<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://matierevolution.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.fr/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://matierevolution.fr/spip.php?id_mot=31&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>https://matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-32cbc.jpg?1789959928</url>
		<link>https://www.matierevolution.fr/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Une des questions fondamentales de la r&#233;volution</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7012</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article7012</guid>
		<dc:date>2026-08-03T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
Une des questions fondamentales de la r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt; 14 septembre 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
La question du pouvoir est certainement la question la plus importante de toute r&#233;volution. Quelle classe d&#233;tient le pouvoir ? Tel est le fond du probl&#232;me. Et quand le Di&#233;lo Naroda, organe du principal parti gouvernemental en Russie, d&#233;plorait r&#233;cemment (dans son n&#176; 147) que les discussions sur le pouvoir fassent oublier la question de l'Assembl&#233;e constituante et celle du bl&#233;, il aurait fallu r&#233;pondre aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine
&lt;p&gt;Une des questions fondamentales de la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; 14 septembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du pouvoir est certainement la question la plus importante de toute r&#233;volution. Quelle classe d&#233;tient le pouvoir ? Tel est le fond du probl&#232;me. Et quand le Di&#233;lo Naroda, organe du principal parti gouvernemental en Russie, d&#233;plorait r&#233;cemment (dans son n&#176; 147) que les discussions sur le pouvoir fassent oublier la question de l'Assembl&#233;e constituante et celle du bl&#233;, il aurait fallu r&#233;pondre aux socialistes-r&#233;volutionnaires : Ne vous en prenez qu'&#224; vous-m&#234;mes. Ce sont les h&#233;sitations, l'irr&#233;solution de votre parti qui ont le plus contribu&#233; &#224; prolonger le &#171; chass&#233;-crois&#233; minist&#233;riel &#187; et &#224; faire reculer sans cesse la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, qui ont permis aux capitalistes de saboter les mesures adopt&#233;es ou envisag&#233;es concernant le monopole du bl&#233; et l'approvisionnement du pays en bl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du pouvoir ne saurait &#234;tre ni &#233;lud&#233;e, ni rel&#233;gu&#233;e &#224; l'arri&#232;re-plan, car c'est la question fondamentale, celle qui d&#233;termine tout le d&#233;veloppement de la r&#233;volution, sa politique ext&#233;rieure et int&#233;rieure. Que notre r&#233;volution ait &#171; perdu &#187; six mois en h&#233;sitations au sujet de l'organisation du pouvoir, c'est l&#224; un fait incontestable, dont la cause r&#233;side dans la politique h&#233;sitante des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Et la politique de ces partis a &#233;t&#233; elle-m&#234;me d&#233;termin&#233;e, en d&#233;finitive, par la situation sociale de la petite bourgeoisie, par son instabilit&#233; &#233;conomique dans la lutte entre le Capital et le Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la question, maintenant, est de savoir si, oui ou non, la d&#233;mocratie petite-bourgeoise a appris quelque chose durant ces six mois si importants, si riches en &#233;v&#233;nements. Si c'est non, la r&#233;volution est perdue, et seule une insurrection victorieuse du prol&#233;tariat pourra la sauver. Si c'est oui, il faut commencer par cr&#233;er imm&#233;diatement un pouvoir stable et ferme. Pendant une r&#233;volution populaire, c'est-&#224;-dire une r&#233;volution qui a appel&#233; &#224; la vie les masses, la majorit&#233; des ouvriers et des paysans, seul un pouvoir s'appuyant ouvertement et sans r&#233;serve sur la majorit&#233; de la population peut &#234;tre stable. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le pouvoir d'Etat, en Russie, reste en r&#233;alit&#233; aux mains de la bourgeoisie, qui n'est tenue qu'&#224; faire des concessions partielles (qu'elle commence &#224; reprendre d&#232;s le lendemain), &#224; distribuer des promesses (qu'elle n'a pas l'intention de tenir), &#224; rechercher les moyens de masquer sa domination (pour berner le peuple par les apparences d'une &#171; coalition loyale &#187;), etc., etc. En paroles, nous avons un gouvernement populaire, d&#233;mocratique, r&#233;volutionnaire ; en r&#233;alit&#233;, il s'agit d'un gouvernement antipopulaire, anti&#173;d&#233;mocratique, contre-r&#233;volutionnaire, bourgeois : telle est la contradiction fondamentale qui a dur&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent et a &#233;t&#233; &#224; l'origine de l'instabilit&#233; et des h&#233;sitations du pouvoir, de ce &#171; chass&#233;-crois&#233; minist&#233;riel &#187; auquel se sont livr&#233;s, avec un z&#232;le si d&#233;sastreux (pour le peuple), MM. les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ou la dissolution des Soviets et leur mort sans gloire, ou tout le pouvoir aux Soviets &#187;, ai-je dit au congr&#232;s des Soviets de Russie au d&#233;but de juin 1917 [1] et l'histoire des mois de juillet et d'ao&#251;t a pleinement confirm&#233; ces paroles. Seul le pouvoir des Soviets peut &#234;tre stable et s'appuyer ouvertement sur la majorit&#233; du peuple, en d&#233;pit des mensonges des valets de la bourgeoisie : Potressov, Pl&#233;khanov et autres, qui qualifient d'&#233;largissement de la base du pouvoir la remise en fait de ce pouvoir &#224; une minorit&#233; infime de la population, &#224; la bourgeoisie, aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le pouvoir des Soviets pourrait &#234;tre stable ; seul il ne pourrait &#234;tre renvers&#233;, m&#234;me aux heures les plus agit&#233;es de la plus orageuse des r&#233;volutions ; seul ce pouvoir pourrait assurer le d&#233;veloppement large et continu de la r&#233;volution, la lutte pacifique des partis au sein des Soviets. Tant que ce pouvoir n'aura pas &#233;t&#233; constitu&#233;, ce ne seront qu'irr&#233;solution, instabilit&#233;, h&#233;sitations, &#171; crises du pouvoir &#187;, com&#233;dies de chass&#233;-crois&#233; minist&#233;riel sans issue, explosions &#224; droite et gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mot d'ordre : &#171; Le pouvoir aux Soviets &#187; est tr&#232;s fr&#233;quemment, sinon dans la plupart des cas, compris de fa&#231;on absolument fausse, dans le sens de &#171; minist&#232;re form&#233; par les partis qui ont la majorit&#233; dans les Soviets &#187; ; et c'est sur cette opinion profond&#233;ment erron&#233;e que nous voudrions nous arr&#234;ter plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#171; minist&#232;re form&#233; par les partis qui ont la majorit&#233; dans les Soviets &#187;, cela veut dire des changements de personnes dans la composition du cabinet, tout l'ancien appareil gouvernemental demeurant intangible, appareil fonci&#232;rement bureaucratique, fonci&#232;rement ; antid&#233;mocratique, incapable de r&#233;aliser aucune r&#233;forme s&#233;rieuse, m&#234;me celles qui figurent au programme des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pouvoir aux Soviets &#187;, cela signifie une refonte radicale de tout l'ancien appareil d'Etat, appareil bureaucratique qui entrave toute initiative d&#233;mocratique ; la suppression de cet appareil et son remplacement par un appareil nouveau, populaire, authentiquement d&#233;mocratique, celui des Soviets, c'est-&#224;-dire de la majorit&#233; organis&#233;e et arm&#233;e du peuple, des ouvriers, des soldats et des paysans ; la facult&#233; donn&#233;e &#224; la majorit&#233; du peuple de faire preuve d'initiative et d'ind&#233;pendance non seulement pour l'&#233;lection des d&#233;put&#233;s, mais encore dans l'administration de l'Etat, dans l'application de r&#233;formes et de transformations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons, pour rendre cette diff&#233;rence encore plus &#233;vidente et plus sensible, l'aveu pr&#233;cieux qu'a fait r&#233;cemment le Di&#233;lo Naroda, organe d'un parti gouvernemental, le parti socialiste-r&#233;volutionnaire. M&#234;me dans les minist&#232;res qui ont &#233;t&#233; confi&#233;s &#224; des ministres socialistes - &#233;crivait ce journal lors de la fameuse coalition avec les cadets, quand les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires d&#233;tenaient des portefeuilles - m&#234;me dans ces minist&#232;res, tout l'ancien appareil de direction est rest&#233; en place et entrave tout le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien compr&#233;hensible. Toute l'histoire des pays de parlementarisme bourgeois et aussi, dans une large mesure, des pays bourgeois constitutionnels, montre que les changements de ministres ont fort peu d'importance, tout le travail r&#233;el d'administration &#233;tant confi&#233; &#224; une immense arm&#233;e de fonctionnaires. Or, cette arm&#233;e est profond&#233;ment imbue d'un esprit antid&#233;mocratique, rattach&#233;e par des milliers et des millions de liens aux grands propri&#233;taires fonciers et &#224; la bourgeoisie dont elle d&#233;pend de toutes les mani&#232;res. Cette arm&#233;e baigne dans une atmosph&#232;re de rapports bourgeois, qui est la seule qu'elle respire ; momifi&#233;e, encro&#251;t&#233;e, fig&#233;e, elle n'a pas la force de s'arracher &#224; cette ambiance ; elle ne peut changer sa fa&#231;on de penser, de sentir et d'agir. Elle est encha&#238;n&#233;e par un syst&#232;me de hi&#233;rarchie, par certains privil&#232;ges attach&#233;s au &#171; service de l'Etat &#187; ; quant &#224; ses cadres sup&#233;rieurs, ils sont compl&#232;tement asservis, par l'interm&#233;diaire des actions et des banques, au capital financier dont ils sont eux-m&#234;mes, dans une certaine mesure, les agents, dont ils d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts et propagent l'influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tenter d'effectuer, au moyen de cet appareil d'Etat, des r&#233;formes telles que l'abolition sans indemnit&#233; de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re ou le monopole des c&#233;r&#233;ales, etc., c'est s'illusionner au plus haut point, c'est se tromper soi-m&#234;me et tromper le peuple. Cet appareil peut servir une bourgeoisie r&#233;publicaine en instituant une r&#233;publique qui est une &#171; monarchie sans monarque &#187;, comme la IIIe R&#233;publique en France, mais il est absolument incapable d'appliquer des r&#233;formes, ne disons pas abolissant, mais m&#234;me rognant ou limitant effectivement les droits du capital, les droits de la &#171; sacro-sainte propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187;. Ceci explique que dans tous les minist&#232;res de &#171; coalition &#187; auxquels participent des &#171; socialistes &#187;, ces derniers ne sont en fait qu'un vain ornement ou servent au gouvernement bourgeois de paravent, de paratonnerre contre l'indignation populaire, sont un moyen de duper les masses &#224; l'aide de ce gouvernement, m&#234;me si certains d'entre eux sont d'une absolue bonne foi. C'est ce qui s'est pass&#233; avec Louis Blanc en 1848 ; c'est ce qui s'est pass&#233; depuis des dizaines de fois avec les minist&#232;res &#224; participation socialiste en Angleterre et en France ; c'est ce qui s'est pass&#233; avec Tchernov et Ts&#233;r&#233;teli en 1917, et ce qui se passera tant que durera le r&#233;gime bourgeois et que subsistera intact le vieil appareil d'Etat bourgeois bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un des grands m&#233;rites des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats et paysans, c'est qu'ils repr&#233;sentent un nouveau type de l'appareil d'Etat, infiniment sup&#233;rieur, incomparablement plus d&#233;mocratique. Les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks ont fait le possible et l'impossible pour transformer les Soviets (surtout celui de Petrograd et le Soviet de Russie, c'est-&#224;-dire le Comit&#233; ex&#233;cutif central) en de purs moulins &#224; paroles, occup&#233;s, sous couleur de &#171; contr&#244;le &#187;, &#224; voter des r&#233;solutions et des v&#339;ux impuissants, dont le gouvernement remettait, avec le sourire le plus poli et le plus aimable, la r&#233;alisation aux calendes grecques. Mais il a suffi de la &#171; brise fra&#238;che &#187; du kornilovisme, qui promettait un bel orage, pour que l'atmosph&#232;re au Soviet se trouv&#226;t temporairement purifi&#233;e de tous ses miasmes et que l'initiative des masses r&#233;volutionnaires commen&#231;&#226;t &#224; se manifester comme quelque chose de grand, de puissant, d'invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cet exemple historique soit une le&#231;on pour tous les hommes de peu de foi. Qu'ils aient honte, ceux qui disent : &#171; nous n'avons pas d'appareil susceptible de remplacer l'ancien, qui tend in&#233;vitablement &#224; d&#233;fendre la bourgeoisie. &#187; Car cet appareil existe : ce sont les Soviets. Ne redoutez pas l'initiative et l'action ind&#233;pendante des masses, faites confiance aux organisations r&#233;volutionnaires des masses, et vous verrez les ouvriers et les paysans d&#233;ployer dans tous les domaines de la vie publique la force, la grandeur, l'invincibilit&#233; dont ils ont fait preuve lorsqu'ils se sont unis et se sont dress&#233;s contre le coup de force Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand p&#233;ch&#233; des chefs socialistes-r&#233;volutionnaires et mencheviques est de n'avoir pas confiance dans les masses, de redouter leur initiative, leur action ind&#233;pendante, de trembler devant leur &#233;nergie r&#233;volutionnaire au lieu de l'appuyer enti&#232;rement et sans r&#233;serve. Voil&#224; o&#249; il faut chercher l'une des raisons profondes de leur ind&#233;cision, de leurs h&#233;sitations, de leurs tentatives perp&#233;tuelles et perp&#233;tuellement infructueuses de verser un vin nouveau dans les vieilles outres de l'ancien appareil d'Etat bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rez l'histoire de la d&#233;mocratisation de l'arm&#233;e pendant la r&#233;volution russe de 1917, l'histoire du minist&#232;re Tchernov, l'histoire du &#171; r&#232;gne &#187; de Paltchinski, l'histoire de la d&#233;mission de P&#233;ch&#233;khonov, et vous trouverez &#224; chaque pas la confirmation &#233;clatante de ce qui vient d'&#234;tre dit. Faute d'une confiance totale dans les organisations &#233;lues par les soldats, faute de l'application absolue du principe de l'&#233;lection des chefs par les soldats, les Kornilov, les Kal&#233;dine et les officiers contre-r&#233;volutionnaires se sont trouv&#233;s &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e. C'est un fait. A moins de fermer les yeux de parti pris, il est impossible de ne pas voir qu'apr&#232;s la r&#233;bellion de Kornilov, le gouvernement K&#233;renski laisse toutes choses en l'&#233;tat, qu'il restaure en fait le kornilovisme. La nomination d'Alexeiev ; la &#171; paix &#187; conclue avec les Klembovski, les Gagarine, les Bagration et autres complices de Kornilov ; la mansu&#233;tude avec laquelle sont trait&#233;s Kornilov et Kal&#233;dine eux-m&#234;mes, tout cela montre, on ne peut plus clairement, que K&#233;renski restaure en fait le kornilovisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas de moyen terme. L'exp&#233;rience l'a bien montr&#233;. Ou bien tout le pouvoir aux Soviets et la d&#233;mocratisation compl&#232;te de l'arm&#233;e, ou bien le kornilovisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'histoire du minist&#232;re Tchernov ? N'a-t-elle pas prouv&#233; que toute tentative tant soit peu s&#233;rieuse de satisfaire vraiment les besoins des paysans, que tout acte t&#233;moignant de la confiance envers eux, envers leurs organisations de masse et leur activit&#233;, &#233;tait accueilli avec le plus vif enthousiasme par toute la paysannerie ? Mais Tchernov a d&#251;, pendant pr&#232;s de quatre mois, &#171; marchander &#187; et &#171; marchander &#187; encore avec les cadets et les hauts fonctionnaires qui, par leurs tergiversations et leurs manigances perp&#233;tuelles, l'ont oblige en fin de compte &#224; d&#233;missionner sans avoir rien fait. Durant ces quatre mois et pour ces quatre mois, propri&#233;taires fonciers et capitalistes ont &#171; gagn&#233; la partie &#187;, ils ont sauvegard&#233; la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, retard&#233; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante et m&#234;me commenc&#233; &#224; prendre des mesures de r&#233;pression contre les comit&#233;s agraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas de moyen terme. L'exp&#233;rience l'a bien montr&#233;. Ou tout le pouvoir aux Soviets, de la base au sommet, toute la terre aux paysans imm&#233;diatement, sans attendre la d&#233;cision de l'Assembl&#233;e constituante, ou les grands propri&#233;taires fonciers et les capitalistes freinent tout, restaurent le pouvoir des grands propri&#233;taires fonciers, exasp&#232;rent les paysans, tant et si bien qu'ils finiront par d&#233;cha&#238;ner la plus furieuse jacquerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va exactement de m&#234;me du sabotage par les capitalistes (avec le concours de Paltchinski) de tout contr&#244;le s&#233;rieux de la production ; du sabotage par les marchands du monopole des c&#233;r&#233;ales et d'un d&#233;but de r&#233;partition d&#233;mocratique, r&#233;glement&#233;e, du pain et des denr&#233;es alimentaires entreprise par P&#233;ch&#233;khonov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit nullement &#224; pr&#233;sent, en Russie, d'inventer de &#171; nouvelles r&#233;formes &#187;, d'&#233;chafauder des &#171; plans &#187; de transformation &#171; g&#233;n&#233;rale &#187;. Non ! Ceux qui veulent le faire accroire et ce faisant mentent d&#233;lib&#233;r&#233;ment, ce sont les capitalistes, les Potressov, les Pl&#233;khanov, qui hurlent contre l'&#171; instauration du socialisme &#187;, contre la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;. En r&#233;alit&#233;, la situation en Russie est telle que les charges inou&#239;es et les fl&#233;aux de la guerre, le danger entre tous redoutable, sans pr&#233;c&#233;dent, de la d&#233;b&#226;cle &#233;conomique et de la famine ont d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233;, indiqu&#233; eux-m&#234;mes l'issue ; et ils ne l'ont pas seulement indiqu&#233;e, ils ont d&#233;j&#224; mis &#224; l'ordre du jour des r&#233;formes et des transformations absolument urgentes : monopole des c&#233;r&#233;ales, contr&#244;le de la production et de la r&#233;partition, restrictions &#224; l'&#233;mission du papier-monnaie, &#233;change r&#233;gulier du bl&#233; contre des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun reconna&#238;t que des mesures de ce genre et dans ce sens sont in&#233;vitables ; on a commenc&#233; &#224; les appliquer en maint endroit et dans maint domaine. On a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; les appliquer, mais elles sont et ont &#233;t&#233; partout entrav&#233;es par la r&#233;sistance des grands propri&#233;taires fonciers et des capitalistes, r&#233;sistance qui s'exerce et par l'interm&#233;diaire du gouvernement K&#233;renski (qui est, en r&#233;alit&#233;, un gouvernement compl&#232;tement bourgeois et bonapartiste), et par celui de l'appareil bureaucratique de l'ancien Etat, et par la pression directe et indirecte du capital financier russe et &#171; alli&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;plorant la d&#233;mission de P&#233;ch&#233;khonov et la faillite de la stabilit&#233; des prix, la faillite du monopole des c&#233;r&#233;ales,&lt;br class='autobr' /&gt;
I. Pril&#233;ja&#239;ev &#233;crivait derni&#232;rement dans le Di&#233;lo Naroda (n&#176; 147) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La hardiesse et l'esprit de d&#233;cision, voil&#224; ce qui a manqu&#233; &#224; tous nos gouvernements, quelle que f&#251;t leur composition... La d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire ne doit pas attendre, elle doit faire preuve d'initiative et intervenir m&#233;thodiquement dans le chaos &#233;conomique... Si jamais la n&#233;cessit&#233; d'une politique ferme et d'un pouvoir &#233;nergique s'est fait sentir, c'est bien l&#224;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai est vrai. Voil&#224; qui s'appelle parler d'or. Mais l'auteur oublie qu'une politique ferme, la hardiesse et l'esprit de d&#233;cision ne sont pas une question de personnes : il s'agit de savoir quelle est la classe qui est capable de hardiesse et d'esprit de d&#233;cision. Cette classe, c'est le prol&#233;tariat, et lui seul. Qu'est-ce qu'un pouvoir hardi et d&#233;cid&#233;, une politique ferme, sinon la dictature du prol&#233;tariat et des paysans pauvres ? Sans s'en douter, I. Pril&#233;ja&#239;ev soupire apr&#232;s cette dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifierait, en effet, cette dictature ? Rien d'autre que l'&#233;crasement de la r&#233;sistance des korniloviens et la reprise, le parach&#232;vement de la d&#233;mocratisation compl&#232;te de l'arm&#233;e. Les quatre-vingt-dix-neuf centi&#232;mes de l'arm&#233;e l'accueilleraient avec enthousiasme le surlendemain de son av&#232;nement. Cette dictature donnerait la terre aux paysans et tout le pouvoir aux comit&#233;s paysans locaux : pourrait-elle n'&#234;tre pas soutenue par les paysans ? I1 faudrait avoir perdu la t&#234;te pour en douter. Ce que P&#233;ch&#233;khonov n'a fait que promettre (&#171; la r&#233;sistance des capitalistes est bris&#233;e &#187;, disait-il textuellement dans son fameux discours au congres des Soviets), cette dictature le rendrait effectif, en ferait une r&#233;alit&#233;, sans &#233;carter d'ailleurs le moins du monde les organisations d&#233;mocratiques qui ont d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; se former pour le ravitaillement, le contr&#244;le, etc., mais au contraire en les soutenant, en les d&#233;veloppant, en supprimant tout ce qui entrave leur fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule la dictature des prol&#233;taires et des paysans pauvres est capable de briser la r&#233;sistance des capitalistes, d'exercer le pouvoir avec une hardiesse et un esprit de d&#233;cision vraiment grandioses, de s'assurer l'appui enthousiaste, total, v&#233;ritablement h&#233;ro&#239;que, des masses de l'arm&#233;e et de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir aux Soviets : tel est le seul moyen d'assurer d&#233;sormais une &#233;volution graduelle, pacifique, paisible des &#233;v&#233;nements, allant exactement de pair avec les progr&#232;s de la conscience et de l'esprit de d&#233;cision des masses populaires, avec les progr&#232;s de leur exp&#233;rience propre. Le pouvoir aux Soviets, c'est la remise totale de l'administration du pays et du contr&#244;le de l'&#233;conomie aux ouvriers et aux paysans, &#224; qui personne n'oserait r&#233;sister et qui, la pratique et l'exp&#233;rience aidant, apprendraient rapidement &#224; r&#233;partir la terre, les denr&#233;es et le bl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes rajout&#233;es par l'&#233;diteur sont signal&#233;es par [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. I&#176; congr&#232;s des soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de Russie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. </title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8251</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8251</guid>
		<dc:date>2026-07-13T22:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. C'est le comble de la stupidit&#233; ou de l'hypocrisie, c'est substituer &#224; la lutte de classes et &#224; la r&#233;volution des votes sous l'ancien r&#233;gime, sous l'ancien pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe sans attendre un vote pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;1-3 Le r&#233;formisme d'aujourd'hui, du syndicalisme &#224; l'altermondialisme et au d&#233;mocratisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. C'est le comble de la stupidit&#233; ou de l'hypocrisie, c'est substituer &#224; la lutte de classes et &#224; la r&#233;volution des votes sous l'ancien r&#233;gime, sous l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe sans attendre un vote pour d&#233;clencher une gr&#232;ve, encore que pour le succ&#232;s complet de la gr&#232;ve la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) soit n&#233;cessaire. Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe et renverse la bourgeoisie, sans attendre aucun vote pr&#233;alable (organis&#233; par la bourgeoisie et r&#233;alis&#233; sous son joug) ; ce faisant, le prol&#233;tariat sait parfaitement que pour gagner sa r&#233;volution, pour arriver &#224; renverser la bourgeoisie. La sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) est absolument n&#233;cessaire. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut aux communistes italiens, fran&#231;ais et allemands&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 octobre 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien maigres sont les informations qui nous parviennent de l'&#233;tranger. Le blocus des rapaces imp&#233;rialistes joue &#224; plein, les plus grandes puissances du monde s'abattent sur nous avec violence, afin de r&#233;tablir le pouvoir des exploiteurs. Et toute cette haine bestiale des capitalistes de Russie et du monde entier est, bien entendu, masqu&#233;e par de belles phrases sur la haute valeur de la &#171; d&#233;mocratie &#187; ! Le camp des exploiteurs reste fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me : il fait passer la d&#233;mocratie bourgeoise pour la &#171; d&#233;mocratie &#187; en g&#233;n&#233;ral, et tous les philistins, tous les petits bourgeois de faire chorus avec ce camp, tous, jusques et y compris les sieurs Friedrich Adler, Karl Kautsky et la plupart des chefs du Parti social-d&#233;mocrate &#171; ind&#233;pendant &#187; d'Allemagne (c'est-&#224;-dire qui ne d&#233;pend pas du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, mais d&#233;pend des pr&#233;jug&#233;s petits-bourgeois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus les nouvelles que nous recevons en Russie de l'&#233;tranger se font rares, et plus grande est notre joie de constater les progr&#232;s gigantesques, g&#233;n&#233;ralis&#233;s, du communisme parmi les ouvriers de tous les pays du monde, les progr&#232;s de la rupture de ces masses avec les chefs pourris et tra&#238;tres qui, de Scheidemann &#224; Kautsky , sont pass&#233;s aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du parti italien, nous avons seulement appris que son Congr&#232;s a vot&#233; &#224; une immense majorit&#233; l'adh&#233;sion &#224; la III&#176; Internationale et le programme de dictature du prol&#233;tariat. Ainsi, le Parti socialiste italien s'est ralli&#233; de fait au communisme, bien que, malheureusement, il ait encore conserv&#233; son ancienne appellation. Salut chaleureux aux ouvriers italiens et &#224; leur parti !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la France, nous savons seulement que rien qu'&#224; Paris, il existe d&#233;j&#224; deux journaux communistes : l'Internationale , sous la direction de Raymond P&#233;ricat, et le Titre interdit sous la direction de Georges Anquetil [1]. Une s&#233;rie d'organisations prol&#233;tariennes ont d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233; &#224; la III&#176; Internationale. Les sympathies des masses ouvri&#232;res sont incontestablement du c&#244;t&#233; du communisme et du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet des communistes allemands, nous avons seulement appris que dans plusieurs villes il existe une presse communiste. Ces journaux portent souvent le titre de Drapeau Rouge . Le Drapeau Rouge de Berlin para&#238;t ill&#233;galement ; il m&#232;ne une lutte h&#233;ro&#239;que contre les bourreaux Scheidemann-Noske qui, dans leurs actes, se prosternent devant la bourgeoisie, comme se prosternent devant elle les &#171; ind&#233;pendants &#187; dans leurs paroles et dans leur propagande &#171; id&#233;ologique &#187; (petite-bourgeoise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte h&#233;ro&#239;que du journal communiste berlinois, le Drapeau Rouge , force l'admiration sans r&#233;serve. Voici enfin en Allemagne des socialistes honn&#234;tes et sinc&#232;res, demeur&#233;s fermes et inflexibles malgr&#233; toutes les pers&#233;cutions, malgr&#233; les l&#226;ches assassinats des meilleurs chefs ! Voici enfin des ouvriers communistes en Allemagne qui m&#232;nent une lutte h&#233;ro&#239;que digne en fait d'&#234;tre qualifi&#233;e de &#171; r&#233;volutionnaire &#187; ! Enfin, des profondeurs de la masse prol&#233;tarienne a surgi en Allemagne une force pour laquelle les mots &#171; r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187; sont devenus une v&#233;rit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut aux communistes allemands !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Scheidemann et les Kautsky, les Renner et les Friedrich Adler , si grande que soit peut-&#234;tre la diff&#233;rence entre ces messieurs en ce qui concerne leur honn&#234;tet&#233; personnelle, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s dans une mesure &#233;gale des petits bourgeois, les plus vils f&#233;lons et tra&#238;tres au socialisme, des partisans de la bourgeoisie, car, en 1912, ils ont tous r&#233;dig&#233; et sign&#233; le Manifeste de B&#226;le sur la guerre imp&#233;rialiste imminente, tous parlaient alors de la &#171; r&#233;volution prol&#233;tarienne &#187; et tous se sont r&#233;v&#233;l&#233;s en fait des d&#233;mocrates petits-bourgeois, les paladins des illusions petites-bourgeoises r&#233;publicaines et d&#233;mocratiques bourgeoises, les auxiliaires de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pers&#233;cutions forcen&#233;es qui se sont abattues sur les communistes allemands les ont aguerris. S'ils sont aujourd'hui jusqu'&#224; un certain point dissoci&#233;s, cela atteste l'envergure et le caract&#232;re de masse de leur mouvement, la puissance de l'&#233;lan du communisme jailli des profondeurs des masses ouvri&#232;res. La dissociation est in&#233;vitable pour un mouvement aussi furieusement pers&#233;cut&#233; par les bourgeois contre-r&#233;volutionnaires et leurs valets, les Scheidemann-Noske et qui est contraint de s'organiser ill&#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est naturel d'autre part qu'un mouvement qui grandit aussi vite et qui est pers&#233;cut&#233; avec cet acharnement suscite des divergences assez aigu&#235;s. Il n'y a l&#224; rien de terrible. C'est une maladie de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les Scheidemann et les Kautsky exultent dans leurs journaux Vorw&#228;rts et Freiheit &#224; propos des divergences entre communistes. A ces paladins du philistinisme pourri, il ne reste rien d'autre &#224; faire qu'&#224; masquer leur pourriture par des insinuations &#224; l'adresse des communistes. Mais, si l'on envisage le fond de la question, Il faut &#234;tre aveugle pour ne pas voir maintenant la v&#233;rit&#233;. Et cette v&#233;rit&#233;, c'est que les scheidemaniens et les kautskistes ont le plus bassement trahi la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, ils l'ont trahie, ils sont passes en fait dans le camp de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire. Dans son excellente brochure Entre la premi&#232;re et la deuxi&#232;me r&#233;volution, Heinrich Laufenberg l'a montr&#233; et d&#233;montr&#233; avec une vigueur, une pr&#233;cision, une clart&#233;, une force de persuasion remarquables. Les divergences entre scheidemaniens et kautskistes sont des divergences de partis en d&#233;composition, agonisants, o&#249; les chefs restent sans masse, les g&#233;n&#233;raux sans arm&#233;e. La masse abandonne les scheidemaniens et passe aux kautskistes, &#224; cause de leur aile gauche (on peut s'en convaincre en consultant n'importe quel compte-rendu de r&#233;union de masse) ; or, cette aile gauche allie sans &#233;gard aux principes, peureusement, les vieux pr&#233;jug&#233;s de la petite bourgeoisie sur la d&#233;mocratie parlementaire &#224; la reconnaissance communiste de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, de la dictature du prol&#233;tariat, du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des masses, les chefs pourris des &#171; Ind&#233;pendants &#187; reconnaissent tout cela en paroles, mais ils restent en fait des d&#233;mocrates petits-bourgeois, des &#171; socialistes &#187; du type Louis Blanc et autres nigauds de 1848, que Marx a si impitoyablement raill&#233;s et stigmatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces divergences-l&#224; sont en effet inconciliables. Entre les petits bourgeois qui, comme ceux de 1848, vouent un culte &#224; la &#171; d&#233;mocratie &#187; bourgeoise dont ils ne saisissent pas le caract&#232;re bourgeois, et les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, la paix ne saurait s'instaurer. Ils ne peuvent travailler en commun. Haase et Kautsky, Friedrich Adler et Otto Bauer peuvent tourner et virer autant qu'il leur plaira, noircir des montagnes de papier, prononcer d'interminables discours, ils ne sauraient escamoter le fait qu'ils se montrent pratiquement absolument incapables de comprendre la dictature du prol&#233;tariat et le pouvoir sovi&#233;tique, qu'ils sont pratiquement des d&#233;mocrates petits-bourgeois, des &#171; socialistes &#187; &#224; la mani&#232;re de Louis Blanc et de Ledru-Rollin, que, dans le meilleur des cas, ils sont en fait un jouet entre les mains de la bourgeoisie et, dans le pire, ses serviteurs directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; ind&#233;pendants &#187;, les kautskistes, les social-d&#233;mocrates autrichiens sont en apparence un parti unique ; en fait, la masse des membres de leur parti n'est pas solidaire des chefs quant au fond, dans les questions principales, essentielles. La masse engagera la lutte r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne pour le pouvoir des Soviets, d&#232;s que viendra le moment d'une nouvelle crise, tandis que les &#171; chefs &#187; demeureront, alors comme aujourd'hui, des contre-r&#233;volutionnaires. Rester assis entre deux chaises n'est pas difficile en paroles, et Hilferding en Allemagne, Friedrich Adler en Autriche, offrent de magnifiques exemples de la noblesse de cet art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans le feu de la lutte r&#233;volutionnaire, les hommes occup&#233;s &#224; concilier l'inconciliable seront comme des bulles de savon. &#199;'a &#233;t&#233; le cas de tous les h&#233;ros &#171; socialistes &#187; de 1848, &#231;'a &#233;t&#233; le cas de leurs propres fr&#232;res, les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de Russie, en 1917-1919, c'est le cas de tous les paladins de la II&#176; Internationale, Internationale de Berne ou Internationale jaune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divergences entre communistes sont d'un autre ordre. Ceux-l&#224; seuls qui s'y refusent ne peuvent pas voir de diff&#233;rence essentielle. Ce sont des divergences entre les repr&#233;sentants d'un mouvement de masse rapidement accru. Ce sont des divergences sur une seule base essentielle, commune, solide comme le roc : celle de la reconnaissance de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, de la lutte contre les illusions d&#233;mocratiques bourgeoises et le parlementarisme d&#233;mocratique bourgeois, de la reconnaissance de la dictature du prol&#233;tariat et du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une telle base, les divergences ne sont pas &#224; redouter : c'est une maladie de croissance et non pas une d&#233;cr&#233;pitude s&#233;nile. Le bolch&#233;visme lui-m&#234;me a maintes fois connu des divergences de ce genre et m&#234;me de petites scissions &#224; cause de discussions analogues, mais au moment d&#233;cisif, au moment de la conqu&#234;te du pouvoir et de l'instauration de la R&#233;publique sovi&#233;tique, il s'est montr&#233; uni, il a gagn&#233; &#224; lui ce qu'il y avait de meilleur dans les courants de la pens&#233;e socialiste qui lui &#233;taient proches ; il a ralli&#233; autour de lui toute l'avant-garde du prol&#233;tariat et l'immense majorit&#233; des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en sera de m&#234;me pour les communistes allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scheidemaniens et les kautskistes continuent &#224; discourir sur la &#171; d&#233;mocratie &#187; en g&#233;n&#233;ral, ils vivent encore dans les id&#233;es de 1848, ils sont des marxistes en paroles, des Louis Blanc dans les faits. Ils dissertent sur la &#171; majorit&#233; &#187;, croyant que l'&#233;galit&#233; des bulletins de vote signifie l'&#233;galit&#233; de l'exploit&#233; et de l'exploiteur, de l'ouvrier et du capitaliste, du pauvre et du riche, de l'affam&#233; et du rassasi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les scheidemaniens et les kautskistes, il appara&#238;t que les d&#233;bonnaires, honn&#234;tes, nobles et paisibles capitalistes n'ont jamais employ&#233; la force de la richesse, la force de l'argent, le pouvoir du capital, le joug de la bureaucratie et de la dictature militaire, mais qu'ils ont r&#233;gl&#233; les affaires v&#233;ritablement &#171; selon la majorit&#233; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scheidemaniens et les kautskistes (en partie par hypocrisie, en partie par une extr&#234;me stupidit&#233;, acquise durant des dizaines d'ann&#233;es d'action r&#233;formiste) maquillent la d&#233;mocratie bourgeoise, le parlementarisme bourgeois, la r&#233;publique bourgeoise, en pr&#233;sentant les choses de fa&#231;on &#224; faire croire que les capitalistes r&#232;glent les affaires de l'&#201;tat selon la volont&#233; de la majorit&#233;, et non selon celle du capital, par les moyens de la duperie, de l'oppression, de la violence exerc&#233;e par les riches sur les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les scheidemaniens et les kautskistes sont pr&#234;ts &#224; &#171; reconna&#238;tre &#187; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais seulement ainsi : il faut d'abord, tout en maintenant la force, le pouvoir, le joug, les privil&#232;ges du capital et de la richesse, obtenir un vote de la majorit&#233; (l'appareil du pouvoir d'&#201;tat qui organise les &#233;lections &#233;tant bourgeois) &#171; en faveur de la r&#233;volution &#187; !! Il est difficile d'imaginer l'insondable stupidit&#233; petite-bourgeoise que r&#233;v&#232;le cette mani&#232;re de voir, l'insondable cr&#233;dulit&#233; petite-bourgeoise (Vertrauensduselei) &#224; l'&#233;gard des capitalistes, de la bourgeoisie, des g&#233;n&#233;raux, de l'appareil bourgeois du pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est la bourgeoisie pr&#233;cis&#233;ment qui a toujours fait preuve d'hypocrisie en appelant &#171; d&#233;mocratie &#187; l'&#233;galit&#233; purement formelle, alors qu'en r&#233;alit&#233;, elle exer&#231;ait la violence sur les pauvres, les travailleurs, les petits paysans et les ouvriers, par d'innombrables moyens de duperie, d'oppression, etc. La guerre imp&#233;rialiste (que les Scheidemann et les Kautsky ont maquill&#233;e honteusement), a d&#233;voil&#233; tout cela aux yeux de millions d'hommes. La dictature du prol&#233;tariat est l'unique moyen de d&#233;fense des travailleurs contre le joug du capital, contre la violence de la dictature militaire de la bourgeoisie, contre les guerres imp&#233;rialistes. La dictature du prol&#233;tariat est l'unique &#233;tape menant &#224; l'&#233;galit&#233; et &#224; la d&#233;mocratie en fait, non pas sur le papier, mais dans la vie, non pas dans de belles phrases politiques, mais dans la r&#233;alit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Scheidemann et les Kautsky ne l'ont pas compris et se sont r&#233;v&#233;l&#233;s de m&#233;prisables tra&#238;tres au socialisme et des d&#233;fenseurs des id&#233;es bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti kautskiste (ou &#171; ind&#233;pendant &#187;) p&#233;riclite et p&#233;rira bient&#244;t in&#233;luctablement ; il se d&#233;composera par suite des d&#233;saccords entre ses membres, r&#233;volutionnaires dans leur masse, et ses &#171; chefs &#187; contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste se renforcera et se trempera, en surmontant pr&#233;cis&#233;ment des divergences pareilles (quant au fond) &#224; celles que connut le bolch&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divergences entre communistes allemands se ram&#232;nent, autant que je puisse en juger, &#224; &#171; l'utilisation des possibilit&#233;s l&#233;gales &#187; (comme s'exprimaient les bolch&#233;viks en 1910-1913), &#224; l'utilisation du parlement bourgeois, des syndicats r&#233;actionnaires, de la &#171; loi sur les Conseils &#187; (Betriebsratgesetz), d&#233;natur&#233;s par les scheidemaniens et les kautskistes, &#224; la participation &#224; ces institutions ou &#224; leur boycottage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les bolch&#233;viks russes, avons connu pr&#233;cis&#233;ment ce genre de divergences en 1906 et en 1910-1912. Et nous voyons bien que beaucoup de jeunes communistes allemands manquent simplement d'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. S'ils avaient v&#233;cu deux r&#233;volutions bourgeoises (1905 et 1917), ils ne pr&#234;cheraient pas aussi cat&#233;goriquement le boycottage, Ils ne tomberaient pas par moments dans les erreurs du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une maladie de croissance. Elle passera &#224; mesure que grandira le mouvement, et il grandit &#224; merveille. Contre ces erreurs &#233;videntes il faut lutter ouvertement, en s'effor&#231;ant de ne pas exag&#233;rer les divergences, car chacun doit se rendre compte que dans un proche avenir la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat, pour le pouvoir des Soviets, &#233;liminera la plupart de ces d&#233;saccords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la th&#233;orie marxiste comme du point de vue de l'exp&#233;rience de trois r&#233;volutions (1905, f&#233;vrier 1917, octobre 1917), je tiens pour absolument erron&#233; le refus de participer au parlement bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires (de Legien , de Gompers , etc.), aux &#171; Conseils &#187; ouvriers ultra-r&#233;actionnaires, d&#233;natur&#233;s par les scheidemaniens, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, dans un cas isol&#233;, dans un pays pris &#224; part, le boycottage est juste, comme &#233;tait juste, par exemple, le boycottage de la Douma tsariste par les bolch&#233;viks, en 1905. Mais ces m&#234;mes bolch&#233;viks ont pris part &#224; la Douma de 1907, beaucoup plus r&#233;actionnaire, voire nettement contre-r&#233;volutionnaire. Les bolch&#233;viks ont pris part aux &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante bourgeoise en 1917 ; et, en 1918, nous l'avons dissoute, au grand effroi des d&#233;mocrates petits-bourgeois, des Kautsky et autres ren&#233;gats du socialisme. Nous avons particip&#233; aux syndicats ultra-r&#233;actionnaires, nettement mench&#233;viks, qui ne le c&#233;daient en rien (quant &#224; leur nature contre-r&#233;volutionnaire) aux syndicats de Legien, les plus inf&#226;mes et les plus r&#233;actionnaires d'Allemagne. M&#234;me aujourd'hui, deux ans apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat, nous n'avons pas encore fini de lutter contre les vestiges des syndicats mench&#233;viks (c'est-&#224;-dire scheidemaniens, kautskistes, gompersiens, etc.) : &#224; tel point ce processus est long ! A tel point est grande, dans telles localit&#233;s ou dans telles professions, l'influence des id&#233;es petites-bourgeoises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, nous &#233;tions en minorit&#233; dans les Soviets, dans les syndicats, dans les coop&#233;ratives. Au prix d'un travail, d'une lutte de longue haleine - avant comme apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir politique - nous avons gagn&#233; la majorit&#233; dans toutes les organisations ouvri&#232;res, puis dans les organisations non ouvri&#232;res &#233;galement, et enfin dans les organisations de petits paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls des mis&#233;rables ou des ben&#234;ts peuvent croire que le prol&#233;tariat doit d'abord conqu&#233;rir la majorit&#233; en participant aux &#233;lections organis&#233;es sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l'esclavage salari&#233;, et apr&#232;s seulement conqu&#233;rir le pouvoir. C'est le comble de la stupidit&#233; ou de l'hypocrisie, c'est substituer &#224; la lutte de classes et &#224; la r&#233;volution des votes sous l'ancien r&#233;gime, sous l'ancien pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe sans attendre un vote pour d&#233;clencher une gr&#232;ve, encore que pour le succ&#232;s complet de la gr&#232;ve la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) soit n&#233;cessaire. Le prol&#233;tariat m&#232;ne sa lutte de classe et renverse la bourgeoisie, sans attendre aucun vote pr&#233;alable (organis&#233; par la bourgeoisie et r&#233;alis&#233; sous son joug) ; ce faisant, le prol&#233;tariat sait parfaitement que pour gagner sa r&#233;volution, pour arriver &#224; renverser la bourgeoisie. la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs (et donc de la majorit&#233; de la population) est absolument n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cr&#233;tins parlementaires et les Louis Blanc modernes &#171; exigent &#187; &#224; tout prix un vote, un vote organis&#233; &#224; tout prix par la bourgeoisie, pour d&#233;terminer la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs. Mais c'est l&#224; un point de vue de p&#233;dants, de cadavres ou d'habiles trompeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie r&#233;elle, l'histoire des v&#233;ritables r&#233;volutions montrent que tr&#232;s souvent la &#171; sympathie de la majorit&#233; des travailleurs &#187; ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e par aucun vote (&#224; plus forte raison quand il s'agit de votes organis&#233;s par les exploiteurs, avec &#171; &#233;galit&#233; &#187; de l'exploiteur et de l'exploit&#233; !). Tr&#232;s souvent &#171; la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs &#187; est d&#233;montr&#233;e, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, non par des votes, mais par la croissance d'un des partis, ou par l'accroissement du nombre de ses membres dans les Soviets, ou par le succ&#232;s d'une gr&#232;ve qui, pour une raison quelconque, a rev&#234;tu une tr&#232;s grande importance, ou par un succ&#232;s de guerre civile, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de notre r&#233;volution a montr&#233;, par exemple, que la sympathie de la majorit&#233; des travailleurs pour la dictature du prol&#233;tariat, sur les espaces infinis de l'Oural et de la Sib&#233;rie, avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e non par des votes, mais par l'exp&#233;rience du pouvoir exerc&#233; pendant un an par le g&#233;n&#233;ral tsariste Koltchak sur l'Oural et la Sib&#233;rie. Ajoutons que le pouvoir de Koltchak avait &#233;galement commenc&#233;, par le r&#232;gne d'une &#171; coalition &#187; des scheidemaniens et des kautskistes (en russe : des &#171; mench&#233;viks &#187; et des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;, partisans de l'Assembl&#233;e constituante), de m&#234;me qu'aujourd'hui, en Allemagne, messieurs Haase et Scheidemann, avec leur &#171; coalition &#187;, frayent la voie au pouvoir de von Goltz ou de Ludendorff et couvrent, maquillent ce pouvoir. Entre parenth&#232;ses : la coalition gouvernementale Haase-Scheidemann a pris fin, mais la coalition politique de ces tra&#238;tres au socialisme demeure. La preuve en est : les livres de Kautsky, les articles de Stampfer dans le Vorw&#228;rts , les articles des kautskistes et des scheidemaniens sur leur &#171; union &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne est impossible sans la sympathie et le soutien de l'immense majorit&#233; des travailleurs pour leur avant-garde : le prol&#233;tariat. Mais cette sympathie, ce soutien ne se gagnent pas d'embl&#233;e, ne se d&#233;cident pas par des votes ; on les conquiert au prix d'une lutte de classe difficile, dure, de longue haleine. La lutte de classe que m&#232;ne le prol&#233;tariat pour gagner la sympathie, pour gagner le soutien de la majorit&#233; des travailleurs ne cesse pas quand le prol&#233;tariat a conquis le pouvoir politique. Apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, cette lutte se poursuit, mais sous d'autres formes. Dans la r&#233;volution russe est intervenu un concours de circonstances exceptionnellement favorables pour le prol&#233;tariat (dans sa lutte pour sa dictature), car la r&#233;volution prol&#233;tarienne s'est faite alors que le peuple entier &#233;tait arm&#233; et que toute la paysannerie voulait que le pouvoir des grands propri&#233;taires f&#251;t renvers&#233;, alors que toute la paysannerie &#233;tait indign&#233;e par la politique &#171; kautskiste &#187; des social-tra&#238;tres, des mench&#233;viks et des socialistes-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me en Russie, o&#249;, au moment de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, la situation &#233;tait exceptionnellement favorable, o&#249; une remarquable union de tout le prol&#233;tariat, de toute l'arm&#233;e, de toute la paysannerie, s'&#233;tait faite d'embl&#233;e ; m&#234;me en Russie, la lutte du prol&#233;tariat r&#233;alisant sa dictature, la lutte du prol&#233;tariat pour gagner la sympathie, le soutien de la majorit&#233; des travailleurs, s'est poursuivie pendant des mois et des ann&#233;es. Au bout de deux ans, cette lutte est presque termin&#233;e, mais elle ne l'est pas encore tout &#224; fait &#224; l'avantage du prol&#233;tariat. En deux ans, nous n'avons fait que conqu&#233;rir d&#233;finitivement la sympathie et le soutien de l'immense majorit&#233; des ouvriers et des paysans travailleurs de Grande-Russie, y compris l'Oural et la Sib&#233;rie ; mais nous n'avons pas encore achev&#233; de gagner la sympathie et le soutien de la majorit&#233; des paysans travailleurs (&#224; la diff&#233;rence des paysans exploiteurs) d'Ukraine. La puissance militaire de l'Entente pourrait nous &#233;craser (et pourtant elle ne nous &#233;crasera pas) ; mais, &#224; l'int&#233;rieur de la Russie, nous jouissons maintenant d'une si solide sympathie d'une si forte majorit&#233; des travailleurs, que le monde n'a encore jamais vu d'&#201;tat plus d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; l'histoire de la lutte du prol&#233;tariat pour le pouvoir, lutte complexe, difficile, de longue haleine, aux formes extr&#234;mement vari&#233;es, lutte extraordinairement abondante en brusques changements, revirements, passages d'une forme &#224; l'autre, l'erreur de ceux qui veulent &#171; interdire &#187; la participation au parlement bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires, aux comit&#233;s tsaristes ou scheidemaniens de d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers, ou aux Conseils d'usine, etc., etc., appara&#238;tra nettement. Cette erreur est due au manque d'exp&#233;rience de r&#233;volutionnaires h&#233;ro&#239;ques, profond&#233;ment sinc&#232;res, profond&#233;ment convaincus, issus de la classe ouvri&#232;re. Voil&#224; pourquoi Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ont eu mille fois raisons lorsqu'en janvier 1919, ils ont vu et signal&#233; cette erreur, mais ont pr&#233;f&#233;r&#233; rester avec les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens qui se trompaient dans une question de peu d'importance, plut&#244;t qu'avec les tra&#238;tres au socialisme, les scheidemaniens et les kautskistes qui, eux, ne se trompaient pas dans la question de la participation au parlement bourgeois, mais avaient cess&#233; d'&#234;tre des socialistes pour devenir des d&#233;mocrates philistins, des auxiliaires de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une erreur est une erreur, et il faut la critiquer, Il faut lutter pour la corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que la lutte contre les tra&#238;tres au socialisme, scheidemaniens et kautskistes, soit implacable, mais il ne faut pas la mener pour ou contre la participation aux parlements bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires, etc. Ce serait une faute &#233;vidente et ce serait une faute encore plus grave d'abandonner les id&#233;es du marxisme et sa ligne pratique (parti politique ferme, centralis&#233;) pour les id&#233;es et la pratique du syndicalisme. Il faut faire en sorte que le parti prenne part aussi aux parlements bourgeois, aux syndicats r&#233;actionnaires, aux &#171; Conseils d'usine &#187; mutil&#233;s, ch&#226;tr&#233;s par les Scheidemann partout o&#249; il y a des ouvriers, o&#249; l'on peut parler &#224; des ouvriers, influer sur la masse ouvri&#232;re. Il faut co&#251;te que co&#251;te allier le travail ill&#233;gal &#224; l'action l&#233;gale ; il importe que le parti ill&#233;gal, ses organisations ouvri&#232;res exercent sur l'activit&#233; l&#233;gale, m&#233;thodiquement et sans d&#233;faillance, le contr&#244;le le plus rigoureux. Ce n'est pas facile, mais dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne il n'y a pas, il ne peut y avoir de t&#226;ches &#171; faciles &#187;, de moyens &#171; faciles &#187; de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette t&#226;che ardue doit &#234;tre accomplie co&#251;te que co&#251;te. Ce qui nous diff&#233;rencie des scheidmaniens et des kautskistes, c'est non seulement (et ce n'est pas tant) qu'ils n'admettent pas l'insurrection arm&#233;e, tandis que nous l'admettons, mais la diff&#233;rence essentielle, capitale, c'est que sur tous les terrains d'activit&#233; (dans les parlements bourgeois, dans les syndicats, dans les coop&#233;ratives, dans la presse, etc.) ils font une politique incons&#233;quente, opportuniste ou m&#234;me nettement une politique de f&#233;lonie et de trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les social-tra&#238;tres, contre le r&#233;formisme et l'opportunisme ! Cette ligne politique peut et doit &#234;tre men&#233;e sur tous les terrains de lutte, sans exception. C'est alors que nous gagnerons &#224; nous la masse ouvri&#232;re. Et avec la masse ouvri&#232;re, l'avant-garde du prol&#233;tariat, le parti politique marxiste centralis&#233;, conduira le peuple par la bonne voie vers la dictature victorieuse du prol&#233;tariat, vers la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne qui remplacera la d&#233;mocratie bourgeoise, vers la R&#233;publique des Soviets, vers le r&#233;gime socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La III&#176; internationale a remport&#233; en quelques mois des victoires brillantes, sans pr&#233;c&#233;dent. Elle grandit &#224; une allure surprenante. Les erreurs particuli&#232;res et les maladies de croissance ne doivent pas nous faire peur. Tout en les critiquant ouvertement et sans r&#233;ticence, nous ferons en sorte que, bient&#244;t, dans tous les pays civilis&#233;s, la masse ouvri&#232;re, form&#233;e &#224; l'&#233;cole marxiste, chassera loin d'elle les tra&#238;tres au socialisme, les scheidemaniens et les kautskistes de toutes les nations (car ces types existent dans toutes les nations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du communisme est in&#233;luctable. Il triomphera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse de VDT au camarade Bibeau sur le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8788</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8788</guid>
		<dc:date>2026-06-06T22:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;## L'insurrection populaire **avec** le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, non contre lui &lt;br class='autobr' /&gt;
### R&#233;ponse fraternelle de Voix des Travailleurs &#224; Normand et Robert Bibeau **Camarade Bibeau,** &lt;br class='autobr' /&gt;
Votre article *L'insurrection populaire plut&#244;t que le &#171; D&#233;faitisme R&#233;volutionnaire &#187;* publi&#233; le 17 mars 2026 sur *les 7 du Qu&#233;bec* m&#233;rite une r&#233;ponse circonstanci&#233;e. Sur la phase historique que nous traversons &#8212; d&#233;composition de l'h&#233;g&#233;monie occidentale, repli sur la &#171; FORTERESSE AMERICA &#187;, repartage du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;## L'insurrection populaire **avec** le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, non contre lui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### R&#233;ponse fraternelle de Voix des Travailleurs &#224; Normand et Robert Bibeau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Camarade Bibeau,**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre article *L'insurrection populaire plut&#244;t que le &#171; D&#233;faitisme R&#233;volutionnaire &#187;* publi&#233; le 17 mars 2026 sur *les 7 du Qu&#233;bec* m&#233;rite une r&#233;ponse circonstanci&#233;e. Sur la phase historique que nous traversons &#8212; d&#233;composition de l'h&#233;g&#233;monie occidentale, repli sur la &#171; FORTERESSE AMERICA &#187;, repartage du monde par la guerre, troisi&#232;me guerre mondiale interimp&#233;rialiste d&#233;j&#224; engag&#233;e &#8212; il y a peu &#224; objecter et beaucoup &#224; reprendre dans votre d&#233;nonciation du social-chauvinisme. Sur le programme, en revanche, votre construction politique s'effondre d&#232;s qu'on confronte votre texte aux textes m&#234;mes que vous invoquez. Cette r&#233;ponse est fraternelle, mais elle ne fait pas de concession sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 1. Le d&#233;fi philologique se retourne contre vous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous mettez vos contradicteurs au d&#233;fi de produire l'expression &#171; d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#187; dans le russe original de L&#233;nine, en pr&#233;sentant cette expression comme une &#171; formulation employ&#233;e par ses d&#233;tracteurs pour discr&#233;diter les r&#233;volutionnaires &#187;. Vous &#233;crivez : &#171; JAMAIS L&#201;NINE N'A ASSOCI&#201;, DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT, LA R&#201;VOLUTION PROL&#201;TARIENNE &#192; LA MOINDRE 'D&#201;FAITE' OU AU MOINDRE 'D&#201;FAITISME' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or vous citez vous-m&#234;me *De la d&#233;faite de son propre gouvernement dans la guerre imp&#233;rialiste* (26 juillet 1915). Relisons ce que L&#233;nine y &#233;crit litt&#233;ralement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; Les adversaires **du mot d'ordre du d&#233;faitisme** ont tout simplement peur d'eux-m&#234;mes, car ils n'osent pas regarder en face ce fait archi&#233;vident qu'il existe une liaison indissoluble entre l'agitation r&#233;volutionnaire contre le gouvernement et le concours apport&#233; &#224; la d&#233;faite de ce dernier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus loin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; **R&#233;cuser le mot d'ordre de d&#233;faitisme**, c'est ramener l'esprit r&#233;volutionnaire &#224; une phrase vide de sens ou &#224; une pure hypocrisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot russe est *porazhenchestvo* (&#1087;&#1086;&#1088;&#1072;&#1078;e&#1085;&#1095;&#1077;&#1089;&#1090;&#1074;&#1086;). L&#233;nine ne l'emploie pas comme injure venue de ses adversaires : il l'assume comme **mot d'ordre prol&#233;tarien**, et il qualifie d'&#171; adversaires &#187; ceux qui le r&#233;cusent. Vous adoptez pr&#233;cis&#233;ment, mot pour mot, la position que L&#233;nine identifie comme celle des social-chauvins et des conciliateurs : &#171; R&#233;cuser le mot d'ordre de d&#233;faitisme &#187;. Vous pr&#233;tendez r&#233;futer une formulation que L&#233;nine avait d&#233;j&#224; adopt&#233;e et d&#233;fendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'expression compl&#232;te &#171; d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#187;, elle est employ&#233;e litt&#233;ralement par Trotsky en mai 1938 dans *Il faut apprendre &#224; penser* :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; **Le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire** signifie seulement que dans sa lutte de classe le parti du prol&#233;tariat ne s'arr&#234;te devant aucune consid&#233;ration 'patriotique', car la d&#233;faite de son propre gouvernement imp&#233;rialiste, provoqu&#233;e ou acc&#233;l&#233;r&#233;e par le mouvement r&#233;volutionnaire des masses est un mal infiniment moindre que la victoire de ce gouvernement, acquise au prix de l'union nationale, c'est-&#224;-dire de la prostration politique du prol&#233;tariat. C'est en cela tout le sens du d&#233;faitisme, et ce sens est pleinement suffisant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filiation directe : *porazhenchestvo* l&#233;ninien 1915 &#8594; &#171; d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#187; trotskyen 1938 &#8594; Programme de Transition &#8594; Barta et l'Union Communiste 1940-1953 &#8594; Mati&#232;re et R&#233;volution. Ce n'est ni une &#171; formulation de d&#233;tracteurs &#187; ni une &#171; version gauchiste &#187; : c'est la colonne vert&#233;brale strat&#233;gique de la tradition &#224; laquelle vous pr&#233;tendez vous rattacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 2. L'erreur d'attribution &#224; Trotsky du slogan &#171; ni victoire ni d&#233;faite &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#233;crivez que &#171; le slogan r&#233;ducteur et d&#233;moralisant de 'd&#233;faitisme r&#233;volutionnaire' semble &#234;tre la version 'gauchiste' du slogan de Trotsky de : 'ni victoire, ni d&#233;faite' &#187;. Erreur factuelle directement r&#233;futable par le texte de L&#233;nine que vous citez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine attribue explicitement ce slogan, non &#224; Trotsky, mais &#224; **Semkovski et au Comit&#233; d'organisation mench&#233;vique** :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; Et par quoi donc nous offre-t-on de remplacer le 'mot d'ordre' de la d&#233;faite ? Par le 'mot d'ordre' : 'Ni victoire ni d&#233;faite !' (Semkovski, dans le n&#176;2 des *Izvestia*. De m&#234;me que tout le Comit&#233; d'organisation dans le n&#176;1). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reproche de L&#233;nine &#224; Trotsky est autre, et il faut &#234;tre pr&#233;cis : L&#233;nine reproche &#224; Trotsky des &#171; phrases ampoul&#233;es par lesquelles Trotski justifie toujours l'opportunisme &#187; et le fait de se placer pratiquement &#171; au point de vue de la guerre que m&#232;nent les gouvernements &#187;. Critique s&#233;v&#232;re, qui range Trotski en 1915 parmi les &#171; acolytes impuissants des social-chauvins &#187; &#8212; mais qui n'est pas le grief &#171; ni victoire ni d&#233;faite &#187; fait &#224; Semkovski et aux mencheviks. Confondre les deux critiques brouille la cartographie l&#233;ninienne de 1915.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et accessoirement, Trotsky lui-m&#234;me corrigera sa position de 1915 et fera la sienne celle de L&#233;nine &#8212; c'est tout le sens de *Il faut apprendre &#224; penser* en 1938, qui assume et d&#233;fend explicitement le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire comme position de la Quatri&#232;me Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 3. La fausse opposition &#171; d&#233;faitisme &#187; contre &#171; triomphalisme prol&#233;tarien &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous construisez le c&#339;ur rh&#233;torique de votre article sur une opposition entre le &#171; d&#233;faitisme &#187; pr&#233;sent&#233; comme &#171; r&#233;ducteur et d&#233;moralisant &#187; et le &#171; triomphalisme prol&#233;tarien &#187; pr&#233;sent&#233; comme son contraire dialectique. Cette opposition est fictive et elle repose sur une lecture sentimentale du mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez L&#233;nine, le &#171; d&#233;faitisme &#187; n'a aucune charge psychologique de d&#233;couragement : c'est le nom technique d'une position politique pr&#233;cise, qui consiste &#224; souhaiter et &#224; concourir &#224; la d&#233;faite militaire de **son propre &#201;tat bourgeois** dans une guerre r&#233;actionnaire, parce que cette d&#233;faite affaiblit l'appareil de r&#233;pression bourgeois et cr&#233;e les conditions objectives de la r&#233;volution. L&#233;nine le dit avec une pr&#233;cision qui ne laisse aucune marge d'interpr&#233;tation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; La r&#233;volution en temps de guerre, c'est la guerre civile ; or, d'une part, la transformation d'une guerre de gouvernements en une guerre civile est facilit&#233;e par les revers militaires (par la 'd&#233;faite') des gouvernements ; d'autre part, il est impossible de contribuer pratiquement &#224; cette transformation si l'on ne pousse pas, du m&#234;me coup, &#224; la d&#233;faite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire est donc **la forme pratique** du triomphalisme prol&#233;tarien, pas son antonyme. Rejeter le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire au nom du &#171; triomphalisme prol&#233;tarien &#187; revient &#224; conserver l'enveloppe rh&#233;torique en vidant le contenu de classe : il reste un mot d'ordre d&#233;clamatoire (&#171; renverser le capitalisme &#187;) qui peut accueillir n'importe quel contenu &#8212; y compris celui de la &#171; d&#233;fense de la patrie &#187; repeinte en rouge, comme l'avait montr&#233; David, le leader des opportunistes allemands, justement cit&#233; par L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et historiquement, la Commune de Paris que vous mobilisez comme exemple paradigmatique est pr&#233;cis&#233;ment un cas de d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire victorieux : la Commune na&#238;t de la d&#233;faite de Sedan. Octobre 1917 na&#238;t de la d&#233;faite militaire de l'&#201;tat tsariste puis de Kerenski. La r&#233;volution allemande de novembre 1918 na&#238;t de la d&#233;faite du Reich. La r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse passe **toujours**, dans toute l'exp&#233;rience historique du mouvement ouvrier, par la d&#233;faite militaire de son propre &#201;tat bourgeois. C'est exactement ce que L&#233;nine th&#233;orise et nomme d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 4. Le test l&#233;ninien &#224; trois crit&#232;res que vous esquivez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, dans le m&#234;me texte, propose un test rigoureux qui m&#233;rite d'&#234;tre appliqu&#233; &#224; votre article :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; Celui qui voudrait s&#233;rieusement r&#233;futer le 'mot d'ordre' de la d&#233;faite de son propre gouvernement dans la guerre imp&#233;rialiste devrait d&#233;montrer un de ces trois points : que la guerre de 1914-1915 n'est pas r&#233;actionnaire ; que la r&#233;volution &#224; l'occasion de cette guerre est impossible ; que la corr&#233;lation et la coop&#233;ration des mouvements r&#233;volutionnaires de tous les pays bellig&#233;rants sont impossibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, qu'est-ce que votre article d&#233;montre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il d&#233;montre que la guerre actuelle **est** r&#233;actionnaire et imp&#233;rialiste : vous d&#233;noncez la &#171; FORTERESSE AMERICA &#187; comme programme de la bourgeoisie imp&#233;rialiste occidentale et identifiez la phase actuelle comme &#171; 3e Guerre mondiale interimp&#233;rialiste qui a d&#233;but&#233; &#187;. Point 1 invalid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, il d&#233;montre que la r&#233;volution prol&#233;tarienne **est** possible et n&#233;cessaire : vous citez L&#233;nine sur les &#171; semaines o&#249; se passent des d&#233;cennies &#187; et appelez &#224; abattre &#171; ce r&#233;gime capitaliste de profits et d'emplois mortif&#232;res &#187;. Point 2 invalid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, votre article se conclut par &#171; PROL&#201;TAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS &#187; &#8212; donc la coordination internationale **est** possible. Point 3 invalid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous validez donc en pratique les trois pr&#233;misses du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, mais vous en r&#233;cusez la conclusion. C'est exactement la position que L&#233;nine identifie comme &#171; ne pas rompre r&#233;ellement avec le social-chauvinisme &#187;. Votre rejet du &#171; d&#233;faitisme &#187; n'est ni th&#233;orique ni politique &#8212; il est sentimental. Vous n'aimez pas le mot. Cela ne suffit pas &#224; le r&#233;futer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 5. Ce que Trotsky 1938 ajoute &#8212; et qui vous concerne directement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte *Il faut apprendre &#224; penser* (20 mai 1938) ne pol&#233;mique pas contre le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#8212; il le d&#233;fend contre les ultra-gauches qui le transforment en formule abstraite et m&#233;canique. Trotsky &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; &#171; Les scholastes ultra-gauches n'op&#232;rent pas avec des notions concr&#232;tes, mais avec des abstractions vides. C'est en une abstraction vide de ce genre qu'ils ont chang&#233; l'id&#233;e de d&#233;faitisme. Ils ne se repr&#233;sentent de fa&#231;on vivante ni la marche de la guerre ni la marche de la r&#233;volution. Ils cherchent une formule herm&#233;tiquement bouch&#233;e qui ne laisse pas passer l'air frais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette critique vise les ultra-gauches sectaires qui appliquent le d&#233;faitisme comme un signe &#171; moins &#187; automatique en face de tout signe &#171; plus &#187; de la bourgeoisie. Trotsky introduit la diff&#233;renciation d&#233;cisive du paragraphe 44 des Th&#232;ses de la Quatri&#232;me Internationale : &#171; en distinguant strictement d'ailleurs un &#201;tat ouvrier d'un &#201;tat bourgeois, un pays colonial d'un pays imp&#233;rialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky donne l'exemple d'un soul&#232;vement national alg&#233;rien arm&#233; par l'Italie fasciste contre la France d&#233;mocratique : les ouvriers italiens ne saboteront pas les bateaux d'armes pour les rebelles, et les ouvriers fran&#231;ais au contraire feront tout pour emp&#234;cher leur bourgeoisie d'envoyer des armes contre les rebelles. Le d&#233;faitisme y est non seulement compatible avec, mais identique &#224;, l'internationalisme prol&#233;tarien &#8212; appliqu&#233; concr&#232;tement, pas m&#233;caniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence pour aujourd'hui : le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire dans la troisi&#232;me guerre mondiale interimp&#233;rialiste ne signifie pas &#171; renvoyer dos &#224; dos &#187; Washington et P&#233;kin de fa&#231;on abstraite. Il signifie que **dans chaque pays imp&#233;rialiste**, le prol&#233;tariat doit faire la d&#233;faite militaire de **sa propre** bourgeoisie. Le prol&#233;tariat am&#233;ricain doit souhaiter et pr&#233;parer la d&#233;faite de Trump et de la &#171; FORTERESSE AMERICA &#187;. Le prol&#233;tariat russe doit souhaiter et pr&#233;parer la d&#233;faite de Poutine. Le prol&#233;tariat chinois la d&#233;faite de Xi. Le prol&#233;tariat fran&#231;ais la d&#233;faite de Macron-Lecornu et de leur Loi de Programmation Militaire &#224; 413 milliards d'euros. Le prol&#233;tariat britannique la d&#233;faite de Starmer et du complexe d'armement britannique. Le prol&#233;tariat allemand la d&#233;faite de Merz et du *Sonderverm&#246;gen* de 500 milliards. Sans cela, votre d&#233;nonciation indiff&#233;renci&#233;e des &#171; challengers REN&#201;GATS chinois, russes, iraniens et nord-cor&#233;ens &#187; devient interchangeable avec un campisme par d&#233;faut &#8212; soit anti-am&#233;ricain, soit anti-oriental, selon les humeurs du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 6. Le risque objectif : campisme et essentialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous d&#233;noncez &#224; juste titre la &#171; FORTERESSE AMERICA &#187; comme programme de la bourgeoisie imp&#233;rialiste occidentale. Mais quand vous &#233;crivez &#171; la couardise et la l&#226;chet&#233; **g&#233;n&#233;tique** des challengers REN&#201;GATS chinois, russes, iraniens et nord-cor&#233;ens &#187;, vous quittez le terrain du mat&#233;rialisme historique pour entrer dans celui de l'essentialisme racial. &#171; G&#233;n&#233;tique &#187; n'est pas un mot que Marx, Engels, L&#233;nine ou Trotski auraient laiss&#233; passer dans une pol&#233;mique de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me quand vous d&#233;noncez en bloc les &#171; pr&#233;tentions civilisationnelles de MARTYRS d'id&#233;ologies confuc&#233;ennes, orthodox, islamiques, hindouistes, chr&#233;tiennes, etc. r&#233;actionnaire moyen&#226;geuses &#187;. Les religions et id&#233;ologies sont des superstructures de rapports de production d&#233;termin&#233;s. Les traiter comme des essences civilisationnelles homog&#232;nes et coextensives &#224; des peuples, c'est adopter le sch&#233;ma de Samuel Huntington, pas celui de Marx. Et accessoirement, c'est un terrain o&#249; la bourgeoisie nous attend de pied ferme &#8212; celui o&#249; elle a r&#233;ussi &#224; faire passer le &#171; choc des civilisations &#187; pour une analyse du monde, en &#233;vacuant la lutte de classe au profit d'un d&#233;terminisme culturel-religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impr&#233;cation pol&#233;mique massive de votre texte (&#171; SIONAZIS &#187;, &#171; nabot petite-fille de nazie &#187;, &#171; idiote de service &#187;, &#171; agent orang&#233; aux cheveux peroxyd&#233;s &#187;, &#171; Vercing&#233;torix sous le joug &#187;, &#171; gourous SIONAZIS CHR&#201;TIENS/JUIFS PENTEC&#212;TISTES &#187;) ne remplace pas l'analyse de classe. Marx, Engels, L&#233;nine, Trotski pol&#233;miquent vigoureusement &#8212; mais ils analysent **toujours** les positions politiques par leur contenu de classe et leur fonction objective, pas par les attributs physiques, ethniques ou religieux des personnes. La forme du discours n'est pas neutre : elle conditionne l'audience prol&#233;tarienne qu'on peut esp&#233;rer toucher et elle prot&#232;ge ou non le texte des r&#233;cup&#233;rations confusionnistes. Le ton fielleux et personnalis&#233; &#233;loigne le prol&#233;tariat conscient autant qu'il rapproche les amateurs d'invectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 7. &#171; Insurrection populaire &#187; contre &#171; d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#187; : un glissement de paradigme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous renvoyez &#224; votre livre *De l'insurrection populaire &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne*. Sur la terminologie elle-m&#234;me : &#171; insurrection populaire &#187; est un terme interclassiste &#8212; *peuple*, dans toute sa polys&#233;mie populiste depuis 1848 jusqu'&#224; aujourd'hui. &#171; D&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#187; d&#233;signe au contraire la **rupture de classe** au sein de chaque camp bellig&#233;rant, le moment pr&#233;cis o&#249; le prol&#233;tariat se s&#233;pare politiquement et pratiquement de sa propre bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Substituer le premier au second, ce n'est pas un gain de clart&#233; agitationnelle : c'est un glissement de paradigme. Si l'insurrection populaire est con&#231;ue comme moment tactique qui pr&#233;c&#232;de dialectiquement la r&#233;volution prol&#233;tarienne, soit. La Commune de Paris commence comme insurrection populaire et devient pouvoir prol&#233;tarien. Mais elle ne saurait **remplacer** le mot d'ordre strat&#233;gique central qui distingue le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire de toutes les variantes du d&#233;fensisme petit-bourgeois et du social-chauvinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque politique du glissement est concret : dans la phase actuelle, o&#249; le RN s'organise comme parti de gouvernement bonapartiste et o&#249; des fractions militantes se laissent gagner par le populisme jaune-brun, le mot d'ordre d'&#171; insurrection populaire &#187; sans qualification de classe explicite peut accueillir tout et son contraire &#8212; du communisme prol&#233;tarien au confusionnisme conspirationniste anti-&#233;lites de type Soral-Asselineau-Chouard. Le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire, lui, est imperm&#233;able &#224; cette r&#233;cup&#233;ration : il d&#233;finit exactement contre qui (sa propre bourgeoisie nationale), par qui (le prol&#233;tariat organis&#233; en parti), et pour quoi (la dictature du prol&#233;tariat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 8. L'&#233;l&#233;ment que vous omettez : la dictature du prol&#233;tariat et le parti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commentaire reproduit dans le fil de discussion sous votre article, par un correspondant fraternel, pointe &#224; juste titre l'absence dans votre communiqu&#233; initial sur l'Iran et le Liban d'un &#233;l&#233;ment central : &#171; pour tout communiste la guerre r&#233;volutionnaire doit mener &#224; la dictature du prol&#233;tariat ce qui n'est pas mentionn&#233; dans le communiqu&#233;. Et pour que cette r&#233;volution prol&#233;tarienne soit victorieuse il faut un parti internationale et internationaliste qui est &#224; cr&#233;er. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le point d&#233;cisif. Sans dictature du prol&#233;tariat comme objectif strat&#233;gique explicite, et sans parti internationaliste &#224; construire comme t&#226;che organisationnelle, &#171; insurrection populaire &#187; et &#171; triomphalisme prol&#233;tarien &#187; restent des slogans agitationnels &#8212; utiles mais insuffisants. Le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire de L&#233;nine n'est pas un mot d'ordre tactique isol&#233; : il est indissociable du programme complet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&gt; guerre imp&#233;rialiste &#8594; d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire dans chaque pays &#8594; transformation en guerre civile &#8594; dictature du prol&#233;tariat &#8594; Internationale communiste mondiale &#8594; soci&#233;t&#233; sans classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous coupez le d&#233;faitisme du programme et vous r&#233;cusez le d&#233;faitisme : il ne reste alors qu'une indignation morale anti-imp&#233;rialiste, certes vigoureuse, certes n&#233;cessaire, mais sans tranchant programmatique et sans d&#233;bouch&#233; organisationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or aujourd'hui, alors que la Russie de Poutine fait la guerre &#224; l'Ukraine, que l'Iran est attaqu&#233;, que les USA imposent leur recomposition imp&#233;rialiste &#224; l'Europe (700 milliards d'euros arrach&#233;s par Trump &#224; von der Leyen), que la France relance son industrie d'armement (Dassault, Thales, Nexter, Naval Group, Safran, MBDA) sous pr&#233;texte d'&#171; autonomie strat&#233;gique europ&#233;enne &#187;, que l'Allemagne mobilise 500 milliards de *Sonderverm&#246;gen*, que le Royaume-Uni r&#233;arme massivement, alors que la troisi&#232;me guerre mondiale interimp&#233;rialiste est entr&#233;e dans sa phase active &#8212; le mot d'ordre du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire est pr&#233;cis&#233;ment ce qui manque dans tout le mouvement ouvrier officiel fran&#231;ais et international. Le r&#233;cuser au moment o&#249; il devient le plus n&#233;cessaire, c'est un contresens politique majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;### 9. Sur la troisi&#232;me guerre mondiale interimp&#233;rialiste : la double t&#226;che&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'analyse de la phase, comme dit en ouverture, nous partageons l'essentiel. La &#171; FORTERESSE AMERICA &#187; est bien le programme de recomposition de la bourgeoisie imp&#233;rialiste occidentale &#8212; repli strat&#233;gique sur le continent am&#233;ricain, sanctuarisation des deux douves oc&#233;aniques, vassalisation tarifaire des &#171; alli&#233;s &#187; europ&#233;ens et asiatiques, captation des march&#233;s &#233;nerg&#233;tiques par destruction concurrente, relance de l'industrie d'armement comme dernier secteur comp&#233;titif. L'analyse est juste, et elle est coh&#233;rente avec la lecture l&#233;ninienne de l'imp&#233;rialisme &#8212; concurrence interimp&#233;rialiste, repartage du monde, crise de surproduction r&#233;solue par la destruction et la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette analyse de la phase appelle pr&#233;cis&#233;ment le mot d'ordre que vous r&#233;cusez. La double t&#226;che du prol&#233;tariat dans cette phase est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, d&#233;noncer simultan&#233;ment tous les p&#244;les imp&#233;rialistes &#8212; Washington, Bruxelles, Paris, Londres, Berlin, Moscou, P&#233;kin &#8212; sans concession &#224; aucun &#171; moindre mal &#187; g&#233;opolitique, sans illusion sur les BRICS comme alternative progressiste, sans soutien &#224; un &#201;tat capitaliste contre un autre, en distinguant strictement (selon le paragraphe 44 trotskyen) les &#201;tats imp&#233;rialistes des pays opprim&#233;s sous joug colonial ou semi-colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, et c'est ins&#233;parable, organiser le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire dans **chaque** pays imp&#233;rialiste : refus des cr&#233;dits de guerre, refus de l'union sacr&#233;e, refus de la mobilisation industrielle militaire, expropriation de l'industrie d'armement nationale, comit&#233;s de soldats avec droit de refus d'ordre, fraternisation aux fronti&#232;res, gr&#232;ves dans les ports et les arsenaux contre les transports de troupes et de mat&#233;riel, transformation de la guerre ext&#233;rieure en guerre civile pour la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans le second volet, le premier devient bavardage internationaliste sans contenu. Et sans d&#233;noncer la fonction objective des appareils syndicaux et politiques qui freinent ce mot d'ordre &#8212; CGT, FSU, Solidaires, LO, NPA-R, RP, LFI, PCF &#8212; l'appel au &#171; PROL&#201;TAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS &#187; reste verbal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Conclusion fraternelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la phase historique &#8212; d&#233;composition de l'h&#233;g&#233;monie occidentale, repli sur la forteresse am&#233;ricaine, troisi&#232;me guerre mondiale interimp&#233;rialiste &#8212; nous partageons l'essentiel. Sur le programme, d&#233;saccord central et irr&#233;ductible. Le mot d'ordre pour la phase actuelle reste celui de L&#233;nine 1915, repris et pr&#233;cis&#233; par Trotsky 1938, le Programme de Transition, Barta et l'Union Communiste, et aujourd'hui Mati&#232;re et R&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**D&#233;faitisme r&#233;volutionnaire dans chaque pays. Transformation de la guerre interimp&#233;rialiste en guerre civile. Dictature du prol&#233;tariat. Internationale ouvri&#232;re &#224; reconstruire.**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection populaire n'est pas une alternative au d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire &#8212; elle peut en &#234;tre un moment tactique, &#224; condition de se d&#233;passer dialectiquement en r&#233;volution prol&#233;tarienne consciente, organis&#233;e en parti, articul&#233;e &#224; l'objectif de la dictature du prol&#233;tariat. Coup&#233;e du d&#233;faitisme, elle reste interclassiste et peut basculer dans n'importe quelle direction, y compris bonapartiste ou jaune-brun. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;passement, et non son refus, qui d&#233;finit la continuit&#233; Marx-Engels-L&#233;nine-Trotsky-Barta dont nous nous r&#233;clamons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;crivait Trotsky en cl&#244;ture de *Il faut apprendre &#224; penser* : &#171; Pour mener une juste politique en temps de guerre, il faut apprendre &#224; penser correctement en temps de paix. &#187; La troisi&#232;me guerre mondiale interimp&#233;rialiste a commenc&#233;. Il ne reste plus beaucoup de temps de paix pour apprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fraternellement, sur le terrain commun de la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile et de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Voix des Travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://les7duquebec.net/archives/305107&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://les7duquebec.net/archives/305107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://les7duquebec.net/archives/305021&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://les7duquebec.net/archives/305021&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://les7duquebec.net/archives/304675&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://les7duquebec.net/archives/304675&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://les7duquebec.net/archives/305101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://les7duquebec.net/archives/305101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://les7duquebec.net/archives/304759&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://les7duquebec.net/archives/304759&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61771&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61771&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/07/vil19150726.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/07/vil19150726.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/05/lt19380520.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/05/lt19380520.htm&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8715&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8715&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6753&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6753&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1987_act_95_1_2888&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1987_act_95_1_2888&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3484&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3484&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8709&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8709&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8155&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8155&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7973&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7973&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7390&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7390&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le bolchevisme de L&#233;nine n'est pas ce qu'en comprend&#8230; Lutte ouvri&#232;re</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8588</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8588</guid>
		<dc:date>2026-05-21T22:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le bolchevisme de L&#233;nine n'est pas ce qu'en comprend&#8230; Lutte ouvri&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par une citation bien significative d'Arlette Laguiller dans un expos&#233; du cercle L&#233;on Trotsky, &#224; l'occasion du 80&#232;me anniversaire de la r&#233;volution russe, Paris le 7 novembre 1997. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce parti en Russie, c'&#233;tait le Parti Bolchevik, moralement et enti&#232;rement pr&#233;par&#233; pour conduire le prol&#233;tariat &#224; la conqu&#234;te du pouvoir. Un parti qui avait fait profond&#233;ment sienne la compr&#233;hension marxiste de l'&#233;volution de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique113" rel="directory"&gt;12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le bolchevisme de L&#233;nine n'est pas ce qu'en comprend&#8230; Lutte ouvri&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par une citation bien significative d'Arlette Laguiller dans un expos&#233; du cercle L&#233;on Trotsky, &#224; l'occasion du 80&#232;me anniversaire de la r&#233;volution russe, Paris le 7 novembre 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce parti en Russie, c'&#233;tait le Parti Bolchevik, moralement et enti&#232;rement pr&#233;par&#233; pour conduire le prol&#233;tariat &#224; la conqu&#234;te du pouvoir. Un parti qui avait fait profond&#233;ment sienne la compr&#233;hension marxiste de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;, ce qui l'a rendu apte &#224; discerner, m&#234;me aux pires p&#233;riodes de r&#233;action ou de r&#233;pression, les cheminements souterrains de la r&#233;volution. Un parti forg&#233; dans de dures luttes pendant les 15 ans qui s&#233;parent l'apparition du Parti Bolchevik de la r&#233;volution ; un parti compos&#233; d'un nombre relativement faible de femmes et d'hommes, ouvriers mais aussi intellectuels, mais tous consacrant enti&#232;rement leur existence &#224; la r&#233;volution sociale, et tous tr&#232;s li&#233;s aux masses ouvri&#232;res, dans lesquelles ils voyaient le seul levier pour transformer la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/discours/242817-laguiller-07111997-communisme-face-au-capitalisme-revolution-russe&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.vie-publique.fr/discours/242817-laguiller-07111997-communisme-face-au-capitalisme-revolution-russe&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici une autre citation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le parti bolch&#233;vik, fort de la confiance des travailleurs, acquise au cours d'un long et patient travail, avait su &#233;clairer les masses, d&#233;masquer le jeu des &#171; socialistes &#187; de la bourgeoisie ; il avait su, en juillet, retenir les ouvriers de Petrograd, les emp&#234;cher de se lancer seuls dans la lutte et de se couper ainsi de la grande masse du peuple qui n'avait pas encore pris conscience de la n&#233;cessit&#233; de l'insurrection ; il avait su, en ao&#251;t, mobiliser derri&#232;re lui, dans une juste politique de front unique, tous ceux qui voulaient lutter contre Kornilov et la contre-r&#233;volution ; il avait su, enfin, en octobre, lancer les travailleurs &#224; la prise du pouvoir, apr&#232;s les y avoir pr&#233;par&#233;s physiquement et moralement, au moment le plus opportun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-avant-1968-article-cinquantieme-anniversaire-de-la.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-avant-1968-article-cinquantieme-anniversaire-de-la.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de LO est que le parti bolchevique de L&#233;nine &#233;tait pr&#234;t et d'avance programm&#233; pour cette r&#233;volution. Tout &#224; fait faux ! Quand les partis sociaux-d&#233;mocrates ont trahi la r&#233;volution de f&#233;vrier, la direction bolchevique en Russie &#233;tait de leur c&#244;t&#233; ! Quand L&#233;nine et Trotsky ont fait le choix de la r&#233;volution d'Octobre, une partie non n&#233;gligeable du parti bolchevique a choisi d'&#234;tre adversaire de la r&#233;volution. Cela ne montre pas seulement que le parti bolchevique &#233;tait d&#233;mocratique mais que les plus proches dirigeants de L&#233;nine avaient compl&#232;tement rompu avec la perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le parti bolchevique &#233;tait loin d'&#234;tre parfaitement pr&#233;par&#233; &#224; Octobre, vu que pendant des ann&#233;es L&#233;nine avait combattu CONTRE la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, v&#233;ritable base de la r&#233;volution d'Octobre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aurait fallu &#233;crire que, gr&#226;ce &#224; leur poids politiques personnels consid&#233;rables, L&#233;nine et Trotsky &#233;taient parvenus in extremis &#224; sauver le parti des erreurs o&#249; il semblait tomber irr&#233;m&#233;diablement, notamment du fait d'erreurs de&#8230; L&#233;nine (son opposition syst&#233;matique &#224; la th&#232;se de la r&#233;volution permanente qui n'a cess&#233; qu'en 1917, et plus nettement avec les &#171; th&#232;ses d'avril &#187;. Plut&#244;t que de laisser croire que le parti bolchevique avait lui-m&#234;me su trouver la juste politique&#8230; Ce qui n'est pas la v&#233;rit&#233; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233;, c'est qu'aux moments cruciaux de la r&#233;volution russe, L&#233;nine a &#233;t&#233; mis en minorit&#233; au sein de son propre parti et qu'il a eu du mal &#224; remonter la pente, la grande majorit&#233; de son comit&#233; central &#233;tant contre lui. Et ce n'est pas une seule fois mais durant six p&#233;riodes clefs de la r&#233;volution russe d&#233;but&#233;e en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#192; son d&#233;but, quand il s'agissait de savoir si c'&#233;tait &#171; une r&#233;volution d&#233;mocratique &#187;, c'est-&#224;-dire bourgeoise, s'il s'agissait d'appuyer l'aile d&#233;mocratique de la bourgeoisie et de s'unir aux autres partis de gauche, ou au contraire s'il s'agissait d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne, donc d'une r&#233;volution permanente om c'est la classe ouvri&#232;re qui allait prendre la t&#234;te de la lutte d&#233;mocratique, de celle des paysans, de celle des nationalit&#233;s opprim&#233;es, toutes ces luttes devant n&#233;cessairement mener au socialisme en se liant &#224; la lutte du prol&#233;tariat mondial (th&#232;se dite de la r&#233;volution permanente de Trotsky). Pendant de longues ann&#233;es, L&#233;nine avait combattu contre cette th&#232;se &#171; trotskyste &#187; et avait form&#233; sa direction politique dans ce sens. Il a eu un mal de chien (de f&#233;vrier &#224; avril) &#224; lui faire prendre le tournant dit des &#171; th&#232;ses d'avril &#187; et ce ne sont pas les dirigeants ou les militants qui lui ont facilit&#233; les choses mais la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me. Changement radical : le parti bolchevique, qui s'appr&#234;tait &#224; soutenir le gouvernement provisoire, a commenc&#233; &#224; militer pour son renversement et pour &#171; le pouvoir aux soviets &#187; et le socialisme ! Rien ne permet de penser que, sans L&#233;nine, il aurait redress&#233; le tir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/03/vil19170322.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/03/vil19170322.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/03/vil19170326.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/03/vil19170326.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Deuxi&#232;me erreur grave : le parti n'a pas ais&#233;ment accept&#233; que la r&#233;volution de juillet &#233;tait pr&#233;matur&#233;e et un grand nombre de militants ont pris le large &#224; cette occasion, tromp&#233;s par les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vinrent les journ&#233;es de juillet qui marqu&#232;rent un moment im&#172;portant dans la voie de la r&#233;volution et le d&#233;veloppement des di&#172;vergences de vues &#224; l'int&#233;rieur du Parti. Dans ces journ&#233;es, la pression spontan&#233;e des masses petersbourgeoises joua un r&#244;le d&#233;cisif. Mais il est indubitable que L&#233;nine se demandait alors si le temps n'&#233;tait pas d&#233;j&#224; venu, si l'&#233;tat d'esprit des masses n'avait pas d&#233;pass&#233; la superstructure sovi&#233;tiste, si, hypnotis&#233;s par la l&#233;galit&#233; sovi&#233;tiste, nous ne risquions pas de retarder sur les masses et de nous d&#233;tacher d'elles. Il est tr&#232;s vraisemblable que certaines op&#233;rations purement militaires pendant les journ&#233;es de juillet eurent lieu sur l'initiative de camarades sinc&#232;rement persuad&#233;s qu'ils n'&#233;taient pas en d&#233;saccord avec l'appr&#233;ciation de la situation par L&#233;nine. Plus tard, L&#233;nine disait : &#034;En juillet, nous avons commis assez de b&#234;tises.&#8221; En r&#233;alit&#233;, cette fois aussi, l'affaire se r&#233;duisit &#224; une reconnaissance mais de plus vaste envergure et une &#233;tape plus avanc&#233;e du mouvement Nous d&#251;mes battre en retraite. Se pr&#233;parant &#224; l'insurrection et a la prise du pouvoir, L&#233;nine et le Parti ne virent dans l'intervention de juillet qu'un &#233;pisode o&#249; nous avions pay&#233; assez cher la reconnaissance profonde effectu&#233;e parmi les forces ennemies, mais qui ne pouvait faire d&#233;vier la ligne g&#233;n&#233;rale de notre action Au contraire, les camarades hostiles &#224; la politique de la prise du pouvoir devaient voir dans l'&#233;pisode de juillet une aventure nui-sible. Les &#233;l&#233;ments de droite renforc&#232;rent leur mobilisation ; leur critique devint plus cat&#233;gorique, par suite, le ton de la riposte changea. L&#233;nine &#233;crivait : &#8220;Toutes ces lamentations, toutes ces r&#233;flexions tendant &#224; prouver qu'il n'aurait pas faIlu participer ou bien proviennent de ren&#233;gats, si elles &#233;manent des bolcheviks, ou bien sont des manifestations de l'effroi et de la confusion habituels aux petits-bourgeois.&#8221; Ce mot de ren&#233;gat prononc&#233; &#224; un tel moment &#233;clairait d'une lueur tragique les diver&#172;gences de vues dans le Parti. Dans la suite, il revient de plus en plus fr&#233;quemment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand LO &#233;crit que le parti a tr&#232;s bien su prendre cette d&#233;cision, il y manque le r&#233;cit r&#233;el. C'est ce qui est si bien rapport&#233; dans &#171; Le tourbillon &#187; de D&#233;midov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8453&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8453&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;me erreur encore plus grave : quand c'est le moment de prendre le pouvoir, la direction du parti bolchevique est r&#233;solument oppos&#233;e et, malgr&#233; des interventions v&#233;h&#233;mentes de L&#233;nine, bien que Trotsky soit d&#233;j&#224; en train de pr&#233;parer politiquement et organisationnellement et de commencer &#224; enclencher physiquement l'insurrection &#224; la t&#234;te du comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire avec l'accord de L&#233;nine&#8230; Cela a &#233;t&#233; au point qu'une partie du comit&#233; central s'est d&#233;solidaris&#233;e publiquement de la r&#233;volution d'Octobre, d&#233;non&#231;ant m&#234;me dans la presse ses pr&#233;paratifs secrets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170926.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170926.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171018.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171018.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6837&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6837&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quatri&#232;me erreur : une bonne partie de la direction bolchevique a particip&#233; aux man&#339;uvre pour combattre et &#233;vincer Trotsky de la direction de l'Arm&#233;e Rouge ! L&#224; encore, c'&#233;tait &#224; deux doigts de r&#233;ussir et c'est seulement gr&#226;ce &#224; l'intervention in extremis de L&#233;nine que Trotsky n'a pas &#233;t&#233; mis &#224; l'&#233;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; Quand, dans certains cercles du Parti, non sans la participation occulte de Staline se manifesta une opposition contre mes m&#233;thodes de direction de la guerre civile, L&#233;nine, en juillet 1919, de sa propre initiative et d'une fa&#231;on tout &#224; fait inattendue pour moi, me remit une feuille de papier blanc au bas de laquelle il avait &#233;crit : &#034; Camarades, ayant pris connaissance du caract&#232;re rigoureux des ordres du camarade Trotsky, je suis si convaincu, si absolument convaincu de la justesse, de l'opportunit&#233; et de la n&#233;cessit&#233; &#8211; pour le bien de notre cause, des ordres qu'il a donn&#233;s, que je donne &#224; ses ordres mon enti&#232;re adh&#233;sion &#034;. Il n'y avait pas de date sur ce papier. En cas de n&#233;cessit&#233; la date devait y &#234;tre appos&#233;e par moi-m&#234;me. La prudence de L&#233;nine dans tout ce qui concernait ses relations avec les travailleurs est bien connue. N&#233;anmoins, il consid&#233;rait possible de contresigner par avance un ordre venant de moi, bien que de ces ordres d&#233;pendait souvent le sort d'un grand nombre de gens. L&#233;nine ne craignait pas que je puisse abuser de mes pouvoirs. Je dois ajouter que pas une seule fois je n'ai fait usage de la &#034; carte blanche &#034; donn&#233;e par lui. Mais ce document est un t&#233;moignage de l'exceptionnelle confiance d'un homme que je consid&#232;re comme le plus parfait mod&#232;le de moralit&#233; r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article405&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article405&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6825&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6825&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cinqui&#232;me erreur : avec la mont&#233;e r&#233;volutionnaire, ce sont les communistes de gauche qui ont influenc&#233; le parti et l'internationale, au point d'&#234;tre momentan&#233;ment majoritaires dans les deux. Seule l'unit&#233; L&#233;nine-Trotsky a pu &#233;viter cette erreur d'avoir des cons&#233;quences fatales &#224; la Russie des soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sixi&#232;me erreur qui a cette fois march&#233; parce que L&#233;nine n'est pas intervenu contre, ne sachant pas trop qu'en penser : certains dirigeants ont fait courir dans le parti bolchevique le bruit que Trotsky voulait instaurer la dictature de l'Arm&#233;e rouge et la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de Trotsky s'est tellement &#233;tendue dans le parti qu'elle a un peu influence momentan&#233;ment L&#233;nine dans une phase o&#249; il pol&#233;miquait plus s&#233;v&#232;rement avec Trotsky sur paix ou guerre avec l'Allemagne, sur l'&#233;conomie de guerre, sur la NEP et la voie vers le socialisme. Staline en a tir&#233; profit pour grimper et faire grimper ses sbires. L&#233;nine n'a redress&#233; le tir qu'en 1922-1923 mais le mal &#233;tait fait : l'alliance Staline-Zinoviev-Kamenev allait faire du d&#233;g&#226;t&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et, septi&#232;mement, en 1922-1923, L&#233;nine et Trotsky &#233;taient ensemble mais contre une partie des militants et dirigeants bolcheviques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Huiti&#232;me erreur : le Politburo a bloqu&#233; les demandes politiques de L&#233;nine, son testament&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela d&#233;montre que le parti bolchevique ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233;, ind&#233;pendamment des conditions extr&#234;mement difficiles de la r&#233;volution en Russie, comme tout &#224; fait au point, tout arm&#233; pour diriger la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est une image fallacieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crit : &#171; La t&#226;che de la conqu&#234;te du pouvoir ne s'est pos&#233;e devant le Parti que le 4 avril, c'est-&#224;-dire apr&#232;s l'arriv&#233;e de L&#233;nine &#224; Petrograd. Mais, m&#234;me &#224; partir de ce moment, la ligne du Parti n'a pas un caract&#232;re continu, indiscutable pour tous. Malgr&#233; les d&#233;cisions de la conf&#233;rence d'avril 1917, une r&#233;sistance, tant&#244;t sourde, tant&#244;t d&#233;clar&#233;e, au cours r&#233;volutionnaire se manifeste pendant toute la p&#233;riode de pr&#233;paration.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tude du d&#233;veloppement des divergences de vues entre f&#233;&#172;vrier et la consolidation de la r&#233;volution d'Octobre non seulement pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t th&#233;orique exceptionnel, mais a une impor&#172;tance pratique incommensurable. L&#233;nine, en 1910, avait qualifi&#233; d'anticipation les d&#233;saccords qui s'&#233;taient manifest&#233;s au II&#176; Congr&#232;s en 1903. Il importe de suivre ces d&#233;saccords depuis leur source, c'est-&#224;-dire depuis 1903, et m&#234;me depuis l'&#8220;&#233;cono&#172;misme &#034;. Mais cette &#233;tude n'a de sens que si elle est compl&#232;te et embrasse &#233;galement la p&#233;riode o&#249; les divergences de vues furent soumises &#224; l'&#233;preuve d&#233;cisive, c'est-&#224;-dire Octobre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne pouvons, dans ces pages, entreprendre un examen approfondi de tous les stades de cette lutte. Mais nous jugeons n&#233;cessaire de combler partiellement la lacune inadmissible qui existe dans notre litt&#233;rature sur la p&#233;riode la plus importante du d&#233;veloppement de notre Parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, la question du pouvoir est le n&#339;ud de ces divergences de vues. C'est l&#224; le crit&#233;rium permettant de d&#233;terminer le caract&#232;re d'un parti r&#233;volutionnaire (et m&#234;me d'un parti non r&#233;volutionnaire). Dans la p&#233;riode que nous &#233;tudions, la question de la guerre se pose et se r&#233;sout en connexion &#233;troite avec la question du pouvoir. Nous examinerons ces deux ques&#172;tions dans l'ordre chronologique : position du Parti et de sa presse dans la premi&#232;re p&#233;riode apr&#232;s le renversement du tsa&#172;risme, avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine ; lutte autour des th&#232;ses de L&#233;nine ; conf&#233;rence d'avril ; cons&#233;quences des journ&#233;es de juillet ; &#233;meute de Kornilov ; conf&#233;rence d&#233;mocratique et Pr&#233;-parlement ; question de l'insurrection arm&#233;e et de la crise du pouvoir (sep&#172;tembre-octobre) ; question d'un gouvernement socialiste &#034;ho&#172;mog&#232;ne&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; Le 4 avril, le lendemain de son arriv&#233;e &#224; Petrograd, L&#233;nine s'&#233;leva r&#233;solument contre la position de la Pravda dans la question de la guerre et de la paix : &#034;Il ne faut accorder aucun soutien au Gouvernement Provisoire - &#233;crivait-il - il faut expliquer le mensonge de toutes ses promesses, particuli&#232;rement de celle qui concerne la renonciation aux annexions. Il faut d&#233;masquer ce gou&#172;vernement au lieu de lui demander (revendication propre unique&#172;ment &#224; faire na&#238;tre des illusions) de cesser d'&#234;tre imp&#233;rialiste.&#034; Inutile de dire que L&#233;nine qualifie de &#034;fumeux&#034; et de &#034;confus&#8221; l'appel des conciliateurs du 14 mars, si favorablement accueilli par la Pravda. C'est une formidable hypocrisie que d'inviter les autres peuples &#224; rompre avec leurs banquiers et de cr&#233;er en m&#234;me temps un gouvernement de coalition avec ses propres banquiers. &#034;Les hommes du centre - dit L&#233;nine dans son projet de plate-forme - jurent leurs grands dieux qu'ils sont marxistes, interna&#172;tionalistes, qu'ils sont pour la paix, pour toutes sortes de pres&#172;sion sur leur gouvernement afin qu'il &#034;manifeste la volont&#233; de paix du peuple&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; Les adversaires de la lutte pour le pouvoir abordaient tout autrement la question. A la Conf&#233;rence d'avril du Parti, Kame&#172;nev exposait ses plaintes : &#034;Dans le n&#176; 19 de la Pravda, des camarades (il s'agit &#233;videmment de L&#233;nine. L.T.) avaient pro&#172;pos&#233; une r&#233;solution sur le renversement du Gouvernement Pro&#172;visoire, r&#233;solution imprim&#233;e avant la derni&#232;re crise, mais ils l'ont rejet&#233;e ensuite comme susceptible d'introduire la d&#233;sorga&#172;nisation et empreinte de l'esprit d'aventure. On le voit, les cama&#172;rades en question ont appris quelque chose pendant cette crise. La r&#233;solution propos&#233;e (c'est-&#224;-dire la r&#233;solution propos&#233;e par L&#233;nine &#224; la Conf&#233;rence. L.T.) r&#233;p&#232;te cette faute.&#034; Cette fa&#231;on de poser la question est significative au plus haut point. La reconnaissance une fois effectu&#233;e, L&#233;nine retira le mot d'ordre du renversement imm&#233;diat du Gouvernement Provisoire, mais il le retira temporairement, pour des semaines ou des mois, selon que l'indignation des masses contre les conciliateurs cro&#238;trait plus ou moins rapidement. L'opposition, elle, consid&#233;rait ce mot d'or&#172;dre comme une faute. Le recul provisoire de L&#233;nine ne compor&#172;tait pas la moindre modification de sa ligne. L&#233;nine ne se basait pas sur le fait que la r&#233;volution d&#233;mocratique n'&#233;tait pas encore termin&#233;e, mais uniquement sur le fait que la masse &#233;tait encore incapable de renverser le gouvernement provisoire et qu'il fallait la rendre au plus vite capable de l'abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la conf&#233;rence d'avril du parti fut consacr&#233;e &#224; cette question essentielle : allons-nous &#224; la conqu&#234;te du pouvoir pour r&#233;aliser la r&#233;volution socialiste, ou aidons-nous &#224; parachever la r&#233;volution d&#233;mocratique ? Par malheur, le compte rendu de cette conf&#233;rence n'est pas encore imprim&#233; ; pourtant, il n'y a peut-&#234;tre pas dans l'histoire de notre parti de congr&#232;s qui ait eu une im&#172;portance aussi grande, aussi directe pour le sort de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lutte irr&#233;ductible contre le d&#233;fensisme et les d&#233;fensistes, conqu&#234;te de la majorit&#233; dans les Soviets, renversement du gou&#172;vernement provisoire par l'interm&#233;diaire des Soviets, politique r&#233;volutionnaire de paix, programme de r&#233;volution socialiste &#224; l'int&#233;rieur et de r&#233;volution internationale &#224; l'ext&#233;rieur : telle est la plate-forme de L&#233;nine. Comme on le sait l'opposition &#233;tait pour le parach&#232;vement de la r&#233;volution d&#233;mocratique au moyen d'une pression sur le Gouvernement Provisoire, les soviets de&#172;vant rester des organes de &#034;contr&#244;le&#8221; sur le pouvoir bourgeois. De l&#224; une attitude beaucoup plus conciliante &#224; l'&#233;gard du d&#233;fen&#172;sisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des adversaires de L&#233;nine d&#233;clarait &#224; la conf&#233;rence d'avril : &#034;Nous parlons des soviets ouvriers et soldats comme de centres organisateurs de nos forces et du pouvoir... Leur nom seul montre qu'ils sont un bloc des forces petites-bourgeoises et prol&#233;tarien&#172;nes auquel s'impose la n&#233;cessit&#233; d'achever les t&#226;ches d&#233;mocrati&#172;ques bourgeoises. Si la r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise est termin&#233;e, ce bloc ne pourrait exister... et le prol&#233;tariat m&#232;nerait la lutte r&#233;volutionnaire contre lui... N&#233;anmoins, nous reconnais&#172;sons ces soviets comme des centres d'organisation de nos forces... Ainsi, la r&#233;volution bourgeoise n'est pas encore close, elle n'a pas donn&#233; toute sa mesure et nous devons reconna&#238;tre que si elle &#233;tait enti&#232;rement termin&#233;e, le pouvoir passerait aux mains du prol&#233;tariat.&#034; (Discours de Kamenev).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'inconsistance de ce raisonnement est &#233;vidente : en effet, la r&#233;volution ne sera jamais tout &#224; fait termin&#233;e tant que le pouvoir ne passera pas en d'autres mains. L'auteur du discours pr&#233;cit&#233; ignore l'axe v&#233;ritable de la r&#233;volution : il ne d&#233;duit pas les t&#226;ches du parti du groupement r&#233;el des forces de classe, mais d'une d&#233;finition formelle de la r&#233;volution consid&#233;r&#233;e comme bourgeoise ou d&#233;mocratique-bourgeoise. Selon lui, il faut faire bloc avec la petite bourgeoisie et exercer un contr&#244;le sur le pouvoir bourgeois tant que la r&#233;volution bourgeoise ne sera pas parachev&#233;e. C'est I&#224; un sch&#233;ma nettement menchevik. En limitant doctrinairement les t&#226;ches de la r&#233;volution par l'appellation de cette derni&#232;re r&#233;volution &#8220;bourgeoise&#034;, on devait fatalement arriver &#224; la politique de contr&#244;le sur le Gouvernement Provisoire, &#224; la reven&#172;dication d'un programme de paix sans annexions, etc... Par parach&#232;vement de la r&#233;volution d&#233;mocratique, on sous-entendait la r&#233;alisation d'une s&#233;rie de r&#233;formes par l'interm&#233;diaire de la Constituante, o&#249; le parti bolchevik devait jouer le r&#244;le d'aile gauche. Le mot d'ordre : &#034;Tout le pouvoir aux soviets&#8221; perdait ainsi tout contenu r&#233;el. C'est que, plus logique que ses camarades de l'opposition, Noguine d&#233;clara &#224; la conf&#233;rence d'avril : &#034;Au cours de l'&#233;volution, les attributions les plus importantes des so&#172;viets disparaissent, une s&#233;rie de leurs fonctions administratives sont transmises aux municipalit&#233;s, aux zemstvos, etc... Consid&#233;rons le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'organisation &#233;tatique : nous ne pouvons nier qu'il y aura une Assembl&#233;e Constituante et, &#224; sa suite, un Parlement. Il en r&#233;sulte que, progressivement, les soviets seront d&#233;charg&#233;s de leurs principales fonctions ; mais cela ne veut pas dire qu'ils terminent honteusement leur existence. Ils ne feront que transmettre leurs fonctions. Ce n'est pas avec les soviets du type actuel que la r&#233;publique-commune sera chez nous&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, un troisi&#232;me opposant aborda la question du point de vue maturit&#233; de la Russie pour le socialisme &#034;Pouvons-nous, en arborant le mot d'ordre de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, compter sur l'appui des masses ? Non, car la Russie est le pays le plus petit-bourgeois d'Europe. Si le parti adopte la plate-forme de la r&#233;volution socialiste, il se transformera en un cercle de propa-gandistes. C'est de l'Occident que doit &#234;tre d&#233;clench&#233;e la r&#233;vo&#172;lution... O&#249; se l&#232;vera le soleil de la r&#233;volution socialiste ? Etant donn&#233; l'&#233;tat de choses qui r&#232;gne chez nous, le milieu petit-bour-geois, j'estime que ce n'est pas &#224; nous de prendre l'initiative de la r&#233;volution socialiste. Nous n'avons pas les forces n&#233;cessaires &#224; cet effet ; en outre les conditions objectives font d&#233;faut. En Oc&#172;cident, la question de la r&#233;volution socialiste se pose &#224; peu pr&#232;s de la m&#234;me fa&#231;on que, chez nous, celle du renversement du tsarisme.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
A la conf&#233;rence d'avril, tous les adversaires de L&#233;nine n'al&#172;laient pas jusqu'aux conclusions de Noguine, mais tous, par la logique des choses, ils furent forc&#233;s de les accepter quelques mois plus tard, &#224; la veille d'octobre. Diriger la r&#233;volution prol&#233;ta&#172;rienne ou se borner au r&#244;le d'opposition dans le Parlement bour&#172;geois : telle &#233;tait l'alternative dans laquelle se trouvait plac&#233; notre parti. La deuxi&#232;me position &#233;tait menchevique ou, plus exac&#172;tement c'&#233;tait la position que les mencheviks furent forc&#233;s d'aban&#172;donner apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier. En effet, pendant des an&#172;n&#233;es, les leaders mencheviques avaient affirm&#233; que la r&#233;volution future serait bourgeoise, que le gouvernement d'une r&#233;volution bourgeoise ne pouvait accomplir que les t&#226;ches de la bourgeoisie, que la social-d&#233;mocratie ne pouvait assumer les t&#226;ches de la d&#233;mocratie bourgeoise et devrait, &#8220;tout en poussant la bourgeoisie vers la gauche&#8221;, se confiner dans le r&#244;le d'opposi&#172;tion. Martynov, en particulier, ne s'&#233;tait pas lass&#233; de d&#233;velopper ce th&#232;me. La r&#233;volution de f&#233;vrier amena bient&#244;t les menche&#172;viks &#224; participer au gouvernement. De leur position de principe ces derniers ne conserv&#232;rent que la th&#232;se portant que le prol&#233;&#172;tariat ne devait pas s'emparer du pouvoir. Ainsi, ceux des bolcheviks qui condamnaient le minist&#233;rialisme menchevik tout en s'&#233;levant contre la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat, se re-tranchaient dans les positions pr&#233;-r&#233;volutionnaires des menche&#172;viks. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais alors que les mencheviks abandonnent leur socialisme for&#172;mel pour la d&#233;mocratie vulgaire, la droite des bolcheviks passe au socialisme formel, c'est-&#224;-dire &#224; la position qu'occupaient, la veille encore, les mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me regroupement se produisit dans la question de la guerre. A l'exception de quelques doctrinaires, la bourgeoisie (qui d'ailleurs n'esp&#233;rait plus gu&#232;re la victoire militaire) adopta la formule : &#034;Ni annexions, ni contribution&#034;. Les mencheviks et les s.-r. zimmerwaldiens, qui avaient critiqu&#233; les socialistes fran&#172;&#231;ais parce qu'ils d&#233;fendaient leur patrie r&#233;publicaine bourgeoise, devinrent des d&#233;fensistes d&#232;s qu'ils se sentirent en r&#233;publique bourgeoise : de la position internationaliste passive, ils pas&#172;s&#232;rent au patriotisme actif. En m&#234;me temps, la droite bolche&#172;vique glissa &#224; l'internationalisme passif de &#034;pression&#034; sur le Gouvernement Provisoire, en vue d'une paix d&#233;mocratique &#8220;sans annexions, ni contribution&#034;. De la sorte, la formule de la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et de la paysannerie se disloque th&#233;oriquement et politiquement &#224; la conf&#233;rence d'avril et fait appara&#238;tre deux points de vue oppos&#233;s : le point de vue d&#233;mocratique, masqu&#233; par des restrictions socialistes formelles, et le point de vue social-r&#233;volutionnaire ou point de vue bolche&#172;vique v&#233;ritable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915d.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915d.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; Lenine avait dit plus d'une fois que les masses sont plus &#224; gauche que le parti. Il savait que le parti est plus &#224; gauche que son sommet, la couche des &#034; vieux bolcheviks &#034;. Il se repr&#233;sentait trop bien les groupements int&#233;rieurs et les tendances dans le Comit&#233; central pour attendre de lui des d&#233;marches audacieuses ; en revanche, il appr&#233;hendait beaucoup une circonspection excessive, l'esprit de temporisation, la n&#233;gligence d'une de ces situations historiques qui sont pr&#233;par&#233;es par des dizaines d'ann&#233;es. Lenine ne fait pas confiance au Comit&#233; central... sans Lenine : l&#224; est le secret de ses missives &#233;crites du fond de sa retraite clandestine. Et Lenine n'a pas tellement tort de manquer de confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oblig&#233; de se prononcer dans la plupart des cas apr&#232;s une d&#233;cision d&#233;j&#224; prise &#224; Petrograd, Lenine critique invariablement, d'un point de vue de gauche, la politique du Comit&#233; central. Son opposition se d&#233;veloppe sur le fond du probl&#232;me de l'insurrection, mais ne se borne pas l&#224;. Lenine estime que le Comit&#233; central accorde trop d'attention au Comit&#233; ex&#233;cutif conciliateur, &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, en g&#233;n&#233;ral au remue-m&#233;nage parlementaire dans les sommets sovi&#233;tiques. Il se prononce v&#233;h&#233;mentement contre les bolcheviks proposant un bureau de coalition au Soviet de Petrograd. Il stigmatise comme &#034; d&#233;shonorante &#034; la d&#233;cision de participer au pr&#233;parlement. Il est indign&#233; &#224; la publication en fin septembre de la liste des candidats bolcheviks &#224; l'Assembl&#233;e constituante : trop d'intellectuels, trop peu d'ouvriers. &#034; Combler l'Assembl&#233;e constituante avec des orateurs et des litt&#233;rateurs, c'est marcher dans les sentiers battus de l'opportunisme et du chauvinisme. Cela est indigne de la III&#176; Internationale. &#034; En outre, parmi les candidats, il y a trop de nouveaux membres du parti non &#233;prouv&#233;s dans la lutte ! Lenine estime n&#233;cessaire de faire une r&#233;serve : &#034; Il va de soi que... personne ne contesterait, par exemple, une candidature comme celle de L. D. Trotsky, car, en premier lieu, Trotsky, d&#232;s son arriv&#233;e, a occup&#233; une position internationaliste ; en second lieu, il a lutt&#233; dans l'organisation inter-districts pour la fusion ; en troisi&#232;me lieu, pendant les dures Journ&#233;es de Juillet, il s'est montr&#233; &#224; la hauteur de la t&#226;che et d&#233;vou&#233; aux partisans du parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Il est clair que l'on ne peut en dire autant d'une multitude de membres du parti inscrits d'hier... &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il peut sembler que les Journ&#233;es d'Avril sont revenues : Lenine est de nouveau en opposition avec le Comit&#233; central. Les questions se posent autrement, mais l'esprit g&#233;n&#233;ral de son opposition est le m&#234;me : le Comit&#233; central est trop passif, c&#232;de trop &#224; l'opinion publique des sph&#232;res intellectuelles, est trop conciliant &#224; l'&#233;gard des conciliateurs ; et, surtout, consid&#232;re avec trop d'indiff&#233;rence, en fataliste, non en bolchevik, le probl&#232;me de l'insurrection arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la parole il est temps de venir aux actes : &#034; Notre parti, maintenant, &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, a de fait son Congr&#232;s, et ce Congr&#232;s doit r&#233;soudre (qu'il le veuille ou non) le sort de la r&#233;volution. &#034; On ne peut concevoir qu'une seule solution : l'insurrection arm&#233;e. Dans cette premi&#232;re lettre sur le soul&#232;vement, Lenine fait encore une r&#233;serve : &#034; La question se pose non au sujet du &#034; jour &#034; du soul&#232;vement, mais au sujet du &#034; moment &#034; dans le sens &#233;troit du mot. Cela ne sera d&#233;cid&#233; que par la voix de tous ceux qui sont en contact avec les ouvriers et les soldats, avec les masses. &#034; Mais d&#233;j&#224;, deux ou trois jours apr&#232;s (les lettres de ce temps ne sont d'ordinaire point dat&#233;es : non par oubli, mais pour des raisons conspiratives), Lenine, sous l'&#233;vidente impression de la d&#233;composition de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, insiste sur le passage imm&#233;diat &#224; l'action et formule aussit&#244;t un plan pratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Nous devons &#224; la Conf&#233;rence resserrer tout de suite la fraction des bolcheviks, sans rechercher le nombre... Nous devons r&#233;diger une br&#232;ve d&#233;claration des bolcheviks... Nous devons diriger toute notre fraction vers les usines et les casernes. Nous devons, en m&#234;me temps, sans perdre une minute, organiser l'Etat-major des d&#233;tachements insurg&#233;s, r&#233;partir les forces, faire avancer les r&#233;giments fid&#232;les vers les points les plus importants, cerner l'Alexandrinka [le th&#233;&#226;tre o&#249; si&#233;geait la Conf&#233;rence d&#233;mocratique], occuper la P&#233;tropauline, arr&#234;ter l'Etat-major g&#233;n&#233;ral et le gouvernement, envoyer aux junkers et &#224; la division sauvage des d&#233;tachements capables de p&#233;rir, mais d'emp&#234;cher l'ennemi d'avancer vers les centres de la ville. Nous devons mobiliser les ouvriers arm&#233;s, les appeler &#224; une derni&#232;re bataille acharn&#233;e, occuper imm&#233;diatement les t&#233;l&#233;graphes et les t&#233;l&#233;phones, installer notre Etat-major d'insurrection au Central t&#233;l&#233;phonique, relier avec lui par fil toutes les usines, tous les r&#233;giments, tous les points de lutte arm&#233;e, etc. &#034; La question de la date n'est plus pos&#233;e en d&#233;pendance de &#034; la voix commune de ceux qui ont contact avec les masses &#034;. Lenine propose d'agir imm&#233;diatement : sortir avec un ultimatum du th&#233;&#226;tre Alexandra pour y revenir &#224; la t&#234;te des masses arm&#233;es. Le coup d'assommade doit &#234;tre dirig&#233; non seulement contre le gouvernement, mais aussi, simultan&#233;ment, contre l'organe supr&#234;me des conciliateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; ... Lenine, qui, dans des lettres priv&#233;es, r&#233;clamait l'arrestation de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, - ainsi le d&#233;nonce Soukhanov - proposait dans la presse, comme nous le savons, un &#034; compromis &#034; : que tout le pouvoir soit pris par les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires et, l&#224;, on verra ce que dira le Congr&#232;s des soviets... La m&#234;me id&#233;e &#233;tait obstin&#233;ment pr&#233;conis&#233;e par Trotsky &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique et autour d'elle. &#034; Soukhanov voit un double jeu l&#224; o&#249; il n'y en avait pas l'ombre. Lenine proposait aux conciliateurs un compromis imm&#233;diatement apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur Kornilov, dans les premiers jours de septembre. Haussant les &#233;paules, les conciliateurs le laiss&#232;rent tomber. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique fut transform&#233;e par eux en un camouflage d'une nouvelle coalition des cadets entre les bolcheviks. La possibilit&#233; d'un accord disparaissait par l&#224; m&#234;me d&#233;finitivement. La question du pouvoir ne pouvait &#234;tre d&#233;sormais r&#233;solue que par une lutte ouverte. Soukhanov confond deux phases dont la premi&#232;re en date devan&#231;ait l'autre de quinze jours et la conditionnait au point de vue politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, si l'insurrection proc&#233;dait irr&#233;sistiblement de la nouvelle coalition, Lenine, par la vivacit&#233; de son tournant, prit &#224; l'improviste m&#234;me les sommets de son propre parti. Grouper d'apr&#232;s sa lettre la fraction bolcheviste &#224; la Conf&#233;rence, m&#234;me &#034; sans rechercher le nombre &#034;, &#233;tait &#233;videmment impossible. L'&#233;tat d'esprit de la fraction &#233;tait tel que, par soixante-dix voix contre cinquante, elle repoussa le boycottage du pr&#233;parlement, c'est-&#224;-dire le premier pas vers l'insurrection. Dans le Comit&#233; central m&#234;me, le plan de Lenine ne trouva aucun soutien. Quatre ans plus tard, dans une soir&#233;e consacr&#233;e &#224; des souvenirs, Boukharine, avec les exag&#233;rations et les mots d'esprit qui le caract&#233;risent, raconta d'une fa&#231;on assez juste au fond cet &#233;pisode : &#034; La lettre (de Lenine) &#233;tait &#233;crite avec une extr&#234;me violence et nous mena&#231;ait de toutes sortes de ch&#226;timents (?). Nous en f&#251;mes estomaqu&#233;s. Personne encore n'avait pos&#233; la question si violemment... Tous &#233;taient dans le doute d'abord. Apr&#232;s, s'&#233;tant consult&#233;s, on d&#233;cida. Ce fut peut-&#234;tre le seul cas dans l'histoire de notre parti o&#249; le Comit&#233; central r&#233;solut &#224; l'unanimit&#233; de br&#251;ler la lettre de Lenine... Nous pensions bien que sans aucun doute, &#224; Piter et &#224; Moscou, nous r&#233;ussirions &#224; prendre le pouvoir en main, mais nous estimions qu'en province nous ne pourrions pas encore tenir, qu'ayant pris le pouvoir et ayant expuls&#233; les membres de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, nous ne pourrions plus nous consolider dans le reste de la Russie. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Provoqu&#233;e par certaines consid&#233;rations conspiratives, l'incin&#233;ration de plusieurs copies de la lettre dangereuse fut d&#233;cid&#233;e r&#233;ellement non &#224; l'unanimit&#233;, mais par six voix contre quatre, avec six abstentions. Un exemplaire fut par bonheur conserv&#233; pour l'histoire. Mais ce qui est vrai dans le r&#233;cit de Boukharine, c'est que tous les membres du Comit&#233; central, quoique pour des motifs divers, repouss&#232;rent la proposition : les uns s'opposaient &#224; l'insurrection en g&#233;n&#233;ral, les autres estimaient que le moment o&#249; se tenait la Conf&#233;rence &#233;tait le moins favorable de tous ; la tierce partie h&#233;sitait simplement et restait dans l'expectative.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant rencontr&#233; une r&#233;sistance directe, Lenine entre dans une sorte de conjuration avec Smilga, qui se trouve aussi en Finlande et qui, en qualit&#233; de pr&#233;sident du Comit&#233; r&#233;gional des soviets, a dans les mains pour le moment une autorit&#233; r&#233;elle consid&#233;rable. Smilga se trouvait en 1917 &#224; l'extr&#234;me flanc gauche du parti et, d&#233;j&#224; en juillet, &#233;tait enclin &#224; pousser la lutte jusqu'&#224; son d&#233;nouement : dans les tournants de la politique, Lenine trouvait toujours sur qui s'appuyer. Le 27 septembre, Lenine &#233;crit &#224; Smilga une longue lettre : &#034; ... Que faisons-nous ? Nous adoptons seulement des motions ? Nous perdons du temps, nous fixons &#034; des dates &#034; (le 20 octobre - le Congr&#232;s des soviets, - n'est-il pas ridicule de diff&#233;rer ainsi ? N'est-il pas ridicule de compter l&#224;-dessus ?) Les bolcheviks ne poursuivent pas un travail syst&#233;matique pour pr&#233;parer leurs forces militaires en vue de renverser K&#233;rensky... Il faut faire de l'agitation dans le parti pour que l'on envisage s&#233;rieusement l'insurrection arm&#233;e... Ensuite, au sujet de votre r&#244;le... cr&#233;er un Comit&#233; clandestin, form&#233; des militaires les plus s&#251;rs, examiner avec eux la situation sous tous ses aspects, recueillir (et v&#233;rifier par vous-m&#234;mes) les renseignements les plus pr&#233;cis sur la composition et l'emplacement des troupes sous Piter et dans Piter, sur les transports de troupes finlandaises vers Piter, sur le mouvement de la flotte, etc. &#034; Lenine r&#233;clame &#034; une propagande syst&#233;matique parmi les Cosaques qui se trouvent ici, en Finlande... Il faut compulser toutes les informations sur les cantonnements de Cosaques et organiser l'envoi chez eux de d&#233;tachements d'agitateurs choisis parmi les meilleures forces des matelots et des soldats de Finlande &#034;. Enfin : &#034; Pour pr&#233;parer convenablement les esprits, il faut imm&#233;diatement mettre en circulation ce mot d'ordre : le pouvoir doit imm&#233;diatement passer entre les mains du Soviet de Petrograd qui le transmettra au Congr&#232;s des soviets. Car &#224; quoi bon tol&#233;rer encore trois semaines de guerre et de pr&#233;paratifs korniloviens de K&#233;rensky ? &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons devant nous un nouveau plan d'insurrection : &#034; un comit&#233; clandestin des principaux militaires &#034; &#224; Helsingfors, comme Etat-major de combat ; les troupes russes cantonn&#233;es en Finlande comme forces de combat : &#034; la seule ressource que nous pouvons avoir, semble-t-il, compl&#232;tement en main, et qui joue un r&#244;le militaire s&#233;rieux, ce sont les troupes de Finlande et la flotte de la Baltique. &#034; Lenine compte ainsi porter au gouvernement le coup le plus dur du dehors de Petrograd. En m&#234;me temps est indispensable &#034; une pr&#233;paration convenable des esprits &#034;, pour que le renversement du gouvernement par les forces arm&#233;es de la Finlande ne tombe pas comme de l'impr&#233;vu sur le Soviet de Petrograd : celui-ci, jusqu'au Congr&#232;s des soviets, devra se montrer l'h&#233;ritier du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle esquisse de plan, de m&#234;me que la pr&#233;c&#233;dente, n'eut point d'application. Mais elle ne resta pas inutilis&#233;e. L'agitation dans les divisions cosaques donna bient&#244;t des r&#233;sultats : nous l'avons entendu dire par Dybenko. L'appel fait &#224; la participation des marins de la Baltique pour porter le coup principal au gouvernement entra &#233;galement dans le plan qui fut adopt&#233; plus tard. Mais l'essentiel n'est pas l&#224; : une question devenue grave au dernier degr&#233;, Lenine ne permettait &#224; personne de l'&#233;luder et de louvoyer. Ce qui se trouvait inopportun comme proposition directe de tactique devenait rationnel comme v&#233;rification des &#233;tats d'esprit dans le Comit&#233; central, comme un soutien des r&#233;solus devant les h&#233;sitants, comme une impulsion suppl&#233;mentaire vers la gauche,&lt;br class='autobr' /&gt;
Par tous les moyens dont il pouvait disposer dans l'isolement de sa retraite clandestine, Lenine s'effor&#231;ait de contraindre les cadres du parti &#224; sentir la gravit&#233; de la situation et la force de la pression des masses. Il faisait venir dans son refuge divers bolcheviks, les soumettait &#224; des interrogatoires passionn&#233;s, contr&#244;lait les paroles et les actes des dirigeants, exp&#233;diait par des voies d&#233;tourn&#233;es ses mots d'ordre au parti, en bas, en profondeur, pour placer le Comit&#233; central devant la n&#233;cessit&#233; d'agir et d'aller jusqu'au bout.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour apr&#232;s avoir &#233;crit sa lettre &#224; Smilga, Lenine r&#233;dige d&#233;j&#224; le document cit&#233; plus haut, La Crise est m&#251;re, le terminant par une sorte de d&#233;claration de guerre au Comit&#233; central. &#034; Il faut... reconna&#238;tre la v&#233;rit&#233; : chez nous, dans le Comit&#233; central et dans les sommets du parti, il existe une tendance ou une opinion pr&#233;conisant d'attendre le Congr&#232;s des soviets, s'opposant &#224; la prise imm&#233;diate du pouvoir, &#224; l'insurrection imm&#233;diate. &#034; Cette tendance doit &#234;tre surmont&#233;e co&#251;te que co&#251;te. &#034; Remporter d'abord la victoire sur K&#233;rensky, ensuite convoquer le Congr&#232;s. &#034; Perdre du temps &#224; attendre le Congr&#232;s des soviets, c'est &#034; une compl&#232;te idiotie ou une enti&#232;re trahison... &#034;. Jusqu'au Congr&#232;s, fix&#233; pour le 20, il reste plus de vingt jours : &#034; Les semaines et m&#234;me les jours d&#233;cident maintenant de tout. &#034; Diff&#233;rer le d&#233;nouement, c'est renoncer l&#226;chement &#224; l'insurrection, car, pendant le Congr&#232;s, la prise du pouvoir deviendra impossible : &#034; On am&#232;nera des Cosaques au jour &#034; fix&#233; &#034; d'une fa&#231;on nigaude pour l'insurrection. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le seul ton de la lettre montre d&#233;j&#224; combien semble &#224; Lenine fatale la politique de temporisateurs des dirigeants de Petrograd. Mais il ne se borne pas, cette fois, &#224; une critique acharn&#233;e et, &#224; titre de protestation, il d&#233;missionne du Comit&#233; central. Motifs : le Comit&#233; central n'a pas r&#233;pondu d&#233;s le d&#233;but de la Conf&#233;rence &#224; ses sommation concernant la prise du pouvoir ; la r&#233;daction de l'organe du parti (Staline) imprime ses articles avec des retards intentionnels, en y biffant certaines indications sur &#034; des fautes des bolcheviks aussi criantes que celle tout &#224; fait honteuse de participer au pr&#233;parlement &#034;, etc. Lenine n'estime pas possible de couvrir cette politique devant le parti. &#034; Je suis oblig&#233; de demander &#224; sortir du Comit&#233; central, ce que je fais, et de garder pour moi la libert&#233; d'agitation &#224; la base du parti et au Congr&#232;s du parti. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s les documents, l'on ne voit point comment, dans la suite, cette affaire fut r&#233;gl&#233;e formellement. En tout cas, Lenine ne sortit pas du Comit&#233; central. En donnant sa d&#233;mission qui, chez lui, ne pouvait &#234;tre nullement le r&#233;sultat d'une minute d'irritation, Lenine gardait &#233;videmment par devers lui la possibilit&#233; de se d&#233;gager, en cas de besoin, de la discipline int&#233;rieure du Comit&#233; central : il n'avait pas &#224; douter que, de m&#234;me qu'en avril, un appel direct &#224; la base lui garantirait la victoire. Mais le chemin d'une r&#233;volte ouverte contre le Comit&#233; central supposait la pr&#233;paration d'un Congr&#232;s extraordinaire, et, par suite, exigeait du temps ; or, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le temps qui manquait. Gardant en r&#233;serve sa lettre de d&#233;mission, mais ne sortant pas enti&#232;rement des limites de la l&#233;galit&#233; du parti, Lenine continue avec une libert&#233; d&#233; plus grande &#224; d&#233;velopper l'offensive sur les lignes d'op&#233;rations &#224; l'int&#233;rieur. Non seulement ses lettres au Comit&#233; central sont exp&#233;di&#233;es par lui aux Comit&#233;s de Petrograd et de Moscou, mais il prend des mesures pour que des copies parviennent aux militants les plus s&#251;rs des quartiers. Au d&#233;but d'octobre, passant d&#233;j&#224; par-dessus la t&#234;te du Comit&#233; central, Lenine &#233;crit directement aux Comit&#233;s de Petrograd et de Moscou : &#034; Les bolcheviks n'ont pas le droit d'attendre le Congr&#232;s des soviets, ils doivent prendre le pouvoir tout de suite... Tarder est un crime. Attendre le Congr&#232;s des soviets, c'est un jeu pu&#233;ril pour la formalit&#233;, c'est un jeu inf&#226;me de formalisme, c'est trahir la r&#233;volution. &#034; Du point de vue des rapports hi&#233;rarchiques, les actes de Lenine n'&#233;taient pas tout &#224; fait irr&#233;prochables. Mais il s'agissait de quelque chose de plus grand que des consid&#233;rations de discipline formelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des membres du Comit&#233; du district de Vyborg, Svechnikov, dit dans ses Souvenirs : &#034; Et Illitch dans sa retraite &#233;crivait et &#233;crivait infatigablement, et Nadejda Konstantinovna (Kroupska&#239;a) nous lisait tr&#232;s souvent des manuscrits au Comit&#233;... Les paroles enflamm&#233;es du chef ajoutaient &#224; notre force... Je me rappelle comme si c'&#233;tait d'hier Nadejda Konstantinovna pench&#233;e, dans une des salles de la direction du district o&#249; travaillaient les dactylos, comparant soigneusement la reproduction avec l'original et, tout &#224; c&#244;t&#233; d'elle, &#034; Diadia &#034; et &#034; G&#233;nia &#034; demandant &#224; avoir une copie. &#034; Diadia (l'oncle) et G&#233;nia (Eug&#232;nie), c'&#233;taient, dans la conspiration, les noms de guerre de deux dirigeants. &#034; Il n'y a pas longtemps - raconte un militant du district, Naoumov - nous avons re&#231;u d'Illitch une lettre &#224; transmettre au Comit&#233; central... Nous avons lu la lettre et on a fait &#034; Oh ! &#034; Il se trouve que Lenine pose depuis longtemps devant le Comit&#233; central la question de l'insurrection. Nous avons protest&#233;, nous avons commenc&#233; &#224; faire pression sur le centre. &#034; C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il fallait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les premiers jours d'octobre, Lenine invite la Conf&#233;rence du parti &#224; Petrograd &#224; dire fermement son mot en faveur de l'insurrection. Sur son initiative, la Conf&#233;rence &#034; prie instamment le Comit&#233; central de prendre toutes mesures pour la direction de l'in&#233;vitable soul&#232;vement des ouvriers, des soldats et des paysans &#034;. Dans cette seule phrase, il y a deux camouflages, l'un juridique, l'autre diplomatique : sur la direction d'un &#034; soul&#232;vement in&#233;vitable &#034;, au lieu d'une pr&#233;paration directe de l'insurrection, cela est dit pour ne point donner trop d'atouts au Parquet ; la Conf&#233;rence &#034; prie le Comit&#233; central &#034;, elle n'exige pas et ne proteste point - c'est un &#233;vident tribut au prestige de la plus haute institution du parti. Mais, dans une autre r&#233;solution, &#233;galement, r&#233;dig&#233;e par Lenine, il est dit avec une plus grande franchise : &#034;... Aux sommets du parti, on remarque des fluctuations, comme une crainte de lutter pour la prise du pouvoir, un penchant &#224; substituer &#224; cette lutte des r&#233;solutions, des protestations et des congr&#232;s. &#034; C'est d&#233;j&#224; dresser presque ouvertement le parti contre le Comit&#233; central. Lenine ne se r&#233;solvait pas &#224; la l&#233;g&#232;re &#224; faire de tels pas. Mais il s'agissait du sort de la r&#233;volution et toutes autres consid&#233;rations passaient &#224; l'arri&#232;re-plan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 8 octobre, Lenine s'adresse aux d&#233;l&#233;gu&#233;s bolchevistes du prochain Congr&#232;s r&#233;gional du Nord : &#034; On ne peut attendre le Congr&#232;s panrusse des soviets, que le Comit&#233; ex&#233;cutif central est capable de diff&#233;rer jusqu'&#224; novembre, on ne peut surseoir, tout en permettant &#224; K&#233;rensky d'amener encore des troupes korniloviennes. &#034; Le Congr&#232;s r&#233;gional, o&#249; sont repr&#233;sent&#233;s la Finlande, la flotte et Reval, doit prendre l'initiative &#034; d'un mouvement imm&#233;diat sur Piter &#034;. L'appel direct &#224; une insurrection imm&#233;diate est adress&#233; cette fois-ci aux repr&#233;sentants de dizaines de soviets. L'appel vient de Lenine en personne : il n'y a pas de d&#233;cisions du parti, la plus haute instance du parti ne s'est pas encore prononc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallait avoir une tr&#232;s grande confiance &#224; l'&#233;gard du prol&#233;tariat, du parti, mais une tr&#232;s s&#233;rieuse m&#233;fiance vis-&#224;-vis du Comit&#233; Central pour soulever, ind&#233;pendamment de celui-ci, sous une responsabilit&#233; personnelle, du fond d'une retraite, au moyen de petites feuilles de papier &#224; lettres couvertes d'une fine &#233;criture, l'agitation pour l'insurrection arm&#233;e. Comment donc put-il se faire que Lenine, que nous avons vu isol&#233; aux sommets de son propre parti au d&#233;but d'avril, sembl&#226;t se trouver de nouveau isol&#233; dans le m&#234;me milieu en septembre et au commencement d'octobre ? Cela ne peut &#234;tre compris si l'on ajoute foi &#224; la l&#233;gende stupide qui repr&#233;sente l'histoire du bolchevisme comme l'&#233;manation pure et simple d'une id&#233;e r&#233;volutionnaire. En r&#233;alit&#233;, le bolchevisme s'est d&#233;velopp&#233; dans un milieu social d&#233;termin&#233;, dont il a &#233;prouv&#233; les r&#233;actions diverses, parmi lesquelles l'influence d'un encerclement petit-bourgeois et d'un Etat de culture arri&#233;r&#233;. A chaque nouvelle situation, le parti ne s'adaptait que par une crise int&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour que la lutte aigu&#235;, qui pr&#233;c&#233;da Octobre, dans les sommets du bolchevisme, se pr&#233;sente &#224; nous sous son v&#233;ritable jour, il faut encore jeter un regard en arri&#232;re sur les processus dans le parti dont il a &#233;t&#233; question dans le premier tome du pr&#233;sent ouvrage. Cela est d'autant plus indispensable que, juste en ce moment, la fraction de Staline fait des efforts inou&#239;s, m&#234;me &#224; l'&#233;chelle internationale, pour effacer de l'histoire tout souvenir de ce qui a &#233;t&#233; effectivement pr&#233;par&#233; et accompli par l'insurrection d'Octobre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant les ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent la guerre, les bolcheviks se donnaient le titre, dans la presse l&#233;gale, de &#034; d&#233;mocrates cons&#233;quents &#034;. Ce pseudonyme n'avait pas &#233;t&#233; choisi par hasard. Le bolchevisme, et lui seulement, avait la hardiesse de pousser jusqu'au bout les mots d'ordre de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Mais, dans la prognose de la r&#233;volution, il ne les d&#233;passait pas. Or, la guerre, ayant li&#233; indissolublement la d&#233;mocratie bourgeoise avec l'imp&#233;rialisme, montra d&#233;finitivement que le programme de la &#034; d&#233;mocratie cons&#233;quente &#034; ne pouvait &#234;tre rempli autrement que par une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Celui des bolcheviks qui n'avait pas trouv&#233; cette explication dans la guerre devait &#234;tre pris fatalement &#224; l'improviste par la r&#233;volution et transform&#233; en un compagnon de route &#224; la gauche de la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, une &#233;tude scrupuleuse des documents qui caract&#233;risent la vie du parti pendant la guerre et au commencement de la r&#233;volution, malgr&#233; leurs lacunes extr&#234;mes et non forfuites, et, &#224; partir de 1923, malgr&#233; l'accroissement de l'esprit tendancieux, montre de plus en plus l'&#233;norme glissement id&#233;ologique op&#233;r&#233; par la couche sup&#233;rieure des bolcheviks pendant la guerre, quand la vie r&#233;guli&#232;re du parti avait, en fait, cess&#233;. La cause du glissement est double : rupture avec les masses, rupture avec l'&#233;migration, c'est-&#224;-dire, avant tout, avec Lenine, et comme r&#233;sultat : s'emp&#234;trer dans l'isolement et le provincialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#034; Les Th&#232;ses d'Avril de Lenine - d&#233;clare une publication historique officielle - n'eurent vraiment pas de chance au Comit&#233; de Petrograd. En faveur de ces th&#232;ses qui faisaient &#233;poque, deux voix seulement se prononc&#232;rent, contre treize, avec une abstention. &#034; &#034; Trop hardies semblaient les conclusions de Lenine, m&#234;me &#224; ses disciples les plus enthousiastes &#034; - &#233;crit Podvo&#239;sky. Les d&#233;clarations de Lenine - d'apr&#232;s l'avis du Comit&#233; de Petrograd et de l'Organisation militaire - &#034; plac&#232;rent.., le parti des bolcheviks dans l'isolement et, par l&#224;, bien entendu, aggrav&#232;rent la situation du prol&#233;tariat et du parti au dernier degr&#233;. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline, &#224; la fin de mars, se pronon&#231;ait pour la d&#233;fense nationale, pour le soutien conditionnel du gouvernement provisoire, pour le manifeste pacifiste de Soukhanov, pour une fusion avec le parti de Ts&#233;r&#233;telli. &#034; J'ai partag&#233; cette position erron&#233;e - &#233;crivait lui-m&#234;me, r&#233;trospectivement, Staline, en 1924 - avec d'autres camarades du parti et n'y ai renonc&#233; enti&#232;rement qu'au milieu d'avril, en adh&#233;rant aux th&#232;ses de Lenine. Il fallait une nouvelle orientation. Cette nouvelle orientation a &#233;t&#233; donn&#233;e au parti par Lenine dans ses c&#233;l&#232;bres th&#232;ses d'avril... &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Kalinine, m&#234;me &#224; la fin d'avril, tenait encore pour un bloc &#233;lectoral avec les mencheviks. A la Conf&#233;rence du parti, Lenine disait : &#034; Je m'oppose vivement &#224; Kalinine, car un bloc avec... les chauvins est inconcevable... C'est trahir le socialisme. &#034; L'&#233;tat d'esprit de Kalinine ne faisait pas exception, m&#234;me &#224; Petrograd. A la Conf&#233;rence, l'on disait : &#034; L'ambiance asphyxiante de l'union, sous l'influence de Lenine, commence &#224; se dissiper. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
En province, la r&#233;sistance aux th&#232;ses de Lenine continua beaucoup plus longtemps, dans un certain nombre de r&#233;gions, presque jusqu'&#224; octobre. D'apr&#232;s le r&#233;cit d'un ouvrier de Kiev, Sivtsov, &#034; les id&#233;es expos&#233;es dans les th&#232;ses (de Lenine) ne furent pas tout de suite assimil&#233;es par toute l'organisation bolcheviste de Kiev. Un certain nombre de camarades, dont G. Piatakov, &#233;taient en d&#233;saccord avec les th&#232;ses... &#034; Un cheminot de Kharkov, Morgounov, raconte ceci : &#034; Les vieux bolcheviks jouissaient d'une grande influence parmi toute la masse des cheminots... Nombreux &#233;taient parmi les vieux bolcheviks ceux qui n'appartenaient pas &#224; notre fraction... Apr&#232;s la R&#233;volution de F&#233;vrier, certains, par erreur, adh&#233;r&#232;rent aux mencheviks, apr&#232;s quoi ils en rirent eux-m&#234;mes, se demandant comment la chose avait bien pu se passer. &#034; Les t&#233;moignages de cet ordre et de ce genre ne manquent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; tout cela, une simple mention du r&#233;armement du parti effectu&#233; par Lenine en avril est consid&#233;r&#233;e maintenant par l'historiographie officielle comme un sacril&#232;ge. Au crit&#232;re historique les tout derniers historiens ont substitu&#233; celui du prestige de l'uniforme du parti. Ils n'ont m&#234;me pas le droit de citer &#224; ce sujet Staline qui, encore en 1924, &#233;tait forc&#233; de reconna&#238;tre toute la profondeur du revirement d'avril. &#034; Il fallut les fameuses th&#232;ses d'avril de Lenine pour que le parti p&#251;t d'embl&#233;e s'engager dans une nouvelle route. &#034; &#034; Nouvelle orientation &#034; et &#034; nouvelle route &#034;, c'est l&#224; le r&#233;armement du parti. Mais d&#233;j&#224;, six ans plus tard, Iaroslavsky, ayant rappel&#233;, en qualit&#233; d'historien, que Staline, au d&#233;but de la r&#233;volution, avait pris &#034; une position erron&#233;e dans les questions essentielles &#034;, fut traqu&#233; farouchement de tous c&#244;t&#233;s. L'idole du prestige est, de tous les monstres, le plus d&#233;vorant ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La tradition r&#233;volutionnaire du parti, la pression des ouvriers de la base, la critique de Lenine au sommet, forc&#232;rent la couche sup&#233;rieure du parti, dans le courant d'avril-mai, d'apr&#232;s les propres termes de Staline, &#034; &#224; s'engager dans une nouvelle voie &#034;, Mais il faudrait ignorer totalement la psychologie politique pour admettre qu'un simple vote d'adh&#233;sion aux th&#232;ses de Lenine signifiait une renonciation effective et compl&#232;te &#224; &#034; la position erron&#233;e sur les questions essentielles &#034;. En r&#233;alit&#233;, les points de vue vulgairement d&#233;mocratiques qui s'&#233;taient organiquement renforc&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre, bien qu'ils s'adaptassent &#224; un nouveau programme, restaient en sourde opposition avec lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 6 ao&#251;t, Kamenev, malgr&#233; la r&#233;solution de la Conf&#233;rence d'avril des bolcheviks, se prononce au Comit&#233; ex&#233;cutif pour la participation &#224; la conf&#233;rence des social-patriotes qui se pr&#233;pare &#224; Stockholm. Dans l'organe central du parti, la d&#233;claration de Kamenev ne trouve aucune riposte. Lenine &#233;crit un article foudroyant qui ne para&#238;t, cependant, que dix jours apr&#232;s le discours de Kamenev. Il fallut la pression &#233;nergique de Lenine lui-m&#234;me, et d'autres membres du Comit&#233; central, pour obtenir de la r&#233;daction, &#224; la t&#234;te de laquelle se trouvait Staline, l'impression de la protestation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des mouvements convulsifs d'ind&#233;cision se propag&#232;rent dans le Parti apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet : l'isolement de l'avant-garde prol&#233;tarienne effrayait bien des dirigeants, surtout en province. Pendant les journ&#233;es korniloviennes, ces peureux essayaient de se rapprocher des conciliateurs, ce qui eut pour cons&#233;quence un nouveau cri d'avertissement de Lenine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 30 ao&#251;t, Staline, en qualit&#233; de r&#233;dacteur en chef, imprime sans aucune r&#233;serve un article de Zinoviev, Ce qu'il ne faut pas faire, dirig&#233; contre la pr&#233;paration de l'insurrection- &#034; il faut regarder la v&#233;rit&#233; en face : &#224; Petrograd nous avons devant nous de nombreuses circonstances qui favorisent l'&#233;closion d'un soul&#232;vement du type de la Commune de Paris de 1871... &#034; Le 3 septembre, Lenine, dans une autre suite d'id&#233;es et sans d&#233;signer Zinoviev, mais le frappant par ricochet, &#233;crit : &#034; L'allusion &#224; la Commune est tr&#232;s superficielle et m&#234;me b&#234;te. Car, en premier lieu, les bolcheviks ont tout de m&#234;me appris quelque chose depuis 1871, ils n'auraient pas laiss&#233; une banque hors de leur mainmise, ils n'auraient pas renonc&#233; &#224; une offensive sur Versailles ; et, si les conditions avaient &#233;t&#233; telles, la Commune m&#234;me aurait pu vaincre. En outre, la Commune ne pouvait proposer au peuple du premier coup ce que pourront proposer les bolcheviks s'ils d&#233;tiennent le pouvoir, pr&#233;cis&#233;ment : la terre aux paysans, l'imm&#233;diate proposition de paix. &#034; C'&#233;tait un avertissement anonyme, mais non &#233;quivoque, non seulement &#224; Zinoviev, mais au r&#233;dacteur de la Pravda, Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question du pr&#233;parlement scinda en deux le Comit&#233; central. La d&#233;cision de la fraction de la Conf&#233;rence dans le sens de la participation au pr&#233;parlement fut confirm&#233;e par de nombreux comit&#233;s locaux, sinon par la majorit&#233;. Il en fut ainsi, par exemple, &#224; Kiev. &#034; Sur la question de... l'entr&#233;e au pr&#233;parlement - &#233;crit dans ses Souvenirs E. Boch - la majorit&#233; du Comit&#233; se pronon&#231;a pour la participation et &#233;lut comme son repr&#233;sentant Piatakov. &#034; En de nombreux cas, comme ceux par exemple de Kamenev, de Rykov, de Piatakov et d'autres, on peut discerner une succession d'incertitudes : contre les th&#232;ses de Lenine en avril, contre le boycottage du pr&#233;parlement en septembre, contre le soul&#232;vement en octobre. Par contre, la couche suivante des cadres bolchevistes, plus proche des masses et politiquement plus neuve, adopta facilement le mot d'ordre du boycottage et contraignit &#224; se retourner brusquement les comit&#233;s, dont le Comit&#233; central. Sous l'influence des lettres de Lenine, la Conf&#233;rence de la ville de Kiev, par exemple, se pronon&#231;a par une &#233;crasante majorit&#233; contre son comit&#233;. C'est ainsi que, dans presque tous les durs tournants politiques, Lenine s'appuyait sur les couches inf&#233;rieures de l'appareil contre les plus hautes, ou bien sur la masse du parti contre l'appareil dans son ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les h&#233;sitations qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent Octobre &#233;taient, dans ces conditions, le moins faites pour prendre Lenine &#224; l'improviste. Il se trouva d'avance pr&#233;muni d'une perspicace d&#233;fiance, il veilla aux sympt&#244;mes alarmants, il partit des pires pr&#233;somptions et consid&#233;ra comme opportun de faire pression encore une fois plut&#244;t que de montrer de l'indulgence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le lendemain eut lieu, sur la demande de Lenine, la fameuse s&#233;ance du Comit&#233; central, o&#249; la question de l'insurrection fut pos&#233;e dans toute son acuit&#233;. De l'issue de cette s&#233;ance Lenine faisait d&#233;pendre sa politique int&#233;rieure : par le Comit&#233; central ou bien contre lui. &#034; O nouvelles fac&#233;ties de la joyeuse muse de l'Histoire ! - &#233;crit Soukhanov. Cette s&#233;ance d&#233;cisive des hauts dirigeants eut lieu chez moi, dans mon logement, toujours dans la m&#234;me rue Karpovka (32, logement 31). Mais tout cela se passait &#224; mon insu. &#034; La femme du menchevik Soukhanov &#233;tait bolcheviste. &#034; Cette fois-l&#224;, des mesures particuli&#232;res furent prises pour me faire passer la nuit ailleurs : pour le moins, ma femme se renseigna exactement sur mes intentions et me donna un conseil amical et d&#233;sint&#233;ress&#233;, celui de ne pas me donner trop de fatigue apr&#232;s un long voyage. En tout cas, la haute assembl&#233;e &#233;tait compl&#232;tement garantie contre une incursion de mon c&#244;t&#233;. &#034; La r&#233;union se trouva, chose beaucoup plus importante, garantie contre une incursion de la police de K&#233;rensky.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur vingt et un membres du Comit&#233; central, douze &#233;taient pr&#233;sents. Lenine arriva coiff&#233; d'une perruque, portant lunettes et ras&#233;. La s&#233;ance dura environ dix heures sans interruption, jusqu'&#224; la nuit profonde. Pendant une suspension, l'on but du th&#233; avec du pain et du saucisson pour reprendre des forces. Et l'on avait besoin d'en prendre : il s'agissait de se saisir du pouvoir dans l'ancien Empire des tsars. Comme toujours, la s&#233;ance commen&#231;a par un rapport sur l'organisation de Sverdlov. Cette fois, les informations qu'il donna &#233;taient consacr&#233;es au front et, de toute &#233;vidence, pr&#233;alablement concert&#233;es avec Lenine afin de lui donner un appui pour les d&#233;ductions n&#233;cessaires : cela r&#233;pondait tout &#224; fait aux proc&#233;d&#233;s habituels de Lenine. Les repr&#233;sentants des arm&#233;es du front Nord faisaient savoir, par l'interm&#233;diaire de Sverdlov, que le commandement contre-r&#233;volutionnaire pr&#233;parait &#034; une affaire louche en ramenant les troupes sur l'arri&#232;re &#034;. De Minsk, de l'Etat-major du front Ouest, l'on communiquait que se pr&#233;parait l&#224; une nouvelle aventure kornilovienne. En raison de l'&#233;tat d'esprit r&#233;volutionnaire de la garnison locale, l'Etat-major avait fait cerner la ville par des contingents de Cosaques. &#034; Il se m&#232;ne des pourparlers d'un caract&#232;re douteux entre les Etats-majors et le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Il est tout &#224; fait possible de mettre la main sur l'Etat-major &#224; Minsk : la garnison locale est pr&#234;te &#224; d&#233;sarmer les Cosaques qui l'encerclent. L'on peut &#233;galement exp&#233;dier de Minsk un corps d'arm&#233;e r&#233;volutionnaire sur Petrograd. Au front, on est bien dispos&#233; pour les bolcheviks, on marchera contre K&#233;rensky. Telle est l'entr&#233;e en mati&#232;re : elle n'est pas suffisamment nette dans toutes ses parties, mais elle a un caract&#232;re tout &#224; fait r&#233;confortant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lenine passe tout de suite &#224; l'offensive : &#034; Depuis le d&#233;but de septembre, on observe une sorte d'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de l'insurrection. &#034; On all&#232;gue un refroidissement et une d&#233;sillusion des masses. Ce n'est pas &#233;tonnant : &#034; les masses sont exc&#233;d&#233;es de paroles et de r&#233;solutions &#034;. Il faut prendre la situation dans son ensemble. Les &#233;v&#233;nements, dans les villes, s'accomplissent maintenant sur le fond d'un gigantesque mouvement de paysans. Pour &#233;touffer le soul&#232;vement agraire, le gouvernement aurait besoin de forces colossales. &#034; La situation politique est ainsi toute pr&#234;te. Il faut parler du c&#244;t&#233; technique. Tout se ram&#232;ne &#224; cela. Or, nous, apr&#232;s les partisans de la d&#233;fense nationale, sommes enclins &#224; consid&#233;rer la pr&#233;paration syst&#233;matique de l'insurrection comme une sorte de p&#233;ch&#233; politique. &#034; Le rapporteur mod&#232;re &#233;videmment ses termes : il en a trop sur le c&#339;ur. &#034; Il faut profiter du Congr&#232;s r&#233;gional des Soviets du Nord et de la proposition de Minsk pour engager une action r&#233;solue. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Congr&#232;s du Nord s'ouvrit le jour m&#234;me de la s&#233;ance du Comit&#233; central et devait se terminer dans deux ou trois jours. Lenine consid&#233;rait comme la t&#226;che des tout prochains jours &#034; l'engagement d'une action r&#233;solue &#034;, On ne peut attendre. On ne peut diff&#233;rer. Sur le front &#8211; nous l'avons entendu de Sverdlov - on pr&#233;pare un coup d'Etat. Y aura-t-il un congr&#232;s des soviets ? On n'en sait rien. Il faut prendre le pouvoir imm&#233;diatement, sans attendre aucun congr&#232;s. &#034; Intraduisible, inexprimable - &#233;crivait Trotsky quelques ann&#233;es apr&#232;s - resta l'esprit g&#233;n&#233;ral de ces improvisations opini&#226;tres et passionn&#233;es, p&#233;n&#233;tr&#233;es du d&#233;sir de transmettre aux objecteurs, aux h&#233;sitants, aux incertains, sa pens&#233;e, sa volont&#233;, son assurance, son courage... &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lenine s'attendait &#224; une grande r&#233;sistance. Mais ses appr&#233;hensions se dissip&#232;rent vite. L'unanimit&#233; avec laquelle le Comit&#233; central avait repouss&#233; en septembre la proposition d'un soul&#232;vement imm&#233;diat avait un caract&#232;re &#233;pisodique : l'aile gauche s'&#233;tait prononc&#233;e contre &#034; l'encerclement du th&#233;&#226;tre Alexandra &#034; en tenant compte de la conjoncture ; l'aile droite, pour des motifs de strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale qui, pourtant, n'avaient pas encore &#233;t&#233; m&#233;dit&#233;s &#224; fond jusqu'&#224; ce moment. Durant les trois semaines &#233;coul&#233;es, le Comit&#233; central avait consid&#233;rablement &#233;volu&#233; vers la gauche. Dix voix contre deux se prononc&#232;rent pour l'insurrection. C'&#233;tait une s&#233;rieuse Victoire ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Peu apr&#232;s l'insurrection, &#224; une nouvelle &#233;tape de la lutte &#224; l'int&#233;rieur du parti, Lenine rappela, au cours de d&#233;bats au Comit&#233; de Petrograd, comment, en s&#233;ance du Comit&#233; central, il &#034; avait eu peur de l'opportunisme de la part des internationalistes unificateurs, mais cela s'&#233;tait dissip&#233; ; dans notre parti, certains membres (du Comit&#233; central) n'ont pas &#233;t&#233; d'accord- cela m'a beaucoup chagrin&#233; &#034;. Parmi les &#034; internationalistes &#034;, exception faite de Trotsky, que Lenine ne pouvait gu&#232;re avoir en vue, le &#034;Comit&#233; central se composait de : Ioffe, futur ambassadeur &#224; Berlin ; Ouritsky, futur chef de la Tcheka &#224; Petrograd ; et Sokolnikov, le futur cr&#233;ateur du tchervonetz : tous trois se rang&#232;rent du c&#244;t&#233; de Lenine. Comme adversaires, se pronon&#231;aient deux vieux bolcheviks qui, par leur action pass&#233;e, avaient &#233;t&#233; les plus proches de Lenine : Zinoviev et Kamenev. C'est d'eux qu'il s'agit quand L&#233;nine dit : &#034; Cela m'a extr&#234;mement chagrin&#233;. &#034; La s&#233;ance du 10 consista presque enti&#232;rement en une pol&#233;mique passionn&#233;e avec Zinoviev et Kamenev : Lenine menait l'offensive, les autres venaient &#224; lui successivement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution r&#233;dig&#233;e en h&#226;te par Lenine, avec un petit bout de crayon sur une feuille de papier quadrill&#233; d'&#233;colier, &#233;tait d'une architecture tr&#232;s imparfaite, mais en revanche donnait un solide appui pour le courant dans le sens de l'insurrection. &#034; Le Comit&#233; central reconna&#238;t que, de m&#234;me que la situation internationale de la r&#233;volution russe (le soul&#232;vement de la flotte en Allemagne comme extr&#234;me manifestation de l'accroissement dans toute l'Europe de la r&#233;volution socialiste mondiale, ensuite la menace de paix des imp&#233;rialistes dans le but d'&#233;touffer la r&#233;volution en Russie), ainsi la situation militaire (indiscutable d&#233;cision de la bourgeoisie russe, de K&#233;rensky et cie de livrer Piter aux Allemands) - tout cela en liaison avec le soul&#232;vement paysan et avec le revirement de la confiance populaire vers notre parti (&#233;lections &#224; Moscou), enfin l'&#233;vidente pr&#233;paration d'une deuxi&#232;me aventure kornilovienne (&#233;vacuation des troupes de Piter, exp&#233;dition &#224; Piter de Cosaques, encerclement de Minsk par des Cosaques, etc.) - tout cela met &#224; l'ordre du jour l'insurrection arm&#233;e. Reconnaissant ainsi que l'insurrection arm&#233;e est in&#233;vitable, et qu'elle est compl&#232;tement m&#251;re, le Comit&#233; central invite toutes les organisations du parti &#224; se guider l&#224;-dessus, &#224; discuter et &#224; r&#233;soudre de ce point de vue toutes les questions pratiques (Coup&#233;s des Soviets de la r&#233;gion du Nord, &#233;vacuation des troupes de Piter, mouvements des troupes de Moscou et de Minsk, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est remarquable, tant pour l'appr&#233;ciation du moment que pour la caract&#233;ristique de l'auteur, c'est l'ordre m&#234;me des conditions de l'insurrection : en premier lieu, la r&#233;volution mondiale m&#251;rit ; l'insurrection en Russie n'est consid&#233;r&#233;e que comme un anneau de la cha&#238;ne g&#233;n&#233;rale. C'est l'invariable position de d&#233;part de Lenine, ce sont ses grandes pr&#233;misses : il ne pouvait faire autrement. La t&#226;che de l'insurrection est pos&#233;e directement comme celle du parti : la question difficile d'un accord avec les Soviets sur la pr&#233;paration du soul&#232;vement n'est pas abord&#233;e pour le moment. Pas un mot pour &#233;voquer le Congr&#232;s panrusse des soviets. En qualit&#233; de points d'appui pour l'insurrection, au Congr&#232;s r&#233;gional du Nord et &#034; au mouvement des troupes de Moscou et de Minsk &#034;, sont ajout&#233;s, sur les instances de Trotsky, les mots : &#034; l'&#233;vacuation des troupes de Piter &#034;. C'&#233;tait la seule allusion au plan d'insurrection qui s'imposait dans la capitale par la marche m&#234;me des &#233;v&#233;nements. Personne ne proposa d'amendement du point de vue tactique &#224; la r&#233;solution qui d&#233;terminait le point de d&#233;part strat&#233;gique de l'insurrection contre Zinoviev et Kamenev, lesquels niaient la n&#233;cessit&#233; m&#234;me du soul&#232;vement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tentatives faites plus tard par l'historiographie officieuse pour pr&#233;senter les choses de telle fa&#231;on que tous les dirigeants du parti, sauf Zinoviev et Kamenev, se seraient prononc&#233;s pour l'insurrection, sont d&#233;molies par les faits et les documents. Sans omettre de dire que ceux qui votaient pour l'insurrection &#233;taient fr&#233;quemment dispos&#233;s &#224; la diff&#233;rer jusqu'&#224; une date ind&#233;termin&#233;e, les adversaires avou&#233;s de l'insurrection, Zinoviev et Kamenev, n'&#233;taient pas isol&#233;s, m&#234;me au sein du Comit&#233; central : leur point de vue &#233;tait enti&#232;rement partag&#233; par Rykov et Noguine, absents de la s&#233;ance du 10, et Milioutine leur &#233;tait proche. &#034; Aux sommets du parti, l'on observe des fluctuations, une sorte de peur de la lutte pour le pouvoir &#034; - tel est le t&#233;moignage de Lenine lui-m&#234;me. D'apr&#232;s Antonov-Saratovsky, Milioutine, qui arriva apr&#232;s le 10 &#224; Saratov, &#034; parlait d'une lettre d'Illitch exigeant &#034; qu'on s'y mette &#034;, parlant des tergiversations du Comit&#233; central, de &#034; l'&#233;chec &#034; primitif de la proposition de Lenine, de son indignation, et, enfin, de ceci que tout s'orientait vers l'insurrection &#034;. Le bolchevik Sadovsky &#233;crivit plus tard au sujet &#034; d'un certain manque d'assurance et de d&#233;termination qui r&#233;gnait en ce temps-l&#224;. M&#234;me au sein de notre Comit&#233; central, en cette p&#233;riode, il y avait, comme on sait, des frictions, des conflits, on se demandait comment commencer et s'il fallait commencer &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sadovsky lui-m&#234;me &#233;tait, en cette p&#233;riode, un des dirigeants de la Section militaire du Soviet et de l'Organisation militaire des bolcheviks. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, les membres de l'Organisation militaire, comme on le voit par un certain nombre de M&#233;moires, consid&#233;raient avec une extr&#234;me pr&#233;vention en octobre l'id&#233;e d'une insurrection : le caract&#232;re sp&#233;cifique de l'Organisation inclinait les dirigeants &#224; sous-estimer les conditions politiques et &#224; surestimer les conditions techniques. Le 16 octobre, Krylenko disait dans un rapport : &#034; La majorit&#233; du Bureau (de l'Organisation militaire) estime qu'il ne faut pas pousser pratiquement la question trop &#224; fond, mais la minorit&#233; pense que l'on peut prendre sur soi l'initiative. &#034; Le 18, un autre membre &#233;minent de l'Organisation militaire, Lachevitch, disait : &#034; Ne faut-il pas prendre le pouvoir tout de suite ? J'estime qu'il ne faut pas forcer les &#233;v&#233;nements... Rien ne garantit que nous puissions garder le pouvoir... Le plan strat&#233;gique propos&#233; par Lenine cloche des quatre pieds. &#034; Antonov-Ovs&#233;enko raconte l'entrevue des principaux militants de l'Organisation militaire avec Lenine : &#034; Podvo&#239;sky exprimait des doutes, Nevsky tant&#244;t le soutenait, tant&#244;t c&#233;dait au ton assur&#233; d'Illitch : j'exposais la situation en Finlande... L'assurance et la fermet&#233; d'Illitch ont une action fortifiante sur moi et encouragent Nevsky, mais Podvo&#239;sky s'obstine dans ses doutes. &#034; Il ne faut point perdre de vue que, dans tous les Souvenirs de cette sorte, les doutes sont dessin&#233;s en couleurs d'aquarelle, les assurances avec de fortes touches de couleurs &#224; l'huile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre l'insurrection se pronon&#231;a r&#233;solument Tchoudnovsky. Sceptique, Manouilsky r&#233;p&#233;tait, en mani&#232;re d'avertissement, que &#034; le front n'&#233;tait pas avec nous &#034;. Contre le soul&#232;vement s'&#233;levait Tornsky. Volodarsky soutenait Zinoviev et Kamenev. Les adversaires de l'insurrection &#233;taient loin de se prononcer tous ouvertement. En s&#233;ance du Comit&#233; de Petrograd, le 15, Kalinine disait : &#034; La r&#233;solution du Comit&#233; central est une des meilleures qu'il ait jamais adopt&#233;es... Nous sommes pratiquement arriv&#233;s &#224; l'insurrection arm&#233;e. Mais, quand cela sera-t-il possible ? Peut-&#234;tre dans un an - l'on n'en sait rien. &#034; Un &#034; accord &#034; de ce genre avec le Comit&#233; central des plus caract&#233;ristiques pour Kalinine, n'&#233;tait pourtant point particulier &#224; lui seul. Nombreux furent ceux qui adh&#233;r&#232;rent &#224; la r&#233;solution pour prendre ainsi des assurances dans leur lutte contre le soul&#232;vement.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Moscou, c'est dans les cercles dirigeants qu'il y eut le moins d'unanimit&#233;. Le Bureau r&#233;gional soutenait Lenine. Au Comit&#233; de Moscou, les fluctuations &#233;taient tr&#232;s consid&#233;rables, l'opinion pr&#233;dominante &#233;tait de diff&#233;rer. Le Comit&#233; provincial prenait une attitude ind&#233;termin&#233;e, et, en outre, au Bureau r&#233;gional, d'apr&#232;s les termes de Iakovleva, l'on estimait qu'au moment d&#233;cisif le Comit&#233; Provincial pencherait du c&#244;t&#233; des adversaires du soul&#232;vement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La victoire m&#234;me de l'insurrection &#224; Petrograd fut encore loin de briser partout l'inertie de l'expectative et la r&#233;sistance directe de l'aile droite. Le flottement de la direction faillit amener par la suite l'effondrement de l'insurrection &#224; Moscou. A Kiev, le Comit&#233; dirig&#233; par Piatakov, qui menait une politique purement d&#233;fensive, transmit, en fin de compte, l'initiative et, ensuite, le pouvoir m&#234;me &#224; la Rada. &#034; L'organisation de notre parti &#224; Voron&#232;je - raconte Vratchev - h&#233;sitait extr&#234;mement. Le coup d'Etat, m&#234;me &#224; Voron&#232;je... fut accompli non par le Comit&#233; du parti, mais par son active minorit&#233; &#224; la t&#234;te de laquelle &#233;tait Mo&#239;sseev. &#034; Dans bon nombre de chefs-lieux de province, les bolcheviks firent bloc en octobre avec les conciliateurs &#034; pour combattre la contre-r&#233;volution &#034;, comme si les conciliateur n'&#233;taient pas &#224; ce moment un des plus importants soutiens de celle-ci. Presque partout, il fallait tr&#232;s souvent une impulsion simultan&#233;e et d'en haut et d'en bas pour briser les derni&#232;res h&#233;sitations du Comit&#233; local, l'obliger &#224; rompre avec les conciliateurs et &#224; prendre la t&#232;te du mouvement. &#034; La fin d'octobre et le commencement de novembre furent v&#233;ritablement des journ&#233;es &#034; de trouble profond &#034; dans les milieux de notre parti. Nombreux &#233;taient ceux qui se laissaient rapidement gagner par l'ambiance &#034; - rappelle Chliapnikov, qui paya lui-m&#234;me un large tribut aux h&#233;sitations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces &#233;l&#233;ments qui, comme par exemple les bolcheviks de Kharkov, se trouv&#232;rent au d&#233;but de la r&#233;volution dans le camp des mencheviks, et, ensuite, se demandaient avec stup&#233;faction &#034; comment cela avait bien pu se faire &#034;, ne trouv&#232;rent pas, pendant les Journ&#233;es d'Octobre, o&#249; se mettre en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, h&#233;sit&#232;rent, temporis&#232;rent. Avec d'autant plus d'assurance, ils firent &#233;tat de leurs droits de &#034; vieux bolcheviks &#034; dans la p&#233;riode de la r&#233;action id&#233;ologique. Si consid&#233;rable qu'ait &#233;t&#233;, en ces derni&#232;res ann&#233;es, le travail destin&#233; &#224; dissimuler de tels faits, ind&#233;pendamment m&#234;me des archives secr&#232;tes, inaccessibles pour l'instant &#224; l'&#233;rudit, il subsiste, dans les journaux de ce temps-l&#224;, dans les M&#233;moires, dans les revues historiques, un bon nombre de t&#233;moignages prouvant que l'appareil m&#234;me du parti le plus r&#233;volutionnaire opposa, la veille de l'insurrection, une grande force de r&#233;sistance. Dans la bureaucratie s'installe, in&#233;vitablement, l'esprit conservateur. L'appareil ne peut remplir sa fonction r&#233;volutionnaire qu'autant qu'il demeure un instrument au service du parti, c'est-&#224;-dire subordonn&#233; &#224; une id&#233;e et contr&#244;l&#233; par la masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution du 10 octobre prit une importance consid&#233;rable. Elle assura du coup aux v&#233;ritables partisans de l'insurrection le terrain solide du droit dans le parti. Dans toutes les organisations du parti, dans toutes les cellules, commenc&#232;rent &#224; prendre la premi&#232;re place les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;solus. Les organisations du parti, &#224; commencer par celles de Petrograd, se ramass&#232;rent, calcul&#232;rent leurs forces et leurs ressources, raffermirent leurs liaisons et donn&#232;rent &#224; la campagne pour l'insurrection un caract&#232;re plus concentr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la r&#233;solution ne mit pas fin aux dissentiments dans le Comit&#233; central. Au contraire, elle leur donna forme et les ext&#233;riorisa. Zinoviev et Kamenev qui r&#233;cemment, se sentaient, dans une certaine partie des sph&#232;res dirigeantes, entour&#233;s d'une atmosph&#232;re de sympathie, observ&#232;rent avec effroi combien rapide &#233;tait le mouvement vers la gauche. Ils r&#233;solurent de ne plus perdre de temps et diffus&#232;rent le lendemain m&#234;me un long appel aux membres du parti. &#034; Devant l'Histoire, devant le prol&#233;tariat international, devant la r&#233;volution russe et la classes ouvri&#232;re de Russie -&#233;crivaient-ils - nous n'avons pas le droit maintenant de jouer tout l'avenir sur la carte de l'insurrection arm&#233;e. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Leur perspective &#233;tait d'entrer, en qualit&#233; de forte opposition du parti, dans l'Assembl&#233;e constituante, laquelle &#034; ne pourrait s'appuyer que sur les Soviets dans son travail r&#233;volutionnaire &#034;, De l&#224; la formule : &#034; L'Assembl&#233;e constituante et les Soviets, voil&#224; le type combin&#233; des institutions &#233;tatiques vers lequel nous marchons. &#034; L'Assembl&#233;e constituante o&#249; l'on supposait que les bolcheviks seraient en minorit&#233;, et les Soviets o&#249; les bolcheviks &#233;taient en majorit&#233;, c'est-&#224;-dire l'organe de la bourgeoisie et l'organe du prol&#233;tariat, doivent &#234;tre &#034; combin&#233;s &#034; dans le syst&#232;me pacifique de la dualit&#233; de pouvoirs. Cela n'avait pas r&#233;ussi m&#234;me sous la domination des conciliateurs. Comment donc cela aurait-il pu r&#233;ussir avec des soviets bolchevis&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Ce serait une profonde erreur historique, disaient pour terminer Zinoviev et Kamenev, si l'on posait la question du passage du pouvoir au parti prol&#233;tarien de cette fa&#231;on : ou bien tout de suite, ou jamais. Non. Le parti du prol&#233;tariat grandira, son programme s'&#233;claircira pour des masses de plus en plus &#233;tendues. &#034; L'espoir d'une incessante croissance du bolchevisme, ind&#233;pendamment de la marche r&#233;elle des conflits de classe, contredisait irr&#233;ductiblement le leitmotiv de Lenine &#224; cette &#233;poque : &#034; Le succ&#232;s de la r&#233;volution russe et mondiale d&#233;pend de deux ou trois jours de lutte. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est gu&#232;re n&#233;cessaire d'ajouter que, dans ce dialogue dramatique, c'&#233;tait Lenine qui avait enti&#232;rement raison. Il est impossible de disposer &#224; son gr&#233; d'une situation r&#233;volutionnaire. Si les bolcheviks n'avaient pas pris le pouvoir en octobre-novembre, ils ne l'auraient vraisemblablement jamais pris. Au lieu d'une ferme direction, les masses auraient trouv&#233; chez les bolcheviks toujours les m&#234;mes divergences fastidieuses entre la parole et l'action et se seraient dissoci&#233;es du parti qui aurait tromp&#233; leurs esp&#233;rances pendant deux ou trois mois, de m&#234;me qu'elles s'&#233;taient d&#233;tach&#233;es des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Une partie des travailleurs serait tomb&#233;e dans l'indiff&#233;rence, une autre aurait consum&#233; ses forces dans des mouvements convulsifs, dans des explosions anarchiques, dans des escarmouches de partisans, dans la terreur de la vengeance et du d&#233;sespoir. Reprenant ainsi son souffle, la bourgeoisie en aurait profit&#233; pour conclure une paix s&#233;par&#233;e avec le Hohenzollern et pour &#233;craser les organisations r&#233;volutionnaires. La Russie e&#251;t &#233;t&#233; de nouveau ins&#233;r&#233;e dans le cercle des Etats capitalistes, &#224; titre de pays &#224; demi imp&#233;rialiste, &#224; demi colonial. L'insurrection prol&#233;tarienne e&#251;t &#233;t&#233; report&#233;e dans un lointain ind&#233;termin&#233;. La vive compr&#233;hension de cette perspective inspirait &#224; Lenine son cri d'alarme : &#034; Le succ&#232;s de la r&#233;volution russe et mondiale d&#233;pend de deux ou trois jours de lutte. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais maintenant, apr&#232;s le 10, la situation dans le parti s'&#233;tait radicalement modifi&#233;e. Lenine n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus un &#034; oppositionnel &#034; isol&#233; dont les propositions &#233;taient repouss&#233;es par le Comit&#233; central. Ce fut l'aile droite qui se trouva isol&#233;e. Lenine n'avait plus besoin d'acqu&#233;rir sa libert&#233; d'agitation au prix de sa d&#233;mission. La l&#233;galit&#233; &#233;tait de son c&#244;t&#233;. Par contre, Zinoviev et Kamenev, ayant mis en circulation leur document dirig&#233; contre la r&#233;solution adopt&#233;e par la majorit&#233; du Comit&#233; central, se trouv&#232;rent avoir viol&#233; la discipline. Or, Lenine, dans la lutte, ne laissait pas impunie m&#234;me la moindre b&#233;vue de l'adversaire !&lt;br class='autobr' /&gt;
A la s&#233;ance du 10, l'on &#233;lut, sur la proposition de Dzerjinski, un bureau politique de sept personnes : Lenine, Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Staline, Sokolnikov, Boubnov. La nouvelle institution s'av&#233;ra cependant tout &#224; fait non viable : Lenine et Zinoviev se cachaient encore ; en outre, Zinoviev continuait &#224; mener la lutte contre l'insurrection, de m&#234;me que Kamenev. Le Bureau politique constitu&#233; en octobre ne se r&#233;unit pas une seule fois et on l'oublia bient&#244;t tout simplement, ainsi que d'autres organisations qui avaient &#233;t&#233; form&#233;es ad hoc dans le remous des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun plan pratique d'insurrection, m&#234;me approximatif, ne fut esquiss&#233; &#224; la s&#233;ance du 10. Mais, sans le mentionner dans la r&#233;solution, il fut convenu que l'insurrection devait pr&#233;c&#233;der le Congr&#232;s des soviets et commencer si possible le 15 octobre au plus tard. Cette date n'&#233;tait pas accept&#233;e volontiers de tous : elle &#233;tait trop rapproch&#233;e, &#233;videmment, pour permettre de prendre de l'&#233;lan dans Petrograd. Mais insister sur un d&#233;lai, c'e&#251;t &#233;t&#233; soutenir les droites et brouiller les cartes. Au surplus, il n'est jamais trop tard pour diff&#233;rer ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; A la Conf&#233;rence du 16, Zinoviev, insistant pour faire rapporter la r&#233;solution prise six jours auparavant, d&#233;clarait : &#034; Nous devons nous dire nettement que, dans les cinq journ&#233;es qui vont suivre, nous n'organisons pas de soul&#232;vement &#034; ; il s'agissait des cinq journ&#233;es qui restaient encore jusqu'au Congr&#232;s des soviets. Kamenev qui, &#224; la m&#234;me Conf&#233;rence, d&#233;montrait que &#034; fixer la date de l'insurrection, c'&#233;tait courir &#224; l'aventure &#034;, rappelait encore : &#034; Nagu&#232;re, on disait que l'insurrection doit avoir lieu avant le 20. &#034; Personne ne lui objecta rien l&#224;-dessus et ne pouvait r&#233;pliquer. C'est l'ajournement de l'insurrection que Kamenev interpr&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment comme la ruine de la r&#233;solution de Lenine. Pour l'insurrection, d'apr&#232;s ses propres termes, &#034; en cette derni&#232;re semaine, l'on avait rien fait &#034;, Il y a l&#224; une &#233;vidente exag&#233;ration : la date fix&#233;e, tous se virent oblig&#233;s de mettre dans leurs plans plus de rigueur et d'acc&#233;l&#233;rer le rythme du travail. Mais il est hors de doute que le d&#233;lai de cinq jours fix&#233; &#224; la s&#233;ance du 10 se trouva trop court. Un d&#233;lai s'impos&#226;t d'&#233;vidence. C'est seulement le 17 que le Comit&#233; ex&#233;cutif central reporta l'ouverture du Congr&#232;s des soviets au 25 octobre. Cet ajournement tomba tout &#224; fait &#224; propos. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alarm&#233; par les atermoiements, Lenine, &#224; qui, dans son isolement les frictions int&#233;rieures devaient in&#233;vitablement appara&#238;tre sous des aspects exag&#233;r&#233;s, insista pour la convocation d'une nouvelle assembl&#233; du Comit&#233; central avec les repr&#233;sentants des principales motions de militants dans la capitale. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette conf&#233;rence, le 16, dans la banlieue de la ville, &#224; Lessny, que Zinoviev et Kamenev formul&#232;rent les motifs cit&#233;s ci-dessus pour contremander la date pr&#233;c&#233;demment fix&#233;e, en s'opposant &#224; la fixation d'une nouvelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dissensions recommenc&#232;rent, deux fois plus vives. Milioutine estimait que &#034; nous n'&#233;tions pas pr&#234;ts pour porter le premier coup... Une autre perspective surgit : un conflit arm&#233;... Il grossit, la possibilit&#233; se rapproche. Et nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; cette collision. Mais cette perspective est diff&#233;rente d'une insurrection &#034;, Milioutine se pla&#231;ait sur une position d&#233;fensive que pr&#233;conisaient plus nettement Zinoviev et Kamenev. Schotmann, vieil ouvrier de Petrograd, ayant pass&#233; par toute l'histoire du parti, affirmait qu'&#224; la conf&#233;rence de la ville et au Comit&#233; de Petrograd, et dans l'Organisation militaire, l'&#233;tat d'esprit &#233;tait bien moins combatif que dans le Comit&#233; central. &#034; Nous ne pouvons pas marcher encore, mais nous devons nous pr&#233;parer. &#034; Lenine attaquait Milioutine et Schotmann pour leur appr&#233;ciation pessimiste du rapport des forces : &#034; Il ne s'agit pas d'une lutte contre l'arm&#233;e, mais d'une lutte d'une partie de l'arm&#233;e contre l'autre... Les faits prouvent que nous avons la pr&#233;pond&#233;rance sur l'ennemi. Pourquoi le Comit&#233; central ne peut-il commencer ? &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky &#233;tait absent de la s&#233;ance : &#224; ces heures m&#234;mes, il faisait adopter par le Soviet le statut du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, Mais le point de vue qui s'&#233;tait d&#233;finitivement &#233;tabli &#224; Smolny pendant les derniers jours &#233;tait d&#233;fendu par Krylenko, qui venait de mener, coude &#224; coude avec Trotsky et Antonov-Ovs&#233;enko, le Congr&#232;s r&#233;gional des soviets du Nord. Krylenko pensait que, sans aucun doute, &#034; l'eau avait suffisamment bouilli &#034; ; rapporter la r&#233;solution sur le soul&#232;vement &#034; serait la plus grave erreur &#034;. Il est toutefois en d&#233;saccord avec Lenine &#034; sur la question de savoir qui commencera et comment commencer &#034;. Il n'est pas encore rationnel pour l'instant de fixer nettement le jour de l'insurrection. &#034; Mais la question de l'&#233;vacuation des troupes est justement le motif qui provoquera la bataille... Le fait d'une offensive contre nous existe ainsi et l'on peut l'utiliser... Il n'est pas utile de s'inqui&#233;ter de savoir qui commencera, car c'est d&#233;j&#224; commenc&#233;. &#034; Krylenko exposait et pr&#233;conisait la politique qui servait de base au Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et &#224; la Conf&#233;rence de la garnison. L'insurrection se d&#233;veloppa ensuite pr&#233;cis&#233;ment dans cette voie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lenine ne r&#233;pondit rien aux paroles de Krylenko : le vivant tableau des six derni&#232;res journ&#233;es &#224; Petrograd ne s'&#233;tait pas d&#233;roul&#233; sous ses yeux. Lenine craignait les atermoiements. Son attention &#233;tait dirig&#233;e sur les adversaires directs de l'insurrection. Toutes r&#233;serves, toutes formules conventionnelles, toutes r&#233;ponses insuffisamment cat&#233;goriques, il &#233;tait enclin &#224; les interpr&#233;ter comme un appui indirect &#224; Zinoviev et &#224; Kamenev, qui se pronon&#231;aient contre lui avec l'intr&#233;pidit&#233; d'hommes ayant br&#251;l&#233; leurs vaisseaux. &#034; Les r&#233;sultats de la semaine - argumentait Kamenev - d&#233;montrent qu'il n'y a pas en ce moment de donn&#233;es favorables &#224; l'insurrection. Nous n'avons point d'appareil pour le soul&#232;vement ; chez nos ennemis, l'appareil est beaucoup plus fort et, probablement, s'est encore accru pendant cette semaine... Ici se combattent deux tactiques : celle de la conspiration et celle de la confiance donn&#233;e aux forces actives de la r&#233;volution russe. &#034; Les opportunistes donnent toujours leur confiance aux &#034; forces actives &#034; au moment o&#249; il faut se battre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lenine r&#233;pliquait : &#034; Si l'on estime que l'insurrection est m&#251;re, inutile de parler de conspiration. Si, politiquement, l'insurrection est in&#233;vitable, il faut consid&#233;rer l'insurrection comme un art. &#034; C'est pr&#233;cis&#233;ment sur cette ligne que se d&#233;veloppait dans le parti le d&#233;bat essentiel, effectivement de principe, dont la solution, en tel ou tel sens, d&#233;terminait les destin&#233;es de la r&#233;volution. Cependant, dans le cadre g&#233;n&#233;ral du raisonnement de Lenine qui ralliait la majorit&#233; du Comit&#233; central, surgissaient des questions subsidiaires, mais extr&#234;mement importantes : comment, sur la base d'une situation politique arriv&#233;e &#224; maturit&#233;, en venir &#224; l'insurrection ? Quelle passerelle choisir de la politique &#224; la technique du soul&#232;vement ? Et comment guider les masses sur cette passerelle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ioffe, qui appartenait &#224; l'aile gauche, soutenait la r&#233;solution du 10. Mais il faisait une objection &#224; Lenine, sur un point : &#034; Il n'est pas exact qu'&#224; pr&#233;sent la question soit purement technique ; m&#234;me maintenant, la question du soul&#232;vement doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e du point de vue politique. &#034; Justement, la derni&#232;re semaine avait montr&#233; que, pour le parti, pour le Soviet, pour les masses, l'insurrection n'&#233;tait pas encore devenue une simple question de technique. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cela que l'on ne put retenir la date que l'on avait fix&#233;e le 10.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle r&#233;solution de Lenine, appelant &#034; toutes les organisations et tous les ouvriers et soldats &#224; une pr&#233;paration multilat&#233;rale et renforc&#233;e de l'insurrection arm&#233;e &#034; est adopt&#233;e par vingt voix contre deux, celles de Zinoviev et de Kamenev, avec trois abstentions. Les historiens officiels all&#232;guent ces chiffres pour prouver la compl&#232;te insignifiance de l'opposition. Mais ils simplifient la question. La pouss&#233;e vers la gauche dans les profondes masses du parti &#233;tait d&#233;j&#224; si prononc&#233;e que les adversaires de l'insurrection, ne se d&#233;cidant pas &#224; parler ouvertement, se sentaient int&#233;ress&#233;s &#224; effacer la ligne de division de principes entre les deux camps. Si l'insurrection, malgr&#233; la date auparavant fix&#233;e, ne s'est pas r&#233;alis&#233;e avant le 16, ne peut-on obtenir que, dans la suite, l'on se borne &#224; suivre platoniquement &#034; le cours vers le soul&#232;vement &#034; ? Que Kalinine ne f&#251;t pas si isol&#233;, cela se manifesta .tr&#232;s clairement &#224; la m&#234;me s&#233;ance. La r&#233;solution de Zinoviev : &#034; Les manifestations avant d'avoir conf&#233;r&#233; avec la fraction bolcheviste du Congr&#232;s des soviets sont inadmissibles &#034;, est repouss&#233;e par quinze voix contre six avec trois abstentions. Voil&#224; o&#249; se produisit l'effective v&#233;rification des &#233;tats d'opinion ; un certain nombre de &#034; partisans &#034; de la r&#233;solution du Comit&#233; central voulaient en r&#233;alit&#233; diff&#233;rer la d&#233;cision jusqu'au Congr&#232;s des soviets et jusqu'&#224; une nouvelle conf&#233;rence avec les bolcheviks de province, pour la plupart plus mod&#233;r&#233;s. Ces derniers, en tenant compte des abstentions, se trouv&#232;rent au nombre de neuf sur vingt-quatre, c'est-&#224;-dire plus du tiers. C'est encore, bien entendu, une minorit&#233;, mais, pour l'&#233;tat-major, elle est assez consid&#233;rable. L'irr&#233;m&#233;diable faiblesse de cet &#233;tat-major &#233;tait d&#233;termin&#233;e par ceci qu'il n'avait aucun appui &#224; la base du parti et dans la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, Kamenev, d'accord avec Zinoviev, remit au journal de Gorki une d&#233;claration portant contre la r&#233;solution qui avait &#233;t&#233; adopt&#233;e la veille. &#034; Non seulement moi et Zinoviev, mais un certain nombre de camarades-praticiens - ainsi s'exprimait Kamenev - trouvons que prendre sur nous l'initiative d'une insurrection arm&#233;e au moment pr&#233;sent, &#233;tant donn&#233; les rapports des forces sociales, ind&#233;pendamment et quelques jours avant le Congr&#232;s des soviets, ce serait une d&#233;marche inadmissible, p&#233;rilleuse pour le prol&#233;tariat et la r&#233;volution... Jouer tout... sur la carte du soul&#232;vement en ces prochaines journ&#233;es, ce serait un acte de d&#233;sespoir. Or, notre parti est trop fort, il a devant lui un trop grand avenir pour faire de tels pas... &#034; Les opportunistes se sentent toujours &#034; trop forts &#034; pour s'engager dans la lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lettre de Kamenev &#233;tait une vraie d&#233;claration de guerre au Comit&#233; central, et sur une question &#224; propos de laquelle personne n'avait l'intention de badiner. La situation prit du coup une extr&#234;me acuit&#233;. Elle se compliqua de plusieurs autres &#233;pisodes individuels qui avaient une source politique commune. A la s&#233;ance du Soviet de Petrograd, le 18, Trotsky, en r&#233;ponse &#224; la question pos&#233;e par les adversaires, d&#233;clara que le Soviet ne fixait point le soul&#232;vement aux plus prochains jours, mais que, s'il se trouvait oblig&#233; de le fixer, les ouvriers et les soldats marcheraient tous comme un seul homme. Kamenev, voisin de Trotsky au bureau, se leva imm&#233;diatement pour faire une courte d&#233;claration : il souscrit &#224; chaque parole de Trotsky. C'&#233;tait un jeu perfide : alors que Trotsky, par une formule de d&#233;fensive en apparence, camouflait juridiquement la politique de l'offensive, Kamenev tenta d'utiliser la formule de Trotsky, avec qui il &#233;tait en radical d&#233;saccord, pour camoufler une politique directement oppos&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour paralyser l'effet de la man&#339;uvre de Kamenev, Trotsky, le m&#234;me jour, disait dans un rapport &#224; la Conf&#233;rence panrusse des Comit&#233;s de fabrique et d'usine : &#034; La guerre civile est in&#233;vitable. Il faut seulement l'organiser de la mani&#232;re la moins sanglante, la moins douloureuse. On peut y parvenir non par des tergiversations et des h&#233;sitations, mais seulement par une lutte obstin&#233;e et courageuse pour la conqu&#234;te du pouvoir. &#034; Au sujet des tergiversations, il &#233;tait clair pour tous que cela visait Zinoviev, Kamenev et ceux qui partageaient leur opinion.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;claration de Kamenev au Soviet est, en outre, soumise par Trotsky &#224; l'examen de la plus prochaine s&#233;ance du Comit&#233; central. Dans l'intervalle, Kamenev, d&#233;sirant avoir les mains libres pour l'agitation contre le soul&#232;vement, d&#233;missionnait du Comit&#233; central. La question fut discut&#233;e en son absence. Trotsky insistait &#224; dire que &#034; la situation qui s'&#233;tait faite &#233;tait absolument intol&#233;rable &#034; et proposait d'accepter la d&#233;mission de Kamenev.[1]&lt;br class='autobr' /&gt;
Sverdlov, ayant soutenu la proposition de Trotsky, lut publiquement une lettre de Lenine qui stigmatisait Zinoviev et Kamenev pour s'&#234;tre prononc&#233;s dans le journal de Gorki en &#034; Streikbrecher &#034; (briseurs de gr&#232;ve) et qui exigeait leur exclusion du parti. &#034; La supercherie de Kamenev &#224; la s&#233;ance du Soviet de Petrograd &#233;crivait Lenine - a quelque chose de bien vil ; voyez-vous &#231;a, il est tout &#224; fait d'accord avec Trotsky. Mais est-il difficile de comprendre que Trotsky ne pouvait pas en dire devant les ennemis plus qu'il n'en a dit, qu'il n'en avait pas le droit, qu'il ne le devait pas ? Est-il donc difficile de comprendre que... la r&#233;solution sur la n&#233;cessit&#233; d'une insurrection arm&#233;e, sur son enti&#232;re maturation, sur sa pr&#233;paration de tous c&#244;t&#233;s, etc. oblige, dans les d&#233;clarations publiques, &#224; rejeter non seulement la faute, mais m&#234;me l'initiative sur l'adversaire... le subterfuge de Kamenev est simplement de la filouterie. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
En exp&#233;diant sa protestation indign&#233;e par l'interm&#233;diaire de Sverdlov, Lenine ne pouvait pas encore savoir que Zinoviev, par une lettre &#224; la r&#233;daction de l'organe central, avait d&#233;clar&#233; : lui, Zinoviev, avait des opinions &#034; tr&#232;s &#233;loign&#233;es de celles que discutait Lenine &#034;, lui, Zinoviev, &#034; se ralliait &#224; la d&#233;claration faite hier par Trotsky au Soviet de Petrograd &#034;. C'est dans le m&#234;me esprit que se pronon&#231;a dans la presse un troisi&#232;me adversaire de l'insurrection, Lounatcharsky. En surcro&#238;t &#224; un confusionnisme perfide, la lettre de Zinoviev, imprim&#233;e dans l'organe central juste &#224; la veille de la s&#233;ance du Comit&#233; central, le 20, se trouva accompagn&#233;e d'une note exprimant la sympathie de la r&#233;daction : &#034; A notre tour, nous exprimons l'espoir que, gr&#226;ce &#224; la d&#233;claration faite par Zinoviev (comme celle faite par Kamenev au Soviet), la question peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme liquid&#233;e. La violence de ton dans l'article de Lenine ne change rien &#224; ceci que dans l'essentiel, nous restons de la m&#234;me opinion. &#034; C'&#233;tait un nouveau coup de poignard dans le dos, et d'un c&#244;t&#233; d'o&#249; on ne l'attendait pas. Alors que Zinoviev et Kamenev faisaient, dans la presse ennemie, une agitation ouverte contre la d&#233;cision du Comit&#233; central sur l'insurrection, l'organe central bl&#226;me &#034; la violence &#034; du ton de Lenine et constate son unit&#233; de vues avec Zinoviev et Kamenev &#034; dans l'essentiel &#034;. Comme s'il y avait eu, &#224; ce moment-l&#224;, une question plus essentielle que celle de l'insurrection ! D'apr&#232;s un bref proc&#232;s-verbal, Trotsky d&#233;clara, en s&#233;ance du Comit&#233; central, &#034; inadmissibles les lettres de Zinoviev et de Lounatcharsky &#224; l'organe central, ainsi que la note de la r&#233;daction &#034;. Sverdlov soutint la protestation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline et Sokolnikov faisaient partie de la r&#233;daction. Le proc&#232;s-verbal dit : &#034; Sokolnikov fait savoir qu'il n'est pour rien dans la d&#233;claration de la r&#233;daction au sujet de la lettre de Zinoviev et qu'il consid&#232;re cette d&#233;claration comme erron&#233;e. &#034; On d&#233;couvrit que Staline, personnellement - contre un autre membre de la r&#233;daction et la majorit&#233; du Comit&#233; central - avait soutenu Kamenev et Zinoviev au moment le plus critique, quatre jours avant le d&#233;but de l'insurrection, par une d&#233;claration de sympathie. L'irritation fut grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline se pronon&#231;a contre l'acceptation de la d&#233;mission de Kamenev, en d&#233;montrant que &#034; toute notre situation &#233;tait contradictoire &#034;, c'est-&#224;-dire qu'il se chargea de d&#233;fendre le confusionnisme que r&#233;pandaient dans les esprits les membres du Comit&#233; central qui se d&#233;claraient oppos&#233;s &#224; l'insurrection. Par cinq voix contre trois, la d&#233;mission de Kamenev est accept&#233;e. Par six voix, de nouveau contre Staline, une d&#233;cision est adopt&#233;e, interdisant &#224; Kamenev et &#224; Zinoviev de mener une lutte contre le Comit&#233; central. Le proc&#232;s-verbal dit : &#034; Staline d&#233;clare qu'il sort de la r&#233;daction. &#034; Pour ne pas aggraver une situation qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas si facile, le Comit&#233; central refuse la d&#233;mission de Staline.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conduite de Staline peut sembler inexplicable &#224; la lumi&#232;re de la l&#233;gende cr&#233;&#233;e autour de lui ; en r&#233;alit&#233;, elle correspond enti&#232;rement &#224; sa formation spirituelle et &#224; ses m&#233;thodes politiques. Devant les grands probl&#232;mes, Staline recule toujours, non point qu'il manque de caract&#232;re, comme Kamenev, mais parce qu'il a des vues trop &#233;troites et qu'il manque d'imagination cr&#233;atrice. Une prudence soup&#231;onneuse le force presque organiquement, dans les moments de grave d&#233;cision et de profonde dissension, &#224; se retirer dans l'ombre, &#224; attendre et, s'il est possible, &#224; s'assurer pour deux cas &#233;ventuels. Staline votait avec Lenine pour l'insurrection. Zinoviev et Kamenev luttaient ouvertement contre l'insurrection. Mais, si l'on rejette &#034; la violence du ton &#034; de la critique l&#233;niniste, &#034; nous restons, dans l'essentiel, de la m&#234;me opinion &#034;. Ce n'est pas du tout par &#233;tourderie que Staline pla&#231;a sa note : au contraire, il pesait soigneusement les circonstances et les mots. Mais, le 20 octobre, il ne croyait pas possible de couper sans retour les ponts vers le champ des adversaires de l'insurrection. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boukharine, dans &#171; L&#233;nine th&#233;oricien &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rappelez-vous l'&#233;poque o&#249; L&#233;nine est arriv&#233; en Russie pour la premi&#232;re fois apr&#232;s de longues ann&#233;es d'&#233;migration. Rappelez-vous l'accueil r&#233;serv&#233; &#224; ses c&#233;l&#232;bres Th&#232;ses d'avril. Une fraction de notre propre parti, importante au reste, y a vu, ou peu s'en faut, une trahison de l'id&#233;ologie marxiste habituelle ! Manifestement, il n'y avait rien l&#224; de contradictoire au marxisme. Force nous est aujourd'hui, au contraire, de constater que c'&#233;tait un d&#233;veloppement de la doctrine marxiste orthodoxe de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie nous a administr&#233; la preuve &#233;clatante que le pouvoir sovi&#233;tique &#233;tait la forme la plus stable d'existence de la dictature ouvri&#232;re, qu'elle poss&#233;dait un certain nombre d'avantages pratiques immenses pour la classe ouvri&#232;re triomphante. Mais si, parall&#232;lement, nous comparons cette reconnaissance universelle &#224; l'accueil qui a &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; initialement &#224; la formule de L&#233;nine m&#234;me dans nos propres rangs du parti, sans parler de nos adversaires, nous comprendrons quel immense propos th&#233;orique et pratique avait alors tenu le camarade L&#233;nine. C'est assez fr&#233;quent, eu &#233;gard aux rythmes effr&#233;n&#233;s de notre vie, que bien des &#233;l&#233;ments nouveaux finissent par &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme allant de soi. Mais lorsque nous t&#226;chons de porter une appr&#233;ciation historique sur ces &#233;l&#233;ments nouveaux, il faut faire liti&#232;re des habitudes, il faut se remettre en m&#233;moire tout ce qui pr&#233;c&#232;de l'instant pr&#233;sent, comment ont &#233;t&#233; accueillies cette conception th&#233;orique et les d&#233;ductions pratiques qui en d&#233;coulaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je le r&#233;p&#232;te, loin d'avoir &#233;t&#233; accueillies avec reconnaissance, elles ont au contraire suscit&#233; des attaques tr&#232;s virulentes. Aujourd'hui, la notori&#233;t&#233; est g&#233;n&#233;rale, et c'est bien l'indice que, du point de vue de la r&#233;flexion th&#233;orique sur les questions relatives &#224; la dictature du prol&#233;tariat, &#224; la th&#233;orie du pouvoir d'Etat, &#224; ses normes, et d'un point de vue pratique, il y a effectivement ici quelque chose de grandiose. Il faut bien voir que ce n'est pas simplement une question pratique, m&#234;me si j'ai dit que le seul &#233;l&#233;ment d&#233;cisif pour nous est en fin de compte la pratique. C'est aussi une immense question th&#233;orique, parce que la th&#233;orie des formes de domination des classes est, pour la bourgeoisie aussi, une question th&#233;orique et pratique ; la question des formes de sa domination est d'un int&#233;r&#234;t majeur, tout comme pour la classe ouvri&#232;re. Mais pour cette derni&#232;re, elle l'est incommensurablement plus importante et suscite des difficult&#233;s bien plus consid&#233;rables parce que les diverses variations du pouvoir d'Etat de la bourgeoisie trahissent une sorte de continuit&#233; historique, tandis que le prol&#233;tariat n'a jamais eu ce pouvoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine en septembre 1917 : &#171; Oui, les chefs du Comit&#233; ex&#233;cutif central appliquent une tactique juste de d&#233;fense de la bourgeoisie et des propri&#233;taires fonciers. Et il est hors de doute que les bolch&#233;viks, s'ils se laissaient prendre au pi&#232;ge des illusions constitutionnelles, de la &#171; foi &#187; dans le Congr&#232;s des Soviets et dans la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, au pi&#232;ge de l'&#171; attente &#187; du Congr&#232;s des Soviets, etc., - il n'y a pas de doute que ces bolch&#233;viks seraient des tra&#238;tres m&#233;prisables &#224; la cause du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils seraient, tra&#238;tres &#224; cette cause, car par leur conduite ils trahiraient les ouvriers r&#233;volutionnaires allemands qui ont commenc&#233; &#224; se soulever dans la flotte. Dans ces conditions, &#171; attendre &#187; le Congr&#232;s des Soviets, etc., c'est trahir l'internationalisme, trahir la cause de la r&#233;volution socialiste internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car l'internationalisme ne consiste pas en paroles, en expressions de solidarit&#233;, en r&#233;solutions, mais en actes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolch&#233;viks seraient tra&#238;tres &#224; la paysannerie, car tol&#233;rer qu'un gouvernement, que le Di&#232;lo Naroda lui-m&#234;me compare &#224; celui de Stolypine, &#233;crase le soul&#232;vement paysan, c'est perdre toute la r&#233;volution, la perdre &#224; jamais et sans retour. On crie &#224; l'anarchie et &#224; l'indiff&#233;rence croissante des masses : comment les masses pourraient elles ne pas &#234;tre indiff&#233;rentes &#224; l'&#233;gard des &#233;lections, quand la paysannerie en est r&#233;duite &#224; se soulever, et quand la pr&#233;tendue &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; supporte patiemment que ce soul&#232;vement soit &#233;cras&#233; par les armes !!&lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolcheviks seraient tra&#238;tres &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la libert&#233;, car supporter la r&#233;pression du soul&#232;vement paysan en un tel moment, c'est permettre de falsifier les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante, exactement comme l'ont &#233;t&#233;, de fa&#231;on pire encore et plus grossi&#232;re, la &#171; Conf&#233;rence d&#233;mocratique &#187; et le &#171; pr&#233;parlement &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise est m&#251;re. Tout l'avenir de la r&#233;volution russe est en jeu. Tout l'honneur du Parti bolch&#233;vik est en question. Tout l'avenir de la r&#233;volution ouvri&#232;re internationale pour le socialisme est en jeu. &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise est m&#251;re...&lt;br class='autobr' /&gt;
Que faire ? Il faut aussprechen vas ist, &#171; dire ce qui est &#187;, reconna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, &#224; savoir qu'il existe chez nous, au Comit&#233; Central et dans les milieux dirigeants du parti, un courant ou une opinion en faveur de l'attente du Congr&#232;s des Soviets et hostile &#224; la prise imm&#233;diate du pouvoir, hostile &#224; l'insurrection imm&#233;diate. Il faut, vaincre ce courant ou cette opinion [6].&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement, les bolch&#233;viks se d&#233;shonoreraient &#224; tout jamais et seraient r&#233;duits &#224; z&#233;ro en tant que parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car laisser &#233;chapper l'occasion pr&#233;sente et &#171; attendre &#187; le Congr&#232;s des Soviets serait une idiotie compl&#232;te ou une trahison compl&#232;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trahison compl&#232;te &#224; l'&#233;gard des ouvriers allemands. Nous n'allons tout de m&#234;me pas attendre le d&#233;part de leur r&#233;volution !! Alors, m&#234;me les Liber-Dan seront partisans de la &#171; soutenir &#187;. Mais elle ne peut pas commencer, tant que K&#233;renski, Kichkine et Cie sont au pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Trahison compl&#232;te &#224; l'&#233;gard de la paysannerie. Alors que nous avons les Soviets des deux capitales, laisser &#233;craser le soul&#232;vement paysan, c'est perdre et, m&#233;riter de perdre toute confiance de la part des paysans, c'est se mettre aux yeux des paysans sur le m&#234;me plan que les Liber-Dan et autres canailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Attendre &#187; le Congr&#232;s des Soviets est une idiotie compl&#232;te, car c'est laisser s'&#233;couler des semaines ; or, &#224; l'heure actuelle, les semaines et m&#234;me les jours d&#233;cident de tout. C'est renoncer l&#226;chement &#224; la prise du pouvoir, car le 1er et le 2 novembre elle sera impossible (pour des raisons &#224; la fois politiques et techniques : on r&#233;unira les cosaques pour le jour sottement &#171; fix&#233; &#187; [7] de l'insurrection.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Attendre &#187; le Congr&#232;s des Soviets est une idiotie, car le congr&#232;s NE DONNERA RIEN, ne peut rien donner !&lt;br class='autobr' /&gt;
La port&#233;e &#171; morale &#187; ? A merveille ! ! La &#171; port&#233;e &#187; des r&#233;solutions et des conversations avec les Liber-Dan, alors que nous savons que les Soviets sont pour les paysans et qu'on &#233;crase le soul&#232;vement paysan !! Nous r&#233;duirions par l&#224; les Soviets au r&#244;le de m&#233;prisables bavards. Battez d'abord K&#233;renski, puis convoquez le congr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La victoire de l'insurrection est assur&#233;e maintenant aux bolch&#233;viks : 1) nous pouvons [8] (si nous n'&#171; attendons &#187; pas le Congr&#232;s des Soviets) frapper &#224; l'improviste &#224; partir de trois points : de P&#233;trograd, de Moscou, de la flotte de la Baltique ; 2) nous avons des mots d'ordre qui nous assurent le soutien des masses : &#224; bas le gouvernement qui &#233;crase le soul&#232;vement paysan contre les propri&#233;taires fonciers ! 3) nous avons la majorit&#233; dans le pays ; 4) le d&#233;sarroi est total chez les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viks ; 5) nous avons la possibilit&#233; technique de prendre le pouvoir &#224; Moscou (qui pourrait m&#234;me commencer afin de frapper l'ennemi d'un coup impr&#233;vu) ; 6) nous avons &#224; P&#233;trograd des milliers d'ouvriers et de soldats en armes qui peuvent d'un seul coup s'emparer &#224; la fois du Palais d'Hiver, du Quartier G&#233;n&#233;ral, du Central t&#233;l&#233;phonique et de toutes les grandes imprimeries ; on ne nous chassera pas de l&#224;, - et l'agitation dans l'arm&#233;e sera telle qu'il sera impossible de combattre ce gouvernement de la paix, de la terre aux paysans, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous frappons d'un coup, &#224; l'improviste, &#224; partir de trois points, &#224; P&#233;trograd, &#224; Moscou, dans la flotte de la Baltique, nous avons quatre-vingt-dix-neuf chances sur cent de vaincre avec moins de pertes que nous n'en avons eu les 3-5 juillet, car les troupes ne marcheront pas contre un gouvernement de paix. Si m&#234;me K&#233;renski a d&#233;j&#224; une cavalerie &#171; fid&#232;le &#187;, etc., &#224; P&#233;trograd, en face d'une attaque venue de deux c&#244;t&#233;s et devant la sympathie de l'arm&#233;e pour nous, K&#233;renski sera contraint de se rendre. Si avec nos chances d'aujourd'hui nous ne nous saisissons pas du pouvoir, tous les propos sur le pouvoir des Soviets ne sont que mensonge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ne pas prendre le pouvoir maintenant, &#171; attendre &#187;, bavarder au Comit&#233; ex&#233;cutif central, se borner &#224; &#171; combattre pour l'organe &#187; (le Soviet), &#171; combattre pour le congr&#232;s &#187;, c'est causer la perte de la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comit&#233; Central ayant laiss&#233; m&#234;me sans r&#233;ponse mes instances l&#224;-dessus depuis le d&#233;but de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, et comme l'organe central biffe dans mes articles les indications que je donne sur les erreurs criantes des bolch&#233;viks, telles que la d&#233;cision d&#233;shonorante de participer au pr&#233;parlement, que l'attribution d'un si&#232;ge aux mench&#233;viks au pr&#233;sidium du Soviet, etc., etc., force m'est de voir l&#224; une allusion &#171; d&#233;licate &#187; au refus du Comit&#233; Central de d&#233;battre m&#234;me la question, une allusion d&#233;licate au b&#226;illonnement et &#224; l'invitation &#224; me retirer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois pr&#233;senter ma demande de d&#233;mission du Comit&#233; Central, ce que je fais, en me r&#233;servant de faire de la propagande, dans les rangs du parti et au congr&#232;s du parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car ma conviction la plus profonde est que, si nous &#171; attendons &#187; le Congr&#232;s des Soviets et laissons tout de suite &#233;chapper l'occasion, nous causons la perte de la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171029.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171029.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, L&#233;nine avait longtemps (jusqu'en 1917) &#233;t&#233; en d&#233;saccord avec Trotsky sur le caract&#232;re de la r&#233;volution russe et cela signifie que le parti bolchevique &#233;tait tr&#232;s loin d'&#234;tre arm&#233; d&#232;s le d&#233;part pour la r&#233;volution prol&#233;tarienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#233;nine, de son c&#244;t&#233;, &#233;crivait &#224; la fin de 1904 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il semble toujours &#224; l'intellectuel russe que reconna&#238;tre notre r&#233;volution comme bourgeoise c'est la d&#233;colorer, la d&#233;grader, l'abaisser... Pour le prol&#233;tariat, la lutte pour la libert&#233; politique et pour la r&#233;publique d&#233;mocratique au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise est simplement un stade n&#233;cessaire dans sa lutte pour la r&#233;volution socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les marxistes sont absolument convaincus, &#233;crivait-il en 1905, du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution russe. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que ces transformations d&#233;mocratiques... qui sont devenues indispensables pour la Russie ne signifient pas en elles-m&#234;mes une tentative de miner le capitalisme, de miner la r&#233;volution bourgeoise, mais, au contraire elles ouvrent la voie, pour la premi&#232;re fois et d'une fa&#231;on valable, &#224; un d&#233;veloppement du capitalisme ample et rapide, europ&#233;en et non asiatique. Elles rendront possible, pour la premi&#232;re fois, la domination de la bourgeoisie en tant que classe... &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne pouvons sauter par-dessus le cadre d&#233;mocratique bourgeois de la r&#233;volution russe, insistait-il, mais nous pouvons &#233;largir ce cadre dans des proportions colossales&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est-&#224;-dire nous pouvons cr&#233;er au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise des conditions bien plus favorables pour la lutte future du prol&#233;tariat. Dans ces limites, L&#233;nine suivait Plekhanov. Le caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution servait aux deux fractions de la social-d&#233;mocratie russe comme point de d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tout &#224; fait naturel que, dans ces conditions, Koba (Staline) ne d&#233;passa pas, dans sa propagande, ces formules courantes qui constituaient la propri&#233;t&#233; commune des bolch&#233;viks comme des mench&#233;viks.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'Assembl&#233;e Constituante, &#233;crivait-il en janvier 1905, &#233;lue &#224; la base du suffrage universel, &#233;gal, direct, et secret, c'est ce pour quoi nous devons maintenant lutter. Seule cette Assembl&#233;e nous apportera la r&#233;publique d&#233;mocratique dont nous avons un si urgent besoin dans notre lutte pour le socialisme&#034;. La r&#233;publique bourgeoise, comme ar&#232;ne d'une lutte de classes de longue haleine pour le but socialiste, telle est la perspective.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1907 ; c'est-&#224;-dire apr&#232;s d'innombrables discussions dans la presse &#224; P&#233;tersbourg et &#224; l'&#233;tranger et apr&#232;s une s&#233;rieuse exp&#233;rimentation des pr&#233;visions th&#233;oriques dans les exp&#233;riences de la premi&#232;re r&#233;volution, Staline &#233;crivait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Que notre r&#233;volution est bourgeoise, qu'elle doit se terminer par la destruction de l'ordre f&#233;odal et non de l'ordre capitaliste, qu'elle peut &#234;tre couronn&#233;e seulement par la r&#233;publique d&#233;mocratique, sur ces points, semble-t-il, tous sont d'accord dans notre parti&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline ne parlait pas de ce par quoi la r&#233;volution commence mais de ce &#224; quoi elle aboutit et il le limitait d'avance et d'une fa&#231;on tout &#224; fait cat&#233;gorique &#034;&#224; la seule r&#233;publique d&#233;mocratique&#034;. Nous chercherions en vain dans ses &#233;crits, ne fusse qu'une allusion de quelque perspective d'une r&#233;volution socialiste en rapport avec un renversement de la d&#233;mocratie. Telle fut sa position, m&#234;me au d&#233;but de la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917, jusqu'&#224; l'arriv&#233;e de L&#233;nine &#224; P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal23.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/staline/lt_stal23.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; L&#233;nine lui-m&#234;me, &#224; vrai dire, n'avait pas remplac&#233; la formule de la dictature d&#233;mocratique par une autre, m&#234;me conditionnellement, m&#234;me hypoth&#233;tiquement, jusqu'au d&#233;but de la R&#233;volution de F&#233;vrier. &#201;tait-ce juste ? Nous pensons que non. Ce qui se passait dans le parti apr&#232;s l'insurrection d&#233;voilait d'une fa&#231;on trop mena&#231;ante le retard du r&#233;armement que, d'ailleurs, dans les conditions donn&#233;es, L&#233;nine seul pouvait op&#233;rer. Il s'y &#233;tait pr&#233;par&#233;. Il avait chauff&#233; &#224; blanc son acier et l'avait retremp&#233; dans le feu de la guerre. A ses yeux s'&#233;tait modifi&#233;e la perspective g&#233;n&#233;rale du processus historique. Les secousses de la guerre avaient brusquement rapproch&#233; les d&#233;lais possibles d'une r&#233;volution socialiste en Occident. Demeurant, pour L&#233;nine, encore d&#233;mocratique, la r&#233;volution russe devait donner une impulsion &#224; l'insurrection socialiste en Europe, qui, ensuite, devait entra&#238;ner aussi la Russie arri&#233;r&#233;e dans son tourbillon. Telle &#233;tait la conception g&#233;n&#233;rale de L&#233;nine quand il quitta Z&#252;rich. La lettre aux ouvriers suisses, que nous avons d&#233;j&#224; cit&#233;e, dit ceci : &#034; La Russie est un pays de paysans, un des pays les plus arri&#233;r&#233;s d'Europe. Le socialisme ne peut y &#234;tre directement et tout de suite vainqueur. Mais le caract&#232;re rural du pays, o&#249; se sont conserv&#233;s d'immenses biens-fonds de propri&#233;taires nobles, peut, sur la base de l'exp&#233;rience de 1905, donner un formidable essor &#224; la r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise en Russie et faire de notre r&#233;volution le prologue d'une r&#233;volution socialiste mondiale, un degr&#233; d'acc&#232;s &#224; celle-ci. &#034; En ce sens, L&#233;nine &#233;crivait alors pour la premi&#232;re fois que le prol&#233;tariat russe commencerait la r&#233;volution socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tel &#233;tait le point de jonction entre l'ancienne position du bolch&#233;visme qui bornait la r&#233;volution &#224; des buts d&#233;mocratiques, et la nouvelle position que L&#233;nine exposa pour la premi&#232;re fois devant le parti dans ses th&#232;ses du 4 avril. La perspective d'un passage imm&#233;diat &#224; la dictature du prol&#233;tariat semblait absolument inattendue, contraire &#224; la tradition, et, enfin, simplement parlant, ne rentrait pas dans les cerveaux. Ici, il est indispensable de rappeler que, jusqu'&#224; l'explosion m&#234;me de la R&#233;volution de F&#233;vrier et dans les premiers temps apr&#232;s elle, ce que l'on appelait trotskysme n'&#233;tait point l'id&#233;e que, dans les fronti&#232;res nationales de la Russie, l'on ne p&#251;t &#233;difier une soci&#233;t&#233; socialiste (l'id&#233;e d'une pareille &#034; possibilit&#233; &#034; ne fut en somme exprim&#233;e par personne jusqu'en 1924, et il est douteux qu'elle soit venue &#224; l'esprit de quelqu'un) - ce que l'on appelait trotskysme, c'&#233;tait cette id&#233;e que le prol&#233;tariat de Russie peut se trouver au pouvoir plus t&#244;t que celui d'Occident, et qu'en ce cas il ne pourrait se maintenir dans les cadres de la dictature d&#233;mocratique, mais devrait s'attaquer aux premi&#232;res mesures socialistes. Il n'est pas &#233;tonnant que les th&#232;ses d'avril de L&#233;nine aient &#233;t&#233; r&#233;prouv&#233;es comme trotskystes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les objections des &#034; vieux bolch&#233;viks &#034; se d&#233;veloppaient sur plusieurs lignes. Le d&#233;bat principal consistait &#224; savoir si la r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise &#233;tait compl&#232;tement achev&#233;e. &#201;tant donn&#233; que la r&#233;volution agraire ne s'&#233;tait pas encore accomplie, les adversaires de L&#233;nine pouvaient &#224; bon droit affirmer que la r&#233;volution d&#233;mocratique n'avait pas &#233;t&#233; conduite jusqu'au bout et, par suite, concluaient-ils, il n'y a point place pour une dictature du prol&#233;tariat, quand bien m&#234;me les conditions sociales de la Russie permettraient en g&#233;n&#233;ral cette dictature dans un temps plus ou moins rapproch&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment ainsi que la r&#233;daction de la Pravda posait la question dans un passage que nous avons cit&#233;. Plus tard, &#224; la Conf&#233;rence d'avril, Kam&#233;nev r&#233;p&#233;tait : &#034; L&#233;nine a tort quand il dit que la r&#233;volution d&#233;mocratique-bourgeoise est parachev&#233;e... La survivance classique du f&#233;odalisme - la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re des nobles - n'est pas encore liquid&#233;e... L'&#201;tat n'est pas transform&#233; en soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique... Il est trop t&#244;t pour dire que la d&#233;mocratie bourgeoise a &#233;puis&#233; toutes ses possibilit&#233;s. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; La dictature d&#233;mocratique - r&#233;pliquait Tomsky - voil&#224; notre base... Nous devons organiser le pouvoir du prol&#233;tariat et de la paysannerie et devons le s&#233;parer de la Commune, &#233;tant donn&#233; que l&#224; n'existe que le pouvoir du prol&#233;tariat. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Devant nous se posent d'immenses t&#226;ches r&#233;volutionnaires reprenait Rykov. Mais la r&#233;alisation de ces t&#226;ches ne nous conduit pas encore au-del&#224; des cadres du r&#233;gime bourgeois. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine voyait, certainement, tout aussi bien que ses contradicteurs, que la r&#233;volution d&#233;mocratique n'&#233;tait pas parachev&#233;e, ou, plus exactement, qu'&#224; peine commenc&#233;e elle refluait d&#233;j&#224; en arri&#232;re. Mais de l&#224; pr&#233;cis&#233;ment il d&#233;coulait qu'il ne serait possible de la mener jusqu'au bout que sous la domination d'une nouvelle classe, et l'on ne pouvait en arriver l&#224; qu'en arrachant les masses &#224; l'influence des mench&#233;viks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire &#224; l'influence indirecte de la bourgeoisie lib&#233;rale. La liaison de ces partis avec les ouvriers et particuli&#232;rement avec les soldats s'alimentait d'une id&#233;e de d&#233;fense - &#034; d&#233;fense du pays &#034; ou bien &#034; d&#233;fense de la r&#233;volution &#034;. L&#233;nine exigeait, par cons&#233;quent, une politique intransigeante &#224; l'&#233;gard de toutes les nuances du social-patriotisme. D&#233;tacher le parti des masses arri&#233;r&#233;es pour ensuite d&#233;livrer ces masses de leur &#233;tat arri&#233;r&#233;. &#034; Le vieux bolch&#233;visme doit &#234;tre abandonn&#233; - r&#233;p&#233;tait-il. Il est indispensable de s&#233;parer la ligne petite-bourgeoise de celle du prol&#233;tariat salari&#233;. &#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un point de vue superficiel, il pouvait sembler que les perp&#233;tuels adversaires avaient &#233;chang&#233; leurs armes. Les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires repr&#233;sentaient maintenant la majorit&#233; des ouvriers et des soldats, comme s'ils r&#233;alisaient en fait l'alliance politique du prol&#233;tariat et de la paysannerie qu'avaient toujours pr&#234;ch&#233;e les bolch&#233;viks contre les mench&#233;viks. Or, L&#233;nine exigeait que l'avant-garde prol&#233;tarienne s'arrach&#226;t &#224; cette alliance. En r&#233;alit&#233;, chacun des partis restait fid&#232;le &#224; lui-m&#234;me. Les mench&#233;viks, comme toujours, jugeaient que leur mission &#233;tait de soutenir la bourgeoisie lib&#233;rale. Leur alliance avec les socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;tait seulement un moyen d'&#233;largir et de consolider cet appui. Par contre, la rupture de l'avant-garde prol&#233;tarienne avec le bloc petit-bourgeois signifiait la pr&#233;paration d'une alliance des ouvriers et des paysans sous la direction du parti bolch&#233;vik, c'est-&#224;-dire la dictature du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des objections d'un autre ordre &#233;taient bas&#233;es sur l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de la Russie. Le pouvoir de la classe ouvri&#232;re signifie in&#233;vitablement le passage au socialisme. Mais l'&#233;conomie et la culture de la Russie ne sont point m&#251;res pour cela. Nous devons pousser jusqu'au bout la r&#233;volution d&#233;mocratique. Seule la r&#233;volution socialiste en Occident peut justifier chez nous la dictature du prol&#233;tariat. Telles &#233;taient les objections de Rykov &#224; la conf&#233;rence d'avril. Que les conditions culturelles et &#233;conomiques de la Russie fussent en soi insuffisantes pour l'&#233;dification d'une soci&#233;t&#233; socialiste - c'&#233;tait pour L&#233;nine l'A. B. C. Mais la soci&#233;t&#233; n'est nullement agenc&#233;e si rationnellement que les &#233;ch&#233;ances pour une dictature du prol&#233;tariat tombent juste au moment o&#249; les conditions &#233;conomiques et culturelles sont venues &#224; maturit&#233; pour le socialisme. Si l'humanit&#233; se d&#233;veloppait aussi r&#233;guli&#232;rement, il ne serait pas besoin de dictature, non plus que de r&#233;volutions en g&#233;n&#233;ral. Toute l'affaire est en ceci qu'une vivante soci&#233;t&#233; historique est profond&#233;ment d&#233;sharmonieuse, et cela d'autant plus que son d&#233;veloppement est plus tardif. L'expression de cette d&#233;sharmonie se trouve dans ce fait que, dans un pays arri&#233;r&#233; comme la Russie, la bourgeoisie &#233;tait arriv&#233;e &#224; d&#233;composition avant la compl&#232;te victoire du r&#233;gime bourgeois et que, pour la remplacer, en qualit&#233; de dirigeant de la nation, il n'y avait que le prol&#233;tariat. L'&#233;tat &#233;conomique arri&#233;r&#233; de la Russie ne dispense pas la classe ouvri&#232;re de l'obligation de remplir la t&#226;che qui s'est impos&#233;e &#224; elle, mais conditionne seulement cette r&#233;alisation par d'extr&#234;mes difficult&#233;s. A Rykov, qui r&#233;p&#233;tait que le socialisme doit venir de pays o&#249; l'industrie est plus d&#233;velopp&#233;e, L&#233;nine donnait une r&#233;ponse simple, mais suffisante : &#034; On ne peut dire ni qui commencera, ni qui ach&#232;vera. &#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire L&#233;nine et Trotsky sur ces phases politiques o&#249; ils &#233;taient minoritaires&#8230; au sein des bolcheviques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques r&#233;cits de la r&#233;volution russe par LO :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-avant-1968-article-cinquantieme-anniversaire-de-la.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-avant-1968-article-cinquantieme-anniversaire-de-la.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/publications-brochures-1917-2017-la-revolution-russe-pour-changer-le-monde-les-travailleurs-au-pouvoir-97735.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-avant-1968-article-cinquantieme-anniversaire-de-la.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/clt/documents-archives-cercle-leon-trotsky-avant-1968-article-cinquantieme-anniversaire-de-la.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Lutte ouvri&#232;re, l'organisation de L&#233;nine, le parti bolchevique, est arriv&#233;e compl&#232;tement arm&#233;e devant la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait juste eu besoin d'une rectification de L&#233;nine, soutenue heureusement par la base ouvri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2017-04-05-le-retour-de-lenine-et-les-theses-davril_85610.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2017-04-05-le-retour-de-lenine-et-les-theses-davril_85610.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central bolchevique contre la r&#233;volution d'Octobre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr43.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discutons avec Lutte ouvri&#232;re sur la R&#233;volution de 1917 en Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8270&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8270&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LO ne peut pas comprendre le bolchevisme parce qu'il est tr&#232;s loin du simple culte du parti r&#233;volutionnaire. Pour LO, c'est tout pour le parti, rien que le parti, tout par le parti. Mais, cela justement ce n'est pas un parti r&#233;volutionnaire. En d&#233;finitive, ce que LO appelle le parti, ce n'est pas l'exp&#233;rience prol&#233;tarienne mais la construction du petit groupe, exactement ce que Marx et L&#233;nine combattaient. L'esprit de petit groupe, c'est seulement un conservatisme organis&#233; comme la social-d&#233;mocratie mais &#224; petite &#233;chelle. LO est persuad&#233; qu'il suffit &#171; d'&#234;tre dans les entreprises &#187;, &#171; de militer dans les syndicats &#187;, &#171; de faire de la propagande de classe dans les &#233;lections &#187;, mais &#234;tre li&#233; au prol&#233;tariat, c'est bien diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes ne peuvent rien r&#233;ussir sans le prol&#233;tariat organis&#233; dans ses soviets, sans son &#233;lan, sans ses id&#233;es, sans ses objectifs, sans son organisation autonome. Mais, en m&#234;me temps, le parti communiste n'est rien sans une th&#233;orie vivante et combattante, sans courage politique, sans audace. Ce que l'on constate, c'est que les dirigeants bolcheviques eux-m&#234;mes ont eu du mal &#224; se mesurer &#224; cette volont&#233;-l&#224;. La perte de moral du prol&#233;tariat russe isol&#233; et fatigu&#233; et la mort de L&#233;nine ont eu raison aussi du parti r&#233;volutionnaire englu&#233; dans les t&#226;ches du pouvoir d'Etat. Ni le parti r&#233;volutionnaire, ni des syndicats r&#233;volutionnaires, ni le pouvoir d'Etat r&#233;volutionnaire ne suffisent si le peuple travailleur r&#233;volutionnaire a perdu son &#233;lan, sa confiance dans ses propres forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De vrais r&#233;volutionnaires savent reconnaitre que le prol&#233;tariat est capable tout seul de grandes avanc&#233;es r&#233;volutionnaires. Marx consid&#233;rait le parti dans un tout autre sens que LO. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Marx &#233;crivait &#171; Le Manifeste du parti communiste &#187;, il n'existait aucune organisation dans aucun pays qui ait ce nom et lui-m&#234;me n'a construit ensuite aucune organisation ayant ce nom. Ce n'&#233;tait donc pas stricto sensus le programme d'une organisation ni m&#234;me celui d'une r&#233;volution, mais le bilan de l'histoire des luttes de classe pour &#233;clairer les t&#226;ches de l'heure, celles de la r&#233;volution de 1848 en Europe. De 1848, date de r&#233;daction du Manifeste &#224; la r&#233;volution russe d'Octobre, il n'allait exister aucune organisation de ce nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;crivait que &#171; L'actuelle insurrection de Paris est le plus glorieux exploit de notre parti &#187; (&#224; Kugelmann, 12 avril 1871). Mais en quel sens la Commune fut-elle l'&#339;uvre de ce parti ? Dans les Enseignements de la Commune de Paris, Trotsky ne craint pas d'affirmer que &#171; le prol&#233;tariat parisien n'avait ni parti, ni chef &#187; ? Les deux affirmations contradictoires en apparence, se compl&#232;tent simplement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi &#171; militer pour un parti bolchevique &#187;, ce n'est pas seulement construire un groupe politique&#8230; Et surtout pas un groupe qui ne milite pas pour des soviets et cautionne des bureaucraties syndicales et m&#232;ne des campagnes aux &#233;lections bourgeoises qui ne font nullement fr&#233;mir la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;crit dans &#034;Le mat&#233;rialisme militant&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une des erreurs les plus grandes et les plus dangereuses que commettent les communistes (comme, d'ailleurs, les r&#233;volutionnaires en g&#233;n&#233;ral qui ont men&#233; &#224; bien le d&#233;but d'une grande r&#233;volution), c'est de se figurer que la r&#233;volution peut &#234;tre accomplie par les mains des seuls r&#233;volutionnaires. Or, pour assurer le succ&#232;s de toute action r&#233;volutionnaire s&#233;rieuse, il faut comprendre et savoir appliquer pratiquement l'id&#233;e que les r&#233;volutionnaires ne peuvent jouer un r&#244;le que comme avant garde de la classe r&#233;ellement avanc&#233;e et viable. L'avant garde ne remplit sa mission que lorsqu'elle sait ne pas se d&#233;tacher de la masse qu'elle dirige, lorsqu'elle sait v&#233;ritablement faire progresser toute la masse. Sans l'alliance avec les non communistes dans les domaines d'activit&#233; les plus divers, il ne saurait &#234;tre question d'aucun succ&#232;s en mati&#232;re de construction de la soci&#233;t&#233; communiste.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trotsky, &#171; La Chine et la r&#233;volution russe &#187;, juillet 1940 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La mal&#233;diction pour la jeune g&#233;n&#233;ration de tous les pays est qu'on a cr&#233;&#233;, sous l'&#233;tiquette de marxisme, une gigantesque fabrique de falsifications historiques, th&#233;oriques et autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion du parti n'est pas le sens politique du parti de classe du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4923&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#034;trotskysme&#034; en 1917</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article6906</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article6906</guid>
		<dc:date>2026-02-09T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 : &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est seulement pendant la guerre que je compris que ces tentatives seraient inutiles. A New-York, au d&#233;but de mars, j'&#233;crivis une s&#233;rie d'articles consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude des forces de classes et des perspectives de la r&#233;volution russe. En ce m&#234;me temps, L&#233;nine envoyait de Gen&#232;ve &#224; P&#233;trograd ses Lettres de loin. Ecrits sur deux points du monde que s&#233;pare l'oc&#233;an, ces articles donnent une analyse identique de la situation et expriment des pr&#233;visions toutes pareilles. Toutes les formules essentielles &#8212;sur l'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard des paysans, de la bourgeoisie, du gouvernement provisoire, de la guerre, de la r&#233;volution internationale, sont absolument identiques. Sur la pierre &#224; aiguiser de l'histoire, v&#233;rification fut faite alors des rapports du &#171; trotskysme &#187; et du l&#233;ninisme. Cette v&#233;rification eut lieu dans les conditions d'une exp&#233;rience de chimie pure. Je ne connaissais pas le jugement de L&#233;nine. Je partais de mes propres pr&#233;misses et de ma propre exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. Et j'indiquais les m&#234;mes perspectives, la m&#234;me ligne strat&#233;gique que donnait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut-&#234;tre, &#224; cette &#233;poque, la question &#233;tait-elle claire pour tout le monde et la solution tout aussi bien pr&#233;vue pour tous. Non ! Au contraire ! Le jugement de L&#233;nine fut en cette p&#233;riode &#8212;jusqu'au 4 avril 1917, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; son apparition sur l'ar&#232;ne de P&#233;trograd,&#8212; un jugement personnel, individuel. Pas un des dirigeants du parti se trouvant alors en Russie, &#8212;pas un !&#8212; n'avait m&#234;me l'id&#233;e de gouverner vers la dictature du prol&#233;tariat, vers la r&#233;volution socialiste. La conf&#233;rence du parti qui avait r&#233;uni, &#224; la veille de l'arriv&#233;e de L&#233;nine, quelques dizaines de bolcheviks, avait montr&#233; qu'aucun d'eux n'allait en pens&#233;e au-del&#224; de la d&#233;mocratie. Ce n'est pas sans intention que les proc&#232;s-verbaux de cette conf&#233;rence restent cach&#233;s jusqu'&#224; ce jour. Staline &#233;tait d'avis de soutenir le gouvernement provisoire de Goutchkov-Milioukov et d'arriver &#224; une fusion des bolcheviks avec les mench&#233;viks. La m&#234;me attitude fut prise (ou bien une attitude encore plus opportuniste) par Rykov, Kam&#233;nev, Molotov, Tomsky, Kalinine et tous autres dirigeants ou &#224; demi dirigeants actuels. Iaroslavsky, Ordjonikidz&#233;, le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif central de l'Ukraine, P&#233;trovsky, et d'autres, publiaient, pendant la r&#233;volution de f&#233;vrier, &#224; Iakoutsk, en commun avec les mench&#233;viks, un journal appel&#233; le Social-D&#233;mocrate, dans lequel ils d&#233;veloppaient les id&#233;es les plus vulgaires de l'opportunisme provincial. Si l'on reproduisait actuellement certains articles du Social-D&#233;mocrate d'Iakoutsk dont Iaroslavsky &#233;tait le r&#233;dacteur en chef, on tuerait id&#233;ologiquement cet homme, en admettant toutefois qu'il soit possible de l'ex&#233;cuter id&#233;ologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la garde actuelle du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Qu'en diverses occasions, ces hommes aient r&#233;p&#233;t&#233; les paroles et imit&#233; les gestes de L&#233;nine, cela, je le sais. Mais, au d&#233;but de 1917, ils &#233;taient livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. La situation &#233;tait difficile. C'est alors qu'ils auraient d&#251; montrer ce qu'ils avaient appris &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine et ce dont ils &#233;taient capables sans L&#233;nine. Qu'ils d&#233;signent seulement, parmi eux, un seul qui de lui-m&#234;me ait su aborder la position qui fut identiquement formul&#233;e par L&#233;nine &#224; Gen&#232;ve et par moi &#224; New-York. Ils ne trouveront pas un nom. La Pravda de P&#233;trograd, dont les r&#233;dacteurs en chef, avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, &#233;taient Staline et Kam&#233;nev, est rest&#233;e &#224; tout jamais un monument d'esprit born&#233;, d'aveuglement et d'opportunisme. Cependant la masse du parti, comme la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, se dirigeait spontan&#233;ment vers la lutte pour le pouvoir. Il n'y avait pas en somme d'autre voie, ni pour le parti ni pour le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre, pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, la perspective de la r&#233;volution permanente, il fallait des pr&#233;visions th&#233;oriques. Pour lancer, en mars 1917, le mot d'ordre de la lutte pour le pouvoir, il suffisait, ce me semble, du flair politique. Les facult&#233;s de pr&#233;vision et m&#234;me de flair ne se sont r&#233;v&#233;l&#233;es chez aucun &#8212;pas un !&#8212; des dirigeants actuels. Pas un d'entre eux, en mars 1917, n'avait d&#233;pass&#233; la position du petit bourgeois d&#233;mocrate de gauche. Aucun d'entre eux n'a pass&#233; convenablement l'examen de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrivai &#224; P&#233;trograd un mois apr&#232;s L&#233;nine. Exactement le temps pendant lequel j'avais &#233;t&#233; retenu au Canada par Lloyd George. Je trouvai la situation dans le parti essentiellement modifi&#233;e. L&#233;nine avait fait appel &#224; la masse des partisans contre leurs tristes leaders. Il mena une lutte syst&#233;matique contre ces &#171; vieux bolcheviks &#8212;&#233;crivait-il&#8212; qui ont d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'une fois un triste r&#244;le dans l'histoire de notre parti, r&#233;p&#233;tant sans y rien comprendre une formule apprise par coeur, au lieu d'&#233;tudier les particularit&#233;s de la nouvelle et vivante situation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et Rykov tent&#232;rent de r&#233;sister. Staline, en silence, se mit &#224; l'&#233;cart. Il n'existe pas, pour l'&#233;poque, un seul article o&#249; celui-ci ait fait effort pour juger sa politique de la veille et s'ouvrir un chemin dans le sens de la position l&#233;niniste. Il se tut tout simplement. Il s'&#233;tait trop compromis par la d&#233;sastreuse direction qu'il avait donn&#233;e pendant le premier mois de la r&#233;volution. Il pr&#233;f&#233;ra se retirer dans l'ombre. Il ne prit publiquement nulle part la d&#233;fense des id&#233;es de L&#233;nine. Il &#233;ludait et attendait. Durant les mois o&#249; se fit la pr&#233;paration th&#233;orique et politique d'Octobre, o&#249; s'engag&#232;rent le plus s&#233;rieusement les responsabilit&#233;s, Staline n'eut tout simplement pas d'existence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'arrivai dans le pays, un bon nombre d'organisations social-d&#233;mocrates groupaient encore des mench&#233;viks et des bolcheviks. C'&#233;tait la cons&#233;quence naturelle de la position que Staline, Kam&#233;nev et d'autres avaient prise non seulement au d&#233;but de la r&#233;volution, mais aussi pendant la guerre, bien que, il faut en convenir, l'attitude de Staline en temps de guerre soit rest&#233;e inconnue de tous : il n'a pas &#233;crit une seule ligne sur cette question qui n'est pas d'une mince importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, les manuels de l'Internationale communiste, dans le monde entier &#8212;pour les Jeunesses communistes en Scandinavie et les pionniers en Australie&#8212; r&#233;p&#232;tent &#224; sati&#233;t&#233; que Trotsky, en ao&#251;t 1912, fit une tentative pour unifier les bolcheviks avec les mench&#233;viks. En revanche, il n'est dit nulle part que Staline, en mars 1917, pr&#234;chait une alliance avec le parti de Ts&#233;r&#233;telli et qu'en fait, jusqu'au milieu de 1917, L&#233;nine ne parvint pas &#224; d&#233;gager le parti du marais o&#249; l'avaient entra&#238;n&#233; les dirigeants temporaires d'alors, actuellement devenus les &#233;pigones. Le fait que pas un d'entre eux ne comprit, au d&#233;but de la r&#233;volution, le sens et la direction de celle-ci est maintenant interpr&#233;t&#233; comme proc&#233;dant de vues dialectiques particuli&#232;rement profondes, s'opposant &#224; l'h&#233;r&#233;sie du trotskysme qui osa non seulement comprendre les faits de la veille, mais aussi pr&#233;voir ceux du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, arriv&#233; &#224; P&#233;tersbourg, je d&#233;clarai &#224; Kam&#233;nev que je n'objectais rien aux fameuses &#171; th&#232;ses d'avril &#187; de L&#233;nine, qui d&#233;terminaient le cours nouveau du parti, Kam&#233;nev me r&#233;pondit seulement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je crois bien !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'avoir adh&#233;r&#233; en bonne et due forme au parti, je contribuai &#224; l'&#233;laboration des plus importants documents du bolchevisme. Il ne vint &#224; l'esprit de personne de demander si j'avais renonc&#233; au &#171; trotskysme &#187; comme l'ont voulu savoir, &#224; mille reprises, depuis, dans la p&#233;riode de d&#233;cadence des &#233;pigones, les Cachin, les Thaelmann et autres parasites de la r&#233;volution d'Octobre. Si, &#224; cette &#233;poque, on a pu voir le trotskysme oppos&#233; au l&#233;ninisme, ce fut seulement en ce sens que, dans les sph&#232;res sup&#233;rieures du parti, pendant avril, L&#233;nine fut accus&#233; de trotskysme. Kam&#233;nev en parlait ainsi, ouvertement et avec persistance. D'autres disaient de m&#234;me, mais d'une fa&#231;on plus circonspecte, dans les coulisses. Des dizaines de &#171; vieux bolcheviks &#187; me d&#233;clar&#232;rent, apr&#232;s mon arriv&#233;e en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maintenant, c'est f&#234;te dans votre rue !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus forc&#233; de d&#233;montrer que L&#233;nine n'avait pas adopt&#233; ma position, qu'il avait simplement &#233;tendu la sienne et que, par la suite de cette &#233;volution, o&#249; l'alg&#232;bre se simplifiait en arithm&#233;tique, l'identit&#233; de nos id&#233;es s'&#233;tait manifest&#233;e. Il en fut bien ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s nos premi&#232;res rencontres, et plus encore apr&#232;s les Journ&#233;es de juillet, L&#233;nine donnait l'impression d'une extr&#234;me concentration int&#233;rieure, d'un ramassement sur lui-m&#234;me pouss&#233; au dernier degr&#233; &#8212;sous des apparences de calme et de simplicit&#233; prosa&#239;que. Le r&#233;gime k&#233;renskyste semblait, en ces jours-l&#224;, tout-puissant. Le bolchevisme n'&#233;tait repr&#233;sent&#233; que par une &#171; petite bande insignifiante &#187;. C'est ainsi qu'il &#233;tait trait&#233; officiellement. Le parti lui-m&#234;me ne se rendait pas encore compte de la force qu'il allait avoir le lendemain. Et, cependant, L&#233;nine le conduisait, en toute assurance, vers les plus hautes t&#226;ches. Je m'attelai au travail et aidai L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois avant Octobre, j'&#233;crivais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, l'internationalisme n'est pas une id&#233;e abstraite, n'existant seulement que pour &#234;tre trahie &#224; la premi&#232;re occasion (ce qu'elle est pour un Ts&#233;r&#233;telli ou un Tchernov) ; c'est un principe qui nous dirige imm&#233;diatement et est profond&#233;ment pratique. Un succ&#232;s durable, d&#233;cisif, n'est pas concevable pour nous en dehors d'une r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des noms de Ts&#233;r&#233;telli et de Tchernov, je ne pouvais pas alors encore ranger celui de Staline, philosophe du socialisme dans un seul pays. Je terminais mon article par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution permanente contre le carnage permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut imprim&#233; dans l'organe central de notre parti, le 7 septembre et reproduit en brochure. Pourquoi mes critiques actuels gard&#232;rent-ils alors le silence sur le mot d'ordre h&#233;r&#233;tique d'une r&#233;volution permanente ? O&#249; &#233;taient-ils ? Les uns, comme Staline, attendaient les &#233;v&#233;nements en regardant de c&#244;t&#233; et d'autre ; les autres, comme Zinoviev, se cachaient sous la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus grosse question est celle-ci : comment L&#233;nine a-t-il pu tol&#233;rer ma propagande h&#233;r&#233;tique ? Quand il &#233;tait question de th&#233;orie, il ne connaissait ni condescendance ni indulgence. Comment a-t-il pu supporter que le &#171; trotskysme &#187; f&#251;t pr&#234;ch&#233; dans l'organe central du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, &#224; une s&#233;ance du comit&#233; de P&#233;trograd (le proc&#232;s-verbal de cette s&#233;ance, historique sous tous rapports, est tenu secret jusqu'&#224; pr&#233;sent), L&#233;nine d&#233;clara que depuis que Trotsky s'&#233;tait convaincu de l'impossibilit&#233; d'une alliance avec les mench&#233;viks, &#171; il n'y avait pas de meilleur bolchevik que lui &#187;. Il montra par l&#224; clairement, et non pour la premi&#232;re fois, que si quelque chose nous s&#233;parait, ce n'&#233;tait pas la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, c'&#233;tait une question plus restreinte, quoique tr&#232;s importante, sur les rapports &#224; garder envers le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetant un coup d'oeil r&#233;trospectif, deux ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment de la conqu&#234;te du pouvoir, lorsque fut cr&#233;&#233;e la r&#233;publique des soviets, le bolchevisme avait attir&#233; &#224; lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pens&#233;e socialiste proches de lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il y avoir l'ombre d'un doute qu'en parlant d'une fa&#231;on aussi marqu&#233;e des tendances de la pens&#233;e socialiste les plus proches du bolchevisme, L&#233;nine avait en vue tout d'abord ce que l'on appelle maintenant le &#171; trotskysme historique &#187; ? En effet, quelle autre tendance pouvait &#234;tre plus proche du bolchevisme que celle que je repr&#233;sentais ? Qui donc L&#233;nine pouvait-il avoir en Vue ? Marcel Cachin ? Thaelmann ? Pour L&#233;nine, lorsqu'il passait en revue l'&#233;volution du parti dans son ensemble, le trotskysme n'&#233;tait pas quelque chose d'&#233;tranger ou d'hostile ; c'&#233;tait, au contraire, le courant de la pens&#233;e socialiste le plus proche du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable marche des id&#233;es n'eut, on le voit, rien de commun avec la caricature mensong&#232;re qu'en ont faite, profitant de la mort de L&#233;nine et de la vague de r&#233;action, les &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore sur L&#233;nine, &#171; trotskiste &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de L&#233;nine en avril 1917, tax&#233;es de trotskistes par le groupe bolchevik conservateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le programme de L&#233;nine</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8200</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8200</guid>
		<dc:date>2025-08-23T22:24:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le programme de L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, 1896 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1896/00/vil18960000.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, 1897 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1897/12/vil18971200.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, 1899 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1899/10/vil00101899.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, 1901 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1901/05/19010500.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, 1902 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/09/vil19030900.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine, 1903 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;1 - 0 - Le programme r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le programme de L&#233;nine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1896&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1896/00/vil18960000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1896/00/vil18960000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1897&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1897/12/vil18971200.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1897/12/vil18971200.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1899&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1899/10/vil00101899.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1899/10/vil00101899.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1901&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1901/05/19010500.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1901/05/19010500.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1902&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/09/vil19030900.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/09/vil19030900.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1903&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1903/07/vil19030715.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1903/07/vil19030715.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1904&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1904/05/vil19040500f.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1904/05/vil19040500f.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1916&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/09/pmrp.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/09/pmrp.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528h.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528h.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528l.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/05/vil19170528l.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/03/d7c/vil19180300-05c7.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/03/d7c/vil19180300-05c7.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-04c8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-04c8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-05c8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/d8c/vil19190300-05c8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/11/vil19201121.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1920/11/vil19201121.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1921&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/07/vil19210705.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/07/vil19210705.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1922&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221229.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine, 1923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/03/vil19230304.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/03/vil19230304.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/01/vil19230106.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1923/01/vil19230106.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les principales le&#231;ons dans &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8199</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8199</guid>
		<dc:date>2025-08-18T22:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les principales le&#231;ons dans &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176;) &#171; Sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire, pas de mouvement r&#233;volutionnaire On ne saurait trop insister sur cette id&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; l'engouement pour les formes les plus &#233;troites de l'action pratique va de pair avec la propagande &#224; la mode de l'opportunisme. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176;) &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire est, par son essence m&#234;me, international. Il ne s'ensuit pas seulement que nous devons combattre le chauvinisme national. Il s'ensuit encore qu'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les principales le&#231;ons dans &#171; Que faire &#187; de L&#233;nine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) &#171; Sans th&#233;orie r&#233;volutionnaire, pas de mouvement r&#233;volutionnaire On ne saurait trop insister sur cette id&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; l'engouement pour les formes les plus &#233;troites de l'action pratique va de pair avec la propagande &#224; la mode de l'opportunisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire est, par son essence m&#234;me, international. Il ne s'ensuit pas seulement que nous devons combattre le chauvinisme national. Il s'ensuit encore qu'un mouvement qui commence dans un pays jeune ne peut &#234;tre fructueux que s'il assimile l'exp&#233;rience des autres pays. Or pour cela il ne suffit pas simplement de conna&#238;tre cette exp&#233;rience ou de se borner &#224; recopier les derni&#232;res r&#233;solutions : il faut pour cela savoir faire l'analyse critique de cette exp&#233;rience et la contr&#244;ler soi-m&#234;me. Ceux qui se rendent compte combien s'est d&#233;velopp&#233; le mouvement ouvrier contemporain, et combien il s'est ramifi&#233;, comprendront quelle r&#233;serve de forces th&#233;oriques et d'exp&#233;rience politique (et r&#233;volutionnaire) r&#233;clame l'accomplissement de cette t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) &#171; La lutte politique des r&#233;volutionnaires est beaucoup plus large et plus complexe que la lutte &#233;conomique des ouvriers contre le patronat et gouvernement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) &#171; Un r&#233;volutionnaire mou, h&#233;sitant dans les probl&#232;mes th&#233;oriques, born&#233; dans son horizon, justifiant son inertie par la spontan&#233;it&#233; du mouvement de masse ; plus semblable &#224; un secr&#233;taire de trade-union qu'a' un tribun populaire, incapable de pr&#233;senter un plan hardi et de grande envergure qui force le respect m&#234;me de ses adversaires, un r&#233;volutionnaire inexp&#233;riment&#233; et maladroit dans son art professionnel - la lutte contre la police politique, - est-ce l&#224; un r&#233;volutionnaire, voyons ? Non, ce n'est qu'un pitoyable man&#339;uvrier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Loin de moi la pens&#233;e de nier la n&#233;cessit&#233; d'une litt&#233;rature populaire pour les ouvriers, et d'une autre particuli&#232;rement populaire (mais non vulgaire, bien entendu), pour les ouvriers les plus arri&#233;r&#233;s. Mais ce qui me r&#233;volte, c'est cette tendance continuelle &#224; coller la p&#233;dagogie aux questions de politique, aux questions d'organisation. Car enfin, messieurs les champions de &#8220;l'ouvrier moyen&#8221;, au fond vous insultez plut&#244;t l'ouvrier &#224; vouloir toujours vous pencher vers lui avant de lui parler de politique ouvri&#232;re ou d'organisation ouvri&#232;re. Redressez-vous donc pour parler de choses s&#233;rieuses, et laissez la p&#233;dagogie aux p&#233;dagogues, et non aux politiques et aux organisateurs ! N'y a-t-il pas de m&#234;me parmi les intellectuels des &#233;l&#233;ments avanc&#233;s, des &#233;l&#233;ments &#8220;moyens&#8221; et une &#8220;masse&#8221; ? Tout le monde ne reconna&#238;t-il pas la n&#233;cessit&#233; d'une litt&#233;rature populaire pour les intellectuels, et ne publie-t-on pas cette litt&#233;rature ? Mais figurez-vous que, dans un article sur l'organisation des &#233;tudiants ou des coll&#233;giens, l'auteur, du ton d'un homme qui vient de faire une d&#233;couverte, rab&#226;che que ce qu'il faut tout d'abord, c'est une organisation des &#8220;&#233;tudiants moyens&#8221;. Il fera &#224; coup s&#251;r rire de lui, et ce sera justice. Donnez-nous, lui dira-t-on, quelques id&#233;es sur l'organisation, si vous en avez, et laissez-nous le soin de voir quels sont parmi nous les &#233;l&#233;ments &#8220;moyens&#8221;, sup&#233;rieurs ou inf&#233;rieurs. Et si vous n'avez pas d'id&#233;es &#224; vous sur l'organisation, tous vos discours sur &#8220;la masse&#8221; et sur les &#233;l&#233;ments &#8220;moyens&#8221; seront simplement fastidieux. Comprenez donc que les questions de &#8220;politique&#8221; et d'&#8220;organisation&#8221; sont en elles-m&#234;mes si s&#233;rieuses qu'on ne saurait les traiter autrement qu'avec un extr&#234;me s&#233;rieux : on peut et on doit pr&#233;parer les ouvriers (ainsi que les &#233;tudiants et les coll&#233;giens) de fa&#231;on &#224; pouvoir aborder devant eux ces questions, mais du moment que vous les avez abord&#233;es, donnez-nous une vraie r&#233;ponse, ne faites pas machine arri&#232;re, vers les &#8220;moyens&#8221; ou vers &#8220;la masse&#8221;, ne vous en tenez pas quittes avec des phrases ou des anecdotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) &#171; Plus large et plus profonde devient la pouss&#233;e spontan&#233;e des masses ouvri&#232;res et plus celles-ci mettent en avant non seulement d'agitateurs de talent mais d'organisateurs, de propagandistes de talent et de praticiens au meilleur sens du mot (comme il y en a si peu parmi nos intellectuels, pour la plupart assez apathiques et nonchalants &#224; la mani&#232;re russe). Lorsque nous aurons des d&#233;tachements d'ouvriers r&#233;volutionnaires sp&#233;cialement pr&#233;par&#233;s (et, bien entendu, de &#8220;toutes les armes&#8221; de l'action r&#233;volutionnaire) par un long apprentissage, aucune police politique du monde ne pourra en avoir raison, parce que ces d&#233;tachements d'hommes d&#233;vou&#233;s corps et &#226;me &#224; la r&#233;volution jouiront de la confiance illimit&#233;e des masses ouvri&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) &#171; Ce serait une tr&#232;s grave erreur si, en b&#226;tissant l'organisation du Parti, on ne comptait que sur des explosions et des combats de rue, ou sur &#8220;la marche progressive de la lutte obscure, quotidienne&#8221;. Nous devons toujours faire notre travail quotidien et toujours &#234;tre pr&#234;ts &#224; tout, parce que tr&#232;s souvent il est presque impossible de pr&#233;voir l'alternance des p&#233;riodes d'explosion et des p&#233;riodes d'accalmie ; et quand il est possible de les pr&#233;voir, on ne peut en tirer parti pour remanier l'organisation ; car dans un pays autocratique, la situation change du jour au lendemain : il suffit parfois d'un raid nocturne des janissairestsaristes. Et l'on ne saurait (comme se l'imaginent apparemment les Nadi&#233;jdine) se repr&#233;senter la r&#233;volution elle-m&#234;me sous la forme d'un acte unique : la r&#233;volution sera une succession rapide d'explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d'accalmie plus ou moins profonde. C'est pourquoi l'activit&#233; essentielle de notre Parti, le foyer de son activit&#233; doit &#234;tre un travail qui est possible et n&#233;cessaire aussi bien dans les p&#233;riodes des plus violentes explosions que dans celles de pleine accalmie, c'est-&#224;-dire un travail d'agitation politique unifi&#233;e pour toute la Russie, qui mettrait en lumi&#232;re tous les aspects de la vie et s'adresserait aux plus grandes masses. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
8&#176;) &#171; Ceux qui ne ferment pas sciemment les yeux ne peuvent pas ne pas voir que la nouvelle tendance &#034;critique&#034; dans l'extr&#234;me gauche n'est qu'une nouvelle vari&#233;t&#233; de l'opportunisme. Et si l'on juge des gens, non pas d'apr&#232;s le brillant uniforme qu'ils ont eux-m&#234;mes rev&#234;tu ou le nom &#224; effet qu'ils se sont eux-m&#234;mes attribu&#233;, mais d'apr&#232;s leur fa&#231;on d'agir et les id&#233;es qu'ils propagent effectivement, il appara&#238;tra clairement que la &#034;libert&#233; de critique&#034; est la libert&#233; de la tendance opportuniste dans la social-d&#233;mocratie, la libert&#233; de transformer cette derni&#232;re en un parti d&#233;mocratique de r&#233;formes, la libert&#233; de faire p&#233;n&#233;trer dans le socialisme les id&#233;es bourgeoises et les &#233;l&#233;ments bourgeois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176;) &#171; Petit groupe compact, nous suivons une voie escarp&#233;e et difficile, nous tenant fortement par la main. De toutes parts nous sommes entour&#233;s d'ennemis, et il nous faut marcher presque constamment sous leur feu. Nous nous sommes unis en vertu d'une d&#233;cision librement consentie, pr&#233;cis&#233;ment afin de combattre l'ennemi et de ne pas tomber dans le marais d'&#224; c&#244;t&#233;, dont les h&#244;tes, d&#232;s le d&#233;but, nous ont bl&#226;m&#233;s d'avoir constitu&#233; un groupe &#224; part, et pr&#233;f&#233;r&#233; la voie de la lutte &#224; la voie de la conciliation. Et certains d'entre nous de crier : Allons dans ce marais ! Et lorsqu'on leur fait honte, ils r&#233;pliquent : Quels gens arri&#233;r&#233;s vous &#234;tes ! N'avez-vous pas honte de nous d&#233;nier la libert&#233; de vous inviter &#224; suivre une voie meilleure ! Oh ! oui, Messieurs, vous &#234;tes libres non seulement d'inviter, mais d'aller o&#249; bon vous semble, f&#251;t-ce dans le marais ; nous trouvons m&#234;me que votre v&#233;ritiable place est pr&#233;cis&#233;ment dans le marais, et nous sommes pr&#234;ts, dans la mesure de nos forces, &#224; vous aider &#224; y transporter vos p&#233;nates. Mais alors l&#226;chez-nous la main, ne vous accrochez pas &#224; nous et ne souillez pas le grand mot de libert&#233;, parce que, nous aussi, nous sommes &#034;libres&#034; d'aller o&#249; bon nous semble, libres de combattre aussi bien le marais que ceux qui s'y dirigent ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176;) &#171; L'exemple des social-d&#233;mocrates russes illustre d'une fa&#231;on particuli&#232;rement frappante ce ph&#233;nom&#232;ne commun &#224; l'Europe (et signal&#233; depuis longtemps par les marxistes allemands) que la fameuse libert&#233; de critique ne signifie pas le remplacement d'une th&#233;orie par une autre, mais la libert&#233; &#224; l'&#233;gard de tout syst&#232;me coh&#233;rent et r&#233;fl&#233;chi ; elle signifie &#233;clectisme et absence de principes. Ceux qui connaissent tant soit peu la situation de fait de notre mouvement ne peuvent pas ne pas voir que la large diffusion du marxisme a &#233;t&#233; accompagn&#233;e d'un certain abaissement du niveau th&#233;orique. Bien des gens dont la pr&#233;paration th&#233;orique &#233;tait infime ou nulle ont adh&#233;r&#233; au mouvement pour ses succ&#232;s pratiques et sa port&#233;e pratique. On peut juger du manque de tact que montre le Rabotch&#233;&#239;&#233; Di&#233;lo lorsqu'il sort d'un air triomphant cette d&#233;finition de Marx : &#034;Tout pas r&#233;el du mouvement pratique importe plus qu'une douzaine de programmes.&#034; R&#233;p&#233;ter ces mots en cette &#233;poque de d&#233;bandade th&#233;orique &#233;quivaut &#224; clamer &#224; la vue d'un cort&#232;ge fun&#232;bre : &#034;Je vous souhaite d'en avoir toujours &#224; porter !&#034; D'ailleurs, ces mots sont emprunt&#233;s &#224; la lettre sur le programme de Gotha, dans laquelle Marx condamne cat&#233;goriquement l'&#233;clectisme dans l'&#233;nonc&#233; des principes. Si vraiment il est n&#233;cessaire de s'unir, &#233;crivait Marx aux chefs du parti, passez des accords en vue d'atteindre les buts pratiques, du mouvement, mais n'allez pas jusqu'&#224; faire commerce des principes, ne faites pas de &#034;concessions&#034; th&#233;oriques. Telle &#233;tait la pens&#233;e de Marx, et voil&#224; qu'il se trouve parmi nous des gens qui, en son nom, essayent de diminuer l'importance de la th&#233;orie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176;) &#171; Pour le moment, nous tenons simplement &#224; indiquer que seul un parti guid&#233; par une th&#233;orie d'avant-garde peut remplir le r&#244;le de combattant d'avant-garde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Citons les remarques faites par Engels en 1874, sur l'importance de la th&#233;orie dans le mouvement social-d&#233;mocrate. Engels reconna&#238;t &#224; la grande lutte de la social-d&#233;mocratie non pas deux formes (politique et &#233;conomique) - comme cela se fait chez nous - mais trois, en mettant sur le m&#234;me plan la lutte th&#233;orique. Sa recommandation au mouvement ouvrier allemand, d&#233;j&#224; vigoureux pratiquement et politiquement, est si instructive au point de vue des probl&#232;mes et discussions actuels, que le lecteur, esp&#233;rons-le, ne nous en voudra pas de lui donner le long extrait de la pr&#233;face &#224; la brochure Der deutsche Bauernkrieg [1] depuis longtemps devenue une raret&#233; bibliographique : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les ouvriers allemands ont deux avantages importants sur les ouvriers du reste de l'Europe. Le premier, c'est qu'ils appartiennent au peuple le plus th&#233;oricien de l'Europe et qu'ils ont conserv&#233; en eux-m&#234;mes ce sens de la th&#233;orie, presque compl&#232;tement perdu par les classes dites &#034;instruites&#034; d'Allemagne. Sans la philosophie allemande qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;, en particulier sans celle de Hegel, le socialisme scientifique allemand, le seul socialisme scientifique qui ait jamais exist&#233;, ne se serait jamais constitu&#233;. Sans le sens th&#233;orique qui leur est inh&#233;rent, les ouvriers ne se seraient jamais assimil&#233; &#224; un tel point ce socialisme scientifique, comme c'est le cas &#224; pr&#233;sent. Combien est immense cet avantage, c'est ce que montrent, d'une part, l'indiff&#233;rence &#224; toute th&#233;orie gui est une des principales raisons pour lesquelles le mouvement ouvrier anglais progresse si lentement malgr&#233; la magnifique organisation de certains m&#233;tiers, et d'autre part, le trouble et les h&#233;sitations que le proudhonisme a provoqu&#233;s, sous sa forme primitive, chez les Fran&#231;ais et les Belges et, sous la forme caricaturale que lui a donn&#233;e Bakounine, chez les Espagnols et les Italiens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le deuxi&#232;me avantage est que les Allemands sont entr&#233;s dans le mouvement ouvrier presque les derniers. De m&#234;me que le socialisme th&#233;orique allemand n'oubliera jamais qu'il repose sur Saint-Simon, Fourier et Owen - trois penseurs qui, malgr&#233; le caract&#232;re fantaisiste et utopique de leurs doctrines, comptent parmi les plus grands esprits de tous les temps, et qui par leur g&#233;nie ont anticip&#233; sur d'innombrables v&#233;rit&#233;s dont maintenant nous d&#233;montrons scientifiquement la justesse, - de m&#234;me le mouvement ouvrier pratique d'Allemagne ne doit jamais oublier qu'il s'est d&#233;velopp&#233; gr&#226;ce au mouvement anglais et fran&#231;ais, dont il a pu utiliser la co&#251;teuse exp&#233;rience et &#233;viter maintenant les fautes, in&#233;vitables alors dans la plupart des cas. O&#249; serions-nous maintenant sans le mod&#232;le des trade-unions anglaises et de la lutte politique des ouvriers fran&#231;ais, sans cette impulsion formidable qu'a donn&#233;e notamment la Commune de Paris ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut rendre justice aux ouvriers allemands : ils ont profit&#233; avec une rare intelligence des avantages de leur situation. Pour la premi&#232;re fois depuis que le mouvement ouvrier existe, la lutte est dans ses trois directions coordonn&#233;es et li&#233;es entre elles : th&#233;orique, politique et &#233;conomique-pratique (r&#233;sistance aux capitalistes). C'est dans cette attaque pour ainsi dire concentrique que r&#233;sident la force et l'invincibilit&#233; du mouvement allemand. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette situation avantageuse d'une part, le caract&#232;re essentiellement insulaire du mouvement anglais, ainsi que la r&#233;pression du mouvement fran&#231;ais, de l'autre, font que les ouvriers allemands se trouvent maintenant &#224; la t&#234;te de la lutte prol&#233;tarienne. Combien de temps les &#233;v&#233;nements leur permettront-ils d'occuper ce poste d'honneur, on ne saurait le pr&#233;dire. Mais aussi longtemps qu'ils l'occuperont ils s'acquitteront comme il convient, il faut l'esp&#233;rer, des obligations que ce poste leur impose. Pour cela ils devront redoubler leurs efforts dans tous les domaines de la lutte et de l'agitation. Pour les chefs en particulier, leur devoir consistera &#224; s'instruire de plus en plus dans toutes les questions th&#233;oriques, &#224; se lib&#233;rer de plus en plus de l'influence des phrases traditionnelles de l'ancienne conception du monde, et &#224; ne jamais perdre de vue que le socialisme, depuis qu'il est devenu une science, veut &#234;tre trait&#233; comme une science, c'est-&#224;-dire &#234;tre &#233;tudi&#233;. il faut redoubler d'ardeur pour r&#233;pandre parmi les masses ouvri&#232;res la conscience ainsi acquise et de plus en plus lucide, cimenter toujours plus fortement l'organisation du parti et celle des syndicats... &lt;br class='autobr' /&gt;
...Si les ouvriers allemands continuent &#224; progresser ainsi, je ne dis pas qu'ils marcheront &#224; la t&#234;te du mouvement - il n'est pas dans l'int&#233;r&#234;t du mouvement que les ouvriers d'une seule nation quelconque marchent &#224; sa t&#234;te - mais qu'ils occuperont une place honorable parmi les combattants et seront arm&#233;s de pied en cap, si de rudes &#233;preuves ou de grands &#233;v&#233;nements les obligent soudain &#224; plus de courage, &#224; plus de d&#233;cision et d'&#233;nergie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les paroles d'Engels se sont r&#233;v&#233;l&#233;es proph&#233;tiques. Quelques ann&#233;es plus tard, les ouvriers allemands &#233;taient inopin&#233;ment soumis &#224; la rude &#233;preuve de la loi d'exception contre les socialistes. Les ouvriers allemands se trouv&#232;rent en effet arm&#233;s de pied en cap pour affronter cette &#233;preuve, et ils en sortirent victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176;) &#171; L'histoire de tous les pays atteste que, par ses seules forces, la classe ouvri&#232;re ne peut arriver qu'&#224; la conscience trade-unioniste, c'est-&#224;-dire &#224; la conviction qu'il faut s'unir en syndicats, mener la lutte contre le patronat, r&#233;clamer du gouvernement telles ou telles lois n&#233;cessaires aux ouvriers, etc. Quant &#224; la doctrine socialiste, elle est n&#233;e des th&#233;ories philosophiques, historiques, &#233;conomiques &#233;labor&#233;es par les repr&#233;sentants instruits des classes poss&#233;dantes, par les intellectuels. Les fondateurs du socialisme scientifique contemporain, Marx et Engels, &#233;taient eux-m&#234;mes, par leur situation sociale, des intellectuels bourgeois. De m&#234;me en Russie, la doctrine th&#233;orique de la social-d&#233;mocratie surgit d'une fa&#231;on tout &#224; fait ind&#233;pendante de la croissance spontan&#233;e du mouvement ouvrier ; elle y fut le r&#233;sultat naturel, in&#233;luctable du d&#233;veloppement de la pens&#233;e chez les intellectuels r&#233;volutionnaires socialistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&#176;) &#171; Il faut combattre les formules comme : il faut mettre au premier plan non la &#034;cr&#232;me&#034;, des ouvriers, mais l'ouvrier du rang, ou comme : &#034;La lutte politique suit toujours docilement la lutte &#233;conomique&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&#176;) &#171; Tous ceux qui parlent de &#034;surestimation de l'id&#233;ologie [8]&#034;, d'exag&#233;ration du r&#244;le de l'&#233;l&#233;ment conscient [9], etc., se figurent que le mouvement purement ouvrier est par lui-m&#234;me capable d'&#233;laborer et qu'il &#233;laborera pour soi une id&#233;ologie ind&#233;pendante, &#224; la condition seulement que les ouvriers &#034;arrachent leur sort des mains de leurs dirigeants&#034;. Mais c'est une erreur profonde. Pour compl&#233;ter ce que nous avons dit plus haut, rapportons encore les paroles profond&#233;ment justes et significatives de Kautsky &#224; propos du projet du nouveau programme du parti social-d&#233;mocrate autrichien :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Beaucoup de nos critiques r&#233;visionnistes imputent &#224; Marx cette affirmation que le d&#233;veloppement &#233;conomique et la lutte de classe, non seulement cr&#233;ent les conditions de la production socialiste, mais engendrent directement la conscience(soulign&#233; par K.K.) de sa n&#233;cessit&#233;. Et voil&#224; que ces critiques objectent que l'Angleterre, pays au d&#233;veloppement capitaliste le plus avanc&#233;, est la plus &#233;trang&#232;re &#224; cette science. Le projet de programme donne &#224; croire que la commission a &#233;labor&#233; le programme autrichien partage aussi ce point de vue soi-disant marxiste orthodoxe, que r&#233;fute l'exemple de l'Angleterre. Le projet porte : &#034;Plus le prol&#233;tariat augmente en cons&#233;quence du d&#233;veloppement capitaliste, plus il est contraint et a la possibilit&#233; de lutter contre le capitalisme. Le prol&#233;tariat vient &#224; la conscience de la possibilit&#233; et de la n&#233;cessit&#233; du socialisme&#034;. Par suite, la conscience socialiste serait le r&#233;sultat n&#233;cessaire, direct, de la lutte de classe prol&#233;tarienne. Et cela est enti&#232;rement faux. Comme doctrine, le socialisme a &#233;videmment ses racines dans les rapports &#233;conomiques actuels au m&#234;me degr&#233; que la lutte de classe du prol&#233;tariat ; autant que cette derni&#232;re, il proc&#232;de de la lutte contre la pauvret&#233; et la mis&#232;re masses, engendr&#233;es par le capitalisme. Mais le socialisme et la lutte de classe surgissent parall&#232;lement et ne s'engendrent pas l'un l'autre ; ils surgissent de pr&#233;misses diff&#233;rentes. La conscience socialiste d'aujourd'hui ne peut surgir que sur la base d'une profonde connaissance scientifique. En effet, la science &#233;conomique contemporaine est autant une condition de la production socialiste que, par exemple, la technique moderne, et malgr&#233; tout son d&#233;sir, le prol&#233;tariat ne peut cr&#233;er ni l'une ni l'autre ; toutes deux surgissent du processus social contemporain. Or, le porteur de la science n'est pas le prol&#233;tariat, mais les intellectuels bourgeois (soulign&#233; par K. K.) : c'est en effet dans le cerveau de certains individus de cette cat&#233;gorie qu'est n&#233; le socialisme contemporain, et c'est par eux qu'il a &#233;t&#233; communiqu&#233; aux prol&#233;taires intellectuellement les plus d&#233;velopp&#233;s, qui l'introduisent ensuite dans la lutte de classe du prol&#233;tariat l&#224; o&#249; les conditions le permettent. Ainsi donc, la conscience socialiste est un &#233;l&#233;ment import&#233; du dehors (Von Aussen Hineingetragenes) dans la lutte de classe du prol&#233;tariat, et non quelque chose qui en surgit spontan&#233;ment (urw&#252;chsig). Aussi le vieux programme de Hainfeld disait-il tr&#232;s justement que la t&#226;che de la social-d&#233;mocratie est d'introduire dans le prol&#233;tariat (litt&#233;ralement : de remplir le prol&#233;tariat) la consciencede sa situation et la conscience de sa mission. Point ne serait besoin de le faire si cette conscience &#233;manait naturellement de la lutte de classe. Or le nouveau projet a emprunt&#233; cette th&#232;se &#224; l'ancien programme et l'a accol&#233;e &#224; la th&#232;se cit&#233;e plus haut. Ce qui a compl&#232;tement interrompu le cours de la pens&#233;e...&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&#176;) &#171; La question se pose : en quoi donc doit consister l'&#233;ducation politique ? Peut-on se borner &#224; propager l'id&#233;e que la classe ouvri&#232;re est hostile &#224; l'autocratie ? Certes, non. Il ne suffit pas d'&#233;clairer les ouvriers sur leur oppression politique (comme il ne suffisait pas de les &#233;clairer sur l'opposition de leurs int&#233;r&#234;ts &#224; ceux du patronat). Il faut faire de l'agitation &#224; propos de chaque manifestation concr&#232;te de cette oppression (comme nous l'avons fait pour les manifestations concr&#232;tes de l'oppression &#233;conomique). Or, comme cette oppression s'exerce sur les classes les plus diverses de la soci&#233;t&#233;, se manifeste dans les domaines les plus divers de la vie et de l'activit&#233; professionnelle, civile, priv&#233;e, familiale, religieuse, scientifique etc., etc., n'est-il pas &#233;vident que nous n'accomplirons pas notre t&#226;che qui est de d&#233;velopper la conscience politique des ouvriers, si nous ne nous chargeons pas d'organiser une vaste campagne politique de d&#233;nonciation de l'autocratie ? En effet, pour faire de l'agitation au sujet des manifestations concr&#232;tes d'oppression, il faut d&#233;noncer ces manifestations (de m&#234;me que pour mener l'agitation &#233;conomique, il fallait d&#233;noncer les abus commis dans les usines). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article141&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article141&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;tant partisan de la construction du parti r&#233;volutionnaire, L&#233;nine est-il oppos&#233; aux soviets auto-organis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://matierevolution.org/spip.php?article8306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.org/spip.php?article8306&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une discussion &#224; propos de la conception d'organisation contenue dans &#034;Que faire ?&#034; de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment les anticapitalistes du NPA-r&#233;volutionnaires &#034;r&#233;visent&#034; la brochure &#034;Que Faire ?&#034; de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7935&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7935&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA se demande que faire&#8230; d'octobre 1917&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4797&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4797&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti, les syndicats, les soviets : quelle politique pour les militants r&#233;volutionnaires et pour les travailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2996&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2996&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion sur le parti r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2455&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2455&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>THE LENINIST ATTITUDE TO WAR</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8297</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8297</guid>
		<dc:date>2025-07-08T03:33:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;THE LENINIST ATTITUDE TO WAR &lt;br class='autobr' /&gt;
What is our attitude to War ? We say to the Youth that it is &#8220;Turn Imperialist War into Civil War.&#8221; I shall not attempt to explain it. Lenin has done so in words which are the simplest and clearest that we know stating our position. Here they are : &lt;br class='autobr' /&gt;
Every war implies violence against nations, but that does not prevent the Socialist from being in favour of a revolutionary war. The class character of the war &#8211; that is the fundamental question which confronts the (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;THE LENINIST ATTITUDE TO WAR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What is our attitude to War ? We say to the Youth that it is &#8220;Turn Imperialist War into Civil War.&#8221; I shall not attempt to explain it. Lenin has done so in words which are the simplest and clearest that we know stating our position. Here they are :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Every war implies violence against nations, but that does not prevent the Socialist from being in favour of a revolutionary war. The class character of the war &#8211; that is the fundamental question which confronts the Socialist who is not a renegade. The Imperialist war of 1914-18 is a war between two coalitions of the imperial&#172;ist bourgeoisie for the partition of the world, for the division of booty, and for the strangulation and spoliation of small and weak nationalities. Such was the view of the war which was given in 1912 by the Basle Manifesto, which has since been confirmed by facts. He who abandons this point of view is not a Socialist ; and if a German, under Wilhelm, or a Frenchman, under Clemenceau, says &#8220;I am justified, and, indeed it is my duty as a Socialist to defend my country if it is invaded by an enemy&#8221; ; he reasons not as a Socialist, not as an internationalist, not as a revolutionary proletarian, but as a bourgeois nationalist. For this reasoning leaves out of sight the revolutionary class-struggle of the workers against capitalism, and abandons all attempt at appraising the war as a whole from the point of view of the world bourgeoisie and the world proletariat ; that is, discards Internationalism and adopts a miserable and narrow-minded nationalist stand&#172;point. My country is being invaded, all the rest does not concern me &#8211; that is what such reasoning amounts to, and this is why it is bourgeois-nationalist narrow-mindedness. It is the same as if somebody, confronted by an individual outrage, were to reason : socialism is opposed to outrage ; therefore I prefer to be a traitor rather than go to prison. The Frenchman, the German or Italian who says &#8211; &#8220;socialism is opposed to outrage on nations ; therefore I defend myself when my country is invaded&#8221; &#8211; this man is betraying socialism and internationalism, since he only thinks of his own country, places above all his bourgeoisie, without reflecting upon the international connections which make the war an Imperialist war, and his bourgeoisie a link in the chain of Imperialist brigandage. All Philistines and &#8220;yokels&#8221; reason just like these renegades, the Kautskys, the Longuets, the Turatis : &#8220;my country is invaded and I do not care about anything else.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As against these, the socialist, the revolutionary prole&#172;tarian, the internationalist, reasons differently. He says : &#8220;the character of the war (whether reactionary or revo&#172;lutionary) does not depend upon who was the aggressor, or on whose territory the enemy is standing. It depends on what class is carrying on the war, and what is the politics of which the war is a continuation. If the war is a reactionary imperialist war, that is, is being waged by two world-coalitions of the imperialist predatory bour&#172;geoisie, then every bourgeoisie, even of the smallest coun&#172;try, becomes a participant in the brigandage, and my duty as a representative of the revolutionary proletariat is to prepare the world proletarian revolution as the only escape from the horrors of the world war. In other words, I must reason, not from the point of view of &#8220;my&#8221; country (for this is the reasoning of a poor stupid nationalist philistine who does not realise that he is only a plaything in the hands of the imperialist bourgeoisie), but from the point of view of my share in the preparation, in the propaganda and in the acceleration of the world proletarian revolution.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is what internationalism is, and this is the duty of the international revolutionary worker, of the genuine socialist.&#8221; LENIN. &#8211; The Proletarian Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There is little to add to that today. The &#8220;Communists&#8221; say &#8220;that circumstances have changed&#8221; and they sing loud alarms about the growth of Fascism. Fascism is German capitalism, as the Kaiser's government was Ger&#172;man capitalism. The German worker is more oppressed by Fascism than he was by German militarism. That is undoubtedly true. But that is no reason why we should fight for British capitalism against German capitalism. We remain internationalists. There is the question of the U.S.S.R. We must defend the Soviet Union for we have to prevent the Workers' State from sliding back to capitalism as it certainly will if it is conquered in war. But how do we do that ? By joining with Baldwin or Duff Cooper or a Popular Front Government ? Never. Not even if Colonel Harry Pollitt in full uniform asks us to do so. Any combination of workers and capitalists means that the workers will be deceived. The bourgeois will begin the war perhaps allied to the Soviet Union. But they know what happened after the last war. They know that revolutions will certainly follow this coming war, and they know that if the Soviet Union is still in existence after the war the workers will be inspired to sweep capitalism away. All of the bourgeois know this, British democracy and German Fascism. So that as soon as the war is at a stage where one side feels that it has the victorious position it will make an offer to the other side to come to terms at the expense of the Soviet Union. The bourgeois did it in the last war. They will do it in the next when the existence of the Soviet Union will be a far more dangerous example to the workers than it was at the end of the last war. The Fourth International principles demand that while Litvinov and Stalin can make alliances with the bourgeois and bargain and intrigue with them, we the revolutionary workers can only defend the Soviet Union by keeping up the class struggle and aiming to bring capitalism down. If capitalism goes on the Soviet Union must perish ; so in peace and war we have to struggle to bring down capitalism. The position of Lenin remains unassailable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C.L.R. James&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chapter I&lt;br class='autobr' /&gt;
The Principles of Socialism and the War of 1914&#8211;1915&lt;br class='autobr' /&gt;
The Attitude of Socialists Towards Wars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialists have always condemned war between nations as barbarous and brutal. But our attitude towards war is fundamentally different from that of the bourgeois pacifists (supporters and advocates of peace) and of the Anarchists. We differ froth the former in that we understand the inevitable connection between wars and the class struggle within the country ; we understand that war cannot be abolished unless classes are abolished and Socialism is created ; and we also differ in that we fully regard civil wars, i.e., wars waged by the oppressed class against the oppressing class, slaves against slave-owners, serfs against land-owners, and wage-workers against the bourgeoisie, as legitimate, progressive and necessary. We Marxists differ from both the pacifists and the Anarchists in that we deem it necessary historically (from the standpoint of Marx's dialectical materialism) to study each war separately. In history there have been numerous wars which, in spite of all the horrors, atrocities, distress and suffering that inevitably accompany all wars, were progressive, i.e., benefited the development of mankind by helping to destroy the exceptionally harmful and reactionary institutions (for example, autocracy or serfdom), the most barbarous despotisms in Europe (Turkish and Russian). Therefore, it is necessary to examine the historically specific features of precisely the present war. &lt;br class='autobr' /&gt;
Historical Types of Wars in Modern Times&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Great French Revolution ushered in a new epoch in the history of mankind. From that time to the Paris Commune, from 1789 to 1871, one of the types of wars were wars of a bourgeois-progressive, national-liberating character. In other words, the chief content and historical significance of these wars were the overthrow of absolutism and feudalism, the undermining of these institutions, the overthrow of alien oppression. Therefore, those were progressive wars, and during such wars, all honest, revolutionary democrats, and also all Socialists, always sympathised with the success of that country (i.e., with that bourgeoisie), which had helped to overthrow, or sap, the most dangerous foundation of feudalism, absolutism and the oppression of other nations. For example, the revolutionary wars waged by France contained an element of plunder and conquest of alien territory by the French, but this does not in the least alter the fundamental historical significance of these wars, which destroyed and shattered feudalism and absolutism in the whole of old, serf-ridden Europe. In the Franco-Prussian War, Germany plundered France, but this does not alter the fundamental historical significance of this war, which liberated tens of millions of German people from feudal disintegration and from the oppression of two despots, the Russian tsar and Napoleon III. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Difference Between Aggressive and Defensive War&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The epoch of 1789-1871 left deep marks and revolutionary memories. Before feudalism, absolutism and alien oppression were overthrown, the development of the proletarian struggle for Socialism was out of the question. When speaking of the legitimacy of &#8220;defensive&#8221; war in relation to the wars of such an epoch, Socialists always had in mind precisely these objects, which amounted to revolution against medievalism and serfdom. By &#8220;defensive&#8221; war Socialists always meant a &#8220;just&#8221; war in this sense (W. Liebknecht once expressed himself precisely in this way). Only in this sense have Socialists regarded, and now regard, wars &#8220;for the defence of the fatherland,&#8221; or &#8220;defensive&#8221; wars, as legitimate, progressive and just. For example, if tomorrow, Morocco were to declare war on France, India on England, Persia or China on Russia, and so forth, those would be &#8220;just,&#8221; &#8220;defensive&#8221; wars, irrespective of who attacked first ; and every Socialist would sympathise with the victory of the oppressed, dependent, unequal states against the oppressing, slaveowning, predatory &#8220;great&#8221; powers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But picture to yourselves a slave-owner who owned 100 slaves warring against a slave-owner who owned 200 slaves for a more &#8220;just&#8221; distribution of slaves. Clearly, the application of the term &#8220;defensive&#8221; war, or war &#8220;for the defence of the fatherland&#8221; in such a case would be historically false, and in practice would be sheer deception of the common people, of philistines, of ignorant people, by the astute slaveowners. Precisely in this way are the present-day imperialist bourgeoisie deceiving the peoples by means of &#8220;national ideology and the term &#8220;defence of the fatherland in the present war between slave-owners for fortifying and strengthening slavery. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Present War is An Imperialist War&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nearly everybody admits that the present war is an imperialist war, but in most cases this term is distorted or applied to one side, or a loophole is left for the assertion that this war may, after all, have a bourgeois-progressive, national-liberating significance. Imperialism is the highest stage in the development of capitalism, reached only in the twentieth century. Capitalism now finds the old national states, without the formation of which it could not have overthrown feudalism, too tight for it. Capitalism has developed concentration to such a degree that whole branches of industry have been seized by syndicates, trusts and associations of capitalist billionaires, and almost the entire globe has been divided up among the &#8220;lords of capital, either in the form of colonies, or by enmeshing other countries in thousands of threads of financial exploitation. Free trade and competition have been superseded by the striving for monopoly, for the seizure of territory for the investment of capital, for the export of raw materials from them, and so forth. From the liberator of nations that capitalism was in the struggle against feudalism, imperialist capitalism has become the greatest oppressor of nations. Formerly progressive, capitalism has become reactionary ; it has developed the forces of production to such a degree that mankind is faced with the alternative of going over to Socialism or of suffering years and even decades of armed struggle between the &#8220;great powers for the artificial preservation of capitalism by means of colonies, monopolies, privileges and national oppression of every kind.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From this it is seen how most of the nations which fought at the head of others for freedom in 1798-1871, have now, after 1876, on the basis of highly developed and &#8220;overripe&#8221; capitalism, become the oppressors and enslavers of the majority of the populations and nations of the globe. From 1876 to 1914, six &#8220;great&#8221; powers grabbed 25 million sq. kilometres, i.e., an area two and a half times that of Europe ! Six powers are enslaving over half a billion (521 million) inhabitants of colonies. For every four inhabitants of the &#8220;great&#8221; powers there are five inhabitants of &#8220;their&#8221; colonies. And everybody knows that colonies are conquered by fire and sword, that the populations of colonies are brutally treated, that they are exploited in a thousand ways (by exporting capital, concessions, etc., cheating when selling them goods, subordination to the authorities of the &#8220;ruling&#8221; nation, and so on and so forth). The Anglo-French bourgeoisie are deceiving the people when they say that they are waging war for the freedom of nations and for Belgium ; actually they are waging war for the purpose of retaining the colonies they have inordinately grabbed. The German imperialists would free Belgium, etc., at once if the British and French would agree &#8220;fairly&#8221; to share their colonies with them. The peculiarity of the situation lies in that in this war the fate of the colonies is being decided by war on the Continent. From the standpoint of bourgeois justice and national freedom (or the right of nations to existence), Germany would be absolutely right as against England and France, for she has been &#8220;done out&#8221; of colonies, her enemies are oppressing an immeasurably far larger number of nations than she is, and the Slavs who are oppressed by her ally Austria undoubtedly enjoy far more freedom than those in tsarist Russia, that real &#8220;prison of nations.&#8221; But Germany is fighting not for the liberation, but for the oppression of nations. It is not the business of Socialists to help the younger and stronger robber (Germany) to rob the older and overgorged robbers. Socialists must take advantage of the struggle between the robbers to overthrow them all. To be able to do this, the Socialists must first of all tell the people the truth, namely, that this war is in a treble sense a war between slave-owners to fortify slavery. This is a war firstly, to fortify the enslavement of the colonies by means of a &#8220;fairer&#8221; distribution and subsequent more &#8220;concerted exploitation of them&#8221; ; secondly, to fortify the oppression of other nations within the &#8220;great&#8221; powers, for both Austria and Russia (Russia more and much worse than Austria) maintain their rule only by such oppression, intensifying it by means of war ; and thirdly, to fortify and prolong wage slavery, for the proletariat is split up and suppressed, while the capitalists gain, making fortunes out of the war, aggravating national prejudices and intensifying reaction, which has raised its head in all countries. even in the freest and most republican. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;War is the Continuation of Politics by Other&#8221; (i.e., Violent) &#8220;Means&#8221;[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This famous aphorism was uttered by one of the profoundest writers on the problems of war, Clausewitz. Marxists have always rightly regarded this thesis as the theoretical basis of views concerning the significance of every given war. It was precisely from this viewpoint that Marx and Engels always regarded different wars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apply this view to the present war. You will see that for decades, for almost half a century, the governments and the ruling classes of England, and France, and Germany, and Italy, and Austria, and Russia, pursued a policy of plundering colonies, of oppressing other nations, of suppressing the working-class movement. It is this, and only this policy that is being continued in the present war. In particular, the policy of both Austria and Russia peace-time as well as in war, is a policy of enslaving and not of liberating nations. In China, Persia, India and other dependent countries, on the contrary, we have seen during the past decades a policy of rousing tens and hundreds of millions of people to national life, of liberating them from the oppression of the reactionary &#8220;great&#8221; powers. A war on such a historical ground can even today be a bourgeois-progressive, national-liberation war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is sufficient to glance at the present war from the viewpoint that it is a continuation of the politics of the great powers, and of the principal classes within them, to see at once the howling anti-historicalness, falsity and hypocrisy of the view that the &#8220;defence of the fatherland&#8221; idea can be justified in the present war. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Example of Belgium&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The favourite plea of the social-chauvinist triple (now quadruple) entente[2] (in Russia, Plekhanov and Co.), is the example of Belgium. But this example goes against them. The German imperialists shamelessly violated the neutrality of Belgium, as belligerent states have done always and everywhere, trampling upon all treaties and obligations if necessary. Let us suppose that all the states interested in the observation of international treaties declared war on Germany with the demand for the liberation and indemnification of Belgium. In such a case, the sympathies of Socialists would, of course, be on the side of Germany's enemies. But the whole point is that the &#8220;triple (and quadruple) entente&#8221; is waging war not over Belgium, this is perfectly well known, and only hypocrites conceal this. England is grabbing Germany's colonies and Turkey ; Russia is grabbing Galicia and Turkey, France wants Alsace-Lorraine and even the left bank of the Rhine ; a treaty has been concluded with Italy for the division of the spoils (Albania, Asia Minor) ; bargaining is going on with Bulgaria and Rumania, also for the division of the spoils. In the present war waged by the present governments it is impossible to help Belgium without helping to strangle Austria or Turkey, etc.! How does &#8220;defence of the fatherland&#8221; come in here ? Herein, precisely, lies the specific feature of imperialist war, war between reactionary-bourgeois, historically obsolete governments, waged for the purpose of oppressing other nations. Whoever justifies participation in the present war perpetuates imperialist oppression of nations. Whoever advocates taking advantage of the present embarrassments of the governments to fight for the social revolution champions the real freedom of really all nations, which is possible only under Socialism. &lt;br class='autobr' /&gt;
What is Russia Fighting For ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Russia, capitalist imperialism of the latest type has fully revealed itself in the policy of tsarism towards Persia, Manchuria and Mongolia ; but, in general, military and feudal imperialism predominates in Russia. In no country in the world is the majority of the population oppressed so much as it is in Russia ; Great Russians constitute only 43 per cent of the population, i.e., less than half ; all the rest are denied rights as aliens. Of the 170 million inhabitants of Russia, about 100 million are oppressed and denied rights. Tsarism is waging war to seize Galicia and finally to crush the liberties of the Ukrainians, to seize Armenia, Constantinople, etc. Tsarism regards the war as a means of diverting attention from the growth of discontent within the country and of suppressing the growing revolutionary movement. At the present time, for every two Great Russians in Russia there are from two to three rightless &#8220;aliens&#8221; : tsarism is striving by means of the war to increase the number of nations oppressed by Russia, to perpetuate this oppression and thereby undermine the struggle for freedom which the Great Russians themselves are waging. The possibility of oppressing and robbing other nations perpetuates economic stagnation, because, often, the source of income is not the development of productive forces, but the semi-feudal exploitation of &#8220;aliens.&#8221; Thus, on the part of Russia, the war is distinguished for its profoundly reactionary and anti-liberating character. &lt;br class='autobr' /&gt;
What is Social-Chauvinism ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Social-chauvinism is advocacy of the idea of &#8220;defence of the fatherland&#8221; in the present war. Further, this idea logically leads to the abandonment of the class struggle during the war, to voting war credits, etc. Actually, the social-chauvinists are pursuing an anti-proletarian, bourgeois policy ; for actually, they are championing not &#8220;defence of the fatherland&#8221; in the sense of fighting foreign oppression, but the &#8220;right&#8221; of one or other of the &#8220;great&#8221; powers to plunder colonies and to oppress other nations. The social-chauvinists repeat the bourgeois deception of the people that the war is being waged to protect the freedom and existence of nations, and thereby they go over to the side of the bourgeoisie against the proletariat. In the category of social-chauvinists are those who justify and embellish the governments and bourgeoisie of one of the belligerent groups of powers, as well as those who, like Kautsky, argue that the Socialists of all the belligerent powers have an equal right to &#8220;defend the fatherland.&#8221; Social-chauvinism, being actually defence of the privileges, advantages, robbery and violence of one's &#8220;own&#8221; (or every) imperialist bourgeoisie, is the utter betrayal of all socialist convictions and of the decision of the Basle International Socialist Congress. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Basle Manifesto[3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The manifesto on war that was unanimously adopted in Basle in 1911 had in view the very war between England and Germany and their present allies that broke out in 1914. The manifesto openly declares that no plea of the interests of the people can justify such a war, waged &#8220;for the sake of the profits of the capitalists&#8221; and &#8220;the ambitions of dynasties&#8221; on the basis of the imperialist, predatory policy of the great powers. The manifesto openly declares that war is dangerous &#8220;for the governments&#8221; (all without exception), notes their fear of &#8220;a proletarian revolution,&#8221; and very definitely points to the example of the Commune of 1871, and of October-December 1905, i.e., to the examples of revolution and civil war. Thus, the Basle Manifesto lays down, precisely for the present war, the tactics of revolutionary struggle by the workers on an international scale against their governments, the tactics of proletarian revolution. The Basle Manifesto repeats the statement in the Stuttgart resolution that, in the event of war breaking out, Socialists must take advantage of the &#8220;economic and political crisis&#8221; it will cause, to &#8220;hasten the downfall of capitalism,&#8221; i.e., to take advantage of the governments' embarrassments and the anger of the masses, caused by the war, for the socialist revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The policy of the social-chauvinists, their justification of the war from the bourgeois-liberation standpoint, their sanctioning of &#8220;defence of the fatherland,&#8221; voting credits, entering cabinets, and so on and so forth, is downright treachery to Socialism, which can be explained only, as we wilt see lower down, by the victory of opportunism and of the national-liberal labour policy in the majority of European parties. &lt;br class='autobr' /&gt;
False References to Marx and Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Russian social-chauvinists (headed by Plekhanov), refer to Marx's tactics in the war of 1870 ; the German (of the type of Lensch, David and Co.) to Engels' statement in 1891 that in the event of war against Russia and France together, it would be the duty of the German Socialists to defend their fatherland ; and lastly, the social-chauvinists of the Kautsky type, who want to reconcile and legitimatise international chauvinism, refer to the fact that Marx and Engels, while condemning war, nevertheless, constantly, from to 1870-1871 and 1876-1877, took the side of one or another belligerent state once war had broken out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All these references are outrageous distortions of the views of Marx and Engels in the interest of the bourgeoisie and the opportunists, in just the same way as the writings of the Anarchists Guillaume and Co. distort the views of Marx and Engels in justification of anarchism. The war of 1870-1871 was a historically progressive war on the part of Germany until Napoleon III was defeated ; for the latter, together with the tsar, had oppressed Germany for many years, keeping her in a state of feudal disintegration. But as soon as the war developed into the plunder of France (the annexation of Alsace and Lorraine), Marx and Engels emphatically condemned the Germans. And even at the beginning of that war Marx and Engels approved of the refusal of Bebel and Liebknecht to vote for credits and advised the Social-Democrats not to merge with the bourgeoisie, but to uphold the independent class interests of the proletariat. To apply the appraisal of this bourgeois-progressive and national-liberating war to the present imperialist war means mocking at truth. The same applies with still greater force to the war of 1854-1855, and to all the wars of the nineteenth century, when there was no modern imperialism, no ripe objective conditions for Socialism, and no mass Socialist parties in any of the belligerent countries, i.e., none of the conditions from which the Basle Manifesto deduced the tactics of &#8220;proletarian revolution&#8221; in connection with a war between the great powers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Whoever refers today to Marx's attitude towards the wars of the epoch of the progressive bourgeoisie and forgets Man's statement that &#8220;the workers have no fatherland,&#8221; a statement that applies precisely to the epoch of the reactionary, obsolete bourgeoisie, to the epoch of the socialist revolution, shamelessly distorts Marx and substitutes the bourgeois for the socialist point of view. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Collapse of the Second International&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Socialists of all the world solemnly declared in Basle, in 1912, that they regarded the impending war in Europe as the &#8220;criminal&#8221; and most reactionary affair of all the governments, which must hasten the downfall of capitalism by inevitably calling forth a revolution against it. The war came, the crisis came. Instead of revolutionary tactics, the majority of the Social-Democratic parties conducted reactionary tactics, went over to the side of their respective governments and bourgeoisie. This betrayal of Socialism signifies the collapse of the Second (1889-1914) International, and we must understand what caused this collapse, what brought social-chauvinism into being, what gave it strength. &lt;br class='autobr' /&gt;
Social-Chauvinism is Consummated Opportunism&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During the whole epoch of the Second International, a struggle raged everywhere in the Social-Democratic parties between the revolutionary and the opportunist wings. In a number of countries a split has taken place along this line (England, Italy, Holland, Bulgaria). Not a single Marxist has any doubt that opportunism expresses bourgeois policy within the working-class movement, expresses the interests of the petty bourgeoisie and the alliance of a tiny section of bourgeoisified workers with &#8220;their&#8221; bourgeoisie against the interests of the proletarian masses, the oppressed masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The objective conditions of the end of the nineteenth century exceptionally intensified opportunism, converted the utilization of bourgeois legality into subservience to it, created a tiny stratum of bureaucrats and aristocrats within the working class, and drew into the ranks of the Social-Democratic parties numerous petty-bourgeois &#8220;fellow travellers.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The war accelerated this development and transformed opportunism into social-chauvinism, transformed the secret alliance between the opportunists and the bourgeoisie into an open one. Simultaneously, the military authorities everywhere have introduced martial law and have muzzled the mass of the workers, whose old leaders have nearly all gone over to the bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opportunism and social-chauvinism have the same economic basis : the interests of a tiny stratum of privileged workers and of the petty bourgeoisie who are defending their privileged position, their &#8220;right&#8221; to crumbs of the profits &#8220;their&#8221; national bourgeoisie obtain from robbing other nations, from the advantages of their position as the ruling nation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Opportunism and social-chauvinism have the same ideological-political content : collaboration of classes instead of class struggle, renunciation of revolutionary methods of struggle, helping one's &#8220;own&#8221; government in its embarrassed situation instead of taking advantage of these embarrassments for revolution. If we take all the European countries as a whole, if we pay attention not to individuals (even the most authoritative), we will find that it is the opportunist trend that has become the chief bulwark of social-chauvinism, whereas from the camp of the revolutionaries, more or less consistent protests against it are heard nearly everywhere. And if we take, for example, the grouping of trends at the Stuttgart International Socialist Congress in 1907,[4] we will find that international Marxism was opposed to imperialism, while international opportunism was in favour of it already at that time. &lt;br class='autobr' /&gt;
Unity with the Opportunists Means Alliance Between the Workers and &#8220;Their&#8221; National Bourgeoisie and Splitting the International Revolutionary Working Class&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the past epoch, before the war, although opportunism was often regarded as a &#8220;deviationist,&#8221; &#8220;extremist&#8221; part of the Social-Democratic Party, it was nevertheless regarded as a legitimate part. The war has shown that this cannot be so in future. Opportunism has &#8220;matured,&#8221; is now playing to the full its role as emissary of the bourgeois in the working-class movement. Unity with the opportunists has become sheer hypocrisy, an example of which we see in the German Social-Democratic Party. On all important occasions (for example, the voting on August 4),[5] the opportunists come forward with an ultimatum, which they carry out with the aid of their numerous connections with the bourgeoisie, of their majority on the executives of the trade unions, etc. Unity with the opportunists actually means today, subordinating the working class to &#8220;its&#8221; national bourgeoisie, alliance with it for the purpose of oppressing other nations and of fighting for great-power privileges, it means splitting the revolutionary proletariat in all countries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hard as the struggle may be, in individual cases, against the opportunists who predominate in many organisations, peculiar as the process of purging the workers' parties of opportunists may be in individual countries, this process is inevitable and fruitful. Reformist Socialism is dying ; regenerated Socialism &#8220;will be revolutionary, uncompromising and insurrectionary,&#8221; to use the apt expression of the French Socialist Paul Golay. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Kautskyism&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, the biggest authority in the Second International, gives us a highly typical and glaring example of how the verbal recognition of Marxism has led actually to its conversion into &#8220;Struveism&#8221;,[6] or into &#8220;Brentanoism.&#8221;[7] We see this also from the example of Plekhanov. By means of obvious sophistry they rob Marxism of its revolutionary living spirit ; they recognise everything in Marxism except revolutionary methods of struggle, the preaching of and preparation for such methods, and the training of the masses precisely in this direction. Kautsky, in an unprincipled fashion, &#8220;reconciles&#8221; the fundamental idea of social-chauvinism, recognition of defence of the fatherland in the present war, with a diplomatic, sham concession to the Leftists, the shape of abstaining from voting credits, the verbal claim of being in the opposition, etc. Kautsky, who in 1909 wrote a whole book on the approaching epoch of revolutions and on the connection between war and revolutions, Kautsky, who in 1912 signed the Basle Manifesto on taking revolutionary advantage of the impending war, is now, in every way, justifying and embellishing social-chauvinism and, like Plekhanov, joins the bourgeoisie in ridiculing all thought of revolution, all steps towards direct revolutionary struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The working class cannot play its world-revolutionary role unless it wages a ruthless struggle against this renegacy, spinelessness, subservience to opportunism and unexampled vulgarization of the theories of Marxism. Kautskyism is not fortuity, but a social product of the contradictions within the Second International, a combination of loyalty to Marxism in words and subordination to opportunism in deeds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This fundamental falseness of &#8220;Kautskyism&#8221; manifests itself in different ways in different countries. In Holland, Roland-HoIst while rejecting the idea of defending the fatherland, defends unity with the opportunists' party. In Russia Trotsky, while also rejecting this idea, also defends unity with the opportunist and chauvinist Nasha Zarya group. In Rumania, Rakovsky, while declaring war on opportunism as being responsible for the collapse of the International, is at the same time ready to recognise the legitimacy of the idea of defending the fatherland. All this is a manifestation of the evil which the Dutch Marxists (Gorter and Pannekoek) have called &#8220;passive radicalism&#8221;, and which amounts to substituting for Marxism eclecticism in theory and servility to, or impotence in the face of, opportunism in practice. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Marxists' Slogan is the Slogan of Revolutionary Social-Democracy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The war has undoubtedly created a most acute crisis and has increased the distress of the masses to an incredible degree. The reactionary character of this war, and the shameless lies told by the bourgeoisie of all countries in covering up their predatory aims with &#8220;national&#8221; ideology, are inevitably creating, on the basis of an objectively revolutionary situation, revolutionary moods among the masses. It is our duty to help the masses to become conscious of these moods, to deepen and formulate them. This task is correctly expressed only by the slogan : convert the imperialist war into civil war ; and all consistently waged class struggles during the war, all seriously conducted &#8220;mass action&#8221; tactics inevitably lead to this. It is impossible to foretell whether a powerful revolutionary movement will flare up during the first or the second war of the great powers, whether during or after it ; in any case, our bounden duty is systematically and undeviatingly to work precisely in this direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Basle Manifesto refers directly to the example set by the Paris Commune, i.e., to the conversion of a war between governments into civil war. Half a century ago, the proletariat was too weak ; the objective conditions for Socialism had not yet ripened ; there could be no coordination and cooperation between the revolutionary movements in all the belligerent countries ; the &#8220;national ideology&#8221; (the traditions of 1792), with which a section of the Parisian workers were imbued, was their petty-bourgeois weakness, which Marx noted at the time, and was one of the causes of the fall of the Commune. Half a century after it, the conditions that weakened the revolution at that time have passed away, and it is unpardonable for a Socialist at the present time to resign himself to the abandonment of activities precisely in the spirit of the Paris Communards. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Example Shown by the Fraternisation in the Trenches&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bourgeois newspapers of all the belligerent countries have reported cases of fraternisation between the soldiers of the belligerent nations even in the trenches. And the issue by the military authorities (of Germany, England) of draconic orders against such fraternisation proved that the governments and the bourgeoisie attached grave importance to it. The fact that such cases of fraternisation have been possible even when opportunism reigns supreme in the top ranks of the Social-Democratic parties of Western Europe, and when social-chauvinism is supported by the entire Social-Democratic press and by all the authorities of the Second International, shows us how possible it would be to shorten the present criminal, reactionary and slave-owners' war and to organise a revolutionary international movement if systematic work were conducted in this direction, if only by the Left-wing Socialists in all the belligerent countries. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Importance of an Underground Organisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most prominent Anarchists all over the world, no less than the opportunists, have disgraced themselves with social-chauvinism (in the spirit of Plekhanov and Kautsky) in this war. One of the useful results of this war will undoubtedly be that it will kill both anarchism and opportunism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;While under no circumstances or conditions refraining from utilizing all legal possibilities, however small, for the purpose of organizing the masses and of preaching Socialism, the Social-Democratic parties must break with subservience to legality. &#8220;You shoot first, Messieurs the Bourgeoisie,&#8221;[8] wrote Engels, hinting precisely at civil war and at the necessity of our violating legality after the bourgeoisie had violated it. The crisis has shown that the bourgeoisie violate it in all countries, even the freest, and that it is impossible to lead the masses to revolution unless an underground organisation is set up for the purpose of advocating, discussing, appraising and preparing revolutionary methods of struggle. In Germany, for example, all the honest things that Socialists are doing, are being done in spite of despicable opportunism and hypocritical &#8220;Kautskyism&#8221;, and are being done secretly. In England, people are sent to penal servitude for printing appeals against joining the army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To regard the repudiation of underground methods of propaganda, and ridiculing the latter in the legally published press, as being compatible with membership of the Social-Democratic Patty is treachery to Socialism. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concerning Defeat of &#8220;One's Own&#8221; Government in the Imperialist War&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Both the advocates of victory for their governments in the present war and the advocates of the slogan &#8220;neither victory not defeat&#8221;, equally take the standpoint of social-chauvinism. A revolutionary class cannot but wish for the defeat of its government in a reactionary war, cannot fail to see that its military reverses facilitate its overthrow. Only a bourgeois who believes that a war started by the governments must necessarily end as a war between governments and wants it to end as such, can regard as &#8220;ridiculous&#8221; and &#8220;absurd&#8221; the idea that the Socialists of all the belligerent countries should wish for the defeat of all &#8220;their&#8221; governments and express this wish. On the contrary, it is precisely a statement of this kind that would conform to the cherished thoughts of every class-conscious worker, and would be in line with our activities towards converting the imperialist war into civil war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Undoubtedly, the serious anti-war agitation that is being conducted by a section of the British, German and Russian Socialists has &#8220;weakened the military power&#8221; of the respective governments, but such agitation stands to the credit of the Socialists. Socialists must explain to the masses that they have no other road of salvation except the revolutionary overthrow of &#8220;their&#8221; governments, and that advantage must be taken of these governments' embarrassments in the present war precisely for this purpose. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pacifism and the Peace Slogan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The sentiments of the masses in favour of peace often express incipient protest, anger and consciousness of the reactionary character of the war. It is the duty of all Social-Democrats to utilise these sentiments. They will take a most ardent pan in every movement and in every demonstration on this ground ; but they will not deceive the people by conceding the idea that peace without annexations, without the oppression of nations, without plunder, without the germs of new wars among the present governments and ruling classes is possible in the absence of a revolutionary movement. Such a deception of the people would merely play into the hands of the secret diplomacy of the belligerent governments and facilitate their counter-revolutionary plans. Whoever wants a lasting and democratic peace must be in favour of civil war against the governments and the bourgeoisie. &lt;br class='autobr' /&gt;
The Right of Nations to Self-Determination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most widespread deception of the people perpetrated by the bourgeoisie in the present war is the concealment of its predatory aims with &#8220;national-liberation&#8221; ideology. The English promise the liberation of Belgium, the Germans of Poland, etc. Actually, as we have seen, this is a war waged by the oppressors of the majority of the nations of the world for the purpose of fortifying and expanding such oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialists cannot achieve their great aim without fighting against all oppression of nations. Therefore, they must without fail demand that the Social-Democratic parties of oppressing countries (especially of the so-called &#8220;great&#8221; powers) should recognise and champion the right of oppressed nations to self-determination, precisely in the political sense of the term, i.e., the right to political secession. The Socialist of a ruling or colony-owning nation who fails to champion this right is a chauvinist.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The championing of this right, far from encouraging the formation of small states, leads, on the contrary, to the freer, fearless and therefore wider and more widespread formation of very big states and federations of states, which are more beneficial for the masses and more fully in keeping with economic development.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Socialists of oppressed nations must, in their turn, unfailingly fight for the complete (including organisational) unity of the workers of the oppressed and oppressing nationalities. The idea of the juridical separation of one nation from another (so-called &#8220;cultural-national autonomy&#8221; advocated by Bauer and Renner) is reactionary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imperialism is the epoch of the constantly increasing oppression of the nations of the world by a handful of &#8220;great&#8221; powers and, therefore, it is impossible to fight for the socialist international revolution against imperialism unless the right of nations to self-determination is recognized. &#8220;No nation can be free if it oppresses other nations&#8221; (Marx and Engels). A proletariat that tolerates the slightest violence by &#8220;its&#8221; nation against other nations cannot be a socialist proletariat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] See Karl von Clausewitz, Vom Kriege, Berlin 1957, Vol.I, p.4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] An imperialist alliance of Britain, France, Russia and Italy. The latter joined after breaking away from the Triple Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] The Basle Manifesto on the war issue was unanimously adopted at the special congress of the Second International held on November 4-25, 1912, at Basle, Switzerland. The manifesto revealed the predatory aims of the war the imperialists were preparing and urged workers everywhere resolutely to combat the war danger. The manifesto proposed that in the event of an imperialist war breaking out, Socialists should take advantage of the economic and political crisis to precipitate the socialist revolution. (On the Basic Manifesto, see also V.I. Lenin, The Collapse of the Second International, Collected Works, Eng. ed., International Publishers, New York 1930, Vol. XVIII, pp.273-82.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the Basic Congress Kautsky, Vandervelde and the other leaders of the Second International voted for the Manifesto, but as soon as the world war broke out in 1914, they went back on it, and sided with their imperialist governments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] The Stuttgart international Socialist Congress, held on August 18-24, 1907. At this congress the R.S.D.L.P. was represented by 37 delegates. Lenin, Lunacharsky, Litvinov and others represented the Bolsheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Most of the work of the congress was conducted in commissions, which drafted resolutions for submission to the plenary sessions. Lenin was a member of the commission that drafted the resolution on Militarism and International Conflicts. Jointly with Rosa Luxemburg, Lenin moved his historic amendment to Bebel's resolution, declaring that it was the duty of Socialists to take advantage of the crisis brought about by war to rouse the masses for the overthrow of capitalism. The congress accepted this amendment. (On the congress see V.I. Lenin, The International Socialist Congress in Stuttgart, Selected Works, Eng. ed., Lawrence and Wishart, London 1943, Vol.IV, pp.314-23, and Collected Works, 4th Russ. ed., Vol.XIII, pp.59-65.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] The voting on August 4 &#8211; On August 4, 1914, the Social-Democratic group in the German Reichstag voted in favour of granting the government of Wilhelm II war credits and for supporting the imperialist war. The leaders of German Social-Democracy betrayed the working class and took up the position of social-chauvinism and of defence of their imperialist bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Struveism &#8211; see pp. 48-49 of this book.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Brentanoism &#8211; a bourgeois reformist theory which &#8220;recognised the &#8216;school of capitalism', but rejected the school of the revolutionary class struggle&#8221; (Lenin). Lujo Brentano, a German bourgeois economist, advocate of so-called &#8220;State Socialism,&#8221; tried to prove that it was possible to achieve social equality within the capitalist system by means of reforms and the conciliation of the interests of the capitalists and the workers. Under the cloak of Marxist phraseology, Brentano and his followers tried to subordinate the working-dan movement to the interests of the bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Karl Marx and Frederick Engels, Der Sozialismus in Deutschland, Collected Works, Ger. ed., Berlin 1963, Vol.XXII, p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lenin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1915/s-w/ch01.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/lenin/works/1915/s-w/ch01.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7426</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article7426</guid>
		<dc:date>2025-06-02T22:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien des auteurs, politiques ou historiques, opposent le parti r&#233;volutionnaire et les soviets, affirmant qu'&#234;tre pour le r&#244;le du parti c'est combattre celui des soviets. C'est un contresens qui n'est nullement une erreur mais un parti pris car la classe exploit&#233;e ne peut diriger la lutte contre ses ennemis de classe au travers de ses soviets que si elle se dirige politiquement &#224; l'aide de partis. Toutes les r&#233;volutions sociales le d&#233;montrent. Et ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine : tout le pouvoir aux soviets&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien des auteurs, politiques ou historiques, opposent le parti r&#233;volutionnaire et les soviets, affirmant qu'&#234;tre pour le r&#244;le du parti c'est combattre celui des soviets. C'est un contresens qui n'est nullement une erreur mais un parti pris car la classe exploit&#233;e ne peut diriger la lutte contre ses ennemis de classe au travers de ses soviets que si elle se dirige politiquement &#224; l'aide de partis. Toutes les r&#233;volutions sociales le d&#233;montrent. Et ce n'est pas n'importe quel parti qui peut jouer ce r&#244;le : seulement ceux qui appuient de toutes leurs forces la formation des soviets et leur pr&#233;paration &#224; leur r&#244;le de destruction de l'Etat capitaliste et de mise en place du pouvoir des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article652&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422i.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422i.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170409.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170409.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/06/1-co-so/vil19170601.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;juillet 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/vil19170830.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/vil19170830.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/07/vil19170718.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ao&#251;t 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170912b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170912b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;septembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910m.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910m.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171010.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171010.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008b.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171008b.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1583&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine en 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/04/vil19180428.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article153&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article153&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine et les soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8306&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8306&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soviets et du Parti dans la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7329&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7329&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme politique de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4399&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article4399&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la Russie a cess&#233; d'&#234;tre le pays de la r&#233;volution des soviets, premier pas de la r&#233;volution mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue de Tony Cliff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cliff/1976/soviets/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cliff/1976/soviets/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;bat L&#233;nine/Rosa Luxemburg sur l'organisation r&#233;volutionnaire</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7860</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article7860</guid>
		<dc:date>2025-05-27T22:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;ponse de L&#233;nine &#224; un article de Rosa Luxemburg critiquant les conceptions d'organisation des l&#233;ninistes de Russie &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ponse &#224; l'article de Rosa Luxemburg &#171; Questions d'organisation dans la social-d&#233;mocratie russe &#187;). L'article f&#251;t envoy&#233; &#224; Kautsky pour &#234;tre publi&#233; dans l'organe de la social-d&#233;mocratie allemande Die Neue Zeit, mais Kautsky refusa de l'ins&#233;rer. &#201;crit dans la deuxi&#232;me moiti&#233; de septembre 1904. &lt;br class='autobr' /&gt; La camarade Luxemburg dit que par ma d&#233;finition du social-d&#233;mocrate (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;ponse de L&#233;nine &#224; un article de Rosa Luxemburg critiquant les conceptions d'organisation des l&#233;ninistes de Russie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; l'article de Rosa Luxemburg &#171; Questions d'organisation dans la social-d&#233;mocratie russe &#187;). L'article f&#251;t envoy&#233; &#224; Kautsky pour &#234;tre publi&#233; dans l'organe de la social-d&#233;mocratie allemande Die Neue Zeit, mais Kautsky refusa de l'ins&#233;rer. &#201;crit dans la deuxi&#232;me moiti&#233; de septembre 1904.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La camarade Luxemburg dit que par ma d&#233;finition du social-d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire comme jacobin li&#233; &#224; une organisation d'ouvriers socialement conscients, j'ai peut-&#234;tre caract&#233;ris&#233; mon point de vue avec plus d'esprit que n'aurait pu le faire aucun de mes adversaires. Encore une fois, il y a erreur de fait. Ce n'est pas moi, mais P. Axelrod qui a parl&#233; le premier de jacobinisme. Le premier, Axelrod a compar&#233; les groupements de notre parti &#224; ceux du temps de la R&#233;volution fran&#231;aise. J'ai seulement fait remarquer que cette comparaison n'est admissible que pour autant que la division de la social-d&#233;mocratie contemporaine en r&#233;volutionnaire et opportuniste correspond, dans une certaine mesure, &#224; la division en montagnards et girondins. L'ancienne Iskra, reconnue par le congr&#232;s du Parti, faisait souvent cette comparaison. En admettant justement une telle division, l'ancienne Iskra combattait l'aile opportuniste de notre Parti, l'orientation du Rabotch&#233;i&#233; Di&#233;lo. Rosa Luxemburg confond ici la corr&#233;lation entre les deux courants r&#233;volutionnaires du XVIIIe et du XXe si&#232;cle avec l'identification de ces courants eux-m&#234;mes. Par exemple, si je dis que le Petit Scheidegg par rapport &#224; la Jungfrau, c'est la m&#234;me chose qu'une maison de deux &#233;tages par rapport &#224; une maison de quatre &#233;tages, cela ne veut pas encore dire que j'identifie une maison de quatre &#233;tages et la Jungfrau. La camarade Luxemburg a laiss&#233; &#233;chapper enti&#232;rement l'analyse concr&#232;te des divers courants dans notre Parti. Or, je consacre la majeure partie de mon livre &#224; cette analyse qui se fonde sur les proc&#232;s-verbaux du congr&#232;s de notre Parti, et dans l'introduction je le souligne express&#233;ment. Rosa Luxemburg d&#233;sire parler de la situation actuelle dans notre Parti tout en m&#233;connaissant totalement notre congr&#232;s qui, &#224; proprement parler, a pos&#233; les fondations r&#233;elles de notre Parti. On doit avouer que c'est une entreprise risqu&#233;e ! D'autant plus risqu&#233;e que, comme je l'ai indiqu&#233; des centaines de fois dans mon livre, mes adversaires m&#233;connaissent le congr&#232;s, et c'est justement pourquoi toutes leurs affirmations sont priv&#233;es de toute base concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de la camarade Rosa Luxemburg dans les nos 42 et 43 de la Neue Zeit est une analyse critique de mon livre russe sur la crise dans notre Parti. Je ne peux manquer d'exprimer ma reconnaissance aux camarades allemands pour leur attention envers les publications de notre Parti, pour leurs efforts de familiariser avec cette litt&#233;rature la social-d&#233;mocratie allemande, mais je dois dire que l'article de Rosa Luxemburg dans la Neue Zeit familiarise les lecteurs non avec mon livre, mais avec quelque chose d'autre. Cela ressort des exemples suivants. La camarade Luxemburg dit, par exemple, que dans mon livre s'est dessin&#233;e nettement et fortement la tendance vers &#171; un centralisme ne tenant compte de rien &#187;. La camarade Luxemburg pr&#233;sume, de cette fa&#231;on, que je d&#233;fends un certain syst&#232;me d'organisation contre un certain autre. Mais la r&#233;alit&#233; est diff&#233;rente. Tout au long du livre, de la premi&#232;re &#224; la derni&#232;re page, je d&#233;fends les principes &#233;l&#233;mentaires de tout syst&#232;me d'organisation du Parti quel qu'il soit. Mon livre analyse non la diff&#233;rence entre tel ou tel syst&#232;me d'organisation, mais la fa&#231;on dont il faut soutenir, critiquer et corriger tout syst&#232;me, sans contrevenir aux principes du Parti. Rosa Luxemburg dit plus loin que &#171; conform&#233;ment &#224; sa conception (de L&#233;nine), les pleins pouvoirs sont donn&#233;s au Comit&#233; central d'organiser tous les comit&#233;s locaux du Parti &#187;. En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas exact. Mon opinion sur cette question peut &#234;tre prouv&#233;e, pi&#232;ces &#224; l'appui, par le projet de statuts d'organisation du Parti que j'ai propos&#233;. Dans ce projet, il n'y a pas un mot sur le droit d'organiser les comit&#233;s locaux. La commission &#233;lue au congr&#232;s du Parti pour &#233;laborer les statuts du Parti y a inclus ce droit, et le congr&#232;s a confirm&#233; le projet de la commission. On a &#233;lu &#224; la commission trois repr&#233;sentants de la minorit&#233; du congr&#232;s, &#224; part moi et un autre partisan de la majorit&#233; ; par cons&#233;quent, dans cette commission qui a conf&#233;r&#233; au Comit&#233; central le droit d'organiser les comit&#233;s locaux, c'est justement trois de mes adversaires qui l'ont emport&#233;. La camarade R. Luxemburg a confondu deux faits distincts. D'abord, elle a confondu mon projet d'organisation avec le projet modifi&#233; par la commission, d'une part et, d'autre part, avec les statuts d'organisation adopt&#233;s par le congr&#232;s du Parti ; deuxi&#232;mement, elle a confondu la d&#233;fense d'une revendication d&#233;termin&#233;e touchant un paragraphe d&#233;termin&#233; des statuts (il est absolument faux que dans cette d&#233;fense je n'aie tenu compte de rien, puisque &#224; l'assembl&#233;e pl&#233;ni&#232;re je n'ai pas protest&#233; contre l'amendement d&#233;pos&#233; par la commission) avec la d&#233;fense de la th&#232;se (authentiquement &#171; ultra-centraliste &#187;, n'est-ce pas ?) suivant laquelle les statuts adopt&#233;s par le congr&#232;s du Parti doivent &#234;tre appliqu&#233;s jusqu'&#224; ce que le prochain congr&#232;s les modifie. Cette th&#232;se (&#171; purement blanquiste &#187;, comme le lecteur peut facilement le remarquer), je l'ai r&#233;ellement soutenue dans mon livre &#171; sans tenir compte de rien &#187;. La camarade Luxemburg dit que selon moi &#171; le Comit&#233; central est le seul centre actif du Parti &#187;. En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas exact. Je n'ai jamais soutenu cette opinion. Au contraire, mes contradicteurs (la minorit&#233; du IIe Congr&#232;s du Parti) m'accusaient dans leurs &#233;crits de ne pas suffisamment d&#233;fendre l'ind&#233;pendance, l'initiative du Comit&#233; central et de trop le subordonner &#224; la r&#233;daction de l'organe central &#224; l'&#233;tranger et au Conseil du Parti. J'ai r&#233;pondu, &#224; cette accusation, dans mon livre, que lorsque la majorit&#233; du Parti &#233;tait pr&#233;pond&#233;rante au Conseil du Parti, elle n'a jamais tent&#233; de limiter l'ind&#233;pendance du Comit&#233; central ; mais cela s'est produit aussit&#244;t que le Conseil est devenu un instrument de lutte entre les mains de la minorit&#233;. La camarade Rosa Luxemburg dit que dans la social-d&#233;mocratie de Russie il n'existe aucun doute quant &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un parti unique et que toute la discussion se concentre sur la question d'une plus ou moins grande centralisation. En r&#233;alit&#233;, ce n'est pas exact. Si la camarade Luxemburg voulait bien prendre connaissance des r&#233;solutions des nombreux comit&#233;s locaux du Parti qui forment la majorit&#233;, elle comprendrait facilement (cela ressort particuli&#232;rement de mon livre) que la discussion a surtout port&#233; chez nous sur le fait de savoir si le Comit&#233; central et l'organe central devaient repr&#233;senter l'orientation de la majorit&#233; du congr&#232;s ou non. L'estim&#233;e camarade ne dit mot de cette exigence &#171; purement blanquiste &#187; et &#171; ultra-centraliste &#187;, elle pr&#233;f&#232;re d&#233;clamer contre la subordination m&#233;canique de la partie au tout, contre la soumission servile, contre l'ob&#233;issance aveugle et d'autres horreurs de ce genre. Je suis tr&#232;s reconnaissant &#224; la camarade Luxemburg d'expliquer cette profonde id&#233;e que la soumission servile est fatale pour le Parti, mais je voudrais savoir si la camarade trouve normal, si elle peut admettre, si elle a vu dans un parti quelconque que dans les organismes centraux, qui s'intitulent organismes du Parti, la minorit&#233; du congr&#232;s du Parti pr&#233;domin&#226;t ? La camarade R. Luxemburg m'attribue la pens&#233;e qu'en Russie existent d&#233;j&#224; toutes les pr&#233;misses pour l'organisation d'un grand parti ouvrier fortement centralis&#233;. De nouveau, c'est une inexactitude de fait. Nulle part dans mon livre, non seulement je n'ai soutenu cette id&#233;e, mais je ne l'ai m&#234;me pas exprim&#233;e. La th&#232;se que j'ai propos&#233;e exprimait et exprime quelque chose de diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, je soulignais qu'il y avait d&#233;j&#224; toutes les pr&#233;misses pour que les d&#233;cisions du congr&#232;s du Parti soient respect&#233;es, et que le temps o&#249; l'on pouvait remplacer un coll&#232;ge du Parti par un cercle priv&#233; est r&#233;volu depuis longtemps. J'ai prouv&#233; que certains oracles de notre Parti ont r&#233;v&#233;l&#233; leur incons&#233;quence et leur instabilit&#233;, et qu'ils n'ont aucun droit de rendre le prol&#233;taire russe responsable de leur manque de discipline. Les ouvriers russes se sont prononc&#233;s plus d'une fois d&#233;j&#224;, dans diverses circonstances, pour le respect des d&#233;cisions du congr&#232;s du Parti. C'est vraiment ridicule quand la camarade Luxemburg qualifie une telle opinion d'&#171; optimiste &#187; (ne faut-il pas plut&#244;t dire &#171; pessimiste &#187;) sans souffler mot du fond r&#233;el de ma th&#232;se. La camarade Luxemburg soutient que j'exalte la valeur &#233;ducative de la fabrique. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas moi mais mon adversaire qui affirmait que je me repr&#233;sente le Parti comme une fabrique ; je me suis bien moqu&#233; de lui, en d&#233;montrant par ses propres expressions qu'il confond deux aspects diff&#233;rents de la discipline &#224; la fabrique, ce qui, malheureusement est arriv&#233; aussi &#224; la camarade Rosa Luxemburg1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment cette erreur fondamentale que commet aussi la camarade Rosa Luxemburg. Elle ne fait que r&#233;p&#233;ter des phrases, tout bonnement, sans se donner la peine de d&#233;m&#234;ler leur signification concr&#232;te. Elle menace de diverses horreurs, sans avoir &#233;tudi&#233; le fond r&#233;el de la controverse. Elle m'attribue des lieux communs, des principes et des propos rebattus, des v&#233;rit&#233;s absolues, et s'&#233;vertue &#224; passer sous silence les v&#233;rit&#233;s relatives, bas&#233;es sur des faits tr&#232;s pr&#233;cis, et que j'applique exclusivement. Et elle se plaint encore de poncifs, et en appelle &#224; la dialectique de Marx. Or, justement, l'article de l'estim&#233;e camarade contient uniquement des poncifs imaginaires, justement son article contredit l'abc de la dialectique. Cet abc enseigne qu'il n'y a aucune v&#233;rit&#233; abstraite, la v&#233;rit&#233; est toujours concr&#232;te. La camarade Rosa Luxemburg m&#233;conna&#238;t superbement les faits concrets de la lutte dans notre Parti et d&#233;clame d'un air condescendant &#224; propos de questions qu'on ne peut discuter s&#233;rieusement. Je prendrai un dernier exemple dans le deuxi&#232;me article de la camarade Luxemburg. Elle cite mes paroles suivant lesquelles telle ou telle r&#233;daction des statuts d'organisation peut servir d'arme plus ou moins aiguis&#233;e dans la lutte contre l'opportunisme2. Rosa Luxemburg ne dit absolument pas de quelles formulations je parlais dans mon livre et nous parlions tous au congr&#232;s du Parti. La camarade n'effleure absolument pas la question de savoir quelle pol&#233;mique je menais au congr&#232;s, contre qui j'avan&#231;ais mes arguments. Au lieu de cela, elle condescend &#224; me faire toute une conf&#233;rence sur l'opportunisme... dans les pays &#224; r&#233;gime parlementaire ! ! Mais, dans son article, nous ne trouvons pas un mot sur toutes les vari&#233;t&#233;s particuli&#232;res, sp&#233;cifiques de l'opportunisme, sur les nuances qu'il a prises chez nous en Russie, et dont il est question dans mon livre. La conclusion de tous ces raisonnements hautement ing&#233;nieux est la suivante : &#171; Les statuts du Parti ne doivent pas &#234;tre en eux-m&#234;mes ( ? ? comprends qui peut) une arme contre l'opportunisme mais seulement un moyen ext&#233;rieur puissant pour imposer l'influence dirigeante de la majorit&#233; r&#233;volutionnaire et prol&#233;tarienne du Parti, qui existe en r&#233;alit&#233;. &#187; Tout &#224; fait exact. Mais R. Luxemburg passe sous silence la fa&#231;on dont s'est form&#233;e la majorit&#233; qui existe en r&#233;alit&#233; ; or, c'est justement de cela que je parle dans mon livre. Elle ne dit pas non plus quelle influence Pl&#233;khanov et moi nous d&#233;fendions &#224; l'aide de ce puissant moyen ext&#233;rieur Je peux seulement ajouter que jamais et nulle part je n'ai prononc&#233; pareille absurdit&#233;, &#224; savoir que les statuts du Parti sont une arme &#171; en eux-m&#234;mes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse la plus juste &#224; une telle interpr&#233;tation de mes vues serait l'expos&#233; des faits concrets de la lutte dans notre Parti. Alors chacun comprendra clairement &#224; quel point les faits concrets contredisent les lieux communs et les abstractions banales de la camarade Luxemburg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Parti fut fond&#233; au printemps 1898 en Russie au congr&#232;s des repr&#233;sentants de quelques organisations russes. Le Parti re&#231;ut le nom de Parti ouvrier social-d&#233;mocrate de Russie. La Rabotcha&#239;a Gaz&#233;ta3 fut proclam&#233;e organe central du Parti ; l'&#171; Union des social-d&#233;mocrates russes &#224; l'&#233;tranger &#187; repr&#233;sentait le Parti &#224; l'&#233;tranger. Peu apr&#232;s le congr&#232;s, le Comit&#233; central du Parti fut arr&#234;t&#233;. La Rabotcha&#239;a Gaz&#233;ta cessa de para&#238;tre apr&#232;s le deuxi&#232;me num&#233;ro. Tout le Parti se transforma en un conglom&#233;rat amorphe d'organisations locales (appel&#233;es comit&#233;s). Le seul lien unissant ces comit&#233;s locaux &#233;tait un lien id&#233;ologique, purement intellectuel. Il devait fatalement arriver une p&#233;riode de divergences, de flottements, de scissions. Les intellectuels, qui constituaient un pourcentage beaucoup plus important dans notre Parti que dans les partis d'Europe occidentale, se sont passionn&#233;s pour le marxisme, mode nouvelle. Cet engouement a tr&#232;s rapidement fait place d'une part, &#224; une admiration servile de la critique bourgeoise de Marx et, d'autre part, &#224; un mouvement ouvrier purement professionnel (gr&#233;visme, &#233;conomisme). La divergence entre la tendance opportuniste intellectuelle et la tendance r&#233;volutionnaire prol&#233;tarienne a amen&#233; la scission de l'&#171; Union &#187; &#224; l'&#233;tranger. Le journal Rabotcha&#239;a Mysl et la revue Rabotch&#233;i&#233; Di&#233;lo &#233;dit&#233;e &#224; l'&#233;tranger (cette derni&#232;re un peu moins) &#233;taient les porte-parole de l'&#233;conomisme, minimisaient l'importance de la lutte politique, niaient les &#233;l&#233;ments de d&#233;mocratie bourgeoise en Russie. Les critiques &#171; l&#233;gaux &#187; de Marx, messieurs Strouv&#233;, Tougan-Baranovski, Boulgakov, Berdia&#239;ev, etc., ont carr&#233;ment tourn&#233; &#224; droite. Nous ne d&#233;couvrirons nul endroit en Europe o&#249; le bernsteinisme soit arriv&#233; si vite &#224; sa fin logique, la formation d'une fraction lib&#233;rale, comme cela s'est pass&#233; chez nous en Russie. Chez nous, M. Strouv&#233; a commenc&#233; par la &#171; critique &#187;, au nom du bernsteinisme, et a termin&#233; par l'organisation de la revue lib&#233;rale Osvobojdi&#233;ni&#233;, lib&#233;rale dans le sens europ&#233;en de ce mot. Pl&#233;khanov et ses amis qui ont quitt&#233; l'Union &#224; l'&#233;tranger &#233;taient soutenus par les fondateurs de l'Iskra et de la Zaria. Ces deux revues (dont a entendu parler m&#234;me la camarade Rosa Luxemburg) ont men&#233; une &#171; brillante campagne de trois ans &#187; contre l'aile opportuniste du Parti, une campagne de la &#171; Montagne &#187; social-d&#233;mocrate contre la &#171; Gironde &#187; social-d&#233;mocrate (c'est une expression de l'ancienne Iskra), une campagne contre le Rabotch&#233;i&#233; Di&#233;lo (les camarades Kritchevski, Akimov, Martynov, etc.), contre le Bund juif, contre les organisations de Russie qui s'&#233;taient inspir&#233;es de cette orientation (en premier lieu contre l'organisation de P&#233;tersbourg d&#233;nomm&#233;e &#171; organisation ouvri&#232;re &#187; et le comit&#233; de Voron&#232;je). Il devenait de plus en plus &#233;vident qu'un lien purement id&#233;ologique entre les comit&#233;s &#233;tait insuffisant. On ressentait de plus en plus le besoin d'un Parti vraiment uni, c'est-&#224;-dire l'accomplissement de ce qu'on avait seulement pr&#233;vu en 1898. Enfin, fin 1902 s'est form&#233; un Comit&#233; d'organisation, qui s'&#233;tait donn&#233; pour t&#226;che de convoquer le IIe Congr&#232;s du Parti. De ce Comit&#233;, compos&#233; surtout par l'organisation russe de l'Iskra, faisait &#233;galement partie un repr&#233;sentant du Bund juif. En automne 1903 s'est tenu, enfin, le IIe Congr&#232;s qui s'est termin&#233;, d'une part par l'unification formelle du Parti, d'autre part par sa scission en &#171; majorit&#233; &#187; et &#171; minorit&#233; &#187;. Cette division n'existait pas avant le congr&#232;s du Parti. Seule une analyse approfondie de la lutte qui s'est d&#233;roul&#233;e au congr&#232;s peut expliquer cette division. Malheureusement, les partisans de la minorit&#233; (y compris la camarade Luxemburg) &#233;vitent prudemment cette analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon livre, que la camarade Luxemburg pr&#233;sente d'une mani&#232;re si originale aux lecteurs allemands, je consacre plus de cent pages &#224; une analyse d&#233;taill&#233;e des proc&#232;s-verbaux du congr&#232;s (qui forment un volume de pr&#232;s de 400 pages). Cette analyse m'a amen&#233; &#224; diviser les d&#233;l&#233;gu&#233;s ou mieux les voix (certains d&#233;l&#233;gu&#233;s avaient une ou deux voix) en quatre groupes fondamentaux : 1) les iskristes de la majorit&#233; (partisans de la tendance de l'ancienne Iskra) -24 voix, 2) les iskristes de la minorit&#233; &#8212; 9 voix, 3) le centre (appel&#233; aussi par d&#233;rision le &#171; marais &#187;) &#8212; 10 voix et enfin 4) les anti-iskristes &#8212; 8 voix, soit au total 51 voix. J'analyse la participation de ces groupes &#224; tous les votes qui ont eu lieu au congr&#232;s et d&#233;montre qu'&#224; propos de toutes les questions (programme, tactique et organisation) le congr&#232;s a &#233;t&#233; l'ar&#232;ne de la lutte des iskristes contre les anti-iskristes, le &#171; marais &#187; ayant oscill&#233; dans diff&#233;rents sens. Quiconque conna&#238;t un tant soit peu l'histoire de notre Parti doit comprendre clairement qu'il ne pouvait en &#234;tre autrement. Mais tous les partisans de la minorit&#233; (y compris Rosa Luxemburg) ferment modestement les yeux sur cette lutte. Pourquoi ? C'est justement cette lutte qui rend &#233;vidente toute la fausset&#233; de l'actuelle position politique de la minorit&#233;. Pendant toute cette bataille au congr&#232;s du Parti, &#224; l'occasion de dizaines de questions, de dizaines de votes, les iskristes ont combattu les anti-iskristes et le &#171; marais &#187; qui s'alignait d'autant plus r&#233;solument aux c&#244;t&#233;s des anti-iskristes que la question discut&#233;e &#233;tait plus concr&#232;te, qu'elle d&#233;finissait d'une mani&#232;re plus positive le sens fondamental du travail social-d&#233;mocrate, qu'elle visait &#224; mettre en pratique plus concr&#232;tement les plans in&#233;branlables de l'ancienne Iskra. Les anti-iskristes (surtout le camarade Akimov et le d&#233;l&#233;gu&#233; toujours d'accord avec lui, de l'&#171; Organisation ouvri&#232;re &#187; de P&#233;tersbourg, le camarade Brucker, presque toujours le camarade Martynov et 5 d&#233;l&#233;gu&#233;s du Bund juif) &#233;taient contre la reconnaissance de l'orientation de l'ancienne Iskra. Ils d&#233;fendaient les anciennes organisations priv&#233;es, votaient contre leur soumission au Parti, contre leur fusion avec le Parti (incident du Comit&#233; d'organisation, dissolution du groupe &#171; loujny Rabotchi &#187;, le plus important du &#171; marais &#187;, etc.). Ils combattaient les statuts d'organisation, r&#233;dig&#233;s dans l'esprit du centralisme (14e s&#233;ance du congr&#232;s) et accusaient alors tous les iskristes de vouloir introduire &#171; la suspicion organis&#233;e &#187;, &#171; la loi d'exception &#187; et autres horreurs. Tous les iskristes sans exception en riaient alors ; il est remarquable que la camarade Rosa Luxemburg prenne toutes ces fantaisies pour quelque chose de s&#233;rieux. Dans la grande majorit&#233; des questions, les iskristes l'ont emport&#233; ; ils pr&#233;dominaient au congr&#232;s, ce qui ressort clairement des chiffres que j'ai rappel&#233;s. Mais dans la deuxi&#232;me p&#233;riode du congr&#232;s, quand on tranchait des questions touchant moins aux principes, les anti-iskristes ont gagn&#233; : certains iskristes avaient vot&#233; avec eux. C'est ce qui est arriv&#233;, par exemple, &#224; propos de l'&#233;galit&#233; des langues dans notre programme ; sur cette question, les anti-iskristes ont presque r&#233;ussi &#224; battre la commission du programme et &#224; imposer leur formulation. C'est ce qui est arriv&#233; aussi pour le paragraphe 1 des statuts, lorsque les anti-iskristes de concert avec le &#171; marais &#187; ont impos&#233; la formulation de Martov. Conform&#233;ment &#224; cette r&#233;daction, sont consid&#233;r&#233;s comme membres du Parti non seulement les membres d'une organisation du Parti (c'est la formulation que j'ai d&#233;fendue avec Pl&#233;khanov), mais aussi toutes les personnes qui militent sous le contr&#244;le d'une organisation du Parti4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose s'est produite &#224; propos des &#233;lections du Comit&#233; central et de la r&#233;daction de l'organe central. 24 iskristes ont form&#233; une majorit&#233; compacte ; ils ont fait adopter un plan con&#231;u depuis longtemps de renouvellement de la r&#233;daction : on a &#233;lu trois des six anciens r&#233;dacteurs ; 9 iskristes, 10 membres du centre et 1 anti-iskriste (les autres : 7 anti-iskristes, les repr&#233;sentants du Bund juif et du Rabotch&#233;i&#233; Di&#233;lo avaient quitt&#233; le congr&#232;s auparavant) formaient la minorit&#233;. Cette minorit&#233; &#233;tait si m&#233;contente des &#233;lections qu'elle a d&#233;cid&#233; de ne pas participer aux autres &#233;lections. Le camarade Kautsky avait parfaitement raison de voir dans le renouvellement de la r&#233;daction la cause principale de la lutte qui suivit. Mais son opinion suivant laquelle c'est moi (sic !) qui aurais &#171; exclu &#187; trois camarades de la r&#233;daction s'explique seulement par sa compl&#232;te ignorance de notre congr&#232;s. D'abord, la non-&#233;lection n'est absolument pas une exclusion, et je n'avais naturellement pas le droit au congr&#232;s d'exclure qui que ce soit ; d'autre part, le camarade Kautsky ne soup&#231;onne m&#234;me pas, il me semble, que la coalition des anti-iskristes, du centre et d'une petite partie des partisans de l'Iskra avait aussi une signification politique et ne pouvait manquer d'exercer une influence sur le r&#233;sultat des &#233;lections. Quiconque se refuse &#224; fermer les yeux sur ce qui s'est pass&#233; &#224; notre congr&#232;s doit comprendre que notre nouvelle division en minorit&#233; et majorit&#233; est seulement une variante de l'ancienne division en aile prol&#233;tarienne, r&#233;volutionnaire et en aile intellectuelle, opportuniste de notre Parti. Ce fait, on ne peut l'&#233;carter par aucune interpr&#233;tation, aucune d&#233;rision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, apr&#232;s le congr&#232;s, la signification de principe de cette scission a &#233;t&#233; obscurcie par les chicanes &#224; propos de la cooptation. Plus pr&#233;cis&#233;ment, la minorit&#233; refusait de travailler sous le contr&#244;le des organismes centraux, si les trois anciens r&#233;dacteurs n'&#233;taient pas coopt&#233;s &#224; nouveau. Cette lutte a dur&#233; deux mois. Les moyens d'action utilis&#233;s &#233;taient le boycottage et la d&#233;sorganisation du Parti. 12 comit&#233;s (des 14 qui se sont prononc&#233;s sur cette question) ont s&#233;v&#232;rement condamn&#233; ces moyens. La minorit&#233; a m&#234;me refus&#233; d'accepter notre proposition (dont Pl&#233;khanov et moi avons &#233;t&#233; les promoteurs) et d'exprimer leur point de vue dans les colonnes de l'Iskra. Au congr&#232;s de la Ligue &#224; l'&#233;tranger, on en est arriv&#233; &#224; couvrir les membres des organismes centraux d'injures et d'outrages (autocrates, bureaucrates, gendarmes, menteurs, etc.). On les accusait d'&#233;touffer les initiatives personnelles et de vouloir imposer la soumission inconditionnelle, l'ob&#233;issance aveugle, etc. Les tentatives faites par Pl&#233;khanov de qualifier d'anarchiste un tel moyen de lutte de la minorit&#233;, ne pouvaient atteindre leur but. Apr&#232;s ce congr&#232;s, Pl&#233;khanov publia un article, qui a fait date, et qui &#233;tait dirig&#233; contre moi : &#171; Ce qu'il ne faut pas faire &#187; (Iskra, n&#176; 52). Dans cet article, il disait que la lutte contre le r&#233;visionnisme ne doit pas signifier n&#233;cessairement lutte contre les r&#233;visionnistes ; il &#233;tait clair pour tous qu'il sous-entendait notre minorit&#233;. Plus loin, il dit que parfois il ne faut pas combattre l'anarchisme individualiste, si solidement ancr&#233; dans l'esprit du r&#233;volutionnaire russe ; certaines concessions sont quelquefois le meilleur moyen pour le ma&#238;triser et &#233;viter la scission. J'ai quitt&#233; la r&#233;daction, car je ne pouvais partager un tel point de vue, et les r&#233;dacteurs de la minorit&#233; ont &#233;t&#233; coopt&#233;s. Puis il y a eu la lutte pour la cooptation au Comit&#233; central. Ma proposition de conclure la paix &#224; condition que l'organe central reste &#224; la minorit&#233; et le Comit&#233; central &#224; la majorit&#233; a &#233;t&#233; rejet&#233;e. La bataille a continu&#233;, on combattait &#171; au nom des principes &#187; le bureaucratisme, l'ultracentralisme, le formalisme, le jacobinisme, le schweitzerisme (c'est moi qu'on appelait le Schweitzer russe) et autres choses horribles. Je me suis moqu&#233; de toutes ces accusations dans mon livre, et j'ai soulign&#233; que c'&#233;tait soit une simple chicanerie de cooptation soit (si l'on convient d'y voir &#171; des principes &#187;) rien d'autre que des phrases opportunistes, girondistes. La minorit&#233; actuelle r&#233;p&#232;te seulement ce que le camarade Akimov et d'autres opportunistes av&#233;r&#233;s ont dit &#224; notre congr&#232;s contre le centralisme que d&#233;fendaient tous les partisans de l'ancienne Iskra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie, les comit&#233;s &#233;taient indign&#233;s de la transformation de l'organe central en un organe d'un cercle priv&#233;, celui des chamailleries de cooptation et des ragots du Parti. On a vot&#233; plusieurs r&#233;solutions qui exprimaient la plus s&#233;v&#232;re condamnation. Seule la soi-disant &#171; Organisation ouvri&#232;re &#187; de P&#233;tersbourg, dont nous avons d&#233;j&#224; parl&#233;, et le comit&#233; de Voron&#232;je (partisans de la tendance du camarade Akimov) ont exprim&#233; leur satisfaction de principe, de l'orientation de la nouvelle Iskra. Les voix, r&#233;clamant la convocation du IIIe Congr&#232;s, devenaient de plus en plus nombreuses,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur qui se donnera la peine d'&#233;tudier les origines de la lutte dans notre Parti comprendra facilement que les propos de la camarade Rosa Luxemburg sur &#171; l'ultra-centralisme &#187;, sur la n&#233;cessit&#233; d'une centralisation progressive, etc., sont concr&#232;tement et sur le plan pratique une d&#233;rision &#224; l'&#233;gard de notre congr&#232;s ; abstraitement et sur le plan th&#233;orique (si l'on peut ici parler de la th&#233;orie), c'est un avilissement manifeste du marxisme, une alt&#233;ration de la v&#233;ritable dialectique de Marx, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re phase de la lutte a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par le fait que les membres de la majorit&#233; ont &#233;t&#233; en partie exclus du Comit&#233; central, en partie neutralis&#233;s, r&#233;duits &#224; n&#233;ant. (Cela s'est produit &#224; cause des remaniements du Comit&#233; central5, etc.) Le Conseil du Parti (qui apr&#232;s la cooptation des anciens r&#233;dacteurs est &#233;galement tomb&#233; aux mains de la minorit&#233;) et le Comit&#233; central actuel ont condamn&#233; toute agitation en faveur du IIIe Congr&#232;s, et passent &#224; des accords et des pourparlers priv&#233;s avec certains membres de la minorit&#233;. Les organisations, comme par exemple le coll&#232;ge de repr&#233;sentants (mandataires) du Comit&#233; central, qui se sont permis de commettre un crime tel que l'agitation pour la convocation d'un congr&#232;s, ont &#233;t&#233; dissoutes6. La lutte du Conseil du Parti et du nouveau Comit&#233; central contre la convocation du IIIe Congr&#232;s a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e sur toute la ligne. La majorit&#233; y a r&#233;pondu par le mot d'ordre : &#171; A bas le bonapartisme ! &#187; (c'&#233;tait le titre de la brochure du camarade Galerka7, qui parle au nom de la majorit&#233;). Le nombre des r&#233;solutions, dans lesquelles les institutions du Parti qui s'opposent &#224; la convocation du congr&#232;s sont proclam&#233;es antiparti et bonapartistes, grandit. A quel point tous les discours de la minorit&#233; contre l'ultra-centralisme et en faveur de l'autonomie &#233;taient hypocrites, c'est ce qui ressort clairement du fait que la nouvelle maison d'&#233;ditions de la majorit&#233;, que j'ai fond&#233;e avec un camarade (o&#249; ont &#233;t&#233; publi&#233;es la brochure mentionn&#233;e ci-dessus du camarade Galerka et quelques autres), a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e hors-parti8. Les nouvelles &#233;ditions donnent &#224; la majorit&#233; la seule possibilit&#233; de r&#233;pandre ses vues, puisque les pages de l'Iskra lui sont &#224; peu pr&#232;s interdites. Malgr&#233; cela, ou plut&#244;t, justement &#224; cause de cela, le Conseil du Parti a pris la d&#233;cision, dont je viens de parler, sous le pr&#233;texte purement formel que nos &#233;ditions ne sont habilit&#233;es par aucune organisation du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine est-il besoin de parler de l'abandon dans lequel se trouve le travail positif, de la chute brutale du prestige de la social-d&#233;mocratie, de dire &#224; quel point tout le Parti est d&#233;moralis&#233; parce que toutes les r&#233;solutions, toutes les &#233;lections du IIe Congr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;duites &#224; n&#233;ant, et par suite de cette lutte contre la convocation du IIIe Congr&#232;s que m&#232;nent les organismes du Parti, responsables devant le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
1 Voir la brochure russe : Nos malentendus, l'article &#171; R. Luxemburg contre Karl Marx &#187;. (Note de L&#233;nine)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Voir Un pas en avant, deux pas en arri&#232;re (La crise dans notre parti), &gt;chapitre i, note 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#171; Rabotcha&#239;a Gaz&#233;ta &#187;, organe ill&#233;gal du groupe social-d&#233;mocrate de Kiev. 2 num&#233;ros ont paru : le n&#176; 1 en ao&#251;t 1897 et le n&#176; 2 eu d&#233;cembre (dat&#233; de novembre de la m&#234;me ann&#233;e). Le 1er Congr&#232;s du P.O.S.D.R. la reconnut organe officiel du Parti. Apr&#232;s le congr&#232;s, &#224; la suite de la destruction de l'imprimerie par la police et l'arrestation des membres du C.C. le journal cessa de para&#238;tre. Voir &#338;uvres, Paris-Moscou, t. 4, pp. 213-215 sur les tentatives de renouveler sa parution en 1899.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Le camarade Kautsky s'est prononc&#233; pour la formulation de Martov en invoquant des raisons d'opportunit&#233;. D'abord, ce point a &#233;t&#233; discut&#233; &#224; notre congr&#232;s non sous l'angle de l'opportunit&#233;, mais du point de vue des principes. La question a &#233;t&#233; pos&#233;e sous cet aspect par Axelrod. Deuxi&#232;mement, le camarade Kautsky se trompe s'il pense que sous le r&#233;gime policier russe, il existe une si grande diff&#233;rence entre l'appartenance &#224; une organisation du Parti et un simple travail sous le contr&#244;le d'une telle organisation. Troisi&#232;mement, il est particuli&#232;rement erron&#233; de comparer la situation actuelle en Russie &#224; la situation en Allemagne lorsqu'&#233;tait en vigueur la loi d'exception contre les socialistes. (Note de L&#233;nine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loi d'exception contre les socialistes, adopt&#233;e en Allemagne en 1878. Toutes les organisations du Parti social-d&#233;mocrate, les organisations ouvri&#232;res de niasse, la presse ouvri&#232;re furent interdites ; on confisqua les publications socialistes, on commen&#231;a &#224; d&#233;porter les social-d&#233;mocrates. Sous la pression du mouvement ouvrier de masse la loi fut abolie en 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Au IIe Congr&#232;s du Parti furent &#233;lus au Comit&#233; central : Lengnik, Krjijanovski, Noskov. En octobre (nouveau calendrier) 1903 furent coopt&#233;s au C.C. Zemliatchka, Krassine, Essen et Goussarov. En novembre, L&#233;nine entra au C.C. et Galp&#233;rine fut coopt&#233;. Entre juillet et septembre 1904, il y eut de nouveaux changements : Lengnik et Essen, partisans de L&#233;nine, furent arr&#234;t&#233;s. Les conciliateurs Krjijanovski et Goussarov donn&#232;rent leur d&#233;mission. Les conciliateurs Krassine, Noskov et Galp&#233;rine, malgr&#233; les protestations de L&#233;nine, exclurent ill&#233;galement du C.C. Zemliatchka, partisane de la majorit&#233;, et coopt&#232;rent 3 conciliateurs : Lioubimov, Karpov et Doubrovinski. A la suite de ces remaniements, les conciliateurs avaient la majorit&#233; au C.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 L&#233;nine fait allusion &#224; la r&#233;solution du C.C. sur la dissolution du Bureau du Sud du C.C., qui faisait de l'agitation en faveur de la convocation du IIIe Congr&#232;s du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Galerka, le bolchevik M. Olminski (Alexandrov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 La maison d'&#233;ditions du Parti social-d&#233;mocrate, de V. Bontch-Brou&#233;vitch et N. L&#233;nine, fut fond&#233;e par les bolcheviks apr&#232;s que la r&#233;daction menchevique de l'Iskra leur eut ferm&#233; les colonnes du journal et refus&#233; de publier les d&#233;clarations des organisations, et membres du Parti qui d&#233;fendaient les r&#233;solutions du IIe Congr&#232;s et r&#233;clamaient la convocation du IIIe Congr&#232;s. Elle fit para&#238;tre plusieurs &#339;uvres dirig&#233;es contre les mencheviks et les conciliateurs : N. L&#233;nine, La campagne des zemstvos et le plan de l'&#171; Iskra &#187; ; Galerka, A bas le bonapartisme ; Orlovski, Le Conseil contre le Parti, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'article de Rosa Luxemburg&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Questions d'organisation de la social-d&#233;mocratie russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une t&#226;che originale et sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du socialisme est &#233;chue &#224; la social-d&#233;mocratie russe : la t&#226;che de d&#233;finir une tactique socialiste, c'est-&#224;-dire conforme &#224; la lutte de dasses du prol&#233;tariat, dans un pays o&#249; domine encore la monarchie absolue. Toute comparaison entre la situation russe actuelle et l'Allemagne de 1878-1890, lorsque les lois de Bismarck contre les socialistes y &#233;taient en vigueur, p&#232;che par la base car elle a en vue le r&#233;gime policier, et non pas le r&#233;gime politique. Les obstacles que l'absence de libert&#233;s d&#233;mocratiques cr&#233;e au mouvement de masses n'ont qu'une importance relativement secondaire : m&#234;me en Russie le mouvement des masses a r&#233;ussi &#224; renverser les barri&#232;res de l'ordre absolutiste et &#224; se donner sa &#171; constitution &#187;, quoique pr&#233;caire, des &#171; d&#233;sordres de rues &#187;. Il saura bien pers&#233;v&#233;rer dans cette voie jusqu'&#224; la victoire compl&#232;te sur l'absolutisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; principale que la lutte socialiste rencontre en Russie provient du fait que la domination de classe de la bourgeoisie y est obscurcie par la domination de la violence absolutiste ; ce qui donne in&#233;vitablement &#224; la propagande socialiste de la lutte de classes un caract&#232;re abstrait, tandis que l'agitation politique imm&#233;diate rev&#234;t surtout un caract&#232;re r&#233;volutionnaired&#233;mocratique. La loi contre les socialistes en Allemagne tendait &#224; ne mettre hors la constitution que la classe ouvri&#232;re et cela dans une soci&#233;t&#233; bourgeoise hautement d&#233;velopp&#233;e, o&#249; les antagonismes de classe s'&#233;taient d&#233;j&#224; pleinement &#233;panouis dans les luttes parlementaires. C'est en quoi d'ailleurs r&#233;sidaient l'absurdit&#233; et l'insanit&#233; de l'entreprise bismarckienne. En Russie, il s'agit, au contraire, de faire l'exp&#233;rience inverse : de cr&#233;er une social-d&#233;mocratie avant que le gouvernement ne soit aux mains de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette circonstance modifie d'une mani&#232;re particuli&#232;re non seulement la question de la transplantation de la doctrine socialiste sur le sol russe, non seulement le probl&#232;me de l'agitation, mais encore celui de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement social-d&#233;mocrate, &#224; la diff&#233;rence des anciennes exp&#233;riences du socialisme utopique, I'organisation n'est pas le produit artificiel de la propagande, mais le produit de la lutte de classes, &#224; laquelle la social-d&#233;mocratie donne simplement de la conscience politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions normales, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; la domination politique, enti&#232;rement constitu&#233;e de la bourgeoisie, a pr&#233;c&#233;d&#233; le mouvement socialiste c'est la bourgeoisie m&#234;me qui a crc&#233; dans une large mesure les rudiments d'une coh&#233;sion politique de la classe ouvri&#232;re. &#171; Dans cette phase, dit le Manifeste Communiste, l'unification des masses ouvri&#232;res n'est pas la cons&#233;quence de leur propre aspiration &#224; l'unit&#233;, mais le contre-coup de l'unification de la bourgeoisie. &#187; En Russie, la social-d&#233;mocratie se voit oblig&#233;e de suppl&#233;er par son intervention consciente &#224; toute une p&#233;riode du processus historique et de conduire le prol&#233;tariat, en tant que classe consciente de ses buts et d&#233;cid&#233;e &#224; les enlever de haute lutte, de l'&#233;tat &#171; atomis&#233; &#187;, qui est le fondement du r&#233;gime absolutiste, vers la forme sup&#233;rieure de l'organisation. Cela rend particuli&#232;rement difficile le probl&#232;me de l'organisation, non pas autant du fait que la social-d&#233;mocratie doit proc&#233;der &#224; cette organisation sans pouvoir faire &#233;tat des garanties formelles qu'offre la d&#233;mocratie bourgeoise, que parce qu'il lui faut, &#224; l'instar de Dieu le P&#232;re, faire sortir cette organisation &#171; du n&#233;ant &#187;, sans disposer de la mati&#232;re premi&#232;re politique qu'ailleurs la soci&#233;t&#233; bourgeoise pr&#233;pare elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#226;che sur laquelle la social-d&#233;mocratie russe peine depuis plusieurs ann&#233;es consiste dans la transition du type d'organisation de la phase pr&#233;paratoire o&#249;, la propagande &#233;tant la principale forme d'activit&#233;, les groupes locaux et de petits c&#233;nacles se maintenant sans liaison entre eux, &#224; l'unit&#233; d'une organisation plus vaste, telle que l'exige une action politique concert&#233;e sur tout le territoire de l'&#201;tat. Mais l'autonomie parfaite et l'isolement ayant &#233;t&#233; les traits les plus accus&#233;s de la forme d'organisation d&#233;sormais surann&#233;e, il &#233;tait naturel que le mot d'ordre de la tendance nouvelle pr&#244;nant une vaste union f&#251;t le centralisme. L'id&#233;e du centralisme a &#233;t&#233; le motif dominant de la brillante campagne mence pendant trois ans par I'lskra pour aboutir au congr&#232;s d'ao&#251;t 1903 qui, bien qu'il compte comme deuxi&#232;me congr&#232;s du parti social-d&#233;mocrate, en a &#233;t&#233; effectivement l'assembl&#233;e constituante. La m&#234;me id&#233;e s'&#233;tait empar&#233;e de la jeune &#233;lite de la social-d&#233;mocratie en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t, au congr&#232;s et encore davantage apr&#232;s le congr&#232;s, on dut se persuader que la formule du centralisme &#233;tait loin d'embrasser tout le contenu historique et l'originalit&#233; du type d'organisation dont la social-d&#233;mocratie a besoin. Une fois de plus, la preuve a &#233;t&#233; faite qu'aucune formule rigide ne peut suffire lorsqu'il s'agit d'interpr&#233;ter du point de vue marxiste un probl&#232;me du socialisme, ne f&#251;t-ce qu'un probl&#232;me concernant l'organisation du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre du camarade L&#233;nine, l'un des dirigeants et militants les plus en vue de l'Iskra, Un pas en avant, deux pas en arri&#232;re, est l'expos&#233; syst&#233;matique des vues de la tendance ultracentraliste du parti russe. Ce point de vue, qui y est exprim&#233; avec une vigueur et un esprit de cons&#233;quence sans pareil est celui d'un impitoyable centralisme posant comme principe, d'une part, la s&#233;lection et la constitution en corps s&#233;par&#233; des r&#233;volutionnaires actifs et en vue, en face de la masse non organis&#233;e, quoique r&#233;volutionnaire, qui les entoure, et, d'autre part, une discipline s&#233;v&#232;re, au nom laquelle les centres dirigeants du parti interviennent directement et r&#233;solument dans toutes les affaires des organisations locales du parti. Qu'il suffise d'indiquer que, selon la th&#232;se de L&#233;nine, le comit&#233; central a par exemple le droit d'organiser tous les comit&#233;s locaux du parti, et, par cons&#233;quent, de nommer les membres effectifs de toutes les organisations locales, de Gen&#232;ve &#224; Li&#232;ge et de Tomsk &#224; Irkoutsk, d'imposer &#224; chacune d'elles des statuts tout faits, de d&#233;cider sans appel de leur dissolution et de leur reconstitution, de sorte que, enfin de compte, le comit&#233; central pourrait d&#233;terminer &#224; sa guise la composition de la supr&#234;me instance du parti, du congr&#232;s. Ainsi, le comit&#233; central est l'unique noyau actif du parti, et tous les autres groupements ne sont que ses organes ex&#233;cutifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette union de centralisme le plus rigoureux de l'organisation et du mouvement socialiste des masses que L&#233;nine voit un principe sp&#233;cifique du marxisme r&#233;volutionnaire, et il apporte une quantit&#233; d'arguments &#224; l'appui de cette th&#232;se. Mais essayons de la consid&#233;rer de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mettre en doute que, en g&#233;n&#233;ral une forte tendance &#224; la centralisation ne soit inh&#233;rente &#224; la social-d&#233;mocratie. Ayant grandi sur le terrain &#233;conomique du capitalisme, qui est centralisateur de par son essen&#339;, et ayant &#224; lurter dans les cadres politiques de la grande ville bourgeoise, centralis&#233;e, la social-d&#233;mocratie est fonci&#232;rement hostile &#224; toute manifestation de particularisme ou de f&#233;d&#233;ralisme national. Sa mission &#233;tant de repr&#233;senter, dans les fronti&#232;res d'un &#201;tat, les int&#233;r&#234;ts communs du prol&#233;tariat, en tant que classe, et d'opposer ces int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux &#224; tous les int&#233;r&#234;ts particuliers ou de groupe, la social-d&#233;mocratie a pour tendance naturelle de r&#233;unir en un parti unique tous les groupements d'ouvriers, quelles que soient les diff&#233;rences d'ordre national, religieux ou professionnel entre ces membres de la m&#234;me classe. Elle ne d&#233;roge &#224; ce principe et ne se r&#233;signe au f&#233;d&#233;ralisme qu'en pr&#233;sence de conditions exceptionnellement anormales, comme c'est, par exemple, le cas dans la monarchie austro-hongroise. &#192; ce point de vue, il ne saurait y avoir aucun doute que la social-d&#233;mocratie russe ne doit point constituer un conglom&#233;rat f&#233;d&#233;ratif des innombrables nationalit&#233;s et des particularismes locaux, mais un parti unique pour tout l'empire. Mais, c'est une autre question qui se pose, celle du degr&#233; de centralisation qui peut convenir, en tenant compte des conditions actuelles, &#224; l'int&#233;rieur de la social-d&#233;mocratie russe unifi&#233;e et une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des t&#226;ches formelles de la social-d&#233;mocratie en tant que parti de lutte, le centralisme dans son organisation appara&#238;t &#224; premi&#232;re vue comme une condition de la r&#233;alisation de laquelle d&#233;pendent directement la capacit&#233; de lutte et l'&#233;nergie du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, ces consid&#233;rations de caract&#232;re formel et qui s'appliquent &#224; n'importe quel parti d'action sont beaucoup moins importantes que les conditions historiques de la lutte prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement socialiste est, dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s fond&#233;es sur I'antagonisme des classes, le premier qui compte, dans toutes ses phases et dans toute sa marche, sur l'organisation et sur l'action directe et autonome de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ce rapport la d&#233;mocratie socialiste crce un type d'organisation totalement diff&#233;rent de celui des mouvements socialistes ant&#233;rieurs, par exemple, les mouvements du type jacobin-blanquiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine para&#238;t sous-&#233;valuer ce fait lorsque, dans le livre cit&#233;, il exprime l'opinion que le social-d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire ne serait pas autre chose qu'un jacobin indissolublement li&#233; &#224; l'organisation du prol&#233;tariat qui a pris conscience de ses int&#233;r&#234;ts de classe. Pour L&#233;nine, la diff&#233;rence entre le socialisme d&#233;mocratique et le blanquisme se r&#233;duit au fait qu'il y a un prol&#233;tariat organis&#233; et p&#233;n&#233;tr&#233; d'une conscience de classe &#224; la place d'une poign&#233;e de conjur&#233;s. Il oublie que cela implique une r&#233;vision compl&#232;te des id&#233;es sur l'organisation et par cons&#233;quent une conception tout &#224; fait diff&#233;rente de l'id&#233;e du centralisme, ainsi que des rapports r&#233;ciproques entre l'organisation et la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanquisme n'avait point en vue l'action imm&#233;diate de la classe ouvri&#232;re et pouvait donc se passer de l'organisation des masses. Au contraire : comme les masses populaires ne devaient entrer en sc&#232;ne qu'au moment de la r&#233;volution, tandis que l'&#339;uvre de pr&#233;paration ne concernait que le petit groupe arm&#233; pour le coup de force, le succ&#232;s m&#234;me du complot exigeait que les initi&#233;s se tinssent &#224; distance de la masse populaire. Mais cela &#233;tait &#233;galement possible et r&#233;alisable parce qu'aucun contact intime n'existait entre l'activit&#233; conspiratrice d'une organisation blanquiste et la vie quotidienne des masses populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, la tactique, aussi bien que les t&#226;ches concr&#232;tes de l'action, puisque librement improvis&#233;es par l'inspiration et sans contact avec le terrain de la lutte de classes &#233;l&#233;mentaire, pouvaient &#234;tre fix&#233;es dans leurs d&#233;tails les plus minutieux et prenaient la forme d'un plan d&#233;termin&#233; &#224; l'avance. Il s'ensuivait, naturellement, que les membres actifs de l'organisation se transformaient en simples organes ex&#233;cutifs des ordres d'une volont&#233; fix&#233;e &#224; l'avance en dehors de leur propre champ d'activit&#233;, en instruments d'un comit&#233; central. D'o&#249; cette seconde particularit&#233; du centralisme conspirateur : la soumission absolue et aveugle des sections du parti &#224; l'instance centrale et l'extension de l'autorit&#233; de cette derni&#232;re jusqu'&#224; l'extr&#234;me p&#233;riph&#233;rie de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radicalement diff&#233;rentes sont les conditions de l'activit&#233; de la sociald&#233;mocratie. Elle surgit historiquement de la lutte de classes &#233;l&#233;mentaire. Et elle se meut dans cette contradiction dialectique que ce n'est qu'au cours de la lutte que l'arm&#233;e du prol&#233;tariat se recrute et qu'elle prend conscience des buts de cette lutte. L'organisation, les progr&#232;s de la conscience et le combat ne sont pas des phases particuli&#232;res, s&#233;par&#233;es dans le temps et m&#233;caniquement, comme dans le mouvement blanquiste, mais au contraire des aspects divers d'un seul et m&#234;me processus. D'une part, en dehors des principes g&#233;n&#233;raux de la lutte, il n'existe pas de tactique d&#233;j&#224; &#233;labor&#233;e dans tous ses d&#233;tails qu'un comit&#233; central pourrait enseigner &#224; ses troupes comme dans une caserne. D'autre part, les p&#233;rip&#233;ties de la lutte, au cours de laquelle se cr&#233;e l'organisation, d&#233;terminent des fluctuations incessantes dans la sph&#232;re d'influence du parti socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte d&#233;j&#224; que le centralisme social-d&#233;mocrate ne saurait se fonder ni sur l'ob&#233;issance aveugle ni sur une subordination m&#233;canique des militants vis-&#224;-vis du centre du parti. D'autre part, il ne peut y avoir de cloisons &#233;tanches entre le noyau prol&#233;tarien conscient, solidement encadr&#233; dans le parti, et les couches ambiantes du prol&#233;tariat, d&#233;j&#224; entrain&#233;es dans la lutte de classes et chez lesquelles la conscience de dasse s'accro&#238;t chaque jour davantage. L'&#233;tablissement du centralisme sur ces deux principes : la subordination aveugle de toutes les organisations jusque dans le moindre d&#233;tail vis-&#224;-vis du centre, qui seul pense, travaille et d&#233;cide pour tous, et la s&#233;paration rigoureuse du noyau organis&#233; par rapport &#224; l'ambiance r&#233;volutionnaire comme l'entend L&#233;nine &#8212; nous para&#238;t donc une transposition m&#233;canique des principes d'organisation blanquistes de cercles de conjur&#233;s, dans le mouvement socialiste des masses ouvri&#232;res. Et il nous semble que L&#233;nine d&#233;finit son point de vue d'une mani&#232;re plus frappante que n'aurait os&#233; le faire aucun de ses adversaires, lorsqu'il d&#233;finit son &#171; social-d&#233;mocrate-r&#233;volutionnaire &#187; comme un &#171; jacobin li&#233; &#224; l'organisation du prol&#233;tariat qui a pris conscience de ses int&#233;r&#234;ts de classe &#187;. En v&#233;rit&#233; la social-d&#233;mocratie n'est pas li&#233;e &#224; l'organisation de la classe ouvri&#232;re, elle est le mouvement propre de la classe ouvri&#232;re. Il faut donc que le centralisme de la social-d&#233;mocratie soit d'une nature essentiellement diff&#233;rente du centralisme blanquiste. Il ne saurait &#234;tre autre chose que la concentration imp&#233;rieuse de la volont&#233; de l'avant-garde consciente et militante de la classe ouvri&#232;re vis-a-vis de ses groupes et individus. C'est, pour ainsi dire, un &#171; auto-centralisme &#187; de la couche dirigeante du prol&#233;tariat, c'est le r&#232;gne de la majorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur de son propre parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse du contenu effectif du centralisme social-d&#233;mocratique montre d&#233;j&#224; que les conditions indispensables &#224; sa r&#233;alisation n'existent pas pleinement dans la Russie actuelle : l'existence d'un contingent assez nombreux d'ouvriers d&#233;j&#224; &#233;duqu&#233;s par la lutte politique et la possibilit&#233; pour eux de d&#233;velopper leur action propre par l'influence directe sur la vie publique (dans la presse du parti, dans les congr&#232;s publics, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re condition ne pourra &#234;tre &#233;videmment r&#233;alis&#233;e que dans la libert&#233; politique ; quant &#224; la premi&#232;re &#8212; la formation d'une avant-garde prol&#233;tarienne consciente de ses int&#233;r&#234;ts de classe et capable de s'orienter dans la lutte politique &#8212; , elle n'est qu'en voie d'&#233;closion et c'est &#224; h&#226;ter cette derni&#232;re que doit tendre tout le travail d'agitation et d'organisation socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'autant plus frappant de voir L&#233;nine professer l'opinion contraire : il est persuad&#233; que toutes les conditions pr&#233;alables pour la constitution d'un parti ouvrier puissant et fortement centralis&#233; existent d&#233;j&#224; en Russie. Et si, dans un &#233;lan d'optimisme, il proclame qu'&#224; pr&#233;sent ce &#171; n'est plus le prol&#233;tariat, mais certains intellectuels de notre parti, qui manquent d'auto-&#233;ducation quant &#224; l'esprit d'organisation et de discipline &#187;, et s'il glorifie l'action &#233;ducatrice de l'usine, qui habitue le prol&#233;tariat &#224; &#171; la discipline et &#224; l'organisation &#187;, tout cela ne prouve qu'une fois de plus sa conception trop m&#233;canique de l'organisation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discipline que L&#233;nine a en vue est inculqu&#233;e au prol&#233;tariat non seulement par l'usine, mais encore par la caserne et par le bureaucratisme actuel, bref par tout le m&#233;canisme de l'&#201;tat bourgeois centralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est abuser des mots et s'abuser que de d&#233;signer par le m&#234;me terme de &#171; discipline &#187;, deux notions aussi diff&#233;rentes que, d'une part, l'absence de pensce et de volont&#233; dans un corps aux mille mains et aux mille jambes, ex&#233;cutant des mouvements automatiques, et, d'autre part, la coordination spontan&#233;e des actes conscients, politiques d'une collectivit&#233;. Que peut avoir de commun la docilit&#233; bien r&#233;gl&#233;e d'une classe opprim&#233;e et le soul&#232;vement organis&#233; d'une classe luttant pour son &#233;mancipation int&#233;grale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en partant de la discipline impos&#233;e par l'&#201;tat capitaliste au prol&#233;tariat (apr&#232;s avoir simplement substitu&#233; &#224; l'autorit&#233; de la bourgeoisie celle d'un comit&#233; central socialiste), ce n'est qu'en extirpant jusqu'&#224; la derni&#232;re racine ces habitudes d'ob&#233;issance et de servilit&#233; que la classe ouvri&#232;re pourra acqu&#233;rir le sens d'une discipline nouvelle, de l'auto-discipline librement consentie de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte en outre que le centralisme au sens socialiste, ne saurait &#234;tre une conception absolue applicable &#224; n'importe quelle phase du mouvement ouvrier ; il faut plut&#244;t le consid&#233;rer comme une tendance qui devient une r&#233;alit&#233; au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement et de l'&#233;ducation politique des masses ouvri&#232;res au cours de leur lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, l'absence des conditions les plus n&#233;cessaires, pour la r&#233;alisation compl&#232;te du centralisme dans le mouvement russe peut repr&#233;senter un tr&#232;s grand obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semble, cependant, que ce serait une grosse erreur que de penser qu'on pourrait &#171; provisoirement &#187; substituer le pouvoir absolu d'un comir&#233; central agissant en quelque sorte par &#171; d&#233;l&#233;gation &#187; tacite &#224; la domination, encore irr&#233;alisable, de la majorit&#233; des ouvriers conscients dans le parti, et remplacer le contr&#244;le public exerc&#233; par les masses ouvri&#232;res sur les organes du parti par le contr&#244;le inverse du comit&#233; central sur l'activit&#233; du prol&#233;tariar r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire m&#234;me du mouvement ouvrier en Russie nous offre maintes preuves de la valeur probl&#233;matique d'un semblable centralisme. Un centre tout-puissant, investi d'un droit sans limite de contr&#244;le et d'ing&#233;rence selon l'id&#233;al de L&#233;nine, tomberait dans l'absurde si sa comp&#233;tence &#233;tait r&#233;duite aux fonctions exclusivement techniques telles que l'administration de la caisse, la r&#233;partition du travail entre les propagandistes et les agitateurs, les transports clandestins des imprim&#233;s, la diffusion des p&#233;riodiques, circulaires, affiches. On ne comprendrait le but politique d'une institution munie de tels pouvoirs que si ses forces &#233;taient consacr&#233;es &#224; l'&#233;laboration d'une tactique de combat uniforme et si elle assumait l'initiative d'une vaste action r&#233;volutionnaire. Mais que nous enseignent les vicissitudes par lesquelles est pass&#233; jusqu'&#224; ce jour le mouvement socialiste en Russie ? Les revirements de tactique les plus importants et les plus f&#233;conds des derni&#232;res dix ann&#233;es n'ont pas &#233;t&#233; l'invention de quelques dirigeants et encore moins d'organes centraux, mais ils ont &#233;t&#233; chaque fois le produit spontan&#233; du mouvement en effervescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en fut-il de la premi&#232;re &#233;tape du mouvement vraiment prol&#233;tarien en Russie qu'on peut dater de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale spontance de SaintP&#233;tershourg en 1896 et qui marqua le d&#233;but de toute une &#232;re de luttes &#233;conomiques men&#233;es par les masses ouvri&#232;res. Ainsi en fut-il encore pour la deuxi&#232;me phase de la lutte : celle des d&#233;monstrations de rue, dont le signal fut donn&#233; par l'agitation spontance des &#233;tudiants de Saint-P&#233;tersbourg en mars 1901. Le grand tournant suivant de la tactique qui ouvrit des horizons nouveaux fut marqu&#233; &#8212; en 1903 &#8212; par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Rostov-sur-le-Don : encore une explosion spontan&#233;e, car la gr&#232;ve se transforma &#171; d'elle-m&#234;me &#187; en manifestations politiques avec l'agitation dans la rue, des grands meetings populaires en plein air et des discours publics, que le plus enthousiaste des r&#233;volutionnaires n'aurait oser r&#234;ver quelques ann&#233;es plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, notre cause a fait d'immenses progr&#232;s. L'initiative et la direction consciente des organisations social-d&#233;mocrates n'y ont cependant jou&#233; qu'un r&#244;le insignifiant. Cela ne s'explique pas par le fait que ces organisations n'&#233;taient pas sp&#233;cialement pr&#233;par&#233;es &#224; de tels &#233;v&#233;nements (bien que cette circonstance ait pu aussi compter pour quelque chose) ; et encore moins par l'absence d'un appareil central tout-puissant comme le pr&#233;conise L&#233;nine. Au contraire, il est fort probable que l'existence d'un semblable centre de direction n'aurait pu qu'augmenter le d&#233;sarroi des comit&#233;s locaux en accentuant le contraste entre l'assaut imp&#233;tueux de la masse et la position prudente de la social-d&#233;mocratie. On peut affirmer d'ailleurs que ce m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne - le r&#244;le insignifiant de l'initiative consciente des organes centraux dans l'&#233;laboration de la tactique - s'observe en Allemagne aussi bien que partout. Dans ses grandes lignes, la tactique de lutte de la social-d&#233;mocratie n'est, en g&#233;n&#233;ral, pas &#171; &#224; inventer &#187; ; elle est le r&#233;sultat d'une s&#233;rie ininterrompue de grands actes cr&#233;ateurs de la lutte de classes souvent spontan&#233;e, qui cherche son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inconscient pr&#233;c&#232;de le conscient et la logique du processus historique objectif pr&#233;c&#232;de la logique subjective de ses protagonistes. Le r&#244;le des organes directeurs du parti socialiste rev&#234;t dans une large mesure un caract&#232;re conservateur : comme le d&#233;montre l'exp&#233;rience, chaque fois que le mouvement ouvrier conquiert un terrain nouveau, ces organes le labourent jusqu'&#224; ses limites les plus extr&#234;mes ; mais le transforment en m&#234;me temps en un bastion contre des progr&#232;s ult&#233;rieurs de plus vaste envergure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique actuelle de la social-d&#233;mocratie allemande est universellement estim&#233;e en raison de sa souplesse et, en m&#234;me temps, de sa fermet&#233;. Mais cette tactique d&#233;note seulement une admirable adaptation du parti, dans les moindres d&#233;tails de l'action quotidienne, aux conditions du r&#233;gime parlementaire : le parti a m&#233;thodiquement &#233;tudi&#233; toutes les ressources de ce terrain et il sait en profiter, sans d&#233;roger &#224; ses principes. Et cependant, la perfection m&#234;me de cette adaptation ferme d&#233;j&#224; des horizons plus vastes, on tend &#224; consid&#233;rer la tactique parlementaire comme immuable, comme la tactique sp&#233;cifique de la lutte socialiste. On se refuse par exemple &#224; examiner la question, pos&#233;e par Parvus, des changements de tactique &#224; envisager au cas de l'abrogation du suffrage universel en Allemagne ; et pourtant cette &#233;ventualit&#233; est consid&#233;rce comme nullement improbable par les chefs de la sociald&#233;mocratie. Cette inertie est, en grande partie due au fait qu'il est tr&#232;s malais&#233; de d&#233;finir, dans le vide de supputations abstraites, les contours et les formes concr&#232;tes de conjonctures politiques encore inexistantes, et, par cons&#233;quent, imaginaires. Ce qui importe toujours pour la social-d&#233;mocratie, c'est &#233;videmment non point la pr&#233;paration d'une ordonnance toute pr&#234;te pour la tactique future, ce qui importe, c'est de maintenir l'appr&#233;ciation historique correcte des formes de lutte correspondant &#224; chaque moment donn&#233;, la compr&#233;hension vivante de la relativit&#233; de la phase donnce de la lutte et de l'in&#233;luctabilit&#233; de l'aggravation des tensions r&#233;volutionnaires sous l'angle du but final de la lutte des dasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en accordant &#224; l'organe directeur du parti des pouvoirs si absolus d'un caract&#232;re n&#233;gatif, comme le veut L&#233;nine, on ne fait que renforcer jusqu'&#224; un degr&#233; tr&#232;s dangereux le conservatisme naturellement inh&#233;rent &#224; cet organe. Si la tactique du parti est le fait non pas du comit&#233; central, mais de l'ensemble du parti ou - encore mieux - de l'ensemble du mouvement ouvrier, il est &#233;vident qu'il faut aux sections et f&#233;d&#233;rations cette libert&#233; d'action qui seule permettra d'utiliser toutes les ressources d'une situation et de d&#233;velopper leur initiative r&#233;volutionnaire. L'ultra-centralisme d&#233;Lendu par L&#233;nine nous appara&#238;t comme impr&#233;gn&#233; non point d'un esprit positif et cr&#233;ateur, mais de l'esprit st&#233;rile du veilleur de nuit. Tout son souci tend &#224; contr&#244;ler l'activit&#233; du parti et non &#224; la f&#233;conder ; &#224; r&#233;tr&#233;cir le mouvement plut&#244;t qu'&#224; le d&#233;velopper ; &#224; le juguler, non &#224; l'unifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exp&#233;rience semblable serait doublement hasardeuse pour la sociald&#233;mocratie russe dans les circonstances actuelles. Elle est &#224; la veille de batailles d&#233;cisives que la r&#233;volution livrera au tsarisme ; elle va s'engager, ou plut&#244;t : elle est d&#233;j&#224; engag&#233;e dans une phase d'activit&#233; cr&#233;atrice intensifi&#233;e sur le plan de la tactique et - ce qui va de soi dans une p&#233;riode r&#233;volutionnaire dans une phase ou sa sph&#232;re d'influence s'&#233;largira et se d&#233;placera spontan&#233;ment et par bonds. Tenter en un tel moment d'encha&#238;ner l'initiative du parti et entourer celui-ci d'un r&#233;seau de fil de fer barbel&#233;, c'est vouloir le rendre incapable d'accomplir les t&#226;ches formidables de l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales que nous venons d'exposer au sujet de l'essence du centralisme socialiste ne suffisent pas pour tracer un projet de statut appropri&#233; &#224; l'organisation du parti russe. En derni&#232;re instance, un statut de ce genre ne peut &#234;tre d&#233;termin&#233; que par les conditions dans lesquelles s'effectue l'action du parti dans une p&#233;riode donn&#233;e. Et, comme en Russie il s'agit d'une premi&#232;re tentative de mettre sur pied une grande organisation du prol&#233;tariat, il est douteux qu'un statut, quel qu'il soit, puisse pr&#233;tendre d'avance &#224; l'infaillibilit&#233; : il faut qu'il subisse d'abord l'&#233;preuve du feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'on est en droit de d&#233;duire de l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale que nous nous sommes faite de l'organisation de la social-d&#233;mocratie, c'est que l'esprit de cette organisation comporte, notamment au d&#233;but du mouvement de masse, la coordination, l'unification, du mouvement, mais nullement sa soumission &#224; un r&#232;glement rigide. Et pourvu que le parti soit p&#233;n&#233;tr&#233; de cet esprit de mobilit&#233; politique que doivent compl&#233;ter une s&#233;v&#232;re fid&#233;lit&#233; aux principes et le souci de l'unit&#233;, on peut &#234;tre s&#251;r que l'exp&#233;rience pratique corrigera les incongruit&#233;s du statut, si malheureuse que puisse &#234;tre sa r&#233;daction. Car ce n'est pas la lettre, mais l'esprit vivant dont les militants actifs la p&#233;n&#232;trent, qui d&#233;cide de la valeur de telle ou telle forme d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, nous avons examin&#233; le probl&#232;me du centralisme du point de vue des principes g&#233;n&#233;raux de la social-d&#233;mocratie et en partie sous l'aspect des conditions particuli&#232;res &#224; la Russie. Mais l'esprit de caserne de l'ultra-centralisme pr&#233;conis&#233; par L&#233;nine et ses amis n'est pas le produit d'errements fortuits : il se rattache &#224; la lutte contre l'opportunisme pouss&#233;e par L&#233;nine jusque sur le terrain des plus minutieux d&#233;tails de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit, dit L&#233;nine, &#171; de forger une arme plus ou moins tranchante contre l'opportunisme. Et l'arme doit &#234;tre d'autant plus efficace que les racines de l'opportunisme sont plus profondes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, L&#233;nine voit dans les pouvoirs absolus qu'il d&#233;cerne au comit&#233; central et dans le mur qu'il &#233;l&#232;ve autour du parti une digue contre l'opportunisme dont les manifestations sp&#233;cifiques proviennent, &#224; son avis, du penchant inn&#233; de l'intellectuel vers l'autonomisme et la d&#233;sorganisation, de son aversion &#224; l'&#233;gard de la stricte discipline et de tout &#171; bureaucratisme &#187; pourtant n&#233;cessaire dans la vie du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s L&#233;nine, ce n'est que chez l'intellectuel, demeur&#233; individualiste et enclin &#224; l'anarchie, m&#234;me quand il a adh&#233;r&#233; au socialisme, qu'on rencontre cette r&#233;pugnance &#224; subir l'autorit&#233; absolue d'un comit&#233; central, tandis que le prol&#233;taire authentique puise dans son instinct de classe une esp&#232;ce de volupt&#233; avec laquelle il s'abandonne &#224; la poigne d'une direction ferme et &#224; toutes les rigueurs d'une discipline impitoyable. &#171; Le bureaucratisme oppos&#233; au d&#233;mocratisme, dit L&#233;nine, cela ne signifie pas autre chose que le principe d'organisation de la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire oppos&#233; aux m&#233;thodes d'organisation opportunistes &#187;. Il insiste sur le fait que le m&#234;me conflit entre tendances centralisatrices et tendances autonomistes se manifeste dans tous les pays o&#249; s'opposent socialisme r&#233;volutionnaire et socialisme r&#233;formiste. Il &#233;voque en particulier les d&#233;bats que suscita dans la social-d&#233;mocratie d'Allemagne la question de l'autonomie &#224; accorder aux coll&#232;ges &#233;lectoraux. Ceci nous incite &#224; v&#233;rifier les parall&#232;les qu'&#233;tablit L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par observer que l'exaltation des facult&#233;s inn&#233;es dont seraient pourvus les prol&#233;taires en ce qui concerne l'organisation socialiste et la m&#233;fiance &#224; l'endroit des intellectuels ne sont pas en elles-m&#234;mes l'expression d'une mentalit&#233; marxiste r&#233;volutionnaire ; au contraire, on pourrait d&#233;montrer facilement que ces arguments s'apparentent &#224; l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme entre les &#233;l&#233;ments purement prol&#233;tariens et les intellectuels non prol&#233;tariens, c'est l'enseigne id&#233;ologique sous laquelle se rallient le semi-anarchisme des syndicalistes purs en France avec son vieux mot d'ordre : &#171; M&#233;fiez-vous des politiciens &#187;, le trade-unionisme anglais plein de m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des &#171; r&#234;veurs socialistes &#187; et, enfin, si nos informations sont exactes, cet &#171; &#233;conomisme pur &#187; que pr&#234;chait nagu&#232;re dans les rangs de la social-d&#233;mocratie russe le groupe qui imprimait clandestinement &#224; Saint-P&#233;tersbourg la revue Pens&#233;e Ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, on ne saurait nier que, dans la plupart des partis socialistes d'Europe occidentale, il existe un lien entre l'opportunisme et les intellectuels, ainsi qu'entre l'opportunisme et les tendances d&#233;centralisatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien n'est plus contraire &#224; l'esprit du marxisme, &#224; sa m&#233;thode de pens&#233;e historico-dialectique, que de s&#233;parer les ph&#233;nom&#232;nes du sol historique d'o&#249; ils surgissent et d'en faire des sch&#233;mas abstraits d'une port&#233;e absolue et g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raisonnant d'une fa&#231;on abstraite, on peut reconna&#238;tre seulement que 1'&#171; intellectuel &#187;, &#233;tant un &#233;l&#233;ment social issu de la bourgeoisie et &#233;tranger au prol&#233;tariat, peut adh&#233;rer au socialisme non pas en vertu mais en d&#233;pit de son sentiment de classe. C'est pourquoi il est plus expos&#233; aux oscillations opportunistes que le prol&#233;taire qui trouve dans son instinct de classe un point d'appui r&#233;volutionnaire tr&#232;s s&#251;r, pour peu qu'il conserve la liaison avec son milieu d'origine, la masse ouvri&#232;re. Cependant, la forme concr&#232;te qu'assume le penchant de l'intellectuel vers l'opportunisme, et surtout la mani&#232;re dont ce penchant se manifeste dans les questions relatives &#224; l'organisation, d&#233;pendent dans chaque cas du milieu social concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s dans la vie du socialisme allemand, fran&#231;ais ou italien, auxquels se rapporte L&#233;nine, sont issus d'une base sociale nettement d&#233;termin&#233;e, du parlementarisme bourgeois. Et comme ce parlementarisme est, en g&#233;n&#233;ral, la p&#233;pini&#232;re sp&#233;cifique de toutes les tendances opportunistes actuelles du socialisme de l'Europe occidentale, il engendre aussi en particulier les tendances d&#233;sorganisatrices de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parlementarisme, ainsi que nous l'avons en France, en Italie et en Allemagne, n'entretient pas seulement les illusions bien connues de l'opportunisme actuel : la sur&#233;valuation de l'importance du travail r&#233;formateur, la collaboration des classes et des partis, le d&#233;veloppement pacifique, etc. Mais encore en s&#233;parant, dans les rangs du parti socialiste, les intellectuels des ouvriers et en les pla&#231;ant, comme parlementaires, dans une certaine mesure au-dessus des ouvriers, le parlementarisme cr&#233;e un terrain propice au d&#233;veloppement pratique de ces illusions. Enfin, les progr&#232;s du mouvement ouvrier font du parlementarisme un tremplin pour le carri&#233;risme politique, et c'est pourquoi on voit accourir sous les drapeaux du parti socialiste maints ambitieux et maints rat&#233;s du monde bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; toutes ces circonstances qu'il convient d'attribuer le penchant connu de l'intellectuel opportuniste des partis socialistes d'Europe occidentale vers la d&#233;sorganisation et l'indiscipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre source, bien d&#233;termin&#233;e, de l'opportunisme contemporain est l'existence d'un mouvement socialiste fort d&#233;velopp&#233; et, par cons&#233;quent, d'une organisation disposant de moyens et d'influences consid&#233;rables. Cette organisation constitue un rempart prot&#233;geant le mouvement de classe contre les d&#233;viations dans le sens du parlementarisme bourgeois, lesquelles, pour triompher, doivent tendre &#224; d&#233;truire ce rempart et &#224; noyer l'&#233;lite active et consciente du prol&#233;tariat dans la masse amorphe du corps &#233;lectoral .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que naissent les tendances autonomistes et d&#233;centralisatrices parfaitement adapt&#233;es &#224; certains buts politiques ; il convient donc de les expliquer non pas, comme le fait L&#233;nine, par le caract&#232;re d&#233;sax&#233; de &#171; l'intellectuel &#187;, mais par les besoins du politicien parlementaire bourgeois, non par la psychologie de &#171; l'intellectuel &#187;, mais par la politique opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose se pr&#233;sente tout autrement en Russie, sous le r&#233;gime de la monarchie absolue. o&#249; l'opportunisme dans le mouvement ouvrier est, en g&#233;n&#233;ral, le produit non pas de la force de la social-d&#233;mocratie ni de la d&#233;sagr&#233;gation de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, mais au contraire de l'&#233;tat politique arri&#233;r&#233; de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu o&#249; se recrutent en Russie les intellectuels socialistes est beaucoup moins bourgeois et bien davantage d&#233;class&#233;, dans le sens pr&#233;cis de ce terme, qu'en Europe occidentale. Cette circonstance &#8212; jointe &#224; l'immaturit&#233; du mouvement prol&#233;tarien en Russie &#8212; offre, il est vrai, un champ beaucoup plus vaste aux errements th&#233;oriques et aux oscillations opportunistes qui vont, d'une part, jusqu'&#224; la n&#233;gation compl&#232;te de l'aspect politique des luttes ouvri&#232;res et, d'autre part, jusqu'&#224; la foi absolue en l'efficacit&#233; des attentats isol&#233;s, ou encore jusqu'au qui&#233;tisme politique, aux marais du lib&#233;ralisme et de l'id&#233;alisme kantien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il nous semble que l'intellectuel russe, membre du parti sociald&#233;mocrate, peut difficilement se sentir attir&#233; par l'&#339;uvre de d&#233;sorganisation, puisqu'un tel penchant n'est favoris&#233; ni par l'existence d'un parlement bourgeois ni par l'&#233;tat d'&#226;me du milieu social. L'intellectuel occidental que nous voyons aujourd'hui professer le &#171; culte du moi &#187; et teinter de morale aristocratique jusqu'&#224; ses vell&#233;it&#233;s socialistes est le type non pas de &#171; l'intellectualit&#233; bourgeoise &#187; en g&#233;n&#233;ral, mais seulement d'une phase d&#233;termin&#233;e de son d&#233;veloppement :le produit de la d&#233;cadence bourgeoise. Au contraire, les r&#234;veries utopiques ou opportunistes des intellectuels russes, gagn&#233;s &#224; la cause socialiste tendent &#224; s'&#233;toffer de formules th&#233;oriques o&#249; le moi n'est pas exalt&#233;, mais humili&#233;, et la morale du renoncement, de l'expiation est le principe dominant. De m&#234;me que les narodniki (ou &#171; populistes &#187;) de 1875 pr&#234;chaient 1'absorption des intellectuels par la masse paysanne et que les adeptes de Tolsto&#239; pratiquent l'&#233;vasion des civilis&#233;s vers la vie des &#171; gens simples &#187;, les partisans de &#171; l'&#233;conomisme pur &#187; dans les rangs de la social-d&#233;mocratie voulaient qu'on s'inclin&#226;t devant la main calleuse du travailleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On obtient un r&#233;sultat tout diff&#233;rent lorsque, au lieu d'appliquer m&#233;caniquement &#224; la Russie les sch&#233;mas &#233;labor&#233;s en Europe occidentale on s'efforce d'&#233;tudier le probl&#232;me de l'organisation en rapport avec les conditions sp&#233;cifiques de l'&#233;tat social russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, c'est ignorer la nature intime de l'opportunisme que de lui attribuer, comme fait L&#233;nine, une pr&#233;f&#233;rence invariable pour une forme d&#233;termin&#233;e de l'organisation et notamment pour la d&#233;centralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse d'organisation ou d'autre chose, l'opportunisme ne conna&#238;t qu'un seul principe : l'absence de tout principe. Il choisit ses moyens d'action au gr&#233; des circonstances, pourvu que ces moyens semblent pouvoir le conduire aux buts qu'il poursuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, avec L&#233;nine, nous d&#233;finissons l'opportunisme comme la tendance &#224; paralyser le mouvement r&#233;volutionnaire autonome de la classe ouvri&#232;re et &#224; le transformer en instrument des ambitions des intellectuels bourgeois, nous devrons reconna&#238;tre que, dans les phases initiales du mouvement ouvrier, cette fin peut &#234;tre atteinte plus ais&#233;ment non par la d&#233;centralisation, mais par une centralisation rigoureuse qui livrerait ce mouvement de prol&#233;taires encore incultes aux chefs intellectuels du comit&#233; central. &#192; l'aube du mouvement social-d&#233;mocrate en Allemagne, alors que n'existait encore ni un solide noyau de prol&#233;taires conscients ni une tactique fond&#233;e sur l'exp&#233;rience, on a vu aussi s'affronter les partisans des deux types oppos&#233;s d'organisation :le centralisme &#224; outrance s'affirmant dans l'&#171; Union g&#233;n&#233;rale des ouvriers allemands &#187; fond&#233;e par Lassalle, et l'autonomisme dans le parti constitu&#233; au congr&#232;s d'Eisenach avec la participation de W. Liebknecht et d'A. Bebel. Bien que la tactique des &#171; eisenachois &#187; f&#251;t bien confuse, du point de vue des principes, elle contribua, infiniment mieux que l'action des lassalliens &#224; susciter dans les masses ouvri&#232;res l'&#233;veil d'une conscience nouvelle. Les prol&#233;taires jou&#232;rent bient&#244;t un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans ce parti (comme on peut le voir par la multiplication rapide des p&#233;riodiques ouvriers publi&#233;s en province) le mouvement progressa rapidement en &#233;tendue, tandis que les lassalliens, malgr&#233; toutes leurs exp&#233;riences avec des &#171; dictateurs &#187;, conduisaient leurs fid&#232;les d'une m&#233;saventure &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, on peut facilement montrer que, lorsque la coh&#233;sion est encore faible entre les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires de la classe ouvri&#232;re et que le mouvement m&#234;me proc&#232;de encore &#224; t&#226;tons, c'est-&#224;-dire lorsqu'on est en pr&#233;sence de conditions comme celles o&#249; se trouve maintenant la Russie (1904), c'est pr&#233;cis&#233;ment le centralisme rigoureux, despotique, qui caract&#233;rise les intellectuels opportunistes. Tandis que, dans une phase ult&#233;rieure &#8212; sous le r&#233;gime parlementaire et par rapport &#224; un parti ouvrier fortement constitu&#233; &#8212; les tendances de l'opportunisme des intellectuels s'expriment par un penchant &#224; la &#171; d&#233;centralisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, nous pla&#231;ant du point de vue de L&#233;nine, nous redoutions par-dessus tout l'influence des intellectuels dans le mouvement prol&#233;tarien, nous ne saurions concevoir de plus grand danger pour le parti socialiste russe que les plans d'organisation propos&#233;s par L&#233;nine. Rien ne pourrait plus s&#251;rement asservir un mouvement ouvrier, encore si jeune, &#224; une &#233;lite intellectuelle, assoiff&#233;e de pouvoir, que cette cuirasse bureaucratique o&#249; on l'immobilise, pour en faire l'automate man&#339;uvr&#233; par un &#171; comit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, au contraire, il n'y a pas de garantie plus efficace contre les mences opportunistes et les ambitions personnelles que l'activit&#233; r&#233;volutionnaire autonome du prol&#233;tariat, gr&#226;ce &#224; laquelle il acquiert le sens des responsabilit&#233;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce qui aujourd'hui n'est qu'un fant&#244;me, hantant l'imagination de L&#233;nine, pourrait demain devenir r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas que la r&#233;volution, dont nous sommes s&#251;rs qu'elle ne peut tarder &#224; &#233;clater en Russie, n'est pas une r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais une r&#233;volution bourgeoise, qui modifie radicalement toutes les conditions de la lutte socialiste. Alors les intellectuels russes, eux aussi, s'impr&#233;gneront rapidement de l'id&#233;ologie bourgeoise. Si, &#224; pr&#233;sent, la social-d&#233;mocratie est le seul guide des masses ouvri&#232;res, au lendemain de la r&#233;volution on verra naturellement la bourgeoisie et, en premier lieu, les intellectuels bourgeois, chercher &#224; faire de la masse le pi&#233;destal de leur domination parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu des d&#233;magogues bourgeois sera d'autant plus facile que, dans la phase actuelle de la lutte, l'action spontance, l'initiative, le sens politique de l'avant-garde ouvri&#232;re auront &#233;t&#233; moins d&#233;velopp&#233;s et plus restreints par la tutelle d'un comit&#233; central autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avant tout, l'id&#233;e qui est &#224; la base du centralisme &#224; outrance :le d&#233;sir de barrer le chemin &#224; l'opportunisme par les articles d'un statut, est radicalement fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impression des &#233;v&#233;nement r&#233;cents dans les partis socialistes de France, d'Italie, d'Allemagne, les sociaux-d&#233;mocrates russes tendent &#224; consid&#233;rer l'opportunisme en g&#233;n&#233;ral comme un ingr&#233;dient &#233;tranger, apport&#233; dans le mouvement ouvrier par des repr&#233;sentants du d&#233;mocratisme bourgeois. M&#234;me s'il en &#233;tait ainsi, les sanctions d'un statut seraient impuissantes contre cette intrusion d'&#233;l&#233;ments opportunistes. Puisque l'afflux de recrues non-prol&#233;taires dans le parti ouvrier est l'effet de causes sociales profondes, telles que la d&#233;ch&#233;ance &#233;conomique de la petite bourgeoisie, la faillite du lib&#233;ralisme bourgeois, le d&#233;p&#233;rissement de la d&#233;mocratie bourgeoise, ce serait une illusion naive que de vouloir arr&#234;ter ce flot tumultueux par la digue d'une formule inscrite dans le statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les articles d'un r&#232;glement peuvent ma&#238;triser la vie de petites sectes et de c&#233;nacles priv&#233;s, mais un courant historique passe &#224; travers les mailles des paragraphes les plus subtils. C'est d'ailleurs une tr&#232;s grande erreur que de croire d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re en repoussant les &#233;l&#233;ments que la d&#233;sagr&#233;gation des classes bourgeoises pousse en masse vers le socialisme. La social-d&#233;mocratie a toujours affirm&#233; qu'elle repr&#233;sente, en m&#234;me temps que les int&#233;r&#234;ts de classe du prol&#233;tariat, la totalit&#233; des aspirations progressistes de la soci&#233;t&#233; contemporaine et les int&#233;r&#234;ts de tous ceux qu'opprime la domination bourgeoise. Cela ne doit pas s'entendre seulement dans ce sens seulement que cet ensemble d'int&#233;r&#234;ts est id&#233;alement englob&#233; dans le programme socialiste. Le m&#234;me postulat se traduit dans la r&#233;alit&#233; par l'&#233;volution historique, qui fait de la social-d&#233;mocratie, en tant que parti politique, le havre naturel de tous les &#233;l&#233;ments m&#233;contents, et ainsi le parti du peuple tout entier contre l'infime minorit&#233; bourgeoise qui d&#233;tient le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, il est n&#233;cessaire que les socialistes sachent toujours subordonner aux fins supr&#234;mes de la classe ouvri&#232;re toutes les d&#233;tresses, les rancunes, les espoirs de la foule bigarr&#233;e qui accourt &#224; eux. La social-d&#233;mocratie doit enserrer le tumulte de l'opposition non-prol&#233;taire dans les cadres de l'action r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et, en un mot, assimiler les &#233;l&#233;ments qui viennent &#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'est possible que si la social-d&#233;mocratie constitue d&#233;j&#224; un noyau prol&#233;tarien fort et politiquement &#233;duqu&#233;, assez conscient pour &#234;tre capable, comme jusqu'ici en Allemagne, d'entra&#238;ner &#224; sa remorque les contingents de d&#233;class&#233;s et de petits-bourgeois rejoignant le parti. Dans ce cas, une plus grande rigueur dans l'application du principe centralisateur et une discipline plus s&#233;v&#232;re explicitement formul&#233;e dans les articles du statut peuvent &#234;tre une sauvegarde efficace contre les &#233;carts opportunistes. Alors, on a toute raison de consid&#233;rer la forme d'organisation pr&#233;vue par le statut comme un syst&#232;me d&#233;fensif dirig&#233; contre l'assaut opportuniste ; c'est ainsi que le socialisme r&#233;volutionnaire fran&#231;ais s'est d&#233;fendu contre la confusion jauressiste ; et une modification dans le m&#234;me sens du statut de la social-d&#233;mocratie allemande serait une mesure tr&#232;s opportune. Mais, m&#234;me dans ce cas, on ne doit pas consid&#233;rer le statut comme une arme qui, en quelque sorte, se suffirait &#224; elle-m&#234;me :ce n'est qu'un supr&#234;me moyen de cocrcition pour rendre ex&#233;cutoire la volont&#233; de la majorit&#233; prol&#233;tarienne qui pr&#233;domine effectivement dans le parti. Si cette majorit&#233; faisait d&#233;faut, les plus terribles sanctions formul&#233;es sur le papier seraient inop&#233;rantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette affluence d'&#233;l&#233;ments bourgeois est loin d'&#234;tre l'unique cause des courants opportunistes qui se manifestent au sein de la sociald&#233;mocratie. Une autre source se r&#233;v&#232;le dans l'essence m&#234;me de la lutte socialiste et dans les contradictions qui lui sont inh&#233;rentes. Le mouvement universel du prol&#233;tariat vers son &#233;mancipation int&#233;grale est un processus dont la particularit&#233; r&#233;side en ce que, pour la premi&#232;re fois depuis que la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e existe, les masses du peuple font valoir leur volont&#233; consciemment et &#224; l'encontre de eoutes les classes gouvernantes, tandis que la r&#233;alisation de cette volont&#233; n'est possible que par-del&#224; les limites du syst&#232;me social en vigueur. Or les masses ne peuvent acqu&#233;rir et fortifier en elles cette volont&#233; que dans la lutte quotidienne avec l'ordre constitu&#233;, c'est-&#224;-dire dans les limites de cet ordre. D'une part, les masses du peuple, d'autre part, un but plac&#233; au-del&#224; de l'ordre social existant ; d'une part, la lutte quotidienne et, de l'autre, la r&#233;volution, tels sont les termes de la contradiction dialectique o&#249; se meut le mouvement socialiste. Il en r&#233;sulte qu'il doit proc&#233;der en louvoyant sans cesse entre deux &#233;cucils :l'un est la perte de son caract&#232;re de masse, l'autre le renoncement au but final ; la rechute &#224; l'&#233;tat d'une secte et la transformation en un mouvement de r&#233;formes bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi c'est une illusion contraire aux enseignements de l'histoire que de vouloir fixer, une fois pour toutes, la direction r&#233;volutionnaire de la lutte socialiste et de garantir &#224; jamais le mouvement ouvrier de toute d&#233;viation opportuniste. Sans doute, la doctrine de Marx nous fournit des moyens infaillibles pour d&#233;noncer et combattre les manifestations typiques de l'opportunisme. Mais le mouvement socialiste &#233;tant un mouvement de masse et les &#233;cueils qui le guettent &#233;tant les produits non pas d'artifices insidieux, mais de conditions sociales in&#233;luctables, il est impossible de se pr&#233;munir &#224; l'avance contre la possibilit&#233; d'oscillations opportunistes. Ce n'est que par le mouvement m&#234;me qu'on peut le surmonter en s'aidant, sans doute, de ressources qu'offre la doctrine marxiste, et seulement apr&#232;s que les &#233;carts en question ont pris une forme tangible dans l'action pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rer de ce point de vue, l'opportunisme appara&#238;t comme un produit du mouvement ouvrier et comme une base in&#233;vitable de son d&#233;veloppement historique. En Russie notamment, o&#249; la social-d&#233;mocratie est n&#233;e d'hier et o&#249; les conditions politiques dans lesquelles se forme le mouvement ouvrier sont extr&#234;mement anormales, l'opportunit&#233; est, dans une large mesure l'&#233;manation des t&#226;tonnements in&#233;vitables et des exp&#233;riences tent&#233;es, au milieu desquels l'action socialiste se fraie son chemin sur un terrain qui ne ressemble &#224; aucun autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il en est ainsi nous ne pouvons que trouver encore plus surprenante la pr&#233;tention d'&#233;carter la possibilit&#233; m&#234;me de toute &#233;bauche d'opportunisme en inscrivant certains mots plut&#244;t que d'autres, dans le statut du parti. Pareille tentative d'exorciser l'opportunisme par un chiffon de papier peut &#234;tre pr&#233;judiciable au plus haut point non pas &#224; l'opportunisme, mais au mouvement socialiste en tant que tel. En arr&#234;tant les pulsations d'une saine vie organique, on d&#233;hilite le corps et on diminue sa r&#233;sistance aussi bien que son esprit combatif non seulement contre l'opportunisme, mais encore &#8212; ce qui devrait avoir aussi une certaine importance &#8212; contre l'ordre social existant. Le moyen propos&#233; se tourne contre le but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce d&#233;sir craintif d'&#233;tablir la tutelle d'un comit&#233; central omniscient et omnipotent, pour pr&#233;server un mouvement ouvrier, si promettant et si plein de s&#232;ve, de quelques faux-pas, nous croyons discerner les sympt&#244;mes de ce m&#234;me subjectivisme qui a d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'un tour &#224; la pens&#233;e socialiste en Russie [1]. Il est vraiment amusant de voir les &#233;tranges pirouettes que l'histoire fait ex&#233;cuter au respectable &#171; sujet humain &#187; dans sa propre activit&#233; historique. Aplati et presque r&#233;duit en poussi&#232;re par l'absolutisme russe, le moi prend sa revanche en ce que, dans sa pens&#233;e r&#233;volutionnaire, il s'assied lui-m&#234;me sur le tr&#244;ne et se proclame tout-puissant &#8212; sous forme d'un comit&#233; de conjur&#233;s, au nom d'une inexistante Volont&#233; du Peuple [2]. Mais l'&#171; objet &#187; s'av&#232;re &#234;tre le plus fort et le knout [3] ne tarde pas &#224; triompher parce que c'est lui qui repr&#233;sente l'expression &#171; l&#233;gitime &#187; de cette phase du processus historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on voit appara&#238;tre sur la sc&#232;ne un enfant encore plus &#171; l&#233;gitime &#187; du processus historique : le mouvemene ouvrier russe ; pour la premi&#232;re fois, dans l'histoire russe, il jette avec succ&#232;s les bases de la formation d'une v&#233;ritable volont&#233; populaire. Mais voici que le moi du r&#233;volutionnaire russe se h&#226;te de pirouetter sur sa t&#234;te et, une fois de plus, se proclame dirigeant tout-puissant de l'histoire, cette fois-ci en la personne de son altesse le comit&#233; central du mouvement ouvrier social-d&#233;mocrate. L'habile acrobate ne s'aper&#231;oit m&#234;me pas que le seul &#171; sujet &#187; auquel incombe aujourd'hui le r&#244;le de dirigeant, est le &#171; moi &#187; collectif de la classe ouvri&#232;re, qui r&#233;clame r&#233;solument le droit de faire elle-m&#234;me des fautes et d'apprendre elle-m&#234;me la dialectique de l'histoire. Et, enfin, disons-le sans d&#233;tours : les erreurs commises par un mouvement ouvrier vraiment r&#233;volutionnaire sont historiquement infiniment plus f&#233;condes et plus pr&#233;cieuses que l'infaillibilit&#233; du meilleur &#171; comit&#233; central &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La &#171; m&#233;thode subjective &#187; est &#224; la base des doctrines socialistes que d&#233;velopp&#232;rent Pierre Lavrov et Nicolas Mikhailovsky, ma&#238;tres fort &#233;cout&#233;s du parti Socialiste-R&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] On sait que le petit groupe de coujur&#233;s qui, de 1879 &#224; 1883, combatit le tsarisme par une suite d'attentats et r&#233;ussir &#224; tuer Alexandre II (en mars 1881) s'appelait le parti de la Volont&#233; du Peuple &#8212; Narodnaya Voliya en russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Fouet russe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
