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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise par Karl Kautsky</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Kautsky, 1889 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le 17 juin 1789 que les d&#233;put&#233;s du Tiers &#201;tat, press&#233;s par l'effervescence r&#233;volutionnaire du pays tout entier, se constitu&#232;rent en Assembl&#233;e Nationale et donn&#232;rent par l&#224;-m&#234;me le coup d'envoi du gigantesque drame social que nous appelons la Grande R&#233;volution &#171; par excellence &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les esp&#233;rances que fit na&#238;tre cette initiative &#233;taient immenses, mais elles furent encore d&#233;pass&#233;es par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Kautsky, 1889&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 17 juin 1789 que les d&#233;put&#233;s du Tiers &#201;tat, press&#233;s par l'effervescence r&#233;volutionnaire du pays tout entier, se constitu&#232;rent en Assembl&#233;e Nationale et donn&#232;rent par l&#224;-m&#234;me le coup d'envoi du gigantesque drame social que nous appelons la Grande R&#233;volution &#171; par excellence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les esp&#233;rances que fit na&#238;tre cette initiative &#233;taient immenses, mais elles furent encore d&#233;pass&#233;es par l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements qui suivirent. L'&#233;difice de l'&#201;tat f&#233;odal, qui paraissait nagu&#232;re encore si solide, s'effondra comme un ch&#226;teau de cartes sous l'assaut des masses. En l'espace de quelques mois seulement furent bris&#233;es toutes les entraves qui avaient corset&#233; la France et failli la faire p&#233;rir &#233;touff&#233;e. Comme un g&#233;ant encore dans l'enfance, le nouveau mode de production pouvait d&#233;sormais b&#233;n&#233;ficier du grand air, de la lumi&#232;re et de toutes les possibilit&#233;s d'un plein &#233;panouissement. Devant l'enthousiasme du peuple affranchi, les r&#233;sistances se volatilis&#232;rent. La France, qui sous l'ancien r&#233;gime, &#233;tait devenue la ris&#233;e de toute l'Europe, r&#233;sistait maintenant victorieusement &#224; l'assaut conjugu&#233; des monarchies europ&#233;ennes alli&#233;es &#224; la contre-r&#233;volution int&#233;rieure. Et la banni&#232;re de la r&#233;volution n'allait pas tarder &#224; parcourir tout le continent en volant de victoire en victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, assur&#233;ment, il apparut que nombre des espoirs nourris par les hommes de la r&#233;volution &#233;taient des chim&#232;res. L'abolition des privil&#232;ges n'avait pas suffi pour que s'instaure le r&#232;gne de la libert&#233; et de la fraternit&#233;. De nouveaux antagonismes de classes se faisaient jour, et ils &#233;taient gros de nouvelles luttes sociales et de nouveaux bouleversements. La mis&#232;re ne reculait pas, le prol&#233;tariat grossissait, de m&#234;me que s'intensifiait l'exploitation de la population laborieuse. L'&#201;tat et la soci&#233;t&#233; dont accoucha la r&#233;volution ne correspondaient ni &#224; l'id&#233;al de Montesquieu ni &#224; celui de J.-J. Rousseau. La r&#233;alit&#233; des conditions objectives avait &#233;t&#233; plus forte que les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement historique comme celui-l&#224; pr&#233;sente bien entendu tellement de facettes diff&#233;rentes que tous les courants, ceux qui veulent le glorifier et le c&#233;l&#233;brer tout comme ceux qui &#233;prouvent le besoin de le vilipender, de le tourner en ridicule ou de le vouer aux g&#233;monies, peuvent y trouver de quoi s'alimenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est encore plus facile d'y trouver de quoi nourrir des objectifs partisans si on se place d'un point de vue moralisateur. Un drame de cette ampleur chauffe &#224; l'extr&#234;me les passions des acteurs. On peut trouver dans tous les partis des exemples des vertus les plus plaisantes et les plus sublimes, des exemples d'h&#233;ro&#239;sme et de d&#233;sint&#233;ressement sans &#233;quivalent, mais tout autant des exemples d'une ignoble bassesse, de cruaut&#233;, de l&#226;chet&#233; et de cupidit&#233;. Chacun peut &#224; moindres frais s'offrir le plaisir d'exalter les traits sympathiques des siens et de jeter l'ignominie des autres &#224; la face des adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on d'&#233;crire l'histoire a beau &#234;tre plut&#244;t &#233;trange, le nombre de ceux qui ont su s'en abstenir est fort r&#233;duit. Et cela s'explique tout naturellement. Les antagonismes qui explos&#232;rent au cours de la r&#233;volution fran&#231;aise ne sont pas encore totalement d&#233;pass&#233;s. Elle en a elle-m&#234;me cr&#233;&#233; de nouveaux, qui se sont alors manifest&#233;s pour la premi&#232;re fois et n'ont depuis lors fait que s'aiguiser et se pr&#233;ciser. Il n'existe aucun parti moderne qui ne se sente d'une mani&#232;re ou d'une autre, par tradition ou sympathie, ou en raison d'une analogie dans la situation ou les buts poursuivis, une parent&#233; avec l'une ou l'autre des tendances de la r&#233;volution fran&#231;aise, et ne soit de ce fait enclin &#224; porter sur elles un jugement particuli&#232;rement indulgent, tout en &#233;tant particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re pour les tendances des adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;volution fran&#231;aise elle-m&#234;me a ouvert la voie &#224; une conception de l'histoire qui rend possible un examen objectif des ph&#233;nom&#232;nes historiques, celui-l&#224; comme tous les autres, une conception qui voit, en derni&#232;re analyse, la force propulsive de l'&#233;volution historique non pas dans les volont&#233;s humaines, mais dans les rapports objectifs qui lient les individus tout en &#233;tant ind&#233;pendants d'eux, ou pour mieux dire, qui les dominent,.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui dressent le tableau de la r&#233;volution fran&#231;aise en la pr&#233;sentant comme l'&#339;uvre des philosophes, des Voltaire et des Rousseau, d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre, des orateurs de l'Assembl&#233;e Nationale, des Mirabeau et des Robespierre, ne pouvaient cependant pas ne pas noter que le conflit qui a d&#233;bouch&#233; sur la r&#233;volution provenait de l'antagonisme opposant les deux premiers ordres et le Tiers &#201;tat. Ils ont vu que cet antagonisme n'&#233;tait pas &#233;ph&#233;m&#232;re et contingent : il avait d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; dans les &#201;tats G&#233;n&#233;raux de 1614 et dans ceux qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s, il avait &#233;t&#233; un facteur essentiel de l'&#233;volution historique, et au premier chef de la consolidation de la royaut&#233; absolue. Il ne pouvait leur &#233;chapper que ce conflit prenait ses racines dans les structures &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, dans la plupart des ouvrages consacr&#233;s &#224; la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, la lutte des classes n'apparaissait pas, elle n'appara&#238;t encore aujourd'hui toujours pas, comme le moteur du bouleversement, mais seulement comme un &#233;pisode situ&#233; au milieu des luttes des philosophes, des orateurs et des hommes d'&#201;tat, comme si ces derni&#232;res n'&#233;taient pas le r&#233;sultat n&#233;cessaire de celle-l&#224;. Il a fallu un gigantesque travail conceptuel pour que ce qui semblait &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne &#233;pisodique, f&#251;t identifi&#233; comme le ressort r&#233;el, non seulement de toute la R&#233;volution, mais aussi de toute l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s depuis que se sont constitu&#233;s les antagonismes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'histoire est encore aujourd'hui tr&#232;s contest&#233;e. Mais l'id&#233;e que la r&#233;volution fran&#231;aise est l'aboutissement d'une lutte de classes entre le Tiers &#201;tat et les deux autres ordres, est en revanche presque g&#233;n&#233;ralement admise depuis longtemps. Elle a cess&#233; d'&#234;tre une th&#233;orie destin&#233;e seulement aux sp&#233;cialistes, elle est devenue totalement populaire, notamment aupr&#232;s de la classe ouvri&#232;re allemande. Les adeptes de cette id&#233;e ont actuellement moins pour t&#226;che de la d&#233;fendre que de la pr&#233;server de toute &#233;dulcoration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on ram&#232;ne le cours de l'histoire &#224; celle des luttes de classes, la tentation est grande de supposer que dans la soci&#233;t&#233; en question il n'y a que deux camps, deux classes en lutte, deux masses compactes et homog&#232;nes, la masse r&#233;volutionnaire et la masse r&#233;actionnaire, qu'il n'y a qu'un &#171; eux et nous &#187;. &#192; ce compte, la t&#226;che de l'historien serait assez facile. Mais la r&#233;alit&#233; est loin d'&#234;tre aussi simple. La soci&#233;t&#233; est un organisme extraordinairement complexe, elle le devient chaque jour davantage, c'est un enchev&#234;trement de classes multiples et d'int&#233;r&#234;ts les plus divers, lesquels peuvent, en fonction de la situation, se regrouper en formant les partis les plus vari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut pour aujourd'hui, et cela vaut aussi pour l'&#233;poque de la r&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monarchie absolue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'examiner les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la grande R&#233;volution, il nous semble utile de jeter un coup d'&#339;il sur la formation politique &#224; l'int&#233;rieur de laquelle ils se sont d&#233;ploy&#233;s. La forme de l'&#201;tat d&#233;termine la fa&#231;on dont les diff&#233;rentes classes cherchent &#224; faire pr&#233;valoir leurs int&#233;r&#234;ts, elle d&#233;termine la configuration de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme de l'&#201;tat fran&#231;ais, de 1614 &#224; 1789, c'&#233;tait la monarchie absolue, donc un type d'&#201;tat qui, dans des conditions normales, exclut toute lutte de classes intensive, puisqu'il interdit &#224; ses &#171; sujets &#187; toute activit&#233; politique, et par cons&#233;quent est dans la dur&#233;e incompatible avec la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui. Toute lutte de classes d&#233;bouche in&#233;vitablement sur une lutte politique, toute classe ascendante est donc oblig&#233;e, si elle n'a pas de droits politiques, de se battre pour les obtenir. Mais les luttes politiques ne s'arr&#234;tent pas une fois ces droits acquis ; au contraire, c'est &#224; partir de ce moment qu'elle commencent r&#233;ellement, un ph&#233;nom&#232;ne qui a surpris et &#233;pouvant&#233; bien des id&#233;ologues en 1789 comme plus tard en 1848.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absolutisme, c'est-&#224;-dire l'ind&#233;pendance du pouvoir politique par rapport aux classes dominantes, la forme &#233;tatique o&#249; le pouvoir d'&#201;tat n'est pas directement un instrument de la domination de classe, mais a, au moins dans les apparences, une existence autonome au-dessus des partis et des classes, ne peut s'&#233;tablir que l&#224; o&#249; les classes qui jouent un r&#244;le d&#233;cisif dans la vie de la soci&#233;t&#233;, s'&#233;quilibrent de telle sorte qu'aucune n'est assez forte pour s'emparer elle-m&#234;me du pouvoir politique. Celui-ci est alors en mesure de tenir en respect chacune des classes en pr&#233;sence en les jouant les unes contre l'autre, de leur imposer &#224; toutes un armistice, une tr&#234;ve des luttes politiques, et de les assujettir toutes &#224; ses volont&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait la situation en France au XVII&#232;me si&#232;cle. Le mode de production f&#233;odal &#233;tait en voie de d&#233;composition, et la noblesse f&#233;odale assise sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, avait, tout comme l'&#201;glise, perdu la capacit&#233; d'exister politiquement de fa&#231;on autonome face aux organes de gestion de l'&#201;tat derri&#232;re lesquels se tenaient les puissances d'argent en plein essor. Elles devinrent bien plut&#244;t les valets de la royaut&#233;, des soutiens de l'absolutisme. Un nombre sans cesse croissant de nobles rejoignait la noblesse de cour, ils y devenaient quelque chose comme des laquais haut de gamme du roi, celui-ci se chargeant en retour de veiller &#224; leur prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle. Cessant d'&#234;tre des obstacles &#224; l'absolutisme, la noblesse et le haut clerg&#233; en devenaient de plus en plus les soutiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance de la royaut&#233; devint d'autant plus illimit&#233;e que le nouveau mode de production mettait &#224; sa disposition des moyens de plus en plus consid&#233;rables pour exercer son pouvoir. &#192; l'&#233;poque f&#233;odale, les communaut&#233;s qui constituaient l'&#201;tat avaient &#233;t&#233; &#233;conomiquement presque enti&#232;rement autonomes, elles produisaient elles-m&#234;mes &#224; peu pr&#232;s tout ce dont elles avaient besoin. De l&#224; leur autonomie politique. Par contre, la production marchande et le commerce rendaient les diverses communaut&#233;s du pays d&#233;pendantes d'un ou de plusieurs centres &#233;conomiques, et la centralisation politique suivit la centralisation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux organes d'auto-administration des provinces et des communes se substitu&#232;rent des organes d'administration centralis&#233;e, une bureaucratie qui conqu&#233;rait chaque jour de nouveaux territoires, &#233;tait chaque jour soumise &#224; une discipline plus stricte et mise davantage dans la d&#233;pendance du pouvoir central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de la bureaucratie, pour toute une s&#233;rie de raisons qui tiennent elles aussi &#224; la production marchande mais qu'il n'est pas possible de d&#233;tailler ici, se forma une arm&#233;e permanente compl&#232;tement d&#233;pendante du pouvoir central, &#224; l'origine destin&#233;e &#224; assurer la d&#233;fense du pays contre les ennemis de l'ext&#233;rieur, mais aussi utilisable pour r&#233;primer par la force toute r&#233;sistance arm&#233;e au gouvernement &#224; l'int&#233;rieur du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entretien de ces nouveaux dispositifs n&#233;cessitait bien entendu de l'argent, beaucoup d'argent. La puissance de l'&#201;tat d&#233;pendait donc en derni&#232;re instance des contributions des citoyens poss&#233;dant ou gagnant de l'argent. S'ils refusaient de contribuer, ou s'ils y mettaient des conditions et r&#233;ussissaient &#224; les imposer, c'en &#233;tait fait de l'absolutisme, de la totale ind&#233;pendance du pouvoir d'&#201;tat. Aussi longtemps toutefois que les classes concern&#233;es n'eurent pas en elles-m&#234;mes les moyens de r&#233;sister ou que leurs int&#233;r&#234;ts ne firent pas de la r&#233;sistance une n&#233;cessit&#233; pressante, les d&#233;tenteurs du pouvoir d'&#201;tat eurent toute licence de s'imaginer r&#233;ellement que l'&#201;tat n'&#233;tait l&#224; que pour servir leurs int&#233;r&#234;ts personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat devint simplement le domaine du prince r&#233;gnant, l'int&#233;r&#234;t du monarque se confondait avec celui de l'&#201;tat. Plus l'&#201;tat &#233;tait puissant et riche, plus son souverain l'&#233;tait lui-m&#234;me. L'essentiel de sa t&#226;che consistait d&#233;sormais &#224; veiller au bien-&#234;tre mat&#233;riel de ses sujets de la m&#234;me fa&#231;on que le berger prend soin des moutons qu'il a l'intention de tondre. Plus la bureaucratie &#233;vin&#231;ait les cadres ant&#233;rieurs de gestion de l'&#201;tat, plus ses interventions dans les conditions mat&#233;rielles s'&#233;tendaient &#224; des domaines nouveaux et gagnaient en importance, plus l'&#201;tat mettait de z&#232;le &#224; d&#233;velopper le commerce, l'industrie et l'agriculture, &#224; engager des r&#233;formes administratives et autres pour &#233;liminer ce qui les g&#234;nait, &#224; prot&#233;ger les classes productrices de richesses des pressions excessives des privil&#233;gi&#233;s et de l'exploitation que ceux-ci leur faisaient subir et qui les fragilisaient. Bref, plus la monarchie devenait absolue, plus se renfor&#231;ait sa tendance &#224; &#234;tre &#171; &#233;clair&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette facette de la monarchie du 18&#232;me si&#232;cle qu'ont en t&#234;te tous ceux qui pr&#233;tendent d&#233;montrer, arguments historiques &#224; l'appui, que la &#171; royaut&#233; sociale &#187;, la protection des faibles contre les forts, le souci de la prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle du peuple, sont la &#171; vocation naturelle &#187; de la monarchie. Une vocation qui serait malheureusement contrari&#233;e par le parlementarisme, celui-ci substituant au pouvoir du prince situ&#233; au-dessus des partis, celui des partis, des int&#233;r&#234;ts particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette argumentation oublie seulement deux choses. D'abord, que l'interventionnisme &#233;conomique des monarques absolus du 18&#232;me si&#232;cle n'avait pas pour but de prot&#233;ger les faibles, mais d'accro&#238;tre la &#171; richesse nationale &#187;, autrement dit la production marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cela revenait fondamentalement &#224; soutenir les capitalistes, et cela souvent directement, en &#233;tablissant des droits de douane protectionnistes, en instituant des monopoles, en subventionnant leurs entreprises. Par ailleurs, m&#234;me si elles ne les concernaient pas directement, d'autres mesures leur b&#233;n&#233;ficiaient finalement &#224; eux aussi : ainsi les am&#233;liorations du syst&#232;me scolaire, l'abolition du servage, etc... Jamais un monarque absolu n'aurait eu l'id&#233;e de prot&#233;ger et d'aider les faibles si cela n'avait pas servi &#224; augmenter la &#171; richesse nationale &#187; et par l&#224;-m&#234;me les revenus de l'&#201;tat. Les gouvernants du 18&#232;me si&#232;cle n'ont g&#233;n&#233;ralement accord&#233; d'attention au prol&#233;tariat, prol&#233;tariat laborieux ou prol&#233;tariat des gueux, que dans la stricte mesure o&#249; ils veillaient &#224; ce que la police le t&#238;nt en bride. Quant aux paysans et aux artisans, eux non plus ne b&#233;n&#233;fici&#232;rent de la protection royale &#8211; et encore &#8211; que dans la mesure o&#249; leur capacit&#233; &#224; payer l'imp&#244;t &#233;tait en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prot&#233;ger les faibles &#187; revenait donc pour l'essentiel &#224; soutenir la classe sociale dont le pouvoir &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;conomiquement d&#233;pendant au plus haut point, sans l'&#234;tre encore politiquement, c'est-&#224;-dire la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les monarques du 18&#232;me si&#232;cle ne tiraient pas d'importants revenus seulement des imp&#244;ts pay&#233;s en num&#233;raire, mais aussi de leurs propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res, ce qui n'est pas surprenant vu l'origine f&#233;odale de la royaut&#233;. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le roi &#233;tait (&#224; part l'&#201;glise) le plus important propri&#233;taire foncier du pays, et en France, il l'&#233;tait de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne conna&#238;t pas exactement la distribution des terres en 1789 &#187;, dit L&#233;once de Lavergne, &#171; la seule chose &#233;tablie et sur laquelle tout le monde s'accorde, est que les domaines royaux joints aux propri&#233;t&#233;s des communes recouvraient un cinqui&#232;me du sol en France &#187;2. On peut se faire une id&#233;e de leur &#233;tendue quand on apprend que les for&#234;ts de chasse royales &#224; elles seules couvraient un million d'arpents, une surface &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalente &#224; celle du grand-duch&#233; d'Oldenbourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venaient s'y ajouter les biens des princes du sang qui, selon Necker, occupaient un septi&#232;me du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme seigneur f&#233;odal, le prince r&#233;gnant avait de tout autres int&#233;r&#234;ts que comme propri&#233;taire du vaste domaine qu'&#233;tait l'&#201;tat. Lui, dont les cousins et les &#171; bons amis &#187; &#233;taient tous des f&#233;odaux, avait les meilleures raisons du monde de ne rien l&#226;cher de l'exploitation f&#233;odale ni des privil&#232;ges f&#233;odaux et de s'opposer &#224; toutes les r&#233;formes susceptibles d'y porter atteinte. Pour le chef de la f&#233;odalit&#233; qu'il &#233;tait, la t&#226;che de l'&#201;tat n'&#233;tait pas de pourvoir du mieux possible &#224; la prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle de ses sujets, mais au contraire de leur extorquer le maximum pour en employer le produit dans son int&#233;r&#234;t personnel, au b&#233;n&#233;fice de sa cour, au b&#233;n&#233;fice de la noblesse devenue noblesse de cour. Chef supr&#234;me des privil&#233;gi&#233;s, il ne cherchait pas &#224; mettre le pouvoir d'&#201;tat au service des &#171; faibles &#187;, c'est-&#224;-dire des non-privil&#233;gi&#233;s, pour les prot&#233;ger des puissants, des privil&#233;gi&#233;s, il l'utilisait au contraire pour &#233;touffer la moindre tentative des faibles de se d&#233;fendre des abus des puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Faust, la royaut&#233; du 18&#232;me si&#232;cle avait donc deux &#226;mes qui cohabitaient en son sein : l'une &#233;tait &#171; &#233;clair&#233;e &#187;, l'autre &#233;tait sous l'emprise des &#171; pr&#233;jug&#233;s t&#233;n&#233;breux du Moyen-&#194;ge &#187;. Parvenue au pouvoir absolu du fait que les classes dominantes du mode de production f&#233;odal en d&#233;cadence et celles du mode de production capitaliste en pleine ascension, la noblesse et la bourgeoisie, en &#233;taient arriv&#233;es &#224; peser d'un poids &#233;quivalent, elle r&#233;gnait formellement sur l'une comme sur l'autre, se situait au-dessus d'elles tout en se voyant contrainte de d&#233;fendre effectivement les int&#233;r&#234;ts de l'une et de l'autre. &#171; Protecteur des faibles contre les puissants &#187;, l'absolutisme, dans la mesure o&#249; il &#233;tait en &#233;tat d'influer sur les rapports &#233;conomiques, soumettait en r&#233;alit&#233; les classes populaires, non seulement &#224; l'exploitation f&#233;odale, mais aussi &#224; l'exploitation capitaliste et &#224; la mis&#232;re qui en d&#233;coulait. Celles-ci finirent donc par le percevoir comme l'incarnation de l'exploitation tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les int&#233;r&#234;ts de la noblesse et de la bourgeoisie &#233;taient trop contradictoires pour que la monarchie absolue p&#251;t les satisfaire compl&#232;tement. Elle ne pouvait contenter la noblesse sans s'en prendre &#224; la bourgeoisie, et inversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime de l'absolutisme, aucune tr&#234;ve durable n'interrompit effectivement les luttes entre ces deux classes. Mais tant que se maintint l'&#233;quilibre entre elles, tant que la bourgeoisie ne put songer &#224; mettre le pouvoir d'&#201;tat, la royaut&#233;, &#224; son service, cette lutte opposant entre elles les couches sup&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; prit essentiellement la forme de rivalit&#233;s entre fractions et coteries pour obtenir les faveurs du monarque, une lutte &#224; laquelle bien entendu ne prenaient part que les &#233;lites de la soci&#233;t&#233;, la noblesse de cour et les plus hauts dignitaires de l'&#201;glise, la haute finance, les repr&#233;sentants les plus &#233;minents de la bureaucratie et de &#171; l'intelligentsia &#187;, etc. Le prince r&#233;gnant &#233;tait aussi peu au-dessus des partis que cela n'est le cas dans un r&#233;gime parlementaire. La seule diff&#233;rence, c'est que dans l'&#201;tat absolutiste, les int&#233;r&#234;ts dont le monarque devient l'instrument sont bien plus mesquins, et bien plus lamentables les machinations et les intrigues qui permettent de le gagner &#224; sa cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de ces batailles entre cliques autour de la personne du roi, batailles qui s'effor&#231;aient de l'entra&#238;ner tant&#244;t d'un c&#244;t&#233;, tant&#244;t de l'autre, comme les Ach&#233;ens et les Troyens avec le cadavre de Patrocle, en raison de l'ambivalence inh&#233;rente d&#232;s le d&#233;part &#224; la royaut&#233; du 18&#232;me si&#232;cle, le roi &#233;tant simultan&#233;ment chef de l'&#201;tat moderne et chef de la noblesse f&#233;odale, il lui fallait de grandes capacit&#233;s d'intelligence et de caract&#232;re pour au moins pr&#233;server une certaine unit&#233; dans la fa&#231;on de mener les affaires du gouvernement. &#192; partir du moment o&#249; c'&#233;tait un caract&#232;re faible qui &#233;tait amen&#233; &#224; tenir la barre, la confusion ne pouvait que tourner &#224; la catastrophe. Louis XVI &#233;tait un caract&#232;re faible. Et si son &#233;pouse Marie-Antoinette, tout &#224; l'oppos&#233;, &#233;tait dou&#233;e d'une obstination que l'arrogance rendait encore plus n&#233;faste, cela ne le mettait pas en meilleure posture. Jamais elle ne soup&#231;onna qu'il p&#251;t y avoir d'autres n&#233;cessit&#233;s et d'autres besoins que ceux de la cour. Pour elle, la royaut&#233; avait une seule et unique fonction : amuser la cour et la pourvoir en argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons voir ce que cela signifiait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 L. de Lavergne : &#201;conomie rurale de la France depuis 1789. Paris 1866, p. 49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Noblesse et clerg&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si peu nombreux qu'aient &#233;t&#233; noblesse et clerg&#233;3, c'est seulement une partie d'entre eux, minoritaire de surcro&#238;t, qui menait au 18&#232;me si&#232;cle la vie de luxe et d'opulence, d&#233;ployait le faste et se livrait aux gaspillages effr&#233;n&#233;s qu'on consid&#232;re comme caract&#233;ristiques du monde des privil&#233;gi&#233;s d'avant la R&#233;volution. Seuls les sommets de la noblesse et du clerg&#233;, les seigneurs d'immenses domaines, pouvaient se permettre le luxe et les d&#233;penses somptuaires qui les faisaient rivaliser entre eux dans la splendeur de leurs salons, l'&#233;clat de leurs f&#234;tes, la magnificence de leurs palais &#8211; le seul stimulant qui aiguillonn&#226;t encore la noblesse. Elle &#233;tait depuis longtemps devenue trop indolente et trop veule pour se lancer dans des joutes o&#249; seul auraient compt&#233; le talent et les capacit&#233;s personnelles. Se mesurer les uns aux autres &#224; qui pouvait d&#233;penser les plus grosses sommes d'argent, et donc, conclusion probable, &#224; qui avait les revenus les plus importants, &#233;tait bien dans le caract&#232;re de la production marchande o&#249; avait sombr&#233; la majeure partie de la noblesse. Mais elle ne s'&#233;tait pas encore coul&#233;e dans le moule du nouveau mode de production autant que par exemple la noblesse d'aujourd'hui. Elle avait eu t&#244;t fait d'apprendre &#224; d&#233;penser, mais elle ne s'entendait pas aussi bien que ses cong&#233;n&#232;res actuels &#224; accro&#238;tre ses revenus en faisant le commerce de la laine, des c&#233;r&#233;ales, de l'eau-de-vie, etc. N'ayant pour ressources que les revenus f&#233;odaux, la noblesse s'endettait &#224; toute allure. Et si c'&#233;tait d&#233;j&#224; le lot de la haute noblesse, c'&#233;tait encore plus celui de la moyenne et de la petite noblesse ! De nombreuses familles ne tiraient en effet de leurs biens-fonds pas plus de 50, voire 25 livres de b&#233;n&#233;fices par an. Plus elles &#233;taient pauvres, plus elles &#233;taient exigeantes et impitoyables avec leurs paysans. Mais le r&#233;sultat &#233;tait maigre. Les emprunts n'&#233;taient qu'un exp&#233;dient provisoire, et ne faisaient qu'accro&#238;tre ensuite la mis&#232;re. Cette d&#233;tresse ne pouvait &#234;tre soulag&#233;e de fa&#231;on permanente que par l'&#201;tat : piller l'&#201;tat devint de plus en en plus l'activit&#233; principale de la noblesse. Elle se pr&#233;cipitait sur toutes les charges lucratives que le roi pouvait dispenser. Et comme le nombre des nobles ruin&#233;s ou au bord de la ruine augmentait d'ann&#233;e en ann&#233;e, il fallait qu'augmente sans cesse le nombre de ces charges. On finit par inventer les pr&#233;textes les plus ridicules pour conf&#233;rer &#224; un noble n&#233;cessiteux un titre &#224; exploiter l'&#201;tat. Il va de soi qu'&#224; c&#244;t&#233; des nobles dans le besoin, on n'oubliait pas la haute noblesse puissante et &#233;galement endett&#233;e et cupide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sin&#233;cures les plus recherch&#233;es &#233;taient les charges de cour. C'&#233;taient les mieux pay&#233;es, celles qui pr&#233;supposaient le moins de connaissances et de travail pour &#234;tre remplies et celles qui menaient directement &#224; la source de toutes les faveurs et de tous les plaisirs. Il y avait environ 15 000 personnes admises &#224; la cour, dont l'&#233;crasante majorit&#233; n'&#233;tait l&#224; que pour empocher un revenu li&#233; &#224; un titre. Il fallait, pour entretenir cette foule inutile, d&#233;bourser le dixi&#232;me des recettes de l'&#201;tat, plus de 40 millions de livres (ce qui correspondrait en valeur &#224; environ 100 millions de francs d'aujourd'hui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne suffisait pas &#224; la noblesse. Les postes de fonctionnaires qui constituaient l'appareil d'&#201;tat &#233;taient de genres tr&#232;s vari&#233;s. Certains exigeaient une certaine instruction pr&#233;alable et beaucoup de travail. C'&#233;taient ceux qui le faisaient fonctionner effectivement, la r&#233;mun&#233;ration en &#233;tait m&#233;diocre et ils &#233;taient pourvus par des bourgeois. &#192; c&#244;t&#233; en existaient d'autres qui n'&#233;taient l&#224; que pour la &#171; repr&#233;sentation &#187;, et leurs titulaires avaient seulement la lourde t&#226;che de s'amuser eux, et d'amuser leurs semblables. Ces places richement dot&#233;es restaient r&#233;serv&#233;es &#224; la noblesse4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'arm&#233;e, c'&#233;tait le m&#233;rite qui avait autrefois &#233;t&#233; le crit&#232;re qui servait &#224; nommer les officiers. Sous Louis XIV, les officiers &#233;taient aussi bien bourgeois que nobles. Ces derniers &#233;taient favoris&#233;s seulement en temps de paix. Mais plus l'avidit&#233; de la noblesse augmentait, plus elle aspirait &#224; se r&#233;server les postes d'officiers sup&#233;rieurs. On laissait &#224; la &#171; canaille &#187; les places de sous-officiers &#8211; sur qui retombaient les aspects les plus p&#233;nibles du service -, mais les postes d'officiers, bien pay&#233;s, demandant peu de travail &#8211; notamment en temps de paix &#8211; et peu de connaissances, devenaient un privil&#232;ge de la noblesse. Les officiers co&#251;taient 46 millions de livres par an, la troupe dans son ensemble devait se contenter de 44 millions. Plus elle &#233;tait endett&#233;e, plus la noblesse veillait jalousement sur son privil&#232;ge. Quelques ann&#233;es seulement avant que n'&#233;clate la R&#233;volution (1781), parut un &#233;dit royal r&#233;servant les postes d'officiers &#224; la noblesse ancienne. Les candidats devaient apporter la preuve qu'ils n'avaient pas moins de quatre quartiers de noblesse en filiation masculine. Donc &#233;taient exclues de l'&#233;tat d'officier non seulement la bourgeoisie, mais aussi toute la noblesse nouvellement mise en place depuis un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#201;glise, les fonctions sup&#233;rieures et bien r&#233;mun&#233;r&#233;es &#233;taient en partie express&#233;ment r&#233;serv&#233;es &#224; la noblesse, ou l'&#233;taient dans les faits, le roi disposant du pouvoir d'investiture et n'affectant gu&#232;re que des nobles &#224; ces postes. L&#224; aussi, l'exclusivit&#233; de la noblesse pour l'acc&#232;s &#224; ces charges richement dot&#233;es fut confirm&#233;e express&#233;ment peu de temps avant la R&#233;volution, m&#234;me si cette disposition ne fut pas rendue publique. Les 1500 pr&#233;bendes opulentes dont le roi pouvait disposer furent attribu&#233;es tout aussi exclusivement &#224; la noblesse que les si&#232;ges &#233;piscopaux et archi&#233;piscopaux. Les 131 &#233;v&#234;ques et archev&#234;ques de France tiraient de leurs charges globalement un revenu d&#233;passant les 14 millions de livres, plus de 100 000 livres par t&#234;te. Le cardinal de Rohan, archev&#234;que de Strasbourg, gagnait, au titre de prince de l'&#201;glise, plus d'un million de livres par an ! Ce digne pasteur spirituel pouvait donc se payer le luxe d'acheter pour environ 1 400 000 livres un collier de diamants dans l'espoir de s'attirer les faveurs de la reine Marie Antoinette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes ces charges g&#233;n&#233;reusement r&#233;tribu&#233;es, qu'elles fussent eccl&#233;siastiques, militaires ou administratives, ne rassasiaient pas une noblesse pour partie cupide, pour partie endett&#233;e. Sans arr&#234;t, le roi &#233;tait assi&#233;g&#233; de requ&#234;tes pour qu'il puise dans la caisse de l'&#201;tat et alloue des subsides exceptionnels, par exemple au b&#233;n&#233;fice de tel noble emp&#234;tr&#233; dans des ennuis financiers, ou pour satisfaire le caprice de tel haut personnage ou de telle grande dame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cette fa&#231;on que, entre 1774 et 1789 seulement, 228 millions de livres furent d&#233;bours&#233;s par le Tr&#233;sor en pensions, cadeaux et autres pr&#233;sents, dont 80 millions pour la famille royale. Les deux fr&#232;res du roi se sont vus ainsi gratifi&#233;s chacun de 14 millions. Quelques ann&#233;es seulement avant la R&#233;volution, alors que le budget pr&#233;sentait un d&#233;ficit colossal, Calonne, ministre des finances, acheta pour la reine, au prix de 15 millions de livres, le ch&#226;teau de Saint-Cloud, et pour le roi, celui de Rambouillet au prix de 14 millions. Car celui-ci ne se consid&#233;rait pas seulement comme le chef de l'&#201;tat, mais aussi comme le chef de file des propri&#233;taires fonciers et n'avait aucun scrupule &#224; s'enrichir &#224; ce titre aux frais de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Polignac, qui jouissait des faveurs particuli&#232;res de Marie Antoinette, touchait &#224; elle seule des pensions d'un montant de 700 000 livres. Le duc de Polignac obtint en outre une rente personnelle de 120 000 livres, et il lui fut accord&#233; 1 200 000 livres en cadeau pour l'achat d'un domaine5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons parl&#233; jusqu'ici de la noblesse en g&#233;n&#233;ral, comme groupe pratiquant syst&#233;matiquement le pillage de l'&#201;tat et du peuple. En fait, ce n'est pas tout &#224; fait exact. Une fraction notable de la noblesse, certes minoritaire, non seulement ne prenait pas part &#224; ces entreprises, mais s'en indignait prodigieusement. C'&#233;tait la petite et moyenne noblesse des provinces &#233;conomiquement attard&#233;es, dans lesquelles l'&#233;conomie f&#233;odale se perp&#233;tuait encore vigoureusement, ainsi en partie en Bretagne, ou en Vend&#233;e. Les seigneurs n'allaient pas s'installer &#224; Paris ni &#224; Versailles, mais y vivaient &#224; l'ancienne mode dans leurs ch&#226;teaux, au milieu de leurs paysans, n'&#233;tant eux-m&#234;mes que des paysans d'une esp&#232;ce sup&#233;rieure. Frustes et incultes, mais aussi vigoureux et pleins d'assurance, leurs besoins se r&#233;sumaient pour l'essentiel &#224; manger et &#224; boire, beaucoup et bien, et les livraisons en nature des paysans dont ils &#233;taient les ma&#238;tres les satisfaisaient sans peine. N'&#233;tant ni press&#233;s de dettes ni pouss&#233;s &#224; un train de vie co&#251;teux, ils n'avaient aucune raison de multiplier les prestations qui leur revenaient ni de recourir &#224; des m&#233;thodes brutales pour les percevoir. Ils n'&#233;taient absolument pas en mauvais termes avec leurs paysans. Rien que le fait de partager des conditions de vie analogues fait na&#238;tre une certaine sympathie. Et le seigneur de ces r&#233;gions retardataires n'avait encore nullement les traits de l'exploiteur superflu et du parasite qu'il &#233;tait dans les contr&#233;es plus d&#233;velopp&#233;es. Dans celles-ci, la bureaucratie royale avait peu &#224; peu absorb&#233; toutes les fonctions administratives, les fonctions de police et les fonctions judiciaires d'importance que le seigneur f&#233;odal avait exerc&#233;es autrefois. Les seules attributions qui lui restaient &#233;taient sans incidence pour l'ordre et la s&#233;curit&#233; de son territoire, et si elles avaient &#233;t&#233; autrefois un moyen de veiller &#224; sa prosp&#233;rit&#233;, elles n'&#233;taient plus maintenant qu'un instrument lui permettant de l'exploiter. Les employ&#233;s de justice et de police domaniaux ne recevaient pas de traitement. Ils devaient au contraire payer leur charge. Ce qui signifie qu'ils achetaient ainsi l'autorisation de plumer les subordonn&#233;s de leur ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses &#233;taient diff&#233;rentes dans les contr&#233;es de f&#233;odalit&#233; &#224; l'ancienne. L&#224;, le seigneur g&#233;rait lui-m&#234;me son domaine, s'occupait des routes et de la s&#233;curit&#233; des transports, arbitrait les diff&#233;rends entre ses subordonn&#233;s, punissait les d&#233;lits et les infractions. Et m&#234;me, il continuait parfois &#224; exercer l'antique fonction de protection de ses gens contre l'ennemi ext&#233;rieur &#8211; except&#233; &#224; vrai dire contre les arm&#233;es ennemies. L'ennemi qui se montrait de temps &#224; autre dans ces r&#233;gions pour les piller, c'&#233;taient les officiers du fisc royal. Nous avons des exemples qui montrent comment les seigneurs les expulsaient quand ils poussaient la plaisanterie trop loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces nobles n'&#233;taient nullement enclins &#224; se soumettre sans conditions au pouvoir royal. La noblesse de cour, avec ses acolytes pr&#233;sents dans l'arm&#233;e, l'&#201;glise et la haute bureaucratie, &#233;tait fond&#233;e &#224; prendre parti pour le renforcement du pouvoir absolu du roi. Ce que les f&#233;odaux ne r&#233;ussissaient pas &#224; extorquer aux paysans au nom des titres dont ils &#233;taient d&#233;tenteurs, les fermiers g&#233;n&#233;raux et les fonctionnaires royaux, eux, l'engrangeaient, et d'autant mieux que leur pouvoir &#233;tait plus &#233;tendu, que le pouvoir royal &#233;tait plus illimit&#233;. Plus la royaut&#233; &#233;tait absolue, plus augmentaient l'arbitraire et la brutalit&#233; de la pression fiscale, plus elle pouvait puiser dans les recettes pour en d&#233;tourner des sommes importantes au profit de ses cr&#233;atures et aux d&#233;pens des besoins de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hobereaux de campagne ne voyaient pas cela d'un bon &#339;il. Des faveurs de la cour, rien ne leur revenait, et du reste, ils n'en avaient nul besoin. Mais la pression fiscale, en s'intensifiant, appauvrissait leurs sujets, et plus les missions de justice, de gestion et de police &#233;taient accapar&#233;es par la bureaucratie royale, plus ils perdaient eux-m&#234;mes de pouvoir et de prestige dans leur r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence des courtisans, ils ne se voyaient pas comme laquais du roi. Anim&#233;s d'un esprit authentiquement f&#233;odal, ils se sentaient ses &#233;gaux. Pour eux, comme au temps de la f&#233;odalit&#233;, le roi n'&#233;tait que le plus important des propri&#233;taires fonciers, un primus inter pares, qui n'avait aucun droit de rien modifier dans l'organisation de l'&#201;tat sans leur consentement, et face auquel ils s'agrippaient &#224; leurs libert&#233;s et &#224; leurs droits h&#233;r&#233;ditaires, certes sans beaucoup de succ&#232;s. Ils &#233;taient d'autant plus motiv&#233;s pour cela qu'au fur et &#224; mesure que les besoins du tr&#233;sor royal augmentaient, &#233;taient instaur&#233;es de nouvelles redevances qui frappaient aussi la noblesse, alors qu'elle &#233;tait auparavant dispens&#233;e du paiement de tout imp&#244;t. La cons&#233;quence, c'&#233;tait que les hobereaux de campagne devaient contribuer aux charges de l'&#201;tat sans b&#233;n&#233;ficier des avantages qui y &#233;taient li&#233;s. Raison pour laquelle ils r&#233;clamaient de plus en plus &#233;nergiquement des mesures d'&#233;conomie dans la gestion du budget, des r&#233;formes du syst&#232;me financier, et le contr&#244;le de celui-ci par une assembl&#233;e des &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noblesse &#233;tait donc scind&#233;e en deux fractions hostiles : d'un c&#244;t&#233;, la noblesse de cour et ses acolytes, c'est-&#224;-dire toute la haute aristocratie et la majorit&#233; des petits et moyens aristocrates, tous partisans r&#233;solus de l'absolutisme, et de l'autre, la noblesse rurale, regroupant la petite et moyenne noblesse des r&#233;gions &#233;conomiquement non-d&#233;velopp&#233;es, laquelle exigeait la convocation des &#201;tats G&#233;n&#233;raux pour contr&#244;ler l'administration publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui juge les partis du pass&#233;, non d'apr&#232;s les int&#233;r&#234;ts de classe qu'ils repr&#233;sentent, mais &#224; partir de l'apparente concordance de leurs tendances avec des mots d'ordre modernes, les &#233;l&#233;ments les plus attard&#233;s de la France d'alors appara&#238;tront immanquablement comme des &#171; progressistes &#187;, comme des &#171; lib&#233;raux &#187;, vu que leur but &#233;tait, comme celui du Tiers &#201;tat, de remplacer la monarchie absolue par une monarchie encadr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, personne n'&#233;tait plus qu'eux hostile aux nouvelles id&#233;es et aux classes montantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hobereau de la cambrousse ha&#239;ssait le bourgeois comme le paysan hait le citadin, l'homme de l'&#233;conomie naturelle le repr&#233;sentant de l'&#233;conomie mon&#233;taire, le rustre l'homme instruit, le propri&#233;taire h&#233;ritier d'une longue lign&#233;e le parvenu qui joue des coudes pour se faire une place. Il le traitait avec un m&#233;pris non dissimul&#233; quand il le croisait, ce qui &#224; vrai dire n'arrivait pas fr&#233;quemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, la noblesse citadine et une partie de la bourgeoisie se rapprochaient rapidement. Certes, face au tailleur et au savetier, la morgue de l'aristocrate de cour d&#233;passait encore si possible celle de son coll&#232;gue de la campagne. L'artisan avait &#224; se sentir tr&#232;s honor&#233; d'&#234;tre autoris&#233; &#224; travailler pour une personne de qualit&#233;. Qu'il veuille de surcro&#238;t &#234;tre pay&#233; pour son travail, paraissait d'une effronterie sans mesure. Mais on mettait d'autres formes dans les relations avec ces messieurs de la haute finance. Eux poss&#233;daient en abondance ce dont la noblesse avait le plus grand besoin, de l'argent. Elle &#233;tait d&#233;pendante d'eux, c'est leur bon vouloir qui d&#233;cidait de la banqueroute ou de la perp&#233;tuation de son existence. &#192; part quelques familles peu nombreuses, les aristocrates de cour &#233;taient tous, depuis le roi jusqu'au dernier des pages, des d&#233;biteurs de la haute finance. Il ne convenait pas de montrer trop d'arrogance vis-&#224;-vis de ces messieurs. Un jour, Louis XIV, le &#171; roi-soleil &#187;, avait accueilli devant la cour r&#233;unie le Juif Samuel Bernard &#224; l'&#233;gal d'un prince r&#233;gnant : il est vrai que cet homme &#233;tait soixante fois millionnaire. Les serviteurs du roi auraient-ils d&#251; faire montre de plus de fiert&#233; que leur ma&#238;tre ? La haute finance ressemblait de plus en plus &#224; la noblesse. Elle achetait des titres, des biens nobles. Plus d'un gentilhomme dans la d&#233;bine cherchait m&#234;me &#224; redorer son blason rouill&#233; en &#233;pousant une riche h&#233;riti&#232;re de la noblesse la plus r&#233;cente. On se consolait en se disant que le meilleur des champs demande de temps &#224; autre &#224; &#234;tre engraiss&#233; avec du fumier. Depuis lors, la noblesse &#233;tait tomb&#233;e assez profond&#233;ment dans le fumier. Les salons de la haute finance ressemblaient de plus en plus &#224; ceux de la noblesse, et, ce qui peut-&#234;tre favorisait le plus le rapprochement entre les deux classes, ils se rejoignaient dans la m&#234;me fange. Les prostitu&#233;es &#233;taient &#224; vendre aussi bien aux bons vivants du Tiers &#201;tat qu'aux comtes, ducs et &#233;v&#234;ques. Le bordel effa&#231;ait toute distinction entre les ordres, et la cour de France n'&#233;tait pas loin d'y ressembler gravement. Nous avons vu plus haut comment un archev&#234;que chercha &#224; acheter une reine avec des diamants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divers &#233;crivains (par exemple Buckle) ont vu dans le brassage croissant des nobles et des financiers parisiens un r&#233;sultat de &#171; l'esprit d&#233;mocratique &#187; qui, avant la R&#233;volution, aurait hant&#233; tous les cerveaux, &#224; quelque classe qu'ils appartiennent. Dommage pour eux qu'&#224; la m&#234;me &#233;poque, &#224; l'instigation de ces gentilshommes &#171; d&#233;mocrates &#187;, l'examen du lignage ait &#233;t&#233; renforc&#233; pour l'acc&#232;s au grade d'officier, que les biens d'&#201;glise aient &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;s apanage exclusif de la noblesse et qu'aient &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es pour elle de nouvelles sin&#233;cures dans la bureaucratie. Ce ne sont pas les id&#233;es d&#233;mocratiques, mais des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels qui, en m&#234;me temps qu'ils radicalisaient l'exclusivit&#233; aristocratique pour tout ce qui concernait les charges d'&#201;tat, baissaient de mani&#232;re de plus en plus visible les barri&#232;res apparentes entre la vieille noblesse fonci&#232;re et la nouvelle noblesse d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; absence de pr&#233;jug&#233;s &#187; de la noblesse parisienne sur le terrain de la sociabilit&#233; suscitait bien s&#251;r les cris d'orfraie des hobereaux de campagne. Et surtout dans tout ce qui touchait &#224; la religion et &#224; la morale. Le noble campagnard, continuant &#224; vivre dans la sph&#232;re de la vieille f&#233;odalit&#233;, &#233;tait encore tout p&#233;n&#233;tr&#233; des anciennes structures mentales correspondantes, de la religion de ses anc&#234;tres. Pour le noble parisien, en revanche, les derniers vestiges du f&#233;odalisme n'&#233;taient plus que des instruments utiles pour exploiter les masses et les tenir en respect. Ses fonctions, dont ne subsistaient plus que le titre et les revenus correspondants, s'&#233;taient vid&#233;es pour lui de tout autre sens. Et c'est de ce point de vue qu'il regardait la religion elle-m&#234;me. Pour lui, qui vivait en ville bien loin des ruines f&#233;odales, elle avait perdu toute signification. &#192; l'&#233;gal des autres vestiges de l'&#233;poque f&#233;odale, elle ne lui apparaissait plus bonne qu'&#224; soumettre et exploiter les masses. &#192; ses yeux, la religion &#233;tait tout &#224; fait n&#233;cessaire pour le peuple &#171; ignorant &#187;, celui-ci ne pouvait se passer d'elle. Mais la noblesse &#171; &#233;clair&#233;e &#187;, elle, pouvait bien la tourner en d&#233;rision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement du libertinage dans les salons de la noblesse s'accompagnait de la d&#233;cadence des m&#339;urs anciennes, qui avaient elles aussi perdu toute base mat&#233;rielle. Le seigneur de l'ancienne f&#233;odalit&#233; attachait la plus grande importance &#224; la tenue de son m&#233;nage et aux qualit&#233;s de la ma&#238;tresse de sa maison. Sans une gestion r&#233;gl&#233;e et continue, tout le m&#233;canisme de production se bloquait. Un couple solide, une ferme discipline familiale, &#233;taient une n&#233;cessit&#233;. Mais pour un courtisan n'ayant d'autre occupation que de s'amuser et de gaspiller de l'argent, mariage et famille devenaient parfaitement superflus. Ce n'&#233;taient plus que des formalit&#233;s encombrantes auxquelles il fallait se conformer pour les apparences, puisqu'il fallait avoir des h&#233;ritiers l&#233;gitimes, mais avec lesquelles on prenait volontiers ses aises. Tout le monde sait comment les rois donn&#232;rent l'exemple &#224; la noblesse sur le chapitre de &#171; l'amour libre &#187;, il n'est donc pas utile d'y revenir ici en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noblesse rurale s'indignait naturellement autant de cette &#171; absence de pr&#233;jug&#233;s &#187; de la noblesse des villes que de son pillage des finances de l'&#201;tat, cependant que la seconde reprochait &#224; la premi&#232;re sa grossi&#232;ret&#233; et son ignorance tout comme son indocilit&#233;. Une hostilit&#233; farouche les opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait aussi, en marge de ces deux partis de la noblesse, des nobles qui passaient &#224; l'ennemi et combattaient le syst&#232;me f&#233;odal dans son essence m&#234;me. Les rangs de la petite noblesse ruin&#233;e, notamment, en comptaient un bon nombre qui n'avaient aucun penchant pour l'&#233;tat eccl&#233;siastique et n'avaient aucune disposition pour la carri&#232;re militaire, qui ne progressaient pas &#224; la cour ou m&#234;me tombaient en disgr&#226;ce, enfin des hommes que la corruption de la noblesse de cour &#233;c&#339;urait tout autant que la grossi&#232;ret&#233; et la stupidit&#233; des hobereaux de campagne, qui voyaient que l'effondrement du syst&#232;me existant &#233;tait in&#233;vitable et qui compatissaient profond&#233;ment avec la mis&#232;re des masses. Ils se mettaient du c&#244;t&#233; du Tiers &#201;tat, rejoignaient ses intellectuels, ses hommes de plume, ses pamphl&#233;taires, ses journalistes, qui gagnaient en autorit&#233; morale au fur et &#224; mesure que le Tiers &#201;tat gagnait en importance. Parmi les aristocrates, les plus intelligents, les plus &#233;nergiques, les plus hardis, les plus fortes personnalit&#233;s prirent ainsi le parti du Tiers &#201;tat. Ce ne furent d'abord que des ralliements individuels, mais quand il fut clair qu'il avait triomph&#233;, ils accoururent en foule, affaiblissant ainsi &#233;norm&#233;ment leur classe au moment o&#249; celle-ci aurait eu besoin de concentrer toutes ses forces pour au moins retarder le moment de son an&#233;antissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au m&#234;me moment, les deux soutiens sur lesquels l'ancien r&#233;gime s'appuyait le plus solidement, le clerg&#233; et l'arm&#233;e, se mirent &#224; chanceler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grades sup&#233;rieurs de ces deux corps &#233;taient, on l'a d&#233;j&#224; dit, r&#233;serv&#233;s &#224; la noblesse. Le Tiers &#201;tat fournissait les sous-officiers et les cur&#233;s, les uns et les autres &#233;tant charg&#233;s, dans leur domaine de comp&#233;tence, de la m&#234;me t&#226;che, faire de leurs subordonn&#233;s des m&#233;caniques sans volont&#233; propre ob&#233;issant sans barguigner &#224; tous les ordres venus d'en-haut. Or, ceux-l&#224; m&#234;mes qui avaient pour mission de les dresser et de les diriger pour servir la classe dominante, faisaient eux aussi partie des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise &#233;tait immens&#233;ment riche. Elle &#233;tait propri&#233;taire du cinqui&#232;me des terres, et c'&#233;tait le cinqui&#232;me le plus fertile, le mieux cultiv&#233;, celui dont la valeur d&#233;passait proportionnellement de loin celle du reste. On estimait la valeur des biens d'&#201;glise &#224; quatre mille millions de livres6, leur revenu &#224; cent millions. La d&#238;me rapportait en outre au clerg&#233; 123 millions par an. Sur ces gigantesques revenus, qui ne tiennent pas compte des recettes provenant des avoirs mobiliers des diff&#233;rentes corporations religieuses, la part du lion revenait aux hauts dignitaires et aux monast&#232;res7, les cur&#233;s vivant dans une mis&#232;re noire, dans des taudis sordides, et souvent &#224; la limite de la famine. Et c'est &#224; eux seuls pourtant qu'incombaient toutes les fonctions que l'&#201;glise avait encore conserv&#233;es. Rien ne venait leur rappeler qu'ils appartenaient &#224; un ordre privil&#233;gi&#233;. Reli&#233;s au Tiers &#201;tat par leurs attaches familiales, sans perspective de jamais sortir de leur condition, pauvres, surcharg&#233;s de travail, vivant au milieu d'une population mis&#233;rable, on leur demandait d'inculquer &#224; celle-ci un devoir d'ob&#233;issance absolue aux fain&#233;ants parasites qui ne les payaient eux-m&#234;mes qu'en coups de pied, d'&#234;tre les auxiliaires de l'exploitation d'un peuple auquel on avait d&#233;j&#224; tout pris, d'aider &#224; pressurer leurs fr&#232;res et leurs p&#232;res au profit de d&#233;bauch&#233;s arrogants qui jetaient sans compter le produit du travail de milliers de gens dans les jupons de leurs catins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;pourvus de gratification et de toute perspective, les sous-officiers allaient-ils, eux, se laisser &#233;ternellement molester par les blancs-becs et les godelureaux de l'aristocratie qui n'entendaient rien au service et ne s'en souciaient pas, alors que les travaux les plus importants et les plus astreignants retombaient de plus en plus sur les sous-officiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus l'arrogance et la cupidit&#233; des nobles augmentaient, plus les aristocrates se r&#233;servaient l'exclusivit&#233; des bonnes places dans l'arm&#233;e et dans l'&#201;glise, plus ils poussaient les sous-officiers et les simples pr&#234;tres &#224; rejoindre le parti du Tiers &#201;tat. De cette &#233;volution, les puissants, certes, ne percevaient aucun signe : la soumission aveugle impos&#233;e aux subalternes dans l'arm&#233;e et dans l'&#201;glise ne laissait rien transpirer. Le coup n'en fut que plus rude quand, au moment d&#233;cisif, ils eurent le plus besoin de leurs troupes auxiliaires, et que celles-ci se retourn&#232;rent contre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux de 1789, la question capitale fut au d&#233;but de savoir si l'on voterait par t&#234;te ou par ordre. Le Tiers &#201;tat demandait le vote par t&#234;te, le nombre de ses d&#233;put&#233;s &#233;tait le double de celui de chacun des deux autres ordres. La noblesse, par contre, croyait pouvoir dominer les &#201;tats G&#233;n&#233;raux avec l'aide du clerg&#233; si l'on votait par ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette bataille, le clerg&#233; fit faux bond &#224; la noblesse. Parmi ses repr&#233;sentants, on comptait 48 archev&#234;ques et &#233;v&#234;ques et 35 abb&#233;s et doyens, mais aussi 208 simples pr&#234;tres. Ceux-ci prirent dans leur grande majorit&#233; le parti du Tiers &#201;tat et contribu&#232;rent ainsi significativement &#224; la victoire du vote par t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pensa alors que l'arm&#233;e effacerait la d&#233;faite de la noblesse. La cour prit &#224; Versailles et &#224; Paris des mesures militaires d'envergure qui annon&#231;aient un coup d'&#201;tat. Paris une fois &#233;cras&#233;, on esp&#233;rait venir facilement &#224; bout de l'Assembl&#233;e Nationale qui avait succ&#233;d&#233; aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux. Le soul&#232;vement fut ais&#233;ment provoqu&#233; par le renvoi de Necker, qui &#233;tait un ministre populaire (12 juillet). Mais il ne tourna pas &#224; l'avantage de la cour. Les Gardes fran&#231;aises se ralli&#232;rent au peuple, les autres r&#233;giments refus&#232;rent de faire usage de leurs armes, les officiers furent oblig&#233;s de les retirer pour ne pas risquer de les voir eux aussi passer de l'autre c&#244;t&#233;. Mais cela ne calma pas le peuple, qui voulut se pr&#233;munir d'autres coups de force. Il prit les armes le 13 juillet, et quand, le 14 juillet, se r&#233;pandit la nouvelle que le faubourg Saint-Antoine &#233;tait menac&#233; par les canons de la Bastille et que, au m&#234;me moment, des troupes fra&#238;ches arrivaient de Saint-Denis, le peuple et les Gardes fran&#231;aises unis s'empar&#232;rent de cette citadelle honnie. La d&#233;fection des simples pr&#234;tres et celle des Gardes sont deux moments d&#233;cisifs de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons donc toute la masse r&#233;actionnaire, la noblesse, le clerg&#233;, l'arm&#233;e, divis&#233;s et fractionn&#233;s au d&#233;but de la R&#233;volution. Une partie peu s&#251;re, une partie ouvertement du c&#244;t&#233; de l'ennemi, une partie archi-r&#233;actionnaire, mais adversaire de la monarchie absolue, r&#233;clamant avec vigueur des r&#233;formes dans le syst&#232;me financier, une autre partie encore, &#171; &#233;clair&#233;e &#187;, mais profond&#233;ment compromise dans les abus du syst&#232;me dominant qui &#233;taient devenus pour elle une n&#233;cessit&#233; vitale, si bien que toute r&#233;forme des finances signifiait sa condamnation &#224; mort ; chez les privil&#233;gi&#233;s, une partie ne voulant rien l&#226;cher de ses privil&#232;ges, audacieuse et &#233;nergique, mais ignorante, fruste, incapable de g&#233;rer les affaires de l'&#201;tat ; l'autre plus instruite, connaissant les besoins li&#233;s &#224; l'existence de l'&#201;tat, mais l&#226;che et molle. Une partie faible et anxieuse, encline aux concessions, une autre arrogante et brutale.Toutes ces fractions se combattant avec acharnement, les unes rendant les autres responsables de la situation dans laquelle tout le monde &#233;tait tomb&#233;. Et la cour, agit&#233;e par toutes ces influences, ballott&#233;e de l'une &#224; l'autre, provoquant aujourd'hui l'exasp&#233;ration par ses violences, se rendant le lendemain m&#233;prisable par sa l&#226;chet&#233; : voil&#224; le tableau que pr&#233;sentent les classes dominantes au d&#233;but de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Taine a estim&#233; que la noblesse et le clerg&#233; comptaient ensemble environ 270 000 personnes. Il attribue &#224; la noblesse 25 000 &#224; 30 000 familles avec 140 000 membres, 130 000 au clerg&#233;, dont environ 60 000 cur&#233;s et vicaires, 23 000 moines et 37 000 nonnes. (Taine, Les origines de la France contemporaine, I, 17, 527)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Les postes de ce type &#233;taient, selon une ordonnance de 1776 : 18 gouvernements g&#233;n&#233;raux de province avec un traitement de 60 000 livres, et 21 &#224; 30 000 livres ; 114 gouvernements r&#233;mun&#233;r&#233;s de 8000 &#224; 12 000 livres ; 176 lieutenants de villes : 2 000 &#224; 16 000 livres. En 1788 furent en outre cr&#233;&#233;s 17 postes de commandants de ville avec un revenu fixe de 20 000 &#224; 30 000 livres et une indemnit&#233; de logement de 4 000 &#224; 6 000 livres par mois ; et en outre des postes de sous-commandants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 On trouve des indications d&#233;taill&#233;es sur ces pensions entre autres dans le livre de Louis Blanc : Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise, tome 3, chapitre 5 : Le livre rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 En 1791, le d&#233;put&#233; Amelot estima la valeur des biens d'&#201;glise vendus ou &#224; vendre &#224; 3700 millions, sans compter les surfaces bois&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Les 399 Pr&#233;montr&#233;s estimaient leur revenu annuel &#224; plus d'un million. Les B&#233;n&#233;dictins de Cluny, au nombre de 288, touchaient annuellement 1 800 000 livres, ceux de Saint-Maur, au nombre de 1672, avaient m&#234;me un revenu net de 8 millions, sans compter ce qui revenait aux abb&#233;s et aux prieurs qui encaissaient annuellement une somme &#224; peu pr&#232;s &#233;quivalente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noblesse de robe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration d'&#201;tat occupait une position sui generis, interm&#233;diaire entre les deux premiers ordres et le Tiers &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organes de l'ancienne administration f&#233;odale existaient encore en partie, d&#233;pouill&#233;s de leurs fonctions essentielles, mais pas de leurs revenus. Comme ils faisaient partie des principaux moyens que pouvait utiliser la noblesse f&#233;odale pour exploiter l'&#201;tat &#224; son profit, ils n'avaient pas &#233;t&#233; supprim&#233;s au fur et &#224; mesure qu'il perdaient leur raison d'&#234;tre. Bien au contraire, comme nous l'avons vu, les charges les plus lucratives et les plus superflues avaient encore &#233;t&#233; multipli&#233;es tout au long du 18&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de ces organes inutiles, il avait fallu en cr&#233;er d'autres mieux adapt&#233;s &#224; la nouvelle monarchie, dans la justice, la police, le syst&#232;me fiscal. On ne cessait de cr&#233;er des offices dont les titulaires &#233;taient nomm&#233;s par le roi. Mais au d&#233;but, le roi ne les r&#233;mun&#233;rait que chichement, voire pas du tout, ils devaient se payer sur le produit des taxes, des sportules impos&#233;es &#224; la population. Le ressort de leurs activit&#233;s s'&#233;tendant, leurs revenus augmentaient. Les finances royales &#233;tant toujours mal en point, ceux-ci en vinrent, non pas simplement &#224; octroyer, mais &#224; vendre ces offices r&#233;mun&#233;rateurs. Cet usage s'&#233;tablit d&#232;s le 15&#232;me si&#232;cle en France et devint rapidement l'un des moyens principaux utilis&#233;s par les rois pour se procurer de l'argent. D'o&#249; leur multiplication rapide. Non seulement les membres des comit&#233;s directeurs des jurandes et des corporations, mais aussi les ma&#238;tres-artisans eux-m&#234;mes devinrent des officiers publics qui devaient payer leur charge si leur corporation n'avait pas &#233;t&#233; assez riche pour acheter son ind&#233;pendance. On priva aussi les villes de leur autonomie, et si celles-ci ne la rachetaient pas en esp&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes, les magistratures et les dignit&#233;s municipales devenaient des charges d'&#201;tat, ceci bien s&#251;r aux frais des habitants qui avaient &#224; leur payer leurs sportules. Mais cela ne suffit pas non plus &#224; mettre un terme aux perp&#233;tuels tracas financiers des monarques, et on finit par inventer et vendre les offices les plus absurdes, ce qui obligeait du m&#234;me coup la population &#224; leur payer des taxes. C'est ainsi que, par exemple, dans les derni&#232;res ann&#233;es du r&#232;gne de Louis XIV furent cr&#233;&#233;s les offices suivants : inspecteurs des perruques, inspecteurs des cochons, d&#233;bardeurs de foin, conseillers du roi contr&#244;leurs aux empilements des bois, inspecteurs du beurre frais, essayeurs du beurre sal&#233;a etc. De 1701 &#224; 1715, le roi tira de la vente des nouveaux offices 542 millions de livres. On ne regardait pas &#224; la qualit&#233; de l'acheteur. Les payeurs aux arm&#233;es achetaient les charges de ceux qui devaient les surveiller et se d&#233;barrassaient ainsi de tout contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand &#201;tat moderne ne pouvait &#234;tre gouvern&#233; en permanence de cette mani&#232;re. Une nouvelle strate de fonctionnaires fut mise en place, une bureaucratie rigoureusement centralis&#233;e et totalement d&#233;pendante du roi. Elle rendit encore plus superflues, non seulement les fonctions des organes f&#233;odaux, mais aussi celles des offices v&#233;naux, sans pour autant diminuer leur nombre ni l'exploitation qui y &#233;tait attach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, les offices v&#233;naux donn&#232;rent naissance &#224; une nouvelle aristocratie. Exon&#233;r&#233;s d'imp&#244;ts et dot&#233;s encore d'autres privil&#232;ges, les plus importants d'entre eux devinrent h&#233;r&#233;ditaires moyennant une certaine redevance et conf&#233;r&#232;rent la noblesse. Ainsi se forma la noblesse de robe face &#224; la vieille noblesse f&#233;odale, la noblesse d'&#233;p&#233;e. &#201;conomiquement ind&#233;pendante du roi, cette nouvelle noblesse se montrait parfois fort indocile, souvent plus r&#233;calcitrante que la vieille noblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet de cette aristocratie se trouvaient les Parlements, nom dont on d&#233;signait les plus hautes cours de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste conqu&#233;rant avait rendu particuli&#232;rement importante et indispensable la classe des juristes. Plus la production marchande devenait la forme dominante de la production, plus les contrats pass&#233;s entre les possesseurs individuels de marchandises devenaient nombreux et compliqu&#233;s, plus il pouvait y avoir de sujets de litige. C'&#233;tait un terrain sur lequel le droit f&#233;odal et la justice f&#233;odale &#233;taient d&#233;munis. Les nouveaux rapports sociaux rendaient n&#233;cessaire un nouveau droit, qu'au d&#233;but on essaya d'&#233;tablir &#224; partir du droit canonique, avant de trouver bient&#244;t comme &#233;tant le plus appropri&#233; le droit romain qui en &#233;tait le fondement. Mais il fallait aussi des gens qui consacrent toute leur vie &#224; d&#233;brouiller les &#233;cheveaux du nouveau droit. La classe des juristes, juges et avocats, se d&#233;veloppa rapidement et devint aussi prestigieuse qu'indispensable. Et de fait, si jamais ils suspendaient leur activit&#233;, c'est tout le commerce et toute la vie qui risquaient la paralysie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que les cours sup&#233;rieures de justice jouissaient d'une consid&#233;ration toute particuli&#232;re. Et celle-ci &#233;tait encore amplifi&#233;e par leur position politique. Les rois de France voyaient dans les Parlements qui se recrutaient dans le Tiers &#201;tat et statuaient sur la base d'un droit favorable &#224; l'absolutisme, le droit romain, des instruments tr&#232;s utiles pour briser la r&#233;sistance de la noblesse f&#233;odale, et dans ce but, ils &#233;largirent sans cesse leurs comp&#233;tences et leurs pouvoirs au cours des 14&#232;me et 15&#232;me si&#232;cles. Du fait de la v&#233;nalit&#233; des offices parlementaires, introduite au 16&#232;me si&#232;cle, de l'ind&#233;pendance &#233;conomique des Parlements, dont l'importance pour l'ensemble de la vie politique et sociale ne cessait de cro&#238;tre et dont les membres s'enrichissaient de plus en plus gr&#226;ce aux abondantes sportules qui se multipliaient &#224; vue d'&#339;il, on en vint &#224; une situation o&#249; les cours de justice, qui devaient &#224; l'origine leurs pouvoirs &#224; leur r&#244;le d'instruments de l'absolutisme, finirent par oser faire usage de ces pouvoirs pour pr&#233;server leur autonomie et leurs privil&#232;ges face &#224; la royaut&#233; absolue elle-m&#234;me, dans une p&#233;riode o&#249; celle-ci, ne rencontrant plus aucune autre limite, semblait toute-puissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout cela ne suffit pas &#224; expliquer le r&#244;le consid&#233;rable jou&#233; du 16&#232;me au 18&#232;me si&#232;cle par le Parlement le plus ancien et le plus important, celui de Paris. Ni son anciennet&#233; ni son rang ne permettent de le comprendre, mais seulement le fait que ce Parlement &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le Parlement de Paris, de Paris, la ville qui, d&#232;s les guerres de religion, avait montr&#233; qu'aucun roi ne pouvait impun&#233;ment la braver. La puissance de l'opinion publique parisienne &#233;tait un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de celle du Parlement. Or cette raison pr&#233;cis&#233;ment faisait qu'il &#233;tait oblig&#233; de faire des concessions &#224; cette opinion, de fixer son attitude de mani&#232;re &#224; obtenir l'adh&#233;sion des Parisiens. Ce qui donnait des r&#233;sultats tout &#224; fait singuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'ind&#233;pendants &#233;conomiquement du roi, les magistrats &#233;taient non seulement tr&#232;s indociles, mais encore en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale exer&#231;aient leur office en songeant seulement &#224; leur int&#233;r&#234;t personnel. Ils n'&#233;taient ni frein&#233;s par la crainte d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;s, ni anim&#233;s par l'espoir d'obtenir de l'avancement, encore moins par le souci des int&#233;r&#234;ts du territoire qu'ils administraient. Ils ne se contentaient pas de leurs revenus r&#233;guliers et de leurs sportules, mais cherchaient &#224; les augmenter de toutes les mani&#232;res possibles en abusant de leur pouvoir. Les officiers du fisc escroquaient le fisc, remettaient leurs imp&#244;ts aux riches qui les soudoyaient, et compensaient les pertes en pressurant d'autant plus brutalement les pauvres. La justice &#233;tait v&#233;nale, la police l'&#233;tait aussi. La confusion, l'ins&#233;curit&#233;, la corruption r&#233;gnaient en ma&#238;tres dans tous les domaines de l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Parlements &#233;tant le sommet de la noblesse de robe, c'est l&#224; que la corruption &#233;tait la plus d&#233;velopp&#233;e. Bassesse, v&#233;nalit&#233;, cupidit&#233; y foisonnaient au m&#234;me titre que la morgue aristocratique et une d&#233;testation fanatique de toutes les innovations qui mena&#231;aient leurs privil&#232;ges, leur attirant au cours du 18&#232;me si&#232;cle l'hostilit&#233; des &#233;l&#233;ments progressistes et int&#232;gres et les foudres des moralistes. Voltaire mit toute son &#233;nergie &#224; combattre &#171; les assassins de Calas, Labarre et Lally &#187;, et les &#171; M&#233;moires &#187; publi&#233;s par Beaumarchais en 1774 furent une d&#233;nonciation impitoyable de la corruption qui rongeait alors totalement le monde judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour pr&#233;server cette corruption et ses privil&#232;ges, il fallait que le Parlement de Paris, qui &#233;tait la r&#233;f&#233;rence de tous les autres, sache garder les faveurs des Parisiens, il fallait qu'il fasse siens les mots d'ordre qui avaient cours &#224; Paris. Alli&#233;s aux Parisiens et &#224; la fraction rebelle de l'aristocratie, les membres du Parlement mont&#232;rent sur les barricades en 1648 lors de la Fronde. En accord avec les Parisiens, le Parlement s'opposa au &#171; despotisme &#187; des ministres de Louis XVI et se pronon&#231;a pour &#171; le droit &#224; l'autod&#233;termination &#187; et &#171; la libert&#233; de la nation &#187;, se d&#233;signant du reste lui-m&#234;me comme le seul d&#233;positaire l&#233;gitime de la volont&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes les bizarreries de la p&#233;riode pr&#233;r&#233;volutionnaire, les Parlements ne sont pas les ph&#233;nom&#232;nes les moins &#233;tranges, eux qui se firent les d&#233;fenseurs des droits du peuple afin de garder pour eux les privil&#232;ges qui leur garantissaient la possibilit&#233; de l'exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a Pourquoi instituer dans un royaume les charges et dignit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
De conseillers du roi...&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspecteurs des boissons,&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspecteurs des boucheries,&lt;br class='autobr' /&gt;
Greffiers des inventaires,&lt;br class='autobr' /&gt;
Contr&#244;leurs des amendes,&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspecteurs des cochons,&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;r&#233;quateurs des tailles,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mouleurs de bois &#224; br&#251;ler,&lt;br class='autobr' /&gt;
Aides &#224; mouleurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
Empileurs de bois,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;chargeurs de bois neuf,&lt;br class='autobr' /&gt;
Contr&#244;leurs de bois de charpente,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mesureurs de charbon,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cribleurs de grains,&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspecteurs des veaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Contr&#244;leurs de volaille,&lt;br class='autobr' /&gt;
Jaugeurs de tonneaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Essayeurs d'eaux de vie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Essayeurs de bi&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
Rouleurs de tonneaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;bardeurs de foin,&lt;br class='autobr' /&gt;
Planch&#233;ieurs d&#233;bacleurs,&lt;br class='autobr' /&gt;
Auneurs de toile,&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspecteurs des perruques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces offices qui font sans doute la prosp&#233;rit&#233; et la splendeur d'un empire, formaient des communaut&#233;s nombreuses qui avaient chacune leurs syndics. Tout cela fut supprim&#233; en 1719, mais pour faire place &#224; d'autres de pareille esp&#232;ce dans la suite des temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne vaudrait-il pas mieux retrancher tout le faste et tout le luxe de la grandeur, que de les soutenir mis&#233;rablement par des moyens si bas et si honteux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Voltaire, Les Pourquoi, M&#233;langes philosophiques, litt&#233;raires, historiques, etc. Cramer &#233;dit. Gen&#232;ve 1771,Volume 4, p. 377). Note du traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte des privil&#233;gi&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte opposant les Parlements d&#233;fenseurs de la noblesse de robe et l'administration rigoureusement centralis&#233;e et despotique de l'&#201;tat prenait parfois les dimensions d'une lutte de tous les privil&#233;gi&#233;s contre cette derni&#232;re et contre la monarchie absolue, d'une lutte qui ne restait pas dans les limites d'une intrigue de cour ignor&#233;e du peuple malgr&#233; la brutalit&#233; de l'affrontement, mais qui appelait &#224; la rescousse la classe tout enti&#232;re jusqu'en-dehors de la cour et entra&#238;nait la multitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus important mouvement de ce type fut la Fronde, que nous avons mentionn&#233;e dans le pr&#233;c&#233;dent chapitre. Cela eut lieu dans la premi&#232;re moiti&#233; du 17&#232;me si&#232;cle, la noblesse poss&#233;dait alors encore &#233;nergie et confiance en soi. Un mouvement analogue &#233;tait en passe de se d&#233;clencher dans le dernier quart du 18&#232;me si&#232;cle. La Fronde avait d&#233;bouch&#233; sur un renforcement de l'absolutisme. Le mouvement qui d&#233;marra en 1787 allait se terminer par la victoire du Tiers &#201;tat, il allait &#234;tre le prologue de la grande R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; not&#233; dans le deuxi&#232;me chapitre l'attitude h&#233;sitante de Louis XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci &#233;tait l'incarnation la plus classique de la nature double de la monarchie absolue du 18&#232;me si&#232;cle, et ses deux facettes se sont trouv&#233;es sous son r&#232;gne typiquement personnifi&#233;es par Turgot d'un c&#244;t&#233; et Calonne de l'autre. Le premier, penseur profond tout autant que forte personnalit&#233;, chercha r&#233;ellement &#224; mettre le pouvoir d'&#201;tat au service du d&#233;veloppement &#233;conomique, &#224; d&#233;gager les obstacles qui l'entravaient et &#224; mettre en pratique ce que les th&#233;oriciens avaient analys&#233; comme &#233;tant strictement indispensable pour maintenir la coh&#233;sion de l'&#201;tat et de la soci&#233;t&#233;. Il refusa de laisser l'administration se faire exploiter dans l'int&#233;r&#234;t de la noblesse de cour. Il abolit les corv&#233;es, les douanes int&#233;rieures, les corporations et d&#233;livra l'industrie des contraintes des r&#232;glements. Il voulut imposer la noblesse et le clerg&#233; au m&#234;me titre que le Tiers &#201;tat et soumettre les d&#233;penses publiques au contr&#244;le d'une assembl&#233;e des &#201;tats. C'&#233;taient d'insupportables attentats contre les &#171; droits sacr&#233;s &#187;. Emmen&#233;e par la reine, la masse des exploiteurs se r&#233;volta contre le ministre r&#233;formateur, et Turgot succomba &#224; l'assaut en 1776.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s toute une s&#233;rie d'exp&#233;rimentations, de tentatives de faire r&#244;tir le mouton sans qu'il s'en aper&#231;oive, le roi appela Calonne &#224; tenir la barre (1783). C'&#233;tait un homme selon le c&#339;ur de la reine. Charlatan superficiel, mais madr&#233; et sans vergogne, sa seule m&#233;thode &#233;tait de sacrifier &#224; une noblesse de cour de plus en plus insatiable, non seulement les recettes actuelles, mais aussi les recettes futures de l'&#201;tat, et de piller non seulement les finances du moment, mais aussi son cr&#233;dit. Les emprunts succ&#233;d&#232;rent aux emprunts. Au cours des trois ann&#233;es de son gouvernement, il emprunta pour le Tr&#233;sor 650 millions de livres (un &#233;tat pr&#233;cis se trouve chez Louis Blanc, I, 233), une somme &#233;norme pour l'&#233;poque. Et presque tout passa dans les poches de la cour, du roi, de la reine, et de leurs favoris. &#171; Quand je vis que tout le monde tendait la main, je tendis moi aussi mon chapeau &#187;, raconte un prince &#233;voquant l'atmosph&#232;re de griserie de l'&#233;poque. Et effectivement, la cour nageait dans les d&#233;lices, aucune voix ne s'&#233;levait pour mettre en garde contre les suites funestes de ces agissements d&#233;lirants. Louis XVI lui-m&#234;me manifestait le ravissement dont le remplissait son ministre des finances, qui, significativement, &#224; sa prise de fonctions, s'&#233;tait fait payer ses dettes par le roi pour un montant de 230 000 livres. Toute la cour s'extasiait sur la facilit&#233; et la rapidit&#233; avec laquelle le grand homme avait r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre la question sociale8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les frasques insens&#233;es de la cour eurent naturellement pour r&#233;sultat de pr&#233;cipiter l'effondrement de tout le syst&#232;me. Trois ans plus tard, les ficelles de Calonne &#233;taient us&#233;es. Le d&#233;ficit annuel atteignait maintenant 140 millions de livres, et Calonne lui-m&#234;me fut bien oblig&#233; d'avouer qu'aucun emprunt ne pourrait plus diff&#233;rer la banqueroute qui &#233;tait aux portes, il fallait augmenter les recettes et diminuer les d&#233;penses, ce qui n'&#233;tait possible qu'aux d&#233;pens des privil&#233;gi&#233;s. Il &#233;tait impossible de pressurer le peuple davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Calonne annon&#231;a cela aux notables qu'il avait convoqu&#233;s (f&#233;vrier 1787), il fut accueilli par les hurlements de col&#232;re des privil&#233;gi&#233;s. Une col&#232;re qui ne visait pas la politique scandaleuse de Calonne, mais qui, au contraire se d&#233;cha&#238;nait contre la seule id&#233;e de la voir prendre fin pour la simple raison qu'il n'&#233;tait plus possible de la poursuivre. Calonne tomba, mais ses successeurs furent bien oblig&#233;s de reprendre &#224; leur compte la politique d'&#233;l&#233;vation des charges pesant sur les privil&#233;gi&#233;s, et ceux-ci finirent par se persuader que la royaut&#233; n'avait plus les moyens de continuer &#224; leur garantir l'exploitation du pays dans les m&#234;mes proportions qu'auparavant. Ils se r&#233;volt&#232;rent alors contre la royaut&#233; elle-m&#234;me. Incroyable, mais vrai : la noblesse, le clerg&#233;, les Parlements, l'ensemble des privil&#233;gi&#233;s, dont la position &#233;tait d&#233;j&#224; sap&#233;e jusque dans ses fondements et qui ne tenaient plus qu'avec le soutien de la royaut&#233;, se coalis&#232;rent pour scier la branche sur laquelle ils &#233;taient assis. Tant, imm&#233;diatement avant sa chute, une classe qui a perdu toute raison d'exister, peut &#234;tre aveugle et pouss&#233;e par sa propre cupidit&#233; &#224; tout faire pour la pr&#233;cipiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les privil&#233;gi&#233;s ne se rendaient absolument pas compte du bouleversement des rapports de forces dans la soci&#233;t&#233;, ils croyaient que tout &#233;tait comme dans le pass&#233;, &#224; l'&#233;poque o&#249; ils avaient d&#233;fi&#233; les rois et le Tiers &#201;tat, tant et si bien qu' ils r&#233;clam&#232;rent avec v&#233;h&#233;mence la convocation des &#201;tats G&#233;n&#233;raux sur le mod&#232;le de 1614. Alors qu'ils ne tenaient plus que gr&#226;ce &#224; la monarchie, ils pr&#233;tendaient maintenant une fois de plus pr&#233;server leurs privil&#232;ges, leur exploitation, en recourant &#224; leurs seules forces. Au moment o&#249;, &#233;tant gravement menac&#233;s, ils auraient d&#251; faire bloc, &#233;clatait dans leurs rangs une mutinerie pour le partage du butin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aveugl&#233;s par leur fureur, les privil&#233;gi&#233;s s'engag&#232;rent en territoire r&#233;volutionnaire. Les Parlements suspendirent tous leur fonctionnement en mai 1788 ; le clerg&#233; refusa de contribuer en quoi que ce soit aux finances de l'&#201;tat tant que les &#201;tats G&#233;n&#233;raux n'auraient pas &#233;t&#233; convoqu&#233;s ; la noblesse se souleva lourdement arm&#233;e dans les provinces, et le Dauphin&#233;, la Provence, la Bretagne, les Flandres et le Languedoc furent le th&#233;&#226;tre de troubles s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus, le Tiers &#201;tat prenait part &#224; ces mouvements et faisait chorus avec l'appel &#224; convoquer les &#201;tats G&#233;n&#233;raux, mais cela ne fit pas sourciller les privil&#233;gi&#233;s : la royaut&#233; avait montr&#233; qu'elle ne pouvait plus continuer &#224; n'&#234;tre que le centre nerveux de l'exploitation, donc la royaut&#233; &#233;tait devenue l'ennemi et la t&#226;che des privil&#233;gi&#233;s &#233;tait de briser le pouvoir absolu. Ils m&#233;prisaient trop le Tiers &#201;tat pour le craindre. Qui allait trembler devant des rustres, des savetiers, des tailleurs et une poign&#233;e d'avocats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monarchie absolue ne pouvait tenir t&#234;te face &#224; l'assaut combin&#233; de tous les ordres. Elle fut bien oblig&#233;e de consentir &#224; la convocation des &#201;tats G&#233;n&#233;raux, et ceux-ci tinrent leur s&#233;ance inaugurale le 5 mai 1789, date retenue ordinairement comme marquant le d&#233;but de la R&#233;volution. Mais il faut noter que le soul&#232;vement contre le pouvoir absolu du roi avait d&#233;marr&#233; d&#233;j&#224; auparavant, que ce furent les privil&#233;gi&#233;s qui donn&#232;rent le coup d'envoi et lanc&#232;rent le mouvement qui devait se terminer par leur propre naufrage, et que c'est eux qui impos&#232;rent la convocation de l'assembl&#233;e qui &#233;tait destin&#233;e &#224; sceller leur perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la noblesse et la royaut&#233;, les deux s&#339;urs ennemies, se r&#233;concili&#232;rent ensuite, certes, les privil&#233;gi&#233;s se regroup&#232;rent de nouveau autour du monarque pour faire front quand ils se rendirent compte du degr&#233; d'hostilit&#233; r&#233;gnant &#224; leur &#233;gard dans le peuple, et chez les d&#233;put&#233;s du Tiers &#201;tat. Mais il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Quand les promesses fallacieuses de Calonne entra&#238;n&#232;rent une sur-souscription du premier emprunt, un haut personnage s'exclama : &#171; Je savais que Calonne sauverait l'&#201;tat, mais je n'aurais jamais imagin&#233; qu'il r&#233;ussirait aussi vite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tiers &#201;tat &#233;tait aussi profond&#233;ment divis&#233; que les deux premiers ordres. Il est devenu &#224; la mode aujourd'hui d'appeler Tiers &#201;tat la classe des capitalistes, le prol&#233;tariat &#233;tant alors le quatri&#232;me ordre9. Outre que le prol&#233;tariat salari&#233; moderne est une classe et pas un &#233;tat, une couche sociale que les particularit&#233;s de sa situation &#233;conomique, et non des institutions juridiques s&#233;par&#233;es, distinguent des autres, on ne peut parler d'un quatri&#232;me ordre pour la simple raison que le prol&#233;tariat existait d&#233;j&#224; au sein du Tiers &#201;tat. Celui-ci comprenait toute la population qui n'appartenait pas aux deux premiers, donc pas seulement les capitalistes, mais aussi les artisans, les paysans et les prol&#233;taires. Il est donc facile d'imaginer l'&#233;norme h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; que cela pouvait repr&#233;senter. Nous y voyons &#224; l'&#339;uvre les plus violents antagonismes, les m&#233;thodes de lutte et les objectifs les plus divers. Impossible de parler d'une lutte de classe homog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on entend aujourd'hui g&#233;n&#233;ralement par Tiers &#201;tat, &#224; savoir la classe des capitalistes, n'&#233;tait elle-m&#234;me pas non plus une phalange soud&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en haut de cette classe, il y avait la haute finance. &#201;tant le principal cr&#233;ancier de l'&#201;tat, elle avait certes d'excellentes raisons de pousser &#224; des r&#233;formes qui sauveraient l'&#201;tat de la banqueroute, augmenteraient ses recettes et diminueraient ses d&#233;penses. Mais pour elle, ces r&#233;formes devaient se conformer au principe &#171; Lave-moi la t&#234;te sans la mouiller &#187;. Et effectivement, ces messieurs les financiers avaient toutes les raisons du monde d'&#234;tre oppos&#233;s &#224; une r&#233;elle r&#233;forme radicale des finances, sans parler de r&#233;formes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart d'entre eux &#233;taient eux-m&#234;mes propri&#233;taires de domaines f&#233;odaux importants, ils poss&#233;daient des titres de noblesse et n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; renoncer aux privil&#232;ges et aux revenus qui y &#233;taient attach&#233;s. Et ils avaient d'autre part pour le maintien des privil&#232;ges de la noblesse cette bienveillance int&#233;ress&#233;e qu'a naturellement le cr&#233;ancier pour son d&#233;biteur. Ils &#233;taient les cr&#233;anciers, non seulement du roi, mais aussi de la noblesse endett&#233;e. Les &#233;conomistes pouvaient bien d&#233;montrer que le produit des biens fonciers augmenterait si y &#233;taient appliqu&#233;s les normes capitalistes et non des principes semi-f&#233;odaux. Pour passer &#224; une agriculture purement capitaliste, il fallait poss&#233;der un certain capital pour mettre en place diverses installations, pour acqu&#233;rir du b&#233;tail, de l'outillage, etc. Or, la plupart des nobles n'en disposaient pas. L'abolition des redevances f&#233;odales mena&#231;ait de les mener tout droit &#224; la faillite. Un risque que les cr&#233;anciers n'avaient aucune raison de vouloir courir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain de la sociabilit&#233; &#233;galement, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, les liens entre noblesse et finance &#233;taient devenus de plus en plus &#233;troits. Toute r&#233;forme des finances aurait immanquablement conduit au remplacement des fermiers g&#233;n&#233;raux par une administration d'&#201;tat. Toute une s&#233;rie de recettes parmi les plus importantes, la gabelle, les aides, l'octroi, le monopole du tabac, &#233;taient afferm&#233;es. Les fermiers versaient &#224; l'&#201;tat annuellement 166 millions de livres (dans les derni&#232;res ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la R&#233;volution), mais extorquaient au peuple peut-&#234;tre le double. L'affermage des imp&#244;ts &#233;tait l'une des m&#233;thodes les plus lucratives pour exploiter le peuple, comment ces messieurs de la haute finance y auraient-ils renonc&#233; volontairement ! Et il ne fallait certainement pas s'attendre &#224; ce qu'ils prennent position contre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'avaient aucun int&#233;r&#234;t non plus &#224; ce qu'on mette fin au d&#233;ficit et donc &#224; l'endettement de l'&#201;tat. Ils ne gardaient pour eux qu'une partie des titres de la dette et s'entendaient fort bien &#224; en placer &#224; des tarifs extr&#234;mement int&#233;ressants pour eux la majeure partie aupr&#232;s du &#171; public &#187;, les petits et moyens capitalistes, et notamment les rentiers. La haute finance poss&#233;dait donc l'art de faire retomber sur d'autres &#233;paules le risque li&#233; &#224; un nouvel emprunt. Mais le profit qu'ils en tiraient, soit directement, soit indirectement, en exploitant l'&#201;tat comme le public, &#233;tait gigantesque. Tout nouvel emprunt signifiait une belle moisson pour les gens de la finance. Rien ne pouvait leur &#234;tre plus d&#233;sagr&#233;able que l'&#233;tablissement d'un budget sans d&#233;ficit qui aurait rendu superflu le lancement de nouveaux emprunts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas lieu de s'&#233;tonner de ce que les sympathies de la haute finance comme classe soient all&#233;es &#224; l'ancien r&#233;gime, &#224; l'&#201;tat des privil&#232;ges. Elle appelait &#224; des r&#233;formes, c'est vrai, mais qui n'en demandait pas, avant la R&#233;volution ! M&#234;me les aristocrates les plus but&#233;s avaient acquis la conviction que l'&#233;tat de choses existant &#233;tait intol&#233;rable et que des r&#233;formes &#233;taient indispensables, l'insatisfaction &#233;tait g&#233;n&#233;rale. Mais chaque classe voulait des &#171; r&#233;formes &#187; qui lui apportent des avantages, pas qui lui imposent des sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'agitation politique de la haute finance avait, bien contre son gr&#233;, un puissant effet sur les esprits et transformait les citoyens les plus paisibles en activistes de la politique et en partisans de la libert&#233;. Elle &#233;tait le canal par lequel passait une masse toujours croissante d'obligations du Tr&#233;sor avant de se r&#233;pandre dans le peuple. Les emprunts se succ&#233;dant de plus en plus vite, c'est par elle que transitaient les capitaux petits et moyens avant d'arriver &#224; la cour et de dispara&#238;tre dans les larges poches de courtisans, sans du reste jamais les remplir, vu qu'elles &#233;taient s&#233;rieusement trou&#233;es de toutes parts. De plus en plus de capitalistes petits et moyens devenaient cr&#233;anciers de l'&#201;tat. Ce type de bourgeois est g&#233;n&#233;ralement sans danger pour un gouvernement. Pour un philistin, la politique est une occupation qui ne rapporte rien, elle peut tout au plus co&#251;ter de l'argent et du temps. Il s'en tient au principe qu'on doit se contenter de cultiver son jardin et laisser au roi le soin de s'occuper des affaires publiques. Dans un &#201;tat absolu pratiquant &#224; grande &#233;chelle l'espionnage policier, ce qu'&#233;tait la France d'autrefois, o&#249; la participation du citoyen &#224; la politique &#233;tait de surcro&#238;t consid&#233;r&#233;e comme une esp&#232;ce de crime, le philistin r&#233;pugnait encore davantage &#224; s'occuper de ce qui se passait au-del&#224; de ses quatre murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses chang&#232;rent quand il devint cr&#233;ancier de l'&#201;tat et que l'on commen&#231;a &#224; &#233;voquer la possibilit&#233; d'une banqueroute. La politique cessait d'&#234;tre un passe-temps improductif, elle devenait une affaire s&#233;rieuse. Le bourgeois moyen ou petit fut brusquement pris d'un int&#233;r&#234;t prononc&#233; pour toutes les questions concernant la gestion de l'&#201;tat, et comme il n'&#233;tait pas difficile de voir que les privil&#232;ges des deux premiers ordres &#233;taient les principaux responsables de la mis&#232;re des finances publiques, &#233;tant donn&#233; qu'ils empochaient la part du lion et ne contribuaient presque pour rien aux recettes publiques, il devint d&#232;s lors un opposant &#233;nergique, farouchement hostile aux privil&#232;ges et entich&#233; de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'&#233;tait pas seulement le cr&#233;ancier de l'&#201;tat, c'&#233;tait aussi le marchand ou l'industriel qu'il &#233;tait aussi qui &#233;tait amen&#233; &#224; faire front contre l'&#201;tat des privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grades sup&#233;rieurs dans l'arm&#233;e et la marine &#233;tant r&#233;serv&#233;s &#224; une noblesse en pleine d&#233;cadence morale et physique, les armes fran&#231;aises devenaient de plus en plus inefficaces. Le 18&#232;me si&#232;cle n'a pratiquement vu que des guerres se terminant pour la France par des clauses commerciales d&#233;savantageuses et la perte de pr&#233;cieuses colonies &#8211; il n'est qu'&#224; voir le trait&#233; d'Utrecht (1718), ceux d'Aix-la-Chapelle (1748), de Paris (1763), de Versailles (1783). Or, pour que le commerce ext&#233;rieur prosp&#232;re, il fallait au premier chef une politique &#233;trang&#232;re produisant d'heureux effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res, le commerce &#233;tait entrav&#233; par les vieilles barri&#232;res f&#233;odales. Un certain nombre de provinces &#233;taient des &#201;tats &#224; eux tout seuls, avec un droit particulier dans beaucoup de domaines, une administration qui leur &#233;tait propre, et ils &#233;taient s&#233;par&#233;s des autres parties du royaume par des barri&#232;res douani&#232;res. &#192; cela s'ajoutaient les accises et les droits des f&#233;odaux sur les march&#233;s, les p&#233;ages etc., qui n'&#233;taient pas loin de paralyser les &#233;changes. Le prix des marchandises arrivant en France depuis le Japon ou la Chine apr&#232;s avoir travers&#233; des oc&#233;ans agit&#233;s o&#249; pullulaient les pirates, n'&#233;tait multipli&#233; que par trois ou quatre. Le prix d'une quantit&#233; de vin transport&#233;e de l'Orl&#233;anais en Normandie &#233;tait, lui, multipli&#233; au moins par vingt du fait des nombreuses taxes qui frappaient la marchandise tout au long de son trajet10. Le commerce du vin, pr&#233;cis&#233;ment, l'une des branches commerciales les plus importantes en France, &#233;tait particuli&#232;rement compliqu&#233; par les redevances et droits dont il &#233;tait grev&#233;. Ainsi par exemple, les propri&#233;taires des vignobles du district de Bordeaux avaient le droit d'interdire dans cette ville toute vente de vin qui n'en prov&#238;nt pas. Les r&#233;gions viticoles du Languedoc, du P&#233;rigord, de l'Ag&#233;nois et du Quercy, dont les voies fluviales confluaient sous les murs de Bordeaux, se voyaient barrer l'acc&#232;s de leurs produits au b&#233;n&#233;fice des viticulteurs de Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en m&#234;me temps, les communications &#233;taient dans un &#233;tat lamentable. Il n'y avait pas d'argent pour entretenir les routes, et les travaux pour lesquels les corv&#233;es de voirie des paysans ne suffisaient pas, n'&#233;taient pas effectu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que le commerce prenne son essor, il fallait que soient supprim&#233;s les privil&#232;ges de la noblesse, l'arm&#233;e et la marine devaient &#234;tre r&#233;form&#233;es, le particularisme des provinces devait &#234;tre bris&#233;, et &#233;limin&#233;s les droits de douane pr&#233;lev&#233;s par la couronne et les seigneurs f&#233;odaux. En un mot, les int&#233;r&#234;ts du commerce exigeaient &#171; la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette devise ne faisait pourtant pas l'unanimit&#233; chez les marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des m&#233;thodes favorites de la royaut&#233; pr&#233;r&#233;volutionnaire pour se procurer de l'argent consistait &#224; monopoliser une branche d'industrie ou de commerce et &#224; vendre le monopole &#224; un petit nombre de favoris ou &#224; partager avec eux ce que rapportait l'exploitation monopolistique du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les monopoles les plus lucratifs &#233;taient ceux des grandes compagnies s'occupant du commerce avec les pays d'outre-mer. Il existait encore d'autres monopoles commerciaux attribu&#233;s dans certaines villes &#224; des corps de m&#233;tier, pour certains &#224; des corporations organis&#233;es. Un sp&#233;cimen de ce genre, et qui surv&#233;cut aux r&#233;formes de Turgot, &#233;tait la corporation des marchands de vin de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant donc que les privil&#233;gi&#233;s de cette cat&#233;gorie soient rest&#233;s des partisans du r&#233;gime des privil&#232;ges tout en appartenant au Tiers &#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fermeture des provinces les unes aux autres ne suscitait pas non plus l'hostilit&#233; de tous les capitalistes. Les obstacles mis au commerce des grains entre les diff&#233;rentes provinces, et notamment l'interdiction d'en exporter d'une province &#224; l'autre sans une autorisation sp&#233;ciale qui n'&#233;tait pas facile &#224; obtenir, emp&#234;chaient que des contr&#233;es o&#249; la moisson &#233;tait bonne alimentent celles o&#249; elle &#233;tait mauvaise, ils &#233;taient donc de puissants leviers de la sp&#233;culation sur les grains, une sp&#233;culation qui prenait souvent des dimensions &#233;normes et &#233;tait l'un des moyens les plus efficaces d'exploiter le peuple. De m&#234;me qu'aujourd'hui les tarifs douaniers protectionnistes facilitent la formation de cartels, les entraves au commerce int&#233;rieur des grains facilitaient la formation de soci&#233;t&#233;s de rachats sp&#233;culatifs et de conjurations qu'on appelait &#171; pactes de famine &#187;. &#192; la t&#234;te de ces comploteurs, on trouvait parfois le monarque11, et l'usure pratiqu&#233;e sur le bl&#233; &#233;tait l'une de ses meilleures sources de revenus. Il va de soi qu'un roi tr&#232;s-chr&#233;tien de ce calibre &#233;tait aussi peu dispos&#233; &#224; entendre parler de la lib&#233;ralisation du commerce des grains que ses comparses en sp&#233;culation, circoncis ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme pour le commerce, l'ancien r&#233;gime corsetait l'industrie. Pas par volont&#233; de la brider ! Elle b&#233;n&#233;ficiait au contraire de son extr&#234;me bienveillance. Une industrie capitaliste florissante &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une des plus abondantes sources de richesses de l'&#201;tat, qu'il fallait donc soutenir par tous les moyens. Comme l'artisanat des corporations faisait dans toute la mesure du possible obstruction &#224; l'industrie capitaliste dont la concurrence le mena&#231;ait, et lui cherchait chicane comme il pouvait, les rois lui accordaient une protection personnelle toute particuli&#232;re. Certes, il n'ont jamais song&#233; &#224; &#233;liminer radicalement l'obstacle en abolissant les corporations, ils auraient en proc&#233;dant ainsi perdu une source de revenus abondante, comme nous allons le voir. Mais ils accordaient aux manufactures des privil&#232;ges qui les exemptaient des entraves et des redevances corporatives et f&#233;odales. Une manufacture qui en b&#233;n&#233;ficiait portait le titre de &#171; manufacture royale &#187;. Et la royaut&#233; alla plus loin. Pour obtenir que les manufactures livrent les produits les plus parfaits possible, les entrepreneurs &#233;taient inform&#233;s des meilleures m&#233;thodes de travail, et des r&#232;glements sp&#233;cifiques leur imposaient de les utiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures pouvaient &#234;tre profitables aux manufactures encore au stade de l'enfance. Mais les choses prirent une autre tournure quand, dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 18&#232;me si&#232;cle, l'industrie capitaliste commen&#231;a &#224; se d&#233;velopper plus rapidement et se hissa &#224; un niveau sup&#233;rieur. Le privil&#232;ge royal qui prot&#233;geait contre les chicanes et les proc&#232;s des artisans des corporations, devint une servitude bloquant bien des fois de nouveaux investissements. Les r&#232;glements, eux, devenaient parfaitement insupportables. Ils avaient permis de diffuser les meilleures m&#233;thodes de travail, mais &#224; pr&#233;sent, ils imposaient artificiellement de garder les pires. Les ann&#233;es 60 du 18&#232;me si&#232;cle virent le d&#233;but de la r&#233;volution technique qui rempla&#231;ait la manufacture par l'usine et allait donner naissance &#224; la grande industrie moderne. Autrefois, dans les manufactures, les m&#233;thodes et les outils n'&#233;voluaient que tr&#232;s lentement. Mais maintenant, les inventions se succ&#233;daient &#224; un rythme &#233;lev&#233; et &#233;taient rapidement adopt&#233;es en Angleterre. Si les Fran&#231;ais voulaient pouvoir tenir la drag&#233;e haute &#224; la concurrence anglaise, il fallait qu'&#224; leur tour, ils fassent leurs les m&#234;mes perfectionnements. &#201;liminer les barri&#232;res corporatives et les r&#232;glements bureaucratiques n'&#233;tait plus d&#233;sormais une seule affaire de profit, il y allait de la survie m&#234;me de l'industrie capitaliste. Mais les tentatives lanc&#233;es en 1776 en ce sens par Turgot &#233;chou&#232;rent. Les privil&#233;gi&#233;s savaient que la r&#233;forme ne pouvait s'arr&#234;ter l&#224;. Ils le renvers&#232;rent et effac&#232;rent ce qu'il avait fait. Il fallut la r&#233;volution pour abattre les barri&#232;res qui entravaient la grande industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fraction nullement n&#233;gligeable des capitalistes industriels avaient cependant int&#233;r&#234;t au maintien du r&#233;gime des privil&#232;ges. Comme le commerce, l'industrie capitaliste &#224; ses d&#233;buts pourvoyait principalement aux besoins du luxe. En partie, parce qu'il n'y avait pas de march&#233; int&#233;rieur et que le paysan fabriquait encore lui-m&#234;me les produits industriels dont il avait besoin, en partie aussi parce que c'&#233;tait une industrie de cour couv&#233;e par la royaut&#233;. En France, les manufactures les plus importantes servaient &#224; produire des &#233;toffes de soie, du velours, de la dentelle, des tapis, de la porcelaine, des poudres cosm&#233;tiques, du papier (c'&#233;tait encore un article de luxe il y a cent ans ) etc. Ces entreprises avaient leurs meilleurs clients dans les milieux de la noblesse de cour, parmi les privil&#233;gi&#233;s. Rogner leurs revenus signifiait mettre en danger l'existence de toute une s&#233;rie de capitalistes industriels. Chez eux, la r&#233;volution ne fut en cons&#233;quence nullement accueillie avec une franche sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est significatif que lorsque la contre-r&#233;volution se dressa en armes en 1793, elle avait &#224; sa t&#234;te, - &#224; c&#244;t&#233; de la Vend&#233;e, soit une des r&#233;gions les plus retardataires de France avec un r&#233;gime f&#233;odal encore florissant et vigoureux -, la ville de Lyon, la ville la plus industrielle du pays, c&#233;l&#232;bre pour son industrie de la soie et ses broderies d'or. D&#233;j&#224; en 1790, avait eu lieu une tentative de soul&#232;vement men&#233;e par des pr&#234;tres et des nobles, et Lyon est rest&#233;e longtemps un bastion du l&#233;gitimisme et du catholicisme. Et quand en 1795 fut bris&#233;e l'h&#233;g&#233;monie des Jacobins, la bourgeoisie de Paris ne fit pas myst&#232;re de ses sympathies royalistes antir&#233;publicaines. Si les choses s'&#233;taient pass&#233;es selon ses v&#339;ux, on n'aurait pas attendu plus longtemps la restauration de la monarchie l&#233;gitime et le retour des aristocrates &#233;migr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 L'id&#233;e d'un quatri&#232;me ordre appara&#238;t de bonne heure dans la R&#233;volution, mais ce terme ne d&#233;signe alors que rarement la classe ouvri&#232;re. Engels m'a communiqu&#233; &#224; ce sujet des donn&#233;es int&#233;ressantes tir&#233;es d'un livre de Karejev, livre r&#233;dig&#233; en russe &#8211; langue que je ne pratique pas : &#171; Les paysans et la question paysanne en France dans le dernier quart du 18&#232;me si&#232;cle &#187;, Moscou 1879, p. 327 : D&#232;s le 25 avril 1789 parut le &#171; Cahier du quatri&#232;me ordre, celui des pauvres journaliers, des infirmes, des indigents etc., l'ordre des infortun&#233;s &#187; de Dufourny de Villiers. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le quatri&#232;me ordre, ce sont les paysans. Par exemple Noilliac, Le plus fort des Pamphlets. L'ordre des Paysans aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux, 26 f&#233;vrier 1789. On y lit p.9 : &#171; Empruntons &#224; la constitution su&#233;doise les quatre ordres. &#187; Vartout, Lettre d'un paysan &#224; son cur&#233; sur une nouvelle mani&#232;re de tenir les &#201;tats g&#233;n&#233;raux, Cartrouville, 1789, p.7 : &#171; J'avons entendu dire que dans un pays qui est au nord &#8230; on admettait aux &#201;tats assembl&#233;s l'ordre des paysans. &#187; On trouve encore d'autres conceptions du quatri&#232;me ordre. Une brochure entend par quatri&#232;me ordre les marchands, une autre les employ&#233;s publics, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Louis Blanc, Histoire de la R&#233;volution, tome III, (p. 156 dans l'&#233;dition de Bruxelles de 1847)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Louis XV &#233;tait l'actionnaire principal de la soci&#233;t&#233; Malisset, soci&#233;t&#233; de rachats sp&#233;culatifs. On trouve dans les inventaires des d&#233;penses de sa Cour un tr&#233;sorier sp&#233;cialement affect&#233; aux &#171; sp&#233;culations sur les grains de Sa Majest&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore une cat&#233;gorie importante de la bourgeoisie qu'il convient d'&#233;voquer, celle de l'intelligentsia bourgeoise. Le mode de production capitaliste a disjoint les deux fonctions qui &#233;taient r&#233;unies dans l'artisanat et les a assign&#233;es &#224; deux cat&#233;gories diff&#233;rentes de travailleurs, les travailleurs manuels et les travailleurs intellectuels. Il a en outre, dans la soci&#233;t&#233; o&#249; il s'est form&#233;, &#233;largi &#224; l'infini la division du travail, et donn&#233; naissance &#224; une s&#233;rie de professions vou&#233;es uniquement au travail intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le technicien de formation scientifique ne jouait &#224; vrai dire au 18&#232;me si&#232;cle pas encore un grand r&#244;le dans l'industrie. L'application industrielle de la m&#233;canique et de la chimie scientifiques en &#233;tait &#224; la fin du si&#232;cle aux premiers balbutiements. Dans les transports, en revanche, le nouveau mode de production assignait d&#233;j&#224; au technicien des t&#226;ches importantes : il devait construire des bateaux, des ponts, des routes, des canaux. Tout aussi importante pour le d&#233;veloppement de son savoir-faire &#233;tait l'art de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration de plus en forte de la population dans les villes, ajout&#233;e &#224; la prol&#233;tarisation croissante de larges couches populaires, avait pour cons&#233;quence la diffusion des maladies et des &#233;pid&#233;mies d&#233;vastatrices. Le besoin de m&#233;decins allait grandissant. Or, le d&#233;veloppement de la bourgeoisie, l'afflux de la noblesse rurale vers la capitale, augmentaient le nombre de ceux qui pouvaient payer un m&#233;decin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu au 4&#232;me chapitre comment est n&#233; et a grandi le besoin de juristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel &#201;tat centralis&#233; qui prenait la place de l'association plus ou moins l&#226;che des entit&#233;s f&#233;odales, ne pouvait fonctionner avec avec le seul relais administratif de la noblesse et de l'&#201;glise. Celui-ci &#233;tait devenu m&#234;me carr&#233;ment une g&#234;ne. Lui fut substitu&#233;e une bureaucratie centralis&#233;e, une cat&#233;gorie de gens pour qui l'administration n'&#233;tait pas une occupation accessoire, mais une activit&#233; exclusive et professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour former tous ces &#233;l&#233;ments, il fallait de nombreuses &#233;coles, de nombreux enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que prit corps une classe nombreuse d'individus se recrutant pour l'essentiel dans la bourgeoisie et y ayant leurs racines, et qui tiraient leurs moyens d'existence de la mise en &#339;uvre de leur intelligence, raison pour laquelle on peut globalement donner &#224; cette classe l'&#233;tiquette d'&#171; intelligentsia &#187;, ce qui ne veut bien s&#251;r pas dire que tous ses membres aient &#233;t&#233; intelligents ni qu'il n'y e&#251;t d'intelligence que parmi eux. De leurs rangs surgirent des penseurs qui ne se donnaient pas pour t&#226;che de mettre leur savoir directement au service d'applications concr&#232;tes, mais d'explorer les relations fondamentales qui structurent la nature et la soci&#233;t&#233; et d'en d&#233;gager les lois, sans se demander si elles ont &#233;ventuellement une utilit&#233; pratique dans la vie civile, des penseurs pour lesquels la recherche &#233;tait un but se suffisant &#224; lui-m&#234;me, pas un moyen au service d'une fin. Quelque abstraites cependant que les th&#233;ories de ces philosophes aient pu &#234;tre, leurs besoins personnels &#233;taient de nature extr&#234;mement concr&#232;te. Ils voulaient vivre, et pour bon nombre d'entre eux, vivre bien .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les Grecs de l'Antiquit&#233;, et notamment les Ath&#233;niens, la recherche de la v&#233;rit&#233;, la philosophie, avait &#233;t&#233; la plus noble activit&#233; des hommes libres de la classe poss&#233;dante, leur apanage. Le loisir, reposant sur le travail des esclaves et d'autres m&#233;thodes d'exploitation, &#233;tait mis au service des sciences et des arts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose chez les anciens Romains, mais ceux-ci &#233;tait d'une &#233;toffe plus grossi&#232;re. Ils &#233;taient pass&#233;s trop brutalement de l'&#233;tat de paysans &#233;pais &#224; celui de ma&#238;tres de monde pour que, chez la majorit&#233; des poss&#233;dants libres, la boulimie d'exploitation et le d&#233;sir impulsif de jouissances extravagantes et de fanfaronnades ridicules n'ait pas pris le pas chez la majorit&#233; des poss&#233;dants libres sur la soif de savoir et les plaisirs esth&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel ne fut pas le sort des sciences, et avec elles, des beaux-arts, quand, &#224; la fin du Moyen-&#194;ge, les unes et les autres commenc&#232;rent &#224; sortir de leur sommeil ! D'un c&#244;t&#233;, hormis la noblesse de cour dont nous allons reparler tout de suite, voil&#224; des seigneurs f&#233;odaux mal d&#233;grossis dans leur peau de paysans et des pr&#234;tres obtus pour qui ne comptaient que des plaisirs primitifs, et de l'autre un monde de commer&#231;ants qui, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, &#224; force de calculer et de sp&#233;culer en vue du profit, perdaient d'autant plus toute capacit&#233; &#224; se livrer &#224; des sp&#233;culations abstraites que la comp&#233;tition &#233;conomique se faisait plus acharn&#233;e. On ne pouvait &#233;videmment attendre des basses classes condamn&#233;es &#224; un dur labeur que quelque chose les porte &#224; la pens&#233;e scientifique. Tout leur faisait d&#233;faut : les bases de l'instruction, l'occasion, le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune des classes dominantes, poss&#233;dantes et adonn&#233;es aux plaisirs de la vie, n'avait en elle-m&#234;me de ressources permettant de d&#233;velopper les sciences et les arts. La pens&#233;e, la litt&#233;rature furent laiss&#233;es aux intellectuels, des gens qui &#233;taient contraints d'aller offrir sur le march&#233; leur force de travail intellectuelle comme l'ouvrier salari&#233; offre la force de ses bras. Mais les philosophes et les artistes ne trouvaient gu&#232;re qu'aupr&#232;s de la noblesse de cour un public en mesure de les payer. Celle-ci s'&#233;tait d&#233;faite de la grossi&#232;ret&#233; de la noblesse rurale et avait d&#233;velopp&#233; une inclination pour des plaisirs plus d&#233;licats. Elle avait aussi plus de loisirs et moins de sujets de pr&#233;occupation imm&#233;diate que les marchands. Cependant, aucune cour ne devint jamais une acad&#233;mie, une &#233;cole philosophique. Les courtisans ne se mu&#232;rent pas en penseurs et en chercheurs, ils furent seulement des &#171; protecteurs &#187;, les patrons tut&#233;laires d'artistes et de philosophes. C'&#233;tait plus confortable. En d&#233;pouillant le rustre, le courtisan avait aussi perdu l'&#233;nergie du hobereau. Il avait en horreur le travail pers&#233;v&#233;rant dirig&#233; vers un objectif, quelle que f&#251;t sa nature. Il voulait s'amuser, et les arts comme les sciences n'&#233;taient l&#224; que pour y contribuer. Les cours avaient des bouffons et des nains, elles avaient au m&#234;me titre des artistes et des philosophes. Naturellement, il ne fallait pas que la philosophie demande un trop gros effort intellectuel, elle devait &#234;tre pr&#233;sent&#233;e sous des dehors l&#233;gers, plaisants, spirituels, amusants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une th&#233;orie sociale qui n'aurait pas rempli ces conditions ou pire, qui s'en serait prise &#224; la cour, n'avait, dans la France des premi&#232;res d&#233;cennies du 18&#232;me si&#232;cle aucune chance de retenir l'attention. Si admirables qu'aient pu &#234;tre ses id&#233;es, aussi longtemps que les conditions sociales ne les rendaient pas audibles, elles ne pouvaient pas avoir plus de succ&#232;s qu'une semence de la meilleure qualit&#233; a de chances de germer si elle tombe sur une pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances oppositionnelles du Tiers &#201;tat n'avaient dans ces conditions que peu l'occasion de trouver une expression th&#233;orique. Le seul domaine o&#249; cela restait encore plus ou moins possible &#233;tait celui de la religion. La noblesse de cour comme la bourgeoisie &#233;taient l'une et l'autre hostiles &#224; l'&#201;glise d&#233;pendant de Rome. Il est pourtant significatif que, dans la premi&#232;re moiti&#233; du 18&#232;me si&#232;cle, les attaques les plus violentes des philosophes &#233;clair&#233;s aient &#233;t&#233; dirig&#233;es, non pas contre les formes f&#233;odales de l'&#201;glise les plus d&#233;cr&#233;pites, les plus d&#233;su&#232;tes, mais au contraire contre la forme la mieux adapt&#233;e aux r&#233;alit&#233;s modernes. Cela s'explique, non pas par le pouvoir des id&#233;es abstraites, mais bien par celui des int&#233;r&#234;ts de classe. La vieille organisation f&#233;odale de l'&#201;glise reposant sur la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re &#233;tait depuis longtemps devenue &#171; nationale &#187; en France. Ce n'&#233;tait plus le pape, mais le roi qui nommait ses dignitaires, qui distribuait les pr&#233;bendes, et cela exclusivement aux membres de la noblesse, comme nous l'avons vu. Celle-ci se gaussait beaucoup de la religion, mais trouvait le syst&#232;me &#224; son go&#251;t. Elle ne tol&#233;rait pas les attaques qui auraient pu g&#234;ner les int&#233;r&#234;ts de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existait toutefois une organisation eccl&#233;siastique qui n'&#233;tait pas aux mains du roi, mais aux mains du pape. Celui-ci, un &#233;tranger, avait &#224; sa disposition ses revenus, qui n'&#233;taient pas minces, et ceux-ci ne profitaient pas seulement &#224; des Fran&#231;ais, mais aussi &#224; des Italiens, des Espagnols, des Allemands, etc., car cet ordre &#233;tait international. Et ces revenus ne servaient pas &#224; alimenter la caisse des privil&#233;gi&#233;s, car il ne reconnaissait pas en son sein de diff&#233;rences entre les &#233;tats et promouvait ses membres sur l'&#233;chelle des dignit&#233;s seulement en fonction de leurs m&#233;rites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ordre &#233;tait ha&#239; de la noblesse, mais tout autant de la bourgeoisie, &#224; qui il faisait une &#233;norme concurrence. Car il mettait tous les moyens modernes d'enrichissement au service de l'&#201;glise, et &#233;tait d'autant plus en &#233;tat de se rire de toute concurrence et d'accumuler de gigantesques fortunes qu'il avait ses missionnaires, ses agents et ses espions partout dans le monde, jusqu'en Chine et au Japon, au Mexique et au P&#233;rou, partout o&#249; la concurrence protestante ne l'en emp&#234;chait pas. Il s'entendait fort bien non seulement &#224; faire des affaires en Europe, mais aussi &#224; organiser dans un syst&#232;me coh&#233;rent l'exploitation des colonies, et il fut la premi&#232;re puissance europ&#233;enne &#224; r&#233;ussir &#224; tirer profit des colonies en ne recourant pas seulement au pillage, au commerce et aux grandes plantations, mais aussi en utilisant les indig&#232;nes dans des entreprises industrielles, des sucreries etc. Ces gens si avis&#233;s en affaires et qui, rus&#233;s et implacables, se serraient toujours les coudes, ces individus sans patrie dont le bourgeois catholique rencontrait ou croyait rencontrer la concurrence partout o&#249; il y avait de l'argent &#224; se faire, et qu'il d&#233;testait donc autant qu'il les craignait superstitieusement, ce n'&#233;taient pas &#8211; disons &#8211; les Juifs, comme serait tent&#233; de le supposer un &#171; Arien &#187; ou &#171; chr&#233;tien &#187; moderne au vu de ce portrait, non, c'&#233;taient les J&#233;suites. C'est contre eux, contre ces ennemis communs &#224; la bourgeoisie et &#224; la noblesse de cour, qu'&#233;taient dirig&#233;es les attaques les plus virulentes des philosophes &#233;clair&#233;s, celles des cours elles-m&#234;mes et de leur police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la chasse aux J&#233;suites ne rem&#233;dia pas plus aux probl&#232;mes &#233;conomiques du 18&#232;me si&#232;cle que les discours antis&#233;mites ne peuvent rem&#233;dier aux n&#244;tres. La charge pesait de plus en plus lourdement sur la masse de la nation, comme nous l'avons vu, et il devenait de plus en plus &#233;vident que c'&#233;tait la cour qui &#233;tait responsable de tous les abus, de tous les obstacles au d&#233;veloppement, que c'&#233;tait l&#224; l'exploiteur principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en m&#234;me temps, les liens qui avaient mis la majorit&#233; des penseurs et des chercheurs sous la coupe des cours princi&#232;res se d&#233;litaient. L'&#171; intelligentsia &#187; avait augment&#233; en nombre, la bourgeoisie s'&#233;veillait &#224; la politique. Des ouvrages de politique et d'&#233;conomie devenaient une marchandise trouvant acqu&#233;reur, et &#224; c&#244;t&#233; du march&#233; des livres se constituait le journalisme. Le philosophe et homme de lettres bourgeois pouvait trouver d'autres moyens d'existence que les pensions et les cadeaux de la cour, il gagnait maintenant sa vie, m&#234;me si c'&#233;tait parfois chichement, comme porte-parole des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. &#192; partir de ce moment, dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 18&#232;me si&#232;cle, il devint possible d'&#233;laborer et de faire valoir des th&#233;ories qui, non seulement &#233;taient ind&#233;pendantes de la cour, mais lui &#233;taient carr&#233;ment hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me des th&#233;ories anticapitalistes commen&#231;aient &#224; trouver un certain &#233;cho, tellement il y avait de cat&#233;gories de capitalistes qui tiraient avantage des d&#233;penses effr&#233;n&#233;es de la Cour et avaient leur part de l'exploitation de l'&#201;tat. De ce fait, les tentatives entreprises pour &#233;liminer les abus suscitaient leur hostilit&#233;. Il devenait de plus en plus &#233;vident que le seul levier possible pour mettre un terme au r&#232;gne de la Cour et des privil&#232;ges, c'&#233;taient les paysans et les &#171; petites gens &#187; de la ville, le &#171; peuple &#187;, qui en &#233;tait la premi&#232;re victime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs bourgeois avaient cess&#233; d'&#234;tre des &#171; philosophes &#187;, ils &#233;taient &#233;conomistes et politiciens, et ils s'exprimaient de plus en plus en faveur du peuple, de plus en plus contre non seulement la pr&#234;traille et la noblesse, mais aussi contres les &#171; riches &#187; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. N&#233;anmoins, les amorces de critique socialiste que l'on vit appara&#238;tre dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du 18&#232;me si&#232;cle, ne rencontr&#232;rent que peu d'&#233;cho et ne furent pas comprises. Les th&#233;ories qui &#233;taient en vogue, surtout celles de J.J. Rousseau, n'avaient rien de communiste, bien que l'observateur superficiel ait pu les tenir pour telles. Ce que l'&#233;poque exigeait, c'&#233;tait l'abolition des barri&#232;res f&#233;odales qui faisaient obstacle &#224; la production marchande, et l'intelligentsia bourgeoise &#233;tait trop clairvoyante pour ne pas s'en rendre compte et se lancer dans un socialisme qui n'avait alors aucune perspective. C'est que, malgr&#233; toute la sympathie qu'elle pouvait avoir pour les classes exploit&#233;es et souffrantes, elle ne pouvait pas non plus d&#233;passer la ligne d'horizon de la bourgeoisie &#224; laquelle elle appartenait du fait de ses relations familiales, de sa position sociale, de ses conditions d'existence. Mais sa vision n'&#233;tait pas born&#233;e par les &#339;ill&#232;res d'int&#233;r&#234;ts temporaires et particuliers de telle ou telle clique de capitalistes, qui leur interdisaient de voir ce dont le d&#233;veloppement de mode de production capitaliste avait besoin, qui les emp&#234;chaient de discerner les int&#233;r&#234;ts &#224; long terme de leur propre classe dans sa globalit&#233;, et de travailler &#224; les satisfaire, ce qui faisait que nombre de capitalistes &#233;taient des partisans du r&#233;gime f&#233;odal et que presque tous regardaient toute innovation avec m&#233;fiance. L'intelligentsia se situait bien au-dessus de l'&#233;troitesse d'esprit du bourgeois absorb&#233; dans ses affaires. Le m&#233;tier de ces gens-l&#224; les portait &#224; g&#233;n&#233;raliser, &#224; suivre une logique, ils connaissaient dans le d&#233;tail les structures sociales et la politique des temps pass&#233;s et du temps pr&#233;sent. Et c'est pourquoi c'&#233;tait l'intelligentsia qui identifiait les int&#233;r&#234;ts fondamentaux de la bourgeoisie comme classe, lesquels co&#239;ncidaient alors avec les n&#233;cessit&#233;s du d&#233;veloppement &#233;conomique. C'&#233;tait l'intelligentsia qui fut leur porte-parole, pas seulement face &#224; la Cour, aux aristocrates et au clerg&#233;, parfois face aux paysans, aux petits-bourgeois et aux prol&#233;taires, mais aussi m&#234;me face aux coteries capitalistes quand leur int&#233;r&#234;t du moment &#233;tait en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts de base permanents de la classe dans son ensemble. N'&#233;tant mus ni par des int&#233;r&#234;ts personnels, ni par des int&#233;r&#234;ts temporaires, agissant sur la base d'une compr&#233;hension en profondeur de la soci&#233;t&#233; qui &#233;tait le fruit du travail intellectuel de longues ann&#233;es, les hommes des Lumi&#232;res bourgeoises n'apparaissaient pas comme les d&#233;fenseurs d'int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, mais comme les repr&#233;sentants de principes d&#233;pouill&#233;s, d'id&#233;es pures, comme des &#171; doctrinaires &#187;, face aux &#171; praticiens &#187; capitalistes qui, fiers de leur ignorance, ne songeaient qu'&#224; mettre l'&#201;tat au service de leurs entreprises particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels bourgeois n'en &#233;taient pas encore &#224; adapter les th&#233;ories aux v&#339;ux et aux humeurs des &#171; praticiens de la politique &#187;, au lieu d'exiger d'eux qu'ils se soumettent &#224; la th&#233;orie. Et avec la R&#233;volution, ils acquirent en France le pouvoir de concr&#233;tiser leurs th&#233;ories. Apr&#232;s la chute de la noblesse de cour et de la haute finance qui lui &#233;tait alli&#233;e, une classe et une seule &#233;tait en &#233;tat de gouverner, et c'&#233;tait l'intelligentsia bourgeoise. Aujourd'hui encore, alors que dans la plupart des pays constitutionnels de larges couches populaires, et en premier lieu la classe ouvri&#232;re urbaine, se sont familiaris&#233;es gr&#226;ce &#224; leur activit&#233; politique avec les n&#233;cessit&#233;s et les t&#226;ches de la l&#233;gislation et de l'administration d'un grand &#201;tat moderne, c'est toujours l'intelligentsia bourgeoise qui domine dans les parlements. Il ne pouvait en &#234;tre &#224; plus forte raison autrement il y a cent ans en France, un pays d'o&#249; toute action politique avait &#233;t&#233; bannie depuis des si&#232;cles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les petits-bourgeois de Paris n'&#233;lurent pas pour les repr&#233;senter des d&#233;put&#233;s issus de leurs rangs, mais des juristes, des journalistes etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'intelligentsia bourgeoise put prendre en mains le pouvoir central et le mettre au service de leurs th&#233;ories, c'est-&#224;-dire des int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie. Et comme c'&#233;taient ses options qui &#233;taient le plus &#224; m&#234;me de r&#233;pondre aux besoins d'un d&#233;veloppement devenu n&#233;cessaire, c'&#233;taient elles qui co&#239;ncidaient le mieux avec les tendances r&#233;elles de la R&#233;volution. C'est elle que l'on entend le plus et le mieux tout au long de la R&#233;volution, ce sont ses discours, ses livres, ses journaux, qui se sont le mieux conserv&#233;s. Il n'est donc pas surprenant que les id&#233;ologues qui se r&#232;glent sur l'aspect superficiel des choses en viennent &#224; s'imaginer que ce sont les penseurs et leurs id&#233;es qui auraient fait et guid&#233; la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que cette classe est de celles qui ont imprim&#233; de fa&#231;on &#233;clatante leur marque &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise. Elle est son &#339;uvre dans tout ce qui touche &#224; la gestion de l'&#201;tat et &#224; la l&#233;gislation. Il serait cependant erron&#233; de croire que le R&#233;volution se serait faite exclusivement avec des d&#233;crets minist&#233;riels et des r&#233;solutions parlementaires. Aux moments cruciaux, l'initiative et la d&#233;cision vinrent des soul&#232;vements populaires, notamment des faubourgs parisiens et des paysans. Les r&#233;solutions les plus importantes des assembl&#233;es successives, de la Constituante, de la L&#233;gislative, de la Convention, ne firent que consacrer ce que le peuple avait d&#233;j&#224; fait. Au cours des luttes r&#233;volutionnaires, ces assembl&#233;es se montr&#232;rent sans boussole, elles recevaient leurs directives du peuple, elles ne lui en donnaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas dans les &#233;v&#233;nements qui ont scand&#233; la R&#233;volution, que se manifesta l'importance et l'influence de l'intelligentsia, mais dans les r&#233;alisations qui lui ont surv&#233;cu. Ce n'est pas elle qui avait pris la Bastille, balay&#233; les charges f&#233;odales et purg&#233; la France nouvelle de ses ennemis ext&#233;rieurs et int&#233;rieurs. Mais c'est elle qui a jet&#233; les fondations sur lesquelles repose son organisation politique encore aujourd'hui, et cr&#233;&#233; un droit civil qui continue &#224; &#234;tre ce qui existe de mieux et de plus en accord avec la modernit&#233;. Certes, celui-ci a &#233;t&#233; annex&#233; comme bien d'autres choses par un g&#233;n&#233;ral victorieux qui l'a mis au service de ses propres vis&#233;es &#8211; le code civil est devenu le code Napol&#233;on. Il n'en reste pas moins que ce droit est la cr&#233;ation de l'intelligentsia r&#233;volutionnaire de la Convention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sans-culottes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tiers &#201;tat comprenait &#233;galement les artisans. L'organisation en corporations &#233;tait scl&#233;ros&#233;e depuis longtemps et devenue pour quelques &#233;lus le moyen de monopoliser la production artisanale et de faire du titre de ma&#238;tre-artisan un privil&#232;ge qui favorisait d'autant plus l'exploitation des compagnons et des consommateurs qu'&#233;tait plus restreint le nombre de ceux auxquels il &#233;tait attribu&#233;. Il &#233;tait quasiment impossible &#224; un compagnon de s'&#233;lever &#224; ce grade s'il n'&#233;tait pas le fils ou le gendre, ou n'&#233;pousait pas la veuve d'un ma&#238;tre-artisan. Pour les autres, toute une s&#233;rie de conditions rendait la chose non seulement extr&#234;mement difficile, mais g&#233;n&#233;ralement impossible &#224; priori. Souvent, la corporation &#233;tait d&#233;clar&#233;e ferm&#233;e, et fix&#233; une fois pour toutes le nombre de ma&#238;tres-artisans qu'elle pouvait compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en croyant pouvoir, sous le r&#233;gime policier de l'absolutisme, &#233;tablir et d&#233;fendre leur monopole en faisant confiance &#224; leurs seules propres forces, ces messieurs les ma&#238;tres commettaient une lourde erreur. La royaut&#233; ancienne trouvait extr&#234;mement immoral qu'une clique exploite le peuple en vertu d'un monopole sans partager le butin avec le souverain. Le droit de d&#233;livrer les lettres de ma&#238;trise &#8211; contre paiement en bonnes esp&#232;ces, n'oublions pas l'essentiel &#8211; fut d&#233;clar&#233; privil&#232;ge de la couronne. De la m&#234;me fa&#231;on, celle-ci s'attribua le droit de nommer aux charges des corporations. Si les corporations voulaient garder ce droit pour elles, elles devaient les racheter &#224; la couronne en pi&#232;ces sonnantes et tr&#233;buchantes, et cela non pas une fois pour toutes, mais de fa&#231;on renouvelable, car la couronne aimait &#224; se souvenir de ses droits de souverain sur les corporations et mena&#231;ait de les faire valoir aussi souvent qu'elle avait des besoins d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres-artisans avaient naturellement int&#233;r&#234;t au maintien du r&#233;gime des privil&#232;ges. &#201;tant les plus faibles, ils auraient &#233;t&#233; les premi&#232;res victimes d'une politique de r&#233;formes. Et effectivement, c'est contre eux que fut dirig&#233;e le premier assaut de Turgot le r&#233;formateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compagnons &#233;taient de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade. Le compagnonnage n'&#233;tait plus un simple stade transitoire menant &#224; la ma&#238;trise, les compagnons constituaient d&#233;sormais une classe &#224; part ayant ses propres int&#233;r&#234;ts. Mais ils ne se voyaient pas comme des prol&#233;taires salari&#233;s au sens d'aujourd'hui. Il s'opposaient radicalement aux ma&#238;tres-artisans des corporations, mais ne revendiquaient rien de plus que la possibilit&#233; d'acc&#233;der eux-m&#234;mes &#224; la ma&#238;trise, et ils se sentaient solidaires des ma&#238;tres hors corporations qui formaient une classe nombreuse et en croissance rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'ancien r&#233;gime, diff&#233;rents quartiers, dans certaines villes, jouissaient du privil&#232;ge ne pas &#234;tre astreints &#224; l'organisation en corporations. Cette obligation s'appliquait en effet g&#233;n&#233;ralement aux villes, pas aux villages. Or, bien des villages &#233;taient situ&#233;s &#224; proximit&#233; d'une grande ville, et celle-ci se d&#233;veloppant rapidement, ils avaient &#233;t&#233; absorb&#233;s et &#233;taient devenus des faubourgs, mais ils avaient su se pr&#233;server de la contrainte corporative. Quand, sous Louis XVI, la mis&#232;re s'aggrava chez ces artisans et que grandit l'opposition aux corporations, le gouvernement tenta de calmer les esprits en &#233;tendant les privil&#232;ges des faubourgs et en les accordant &#224; un certain nombre de nouvelles localit&#233;s. &#192; Paris, le faubourg Saint-Antoine et le faubourg du Temple &#233;taient de ce point de vue particuli&#232;rement favoris&#233;s. S'y pressaient tous les compagnons qui voulaient prendre leur autonomie et n'avaient aucune chance d'obtenir une place de ma&#238;tre-artisan. Un nombre &#233;norme de petits ma&#238;tres v&#233;g&#233;tait chichement dans ces quartiers &#233;troits hors desquels ils n'avaient pas le droit de vendre leurs produits en ville. Et plus leur nombre augmentait, plus la concurrence qu'ils se faisaient devenait vive, plus ils s'impatientaient des barri&#232;res que le r&#233;gime des privil&#232;ges leur imposait, plus leur amertume croissait au spectacle de l'opulence ostentatoire des ma&#238;tres de corporations dans les quartiers voisins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes, de leur c&#244;t&#233;, avaient une pr&#233;dilection pour les districts urbains ou pr&#233;-urbains affranchis de l'obligation des corporations. Ils installaient l&#224; leurs manufactures parce qu'ils y trouvaient ce dont ils avaient besoin, une main-d'&#339;uvre habile et nombreuse qu'ils pouvaient en outre exploiter sans restrictions aucunes. &#192; c&#244;t&#233; d'une foule de petits ma&#238;tres-artisans et de compagnons, on trouve pour cette raison dans ces faubourgs aussi de nombreux travailleurs salari&#233;s de l'industrie capitaliste qui se recrutaient en partie dans les rangs des travailleurs de l'artisanat, en partie dans la population rurale. L'industrie capitaliste employait d&#233;j&#224;, outre des ouvriers qualifi&#233;s, toujours plus de non-qualifi&#233;s, de journaliers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indissociables de ces &#233;l&#233;ments, il y avait aussi les petits commer&#231;ants, les aubergistes, etc., qui, soit &#233;taient issus de leur milieu, soit vivaient de leur client&#232;le et partageaient leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette masse d'ouvriers et de petits-bourgeois comptait aussi un nombreux prol&#233;tariat de gueux dont le nombre ne cessait d'augmenter et qui affluait en permanence vers les villes, surtout vers Paris, car c'est l&#224; que se pr&#233;sentaient les occasions les plus favorables d'activit&#233;s honn&#234;tes ou malhonn&#234;tes. Les mendiants repr&#233;sentaient le vingti&#232;me de la nation, en 1777, on les estimait &#224; 1 200 000. &#192; Paris, ils &#233;taient 120 000, soit le sixi&#232;me de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne partie de ce prol&#233;tariat de gueux n'&#233;tait pas encore compl&#232;tement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e et se montrait capable d'un &#233;lan moral d&#232;s qu'une lueur d'espoir devenait perceptible. Ces couches populaires se lanc&#232;rent avec enthousiasme dans le mouvement r&#233;volutionnaire qui leur promettait la fin de leurs souffrances. Il va de soi que mal d'&#233;l&#233;ments peu reluisants se tourn&#232;rent aussi vers la R&#233;volution, d&#233;sireux simplement de p&#234;cher en eau trouble, et pr&#234;ts &#224; vendre et trahir sa cause en toute occasion. Mais il est ridicule de camper ces vauriens en figures typiques de la masse des petits-bourgeois et des prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si h&#233;t&#233;roclite que f&#251;t cette masse, elle &#233;tait unie jusqu'&#224; un certain point, c'&#233;tait une vraie masse r&#233;volutionnaire. Elle &#233;tait p&#233;n&#233;tr&#233;e d'une d&#233;testation intense, non seulement des privil&#233;gi&#233;s, des ma&#238;tres des corporations, de la pr&#234;traille, des aristocrates, mais aussi de la bourgeoisie qui, pour une part, l'exploitait au titre de fermier des imp&#244;ts, ou en qualit&#233; de sp&#233;culateur sur les grains, ou comme usurier, ou comme patron d'industrie, etc., et pour une autre, leur faisait concurrence, qui donc maltraitait tout un chacun sous une forme ou une autre. Mais en d&#233;pit de cette haine et de la rudesse avec laquelle elle s'exprimait parfois, ces r&#233;volutionnaires n'&#233;taient pas des socialistes. Avant la R&#233;volution, le prol&#233;tariat n'existait comme classe consciente d'elle-m&#234;me. Il vivait encore totalement dans le monde des id&#233;es de la petite-bourgeoisie. Or les revendications et les buts de celle-ci se situaient sur le terrain de la production marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait faire fausse route de tirer un signe d'&#233;galit&#233; entre ces &#233;l&#233;ments et les travailleurs salari&#233;s modernes de la grande industrie, et de leur supposer les m&#234;mes aspirations. Ce serait se tromper du tout au tout, non seulement sur ce qu'&#233;taient ces &#233;l&#233;ments qu'on regroupe sous le nom de &#171; sans-culottes &#187;, mais aussi sur la nature de toute cette R&#233;volution qu'ils ont si puissamment contribu&#233; &#224; fa&#231;onner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que la bourgeoisie n'&#233;tait nullement un bloc r&#233;volutionnaire homog&#232;ne. Des avantages momentan&#233;s attachaient diverses fractions directement au maintien du r&#233;gime des privil&#232;ges, d'autres &#233;taient m&#233;fiantes et r&#233;serv&#233;es vis-&#224;-vis de la R&#233;volution, d'autres encore, tout en sympathisant avec elle, manquaient de courage et d'&#233;nergie. L'aile r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie n'aurait pu sans alli&#233;s tenir t&#234;te &#224; ses adversaires, en premier lieu la cour, qui pouvait s'appuyer au moins sur une partie totalement s&#251;re de l'arm&#233;e, les r&#233;giments fran&#231;ais recrut&#233;s dans les provinces r&#233;actionnaires, et les r&#233;giments de mercenaires allemands et suisses, et qui enfin se liguait avec l'&#233;tranger et attisait la guerre civile &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res. Pour venir &#224; bout de la contre-r&#233;volution, il fallait chercher ailleurs que dans la bourgeoisie, il fallait des gens &#224; qui un bouleversement radical ne faisait courir aucun risque, des gens qui n'avaient pas &#224; m&#233;nager une client&#232;le distingu&#233;e, des gens qui avaient des bras vigoureux pour taper dans le tas, et en outre et surtout, il fallait du monde, beaucoup de monde. L'aile r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie trouva chez les paysans, les petits-bourgeois et les prol&#233;taires l'appui sans lequel elle aurait succomb&#233;. Mais les paysans, les petits-bourgeois et les prol&#233;taires des villes de province &#233;taient trop dispers&#233;s, trop peu organis&#233;s, trop &#233;loign&#233;s de Paris o&#249; se concentraient les mouvements politiques, pour pouvoir intervenir quand il fallait une d&#233;cision rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution eut pour centres les faubourgs de la capitale, l&#224; o&#249; la politique du r&#233;gime des privil&#232;ges elle-m&#234;me avait concentr&#233; &#224; proximit&#233; imm&#233;diate du si&#232;ge du gouvernement central les &#233;l&#233;ments les plus &#233;nergiques et les plus radicaux du pays, les gens qui n'avaient rien &#224; perdre et tout &#224; gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont eux qui prot&#233;g&#232;rent l'Assembl&#233;e Nationale des attaques de la cour, qui, en prenant la Bastille le 14 juillet 1789, non seulement s'empar&#232;rent de cette forteresse dont les canons mena&#231;aient le faubourg r&#233;volutionnaire de Saint-Antoine, mais &#233;touff&#232;rent dans l'&#339;uf une tentative contre-r&#233;volutionnaire de la cour et donn&#232;rent le signal du soul&#232;vement des paysans dans le pays tout entier. Ce sont eux qui par&#232;rent &#224; une deuxi&#232;me tentative de la cour d'&#233;craser la R&#233;volution en faisant donner la partie rest&#233;e fid&#232;le de l'arm&#233;e, quand ils s'empar&#232;rent de la personne du roi et l'emmen&#232;rent sous bonne garde &#224; Paris (5/6 octobre 1789).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; les alli&#233;s de la bourgeoisie, les sans-culottes devinrent ses ma&#238;tres. Leur prestige, leur puissance, leur maturit&#233;, leur confiance en eux, augmentaient avec chaque coup port&#233; &#224; la R&#233;volution, car seule, leur intervention imm&#233;diate et &#233;nergique r&#233;ussissait &#224; l'arr&#234;ter. Plus la situation devenait p&#233;rilleuse pour la R&#233;volution, plus il &#233;tait n&#233;cessaire de faire appel aux gens des faubourgs, plus leur domination devenait exclusive. Celle-ci fut &#224; son comble quand les monarques coalis&#233;s de toute l'Europe envahirent la France cependant que la contre-r&#233;volution int&#233;rieure relevait la t&#234;te dans diverses provinces et que le gouvernement lui-m&#234;me et la direction de l'arm&#233;e conspiraient par moments avec l'ennemi. Ce ne fut pas la L&#233;gislative, ni la Convention qui ont alors sauv&#233; la R&#233;volution, mais les sans-culottes. Se rendant ma&#238;tres du club des Jacobins, ils s'empar&#232;rent d'une organisation qui &#233;tait dirig&#233;e depuis Paris et avait ses ramifications dans la France enti&#232;re. S'emparant de la municipalit&#233; de Paris, ils disposaient &#224; leur gr&#233; des immenses moyens de cette ville. Avec le club des Jacobins et la Commune, et dans les cas o&#249; cela ne suffisait pas, en s'insurgeant, ils dominaient la Convention, dominaient la France : en guerre, dans une situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e, encercl&#233;s de tous c&#244;t&#233;s, menac&#233;s d'an&#233;antissement, ils mirent en &#339;uvre un droit de la guerre implacable, oppos&#232;rent &#224; des dangers exceptionnels une &#233;nergie exceptionnelle, &#233;touff&#232;rent non seulement toute r&#233;sistance et toute trahison, mais noy&#232;rent aussi toute possibilit&#233; de r&#233;sistance ou de trahison dans le sang des suspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le terrorisme n'&#233;tait pas seulement une arme de guerre destin&#233;e, sur le front int&#233;rieur, &#224; intimider l'ennemi de l'ombre et &#224; lui couper les jarrets, et, sur le front ext&#233;rieur, &#224; inspirer aux d&#233;fenseurs de la R&#233;volution la certitude de l'emporter sur l'ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre avait amen&#233; les sans-culottes au pouvoir. Mais ceux-ci voulaient se battre pour un &#201;tat, pour une soci&#233;t&#233; telle qu'ils l'imaginaient. L'exploitation f&#233;odale &#233;tait &#233;limin&#233;e, mais l'exploitation capitaliste, qui avait d&#233;j&#224; pris forme sous l'ancien r&#233;gime, &#233;tait toujours l&#224;. Bien plus, l'abolition des barri&#232;res f&#233;odales avait laiss&#233; le champ libre au mode de production capitaliste, &#224; l'exploitation capitaliste, qui pouvaient maintenant se d&#233;velopper rapidement. La lutte pour abolir ou au moins contenir les diverses modalit&#233;s de cette exploitation, en particulier celles li&#233;es au commerce, &#224; la sp&#233;culation et &#224; l'usure, prit bient&#244;t autant d'importance aux yeux des sans-culottes que celle contre la restauration du f&#233;odalisme. Mais il &#233;tait impossible &#224; cette &#233;poque-l&#224; d'&#233;radiquer cette exploitation : pour passer &#224; un nouveau mode de production, un mode de production sup&#233;rieur, il aurait fallu que soient remplies des conditions qui ne pouvaient l'&#234;tre encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;tait donc sans issue pour les sans-culottes. Les &#233;v&#233;nements leur avaient donn&#233; les cl&#233;s du pouvoir, mais la configuration g&#233;n&#233;rale les privait de la possibilit&#233; d'&#233;tablir des institutions p&#233;rennes conformes &#224; leurs int&#233;r&#234;ts. &#201;tant ma&#238;tres de toute la France, ils ne pouvaient pas et ne voulaient pas rester sans r&#233;agir et se r&#233;signer &#224; la mis&#232;re dans laquelle les plongeait un capitalisme en rapide expansion et que la guerre aggravait encore. Forc&#233;ment ils furent donc amen&#233;s &#224; la combattre en intervenant autoritairement et brutalement dans la vie &#233;conomique, en r&#233;quisitionnant, en fixant un maximum pour le prix des vivres, en d&#233;capitant les exploiteurs, les sp&#233;culateurs et les boursicoteurs, les accapareurs, les fournisseurs v&#233;reux. Mais rien de tout cela ne les rapprochait de leur but final. L'exploitation &#233;tait comme une hydre, plus on lui coupait de t&#234;tes, plus il lui en repoussait. Pour l'affronter, les sans-culottes &#233;taient pouss&#233;s de plus en plus loin. Ils furent oblig&#233;s de d&#233;clarer la R&#233;volution permanente et d'intensifier d'autant plus le terrorisme dont l'&#233;tat de guerre leur avait d&#233;j&#224; impos&#233; la mise en &#339;uvre, qu'en luttant contre l'exploitation, ils se mettaient en contradiction avec les n&#233;cessit&#233;s du mode de production, avec les int&#233;r&#234;ts des autres classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand les victoires de l'arm&#233;e fran&#231;aise sur les ennemis ext&#233;rieurs et int&#233;rieurs eurent assur&#233; la s&#233;curit&#233; de la R&#233;publique, la Terreur cessa d'&#234;tre une n&#233;cessit&#233; pour le salut de la R&#233;volution. Elle &#233;tait maintenant de plus en plus vivement ressentie comme un frein insupportable &#224; l'essor &#233;conomique. Les adversaires des sans-culottes se renfor&#231;aient rapidement, et tout aussi rapidement, ceux-ci, d&#233;j&#224; d&#233;cim&#233;s par des luttes incessantes, perdaient de leur &#233;nergie suite aux d&#233;sertions et en raison du rel&#226;chement de la tension. Plus les armes fran&#231;aises &#233;taient victorieuses, plus le prestige des sans-culottes baissait en comparaison de celui de l'arm&#233;e et de celui de la bourgeoisie qui se relevait d&#233;sormais et engageait le prol&#233;tariat des gueux &#224; son service. Ils perdirent leurs positions l'une apr&#232;s l'autre et finirent par ne plus compter pour rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a dit que leur d&#233;clin, commenc&#233; avec la chute de Robespierre (le 9 thermidor &#8211; 27 juillet 1794), apr&#232;s celle d'H&#233;bert, et scell&#233; le 4 prairial (24 mai 1795), signifiait l'&#233;chec de la R&#233;volution. Comme si un &#233;v&#233;nement historique, un fait inscrit dans la r&#233;alit&#233; par la logique de la situation, pouvait &#171; &#233;chouer &#187; ! Une entreprise planifi&#233;e par des individus, un putsch, une &#233;meute, peut &#233;chouer, mais pas une &#233;volution ! Celle-ci ne devient r&#233;volution qu'au moment o&#249; elle s'ach&#232;ve ; une r&#233;volution &#233;chou&#233;e, ce n'est pas et ce ne peut pas &#234;tre une r&#233;volution. Une r&#233;volution ne peut pas plus &#233;chouer qu'une temp&#234;te. Dans une temp&#234;te, certes, bien des bateaux sombrent et il en est de m&#234;me dans une r&#233;volution pour bien des partis. Mais il serait inepte d'identifier un parti &#224; la r&#233;volution, de pr&#234;ter &#224; la r&#233;volution les objectifs que se sont donn&#233;s les partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jacobins et les faubouriens de Paris ont &#233;chou&#233; parce que les conditions objectives ne permettaient pas une r&#233;volution favorable aux petits-bourgeois et aux prol&#233;taires, parce qu'elles rendaient impossible la d&#233;fense de tout ce qui se mettait en travers de la r&#233;volution capitaliste. Mais leur action n'a pas &#233;t&#233; vaine. Ce sont eux qui ont sauv&#233; la R&#233;volution bourgeoise et ont balay&#233; l'ancien r&#233;gime f&#233;odal avec une radicalit&#233; que n'a connue aucun autre pays au monde, eux qui ont d&#233;gag&#233; et pr&#233;par&#233; le terrain sur lequel, en quelques ann&#233;es seulement, sous le Directoire et &#224; l'&#232;re napol&#233;onienne, devait se mettre en place &#224; une allure vertigineuse un nouveau mode de production. Voil&#224; que, par une colossale ironie, ce furent les adversaires les plus acharn&#233;s des capitalistes qui, &#224; rebours de leur propre volont&#233;, ont accompli pour ces derniers ce que ceux-ci, par eux-m&#234;mes, n'auraient jamais r&#233;ussi &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lutte des petits-bourgeois et des prol&#233;taires fran&#231;ais, et notamment parisiens, si elle s'est termin&#233;e par leur d&#233;faite, a eu aussi des cons&#233;quences positives pour eux. L'&#233;nergie ph&#233;nom&#233;nale qu'ils ont d&#233;ploy&#233;e, le r&#244;le historique m&#233;morable qu'ils ont jou&#233;, leur ont donn&#233; une confiance en soi et une maturit&#233; politique qu'il &#233;tait impossible d'effacer d'un coup d'&#233;ponge et qui ont leurs prolongements aujourd'hui encore. Les traditions jacobines ont diffus&#233; encore longtemps un rayonnement juv&#233;nile autour du radicalisme bourgeois, de sorte que jusque dans ces derniers temps, et malgr&#233; sa s&#233;nescence, il a fait montre de plus de vigueur que ses cousins des autres &#201;tats europ&#233;ens. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ces m&#234;mes traditions continuent encore &#224; peser sur une fraction du prol&#233;tariat, m&#234;me si celle-ci est de plus en plus restreinte,.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur bleue de nos historiens leur fait voir un communiste dans chaque Jacobin. En r&#233;alit&#233;, la tradition jacobine a &#233;t&#233; l'un des plus s&#233;rieux obstacles auxquels se soit heurt&#233;e la formation en France d'un grand parti ouvrier social-d&#233;mocrate uni et ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans se situaient encore une marche en-dessous des artisans non affili&#233;s &#224; une corporation, des prol&#233;taires et tous ceux qui vivaient dans leurs parages. Citadins, le bouillonnement des id&#233;es n'&#233;tait pas sans influencer dans une certaine mesure ces derniers, qui vivaient par ailleurs entass&#233;s dans des localit&#233;s &#233;troites non loin des centres du pouvoir. Leur concentration et leur intelligence leur donnaient une certaine force de r&#233;sistance, et la proximit&#233; du gouvernement la possibilit&#233; d'agir directement pour faire pression sur lui. Si dure que f&#251;t l'oppression qui pesait sur eux, pire encore &#233;tait celle qu'on faisait subir en toute impunit&#233; aux paysans, lesquels, isol&#233;s, diss&#233;min&#233;s, loin de toute stimulation intellectuelle, n'&#233;taient pas en capacit&#233; de se coaliser contre leurs bourreaux et de faire entendre leurs dol&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la noblesse et le clerg&#233;, la bureaucratie centrale et urbaine, et presque tous les gens fortun&#233;s &#233;taient totalement ou partiellement exon&#233;r&#233;s des imp&#244;ts d'&#201;tat directs, ceux-ci retombaient d'autant plus lourdement sur le paysan. Il pouvait arriver que leur montant atteigne jusqu'&#224; 70% de son revenu net. En moyenne, c'&#233;taient 50%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait de pr&#233;f&#233;rence le paysan qui &#233;tait appel&#233; au service arm&#233;, la milice levait chaque ann&#233;e 60 000 hommes. La noblesse, en revanche, n'y &#233;tait pas assujettie. Et pourtant, elle avait l'effronterie de pr&#233;tendre que l'exemption dont elle jouissait se justifiait par l'imp&#244;t du sang dont elle aurait &#233;t&#233; seule &#224; s'acquitter pour la patrie. En fait, dans la mesure o&#249; elle le faisait effectivement, celui-ci s'&#233;tait transform&#233;, d'obligation p&#233;rilleuse et co&#251;teuse qu'il &#233;tait &#224; l'origine, en un privil&#232;ge lucratif permettant bien plut&#244;t d'exploiter cette m&#234;me patrie. A quelqu'un qui voyait une injustice dans le fait de n'enr&#244;ler que des paysans, un partisan de cette pratique crut pouvoir r&#233;pliquer que le sort des soldats &#233;tait si mis&#233;rable que seul un paysan pouvait supporter pareil traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans &#233;taient les seuls &#224; &#234;tre astreints &#224; la corv&#233;e pour construire les routes emprunt&#233;es par les arm&#233;es, c'&#233;tait sur eux que retombaient les charges de l'attelage des v&#233;hicules et du cantonnement des troupes lors de leurs d&#233;placements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les servitudes impos&#233;es aux paysans pour l'entretien de l'&#201;tat moderne se multipliaient, et en m&#234;me temps subsistaient celles de la f&#233;odalit&#233;, et ce n'&#233;taient pas seulement des charges, c'&#233;taient des entraves qui bloquaient toute am&#233;lioration de la production, voire avaient pour cons&#233;quence sa d&#233;t&#233;rioration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan n'avait pas le droit de cultiver ce qu'il voulait. La d&#238;me reposait sur les vieilles esp&#232;ces connues, pas sur les plantes r&#233;cemment introduites, par exemple la pomme de terre ou la luzerne. Raison pour laquelle la culture lui en &#233;tait bien souvent interdite. Cela g&#234;nait consid&#233;rablement l'introduction de proc&#233;d&#233;s am&#233;lior&#233;s, ainsi le passage de l'assolement triennal &#224; la rotation des cultures. Ce qui restait du r&#233;gime de la communaut&#233; rurale, et notamment les servitudes ayant trait au rythme des cultures, entravait &#224; vrai dire dans une plus large mesure encore tout progr&#232;s dans l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout instant, pendant les travaux des champs les plus pressants, le paysan pouvait &#234;tre rappel&#233; pour une corv&#233;e. Si les corv&#233;es seigneuriales avaient &#233;t&#233; pour la plupart transform&#233;es en redevances mon&#233;taires, les corv&#233;es de voirie et la corv&#233;e d'attelage &#233;taient devenues une charge d'autant plus pesante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les r&#233;coltes &#233;taient sur pied, il &#233;tait presque impossible au paysan de les mettre &#224; l'abri du gibier, des lapins et des pigeons des &#171; bons ma&#238;tres &#187;. La chasse &#233;tait l'apanage exclusif de la noblesse. Elle avait aussi le privil&#232;ge d'&#233;lever des lapins et de poss&#233;der des colombiers, et elle en usait sans limites : ce n'&#233;tait pas le noble, mais le paysan qui avait &#224; nourrir ces animaux, certes bien contre son gr&#233;, en les laissant se servir sur ses champs. Parfois, les paysans &#233;taient carr&#233;ment oblig&#233;s de ne cultiver que les plantes qui sont du go&#251;t du gibier. Les garde-chasses avaient le droit d'abattre le premier qui d&#233;gagerait du terrain un lapin ou un li&#232;vre. Taine trouve &#233;trange qu'au moment m&#234;me o&#249; &#171; les m&#339;urs s'adoucissaient &#187; et o&#249; &#171; les Lumi&#232;res progressaient &#187;, la barbarie de la chasse s'&#233;tendait. Mais pour la noblesse, la chasse &#233;tait tout autant un moyen d'exploiter les paysans que de s'amuser, et moins son existence r&#233;pondait &#224; une n&#233;cessit&#233;, plus augmentait sa soif de plaisirs, et plus elle ressentait le besoin d'exploiter autrui. &#171; L'adoucissement des m&#339;urs &#187; ne concernait que le commerce des seigneurs entre eux et avec les financiers. On laissait se multiplier le gibier, m&#234;me le plus nuisible : dans le Clermontois, sur les terres du prince de Cond&#233;, les louveteaux &#233;taient soign&#233;s et &#233;lev&#233;s avec la plus grande attention avant d'&#234;tre rel&#226;ch&#233;s en hiver et ensuite chass&#233;s. Il importait peu &#224; ces nobles seigneurs si habiles dans leurs salons &#224; deviser d&#233;licatement des id&#233;aux humanistes, qu'ils d&#233;vorent les brebis et m&#234;me les enfants des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi &#233;tait le plus grand propri&#233;taire foncier et aussi le premier chasseur de France12, donc l'un des premiers &#224; d&#233;vaster les campagnes. Ses r&#233;serves de chasse augmentaient notamment dans la r&#233;gion parisienne et rendaient quasiment impossible de cultiver le sol. Dans les onze capitaineries proches de la capitale, le gibier causait autant de ravages que &#171; le logement de onze r&#233;giments de cavalerie ennemis &#187;13. On sait que Louis XVI n'avait, en-dehors de la serrurerie, qu'une passion : la chasse. Le 14 juillet, le jour de la prise de la Bastille, il ne marqua la date dans son journal qu'avec le cri de douleur suivant : Pas de chasse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#232;glement de 1762 interdit, dans le p&#233;rim&#232;tre de chaque r&#233;serve royale de chasse, qu'on enclose les terres des paysans pour emp&#234;cher le gibier d'acc&#233;der aux champs et aux jardins. Il &#233;dicta de m&#234;me que personne, m&#234;me pas les propri&#233;taires, n'aurait le droit de p&#233;n&#233;trer dans les champs entre le 1er mai et 24 juin, ceci afin de ne pas troubler la couvaison des perdrix. Peu importait que les mauvaises herbes se mettent &#224; foisonner pendant ce temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 1789, alors qu'on &#233;tait d&#233;j&#224; en plein dans les r&#233;voltes contre le syst&#232;me f&#233;odal, on replanta, dans un seul canton de la r&#233;serve royale de Fontainebleau, 108 remises pour li&#232;vres et perdrix, sans tenir compte des protestations des paysans concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Louis XVI &#233;tait, &#224; ce qu'on pr&#233;tend, un souverain plein de bienveillance et de bont&#233;. Que penser alors de la fa&#231;on dont les choses pouvaient se passer avec des seigneurs ayant une pierre &#224; la place du c&#339;ur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, malgr&#233; ces obstacles, le paysan r&#233;ussissait sa moisson, il n'avait pour autant pas le droit de l'engranger chez lui sans autre forme de proc&#232;s. La r&#233;colte fauch&#233;e devait rester dans le champ jusqu'&#224; ce que les agents du fisc aient fait le d&#233;compte des gerbes pour d&#233;terminer ensuite le montant des prestations en nature. Si, dans l'intervalle, le temps se g&#226;tait, la r&#233;colte &#233;tait perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le produit de la r&#233;colte une fois engrang&#233;, le paysan n'&#233;tait pas libre d'en user &#224; sa guise. Il devait pressurer le raisin dans le pressoir seigneurial, moudre ses grains dans le moulin seigneurial, faire cuire son pain dans le four seigneurial. Il &#233;tait strictement interdit de contourner ces institutions. Le paysan n'&#233;tait pas autoris&#233; &#224; poss&#233;der un moulin &#224; bras sans en avoir achet&#233; le droit &#224; un tarif &#233;lev&#233;. Le pressoir, le moulin et le four du seigneur &#233;taient afferm&#233;s et se trouvaient, comme on peut l'imaginer, dans un &#233;tat lamentable, ils fonctionnaient lentement et mal. C'est que, &#171; de par la loi &#187;, le fermier &#233;tait assur&#233; de ses clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, malgr&#233; tous ces dispositifs destin&#233;s non seulement &#224; l'exploiter, mais aussi &#224; r&#233;duire &#224; un minimum le produit de son travail, le paysan r&#233;ussissait malgr&#233; tout &#224; obtenir un surplus qu'il pouvait apporter au march&#233;, il se heurtait, l&#224; aussi, &#224; des barri&#232;res. Il devait attendre quatre &#224; six semaines apr&#232;s les vendanges avant de pouvoir vendre le produit de ses vignes. Pendant ce d&#233;lai, le seigneur avait le monopole de l'achat. Les chemins &#233;taient dans un &#233;tat d&#233;plorable, les p&#233;ages et les redevances sur le march&#233; &#233;taient d'un niveau &#233;lev&#233;. Le paysan avait lieu d'&#234;tre content s'il tirait de son surplus l'&#233;quivalent de ses frais de transport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes fa&#231;ons, l'occasion de parler de surplus &#233;tait rare ! Il n'y avait pas que les maltraitances et les s&#233;vices &#171; l&#233;gaux &#187; dont nous n'avons pu indiquer que quelques-uns et dont la liste compl&#232;te serait infiniment longue (Wachsmuth, dans son &#171; Histoire de la France &#224; l'&#226;ge de la R&#233;volution &#187;, n'&#233;num&#232;re pas moins de 150 appellations de droits f&#233;odaux qui furent abrog&#233;s sans indemnisation dans la nuit du 4 ao&#251;t 1789), il n'y avait pas seulement cela, le paysan &#233;tait de plus livr&#233; sans d&#233;fense aux repr&#233;sentants de l'&#201;tat et du seigneur qui ne lui prenaient pas ce que le droit les autorisait &#224; prendre, mais ce qu'ils pouvaient mat&#233;riellement lui prendre. Seule une apparence des plus mis&#233;rables pouvait le sauver d'un pillage radical. Et c'est pourquoi son logement, son b&#233;tail, ses outils, ses champs, &#233;taient dans un &#233;tat pitoyable. S'il arrivait r&#233;ellement &#224; garder quelque chose pour lui, ce quelque chose prenait la forme d'&#233;cus de bon aloi qu'on pouvait facilement mettre &#224; l'abri des regards soup&#231;onneux des &#171; serviteurs de la loi &#187;. On utilisait l'argent tout au plus ici et l&#224; pour acqu&#233;rir un lopin de terre, pas pour am&#233;liorer la m&#233;thode de travail. Toute augmentation du revenu aurait &#233;t&#233; imm&#233;diatement suivie d'une hausse des redevances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais chez la plupart des paysans, le caract&#232;re primitif du travail, accompli avec les outils les plus rudimentaires, &#233;tait impos&#233; par la n&#233;cessit&#233;. Un petit nombre seulement arrivait &#224; avoir un petit tr&#233;sor enfoui quelque part. Le sol, jamais enrichi d'engrais, devenait visiblement de moins en moins fertile. Les mauvaises r&#233;coltes se succ&#233;daient de mani&#232;re de plus en plus rapproch&#233;e. Il n'y avait bien s&#251;r aucune trace de la moindre r&#233;serve : si arrivait une mauvaise r&#233;colte, c'&#233;tait la mis&#232;re la plus noire qui suivait immanquablement. Beaucoup de paysans ne pouvaient plus continuer dans ces conditions. Ils quittaient leur pays, les campagnes se d&#233;sertifiaient &#224; vue d'&#339;il. En 1750 d&#233;j&#224;, Quesnay indiquait qu'un quart du sol arable n'&#233;tait pas cultiv&#233;. Imm&#233;diatement avant la R&#233;volution, Artur Young d&#233;clarait qu'un tiers des sols cultivables (plus de neuf millions d'hectares) &#233;tait &#224; l'&#233;tat sauvage ! Selon la Soci&#233;t&#233; d'Agriculture de Rennes, les deux tiers de la Bretagne &#233;taient en friche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tandis que fondait le nombre des paysans, le montant total de leurs redevances grimpait &#224; toute allure, alors qu'elles &#233;taient r&#233;parties sur toujours moins de t&#234;tes. Rien d'&#233;tonnant si finalement, dans plus d'une r&#233;gion agricole, la population tout enti&#232;re mena&#231;ait de s'enfuir. Mais pour aller o&#249; ? &#201;migrer &#224; l'&#233;tranger &#233;tait &#224; l'&#233;poque, surtout pour des paysans, pratiquement impossible. Ils se pressaient dans les villes o&#249; ils &#233;taient journaliers, mais se heurtaient l&#224; aussi de nouveau &#224; des barri&#232;res f&#233;odales, celles du monopole des corporations, qui devenaient d'autant plus insupportables que la prol&#233;tarisation du peuple des campagnes progressait. Ils surpeuplaient les faubourgs de Paris affranchis du monopole des corporations et contribu&#232;rent pour la plus grosse part au grossissement des foules qui allaient donner le sans-culottisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres entraient dans les rangs de l'arm&#233;e, mais pas par enthousiasme pour la cause des privil&#233;gi&#233;s qu'on allait leur demander de d&#233;fendre, la cause de ceux qui les avaient pr&#233;cipit&#233;s dans la mis&#232;re et leur barraient toutes les portes de sortie. Il ne fallait qu'une &#233;tincelle pour qu'ils se soul&#232;vent contre leurs bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des &#233;l&#233;ments qui avaient &#233;t&#233; ainsi &#171; d&#233;gag&#233;s &#187; sombr&#232;rent cependant dans un prol&#233;tariat de gueux en croissance rapide, malgr&#233; les sanctions brutales appliqu&#233;es aux mendiants et aux vagabonds. Alors comme aujourd'hui, les couches dirigeantes s'imaginaient qu'on pouvait rem&#233;dier au d&#233;nuement et au ch&#244;mage en maltraitant ceux qui en &#233;taient victimes. Une ordonnance de 1764 punissait de trois ans de gal&#232;re la mendicit&#233; et m&#234;me rien que le fait de ne pas avoir d'emploi. En 1777, pourtant, on comptait 1 200 000 mendiants.14 Nous ne savons pas comment a &#233;t&#233; calcul&#233; ce nombre. Il reposait peut-&#234;tre sur une simple estimation, mais il montre en tout cas comment un simple coup d'&#339;il prenait la mesure de toute cette mis&#232;re.15&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les poings vigoureux et les caract&#232;res hardis m&#233;prisaient l'humiliation de la mendicit&#233; qui ne rapportait que coups de pied et mis&#232;re. Ils se constituaient en bandes arm&#233;es et s'emparaient par la force de ce dont ils avaient besoin. Le brigandage devenait un fl&#233;au inextirpable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commen&#231;ait aussi &#224; sentir le souffle de la r&#233;volte et du d&#233;sespoir chez les paysans que leur propri&#233;t&#233; ou la contrainte f&#233;odale ligotaient encore &#224; la terre. Les repr&#233;sentants de l'&#201;tat et des seigneurs se voyaient &#224; tout moment confront&#233;s &#224; une r&#233;sistance violente. Isol&#233;es, sans coh&#233;sion, ces r&#233;voltes paysannes &#233;taient g&#233;n&#233;ralement r&#233;prim&#233;es sans mal. Mais il suffit d'un seul &#233;v&#233;nement dans la capitale, un &#233;v&#233;nement qui montrait qu'avait commenc&#233; le combat d&#233;cisif, pour que la col&#232;re longtemps retenue &#233;clate partout simultan&#233;ment et irr&#233;sistiblement, et la guerre civile latente bascula dans la guerre ouverte. Cet &#233;v&#233;nement, ce fut la prise de la Bastille, alors que des mauvaises r&#233;coltes, un hiver terriblement rigoureux et enfin les &#233;lections aux &#201;tats G&#233;n&#233;raux avaient d&#233;j&#224; vivement &#233;chauff&#233; les esprits.16 D'un seul coup, sous l'assaut des paysans, c'est l'&#233;difice f&#233;odal tout entier qui s'&#233;croula. Les ch&#226;teaux de la noblesse furent r&#233;duits en cendres, et l'exploitation f&#233;odale avec eux. Lorsque, lors de la fameuse nuit d'ao&#251;t, &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, les privil&#233;gi&#233;s sacrifi&#232;rent leurs privil&#232;ges dans l'enthousiasme g&#233;n&#233;ral, ils ne firent que renoncer &#224; ce qu'ils avaient d&#233;j&#224; perdu, pour sauver ce qui pouvait encore &#234;tre sauv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut n&#233;anmoins des exceptions &#224; cette explosion paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant le tableau de la noblesse, nous avons d&#233;j&#224; not&#233; qu'il existait encore dans la France pr&#233;r&#233;volutionnaire des districts recul&#233;s o&#249; le r&#233;gime f&#233;odal et les moules mentaux du catholicisme qui y correspondent, avaient encore leurs racines dans le mode de production, des contr&#233;es o&#249; ce qui, ailleurs, &#233;tait devenu un boulet insupportable, avait encore la figure d'un parapet protecteur. Dans ces contr&#233;es, chaque communaut&#233; vivait et produisait encore pour elle-m&#234;me &#224; l'ancienne mode. La patrie du paysan n'allait pas plus loin que l'horizon qu'il pouvait distinguer depuis le clocher de son village : ce qui se situait au-del&#224;, &#233;tait terre &#233;trang&#232;re, il n'en attendait rien, il ne voulait pas avoir affaire &#224; elle, elle ne se manifestait que pour le perturber dans son travail et pour le piller. La t&#226;che d&#233;volue &#224; son cur&#233;, &#224; son seigneur, &#233;tait de s'occuper des relations avec cet &#233;tranger, et de le prot&#233;ger contre lui. Et voil&#224; que ces &#233;trangers incarnant l'ennemi et conduits par ce Paris si d&#233;test&#233;, pr&#233;tendaient lui donner des lois, et les faire appliquer avec bien plus d'&#233;nergie que n'y avait jamais mis la vieille monarchie dans ces coins perdus. Des lois qui allaient encore bien plus violemment &#224; l'encontre de ses coutumes, de son mode de production, que les lois et les ordonnances de l'ancienne monarchie, qui bannissaient tout ce qu'il respectait et appr&#233;ciait, qui ne voulaient rien savoir du r&#233;gime communautaire de la propri&#233;t&#233; et de son fonctionnement dans la famille et la commune, qui &#233;tait au fondement de son mode production. Et pire, ce monde ext&#233;rieur avait la pr&#233;tention inou&#239;e d'arracher les gar&#231;ons &#224; leur famille et de les enr&#244;ler pour la guerre.17&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les aristocrates et le clerg&#233;, qui tenaient sous leur coupe les relations des paysans avec &#171; l'&#233;tranger &#187;, n'eurent pas &#224; faire beaucoup d'efforts pour finalement les pousser &#224; se soulever ouvertement contre la Convention parisienne, notamment en Vend&#233;e et dans le Calvados.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La masse des paysans, cependant, n'approuvait nullement ces insurrections. Ils &#233;taient solidement li&#233;s &#224; la R&#233;volution. La restauration de l'ancienne monarchie signifiait pour eux la restauration du poids de l'ancienne f&#233;odalit&#233;, de l'ancienne mis&#232;re f&#233;odale. Elle les mena&#231;ait m&#234;me partiellement de la perte de leurs biens. L'Assembl&#233;e Nationale avait d&#233;clar&#233; biens nationaux les biens de l'&#201;glise, et confisqu&#233; les biens des &#233;migr&#233;s. Les uns comme les autres avaient &#233;t&#233; mis en vente. Et bien que cette mesure ait pour une bonne part servi &#224; enrichir les sp&#233;culateurs, elle offrait aux paysans la possibilit&#233; d'adjoindre de nouveaux terrains &#224; leurs &#233;troites parcelles, et on essaya de leur faciliter la d&#233;marche dans la mesure du possible. On divisa en lots une partie des biens d'&#201;glise, plus tard &#233;galement les biens des &#233;migr&#233;s, les parcelles furent vendues contre des acomptes d'un montant insignifiant et pour le reste, &#233;taient accord&#233;es des &#233;ch&#233;ances &#233;tal&#233;es sur une longue dur&#233;e. Jusqu'&#224; la R&#233;volution, beaucoup de paysans avaient &#233;t&#233; propri&#233;taires de leur terre, la plupart du temps c'&#233;tait dans les faits une propri&#233;t&#233; h&#233;r&#233;ditaire, mais elle &#233;tait soumise &#224; paiement de redevances. Maintenant, les redevances avaient disparu, et ils cherch&#232;rent, souvent avec succ&#232;s, &#224; se muer en propri&#233;taires de plein droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits messieurs de la noblesse de cour, pour prouver leur bravoure chevaleresque et leur fid&#233;lit&#233; au roi, avaient d&#233;guerpi et laiss&#233; leur roi en plan, quand la situation avait commenc&#233; &#224; sentir le roussi pour eux. Un certain nombre d&#232;s le lendemain de la prise de la Bastille, le fr&#232;re du roi le premier, le comte d'Artois. Telles des &#171; taupes apatrides &#187;18, ils intriguaient pour revenir en France sous la protection des arm&#233;es autrichiennes et prussiennes, avec l'intention de reconqu&#233;rir le pays &#224; leur profit. Leur victoire aurait signifi&#233; la restauration de l'exploitation f&#233;odale, la r&#233;cup&#233;ration des biens de l'&#201;glise et des &#233;migr&#233;s. Quand on sait le fardeau sous lequel le paysan g&#233;missait avant la R&#233;volution, et avec quel fanatisme il est attach&#233; &#224; sa terre, on comprend sans peine que dans ces circonstances, &#224; c&#244;t&#233; des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires des villes, les paysans eux aussi se soient soulev&#233;s massivement et soient accourus en nombre &#233;toffer les rangs des arm&#233;es fran&#231;aises aux fronti&#232;res pour repousser les envahisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils ne se soulev&#232;rent pas par enthousiasme pour la L&#233;gislative, la Convention et les Jacobins parisiens qui dirigeaient la France dans les premi&#232;res ann&#233;es de guerre &#224; compter de 1792. Le paysan n'a jamais &#233;t&#233; un adorateur du syst&#232;me repr&#233;sentatif, qui ne lui accorde que peu d'influence, &#233;tant donn&#233; son isolement et le sous-d&#233;veloppement de ses capacit&#233;s intellectuelles. Encore moins dans la France de la R&#233;volution qui &#233;tait tout juste en train de s'&#233;veiller &#224; la vie politique et dont la population &#233;tait d&#233;nu&#233;e de toute esp&#232;ce de formation politique. Les paysans ne pouvaient pas envoyer des gens comme eux dans les assembl&#233;es, ils envoy&#232;rent des avocats, des m&#233;decins, des magistrats, bref, essentiellement des repr&#233;sentants issus des villes, et ceux-ci si&#233;geaient &#224; Paris sous l'influence de la &#171; masse r&#233;volutionnaire &#187; de cette ville. D&#232;s que les int&#233;r&#234;ts de ces gens-l&#224; entraient en conflit avec ceux des paysans, ces derniers avaient bien s&#251;r le dessous dans la l&#233;gislation et l'administration. Et des conflits, il y en eut. Pour apaiser les masses de petits-bourgeois et de prol&#233;taires parisiens souffrant des privations, les diff&#233;rentes assembl&#233;es l&#233;gislatives ne pouvaient demander de sacrifices qu'&#224; la bourgeoisie ou aux paysans. Bien entendu, ils choisirent ces derniers chaque fois que c'&#233;tait possible. Mais un certain nombre de conflits opposaient directement la petite-bourgeoisie et la paysannerie : la premi&#232;re voulait le pain &#224; bon march&#233;, la seconde voulait tirer le plus possible de la vente de ses produits. Le pic de la crise se produisit sans doute quand les Jacobins, apr&#232;s la chute de la Gironde, furent seuls &#224; gouverner et d&#233;cr&#233;t&#232;rent, pour mettre un terme &#224; une mis&#232;re &#233;pouvantable, un maximum pour les prix des denr&#233;es et compl&#233;t&#232;rent son application par des r&#233;quisitions de vivres, non seulement pour l'arm&#233;e, mais aussi pour Paris. Des mesures qui &#233;taient dirig&#233;es au premier chef contre les commer&#231;ants et les sp&#233;culateurs, mais touchaient aussi les paysans.19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution r&#233;volutionnaire qui suscita le plus d'enthousiasme chez les paysans fut la nouvelle arm&#233;e, qui &#233;tait affranchie de toutes les barri&#232;res li&#233;es aux diff&#233;rents ordres et dans laquelle tout soldat avait dans sa giberne un b&#226;ton de mar&#233;chal. Cette arm&#233;e, compos&#233;e dans sa majorit&#233; de fils de paysans, leur ouvrait la plus brillante carri&#232;re. Et m&#234;me pour celui qui restait simple soldat, elle n'&#233;tait pas seulement &#8211; ce qui &#224; vrai dire &#233;tait l'essentiel &#8211; l'arme la plus efficace pour d&#233;fendre le terrain tout juste conquis sur le f&#233;odalisme qui mena&#231;ait de revenir avec l'aide de l'Europe, elle &#233;tait aussi pour lui un moyen de s'enrichir par le butin pr&#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un facteur qu'il ne faut pas sous-estimer. Les guerres de la R&#233;volution ont &#233;t&#233; de la plus grande importance pour le d&#233;veloppement &#233;conomique notamment de l'Angleterre et de la France. Elles ont permis &#224; l'Angleterre de mettre la main, en partie temporairement, en partie d&#233;finitivement, sur les colonies, non seulement fran&#231;aises, mais aussi hollandaises, la Hollande ayant &#233;t&#233; prise par les Fran&#231;ais en 1795, et aussi sur les colonies espagnoles, l'Espagne s'&#233;tant vue contrainte en 1796 de conclure une alliance avec les Fran&#231;ais. Cela permit en outre &#224; l'Angleterre de piller sans discontinuer les flottes et les c&#244;tes de ces pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France se d&#233;dommagea aux d&#233;pens de la Belgique, de la Hollande, de l'Italie, de l'&#201;gypte, de la Suisse, de l'Allemagne, etc. Ce ne sont pas seulement les soldats qui pill&#232;rent &#224; qui mieux mieux dans ces pays ; ce qu'ils emport&#232;rent n'&#233;tait qu'une bagatelle en comparaison des sommes &#233;normes que les g&#233;n&#233;raux et les commissaires extorqu&#232;rent, en partie pour leur propre compte, en partie pour celui des finances publiques, qui de leur c&#244;t&#233; &#233;taient pill&#233;es par des fournisseurs et des &#171; hommes d'&#201;tat &#187; cupides. Pour la France, la guerre devint, apr&#232;s la chute des Jacobins, une &#171; bonne affaire &#187;, la meilleure qui f&#251;t pour l'&#233;poque. C'&#233;tait un moyen tout-puissant de faire affluer vers la France les richesses accumul&#233;es par le f&#233;odalisme dans les pays cit&#233;s et qui stagnaient inertes dans les &#233;glises, les monast&#232;res, les tr&#233;sors princiers, tout comme celles des vieilles r&#233;publiques marchandes, la Hollande, Venise, G&#234;nes, et de les y mettre au service du mode de production capitaliste. L'&#201;tat fran&#231;ais, qui, la veille encore, &#233;tait au bord de la banqueroute, devint riche, et riches devinrent ceux &#224; qui leur position permettait de le piller. Les grandes fortunes poussaient comme des champignons, elles cherchaient &#224; s'investir avec profit. En m&#234;me temps, les victoires agrandissaient le march&#233; de l'industrie fran&#231;aise, et les nouvelles m&#233;thodes de l'art militaire ne lui &#233;taient pas moins b&#233;n&#233;fiques. Aux arm&#233;es mercenaires relativement r&#233;duites des vieilles monarchies, la France r&#233;volutionnaire opposait la lev&#233;e en masse et donnait de ce fait &#224; l'industrie la t&#226;che d'habiller et d'armer rapidement des multitudes. Ce fut un levier fort efficace pour transformer l'industrie capitaliste, qui avait jusque l&#224; surtout &#233;t&#233; une industrie de luxe, en une industrie moderne produisant en masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le facteur qui mit tout cela en branle, qui &#233;teignit le d&#233;ficit du budget et prot&#233;gea la terre des paysans, qui enrichit leurs fils et leur donna une carri&#232;re, qui procura aux financiers, aux marchands et aux entreprises industrielles d'abondants profits, qui vint &#224; bout du ch&#244;mage, ce fut l'arm&#233;e. Il faut avoir en t&#234;te l'importance qu'elle eut pour le d&#233;veloppement &#233;conomique de la France, si on veut comprendre le r&#244;le politique auquel elle acc&#233;da. L'hypoth&#232;se selon laquelle la gloire militaire serait mont&#233;e de but en blanc &#224; la t&#234;te des Fran&#231;ais, qui voudrait que le petit mot de &#171; gloire &#187; les ait tous rendus fous, et que leur politique de conqu&#234;tes et leur culte napol&#233;onien viennent de l&#224;, a quand m&#234;me quelque chose de trop &#171; id&#233;aliste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tant donn&#233; le r&#244;le important que jouait donc l'arm&#233;e, tout chef de guerre victorieux &#233;tait destin&#233; &#224; devenir un facteur politique de premier plan. Et le pouvoir qu'il aurait entre les mains ne pouvait qu'&#234;tre immense d&#232;s lors qu'il r&#233;ussissait &#224; s'emparer des leviers de commande de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela ne fut pas trop difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de la bourgeoisie s'&#233;tait lass&#233;e des luttes parlementaires au cours de la R&#233;volution, et aspirait au calme, &#224; la tranquillit&#233; du pr&#233;dateur qui veut consommer sa proie en toute qui&#233;tude. Dans plus d'une sph&#232;re de la bourgeoisie, on s'&#233;tait montr&#233; m&#233;fiant et r&#233;serv&#233;, parfois m&#234;me hostile &#224; la R&#233;volution. La Terreur avait encore davantage douch&#233; l'enthousiasme pour la libert&#233;. Bien des id&#233;ologues avaient perdu leurs illusions, &#233;taient devenus &#171; raisonnables &#187; et s'&#233;taient rendu compte que la R&#233;volution ne signifiait pas la r&#233;demption de l'humanit&#233;, mais celle du capital, et ils se r&#233;signaient &#224; voir le r&#233;gime parlementaire, la libert&#233; pour laquelle ils s'&#233;taient battus, escamot&#233;s par un sabreur qui, en contrepartie, ouvrait la perspective d'une Europe enti&#232;rement confisqu&#233;e et payant tribut pour le plus grand b&#233;n&#233;fice des capitalistes fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il n'y avait plus, quand la France ouvrit le cycle de ses triomphes militaires dans l'Europe enti&#232;re, aucune classe sur laquelle la bourgeoisie aurait pu s'appuyer. Or jamais, m&#234;me dans les p&#233;riodes du plus grand &#233;lan r&#233;volutionnaire, elle n'avait pu dominer sans avoir un alli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le r&#233;gime parlementaire lui &#233;tait tomb&#233; entre les mains parce que les privil&#233;gi&#233;s s'&#233;taient r&#233;volt&#233;s contre la monarchie. Elle n'aurait pas &#233;t&#233; capable de le d&#233;fendre contre la cour et ses alli&#233;s en France et hors de France sans l'intervention &#233;nergique des paysans, des petits-bourgeois et des prol&#233;taires. Or, les paysans, nous l'avons vu, se battaient seulement contre l'absolutisme f&#233;odal, pas pour le syst&#232;me repr&#233;sentatif. La nouvelle arm&#233;e, affranchie des distinctions li&#233;es aux &#233;tats, compos&#233;e pour la majeure partie de paysans, &#233;tait l'institution qui suscitait leur enthousiasme, et si un g&#233;n&#233;ral victorieux d'humble extraction arrivait &#224; la t&#234;te de ses troupes, jetait aux orties la supr&#233;matie parlementaire, et assurait son propre pouvoir absolu, au lieu de se soulever, ils l'acclamaient, lui, l'empereur-paysan qui prenait la place du gouvernement des avocats. Quant &#224; ceux qui avaient fond&#233; la R&#233;publique et l'avaient d&#233;fendue victorieusement contre l'assaut des puissances f&#233;odales, les sans-culottes, il &#233;taient &#224; terre, compl&#232;tement impuissants. Les triomphes militaires avaient &#233;puis&#233; leur &#233;nergie, et la bourgeoisie les avait &#233;cras&#233;s, avait &#233;t&#233; oblig&#233;e, pour ses int&#233;r&#234;ts de classe, de les &#233;craser. Mais elle avait ainsi d&#233;truit elle-m&#234;me les seules armes qui auraient pu &#234;tre oppos&#233;es au r&#232;gne des ba&#239;onnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne monarchie, elle, avait v&#233;cu, sans retour possible. L'Empire ne signifia pas la renaissance de l'exploitation f&#233;odale, ce fut bien plut&#244;t, comme la Terreur jacobine, un outil de la R&#233;volution. Les Jacobins sauv&#232;rent la R&#233;volution en France, Napol&#233;on r&#233;volutionna l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Ses domaines comprenaient un million d'arpents de for&#234;ts de chasse, sans compter les bois qui servaient &#224; l'exploitation des salines et &#224; d'autres usages industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Taine, Les origines de la France contemporaine ; l'ancien r&#233;gime, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Louis Blanc, op.cit., I, p. 149&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Cf. ch. VIII p. 38. Sur le prol&#233;tariat des gueux en France avant la R&#233;volution, voici ce que nous dit Kareiev dans son ouvrage d&#233;j&#224; cit&#233; &#171; Les paysans ... &#187; p. 211 &#224; 214, et que nous empruntons &#224; la traduction de quelques passages qui nous ont &#233;t&#233; communiqu&#233;s, nous l'avons dit, par F. Engels : &#171; Il est significatif que les paup&#233;ris&#233;s aient &#233;t&#233; les plus nombreux dans les provinces qui passaient pour &#234;tre les plus fertiles. La raison en est que dans ces r&#233;gions, il y avait tr&#232;s peu de paysans propri&#233;taires de leurs terres. Laissons les chiffres parler : &#192; Argentr&#233; (Bretagne), sur 2300 habitants qui ne vivent ni de l'industrie ni du commerce, plus de la moiti&#233; ne subsistent que p&#233;niblement, et plus de 500 sont accul&#233;s &#224; la mendicit&#233;. &#192; Vainville (Artois), 60 familles sur 130 sont pauvres. Regardons la Normandie : &#224; Saint-Patrice, sur 1500 habitants, 400 vivent d'aum&#244;nes, &#224; Saint-Laurent, ce sont les trois quarts des 500 habitants (Taine).Les cahiers du bailliage de Douai nous apprennent que par exemple dans un village de 332 familles, la moiti&#233; vit d'aum&#244;nes (paroisse de Bouvignies), dans un autre 65 familles sur 143 sont tomb&#233;es dans la pauvret&#233; (paroisse d'Aix), dans un troisi&#232;me, environ 100 sur 413 sont totalement r&#233;duites &#224; la mendicit&#233; (paroisse de Landus), etc. Dans la s&#233;n&#233;chauss&#233;e de Puy-en-Velay, selon les termes des cahiers du clerg&#233; de l'endroit, sur 120 000 habitants, 58 897 sont hors d'&#233;tat de payer aucun imp&#244;t d'aucune sorte (Archives Parlementaires de 1787 &#224; 1860, vol. V, p. 467). Dans les villages du district de Carhaix, la situation est la suivante : Frerogan : 10 familles ais&#233;es, 10 pauvres, 10 dans la mis&#232;re. Montref : 47 familles ais&#233;es, 74 moins bien dot&#233;es, 64 familles de pauvres et de journaliers. Paule : 200 m&#233;nages qu'on pourrait qualifier pour la plupart de refuges de mendiants (Archives Nationales, vol. IV, p. 17). Le cahier de la paroisse de Marboeuf se plaint que sur 500 habitants, il y a environ 100 mendiants (Boirin Champeaux, Notice historique sur la R&#233;volution dans le D&#233;partement de l'Eure, 1872, p. 83). Les paysans du village de Harville disent qu'en raison du manque de travail, un grand tiers d'entre eux est dans une pauvret&#233; noire (Requ&#234;te des habitants de la Commune d'Harville, Archives Nationales). La situation dans les villes n'&#233;tait pas meilleure. &#192; Lyon, 30 000 ouvriers &#233;taient r&#233;duits &#224; la mendicit&#233; en 1787. &#192; Paris, sur 680 000 habitants, il y avait 118 784 pauvres (Taine). &#192; Rennes, un tiers de la population vivait d'aum&#244;nes, et un autre tiers risquait en permanence d'&#234;tre r&#233;duite &#224; la mendicit&#233; (Du Chatelier, L'agriculture en Bretagne, Paris 1863, p. 178). La petite ville jurassienne de Lons-le-Saunier [NdT : erreur de transcription ? Kautsky &#233;crit : Lourletaunier !] &#233;tait dans un tel &#233;tat de pauvret&#233; que lorsque la Constituante introduisit le cens &#233;lectoral, sur 6518 habitants, seuls 728 purent &#234;tre inscrits comme citoyens actifs (Sommier, Histoire de la r&#233;volution dans le Jura, Paris 1846, p. 33). Il est facile de comprendre qu'&#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution, les personnes vivant d'aum&#244;nes se comptaient par millions. Une brochure cl&#233;ricale de 1791 (Avis aux pauvres sur la r&#233;volution pr&#233;sente et sur les biens du clerg&#233;, p. 15) &#233;crit ainsi qu'il y aurait six millions d'indigents, ce qui para&#238;t un peu exag&#233;r&#233;. Mais le chiffre de 1 200 000 mendiants donn&#233; pour l'ann&#233;e 1777 n'est peut-&#234;tre pas inf&#233;rieur &#224; la r&#233;alit&#233; (Duval, Cahiers de la Marche, Paris 1873, p. 116).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 La gr&#234;le et la s&#233;cheresse avait endommag&#233; la production agricole de 1788. Fin d&#233;cembre 1788, le thermom&#232;tre marqua &#224; Paris &#8211; 18,75 degr&#233;s R&#233;aumur ! Dans le seul faubourg de Saint-Antoine, on comptait &#224; ce moment-l&#224; 30 000 n&#233;cessiteux relevant de l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 En f&#233;vrier 1793, la Convention adopta une loi qui imposait l'obligation militaire &#224; tous les Fran&#231;ais c&#233;libataires &#226;g&#233;s de 18 &#224; 40 ans, mais laissait la possibilit&#233; du remplacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 (NdT) Reprise ironique des anath&#232;mes lanc&#233;s par les milieux conservateurs et nationalistes allemands contre les social-d&#233;mocrates &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re publication de cette brochure (1889) : les lois anti-socialistes rest&#232;rent en vigueur jusqu'en 1890.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Les origines de la crise se situaient pour l'essentiel dans la guerre ext&#233;rieure, qui non seulement absorbait une grande quantit&#233; de denr&#233;es pour l'entretien de l'arm&#233;e, mais entravait aussi les importations. Les guerres civiles qui faisaient rage en m&#234;me temps &#224; l'int&#233;rieur du pays entra&#238;naient des cons&#233;quences peut-&#234;tre encore plus funestes. Et m&#234;me les paysans r&#233;volutionnaires, qui n'&#233;taient plus contraints par des fermiers et des agents cupides de brader &#224; tout prix une partie importante de leur r&#233;colte, &#233;taient enclins &#224; garder par devers eux leurs r&#233;serves de grains : les petits paysans parce qu'ils produisaient &#224; peine de quoi pourvoir &#224; leurs propres besoins, les gros paysans et les gros m&#233;tayers, pour faire grimper les prix, que l'ensemble de ces facteurs faisait monter rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tranger&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de clore notre expos&#233;, nous allons encore jeter un coup d'&#339;il sur le comportement des &#233;l&#233;ments f&#233;odaux, de la noblesse et des cours hors de France, qui n'a pas &#233;t&#233; sans influencer significativement le d&#233;veloppement de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le divorce entre la royaut&#233; et la noblesse en France, &#224; la veille de la R&#233;volution, &#233;tait d&#233;j&#224; un ph&#233;nom&#232;ne incroyable. Mais il l'est encore plus que ce clivage ait pu encore se manifester dans une monarchie europ&#233;enne apr&#232;s son d&#233;clenchement, et que des int&#233;r&#234;ts &#233;ph&#233;m&#232;res des plus mesquins aient mis aux prises des &#233;l&#233;ments dont les int&#233;r&#234;ts permanents et g&#233;n&#233;raux auraient exig&#233; de fa&#231;on pressante qu'ils se coalisent. Signalons quelques-unes de ces luttes parmi les plus importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Habsbourg Joseph II avait mis beaucoup de brutale &#233;nergie &#224; introduire dans ses &#201;tats toute une s&#233;rie de r&#233;formes radicales dans l'esprit du &#171; despotisme &#233;clair&#233; &#187;. Il s'&#233;tait d&#233;barrass&#233; des assembl&#233;es corporatives et avait soumis les privil&#233;gi&#233;s &#224; sa bureaucratie au m&#234;me titre que le commun des mortels, ce qu'&#224; l'&#233;poque on appelait &#171; l'&#233;galit&#233; devant la loi &#187;, la loi n'&#233;tant en fait que la volont&#233; de l'autocrate. La noblesse avait &#233;t&#233; assujettie &#224; l'imp&#244;t, on lui avait &#244;t&#233; le droit illimit&#233; de disposer des paysans, le clerg&#233; avait perdu beaucoup de ses monast&#232;res, la noblesse de robe, celle qui reposait sur l'achat des charges et qui &#233;tait tr&#232;s forte notamment en Belgique (alors possession des Habsbourg), avait &#233;t&#233; priv&#233;e de ses sportules. D'o&#249; une immense indignation parmi les privil&#233;gi&#233;s, une grogne et une r&#233;sistance qui, en s'exasp&#233;rant, prirent en Hongrie et en Belgique pendant l'ann&#233;e 1789 la tournure d'un soul&#232;vement arm&#233; que le gouvernement prussien, pour affaiblir l'Autriche, faisait tout pour attiser. &#171; Jacobi, l'envoy&#233; prussien &#224; Vienne, entretenait d'&#233;troites relations avec les chefs de l'opposition et les encourageait &#224; chaque fois qu'une initiative avait quelque chance de d&#233;boucher sur un soul&#232;vement ouvert contre l'empereur. &#187; C'est ce qu'&#233;crit Monsieur von Sybel, qui n'est certainement pas suspect de malveillance (Histoire de l'&#233;poque r&#233;volutionnaire, I, 103).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indocilit&#233; de la noblesse hongroise est facile &#224; expliquer. Elle avait encore suffisamment de forces pour d&#233;fendre elle-m&#234;me ses int&#233;r&#234;ts et n'avait nul besoin de la monarchie pour cela. C'&#233;tait elle, et pas le gouvernement, qui avait &#233;cras&#233; la r&#233;volte des paysans en 1784 et 1785. Les choses &#233;taient diff&#233;rentes en Belgique. La noblesse f&#233;odale y &#233;tait aussi inconsistante, sa position aussi &#233;branl&#233;e dans ses fondements que dans la France voisine, et pourtant, son exemple ne lui servit pas d'avertissement. Sans r&#233;fl&#233;chir plus avant, imm&#233;diatement apr&#232;s la prise de la Bastille et la nuit du 4 ao&#251;t, elle accepta que les d&#233;mocrates collaborent au soul&#232;vement, et elle d&#233;clara la Belgique r&#233;publique ind&#233;pendante. Le 7 janvier 1790, les &#233;tats des diff&#233;rentes provinces belges se constitu&#232;rent en &#171; &#201;tats-Unis de Belgique &#187;, certes pas en suivant le mod&#232;le am&#233;ricain, mais selon le sch&#233;ma de l'ancienne f&#233;odalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette &#171; libert&#233; &#187; &#224; peine conquise, ce fut la discorde entre les privil&#233;gi&#233;s et les avocats des droits du peuple, qui voulaient imiter l'exemple fran&#231;ais. En outre, la Prusse abandonna ses alli&#233;s. Au lieu de d&#233;clarer la guerre &#224; l'Autriche, comme elle avait sembl&#233; un instant sur le point de le faire, elle se ligua avec la monarchie des Habsbourg et pr&#233;para une alliance avec elle par le trait&#233; de Reichenbach (27 juin 1790).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph II &#233;tant mort sur ces entrefaites, et son successeur L&#233;opold II se montrant dispos&#233; &#224; des concessions alors que Joseph II avait d&#233;j&#224; recul&#233; sur plus d'un point, la Hongrie fut vite calm&#233;e, et l'insurrection belge, inconsistante et isol&#233;e, fut facilement dispers&#233;e (1791/92).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'&#233;pisode r&#233;volutionnaire avait secou&#233; le peuple belge. Il &#233;tait impossible de ramener le calme, un nouveau mouvement vraiment r&#233;volutionnaire se pr&#233;parait, et quand les Fran&#231;ais entr&#232;rent dans le pays (1792), celui-ci passa sans difficult&#233; de leur c&#244;t&#233;. Une Belgique tranquille aurait &#233;t&#233; un solide point d'appui pour les op&#233;rations de la contre-r&#233;volution contre la France et aurait constitu&#233; une menace tr&#232;s s&#233;rieuse pour la R&#233;volution. La myopie et la cupidit&#233; de l'aristocratie, du clerg&#233; et de la noblesse de robe en firent au contraire un bastion avanc&#233; de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Su&#232;de, les nobles &#233;taient &#233;galement indociles, presque encore plus qu'en Hongrie et en Belgique. Par une s&#233;rie de coups d'&#201;tat, Gustave III les avait d&#233;pouill&#233;s d'un certain nombre de leurs privil&#232;ges avant de parvenir de fait en 1789 &#224; s'attribuer le pouvoir absolu. Mais il utilisa le pouvoir et les ressources que lui procurait sa victoire sur la noblesse, non pas pour relever le pays, mais pour se lancer dans des aventures pu&#233;riles, mais co&#251;teuses. H&#233;ros th&#233;&#226;tral, soucieux d'effets dramatiques, et en m&#234;me temps m&#233;galomane ridicule, il voulait s'attribuer le r&#244;le de champion des int&#233;r&#234;ts monarchiques en Europe, jouer Hercule &#233;tranglant l'hydre de la R&#233;volution. Il pr&#234;chait la croisade contre la France, voulait prendre la t&#234;te d'une flotte qui remonterait la Seine jusqu'&#224; Paris et an&#233;antirait ce foyer de la R&#233;volution. En 1791, il fit le voyage d'Aix-la-Chapelle pour conspirer avec les nobles fran&#231;ais &#233;migr&#233;s dans le but de restaurer la monarchie. Mais pendant ce temps, m&#251;rissait contre lui un complot de la noblesse su&#233;doise qui s'&#233;tait convaincue qu'ils pourraient r&#233;cup&#233;rer leurs privil&#232;ges s'ils &#233;cartaient le roi. Le 17 mars 1792, une balle du conjur&#233; Ankarstr&#246;m abattit la t&#234;te br&#251;l&#233;e de la contre-r&#233;volution, presque un an avant que les r&#233;publicains fran&#231;ais appliquent la loi martiale contre Louis XVI (21 janvier 1793) au motif qu'il avait complot&#233; pendant la guerre avec l'ennemi. En mati&#232;re de r&#233;gicide, c'est donc la noblesse qui a donn&#233; pendant la R&#233;volution l'exemple aux sans-culottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernants de l'&#233;poque se r&#233;v&#233;l&#232;rent encore plus myopes que la noblesse, encore plus aveugl&#233;s par une cupidit&#233; des plus born&#233;es. Leur coalition g&#233;n&#233;rale contre la R&#233;volution passe g&#233;n&#233;ralement pour une illustration &#233;loquente de ce que veut dire &#171; masse r&#233;actionnaire &#187;. Mais un examen plus attentif r&#233;v&#232;le que cette &#171; masse &#187; est elle aussi travers&#233;e des plus profondes fissures, des plus violents antagonismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise trouva &#224; ses d&#233;buts l'Europe au bord d'une guerre g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Catherine II de Russie avait su persuader l'empereur Joseph II de partir avec elle en guerre contre la Turquie pour se partager cet empire. La guerre commen&#231;a en 1787 du c&#244;t&#233; russe, en 1788 du c&#244;t&#233; autrichien. La Prusse ne pouvait rester spectatrice. Depuis Fr&#233;d&#233;ric II, toute sa politique visait &#224; ne tol&#233;rer aucune extension unilat&#233;rale de l'Autriche. Si celle-ci s'emparait de provinces turques, il fallait qu'en compensation, elle contribue &#224; l'extension de la Prusse en rendant la Galicie &#224; la Pologne, cette derni&#232;re c&#233;dant &#224; la Prusse quelques territoires comprenant les villes de Thorn et de Dantzig. Il &#233;tait &#224; pr&#233;voir que l'Autriche ne consentirait pas de son plein gr&#233; &#224; c&#233;der la Galicie, et la Prusse se pr&#233;para &#224; la guerre et se mit en qu&#234;te d'alli&#233;s. Les premiers &#224; qui ils pens&#232;rent furent ceux &#224; qui il &#233;tait question de reprendre ensuite une portion de territoire, c'est-&#224;-dire les Polonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur von Sybel, dont l'ouvrage sur l'&#233;poque r&#233;volutionnaire20 &#233;tudie, &#224; notre connaissance, et m&#234;me si c'est de fa&#231;on tr&#232;s tendancieuse, de la mani&#232;re la plus approfondie et en s'appuyant en partie sur des documents d'archives difficilement accessibles, l'influence du deuxi&#232;me et du troisi&#232;me partage de la Pologne sur la R&#233;volution fran&#231;aise, voit dans la catastrophe qui se pr&#233;parait pour la Pologne, le fruit d'une &#171; immense et profonde faute morale &#187; (Vol. II, p. 167). Il brosse un tableau f&#233;roce de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la noblesse polonaise, de la fa&#231;on dont elle opprimait et exploitait le peuple polonais. Monsieur von Sybel s'&#233;rige en juge de ce bas-monde et se croit appel&#233; &#224; prononcer sur la culpabilit&#233; et l'innocence des facteurs historiques du point de vue de la morale &#171; &#233;ternelle &#187;, valable en tous temps et pour tous les peuples, qui est celle d'un universitaires prussien, mais nous ne voulons pas lui en tenir trop rigueur. C'est de fait l'usage chez les historiens. Il y a seulement qu'&#224; notre avis, la &#171; justice &#233;ternelle &#187; du &#171; juge de l'univers &#187; fait bien mauvaise figure d'avoir ch&#226;ti&#233; la seule Pologne pour &#171; l'immense et profonde faute morale &#187; de sa noblesse, et d'avoir omis de d&#233;cr&#233;ter &#233;galement le partage de la Prusse, de la Russie, de l'Autriche, de tous les &#201;tats du continent, dont les noblesses respectives faisaient pour l'essentiel preuve du m&#234;me niveau de moralit&#233;, hormis le non-usage du mouchoir peut-&#234;tre, que Monsieur von Sybel range aussi au nombre des &#233;l&#233;ments constitutifs de la &#171; faute morale &#187; (Vol. II, p. 173). La diff&#233;rence entre la Pologne et ses voisins, c'est qu'elle ne parvint pas &#224; d&#233;velopper les facteurs qui firent ailleurs contrepoids &#224; la noblesse, notamment un gouvernement solide et centralis&#233; et une bourgeoisie vigoureuse, et que donc l'&#233;volution &#233;conomique et politique qui ne fut pas sans toucher la Pologne, s'y manifesta seulement par le d&#233;litement, la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du f&#233;odalisme, pas par l'&#233;mergence des organes d'un nouveau mode de production et la formation d'un &#201;tat adapt&#233; &#224; celui-ci. Mais cet &#233;tat de choses, la Pologne le devait &#224; la position h&#233;g&#233;monique de ses voisins, en premier lieu la Russie, lesquels soutenaient syst&#233;matiquement de leurs conseils et de leurs actes les &#171; &#233;l&#233;ments de d&#233;sordre &#187; en Pologne et &#233;touffaient dans l'&#339;uf, si n&#233;cessaire par la force des armes, toute tentative de dynamisation &#233;conomique ou politique. La Pologne avait cess&#233; d'&#234;tre un royaume ind&#233;pendant bien avant d'&#234;tre ray&#233;e de la carte. Seule, les rivalit&#233;s des grandes puissances europ&#233;ennes avaient retard&#233; sa chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1772, la Prusse, la Russie et l'Autriche s'&#233;taient entendues pour se partager de vastes territoires polonais. En 1775, les puissances qui devaient ult&#233;rieurement former la Sainte Alliance, octroyaient &#224; ce qui restait de la Pologne une constitution &#171; r&#233;publicaine &#187; qui rendait impossible tout gouvernement coh&#233;rent et &#233;levait l'anarchie au rang de principe. Depuis lors, la Russie y r&#233;gnait en ma&#238;tre presque absolu, soit en achetant les chefs de la noblesse que cette constitution avait rendus tout-puissants, soit par la terreur. Mais alors que les troupes de Catherine II &#233;taient occup&#233;es en Turquie, les patriotes polonais crurent le moment venu de secouer le joug de la Russie et ils commenc&#232;rent &#224; se donner une nouvelle constitution qui devait au moins en partie &#233;liminer l'anarchie f&#233;odale. La Prusse, soucieuse de nuire &#224; sa rivale autrichienne, les encouragea &#224; proc&#233;der &#233;nergiquement, leur ouvrit des perspectives sur la Galicie, sans bien entendu &#233;voquer ses propres vues sur Thorn et Dantzig, et conclut enfin le 29 mars 1790 avec la Pologne une alliance formelle par laquelle les deux parties s'engageaient &#224; se pr&#234;ter mutuellement assistance en cas d'attaque venue de l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, nous l'avons vu, la Prusse s'alliait avec les rebelles hongrois et belges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre avait partie li&#233;e avec la Prusse, car elle voyait d&#233;j&#224; alors dans la Russie une puissance dont l'extension ne pouvait manquer de porter tort &#224; son commerce, dans la Mer Baltique comme en Orient. La seule puissance qui aurait pu encore se dresser contre la Prusse &#233;tait la monarchie fran&#231;aise qui avait une alliance politique et des liens matrimoniaux avec l'Autriche. Quelle jubilation alors &#224; la cour prussienne, quand la R&#233;volution la mit pour un temps hors d'&#233;tat de combattre. Elle faisait un tel contre-sens sur sa signification, la soif de territoires &#224; conqu&#233;rir l'aveuglait &#224; un point tel qu'elle salua l'affaiblissement de la royaut&#233; fran&#231;aise comme un heureux &#233;v&#233;nement qui faisait dispara&#238;tre le dernier obstacle &#224; ses projets polonais.21 Le gouvernement prussien ne se contenta pas de se r&#233;jouir de la R&#233;volution, il entra en contact avec elle. L'envoy&#233; prussien &#224; Paris, le comte Goltz, noua des relations hautement confidentielles avec le parti d&#233;mocratique de l'Assembl&#233;e Nationale. P&#233;tion, d&#233;put&#233; de l'extr&#234;me-gauche, re&#231;ut un jour les f&#233;licitations du roi de Prusse pour un discours d&#233;mocratique. Celui-ci prenait le plus vif int&#233;r&#234;t &#224; ce que le pouvoir de d&#233;cision sur la guerre et la paix &#8211; en France, bien s&#251;r ! - soit retir&#233; au roi, car cela mettrait pour un temps la Prusse &#224; l'abri de toute attaque fran&#231;aise. Pour &#233;viter de par trop compromettre Goltz, on lui adjoignit, pour les missions d&#233;licates, le Juif Ephra&#239;m (septembre 1790), sans doute le m&#234;me personnage qui avait d&#233;ploy&#233; aupr&#232;s des insurg&#233;s belges son activit&#233; dans l'int&#233;r&#234;t de la Prusse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1790, la situation &#233;tait extr&#234;mement favorable pour la Prusse : la royaut&#233; fran&#231;aise incapable de mener une guerre aux motifs diplomatiques, l'insurrection belge victorieuse, les Hongrois difficiles &#224; tenir, les arri&#232;res prot&#233;g&#233;s contre la Russie par les Polonais (et les Su&#233;dois), la Russie et l'Autriche pleinement occup&#233;s avec les Turcs qui opposaient une r&#233;sistance inattendue. Dans cette situation, l'Autriche paraissait livr&#233;e sans d&#233;fense &#224; la Prusse, qui &#233;tait alli&#233;e &#224; la riche Angleterre, et Fr&#233;d&#233;ric Guillaume II poussait logiquement &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre-temps, en Autriche, Joseph II, souverain imp&#233;tueux et violent, &#233;tait mort, et son successeur L&#233;opold (20 f&#233;vrier 1790) &#233;tait un homme circonspect peu enclin aux paris risqu&#233;s. Faisant preuve de souplesse, il r&#233;ussit &#224; d&#233;sarmer ses ennemis, &#224; calmer les Hongrois, &#224; semer la discorde entre les insurg&#233;s de Belgique, &#224; mettre fin &#224; la guerre contre les Turcs, et conclut (le 27 juillet 1790) l'accord de Reichenbach avec la Prusse qui se voyait, du fait qu'elle donnait son accord &#224; ses propositions, priv&#233;e de tout pr&#233;texte pour d&#233;clencher une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, la R&#233;volution fran&#231;aise avait pris une telle tournure, avait montr&#233; si clairement ses tendances hostiles &#224; la monarchie absolue qu'elle ne pouvait manquer d'inspirer des inqui&#233;tudes m&#234;me au plus born&#233; des monarques. Le risque &#233;tait grand que les tendances r&#233;volutionnaires, si elles &#233;taient victorieuses en France, ne contaminent les pays voisins, l'Allemagne, la Belgique, le Pi&#233;mont. Les &#233;craser ou au moins les endiguer apparaissait de plus en plus clairement comme la t&#226;che de tous les monarques europ&#233;ens. Et ceux-ci exprim&#232;rent ce souci tr&#232;s ouvertement : dans la d&#233;claration de L&#233;opold &#224; Mantoue, dans sa circulaire de Padoue, enfin dans le manifeste conjoint de la Prusse et de l'Autriche que ces puissances adress&#232;rent sur un ton comminatoire &#224; la France apr&#232;s avoir conclu un trait&#233; en bonne et due forme &#224; Pillnitz (27 ao&#251;t 1791). L'empereur, d'autre part, tol&#233;rait les pr&#233;paratifs des &#233;migr&#233;s, qui rassemblaient une arm&#233;e tout pr&#232;s de la fronti&#232;re pour envahir la France. En France, personne n'avait le moindre doute : la Prusse et l'Autriche projetaient une guerre contre la R&#233;volution. Et pourtant, en r&#233;alit&#233;, du c&#244;t&#233; des alli&#233;s, rien n'&#233;tait entrepris pour donner consistance &#224; ce projet. Monsieur von Sybel a &#233;tudi&#233; dans le moindre d&#233;tail les n&#233;gociations de cette p&#233;riode entre les puissances et croit pouvoir en conclure que chez les monarques, c'&#233;tait l'amour de la paix qui l'emportait partout et que la guerre fut provoqu&#233;e par la France. Nous avons, nous, une autre impression. Il est exact qu'en France, tant les Girondins que la cour et ses partisans poussaient &#224; la guerre. Ces derniers parce qu'ils esp&#233;raient qu'elle am&#232;nerait les Autrichiens et les Prussiens en France et que l'ancienne monarchie serait restaur&#233;e. Les Girondins, parce qu'ils tenaient la guerre pour in&#233;vitable et insistaient pour frapper avant que l'adversaire ait fini ses pr&#233;paratifs. En face, en revanche, la guerre &#233;tait sans cesse repouss&#233;e, non pas par amour de la paix, mais parce qu'aucune des puissances participantes ne faisait confiance &#224; l'autre. La Russie aspirait &#224; terminer la guerre contre les Turcs qu'elle &#233;tait seule &#224; mener depuis le retrait de l'Autriche, et &#224; lib&#233;rer son arm&#233;e pour la tourner contre la Pologne qui avait os&#233; se rendre ind&#233;pendante. La Prusse savait qu'on &#233;tait &#224; la veille d'une &#233;ch&#233;ance d&#233;cisive en Pologne. Elle n'avait pas abandonn&#233; ses pr&#233;tentions sur les territoires polonais, et esp&#233;rait maintenant obtenir avec l'alliance russe contre la Pologne ce qu'elle avait tent&#233; d'obtenir avec l'alliance polonaise contre la Russie. L'Autriche &#233;tait pour l'une comme pour l'autre un voisin g&#234;nant dans cette affaire, aussi cherchaient-elles toutes deux &#224; impliquer L&#233;opold dans un conflit avec la France pour avoir les mains libres en Pologne. Mais pour L&#233;opold, il y avait anguille sous roche, et il refusait d'avancer avant que la question polonaise ne soit r&#233;gl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empereur Fran&#231;ois II, qui succ&#233;da &#224; L&#233;opold le 1er mars 1792, s'av&#233;ra plus docile que lui. C'&#233;tait un homme jeune et insignifiant, dont le gouvernement provoqua la d&#233;claration de guerre de la France par ses exigences ridicules d'une restauration de l'ordre ancien et ses menaces brutales (20 avril 1792). Il fallait maintenant engager le combat alors que rien n'&#233;tait encore conclu concernant le partage du butin polonais. La Prusse elle non plus ne pouvait gu&#232;re se d&#233;rober, la guerre concernant l'empire allemand et l'alli&#233; de Pillnitz. Mais on proc&#233;da de mani&#232;re irr&#233;solue. On sous-estimait l'ennemi et pensait, au vu des rapports des &#233;migr&#233;s et des espions de la police, que toute la France &#233;tait fid&#232;le au roi et n'attendait rien plus impatiemment que d'&#234;tre d&#233;livr&#233;e du &#171; joug &#187; d'une minorit&#233; terroriste, une fa&#231;on de voir dont l'arm&#233;e prussienne allait bient&#244;t &#233;prouver l'inanit&#233;, mais qui se perp&#233;tue encore aujourd'hui dans les t&#234;tes et les &#339;uvres d'historiens &#171; bien-pensants &#187;. On comptait sur la coop&#233;ration clandestine de Louis XVI, qui paralyserait les op&#233;rations militaires du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, un calcul qui fut d&#233;jou&#233; par la prise des Tuileries le 10 ao&#251;t. L'une des raisons les plus importantes qui rendaient les pr&#233;paratifs de l'Autriche et de la Prusse si lents et si insuffisants, &#233;tait que les &#171; alli&#233;s &#187; n'arrivaient pas tomber d'accord sur le partage de la Pologne, alors que les troupes de Catherine II &#233;taient en train d'y entrer, et que la Prusse qui, jusqu'en mai 1792 avait jou&#233; le r&#244;le d'alli&#233; des Polonais, jetait maintenant le masque et demandait un nouveau partage &#171; pour r&#233;tablir le calme et l'ordre &#187;. Tandis que les troupes russes &#233;crasaient les Polonais abandonn&#233;s par leur alli&#233;, la guerre de la Prusse et de l'Autriche contre la France &#233;tait conduite sans c&#339;ur &#224; l'ouvrage, chacune des deux parties lorgnant simultan&#233;ment sur le butin polonais. Rien d'&#233;tonnant donc que la campagne se soit termin&#233;e aussi lamentablement pour les monarques alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation devint plus dangereuse pour la France l'ann&#233;e suivante. L'Autriche se pr&#233;para &#233;nergiquement pour prendre sa revanche. Toute une s&#233;rie de pays adh&#233;ra &#224; la coalition contre la R&#233;volution : l'Angleterre et la Hollande, alarm&#233;es par l'occupation fran&#231;aise de la Belgique, ainsi que, &#224; l'instigation de l'Angleterre, la Sardaigne, le Portugal, l'Espagne et Naples. En France m&#234;me, plusieurs provinces, une s&#233;rie de villes importantes se rebellaient. L'ancienne arm&#233;e &#233;tait disloqu&#233;e, une nouvelle arm&#233;e r&#233;volutionnaire seulement en train de se constituer. Les anciens officiers aristocrates &#233;taient &#233;limin&#233;s ou en fuite, et les nouveaux en nombre insuffisant. La campagne de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait fauch&#233; en partie les anciennes troupes de ligne, l'arm&#233;e dans sa majorit&#233; &#233;tait compos&#233;e de recrues. Et de plus, &#224; multiples reprises, les g&#233;n&#233;raux avaient trahi ou &#233;taient peu s&#251;rs. Si la Terreur n'avait mis, d'une poigne de fer, toute l'&#233;nergie de la France au service de la guerre et oppos&#233; partout &#224; l'ennemi des troupes sup&#233;rieures en nombre et compos&#233;es de soldats compensant par l'enthousiasme le manque d'entra&#238;nement et de discipline, la jeune r&#233;publique aurait peut-&#234;tre succomb&#233; &#224; l'assaut lanc&#233; par l'Europe enti&#232;re. Tous les efforts n'emp&#234;chaient pas que la situation f&#251;t d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par chance pour elle, la rapacit&#233; de ses adversaires pesait autant que leur haine de la R&#233;volution. Chacun des alli&#233;s voulait faire du combat contre la R&#233;volution une affaire profitable. Aucun ne se fiait &#224; l'autre, chacun agissait de sa propre initiative, et au lieu de porter des coups d&#233;cisifs, chacun se d&#233;p&#234;chait de prendre possession de la part de butin qu'il estimait devoir lui revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sardaigne demandait des renforts &#224; l'Autriche. Celle-ci les lui refusait si la Sardaigne, en s'agrandissant aux d&#233;pens de la France, ne voulait pas c&#233;der &#224; l'Autriche la province de Novare. L&#224;-dessus, temp&#234;te d'indignation en Sardaigne, beaucoup de temps pr&#233;cieux fut perdu, Lyon insurg&#233; ne put &#234;tre lib&#233;r&#233; de ses assi&#233;geants, et l'attaque italienne contre la France pi&#233;tina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les troupes anglaises en Belgique n'eurent, pour elles, rien de plus urgent &#224; faire que de s'obstiner &#224; assi&#233;ger Dunkerque, port important que les Anglais convoitaient. Les Hollandais eurent t&#244;t fait de se lasser d'une guerre pour laquelle on ne trouvait pour eux aucun d&#233;dommagement. Mais ce qui fut le plus dommageable, ce fut l'hostilit&#233; croissante entre l'Autriche et la Prusse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie et la Prusse s'&#233;taient en effet entendues au cours de l'hiver 1792/93 et avaient mis en &#339;uvre le deuxi&#232;me partage de la Pologne. En guise de compensation, l'Autriche recevait la perspective de se voir attribuer un morceau du territoire fran&#231;ais ! La Prusse mena&#231;ait de se retirer imm&#233;diatement de la guerre si l'Angleterre et l'Autriche n'approuvaient pas ce partage de la Pologne. Cela ne r&#233;chauffa pas l'amiti&#233; que, notamment, l'Autriche pouvait porter &#224; la Prusse. Toute la strat&#233;gie autrichienne ne visa d&#233;sormais plus qu'&#224; occuper les r&#233;gions fran&#231;aises qu'elle revendiquait, l'Alsace et une zone du nord de la France. La Prusse, de son c&#244;t&#233;, totalement absorb&#233;e par les affaires polonaises, ne montrait aucune ardeur &#224; participer &#224; une entreprise qui, de guerre contre la R&#233;volution qu'elle &#233;tait au d&#233;part, &#233;tait devenue une guerre de conqu&#234;tes de sa rivale autrichienne. L'arm&#233;e prussienne gaspillait beaucoup de temps dans le si&#232;ge de Mayence et regardait de loin sans presque rien faire les batailles entre Fran&#231;ais et Autrichiens en Alsace.22 Mais quand, de surcro&#238;t, un rapprochement s'esquissa entre l'Autriche et la Russie, en sorte que la Prusse craignit d'&#234;tre dup&#233;e par ses deux &#171; alli&#233;s &#187;, alors, en septembre 1793, elle suspendit presque compl&#232;tement la guerre contre la France et rappela du Rhin la majorit&#233; de ses troupes pour les envoyer &#224; la fronti&#232;re polonaise et s'y assurer sa part de butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut encore pire avec la coalition de 1794. Une brouille &#233;clata entre l'Angleterre et l'Espagne, et au printemps, une insurrection polonaise prit de telles dimensions que les Russes n'en venaient pas &#224; bout et que les Prussiens durent en toute h&#226;te aller &#224; leur secours. Il n'&#233;tait d&#233;sormais plus question de participer &#224; la guerre contre la France, et l'Autriche ne pouvait plus non plus y consacrer toutes ses forces. Le glas avait sonn&#233; pour la Pologne, et l'Autriche dut poster des contingents importants &#224; la fronti&#232;re polonaise pour ne pas &#234;tre mise &#224; l'&#233;cart du troisi&#232;me partage comme elle l'avait &#233;t&#233; du deuxi&#232;me. Si l'Angleterre n'avait pas fait feu de tout bois pour maintenir la coalition, elle se serait &#224; ce moment-l&#224; d&#233;j&#224; disloqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant ce temps, la nouvelle arm&#233;e r&#233;volutionnaire fran&#231;aise avait pris des forces, elle avait mis au point une tactique nouvelle qui lui &#233;tait propre et lui donnait la sup&#233;riorit&#233; sur les arm&#233;es anciennes, et du nouveau corps des officiers surgissaient d&#233;j&#224; les g&#233;n&#233;raux qui allaient faire de cette arm&#233;e l'effroi de l'Europe f&#233;odale, les Hoche, Kl&#233;ber, Moreau, Bonaparte, etc. Tandis que les chefs de la monarchie f&#233;odale se querellaient &#224; propos du partage d'une proie qui n'&#233;tait pas encore abattue, ils avaient laiss&#233; &#224; l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire le temps de se renforcer consid&#233;rablement. M&#234;me en mettant la fortune des armes de leur c&#244;t&#233;, il aurait sans doute &#233;t&#233; impossible aux monarques coalis&#233;s d'&#233;craser la R&#233;volution ni de restaurer, m&#234;me passag&#232;rement, l'&#233;tat des choses ant&#233;rieur &#224; 1789. Mais si la R&#233;publique fran&#231;aise put, &#224; partir de 1794, passer &#224; l'attaque, si elle put bouleverser la f&#233;odalit&#233; dans l'Europe enti&#232;re et l'an&#233;antir dans les pays limitrophes, ce fut en grande partie le fruit de cette rapacit&#233; mesquine et born&#233;e de ses adversaires que nous avons tent&#233; de d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires de la R&#233;volution aiment ces derniers temps souligner ce point pour rabaisser, croient-ils, la &#171; gloire &#187; de la R&#233;volution. Elle n'a pas vaincu en vertu de sa force intrins&#232;que, s'&#233;crient-ils sur un ton triomphal, mais en raison des fautes diplomatiques de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cela ne contribue pas &#224; rehausser la gloire de la R&#233;volution, mais, nous semble-t-il, cela rehausse encore moins celle de ses adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, quoi qu'il en soit de la gloire de la R&#233;volution et de celle de ses adversaires, nous sommes pr&#234;ts &#224; reconna&#238;tre que ce ne fut pas la seule force des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires qui les a amen&#233;s &#224; la victoire, mais tout autant les &#171; fautes &#187; de ses adversaires. Mais il y a un point que nous voudrions contester, c'est que ces fautes auraient &#233;t&#233; des accidents, et que la victoire de la R&#233;volution aurait &#233;t&#233; le fruit du hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discordes entre les cours, tout de m&#234;me que les dissensions entre la noblesse et la royaut&#233; bureaucratique qui avaient si puissamment contribu&#233; &#224; la R&#233;volution, avaient leurs racines dans les conditions objectives. Ce ne sont pas des incidents isol&#233;s et contingents, mais des ph&#233;nom&#232;nes typiques qui n'ont cess&#233; de se reproduire sous des formes changeantes et qu'on peut observer dans l'histoire des peuples depuis qu'il existe des antagonismes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, certes, estimer que l'apparition du danger aurait d&#251; amener les puissances f&#233;odales &#224; rel&#233;guer leurs int&#233;r&#234;ts particuliers et &#224; prendre conscience de leurs int&#233;r&#234;ts communs, qu'elle aurait d&#251; les inciter &#224; consentir &#224; des sacrifices temporaires pour obtenir un avantage permanent. Si convaincantes que soient ces r&#233;flexions, les conditions historiques qui auraient permis qu'elles fussent mises en pratique par les privil&#233;gi&#233;s, &#233;taient absentes. L'&#233;volution qui poussait &#224; la R&#233;volution les privait du m&#234;me coup des qualit&#233;s morales et intellectuelles qui les auraient rendus capables d'opposer un front solide et &#233;nergique &#224; la R&#233;volution. En perdant leurs fonctions sociales, ces &#233;l&#233;ments f&#233;odaux ne devenaient pas seulement superflus et nuisibles, ils perdaient aussi les qualit&#233;s morales que conf&#232;re le travail. Jouisseurs, indolents, amollis, ils avaient d&#233;sappris &#224; se battre pour leurs propres buts et &#224; faire des sacrifices pour r&#233;ussir. Ils &#233;taient condamn&#233;s &#224; d&#233;g&#233;n&#233;rer, non seulement moralement, mais aussi intellectuellement. Reconna&#238;tre la nature r&#233;elle des conditions objectives signifiait de plus en plus clairement percevoir l'inutilit&#233; et la nocivit&#233; de la f&#233;odalit&#233;. Leurs int&#233;r&#234;ts les contraignaient de plus en plus, non seulement &#224; s'opposer &#224; la diffusion de ces v&#233;rit&#233;s dans le peuple, mais aussi &#224; refuser eux-m&#234;mes de les voir, &#224; se mentir de plus en plus &#224; eux-m&#234;mes et &#224; se bercer d'illusions. L'approche de la R&#233;volution les poussait pr&#233;cis&#233;ment &#224; revenir aux modes de pens&#233;e d'une &#233;poque o&#249; ils &#233;taient encore jug&#233;s n&#233;cessaires et utiles, mais que maintenant eux-m&#234;mes ne comprenaient plus et reproduisaient pour cette raison sous une forme &#171; id&#233;ale &#187;. Ils &#233;taient pouss&#233;s au mysticisme, au spiritisme, au &#171; romantisme &#187;, &#224; la r&#233;activation de formes de pens&#233;e qui pouvaient bien en leur temps avoir &#233;t&#233; rationnelles, mais qui, maintenant, reprises sans &#234;tre comprises et en contradiction totale avec les exigences du pr&#233;sent, &#233;taient parfaitement irrationnelles et ne pouvaient mener qu'&#224; un ab&#234;tissement total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les puissances de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#233;taient d&#233;j&#224; en pleine banqueroute morale et intellectuelle quand la banqueroute politique et &#233;conomique s'abattit sur elles. Incapables du moindre sacrifice passager, incapables de grandes r&#233;solutions, incapables de comprendre leur situation, tout leur manquait de ce qui aurait pu les souder pour en faire une r&#233;elle &#171; masse r&#233;actionnaire &#187;. Certes, les divers &#233;l&#233;ments f&#233;odaux &#233;taient intimement li&#233;s entre eux, mais &#224; la mani&#232;re d'un roi-de-rats, une masse de rats dont les queues sont entrelac&#233;es, qui ne peuvent se d&#233;placer qu'&#224; grand-peine et sont hors d'&#233;tat de se procurer eux-m&#234;mes leur nourriture, en sorte qu'au bout du compte, leur avidit&#233; insatiable les fait se d&#233;vorer entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discorde et la myopie des &#233;l&#233;ments f&#233;odaux ne relevaient pas du hasard. Elles &#233;taient aussi in&#233;vitables que les luttes de classes dans le Tiers &#201;tat. Les unes comme les autres sont devenues des facteurs qui ont fortement influ&#233; sur le cours de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons l&#224; nettement que l'&#233;volution sociale est le r&#233;sultat des luttes, non seulement entre les classes en plein essor et les classes vou&#233;es &#224; dispara&#238;tre, entre celles qui ont int&#233;r&#234;t &#224; pr&#233;server l'existant et celles pour lesquelles cet existant devient de plus en plus insupportable, mais aussi des luttes internes &#224; l'un et l'autre groupe. Chacune de ces luttes, quelle qu'ait &#233;t&#233; l'intention des combattants, a fait avancer la R&#233;volution. Si &#233;trange que cela puisse para&#238;tre, il est ind&#233;niable que non seulement les dissensions qui d&#233;chiraient les classes dominantes, mais aussi celles qui opposaient les domin&#233;s entre eux, ont &#233;t&#233; des leviers de la R&#233;volution. Les antagonismes d'int&#233;r&#234;ts entre capitalistes et petits-bourgeois, entre ville et campagne, n'ont presque jamais constitu&#233; des freins, ils ont souvent &#233;t&#233; des stimulants. Ils augmentaient l'&#233;nergie d&#233;ploy&#233;e par la R&#233;volution et donnaient aux masses r&#233;volutionnaires des buts sans cesse renouvel&#233;s, ils les poussaient sans cesse vers l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les antagonismes propres aux classes dominantes, en revanche, aboutirent au rel&#226;chement de leurs initiatives, aboutirent &#224; ce que leurs objectifs se restreignent de plus en plus, &#224; ce que, au lieu de combattre la R&#233;volution &#233;nergiquement et en se regroupant, elles se limitent de plus en plus &#224; tenter de grappiller des avantages &#233;ph&#233;m&#232;res au gr&#233; des &#233;branlements de l'existant. Au lieu d'&#233;teindre le feu chez eux, elles cherch&#232;rent &#224; profiter de la confusion g&#233;n&#233;rale pour piller chez le voisin, jusqu'au moment o&#249; l'effondrement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'&#233;difice les ensevelit sous ses d&#233;combres, elles et leur butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 &#171; Histoire de l'&#233;poque de la R&#233;volution &#187; D&#252;sseldorf 1877&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 &#171; On comprend quelle joie s'empara de lui (Hertzberg, le ministre prussien) quand lui parvint la nouvelle des premiers remous de l'anarchie r&#233;volutionnaire en France. Plein d'all&#233;gresse, il rapporta au roi le 5 juillet : En France, l'autorit&#233; royale est morte, les troupes ont refus&#233; d'intervenir, Louis a d&#233;clar&#233; au peuple qu'il consid&#233;rait la s&#233;ance royale comme non avenue. Cela annonce presque une sc&#232;ne &#224; la Charles 1er, c'est une occasion dont les bons gouvernements doivent absolument tirer parti &#187; (Sybel, Vol. I, p. 161)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 &#171; Il ne fallait pas qu'on (c-&#224;-d. la Prusse) remporte une victoire compl&#232;te, la t&#226;che n'&#233;tait plus que de maintenir un &#233;quilibre entre un alli&#233; hostile (l'Autriche) et un ennemi qui nous &#233;tait favorable (la France). &#187; (Sybel, Vol.II, p. 258)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1889/00/antagonismes-table.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1889/00/antagonismes-table.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Connaissez-vous la r&#233;volution du 10 ao&#251;t 1792 &#224; Paris ?</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7572</link>
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		<dc:date>2025-12-08T23:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Connaissez-vous la r&#233;volution du 10 ao&#251;t 1792 &#224; Paris ? &lt;br class='autobr' /&gt;
9 et 10 ao&#251;t 1792 &lt;br class='autobr' /&gt;
Mobilisation des sections populaires qui marchent sur les Tuileries &lt;br class='autobr' /&gt;
Cr&#233;ation d'une Commune insurrectionnelle qui d&#233;capite la Garde nationale, emp&#234;chant la r&#233;pression &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Roi se place sous la protection de l'Assembl&#233;e, install&#233; derri&#232;re le pr&#233;sident de s&#233;ance &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e tente de r&#233;sister en exigeant la dissolution de la Commune &lt;br class='autobr' /&gt;
11 ao&#251;t 1792 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e vote la suspension de la royaut&#233; et l'&#233;lection d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Connaissez-vous la r&#233;volution du 10 ao&#251;t 1792 &#224; Paris ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;9 et 10 ao&#251;t 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mobilisation des sections populaires qui marchent sur les Tuileries&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;ation d'une Commune insurrectionnelle qui d&#233;capite la Garde nationale, emp&#234;chant la r&#233;pression&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Roi se place sous la protection de l'Assembl&#233;e, install&#233; derri&#232;re le pr&#233;sident de s&#233;ance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e tente de r&#233;sister en exigeant la dissolution de la Commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 ao&#251;t 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e vote la suspension de la royaut&#233; et l'&#233;lection d'une Convention au suffrage universel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fin ao&#251;t - d&#233;but septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elections de la Convention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4-6 septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chasse aux suspects et Massacres de septembre dans les prisons&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Ministres de l'Int&#233;rieur (Roland) et de la Justice (Danton) laissent faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victoire de Valmy (au cri de &#034;Vive la Nation&#034; et la Marseillaise, lanc&#233; par Kellermann)&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re r&#233;union de la Convention qui la&#239;cise l'&#233;tat civil et autorise le divorce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 septembre 1792&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Convention proclame la R&#233;publique&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 10 ao&#251;t 1792 est, apr&#232;s le 14 juillet 1789, l'une des journ&#233;es les plus d&#233;cisives de la R&#233;volution fran&#231;aise, au point que certains historiens la qualifient de &#171; Seconde R&#233;volution &#187;. La pr&#233;paration de cette journ&#233;e est organis&#233;e et men&#233;e par la Commune insurrectionnelle de Paris et par les sections parisiennes. Apr&#232;s plusieurs assauts, la foule d'insurg&#233;s prend le palais des Tuileries, si&#232;ge du pouvoir ex&#233;cutif. C'est aussi la premi&#232;re fois, depuis le d&#233;but de la R&#233;volution, qu'une journ&#233;e r&#233;volutionnaire est dirig&#233;e &#233;galement contre l'Assembl&#233;e. Cette journ&#233;e r&#233;volutionnaire consomme la chute de la monarchie constitutionnelle. Sa pr&#233;paration est trop complexe pour qu'on puisse en attribuer la responsabilit&#233; &#224; un individu ou &#224; une faction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e du 10 ao&#251;t 1792 marque &#233;galement le d&#233;but de la premi&#232;re Terreur, dont le point culminant sera les massacres de Septembre. Cette premi&#232;re p&#233;riode prend fin avec la r&#233;union de la premi&#232;re session de la Convention nationale le 21 septembre 1792 qui abolit la monarchie et la victoire de Valmy, acquise le m&#234;me jour et connue &#224; Paris le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette insurrection et ses cons&#233;quences sont commun&#233;ment appel&#233;es par les historiens de la R&#233;volution fran&#231;aise simplement &#171; le 10 ao&#251;t &#187; ; les autres d&#233;signations sont &#171; journ&#233;e du 10 ao&#251;t &#187;, &#171; prise des Tuileries &#187;, &#171; insurrection du 10 ao&#251;t &#187; ou &#171; massacre du 10 ao&#251;t &#187;. En Suisse, d'o&#249; vient la garde du m&#234;me nom, cette journ&#233;e est connue sous le nom de &#171; massacre des Tuileries &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires et f&#233;d&#233;r&#233;s arrivent sans cesse &#224; Paris et, alors qu'un grand nombre d&#233;sire rejoindre l'arm&#233;e, les Jacobins enr&#244;lent ceux qui acceptent leur invitation, notamment environ 500 Marseillais emmen&#233;s par le girondin Barbaroux. Fran&#231;ois-Auguste Mignet &#233;crit que &#171; leur entreprise fut plusieurs fois projet&#233;e et suspendue. Le 26 juillet, une insurrection devait &#233;clater mais elle &#233;tait mal ourdie et P&#233;tion l'arr&#234;ta. Lorsque les f&#233;d&#233;r&#233;s marseillais arriv&#232;rent pour se rendre au camp de Soissons, les faubourgs devaient aller &#224; leur rencontre, et marcher avec eux &#224; l'improviste contre le ch&#226;teau. Cette insurrection manqua encore. Cependant l'arriv&#233;e des Marseillais encouragea les agitateurs de la capitale &#187;. Il est alors d&#233;cid&#233; de porter le coup d&#233;cisif le 10 ao&#251;t mais le r&#244;le du comit&#233; insurrecteur est mal connu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les clubs politiques discutent ouvertement du d&#233;tr&#244;nement du roi, et le 3 ao&#251;t, P&#233;tion parle &#224; l'Assembl&#233;e, demandant la fin de la monarchie au nom de la commune et des sections. Le 8 ao&#251;t, la mise en accusation de La Fayette est discut&#233;e. &#171; Il fut absous ; mais tous ceux qui avaient vot&#233; pour lui furent hu&#233;s, poursuivis et maltrait&#233;s par le peuple, au sortir de la s&#233;ance &#187;, dont Vincent-Marie Vi&#233;not de Vaublanc et Quatrem&#232;re de Quincy. Ce harc&#232;lement s'accompagne de menaces de mort ou d'invasion de leur domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple parisien ne veut pas attendre le r&#233;sultat de la derni&#232;re proposition de P&#233;tion de poursuivre le travail par la voie l&#233;gislative. La section des Quinze-vingts d&#233;clare le 9 ao&#251;t que, si le d&#233;tr&#244;nement n'est pas prononc&#233; le jour m&#234;me, &#224; minuit elle sonnera le tocsin et attaquera la r&#233;sidence royale des Tuileries. La totalit&#233; des quarante-huit sections de Paris, sauf une, la suit. P&#233;tion informe l'Assembl&#233;e l&#233;gislative que les sections ont &#171; repris leur souverainet&#233; &#187; et qu'il n'a pas d'autre pouvoir sur le peuple que celui de sa persuasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 9 une nouvelle Commune r&#233;volutionnaire prend possession de l'H&#244;tel de ville de Paris, si&#232;ge du gouvernement. Le plan des Jacobins de l'Assembl&#233;e, soutenu par l'arm&#233;e des f&#233;d&#233;r&#233;s, est de dissoudre le d&#233;partement de Paris, pour d&#233;mettre P&#233;tion, instituer une commune insurrectionnelle (un gouvernement municipal) et prendre les Tuileries d'assaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; minuit, le tocsin sonne. Les insurg&#233;s nomment un comit&#233; provisoire de la Commune, qui dirige l'insurrection depuis l'H&#244;tel de Ville. P&#233;tion est aux Tuileries, o&#249; il est convoqu&#233; par le roi, qui voulait s'assurer par lui de l'&#233;tat de Paris, et re&#231;oit l'autorisation de r&#233;pondre &#224; la force par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de l'Assembl&#233;e, r&#233;veill&#233;e par le tocsin, a d&#233;marr&#233; une session d'urgence sous la pr&#233;sidence de Vergniaud. Apprenant que P&#233;tion est aux Tuileries, ils pensent qu'il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et veulent le faire d&#233;livrer. Ils lui font demander, comme l'avait fait le roi auparavant, de donner un &#233;tat de Paris. Il vient, &#224; cette requ&#234;te. Une d&#233;putation de l'H&#244;tel de Ville s'informe de lui aupr&#232;s de l'Assembl&#233;e, supposant &#233;galement qu'il est prisonnier des Tuileries. Il part avec elle et devient en fait prisonnier de la commune insurrectionnelle, sous la garde de trois cents hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le conseil de Danton la nouvelle commune somme alors le marquis de Mandat, commandant de la Garde Nationale, de se pr&#233;senter &#224; elle. C'est un pi&#232;ge. Ne connaissant pas le changement de r&#233;gime &#224; l'H&#244;tel de Ville, il ob&#233;it &#224; cet ordre. Il est arr&#234;t&#233;, accus&#233; d'avoir autoris&#233; les troupes &#224; tirer sur le peuple. Alors qu'il est envoy&#233; &#224; l'Abbaye, la foule le tue lorsqu'il quitte l'H&#244;tel de Ville. La commune conf&#232;re imm&#233;diatement le commandement de la Garde nationale &#224; Santerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Louis Roederer, le greffier du d&#233;partement de Paris, passait la nuit aux Tuileries. Les pr&#233;paratifs des Jacobins &#233;tant connus, un certain nombre de mesures de d&#233;fense avaient &#233;t&#233; prises. La Chronique des Cinquante jours de Roederer rapporte que, vers quatre heures du matin, la reine Marie-Antoinette l'avait appel&#233;, et qu'il avait alors &#233;t&#233; pr&#233;venu que le roi et la famille royale voulaient se r&#233;fugier &#224; l'Assembl&#233;e L&#233;gislative. &#171; Vous proposez, dit Dubouchage, de livrer le roi &#224; l'ennemi &#187;. Roederer remarqua alors que seulement deux jours auparavant, les deux tiers de l'Assembl&#233;e s'&#233;taient prononc&#233;s en faveur de La Fayette, et avaient soutenu que son plan &#233;tait le moins dangereux. La reine d&#233;cide n&#233;anmoins de r&#233;sister par la force, et Roederer y consent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lachesnaye, qui commandait les troupes au non-retour inexpliqu&#233; de Mandat, dit que les troupes de la Garde Nationale sont pr&#234;tes &#224; la d&#233;fense, mais il proteste contre la pr&#233;sence d'aristocrates &#171; irr&#233;guliers &#187;. Mandat avait auparavant conseill&#233; la reine de disperser ces gentilshommes, en vain, arguant que leur pr&#233;sence d&#233;courageait le z&#232;le des constitutionnels. Comme Mandat avant lui, Lachesnaye est contredit par la reine : &#171; Je r&#233;ponds d'eux o&#249; qu'ils soient ; ils avanceront en premier ou en dernier, dans les rangs, comme vous le voulez ; ils sont pr&#234;ts &#224; tout ce qui est n&#233;cessaire ; ce sont des hommes s&#251;rs &#187;. Joly, ministre de la justice et Champion, ministre de l'int&#233;rieur sont envoy&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e pour s'informer du danger, et pour solliciter son aide et celle des commissaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue des troupes par le roi &#224; cinq heures du matin montre que celui-ci ne peut pas compter sur tous ses protecteurs officiels. Les cris de &#171; vive le Roi ! &#187; m&#234;l&#233;s aux cris de &#171; vive la Nation ! &#187; et parfois &#171; vive P&#233;tion ! &#187; retentissent. Les bataillons arm&#233;s de piques sont ouvertement hostiles, criant &#171; &#224; bas le veto ! &#187; et &#171; &#224; bas le tra&#238;tre ! &#187;. Lorsque Louis XVI rentre, ils quittent leurs positions pour se placer pr&#232;s du Pont Royal et tournent leurs canons contre le ch&#226;teau. Deux autres bataillons, qui stationnent dans la cour, les imitent et se placent sur la place du Carrousel en position d'attaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les insurg&#233;s avaient forc&#233; l'arsenal, s'&#233;taient arm&#233;s et avan&#231;aient en plusieurs colonnes. La colonne forte de 15 000 personnes du faubourg Saint-Antoine sur la rive droite et la colonne de 5 000 insurg&#233;s du faubourg Saint-Marceau sur la gauche entament leur marche vers six heures ; leur nombre augmente au fur et &#224; mesure de leur progression. Les artilleurs se sont plac&#233;s sur le Pont-Neuf avec la consigne du d&#233;partement d'emp&#234;cher la jonction de ces colonnes, mais Manuel, le greffier de la ville, leur demande de se replier et le passage est alors lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#244;t dans la matin&#233;e du 10 ao&#251;t, les insurg&#233;s assaillent les Tuileries. L'avant-garde des faubourgs, compos&#233;e de f&#233;d&#233;r&#233;s marseillais et bretons se d&#233;ploie sur le Carrousel, tournant ses canons contre le ch&#226;teau. Joly et Champion reviennent de l'Assembl&#233;e, consid&#233;rant que les soixante ou quatre-vingts membres pr&#233;sents ne sont pas suffisamment nombreux et que leur proposition n'a pas &#233;t&#233; entendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du &#171; d&#233;partement &#187;, men&#233;s par Roederer, le chef du d&#233;partement, se pr&#233;sentent eux-m&#234;mes devant la foule, faisant observer qu'une si grande foule ne pourrait acc&#233;der au roi, ou devant l'Assembl&#233;e nationale, et leur conseillent d'envoyer vingt d&#233;put&#233;s avec leurs requ&#234;tes, mais ils ne sont pas &#233;cout&#233;s. La foule se tourne vers la Garde nationale, lui rappelant l'article de loi qui lui demande de r&#233;pondre &#224; la force par la force s'ils sont attaqu&#233;s. Une toute petite part de la Garde nationale semble dispos&#233;e &#224; agir ainsi ; et une charge de canon est la seule r&#233;ponse des artilleurs. Roederer, voyant que les insurg&#233;s sont toujours triomphants, car ils sont ma&#238;tres du terrain, et qu'ils disposent de la force du nombre et de troupes, retourne pr&#233;cipitamment au ch&#226;teau, &#224; la t&#234;te du directoire ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre quelques aristocrates arm&#233;s et un certain nombre de membres de la Garde nationale (y compris les officiers ayant r&#233;cemment d&#233;missionn&#233;), le palais est prot&#233;g&#233; par les Gardes suisses, soit environ 950 hommes. Seule une compagnie de ces gardes est normalement stationn&#233;e aux Tuileries, mais le retour du r&#233;giment (moins un d&#233;tachement de 300 hommes rest&#233;s pour escorter un convoi de grains en Normandie peu de jours auparavant) avait consign&#233; dans leurs quartiers les hommes durant la nuit du 9 au 10 ao&#251;t. Cependant, le d&#233;part de Mandat et des morts significatives affectent la situation. La Garde nationale voulait probablement (comme le pr&#233;voyait l'accord avec Mignet) ob&#233;ir aux ordres de Mandat pour employer la force contre la foule m&#234;l&#233;e de gardes provinciaux et de parisiens, mais ils se trouvent eux-m&#234;mes c&#244;te &#224; c&#244;te avec les nobles et les royalistes et manquant d'un commandement propre, ils sont alors dispers&#233;s et fraternisent avec les assaillants&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg, dans &#171; L'ann&#233;e 1793 &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le peuple de Paris engagea un nouveau combat. Ce fut la deuxi&#232;me r&#233;volution - la r&#233;volution populaire -, le 10 ao&#251;t 1792. Ce jour-l&#224;, le peuple prit d'assaut le Palais royal et l'H&#244;tel de ville. La bourgeoisie &#233;tait du c&#244;t&#233; du roi, qui, dot&#233; d'un pouvoir affaibli, d&#233;fendait ses int&#233;r&#234;ts contre ceux du peuple. Cela n'emp&#234;cha pas le peuple de renverser le tr&#244;ne. La bourgeoisie tenait l'H&#244;tel de ville et l'administration municipale d'une main ferme et voulut dominer le peuple avec sa police et la Garde nationale. Cela n'emp&#234;cha pas le peuple de prendre d'assaut l'H&#244;tel de ville, d'en expulser la bourgeoisie et de tenir dans ses mains calleuses l'administration municipale de Paris. En ce temps-l&#224;, l'administration de la Commune de Paris &#233;tait totalement ind&#233;pendante de l'administration de l'&#201;tat. La Commune, s'appuyant sur le peuple r&#233;volutionnaire victorieux, obligea la Convention (la nouvelle Assembl&#233;e nationale), qui se r&#233;unit en septembre 1792 et proclama aussit&#244;t la R&#233;publique, &#224; faire d'importantes concessions. Sans la puissance mena&#231;ante de ce peuple, la Convention aurait probablement fait aussi peu de choses que les Assembl&#233;es pr&#233;c&#233;dentes pour les masses populaires. La grande majorit&#233; des membres de la Convention &#233;taient hostiles aux changements impos&#233;s par la r&#233;volution du 10 ao&#251;t. Une partie de la Convention - le parti de la Gironde (ainsi nomm&#233;, car ses principaux dirigeants provenaient de ce d&#233;partement) - mena une lutte ouverte contre la souverainet&#233; de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris. Les Girondins, repr&#233;sentants de la moyenne bourgeoisie r&#233;publicaine, &#233;taient d'ardents partisans de la R&#233;publique et des adversaires acharn&#233;s de toute r&#233;forme &#233;conomique d'ampleur au profit du peuple travailleur. Seule la minorit&#233; de la Convention, la Montagne (ainsi nomm&#233;e parce que ses membres occupaient les bancs les plus hauts dans la salle de la Convention), d&#233;fendait fid&#232;lement la cause du peuple travailleur. Aussi longtemps que les girondins si&#233;g&#232;rent &#224; la Convention, ceux de la Montagne ne purent la plupart du temps pratiquement rien faire, car les girondins avaient &#233;videmment toujours la majorit&#233; de leur c&#244;t&#233; (...). Examinons ce que le peuple travailleur obtint au cours de sa br&#232;ve p&#233;riode o&#249; il exer&#231;a un r&#244;le dominant. Les dirigeants du peuple, comme les membres de l'administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la compl&#232;te lib&#233;ration &#233;conomique du peuple. Ils aspiraient sinc&#232;rement &#224; la r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; formelle de tous devant la loi, mais aussi &#224; une r&#233;elle &#233;galit&#233; &#233;conomique. Tous leurs discours et tous leurs actes &#233;taient bas&#233;s sur une id&#233;e : dans la r&#233;publique populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la r&#233;publique populaire, cela veut dire que l'&#201;tat libre b&#226;ti sur la souverainet&#233; populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait d&#233;pendant des riches et domin&#233; &#233;conomiquement. (...) Apr&#232;s la chute de la Commune et de la Montagne, le prol&#233;tariat parisien pris par la faim se souleva encore quelques fois contre la Convention , en criant : &#171; Du pain et la Constitution de 1793. &#187; Ce n'&#233;taient toutefois plus que des faibles sursauts d'une flamme r&#233;volutionnaire en voie d'extinction. Les forces du prol&#233;tariat &#233;taient &#233;puis&#233;es ; quant &#224; la conjuration organis&#233;e en 1796 par le socialiste Babeuf contre le gouvernement d'alors, dans le but d'introduire une constitution socialiste, il fut tout aussi infructueux. Babeuf avait bien compris que l'&#233;galit&#233; &#233;conomique n'&#233;tait pas compatible avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, qu'il voulait socialiser. Il se trompait toutefois lorsqu'il supposait pouvoir l'appliquer dans la France d'alors avec l'aide d'une poign&#233;e de conjur&#233;s. Babeuf et ses amis pouvaient encore moins compter sur un succ&#232;s que les montagnards. Ses projets socialistes ont &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s dans l'oeuf. (...) La conjuration de Babeuf n'a pu troubler qu'un instant le calme de la bourgeoisie fran&#231;aise repue qui s'enrichissait. Elle avait d&#233;j&#224; oubli&#233; les &#171; frayeurs de l'an 1793 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cit de Condorcet sur les &#233;v&#233;nements du 10 ao&#251;t 1792 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, l'inqui&#233;tude du peuple &#233;tait grande, son agitation extr&#234;me et tout augurait de l'action pour jeudi. Neuf sections diff&#233;rentes, alarm&#233;es par les rumeurs du d&#233;part du roi, que plusieurs circonstances rendaient probables, avaient d&#233;cid&#233; de se diriger vers le ch&#226;teau et ses environs, les armes &#224; la main. A minuit, le tocsin sonnait dans presque tous les quartiers de la ville ; les cris de tambour &#233;taient battus. L'Assembl&#233;e se rendit &#224; son lieu de r&#233;union. Le Maire de Paris et les officiers municipaux se rendent au ch&#226;teau. Jusqu'&#224; 17 heures, les seuls groupes aper&#231;us n'&#233;taient pas du tout alarmants. Soudain, des citoyens arm&#233;s sont apparus de partout. Ils se rendirent en masse au ch&#226;teau. Le roi prit peur et se rendit avec sa famille &#224; l'Assembl&#233;e nationale, accompagn&#233; des d&#233;put&#233;s du d&#233;partement. La population est rest&#233;e calme et, bien qu'elle ait d&#233;ploy&#233; un important appareil militaire, elle semblait dispos&#233;e &#224; ne commettre aucun acte de d&#233;sordre. Les commissaires de sections, r&#233;unis &#224; l'H&#244;tel de Ville, s'emparent de tous les pouvoirs municipaux, donnent des ordres, nomment un g&#233;n&#233;ral commandant et disposent de la force arm&#233;e. Les citoyens n'ont manifest&#233; qu'un souhait, qu'une volont&#233;. Les gendarmes municipaux, les f&#233;d&#233;r&#233;s , les gardes nationaux, les piquets, tous &#233;taient d'accord et pr&#234;ts &#224; mourir pour la m&#234;me cause. Leur force &#233;tait si imposante qu'on ne pouvait s'attendre &#224; la moindre r&#233;sistance de la part des occupants du ch&#226;teau, d'autant moins que les rois et sa famille &#233;taient partis. Les artilleurs de garde exprimaient les sentiments qui les animaient &#224; s'unir &#224; leurs concitoyens. Un grand nombre de gardes nationaux qui se trouvaient dans le ch&#226;teau firent de m&#234;me. Certains sont rest&#233;s parmi les 1 000 &#224; 1 200 gardes suisses. Ils donnaient des signes ext&#233;rieurs de fraternit&#233; ; ils jetaient des cartouches de papier par les fen&#234;tres, ils exhibaient le bonnet rouge. En cons&#233;quence les bourgeois, tromp&#233;s par les apparences, entr&#232;rent, pensant se rendre ma&#238;tres du ch&#226;teau sans tirer un coup de feu. A peine avaient-ils gravi les premi&#232;res marches de l'escalier que les Suisses leur tir&#232;rent dessus &#224; bout portant. Ils se retir&#232;rent dehors, point&#232;rent le canon et le combat commen&#231;a. Un grand nombre de citoyens furent tu&#233;s ou bless&#233;s, mais tr&#232;s peu de Suisses parvinrent &#224; s'&#233;chapper. Parmi les morts figuraient plusieurs jeunes hommes fid&#232;les au ch&#226;teau, portant l'uniforme suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens se sont comport&#233;s avec beaucoup de courage. On a vu les n&#233;cessiteux refuser de toucher aux restes des vaincus et remettre montres et tabati&#232;res pour venir en aide aux veuves dont les maris avaient p&#233;ri. Nous les avons vus mettre de c&#244;t&#233; les ustensiles de cuisine et l'argenterie. Quelques individus ayant tent&#233; de piller, le peuple leur rendit imm&#233;diatement justice. Les citoyens connus pour leur incivisme et leurs principes contre-r&#233;volutionnaires furent victimes du premier mouvement d'indignation et de fureur. Aucun magasin n'est pill&#233; et le meilleur ordre r&#232;gne partout sauf sur le th&#233;&#226;tre des combats. Malheureusement, plusieurs b&#226;timents prirent feu, soit &#224; cause de l'artillerie ou des fusillades, soit &#224; cause d'un accident dont la cause est encore inconnue. Nous esp&#233;rons que le calme sera compl&#232;tement r&#233;tabli et que les mesures que l'Assembl&#233;e vient d'adopter aboutiront &#224; la consolidation de la tranquillit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compar&#233; &#224; une copie de notre part, Pr&#233;sident de la Commission extraordinaire de l'Assembl&#233;e nationale soussign&#233;, le 11 ao&#251;t 1792, an IV de la Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Condorcet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/condorcet/1792/events-august.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/condorcet/1792/events-august.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Michelet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'attaque du palais royal des Tuileries :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39952g/f342.image.r=michelet%20r%C3%A9volutioncommune%20commune&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k39952g/f342.image.r=michelet%20r%C3%A9volutioncommune%20commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la nuit du 10 ao&#251;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413809/f5.item.r=michelet%20jules%201792%20commune%20de%20pariscommune%20commune&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2413809/f5.item.r=michelet%20jules%201792%20commune%20de%20pariscommune%20commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; -----------&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#233;tons-le, nul en particulier ne peut se vanter du 10 ao&#251;t, ni l'Assembl&#233;e, ni les Jacobins, ni la Commune. Le 10 ao&#251;t, comme le 14 juillet et le 6 octobre, est un grand acte du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acte d'&#233;nergie, de d&#233;vouement, de courage d&#233;sesp&#233;r&#233;, partant moins g&#233;n&#233;ral que les deux pr&#233;c&#233;dents ; &#8212; mais, si l'on consid&#232;re le sentiment universel d'indignation qui l'inspira, on peut le nommer ainsi : c'est un grand acte du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions d'hommes voulurent ; vingt mille hommes ex&#233;cut&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individu fit peu ou rien. Il est juste n&#233;anmoins de remarquer que personne n'observa mieux le mouvement, ne s'y associa plus habilement que Danton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juillet, aux Jacobins, il proposa que les f&#233;d&#233;r&#233;s, venus des d&#233;partements, fissent le lendemain, &#224; la f&#234;te du 14, un serment suppl&#233;mentaire, celui de rester &#224; Paris tant que la patrie serait en danger : &#171; Et s'ils disaient, les f&#233;d&#233;r&#233;s, ce que pense toute la France, que le danger de la patrie ne vient que du pouvoir ex&#233;cutif, qui leur &#244;terait donc le droit d'examiner cette question ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17, le procureur de la Commune, Manuel (sans aucun doute, sous l'influence de Danton) demanda, obtint que les sections, d&#233;sormais en permanence, eussent &#224; l'H&#244;tel de Ville un bureau central de correspondance, au moyen duquel elles s'entendraient entre elles d'une mani&#232;re s&#251;re et prompte. Mesure grave, qui cr&#233;ait l'unit&#233;, non plus fictive, mais r&#233;elle, active, de ce grand peuple de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27, les Cordeliers, sous la pr&#233;sidence de Danton, d&#233;cident que &#171; la Constituante ayant remis le d&#233;p&#244;t de la constitution &#224; tous les Fran&#231;ais, tous, dans le danger de la constitution, citoyens passifs aussi bien qu'actifs, sont admis, par la constitution m&#234;me, &#224; d&#233;lib&#233;rer, &#224; s'armer pour la d&#233;fendre ; que la section du Th&#233;&#226;tre-Fran&#231;ais les appelle &#224; elle &#187;, etc. L'arr&#234;t&#233; est sign&#233; de Danton et des secr&#233;taires Momoro et Chaumette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; ce moment supr&#234;me, la fameuse section des Cordeliers et Danton lui-m&#234;me s'effor&#231;aient de retenir encore sur l'insurrection un manteau de l&#233;galit&#233; ; ils attestaient la constitution, au moment o&#249; le salut de la France obligeait de la briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France fut sauv&#233;e par la France, par des masses inconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impulsion fut donn&#233;e par l'&#233;tranger m&#234;me, par ses menaces insolentes. Nous lui devons ce magnifique &#233;lan de col&#232;re nationale, d'o&#249; sortit la d&#233;livrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet partit de Coblentz le manifeste, outrageusement imp&#233;rieux, du g&#233;n&#233;ral de la coalition, du duc de Brunswick. Ce prince, homme judicieux, le trouvait lui-m&#234;me absurde ; mais les rois lui impos&#232;rent cette &#339;uvre insens&#233;e de l'&#233;migration. On y annon&#231;ait une guerre &#233;trange, nouvelle, toute contraire au droit des nations polic&#233;es. Tout Fran&#231;ais &#233;tait coupable ; toute ville ou village qui r&#233;sisterait devrait &#234;tre d&#233;moli, br&#251;l&#233;. Quant &#224; la Ville de Paris, elle devait redouter des s&#233;v&#233;rit&#233;s terribles : &#171; Leurs Majest&#233;s rendant responsables de tous les &#233;v&#233;nements sur leur t&#234;te, pour &#234;tre jug&#233;s militairement, sans espoir de pardon, tous les membres de l'Assembl&#233;e, du d&#233;partement, du district, de la municipalit&#233;, les juges de paix, les gardes nationaux et tous autres&#8230; S'il &#233;tait fait la moindre violence au roi, on en tirerait une vengeance &#224; jamais m&#233;morable, en livrant Paris &#224; une ex&#233;cution militaire et une subversion totale &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manifeste du 26 fut (chose bizarre !) le 28 connu &#224; Paris ; on e&#251;t dit qu'il venait des Tuileries et non de Coblentz. Il tomba comme sur la poudre tombe une &#233;tincelle. La section de Mauconseil sortit du vague terrain constitutionnel, d&#233;clara : 1o qu'il &#233;tait impossible de sauver la libert&#233; par la constitution ; 2o qu'elle abjurait son serment et ne reconnaissait plus Louis pour roi ; 3o que, le dimanche 5 ao&#251;t, elle se transporterait &#224; l'Assembl&#233;e et lui demanderait si elle voulait enfin sauver la patrie, se r&#233;servant, sur la r&#233;ponse, de prendre telle d&#233;termination ult&#233;rieure qu'il appartiendrait, et jurant de s'ensevelir, s'il le fallait, sous les ruines de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration fut sign&#233;e de six cents noms, enti&#232;rement inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais insurrection ne fut plus clairement, plus nettement annonc&#233;e. Ceux qui, apr&#232;s la victoire, la r&#233;clam&#232;rent comme leur et comme pr&#233;par&#233;e par eux furent bien oblig&#233;s, pour faire croire qu'ils avaient tout fait, de supposer des myst&#232;res dans l'ombre desquels ils auraient agi. Tout indique, quoi qu'ils aient dit, que ces petits myst&#232;res ne firent rien ou pas grand'chose. Ce fut une conspiration immense, universelle, nationale, men&#233;e &#224; grand bruit sur la place, en plein soleil. Un de ceux qui t&#226;ch&#232;rent apr&#232;s de se donner l'honneur de la chose avait bien mieux dit avant : &#171; Nous sommes, en ce moment, un million de factieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quarante-huit sections, quarante-sept avaient vot&#233; la d&#233;ch&#233;ance de Louis XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la prononcer sans risque de collision, il fallait d&#233;sarmer la cour. La Gironde et les Jacobins &#233;taient d'accord l&#224;-dessus. Le Girondin Fauchet, le Jacobin Choudieu, demand&#232;rent, obtinrent de l'Assembl&#233;e que les troupes de ligne fussent envoy&#233;es &#224; la fronti&#232;re. L'Assembl&#233;e, sous cette double influence, ordonna le licenciement de l'&#233;tat-major de la garde nationale. C'&#233;tait briser, dans Paris, l'&#233;p&#233;e de La Fayette, &#233;mouss&#233;e d&#233;j&#224;, mais qui lui restait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cour perdait ainsi ses d&#233;fenses et ses barri&#232;res. On alla encore plus loin ; on lui contesta les Suisses ; on remarqua qu'alors m&#234;me ils avaient leur chef, leur colonel g&#233;n&#233;ral &#224; Coblentz ; c'&#233;tait le comte d'Artois, et tel de leurs officiers &#233;tait pay&#233; &#224; Coblentz de l'argent de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'on s'effor&#231;ait de d&#233;sarmer la royaut&#233;, arrivait chaque jour dans Paris l'arm&#233;e de la R&#233;volution. Je parle des diff&#233;rents corps f&#233;d&#233;r&#233;s des d&#233;partements. Ces f&#233;d&#233;r&#233;s n'&#233;taient point des hommes quelconques, des volontaires pris au hasard ; c'&#233;taient ceux qui s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s &#224; l'&#233;lection pour combattre les premiers, ceux qui se destinaient aux armes, ceux qu'on avait &#233;lus sous l'influence des soci&#233;t&#233;s populaires, comme les plus ardents patriotes et les plus fermes soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les f&#233;d&#233;r&#233;s tomb&#232;rent dans la fermentation de Paris, comme un surcro&#238;t d'ardent levain. Re&#231;us chez les particuliers ou concentr&#233;s dans les casernes, inactifs et d&#233;vor&#233;s du besoin de l'action, ils allaient partout, se montraient partout, se multipliaient. Tout neufs et non fatigu&#233;s, ravis de se voir enfin (la plupart pour la premi&#232;re fois) sur le terrain des r&#233;volutions, au crat&#232;re m&#234;me du volcan, ces terribles voyageurs appelaient, h&#226;taient l'&#233;ruption. Ils prirent deux r&#233;solutions qui leur donn&#232;rent une grande force : celle de s'unir et faire corps, ils se cr&#233;&#232;rent un comit&#233; central aux Jacobins ; &#8212; et celle de rester &#224; Paris. Le 17 juillet, ils avaient adress&#233; &#224; l'Assembl&#233;e une audacieuse adresse : &#171; Vous avez d&#233;clar&#233; le danger de la patrie ; mais ne la mettez-vous pas en danger vous-m&#234;mes, en prolongeant l'impunit&#233; des tra&#238;tres ?&#8230; Poursuivez La Fayette, suspendez le pouvoir ex&#233;cutif, destituez les directoires de d&#233;partements, renouvelez le pouvoir judiciaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indignation de l'Assembl&#233;e fut presque unanime ; elle passa &#224; l'ordre du jour. Les f&#233;d&#233;r&#233;s, &#233;tonn&#233;s de ce mauvais accueil, &#233;crivirent aux d&#233;partements : &#171; Vous ne nous reverrez plus ou vous nous verrez libres&#8230; Nous allons combattre pour la libert&#233;, pour la vie&#8230; Si nous succombons, vous nous vengerez, et la libert&#233; rena&#238;tra de ses cendres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux re&#231;us des Jacobins, ils &#233;taient aussi fort encourag&#233;s par la Commune de Paris. Le procureur de la Commune, Manuel, professa aux Jacobins cette doctrine nouvelle : que les f&#233;d&#233;r&#233;s, &#233;lus des d&#233;partements, en &#233;taient les repr&#233;sentants l&#233;gitimes. P&#233;tion, qui &#233;tait l&#224;, appuyait cette doctrine de sa pr&#233;sence, de la puissante autorit&#233; du premier magistrat de Paris. Paris m&#234;me, en sa personne, semblait adopter ces envoy&#233;s de la France, les encourager au combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 juillet, un festin civique fut donn&#233; aux f&#233;d&#233;r&#233;s sur l'emplacement des ruines de la Bastille, et la m&#234;me nuit, du 25 au 26, un directoire d'insurrection s'assembla au Soleil-d'Or, petit cabaret voisin. Il y avait cinq membres du comit&#233; des f&#233;d&#233;r&#233;s, de plus les deux chefs des faubourgs, Santerre et Alexandre, trois hommes d'ex&#233;cution, Fournier, dit l'Am&#233;ricain, Westermann et Lazouski, le Jacobin Antoine, les journalistes Carra et Gorsas, enfants perdus de la Gironde. Fournier apporta un drapeau rouge, avec cette inscription dict&#233;e par Carra : &#171; Loi martiale du peuple souverain contre la r&#233;bellion du pouvoir ex&#233;cutif. &#187; On devait s'emparer de l'H&#244;tel de Ville et des Tuileries, enlever le roi sans lui faire de mal et le mettre &#224; Vincennes. Le secret, confi&#233; &#224; trop de personnes, &#233;tait connu de la cour. Le commandant de la garde nationale alla trouver P&#233;tion et lui dit qu'il avait mis le ch&#226;teau en &#233;tat de d&#233;fense. P&#233;tion alla la nuit m&#234;me dissoudre les convives attard&#233;s du festin civique, qui croyaient combattre au jour. On se d&#233;cida &#224; attendre les f&#233;d&#233;r&#233;s de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbaroux, leur compatriote, avait &#233;crit &#224; Marseille d'envoyer &#224; Paris &#171; cinq cents hommes qui sussent mourir &#187;. Rebecqui, autre Marseillais, avait &#233;t&#233; les recruter, les choisir lui-m&#234;me. Il ne faut pas oublier que, depuis deux ou trois ans, la guerre, sous diverses formes, existait dans le Midi. Les &#233;meutes de Montauban, de Toulouse, le meurtrier combat de N&#238;mes en 1790, la guerre civile d'Avignon en 1790 et 1791, les affaires d'Arles, d'Aix, la derni&#232;re surtout o&#249; les gardes nationales avaient d&#233;sarm&#233; un r&#233;giment suisse, tout cela avait exalt&#233; dans ces contr&#233;es l'orgueil militaire, l'amour des combats, la furie de la R&#233;volution. Rebecqui et ses Marseillais &#233;taient alli&#233;s et amis du parti fran&#231;ais d'Avignon ; ils en consid&#233;raient les crimes comme d'excusables repr&#233;sailles. Les cinq cents hommes de Marseille, qui n'&#233;taient point du tout exclusivement Marseillais, &#233;taient d&#233;j&#224;, quoique jeunes, de vieux batailleurs de la guerre civile, faits au sang, tr&#232;s endurcis ; les uns, rudes hommes du peuple, comme sont les marins ou paysans de Provence, population &#226;pre, sans peur ni piti&#233; ; d'autres, bien plus dangereux, des jeunes gens de plus haute classe, alors dans leur premier acc&#232;s de fureur et de fanatisme, &#233;tranges cr&#233;atures, troubles et orageuses d&#232;s la naissance, vou&#233;es au vertige, telles qu'on n'en voit gu&#232;re de pareilles que sous ce violent climat. Furieux d'avance et sans sujet, qu'il vienne un sujet de fureur, vous retrouverez des Mainvielle, que rien ne fera reculer, non pas m&#234;me la Glaci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose, si l'on peut dire, les soutenait dans leurs col&#232;res et les rendait pr&#234;ts &#224; tout : c'est qu'ils se sentaient une foi. La foi r&#233;volutionnaire, formul&#233;e par un homme du Nord dans la Marseillaise, avait confirm&#233; le c&#339;ur du Midi. Tous maintenant, ceux m&#234;me qui ignoraient le plus les lois de la R&#233;volution, ses r&#233;formes et ses bienfaits, tous savaient, par une chanson, pourquoi ils devaient d&#232;s lors combattre, tuer, mourir. La petite bande des Marseillais, traversant villes et villages, exalta, effraya la France par son ardeur fr&#233;n&#233;tique &#224; chanter le chant nouveau. Dans leurs bouches, il prenait un accent tr&#232;s contraire &#224; l'inspiration primitive, accent farouche et de meurtre ; ce chant g&#233;n&#233;reux, h&#233;ro&#239;que, devenait un chant de col&#232;re ; bient&#244;t il allait s'associer aux. hurlements de la Terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbaroux et Rebecqui all&#232;rent recevoir les Marseillais &#224; Charenton. Le premier, jeune, enthousiaste, g&#233;n&#233;reux, li&#233; d'une part aux Girondins par l'amiti&#233; des Roland, d'autre part fort intime avec ces hommes violents du Midi, r&#234;vait une grandiose et pacifique insurrection, une redoutable f&#234;te, o&#249; quarante mille Parisiens, accueillant les Marseillais, et, pour ainsi parler, les prenant dans leurs bras, emporteraient d'un &#233;lan, sans avoir besoin de combat, l'H&#244;tel de Ville, les Tuileries, entra&#238;neraient l'Assembl&#233;e, fonderaient la R&#233;publique. &#171; Cette insurrection pour la libert&#233; e&#251;t &#233;t&#233; majestueuse comme elle, sainte comme les droits qu'elle devait assurer, digne de servir d'exemple aux peuples ; pour briser leurs fers, il leur suffit de se montrer aux tyrans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Santerre promit les quarante mille hommes, et il en amena deux cents. Il n'avait aucune h&#226;te de donner aux Marseillais l'honneur d'un si grand mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barbaroux put voir bient&#244;t combien ce plan romanesque d'une insurrection innocente, g&#233;n&#233;reuse et pacifique, ex&#233;cut&#233;e par des mains furieuses et d&#233;j&#224; sanglantes, avait peu de vraisemblance. D&#232;s le lendemain, aux Champs-&#201;lys&#233;es, les Marseillais, invit&#233;s &#224; un festin, se trouv&#232;rent, &#224; deux pas des grenadiers des Filles-Saint-Thomas, et il y eut imm&#233;diatement une collision sanglante. Qui commen&#231;a ? On ne le sait. Les Marseillais, chargeant d'ensemble, eurent un avantage facile ; leurs adversaires furent mis en fuite. Le pont-levis des Tuileries s'abaissa pour les recevoir, se releva pour arr&#234;ter les Marseillais qui s'&#233;lan&#231;aient &#224; leur poursuite. Plusieurs des bless&#233;s, re&#231;us aux Tuileries, furent consol&#233;s et pans&#233;s par les dames de la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite arm&#233;e f&#233;d&#233;r&#233;e, cinq cents Marseillais et trois cents Bretons, etc., en tout cinq mille hommes, &#233;tait au complet dans Paris, l'insurrection &#233;tait imminente. Tout le monde s'y attendait. Un muet tocsin sonnait dans les oreilles et dans les c&#339;urs. Le 3 ao&#251;t, il retentit dans l'Assembl&#233;e m&#234;me. P&#233;tion, &#224; la t&#234;te de la Commune, se pr&#233;sente &#224; la barre. Spectacle &#233;trange, le froid, le flegmatique P&#233;tion, ayant derri&#232;re lui ses dogues, les Danton et les Sergent, qui le poussaient par derri&#232;re, d&#233;bitant de sa voie glac&#233;e un br&#251;lant appel aux armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La Commune vous d&#233;nonce le pouvoir ex&#233;cutif&#8230; Pour gu&#233;rir les maux de la France, il faut les attaquer dans leur source et ne pas perdre un moment. &#187; &#8212; Suivent les crimes de Louis XVI, ses projets sanguinaires contre Paris, les bienfaits de la nation envers lui, son ingratitude, le d&#233;tail des entraves qu'il met &#224; la d&#233;fense nationale, l'insolence des autorit&#233;s d&#233;partementales qui se font arbitres entre l'Assembl&#233;e et le roi et voudraient mettre la France en r&#233;publique f&#233;d&#233;rative&#8230; &#171; Nous aurions d&#233;sir&#233; pouvoir demander seulement la suspension momentan&#233;e de Louis XVI ; la constitution s'y oppose. Il invoque sans cesse la constitution ; nous l'invoquons &#224; notre tour et nous demandons la d&#233;ch&#233;ance&#8230; Il est douteux que la nation puisse se fier &#224; la dynastie ; nous demandons des ministres nomm&#233;s hors de l'Assembl&#233;e, par le scrutin des hommes libres, en attendant que la volont&#233; du peuple, notre souverain et le v&#244;tre, soit l&#233;galement prononc&#233;e en Convention nationale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un grand silence. La p&#233;tition fut renvoy&#233;e &#224; un comit&#233;. La question de la d&#233;ch&#233;ance fut ajourn&#233;e au jeudi 9 ao&#251;t. Ceci n'&#233;tait plus une furie de populace, une bravade de f&#233;d&#233;r&#233;s. C'&#233;tait la grande Commune qui prenait l'avant-garde, sommait l'Assembl&#233;e de la suivre. C'&#233;tait le roi de Paris qui venait d&#233;noncer le roi. Dans l'&#233;tat de mis&#232;re, de sourde fureur o&#249; &#233;tait la population, on pouvait craindre que la p&#233;roraison d'une telle harangue ne f&#251;t l'assaut des Tuileries, que les mots ne fussent des actes, que la cause de la libert&#233;, au lieu de se d&#233;cider par les batailles du Rhin, ne f&#251;t remise au hasard d'une &#233;meute de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance du soir fut courte. On rentra chez soi, on consulta les siens. C'est dans ces grandes circonstances que les hommes, incertains, flottants, suivent, sans bien s'en rendre compte, l'influence de leurs entourages, de leurs affections. Quand la lumi&#232;re de l'esprit vacille, on cherche celle du c&#339;ur. Il serait int&#233;ressant de savoir, en cette occasion, quelle fut la table du soir pour les grands chefs d'opinion, ce que fut ce soir l&#224; Robespierre &#224; la table des Duplay, Vergniaud chez Madame Roland ou Mlle Candeille. Autant qu'on peut conjecturer, soit par crainte pour la libert&#233; qui pouvait p&#233;rir en une heure, soit par instinct d'humanit&#233;, au moment de voir le sang couler, tous furent incertains ou recul&#232;rent &#224; l'apparition prochaine du terrible &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre ne dit rien le soir aux Jacobins, et tr&#232;s probablement s'abstint d'y aller, pour n'exprimer nulle opinion sur les mesures imm&#233;diates qu'il convenait de prendre. Il laissa passer le jour, ordinairement d&#233;cisif dans les r&#233;volutions de Paris, le dimanche (5 ao&#251;t). Il se tut le 3, il se tut le 4 et ne recouvra la parole qu'apr&#232;s que ce jour fut pass&#233;, le lundi 6 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Gironde et les amis des Roland, qui &#233;taient dans l'action m&#234;me, ils ne s'abstinrent pas, mais se divis&#232;rent. La Gironde proprement dite, sa pens&#233;e, Brissot, sa parole, Vergniaud, redoutaient l'insurrection. Les amis des Girondins, le jeune Marseillais Barbaroux, l'appelaient et la pr&#233;paraient. Rien n'indique de quel c&#244;t&#233; pencha Madame Roland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut ici accuser personne. Il y avait lieu vraiment d'h&#233;siter et de r&#233;fl&#233;chir. Il y avait &#224; parier que la cour aurait le dessus si l'on hasardait le combat. La Gironde avait provoqu&#233;, ordonn&#233; l'organisation de l'arm&#233;e des piques, mais elle commen&#231;ait &#224; peine. Rien n'&#233;tait moins disciplin&#233;, moins exerc&#233;, moins imposant que les bandes des faubourgs. Les f&#233;d&#233;r&#233;s m&#234;mes, quoique braves, &#233;taient-ils de vrais soldats ? Pour l'arm&#233;e des ba&#239;onnettes, la garde nationale, il &#233;tait infiniment probable qu'une grande partie ne ferait rien, et qu'une autre, tr&#232;s nombreuse, serait contre l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque des Tuileries n'&#233;tait point chose facile. Le ch&#226;teau, du c&#244;t&#233; du Carrousel surtout, &#233;tait un fort redoutable. Il n'y avait pas de grille comme aujourd'hui, point de grand espace libre ; mais trois petites cours contre le ch&#226;teau, ferm&#233;es de murs, dont les jours donnaient sur le Carrousel et permettaient de tirer fort &#224; l'aise sur les assaillants. Ceux-ci parvenaient-ils &#224; p&#233;n&#233;trer, ils &#233;taient perdus, ce semble ; ces trois cours &#233;taient trois pi&#232;ges, justement comme cette cour du ch&#226;teau du Caire o&#249; le pacha fit si commod&#233;ment fusiller les Mameluks. Une fois l&#224;, on devait &#234;tre cribl&#233; des fen&#234;tres, foudroy&#233; de tous c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La garnison &#233;tait tr&#232;s s&#251;re. Elle devait, outre les gardes nationaux les plus d&#233;vou&#233;s, compter les bataillons suisses, cette milice brave et fid&#232;le, compter les restes de la garde constitutionnelle (nous l'avons vu, des Murat, des La Rochejaquelein), compter la noblesse fran&#231;aise, ainsi se nommaient eux-m&#234;mes les gentilshommes qui s'engageaient &#224; d&#233;fendre le ch&#226;teau. D'Hervilly, leur chef, &#233;tait une &#233;p&#233;e connue ; il avait form&#233;, recrut&#233; un petit corps redoutable, compos&#233; uniquement de ma&#238;tres d'armes qu'il &#233;prouvait lui-m&#234;me et de spadassins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y avait lieu de songer. Si l'insurrection venait se faire prendre, &#233;craser au traquenard des Tuileries, l'Assembl&#233;e elle-m&#234;me &#233;tait frapp&#233;e &#224; mort et perdait la force l&#233;gale, qui jusqu'ici &#233;tait dans ses mains. Si elle pouvait, de cette force, vaincre sans combat, pousser le roi de proche en proche &#224; remettre le pouvoir aux ministres patriotes, pourquoi livrer la grande cause au hasard d'un petit combat, aux chances d'une surprise, d'une panique peut-&#234;tre, d'un irr&#233;parable revers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles furent les pens&#233;es de la Gironde. L'ambition y fut pour quelque chose sans doute. Mais, l'ambition m&#234;me &#224; part, il faut reconna&#238;tre qu'il y avait bien lieu d'h&#233;siter. Disons aussi qu'&#224; cette grande &#233;poque, &#224; ce rare moment de patriotisme enthousiaste, l'&#233;go&#239;sme et l'int&#233;r&#234;t personnel, sans dispara&#238;tre enti&#232;rement, furent tout &#224; fait secondaires dans les r&#233;solutions des hommes. Il faut rendre cette justice alors aux hommes de tout parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet, Brissot avait avou&#233; le motif, fort s&#233;rieux, qui, au moment de briser le tr&#244;ne, faisait h&#233;siter la Gironde ; il &#233;tait fond&#233; dans la vieille superstition, absurde, mais trop r&#233;elle, et qu'on ne pouvait m&#233;conna&#238;tre : &#171; Les hommes attachent au mot de roi une vertu magique qui pr&#233;serve leur propri&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette id&#233;e ajoutez un sentiment, naturel &#224; l'aspect de la fureur qu'on voyait gronder dans le peuple : la crainte d'une grande et terrible effusion de sang humain, qui renouvel&#226;t la Glaci&#232;re, calomni&#226;t la libert&#233;, d&#233;shonor&#226;t la France. On apprit qu'&#224; Marseille un contre-r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; &#233;gorg&#233; par le peuple. &#192; Toulon, chose d&#233;plorable, fatale aux amis de la libert&#233;, c'&#233;tait la loi elle-m&#234;me, je veux dire ses principaux organes, sur lesquels on avait port&#233; le couteau. Le procureur g&#233;n&#233;ral syndic (nous dirions pr&#233;fet) du d&#233;partement, quatre administrateurs, l'accusateur public, un membre du district, d'autres citoyens encore, avaient &#233;t&#233; massacr&#233;s. Si de telles choses arrivaient si loin, contre des magistrats secondaires dont la responsabilit&#233; ne pouvait &#234;tre bien grande, que serait-ce contre le roi ? Que serait-ce ici, &#224; Paris, o&#249; depuis si longtemps les Marat et les Fr&#233;ron demandaient des t&#234;tes, du sang, des supplices atroces, des mutilations, des b&#251;chers ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait r&#233;v&#233;l&#233; plus tard montre assez combien ceux m&#234;mes qui se mettaient en avant, P&#233;tion et autres, &#233;taient effray&#233;s sur le caract&#232;re de meurtri&#232;re violence qu'allait prendre la R&#233;volution. Duval d'Esprem&#233;nil celui qui l'avait jadis commenc&#233;e dans le Parlement, mais depuis fol et furieux dans le sens contraire, ayant parl&#233; indiscr&#232;tement pour la cour dans le jardin des Tuileries, fut reconnu, poursuivi de la foule, frapp&#233;, maltrait&#233; ; bient&#244;t tous ses v&#234;tements leur restaient aux mains ou tombaient sur lui en lambeaux sanglants. Il traversa, vivant encore, le Palais-Royal, se jeta heureusement dans la Tr&#233;sorerie, qui &#233;tait en face. On ferma les portes. La foule rugissait autour, allait les forcer. La pauvre petite femme de Duval (il venait de se marier) parvint &#224; traverser tout, voulant mourir avec lui. On alla chercher bien vite le maire de Paris. P&#233;tion vint en effet, entra, vit sur un matelas un spectre p&#226;le et sanglant. C'&#233;tait Duval, qui lui dit : &#171; Et moi aussi, P&#233;tion, j'ai &#233;t&#233; l'idole du peuple&#8230; &#187; Il n'avait pas fini ces mots que, soit l'exc&#232;s de la chaleur, soit terreur et pressentiment trop vrai de sa destin&#233;e prochaine, P&#233;tion s'&#233;vanouit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y avait lieu de songer, &#224; la veille du 10 ao&#251;t, Ce n'&#233;tait pas seulement la Gironde qui h&#233;sitait, c'&#233;taient d'excellents citoyens, Cambon par exemple, qui ne tinrent &#224; la Gironde que fort indirectement, qui n'en eurent nullement l'esprit et ne connurent d'autre sentiment que l'int&#233;r&#234;t de la France. Le 4 ao&#251;t, Cambon obtint que l'Assembl&#233;e demand&#226;t &#224; sa commission des Douze un rapport &#171; pour rappeler le peuple aux vrais principes de la constitution &#187;. Cette commission y travailla imm&#233;diatement, et Vergniaud vint, en son nom, s&#233;ance tenante, proposer d'annuler l'acte insurrectionnel de la section de Mauconseil, ce qui fut &#224; l'instant d&#233;cr&#233;t&#233; sans discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, nous le savons bien mieux aujourd'hui, Vergniaud et Cambon avaient tort. L'insurrection seule, la plus prompte insurrection, pouvait encore sauver la France. Il n'y avait pas un jour &#224; perdre. La royaut&#233; toujours aux Tuileries, servant de point de ralliement aux nobles et aux pr&#234;tres par tout le royaume, c'&#233;tait le plus formidable auxiliaire des arm&#233;es de la coalition. La reine attendait, appelait ces arm&#233;es, la nuit et le jour. Elle avouait &#224; ses femmes ses v&#339;ux et son esp&#233;rance. Une nuit, dit Mme Campan, que la lune &#233;clairait sa chambre, elle la contempla et me dit que, dans un mois, elle ne verrait pas cette lune, sans &#234;tre d&#233;gag&#233;e de ses cha&#238;nes. Elle me confia que tout marchait &#224; la fois pour la d&#233;livrer. Elle m'apprit que le si&#232;ge de Lille allait se faire, qu'on leur faisait craindre que, malgr&#233; le commandant militaire, l'autorit&#233; civile ne voul&#251;t d&#233;fendre la ville. Elle avait l'itin&#233;raire des princes et des Prussiens ; tel jour, ils devaient &#234;tre &#224; Verdun, et tel jour, &#224; un autre endroit. Qu'arriverait-il &#224; Paris ? Le roi n'&#233;tait pas poltron ; mais il avait peu d'&#233;nergie. &#171; Je monterais bien &#224; cheval, disait-elle encore, mais alors j'an&#233;antirais le roi&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde voyait aux portes de la France deux arm&#233;es disciplin&#233;es, redoutables par leurs pr&#233;c&#233;dents : la prussienne, pleine de la tradition du grand Fr&#233;d&#233;ric ; l'autrichienne et hongroise, illustre par les succ&#232;s de la guerre des Turcs. Ces deux arm&#233;es avaient de plus cette grave particularit&#233;, qu'elles venaient, presque sans coup f&#233;rir, d'&#233;touffer d&#233;j&#224; deux r&#233;volutions, celle de Hollande et de Belgique. Nul politique, nul militaire ne pouvait croire &#224; une r&#233;sistance s&#233;rieuse de la part de nos arm&#233;es d&#233;sorganis&#233;es, des masses indisciplin&#233;es qui venaient derri&#232;re, de nos g&#233;n&#233;raux suspects, d'une cour qui appelait l'ennemi. Un miracle seul pouvait sauver la France, et peu de gens l'attendaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame Roland avoue sans d&#233;tour qu'elle complait peu sur la d&#233;fense du Nord, qu'elle examinait avec Barbaroux et Servan les chances de sauver la libert&#233; dans le Midi, d'y fonder une r&#233;publique. &#171; Nous prenions, dit-elle, des cartes g&#233;ographiques, nous tracions la ligne de d&#233;marcation. &#8212; Si nos Marseillais ne r&#233;ussissent pas, disait Barbaroux, ce sera notre ressource. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'&#233;tait pas particulier aux Girondins. Marat, la veille du 10 ao&#251;t, demanda &#224; l'un d'entre eux de le sauver &#224; Marseille et se tint pr&#234;t &#224; partir sous l'habit d'un charbonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vergniaud affirme que Robespierre avait la m&#234;me intention, et que c'&#233;tait aussi &#224; Marseille qu'il voulait se retirer. Quoiqu'on soit port&#233; &#224; douter de l'affirmation d'un ennemi sur un ennemi, j'avoue que le t&#233;moignage d'un tel homme, loyal, plein de c&#339;ur et d'honneur, me semble avoir beaucoup de poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux hommes seuls, parmi ceux qui influaient, paraissent avoir &#233;t&#233; immuablement oppos&#233;s &#224; l'id&#233;e de quitter Paris, les deux qui avaient du g&#233;nie, Vergniaud et Danton. La chose est &#224; peu pr&#232;s certaine pour Danton. Celui qui, apr&#232;s le 10 ao&#251;t, quand l'ennemi approchait, ne sourcilla pas et s'obstina &#224; faire face, celui-l&#224;, avant le 10, dans un p&#233;ril moins imminent, ne faiblit pas &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Vergniaud, la chose est certaine. Il donna son avis en pr&#233;sence d'environ deux cents d&#233;put&#233;s. Contre l'opinion de la plupart de ses amis, il dit : &#171; Que c'&#233;tait &#224; Paris qu'il fallait assurer le triomphe de la libert&#233; ou p&#233;rir avec elle ; que, si l'Assembl&#233;e sortait de Paris, ce ne pouvait &#234;tre que comme Th&#233;mistocle, avec tous les citoyens, en ne laissant que des cendres, ne fuyant un moment devant l'ennemi que pour lui creuser son tombeau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vergniaud et Danton jug&#232;rent justement comme Richelieu, quand la reine Henriette lui faisait demander si elle pouvait se r&#233;fugier en France. Il &#233;crivit en marge de la lettre : &#8212; &#171; Faut-il dire &#224; la reine d'Angleterre que qui quitte sa place la perd ? &#187; &#8212; Et Louis XI disait : &#171; Si je perds le royaume et que je me sauve avec Paris, je me sauve la couronne sur la t&#234;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme allait-on s'y prendre pour r&#233;sister dans Paris ? La premi&#232;re chose &#233;tait d'en &#234;tre ma&#238;tre. Or, Paris n'avait point Paris, tant que l'ami des Prussiens &#233;tait dans les Tuileries. C'est par les Tuileries qu'il fallait commencer la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obtiendrait-on d'un peuple, peu aguerri jusque-l&#224;, un moment de col&#232;re g&#233;n&#233;reuse, un violent acc&#232;s d'h&#233;ro&#239;sme qui f&#238;t cette folie sublime ? Cela &#233;tait fort douteux. Ce peuple semblait trop mis&#233;rable, abattu peut-&#234;tre sous la pesanteur des maux. Le Girondin Grangeneuve, dans l'ardeur de son fanatisme, demanda cette gr&#226;ce au capucin Chabot, qu'il lui br&#251;l&#226;t la cervelle, le soir, au coin d'une rue, pour voir si cet assassinat, dont on e&#251;t certainement accus&#233; la cour, ne d&#233;ciderait pas le mouvement. Le capucin, peu scrupuleux, s'&#233;tait charg&#233; de l'affaire, mais, au moment, il eut peur, et Grangeneuve se promena toute la nuit attendant en vain la mort et d&#233;sol&#233; de ne pouvoir l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_VI/Chapitre_9&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quel est le plus haut sommet de la R&#233;volution fran&#231;aise ? C'est la &#171; Commune insurrectionnelle &#187; de Paris !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 9 au 10 ao&#251;t 1792, sous la menace du danger ext&#233;rieur (le manifeste de Brunswick de l'arm&#233;e de la noblesse fran&#231;aise unie aux arm&#233;es f&#233;odales europ&#233;ennes vient d'&#234;tre publi&#233; et il affirme la lutte &#224; mort contre le peuple fran&#231;ais r&#233;volt&#233;) et la crainte d'une trahison de Louis XVI, 28 sections sur 48 nomment des commissaires &#224; pouvoirs illimit&#233;s. La Commune de Paris est supprim&#233;e ; Mandat, le commandant de la garde nationale de Paris, est assassin&#233; et remplac&#233; par Santerre. La commune insurrectionnelle qui prend sa place &#233;lit comme premier pr&#233;sident Huguenin. Par la suite, elle est dirig&#233;e par J&#233;r&#244;me P&#233;tion, Pierre Louis Manuel et son substitut Danton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 ao&#251;t et les jours suivants, les sections qui n'avaient pas &#233;lu de commissaires rejoignent les 28 premi&#232;res sections. Le 11, la section de la place Vend&#244;me, qui se rebaptise section des piques, &#233;lit Robespierre comme repr&#233;sentant. &#192; ce moment-l&#224;, 52 commissaires d&#233;sign&#233;s avec la participation des citoyens forment le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune. Le 21 ao&#251;t, le Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune obtient que le d&#233;partement de Paris soit dissous : ainsi, la Commune prenait sa place, cumulant les pouvoirs communal et d&#233;partemental. Les rivalit&#233;s entre l'Assembl&#233;e l&#233;gislative finissante et la Commune durent jusqu'&#224; la fin du mois d'ao&#251;t. La Commune fait pression pour acc&#233;l&#233;rer les proc&#232;s des coupables du massacre du 10 ao&#251;t, et finit par obtenir le 17 ao&#251;t la cr&#233;ation d'un tribunal extraordinaire &#233;lu par les sections. L'Assembl&#233;e d&#233;cide de frapper en d&#233;cr&#233;tant le renouvellement du Conseil g&#233;n&#233;ral de la Commune ; mais celui-ci refuse, et fait annuler le d&#233;cret. L'Assembl&#233;e se contente de faire &#233;lire six repr&#233;sentants par chaque section pour compl&#233;ter le Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, la Commune d&#233;cr&#232;te de faire tirer le canon d'alarme, sonner le tocsin et battre la g&#233;n&#233;rale : c'est le d&#233;but des massacres de Septembre. Elle envoie des repr&#233;sentants inspecter les prisons, tenter de mod&#233;rer les massacres, mais globalement son action est peu d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille du 10 ao&#251;t 1792, les sections arrach&#232;rent &#224; l'Assembl&#233;e le droit de se r&#233;unir en permanence ; et apr&#232;s le 10 ao&#251;t non plus seulement ceux qui payaient le &#171; cens &#187; mais tous les citoyens y furent admis. (&#8230;) Nous voyons les premiers sympt&#244;mes de dualit&#233; de pouvoirs d&#232;s juillet 1789. A l'or&#233;e de la R&#233;volution, il y a dualit&#233; de pouvoirs non seulement entre le roi et l'Assembl&#233;e nationale, mais d&#233;j&#224; entre l'Assembl&#233;e nationale, interpr&#232;te des volont&#233;s de la haute bourgeoisie, et la Commune de Paris, cette derni&#232;re s'appuyant sur les couches inf&#233;rieures du tiers &#233;tat de la capitale. (&#8230;) La dualit&#233; de pouvoirs se manifesta d'une fa&#231;on beaucoup plus accus&#233;e &#224; l'occasion de l'insurrection du 10 ao&#251;t 1792. D&#232;s la seconde quinzaine de juillet, les sections avaient nomm&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui s'&#233;taient r&#233;unis &#224; l'H&#244;tel de Ville. (&#8230;) Le 10 ao&#251;t, l'assembl&#233;e des sections se substitua &#224; la Commune l&#233;gale et se constitua en Commune r&#233;volutionnaire. Celle-ci se pr&#233;senta face &#224; l'Assembl&#233;e bourgeoise comme l'organe de la volont&#233; populaire. (&#8230;) Mais la dualit&#233; de pouvoirs est un fait r&#233;volutionnaire et non constitutionnel. Elle peut durer un certain temps, mais pas tr&#232;s longtemps. (&#8230;) T&#244;t ou tard, l'un des pouvoirs finit par &#233;liminer l'autre. (&#8230;) &#171; La dualit&#233; de pouvoirs est, en son essence, un r&#233;gime de crise sociale : marquant un extr&#234;me fractionnement de la nation, elle comporte, en potentiel ou bien ouvertement, la guerre civile. &#187; Au lendemain du 10 ao&#251;t, les pouvoirs de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris et ceux de l'Assembl&#233;e s'&#233;quilibr&#232;rent un instant. Cette situation qui provoqua une crise politique aigu&#235;, ne dura que quelques semaines. L'un des deux pouvoirs dut finalement s'effacer devant l'autre, et ce fut la Commune. Au lendemain du 10 ao&#251;t 1792, les pouvoirs de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris et ceux de l'Assembl&#233;e s'&#233;quilibrent un instant. Cette situation, qui provoqua une crise politique aig&#252;e, ne persista que quelques semaines. La Commune eut le dessous. Le 31 mars 1793, la dualit&#233; de pouvoirs prit de nouveau une forme ouverte. Comme au 10 ao&#251;t, une Commune r&#233;volutionnaire s'&#233;tait substitu&#233;e &#224; la Commune et, face &#224; la Convention et &#224; son Comit&#233; de Salut public, elle avait fait figure de nouveau pouvoir. Mais la dualit&#233; ne dura cette fois, que l'espace d'un matin. Le pouvoir officiel s'empressa de faire rentrer dans le n&#233;ant la Commune insurrectionnelle. Apr&#232;s la chute des Girondins, la lutte entre la Convention et la Commune, entre le pouvoir borugeois et le pouvoir des masses, continua sourdement. Elle prit, &#224; nouveau, un caract&#232;re aigu, en novembre 1793, lorsque la Commune, se substituant &#224; la Convention, entra&#238;na le pays dans la campagne de d&#233;christianisation et imposa &#224; l'Assembl&#233;e le culte de la Raison. La bourgeoisie riposta en rognant les pouvoirs de la Commune qui, par le d&#233;cret du 4 d&#233;cembre, fut &#233;troitement subordonn&#233;e au pouvoir central. En f&#233;vrier-mars 1794, la lutte se raviva entre les deux pouvoirs. Celui issu des masses fut, alors, d'avantage repr&#233;sent&#233; par les soci&#233;t&#233;s populaires des sections, group&#233;es en un comit&#233; central, que par la Commune elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dialectics, a weapon of the French Revolution</title>
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		<dc:date>2025-11-09T03:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dialectics, a weapon of the French Revolution &lt;br class='autobr' /&gt;
In the following text, we do not simply intend to report historical observations on a revolution, namely the one that took place in France from 1789 to 1795. Our aim is far more general. We wish to point out that when the working people are so outraged that they cease to censor themselves, to break their silence, to abandon passivity, pessimism, fatalism, and submission, they express a historical necessity, a profound need of all human (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dialectics, a weapon of the French Revolution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;In the following text, we do not simply intend to report historical observations on a revolution, namely the one that took place in France from 1789 to 1795. Our aim is far more general. We wish to point out that when the working people are so outraged that they cease to censor themselves, to break their silence, to abandon passivity, pessimism, fatalism, and submission, they express a historical necessity, a profound need of all human society&#8212;that is to say, something philosophical. This is the meaning of the radical dynamic of societal transformation, its dialectic, which we call &#034;revolution.&#034; Historians often acknowledge the French Revolution, the Russian Revolution, or the Spanish Revolution, but &#034;revolution&#034; as a profound, philosophical phenomenon remains foreign to them, and the propertied classes, as well as their rulers, are careful to ignore its existence. Millions of men, women, and children seizing upon an idea of &#8203;&#8203;radical change, transforming it into a force, putting it into practice, and suddenly the dynamics of a society seemingly destined for stagnation emerge. The capacities of the oppressed and exploited, previously unrecognized by those directly affected, become evident to all. What appeared to be an immutable order appears as mere absurdity, and that it was accepted for so long seems incredible. Yes, revolution is millions of human beings coming together to do&#8230; philosophy, and even to write a new chapter in the philosophy of history !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From its very beginnings, the French Revolution was the union of opposites, of men and women, of the poor and the rich, of the bare-armed and the bourgeois, of liberty and dictatorship, of war and peace, of force and law, of the young and the old, of the haves and the have-nots, of nationalism and internationalism, of love and hate, of institutional power and of the base committees of the working people outside of any institution, of order and chaos, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectics manifested themselves in a thousand ways during the French Revolution (1789-1794) : internal dialectical contradictions of France under the Ancien R&#233;gime, dialectical contradictions within the revolutionary camp, dialectical contradictions within the Republic, the revolution and the counter-revolution relying on political forces and classes with opposing interests, on contradictory national and foreign interests, the dialectical nature of the revolutionary dynamic transforming the negative into the positive (the war into counter-revolution, then into revolution, then back into counter-revolution), the dialectic of the transition between political revolution (and counter-revolution) and social revolution (and counter-revolution), numerous shifts from quantity to quality, particularly during the two major revolutionary offensives, the dialectic of the interaction of the three estates of the Ancien R&#233;gime, the dialectic of class struggle within the revolution and within the counter-revolution, the dialectic of the relationship between religion and politics, between the social and the political, between war and peace, the coexistence and struggle of the negative and the positive (which is (negation of the negation), dialectic of the duality of power (notably the duality of loyalty/Republic and the duality of bourgeois power/popular power), dialectic as a weapon of war of the revolution that transforms every weapon of reaction into a weapon of revolution (and vice versa for the popular counter-revolution), dialectic between historical reality and the consciousness of the leaders and the people, dialectic between feudal, bourgeois, and popular thought, dialectic between the leaders and the masses, etc. Without dialectic, the French Revolution could never have been capable of such radical and profound ideological, social, and political transformations in such a short time, transforming, in a very small number of rapid and brutal transitions, a people crushed, dominated, divided, exploited, oppressed, unorganized, lacking awareness of their own strength, submissive, fearful, and rather respectful of royal and noble power into the exact opposite. The French Revolution is the most compelling manifestation of Hegel's dialectical assertion that everything that exists deserves to perish, because nothing it fought against, destroyed, or built was eternal. The harsher the oppression suffered and felt by the people, the stronger, deeper, and more enduring the revolutionary fervor of the masses. The transformation they achieved, while having to contend with a formidable counter-revolutionary resistance, is almost unbelievable. Of course, the propertied classes' efforts in the years that followed were to erase this lesson so that the people would never repeat it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Where do we find the famous negation of the negation of dialectics ? France's debts, the European war, religion, misery, everything has been transformed ultra-rapidly from a means of denying the revolution into a means of denying the counter-revolution and vice versa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Ancien R&#233;gime denied the rights of individuals in order to give all power to kings and feudal lords. The Revolution used this to magnify the rights of the people by denying the rights of kings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Ancien R&#233;gime divided the people into small regional units, the provinces, without common law, without a common language, without common interests. The Revolution did the opposite, unifying, with extraordinary rapidity, the people into a national unity founded on an ideology of popular interests, the common good of the people, which no counter-revolutionary reaction, however victorious, can destroy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By allying itself with all the royal and feudal dictatorships of Europe, the Ancien R&#233;gime had secured powerful foreign defenders whose armies were intended to crush the revolution. The revolution, in turn, used these allies to accuse the monarchy and nobility of national treason and to portray them as criminals.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The monarchy pushed France from the beginning of the revolution to war in Europe in order to destroy the revolutionary force of the people. The people turned the tables : they defeated the European armies of reaction allied with the French nobles ! The war, far from killing the revolution, gave it extraordinary momentum and drove it to completely uproot the nobility in France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But it was from the very beginning of the French Revolution that she turned the monarchy's weapons against herself. The king claimed he could use the debts of the French state to force the Third Estate to back down and pay. Instead of whining, negotiating amendments, a reduction in sacrifices, instead of yielding on the substance, the Third Estate chose not to deny the magnitude of the debts, not to deny the importance of the necessary sacrifices, but to deny the monarchy itself, its right to decide, its right to manage, its right to dominate, its right to govern. You're bankrupt, get out ! That was the first revolutionary act ! And that is the whole dialectical weapon of the negation of the negation : destroying by using the very weapon that was used to destroy you, whether it be debt, war, religion, poverty, or even terror ! We must turn the enemy's weapons against them instead of whining defensively !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yes indeed ! This is a great lesson for the world today ! The working people of 1789 turned the weapon of debt against the power of exploiters and oppressors ! They transformed the declaration of bankruptcy into an indictment of the government. They transformed the people from victims into victors. They transformed the king into the accused and the condemned. They did not destroy just a king. They destroyed the very principle of monarchy. They made the people the sole king, the sole government, the sole legislator, the sole ruler. Yes, it is a negation of the negation, since monarchy and feudalism denied the rights of the people, the rights of individuals, the rights of the common people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yes, self-organization is a weapon of negation of negation. From the very first step, by refusing to be dissolved by the king, the assembly of the Third Estate denied the power's right to authorize or not authorize the people to assemble. And this act would lead to all forms of self-organization of the people, from the poorest to the pike committees, to the unarmed, to the popular sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By taking the lead in a revolutionary war in Europe, the working people did not merely defend the nation ; they called all peoples to the struggle for freedom. They had barely begun to construct, to invent, national unity, and they dialectically negated it, surpassing it by founding the union of the peoples of Europe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By taking the lead in the dechristianization struggle, the oppressed people denied the link between power and the Church. By endorsing royal power and the feudal order, the Catholic Church in France denied the people's right to obey no state ideology, to follow only their own individual or family beliefs. The people rejected this order that denied their own rights. They destroyed the Catholic order that claimed to reinforce the royal and feudal order. This rejection of the rejection radicalized the French Revolution. The people seized the Church's property that had been accumulated at their expense ! They forbade priests who did not recognize their Republic from practicing their religion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is sad to note that not only do the propertied classes and their historians no longer know anything about the revolutionary power of dialectics, but that the false revolutionaries, opportunists and reformists in reality, do not know the first word of it either&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4937&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4937&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2828&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2828&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dialectics is inseparable from social revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4774&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4774&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yet, even today, the strategy of the proletariat cannot do without dialectics !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indeed, by negating the negation, we must transform debts, wars, poverty, religious oppression, national, racial, gender, and age-based oppressions&#8212;all the enemy's weapons&#8212;into weapons of revolution, by radically (at their root) denying any right to capitalist power, capitalist property, capitalist morality, the capitalist state apparatus, the global capitalist order, and imperialism.&lt;br class='autobr' /&gt;
The rulers, the propertied classes, and the authors may try to conceal this reality, but there is no force superior to the dialectic of the social revolution of the self-organized masses. They toppled all the bastions of reaction, they soundly defeated, with revolutionary enthusiasm, the nobility and the superiorly organized and armed regular armies of all Europe, they destroyed centuries of Church-induced obscurantism, they turned the tables on fear, they transformed slaves into free men, the voiceless into spokespeople for all the peoples of the earth. There is no change more radical than social revolution. Its dynamic is almost unbelievable and, at the same time, perfectly natural. The relationship between resistance to change and the state is equally dialectical : the revolution could only build liberty by destroying liberty, could only demolish the monarchy by recreating a monarchy, could only abolish unequal laws by constructing new unequal laws, and yet, post-Revolutionary France will never be able to reverse the profound transformations achieved, will never be able to reinstate feudalism, the nobility, the old mode of production, the old laws, the Ancien R&#233;gime. The entire world was no longer the same after the French Revolution, and the greatest minds of the time recognized this.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goethe, amazed by the 1792 victory of the French revolutionary volunteer army at Valmy against the Prussian army, the strongest professional army in Europe, which he had witnessed from the German side and which would be the beginning of the victories of the French Revolution against the feudal and royal reaction of Europe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;From today and from this place begins a new era in the history of the world !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel in &#034;Reason in History&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;No power can destroy the spirit of a people, either from without or from within, unless it is already lifeless, unless it has already perished.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Around the time of the French Revolution, it seemed that the universe had suddenly expanded infinitely : beyond the emancipatory work accomplished by the Enlightenment, a new world was being discovered, overflowing : like a spring flood, the landscape was formed and arranged like the garden of traditional humanism.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a letter to Schelling in 1795, Hegel offered this assessment of the French Revolution : &#034;Instead of begging for their trampled rights, the people will appropriate them.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us recall that dialectics is the law of change through the development of contradictions and leaps in dynamics, a law in which opposites combine and transform into one another, the negative into the positive, which is a negation of the negation. Negative and positive are not the only possibilities ; the two can construct numerous combinations by linking and interacting. For Hegel, the positive is nothing other than the negation of the negation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel in his &#034;Lectures on the History of Philosophy&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;We must acknowledge the negative aspect&#8230; We must recognize the contradiction inherent in existence. The old institutions, which no longer had a place in the developed sense of conscious self-freedom and of humanity, which had their foundation and support in the apathy&#8230; of conscience, which no longer corresponded to the Spirit that had established them, and which, despite the new scientific culture, continued to be considered sacred and just in the eyes of reason, were overthrown by the French philosophers&#8230; This aspect behaved destructively against what was destroyed within itself&#8230; The French Revolution was rendered inevitable by the rigid obstinacy of prejudices, pride, the total absence of thought, and greed. The philosophers had only general thoughts, an abstract idea of &#8203;&#8203;what should be&#8230;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel, in &#034;Science of Logic&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The only thing necessary to achieve scientific progress, and toward the understanding of which we must essentially strive, is the knowledge of this logical proposition : the negative is also positive ; that which is contradicted does not resolve itself into zero, into abstract nothingness, but essentially into the negation of its particular content&#8230; It is a new concept, but higher, richer than the previous one, because it has been enriched by its negation, in other words, by its opposite ; it therefore contains it, but also more than it, it is the unity of itself and its opposite.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article567&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3895&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3895&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2175&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel's (and later Marx's) dialectic is capable of understanding revolutions because it is a revolutionary thought.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel, unlike many modern intellectuals, knew that revolution brings about novelty, that the world changes radically and qualitatively, that what seems eternal to us is merely an illusion, and that the force of change is not to be found outside but within the old society itself. And this is what is most astonishing, and therefore most revolutionary, in Hegel's thought : the existence of revolutionary forces within an order that seems solid, stable, and lasting. Not even a rock is solid, and neither is human society. This is Hegel's main message : radical change potentially exists within the most seemingly solid order.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel in his &#034;Lectures on the Philosophy of History&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Thought, the concept of law, suddenly asserted itself, and the old edifice of iniquity could not withstand it. Within the framework of law, a constitution was then built, everything resting on this foundation&#8230; It was a magnificent sunrise. All thinking beings celebrated this era. A sublime emotion reigned at that time ; the enthusiasm of the spirit thrilled the world&#8230;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Referring to the work of the French revolutionaries, Hegel writes in &#034;Encyclopedia of the Philosophical Sciences&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;In the midst of the revolutionary storm, their understanding manifested itself in the firmness with which they succeeded in bringing about the ethical order of the new world against the powerful alliance of the partisans of the old order ; in the firmness with which they realized, one after the other, and in their most extreme determination and opposition, all the constitutive moments of the development of the new political life. It is precisely by carrying each of these moments to the extreme point of its unilateralism, by pushing each unilateral principle to its ultimate consequences, that they were led by the dialectic of world historical reason to a political situation in which all the previous unilateralisms of political life appear to have been lifted.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...led by the dialectic of world historical reason...&#034; that is what Hegel brilliantly remarks about the French revolution which led to the world revolution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A dialectic that produces creative novelty&#8212;that is what Hegel observes, realizing that every day in France brings astonishing new developments, to the point that one cannot imagine what will happen next. He replies to those who ask what will happen next in France : &#8220;Wait until I receive the latest gazette to find out. It is impossible to imagine, as it could be yet another incredible event.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The newspaper &#034;Les r&#233;volutions de Paris&#034; wrote the day after the proclamation of the Republic : &#034;We are the first and only ones to base our revolution on the sacred laws of equality, in this respect differing from the English charter which admits a king, a nobility and two Chambers, upper and lower.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A revolutionary of that era proudly declared : &#034;We are creating what has not existed.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nothing is more dialectical than revolutions, and among these, the French Revolution (or rather the two revolutions of 1789 and 1793).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4774&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4774&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indeed, the revolution is a good example of the fact that &#034;all order must give way to disorder leading to a new order&#034; and that &#034;everything that exists deserves to disappear and die.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4176&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4176&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yes, the revolution suddenly reveals that the old social order has become unreal, founded on lies, and this situation is a brutal discovery for both the powerful and the powerless. The old order is brutally severed from economic and social reality.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels in &#034;Ludwig Feuerbach&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Now, according to Hegel, reality is by no means an attribute that belongs by right in all circumstances and at all times to a given social or political state of affairs. Quite the contrary. The Roman Republic was real, but the Roman Empire that supplanted it was no less so. The French monarchy of 1789 had become so unreal, that is to say, so devoid of all necessity, so irrational, that it necessarily had to be abolished by the great Revolution, which Hegel always speaks of with the greatest enthusiasm. Here, the monarchy was therefore the unreal and the Revolution the real. And so, in the course of development, everything that was previously real becomes unreal, loses its necessity, its right to exist, its rational character ; a new and viable reality replaces the dying one, peacefully if the old state of affairs is reasonable enough to die without resistance, violently if it rebels against this necessity.&#8221; And so Hegel's thesis, through the workings of Hegelian dialectic itself, turns into its opposite : everything that is real in the realm of human history becomes, with time, irrational, is therefore already irrational by its very nature, tainted in advance with irrationality ; and everything that is rational in the minds of men is destined to become real, however much this may contradict apparently existing reality. The thesis of the rationality of all reality resolves itself, according to all the rules of Hegelian dialectic, into this other : Everything that exists deserves to perish.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first of the dialectical contradictions is that of the Ancien R&#233;gime. It was designed to prevent any change that would be detrimental to the nobility, and the first social class to destabilize it, before the bourgeoisie, before the common people, was&#8230; the nobility ! The aristocratic counter-revolution marked the beginning of the pre-revolutionary period.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9r%C3%A9volution_fran%C3%A7aise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9r%C3%A9volution_fran%C3%A7aise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The contradictions of the Ancien R&#233;gime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gauchemip.org/spip.php?article4071&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gauchemip.org/spip.php?article4071&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques d'Hondt writes : &#8220;The French Revolution was the explosion of economic, social, and political contradictions. It was because the regime was entangled in its contradictions and no longer knew how to extricate itself that Louis XVI convened the Estates-General. Among other things, a clear political contradiction then emerged : it was because he felt powerless in a difficult situation, and primarily because he no longer knew where or how to find money to resolve the financial crisis, that Louis XVI de facto acknowledged his dependence on the Estates-General. He presented himself before them, in this respect, as a supplicant. And at the same time, contradictorily, he claimed to speak to them as their master ! (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
What initially appeared cruelly negative becomes a positive factor for those who know how to use it. The financial deficit that burdened the nation in 1789, and which was to be borne by the Third Estate, became for the latter a formidable weapon against the absolute monarchy. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In 1789, Hegel drew the lesson from this : &#034;How blind are those who can believe that institutions, constitutions, laws which no longer agree with the customs, needs and opinions of the people, which the spirit has left in flight, can continue to maintain themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Institutions, Hegel said, are no longer in harmony with customs ; whereas previously they were. Where there was no contradiction, a contradiction gradually emerged. This is the living and active contradiction, the process of becoming contradictory, the birth, the sharpening, then the bursting forth and resolution of contradiction in things and in ideas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And this is what the dogmatic interpreters of classical logic can neither understand nor admit. Therefore, they are unable to understand or admit a revolution. For them, what is, is ; what is not, is not&#8212;and there can be no third term. Yet, between feudalism and capitalism, between monarchy and republic, there must be a transition. And it is this transition that is revolutionary. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In revolution, everything is constantly becoming. And it is this becoming, this fluidity, that must be grasped and, if possible, controlled. As Hegel said, &#034;Everything is, and also is not. For everything flows, is in perpetual change.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/cafon_0395-8418_1991_num_63_1_1565&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/cafon_0395-8418_1991_num_63_1_1565&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The French Revolution demonstrated that an order seemingly as solid as a rock can shatter brutally&#8230; like a rock. The country that had been one of the strongest pillars of feudal reaction in Europe, a monarchy seemingly irrevocably bound to the name of France, broke so completely that the monarchy died there, feudalism vanished overnight, and the country transformed itself into the most formidable enemy of feudalism in Europe. It drove out, at the bayonets of its volunteer soldiers, the most formidable of European armies, that of Prussia, presumed invincible for its trained professional armies, and forced European heads of state to recognize the new revolutionary power, even though these same heads of state had proclaimed their intention to crush this revolution in blood and reinstate the King of France and the French nobility. From the absolute right of the monarch, we move directly to the absolute right of the people. From absolute monarchy, we move to absolute republic. From the lettre de cachet to the people's right to self-determination. From the reign of the Catholic Church to republican secularism. From feudal rights to individual rights and individual liberty. The universe suddenly ceased to revolve around the Sun King, and the center was everywhere ! A reversal of the apparent absolute order&#8230; and the creation of a completely new order. From a France unthinkable without its monarchy to a new France unthinkable with a monarchy, there was but one step.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The dialectical transition from order to disorder and then to a new order is proven, and this is far from being the only dialectical manifestation of the French Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yes indeed ! It's the dialectic of order and disorder that we find at many other levels and in other areas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6814&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6814&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5028&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, the French revolution was simultaneously bourgeois and proletarian (in the sense of the committees and sections of unarmed workers), simultaneously libertarian and authoritarian, simultaneously anti-statist and constructive of a new state, simultaneously&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://shs.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-revolution-francaise-2015-3-page-254?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-revolution-francaise-2015-3-page-254?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/chrhc/13302&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/chrhc/13302&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Within the context of the French Revolution, all historical observations are inherently dialectical. The interplay of opposites leads to an extraordinarily innovative dynamic, resulting in the emergence of new developments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is the contradiction between the spontaneous and tumultuous nature of self-organization and the structured and manipulated nature of power from above during the revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Self-organization was a constant feature of the French Revolution, even if it was always in contradiction, in a power struggle with the State : local electoral assemblies, the grievance lists, and the Estates-General refusing to dissolve in 1789 ; sections that were permanently established in 1792 ; clubs, the sans-culottes movement, popular societies in 1793, the Enrag&#233;s, the Legions of Volunteers, surveillance committees, revolutionary organizations, pike committees, women's associations, revolutionary committees, insurrectionary communes in 1794, and so on. The Jacobin bourgeoisie more or less accompanied, guided, and manipulated this mass movement, but it never truly supported it and constantly worked to re-establish a strong bourgeois State, the antithesis of popular power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5794&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5794&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the French Revolution, bourgeois democracy and the dictatorship of the popular masses were in dynamic contradiction&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article244&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article244&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Within the revolution, class collaboration between the bourgeoisie and the exploited, and also radical struggle between them, are intertwined in a contradictory manner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, there is a bourgeois revolution within the revolution of the most destitute, of the unemployed, and a quasi-proletarian revolution within the bourgeois revolution. Nothing is more dialectical than the permanent revolution, which constantly pushes its social radicalism further.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1398&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1398&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These internal, dialectical, and violent contradictions explain why the change was so brutal and dramatic. Even today, we are struck by the speed and radical nature of the transformation. The king, who was adored and admired by the people, was beheaded, and his descendants were deposed. The monarchy was uprooted, and feudalism abolished overnight. Feudal and religious properties were sold off.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From an extremely divided France, which was a juxtaposition of provinces, regions, administrative entities with diverse rules, dialects, local powers, regional rules and laws, and peoples of diverse origins, the revolution created in record time a unified nation, conscious of itself, from Paris to Marseille, and speaking politically and socially with one voice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From a country long subjected to feudalism and royalty, he does exactly the opposite, the people brutally becoming an enemy of everything that represents nobility and royal power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From a country deeply divided socially and politically, the revolution cemented a people. But this people, who believed themselves to be united, continued to harbor contradictions within themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin in &#034;The Class Struggle under the First Republic&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;In an article from January 1849, Engels pointed to the 'permanent revolution' as one of the characteristic features of the 'glorious year 1793'. Marx was the first to realize that in France, in the midst of the bourgeois revolution, the Enrag&#233;s, and then the Babouvists, had introduced an embryo of proletarian revolution.&#034; As early as 1845, therefore before Michelet, Marx observed, in &#034;The Holy Family,&#034; that &#034;the revolutionary movement, which had as its principal representatives, in the middle of its evolution, Leclerc and Roux and finally succumbed for a moment with the Babeuf conspiracy, had given rise to the communist idea (...)&#034; And, two years later, regarding the Babouvists, he emphasized that &#034;the first appearance of a truly active communist party occurred within the framework of the bourgeois revolution.&#034; (...) Engels added : &#034;When, later, I read Bougeart's book on Marat, I realized that in more than one respect, we had only unconsciously imitated the great authentic model of the Friend of the People (...) and that he, like us, refused to consider the Revolution as over, wanting it to be declared permanent.&#034; &#8220;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx and Engels, in fact, drew inspiration from this historical concept of permanent revolution, making it a rule of conduct for future revolutions. (&#8230;) Thus, in March 1850 (&#8230;), they wrote to the Communist League : &#8216;It is in our interest and our duty to make the revolution permanent, until all the more or less propertied classes have been driven from power, until the proletariat has conquered public power (&#8230;).' And they concluded their appeal with this &#8216;battle cry' : permanent revolution ! In April of the same year, Marx and Engels, together with the Blanquists, founded a Universal Society of Revolutionary Communists, whose first article pledged to maintain &#8216;permanent revolution until the realization of communism.'&#8221; It was in the same vein that Lenin &#8211; who knew the March 1850 circular almost by heart and quoted it frequently &#8211; would write in 1905 : &#034;We are for the uninterrupted revolution.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky, who deepened and developed Marxist thought on this point, wrote : &#8220;The idea of &#8203;&#8203;permanent revolution was put forward by the great communists of the first half of the 19th century, Marx and his followers, to counter the bourgeois ideology which, as is well known, claims that after the establishment of a &#8216;rational' or democratic state, all questions could be resolved through the peaceful path of evolution and reform. (&#8230;) Permanent revolution, in the sense that Marx gave to this concept, means a revolution that refuses to compromise with any form of class domination, that does not stop at the democratic stage but proceeds to socialist measures and war against external reaction, a revolution in which each stage is contained in germ within the preceding stage, a revolution that ends only with the total liquidation of class society.&#8221; (in &#034;The Permanent Revolution&#034;)&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) As Trotsky wrote : &#034;The distinction between bourgeois revolution and proletarian revolution is the alphabet. But, after learning the alphabet, one learns the syllables, which are formed of letters. History has combined the most important letters of the bourgeois alphabet with the first letters of the socialist alphabet.&#034; (...) As early as 1905, he wrote : &#034;A general sociological definition, 'bourgeois revolution,' in no way resolves the problems of politics and tactics, the antagonisms and difficulties posed by the very mechanism of this bourgeois revolution. Within the framework of the bourgeois revolution of the late 18th century, whose objective aim was the domination of capital, the dictatorship of the sans-culottes proved possible.&#034; In the early 20th-century revolution, which also proved bourgeois in its immediate objectives, the inevitability, or at least the probability, of the political domination of the proletariat is clearly emerging in the very near future. (from &#034;History of the Russian Revolution&#034;)&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) The two perspectives from which the French Revolution must be considered&#8212;one relating to the objective conditions of the time (bourgeois revolution), and the other to the internal mechanism of the revolutionary movement (permanent revolution)&#8212;are only superficially contradictory. I will now explain why.&lt;br class='autobr' /&gt;
The fact that, even during a bourgeois revolution, the internal dynamics of the Revolution lead the proletariat to become more or less aware of its own class interests and to seek, more or less confusedly, to seize power does not contradict the materialist conception of history according to which material relations imperatively condition the evolution of societies. It does not justify a &#034;voluntarist&#034; thesis which, neglecting what is objectively possible, would imagine that will alone is enough to make it possible. The theory of permanent revolution remains firmly grounded in historical materialism. It explains the attempt to transcend the bourgeois revolution, not through psychological reasons, not through the &#034;idealistic&#034; intervention of the human will, but through certain purely &#034;material&#034; circumstances. Here's how. A society, and consequently the material relations existing within it, is never homogeneous because the entire historical process is founded on the law of the unequal development of the productive forces. Lenin highlighted one aspect of this law when, in his analysis of imperialism, he emphasized the &#034;disproportion in the speed of development of different countries,&#034; the &#034;differences between the speed of development of the different elements of the world economy,&#034; and stated : &#034;Under capitalism, there can be no equal development of enterprises, trusts, branches of industry, or countries.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Trotsky showed that &#034;from this universal law of unequal rhythms arises another law which, for lack of a more suitable name, can be called the law of combined development,&#034; in the sense that a society in the process of evolution is &#034;an original combination of the various phases of the historical process,&#034; &#034;of backward elements with the most modern factors.&#034; The author of &#034;History of the Russian Revolution&#034; illustrated this law very strikingly by applying it to early 20th-century Russia. But it has a much broader scope. It applies to all modern societies. Marx had already applied it to Germany in 1847. He had observed that &#8220;in this country, where the political misery of the absolute monarchy still exists with all its attendant castes and decaying semi-feudal conditions, there already exists, on the other hand, partially, as a consequence of industrial development and Germany's dependence on the world market, the modern oppositions between the bourgeoisie and the working class, with the resulting struggle.&#8221; And he based his conception of permanent revolution on &#8220;this contradictory situation&#8221; : &#8220;The German bourgeoisie thus finds itself already, too, in opposition to the proletariat, even before it has politically constituted itself as a class.&#8221; Trotsky merely elaborates on Marx's thought when he emphasizes that &#8220;the theory of permanent revolution was founded on this law (&#8230;) of the inequality of historical development.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Applying the law of combined development to the French Revolution allows us to understand why the great Revolution took on the dual character of a bourgeois revolution and a permanent revolution. It explains why, despite the fact that the objective conditions of the time still only allowed for the victory of the bourgeoisie, the bourgeois revolution already contained within it the embryo of a proletarian revolution. This is because France in 1793 was, from the perspective of the evolution of forms of production and property, a heterogeneous combination of retrograde and modern elements, of factors that lagged behind the bourgeois revolution and others that tended to leapfrog it. The archaic conditions of land ownership and cultivation in certain regions, such as the Vend&#233;e and Brittany, had contributed to keeping these provinces mired in serfdom. However, technological progress, the beginnings of the Industrial Revolution, and the economic developments that had concentrated a considerable mass of workers in cities, and especially in the capital, in the face of an already wealthy and powerful bourgeoisie, had given the sans-culottes (and particularly the Parisian sans-culottes) a centuries-long advantage over the peasants of the West and the South. Paris already had over 700,000 inhabitants by 1793.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Two worlds overlapped : in the very carriage that was taking Louis, king by the grace of God, to the scaffold, sat the fervent Jacques Roux, a (still fledgling) pioneer of the proletarian revolution, representing the Paris Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Did a proletariat even exist ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Let us consider for a moment the sans-culottes of Year II : we will be struck by the composite nature of their traits. They themselves are the product of combined development. If the question were posed in a simplistic form : did a proletariat exist in 1793 ? The answer would have to be both no and yes. Undoubtedly, there was no proletariat in the sense that this word acquired in the 19th century, that is to say, large masses of workers who had lost ownership of their means of production and were concentrated in vast enterprises. (&#8230;) Moreover, the differentiation within the Third Estate was already pronounced and continued to deepen during the five years of the Revolution. The bourgeois of 1789 was already a figure of considerable importance. Landowner, wealthy merchant, industrialist, holder of an office (judicial, financial, etc.), his lifestyle, manners, even his attire, aligned him far more closely with the aristocracy than with the working class. Inflation and the high cost of living, on the one hand, and on the other, the lucrative acquisitions of nationalized property and the enormous profits made on war supplies, began to create a rift between the bourgeoisie and the sans-culottes. The poor grew poorer, while the wealth of the rich became more blatant.&lt;br class='autobr' /&gt;
The distinction already existed, albeit to a lesser degree, between the petty bourgeoisie and manual laborers. To lump together, as is sometimes done, all the social strata that constituted the vanguard of the Revolution under the term &#034;petty bourgeoisie&#034; or &#034;democracy&#034; is, in my opinion, too simplistic. The petty bourgeoisie of that era already played, albeit in an embryonic form, an intermediary role between the bourgeoisie and the workers. (...) The Jacobin party, both petty-bourgeois at its head and popular at its base, reflected this contradiction. (...) Thus, the demonstration of September 4, 1793, was specifically workers' ; it brought together almost exclusively journeymen, and the petty bourgeoisie seem to have felt some unease : the incident between Chaumette and the worker Tiger is significant in this regard. The strikes of winter and spring 1794 were also, by their very nature, specifically proletarian movements from which the Jacobin petty bourgeoisie distanced themselves and which they slandered, calling them &#034;counter-revolutionaries.&#034; Finally, during the Prairial Days (May 1795), we will see the small business owners of the Faubourg Saint-Antoine play a role distinctly different from their comrades : while the latter, of their own accord, would have continued the struggle, the former, frightened by the class character it had taken on, pushed for a compromise with the Thermidorian bourgeoisie (a compromise that proved fatal to the insurgents). (...) Wishing to use a term that marks, without exaggerating, the relative difference existing between petty bourgeois and workers, I have borrowed from Michelet the expressive term &#034;bare arms.&#034; The historian observes that if the defense of Nantes against the Vend&#233;ans had been solely bourgeois, Nantes would have been lost. &#8220;It was necessary,&#8221; he writes, &#8220;that the bare arms, the rough men, the workers violently take sides against the brigands.&#8221; (&#8230;) The composite nature of the &#8220;sans-culottes&#8221; of 1793 must never be lost sight of if one wants to understand the complex mechanism of the final phase of the Revolution. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx showed in &#8220;On the Jewish Question&#8221; how the revolutionary movement, &#8220;by declaring the revolution permanent,&#8221; had placed itself &#8220;in violent contradiction&#8221; with the objective conditions of the bourgeois revolution, which ultimately resulted in &#8220;the restoration of religion, private property, and all the elements of bourgeois society.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels offered various analyses of this setback, common to all revolutions of the old type (that is, of periods when proletarian revolution was still objectively impossible). After showing how an embryonic proletariat, grouped around Thomas M&#252;ntzer in Germany at the beginning of the 16th century, formulated the rudiments of communist demands, he wrote : &#8220;But, at the same time, this anticipation, beyond not only the present, but even the future (&#8230;) was bound, at the first attempt at practical application, to fall back within the narrow limits permitted only by the conditions of the time.&#8221; &#8220;It was not only the movement of that time, but its entire century that was not yet ripe for the realization of the ideas that it itself had only begun to glimpse very dimly. The class it represented, far from being fully developed and capable of subjugating and transforming the whole of society, was merely in its infancy.&#8221; The social upheaval that vaguely presented itself to his imagination had so little basis in existing material conditions that these conditions were even preparing a social order that was absolutely the opposite of the social order he dreamed of. It was therefore easy for the bourgeoisie, led by Luther, to crush the movement. (&#8230;) Elsewhere, regarding the revolutions in Paris, Engels describes the ebb as follows : &#8220;The proletariat, which had bought victory with its blood, appeared after the victory with its own demands. These demands were more or less obscure and even confused, according to the corresponding degree of development of the Parisian workers, but, ultimately, they aimed at the suppression of the class antagonism between capitalists and workers. (&#8230;) But the demand itself, however indeterminate it still was in its form, contained a danger to the established social order ; the workers who made it were still armed ; for the bourgeois who were at the helm of the State, the disarmament of the workers was therefore the first duty.&#8221; Hence, after each revolution in which the workers were victorious, a new struggle arises, which ends in the defeat of the workers.&lt;br class='autobr' /&gt;
And, in another text, Engels elaborates : &#8220;After the first major success, it was the rule that the victorious minority would split in two : one half was satisfied with the result obtained, the other wanted to go even further, making new demands. (&#8230;) These more radical demands did prevail in some cases, but frequently only for a moment : the more moderate party regained supremacy, the latest gains were lost again in whole or in part ; the vanquished then cried treason or blamed the defeat on chance. But in reality, this was most often the case : the gains of the first victory were only secured by the second victory of the more radical party ; once this was achieved, that is to say, what was momentarily necessary, the radical elements disappeared again from the scene of operations, and their success with them.&#8221; All the great revolutions of modern times, beginning with the great English Revolution of the 17th century, exhibited these traits, which seemed inseparable from any revolutionary struggle.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) The precise point at which the Revolution reaches its zenith and where the decline begins (...) I place at the end of November 1793. (...) From 1789 until the date just proposed, the revolutionary movement, I will show, advanced in successive leaps, constantly because the objective limits of the bourgeois revolution had not yet been reached. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
The theory of permanent revolution has a corollary which, for the sake of clarity in my analysis, I have only touched upon in the preceding exposition. Because revolution is permanent&#8212;that is, because the problem of proletarian revolution already arises (albeit in a more or less embryonic form) during the bourgeois revolution&#8212;the revolutionary bourgeoisie, for its part, is not solely preoccupied with liquidating the class it has succeeded. It is also concerned about what is happening on its left. It is alarmed to see that the working masses, whose active participation is essential to putting an end to the old regime, and into whose hands it has had to place weapons, are trying to take advantage of the circumstances to obtain satisfaction of their own demands. The fear inspired by the popular vanguard makes it refrain from striking too swiftly and brutally at the counter-revolution. It hesitates at every moment between the solidarity that unites it with the people against the aristocracy and that which unites all the propertied classes against the non-property-makers. This pusillanimity renders it incapable of completing the historical tasks of the bourgeois revolution.&lt;br class='autobr' /&gt;
The popular vanguard must therefore force the monarchy's hand, push it forward, literally wrest from it the radical measures whose necessity it keenly feels but which frighten it. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
On the eve of 1789, the bourgeoisie, let us repeat, was no longer, to a very limited extent, a lower class. It was quite closely linked to royal absolutism and the class of large landowners. It already held a considerable share of economic power. Moreover, it had been allowed to pick up the crumbs from the feudal feast (many bourgeois had received titles of nobility, enjoyed feudal rents, held offices, and wore breeches and stockings like the nobles). (&#8230;) The violence with which the popular masses attacked the old regime frightened the bourgeoisie from the outset.&lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Lefebvre observes, in his &#034;Great Fear of 1789&#034; : &#034;Exasperated by hunger, the peasant threatened the aristocracy with an irresistible assault. But the bourgeoisie itself was not safe. It did not pay its share of taxes either ; it owned many lordships : it was the bourgeoisie that provided the lords with their judges and stewards ; it was the bourgeoisie who leased the collection of feudal dues.&#034; (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
On a purely political level, we note the same hesitation on the part of the bourgeoisie in fulfilling its historical duties. Thus, on July 14, 1789, it was literally forced into action. (...) &#034;Thus, the signal for the violent conquest of the Bastille was not given by the bourgeoisie. It was despite its efforts at conciliation that the people seized the old prison.&#034; If the sans-culottes hadn't forced the bourgeoisie's hand, the National Assembly would have ultimately succumbed in its rebellion against the royal bayonets. Similarly, without the march on Versailles on October 5th, with its starving, bare arms, and without their irruption into the Assembly, the Declaration of the Rights of Man would not have been ratified. Without the groundswell of August 10, 1792, the bourgeoisie would have retreated before the Republic and universal suffrage.&lt;br class='autobr' /&gt;
At the beginning of 1793, we will see the largest and wealthiest wing of the bourgeoisie (the Girondins) back down out of fear and hatred of the sans-culottes, hesitate before the radical measures that alone could save the Revolution, and ultimately slide toward royalism. We will then see the most audacious faction of the bourgeoisie (the Mountains), which supplanted those who had betrayed the cause of the Revolution, hesitate in turn to push the struggle to its conclusion. It will take the intervention of the suburbs for them to decide to punish the leaders of the Girondins and rid the army of reactionary officers. (&#8230;) Thus, for society to be entirely purified of feudal and absolutist vestiges, the intervention of the proletariat itself was already necessary at the end of the 18th century. The bourgeois revolution would not have been carried to its conclusion if it had not been accompanied by the embryo of a proletarian revolution. (&#8230;) Engels, drawing from his comparative study of the English and French revolutions, concludes that &#8220;without the plebeian element in the cities, the bourgeoisie alone would never have carried the battle to a decisive conclusion,&#8221; and he adds : &#8220;it seems that this is, in fact, one of the laws of the evolution of bourgeois society.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
We will now consider the French Revolution from the perspective of the forms of popular power. The theory of permanent revolution will help us to uncover certain aspects that have too often escaped republican historians. These historians have been content to present the great Revolution as the cradle of parliamentary democracy. They have not perceived (or have chosen not to perceive) that, precisely because it was, at the same time as a bourgeois revolution, an embryo of a proletarian revolution, it carried within it the germ of a new form of revolutionary power whose features would become more pronounced during the proletarian revolutions of the late 19th and 20th centuries. They have not sufficiently marked the historical lineage which, from the Commune of 1793, leads to that of 1871, and even less, of course, that which from the Commune of 1793 and 1871 leads to the soviets (councils) of 1905 and 1917. They have not seen that the essential data of the problem of power as it arose for the proletariat during the Russian Revolution (duality of powers, revolutionary constraint of the proletariat) were already manifesting themselves, although in an embryonic form, during the French Revolution, and in particular, in its last phase.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) We see the first symptoms of a dual power structure as early as July 1789. On the eve of the Revolution, there was a dual power structure not only between the king and the National Assembly, but also between the National Assembly, interpreting the will of the upper bourgeoisie, and the Paris Commune, the latter relying on the lower strata of the Third Estate in the capital. (&#8230;) The dual power structure manifested itself much more markedly during the insurrection of August 10, 1792. As early as the second half of July, the sections had appointed delegates who met at the H&#244;tel de Ville. (&#8230;) On August 10, the assembly of sections replaced the legal Commune and constituted itself as the Revolutionary Commune. It presented itself to the bourgeois Assembly as the organ of the popular will. (&#8230;) But the dual power structure is a revolutionary, not a constitutional, phenomenon. It can last for a while, but not very long. (&#8230;) Sooner or later, one of the powers ends up eliminating the other. (&#8230;) &#8220;The duality of powers is, in its essence, a regime of social crisis : marking an extreme fragmentation of the nation, it entails, potentially or openly, civil war.&#8221; In the aftermath of August 10, the powers of the revolutionary Paris Commune and those of the Assembly were momentarily balanced. This situation, which provoked an acute political crisis, lasted only a few weeks. One of the two powers ultimately had to give way to the other, and that was the Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
On May 31, 1793, the duality of powers once again took on an open form. As on August 10, a revolutionary Commune had replaced the legal Commune and, facing the Convention and its Committee of Public Safety, had emerged as a new power. But this time, the duality lasted only for a morning. The official authorities, as we shall see, hastened to erase the insurrectionary Commune from history.&lt;br class='autobr' /&gt;
After the fall of the Girondins, the struggle between the Convention and the Commune, between bourgeois power and the power of the masses, continued in a muted fashion. (&#8230;) The struggle took on a sharper character once again in November 1793, when the Commune, replacing the Convention, led the country into a campaign of dechristianization and imposed the Cult of Reason on the Assembly. The bourgeoisie retaliated by curtailing the powers of the Commune, which, by the decree of December 4, was placed under strict control of the central government.&lt;br class='autobr' /&gt;
In February-March 1794, the struggle between the two powers reignited. During this final phase, as we shall see, the power of the masses was represented more by the popular societies of the sections, grouped into a central committee, than by the Commune itself. But the leaders of the latter, spurred on by the movement of the masses, harbored thoughts of a coup d'&#233;tat. This was the supreme episode of the duality of power. The bourgeoisie accused the supporters of the Commune of wanting to &#034;debase national representation&#034; and it crushed popular power, thus delivering the final blow to the Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Read more :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4728&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4728&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4708&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4708&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3033&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3033&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/cafon_0395-8418_1991_num_63_1_1565&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/cafon_0395-8418_1991_num_63_1_1565&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And terror ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6636&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6636&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The dialectical nature of the strategy of the revolutionary proletariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8300&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Why has the Yellow Vest movement been compared to the French Revolution ? Because this movement didn't just demand change, fight against, and denounce the government ; it rejected the entire political and social power of the exploiters, their control of the state and society. And the French Revolution demonstrated to them that the working people can dialectically decide to reject the right to exploitation and the right to oppression. If the circumstances are right, their decision alone can change reality.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5281&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5281&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What role does dialectical philosophy play in the politics of revolutionaries ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3617&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Expropriate the expropriators, use wars and debts, like all forms of oppression, to turn them against the capitalist warriors and oppressive imperialists, annihilate those who want to eradicate humanity, declare war on the warmongers, seize the finances of those who cut off our financial resources, eliminate all political rights of those who deny us our political rights, dismantle the organizations of those who want to prevent us from organizing, shoot the generals who shoot at us, requisition the trusts that are driving us into bankruptcy, silence the priests linked to power and the pedophile manipulators of children, fire the firefighters, suppress the right to pollute public opinion for the media that refuse to broadcast our opinions, deny the exploiters who deny us our democratic rights the right to participate in our democracy, disarm the capitalist armies and arm the working people, put internationalists at the head of the peoples who suffer national oppression and turn it against them Imperialism, decapitalizing the accumulators of capital, that is indeed the negation of revolutionary negation !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !</title>
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		<dc:date>2025-03-11T23:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution permanente</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot317" rel="tag"&gt;r&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution qui grandit au sein m&#234;me de la r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fraction de la r&#233;volution fran&#231;aise qui se retourne contre elle, ce sont les La Fayette, les Siey&#232;s, les Mirabeau, les Barnave, les Lameth, les Duport et bien d'autres personnages de d&#233;buts de la r&#233;volution qui se sont affol&#233;s quand elle a commenc&#233; &#224; d&#233;truire la royaut&#233;, condamner &#224; mort le roi et construire la r&#233;publique et surtout quand les masses populaires ont montr&#233; qu'elles pouvaient jouer un r&#244;le dirigeant elles aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fraction, c'est celle de la bourgeoisie girondine qui s'affole de l'alliance entre le peuple travailleur (sans culottes, bras nus, femmes r&#233;volutionnaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me fraction, ce sont les dirigeants de l'appareil d'Etat et les chefs robespierristes. Ils sont en butte &#224; la mont&#233;e de la col&#232;re populaire devant la mis&#232;re. Ils sont contraints d'abord de rester li&#233;s au peuple r&#233;volutionnaire, de prendre des mesures de contrainte &#233;conomique pour combattre la mis&#232;re. Ils continuent &#224; soutenir la r&#233;volution &#224; son sommet en 1793 lors de l'attaque des Tuileries, de la commune de Paris, du deuxi&#232;me soul&#232;vement populaire de la R&#233;volution, mais ils combattent ensuite le mouvement populaire contre la pauvret&#233;, tentent de le d&#233;tourner en lutte de d&#233;christianisation, ils cassent et discr&#233;ditent les enrag&#233;s, les r&#233;publicaines r&#233;volutionnaires, les sections populaires, les comit&#233;s de piques et leurs dirigeants, les arr&#234;tent et les condamnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement de la contre-r&#233;volution, c'est Thermidor (27 juillet 1794). Mais ce n'est que son ach&#232;vement, pas son d&#233;but. Daniel Gu&#233;rin &#233;crit, dans &#171; La lutte de classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique &#187; que nous citons largement dans la suite, &#171; La volte-face gouvernementale ne fut pas limit&#233;e &#224; la question religieuse (contre les d&#233;christianisateurs)&#8230; mais ce fut la R&#233;volution dans son ensemble qui commen&#231;a son mouvement de recul. Tridon l'a fort bien compris. Il a m&#234;me rep&#233;r&#233; tr&#232;s exactement les dates fatidiques de l'&#233;v&#232;nement : du 28 novembre au 12 d&#233;cembre 1793. &#171; Entre ces dates, &#233;crit-il, se d&#233;bat la crise supr&#234;me de la R&#233;volution. &#187; La R&#233;volution interrompit sa marche en avant, la r&#233;action commen&#231;a, non pas en germinal, &#224; la fin de mars 1794, comme le pensent Michelet et Becker, mais d&#232;s le soir du 1er frimaire, du 21 novembre 1793, quand Robespierre, du haut de la tribune des Jacobins, d&#233;clara la guerre aux d&#233;christianisateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire iici quelques extraits :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17062 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/daniel_guerin.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1787226422' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Robespierre passait ainsi de principal dirigeant de la r&#233;volution &#224; principal organisateur de la contre-r&#233;volution au sein de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que la R&#233;volution fran&#231;aise, amoureuse de la libert&#233;, bascule dans &#171; la Terreur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Montagnards, Robespierre et les Jacobins &#233;taient-ils l'aile marchante de la r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie directe de 1793 et Etat bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maximilien Robespierre, dirigeant de la r&#233;volution bourgeoise fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, d&#233;fenseur jusqu'au bout de la politique r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Danton et la r&#233;volution fran&#231;aise</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Danton et la r&#233;volution fran&#231;aise &lt;br class='autobr' /&gt;
Biographie : &lt;br class='autobr' /&gt;
Georges Jacques Danton est n&#233; dans une famille bourgeoise d'Arcis-sur-Aube (Aube). Apr&#232;s avoir suivi des &#233;tudes de droit &#224; Paris, il acquiert gr&#226;ce &#224; la dot de sa femme, une charge d'avocat au Conseil du roi. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la R&#233;volution, Danton s'engage dans la Garde nationale et est &#233;lu pr&#233;sident du district parisien des Cordeliers en octobre 1789. L'ann&#233;e suivante, il fonde le club des Cordeliers o&#249; il fr&#233;quente Camille Desmoulins et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Danton et la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Biographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Jacques Danton est n&#233; dans une famille bourgeoise d'Arcis-sur-Aube (Aube). Apr&#232;s avoir suivi des &#233;tudes de droit &#224; Paris, il acquiert gr&#226;ce &#224; la dot de sa femme, une charge d'avocat au Conseil du roi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la R&#233;volution, Danton s'engage dans la Garde nationale et est &#233;lu pr&#233;sident du district parisien des Cordeliers en octobre 1789. L'ann&#233;e suivante, il fonde le club des Cordeliers o&#249; il fr&#233;quente Camille Desmoulins et Marat, et devient c&#233;l&#232;bre par ses talents d'orateur. Apr&#232;s la fusillade du Champ-de-Mars du 17 juillet 1791 contre les manifestants r&#233;publicains, il part pour un court exil en Angleterre, puis regagne Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1791, Danton est &#233;lu second substitut du Procureur de la Commune de Paris avant de devenir ministre de la Justice en ao&#251;t 1792. Homme fort du gouvernement, il parvient &#224; &#233;viter la panique dans une France envahie par les arm&#233;es prussiennes. Par pragmatisme, il n'h&#233;site pas &#224; engager des n&#233;gociations secr&#232;tes avec les puissances coalis&#233;es pour rechercher une paix rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Pour vaincre l'ennemi, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
(2 septembre 1792)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la victoire de Valmy le 20 septembre 1792, Danton est &#233;lu d&#233;put&#233; &#224; la Convention nationale et quitte ses fonctions de ministre. Si&#233;geant avec les Montagnards mais soucieux de l'union de tous les r&#233;publicains face aux attaques ext&#233;rieures, il tend la main aux Girondins. La main tendue est refus&#233;e par ceux-ci qui l'attaquent sur sa gestion financi&#232;re au minist&#232;re de la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les Montagnards, Danton vote la mort du roi Louis XVI en janvier 1793. En avril de la m&#234;me ann&#233;e, il obtient la cr&#233;ation du Comit&#233; de Salut public charg&#233; de faire face aux dangers qui menacent la R&#233;publique : invasion &#233;trang&#232;re et guerre civile avec le soul&#232;vement de la Vend&#233;e. Danton, qui domine le Comit&#233; de Salut public, n'y est pourtant pas r&#233;&#233;lu en juillet 1793. Il lui est reproch&#233; de ne pas avoir su pr&#233;venir la trahison du g&#233;n&#233;ral Dumouriez et de ne pas avoir pris les mesures n&#233;cessaires pour une lutte efficace contre les ennemis de la R&#233;publique. Il se met alors en retrait de la vie politique pendant quelques temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les victoires militaires de fin 1793, Danton, avec son ami Camille Desmoulins, estime qu'il est temps d'arr&#234;ter les mesures exceptionnelles (La Terreur) et de revenir &#224; un gouvernement normal. Il cr&#233;e le mouvement des Indulgents, puis s'allie un temps avec Robespierre pour &#233;liminer les h&#233;bertistes. Cependant Danton, dont des amis sont compromis dans des scandales financiers, est accus&#233; de malversation. Arr&#234;t&#233; le 29 mars 1794, il est condamn&#233; &#224; mort puis guillotin&#233; le 5 avril avec Camille Desmoulins et plusieurs de ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comme pour Robespierre, il s'est vite constitu&#233; autour de sa personne une l&#233;gende. Et s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e entre historiens robespierristes et dantonistes une pol&#233;mique id&#233;ologique et politique qui a culmin&#233; sous la IIIe R&#233;publique. Pour les premiers, Danton est un politicien sans scrupules, v&#233;nal, capable de trahir la R&#233;volution ; pour les seconds, il est un ardent d&#233;mocrate, un patriote ind&#233;fectible, un homme d'&#201;tat g&#233;n&#233;reux.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Jacques_Danton&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Jacques_Danton&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/bios/danton.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/bios/danton.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Danton :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Patrie_en_danger_(Danton&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Patrie_en_danger_(Danton&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Aux_tribunaux&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Aux_tribunaux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6216282c&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6216282c&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750687/f94.image.langFR&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k750687/f94.image.langFR&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54946638.image&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54946638.image&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72971w.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72971w.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k729727.texteImage&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k729727.texteImage&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/1792/to-tribunals.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/france/revolution/1792/to-tribunals.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Harman :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/harman/1986/09/danton.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/harman/1986/09/danton.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Michelet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_VIII/Chapitre_4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_VIII/Chapitre_8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XII/Chapitre_1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XII/Chapitre_2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XVII/Chapitre_1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XVII/Chapitre_2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XVII/Chapitre_3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XVII/Chapitre_4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XVII/Chapitre_5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_XVII/Chapitre_6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Madelin :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_ann%C3%A9e_de_Danton/01&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_ann%C3%A9e_de_Danton/01&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_ann%C3%A9e_de_Danton/02&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_ann%C3%A9e_de_Danton/02&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_ann%C3%A9e_de_Danton/03&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Derni%C3%A8re_ann%C3%A9e_de_Danton/03&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Aulard :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1164340v.r=danton?rk=21459;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1164340v.r=danton?rk=21459;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Victor Hugo :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Quatrevingt-treize/II,_2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Quatrevingt-treize/II,_2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://belcikowski.org/publications5/index.php?article22/danton-robespierre-et-marat-vus-par-victor-hugo-dans-quatrevingt-treize&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://belcikowski.org/publications5/index.php?article22/danton-robespierre-et-marat-vus-par-victor-hugo-dans-quatrevingt-treize&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Jean Jaur&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/Le_Prologue&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/Le_Prologue&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/La_R%C3%A9publique&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/La_R%C3%A9publique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/Difficult%C3%A9s_et_d%C3%A9chirements&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/Difficult%C3%A9s_et_d%C3%A9chirements&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/La_mort_du_roi_et_la_chute_de_la_Gironde&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_socialiste/La_Convention/La_mort_du_roi_et_la_chute_de_la_Gironde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Romain Rolland :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Danton_(Romain_Rolland&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Danton_(Romain_Rolland&lt;/a&gt;)/Acte_I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Danton_(Romain_Rolland&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Danton_(Romain_Rolland&lt;/a&gt;)/Acte_II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Danton_(Romain_Rolland&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Danton_(Romain_Rolland&lt;/a&gt;)/Acte_III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3223809.r=danton?rk=42918;4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3223809.r=danton?rk=42918;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Mathiez :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2719&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2719&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In english&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/usa/parties/cpusa/voices-of-revolt/05-George-Jacques-Danton-VOR-ocr.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/usa/parties/cpusa/voices-of-revolt/05-George-Jacques-Danton-VOR-ocr.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/france/revolution/1792/to-tribunals.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/france/revolution/1792/to-tribunals.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/harman/1986/09/danton.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/harman/1986/09/danton.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution fran&#231;aise (1789-1793) reste une importante r&#233;f&#233;rence pour la lutte des classes contemporaine</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7388</link>
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		<dc:date>2023-10-18T22:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise (1789-1793) reste une importante r&#233;f&#233;rence pour la lutte des classes contemporaine &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La R&#233;volution n'a &#233;t&#233; faite et soutenue que par les derni&#232;res classes de la soci&#233;t&#233;, par les ouvriers, les artisans, les d&#233;taillistes, les agriculteurs, par la pl&#232;be, par ces infortun&#233;s que la richesse impudente appelle canaille et que l'insolence romaine appelait les prol&#233;taires &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Paul Marat (1743-1793) &lt;br class='autobr' /&gt;
Gilets jaunes et r&#233;volution fran&#231;aise&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi on a compar&#233; le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise (1789-1793) reste une importante r&#233;f&#233;rence pour la lutte des classes contemporaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La R&#233;volution n'a &#233;t&#233; faite et soutenue que par les derni&#232;res classes de la soci&#233;t&#233;, par les ouvriers, les artisans, les d&#233;taillistes, les agriculteurs, par la pl&#232;be, par ces infortun&#233;s que la richesse impudente appelle canaille et que l'insolence romaine appelait les prol&#233;taires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Paul Marat (1743-1793)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilets jaunes et r&#233;volution fran&#231;aise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi on a compar&#233; le mouvement des Gilets jaunes &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6358&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6358&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5250&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5250&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les insurg&#233;s de 2018-2019 en France ont-ils raison de se r&#233;f&#233;rer &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise 1789-1793 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lundi.am/L-universalite-du-commun-des-cabanes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lundi.am/L-universalite-du-commun-des-cabanes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;q=gilets+jaunes+et+r%C3%A9volution+fran%C3%A7aise+matierevolution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&amp;q=gilets+jaunes+et+r%C3%A9volution+fran%C3%A7aise+matierevolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5171&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5171&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise et nous, Daniel Gu&#233;rin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s, clubs, soci&#233;t&#233;s et assembl&#233;es r&#233;volutionnaires ou la d&#233;mocratie directe dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6535&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6535&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise, c'est la mobilisation des masses et leur auto-organisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5794&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5794&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la R&#233;volution fran&#231;aise anticipait la d&#233;mocratie des travailleurs r&#233;volutionnairement organis&#233;s en comit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4728&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4728&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Histoire des luttes de classes dans la R&#233;volution fran&#231;aise, vue par les historiens de la Restauration (Thierry, Guizot, Mignet, Thiers)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5971&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5971&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx et la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/marx-revolution-francaise/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/marx-revolution-francaise/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands noms de la r&#233;volution fran&#231;aise (1789-1795)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5333&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5333&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait le r&#233;volutionnaire Saint-Just ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4126&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, d&#233;fenseur jusqu'au bout de la politique r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Montagnards, Robespierre et les Jacobins &#233;taient-ils l'aile marchante de la r&#233;volution fran&#231;aise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui &#233;tait le r&#233;volutionnaire Jacques Roux ? Le premier communiste de la R&#233;volution fran&#231;aise !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4701&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4701&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marat, doublement combattu et calomni&#233;, comme scientifique et comme r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5363&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5363&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits, journaux et discours du r&#233;volutionnaire Marat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4704&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4704&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crits les moins connus de la R&#233;volution fran&#231;aise : ceux des r&#233;volutionnaires les plus radicaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5585&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5585&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre des farines, signe avant-coureur de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4876&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4876&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise de la Bastille et Quatorze juillet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5948&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5948&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arnaque du 14 juillet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4113&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4113&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des v&#233;rit&#233;s sur les mensonges du 14 juillet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1793 dans la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1069&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1069&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution de 1793&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article212&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article212&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sans culottes dans la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3621&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3621&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;Enrag&#233;s&#034; dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article362&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article362&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que la R&#233;volution fran&#231;aise, amoureuse de la libert&#233;, bascule dans &#171; la Terreur &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise et l'Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4708&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4708&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#233;cole de la R&#233;publique &#187; n'est pas &#224; l'&#233;cole de la r&#233;volution fran&#231;aise&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5579&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5579&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; l'histoire socialiste de la r&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4520&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4520&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une Histoire ou des multiples histoires de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4458&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4458&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes de classes dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4167&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4167&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution fran&#231;aise et l'esclavage des Noirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2732&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2732&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adolphe Thiers : le point de vue d'un historien bourgeois sur la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article408&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article408&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augustin Thierry et la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article412&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article412&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les historiens bourgeois reconnaissaient la lutte des classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article459&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article459&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise &#233;pur&#233;e de sa conception stalinienne par Daniel Gu&#233;rin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3753&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3753&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A qui profita la r&#233;volution fran&#231;aise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2396&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2396&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#034;fran&#231;aise&#034; avait commenc&#233;... en Corse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2163&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2163&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise de 1789-1871, dernier bilan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2023&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2023&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution permanente dans la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie des r&#233;volutions bourgeoises et populaires en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article442&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article442&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essai critique sur la r&#233;volution fran&#231;aise du XVIII&#186; si&#232;cle&lt;br class='autobr' /&gt;
P. LAFARGUE &#8211; J. GUESDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1883/00/essai.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1883/00/essai.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>1789 - 1889 - 1905</title>
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		<dc:date>2023-08-10T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1789 - 1889 - 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
par Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1789 - 1889 - 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Karl Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du sang peut couler, bien des d&#233;faites peuvent &#234;tre essuy&#233;es. Mais &#224; quelques coups de force et des r&#233;sistances que le tsarisme puisse avoir recours encore, ce ne sont plus que les derni&#232;res convulsions d'une b&#234;te de proie agonisante, et plus longtemps les souverains et exploiteurs des bords de la N&#233;va persisteront dans leur lutte obstin&#233;e contre l'ennemi du dehors et du dedans, plus formidable sera l'&#233;croulement final, plus terrible le chaos qu'ils sont occup&#233;s &#224; &#233;voquer. La Russie, et avec elle le syst&#232;me de domination et d'exploitation du monde &#171; civilis&#233;e &#187; tout entier, marche au devant d'une catastrophe telle qu'il ne s'en est pas vu d'aussi gigantesque depuis les jours de la grande R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances qu'&#224; lieu cette fois la manifestation du Premier Mai. Elle se rapproche ainsi, plus qu'aucune de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, du caract&#232;re que portait sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut fond&#233;e non seulement &#224; titre de d&#233;monstration pour la journ&#233;e de huit heures et la paix universelle, mais encore comme manifestation de la R&#233;volution sociale. C'est le centenaire de la grande R&#233;volution qui lui a donn&#233; naissance et elle fut d&#233;cid&#233;e &#224; une &#233;poque que nous consid&#233;rions comme la vieille de grands &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1885, Fr&#233;d&#233;ric Engels, dans sa pr&#233;face &#224; la nouvelle &#233;dition des R&#233;v&#233;lations sur le proc&#232;s des communistes &#224; Cologne par Karl Marx, d&#233;clare que &#171; le prochain bouleversement ne tardera pas &#187; et il remarque &#224; ce propos : &#171; L'&#232;re p&#233;riodique des r&#233;volutions europ&#233;ennes, 1815, 1830, 1848-1852, 1870, occupe dans notre si&#232;cle de quinze &#224; dix-huit ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par &#171; bouleversement europ&#233;en &#187; il fallait entendre une grande r&#233;volution politique, ce pronostic d'Engels ne s'est pas, il est vrai, r&#233;alis&#233;. Et le philistin, dont toute la philosophie culmine dans cette id&#233;e profonde : &#171; Rien ne sert &#224; rien &#8211; nous pouvons faire ce que nous voulons, tout reste dans l'ancien &#233;tat &#187; &#8211; ce philistin n'a pas manqu&#233; de se donner le plaisir de railler sous cape Engels et ses amis, qui partageaient ses pr&#233;visions, &#224; cause de leurs &#171; vaines proph&#233;ties &#187;. Et, cependant, le triomphe du philistinisme ne se fondait que sur sa courte vue. Engels a eu parfaitement raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pronostic reposait en tout cas sur la constatation g&#233;n&#233;rale que les conflits des classes comme des nations, provenant du mode de production capitaliste, vont, durant des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es, s'accumulant et grandissant, jusqu'&#224; ce qu'il ne soit plus possible de les r&#233;soudre par la pratique journali&#232;re ; mais qu'aussi, &#224; mesure que deviennent plus consid&#233;rables les t&#226;ches politiques provenant de ces conflits, les classes dominantes redoutent de plus en plus de grandes transformations dont elle ne peut mesurer la port&#233;e et qui menacent de lui monter au-dessus de la t&#234;te. Ainsi les obstacles au progr&#232;s social et politique vont croissant dans la mesure m&#234;me o&#249; l'anxi&#233;t&#233; sociale croissante rend n&#233;cessaire des progr&#232;s &#233;nergiques. La fin de cette &#233;volution est toujours un puissant &#233;branlement politique, une r&#233;volution qui fait violemment dispara&#238;tre les obstacles aux progr&#232;s et rend de nouveau possible pour quelque temps l'&#233;volution &#224; sociale de se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le mode de production capitaliste engendre n&#233;cessairement, au point de vue &#233;conomique, le cycle qui va de l'essor &#233;conomique &#224; la crise, de m&#234;me, au point de vue politique, elle engendre le cycle qui va de la stagnation politique ou de la r&#233;action &#224; la r&#233;volution. Mais si l'exp&#233;rience enseigne que le cycle &#233;conomique s'accomplit en g&#233;n&#233;ral dans une p&#233;riode de dix ann&#233;es, elle montre que le cycle politique est plus long, qu'il lui faut de quinze &#224; vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait donc parfaitement justifi&#233; qu'Engels et ses amis s'attendissent &#224; un nouvel &#233;branlement politique pour la fin des ann&#233;es 89 ou suivantes du si&#232;cle dernier. Toute la situation politique justifiait cette vue. Le centre de gravit&#233; politique de l'Europe, qui auparavant se trouvait en Angleterre et en France, avait &#233;t&#233; depuis 1870 transf&#233;r&#233; en Allemagne. Mais l&#224;, les obstacles &#224; un progr&#232;s politique pacifique avaient &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur comble dans la loi contre les socialistes ; le r&#233;gime bismarckien allait s'usant de plus en plus compl&#232;tement et ne pouvait se maintenir que par le moyen de la force : mais il subissait de ce fait un &#233;chec apr&#232;s l'autre. L'&#233;croulement de ce syst&#232;me &#233;tait proche : or, que pouvait-elle amener d'autre qu'un fort &#233;branlement europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'avant-veille de cet &#233;croulement que la manifestation de mai fut d&#233;cid&#233;e par le Congr&#232;s international de Paris 1889. Ainsi, d&#232;s sa naissance, les esprits de la r&#233;volution &#233;taient &#224; ses c&#244;t&#233;s comme gardiens &#8211; l'esprit non seulement de la grande r&#233;volution pass&#233;e qui inaugura en Europe le syst&#232;me des cycles &#233;conomiques et politiques, mais aussi l'esprit de la r&#233;volution future, dont tant d'entre nous attendaient qu'elle serait aussi une grande r&#233;volution, la derni&#232;re des r&#233;volutions, la fin des cycles de crises politiques, et par cons&#233;quent &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette grande r&#233;volution n'est pas venue et de l&#224; les philistins conclurent que la proph&#233;tie d'Engels &#233;tait mis&#233;rablement tomb&#233;e dans l'eau. Mais ce qui est venu, c'est l'&#233;branlement europ&#233;en, quoique sous une forme moins visible, si bien que peu le reconnurent d'abord. La loi contre les socialistes disparut, et le manteau tomb&#233;, le duc s'&#233;vanouit &#8211; le r&#233;gime de Bismarck croula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, si consid&#233;rable qu'ait &#233;t&#233; cet &#233;branlement, il n'atteignit pas la force d'une r&#233;volution. Le prol&#233;tariat &#233;tait encore trop faible et le lib&#233;ralisme bourgeois d&#233;j&#224; trop en d&#233;cadence pour &#234;tre en &#233;tat de profiter de la situation nouvelle en balayant &#233;nergiquement tous les obstacles s'opposant au progr&#232;s. Et, cependant, il fut assez fort pour amener quelques ann&#233;es de vie politique intense et de progr&#232;s multiples dans toute l'Europe. Alors la France obtenait la journ&#233;e de dix heures (1892) et une importante repr&#233;sentation socialiste au Parlement ; la Belgique, le droit de suffrage universel, quoique non &#233;gal (1893) ; le minist&#232;re Gladstone, sous la pression du nouvel unionisme qui prenait un puissant effort, pensait s&#233;rieusement &#224; la journ&#233;e de dix heures ; on peut encore consid&#233;rer comme une derni&#232;re pouss&#233;e de cette p&#233;riode de progr&#232;s l'agitation pour le suffrage universel en Autriche (1896) &#8211; non pas seulement la derni&#232;re, il est vrai, mais la plus faible, car la nouvelle loi &#233;lectorale constituait la plus am&#232;re ironie contre la revendication du droit de suffrage &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l' &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187; &#233;tait venu juste au moment o&#249; il devait se produire s'apr&#232;s le calcul de Fr&#233;d&#233;ric Engels. Mais il n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution &#224; proprement parler, il laissait subsister une foule d'entraves au progr&#232;s, rester sans solution une foule de questions br&#251;lantes pos&#233;es ant&#233;rieurement. Le souffle lui manqua bient&#244;t, il arriva &#224; l'accalmie. Plus grandes avaient &#233;t&#233; les esp&#233;rances que l'on avait mises sur l'&#233;branlement futur, plus grande fut la d&#233;sillusion caus&#233;e par ses effets minimes. Plus d'un se prit alors, dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; douter compl&#232;tement que nous pussions jamais atteindre ce but. D'autres firent de n&#233;cessit&#233; vertu, trouvant que pr&#233;cis&#233;ment cette stagnation politique &#233;tait la vraie m&#233;thode du progr&#232;s, que de cette fa&#231;on nous avancions puissamment et que seuls pouvaient encore compter sur des catastrophes et des bouleversements des hommes dont la pens&#233;e &#233;tait compl&#232;tement ankylos&#233;e dans les traditions du pass&#233;. Les partisans de cette conception nouvelle disaient &#224; la r&#233;volution adieu pour toujours, m&#234;me encore &#224; un moment o&#249; s'accumulaient les indices annon&#231;ant l'approche d'une nouvelle &#233;poque r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gens ne flairent jamais le diable, quand m&#234;me il les tiendrait &#224; la gorge. &#187; Cela n'est pas vrai seulement du diable, mais aussi de la R&#233;volution, qui, pour tout brave bourgeois, est l'incarnation du Malin &#8211; Dieu soit avec nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le mouvement de 1890 avait eu l'haleine courte, plus t&#244;t devait venir le plus prochain &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187;, et il vint, ponctuellement et exactement ; quinze ans apr&#232;s les &#233;lections de carnaval qui donn&#232;rent le coup mortel au r&#233;gime de Bismarck, s'accomplit le soul&#232;vement des ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, au 22 janvier, qui ouvrit la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera l&#224; une r&#233;volution d'une puissance bien plus forte que l'&#233;branlement de 1890. Elle poursuivra &#224; fond tout ce que ce dernier a laiss&#233; inachev&#233;. Elle a plus de puissance d&#233;j&#224; du fait qu'elle s'attaque au refuge de toutes les r&#233;actions et le transforme en centre de la r&#233;volution. Si, en 1890, l'&#233;branlement europ&#233;en a eu un cours si paisible, cela tenait entre autres raisons &#224; ce qu'il co&#239;ncida avec l'&#233;touffement complet de tout mouvement d'opposition en Russie. Le tsarisme avait r&#233;ussi une fois encore &#224; l'abattre apr&#232;s le gigantesque effort de 1878 &#224; 1881 et &#224; l'&#233;craser, et c'est pr&#233;cis&#233;ment aux approches de 1889 que le silence du tombeau r&#233;gna compl&#232;tement dans l'immense empire russe. Il fallait &#234;tre un &#171; dogmatique marxiste &#187; pour avoir le courage, au Congr&#232;s international de Paris en 1889, de s'aventurer &#224; la proph&#233;tie faite par Plekhanoff, en ces termes : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire triomphera en Russie comme mouvement ouvrier. &#187; Maintenant enfin ce triomphe a commenc&#233;, triomphe non seulement du mouvement ouvrier, mais aussi du &#171; dogme marxiste &#187; qui permettait de reconna&#238;tre, non seulement la r&#233;volution approchante, mais encore son repr&#233;sentant et son agent, en un temps o&#249; l'on ne pouvait d&#233;couvrir le plus l&#233;ger souffle d'un mouvement dans l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il y a en Russie une r&#233;volution et m&#234;me, &#224; ce qu'il semble une r&#233;volution o&#249; les fourches paysannes jouent leur r&#244;le ; c'est la ruine d'un r&#233;gime qui a employ&#233; tous les &#233;normes moyens d'action de la civilisation moderne &#224; accro&#238;tre son exploitation et &#224; prolonger sa lutte contre la mort dans des proportions qui d&#233;passent de beaucoup ce qu'&#224; fait l'ancien r&#233;gime en France au XVIII&#176; si&#232;cle. Et si la ruine de la royaut&#233; f&#233;odale, lors de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, a &#233;t&#233; la ruine d'une aristocratie qui avait h&#233;rit&#233; de l'esprit et de l'affinement de la plus haute civilisation qui e&#251;t exist&#233; jusqu'alors, l'&#233;croulement de maintenant est celui d'un despotisme barbare, que sa stupidit&#233; et sa sauvagerie met au plus bas degr&#233; de la vie intellectuelle en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut encore qu'&#224; peine pressentir quelles formes va rev&#234;tir cet &#233;croulement gigantesque et inou&#239;, quelles forces il va d&#233;cha&#238;ner, quels &#233;v&#233;nements il va faire &#233;clore. Mais une chose est certaine d&#232;s &#224; pr&#233;sent : Il ne restera pas limit&#233; &#224; la Russie ; il m&#232;ne &#224; un bouleversement europ&#233;en. La ruine &#233;conomique de l'Etat russe portera un coup terrible au capitalisme en Europe, notamment &#224; ceux de France et d'Allemagne qui ont &#224; l'envi d&#233;pens&#233; &#224; soutenir le r&#233;gime assassin de Russie les milliards qu'ils tirent du prol&#233;tariat de leur pays ; il &#233;branlera la constitution politique des Etats voisins de la Russie, et s'&#233;tendra aux nationalit&#233;s fragment&#233;es, qui sont repr&#233;sent&#233;es aussi dans l'empire russe ; il portera une profonde excitation dans le prol&#233;tariat du monde entier et l'appellera &#224; l'assaut contre tous les obstacles qui s'opposent &#224; son progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas encore ce qui va se produire, si le mouvement n'est qu'une de ces secousses qui se r&#233;p&#232;tent r&#233;guli&#232;rement dans la soci&#233;t&#233; capitaliste europ&#233;enne, ou si elle sera d&#232;s &#224; pr&#233;sent le d&#233;but de la R&#233;volution, de la derni&#232;re grande r&#233;volution mettant fin au cycle des r&#233;volutions du capitalisme pour cr&#233;er de nouvelles formes d'&#233;volution. Mais, quoi qu'il doive advenir, de grandes choses sont devant nous, de grandes luttes, de grandes victoires. Et c'est ce dont le prol&#233;tariat a le sentiment partout ; il s'&#233;meut et s'appr&#234;te avec plus d'ardeur que jamais depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation de mai de cette ann&#233;e le prouvera de la fa&#231;on la plus claire. Si, &#231;&#224; et l&#224;, sous l'influence du calme et de la stagnation de ces derni&#232;res ann&#233;es, elle est devenue parfois une innocente f&#234;te populaire, cette ann&#233;e elle sera plus que jamais ce qu'elle devait &#234;tre &#224; son d&#233;but : la revue annuelle du prol&#233;tariat pr&#233;par&#233; &#224; la lutte sociale et syndicale. Ce ne sera pas une parade pacifique, mais la lev&#233;e de l'arm&#233;e se pr&#233;parant au combat, &#224; la guerre, &#224; la guerre sainte contre l'exploitation capitaliste, contre l'oppression politique, guerre dans laquelle se livre actuellement en Russie une bataille d&#233;cisive, amenant peut-&#234;tre bient&#244;t l'Europe &#224; une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non pas seulement en Europe ; non, c'est partout o&#249; il y a un prol&#233;tariat combattant pour son &#233;mancipation que la manifestation du Premier mai sera cette fois domin&#233;e par l'id&#233;e de la R&#233;volution, qui a cess&#233; d'&#234;tre un r&#234;ve dont rient les &#171; politiques &#187;, qui du jour au lendemain est devenu une r&#233;alit&#233;, une force vivante, troublant et paralysant nos adversaires, nous entra&#238;nant nous-m&#234;mes en avant, nous excitant &#224; de grandes choses, pour notre grand but, pour la suppression de toute exploitation et de tout servage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les r&#233;cits de la prise de la Bastille du 14 juillet 1789</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article6812</link>
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		<dc:date>2022-07-13T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les r&#233;cits de la prise de la Bastille du 14 juillet 1789 &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan purement politique, on note la m&#234;me h&#233;sitation de la bourgeoisie devant l'accomplissement de ses t&#226;ches historiques. C'est ainsi que, le 14 juillet 1789, elle eut litt&#233;ralement la main forc&#233;e. (&#8230;) &#171; Ainsi, le signal de la conqu&#234;te violente de la Bastille ne fut pas donn&#233; par la bourgeoisie. Ce fut malgr&#233; les efforts de conciliation de celle-ci que le peuple s'empara de la vieille ge&#244;le. Si les sans-culottes n'avaient pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les r&#233;cits de la prise de la Bastille du 14 juillet 1789&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan purement politique, on note la m&#234;me h&#233;sitation de la bourgeoisie devant l'accomplissement de ses t&#226;ches historiques. C'est ainsi que, le 14 juillet 1789, elle eut litt&#233;ralement la main forc&#233;e. (&#8230;) &#171; Ainsi, le signal de la conqu&#234;te violente de la Bastille ne fut pas donn&#233; par la bourgeoisie. Ce fut malgr&#233; les efforts de conciliation de celle-ci que le peuple s'empara de la vieille ge&#244;le. Si les sans-culottes n'avaient pas forc&#233; la main &#224; la bourgeoisie, l'Assembl&#233;e nationale aurait fini par succomber dans sa r&#233;bellion contre les ba&#239;onnettes royales. De m&#234;me, sans la marche sur Versailles, le 5 octobre, des bras nus affam&#233;s et sans leur irruption dans l'enceinte de l'Assembl&#233;e, la D&#233;claration des droits de l'homme n'e&#251;t pas &#233;t&#233; sanctionn&#233;e. Sans la vague de fond du 10 ao&#251;t 1792, la bourgeoisie e&#251;t recul&#233; devant la R&#233;publique et devant le suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kropotkine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Grande_R%C3%A9volution/XII&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_Grande_R%C3%A9volution/XII&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ange Pitou d'Alexandre Dumas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/12&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/13&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/14&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/15&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/16&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/17&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/17&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/18&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Ange_Pitou/18&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet 25 juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_I/Chapitre_5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet, 12-13 juillet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_I/Chapitre_6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michelet 14 juillet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_(Michelet&lt;/a&gt;)/Livre_I/Chapitre_7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres r&#233;cits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1319&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1319&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5948&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5948&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4113&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4113&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1082&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;startRecord=0&amp;maximumRecords=15&amp;page=1&amp;query=%28gallica%20all%20%22prise%20Bastille%22%29&amp;filter=dc.type%20all%20%22monographie%22&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;startRecord=0&amp;maximumRecords=15&amp;page=1&amp;query=%28gallica%20all%20%22prise%20Bastille%22%29&amp;filter=dc.type%20all%20%22monographie%22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/La_Bastille_est_prise/mweP22cD6IoC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/La_Bastille_est_prise/mweP22cD6IoC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/La_prise_de_la_Bastille_et_ses_anniversa/I1Q2AAAAMAAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/La_prise_de_la_Bastille_et_ses_anniversa/I1Q2AAAAMAAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/De_l_insurrection_parisienne_et_de_la_pr/n0wuAAAAMAAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/De_l_insurrection_parisienne_et_de_la_pr/n0wuAAAAMAAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/La_prise_de_la_Bastille/8FnhFH6jgGMC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/La_prise_de_la_Bastille/8FnhFH6jgGMC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/books/edition/La_prise_de_la_Bastille/eurQDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/books/edition/La_prise_de_la_Bastille/eurQDwAAQBAJ?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=prise+bastille&amp;printsec=frontcover&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le socialisme r&#233;formiste &#171; &#224; la Louis Blanc &#187;, agent de la contre-r&#233;volution</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article6477</link>
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		<dc:date>2022-04-09T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>1848</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Louis Blanc, prenant position contre la Commune de Paris de 1871, d&#233;clare &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui a rejoint la contre-r&#233;volution de Thiers &#224; Versailles, le 20 mars 1871 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne serais pas &#224; cette tribune, si je reconnaissais une autre volont&#233; que la v&#244;tre. La diff&#233;rence de nos opinions est couverte ici, ce me semble, par la communaut&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, et un beau jour, peut &#234;tre, vous comprendrez qu'en combattant votre proposition (le d&#233;part de l'assembl&#233;e &#224; Versailles), je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;1848&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Louis Blanc, prenant position contre la Commune de Paris de 1871, d&#233;clare &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui a rejoint la contre-r&#233;volution de Thiers &#224; Versailles, le 20 mars 1871 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne serais pas &#224; cette tribune, si je reconnaissais une autre volont&#233; que la v&#244;tre. La diff&#233;rence de nos opinions est couverte ici, ce me semble, par la communaut&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, et un beau jour, peut &#234;tre, vous comprendrez qu'en combattant votre proposition (le d&#233;part de l'assembl&#233;e &#224; Versailles), je combattrais pour notre propre cause. (...) Je pense que la Commune a viol&#233; la l&#233;galit&#233; pour laquelle je suis je r&#233;prouve tes actes de la Commune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/louis-blanc-10-mars-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre discours de Louis Blanc contre le d&#233;part de l'Assembl&#233;e de Paris, le 10 mars 1871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le socialisme r&#233;formiste &#171; &#224; la Louis Blanc &#187;, agent de la contre-r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc (1811-1882)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste et socialiste r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moin des conditions de vie du prol&#233;tariat, il abandonne d&#233;finitivement ses positions l&#233;gitimistes (royaliste et d&#233;fenseur de l'ordre social) en s'approchant des id&#233;es socialistes. Revenu &#224; Paris, il devient journaliste, collaborant au quotidien Le Bon Sens, journal d'opposition &#224; la Monarchie de Juillet. Puis il collabore tout d'abord avec le quotidien National (journal d&#233;mocrate mod&#233;r&#233;), mais c'est surtout &#224; La R&#233;forme (social-d&#233;mocrate avanc&#233;) qu'il gagne sa notori&#233;t&#233; politique et o&#249; il essaie de gagner la petite et moyenne bourgeoisie &#224; la prise de conscience de sa propre perte au profit de la haute bourgeoisie financi&#232;re dans un sch&#233;ma concurrentiel. Il y d&#233;veloppe l'id&#233;e d'un v&#233;ritable suffrage universel. L'insurrection lyonnaise de 1834 voit l'&#233;crasement du mouvement r&#233;publicain par le gouvernement. Louis Blanc s'associe &#224; cette d&#233;marche et publie des articles en faveur des accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1839, il fonde la Revue du Progr&#232;s, publiant la m&#234;me ann&#233;e L'Organisation du travail2, dans lequel il pr&#233;sente l'Association comme r&#233;ponse &#224; la question sociale. Il s'y attaque en effet &#224; la concurrence anarchique, pr&#233;conisant un syst&#232;me d'associations &#224; but lucratif contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat d&#233;mocratique la premi&#232;re ann&#233;e seulement. Selon lui, ce syst&#232;me est n&#233;cessaire car la concurrence entre entrepreneurs m&#232;ne in&#233;luctablement au monopole et, parall&#232;lement, &#224; la paup&#233;risation de la collectivit&#233;, tandis que la concurrence sur le march&#233; du travail cr&#233;e une spirale appauvrissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Revue du Progr&#232;s, Louis Blanc ambitionne d'en faire une tribune ouverte aux diverses tendances de l'opinion r&#233;publicaine, mais il ne parvient pas &#224; avoir une large audience dans les classes populaires. Les doctrines d&#233;fendues par la Revue sont tr&#232;s avanc&#233;es, Louis Blanc d&#233;fendant un syst&#232;me parlementaire d&#233;mocratique (suffrage universel s'exprimant annuellement) et monocam&#233;ral (l'Assembl&#233;e nationale repr&#233;sentant fid&#232;lement la Nation). Il se fonde sur le mode de scrutin proportionnel &#233;labor&#233; par Hare, d&#233;fend la responsabilit&#233; politique de l'Assembl&#233;e qui nomme en son sein les membres de l'ex&#233;cutif, ainsi que le double examen en mati&#232;re l&#233;gislative (double lecture et vote par l'Assembl&#233;e). Globalement, il d&#233;fend dans son &#339;uvre un projet de social-d&#233;mocratie en pr&#233;conisant la r&#233;organisation du travail et le partage &#233;quitable des profits, certes, mais &#233;galement des pertes le cas &#233;ch&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rencontre d'ailleurs Louis Napol&#233;on Bonaparte emprisonn&#233; au fort de Ham et, pensant l'avoir convaincu de la pertinence de ses id&#233;es, va le d&#233;fendre devant la chambre des pairs apr&#232;s sa tentative putschiste de Boulogne en 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc se fait aussi une r&#233;putation d'historien pamphl&#233;taire en publiant en 1841 L'histoire de dix ans (1830 &#224; 1840), tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des premi&#232;res ann&#233;es de r&#232;gne de Louis-Philippe et encensant au contraire les R&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1843 il entre au comit&#233; de direction du journal La R&#233;forme aux c&#244;t&#233;s de r&#233;publicains tels que Ledru-Rollin, Lamennais, Sch&#339;lcher ou Cavaignac. Il y d&#233;veloppe ses deux id&#233;es centrales, l'Association et le Suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication en 1840 de son &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Organisation_du_travail/1847&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Organisation du travail &#187;&lt;/a&gt; le fit conna&#238;tre et le mit au premier rang des th&#233;oriciens socialistes. De plus, Louis Blanc se fit une r&#233;putation d'historien en publiant, en 1841, son &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_dix_ans/Tome_1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Histoire de dix ans &#187;&lt;/a&gt;, l'histoire de la France de 1830 &#224; 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc critique l'&#233;conomie lib&#233;rale, qui fait du travail une marchandise qu'on cherche &#224; payer le moins cher possible : les salaires ont toujours tendance &#224; baisser jusqu'au minimum vital n&#233;cessaire &#224; l'ouvrier. Le prol&#233;taire est donc accul&#233; &#224; la r&#233;volte pour &#233;viter la mis&#232;re. Ce seul fait condamnerait le syst&#232;me capitaliste. La solution est dans la libre association des travailleurs qui, avec l'aide de l'&#201;tat, formeront des ateliers de production autog&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme et Le National esp&#232;rent voir s'ouvrir les cercles du pouvoir jalousement gard&#233;s par le gouvernement Guizot dont la majorit&#233; est confirm&#233;e par les &#233;lections de 1846 gr&#226;ce &#224; un mode de scrutin sp&#233;cifique ; d'o&#249; une propagande accrue pour revendiquer la r&#233;forme &#233;lectorale &#224; travers la Campagne des Banquets. Ces r&#233;unions dans toute la France r&#233;unissent diff&#233;rents courants : Louis Blanc est &#224; la t&#234;te des n&#233;gociateurs radicaux, d&#233;fendant le suffrage universel et la repr&#233;sentation proportionnelle de la Nation par l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les talents d'orateur de Louis Blanc sont c&#233;l&#233;br&#233;s durant le banquet de Dijon o&#249; il d&#233;clare : &#171; Quand les fruits sont pourris, ils n'attendent que le passage du vent pour se d&#233;tacher de l'arbre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des Banquets prend alors une allure que nombre de ses fondateurs n'a pas pr&#233;vue. Un banquet doit avoir lieu &#224; Paris le 22 f&#233;vrier 1848 mais le gouvernement l'interdit. Sous l'impulsion de Louis Blanc, les membres les plus engag&#233;s se r&#233;unissent n&#233;anmoins, et le banquet se prolonge le jour suivant, renforc&#233; par l'appui de la garde nationale. Guizot d&#233;missionne. Le soir m&#234;me &#233;clate une fusillade devant le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res. Les barricades gagnent toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis-Philippe Ier abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris et part en Normandie. Un gouvernement provisoire compos&#233; de Dupont de l'Eure, Ledru-Rollin, Flocon, Marie, Garnier-Pag&#232;s, Lamartine et Louis Blanc est form&#233;. Cette liste r&#233;sulte d'un compromis avec les membres du journal Le National et de La R&#233;forme. Ils se rendent &#224; l'H&#244;tel de ville et proclament la R&#233;publique souhait&#233;e par les insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s le 25 f&#233;vrier 1848, Louis Blanc r&#233;digea une proclamation qui d&#233;finissait le droit au travail, que l'&#201;tat devait assurer, et le droit d'association des travailleurs, que l'&#201;tat devait respecter. Il organisa, le 27 f&#233;vrier, les Ateliers nationaux, qui furent transform&#233;s, malgr&#233; lui, en chantiers de charit&#233; sans int&#233;r&#234;t &#233;conomique. Le 28 f&#233;vrier, il fut nomm&#233; pr&#233;sident d'une commission du gouvernement pour les travailleurs, sorte de Conseil &#233;conomique et social qui d&#233;lib&#233;ra sans rien d&#233;cider. Apr&#232;s l'&#233;meute du 15 mai 1848, Louis Blanc, qui n'y avait pas pris part, fut soup&#231;onn&#233;. Il gagna l'Angleterre, et son exil dura jusqu'en 1870. &#201;lu &#224; son retour &#224; l'Assembl&#233;e nationale, il condamna la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rappelons que Louis Blanc, socialiste petit-bourgeois bien connu, entra au gouvernement fran&#231;ais en 1848 et se rendit aussi tristement c&#233;l&#232;bre en 1871. Louis Blanc se consid&#233;rait comme le chef de la &#171; d&#233;mocratie laborieuse &#187; ou de la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187; (ce dernier mot fut aussi souvent employ&#233; en France en 1848 qu'il l'est dans la litt&#233;rature des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks en 1917), alors qu'il &#233;tait en r&#233;alit&#233; &#224; la remorque de la bourgeoisie et n'&#233;tait qu'un jouet entre ses mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Le 18 Brumaire &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands &#233;v&#233;nements et personnages historiques se r&#233;p&#232;tent pour ainsi dire deux fois. Il a oubli&#233; d'ajouter : la premi&#232;re fois comme &lt;br class='autobr' /&gt;
trag&#233;die, la seconde fois comme farce Causidi&#232;re pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 &#224; 1951 pour la Montagne de 1793 &#224; 1795, le neveu pour l'oncle. Et nous &lt;br class='autobr' /&gt;
constatons la m&#234;me caricature dans les circonstances o&#249; parut la deuxi&#232;me &#233;dition du 18 Brumaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui dans &#171; Le toast de Londres &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris et les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t des 45 centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es, il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1880/00/lafargue_18800000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;ponse de Lafargue au droit du travail int&#233;gr&#233; au capitalisme de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170408b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine montre que le socialisme r&#233;formiste &#224; la Russe ne vaut pas plus cher que Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Louis_Blanc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les &#338;uvres de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;collapsing=disabled&amp;rk=171674;4&amp;query=%28dc.title%20all%20%22M.%20Louis%20Blanc%22%29%20and%20dc.relation%20all%20%22cb301104287%22#resultat-id-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56676270.r=Louis%20blanc%201848?rk=85837;2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de dix ans&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94481q.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Etat et la commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/dommanget/works/1928/La%20Revolution%20de%201848%20et%20le%20drapeau%20rouge.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur la r&#233;volution de 1848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien apr&#232;s l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire et contre-r&#233;volutionnaire de 1848, le socialisme r&#233;formiste reste le plat avec sauce &#171; &#224; la Louis Blanc &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5901&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5901&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6101&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3392&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3392&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article586&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://comptoir.org/2014/09/29/louis-blanc-la-faillite-du-socialisme-bourgeois/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biographie de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Demier rappelle que, &#171; l'id&#233;e d'une r&#233;volution de classe, d'un sc&#233;nario qui pousserait une avant-garde ouvri&#232;re &#224; s'emparer du pouvoir pour transformer la soci&#233;t&#233; est compl&#232;tement &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e de Louis Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut le lire dans ce texte qui montre &lt;a href=&#034;https://publication-theses.unistra.fr/public/theses_doctorat/2008/CHARRUAUD_Benoit_2008.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comment l'Histoire acad&#233;mique bourgeoise rend hommage &#224; Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un texte in&#233;dit de Rosa Luxemburg : la version int&#233;grale en fran&#231;ais de son premier article : 1793, la grande ann&#233;e !</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article6614</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article6614</guid>
		<dc:date>2022-01-19T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que les Oeuvres compl&#232;tes (en allemand) de Rosa Luxemburg s'ouvrent sur son Rapport au III&#232;me Congr&#232;s ouvrier socialiste international de Zurich (1893), un texte ant&#233;rieur, intitul&#233; &#034;1793&#034; lui a &#233;t&#233; r&#233;cemment attribu&#233; par des sp&#233;cialistes. Le journal L'humanit&#233; en avait publi&#233; une pr&#233;sentation et une traduction partielle reprise par l'article 1793 de marxists.org. &lt;br class='autobr' /&gt;
Wikirouge &#224; la page L'ann&#233;e 1793 par Rosa Luxemburg redonne le texte de L'Humanit&#233; en signalant que le texte n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que les Oeuvres compl&#232;tes (en allemand) de Rosa Luxemburg s'ouvrent sur son &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1893/00/luxembourg_rapport.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rapport au III&#232;me Congr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
ouvrier socialiste international de Zurich (1893)&lt;/a&gt;, un texte ant&#233;rieur, intitul&#233; &#034;1793&#034; lui a &#233;t&#233; r&#233;cemment attribu&#233; par des sp&#233;cialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal L'humanit&#233; en avait publi&#233; une pr&#233;sentation et une &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/node/409112&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;traduction partielle&lt;/a&gt; reprise par l'article &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1893/00/luxembourg_1793.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;1793&lt;/a&gt; de marxists.org.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wikirouge &#224; la page &lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/texts/fr/L%E2%80%99ann%C3%A9e_1793&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'ann&#233;e 1793 par Rosa Luxemburg&lt;/a&gt; redonne le texte de L'Humanit&#233; en signalant que le texte n'est pas disponible en fran&#231;ais : &#171; Ce texte n'est pas disponible, ou est incomplet. Aidez-nous si vous le pouvez ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons-donc de combler ce vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article original en question a &#233;t&#233; publi&#233; dans le premier num&#233;ro du mensuel en langue polonaise &#171; Sprawa robotnicza &#187; (La cause ouvri&#232;re) anim&#233; par R. Luxemburg, dat&#233; de juillet 1893, dont voici un extrait de la page titre :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16379 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/Sprawa_Robotnicza_von_1893_bis_1996_Organ_der_SDKP-e22fa.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;258&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro complet est disponible &lt;a href=&#034;https://bcul.lib.uni.lodz.pl/dlibra/show-content/publication/edition/35364?id=35364&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; (format djvu). L'article de Rosa Luxemburg intitul&#233; &#171; DZIS i STO LAT TEMU &#187; (L'ann&#233;e 1793 : Aujourd'hui et il y a 100 ans) commence page 2. Il se termine &#224; la page 5 avec la signature &#171; K. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est &#224; partir de ce texte original que nous compl&#233;tons (passages en caract&#232;res gras) le texte de marxists.org (passages en caract&#232;res ordinaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute am&#233;lioration de cette traduction sera bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***********************&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'ann&#233;e 1793 ! Cent ans sont pass&#233;s depuis &lt;strong&gt;cette &#233;poque&lt;/strong&gt; &#224; laquelle les ennemis du peuple travailleur, les tsars, les rois, la noblesse, les princes, les patrons d'usine et tous les autres riches (les capitalistes) ne peuvent songer encore aujourd'hui sans &#233;prouver de la terreur. Leurs &#226;mes tremblent d&#232;s que l'on prononce ce mot : l'ann&#233;e 1793 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pourquoi cela ? Parce que, dans ces ann&#233;es-l&#224;, le peuple travailleur &lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt; France, et particuli&#232;rement &lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt; sa capitale, Paris, s'est d&#233;barrass&#233; pour la premi&#232;re fois d'un joug multi-s&#233;culaire et a entrepris de tenter d'en finir &lt;strong&gt;une fois pour toute&lt;/strong&gt; avec l'exploitation et de commencer une vie nouvelle et libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;strong&gt;Voyons comment et pourquoi les travailleurs de Paris se sont attel&#233;s &#224; cette t&#226;che et pourquoi ils ont &#233;chou&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;strong&gt;La grande r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233; en 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d&#232;s le d&#233;but, le peuple de Paris a lutt&#233; h&#233;ro&#239;quement contre les ennemis de la libert&#233; - le roi, la noblesse et le clerg&#233;, qui gouvernaient la France de mani&#232;re autocratique, comme le font aujourd'hui dans notre pays le tsar et sa cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce gouvernement autoproclam&#233; a &#233;t&#233; renvers&#233; et remplac&#233; par un gouvernement constitutionnel, en grande partie gr&#226;ce aux efforts h&#233;ro&#239;ques du peuple de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais qui a b&#233;n&#233;fici&#233; de la libert&#233; acquise ? Surtout, une nouvelle classe de riches urbains, la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu du pr&#233;c&#233;dent r&#232;gne et de la domination des magnats et des nobles h&#233;r&#233;ditaires, commence le r&#232;gne de l'aristocratie de l'argent, le r&#232;gne de la bourse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans ont &#233;galement b&#233;n&#233;fici&#233; de la libert&#233; acquise gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution : d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, le servage a &#233;t&#233; aboli et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale la d&#233;pendance des paysans vis-&#224;-vis du propri&#233;taire, de tous les imp&#244;ts et de la servitude a &#233;t&#233; abolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, lorsque l'Assembl&#233;e nationale a retir&#233; au clerg&#233; toutes ses immenses propri&#233;t&#233;s, les paysans les plus riches ont pu agrandir leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs urbains, et surtout la classe ouvri&#232;re qui ne poss&#233;dait rien, le prol&#233;tariat, n'ont re&#231;u aucun soulagement de leur mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les sacrifices que le prol&#233;tariat a faits dans la lutte contre l'absolutisme royal et contre la noblesse ont &#233;t&#233; vains. Il restait une b&#234;te de somme, oblig&#233;e de marcher sous le joug de l'aube au cr&#233;puscule pour un morceau de pain sec et remplissant toujours les poches des ma&#238;tres. Encore pire. Pendant la r&#233;volution, les gens ne pouvaient souvent m&#234;me pas obtenir du pain sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il est d'usage dans les p&#233;riodes de bouleversements nationaux, l'industrie et le commerce sont paralys&#233;s en France, les fabriques et les ateliers sont ferm&#233;s, les ouvriers sont jet&#233;s en masse dans la rue. On voyait dans les yeux du peuple de Paris une faim terrible.&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;5. &#171; Pour quelle raison ai-je combattu ? Pourquoi ai-je vers&#233; mon sang ? &#187; s'interroge le peuple fran&#231;ais tromp&#233; dans ses esp&#233;rances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ai-je offert ma poitrine aux balles des soldats du roi ? Seulement pour remplacer un oppresseur par un autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour arracher le pouvoir et les honneurs &#224; la noblesse et le transmettre &#224; la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Et le peuple de Paris engagea un nouveau combat. Ce fut la deuxi&#232;me r&#233;volution - la r&#233;volution populaire -, le 10 ao&#251;t 1792. Ce jour-l&#224;, le peuple prit d'assaut le Palais royal et l'H&#244;tel de ville. La bourgeoisie &#233;tait du c&#244;t&#233; du roi, qui, dot&#233; d'un pouvoir affaibli, d&#233;fendait ses int&#233;r&#234;ts contre ceux du peuple. Cela n'emp&#234;cha pas le peuple de renverser le tr&#244;ne. La bourgeoisie tenait l'H&#244;tel de ville et l'administration municipale d'une main ferme et voulut dominer le peuple avec sa police et la Garde nationale. Cela n'emp&#234;cha pas le peuple de prendre d'assaut l'H&#244;tel de ville, d'en expulser la bourgeoisie et de tenir dans ses mains calleuses l'administration municipale de Paris. En ce temps-l&#224;, l'administration de la Commune de Paris &#233;tait totalement ind&#233;pendante de l'administration de l'&#201;tat. La Commune , s'appuyant sur le peuple r&#233;volutionnaire victorieux, obligea la Convention (la nouvelle Assembl&#233;e nationale), qui se r&#233;unit en septembre 1792 et proclama aussit&#244;t la R&#233;publique&#8212;&#224; faire des concessions tr&#232;s importantes en faveur des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Sans la puissance mena&#231;ante de ce peuple, la Convention aurait probablement fait aussi peu de choses que les Assembl&#233;es pr&#233;c&#233;dentes pour les masses populaires. La grande majorit&#233; des membres de la Convention &#233;taient hostiles aux changements impos&#233;s par la r&#233;volution du 10 ao&#251;t. Une partie de la Convention - le parti de la Gironde (ainsi nomm&#233;, car ses principaux dirigeants provenaient de ce d&#233;partement) - mena une lutte ouverte contre la souverainet&#233; de la Commune r&#233;volutionnaire de Paris. Les Girondins, repr&#233;sentants de la moyenne bourgeoisie r&#233;publicaine, &#233;taient d'ardents partisans de la R&#233;publique et des adversaires acharn&#233;s de toute r&#233;forme &#233;conomique d'ampleur au profit du peuple travailleur. Seule la minorit&#233; de la Convention, la Montagne (ainsi nomm&#233;e parce que ses membres occupaient les bancs les plus hauts dans la salle de la Convention), d&#233;fendait fid&#232;lement la cause du peuple travailleur. Aussi longtemps que les gGrondins si&#233;g&#232;rent &#224; la Convention, ceux de la Montagne ne purent la plupart du temps pratiquement rien faire, car les girondins avaient &#233;videmment toujours la majorit&#233; de leur c&#244;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &lt;strong&gt;Cette majorit&#233; l&#226;che (appel&#233;e avec m&#233;pris &#034;la plaine&#034;, &#034;le marais&#034; ou &#034;le ventre&#034;), craignant le peuple, mais ne souhaitant pas de changement radical en sa faveur, se cachait toujours derri&#232;re le dos des Girondins et votait avec eux contre le parti de la Montagne. Le peuple fran&#231;ais a alors compris que, comme avant le roi et la noblesse, et plus tard la grande bourgeoisie monarchiste, les Girondins, repr&#233;sentants de la r&#233;publique de la moyenne bourgeoisie, &#233;taient un obstacle &#224; ses aspirations. Ce dernier obstacle est lev&#233; par les soul&#232;vements populaires des 31 mai et 2 juin 1793. Le peuple arm&#233;, dirig&#233; par la Commune, obligea la majorit&#233; de la Convention &#224; expulser de son sein et &#224; arr&#234;ter tous les chefs de la Gironde. Alors, le peuple de Paris &#224; lui seul avait un contr&#244;le total sur la Convention, et donc sur toute la France. Ensuite, la majorit&#233; de la Convention, craignant le sort des Girondins, suivit docilement le parti du peuple - le parti de la Montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Examinons ce que le peuple travailleur obtint au cours de la br&#232;ve p&#233;riode de son r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Les dirigeants du peuple, comme les membres de l'administration municipale et les montagnards souhaitaient ardemment la compl&#232;te lib&#233;ration &#233;conomique du peuple. Ils aspiraient sinc&#232;rement &#224; la r&#233;alisation de l'&#233;galit&#233; formelle de tous devant la loi, mais aussi &#224; une r&#233;elle &#233;galit&#233; &#233;conomique. Tous leurs discours et tous leurs actes &#233;taient bas&#233;s sur une id&#233;e : dans la r&#233;publique populaire, il ne devrait y avoir ni riches ni pauvres ; la r&#233;publique populaire, cela veut dire que l'&#201;tat libre b&#226;ti sur la souverainet&#233; populaire ne pourrait rester longtemps en place si le peuple, souverain politiquement, se trouvait d&#233;pendant des riches et domin&#233; &#233;conomiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Mais comment r&#233;aliser l'&#233;galit&#233; &#233;conomique pour tous ? &#192; notre &#233;poque, les partis ouvriers sociaux-d&#233;mocrates de tous les pays ont inscrit sur leur banni&#232;re comme aboutissement de leur combat l'&#233;galit&#233; &#233;conomique pour tous. Et pour r&#233;aliser cet objectif, ils exigent l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de tous les outils de travail ; la propri&#233;t&#233; de la terre, des usines, des ateliers, etc., doit &#234;tre transf&#233;r&#233;e &#224; l'ensemble du peuple travailleur. Le parti de la Montagne chercha &#224; r&#233;soudre ce probl&#232;me tout autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Tr&#232;s peu parmi eux, et aussi parmi les membres de la Commune, partageaient le point de vue de la social-d&#233;mocratie d'aujourd'hui. Seules quelques voix isol&#233;es, qui disparurent dans la masse des autres. Elles ne trouv&#232;rent m&#234;me pas une &#233;coute favorable aupr&#232;s de la partie la plus progressiste du peuple de Paris : le prol&#233;tariat. Au contraire, ni le prol&#233;tariat ni les montagnards ne pensaient &#224; l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ils voulaient r&#233;aliser l'&#233;galit&#233; &#233;conomique de tous en donnant &#224; tous les citoyens fran&#231;ais qui ne poss&#233;daient rien une parcelle de propri&#233;t&#233; priv&#233;e. En un mot, ni le prol&#233;tariat parisien d'alors ni les montagnards n'&#233;taient socialistes. &lt;strong&gt;Ils ne savaient pas ce que tout travailleur conscient sait aujourd'hui, &#224; savoir que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production conduit in&#233;vitablement &#224; l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique, &#224; la division de la soci&#233;t&#233; en deux classes : les riches capitalistes et les pauvres prol&#233;taires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. &lt;strong&gt;Mais pourquoi le prol&#233;tariat fran&#231;ais de l'&#233;poque n'a-t-il pas &#233;cout&#233; la voix des quelques socialistes qui s'exprimaient d&#233;j&#224; ? Il ne suffit pas d'exprimer une id&#233;e, il ne suffit pas de prouver sa v&#233;rit&#233;, m&#234;me avec le plus grand enthousiasme et la plus grande pers&#233;v&#233;rance. Si cette id&#233;e n'est pas l'expression des besoins r&#233;els de la soci&#233;t&#233; ou d'une classe forte, en un mot, si elle est impossible &#224; r&#233;aliser, elle ne trouvera aucun d&#233;bouch&#233; et les masses populaires resteront aveugles &#224; cette id&#233;e. Telle &#233;tait la situation des quelques socialistes de l'&#233;poque de la grande R&#233;volution fran&#231;aise. &#192; cette &#233;poque, il &#233;tait impossible de mettre en &#339;uvre le socialisme, c'est-&#224;-dire la propri&#233;t&#233; collective de tous les moyens de production.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. &lt;strong&gt;Les moyens de production ne peuvent devenir des biens communs que si le travail au moyen de ces outils peut et doit &#234;tre effectu&#233; en commun par de nombreuses personnes. Nos machines sont justement de tels moyens de production, et telles sont les conditions dans lesquelles se trouve le travail humain aujourd'hui. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. &lt;strong&gt;Tant que la production par des machines ne pr&#233;vaut pas, tant que le travail manuel dans de petits ateliers et avec de petits outils pr&#233;domine dans la soci&#233;t&#233;, - tant que la mise en commun des moyens de production n'est pas possible. Tant que la majorit&#233; des ouvriers ont leurs propres ateliers ou leurs propres terres et sont des artisans ind&#233;pendants ou des propri&#233;taires, &#8212; tant qu'il n'est pas au moins dans leur int&#233;r&#234;t de faire de ces outils, de ces ateliers, de ces terres, etc. une propri&#233;t&#233; commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. &lt;strong&gt;Aujourd'hui, alors que l'industrie des grosses machines r&#232;gne en ma&#238;tre, les choses sont bien diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui, la division du travail dans la soci&#233;t&#233; est si grande que la soci&#233;t&#233; enti&#232;re contribue &#224; la production et la livraison au consommateur de chaque article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants des coins les plus recul&#233;s de la plan&#232;te &#233;changent le produit de leur travail et ne peuvent se passer les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque, par cons&#233;quent, la soci&#233;t&#233; humaine lie &#233;troitement les unes aux autres dans une grande exploitation, il est possible que les moyens de production - les outils et la terre, ainsi que les fruits du travail - soient en copropri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'aujourd'hui que la grande industrie, avec sa concentration de capital et sa production de toutes les marchandises beaucoup moins ch&#232;res que le travail manuel, ruine de plus en plus l'artisanat, chasse de plus en plus de travailleurs de leurs moyens de travail et les oblige, en tant que prol&#233;taires, &#224; vendre leur force de travail aux propri&#233;taires d'usines du grand capital et &#224; leurs outils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la concurrence avec les grands propri&#233;taires terriens, les imp&#244;ts, les divisions familiales poussent de plus en plus de paysans &#224; quitter la terre. Ce n'est donc qu'aujourd'hui que nous avons une classe &#233;norme et toujours plus nombreuse de prol&#233;taires qui ne poss&#232;dent rien. Et ce n'est qu'aujourd'hui que ce prol&#233;tariat est de plus en plus concern&#233; par la prise de conscience que le socialisme est le seul moyen de sortir de tous les probl&#232;mes du syst&#232;me actuel.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Tout autre &#233;tait la situation il y a cent ans. En France, comme dans d'autres &#201;tats, le prol&#233;tariat repr&#233;sentait &#224; peine une petite partie de la masse du peuple travailleur. La paysannerie, qui constitue la plus grande part du peuple fran&#231;ais, &#233;tait satisfaite de ce qu'elle avait obtenu pendant la R&#233;volution. En effet, comme nous l'avons signal&#233;, seuls les cultivateurs les plus riches pouvaient acheter des terres. La partie la plus pauvre de la paysannerie fran&#231;aise ne souhaitait pas la propri&#233;t&#233; collective socialiste, mais une augmentation de sa part de propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les montagnards avaient justement l'intention de remettre aux paysans toutes les terres de la noblesse et du clerg&#233; qui n'avaient pas encore &#233;t&#233; vendues. La distance entre les montagnards et le socialisme est d&#233;montr&#233;e par le fait que, en accord avec les autres conventionnels, ces derniers ont donn&#233; en partage &#224; quelques paysans ce qu'il restait des anciens biens communaux (prairies, champs, terrains en friches).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. &lt;strong&gt;En outre, la majorit&#233; de la population urbaine, et donc aussi de Paris, &#233;tait constitu&#233;e d'artisans, de commer&#231;ants et autres, en un mot, de petits propri&#233;taires priv&#233;s, de la petite bourgeoisie. Le prol&#233;tariat, qui, de par sa position sociale, doit lutter pour l'introduction du socialisme, ne s'&#233;tait pas encore constitu&#233; en classe distincte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les prol&#233;taires individuels de cette &#233;poque se consid&#233;raient comme des victimes particuli&#232;res du destin, comme des victimes d'&#233;checs accidentels et ils r&#234;vaient que leur sort &#233;tait tout &#224; fait naturel dans une soci&#233;t&#233; capitaliste et qu'il deviendrait en un si&#232;cle le sort de millions de personnes de toute la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, ces prol&#233;taires individuels se fondaient dans la masse de la petite bourgeoisie en ayant pour id&#233;al la propri&#233;t&#233; et la vie petite bourgeoise, ils suivaient la masse, reprenaient ses slogans et ses aspirations. Ils consid&#233;raient les repr&#233;sentants petits-bourgeois et paysans du parti de la Montagne comme les leurs et ne s'&#233;murent pas le moins du monde lorsque le chef de la Montagne, Robespierre, envoya &#224; la guillotine les v&#233;ritables repr&#233;sentants du prol&#233;tariat, les socialistes (Jacques Roux, Chaumette et autres en mars 1794).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Apr&#232;s tout cela, il est clair que les montagnards, malgr&#233; toute leur bonne volont&#233;, &#233;taient incapables de r&#233;aliser leur d&#233;sir ardent : l'&#233;galit&#233; &#233;conomique de tous. Cette aspiration n'&#233;tait pas r&#233;alisable en ce temps-l&#224;. En outre, les moyens dont on se servait n'eurent comme effet que de retarder pour une br&#232;ve p&#233;riode le d&#233;veloppement de la constitution du capitalisme, c'est-&#224;-dire la plus grande in&#233;galit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Tant que la Montagne eut le pouvoir entre ses mains , elle dut trouver leur salut dans des moyens &#233;conomiques coercitifs, notamment pour emp&#234;cher le peuple de Paris de mourir de faim. Ces moyens &#233;taient les suivants : la fixation d'un prix maximal pour le pain et pour d'autres denr&#233;es alimentaires, des emprunts obligatoires aupr&#232;s des riches et, tout particuli&#232;rement &#224; Paris, l'achat de pain de la part de la commune afin de le distribuer au peuple au prix le plus bas possible. Tout cela n'&#233;tait que des interventions purement et simplement superficielles dans la vie &#233;conomique fran&#231;aise. Tout cela ne pouvait que mener &#224; la paup&#233;risation de gens riches et ne fournir qu'une aide momentan&#233;e au peuple affam&#233; - rien de plus. Et m&#234;me si les intentions du parti des montagnards de donner des terres &#224; tous ceux qui d&#233;siraient travailler avaient &#233;t&#233; atteintes, l'&#233;galit&#233; &#233;conomique n'aurait pourtant pas &#233;t&#233; acquise pour longtemps. &#192; la fin du si&#232;cle dernier, la France occupait dans le syst&#232;me capitaliste la m&#234;me position que les autres pays d'Europe de l'Ouest. Elle devait rechercher in&#233;luctablement la transformation des petits propri&#233;taires en prol&#233;taires et la concentration de l'ensemble des biens - y compris de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re - dans les mains de quelques riches .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. &lt;strong&gt;En outre, le parti de la Montagne est mort avant d'avoir pu entamer les r&#233;formes &#233;conomiques fondamentales qui, selon lui, &#233;taient cens&#233;es supprimer les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le violent soul&#232;vement du peuple de Paris l'a port&#233;e au sommet du pouvoir d'&#201;tat, mais elle n'a pu s'y maintenir longtemps. La base de son pouvoir &#233;tait la force insuffisante du peuple de Paris, et toutes ses r&#233;formes politiques et &#233;conomiques &#233;taient en contradiction profonde avec les besoins de la France &#224; cette &#233;poque, et en particulier avec les besoins de la Bourgeoisie au d&#233;but de son r&#232;gne. Le r&#232;gne &#224; court terme du parti de la Montagne &#233;tait une dictature (omnipotence) du peuple de Paris sur l'ensemble de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et cette dictature devait &#234;tre d'autant plus violente et sanglante que ses fondements et ses repr&#233;sentants &#233;taient faibles et que les forces sociales hostiles &#233;taient puissantes. En fin de compte, la domination des Montagnards a lass&#233; m&#234;me le peuple de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le prol&#233;tariat, leur base la plus solide, perd de plus en plus l'espoir mis en eux. En mars 1794, il regarde avec indiff&#233;rence le malheur des socialistes de la commune, et en juillet de la m&#234;me ann&#233;e, il ne fait rien pour sauver de la guillotine les derniers membres de la commune et les principaux chefs de la Montagne : Robespierre, Saint-Just, Couthon et autres. L'&#233;poque de la conscience politique du prol&#233;tariat n'&#233;tait pas encore venue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Apr&#232;s la chute de la Commune et de la Montagne, le prol&#233;tariat parisien pris par la faim se souleva encore quelques fois contre la Convention , en criant : &#171; Du pain et la Constitution de 1793. &#187; Ce n'&#233;taient toutefois plus que des faibles sursauts d'une flamme r&#233;volutionnaire en voie d'extinction. Les forces du prol&#233;tariat &#233;taient &#233;puis&#233;es ; quant &#224; la conjuration organis&#233;e en 1796 par le socialiste Babeuf contre le gouvernement d'alors, dans le but d'introduire une constitution socialiste, il fut tout aussi infructueux. Babeuf avait bien compris que l'&#233;galit&#233; &#233;conomique n'&#233;tait pas compatible avec la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, qu'il voulait socialiser. Il se trompait toutefois lorsqu'il supposait pouvoir l'appliquer dans la France d'alors avec l'aide d'une poign&#233;e de conjur&#233;s. Babeuf et ses amis pouvaient encore moins compter sur un succ&#232;s que les montagnards. Ses projets socialistes ont &#233;t&#233; &#233;touff&#233;s dans l'oeuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. La conjuration de Babeuf n'a pu troubler qu'un instant le calme de la bourgeoisie fran&#231;aise repue qui s'enrichissait. Elle avait d&#233;j&#224; oubli&#233; les &#171; frayeurs de l'an 1793 &#187;. C'est bien elle et non le prol&#233;tariat qui a r&#233;colt&#233; tous les fruits de la R&#233;volution fran&#231;aise. L'ampleur de la violence que la Montagne a d&#233;ploy&#233;e contre la noblesse et ses biens n'a pas servi au prol&#233;tariat mais &#224; la bourgeoisie. La majeure partie des biens du clerg&#233; r&#233;quisitionn&#233;s - &#171; les biens nationaux &#187; - ont &#233;t&#233; achet&#233;s et sont tomb&#233;s dans les mains de la bourgeoisie ais&#233;e. La paup&#233;risation du clerg&#233; et de la noblesse n'a fait que renforcer les pouvoirs &#233;conomiques, sociaux et politiques de la bourgeoisie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Tels sont les effets sociaux imm&#233;diats de la R&#233;volution fran&#231;aise. Actuellement, un si&#232;cle plus tard, nous voyons clairement les cons&#233;quences ult&#233;rieures de la Grande R&#233;volution. Elle a certes install&#233; la bourgeoisie sur le tr&#244;ne, mais le r&#232;gne de la bourgeoisie est indissociable du d&#233;veloppement du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est maintenant particuli&#232;rement que nous voyons de nos propres yeux &#224; quel point son succ&#232;s conquis sur la noblesse m&#232;ne la bourgeoisie &#224; sa ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'approchant &#224; grands pas, le cort&#232;ge du prol&#233;tariat, son compagnon historique, h&#233;ritier et fossoyeur, r&#233;sonne haut et for.t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La tentative bien trop pr&#233;coce du prol&#233;tariat fran&#231;ais d'enterrer d&#232;s 1793 la bourgeoisie fra&#238;chement &#233;close devait avoir une issue fatale. Mais apr&#232;s cent ans de r&#232;gne, la bourgeoisie s'affaiblit sous le poids des ans. Enterrer cette vieille p&#233;cheresse est aujourd'hui une bagatelle pour le prol&#233;tariat d&#233;bordant d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du si&#232;cle dernier, le prol&#233;tariat - peu nombreux et sans aucune forme de conscience de classe - a disparu en se fondant dans la masse des petits-bourgeois. &#192; la fin de notre si&#232;cle, le prol&#233;tariat se trouve &#224; la t&#234;te de l'ensemble du peuple travailleur des pays les plus importants et gagne &#224; sa cause la masse de la petite-bourgeoisie des villes ainsi que, plus r&#233;cemment, la paysannerie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. &#192; l'&#233;poque de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, les meilleures personnalit&#233;s &#233;taient du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie. De nos jours, les personnalit&#233;s les plus nobles issues de la bourgeoisie (de la &#171; couche intellectuelle &#187;) sont pass&#233;es du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. &#192; la fin du si&#232;cle dernier, la victoire de la bourgeoisie sur la noblesse &#233;tait une n&#233;cessit&#233; historique. Aujourd'hui, la victoire du prol&#233;tariat sur la bourgeoisie est au m&#234;me titre une n&#233;cessit&#233; historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Mais la victoire du prol&#233;tariat signifie le triomphe du socialisme, le triomphe de l'&#233;galit&#233; et de la libert&#233; de tous. Cette &#233;galit&#233; &#233;conomique, qui &#233;tait il y a un si&#232;cle le grand r&#234;ve de quelques id&#233;alistes, prend aujourd'hui forme dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La devise &#171; Libert&#233;, &#201;galit&#233;, Fraternit&#233; &#187; n'&#233;tait &#224; l'&#233;poque de la grande R&#233;volution fran&#231;aise qu'un slogan de parade dans la bouche de la bourgeoisie, et un faible soupir dans la bouche du peuple - ce mot d'ordre est aujourd'hui le cri de guerre mena&#231;ant d'une arm&#233;e de plusieurs millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour approche o&#249; il prendra corps et deviendra r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. En l'an 1793, le peuple de Paris a r&#233;ussi &#224; d&#233;tenir le pouvoir entre ses mains pour une courte dur&#233;e ; mais il a &#233;t&#233; incapable d'utiliser ce pouvoir pour se lib&#233;rer &#233;conomiquement. De nos jours, le prol&#233;tariat de tous les pays m&#232;ne r&#233;solument et inlassablement un combat &#224; la fois politique et &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le jour o&#249; le prol&#233;tariat d&#233;tiendra le pouvoir politique sera aussi le jour de sa lib&#233;ration &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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