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Quand l’impérialisme français dénonce l’impérialisme russe, on ne peut même pas en rire !

mardi 2 août 2022, par Alex, Waraa

Quand l’impérialisme français dénonce l’impérialisme russe, on ne peut même pas en rire !

Le président Macron, lors de sa tournée dans les anciennes colonies françaises d’Afrique, s’est illustré dans par un discours anti-impérialisme… russe (sous-entendu un impérialisme qui serait, selon lui, pire que celui de la France) à Yaoundé, capitale du Cameroun. Nos médias au service de l’impérialisme français nous offrent pour l’été une apologie analogue de l’impérialisme européen.

Ainsi le 23 juillet dernier sur France Inter, dans l’émission « Congo : Patrice Lumumba », le nouveau ministre Pap N’diaye, supposé « ami des noirs » puisque membre noir du nouveau gouvernement, a quasiment justifié l’assassinat du leader de l’indépendance du Congo belge. Cette série d’émission de la radio d’Etat fait partie, comme une autre sur le maréchal Pétain, d’une propagande visant à nous redonner confiance dans notre impérialisme, notre armée, qui certes a commis des crimes, mais a changé et mérite notre confiance.

Pap N’diaye n’a aucun mot de condamnation de l’assassinat du dirigeant nationaliste Lumumba par l’impérialisme américano-européen, avec la participation de Mobutu le futur « ami de la France ». De même que les antisémites mettent la faute sur les juifs qui « s’attirent la haine de tout le monde », que les misogynes justifient les agressions contre les femmes par le fait « qu’elles le cherchent bien », le ministre prétend que « malgré toutes ses qualités, Lumumba s’est mis rapidement tout le monde à dos. » : « l’armée belge et une partie des congolais ». L’héritage de Lumumba « reste nébuleux ».

Ce ministre, malgré sa couleur de peau, se sent bien à sa place, en ami de la Françafrique. Un des ces « noirs de salon », que Malcom-X opposait aux « noirs des champs ». Lorsqu’il dit que c’est la « décolonisation trop rapide » le manque de « culture politique » des congolais qui aurait causé cet assassinat, le bon élève Pap N’Diaye est curieusement « nébuleux », lorsqu’il oublie de rappeler que du côté français, le premier assassinat d’un chef d’Etat africain après la décolonisation est celui de Sylvanus Olympio en janvier 1963.

L’indépendance du Togo n’avait rien de « chaotique », de « précipité » comme l’aurait été d’après notre ministre celle du Congo belge. Olympio était à l’opposé du tribun Lumumba, mais sa trop grande indépendance vis-à-vis de la France aboutit à son assassinat par les services de De Gaulle. Le journaliste de France Inter aurait aussi pu rappeler les exploits de sa radio d’Etat, qui avait annoncé l’assassinat d’Olympio… une heure avant qu’il ait lieu.

Le Togo n’était pas une colonie française, mais, comme le Cameroun, un territoire placé sous l’autorité de la France suite à un mandat donné par la SDN il y a tout juste 100 ans en juillet 1922. Macron en campagne en 2017 avait dénoncé le colonialisme comme un « crime contre l’humanité ». Fera-t-il de même concernant la politique des mandats de la SDN ? Il ne l’a pas fait.

On ne peut attendre que des mensonges sur les crimes de l’impérialisme français au Cameroun, car ce pays est au cœur de la mythologie de la République, de la « France Libre » de de Gaulle, et de ses héritiers, de Sarkozy, à Hollande, Macron et Mélenchon..

Il y eut une guerre coloniale du Cameroun comme il y eut une guerre d’Algérie. La phase la plus violente de la guerre coloniale contre le peuple du Cameroun eut lieu en même temps que la guerre coloniale d’Algérie, de 1956 à 1961. Macron prétend vouloir demander aux historiens de « faire la lumière » sur ces événements, qui sont pourtant très bien connus. Le livre « Kamerun ! » paru en 2011a près de 1000 pages, et dénonce « comment l’administration et l’armée française, avec leurs relais locaux, ont conduit une effroyable répression : bombardement des populations, escadrons de la mort, lavage de cerveau, torture généralisée. »

Yaounde fut pourtant la première capitale de la « France Libre ». Le colonel Leclerc y débarque en août 1940, le général de Gaulle et la Légion Etrangère en Octobre. L’Etat de siège y fut instauré, toute liberté publique abolie, les indigènes « germanophiles » sommairement fusillés en place publique. Le chef de la région de Yaoundé, le gaulliste H.-P. Salin, mit en place le recours au travail forcé, la torture, les rafles au profit des grandes plantations industrielles. Le procureur de Douala, Luciardi, résumait bien le programme « gaulliste » vis-à-vis des noirs : « Tant que je serai là, un Nègre n’aura pas raison, au tribunal, contre un blanc ».

Cet été c’est également le 80ème anniversaire de la criminelle « rafle du vel d’hiv » par Pétain. qui nous a valu une fausse indignation sur les radios d’Etat. Car les voix apitoyées des journalistes des grands médias (qui, serviles vis-à-vis de Macron et ses amis de la famille Saoud, ne se sont même pas mis en grève pour protester contre la visite officielle de l’assassin de leur collègue) ne servent qu’à nous faire oublier les « rafles gaullistes » contre les africains, qu’un historien Camerounais évoque en parlant du régime Leclerc- de Gaulle au Cameroun en 1940 : « on avait l’impression que la nuit s’était abattue sur le Cameroun. La plupart de nos témoins parlent de cette période avec beaucoup d’émotions et de colère mal retenue ».

Cette oppression politique et économique de la France coloniale au Cameroun n’était pas due à la guerre avec l’Allemagne, car dès la fin de la guerre, elle s’intensifia. Macron veut embrigader les Africains, tout comme nous, dans une guerre contre la Russie. De Gaulle les avait embrigadés, de force, contre l’Allemagne. C’est parce que dès la fin de la guerre la « France Libre » réprima ceux qui s’étaient battus pour elle, (contre l’Allemagne, pas contre la Russie de Staline qui a l’époque était l’ « ami » des « démocraties »), que les colonisés d’Afrique se soulevèrent.

Cette lutte anticoloniale fut l’occasion manquée d’une révolution prolétarienne. Au Cameroun en Septembre 1945, ce sont des cheminots « indigènes » qui font grève pour une augmentation de salaire ; la grève menace de s’étendre, les colons blancs prennent les armes, main dans la main avec les militaires pour réprimer la grève dans le sang. C’est le pendant de Sétif en Algérie.

C’est parce que le mouvement ouvrier français, le PC, le PS et la CGT, étaient devenus (depuis 1935 pour le PC, 1914 pour la CGT et le PS) officiellement colonialistes qu’ils empêchèrent leur militants présents dans tout l’empire de transformer ces soulèvement des colonies en une révolution prolétarienne.

Au Cameroun cette présence du PC et de la CGT fut incarnée par Gaston Donnat. Le 8 mai 1945, lors du défilé célébrant la défaite allemande à Yaoundé, il marche à côté des « indigènes » portant un cercueil symbolique mentionnant : « Enterrons le nazisme, le racisme, le colonialisme. ». Les « indigènes » étant autorisés à se syndiquer à partir d’août 1944, Donnat crée la première centrale syndicale camerounaise : l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC), affiliée à la CGT française. Le fait que ces syndicats regroupent « blancs » et « noirs » est un événement. Ruben Um Nyobé, le dirigeant de l’UPC, en témoigne : « C’est la première fois que je m’assois à la table d’un blanc : je considère cela comme un grand événement. Je ne l’oublierais pas. » Ruben Um Nyobe et ses deux successeurs à la tête de l’Union des Population Camerounaises furent assassinés par les services spéciaux français.

Ce front unique anti-impérialiste (la classe ouvrière des pays impérialistes comme la France, les USA, la Russie, la Chine alliée à tous les exploités des pays exploités par l’impérialisme) est plus que jamais à l’ordre du jour, à l’heure où le front de guerre entre impérialismes se dessine en Europe, Afrique et Asie. En Europe les USA ont créé un front en Ukraine. En Afrique l’armée française a été expulsée de Centrafrique et du Mali. Cela est dû à la progression des impérialismes russes et chinois, mais aussi au rejet des populations.

Selon l’AFP. Un rassemblement a eu lieu samedi 30 juillet à Ouagadougou, devant le mémorial à la mémoire de Sankara (assassiné en 1987 par Blaise Compaoré, proche de la France) avec les slogans assez justes : « France, parrain du terrorisme, dégage ! », « France impériale, tyran, sangsue, dégage », « non aux accords de coopération avec la France ». Il est à l’image de nombreux autres rassemblements et manifestations contre la présence impérialiste française dans nos anciennes colonies. Des manifestations coordonnées dans plusieurs pays auront lieu le 12 août.

Un front de l’armée française contre la Russie et la Chine se dessine. Dans la région des trois frontières, l’armée française (au Niger) fait face à l’armée russe (au Mali). Ce n’est qu’avec l’accord et le soutien de l’impérialisme américain que l’impérialisme français peut espérer reconquérir, ou seulement maintenir, ses positions. La guerre en Ukraine et les guerres en Afrique ne sont que deux fronts d’un affrontement entre les USA et leurs alliés, contre la Chine et la Russie, que les USA se sont donnés comme ennemi.

Les travailleurs de France et d’Afrique ne pourront se défendre contre ces guerres menées contre eux qu’en opposant la perspective de leur révolution mondiale à la guerre capitaliste mondiale.

En quoi consiste cette guerre mondiale des USA ?

Quand Biden est arrivé au pouvoir, c’est clairement avec le programme d’entrainer les USA et leurs alliés dans une guerre contre la Chine et la Russie, guerre qui aurait comme objectif d’empêcher la perte d’hégémonie américaine sur le monde, en commençant par obliger leurs alliés (comme la France, l’Allemagne) à rompre avec les deux puissances ennemies. Mais cette guerre a aussi pour but d’effacer les vraies causes de l’effondrement économique du capitalisme américain et mondial, effondrement qui est lié aux limites même du capitalisme et pas seulement à la concurrence inter-impérialiste. C’est une guerre entre deux systèmes sociaux qui est en germe : le remplacement du capitalisme par une économie mondiale planifiée au services de tous les êtres humains, après la disparition de la division du monde entre exploiteurs et exploités. Cette guerre sociale, la seule qui est juste, les bourgeoisies impérialistes veulent les transformer en guerres entre nations, comme en 1914 et 1939.

Présenter la Russie et la Chine comme les fauteurs de guerre est absurde, car les deux impérialismes qui ont le moins d’intérêt à une guerre mondiale sont justement la Chine et la Russie ! En effet, plus le temps passait plus leur bloc devenait dominant et allait le devenir encore plus en cas de paix mondiale. De même, l’industrie allemande a besoin du gaz et du pétrole russe, alors que la Russie a besoin du capital allemand. La Chine a les dirigeants qui ont le plus œuvré à cette paix et pas par pacifisme ou humanisme évidemment ! Plus la paix durera plus la domination chinoise deviendra irréversible, car les capitaux occidentaux l’ont transformé en atelier du monde !

La guerre n’a pas commencé contre la Chine car c’est une tâche beaucoup plus difficile pour les USA. Elle ne serait pourtant pas difficile à déclencher : il suffirait d’intégrer Taîwan au bloc américain.

La guerre contre la Russie a eu lieu du fait des pressions américaines pour pousser l’Ukraine à l’affrontement et contraindre Moscou à répliquer. La Russie n’a pas pu reculer. La Chine ne s’est pas impliquée mais elle comprend parfaitement qu’elle est la prochaine cible des USA. Il suffit d’une petite provocation américaine soit à Taïwan, soit en mer de Chine, soit en soutenant un des pays voisins de la Chine dans des opérations militaires dans la région, soit contre la Corée du Nord. Les prétextes d’une provocation pour contraindre la Chine à la guerre ne manquent pas…

Les USA sont parvenus à plusieurs objectifs dans leur guerre contre la Russie et celle-ci ne peut que les pousser à aller plus loin.

En effet, la Russie est enlisée en Ukraine. Les USA sont mondialement en meilleure position que jamais : ils ont notamment envahi militairement une partie de l’Europe et contraint bien des pays à les choisir. Par contre, une guerre contre la Chine et ce serait rapidement un affrontement direct et une guerre mondiale !

Le choix d’entrer ou pas en guerre contre la Chine va dépendre directement de l’effondrement, rapide ou pas, de l’économie capitaliste, prise en étau entre inflation et récession, mais surtout étouffée par la suraccumulation du capital.

L’impérialisme a son programme : guerre mondiale et destruction de l’humanité pour sauver le capitalisme, comme en 1939.

La classe ouvrière a également le sien : pouvoir mondial des soviets d’ouvriers, d’exploités.

Les travailleurs d’Afrique, en ne prenant pas la tête de la révolution anticoloniale à partir de 1945, la laissant aux « pères de l’indépendance » ou aux Lumumba et Sankara, ont manqué une occasion. Une des causes est que les travailleurs de France ont aussi manqué leurs révolution en 1936, se contentant d’augmentations de salaires, laissant à la tête de leur mouvement les colonialistes L. Blum du PS, M. Thorez du PC, Jouhaux de la CGT.

En n’appelant pour une prochaine « journée d’action » le 28 septembre avec des revendications seulement pour les salaires et les retraites, la CGT, SUD et les partis de gauche se réclamant des « luttes » : de LFI à LO et NPA, sont bien les héritiers de Blum, Thorez et Jouhaux.

Or c’est la révolution mondiale qui frappe à notre porte à nouveau. Des soulèvements au Sri Lanka, des manifestations pan-africanistes contre l’impérialisme français, rien n’empêchera les travailleurs de travailler à en prendre la tête. Ce n’est pas avec des augmentations de salaires que nous nous en sortirons, mais en abolissant le salariat. Ce n’est pas en défendant l’indépendance du Mali ou de l’Ukraine que les exploités de ces pays sauveront leurs vies, mais en y fondant des républiques des travailleurs, des paysans pauvres qui s’uniront contre les militaires bourgeois du Mali, les oligarques ukrainiens. Ce n’est pas la lutte entre les blancs et les noirs qui sauvera les exploités blancs et noirs. Ce n’est pas la lutte entre russes et ukrainiens qui sauvera le peuple ukrainien. C’est l’alliance entre des républiques soviétiques dans chaque pays, incluant celles de pays impérialistes et celles de pays dominés par l’impérialisme, qui brisera ces murs entre les différentes nations, religions, que les classes dirigeantes exacerbent pour nous mettre au garde à vous derrière elles.

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