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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>LO / NPA sur la Birmanie</title>
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		<dc:date>2021-09-29T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>Birmanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LO / NPA sur la Birmanie &lt;br class='autobr' /&gt;
Lutte ouvri&#232;re ne donne aucune illusion d'un soutien que les travailleurs de France pourraient apporter aux travailleurs de Birmanie en plein soul&#232;vement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants imp&#233;rialistes, comme Biden ou Macron, ont condamn&#233; la r&#233;pression f&#233;roce qui frappe le peuple birman. Mais ils n'envisagent pas de prendre des mesures pouvant nuire aux int&#233;r&#234;ts d'entreprises comme Zara, Lidl, Primark, Adidas ou Total, pour lesquelles travaille une grande partie de la classe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ?&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot207" rel="tag"&gt;Birmanie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LO / NPA sur la Birmanie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lutte ouvri&#232;re ne donne aucune illusion d'un soutien que les travailleurs de France pourraient apporter aux travailleurs de Birmanie en plein soul&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants imp&#233;rialistes, comme Biden ou Macron, ont condamn&#233; la r&#233;pression f&#233;roce qui frappe le peuple birman. Mais ils n'envisagent pas de prendre des mesures pouvant nuire aux int&#233;r&#234;ts d'entreprises comme Zara, Lidl, Primark, Adidas ou Total, pour lesquelles travaille une grande partie de la classe ouvri&#232;re birmane. C'est donc bien sur elle-m&#234;me, et elle seule, que la classe ouvri&#232;re birmane peut compter pour renverser la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journal.lutte-ouvriere.org/2021/03/31/birmanie-une-repression-sanglante_156526.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LO le 31 mars 2021&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; la r&#233;pression des manifestations, l' &lt;a href=&#034;https://lanticapitaliste.org/actualite/international/massacres-en-birmanie-proletaires-de-tous-les-pays&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article&lt;/a&gt; conclut&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Aux faits de guerre des putschistes birmans, les chefs des grandes puissances opposent des protestations platoniques. Ne parlons pas des dirigeants russes et chinois qui soutiennent l'arm&#233;e birmane. Les uns et les autres, de toute fa&#231;on, n'ont pour souci que la meilleure marche de leurs affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des anticapitalistes r&#233;volutionnaires, c'est la question lancinante &#8211; dans cette ar&#232;ne mondialis&#233;e de la lutte de classe &#8211; de faire revivre une solidarit&#233; internationale active des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Guerre sociale&lt;br class='autobr' /&gt;
Actualit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves dans les raffineries TOTAL : quel avenir pour les sites p&#233;trochimiques en France ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#61524;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#61453;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ves dans les raffineries TOTAL : quel avenir pour les sites p&#233;trochimiques en France ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les raffineries du puissant groupe Total &#233;taient en gr&#232;ve le mercredi 3 f&#233;vrier et le jeudi 4 f&#233;vrier, &#224; l'appel de la F&#233;d&#233;ration nationale des Industries Chimiques CGT (FNIC CGT), pour &#171; d&#233;fendre l'emploi et le d&#233;veloppement industriel du pays &#187;, et en solidarit&#233; avec la lutte des raffineurs de Grandpuits. Dans un tract, la Coordination des syndicats CGT du groupe Total avait en particulier d&#233;nonc&#233; la strat&#233;gie du groupe Total et rappelait que la CGT n'accepterait aucune r&#233;gression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la raffinerie de Normandie (Gonfreville), 50% des post&#233;s &#233;taient en gr&#232;ve, les chiffres de gr&#233;vistes ont atteint les 60% &#224; Donges, 40% &#224; La M&#232;de. Les raffineurs de Feyzin ont quant &#224; eux bloqu&#233; les exp&#233;ditions tandis que 100% des travailleurs de l'&#233;norme d&#233;p&#244;t p&#233;trolier de Flandres sont en gr&#232;ve et que les raffineurs de Grandpuits, en gr&#232;ve reconductible depuis le d&#233;but du mois de janvier, ont arr&#234;t&#233; l'envoi des exp&#233;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'irruption de la crise COVID en France et dans le monde, l'appareil industriel a &#233;t&#233; lourdement impact&#233; par les mises &#224; l'arr&#234;t des sites p&#233;trochimiques. Si la plupart des raffineries sont encore &#224; l'arr&#234;t, les sites servent surtout &#224; stocker le p&#233;trole d&#233;j&#224; raffin&#233; et import&#233; de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#232;ve des raffineurs de Grandpuits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vent debout contre la restructuration de la raffinerie et la destruction de 700 emplois, les travailleurs de la raffinerie Total de Grandpuits, derni&#232;re raffinerie du bassin parisien, et du d&#233;p&#244;t de Gargenville, ont men&#233; une gr&#232;ve reconductible pendant pr&#232;s d'un mois et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les propos tenus par le PDG de Total en septembre dernier, la transformation de p&#233;trole brut, cessera &#224; Grandpuits d&#232;s le premier trimestre 2021. Le stockage des produits p&#233;troliers continuera, lui, jusqu'&#224; fin 2023. L'activit&#233; initiale du site doit laisser place &#224; un projet de reconversion centr&#233; sur la production de biocarburants et de bioplastiques, et &#224; l'exploitation de deux centrales solaires photovolta&#239;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs centaines de salari&#233;s en CDI travaillent actuellement sur la plateforme de Grandpuits et le d&#233;p&#244;t associ&#233; de Gargenville, dans les Yvelines. La multinationale se pr&#233;pare ainsi &#224; se d&#233;barrasser et de 200 raffineurs et de 500 salari&#233;s sous-traitants de l'usine. Par ailleurs, la suppression de ces 700 emplois impactera n&#233;cessairement le tissu &#233;conomique local et provoquera la disparition d'emplois indirects li&#233;s de pr&#232;s ou de loin &#224; l'existence m&#234;me de la raffinerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris en flagrant d&#233;lit de &#171; Greenwashing &#187;, Total a beau repeindre en vert sa communication, les suppressions d'emploi n'ont rien &#224; voir avec la transition &#233;cologique. La fermeture de la raffinerie non plus d'ailleurs. Il s'agit avant tout pour Total de r&#233;duire la masse salariale pour optimiser la rentabilit&#233; &#224; court-terme, mais aussi pour acc&#233;l&#233;rer le processus de fermetures des raffineries, et au final importer du p&#233;trole raffin&#233; en provenance de pays o&#249; les normes sociales et environnementales sont largement inf&#233;rieures aux crit&#232;res europ&#233;ens&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir pour le raffinage en France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de gr&#232;ves dans les raffineries illustre en r&#233;alit&#233; l'inqui&#233;tude et la m&#233;fiance des salari&#233;s du groupe Total face aux choix et d&#233;cisions de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Tout simplement parce que Total pr&#233;f&#232;re importer plut&#244;t que de produire en France. A tr&#232;s court terme se pose ainsi la question du maintien ou non des sites industriels, et donc des capacit&#233;s de raffinage de notre pays. Ainsi, selon la CGT, la production des raffineries a &#233;t&#233; divis&#233;e par deux en 10 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas, par ailleurs, que les raffineries &#8211; lieu strat&#233;gique de transformation du p&#233;trole et premier lieu de stockage de p&#233;trole transform&#233; dans les pays consommateurs - sont &#233;galement au centre d'installations p&#233;trochimiques qui permettent de valoriser le produit du raffinage. Toute mise &#224; l'arr&#234;t a donc n&#233;cessairement un impact destructeur sur les industries en aval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Total, qui poss&#232;de encore quatre raffineries en France - Gonfreville, Donges, Feyzin et Grandpuits qui doit fermer en 2021 -, n'a d'ailleurs pas r&#233;alis&#233; des investissements &#224; la hauteur des enjeux dans la r&#233;novation des installations. Le secteur du raffinage permet pourtant l'&#233;coulement du p&#233;trole vers le march&#233; sous forme de produits raffin&#233;s. On parle donc bien ici d'un secteur strat&#233;gique fondamental sciemment laiss&#233; &#224; l'abandon par les g&#233;ants p&#233;troliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le patronat, le raffinage serait sous pression et la France en surcapacit&#233; de raffinage au regard de la &#171; demande future &#187;. Et les experts grassement pay&#233;s par Total, Exxon Mobil, BP, etc&#8230; de tordre les chiffres pour pr&#233;dire l'avenir en proph&#233;tisant une baisse de la consommation de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, nous continuons toujours, et nous continuerons encore longtemps &#224; consommer des produits p&#233;troliers. En France, les capacit&#233;s de raffinage sont d'ailleurs inf&#233;rieures &#224; la consommation de notre pays. Chaque arr&#234;t de raffineries depuis 2010 s'est ainsi traduit par une augmentation correspondante des importations de produits raffin&#233;s. Les importations de produits p&#233;troliers repr&#233;sentent aujourd'hui les deux tiers du march&#233; int&#233;rieur fran&#231;ais, c'est dire si notre pays est en sous-capacit&#233; de raffinage par rapport &#224; ses besoins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'argumentation des directions des groupes p&#233;troliers n'a pas chang&#233; en 50 ans. Apr&#232;s le premier choc p&#233;trolier en 1973, la moiti&#233; des raffineries fran&#231;aises avait &#233;t&#233; ferm&#233;es en dix ans. Une deuxi&#232;me vague de fermeture a eu lieu apr&#232;s 2000, notamment avec la fermeture de la raffinerie de la M&#232;de en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un document publi&#233; en 2015 par la FNIC CGT, on pouvait notamment lire : &#171; Pour les compagnies priv&#233;es, la mise en concurrence organis&#233;e avec les raffineries asiatiques et du Moyen-Orient ne peut se r&#233;soudre qu'en fermant celles parmi les moins juteuses, et en imposant aux autres une pression pour r&#233;duire les couts de maintenance et d'&#233;nergie, augmenter le temps de travail, remettre en cause des conqu&#234;tes sociales arrach&#233;es parfois depuis des d&#233;cennies. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'autre part, le discours patronal sur les normes environnementales europ&#233;ennes, les plus s&#233;v&#232;res donc les plus couteuses du monde, va dans le m&#234;me sens : pour conserver et augmenter leurs profits, les compagnies p&#233;troli&#232;res n'h&#233;sitent pas &#224; d&#233;localiser les raffineries dans des pays moins &#171; contraignants &#187; en mati&#232;re sociale et environnementale, puis &#224; utiliser l'Europe comme march&#233; de distribution. La question du bouclier anti-dumping social se pose&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel projet CGT pour le p&#233;trole ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la FNIC-CGT, la nationalisation de l'industrie p&#233;troli&#232;re s'impose comme une &#233;vidence. Selon cette f&#233;d&#233;ration CGT, &#171; le p&#233;trole est un bien commun &#224; l'Humanit&#233;, au m&#234;me titre que les autres ressources fossiles, l'eau, les semences et les m&#233;dicaments &#187;, &#171; doit avant tout &#234;tre utilis&#233; comme mati&#232;re premi&#232;re pour la p&#233;trochimie, plut&#244;t qu'en tant qu'&#233;nergie &#187; et &#171; ne peut donc &#234;tre appropri&#233;e, ni par des individus, ni par des entreprises, ni par des groupes financiers &#187;. L'exploitation de cette mati&#232;re premi&#232;re doit donc &#234;tre d&#233;cid&#233;e d&#233;mocratiquement, en premier lieu par ceux qui extraient ou transforment la mati&#232;re et cr&#233;ent la richesse : les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collectivit&#233;s locales ont aussi leur mot &#224; dire, le &#171; comment produire &#187; est une question cruciale dans ces activit&#233;s dangereuses pour la s&#233;curit&#233; et la sant&#233; des travailleurs et des riverains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les plans capitalistes pour le raffinage europ&#233;en pr&#233;voient de poursuivre les fermetures de capacit&#233;s, en augmentant parall&#232;lement les importations de gazole et autres produits finis. Cette d&#233;sindustrialisation doit &#234;tre stopp&#233;e par la lutte, par des alternatives revendicatives comme le bouclier anti dumping social international et par des choix politiques d'investissements visant &#224; soustraire de la cupidit&#233; des actionnaires priv&#233;s les secteurs du raffinage et de la p&#233;trochimie &#187;, ajoute encore la FNIC CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte coordonn&#233;e par le syndicalisme de classe CGT, dans le domaine p&#233;trolier, est cruciale pour organiser la riposte g&#233;n&#233;rale &#224; partir des grands secteurs structurants de l'&#233;conomie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; lutte coordonn&#233;e &#187; n'inclut pas la question Birmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, nos r&#233;f&#233;rences fourmillent de suggestions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re internationale et l'internationalisme prol&#233;tarien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le c&#233;l&#232;bre Adresse, parmi les six &#171; Consid&#233;rants &#187;, deux mentionnent explicitement la lutte internationale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Consid&#233;rant : (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Que tous les efforts tendant &#224; ce but ont jusqu'ici &#233;chou&#233;, faute de solidarit&#233; entre les travailleurs des diff&#233;rentes professions dans le m&#234;me pays et d'une &lt;i&gt;union fraternelle entre les classes ouvri&#232;res des divers pays&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Que l'&#233;mancipation du travail, n'&#233;tant un &lt;i&gt;probl&#232;me ni local ni national&lt;/i&gt;, mais social, embrasse &lt;i&gt;tous les pays&lt;/i&gt; dans lesquels existe la soci&#233;t&#233; moderne et n&#233;cessite, pour sa solution, le concours th&#233;orique et pratique des pays les plus avanc&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Par &#171; concours th&#233;orique et pratique &#187;, on peut entendre, dans le jargon de la deuxi&#232;me Internationale (reprise par L&#233;nine et Trotsky) : 1) propagande, 2) agitation et 4) actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce qu'entendent les marxistes par ces termes. Concernant l'agitation et la propagande (citations provenant de Wikirouge, article &lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/Agitation_et_propagande&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;propagande et agitation&lt;/a&gt;. Notons l'erreur qui consiste &#224; donner une origine russe &#224; ce terme, alors qu'il vient du latin signifiant &#171; propager &#187; rendons au pape ce qui est au pape, voir l'article sur la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A9gation_pour_l%27%C3%A9vang%C3%A9lisation_des_peuples&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sacr&#233;e congr&#233;gation pour la propagation de la foi&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le propagandiste inculque beaucoup d'id&#233;es &#224; une seule personne ou un petit nombre de personnes ; l'agitateur n'inculque qu'une seule id&#233;e ou qu'un petit nombre d'id&#233;es ; en revanche il les inculque &#224; toute une masse de personnes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Pl&#233;khanov)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;ou encore&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;un propagandiste, s'il traite par exemple le probl&#232;me du ch&#244;mage, doit expliquer la nature capitaliste des crises, ce qui les rend in&#233;vitables dans la soci&#233;t&#233; moderne, montrer la n&#233;cessit&#233; de la transformation de cette soci&#233;t&#233; en soci&#233;t&#233; socialiste, etc. En un mot, il doit donner &#8220;beaucoup d'id&#233;es&#8221;, un si grand nombre d'id&#233;es que, du premier coup, toutes ces id&#233;es prises dans leur ensemble ne pourront &#234;tre assimil&#233;es que par un nombre (relativement) restreint de personnes. Traitant la m&#234;me question, l'agitateur, lui, prendra le fait le plus connu de ses auditeurs et le plus frappant, par exemple une famille sans-travail morte de faim, la mendicit&#233; croissante, etc., et, s'appuyant sur ce fait connu de tous, il fera tous ses efforts pour donner &#224; la &#8220;masse&#8221; une seule id&#233;e : celle de la contradiction absurde entre l'accroissement de la richesse et l'accroissement de la mis&#232;re ; il s'efforcera de susciter le m&#233;contentement, l'indignation de la masse contre cette injustice criante, laissant au propagandiste le soin de donner une explication compl&#232;te de cette contradiction. C'est pourquoi le propagandiste agit principalement par l'&#233;crit, l'agitateur de vive voix. D'un propagandiste, on n'exige pas les m&#234;mes qualit&#233;s que d'un agitateur. Nous dirons de Kautsky et de Lafargue, par exemple, qu'ils sont des propagandistes, tandis que Bebel et Guesde sont des agitateurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L&#233;nine)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment la r&#233;volution commen&#231;&#226;t en Birmanie, le 8/8/88 &#224; 8h8 : extrait de &#034;La dictature du pavot&#034;</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article6142</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article6142</guid>
		<dc:date>2021-04-14T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>Birmanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La firme Total fran&#231;aise est devenue le principal soutien du syst&#232;me militaire birman &lt;br class='autobr' /&gt;
(Aung San Suu Kyi, Le Monde, 1996). &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;claration de la prix Nobel de la paix 1991, femme souvent mise en avant (&#224; la mani&#232;re de Mandela pour les africains) comme la grande repr&#233;sentante du peuple birman, est peu rappel&#233;e dans ces grands medias qui font la promotion politique de Aung San Suu Kyi. Encore moins par les organisations syndicales qui appellent r&#233;guli&#232;rement en France &#224; des journ&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;24- COMMENTAIRES DE LIVRES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot207" rel="tag"&gt;Birmanie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La firme Total fran&#231;aise est devenue le principal soutien du syst&#232;me militaire birman&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Aung San Suu Kyi, Le Monde, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration de la prix Nobel de la paix 1991, femme souvent mise en avant (&#224; la mani&#232;re de Mandela pour les africains) comme la grande repr&#233;sentante du peuple birman, est peu rappel&#233;e dans ces grands medias qui font la promotion politique de Aung San Suu Kyi. Encore moins par les organisations syndicales qui appellent r&#233;guli&#232;rement en France &#224; des journ&#233;es d'action, dans des appels qui ne font jamais r&#233;f&#233;rence &#224; la solidarit&#233; internationale des travailleurs, alors que tous les travailleurs entendent parler de la Birmanie actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre &#171; La dictature du pavot &#187; est favorable &#224; Aung San Suu Kyi, il n'est pas &#233;crit du point de vue du mouvement ouvrier, mais il d&#233;nonce haut et fort le r&#244;le de l'imp&#233;rialisme (&#224; travers Total et le projet Yanada) et de l'Etat fran&#231;ais en tant que soutiens de la sanglante dictature de l'arm&#233;e birmane, qui r&#232;gne &#224; la t&#234;te d'un narco-Etat. C'est un point de vue analogue &#224; ceux de l'association Survie qui d&#233;nonce la Fran&#231;afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre a aussi le m&#233;rite de donner une description de l'irruption soudaine des &#233;tudiants et de la population lors des journ&#233;es de soul&#232;vement insurrectionnelles de 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une r&#233;volution ? Le fait que les masses font irruption d'un seul coup massivement dans le cadre de manifestations politiques, de prise d'assaut de postes de police, sans &#234;tre intimid&#233;es par le terreur polici&#232;re qui s'abat imm&#233;diatement sur eux, indique le d&#233;but d'une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toute analyse de la politique des partis, des leaders, l'extrait qui suit de ce livre montre la forme que prennent les premi&#232;res &#233;tapes d'une r&#233;volution &#034;populaire&#034; quasi-spontan&#233;e en r&#233;ponse &#224; des violences polici&#232;res. Il invite aussi &#224; se poser des questions, car on devine qu'il existe des traditions d'organisations (soci&#233;t&#233; secr&#232;tes, partis, syndicats ill&#233;gaux ?) dont la date et l'heures pr&#233;cises choisies pour le soul&#232;vement apr&#232;s les premiers affrontements, le 8/8/88 &#224; 8h8, li&#233;es &#224; une num&#233;rologie bouddhiste ou autre, est tout un symbole. On voit &#233;galement la base d'un internationalisme sud-est asiatique, car les birmans (bouddhistes, musulmans et autres) comparent leur dictateur &#224; celui des Philippines chr&#233;tiennes. Malgr&#233; les barri&#232;res religieuses, tout est pr&#234;t encore aujourd'hui pour un printemps dans les pays de l'ASEAN, analogue au printemps arabe de 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin ce texte est d'actualit&#233;, car actuellement la Birmanie, (et la Tha&#239;lande voisine) se soul&#232;vent &#224; nouveau contre la dictature militaire, nul doute que tous les participants &#224; cette lutte ont 1988 en t&#234;te, c'est de cet &#233;pisode qu'on peut partir pour commencer &#224; comprendre ce qui se passe actuellement, on ne peut de toute fa&#231;on pas l'ignorer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/birmanie-274a9.jpg' width=&#034;301&#034; height=&#034;474&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements de 1988, l'ann&#233;e o&#249; la dictature militaire instaur&#233;e en 1962 par Ne Win se r&#233;incarna avec une extr&#234;me brutalit&#233; sous le nom de SLORC, met en lumi&#232;re les bases sur lesquelles les chefs militaires, form&#233;s &#224; la cruelle &#233;cole de la gu&#233;rilla contre les minorit&#233;s ethniques, ont assis leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun des g&#233;n&#233;raux birmans n'a v&#233;cu en temps de paix. Seuls les plus &#226;g&#233;s peuvent conserver de leur enfance un vague souvenir de la &#171; paix coloniale &#187; britannique. Pour ces derniers, le fameux groupe de &#171; Trente camarades &#187;. dont faisait partie le futur g&#233;n&#233;ral Ne Win, leur initiation &#224; l'art de la guerre s'est faite dans les rangs de l'arm&#233;e japonaise, celle qui s'est notamment illustr&#233;e dans le massacre de dizaines de milliers de civils chinois d&#233;sarm&#233;s &#224; Nankin... La notion de soci&#233;t&#233; civile est totalement &#233;trang&#232;re aux chefs militaires birmans, puisque, m&#234;me durant les gouvernements d&#233;mocratiques du premier ministre U Nu, la guerre civile a toujours s&#233;vit dans une ou plusieurs r&#233;gions du pays, que ce soit contre le Parti communiste birman, contre des minorit&#233;s ethniques, ou contre des troupes du Kuomintang repli&#233;es dans le Nord-Est birman apr&#232;s la victoire de Mao en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette arm&#233;e, la discipline signifie uniquement ob&#233;issance aveugle aux ordres du sup&#233;rieur hi&#233;rarchique. Elle caract&#233;rise un corps d'officiers soigneusement tenus &#224; l'&#233;cart des influences ext&#233;rieures et parfaitement &#233;tranger aux notions de respect le plus &#233;l&#233;mentaire des droits de l'homme, ou de l'opinion internationale. A Rangoon, comme jadis &#224; la cour des rois birmans, le maintien au pouvoir justifie &#224; lui seul tous les massacres de civils d&#233;sarm&#233;s. La fermeture du pays sur lui-m&#234;me, pratiqu&#233;e avec z&#232;le pendant un quart de si&#232;cle, r&#233;duit &#224; peu de chose l'impact d'&#233;ventuelles protestations ou sanctions internationales. Une donn&#233;e toujours d'actualit&#233; dix ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de mars 1988, rien ne para&#238;t devoir troubler la terne routine instaur&#233;e dans la capitale birmane par les 26 ann&#233;es de dictature du g&#233;n&#233;ral Ne Win. Le traumatisme g&#233;n&#233;r&#233; par la brutale d&#233;mon&#233;tisation &#8212;sans compensation&#8212; des coupures de 25, 50 et 75 kyats, l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, a, en apparence, &#233;t&#233; surmont&#233;, comme les autres injustices que le r&#233;gime fait subir &#224; une population marqu&#233;e par l'absence de toute libert&#233; d'expression et matraqu&#233;e par les difficult&#233;s croissantes de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e universitaire touche &#224; sa fin et, comme leurs camarades des autres facult&#233;s, les &#233;tudiants du prestigieux RIT (Rangoon Institute of Technology) se pr&#233;parent &#224; leurs examens de fin d'ann&#233;e. Le 12 mars, un samedi soir, un groupe de trois candidats d&#233;cide de faire une coupure dans ses r&#233;visions pour se d&#233;tendre en allant &#233;couter de la musique dans un &lt;i&gt;tea-shop&lt;/i&gt;, dans la rue en face du campus. Comme il est d'usage dans ce type de modeste &#233;tablissement &#8212; sol en terre battue, parois et support de toiture en bambou, tables et chaises&#8212;, le client peut venir avec sa cassette et la passer sur le lecteur du patron. Ce soir-l&#224; est d&#233;j&#224; attabl&#233; un groupe solidement imbib&#233; d'alcool, qui refuse tout autre cassette que la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir injuri&#233; ces &#171; ordures d'intellectuels &#187;, l'un des buveurs casse une chaise sur la t&#234;te d'un &#233;tudiant. Intervention de la police, arrestation des ivrognes fauteurs de trouble ; cette rixe banale pourrait en rester l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se d&#233;grade le lendemain, lorsque les &#233;tudiants apprennent la lib&#233;ration de leurs agresseurs, dont l'un est le fils du pr&#233;sident du &#171; conseil populaire local &#187; , la base administrative du r&#233;gime. Des &#233;tudiants protestataires se groupent devant les bureaux du conseil populaire o&#249; personne ne r&#233;pond &#224; leurs interpellations. Quelques cailloux volent vers les vitres du b&#226;timent. Soudain les &#233;tudiants&#8212;ils sont entre deux et trois cents&#8212;sont encercl&#233;s &#224; la fois par des pompiers munis de leur lance &#224; incendie et par un demi-millier de &lt;i&gt;Lon Htein&lt;/i&gt;, la redoutable police anti-&#233;meute, arm&#233;s de matraque et fusils mitrailleurs. A peine quelques cailloux volent-ils en direction de la police que celle-ci r&#233;plique par des tirs &#224; balle r&#233;elle &#224; hauteur d'homme. Deux &#224; trois douzaines d'&#233;tudiants tombent. Parmi eux, Maung Phone Maw, 23 ans. Ses amis le ram&#232;nent, perdant son sang, &#224; sa r&#233;sidence universitaire o&#249; il meurt peu apr&#232;s dans les bras d'un de ses professeurs. Exemplaire, cette premi&#232;re victime l'est d'abord comme symbole de brutalit&#233;s polici&#232;res sans retenue et sans discernement. Maung Phone Maw &#233;tait en effet un leader de l'organisation de jeunesse du parti unique BSPP (Burmese Socialist Program Party) et un brillant &#233;tudiant en chimie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action des autorit&#233;s apr&#232;s cet incident ne laisse pas de place &#224; la compassion. Les bless&#233;s hospitalis&#233;s sont encha&#238;n&#233;s &#224; leur lits ; une dizaine d'entre eux meurent faute d'intervention chirurgicale, non autoris&#233;e pour les prisonniers. Pendant ce temps, la police anti-&#233;meute boucle le campus RIT, et le mardi 14 mars, plus de 600 hommes, police anti-&#233;meute et arm&#233;e confondues, se ruent sur les b&#226;timents du RIT, en d&#233;logent l'ensemble des &#233;tudiants et en arr&#234;te pr&#232;s de 400, imm&#233;diatement entass&#233;s par centaine dans des paniers &#224; salade pr&#233;vus pour vingt. Encore des dizaines de morts, cette fois par coups et &#233;touffement. D'un seul de ces paniers &#224; salade, seront retir&#233;s 42 cadavres ; le v&#233;hicule avait attendu plusieurs heures en plein soleil devant la prison d'Insein, surpeupl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation de protestation inter-universitaire spontan&#233;e r&#233;plique le 15 mars &#224; ces derni&#232;res brutalit&#233;s. Le cort&#232;ge, voulant relier un campus &#224; l'autre (la capitale birmane en compte quatre), parcourt sur quelques centaines de m&#232;tres une grande art&#232;re de Rangoon longeant le lac Inya et est alors rejoint par des &#233;l&#232;ves du secondaire en uniforme. Des slogans hostiles au r&#233;gime de parti unique sont scand&#233;s un quart d'heure durant, jusqu'&#224; la charge des &lt;i&gt;Lon Htein&lt;/i&gt;. Une partie des manifestants tente de fuir par le lac, mais ils y sont attendus : les policiers d'&#233;lite les frappent en leur maintenant la t&#234;te sous l'eau jusqu'&#224; l'asphyxie ; d'autres sont assomm&#233;s sur place, en pleine avenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des dizaines de morts seront rep&#234;ch&#233;s du lac ou ramass&#233;s par les services de la voirie ... Dans l'heure qui suit, la rue est lav&#233;e &#224; grande eau, &#233;liminant toute trace de la s&#233;v&#232;re r&#233;pression. L'aide des riverains, pourtant des privil&#233;gi&#233;s acquis au r&#233;gime, contribue &#224; la fuite des plus chanceux. Les jeunes filles ne sont pas &#233;pargn&#233;es : les t&#233;moignages de viols collectifs par les policiers abondent, notamment les d&#233;c&#232;s de jeunes filles &#224; l'h&#244;pital par des perforations de l'uterus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est, &#224; la mi-mars la situation proclam&#233;e par le r&#233;gime : toute forme de contestation sera &#233;touff&#233;e ... Ce qui est bien loin de mettre un terme &#224; la contestation. D&#232;s le 18 mars, une manifestation, organis&#233;e secr&#232;tement dans le centre-ville par les &#233;tudiants constitu&#233;s en r&#233;seau informel de r&#233;sistance, rassemble des dizaines de milliers d'employ&#233;s, de passants, de membres de la soci&#233;t&#233; civile. La r&#233;pression est tout aussi brutale, avec un acharnement particulier contre les musulmans fr&#233;quentant massivement les mosqu&#233;es du quartier ce vendredi. Les universit&#233;s de province ont envoy&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s pour se joindre &#224; la manifestation, mais la plupart d'entre eux ont &#233;t&#233; intercept&#233;s et refoul&#233;s par l'arm&#233;e, qui barrait routes et voies ferr&#233;es en amont de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des trois mois suivants, le pouvoir recourt &#224; divers stratag&#232;mes pour d&#233;tourner le ressentiment populaire. En juin, des heurts inter-communautaires sont artificiellement provoqu&#233;s en province&#8212;par la propagation de fausses rumeurs sur le viol de jeunes filles bouddhistes par des musulmans. Cependant les &#233;meutes anti-r&#233;gime gagnent de proche en proche et aboutissent &#224; la proclamation de la loi martiale dans de nombreuses villes de la plaine centrale, le grenier &#224; riz du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-juillet, quelques tentatives d'apaisement, comme la reconnaissance de certaines responsabilit&#233;s polici&#232;res dans les massacres lors des manifestations de mars, sont jet&#233;es en p&#226;ture &#224; un public dont l'hostilit&#233; envers les gouvernants va en s'amplifiant. Dans des tracts anonymes, les comparaisons peu flatteuses avec le dictateur philippin Marcos, qui vient d'&#234;tre renvers&#233; par un mouvement populaire, sont assorties de questions sur l'enrichissement de Ne Win et de sa famille. Pour r&#233;pondre &#224; ce pourrissement de la situation, un congr&#232;s extraordinaire du parti unique, le BSPP, est r&#233;uni en toute h&#226;te le 20 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la tribine, le g&#233;n&#233;ral Ne Win n'a pas de mots assez durs pour condamner un syst&#232;me&#8212;la voie birmane vers le socialisme&#8212;dont il fut pendant 26 ans l'inspirateur et le guide exclusif, et annonce tout &#224; la fois sa d&#233;mission de la pr&#233;sidence du parti, l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum sur le multipartisme et l'ouverture de l'&#233;conomie au secteur priv&#233; et au partenariat &#233;tranger. L'effet de surprise pass&#233;, le congr&#232;s extraordinaire fait mine d'accepter la d&#233;mission de son pr&#233;sident mais pr&#233;f&#232;re ne pas retenir le projet de r&#233;f&#233;rendum... Et il nomme &#224; sa place le personnage, apr&#232;s Ne Win, le plus d&#233;test&#233; de Birmanie : le g&#233;n&#233;ral Sein Lwin, ancien vice-pr&#233;sident du parti et chef direct de la police anti-&#233;meute, surnomm&#233; le &#171; boucher de Rangoon &#187;, le ma&#238;tre d'oeuvre de la r&#233;pression des derniers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la clandestinit&#233;, les r&#233;seaux d'&#233;tudiants pr&#233;parent activement la riposte. Dans un pays tr&#232;s marqu&#233; par la num&#233;rologie et les signes pr&#233;monitoires, la date du 8 ao&#251;t (8/8/88, chiffre porte-bonheur) est retenue pour la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et l'organisation de manifestations rassemblant le plus grand nombre possible de citoyens dans la capitale et les grandes villes de province. A partir du 3 ao&#251;t, des tracts appelant &#224; la gr&#232;ve et &#224; manifester pour la d&#233;mocratie, souvent manuscrits (le mat&#233;riel de reprographie est hors de port&#233;e des &#233;tudiants), sont distribu&#233;s aux carrefours et dans les rares bus en &#233;tat de circuler, sans que la police parvienne &#224; stopper le processus. Le 4, une annonce sp&#233;ciale de la radio birmane BBS (Burma Broadcasting Service) annonce la proclamation imm&#233;diate de la loi martiale. Destin&#233;e &#224; intimider une population exc&#233;d&#233;e, cette d&#233;cision ne fait que renforcer sa d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 8h08, le matin du 8 ao&#251;t, d'innombrables cort&#232;ges se forment dans les banlieues et les diff&#233;rents quartiers de la capitale et convergent sur l'h&#244;tel-de-ville, dans le centre ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un courrier sur la Birmanie</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article163</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article163</guid>
		<dc:date>2008-01-23T13:54:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Asie Asia</dc:subject>
		<dc:subject>Birmanie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;pression d'une manifestation populaire &lt;br class='autobr' /&gt; Site : Mati&#232;re et r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
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Birmanie : des &#233;meutes et des luttes &#224; retenir ! &lt;br class='autobr' /&gt;
(Printemps 1988) &lt;br class='autobr' /&gt;
* * * &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction Nous allons essayer dans ce texte de tirer les le&#231;ons des &#233;meutes qui ont explos&#233; en Birmanie au printemps '88. Soulignons avant tout deux ou trois points pour replacer ces &#233;v&#233;nements dans leur contexte local (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/repression_birmanie.jpg' width=&#034;450&#034; height=&#034;288&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;pression d'une manifestation populaire&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Birmanie&lt;/strong&gt; : des &#233;meutes et des luttes &#224; retenir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Printemps 1988)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction Nous allons essayer dans ce texte de tirer les le&#231;ons des &#233;meutes qui ont explos&#233; en Birmanie au printemps '88. Soulignons avant tout deux ou trois points pour replacer ces &#233;v&#233;nements dans leur contexte local et international. Si l'on consid&#232;re, d'un point de vue mondial, les dix derni&#232;res ann&#233;es &#233;coul&#233;es, on peut affirmer sans erreur qu'il y a eu des luttes, des affrontements, des tensions sociales qui confirment, si besoin en est, que m&#234;me dans une p&#233;riode de paix sociale profonde, le prol&#233;tariat n'est jamais tout &#224; fait &#233;cras&#233; ; qu'il ne dispara&#238;t jamais compl&#232;tement de la sc&#232;ne de l'histoire. Bien s&#251;r, en y regardant de plus pr&#232;s on voit rapidement que ces explosions de col&#232;re sont faibles, rares, aux revendications peu claires, etc. Les m&#234;mes faiblesses se retrouvent presque &#224; chaque fois et les affrontements en Birmanie n'&#233;chappent pas aux caract&#233;ristiques des luttes actuelles : sporadicit&#233;, limitation aux fronti&#232;res nationales, alternance (par opposition &#224; concomitance) des luttes dans diff&#233;rents pays, enfermement dans les fronti&#232;res sectorielles, nationales ou autres. Le lecteur int&#233;ress&#233; pourra trouver dans nos revues diff&#233;rentes tentatives pour comprendre, analyser et tirer les le&#231;ons de mouvements, de luttes de notre classe. Citons pour exemples les &#233;meutes de la faim au Maroc en 1984 et en Tunisie en 1986, celles de Constantine, les conflits &#224; Gaza et en Cisjordanie et r&#233;cemment encore en Alg&#233;rie et en Argentine. Citons &#233;galement les luttes en Pologne, la guerre Iran/Irak, la gr&#232;ve des mineurs en Angleterre,. .. En ce qui concerne la lutte du prol&#233;tariat en Birmanie, nous tenons &#224; souligner quelques diff&#233;rences qualitatives importantes par rapport &#224; d'autres luttes qui lui sont proches dans le temps. Une importance relative bien s&#251;r. Une importance &#224; mettre en relation avec le contexte actuel de calme social, d'anesth&#233;sie de notre classe. La lutte en Birmanie se distingue, primo, par sa dur&#233;e : sept mois, au minimum ; secundo, par l'importance de la lutte, sa massivit&#233;. En effet, m&#234;me si nous savons parfaitement que jamais dans son histoire le prol&#233;tariat n'a &#233;t&#233; d&#233;fait par manque d'effectifs (la carence n'est pas quantitative mais qualitative) , il faut souligner qu'ici il ne s'agit pas d'un ou deux secteurs, de l'une ou l'autre usine qui tiendrait le devant de la sc&#232;ne, m&#234;me si le mouvement, ici comme ailleurs, a d&#233;marr&#233; ainsi. En Birmanie, tr&#232;s rapidement, tout ce que la presse bourgeoise appelle &#034;la population&#034; s'engage dans la lutte : certains, en cachant les insurg&#233;s, en leur procurant abri et nourriture ; d'autres, en manifestant dans les rues, en pillant les magasins, et en attaquant tous les signes de richesse ; d'autres enfin, tels certains soldats, en refusant de tirer ou en d&#233;sertant. Les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales furent tr&#232;s suivies et des villes enti&#232;res paralys&#233;es. Enfin, le troisi&#232;me point important de cette lutte concerne l'organisation des insurg&#233;s. Nous savons que des villes enti&#232;res et des ports ont &#233;t&#233; vid&#233;s de leurs administrateurs et dirig&#233;s pendant plusieurs jours par les insurg&#233;s. Nous savons que les cibles des pillages n'&#233;taient pas d&#233;termin&#233;es par le hasard d'un parcours de manifestation, ou encore que face &#224; la terreur bourgeoise s'est organis&#233;e une contre-terreur prol&#233;tarienne : des milices d'auto-d&#233;fense se sont mises sur pied, des pillages de commissariat de police ont eu lieu, la d&#233;fense de quartiers entiers dans la banlieue de la capitale a &#233;t&#233; assum&#233;e,... Nous croyons pouvoir affirmer qu'il y eut ces derni&#232;res ann&#233;es, diff&#233;rentes tentatives pour diriger d'un point de vue prol&#233;tarien ces luttes. Mais h&#233;las, dans ce cas, plus encore qu'en ce qui concerne la lutte en Iran/Irak, nous d&#233;pendons des informations que filtre la presse bourgeoise. Nous avons donc tent&#233; de rassembler le plus d'informations possibles du plus grand nombre de journaux. Nous avons consult&#233; la presse d'au moins sept pays diff&#233;rents, de la Chine &#224; la France en passant par Cuba et l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie. Cependant aucune de ces informations n'est fiable et le r&#233;sultat n'est &#233;videmment pas le m&#234;me que si nous avions pu nous rendre sur place ou obtenir des informations par des canaux militants. Depuis octobre '88, les informations se sont faites de plus en plus rares et sont devenues si maigres que nous sommes dans l'impossib1it&#233; de savoir ce qui se passe sur place depuis plus ou moins le mois de d&#233;cembre 1988. Cependant cela ne veut pas dire que l'ordre bourgeois soit r&#233;tabli ou que le mouvement soit mort, &#233;cras&#233;. L'exp&#233;rience nous a appris qu'en g&#233;n&#233;ral la mort d'un mouvement de lutte contre l'Etat est lou&#233;e, clam&#233;e, par la bourgeoisie comme une nouvelle victoire de la d&#233;mocratie sur telle ou telle dictature, comme le triomphe d'un mouvement populaire de lib&#233;ration nationale sur un gouvernement &#224; la solde de telle puissance ou de tel bloc. Le retrait des troupes, la cr&#233;ation d'un Etat ind&#233;pendant, la promesse d'&#233;lections prochaines, la reconnaissance de l'opposition, etc, marquent g&#233;n&#233;ralement la d&#233;faite du mouvement, l'hallali de la lutte. Rien de tel en ce qui concerne la Birmanie : la publicit&#233; que la bourgeoisie aurait pu faire de ces formes d'&#233;crasement n'est pas clairement apparue. Le black-out bourgeois, la disparition pure et simple du sujet &#034;Birmanie&#034; de l'ensemble de la presse, couvre d'ailleurs toute la r&#233;alit&#233; d'un voile pudique. Lequel sert clairement &#224; d&#233;tourner l'attention de tous ceux qui se sentent, ou pourraient se sentir, concern&#233;s par cette lutte. Pour la bourgeoisie, les ouvriers en Birmanie donnent, en effet, un tr&#232;s mauvais exemple &#224; leurs fr&#232;res de classe partout dans le monde. Sur place, l'Etat bourgeois se charge &#224; l'int&#233;rieur de r&#233;primer le mouvement en soutenant les bourgeois birmans, puisque ceux-ci s'en montrent encore incapables, et, &#224; l'ext&#233;rieur, d'&#233;touffer son exemple &#224; l'aide de ses tout-puissants m&#233;dias. Mais le silence de mort qu'essaye d'imposer la bourgeoisie ne signifie pas que tout soit rentr&#233; dans l'ordre bourgeois en Birmanie. La situation sociale et la haine de l'Etat sous toutes ses formes sont telles, que l'&#233;quilibre qu'essaye d'imposer la bourgeoisie par la terreur est extr&#234;mement pr&#233;caire : les prol&#233;taires sont contraints, pour survivre, de nier les lois et de s'affronter &#224; la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat en Birmanie a tir&#233;, de cette vague de luttes et de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, un ensemble de le&#231;ons qui lui permettront sans doute de se situer &#224; l'avant-garde du prol&#233;tariat mondial dans cette r&#233;gion pour les grands combats &#224; venir. Le contexte historique de l'explosion sociale Les 26 ans de pouvoir du g&#233;n&#233;ral Ne Win &#224; la t&#234;te du &#034;Parti du Programme Socialiste Birman&#034; (PPSB) n'ont fait qu'acc&#233;l&#233;rer et catastrophiquement approfondir les effets d&#233;vastateurs de la crise capitaliste mondiale. La Birmanie, gros producteur et exportateur de riz dans les ann&#233;es 50, est devenue aujourd'hui l'un des pays les plus pauvres de la plan&#232;te. Les conditions de vie du prol&#233;tariat se sont extraordinairement, fortement et rapidement d&#233;t&#233;rior&#233;es. Le revenu annuel par habitant &#233;tait de 690 $ en 1960. Il est aujourd'hui de 190 $ et est donc plus faible que celui de la Chine ! Dans la r&#233;gion, la Birmanie est cependant un pays un peu &#034;&#224; part&#034;. Au d&#233;but des ann&#233;es '50, la bourgeoisie y applique une politique social-d&#233;mocrate, pseudo anti-imp&#233;rialiste et stalinienne, avec nationa1isation et parti unique (le PPSB). Le leader U Nu met en avant une politique de nationalisme virulent. Il participe d'ailleurs &#224; la lutte contre les Anglais durant la colonisation. Pendant la courte p&#233;riode o&#249; il reste au gouvernement, U Nu met en avant une sorte de synth&#232;se entre &#034;marxisme&#034; et bouddhisme. Il va d'ailleurs &#234;tre le premier traducteur de Marx en Birman. Cette ligne bouddhisto-socia1- d&#233;mocrate et pseudo anti-imp&#233;rialiste amorce alors un fort renforcement de &#034;l'Etat national ind&#233;pendant&#034;, et permet l'&#233;crasement du prol&#233;tariat au nom de la nation et de la d&#233;mocratie (m&#233;thode mondialement employ&#233;e des Philippines au Nicaragua, en passant par l'Europe, la Chine, etc). U Nu, renvers&#233; par le g&#233;n&#233;ral Ne Win en 1962, s'exile, puis revient finalement au pays pour y diriger &#034;l'opposition d&#233;mocratique&#034; . La situation &#233;conomique, qui n'a fait que se d&#233;t&#233;riorer, est aujourd'hui vraiment catastrophique. Le salaire moyen d'une personne, pour une famille qui en compte trois, &#233;quivaut &#224; une tasse de th&#233; par jour. Le march&#233; noir est le seul moyen pour survivre. De plus, en septembre 1987, le gouvernement va retirer, sans avertissement ni compensation, 70% des billets en circulation, ce qui signifie que tous ceux qui poss&#233;daient quelques billets vont se retrouver du jour au lendemain sans un sou. Pourtant, le prol&#233;tariat en Birmanie ne vit pas dans des conditions de mis&#232;re aussi extr&#234;mes que nos fr&#232;res du Bengladesh ou des Indes. La concentration rapide de capital, de l'exploitation y ont, en effet, d&#233;termin&#233; un d&#233;veloppement du prol&#233;tariat et de ses luttes ; m&#234;me si celles-ci s'y sont trouv&#233;es contr&#244;l&#233;es et r&#233;prim&#233;es par une union nationale de type stalinienne. De l&#224; d&#233;coulent &#224; la fois un prol&#233;tariat &#034;&#233;duqu&#233;&#034;, &#034;syndiqu&#233;&#034;, mais aussi des traditions de lutte plus importantes que dans les autres pays voisins. Ceci explique aussi que l'explosion de col&#232;re du prol&#233;tariat va &#234;tre plus brutale et plus profonde. En Birmanie, la religion n'a que peu de poids. Mais il est int&#233;ressant et caract&#233;ristique de constater que, comme en URSS par exemple, la fraction au gouvernement entretient la religion (ici le bouddhisme) alors que son influence id&#233;ologique sur le prol&#233;tariat reste faible (ce qui n'est par exemple pas le cas aux Indes). La religion constitue donc une carte de r&#233;serve pour la bourgeoisie. Pendant les derniers mois du soul&#232;vement, les moines bouddhistes vont remplir la t&#226;che &#224; laquelle les destine la bourgeoisie : pacifier le mouvement, imposer le drapeau de la non-violence et de la d&#233;mocratie en combattant (parfois physiquement) les manifestations violentes du prol&#233;tariat. La lente recrudescence de la militance ouvri&#232;re de ces derni&#232;res ann&#233;es (qui s'exprime violemment notamment dans les ann&#233;es '70) a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e par la rapide d&#233;gradation des conditions de vie. Face &#224; cela, la bourgeoisie s'est vue contrainte de d&#233;velopper une vari&#233;t&#233; croissante de fractions rivales, avec leurs id&#233;ologies propres, et avec comme but, la canalisation, l'enr&#244;lement des prol&#233;taires dans des luttes &#233;trang&#232;res &#224; leurs besoins. Les plus efficaces jusqu'ici ont &#233;t&#233; les diff&#233;rents mouvements de gu&#233;rillas, groupes nationalistes prochinois, pro-indien, pro-anglais ou pro-russe,.. . (1). Et pendant 20 ans, ces groupes vont suffire pour encadrer le m&#233;contentement des prol&#233;taires, et les tuer lentement dans des combats entre groupes autonomistes et arm&#233;e gouvernementale. Mais au sein de cette derni&#232;re commence alors &#224; se d&#233;velopper un m&#233;contentement croissant du fait de la d&#233;gradation des conditions de vie, de la lassitude, de l'usure dans ces combats sans fin. L'&#233;quilibre pr&#233;caire en Birmanie qu'exprimait une relative stabilit&#233; de la paix sociale avec, d'une part, des combats continuels cantonn&#233;s dans les montagnes et le long des fronti&#232;res et, d'autre part, l'imposition violente de la paix du travail dans la majorit&#233; du pays et plus particuli&#232;rement dans les grandes villes ; cet &#233;quilibre pr&#233;caire donc, ne va continuer &#224; se maintenir que gr&#226;ce &#224; (et dans) un contexte de relative stabilit&#233; &#233;conomique. Mais avec l'approfondissement de la crise mondiale dans les ann&#233;es '70, les probl&#232;mes commencent &#224; se d&#233;velopper. La comp&#233;tition s'accro&#238;t entre les diff&#233;rents groupes capitalistes, l'exploitation augmente rapidement alors que les prix subissent de soudaines et violentes hausses. En Birmanie, la fraction dirigeante est alors coinc&#233;e dans un dilemne : s'adapter aux changements des conditions internationales, tout en faisant face &#224; la r&#233;elle menace que constitue la classe ouvri&#232;re. Ce ph&#233;nom&#232;ne devient de plus aigu du fait que face au d&#233;veloppement de la col&#232;re ouvri&#232;re, la bourgeoisie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contrainte de mettre en avant sa fraction radicale. Or, si d'un c&#244;t&#233;, le r&#233;formisme stalinien (pr&#233;sent&#233; comme violant &#034;les normes g&#233;n&#233;rales du capitalisme&#034; ) est n&#233;cessaire pour lutter contre la classe ouvri&#232;re, d'un autre c&#244;t&#233;, la pr&#233;sence de staliniens, comme fraction dirigeante du pouvoir bourgeois est une carte importante que la bourgeoisie br&#251;le, la rendant ainsi inutilisable pour la suite. Les gouvernements staliniens sont donc particuli&#232;rement coinc&#233;s quand il s'agit, pour faire face &#224; la crise mondiale, d'envisager des r&#233;formes. Ils sont contraints de bouleverser quelque peu le statu quo rigide dans lequel ils se complaisent pour &#233;viter l'affaiblissement de leur pays dans la comp&#233;tition internationale. Mais ils savent d'exp&#233;rience que bousculer leur forme de gouvernement extr&#234;mement statique et monolithique risque toujours d'entra&#238;ner des troubles plus grands encore, car le prol&#233;tariat peut y voir une br&#232;che et s'y engouffrer. La bourgeoisie n'est pas pr&#234;te d'oublier l'exemple de la &#034;d&#233;stalinisation&#034; en Russie d'o&#249; r&#233;sult&#232;rent des &#034;d&#233;bordements&#034; dont elle se serait bien pass&#233;e ! Les forces &#034;conservatrices&#034; qui respectent &#224; la lettre le dogme stalinien, refusent toute r&#233;forme (consid&#233;r&#233;e comme &#034;d&#233;tournement du socialisme&#034;, &#034;compromission avec le capitalisme&#034; ) car leur peur du prol&#233;tariat est sup&#233;rieure au poids de la n&#233;cessit&#233; de rendre le pays comp&#233;titif sur le march&#233; mondial (cfr. Brejnev, Ceaucescu,.. .) ; les &#034;r&#233;formistes&#034; choisissent plut&#244;t une r&#233;forme g&#233;n&#233;rale des structures &#233;conomiques, et donc politiques, penchant toujours vers une &#034;occidentalisation&#034; (cfr. Yeltsin, Poszgay...). Finalement, c'est le plus souvent la fraction pragmatique qui l'emporte (cfr. Gorbatchev, Grozs, Ne Win,...), entreprenant les r&#233;formes sans conviction tout en essayant de conserver l'essence de l'ancienne version. Bien s&#251;r, ce n'est pas une question de choix entre une &#034;meilleure&#034; et une &#034;pire&#034; solution ; c'est une question d'urgence dans le contexte d'approfondissement de la crise mondiale. Une des expressions de tout ceci est le mouvement de balancier, le mouvement d'oscillation &#224; &#034;gauche&#034; puis &#224; &#034;droite&#034; ; le mouvement de pendule entre l'application de mesures, de r&#233;formes, puis leur retrait ; le pas dans le sens de &#034;l'occidentalisatio n de la politique &#233;conomique&#034;, puis au contraire le pas vers le renforcement du contr&#244;le central ; la mise en place de mesures visant &#224; changer les structures politiques et ensuite (sous forme de &#034;contre r&#233;formes&#034; ou parfois de coup militaire) la mise en place d'autres mesures, oppos&#233;es (dans le sens mais non dans l'essence, bien s&#251;r !), pour consolider les anciennes structures. Dans les ann&#233;es '70, ce mouvement de balancier &#233;tait caract&#233;ristique en Birmanie : politique d'ouverture avec emprunt sur le march&#233; financier international, ouverture du commerce, encouragement &#224; apprendre l'anglais,.. . et ensuite, retrait isolationniste avec efforts d&#233;cupl&#233;s pour rembourser la dette, contr&#244;le central accru de la vie politique, interdiction des cours d'anglais dans les &#233;coles,... Mais tout ceci n'a pu emp&#234;cher les effets locaux de la crise mondiale et la d&#233;gradation de la situation sociale. La bourgeoisie, quelle que soit son id&#233;ologie, doit n&#233;cessairement diminuer le salaire social, augmenter l'exploitation, d&#233;t&#233;riorer les conditions de travail, augmenter les prix directement ou indirectement (p&#233;nuries), renforcer la terreur d'Etat au nom de la d&#233;mocratie (r&#233;formes) ou de la &#034;d&#233;mocratie populaire&#034; (nomm&#233;e &#034;dictature du prol&#233;tariat&#034; par les staliniens). Rappelons que la situation de classe est tendue en Birmanie depuis les ann&#233;es '50, ce qui entra&#238;ne, d&#232;s avant l'approfondissement de la crise mondiale, l'accentuation de la militarisation locale du pouvoir et de l'&#233;conomie. Pour la bourgeoisie, la d&#233;t&#233;rioration de la situation sociale signifie l'accumulation de probl&#232;mes dans la production industrielle et agricole (c'est en 1987 que celles-ci vont diminuer le plus fortement, et les exportations se limiter au minimum &#224; cause des tensions dans le pays), le poids de la dette,... Alors que la fragile stabilit&#233; dispara&#238;t du fait de l'augmentation des prix, de l'accroissement de la pression du capital sur la classe ouvri&#232;re, la situation de cette derni&#232;re en devient insupportable. Pour le prol&#233;tariat, la vie est de plus en plus ch&#232;re et les salaires insuffisants pour nourrir les familles, ce qui force les ouvriers &#224; travailler toujours plus pour ramener du riz. Pour donner un exemple : officiellement, en ao&#251;t 1988, un dollar vaut 6 &#224; 7 kyats (monnaie birmane) tandis que sur le march&#233; noir, il s'&#233;change contre 40 kyats. Sur l'ann&#233;e '88, le prix du riz augmente de 400% et l'on peut alors imaginer la situation du prol&#233;tariat dont le salaire moyen est de 10 kyats alors qu'il en faut 50 pour nourrir une famille ! De plus, tous les commerces d'Etat se mettent &#224; vendre leurs marchandises au prix du march&#233; noir, c'est &#224; dire 6 fois plus cher &#224; peu pr&#232;s. Bref, pour le prol&#233;tariat, il est devenu impossible d'&#233;viter l'approfondissement de la pauvret&#233; ; m&#234;me les magouilles et les heures suppl&#233;mentaires ne suffisent plus. Du point de vue de l'ordre capitaliste, la solution de toujours pour sortir de la crise est la destruction massive de marchandises (dont principalement les prol&#233;taires, parce que la plus dangereuse). C'est cette destruction qui permet ensuite, comme une goul&#233;e d'air frais, de r&#233;investir, reconstruire, donner du travail,... Il lui fallait donc, &#224; cet ordre capitaliste, massacrer les prol&#233;taires : &#034;pacifiquement&#034; , par la faim si possible, sinon, en les tuant rapidement et efficacement dans des guerres internes ou contre un pseudo-ennemi ext&#233;rieur. En Birmanie, le salaire est donc pass&#233; tr&#232;s en dessous du niveau n&#233;cessaire &#224; la survie quotidienne et cette situation, constante en Inde et au Bengladesh, provoque ici un r&#233;el choc. Le d&#233;calage entre aujourd'hui et il y a 20 ans est d'autant moins supportable que tout espoir de redressement de la situation s'est peu &#224; peu affaiss&#233;. D'autre part, la situation des prol&#233;taires sous l'uniforme suit &#233;videmment les m&#234;mes chemins : probl&#232;me de nourriture, guerre permanente contre les autonomistes, familles ruin&#233;es par la crise et au bord de la famine, etc. Ces &#233;l&#233;ments vont d'ailleurs conditionner les d&#233;sertions et le refus de tirer sur les manifestants. Les luttes En f&#233;vrier et mars 1987, plus de 200 officiers de Rangoon (la capitale) et de Mandalay (la deuxi&#232;me ville) sont mis aux arr&#234;ts pour avoir critiqu&#233;, dans le mess des casernes, la politique &#233;conomique du &#034;bol de riz vide&#034; de Ne Win (d&#233;tournement ironique des d&#233;clarations et des objectifs du g&#233;n&#233;ral Ne Win qui pr&#233;tendait donner un bol de riz &#224; chaque citoyen). Puis, en mars 1988, &#233;clatent des &#233;meutes suite au meurtre d'un &#233;tudiant par la police lors d'une manifestation violemment r&#233;prim&#233;e. Les affrontements durent plus d'une semaine et les motifs initiaux des &#233;meutes se transforment en une protestation contre la d&#233;cision gouvernementale de retirer de la circulation tous les billets sup&#233;rieurs &#224; 15 kyats (pour lutter contre le march&#233; noir). Cette drastique mesure d'aust&#233;rit&#233; a d&#233;j&#224; souvent &#233;t&#233; appliqu&#233;e et laisse, &#224; chaque fois, le prol&#233;tariat exsangue. Les &#233;meutiers incendient alors des magasins et attaquent ceux qu'ils consid&#232;rent comme riches et pillent leurs biens. En mai et Juin '88 : nouvelles gr&#232;ves et manifestations, nouveaux pillages. Le g&#233;n&#233;ral Ne Win impose la loi martiale et le couvre-feu. Comme cela se passe souvent, le mouvement social a d&#233;marr&#233; en Birmanie dans le secteur &#034;&#233;tudiant&#034;, ce qui n'est pas &#233;tonnant au vu de la minceur des espoirs de trouver du travail et de la noirceur du futur qui attend ces prol&#233;taires pas encore lanc&#233;s dans l'ar&#232;ne de l'emploi. Mais l'aggravation de la situation &#233;conomique am&#232;ne rapidement des milliers de personnes &#224; descendre dans la rue, aux c&#244;t&#233;s des jeunes prol&#233;taires &#034;&#233;tudiants&#034;. Le g&#233;n&#233;ral Ne Win mobilise alors ses troupes d'&#233;lites dans la capitale. Au fil des mois, le nombre d'&#233;meutiers augmente. En ao&#251;t '88, on parle de millions de manifestants, de plusieurs postes de police tomb&#233;s entre leurs mains et pill&#233;s. La bourgeoisie birmane r&#233;agit par un m&#233;lange bien connu de promesses et de r&#233;pression. Elle promet d'introduire de grandes r&#233;formes dans l'&#233;conomie et, comme c'est l'habitude dans les pays &#224; gouvernement stalinien, met l'accent sur &#034;l'occidentalisatio n&#034; qui &#034;apportera le bien-&#234;tre au peuple&#034;. Simultan&#233;ment, la police et l'arm&#233;e tirent sur les foules, tuant plusieurs manifestants. Depuis juillet, les prol&#233;taires sont pass&#233;s &#224; l'offensive. De plus en plus fr&#233;quemment &#224; Rangoon, mais aussi dans d'autres grandes villes telle Mandalay, les &#233;meutiers m&#232;nent une bataille active contre l'Etat et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ils se battent avec des matraques en fer, des rayons de roues de v&#233;lo aiguis&#233;s, des couteaux et des &#233;p&#233;es, des machettes,.. . Ils d&#233;capitent des militaires et des policiers, pillent des magasins, attaquent les villas de certains membres du gouvernement etc. Dans le port de Rangoon, les bateaux restent charg&#233;s &#224; cause des gr&#232;ves. Ceux qui contiennent de la nourriture sont attaqu&#233;s et pill&#233;s. La pouss&#233;e insurrectionnelle est telle que le g&#233;n&#233;ral Ne Win d&#233;missionne le 23 juillet '88 et est remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Sein Lwin, dit &#034;le Boucher de Rangoon&#034;, l'homme responsable de la r&#233;pression sanglante des &#233;meutes de mars. Il avait alors ordonn&#233; &#224; ses soldats : &#034;Frappez pour tuer, tirez pour tuer&#034;. En cette fin juillet, Sein Lwin promet une totale remise en question de l'&#233;conomie et l'introduction du multipartitisme en Birmanie. &#034;La r&#233;putation de brutalit&#233; du g&#233;n&#233;ral Sein Lwin a &#233;t&#233;, ces derni&#232;res semaines, contrebalanc&#233; e (sic) par un show de pragmatisme dans la promotion de r&#233;formes&#034; dira &#034;The Guardian&#034;. Bien que la presse essaye (et essayera toujours) de sous-estimer les &#233;l&#233;ments insurrectionnels des manifestations, soulignant (comme elle le fera toujours) les aspects d&#233;mocratiques de la lutte, celle-ci atteint, fin ao&#251;t, une violence telle, que la presse n'en parle plus du tout. Seules quelques lignes filtrent &#231;a et l&#224;, comme par exemple le fait que les maisons de 36 ministres et d&#233;put&#233;s ont &#233;t&#233; incendi&#233;es par des manifestants en col&#232;re. Le mois d'ao&#251;t est un mois d'&#233;meutes ininterrompues. Le prol&#233;tariat prend le pouvoir dans diff&#233;rentes villes. Dans le port de Kowsong, les habitants prennent d'assaut les b&#226;timents officiels et menacent d'y mettre le feu. Ils chassent les fonctionnaires et les forces de l'ordre. A Pegu, les soldats se joignent aux insurg&#233;s et emp&#234;chent l'arriv&#233;e des renforts militaires venant de la capitale. Ici aussi les autorit&#233;s s'enfuient. A Prome, les soldats refusent de tirer sur la foule. A Toungoo, un officier aurait m&#234;me &#233;t&#233; tu&#233; par ses soldats qui refusaient eux aussi de tirer. A Rangoon m&#234;me, diff&#233;rentes unit&#233;s de soldats, exprimant l'affrontement social au sein de l'arm&#233;e, se tirent dessus et tous les acc&#232;s &#224; la ville sont ferm&#233;s pour emp&#234;cher les habitants d'autres villes de venir en aide aux insurg&#233;s de la capitale. Le clerg&#233; bouddhiste intervient et en appelle au gouvernement pour qu'il c&#232;de aux revendications et am&#233;liore les conditions de vie de la classe ouvri&#232;re. Le 10 ao&#251;t, fait r&#233;v&#233;lateur de la profondeur et de l'ampleur de l'affrontement social, un avion l&#226;che sur la capitale des tracts mena&#231;ant la population de bombarder la ville si elle continue &#224; r&#233;sister &#224; l'arm&#233;e. Le 14 ao&#251;t, un diplomate en poste &#224; Rangoon dit : &#034;C'est la faim qui est le moteur du soul&#232;vement, la d&#233;mocratie vient apr&#232;s&#034;, et &#034;Lib&#233;ration&#034;, le 30 de ce m&#234;me mois, d'ajouter : &#034;La Birmanie est &#224; la d&#233;rive. L'insurrection qui a gagn&#233; l'ensemble du pays est aux portes de la capitale...&#034; . Il est significatif que le gouvernement accuse (et donc reconnaisse l'existence de) &#034;un r&#233;seau d'organisation clandestine qui alimente et coordonne le mouvement&#034;. &#034;L'instabilit&#233; actuelle, dit-il, est due &#224; l'organisation et &#224; l'intervention de ces fauteurs de troubles&#034; (Lib&#233;ration le 14/8/88). &#034;Le mouvement est structur&#233; en cellules tr&#232;s compartiment&#233; es, ne rassemblant que quelques individus se connaissant et se faisant confiance&#034; (idem). Des contacts ont &#233;t&#233; pris avec d'anciens &#233;tudiants qui ont particip&#233; aux mouvements des ann&#233;es '70 en Birmanie, et '73 en Tha&#239;lande (mouvements qui s'inscrivent directement dans la vague de lutte mondiale &#034;1967-1973&#034;) . La presse, parle d'au moins 6 groupes clandestins agissant de concert, ou encore, de 30 dirigeants secrets agissant au travers du syndicat &#233;tudiant cr&#233;&#233; le 17 mars 1988 et imm&#233;diatement interdit. Et l&#224; o&#249; parfois la bourgeoisie met en avant spectaculairement des aspects d'organisation et de direction de la lutte qui n'existent pas forc&#233;ment, mais qui soutiennent alors une campagne de presse visant &#224; faire peur aux citoyens (cfr. l'article sur l'Argentine dans cette m&#234;me revue), ici, il est clair que ce m&#234;me type de campagne se repose sur de r&#233;els aspects d'organisation et de direction de notre classe. En ce mois d'ao&#251;t '88, des centaines de manifestants sont massacr&#233;s par l'arm&#233;e. On parle de 3000 morts en une semaine. Le g&#233;n&#233;ral Sein Lwin d&#233;missionne, incapable, malgr&#233; ses promesses et ses massacres, de calmer les affrontements. Le 12 ao&#251;t, lui succ&#232;de l'avocat Maung Maung. La bourgeoisie tente de calmer les affrontements en pla&#231;ant &#224; la t&#234;te du gouvernement, une marionnette d&#233;nu&#233;e de galons. Aussit&#244;t, ce dernier en appelle &#224; la paix et &#224; la tranquillit&#233;, condition sine qua non de la reprise &#233;conomique. Il supprime la loi martiale pour preuve de sa volont&#233; de pacification (bien que l'arm&#233;e &#233;videmment continue &#224; tirer dans les manifestations et rassemblements) . Maung Maung est soutenu, dans sa lutte contre le prol&#233;tariat, par une partie de &#034;l'opposition d&#233;mocratique&#034; , dont le g&#233;n&#233;ral Aung Gyu, militaire r&#233;formiste qui avait accus&#233; les pr&#233;c&#233;dents gouvernements de corruption et avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en juillet pour &#034;attaque contre l'Etat&#034;. Fort de la &#034;bonne image&#034; que lui vaut son pass&#233; &#034;d'opprim&#233; du r&#233;gime&#034;, ce g&#233;n&#233;ral pr&#244;ne alors le respect de la non violence tant du c&#244;t&#233; militaire que populaire &#034;pour &#233;viter l'anarchie et que plus de sang ne soit vers&#233;&#034;, dit-il. Maung Maung amnistie des centaines de prisonniers dont la majorit&#233; (mais cela resta secret) sont des membres des fractions bourgeoises b&#226;illonn&#233;es par le r&#233;gime militaire : des d&#233;mocrates, des nationalistes, des lib&#233;raux,...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de prol&#233;taires restent par contre en taule, ce qui va mener plus tard au plus gros massacre de cette p&#233;riode en Birmanie. Il est important de souligner que les efforts communs du gouvernement (promesses de r&#233;formes, amnisties et terreur polici&#232;re) et de l'opposition (discours contre l'anarchie, participation &#224; des manifs &#034;pour la non violence et le respect de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#034;) vont &#234;tre incapables, &#224; ce moment-l&#224;, de calmer, pacifier, ou d'&#233;craser le mouvement de r&#233;sistance et de refus qui menace de s'&#233;largir en une insurrection g&#233;n&#233;rale. L'opposition soutient le gouvernement et coop&#232;re avec l'arm&#233;e en soulignant toujours plus fortement l'importance de &#034;protestations pacifiques contre la dictature&#034; et la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter le chaos. Les moines aussi participent &#224; leur mani&#232;re &#224; la lutte contre la subversion en appelant l'arm&#233;e pour d&#233;fendre une usine attaqu&#233;e par &#034;un gang de plus de 500 criminels&#034;. Ils se chargent ensuite d'organiser un &#034;syst&#232;me alternatif&#034; autogestionnaire clamant haut et fort leur soumission aux int&#233;r&#234;ts des &#233;meutiers ! Une autre figure de l'opposition entre alors en sc&#232;ne : Daw Aung San Kyi, surnomm&#233;e par les m&#233;dias la Cory Aquino birmane, la fille du leader du mouvement d'ind&#233;pendance du pays qui fut tu&#233; en 1947 par une fraction birmane rivale. Aur&#233;ol&#233;e de ce prestige, elle lutte pour la d&#233;mocratie et le multipartitisme avec toute la bonne conscience des humanistes bourgeois, bourreaux de la classe ouvri&#232;re en lutte. Fin ao&#251;t, l'insurrection gagne du terrain dans l'arm&#233;e et dans d'autres institutions capitalistes. Les d&#233;fections sont de plus en plus massives, les soldats se retournent contre leurs officiers. Au m&#234;me moment, dans plusieurs prisons du pays, les prol&#233;taires se r&#233;voltent. Certains parviennent &#224; s'&#233;vader mais d'autres, par centaines, sont massacr&#233;s. A 13 Km de la capitale, dans la prison d'Insein encercl&#233;e par l'arm&#233;e, les &#233;meutiers mettent le feu aux b&#226;timents et tentent de percer le cordon militaire pour s'&#233;vader. Entre 200 et 600 r&#233;ussissent, les autres, au moins 1000, sont tu&#233;s par la fusillade ininterrompue de l'arm&#233;e qui les emp&#234;che d'&#233;chapper aux flammes. Suite &#224; ces &#233;meutes, le gouvernement accorde une nouvelle amnistie et lib&#232;re le reste des prisonniers. Ce qui reste encore des prisons,... les ruines, devient de toutes fa&#231;ons inutilisable et incontr&#244;lable. En ao&#251;t et septembre, de plus en plus de soldats sont vus aux c&#244;t&#233;s d'autres prol&#233;taires ; en plus, des fusils font leur apparition dans &#034;l'arsenal&#034; des &#233;meutiers, bien que les machettes restent l'arme la plus commune, et la d&#233;capitation, la fa&#231;on la plus courante de tuer les bourgeois. A ce stade-ci, il est important de parler plus en d&#233;tail des diff&#233;rentes fractions bourgeoises, et de la fa&#231;on dont la presse internationale va rapporter les &#233;v&#233;nements. Deux sortes de pacifismes, de discours non violents, &#233;merg&#232;rent : 1/ Le premier va consister en la traditionnelle propagande pour la non-violence : &#034;Nous manifestons pacifiquement, nous demandons des r&#233;formes, des droits, l'amnistie, le changement de gouvernement, et cela, d'une fa&#231;on toute pacifique&#034; (m&#234;me les nonnes et les cur&#233;s catholiques en septembre finissent par se joindre aux manifestations, avec comme slogan : &#034;J&#233;sus aime la d&#233;mocratie&#034; ; le supr&#234;me patriarche bouddhiste, quant &#224; lui, appelle &#224; la mod&#233;ration pendant que les troupes poursuivent les manifestants jusque dans les h&#244;pitaux, tirant sur tout le monde). Mais tr&#232;s vite, les &#233;v&#233;nements vont d&#233;passer cette sorte de propagande. Les prol&#233;taires ont r&#233;sist&#233; tr&#232;s longtemps aux massacres et aux tentatives de d&#233;voyer leur lutte. C'est pourquoi l'opposition bourgeoise au gouvernement commence &#224; se radicaliser et &#224; accepter, et m&#234;me &#224; encourager, la violence contre la fraction dominante, pouss&#233;e en cela par la n&#233;cessit&#233; de rester cr&#233;dible. La propagande pr&#233;c&#233;dente, les discours pour l'absolue non violence, ont fait maintenant place &#224; une propagande pour une &#034;violence diff&#233;renci&#233;e&#034;. 2/ &#034;L'autre&#034; pacifisme va se vouloir plus... violent ! &#034;On peut d&#233;capiter des soldats et des policiers d&#233;fendant ce gouvernement car ce dernier n'a pas le droit d'exister ; le terrorisme d'accord, mais uniquement comme moyen d'instaurer une d&#233;mocratie pluraliste. Par contre, voler dans les magasins et les bureaux, piller les maisons des riches, etc, sont des activit&#233;s 'contre-r&#233;volutionna ires'. Les 'criminels' qui prennent des biens ne leur appartenant pas seront ex&#233;cut&#233;s&#034;. Voil&#224;, en r&#233;sum&#233;, le discours et l'id&#233;ologie de ces d&#233;mocrates &#034;radicaux&#034;. Dans certaines villes o&#249; le pouvoir de l'Etat central a &#233;t&#233; chass&#233; par les insurg&#233;s, des forces d&#233;mocratiques locales, appuy&#233;es par la bourgeoisie commerciale, les intellectuels et les moines, organisent l'autogestion des structures pour maintenir le fonctionnement de la production et du march&#233;, et la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, d&#233;voyant de la sorte, vers les int&#233;r&#234;ts bourgeois, les tentatives de direction prol&#233;tarienne. Pourtant, le prol&#233;tariat n'est pas encore battu et conserve une force de lutte marqu&#233;e notamment, par la constitution de milices d'auto-d&#233;fense et d'organisations prol&#233;tariennes dans les quartiers ouvriers des banlieues et m&#234;me dans des viles enti&#232;res. Les deux stars de l'opposition, Daw Saung San Kyi et le g&#233;n&#233;ral Aung Gyi, lancent alors un appel pour la cr&#233;ation d'un &#034;gouvernement provisoire&#034; afin de &#034;donner la d&#233;mocratie au peuple&#034;. L'appel reste sans effet, les pillages ne cessent de s'&#233;tendre et dans la plupart des cas les cibles sont les sources de nourriture (le riz principalement) . Pour parvenir &#224; bout de la r&#233;sistance prol&#233;tarienne, la bourgeoisie recourt aux massacres, aux bains de sang. Tensions sociales dans l'arm&#233;e Au sein de l'arm&#233;e, r&#233;put&#233;e pour &#234;tre l'une des plus disciplin&#233;e d'Asie, les dissensions sont de plus en plus vives. Les conditions de vie des soldats, tout en &#233;tant meilleures que celles des autres prol&#233;taires, sont loin d'&#234;tre bonnes. Le service militaire obligatoire est long et p&#233;nible, la solde est maigre, la cantine rationn&#233;e, la discipline de fer, le copinage et la corruption, monnaies courantes. De plus, l'arm&#233;e est en guerre permanente contre les diff&#233;rents groupes de gu&#233;rilla. Cette situation entra&#238;ne un m&#233;contentement croissant. La tension est si grande qu'en ao&#251;t '88 &#034;des &#233;l&#233;ments de l'arm&#233;e viennent retirer de la Banque Nationale de Commerce, sous la menace de leurs armes, une somme de 600 millions de kyats (=600 millions de FF) pour distribuer aux soldats&#034; (Lib&#233;ration du 9/9/88). Le m&#233;contentement et la r&#233;sistance des prol&#233;taires sous l'uniforme cro&#238;t de jour en Jour. Des soldats participent aux pillages. Des mutineries &#233;clatent dans diff&#233;rentes bases militaires. Dans trois villes au moins, les soldats passent aux c&#244;t&#233;s des &#233;meutiers. Des manifestants chantent l'hymne de l'arm&#233;e devant les soldats venus les r&#233;primer, et les interpellent : &#034;Tirez, grands fr&#232;res !&#034;. Mais m&#234;me avec tout ela, l'arm&#233;e ne se d&#233;compose pas ; elle reste toujours ma&#238;tre du terrain et, malgr&#233; les d&#233;sertions et les mutineries, le prol&#233;tariat ne parvient pas &#224; &#233;merger en-dehors et contre cette structure de l'Etat bourgeois. Le pouvoir a besoin de l'opposition La n&#233;cessit&#233; vitale, pour la bourgeoisie, de nier l'affrontement de classe qui se joue en Birmanie, s'exprime de diff&#233;rentes mani&#232;res. Pour les uns, il s'agit uniquement de &#034;manifestations &#233;tudiantes&#034; ou de &#034;groupes de gens&#034; d&#233;fendant &#034;leurs int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques&#034; ; pour d'autres, c'est la d&#233;fense des &#034;int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux du peuple&#034;, c'est la &#034;d&#233;mocratisation&#034; , qui est revendiqu&#233;e. Pourtant, durant l'&#233;t&#233; '88, la difficult&#233; &#224; cacher la &#034;tendance&#034; du prol&#233;tariat &#224; &#034;l'anarchie&#034; (2) pousse les m&#233;dias &#224; se centrer non plus sur les &#233;v&#233;nements mais sur les &#034;aspects politiques&#034;. Les rengaines sur le danger du chaos et de l'anarchie c&#232;dent progressivement la place aux discours et d&#233;clarations des fractions de l'opposition, des filles de h&#233;ros de 1'ind&#233;pendance et autres g&#233;n&#233;raux &#224; la retraite. D&#233;but septembre, le gouvernement rejette l'appel &#224; un &#034;gouvernement d'int&#233;rim&#034;. Le pr&#233;sident Maung Maung comprend l'int&#233;r&#234;t pr&#233;pond&#233;rant, primordial de sa classe : pr&#233;server, soigneusement &#224; l'&#233;cart du gouvernement, une opposition dont l'influence sur le mouvement commence &#224; se faire sentir. Ni le Capital mondial, ni ses managers locaux n'ont int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;truire (en lui ouvrant l'acc&#232;s au gouvernement) la cr&#233;dibilit&#233; naissante de l'opposition. De surcro&#238;t, il est plus que vraisemblable que cette ouverture pr&#233;matur&#233;e n'aurait pas suffit &#224; canaliser le mouvement, alors m&#234;me qu'elle risquait d'affaiblir la bourgeoisie locale, la d&#233;sorganisant dans un moment clef. Loin de cette compr&#233;hension, Daw Aung San et son copain le vieux g&#233;n&#233;ral, de m&#234;me que Thant, le fils de l'ex-secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations Unies, de m&#234;me que d'autres d&#233;mocrates, sont pr&#234;ts &#224; perdre leur influence en &#233;change du pouvoir. Mais pour la bourgeoisie dans sa globalit&#233;, c'e&#251;t &#233;t&#233; une r&#233;elle stupidit&#233; de laisser les choses se d&#233;rouler ainsi. Il est beaucoup plus utile que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui paralyse plusieurs villes et qui continue toujours &#224; Rangoon, reste une &#034;action de protestation&#034; revendiqu&#233;e par ces &#034;forces d&#233;mocratiques&#034; qui viennent de sauter dans le train en marche. U Nu, leader anti-fasciste des ann&#233;es '60, forme alors un &#034;anti-gouvernement de transition&#034; avec son groupe &#034;Ligue pour la Paix et la D&#233;mocratie&#034;, rejoignant ainsi Daw Aung San pour tenter de canaliser le m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral vers la revendication d'un syst&#232;me multipartiste, de la d&#233;mocratie et des droits de l'Homme, des droits du bon citoyen, patriote fid&#232;le, bon ouvrier, bon p&#232;re de famille ! A ce stade, le capitalisme mondial a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; pr&#233;parer les futurs arrangements et les luttes inter-imperia1istes qui suivront le massacre de l'insurrection prol&#233;tarienne. Depuis longtemps d&#233;j&#224; plusieurs pays, dont le Japon et l'Angleterre, se sont disput&#233;s le territoire entour&#233; par les fronti&#232;res birmanes et restent toujours int&#233;ress&#233;s par les possibilit&#233;s d'y implanter des bases militaires le long de l'oc&#233;an Indien. L'opposition s'unit pour se d&#233;barrasser du gouvernement Alors que des &#233;meutes continuent dans plusieurs endroits du pays, les d&#233;mocrates s'activent pour reprendre les choses en mains. Pendant ce temps, l'arm&#233;e prot&#232;ge le minist&#232;re de la d&#233;fense, la station de radio, les principaux ponts de chemins de fer, les quartiers r&#233;sidentiels, ... Peu &#224; peu tout est mis en place pour le &#034;dernier&#034; massacre de prol&#233;taires, tant militaire qu'id&#233;ologique. Avant de passer &#224; l'action, la bourgeoisie ach&#232;ve les derniers pr&#233;paratifs pour diviser le prol&#233;tariat en &#034;criminels&#034; d'un c&#244;t&#233;, et &#034;d&#233;mocrates&#034; de l'autre. Le 11 septembre, le parlement d&#233;cide de ratifier la promesse d'&#233;lections libres et d'&#233;tablir un syst&#232;me multipartiste (3). Le New York Times rapporte (le 13/9/88) que les manifestants ne suivent pas la ligne de d&#233;mocratisation officielle ni les groupes d'opposition, lesquels ne peuvent &#034;offrir aucune direction ni organisation imm&#233;diate&#034; acceptables pour les insurg&#233;s. U Nu, le &#034;self made leader&#034; du &#034;gouvernement rival&#034; semble avoir &#233;t&#233; ignor&#233; par les manifestants. U Tin Do, pr&#233;c&#233;dent ministre de la d&#233;fense, maintenant transfuge du PPSB (parti au gouvernement) , Daw Aung San Kyi et Aung Gyi en appellent &#224; la patience des manifestants, soutenant que &#034;le peuple doit continuer les manifestations pacifiques, en utilisant l'arme du courage moral&#8230;&#034; !! Vers la mi-septembre, ainsi que le Times l'&#233;crit, la Birmanie se trouve &#034;au bord de l'anarchie&#034; car bien que &#034;le gouvernement ait accept&#233; des &#233;lections, les manifestations continuent&#034;. Pendant ce court laps de temps, le rapport de force entre bourgeoisie et prol&#233;tariat semble suspendu, la lutte semble &#234;tre &#224; un moment cl&#233; o&#249; tout acte importe et p&#232;se sur le cours futur des &#233;v&#233;nements. L'arm&#233;e ne cesse de renforcer ses positions. Le gouvernement fait des promesses, les fractions d'oppositions pr&#234;chent la d&#233;mocratie et la tol&#233;rance ainsi que la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter l'anarchie. Arrive alors l'appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#034;pour r&#233;clamer la d&#233;mocratie imm&#233;diatement&#034; : tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de r&#233;cup&#233;rer au moins le contr&#244;le apparent des &#233;v&#233;nements qui, dans les faits, &#233;voluent vers le refus g&#233;n&#233;ral du travail. Ce qui se joue en Birmanie est semblable &#224; la situation sociale de la Pologne en 1981 : Solidarnosc, pour prot&#233;ger l'Etat et canaliser la radicalisation des luttes, est accul&#233; &#224; menacer le gouvernement de d&#233;clencher la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Cette menace produit une vaste op&#233;ration de r&#233;pression militaire : le coup d'Etat. En Pologne comme en Birmanie, la d&#233;claration de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale suit un mouvement qui, dans ses actes, a d&#233;j&#224; depuis longtemps refus&#233; le travail et organis&#233; les gr&#232;ves. L'opposition tente donc de r&#233;cup&#233;rer la lutte et de la transformer. Mais le calme ne revient pas dans les villes, les habitants refusent de rentrer chez eux, et les prol&#233;taires de retourner sagement au boulot. La bourgeoisie se tourne alors vers son alternative. Apr&#232;s l'&#233;chec des tentatives de r&#233;cup&#233;ration par la &#034;douceur&#034;, le balancier du pendule s'en va vers l'autre p&#244;le, l'autre face de la m&#233;daille : apr&#232;s la carotte, le b&#226;ton ! Le 18 septembre a lieu le coup d'Etat du g&#233;n&#233;ral Saw Maung qui impose le couvre-feu. La veille, un groupe d'insurg&#233;s s'est affront&#233; &#224; l'arm&#233;e en face du minist&#232;re du Commerce. Les prol&#233;taires ont captur&#233; des soldats qui avaient tir&#233; dans la foule. Ils voulaient les tuer, mais des leaders de l'opposition sont intervenus et ont plaid&#233; pour la paix. Les soldats ont eu la vie sauve. La voix de l'opposition est de plus en plus &#233;cout&#233;e au sein des prol&#233;taires. Rien de pacifique par contre dans les m&#233;thodes de l'arm&#233;e qui a alors plus d'une raison de pratiquer la plus dure des r&#233;pressions : d'une part, il est de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral de la bourgeoisie d'en finir avec l'&#233;tat insurrectionnel du pays (sans doute en partie &#224; cause des r&#233;percussions et des contagions possibles dans les r&#233;gions voisines, voire dans d'autres endroits du monde o&#249; les prol&#233;taires peuvent facilement identifier leur situation &#224; celle de leurs fr&#232;res birmans) ; et d'autre part, compris dans cet int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, il est imp&#233;ratif pour l'arm&#233;e, d'arr&#234;ter les d&#233;fections en son sein. Selon la presse, dans la seule semaine pr&#233;c&#233;dant le coup d'Etat, quelques 6000 soldats de l'arm&#233;e de l'air, de mer et de terre ont rejoint le camp de insurg&#233;s. D'autres facteurs entrent &#233;galement en ligne de compte et poussent la bourgeoisie &#224; adopter la m&#233;thode &#034;forte&#034; : la col&#232;re des vieux g&#233;n&#233;raux face au refus de collaboration des fractions d'opposition ; ainsi que la n&#233;cessit&#233; de mettre le hol&#224; &#224; la violence qui se d&#233;cha&#238;ne contre l'arm&#233;e, la police et tous les signes de richesses. A partir du coup d'Etat (v&#233;ritable carnage, est-ce n&#233;cessaire de le pr&#233;ciser ?), les gr&#232;ves et les manifestations sont interdites. Le coup d'Etat, de m&#234;me qu'en Pologne et ailleurs, n'est pas un r&#233;el changement de gouvernement (au sens de remplacement d'une fraction par une autre) mais seulement une purification de l'Etat, pouss&#233; par la n&#233;cessit&#233; d'aller droit &#224; l'essentiel : se prot&#233;ger du d&#233;sordre et de l'anarchie. Le g&#233;n&#233;ral Saw Maung, chef du comit&#233; militaire, qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ministre de la d&#233;fense ant&#233;rieurement (gouvernement de Ne Win, poste qu'il retrouvera plus tard), s'engage rapidement, exactement comme le fit Jaruzelski 8 ans avant lui, &#034;&#224; poursuivre&#034; les r&#233;formes, la d&#233;mocratisation, ... Par la suite, le g&#233;n&#233;ral d&#233;clarera qu'il n'aurait agi de la sorte que &#034;dans le but d'arr&#234;ter le chaos social birman et d'assurer que des &#233;lections seraient organis&#233;es&#034;. Les fractions d'opposition protestent mollement, puis r&#233;clament des pourparlers avec Saw Maung. Elles repoussent les offres de soutien de la part des groupes autonomistes. Les moines bouddhistes mettent &#233;galement la main &#224; la p&#226;te en publiant un texte appelant &#034;au dialogue&#034; (cfr. le r&#244;le de l'&#233;glise en Pologne). Au m&#234;me moment, la capitale est investie et quadrill&#233;e par les blind&#233;s et les patrouilles tirent sans avertissement sur tout rassemblement de plus de 5 personnes. Pourtant, le prol&#233;tariat de plus en plus affaibli, ne se d&#233;clare toujours pas vaincu. Le 20 septembre, la banlieue de Rangoon est toujours l'un des bastions de r&#233;sistance les plus solides des insurg&#233;s. L'arm&#233;e ne parvient pas &#224; y p&#233;n&#233;trer, pas plus qu'elle ne r&#233;ussit &#224; d&#233;manteler &#034;les barricades faites de tuyaux de canalisation et d'arbres coup&#233;s. Ces positions sont d&#233;fendues &#224; l'aide de lances en bois, de bouteilles d'acide m&#233;lang&#233; &#224; du gravier, de cocktail molotov et de 'jinglees' (catapultes &#224; fl&#233;chette).&#034; - Lib&#233;ration du 20/09/88. Le lendemain du coup d'Etat, des groupes de prol&#233;taires pillent des postes de police de Rangoon, volent armes et munitions. La radio parle m&#234;me d'une mobilisation rassemblant 1000 personnes qui ont attaqu&#233; les forces de l'ordre et tu&#233; 7 policiers dont 2 commandants. Une immense fouille est organis&#233;e pour retrouver les coupables mais l'arm&#233;e ne r&#233;ussit pas &#034;&#224; d&#233;loger les extr&#233;mistes&#034;. Pourtant le 21 septembre (3 jours apr&#232;s le coup d'Etat), &#034;les barricades de la banlieue ouvri&#232;re d'Okkalapa, un des bastions de la r&#233;sistance, sont tomb&#233;es&#034;. Les ex&#233;cutions sommaires sont innombrables et les cr&#233;matoriums du pays fonctionnent &#224; plein rendement pour effacer au plus vite les traces du massacre. Ce qui se passa par la suite, nous n'en avons jamais plus eu le d&#233;tail. Le blocus des m&#233;dias devint imp&#233;n&#233;trable. Mais malgr&#233; ce silence, nous savons que la violence s'est encore accrue contre notre classe ; nous savons que la bourgeoisie, flairant l'affaiblissement, enivr&#233;e par l'odeur du sang et de la victoire toute proche, a redoubl&#233; de cruaut&#233; et de vigueur. Qu'en est-il aujourd'hui ? Nous ne pouvons le dire mais nous craignons le pire. En guise de conclusion temporaire La presse bourgeoise a rempli sa fonction : &#224; la fois cacher, transformer la r&#233;alit&#233; du mouvement social, (qui de r&#233;volutionnaire devint &#034;&#233;tudiant&#034;, puis d&#233;mocratique, etc.) pour ensuite simplement cacher la r&#233;alit&#233; de la terreur bourgeoise. Mais au-del&#224; de l'horreur, au-del&#224; du cannibalisme de la contre-r&#233;volution, ce que la presse a essay&#233; de cacher, c'est la force de la r&#233;volution : la bourgeoisie a eu &#233;norm&#233;ment de mal &#224; faire quitter au prol&#233;tariat en Birmanie son terrain de lutte. La force du prol&#233;tariat a d&#233;termin&#233; l'ampleur des moyens mis en place par la bourgeoisie mondiale pour la r&#233;pression. La difficult&#233; de la bourgeoisie &#224; &#233;craser le prol&#233;tariat montre, plus clairement que tout discours, le fait que le prol&#233;tariat ne luttait pas pour &#034;plus de d&#233;mocratie&#034;, &#034;pour changer de fraction au pouvoir&#034; (changer de bourreaux, en fait), mais bel et bien pour la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts exclusifs de classe. Face &#224; cela, la bourgeoisie a r&#233;pondu, et r&#233;pondra toujours, par un d&#233;luge de feu et de sang, le tout enrob&#233; de grands discours sur les &#034;n&#233;cessaires r&#233;formes&#034;. Le refus clair du prol&#233;tariat en Birmanie a contraint la bourgeoisie au d&#233;veloppement imm&#233;diat d'une r&#233;pression tr&#232;s large. Mais il ne lui a pas &#233;t&#233; possible d'isoler les avant-gardes les plus combatives et radicales gr&#226;ce &#224; &#034;l'octroi&#034; de r&#233;formes et d'acquis sociaux. Cette solution aurait permis l'isolement de cette avant-garde pour la massacrer, et &#233;craser ainsi politiquement le prol&#233;tariat pour, une fois ces conditions remplies, massacrer, r&#233;primer, torturer massivement. Cette solution comporte l'avantage, pour la bourgeoisie, d'opposer une frange du prol&#233;tariat contre d'autres, d'imposer ses le&#231;ons, d'essayer de faire croire que la r&#233;pression, occasionn&#233;e par un secteur particulier de la bourgeoisie (arm&#233;e, fascistes... ), a &#233;t&#233; caus&#233;e par les exc&#232;s d'une minorit&#233; de prol&#233;taires irresponsables (voyous, &#034;terroristes&#034; , agents &#224; la solde de l'ennemi, provocateurs, ...). Cet &#233;chec partiel est tr&#232;s encourageant pour notre classe et ses luttes futures. Il donne &#224; penser que des le&#231;ons de ce mouvement restent pr&#233;sentes pour bon nombre de prol&#233;taires. Et si c'est le cas, ces le&#231;ons permettront aux luttes de repartir d'embl&#233;e, ou d'acc&#233;der beaucoup plus vite &#224; un plus grand niveau de force (centralisation, clart&#233; politique, refus des divisions et des r&#233;formes, connaissance des m&#233;thodes de l'ennemi et des n&#233;cessit&#233;s de la lutte r&#233;volutionnaire, etc.). De plus, il est possible, voire probable, que certaines des structures (clandestines) que le prol&#233;tariat a mises sur pied durant ces 7 mois d'affrontement, soient pass&#233;es au travers des mailles de la r&#233;pression et qu'elles travaillent au maintien de l'indispensable continuit&#233; entre les diff&#233;rents moments de l'affrontement social qui ne peut que se d&#233;velopper. La force du prol&#233;tariat, qui n'a pas &#233;t&#233; suffisante pour emp&#234;cher la r&#233;pression (et ne pouvait &#234;tre suffisante dans un seul pays), l'a &#233;t&#233; probablement suffisamment pour qu'en vendant ch&#232;rement leurs peaux, les prol&#233;taires aient ralenti, diminu&#233; celle-ci. La situation dans laquelle la bourgeoisie peut d&#233;velopper SANS LIMITE sa r&#233;pression est pr&#233;cis&#233;ment la situation dans laquelle le prol&#233;tariat a perdu toute capacit&#233; de r&#233;sistance. La bourgeoisie, face &#224; un mouvement de cette ampleur, est oblig&#233;e de ramener la paix sociale au moyen de la r&#233;pression. Mais lorsque le prol&#233;tariat reste fort, pr&#233;cis&#233;ment pour emp&#234;cher que le mouvement ne reparte contre la r&#233;pression, elle est oblig&#233;e de moduler celle-ci, voire de la limiter. La situation en Birmanie reste tr&#232;s explosive. L'&#233;conomie, qui fut totalement paralys&#233;e des mois durant, apr&#232;s les moments forts de la lutte, et m&#234;me apr&#232;s la r&#233;pression, reste instable. Carburant et &#233;lectricit&#233; font totalement d&#233;faut, et pour cette raison aussi, nombreux sont ceux qui ne sont pas retourn&#233;s travailler ou qui furent licenci&#233;s, arr&#234;t&#233;s pour leur participation aux gr&#232;ves. L'ensemble de ces facteurs et la profondeur de la crise &#233;conomique et sociale emp&#234;che que les prol&#233;taires, pour survivre, puissent m&#234;me respecter les lois. &#034;De toute fa&#231;on, les paies sont d&#233;risoires, les magasins d'Etat vides, et le prix des denr&#233;es, sur le march&#233; libre, exorbitants. Les rues de Rangoon sont envahies par les mendiants et l'arm&#233;e continue de tirer sur des pillards qui bravent m&#234;me le couvre-feu nocturne pour voler un sac de riz ou une plaque de t&#244;le ondul&#233;e&#034; (&#034;Le Monde&#034; du 22/10/88). L'importance de cette lutte dans une r&#233;gion qui, &#224; diff&#233;rents titres, peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme cruciale dans le d&#233;veloppement des affrontements interclassistes (concentration de prol&#233;taires, proximit&#233; de la Chine et donc, point de contagion possible des luttes d'un bloc &#224; l'autre,...) , nous d&#233;termine &#224; en dire et &#224; en r&#233;p&#233;ter l'importance. Elle clame bien fort ce qu'&#224; de multiples reprises nous avons exprim&#233; : IL N'EXISTE PAS UN CENTRE DE LA REVOLUTION, lequel devrait, soit servir de r&#233;f&#233;rence pour les luttes des prol&#233;taires de tous les pays, soit servir de direction, de guide. Ces conceptions (divisions entre pays &#034;d&#233;velopp&#233;s&#034; et pays &#034;sous-d&#233;velopp&#233; s&#034;, &#034;socialistes&#034; ou non, &#034;agresseurs&#034; et &#034;moins agresseurs&#034;, &#034;progressistes&#034; , etc.) sont moralistes, progressistes et racistes. Elles servent uniquement &#224; diviser le prol&#233;tariat mondial et &#224; ralentir sa lutte. Comme des dizaines de fois en d'autres temps et d'autres lieux, le prol&#233;tariat en Birmanie a prouv&#233; qu'il n'existe qu'une seule classe ouvri&#232;re et une seule voie pour faire triompher le projet r&#233;volutionnaire de notre classe ; il tire sa force, non pas des donneurs de le&#231;ons, ou de l'exp&#233;rience du &#034;prol&#233;tariat &#233;volu&#233;&#034; de telle ou telle zone, mais bien de sa lutte pratique contre la bourgeoisie, pour se r&#233;approprier toute sa propre histoire. Plut&#244;t que de chercher des zones privil&#233;gi&#233;es et ainsi introduire des s&#233;parations au sein de notre classe, il est beaucoup plus valide de saisir que l'&#233;mergence pratique de notre classe et de son avant-garde partout dans le monde, est historiquement et mondialement d&#233;termin&#233;e par l'antagonisme bourgeoisie/ prol&#233;tariat. Le d&#233;veloppement de l'affrontement social, lorsqu'il prend un caract&#232;re aigu comme ce fut le cas en Birmanie, tend &#224; prendre comme axe de gravitation la question de l'affrontement arm&#233;. Mais autant cette question est essentielle pour le prol&#233;tariat, dans la mesure o&#249; il est contraint de transformer les armes de la critique en critique par les armes (ne serait-ce que pour emp&#234;cher le cannibalisme de la contre-r&#233;volution) , autant cela pr&#233;sente le danger de la transformation de l'affrontement social en affrontement militariste interbourgeois. Dans sa lutte, le prol&#233;tariat en Birmanie, pouss&#233; par les n&#233;cessit&#233;s, a su assumer la contrainte de la riposte arm&#233;e &#224; la bourgeoisie et cela tant pour satisfaire ses besoins que pour se d&#233;fendre. De fa&#231;on de plus en plus g&#233;n&#233;rale et globale, il a assum&#233; l'affrontement militaire et sa pr&#233;paration contre les forces de l'ordre. C'est ainsi que se sont cr&#233;&#233;es des structures organis&#233;es et arm&#233;es pour l'auto-d&#233;fense des quartiers ouvriers, pour l'attaque de b&#226;timents de l'Etat, pour les pillages et les r&#233;appropriations. Il est important de souligner les nombreuses tentatives d'organisation du prol&#233;tariat en Birmanie. A travers l'ensemble des informations qui ont filtr&#233;, il semble clair que des structures organisatives multiformes ont surgi. Si, conform&#233;ment &#224; sa vision machiav&#233;lique de l'histoire, la bourgeoisie parle toujours d'un centre unique de la subversion, il semble au contraire (et nous ne pouvons que le regretter tout en le comprenant) que ces structures soient rest&#233;es fortement d&#233;centralis&#233;es. Si cela s'explique notamment par la volont&#233; de r&#233;sister par le cloisonnement &#224; une r&#233;pression extr&#234;mement violente, il n'emp&#234;che cependant que cela disperse le prol&#233;tariat, et ralentit ou entrave sa constitution tendancielle en une seule force centralis&#233;e. Ainsi, n'ayant pas perdu de vue les le&#231;ons du pass&#233;, le prol&#233;tariat en Birmanie a tr&#232;s rapidement pratiquement mis en avant la n&#233;cessit&#233; de s'organiser et de se prot&#233;ger. Mais cette vigilance contre la r&#233;pression, qui exprime un certain niveau de compr&#233;hension de la nature r&#233;elle de l'antagonisme, la r&#233;alit&#233; de la bourgeoisie, doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e en structurant diff&#233;rents niveaux de contacts, de centralisations qui permettent de renforcer la lutte en la centralisant, en tendant &#224; lui donner une direction unique. Si au d&#233;part, c'est principalement l'homog&#233;n&#233;it&#233; des conditions de vie, la famine et l'horreur qui ont d&#233;termin&#233; le d&#233;veloppement rapide et l'extension des luttes ; tr&#232;s rapidement aussi des tentatives de g&#233;n&#233;ralisation, des prises de contacts entre diff&#233;rentes villes, sont apparues. Il est plus que probable que ces diff&#233;rentes structures ont aussi particip&#233; au refus des solutions propos&#233;es par la bourgeoisie. Des dizaines de structures se sont mises en places, des militants ont &#233;t&#233; demander conseil sur les n&#233;cessit&#233;s de la lutte &#224; des militants des vagues pr&#233;c&#233;dentes de lutte. Et bon nombre d' organisations ainsi cr&#233;&#233;es se sont oppos&#233;es &#224; la Chine, aux USA, &#224; Cuba, &#224; l'URSS,... les mettant tous sur le m&#234;me pied, o&#249; ils se trouvent de fait, m&#234;me si ce fut malheureusement parfois, pour leur opposer &#034;la volont&#233; d'ind&#233;pendance du peuple birman&#034; (4). Lors des violentes explosions de rage ouvri&#232;re qui se sont succ&#233;d&#233;es ces derniers temps (Alg&#233;rie, Venezuela, Maroc, Tunisie, Mexique,...) , le prol&#233;tariat affrontait les forces de r&#233;pression bourgeoises arm&#233;es de mitrailleuses et munies d'autos blind&#233;es avec, comme seules armes, des cailloux, des couteaux ou des bouts de bois. En Birmanie, ce ne fut pas le cas. Notamment gr&#226;ce &#224; la continuit&#233; qu'il a donn&#233; &#224; ses luttes, le prol&#233;tariat a su tirer des le&#231;ons et a refus&#233; de se faire massacrer, d&#233;sarm&#233;. Les prol&#233;taires en lutte se sont d'abord servis d'armes d&#233;risoires, puis, dans le d&#233;veloppement du mouvement, ils ont montr&#233; qu'il ne s'agissait pas pour la bourgeoisie de massacrer des moutons b&#234;lant mais bien des prol&#233;taires en lutte, d&#233;cid&#233;s &#224; d&#233;fendre leurs luttes les armes &#224; la main. C'est notamment cette d&#233;termination, et les morts dans l'arm&#233;e bourgeoise, qui ont pouss&#233; de plus en plus de prol&#233;taires sous l'uniforme, &#224; refuser d'assassiner leurs fr&#232;res de classe, &#224; d&#233;serter, &#224; passer &#224; la lutte ouverte contre l'Etat. Cela permettait de la sorte aux prol&#233;taires de se procurer des armes, mais cela accentuait aussi la d&#233;stabi1istation de l'Etat. Cependant, il est clair que la lutte de classe en Birmanie a d&#233;stabilis&#233; l'arm&#233;e, au point que des militaires (prol&#233;taires sous l'uniforme) s'affrontent &#224; d'autres militaires, il n'en reste pas moins vrai que cette d&#233;stabilisation ne fut jamais assez profonde que pour r&#233;ellement mettre l'Etat en danger. Pour imposer un changement de cette situation, il faut que la lutte d&#233;passe aussi un ensemble d'autres limites et, par exemple, qu'elle s'internationalise pratiquement et directement, bousculant de la sorte un ensemble d'id&#233;ologies, telles la &#034;mauvaise gestion&#034;, la fausse opposition entre &#034;socialisme&#034; et capitalisme, les probl&#232;mes &#034;sp&#233;cifiquement nationaux&#034;, etc. D'autre part, dans sa lutte contre l'Etat et sa r&#233;pression, le prol&#233;tariat en Birmanie n'a pas seulement refus&#233; de s'affronter les mains nues &#224; l'Etat ; il a, dans un premier temps, choisi ses cibles en fonction de ses besoins : les besoins de sa lutte. Il a refus&#233; d'aller syst&#233;matiquement au devant des mitrailleuses de l'arm&#233;e, o&#249; toutes les forces de l'opposition, des anciens membres du r&#233;gime aux moines, l'appelaient. Cette organisation de la lutte, exprime le passage de la r&#233;action contre la mis&#232;re &#224; l'action organis&#233;e contre l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et ses m&#233;canismes (un de ces &#034;m&#233;canismes&#034; est le massacre des prol&#233;taires insurg&#233;s !), et manifeste ind&#233;niablement un pas important en avant pour le prol&#233;tariat. Mais c'est un pas auquel il est d'autant plus difficile de donner une continuit&#233; que l'isolement du prol&#233;tariat en Birmanie est profond. C'est pourquoi, s'est ouverte pour la bourgeoisie la possibilit&#233; de transformer l'affrontement social en affrontement purement militariste interbourgeois, appareil contre appareil, terrain sur lequel la bourgeoisie reste aujourd'hui &#233;videmment largement dominante. Dans un d&#233;veloppement de ce genre-l&#224;, ce sont, petit &#224; petit, des &#034;sp&#233;cialistes militaires&#034; (groupes arm&#233;s de lib&#233;ration nationale, gu&#233;rilleristes) qui reprennent la direction du mouvement contre ses int&#233;r&#234;ts propres. * D&#233;cembre 1988 * Notes 1. Il y a en Birmanie plusieurs minorit&#233;s ethniques qui luttent pour l'ind&#233;pendance de leur lopin de terre. Ces groupes autonomistes sont g&#233;n&#233;ralement bas&#233;s le long des fronti&#232;res et m&#232;nent une guerre de gu&#233;rilla au gouvernement central depuis plus de 20 ans, tout en se faisant perp&#233;tuellement la guerre. Les plus nombreux sont les &#034;communistes&#034; du PCB lequel s'est fait particuli&#232;rement discret pendant les luttes. Ensuite viennent les Karens, v&#233;ritable Etat dans l'Etat avec son arm&#233;e bien s&#251;r, mais aussi un service militaire obligatoire, des flics, des universit&#233;s, des lois propres, des avocats, un r&#233;seau de production et d'&#233;change tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, etc. Ils occupent plus ou moins 600 km de territoire le long de la fronti&#232;re tha&#239;landaise et sont &#224; peu pr&#232;s 2 millions dont 4.000 en permanence en armes. Ils constituent la deuxi&#232;me force de gu&#233;rilla apr&#232;s le &#034;PC&#034; qui, lui, est bas&#233; le long de la fronti&#232;re chinoise. Leurs principaux revenus proviennent de la contrebande de toutes marchandises, except&#233; la drogue (le &#034;triangle d'or&#034; est tout proche) qui est prohib&#233;e tant pour le commerce que pour la consommation. Celle-ci, ainsi que l'adult&#232;re, sont punis de mort ! D&#232;s le d&#233;but du mouvement, les Karens auraient tent&#233; de tisser des liens avec les insurg&#233;s et de former des &#034;activistes&#034; au combat. Pourtant, alors qu'&#224; la suite du coup d'Etat, 5.000 &#224; 10.000 jeunes rejoignaient les Karens pour se former au maniement des armes &#224; feu, &#224; aucun moment de la lutte n'apparurent de revendications autonomistes ou soutenant tel groupe contre tel autre. Il y a au moins 9 groupes diff&#233;rents sens&#233;s &#234;tre unis au sein du Front National D&#233;mocratique rassemblant plus ou moins 30.000 combattants arm&#233;s, mais qui s'entred&#233;chirent. 2. Derri&#232;re ces &#034;tendances &#224; l'anarchie&#034;, nous entendons l'irrespect envers la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, la loi, etc. Nous entendons l'irrespect des valeurs bourgeoises et de ceux qui les enseignent et les d&#233;fendent et nous soutenons cette anarchie-l&#224; et la revendiquons comme lutte de notre classe pour la satisfaction de nos besoins. 3. Ces d&#233;clarations n'ont eu que peu d'effet sur les manifestants. Aucune trace d'apaisement, de contentement ou de satisfaction ne s'exprima. 4. Il est quasiment certain que, tout comme les campagnes de l'opposition et les massacres sanglants du gouvernement, les groupes autonomistes et gu&#233;rill&#233;ristes ont particip&#233; &#224; l'&#233;crasement du mouvement, en r&#233;cup&#233;rant en leur sein les militants qui avaient pu &#233;chapper &#224; la r&#233;pression. Ainsi encadr&#233;s, ces militants d&#233;tournent leur haine de la bourgeoisie en haine de la fraction au gouvernement, et entrent en guerre contre elle. Les groupes s&#233;paratistes d&#233;voient ainsi la lutte arm&#233;e de notre classe en lutte militariste interbourgeoise pour l'autonomie nationale de tel ou tel territoire. &lt;a href=&#034;http://www.geocities.com/icgcikg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.geocities.com/icgcikg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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