Accueil > 08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES > Le socialisme et la guerre inter-impérialiste...

Le socialisme et la guerre inter-impérialiste...

mardi 2 décembre 2025, par Karob

Le socialisme et la guerre inter-impérialiste : briser la machine militaire de l’État bourgeois

Le chef d’état-major français nous explique qu’il faudra « accepter de perdre ses enfants » et « souffrir économiquement » pour la défense.

En langage bolchevique, ça veut dire : la bourgeoisie prépare sa guerre, et elle veut que le prolétariat la finance, la fasse et la subisse.

La seule réponse digne de notre classe, ce n’est pas le pacifisme moral :

c’est la lutte pour enlever à l’État et à la hiérarchie militaire le contrôle des armes, des soldats et de la production.


Avant-propos : ce que révèle vraiment le discours du général Mandon

Quand le chef d’état-major explique aux maires qu’il faudra « accepter de nous faire mal », « accepter de perdre ses enfants » et « souffrir économiquement » pour « protéger ce que l’on est », il ne fait pas un dérapage.

Il expose à voix haute la ligne réelle de la bourgeoisie française en phase de réarmement et de préparation à la guerre.

Traduction de classe de son discours

Derrière les mots « force d’âme », « nation », « lien avec le pays », il faut lire :
• le capital français se prépare à une confrontation majeure (avec la Russie, dans le cadre de l’OTAN et de l’UE) ;

• il a besoin que le prolétariat accepte :

o de financer l’armement (austérité, coupes sociales, inflation),
o de fournir la chair à canon (nos enfants, nos frères, nos sœurs),
o de se taire quand l’État utilisera la guerre pour écraser toute contestation intérieure.

Quand Mandon dit : « Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants… on est en risque », il pose un ultimatum à notre classe :
ou bien vous acceptez morts et sacrifices, ou bien vous serez désignés comme traîtres à la nation.

Militarisation de la société et rôle des maires

Le général ne parle pas seulement aux maires pour les « informer ». Il les enrôle :

• les maires doivent relayer la propagande de guerre,
• « préparer la population » aux morts et aux privations,
• servir d’interface entre l’armée, les réservistes et les habitants.
En même temps, l’état-major annonce :
• doublement des réserves,
• multiplication des liens entre communes et armée,
• « pédagogie » auprès des citoyens pour faire accepter l’économie de guerre.

Autrement dit : on transforme l’échelon local de l’État en courroie de transmission de la machine militaire.

Ce que le général ne dit jamais

Il ne dira pas :

• que les milliards pour l’armement sortent des poches des travailleurs, pas de celles des actionnaires ;
• que les enfants appelés à mourir seront massivement issus des classes populaires ;
• que la « défense de la patrie » signifie en réalité la défense :
o des contrats de Dassault, Thales, Safran, Total,
o du rang de l’impérialisme français dans l’OTAN, l’UE et le système mondial.
Il ne dira jamais que l’ennemi principal des travailleurs de France n’est pas en Russie, mais dans les conseils d’administration du CAC 40 et dans l’appareil d’État qui les protège.

Conclusion politique de cette séquence

Le discours de Mandon n’est pas une erreur :

• c’est le langage brut de la classe dominante qui se sent suffisamment sûre d’elle pour dire :
« préparez-vous à mourir et à vous appauvrir pour notre guerre ».
• c’est un appel explicite à une nouvelle Union sacrée où tous – droite, gauche institutionnelle, élus locaux – doivent « faire bloc » derrière l’État et son armée.

Face à ça, la seule réponse à la hauteur n’est ni le pacifisme moral, ni la demande de « mieux expliquer la guerre aux citoyens ».

La seule réponse à la hauteur est bolchevique : organiser la classe ouvrière pour briser la machine militaire de l’État bourgeois et transformer la guerre des États en guerre des exploités contre leurs exploiteurs.


La vérité bolchevique : la guerre impérialiste n’est pas « la défense de la patrie »

La bourgeoisie française parle de « nation », de « valeurs », de « civilisation » pour masquer ce fait simple :

les guerres modernes sont des guerres pour les marchés, les matières premières, les sphères d’influence, les routes commerciales et les profits.

La « patrie » qu’on nous demande de défendre, ce sont :

• les contrats de Dassault, Thales, Safran, Total, les banques,
• le siège de la France dans l’OTAN, à l’ONU, dans l’UE,
• la capacité de l’impérialisme français à peser dans le monde.
Quand un général demande de « se préparer à perdre ses enfants », ce n’est pas pour défendre un hôpital de campagne ou une école de village.

C’est pour défendre la propriété privée des grands capitalistes français.


Position bolchevique : transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire

Lénine l’a formulé sans fioritures pendant 1914–18 :
la tâche des révolutionnaires dans une guerre impérialiste n’est pas de « sauver la patrie », mais de transformer la guerre entre États en guerre des travailleurs contre leur propre bourgeoisie.

Appliqué à aujourd’hui, ça donne :

• Refus total de l’Union sacrée
Pas un homme, pas une femme, pas un euro pour la guerre impérialiste française.
• Refus de “choisir un camp” entre blocs impérialistes
Ni OTAN, ni Moscou, ni Pékin.
Notre camp, c’est le camp des travailleurs de tous les pays.
• Objectif stratégique
Désorganiser la machine de guerre de « notre » État,
par la lutte des classes, la grève, la désobéissance, la révolte dans les casernes, la prise de contrôle de la production.


Anti-militarisme révolutionnaire : pas le pacifisme, la destruction de la hiérarchie militaire

L’anti-militarisme bolchevique n’est pas un « non à la violence » abstrait.

C’est un non à la violence de classe organisée par l’État bourgeois.

1. Contre l’armée permanente de l’État bourgeois
• L’armée permanente est l’instrument central de la domination de classe.
• Tant qu’elle existe sous contrôle du capital, toute contestation radicale sera écrasée par elle.
2. Pour l’armement du peuple travailleur et l’élection des chefs militaires
• Le but n’est pas un monde de moutons désarmés gardés par des loups.
• Le but est une société où ceux qui travaillent décident aussi, collectivement, de l’usage de la force.
• Chefs élus, révocables, rotation des mandats, disparition des castes d’officiers.
3. Dissolution de la hiérarchie militaire bourgeoise
• Pas de salut révolutionnaire sans briser le corps des officiers, fusionné à la bourgeoisie par la formation, la carrière, l’idéologie.
• Les soldats ne doivent « obéir » qu’à des organes élus de leur classe, pas à une corporation séparée.


Les comités de soldats : casser l’obéissance aveugle, reconstruire la fraternité de classe

Face à un État qui veut transformer des jeunes travailleurs en chair à canon, la réponse n’est pas seulement de dire « n’y allez pas ».

Car certains y vont déjà, pour des raisons matérielles : salaire, logement, papiers, stabilité, fuite de la misère.

Il faut donc organiser la lutte à l’intérieur même de l’institution militaire.

a) Comités de soldats
• Assemblées régulières de soldats, par caserne, par unité.
• Élus par les soldats eux-mêmes, révocables à tout moment.

Tâches :
• défendre les soldats contre les abus des officiers ;
• refuser les missions de répression contre la population ;
• établir des liens avec les travailleurs en lutte à l’extérieur ;
• préparer le refus d’obéissance dans les conflits impérialistes.

b) Briser la séparation soldats / civils
• Contacts organisés entre comités de soldats et comités de travailleurs, de chômeurs, de jeunes.
• Informations sur les véritables buts des opérations militaires.
• Refus de tirer sur les grévistes, manifestants, quartiers populaires.

Slogan bolchevique : les fusils ne doivent jamais pointer sur le peuple.

c) Droit politique plein et entier pour les soldats

• Libre expression politique, syndicale, associative dans les rangs.
• Fin de la censure militaire.
• Refus de toute justice militaire séparée pour écraser la dissidence.
Ces comités de soldats sont les embryons de l’armée révolutionnaire, fruit de la rupture de classe au sein même de l’appareil militaire.


Contrôle ouvrier sur la production : enlever les armes des mains du capital

La machine de guerre ne fonctionne pas seulement avec des soldats et des officiers :
elle fonctionne avec des usines, des chantiers, des bureaux, des laboratoires, des milliers de travailleurs.

Bolcheviquement, ça donne :

a) Comités d’usine dans l’armement
• Dans chaque entreprise de l’armement : élection de comités de travailleurs.
• Pouvoir de contrôle sur :
o les commandes,
o les destinations,
o les quantités,
o les conditions de travail.

b) Droit de veto des travailleurs sur la production
• Refus de produire pour certaines guerres, certains États, certaines opérations.
• Possibilité de saboter la machine de guerre par la grève, le blocage, la réorientation de la production.

c) Expropriation sans indemnité, sous contrôle ouvrier
• Les grands groupes de l’armement doivent être retirés des mains des capitalistes.
• Propriété collective, contrôle par les travailleurs, planification :
o réorientation de la production vers les besoins sociaux (transport, énergie, matériels civils),
o réduction massive du secteur militaire,
o maintien des compétences, mais au service de la vie, pas de la mort.


Enlever le pouvoir à l’État bourgeois : soviets, insurrection, pouvoir des travailleurs

On ne désarme pas vraiment une bourgeoisie avec des pétitions.
Un État bâti pour la guerre et la répression ne se « réforme » pas gentiment.

La perspective bolchevique, c’est :

1. Organes de pouvoir parallèles : comités, soviets, assemblées
• Comités de grève, comités de quartier, assemblées de travailleurs, comités de soldats.
• Coordination locale, régionale, nationale.
• Ces organes ne sont pas « consultatifs », mais se posent comme pouvoir concurrent à l’État.

2. Crise révolutionnaire : dualité de pouvoir
À un moment, deux pouvoirs coexistent :
• l’État bourgeois, avec son armée, sa police, ses tribunaux,
• les organes de la classe ouvrière, avec leur contrôle sur la production, les rues, les casernes.
La question n’est alors plus « réformer la République », mais : qui commande ? qui décide ?

3. Insurrection et destruction de l’État bourgeois
• Le pouvoir ouvrier ne peut pas cohabiter indéfiniment avec l’appareil d’État bourgeois.
• Il doit le désarmer, le dissoudre, le remplacer :
o dissolution de l’armée permanente,
o dissolution des corps d’officiers et de la police telle qu’on les connaît,
o destruction des tribunaux de classe,
o remplacement par des organes élus, révocables, sous contrôle direct de la population travailleuse.

4. Socialisme réel : abolition du salariat, planification, fin de la guerre comme mode de régulation
• Tant que le salariat existe, la guerre est toujours une option pour résoudre les crises du capital.
• Abolir le salariat, c’est abolir le marché du travail, la production pour le profit, la concurrence entre capitaux.
• Une économie planifiée démocratiquement, contrôlée par les travailleurs eux-mêmes, supprime les causes matérielles des guerres impérialistes.


Qui protège vraiment la machine de guerre française ? Réponses politiques à Mandon
Quand le général Mandon explique qu’il faudra « accepter de perdre nos enfants » et « souffrir économiquement », les directions des organisations dites « d’extrême gauche » se sentent obligées de réagir. Mais la façon dont elles le font en dit long sur leur fonction réelle dans l’appareil idéologique de l’État.

Révolution Permanente : bon diagnostic, débouché flou

Révolution Permanente voit juste sur un point central : le discours de Mandon au Congrès des maires n’est pas un dérapage individuel, mais l’expression assumée de la ligne de la bourgeoisie française en phase de réarmement. Dans son article « Accepter de perdre nos enfants : la propagande de guerre du général Mandon n’est pas un dérapage », RP rappelle que le chef d’état-major appelle les maires à devenir les relais de la propagande militaire, à « préparer » la population à voir ses enfants mourir et à accepter les sacrifices économiques.

Le texte replace les propos dans la continuité de l’augmentation massive du budget de la Défense, du projet de service national pour la jeunesse, du plan de militarisation des hôpitaux, des bases de l’OTAN inaugurées par Macron. Le diagnostic est donc largement correct : Mandon dit tout haut ce que les classes dominantes pensent tout bas.

Mais une fois ce cadre posé, tout s’arrête. La conclusion se limite à expliquer qu’il faut « prendre au sérieux ces plans », que seuls « les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires » peuvent stopper cette course à la militarisation et qu’il faudra « s’organiser et renverser le système ».

Formellement, on parle de renversement. Concrètement, aucun instrument n’est proposé pour :
• organiser des comités de soldats dans les casernes ;
• construire des comités de travailleurs dans les usines d’armement ;
• rompre publiquement avec les confédérations syndicales social-patriotes ;
• poser la dualité de pouvoir et l’insurrection contre l’État bourgeois comme horizon stratégique.

RP dit donc clairement que Mandon est la voix de la classe dominante en marche vers la guerre, mais laisse les travailleurs sur le terrain habituel : indignation organisée, campagnes, fronts, manifestations – sans rupture matérielle avec la machine militaire.

NPA-R : « en finir avec le capitalisme », mais à travers un courant syndical

Le NPA-Révolutionnaires, dans son éditorial « “Perdre nos enfants” pour leurs guerres et profits impérialistes, c’est non ! », souligne lui aussi que Mandon condense la politique réelle du gouvernement :
d’un côté, explosion des dépenses militaires et des aides au patronat ;
de l’autre, attaque sur le niveau de vie par les coupes dans la santé, l’éducation, le logement, les transports, les salaires et les retraites.

Le texte rappelle le rôle de l’armée française au Tchad, en RDC, en Afghanistan, pour sécuriser les profits de Total, EDF, Bolloré, Bouygues, Lafarge, CMA CGM ; il insiste sur la responsabilité de l’impérialisme français, aux côtés des autres puissances, dans les guerres qui ravagent l’Afrique. Il affirme même que, pour empêcher la guerre, il faut « en finir avec la société capitaliste ».

Mais, une fois encore, quand on regarde comment cette conclusion est traduite politiquement, on retombe sur la même mécanique :

• construction d’un « courant antiguerre » dans les syndicats existants ;
• dénonciation verbale de Macron, de la droite, de l’extrême droite, du PS, de Mélenchon ;
• mise en avant de la participation à des manifestations, ici la manif nationale contre la complicité de l’impérialisme français avec la guerre d’Israël contre le peuple palestinien, présentée comme une réponse à Mandon.

Autrement dit, le NPA-R utilise un langage plus tranché – « guerre à la guerre », « en finir avec le capitalisme » – mais laisse intact le cadre : pression dans les appareils syndicaux, fronts unitaires, grandes manifestations citoyennes. Rien sur :

• des comités de soldats capables de refuser l’obéissance ;
• des comités d’usine dans l’armement capables de bloquer la production ;
• une stratégie offensive de rupture avec les directions syndicales social-patriotes ;
• la construction d’organes de pouvoir concurrents de l’État.
Le défaitisme révolutionnaire est proclamé, mais il est prisonnier d’une pratique de courant syndical radical.

Lutte Ouvrière : défaitisme dans les mots, syndicalisme dans les faits

Lutte Ouvrière publie l’article « Pas question de sacrifier nos enfants pour de sales guerres capitalistes ! ».

On y retrouve toute une série de vérités :

• Mandon prépare la population à un « choc militaire avec la Russie » dans trois ou quatre ans ;
• les hôpitaux sont sommés de se préparer à soigner des centaines de milliers de blessés de guerre ;
• l’industrie est reconvertie pour les marchands de canons : Rafale, canons Caesar, reconversion de la Fonderie de Bretagne pour produire des obus, etc. ;
• la guerre sert les profits de TotalEnergies, Orano, Dassault, Thales, BNP, Crédit Agricole ;
• l’impérialisme français est dénoncé en Afrique, au Moyen-Orient, en Ukraine ;
• LO cite Rosa Luxemburg pour rappeler que la « défense de la patrie » est une légende de guerre ;
• la seule guerre juste serait la guerre du monde du travail contre la classe capitaliste.
Sur le plan de la dénonciation, le tableau est donc juste et efficace. Mais, comme pour RP et le NPA-R, tout se bloque au moment où il faudrait passer de la dénonciation à l’organisation.
Rien n’est avancé pour :
• organiser des comités de soldats dans les casernes, avec droit de regard sur les ordres et possibilité de refus ;
• construire des comités d’usine dans l’armement, avec droit de veto sur les commandes, les destinations, les quantités produites ;
• revendiquer l’expropriation sans indemnité des groupes d’armement (Dassault, Thales, Safran, Nexter, etc.) sous contrôle ouvrier ;
• inscrire la question de la dissolution de l’armée permanente et du corps des officiers comme tâche politique centrale.

Dans les entreprises de l’armement où LO est implantée, la ligne qui domine reste celle du syndicalisme classique : défense de l’emploi, des salaires, négociation de primes, plutôt que lutte pour empêcher la production de guerre et arracher les usines aux capitalistes.

Bilan : un même verrou stratégique

Si l’on met bout à bout ces trois réactions à Mandon, on obtient une structure commune :

• Un diagnostic globalement correct :
o le discours de Mandon exprime la ligne de la classe dominante en économie de guerre ;
o l’armée française est un instrument impérialiste ;
o les classes populaires sont désignées pour payer, en vies et en niveau de vie.
• Un radicalisme verbal réel :
o on parle de « propagande de guerre », de « renverser le système », d’« en finir avec le capitalisme », de « nos balles pour nos généraux », de « guerre à la guerre » ;
• Mais une pratique encadrée :
o campagnes, fronts, courants dans les syndicats, manifestations, sans construction d’organes de pouvoir de classe.
Ce qui manque partout, c’est exactement ce que la perspective bolchevique met au centre :
• comités de soldats dans les casernes, pour casser l’obéissance aveugle et préparer la rupture de classe au sein de l’appareil militaire ;
• comités d’usine, en particulier dans l’armement, avec droit de veto sur la production et possibilité de blocage ;
• revendication de l’expropriation des groupes d’armement et du contrôle ouvrier sur la production ;
• perspective assumée de dualité de pouvoir, d’insurrection et de destruction de l’État bourgeois.
RP, NPA-R et LO disent, chacun à leur manière, que la bourgeoisie prépare la guerre et que Mandon l’avoue. Mais ils laissent les travailleurs désarmés politiquement face à cette offensive : pas d’organes à construire, pas de stratégie de prise de pouvoir, pas de plan pour désorganiser matériellement la machine de guerre.

De ce point de vue, leurs réactions jouent un rôle objectif de ceinture de sécurité autour de l’économie de guerre : elles canalisent l’indignation de classe dans des formes inoffensives pour l’État et la détournent de ce qui pourrait vraiment faire peur à Mandon et aux siens : des comités de soldats, des comités d’usine de l’armement, une stratégie explicite de destruction de l’appareil militaire de l’État bourgeois.


CGT, FO, Solidaires, CFDT : pacifisme républicain, social-patriotisme concret

Les fédérations et syndicats CGT ont réagi avec indignation.

La fédération des travailleurs de l’État (FNTE-CGT) publie un tract « Halte à la rhétorique guerrière ! », où les propos de Mandon sont qualifiés de « dangereux », de « provocation », et où l’on dénonce les milliards pour l’armement au détriment des services publics.

Le syndicat CGT de l’hôpital Cochin explique que la bourgeoisie n’a jamais hésité à sacrifier les classes populaires pour ses guerres.

Mais la solution défendue reste strictement républicaine :
• « refuser l’économie de guerre »,
• « défendre les services publics »,
• « exiger la paix ».

On ne parle ni de dissolution de l’armée permanente, ni de comités de soldats,
ni de droit de veto des travailleurs de l’armement sur la production, ni de fraternisation de classe avec les travailleurs des pays ennemis.

FO, dans ses communiqués contre « l’économie de guerre », se dit « indignée » par la phrase sur « la perte de nos enfants » et dénonce le budget de guerre Macron–Lecornu.
Mais la conclusion est claire : mobiliser… pour défendre les revendications et les budgets sociaux, sans jamais poser la question de la destruction de l’appareil militaire et de l’État qui le commande.
Solidaires, de son côté, apparaît dans les appels intersyndicaux contre l’austérité et le budget 2026.

Dans d’autres textes, notamment sur la guerre en Ukraine, l’union syndicale met en avant la « solidarité avec la résistance ukrainienne », ce qui la place de fait dans le camp politique de l’OTAN, même si elle affirme le critiquer.

Les courants se revendiquant révolutionnaires présents dans Solidaires ne mènent pas une bataille publique systématique contre cette orientation social-patriote : ils la recouvrent d’un vernis « radical » tout en la laissant intacte.

Quant à la CFDT, son rôle dans l’intersyndicale – et dans la gestion « responsable » des politiques publiques, y compris militaires – reste celui d’un pilier de l’Union sacrée sociale autour de l’État.
Au total, ces confédérations prennent position contre la phrase de Mandon, mais pas contre la machine de guerre qui la rend possible.

Elles s’opposent à la manière dont l’État parle de la guerre, pas à la fonction de cet État dans l’impérialisme français.


Centrismes et appareils : comment on neutralise la colère

Le point commun de tous ces textes – partis « d’extrême gauche » et syndicats confédérés – c’est qu’ils déplacent systématiquement le terrain :

• de la lutte de classes vers le citoyennisme (on parle de « population », « habitants », « services publics », « maires ») ;
• de la destruction de l’appareil d’État vers sa réorientation (« pas l’économie de guerre, mais des budgets sociaux », « une autre politique de défense ») ;
• de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire vers la pression démocratique sur les institutions.

La fonction politique réelle de ces organisations, dans une séquence comme Mandon, est double :

1. Canaliser l’indignation dans des formes inoffensives pour l’État : communiqués, tracts, pétitions, journées d’action sans perspective de rupture.
2. Préserver la légitimité de l’État républicain : on attaque une « provocation », une « rhétorique guerrière », une « mauvaise politique », mais jamais la nature de classe de l’appareil militaire et de l’État qui le dirige.

Ainsi, Révolution Permanente, NPA-R, LO, CGT, FO, Solidaires, CFDT composent, chacune à leur niveau, une ceinture de sécurité politique autour de l’économie de guerre :
elles permettent aux travailleurs de « protester » tout en restant à l’intérieur de l’Union sacrée.


Ligne bolchevique : rompre avec l’Union sacrée, briser la machine

À l’inverse, la ligne défendue ici part d’une autre prémisse :

• la guerre impérialiste n’est pas une erreur de trajectoire :
c’est un mode normal de régulation d’un capitalisme en crise, qui cherche à défendre ses marchés, ses sphères d’influence, ses profits.

En conséquence :

1. L’ennemi principal des travailleurs de France n’est pas à Moscou ou à Pékin, mais ici même :
dans les conseils d’administration de Dassault, Thales, Safran, Total, des banques,
et dans l’appareil d’État – gouvernement, état-major, hauts fonctionnaires – qui protège leurs intérêts.
2. La tâche n’est pas de “réorienter” l’armée, mais de la dissoudre comme institution de classe :
suppression de l’armée permanente, élection et révocabilité des chefs, dislocation des corps d’officiers,
armement du peuple travailleur sous son propre contrôle.
3. La lutte contre la guerre ne peut pas se limiter à “plus de moyens pour les hôpitaux” :
elle exige des organes de pouvoir parallèles – comités de soldats, comités de travailleurs de l’armement, comités de quartier, soviets – capables de prendre le contrôle de la production, des casernes, des rues.
4. Le but n’est pas une “bonne République sociale” mais la destruction de l’État bourgeois :
dualité de pouvoir, insurrection, remplacement des institutions existantes par des organes élus et révocables de la population travailleuse,
expropriation des groupes d’armement et planification de la production en fonction des besoins sociaux.

En clair :

• les réactions de RP, NPA-R, LO et des confédérations syndicales montrent les limites du réformisme et du centrisme face à la guerre ;
• la perspective bolchevique-léniniste – comités de soldats, contrôle ouvrier, expropriation de l’armement, destruction de l’État bourgeois – est la seule cohérente avec la phrase de Lénine :
transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire.


Conclusion : ou bien les travailleurs désarment l’État, ou bien l’État les enverra se faire tuer

Le discours du général français n’est pas un accident de langage.

C’est un signal : la bourgeoisie se prépare à la guerre et veut ligoter la population dans une nouvelle Union sacrée.

Face à ça, la ligne bolchevique est limpide :

• Pas de confiance dans l’État bourgeois.
• Pas de respect pour la hiérarchie militaire qui prépare le massacre.
• Organisation de comités de travailleurs, de chômeurs, de jeunes, de soldats.
• Contrôle ouvrier sur la production, surtout militaire.
• Rupture avec tous les partis qui appellent à « faire bloc » derrière la nation.
• Préparation consciente de la crise révolutionnaire : que la prochaine grande guerre du capital devienne sa dernière –
parce qu’elle se changera en guerre civile révolutionnaire victorieuse.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.