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Quelques jours avant la révolte de décembre 2025, les dirigeants iraniens faisaient des avances aux USA

dimanche 11 janvier 2026

Traduction de l’article paru dans l’importante revue Foreign Affairs, le 22 décembre 2025. Si Trump souhaite couper la Chine du pétrole iranien, il trouvera des amis parmi les dirigeants, comme il semble en avoir trouvé au Venezuela. Cela n’est pas nouveau, mais si Trump veut enfermer la Chine, il saisira peut être l’occasion. La révolte des bourgeois du Bazar pourrait accélérer les choses dans ce sens, car une telle politique apparaitrait comme une revendication de la révolte en Iran

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Comment les États-Unis et l’Iran peuvent sortir de l’impasse nucléaire Mettre fin au cycle d’hostilité et de menaces

M. Javad Zarif et Amir Parsa Garmsiri

Dans les relations internationales contemporaines, la sécurité n’est pas seulement quelque chose que les pays recherchent pour eux-mêmes. C’est aussi un concept qu’ils utilisent pour justifier le contrôle, la contrainte et l’orientation du comportement des autres. Lorsque les politologues parlent de « sécurisation », ils font référence à un processus par lequel une question particulière est présentée comme une menace existentielle justifiant des mesures extraordinaires, plutôt que comme un problème que les gouvernements peuvent traiter par le biais de la politique normale.

La République islamique d’Iran en est un parfait exemple. Au cours des deux dernières décennies, Israël et les États-Unis ont tenté de persuader le monde de cesser de traiter l’Iran comme un pays normal et de le considérer plutôt comme le principal danger du système international. Il en a résulté des dénonciations constantes, des sanctions écrasantes, des menaces d’action militaire et, plus récemment, des opérations militaires contre son territoire, menées pendant les négociations diplomatiques entre Téhéran et Washington. En réponse, l’Iran a été contraint de consacrer davantage de ressources et d’attention à sa défense. Il a également augmenté son enrichissement d’uranium en signe de défi, afin de montrer qu’il ne se laisserait pas intimider. La sécurisation externe de l’Iran a alimenté une dynamique parallèle au niveau national, l’État ayant adopté une approche plus stricte pour faire face aux défis sociaux internes, en répondant à ces défis par des restrictions plus sévères.

Il en résulte un cycle de sécurisation : une spirale vicieuse dans laquelle l’Iran et ses adversaires se sentent contraints d’adopter des politiques plus hostiles en réponse au comportement de l’autre. Ce phénomène s’apparente quelque peu au dilemme de la sécurité, dans lequel la décision d’un gouvernement de renforcer ses capacités incite les autres à faire de même. Mais dans le cas du dilemme de la sécurité, chaque partie réagit à une augmentation matérielle des capacités de l’autre. Ce cycle commence par des discours. Le pays ciblé est présenté comme une menace, puis traité comme tel. En réponse, il se tourne vers des activités – telles que le renforcement de ses capacités balistiques ou l’augmentation de son enrichissement – qui peuvent être utilisées pour corroborer l’allégation initiale. En d’autres termes, le cycle produit une prophétie auto-réalisatrice. Le pays sécurisé s’éloigne progressivement de son indépendance et se retrouve piégé dans une série de comportements réactifs.

Il ne sera pas facile de briser ce cercle vicieux, et cela exigera que les puissances étrangères respectent les droits et la dignité de l’Iran et cessent de diffamer, de menacer et de contraindre sans cesse un État civilisé millénaire. Mais Téhéran peut prendre certaines mesures pour contribuer à briser ce cercle vicieux de sécurisation. Il peut commencer par renforcer le soutien intérieur grâce à des réformes économiques, ce qui lui permettra de renforcer sa position dans les négociations internationales. Après tout, le peuple iranien s’est révélé être le plus grand atout de l’Iran pour résister et dissuader les agressions étrangères. Téhéran peut également rééquilibrer l’importance qu’il accorde à la puissance défensive matérielle – une importance qui amplifie souvent la perception des menaces – et privilégier à la place la coopération et la coordination, en particulier au niveau régional. Il peut établir un dialogue franc avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) afin d’aborder les préoccupations mutuelles et de trouver un moyen de reprendre la coopération. Et il peut s’engager avec les États-Unis pour gérer leurs différends, à commencer par la question nucléaire et les sanctions.

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How America and Iran Can Break the Nuclear Deadlock Ending the Cycle of Hostility and Threats

M. Javad Zarif and Amir Parsa Garmsiri
December 22, 2025

In contemporary international relations, security is not just something countries seek for themselves. It is also a concept they use to justify controlling, constraining, and directing others’ behavior. When political scientists speak of “securitization,” they refer to a process through which a particular issue is portrayed as an existential threat justifying extraordinary measures instead of something that governments can address through normal politics.

The Islamic Republic of Iran serves as a perfect illustration. Over the last two decades, Israel and the United States have tried to persuade the world to stop treating Iran as a normal country and to instead treat it like the international system’s leading danger. The result has been constant denunciations, crushing sanctions, threats of military action, and, most recently, military operations against its territory—carried out during diplomatic negotiations between Tehran and Washington. Iran, in response, has been forced to devote more resources and attention to defense. It also increased uranium enrichment in defiance, to show that it would not be pressured into submission. The external securitization of Iran has fed into a parallel dynamic at home, as the state adopted a stricter approach in dealing with domestic social challenges, responding to these challenges with tighter restrictions.

The result is a securitization cycle : a vicious spiral in which Iran and its adversaries feel compelled to adopt more hostile policies in response to each other’s behavior. This phenomenon is somewhat like the security dilemma, in which one government’s decision to bolster its capabilities prompts others to do the same. But with the security dilemma, each side is reacting to material increases in the other’s capacity. This cycle begins with rhetoric. The target country is portrayed as a threat, and then is treated as a threat. And in response, it turns to activities—such as bolstering its missile capabilities or increasing enrichment—that can be used to corroborate the initial allegation. The cycle, in other words, produces a self-fulfilling prophecy. The securitized country gradually distances itself from independent agency and becomes trapped in a series of reactive behaviors.

Breaking this cycle will not be easy, and it will require that foreign powers respect Iran’s rights and dignity and stop constantly defaming, threatening, and coercing a millennia-old civilization-state. But there are steps that Tehran can take to help in breaking the vicious securitization cycle. It can start by shoring up domestic support through economic reforms, bolstering its hand in international negotiations. After all, Iranian people have proved to be Iran’s greatest asset in resisting and deterring foreign aggression. Tehran can also recalibrate its emphasis on material defensive power—an emphasis that often amplifies threat perceptions—and instead prioritize cooperation and coordination, particularly at the regional level. It can establish a frank dialogue with the International Atomic Energy Agency (IAEA) to address mutual concerns and find a way to resume cooperation. And it can engage with the United States to manage their differences, starting with the nuclear issue and sanctions.

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