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Notre famille humaine, déjà maintes fois disparue...
dimanche 5 avril 2026, par
Notre famille humaine, déjà maintes fois disparue...
Les branches de notre famille (appelée les homininés), les espèces qui ont fait l’homme, ont quasiment tous disparu (au moins 31 espèces sur 32), y compris presque toutes celles du genre « homo » comme nous. Tous étaient mal adaptés, avaient peu de moyens naturels pour survivre, ont subi de nombreux échecs, n’ont pas tenu aux changements climatiques et environnementaux, et même nous (homo sapiens sapiens) avons bien failli disparaitre plusieurs fois et sommes à nouveau menacés par l’effondrement du système mondial d’exploitation de l’homme qui nous domine…
Homo sapiens sapiens a une bonne estime de lui-même, de sa place dans la nature, dans le monde, de ses capacités intellectuelles, scientifiques, artistiques et techniques. Il n’est pas loin de penser que, s’il est le seul homininé à avoir subsisté, c’est parce qu’il est supérieur en capacités. Mais il est loin encore d’avoir montré qu’il peut seulement subsister plus longtemps que les autres, car il n’a pas encore vécu assez pour le prouver.
Josef H. Reichholf rapporte ainsi dans « L’émergence de l’homme » :
« Nous sommes un produit de l’évolution naturelle, même si c’est un produit assez inhabituel et à bien des égards inachevé. Notre constitution biologique nous pose une foule de problèmes. Nous devons nous habiller parce que notre corps est presque entièrement nu. Nous devons lutter contre des déformations osseuses et musculaires parce que nous marchons debout bien que nous soyons initialement des quadrupèdes. Nous naissons dans la douleur parce que notre cerveau supérieurement développé occupe une si grande place que la tête à du mal à passer par le canal prévu à cet effet. Enfin, nous devons veiller très attentivement à notre régime alimentaire parce qu’il n’y a pas pratiquement d’alimentation naturelle pour l’homme…
Nulle part nous ne sommes adaptés au milieu naturel au même titre que le lion ou le buffle, le loup ou le gorille qui ont leur place dans l’équilibre de la nature.
Nous devons recourir à une foule de moyens extérieurs pour survivre : en particulier cultiver la terre pour récolter notre nourriture et modifier la nature du sol afin de pouvoir l’habiter.
Nous nous distinguons fondamentalement en cela des autres organismes, même si beaucoup d’entre eux modifient également leur environnement.
Jamais aucune espèce n’a agi aussi profondément aussi durablement que l’homme sur le déroulement des processus naturels.
Les changements sont démesurés, ne serait-ce que si l’on compare l’humanité actuelle, dans l’univers civilisé qu’elle s’est créé, avec ses ancêtres qui ne sont pas tellement éloignés et qui entreprirent il y a quelques dizaines de milliers d’années de quitter l’Afrique pour partir dans le vaste monde…
Les premiers Européens n’ont pas été des représentants de notre propre espèce, mais de celle de l’Homo erectus. Ils ont occupé l’Europe il y a environ 1 millions d’années ; les plus anciens restes de squelettes de ce type datent au moins de 600.000 ans. La présence de cette autre espèce d’homme sur le continent eurasien a duré des centaines de millénaires… Par comparaison avec la longévité de cette espèce, l’homme moderne n’est qu’un simple novice, il en a encore pour longtemps avant que soit prouvée ses capacités de survie.
Ces représentants de l’Homo erectus ont disparu d’Eurasie sans laisser de traces. La lignée humaine se serait éteinte avec eux, si entre-temps dans la patrie africaine ne s’était développé un deuxième type d’homme, que nous connaissons sous le nom de Néanderthal. C’est lui qui entreprit la deuxième tentative d’échappée dans le monde, et celle-ci sembla à son tour réussie. L’homme de Néanderthal, hautement développé par rapport à ses ancêtres, gagna à partir de l’Afrique de vastes régions de l’Europe, du Proche-Orient et de l’Extrême-Orient. Il devint une figure dominante du monde animal des 200 derniers millénaires : l’homme de l’ère glaciaire. Mais à la fin de cette ère, l’homme de Néanderthal disparut sans laisser de traces, exactement comme ses prédécesseurs, et si la lignée humaine n’avait pas subsisté grâce aux formes primitives restées en Afrique occidentale, la deuxième tentative aurait également abouti à une impasse.
En l’occurrence, pendant que l’action principale se déroulait sur la scène de l’ère glaciaire, le troisième acte de l’hominisation débuta avant même que le deuxième fût terminé – et seul ce troisième acte donna naissance à l’homme moderne. Celui-ci se répandit en Afrique il y a environ 70.000 ans et pénétra en Europe et en Asie il y a 40.000 ans. »
Stephen Jay Gould dans "La vie est belle" :
« Des milliers et des milliers de fois, il s’en est fallu de peu pour que nous soyons purement et simplement effacés du film de la vie. (...) Homo sapiens est un détail dans l’histoire de la vie, et n’en incarne pas une tendance. »
« L’émergence de l’homme » par Ian Taterstall :
« Nous regardons notre propre espèce comme l’entité biologique ayant atteint un sommet évolutif, et même plus que cela, le sommet de l’évolution. Et nous aimons souligner ce fait en attribuant à nos plus proches apparentés une position plus basse que la nôtre sur la ligne ascendante qui culmine dans notre position élevée. Or, c’est une conception absolument fausse que de mesurer le succès évolutif de telle ou telle espèce en fonction de son progrès en direction du sommet d’une échelle. (...) La plupart des personnes qui veulent se représenter l’apparition de l’homme en termes d’histoire évolutive tendent à la concevoir comme un lent mouvement de perfectionnement, de nos adaptations au cours du temps. Si tel était le cas, le processus nous ayant façonnés apparaitrait rétrospectivement inéluctable. De nombreux paléoanthropologues, ces chercheurs qui étudient les archives fossiles, trouvent une certaine commodité intellectuelle à regarder notre histoire évolutive comme une longue montée laborieuse mais régulière, qui nous a fait passer du stade la brute à celui de l’être intelligent. Ils ont même forgé le terme d’"hominisation" afin de décrire le processus à l’origine de l’homme, ce qui renforce l’impression que non seulement notre espèce est unique en son genre, mais que le mécanisme évolutif qui nous a façonnés l’est tout autant. Cette conception présente de nombreux risques. (...) Les scientifiques l’ont appris petit à petit, à mesure que se sont accumulées les données des archives paléontologiques - lesquelles les ont contraint à abandonner l’idée que notre histoire biologique a uniquement consisté en une simple progression linéaire (...) Depuis des années, les paléontologues se rendaient vaguement compte que (...) les nouvelles espèces, au lieu d’apparaitre en raison d’une transformation graduelle d’une espèce souche, au cours du temps, semblaient surgir brusquement dans les archives géologiques (...) Elles disparaissaient aussi brutalement qu’elles étaient apparues (...) Les archives fossiles n’obéissaient pas aux prédictions de la théorie du changement graduel. (...) Le nouveau schéma explicatif était constitué de longues périodes de stabilité des espèces interrompues par de brefs phénomènes de spéciation, d’extinction et de remplacement. (...) Eldredge et Gould proposaient, en réalité, que l’évolution, tout en étant graduelle, procédait par à-coups : "l’évolution par sauts" (...) .
Bien souvent les modifications de l’environnement non seulement surviennent en général trop rapidement pour que la sélection naturelle puisse y répondre immédiatement, mais elles ont aussi généralement pour conséquence de permettre la colonisation rapide de vastes portions de territoire par toutes sortes de nouvelles espèces, ce qui conduit à une compétition et à des remplacements rapides de faunes. Comme nous le verrons, notre propre genre Homo est peut-être apparu dans le cadre de ce type de "poussée de remplacement" faunistique promue par l’environnement. (...) Eldredge et Gould ont rejeté la notion selon laquelle nous devrions apercevoir un lent changement de génération en génération. Au contraire, ils ont estimé que la spéciation est un processus rare, difficile à réaliser, ce qui a pour conséquence que les lignées sont pour l’essentiel stables, et que les remplacements d’espèces ne se produisent qu’occasionnellement et rapidement. (...)
Nous avons tendu jusqu’à présent à voir l’histoire de notre lignée comme moins touffue qu’elle n’a réellement été. En même temps, nous avons toujours tendu à voir notre propre espèce comme plus centrale dans l’évolution de notre famille qu’elle ne peut l’être, étant donné qu’elle ne représente en fait qu’une brindille terminale parmi d’autres au sein d’un gros buisson (mais il est vrai la seule survivante aujourd’hui). (...) Mais accepter ce cadre explicatif nous conduit à abandonner, une fois pour toutes, la notion tenace selon laquelle nous sommes le résultat final, parfait ou non, d’un processus continu d’amélioration. (...) Dans le cas de notre lignage, par exemple, les paléo que l’apparition de la bipédie, l’évolution de la dimension du cerveau ou de certains détails du crâne et de la denture. (...) Si fascinants et importants qu’ils soient, les caractéristiques et les complexes fonctionnels n’existent pas à l’état isolé. (...) La nature peut seulement agréer ou rejeter un organisme dans sa totalité. Par conséquent, il est par exemple totalement inutile, dans un sens fondamental, de débattre de la question de savoir si la bipédie est apparue en tant d’adaptation locomotrice, ou bien en tant que mécanisme thermorégulateur, ou bien en tant que moyen d’augmenter le champ de vision, ou bien encore en tant que moyen d’éviter l’attention des prédateurs intéressés prioritairement par les silhouettes horizontales. Il suffit d’admettre que ce comportement est simplement apparu chez la première espèce bipède de notre lignage probablement (....) plus en complément à l’aptitude à grimper aux arbres qu’en remplacement de celle-ci. (...) Ces premier individus bipèdes (et cette première espèce bipède) étaient des organismes fonctionnels globaux, et s’ils ont connu un succès évolutif, c’est nécessairement en tant que tout, et non pas en tant que véhicules de l’un ou l’autre de leurs "traits". »
François Jacob en 1981 dans « Le jeu des possibles » :
« Comme l’a montré Allan Wilson , les différences d’organisation entre humains et grands singes ne peuvent se fonder que sur des changements dans quelques gènes de régulation. Une conclusion semblable a déjà été atteinte par les anatomistes et les paléontologistes qui ont souligné l’importance de ce qu’ils ont appelé « retardement du développement » comme facteur d’évolution. Parmi les événements les plus dramatiques de l’évolution, certains en effet sont liés à des changements qui avancent la maturité sexuelle à un stade plus précoce du développement. Des traits qui jusque là caractérisaient l’embryon deviennent alors ceux de l’adulte. C’est très vraisemblablement un tel mécanisme qui a donné naissance aux vertébrés à partir de quelque invertébré marin. C’est ce même processus qui semble avoir joué un rôle majeur dans la voie qui a mené à l’homme. L’embryon humain se développe selon un schéma de retardement conservant chez l’adulte une série de traits qui, chez les autres primates et les ancêtres de l’homme, caractérisent le petit. »
Toutes les espèces d’homininés (environ 32 connues actuellement) sauf une (sapiens) ont déjà disparu
Orrorin tugenensis a disparu il y a 6,6 millions d’années.
Sahelanthropus tchadensis a disparu il y a 6 millions d’années.
Ardipithecus kadabba a disparu il y a 5,2 millions d’années.
Ardipithecus ramidus a disparu il y a 4,3 millions d’années.
Australopithecus anamensis a disparu il y a 3,8 millions d’années.
Australopithecus afarensis a disparu il y a 2,9 millions d’années.
Australopithecus prometheus a disparu il y a 3 millions d’années.
Australopithecus deyiremada a disparu il y a 3,3 millions d’années.
Australopithecus africanus a disparu il y a 2,3 millions d’années.
Australopithecus garhi a disparu il y a 2,4 millions d’années.
Australopithecus sediba a disparu il y a 1,975 millions d’années.
Australopithecus amanensis a disparu il y a 3,8 millions d’années.
Kenyanthropus platyops a disparu il y a 3,2 millions d’années.
Paranthropus aethiopicus a disparu il y a 2,3 millions d’années.
Paranthropus bosei a disparu il y a 1,4 millions d’années.
Paranthropus robustus a disparu il y a 1,2 millions d’années.
Homo rudolfensis a disparu il y a 1,8 millions d’années.
Homo georgicus a disparu il y a 1,7 millions d’années.
Homo habilis a disparu il y a 1,4 millions d’années.
Homo ergaster a disparu il y a 1 million d’années.
Homo gautengensis a disparu il y a 800.000 ans.
Homo antecessor a disparu il y a 781.000 ans.
Homo heidelbergensis a disparu il y a 300.000 ans.
Homo naledi a disparu il y a 300.000 ans.
Homo rhodesiensis a disparu il y a 200.000 ans.
Homo erectus a disparu il y a 110.000 ans.
Homo floresiensis a disparu il y a 50.000 ans.
Homo luzonensis a disparu il y a 50.000 ans.
Homo denisoviensis a disparu il y a 40.000 ans.
Homo neanderthalensis a disparu il y a 35.000 ans.
Treize espèces d’Homo sur quatorze ont disparu comme cinq espèces d’Australopithèques, trois espèces de Paranthropes, deux espèces d’Ardipithèques, le Kenyathrope et encore avant Orrorin et le Sahelanthrope qui ont tous disparu sans descendance. Ils ne sont pas pour la plupart les descendants les uns des autres.
En effet, cette liste de disparition n’est pas une évolution au sens où les uns n’ont pas disparu pour laisser la place aux suivants ! Ils ne se sont pas succédé linéairement. Ils ont simplement échoué et d’autres, par ailleurs, ont repris la tentative de survivre dans un environnement difficile et changeant.
On peut se dire que tout cela n’a pas d’importance puisque l’Homo sapien, lui, a survécu. Mais il ne l’a fait que pendant une période courte encore, plus courte que la plupart des autres : seulement trois cent mille ans !
Ce n’est pas grand-chose devant les quatre cent mille ans d’Homo heidelbergensis, de Paranthropus aethiopicus ou d’Homo denisovensis, les quatre cent vingt mille ans d’Homo néanderthalensis, les cinq cent mille ans d’Homo ergaster, d’Australopithecus africanus ou de Paranthropus robustus, les six cent mille ans d’Homo rudolfensis, les neuf cent mille ans d’Homo habilis, le million d’années d’Homo erectus ou d’Australopithecus afarensis, le 1,2 million d’années de Paranthropus boisei… Devant tous ces géants, Homo sapiens est encore un petit jeune qui doit faire ses preuves…
Homo sapiens a pu rencontrer plusieurs autres sortes d’Homo comme Homo neanderthalensis ou Homo denisovensis, Homo floresiensis, Homo naledi, Homo erectus, Homo rhodesiensis et Homo heidelbergensis. Il s’est probablement croisé avec eux, enrichissant son capital génétique. En a-t-il tiré un renforcement de son espèce suffisant pour se protéger des menaces ?
Les multiples révolutions du genre Homo
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3908
Faut-il accuser l’Homo sapiens d’avoir détruit la nature ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7476
L’humanité se pose une question qu’elle peut résoudre…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3102
On peut en finir avec le système d’exploitation sans en finir avec l’humanité ou la replonger dans la barbarie et la sauvagerie…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8434
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8073
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4436
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5960
Contrairement aux idées reçues, l’homme moderne n’est pas le descendant d’une seule lignée, mais le produit d’un mélange de nombreuses espèces différentes d’hominidés.
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2981
Les grandes énigmes de l’hominisation
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5037
Une évolution linéaire et continue d’homo erectus à homo sapiens sapiens ?
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2981
C’est une évolution en buisson
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5526
Les hypothèses d’arborescences de l’évolution humaine
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4379
Les mystères de l’origine de l’homme
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7884
Evolution et Révolution de l’homme en tant qu’espèce
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6322
C’est la femme qui a fait… l’homme…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8688
C’est la socialisation qui a fait l’homme et peut lui donner un avenir…
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3219
https://www.pourlascience.fr/sd/anthropologie/la-sociabilite-cle-de-la-survie-de-sapiens-20316.php