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Chroniques de la lutte des classes au Tchad...
lundi 2 mars 2026, par
Chroniques de la lutte des classes au Tchad
L’impérialisme français revient au Tchad !
Contre la dictature
Affrontements politiques à N’Djamena – 28-29 février 2024
https://berthoalain.com/2024/03/01/affrontements-politiques-a-ndjamena-28-29-fevrier-2024/
La révolte au Tchad en octobre 2022…
Contre la junte : émeute à N’Djamena, Moundou et Koumra – 20 octobre 2022
Marche antigouvernementale : affrontements à N’Djamena – 2 octobre 2021
Contre la Junte : affrontements à N’Djamena, Dembé, Moundou – 27 avril 2021
Tchad. Les autorités échouent à résoudre les affrontements meurtriers entre éleveurs et agriculteurs.
https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2025/11/chad-clashes-herders-farmers/
Les grèves des enseignants
https://tchadinfos.com/2026/02/19/chari-baguirmi-les-enseignants-entrent-en-greve-de-neuf-jours/
https://fr.apanews.net/news/tchad-les-enseignants-observent-une-greve-dune-semaine/
Les grèves des médecins
https://fr.apanews.net/news/tchad-les-medecins-annoncent-un-preavis-de-greve-dune-semaine/
La grève des travailleurs de la santé
Des grèves générales
https://africa24tv.com/tchad-6-jours-de-greve-generale-pour-protester-contre-la-hausse-des-prix
https://www.voaafrique.com/a/la-greve-generale-s-etend-au-secteur-prive/4239676.html
https://fr.africanews.com/2018/01/30/tchad-grogne-sociale-et-greve-generale-contre-le-gouvernement/
La répression sanglante
https://www.bbc.com/afrique/articles/c254r4n79exo
https://afriquexxi.info/Au-Tchad-le-regime-de-l-impunite
La situation politique et sociale qui précédait au Tchad
Idriss Déby Itno est mort mais, la dictature lui survit et se renforce
La seule perspective qui en vaille la peine est celle d’une riposte collective des travailleurs et de l’ensemble des opprimés !
Malgré la disparition d’Idriss Déby Itno, la dictature du Mouvement patriotique du salut (Mps) continue sous de nouvelles formes : son fils a pris sa place pour faire la même politique en s’appuyant notamment sur la même armée, qui a maintenu le pays sous sa férule trente ans durant.
La répression qui s’est abattue tout dernièrement sur des manifestants, faisant plus d’une dizaine de morts, en donne une hideuse et révoltante illustration. Il en est de même de la volonté du Conseil militaire de transition (Cmt) d’en finir avec le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact), qui, pourtant, ne demande rien d’autre que de négocier en vue d’une solution pacifique.
Cependant, même si la mort d’Idriss Déby Itno ne règle aucun des problèmes majeurs auxquels les masses populaires sont confrontées, la situation actuelle n’en ouvre pas moins une nouvelle page de l’histoire du pays. On le voit notamment dans la pléthore de solutions qu’offrent les différents acteurs de la classe politique et de la société civile, en guise de perspectives pour sortir de l’impasse actuelle.
En effet, quand on observe l’échiquier politique, ce qui saute aux yeux, c’est que, pour les dirigeants du Mps, les choses ont au moins le mérite d’être claires : soutenu par les responsables du parti de son père et de sa mouvance, Mahamat Idriss Déby, le chef de la junte, qui avait pris le pouvoir par un coup d’Etat, à la suite de la mort de son géniteur, s’est imposé à la tête d’un Cmt. Ensuite, il a pondu une charte devant régir la période de transition et nommé un Premier ministre en la personne d’un ancien sous-fifre d’Idriss Déby Itno, Pahimi Padaket Albert. Celui-ci, à son tour, a formé un gouvernement dominé, pour l’essentiel, par des responsables du Mps !
Toutes ces décisions, prises unilatéralement, sans aucune concertation, montrent clairement l’intention du camp de la dictature de peser sur les événements afin de garder le pouvoir, tant pendant la période de transition qu’après, quels que soient, par ailleurs, les conditions et le déroulement des futures élections !
Une opposition divisée … loin des enjeux de l’heure …
Face à la volonté du camp de la dictature de conserver le pouvoir par tous les moyens, les partis de l’opposition, les groupes armés, comme le Fact, et les diverses organisations de la société civile n’affichent pas une même vision des choses. Beaucoup ayant leurs propres agendas, des contradictions majeures existent entre eux, notamment au niveau de leur appréciation du pouvoir né du dernier coup d’Etat. Deux des grosses pointures de l’opposition parlementaire, l’Union nationale pour le développement et le renouveau (Undr) de Saleh Kebzabo, le Parti pour les libertés et le développement (Pld) de Mahamat Ahmat Alhabo, en l’occurrence, ont reconnu ce dernier et sont allés à la soupe en entrant dans le dernier gouvernement. Un autre groupuscule politique, celui de Mahamat Lazina, a fait de même. Par contre, d’autres ont décliné l’offre à eux faite dans ce sens. C’est le cas des Transformateurs notamment et d’autres organisations politiques.
Mais, tous les partis politiques de l’opposition, – y compris ceux qui ont rejoint le camp de dictature -, comme les groupes armés ou les organisations de la société civile, qui le contestent, partagent, au moins, deux points. En effet, d’une part, ils réclament le respect de la constitution – dont s’était servi Idriss Déby Itno pour imposer sa dictature pendant trente ans -, qui stipule que, en cas de vacance de pouvoir, c’est le président de l’Assemblée nationale qui dirige la période de transition afin de préparer de futures élections dans un délai de trois mois. Aussi demandent-ils que la transition soit dirigée par un civil. Que celui-ci soit un autre larbin du dictateur Déby disparu semble ne pas les déranger outre mesure ! D’autre part, ils revendiquent également la tenue d’un dialogue inclusif, réunissant tout le monde, aussi bien le camp de la dictature, les partis politiques, les groupes armés que les organisations de la société civile, afin de décider ensemble de la marche des événements tout au long de la période de transition jusqu’aux futures élections.
Ainsi, si les intentions de Mahamat Idriss Déby Itno et des responsables du Mps ne souffrent d’aucune ambiguïté, il n’en est pas de même pour celles des différentes composantes de l’opposition, qui prétendent rejeter leur politique au nom des aspirations populaires aux libertés fondamentales et à une vie digne de notre époque. En effet, est-il vrai, comme elles le disent, qu’il est préférable que la transition soit dirigée par un civil, ancien sous-fifre d’Idriss Déby Itno, plutôt que par un autre larbin galonné de celui-ci ? Est-il vrai, comme elles le proclament, qu’un dialogue inclusif permettrait au pays de s’engager dans la voie royale d’un changement prenant en compte les aspirations à un monde meilleur des masses opprimées ? Est-il vrai, comme elles le font croire, qu’un simple changement des hommes à la tête de l’Etat, une alternance donc, améliorerait de façon notable les conditions de vie des couches populaires ?
L’art de vouloir faire du neuf avec du vieux …
L’histoire politique singulière du Tchad et celle, générale, de l’Afrique ont déjà répondu négativement à ces questions. En effet, depuis les années 90, marquées par l’avènement du multipartisme en Afrique, la plupart des crises politiques, dont de véritables révoltes populaires, ont, certes, donné naissance à des périodes de transition conduites souvent par des civils, parfois, des militaires ou même des religieux. Mais, toutes ces expériences politiques n’ont abouti qu’à de simples recompositions du paysage politique des différents pays au profit de nouvelles dictatures. Elles n’ont réglé aucun des problèmes majeurs des masses populaires, comme au Burkina Faso, au Mali, par exemple, deux pays ayant connu des transitions dirigées par des civils, – Michel Kafando, pour le premier, et Bah N’Daw, pour le second -, mais, qui se décomposent sous nos yeux, sous les coups de boutoir des bandes armées terroristes et ethniques, nées de la misère générale dans laquelle ils sombrent.
S‘il en est ainsi, c’est parce que, nulle part au monde, il n’existe d’Etat, avec un domaine purement politique et un autre, essentiellement militaire, les deux séparés par une cloison étanche ! Bien au contraire ! Partout, les deux éléments, le politique et le militaire, sont intimement liés et mis au service de la politique du pouvoir en vigueur. Dans ces conditions, si on veut que le choses changent réellement, réclamer le respect de la constitution, comme exiger qu’un des larbins civils du dictateur disparu dirige la transition, à la place d’un de ses sous-fifres militaires, n’a pas de sens : ces derniers sont l’un comme l’autre des fidèles serviteurs de la dictature depuis des décennies ! Oui, aussi civils qu’ils soient, que pourrait-on attendre, par exemple, d’un Haroun Kabadi, le président de l’Assemblée d’Idriss Déby Itno, ou d’un Moussa Kadam, son vice-président ? Quoi d’autre pourraient faire ces serviteurs zélés du dictateur disparu, à part le fait de chercher à renforcer le pouvoir actuel, d’être aux ordres de Mahamat Idriss Déby et de l’armée, sur laquelle ce dernier s’appuie ?
Le dialogue inclusif que l’opposition, toutes tendances confondues, appelle de tous ses vœux et présente comme une potion magique susceptible de guérir le pays de tous ses maux est aussi, en réalité, un piège pour les masses opprimées ! En effet, si cette perspective se réalise, comme la conférence dite nationale de 1993, elle n’échappera pas au sort d’être un simple rendez-vous au sommet de la classe dirigeante actuelle : le camp de la dictature, bien sûr, les partis politiques de l’opposition, les groupes armés et les organisations de la société civile. Mais, la majorité des participants sera constituée par les mêmes politiciens et autres chefs de guerre qui, comme larbins d’Hissène Habré ou d’Idriss Déby Itno ou même des deux, ont tous, depuis des années, participé, à la tête de l’Etat, au processus politique qui a conduit à l’impasse actuelle. Alors, que pourra-t-on en espérer d’autre qui ne soit déjà connu ? Malgré la présence de quelques âmes généreuses, qui parleront de liberté, de démocratie, de justice, etc., ce seront le camp de la dictature et celui de son opposition politique classique, qui, s’appuyant sur le rapport des forces en leur faveur, décideront des résolutions finales dudit dialogue. Gens d’un même monde, défendant rigoureusement les mêmes intérêts, ceux de l’impérialisme français et ses différents valets locaux, ils pourront ainsi s’entendre autour d’un simple toilettage du régime actuel, par le biais de quelques mesures satisfaisant les intérêts des uns et des autres, mais à mille lieues des préoccupations, tant politiques que sociales, des couches populaires : celles-ci continueront à être écrasées sous la férule de la dictature et étranglées par la misère !
Les masses opprimées ne peuvent compter que sur elles-mêmes et sur leurs propres luttes …
Ce n’est pas non plus une alternance quelconque, chère à certains de nos politiciens, qui permettra de résoudre les problèmes des couches populaires : le sort de ces dernières ne se résout pas dans les urnes ! Toutes les expériences d’élections qui ont eu lieu dans le pays, sous le parapluie de l’armée actuelle, le prouvent amplement. Elles n’ont réglé aucun des problèmes majeurs des masses populaires. Elles ont plutôt servi d’alibi pour renforcer la dictature et faire sombrer la société dans la misère. Par conséquent, dans les conditions politiques actuelles, avec le même Etat, la même armée, la même administration, même si de nouvelles élections ont lieu après la période de transition, pour les masses populaires, sans aucun doute, rien ne changera : quels qu’en soient les résultats, ce sera toujours la misère, les maladies, les privations de toutes sortes et la chape de plomb de la dictature étouffant jusqu’aux libertés les plus élémentaires, comme le fait exactement Mahamat Idriss Déby Itno, en réprimant lourdement les manifestations, suivant ainsi fidèlement les traces de son père. Par ailleurs, même si, par miracle, un autre politicien de l’opposition, Succès Masra, par exemple, remporte les futures élections, cela ne changera rien dans les conditions de vie des masses populaires : nulle part dans le monde, un simple changement des politiciens au pouvoir par d’autres ne règle le sort des couches populaires. Il suffit de voir ce qui … se passe dans certains pays africains, tels que le Bénin, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, qui ont connu des alternances, pour s’en convaincre : les riches y deviennent de plus en plus riches alors que les pauvres s’enfoncent de plus en plus dans la misère et la dictature. Il en est de même pour les pays développés, comme la France, où le phénomène des Gilets jaunes symbolise à la fois une profonde dégradation des conditions de vie des couches populaires, mais aussi, le fait que la démocratie des riches est une dictature pour les pauvres !
Par conséquent, pour sortir de la situation actuelle, la solution n’est dans aucune des différentes choses qu’agite et propose la classe politique – un civil à la tête d’une transition sous le contrôle de l’armée au pouvoir, un dialogue avec la dictature, des élections -, car, pour les couches populaires, toutes ces perspectives ne conduiront qu’à une nouvelle impasse ! Aussi, pour leur émancipation du joug de la dictature et de la misère, celles-ci ne peuvent-elles compter que sur elles-mêmes, sur leurs propres luttes, avec leurs propres armes : la mobilisation, la grève, les manifestations, la rue ! Seule donc une riposte collective des travailleurs et de l’ensemble des opprimés en vue d’imposer eux-mêmes les changements nécessaires, conformes à leurs aspirations, tant sociales que politiques, pourrait permettre de faire plier la dictature. Mais rien n’est automatique ! Pour cela, il faudrait une politique !
Wakit tama ! L’heure a sonné, en effet, mais pour une mobilisation générale, populaire, contre la dictature !
Comme son père et ses partisans, Mahamat Idriss Déby et son gouvernement ne changeront de politique et ne tiendront compte des revendications populaires que forcés et contraints. On l’a vu tout dernièrement dans la répression sauvage de la manifestation du 8 mai, alors que celle-ci avait été initialement autorisée. Par conséquent, la seule perspective, capable de faire plier la dictature et l’amener à satisfaire les revendications populaires, à respecter le droit à la vie des masses opprimées, est celle d’un mouvement d’ensemble, d’une mobilisation générale de tous les travailleurs du pays, du public et du privé, qui unifierait les salariés de l’Education nationale à ceux de la Compagnie sucrière du Tchad (Cst), ceux de la Santé à ceux de la Coton Tchad, ceux de l’Energie à ceux du Transport, ceux des Banques à ceux du Bâtiment, ceux de la Poste et Télécommunication à ceux du Commerce, ceux du Pétrole et des Mines à ceux de l’Information et de l’Audiovisuel, ceux des Assurances à ceux de la Culture, mais aussi les actifs et les chômeurs, les précaires et les retraités, les licenciés, etc., dans une riposte collective contre la politique du pouvoir, car, quels que soient les secteurs d’activité, la catégorie et le statut des uns des autres, tous les travailleurs ont les mêmes intérêts et les mêmes ennemis, en l’occurrence, l’Etat, au-dessus duquel trône Mahamat Idriss Déby, et le patronat !
Cette mobilisation générale des travailleurs aurait intérêt à se transformer en un vaste et profond “tous ensemble” en s’ouvrant à d’autres catégories de la population qui, à un niveau ou à un autre, souffrent de la misère et de la dictature, comme eux : aux associations des droits de l’homme, des journalistes, des femmes, des jeunes, des étudiants, des élèves, des consommateurs, aux associations culturelles, à celles des artisans, des petits commerçants, des paysans pauvres et d’autres. A part le Mps et ses alliés, bien sûr, les organisations ou les militants politiques qui le désireraient pourraient aussi participer à cette mobilisation, à condition, toutefois, qu’ils se mettent au service des luttes et des revendications des masses laborieuses et non qu’ils en prennent la tête : c’est aux travailleurs et les autres couches opprimées de diriger eux-mêmes leurs combats en choisissant et contrôlant leurs propres représentants. Ils ne doivent se mettre à la remorque de personne, en tout cas, pas derrière des politiciens opportunistes qui, à la moindre occasion, les trahiront !
Toute cette mobilisation devrait s’organiser autour d’une plateforme revendicative, une sorte de plan d’urgence, d’intérêt public. Chaque syndicat, association, organisation participant à la riposte collective proposerait ses propres revendications. Celles-ci devraient être regroupées et discutées par l’ensemble des parties prenantes dans le but de dresser une plateforme de revendications, qui comprendraient les exigences essentielles des masses laborieuses face à la cherté de la vie, dont les plus importantes, pouvant fédérer tout le monde, seraient, par exemple : une augmentation conséquente des salaires, tant du public que du privé, du salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic), des allocations de chômage, des pensions de retraite, des bourses, instituées comme un droit pour tout étudiant, l’embauche de tous les contractuels, des précaires et des diplômés chômeurs, dans le public comme dans le privé, notamment dans les secteurs essentiels, l’Education, la Santé, mais aussi, une baisse importante des prix des produits et des articles de première nécessité, de l’eau, de l’électricité, du pétrole, de l’essence, du gaz, des prix du transport, des impôts, des loyers, la gratuité effective de l’éducation et des soins dans le public, la construction de logements sociaux, la défense et la jouissance des droits démocratiques élémentaires, de réunion, d’expression, d’organisation, de manifestation, sans aucune menace ou entrave de la part du pouvoir, la rupture du cordon ombilical qui lie les médias publics, la radio et la télévision notamment, au pouvoir du Mps, afin que celles-ci s’émancipent du joug de ce dernier et favorisent l’expression libre de toutes les sensibilités politiques, etc.
La liste des revendications qu’on pourrait considérer comme prioritaires ne saurait, évidemment, être exhaustive. Elle devrait aussi prendre en considération d’autres problèmes spécifiques que rencontre telle ou telle catégorie sociale ou profession. Afin qu’il soit le socle solide de la mobilisation générale des travailleurs et de l’ensemble des opprimés qui souffrent de la politique du pouvoir, le plan d’urgence d’intérêt public devrait être l’expression des attentes communes et essentielles de ces derniers, mais aussi, celle des aspirations réelles et particulières de certains d’entre eux. Il devrait en somme être le reflet de toutes les revendications vitales des masses opprimées, en passant en revue tous les problèmes fondamentaux que ces dernières rencontrent, sans oublier les autres aspects de la vie sociale et économique marquée par des injustices, des abus, des arrestations arbitraires, des assassinats, le pillage des fonds publics, la corruption, les humiliations de toutes sortes, les brutalités policières, qui sont devenus des mœurs courantes depuis bientôt trente ans que le pays se trouve placé sous la férule de la dictature du Mps.
Ni la peste des uns, ni le choléra des autres, mais, l’amplification des grèves, des manifestations, des luttes multiformes ! …
Par conséquent, c’est de cette perspective-là que les responsables de Wakit tama, qui organisent les grèves et les manifestations contre le pouvoir, devraient s’emparer et discuter, dès maintenant, dans les entreprises, mais aussi, dans les bureaux, les écoles, les lycées, les universités, les chantiers, les ateliers, les gares, les marchés, les quartiers, les villages, etc., dans le but clairement affiché de préparer, dans les jours et les mois à venir, une grève générale et des manifestations monstres en vue de paralyser le pays au nom du droit à la vie des populations pauvres étranglées par la misère et écrasées sous la férule de la dictature. Les discussions devraient s’accompagner de la tenue d’assemblées générales décidant des revendications des uns et des autres, mais aussi, de la création de comités de coordination des luttes et de liaisons entre travailleurs du public et du privé, entre une entreprise d’un secteur donné et une autre spécialisée dans une activité différente, entre organisations syndicales et celles des femmes, des jeunes, des chômeurs ou de défense des droits de l’homme, afin d’aboutir à des coordinations dans chaque quartier, chaque ville, qu’il faudrait fédérer à l’échelle nationale.
Voici l’enjeu ! Il est de taille, certes, mais c’est le seul qui en vaille la peine pour empêcher que la société continue à sombrer dans la misère et la dictature ! Mais, vu la profonde colère qui gronde dans le pays, il est aussi à portée de main ! Car, dans le bras de fer actuel entre Wakit tama et la dictature du Mps, rien n’est joué d’avance. La page de l’histoire qui vient de s’ouvrir reste vierge pour tout le monde. Par conséquent, si les travailleurs et les masses opprimées en lutte sont conscients de la force qu’ils constituent, s’ils ont l’ambition d’aller jusqu’au bout, ils ont largement les moyens de la remplir à leur manière ! Oui, si les responsables de Wakit tama opposent à la politique du pouvoir, de façon méthodique et organisée, une politique qui mette en avant des objectifs sur lesquels les masses opprimées pourraient être d’accord parce que reflétant les intérêts communs de tous, comme le droit au travail pour tous, le droit de s’alimenter, de se soigner, de s’instruire, d’accéder à une culture moderne, le droit aux libertés fondamentales, bref, le droit à la vie tout simplement, en vue de construire une riposte collective pour faire plier le pouvoir, cette tâche n’est pas impossible du tout !
Espérons alors que dans la situation actuelle où l’on voit s’instaurer un climat de politisation, marqué par un rejet de plus en plus fort de la dictature, il y aura des femmes et des hommes qui émergeront pour aider les travailleurs et l’ensemble des opprimés à organiser méthodiquement cette riposte collective, seul moyen qui puisse leur permettre d’inverser le rapport des forces et d’imposer les changements nécessaires conformes à leurs aspirations, tant sociales que politiques. Par conséquent, pour ceux qui ne veulent pas se contenter d’un simple ravalement de façade de la dictature, sous la forme d’un remplacement d’Idriss Déby Itno par l’un de ses fils ou d’une négociation entre celui-là et ses opposants, mais, qui veulent que les choses changent réellement, que les conditions de vie des masses populaires changent et que celles-ci accèdent aux libertés essentielles, pour les intellectuels, les étudiants, les élèves, révoltés, qui ne craignent pas la volonté populaire, dont l’ambition n’est pas d’être de futurs notables ou larbins au service d’un potentat, militaire ou civil, eh bien, la tâche, c’est d’aider à la construction de cette riposte collective des travailleurs et de l’ensemble des opprimés, seul moyen pour faire reculer la dictature et tracer le chemin vers un avenir meilleur et des possibilités supérieures.
Ali Mohamed Abali Marangabi
Pour les masses opprimées, l’ennemi est à l’intérieur !
L’armée, principale ossature des dictatures qui se sont succédé au Tchad, mérite-t-elle autant d’éloges qu’on lui a faits à l’issue des derniers événements du Lac ? Ali Mohamed Abali Marangabi analyse.
Les événements militaires qui se sont passés, le 23 mars dernier, au Lac, qui font aujourd’hui l’objet de controverses, ont soulevé un vent puant de nationalisme étriqué, teinté de tribalisme, dont les effluves nauséabonds continuent encore à embaumer l’atmosphère politique du pays. En effet, après l’annonce de la mort de plusieurs soldats tchadiens, nombreux sont les voix qui se sont élevées pour exprimer leur solidarité aux troupes de Déby, brocardées, pour la circonstance, de “vaillantes forces nationales” et d’autres périphrases du même goût, leur conférant la mission de protéger les populations. On en a même entendu traiter de “frères”, de “dignes fils du Tchad”, les généraux et les officiers de l’armée, principale ossature de la dictature actuelle qui tient le pays sous son talon de fer depuis trente ans.
L’armée, bras protecteur de la dictature sous Tombalbaye …
Ainsi, quand, l’indépendance à peine proclamée, Tombalbaye a décidé d’imposer le parti unique afin d’étouffer la colère populaire, née du fait que la souveraineté formelle n’avait pas fondamentalement changé la vie des masses opprimées, qui en attendaient de meilleures conditions de vie, c’est sur cette armée qu’il s’est appuyé pour mettre fin aux libertés démocratiques, acquis des luttes anticolonialistes menées tout au long des années 47-50. On l’a vu notamment lors des événements du 16 septembre 1963 à Fort-Lamy, lorsque les responsables politiques de l’opposition et leurs partisans sont descendus massivement dans la rue pour défendre les libertés essentielles, c’est cette nouvelle armée dite nationale qui a organisé la répression contre ceux qui protestaient contre la perspective du parti unique soutenu par les troupes françaises stationnées au camp Koufra. Cette intervention de l’armée dans l’arène politique pour imposer la dictature du parti unique, avec la bénédiction de l’impérialisme français, a ainsi ouvert une nouvelle page de sa présence, de façon constante, dans l’histoire politique du pays, comme la principale ossature de toutes les dictatures qui s’y sont succédé jusqu’à ce jour.
Sous la dictature d’Hissène Habré, la même armée recomposée, en plus de la DDS…
Tout au long des années 78-82, marquées notamment par la loi des bandes armées, mais aussi l’échec des accords de Khartoum, symbolisé par la guerre civile de N’Djaména, en février 1979, entre les partisans du CSM et ceux du CCFAN, on a assisté une décomposition de l’Etat, qui a entraîné celle de l’armée. Celle-ci s’est trouvée divisée à cause de ses responsables, comme de ses troupes, qui s’alignaient sur les bandes armées se réclamant de leurs ethnies ou de leurs régions. L’entente superficielle entre les différents chefs de guerre, suite aux nombreuses réunions qui avaient donné naissance au GUNT (Gouvernement d’Union Nationale du Tchad), n’a pas fait long feu non plus.
TCHAD : L’AVENIR EST ENTRE LES MAINS DES TRAVAILLEURS !
Ainsi, comme il fallait s’y attendre, s’appuyant sur les structures conçues à cette effet, en l’occurrence la CENI et le Conseil Constitutionnel, qui lui sont inféodées, Idriss Déby Itno, sans le moindre scrupule, toute honte bue, n’a pas hésité à se faire proclamer vainqueur de l’élection présidentielle ! Au premier tour, et avec la manière, s’il vous plaît : nuitamment, tard le soir, presqu’en catimini, sous un quadrillage militaire hideux des principaux centres urbains du pays, N’Djaména et Moundou, notamment !
Alors que l’élection présidentielle s’était déroulée sous le signe d’un engouement populaire sans précédent, marqué par un profond désir de changement, expression d’un rejet massif de la politique des dirigeants du MPS au pouvoir depuis bientôt vingt-six ans, cette forfaiture, s’il en est encore besoin, démontre, certes, de façon éclatante, le caractère combien dictatorial de l’ordre actuel en vigueur. Mais, elle va même plus loin, au-delà des péripéties circonstancielles d’une élection : elle illustre surtout le fait que, entre le régime déchu d’Hissein Habré, - ce dictateur, ancien mentor d’Idriss Déby Itno et consorts, qui vient d’être condamné à perpétuité, à juste raison, à cause des multiples crimes commis, des années durant, sous son règne – et le pouvoir actuel, il n’y a, en réalité, aucune différence de fond. C’est, essentiellement, le même Etat, avec pratiquement les mêmes hommes, surtout au niveau des principaux leviers de commandement, et, par conséquent, les mêmes mœurs, les mêmes pratiques : culte nauséabond de personnalité, qui voudrait faire d’Idriss Déby Itno le centre incontournable de la vie politique, économique, sociale et culturelle du pays, ethnisme, tribalise, régionalise, clientélisme, érigés en méthode de gouvernement et poussés à des extrêmes jamais atteints auparavant, exploitation des ressources humaines et naturelles au profit d’une minorité de parasites, dilapidation, pillage des deniers publics, arrestations arbitraires, libertés élémentaires étouffées, muselées, broyées, sous un chape dictatoriale, tous, des faits nus et têtus, qui évoquent les heures sombres de la période du parti unique sous Hissein Habré !
Protestant contre les allégations des dirigeants du MPS selon lesquelles ils auraient apporté la liberté et la démocratie dans le pays, cette forfaiture prouve plutôt, de façon éclatante, que, le 1er décembre 1990, les anciens sous-fifres d’Hissein Habré, qui ont pris le pouvoir, se sont juste contentés de l’en chasser pour continuer à faire la même politique que lui, avec le soutien de l’impérialisme français, bien sûr, mais aussi celui de la classe dirigeante d’alors, c’est-à-dire des dignitaires, des notables et autres caciques du régime déchu. Le multipartisme, la création des partis, des syndicats, d’associations, l’éclosion d’une presse indépendante, les élections, les structures étatiques, comme la CENI ou le Conseil Constitutionnel, qui viennent de faire étalage de leurs limites, toutes ces choses qu’Idriss Déby Itno a consenti à réaliser sous la pression de l’impérialisme français notamment, pour se sacrifier à l’air du temps, ne sont, somme toute, qu’un simple trompe-l’œil : derrière ces parures pseudo démocratiques, en réalité, se cache le même pouvoir d’antan, le même Etat, sous un nouvel habillage, certes, mais sans que, au fil du temps, ses métamorphoses, ses mutations, comme le renouvellement permanent de son personnel politique n’aient ni changé ni altéré sa nature profondément dictatoriale, tel que vient de le montrer le hold-up électoral réalisé par Idriss Déby Itno, en s’appuyant essentiellement sur l’armée, - dont toute l’architecture, de la hiérarchie de commandement aux échelons inférieurs en passant par les structures intermédiaires, est conçue exclusivement pour la défense de son pouvoir -, en plus du soutien indéfectible de l’impérialisme français.
Que devrait-on attendre alors de cette énième forfaiture, qui met à nu la nature dictatoriale du pouvoir actuel ? Rien ! Absolument rien qui ne soit déjà connu ! Les principaux bénéficiaires de ce hold-up électoral sont et seront les mêmes que ceux d’hier, qui, depuis des décennies, s’empiffrent, se gavent, s’engraissent grâce à l’exploitation des ressources tant humaines que naturelles du pays : il s’agit notamment des trusts et multinationales, occidentaux, asiatiques ou autres, qui ont une mainmise sur l’économie, mais aussi des valets de ces derniers, de la minorité de parasites locaux, qui constituent nos propres privilégiés, - les hommes d’affaires, tels les fameux opérateurs économiques du MPS, devenus des millionnaires et des milliardaires grâce à la surfacturation, les membres du gouvernent, les principaux responsables de l’administration, de l’armée, des grandes institutions, les députés, les maires, les dignitaires du parti au pouvoir, etc -, qui profitent tous, d’une façon ou d’une autre, des miettes qui tombent de la table à manger de la bourgeoisie mondiale, comme l’illustre le train de vie insolent qu’ils mènent dans l’un des pays les plus pauvres au monde.
Par contre, le nouveau coup de force perpétré par Idriss Déby Itno ne changera rien dans les conditions de vie des couches populaires. Pour celles-ci, comme par le passé, ce sera toujours l’exploitation, la pauvreté, la cherté de la vie, les bas salaires, le chômage, les privations des droits élémentaires, les arrestations arbitraires, comme on l’a vu dernièrement avec l’incarcération des dirigeants syndicalistes et des organisations de la société civile, dont le seul tort avait été de projeter de faire une marche, une chose tolérée par la loi, qui fait partie des mœurs naturellement vécues sous d’autres cieux, mais qui, au Tchad d’Idriss Déby Itno, pose problème ! Vu la baisse du prix du pétrole sur le marché mondial, dont le pouvoir se sert comme d’un prétexte pour quémander, mendier des aides sur la scène internationale, auprès des puissances impérialistes et autres bailleurs de fonds, il y a même de fortes chances que les conditions de vie déjà difficiles des plus démunis s’aggravent de plus en plus à cause, d’une part, des mesures d’austérité prises par le pouvoir sous le fallacieux prétexte de faire des économies et, d’autre part, des licenciements opérés par le patronat, qui vont tous s’amplifier.
Par conséquent, les travailleurs et l’ensemble des opprimés ne devraient rien attendre d’Idriss Déby Itno. Les promesses électorales faites par celui-ci ne sont qu’un leurre, un long chapelet de mensonges, dont le but est de cacher la seule et unique politique qu’il a appliquée jusqu’alors depuis vingt-six ans et qu’il va continuer à imposer : vider les bouches et les poches des pauvres et des affamés pour remplir celles des riches et des trop rassasiés, tel que le veut la loi implacable du capitalisme dont il est, avec d’autres, l’un des principaux serviteurs !
Par ailleurs, dans la situation politique actuelle, marquée par le contentieux électoral entre la dictature de Déby et les politiciens de l’opposition, les masses populaires n’auraient pas non plus intérêt à se faire des illusions par rapport à ces derniers pour sortir de l’impasse présente et accéder à de meilleures conditions de vie. Certes, les candidats désignés comme perdants ont raison de contester les résultats de l’élection présidentielle et de demander que le vote des populations soit respecté. Mais leur agenda ne pourrait en aucun cas être celui des masses opprimées car, même si, par miracle, l’un d’entre eux arrivait au pouvoir, cela n’entrainerait pas non plus des changements notables pour les couches populaires parce que, tous ces gens-là, les Déby, Kebzabo, Gali, Alhabo et autres, appartiennent, en réalité, au même monde : bien de choses les lient les uns aux autres, ils ont travaillé ensemble, sous la dictature d’Hissein Habré ou celle qui dirige aujourd’hui. Rigoureusement, ils défendent tous les mêmes intérêts, ceux des riches, des bourgeois et privilégiés tchadiens et, au-dessus de ces derniers, ceux de l’impérialisme, français, américain ou chinois. Que donc certains soient à la tête de la dictature et que d’autres dirigent une opposition parlementaire ou même armée contre celle-ci, cela ne doit pas faire illusion : ni politiquement ni socialement, ils ne sont différents les uns des autres. On l’a vu notamment lors de la campagne électorale, au cours de laquelle ils déclinaient leurs programmes politiques, qui sont fondamentalement identiques.
Alors, oui, même s’il est juste de contester le hold-up électoral réalisé par Idriss Déby Itno et ses comparses, le bras de fer actuel entre ceux-ci et certains candidats de l’opposition parlementaire ne concerne en rien les masses opprimées ! C’est un combat, sur le terrain électoral, entre les enfants d’une même famille, celle des politiciens bourgeois du pays, qui se disputent le pouvoir. Par conséquent, quelle qu’en soit l’issue, pour les travailleurs et l’ensemble des opprimés, rien de fondamental ne changera. Il n’y aura ni amélioration de leurs conditions de vie, ni plus de liberté qu’avant : ce sera toujours la même exploitation, la même misère, les mêmes maladies, les mêmes injustices, les mêmes abus et exactions, la même dictature, tel un bras armé chargé de veiller sur cet ordre-là !
Dans la société actuelle divisée en classes sociales, la ligne de démarcation ne saurait ni ne pourrait être entre, d’un côté, des prétendus démocrates, et, de l’autre, des tenants de la dictature. Elle est plutôt entre riches et pauvres, oppresseurs et opprimés, bourgeois et prolétaires. Or, les politiciens qui nous dirigent ou ceux qui aspirent à le faire et l’impérialisme français ne se feront jamais hara kiri pour que les opprimés s’émancipent de leur domination et accèdent à des conditions de vie meilleures. La bourgeoisie, quelle qu’elle soit, n’a pas, en effet, de tendance suicidaire !
Voilà pourquoi, pour sortir de cette impasse dans laquelle les maintient la dictature d’Idriss Déby Itno, la seule perspective qui s’offre aux travailleurs et à l’ensemble des opprimés, c’est celle de leurs propres luttes, politiques et sociales, sous la forme d’une riposte collective du monde du travail et d’une mobilisation générale des couches populaires ! En effet, si les masses opprimées veulent accéder aux libertés essentielles et à l’amélioration de leurs conditions de vie, par le biais d’une répartition juste des richesses, fruit de leur travail et de leur sueur, elles ne pourraient pas faire l’économie des luttes populaires, politiques et sociales, nécessaires et indispensables, que leur impose le capitalisme à travers le pouvoir dictatorial qui règne de N’Djaména. Les libertés démocratiques, l’amélioration des conditions de vie et le droit à une existence digne de notre époque ne sauraient être discutés, ni négociés, ni marchandés avec les tenants du pouvoir actuel, moins encore obtenus par un bout de papier dans une urne, comme vient de le démontrer le hold-up électoral perpétré par Idriss Déby Itno : ils ne pourraient qu’être le fruit des luttes, politiques et sociales, des masses laborieuses elles-mêmes. Pour qu’ils existent, de façon durable, qu’ils soient respectés et vécus comme des mœurs normales, ils devraient être arrachés et imposés par celles-ci, en dehors de la légalité constitutionnelle actuelle, dans la rue. Il ne pourrait en être autrement !
Il n’y a pas longtemps, le viol de la jeune Zouhoura par des enfants pourris des dignitaires du régime a déclenché dans tout le pays une vague d’indignation qui s’est transformée en une profonde exaspération, expression d’un profond ras le bol populaire, symbole d’un rejet de la politique du pouvoir, de ses injustices, ses inégalités, en plus du mépris de ses responsables. De façon spontanée, cette contestation a très vite pris une forme organisée : des structures syndicales et de la société civile se sont coalisées, ont formé un collectif, une sorte de coordination des luttes, dénommée « Ca suffit », à l’origine de plusieurs initiatives : une marche, qui a été interdite, un mot d’ordre de « villes mortes », largement suivi, notamment dans la capitale, un autre de « Sifflet citoyen », une grève générale déclenchée à la suite des arrestations des responsables syndicaux et ceux des organisations des droits de l’homme.
Cette forme d’organisation, inédite dans l’histoire du pays, a ébranlé le pouvoir à tel point qu’il a réellement pris peur. Aussi est-ce dans cette direction qu’il faudrait aller de nouveau, en se donnant les moyens de reprendre la lutte, à un moment ou à un autre. L’expérience des dernières luttes multiformes, dont le souvenir est encore vivace dans l’esprit des gens, devrait servir de point d’ancrage, être considérée comme un tour de chauffe, une étape, un jalon, dans le processus d’une stratégie globale à élaborer, à construire patiemment, méthodiquement, pour aller vers un mouvement de « tous ensemble », organisé autour de la classe ouvrière notamment, contre la dictature d’Idriss Déby Itno !
Les hommes politiques actuels au pouvoir, leur gouvernement, leurs partisans et le patronat qui les soutient, ne changeront de politique et ne tiendront compte des aspirations populaires que forcés et contraints. Mais, le rapport des forces entre eux, le monde du travail et l’ensemble des opprimés ne peut pas être changé par les formes de lutte utilisées traditionnellement jusqu’aujourd’hui, c’est-à-dire une grève dans un secteur donné, isolée des autres ou des négociations secteur par secteur, entreprise par entreprise. Pour changer la donne, pour faire plier le pouvoir, il faudrait donc une mobilisation générale de toute la classe ouvrière, qui, de par sa position de choix au cœur de l’économie, a la force de bloquer totalement celle-ci, de paralyser tout le pays et d’imposer les revendications populaires.
C’est donc vers cette perspective-là qu’il faudrait aller, avec l’objectif d’amplifier les luttes, de les unifier, pour construire, méthodiquement, une mobilisation générale de tous les travailleurs du pays, du public et du privé, qui unirait dans le même combat les salariés de l’Education Nationale et ceux de la SONASUT, ceux de la Santé et ceux de la Coton Tchad, ceux de l’Energie et ceux du Transport, ceux des Banques et ceux du Bâtiment, ceux de la Poste et Télécommunication et ceux du Commerce, ceux du Pétrole et des Mines et ceux de l’Information et de l’Audiovisuel, ceux des Assurances et ceux de la Culture, mais aussi les actifs et les chômeurs, les précaires et les retraités, les licenciés, les contractuels, les vacataires, etc, dans une riposte collective contre la politique du pouvoir, car, quels que soient les secteurs d’activité, la catégorie et le statut des uns des autres, tous les travailleurs ont les mêmes intérêts et les mêmes ennemis, en l’occurrence, l’Etat, au-dessus duquel trône Idriss Déby Itno, et le patronat !
En l’absence d’un parti révolutionnaire prolétarien, il reviendrait aux syndicats de porter cette perspective-là, notamment à l’UST, le plus combatif et le plus important d’entre eux, en alliance, en solidarité, avec les autres centrales. Mais, dans ce combat, tout en généralisant et unifiant les luttes dirigées par eux-mêmes, les travailleurs auraient intérêt à reproduire, mais à grande échelle, l’expériences des dernières luttes en s’ouvrant aussi à d’autres catégories de la population qui souffrent des mêmes problèmes qu’eux : aux organisations des droits de l’homme, bien sûr, mais aussi aux associations des femmes, des étudiants, des élèves, des jeunes, des consommateurs, des journalistes, aux associations culturelles, à celles des artisans, des artistes, des petits commerçants, des paysans pauvres, des travailleurs agricoles et d’autres, qui constituent des millions d’opprimés étranglés, comme eux, par la même crise du capitalisme et la politique du gouvernement. Ils pourraient ainsi leur servir de boussole, les regrouper autour d’eux, leur offrir une politique, les entraîner, et, de cette façon, par un mouvement « de tous ensemble », créer avec eux un nouveau rapport des forces capable de faire reculer la dictature et de lui imposer les changements nécessaires, tant sur le plan social que politique. A part le MPS et ses alliés, évidemment, les organisations ou les militants politiques qui le désireraient pourraient aussi participer à cette mobilisation, à condition, toutefois, qu’ils se mettent au service des luttes et des revendications des masses laborieuses et non qu’ils en prennent la tête : c’est aux travailleurs et les autres couches opprimées de diriger eux-mêmes leurs combats, en choisissant et contrôlant leurs propres représentants. Ils ne devraient se mettre à la remorque de personne, en tout cas, pas derrière des politiciens bourgeois et opportunistes qui, à la moindre occasion, les trahiront !
Voilà la perspective-là qu’il conviendrait de discuter, dès maintenant, dans les usines, les entreprises, mais aussi les bureaux, les universités, les écoles, les lycées, les chantiers, les ateliers, les gares routières, les « tachas », les marchés, les quartiers, les villages, etc, dans le but clairement affiché de préparer, dans les jours et les mois à venir, une riposte collective du monde du travail et une mobilisation de l’ensemble des opprimés afin de défendre le droit à la vie des populations pauvres. Les discussions devraient s’accompagner de la tenue d’assemblées générales décidant des revendications des uns et des autres, mais aussi de la création de comités de liaisons entre travailleurs du public et du privé, entre une entreprise d’un secteur donné et une autre spécialisée dans une activité différente, entre organisations syndicales et celles des femmes, des jeunes, des chômeurs ou de défense des droits de l’homme, afin d’aboutir à une coordination tant locale que nationale des luttes.
L’avenir est donc entre les mains des travailleurs et de l’ensemble des masses opprimées, dans leur mobilisation, leur organisation et leurs luttes ! Ce n’est pas la détermination des couches populaires d’en finir avec la misère ou de trouver une autre issue à leur situation en général qui fait défaut, comme le montrent les différentes luttes déclenchées à la suite du viol de Zouhoura ou celles d’avant. Ce qui manque, c’est la perspective qu’il faudrait pour que ces luttes soient efficaces et servent réellement à changer les conditions de vie de la majorité opprimée, c’est-à-dire un mouvement d’ensemble de tous les travailleurs, secteurs et catégories confondus, du public comme du privé, et de l’ensemble des opprimés, quelles que soient leurs ethnies, leurs régions, leurs religion, sous la forme d’une vaste mobilisation populaire, dirigée par eux-mêmes pour imposer les changements nécessaires.
Par conséquent, c’est à cette perspective-là que devraient s’atteler tous ceux qui, syndicalistes, militants des partis politiques, des associations de tout genre, femmes, hommes, vieux, jeunes, sont réellement révoltés tant par les conditions de vie des populations pauvres que par la dictature et aspirent à de véritables changements. Cela devrait se faire sous la forme d’une action consciente, d’une démarche délibérée, organisée, avec rigueur.
En effet, pour que se réalisent les changements nécessaires dignes de leurs attentes et aspirations, il est vital que les masses opprimées interviennent, fassent irruption dans la scène politique, dans les lieux, les sphères où se prennent les décisions essentielles les concernant au premier chef, où se décident leur sort et leur vie, et ce, avec leurs propres armes et méthodes. Par ailleurs, si ce type de combat se développe, s’amplifie au point de faire reculer la dictature et lui imposer les revendications populaires, immanquablement, en naîtront des possibilités supérieures. Alors tout sera-t-il possible, y compris le renversement de la dictature actuelle, car, l’armée d’Idriss Déby Itno, sa police, sa gendarmerie, même avec le soutien de l’impérialisme français, ne seront jamais suffisamment fortes pour endiguer une mise en branle de millions de travailleurs et d’opprimés, décidés à trouver une issue à leur situation au moyen d’une vaste et profonde mobilisation populaire s’exprimant aussi bien par des grèves dans les secteurs économiques vitaux que par des manifestations monstres dans la rue. La dictature, fondée sur la bande armée au pouvoir, ne pourra rien faire face l’ensemble des opprimés de la ville de N’Djaména, debout, entraînant derrière eux ceux de Moundou, de Sarh, de Bongor, d’Abéché, de Mao, de Faya, de Laï, de Fada etc, sous la forme d’une riposte collective de l’ensemble des masses populaires, de toutes les régions, de toutes les ethnies, de toutes les religions, unies autour de la nécessité de défendre consciemment leurs intérêts spécifiques contre la politique du pouvoir et d’imposer à ce dernier les changements auxquels elles aspirent.
Tel est l’enjeu ! Il est de taille, certes, mais, à part le fait d’être le seul qui en vaille la peine, il est aussi à portée de main : les travailleurs et l’ensemble des opprimés constituent une force colossale, la seule qui soit capable de tout changer, de transformer radicalement la société. Alors, s’ils en ont l’ambition, s’ils s’emparent de cette perspective-là et, de façon méthodique, consciente, organisée, se lancent dans une riposte collective contre la politique des dirigeants du MPS, au nom de leur doit à la vie, ils pourront non seulement faire avaler aux politiciens au pouvoir leur morgue, leur « hougoura », mais aussi imposer les revendications populaires et ouvrir le chemin vers un avenir meilleur !
Ali Mohamed Abali Marangabi
LE BAL DES HYPOCRITES
Le bombardement, par des Mirages français, les 3 et 7 février dernier, d’une colonne de rebelles tchadiens a fait couler tant d’encre et de salive dans le pays. Il a suscité un faisceau de réactions contradictoires, du moins en apparence, avec, d’un côté, ceux qui approuvent et justifient cette intervention, et, de l’autre, ceux qui en contestent le bien fondé. Pendant des jours, toute la classe politique, composée, d’un côté, du MPS et ses alliés, et, de l’autre, de l’opposition, tant parlementaire que militaire, et ses partisans, s’est mise en scène à travers des postures qui puaient aussi bien l’hypocrisie, la duplicité que l’arnaque politique !
Dans ce cinéma à moindre frais, la palme d’or est revenue aux responsables du MPS. Mobilisant leurs partisans, mais aussi, les moyens de l’Etat, l’administration et les médias publics, – la radio et la télévision notamment -, ces derniers se sont lancés dans une vaste campagne de désinformation au cours de laquelle ils ont abreuvé les populations de propos mensongers, aussi grotesques les uns que les autres !
Ainsi, alors que tout le monde sait que la colonne bombardée par les Mirages français était celle de l’UFR, une bande armée dirigée par Timan Erdimi, un neveu d’Idriss Déby Itno, pour justifier l’intervention française, celui-ci et ses partisans l’ont présentée comme celle d’un groupe de terroristes armés, formés en Libye, faisant irruption dans le pays pour y détruire « les institutions démocratiques » dans le but « d’imposer la charia ». Cette version tronquée des faits a été ainsi colportée à travers tout le pays, de meeting en meeting, de manifestations en manifestation, organisés pour soutenir le fondateur du MPS et l’armée. Au cours de ces rassemblements, les dirigeants du MPS, des plus grands aux plus petits, ont poussé jusqu’à leur paroxysme la duplicité et la démagogie, utilisant – ironie du sort- la même stratégie mensongère, avec pratiquement les mêmes expressions, que les dignitaires de la dictature d’Hissein Habré quand, en 1990, ceux-ci les traitaient, eux-mêmes, de mercenaires, de groupes islamistes inféodés à la Libye du dictateur Kadhafi.
Face à ce qu’ils décrivaient comme une menace terroriste, ils se sont alors présentés comme les défenseurs de « la démocratie » et de « la liberté », qu’ils auraient instaurées dans le pays depuis l’arrivée du MPS au pouvoir. Ils ont aussi prétendu défendre contre les affreux terroristes la « cohésion sociale », « la paix », « l’unité du pays », mais aussi, bien sûr, la fameuse « émergence », phénomène aux contours mal définis, dont l’avènement est, chaque année, reculé dans un avenir incertain, de plus en plus lointain. En même temps que ces notions au contenu vide, qui n’ont aucun rapport avec les conditions de vie des masses opprimées, ils se sont aussi lancés dans une attaque en règle contre tous ceux qui, suite à l’intervention des Mirages français, avaient osé émettre un avis contraire au leur. Ils les ont accusés d’être « les ennemis de la République ». Le secrétaire général du MPS a même brandi la menace d’interdire les partis dont les responsables avaient protesté contre l’intervention de l’impérialisme français dans les affaires politiques du pays : « La charte des partis politiques a fixé des interdits et prévu des sanctions en cas de violation de la loi. Tous les leaders et ou les chefs de partis politiques savent que la collusion avec une opposition armée, la complicité et l’incitation à la subversion sont passibles de sanctions extrêmes », a-t-il déclaré, sur un ton martial, nostalgie de l’époque de l’UNIR, dont il est l’un des purs produits.
Le clou de cette campagne a été le meeting organisé, le 15 février, au stade Mamat Ouya, rempli à ras bord pour la circonstance par des badauds et des élèves de la capitale, invités à investir les lieux parce que, ce jour-là, les établissements, tant publics que privés, de la ville avaient été fermés. A cette occasion, après la prestation de ses différents affidés, qui s’étaient égosillés à ressasser les mêmes déclarations mensongères, Idris Déby Itno lui-même s’est mis en scène. Traitant les troupes de son cousin de « terroristes », « d’étrangers », comme n’avaient cessé de le faire ses séides depuis des jours, il s’est présenté au public comme le bouclier qui protégerait le pays de toute menace : « Tchadiens, dormez tranquilles », a-t-il lancé à la foule, acquise et dévouée, de ses laudateurs. Mieux, allant plus loin que les autres dans la démagogie, il s’est offert en victime expiatoire pour la défense du pays : pour ce faire, il a prétendu qu’il serait prêt au « sacrifice suprême » ! En guise de note finale à sa prestation, il a exprimé sa reconnaissance aux autorités françaises : « Merci à la France ! Merci à Macron ! », a-t-il conclu.
Depuis bientôt vingt-neuf ans qu’ils sont au pouvoir, les responsables du MPS sont passés maîtres dans l’art de la désinformation, de la falsification de l’histoire du pays, présentée toujours sous un angle qui leur est favorable, comme s’ils n’avaient ni passé ni passif politiques ! Ils viennent encore de nous en faire une éclatante démonstration ! En effet, toute la réalité politique du pays proteste ouvertement contre les déclarations intempestives dont ils ont été responsables suite à l’intervention des Mirages français dans l’Ennedi Est. Quand, par exemple, les dirigeants du MPS, anciens sous-fifres d’Hissein Habré, qui ont assumé d’importantes responsabilités sous la dictature de la DDS, avec le bilan catastrophique que l’on sait, nous serine, sans vergogne aucune, qu’ils auraient combattu leur mentor d’antan et instauré « la démocratie et la liberté » dans le pays, que peut-on penser d’autre, à part le fait qu’ils prennent de monstrueuses licences avec l’histoire, qu’ils la tronquent, la défigurent, l’altèrent, sciemment ?
Contrairement à ce qu’ils en disent, le processus qui a conduit à l’instauration du multipartisme au Tchad n’a jamais été le fait de leur choix : le MPS n’est pas né pour combattre la dictature au Tchad et instaurer une véritable démocratie dans ce pays ! Il est plutôt le fruit, l’émanation, des contradictions entre deux camps au sein de la dictature de la DDS, comme l’a été, des années auparavant, le CSM, le Conseil Supérieur Militaire, qui avait pris le pouvoir, en 1973, sans avoir l’intention de changer quoi que ce soit ! Dans l’histoire des peuples, il est courant, voire classique, que différents bouts d’un même pouvoir dictatorial ou d’une même classe dirigeante bourgeoise se mènent une lutte à mort sans que cela n’ait aucun rapport avec les aspirations des masses populaires à de meilleures conditions de vie et à plus de liberté. Tel est ce qui s’est passé au sein de la dictature de l’UNIR entre Hissein Habré et ses principaux sous-fifres en 1990.
Quant au multipartisme, il relève entièrement de la volonté de l’impérialisme français. Imposé par ce dernier, dans les années 90, dans son pré-carré africain, ce type de régime était la solution concoctée par la France pour faire face à la situation particulière d’alors, marquée par trois choses essentielles. D’une part, il y avait la faillite, l’usure, des dictatures des partis uniques. Au bout de trente ans, qui avaient permis à l’impérialisme français et ses valets locaux de s’enrichir vachement en exploitant les masses populaires, ces dictatures avaient fait leur temps : usées, honnies, elles n’arrivaient plus à cacher les inégalités ni à servir de prétexte à « l’unité nationale », comme le prétendaient les dirigeants de l’époque. D’autre part, les pays africains subissaient douloureusement, en cette période, les contrecoups de la crise économique, qui avait entraîné une chute drastique des prix des matières premières, et de la politique d’ajustement structurel. Cela avait comme conséquence le dégraissage dans les secteurs publics, la privatisation des entreprises étatiques, la fermeture de certaines d’entre elles, la suppression des bourses, le non recrutement dans la fonction publique, etc., avec, comme corollaire, une dégradation brutale des conditions de vie des masses populaires, comme jamais auparavant, entraînant, à son tour, de multiples explosions de colère : des grèves, des émeutes, des révoltes, qui secouaient pratiquement tout le continent.
Toutes ces luttes ont donc fini par obliger l’impérialisme français à changer de fusil d’épaule, à lâcher les dictatures des partis uniques, en demandant à ses différents valets africains de ravaler la façade hideuse de leurs pouvoirs en instaurant le multipartisme. L’objectif était de chercher à désamorcer la colère populaire, à la domestiquer, afin qu’elle ne se transforme pas en une profonde explosion sociale et n’entraîne dans une dérive fatale tout le mécanisme politique de domination échafaudé depuis des décennies par la France pour défendre ses intérêts. Cela s’est fait au moyen de changements formels – pluralisme politique, syndicats, presse indépendante, élections-, sans pour autant que l’ordre social en vigueur ne change d’un iota : même Etat, même administration, même armée, même police, même justice, tous voués à la défense des intérêts de la bourgeoisie française et de ses valets locaux, qui continuent à s’enrichir de plus en plus, alors que les masses populaires s’enfoncent de plus en plus dans la déchéance. Même là où il y a eu des alternances, le multipartisme n’a rien changé dans la vie réelle des couches populaires : partout, il cohabite avec la dictature, les inégalités, les violences de toutes sortes, ethniques, xénophobes, religieuses, dont les principales victimes sont les opprimés. De la démocratie, il n’est qu’une pâle copie, un affreux ersatz !
Dans ce contexte, arguer que le MPS aurait été fondé pour combattre la dictature d’Hissein Habré afin d’instaurer la démocratie dans le pays, c’est créer une légende, de toutes pièces ! Le seul rôle que cette organisation ait réellement joué, c’est d’avoir été un instrument au service de l’impérialisme français, dont celui-ci s’est servi pour chasser Hissein Habré du pouvoir parce que celui-ci avait peur même d’un simple toilettage de sa dictature ! Voilà qui explique que le seul changement opéré par les principaux dirigeants du MPS s’est limitée à une simple éjection de leur ancien mentor du pouvoir. Pour l’essentiel, ils ont tout gardé de l’ancien régime dictatorial : même Etat, même armée, même administration, même justice, même police, avec quasiment les mêmes hommes, y compris les dignitaires de l’UNIR qui avaient suivi Hissein Habré dans sa piteuse fuite avant de rebrousser chemin ! Les oripeaux pseudo démocratiques dont se drape le régime actuel, après l’instauration du multipartisme, ne sont, en réalité, qu’un nouvel habillage, des paillettes à bon marché, derrière lesquels se tapit le même Etat qui, au fil du temps, malgré ses différentes métamorphoses et le changement permanent de ses serviteurs, comme nulle part au monde, conserve son caractère fondamentalement dictatorial, tel qu’on le voit à travers le fait que, depuis bientôt vingt-neuf ans, c’est Idriss Déby Itno et ses partisans qui, malgré le faisceau de multiples colères contre leur politique, gagnent inlassablement toutes les élections, interdisent aux populations le moindre droit de manifester ou de s’exprimer sur les médias publics, radio et télévision, transformés en officines où l’on entend qu’une seule version des faits, un seul son de cloche : les leurs, comme au temps de l’UNIR !
Mais, plus que tout cela, ce sont les conditions de vie, imposées aux travailleurs et aux masses opprimées, qui expriment de la façon la plus éclatante la nature profondément dictatoriale du pouvoir actuel ! Car, quand les responsables du MPS parlent de « liberté », de « démocratie », qu’est-ce que cela signifie pour la majorité pauvre de ce pays qui, même avec un travail, vit au jour le jour, trime, tire le diable par la queue ? Qu’est-ce leur « liberté », leur « démocratie », pour les millions d’opprimés qui ne mangent qu’une seule fois par jour, ont du mal à se soigner, à se loger, à accéder à l’eau potable, à éduquer leurs enfants, dont nombreux deviennent des cireurs de chaussures, des garçons et des filles à tout faire dans les familles des riches, des délinquants, des prostitués, juste pour assurer leur pitance ? Qu’est-ce leur « liberté », leur « démocratie », pour les jeunes issus des couches populaires, diplômés ou pas, condamnés par leur politique à un chômage endémique, qui secrète un désespoir profond à tel point que nombre d’entre eux vont jusqu’à se faire enrôler dans les différentes bandes armées qui pullulent dans la région ou se lancer dans la périlleuse aventure de la migration vers d’autres cieux, assumant à la fois le risque de mourir dans le désert ou la Méditerranée, mais aussi, de se faire arrêter et emprisonner par le pouvoir pour avoir osé fuir la misère qu’il leur impose, à eux et leurs parents ? Oui, qu’est-ce leur « liberté », leur « démocratie », pour l’ensemble des travailleurs et des opprimés du pays, victimes de leur politique ?
En vérité, quand les dirigeants du MPS parlent de « liberté », de « démocratie », il s’agit de celles dont jouissent les riches : les dirigeants des trusts internationaux et leurs valets locaux, qu’ils soient blancs, jaunes ou noirs, qui ont le droit, la liberté, d’exploiter les populations et les richesses du pays pour faire du profit, de piller les caisses de l’Etat en toute impunité, empêchant ainsi la majorité pauvre de la nation d’accéder au minimum vital ! Il en est de même des expressions comme « la paix », « la cohésion sociale », « la défense de la patrie », qui reviennent de façon récurrente dans leurs discours : derrière tous ces mots, ce qui préoccupe les responsables du MPS, c’est la défense de leurs intérêts de privilégiés locaux et ceux des multinationales, dont ils sont les serviteurs ! Des préoccupations des mases opprimées, ils n’ont cure et se moquent éperdument ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’écrasante majorité de ceux qui ont applaudi les bombardements des Mirages français sont les différents profiteurs de la mangeoire gouvernementale : Idriss Déby Itno lui-même, bien sûr, les ministres, les députés, les gouverneurs, les responsables du MPS, grands et petits, mais aussi leurs opérateurs économiques, leurs alliés de tout genre !
L’opposition a joué aussi sa partition dans cette orgie de déclarations intempestives, non dénuées d’arrières pensées et de calculs ! Dans la foulée des dirigeants des organisations militaires, les responsables des partis politiques de l’opposition ont aussi dénoncé l’intervention de la France dans les affaires politiques du pays : « L’intervention militaire française (…) est politiquement inopportune, juridiquement incertaine, et militairement disproportionnée. Elle suscite donc plus qu’une réprobation, une condamnation (…). », on-t-ils écrit, dans un communiqué, rendu public dans N’Djaména Bi-Hebdo, du 25 février, signé par Saleh Kebzabo au nom des « Partis politiques de l’opposition ». Ils n’ont pas non plus manqué de critiquer les menaces que le secrétaire général du MPS avait proférés contre eux pour avoir protesté contre l’intervention militaire française. Leur chef de file, Saleh Kebzabo, a même défié le pouvoir de mettre à exécution ses menaces : « Nous attendons de pied ferme ceux qui menacent de poursuivre un homme politique ou un journaliste pour avoir exprimé ses opinions sur le sujet. C’est un relent de dictature qui ne fera qu’accentuer les crises multiformes que traverse le Tchad », a-t-il déclaré dans N’Djaména Bi-Hebdo du 25 février.
Cependant, si les différents responsables de l’opposition, tan politique que militaire, ont protesté contre l’intervention de l’impérialisme français, ils n’ont pas, pour autant, mis en cause sa politique dans le pays, ni exprimé la moindre velléité de s’émanciper de lui. Malgré les mots durs utilisés contre le caractère dictatorial du pouvoir, ils n’écartent pas non plus de discuter avec Déby et son clan, de dialoguer avec eux : tous, parlementaires comme militaires, considèrent, en effet, que la France est incontournable dans la résolution de l’impasse actuelle où le pays se trouve plongé. Aussi voudraient-ils donc qu’elle use de son influence pour que Idriss Déby Itno accède à leur vieux vœu de discuter avec eux dans le cadre d’un dialogue inclusif. Dans les colonnes de L’Observateur du 13 février, Saleh Kebzabo a précisé ainsi les conditions de cette perspective : « La réaction de la France est illégitime. Elle doit plutôt jouer un rôle de passerelle. Le gouvernement français doit au contraire aider les Tchadiens à ce qu’ils arrivent à un dialogue inclusif comme nous l’avons réclamé (…) », a-t-il clarifié.
Nul ne peut, pour l’instant, dire si Idriss Déby Itno finira par satisfaire le vœu de son opposition en organisant un dialogue inclusif qui réunira toute la classe dirigeante. Seul l’avenir le dira, d’autant plus que cette perspective dépend plus de l’impérialisme français que l’humeur de ses valets au pouvoir. Mais d’ores et déjà, on peut constater que les réactions des uns et des autres, suscitées par les bombardements effectués par des Mirages français les 3 et 7 février, ne sont contradictoires qu’en apparence : conditionnées plutôt par des motivations politiciennes inavouées, elles sont loin des aspirations des masses opprimées à une vie meilleure et à plus de liberté. Elles visent surtout, d’une manière ou d’une autre, à renforcer la domination de l’impérialisme français sur le pays. Elles démontrent ainsi, au passage, que, rigoureusement, Déby Itno et les dirigeants de son opposition, parlementaire ou armée, défendent tous les mêmes intérêts, ceux des riches, des trusts et des privilégiés locaux.
Les bisbilles et autres combats actuels entre ces gens-là ne pourraient, par conséquent, être ceux des masses populaires ! Sur tous les terrains, ce sont des luttes entre les enfants d’une même famille, celle des politiciens bourgeois du pays qui se disputent le pouvoir, sous l’Oeil distrait de l’impérialisme français. Quelle qu’en soit donc l’issue, pour les travailleurs et l’ensemble des opprimés, rien de fondamental ne changera. Il n’y aura ni amélioration de leurs conditions de vie, ni plus de liberté qu’avant : ce sera toujours la même exploitation, la même misère, les mêmes maladies, les mêmes injustices, les mêmes abus et exactions, la même dictature.
Ainsi, pour que leurs conditions de vie s’améliorent, qu’ils accèdent aux libertés essentielles, les travailleurs et les masses opprimées n’ont-ils pas d’autre choix que de compter sur eux-mêmes, de ne faire confiance qu’en leurs propres combats, de se défendre collectivement, en se rassemblant sur la base de leurs intérêts spécifiques et en utilisant leurs propres armes : la grève et la force de la rue, contre l’ordre imposé par l’impérialisme français et ses valets locaux, quels qu’ils soient !
Ali Mohamed Abali Marangabi
VIVE LA GREVE !
Le moins que l’on puisse dire est que les seize mesures prises en 2016, dont les conséquences désastreuses se font encore sentir sur la vie des masses populaires, n’ont pas suffi ! En effet, sous la pression du FMI, qui leur demande de faire des économies de 30 milliards dans les dépenses publiques, Idriss Déby Itno et son gouvernement n’ont pas trouvé mieux que de se lancer, une fois de plus, dans une nouvelle guerre contre les intérêts du monde du travail et, par répercussion, contre ceux de l’ensemble de la nation opprimée : ils ont diminué les salaires et supprimé de 50% les primes et indemnités des travailleurs de la fonction publique. Par ailleurs, comme si cela ne suffisait pas encore, ils ont aussi procédé à l’augmentation des prix de certains produits, tels le gasoil, l’essence, et la taxe d’habitation.
Dès que ces mesures ont été annoncées, elles ont été accueillies par une bronca d’indignation et de colère de la part de ceux qui allaient en être les victimes, les travailleurs notamment, tant du public que du privé. C’est ainsi que, dès que l’augmentation des prix de l’essence et du gasoil est devenue une réalité dans les stations, le syndicat des transporteurs a réagi par un mot d’ordre d’une grève générale de deux jours, les 22 et 23 janvier derniers. Le premier jour, la grève a été une réussite totale : les rues étaient désertes, la circulation, fluide, les gares, vides, à l’arrêt, à tel point que le ministre des transports a dû ramper vers les syndicats des transporteurs pour engager des négociations, qui se prolongent encore aujourd’hui. Quelques jours après, ayant constaté que les salaires avaient été diminués, la plateforme syndicale revendicative a lancé le mot d’ordre d’une grève illimitée le 29 décembre dernier. Depuis cette date, d’autres secteurs du monde du travail ont rejoint le mouvement social. C’est le cas des travailleurs de la justice, des médecins, mais aussi ceux du secteur privé, les banques, les hôtels, l’énergie, les mines et le pétrole, notamment, qui ont observé aussi deux jours de grève largement suivis.
Ce nouveau bras de fer entre Idriss Déby Itno et le monde du travail, mobilisé dans ses différentes organisations syndicales, est, certes, l’expression du refus par l’écrasante majorité des travailleurs du pays des mesures gouvernementales. Mais, si l’on considère le contexte politique et social général, marqué par vingt-sept ans de dictature, de diverses frustrations et injustices, nul doute qu’il va plus loin, bien au-delà des circonstances apparentes : cette grève se nourrit, en effet, du ras le bol général qui couve dans le pays. Elle en est l’expression éclatante. Toutes les actions menées ces derniers jours derrière la plateforme syndicale, dans le transport, à l’Education, à la Santé, aux Finances, mais aussi dans le privé, les banques, les hôtels, les mines, le pétrole, l’énergie, etc, symbolisent, en réalité, la colère, l’exaspération de larges couches de la population opprimée, qui ont plus que marre de la politique d’Idriss Déby Itno et ses partisans ! C’est cela qu’exprime la détermination des travailleurs des différents secteurs en grève ! C’est ça aussi la source profonde de la sympathie populaire dont jouit cette grève, comme on l’entend sur les ondes des différentes radios !
En effet, après vingt-sept ans de règne, le plus grand exploit d’Idriss Déby Itno et ses partisans au pouvoir, c’est d’avoir réussi à créer dans ce pays, l’un des plus pauvres au monde, une société profondément stratifiée, inégalitaire, où toute la politique de l’Etat consiste essentiellement à promouvoir une minorité de bourgeois parasites au détriment des besoins collectifs de l’écrasante majorité de la population, que sont les travailleurs, les paysans pauvres et autres opprimés, laissés-pour-compte. Certes, cela n’est pas nouveau dans l’histoire politique du pays : de tout temps, depuis ses origines remontant à la période coloniale jusqu’aujourd’hui, l’Etat tchadien, dont le pouvoir s’apprête à discuter de la forme et des institutions dans son prochain forum, a toujours agi ainsi, comme un instrument de domination des masses populaires, aux mains de la bourgeoisie locale, elle-même au service de l’impérialisme français. On pourrait dire aussi que tout cela n’est pas exclusif au Tchad : c’est ainsi que se comportent tous les Etats bourgeois du monde, quels qu’ils soient, suivant la logique implacable du capitalisme qui voudrait que l’économie serve essentiellement à rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres, avec comme inévitable corollaire, l’accumulation, à un pôle, et la paupérisation, à l’autre.
Mais, ce qui se passe dans ce pays sous leur long règne du MPS n’a peut-être d’équivalent nulle part dans le monde ! Même pas dans des pays comme le Burundi, la RDC ou, hier, Haïti sous la férule des Duvalier ! Car, l’exploitation des ressources tant naturelles qu’humaines du pays qu’impose l’Etat, au profit des multinationales, s’accompagne d’une gabegie sans fond, d’un pillage sans précédent, à ciel ouvert, des biens publics, oeuvre d’une minorité d’individus au sommet du pouvoir ou proches de celui-ci, dont la voracité est sans fin, la rapacité, sans limites, qui s’enrichissent à vue d’œil, au su et au vu de tout le monde, en bonne conscience, grâce aux différents leviers de commandement et aux régies financières qu’ils contrôlent. Cette dilapidation des biens publics par ceux qui sont au sommet de l’Etat a atteint une proportion telle que, dans un bref moment de lucidité, un jour, Idriss Déby Itno lui-même n’a pas hésité de reconnaître publiquement qu’il n’est « entouré que de voleurs ».
Aussi, toute cette politique qui consiste à enrichir essentiellement les trusts et leurs valets locaux de tout genre a-t-elle pour conséquence la dégradation constante des conditions de vie des couches populaires, d’année en année, malgré les revenus pétroliers, qui, finalement, n’ont servi qu’à alimenter ce vol généralisé des biens publics, base de l’enrichissement de la bourgeoisie locale, petite et grande. La société ne pouvant engraisser une minorité de parasites tout en résolvant les besoins collectifs des masses opprimées, la conséquence de tout cela est donc la lente descente de celles-ci dans les profondeurs de la misère : en ville comme en province, l’immense majorité des couches populaires a du mal à se nourrir, se soigner, s’éduquer, se loger, etc, sans, par ailleurs, jouir des moindres libertés élémentaires, car, tout cet ordre social inique, injuste, se trouve placé sous le talon de fer d’une dictature féroce, comme l’illustrent les dernières interdictions de manifester ou la suspension des partis politiques.
Voilà donc le contexte social et politique où se déroule le bras de fer actuel entre le monde du travail et le pouvoir, un contexte chargé de frustrations, de dégoût de la politique en vigueur par les masses populaires lassées de subir, des années durant, des privations de toutes sortes ! Voilà donc qui explique aussi la sympathie populaire dont bénéficie cette grève, mais également sa justesse ! Oui, les travailleurs qui rejettent catégoriquement les mesures prises par le pouvoir ont mille fois raison ! Ce n’est pas à eux de faire les frais de la crise économique du système capitaliste, ce système irrationnel, qui sacrifie l’écrasante majorité de l’humanité sur l’autel du profit, dont Idriss Déby Itno et son gouvernement sont les serviteurs locaux ! Si ces derniers veulent de l’argent pour résoudre les conséquences de la crise de leur système, ils n’ont qu’à le chercher là où il est : dans les coffres forts des trusts, Esso, Airtel, Glencore, Bolloré, CNPICI, mais aussi des bourgeois locaux, qu’ils ont contribué à enrichir au détriment des masses populaires. Pas dans les poches des travailleurs !
Vu la volonté du pouvoir de leur imposer de nouveaux sacrifices pour satisfaire le FMI, les travailleurs n’ont donc pas d’autre choix que de se battre pour le contraindre à retirer ses mesures. Ils en ont objectivement les moyens ! En effet, à cause de leur position au cœur de l’économie notamment, ils jouent un rôle fondamental dans tout ce qui fait marcher la société. Ce sont eux qui font fonctionner les secteurs industriels dont dépend le pays : les sites pétroliers, la Coton Tchad, la STE, la SLE, la SONASUT, la SONACIM, la Brasserie, la Poste, la Téléphonie, mais aussi les banques, les assurances, le bâtiment, le transport, etc. Dans l’administration également, rien ne se fait sans leur force de travail ou leur intelligence : la Santé, l’Education, la justice, la Culture, la Communication, bref, tous les secteurs publics essentiels ne fonctionnent que grâce à eux. Contrairement aux classes dirigeantes et autres privilégiés qui, tels des parasites, inutiles, vivent sur le dos de la société, les travailleurs, eux, en sont la sève, la source nourricière, dont dépend toute l’organisation sociale. Ce rôle particulier, nécessaire, qu’ils jouent leur confère en même temps une force colossale dont ne dispose aucune autre classe sociale. Par conséquent, s’ils sont conscients de cet état des choses et s’ils en ont l’ambition, ils sont capables de bloquer tout le pays, de le paralyser, de le couper du reste du monde et, par ce biais, d’imposer les revendications populaires au pouvoir !
Mais, cela nécessite une politique ! Pour faire reculer le pouvoir, la seule perspective qui en vaille la peine est celle d’une riposte collective du monde du travail contre la politique du gouvernement. Car, individuellement, aucun secteur n’est à même de changer le rapport des forces entre lui, d’une part, le pouvoir et le patronat, de l’autre. Par contre, tous les travailleurs du pays, tant du public que du privé, secteurs et catégories confondus, unis autour de la nécessité de défendre collectivement leurs intérêts de classe et leur droit à la vie, pourraient changer la donne, c’est-à-dire le rapport des forces entre eux et le pouvoir ! Par-delà les chapelles syndicales, seule cette stratégie de l’unité de tous les travailleurs pourrait donner à ces derniers les moyens d’imposer les aspirations populaires au clan du pouvoir et celui du patronat. La plateforme syndicale l’a d’ailleurs fort bien compris : lors de sa conférence de presse, elle s’est adressée à l’ensemble du monde du travail, à toutes les organisations syndicales, les invitant à construire ensemble cette riposte collective. Par conséquent, c’est cette perspective-là qu’il conviendrait de construire, méthodiquement, consciemment, en vue d’une mobilisation générale du monde du travail, pour une riposte collective contre la politique du pouvoir !
Par ailleurs, à travers les mesures que le pouvoir vient d’imposer, en réalité, ses attaques ne se limitent pas qu’aux travailleurs. Leurs conséquences désastreuses vont au-delà du monde du travail : elles s’étendent sur l’ensemble de la nation opprimée. Quand on sait que dans ce pays le salaire est le seul moyen dont disposent des milliers d’entre nous pour faire vivre des milliers de familles comprenant plusieurs personnes, la réduction du pouvoir d’achat des travailleurs fragilisera inévitablement la vie de l’ensemble des opprimés du pays. C’est toute la société qui en sera touchée et sombrera de plus en plus dans la précarité.
C’est pourquoi, dans leur combat, les travailleurs auraient intérêt à s’ouvrir aussi aux autres catégories de la population qui souffrent des mêmes problèmes qu’eux pour leur offrir une politique, les entraîner dans la lutte, en vue de la défense de leurs intérêts communs. Cette perspective-là aussi la plateforme revendicative l’a bien comprise : lors de sa conférence de presse, elle l’a défendue publiquement en s’adressant aux organisations des droits de l’homme, aux associations des femmes, des étudiants, des élèves, des jeunes, des consommateurs, des journalistes, aux associations culturelles, à celles des artisans, des artistes, des petits commerçants, des paysans pauvres, aux millions donc d’autres opprimés, étranglés, comme les travailleurs, par la même crise du capitalisme et la politique du gouvernement. L’adresse à toutes les organisations du monde de travail et de la société civile a été aussi réaffirmée dans un tract diffusé par l’UST lors de la dernière assemblée générale du mercredi 07/02 dernier, organisée par la plateforme syndicale.
Dans le bras de fer actuel entre le monde du travail et le pouvoir, rien n’est joué d’avance. Nul ne peut, pour l’instant, dire de quel côté se penchera le balancier de l’histoire. La page de celle-ci reste vierge. Mais, si les travailleurs en lutte sont conscients de la force qu’ils constituent, s’ils sont déterminés à aller jusqu’au bout comme ils le disent, ils ont largement les moyens de la remplir à leur manière. Oui, si la plateforme revendicative oppose à la politique du pouvoir, de façon méthodique et organisée, une politique qui mette en avant des objectifs sur lesquels toutes les masses opprimées peuvent être d’accord parce que reflétant les intérêts communs de tous, comme le droit au travail pour tous, le droit à un salaire correct, le droit de se nourrir, de se loger convenablement, le droit à la santé, aux soins, le droit de donner une culture moderne à ses enfants, le droit aux libertés élémentaires, bref, le droit à la vie tout simplement, en vue de construire avec elles une riposte collective afin de faire plier le pouvoir, cette tâche-là n’est pas impossible !
Le mercredi passé, lors de l’assemblée générale organisée à la bourse du travail, le tract diffusé par l’UST se concluait ainsi : « TRAVAILLEURS ET OPPRIMES, DE TOUTES LES ETHNIES, DE TOUTES LES RELIGIONS, DE TOUTES LES REGIONS, UNISSONS-NOUS POUR DEFENDRE COLLECTIVEMENT NOTRE DROIT A LA VIE ! »
Par conséquent, tous ceux qui sont réellement révoltés par la situation actuelle, tous ceux
qui ne voudraient pas que la société sombre dans la déchéance et la dictature devraient tout faire pour que cette perspective-là soit une réalité vivante et organisée, capable d’offrir des possibilités supérieures vers un avenir meilleur, car c’est de tout cela que sont grosses les luttes actuelles que mène le monde du travail.
Alors, oui, vive la grève !
Ali Mohamed Abali Marangabi
LE PROBLEME N’EST NI LA FORME DE L’ETAT,
NI SES INSTITUTIONS,
MAIS LUI-MEME : SA NATURE PROFONDE, SA POLITIQUE,
LES INTERÊTS A LUI ASSIGNES, QU’IL DEFEND !
« Forum national » ou « dialogue inclusif » ? Telle était la question que beaucoup se posaient, se demandant si Idriss Déby Itno allait accepter la proposition que lui avait faite le FONAC, le Front National pour le Changement, d’organiser ensemble les discussions sur l’Etat et d’autres problèmes dans un cadre élargi dénommé « dialogue inclusif ». Mais, finalement, comme il fallait s’y attendre, celui que ses partisans appellent « le président fondateur » a balayé d’un dédaigneux revers de la main l’offre à lui faite. Il a décidé d’organiser, à partir du lundi 19 mars dernier, son forum, avec les siens et une audience triée sur le volet, sans la participation des principales organisations de son opposition politique, ni celles de la société civile. Presque donc à huis clos, pourrait-on dire !
Mais, quel qu’en soit le cadre, il y a fort à parier que, de ce type d’initiative, il ne sortira rien de bon qui puisse changer de façon notable les conditions de vie des couches opprimées. Et pour cause !
D’abord, il y a, en effet, le fait que, depuis les années 80 jusqu’aujourd’hui, l’histoire politique du pays est jalonnée de rencontres de ce genre entre les différents éléments de la classe dirigeante sans que cela n’ait en rien modifié un tant soit peu le sort des masses populaires. Même la conférence nationale, considérée par certains comme la mère de toutes les discussions par excellence, n’a essentiellement servi qu’à une recomposition du paysage politique d’alors, d’où est née la dictature actuelle, qui ne se donne même plus la peine de se cacher derrière les oripeaux pseudo démocratiques dont elle s’est drapée des années durant ! Pourquoi alors devrait-on croire qu’une autre discussion de ce genre, qui, de surcroît, se déroule sous la houlette exclusive du MPS, puisse produire un résultat contraire, prenant en compte les profondes aspirations des couches populaires aux libertés essentielles et à des conditions de vie dignes de notre époque ?
Ensuite,- c’est l’essentiel -, si les autres discussions antérieures n’ont résolu aucun des problèmes majeurs auxquels les couches populaires sont confrontées, c’est surtout parce que le vrai problème, justement, ce n’est pas la forme de l’Etat, ni ses institutions, mais lui-même !
Nos politiciens, tout bord confondu, veulent nous faire croire que l’Etat actuel, dont ils sont tous les fidèles serviteurs, présents, passés ou potentiels, serait un appareil en lévitation au-dessus des classes sociales, au service de tous les Tchadiens, sans distinction aucune, qu’ils soient riches ou pauvres. Mais, cela est un grossier mensonge ! En effet, dans l’histoire des hommes, l’Etat n’a pas toujours existé. Les sociétés primitives, où les hommes dépendaient de la nature, vivaient de chasse, de cueillette et de pêche, n’ont pas ressenti le besoin d’en avoir un sur de longues périodes historiques. L’Etat n’a émergé que longtemps plus tard, dans une période récente, à l’échelle de l’histoire : après la découverte de l’agriculture, la naissance de la propriété privée et la division de la société en classes, celle des oppresseurs, d’un côté, celle des opprimés, de l’autre. Mais, dès le début, il est apparu comme un instrument conçu pour maintenir la domination d’une classe sur une autre. C’est ainsi qu’on peut constater que, pendant la période esclavagiste, l’Etat était une machine organisée pour imposer la domination des maîtres sur les esclaves. Pendant la période féodale, il servait à imposer l’ordre des seigneurs féodaux et du clergé sur l’ensemble de la population constituée de serfs, d’artisans, de compagnons, de commerçants, etc. Quand la bourgeoisie a détruit le pouvoir de la féodalité, chassé définitivement celle-ci de la scène de l’histoire et jeté les bases du capitalisme, elle a, à son tour, imposé son Etat, un instrument destiné à défendre ses propres intérêts contre ceux de l’ensemble des masses opprimées, que sont les prolétaires et les paysans pauvres notamment. Voilà ce que nous enseigne l’évolution de l’histoire des hommes !
C’est aussi cette même histoire qui nous apprend quelles sont les origines historiques de l’Etat actuel, quelle est sa nature profonde, quels sont les intérêts qu’il défend ! Le Tchad, en tant que pays, comme l’Etat sous la férule duquel il est placé, sont, en effet, issus du morcellement du continent africain, quand, à la fin du 19e siècle, la France et l’Angleterre notamment ont, en 1885, à la conférence de Berlin, mis à l’ordre du jour la colonisation de l’Afrique. Puissances économiques les plus fortes de l’époque, grâce à la traite des Nègres pratiquée trois siècles durant auparavant, avec une économie dynamique, dominée par des trusts et de gigantesques banques, le but recherché par ces deux pays était triple : trouver des débouchés pour les marchandises de leurs bourgeoisies, des matières premières pour leurs industries, des champs d’investissement pour leurs capitaux. Ainsi, en à peine vingt ans, comme le raconte si merveilleusement l’historien Joseph Kizerbo, dans son livre culte, Histoire de l’Afrique Noire, la France et l’Angleterre se sont partagé toute l’Afrique, en dehors de l’Ethiopie et du Libéria, s’offrant, au final, de véritables empires coloniaux. Elles n’ont laissé que des miettes à l’Allemagne, à la Belgique, à l’Espagne et au Portugal, pays impérialistes de seconde zone, qui s’étaient lancés aussi derrière elles pour avoir leur part dans cette vaste entreprise de rapine.
C’est dans ce contexte de dépeçage du continent africain qu’est né le Tchad, construction artificielle, faite de toutes pièces, en fonction des intérêts du colonialisme français. C’est de là également que tire ses origines l’Etat actuel ! L’acte de naissance du pays est le 22 avril 1900. Placé d’abord sous un régime militaire, ce n’est qu’en 1938 que celui-ci a été mis sous l’autorité d’un gouverneur civil, Félix Eboué, un français d’origine guyanaise.
Mais, quel que soit le régime en vigueur, militaire ou civil, l’ordre imposé était à tout point de vue dictatorial. Les populations autochtones n’y avaient aucun droit ! Pour gouverner, l’administration coloniale, qui symbolisait l’Etat de l’époque, s’appuyait sur les chefs traditionnels, ralliés à son système et réduits au rang d’agents subalternes de ce dernier. Certains de ceux-ci étaient même des pures créatures de l’Etat colonial. Devenus des larbins au service de ce dernier, les chefs avaient pour mission d’appliquer ses directives, servant ainsi de courroie de transmission entre lui et les populations : ils encadraient celles-ci, levaient les impôts, rendaient la justice, jouaient le rôle de délateurs et organisaient aussi les travaux forcés auxquels étaient astreintes les populations désignées par eux et utilisées comme une main d’oeuvre gratuite.
Quoiqu’intégré dans l’empire colonial placé sous l’autorité de l’Etat français, comme dans la plupart des colonies, le régime en vigueur au Tchad reposait sur une division de la population entre colonisateurs et colonisés : il y avait, d’un côté, des citoyens français et, de l’autre, des sujets, appelés couramment indigènes. Constituant la majorité de la population, ceux-ci n’avaient aucun droit, mais, des devoirs. Tous les indigènes adultes devaient participer aux travaux forcés obligatoires. Pour aller d’un coin à un autre, ils devaient demander un laisser-passer, exactement comme en Afrique du sud sous l’apartheid. Ils n’avaient, évidemment, aucune liberté, ni de réunion, ni de presse, ni syndicale. Même la culture du coton, introduite en 1925, était imposée : c’était souvent sous la chicotte que les paysans étaient contraints de cultiver ce produit dont avait besoin l’industrie française, au détriment des cultures vivrières nécessaires à leur subsistance. Par bien d’aspects, l’Etat colonial en vigueur était donc dictatorial, mais aussi ségrégationniste, une sorte d’apartheid local qui refusait de dire son nom.
Cette situation a duré jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, de 39-45, au cours de laquelle elle s’est même aggravée. Mais, quand a pris fin cette boucherie que les différentes puissances impérialistes avaient imposée au monde entier, juste pour le partage des marchés, a émergé un phénomène nouveau et puissant : la naissance du nationalisme des peuples colonisés et semi-colonisés, qui a ébranlé les empires coloniaux notamment, exprimant ainsi une colère profonde des populations contre leur sort d’opprimés, maltraités, méprisés, dominés dans leurs propres pays. Déclenché en Asie et au Moyen Orient, ce fort mouvement international de contestation et de révoltes, porté par le désir des colonisés de s’émanciper, a eu aussi de larges échos et de profondes répercussions sur le continent africain, sous forme de grèves, d’émeutes, de révoltes et d’insurrections : en Algérie, en 1945, à Madagascar, en 1947, au Cameroun avec l’UPC, l’Union des Populations du Cameroun, qui revendiquait déjà l’indépendance en 1948, etc... Dans tout le continent, les combats politiques d’alors s’accompagnaient généralement de grandes luttes sociales initiées et dirigées par des syndicats, comme, par exemple, la grève des cheminots du Dakar-Bamako en 1947, immortalisée par Sembène Ousmane dans son roman Les Bouts de Bois de Dieu. Souvent, les deux formes de luttes, politiques et syndicales, se combinaient, se nourrissaient les unes les autres. Ainsi beaucoup de dirigeants politiques sont-ils nés du mouvement syndical : Sékou Touré, en Guinée, Ruben Um Nyobé, au Cameroun, Houphouët Boigny, à la tête du syndicat des planteurs en Côte d’Ivoire, François Tombalbaye, au Tchad, Djibo Bakary, au Niger, etc...
C’est ainsi que, pour désamorcer la colère populaire afin de continuer à avoir sa mainmise sur ses colonies, de 1945 à 1958, l’impérialisme français a initié un certain nombre de réformes dans ses territoires africains. Juste à la fin de la guerre, il a accepté la formation d’une Assemblée constituante, avec un double collège, où n’étaient autorisés à voter que « les notables évolués ». Par contre, des élections, étaient exclus les paysans pauvres, les ouvriers, les femmes des milieux populaires et leurs enfants. L’indigénat a été aussi supprimé et remplacé par le code civil français : les « indigènes » sont devenus des citoyens de « Union française ». Le travail forcé a été aussi aboli, les libertés d’association, de réunion et d’expression, accordées. C’est dans ce contexte que sont nés les premières organisations politiques, symbolisés notamment par le RDA, le Rassemblement Démocratique Africain, créé en 1947, à Bamako, et ses différentes sections nationales, comme le PPT, le Parti Progressiste Tchadien. De nombreux syndicats libres aussi ont vu le jour. Le point culminant de toutes ces réformes a été la « loi-cadre », concoctée en 1956, par Gaston Defferre, alors à la tête du ministère de la France d’Outre-mer : elle a décidé d’instituer le suffrage universel, de mettre fin au double collège, de créer des exécutifs locaux, qui offriraient d’importantes responsabilités aux élites africaines.
Le but de toutes ces réformes était d’associer de plus en plus les notables africains à la gestion des affaires pour, d’une part, endiguer la colère populaire, et, d’autre part, le moment venu, mettre à la tête des différentes colonies des valets locaux qui auraient pour rôle de continuer à défendre les intérêts de l’impérialisme français sous de nouvelles formes. Le Cameroun a été le laboratoire où la France a échafaudé et poussé cette politique jusqu’à ses ultimes conséquences : après avoir écarté l’UPC de la scène politique en le détruisant militairement, elle a hissé au pouvoir un pantin local, en la personne d’Ahmadou Ahidjo, à qui elle a fait porter les revendications du mouvement insurrectionnel -, la souveraineté nationale et la réunification du pays -, mais vidées de leur contenu nationaliste, dans la perspective d’une indépendance de façade, accordée le 1er janvier 1960, qui renforçait plutôt la mainmise de l’impérialisme français sur le pays dans tous les domaines, économiques, politiques, militaires, diplomatiques notamment ! Cette expérience a été, ensuite, généralisée et appliquée dans toutes les colonies françaises qui allaient accéder à l’indépendance, les unes après les autres, tout au long de l’année 1960, jetant ainsi les bases de ce qu’on appelle de nos jours « la françafrique ».
Maillon important du dispositif colonial français en Afrique, le Tchad a, lui aussi, suivi la même trajectoire politique qui a, finalement, abouti à l’Etat actuel. En effet, dès la fin de la guerre, le pays a été également le berceau d’un nationalisme militant qui s’exprimait contre les aspects les plus répugnants de l’ordre colonial. Contrainte, ici aussi, l’administration française a donc initié un certain nombre de réformes, comme la fin des travaux forcés, la liberté d’association, d’expression, de réunion, etc. De 1947 à 1952, ont été ainsi créés plusieurs partis politiques : le PPT RDA, le Parti Progressiste Tchadien, section locale du Rassemblement Démocratique Africain, l’UDT, l’Union des Démocrates Tchadiens, le PSI, Parti Socialiste Indépendant, l’AST, l’Action Socialiste Tchadienne, le MSA, le Mouvement Socialiste Africain, l’UNT, l’Union Nationale Tchadienne, etc. Des syndicats ont également vu le jour, de 1947 à 49, notamment dans le bâtiment, le commerce, chez les employés ou les gens de maison. En 1956, « la loi-cadre » de Gaston Defferre a également offert aux élites locales l’opportunité d’être associées à la gestion des affaires et intégrées dans l’ordre social en vigueur comme députés, maires, conseillers, fonctionnaires, cadres de l’armée, de la police, etc. De quelque bord qu’ils soient, tous ces notables aspiraient à offrir leur service pour être les larbins de l’impérialisme français, y compris le PPT RDA, suivant l’exemple d’Houphouët Boigny qui, en 1950, avait changé de veste et fait le choix de défendre les intérêts de la France coloniale : lors des élections de 1958, ils ont tous voté « Oui » pour la communauté française. Seule l’UNT, une jeune organisation créée par Ibrahim Abatcha et Mamat Aba, a fait le choix contraire, en votant « Non ».
C’est ainsi que, à l’instar de ce qui s’était passé au Cameroun, le 11 août 1960, les dirigeants du PPT RDA, sous l’égide de François Tombalbaye, devenu premier président du pays, ont été portés au pouvoir à la tête d’un Etat conçu par l’impérialisme français pour défendre ses intérêts et ceux de ses valets locaux. Ce choix n’était pas fortuit, cependant ! Avant la volteface Houphouët Boïgny, des années durant, le PPT RDA avait, en effet, mené un véritable combat contre les exactions et les abus de l’administration coloniale, comme, par exemple, les travaux forcés. Nombre de ses militants avaient été persécutés, emprisonnés. Aussi, ce combat avait-t-il permis à cette organisation de gagner la sympathie des masses populaires sur toute l’étendue du territoire : à l’orée de l’indépendance, c’était le seul parti qui ait une véritable assise nationale, mais aussi des militants aguerris, formés dans les années antérieures des luttes anticolonialistes. Par conséquent, ce n’est pas surprenant que l’impérialisme français ait puisé, en son sein, les politiciens dont ils avaient besoin pour continuer à maintenir sa domination sur le pays, sous de nouvelles formes, dans le cadre d’une indépendance factice, parce que c’était la seule organisation capable d’assurer cet ordre-là.
Voilà donc comment est né l’Etat actuel : dès ses origines, c’est un instrument conçu par la France, qu’elle a ensuite légué à la classe dirigeante locale afin de continuer l’œuvre de domination et d’exploitation du pays, au profit de ses trusts, ceux de la bourgeoisie mondiale et de leurs différents larbins nationaux ! Telle est donc sa nature profonde ! Telle est sa politique ! Tels sont les intérêts à lui assignés, qu’il défend ! C’est cela qui explique le fait que, de sa naissance jusqu’aujourd’hui, les masses populaires n’ont jamais participé aux différents changements opérés au sein de cet Etat. De Tombalbaye à Idriss Déby Itno, en passant par Maloum, Goukouni, Habré, c’est l’impérialisme français qui en a pris l’initiative, changeant, tels des pions sur un échiquier, les hommes et les régimes, en fonction de ses intérêts du moment. Mais, quels que soient ces changements et les larbins locaux chargés de les incarner, - civils, militaires, pseudo révolutionnaires, parti unique, multipartisme -, derrière eux, se terre toujours le même Etat, dont, au fil du temps, les métamorphoses n’ont pas altéré la nature profondément dictatoriale, comme on le voit de nos jours avec le règne du MPS.
Sous le règne de la bourgeoisie, lorsqu’on veut apprécier les rapports entre les populations d’un pays et les institutions en vigueur, ce qui compte, ce n’est pas tant la forme de l’Etat ou ses institutions que les intérêts de classe qu’il défend. En effet, l’Etat bourgeois peut prendre plusieurs formes : il peut être unitaire, comme en France, au Tchad, fédéral, comme aux Etats-Unis, au Nigéria, ou à caractère féodal, comme en Arabie saoudite ou au Maroc. Mais, quelle que soit la forme qu’il prend, il est partout un instrument au service de la bourgeoisie, de cette minorité de riches, tant nationale que mondiale, dont il défend les intérêts. C’est cela qui fait que, partout également, y compris dans les pays riches, cet Etat-là est une dictature pour les masses opprimées, car ni la voix, ni les intérêts de celles-ci ne sont pris en compte dans les sphères où se décident les choix essentiels qui conditionnent la vie de la cité.
C’est cela donc qui explique pourquoi, de Tombalbaye jusqu’aujourd’hui, c’est cet Etat qui, malgré les changements d’hommes et de régimes, est le principal organisateur de la société actuelle, un monde profondément inégalitaire, injuste, où une petite minorité de bourgeois, parasites, et les trusts, dont ils sont les valets locaux, exploitent, pillent, à ciel ouvert, les ressources tant humaines que naturelles du pays et condamnent l’écrasante majorité de la population à la misère, aux maladies, que l’on peut souvent soigner rien qu’avec de l’eau potable ! Voilà qui explique aussi pourquoi les responsables de l’administration de cet Etat, les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets, les chefs traditionnels, se comportent exactement comme les fameux « Dieux de brousse » de naguère sous l’ère coloniale, en vivant sur le dos des populations comme des sangsues, leur faisant subir divers abus et exactions, en toute impunité ! Voilà qui explique également pourquoi la justice de cet Etat est discriminatoire : elle protège les plus riches, les nantis, y compris les voleurs, que tout le monde connaît, dont même Idriss Déby Itno lui-même parle, mais elle est féroce envers les pauvres et leurs enfants, que l’on exhibe à la télévision comme un butin de guerre contre l’insécurité, même s’ils volent un pain tout simplement parce qu’ils ont faim ! Voilà qui explique, enfin, pourquoi, pour maintenir cet ordre inique, cet Etat est et a toujours été une horrible dictature, dont l’armée -, formée initialement autour des tirailleurs ayant participé à la guerre d’Indochine ou de l’Algérie pour le compte de l’impérialisme français -, mais aussi la police et autres appareils de répression sont responsables des nombreux massacres, crimes, meurtres, assassinats, emprisonnements arbitraires, qui émaillent l’histoire politique du pays, comme, par exemple, les 40 000 morts perpétrés rien que sous le pouvoir d’Hissein Habré, sans oublier ceux commis sous les quinze ans de la dictature de Tombalbaye ou les bientôt vingt-huit ans de celle du MPS !
Tout cela démontre à suffisance que le forum actuel sur la forme de l’Etat et ses institutions ressemble fort bien à une opération de diversion ! Ne posant pas la question des intérêts de classe que l’Etat défend, il a toutes les allures d’une habile manœuvre qui cherche à couvrir la dictature de nouvelles parures sans en changer la nature profonde. Par conséquent, les travailleurs et l’ensemble des opprimés ne devraient pas se laisser illusionner par ce qui s’y passe. Car, quels que soient les résolutions qui auront été prises et le toilettage dont l’Etat aura été l’objet, cela ne modifiera en rien sa nature profonde. Les riches continueront à piller, à s’enrichir de plus en plus. Par contre, pour les masses populaires, ce sera toujours la misère, les maladies, les privations de toutes sortes et, au-dessus de tout cela, le talon de fer de la dictature ! Dans ces conditions, si celles-ci veulent accéder à de meilleures conditions de vie, dignes de notre époque, mais aussi aux libertés essentielles, elles n’ont pas d’autre choix que de se mobiliser, de se battre pour leurs propres intérêts, comme viennent de le faire les travailleurs en grève, qui ont obligé le pouvoir à reculer. Par ailleurs, le jour où les masses populaires auront l’ambition se débarrasser définitivement de l’exploitation, de la misère et de la dictature, elles devront agir comme l’a fait la bourgeoisie elle-même contre le pouvoir féodal, quand, révolutionnaire, elle voulait transformer le monde en fonction de ses intérêts : il leur faudra alors en finir avec cet Etat-là, détruire son armée, sa police, son administration, sa justice, exproprier les riches, dans le but d’imposer un pouvoir qui leur soit propre, fondé sur la mise en commun des richesses, la démocratie la plus large qui soit, avec autant de partis, de syndicats, d’associations qu’on voudra, dont le moteur ne sera plus la loi de l’argent, mais, la satisfaction des besoins collectifs de tous ! Car, telle est la logique implacable de l’évolution de l’histoire des hommes à l’ère de la domination du monde par le capitalisme.
Ali Mohamed Abali Marangabi
SEULE UNE RIPOSTE COLLECTIVE DES TRAVAILLEURS ET DE L’ENSEMBLE DES OPPRIMES, SOUS LA FORME D’UN FRONT UNIQUE, POURRAIT IMPOSER A LA DICTATURE LE DROIT A LA VIE DES COUCHES POPULAIRES !
Le mardi 06 janvier dernier, la Plateforme syndicale revendicative, constituée de l’US, CIST, SYNECS, SYMET, et la Plateforme syndicale pour le Dialogue social, qui comprend la CSTT, la CST et la CLTT, ont appelé à une conférence de presse à la Bouse du Travail. Le but de cette rencontre était de faire le point sur un pacte social, signé le 4octore 2021, entre ces organisations syndicales et l’Etat tchadien, afin d’en apprécier le chemin parcouru et les résultats obtenus.
Mais, avant de se livrer aux questions de la presse, en guise de préambule, les dirigeants de ces deux plateformes syndicales avaient lu un document pour, d’une part, faire la genèse dudit pacte social, - signé devant pas moins de six ministres, dont notamment celui de la Fonction publique et du Dialogue social, celui des Finances et du Budget -, et d’autre part, mettre en exergue le fait que, deux ans après, l’Etat n’avait pratiquement rien fait pour respecter son engagement en satisfaisant leurs différentes revendications. Aussi, face à cette situation, marquée notamment par le non-respect de la parole du pouvoir actuel et de ses dignitaires, les responsables syndicaux ont-ils conclu que, si le gouvernement ne prenait pas les mesures nécessaires pour satisfaire urgemment leurs revendications, ils envisageraient de mobiliser les travailleurs et de déclencher de vastes mouvements de grève pout obtenir gain de cause. Aux dernières nouvelles, les organisations syndicales viennent d’appeler à une assemblée générale à la Bourse du Travail, le samedi 17 février prochain, pout discuter de cette orientation.
Face au cynisme et au mépris du pouvoir, qui, par ailleurs, dilapide des sommes colossales dans des choses inutiles, comme l’organisation du dialogue dit inclusif ou celle du dernier référendum, sans oublier les détournements de fonds et de biens publics sur lesquels il ferme les yeux, les dirigeants des deux plateformes syndicales ont toutes les raisons du monde d’utiliser tous les moyens possibles pour défendre les intérêts des travailleurs et leurs droits ! Il est hors de questions que ce soit eux qui fassent les frais des crises successives du système capitaliste, dont les politiciens actuels au pouvoir sont tous des larbins, qui se gavent, s’empiffrent, sur le dos de la société comme des parasites !
Cependant s’il est juste, fort légitime, que les travailleurs réclament à l’Etat ce qui leur revient de droit, dans le contexte actuel, marqué par une dégradation permanente des conditions de vie des couches populaires, étranglées par une inflation qui les prive du minimum vital, et une dictature de plus en plus brutale, comme on l’a vu avec la répression féroce de 2022, le compte n’y serait pas même si, comme par miracle, le pouvoir décidait de satisfaire les revendications des travailleurs : cela ne permettrait pas à ces derniers et à l’ensemble des opprimés d’accéder à une vie digne de notre époque et aux libertés essentielles.
En effet, de la première goutte du pétrole jusqu’aujourd’hui, il y a eu beaucoup d’argent engrangé dans le pays, dont les trusts du pétrole sont les principaux bénéficiaires. Mais, ceux-ci en ont aussi laissé des miettes importantes à l’Etat tchadien, qui s’en est servi pour s’équiper militairement, mais également, pour promouvoir une minorité de parasites bourgeois, qu’il a aidés à devenir des milliardaires grâce au détournement des fonds publics et à la surfacturation.
Or, dans le partage de la cagnotte revenue au Tchad, les travailleurs, qui sont à l’origine de la création de ces richesses, n’en ont rien eu : l’Etat du MPS s’est juste contenté de leur offrir des primes et des indemnités – qu’il a coupées ensuite, durant des mois, après la chute du prix du pétrole sur le marché mondial en 2016. Les travailleurs sont donc les seuls à être doublement perdants dans cette affaire, d’autant plus que, ces derniers temps, la cherté de la vie s’est développée vertigineusement : les prix des denrées de première nécessité, du riz, du mil, du maïs, mais aussi, du gaz, du pétrole, de l’essence – qu’on ne trouve plus dans les stations -, de l’eau, de l’électricité, des loyers, du transport, etc, ont tous augmenté, à un point tel que, pour la majorité des travailleurs du pays, notamment pour la frange la plus importante d’entre eux, qui ne vivote qu’avec le smig, la vie est devenue un enfer !
Dans ces conditions, les travailleurs ne devraient pas se contenter de lutter seulement pour ce que l’Etat leur doit : ils devraient avoir des ambitions beaucoup plus grandes ! Pour rattraper ce qu’ils ont perdu, depuis années, il serait fort juste qu’ils revendiquent une augmentation substantielle des salaires, car, il est difficile de vivre aujourd’hui même avec un revenu mensuel de 100 voire 150 000 fr.
Les travailleurs et les masses opprimées ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur leurs luttes…
Par conséquent, pour l’amélioration de leurs conditions de vie et l’accession aux libertés essentielles, les travailleurs et les masses populaires ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur leurs luttes, avec leurs propres armes : la mobilisation, la grève, les manifestations, la rue ! Seule leur riposte collective, sous la forme d’un front unique, avec l’ensemble des opprimés du pays pourrait permettre de tracer un chemin vers un avenir meilleur parce que l’amélioration de leurs conditions d’existence, comme leur émancipation de l’exploitation, de la misère et de la dictature, sera leur propre œuvre ou ne sera pas !
S’il y avait dans le pays un parti révolutionnaire, défendant exclusivement les intérêts des travailleurs et des opprimés contre ceux de la bourgeoisie locale, des trusts et de l’impérialisme français, ce serait à lui que reviendrait la tâche de construire méthodiquement cette riposte collective, ce front unique-là. Mais, en l’absence d’un tel parti, qui fait cruellement défaut de nos jours, ce serait logique que ce soit aux plateformes syndicales, - comme celle formée autour de l’UST, la structure syndicale la plus importante et la plus combative du pays -, de porter cette perspective-là, si leurs dirigeants en avaient l’ambition.
Le choix des travailleurs d’organiser et de piloter la riposte collective n’est évidemment pas fortuit : ces derniers constituent la principale force du pays ! A cause de leur position au cœur de l’économie et de l’administration, ils jouent un rôle fondamental dans tout ce qui fait marcher la société. Ce sont eux qui font fonctionner les secteurs industriels dont dépend le pays, mais aussi les banques, les assurances, l’hôtellerie, le bâtiment, le transport, etc. Dans l’administration également, rien ne se fait sans leur force de travail ou leur intelligence : tous les secteurs publics essentiels ne fonctionnent que grâce à eux. Ils sont la sève, la source nourricière, dont dépend toute l’organisation sociale.
Ce rôle particulier, nécessaire, que les travailleurs, du public comme du privé, jouent, sur toute l’étendue du pays, leur confère une force colossale dont ne dispose aucune autre classe sociale. Par conséquent, s’ils en ont l’ambition, ils pourraient s’en servir pour fédérer toutes les colères qui couvent dans le pays contre la politique du pouvoir actuel et ses partisans afin de construire un front unique avec l’ensemble des opprimés en vue d’imposer à la dictature les aspirations populaires à une vie digne de notre époque et aux libertés essentielles, en bloquant, paralysant tout le pays, au moyen d’un grève générale soutenue par des manifestations.
Quelle stratégie ? Quel programme pour construire ce front unique ?
Si les dirigeants des plateformes syndicales avaient l’ambition de construire cette riposte collective, ils devraient s’adresser à toutes les organisations syndicales du pays, mais aussi, à celles des droits de l’homme, aux partis politiques de l’opposition, aux associations des femmes, des étudiants et des élèves, des retraités, des vacataires et autres contractuels, etc, en vue de constituer avec eux un programme, sous la forme d’un plan d’urgence, d’intérêt public, comprenant les exigences essentielles du monde du travail et des masses laborieuses, aussi bien face à la cherté de la vie qu’à la dictature, pouvant fédérer tout le monde dans un mouvement de tous ensemble, un front unique, contre le régime du MPS.
Quelles revendications communes les plateformes syndicales pourraient défendre auprès de tous les travailleurs du pays ?
Les plateformes syndicales devraient proposer aux autres syndicats, quels qu’ils soient, de lutter ensemble contre la cherté de la vie, dont les masses opprimées sont les principales victimes, en défendant ensemble une augmentation conséquente, de 50 000 fr, des salaires de tous les travailleurs, tant du privé que du public, du SMIC, à 80 000 fr, des allocations de chômage, des pensions de retraite, le paiement des arriérés des salaires des fonctionnaires, l’embauche de tous les contractuels et des précaires dans les secteurs publics essentiels, l’Education, la Santé, notamment, une baisse importante des prix des produits et des articles de première nécessité, mais aussi, de l’eau, de l’électricité, du pétrole, de l’essence, du gaz, du transport, des impôts, des loyers, l’instauration de l’échelle mobile des salaires, – chaque fois que les prix des produits indispensables augmentent, les salaires font de même, ils augmentent aussi, proportionnellement -, la gratuité effective de l’éducation et des soins dans le public, un revenu minimum pour tous ceux qui ne bénéficient d’aucun emploi, un fonds de soutien aux personnes âgées ne bénéficiant d’aucune retraite, la création d’un service de transport public, la construction de logements sociaux, etc.
Quelles revendications communes les plateformes syndicales pourraient proposer aux organisations des droits de l’homme et aux partis politiques ?
Depuis la chute du régime d’Hissein Habré et l’instauration du multipartisme, sous la pression de l’impérialisme français, les libertés essentielles auxquelles aspirent les masses populaires n’existent que dans des textes et non dans la vie réelle. Nous assistons à une fiction de démocratie, un ersatz de celle-ci, derrière lesquels se cache la même dictature d’antan, qui continue à maintenir le pays sous sa férule. On le voit notamment avec les arrestations arbitraires, comme celles de ces derniers temps, mais aussi, le fait que le régime MPS étouffe systématiquement toutes les libertés essentielles, en plus de la misère de plus en plus croissante qu’il impose à toute la société.
Par conséquent, les plateformes auraient aussi intérêt à proposer aux organisations des droits de l’homme et aux partis politiques de défendre ensemble, le respect du vote des populations en changeant profondément les structures chargées de l’organisation des élections et de la proclamation de leurs résultats, la défense et la jouissance des droits démocratiques élémentaires, de réunion, d’expression, d’organisation, de manifestation, sans aucune menace ni entrave de la part du pouvoir, la rupture du cordon ombilical qui lie exclusivement la presse publique, la radio, la télévision notamment, au pouvoir du MPS, en vue de l’émancipation de ces structures du joug de celui-ci et de l’instauration d’une expression libre de toutes les sensibilités au sein de l’ONRTV, etc…
Evidemment, dans ce combat commun, il est hors de question que les travailleurs se fondent dans les partis politiques ou se mettent à leur remorque, les laissent prendre la direction du front unique : s’il est nécessaire qu’ils luttent ensemble pour ces revendications qui leur sont communes, chacun devrait rester sous son drapeau parce qu’ils n’ont pas tous le même agenda.
En effet, pour les partis bourgeois de l’opposition, la démocratie est une fin en soi, mais, pour les travailleurs, elle n’est qu’un moyen pouvant leur permettre de s’organiser pour défendre collectivement leurs intérêts spécifiques, tant sociaux que politiques : s’exprimer, faire des grèves, manifester, s’organiser pour se doter d’un parti qui soit le leur propre, en vue de se lancer un jour à la conquête du pouvoir politique dans le but de transformer radicalement la société en fonction des intérêts des larges couches populaires.
Quelles revendications communes que les plateformes syndicales pourraient proposer aux élèves, aux étudiants, aux femmes et aux autres catégories d’opprimés souffrant, comme eux, du caractère arriéré du pays ?
Notre bourgeoisie, grande comme petite, est venue tardivement sur la scène de l’histoire, comme un pur produit du colonialisme français, d’abord, et un valet des puissances impérialistes, notamment de la France, ensuite. Aussi est-elle pleutre, poltronne, incapable même de réaliser ses propres tâches démocratiques, comme moderniser la société en vulgarisant la science, les connaissances modernes, en finissant aussi avec les structures féodales, les mœurs rétrogrades, barbares, héritées du passé, comme l’oppression de la femme notamment. Par conséquent, c’est aussi aux travailleurs et autres opprimés qu’il appartient de se charger de ces tâches-là et de les réaliser par leurs combats.
Ainsi, dans le cadre de la mobilisation générale de tous les opprimés du pays, les travailleurs devraient-ils proposer également :
• des revendications communes aux élèves et étudiants : l’instauration d’une bourse, comme un droit pour tout étudiant, la formation d’un personnel hautement qualifié pour les établissements publics, la création de bibliothèques dans ces derniers, de cantines scolaires gratuites, la multiplication des aires et salles de sport, la construction de médiathèques, de salles de cinéma dans les quartiers populaires, la création de conservatoires de musique, la gratuité effective de l’éducation, mais aussi, de la santé, etc.
• des revendications communes aux femmes : une lutte hardie contre leur oppression, comprenant l’interdiction réelle du mariage des filles mineures, de la dote, qui ressemble à un prix d’achat des filles, de la polygamie, – symbole officiel de l’oppression de la femme -, de la coutume qui permet à un père de donner sa fille en aumône, tel un mouton, une révolution agraire profonde afin que les paysannes soient propriétaires des terres qu’elles cultivent, l’instauration d’un Code familial progressiste, donnant aux femmes les mêmes droits que les hommes face à l’héritage, à la garde des enfants, au divorce, l’octroi d’une pension à la femme divorcée si c’est à elle que revient la garde les enfants, un revenu minimum pour les femmes et les mères isolées, l’interdiction de la coutume qui veut qu’une femme épouse, malgré elle, le frère de son mari défunt ou un membre de la famille de celui-ci, lui revenant ainsi tel un objet dont il hérite, la parité totale dans toutes les institutions publiques et les partis politiques, l’harmonisation des droits sur le lieu du travail- toute femme qui a le même diplôme ou remplit la même responsabilité qu’un homme doit avoir le même salaire que lui-, l’abolition du port du voile dans les lieux publics, les écoles, les lycées, les collèges, les universités, les bureaux,- comme le réclament les femmes musulmanes tunisiennes, algériennes, iraniennes ou même saoudiennes, en lutte contre l’intégrisme religieux-, la mixité des femmes et des hommes, des filles et des garçons, dans les espaces publics, la construction de centres de formation professionnelle destinés à donner aux femmes une spécialisation dans plusieurs domaines afin qu’elles aient une qualification en vue d’un métier, la création par l’Etat de crèches, de garderies, pour détacher les femmes du lourd fardeau relatif à la maternité, mais aussi de maquis géants, de restaurants publics, dans les centres administratifs, les zones industrielles et tous les quartiers des grandes villes, avec un personnel qualifié, où tous ceux qui travaillent, tant dans le public que dans le privé, peuvent venir se restaurer grâce à des tickets payés par leurs employeurs, afin que les femmes s’émancipent des tâches ménagères, notamment du devoir de faire la cuisine, et consacrent leur temps libre à leur formation culturelle ou à leurs loisirs.
Tel donc devrait être l’objectif de la riposte collective, du front unique, des travailleurs et de l’ensemble des opprimés ! C’est un enjeu de taille, certes ! Mais, il n’est pas hors de portée ! Car, si les plateformes syndicales sen font le choix, s’en emparent et se lancent consciemment dans le combat pour le réaliser, les travailleurs, qui font fonctionner la société, ont tous les moyens de le faire, s’ils comprennent que c’est cette perspective seule qui pourrait leur permettre de faire irruption dans les sphères politiques où se décident les choix les concernant au premier chef et d’imposer eux-mêmes, par leurs luttes, les changements nécessaires conformes à leurs aspirations, tant politiques que sociales.
Par conséquent, quels qu’ils soient, -syndicalistes, militants des organisations de la société civile défendant les droits de l’homme, des partis politiques, des associations des femmes, des étudiants, des élèves et d’autres-, tous ceux qui sont réellement révoltés par la situation actuelle, aspirent à ce que les choses changent vraiment, ne voudraient pas que la société continue à sombrer dans la déchéance et la dictature, devraient tout faire pour aider les travailleurs et l’ensemble des opprimés à construire cette riposte collective, ce front unique, seul moyen pour sortir de l’impasse actuelle et tracer le chemin vers un avenir meilleur !
Travailleurs, opprimés, de toutes les ethnies, de toutes les régions, de toutes les religions, unissons-nous dans la lutte pour défendre collectivement nos intérêts spécifiques et notre droit à la vie !
Ali Mohamed Abali Marangabi
LA PERIODE IMPOSE LA NECESSITE D’UN FRONT UNIQUE FACE AU RENNFORCEMENT DE LA REACTION A LA TÊTE DE L’ETAT !
La grève déclenchée le 20 février dernier continue, s’étend et prend les allures d’un phénomène qui s’installe dans la durée ! S’il en est ainsi, c’est à cause du mépris du couple Mamat Kaka-Succès Masra, à la tête de la dictature, qui n’a pas daigné satisfaire les revendications des plateformes syndicales en lutte !
Les travailleurs ont toutes les raisons de ne pas accepter les mesures injustes que le pouvoir prend contre leurs intérêts, d’autant plus qu’ils sont victimes d’une inflation de plus en plus galopante, sans que l’Etat ne lève le petit doigt. Ces derniers temps, en effet, tous les prix des produits nécessaires à la vie des masses populaires ont vertigineusement augmenté : le riz, le mil, le maïs, la viande, le poisson, l’eau, l’électricité, les médicaments, les fournitures scolaires, le transport, les loyers, etc . Toutes ces choses essentielles et indispensables sont, de nos jours, hors de portée de la bourse de milliers de travailleurs, à tel point que certains d’entre eux ne mangent qu’une fois par jour, font des kilomètres à pied pour aller à leurs lieux de travail, se soignent avec de faux médicaments que l’on trouve dans ce que l’on appelle communément « les pharmacies par terre » ou que leur offrent des prétendus guérisseurs traditionnels et autres charlatans, qui s’engraissent sur leur dos et les empoisonnent, au lieu de les guérir.
Dans ce contexte, alors, oui, les travailleurs en grève ont toutes les raisons du monde de ne pas accepter que ce soit eux qui fassent les frais de la politique criminelle que Mamat Kaka, Succès Masra, les dignitaires du MPS et leurs alliés leur imposent juste pour satisfaire le FMI, qui leur exige de faire des économies sur les dépenses publiques !
Si, le gouvernement, avec à sa tête, Succès Msra, - un banquier, un politicien bourgeois, qui, comme tant d’autres avant lui, a fini par utiliser les cadavres de ses partisans comme marchepieds pour se hisser à la mangeoire du pouvoir, aux premières loges, satisfaisant ainsi sa soif de gloriole -, cherche de l’argent pour juguler les conséquences des crises du système capitaliste, dont ses membres sont des larbins, il serait bien inspiré d’aller le prendre dans les coffres-forts et les poches des riches, ceux des trusts, bien sûr, mais aussi de la bourgeoisie locale, notamment les opérateurs économiques du MPS, ces milliardaires artificiellement promus à coups de marchés surfacturés et autres combines. Dans sa recherche de moyens pour satisfaire les exigences du FMI, le pouvoir pourrait aussi taxer lourdement les trusts et les hommes d’affaires tchadiens, diminuer drastiquement les salaires des membres du gouvernement, de ceux du Conseil National de Transition, des Généraux, des Gouverneurs ou exproprier les responsables connus des détournements de fonds, etc… Mais, cela, nul doute que Mamat Kaka, Succès Masra et leurs ministres ne seront jamais capables de le faire parce que, au-delà des effets d’annonce mensongers, leur rôle, à la tête de l’Etat, c’est justement de vider les bouches et les poches des pauvres et des affamés pour remplir celles des riches et des trop rassasiés !
Tout cela prouve à suffisance que ce qui se passe, sous nos yeux, à travers la grève actuelle, va au-delà d’in simple mouvement social classique. Car, en s’attaquant, de manière permanente, aux travailleurs, ce sont les conditions de vie de l’ensemble des couches populaires que le pouvoir aggrave, fragilise et précarise. Aussi est-ce le sort de l’ensemble de société qui se joue dans cette confrontation entre le monde du travail et les politiciens bourgeois à la tête de la dictature : dans ce bras de fer donc, du côté où se penchera, finalement, le balancier de l’histoire dépendra notre devenir collectif, en meilleur ou en pire.
En effet, si c’est le camp des dignitaires du MPS et des Transformateurs qui l’emporte, les masses populaires continueront à sombrer dans la misère et la dictature. Par contre, si, au contraire, ce sont les travailleurs en lutte qui font plier le pouvoir, cela enrayera, à coup sûr, aussi bien la dégradation des conditions des vie des masses populaires que la spirale dictatoriale dans le pays, dont on vient de mesurer le degré avec l’assassinat brutal et inadmissible de Yaya Dillo. Le recul du pouvoir offrira également au monde du travail des possibilités supérieures, des perspectives beaucoup plus grandes, pouvant conduire vers un avenir meilleur !
Voilà pourquoi les dirigeants des plateformes devraient tirer toutes les leçons des grèves et des luttes anyérieures. En effet, des décennies durant, tout au long de la dictature d’Idriss Déby notamment, les travailleurs ont été à la tête de durs combats, tant sur le plan social que politique. Mais, quoique justes, légitimes, toutes ces luttes n’ont pas changé leurs conditions de vie et celles des masses populaires. Elles n’ont pas fait mal non plus à la dictature.
Deux raisons fondamentales expliquent cela : d’une part, ces luttes étaient isolées, parcellaires, parce qu’elles n’entraînaient pas tous les travailleurs, tant du public que du privé, et l’ensemble des opprimés dans le même combat pour la défense de leurs intérêts communs spécifiques, contre l’Etat et le patronat, dont celui-ci défend les intérêts ; d’autre part, elles n’allaient pas au-delà du cadre institutionnel : elles se déroulaient et se cantonnaient sur le terrain choisi et défini par le pouvoir lui-même et se terminaient par des négociations, dont celui-ci ne respectait aucunement les termes.
Les travailleurs en lutte auraient donc intérêt à rompre avec ces pratiques stériles de grèves isolées se terminant par des négociations et des signatures de pactes sociaux, qui ne coûtent pas cher au pouvoir, dont il est, en fin de compte, le principal gagnant !
Pour sortir de l’impasse actuelle et imposer à la dictature les revendications, tant sociales que politiques, du monde de travail et de l’ensemble des opprimées, qui se résument à leur droit à une vie digne de notre époque, la seule stratégie, la seule perspective qui en vaille la peine, est celle d’un mouvement d’ensemble, d’une riposte collective, sous la forme d’un front unique regroupant tous les travailleurs du pays, du public comme du privé, mais aussi les militants des partis politiques de l’opposition, des organisations des droits de l’homme, des associations des femmes, des retraités, des chômeurs, des journalistes, des étudiants, des élèves, des artistes, des paysans pauvres, des petits commerçants, etc, unis dans la lutte pour la défense de leurs intérêts spécifiques, de leurs revendications commines, répertoriées dans un plan d’urgence d’intérêt public. Seul donc un front unique, regroupant tous les travailleurs et les masses opprimées, dans une lutte commune pour la défense de leur droit à la vie pourrait permettre d’imposer à la dictature les changements nécessaires, conformes à leurs profondes aspirations, tant politiques que sociales, et non un autre dialogue avec Mamat Kaka et Succès Masra, sous l’égide de la communauté internationale, comme le réclament certaines organisations de l’opposition. L’émancipation des masses populaires de la dictature et de la misère sera le fruit de leur mobilisation et de leurs luttes, multiformes, ou ne sera pas !
La nécessité d’un front unique …
Depuis l’accession du pays à l’indépendance formelle jusqu’à nos jours, le moins que l’on puisse dire est que le Tchad a été et reste le théâtre de luttes politiques permanentes, multiformes, exprimant, à leur manière, les aspirations des masses populaires à un monde meilleur. Cette tendance s’est accentuée avec l’avènement du multipartisme, marqué par l’éclosion des syndicats libres, de partis politiques d’opposition, d’une presse indépendante, d’associations de droits de l’homme, de femmes, d’étudiants, d’élèves, etc. Plus que dans les années passées, nombreux sont d’anciens et nouveaux militants, hommes et femmes, de tous les âges, notamment des jeunes, qui se lancent, par vagues successives, dans l’action politique et associative.
Au cours du long règne dictatorial de trente-quatre ans des Déy, malgré les assassinats, les arrestations, le bannissement, la précarité, ces différents militants sont debout, alimentent par leur colère le flambeau de la contestation, mènent plusieurs combats, parfois très durs, à travers des grèves, des manifestations, des protestations, contre la misère, la dictature, les injustices de toutes sortes, que leur impose le pouvoir du MPS. Certains d’entre eux vont même jusqu’à prendre des armes, renflouant ainsi les rangs des bandes armées, qui pullulent dans la région du Nord notamment.
Cependant, tous ces combats n’ont pas permis jusqu’alors d’améliorer les conditions de vie des masses populaires et d’en finir avec la dictature. La raison principale de cet échec relatif n’est pas dû au manque de combativité des travailleurs et des couches populaires, mais surtout, au fait que toutes ces luttes politiques se font, non pas derrière des directions défendant réellement les intérêts des travailleurs et des masses opprimées, mais, sous l’égide de politiciens bourgeois, - les Succès Masra, Saleh Kebzabo, Alhabo, Gali, Laoukaïn, et d’autres - ou des chefs de guerres, - les Mamat Nouri, les frères Erdimi et leurs semblables ; - qui, dès la mort d’Idriss Déby Itno, n’ont pas hésité à basculer dans le camp de la dictature, - que certains d’entre eux avaient d’ailleurs déjà servie dans le passé -, pour, finalement, imposer eux-mêmes la politique criminelle du pouvoir actuel ou en être complices, comme l’illustre si bien le bras de fer actuel entre les dignitaires du MPS et ceux des Transformateurs, d’un côté, et les travailleurs en grève, de l’autre.
Par conséquent, ce qui manque, ce n’est pas la détermination, la volonté, des travailleurs et des couches populaires d’en finir avec la misère et la dictature. Depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui, au Nord, au Sud, à l’Est, à l’Ouest, des milliers d’entre ces derniers s’engagent, de différentes façons, pour chercher une issue à leur situation, parfois au prix de leur vie. Mais, ce qui fait cruellement défaut de nos jours, c’est le cadre politique, qui pourrait les aider à défendre eux-mêmes leurs intérêts spécifiques, mais aussi, à ne pas faire confiance aux différents politiciens bourgeois et autres chefs de guerre, qui, à la moindre occasion, trahissent leurs aspirations pour un monde meilleur sur l’autel de leurs ambitions personnelles, comme on le voit avec le volte-face attendu de Succès Masra, pour ne pas parler de sa reddition politique.
Aussi, s’ils en ont l’ambition, est-ce ce cadre-là que les dirigeants des plateformes syndicales en grève devraient nécessairement construire avec l’ensemble des travailleurs du pays et des couches populaires qui mènent, isolément, des luttes diverses, chacun de son côté, alors que leurs intérêts, tant politiques que sociaux, sont les mêmes ! Ils devraient s’adresser à eux et leur proposer de se regrouper pour construire avec eux un front unique, afin de lutter, tous ensemble, de façon collective, pour leurs intérêts communs, leurs revendications communes ! Dans le contexte actuel, marqué par une recomposition de la classe dirigeante, sous la forme d’un renforcement de la réaction au sommet de l’Etat, grâce aux ralliements des principaux dirigeants de l’opposition, tant parlementaire que militaire, anciens sous-fifres d’Hissein Habré et d’Idriss Déby Itno, pour certains, - auxquels, toute honte bue, s’est allié Succès Masra -, seule donc la perspective d’un front unique pourrait permettre aux travailleurs de fédérer, autour d’eux, toutes colères qui couvent dans le pays et de prendre la tête d’un mouvement de tous ensemble pour mettre fin à la guerre actuelle que ces gens-là mènent contre les masses populaires.
Ses vertus….
Pour construire le front unique, les dirigeants des plateformes syndicales en lutte devraient d’abord s’adresser à tous les travailleurs, du public comme du privé, quels que soient leurs chapelles syndicales et leurs partis, pour leur proposer des revendications communes à défendre ensemble, ayant trait à leur vie et relatives à leurs intérêts spécifiques, comme une augmentation uniforme des salaires, de 90 ou 100 000 fr pour tout le monde, du Smig, à 90 ou 100 000 fr, des pension des retraités, une embauche massive des contractuels et des diplômés chômeurs, dans les secteurs essentiels de la fonction publique, l’Education et la Santé, notamment, etc.
Ils devraient aussi s’adresser à d’autres secteurs de la population, qui subissent la même misère et la même dictature qu’eux et leur proposer des revendications communes à défendre ensemble : les partis politiques de l’opposition, les associations des droits de l’homme, les organisations des femmes, des étudiants, des élèves, des petits commerçants, des paysans pauvres, etc.
Ce faisant, alors que les politiciens bourgeois construisent des barrières et des murs ethniques au sein des masses populaires, cherchent à les diviser, à les opposer sur des bases tribales, claniques, religieuses, par la perspective du front unique, les responsables des plateformes en lutte feront la démonstration du fait que les travailleurs, quels qu’ils soient, quelles que soient leurs ethnies, leurs religions, leurs régions, appartiennent à une seule et même classe et ont, fondamentalement, les mêmes intérêts parce qu’ils subissent tous la même misère et la même dictature, imposées par les politiciens bourgeois au pouvoir et le patronat, parmi lesquels ceux de leur propre ethnie ! Par ailleurs, en s’adressant à toutes les couches populaires, victimes, comme eux, de la politique des dignitaires du MPS et des Transformateurs au pouvoir, notamment aux militants des partis politiques de l’opposition, des organisations de droit de l’homme, des femmes, des étudiants, des petits commerçants, des paysans pauvres, ils montreront aussi, à la face du monde, que, contrairement aux politiciens bourgeois, qui ne pensent qu’à leur pomme, leur ambition, leur promotion personnelle, comme vient de le prouver Succès Masra, eux, les travailleurs, se soucient du sort de tous les opprimés et des problèmes de toute la société, quels qu’ils soient : ils montreront que, plus que quiconque, ils sont pour la démocratie la plus large qui soit, pour l’accession à toutes les libertés fondamentales, d’expression, d’organisation, de manifestation, de réunion, pour le respect du choix des populations lors des élections, pour l’expression de toutes les sensibilités politiques sur les médias publics, pour l’émancipation de la femme de toutes les oppressions, de toutes sortes, qu’elle subit, pour le soutien aux étudiants, aux élèves, aux petits commerçants, aux paysans pauvres, etc, afin qu’ils jouissent de meilleurs conditions d’études, de travail et de vie dignes de notre époque !
Par le biais de cette stratégie, les travailleurs apparaîtront comme des femmes et des hommes soucieux de tous les problèmes de la société, notamment ceux de l’ensemble des masses opprimées. Ils mettront ainsi fin à la légende selon laquelle il y aurait, d’un côté, des problèmes politiques et, de l’autre, des préoccupations syndicales, que distillent les politiciens bourgeois pour justifier de façon fallacieuse leur manque de combativité, le fait que, chaque fois que les travailleurs sont en grève, au lieu de leur apporter leur soutien, leur solidarité, ils sont dans leurs petits souliers et se terrent chez eux, comme on le voit maintenant !
Par ailleurs, en faisant des propositions qui correspondent aux besoins, tant sociaux que politiques des travailleurs et des masses populaires, les responsables des plateformes en lutte permettront de voir qui défend réellement leurs intérêts, qui est pour l’amélioration de leurs conditions de vie, leur accession aux libertés essentielles, leur émancipation de toutes les oppressions. Enfin, par le biais du front unique, organisé autour d’un plan d’urgence comprenant leurs revendications communes, qu’ils voudront imposer par la lutte, pour la première fois dans leur histoire, les travailleurs et les couches populaires se battront pour eux-mêmes, pour leurs propres intérêts et ceux de leurs familles, et non pour servir de force de manœuvres électorales ou de chair à canon au profit d’un politicien bourgeois, dirigeant d’un parti politique ou d’une bande armée, pour qui ils tireront les marrons du feu !
Evidemment, dans ce combat commun que les travailleurs proposeront aux partis politiques de l’opposition pour l’acquisition effective des libertés essentielles, il est hors de question qu’il y ait un mélange de genres : les travailleurs n’auront aucun intérêt à se mettre à la remorque des partis politiques de l’opposition. Ils devraient conserver et défendre leur indépendance politique : ils devraient combattre ensemble, marcher avec eux, mais, séparément, chacun restant sous son propre drapeau, avec son propre agenda.
Ses avantages…
La politique, c’est juste une question de rapport des forces ! Si aujourd’hui, les Mamat Kaka, Succès Msra et tous leurs comparses, à la tête de l’Etat, dirigent le pays ce n’est pas qu’ils bénéficient d’une adhésion populaire quelconque ni qu’ils soient plus intelligents ou plus courageux ! S’il en est ainsi, si, alors qu’ils ne sont qu’une toute petite minorité, ils imposent leur volonté à l’écrasante majorité des travailleurs et des masses populaires, c’est juste parce qu’ils sont organisés. Ils ont des états-majors politiques et militaires, sur lesquels ils s’appuient : l’Etat, avec ses différents démembrements, l’administration, l’armée, la police, la justice, le MPS, les Transformateurs et leurs multiples alliés.
Par conséquent, si les travailleurs et les masses opprimées veulent s’émanciper de la dictature et de la misère que leur imposent les Mamat Kaka, Succès Masra et leurs alliés, ils auraient intérêt à se doter d’une organisation qui soit la leur propre, au moins de la taille de celle leurs adversaires politiques. La perspective du front unique leur en offre l’opportunité : c’est un pas très important vers cette organisation indispensable, avec d’énormes avantages.
En effet, contrairement aux grèves et autres luttes isolées, qui n’ont rien changé de façon fondamentale, la perspective du front unique, dans le même combat pour des revendications sociales politiques communes, renforcera l’unité des travailleurs dans l’action, leur octroiera la conscience qu’ils ont les mêmes intérêts et les rendra plus confiants, plus forts, pour faire face à la politique criminelle du pouvoir. En accédant à la conscience de leurs intérêts communs, en prenant confiance en eux-mêmes, en la force qu’ils constituent, les travailleurs et l’ensemble des opprimés pourront disposer d’un levier important pour changer le rapport des forces entre eux et le pouvoir et mettre fin à la politique de celui-ci, car, aucune dictature ne pourrait résister à la mise en branle de millions d’opprimés de N’Djaména, entraînant derrière eux ceux de Moundou, Sarh, Abéché, Bongor, Mao, Faya, Mongo, Fada et d’autres centres urbains du pays, tous décidés à prendre consciemment leur sort en main et à imposer les changements nécessaires conformes à leurs aspirations profondes ! .
Aussi, la tâche de tous ceux qui veulent que les choses changent réellement, quels qu’ils soient, est-elle d’aider les travailleurs et l’ensemble des opprimés à construire méthodiquement ce front unique-là, seul moyen, pour l’heure, d’empêcher la clique des Mamat Kaka, Succès Masra et autres valets de l’impérialisme français au pouvoir de continuer à nuire à la société !
Ali Mohamed Abali Marangabi