétariat réduit à l’esclavage total, transformé à nouveau pour demain en chair à canon.

L’expérience allemande servira-t-elle ? Social-démocratie et stalinisme on fait faillite là-bas. Ici, ils recommencent les mêmes erreurs. Et pourtant, n’est-ce pas Cachin qui écrit dans l’Huma d’aujourd’hui : Si la classe ouvrière n’agissait pas d’urgence , la bourgeoisie glisserait rapidement au fascisme intégral ! « Au moins ne sera-ce pas ICI sans que le parti des ouvriers, notre Parti Communiste, se défende énergiquement ».

N’est-ce pas un aveu que là-bas, le PC ne s’est pas défendu énergiquement ? Mais le PC continue à observer ici la même tactique qui a mené à la défaite en Allemagne.

Quant au Parti socialiste on voit clairement comment ses cadres dirigeants hésitent et sont tiraillés, entre les combinaisons avec le radicalisme bourgeois et les exigences des militants de ses sections.

Les masses ouvrières attendent qu’un nouveau courant grandisse, qui soit réellement son guide politique. Toute notre action est dirigée dans ce sens. Les luttes actuelles montrent mieux que tout l’inéluctabilité de la croissance d’un nouveau P.C. du prolétariat. Les militants les plus avertis ont déjà pu vérifier dans la semaine qui vient de s’écouler combien nos avertissements étaient justifiés. L’accueil reçu par nos tracts, nos journaux, a d’un coup montré la sympathie montante envers nos idées.

Aujourd’hui la situation politique est claire : la réaction a remporté une victoire en brisant la résistance de la gauche bourgeoise, en menaçant directement la classe ouvrière. Une défensive combattive, acharnée, s’impose.

A la classe ouvrière il faut dire la vérité, sans équivoques. La bourgeoisie va tenter de jeter la confusion en se faisant bénisseuse et en faisant donner sa presse à gage. Pas de sang ! Pas de violence ! Union de tous les Français ! s’écrient hypocritement les organisateurs de complots, ceux qui avaient armé les bandes fascistes du 6 février, et qui menaçaient de revenir à la grenade si Daladier ne démissionnait pas sur le champ !

On prétend se borner à réclamer une république « propre et honnête », et tourner l’indignation petite bourgeoise contre les turpitudes parlementaires. Mais le ministère, tel que le compose Doumergue, déchire le voile.

Des généraux, des hauts fonctionnaires aux ordres, plus de contrôle parlementaire, voilà qui permettre aux réactionnaires et fascistes de s’organiser méthodiquement à l’abri du prestige du bonasse Doumergue. Voilà qui permettra de soulever méthodiquement la province, de préparer la révision de la Constitution, la restriction des libertés communales, l’instauration générale de la police d’Etat.

A ce plan d’agression, la classe ouvrière doit opposer son plan de résistance, soigneusement mûri, développant à chaque étape les mots d’ordre de lutte et de revendications précises. Aujourd’hui, la directive est nette : première riposte à l’instauration du gouvernement Doumergue : une grève générale effective, un rassemblement prolétarien massif, l’organisation du front unique ouvrier !

Pierre Naville. 11 février 1934, La Vérité

Ce qu’a été le 6 février 1934

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