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Ils prétendent qu’on va s’en sortir sans révolution sociale

mardi 23 novembre 2021, par Karob, Robert Paris

Ils prétendent qu’on va s’en sortir sans révolution sociale

Il est important de comprendre le lien entre la catastrophe sanitaire mondiale et le stade ultime du capitalisme.

Le capitalisme n’a jamais rien eu de pacifique. Dans cette phase nécrophile, il l’est moins que jamais

Avec covid, la catastrophe frappe aussi les pays riches. Un Américain sur 500 est mort du Covid et un Français sur mille.

L’Organisation mondiale de la Santé estime que le Covid-19 a tué cinq millions de personnes dans le monde. Pour autant, ce bilan, déjà lourd, pose question puisqu’il serait largement sous-estimé. Selon un article de The Economist et repéré par Le Monde, le chiffre s’élèverait plutôt à 17 millions de morts, soit plus de trois fois l’estimation donnée par l’OMS. Cinq millions de morts covid en deux ans, cela signifie déjà plus de 6.800 morts par jour…

Les guerres, les violences interethniques, les migrations, les persécutions, les dictatures, les répressions, les famines ont elles aussi leur nombre de morts.

Il y a deux millions de morts par an de maladies liées au travail professionnel, soit 5500 morts par jour. C’est à peu près équivalent.

Et chaque jour, 25.000 personnes meurent de faim dans le monde. C’est cinq fois plus.

On entend partout des discours politiques, qu’ils soient électoraux ou non, qu’ils soient ceux des politiciens, des soi-disant experts, des média et autres commentateurs, et tous ont en commun de prétendre que l’on va mettre fin à toutes les calamités qui nous frappent ou nous menacent en évitant de changer fondamentalement la société, en somme sans en finir avec le capitalisme par la révolution sociale.

Ils affirment ainsi qu’on va finir par tuer la pandémie ou, au moins, parvenir à la gérer au point de vivre quasi normalement malgré elle, qu’on va finir par régler la question de la chute économique, depuis les bulles spéculatives et jusqu’aux dettes colossales des Etats et des banques centrales, en passant par la chute relative des investissements productifs par rapport à la masse des capitaux et la hausse équivalente de la spéculation, et tous les autres problèmes économiques insolubles et explosifs, tout cela sans changer de système socio-économique, en conservant en somme la propriété privée des capitaux détenus pour l’essentiel par une infime minorité, qu’on va éviter que le gouffre qui sépare désormais les plus démunis des plus riches ne s’ouvre de manière cataclysmique, qu’on va éviter la guerre mondiale des deux blocs, d’un côté les puissances occidentales alliées au Japon et de l’autre la Chine, la Russie et leurs alliés, qu’on va éviter les dérives d’extrême droite, les tendances au fascisme et à la dictature, militaire ou civile, etc. Tous ces gens-là nous vendent leurs prétendues « solutions » pour éviter au monde capitaliste une fin sanglante en affirmant que ce serait plus économique et plus sage pour l’humanité. Mais, en même temps, l’humanité paie au prix du sang le maintien en place d’un système complètement dépassé qui ne survit que par des moyens acrobatiques, financiers, sociaux et politiques. L’une de ces acrobaties sanglantes s’appelle justement covid !

En attendant, nulle part au monde, ces gens-là, arrivés au pouvoir ou pas, ne sont capables de nous sortir d’aucun des maux précédemment cités. Toutes les crises de la société capitaliste s’aggravent de manière visible et celle-ci tend vers sa fin, sans l’intervention révolutionnaire des masses prolétariennes ou à cause d’elle. Parce que les classes possédantes craignent bien plus les risques de révolution sociale que tous les autres.

Aucun d’entre eux n’a en réalité de solution face aux problèmes les plus cruciaux de la planète et ce n’est pas un hasard car ces solutions, sans sortie du capitalisme, n’existent pas. La défense des intérêts de l’humanité est diamétralement opposée à la défense des intérêts de la toute petite minorité de capitalistes qui dirigent le monde au travers des dictatures d’Etat, camouflées ou pas en démocratie. En Chine ou en Russie pas moins qu’aux USA, en Inde, au Japon, ou en Europe, ce sont les mêmes classes capitalistes qui dirigent toute la société et qui la font trimer en leur faveur. Et si la partie de l’humanité qui travaille devient de plus en plus pauvre, cela est évidemment lié au fait que la partie qui les exploite est de plus en plus riche.

Des riches de plus riches et des pauvres de plus en plus exploités et écrasés, cela pourrait ressembler à une description d’un système d’exploitation qui se porte très bien. Mais il y a plusieurs problèmes cruciaux qui empêchent le système de fonctionner, et pas seulement correctement et sans à-coups, mais simplement de fonctionner.

Le premier et principal problème peut se résumer ainsi : la part du capital qui parvient à se réinvestir dans la production de richesses nouvelles, permettant de distribuer des dividendes supplémentaires au grand capital, est de plus en plus petite et ne cesse de baisser. Or ces investissements sont le seul moyen pour le grand capital de se redistribuer ensuite des plus-values et donc de s’accroître. Les interventions étatiques ou institutionnelles, si elles ont sauvé le système de l’effondrement en 2008, n’ont fait que durer le capitalisme sans le sauver de ses maux. Et ces interventions deviennent de plus en plus difficile, car ce sont les Etats et les banques centrales qui ont épongé toutes les dettes capitalistes, pris à leur compte tous les actifs pourris, toutes les actions bidon, tous les comptes en rouge du capitalisme. Et les Etats et banques centrales n’en ont plus les moyens. Par contre, les niveaux d’endettement des entreprises sont de plus en plus fous et les niveaux des spéculations de plus en plus élevés. Devant un nouvel effondrement type 2008, les institutions du monde capitaliste, en particulier FED, BCE, Banque du Japon, Banque de Chine et Banque d’Angleterre seraient complètement désarmées.

Certes, la Chine, et un petit peu aussi le reste de l’Asie, ont permis au capital mondial, grâce à une main d’œuvre surexploitée, de s’assurer des plus-values extraites du travail humain qui ont fait durer un peu plus longtemps la situation. Mais, là aussi, les palliatifs à la nécrophilie du capitalisme ont leurs limites. Les impérialismes ne peuvent pas continuer à favoriser l’industrie chinoise sans se laisser dominer par l’impérialisme chinois et le ton monte entre l’alliance internationale de la Chine et celle de groupe USA-Canada-Australie-Europe-Japon.

Il va de soi qu’une guerre mondiale serait à notre époque la fin du monde tel qu’on l’a connu et le début de la barbarie. Et les hommes politiques ainsi que les média prétendent que les classes dirigeantes ne sont pas folles et ne nous jetteront pas dans un tel bain de sang et de telles destructions massives.

Cela serait vrai si l’autre alternative ne semblait pas aussi menaçante aux classes possédantes, à savoir la montée dans le monde d’une révolution du peuple travailleur, des femmes et des jeunes qui ont ces derniers temps, jusqu’à la pandémie, sillonné les rues des grandes villes du monde, conspué le pouvoir, refusé les compromis et les alliances politiques et sociales pourries du passé.

Le covid a momentanément suspendu la montée des luttes, des révoltes et des révolutions, mais on sent un peu partout que la durée de la pandémie amène le peuple travailleur, un peu partout, à penser qu’on ne peut pas attendre la fin du covid pour commencer de changer la société. Les grèves, les manifestations, les émeutes, les révolutions reprennent leur cours, activées par la crise des fondements même de la société capitaliste mondiale.

Un temps l’endettement public a permis d’empêcher l’endettement privé, celui des capitalistes, d’engloutir toute la société, mais on arrive à un stade où le grand capital est tellement enrichi que la crise de la chute relative de ses investissements est devenue encore plus grave, en même temps que les moyens étatiques de faire face à une nouvelle chute, boursière, financière et économique, sont trop faibles. Le niveau des spéculations atteint des sommets et il suffirait d’une chute boursière ou bancaire inattendue pour faire tomber tout le château de cartes. Nul ne peut dire actuellement si ce sont les cryto monnaies ou la faillite d’un trust comme Evergrande, qui déclenchera l’effet dominos, mais on sait que cela finira par arriver car personne ne peut empêcher les pertes des Etats et des banques centrales d’augmenter sans cesse et la part des capitaux qui trouve des investissements productifs rentables de diminuer sans cesse.

La pandémie covid n’est qu’une partie de cette histoire d’une chute annoncée. Nul ne peut dire exactement de quelle manière le système capitaliste a favorisé cette crise sanitaire mais il est certain qu’elle arrive à point nommé pour frapper de manière sanglante les peuples, les frapper de terreur d’abord, dans leur santé et leur emploi ensuite.

Les classes dirigeantes ont fait semblant de se mobiliser contre cette pandémie, de défendre le système de santé, notamment l’hôpital public, de protéger les malades et de combattre la propagation de la maladie. Mais tous leurs mensonges finissent par apparaître au grand jour. Il devient de plus en plus clair qu’ils n’ont jamais voulu pratiquer un vrai cloisonnement de la maladie, qu’ils n’ont pas empêché celle-ci de se propager, qu’ils ont refusé toutes les mesures vraiment efficaces, d’une part parce qu’un vrai confinement nuit à l’activité capitaliste et d’autre part parce que le coup de la pandémie a, à leurs yeux, l’avantage de détourner des risques révolutionnaires en frappant particulièrement le peuple travailleur. Covid permet de faire croire à une partie de celui-ci que, tant que la pandémie n’est pas battue ou circonscrite, il vaut mieux tous s’unir contre elle, y compris avec les classes possédantes car c’est un péril de mort en masse qui nous frappe. Mais c’est oublier que ce péril fait partie de tous les périls dont nous menace le système dès lors que lui-même est menacé de chuter et, du coup, d’être renversé révolutionnairement par le peuple travailleur.

Allons-nous attendre que la pandémie s’arrête, que la menace fasciste ou dictatorial s’arrête, que la chute économique s’arrête, que la menace de guerre s’arrête, pour mener nos combats de classes, entre exploiteurs et exploités ? Mais croyez-vous que la pandémie, ou d’autres menaces, arrête la lutte des classes menée par les classes possédantes.

Quand il s’agit de leurs intérêts vitaux, pensez-vous que la minorité qui dirige et possède le monde arrête son combat ? Certainement pas ! Bien au contraire, ce combat est accentué et rendu plus sanglant. Les couteaux sont plus aiguisés et les victimes plus nombreuses : celles du covid rejoignent celles des répressions, celles des guerres, celles des attaques contre les migrants, celles des fascismes, celles victimes des crises économiques, etc.

En fait, c’est bien parce que les capitalistes ne peuvent pas attendre que l’effondrement économique se produise conjointement à une montée insurrectionnelle mondiale que la pandémie a été une solution toute trouvée pour gérer la crise de la domination mondiale du capitalisme.

La pandémie a été l’occasion toute trouvée (éventuellement fabriquée de toutes pièces), le prétexte pour mettre en place une aggravation de la dictature d’Etat. C’est au nom de la lutte contre covid que l’on a, partout dans le monde, matraqué, arrêté, condamné, fait perdre des emplois, diminuer le niveau de vie, terrorisé, interdit les libertés et toute la planète subit cette aggravation de la dictature.

Tout ce qui a été présenté comme des « solutions contre covid » est aussi bidon que tout ce qui a été présenté comme des « solutions contre la montée fasciste » ou des « solutions contre la crise économique mondiale » ou des « solutions contre la faim et la misère dans le monde » ou encore des « solutions face aux vagues de migration » et autres solutions pipeau de catastrophes réelles comme la montée de l’oppression des femmes et des violences contre elles… Mais toutes ces catastrophes ont une même origine : la fin historique du capitalisme et ne peuvent avoir la moindre solution en le maintenant en place.

Que ce soit contre la pandémie ou contre d’autres calamités du capitalisme, il n’y a pas de solution qui puissent venir autrement que des réunions du peuple travailleur, s’organisant par lui-même, s’informant par lui-même, se donnant à lui-même les moyens de prendre des décisions et de les imposer.

La pandémie covid, tout comme la guerre, la misère, le chômage, les violences de toutes sortes, par exemple contre les femmes ou les migrants, et les effondrements économiques qui sont le fondement de tout cela, n’auront de fin qu’avec celle du système d’exploitation de l’homme par le grand capital et son remplacement par la direction de toute la société par le peuple travailleur.

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