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Lutte contre le fascisme et l’extrême-droite : le NPA-révolutionnaire tourne le dos à Trotsky (suite)

dimanche 7 juillet 2024

Cette brève est la suite de la brève précédente et poursuit le commentaire de la video du NPA

Trotsky à peine cité

L’exposé qui concerne la période du Front populaire en France, suivant celui sur la montée du fascisme en Italie, est malheureusement pire.

Premièrement parce que la France nous est plus proche, c’est ici que nous sommes le mieux placés pour mener une politique contre l’extrême droite, et avons besoin d’une politique pour ce but. Désorienter les auditeurs concernant le Front Populaire (FP) de 1936 et donc le Nouveau Front Populaire (NFP) de 2024 peut ainsi avoir des effets néfastes directs, éloigner la jeunesse des idées révolutionnaires alors qu’elle peut s’en approcher sous l’effet des événemets. C’est la tâche des organisations centristes comme le NPA.

Deuxièmement Trotsky nous a laissé une analyse magistrale, une politique à suivre, dans son ouvrage Où va la France ?. Cet ouvrage est bien plus accessible pour nous que ses textes concernant le fascisme et le nazisme, ou la révolution d’Octobre, car nous sommes familiers avec le PS, le PC, la CGT, avec la France de 1936, les noms, les lieux, les événements.

Ne pas même mentionner largement ce texte de Trotsky est tourner quasi ouvertement le dos au trotskisme. Poutou le fait ouvertement en se ralliant au NFP, le NPA-révolutionnaire le fait en cachette, péchant par omission.

Le rôles des révolutionnaires selon le NPA-révolutionnaires : aucun

Le pire, dans cet exposé sur le FP de 1936 en France, comme d’ailleurs dans toute la video, c’est que le NPA-R se borne à critiquer les réformistes. Certes cette critique des réformistes est un point utile et nécessaire, incontournable dans ce type d’exposé, mais alors que le titre de l’exposé mentionne « le rôle des révolutionnaires » ... on attendra en vain quoi que ce soit !

Les révolutionnaires d’après le NPA n’auraient aucune politique autonome, ils se contentent de donner des bons points aux « luttes » ouvrières, de mauvais points aux réformistes, sans expliquer pourquoi ces mêmes luttes sont dirigées par les réformistes. Bref, pour le NPA-R les révolutionnaires restent un groupe de spectateur à l’aile gauche du camp réformiste, espérant peut-être le redresser, en lui « démontrant » que sa politique n’est pas la bonne, ce que fait le NPA-R dans son exposé. Les révolutionnaires n’ont rien à faire, le NPA répète souvent que le jour où les ouvriers "en voudront vraiment", ils se tourneront spontanément vers le NPA. Le jour où Poutou comprendra ses erreurs, il reviendra vers le NPA-révolutionnaires.

La gauche et les organisations ouvrières : des catégories peu marxistes

Dans son introduction et dans tout l’exposé, PS, PC , CGT sont placés dans une grande catégorie comprenant la gauche, les organisations ouvrières, les syndicats, le "camp des travailleurs", "notre camp"
Or Trotsky, suivant les 4 premiers congrès de l’IC puis l’opposition de gauche dans cette IC, distingue quatre courants : le courant prolétarien , les socio-démocrates, les centristes et les staliniens. Aujourd’hui encore ces catégories restent valables. Les staliniens, les centristes et les socio-démocrates sont des agents de la bourgeoisie.
Trotsky parle très peu de « la gauche ». Le NPA utilise toutes les étiquettes qui permettent aux révolutionnaires d’être classés dans la même famille que les courants bourgeois du mouvement ouvrier. C’est l’équivalent du « camp des travailleurs » de N. Arthaud.

Staline n’est pas évoqué par le NPA ! Le film Le grand tournant indique dans son titre le tournant fondamental de Staline en 1935, illustré par la déclaration Laval-Staline qui appelle tous les PC à se rallier à l’Union sacrée dans leur pays, à ajourner officiellement la révolution prolétarienne. Trotsky qualifie de tournant de dissolution de fait de l’Internationale. Le NPA ignore ce "grand tournant", ne mentionnant qu’un changement de tactique dans l’alliance avec le PS.

Le pire qui est reproché au PC, ce n’est pas d’être stalinien, mais comme dirait le Figaro, « d’être aux ordres de Moscou ». Or pour les révolutionnaires, ce n’est pas un reproche valable. Lorsqu’en 1920, « sur ordre de Moscou », tous les PS durent se prononcer sur les « 21 conditions d’admission à l’IC », c’était une bonne politique. Lorsque dans les années 30, « sur ordre de Moscou », le PC fit assassiner des trotskistes, ce ne l’était plus.

Manifestation du 12 février 34 à la Concorde ?

Mettons sur le caractère provincial des exposant l’erreur qui consiste à situer la manifestation du 12 février 34 à la Concorde. Tout militant est familier avec le fait que la Concorde est le lieu des manifs de droite, les manifs de gauche se tenant à Nation, Bastille ou République.

Front populaire et Front unique

La partie la plus nuisible de l’exposé est celle qui compare Front populaire et Front unique, ces deux tactiques étant présentées comme les deux principales du "mouvement ouvrier". Or pour la deuxième tactique, le terme exact est "Front unique ouvrier", qu’on peut ensuite abréger en Front unique, ou Front uni, mais qu’il faut bien nommer au moins la première fois. Car le Front populaire introduit la notion de "front uni" (FU) comme abréviation de "front uni antisfasciste". Le « front uni » qui dérive du Front populaire est une politique bourgeoise, la politique révolutionnaire prolétarienne étant le Front uni qui est le Front unique ouvrier (FU0).
Encore une fois, le NPA-R reste dans le vague des mots. Le NPA-R donne un troisième ses à Front uni.
Pour le NPA, les grèves de 36 sont un exemple de FU, puisque les ouvriers ont "lutté ensemble". Pour le NPA, la grève était autogérée en 1936 grâce aux crèches et aux cantines collectives ! Alors que pour les marxistes, c’est la création de comités d’usines, de soviets qui est la question fondamentale.

La tactique de Front unique ouvrier n’a pas été mise en place par des révolutionnaires en 1936, c’est pour cette raison que juin 36 n’a pas débouché sur la victoire d’une révolution prolétarienne, bien que la situation ait été révolutionnaire. Eut cette tactique été mise en place, en France et en Espagne, Hitler, Franco et Pétain auraient été vaincus.

Le NPA affirme le contraire : le Front unique a été mis en place. Le NPA insinue donc que cette tactique révolutionnaire a échoué ! Mais pourquoi juin 36 fut-il une défaite du mouvement ouvrier ? Pas de réponse du NPA. Qu’auraient dû faire les révolutionnaires ? Le NPA ne le dit pas.
Pour cette raison l’’exposé tout entier est démoralisant : il n’affirme pas que les révolutionnaires peuvent vaincre le fascisme assez facilement s’ils ont une politique correcte de Front unique ouvrier, dont la mise en place de soviets fait partie.
Pour le NPA-R, la faute revient donc sans doute aux ouvriers qui n’ont pas été « assez loin » dans le Front uni. Confondre Front uni avec grève générale est une erreur. EN 1926 en Angleterre la grève fut bien générale, mais dirigée par les réformistes elle fut un échec. Le véritable Front uni comprend une politique envers les organisations syndicales, le NPA-R ne veut pas en évoquer la possibilité, pour ne pas perdre aujourd’hui des positions dans les syndicats.

Le NPA confond l’opposition réforme et révolution à celle entre élection et lutte

Le NPA affirme une contre vérité : le Front populaire serait un accord en vue des élections. C’est entièrement faux. En juillet 1934 c’est un pacte d’unité d’action qui est signé. Un accord électoral est exclu. C’est la déclaration Laval-Staline qui fait tomber l’obstacle à un tel accord.

De plus, le Front populaire est une politique mondiale. En Chine par exemple Mao appelle à un Front uni antifasciste, l’équivalent d’un Front populaire, mais il n’y aura jamais d’accord avec électoral avec le Kuomintang.
Le NPA ne veut pas discuter la question du Front populaire à l’échelle internationale, car par exemple malgré une critique dans des articles de fond, le NPA-R, quand il était aux côtés de Poutou dans le NPA, a accepté la caution d’un parti comme le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) au congrès de fondation du NPA, voir ici
De plus le NPA-R a défilé récemment en brandissant le drapeau palestinien bourgeois, sans aucune critique. Le NPA-R critique le Front populaire en 1936, mais appelle à voter FP au deuxième tour des législatives, et se rallie de fait au Front populaire palestinien en 2024 !.

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