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Une lutte d’ampleur, dans l’unité, de la classe ouvrière, est-elle une arme contre le fascisme ?

samedi 28 février 2026

Une lutte d’ampleur, dans l’unité, de la classe ouvrière, est-elle une arme contre le fascisme ?

Un des grands mensonges actuels de l’extrême-gauche opportuniste (LO, NPAs, RP) est de répondre "oui", diluant cette "évidence" dans une propagande sans programme.

Une réponse marxiste est bien sûr : 1) oui si c’est unité se fait derrière un programme marxiste, bolchévik-léniniste, et le fascisme est facilement balayé. 2) Non si cette lutte se fait derrière un programme réformiste, le fascisme est au contraire favorisé.

Dans le second cas, une lutte de grande ampleur vouée à l’échec derrière une direction réformiste crée une démoralisation dans la classe ouvrière qui favorise la victoire du fascisme, en est même un des pré-requis. Des mouvement "antifascistes" réformistes d’ampleur sont favorables au fascisme. C’est à de tels mouvements qu’appellent aujourd’hui en France les partis et syndicats de gaucche.

L’exemple historique est celui de la révolution manquée de 1920 en Italie. La classe ouvrière était unie dans un grand parti (le PS, qui ne se divisera en PC et PS qu’en 1921), et une grande organisation syndicale : la CGT.

Des grèves de grande ampleur touchèrent l’Italie en 1920.

La victoire de la révolution prolétarienne aurait empêché la victoire du fascisme en Italie.

Le fait que cette victoire était possible, qu’elle fut empêchée par les réformistes, est reconnu

1) par les réformistes :

C’est notre honneur d’avoir empêché la révolution méditée par les extrémistes. Après, lorsque nous avions déjà évité la catastrophe révolutionnaire, est venu le fascisme.

D’Aragona, secrétaire de la CGT

2) par les bourgeois :

Ces jours-ci, l’Italie a couru le risque d’éclater : la révolution ne s’est pas faite, non parce qu’elle s’est heurtée à des obstacles, mais parce que la CGT ne l’a pas voulue.

Corriere della Serra

(Robert Paris, Histoire du fascisme en Italie - tome I pages 192-193)

3) enfin par Lénine et Trotsky au 4 ème de l’IC :

Les conditions objectives d’une révolution victorieuse étaient réalisées. Il ne manquait plus que le facteur subjectif ; il manquait un parti ouvrier décidé, prêt au combat, conscient de sa force, révolutionnaire, en un mot : un véritable Parti Communiste.

D’une façon générale, à la fin de la guerre, une situation analogue existait dans presque tous les pays belligérants. Si la classe ouvrière n’a pas triomphé en 1919-1920 dans les pays les plus importants, cela provient précisément de l’absence d’un parti ouvrier révolutionnaire. C’est ce qui s’est manifesté plus particulièrement en Italie, pays qui était le plus rapproché de la révolution et qui traverse actuellement une période de contre-révolution.

L’occupation des usines par les ouvriers italiens, en automne 1920, a constitué un moment décisif dans le développement de la lutte des classes en Italie. Instinctivement, les ouvriers italiens poussaient à la solution de la crise dans un sens révolutionnaire. Mais l’absence d’un parti ouvrier révolutionnaire décida du sort de la classe ouvrière, consacra sa défaite et prépara le triomphe actuel du fascisme. La classe ouvrière n’a pas su trouver suffisamment de forces, au point culminant de son mouvement, pour s’emparer du pouvoir ; voilà pourquoi la bourgeoisie, en la personne du fascisme, son aile la plus énergique, réussit bientôt à faire mordre la poussière à la classe ouvrière et à établir sa dictature. Nulle part, la preuve de la grandeur du rôle historique d’un Parti Communiste pour la révolution mondiale n’a été fournie d’une façon plus nette que dans ce pays, où précisément, faute d’un tel parti, le cours des événement a pris une tournure favorable à la bourgeoisie.

Non pas qu’il n’y ait pas eu en Italie, pendant ces années décisives, de parti ouvrier : le vieux Parti Socialiste était considérable par le nombre de ses membres et jouissait, extérieurement du moins, d’une grande influence. Mais il abritait dans son sein des éléments réformistes qui le paralysaient à chaque pas. Malgré la première scission qui avait eu lieu en 1912 (exclusion de l’extrême-droite) et en 1914 (exclusion des Francs-Maçons), il restait encore dans le Parti Socialiste Italien, en 1919-1920, un grand nombre de réformistes et de centristes. A tous les moments décisifs, les réformistes et les centristes étaient comme un boulet aux pieds du Parti. Nulle part ils n’étaient autre chose que des agents de la bourgeoisie dans le camp de la classe ouvrière.

Aucun moyen ne fut négligé pour trahir la classe ouvrière au profit de la bourgeoisie. Des trahisons analogues à celles qui furent commises par les réformistes pendant l’occupation des usines en 1920 se rencontrent fréquemment dans l’histoire du réformisme, qui n’est qu’une chaîne ininterrompue de trahisons. Les souffrances effroyables de la classe ouvrière italienne sont dues en première ligne aux trahisons des réformistes.

Si la classe ouvrière italienne est obligée en ce moment de reprendre, pour ainsi dire, par le commencement, un chemin terriblement dur à parcourir, c’est parce que les réformistes ont été trop longtemps tolérés dans le Parti Italien.

Au début de 1921 se produisit la rupture de la majorité du Parti Socialiste avec l’Internationale Communiste. A Livourne, le centre préféra se séparer de l’Internationale Communiste et de 58.000 communistes italiens, simplement pour ne pas rompre avec 16.000 réformistes. Deux partis se constituèrent : d’une part, le jeune Parti Communiste qui, en dépit de tout son courage et de tout son dévouement, était trop faible pour mener la classe ouvrière à la victoire ; d’autre part, le vieux Parti Socialiste dans lequel, après Livourne, l’influence corruptrice des réformistes alla grandissante. La classe ouvrière était divisée et sans ressources. Avec l’aide des réformistes, la bourgeoisie consolida ses positions. C’est alors seulement que commença l’offensive du capital dans le domaine tant économique que politique. Il fallut presque deux années entières de trahison ininterrompue de la part des réformistes pour que même les chefs du centre, sous la pression des masses, reconnaissent leurs erreurs et se proclament prêts à en tirer les conséquences.

Ce n’est qu’au Congrès de Rome, en octobre 1922, que les réformistes furent exclus du Parti Socialiste. On en était arrivé au point que les chefs les plus en vue des réformistes pouvaient se vanter ouvertement d’avoir réussi à saboter la révolution en restant dans le Parti Socialiste Italien et en paralysant son action aux heures décisives. Les réformistes ont maintenant quitté les rangs du Parti Socialiste Italien et sont passés ouvertement dans le camp de la bourgeoisie. Ils ont cependant laissé dans les masses un sentiment de faiblesse, d’humiliation et de déception et affaibli considérablement, numériquement et politiquement, le Parti Socialiste.

Cette triste, mais très édifiante leçon des événements d’Italie doit profiter à tous les ouvriers conscients du monde entier.

1° Le réformiste : voilà l’ennemi.

2° Les hésitations des centristes constituent un danger mortel pour un parti ouvrier.

3° La condition la plus importante de la victoire du prolétariat, c’est l’existence d’un Parti Communiste conscient et homogène.

Tels sont les enseignements de la tragédie italienne.

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