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Pourquoi la réussite électorale d’Arlette Laguiller n’a pas duré ?

jeudi 8 janvier 2026, par Alex, Robert Paris

Pourquoi la réussite électorale d’Arlette Laguiller n’a pas duré…

Aux élections présidentielles de 1995, Arlette Laguiller avait en sa faveur 5,3% des suffrages exprimés puis, aux élections présidentielles de 2002 elle a eu 5,72%. Nathalie Arthaud, qui lui a succédé comme porte-parole électoral de LO, a eu, en 2012, 0,56 % des suffrages exprimés, en 2017 elle a eu 0,64 % et en 2022 elle a eu 0,56 %. Elle est candidate déclarée pour l’élection présidentielle de 2027. Les suffrages exprimés ont donc été divisés par… dix ! Cela mérite commentaire…

On pourrait croire que c’est la passation Arlette-Arthaud qui est en cause. Erreur : entre les deux, la chute avait déjà eu lieu. Arlette Laguiller est passée à 1,33% des voix aux présidentielles de 2007 !

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-resultats-de-l-election-497.html

Voici le commentaire de LO : Besancenot a pris le relai d’Arlette…

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-commentaires-sur-le-premier-tour.html

Et la conclusion politique : appeler à voter pour Ségolène Royal !

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-declaration-d-arlette-laguiller-du.html

Mais qu’avait tiré comme bilan et perspective Lutte ouvrière de son plus haut score de 2002 qui était en même temps le plus élevé de l’ensemble de l’extrême gauche en France (10,44%) alors que le PCF tombait à 3,37% ?

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-apres-les-deux-tours-de-l-election.html

LO se contentait de répéter : on ne peut pas additionner les voix de l’extrême gauche car ce ne sont pas les mêmes courants politiques ! Mais les voix et les groupes, ce n’est pas la même chose. La population avait voté à plus de 10% à l’extrême gauche alors que le PCF chutait. Cet évènement, c’est la direction de LO, en tête de l’extrême gauche, qui le récusait, qui le démolissait, qui le rejetait !

En fait, il s’agissait de dire que LO ne peut pas construire le parti révolutionnaire, alors que c’est pourtant son leitmotiv. Elle ne veut que construire son propre groupe !

En 1995, suite à un autre succès électoral, on avait pu croire que LO voulait appeler à la construction du parti révolutionnaire. Mais Hardy avait vite tourné casaque !

https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-textes-de-la-conference-nationale-1078.html

Le texte précédent indique le sens de la politique de LO : pas question de croire que le progrès politique de LO aux élections soit un signe positif. Et surtout pas que cela donnerait des responsabilités sociales et poltiiques à cette organisation. Citons quelques extraits :

« …pour les masses, l’URSS était un espoir et dans les pays sous-développés un exemple.
Aujourd’hui, son éclatement, sa déconsidération tant politique qu’économique ne laissent plus le moindre espoir aux masses du côté du communisme. Le communisme est failli à leurs yeux d’autant que ceux qui ont crié le plus fort en URSS à sa faillite sont ceux qui s’en proclamaient, indûment, les héritiers.
Les masses en sont malheureusement réduites à chercher autre chose du côté d’un égalitarisme religieux, des solidarités micro-ethniques, ou de tout autre leurre, qui n’attendront pas 70 ans pour se révéler sans lendemain.
Nous vivons ici cette marche en arrière de la conscience sociale dans les classes populaires.
Les organisations politiques se vident, les organisations syndicales un peu moins car, dans beaucoup d’endroits, elles sont soutenues par l’État et les lois dites sociales. Mais là où ce n’est pas le cas, elles se vident aussi.
Ce recul des organisations réformistes n’a pas profité à l’extrême gauche, qui, loin d’être épargnée par cette crise du militantisme et par cette démoralisation, en a également souffert, du point de vue du recul de ses effectifs militants et, ce qui est plus grave encore, comme par le passé dans des circonstances voisines, du point de vue de sa politique.
La recherche d’un raccourci dans la voie de la construction du parti révolutionnaire, de la formule minimum qui permettrait de regrouper au sein d’une même formation les militants révolutionnaires et les courants, les groupes ou les hommes en délicatesse avec les grands partis traditionnels dont ils proviennent, a toujours été la tentation des organisations issues de la Quatrième Internationale officielle. Elle se révèle particulièrement négative aujourd’hui, dans une période où une tâche importante pour des révolutionnaires doit être de revendiquer clairement leurs références à la lutte des classes, au marxisme révolutionnaire, le drapeau plus ou moins ouvertement abandonné par ceux qui s’en proclamaient indûment jusque-là les détenteurs.
Les divergences qui nous séparent des autres courants se réclamant du trotskysme se manifestent également en ce qui concerne l’activité quotidienne des militants. Ceux qui consacrent leurs forces à lutter pour le droit au logement, ou pour organiser les chômeurs, ont évidemment droit au soutien des organisations prolétariennes. Mais les militants révolutionnaires, déjà peu nombreux, ne doivent pas disperser leurs forces et en consacrer l’essentiel à des activités que les libéraux, voire les chrétiens, font très bien et qui ne s’adressent qu’à une fraction marginalisée de la population.
Sur le plan électoral, qui ne veut pas dire grand-chose mais qui est un indice, la gauche recule au profit de la droite et même de l’extrême droite. Plus exactement, même si elle ne recule pas globalement - car le PS conserve une partie de son électorat dans certaines catégories sociales, le PC en conserve un peu, même à un très bas étage, et nous aussi - on a pu se rendre compte, au travers des derniers scrutins, ou autour de nous, avec l’effet révélateur que représentent les attentats, que la xénophobie, le racisme, les idées et les slogans de Le Pen pénètrent de plus en plus la classe ouvrière.

Notre score a traduit une sympathie plus grande à notre égard mais n’a pas reflété une modification de la situation sociale et encore moins traduit une radicalisation.
Cependant, notre campagne et notre score nous ont valu une estime et un crédit un peu plus grands, qui se sont manifestés par exemple dans le fait que les gens ont affiché plus facilement leur sympathie pour nous dans les mois qui ont suivi l’élection.
Lorsque, dans la période précédant l’ouverture de la campagne, nous envisagions de donner au public de nos bulletins des raisons de voter pour nous, nous écrivions que, si quelques millions de travailleurs supplémentaires approuvaient nos principales idées, cela pourrait avoir un impact important. Ce n’était évidemment ni une prévision, ni une analyse éventuelle de la signification d’un tel résultat. Nous essayions de donner une raison de tenter l’expérience.
Nous n’avons pas atteint, et de loin, ce résultat. Mais nos nouveaux électeurs n’ont cependant pas fait un geste inutile même s’il ne change rien à la situation. C’est, comme le faisaient nos électeurs habituels, une affirmation qui compte comme telle, même si elle n’est pas suivie d’effet... ou d’actes.
Comme nos résultats étaient assez nettement supérieurs à nos résultats habituels, nous avons défendu en public, le soir de l’élection, l’idée de la nécessité d’un parti représentant les intérêts politiques de la classe ouvrière.
Il s’agissait bien sûr d’un simple appel propagandiste.
Nous n’envisagions absolument pas la possibilité réelle de créer un tel parti, nous nous en sommes expliqués à plusieurs reprises.
Mais nous avons dit aussi que nous devions tout faire pour tirer tout le parti possible de ce résultat. Les réactions que nous avons rencontrées, l’expérience de la constitution des listes pour les municipales (et leurs résultats), puis les caravanes, ont confirmé qu’il n’y avait pas un courant majeur portant les gens dans notre direction avec une volonté militante même à un niveau faible. Nous avons vu cependant une sympathie plus grande et un accueil plus favorable qu’auparavant. C’est cette situation et cet accueil que nous avons tenté de concrétiser jusqu’ici, ce que nous continuerons à tenter.
Nous n’avons pas fait appel à un regroupement de différentes organisations d’extrême gauche. Le résultat des élections ne changeait absolument pas, de ce point de vue, la situation par rapport à la période précédente. Pas plus qu’avant, il n’y avait aucun progrès, ni quantitatif ni encore moins qualitatif, à attendre d’un simple regroupement des organisations d’extrême gauche existantes. En outre, le contexte actuel, où la principale des organisations d’extrême gauche, et la plus proche de nous, la LCR, et ses scissions ou ses tendances ne conçoivent l’avenir que dans la collaboration avec des forces issues des mouvements alternatifs, ou même de la social-démocratie ou de la droite du Parti communiste - alors même que ces forces, ou sont dérisoires, ou ne veulent de toute façon pas de la Ligue -, n’ouvre en fait même pas la possibilité d’un regroupement des seules organisations qui se revendiquent du communisme ou de la révolution, ne fût-ce que verbalement.
La seule entente objectivement possible ne le serait que sur la base du "plus petit programme commun", c’est-à-dire sur la base d’idées qui sont aux antipodes de celles que nous défendons. Nous n’avons donc pas l’intention d’abandonner notre politique, au nom de l’alliance avec des forces baptisées contre leur gré "objectivement anticapitalistes".
Nous ne tirons pas pour l’instant de bilan des activités que nous effectuons depuis le mois de mai. D’une part, parce que ces activités (mini-caravanes, participation aux élections partielles, travail de contact avec les adresses, etc.), nous allons les poursuivre.
D’autre part, parce que nous savions avant d’engager ce travail que ce bilan serait dérisoire par rapport à l’objectif affirmé.
Resteront à mesurer les résultats de ce travail, ramenés à notre échelle.
Peut-être, au travers de cet effort, trouverons-nous quelques forces qui nous permettront d’élargir notre présence dans des villes ou des régions dont nous étions absents jusqu’ici, ou pourrons-nous élargir le cercle de nos sympathisants. Ce n’est ni une prévision, ni même un objectif, c’est une vérification à effectuer.
Nos perspectives nouvelles d’activité de l’année à venir découlent donc du travail que nous avons entrepris cet été après les présidentielles et continué avec les municipales, les partielles et les caravanes.
Nous avons pour tâche de gérer nos nouveaux contacts, qui se trouvent répartis dans tout le territoire où nous avons organisé des caravanes ou participé à des élections. Même si très vite une certaine décantation s’est opérée, il nous reste encore un important effort à faire pour établir, maintenir, le contact et assurer avec eux un lien spécifique. Il est encore beaucoup trop tôt pour avoir une idée du nombre et du type de sympathisants ainsi rencontrés et liés à nous. Trop tôt pour avoir une idée du nombre et du type de liens établis. Bien trop tôt enfin pour savoir ce qui en sortira sur le plan de l’organisation et de la propagande (bulletins, etc.). Nous pouvons juste faire tous nos efforts pour sortir de nos milieux habituels de propagande et d’activité, pour renouveler et élargir le nombre de nos sympathisants, et notre présence géographique.
Nous poursuivrons cet effort entre autres, avec les mini-caravanes. Le but est le même, prendre contact dans des régions où nous n’avons aucun travail régulier, avec d’éventuels sympathisants, dont le résultat des présidentielles nous a permis d’envisager qu’ils puissent exister, et voir avec eux s’il est possible d’exister - et sous quelle forme - dans des endroits où nous n’avons pas de présence militante.
Même si l’objectif de la construction d’un parti "de masse" est un objectif propagandiste et que cette perspective est évidemment exclue, cette extension de notre présence militante, ponctuelle d’abord et dans certains cas durable nous l’espérons, pourrait nous permettre d’accroître notre influence.
En tout cas, s’il y a la moindre possibilité, nous ne devons pas passer à côté et le seul moyen de le savoir est de le vérifier en nous y consacrant à fond.
L’activité des caravanes "d’hiver" aura ainsi l’avantage, comme l’ont eu celles de l’été, de permettre à tous les camarades, qu’ils soient d’entreprise ou pas, jeunes ou vieux, engagés dans tel ou tel autre type de travail spécifique, de se retrouver sur une tâche politique commune, aux côtés de sympathisants, dont de jeunes travailleurs issus du travail spécifique de recrutement.
Ces tâches s’ajoutent bien entendu à toutes les autres tâches que nous assurons déjà et ne les remplacent pas. Il s’agit d’un effort supplémentaire demandé à toute l’organisation. Nous avons déjà dans le passé - et nous étions moins nombreux - assuré de tels efforts, dont certains ont conditionné notre développement.
Nous ne pouvons, moins que jamais, en garantir le succès. Mais puisque, pour la première fois, dans une élection, un million six cent mille personnes nous ont apporté leur voix, renoncer à faire cet effort serait tourner le dos à tout ce que nous avons fait jusqu’ici. »

Hardy, le 30 octobre 1995

LO est donc orphelin du… stalinisme !

Et surtout il ne croit nullement à la possibilité de grandes luttes dans la période de recul…

Il ne croit pas que LO ait une autre responsabilité que de transmettre le flambeau, pas d’intervenir directement dans les luttes sociales et politiques !

Quel avait été le commentaire de LO juste après les élections présidentielles de 1995 à la suite du premier tour ?

https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/950428-L0-Numero-1399.pdf

Il y est dit (toujours par la voix de Hardy, parlant ici à la place d’Arlette) exactement l’inverse de ce qu’a dit Hardy juste au dessus et quelques mois plus tard :

« … nous, militants et sympathisants de Lutte ouvrière, allons, dans les semaines qui viennent, nous efforcer de rencontrer le maximum possible de ceux qui ont voté pour ma candidature et de ceux qui ont cru qu’il valait mieux faire un vote qu’ils croyaient « utile », afin de discuter avec eux, discuter avec tous ceux d’entre eux qui l’accepteront, pour envisager les conditions de la création d’un bien plus grand parti que le nôtre, se plaçant résolument et uniquement, sur le terrain de la défense politique des exploités. »

Le 12 mai, LO confirmait cet appel au parti révolutionnaire…

https://presse.lutte-ouvriere.org/media/journal/1995/950512-L0-Numero-1401.pdf

Mais, comme on l’a vu plus haut, c’est Hardy lui-même qui a expliqué qu’il n’y croyait pas…

Les scores de Lutte ouvrière commentés par elle-même…

https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-tableau-8-recapitulatif-des-scores.html

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-les-resultats-obtenus-par-arlette.html

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-les-resultats-obtenus-par-arlette.html

Pas de leçon à tirer de ce type de tableau qui n’est suivi d’aucun commentaire politique !

Comment théoriser l’échec…

https://www.lutte-ouvriere.org/portail/multimedia/conferences-de-presse-propos-des-petits-scores-159108.html

Lutte ouvrière pendant les grèves de 1995

Le mouvement de grèves de 1995 en France et les leçons qu’on peut en tirer

https://www.matierevolution.org/spip.php?article8558

Les meetings d’Arlette Laguiller en 1995

https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-textes-des-meeting-parisiens-1103.html

Les discours électoraux de 1995 : de la dénonciation purement morale, c’est-à-dire sans developper de vraie perspective politique et sociale, et sans aucune critique des réformistes

https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-texte-d-une-intervention-televisee.html

https://www.lutte-ouvriere.org/portail/mensuel/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-profession-de-foi.html

Lutte ouvrière et la vague de grèves

L’année 1995, celle d’un premier succès électoral en même temps que celle de deux vagues de luttes ouvrières (une dans le secteur privé suivie d’une deuxième dans le public, a été le tournant clef de cette organisation, quand sa « thèse de la période de recul » l’a rendu impuissante face à la situation.

https://www.lutte-ouvriere.org/mensuel/article/documents-archives-la-revue-lutte-de-classe-serie-actuelle-1993-france-novembre-decembre-1995.html

https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2018-03-14-la-greve-de-1995-un-mauvais-souvenir-pour-le-patronat_105678.html

https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2020-12-16-la-greve-de-1995-contre-le-plan-juppe_153558.html

La thèse de Hardy-Muro sur la « période de recul »

Nous écrivions ainsi en 1998 sur la théorisation de la « période de recul » par la direction de Lutte ouvrière :
« Le problème a débuté dans l’organisation Lutte Ouvrière à partir du tournant de la fin des années 80, tournant mondial de la politique impérialiste et pas seulement de la bureaucratie russe. La majorité a perçu ce tournant comme foncièrement négatif (« période de recul ») et il est vrai que ce tournant de la politique mondiale s’est appuyé sur un rapport de forces favorable à l’impérialisme. Après une série de défaites dans les mouvements révolutionnaires de la décolonisation, notamment en Indochine, l’impérialisme a pu avec succès reprendre ses interventions de gendarme du monde. Le changement principal a été le tournant de la bureaucratie russe qui a permis à l’impérialisme non seulement de faire revenir la Russie dans son giron et d’obtenir son soutien dans sa politique (guerre du Golfe), de récupérer les pays de l’est mais de désamorcer de nombreux conflits (de l’Afrique du sud au Nicaragua et à l’Angola). Et le changement s’est vu dans la politique des directions petites bourgeoises des mouvements nationalistes du tiers monde amenées à se recentrer autour de l’impérialisme. C’en était fini de la prétention des directions nationalistes au développement autocentré, à l’étatisme plus ou moins coloré en rouge suivant l’influence des staliniens-nationalistes. Non pas que la bureaucratie russe les ait jamais vraiment soutenues mais parce que l’impérialisme a désormais d’avantage les mains libres face à un dictateur qui ne lui conviendrait plus. Rappelons qu’à l’époque de la guerre froide à chaque fois que l’impérialisme s’enlisait dans un conflit il pouvait en résulter une guerre mondiale, l’impérialisme ne pouvant accepter de s’affaiblir militairement et politiquement en laissant l’URSS se renforcer sans chercher à l’impliquer dans le conflit. Cette époque aussi est révolue mais nous n’avons pas à la regretter : l’URSS ne défendait ni les intérêts de la classe ouvrière ni celle des peuples et les dictatures nationalistes étaient une impasse qui hypothéquait même les possibilités prolétariennes dans le Tiers-monde. Nous n’avons pas plus à regretter l’étatisme à la chinoise (dictatorial et anti-ouvrier) qu’à nous féliciter de son retour à l’économie de marché car les deux sont des manières d’exploiter les travailleurs des villes et des campagnes et à faire suer du profit aux deux pour finalement mettre en place les mêmes bourgeois. Nous n’avons pas à lui prêter une volonté plus grande que les autres petites bourgeoisies du tiers monde d’indépendance vis à vis des trusts (contrairement au texte sur « la situation internationale ») Bien sûr, cela ne veut pas dire que les courants politiques qui remplacent les forces soi disant progressistes soient mieux, bien au contraire, mais nous avons mieux à faire que regretter l’ancienne OLP face au Hamas ou l’ancien FLN algérien face au FIS ou au GIA. D’autant que c’est la politique des uns qui a mené aux impasses mettant les autres en selle. En même temps, c’est la période où, après avoir fait porter le poids de la crise sur le tiers monde endetté et saigné à blanc par le FMI et les financiers mondiaux, l’impérialisme commence à s’attaquer au niveau de vie de la population des pays riches. Pour celle-ci, la période précédente avait signifié non la richesse mais un certain mode de vie dans lequel l’Etat assurait la santé, l’éducation et donnait bien des garanties, même en cas de chômage. Le tournant correspond à celui du « moins d’Etat », qu’on le nomme « thatchérisme » ou « reaganisme ». Dans ces conditions, la classe ouvrière n’a pas mené dans un premier temps des luttes à la hauteur des attaques. Une des raisons, certainement la principale, est le chômage. Les licenciements massifs ont eu le même effet de douche froide partout dans le monde. L’autre raison a été attribuée à la baisse des organisations et forces militantes, notamment celles des partis communistes et du mouvement syndical qui lui est lié. Cette fraction du mouvement ouvrier s’est retrouvée d’un coup discréditée ce qui était bien différent des attaques qu’elle avait déjà subie de la part de la bourgeoisie anti-communiste. La campagne politique de la bourgeoisie contre le communisme s’appuyait cette fois sur les déclarations des anciens dirigeants staliniens eux-mêmes en Russie même et c’était un argument de poids pour faire rentrer la tête dans les épaules des militants ouvriers. L’attitude de LO est liée à cette situation. A juste titre, elle a relié cette situation aux défaites de la classe ouvrière et considéré que celle-ci allait peser politiquement négativement. Elle a considéré que bien des acquis y compris politiques allaient être remis en cause, et pas seulement en URSS, et pensé que la classe ouvrière, ne disposant pas de partis, était bien mal outillée pour y faire face. Dans ces conditions, elle a trouvé que la perte des forces militantes était un recul qui ne devait pas réjouir les révolutionnaires. Certes. Mais, devant la baisse des forces militantes, faut-il regretter le recul très important du poids politique et militant des staliniens ? Faut-il regretter que soit dévoilé le fait que le « communisme » stalinien n’était qu’un paravent mensonger d’une politique bourgeoise, même si bien des militants y croyaient ? Car le stalinisme avait quand même été le principal facteur contre-révolutionnaire, en particulier pour les années 30 (Allemagne, Espagne, France) et pour la révolution coloniale à l’après-guerre, c’est-à-dire dans toutes les occasions révolutionnaires. La réaction de LO a été à la fois de dire qu’il fallait faire de la propagande pour les idées communistes en général et aussi de prévenir les militants que l’intervention allait devenir plus difficile dans la classe ouvrière et dans ses luttes. Les conditions nouvelles de cette « période de recul », disait-on, rendraient la critique des organisations syndicales et les possibilités de s’appuyer sur des forces autonomes des travailleurs plus difficiles. L’idée était que non seulement ses militants mais la classe ouvrière elle-même se démoraliserait et qu’il fallait plutôt compter sur les syndicats, même avec leurs limites, pour maintenir au moins un certain niveau dans le rapport de force avec le patronat. Ainsi, on a pu lire une série d’éditoriaux qui visaient à encourager les syndicats dans la perspective d’encourager les travailleurs, par exemple lors des journées syndicales d’action et cela a été jusqu’à taire ce que nous pensions quand le syndicat CGT des cheminots négociait dans le dos des travailleurs le reprise en 95. Corrélativement, on disait aux militants que « dans cette période » il serait beaucoup plus difficile pour les travailleurs de mener des luttes de manière autonome des syndicats, n’insistant pas sur le fait que même en 95, mouvement dirigé par les syndicats, des comités de grève avaient vu le jour. Lors de son débat avec la gauche Communiste, lors de la fête de LO, la politique proposée visait à remonter le PCF pour remonter les militants communistes et du coup les travailleurs : « en leur redonnant confiance, cela contribuerait à redonner confiance à la classe ouvrière ». Mais leur redonner confiance en quelle direction politique ? Plusieurs éditos de LO déclaraient qu’ils regrettaient la baisse du PCF et que nous étions solidaires de ce parti. Pas seulement de ses militants restés communistes. Notre politique vis à vis des militants du courant stalinien ne doit pas être seulement de leur montrer que nous ne sommes pas leurs ennemis. C’est une politique qui ne s’adresse pas d’ailleurs aux seuls militants du PCF ou de la CGT. Notre politique c’est de construire autour de nous une nouvelle direction de la classe ouvrière et que ceux qui s’en sentent veuillent venir avec nous la construire. Bien sûr, cela s’adresse aussi aux militants du PCF mais pas pour leur dire notre sympathie : pour démasquer leur direction qui pactise avec la bourgeoisie et les trahit. Pour entraîner des militants à construire avec nous cette force, il ne suffit pas que le PCF recule ni même que nous grimpions électoralement. Cela suppose des luttes sociales dans lesquelles nous pourrons les mettre au pied du mur : suivre notre politique ou se démasquer aux yeux des travailleurs. C’est ce que nous appelons une politique de front unique. Ce n’est pas une politique de copain-copain, presque au contraire si l’on peut dire. Ce qui empêche la majorité de voir les choses ainsi, c’est essentiellement qu’elle ne voit pas « dans la période » des occasions de mener des luttes qui dépassent le cadre des organisations réformistes. Nous ne voyons pas plus de luttes qu’il n’y en a mais, nous révolutionnaires, ne pouvons pas miser sur autre chose. La majorité a exprimé plusieurs fois qu’elle ne s’attendait pas dans la période à des luttes importantes permettant justement de mettre ces militants, et les syndicalistes, qui les suivent devant leurs responsabilités. Pour eux il y a une ligne descendante des luttes et du moral ouvrier, ligne débutée dans les années 20 ! Au risque d’en arriver à tenir un discours plutôt sombre comme le texte de congrès de 1994 intitulé « la situation du mouvement ouvrier révolutionnaire » où cette situation apparaissait vraiment au plus bas ! Citons en effet : « personne n’est en mesure de dire aujourd’hui quand le recul du mouvement prolétarien, engagé depuis trois quart de siècle s’arrêtera » et qui en venait à proposer au mouvement ouvrier révolutionnaire de compter sur l’espoir, pour remonter le mouvement révolutionnaire, que ... « l’intelligentsia joue le rôle qui est le sien » ! Et le discours tenu par Lutte Ouvrière présentait du coup un décalage : d’un côté un discours sur la nécessaire intervention, un jour, du prolétariat à un très haut niveau, révolutionnaire, communiste et conscient, de l’autre une sous-estimation des possibilités du moment. En Russie, il en va de même. C’est au nom de la défense du communisme que l’organisation expliquait que les travailleurs devaient empêcher la privatisation et défendre la planification. Mais dans le même temps la direction estimait que les chances que la classe ouvrière défende « les acquis » étaient minimes et ne posait d’ailleurs pas la question de la politique qui aurait permis de se servir de la situation pour intervenir. H. disait ainsi dans son rapport politique d’octobre 90 : « Il faut empêcher la bureaucratie, qui n’est pas encore la bourgeoisie, de se transformer en bourgeoisie véritable. Ce que je dis là a-t-il des chances de se réaliser en URSS ? Si je suis sincère, je peux vous dire : « aucune » ! (..) et nous nous, nous devons choisir un tel programme parce que, nous ne pourrons peut-être pas leur apporter grand chose d’autre que des idées et un programme. » Cela signifie que le problème de la direction était plus de prendre le contre-pied de la campagne de la bourgeoisie d’un point de vue propagandiste que d’analyser l’URSS et son évolution, pour réellement envisager les possibilités d’intervention politique prolétariennes du moment. Ce n’est pas ainsi que nous voyons les choses. Nous n’avons pas des lunettes assez déformantes pour ne pas voir les éléments de ce qui amènent les camarades à parler de recul. Il est évident que l’on ne vit pas mieux sous la menace des GIA que sous la dictature de Boumédienne, que la montée du Front National n’est pas plus réjouissante qu’un parti stalinien fort. Mais, si nous voyons la situation avec des lunettes ni moins roses ni plus grises, nous ne raisonnons pas ainsi. La situation nouvelle est contradictoire. Elle débute clairement à l’avantage de la bourgeoisie et à son initiative, mais elle recèle bien des éléments de déstabilisation pour le système capitaliste, éléments qui sont parfois nouveaux et qu’il convient aussi de mettre en valeur pour en profiter si nous savons en trouver l’occasion. Aujourd’hui les contradictions du système sont parfois plus criantes. Les fausses pistes sont plus voyantes. Le discours des révolutionnaires n’est pas forcément plus difficile à défendre. Il n’est pas faux que la lutte de classe pose des problèmes nouveaux et n’est pas à la hauteur de ce qu’il faudrait. Cependant la situation est plus ouverte pour les révolutionnaires, pour qu’ils étendent leur influence sur des couches militantes, plus en tout cas que depuis des années. Des périodes anticommunistes, il y en a eu d’autres comme les années 50, où la vie de militant communiste était autrement plus difficile. Et la chute du stalinisme peut ouvrir la voie aux révolutionnaires à condition que ceux-ci sachent se saisir des occasions et ne pas se contenter de positions défensives ou seulement propagandistes. La fin de la politique des blocs peut changer la situation qui était bloquée pour les révolutionnaires. La crise de la société capitaliste, nous ne devons pas la regarder de manière inquiète, en se demandant quel acquis nous allons pouvoir préserver mais en cherchant comment nous allons pouvoir mettre en cause cette société capitaliste en nous servant de sa crise. Nous n’avons rien à regretter de l’époque précédente, ni les mensonges de l’époque des blocs, ni le PC fort, ni les syndicats forts, ni la période de calme la plus longue qu’ai connu le capitalisme, pas même la chute du stalinisme. »
Donc ni période de montée fantastique des masses révolutionnaires (comme continuent à l’imaginer certains trotskistes) ni période de recul (parler de recul depuis 1920 est sans signification). Il n’est pas nécessaire de chercher à plaquer sur le monde entier des schémas globaux de croissance (ou de décroissance) de la révolution alors que les crises sont ponctuelles. Constatons donc que le monde est seulement plus instable et le risque de crises sociales graves plus grand, en particulier qu’elles peuvent toucher les pays riches. Les capacités de la bourgeoisie et de son Etat sont amenuisées face à une classe ouvrière nombreuse et potentiellement très forte. Reste à savoir quelle politique peut lui permettre d’utiliser ce potentiel et c’est toute la question !

Lepic (de la tendance oppositionnelle de Rouen) écrivait, pour expliquer l’évolution de LO :
« Il faut tenter de l’éclairer par les transformations internes à l’oeuvre au sein de LO à partir du milieu des années quatre-vingts. Ces changements sont à la fois d’ordre politique et d’ordre organisationnel. Au départ il y avait une analyse de la situation politique et sociale comme marquée par un recul et une démoralisation croissante et probablement durable de la classe ouvrière. L’analyse était juste mais le sera nettement moins plus tard quand les traits noirs de la situation seront exagérément accentués et les éléments positifs systématiquement minorés. Les évènements de 1995 exploseront à la figure de la direction de LO comme on le verra plus loin, en contradiction avec sa vision d’une période de recul continu. Conséquence de cette analyse unilatérale, la direction de LO va estimer qu’il faut resserrer les rangs et inviter les militants qui ne seraient pas prêts à affronter une dure répression à accepter le statut de sympathisants avant qu’il ne soit trop tard. »

A propos de la direction de Lutte Ouvrière, sa minorité fractionnaire pro-Florès écrivait en 2008 :

« Elle en vint à conclure que nous étions entrés dans une « période de recul » ; que celle-ci réduisait pour un temps indéterminé les possibilités d’intervention comme de recrutement des révolutionnaires, y compris au sein de la classe et jeunesse ouvrières. Et à en déduire que LO devait se replier sur elle-même (« sporuler » ?), développer un sectarisme accru tant en interne que vis-à-vis des autres groupes d’extrême gauche et surtout un scepticisme grandissant à propos des possibilités d’intervention dans la lutte de classe. »

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3411

L’organisation LO était alors polarisée par une lutte fractionnelle, entre la fraction majoritaire d’Hardy et celle de Florès (rejointe de manière forcée par Illy). La fraction majoritaire théorisait que « dans la période de recul » on ne pouvait rien faire, qu’il y aurait de moins en moins de luttes et que l’on pouvait « seulement sporuler ». C’était aussi la thèse de la trahison des intellectuels (celle de Muro-Hardy).

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3440

Dans le même temps, la direction de LO décidait d’exclure aussi la fraction dite de Rouen-Bordeaux.
LO va contraindre l’opposition de Florès à fonctionner en fraction puis va exclure Ropa et Nesca et enfin va l’exclure toute la fraction.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fraction_L%27%C3%89tincelle

https://fr.wikipedia.org/wiki/Voix_des_travailleurs

Opposer la clarification politique et le travail ouvrier, voilà qui caractérise Lutte Ouvrière. Lire sur ce point les numéros du journal Lutte Ouvrière du 12 mai 1995 et du 28 avril 1995 sur la manière dont cette organisation conçoit le parti ! Citons l’un de ces articles écrit par l’ancien dirigeant Hardy : "Ces discussions durent depuis des années et nous ne voulons pas être paralysés par ce genre de polémique." Loin de vouloir discuter avec d’autres courants militants, Hardy développait l’idée qu’il s’agissait seulement d’organiser les sympathies pour la candidature présidentielle d’Arlette Laguiller...

https://www.matierevolution.org/spip.php?article2406

Le commentaire des scores électoraux et des perspectives par la minorité pro-Florès de LO

Une attente du côté de l’extrême gauche

Il est sorti une surprise des urnes du 11 mars. Les dirigeants du PC et les rédacteurs de l’Humanité en ont d’ailleurs pris note. Ce sont les scores de l’extrême gauche. Ils ont été plus symptomatiques qu’importants, ne serait-ce que parce que l’extrême gauche n’avait pas la force de se présenter partout, loin de là. Mais ces scores parlent néanmoins. Le phénomène est apparu en 1995, quand Arlette Laguiller avait fait 5,3 % aux présidentielles. D’autres scores l’ont ensuite confirmé. Et à ces dernières élections, les résultats de Lutte Ouvrière comme de la Ligue Communiste Révolutionnaire, et parfois même du Parti des Travailleurs, ne sont pas passés inaperçus. Leur signification politique n’a échappé à personne, surtout pas aux rédacteurs de l’Humanité qui ont aussitôt souligné les deux aspects les plus importants de cette poussée : "une critique implicite, dans bien des cas, de l’action gouvernementale" et "un vote qui s’exprime dans les quartiers et villes populaires avec un fort ancrage ouvrier".
Une partie non négligeable de l’électorat populaire et ouvrier a désavoué le PC pour sa collaboration gouvernementale et s’est servi du bulletin de vote Lutte Ouvrière ou LCR pour l’exprimer ! Les trotskystes mordent désormais sur une partie de l’ancien électorat communiste déçu. Une petite partie encore, mais c’est un signe.
Il y a quelque chose à la gauche du PC. Contrairement à ce qu’affirme Hue, les idées communistes, de lutte de classe, de défense des intérêts des travailleurs, trouvent l’oreille d’une fraction, petite mais qui grandit, de la classe ouvrière.
L’érosion du Parti communiste ne se traduit pas seulement par des abstentions ou des déplacements à droite, voire à l’extrême droite, ce qui ne peut que conforter les militants communistes qui pensent toujours que la classe ouvrière doit se défendre par ses moyens propres, autres qu’institutionnels, qu’il y a encore une révolution à faire et dans l’immédiat une contre-offensive à préparer tous ensemble contre le patronat et le gouvernement. Ces résultats électoraux sont salutaires pour eux et nous. Pour tous ceux qui contestent l’ordre social. Ils devraient annoncer la possibilité et la nécessité d’engager au coude à coude les combats à venir, de les préparer ensemble, et la perspective de forger le parti ouvrier, communiste et révolutionnaire, dont la classe ouvrière a besoin.
La possibilité. La nécessité. Mais il n’y a aucun automatisme, aucune spontanéité en la matière. Reste à faire en sorte que ce symptôme électoral devienne une réalité au sein du mouvement ouvrier. Là, c’est aux organisations d’extrême gauche de mener une politique qui corresponde à l’attente que vient de révéler ces scores au sein d’une fraction du monde du travail.
Evidemment, les organisations révolutionnaires sont confrontées à une difficulté de taille : leur percée électorale dépasse largement leurs forces militantes. Ce qui signifie par exemple qu’Arlette Laguiller pourrait égaler voire dépasser le candidat du PCF aux prochaines présidentielles, comme les scores de l’ensemble de l’extrême gauche ceux du PC aux législatives, sans que le rapport des forces au sein du mouvement ouvrier ait vraiment changé en faveur des révolutionnaires. Autrement dit, sans que les révolutionnaires, en dépit de tous leurs efforts organisationnels et militants, aient acquis, ne serait-ce qu’en surface, une implantation militante comparable à celle des militants et sympathisants du PCF actuel, aussi déconfit soit-il. Ce qui signifie que notre percée électorale, peut-être provisoire, n’est en elle-même pas capable de nous permettre d’entraîner suffisamment de travailleurs combatifs pour faire échec aux appareils réformistes dans la lutte de classe (et celui du PCF, par l’intermédiaire de la CGT, reste encore le plus influent), sinon de les supplanter. Les élections ne sont que des élections.
En revanche, cette percée électorale qui traduit la fin de certaines illusions au sein de la classe ouvrière et de nouveaux espoirs, nous donne sans doute, pour la première fois depuis des décennies, la crédibilité et la possibilité de mener une politique permettant de forger cette force révolutionnaire.
Et pour cela il y aura certainement plusieurs pièges à éviter.
D’abord de penser que cette percée électorale, si elle est capitalisable, ne le serait qu’en termes organisationnels pour chacun de nos courants. Pour l’heure, LO comme la LCR (et sans aucun doute le PT), mobilisent à juste titre tous leurs efforts militants pour rencontrer, retrouver, associer, encourager, organiser d’une façon ou d’une autre, ceux qui ont voté pour l’extrême gauche et en particulier ceux qui l’ont aidée en se portant candidats sur ses listes ou en participant à sa campagne. Cela portera ses fruits, comme tous les efforts militants, et cette fois, vu les scores, peut-être plus que lors des élections précédentes de ces dernières années. En tout cas espérons-le.
Ces efforts sont indispensables, mais ne suffisent pas à répondre à la situation. D’une certaine façon, s’en contenter serait surestimer la signification des derniers scores. L’électorat populaire qui s’est porté vers l’extrême gauche, a voté pour elle en signe de protestation contre la gauche gouvernementale, et non pas la plupart du temps parce qu’il se sentait lui-même communiste révolutionnaire, trotskyste, ou plus généralement prêt à porter nos couleurs. Bref, prêt à rallier nos rangs. 8, 10 ou 15 % et plus dans certaines villes ouvrières (dont les trois quarts ont même maintenu leur vote au deuxième tour dans les quelques villes où nous pouvions nous maintenir), cela veut dire autant de travailleurs, de familles populaires, qui n’attendent plus rien de la gauche gouvernementale, ce qui ne veut pas dire qu’ils sont prêts pour autant à grossir les forces militantes de l’extrême gauche. En revanche, ils sont sans doute prêts désormais à écouter ce que proposent les révolutionnaires... en dépit de leur identité révolutionnaire ! Ni plus, ni moins. Entre le désaveu politique et l’adhésion en une autre force potentielle, il y a une marge importante. Et c’est cette marge qu’il nous appartient désormais de combler.
Car, là aussi, il ne serait pas juste de simplement se dire, comme nous avons pu le faire à la suite des présidentielles de 1995 : vérifions si ces résultats sont capitalisables par chacune des organisations révolutionnaires (séparément ou ensemble, ce qui en la circonstance ne changerait pas grand chose). Du moins de se contenter de cela. En fait, en l’absence de poussée sociale significative, comme dans le contexte actuel, il y a peu de chances pour qu’une percée électorale se traduise spontanément par un afflux militant vers l’extrême gauche. Mais cela ne signifie pas pour autant que de nouvelles possibilités politiques ne sont pas à la portée de l’extrême gauche. C’est là où les véritables questions de nos orientations politiques commencent.

Le défi à relever

A ce niveau, l’extrême gauche est menacée de deux erreurs symétriques. D’abord, de ne pas prendre en compte la véritable signification politique de la percée des différentes organisations d’extrême gauche (y compris de ses scores là où elle s’est maintenue au deuxième tour) : ceux qui ont voté pour nous, grosso modo quelle que soit la politique exprimée par nos organisations respectives, l’ont fait sans remords, sans se préoccuper de "vote utile". Le désaveu de la gauche gouvernementale, PC compris, était franc et net. Il existe dans les milieux ouvriers une partie significative qui regarde vers l’extrême gauche précisément parce que celle-ci lui apparaît radicalement anti-gouvernementale, et pas seulement "critique". Non, l’extrême gauche n’est pas, ne doit pas être la gauche de "la gauche plurielle". Elle est contre la gauche plurielle, contre ce gouvernement capitaliste, et c’est comme telle qu’elle a recueilli les suffrages de ces ex-électeurs communistes, entre autres, qui précisément sont exaspérés de voir leur parti s’accrocher à cette gauche qui se dit plurielle, mais si monolithique dans son comportement et ses décisions.
La bourde serait de continuer à défendre coûte que coûte la perspective de "battre la droite" comme l’a encore fait la direction de la LCR lors de ces municipales ou de se raccrocher à des forces qui ont plus ou moins partie liée avec cette gauche plurielle. D’une certaine façon, ce serait désavouer le score de l’extrême gauche à ces municipales. Ce serait nourrir plus d’illusions électorales que l’électorat ouvrier lui-même, à commencer par les ex-électeurs communistes. Ce serait pour le coup faire preuve de frilosité, de ringardise politique. Et surtout, ce serait renoncer à vouloir créer cette force politique d’extrême gauche pour laquelle, tout le monde s’accorde à le constater y compris nos adversaires il y a désormais la place, où si l’on préfère, un écho possible au sein de la population.
L’autre faute politique serait de se contenter d’affirmer son identité communiste révolutionnaire, prolétarienne, et de penser qu’ainsi, à l’avenir, l’électorat reconnaîtra les siens, en attendant qu’un éventuel mûrissement de la situation permette à cette extrême gauche non compromise d’engranger son identité sur un autre terrain qu’électoral. A cet égard, les derniers scores confirment la justesse du positionnement de Lutte Ouvrière au deuxième tour. Mais il ne suffit pas d’avoir eu raison à ce niveau-là. Justement. La LCR a obtenu des scores comparables à ceux de LO, en provenance des mêmes quartiers ouvriers, des mêmes militants communistes, pour les mêmes raisons que LO. Sur le même vote protestataire. Ce dont une bonne partie des militants de la LCR (et des personnes qui se sont mises sur ses listes) ont pris note. C’est sur sa gauche que la LCR a obtenu les mêmes scores que LO, pas sur sa droite. Et c’est pourquoi LO se doit de proposer à la LCR une politique commune en accord avec ces résultats-là, pour les prochaines échéances électorales de 2001, bien sûr, aux présidentielles et aux législatives, mais aussi avant ces échéances, sur un terrain extra électoral. De l’entraîner sur un terrain clairement lutte de classe, prolétarien, dont on voit qu’il rencontre un écho certain dans la population.
Et entraîner le reste de l’extrême gauche sur ce positionnement intransigeant vis-à-vis du reste de la gauche, c’est aussi avoir l’ambition de proposer une politique commune de l’extrême gauche au reste du mouvement ouvrier, sur tous les fronts où les travailleurs sont attaqués. C’est ainsi que les anciens électeurs communistes et bien d’autres qui regardent désormais vers l’extrême gauche quand ils veulent désavouer leurs partis traditionnels, commenceront à la considérer comme crédible également sur un autre terrain. C’est là aussi où nous parviendrons à capitaliser de nouvelles forces militantes.
L’extrême gauche a un défi politique à relever. Rien n’est gagné d’avance. Mais si personne ne propose une telle politique, si LO, par exemple, la mieux placée pour cela, s’y refusait, cela reviendrait à laisser la place à d’autres, sur un tout autre terrain. Il y a une attente politique du côté de la classe ouvrière qui a perdu ses illusions électorales. Il y a une place à prendre... Et il vaudrait mieux que l’extrême gauche se porte candidate sans tarder. Car on pourrait même voir surgir "à la gauche de la gauche" quelque chose, qui se vanterait sans doute d’être une "nouvelle force politique", mais certes pas d’extrême gauche, et qui ménagerait de nouvelles déconvenues aux travailleurs.
Ces dernières municipales ont montré qu’une fraction du milieu populaire autrefois influencée par le PCF attend de nouvelles perspectives, et que cela ne le gênerait pas, bien au contraire, que ces perspectives viennent des révolutionnaires. A nous de nous y atteler.

Et en 2007, quelle chute ?

En 2007, Besancenot profitait de l’absence de LO sur le terrain de la construction d’un grand parti révolutionnaire…

Du moins, il profitait du fait que LO s’était défaussé, avait renoncé ouvertement à sa responsabilité. Et elle annonçait publiquement qu’elle ne voulait même pas discuter de cette proposition de la LCR…

Rappelons-nous qu’Arlette Laguiller avait centré son intervention télévisée, après le premier tour des élections présidentielles qui lui donnaient un score maximal et aussi au total des prétendus trotskystes, sur… les divergences entre LO et LCR et le refus de considérer les plus de 10% de l’extrême gauche ! Et cela alors que toute la population était centrée sur le vote Le Pen / Chirac…

2007, c’est aussi l’année de la grève de Citroën Aulnay, celle où Mercier se rallie ouvertement à la direction de la CGT, et où les résultats de LO commencent à chuter.

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2709

https://www.matierevolution.org/spip.php?article2162

C’est un véritable retournement politique et syndical de LO. Voici son ancienne position vis-à-vis de la CGT dans les grèves :

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2653

2007, c’est également l’annonce du processus de lancement du NPA. les deux partis, en même temps, jettent leurs idées à la poubelle.

Lancer un parti en s’appuyant seulement sur un succès électoral est une idée neuve à Lutte Ouvrière et cela mérite qu’on y revienne un peu même si apparemment on est hors sujet puisqu’on parle de la transformation de la LCR en NPA. Mais, une minute, s’il vous plait.
On peut se dire, à juste titre, que les circonstances n’étaient pas qu’électorales puisqu’on était entre deux grandes grèves nationales massives et réussies. Cependant, tel n’était pas le point de vue de la direction de LO qui a suffisamment dit, en interne et dans ses textes de congrès, que ces mobilisations lui semblaient modestes et ne pas refléter une véritable radicalisation des masses. Donc LO lance un appel au parti en dehors d’une époque de radicalisation des masses ! Et ce n’est nullement un élément classique dans sa tradition politique…
Pourquoi ? Parce que le succès de ses campagnes politiques semble à la direction avoir creusé un sillon qui va lui amener du monde ? Peut-être. Et aussi parce que la LCR a de longue date affirmé vouloir construire un parti de masse et accuse LO d’en être incapable. Réponse du berger à la bergère que le dirigeant de LO, Hardy, appelle « leur couper l’herbe sous le pied ».
Enfin, puisqu’appel au parti il y avait, pourquoi bouder son plaisir et ne pas tenter de contacter au-delà du petit groupe ? Des réunions commencent immédiatement à l’initiative locale des militants et le résultat n’est pas nul. Cela attire des syndicalistes, des anciens du PCF et même des militants du PCF, des sympathisants de l’extrême gauche. Des groupes d’extrême gauche se disent intéressés par la démarche.
Revenons sur les circonstances de ce lancement là, presque treize avant le NPA, alors que la crise du PCF est beaucoup moins avancée, les attaques anti-sociales aussi, et que des luttes se profilent….
Lutte Ouvrière avait déjà évoqué ce projet en interne avant le résultat électoral et elle avait fermement pris la décision qu’on n’appellerait au parti que si on atteignait les 10% des voix ou quelque chose d’équivalent. C’est de son propre chef que le dirigeant de LO, Hardy, a demandé à Arlette Laguiller, invitée à commenter ses « bons résultats le soir des résultats du premier tour, de déclarer qu’elle appelait au parti. Donc une décision contraire à celle présentée à l’organisation. Hardy avait-il perçu qu’un courant plus important que le score venait de la base prolétarienne ? Pas du tout. C’est lui-même qui se chargeait les semaine suivantes de clarifier sa position : il avait choisi de lancer cet appel pour ne pas laisser le terrain à ses concurrents de la LCR et pas parce qu’il y croyait. Il pensait au contraire que les résultats électoraux n’étaient pas suffisants pour permettre une force attractive suffisante menant à un élan militant. Peut-être avait-il raison, peut-être pas, en tout cas il était rapidement plutôt déconseillé de faire des réunions ouvertes tous azimuts comme les militants étaient spontanément partis pour le faire. Là où c’était commencé, la direction dénigrait les résultats, affirmant que ce n’était pas ces gens-là que l’on cherchait à gagner… Dans la grève générale de 1995, loin de faire apparaître Lutte Ouvrière comme une perspective dans les luttes face aux appareils syndicaux, LO se contentait de participer gentiment aux côtés des centrales et des grévistes sans forcer sur les comités de grève et sans dénoncer certaines trahisons ouvertes comme la casse de la grève par Bernard Thibaut à peine sorti du ministère… Consigne était même donnée aux militants de ne pas critiquer l’annonce de la fin de grève sans respecter les assemblées générales sous le prétexte que LO aurait vu que le mouvement avait atteint ses limites. LO l’avait vu seulement après Thibaut et ce dernier après… le gouvernement…
Donc les grèves n’avaient pas été un terrain favorable, aux yeux de la direction de LO, pour affirmer l’existence de ce nouveau « parti de défense des intérêts politiques de la classe ouvrière ». LO n’y avait pas défendu une perspective particulière, la démarquant du reste des organisations politiques et syndicales.
La crise du PCF n’avait pas non plus été une occasion d’initiatives particulières pour s’adresser à ses militants désorientés et découragés.
C’est en 2002, au premier tour des élections présidentielles, que l’extrême gauche ensemble a atteint les 10%. Arlette Laguiller l’avait emporté d’une courte tête. Ce qui aurait pu sembler un important succès a été en partie oublié du fait de la présence du Front National au deuxième tour. L’existence d’une extrême gauche ayant un crédit non négligeable a été immédiatement nié des deux côtés par cette extrême gauche elle-même. En effet, le soir du premier tour Arlette a été l’une des premières à réagir aux résultats alors que les partis bourgeois classiques de droite et de gauche apparaissaient KO. Loin de démontrer la force des révolutionnaires, on a vu une Arlette pâle comme un linge affirmer d’une voix blanche qu’il n’y avait pas 10% à l’extrême gauche car, selon LO, les deux groupes « n’avaient pas le même électorat » !!!! Or, tout au long de la campagne, nos milieux de boite nous disaient exactement le contraire : ils hésitaient entre les deux candidatures et avaient parfois voté Arlette seulement par continuité, mais estimaient que Besancenot, faisant une campagne du même type qu’Arlette, volontairement, était simplement la suite d’Arlette en plus jeune…
Les réunions pour le parti, organisées par les camarades de LO n’ont absolument pas mené à un parti et tout au plus à quelques sympathies se traduisant essentiellement sur le terrain électoral. Il n’a jamais été question de permettre aux sympathies ainsi capitalisées de se transformer en une véritable organisation. Cela aurait pu ou pas modifier le poids spécifique des révolutionnaires ? Pas sûr. Cela n’a certainement pas été tenté et c’est ainsi que LO qui ne se voulait surtout pas le dirigeant de l’ensemble de l’extrême gauche a laissé place au projet de la LCR.
De son côté, la LCR, en appelant à faire barrage au FN "dans la rue et dans les urnes", faisait de Chirac un barrage à l’extrême droite !
En 2007, Olivier Besancenot apparaissait comme ayant pris le relai d’Arlette Laguiller… et engrangeait un succès important.
En janvier 2008, le 17ème congrès de la LCR l’engageait vers son auto-dissolution et le lancement du NPA.
Mais toute cette histoire tourne essentiellement autour des élections présidentielles et du crédit que cela donne médiatiquement au porte-parole de l’extrême gauche. Même si les élections sont un prise déformant des crises sociales et politiques, c’est sur le terrain des institutions les plus bourgeoises et étatiques, l’élection présidentielle étant pire encore sur ce plan que les élections parlementaires puisqu’il s’agit d’élire un chef de l’Etat, alors qu’en théorie les révolutionnaires ne postulent pas à devenir chef de l’Etat… bourgeois !
Alors, cette idée que l’on pouvait construire le parti ou une étape vers le parti par la popularité engrangée au travers des élections sans que ce parti ait une politique autonome dans les luttes sociales, était-ce une bonne idée ? Voilà une première question que le NPA allait lui aussi poser, comment on en discutera dans la suite….
Partir des élections bourgeoises pour construire le parti révolutionnaire prolétarien ou même un parti de masse "anticapitaliste", une bonne idée ?
L’idée même de construire un parti révolutionnaire sur la base de simple succès aux élections de la bourgeoisie française est déjà le point de départ d’illusions tendant à faire croire que c’est dans ce cadre truqué que les révolutionnaires entendraient gagner la majorité pour transformer la société. Comme si l’intervention des travailleurs devait passer par deux portillons bourgeois : les élections dans la cadre de l’Etat bourgeois et les syndicats qui ne sont pas moins des institutions qui en font partie….
Il est frappant que ceux qui reprochent au NPA son échec le fassent uniquement sur des bases électorales (baisse dans les sondages, refus d’alliance avec le Front de Gauche, retrait de la candidature de Besancenot, type de campagne jugée identitaires par certains, etc…). C’est bel et bien la démonstration que le projet était surtout à visées électorales. Et pourtant, les critiques auraient très bien pu pointer bien d’autres faiblesses du NPA qui était censé être le parti des luttes… Par exemple le manque de démarcation des centrales syndicales pendant le conflit des retraites. Les interventions dans les entreprises menacées de fermeture qui visait à soutenir les équipes syndicales sans critique des centrales qui laissaient ces luttes isolées et vaincues. L’absence du NPA sur le terrain des manifestations à organiser contre l’intervention française en Afghanistan. L’absence d’une campagne, face à la propagande anti-turque se cachant sous le but prétendu de dénonciation du génocide des Arméniens, pour dénoncer le génocide français au Rwanda au moment même où la justice française reconnaissait à mots couverts que c’est du camp français qu’était parti le missile contre le président Habyarimana, dont l’assassinat avait été le signe déclencheur du génocide au Rwanda…
Sur le terrain de classe, même absence politique de Lo que du NPA, nouveau parti ou pas...
Dans les luttes ouvrières, les manœuvres des appareils syndicaux visant à détourner d’une lutte d’ensemble ne sont jamais dénoncées, les candidats et autres porte-paroles des partis d’extrême gauche se présentant seulement en soutien de la lutte, comme on vient encore de le voir dans la grève des aéroports récemment. Les appareils syndicaux peuvent tranquillement promener les salariés, empêcher la convergence des luttes, ils ne sont jamais dénoncés vigoureusement et clairement de manière médiatique même si cette trahison est manifeste et publique comme cela a été le cas en 1995 avec la fin de la grève ou dans les journées décousues des retraites, dans le refus de jonction des grèves des hôpitaux, dans la trahison des grèves des raffineries et j’en passe...
Du coup, il n’apparaît nullement de parti révolutionnaire dans les luttes ouvrières, sinon pour ramer pour la réussite... des journées d’inaction des centrales syndicales !
Le monde a changé, les anciens clivages sont dépassés ?
On se souvient que l’un des points de départ politiques des déclarations de Besancenot et Krivine au lancement du NPA était le tournant du monde. On changeait de monde et les anciens clivages n’avaient plus court. Besancenot, qui n’avait personnellement aucune sympathie pour ces anciens clivages, était d’autant plus désireux d’y mettre fin, s’adressant jusqu’aux "réformistes honnêtes" et allant jusqu’à envisager des participations au gouvernement sous certaines conditions de situation, au point que bien des adhérents pensaient que c’est dans le cadre des élections bourgeoises qu’on comptait transformer la société, "sans violence" diraient-ils - sans révolution prolétarienne, dirions-nous...
Ce n’était d’ailleurs pas entièrement nouveau de la part de la direction de la LCR qui n’avait pas nécessairement attendu ce "tournant de l’Histoire" pour avoir ce type de langage et chercher un "débouché politique" légèrement démarqué de la révolution prolétarienne pure et dure.

Le NPA s’est sabordé ouvertement, LO moins ouvertement en 2007.

Avec la crise de 2008, suivie du Printemps arabe à partir de 2011, la période de marche à la guerre et aux révolutions s’ouvre, ces deux partis "rénovés" sont aux abonnés absents, leur encéphalogramme est plat. Ils avaient été gonflés par Mai 68, ils auraient pu l’être (de manière bien sûr beaucoup plus lente et difficile) avec une analyse correcte de 2008.

Ces deux partis ont été capables de gonfler en allant dans le sens du vent en 1968, ils ont été incapables de le faire en allant à contre courant à partir de 2008, contrairement à Lénine qui renforça son parti (qualitativement) dans la période de recul d’après 1905.

Puis, pour faire croire à un parti de gauche de la gauche, au NPA a succédé par Mélenchon… On retombait dans les simples partis purement politiciens issus de la social-démocratie et radicaux seulement en termes de démagogie…

Depuis, l’extrême gauche a disparu des élections en termes de résultats…

LO s’est facilement résigné aux mauvais scores des élections politiques, en obtenant des compensations aux élections syndicales. Car pour celles-là les résultats de LO ont augmenté en un petit nombre d’endroits, puisque le PC y a laissé à LO quelques postes. Les élections politiques sont en fait devenues une pré-campagne des élections professionnelles : LO met en avant ses quelques notables syndicaux qui acquièrent une double respectabilité :

1) ils sont invités cordialement dans les media bourgeois

2) ils montrent aux directions syndicales qu’ils ne les contesteront pas dans les syndicats, jouant un peu les révolutionnaires gentils et résignés, répétant mécaniquement "le camp des travailleurs", qui inclut ces directions syndicales. Les petits résultats dont LO se contente prouvent que LO ne quémande qu’une place marginale dans les syndicats.

3) le parti est soudé, les militants sont fiers de JP Mercier : il est grand car "vu à la télé", exclu de la CGT comme Trotsky fut exclu du Parti, ce qui prouve que LO a "réussi". LO est "petit" car LO ne dirige rien du tout, a chuté aux élections, ce qui prouve que LO est une avant-garde dans une période de recul. JP Mercier est Lénine en 1914, il "tient bon". Les militants de LO sont heureux quoi qu’il arrive.

Lire dans

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2207

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1192

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2233

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