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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Le &#034;trotskysme&#034; en 1917</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 : &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le &#171; trotskysme &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est seulement pendant la guerre que je compris que ces tentatives seraient inutiles. A New-York, au d&#233;but de mars, j'&#233;crivis une s&#233;rie d'articles consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude des forces de classes et des perspectives de la r&#233;volution russe. En ce m&#234;me temps, L&#233;nine envoyait de Gen&#232;ve &#224; P&#233;trograd ses Lettres de loin. Ecrits sur deux points du monde que s&#233;pare l'oc&#233;an, ces articles donnent une analyse identique de la situation et expriment des pr&#233;visions toutes pareilles. Toutes les formules essentielles &#8212;sur l'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard des paysans, de la bourgeoisie, du gouvernement provisoire, de la guerre, de la r&#233;volution internationale, sont absolument identiques. Sur la pierre &#224; aiguiser de l'histoire, v&#233;rification fut faite alors des rapports du &#171; trotskysme &#187; et du l&#233;ninisme. Cette v&#233;rification eut lieu dans les conditions d'une exp&#233;rience de chimie pure. Je ne connaissais pas le jugement de L&#233;nine. Je partais de mes propres pr&#233;misses et de ma propre exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. Et j'indiquais les m&#234;mes perspectives, la m&#234;me ligne strat&#233;gique que donnait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut-&#234;tre, &#224; cette &#233;poque, la question &#233;tait-elle claire pour tout le monde et la solution tout aussi bien pr&#233;vue pour tous. Non ! Au contraire ! Le jugement de L&#233;nine fut en cette p&#233;riode &#8212;jusqu'au 4 avril 1917, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; son apparition sur l'ar&#232;ne de P&#233;trograd,&#8212; un jugement personnel, individuel. Pas un des dirigeants du parti se trouvant alors en Russie, &#8212;pas un !&#8212; n'avait m&#234;me l'id&#233;e de gouverner vers la dictature du prol&#233;tariat, vers la r&#233;volution socialiste. La conf&#233;rence du parti qui avait r&#233;uni, &#224; la veille de l'arriv&#233;e de L&#233;nine, quelques dizaines de bolcheviks, avait montr&#233; qu'aucun d'eux n'allait en pens&#233;e au-del&#224; de la d&#233;mocratie. Ce n'est pas sans intention que les proc&#232;s-verbaux de cette conf&#233;rence restent cach&#233;s jusqu'&#224; ce jour. Staline &#233;tait d'avis de soutenir le gouvernement provisoire de Goutchkov-Milioukov et d'arriver &#224; une fusion des bolcheviks avec les mench&#233;viks. La m&#234;me attitude fut prise (ou bien une attitude encore plus opportuniste) par Rykov, Kam&#233;nev, Molotov, Tomsky, Kalinine et tous autres dirigeants ou &#224; demi dirigeants actuels. Iaroslavsky, Ordjonikidz&#233;, le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif central de l'Ukraine, P&#233;trovsky, et d'autres, publiaient, pendant la r&#233;volution de f&#233;vrier, &#224; Iakoutsk, en commun avec les mench&#233;viks, un journal appel&#233; le Social-D&#233;mocrate, dans lequel ils d&#233;veloppaient les id&#233;es les plus vulgaires de l'opportunisme provincial. Si l'on reproduisait actuellement certains articles du Social-D&#233;mocrate d'Iakoutsk dont Iaroslavsky &#233;tait le r&#233;dacteur en chef, on tuerait id&#233;ologiquement cet homme, en admettant toutefois qu'il soit possible de l'ex&#233;cuter id&#233;ologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la garde actuelle du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Qu'en diverses occasions, ces hommes aient r&#233;p&#233;t&#233; les paroles et imit&#233; les gestes de L&#233;nine, cela, je le sais. Mais, au d&#233;but de 1917, ils &#233;taient livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. La situation &#233;tait difficile. C'est alors qu'ils auraient d&#251; montrer ce qu'ils avaient appris &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine et ce dont ils &#233;taient capables sans L&#233;nine. Qu'ils d&#233;signent seulement, parmi eux, un seul qui de lui-m&#234;me ait su aborder la position qui fut identiquement formul&#233;e par L&#233;nine &#224; Gen&#232;ve et par moi &#224; New-York. Ils ne trouveront pas un nom. La Pravda de P&#233;trograd, dont les r&#233;dacteurs en chef, avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, &#233;taient Staline et Kam&#233;nev, est rest&#233;e &#224; tout jamais un monument d'esprit born&#233;, d'aveuglement et d'opportunisme. Cependant la masse du parti, comme la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, se dirigeait spontan&#233;ment vers la lutte pour le pouvoir. Il n'y avait pas en somme d'autre voie, ni pour le parti ni pour le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre, pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, la perspective de la r&#233;volution permanente, il fallait des pr&#233;visions th&#233;oriques. Pour lancer, en mars 1917, le mot d'ordre de la lutte pour le pouvoir, il suffisait, ce me semble, du flair politique. Les facult&#233;s de pr&#233;vision et m&#234;me de flair ne se sont r&#233;v&#233;l&#233;es chez aucun &#8212;pas un !&#8212; des dirigeants actuels. Pas un d'entre eux, en mars 1917, n'avait d&#233;pass&#233; la position du petit bourgeois d&#233;mocrate de gauche. Aucun d'entre eux n'a pass&#233; convenablement l'examen de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrivai &#224; P&#233;trograd un mois apr&#232;s L&#233;nine. Exactement le temps pendant lequel j'avais &#233;t&#233; retenu au Canada par Lloyd George. Je trouvai la situation dans le parti essentiellement modifi&#233;e. L&#233;nine avait fait appel &#224; la masse des partisans contre leurs tristes leaders. Il mena une lutte syst&#233;matique contre ces &#171; vieux bolcheviks &#8212;&#233;crivait-il&#8212; qui ont d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'une fois un triste r&#244;le dans l'histoire de notre parti, r&#233;p&#233;tant sans y rien comprendre une formule apprise par coeur, au lieu d'&#233;tudier les particularit&#233;s de la nouvelle et vivante situation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et Rykov tent&#232;rent de r&#233;sister. Staline, en silence, se mit &#224; l'&#233;cart. Il n'existe pas, pour l'&#233;poque, un seul article o&#249; celui-ci ait fait effort pour juger sa politique de la veille et s'ouvrir un chemin dans le sens de la position l&#233;niniste. Il se tut tout simplement. Il s'&#233;tait trop compromis par la d&#233;sastreuse direction qu'il avait donn&#233;e pendant le premier mois de la r&#233;volution. Il pr&#233;f&#233;ra se retirer dans l'ombre. Il ne prit publiquement nulle part la d&#233;fense des id&#233;es de L&#233;nine. Il &#233;ludait et attendait. Durant les mois o&#249; se fit la pr&#233;paration th&#233;orique et politique d'Octobre, o&#249; s'engag&#232;rent le plus s&#233;rieusement les responsabilit&#233;s, Staline n'eut tout simplement pas d'existence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'arrivai dans le pays, un bon nombre d'organisations social-d&#233;mocrates groupaient encore des mench&#233;viks et des bolcheviks. C'&#233;tait la cons&#233;quence naturelle de la position que Staline, Kam&#233;nev et d'autres avaient prise non seulement au d&#233;but de la r&#233;volution, mais aussi pendant la guerre, bien que, il faut en convenir, l'attitude de Staline en temps de guerre soit rest&#233;e inconnue de tous : il n'a pas &#233;crit une seule ligne sur cette question qui n'est pas d'une mince importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, les manuels de l'Internationale communiste, dans le monde entier &#8212;pour les Jeunesses communistes en Scandinavie et les pionniers en Australie&#8212; r&#233;p&#232;tent &#224; sati&#233;t&#233; que Trotsky, en ao&#251;t 1912, fit une tentative pour unifier les bolcheviks avec les mench&#233;viks. En revanche, il n'est dit nulle part que Staline, en mars 1917, pr&#234;chait une alliance avec le parti de Ts&#233;r&#233;telli et qu'en fait, jusqu'au milieu de 1917, L&#233;nine ne parvint pas &#224; d&#233;gager le parti du marais o&#249; l'avaient entra&#238;n&#233; les dirigeants temporaires d'alors, actuellement devenus les &#233;pigones. Le fait que pas un d'entre eux ne comprit, au d&#233;but de la r&#233;volution, le sens et la direction de celle-ci est maintenant interpr&#233;t&#233; comme proc&#233;dant de vues dialectiques particuli&#232;rement profondes, s'opposant &#224; l'h&#233;r&#233;sie du trotskysme qui osa non seulement comprendre les faits de la veille, mais aussi pr&#233;voir ceux du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, arriv&#233; &#224; P&#233;tersbourg, je d&#233;clarai &#224; Kam&#233;nev que je n'objectais rien aux fameuses &#171; th&#232;ses d'avril &#187; de L&#233;nine, qui d&#233;terminaient le cours nouveau du parti, Kam&#233;nev me r&#233;pondit seulement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Je crois bien !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'avoir adh&#233;r&#233; en bonne et due forme au parti, je contribuai &#224; l'&#233;laboration des plus importants documents du bolchevisme. Il ne vint &#224; l'esprit de personne de demander si j'avais renonc&#233; au &#171; trotskysme &#187; comme l'ont voulu savoir, &#224; mille reprises, depuis, dans la p&#233;riode de d&#233;cadence des &#233;pigones, les Cachin, les Thaelmann et autres parasites de la r&#233;volution d'Octobre. Si, &#224; cette &#233;poque, on a pu voir le trotskysme oppos&#233; au l&#233;ninisme, ce fut seulement en ce sens que, dans les sph&#232;res sup&#233;rieures du parti, pendant avril, L&#233;nine fut accus&#233; de trotskysme. Kam&#233;nev en parlait ainsi, ouvertement et avec persistance. D'autres disaient de m&#234;me, mais d'une fa&#231;on plus circonspecte, dans les coulisses. Des dizaines de &#171; vieux bolcheviks &#187; me d&#233;clar&#232;rent, apr&#232;s mon arriv&#233;e en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maintenant, c'est f&#234;te dans votre rue !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus forc&#233; de d&#233;montrer que L&#233;nine n'avait pas adopt&#233; ma position, qu'il avait simplement &#233;tendu la sienne et que, par la suite de cette &#233;volution, o&#249; l'alg&#232;bre se simplifiait en arithm&#233;tique, l'identit&#233; de nos id&#233;es s'&#233;tait manifest&#233;e. Il en fut bien ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s nos premi&#232;res rencontres, et plus encore apr&#232;s les Journ&#233;es de juillet, L&#233;nine donnait l'impression d'une extr&#234;me concentration int&#233;rieure, d'un ramassement sur lui-m&#234;me pouss&#233; au dernier degr&#233; &#8212;sous des apparences de calme et de simplicit&#233; prosa&#239;que. Le r&#233;gime k&#233;renskyste semblait, en ces jours-l&#224;, tout-puissant. Le bolchevisme n'&#233;tait repr&#233;sent&#233; que par une &#171; petite bande insignifiante &#187;. C'est ainsi qu'il &#233;tait trait&#233; officiellement. Le parti lui-m&#234;me ne se rendait pas encore compte de la force qu'il allait avoir le lendemain. Et, cependant, L&#233;nine le conduisait, en toute assurance, vers les plus hautes t&#226;ches. Je m'attelai au travail et aidai L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois avant Octobre, j'&#233;crivais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, l'internationalisme n'est pas une id&#233;e abstraite, n'existant seulement que pour &#234;tre trahie &#224; la premi&#232;re occasion (ce qu'elle est pour un Ts&#233;r&#233;telli ou un Tchernov) ; c'est un principe qui nous dirige imm&#233;diatement et est profond&#233;ment pratique. Un succ&#232;s durable, d&#233;cisif, n'est pas concevable pour nous en dehors d'une r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des noms de Ts&#233;r&#233;telli et de Tchernov, je ne pouvais pas alors encore ranger celui de Staline, philosophe du socialisme dans un seul pays. Je terminais mon article par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution permanente contre le carnage permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut imprim&#233; dans l'organe central de notre parti, le 7 septembre et reproduit en brochure. Pourquoi mes critiques actuels gard&#232;rent-ils alors le silence sur le mot d'ordre h&#233;r&#233;tique d'une r&#233;volution permanente ? O&#249; &#233;taient-ils ? Les uns, comme Staline, attendaient les &#233;v&#233;nements en regardant de c&#244;t&#233; et d'autre ; les autres, comme Zinoviev, se cachaient sous la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus grosse question est celle-ci : comment L&#233;nine a-t-il pu tol&#233;rer ma propagande h&#233;r&#233;tique ? Quand il &#233;tait question de th&#233;orie, il ne connaissait ni condescendance ni indulgence. Comment a-t-il pu supporter que le &#171; trotskysme &#187; f&#251;t pr&#234;ch&#233; dans l'organe central du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, &#224; une s&#233;ance du comit&#233; de P&#233;trograd (le proc&#232;s-verbal de cette s&#233;ance, historique sous tous rapports, est tenu secret jusqu'&#224; pr&#233;sent), L&#233;nine d&#233;clara que depuis que Trotsky s'&#233;tait convaincu de l'impossibilit&#233; d'une alliance avec les mench&#233;viks, &#171; il n'y avait pas de meilleur bolchevik que lui &#187;. Il montra par l&#224; clairement, et non pour la premi&#232;re fois, que si quelque chose nous s&#233;parait, ce n'&#233;tait pas la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, c'&#233;tait une question plus restreinte, quoique tr&#232;s importante, sur les rapports &#224; garder envers le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetant un coup d'oeil r&#233;trospectif, deux ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment de la conqu&#234;te du pouvoir, lorsque fut cr&#233;&#233;e la r&#233;publique des soviets, le bolchevisme avait attir&#233; &#224; lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pens&#233;e socialiste proches de lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il y avoir l'ombre d'un doute qu'en parlant d'une fa&#231;on aussi marqu&#233;e des tendances de la pens&#233;e socialiste les plus proches du bolchevisme, L&#233;nine avait en vue tout d'abord ce que l'on appelle maintenant le &#171; trotskysme historique &#187; ? En effet, quelle autre tendance pouvait &#234;tre plus proche du bolchevisme que celle que je repr&#233;sentais ? Qui donc L&#233;nine pouvait-il avoir en Vue ? Marcel Cachin ? Thaelmann ? Pour L&#233;nine, lorsqu'il passait en revue l'&#233;volution du parti dans son ensemble, le trotskysme n'&#233;tait pas quelque chose d'&#233;tranger ou d'hostile ; c'&#233;tait, au contraire, le courant de la pens&#233;e socialiste le plus proche du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable marche des id&#233;es n'eut, on le voit, rien de commun avec la caricature mensong&#232;re qu'en ont faite, profitant de la mort de L&#233;nine et de la vague de r&#233;action, les &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore sur L&#233;nine, &#171; trotskiste &#187; en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr16.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article4206&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article143&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3415&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses de L&#233;nine en avril 1917, tax&#233;es de trotskistes par le groupe bolchevik conservateur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170407.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170422a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170410.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/cmo/n26/H_Lenine_en_avril_1917_22_.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/09/rr5e-s16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La contre-r&#233;volution de Kornilov pour &#233;craser le pouvoir montant des soviets</title>
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		<dc:date>2026-02-02T23:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution rel&#232;ve la t&#234;te &lt;br class='autobr' /&gt;
Durant les deux premiers mois, alors que, formellement, le pouvoir &#233;tait mis au compte du gouvernement de Goutchkov-Milioukov, il &#233;tait en fait concentr&#233; tout entier dans les mains du soviet. Durant les deux mois qui suivirent, le soviet faiblit : une partie de l'influence sur les masses passa aux bolcheviks, une parcelle du pouvoir fut transf&#233;r&#233;e, dans les portefeuilles des ministres socialistes, au gouvernement de coalition. D&#232;s le d&#233;but des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution rel&#232;ve la t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux premiers mois, alors que, formellement, le pouvoir &#233;tait mis au compte du gouvernement de Goutchkov-Milioukov, il &#233;tait en fait concentr&#233; tout entier dans les mains du soviet. Durant les deux mois qui suivirent, le soviet faiblit : une partie de l'influence sur les masses passa aux bolcheviks, une parcelle du pouvoir fut transf&#233;r&#233;e, dans les portefeuilles des ministres socialistes, au gouvernement de coalition. D&#232;s le d&#233;but des pr&#233;paratifs de l'offensive se renfor&#231;a automatiquement l'importance du commandement militaire, des organes du capital financier et du parti cadet. Avant de verser le sang des soldats, le comit&#233; ex&#233;cutif proc&#233;da &#224; une consid&#233;rable transfusion de son propre sang dans les art&#232;res de la bourgeoisie. En coulisse, les fils &#233;taient ramass&#233;s entre les mains des ambassades et des gouvernements de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence interalli&#233;e qui s'ouvrit &#224; Londres, les amis d'Occident &#034; oubli&#232;rent &#034; d'inviter l'ambassadeur de Russie ; c'est seulement quand il se fut rappel&#233; &#224; leur souvenir qu'on l'appela, dix minutes avant l'ouverture de la s&#233;ance, et encore n'y avait-il plus de place pour lui autour de la table, de sorte qu'il fut oblig&#233; de se faufiler entre les Fran&#231;ais. Cette brimade inflig&#233;e &#224; l'ambassadeur du gouvernement provisoire et la d&#233;monstrative d&#233;mission des cadets du minist&#232;re se produisirent le 2 juillet : les deux &#233;v&#233;nements avaient un seul et m&#234;me but : obliger les conciliateurs &#224; baisser pavillon. La manifestation arm&#233;e qui se d&#233;ploya ensuite devait d'autant plus exasp&#233;rer les leaders sovi&#233;tiques que, sous le double coup, ils concentraient toute leur attention dans un sens oppos&#233;. D&#232;s lors qu'il fallait porter le joug sanglant &#224; la suite de l'Entente, l'on n'aurait su trouver de meilleurs intercesseurs que les cadets. Tcha&#239;kovsky, un des plus anciens r&#233;volutionnaires russes, qui s'&#233;tait transform&#233; au cours de longues ann&#233;es d'&#233;migration, en un lib&#233;ral mod&#233;r&#233; de type britannique, moralisait ainsi : &#034; Il faut de l'argent pour la guerre, or les Alli&#233;s ne donneront pas d'argent aux socialistes. &#034; Les conciliateurs &#233;taient g&#234;n&#233;s par cet argument, mais en comprenaient tout le poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des forces s'&#233;tait nettement modifi&#233; au d&#233;savantage du peuple, mais personne ne pouvait dire dans quelle mesure. Les app&#233;tits de la bourgeoisie s'&#233;taient accrus en tout cas beaucoup plus que ses possibilit&#233;s. Dans cette ind&#233;termination se trouvait la source des conflits, car les forces des classes se v&#233;rifient par l'action et les &#233;v&#233;nements d'une r&#233;volution se ram&#232;nent &#224; de telles v&#233;rifications renouvel&#233;es. Quel que f&#251;t cependant, dans son &#233;tendue, le d&#233;placement du pouvoir de la gauche vers la droite, il touchait peu le gouvernement provisoire qui restait un n&#233;ant. On peut compter sur les doigts les hommes qui, dans les journ&#233;es critiques de juillet, s'int&#233;ress&#232;rent au cabinet minist&#233;riel du prince Lvov. Le g&#233;n&#233;ral Krymov, celui-l&#224; m&#234;me qui, nagu&#232;re, avait men&#233; des pourparlers avec Goutchkov au sujet de la d&#233;position de Nicolas II - nous reverrons bient&#244;t ce g&#233;n&#233;ral pour la derni&#232;re fois - envoya au prince un t&#233;l&#233;gramme qui se terminait par cette admonition : &#034; Il est temps de passer des paroles aux actes. &#034; Le conseil avait une r&#233;sonance de plaisanterie et n'en soulignait que plus nettement l'impuissance du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au d&#233;but de juillet - &#233;crivait dans la suite le lib&#233;ral Nabokov - il y eut un bref moment o&#249; le pouvoir sembla reprendre de l'autorit&#233; ; c'&#233;tait apr&#232;s l'&#233;crasement de la premi&#232;re offensive bolcheviste. Mais le gouvernement provisoire ne sut pas profiter du moment, et les conditions favorables d'alors ne furent pas utilis&#233;es. Elles ne se repr&#233;sent&#232;rent pas. &#034; C'est dans le m&#234;me esprit que s'exprim&#232;rent d'autres repr&#233;sentants du camp de droite. En r&#233;alit&#233;, pendant les journ&#233;es de juillet, de m&#234;me qu'en g&#233;n&#233;ral dans tous les moments critiques, les parties composantes de la coalition poursuivaient des buts diff&#233;rents. Les conciliateurs eussent &#233;t&#233; tout &#224; fait dispos&#233;s &#224; permettre le d&#233;finitif &#233;crasement des bolcheviks s'il n'avait &#233;t&#233; &#233;vident qu'ayant r&#233;gl&#233; leur compte &#224; ces derniers, les officiers, les cosaques, les chevaliers de Saint-Georges et les bataillons de choc &#233;craseraient les conciliateurs eux-m&#234;mes. Les cadets voulaient aller jusqu'au bout pour balayer non seulement les bolcheviks, mais les soviets. Cependant, ce n'est pas par hasard que les cadets se trouvaient, &#224; tous les moments graves, hors du gouvernement. En fin de compte, ils en &#233;taient expuls&#233;s par la pression des masses, irr&#233;sistible, en d&#233;pit de tous les tampons conciliateurs. M&#234;me si les lib&#233;raux avaient r&#233;ussi &#224; s'emparer du pouvoir, ils n'auraient pu le garder. Les &#233;v&#233;nements l'ont d&#233;montr&#233; dans la suite avec une parfaite pl&#233;nitude. L'id&#233;e d'une possibilit&#233; que l'on aurait laiss&#233;e &#233;chapper en juillet est une illusion r&#233;trospective. En tout cas, la victoire de juillet, loin d'affermir le pouvoir, ouvrit au contraire une p&#233;riode de crise gouvernementale prolong&#233;e qui n'eut formellement sa solution que le 24 juillet et fut en somme une entr&#233;e en agonie, pour quatre mois, du r&#233;gime de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs &#233;taient d&#233;chir&#233;s entre la n&#233;cessit&#233; de r&#233;tablir une demi-amiti&#233; avec la bourgeoisie et le besoin de mod&#233;rer l'hostilit&#233; des masses. Le louvoiement devient pour eux une forme d'existence, les zigzags se transforment en oscillations fi&#233;vreuses, mais la ligne essentielle tourne brusquement vers la droite. Le 7 juillet, le gouvernement d&#233;cide toute une s&#233;rie de mesures de r&#233;pression. Mais, &#224; la m&#234;me s&#233;ance, comme en catimini, profitant de l'absence des &#034; anciens &#034;, c'est-&#224;-dire des cadets, les ministres socialistes propos&#232;rent au gouvernement d'entreprendre la r&#233;alisation du programme &#233;tabli en juin par le congr&#232;s des soviets. Cela amena imm&#233;diatement une nouvelle dislocation du gouvernement. Le prince Lvov, grand propri&#233;taire de biens-fonds, ancien pr&#233;sident de l'union des zemstvos, accusa le gouvernement de &#034; saper &#034; par sa politique agraire &#034; la conscience juridique du peuple &#034;. Les propri&#233;taires nobles s'inqui&#233;taient non d'avoir peut-&#234;tre &#224; perdre leurs patrimoines, mais de voir les conciliateurs &#034; s'efforcer de placer l'assembl&#233;e constituante devant le fait accompli &#034;. Tous les piliers de la r&#233;action monarchiste devinrent d&#232;s lors des partisans enflamm&#233;s de la pure d&#233;mocratie ! Le gouvernement d&#233;cida de confier le poste de ministre-pr&#233;sident &#224; Kerensky, en maintenant par-devers lui les portefeuilles de la Guerre et de la Marine. Tseretelli, nouveau ministre de l'Int&#233;rieur, dut r&#233;pondre devant le comit&#233; ex&#233;cutif au sujet des arrestations de bolcheviks. L'interpellation venait de Martov, et Tseretelli r&#233;pliqua, sans c&#233;r&#233;monie, &#224; son ancien camarade de parti, qu'il pr&#233;f&#233;rait avoir affaire &#224; Lenine plut&#244;t qu'&#224; Martov : avec le premier il savait comment se conduire, tandis que l'autre lui liait les mains... &#034; Je prends sur moi la responsabilit&#233; de ces arrestations ! &#034; - tel fut le d&#233;fi du ministre devant un auditoire qui dressait l'oreille. Tout en portant des coups &#224; gauche, les conciliateurs all&#232;guent le danger de droite. &#034; La Russie se trouve devant une dictature militaire - d&#233;clare Dan dans son rapport &#224; la s&#233;ance du 9 juillet. Nous avons l'obligation d'arracher la ba&#239;onnette des mains de la dictature militaire, Et nous ne pouvons le faire qu'en reconnaissant le gouvernement provisoire comme Comit&#233; de salut public. Nous devons donner au gouvernement des pouvoirs illimit&#233;s pour qu'il puisse extirper l'anarchie de gauche et la contre-r&#233;volution de droite... &#034; Comme si le gouvernement lui-m&#234;me, qui luttait contre les ouvriers, les soldats, les paysans, avait pu avoir dans les mains une autre ba&#239;onnette que celle de la contre-r&#233;volution ! Par deux cent cinquante-deux voix, devant quarante-sept abstentions, l'Assembl&#233;e unifi&#233;e prit cette r&#233;solution, &#034; 1&#176; Le pays et la r&#233;volution sont en danger. 2&#176; Le gouvernement provisoire est d&#233;clar&#233; gouvernement de salut de la r&#233;volution. 3&#176; On lui reconna&#238;t des pouvoirs illimit&#233;s. &#034; Cette d&#233;cision r&#233;sonnait comme un tonneau vide. Les bolcheviks qui assistaient &#224; la s&#233;ance s'abstinrent de voter, ce qui t&#233;moigne d'une indubitable perplexit&#233; dans les sommets du parti en ces jours-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mouvements de masse, m&#234;me &#233;cras&#233;s, ne passent jamais sans laisser des traces. La place du grand seigneur fut occup&#233;e, &#224; la t&#234;te du gouvernement, par un avocat radical ; le minist&#232;re de l'int&#233;rieur eut &#224; sa t&#234;te un ancien for&#231;at. On constate un remaniement pl&#233;b&#233;ien du pouvoir. Kerensky, Tseretelli, Tchernov, Skobelev, leaders du comit&#233; ex&#233;cutif, d&#233;terminaient d&#232;s lors la physionomie du gouvernement. N'est-ce pas l&#224; la r&#233;alisation du mot d'ordre des Journ&#233;es de juin : &#034; A bas les dix ministres capitalistes &#034; ? Non, c'est seulement la r&#233;v&#233;lation de l'inconsistance de ce mot d'ordre. Les ministres d&#233;mocrates ne prirent le pouvoir que pour le restituer aux ministres capitalistes. &#034; La coalition est morte, vive la coalition ! &#034; [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On joue solennellement la honteuse com&#233;die du d&#233;sarmement des mitrailleurs sur la place du palais, Plusieurs r&#233;giments sont dissous. Des soldats sont exp&#233;di&#233;s, par petits d&#233;tachements, comme renforts au front. Des quadrag&#233;naires sont ramen&#233;s &#224; la discipline et chass&#233;s vers les tranch&#233;es. Ce sont tous des agitateurs contre le r&#233;gime du kerenskysme. Ils sont quelques dizaines de mille et ils accompliront jusqu'&#224; l'automne un gros travail. Parall&#232;lement, on d&#233;sarme les ouvriers, quoique avec un moindre succ&#232;s. Sous la pression des g&#233;n&#233;raux - nous verrons bient&#244;t quelles formes elle prit - la peine de mort est r&#233;tablie sur le front. Mais, le m&#234;me jour, le 12 juillet, est promulgu&#233; un d&#233;cret limitant les achats et ventes de terres. La demi-mesure tardive, sous la menace de la hache du moujik, provoqua &#224; gauche des sarcasmes, &#224; droite des grincements de dents. Ayant interdit tout cort&#232;ge dans la rue - menace pour la gauche - Tseretelli leva la main contre les arrestations arbitraires, tentative pour intimider la droite. Kerensky, ayant r&#233;voqu&#233; le commandant en chef de la r&#233;gion militaire, donna pour motif &#224; la gauche que cet officier avait d&#233;truit des organisations ouvri&#232;res, &#224; la droite que cet homme avait manqu&#233; de r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cosaques devinrent les authentiques h&#233;ros du Petrograd bourgeois. &#034; Il arriva parfois - raconte l'officier cosaque Grekov - que l'un des n&#244;tres, en uniforme, entrant dans un lieu public, dans un restaurant o&#249; il y avait beaucoup de monde, tout le public se levait et accueillait le nouveau venu par des applaudissements. &#034; Les th&#233;&#226;tres, les cin&#233;matographes et les jardins de divertissements organis&#232;rent plusieurs soir&#233;es de bienfaisance au profit des cosaques bless&#233;s et des familles de cosaques tu&#233;s. Le bureau du comit&#233; ex&#233;cutif se trouva forc&#233; d'&#233;lire une commission, ayant &#224; sa t&#234;te Tchkhe&#239;dze, pour participer &#224; la direction des fun&#233;railles &#034; des guerriers tomb&#233;s dans l'accomplissement de leur devoir r&#233;volutionnaire pendant les journ&#233;es des 3-5 juillet. &#034; Les conciliateurs durent vider jusqu'&#224; la lie la coupe de l'humiliation. Le c&#233;r&#233;monial commen&#231;a par un service religieux &#224; la cath&#233;drale Saint-Isaac. Les cercueils furent port&#233;s par Rodzianko, Milioukov, le prince Lvov et Kerensky, et processionnellement furent achemin&#233;s pour l'inhumation vers le monast&#232;re Alexandre-Nevsky. Sur le passage du cort&#232;ge, la milice &#233;tait absente, les cosaques s'&#233;taient charg&#233;s de maintenir l'ordre : la journ&#233;e des obs&#232;ques fut celle de leur enti&#232;re domination sur Petrograd. Les ouvriers et les soldats que les cosaques avaient massacr&#233;s, fr&#232;res de sang des victimes de f&#233;vrier, furent enterr&#233;s en tapinois, tout ainsi que, du temps du tsar, l'on avait inhum&#233; les victimes du 9 janvier 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; ex&#233;cutif de Cronstadt re&#231;ut du gouvernement la sommation d'avoir &#224; livrer imm&#233;diatement &#224; la disposition des autorit&#233;s judiciaires Raskolnikov, Rochal et le sous-lieutenant Remnev, sous menace d'un blocus de l'&#238;le de Cronstadt. A Helsingfors furent aussi arr&#234;t&#233;s, avec des bolcheviks, pour la premi&#232;re fois, des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Le prince Lvov, qui avait donn&#233; sa d&#233;mission, se plaignait dans les journaux de ce que &#034; les soviets, inf&#233;rieurs &#224; la morale g&#233;n&#233;rale de la haute politique, ne s'&#233;taient m&#234;me pas d&#233;barrass&#233;s des l&#233;ninistes, ces agents de l'Allemagne &#034;. Ce fut une affaire d'honneur pour les conciliateurs que de d&#233;montrer leur morale d'Etat ! Le 13 juillet, les comit&#233;s ex&#233;cutifs adoptent dans une s&#233;ance unifi&#233;e une motion pr&#233;sent&#233;e par Dan : &#034; Toutes personnes inculp&#233;es par le pouvoir judiciaire sont &#233;cart&#233;es des comit&#233;s ex&#233;cutifs jusqu'au jugement du tribunal. &#034; Les bolcheviks &#233;taient ainsi plac&#233;s effectivement hors la loi. Kerensky interdit toute la presse bolcheviste. En province on proc&#233;dait &#224; des arrestations de comit&#233;s agraires. Les Izvestia se lamentaient dans l'impuissance : &#034; Il y a seulement quelques jours, nous avons &#233;t&#233; t&#233;moins des d&#233;bordements de l'anarchie dans les rues de Petrograd. Aujourd'hui dans les m&#234;mes rues, se d&#233;versent sans retenue des discours contre-r&#233;volutionnaires, des discours de Cent-Noirs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires ayant &#233;t&#233; dissous et les ouvriers d&#233;sarm&#233;s, le centre de gravit&#233; se d&#233;pla&#231;a plus encore vers la droite. Dans les mains de quelques hauts dirigeants militaires, des groupes industriels bancaires et cadets, se concentra manifestement une importante partie du pouvoir r&#233;el. L'autre partie restait comme devant dans les mains des soviets. La dualit&#233; de pouvoirs &#233;tait &#233;vidente, mais ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus la dualit&#233; de pouvoirs l&#233;galis&#233;e, bas&#233;e sur un contact ou une coalition, des mois pr&#233;c&#233;dents, c'&#233;tait la dualit&#233; de pouvoirs explosive de deux cliques : celle des militaires et bourgeois et celle des conciliateurs qui se redoutaient entre elles, mais en m&#234;me temps avaient besoin l'une de l'autre. Que restait-il &#224; faire ? Ressusciter la coalition. &#034; Apr&#232;s l'insurrection des 3-5 juillet - &#233;crit avec justesse Milioukov - l'id&#233;e de la coalition non seulement ne fut pas abandonn&#233;e, mais, au contraire, acquit pour un temps plus de force et de signification qu'elle n'en avait eu auparavant. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; provisoire de la Douma d'Etat se r&#233;veilla inopin&#233;ment et adopta une violente r&#233;solution contre le gouvernement de salut. Ce fut le dernier coup. Tous les ministres remirent leurs portefeuilles &#224; Kerensky, faisant ainsi de lui le centre de la souverainet&#233; nationale. Dans les destin&#233;es ult&#233;rieures de la r&#233;volution de f&#233;vrier, de m&#234;me que dans le sort personnel de Kerensky, ce moment prit une importance consid&#233;rable : dans le chaos des groupements, des d&#233;missions, des nominations, se dessina quelque chose dans le genre d'un point immuable autour duquel tournaient tous les autres. La d&#233;mission des ministres ne servit que d'introduction &#224; des pourparlers avec les cadets et les industriels. Les cadets pos&#232;rent leurs conditions : responsabilit&#233; des membres du gouvernement &#034; exclusivement devant leur conscience &#034; ; accord absolu avec les Alli&#233;s ; r&#233;tablissement de la discipline dans l'arm&#233;e ; aucune r&#233;forme sociale avant l'assembl&#233;e constituante. Un article qui n'&#233;tait point &#233;crit, c'&#233;tait l'exigence de diff&#233;rer les &#233;lections pour l'assembl&#233;e constituante. Cela s'appelait &#034; un programme ind&#233;pendant des partis et national &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens r&#233;pondirent les repr&#233;sentants du commerce et de l'industrie que les conciliateurs essayaient vainement d'opposer aux cadets. Le comit&#233; ex&#233;cutif confirma encore sa r&#233;solution d'octroyer au gouvernement de salut &#034; de pleins pouvoirs &#034; ; cela signifiait que l'on consentait &#224; l'ind&#233;pendance du gouvernement &#224; l'&#233;gard du soviet. Le m&#234;me jour, Tseretelli, en qualit&#233; de ministre de l'int&#233;rieur, lan&#231;a une circulaire invitant &#224; prendre &#034; des mesures urgentes et r&#233;solues pour mettre fin &#224; tous actes d'arbitraire dans le domaine des rapports agraires. &#034; Le ministre des approvisionnements, Pechekhonov, r&#233;clamait de son c&#244;t&#233; que l'on mit fin &#034; aux violences et aux actes criminels contre les propri&#233;taires de terres &#034;. Le gouvernement du salut de la r&#233;volution se recommandait, avant tout, comme un gouvernement de salut pour les propri&#233;taires de domaines. Mais il n'&#233;tait pas seulement cela. Un brasseur d'affaires, l'ing&#233;nieur Paltchinsky, qui cumulait les fonctions de directeur au minist&#232;re du Commerce et de l'Industrie, de pr&#233;pos&#233; principal au combustible et au m&#233;tal et le chef de la commission de la d&#233;fense nationale, appliquait &#233;nergiquement la politique du capital trust&#233;. L'&#233;conomiste menchevik Tcherevanine se plaignait &#224; la section &#233;conomique du soviet de ce que les heureuses initiatives de la d&#233;mocratie se brisaient au sabotage de Paltchinsky. Le ministre de l'Agriculture, Tchernov, sur lequel les cadets avaient report&#233; l'accusation d'intelligences avec les Allemands, se vit oblig&#233; &#034; aux fins de r&#233;habilitation &#034; de d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 juillet, le gouvernement, dans lequel pr&#233;dominaient les socialistes, promulgue un manifeste de dissolution de l'indocile Di&#232;te finlandaise o&#249; les social-d&#233;mocrates sont en majorit&#233;. Dans une note solennellement adress&#233;e aux Alli&#233;s &#224; l'occasion du troisi&#232;me anniversaire de la d&#233;claration de la guerre mondiale, le gouvernement, non content de renouveler le serment de fid&#233;lit&#233; rituel, annonce qu'il a eu le bonheur d'&#233;craser l'&#233;meute provoqu&#233;e par les agents de l'ennemi. Document inou&#239; de platitude ! En m&#234;me temps est publi&#233;e une loi draconienne contre les infractions &#224; la discipline chez les cheminots. Apr&#232;s que le gouvernement eut ainsi d&#233;montr&#233; sa maturit&#233; politique, Kerensky se d&#233;cida enfin &#224; r&#233;pondre &#224; l'ultimatum du parti cadet en ce sens que les exigences formul&#233;es par celui-ci &#034; ne pouvaient faire obstacle &#224; une entr&#233;e dans le gouvernement provisoire &#034;. Cette capitulation d&#233;guis&#233;e ne suffisait pourtant d&#233;j&#224; plus aux lib&#233;raux. Il leur fallait contraindre les conciliateurs &#224; s'agenouiller. Le comit&#233; central du parti cadet pr&#233;cisa que la d&#233;claration gouvernementale du 8 juillet, publi&#233;e apr&#232;s la rupture de la coalition - ramassis de lieux communs d&#233;mocratiques - n'&#233;tait pas acceptable pour lui et&#8230; rompit les pourparlers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque &#233;tait convergente. Les cadets agissaient en &#233;troite liaison non seulement avec les industriels et les diplomates alli&#233;s, mais aussi avec le corps des g&#233;n&#233;raux. Le comit&#233; principal de l'union des officiers au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se trouvait sous la direction effective du parti cadet. Par l'interm&#233;diaire du haut commandement, les cadets pesaient sur les conciliateurs du c&#244;t&#233; le plus sensible. Le 8 juillet, le g&#233;n&#233;ral Kornilov, commandant en chef du front Sud-Ouest, donna l'ordre d'ouvrir sur les soldats qui reculeraient le feu des mitrailleuses et de l'artillerie. Soutenu par Savinkov, commissaire au front, ancien chef de l'organisation terroriste des socialistes-r&#233;volutionnaires, Kornilov avait d&#233;j&#224; pr&#233;c&#233;demment exig&#233; le r&#233;tablissement de la peine de mort sur le front, mena&#231;ant en cas contraire d'abandonner de son propre gr&#233; le commandement. Le t&#233;l&#233;gramme secret parut imm&#233;diatement dans la presse : Kornilov avait pris soin qu'il f&#251;t connu. Le g&#233;n&#233;ralissime Broussilov, le plus circonspect et &#233;vasif, moralisait en &#233;crivant &#224; Kerensky : &#034; Les le&#231;ons de la grande r&#233;volution fran&#231;aise que nous avons partiellement oubli&#233;es se rappellent pourtant &#224; nous imp&#233;rieusement... &#034; Ces le&#231;ons consistaient en ceci que les r&#233;volutionnaires fran&#231;ais, ayant vainement essay&#233; de reconstituer l'arm&#233;e &#034; sur des bases humanitaires &#034;, s'&#233;taient ensuite ralli&#233;s &#224; la peine de mort, et que &#034; leurs drapeaux victorieux avaient fait la moiti&#233; du tour du monde &#034;. A part cela, les g&#233;n&#233;raux n'avaient rien lu du livre de la r&#233;volution. Le 12 juillet, le gouvernement r&#233;tablit la peine de mort, &#034; en temps de guerre, pour les militaires coupables de certains crimes des plus graves &#034;. Cependant, le g&#233;n&#233;ral Klembovsky, commandant en chef du front Nord, &#233;crivait trois jours plus tard : &#034; L'exp&#233;rience a montr&#233; que les contingents auxquels &#233;taient affect&#233;es de nombreuses forces de compl&#233;ment devenaient absolument incapables de combattre. L'arm&#233;e ne peut &#234;tre saine si la source de ses renforts est pourrie. &#034; La source corrompue des renforts, c'&#233;tait le peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet, Kerensky convoqua au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral une conf&#233;rence des grands chefs de guerre avec la participation de T&#233;rechtchenko et de Savinkov. Kornilov &#233;tait absent : le recul sur son front battait son plein et n'arr&#234;ta que quelques jours apr&#232;s, lorsque les Allemands eux-m&#234;mes suspendirent leur avance &#224; l'ancienne fronti&#232;re de la Russie. Les noms des participants &#224; la conf&#233;rence : Broussilov, Alexe&#239;ev, Roussky, Klembovsky, D&#233;nikine, Romanovsky, tintaient comme l'&#233;cho d'une &#233;poque pr&#233;cipit&#233;e dans un ab&#238;me. Pendant quatre mois, les grands g&#233;n&#233;raux s'&#233;taient sentis &#224; demi morts. Maintenant ils ressuscitaient et, consid&#233;rant le ministre-pr&#233;sident comme l'incarnation de la r&#233;volution qui les avait molest&#233;s, lui infligeaient impun&#233;ment d'acerbes camouflets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les donn&#233;es du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les arm&#233;es du front Sud-Ouest, entre le 18 juin et le 6 juillet, avaient perdu environ cinquante-six mille hommes. Insignifiants sacrifices &#224; l'&#233;chelle de la guerre ! Mais deux insurrections, celle de f&#233;vrier et celle d'octobre, ont co&#251;t&#233; beaucoup moins cher. Qu'a donn&#233; l'offensive des lib&#233;raux et des conciliateurs, si ce n'est des morts, des d&#233;vastations et des calamit&#233;s ? Les bouleversements sociaux de 1917 ont modifi&#233; la face de la sixi&#232;me partie du monde et ont ouvert &#224; l'humanit&#233; de nouvelles possibilit&#233;s. Les cruaut&#233;s et les horreurs de la r&#233;volution, que nous ne voulons ni nier ni att&#233;nuer, ne tombent pas du ciel : elles sont ins&#233;parables de tout le d&#233;veloppement historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Broussilov, rapportant les r&#233;sultats de l'offensive entreprise un mois auparavant, d&#233;clarait : &#034; &#233;chec complet &#034;. La cause en &#233;tait que &#034; les chefs, depuis le simple capitaine jusqu'au g&#233;n&#233;ralissime, n'avaient pas d'autorit&#233; &#034;. Comment et pourquoi l'avaient-ils perdue, il ne le dit pas. En ce qui concerne des op&#233;rations ult&#233;rieures, &#034; nous ne pouvons en pr&#233;parer avant le printemps &#034;. Insistant avec les autres sur les mesures de r&#233;pression, Klembovsky exprimait aussit&#244;t ses doutes sur leur efficacit&#233;. &#034; La peine de mort ? - Mais peut-on ex&#233;cuter des divisions enti&#232;res ? Les mettre en jugement ? - Mais alors la moiti&#233; de l'arm&#233;e se trouvera en Sib&#233;rie... &#034; Le chef d'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral rapportait : &#034; Cinq r&#233;giments de la garnison de Petrograd ont &#233;t&#233; dissous. Les instigateurs sont traduits devant la justice... Au total environ quatre-vingt-dix mille hommes seront &#233;vacu&#233;s de Petrograd. &#034; Cette mesure fut adopt&#233;e avec satisfaction. Personne ne songeait &#224; se demander quelles cons&#233;quences aurait l'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s ? disait Alexe&#239;ev. &#034; Il est indispensable de les supprimer... L'histoire militaire, qui compte des milliers d'ann&#233;es a &#233;tabli ses lois. Nous avons voulu les violer et nous avons subi un fiasco. &#034; Cet homme entendait par &#034; lois de l'histoire &#034; le r&#232;glement du service en campagne. &#034; Derri&#232;re les anciens drapeaux - disait Roussky d'un ton vantard - les hommes marchaient comme derri&#232;re une chose sacr&#233;e et savaient mourir. Mais que nous ont amen&#233; les drapeaux rouges ? Ceci, que les troupes, d&#232;s lors, se rendaient par corps d'arm&#233;e entiers. &#034; Le v&#233;tuste g&#233;n&#233;ral avait oubli&#233; comment lui-m&#234;me, en ao&#251;t 1915, avait fait un rapport au conseil des ministres : &#034; Les exigences contemporaines de la technique militaire sont au-dessus de nos forces ; en tout cas, nous ne saurions nous mesurer avec les Allemands. &#034; Klembovsky soulignait malignement que l'arm&#233;e avait &#233;t&#233; d&#233;truite &#224; proprement parler non par les bolcheviks mais &#034; par d'autres &#034; qui avaient institu&#233; une n&#233;faste l&#233;gislation militaire, &#034; par des hommes qui ne comprenaient pas le genre de vie et les conditions d'existence d'une arm&#233;e &#034;. C'&#233;tait une allusion directe &#224; Kerensky. Denikine attaquait les ministres encore plus r&#233;solument : &#034; Vous avez pi&#233;tin&#233; dans la boue nos glorieux drapeaux de combat, c'est vous qui les ramasserez s'il y a en vous une conscience... &#034; Mais Kerensky ? Soup&#231;onn&#233; de manquer de conscience, il remercie bassement le soudard d'avoir &#034; exprim&#233; ouvertement et sinc&#232;rement son opinion &#034;. La d&#233;claration des droits du soldat ? &#034; Si j'avais &#233;t&#233; ministre au moment o&#249; on l'&#233;laborait, la d&#233;claration n'e&#251;t pas &#233;t&#233; promulgu&#233;e. Qui donc le premier a s&#233;vi contre les chasseurs sib&#233;riens ? Qui le premier a vers&#233; son sang pour ch&#226;tier les rebelles ? Un homme que j'avais plac&#233;, un commissaire &#224; moi. &#034; Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Terechtchenko minaude en mani&#232;re de consolation : &#034; Notre offensive, m&#234;me manqu&#233;e, a relev&#233; la confiance en nous des alli&#233;s. &#034; La confiance des alli&#233;s ! Est-ce pour cela que la terre tourne autour de son axe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au moment pr&#233;sent, les officiers sont le seul contrefort de la libert&#233; et de la r&#233;volution &#034;, pr&#234;che Klembovsky. &#034; Un officier n'est pas un bourgeois - explique Broussilov - il est le v&#233;ritable prol&#233;taire. &#034; Le g&#233;n&#233;ral Roussky ajoute : &#034; Les g&#233;n&#233;raux aussi sont des prol&#233;taires. &#034; Supprimer les comit&#233;s, r&#233;tablir le pouvoir des vieux chefs, chasser de l'arm&#233;e la politique, c'est-&#224;-dire la r&#233;volution - tel est le programme des prol&#233;taires galonn&#233;s en g&#233;n&#233;raux. Kerensky n'objecte rien au programme m&#234;me ; ce qui le trouble, c'est seulement la question des d&#233;lais. &#034; En ce qui concerne les mesures propos&#233;es, - dit-il - je pense que le g&#233;n&#233;ral Denikine lui-m&#234;me n'insistera pas sur leur application imm&#233;diate... &#034; Les g&#233;n&#233;raux &#233;taient tous de parfaites m&#233;diocrit&#233;s. Mais ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de se dire : &#034; Voil&#224; le langage qu'il faut tenir &#224; ces messieurs ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la conf&#233;rence fut un changement dans le haut commandement. Le condescendant et souple Broussilov, nomm&#233; &#224; la place du circonspect officier de bureau Alexe&#239;ev, qui avait fait des objections &#224; l'offensive, &#233;tait maintenant destitu&#233; et remplac&#233; parle g&#233;n&#233;ral Kornilov. La permutation &#233;tait motiv&#233;e de diff&#233;rentes mani&#232;res : aux cadets, on promettait que Kornilov &#233;tablirait une discipline de fer ; aux conciliateurs, on affirmait que Kornilov &#233;tait l'ami des comit&#233;s et des commissaires ; Savinkov lui-m&#234;me garantissait les sentiments r&#233;publicains du g&#233;n&#233;ral. En r&#233;plique &#224; cette haute nomination, Kornilov exp&#233;dia au gouvernement un nouvel ultimatum : il n'acceptait son poste qu'aux conditions suivantes : &#034; Responsabilit&#233; devant sa propre conscience et devant le peuple ; interdiction d'intervenir dans les nominations aux postes &#233;lev&#233;s du commandement ; r&#233;tablissement de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point suscitait des difficult&#233;s : &#034; r&#233;pondre devant sa propre conscience et devant le peuple &#034;, Kerensky s'en &#233;tait d&#233;j&#224; charg&#233; et c'est une affaire qui ne souffre pas de concurrence. Le t&#233;l&#233;gramme de Kornilov fut publi&#233; dans le journal lib&#233;ral le plus r&#233;pandu. Les prudents politiciens de la r&#233;action faisaient la grimace. L'ultimatum de Kornilov &#233;tait celui du parti cadet, traduit seulement dans le langage immod&#233;r&#233; d'un g&#233;n&#233;ral de cosaques. Mais le calcul de Kornilov &#233;tait juste : par l'outrance des pr&#233;tentions et l'insolence du ton, l'ultimatum provoqua l'enthousiasme de tous les ennemis de la r&#233;volution, et, avant tout, des officiers du cadre. Kerensky fut boulevers&#233; et voulut imm&#233;diatement destituer Kornilov, mais il ne trouva point d'appui dans son gouvernement. A la fin des fins, sur le conseil de ses inspirateurs, Kornilov consentit, dans une explication verbale, &#224; reconna&#238;tre qu'il entendait par responsabilit&#233; devant le peuple une responsabilit&#233; devant le gouvernement provisoire. Pour le reste, l'ultimatum, sauf quelques petites r&#233;serves, fut accept&#233;. Kornilov devint g&#233;n&#233;ralissime. En m&#234;me temps un officier du g&#233;nie, Filonenko, lui &#233;tait attach&#233; comme commissaire, et l'ex-commissaire du front sud-ouest Savinkov &#233;tait plac&#233; &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. L'un, personnage accidentel, parvenu ; l'autre, ayant un grand pass&#233; r&#233;volutionnaire ; tous deux, aventuriers achev&#233;s, pr&#234;ts &#224; tout comme Filonenko, ou du moins &#224; beaucoup comme Savinkov. Leur liaison &#233;troite avec Kornilov, contribuant &#224; la rapide carri&#232;re du g&#233;n&#233;ral, joua, comme nous le verrons, son r&#244;le dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs c&#233;daient sur toute la ligne. Tseretelli allait r&#233;p&#233;tant : &#034; La coalition, c'est une union de salut. &#034; Dans les coulisses, les pourparlers, en d&#233;pit de la rupture formelle, allaient leur train. Pour acc&#233;l&#233;rer le d&#233;nouement, Kerensky, en accord &#233;vident avec les cadets, recourut &#224; une mesure purement th&#233;&#226;trale, c'est-&#224;-dire tout &#224; fait dans l'esprit de sa politique, mais en m&#234;me temps tr&#232;s efficace pour les buts qu'il poursuivait : il donna sa d&#233;mission et quitta la ville, abandonnant les conciliateurs &#224; leur d&#233;sespoir. Milioukov dit &#224; ce sujet : &#034; Par sa sortie d&#233;monstrative... il montra et &#224; ses adversaires, et &#224; ses rivaux, et &#224; ses partisans que, nonobstant leur appr&#233;ciation sur ses qualit&#233;s personnelles, il s'av&#233;rait indispensable dans la minute pr&#233;sente, simplement par la situation politique qu'il occupait au milieu de deux camps en lutte. &#034; La partie &#233;tait enlev&#233;e &#224; qui-perd-gagne. Les conciliateurs se pr&#233;cipit&#232;rent vers le &#034; camarade Kerensky &#034;, &#233;touffant leurs mal&#233;dictions, avec de franches supplications. Des deux c&#244;t&#233;s, cadets et socialistes, sans peine, impos&#232;rent au cabinet d&#233;capit&#233; la r&#233;solution de se d&#233;sister, en confiant &#224; Kerensky la t&#226;che de reconstituer un gouvernement &#224; son gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour intimider d&#233;finitivement les membres des comit&#233;s ex&#233;cutifs d&#233;j&#224; suffisamment apeur&#233;s, on leur fait parvenir les derni&#232;res informations sur la situation qui empire sur le front. Les Allemands poussent sur les troupes russes, les lib&#233;raux poussent sur Kerensky, Kerensky pousse sur les conciliateurs. Les fractions des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires si&#232;gent toute la nuit du 23 au 24 juillet, se morfondant dans leur impuissance. A la fin des fins, les comit&#233;s ex&#233;cutifs, par une majorit&#233; de cent quarante-sept voix contre quarante-six, devant quarante-deux abstentions - opposition inou&#239;e ! - approuvent que le pouvoir soit remis &#224; Kerensky sans conditions et sans limitations. Au congr&#232;s des cadets, qui avait lieu en m&#234;me temps, des voix s'&#233;lev&#232;rent pour le renversement de Kerensky, mais Milioukov remit &#224; leur place les impatients, proposant de se borner pour l'instant &#224; une simple pression. Cela ne signifie pas que Milioukov se f&#251;t fait des illusions au sujet de Kerensky. Mais il voyait en lui un point d'application pour les forces des classes poss&#233;dantes. Le gouvernement &#233;tant d&#233;barrass&#233; des soviets, il n'y aurait alors aucune difficult&#233; &#224; le d&#233;barrasser de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les dieux de la coalition avaient toujours soif. L'ordre d'arr&#234;ter Lenine pr&#233;c&#233;da la formation du gouvernement transitoire du 7 juillet. Maintenant il &#233;tait n&#233;cessaire de signaler par un acte de fermet&#233; la renaissance de la coalition. D&#232;s le 13 juillet avait paru dans le journal de Gorki - la presse bolcheviste n'existait d&#233;j&#224; plus - une lettre ouverte de Trotsky au gouvernement provisoire. La lettre disait : &#034; Vous ne pouvez avoir aucun motif logique de m'excepter du d&#233;cret en vertu duquel les camarades Lenine, Zinoviev et Kamenev font l'objet d'un mandat d'arrestation. En ce qui concerne le c&#244;t&#233; politique de l'affaire, vous ne pouvez avoir de motifs de douter que je sois un adversaire de la politique g&#233;n&#233;rale du gouvernement provisoire tout aussi irr&#233;conciliable que les camarades ci-dessus nomm&#233;s. &#034; Dans la nuit o&#249; se constituait le nouveau minist&#232;re, Trotsky et Lounatcharsky furent arr&#234;t&#233;s &#224; Petrograd, tandis qu'au front l'on arr&#234;tait le sous-lieutenant Krylenko, futur commandant en chef des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement qui vint au monde apr&#232;s une crise de trois semaines avait l'air &#233;tique. Il se composait de personnages de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me plan, s&#233;lectionn&#233;s d'apr&#232;s le principe du moindre mal. Le vice-pr&#233;sident fut l'ing&#233;nieur Nekrassov, cadet de gauche, qui, le 27 f&#233;vrier, avait propos&#233;, pour l'&#233;crasement de la r&#233;volution, de confier le pouvoir &#224; l'un des g&#233;n&#233;raux du tsar. L'&#233;crivain Prokopovitch, sans parti et sans personnalit&#233;, domicili&#233; sur la lisi&#232;re entre les cadets et les mencheviks, devint ministre de l'Industrie et du Commerce. Ancien procureur, ensuite avocat radical, Zaroudny, fils du ministre &#034; lib&#233;ral &#034; d'Alexandre II, fut appel&#233; &#224; la Justice. Le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif paysan, Avksentiev, obtint le portefeuille de ministre de l'Int&#233;rieur. Le menchevik Skobelev resta ministre du Travail, le socialiste populiste Pechekhonov ministre de l'Approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des lib&#233;raux entr&#232;rent dans le cabinet des figures tout aussi secondaires, n'ayant jou&#233; ni avant ni apr&#232;s des r&#244;les dirigeants. Au poste de ministre de l'Agriculture revint inopin&#233;ment Tchernov : dans les quatre jours qui s'&#233;taient &#233;coul&#233;s entre sa d&#233;mission et la nouvelle nomination, il avait d&#233;j&#224; eu le temps de se r&#233;habiliter. Dans son Histoire, Milioukov note impassiblement que le caract&#232;re des rapports de Tchernov avec les autorit&#233;s allemandes &#034; n'avait pas &#233;t&#233; &#233;lucid&#233; ; il est possible - ajoute-t-il que les indications du contre-espionnage russe ainsi que les soup&#231;ons de Kerensky, de Terechtchenko et d'autres &#224; cet &#233;gard fussent all&#233;s trop loin &#034;. La r&#233;int&#233;gration de Tchenov dans les fonctions de ministre de l'Agriculture n'&#233;tait rien de plus qu'un tribut au prestige du parti dirigeant des socialistes-r&#233;volutionnaires dans lequel Tchernov, d'ailleurs, perdait de plus en plus de son influence. En revanche, Tseretelli eut la pr&#233;voyance de rester en dehors du cabinet minist&#233;riel : en mai, l'on avait estim&#233; qu'il serait utile &#224; la r&#233;volution au sein du gouvernement ; maintenant il se disposait &#224; &#234;tre utile au gouvernement au sein du soviet. A partir de ce temps, Tseretelli remplit effectivement les obligations d'un commissaire de la bourgeoisie dans le syst&#232;me des soviets. &#034; Si les int&#233;r&#234;ts du pays &#233;taient contrecarr&#233;s par la coalition - disait-il en s&#233;ance du soviet de Petrograd - notre devoir serait d'inviter nos camarades &#224; sortir du gouvernement. &#034; Il ne s'agissait d&#233;j&#224; plus d'&#233;liminer, apr&#232;s &#233;puisement, les lib&#233;raux, comme Dan l'avait promis nagu&#232;re, mais bien, se sentant &#224; bout, d'abandonner en temps opportun le gouvernail. Tseretelli pr&#233;parait la remise int&#233;grale du pouvoir &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re coalition, form&#233;e le 6 mai, les socialistes &#233;taient en minorit&#233; ; mais ils &#233;taient en fait les ma&#238;tres de la situation ; dans le cabinet minist&#233;riel du 24 juillet, les socialistes &#233;taient en majorit&#233;, mais ils n'&#233;taient que l'ombre des lib&#233;raux&#8230; &#034; Malgr&#233; une petite pr&#233;pond&#233;rance nominale des socialistes - avoue Milioukov - la pr&#233;dominance effective dans le cabinet appartenait incontestablement aux partisans convaincus de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#034; Il serait plus exact de dire : de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Quant &#224; la d&#233;mocratie, l'affaire se pr&#233;sentait moins nettement. Dans le m&#234;me esprit, bien qu'avec une argumentation inattendue, le ministre Pechekhonov comparait la coalition de juillet &#224; celle de mai : en mai, la bourgeoisie avait besoin du soutien de la gauche ; &#224; pr&#233;sent, sous la menace d'une contre-r&#233;volution, l'appui de la droite nous est indispensable ; &#034; plus nous am&#232;nerons &#224; nous de forces de la droite, moins il en restera pour attaquer le pouvoir &#034;. Formule incomparable de strat&#233;gie politique : pour faire lever le si&#232;ge de la forteresse, mieux est d'ouvrir de l'int&#233;rieur la grand-porte. Telle &#233;tait la formule de la nouvelle coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action prenait l'offensive, la d&#233;mocratie battait en retraite. Les classes et les groupes que la r&#233;volution avait &#233;pouvant&#233;s, dans les premiers temps, relevaient la t&#234;te. Les int&#233;r&#234;ts qui, la veille, se dissimulaient encore, se d&#233;claraient ouvertement aujourd'hui. Les n&#233;gociants et les sp&#233;culateurs r&#233;clamaient l'extermination des bolcheviks et la libert&#233; du commerce ; ils &#233;levaient la voix contre toutes les limitations du trafic, m&#234;me contre celles qui avaient &#233;t&#233; &#233;tablies du temps du tsar, Les services d'approvisionnement qui avaient tent&#233; de lutter contre la sp&#233;culation &#233;taient d&#233;clar&#233;s coupables du manque de produits alimentaires. De ces services, la haine se reportait sur les soviets. L'&#233;conomiste menchevik Gromann d&#233;clarait que la campagne des commer&#231;ants &#034; s'&#233;tait particuli&#232;rement intensifi&#233;e apr&#232;s les &#233;v&#233;nements des 3-4 juillet &#034;. On rendait les soviets responsables des d&#233;faites, de la vie ch&#232;re et des cambriolages nocturnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inqui&#233;t&#233; par les machinations monarchistes et redoutant une explosion par choc en retour de la gauche, le gouvernement exp&#233;dia, le 1&#176; juillet, Nicolas Romanov, avec sa famille, &#224; Tobolsk. Le lendemain fut interdit le nouveau journal des bolcheviks Rabotchi I Soldat (Ouvrier et Soldat). De toutes parts l'on apprenait des arrestations en masse de comit&#233;s d'arm&#233;e. Les bolcheviks ne purent, &#224; la fin de juillet, r&#233;unir leur congr&#232;s qu'&#224; demi l&#233;galement. Les congr&#232;s d'arm&#233;e &#233;taient interdits, Et commenc&#232;rent &#224; se rassembler ceux qui, auparavant, restaient terr&#233;s chez eux : propri&#233;taires de terres, commer&#231;ants et industriels, chefs de la cosaquerie, clerg&#233;, chevaliers de Saint-Georges. Leurs voix &#233;taient toutes du m&#234;me ton, ne diff&#233;rant que par le degr&#233; de l'insolence. Le concert &#233;tait dirig&#233; indiscutablement, quoique non toujours ouvertement, par le parti cadet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s du commerce et de l'industrie qui r&#233;unit, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, environ trois cents repr&#233;sentants des plus importantes organisations de Bourse et d'entreprises, le discours-programme fut prononc&#233; par le roi du textile, Riabouchinsky, qui ne mit pas son flambeau sous le boisseau. &#034; Le gouvernement provisoire n'avait qu'une apparence de pouvoir... En fait s'y est install&#233;e une bande de charlatans de la politique... Le gouvernement pressure d'imp&#244;ts, en tout premier lieu, et rigoureusement, la classe des commer&#231;ants et des industriels... Est-il rationnel de donner de l'argent au dissipateur ? Ne vaudrait-il pas mieux, pour le salut de la patrie, mettre en tutelle les gaspilleurs ?... &#034; Et, enfin, pour conclure, cette menace : &#034; La main squelettique de la famine et de la mis&#232;re populaire saisira &#224; la gorge les amis du peuple ! &#034; La phrase sur la main squelettique de la famine, donnant son sens g&#233;n&#233;ral &#224; la politique des lock-out, s'ins&#233;ra d&#232;s lors fortement dans le vocabulaire politique de la r&#233;volution. Elle co&#251;ta cher aux capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd s'ouvrit le congr&#232;s des commissaires provinciaux. Les agents du gouvernement provisoire qui, d'apr&#232;s la conception premi&#232;re, devaient se dresser autour de lui comme un rempart, se group&#232;rent en r&#233;alit&#233; contre lui et, sous la direction de leur centre cadet, pass&#232;rent au fil de l'&#233;p&#233;e l'infortun&#233; ministre de l'Int&#233;rieur Avksentiev. &#034; On ne peut s'asseoir entre deux chaises : le gouvernement doit gouverner et non pas &#234;tre une marionnette. &#034; Les conciliateurs cherchaient &#224; se justifier et protestaient &#224; mi-voix, appr&#233;hendant que leur querelle avec les alli&#233;s ne f&#251;t entendue des bolcheviks. Le ministre socialiste sortit &#233;chaud&#233; du congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks prit peu &#224; peu le langage des lamentations et des r&#233;criminations. Dans ses colonnes commenc&#232;rent &#224; para&#238;tre des r&#233;v&#233;lations inattendues, Le 6 ao&#251;t, le journal socialiste-r&#233;volutionnaire Dielo Naroda (La Cause du Peuple) publia une lettre d'un groupe de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, exp&#233;di&#233;e par eux en route vers le front : les signataires &#034; &#233;taient frapp&#233;s du r&#244;le jou&#233; par les junkers&#8230; Pratique r&#233;guli&#232;re des s&#233;vices, participation des junkers aux exp&#233;ditions punitives, s'accompagnant de l'envoi au poteau sans jugement ni instruction, sur l'ordre simple d'un commandant de bataillon... Les soldats exasp&#233;r&#233;s se sont mis &#224; tirer, en guet-apens, sur certains junkers... &#034; C'est ainsi que se pr&#233;sentait l'&#339;uvre d'assainissement de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action progressait, le gouvernement reculait. Le 7 ao&#251;t furent relax&#233;s les Cent-Noirs les plus fameux, complices des cercles raspoutiniens et des pogromes antis&#233;mites. Les bolcheviks restaient &#224; la prison de Kresty, o&#249; s'annon&#231;ait la gr&#232;ve de la faim des ouvriers, soldats et matelots d&#233;tenus. La section ouvri&#232;re du soviet de Petrograd envoya, ce jour-l&#224;, une adresse de f&#233;licitations &#224; Trotsky, &#224; Lounatcharsky, &#224; Kollonta&#239; et aux autres emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Industriels, commissaires provinciaux, le congr&#232;s des cosaques de Novotcherkask, la presse patriote, g&#233;n&#233;raux, lib&#233;raux - tous estimaient qu'il &#233;tait absolument impossible de proc&#233;der aux &#233;lections pour l'assembl&#233;e constituante en septembre ; mieux e&#251;t valu les diff&#233;rer jusqu'&#224; la fin de la guerre. A cela, le gouvernement ne pouvait cependant se r&#233;soudre. Mais un compromis fut trouv&#233; : la convocation de l'assembl&#233;e constituante fut remise au 28 novembre. Ce n'est pas sans maussaderie que les cadets accept&#232;rent le d&#233;lai : ils comptaient fermement que, dans les trois mois qui restaient, devaient se produire des &#233;v&#233;nements d&#233;cisifs qui transposeraient la question m&#234;me de l'assembl&#233;e constituante sur un autre plan. Ces esp&#233;rances se rattachaient de plus en plus ouvertement au nom de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;clame faite autour du nouveau &#034; g&#233;n&#233;ralissime &#034; se situa d&#233;sormais au centre de la politique bourgeoise. La biographie du &#034; premier g&#233;n&#233;ralissime populaire &#034; &#233;tait r&#233;pandue &#224; un nombre formidable d'exemplaires, avec le concours actif du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Lorsque Savinkov, en qualit&#233; de ministre de la Guerre, disait aux journalistes : &#034; Nous estimons &#034;, le &#034;nous &#034; signifiait non point Savinkov et Kerensky, mais Savinkov et Kornilov. Le bruit fait autour de Kornilov contraignait Kerensky &#224; se tenir sur ses gardes. Il circulait des rumeurs encore plus persistantes au sujet d'un complot au centre duquel se tiendrait le comit&#233; de l'union des officiers pr&#232;s le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Une entrevue personnelle du chef du gouvernement et du chef de l'arm&#233;e, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, ne fit qu'attiser leur antipathie r&#233;ciproque. &#034; Cet &#233;tourdi, ce bavard veut me commander ? &#034; devait se dire Kornilov, &#034; Ce cosaque born&#233; et inculte se dispose &#224; sauver la Russie ? &#034; dut forc&#233;ment penser Kerensky. Chacun d'eux avait raison &#224; sa mani&#232;re. Le programme de Kornilov, comprenant la militarisation des usines et des chemins de fer, l'extension de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re, et la subordination au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de la r&#233;gion militaire de Petrograd avec la garnison de la capitale, avait &#233;t&#233; entre-temps connu des cercles conciliateurs. Derri&#232;re le programme officiel, l'on en devinait sans peine un autre, non exprim&#233; mais d'autant plus effectif. La presse de gauche donna l'alarme. Le comit&#233; ex&#233;cutif proposait une nouvelle candidature au poste de g&#233;n&#233;ralissime en la personne du g&#233;n&#233;ral Tcheremissov. On se mit &#224; parler ouvertement de la d&#233;mission prochaine de Kornilov. La r&#233;action fut en &#233;moi,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 ao&#251;t, le soviet de l'union des douze formations cosaques, celles du Don, du Kouban, du Terek, etc., d&#233;cida, non sans la participation de Savinkov, de porter &#034; hautement et fermement &#034; &#224; la connaissance du gouvernement et du peuple qu'il d&#233;clinait toute responsabilit&#233; pour la conduite des troupes cosaques sur le front et &#224; l'arri&#232;re au cas o&#249; le g&#233;n&#233;ral Kornilov, &#034; h&#233;ros et chef &#034;, serait destitu&#233;. La conf&#233;rence de l'union des chevaliers de Saint-Georges fut encore plus fermement mena&#231;ante pour le gouvernement : si Kornilov est destitu&#233;, l'union donnera imm&#233;diatement &#034; comme cri de guerre &#224; tous les chevaliers de Saint-Georges l'ordre d'agir en commun avec la cosaquerie &#034;, Pas un des g&#233;n&#233;raux ne protesta contre cette infraction &#224; la discipline, et la presse de l'ordre imprima avec enthousiasme des d&#233;cisions qui marquaient une menace de guerre civile. Le comit&#233; principal de l'union des officiers de l'arm&#233;e et de la flotte exp&#233;dia un t&#233;l&#233;gramme dans lequel il disait placer tous ses espoirs &#034; sur le bien-aim&#233; chef, le g&#233;n&#233;ral Kornilov &#034;, priant &#034; tous les honn&#234;tes gens &#034; de manifester &#224; celui-ci leur confiance. La conf&#233;rence des &#034; hommes publics &#034; de droite, qui si&#233;geait en ces jours-l&#224; &#224; Moscou, envoya &#224; Kornilov un t&#233;l&#233;gramme dans lequel elle joignait sa voix &#224; celle des officiers, des chevaliers de Saint-Georges et de la cosaquerie : &#034; Toute la Russie pensante vous regarde avec esp&#233;rance et foi. &#034; On ne pouvait parler plus clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence prenaient part des industriels et des banquiers comme Riabouchinsky et Tretiakov, les g&#233;n&#233;raux Alexe&#239;ev et Broussilov, des repr&#233;sentants du clerg&#233; et du professorat, les leaders du parti cadet, Milioukov en t&#234;te. A titre de camouflage figuraient des repr&#233;sentants d'une &#034; union paysanne &#034; &#224; demi fictive qui devait assurer aux cadets un soutien dans les sph&#232;res sup&#233;rieures de la paysannerie. Au fauteuil pr&#233;sidentiel se dressait la figure monumentale de Rodzianko, qui remercia la d&#233;l&#233;gation d'un r&#233;giment cosaque pour avoir r&#233;prim&#233; le mouvement bolchevik. La candidature de Kornilov au r&#244;le de sauveteur du pays &#233;tait ainsi ouvertement pos&#233;e par les repr&#233;sentants les plus autoris&#233;s des classes poss&#233;dantes et instruites de la Russie. Apr&#232;s une pareille pr&#233;paration, le g&#233;n&#233;ralissime se pr&#233;sente derechef chez le ministre de la Guerre, aux fins de pourparlers sur le programme qu'il a pr&#233;sent&#233; pour le salut du pays. &#034; D&#232;s son arriv&#233;e &#224; Petrograd - dit le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, chef de l'Etat-major de Kornilov, relatant cette visite - le g&#233;n&#233;ralissime se rendit au palais d'Hiver, accompagn&#233; de cosaques du Tek, avec deux mitrailleuses. D&#232;s que le g&#233;n&#233;ral Kornilov entra dans le palais, ces mitrailleuses furent descendues de l'automobile, et les cosaques du Tek mont&#232;rent la garde devant le portail pour venir, en cas de n&#233;cessit&#233;, au secours du g&#233;n&#233;ralissime, &#034; On supposait qu'il pourrait avoir besoin de cette aide contre le ministre-pr&#233;sident. &#034; Les mitrailleuses du Tek &#233;taient les armes de la bourgeoisie, braqu&#233;es sur les conciliateurs qui se jetaient dans ses jambes. Ainsi se pr&#233;sentait le gouvernement de salut, ind&#233;pendant des soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s la visite de Kornilov, Kokochkine, membre du gouvernement provisoire, d&#233;clara &#224; Kerensky que les cadets donneraient leur d&#233;mission &#034; si le programme de Kornilov n'&#233;tait pas accept&#233; le jour m&#234;me &#034;. Bien que sans mitrailleuses, les cadets tenaient au gouvernement le langage p&#233;remptoire de Kornilov. Et cela r&#233;ussissait. Le gouvernement provisoire s'empressa d'examiner le rapport du g&#233;n&#233;ralissime et admit en principe la possibilit&#233; d'appliquer les mesures propos&#233;es par lui, &#034; jusques et y compris la peine de mort &#224; l'arri&#232;re &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mobilisation des forces de la r&#233;action s'ins&#233;ra naturellement le concile panrusse de l'Eglise qui, officiellement, avait pour but d'achever l'&#233;mancipation de l'Eglise orthodoxe jusque l&#224; captive de la bureaucratie, mais au fond devait prot&#233;ger l'Eglise contre la r&#233;volution. Depuis l'abolition de la monarchie, l'Eglise avait perdu son chef officiel. Ses rapports avec l'Etat, multis&#233;culaire d&#233;fenseur et protecteur, restaient en suspens. A vrai dire, le Saint-Synode, dans un mandement du 9 mars, s'&#233;tait empress&#233; de b&#233;nir la r&#233;volution accomplie et avait invit&#233; le peuple &#034; &#224; faire confiance au gouvernement provisoire &#034;. N&#233;anmoins, l'avenir &#233;tait lourd de menaces. Le gouvernement gardait le silence sur la question de l'Eglise comme sur d'autres probl&#232;mes. Le clerg&#233; avait compl&#232;tement perdu la t&#234;te. De temps &#224; autre, d'un point quelconque de la p&#233;riph&#233;rie, de la ville de Verny sur la fronti&#232;re avec la Chine, de quelque paroisse locale, arrivait un t&#233;l&#233;gramme assurant au prince Lvov que sa politique r&#233;pondait enti&#232;rement aux commandements de l'Evangile. S'accommodant de l'insurrection, l'Eglise n'osait pas se m&#234;ler aux &#233;v&#233;nements, cela se sentait plus nettement qu'ailleurs sur le front, o&#249; l'influence du clerg&#233; tomba en m&#234;me temps que la discipline de la peur. Denikine l'avoue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si le corps des officiers lutta n&#233;anmoins pour ses droits de commandement et son autorit&#233; militaire, la voix des pasteurs se tut d&#233;s les premiers jours de la r&#233;volution et ils cess&#232;rent de participer en quelque fa&#231;on &#224; la vie active des troupes. &#034; Les congr&#232;s du clerg&#233; au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et dans les &#233;tats-majors des arm&#233;es pass&#232;rent compl&#232;tement inaper&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile, qui &#233;tait avant tout une affaire de caste pour le clerg&#233; lui-m&#234;me, surtout pour son &#233;tage sup&#233;rieur, ne resta cependant point enferm&#233; dans les cadres de la bureaucratie eccl&#233;siastique : la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale s'y raccrocha de toutes ses forces. Le parti cadet, n'ayant trouv&#233; dans le peuple aucune racine politique, r&#234;vait que l'Eglise, apr&#232;s r&#233;forme, lui servirait de truchement aupr&#232;s des masses. Dans la pr&#233;paration du concile, un r&#244;le actif fut jou&#233; &#224; c&#244;t&#233; et au-devant des princes de l'Eglise, par des politiciens la&#239;cs de diverses nuances, tels que le prince Troubetskoi, le comte Olsoufiev, Rodzianko, Samarine, des professeurs et des &#233;crivains lib&#233;raux. Le parti cadet essaya vainement de cr&#233;er autour du concile une ambiance de r&#233;formation eccl&#233;siastique, craignant, en m&#234;me temps, d'&#233;branler, par un mouvement imprudent, l'&#233;difice vermoulu. Il ne fut pas question d'une s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat, ni chez le clerg&#233;, ni parmi les r&#233;formateurs la&#239;cs. Les princes de l'Eglise &#233;taient naturellement enclins &#224; affaiblir le contr&#244;le de l'Etat sur les affaires int&#233;rieures, mais &#224; condition que l'Etat continu&#226;t non seulement &#224; prot&#233;ger leur situation privil&#233;gi&#233;e, leurs terres et revenus, mais continu&#226;t aussi &#224; couvrir la part du lion de leurs d&#233;penses. De son c&#244;t&#233;, la bourgeoisie lib&#233;rale &#233;tait dispos&#233;e &#224; garantir &#224; l'orthodoxie le maintien de sa situation d'Eglise dominante, mais sous condition qu'elle appr&#238;t &#224; desservir d'une nouvelle fa&#231;on dans les masses les int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici commen&#231;aient de grosses difficult&#233;s. Le m&#234;me Denikine note avec consternation que la r&#233;volution russe &#034; ne cr&#233;a pas un seul mouvement religieux populaire plus ou moins perceptible &#034;, Il serait plus exact de dire qu'&#224; mesure que de nouvelles couches populaires &#233;taient entra&#238;n&#233;es dans la r&#233;volution, elles tournaient presque automatiquement le dos &#224; l'Eglise, m&#234;me si auparavant elles avaient &#233;t&#233; li&#233;es avec celle-ci. Dans les campagnes, certains pr&#234;tres pouvaient encore avoir une influence personnelle d&#233;pendant de leur attitude &#224; l'&#233;gard de la question agraire. Dans les villes, personne, non seulement dans les milieux ouvriers, mais m&#234;me dans la petite bourgeoisie, n'avait id&#233;e de s'adresser au clerg&#233; pour obtenir la solution des probl&#232;mes soulev&#233;s par la r&#233;volution. La pr&#233;paration du concile rencontra l'enti&#232;re indiff&#233;rence du peuple. Les int&#233;r&#234;ts et les passions des masses trouvaient leur expression dans le langage des mots d'ordre socialistes, mais non dans les textes de th&#233;ologiens. La Russie arri&#233;r&#233;e suivait son histoire en br&#251;lant les &#233;tapes : elle se trouva forc&#233;e de sauter non seulement l'&#233;poque de la R&#233;formation, mais aussi celle du parlementarisme bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Con&#231;u pendant les mois du flux de la r&#233;volution, le concile co&#239;ncida avec les semaines de son reflux. Cela accentua encore sa teinte r&#233;actionnaire. La composition du concile, le cercle des probl&#232;mes abord&#233;s par lui, m&#234;me le c&#233;r&#233;monial de son ouverture - tout t&#233;moignait de modifications radicales dans l'attitude des diff&#233;rentes classes &#224; l'&#233;gard de l'Eglise. A l'office divin, dans la cath&#233;drale de l'Assomption, &#224; c&#244;t&#233; de Rodzianko et des cadets, se trouv&#232;rent pr&#233;sents Kerensky et Avksentiev. Le maire de Moscou, Roudnev, socialiste-r&#233;volutionnaire, d&#233;clara dans son discours d'ouverture :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Tant que vivra le peuple russe, la foi chr&#233;tienne br&#251;lera dans son &#226;me. &#034; La veille encore, ces gens-l&#224; se consid&#233;raient comme des descendants directs de l'&#233;ducateur russe Tchemychevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concile exp&#233;diait dans toutes les directions des appels imprim&#233;s, r&#233;clamait un pouvoir fort, d&#233;non&#231;ait les bolcheviks et, dans le m&#234;me ton que le ministre du Travail Skobelev, conjurait &#034; les ouvriers de travailler sans m&#233;nager leurs forces et de subordonner leurs revendications au bien de la patrie &#034;. Mais le concile r&#233;serva une attention particuli&#232;re &#224; la question agraire. Les m&#233;tropolites et les &#233;v&#234;ques n'&#233;taient pas moins que les propri&#233;taires nobles &#233;pouvant&#233;s et exasp&#233;r&#233;s par l'ampleur du mouvement agraire, et leurs appr&#233;hensions au sujet des terres de l'Eglise et des monast&#232;res les prenaient &#224; l'&#226;me beaucoup plus violemment que le probl&#232;me de la d&#233;mocratisation des paroisses. Sous menace de la col&#232;re divine et de l'excommunication, le mandement du concile exige &#034; la restitution imm&#233;diate aux &#233;glises, aux couvents, aux paroisses et aux particuliers des terres, des bois et des r&#233;coltes qui ont &#233;t&#233; pill&#233;s &#034;. C'est ici qu'il convient de rappeler la voix clamant dans le d&#233;sert ! Le concile tra&#238;na de semaine en semaine et ne parvint &#224; l'apog&#233;e de son &#339;uvre, le r&#233;tablissement du patriarcat, aboli par Pierre le Grand deux cents ans auparavant, qu'apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de juillet, le gouvernement d&#233;cida de convoquer pour le 13 ao&#251;t, &#224; Moscou, une conf&#233;rence d'Etat, comprenant toutes les classes et les institutions publiques du pays. La composition de la conf&#233;rence fut fix&#233;e par le gouvernement lui-m&#234;me. En compl&#232;te contradiction avec les r&#233;sultats de toutes les &#233;lections d&#233;mocratiques qui avaient eu lieu dans le pays, aucune n'&#233;tant except&#233;e, le gouvernement prit des mesures pour assurer d'avance &#224; l'assembl&#233;e un nombre &#233;gal de repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes et du peuple. C'est seulement sur la base de cet &#233;quilibre artificiel que le gouvernement de salut de la r&#233;volution esp&#233;rait encore se sauver lui-m&#234;me. Ces &#233;tats g&#233;n&#233;raux n'&#233;taient dot&#233;s d'aucun droit d&#233;fini. &#034; La conf&#233;rence.., n'obtenait - d'apr&#232;s Milioukov - tout au plus qu'une voix consultative &#034; : les classes poss&#233;dantes voulaient donner &#224; la d&#233;mocratie un exemple d'abn&#233;gation, pour s'emparer ensuite, d'autant plus s&#251;rement, de la totalit&#233; du pouvoir. On pr&#233;senta comme but officiel de la conf&#233;rence &#034; l'union du pouvoir d'Etat avec toutes les forces organis&#233;es du pays &#034;. La presse parlait de la n&#233;cessit&#233; de resserrer, de r&#233;concilier, de stimuler, de remonter les esprits. En d'autres termes les uns n'avaient pas le d&#233;sir et les autres n'&#233;taient pas capables de dire clairement dans quels buts, &#224; proprement parler, se r&#233;unissait la conf&#233;rence. Donner aux choses leur nom devint encore ici la t&#226;che des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En fran&#231;ais dans le texte. Note du Traducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky et Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments de bonapartisme dans la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas peu &#233;crit pour dire que les malheurs qui suivirent, y compris l'av&#232;nement des bolcheviks, eussent pu &#234;tre &#233;vit&#233;s, si, &#224; la place de Kerensky, s'&#233;tait trouv&#233; &#224; la t&#234;te du pouvoir un homme dou&#233; d'une pens&#233;e claire et d'un caract&#232;re ferme. Il est incontestable que Kerensky manquait de l'un et de l'autre. Mais pourquoi donc certaines classes sociales se trouv&#232;rent-elles forc&#233;es de hisser pr&#233;cis&#233;ment Kerensky sur le pavois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour rafra&#238;chir nos souvenirs d'histoire, les &#233;v&#233;nements d'Espagne nous montrent une fois de plus comment une r&#233;volution, d&#233;lavant les limites habituelles de la politique, obnubile dans les premiers temps d'une rose brume tous et tout. M&#234;me ses ennemis s'efforcent, dans cette phase, de prendre sa couleur : en ce mim&#233;tisme s'exprime la tendance &#224; demi instinctive des classes conservatrices &#224; s'adapter &#224; des transmutations mena&#231;antes, pour en souffrir le moins possible. La solidarit&#233; de la nation, bas&#233;e sur une phras&#233;ologie inconsistante, transforme l'activit&#233; conciliatrice en une fonction politique indispensable. Les id&#233;alistes petits-bourgeois, qui regardent par-dessus les classes, qui pensent en phrases toutes faites, qui ne savent ce qu'ils veulent et adressent &#224; tout le monde leurs v&#339;ux les meilleurs, sont, dans ce stade, les seuls leaders concevables de la majorit&#233;. Si Kerensky avait eu une pens&#233;e claire et une volont&#233; ferme, il e&#251;t &#233;t&#233; absolument inutilisable dans son r&#244;le historique. Ceci n'est point une appr&#233;ciation r&#233;trospective. C'est ainsi qu'en jugeaient les bolcheviks dans le feu des &#233;v&#233;nements. &#034; Avocat d'affaires politiques, social-r&#233;volutionnaire qui se trouvait &#224; la t&#234;te des travaillistes, radical d&#233;pourvu de la moindre doctrine socialiste, Kerensky refl&#233;tait le plus compl&#232;tement la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution, son amorphie &#034; nationale &#034;, l'id&#233;alisme flamboyant de ses esp&#233;rances et de ses attentes, &#233;crivait l'auteur de ces lignes, dans la prison de Kerensky, apr&#232;s les journ&#233;es de juillet. Kerensky parlait de la terre et de la libert&#233;, de l'ordre, de la paix des peuples, de la d&#233;fense de la patrie, de l'h&#233;ro&#239;sme de Liebknecht, disait que la r&#233;volution russe devait &#233;tonner le monde par sa magnanimit&#233; et agitait, en cette occasion, un mouchoir de soie rouge. Le petit bourgeois, &#224; demi r&#233;veill&#233;, &#233;coutait avec enthousiasme de tels discours : il lui semblait que c'&#233;tait lui-m&#234;me qui parlait du haut de la tribune. L'arm&#233;e accueillit Kerensky comme celui qui la d&#233;livrait de Goutchkov. Les paysans entendirent parler de lui comme d'un travailliste, d'un d&#233;put&#233; des moujiks. Les lib&#233;raux &#233;taient s&#233;duits par l'extr&#234;me mod&#233;ration des id&#233;es sous l'informe radicalisme des phrases... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la p&#233;riode des embrassades g&#233;n&#233;rales ne dure pas longtemps. La lutte des classes ne s'apaise au d&#233;but de la r&#233;volution que pour se r&#233;veiller sous la forme de la guerre civile. Dans la mont&#233;e f&#233;erique du mouvement conciliateur est d'avance inclus son in&#233;vitable &#233;croulement. Que Kerensky ait rapidement perdu sa popularit&#233;, un journaliste fran&#231;ais, personnage officieux, Claude Anet, l'expliquait par ce fait que le manque de tact poussait le politicien socialiste &#224; des actes qui &#034; s'harmonisaient peu &#034; avec son r&#244;le. &#034; Il fr&#233;quente les loges imp&#233;riales. Il habite le palais d'Hiver ou celui de Tsarsko&#239;e. Il couche dans le lit des empereurs de Russie. Un peu trop de vanit&#233;, et qui s'&#233;tale ; cela choque dans ce pays le plus simple du monde. &#034; [Claude ANET, La R&#233;volution russe, juin-novembre 1917, p. 15-16].Le tact dans les petites comme dans les grandes choses suppose l'intelligence de la situation et de la place qu'on y occupe. Il n'y en avait pas apparence chez Kerensky. Elev&#233; par la confiance des masses, il leur &#233;tait absolument &#233;tranger, ne les comprenait pas et ne s'int&#233;ressait nullement &#224; savoir comment elles prenaient la r&#233;volution et quelles d&#233;ductions elles en tiraient. Les masses attendaient de lui des actes audacieux, mais il demandait aux masses de ne pas le g&#234;ner dans sa magnanimit&#233; et son &#233;loquence. A l'&#233;poque o&#249; Kerensky rendait une visite th&#233;&#226;trale &#224; la famille du tsar en d&#233;tention, des soldats qui gardaient le Palais, disaient au commandant : &#034; Nous, on couche sur des planches, on est mal nourri, mais le Nikolachka, bien qu'il soit arr&#234;t&#233;, il a de la viande, m&#234;me qu'il en fait jeter aux ordures. &#034; Ces mots l&#224; n'&#233;taient pas &#034;magnanimes &#034;, mais ils exprimaient ce que ressentaient les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#233;tant arrach&#233; &#224; ses entraves s&#233;culaires, le peuple, &#224; chaque pas, franchissait la limite que lui avaient indiqu&#233;e les leaders cultiv&#233;s. Kerensky &#233;jaculait &#224; ce propos, &#224; la fin d'avril : &#034; Se peut-il que le libre Etat russe soit un Etat d'esclaves r&#233;volt&#233;s ?... Je regrette de n'&#234;tre pas mort il y a deux mois : je serais mort avec un grand r&#234;ve &#034;, etc. Par cette mauvaise rh&#233;torique, il esp&#233;rait influer sur les ouvriers, les soldats, les matelots, les paysans. L'amiral Koltchak raconta par la suite, devant le tribunal sovi&#233;tique, comment le ministre radical de la Guerre avait fait en mai la tourn&#233;e des b&#226;timents de la flotte de la mer Noire, pour r&#233;concilier les matelots avec les officiers. L'orateur, apr&#232;s chaque discours croyait avoir atteint son but : &#034; Eh bien, vous voyez, monsieur l'Amiral, tout est arrang&#233;... &#034; Mais rien n'&#233;tait arrang&#233; : la d&#233;b&#226;cle de la flotte commen&#231;ait seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on allait, plus Kerensky irritait les masses par ses coquetteries, ses vantardises, sa forfanterie. Au cours d'un voyage sur le front, il criait avec emportement, dans son wagon, &#224; son aide de camp, calculant peut-&#234;tre qu'il serait entendu par les g&#233;n&#233;raux :&#034; Foutez-moi dehors ces maudits comit&#233;s ! &#034; Se pr&#233;sentant &#224; la flotte de la Baltique, Kerensky ordonna au comit&#233; central des marins de se pr&#233;senter &#224; lui sur le vaisseau-amiral. Le Tsentrobalt, en tant qu'organe sovi&#233;tique, n'&#233;tait pas subordonn&#233; au ministre et consid&#233;ra cet ordre comme un outrage. Le pr&#233;sident du comit&#233;, le matelot Dybenko, r&#233;pondit : &#034; Si Kerensky veut causer avec le Tsentrobalt, qu'il vienne nous voir. &#034; N'est-ce pas une intol&#233;rable insolence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les navires o&#249; Kerensky engagea avec les matelots des causeries politiques, l'affaire n'allait pas mieux, particuli&#232;rement sur le vaisseau Respoublika, anim&#233; de sentiments bolcheviks, o&#249; le ministre fut interrog&#233; point par point. Pourquoi, &#224; la Douma d'Empire, avait-il vot&#233; pour la guerre ? Pourquoi avait-il ajout&#233; sa signature &#224; la note imp&#233;rialiste de Milioukov du 21 avril ? Pourquoi avait-il assign&#233; aux s&#233;nateurs du tsar six mille roubles de pension par an ? Kerensky refusa de r&#233;pondre &#224; ces questions perfides que lui posaient des hommes &#034; qui n'&#233;taient pas de ses amis &#034;. L'&#233;quipage d&#233;clara s&#232;chement que les explications du ministre &#034; n'&#233;taient pas satisfaisantes... &#034; C'est dans un silence s&#233;pulcral que Kerensky descendit du vaisseau. &#034; Des esclaves en r&#233;volte !&#034; disait l'avocat radical en grin&#231;ant des dents. Mais les matelots &#233;prouvaient un sentiment de fiert&#233; : &#034;Oui, nous &#233;tions des esclaves, et nous nous sommes soulev&#233;s ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le sans-g&#234;ne de son attitude &#224; l'&#233;gard de l'opinion d&#233;mocratique, Kerensky provoquait &#224; chaque pas des demi-conflits avec les leaders sovi&#233;tiques qui marchaient dans la m&#234;me voie que lui, mais en se retournant plus souvent vers les masses. D&#232;s le 8 mars, le comit&#233; ex&#233;cutif, effray&#233; par les protestations de la base, d&#233;clara &#224; Kerensky que la mise en libert&#233; des policiers d&#233;tenus &#233;tait inadmissible. Quelques jours apr&#232;s, les conciliateurs se virent oblig&#233;s de protester contre l'intention qu'avait le ministre de la Justice d'exp&#233;dier la famille imp&#233;riale en Angleterre. Et encore deux ou trois semaines plus tard, le comit&#233; ex&#233;cutif posait la question g&#233;n&#233;rale d'une &#034; r&#233;gularisation des rapports &#034; avec Kerensky. Mais ces relations ne furent pas et ne pouvaient &#234;tre r&#233;gularis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aussi malencontreusement se pr&#233;sentait l'affaire sur la ligne du parti. Au congr&#232;s socialiste-r&#233;volutionnaire du d&#233;but de juin, Kerensky fut mis en ballottage dans les &#233;lections du comit&#233; central, ayant obtenu cent trente-cinq voix sur deux cent soixante-dix. Combien se d&#233;menaient les leaders, expliquant &#224; droite et &#224; gauche que &#034; bien des suffrages avaient &#233;t&#233; refus&#233;s au camarade Kerensky parce qu'il &#233;tait d&#233;j&#224; surcharg&#233; d'occupations &#034;. En r&#233;alit&#233;, si les socialistes-r&#233;volutionnaires d'&#233;tat-major et de d&#233;partements minist&#233;riels adoraient Kerensky, en tant que source de profits, les vieux socialistes-r&#233;volutionnaires li&#233;s avec les masses le consid&#233;raient sans confiance et sans estime. Mais ni le comit&#233; ex&#233;cutif, ni le parti socialiste-r&#233;volutionnaire ne pouvaient se passer de Kerensky : il &#233;tait indispensable comme anneau de liaison de la coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le bloc sovi&#233;tique, le r&#244;le dirigeant appartenait aux mencheviks : ils imaginaient les d&#233;cisions, c'est-&#224;-dire les moyens d'&#233;luder les actes. Mais, dans l'appareil gouvernemental, les populistes avaient sur les mencheviks une &#233;vidente pr&#233;pond&#233;rance qui se traduisait le plus clairement par la situation dominante de Kerensky. Demi-cadet, demi-socialiste-r&#233;volutionnaire, Kerensky &#233;tait dans le gouvernement non point le repr&#233;sentant des soviets comme Tseretelli ou Tchernov, mais un lien vivant entre la bourgeoisie et la d&#233;mocratie. Tseretelli-Tchernov repr&#233;sentaient un des aspects de la coalition. Kerensky &#233;tait l'incarnation personnelle de la coalition m&#234;me. Tseretelli se plaignait de la pr&#233;dominance en Kerensky des &#034; motifs individuels &#034;, ne comprenant pas qu'ils &#233;taient ins&#233;parables de sa fonction politique. Tseretelli lui-m&#234;me, en qualit&#233; de ministre de l'Int&#233;rieur, &#233;mit une circulaire sur le th&#232;me du commissaire provincial qui doit s'appuyer sur toutes &#034; les forces vives &#034; locales, c'est-&#224;-dire sur la bourgeoisie et les soviets, et appliquer la politique du gouvernement provisoire sans c&#233;der &#034; aux influences des partis &#034;. Ce commissaire id&#233;al, s'&#233;levant au-dessus des classes et des partis hostiles pour puiser en lui-m&#234;me et dans la circulaire sa vocation - c'est bien en effet un Kerensky &#224; la mesure d'une province ou d'un district. Pour couronner le syst&#232;me, on avait absolument besoin de l'ind&#233;pendant commissaire panrusse au palais d'Hiver. A d&#233;faut de Kerensky, le syst&#232;me conciliateur e&#251;t &#233;t&#233; comme une coupole d'&#233;glise sans croix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la mont&#233;e de Kerensky est pleine d'enseignements. Il &#233;tait devenu ministre de la Justice gr&#226;ce &#224; l'insurrection de f&#233;vrier qu'il redoutait. La manifestation d'avril des &#034; esclaves r&#233;volt&#233;s &#034; le fit ministre de la Guerre et de la Marine. Les combats de juillet, provoqu&#233;s par &#034; les agents de l'Allemagne&#034;, le plac&#232;rent &#224; la t&#234;te du gouvernement. Au d&#233;but de septembre, le mouvement des masses fait encore du chef du gouvernement un g&#233;n&#233;ralissime. La dialectique du r&#233;gime conciliateur et, en m&#234;me temps, sa m&#233;chante ironie consistaient en ceci que, par leur pression, les masses devaient &#233;lever Kerensky &#224; la cime extr&#234;me avant de le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartant avec m&#233;pris le peuple qui lui avait donn&#233; le pouvoir, Kerensky n'en recherchait que plus avidement les signes d'approbation de la soci&#233;t&#233; cultiv&#233;e. D&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution, le docteur Kichkine, leader des cadets de Moscou, racontait, &#224; son retour de Petrograd : &#034; N'&#233;tait Kerensky, nous n'aurions pas ce que nous avons. Son nom sera inscrit en lettres d'or sur les tables de l'histoire. &#034; Les &#233;loges des lib&#233;raux devinrent un des plus importants crit&#232;res politiques de Kerensky. Mais il ne pouvait et ne voulait d&#233;poser simplement sa popularit&#233; aux pieds de la bourgeoisie. Au contraire, il prenait de plus en plus le go&#251;t de voir toutes les classes &#224; ses propres pieds. &#034; L'id&#233;e d'opposer et d'&#233;quilibrer entre elles la repr&#233;sentation de la bourgeoisie et celle de la d&#233;mocratie - t&#233;moigne Milioukov - n'&#233;tait pas &#233;trang&#232;re &#224; Kerensky d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution. Cette orientation proc&#233;dait naturellement de tout le cours de son existence qui s'&#233;tait pass&#233;e entre le barreau lib&#233;ral et les cercles clandestins. Assurant obs&#233;quieusement &#224; Buchanan que &#034; le soviet mourrait de sa mort naturelle &#034;, Kerensky, &#224; chaque pas, donnait &#224; craindre &#224; ses coll&#232;gues bourgeois la col&#232;re du soviet. Mais, dans les cas, fr&#233;quents, o&#249; les leaders du comit&#233; ex&#233;cutif &#233;taient en d&#233;saccord avec Kerensky, il les mena&#231;ait de la plus effroyable catastrophe : la d&#233;mission des lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Kerensky r&#233;p&#233;tait qu'il ne voulait pas &#234;tre le Marat de la r&#233;volution russe, cela signifiait qu'il refusait de prendre des mesures de rigueur contre la r&#233;action, mais non point du tout contre &#034; l'anarchie &#034;. Telle est en g&#233;n&#233;ral la morale des adversaires de la violence en politique ; ils la repoussent tant qu'il s'agit de modifier ce qui existe ; mais, pour la d&#233;fense de l'ordre, ils ne reculent pas devant la r&#233;pression la plus implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la p&#233;riode de la pr&#233;paration de l'offensive sur le front, Kerensky devint le personnage particuli&#232;rement favori des classes poss&#233;dantes. Terechtchenko racontait &#224; droite et &#224; gauche combien nos alli&#233;s appr&#233;ciaient hautement &#034; les efforts de Kerensky &#034; ; tr&#232;s s&#233;v&#232;re pour les conciliateurs, la Rietch des cadets soulignait invariablement sa pr&#233;dilection pour le ministre de la Guerre ; Rodzianko lui-m&#234;me reconnaissait que &#034; ce jeune homme...ressuscite chaque jour avec une vigueur redoubl&#233;e, pour le bien de la patrie et pour le travail constructeur &#034;. Par de tels jugements, les lib&#233;raux voulaient cajoler Kerensky. Mais en somme, ils ne pouvaient ne pas voir que Kerensky travaillait pour eux. &#034; ...Pensez un peu - demandait Lenine - ce qui arriverait si Goutchkov se mettait &#224; donner des ordres d'offensive, &#224; dissoudre des r&#233;giments, &#224; arr&#234;ter des soldats, &#224; interdire des congr&#232;s, &#224; crier apr&#232;s les hommes de troupe, les tutoyant et les traitant de &#034; l&#226;ches &#034; etc. Mais Kerensky peut encore se payer ce &#034; luxe &#034;, tant qu'il n'a pas dilapid&#233; la confiance, &#224; vrai dire vertigineusement d&#233;croissante, dont le peuple lui a fait cr&#233;dit... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive, qui avait relev&#233; la r&#233;putation de Kerensky dans les rangs de la bourgeoisie, mina d&#233;finitivement sa renomm&#233;e dans le peuple. Le krach de l'offensive fut en somme le krach de Kerensky dans les deux camps. Mais, chose frappante : ce qui le rendait &#034; irrempla&#231;able &#034; d&#233;sormais, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment qu'il f&#251;t compromis des deux c&#244;t&#233;s. Sur le r&#244;le de Kerensky dans la cr&#233;ation de la deuxi&#232;me coalition, Milioukov s'exprime ainsi :&#034; Le seul homme qui f&#251;t possible &#034;, mais, h&#233;las ! &#034; non celui dont on avait besoin... &#034; Les dirigeants de la politique lib&#233;rale n'avaient d'ailleurs jamais pris Kerensky trop au s&#233;rieux. Et les larges cercles de la bourgeoisie faisaient de plus en plus retomber sur lui la responsabilit&#233; de tous les coups du sort. &#034; L'impatience des groupes anim&#233;s d'esprit patriotique &#034; les incitait, d'apr&#232;s le t&#233;moignage de Milioukov, &#224; rechercher un homme fort. Pendant un temps, l'amiral Koltchak fut d&#233;sign&#233; pour ce r&#244;le. L'installation d'un homme fort au gouvernail &#034; se concevait selon d'autres proc&#233;d&#233;s que ceux de pourparlers et d'accords &#034;. On peut le croire sans peine. &#034; Sur un r&#233;gime d&#233;mocratique, sur la volont&#233; populaire, sur l'Assembl&#233;e constituante - &#233;crit Stankevitch au sujet du parti cadet - les espoirs &#233;taient d&#233;j&#224; abandonn&#233;s ; les &#233;lections municipales dans toute la Russie n'avaient-elles pas d&#233;j&#224; donn&#233; une &#233;crasante majorit&#233; de socialistes ?... Et alors l'on se met &#224; rechercher dans les transes un pouvoir qui serait capable non point de persuader, mais seulement d'ordonner. &#034; Plus exactement parlant : un pouvoir qui serait capable de prendre la r&#233;volution &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la biographie de Kornilov et dans les particularit&#233;s de son caract&#232;re, il n'est pas facile de d&#233;celer des traits qui auraient justifi&#233; sa candidature au poste de sauveteur. Le g&#233;n&#233;ral Martynov qui, en temps de paix, avait &#233;t&#233; le chef de service de Kornilov, et, pendant la guerre, son compagnon de d&#233;tention dans une forteresse autrichienne, caract&#233;rise Kornilov dans les termes suivants : &#034; Se distinguant par sa pers&#233;v&#233;rance laborieuse et par une grande pr&#233;somption, il &#233;tait, pour les capacit&#233;s intellectuelles, un homme de la moyenne ordinaire d&#233;nu&#233; de larges vues. &#034; Martynov inscrit &#224; l'actif de Kornilov deux traits : la bravoure personnelle et le d&#233;sint&#233;ressement. Dans un milieu o&#249; l'on se pr&#233;occupait avant tout de s&#233;curit&#233; personnelle et o&#249; l'on chapardait sans retenue, de telles qualit&#233;s sautaient aux yeux. Quant aux capacit&#233;s strat&#233;giques, surtout celle d'appr&#233;cier une situation dans son ensemble, dans ses &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et moraux, Kornilov n'en avait pas l'ombre. &#034; Au surplus, il lui manquait le talent d'organisateur dit Martynov - et son caract&#232;re aussi irascible que d&#233;s&#233;quilibr&#233; le rendait peu apte &#224; des actes rationnels. &#034; Broussilov, qui avait observ&#233; toute l'activit&#233; militaire de son subordonn&#233; au cours de la guerre mondiale, parlait de lui avec un absolu d&#233;dain : &#034; Chef d'un intr&#233;pide d&#233;tachement de partisans, et rien de plus... &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;gende officielle qui fut cr&#233;&#233;e autour de la division de Kornilov &#233;tait dict&#233;e par le besoin qu'avait l'opinion patriotique de d&#233;couvrir des taches claires sur un fond sombre. &#034; La 48&#176; division, &#233;crit Martynov, fut an&#233;antie uniquement par suite de la d&#233;testable direction... de Kornilov lui-m&#234;me, qui.., ne sut pas organiser la retraite et qui surtout modifia &#224; plusieurs reprises ses d&#233;cisions et perdit du temps... &#034; Au dernier moment, Kornilov abandonna &#224; la merci du sort la division qu'il avait jet&#233;e dans le panneau, pour tenter d'&#233;chapper lui-m&#234;me &#224; la captivit&#233;. Cependant, apr&#232;s avoir err&#233; pendant quatre jours, le g&#233;n&#233;ral malchanceux se rendit aux Autrichiens et ne s'&#233;vada que plus tard. &#034; Rentr&#233; en Russie, dans des interviews donn&#233;es &#224; divers correspondants de journaux, Kornilov enjoliva l'histoire de son &#233;vasion des fleurs vives de la fantaisie. &#034; Sur les prosa&#239;ques rectifications apport&#233;es &#224; la l&#233;gende par des t&#233;moins bien inform&#233;s, nous n'avons point motif de nous arr&#234;ter. Apparemment d&#232;s alors, Kornilov prend go&#251;t &#224; la r&#233;clame journalistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la r&#233;volution, Kornilov &#233;tait un monarchiste de la nuance r&#233;actionnaire Cent-Noir. Prisonnier, lisant les gazettes, il r&#233;p&#233;ta &#224; plus d'une reprise qu'il aurait &#034; fait pendre avec plaisir tous ces Goutchkov et Milioukov &#034;. Mais les id&#233;es politiques ne l'occupaient, comme en g&#233;n&#233;ral les hommes de cette sorte, que dans la mesure o&#249; elles le touchaient directement lui-m&#234;me. Apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier, Kornilov se d&#233;clara tr&#232;s ais&#233;ment r&#233;publicain. &#034;Il d&#233;brouillait tr&#232;s mal - dit encore le m&#234;me Martynov - les int&#233;r&#234;ts enchev&#234;tr&#233;s des diff&#233;rentes couches de la soci&#233;t&#233; russe, ne connaissait ni les groupements de partis, ni les personnalit&#233;s. &#034; Mencheviks, socialistes-r&#233;volutionnaires et bolcheviks se confondaient pour lui en une seule masse hostile qui emp&#234;chait les commandants de commander, les propri&#233;taires de jouir de leurs propri&#233;t&#233;s, les fabricants de poursuivre la production, les marchands de commercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de la Douma d'Etat, d&#232;s le 2 mars, s'&#233;tait raccroch&#233; au g&#233;n&#233;ral Kornilov, et, sous la signature de Rodzianko, insistait aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pour qu'il nomm&#226;t &#034; le noble h&#233;ros, illustre dans toute la Russie &#034; commandant en chef des troupes de la r&#233;gion militaire de Petrograd. Sur le t&#233;l&#233;gramme de Rodzianko, le tsar, qui avait d&#233;j&#224; cess&#233; d'&#234;tre tsar, &#233;crivit : &#034; Approuv&#233;. &#034; C'est ainsi que la capitale r&#233;volutionnaire fut dot&#233;e de son premier g&#233;n&#233;ral rouge. Dans les proc&#232;s-verbaux du comit&#233; ex&#233;cutif du 10 mars est consign&#233;e cette phrase sur Kornilov : &#034; G&#233;n&#233;ral de vieille formation, qui veut mettre fin &#224; la r&#233;volution. &#034; Dans les premiers jours, le g&#233;n&#233;ral essaya d'ailleurs de se montrer du beau c&#244;t&#233; et, non sans quelque bruit, accomplit le rite de l'arrestation de la tsarine : cela lui fut compt&#233; un bon point. D'apr&#232;s les souvenirs du colonel Kobylinsky, qu'il nomma commandant de Tsarsko&#239;e-Selo, il se d&#233;couvre cependant que Kornilov jouait deux cartes diff&#233;rentes. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; &#224; la tsarine, raconte Kobylinsky, en termes discrets, &#034; Kornilov me dit : &#034; Colonel, laissez-nous seuls. Allez et mettez-vous de l'autre c&#244;t&#233; de la porte. &#034; Je sortis. Cinq minutes apr&#232;s, Kornilov me rappela. Je rentrai. La souveraine me tendit la main... &#034; C'est clair ; Kornilov avait recommand&#233; le colonel comme un ami. Par la suite, nous avons connaissance des sc&#232;nes d'embrassades entre le Tsar et son &#034; ge&#244;lier &#034; Kobylinsky. En qualit&#233; d'administrateur ; Kornilov s'av&#233;ra &#224; son nouveau poste le dernier des m&#233;diocres. &#034; Ses collaborateurs imm&#233;diats &#224; Petrograd - &#233;crit Stankevitch se plaignaient constamment de son inaptitude au travail et &#224; la direction des affaires. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov ne se maintint pourtant pas longtemps dans la capitale. Pendant les journ&#233;es d'avril, il essaya, non point sans incitations de la part de Milioukov, d'effectuer une premi&#232;re saign&#233;e de la r&#233;volution, mais se heurta &#224; la r&#233;sistance du comit&#233; ex&#233;cutif, d&#233;missionna, obtint le commandement d'une arm&#233;e, et, ensuite, du front Sud-Ouest. Sans attendre l'institution l&#233;gale de la peine de mort, Kornilov donna l'ordre de fusiller les d&#233;serteurs et d'exposer les cadavres avec des &#233;criteaux sur les routes, mena&#231;a de peines rigoureuses les paysans qui s'attaqueraient aux droits de la propri&#233;t&#233; domaniale, forma des bataillons de choc et, en toute occasion propice, mena&#231;a du poing Petrograd. Ainsi se dessina autour de son nom une aur&#233;ole aux yeux du corps des officiers et des classes poss&#233;dantes. Mais aussi bien des commissaires de Kerensky se dirent : il ne reste plus d'autre espoir qu'en Kornilov. Quelques semaines apr&#232;s, le combatif g&#233;n&#233;ral, avec sa triste exp&#233;rience de commandant de division, devenait le g&#233;n&#233;ralissime de nombreux millions d'hommes, d'une arm&#233;e en d&#233;composition que l'Entente voulait forcer &#224; combattre jusqu'&#224; la victoire totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov en perdit la t&#234;te. Son ignorance politique et l'&#233;troitesse de ses perspectives faisaient de lui une proie facile pour les chercheurs d'aventures. D&#233;fendant obstin&#233;ment ses pr&#233;rogatives personnelles, &#034; l'homme au c&#339;ur de lion et &#224; la cervelle de mouton &#034;, comme l'ont caract&#233;ris&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexe&#239;ev et, ensuite, Verkhovsky, c&#233;dait facilement &#224; l'influence d'autrui, du moment qu'elle convenait &#224; son ambition particuli&#232;re. Amicalement dispos&#233; pour Kornilov, Milioukov note en lui &#034; une confiance pu&#233;rile dans les gens qui savaient le flatter &#034;. Le plus proche inspirateur du g&#233;n&#233;ralissime, portant le modeste titre d'officier d'ordonnance, fut un certain Zavo&#239;ko, personnage louche, ancien propri&#233;taire, sp&#233;culateur en p&#233;troles et aventurier, dont la plume en imposait particuli&#232;rement &#224; Kornilov : Zavo&#239;ko poss&#233;dait en effet le style s&#233;millant du flibustier que rien n'arr&#234;te. L'officier d'ordonnance &#233;tait l'impresario de la r&#233;clame, l'auteur d'une biographie &#034; populaire &#034; de Kornilov, le r&#233;dacteur de rapports, d'ultimatum et, en g&#233;n&#233;ral, de tous documents qui, selon l'expression du g&#233;n&#233;ral, exigeaient &#034; un style vigoureux, artistique &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Zavo&#239;ko se joignait un autre chercheur d'aventures, Nadine, ancien d&#233;put&#233; de la premi&#232;re Douma, ayant pass&#233; plusieurs ann&#233;es dans l'&#233;migration, qui avait toujours sa pipe anglaise &#224; la bouche et qui, pour cela, se consid&#233;rait comme un sp&#233;cialiste des questions internationales. L'un et l'autre &#233;taient &#224; main droite de Kornilov, assurant sa liaison avec les foyers de contre-r&#233;volution. Son flanc gauche &#233;tait couvert par Savinkov et Filonenko :soutenant par tous les moyens l'opinion exag&#233;r&#233;e que le g&#233;n&#233;ral se faisait de lui-m&#234;me, ils se souciaient de l'emp&#234;cher de se rendre pr&#233;matur&#233;ment impossible aux yeux de la d&#233;mocratie. &#034; A lui venaient honn&#234;tes et malhonn&#234;tes gens sinc&#232;res et intrigants, politiciens, militaires et aventuriers - &#233;crit dans son pathos le g&#233;n&#233;ral Denikine - et tous disaient d'une seule voix : &#034; Sois le sauveur ! &#034; Quelle &#233;tait la proportion des honn&#234;tes et des malhonn&#234;tes, il n'est pas facile de l'&#233;tablir. En tout cas, Kornilov se consid&#233;rait s&#233;rieusement comme appel&#233; au &#034; sauvetage &#034; et se trouva par suite le concurrent direct de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rivaux se d&#233;testaient tout &#224; fait sinc&#232;rement l'un l'autre. &#034; Kerensky - selon Martynov - s'&#233;tait assimil&#233; un ton altier dans ses rapports avec les vieux g&#233;n&#233;raux. Le modeste et laborieux Alexe&#239;ev, et Broussilov le diplomate, se laissaient traiter de haut en bas, mais cette tactique &#233;tait inapplicable au vaniteux et susceptible Kornilov qui.., de son c&#244;t&#233;, regardait de haut l'avocat Kerensky. &#034; Le plus faible des deux &#233;tait dispos&#233; &#224; des concessions et offrait de s&#233;rieuses avances. Du moins, &#224; la fin de juillet, Kornilov d&#233;clara &#224; Denikine que, des sph&#232;res gouvernementales, des invites lui &#233;taient faites &#224; entrer dans le cabinet minist&#233;riel. &#034; Ah ! Non ! ces messieurs sont trop li&#233;s avec les soviets... Je leur dis : donnez-moi le pouvoir et je m&#232;nerai une lutte d&#233;cisive. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les pieds de Kerensky, le sol &#233;tait mouvant comme celui des tourbi&#232;res. Il cherchait une issue, ainsi que toujours, dans le domaine des improvisations oratoires : r&#233;unir, proclamer, d&#233;clarer. Le succ&#232;s personnel du 21 juillet, quand il s'&#233;leva au-dessus des camps hostiles de la d&#233;mocratie et de la bourgeoisie, en qualit&#233; d'homme irrempla&#231;able, sugg&#233;ra &#224; Kerensky l'id&#233;e d'une conf&#233;rence d'Etat &#224; Moscou. Ce qui se passait &#224; huis clos au palais d'Hiver devait &#234;tre report&#233; sur une sc&#232;ne ouverte. Que le pays voie de ses propres yeux que tout craque par toutes les coutures. si Kerensky ne prend en main les guides et le fouet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Furent invit&#233;s &#224; participer &#224; la conf&#233;rence d'Etat, d'apr&#232;s la liste officielle,&#034; les repr&#233;sentants des organisations politiques, sociales, d&#233;mocratiques, nationales, commerciales et industrielles, coop&#233;ratives, les dirigeants des organes de la d&#233;mocratie, les hauts repr&#233;sentants de l'arm&#233;e, des institutions scientifiques, des universit&#233;s, les membres de la Douma d'Etat des quatre l&#233;gislatures &#034;. On pr&#233;voyait environ quinze cents participants ; il s'en rassembla environ deux mille cinq cents, et l'&#233;largissement &#233;tait tout &#224; l'avantage de l'aile droite. Le journal moscovite des socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;crivait avec reproche &#224; l'adresse de son gouvernement : &#034; Contre cent cinquante repr&#233;sentants du travail surgissent cent vingt repr&#233;sentants de la classe commer&#231;ante et industrielle. Contre cent d&#233;put&#233;s paysans sont invit&#233;s cent repr&#233;sentants de propri&#233;taires de terres. Contre cent repr&#233;sentants du soviet il y aura trois cents membres de la Douma d'Etat... &#034; Le journal du parti de Kerensky mettait en doute qu'une pareille conf&#233;rence donn&#226;t au gouvernement &#034; l'appui qu'il cherchait &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conciliateurs se rendirent &#224; la Conf&#233;rence &#224; contrec&#339;ur : il faut, se disaient-ils pour se convaincre entre eux, tenter honn&#234;tement d'arriver &#224; un accord. Mais comment faire avec les bolcheviks ? Il &#233;tait indispensable de les emp&#234;cher &#224; tout prix d'intervenir dans le dialogue entre la d&#233;mocratie et les classes poss&#233;dantes. Par une d&#233;cision sp&#233;ciale du comit&#233; ex&#233;cutif, les fractions des partis &#233;taient priv&#233;es du droit de se prononcer sans l'assentiment de son praesidium. Les bolcheviks d&#233;cid&#232;rent de lire, au nom du parti, une d&#233;claration et de quitter la conf&#233;rence. Le praesidium qui surveillait de pr&#233;s chacun de leurs mouvements exigea d'eux qu'ils renon&#231;assent &#224; une intention criminelle. Alors les bolcheviks, sans aucune h&#233;sitation, rendirent leurs cartes d'entr&#233;e. Ils pr&#233;paraient une r&#233;ponse diff&#233;rente, plus convaincante : la parole &#233;tait &#224; Moscou prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque d&#232;s les premiers jours de la r&#233;volution, les partisans de l'ordre opposaient, en toute occasion convenable, le &#034; pays &#034; calme au turbulent Petrograd. La convocation de l'assembl&#233;e constituante &#224; Moscou &#233;tait un des mots d'ordre de la bourgeoisie. Le &#034; marxiste &#034; Potressov, nationalo-lib&#233;ral, prof&#233;rait des mal&#233;dictions sur Petrograd, qui s'imaginait &#234;tre &#034; un nouveau Paris &#034;. Comme si les Girondins n'avaient pas menac&#233; de leurs foudres le vieux Paris et ne lui avaient pas propos&#233; de r&#233;duire son r&#244;le &#224; 1/83 ! Un menchevik de province disait, en juin, au congr&#232;s des soviets : &#034; N'importe quel Novotcherkask refl&#232;te beaucoup plus justement les conditions d'existence dans toute la Russie que Petrograd. &#034; Au fond, les conciliateurs, de m&#234;me que la bourgeoisie, cherchaient un appui non dans les r&#233;elles dispositions d'esprit du &#034; pays &#034;, mais dans l'illusion consolante qu'ils se cr&#233;aient eux-m&#234;mes. Maintenant qu'ils allaient avoir &#224; t&#226;ter le pouls de l'opinion politique de Moscou, les organisateurs de la conf&#233;rence &#233;taient promis &#224; une cruelle d&#233;sillusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conf&#233;rences contre-r&#233;volutionnaires qui se succ&#233;daient depuis les premiers jours du mois d'ao&#251;t, &#224; commencer par le congr&#232;s des propri&#233;taires fonciers et en finissant par le concile eccl&#233;siastique, ne mobilis&#232;rent pas seulement les sph&#232;res poss&#233;dantes de Moscou, mais mirent &#233;galement sur pied les ouvriers et les soldats. Les menaces de Riabouchinsky, les appels de Rodzianko, la fraternisation des cadets avec les g&#233;n&#233;raux cosaques - tout cela avait lieu sous les yeux des basses couches moscovites, tout cela &#233;tait interpr&#233;t&#233; par les agitateurs bolcheviks sur les traces toutes chaudes des comptes rendus des journaux. Le danger d'une contre-r&#233;volution prit, cette fois, des formes tangibles, et m&#234;me personnelles. Dans les fabriques et les usines passa une vague d'indignation. &#034; Si les soviets sont impuissants- &#233;crivait le journal moscovite des bolcheviks - le prol&#233;tariat doit se resserrer autour de ses organisations viables. &#034; Au premier rang s'avanc&#232;rent les syndicats qui se trouvaient d&#233;j&#224;, en majorit&#233;, sous une direction bolcheviste. L'&#233;tat d'esprit dans les usines &#233;tait tellement hostile &#224; la conf&#233;rence d'Etat que l'id&#233;e, venue d'en bas, d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, fut adopt&#233;e presque sans opposition &#224; la r&#233;union des repr&#233;sentants de toutes les cellules de l'organisation moscovite des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats se saisirent de l'initiative. Le soviet moscovite, par une majorit&#233; de trois cent soixante-quatre voix contre trois cent quatre, se pronon&#231;a contre la gr&#232;ve. Mais comme, dans les s&#233;ances de fractions, les ouvriers mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires votaient pour la gr&#232;ve et ne se soumettaient qu'&#224; la discipline de parti, la d&#233;cision du soviet dont la composition n'avait pas &#233;t&#233; renouvel&#233;e depuis longtemps, d&#233;cision prise d'ailleurs contre la volont&#233; de sa r&#233;elle majorit&#233;, n'&#233;tait gu&#232;re faite pour arr&#234;ter les ouvriers de Moscou. L'assembl&#233;e des directions de quarante et un syndicats d&#233;cida d'appeler les ouvriers &#224; une gr&#232;ve protestataire d'un jour. Les soviets de quartiers se trouv&#232;rent en majorit&#233; du c&#244;t&#233; du parti et des syndicats, les usines r&#233;clam&#232;rent imm&#233;diatement de nouvelles &#233;lections au soviet de Moscou, qui s'&#233;tait non seulement laiss&#233; distancer par les masses, mais &#233;tait tomb&#233; dans un grave antagonisme avec elles. Dans le soviet de rayon de Zamoskvorietchie (faubourg de Moscou au sud de la Moscova), en accord avec les comit&#233;s d'usine, on exigea que les d&#233;put&#233;s qui avaient march&#233; &#034; contre la volont&#233; de la classe ouvri&#232;re &#034; fussent remplac&#233;s, et cela par cent soixante-quinze voix contre quatre, devant dix-neuf abstentions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit qui pr&#233;c&#233;da la gr&#232;ve fut n&#233;anmoins pleine d'alarmes pour les bolcheviks de Moscou. Le pays marchait sur les traces de Petrograd, mais avec du retard. La manifestation de juillet avait &#233;chou&#233; &#224; Moscou : non seulement la majorit&#233; de la garnison, mais celle des ouvriers ne s'&#233;tait pas hasard&#233;e &#224; descendre dans la rue, contre la voix du soviet. Qu'arriverait-il cette fois-ci ? Le matin apporta la r&#233;ponse. L'opposition des conciliateurs n'emp&#234;cha pas la gr&#232;ve de devenir une puissante manifestation d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard de la coalition et du gouvernement. Deux jours auparavant, le journal des industriels de Moscou &#233;crivait pr&#233;somptueusement : &#034; Que le gouvernement de Petrograd vienne bien vite &#224; Moscou, qu'il pr&#234;te l'oreille &#224; la voix des lieux sacr&#233;s, des cloches, des saintes tours du Kremlin.&#034; Aujourd'hui, la voix des lieux sacr&#233;s se trouvait &#233;touff&#233;e par le silence qui pr&#233;c&#232;de un orage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un membre du comit&#233; moscovite des bolcheviks, Piatnitsky, &#233;crivit dans la suite : &#034; La gr&#232;ve.., se passa magnifiquement. Ni lumi&#232;re, ni tramways ; les fabriques, les usines, les ateliers et les d&#233;p&#244;ts des chemins de fer ne travaillaient pas, et m&#234;me les gar&#231;ons de restaurant &#233;taient en gr&#232;ve. &#034; Milioukov a ajout&#233; &#224; ce tableau un trait pris sur le vif : &#034; Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui s'&#233;taient rassembl&#233;s pour la conf&#233;rence.., ne pouvaient voyager en tramway ou d&#233;jeuner dans un restaurant &#034; : cela leur permit, de l'aveu de l'historien lib&#233;ral, d'appr&#233;cier d'autant mieux la force des bolcheviks qui n'&#233;taient pas admis &#224; la conf&#233;rence. Les Izvestia du soviet de Moscou d&#233;finirent int&#233;gralement l'importance de la manifestation du 12 ao&#251;t : &#034; En d&#233;pit de la d&#233;cision des soviets.., les masses suivirent les bolcheviks. &#034; Quatre cent mille ouvriers firent gr&#232;ve &#224; Moscou et dans la banlieue sur l'appel du parti qui, depuis cinq semaines, avait subi tous les coups et dont les leaders &#233;taient encore retir&#233;s dans la vie clandestine ou bien emprisonn&#233;s. Le nouvel organe du parti &#224; Petrograd, le Prol&#233;tarii, avant d'&#234;tre interdit, avait eu le temps de poser aux conciliateurs cette question : &#034; De Petrograd &#224; Moscou, mais de Moscou, o&#249; irez-vous ? &#034; Les ma&#238;tres de la situation devaient eux-m&#234;mes se poser cette question. A Kiev, &#224; Kostroma, &#224; Tsaritsyne, eurent lieu des gr&#232;ves protestataires d'un jour, g&#233;n&#233;rales ou partielles. L'agitation s'empara de tout le pays. Partout, dans les coins les plus retir&#233;s, les bolcheviks avertissaient que la conf&#233;rence d'Etat avait un caract&#232;re bien prononc&#233; de complot contre-r&#233;volutionnaire :vers la fin d'ao&#251;t, le contenu de cette formule se d&#233;couvrit int&#233;gralement aux yeux du peuple entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Conf&#233;rence, de m&#234;me que la bourgeoisie moscovite, s'attendaient &#224; une manifestation arm&#233;e des masses, &#224; des escarmouches, &#224; des combats, &#224; &#034; des journ&#233;es d'ao&#251;t &#034;. Mais pour les ouvriers, descendre dans la rue, c'e&#251;t &#233;t&#233; s'exposer aux coups des chevaliers de Saint-Georges, des d&#233;tachements d'officiers, des junkers, de certains contingents de cavalerie qui br&#251;laient du d&#233;sir de prendre leur revanche sur la gr&#232;ve. Appeler la garnison &#224; descendre dans la rue, c'e&#251;t &#233;t&#233; y introduire une scission et faciliter l'&#339;uvre de la contre-r&#233;volution qui se dressait, le doigt sur la d&#233;tente. Le parti ne demandait pas qu'on sortit dans la rue, et les ouvriers eux-m&#234;mes, justement guid&#233;s par leur flair, &#233;vitaient une collision ouverte. La gr&#232;ve d'un jour r&#233;pondait le mieux du monde &#224; la situation : on ne pouvait la dissimuler comme la conf&#233;rence avait mis au panier la d&#233;claration des bolcheviks. Lorsque la ville fut plong&#233;e dans les t&#233;n&#232;bres, toute la Russie aper&#231;ut la main bolcheviste sur le commutateur. Non, Petrograd n'est point isol&#233; ! &#034; A Moscou, sur l'esprit patriarcal et la r&#233;signation duquel &#233;taient plac&#233;es de nombreuses esp&#233;rances, les quartiers ouvriers montr&#232;rent tout &#224; coup les dents &#034; ; c'est ainsi que Soukhanov a d&#233;termin&#233; l'importance de cette journ&#233;e. C'est en l'absence des bolcheviks, mais devant une r&#233;volution prol&#233;tarienne montrant les dents, que la conf&#233;rence de coalition fut oblig&#233;e de si&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Moscovites raillaient Kerensky venu chez eux pour &#034; se faire couronner &#034;. Mais, le lendemain, arriva du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, dans le m&#234;me but, Kornilov, qui fut re&#231;u par de nombreuses d&#233;l&#233;gations, dont celle du concile eccl&#233;siastique. Sur le quai devant lequel le train s'arr&#234;ta saut&#232;rent des cosaques du Tek, en caftans d'un rouge vif, sabres courb&#233;s mis au clair, qui firent la haie des deux c&#244;t&#233;s. Des dames enthousiastes couvrirent de fleurs le h&#233;ros qui passa en revue la garde et les d&#233;putations. Le cadet Roditchev termina son discours d'accueil par cette exclamation : &#034; Sauvez la Russie, et le peuple reconnaissant vous couronnera. &#034; Des sanglots patriotiques &#233;clat&#232;rent. Morozova, n&#233;gociante millionnaire, se pr&#233;cipita &#224; genoux. Des officiers port&#232;rent &#224; bras tendus Kornilov vers le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le g&#233;n&#233;ralissime passait en revue les chevaliers de Saint-Georges, les junkers, l'&#233;cole des sous-lieutenants, la sotnia de cosaques qui s'&#233;taient align&#233;s sur la place devant la gare, Kerensky, en qualit&#233; de ministre de la Guerre et de rival, passait en revue les troupes de la garnison de Moscou. De la gare, Kornilov se dirigea, sur le chemin traditionnel des tsars, vers la chapelle de la Vierge Iverska&#239;a, o&#249; il eut un service religieux en pr&#233;sence de l'escorte des musulmans du Tek coiff&#233;s d'&#233;normes bonnets &#224; poils. &#034; Cette circonstance - &#233;crit au sujet de l'office religieux cosaque Grekov - disposa encore mieux en faveur de Kornilov tous les croyants de Moscou. &#034; La contre-r&#233;volution, pendant ce temps, s'effor&#231;ait de s'emparer de la rue. Des autos r&#233;pandaient largement une biographie de Kornilov avec son portrait. Les murs &#233;taient couverts d'affiches invitant le peuple &#224; pr&#234;ter son aide au h&#233;ros. Comme investi du pouvoir, Kornilov recevait dans son wagon les politiciens, les industriels, les financiers. Les repr&#233;sentants des banques lui firent un rapport sur la situation financi&#232;re du pays. &#034; De tous les membres de la Douma - &#233;crit significativement l'octobriste Chidlovsky - se rendit chez Kornilov dans son wagon le seul Milioukov, qui eut avec lui une conversation dont la teneur m'est inconnue. &#034; Sur cet entretien, nous saurons plus tard de Milioukov lui-m&#234;me ce qu'il jugera utile de raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration d'un coup d'Etat militaire battait alors son plein. Quelques jours avant la conf&#233;rence, Kornilov avait ordonn&#233; sous pr&#233;texte de soutenir Riga, d'appr&#234;ter quatre divisions de cavalerie pour marcher sur Petrograd. Le r&#233;giment de cosaques d'Orenbourg fut exp&#233;di&#233; par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral sur Moscou pour &#034; maintenir l'ordre &#034;, mais, sur l'injonction de Kerensky, se trouva retenu en cours de route. Dans ses d&#233;positions ult&#233;rieures &#224; la commission d'enqu&#234;te sur l'affaire Kornilov, Kerensky d&#233;clara : &#034; Nous avions &#233;t&#233; avertis que, pendant la conf&#233;rence de Moscou, la dictature serait proclam&#233;e.&#034; Ainsi, pendant les journ&#233;es solennelles de l'union nationale, le ministre de la Guerre et le g&#233;n&#233;ralissime s'occupaient de se contre-balancer strat&#233;giquement. Mais le d&#233;corum &#233;tait gard&#233; dans la mesure du possible. Les rapports des deux camps oscillaient entre des assurances officiellement amicales et la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Petrograd, malgr&#233; la r&#233;serve des masses - l'exp&#233;rience de juillet ne passa pas sans laisser des traces - d'en haut, des &#233;tats-majors et des r&#233;dactions, avec une persistance enrag&#233;e, se r&#233;pandaient des bruits sur le soul&#232;vement prochain des bolcheviks. Les organisations du parti &#224; Petrograd, par un manifeste public, pr&#233;vinrent les masses de la possibilit&#233; d'appels provocateurs venant des ennemis. Le soviet de Moscou prit, entre-temps, ses mesures. On cr&#233;a un comit&#233; r&#233;volutionnaire non d&#233;clar&#233; publiquement, de six personnes, comprenant deux d&#233;l&#233;gu&#233;s de chacun des partis sovi&#233;tiques, y compris les bolcheviks. Un ordre secret interdit de laisser faire la haie aux chevaliers de Saint-Georges, aux officiers et aux junkers dans les rues o&#249; passait Kornilov. Aux bolcheviks qui, depuis les journ&#233;es de juillet, n'avaient plus officiellement acc&#232;s dans les casernes, l'on distribuait maintenant avec un grand empressement des laissez-passer : sans les bolcheviks, il &#233;tait impossible de conqu&#233;rir les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que, sur la sc&#232;ne, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires menaient des pourparlers avec la bourgeoisie au sujet de la cr&#233;ation d'un pouvoir fort contre les masses dirig&#233;es par les bolcheviks, les m&#234;mes mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires, dans la coulisse, d'accord avec les bolcheviks qu'ils n'avaient pas admis &#224; la conf&#233;rence, pr&#233;paraient les masses &#224; la lutte contre le complot de la bourgeoisie. S'&#233;tant oppos&#233;s la veille &#224; une gr&#232;ve d&#233;monstrative, les conciliateurs appelaient aujourd'hui les ouvriers et les soldats &#224; des pr&#233;paratifs de lutte. L'indignation m&#233;prisante des masses n'emp&#234;chait pas celle-ci de r&#233;pondre &#224; l'appel dans des dispositions combatives qui effrayaient les conciliateurs puisqu'elles ne les r&#233;jouissaient. Une criante duplicit&#233;, ayant pris un caract&#232;re de trahison presque ouverte &#224; l'&#233;gard des deux parties, e&#251;t &#233;t&#233; inconcevable si les conciliateurs avaient continu&#233; consciemment &#224; mener leur politique ; en r&#233;alit&#233;, ils en subissaient seulement les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De gros &#233;v&#233;nements &#233;taient, &#233;videmment, en suspens dans l'atmosph&#232;re. Mais durant les journ&#233;es de la conf&#233;rence, personne, apparemment, ne visait &#224; un coup d'Etat. En tout cas, il n'existe aucune confirmation des bruits all&#233;gu&#233;s plus tard par Kerensky, ni dans les documents, ni dans la litt&#233;rature des conciliateurs, ni dans les M&#233;moires de l'aile droite. Il ne s'agissait encore que de pr&#233;paratifs. D'apr&#232;s Milioukov - et son t&#233;moignage est conforme au d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements - Kornilov lui-m&#234;me s'&#233;tait d&#233;j&#224; fix&#233; avant la conf&#233;rence une date pour agir : le 27 ao&#251;t. Cette date restait, bien entendu, connue de peu de personnes. Les demi-initi&#233;s, comme toujours dans des cas pareils, anticipaient le jour du grand &#233;v&#233;nement et les rumeurs qui le devan&#231;aient de tous c&#244;t&#233;s confluaient vers les autorit&#233;s : il semblait que le coup d&#251;t &#234;tre port&#233; d'une heure &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pr&#233;cis&#233;ment, la mentalit&#233; exalt&#233;e des sph&#232;res bourgeoises et du corps des officiers pouvait facilement amener &#224; Moscou, sinon une tentative de coup d'Etat, du moins une manifestation contre-r&#233;volutionnaire dans le but d'un essai de forces. Encore plus probable &#233;tait la tentative de d&#233;tacher des &#233;l&#233;ments de la conf&#233;rence quelque centre de salut de la patrie qui e&#251;t fait concurrence aux soviets : de cela la presse de droite parlait ouvertement. Mais l'on n'en arriva point l&#224; : les masses g&#234;n&#232;rent. Si quelqu'un eut un moment l'id&#233;e de rapprocher l'heure des actes d&#233;cisifs, il fallut se dire, sous le coup de la gr&#232;ve : nous ne r&#233;ussirons pas &#224; prendre la r&#233;volution &#224; l'improviste, les ouvriers et les soldats sont sur leurs gardes, il faut diff&#233;rer. Et m&#234;me une procession populaire vers l'ic&#244;ne Iverska&#239;a, organis&#233;e par les popes et les lib&#233;raux en accord avec Kornilov, fut d&#233;command&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il devint clair qu'un danger direct n'existait pas, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks s'empress&#232;rent de pr&#233;tendre que rien de particuli&#232;rement grave ne s'&#233;tait produit, Ils refus&#232;rent m&#234;me de renouveler aux bolcheviks leurs laissez-passer pour les casernes, bien que, de l&#224;, l'on continu&#226;t &#224; r&#233;clamer avec insistance des orateurs bolcheviks. &#034; Le Maure a fait son &#339;uvre &#034;, devaient se dire entre eux d'un air malin Tseretelli, Dan et Khintchouk qui &#233;tait alors pr&#233;sident du soviet de Moscou. Mais les bolcheviks ne se disposaient nullement &#224; occuper la position du Maure. Ils n'en &#233;taient encore qu'&#224; pr&#233;parer l'accomplissement de leur propre t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute soci&#233;t&#233; de classes a besoin d'une unit&#233; de volont&#233; gouvernementale. La dualit&#233; de pouvoirs est, en son essence, un r&#233;gime de crise sociale : marquant un extr&#234;me fractionnement de la nation, elle comporte, en potentiel ou bien ouvertement, la guerre civile. Personne ne voulait plus de la dualit&#233; de pouvoirs. Au contraire, tous d&#233;siraient avidement un pouvoir solide, unanime, une autorit&#233; &#034; de fer &#034;. En juillet, le gouvernement de Kerensky &#233;tait investi de pouvoirs illimit&#233;s. La conception &#233;tait de placer, au-dessus de la d&#233;mocratie et de la bourgeoisie qui se paralysaient entre elles, d'apr&#232;s un accord mutuel, une &#034; v&#233;ritable &#034; autorit&#233;. L'id&#233;e d'un ma&#238;tre du destin s'&#233;levant au-dessus des classes n'est. pas autre chose que l'id&#233;e du bonarpartisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on plante sym&#233;triquement deux fourchettes dans un bouchon, celui-ci, apr&#232;s avoir fortement oscill&#233;, finira par tenir en &#233;quilibre m&#234;me sur la t&#234;te d'une &#233;pingle : nous avons l&#224; le mod&#232;le m&#233;canique du supr&#234;me arbitre bonapartiste. Le degr&#233; de solidit&#233; d'un pareil pouvoir, si l'on fait abstraction des conditions internationales, est d&#233;termin&#233; par la stabilit&#233; de l'&#233;quilibre des classes antagonistes &#224; l'int&#233;rieur du pays. Au milieu de mai, Trotsky d&#233;signait Kerensky, en s&#233;ance du soviet de Petrograd, comme &#034; le point math&#233;matique du bonapartisme russe &#034;. L'immat&#233;rialit&#233; de la d&#233;finition montre qu'il s'agissait non de l'individu, mais de la fonction. Au d&#233;but de juillet, l'on s'en souvient, tous les ministres, sur injonction de leurs partis, d&#233;missionn&#232;rent, laissant &#224; Kerensky le soin de constituer le pouvoir. Le 21 juillet, cette exp&#233;rience se renouvela sous une forme plus d&#233;monstrative. Les parties hostiles entre elles en appelaient &#224; Kerensky, chacune voyait en lui quelque chose d'elle-m&#234;me, toutes deux lui juraient fid&#233;lit&#233;. Trotsky &#233;crivait de la prison : &#034; Dirig&#233; par des politiciens qui craignent tout, le soviet n'a pas os&#233; prendre le pouvoir. Repr&#233;sentant toutes les cliques de la propri&#233;t&#233;, le parti cadet n'a pas encore pu s'emparer du pouvoir. Restait &#224; chercher un grand conciliateur, un interm&#233;diaire, un arbitre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le manifeste que Kerensky publia sous son propre nom, il proclamait devant le peuple : &#034; Moi, en qualit&#233; de chef du gouvernement.., je ne me crois pas en droit de m'arr&#234;ter devant ce fait que des modifications [dans la structure du pouvoir]...accro&#238;tront ma responsabilit&#233; dans les affaires de la direction supr&#234;me. &#034; C'est l&#224;, sans m&#233;lange, la phras&#233;ologie du bonapartisme. Et pourtant, malgr&#233; l'appui de la droite et de la gauche, l'affaire n'alla pas au-del&#224; de la phras&#233;ologie. O&#249; en est la cause ? Pour qu'un petit corse p&#251;t s'&#233;lever au-dessus de la jeune nation bourgeoise, il avait fallu que la r&#233;volution r&#233;gl&#226;t pr&#233;alablement son probl&#232;me essentiel : la r&#233;partition des terres entre les paysans, et que, sur la nouvelle base sociale, se constitu&#226;t une arm&#233;e victorieuse. Au XVIII&#176; si&#232;cle, la r&#233;volution ne pouvait aller plus loin : elle pouvait seulement refluer. Dans ces reculs, cependant, ses conqu&#234;tes essentielles &#233;taient mises en danger. Il fallait les maintenir &#224; tout prix. L'antagonisme approfondi, mais encore tr&#232;s loin de sa maturit&#233; entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, tenait la nation, &#233;branl&#233;e jusqu'aux assises, dans une extr&#234;me tension. Un &#034; arbitre &#034; national dans ces conditions &#233;tait indispensable. Napol&#233;on garantissait aux grands bourgeois la possibilit&#233; de r&#233;aliser des b&#233;n&#233;fices, aux paysans la possession de leurs lotissements, aux fils de paysans et aux va-nu-pieds la possibilit&#233; du pillage pendant la guerre. Le juge avait le sabre au poing et remplissait lui-m&#234;me les obligations de l'huissier. Le bonapartisme du premier Bonaparte &#233;tait solidement bas&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat de 1848 ne donna point et ne pouvait donner des terres aux paysans : ce n'&#233;tait pas une grande r&#233;volution substituant un r&#233;gime social &#224; un autre, c'&#233;tait un remaniement politique sur les bases d'un m&#234;me r&#233;gime social. Napol&#233;on III n'avait pas derri&#232;re lui une arm&#233;e victorieuse. Les deux &#233;l&#233;ments principaux du bonapartisme classique &#233;taient inexistants. Mais il y avait d'autres conditions propices, non moins efficaces. Le prol&#233;tariat qui, en cinquante ans, avait grandi, montra en juin sa force mena&#231;ante ; cependant, il se trouva encore incapable de saisir le pouvoir. La bourgeoisie redoutait et le prol&#233;tariat, et la victoire sanglante qu'elle avait remport&#233;e sur lui. Le paysan propri&#233;taire avait pris peur devant l'insurrection de juin et voulait que l'Etat le prot&#233;ge&#226;t contre les partageux. Enfin, le puissant essor industriel qui dura, avec de courtes interruptions pendant deux dizaines d'ann&#233;es, ouvrait &#224; la bourgeoisie des sources in&#233;gal&#233;es d'enrichissement. Ces conditions se trouv&#232;rent suffisantes pour un bonapartisme d'&#233;pigone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la politique de Bismarck, qui s'&#233;levait lui aussi &#034; au-dessus des classes&#034;, il y avait, comme on l'a plus d'une fois indiqu&#233;, des traits indubitables de bonapartisme, bien que sous des apparences de l&#233;gitimisme. La stabilit&#233; du r&#233;gime de Bismarck &#233;tait assur&#233;e par ce fait que, n&#233; apr&#232;s une r&#233;volution impotente, il avait donn&#233; la solution ou la demi-solution d'un aussi grand probl&#232;me national que celui de l'unit&#233; allemande, qu'il avait apport&#233; la victoire dans trois guerres, des indemnit&#233;s et une puissante floraison capitaliste. Cela suffit pour des dizaines d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur des Russes qui se posaient en candidats aux Bonaparte n'&#233;tait pas du tout en ceci qu'ils ne ressemblaient ni au premier Napol&#233;on, ni m&#234;me &#224; Bismarck : l'histoire sait se servir de succ&#233;dan&#233;s. Mais ils avaient contre eux une grande r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;solu ses propres probl&#232;mes ni &#233;puis&#233; ses forces. Le paysan qui n'avait pas encore obtenu la terre &#233;tait contraint par la bourgeoisie de guerroyer pour les domaines des nobles. La guerre n'amenait que des d&#233;faites. Il n'&#233;tait m&#234;me pas question d'un essor industriel : au contraire, le d&#233;sarroi causait constamment de nouvelles d&#233;vastations. Si le prol&#233;tariat recula, ce ne fut toujours que pour resserrer ses rangs. La classe paysanne se mettait seulement en branle pour une derni&#232;re pouss&#233;e contre les ma&#238;tres. Les nationalit&#233;s opprim&#233;es passaient &#224; l'offensive contre le despotisme russificateur. A la recherche de la paix, l'arm&#233;e se liait de plus en plus &#233;troitement avec les ouvriers et leur parti. En bas l'on se massait, en haut l'on faiblissait. Il n'y avait point d'&#233;quilibre. La r&#233;volution restait en pleine verdeur. Il n'est pas &#233;tonnant que le bonapartisme se soit trouv&#233; an&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels comparaient les r&#244;les du r&#233;gime bonapartiste dans la lutte entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat &#224; celui de l'ancienne monarchie absolue dans la lutte entre les f&#233;odaux et la bourgeoisie. Les traits de ressemblance sont indubitables, mais ils ne subsistent plus, pr&#233;cis&#233;ment, l&#224; o&#249; se manifeste le contenu social du pouvoir. Le r&#244;le d'arbitre entre les &#233;l&#233;ments de l'ancienne et de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#233;tait, en une certaine p&#233;riode, r&#233;alisable dans la mesure o&#249; les deux r&#233;gimes d'exploitation avaient besoin de se d&#233;fendre contre les exploit&#233;s. Mais, d&#233;j&#224;, entre les f&#233;odaux et les serfs, il ne pouvait y avoir d'interm&#233;diaire &#034; impartial &#034;, En conciliant les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires nobles de domaines et ceux du jeune capitalisme, l'autocratie tsariste agissait &#224; l'&#233;gard des paysans non comme un interm&#233;diaire, mais comme un fond&#233; de pouvoir des classes exploiteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le bonapartisme n'&#233;tait pas un arbitre entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie ; il &#233;tait en r&#233;alit&#233; le pouvoir le plus concentr&#233; de la bourgeoisie sur le prol&#233;tariat. Ayant mis la botte sur la nuque de la nation, le Bonaparte qui vient &#224; son tour ne peut que mener une politique de protection de la propri&#233;t&#233; de la rente, du profit. Les particularit&#233;s du r&#233;gime ne vont pas au-del&#224; des moyens de protection. Le garde ne se tient pas devant la porte, il est assis sur le pinacle ; mais sa fonction est la m&#234;me. L'ind&#233;pendance du bonapartisme est donc, &#224; un haut degr&#233;, toute d'apparence, de simulacre, de d&#233;cor : elle a pour symbole le manteau imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exploitant adroitement la terreur du bourgeois devant l'ouvrier, Bismarck, dans toutes ses r&#233;formes politiques et sociales, restait invariablement le fond&#233; de pouvoir des classes poss&#233;dantes qu'il ne trahit jamais, En revanche, la pression croissante du prol&#233;tariat lui permit indubitablement de s'&#233;lever au-dessus du corps des junkers, au-dessus des capitalistes, en qualit&#233; d'accablant arbitre bureaucratique : en cela consistait sa fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime sovi&#233;tique admet une tr&#232;s consid&#233;rable ind&#233;pendance du pouvoir par rapport au prol&#233;tariat et &#224; la paysannerie, par cons&#233;quent aussi &#034; un arbitrage&#034; entre l'un et l'autre, dans la mesure o&#249; leurs int&#233;r&#234;ts, bien qu'ils engendrent des frottements et des conflits, ne sont pourtant pas inconciliables au fond. Mais il ne serait pas facile de trouver un arbitre &#034; impartial &#034; entre l'Etat sovi&#233;tique et l'Etat bourgeois, du moins dans la sph&#232;re des int&#233;r&#234;ts essentiels des deux parties. Ce qui emp&#234;che l'Union sovi&#233;tique d'adh&#233;rer &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations ce sont, sur le terrain international, les m&#234;mes causes sociales qui, dans les cadres nationaux, excluent la possibilit&#233; d'une &#034; impartialit&#233; &#034; effective et non affect&#233; du pouvoir entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir les forces du bonapartisme, le kerenskysme en avait tous les vices. Il ne s'&#233;levait au-dessus de la nation que pour la corrompre par sa propre impuissance. Si, en paroles, les leaders de la bourgeoisie et de la d&#233;mocratie avaient promis &#034; d'ob&#233;ir &#034; &#224; Kerensky, en r&#233;alit&#233; le tout-puissant arbitre ob&#233;issait &#224; Milioukov, et surtout &#224; Buchanan. Kerensky poursuivait la guerre imp&#233;rialiste, prot&#233;geait les domaines des nobles contre les attentats, diff&#233;rait les r&#233;formes sociales jusqu'&#224; des temps meilleurs. Si son gouvernement &#233;tait faible, c'&#233;tait pour cette raison m&#234;me que la bourgeoisie ne pouvait du tout placer au pouvoir des gens &#224; elle. Cependant, quelle que f&#251;t la nullit&#233; du &#034; gouvernement de salut &#034;, son caract&#232;re conservateur-capitaliste s'accroissait &#233;videmment &#224; mesure qu'augmentait son &#034; ind&#233;pendance &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre que le r&#233;gime de Kerensky &#233;tait, pour la p&#233;riode donn&#233;e, une forme in&#233;vitable de la domination bourgeoise, n'excluait pas, du c&#244;t&#233; des politiciens bourgeois, un extr&#234;me m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard de Kerensky, ni des pr&#233;paratifs pour se d&#233;barrasser de lui le plus vite passible. Dans le milieu des classes poss&#233;dantes il n'y avait pas de d&#233;saccord sur la n&#233;cessit&#233; d'opposer &#224; l'arbitre national, mis en avant par la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, un personnage choisi dans leurs propres rangs. Pourquoi pr&#233;cis&#233;ment Kornilov ? Le candidat aux Bonaparte devait correspondre au caract&#232;re de la bourgeoisie russe arri&#233;r&#233;e, isol&#233;e du peuple, d&#233;cadente, inapte. Dans l'arm&#233;e qui n'avait gu&#232;re connu que des d&#233;faites humiliantes, il n'&#233;tait pas facile de trouver un g&#233;n&#233;ral populaire. Kornilov fut pr&#233;conis&#233; par s&#233;lection entre d'autres candidats encore moins recevables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les conciliateurs ne pouvaient s'unir dans une coalition avec les lib&#233;raux, ni s'accorder avec eux sur un candidat au r&#244;le de sauveteur : ce qui les en emp&#234;chait, c'&#233;taient les probl&#232;mes non r&#233;solus de la r&#233;volution. Les lib&#233;raux ne faisaient pas confiance aux d&#233;mocrates. Les d&#233;mocrates n'accordaient pas leur confiance aux lib&#233;raux. Kerensky, &#224; vrai dire, ouvrait largement les bras &#224; la bourgeoisie ; mais Kornilov donnait &#224; comprendre sans &#233;quivoque que, d&#232;s la premi&#232;re possibilit&#233;, il tordrait le cou &#224; la d&#233;mocratie. D&#233;coulant in&#233;luctablement de l'&#233;volution pr&#233;c&#233;dente, le conflit entre Kornilov et Kerensky &#233;tait la traduction des incompatibilit&#233;s du double pouvoir dans le langage explosif d'ambitions personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que parmi le prol&#233;tariat et la garnison de Petrograd s'&#233;tait form&#233;e, au d&#233;but de juillet, une aile impatiente, m&#233;contente de la politique trop circonspecte des bolcheviks, il s'accumula, chez les classes poss&#233;dantes, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, des impatiences &#224; l'&#233;gard de la politique temporisatrice de la direction cadette. Cet &#233;tat d'esprit se traduisit par exemple au congr&#232;s des cadets, o&#249; certains r&#233;clam&#232;rent le renversement de Kerensky. Plus violemment encore, l'impatience politique se manifestait en dehors des cadres du parti cadet, dans les &#233;tats-majors militaires, o&#249; l'on ressentait une crainte continuelle devant les soldats, dans les banques submerg&#233;es par l'inflation, dans les propri&#233;t&#233;s o&#249; le toit br&#251;lait sur la t&#232;te du ma&#238;tre. &#034; Vive Kornilov ! &#034; devint le mot d'ordre de l'espoir, du d&#233;sespoir, de la soif de vengeance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord en tout sur le programme de Kornilov, Kerensky discutait les d&#233;lais : &#034;On ne peut pas faire tout cela d'un coup. &#034; Reconnaissant la n&#233;cessit&#233; de se s&#233;parer de Kerensky, Milioukov r&#233;pliquait aux impatients : &#034; Il est peut-&#234;tre encore trop t&#244;t. &#034; De m&#234;me que de l'&#233;lan des masses de Petrograd &#233;tait sortie la demi-insurrection de juillet, l'impatience des propri&#233;taires suscita le soul&#232;vement de Kornilov en ao&#251;t. Et de m&#234;me que les bolcheviks s'&#233;taient vus contraints de se placer sur le terrain d'une manifestation arm&#233;e pour en garantir, si possible, le succ&#232;s, et, en tout cas, pour la prot&#233;ger contre un &#233;crasement, les cadets se trouv&#232;rent forc&#233;s, dans les m&#234;mes buts, de se mettre sur le terrain de l'insurrection de Kornilov. Dans ces limites, on observe une &#233;tonnante sym&#233;trie. Mais dans les cadres de cette sym&#233;trie il y a une compl&#232;te opposition des buts, des m&#233;thodes et des r&#233;sultats. Elle se d&#233;couvrit &#224; nous tout &#224; fait par la suite des &#233;v&#233;nements. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot de K&#233;rensky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou avait seulement aggrav&#233; la situation du gouvernement, ayant d&#233;voil&#233;, selon la juste estimation de Milioukov, que &#034; le pays &#233;tait partag&#233; en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir ni r&#233;conciliation, ni accord sur le fond &#034;. La Conf&#233;rence rehaussa l'&#233;tat d'&#226;me de la bourgeoisie et aiguillonna son impatience. D'autre part, elle donna une nouvelle impulsion au mouvement des masses. La gr&#232;ve moscovite ouvre une p&#233;riode de regroupement acc&#233;l&#233;r&#233; des ouvriers et des soldats vers la gauche. Les bolcheviks grandissent d&#232;s lors irr&#233;sistiblement. Parmi les masses ne se maintiennent que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et, partiellement, les mencheviks de gauche. L'organisation mencheviste de P&#233;trograd signala son &#233;volution politique en excluant Ts&#233;r&#233;telli de la liste des candidats &#224; la Douma municipale. Le 16 ao&#251;t la conf&#233;rence des socialistes-r&#233;volutionnaires de P&#233;trograd, par vingt-deux voix contre une, exigea la dissolution de l'Union des officiers attach&#233;s au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et r&#233;clama d'autres mesures d&#233;cisives pour obvier &#224; la contre-r&#233;volution. Le 18 ao&#251;t, le Soviet de P&#233;trograd, malgr&#233; les objections de son pr&#233;sident Tchkh&#233;idz&#233;, mit &#224; l'ordre du jour la question de la suppression de la peine de mort. Avant le vote de la r&#233;solution, Ts&#233;r&#233;telli demande d'un ton provocant : &#034; Si, apr&#232;s votre d&#233;cision, la peine de mort n'est pas abrog&#233;e, eh bien, appellerez-vous la foule dans la rue pour exiger le renversement du gouvernement ? &#034; - &#034; Oui ! lui crient en r&#233;ponse les bolcheviks, oui, nous appellerons la foule et chercherons &#224; obtenir le renversement du gouvernement. &#034; &#034; Vous avez, maintenant, lev&#233; bien haut la t&#234;te &#034;, dit Ts&#233;r&#233;telli. Les bolcheviks levaient la t&#234;te avec les masses. Les conciliateurs baissaient la t&#234;te quand la masse la levait. La revendication de l'abolition de la peine de mort est adopt&#233;e &#224; la presque-unanimit&#233; des voix, environ neuf cents contre quatre. Ces quatre : Ts&#233;r&#233;telli, Tchkh&#233;idz&#233;, Dan, Liber ! Quatre jours apr&#232;s, au Congr&#232;s d'unification des mencheviks et des groupes voisins, o&#249;, sur les questions essentielles, l'on adoptait les r&#233;solutions de Ts&#233;r&#233;telli contre l'opposition de Martov, on admit sans d&#233;bat l'exigence d'une abolition imm&#233;diate de la peine de mort : Ts&#233;r&#233;telli se taisait, n'&#233;tant plus en &#233;tat de r&#233;sister &#224; la pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'atmosph&#232;re politique qui se chargeait de plus en plus intervinrent les &#233;v&#233;nements du front. Le 19 ao&#251;t, les Allemands rompirent la ligne des troupes russes pr&#233;s d'Ikskul et, le 21, occup&#232;rent Riga. L'accomplissement de la proph&#233;tie de Kornilov fut, comme il en avait &#233;t&#233; convenu d'avance, le signal de l'offensive politique de la bourgeoisie. La presse d&#233;cupla sa campagne contre les &#034; ouvriers qui ne travaillaient pas &#034; et les &#034; soldats qui ne combattaient point &#034;. La r&#233;volution se trouvait responsable en tout : elle avait livr&#233; Riga, elle se dispose &#224; rendre P&#233;trograd. La campagne contre l'arm&#233;e, aussi enrag&#233;e que six semaines ou deux mois auparavant, n'avait cette fois pas ombre de justification. En juin, les soldats avaient effectivement refus&#233; de prendre l'offensive : ils ne voulaient pas bouleverser le front, tirer les Allemands de leur passivit&#233;, recommencer les batailles. Mais, sous Riga, l'initiative de l'offensive appartenait &#224; l'ennemi et l'&#233;tat d'esprit des soldats devenait diff&#233;rent. Ce furent justement les effectifs de la 12e arm&#233;e, les plus touch&#233;s par la propagande, qui s'av&#233;r&#232;rent les moins susceptibles de panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un commandant d'arm&#233;e, le g&#233;n&#233;ral Parsky, se flattait, et non tout &#224; fait sans raison, de voir la retraite s'ex&#233;cuter &#034; exemplairement &#034;, d'une fa&#231;on non comparable aux retraites de Galicie et de la Prusse orientale. Le commissaire Vo&#239;tinsky disait dans un rapport : &#034; Nos troupes, dans le secteur de la rupture du front, accomplissent sans r&#233;plique et valeureusement les t&#226;ches qui leur incombent, mais elles ne sont pas en &#233;tat de r&#233;sister longtemps &#224; la pression de l'ennemi, et elles reculent lentement, pas &#224; pas, subissant de formidables pertes. J'estime indispensable de noter la haute valeur des chasseurs lettons dont les survivants, quoique compl&#232;tement &#233;puis&#233;s, furent ramen&#233;s au combat&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#233;lev&#233; &#233;tait encore le ton du rapport du pr&#233;sident du Comit&#233; de l'arm&#233;e, le menchevik Koutchine : &#034; L'&#233;tat d'esprit des soldats est surprenant. D'apr&#232;s le t&#233;moignage des membres du comit&#233; et des officiers, la capacit&#233; de r&#233;sistance est telle qu'on n'en avait jamais vu de pareille.&#034; Un autre repr&#233;sentant de la m&#234;me arm&#233;e apportait, quelques jours plus tard, ce rapport en s&#233;ance du Bureau du Comit&#233; ex&#233;cutif : &#034; A l'arri&#232;re-garde du front rompu se trouvait seulement une brigade lettonne, compos&#233;e presque exclusivement de bolcheviks. Ayant re&#231;u l'ordre de marcher [la brigade], avec ses drapeaux rouges et ses fanfares, avan&#231;a et se battit tr&#232;s courageusement. &#034; Dans le m&#234;me esprit, bien qu'en termes plus r&#233;serv&#233;s, Stank&#233;vitch &#233;crivait plus tard : &#034; M&#234;me &#224; l'&#233;tat-major de l'arm&#233;e, o&#249; se trouvaient des personnages qui, au su de tous, cherchaient la possibilit&#233; de rejeter la faute sur les soldats, je ne pus avoir communication d'un seul fait concret, montrant inex&#233;cut&#233; non seulement un ordre de combat mais, en g&#233;n&#233;ral, un ordre quelconque. &#034; Les &#233;quipages de la flotte dans l'op&#233;ration de descente &#224; Mondsund, montr&#232;rent, comme il r&#233;sulte des documents officiels, une consid&#233;rable fermet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;lever le moral des troupes, particuli&#232;rement des chasseurs lettons et des marins de la Baltique, il n'&#233;tait pas indiff&#233;rent loin de l&#224; - qu'il s'ag&#238;t cette fois imm&#233;diatement de la d&#233;fense des deux centres de la r&#233;volution : Riga et P&#233;trograd. Les contingents les plus avanc&#233;s en &#233;taient d&#233;j&#224; venus &#224; se p&#233;n&#233;trer de cette id&#233;e bolcheviste que &#034; ficher la ba&#239;onnette en terre &#034;, ce n'est pas r&#233;soudre la question de la guerre ; que la lutte pour la paix est ins&#233;parable de la lutte pour la conqu&#234;te du pouvoir, c'est-&#224;-dire d'une nouvelle r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si m&#234;me certains commissaires, intimid&#233;s par la pression des g&#233;n&#233;raux, exag&#233;raient la r&#233;sistance de l'arm&#233;e, il n'en reste pas moins ce fait que soldats et matelots ex&#233;cutaient les ordres et se faisaient tuer. Ils ne pouvaient faire davantage. Mais la d&#233;fense, en somme, n'existait tout de m&#234;me plus. Si invraisemblable que ce soit, la 12e arm&#233;e fut enti&#232;rement prise au d&#233;pourvu. Tout faisait d&#233;faut : hommes, canons, munitions, masques &#224; gaz. Le service de liaison se r&#233;v&#233;la d&#233;sastreusement organis&#233;. Les attaques devaient &#234;tre diff&#233;r&#233;es par ce fait que, pour des fusils russes, l'on recevait des cartouches du mod&#232;le japonais. Or, il ne s'agissait point accidentellement d'un seul secteur du front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La signification de la perte de Riga n'&#233;tait pas un secret pour le haut commandement. Comment donc expliquer la situation exceptionnellement pitoyable des forces et ressources de d&#233;fense de la 12e arm&#233;e ? &#034;&#8230; Les bolcheviks - &#233;crit Stank&#233;vitch &#8212; s'&#233;taient d&#233;j&#224; mis &#224; r&#233;pandre le bruit que la ville aurait &#233;t&#233; livr&#233;e aux Allemands &#224; dessein, parce que le commandement voulait se d&#233;barrasser de ce nid, de cette p&#233;pini&#232;re du bolchevisme. Ces bruits ne pouvaient que rencontrer cr&#233;ance dans l'arm&#233;e o&#249; l'on savait qu'en somme il n'y avait eu ni d&#233;fense ni r&#233;sistance. &#034; Effectivement, d&#232;s d&#233;cembre 1916, les g&#233;n&#233;raux Roussky et Broussilov s'&#233;taient plaints de ce que Riga &#233;tait &#034; la plaie du front Nord &#034;, un &#034; nid gagn&#233; par la propagande &#034;, contre lequel on ne pouvait lutter autrement que par des ex&#233;cutions. Abandonner les ouvriers et les soldats de Riga &#224; la s&#233;v&#232;re &#233;cole de l'occupation militaire allemande devait &#234;tre le r&#234;ve secret de nombreux g&#233;n&#233;raux du front Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne pensait, bien entendu, que le g&#233;n&#233;ralissime e&#251;t donn&#233; l'ordre de livrer Riga. Mais tous les hauts commandants avaient lu le discours de Kornilov et l'interview de son chef d'&#233;tat-major, Loukomsky. Cela tenait enti&#232;rement lieu d'un ordre. Le g&#233;n&#233;ral en chef des troupes du front Nord, Klembovsky, appartenait &#224; l'&#233;troite clique des conspirateurs et, par cons&#233;quent, attendait la reddition de Riga comme le signal des actes de sauvetage. Et, dans des conditions plus normales, les g&#233;n&#233;raux russes pr&#233;f&#233;raient ouvrir les places et battre en retraite. Maintenant qu'ils &#233;taient relev&#233;s d'avance de leurs responsabilit&#233;s par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, et comme l'int&#233;r&#234;t politique les poussait dans la voie du d&#233;faitisme, ils ne firent m&#234;me pas une tentative de d&#233;fense. Que tel ou tel g&#233;n&#233;ral ait ajout&#233; au sabotage passif de la d&#233;fense une activit&#233; nocive, c'est une question subsidiaire, difficilement soluble par son essence m&#234;me. Il serait n&#233;anmoins na&#239;f d'admettre que les g&#233;n&#233;raux se soient abstenus de donner le coup de pouce au destin dans toutes les occasions o&#249; leurs actes de f&#233;lonie pouvaient passer impun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste am&#233;ricain John Reed, qui savait voir et &#233;couter, et qui a laiss&#233; un livre immortel de chroniques sur les journ&#233;es de la R&#233;volution d'Octobre, d&#233;clare sans ambages qu'une consid&#233;rable partie des classes poss&#233;dantes de Russie pr&#233;f&#233;rait la victoire des Allemands au triomphe de la r&#233;volution et ne se g&#234;nait pas pour en parler ouvertement. &#034; Au cours d'une soir&#233;e que je passai chez un marchand de Moscou - raconte John Reed, entre autres exemples - on demanda pendant le th&#233; aux onze personnes pr&#233;sentes qui elles pr&#233;f&#233;raient de Guillaume ou des bolcheviks. Dix voix contre une se prononc&#232;rent pour Guillaume. &#034; (Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le Monde, &#233;dition fran&#231;aise, p. 33.) Le m&#234;me &#233;crivain am&#233;ricain s'entretint sur le front Nord avec des officiers &#034; qui pr&#233;f&#233;raient franchement le d&#233;sastre militaire &#224; la coop&#233;ration avec les comit&#233;s de soldats &#034; (p. 33).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'accusation politique formul&#233;e par les bolcheviks, et non par eux seuls, il suffisait parfaitement que la reddition de Riga entr&#226;t dans le plan des conspirateurs et e&#251;t sa date pr&#233;cis&#233;ment fix&#233;e sur leur calendrier. Cela se lisait tout &#224; fait nettement entre les lignes du discours de Kornilov &#224; Moscou. Les &#233;v&#233;nements qui suivirent &#233;lucid&#232;rent compl&#232;tement ce c&#244;t&#233; de l'affaire. Mais nous avons aussi un t&#233;moignage direct auquel l'auteur, par sa personnalit&#233;, communique, dans le cas pr&#233;sent, une authenticit&#233; irr&#233;cusable. Milioukov raconte dans son Histoire : &#034; A Moscou m&#234;me, Kornilov avait indiqu&#233; dans son discours le moment au-del&#224; duquel il ne voulait plus diff&#233;rer des d&#233;marches r&#233;solues &#034; pour sauver le pays de la perdition et l'arm&#233;e de la d&#233;b&#226;cle &#034;. Ce moment fut la chute de Riga pr&#233;dite par lui. Ce fait, &#224; son avis, devait provoquer un sursaut patriotique&#8230; D'apr&#232;s ce que Kornilov me d&#233;clara personnellement, dans notre entrevue du 13 ao&#251;t &#224; Moscou, il ne voulait pas manquer cette occasion, et l'instant du conflit ouvert avec le gouvernement de K&#233;rensky se pr&#233;sentait dans son esprit comme tout &#224; fait d&#233;termin&#233;, jusques et y compris une date fix&#233;e d'avance, le 27 ao&#251;t. &#034; Peut-on s'exprimer plus clairement ? Pour r&#233;aliser sa marche sur P&#233;trograd, Kornilov avait besoin de la reddition de Riga quelques jours avant l'&#233;ch&#233;ance pr&#233;vue. Renforcer les positions de Riga, prendre de s&#233;rieuses mesures de d&#233;fense, c'e&#251;t &#233;t&#233; annuler le plan d'une autre campagne, infiniment plus importante pour Kornilov. Si Paris vaut une messe, le pouvoir vaut bien Riga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la semaine qui s'&#233;coula entre la reddition de Riga et le soul&#232;vement de Kornilov, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral devint le r&#233;servoir central des calomnies contre l'arm&#233;e. Les informations de l'&#233;tat-major russe et de la presse russe trouvaient un &#233;cho imm&#233;diat dans la presse de l'Entente. Les journaux patriotes russes, &#224; leur tour, reproduisaient avec ravissement les railleries et les outrages du Times, du Temps ou du Matin, &#224; l'adresse de l'arm&#233;e russe. Le front des soldats fr&#233;mit de vexation, d'indignation et de col&#232;re. Les commissaires et les comit&#233;s, presque tous conciliateurs et patriotes, se sentirent atteints au plus vif. De tous c&#244;t&#233;s vinrent des protestations. Parmi les plus frappantes fut la lettre du Comit&#233; ex&#233;cutif du front de Roumanie, de la r&#233;gion militaire d'Odessa et de la flotte de la mer Noire, groupement d&#233;sign&#233; par abr&#233;viation sous le nom de Roumtch&#233;rod, qui exigeait du Comit&#233; ex&#233;cutif central &#034; qu'il &#233;tabl&#238;t devant toute la Russie la dignit&#233; et la bravoure sans exemple des soldats du front roumain ; qu'on arr&#234;t&#226;t dans la presse la campagne contre les soldats qui tombaient quotidiennement par milliers, en des combats acharn&#233;s, d&#233;fendant la Russie r&#233;volutionnaire&#8230; &#034;. Sous l'influence des protestations d'en bas, les sommets conciliateurs sortirent de leur passivit&#233;. &#034; Il semble qu'il n'y ait point de boue que les journaux bourgeois n'aient d&#233;vers&#233;e sur l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire &#034;, &#233;crivaient les Izvestia au sujet de leurs alli&#233;s dans le bloc. Mais rien n'agissait. Traquer l'arm&#233;e, c'&#233;tait une indispensable partie du complot au centre duquel se tenait le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s l'abandon de Riga, Kornilov donna par t&#233;l&#233;graphe l'ordre de fusiller pour l'exemple plusieurs soldats sur la route, sous les yeux des autres. Le commissaire Vo&#239;tinsky et le g&#233;n&#233;ral Parsky r&#233;pondirent qu'&#224; leur avis de telles mesures n'&#233;taient nullement justifi&#233;es par la conduite des soldats. Kornilov, hors de lui, d&#233;clara, dans une r&#233;union des repr&#233;sentants de comit&#233;s qui se trouvaient au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, qu'il traduisait en jugement Vo&#239;tinsky et Parsky pour avoir donn&#233; des comptes rendus inexacts sur la situation dans l'arm&#233;e, c'est-&#224;-dire, comme l'explique Stank&#233;vitch, pour &#034; n'avoir pas rejet&#233; la faute sur les soldats &#034;. Pour compl&#233;ter le tableau, il faut ajouter que, le m&#234;me jour, Kornilov ordonna aux &#233;tats-majors d'arm&#233;e de communiquer des listes d'officiers bolcheviks au Comit&#233; principal de l'Union des officiers, savoir &#224; l'organisation contre-r&#233;volutionnaire &#224; la t&#234;te de laquelle se trouvait le cadet Novosiltsev et qui &#233;tait le plus important levier du complot. Tel &#233;tait ce g&#233;n&#233;ralissime, le &#034; premier soldat de la r&#233;volution ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;cidant &#224; soulever un pan du voile, les Izvestia &#233;crivaient : &#034; Une myst&#233;rieuse clique, extraordinairement proche des hautes sph&#232;res du commandement, accomplit une &#339;uvre monstrueuse de provocation&#8230; &#034; Sous le nom de &#034; myst&#233;rieuse clique &#034;, l'on entendait Kornilov et son &#233;tat-major. Les fulgurations de la guerre civile imminente &#233;clairaient d'une nouvelle lumi&#232;re non seulement l'aujourd'hui, mais l'hier. Pour leur propre d&#233;fense, les conciliateurs se mirent &#224; d&#233;noncer la conduite suspecte du commandement pendant l'offensive de juin. Dans la presse p&#233;n&#233;traient des informations de d&#233;tail de plus en plus nombreuses sur les divisions et les r&#233;giments calomni&#233;s perfidement par les &#233;tats-majors. &#034; La Russie est en droit d'exiger - &#233;crivaient les Izvestia - qu'on lui d&#233;voile toute la v&#233;rit&#233; sur notre retraite de juillet. &#034; Ces lignes &#233;taient avidement lues par les soldats, les matelots, les ouvriers, particuli&#232;rement par ceux qui, pr&#233;tendus coupables de la catastrophe sur le front, continuaient &#224; remplir les prisons. Deux jours plus tard, les Izvestia se virent forc&#233;es de d&#233;clarer, d&#233;j&#224; plus ouvertement, que &#034; le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, par ses communiqu&#233;s, jouait une partie d&#233;termin&#233;e contre le gouvernement provisoire et la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#034;. Le gouvernement &#233;tait figur&#233; dans ces lignes comme l'innocente victime des desseins du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Mais, pourrait-on penser, le gouvernement avait toutes possibilit&#233;s de remettre &#224; la raison les g&#233;n&#233;raux. S'il ne le fit pas, c'est qu'il ne le voulait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la protestation mentionn&#233;e ci-dessus contre la pers&#233;cution qui frappait tra&#238;treusement les soldats, le &#034; Roumtch&#233;rod &#034; indiquait avec une particuli&#232;re indignation que &#034; les informations de l'&#233;tat-major&#8230;, soulignant la noble conduite du corps des officiers, semblaient diminuer consciemment le d&#233;vouement des soldats &#224; la cause de la r&#233;volution &#034;. La protestation du &#034; Roumtch&#233;rod &#034; parut dans la presse du 22 ao&#251;t, et, le jour suivant, fut publi&#233;e une ordonnance de K&#233;rensky, consacr&#233;e &#224; la glorification du corps des officiers qui &#034; depuis les premiers jours de la r&#233;volution avait d&#251; subir une diminution de ses droits &#034;, et des outrages imm&#233;rit&#233;s de la part de la masse des soldats &#034; qui dissimulait sa poltronnerie sous des mots d'ordre id&#233;ologiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que ses plus proches adjoints, Stank&#233;vitch, Voltinsky et autres, protestaient contre la campagne de d&#233;nigrement vis-&#224;-vis des soldats, K&#233;rensky se joignait d&#233;monstrativement &#224; cette campagne, la couronnant de son ordonnance provocatrice de ministre de la Guerre et de chef du gouvernement. Par la suite, K&#233;rensky a reconnu que, d&#232;s la fin de juillet, il avait eu en main &#034; des renseignements pr&#233;cis &#034; sur la conspiration d'officiers group&#233;s autour du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Le Comit&#233; principal de l'Union des officiers - d'apr&#232;s K&#233;rensky - d&#233;tachait de son milieu des conspirateurs actifs ; ses propres membres &#233;taient les agents de la conspiration dans les localit&#233;s ; c'&#233;taient eux &#233;galement qui donnaient aux manifestations l&#233;gales de l'Union le ton qu'il fallait. &#034; Ceci est absolument juste. Il convient seulement d'ajouter que &#034; le ton qu'il fallait &#034; &#233;tait celui de la calomnie &#224; l'&#233;gard de l'arm&#233;e, des comit&#233;s et de la r&#233;volution, le ton m&#234;me dont est p&#233;n&#233;tr&#233;e l'ordonnance de K&#233;rensky en date du 23 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cette &#233;nigme ? Que K&#233;rensky n'ait pas men&#233; une politique r&#233;fl&#233;chie et cons&#233;quente, c'est absolument indiscutable. Mais il e&#251;t fallu qu'il f&#251;t un d&#233;ment pour que, connaissant le complot des officiers, il all&#226;t exposer sa t&#234;te sous le sabre des conspirateurs et les aider, en m&#234;me temps &#224; se masquer. L'explication de la conduite si inconcevable &#224; premi&#232;re vue de K&#233;rensky est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s simple : lui-m&#234;me &#233;tait &#224; ce moment complice de la conspiration contre le r&#233;gime sans issue de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque vint le moment des aveux, K&#233;rensky d&#233;clara lui-m&#234;me que, des cercles de la cosaquerie, du corps des officiers et du milieu des politiciens bourgeois, on lui avait propos&#233; plus d'une fois une dictature personnelle. &#034; Mais cela tombait sur un sol st&#233;rile&#8230; &#034; La position de K&#233;rensky &#233;tait en tout cas telle que les leaders de la contre-r&#233;volution avaient la possibilit&#233;, sans rien risquer, d'&#233;changer avec lui des vues sur un coup d'&#201;tat. &#034; Les premi&#232;res conversations sur la dictature, sous forme d'un l&#233;ger sondage &#034;, commenc&#232;rent, d'apr&#232;s D&#233;nikine, au d&#233;but de juin, c'est-&#224;-dire au moment o&#249; se pr&#233;parait l'offensive du front. A ces pourparlers assistait fr&#233;quemment aussi K&#233;rensky, et dans ces cas-l&#224;, il y &#233;tait bien entendu, avant tout pour Kerensky lui-m&#234;me, que c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment lui qui se placerait au centre de la dictature. Soukhanov dit fort justement de lui : &#034; Il &#233;tait kornilovien sous condition d'&#234;tre &#224; la t&#234;te du kornilovisme. &#034; Pendant les journ&#233;es du krach de l'offensive, K&#233;rensky avait promis &#224; Kornilov et &#224; d'autres g&#233;n&#233;raux beaucoup plus qu'il ne pouvait tenir. &#034; Dans ses randonn&#233;es vers le front - raconte le g&#233;n&#233;ral Loukomsky - K&#233;rensky se gargarisait de vaillance et, avec ses compagnons de route, discuta plus d'une fois de la cr&#233;ation d'un pouvoir ferme, de la formation d'un directoire ou de la transmission du Pouvoir &#224; un dictateur. &#034; Conform&#233;ment &#224; son caract&#232;re, K&#233;rensky apportait dans ces entretiens un &#233;l&#233;ment informe de n&#233;gligence et de dilettantisme. Les g&#233;n&#233;raux, par contre, &#233;taient port&#233;s vers des id&#233;es achev&#233;es d'&#233;tat-major.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation non forc&#233;e de K&#233;rensky aux entretiens de g&#233;n&#233;raux l&#233;galisait pour ainsi dire l'id&#233;e d'une dictature militaire &#224; laquelle, par prudence devant la r&#233;volution non encore &#233;touff&#233;e, l'on donnait le plus souvent le nom de Directoire. En quelle mesure jouaient ici un r&#244;le des r&#233;miniscences historiques sur le gouvernement de la France apr&#232;s Thermidor ? Il est difficile de le dire. Mais, ind&#233;pendamment d'un camouflage purement verbal, le Directoire pr&#233;sentait pour le d&#233;but cette incontestable commodit&#233; d'admettre la co-subordination des ambitions personnelles. Dans le Directoire, il devait se trouver une place non seulement pour K&#233;rensky et Kornilov, mais aussi pour Savinkov, m&#234;me pour Filonenko : en g&#233;n&#233;ral, pour des hommes &#034; &#224; la volont&#233; de fer &#034;, comme s'exprimaient eux-m&#234;mes les candidats au Directoire. Chacun d'eux se ber&#231;ait de l'id&#233;e de passer ensuite d'une dictature collective &#224; une dictature personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traiter en conspirateur avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky n'avait pas besoin, par cons&#233;quent, d'op&#233;rer quelque revirement brusque : il suffisait de d&#233;velopper et de continuer ce qui &#233;tait d&#233;j&#224; commenc&#233;. Il estimait en outre qu'il pourrait donner &#224; la conspiration des g&#233;n&#233;raux la direction convenable, la faisant tomber non seulement sur les bolcheviks, mais, en de certaines limites, sur les t&#234;tes de ses alli&#233;s et tuteurs fastidieux du milieu des conciliateurs. K&#233;rensky man&#339;uvrait ainsi afin, tout en &#233;vitant de d&#233;noncer &#224; fond les conspirateurs, de leur faire une bonne peur et de les introduire dans sa combinaison. Il atteignit m&#234;me, en ceci, la limite au-del&#224; de laquelle le chef du gouvernement se serait d&#233;j&#224; transform&#233; en un conspirateur ill&#233;gal. &#034; K&#233;rensky avait besoin d'une &#233;nergique pression sur lui de la droite, des cliques capitalistes, des ambassades alli&#233;es et, particuli&#232;rement, du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral - &#233;crivait Trotsky au d&#233;but de septembre - pour l'aider &#224; prendre d&#233;finitivement ses franches coud&#233;es. K&#233;rensky voulait utiliser la mutinerie des g&#233;n&#233;raux pour consolider sa dictature. &#034; Le moment du tournant fut celui de la Conf&#233;rence d'&#201;tat. Emportant de Moscou, avec l'illusion de possibilit&#233;s illimit&#233;es, le sentiment humiliant d'un &#233;chec personnel, K&#233;rensky se r&#233;solut enfin &#224; rejeter les doutes et &#224; se montrer &#224; eux de toute sa taille. A eux ? A qui donc ? A tous. Avant tout aux bolcheviks qui, sous la pompeuse mise en sc&#232;ne nationale, avaient gliss&#233; la mine d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Par l&#224; m&#234;me, mettre &#224; la raison, une fois pour toutes, les droites, tous ces Goutchkov et Milioukov, qui ne le prennent pas au s&#233;rieux, raillent ses gestes, consid&#232;rent son pouvoir comme une ombre de pouvoir. Enfin donner une solide le&#231;on &#224; &#034; ces autres &#034; pr&#233;cepteurs de la conciliation, dans le genre du d&#233;test&#233; Ts&#233;r&#233;telli, qui avait os&#233; le corriger et l'admonester, lui, l'&#233;lu de la nation, m&#234;me &#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat. K&#233;rensky r&#233;solut fermement et d&#233;finitivement de prouver au monde entier qu'il n'&#233;tait pas du tout l' &#034; hyst&#233;rique &#034;, le &#034; cabotin &#034;, la &#034; ballerine &#034; que d&#233;signaient en sa personne, de plus en plus ouvertement, les officiers de la Garde et des Cosaques, mais qu'il &#233;tait un homme de fer, ayant ferm&#233; son c&#339;ur &#224; double tour et jet&#233; la clef dans la mer, en d&#233;pit des supplications d'une belle inconnue dans une loge de th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stank&#233;vitch note en K&#233;rensky, ces jours-l&#224;, &#034; un effort pour prononcer quelque parole nouvelle compatible avec l'anxi&#233;t&#233; et la perturbation du pays. K&#233;rensky&#8230; d&#233;cida d'&#233;tablir dans l'arm&#233;e des sanctions disciplinaires. Probablement se disposait-il &#224; proposer au gouvernement d'autres mesures r&#233;solues. &#034; Stank&#233;vitch connaissait seulement des intentions du chef ce que celui-ci jugeait opportun de lui communiquer. En r&#233;alit&#233;, les desseins de K&#233;rensky allaient &#224; cette &#233;poque d&#233;j&#224; beaucoup plus loin. Il avait d&#233;cid&#233; de ruiner d'un seul coup le terrain sous les pieds de Kornilov, en r&#233;alisant le programme de ce dernier et en s'attachant ainsi la bourgeoisie. Goutchkov n'avait pu d&#233;clencher l'offensive des troupes : lui, K&#233;rensky, l'avait pu. Kornilov ne peut r&#233;aliser le programme de Kornilov. Lui, K&#233;rensky, le pourra. La gr&#232;ve de Moscou a rappel&#233;, il est vrai, que, dans cette voie, des obstacles surgiront. Mais les Journ&#233;es de Juillet ont montr&#233; que, sur ce point, l'on peut aussi prendre le dessus. Il faut seulement, cette fois-ci, pousser le travail jusqu'au bout, sans se laisser prendre au coude par les amis de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il est indispensable de remanier totalement la garnison de P&#233;trograd : remplacer les r&#233;giments r&#233;volutionnaires par des contingents &#034; sains &#034; qui ne se retourneraient pas vers les soviets. Sur ce plan, il n'y a pas possibilit&#233; de traiter avec le Comit&#233; ex&#233;cutif, et c'est d'ailleurs inutile : le gouvernement est reconnu ind&#233;pendant, et sous cette enseigne, a &#233;t&#233; couronn&#233; &#224; Moscou. A vrai dire, les conciliateurs entendent l'ind&#233;pendance comme une formalit&#233;, comme moyen d'apaiser les lib&#233;raux. Mais lui, K&#233;rensky, transformera le formel en r&#233;alit&#233; : ce n'est pas en vain qu'&#224; Moscou il a d&#233;clar&#233; n'&#234;tre ni avec les droites, ni avec les gauches, et que l&#224; est sa force. Maintenant, il va le prouver en fait ! Les lignes de conduite du Comit&#233; ex&#233;cutif et de K&#233;rensky, dans les journ&#233;es qui suivirent la Conf&#233;rence, continu&#232;rent &#224; diverger : les conciliateurs s'&#233;taient effray&#233;s devant les masses poss&#233;dantes. Les masses populaires exigeaient l'abolition de la peine de mort sur le front. Kornilov, les cadets, les ambassades de l'Entente, r&#233;clamaient l'institution de cette peine &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, Kornilov t&#233;l&#233;graphiait au ministre-pr&#233;sident : &#034; J'insiste sur la n&#233;cessit&#233; urgente de soumettre &#224; mes ordres la r&#233;gion de P&#233;trograd. &#034; Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral allongeait ouvertement la main vers la capitale. Le 24 ao&#251;t, le Comit&#233; ex&#233;cutif prit son courage &#224; deux mains, exigeant publiquement du gouvernement qu'il m&#238;t fin &#034; aux proc&#233;d&#233;s contre-r&#233;volutionnaires &#034; et entrepr&#238;t &#034; sans retard et de toute son &#233;nergie &#034; la r&#233;alisation des r&#233;formes d&#233;mocratiques. C'&#233;tait un langage nouveau. K&#233;rensky &#233;tait forc&#233; de choisir entre une adaptation &#224; la plate-forme d&#233;mocratique qui, malgr&#233; toute sa d&#233;bilit&#233;, pouvait amener une rupture avec les lib&#233;raux et les g&#233;n&#233;raux, et le programme de Kornilov qui devait mener in&#233;vitablement &#224; un conflit avec les soviets. K&#233;rensky d&#233;cida de tendre la main &#224; Kornilov, aux cadets, &#224; l'Entente. Il voulait &#224; tout prix &#233;viter une lutte ouverte du c&#244;t&#233; de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que, le 21 ao&#251;t, furent consign&#233;s en &#233;tat d'arrestation chez eux les grands-ducs Michel Alexandrovitch et Paul Alexandrovitch. Plusieurs autres personnages furent par la m&#234;me occasion gard&#233;s &#224; vue. Mais tout cela &#233;tait trop peu s&#233;rieux et il fallut aussit&#244;t &#233;largir les prisonniers : &#034; &#8230; Il se trouva - d&#233;clara bien plus tard K&#233;rensky dans ses t&#233;moignages sur l'affaire Kornilov - que l'on nous avait consciemment dirig&#233;s sur une fausse route. &#034; Il faudrait ajouter : avec le concours de K&#233;rensky lui-m&#234;me. Car enfin il &#233;tait absolument &#233;vident que pour les conspirateurs s&#233;rieux, c'est-&#224;-dire pour toute la moiti&#233; droite de la Conf&#233;rence de Moscou, il ne s'agissait nullement du r&#233;tablissement de la monarchie, mais de l'&#233;tablissement de la dictature de la bourgeoisie sur le peuple. Dans ce sens, Kornilov et tous ses partisans rejetaient non sans rire les incriminations concernant des desseins &#034; contre-r&#233;volutionnaires &#034;, c'est-&#224;-dire monarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que quelque part, dans des arri&#232;re-cours, chuchotaient entre eux d'anciens dignitaires, aides de camp, demoiselles d'honneur, Cent-Noirs attach&#233;s &#224; la Cour, sorciers, moines, ballerines. Mais c'&#233;tait une grandeur absolument insignifiante. La victoire de la bourgeoisie ne pouvait venir que sous la forme d'une dictature militaire. La question de la monarchie n'aurait pu se poser qu'&#224; une des &#233;tapes ult&#233;rieures, mais, toutefois, sur la base de la contre-r&#233;volution bourgeoise et non avec l'aide des demoiselles d'honneur raspoutiniennes. Pour la p&#233;riode envisag&#233;e, la r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait la lutte de la bourgeoisie contre le peuple, sous le drapeau de Kornilov. Cherchant une alliance avec ce camp-l&#224;, K&#233;rensky &#233;tait d'autant plus volontiers dispos&#233; &#224; se camoufler devant les gauches suspectes en arr&#234;tant fictivement les grands-ducs. Le m&#233;canisme &#233;tait si clair que le journal moscovite des bolcheviks &#233;crivit d&#232;s alors : &#034; Arr&#234;ter une paire de poup&#233;es sans cervelle de la clique Romanov, et laisser en libert&#233;&#8230; la clique militaire des commandants, Kornilov en t&#234;te, c'est tromper le peuple. &#034; Ainsi se rendaient odieux les bolcheviks, parce qu'ils voyaient tout et parlaient de tout hautement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'animateur et guide de K&#233;rensky en ces journ&#233;es critiques, c'est Savinkov, aventurier de grande envergure, r&#233;volutionnaire du genre sportif qui, de l'&#233;cole du terrorisme individuel, a retenu le m&#233;pris de la masse ; homme dou&#233; et volontaire, ce qui ne l'emp&#234;cha pas, d'ailleurs, d'&#234;tre pendant plusieurs ann&#233;es un instrument entre les mains du fameux agent provocateur Azef : sceptique et cynique, se consid&#233;rant, et non sans raison, comme en droit de regarder K&#233;rensky de haut en bas, et, tout en portant la main droite &#224; la visi&#232;re, de le mener respectueusement de la main gauche par le bout du nez. Savinkov en imposait &#224; K&#233;rensky en tant qu'homme d'action et Kornilov en tant qu'authentique r&#233;volutionnaire dont le nom &#233;tait historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov rapporte un curieux r&#233;cit de la premi&#232;re rencontre du commissaire et du g&#233;n&#233;ral, d'apr&#232;s Savinkov lui-m&#234;me : &#034; G&#233;n&#233;ral - disait Savinkov - je sais que si les circonstances en viennent l&#224; que vous deviez me faire fusiller, vous le ferez. &#034; Puis, apr&#232;s une pause, il ajouta : &#034; Mais si les circonstances se pr&#233;sentent ainsi que je doive vous faire fusiller, je le ferai &#233;galement. &#034; Savinkov &#233;tait passionn&#233; de litt&#233;rature, connaissait Corneille et Hugo, &#233;tait enclin &#224; prendre le grand genre. Kornilov se disposait &#224; en finir avec la r&#233;volution sans se soucier des formules du pseudo-classicisme et du romantisme. Mais le g&#233;n&#233;ral, lui non plus, n'&#233;tait nullement &#233;tranger aux charmes d'un &#034; puissant style artistique &#034; : les paroles de l'ancien terroriste devaient agr&#233;ablement chatouiller ce qui subsistait d'un fonds h&#233;ro&#239;que dans l'ancien Cent-Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article de journal &#233;crit beaucoup plus tard, &#233;videmment inspir&#233; et peut-&#234;tre r&#233;dig&#233; par Savinkov, ses propres plans &#233;taient expliqu&#233;s d'une fa&#231;on assez transparente. &#034; Du temps encore qu'il &#233;tait commissaire, - disait l'article - Savinkov en vint &#224; cette conviction que le gouvernement provisoire ne serait pas en mesure de tirer le pays d'une p&#233;nible situation. Ici devaient agir d'autres forces. Cependant, tout le travail dans ce sens ne pouvait s'effectuer que sous l'enseigne du gouvernement provisoire, en particulier de K&#233;rensky. C'e&#251;t &#233;t&#233; une dictature r&#233;volutionnaire r&#233;alis&#233;e par une main de fer. Cette main, Savinkov la vit&#8230;, celle du g&#233;n&#233;ral Kornilov. &#034; K&#233;rensky comme camouflage &#034; r&#233;volutionnaire &#034;, Kornilov comme main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le r&#244;le du troisi&#232;me, l'article fait silence. Mais il n'est pas douteux que Savinkov cherchait &#224; r&#233;concilier le g&#233;n&#233;ral en chef et le premier ministre, non sans l'intention de les &#233;liminer tous les deux. Pendant un certain temps, cette arri&#232;re-pens&#233;e devint tellement manifeste que K&#233;rensky, sur les protestations de Kornilov, juste &#224; la veille de la Conf&#233;rence d'&#201;tat, for&#231;a Savinkov &#224; donner sa d&#233;mission. Cependant, comme tout ce qui se passait g&#233;n&#233;ralement dans cette sph&#232;re, la d&#233;mission n'&#233;tait point d'un caract&#232;re d&#233;finitif. &#034; Le 17 ao&#251;t, il se v&#233;rifia - d&#233;clara Filonenko - que Savinkov et moi conservions nos postes et que le ministre-pr&#233;sident acceptait en principe le programme d&#233;velopp&#233; dans le rapport pr&#233;sent&#233; par le g&#233;n&#233;ral Kornilov, Savinkov et moi-m&#234;me. &#034; Savinkov, &#224; qui K&#233;rensky, le 17 ao&#251;t, avait &#034; ordonn&#233; de pr&#233;parer un projet de loi sur les mesures &#224; prendre &#224; l'arri&#232;re &#034;, cr&#233;a dans ce but une commission sous la pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ral Apouchkine. S&#233;rieusement apeur&#233; par Savinkov, K&#233;rensky, cependant, finit par se r&#233;soudre &#224; l'utiliser pour son grand plan, et non seulement lui conserva le minist&#232;re de la Guerre, mais lui donna, de surcro&#238;t, celui de la Marine. Cela signifiait, d'apr&#232;s Milioukov, que pour le gouvernement &#034; le temps &#233;tait venu d'agir, m&#234;me avec le risque de faire descendre dans la rue les bolcheviks &#034;. Savinkov, en cette circonstance, &#034; disait ouvertement qu'avec deux r&#233;giments il serait facile d'&#233;craser la r&#233;bellion des bolcheviks et de dissoudre leurs organisations &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky comme Savinkov comprenait parfaitement, surtout apr&#232;s la Conf&#233;rence de Moscou, que le programme de Kornilov ne serait, en aucun cas, accept&#233; par les soviets conciliateurs. Le Soviet de P&#233;trograd qui, la veille encore, a exig&#233; l'abolition de la peine de mort au front, se dressera avec deux fois plus d'&#233;nergie, demain, contre l'&#233;tablissement de la peine de mort &#224; l'arri&#232;re ! Le danger &#233;tait, par cons&#233;quent, en ceci que le mouvement contre le coup d'&#201;tat m&#233;dit&#233; par K&#233;rensky aurait &#224; sa t&#234;te non les bolcheviks, mais les soviets. Pourtant l'on ne pouvait s'arr&#234;ter devant cela : car enfin il s'agissait du salut du pays ! &#034; Le 22 ao&#251;t - &#233;crit K&#233;rensky - Savinkov se rendit au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, entre autres choses (!) pour exiger, mandat&#233; par moi, du g&#233;n&#233;ral Kornilov qu'il m&#238;t &#224; la disposition du gouvernement un corps de cavalerie. &#034; Savinkov lui-m&#234;me d&#233;finissait de la fa&#231;on suivante cette mission comme s'il &#233;tait oblig&#233; de se justifier devant l'opinion publique : &#034; Solliciter du g&#233;n&#233;ral Kornilov un corps de cavalerie pour la vraie r&#233;alisation de l'&#233;tat de si&#232;ge &#224; P&#233;trograd et pour la protection du gouvernement provisoire contre toutes men&#233;es attentatoires, particuli&#232;rement (!) contre celles des bolcheviks, de qui l'attaque&#8230; d'apr&#232;s les donn&#233;es du contre-espionnage &#224; l'&#233;tranger, se pr&#233;parait de nouveau en liaison avec une descente allemande et un soul&#232;vement en Finlande&#8230; &#034; Les donn&#233;es fantaisistes du contre-espionnage devaient tout simplement dissimuler ce fait que le gouvernement lui-m&#234;me, selon les termes de Milioukov, assumait &#034; le risque d'appeler les bolcheviks dans la rue &#034;, c'est-&#224;-dire &#233;tait pr&#234;t &#224; provoquer un soul&#232;vement. Et comme la promulgation des d&#233;crets sur la dictature militaire &#233;tait fix&#233;e aux derni&#232;res journ&#233;es d'ao&#251;t, c'est vers les m&#234;mes d&#233;lais que Savinkov fixait l'&#233;meute attendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t fut interdit, sans aucun motif apparent, l'organe des bolcheviks, Prol&#233;tarii (Le Prol&#233;taire). Publi&#233; pour le remplacer, le Rabotchii (L'Ouvrier) &#233;crivait que son pr&#233;d&#233;cesseur &#034; avait &#233;t&#233; interdit le lendemain du jour o&#249;, &#224; l'occasion de la rupture du front de Riga, il avait appel&#233; les ouvriers et les soldats &#224; tenir bon, &#224; rester calmes. Quelle est la main qui se pr&#233;occupait ainsi d'emp&#234;cher les ouvriers de savoir que le parti les met en garde contre la provocation ? &#034; Cette question visait en pleine poitrine. Le sort de la presse bolcheviste se trouvait entre les mains de Savinkov. L'interdiction du journal offrait deux avantages : elle irritait les masses et emp&#234;chait le parti de les prot&#233;ger contre une provocation qui venait, cette fois, directement, des hauteurs gouvernementales.D'apr&#232;s les proc&#232;s-verbaux du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, peut-&#234;tre l&#233;g&#232;rement stylis&#233;s, mais, dans l'ensemble, correspondant parfaitement au caract&#232;re de la situation et des personnages en sc&#232;ne, Savinkov d&#233;clara &#224; Kornilov : &#034; Il sera donn&#233; satisfaction &#224; vos exigences, Lavr Gu&#233;orgui&#233;vitch, sous peu de jours. Mais, en ce cas, le gouvernement craint qu'&#224; P&#233;trograd il n'en r&#233;sulte de s&#233;rieuses complications&#8230; La publication de vos exigences&#8230; poussera &#224; agir les bolcheviks&#8230; On ignore comment se comporteront les soviets &#224; l'&#233;gard de la nouvelle loi. Ces derniers peuvent &#233;galement se dresser contre le gouvernement&#8230; C'est pourquoi je vous prie de donner des ordres pour que le 3e corps de cavalerie soit, vers la fin d'ao&#251;t, cantonn&#233; sous P&#233;trograd et mis &#224; la disposition du gouvernement provisoire. Dans le cas o&#249;, avec les bolcheviks, agiraient aussi des membres des soviets, nous serons oblig&#233;s de s&#233;vir contre eux. &#034; L'&#233;missaire de K&#233;rensky ajouta que les mesures devaient &#234;tre les plus r&#233;solues et les plus impitoyables - &#224; quoi Kornilov r&#233;pondit qu'il &#034; ne comprenait pas d'autres mesures &#034;. Plus tard, quand il dut se justifier, Savinkov ajoutait : &#034; Si, au moment de l'insurrection des bolcheviks, les soviets avaient &#233;t&#233; bolcheviks&#8230; &#034; Mais ce n'&#233;tait l&#224; qu'une ruse grossi&#232;re : les d&#233;crets annon&#231;ant le coup d'&#201;tat de K&#233;rensky devaient suivre dans trois ou quatre jours. Il s'agissait, par cons&#233;quent, non des soviets de l'avenir, mais de ceux qui existaient &#224; la fin d'ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parer aux malentendus et ne pas provoquer l'action des bolcheviks &#034; avant le temps venu &#034;, on s'entendit sur le dispositif suivant : pr&#233;alablement concentrer &#224; P&#233;trograd un corps de cavalerie, ensuite d&#233;clarer la ville en &#233;tat de si&#232;ge et, seulement apr&#232;s, promulguer les nouvelles lois qui devaient provoquer le soul&#232;vement des bolcheviks. Dans le proc&#232;s-verbal du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ce plan est &#233;crit noir sur blanc : &#034; Afin que le gouvernement provisoire sache exactement quand il faudra d&#233;clarer la circonscription militaire de P&#233;trograd en &#233;tat de si&#232;ge, et quand promulguer la nouvelle loi, il faut que le g&#233;n&#233;ral Kornilov t&#233;l&#233;graphie &#224; lui, Savinkov, la date pr&#233;cise o&#249; le corps de cavalerie approchera de P&#233;trograd. &#034; Les g&#233;n&#233;raux conspirateurs avaient compris, d'apr&#232;s les termes de Stank&#233;vitch, &#034; que Savinkov et K&#233;rensky&#8230; voulaient accomplir un certain coup d'&#201;tat avec l'aide du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Il ne fallait pas autre chose. Ils se h&#226;taient de consentir &#224; toutes les exigences et conditions&#8230; &#034; D&#233;vou&#233; &#224; K&#233;rensky, Stank&#233;vitch fait cette r&#233;serve qu'au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#034; l'on associait erron&#233;ment &#034; K&#233;rensky et Savinkov. Mais comment pouvait-on les dissocier, du moment que Savinkov &#233;tait venu avec un mandat de K&#233;rensky nettement formul&#233; ? K&#233;rensky lui-m&#234;me &#233;crit : &#034; Le 25 ao&#251;t, Savinkov revient du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et me rapporte que des troupes seront envoy&#233;es &#224; la disposition du gouvernement provisoire, conform&#233;ment &#224; la convention. &#034; Pour le 26 au soir est fix&#233;e l'adoption par le gouvernement du projet de loi sur les mesures pour l'arri&#232;re qui devait devenir le prologue des actes d&#233;cisifs du corps de cavalerie. Tout est pr&#234;t. Il ne reste qu'&#224; appuyer sur un bouton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements, les documents, les t&#233;moignages des participants, enfin les aveux de K&#233;rensky lui-m&#234;me, d&#233;montrent de concert que le ministre-pr&#233;sident, &#224; l'insu d'une partie de son propre gouvernement, derri&#232;re le dos des soviets qui lui avaient pass&#233; le pouvoir, en se cachant du parti auquel il se disait adh&#233;rent, se mit en accord avec les sommit&#233;s du g&#233;n&#233;ralat pour modifier radicalement le r&#233;gime d'&#201;tat avec l'aide de la force arm&#233;e .Dans le langage de la l&#233;gislation criminelle, cette fa&#231;on d'agir a une d&#233;nomination parfaitement fix&#233;e, du moins pour le cas o&#249; l'entreprise ne conduit pas &#224; la victoire. La contradiction entre le caract&#232;re &#034; d&#233;mocratique &#034; de la politique de K&#233;rensky et le plan de sauvetage du pays au moyen du sabre ne peut sembler insoluble que d'un point de vue superficiel. En r&#233;alit&#233;, le plan d'une action de la cavalerie d&#233;coulait enti&#232;rement de la politique conciliatrice. En d&#233;couvrant cette causalit&#233;, l'on peut, dans une notable mesure, faire abstraction non seulement de la personnalit&#233; de K&#233;rensky, mais aussi des particularit&#233;s du milieu national : il s'agit de la logique objective du mouvement conciliateur dans les conditions de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Ebert, mandataire du peuple en Allemagne, conciliateur et d&#233;mocrate, non seulement agissait sous la direction des g&#233;n&#233;raux du Hohenzollern, derri&#232;re le dos de son propre parti, mais se trouva, d&#232;s le d&#233;but de d&#233;cembre 1918, complice direct d'une conspiration militaire ayant pour but l'arrestation de l'organe supr&#234;me des conseils et la proclamation d'Ebert lui-m&#234;me pr&#233;sident de la R&#233;publique. Ce n'est pas par hasard que K&#233;rensky pr&#233;sentait plus tard Ebert comme l'id&#233;al d'un homme d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque tous les desseins, ceux de K&#233;rensky, ceux de Savinkov, ceux de Kornilov, se furent &#233;croul&#233;s, K&#233;rensky, qui avait la t&#226;che difficile d'effacer les traces, certifiait ceci : &#034; Apr&#232;s la Conf&#233;rence de Moscou, il fut clair pour moi que la plus prochaine tentative de coup d'&#201;tat viendrait de droite, et non de gauche. &#034; Il est absolument incontestable que K&#233;rensky avait peur du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et de la sympathie dont la bourgeoisie entourait les conspirateurs militaires. Mais il n'en r&#233;sultait pas moins qu'avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky jugeait n&#233;cessaire de lutter, non au moyen d'un corps de cavalerie, mais en appliquant de sa propre part le programme de Kornilov. L'&#233;quivoque complice du premier ministre n'accomplit pas simplement une mission d'affaires pour laquelle aurait suffi un t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; du palais d'Hiver &#224; Mohilev - non, il se pr&#233;sentait en entremetteur pour r&#233;concilier Kornilov avec K&#233;rensky, c'est-&#224;-dire accorder leurs plans et, par l&#224;, assurer au coup d'&#201;tat, dans la mesure du possible, un cours de l&#233;galit&#233;. K&#233;rensky semblait dire, par l'interm&#233;diaire de Savinkov : &#034; Agissez, mais dans les limites de mon dessein. Vous &#233;viterez ainsi le risque et obtiendrez presque tout ce que vous voulez. &#034; Savinkov donnait pour sa part cette indication : &#034; Ne d&#233;passez pas pr&#233;matur&#233;ment les limites des plans de K&#233;rensky. &#034; Telle &#233;tait l'originale &#233;quation &#224; trois inconnues. C'est seulement sous ce rapport que l'appel de K&#233;rensky demandant au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, par l'interm&#233;diaire de Savinkov, un corps de cavalerie, est compr&#233;hensible. Les conspirateurs &#233;taient sollicit&#233;s par un complice hautement plac&#233;, qui se maintenait dans sa propre l&#233;galit&#233; et s'effor&#231;ait de s'assujettir le complot m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les commissions donn&#233;es &#224; Savinkov, une seule semblait &#234;tre une mesure effectivement dirig&#233;e contre le complot de la droite : elle concernait le Comit&#233; principal des officiers dont la suppression &#233;tait exig&#233;e par la conf&#233;rence p&#233;tersbourgeoise du parti de K&#233;rensky. Mais la formule m&#234;me de la commission est remarquable : &#034; dans la mesure du possible, liquider l'Union des officiers &#034;. Il est encore plus remarquable que Savinkov, loin de trouver cette possibilit&#233;, ne la recherch&#226;t m&#234;me pas. La question fut tout simplement enterr&#233;e, comme inopportune. La commission m&#234;me n'&#233;tait donn&#233;e que pour avoir, sur le papier, une trace, une justification devant les gauches : les mots &#034; dans la mesure du possible &#034; signifi&#232;rent que l'ex&#233;cution n'&#233;tait pas exig&#233;e. Comme pour souligner plus cr&#251;ment le caract&#232;re d&#233;coratif de la commission, elle &#233;tait libell&#233;e en premi&#232;re ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayant d'att&#233;nuer de quelque fa&#231;on le sens accablant du fait que, s'attendant &#224; un coup de droite, il avait d&#233;barrass&#233; la capitale des r&#233;giments r&#233;volutionnaires et s'&#233;tait dans le m&#234;me temps adress&#233; &#224; Kornilov pour obtenir des troupes &#034; s&#251;res &#034;, K&#233;rensky all&#233;gua plus tard les trois conditions sacramentelles pos&#233;es par lui pour l'appel d'un corps de cavalerie. C'est ainsi que, consentant &#224; soumettre &#224; Kornilov la r&#233;gion militaire de P&#233;trograd, K&#233;rensky y mettait cette condition que l'on d&#233;tacherait de la r&#233;gion la capitale et la banlieue, pour que le gouvernement ne se trouv&#226;t pas tout &#224; fait dans les mains du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, car, comme s'exprimait K&#233;rensky dans son milieu, &#034; l&#224;, nous serions mang&#233;s &#034;. Cette condition prouve seulement que, r&#234;vant de subordonner les g&#233;n&#233;raux &#224; son propre dessein, K&#233;rensky n'avait &#224; sa disposition rien d'autre que d'impuissantes arguties. Que K&#233;rensky n'ait pas voulu se laisser d&#233;vorer, on peut le croire sans preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres conditions &#233;taient sur un m&#234;me niveau : Kornilov ne devait ni inclure dans le corps exp&#233;ditionnaire la division dite &#034; sauvage &#034;, compos&#233;e de montagnards du Caucase, ni placer le g&#233;n&#233;ral Krymov &#224; la t&#234;te du corps. Du point de vue de la protection des int&#233;r&#234;ts de la d&#233;mocratie, c'&#233;tait v&#233;ritablement avaler le chameau et passer au tamis les moustiques. Mais, par contre, du point de vue du camouflage du coup port&#233; &#224; la r&#233;volution, les conditions de K&#233;rensky avaient un sens incomparablement plus profond. Diriger contre les ouvriers de P&#233;trograd des montagnards caucasiens qui ne parlaient pas le russe e&#251;t &#233;t&#233; trop imprudent : le tsar lui-m&#234;me ne l'avait point os&#233; en son temps ! L'incommodit&#233; de la d&#233;signation du g&#233;n&#233;ral Krymov, sur lequel le Comit&#233; ex&#233;cutif poss&#233;dait des renseignements suffisamment pr&#233;cis, &#233;tait persuasivement motiv&#233;e par Savinkov all&#233;guant au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral les int&#233;r&#234;ts de la cause commune : &#034; Il serait f&#226;cheux, disait-il, - dans le cas d'un soul&#232;vement &#224; P&#233;trograd, que ce mouvement f&#251;t &#233;cras&#233; justement par le g&#233;n&#233;ral Krymov. A son nom, l'opinion publique rattachera peut-&#234;tre des aspirations sur lesquelles il ne se guide pas&#8230; &#034; Enfin, le fait m&#234;me que le chef du gouvernement, appelant un d&#233;tachement de troupes dans la capitale, prend les devants avec une &#233;trange pri&#232;re : ne pas envoyer la division &#034; sauvage &#034; et ne pas d&#233;signer Krymov, d&#233;nonce aussi clairement qu'il se puisse K&#233;rensky comme ayant connu pr&#233;alablement non seulement le sch&#233;ma g&#233;n&#233;ral du complot, mais aussi la composition projet&#233;e de l'exp&#233;dition punitive et les candidatures des principaux ex&#233;cuteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, cependant, de ces circonstances secondaires, il est absolument &#233;vident que le corps de cavalerie de Kornilov ne pouvait nullement &#234;tre utilisable pour la d&#233;fense de la &#034; d&#233;mocratie &#034;. En revanche, K&#233;rensky ne pouvait pas douter que, de toutes les parties de l'arm&#233;e, ce corps serait le plus s&#251;r instrument contre la r&#233;volution. A vrai dire, il e&#251;t &#233;t&#233; plus avantageux d'avoir &#224; P&#233;trograd un d&#233;tachement d&#233;vou&#233; personnellement &#224; K&#233;rensky dress&#233; au-dessus des droites et des gauches. Cependant, comme le montrera toute la marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements, ces troupes-l&#224; n'existaient pas dans la r&#233;alit&#233;. Pour combattre la r&#233;volution, il n'y avait personne d'autre que les korniloviens : c'est &#224; eux que recourut K&#233;rensky.Les mesures militaires compl&#233;t&#232;rent seulement la politique. Le cours g&#233;n&#233;ral du gouvernement provisoire, pendant une quinzaine &#224; peu pr&#232;s, s&#233;parant la Conf&#233;rence de Moscou du soul&#232;vement de Kornilov, aurait &#233;t&#233; en somme suffisant par lui-m&#234;me pour prouver que K&#233;rensky se disposait non &#224; lutter contre les droites, mais &#224; faire front unique avec elles contre le peuple. N&#233;gligeant les protestations du Comit&#233; ex&#233;cutif &#224; l'&#233;gard de sa politique contre-r&#233;volutionnaire, le gouvernement fait, le 26 ao&#251;t, une d&#233;marche audacieuse en faveur des propri&#233;taires de terres en d&#233;cidant &#224; l'improviste un rel&#232;vement des prix du pain au double. Le caract&#232;re odieux de cette mesure, prise d'ailleurs sur les exigences ouvertes de Rodzianko, la rapprochait d'une provocation consciente vis-&#224;-vis des masses affam&#233;es. K&#233;rensky essayait &#233;videmment d'acheter l'extr&#234;me flanc droit de la Conf&#233;rence de Moscou pour une grosse ristourne. &#034; Je suis v&#244;tre ! &#034; disait-il &#224; l'Union des officiers, dans son ordonnance flatteuse sign&#233;e le jour m&#234;me o&#249; Savinkov partait engager des pourparlers au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. &#034; Je suis v&#244;tre ! &#034; se h&#226;tait de crier K&#233;rensky aux propri&#233;taires nobles &#224; la veille des repr&#233;sailles d'une cavalerie sur tout ce qui restait encore de la R&#233;volution de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;positions de K&#233;rensky devant la commission d'enqu&#234;te nomm&#233;e par lui-m&#234;me furent indignes. Comparaissant en t&#233;moin, le chef du gouvernement se sentait en somme le principal accus&#233; et, de plus, pris en flagrant d&#233;lit. De tr&#232;s exp&#233;riment&#233;s fonctionnaires, qui comprenaient parfaitement le m&#233;canisme des &#233;v&#233;nements, firent semblant de croire s&#233;rieusement aux explications du chef du gouvernement. Mais les autres mortels, dont des membres du parti de K&#233;rensky, se demandaient avec une franche stup&#233;faction comment un seul et m&#234;me corps pouvait &#234;tre utile &#224; la r&#233;alisation du coup d'&#201;tat et &#224; sa r&#233;pression. Il y avait d&#233;j&#224; trop d'inadvertance, du c&#244;t&#233; d'un &#034; socialiste-r&#233;volutionnaire &#034;, &#224; introduire dans la capitale une troupe destin&#233;e &#224; l'&#233;trangler. Il est vrai que les Troyens avaient jadis introduit dans les murs de leur propre ville un d&#233;tachement ennemi ; mais ils ne savaient pas, du moins, ce que contenait la carcasse du cheval de bois. Et, encore, un historien de l'antiquit&#233; conteste la version du po&#232;te : d'apr&#232;s Pausanias, on n'aurait pu croire Hom&#232;re que si l'on avait estim&#233; que les Troyens &#233;taient &#034; des imb&#233;ciles, priv&#233;s m&#234;me d'une ombre de raison &#034;. Que dirait l'ancien des t&#233;moignages de K&#233;rensky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but du mois d'ao&#251;t, Kornilov ordonna de transf&#233;rer la division &#034; sauvage &#034; et le 3e corps de cavalerie du front Sud-Ouest au rayon compris dans le triangle ferroviaire : Nevel-Novosokolniki-V&#233;liki&#233; Louki pr&#233;sentant une base commode pour une marche sur P&#233;trograd, sous l'aspect d'une r&#233;serve pour la d&#233;fense de Riga. Alors m&#234;me, le g&#233;n&#233;ralissime d&#233;cidait qu'une division de Cosaques serait concentr&#233;e dans le rayon situ&#233; entre Vyborg et Bi&#233;loostrov : au point dress&#233; sur la t&#234;te m&#234;me de la capitale &#8212; de Bi&#233;loostrov &#224; P&#233;trograd, il n'y a que trente kilom&#232;tres ! &#8212; l'on donnait l'apparence d'une r&#233;serve pour d'&#233;ventuelles op&#233;rations en Finlande. Ainsi, m&#234;me avant la Conf&#233;rence de Moscou, l'on avait mis en branle pour frapper un coup sur P&#233;trograd les quatre divisions de cavalerie consid&#233;r&#233;es comme les plus utilisables contre les bolcheviks. Pour ce qui est de la division caucasienne, on en parlait, dans l'entourage de Kornilov, tr&#232;s simplement : &#034; Les montagnards, peu leur importe qui massacrer. &#034; Le plan strat&#233;gique &#233;tait simple. Trois divisions venant du sud devaient &#234;tre transport&#233;es par chemin de fer jusqu'&#224; Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo, Gatchina et Krasno&#239;&#233;-S&#233;lo, d'o&#249;, &#034; sit&#244;t inform&#233;es de d&#233;sordres commenc&#233;s &#224; P&#233;trograd et pas plus tard que le matin du 1er septembre &#034;, elles seraient avanc&#233;es en ordre de bataille pour l'occupation de la partie sud de la capitale, sur la rive gauche de la N&#233;va. La division cantonn&#233;e en Finlande devait, en m&#234;me temps, occuper la partie nord de P&#233;trograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire de l'Union des officiers, Kornilov entra en liaison avec les soci&#233;t&#233;s patriotiques de la capitale qui disposaient, d'apr&#232;s leurs propres termes, de deux mille hommes parfaitement arm&#233;s ; mais, ayant besoin d'officiers exp&#233;riment&#233;s pour l'instruction, Kornilov promit de donner des chefs pr&#233;lev&#233;s sur le front sous pr&#233;texte de cong&#233;s. Pour contr&#244;ler l'&#233;tat d'esprit des ouvriers et des soldats de P&#233;trograd et l'activit&#233; des r&#233;volutionnaires, un contre-espionnage secret fut institu&#233;, &#224; la t&#234;te duquel fut plac&#233; le colonel de la division &#034; sauvage &#034; Heimann. L'affaire &#233;tait men&#233;e dans les cadres des r&#232;glements militaires, le complot disposait de l'appareil du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou n'avait que fortifi&#233; Kornilov dans ses plans. A vrai dire, Milioukov, d'apr&#232;s son propre r&#233;cit, recommandait de diff&#233;rer, car K&#233;rensky, disait-il, avait encore en province une popularit&#233;. Mais un conseil de ce genre ne pouvait avoir d'influence sur le g&#233;n&#233;ral d&#233;cha&#238;n&#233; : il s'agissait en fin de compte non de K&#233;rensky, mais des Soviets ; au surplus, Milioukov n'&#233;tait pas un homme d'action : un civil, et pis encore, un professeur. Les banquiers, les industriels, les g&#233;n&#233;raux cosaques se faisaient pressants, les m&#233;tropolites b&#233;nissaient. L'officier d'ordonnance Zavo&#239;ko se portait garant du succ&#232;s. De toutes parts venaient des t&#233;l&#233;grammes de f&#233;licitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie alli&#233;e participait activement &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Sir George Buchanan tenait entre ses mains de nombreux fils du complot. Les attach&#233;s militaires des Alli&#233;s pr&#232;s le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral donnaient l'assurance de leurs meilleurs sentiments. &#034;En particulier &#8211; t&#233;moigne D&#233;nikine &#8211; le repr&#233;sentant de la Grande-Bretagne le faisait en termes touchants. &#034; Derri&#232;re les ambassades se tenaient leurs gouvernements. Par une d&#233;p&#234;che du 23 ao&#251;t, le commissaire du gouvernement provisoire &#224; l'&#233;tranger, Svatikov, communiquait de Paris qu'au cours des audiences d'adieux, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res Ribot &#034; s'int&#233;ressait avec une extr&#234;me curiosit&#233; &#224; savoir quel &#233;tait dans l'entourage de K&#233;rensky l'homme ferme et &#233;nergique, et le pr&#233;sident Poincar&#233; posait de nombreuses questions sur... Kornilov &#034;. Tout cela &#233;tait connu du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Kornilov ne voyait aucun motif de diff&#233;rer et d'attendre. Vers le 20, deux divisions de cavalerie furent avanc&#233;es dans la direction de P&#233;trograd. Le jour de la chute de Riga, l'on convoqua au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral quatre officiers de chaque r&#233;giment, au total environ quatre mille grad&#233;s, pour &#034; l'&#233;tude des mortiers anglais &#034;. On expliqua tout de suite aux officiers les plus s&#251;rs qu'il s'agissait d'&#233;craser pour toujours &#034; le P&#233;trograd bolcheviste &#034;. Le m&#234;me jour, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ordonna de remettre d'urgence aux divisions de cavalerie plusieurs caisses de grenades : ces projectiles &#233;taient ce qu'il y avait de mieux pour les combats de rues. &#034;Il fut convenu &#8212; &#233;crit le chef d'&#233;tat-major Loukomsky &#8212; que tout devait &#234;tre pr&#234;t pour le 26 ao&#251;t. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que les troupes de Kornilov approcheront de P&#233;trograd, l'organisation int&#233;rieure &#034; doit agir dans la capitale, occuper l'Institut Smolny et s'efforcer d'arr&#234;ter les leaders bolcheviks &#034;. Il est vrai que ces leaders ne se montraient &#224; l'Institut Smolny que pendant les s&#233;ances ; en revanche, s'y tenait en permanence le Comit&#233; ex&#233;cutif qui fournissait des ministres et continuait &#224; consid&#233;rer K&#233;rensky comme son vice-pr&#233;sident. Mais, dans une grande affaire, il n'y a ni possibilit&#233;, ni besoin de sauver les nuances. Kornilov, en tout cas, ne s'en occupait point, &#034; Il est temps &#8211; disait-il &#224; Loukomsky &#8211; de pendre les agents et espions de l'Allemagne, L&#233;nine le premier, et de chasser le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, mais de le chasser de telle fa&#231;on qu'il ne puisse plus se r&#233;unir nulle part&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov avait fermement d&#233;cid&#233; de confier la direction de l'op&#233;ration &#224; Krymov, qui, dans ces milieux, jouissait de la r&#233;putation d'un g&#233;n&#233;ral hardi et r&#233;solu. &#034;Krymov &#233;tait alors gai, jovial &#233;crit de lui D&#233;nikine &#8211; et envisageait avec foi l'avenir. &#034; Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral l'on avait foi en Krymov. &#034;Je suis persuad&#233; &#8211; &#233;crivait de lui Kornilov &#8211; qu'il n'h&#233;sitera pas, en cas de n&#233;cessit&#233;, &#224; faire pendre tous les membres du Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. &#034; Le choix d'un g&#233;n&#233;ral &#034; gai, jovial &#034;, &#233;tait donc des plus r&#233;ussis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plein dans le cours de ces travaux qui distrayaient un peu du front allemand, Savinkov arriva au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pour pr&#233;ciser le vieil accord en y apportant des amendements d'importance secondaire. Pour frapper sur l'ennemi commun, Savinkov rappela la date m&#234;me que Kornilov avait depuis longtemps choisie pour agir contre K&#233;rensky : six mois &#233;coul&#233;s depuis la r&#233;volution. Bien que le plan du coup d'&#201;tat se f&#251;t scind&#233; en deux courants, les parties, l'une et l'autre, essayaient d'op&#233;rer sur les &#233;l&#233;ments communs du plan : Kornilov pour un camouflage, K&#233;rensky pour entretenir ses propres illusions. La proposition de Savinkov convenait au mieux au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : le gouvernement lui-m&#234;me tendait le cou, Savinkov se pr&#233;parait &#224; serrer le n&#339;ud coulant. Les g&#233;n&#233;raux du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se frottaient les mains. &#034;&#199;a mord !&#034; disaient-ils comme des p&#234;cheurs heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov accepta d'autant plus volontiers des concessions qu'elles ne lui co&#251;taient rien. Quelle importance y a-t-il &#224; soustraire la garnison de P&#233;trograd aux ordres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral du moment que les troupes de Kornilov entrent dans la capitale ? Ayant accept&#233; les deux autres conditions, Kornilov les viola imm&#233;diatement : la division &#034; sauvage &#034; fut d&#233;sign&#233;e comme avant-garde et Krymov fut mis &#224; la t&#234;te de toute l'op&#233;ration. Kornilov ne jugeait pas m&#234;me n&#233;cessaire de sauver les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks discutaient ouvertement les conditions essentielles de leur tactique : un parti de masses ne saurait en effet agir autrement. Le gouvernement et le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne pouvaient ignorer que les bolcheviks s'opposaient aux manifestations, loin de les provoquer. Mais, de m&#234;me que le d&#233;sir est parfois le p&#232;re de la pens&#233;e, la n&#233;cessit&#233; politique devient aussi la m&#232;re des pronostics. Toutes les classes dirigeantes parlaient de l'insurrection imminente parce qu'elles en avaient besoin &#224; tout prix. Tant&#244;t on donnait comme prochaine, tant&#244;t comme retard&#233;e de quelques jours la date de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au minist&#232;re de la Guerre, c'est-&#224;-dire chez Savinkov &#8211; communiquait la presse &#8211; on envisageait la prochaine manifestation &#034; tr&#232;s s&#233;rieusement &#034;. La Rietch d&#233;clarait que l'initiative du mouvement &#233;tait prise par la fraction bolcheviste du Soviet de P&#233;trograd. En qualit&#233; de politicien, Milioukov &#233;tait &#224; tel point engag&#233; dans la question de l'imaginaire soul&#232;vement des bolcheviks qu'il jugea de son honneur de maintenir cette version en qualit&#233; d'historien. &#034;Dans les documents de contre-espionnage publi&#233;s plus tard &#8211; &#233;crit-il &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que se rapportent de nouvelles assignations d'argent allemand pour les &#034; entreprises de Trotsky &#034;. Avec le contre-espionnage russe, le savant historien oublie que Trotsky, que l'&#233;tat-major allemand d&#233;signait par son nom pour la commodit&#233; des patriotes russes, &#034; pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment &#034; &#8211; du 23 juillet au 4 septembre se trouvait en prison. Si l'axe de la terre n'est qu'une ligne imaginaire, cela n'emp&#234;che pas, comme on sait, la terre de tourner. C'est &#233;galement ainsi que le plan de l'op&#233;ration Kornilovienne tournait autour d'un imaginaire mouvement des bolcheviks, pris comme axe. Cela pouvait parfaitement suffire pour la p&#233;riode pr&#233;paratoire. Mais, pour le d&#233;nouement, il fallait tout de m&#234;me quelque chose de plus mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des dirigeants de la conspiration militaire, l'officier Winberg, dans des notes int&#233;ressantes qui r&#233;v&#232;lent ce qui se passa dans la coulisse, confirmait compl&#232;tement les indications des bolcheviks sur le travail accompli par la provocation militaire. Milioukov se trouva forc&#233;, sous la pression des faits et des documents, de reconna&#238;tre que &#034; les soup&#231;ons des milieux d'extr&#234;me-gauche tombaient juste ; l'agitation dans les usines faisait indubitablement partie des t&#226;ches qu'avaient &#224; accomplir les organisations d'officiers &#034;. Mais cela n'&#233;tait pas de grand secours : les bolcheviks, comme s'en plaint le m&#234;me historien, d&#233;cid&#232;rent de &#034; ne pas se laisser faire &#034; les masses ne se d&#233;cidaient pas &#224; marcher sans les bolcheviks. Cependant, l'on tint compte aussi, dans le plan, de cet obstacle qui fut, pour ainsi dire, paralys&#233; d'avance. Le &#034; Centre r&#233;publicain &#034;, comme se d&#233;nommait l'organe dirigeant des conspirateurs &#224; P&#233;trograd, d&#233;cida tout simplement de se substituer aux bolcheviks : le truquage du soul&#232;vement r&#233;volutionnaire fut confi&#233; au colonel de Cosaques Doutov. En janvier 1918, Doutov, comme ses amis politiques lui demandaient &#034; ce qui avait d&#251; se passer, le 28 ao&#251;t 1917 &#034;, r&#233;pondit litt&#233;ralement ceci : &#034; Entre le 28 ao&#251;t et le 2 septembre, sous apparence de bolcheviks, c'&#233;tait moi qui devais agir. &#034; Tout avait &#233;t&#233; pr&#233;vu. Ce n'est pas en vain que le plan avait &#233;t&#233; travaill&#233; par les officiers de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky, &#224; son tour, lorsque Savinkov fut rentr&#233; de Mohilev, &#233;tait enclin &#224; penser que les malentendus &#233;taient &#233;limin&#233;s et que le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#233;tait totalement entr&#233; dans son plan. &#034;Il y eut des moments &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8211; o&#249; tous les personnages non seulement crurent agir dans une seule direction, mais se repr&#233;sent&#232;rent pareillement la m&#233;thode d'action. &#034; Ces heureux moments ne dur&#232;rent pas longtemps, A l'affaire se m&#234;la le hasard qui, comme tous les hasards historiques, ouvrit le clapet de la n&#233;cessit&#233;. K&#233;rensky re&#231;ut la visite de Lvov, octobriste, membre du premier gouvernement provisoire, celui-l&#224; m&#234;me qui, en qualit&#233; d'expansif haut-procureur du tr&#232;s saint synode, avait rapport&#233; qu'en cet endroit si&#233;geaient &#034; des idiots et des coquins &#034;. Le sort de Lvov &#233;tait de r&#233;v&#233;ler que, sous l'apparence d'un plan unique, il y avait deux plans dont l'un &#233;tait dirig&#233; contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En qualit&#233; de politicien ch&#244;meur mais verbeux, Lvov prenait part aux interminables palabres sur la transformation du pouvoir et le sauvetage du pays, tant&#244;t au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, tant&#244;t au palais d'Hiver. Cette fois il vint offrir son entremise pour un remaniement du Cabinet sur des bases nationales, intimidant avec bienveillance K&#233;rensky en le mena&#231;ant des foudres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral m&#233;content. Inquiet, le ministre-pr&#233;sident d&#233;cida d'utiliser Lvov pour contr&#244;ler le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et, du m&#234;me coup, apparemment, son complice Savinkov. K&#233;rensky se d&#233;clara favorable &#224; un courant dans le sens d'une dictature, ce qui n'&#233;tait pas hypocrite, et encouragea Lvov &#224; continuer ses d&#233;marches, mais c'&#233;tait l&#224; une ruse de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Lvov s'en fut revenu au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, d&#233;j&#224; investi des pleins pouvoirs de K&#233;rensky, les g&#233;n&#233;raux consid&#233;r&#232;rent la mission comme une preuve que le gouvernement &#233;tait m&#251;r pour la capitulation. La veille encore, K&#233;rensky, par l'interm&#233;diaire de Savinkov, s'&#233;tait vu oblig&#233; d'appliquer le programme de Kornilov sous la protection d'un corps de Cosaques ; aujourd'hui, K&#233;rensky proposait d&#233;j&#224; au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de reconstituer conjointement le pouvoir. Il faut pousser &#224; la roue &#8211; d&#233;cid&#232;rent fort justement les g&#233;n&#233;raux. Kornilov expliqua &#224; Lvov que le soul&#232;vement pr&#233;vu des bolcheviks ayant pour but &#034; le renversement de l'autorit&#233; du gouvernement provisoire et la conclusion de la paix avec l'Allemagne, &#224; laquelle les bolcheviks livreraient la flotte de la mer Baltique &#034;, il ne restait d'autre issue que &#034; l'imm&#233;diate transmission du pouvoir par le gouvernement aux mains du g&#233;n&#233;ralissime &#034;. Kornilov ajoutait : &#034; Quel que soit ce g&#233;n&#233;ralissime. &#034; Mais il ne se disposait pas du tout &#224; c&#233;der sa place &#224; quelqu'un. Son inamovibilit&#233; &#233;tait d'avance garantie par le serment des chevaliers de Saint-Georges, de l'Union des officiers et du Soviet des troupes cosaques. Pour assurer la &#034; s&#233;curit&#233; &#034; de K&#233;rensky et de Savinkov vis-&#224;-vis des bolcheviks, Kornilov priait instamment ces deux hommes de venir au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se mettre sous sa protection personnelle. L'officier d'ordonnance Zavo&#239;ko indiquait &#224; Lvov, sans &#233;quivoque, en quoi consisterait pr&#233;cis&#233;ment cette protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentr&#233; &#224; Moscou, Lvov, en &#034; ami &#034;, persuada ardemment K&#233;rensky d'accepter la proposition de Kornilov &#034; pour sauver la vie des membres du gouvernement provisoire et, principalement, la sienne propre &#034;. K&#233;rensky ne pouvait pas ne pas comprendre, enfin, que le jeu politique avec la dictature prenait une tournure s&#233;rieuse et pouvait finir tout &#224; fait mal pour lui. Ayant d&#233;cid&#233; d'agir, il appela avant tout Kornilov au t&#233;l&#233;phone pour v&#233;rification : Lvov avait-il bien fait la commission ? K&#233;rensky posait les questions non seulement de sa propre part, mais au nom de Lvov, bien que ce dernier f&#251;t absent de la conversation. &#034;Pareil proc&#233;d&#233; &#8211; note Martynov &#8211; convenable &#224; un d&#233;tective, &#233;tait, bien entendu, inconvenant de la part du chef du gouvernement. &#034; K&#233;rensky parlait, le lendemain, de son d&#233;part pour le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, en compagnie de Savinkov, comme d'une chose d&#233;cid&#233;e. Tout le dialogue par fil para&#238;t en somme invraisemblable : Le chef d&#233;mocrate du gouvernement et le g&#233;n&#233;ral &#034; r&#233;publicain &#034; discutent de se c&#233;der l'un &#224; l'autre le pouvoir comme s'il s'agissait d'une place dans un wagon-lit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov a parfaitement raison quand, dans l'exigence de Kornilov demandant qu'on lui passe le pouvoir, il voit seulement &#034; la continuation de tous ces pourparlers engag&#233;s depuis longtemps sur la dictature, la r&#233;organisation du pouvoir, etc. &#034; Milioukov va trop loin quand, sur cette base, il essaie de pr&#233;senter l'affaire en tel sens qu'il n'y aurait pas eu, en somme, de complot du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Kornilov, indubitablement n'aurait pu formuler ses exigences, par l'interm&#233;diaire de Lvov, s'il n'avait &#233;t&#233; d'abord complice de K&#233;rensky. Ce qui n'emp&#234;che pas que, sous un complot commun, Kornilov en dissimulait un autre, le sien. Au moment o&#249; K&#233;rensky et Savinkov se disposaient &#224; liquider les bolcheviks &#8211; et partiellement les soviets &#8211; Kornilov avait l'intention de liquider aussi le gouvernement provisoire. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que ne voulait pas K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e du 26, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral put effectivement penser, pendant quelques heures, que le gouvernement capitulait sans combat. Cela signifiait non point qu'il n'y avait pas eu de conspiration, mais que le complot semblait devoir bient&#244;t triompher. Une conspiration victorieuse trouve toujours les moyens de se l&#233;galiser. &#034;Je vis le g&#233;n&#233;ral Kornilov apr&#232;s cette conversation &#034;, t&#233;moigna le prince Troubetsko&#239;, diplomate, qui repr&#233;sentait aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res, &#034; Un soupir de soulagement lui &#233;chappa et, comme je lui demandais si le gouvernement se montrait bien dispos&#233; en tout, il r&#233;pondit oui. &#034; Kornilov se trompait. Juste &#224; partir de ce moment, le gouvernement en la personne de K&#233;rensky, cessait de se montrer bien dispos&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral a ses plans ? Ainsi, il est question non d'une dictature, en g&#233;n&#233;ral, mais de la dictature de Kornilov ? A K&#233;rensky, comme par moquerie, l'on propose le poste de ministre de la Justice ? Kornilov, effectivement avait &#233;t&#233; assez imprudent pour en faire allusion &#224; Lvov. S'identifiant &#224; la r&#233;volution, K&#233;rensky criait au ministre des Finances N&#233;krassov : &#034; Je ne leur livrerai pas la r&#233;volution ! &#034;L'ami d&#233;sint&#233;ress&#233;, Lvov, fut aussit&#244;t arr&#234;t&#233; et passa une nuit d'insomnie au palais d'Hiver, avec deux sentinelles &#224; ses pieds, &#233;coutant, en grin&#231;ant des dents, &#034; K&#233;rensky triomphant qui, de l'autre c&#244;t&#233; du mur, dans une chambre contigu&#235;, celle d'Alexandre II, &#233;tant satisfait de la bonne marche de son affaire, vocalisait sans fin des roulades d'op&#233;ras &#034;. En ces heures-l&#224;, K&#233;rensky se sentait un extraordinaire afflux d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd, en ces m&#234;mes journ&#233;es, vivait d'une double anxi&#233;t&#233;. La tension politique, exag&#233;r&#233;e &#224; dessein par la presse, comportait une explosion. La chute de Riga rapprocha le front. La question de l'&#233;vacuation de la capitale, pos&#233;e par les circonstances de la guerre longtemps avant la chute de la monarchie, prit une nouvelle acuit&#233;. Les personnes fortun&#233;es quittaient la ville. La fuite de la bourgeoisie provenait de ses appr&#233;hensions devant une nouvelle insurrection, beaucoup plus que devant une invasion de l'ennemi. Le 26 ao&#251;t, le Comit&#233; central du parti bolchevik revenait &#224; la charge : &#034; De louches personnalit&#233;s&#8230; m&#232;nent une agitation provocatrice, soi-disant au nom de notre parti. &#034; Les organes dirigeants du Soviet de P&#233;trograd, des syndicats, des comit&#233;s de fabriques et d'usines, d&#233;claraient le m&#234;me jour : pas une organisation ouvri&#232;re, pas un parti politique n'appelle &#224; une manifestation quelconque. N&#233;anmoins, les bruits qui couraient sur le renversement, pour le jour suivant, du gouvernement, ne cessaient pas une heure. &#034;Dans les cercles gouvernementaux &#8211; disait la presse &#8211; on indique la d&#233;cision prise unanimement d'&#233;craser toute tentative de manifestation. &#034; Les mesures &#233;taient prises m&#234;me pour provoquer la manifestation avant de l'&#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 27, non seulement les journaux ne communiquaient encore rien des intentions de mutinerie du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, mais, au contraire, une interview de Savinkov assurait que &#034; le g&#233;n&#233;ral Kornilov jouissait de la confiance absolue du gouvernement provisoire &#034;. Le jour du semestriel anniversaire s'&#233;coulait dans un calme rare. Les ouvriers et les soldats &#233;vitaient tout ce qui aurait pu ressembler &#224; une manifestation. La bourgeoisie, craignant des d&#233;sordres, restait enferm&#233;e chez elle. Les rues &#233;taient d&#233;sertes. Les tombes des victimes de F&#233;vrier sur le Champ-de-Mars semblaient oubli&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin de la journ&#233;e longuement attendue qui devait apporter le salut du pays, le g&#233;n&#233;ralissime re&#231;ut du ministre-pr&#233;sident un ordre t&#233;l&#233;graphique : r&#233;signer ses fonctions entre les mains du chef de l'&#233;tat-major et se rendre imm&#233;diatement &#224; P&#233;trograd. L'affaire prenait du coup une tournure absolument impr&#233;vue. Le g&#233;n&#233;ral comprit, d'apr&#232;s ses propres termes, &#034; qu'il y avait double jeu &#034;. A plus juste titre, il e&#251;t pu dire que son double jeu &#224; lui avait &#233;t&#233; d&#233;couvert. Kornilov d&#233;cide de ne pas c&#233;der. Les exhortations de Savinkov par fil direct ne servirent de rien. &#034;Contraint d'agir ouvertement &#8211; disait le g&#233;n&#233;ralissime dans son manifeste au peuple &#8211; moi, g&#233;n&#233;ral Kornilov, je d&#233;clare que le gouvernement provisoire, sous la pression de la majorit&#233; bolcheviste des soviets, agit en complet accord avec les plans de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral allemand, au moment m&#234;me o&#249; va se produire une descente de l'ennemi sur les rivages de Riga, d&#233;truit l'arm&#233;e et bouleverse &#224; l'int&#233;rieur le pays. &#034; Ne d&#233;sirant pas c&#233;der le pouvoir aux tra&#238;tres, lui, Kornilov, &#034; pr&#233;f&#232;re mourir au champ d'honneur &#034;. Sur l'auteur de ce manifeste, Milioukov &#233;crivait plus tard, avec une nuance d'admiration : &#034; Homme r&#233;solu, ne reconnaissant nulle subtilit&#233; juridique et allant droit au but d&#232;s l'instant qu'il l'avait reconnu juste. &#034; Un g&#233;n&#233;ralissime qui pr&#233;l&#232;ve des troupes sur le front dans le dessein de renverser son propre gouvernement ne peut, effectivement, &#234;tre tax&#233; de pr&#233;dilection pour &#034; les subtilit&#233;s juridiques &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky destitua Kornilov par acte d'autorit&#233; personnelle. Le gouvernement provisoire, en ce temps, n'existait d&#233;j&#224; plus : le soir du 26, messieurs les ministres donn&#232;rent une d&#233;mission qui, par un heureux concours de circonstances, r&#233;pondait aux d&#233;sirs de tous les partis. D&#233;j&#224;, quelques jours avant la rupture du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral avec le gouvernement, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky avait averti Lvov par l'interm&#233;diaire d'Aladyine : &#034; Il ne serait pas mauvais de pr&#233;venir les cadets qu'ils aient, pour le 27 ao&#251;t, &#224; quitter tous le gouvernement provisoire pour placer celui-ci dans une situation difficile et, par l&#224;-m&#234;me, s'&#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments. &#034; Les cadets ne manqu&#232;rent pas de prendre bonne note de cette recommandation. D'autre part, K&#233;rensky lui-m&#234;me d&#233;clara au gouvernement qu'il jugeait possible de combattre la mutinerie de Kornilov &#034; seulement sous condition que le pouvoir lui f&#251;t remis &#224; lui-m&#234;me int&#233;gralement &#034;. Les autres ministres ne semblaient attendre que cet heureux motif pour d&#233;missionner &#224; leur tour. C'est ainsi que la coalition fut soumise &#224; une v&#233;rification de plus. &#034; Les ministres du parti cadet &#8211; &#233;crit Milioukov &#8211; d&#233;clar&#232;rent que, pour l'instant, ils d&#233;missionnaient sans pr&#233;juger de leur participation future au gouvernement provisoire. &#034; Fid&#232;les &#224; leur tradition, les cadets voulaient attendre &#224; l'&#233;cart les r&#233;sultats des journ&#233;es de lutte pour prendre une d&#233;cision selon l'issue. Ils ne doutaient pas que les conciliateurs leur garderaient indemnes leurs places. En se d&#233;chargeant de la responsabilit&#233;, les cadets, avec tous les autres ministres d&#233;missionnaires, prirent part ensuite &#224; plusieurs conf&#233;rences gouvernementales, &#034; de caract&#232;re priv&#233; &#034;. Les deux camps, se pr&#233;parant &#224; la guerre civile, se groupaient, dans l'ordre &#034; priv&#233; &#034;, autour du chef du gouvernement, muni de tous les pleins pouvoirs imaginables, mais non d'une r&#233;elle autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le t&#233;l&#233;gramme de K&#233;rensky re&#231;u au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; Tous &#233;chelons dirig&#233;s sur P&#233;trograd et la banlieue doivent &#234;tre arr&#234;t&#233;s et ramen&#233;s &#224; leurs postes ant&#233;rieurs &#034;, Kornilov nota : &#034; Ne pas ex&#233;cuter cet ordre, diriger les troupes sur P&#233;trograd. &#034; L'affaire du soul&#232;vement arm&#233; &#233;tait ainsi solidement mise sur la voie. Ceci doit &#234;tre compris litt&#233;ralement : trois divisions de cavalerie, par convois de chemin de fer, s'avan&#231;aient vers la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proclamation de K&#233;rensky aux troupes de P&#233;trograd disait : &#034; Le g&#233;n&#233;ral Kornilov, apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; son patriotisme et sa fid&#233;lit&#233; au peuple&#8230; a lev&#233; des r&#233;giments du front et&#8230; les a exp&#233;di&#233;s contre P&#233;trograd. &#034; K&#233;rensky passait sous silence, prudemment que les r&#233;giments du front n'avaient pas seulement &#233;t&#233; pr&#233;lev&#233;s, de son su, mais sur son injonction directe, pour exercer la r&#233;pression sur la garnison m&#234;me devant laquelle il d&#233;non&#231;ait maintenant la f&#233;lonie de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ralissime mutin n'avait pas la langue dans sa poche : &#034; ... Les tra&#238;tres ne sont pas parmi nous &#8211; disait-il dans son t&#233;l&#233;gramme &#8211; mais l&#224;-bas, &#224; P&#233;trograd o&#249;, pour de l'argent allemand, avec la complaisance criminelle du gouvernement, la Russie a &#233;t&#233; vendue et se vend&#034; C'est ainsi que la calomnie lanc&#233;e contre les bolcheviks se frayait sans cesse de nouvelles et nouvelles voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'excitation nocturne dans lequel le pr&#233;sident du Conseil des ministres en d&#233;mission chantait des airs d'op&#233;ras passa bient&#244;t. La lutte contre Kornilov, quelque tour qu'elle pr&#238;t, mena&#231;ait des plus p&#233;nibles cons&#233;quences. &#034; Dans la premi&#232;re nuit du soul&#232;vement du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;crit K&#233;rensky &#8211; parmi les milieux sovi&#233;tiques de soldats et d'ouvriers &#224; P&#233;tersbourg, la rumeur commen&#231;a &#224; se r&#233;pandre obstin&#233;ment d'une connivence de Savinkov avec le mouvement du g&#233;n&#233;ral Kornilov. &#034; La rumeur d&#233;signait K&#233;rensky imm&#233;diatement apr&#232;s Savinkov, et la rumeur ne se trompait pas. Il y avait &#224; redouter pour bient&#244;t les plus terribles r&#233;v&#233;lations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tard dans la nuit du 25 au 26 ao&#251;t &#034; &#8211; raconte K&#233;rensky &#8211; entra dans son cabinet, tr&#232;s &#233;mu, le directeur du minist&#232;re de la Guerre. &#8211; &#034; Monsieur le ministre, me d&#233;clara Savinkov, en rectifiant la position, je vous prie de m'arr&#234;ter imm&#233;diatement comme complice du g&#233;n&#233;ral Kornilov. Mais si vous avez confiance en moi, je vous prie de me donner la possibilit&#233; de prouver effectivement au peuple que je n'ai rien de commun avec les r&#233;volt&#233;s... &#034; En r&#233;ponse &#224; cette d&#233;claration, poursuit K&#233;rensky, je nommai sur-le-champ Savinkov g&#233;n&#233;ral-gouverneur provisoire de P&#233;trograd, lui attribuant les plus larges pouvoirs pour la d&#233;fense de P&#233;trograd contre les troupes du g&#233;n&#233;ral Kornilov&#034; Bien plus : sur la demande de Savinkov, K&#233;rensky lui adjoignit comme suppl&#233;ant Filonenko. L'affaire de la mutinerie, de m&#234;me que celle de la r&#233;pression, &#233;tait ainsi circonscrite dans le milieu du &#034; directoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une si h&#226;tive nomination de Savinkov au poste de g&#233;n&#233;ral-gouverneur &#233;tait dict&#233;e &#224; K&#233;rensky par sa lutte pour la sauvegarde de sa situation politique : si K&#233;rensky avait d&#233;nonc&#233; Savinkov aux soviets, Savinkov e&#251;t imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233; K&#233;rensky. Par contre, ayant obtenu de K&#233;rensky, non sans chantage, la possibilit&#233; de se l&#233;galiser par une ostensible participation aux man&#339;uvres contre Kornilov, Savinkov devait faire tout le possible pour blanchir K&#233;rensky. &#034;Le g&#233;n&#233;ral-gouverneur &#034; &#233;tait n&#233;cessaire non point tant pour combattre la contre-r&#233;volution que pour effacer les traces du complot. Le travail bien concert&#233; des complices commen&#231;a imm&#233;diatement en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A quatre heures du matin, le 28 ao&#251;t &#8211; t&#233;moigne Savinkov je rentrai, sur l'appel de K&#233;rensky, au palais d'Hiver, et trouvai l&#224; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev et T&#233;r&#233;chtchenko. Nous f&#251;mes tous quatre d'accord sur ce point que l'ultimatum de Lvov n'&#233;tait rien de plus qu'un malentendu. &#034; Le r&#244;le d'interm&#233;diaire dans ce conciliabule d'avant l'aube appartint au nouveau g&#233;n&#233;ral-gouverneur. Le dirigeant dans la coulisse &#233;tait Milioukov : au cours de la journ&#233;e, il se montra ouvertement sur la sc&#232;ne. Alex&#233;&#239;ev, bien qu'il d&#233;nomm&#226;t Kornilov &#034; t&#234;te de mouton &#034;, &#233;tait avec lui dans le m&#234;me camp. Les conspirateurs et leurs assistants firent une derni&#232;re tentative pour pr&#233;senter comme &#034; un malentendu &#034; tout ce qui s'&#233;tait pass&#233;, c'est-&#224;-dire pour tromper ensemble l'opinion publique afin de sauver ce que l'on pouvait du plan commun. La division sauvage, le g&#233;n&#233;ral Krymov, les &#233;chelons de Cosaques, Kornilov refusant de se d&#233;mettre, la marche sur la capitale, tout cela n'est rien de plus que les d&#233;tails d'un &#034; malentendu &#034; ! Effar&#233; par le sinistre enchev&#234;trement des circonstances, K&#233;rensky ne criait d&#233;j&#224; plus : &#034; Je ne leur livrerai pas la r&#233;volution ! &#034;Aussit&#244;t apr&#232;s s'&#234;tre entendu avec AIex&#233;&#239;ev, il entra dans la salle de r&#233;ception des journalistes au palais d'Hiver et leur demanda d'&#233;laguer de tous les journaux son manifeste d&#233;clarant tra&#238;tre Kornilov. Lorsque, d'apr&#232;s les r&#233;ponses des journalistes, il se r&#233;v&#233;la que cette t&#226;che &#233;tait techniquement inex&#233;cutable, K&#233;rensky s'&#233;cria : &#034; Je le regrette beaucoup ! &#034; Ce mince &#233;pisode, consign&#233; dans les journaux du lendemain, &#233;claire avec une vivacit&#233; in&#233;galable le personnage du super-arbitre de la nation, d&#233;finitivement emp&#234;tr&#233;. K&#233;rensky incarnait si parfaitement et la d&#233;mocratie et la bourgeoisie qu'il se trouvait maintenant, en m&#234;me temps, le plus haut repr&#233;sentant de l'autorit&#233; de l'&#201;tat et un conspirateur criminel devant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au matin du 28, la rupture entre le gouvernement et le g&#233;n&#233;ralissime devint un fait accompli aux yeux de tout le pays. A l'affaire se m&#234;la imm&#233;diatement la Bourse. Si le discours prononc&#233; &#224; Moscou par Kornilov, mena&#231;ant de la chute de Riga, avait &#233;t&#233; marqu&#233; chez les boursiers par une baisse des valeurs russes, la nouvelle de la r&#233;volte ouverte des g&#233;n&#233;raux eut pour r&#233;action une hausse g&#233;n&#233;rale. Par sa cote d&#233;sastreuse du R&#233;gime de F&#233;vrier, la Bourse donna l'expression irr&#233;prochable des &#233;tats d'opinion et des espoirs des classes poss&#233;dantes, qui ne doutaient pas de la victoire de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major Loukomsky &#224; qui K&#233;rensky avait ordonn&#233; la veille de prendre sur lui, provisoirement, le commandement, r&#233;pondit : &#034; Je n'estime pas possible d'assumer la fonction du g&#233;n&#233;ral Kornilov, car il s'ensuivrait dans l'arm&#233;e une explosion qui perdait la Russie. &#034; D&#233;compte fait du commandant en chef du Caucase, qui attesta non sans retard, sa fid&#233;lit&#233; au gouvernement provisoire, les autres grands chefs, sur des tons vari&#233;s, soutenaient les exigences de Kornilov. Inspir&#233; par les cadets, le Comit&#233; principal de l'Union des officiers exp&#233;dia &#224; tous les &#233;tats-majors de l'arm&#233;e et de la flotte ce t&#233;l&#233;gramme : &#034; Le gouvernement provisoire nous ayant d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; plus d'une fois son impuissance d'&#201;tat, a maintenant d&#233;shonor&#233; son nom par la provocation et ne peut rester plus longtemps &#224; la t&#234;te de la Russie... &#034; Le pr&#233;sident d'honneur de l'Union des officiers &#233;tait le m&#234;me Loukomsky ! Au g&#233;n&#233;ral Krasnov, nomm&#233; chef du 3e corps de cavalerie, l'on d&#233;clara au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; Personne ne prendra la d&#233;fense de K&#233;rensky. C'est seulement une promenade. Tout est pr&#233;par&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les calculs optimistes des dirigeants et des inspirateurs du complot, l'on a une id&#233;e assez juste d'apr&#232;s un t&#233;l&#233;gramme chiffr&#233; du prince Troubetsko&#239; au ministre des Affaires &#233;trang&#232;res : &#034; Jugeant m&#251;rement de la situation &#8211; &#233;crit-il &#8211; on doit avouer que tout le commandement, l'&#233;crasante majorit&#233; du corps des officiers et les meilleurs effectifs combattants suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se rangeront &#224; l'arri&#232;re toute la cosaquerie, la majorit&#233; des &#201;coles militaires et &#233;galement les meilleures troupes. A la force physique il convient d'ajouter&#8230; l'assentiment de toutes les couches de la population non socialiste et, dans les basses classes&#8230; une indiff&#233;rence qui se soumettra au premier coup de cravache. Il n'est pas douteux qu'une immense quantit&#233; de socialistes de mars ne tardera pas &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de Kornilov, au cas o&#249; il vaincrait. &#034; Troubetsko&#239; repr&#233;sentait non seulement les esp&#233;rances du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, mais aussi les dispositions des missions alli&#233;es. Dans le d&#233;tachement de Kornilov qui marchait &#224; la conqu&#234;te de P&#233;trograd se trouvaient des autos blind&#233;es anglaises avec un personnel anglais : et c'&#233;tait l&#224;, doit-on penser, l'effectif le plus s&#251;r. Le chef de la mission militaire anglaise en Russie, le g&#233;n&#233;ral Knox, reprochait au colonel am&#233;ricain Robbins de ne pas soutenir Kornilov. &#034;Je ne m'int&#233;resse pas au gouvernement de K&#233;rensky disait le g&#233;n&#233;ral britannique &#8211; il est trop faible ; il faut une dictature militaire, il faut des Cosaques, ce peuple a besoin du knout ! La dictature est exactement ce qu'il faut. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces voix, de diverses parts, atteignaient le palais d'Hiver et agissaient d'une fa&#231;on bouleversante sur ses habitants. Le succ&#232;s de Kornilov semblait in&#233;luctable. Le ministre N&#233;krassov apprit &#224; ses amis que la partie &#233;tait d&#233;finitivement perdue et qu'il ne restait plus qu'&#224; mourir honn&#234;tement. &#034;Certains dirigeants en vue du Soviet &#8211; affirme Milioukov &#8211; pressentant le sort qui les attendait dans le cas o&#249; Kornilov serait vainqueur, se h&#226;taient d&#233;j&#224; de se faire &#233;tablir des passeports pour l'&#233;tranger. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'heure en heure arrivaient des informations, l'une plus que l'autre mena&#231;ante, sur l'approche des troupes de Kornilov. La presse bourgeoise les recueillait avidement, les exag&#233;rait, les amplifiait, cr&#233;ant une atmosph&#232;re de panique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi et demi, le 28 ao&#251;t : &#034; Un d&#233;tachement envoy&#233; par le g&#233;n&#233;ral Kornilov s'est concentr&#233; aux approches de Louga. &#034; A deux heures et demie : &#034; Par la gare d'Or&#233;dej ont pass&#233; neuf nouveaux trains avec des troupes de Kornilov. Dans le train de t&#234;te se trouve un bataillon de cheminots. &#034; A trois heures de l'apr&#232;s-midi : &#034; La garnison de Louga s'est rendue aux troupes du g&#233;n&#233;ral Kornilov et a livr&#233; toutes ses armes. La gare et tous les &#233;difices gouvernementaux de Louga sont occup&#233;s par les troupes de Kornilov. &#034; A six heures du soir : &#034; Deux &#233;chelons de troupes de Kornilov ont fait une perc&#233;e, venant de Narva, et se trouvent &#224; une demi-verste de Gatchina. Deux autres &#233;chelons sont en route, marchant sur Gatchina. &#034; A deux heures du matin, le 29 ao&#251;t : &#034; A la station d'Antropchino (&#224; trente-trois kilom&#232;tres de P&#233;trograd) un combat a commenc&#233; entre les troupes du gouvernement et celles de Kornilov. Des deux c&#244;t&#233;s il y a des tu&#233;s et des bless&#233;s. &#034; Dans la m&#234;me nuit, l'on apprit que Kal&#233;dine mena&#231;ait de couper P&#233;trograd et Moscou de leurs communications avec le Sud, grenier de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les commandants en chef des fronts, la mission britannique, le corps des officiers, les &#233;chelons, les bataillons de la voie ferr&#233;e, la cosaquerie, Kal&#233;dine, tout cela est entendu dans la salle de malachite du palais d'Hiver comme les sons des trompettes du Jugement dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec d'in&#233;vitables att&#233;nuations, K&#233;rensky lui-m&#234;me en fait l'aveu : &#034; La journ&#233;e du 28 ao&#251;t fut pr&#233;cis&#233;ment celle des plus grandes incertitudes &#8211; &#233;crit-il &#8211; des plus grands doutes sur la force des adversaires de Kornilov, de la plus grande nervosit&#233; dans les milieux de la d&#233;mocratie m&#234;me&#034; Il n'est pas difficile de se repr&#233;senter ce qui se cache sous ces mots. Le chef du gouvernement se rongeait &#224; se demander non seulement quel &#233;tait des deux camps le plus fort, mais aussi quel &#233;tait le plus redoutable pour lui personnellement. &#034;Nous ne sommes pas avec vous, la droite, ni avec vous, la gauche &#034; &#8211; de telles paroles semblaient d'un bel effet sur la sc&#232;ne du th&#233;&#226;tre de Moscou. Traduites dans le langage de la guerre civile pr&#234;te &#224; &#233;clater, elles signifiaient que le petit cercle de K&#233;rensky pouvait s'av&#233;rer inutile tant aux droites qu'aux gauches. &#034; Tous &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8211; nous &#233;tions comme &#233;tourdis de d&#233;sespoir devant l'accomplissement d'un drame qui ruinait tout. Du degr&#233; de notre d&#233;sarroi on peut juger par ce fait que, m&#234;me apr&#232;s la rupture publique entre le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et le gouvernement, des tentatives &#233;taient faites pour arriver &#224; une r&#233;conciliation quelconque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'id&#233;e d'une m&#233;diation... en ces circonstances, naissait d'elle-m&#234;me &#034;, d&#233;clare Milioukov, qui pr&#233;f&#233;rait agir en qualit&#233; de tierce personne. Le soir du 28, il se pr&#233;senta au palais d'Hiver pour &#034; conseiller &#224; K&#233;rensky de renoncer au point de vue rigoureusement formel d'une violation de la loi &#034;. Le leader lib&#233;ral, comprenant que l'on doit savoir distinguer dans une noix le fruit de la coquille, &#233;tait en m&#234;me temps l'homme le mieux apte &#224; l'emploi de m&#233;diateur loyal. Le13 ao&#251;t, Milioukov avait appris directement de Kornilov que celui-ci fixait son soul&#232;vement au 27. Le lendemain, le 14, Milioukov r&#233;clama, dans son discours &#224; la Conf&#233;rence, que &#034; la prise imm&#233;diate des mesures indiqu&#233;es par le g&#233;n&#233;ralissime ne f&#238;t pas l'objet de soup&#231;ons, de paroles comminatoires ou m&#234;me de r&#233;vocations &#034;. Jusqu'au 27, Kornilov devait rester en dehors des soup&#231;ons ! En m&#234;me temps, Milioukov promettait &#224; K&#233;rensky son appui &#034; de bon gr&#233; et sans contestations &#034;. Voil&#224; quand il est &#224; propos de se rappeler la corde de la potence qui soutient, elle aussi, &#034; sans contestations &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, K&#233;rensky avoue que Milioukov, se pr&#233;sentant &#224; lui avec une offre de m&#233;diation, &#034; avait choisi un moment bien commode pour lui d&#233;montrer que la force r&#233;elle &#233;tait du c&#244;t&#233; de Kornilov &#034;. L'entretien se termina si heureusement qu'en sortant de l&#224;, Milioukov indiqua &#224; ses amis politiques le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev comme un successeur de K&#233;rensky contre lequel Kornilov ne ferait pas d'objection. AIex&#233;&#239;ev magnanime donna son consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re Milioukov venait celui qui &#233;tait plus grand que lui. Tard dans la soir&#233;e, l'ambassadeur britannique Buchanan remit au ministre des Affaires &#233;trang&#232;res une note par laquelle les repr&#233;sentants des puissances alli&#233;es proposaient unanimement leurs bons services &#034; dans des int&#233;r&#234;ts d'humanit&#233; et dans le d&#233;sir de pr&#233;venir une catastrophe irr&#233;parable &#034;. La m&#233;diation officielle entre le gouvernement et le g&#233;n&#233;ral mutin&#233; n'&#233;tait pas autre chose qu'un soutien et une prime d'assurance &#224; la r&#233;volte. En r&#233;ponse, T&#233;r&#233;chtchenko exprimait, au nom du gouvernement provisoire, &#034; un extr&#234;me &#233;tonnement&#034; au sujet du soul&#232;vement de Kornilov dont le programme avait &#233;t&#233; en grande partie adopt&#233; par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un &#233;tat d'abandon et de prostration, K&#233;rensky ne trouva rien de mieux que d'organiser encore une interminable conf&#233;rence avec ses ministres d&#233;missionnaires. Juste au moment o&#249; il se livrait &#224; cette occupation d&#233;sint&#233;ress&#233;e, l'on re&#231;ut des informations particuli&#232;rement alarmantes sur l'avance des &#233;chelons ennemis. N&#233;krassov estimait que &#034; dans quelques heures, les troupes de Kornilov seraient probablement d&#233;j&#224; &#224; P&#233;trograd&#8230; &#034; Les anciens ministres se mirent &#224; conjecturer : &#034; Comment conviendrait-il d'&#233;difier, en pareilles circonstances, le pouvoir gouvernemental ? &#034; L'id&#233;e d'un directoire revint &#224; la surface. La droite et la gauche envisag&#232;rent avec sympathie la pens&#233;e d'inclure dans la composition du &#034; directoire&#034; le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev. Le cadet Kokochkine estimait qu'AIex&#233;&#239;ev devait &#234;tre plac&#233; &#224; la t&#234;te du gouvernement. D'apr&#232;s certains t&#233;moignages, l'offre de c&#233;der le pouvoir &#224; quelqu'un d'autre fut faite par K&#233;rensky lui-m&#234;me, qui mentionna nettement son entretien avec Milioukov. Personne ne fit d'objection. La candidature d'AIex&#233;&#239;ev r&#233;conciliait tout le monde. Le plan de Milioukov semblait tout proche de sa r&#233;alisation. Mais l&#224;, comme il convient au moment de la plus haute tension, un coup dramatique fut frapp&#233; &#224; la porte : dans la salle voisine attendait une d&#233;putation du Comit&#233; pour combattre la contre-r&#233;volution. Elle arrivait &#224; temps : l'un des nids les plus dangereux de la contre-r&#233;volution &#233;tait la conf&#233;rence pitoyable, poltronne et d&#233;loyale des korniloviens, des m&#233;diateurs et des capitulards dans une salle du palais d'Hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouvel organe sovi&#233;tique fut constitu&#233; en s&#233;ance unifi&#233;e des deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs, celui des ouvriers et soldats, celui des paysans, le soir du 27, et se composa de repr&#233;sentants sp&#233;cialement d&#233;l&#233;gu&#233;s par les trois partis sovi&#233;tiques, par les deux Comit&#233;s ex&#233;cutifs, par le centre des syndicats et le Soviet de P&#233;trograd. Par la cr&#233;ation d'un Comit&#233; de combat ad hoc l'on reconnaissait en somme que les institutions sovi&#233;tiques dirigeantes se sentaient elles-m&#234;mes caduques et, pour les t&#226;ches r&#233;volutionnaires, avaient besoin d'une transfusion de sang frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraints de chercher l'appui des masses contre le g&#233;n&#233;ral, les conciliateurs se h&#226;taient de mettre l'&#233;paule gauche en avant. Du coup se trouv&#232;rent oubli&#233;s les discours affirmant que toutes les questions de principe devaient &#234;tre r&#233;serv&#233;es jusqu'&#224; l'Assembl&#233;e constituante. Les mencheviks d&#233;clar&#232;rent qu'ils exigeraient du gouvernement la proclamation imm&#233;diate de la r&#233;publique d&#233;mocratique, la dissolution de la Douma d'&#201;tat et l'application des r&#233;formes agraires : c'est par cette raison que le nom de &#034; r&#233;publique&#034; apparut pour la premi&#232;re fois dans la d&#233;claration du gouvernement concernant la trahison du g&#233;n&#233;ralissime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du pouvoir, les Comit&#233;s ex&#233;cutifs reconnurent indispensable de laisser pour l'instant le gouvernement tel qu'il &#233;tait, en rempla&#231;ant les cadets sortis par des &#233;l&#233;ments d&#233;mocratiques ; et, pour la solution d&#233;finitive de la question, de convoquer tr&#232;s prochainement un Congr&#232;s de toutes les organisations qui s'&#233;taient unies &#224; Moscou sur la plate-forme de Tchkh&#233;idz&#233;. Apr&#232;s les pourparlers nocturnes il se trouva, cependant, que K&#233;rensky repoussait r&#233;solument un contr&#244;le d&#233;mocratique sur le gouvernement. Sentant le sol se d&#233;rober sous lui de droite et de gauche, il s'accrocha de toutes ses forces &#224; l'id&#233;e d'un &#034; directoire &#034;, dans laquelle se sont d&#233;pos&#233;s pour lui les r&#234;ves non encore refroidis d'un pouvoir fort. Apr&#232;s de nouveaux d&#233;bats, lassants et st&#233;riles, &#224; l'Institut Smolny, il est d&#233;cid&#233; de s'adresser encore une fois &#224; l'unique et irrempla&#231;able K&#233;rensky, en le priant de consentir au projet initial des Comit&#233;s ex&#233;cutifs. A sept heures et demie du matin, Ts&#233;r&#233;telli revient annoncer que K&#233;rensky refuse de faire des concessions, exige &#034; un soutien sans r&#233;serves &#034;, mais consent &#224; combattre avec &#034; toutes les forces de l'&#201;tat &#034; la contre-r&#233;volution. Ext&#233;nu&#233;s par une nuit blanche, les Comit&#233;s ex&#233;cutifs se rendent enfin &#224; l'id&#233;e inconsistante d'un &#034; directoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement solennel pris par K&#233;rensky de lancer les &#034; forces de l'&#201;tat &#034; dans la lutte contre Kornilov ne l'emp&#234;cha pas, comme on sait, de mener avec Milioukov, Alex&#233;&#239;ev et les ministres d&#233;missionnaires, des pourparlers au sujet d'une capitulation pacifique devant le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral qui furent interrompus, la nuit, par un toc-toc &#224; la porte. Quelques jours plus tard, le menchevik Bogdanov, un des membres actifs du Comit&#233; de d&#233;fense, exposait, en termes circonspects, mais non &#233;quivoques, au Soviet de P&#233;trograd, la forfaiture de K&#233;rensky. &#034;Lorsque le gouvernement provisoire tergiversait et qu'on ne savait trop comment se terminerait l'aventure de Kornilov, des m&#233;diateurs se pr&#233;sent&#232;rent, tels que Milioukov et le g&#233;n&#233;ral AIex&#233;&#239;ev&#8230; &#034; Le Comit&#233; de d&#233;fense intervint et &#034; de toute son &#233;nergie &#034; exigea la lutte ouverte. &#034;Sous notre influence &#8211; continuait Bogdanov &#8211; le gouvernement a cess&#233; tous les pourparlers et a repouss&#233; toutes propositions de Kornilov&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que le chef du gouvernement, hier encore conspirateur contre le camp de gauche, s'en trouva le prisonnier politique, les ministres cadets qui avaient d&#233;missionn&#233; le 26 seulement pour se donner le temps de r&#233;fl&#233;chir, d&#233;clar&#232;rent qu'ils quittaient d&#233;finitivement le gouvernement, ne d&#233;sirant pas endosser la responsabilit&#233; des actes de K&#233;rensky dans la r&#233;pression d'une r&#233;volte si patriotique, si loyale, si salutaire. Les ministres d&#233;missionn&#232;rent, les conseilleurs, les amis, quittaient l'un apr&#232;s l'autre le palais d'Hiver. Ce fut, d'apr&#232;s les termes de K&#233;rensky lui-m&#234;me, &#034; un exode en masse d'un lieu manifestement condamn&#233; &#224; sa perte &#034;. Il y eut une nuit, celle du 28 au 29, o&#249; K&#233;rensky &#034; se promenait presque tout seul dans le palais d'Hiver &#034;. Les airs de bravoure ne venaient plus &#224; l'esprit. &#034;La responsabilit&#233; qui pesait sur moi en ces journ&#233;es atrocement longues &#233;tait v&#233;ritablement inhumaine. &#034; C'&#233;tait principalement une responsabilit&#233; pour le sort de K&#233;rensky lui-m&#234;me : tout le reste s'accomplissait d&#233;j&#224; ind&#233;pendamment de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie se mesure avec la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 ao&#251;t, tandis que le palais d'Hiver &#233;tait secou&#233; d'une fi&#232;vre de peur, le prince Bagration, commandant la division &#034; sauvage &#034;, rapportait par t&#233;l&#233;graphe &#224; Kornilov que &#034; les allog&#232;nes rempliraient leur devoir envers la patrie et, sur un ordre de leur supr&#234;me h&#233;ros&#8230; verseraient leur derni&#232;re goutte de sang &#034;. Quelques heures apr&#232;s, le mouvement de la division s'interrompit, et, le 31 ao&#251;t, une d&#233;putation sp&#233;ciale, &#224; la t&#234;te de laquelle &#233;tait le m&#234;me Bagration, assurait &#224; K&#233;rensky que la division se soumettait enti&#232;rement au gouvernement provisoire. Tout cela se produisit non seulement sans combat, mais m&#234;me sans un coup de feu. L'affaire n'alla pas jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, pas m&#234;me jusqu'&#224; la premi&#232;re. Les soldats de Kornilov ne tent&#232;rent m&#234;me pas d'employer les armes pour s'ouvrir la route de P&#233;trograd. Les chefs n'os&#232;rent pas le leur commander. Nulle part, les troupes du gouvernement n'eurent &#224; recourir &#224; la force pour arr&#234;ter l'&#233;lan des d&#233;tachements de Kornilov. Le complot se d&#233;composa, se pulv&#233;risa, se volatilisa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer cela, il suffit d'examiner de plus pr&#232;s les forces qui entr&#232;rent dans la lutte. Avant tout, nous serons forc&#233;s d'&#233;tablir &#8211; et cette d&#233;couverte ne sera pas pour nous inattendue &#8211; que l'&#233;tat-major des conspirateurs &#233;tait toujours l'ancien &#233;tat-major tsariste, une chancellerie de gens sans cervelle, incapables de m&#233;diter d'avance, dans le grand jeu qu'ils engageaient, deux ou trois coups de suite. Bien que Kornilov e&#251;t fix&#233; quelques semaines auparavant la date du coup d'&#201;tat, rien n'avait &#233;t&#233; pr&#233;vu et calcul&#233; comme il convient. La pr&#233;paration purement militaire du soul&#232;vement avait &#233;t&#233; effectu&#233;e maladroitement, n&#233;gligemment, &#224; l'&#233;tourdie. Des modifications compliqu&#233;es dans l'organisation et le commandement furent entreprises &#224; la veille m&#234;me de la mise en branle, et d&#233;j&#224; en cours de route. La division &#034; sauvage &#034; qui devait porter &#224; la r&#233;volution le premier coup comptait en tout treize cent cinquante combattants auxquels manquaient six cents fusils, mille lances et cinq cents sabres. Cinq jours avant l'ouverture des hostilit&#233;s, Kornilov donna l'ordre de transformer la division en corps d'arm&#233;e. Pareille mesure, d&#233;j&#224; condamn&#233;e par les manuels d'instruction, &#233;tait &#233;videmment consid&#233;r&#233;e comme indispensable pour entra&#238;ner les officiers en relevant leurs traitements. &#034;Le t&#233;l&#233;gramme annon&#231;ant que les armes manquantes seraient fournies &#224; Pskov &#8211; &#233;crit Martynov &#8211; ne fut re&#231;u par Bagration que le 31 ao&#251;t, apr&#232;s l'&#233;chec d&#233;finitif de toute l'entreprise. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; mandater les instructeurs du front &#224; P&#233;trograd, le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne s'en occupa aussi qu'&#224; la toute derni&#232;re minute. Les officiers qui acceptaient la mission &#233;taient largement munis d'argent et voyageaient en wagons sp&#233;ciaux. Mais les h&#233;ros du patriotisme ne se h&#226;taient pas tellement, doit-on croire, de sauver le pays. Deux jours plus tard, la communication ferroviaire entre le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et la capitale se trouva coup&#233;e et la plupart des mandataires ne parvinrent pas, en somme, sur les lieux de leurs exploits projet&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la capitale, il existait cependant une organisation affid&#233;e aux korniloviens, comptant jusqu'&#224; deux mille membres. Les conspirateurs &#233;taient divis&#233;s en groupes charg&#233;s de t&#226;ches sp&#233;ciales : saisies des autos blind&#233;es, arrestation et assassinat des membres les plus en vue du Soviet, arrestation du gouvernement provisoire, prise des &#233;tablissements les plus importants. D'apr&#232;s Winberg, pr&#233;sident de l'Union du Devoir militaire, &#034; &#224; l'arriv&#233;e des troupes de Krymov, les principales forces de la r&#233;volution devaient d&#233;j&#224; &#234;tre bris&#233;es, an&#233;anties ou mises hors d'&#233;tat de nuire, de sorte que Krymov n'aurait plus eu qu'&#224; r&#233;tablir l'ordre en ville &#034;. A vrai dire, &#224; Mohilev, on estimait exag&#233;r&#233; ce programme d'action et l'on mettait la t&#226;che principale &#224; la charge de Krymov. Mais aussi le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral attendait des d&#233;tachements du Centre r&#233;publicain une aide tr&#232;s s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les conspirateurs de P&#233;trograd ne se manifest&#232;rent absolument en rien, n'&#233;lev&#232;rent pas la voix, ne firent pas &#339;uvre du petit doigt, comme s'ils n'avaient m&#234;me pas exist&#233;. Winberg explique cette &#233;nigme assez simplement. Il se trouva que le colonel Heimann, qui dirigeait le contre-espionnage, avait pass&#233; les heures les plus d&#233;cisives dans un restaurant de banlieue et que le colonel Sidorine, directement charg&#233; par Kornilov d'unifier l'activit&#233; de toutes les Soci&#233;t&#233;s patriotiques de la capitale, ainsi que le colonel Ducimeti&#232;re, pr&#233;pos&#233; &#224; la section militaire, &#034; avaient disparu et l'on ne put les trouver nulle part &#034;. Le colonel de Cosaques Doutov, qui devait marcher &#034; sous les apparences du bolchevisme &#034; se lamenta plus tard : &#034; Je courais... les appeler &#224; descendre dans la me, mais personne ne me suivit. &#034; Les fonds destin&#233;s &#224; l'organisation furent, d'apr&#232;s Winberg, rafl&#233;s et dilapid&#233;s par les principaux participants. Le colonel Sidorine, affirme D&#233;nikine, &#034; s'enfuit en Finlande, emportant les derni&#232;res ressources de l'organisation, quelque chose comme cent cinquante mille roubles &#034;. Lvov, dont nous avons dit l'arrestation au palais d'Hiver, raconta plus tard qu'un des donateurs secrets qui devait remettre aux officiers une somme consid&#233;rable, se rendit &#224; l'endroit convenu, mais trouva les conspirateurs dans un tel &#233;tat d'ivresse qu'il ne se d&#233;cida pas &#224; leur remettre l'argent. Winberg lui-m&#234;me estime que, n'eussent &#233;t&#233; ces &#034; impr&#233;vus &#034; v&#233;ritablement f&#226;cheux, le plan pouvait &#234;tre enti&#232;rement couronn&#233; de succ&#232;s. Mais il reste une question : pourquoi, autour de l'entreprise patriotique, se trouv&#232;rent group&#233;s principalement des ivrognes, des dilapidateurs et des tra&#238;tres ? N'est-ce pas parce que toute t&#226;che historique mobilise ses cadres ad&#233;quats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composition m&#234;me des effectifs du complot n'&#233;tait pas fameuse, &#224; commencer par les hauts dirigeants. &#034; Le g&#233;n&#233;ral Kornilov &#8211; d&#233;clare le cadet de droite Izgo&#239;ev &#8211; &#233;tait des plus populaires&#8230; parmi la population pacifique, mais non parmi les troupes, du moins celles de l'arri&#232;re que j'ai observ&#233;es. &#034; Sous le terme de population pacifique, Izgo&#239;ev entend le public de 1a Perspective Nevsky. Quant aux masses populaires du front et de l'arri&#232;re, Kornilov leur &#233;tait &#233;tranger, odieux, d&#233;test&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; commandant du 3e corps de cavalerie, le g&#233;n&#233;ral Krasnov, monarchiste, qui tenta bient&#244;t de se mettre dans la vassalit&#233; de Guillaume II, s'&#233;tonna de voir que &#034; Kornilov, ayant con&#231;u un grand dessein, &#233;tait rest&#233; lui-m&#234;me &#224; Mohilev, dans un palais, entour&#233; de Turkm&#232;nes et de brigades de choc, comme s'il ne croyait pas lui-m&#234;me au succ&#232;s&#034;. Comme le journaliste fran&#231;ais Claude Anet demandait &#224; Kornilov pourquoi, &#224; la minute d&#233;cisive, lui-m&#234;me n'avait pas march&#233; sur P&#233;trograd, 1e chef de la conspiration r&#233;pondit : &#034; J'&#233;tais malade, j'avais un fort acc&#232;s de malaria et mon &#233;nergie habituelle fit d&#233;faut. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup trop d'accidents malheureux : il en est toujours ainsi quand une affaire est d'avance condamn&#233;e &#224; sa perte. Dans leur &#233;tat d'esprit les conspirateurs h&#233;sitaient entre une ivresse de forfanterie qui ne conna&#238;t pas d'obstacles et une compl&#232;te prostration devant le premier obstacle r&#233;el. L'affaire consistait non point en la malaria de Kornilov, mais en une maladie beaucoup plus intime, fatale, incurable, qui paralysait la volont&#233; des classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cadets niaient s&#233;rieusement que Kornilov e&#251;t des intentions contre-r&#233;volutionnaires, entendant par l&#224; la restauration de la monarchie des Romanov. Comme s'il s'agissait de cela ! Le &#034; r&#233;publicanisme &#034; de Kornilov n'emp&#234;chait nullement le monarchiste Loukomsky de marcher avec lui de pair &#224; compagnon, ni le pr&#233;sident de l'Union du Peuple russe, Rimsky-Korsakov, de t&#233;l&#233;graphier &#224; Kornilov, le jour du soul&#232;vement : &#034; Je prie ardemment Dieu de vous aider &#224; sauver la Russie, je me mets enti&#232;rement &#224; votre disposition. &#034; Les partisans Cent-Noirs du tsarisme n'&#233;taient pas rebut&#233;s par le fanion r&#233;publicain bon march&#233;. Ils comprenaient que le programme de Kornilov consistait en lui-m&#234;me, en son pass&#233;, en ses soutaches de Cosaque, en ses liaisons et ressources financi&#232;res et surtout en sa disposition sinc&#232;re &#224; pratiquer l'&#233;gorgement de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se d&#233;nommant dans ses manifestes &#034; fils de paysan &#034;, Kornilov fondait le plan du coup d'&#201;tat enti&#232;rement sur la cosaquerie et les montagnards. Dans les troupes lanc&#233;es contre P&#233;trograd il ne se trouvait pas un seul effectif d'infanterie. Le g&#233;n&#233;ral n'avait point acc&#232;s aupr&#232;s du moujik et il ne tentait m&#234;me point de s'en ouvrir un. Il se trouva, il est vrai, au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral dans la personne d'un certain &#034; professeur &#034;, un r&#233;formateur agraire, dispos&#233; &#224; promettre &#224; tout soldat une quantit&#233; fantastique de d&#233;ciatines de terre. Mais le manifeste pr&#233;par&#233; &#224; ce sujet ne fut m&#234;me pas publi&#233; : ce qui retint les g&#233;n&#233;raux de faire de la d&#233;magogie agraire, ce fut la crainte tout &#224; fait fond&#233;e d'effaroucher et d'&#233;carter les propri&#233;taires nobles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paysan de Mohilev, Tadeusz qui avait observ&#233; de pr&#233;s l'entourage du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral pendant ces journ&#233;es, raconte que, parmi les soldats et dans les campagnes, personne n'ajoutait foi aux manifestes du g&#233;n&#233;ral : &#034; Il veut le pouvoir, mais, au sujet de la terre, pas un mot et, au sujet de la guerre, pas davantage. &#034; Sur les questions les plus vitales, les masses avaient appris d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; se d&#233;brouiller en six mois de r&#233;volution. Kornilov apportait au peuple la guerre, la d&#233;fense des privil&#232;ges des g&#233;n&#233;raux et de la propri&#233;t&#233; des nobles. Il ne pouvait rien lui donner de plus, et le peuple n'attendait de lui rien d'autre. Dans cette impossibilit&#233; d'avance &#233;vidente pour les conspirateurs eux-m&#234;mes de s'appuyer sur le troupier paysan, sans parler des ouvriers, s'exprimait la condamnation sociale de la clique Kornilovienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau des forces politiques qu'avait dessin&#233; le diplomate du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, le prince Troubetsko&#239;, &#233;tait juste en bien des choses, mais erron&#233; en un point : dans le peuple, il n'existait point trace de cette indiff&#233;rence qui dispose &#034; &#224; encaisser n'importe quel coup de cravache &#034; : au contraire, les masses semblaient attendre seulement la menace de la cravache pour montrer quelles sources d'&#233;nergie et d'abn&#233;gation se dissimulaient dans leurs profondeurs. L'erreur commise dans l'appr&#233;ciation de l'&#233;tat d'esprit des masses r&#233;duisait en poussi&#232;re tous les autres calculs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complot &#233;tait men&#233; par des cercles qui sont habitu&#233;s &#224; ne rien faire, qui ne savent rien faire sans les &#233;l&#233;ments de la base, sans la force ouvri&#232;re, sans la chair &#224; canon, sans ordonnances, domesticit&#233;, greffiers, chauffeurs, porteurs, cuisini&#232;res, blanchisseuses, aiguilleurs t&#233;l&#233;graphistes, palefreniers, cochers. Or, tous ces petits rouages humains, imperceptibles, innombrables, indispensables, tenaient pour les soviets et contre Kornilov. La r&#233;volution &#233;tait omnipr&#233;sente. Elle p&#233;n&#233;trait partout, enveloppant le complot. Partout elle avait l'&#339;il, et l'oreille, et la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al de l'&#233;ducation militaire, c'est que le soldat agisse en dehors de la surveillance de ses chefs comme s'il &#233;tait sous leurs yeux. Or, les soldats et les matelots russes de 1917, qui n'ex&#233;cutaient pas les ordres officiels m&#234;me sous les yeux des commandants, saisissaient au vol, avidement, les ordres de la r&#233;volution et, plus souvent encore, les ex&#233;cutaient, de leur propre initiative, avant m&#234;me de les avoir re&#231;us. Les innombrables serviteurs de la r&#233;volution, ses agents, &#233;claireurs et militants n'avaient besoin ni d'exhortations ni de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement, la liquidation du complot se trouvait entre les mains du gouvernement. Le Comit&#233; ex&#233;cutif y concourait. Mais en r&#233;alit&#233;, la lutte se d&#233;veloppait par des voies toutes diff&#233;rentes. Tandis que K&#233;rensky, courb&#233; sous le fardeau de la &#034; responsabilit&#233; surhumaine &#034;, arpentait tout seul les parquets du palais d'Hiver, le Comit&#233; de d&#233;fense, qui s'appelait &#233;galement &#034; Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire &#034;, d&#233;ployait une large activit&#233;. D&#232;s le matin, des instructions t&#233;l&#233;graphiques sont exp&#233;di&#233;es aux employ&#233;s des chemins de fer, des postes et t&#233;l&#233;graphes et aux soldats. &#034; Tous les mouvements de troupe &#8211; rapportait Dan ce jour-l&#224; m&#234;me &#8211; s'accomplissent sur les ordres du gouvernement provisoire et sont contresign&#233;s par le Comit&#233; de la d&#233;fense publique. &#034; Si l'on rejette les termes conventionnels, cela signifiait que le Comit&#233; de d&#233;fense disposait des troupes sous la forme du gouvernement provisoire. En m&#234;me temps, l'on entreprend de d&#233;truire les nids korniloviens dans P&#233;trograd m&#234;me, l'on proc&#232;de &#224; des perquisitions et &#224; des arrestations dans les &#233;coles militaires et dans les organisations d'officiers. La main du Comit&#233; se sentait partout. On ne s'inqui&#233;tait gu&#232;re du g&#233;n&#233;ral-gouverneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations sovi&#233;tiques d'en bas, &#224; leur tour, n'attendaient pas les appels d'en haut. Le travail principal &#233;tait concentr&#233; dans les quartiers. Aux heures des plus grandes h&#233;sitations du gouvernement et des fastidieux pourparlers du Comit&#233; ex&#233;cutif avec K&#233;rensky, les soviets de quartier se resserr&#232;rent entre eux et d&#233;cid&#232;rent de d&#233;clarer la conf&#233;rence interdistricts ouverte en permanence ; d'introduire leurs repr&#233;sentants dans l'&#233;tat-major form&#233; par le Comit&#233; ex&#233;cutif ; de cr&#233;er une milice ouvri&#232;re ; d'&#233;tablir le contr&#244;le des soviets de quartiers sur les commissaires du gouvernement ; d'organiser des &#233;quipes volantes pour l'arrestation des agitateurs contre-r&#233;volutionnaires. Dans leur ensemble, ces mesures signifiaient qu'on s'attribuait non seulement de consid&#233;rables fonctions gouvernementales, mais aussi les fonctions du Soviet de P&#233;trograd. Par la logique m&#234;me de la situation, les plus hauts organes sovi&#233;tiques durent se restreindre fortement pour c&#233;der la place &#224; ceux de la base. L'entr&#233;e des quartiers de P&#233;trograd dans l'ar&#232;ne de la lutte modifia du coup la direction et l'ampleur de celle-ci. De nouveau se d&#233;couvrit, par l'exp&#233;rience, l'in&#233;puisable vitalit&#233; de l'organisation sovi&#233;tique : paralys&#233;e d'en haut par la direction des conciliateurs, elle se ranimait, au moment critique, en bas, sous l'impulsion des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les bolcheviks qui inspiraient les quartiers, le soul&#232;vement de Kornilov n'&#233;tait pas le moins du monde inattendu. Ils avaient pr&#233;vu, pr&#233;venu, et s'&#233;taient trouv&#233;s les premiers &#224; leur poste. D&#232;s la s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs du 27 ao&#251;t, Sokolnikov avait communiqu&#233; que le parti bolchevik avait pris toutes les mesures qui d&#233;pendaient de lui pour avertir le peuple du danger et pour pr&#233;parer la d&#233;fense ; les bolcheviks se d&#233;claraient dispos&#233;s &#224; combiner leur action combative avec celle des organes du Comit&#233; ex&#233;cutif. Dans une s&#233;ance de nuit de l'organisation militaire des bolcheviks, &#224; laquelle particip&#232;rent des d&#233;l&#233;gu&#233;s de nombreux contingents de troupes, il fut d&#233;cid&#233; d'exiger l'arrestation de tous les conspirateurs, d'armer les ouvriers, de leur donner des moniteurs choisis parmi les soldats, d'assurer la d&#233;fense de la capitale avec les &#233;l&#233;ments de la base et, en m&#234;me temps, de se pr&#233;parer &#224; la cr&#233;ation d'un pouvoir r&#233;volutionnaire d'ouvriers et de soldats. L'Organisation militaire convoqua des meetings dans toute la garnison. Les soldats &#233;taient invit&#233;s &#224; se tenir en garde, fusil &#224; la main, en &#233;tat de sortir au premier signal d'alarme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Bien que les bolcheviks fussent en minorit&#233; &#8211; &#233;crit Soukhanov &#8211; il est absolument clair que dans le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire l'h&#233;g&#233;monie leur appartenait. &#034; Il en donne la raison : &#034; Si le Comit&#233; voulait agir s&#233;rieusement, il devait agir r&#233;volutionnairement &#034; et, pour des actes r&#233;volutionnaires, &#034; seuls les bolcheviks avaient des moyens r&#233;els &#034;, car les masses les suivaient. La tension de la lutte en tous lieux et partout poussait en avant les &#233;l&#233;ments les plus actifs et les plus hardis. Cette s&#233;lection automatique haussait in&#233;vitablement les bolcheviks, consolidait leur influence, concentrait entre leurs mains l'initiative, leur transmettait en fait la direction, m&#234;me dans celles des organisations o&#249; ils se trouvaient en minorit&#233;. Plus on se rapproche du quartier, de l'usine, de la caserne, plus incontestable et compl&#232;te est la domination des bolcheviks. Toutes les cellules du parti sont mises sur pied. Dans les groupes corporatifs des grandes usines, des permanences de bolcheviks sont organis&#233;es. Au Comit&#233; de quartier du parti se tiennent aussi des repr&#233;sentants des petites entreprises. La liaison s'allonge, venant d'en bas, de l'atelier, par les quartiers, jusqu'au Comit&#233; central du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression imm&#233;diate des bolcheviks et des organisations qu'ils dirigeaient, le Comit&#233; de d&#233;fense reconnut souhaitable d'armer des groupes d'ouvriers pour la protection de leurs quartiers, des fabriques, des usines. Les masses n'attendaient que cette sanction. Dans les quartiers, d'apr&#232;s la presse ouvri&#232;re, se form&#232;rent aussit&#244;t &#034; des files impressionnantes d'hommes d&#233;sireux de faire partie de la Garde rouge &#034;. Des cours s'ouvrirent pour le maniement du fusil et le tir. En qualit&#233; de moniteurs, on fit venir des soldats exp&#233;riment&#233;s. D&#232;s le 29, des compagnies (droujiny) se form&#232;rent dans presque tous les quartiers. La Garde rouge se d&#233;clara pr&#234;te &#224; faire avancer imm&#233;diatement un effectif comptant quarante mille fusils. Ceux des ouvriers qui n'avaient pas d'armes form&#232;rent des droujiny pour creuser des tranch&#233;es, b&#226;tir des blindages, tendre des fils de fer barbel&#233;s. Le nouveau g&#233;n&#233;ral-gouverneur Paltchinsky, qui avait remplac&#233; Savinkov &#8211; K&#233;rensky n'avait pas r&#233;ussi &#224; garder son complice plus de trois jours &#8211; ne put se dispenser de reconna&#238;tre, dans un communiqu&#233; sp&#233;cial, que, d&#232;s qu'il fut besoin de proc&#233;der &#224; des travaux de sape pour la d&#233;fense de la capitale, &#034; des milliers d'ouvriers... donnant de leur personne sans r&#233;clamer de r&#233;tribution, ex&#233;cut&#232;rent en quelques heures un immense travail qui, sans leur aide, aurait exig&#233; plusieurs journ&#233;es &#034;. Cela n'emp&#234;cha pas Paltchinsky, &#224; l'exemple de Savinkov, d'interdire le journal bolchevik, le seul que les ouvriers estimassent le leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise g&#233;ante de Poutilov devient le centre de la r&#233;sistance dans le district de Peterhof. On cr&#233;e en h&#226;te des droujiny de combat. Le travail dans l'usine marche et jour et nuit : on s'occupe du montage de nouveaux canons pour former des divisions prol&#233;tariennes d'artillerie. L'ouvrier Minitchev raconte : &#034; On travailla, ces jours-l&#224;, &#224; raison de seize heures par jour... On monta environ cent canons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vikjel (Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse des cheminots), r&#233;cemment cr&#233;&#233;, dut imm&#233;diatement recevoir le bapt&#234;me du feu. Les cheminots avaient des motifs particuliers de redouter la victoire de Kornilov, qui avait inscrit dans son programme l'&#233;tat de si&#232;ge sur les voies ferr&#233;es. La base, encore ici, devan&#231;ait de loin ses dirigeants. Les cheminots d&#233;montaient et obstruaient les voies pour arr&#234;ter les troupes de Kornilov : l'exp&#233;rience de la guerre servait &#224; quelque chose. Ils prirent aussi des mesures pour isoler le foyer du complot, Mohilev, en arr&#234;tant la circulation tant dans le sens du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral que dans l'autre sens. Les employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;graphes se mirent &#224; intercepter et &#224; exp&#233;dier au Comit&#233; les t&#233;l&#233;grammes et les ordres du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, ou bien des copies. Les g&#233;n&#233;raux s'&#233;taient accoutum&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre &#224; croire que les transports et les services de liaison &#233;taient des questions de technique. Ils devaient maintenant constater que c'&#233;taient des questions de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats, moins que tous enclins &#224; la neutralit&#233; politique, n'attendaient pas des invitations sp&#233;ciales pour occuper des positions de combat. Le syndicat des ouvriers de la voie ferr&#233;e armait ses membres, les exp&#233;diait sur la ligne pour la surveillance et la destruction de la voie, pour la garde des ponts, etc. ; par leur ardeur et leur r&#233;solution, les ouvriers poussaient en avant le Vikjel, plus bureaucratique et mod&#233;r&#233;. Le syndicat des m&#233;tallurgistes mit &#224; la disposition du Comit&#233; de d&#233;fense de tr&#232;s nombreux employ&#233;s et versa une forte somme pour couvrir ses d&#233;penses. Le syndicat des chauffeurs mit &#224; la disposition du Comit&#233; des moyens de transport, ses ressources techniques. Le syndicat des typos, en quelques heures, organisa la parution des journaux pour le lundi, afin de tenir la population au courant des &#233;v&#233;nements et r&#233;alisa, en m&#234;me temps, le plus efficace de tous les contr&#244;les possibles sur la presse. Le g&#233;n&#233;ral rebelle avait frapp&#233; du pied sur le sol, des l&#233;gions &#233;taient sorties de terre ; seulement c'&#233;taient des l&#233;gions ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autour de P&#233;trograd, dans les garnisons voisines, dans les grandes gares, dans la flotte, le travail se poursuivait jour et nuit : on v&#233;rifiait les contingents que l'on formait, les ouvriers s'armaient, des d&#233;tachements &#233;taient envoy&#233;s pour monter la garde le long de la voie ferr&#233;e, la liaison s'&#233;tablissait aussi bien avec les points environnants qu'avec Smolny. Le Comit&#233; de d&#233;fense n'eut pas tant &#224; exhorter et &#224; lancer des appels qu'&#224; enregistrer et &#224; diriger. Ses plans se trouvaient toujours d&#233;pass&#233;s. La r&#233;sistance &#224; la mutinerie du g&#233;n&#233;ral se transformait en un coup de filet populaire contre les conspirateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Helsingfors, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de toutes les organisations sovi&#233;tiques cr&#233;a un Comit&#233; r&#233;volutionnaire qui d&#233;l&#233;gua &#224; la maison du g&#233;n&#233;ral-gouverneur, &#224; la Kommandantur, au contre-espionnage, et &#224; d'autres tr&#232;s importantes institutions ses commissaires. D&#232;s lors, sans la signature de ces derniers, pas un ordre n'est valable. Les t&#233;l&#233;graphes et les t&#233;l&#233;phones sont pris sous contr&#244;le. Les repr&#233;sentants officiels du r&#233;giment de Cosaques cantonn&#233; &#224; Helsingfors, principalement les officiers, tentent de proclamer la neutralit&#233; : ce sont des korniloviens camoufl&#233;s. Le lendemain, au Comit&#233;, se pr&#233;sentent des Cosaques du rang, ils d&#233;clarent que tout le r&#233;giment est contre Kornilov. Des repr&#233;sentants des Cosaques sont pour la premi&#232;re fois introduits dans le Soviet. Dans ce cas comme dans bien d'autres, un aigu conflit de classes rejette les officiers &#224; droite et les hommes du rang &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de Cronstadt, ayant eu le temps de se remettre des blessures de juillet, fit savoir par d&#233;p&#234;che que &#034; la garnison de Cronstadt &#233;tait pr&#234;te, comme un seul homme, &#224; prendre la d&#233;fense de la r&#233;volution au premier appel du Comit&#233; ex&#233;cutif &#034;. Les hommes de Cronstadt ne savaient pas encore, en ces jours-l&#224;, &#224; quel point la d&#233;fense de la r&#233;volution les prot&#233;geait eux-m&#234;mes contre les mesures d'extermination : ils ne pouvaient que le deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, bient&#244;t apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, au sein du gouvernement provisoire, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de d&#233;manteler la forteresse de Cronstadt, en tant que nid de bolcheviks. Cette mesure, d'apr&#232;s un accord avec Kornilov, &#233;tait expliqu&#233;e officiellement par des &#034; motifs strat&#233;giques &#034;. Sentant que les choses tournaient mal, les matelots oppos&#232;rent une r&#233;sistance. &#034; La l&#233;gende d'une trahison au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral &#8211; &#233;crivait K&#233;rensky apr&#232;s avoir lui-m&#234;me accus&#233; Kornilov de trahison &#8211; s'&#233;tait tellement enracin&#233;e &#224; Cronstadt que toute tentative pour enlever les pi&#232;ces d'artillerie provoquait l&#224;-bas une v&#233;ritable fureur de la foule. &#034; C'&#233;tait le gouvernement qui avait charg&#233; Kornilov de rechercher les moyens de liquider Cronstadt. Le g&#233;n&#233;ral avait trouv&#233; ce moyen : aussit&#244;t apr&#232;s l'&#233;crasement de la capitale, Krymov devait faire marcher une brigade avec de l'artillerie sur Oranienbaum, et sous la menace des batteries c&#244;ti&#232;res, exiger de la garnison de Cronstadt le d&#233;sarmement de la forteresse et la rentr&#233;e des &#233;quipages sur le continent, o&#249; les matelots auraient subi en masse la r&#233;pression. Mais, au moment m&#234;me o&#249; Krymov entreprenait d'ex&#233;cuter le projet du gouvernement, celui-ci se trouva forc&#233; de demander aux hommes de Cronstadt protection contre Krymov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; ex&#233;cutif, par t&#233;l&#233;phonogramme &#224; Cronstadt et &#224; Vyborg, demanda l'envoi &#224; P&#233;trograd d'importants effectifs de troupes. D&#232;s le matin du 29, les contingents commenc&#232;rent &#224; arriver. C'&#233;taient, principalement, des d&#233;tachements bolcheviks : pour que l'appel du Comit&#233; ex&#233;cutif e&#251;t de l'efficacit&#233;, il avait fallu confirmation du Comit&#233; central des bolcheviks. Un peu auparavant, vers le milieu de la journ&#233;e du 28, sur un ordre de K&#233;rensky, qui ressemblait beaucoup &#224; une obs&#233;quieuse pri&#232;re, la garde du palais d'Hiver avait &#233;t&#233; prise par les matelots du croiseur Aurore, dont une partie de l'&#233;quipage &#233;tait pourtant encore incarc&#233;r&#233;e &#224; la prison de Kresty pour avoir particip&#233; &#224; la manifestation de juillet. Pendant leurs heures de libert&#233;, les matelots venaient &#224; la prison visiter les hommes de Cronstadt d&#233;tenus, ainsi que Trotsky, Raskolnikov et autres. &#034; N'est-il pas temps d'arr&#234;ter le gouvernement ? &#034; demandaient les visiteurs. &#034; Non, pas encore &#034;, entendent-ils en r&#233;ponse : &#034; Mettez le fusil &#224; l'&#233;paule de K&#233;rensky, tirez sur Kornilov. Ensuite, on r&#233;glera les comptes avec K&#233;rensky. &#034; En juin et juillet, ces matelots n'&#233;taient gu&#232;re dispos&#233;s &#224; pr&#234;ter attention aux arguments de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. En ces deux mois non tout &#224; fait r&#233;volus, ils avaient beaucoup appris. S'ils posent la question de l'arrestation du gouvernement, c'est plut&#244;t par autocritique et pour en avoir la conscience nette. Eux-m&#234;mes saisissent l'in&#233;luctable continuit&#233; des &#233;v&#233;nements. Dans la premi&#232;re quinzaine de juillet : battus, condamn&#233;s, calomni&#233;s ; &#224; la fin d'ao&#251;t, la garde la plus s&#251;re du palais d'Hiver contre les korniloviens ; ils ouvriront &#224; la fin d'octobre, sur le palais d'Hiver, le feu des canons de l'Aurore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les matelots consentent encore &#224; diff&#233;rer jusqu'&#224; un certain point le r&#232;glement g&#233;n&#233;ral des comptes avec le r&#233;gime de F&#233;vrier, ils ne veulent pas subir un jour de plus l'autorit&#233; des officiers korniloviens. Le commandement qui leur avait &#233;t&#233; impos&#233; par le gouvernement apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet s'&#233;tait av&#233;r&#233; presque partout et en tous lieux partisan des conspirateurs. Le Soviet de Cronstadt r&#233;voqua imm&#233;diatement le commandant d&#233;sign&#233; par le gouvernement et en nomma un autre de son choix. Les conciliateurs ne criaient d&#233;j&#224; plus &#224; la s&#233;cession de la R&#233;publique de Cronstadt. Cependant, l'affaire ne se borna point partout &#224; de simples destitutions : en plusieurs endroits, cela fut pouss&#233; jusqu'&#224; des repr&#233;sailles sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Cela commen&#231;a &#224; Vyborg &#8211; dit Soukhanov &#8211; par des s&#233;vices sur les g&#233;n&#233;raux et les officiers, exerc&#233;s par des attroupements de matelots et de soldats devenus f&#233;roces et pris de panique. &#034; Non, ces foules n'&#233;taient point devenues f&#233;roces et l'on ne saurait gu&#232;re parler dans le cas pr&#233;sent d'une panique. Le matin du 29, le Tsentroflot (Comit&#233; central de la flotte) avait exp&#233;di&#233; au g&#233;n&#233;ral Oranovsky, commandant &#224; Vyborg, pour communication &#224; la garnison, un t&#233;l&#233;gramme sur la r&#233;volte du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Le Commandant garda par devers lui le t&#233;l&#233;gramme pendant toute une journ&#233;e et, quand on lui demanda ce qui se passait, r&#233;pondit qu'il n'avait re&#231;u aucune information. Quand les matelots perquisitionn&#232;rent, ils trouv&#232;rent chez lui la d&#233;p&#234;che. Pris en flagrant d&#233;lit, le g&#233;n&#233;ral se d&#233;clara partisan de Kornilov. Les matelots le fusill&#232;rent, ainsi que deux autres officiers qui avaient d&#233;clar&#233; partager ses id&#233;es. Aux officiers de la flotte de la Baltique, les matelots r&#233;clamaient la signature de d&#233;clarations de fid&#233;lit&#233; &#224; la r&#233;volution et, comme quatre officiers du vaisseau de ligne P&#233;tropavlovsk avaient refus&#233; de donner leur signature, se d&#233;clarant korniloviens, ils furent, par d&#233;cision de l'&#233;quipage, fusill&#233;s sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats et les matelots &#233;taient en danger de mort. L'&#233;puration sanglante &#233;tait pr&#233;vue non seulement pour P&#233;trograd et Cronstadt, mais pour toutes les garnisons du pays. D'apr&#232;s la conduite de leurs officiers qui avaient repris courage, d'apr&#232;s leur ton, d'apr&#232;s leurs regards obliques, les soldats et les matelots pouvaient deviner &#224; coup s&#251;r le sort qui les attendait dans le cas de la victoire du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. L&#224; o&#249; l'atmosph&#232;re &#233;tait particuli&#232;rement &#233;chauff&#233;e, ils se h&#226;taient de couper la route aux ennemis en opposant &#224; l'&#233;puration pr&#233;vue par le corps des officiers leur &#233;puration &#224; eux, matelots et soldats. La guerre civile a, comme on le sait, ses lois, et celles-ci n'ont jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;es comme des lois humanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tchkh&#233;idz&#233; exp&#233;diait imm&#233;diatement &#224; Vyborg et &#224; Helsingfors un t&#233;l&#233;gramme condamnant les lynchages, consid&#233;r&#233;s comme un &#034; coup mortel pour la r&#233;volution &#034;. K&#233;rensky, de son c&#244;t&#233;, t&#233;l&#233;graphiait &#224; Helsingfors : &#034; J'exige que l'on mette fin imm&#233;diatement aux violences abominables. &#034; Si l'on recherche la responsabilit&#233; politique de certains lynchages &#8211; sans oublier que la r&#233;volution est dans l'ensemble un genre de lynchage &#8211; la responsabilit&#233; dans le cas donn&#233; retombait totalement sur le gouvernement et les conciliateurs qui, au moment du danger, recouraient aux masses r&#233;volutionnaires pour les livrer ensuite au corps des officiers contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que pendant la Conf&#233;rence de Moscou, quand on s'attendait d'heure en heure &#224; un coup d'&#201;tat, maintenant encore, ayant rompu avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, K&#233;rensky s'adressa aux bolcheviks, les priant &#034; d'exercer leur influence sur les soldats, pour prendre la d&#233;fense de la r&#233;volution &#034;. Tout en ayant appel&#233; les matelots bolcheviks &#224; la protection du palais d'Hiver, K&#233;rensky ne relaxait pas, cependant, ses prisonniers de juillet. Soukhanov &#233;crit &#224; ce sujet : &#034; La situation au moment o&#249; Alex&#233;&#239;ev minaudait avec K&#233;rensky, tandis que Trotsky restait en prison, &#233;tait absolument intol&#233;rable. &#034; Il n'est pas difficile d'imaginer l'&#233;motion qui r&#233;gnait dans les prisons surpeupl&#233;es. &#034; Nous &#233;tions bouillants d'indignation &#8211; raconte l'enseigne de vaisseau Raskolnikov &#8211; contre le gouvernement provisoire qui, en des journ&#233;es si angoissantes... continuait &#224; laisser pourrir &#224; Kresty des r&#233;volutionnaires comme Trotsky... &#034; Qu'ils sont l&#226;ches, ah ! qu'ils sont l&#226;ches ! &#8211; disait Trotsky &#224; la promenade, tournant en rond avec nous &#8211; ils devraient d&#233;clarer imm&#233;diatement Kornilov hors-la-loi pour que n'importe quel soldat d&#233;vou&#233; &#224; la r&#233;volution se sente en droit d'en finir avec lui. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e des troupes de Kornilov &#224; P&#233;trograd aurait signifi&#233; avant tout l'extermination des bolcheviks arr&#234;t&#233;s. Dans un ordre au g&#233;n&#233;ral Bagration qui devait avec l'avant-garde entrer dans la capitale, Krymov n'avait pas oubli&#233; d'indiquer ceci sp&#233;cialement : &#034; Mettre sous bonne garde les prisons et maisons d'arr&#234;t, mais, en aucun cas, ne relaxer les personnes qui y sont d&#233;tenues. &#034; C'&#233;tait tout un programme dont l'inspirateur avait &#233;t&#233; Milioukov d&#232;s les Journ&#233;es d'Avril : &#034; Ne relaxer en aucun cas. &#034; Il n'y eut pas, en ces jours-l&#224;, &#224; P&#233;trograd, un seul meeting o&#249; l'on ne formul&#226;t l'exigence de la lib&#233;ration des emprisonn&#233;s de juillet. Des d&#233;l&#233;gations, l'une apr&#232;s l'autre, se rendaient au Comit&#233; ex&#233;cutif, lequel, &#224; son tour, envoyait ses leaders en pourparlers au palais d'Hiver. Bien en vain ! L'ent&#234;tement de K&#233;rensky dans cette question est d'autant plus remarquable que, pendant une journ&#233;e ou deux, il avait consid&#233;r&#233; la situation du gouvernement comme d&#233;sesp&#233;r&#233;e et que, par cons&#233;quent, il se condamnait au r&#244;le de ge&#244;lier principal, gardant les bolcheviks r&#233;serv&#233;s &#224; la potence du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que les masses dirig&#233;es par les bolcheviks, luttant contre Kornilov, n'aient pas accord&#233; la moindre confiance &#224; K&#233;rensky. Il s'agissait pour elles non de prot&#233;ger le gouvernement, mais de d&#233;fendre la r&#233;volution. D'autant plus r&#233;solue et intr&#233;pide &#233;tait leur lutte. La r&#233;sistance &#224; la mutinerie sortait des rails, des pierres, de l'air m&#234;me. Les cheminots de la gare de Louga, &#224; laquelle &#233;tait parvenu Krymov, se refusaient obstin&#233;ment &#224; mettre en marche les trains transportant des troupes, et all&#233;guaient le manque de locomotives. Les &#233;chelons de Cosaques se trouv&#232;rent aussi encercl&#233;s par des soldats arm&#233;s faisant partie de la garnison de Louga qui comptait vingt mille hommes. Il n'y eut pas de collisions ; ce qui se passa fut bien plus dangereux, il y eut contact, intelligence, compr&#233;hension mutuelle. Le Soviet de Louga avait eu le temps d'imprimer la d&#233;claration du gouvernement destituant Kornilov, et ce document fut largement r&#233;pandu d&#232;s lors parmi les &#233;chelons. Les officiers dissuadaient les Cosaques de pr&#234;ter foi aux agitateurs. Mais la n&#233;cessit&#233; m&#234;me de dissuader &#233;tait d'un sinistre augure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t re&#231;u l'ordre de Kornilov : aller de l'avant, Krymov, sous la menace des ba&#239;onnettes, exigea que les locomotives fussent pr&#234;tes dans un demi-heure. La menace sembla efficace. Les locomotives, quoique avec de nouvelles anicroches, furent avanc&#233;es ; mais l'on ne pouvait marcher n&#233;anmoins, car la voie avait &#233;t&#233; d&#233;molie et bloqu&#233;e pour plus d'une journ&#233;e enti&#232;re. Cherchant &#224; &#233;chapper &#224; la propagande corruptrice, Krymov retira, le soir du 28, ses troupes &#224; quelques verstes de Louga. Mais les agitateurs p&#233;n&#233;tr&#232;rent imm&#233;diatement dans les villages : c'&#233;taient des soldats, des ouvriers, des cheminots &#8211; on ne pouvait leur &#233;chapper, ils se r&#233;pandaient partout. Les Cosaques commenc&#232;rent m&#234;me &#224; se r&#233;unir en meetings. Sous l'assaut de la propagande et maudissant son impuissance, Krymov attendait vainement Bagration : les cheminots avaient arr&#234;t&#233; les &#233;chelons de la division &#034; sauvage &#034;, lesquels devaient aussi subir, dans les plus prochaines heures, une attaque morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si veule, si l&#226;che m&#234;me que f&#251;t la d&#233;mocratie des conciliateurs en soi, les forces de masses sur lesquelles, de nouveau, elle s'appuya &#224; moiti&#233; contre Kornilov, ouvraient devant elle des ressources in&#233;puisables d'action. Les socialistes-r&#233;volutionnaires et les bolcheviks consid&#233;raient que leur t&#226;che n'&#233;tait pas de vaincre les troupes de Kornilov en bataille rang&#233;e, mais de les attirer &#224; eux. C'&#233;tait voir juste. Contre la &#034; conciliation &#034; sur cette ligne, les bolcheviks, eux aussi, n'objectaient rien, bien entendu : au contraire, c'&#233;tait l&#224; leur m&#233;thode essentielle ; les bolcheviks demandaient seulement que, derri&#232;re les agitateurs et les parlementaires, se tinssent pr&#234;ts, sous les armes, les ouvriers et les soldats. Pour influencer moralement les effectifs de Kornilov, on trouva du coup un choix illimit&#233; de moyens et de voies. C'est ainsi qu'&#224; la rencontre de la division &#034; sauvage &#034; fut envoy&#233;e une d&#233;l&#233;gation musulmane &#224; laquelle on int&#233;gra des autorit&#233;s indig&#232;nes qui s'&#233;taient aussit&#244;t manifest&#233;es, en commen&#231;ant par le petit-fils de l'illustre Chamil, qui avait h&#233;ro&#239;quement d&#233;fendu le Caucase contre le tsarisme. Les montagnards ne permirent pas &#224; leurs officiers d'arr&#234;ter la d&#233;l&#233;gation : c'e&#251;t &#233;t&#233; en contradiction avec les coutumes s&#233;culaires de l'hospitalit&#233;. Les pourparlers s'ouvrirent et devinrent, du coup, le commencement de la fin. Les commandants envoy&#233;s par Kornilov pour expliquer toute cette campagne, all&#233;gu&#232;rent des &#233;meutes d'agents de l'Allemagne qui auraient &#233;clat&#233; &#224; P&#233;trograd. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui &#233;taient arriv&#233;s directement de la capitale, non seulement niaient le fait d'une &#233;meute, mais, documents en mains, prouvaient que Krymov &#233;tait un rebelle et conduisait ses troupes contre le gouvernement. Que pouvaient r&#233;pliquer &#224; cela les officiers de Krymov ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le wagon de l'&#233;tat-major de la division &#034; sauvage &#034;, les soldats plant&#232;rent le drapeau rouge avec cette inscription : &#034; La Terre et la Libert&#233;. &#034; Le commandant de l'&#233;tat-major ordonna de rouler le drapeau sur la hampe : &#034; simplement pour &#233;viter une confusion avec un signal de la voie ferr&#233;e &#034;, expliqua monsieur le colonel. L'&#233;quipe de l'&#233;tat-major ne fut pas satisfaite de cette l&#226;che explication et mit le colonel en &#233;tat d'arrestation. Ne se trompait-on point au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral quand on disait qu'il serait indiff&#233;rent aux montagnards du Caucase d'&#233;gorger n'importe qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, un colonel apporta, de la part de Kornilov, cet ordre &#224; Krymov : concentrer le corps d'arm&#233;e, marcher rapidement sur P&#233;trograd et l'occuper &#034; &#224; l'improviste &#034;. Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, &#233;videmment, l'on essayait encore de fermer les yeux sur la r&#233;alit&#233;. Krymov r&#233;pondit que les contingents du corps &#233;taient dispers&#233;s sur diff&#233;rentes voies ferr&#233;es et qu'en certains endroits des effectifs descendaient des trains ; qu'il n'avait pour l'instant &#224; sa disposition que huit sotnias de Cosaques ; que les voies ferr&#233;es avaient &#233;t&#233; d&#233;t&#233;rior&#233;es, bloqu&#233;es, barricad&#233;es, et que l'on ne pouvait avancer que par une marche en campagne ; enfin, qu'il ne pouvait &#234;tre m&#234;me question d'une occupation impr&#233;vue de P&#233;trograd maintenant que les ouvriers et les soldats s'&#233;taient rang&#233;s sous le fusil dans la capitale et la banlieue. L'affaire se compliquait encore, &#233;tant donn&#233; que la possibilit&#233; &#233;tait d&#233;finitivement perdue d'effectuer l'op&#233;ration &#034; d'une fa&#231;on inopin&#233;e &#034; pour les troupes de Krymov lui-m&#234;me : sentant que les choses allaient tourner mal, les troupes r&#233;clamaient des explications. On dut leur r&#233;v&#233;ler le conflit existant entre Kornilov et K&#233;rensky, c'est-&#224;-dire mettre officiellement &#224; l'ordre du jour la pratique des meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre &#224; l'arm&#233;e publi&#233; par Krymov &#224; ce moment disait : &#034; Cette nuit, j'ai re&#231;u du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et de P&#233;trograd une information disant que, dans la capitale, des &#233;meutes ont commenc&#233;... &#034; Cette imposture devait justifier une campagne d&#232;s lors tout &#224; fait ouverte contre le gouvernement. Un ordre de Kornilov lui-m&#234;me, en date du 29 ao&#251;t, disait : &#034; Le service de contre-espionnage de Hollande nous rapporte que : a) ces jours-ci l'on pr&#233;voit une attaque simultan&#233;e sur tout le front dans le but de d&#233;loger et de contraindre &#224; fuir notre arm&#233;e d&#233;compos&#233;e ; b) un soul&#232;vement est pr&#233;par&#233; en Finlande ; c) on se propose de faire sauter les ponts sur le Dni&#233;per et sur la Volga ; d) une insurrection de bolcheviks s'organise &#224; P&#233;trograd. &#034; C'est ce &#034; rapport &#034; m&#234;me que Savinkov all&#233;guait encore le 23 : la Hollande n'&#233;tait mentionn&#233;e que pour jeter de la poudre aux yeux, le document, d'apr&#232;s toutes les donn&#233;es, avait &#233;t&#233; fabriqu&#233; &#224; la mission militaire fran&#231;aise ou bien avec sa collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#233;rensky t&#233;l&#233;graphiait le m&#234;me jour &#224; Krymov : &#034; A P&#233;trograd, calme complet. On n'attend aucune manifestation. N'avons aucunement besoin de votre corps d'arm&#233;e. &#034; La manifestation devait &#234;tre provoqu&#233;e par les d&#233;crets d'&#233;tat de si&#232;ge de K&#233;rensky lui-m&#234;me. Comme le gouvernement avait d&#251; diff&#233;rer sa provocation, K&#233;rensky avait toutes raisons d'estimer qu ' &#034; on ne s'attendait &#224; aucune manifestation &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne voyant point d'issue, Krymov fit la tentative absurde de marcher sur P&#233;trograd avec ses huit sotnias. C'&#233;tait plut&#244;t un geste par acquit de conscience et, bien entendu, il n'en r&#233;sulta rien. Ayant rencontr&#233; &#224; quelques verstes de Louga des avant- postes, Krymov revint sur ses pas, sans m&#234;me essayer de livrer bataille. Au sujet de cette &#034; op&#233;ration &#034; unique, absolument fictive, Krasnov, chef du 3e corps de cavalerie, &#233;crivait plus tard : &#034; Il fallait frapper sur P&#233;trograd avec une force de quatre-vingt-six escadrons et sotnias, et l'on frappa avec une seule brigade comptant huit faibles sotnias, pour une moiti&#233; manquant de chefs. Au lieu de frapper avec le poing, on tapa avec le petit doigt : ceci fit mal au petit doigt et ceux que l'on frappait ne sentirent rien. &#034; Au fond, il n'y eut m&#234;me pas un coup du petit doigt. Personne ne s'en ressentit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cheminots, pendant ce temps, faisaient ce qu'ils avaient &#224; faire. De myst&#233;rieuse fa&#231;on, les &#233;chelons &#233;taient dirig&#233;s sur d'autres voies que celles de leur destination. Les r&#233;giments tombaient sur des divisions qui n'&#233;taient pas les leurs, les effectifs d'artillerie &#233;taient coinc&#233;s dans des impasses, les &#233;tats-majors perdaient leur liaison avec leurs contingents. Toutes les grandes stations avaient leurs soviets, leurs comit&#233;s de cheminots et de soldats. Les t&#233;l&#233;graphistes les tenaient au courant de tous les &#233;v&#233;nements, de tous les d&#233;placements, de toutes les modifications. Les m&#234;mes t&#233;l&#233;graphistes interceptaient les ordres de Kornilov. Les informations d&#233;favorables pour les korniloviens &#233;taient imm&#233;diatement transcrites en nombreux exemplaires, transmises, affich&#233;es, communiqu&#233;es de bouche en bouche. Le m&#233;canicien, l'aiguilleur, le graisseur devenaient des agitateurs. C'est dans cette ambiance qu'avan&#231;aient, ou bien, pis encore, restaient sur place les &#233;chelons de Kornilov. Le commandant, ayant bient&#244;t senti que la situation &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e, ne se h&#226;tait &#233;videmment pas d'avancer et, par son attitude passive, facilitait le travail des contre-conspirateurs du transport. Les &#233;l&#233;ments de l'arm&#233;e de Krymov furent ainsi diss&#233;min&#233;s dans les stations, les bifurcations et les impasses de huit voies ferr&#233;es. Quand on &#233;tudie d'apr&#232;s la carte quel fut le sort des &#233;chelons de Kornilov, on peut garder cette impression que les conspirateurs auraient jou&#233;, sur le r&#233;seau ferroviaire, &#224; colin-maillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Presque partout &#8211; dit le g&#233;n&#233;ral Krasnov, notant ses observations de la nuit du 29 au 30 ao&#251;t &#8211; nous avons vu un seul et m&#234;me tableau. Ici sur la voie, l&#224; dans un wagon, ou bien assis sur des selles, pr&#232;s de chevaux moreaux et bai-brun qui penchaient vers eux la t&#234;te, se tenaient accroupis ou debout des dragons et, parmi eux, quelque figure gesticulante, portant la capote du soldat. &#034; Le nom de cette &#034; figure gesticulante &#034; devint bient&#244;t l&#233;gion. De P&#233;trograd continuaient &#224; arriver d'innombrables d&#233;l&#233;gations de r&#233;giments, envoy&#233;es &#224; la rencontre des korniloviens : avant de se battre, tous voulaient s'expliquer. Les troupes r&#233;volutionnaires avaient le ferme espoir que l'affaire s'arrangerait sans bataille. Cela se confirma : les Cosaques acc&#233;daient volontiers. L'&#233;quipe de liaison du corps d'arm&#233;e, s'&#233;tant empar&#233;e d'une locomotive, exp&#233;dia des d&#233;l&#233;gu&#233;s sur toute la ligne, On expliqua &#224; chaque &#233;chelon la situation qui s'&#233;tait cr&#233;&#233;e. Il y eut d'incessants meetings au cours desquels montait un cri : on nous a tromp&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Non seulement les chefs de division &#8211; d&#233;clare le m&#234;me Krasnov &#8211; mais m&#234;me les chefs de r&#233;giment ne savaient pas o&#249; se trouvaient leurs escadrons et leurs sotnias... Le manque de nourriture et de fourrage, naturellement, irritait encore plus les hommes. Les hommes... voyaient toute l'incoh&#233;rence de ce qui se passait autour d'eux et se mirent &#224; arr&#234;ter les officiers et les sup&#233;rieurs. &#034; La d&#233;l&#233;gation du Soviet, ayant organis&#233; son &#233;tat-major, communiquait : &#034; Constamment, il y a fraternisation... Nous sommes absolument s&#251;rs que l'on peut consid&#233;rer le conflit comme liquid&#233;. De tous c&#244;t&#233;s arrivent des d&#233;l&#233;gations... &#034; La direction des contingents &#233;tait prise par des comit&#233;s qui se substituaient aux chefs. Tr&#232;s rapidement fut cr&#233;&#233; un soviet de d&#233;put&#233;s du corps d'arm&#233;e, et l'on en d&#233;tacha une d&#233;l&#233;gation d'une quarantaine d'hommes pour l'envoyer au gouvernement provisoire. Les Cosaques commenc&#232;rent &#224; d&#233;clarer hautement qu'ils n'attendaient qu'un ordre de P&#233;trograd pour arr&#234;ter Krymov et les autres officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stank&#233;vitch retrace le tableau qu'il trouva sur sa route, &#233;tant parti le 30 avec Voltinsky dans la direction de Pskov. A P&#233;trograd, l'on croyait que Tsarsko&#239;&#233;-S&#233;lo avait &#233;t&#233; occup&#233; par les korniloviens, mais l'on n'y avait trouv&#233; personne. &#034; A Gatchina, personne... Sur la route, jusqu'&#224; Louga, personne. A Louga, calme et tranquillit&#233;... Nous arriv&#226;mes jusqu'&#224; un village ou devait se trouver l'&#233;tat-major du corps d'arm&#233;e. D&#233;sert... Il se v&#233;rifia que, de bonne heure dans la matin&#233;e, les Cosaques avaient quitt&#233; la place, se rendant dans la direction oppos&#233;e &#224; celle de P&#233;trograd. &#034; La r&#233;volte refluait, se fractionnait, &#233;tait absorb&#233;e par le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au palais d'Hiver, on appr&#233;hendait encore un peu l'adversaire. K&#233;rensky fit une tentative pour entrer en pourparlers avec le commandement des rebelles : cette voie lui semblait plus s&#251;re que l'initiative &#034; anarchique &#034; de la base, Il exp&#233;dia &#224; Krymov des d&#233;l&#233;gu&#233;s et, &#034; pour le salut de la Russie &#034;, le pria de venir &#224; P&#233;trograd, lui garantissant, sur l'honneur, toute s&#233;curit&#233;. Press&#233; de tous c&#244;t&#233;s et ayant compl&#232;tement perdu la t&#234;te, le g&#233;n&#233;ral se h&#226;ta, bien entendu, d'accepter l'invitation. Sur les traces de Krymov partit pour P&#233;trograd une d&#233;putation de Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fronts ne soutinrent pas le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Une tentative plus s&#233;rieuse fut faite seulement par le front du Sud-Ouest. L'&#233;tat-major de D&#233;nikine avait entrepris en temps voulu des mesures pr&#233;liminaires. Les effectifs attach&#233;s &#224; la garde de l'&#233;tat-major sur lesquels on ne pouvait compter avaient &#233;t&#233; remplac&#233;s par des Cosaques. Dans la nuit du 26 au 27, l'imprimerie avait &#233;t&#233; occup&#233;e. L'&#233;tat-major essayait de jouer le r&#244;le d'un ma&#238;tre de la situation s&#251;r de lui et avait m&#234;me interdit au Comit&#233; du front de se servir du t&#233;l&#233;graphe. Mais les illusions ne subsist&#232;rent m&#234;me pas quelques heures. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de diff&#233;rents contingents se pr&#233;sent&#232;rent au Comit&#233; avec des offres de soutien. Survinrent des autos blind&#233;es, des mitrailleuses, des canons. Le Comit&#233; subordonna imm&#233;diatement &#224; son contr&#244;le l'activit&#233; de l'&#233;tat-major, auquel l'initiative ne fut laiss&#233;e que dans le domaine des op&#233;rations de guerre. Vers trois heures, le 28, l'autorit&#233; sur le front Sud-Ouest fut enti&#232;rement concentr&#233;e entre les mains du Comit&#233;. &#034; Jamais encore &#8211; se lamentait D&#233;nikine &#8211; l'avenir du pays n'avait paru si sombre, notre impuissance si vexante et si accablante. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les autres fronts, l'affaire tourna d'une fa&#231;on encore moins dramatique : il suffisait aux chefs d'arm&#233;e de regarder autour d'eux pour &#233;prouver l'afflux de sentiments amicaux &#224; l'&#233;gard des commissaires du gouvernement provisoire. Vers le matin du 29, au palais d'Hiver, l'on avait d&#233;j&#224; des t&#233;l&#233;grammes portant des assurances de fid&#233;lit&#233; du g&#233;n&#233;ral Chtcherbatchev, du front roumain, du g&#233;n&#233;ral Valou&#239;ev, du front Ouest, et de Prjewalski, du front du Caucase. Sur le front Nord, o&#249; le commandant en chef &#233;tait un kornilovien d&#233;clar&#233;, Klembovsky, Stank&#233;vitch avait nomm&#233; comme son suppl&#233;ant un certain Savitsky. &#034; Savitsky, qui n'&#233;tait gu&#232;re connu jusqu'alors, nomm&#233; par t&#233;l&#233;gramme au moment du conflit &#8211; &#233;crit Stank&#233;vitch lui-m&#234;me &#8211; pouvait en toute assurance s'adresser &#224; n'importe quel attroupement de soldats &#8211; infanterie, Cosaques, ordonnances et m&#234;me junkers &#8211; avec n'importe quel ordre, quand bien m&#234;me il se serait agi d'arr&#234;ter le commandant en chef &#8211; et l'ordre &#233;tait ex&#233;cut&#233; sans discussion.,. &#034; Ce fut sans les moindres complications que Klembovsky fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Bontch-Brou&#239;&#233;itch qui, par l'interm&#233;diaire de son fr&#232;re, bolchevik connu, fut un des premiers appel&#233; dans la suite au service du gouvernement bolchevik.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affaires n'allaient gu&#232;re mieux pour le pilier du parti militaire dans le sud, l'ataman des troupes du Don, Kal&#233;dine. A P&#233;trograd l'on disait que Kal&#233;dine mobilisait les contingents cosaques et que des &#233;chelons du front venaient le rejoindre sur le Don. Or, &#034; l'ataman &#8211; d'apr&#232;s un de ses biographes &#8211; parcourait les bourgs cosaques &#224; bonne distance du chemin de fer... s'entretenant paisiblement avec les habitants &#034;. Kal&#233;dine, effectivement, man&#339;uvrait avec plus de circonspection qu'on ne le croyait dans les cercles r&#233;volutionnaires. Il avait choisi le moment du soul&#232;vement d&#233;clar&#233;, dont l'heure lui &#233;tait connue d'avance, pour parcourir &#034; pacifiquement &#034; les villages cosaques, afin de se trouver, durant les journ&#233;es critiques, &#224; l'&#233;cart du t&#233;l&#233;graphe et de tout autre contr&#244;le et de t&#226;ter en m&#234;me temps l'opinion de la population cosaque. Le 27, il avait t&#233;l&#233;graphi&#233; en cours de route &#224; son suppl&#233;ant Boga&#239;evsky : &#034; Il faut soutenir Kornilov par tous les moyens. &#034; Cependant, ses rapports directs avec la population cosaque prouv&#232;rent justement que les ressources et les forces n'existaient, en somme, point : les Cosaques cultivateurs de bl&#233; ne songeaient nullement &#224; se lever pour la d&#233;fense de Kornilov. Lorsque l'&#233;chec du soul&#232;vement devint &#233;vident, ce que l'on appelait &#034; le gouvernement militaire &#034; du Don d&#233;cida de diff&#233;rer l'expression de son opinion &#034; jusqu'&#224; &#233;lucidation du r&#233;el rapport de forces &#034;, Gr&#226;ce &#224; cette man&#339;uvre, les sommets de la cosaquerie du Don r&#233;ussirent &#224; se jeter &#224; l'&#233;cart en temps opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;trograd, &#224; Moscou, sur le Don, sur le front, sur les voies que suivaient les &#233;chelons, partout et en tous lieux Kornilov avait des sympathisants, des partisans, des amis. Leur nombre semblait &#233;norme si l'on en juge par les t&#233;l&#233;grammes, les adresses de f&#233;licitations et les articles de journaux. Mais, chose &#233;trange : maintenant que l'heure &#233;tait venue pour eux de se montrer, ils avaient disparu. En bien des cas, la cause n'en r&#233;sidait nullement dans des l&#226;chet&#233;s individuelles. Parmi les officiers korniloviens, il y avait un bon nombre de braves. Mais leur bravoure ne trouvait pas de point d'appui. A partir du moment o&#249; les masses commenc&#232;rent &#224; s'agiter, les individus isol&#233;s n'eurent plus acc&#232;s aux &#233;v&#233;nements. Non seulement les grands industriels, banquiers, professeurs, ing&#233;nieurs, mais aussi les &#233;tudiants, m&#234;me les officiers tremp&#233;s se trouv&#232;rent &#233;cart&#233;s, effac&#233;s, rejet&#233;s. Ils observaient les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient devant eux comme du haut d'un balcon. Avec le g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine il ne leur restait rien d'autre qu'&#224; maudire leur impuissance vexante et accablante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, le Comit&#233; ex&#233;cutif exp&#233;dia &#224; tous les soviets une joyeuse nouvelle : &#034; Dans les troupes de Kornilov, c'est une compl&#232;te d&#233;composition. &#034; Pendant un temps l'on oublia que Kornilov avait choisi pour son entreprise les contingents les plus patriotes, les plus aptes au combat, les mieux pr&#233;serv&#233;s de l'influence des bolcheviks. Le processus de la d&#233;composition consistait en ceci que les soldats cessaient d&#233;finitivement de faire confiance aux officiers, d&#233;couvrant en eux des ennemis. La lutte pour la r&#233;volution contre Kornilov marquait un approfondissement de la d&#233;composition de l'arm&#233;e, c'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, ce que l'on reprochait aux bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs les g&#233;n&#233;raux eurent enfin la possibilit&#233; de v&#233;rifier la force de r&#233;sistance de la r&#233;volution qui leur semblait si friable, si d&#233;bile, si accidentellement victorieuse de l'ancien r&#233;gime. Depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier, on r&#233;p&#233;tait &#224; tout propos la formule fanfaronne de la soldatesque : donnez-moi un r&#233;giment solide et je leur montrerai de quoi il retourne. L'exp&#233;rience du g&#233;n&#233;ral Khabalov et du g&#233;n&#233;ral Ivanov, &#224; la fin de f&#233;vrier, n'avait rien appris aux grands capitaines de la race de ceux qui montrent le poing apr&#232;s la bataille. C'&#233;tait fr&#233;quemment d'apr&#232;s leurs voix que les strat&#232;ges civils r&#233;glaient aussi leur chant. L'octobriste Chidlovsky affirmait que si, en f&#233;vrier, s'&#233;taient montr&#233;s dans la capitale &#034; des contingents non particuli&#232;rement consid&#233;rables, solidement unis par la discipline et l'esprit militaire, la R&#233;volution de F&#233;vrier e&#251;t &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e en quelques jours &#034;. Le fameux Boublikov, agitateur parmi les cheminots, &#233;crivait : &#034; Il e&#251;t suffi d'une seule division disciplin&#233;e venue du front pour que l'insurrection f&#251;t radicalement &#233;cras&#233;e. &#034; Plusieurs officiers qui particip&#232;rent aux &#233;v&#233;nements affirmaient &#224; D&#233;nikine qu ' &#034; un seul bataillon solide ayant &#224; sa t&#234;te un chef qui comprendrait ce qu'il voulait, pouvait mettre sens dessus dessous toute la situation &#034;. Du temps o&#249; Goutchkov &#233;tait ministre de la Guerre, le g&#233;n&#233;ral Krymov vint du front le trouver et lui offrit &#034; de nettoyer P&#233;trograd avec une seule division, bien entendu non point sans effusion de sang &#034;. L'affaire n'eut pas lieu uniquement parce que &#034; Goutchkov ne consentit pas &#034;. Enfin, Savinkov, pr&#233;parant pour le futur Directoire son propre &#034; 27 ao&#251;t &#034;, affirmait que deux r&#233;giments suffiraient parfaitement pour r&#233;duire les bolcheviks en cendres et en poussi&#232;re. Maintenant, le destin donnait &#224; tous ces messieurs, en la personne d'un g&#233;n&#233;ral &#034; gai et all&#232;gre &#034;, l'enti&#232;re possibilit&#233; de v&#233;rifier &#224; quel point leurs calculs h&#233;ro&#239;ques &#233;taient fond&#233;s. Sans coup f&#233;rir, t&#234;te basse, mortifi&#233; et piteux, Krymov arriva au palais d'Hiver. K&#233;rensky ne laissa pas &#233;chapper l'occasion de jouer avec lui une sc&#232;ne path&#233;tique dans laquelle les effets &#224; bon march&#233; &#233;taient garantis d'avance. Revenu de chez le premier ministre au minist&#232;re de la Guerre, Krymov se logea une balle dans la t&#234;te. C'est ainsi que tourna la tentative faite pour r&#233;primer la r&#233;volution &#034; non point sans effusion de sang &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au palais d'Hiver, on eut un soupir de soulagement en songeant qu'une affaire si lourde de complications se terminait &#224; souhait, et l'on se h&#226;ta d'en revenir &#224; l'ordre du jour, c'est-&#224;-dire &#224; la reprise des affaires interrompues. Comme g&#233;n&#233;ralissime, K&#233;rensky se nomma lui-m&#234;me : pour garder son alliance politique avec le corps des vieux g&#233;n&#233;raux, il lui &#233;tait excessivement difficile de trouver un personnage plus congru. Comme chef d'&#233;tat-major du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, il choisit Alex&#233;&#239;ev qui avait failli, deux jours auparavant, devenir premier ministre. Apr&#232;s des tergiversations et des consultations, le g&#233;n&#233;ral, non sans une grimace de d&#233;dain, accepta la nomination dans le but, expliqua-t-il aux siens, de liquider pacifiquement le conflit. L'ancien chef d'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ralissime Nicolas Romanov se retrouvait dans les m&#234;mes fonctions sous K&#233;rensky. Il y avait de quoi s'&#233;tonner ! &#034; Seul, Alex&#233;&#239;ev, gr&#226;ce &#224; ses accointances avec le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral et &#224; son &#233;norme influence dans les sph&#232;res sup&#233;rieures des militaires &#8211; c'est ainsi que plus tard K&#233;rensky essaya d'expliquer l'extravagante nomination &#8211; pouvait s'acquitter avec succ&#232;s de la transmission sans douleur du commandement des mains de Kornilov en de nouvelles mains. &#034; Tout au contraire ! La d&#233;signation d'Alex&#233;&#239;ev, c'est-&#224;-dire d'un affid&#233;, pouvait seulement inspirer aux conspirateurs l'id&#233;e de prolonger la r&#233;sistance s'il leur en restait la moindre possibilit&#233;. En r&#233;alit&#233;, Alex&#233;&#239;ev se trouva mis en avant par K&#233;rensky, apr&#232;s la liquidation du soul&#232;vement, pour la raison m&#234;me qui avait fait appeler Savinkov au d&#233;but de la r&#233;bellion : il fallait &#224; tout prix garder les ponts du c&#244;t&#233; de droite. Le nouveau g&#233;n&#233;ralissime estimait maintenant particuli&#232;rement indispensable de refaire amiti&#233; avec les g&#233;n&#233;raux : apr&#232;s la forte secousse, il devrait en effet r&#233;tablir solidement l'ordre et, par cons&#233;quent, aurait besoin d'un pouvoir doublement ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, il ne restait d&#233;j&#224; rien de l'optimisme qui y avait r&#233;gn&#233; deux jours auparavant. Les conspirateurs cherchaient des voies de retraite. Un t&#233;l&#233;gramme exp&#233;di&#233; &#224; K&#233;rensky disait que Kornilov, &#034; consid&#233;rant la situation strat&#233;gique&#034; , &#233;tait dispos&#233; &#224; se d&#233;mettre en paix du commandement s'il &#233;tait d&#233;clar&#233; que &#034; l'on cr&#233;ait un gouvernement fort &#034;. Apr&#232;s ce gros ultimatum de celui qui capitulait, en venait un autre plus petit : lui, Kornilov, estimait &#034; en somme inadmissibles les arrestations de g&#233;n&#233;raux et d'autres personnes avant tout indispensables &#224; l'arm&#233;e &#034;. K&#233;rensky, tout heureux, fit aussit&#244;t un pas vers son adversaire en annon&#231;ant par radio que les ordres du g&#233;n&#233;ral Kornilov concernant les op&#233;rations de guerre &#233;taient obligatoires pour tous. Kornilov lui-m&#234;me &#233;crivait &#224; ce sujet &#224; Krymov le m&#234;me jour : &#034; Voici un &#233;pisode unique dans l'histoire mondiale : un g&#233;n&#233;ralissime accus&#233; de forfaiture et de trahison envers la patrie, et traduit pour cela devant un tribunal, a re&#231;u l'ordre de continuer &#224; commander les arm&#233;es... &#034; Cette nouvelle manifestation de la pusillanimit&#233; de K&#233;rensky rendit imm&#233;diatement courage aux conspirateurs qui craignaient encore de faire un mauvais march&#233;. Malgr&#233; le t&#233;l&#233;gramme envoy&#233; quelques heures auparavant d&#233;clarant inadmissible une lutte int&#233;rieure &#034; en ce moment &#233;pouvantable &#034;, Kornilov, &#224; demi r&#233;tabli dans ses droits, exp&#233;dia deux hommes &#224; Kal&#233;dine pour le prier &#034; de faire pression &#034; et, en m&#234;me temps, fit cette proposition &#224; Krymov : &#034; Si la situation le permet, agissez ind&#233;pendamment dans l'esprit de l'instruction que je vous ai donn&#233;e. &#034; L'esprit de l'instruction &#233;tait ceci : renverser le gouvernement et pendre tous les membres du Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev, nouveau chef d'&#233;tat-major, partit occuper le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral. Au palais d'Hiver, on consid&#233;rait encore cette op&#233;ration comme s&#233;rieuse. En r&#233;alit&#233;, Kornilov avait directement &#224; sa disposition : un bataillon de chevaliers de Saint-Georges, un r&#233;giment d'infanterie &#034; kornilovien &#034; et un r&#233;giment de cavalerie du Tek. Le bataillon des chevaliers de Saint-Georges, d&#232;s le d&#233;but, s'&#233;tait rang&#233; du c&#244;t&#233; du gouvernement. Le r&#233;giment &#034; kornilovien &#034; et celui du Tek &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme fid&#232;les ; mais une partie d'entre eux avait aussi fait d&#233;fection. Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral n'avait pas du tout d'artillerie &#224; sa disposition. En de telles conditions l'on ne pouvait parler de r&#233;sistance. Alex&#233;&#239;ev d&#233;buta dans sa mission en faisant &#224; Kornilov et &#224; Loukomsky des visites c&#233;r&#233;monieuses au cours desquelles, doit-on penser, de c&#244;t&#233; et d'autre, l'on usa unanimement du vocabulaire de la soldatesque &#224; l'adresse de K&#233;rensky, nouveau g&#233;n&#233;ralissime. Pour Kornilov comme pour Alex&#233;&#239;ev il &#233;tait clair que l'on devait, en tout cas, remettre &#224; une autre &#233;ch&#233;ance le salut du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tandis qu'au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral l'on arrangeait si heureusement la paix sans vainqueurs ni vaincus, l'atmosph&#232;re &#224; P&#233;trograd s'&#233;chauffait extr&#234;mement et l'on attendait impatiemment au palais d'Hiver des nouvelles rassurantes de Mohilev pour les transmettre au peuple. Alex&#233;&#239;ev &#233;tait accabl&#233; de questions incessantes. Le colonel Baranovsky, homme de confiance de K&#233;rensky, se plaignait par fil direct : &#034; Les soviets sont en effervescence, on ne peut d&#233;charger l'atmosph&#232;re qu'en manifestant de l'autorit&#233; et en arr&#234;tant Kornilov et autres... &#034; Cela ne r&#233;pondait nullement aux intentions d'Alex&#233;&#239;ev. &#034; Je vois avec un profond regret &#8211; r&#233;plique le g&#233;n&#233;ral &#8211; que mes appr&#233;hensions de nous voir d&#233;finitivement tomb&#233;s pour l'instant dans les griffes tenaces des soviets correspondent &#224; un fait incontestable. &#034; Sous le pronom famili&#232;rement employ&#233; de &#034; nous &#034;, est sous-entendu le groupe de K&#233;rensky dans lequel Alex&#233;&#239;ev, pour att&#233;nuer sa pointe, se comprend conventionnellement aussi. Le colonel Baranovsky lui r&#233;pond du m&#234;me ton : &#034; Dieu aidant, nous &#233;chapperons aux griffes tenaces du Soviet dans lesquelles nous sommes pris. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine les masses avaient-elles sauv&#233; K&#233;rensky des griffes de Kornilov, que le leader de la d&#233;mocratie se h&#226;tait d&#233;j&#224; de se mettre en accord avec Alex&#233;&#239;ev contre les masses : &#034; Nous &#233;chapperons aux griffes tenaces du Soviet. &#034; Alex&#233;&#239;ev dut n&#233;anmoins se soumettre &#224; la n&#233;cessit&#233; et proc&#233;der &#224; l'arrestation rituelle des principaux conspirateurs. Kornilov, sans opposer de r&#233;sistance, fut mis aux arr&#234;ts de rigueur &#224; domicile quatre jours apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; au peuple : &#034; Je pr&#233;f&#232;re la mort plut&#244;t que d'&#234;tre destitu&#233; de mes fonctions de g&#233;n&#233;ralissime. &#034; La Commission extraordinaire d'enqu&#234;te qui arriva &#224; Mohilev arr&#234;ta de son c&#244;t&#233; le ministre adjoint des Voies et Communications, plusieurs officiers de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral, le malencontreux diplomate Aladyine, ainsi que tous les membres pr&#233;sents du Comit&#233; principal de l'Union de officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res heures qui suivirent la victoire, les conciliateurs gesticulaient vivement. Avksentiev lui-m&#234;me lan&#231;ait des foudres. Pendant trois jours, les rebelles avaient laiss&#233; les fronts d&#233;munis d'instructions ! &#034; Mort aux tra&#238;tres ! &#034; criaient les membres du Comit&#233; ex&#233;cutif. Avksentiev faisait &#233;cho &#224; ces voix : oui, la peine de mort avait &#233;t&#233; r&#233;tablie sur la demande de Kornilov et de ses affid&#233;s, &#034; elle serait d'autant plus r&#233;solument appliqu&#233;e &#224; ces derniers &#034;. (Temp&#234;te prolong&#233;e d'applaudissements.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Concile eccl&#233;siastique de Moscou, qui s'&#233;tait inclin&#233; une quinzaine auparavant devant Kornilov, en tant que restaurateur de la peine de mort, suppliait maintenant par t&#233;l&#233;gramme le gouvernement, &#034; au nom de Dieu et de l'amour du Christ pour le prochain &#034;, de sauvegarder la vie du g&#233;n&#233;ral malheureux. D'autres leviers furent mis en branle. Mais le gouvernement ne songeait aucunement &#224; une r&#233;pression sanglante. Lorsque la d&#233;l&#233;gation de la division &#034; sauvage &#034; se pr&#233;senta &#224; K&#233;rensky au palais d'Hiver, comme un des soldats, en r&#233;ponse aux phrases vagues du nouveau g&#233;n&#233;ralissime, disait que &#034; les commandants tra&#238;tres devaient &#234;tre impitoyablement frapp&#233;s &#034;, K&#233;rensky l'interrompit par ces mots : &#034; Votre affaire est maintenant d'ob&#233;ir &#224; vos chefs et, quant &#224; nous, nous ferons tout le n&#233;cessaire. &#034; Positivement, cet homme estimait que les masses devaient monter sur la sc&#232;ne quand il frapperait du pied gauche et dispara&#238;tre quand il frapperait du pied droit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Nous ferons nous-m&#234;mes tout le n&#233;cessaire. &#034; Mais tout ce qu'ils firent semblait aux masses inutile, sinon suspect et p&#233;rilleux. Les masses ne se trompaient point ; au sommet, l'on se pr&#233;occupait plut&#244;t de r&#233;tablir la situation d'o&#249; &#233;tait sortie la campagne de Kornilov. &#034; D&#232;s les premiers interrogatoires auxquels proc&#233;d&#232;rent les membres de la commission d'enqu&#234;te &#8211; raconte Loukomsky &#8211; il s'av&#233;ra que tous nous traitaient avec la plus extr&#234;me bienveillance. &#034; C'&#233;taient, en somme, des complices et des camoufleurs. Le procureur militaire, Chablovsky, donnait aux accus&#233;s une consultation pour leur apprendre &#224; tromper la justice. Les organisations du front envoyaient des protestations. &#034; Les g&#233;n&#233;raux et leurs complices sont trait&#233;s autrement qu'en criminels devant l'&#201;tat et le peuple... Les rebelles ont une enti&#232;re libert&#233; de communication avec le monde ext&#233;rieur. &#034; Loukomsky confirme : &#034; L'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ralissime nous informait de toutes les questions qui nous int&#233;ressaient. &#034; Les soldats indign&#233;s tent&#232;rent plus d'une fois de traduire les g&#233;n&#233;raux devant leur propre justice, et les d&#233;tenus n'&#233;chapp&#232;rent aux repr&#233;sailles que gr&#226;ce &#224; une division polonaise contre-r&#233;volutionnaire install&#233;e &#224; Bykhov, lieu o&#249; ils &#233;taient incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 septembre, le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;ev &#233;crivit &#224; Milioukov, du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, une lettre traduisant l'indignation l&#233;gitime des conspirateurs devant la conduite de la grande bourgeoisie qui, d'abord, les avait pouss&#233;s en avant et, apr&#232;s la d&#233;faite, les avait abandonn&#233;s &#224; leur propre sort. &#034; Vous savez jusqu'&#224; un certain point &#8211; &#233;crivait, non sans causticit&#233;, le g&#233;n&#233;ral &#8211; que certains cercles de notre soci&#233;t&#233; non seulement &#233;taient au courant de tout, non seulement sympathisaient id&#233;ologiquement, mais aidaient comme ils pouvaient Kornilov... &#034; Au nom de l'Union des officiers, Alex&#233;&#239;ev exigeait de Vychn&#233;gradsky, Poutilov et d'autres capitalistes consid&#233;rables qui avaient tourn&#233; le dos aux vaincus, une souscription imm&#233;diate de trois cent mille roubles au profit &#034; des familles affam&#233;es de ceux avec lesquels ils &#233;taient li&#233;s par une communaut&#233; d'id&#233;es et de pr&#233;paration ! &#034; La lettre s'achevait par une v&#233;ritable menace : &#034; Si la presse honn&#234;te n'entreprend pas imm&#233;diatement d'expliquer &#233;nergiquement l'affaire... le g&#233;n&#233;ral Kornilov sera contraint de d&#233;voiler largement devant le tribunal toute la pr&#233;paration, tous les pourparlers avec des personnalit&#233;s et des cercles, leur participation &#034;, etc. Au sujet des r&#233;sultats pratiques de ce lamentable ultimatum, D&#233;nikine communique : &#034; C'est seulement &#224; la fin d'octobre que Kornilov re&#231;ut de Moscou environ quarante mille roubles. &#034; Milioukov, pendant ce temps, s'&#233;tait en somme absent&#233; de l'ar&#232;ne politique : d'apr&#232;s la version officielle des cadets, il &#233;tait parti &#034; se reposer en Crim&#233;e &#034;. Apr&#232;s tant de tracas, le leader lib&#233;ral avait effectivement besoin de repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La com&#233;die de l'enqu&#234;te tra&#238;na jusqu'&#224; l'insurrection bolcheviste, apr&#232;s quoi Kornilov et ses complices furent non seulement mis en libert&#233;, mais munis par le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral de K&#233;rensky de tous les documents indispensables. Ce furent les g&#233;n&#233;raux fugitifs qui d&#233;clench&#232;rent la guerre civile. En raison des vis&#233;es sacr&#233;es qui liaient Kornilov avec le lib&#233;ral Milioukov et le Cent-Noir Rimsky-Korsakov, des centaines de milliers d'hommes tomb&#232;rent, le Midi et l'Est de la Russie furent pill&#233;s et d&#233;vast&#233;s, l'&#233;conomie du pays fut d&#233;finitivement &#233;branl&#233;e, la r&#233;volution fut contrainte &#224; la terreur rouge. Kornilov, ayant &#233;chapp&#233; sans encombre &#224; la justice de K&#233;rensky, tomba bient&#244;t sur le front de la guerre civile, frapp&#233; par un obus bolchevik. Le sort de Kal&#233;dine ne fut gu&#232;re diff&#233;rent. Le &#034; gouvernement militaire &#034; du Don exigea non seulement que l'ordre d'arr&#234;ter Kal&#233;dine f&#251;t rapport&#233;, mais que celui-ci f&#251;t r&#233;tabli dans ses fonctions d'ataman. K&#233;rensky, l&#224; encore, ne perdit pas une occasion de reculade. Skob&#233;lev arriva &#224; Novotcherkassk, apportant des excuses au &#034; cercle militaire cosaque &#034;. Le ministre d&#233;mocrate fut l'objet de sarcasmes raffin&#233;s et, l&#224;, Kal&#233;dine lui-m&#234;me fut le premier &#224; railler. Le triomphe du g&#233;n&#233;ral cosaque ne fut pourtant point durable. Coinc&#233; de tous c&#244;t&#233;s par la r&#233;volution bolcheviste, chez lui, sur le Don, Kal&#233;dine se suicida quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le drapeau de Kornilov passa ensuite aux mains du g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine et de l'amiral Koltchak, dont les noms se rattachent &#224; la principale p&#233;riode de la guerre civile. Mais tout cela concerne d&#233;j&#224; 1918 et les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les masses expos&#233;es aux coups&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes imm&#233;diates des &#233;v&#233;nements d'une r&#233;volution sont les modifications dans la conscience des classes en lutte. Les rapports mat&#233;riels d'une soci&#233;t&#233; d&#233;terminent seulement le courant suivi par ces processus. Par leur nature, les modifications de la conscience collective ont un caract&#232;re &#224; demi occulte ; &#224; peine parvenus &#224; une tension d&#233;termin&#233;e, les nouveaux &#233;tats d'esprit et les id&#233;es percent au dehors sous la forme d'actions de masses qui &#233;tablissent un nouvel &#233;quilibre social, d'ailleurs tr&#232;s instable. La marche de la r&#233;volution &#224; chaque nouvelle &#233;tape met &#224; nu le probl&#232;me du pouvoir pour le recouvrir encore, imm&#233;diatement apr&#232;s, d'un masque &#8212; en attendant de le d&#233;pouiller de nouveau. Tel est aussi le m&#233;canisme d'une contre-r&#233;volution avec cette diff&#233;rence que le film se d&#233;roule ici &#224; rebours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se passe aux cimes gouvernementales et sovi&#233;tiques n'est nullement indiff&#233;rent pour la marche des &#233;v&#233;nements. Mais on ne peut comprendre le sens r&#233;el de la politique d'un parti et d&#233;chiffrer les man&#339;uvres des leaders qu'&#224; condition de d&#233;couvrir les profonds processus mol&#233;culaires dans la conscience des masses. En juillet, les ouvriers et les soldats avaient essuy&#233; une d&#233;faite, mais, en octobre, par un assaut irr&#233;sistible, ils s'empar&#232;rent du pouvoir. Que s'&#233;tait-il pass&#233; dans leurs esprits pendant ces quatre mois ? Comment avaient-ils r&#233;agi sous les coups qui pleuvaient d'en haut ? Avec quelles id&#233;es, quels sentiments, avaient-ils consid&#233;r&#233; la tentative faite par la bourgeoisie pour s'emparer du pouvoir ? Le lecteur devra revenir en arri&#232;re, vers la d&#233;faite de juillet. Fr&#233;quemment, l'on est oblig&#233; de reculer pour mieux sauter. Or, devant nous s'annonce le saut d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'historiographie sovi&#233;tique officielle, une opinion s'est &#233;tablie, et est devenue une sorte de lieu commun, d'apr&#232;s laquelle l'assaut livr&#233; au parti en juillet &#8212; r&#233;pressions combin&#233;es avec la calomnie &#8212; aurait pass&#233; sans laisser presque aucune trace sur les organisations ouvri&#232;res. C'est absolument inexact. A vrai dire, la d&#233;faillance dans les rangs du parti et le reflux &#224; son &#233;gard des ouvriers et des soldats dur&#232;rent peu de temps, quelques semaines. Le renouveau survint si vite et, surtout si temp&#233;tueux qu'il effa&#231;a &#224; moiti&#233; le souvenir m&#234;me des journ&#233;es d'accablement et de prostration : les victoires projettent en g&#233;n&#233;ral une autre lumi&#232;re sur les d&#233;faites qui les ont pr&#233;par&#233;es. Mais, &#224; mesure que l'on publie les proc&#232;s-verbaux des organisations locales du parti, l'on voit appara&#238;tre avec une nettet&#233; de plus en plus grande l'affaissement de la r&#233;volution en juillet, qui se ressentait, en ces jours-l&#224;, d'autant plus douloureusement que la mont&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait eu un caract&#232;re plus incessant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute d&#233;faite, proc&#233;dant d'un rapport de forces d&#233;termin&#233;, modifie &#224; son tour ce rapport au d&#233;savantage de la partie vaincue, car le vainqueur prend de l'assurance ; tandis que le vaincu perd confiance en lui-m&#234;me. Or, telle ou telle appr&#233;ciation de la force que l'on a constitue un &#233;l&#233;ment extr&#234;mement important du rapport objectif des forces. Une d&#233;faite directe fut essuy&#233;e par les ouvriers et les soldats de P&#233;trograd qui, dans leur &#233;lan en avant, s'&#233;taient heurt&#233;s, d'un c&#244;t&#233;, au manque de clart&#233; et aux contradictions de leurs propres desseins, d'autre part, &#224; l'&#233;tat arri&#233;r&#233; de la province et du front. C'est pourquoi, dans la capitale, les cons&#233;quences de la d&#233;faite se manifest&#232;rent avant tout, et avec la plus grande violence. Cependant, absolument inexactes sont les affirmations si fr&#233;quentes dans la m&#234;me litt&#233;rature officielle, d'apr&#232;s lesquelles la d&#233;faite de juillet aurait pass&#233; presque inaper&#231;ue pour la province. C'est th&#233;oriquement invraisemblable et c'est d&#233;menti par le t&#233;moignage des faits et des documents. Lorsque de grandes questions se posaient, tout le pays, spontan&#233;ment, tournait chaque fois la t&#234;te vers P&#233;trograd. La d&#233;faite des ouvriers et des soldats de la capitale devait justement produire une &#233;norme impression sur les couches les plus avanc&#233;es de la province. L'&#233;pouvante, la d&#233;sillusion, l'apathie se produisaient en diverses parties du pays sous des aspects diff&#233;rents, mais s'observaient partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaissement de la r&#233;volution se traduisit avant tout dans un extr&#234;me affaiblissement de la r&#233;sistance des masses aux adversaires. Tandis que les troupes introduites &#224; P&#233;trograd proc&#233;daient officiellement &#224; des actes punitifs, en d&#233;sarmant les soldats et les ouvriers, des bandes &#224; demi volontaires, sous leur couverture, commettaient impun&#233;ment des attentats sur les organisations ouvri&#232;res. Apr&#232;s la destruction de la r&#233;daction de la Pravda et de l'imprimerie des bolcheviks, on saccage les locaux du syndicat des m&#233;tallurgistes. Par la suite, les coups sont dirig&#233;s sur les soviets de quartier. Les conciliateurs ne sont pas &#233;pargn&#233;s : le 10, une attaque eut lieu contre un des si&#232;ges du parti &#224; la t&#234;te duquel se trouvait le ministre de l'Int&#233;rieur Ts&#233;r&#233;telli. Dan eut besoin d'une bonne dose d'abn&#233;gation pour &#233;crire au sujet de l'arriv&#233;e des troupes : &#034; Au lieu de voir p&#233;rir la r&#233;volution, nous sommes maintenant t&#233;moins de son nouveau triomphe. &#034; Ce triomphe allait si loin que, d'apr&#232;s le menchevik Prouchitsky, les passants, dans les rues, s'ils avaient l'air d'ouvriers et &#233;taient soup&#231;onn&#233;s de bolchevisme, se trouvaient en danger de subir de cruels s&#233;vices. Quel irr&#233;cusable sympt&#244;me d'un brusque changement de toute la situation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lazis, membre du comit&#233; bolchevik de P&#233;trograd, par la suite agent connu de la Tch&#233;ka, notait dans son joumal : &#034; 9 juillet. Dans la ville, on a saccag&#233; toutes nos imprimeries. Personne n'ose imprimer nos journaux et nos tracts. Nous recourons au montage d'une typographie clandestine. Le quartier de Vyborg est devenu un refuge pour tous. Ici se sont transport&#233;s le Comit&#233; de P&#233;trograd et les membres du Comit&#233; central qui sont poursuivis. Dans le local de garde de l'usine Renault le Comit&#233; est en conf&#233;rence avec L&#233;nine. On a pos&#233; la question d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Chez nous, au Comit&#233;, les voix se sont partag&#233;es. J'ai vot&#233; pour l'appel &#224; la gr&#232;ve. L&#233;nine, apr&#232;s avoir expliqu&#233; la situation, a propos&#233; de renoncer &#224; cette solution&#8230; 12 juillet. La contre-r&#233;volution est victorieuse. Les soviets impuissants. Les junkers d&#233;cha&#238;n&#233;s tombent d&#233;j&#224; m&#234;me sur les mencheviks. Certains &#233;l&#233;ments du parti sont h&#233;sitants. L'afflux des membres s'est interrompu&#8230; Mais, dans nos rangs, il n'y a pas encore de fuites. &#034; Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, &#034; l'influence des socialistes-r&#233;volutionnaires sur les usines de P&#233;trograd fut forte &#034;, &#233;crit l'ouvrier Sisko. L'isolement des bolcheviks relevait automatiquement le poids sp&#233;cifique et le sentiment intime des conciliateurs. Le 16 juillet, un d&#233;l&#233;gu&#233; de Vassili-Ostrov rapporte &#224; la Conf&#233;rence bolcheviste de la ville que l'&#233;tat d'esprit dans le district est &#034; dans l'ensemble &#034; plein d'entrain, &#224; l'exception de quelques usines. &#034; A l'usine Baltique, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks nous &#233;crasent. &#034; En cet endroit, l'affaire fut pouss&#233;e tr&#232;s loin : le comit&#233; d'usine d&#233;cida que les bolch&#233;viks suivraient les obs&#232;ques des Cosaques tu&#233;s, et l'ordre fut ex&#233;cut&#233;&#8230; Les d&#233;fections officielles de membres du parti sont, &#224; vrai dire, insignifiantes : dans tout le rayon, sur quatre mille membres, il n'y en eut pas plus de cent &#224; se retirer ouvertement. Mais un bien plus grand nombre, dans les premiers jours, se mit &#224; l'&#233;cart sans dire mot. &#034; Les Journ&#233;es de Juillet &#8212; disait par la suite l'ouvrier Minitchev dans ses souvenirs &#8212; nous montr&#232;rent qu'il y avait aussi dans nos rangs des individus qui, craignant pour leur peau, &#034; avalaient &#034; leurs cartes du parti et reniaient celui-ci. Mais ils ne furent pas nombreux&#8230; &#034;, ajoute-t-il d'un ton rassurant. &#034; Les &#233;v&#233;nements de juillet &#8212; &#233;crit Chliapnikov &#8212; et toute la campagne de violences et de calomnies qui s'y rattache contre nos organisations interrompirent cette mont&#233;e de notre influence qui, au d&#233;but de juillet, avait atteint une vigueur formidable&#8230; Notre parti lui-m&#234;me &#233;tait dans une demi-l&#233;galit&#233; et menait une lutte d&#233;fensive, s'appuyant principalement sur les syndicats et les comit&#233;s de fabriques ou d'usines. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accusation lanc&#233;e contre les bolcheviks d'&#234;tre au service de l'Allemagne ne pouvait point ne pas produire une impression m&#234;me sur les ouvriers de P&#233;trograd, du moins sur une partie consid&#233;rable d'entre eux. Celui qui h&#233;sitait se retira. Celui qui &#233;tait pr&#234;t &#224; adh&#233;rer fut pris d'h&#233;sitation. M&#234;me parmi ceux qui avaient d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233;, un bon nombre recul&#232;rent. A la manifestation de juillet, outre les bolcheviks, particip&#232;rent largement des ouvriers appartenant aux socialistes-r&#233;volutionnaires et aux mencheviks. Sous le coup re&#231;u, ils furent les premiers &#224; sauter en arri&#232;re sous le couvert des drapeaux de leurs partis : il leur semblait maintenant qu'ayant enfreint la discipline, ils avaient v&#233;ritablement commis une faute. Une large couche d'ouvriers sans parti, suiveurs du parti, s'&#233;loigna &#233;galement de lui sous l'influence de la calomnie officiellement r&#233;pandue et juridiquement pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re politique modifi&#233;e, les coups de la r&#233;pression &#233;taient d'un effet beaucoup plus fort. Olga Ravitch, une des anciennes et actives militantes du parti, membre du Comit&#233; de P&#233;trograd, disait plus tard dans son rapport : &#034; Les Journ&#233;es de Juillet caus&#232;rent dans l'organisation un tel d&#233;sarroi que, durant les trois premi&#232;res semaines, il ne pouvait m&#234;me &#234;tre question d'une activit&#233; quelconque. &#034; Ravitch a ici en vue principalement l'activit&#233; ouverte du parti. Pendant longtemps, il fut impossible de m&#233;nager la parution du journal du parti : on ne trouvait point d'imprimerie qui consent&#238;t &#224; servir les bolcheviks. Et la r&#233;sistance ne venait pas toujours des patrons : il y eut une imprimerie o&#249; les ouvriers menac&#232;rent d'arr&#234;ter le travail dans le cas o&#249; l'on imprimerait un journal bolchevik, et le patron r&#233;silia l'affaire d&#233;j&#224; conclue. Pendant un certain temps, P&#233;trograd fut pourvue par le journal de Cronstadt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flanc d'extr&#234;me-gauche sur l'ar&#232;ne ouverte se trouvait &#234;tre, en ces semaines, le groupe des mencheviks internationalistes. Les ouvriers allaient volontiers entendre les conf&#233;rences de Martov, chez qui l'instinct du militant s'&#233;tait r&#233;veill&#233; dans la p&#233;riode de recul, quand on &#233;tait contraint non de frayer &#224; la r&#233;volution de nouvelles voies, mais de lutter pour conserver les restes de ses conqu&#234;tes. Le courage de Martov &#233;tait celui du pessimisme. &#034; Sur la r&#233;volution &#8212; disait-il en s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif &#8212; l'on a, apparemment, mis le point final&#8230; Si l'on est arriv&#233; &#224; ceci que&#8230; la voix de la paysannerie et des ouvriers n'a point de place dans la r&#233;volution russe, nous descendrons de la sc&#232;ne honn&#234;tement, nous rel&#232;verons ce d&#233;fi non point par un renoncement silencieux, mais par une franche bataille. &#034; Martov proposait de descendre de la sc&#232;ne en combattant franchement &#224; des camarades de son parti qui, comme Dan et Ts&#233;r&#233;telli, appr&#233;ciaient la victoire remport&#233;e par les g&#233;n&#233;raux et les Cosaques sur les ouvriers et les soldats comme une victoire de la r&#233;volution sur l'anarchie. Sur le fond de la campagne effr&#233;n&#233;e men&#233;e contre les bolcheviks et de l'attitude promptement rampante des conciliateurs devant les Cosaques galonn&#233;s, la conduite de Martov le rehaussait beaucoup, en ces p&#233;nibles semaines, aux yeux des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement accablante fut la crise de juillet pour la garnison de P&#233;trograd. Les soldats, au sens politique, &#233;taient de loin en retard sur les ouvriers. La section des soldats, au Soviet, demeurait l'appui des conciliateurs alors que, d&#233;j&#224;, la section ouvri&#232;re suivait les bolcheviks. A cela ne contredisait nullement le fait que les soldats se montraient particuli&#232;rement dispos&#233;s &#224; brandir leurs armes. Dans la manifestation, ils jou&#232;rent un r&#244;le plus agressif que les ouvriers, mais, sous les coups, reflu&#232;rent bien loin en arri&#232;re. Le flot d'hostilit&#233; contre les bolcheviks jaillit tr&#232;s haut dans la garnison de P&#233;trograd, &#034; Apr&#232;s la d&#233;faite &#8212; raconte l'ancien soldat Mitr&#233;vitch &#8212; je ne me montre pas dans ma compagnie, autrement on pourrait s'y faire tuer, tant que la bourrasque n'est pas pass&#233;e. &#034; C'est justement dans les r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires, qui avaient march&#233; aux premiers rangs pendant les Journ&#233;es de Juillet et qui avaient par cons&#233;quent essuy&#233; les coups les plus durs, que l'influence du parti tomba &#224; tel point qu'il fut impossible d'y reconstituer l'organisation, m&#234;me trois mois plus tard : sous la trop violente secousse, ces effectifs furent comme moralement r&#233;duits en miettes. L'organisation militaire dut fortement se replier sur elle-m&#234;me. &#034; Apr&#232;s la d&#233;faite de juillet &#8212; &#233;crit l'ancien soldat Minitchev &#8212; on consid&#233;rait l'organisation pas tr&#232;s amicalement, non seulement chez les camarades du sommet de notre parti, mais m&#234;me dans certains comit&#233;s de quartier. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Cronstadt, le parti perdait deux cent cinquante membres. L'&#233;tat d'esprit de la garnison dans la forteresse bolcheviste s'&#233;tait consid&#233;rablement affaiss&#233;. La r&#233;action avait d&#233;ferl&#233; m&#234;me jusqu'&#224; Helsingfors. Avksentiev, Bounakov, l'avocat Sokolov &#233;taient arriv&#233;s pour amener les vaisseaux bolcheviks &#224; r&#233;sipiscence. Ils obtinrent certains r&#233;sultats. En arr&#234;tant des bolcheviks dirigeants, en utilisant la calomnie officielle, en mena&#231;ant, on r&#233;ussit &#224; obtenir des d&#233;clarations de loyalisme m&#234;me du cuirass&#233; bolchevik P&#233;tropavlovsk. En tout cas, sur l'exigence formul&#233;e de livrer &#034; les instigateurs &#034;, tous les vaisseaux oppos&#232;rent un refus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en allait gu&#232;re autrement &#224; Moscou. &#034; La campagne haineuse de la presse bourgeoise - dit Piatnitsky - produisit une panique m&#234;me parmi certains membres du Comit&#233; de Moscou. &#034; L'organisation, apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, fut affaiblie en nombre. &#034; Jamais on n'oubliera &#8212; &#233;crit l'ouvrier moscovite Rat&#233;khine &#8212; un moment terriblement p&#233;nible. Le pl&#233;num s'assemble (celui du soviet de Zamoskvor&#233;tchi&#233;)&#8230; Nos camarades bolcheviks, comme je vois, ne sont pas trop nombreux&#8230; Tout droit vient sur moi Sti&#233;klov, un des camarades &#233;nergiques, et, prof&#233;rant &#224; peine les mots, me demande s'il est vrai que L&#233;nine a &#233;t&#233; amen&#233; avec Zinoviev dans un wagon plomb&#233; ; s'il est vrai qu'ils touchent de l'argent allemand ? Mon coeur se serrait douloureusement &#224; entendre de pareilles questions. Un autre camarade s'approche, Konstantinov : O&#249; est L&#233;nine ? Il s'est envol&#233;, dit-on&#8230; Qu'est.ce qui va se passer maintenant ? Et ainsi de suite. &#034; Cette sc&#232;ne prise sur le vif nous introduit sans erreur dans las &#233;tats d'&#226;me par lesquels pass&#232;rent alors les ouvriers avanc&#233;s. &#034; La parution des documents publi&#233;s par Alexinsky &#8212; &#233;crit Davydovsky, artilleur &#224; Moscou &#8212; provoqua un terrible bouleversement dans la brigade. Notre batterie, la plus bolcheviste, fut elle-m&#234;me &#233;branl&#233;e sous le coup de ce mensonge inf&#226;me&#8230; Il semblait que nous eussions perdu toute confiance. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet &#8212; &#233;crit V. Iakovl&#233;va, qui &#233;tait alors membre du Comit&#233; central et dirigeait le travail dans la vaste province de Moscou &#8212; tous les rapports des localit&#233;s &#233;taient unanimes &#224; signaler non seulement une brusque d&#233;moralisation dans les masses, mais m&#234;me une hostilit&#233; certaine &#224; l'&#233;gard de notre parti. En des cas assez nombreux, l'on assomma nos orateurs. Le nombre des membres diminua fortement, et certaines des organisations cess&#232;rent m&#234;me tout &#224; fait d'exister, surtout dans le Midi. &#034; Vers le milieu d'ao&#251;t, aucune modification sensible ne s'&#233;tait encore produite. Le travail se fait dans les masses pour la conservation de l'influence, on n'observe point d'accroissement des organisations. Dans les gouvernements de Riazan et de Tambov, il ne se cr&#233;e point de nouvelles liaisons, il ne surgit point de cellules bolchevistes ; dans l'ensemble, ce sont les patrimoines des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#233;vr&#233;inov, qui militait dans la prol&#233;tarienne Kinechma, se rappelle combien p&#233;nible devint la situation apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de Juillet, quand, dans sa grande conf&#233;rence de toutes les organisations publiques, fut pos&#233;e la question d'exclure les bolcheviks du Soviet. Les d&#233;fections dans le parti prenaient des proportions si consid&#233;rables parfois que c'est seulement apr&#232;s une nouvelle r&#233;vision des listes de membres que l'organisation commen&#231;a &#224; vivre d'une vie normale. A Toula, gr&#226;ce &#224; une s&#233;rieuse s&#233;lection pr&#233;liminaire des ouvriers, l'organisation ne subit pas l'&#233;preuve des l&#226;chages, mais sa soudure avec les masses faiblit. A Nijni-Novgorod, apr&#232;s la campagne de r&#233;pression conduite sous la direction du colonel Verkhovsky et du menchevik Khintchouk, une d&#233;pression marqu&#233;e survint : aux &#233;lections &#224; la douma municipale, le parti ne r&#233;ussit &#224; faire passer que quatre d&#233;put&#233;s. A Kalouga, la fraction bolcheviste tenait compte de la possibilit&#233; pour elle d'&#234;tre &#233;limin&#233;e du Soviet. En certains points de la r&#233;gion moscovite, les bolcheviks se trouvaient forc&#233;s de sortir non seulement des soviets, mais m&#234;me des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Saratov, o&#249; les bolcheviks gardaient des rapports tr&#232;s pacifiques avec les conciliateurs et se disposaient encore, &#224; la fin de juin, &#224; pr&#233;senter aux &#233;lections, pour la douma municipale, une liste commune avec eux, les soldats, apr&#232;s l'orage de juillet, furent &#224; tel point mont&#233;s contre les bolcheviks qu'ils envahissaient les assembl&#233;es &#233;lectorales, arrachaient aux bolcheviks leurs bulletins et malmenaient les agitateurs. &#034; Il nous devint difficile &#8212; &#233;crit L&#233;b&#233;dev &#8212; de nous montrer dans les assembl&#233;es &#233;lectorales. Fr&#233;quemment l'on nous criait : espions de l'Allemagne, provocateurs !&#8230; &#034; Dans les rangs des bolcheviks de Saatov, il se trouva un bon nombre de pusillanimes : &#034; Beaucoup d'entre eux d&#233;claraient qu'ils quittaient le parti, d'autres se cach&#232;rent. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Kiev, qui jouissait depuis longtemps de la r&#233;putation d'un centre de Cent-Noirs, la campagne de pers&#233;cution contre les bolcheviks se d&#233;cha&#238;na avec une violence particuli&#232;re et s'en prit bient&#244;t aux mencheviks et aux socialistes-r&#233;volutionnaires. La d&#233;pression du mouvement r&#233;volutionnaire se ressentait surtout ici fortement : aux &#233;lections &#224; la douma municipale, les bolcheviks n'obtinrent au total que 6% des suffrages. A la conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale de la ville, les rapporteurs se plaignaient &#034; de remarquer partout de l'apathie et de l'inaction &#034;. Le journal du parti se trouva forc&#233; de devenir hebdomadaire au lieu d'&#234;tre quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissolution et le d&#233;placement des r&#233;giments les plus r&#233;volutionnaires devaient d&#233;j&#224;, par soi, non seulement abaisser le niveau politique des garnisons, mais agir aussi d'une fa&#231;on accablante sur les ouvriers des localit&#233;s qui se sentaient plus fermes lorsqu'ils sentaient derri&#232;re leur dos des troupes amies. C'est ainsi que le transfert du 57e r&#233;giment de Tver modifia brusquement la situation politique, aussi bien parmi les soldats que parmi les ouvriers : m&#234;me dans les syndicats, l'influence des bolcheviks devint insignifiante. Cela se manifesta dans une mesure encore Plus forte &#224; Tiflis, o&#249; les mencheviks, la main dans la main avec l'&#233;tat-major, remplac&#232;rent les contingents bolcheviks par des r&#233;giments tout &#224; fait arri&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En certains endroits, selon la composition de la garnison, le niveau des ouvriers de la localit&#233; et des causes accidentelles, la r&#233;action politique prenait une expression paradoxale. A Iaroslavl, par exemple, les bolcheviks, en juillet, se trouv&#232;rent presque totalement exclus du soviet ouvrier, mais conserv&#232;rent une influence pr&#233;pond&#233;rante dans le soviet des d&#233;put&#233;s soldats. En quelques localit&#233;s, les &#233;v&#233;nements de juillet sembl&#232;rent passer effectivement sans laisser de traces, sans avoir arr&#234;t&#233; la croissance du parti. Pour autant que l'on en puisse juger, ce fut observ&#233; dans des cas o&#249; la retraite g&#233;n&#233;rale co&#239;ncidait avec l'entr&#233;e dans l'ar&#232;ne r&#233;volutionnaire de couches nouvelles arri&#233;r&#233;es, C'est ainsi que, en juillet, dans certains districts textiles, on commen&#231;a &#224; observer un afflux sensible d'ouvri&#232;res vers les organisations. Mais le tableau d'ensemble du reflux n'en est pas modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acuit&#233; ind&#233;niable, m&#234;me exag&#233;r&#233;e, de la r&#233;action devant la d&#233;faite partielle &#233;tait, en son genre, la ran&#231;on pay&#233;e par les ouvriers et surtout par les soldats pour avoir trop facilement, trop rapidement, trop incessamment, adh&#233;r&#233; aux bolcheviks dans les mois pr&#233;c&#233;dents. Le brusque revirement de l'&#233;tat d'esprit des masses produisait une s&#233;lection automatique et, de plus, sans erreur dans les cadres du parti. Sur ceux qui, en ces jours-l&#224;, ne trembl&#232;rent point, l'on pouvait compter pour la suite. Ils constituaient un noyau dans l'atelier, dans l'usine, dans le quartier. A la veille d'octobre les organisateurs jet&#232;rent plus d'une fois autour d'eux des regards scrutateurs lorsqu'il s'agissait de nominations ou d'envois en mission, se rappelant comment tel ou tel s'&#233;tait conduit pendant les Journ&#233;es de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au front, o&#249; tous les rapports se pr&#233;sentent plus d&#233;pouill&#233;s, la r&#233;action de Juillet prit un caract&#232;re particuli&#232;rement violent. Le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral utilisa les &#233;v&#233;nements avant tout pour cr&#233;er des effectifs sp&#233;ciaux, ceux &#034; du devoir devant la patrie libre &#034;. Dans les r&#233;giments, des brigades de choc &#233;taient organis&#233;es. &#034; J'ai vu bien des fois des oudarniki (membres des brigades de choc) &#8212; raconte D&#233;nikine &#8212; et je les ai toujours vus concentr&#233;s en eux-m&#234;mes et moroses. Dans les r&#233;giments, on les consid&#233;rait avec r&#233;serve ou bien m&#234;me avec hostilit&#233;. &#034; Les soldats voyaient, non sans raison, dans ces &#034; contingents du devoir &#034;, les noyaux d'une garde pr&#233;torienne. &#034; La r&#233;action ne lambinait pas &#8212; raconte, au sujet du front roumain qui retardait sur les autres, le socialiste-r&#233;volutionnaire Degtiarev, qui adh&#233;ra par la suite aux bolcheviks. Nombre de soldats furent arr&#234;t&#233;s comme d&#233;serteurs. Les officiers relev&#232;rent la t&#234;te et affich&#232;rent du d&#233;dain pour les comit&#233;s d'arm&#233;e ; &#231;&#224; et l&#224;, les chefs essay&#232;rent d'imposer de nouveau le salut militaire. &#034; Les commissaires proc&#233;daient &#224; l'&#233;puration de l'arm&#233;e. &#034; Dans presque chaque division &#8212; &#233;crit Stank&#233;vitch &#8212; on avait son bolchevik dont le nom &#233;tait plus connu dans la troupe que celui du chef de division&#8230; Nous &#233;liminions progressivement une notori&#233;t&#233; apr&#232;s l'autre. &#034; En m&#234;me temps, sur tout le front, on s'occupait de d&#233;sarmer les contingents insubordonn&#233;s. Commandants et commissaires prenaient appui pour cela sur les Cosaques et sur les brigades sp&#233;ciales qui &#233;taient odieuses aux soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la chute de Riga, la conf&#233;rence des commissaires du front Nord et des repr&#233;sentants des organisations d'arm&#233;e reconnut indispensable d'appliquer plus syst&#233;matiquement des mesures de r&#233;pression rigoureuses. Des hommes furent fusill&#233;s pour avoir fraternis&#233; avec les Allemands. Bien des commissaires, s'&#233;chauffant &#224; l'&#233;vocation de vagues images de la R&#233;volution fran&#231;aise, tent&#232;rent de faire preuve d'une poigne de fer. Ils ne comprenaient pas que les commissaires jacobins s'&#233;taient appuy&#233;s sur la base, n'avaient pas &#233;pargn&#233; les aristocrates et les bourgeois et que, seule, l'autorit&#233; pl&#233;b&#233;ienne les armait implacablement pour implanter dans les troupes une rigoureuse discipline. Les commissaires de K&#233;rensky n'avaient aucune base populaire sous les pieds, aucune aur&#233;ole morale sur la t&#234;te. Ils &#233;taient, aux yeux des soldats, des agents de la bourgeoisie, des fourriers de l'Entente, tout simplement. Ils pouvaient, pendant un temps, intimider l'arm&#233;e &#8212; ils y parvinrent effectivement, jusqu'&#224; un certain point &#8212; mais ils &#233;taient impuissants &#224; lui donner une nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bureau du Comit&#233; ex&#233;cutif, &#224; P&#233;trograd, un rapport, au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, disait que, dans l'&#233;tat d'esprit de l'arm&#233;e, s'&#233;tait produit un revirement favorable, que l'on s'&#233;tait remis &#224; faire l'exercice ; mais que, d'autre part, l'on observait une aggravation des d&#233;nis de justice, de l'arbitraire, de l'oppression. C'est avec une acuit&#233; particuli&#232;re que vint &#224; se poser la question du corps des officiers : celui-ci &#034; est compl&#232;tement isol&#233;, il forme des organisations &#224; lui, tr&#232;s ferm&#233;es &#034;. Et d'autres donn&#233;es prouvent qu'en apparence, sur le front, il y eut plus d'ordre, que les soldats cess&#232;rent de se mutiner pour des motifs insignifiants et accidentels. Mais d'autant plus concentr&#233; devenait leur m&#233;contentement devant la situation dans l'ensemble. Dans le discours prudent et diplomatique du menchevik Koutchine &#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat, sous des notes apaisantes, passait en sourdine un avertissement inqui&#233;tant. &#034; Il y une indubitable volte-face ; incontestablement le calme existe, mais, citoyens, il y a aussi autre chose, il y a un certain sentiment de d&#233;sillusion, et nous appr&#233;hendons &#224; l'extr&#234;me ce sentiment-l&#224;&#8230; &#034; La victoire temporairement remport&#233;e sur les bolcheviks &#233;tait avant tout une victoire sur les nouvelles esp&#233;rances des soldats, sur leur foi en un avenir meilleur. Les masses &#233;taient devenues plus circonspectes, la discipline semblait avoir augment&#233;. Mais, entre les dirigeants et les soldats, l'ab&#238;me s'&#233;tait creus&#233; plus profond, Quoi et qui engloutirait-il demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Juillet trace en quelque sorte une ligne d&#233;finitive de partage des eaux entre la R&#233;volution de F&#233;vrier et celle d'Octobre. Les ouvriers, les garnisons de l'arri&#232;re, le front, partiellement m&#234;me, comme on le verra plus loin, les paysans recul&#232;rent, firent un bond en arri&#232;re, comme s'ils avaient re&#231;u un coup en pleine poitrine. Le coup avait en r&#233;alit&#233; un caract&#232;re beaucoup plus moral que physique, mais il n'en &#233;tait pas moins effectif. Durant les quatre premiers mois tous les processus de masses avaient une seule direction : &#224; gauche. Le bolchevisme croissait, s'affermissait, s'enhardissait. Mais voici que le mouvement s'est heurt&#233; &#224; un barrage. En fait, il se d&#233;couvrit que, dans les voies de la R&#233;volution de F&#233;vrier, l'on ne pouvait avancer davantage. Bien des gens crurent que la r&#233;volution &#233;tait en somme arriv&#233;e &#224; son point mort. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait la R&#233;volution de F&#233;vrier qui avait tout donn&#233; d'elle jusqu'au fond. Cette crise int&#233;rieure de la conscience des masses, combin&#233;e avec la r&#233;pression et la calomnie, mena &#224; la perturbation et &#224; des reculades, &#224; des paniques en certains cas. Les adversaires s'enhardirent. Dans la masse elle-m&#234;me monta &#224; la surface tout ce qu'il y avait d'arri&#233;r&#233;, d'inerte, de m&#233;content, &#224; cause des commotions et des privations. Ces coups de ressac, dans le torrent de la r&#233;volution sont d'une violence irr&#233;sistible : on dirait qu'ils se conforment aux lois d'une hydrodynamique sociale. Il est impossible de remonter un pareil flux de retour &#8212; il ne reste qu'&#224; ne pas s'y abandonner, &#224; ne pas se laisser submerger, &#224; se maintenir, en attendant que le flot de la r&#233;action se soit &#233;puis&#233;, et &#224; pr&#233;parer, pendant ce temps, des points d'appui pour une nouvelle offensive.En observant certains r&#233;giments qui, le 3 juillet, avaient march&#233; sous les banni&#232;res bolchevistes et qui, une semaine apr&#232;s, r&#233;clam&#232;rent des ch&#226;timents rigoureux contre les agents du Kaiser, les sceptiques &#233;clair&#233;s pouvaient, semblait-il, chanter victoire : les voil&#224; bien, vos masses, voil&#224; comme elles tiennent et sont capables de comprendre ! Mais c'est du scepticisme &#224; bon march&#233;. Si les masses, effectivement, modifiaient leurs sentiments et pens&#233;es sous l'influence de circonstances accidentelles, l'on ne saurait expliquer la puissante causalit&#233; qui caract&#233;rise le d&#233;veloppement des grandes r&#233;volutions. Plus profonde est l'emprise sur des millions de gens dans le peuple, plus le d&#233;veloppement de la r&#233;volution est r&#233;gulier, et c'est avec une plus grande certitude que l'on peut pr&#233;dire l'encha&#238;nement des &#233;tapes suivantes. Il faut seulement ne pas oublier que le d&#233;veloppement politique des masses a lieu non pas en ligne droite, mais suivant une courbe complexe : telle est, en somme, l'orbite de tout processus mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions objectives poussaient imp&#233;rieusement les ouvriers, les soldats et les paysans &#224; se ranger sous le drapeau des bolcheviks. Mais les masses, s'engageant dans cette voie, entraient en lutte avec leur propre pass&#233;, avec leurs croyances d'hier, et partiellement d'aujourd'hui. A un tournant difficile, au moment de l'&#233;chec et de la d&#233;sillusion, les vieux pr&#233;jug&#233;s, qui n'ont pas encore &#233;t&#233; cuv&#233;s, remontent &#224; la surface, et les adversaires s'y accrochent naturellement comme &#224; une planche de salut. Tout ce qu'il y avait chez les bolcheviks de peu clair, d'inhabituel, d'&#233;nigmatique &#8212; nouveaut&#233; des id&#233;es, cr&#226;nerie, d&#233;dain de toutes les autorit&#233;s anciennes et nouvelles &#8212; tout cela avait maintenant trouv&#233; d'un coup une explication simple, persuasive dans son absurdit&#233; : espions de l'Allemagne ! L'accusation lanc&#233;e contre les bolcheviks misait en somme sur le pass&#233; d'esclavage du peuple, sur un h&#233;ritage de t&#233;n&#232;bres, de barbarie, de superstition &#8212; et cette mise n'&#233;tait pas mal plac&#233;e. La grande imposture patriotique dans le courant de juillet et d'ao&#251;t restait un facteur politique de toute premi&#232;re importance, formant accompagnement &#224; toutes les questions d'actualit&#233;. Les orbes de la calomnie s'&#233;largissaient sur le pays avec la presse des cadets, gagnant la province, les territoires limitrophes de l'&#233;tranger, p&#233;n&#233;trant dans les coins perdus. A la fin de juillet, l'Organisation bolcheviste d'Ivanovo-Vozn&#233;ssensk exigeait encore l'ouverture d'une campagne plus &#233;nergique contre la pers&#233;cution ! La question du poids sp&#233;cifique de la calomnie dans la lutte politique d'une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e attend encore son sociologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, n&#233;anmoins, la r&#233;action, parmi les ouvriers et les soldats, nerveuse et bouillonnante, n'&#233;tait ni profonde ni solide. Les usines d'avant-garde, &#224; P&#233;trograd, se redress&#232;rent peu de jours apr&#232;s la d&#233;faite, protest&#232;rent contre les arrestations et la calomnie, frapp&#232;rent aux portes du Comit&#233; ex&#233;cutif, r&#233;tablirent les liaisons. A la fabrique d'armes de Sestroretsk, les ouvriers reprirent bient&#244;t le gouvernail entre leurs mains : l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 20 juillet d&#233;cidait de verser leur paye aux ouvriers pour les journ&#233;es de manifestation, &#224; condition que le montant des salaires f&#251;t totalement employ&#233; &#224; des publications pour le front. Le travail d'agitation ouverte des bolcheviks &#224; P&#233;trograd reprend, d'apr&#232;s le t&#233;moignage d'Olga Ravitch, vers le 20 juillet. Dans des meetings qui ne r&#233;unissent pas plus de deux cents &#224; trois cents personnes, en diff&#233;rentes parties de la ville, prennent la parole trois hommes : Sloutsky, qui fut tu&#233; plus tard par les Blancs en Crim&#233;e, Volodarskj,, qui fut tu&#233; par les socialistes-r&#233;volutionnaires &#224; P&#233;trograd, et Evdokimov, m&#233;tallurgiste de P&#233;trograd, l'un des orateurs les plus capables de la r&#233;volution. En ao&#251;t, l'agitation faite par le parti acquiert plus d'ampleur. D'apr&#232;s une note de Raskolnikov, Trotsky, arr&#234;t&#233; le 23 juillet, donna en prison le tableau suivant de la situation en ville : &#034; Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires&#8230; continuent &#224; pers&#233;cuter avec acharnement les bolch&#233;viks. On ne cesse d'arr&#234;ter nos camarades. Mais, dans les cercles du parti, il n'y a point d'accablement. Au contraire, tous regardent l'avenir avec espoir, estimant que les mesures de r&#233;pression consolideront seulement la popularit&#233; du parti&#8230; Dans les quartiers ouvriers, l'on ne remarque pas non plus de d&#233;moralisation. &#034; Effectivement, bient&#244;t, une assembl&#233;e des ouvriers de vingt-sept entreprises du district de Peterhof vota une r&#233;solution protestant contre le gouvernement irresponsable et sa politique contre-r&#233;volutionnaire. Les districts prol&#233;tariens se ranimaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'au sommet, au palais d'Hiver et au palais de Tauride, l'on &#233;difiait une nouvelle coalition, l'on s'abouchait, brisait et raccommodait &#8212; en ces jours m&#234;mes et aux m&#234;mes heures, les 21-22 juillet, se produisit &#224; P&#233;trograd un &#233;v&#233;nement de la plus haute importance, sans doute &#224; peine remarqu&#233; dans le monde officiel, mais qui signalait l'affermissement d'une autre coalition plus solide : celle des ouvriers de P&#233;trograd et des soldats de l'arm&#233;e du front. Dans la capitale survinrent des d&#233;l&#233;gu&#233;s des arm&#233;es en campagne, qui protestaient, au nom de leurs contingents, contre l'&#233;touffement de la r&#233;volution sur le front. Pendant quelques jours, ils frapp&#232;rent vainement aux portes du Comit&#233; ex&#233;cutif. On ne les recevait pas, on les &#233;vin&#231;ait, on cherchait &#224; se d&#233;barrasser d'eux. Pendant ce temps arrivaient de nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s qui devaient passer par la m&#234;me fili&#232;re. &#233;conduits, ils retombaient les uns sur les autres dans les couloirs et les salles de r&#233;ception, se lamentaient, d&#233;blat&#233;raient, cherchaient ensemble une issue. Ils y &#233;taient aid&#233;s par les bolcheviks. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s d&#233;cid&#232;rent d'avoir des &#233;changes de vues avec les ouvriers, les soldats, les matelots de la capitale, qui les accueillirent &#224; bras ouverts, les log&#232;rent, les h&#233;berg&#232;rent. Dans une conf&#233;rence que personne d'en haut n'avait convoqu&#233;e, qui avait surgi d'en bas, il y eut, comme participants, des d&#233;l&#233;gu&#233;s de vingt-neuf r&#233;giments du front, de quatre-vingt-dix usines de P&#233;trograd, de matelots de Cronstadt et des garnisons de la banlieue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la conf&#233;rence se trouvaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s venus des tranch&#233;es ; parmi eux, il y avait aussi quelques jeunes officiers. Les ouvriers de P&#233;trograd &#233;coutaient les hommes du front avec avidit&#233;, t&#226;chant de ne pas perdre un mot de ce qu'ils disaient. Ceux-ci racontaient comment l'offensive et ses cons&#233;quences d&#233;voraient la r&#233;volution. D'obscurs soldats, qui n'&#233;taient pas du tout des agitateurs, d&#233;crivaient dans des causeries simplistes le traintrain journalier de la vie du front. Ces d&#233;tails &#233;taient bouleversants, car ils montraient clairement la remont&#233;e de tout ce qui &#233;tait le plus d&#233;test&#233; dans le vieux r&#233;gime. Le contraste entre les esp&#233;rances de nagu&#232;re et la r&#233;alit&#233; d'aujourd'hui frappa droit aux c&#339;urs et mit les pens&#233;es &#224; l'unisson. Bien que, parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s du front, les socialistes-r&#233;volutionnaires fussent vraisemblablement en majorit&#233;, une violente r&#233;solution bolcheviste fut adopt&#233;e presque &#224; l'unanimit&#233; : il n'y eut que quatre abstentions. La r&#233;solution adopt&#233;e ne restera pas lettre morte : une fois s&#233;par&#233;s, les d&#233;l&#233;gu&#233;s raconteront la v&#233;rit&#233;, diront comment ils ont &#233;t&#233; repouss&#233;s par les leaders conciliateurs et comment ils ont &#233;t&#233; re&#231;us par les ouvriers. Les tranch&#233;es accorderont foi &#224; leurs rapporteurs, ceux-ci ne tromperont point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la garnison m&#234;me de P&#233;trograd, le d&#233;but du revirement se dessina vers la fin du mois, surtout apr&#232;s les meetings auxquels avaient particip&#233; des repr&#233;sentants du front. Il est vrai que les r&#233;giments qui avaient le plus souffert ne pouvaient pas encore se relever de leur apathie. En revanche, dans les contingents qui &#233;taient rest&#233;s le plus longtemps sur une position patriotique et qui avaient gard&#233; la discipline pendant les premiers mois de la r&#233;volution, l'influence du parti s'accroissait sensiblement. L'Organisation militaire, qui avait particuli&#232;rement souffert de l'&#233;crasement, commen&#231;a &#224; se reprendre. Comme toujours apr&#232;s des d&#233;faites, dans les cercles du parti, l'on consid&#233;rait avec malveillance les dirigeants du travail dans l'arm&#233;e, leur faisant grief de fautes effectives ou imaginaires et d'entra&#238;nements. Le Comit&#233; central s'associa de plus pr&#232;s l'Organisation militaire, &#233;tablit sur elle, par l'interm&#233;diaire de Sverdlov et de Dzerjinski, un contr&#244;le plus direct, et le travail reprit, plus lentement qu'auparavant, mais plus s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de juillet, la situation des bolcheviks dans les usines de P&#233;trograd &#233;tait d&#233;j&#224; r&#233;tablie ; les ouvriers s'&#233;taient resserr&#233;s sous le m&#234;me drapeau ; pourtant c'&#233;taient d&#233;j&#224; d'autres hommes, plus m&#251;rs, c'est-&#224;-dire plus prudents, mais aussi plus r&#233;solus. &#034; Dans les usines, nous jouissons d'une influence formidable, illimit&#233;e, rapportait Volodarsky, le 27 juillet, au Congr&#232;s des bolcheviks. Le travail du parti est rempli principalement par les ouvriers eux-m&#234;mes&#8230; L'organisation a mont&#233; d'en bas, et c'est pourquoi nous avons toute raison de penser qu'elle ne se disloquera pas. &#034; L'Union de la Jeunesse comptait &#224; cette &#233;poque jusqu'&#224; cinquante mille membres et subissait de plus en plus l'influence des bolcheviks. Le 7 ao&#251;t, la section ouvri&#232;re du Soviet adopte une r&#233;solution pour l'abolition de la peine de mort. En signe de protestation contre la Conf&#233;rence d'&#201;tat, les travailleurs de Poutilov pr&#233;l&#232;vent le salaire d'une journ&#233;e comme souscription &#224; la presse ouvri&#232;re. A la Conf&#233;rence des Comit&#233;s de fabriques et d'usines, une r&#233;solution est unanimement adopt&#233;e, d&#233;clarant que la Conf&#233;rence de Moscou est &#034; une tentative d'organisation des forces contre-r&#233;volutionnaires &#034;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cronstadt cicatrisait aussi ses blessures. Le 20 juillet, un meeting sur la place de l'Ancre exige la remise du pouvoir aux soviets, l'envoi au front des Cosaques ainsi que des gendarmes et des sergents de ville, l'abolition de la peine de mort, l'admission &#224; Tsarskoi&#233;-S&#233;lo de d&#233;l&#233;gu&#233;s de Cronstadt pour v&#233;rifier si Nicolas II, dans sa d&#233;tention, est suffisamment et rigoureusement surveill&#233;, la dislocation des &#034; bataillons de la Mort &#034;, la confiscation des journaux bourgeois, etc. En m&#234;me temps, un nouvel amiral, Tyrkov, ayant pris le commandement de la forteresse, ordonna d'amener sur les vaisseaux de guerre le drapeau rouge, et de hisser le drapeau portant la croix de Saint-Andr&#233;. Les officiers et une partie des soldats rev&#234;tirent leurs galons et &#233;paulettes. Les matelots de Cronstadt protest&#232;rent. La commission gouvernementale d'enqu&#234;te sur les &#233;v&#233;nements des 3-5 juillet fut contrainte de quitter Cronstadt sans r&#233;sultat pour rentrer &#224; P&#233;trograd : elle fut accueillie par des sifflets, des protestations et m&#234;me des menaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement d'opinion se produisait dans toute la flotte. &#034; A la fin de juillet et au commencement d'ao&#251;t &#8212; &#233;crit un des dirigeants en Finlande, Zalejsky &#8212; on sentait nettement que non seulement la r&#233;action ext&#233;rieure n'avait pas r&#233;ussi &#224; briser les forces r&#233;volutionnaires d'Helsingfors, mais, qu'au contraire, ici, l'on notait un mouvement tr&#232;s net vers la gauche et un large accroissement de sympathies pour les bolch&#233;viks. &#034; Les matelots avaient &#233;t&#233;, dans une mesure consid&#233;rable, les instigateurs de la manifestation de Juillet, ind&#233;pendamment et partiellement contre le gr&#233; du parti qu'ils soup&#231;onnaient de mod&#233;ration et presque d'esprit conciliateur. L'exp&#233;rience de la manifestation arm&#233;e leur montra que la question du pouvoir ne se r&#233;solvait pas si simplement. Un &#233;tat d'opinion anarchiste c&#233;dait la place &#224; de la confiance &#224; l'&#233;gard du parti. Tr&#232;s int&#233;ressant, sur ce point, est un rapport du d&#233;l&#233;gu&#233; d'Helsingfors &#224; la fin de juillet : &#034; Sur les petites unit&#233;s navales, c'est l'influence des socialistes-r&#233;volutionnaires qui pr&#233;domine ; mais sur les grands vaisseaux de guerre, croiseurs et cuirass&#233;s, tous les matelots sont ou bien des bolcheviks ou bien des sympathisants. Tel &#233;tait (et pr&#233;c&#233;demment aussi) l'&#233;tat d'esprit des matelots sur le P&#233;tropavlovsk et sur le R&#233;publique, et apr&#232;s les 3-5 juillet, sont venus &#224; nous le Gangout, le S&#233;bastopol, le Rurik, l'Andre&#239; Pervozvanny, le Diana, le Gromobo&#239;, l'India. Ainsi nous avons dans les mains une formidable force de combat&#8230; Les &#233;v&#233;nements du 3 au 5 juillet ont beaucoup appris aux matelots, leur montrant qu'il ne suffisait pas d'&#234;tre dans un certain &#233;tat d'esprit pour atteindre le but. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En retard sur P&#233;trograd, Moscou suit le m&#234;me chemin. &#034; Peu &#224; peu, l'atmosph&#232;re asphyxiante a commenc&#233; &#224; se dissiper &#8212; raconte l'artilleur Davydovsky &#8212; la masse des soldats commence &#224; revenir &#224; elle et nous reprenons l'offensive sur tout le front. Cette imposture qui a arr&#234;t&#233; un moment le mouvement de la masse vers la gauche a seulement renforc&#233; ensuite son afflux vers nous. &#034; Sous les coups, l'amiti&#233; des usines et des casernes se resserrait plus &#233;troitement. Un ouvrier de Moscou, Strelkov, raconte comment des rapports &#233;troits s'&#233;tablirent progressivement entre l'usine Michelsohn et le r&#233;giment voisin. Les comit&#233;s d'ouvriers et de soldats d&#233;cidaient fr&#233;quemment, en s&#233;ances unifi&#233;es, des questions pratiques de la vie et de l'usine et du r&#233;giment. Les ouvriers organisaient pour les soldats des soir&#233;es d'&#233;ducation et d'instruction, leur achetaient des journaux bolcheviks et s'employaient par tous les moyens &#224; leur venir en aide. &#034; Si quelqu'un est puni &#8212; raconte Strelkov &#8212; on accourt aussit&#244;t vers nous porter plainte&#8230; Pendant les meetings de rues, si quelqu'un brutalise un ouvrier de Michelsohn, il suffit qu'un soldat ait connaissance du fait, et aussit&#244;t l'on vient par groupes entiers pour le d&#233;livrer. Or, les vexations &#233;taient alors nombreuses. On nous empoisonnait avec les l&#233;gendes de l'or allemand, de la trahison et tous les l&#226;ches mensonges des conciliateurs. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence moscovite des Comit&#233;s de fabriques et d'usines, &#224; la fin de juillet, prit d'abord des tons mod&#233;r&#233;s, mais &#233;volua fortement vers la gauche en une semaine de travaux et, vers la fin, adopta une r&#233;solution nettement color&#233;e de bolchevisme. En ces m&#234;mes journ&#233;es, un d&#233;l&#233;gu&#233; de Moscou, Podbielsky, rapportait ceci au Congr&#232;s du parti : &#034; Six soviets de quartier sur dix se trouvent entre nos mains&#8230; Devant la pers&#233;cution actuellement organis&#233;e, nous n'avons de salut que dans la classe ouvri&#232;re, qui soutient fermement le bolchevisme. &#034; Au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, lors des &#233;lections dans les usines de Moscou, ce sont, au lieu des mencheviks, et des socialistes-r&#233;volutionnaires, les bolch&#233;viks qui passent d&#233;j&#224;. L'accroissement de l'influence du parti se manifesta avec fougue dans la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la veille de la Conf&#233;rence. Les Izvestia officielles de Moscou &#233;crivaient : &#034; Il est enfin temps de comprendre que les bolcheviks ne constituent pas des groupes irresponsables, qu'ils sont un des d&#233;tachements de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire organis&#233;e, derri&#232;re lequel se tiennent de larges masses, non peut-&#234;tre toujours disciplin&#233;es, mais en revanche totalement d&#233;vou&#233;es &#224; la r&#233;volution. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaiblissement, en juillet, des positions du prol&#233;tariat rendit courage aux industriels. Un congr&#232;s des treize plus importantes organisations d'entreprises, et dans ce nombre des &#233;tablissements bancaires, cr&#233;a un Comit&#233; de d&#233;fense de l'industrie qui se chargea de la direction des lock-out et en g&#233;n&#233;ral de toute la politique d'offensive contre la r&#233;volution. Les ouvriers r&#233;pliqu&#232;rent par de la r&#233;sistance. Dans tout le pays d&#233;ferla une vague de grandes gr&#232;ves et d'autres collisions. Si les d&#233;tachements les plus exp&#233;riment&#233;s du prol&#233;tariat montr&#232;rent de la prudence, les nouvelles couches, fra&#238;chement form&#233;es, s'engag&#232;rent d'autant plus r&#233;solument dans la lutte. Si les m&#233;tallurgistes restaient dans l'expectative et se pr&#233;paraient, les ouvriers du textile faisaient irruption sur le terrain, ainsi que ceux des industries du caoutchouc, du papier, du cuir. Il y avait un sursaut des couches les plus arri&#233;r&#233;es et soumises de travailleurs. Kiev fut troubl&#233;e par une violente gr&#232;ve de veilleurs de nuit et de portiers : parcourant les immeubles, les gr&#233;vistes &#233;teignaient les lampes, enlevaient les clefs des ascenseurs, ouvraient les portes sur la rue, etc. Chaque conflit, quel qu'en f&#251;t le motif, avait tendance &#224; s'&#233;tendre sur toute une branche de l'industrie et &#224; acqu&#233;rir un caract&#232;re de principe. Avec le soutien des ouvriers de tout le pays, les peaussiers de Moscou ouvrirent, en ao&#251;t, une longue et opini&#226;tre lutte pour conqu&#233;rir aux comit&#233;s de fabriques le droit de d&#233;cider de l'embauche et du cong&#233;diement des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bien des cas, surtout en province, les gr&#232;ves prirent un caract&#232;re dramatique, allant jusqu'&#224; l'arrestation par les gr&#233;vistes des entrepreneurs et des administrateurs. Le gouvernement pr&#234;chait aux ouvriers l'abn&#233;gation, entrait en coalition avec les industriels, envoyait des Cosaques dans le bassin du Donetz et relevait du double les tarifs sur le bl&#233; et sur les commandes de fournitures de guerre. Tout en portant au plus haut l'indignation des ouvriers, cette politique n'arrangeait pas non plus les entrepreneurs. &#034; Avec la clairvoyance de Skob&#233;lev &#8212; d&#233;clare plaintivement Auerbach, un des capitaines de l'industrie lourde &#8212; les commissaires du Travail dans les localit&#233;s n'&#233;taient pas encore arriv&#233;s &#224; y voir clair&#8230; Dans le minist&#232;re m&#234;me&#8230; l'on n'accordait point confiance aux agents que l'on avait en province&#8230; Les repr&#233;sentants des ouvriers &#233;taient convoqu&#233;s &#224; P&#233;trograd et, dans le palais de Marbre, on les exhortait, on les invectivait, on les r&#233;conciliait avec les industriels, les ing&#233;nieurs. &#034; Mais tout cela ne conduisait &#224; rien : &#034; Les masses ouvri&#232;res, vers ce temps-l&#224;, tombaient d&#233;j&#224; de plus en plus sous l'influence de meneurs plus r&#233;solus et d&#233;cid&#233;s dans leur d&#233;magogie. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;faitisme &#233;conomique constituait le principal instrument des entrepreneurs contre la dualit&#233; de pouvoirs dans les usines. A la conf&#233;rence des comit&#233;s de fabriques et d'usines, dans la premi&#232;re quinzaine d'ao&#251;t, l'on d&#233;non&#231;a en d&#233;tail la politique nocive des industriels, tendant &#224; d&#233;sorganiser et &#224; arr&#234;ter la production, Outre des manigances financi&#232;res, on appliquait largement le recel des mat&#233;riaux, la fermeture des ateliers de fabrication d'instruments ou de r&#233;parations, etc. Sur le sabotage men&#233; par les entrepreneurs, d'&#233;clatants t&#233;moignages sont donn&#233;s par John Reed qui, en qualit&#233; de correspondant am&#233;ricain, avait acc&#232;s dans les cercles les plus divers, obtenait des informations confidentielles des agents diplomatiques de l'Entente et pouvait &#233;couter les francs aveux des politiciens russes bourgeois. &#034; Le secr&#233;taire de la section p&#233;tersbourgeoise du parti cadet &#8212; &#233;crit Reed &#8212; me disait que la d&#233;composition de l'&#233;conomie faisait partie de la campagne men&#233;e pour discr&#233;diter la r&#233;volution. Un diplomate alli&#233; dont j'ai promis sur parole de ne pas r&#233;v&#233;ler le nom, confirmait le fait sur la base de ses informations personnelles. Je connais des charbonnages pr&#233;s de Kharkov qui furent incendi&#233;s ou noy&#233;s par les propri&#233;taires. Je connais des manufactures textiles de la r&#233;gion moscovite o&#249; les ing&#233;nieurs, en abandonnant le travail, mettaient les machines hors d'&#233;tat, Je connais des employ&#233;s de la voie ferr&#233;e que les ouvriers surprirent &#224; d&#233;t&#233;riorer des locomotives. &#034; Telle &#233;tait l'atroce r&#233;alit&#233; &#233;conomique. Elle r&#233;pondait non point aux illusions des conciliateurs, non point &#224; la politique de coalition, mais &#224; la pr&#233;paration du soul&#232;vement kornilovien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front, l'union sacr&#233;e se greffait aussi mal qu'&#224; l'arri&#232;re. L'arrestation de certains bolcheviks &#8212; d&#233;clare Stank&#233;vitch en se lamentant &#8212; ne r&#233;solvait pas du tout la question. &#034; La criminalit&#233; &#233;tait dans l'atmosph&#232;re, ses contours n'&#233;taient pas nets parce qu'elle avait contamin&#233; toute la masse. &#034; Si les soldats devinrent plus mod&#233;r&#233;s, c'est uniquement parce qu'ils avaient appris, dans une certaine mesure, &#224; discipliner leur haine. Mais quand ils &#233;taient exc&#233;d&#233;s, leurs v&#233;ritables sentiments se manifestaient d'autant plus clairement, Une des compagnies du r&#233;giment de Doubno, que l'on avait ordonn&#233; de dissoudre pour refus d'accepter le capitaine r&#233;cemment nomm&#233;, souleva quelques autres compagnies, ensuite tout le r&#233;giment, et lorsque le colonel tenta de r&#233;tablir l'ordre par les armes, il fut tu&#233; &#224; coups de crosse. Cela se passa le 31 juillet. Si, dans d'autres r&#233;giments, l'affaire n'alla pas jusque-l&#224;, elle pouvait toujours, d'apr&#232;s le sentiment intime du corps des officiers, en arriver &#224; ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu d'ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Chtcherbatchev communiquait au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral : &#034; L'&#233;tat d'esprit des contingents d'infanterie, &#224; l'exception des bataillons de la Mort, est extr&#234;mement instable ; parfois, pendant plusieurs journ&#233;es, les dispositions de certains &#233;l&#233;ments de l'infanterie se sont brusquement modifi&#233;es dans un sens diam&#233;tralement oppos&#233;. &#034; Bien des commissaires commenc&#232;rent &#224; comprendre que les m&#233;thodes de juillet ne r&#233;solvaient rien. &#034; La pratique des tribunaux militaires r&#233;volutionnaires sur le front Ouest &#8212; communique le 22 ao&#251;t le commissaire Jamandt &#8212; introduit de terribles dissensions entre le commandement et la masse de la population, discr&#233;ditant l'id&#233;e m&#234;me de ces tribunaux&#8230; &#034; Le programme de salut de Kornilov, d&#232;s avant la r&#233;bellion du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, avait &#233;t&#233; suffisamment &#233;prouv&#233; et avait conduit dans la m&#234;me impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui effrayait plus que tout les classes poss&#233;dantes, c'&#233;taient les sympt&#244;mes de d&#233;composition de la cosaquerie : l&#224;, il y avait menace d'un &#233;croulement du dernier rempart. Les r&#233;giments de Cosaques &#224; P&#233;trograd, en f&#233;vrier, avaient abandonn&#233; la monarchie sans r&#233;sistance. Il est vrai que, chez elles, &#224; Novotcherkassk, les autorit&#233;s cosaques avaient essay&#233; de dissimuler le t&#233;l&#233;gramme annon&#231;ant l'insurrection et avaient c&#233;l&#233;br&#233; avec la solennit&#233; habituelle, le 1er mars, un service fun&#232;bre en l'honneur d'Alexandre II. Mais, en fin de compte, la cosaquerie &#233;tait pr&#234;te &#224; se dispenser du tsar et avait m&#234;me d&#233;couvert, dans son pass&#233;, des traditions r&#233;publicaines. Mais elle ne voulait pas aller au-del&#224;. Les Cosaques, d&#232;s le d&#233;but, refus&#232;rent d'envoyer leurs d&#233;put&#233;s au Soviet de P&#233;trograd, pour ne pas se mettre au niveau des ouvriers et des soldats, et constitu&#232;rent un Soviet des troupes cosaques, groupant les douze formations de leur caste, en la personne de leurs dirigeants de l'arri&#232;re. La bourgeoisie s'effor&#231;ait, et non sans succ&#232;s, de s'appuyer sur les Cosaques contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le politique de la cosaquerie &#233;tait d&#233;termin&#233; par sa situation particuli&#232;re dans l'&#201;tat. Elle repr&#233;sentait depuis des si&#232;cles une originale caste inf&#233;rieure privil&#233;gi&#233;e. Le Cosaque ne payait aucun imp&#244;t et disposait d'un lot de terre beaucoup plus consid&#233;rable que celui du paysan. Dans trois r&#233;gions voisines, celles du Don, du Kouban et du Terk, trois millions d'habitants cosaques poss&#233;daient vingt-trois millions de d&#233;ciatines de terres, alors que, pour quatre millions trois cent mille &#226;mes de la population paysanne, il ne revenait dans les m&#234;mes r&#233;gions que six millions de d&#233;ciatines : chaque Cosaque poss&#233;dait en moyenne cinq fois plus qu'un paysan. Parmi les Cosaques eux-m&#234;mes, la terre &#233;tait distribu&#233;e bien entendu tr&#232;s in&#233;galement. Il y avait l&#224; de gros propri&#233;taires et des koulaks plus puissants que dans le Nord ; il y avait aussi des pauvres. Tout Cosaque &#233;tait tenu de r&#233;pondre au premier appel de l'&#201;tat, avec son cheval et son &#233;quipement. Les Cosaques riches couvraient largement cette d&#233;pense, gr&#226;ce &#224; l'exemption de l'imp&#244;t. Ceux de la base pliaient sous le fardeau des obligations de la caste. Ces donn&#233;es essentielles expliquent suffisamment la situation contradictoire dans la cosaquerie, Par ses couches inf&#233;rieures, elle touchait de pr&#232;s &#224; la paysannerie, par ses sommets &#8212; aux propri&#233;taires nobles. En m&#234;me temps, les hautes et les basses couches &#233;taient unies par la conscience de leur particularisme, de leur &#233;tat d'&#233;lection, et &#233;taient accoutum&#233;es &#224; consid&#233;rer de leur haut non seulement l'ouvrier, mais m&#234;me le paysan. C'est ce qui rendait le Cosaque moyen si apte &#224; exercer la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es de guerre, lorsque les jeunes g&#233;n&#233;rations se trouvaient sur les fronts, les bourgs cosaques &#233;taient r&#233;gent&#233;s par les vieux, porteurs de traditions conservatrices, &#233;troitement li&#233;s avec leur corps d'officiers. Sous apparence de ressusciter la d&#233;mocratie cosaque, les gros propri&#233;taires, chez eux, pendant les premiers mois de la r&#233;volution, convoqu&#232;rent ce que l'on appela les cercles militaires, lesquels &#233;lurent des atamans, des pr&#233;sidents en leur genre, et, aupr&#232;s d'eux, &#034; des gouvernements militaires &#034;, Les commissaires officiels et les soviets de la population non cosaque n'avaient pas de pouvoir dans ces r&#233;gions, car les Cosaques &#233;taient plus solides, plus riches et mieux arm&#233;s. Les socialistes-r&#233;volutionnaires essay&#232;rent de cr&#233;er des soviets communs de d&#233;put&#233;s paysans et cosaques, mais ces derniers ne donnaient pas leur assentiment, craignant, non sans raison, que la r&#233;volution agraire ne leur enlev&#226;t une partie des terres. Ce n'est pas en vain que Tchernov, en qualit&#233; de ministre de l'Agriculture, laissa tomber cette phrase : &#034; Les Cosaques devront se serrer un peu sur leurs terres. &#034; Plus important encore &#233;tait le fait que les paysans de la r&#233;gion et les soldats des r&#233;giments d'infanterie disaient, de plus en plus fr&#233;quemment, &#224; l'adresse des Cosaques : &#034; Nous en viendrons &#224; mettre la main sur vos terres, vous avez assez r&#233;gn&#233;. &#034; C'est ainsi que se pr&#233;sentait l'affaire &#224; l'arri&#232;re, dans le bourg cosaque, partiellement aussi dans la garnison de P&#233;trograd, au centre m&#234;me de la vie politique. Ainsi s'explique aussi la conduite des r&#233;giments cosaques dans la manifestation de Juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le front, la situation &#233;tait essentiellement diff&#233;rente. Au total, pendant l'&#233;t&#233; de 1917, les troupes cosaques engag&#233;es dans l'action se composaient de cent soixante-deux r&#233;giments et de cent soixante et onze sotnias. &#201;loign&#233;s de leurs bourgs, les Cosaques du front partageaient avec toute l'arm&#233;e les &#233;preuves de la guerre et, quoique avec un retard consid&#233;rable, passaient par l'&#233;volution de l'infanterie, perdaient foi en la victoire, s'exasp&#233;raient devant le g&#226;chis, murmuraient contre les chefs, vivaient dans l'angoisse de la paix et de la rentr&#233;e au foyer. Pour la police du front et de l'arri&#232;re, l'on d&#233;tacha peu &#224; peu quarante-cinq r&#233;giments et jusqu'&#224; soixante-cinq sotnias ! Les Cosaques &#233;taient de nouveau transform&#233;s en gendarmes. Les soldats, les ouvriers, les paysans grognaient contre eux, leur rappelant l'&#339;uvre de bourreaux qu'ils avaient accomplie en 1905. Bien des Cosaques qui, d'abord, avaient &#233;t&#233; fiers de leur conduite en F&#233;vrier, avaient maintenant le c&#339;ur d&#233;chir&#233;. Le Cosaque commen&#231;ait &#224; maudire sa naga&#239;ka et refusa plus d'une fois de la prendre en service command&#233;. Les d&#233;serteurs, parmi les hommes du Don et du Kouban, &#233;taient peu nombreux : ils avaient peur de leurs vieux au village. Dans l'ensemble, les contingents cosaques rest&#232;rent beaucoup plus longtemps entre les mains du commandement que l'infanterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du Don, du Kouban, l'on apprenait au front que les sommets de la cosaquerie, assist&#233;s par les anciens, avaient &#233;tabli un pouvoir &#224; eux, sans demander l'avis du Cosaque du front. Cela r&#233;veillait les antagonismes sociaux assoupis : &#034; Nous rentrerons &#224; la maison, nous le leur ferons voir &#034;, dirent plus d'une fois les hommes du front. Krasnov, g&#233;n&#233;ral cosaque, un des chefs de la contre-r&#233;volution sur le Don, d&#233;crivit pittoresquement comment les solides contingents cosaques se d&#233;sagr&#233;geaient sur le front : &#034; On commen&#231;a &#224; tenir des meetings o&#249; l'on adopta les r&#233;solutions les plus extravagantes. Les Cosaques cess&#232;rent de panser et de nourrir r&#233;guli&#232;rement leurs chevaux. Il &#233;tait inutile de songer &#224; leur faire faire l'exercice. Ils se d&#233;cor&#232;rent de n&#339;uds cramoisis, se par&#232;rent de rubans rouges et, quant &#224; respecter les officiers, ne voulurent plus en entendre parler. &#034; Pourtant, avant d'en arriver d&#233;finitivement &#224; cet &#233;tat d'esprit, le Cosaque h&#233;sita longtemps, se grattant la nuque, cherchant de quel c&#244;t&#233; il se tournerait. Dans une minute critique, il n'&#233;tait par cons&#233;quent point facile de deviner d'avance comment se conduirait tel ou tel contingent cosaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 ao&#251;t, le Cercle militaire du Don fit bloc avec les cadets pour les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Le bruit s'en r&#233;pandit imm&#233;diatement dans l'arm&#233;e. &#034; Parmi les Cosaques &#8212; &#233;crit l'un des leurs, l'officier Ianov &#8212; le bloc fut vivement d&#233;savou&#233;. Le parti cadet n'avait pas de racines dans l'arm&#233;e. &#034; En effet, l'arm&#233;e d&#233;testait les cadets, les identifiant &#224; tous ceux qui &#233;touffent les masses populaires. &#034; Les vieux vous ont vendus aux cadets ! &#034; disaient les soldats taquins. &#034; On le leur montrera ! &#034; r&#233;pliquaient les Cosaques. Sur le front Sud-Ouest, les contingents de Cosaques dans une r&#233;solution sp&#233;ciale, d&#233;clar&#232;rent les cadets &#034; ennemis jur&#233;s et oppresseurs du peuple laborieux &#034; et exig&#232;rent que fussent exclus du Cercle militaire tous ceux qui avaient os&#233; conclure un accord avec les cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kornilov, Cosaque lui-m&#234;me, comptait fermement sur l'aide de la cosaquerie, surtout de celle du Don, et avait compl&#233;t&#233; avec des effectifs cosaques le d&#233;tachement destin&#233; &#224; op&#233;rer le coup d'&#201;tat. Mais les Cosaques ne boug&#232;rent point pour soutenir &#034; le fils d'un paysan &#034;. Dans leurs bourgs, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre avec acharnement, sur place, leurs terres, mais n'avaient aucune propension &#224; s'engager dans une rixe entre des tiers. Le 3e corps de cavalerie ne justifia point non plus les esp&#233;rances. Si les Cosaques regardaient d'un mauvais &#339;il la fraternisation avec les Allemands, sur le front de P&#233;trograd ils all&#232;rent volontiers au devant des d&#233;sirs des soldats et des matelots : par cette fraternisation, le plan de Kornilov &#233;choua sans effusion de sang. Ainsi, sous les esp&#232;ces de la cosaquerie, s'affaiblissait et s'&#233;croulait le dernier support de la vieille Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, bien loin au-del&#224; des fronti&#232;res du pays, sur le territoire fran&#231;ais, l'on proc&#233;da, &#224; l'&#233;chelle d'un laboratoire, &#224; une tentative de &#034; r&#233;surrection &#034; des troupes russes, en dehors de la port&#233;e des bolcheviks, et, par cons&#233;quent, d'autant plus probante. Pendant l'&#233;t&#233; et l'automne, dans la presse russe, p&#233;n&#233;tr&#232;rent, mais rest&#232;rent dans le tourbillon des &#233;v&#233;nements presque inaper&#231;ues, des informations sur la r&#233;volte arm&#233;e qui avait &#233;clat&#233; dans les troupes russes en France. Les soldats des deux brigades russes qui se trouvaient en ce pays &#233;taient, d'apr&#232;s l'officier Lissovsky, d&#232;s janvier 1917, par cons&#233;quent avant la r&#233;volution, &#034; fermement persuad&#233;s d'avoir &#233;t&#233; tous vendus aux Fran&#231;ais, en &#233;change de munitions &#034;. Les soldats ne se trompaient pas tellement. A l'&#233;gard des patrons alli&#233;s, ils ne nourrissaient &#034; pas la moindre sympathie &#034;, et &#224; l'&#233;gard de leurs officiers &#8212; pas la moindre confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de la r&#233;volution trouva les brigades d'exportation pour ainsi dire politiquement pr&#233;par&#233;es &#8212; et n&#233;anmoins les prit &#224; l'improviste. Il n'y avait pas lieu d'attendre des officiers des explications sur l'insurrection : l'ahurissement s'av&#233;rait d'autant plus grand que l'officier &#233;tait plus &#233;lev&#233; en grade. Dans les camps apparurent des patriotes d&#233;mocrates venus des milieux de l'&#233;migration. &#034; On put observer plus d'une fois &#8212; &#233;crit Lissovsky &#8212; comment certains diplomates et officiers des r&#233;giments de la Garde&#8230; avan&#231;aient aimablement des si&#232;ges &#224; d'anciens &#233;migr&#233;s. &#034; Dans les r&#233;giments surgirent des institutions &#233;lectives, et, &#224; la t&#232;te du Comit&#233;, fut plac&#233; un soldat letton qui se distingua bient&#244;t. L&#224; encore, par cons&#233;quent, l'on avait trouv&#233; son &#034; allog&#232;ne &#034;. Le 1er r&#233;giment, qui avait &#233;t&#233; form&#233; &#224; Moscou et se composait presque enti&#232;rement d'ouvriers, de commis et employ&#233;s de magasin, en g&#233;n&#233;ral d'&#233;l&#233;ments prol&#233;tariens et &#224; demi prol&#233;tariens, &#233;tait arriv&#233; le premier sur la terre de France, un an auparavant et, pendant l'hiver, avait combattu sur le front champenois. Mais &#034; la maladie de la d&#233;composition atteignit avant tout ce r&#233;giment m&#234;me &#034;. Le 2e r&#233;giment, qui avait dans ses rangs un fort pourcentage de paysans, garda son calme plus longtemps. La 2e brigade, presque enti&#232;rement compos&#233;e de paysans sib&#233;riens, semblait tout &#224; fait s&#251;re. Fort peu de temps apr&#232;s l'insurrection de F&#233;vrier, la 1re brigade &#233;tait sortie de la subordination. Elle ne voulait combattre ni pour l'Alsace ni pour la Lorraine. Elle ne voulait pas mourir pour la belle France. Elle voulait essayer de vivre dans la Russie neuve. La brigade fut ramen&#233;e &#224; l'arri&#232;re et cantonn&#233;e au centre de la France dans le camp de La Courtine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Au milieu de bourgades bourgeoises &#8212; raconte Lissovsky &#8212; dans un immense camp, commenc&#232;rent &#224; vivre en des conditions tout &#224; fait particuli&#232;res, insolites, environ dix mille soldats russes mutin&#233;s et arm&#233;s, n'ayant pas aupr&#232;s d'eux d'officiers et n'acceptant pas, r&#233;solument, de se soumettre &#224; quiconque. &#034; Komilov trouva une occasion exceptionnelle d'appliquer ses m&#233;thodes d'assainissement avec le concours de Poincar&#233; et de Ribot, qui avaient tant de sympathie pour lui. Le g&#233;n&#233;ralissime russe ordonna, par t&#233;l&#233;gramme, de r&#233;duire &#034; les hommes de La Courtine &#224; l'ob&#233;issance &#034; et de les exp&#233;dier &#224; Salonique. Mais les mutins ne c&#233;daient pas. Vers le 1er septembre, on fit avancer de l'artillerie lourde et, &#224; l'int&#233;rieur du camp, l'on colla des affiches portant le t&#233;l&#233;gramme comminatoire de Kornilov. Mais, justement alors, dans la marche des &#233;v&#233;nements, s'ins&#233;ra une nouvelle complication : les journaux fran&#231;ais publi&#232;rent la nouvelle que Kornilov lui-m&#234;me &#233;tait d&#233;clar&#233; tra&#238;tre et contre-r&#233;volutionnaire. Les soldats mutin&#233;s d&#233;cid&#232;rent d&#233;finitivement qu'il n'y avait aucune raison pour eux d'aller mourir &#224; Salonique, et qui plus est sur l'ordre d'un g&#233;n&#233;ral tra&#238;tre. Vendus en &#233;change de munitions, les ouvriers et les paysans r&#233;solurent de tenir t&#234;te. Ils refus&#232;rent d'avoir des pourparlers avec aucune personne du dehors. Pas un soldat ne sortait plus du camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 2e brigade russe fut avanc&#233;e contre la 1re. L'artillerie occupa des positions sur les pentes des collines voisines ; l'infanterie, selon toutes les r&#232;gles de l'art du g&#233;nie, creusa des tranch&#233;es et des avanc&#233;es vers La Courtine. Les environs furent solidement encercl&#233;s par des chasseurs alpins, afin que pas un seul Fran&#231;ais ne p&#233;n&#233;tr&#226;t sur le th&#233;&#226;tre de la guerre entre deux brigades russes. C'est ainsi que les autorit&#233;s militaires de la France mettaient en sc&#232;ne sur leur territoire une guerre civile entre Russes, apr&#232;s l'avoir pr&#233;cautionneusement entour&#233;e d'une barri&#232;re de ba&#239;onnettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale. Par la suite, la France gouvernante organisa la guerre civile sur le territoire de la Russie elle-m&#234;me en l'encerclant avec les fils barbel&#233;s du blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Une canonnade en r&#232;gle, m&#233;thodique, sur le camp, fut ouverte. &#034; Du camp sortirent quelques centaines de soldats dispos&#233;s &#224; se rendre. On les re&#231;ut, et l'artillerie rouvrit aussit&#244;t le feu. Cela dura quatre fois vingt-quatre heures. Les hommes de La Courtine se rendaient par petits d&#233;tachements. Le 6 septembre, il ne restait en tout qu'environ deux centaines d'hommes qui avaient d&#233;cid&#233; de ne pas se rendre vivants. A leur t&#234;te &#233;tait un Ukrainien nomm&#233; Globa, un baptiste, un fanatique : en Russie, on l'e&#251;t appel&#233; un bolchevik. Sous le tir de barrage des canons, des mitrailleuses et des fusils, qui se confondit en un seul grondement, un v&#233;ritable assaut fut donn&#233;. A la fin des fins, les mutins furent &#233;cras&#233;s. Le nombre des victimes est rest&#233; inconnu. L'ordre, en tout cas, fut r&#233;tabli. Mais, quelques semaines apr&#232;s, d&#233;j&#224;, la 2e brigade, qui avait tir&#233; sur la 1re, se trouva prise de la m&#234;me maladie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats russes avaient apport&#233; une terrible contagion &#224; travers les mers, dans leurs musettes de toile, dans les plis de leurs capotes et dans le secret de leurs &#226;mes. Par l&#224; est remarquable ce dramatique &#233;pisode de La Courtine, qui repr&#233;sente en quelque sorte une exp&#233;rience id&#233;ale, consciemment r&#233;alis&#233;e, presque sous la cloche d'une machine pneumatique, pour l'&#233;tude des processus int&#233;rieurs pr&#233;par&#233;s dans l'arm&#233;e russe par tout le pass&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mar&#233;e montante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergique moyen de la calomnie s'av&#233;ra une arme &#224; deux tranchants. Si les bolcheviks sont des espions de l'Allemagne, pourquoi donc la nouvelle en vient-elle principalement d'hommes qui sont le plus odieux au peuple ? Pourquoi la presse cadette qui, &#224; tout propos, attribue aux ouvriers et aux soldats les mobiles les plus bas, accuse-t-elle plus bruyamment et r&#233;solument que tous les bolcheviks ? Pourquoi tel ing&#233;nieur ou tel chef d'atelier r&#233;actionnaire, qui s'&#233;tait cach&#233; depuis l'insurrection, a-t-il repris maintenant courage et maudit-il ouvertement les bolcheviks ? Pourquoi, dans les r&#233;giments les officiers les plus r&#233;actionnaires se sont-ils enhardis et pourquoi, accusant L&#233;nine et compagnie, dressaient-ils le poing jusque sous le nez des soldats, comme si les tra&#238;tres &#233;taient pr&#233;cis&#233;ment les soldats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque usine avait ses bolcheviks. &#034; Est-ce que je ressemble &#224; un espion allemand, hein, les gars ? &#034;, demandait le serrurier ou le tourneur dont toute la vie intime &#233;tait connue des ouvriers. Fr&#233;quemment, les conciliateurs eux-m&#234;mes, en combattant l'assaut de la contre-r&#233;volution, allaient plus loin qu'ils ne voulaient et, malgr&#233; eux, frayaient la route aux bolcheviks. Le soldat Pire&#239;ko raconte comment le m&#233;decin-major Markovitch, partisan de Pl&#233;khanov, r&#233;futa, dans un meeting de soldats, l'accusation lanc&#233;e contre L&#233;nine, d'&#234;tre un espion, pour d&#233;molir d'autant plus d&#233;cisivement les id&#233;es politiques de L&#233;nine, comme inconsistantes et p&#233;rilleuses. En vain ! &#034; Du moment que L&#233;nine est intelligent et n'est pas un espion, pas un tra&#238;tre et qu'il veut conclure la paix, nous le suivrons &#034;, disaient les soldats apr&#232;s l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temporairement arr&#234;t&#233; dans sa croissance, le bolchevisme recommen&#231;ait avec assurance &#224; d&#233;ployer ses ailes. &#034; Le ch&#226;timent ne tarde pas, &#233;crivait Trotsky au milieu d'ao&#251;t. Traqu&#233;, pers&#233;cut&#233;, calomni&#233;, notre parti ne s'est jamais accru aussi rapidement que dans ces derniers temps. Et ce processus ne tardera point &#224; passer des capitales &#224; la province, des villes aux villages et &#224; l'arm&#233;e&#8230; Toutes les masses laborieuses du pays apprendront, dans de nouvelles &#233;preuves, &#224; lier leur sort &#224; celui de notre parti. &#034; P&#233;trograd continuait &#224; marcher en t&#234;te. Il semblait qu'un balai tout-puissant travaillait dans les usines, expulsant de tous les coins et recoins l'influence des conciliateurs. &#034; Les derni&#232;res forteresses de la d&#233;fense nationale s'&#233;croulent&#8230; &#8212; communiquait le journal bolchevik. Y a-t-il bien longtemps que ces messieurs de la d&#233;fense nationale r&#233;gnaient sans partage dans l'immense usine Oboukhovsky ?&#8230; Maintenant, ils ne peuvent m&#234;me pas se montrer. &#034; Aux &#233;lections de la douma municipale de P&#233;trograd, le 20 ao&#251;t, le nombre des suffrages exprim&#233;s fut d'environ 55O 000, beaucoup moins qu'aux &#233;lections de juillet pour les doumas de quartier. Ayant perdu plus de 375 000 voix, les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient n&#233;anmoins recueilli encore plus de 200 000 voix, soit 37 % du total. Les cadets n'obtinrent qu'un cinqui&#232;me. &#034; Notre liste mencheviste &#8212; &#233;crit Soukhanov &#8212; n'obtint que 23 000 pauvres voix. &#034; D'une fa&#231;on inattendue pour tous, les bolcheviks eurent presque 200 000 suffrages, environ le tiers du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la conf&#233;rence r&#233;gionale des syndicats de l'Oural qui eut lieu au milieu d'ao&#251;t et qui groupa l50 000 ouvriers, sur toutes les questions les d&#233;cisions adopt&#233;es &#233;taient de caract&#232;re bolchevik. A Kiev, &#224; la conf&#233;rence des comit&#233;s de fabriques et d'usines, le 20 ao&#251;t, la r&#233;solution des bolcheviks fut adopt&#233;e par une majorit&#233; de 161 voix contre 35, avec 13 abstentions. Aux &#233;lections d&#233;mocratiques pour la douma municipale d'Ivanovo-Voznessensk, juste au moment du soul&#232;vement de Kornilov, les bolcheviks, sur 102 si&#232;ges, en obtinrent 58, les socialistes-r&#233;volutionnaires 24, les mencheviks - 4. A Cronstadt fut &#233;lu pr&#233;sident du Soviet le bolchevik Brekman, et le bolchevik Pokrovsky devint maire. Si la progression est loin d'&#234;tre partout aussi marqu&#233;e, s'il y a &#231;&#224; et l&#224; du retard, le bolchevisme monte, dans le courant du mois d'ao&#251;t, sur presque toute l'&#233;tendue du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov donne &#224; la radicalisation des masses une puissante impulsion. Sloutsky rappela &#224; ce sujet les paroles de Marx : la r&#233;volution a besoin, par moments, d'&#234;tre aiguillonn&#233;e par la contre-r&#233;volution. Le danger suscitait non seulement l'&#233;nergie, mais aussi la perspicacit&#233;. La pens&#233;e collective se mit &#224; travailler sous une haute tension. Les mat&#233;riaux utiles aux d&#233;ductions ne manquaient point. On avait d&#233;clar&#233; que la coalition &#233;tait indispensable pour la d&#233;fense de la r&#233;volution ; or l'alli&#233; dans la coalition se trouvait &#234;tre partisan de la contre-r&#233;volution. La conf&#233;rence de Moscou avait &#233;t&#233; annonc&#233;e comme une d&#233;monstration de l'unit&#233; nationale. Seul le Comit&#233; central des bolcheviks avait donn&#233; cet avertissement : &#034; La conf&#233;rence&#8230; se transformera in&#233;vitablement en un organe de complot de la contre-r&#233;volution. &#034; Les &#233;v&#233;nements avaient apport&#233; la v&#233;rification. Maintenant, K&#233;rensky lui-m&#234;me d&#233;clarait : &#034; La conf&#233;rence de Moscou&#8230; c'est le prologue du 27 ao&#251;t&#8230; Ici, l'on compte ses forces&#8230; Ici, pour la premi&#232;re fois, fut pr&#233;sent&#233; &#224; la Russie son futur dictateur, Kornilov&#8230; &#034; Comme si ce n'&#233;tait pas K&#233;rensky lui-m&#234;me qui avait &#233;t&#233; l'initiateur, l'organisateur et le pr&#233;sident de cette conf&#233;rence, et comme si ce n'&#233;tait pas lui qui avait pr&#233;sent&#233; Kornilov en tant que &#034; premier soldat &#034; de la r&#233;volution ! Comme si ce n'&#233;tait pas le gouvernement provisoire qui avait arm&#233; Kornilov, lui donnant la ressource de la peine de mort contre les soldats, et comme si les avertissements des bolcheviks n'avaient pas &#233;t&#233; proclam&#233;s d&#233;magogiques ! La garnison de P&#233;trograd se rappelait en outre, que, deux jours avant le soul&#232;vement de Kornilov, les bolcheviks avaient exprim&#233;, dans une s&#233;ance de la section des soldats, un soup&#231;on, demandant si les r&#233;giments d'avant-garde n'&#233;taient pas &#233;vacu&#233;s de la capitale dans des intentions contre-r&#233;volutionnaires. A cela, les repr&#233;sentants des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires r&#233;pondaient par une exigence comminatoire : ne pas mettre en discussion les ordres de combat du g&#233;n&#233;ral Kornilov. Dans ce sens, une r&#233;solution avait &#233;t&#233; adopt&#233;e. &#034; On voit que les bolcheviks ne s&#232;ment pas &#224; tout vent ! &#034; &#8212; voil&#224; ce que devait maintenant se dire l'ouvrier ou le soldat sans-parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les g&#233;n&#233;raux conspirateurs, d'apr&#232;s l'accusation tardive des conciliateurs eux-m&#234;mes, &#233;taient coupables non seulement de la reddition de Riga, mais de la perc&#233;e de Juillet, pourquoi donc traquait-on les bolcheviks et fusillait-on les soldats ? Si les provocateurs militaires avaient tent&#233; de faire descendre dans la rue les ouvriers et les soldats, le 27 ao&#251;t, n'avaient-ils pas jou&#233; aussi leur r&#244;le dans les conflits sanglants du 4 juillet ? Quelle est, par suite, la place de K&#233;rensky dans toute cette histoire ? Contre qui appelait-il le 3e corps de cavalerie ? Pourquoi nomma-t-il Savinkov G&#233;n&#233;ral-gouvemeur, et Filonenko vice-gouverneur ? Et qui est ce Filonenko, candidat au directoire ? D'une fa&#231;on inattendue retentit la r&#233;ponse de la division des autos blind&#233;es : Filonenko qui y avait servi comme lieutenant infligeait aux soldats les pires humiliations et vexations. D'o&#249; &#233;tait sorti le louche homme d'affaires Zavo&#239;ko ? Que signifie en g&#233;n&#233;ral cette s&#233;lection d'aventuriers &#224; l'extr&#234;me sommet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits &#233;taient simples, clairs, m&#233;morables pour beaucoup, accessibles &#224; tous, irr&#233;fragables et accablants. Les &#233;chelons de la division &#034; sauvage &#034;, les rails qu'on avait fait sauter, les accusations r&#233;ciproques du palais d'Hiver et du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, les d&#233;positions de Savinkov et de K&#233;rensky, tout cela parlait de soi-m&#234;me. Quel acte d'accusation irr&#233;futable contre les conciliateurs et leur r&#233;gime ! Le sens de la pers&#233;cution dirig&#233;e contre les bolcheviks devint d&#233;finitivement clair : il y avait l&#224; un &#233;l&#233;ment indispensable dans la pr&#233;paration du coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers et les soldats, dont les yeux s'&#233;taient dessill&#233;s, &#233;taient pris d'un vif sentiment de honte pour eux-m&#234;mes. Ainsi, L&#233;nine se cachait uniquement parce qu'il avait &#233;t&#233; l&#226;chement calomni&#233; ? Ainsi, d'autres &#233;taient incarc&#233;r&#233;s pour faire plaisir aux cadets, aux g&#233;n&#233;raux, aux banquiers, aux diplomates de l'Entente ? Ainsi, les bolcheviks ne courent pas apr&#232;s les places et sin&#233;cures, et ils sont d&#233;test&#233;s en haut lieu pr&#233;cis&#233;ment parce qu'ils ne veulent pas adh&#233;rer &#224; la soci&#233;t&#233; par actions qui s'appelle la coalition ! Voil&#224; ce qu'avaient compris les travailleurs, les simples gens, les opprim&#233;s. Et, de ces dispositions d'esprit, avec le sentiment d'une faute commise &#224; l'&#233;gard des bolcheviks, proc&#233;d&#232;rent un incoercible d&#233;vouement au parti et la foi en ses leaders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'aux derni&#232;res journ&#233;es, les vieux soldats, les &#233;l&#233;ments du cadre de l'ann&#233;e, les artilleurs, le corps des sous-officiers t&#226;chaient de tenir tant qu'ils pouvaient. Ils ne voulaient pas mettre une croix sur leurs travaux, leurs exploits, leurs sacrifices de combattants : &#233;tait-il possible que tout cela e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;pens&#233; en pure perte ? Mais lorsque le dernier appui eut &#233;t&#233; d&#233;truit sous leurs pieds, ils se retourn&#232;rent brusquement &#8212; &#224; gauche, &#224; gauche ! &#8212; face aux bolcheviks. Maintenant ils &#233;taient compl&#232;tement entr&#233;s dans la r&#233;volution, avec leurs galons de sous-officiers, avec leur trempe de vieux soldats et en serrant les m&#226;choires : ils avaient perdu la partie &#224; la guerre, mais cette fois-ci ils allaient pousser le travail jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rapports des autorit&#233;s locales, militaires et civiles, le bolchevisme devient, entre-temps, le synonyme de toute action de masses en g&#233;n&#233;ral, de revendications audacieuses, de r&#233;sistance &#224; l'exploitation, de mouvement en avant ; en un mot c'est l'autre nom de la r&#233;volution. Ainsi, c'est donc &#231;a, le bolchevisme ? se disent les gr&#233;vistes, les matelots protestataires, les femmes de soldats m&#233;contentes, les moujiks r&#233;volt&#233;s. Les masses &#233;taient comme contraintes d'en haut &#224; identifier leurs pens&#233;es intimes et leurs revendications avec les mots d'ordre du bolchevisme. C'est 'ainsi que la r&#233;volution prenait &#224; son service l'arme dirig&#233;e contre elle. Dans l'histoire, non seulement le rationnel devient absurde mais, quand cela est n&#233;cessaire pour la marche de l'&#233;volution, l'absurde devient aussi rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modification de l'atmosph&#232;re politique se manifesta tr&#232;s clairement &#224; la s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs, le 30 ao&#251;t, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de Cronstadt exig&#232;rent qu'on leur fit place dans cette haute institution. Est-ce concevable ? Ici, o&#249; les hommes forcen&#233;s de Cronstadt n'avaient connu que des bl&#226;mes et des excommunications, si&#233;geront d&#233;sormais leurs repr&#233;sentants ? Mais, comment refuser ? Hier encore &#233;taient venus &#224; la d&#233;fense de P&#233;trograd les matelots et les soldats de Cronstadt. Les matelots de l'Aurore montent la garde au palais d'Hiver. Apr&#232;s s'&#234;tre concert&#233;s entre eux, les leaders propos&#232;rent aux hommes de Cronstadt quatre si&#232;ges avec voix consultative. La concession fut adopt&#233;e s&#232;chement, sans effusions de gratitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Apr&#232;s le soul&#232;vement de Kornilov &#8212; raconte Tchin&#233;nov, soldat de la garnison de Moscou &#8212; tous les effectifs avaient d&#233;j&#224; pris la couleur du bolchevisme&#8230; Tous &#233;taient frapp&#233;s de voir comment s'&#233;taient r&#233;alis&#233;es les pr&#233;visions (des bolcheviks)&#8230; annon&#231;ant que le g&#233;n&#233;ral Kornilov serait bient&#244;t sous les murs de P&#233;trograd. &#034; Mitr&#233;vitch, soldat de la division des autos blind&#233;es, rem&#233;more les h&#233;ro&#239;ques l&#233;gendes qui passaient de bouche en bouche apr&#232;s la victoire remport&#233;e sur les g&#233;n&#233;raux rebelles : &#034; Il n'&#233;tait mot que de bravoure et de prouesses et l'on disait que, si telle &#233;tait la vaillance, l'on pourrait se battre avec le monde entier. L&#224;, les bolcheviks reprirent vie. &#034; Relax&#233; de prison pendant les journ&#233;es de la campagne de Kornilov, Antonov-Ovs&#233;enko partit imm&#233;diatement pour Helsingfors. &#034; Un formidable revirement s'est accompli dans les masses. &#034; Au Congr&#232;s r&#233;gional des soviets en Finlande, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite se trouv&#232;rent en quantit&#233; insignifiante, la direction venait des bolcheviks coalis&#233;s avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Comme pr&#233;sident du Comit&#233; r&#233;gional des soviets, l'on &#233;lut Smilga qui, malgr&#233; son extr&#234;me jeunesse, &#233;tait membre du Comit&#233; central des bolcheviks, tirait fortement vers la gauche et avait manifest&#233;, d&#232;s les Journ&#233;es d'Avril, son inclination &#224; secouer le gouvernement provisoire. Comme pr&#233;sident du Soviet de Helsingfors, s'appuyant Sur la garnison et les ouvriers russes, fut &#233;lu le bolchevik Scheinmann, futur directeur de la Banque d'&#201;tat des soviets, homme circonspect et de nature bureaucratique, mais qui marchait, en ce temps-l&#224;, sur le m&#234;me pied que les autres dirigeants. Le gouvernement provisoire interdit aux Finlandais de convoquer le S&#233;im (la Di&#232;te) dissous par lui. Le Comit&#233; r&#233;gional invita le S&#233;im &#224; se r&#233;unir, se chargeant d'assurer sa protection. Quant aux ordres du gouvernement provisoire rappelant de Finlande divers contingents militaires, le Comit&#233; refusa de les ex&#233;cuter. En r&#233;alit&#233;, les bolcheviks avaient &#233;tabli la dictature des soviets en Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de septembre, un journal bolchevik &#233;crit : &#034; D'un grand nombre de villes russes, nous apprenons que les organisations de notre parti, dans cette derni&#232;re p&#233;riode, se sont fortement accrues. Mais, ce qui est encore plus important, c'est la mont&#233;e de notre influence dans les plus larges masses d&#233;mocratiques d'ouvriers et de soldats. &#034; &#034; M&#234;me dans les entreprises o&#249; l'on ne voulait pas, au d&#233;but, nous &#233;couter - &#233;crit Av&#233;rine, bolch&#233;vik d'&#201;kat&#233;rinoslav &#8212; pendant les journ&#233;es komiloviennes, les ouvriers &#233;taient de notre c&#244;t&#233;. &#034; &#034; Lorsque se r&#233;pandit le bruit que Kal&#233;dine mobilisait les Cosaques contre Tsaritsyne et Saratov &#8212; &#233;crit Antonov, un des dirigeants bolcheviks de Saratov &#8212; lorsque ces bruits furent confirm&#233;s et renforc&#233;s par le soul&#232;vement du g&#233;n&#233;ral Kornilov, la masse, en quelques jours, &#233;limina ses anciens pr&#233;jug&#233;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal bolchevik de Kiev communique, le 19 septembre : &#034; Aux nouvelles &#233;lections des repr&#233;sentants de l'arsenal au Soviet, douze camarades ont &#233;t&#233; &#233;lus, tous bolcheviks. Tous les candidats mencheviks ont &#233;t&#233; rejet&#233;s ; la m&#234;me chose se passe dans un grand nombre d'autres usines. Des informations du m&#234;me genre se rencontrent d&#232;s lors quotidiennement dans les pages de la presse ouvri&#232;re ; les journaux hostiles s'efforcent vainement de passer sous silence ou de d&#233;pr&#233;cier la croissance du bolchevisme. Les masses r&#233;veill&#233;es semblent s'efforcer de regagner le temps perdu par suite d'h&#233;sitations, d'achoppements et de reculs temporaires. Un flux g&#233;n&#233;ral monte, obstin&#233;, irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre du Comit&#233; central des bolcheviks, Varvara Isakovl&#233;va, qui nous a dit, en juillet-ao&#251;t, l'extr&#234;me affaiblissement des bolcheviks dans toute la r&#233;gion de Moscou, t&#233;moigne maintenant d'un brusque revirement. &#034; Dans la seconde quinzaine de septembre &#8212; rapporte-t-elle devant la Conf&#233;rence &#8212; des militants du bureau r&#233;gional ont parcouru la r&#233;gion&#8230; Leurs impressions ont &#233;t&#233; absolument identiques : partout, dans tous les d&#233;partements, avait lieu le processus d'une bolchevisation int&#233;grale des masses. Et tous notaient &#233;galement que le village r&#233;clamait le bolchevisme&#8230; &#034; Dans les endroits o&#249;, apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet les organisations du parti se sont effondr&#233;es, elles sont revenues &#224; la vie et s'accroissent rapidement. Dans les rayons o&#249; l'on n'admettait pas les bolcheviks, surgissent spontan&#233;ment des cellules bolchevistes. M&#234;me dans les provinces arri&#233;r&#233;es de Tambov et de Riazan, dans ces citadelles des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, o&#249; les bolcheviks, au cours de leurs pr&#233;c&#233;dentes tourn&#233;es, se montraient rarement, n'esp&#233;rant rien, s'accomplit maintenant un v&#233;ritable revirement : l'influence des bolcheviks s'affermit de jour en jour, les organisations des conciliateurs s'&#233;croulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la conf&#233;rence bolcheviste de la r&#233;gion moscovite, un mois apr&#232;s le soul&#232;vement de Kornilov, un mois avant l'insurrection des bolcheviks, respirent l'assurance et l'&#233;lan. A Nijni-Novgorod, apr&#232;s deux mois de d&#233;faillance, le Parti se remit &#224; vivre de sa pleine vie. Les ouvriers socialistes-r&#233;volutionnaires passent par centaines dans les rangs des bolcheviks. A Tver, une large agitation du parti ne se d&#233;clencha qu'apr&#232;s les journ&#233;es korniloviennes. Les conciliateurs sont blackboul&#233;s, on ne les &#233;coute plus, on les chasse. Dans le gouvernement de Vladimir, les bolcheviks se sont tellement fortifi&#233;s qu'au congr&#232;s r&#233;gional des soviets l'on n'a trouv&#233; au total que cinq mencheviks et trois socialistes-r&#233;volutionnaires. A Ivanovo-Voznessensk, le Manchester russe, les bolcheviks, en tant que ma&#238;tres pourvus de pleins pouvoirs, ont assum&#233; tous le travail dans les soviets, la douma, et le zemstvo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations du parti s'accroissent, mais la mont&#233;e de sa force d'attraction est infiniment plus rapide. Le manque de corr&#233;lation entre les ressources techniques des bolcheviks et leur coefficient de densit&#233; politique trouve son expression dans le nombre relativement faible des membres du parti devant la mont&#233;e grandiose de son influence. Les &#233;v&#233;nements entra&#238;nent si rapidement et imp&#233;rieusement les masses dans leur tourbillon que les ouvriers et les soldats n'ont pas le temps de s'organiser en parti. Ils n'ont m&#234;me pas le temps de comprendre la n&#233;cessit&#233; d'une organisation sp&#233;ciale de parti. Ils s'impr&#232;gnent des mots d'ordre du bolchevisme aussi naturellement qu'ils respirent. Que le parti soit un laboratoire compliqu&#233; o&#249; ces mots d'ordre sont &#233;labor&#233;s par une exp&#233;rience collective, cela ne leur est pas clair. Derri&#232;re les soviets tiennent plus de vingt millions d'&#226;mes. Le parti qui, m&#234;me &#224; la veille de l'insurrection d'Octobre, ne comptait dans ses rangs, au plus, que deux cent quarante mille membres, entra&#238;ne, par l'interm&#233;diaire des syndicats, des comit&#233;s d'usines, des soviets, avec toujours plus d'assurance, des millions d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'incommensurable pays boulevers&#233; jusqu'au fond, avec son in&#233;puisable diversit&#233; de conditions locales et de niveaux politiques, ont lieu, quotidiennement, des &#233;lections : aux doumas, aux zemstvos, aux soviets, aux comit&#233;s d'usines, aux syndicats, aux comit&#233;s militaires ou agraires. Et, par toutes ces &#233;lections, s'affirme constamment un m&#234;me fait invariable : la mont&#233;e des bolcheviks. Les &#233;lections aux doumas de quartier de Moscou frapp&#232;rent particuli&#232;rement le pays par le brusque revirement de l'&#233;tat d'esprit des masses. Le &#034; grand &#034; parti des socialistes-r&#233;volutionnaires, sur 375 000 suffrages qu'il avait recueillis en juin, n'en gardait &#224; la fin de septembre que 54 000. Les mencheviks, qui avaient eu 76 000 voix, &#233;taient tomb&#233;s jusqu'&#224; 16 000, Les cadets avaient conserv&#233; 101 000 voix, n'en ayant perdu qu'environ 8 000. En revanche, les bolcheviks, partant de 75 000 suffrages s'&#233;taient relev&#233;s jusqu'&#224; 198 000. Si, en juin, les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient rassembl&#233; environ 58 &#176;% des voix, en septembre les bolcheviks en group&#232;rent environ 52 %. La garnison vota, &#224; 90 %, pour les bolcheviks, dans certains effectifs &#224; plus de 95 % ; dans les ateliers de l'artillerie lourde, sur 2 347 voix, les bolcheviks en obtinrent 2 286.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le remarquable chiffre d'abstentions des &#233;lecteurs portait principalement sur les petites gens des villes qui, dans l'ivresse des premi&#232;res illusions, avaient adh&#233;r&#233; aux conciliateurs pour rentrer bient&#244;t dans leur n&#233;ant. Les mencheviks avaient absolument fondu. Les socialistes-r&#233;volutionnaires avaient r&#233;uni deux fois moins de suffrages que les cadets. Les cadets, deux fois moins que les bolcheviks. Les suffrages obtenus en septembre par les bolcheviks, avaient &#233;t&#233; conquis de haute lutte avec tous les autres partis. C'&#233;taient de solides voix. On pouvait compter sur elles. L'&#233;rosion des groupes interm&#233;diaires, la stabilit&#233; consid&#233;rable du camp bourgeois et la croissance gigantesque du parti prol&#233;tarien le plus d&#233;test&#233; et pers&#233;cut&#233;, tout cela pr&#233;sentait les sympt&#244;mes infaillibles de la crise r&#233;volutionnaire, &#034; Oui, les bolcheviks travaillaient avec z&#232;le et infatigablement &#8212; &#233;crit Soukhanov, qui appartint lui-m&#234;me au parti battu des mencheviks &#8212; ils &#233;taient dans les masses, devant les m&#233;tiers, quotidiennement, constamment&#8230; Ils &#233;taient devenus leurs, parce qu'ils &#233;taient toujours l&#224;, dirigeant dans les petits d&#233;tails, comme dans les choses importantes, toute la vie de l'usine et de la caserne&#8230; La masse vivait et respirait avec les bolcheviks. Elle &#233;tait entre les mains du parti de L&#233;nine et de Trotsky. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte politique du front se distinguait par d'extr&#234;mes bigarrures, Il y avait des r&#233;giments et des divisions qui n'avaient encore jamais entendu ni vu un bolchevik ; nombre de ceux-ci &#233;taient sinc&#232;rement &#233;tonn&#233;s quand on les accusait de bolchevisme. D'autre part, il se trouvait des contingents qui prenaient leurs propres dispositions anarchiques, avec une vague nuance d'esprit Cent-Noir, pour le plus pur bolchevisme. L'&#233;tat d'opinion du front se r&#233;glait dans une m&#234;me direction. Mais, dans le grandiose torrent politique qui avait pour lit des tranch&#233;es, intervenaient fr&#233;quemment des courants contraires, des remous et pas mal de troubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les bolcheviks bris&#232;rent le cordon et obtinrent acc&#232;s au front d'o&#249; ils avaient &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s, et sans plaisanterie, pendant deux mois. Officiellement, l'interdiction n'&#233;tait pas encore lev&#233;e. Les comit&#233;s conciliateurs faisaient tout leur possible pour emp&#234;cher les bolcheviks de p&#233;n&#233;trer dans leurs d&#233;tachements ; mais tous leurs efforts restaient inutiles. Les soldats avaient tellement entendu parler de leur propre bolchevisme que tous, sans exception, &#233;taient avides de voir et d'&#233;couter un bolchevik en chair et en os. Les obstacles de pure forme, retardements et anicroches, suscit&#233;s par les membres des comit&#233;s &#233;taient balay&#233;s par la pression des soldats d&#232;s qu'ils avaient vent de l'arriv&#233;e d'un bolchevik. Une vieille r&#233;volutionnaire, Evgu&#233;nia Boch, qui avait fait un gros travail en Ukraine, a laiss&#233; de vifs souvenirs sur ses audacieuses excursions dans le bled primitif des soldats. Les avertissements alarmants des amis, faux ou sinc&#232;res, &#233;taient chaque fois rejet&#233;s. Dans une division que l'on caract&#233;risait comme furieusement hostile aux bolcheviks, l'oratrice, abordant avec beaucoup de prudence son sujet, constatait bient&#244;t que les auditeurs &#233;taient avec elle. &#034; Pas un graillonnement, pas un toussotement, personne ne se mouchait &#8212; en quoi sont les premiers signes de fatigue d'un auditoire de soldats &#8212; silence complet et de l'ordre. &#034; L'assembl&#233;e se termina par une bruyante ovation en l'honneur de l'audacieuse agitatrice. En g&#233;n&#233;ral, toute la tourn&#233;e d'Evgu&#233;nia Boch &#224; l'arri&#232;re du front fut en son genre une marche triomphale. Moins h&#233;ro&#239;quement, avec moins d'effet, mais pour le fond identiquement, l'affaire fut men&#233;e par les agitateurs d'un moindre calibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;es, mots d'ordre, g&#233;n&#233;ralisations, nouveaux ou bien convaincants d'une fa&#231;on nouvelle, faisaient irruption dans la vie stagnante des tranch&#233;es. Des millions de t&#234;tes de soldats ressassaient les &#233;v&#233;nements, &#233;tablissant le bilan de leur exp&#233;rience politique. &#034; &#8230; Chers camarades, ouvriers et soldats &#8212; &#233;crit un homme du front &#224; la r&#233;daction du journal &#8212; ne laissez pas faire cette m&#233;chante lettre K, qui a livr&#233; le monde entier &#224; un carnage sanglant. Il y a le premier massacreur, Kolka (Nicolas II), K&#233;rensky, Komilov, Kal&#233;dine, les kadets, et ils ont tous la lettre K, Les Kosaques aussi, c'est des gens dangereux pour nous&#8230; (sign&#233;) : Sidor Nikola&#239;ev. &#034; Il ne faut point chercher ici de superstition : il n'y a seulement qu'un proc&#233;d&#233; de mn&#233;monique politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement parti du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral ne pouvait pas ne pas faire vibrer chaque fibre chez les soldats. La discipline ext&#233;rieure, pour le r&#233;tablissement de laquelle l'on avait d&#233;pens&#233; tant d'efforts et tant fait de victimes, se rel&#226;chait de nouveau sur toutes les coutures. Le commissaire militaire du front Ouest, Jdanov, communique : &#034; L'&#233;tat d'esprit est en g&#233;n&#233;ral celui de la nervosit&#233;&#8230; de la suspicion &#224; l'&#233;gard des officiers, de l'expectative ; le refus d'ob&#233;ir aux ordres est expliqu&#233; par ce fait qu'on transmet aux soldats les ordres de Kornilov qui ne doivent pas &#234;tre ex&#233;cut&#233;s, &#034; Dans le m&#234;me esprit, Stank&#233;vitch, qui rempla&#231;a Filonenko au poste de haut-commissaire, &#233;crit : &#034; La masse des soldats&#8230; se sentit entour&#233;e de tous c&#244;t&#233;s par la trahison&#8230; Celui qui cherchait &#224; l'en dissuader lui paraissait &#233;galement tra&#238;tre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les officiers de cadre, l'effondrement de l'aventure kornilovienne signifiait l'&#233;croulement des derniers espoirs. En son for int&#233;rieur, le commandement, m&#234;me avant cela, ne se sentait gu&#232;re brillant. Nous observ&#226;mes, fin du mois d'ao&#251;t, les militaires conspirateurs &#224; P&#233;trograd, ivres, fanfarons, veules. Maintenant, le corps des officiers se sentait d&#233;finitivement honni et condamn&#233;. &#034; Cette haine, cette pers&#233;cution &#8212; &#233;crit l'un d'eux &#8212; l'absolu d&#233;s&#339;uvrement et la perp&#233;tuelle attente d'une arrestation ou d'une mort ignominieuse chassaient les officiers vers les restaurants, les cabinets particuliers, les h&#244;tels de passage&#8230; C'est dans cette ambiance d'ivresse asphyxiante que sombr&#232;rent les officiers. &#034; Par contre, les soldats et les matelots vivaient dans une sobri&#233;t&#233; plus grande qu'elle n'avait jamais &#233;t&#233; : ils avaient &#233;t&#233; pris d'un nouvel espoir. Les bolcheviks, d'apr&#232;s Stank&#233;vitch, &#034; relev&#232;rent la t&#234;te et se sentirent absolument ma&#238;tres dans l'arm&#233;e&#8230; Les comit&#233;s de la base commenc&#232;rent &#224; se transformer en cellules bolchevistes. Toutes les &#233;lections dans l'arm&#233;e donnaient un stup&#233;fiant accroissement de suffrages bolcheviks. En outre, l'on ne peut se dispenser de noter que la meilleure arm&#233;e, la plus disciplin&#233;e, non seulement sur le front Nord, mais, peut-&#234;tre, sur tout le front russe, la 5&#232;me, donna la premi&#232;re un comit&#233; bolchevik d'arm&#233;e &#034;. D'une fa&#231;on encore plus &#233;clatante, plus nette, plus color&#233;e, la flotte se bolchevisait. Les marins de la Baltique hiss&#232;rent, le 8 septembre, sur tous les vaisseaux, les pavillons de combat, pour montrer qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; lutter pour la transmission du pouvoir aux mais du prol&#233;tariat et de la paysannerie. La flotte r&#233;clamait une tr&#234;ve imm&#233;diate sur tous les fronts, la remise des terres &#224; la discr&#233;tion des comit&#233;s paysans et l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le ouvrier sur la production. Trois jours apr&#232;s, le Comit&#233; central de la flotte de la mer Noire, plus arri&#233;r&#233; et mod&#233;r&#233;, soutint les hommes de la Baltique, en formulant le mot d'ordre de la remise du pouvoir aux soviets. Pour le m&#234;me mot d'ordre, au milieu de septembre, &#233;l&#232;vent la voix vingt-trois r&#233;giments d'infanterie sib&#233;riens et lettons de la 12e arm&#233;e. Derri&#232;re eux se rangent constamment de nouveaux effectifs. La revendication du pouvoir pour les soviets ne dispara&#238;t plus des ordres du jour de l'arm&#233;e et de la flotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Les assembl&#233;es de matelots &#8212; raconte Stank&#233;vitch &#8212; se composaient pour les neuf dixi&#232;mes uniquement de bolcheviks. &#034; Le nouveau commissaire aupr&#232;s du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral eut &#224; d&#233;fendre, &#224; Reval, devant les matelots, le gouvernement provisoire. D&#232;s les premiers mots, il sentit toute la vanit&#233; de ses tentatives. Au seul mot de &#034; gouvernement &#034;, l'auditoire se renfermait col&#233;reusement en lui-m&#234;me : &#034; Des vagues d'indignation, de haine et de d&#233;fiance d&#233;ferlaient aussit&#244;t sur toute la foule. C'&#233;tait &#233;clatant, c'&#233;tait fort, passionn&#233;, irr&#233;sistible, et cela se fondait dans un hurlement unanime : &#034; A bas ! &#034; On ne peut que rendre justice au conteur qui n'oublie pas de noter la beaut&#233; de la pression de masses qui lui &#233;taient mortellement hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la paix, enterr&#233;e pour deux mois, revient maintenant &#224; la surface avec une force d&#233;cupl&#233;e. Dans une s&#233;ance du Soviet de P&#233;trograd, un officier arriv&#233; du front, Doubassov, d&#233;clara : &#034; Quoi que vous disiez ici, les soldats ne combattront plus. &#034; Il y eut des exclamations : &#034; Les bolcheviks eux-m&#234;mes ne disent pas cela !&#8230; &#034; Mais l'officier, qui n'&#233;tait pas bolchevik, para le coup : &#034; Je vous transmets ce que je sais et ce que les soldats m'ont charg&#233; de vous transmettre. &#034; Un autre homme du front, un soldat morose, portant une capote grise impr&#233;gn&#233;e de la salet&#233; et de la puanteur des tranch&#233;es, d&#233;clara, en ces m&#234;mes journ&#233;es de septembre, au Soviet de P&#233;trograd, que les soldats avaient besoin de la paix, de n'importe laquelle, &#034; m&#234;me si que ce serait une paix d&#233;gueulasse &#034;. Ces &#226;pres mots d'un soldat jet&#232;rent le trouble dans le Soviet. On en &#233;tait donc arriv&#233; si loin ! Les soldats, sur le front, n'&#233;taient pas des gamins, Ils comprenaient parfaitement que, avec &#034; la carte de guerre &#034; que l'on avait devant soi, la paix ne pouvait &#234;tre qu'un acte de violence. Et, pour traduire cette opinion-l&#224;, le d&#233;l&#233;gu&#233; des tranch&#233;es avait express&#233;ment choisi le mot le plus grossier, qui exprimait toute la violence de son aversion &#224; l'&#233;gard de la paix du Hohenzollern. Mais c'est Pr&#233;cis&#233;ment en d&#233;pouillant ainsi son jugement que le soldat contraignit ses auditeurs &#224; comprendre qu'il n'y avait point d'autre voie, que la guerre avait &#233;tiol&#233; l'arm&#233;e, que la paix &#233;tait imm&#233;diatement indispensable et &#224; quelque prix que ce f&#251;t. Les paroles de l'orateur venu des tranch&#233;es furent reproduites avec des sarcasmes par la presse bourgeoise qui les attribua aux bolcheviks. La phrase sur la paix &#034; d&#233;gueulasse &#034; ne sortait plus d&#233;sormais de l'ordre du jour, comme &#233;tant l'expression la plus extr&#234;me de la barbarie et de la dissolution du peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les conciliateurs n'&#233;taient nullement dispos&#233;s, de m&#234;me que le dilettante politique Stank&#233;vitch, &#224; admirer la magnificence du flot montant, qui mena&#231;ait de les balayer de l'ar&#232;ne r&#233;volutionnaire. Avec stup&#233;faction et &#233;pouvante, ils constataient, chaque jour, qu'ils ne disposaient d'aucune force de r&#233;sistance. En somme, sous la confiance des masses &#224; l'&#233;gard des conciliateurs, depuis les premi&#232;res heures de la r&#233;volution, se cachait un malentendu, historiquement in&#233;vitable, mais non durable : pour le d&#233;celer, il ne fallut tout au plus que quelques mois. Les conciliateurs furent forc&#233;s de causer avec les ouvriers et les soldats sur un tout autre ton que celui qu'ils avaient tenu au Comit&#233; ex&#233;cutif et particuli&#232;rement au palais d'Hiver. Les leaders responsables des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks, de semaine en semaine, osaient moins se montrer en place publique. Les agitateurs de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me ligne s'adaptaient au radicalisme social du peuple &#224; l'aide de formules &#233;quivoques, ou bien, sinc&#232;rement, se laissaient gagner par les &#233;tats d'esprit des usines, des puits de mines et des casernes, parlaient leur langage et se d&#233;tachaient de leurs propres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matelot Khovrine montre, dans ses M&#233;moires, comment les marins qui d&#233;claraient se rattacher aux socialistes-r&#233;volutionnaires luttaient en r&#233;alit&#233; pour la plate-forme bolcheviste. M&#234;me chose &#233;tait observ&#233;e partout et en tous lieux. Le peuple savait ce qu'il voulait, mais ne savait pas quel nom donner &#224; cela, Le &#034; malentendu &#034; inh&#233;rent &#224; la R&#233;volution de F&#233;vrier affectait la masse, tout le peuple, surtout &#224; la campagne, o&#249; il persistera plus longtemps qu'&#224; la ville. On ne pouvait introduire de l'ordre dans le chaos que par l'exp&#233;rience. Les &#233;v&#233;nements, grands et petits, secouaient inlassablement les partis de masses, les amenant &#224; se mettre en accord avec leur politique, non avec leur enseigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un remarquable exemple du quiproquo entre les conciliateurs et les masses dans le serment qui fut pr&#234;t&#233;, au d&#233;but de juillet, par deux mille mineurs du Donetz, agenouill&#233;s, t&#232;te d&#233;couverte, en pr&#233;sence d'une foule d'environ cinq mille personnes qui participaient. &#034; Nous jurons sur les t&#234;tes de nos enfants, devant Dieu, le ciel et la terre, avec tout ce qu'il y a de sacr&#233; pour nous sur la terre, que jamais nous ne l&#226;cherons la libert&#233; obtenue par nous le 28 f&#233;vrier 1917 ; croyant aux socialistes-r&#233;volutionnaires, aux mencheviks, nous jurons de ne jamais &#233;couter les l&#233;ninistes, parce que ceux-ci, bolcheviks-l&#233;ninistes, conduisent par leur agitation la Russie &#224; sa perte, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, ensemble comme un seul, disent : la terre au peuple, la terre sans rachat, le r&#233;gime capitaliste doit s'&#233;crouler apr&#232;s la guerre et, au lieu du capitalisme, il doit y avoir un r&#233;gime socialiste&#8230; Nous jurons de suivre ces partis, en marchant de l'avant, sans reculer devant la mort. &#034; Le serment des mineurs, dirig&#233; contre les bolcheviks, menait en r&#233;alit&#233; directement vers l'insurrection bolcheviste. L'&#233;cale de F&#233;vrier et le noyau d'octobre apparaissent dans cette charte na&#239;ve et enflamm&#233;e avec une telle &#233;vidence qu'ils &#233;puisent &#224; leur mani&#232;re le probl&#232;me de la r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, les mineurs du Donetz, sans manquer ni &#224; eux-m&#234;mes, ni &#224; leur serment, avaient d&#233;j&#224; tourn&#233; le dos aux conciliateurs, Il en advint de m&#234;me dans les contingents les plus arri&#233;r&#233;s des mineurs de l'Oural. Un membre du Comit&#233; ex&#233;cutif, le socialiste-r&#233;volutionnaire Oj&#233;gov, repr&#233;sentant de l'Oural, visita au d&#233;but du mois d'ao&#251;t, son usine d'Ijevsky. &#034; Je fus stup&#233;fait &#8212; &#233;crit-il dans son rapport empreint d'affliction &#8212; des brusques modifications qui s'&#233;taient produites en mon absence : l'organisation du parti des socialistes-r&#233;volutionnaires qui, par le nombre (huit mille personnes) et par son activit&#233;, &#233;tait connue dans toute la r&#233;gion de l'Oural&#8230; &#233;tait d&#233;compos&#233;e, affaiblie et r&#233;duite &#224; cinq cents personnes, par suite de l'intervention d'agitateurs irresponsables. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport d'Oj&#233;gov ne pr&#233;senta rien d'impr&#233;vu pour le Comit&#233; ex&#233;cutif : le m&#234;me tableau s'observait &#224; P&#233;trograd. Si, apr&#232;s l'&#233;crasement de juillet, les socialistes-r&#233;volutionnaires dans les usines, pour un temps remont&#232;rent et m&#234;me, par-ci par-l&#224;, &#233;largirent leur influence, leur d&#233;clin n'en fut que plus irr&#233;sistible ensuite. &#034; Il est vrai, le gouvernement de K&#233;rensky fut alors vainqueur &#8212; &#233;crivait plus tard le socialiste-r&#233;volutionnaire V. Zenzinov &#8212; les manifestants bolcheviks avaient &#233;t&#233; dispers&#233;s et leurs leaders arr&#234;t&#233;s, mais c'&#233;tait une victoire &#224; la Pyrrhus. &#034; C'est absolument juste : de m&#234;me que le roi d'&#201;pire, les conciliateurs avaient remport&#233; la victoire en la payant de leur arm&#233;e. &#034; Si, auparavant, jusqu'aux 3-5 juillet &#8212; &#233;crit un ouvrier de P&#233;trograd nomm&#233; Skorinko &#8212; les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires pouvaient se montrer en certains endroits chez les ouvriers sans risquer d'&#234;tre siffl&#233;s, ils n'avaient plus maintenant cette garantie&#8230; &#034; Des garanties, en g&#233;n&#233;ral, il ne leur en restait d&#233;j&#224; plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti des socialistes-r&#233;volutionnaires non seulement perdait son influence, mais changeait aussi de composition sociale. Les ouvriers r&#233;volutionnaires ou bien avaient d&#233;j&#224; trouv&#233; le temps de passer aux bolcheviks, ou bien, s'&#233;cartant, passaient par une crise intime. Par contre, embusqu&#233;s dans les usines pendant la guerre, les fils des boutiquiers, les koulaks et de petits fonctionnaires en &#233;taient venus &#224; se persuader que leur place &#233;tait exactement dans le parti socialiste-r&#233;volutionnaire. Mais, en septembre, eux aussi n'osaient plus se d&#233;nommer &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires &#034;, du moins &#224; P&#233;trograd. Le parti &#233;tant abandonn&#233; par les ouvriers, les soldats, dans certaines provinces d&#233;j&#224; m&#234;me par les paysans ; il lui restait les fonctionnaires conservateurs et les couches de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les masses &#233;veill&#233;es par l'insurrection donn&#232;rent leur confiance aux socialistes-r&#233;volutionnaires et aux mencheviks, les deux partis ne se lass&#232;rent pas de c&#233;l&#233;brer la haute conscience du peuple. Mais lorsque les masses, passant par l'&#233;cole de &#233;v&#233;nements, commenc&#232;rent &#224; se tourner brusquement vers les bolcheviks, les conciliateurs attribu&#232;rent la responsabilit&#233; de leur propre effondrement &#224; l'ignorance du peuple. Cependant, les masses ne consentaient point &#224; croire qu'elles &#233;taient devenues plus ignorantes ; au contraire, il leur semblait qu'elles comprenaient main tenant ce qu'elles n'avaient pas compris auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant sa mue et s'affaiblissant, le parti socialiste-r&#233;volutionnaire se d&#233;chirait d'ailleurs sur ses coutures sociales, et ses membres &#233;taient rejet&#233;s dans des camps hostiles entre eux. Dans les r&#233;giments, dans les campagnes, subsistaient les socialistes-r&#233;volutionnaires qui, d'accord avec les bolcheviks et, ordinairement, sous leur direction, se d&#233;fendaient des coups port&#233;s par les socialistes-r&#233;volutionnaires gouvemementaux. L'aggravation de la lutte des flancs oppos&#233;s appela &#224; l'existence un petit groupe interm&#233;diaire. Sous la direction de Tchernov, ce groupe essayait de sauver l'unit&#233; entre les pers&#233;cuteurs et les pers&#233;cut&#233;s, s'embrouillait, tombait dans des contradictions inextricables, fr&#233;quemment ridicules et compromettait encore plus le parti. Pour s'ouvrir la possibilit&#233; de parler devant un auditoire de masses, les orateurs socialistes-r&#233;volutionnaires devaient, avec insistance, se pr&#233;senter comme des &#034; gauches &#034;, comme des internationalistes, n'ayant rien de commun avec la clique des &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires de mars &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les Journ&#233;es de Juillet, les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche pass&#232;rent &#224; une opposition d&#233;clar&#233;e, sans rompre encore formellement avec le parti, mais en empruntant tardivement les arguments et les mots d'ordre des bolcheviks. Le 21 septembre, Trotsky, non sans une id&#233;e p&#233;dagogique de derri&#232;re la t&#232;te, d&#233;clara &#224; la s&#233;ance du Soviet de P&#233;trograd que, pour les bolcheviks, il devenait &#034; de plus en plus facile de s'entendre avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#034;. A la fin des fins, ces derniers se d&#233;tach&#232;rent en un parti ind&#233;pendant pour inscrire dans le livre de la r&#233;volution une de ses pages les plus extravagantes. Ce fut la derni&#232;re d&#233;flagration du radicalisme intellectuel ind&#233;pendant, et il n'en resta, quelques mois apr&#232;s Octobre, qu'un petit tas de cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;renciation atteignit tout aussi profond&#233;ment les mencheviks. Leur organisation de P&#233;trograd se trouvait en vive opposition vis-&#224;-vis du Comit&#233; central. Le noyau principal, dirig&#233; par Ts&#233;r&#233;telli, n'ayant pas comme les socialistes-r&#233;volutionnaires des r&#233;serves paysannes, se d&#233;sagr&#233;geait encore plus rapidement que ces derniers. Les groupes social-d&#233;mocrates interm&#233;diaires qui n'avaient pas adh&#233;r&#233; aux deux camps principaux tentaient encore d'obtenir l'unification des bolcheviks avec les mencheviks : ils gardaient encore quelque chose des illusions de mars, quand Staline lui-m&#234;me estimait souhaitable l'union avec Ts&#233;r&#233;telli et esp&#233;rait qu' &#034; &#224; l'int&#233;rieur du parti, nous nous d&#233;barrasserions des petits dissentiments &#034;. Vers le 20 ao&#251;t eut lieu la fusion des mencheviks avec les unificateurs eux-m&#233;mes. La pr&#233;pond&#233;rance notable, au Congr&#233;s d'unification, fut le lot de l'aile droite, et la r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli pour la guerre et pour la coalition avec la bourgeoisie fut vot&#233;e par cent dix-sept voix contre soixante-dix-neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Ts&#233;r&#233;telli dans le parti h&#226;tait la d&#233;faite de ce m&#234;me parti dans la classe ouvri&#232;re. L'organisation des ouvriers mencheviks de P&#233;trograd, extr&#234;mement peu nombreuse, suivait Martov, le poussant en avant, s'irritant de son ind&#233;cision et se pr&#233;parant &#224; passer aux bolcheviks. Vers le milieu de septembre, l'organisation de Vassili-Ostrov passa presque tout enti&#232;re au parti bolchevik, Cela acc&#233;l&#233;ra la fermentation dans les autres quartiers et en province. Les leaders de diff&#233;rents courants du menchevisme, en des s&#233;ances communes, s'accusaient rageusement l'un l'autre de l'effondrement du parti. Le journal de Gorki, rattach&#233; au flanc gauche des mencheviks, communiquait &#224; la lin de septembre que l'organisation du parti &#224; P&#233;trograd, qui comptait r&#233;cemment encore environ dix mille membres, &#034; avait cess&#233; d'exister en fait&#8230; La derni&#232;re conf&#233;rence de la capitale n'avait pu se r&#233;unir faute du quorum. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov attaquait de droite les mencheviks ; &#034; Ts&#233;r&#233;telli, et ses amis, sans le d&#233;sirer et le concevoir eux-m&#234;mes, fraient la route &#224; L&#233;nine. &#034; Les dispositions politiques de Ts&#233;r&#233;telli lui-m&#234;me pendant les journ&#233;es de la mar&#233;e montante de septembre sont vivement marqu&#233;es dans les Souvenirs du cadet Nabokov : &#034; Le trait le plus caract&#233;ristique de son &#233;tat d'esprit d'alors, c'&#233;tait la peur devant la puissance grandissante du bolchevisme. Je me rappelle comment, dans un entretien avec moi en t&#234;te &#224; t&#234;te, il me disait que les bolcheviks pourraient bien s'emparer du pouvoir. &#034; Bien s&#251;r &#8212; disait-il &#8212; ils ne tiendront pas plus de deux ou trois semaines, mais imaginez seulement quels seront les d&#233;g&#226;ts. C'est ce qu'il faut &#233;viter &#224; tout prix. &#034; Sa voix avait un ton d'anxi&#233;t&#233; panique indubitable&#8230; &#034; Devant Octobre, Ts&#233;r&#233;telli passait par les m&#234;mes &#233;tats d'&#226;me que Nabokov connaissait bien depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain o&#249; les bolcheviks agissaient coude &#224; coude avec les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, bien que constamment en lutte avec eux, c'&#233;taient les soviets. Les modifications dans les forces relatives des partis sovi&#233;tiques, &#224; vrai dire non du premier coup, avec des retards in&#233;vitables et des atermoiements artificiels, trouvaient leur expression dans la composition des soviets et dans leur fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des soviets de province &#233;taient d&#233;j&#224; avant les Journ&#233;es de Juillet des organes du pouvoir &#8212; &#224; Ivanovo-Voznessensk, &#224; Lougansk, &#224; Tsaritsyne, &#224; Khersone, &#224; Tomsk, &#224; Vladivostok, &#8212; sinon formellement, du moins en fait, sinon constamment, du moins &#233;pisodiquement. Le soviet de Krasno&#239;arsk imposa tout &#224; fait de son propre chef le r&#233;gime des cartes de distribution pour les objets de consommation individuelle, Le soviet conciliateur de Saratov fut oblig&#233; d'intervenir dans les conflits &#233;conomiques, d'op&#233;rer l'arrestation de certains entrepreneurs, de confisquer le tramway appartenant &#224; une compagnie belge, d'&#233;tablir le contr&#244;le ouvrier et d'organiser la production dans les usines abandonn&#233;es. Dans l'Oural o&#249;, depuis 1905, pr&#233;dominait l'influence politique du bolchevisme, les soviets exer&#231;aient fr&#233;quemment la justice et la r&#233;pression vis-&#224;-vis des citoyens, cr&#233;&#232;rent dans quelques usines leur milice, pr&#233;levant pour la payer des fonds sur la caisse de l'usine, organis&#232;rent le contr&#244;le ouvrier qui approvisionnait les entreprises en mati&#232;res premi&#232;res et en combustible, veillait &#224; l'&#233;coulement des articles fabriqu&#233;s et &#233;tablissait les tarifs. Dans certaines r&#233;gions, les soviets confisqu&#232;rent les terres des propri&#233;taires nobles pour les remettre aux collectivit&#233;s de cultivateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les entreprises mini&#232;res de Simsk, les soviets organis&#232;rent une direction usini&#232;re r&#233;gionale qui se subordonna toute l'administration, la caisse, la comptabilit&#233; et la r&#233;ception des commandes. Par cet acte, la nationalisation de la r&#233;gion mini&#232;re de Simsk &#233;tait &#233;bauch&#233;e, &#034; D&#232;s le mois de juillet &#8212; &#233;crit B. Eltsin, &#224; qui nous empruntons ces donn&#233;es &#8212; dans les usines de l'Oural, non seulement tout &#233;tait dans les mains des bolcheviks, mais ceux-ci donnaient d&#233;j&#224; des le&#231;ons pratiques pour la solution des probl&#232;mes politiques, agraires et &#233;conomiques, &#034; Ces le&#231;ons &#233;taient primitives, non ramen&#233;es &#224; un syst&#232;me, non &#233;clair&#233;es par une th&#233;orie, mais, en bien des points, elles pr&#233;d&#233;terminaient les voies futures. Le tournant de Juillet atteignit beaucoup plus imm&#233;diatement les soviets que le parti ou les syndicats, car, dans la lutte de ces jours-l&#224;, il s'agissait avant tout de la vie ou de la mort des soviets. Le parti et les syndicats conservent leur importance pendant les P&#233;riodes &#034; paisibles &#034; comme pendant une dure r&#233;action : les t&#226;ches et les m&#233;thodes changent, mais non point les fonctions essentielles. Mais les soviets ne peuvent tenir que sur la base d'une situation r&#233;volutionnaire et disparaissent avec elle. Unifiant la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re, ils la placent face &#224; face devant une t&#226;che qui se dresse au-dessus de tous les besoins des particuliers, des groupes et des corporations, au-dessus d'un programme de rafistolages, d'amendements et de r&#233;formes en g&#233;n&#233;ral, car c'est le probl&#232;me de la conqu&#234;te du pouvoir. Le mot d'ordre : &#034; Tout le pouvoir aux soviets ! &#034; semblait cependant an&#233;anti avec la manifestation des ouvriers et des soldats en juillet. La d&#233;faite, ayant affaibli les bolcheviks dans les soviets, avait infiniment plus affaibli les soviets dans l'&#201;tat. Le &#034; gouvernement de salut &#034; signifiait un renouveau de l'ind&#233;pendance de la bureaucratie. Les soviets refusant de prendre le pouvoir, c'e&#251;t &#233;t&#233; pour eux un abaissement devant les commissaires, une atrophie, un d&#233;p&#233;rissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de l'importance du Comit&#233; ex&#233;cutif central trouva sa vive expression ext&#233;rieure : le gouvernement invita les conciliateurs &#224; &#233;vacuer le palais de Tauride, qui exigeait des r&#233;parations, para&#238;t-il, pour l'Assembl&#233;e constituante. On r&#233;serva aux soviets, dans la seconde quinzaine de juillet, l'&#233;difice de l'Institut Smolny, o&#249; jusque-l&#224; avaient re&#231;u leur &#233;ducation des jeunes filles de la haute noblesse. La presse bourgeoise &#233;crivait d&#232;s lors, au sujet du transfert aux soviets de la maison des &#034; petites oies blanches &#034;, presque du m&#234;me ton qu'auparavant elle avait parl&#233; de la saisie du palais de Kczesinska par les bolcheviks. Diverses organisations r&#233;volutionnaires, et dans ce nombre les syndicats, qui s'&#233;taient install&#233;s par r&#233;quisition dans des &#233;difices subirent en m&#234;me temps une attaque au sujet de l'occupation des immeubles. Il ne s'agissait pas d'autre chose que d'expulser la r&#233;volution ouvri&#232;re des logements trop vastes dont elle s'&#233;tait empar&#233;e aux d&#233;pens de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La presse des cadets ne connaissait point de limites &#224; son indignation, &#224; vrai dire tardive, devant les intrusions d'un peuple de vandales dans les droits de la propri&#233;t&#233; particuli&#232;re et &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la fin de juillet, un fait inattendu fut d&#233;couvert, par l'interm&#233;diaire des typos : les partis qui se groupent autour du fameux Comit&#233; de la Douma d'&#201;tat se sont depuis longtemps, para&#238;t-il empar&#233;s pour leurs besoins de la tr&#232;s riche imprimerie d'Empire, de ses services d'exp&#233;dition et de ses droits &#224; la diffusion des imprim&#233;s, Les brochures d'agitation du parti cadet &#233;taient non seulement imprim&#233;es gratuitement, mais gratuitement exp&#233;di&#233;es, par tonnes enti&#232;res, et en grande vitesse, dans tout le pays. Le Comit&#233; ex&#233;cutif, se trouvant oblig&#233; de v&#233;rifier l'accusation, se trouva aussi forc&#233; de la confirmer. Le parti cadet d&#233;couvrit, il est vrai, un nouveau motif de s'indigner ; peut-on, en effet, m&#234;me un instant, mettre sur le m&#234;me plan la saisie des &#233;tablissements de l'&#201;tat dans des buts de destruction et l'utilisation du mat&#233;riel de l'&#201;tat pour la d&#233;fense des valeurs sup&#233;rieures ? En un mot, si ces messieurs volaient un peu l'&#201;tat, c'&#233;tait dans son propre int&#233;r&#234;t. Mais, cet argument ne semblait pas &#224; tous convaincant. Les ouvriers du b&#226;timent s'obstinaient &#224; croire qu'ils avaient plus de droits &#224; un local pour leur syndicat que n'en avaient les cadets sur l'Imprimerie nationale. Le diff&#233;rend ne se produisait pas par hasard : il menait, en effet, &#224; la seconde r&#233;volution. Les cadets durent, en tout cas, se mordre un peu la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des instructeurs du Comit&#233; ex&#233;cutif, ayant parcouru dans la seconde quinzaine d'ao&#251;t les soviets du Midi de la Russie, o&#249; les bolcheviks &#233;taient consid&#233;rablement plus faibles que dans le Nord, consignait ainsi ses observations peu r&#233;confortantes ; &#034; L'&#233;tat d'esprit politique se modifie notablement&#8230; Aux sommets des masses s'accroissent des dispositions r&#233;volutionnaires provoqu&#233;es par la conversion de la politique du gouvernement provisoire&#8230; Dans la masse, l'on ressent de la fatigue et de l'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la r&#233;volution. On observe un sensible refroidissement vis-&#224;-vis des soviets... Les fonctions des soviets sont peu &#224; peu r&#233;duites. &#034; Que les masses fussent fatigu&#233;es de voir les oscillations des interm&#233;diaires d&#233;mocrates, c'est absolument indiscutable, Cependant, elles se refroidissaient non point &#224; l'&#233;gard de la r&#233;volution, mais vis-&#224;-vis des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. La situation devenait particuli&#232;rement intol&#233;rable dans les endroits o&#249; le pouvoir, malgr&#233; tous les programmes, se concentrait entre les mains des soviets conciliateurs : li&#233;s par la capitulation d&#233;finitive du Comit&#233; ex&#233;cutif devant la bureaucratie, ils n'osaient plus faire usage de leur pouvoir et compromettaient seulement les soviets aux yeux des masses. Une partie consid&#233;rable du travail quotidien, routinier, &#233;tait d'ailleurs d&#233;tourn&#233;e des soviets vers les municipalit&#233;s d&#233;mocratiques. Une partie plus grande encore allait aux syndicats et aux comit&#233;s de fabriques et d'usines. Il devenait de moins en moins clair de savoir si les soviets survivaient et ce qui les attendait pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers mois de leur existence, les soviets, ayant devanc&#233; de loin toutes les organisations, s'&#233;taient charg&#233;s de l'&#233;dification des syndicats, des comit&#233;s d'usines, des clubs et de la direction de leur travail. Mais les organisations ouvri&#232;res, ayant trouv&#233; le temps de se mettre sur pied, passaient de plus en plus sous la direction des bolcheviks. &#034; Les comit&#233;s de fabriques et d'usines&#8230; &#8212; &#233;crivait Trotsky en ao&#251;t &#8212; ne se cr&#233;ent point dans des meetings improvis&#233;s. La masse les compose de ceux qui, sur place, dans la vie quotidienne de l'entreprise, ont prouv&#233; leur fermet&#233;, leur diligence et leur d&#233;vouement aux int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Et voici que ces comit&#233;s d'usines&#8230; sont, pour l'&#233;crasante majorit&#233;, compos&#233;s de bolcheviks. &#034; Il ne pouvait plus &#234;tre question d'une tutelle sur les comit&#233;s d'usines et les syndicats exerc&#233;e par les soviets conciliateurs ; au contraire, ici s'ouvrait le champ d'une lutte acharn&#233;e. Sur les questions qui touchaient les masses au vif, les soviets se trouvaient de moins en moins capables de faire opposition aux syndicats et aux comit&#233;s d'usines, C'est ainsi que les syndicats de Moscou r&#233;alis&#232;rent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale malgr&#233; la d&#233;cision du Soviet, Sous une forme moins &#233;clatante, des conflits identiques se produisaient en tous lieux, et ce n'&#233;taient pas les soviets qui en sortaient d'ordinaire vainqueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233;s par leur propre conduite dans une impasse, les conciliateurs se trouv&#232;rent forc&#233;s &#034; d'imaginer &#034; pour les soviets des occupations accessoires, de les aiguiller sur la voie des entreprises culturelles, en somme, de les distraire. En vain : les soviets &#233;taient cr&#233;&#233;s pour mener &#224; la conqu&#234;te du pouvoir ; pour les autres probl&#232;mes, il existait d'autres organisations ; mieux adapt&#233;es. &#034; Tout le travail qui passait par le canal menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#8212; &#233;crit un bolchevik de Saratov, Antonov &#8212; perdit son sens&#8230; Dans une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif, nous en &#233;tions &#224; b&#226;iller jusqu'&#224; l'inconvenance, par ennui : elle &#233;tait mesquine et vide, cette parlote de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mencheviks. &#034; Les soviets an&#233;mi&#233;s pouvaient de moins en moins servir d'appui &#224; leur centre de P&#233;trograd, La correspondance entre Smolny et les localit&#233;s &#233;tait en d&#233;croissance : rien &#224; &#233;crire, rien &#224; proposer ; il ne restait point de perspectives ni de t&#226;ches, L'isolement vis-&#224;-vis des masses prit une forme extr&#234;mement sensible de crise financi&#232;re. Les soviets de conciliateurs dans les localit&#233;s restaient eux-m&#234;mes sans ressources et ne pouvaient subventionner leur &#233;tat-major de Smolny : les soviets de gauche refusaient d'une fa&#231;on d&#233;monstrative leur aide financi&#232;re au Comit&#233; ex&#233;cutif, tar&#233; par sa participation au travail de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus du d&#233;p&#233;rissement des soviets se croisait cependant avec des processus d'un ordre diff&#233;rent, partiellement contraire. De lointaines r&#233;gions limitrophes, des districts arri&#233;r&#233;s, des coins perdus s'&#233;veillaient et formaient des soviets qui, dans les premiers temps, montraient de la fra&#238;cheur r&#233;volutionnaire, tant qu'ils n'&#233;taient pas tomb&#233;s sous l'influence corruptrice du centre ou bien sous la r&#233;pression du gouvernement. Le chiffre total des soviets augmentait rapidement. Vers la fin du mois d'ao&#251;t, le service d'enregistrement du Comit&#233; ex&#233;cutif comptait jusqu'&#224; six cents soviets, derri&#232;re lesquels se groupaient vingt-trois millions d'&#233;lecteurs. Le syst&#232;me sovi&#233;tique officiel s'&#233;levait au-dessus de l'oc&#233;an humain qui ondulait puissamment et poussait ses vagues vers la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renouveau politique des soviets, co&#239;ncidant avec leur bolchevisation, commen&#231;ait par en bas. A P&#233;trograd, les quartiers furent les premiers &#224; &#233;lever la voix. Le 21 juillet, la d&#233;l&#233;gation de la conf&#233;rence interdistricts des soviets pr&#233;senta au Comit&#233; ex&#233;cutif une liste de revendications : dissoudre la Douma d'Empire, confirmer l'immunit&#233; des organisations d'arm&#233;e par un d&#233;cret du gouvernement, restituer la presse de gauche, suspendre le d&#233;sarmement des ouvriers, mettre fin aux arrestations massives, juguler la presse de droite, en finir avec les dislocations de r&#233;giments et la peine de mort sur le front. L'att&#233;nuation des exigences politiques, comparativement &#224; celles de la manifestation de Juillet, est absolument &#233;vidente ; mais ce n'&#233;tait que le premier pas d'un convalescent. En restreignant les mots d'ordre, les rayons s'effor&#231;aient d'&#233;largir la base. Les dirigeants du Comit&#233; ex&#233;cutif f&#233;licit&#232;rent diplomatiquement les soviets de quartier de &#034; leur tact &#034;, mais ramen&#232;rent le discours &#224; ceci que tous les maux provenaient de l'insurrection de Juillet. Les partis se s&#233;par&#232;rent courtoisement, mais froidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au programme des soviets de quartier s'ouvre une campagne imposante. Les Izvestia, de jour en jour, impriment des r&#233;solutions des soviets, des syndicats, des usines, des vaisseaux de guerre, des troupes, exigeant la dissolution de la Douma d'Empire, la suspension des mesures prises contre les bolcheviks et l'&#233;limination de ceux qui favorisent la contre-r&#233;volution. Sur ce fond essentiel s'&#233;l&#232;vent des voix plus radicales. Le 22 juillet, le Soviet de la province de Moscou, d&#233;passant sensiblement le Soviet de Moscou m&#234;me, vota une r&#233;solution r&#233;clamant la remise du pouvoir aux soviets. Le 26 juillet, le soviet d'Ivanovo-Voznessensk &#034; stigmatise de son m&#233;pris &#034; le moyen de lutte employ&#233; contre le parti des bolcheviks et envoie ses salutations &#224; L&#233;nine, &#034; glorieux leader du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles &#233;lections, qui eurent lieu &#224; la fin de juillet et dans la premi&#232;re quinzaine d'ao&#251;t, en de nombreux endroits, amen&#232;rent, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, un renforcement des fractions bolchevistes dans les soviets. Dans Cronstadt &#233;cras&#233;e et vilipend&#233;e devant toute la Russie, le nouveau soviet comptait cent bolcheviks, soixante-quinze socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, douze mencheviks internationalistes, sept anarchistes, plus de quarte-vingt-dix sans-parti, dont pas un ne se d&#233;cida &#224; avouer des sympathies pour les conciliateurs. Au congr&#232;s r&#233;gional des soviets de l'Oural, qui s'ouvrit le 18 ao&#251;t, il y eut quatre-vingt-six bolcheviks, quarante socialistes-r&#233;volutionnaires, vingt-trois mencheviks. L'objet de la haine particuli&#232;re de la presse bourgeoise devient Tsaritsyne, o&#249; non seulement le soviet est devenu bolchevik, mais o&#249; l'on a &#233;lu comme maire le leader des bolcheviks de l'endroit, Minine, Contre Tsaritsyne qui &#233;tait une taie sur l'&#339;il pour l'ataman du Don, Kal&#233;dine, K&#233;rensky envoya, sans aucun pr&#233;texte s&#233;rieux, une exp&#233;dition punitive avec ce seul but : d&#233;truire le nid r&#233;volutionnaire. A P&#233;trograd, &#224; Moscou, dans tous les districts industriels, les mains se l&#232;vent de plus en plus nombreuses pour les motions bolchevistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin du mois d'ao&#251;t amena les soviets &#224; une v&#233;rification. Sous le coup du danger, le regroupement int&#233;rieur se produisit tr&#232;s rapidement, g&#233;n&#233;ralement, et avec des frottements relativement peu importants, En province comme &#224; P&#233;trograd, au premier plan se mirent les bolcheviks, h&#233;ritiers pr&#233;somptifs du syst&#232;me sovi&#233;tique officiel. Mais, dans la composition m&#234;me des partis conciliateurs, les socialistes de &#034; Mars &#034;, les politiciens des antichambres de minist&#232;res et de bureaux, &#233;taient temporairement refoul&#233;s par des &#233;l&#233;ments plus combatifs, tremp&#233;s dans la lutte clandestine. Pour un nouveau groupement de forces, il fallut une nouvelle forme d'organisation. Nulle part, la direction de la d&#233;fense r&#233;volutionnaire ne se concentra entre les mains des comit&#233;s ex&#233;cutifs : tels que les trouva l'insurrection, ils &#233;taient peu aptes &#224; combattre. Partout se cr&#233;aient des comit&#233;s sp&#233;ciaux de d&#233;fense, des comit&#233;s r&#233;volutionnaires, des &#233;tats-majors. Ils s'appuyaient sur les soviets, leur rendaient des comptes, mais pr&#233;sentaient une nouvelle s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments et de nouvelles m&#233;thodes d'action en corr&#233;lation avec le caract&#232;re r&#233;volutionnaire des t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de Moscou, comme pendant les journ&#233;es de la Conf&#233;rence d'&#201;tat, constitua un groupe de combat de six hommes qui seuls avaient le droit de disposer des forces arm&#233;es et de proc&#233;der &#224; des arrestations. S'&#233;tant ouvert &#224; la fin d'ao&#251;t, le Comit&#233; r&#233;gional de Kiev proposa aux soviets locaux de ne pas h&#233;siter &#224; destituer les repr&#233;sentants peu s&#251;rs du pouvoir, aussi bien les militaires que les civils, et &#224; prendre des mesures pour l'arrestation imm&#233;diate des contre-r&#233;volutionnaires comme pour l'armement des ouvriers. A Viatka, le comit&#233; du soviet s'attribua de pleins pouvoirs exceptionnels, y compris la disposition de la force arm&#233;e. A Tsaritsyne, tout le pouvoir passa &#224; l'&#233;tat-major du soviet. A Nijni-Novgorod, le comit&#233; r&#233;volutionnaire mit ses hommes de garde &#224; la poste et au t&#233;l&#233;graphe. Le soviet de Krasno&#239;arsk concentra dans ses mains le pouvoir civil et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec telles ou telles d&#233;viations, parfois essentielles, ce tableau se reproduisait presque partout. Et ce n'&#233;tait nullement une simple imitation de P&#233;trograd : le caract&#232;re des soviets, repr&#233;sentants de masses, fixait le d&#233;terminisme extr&#234;me de leur &#233;volution int&#233;rieure, provoquant une r&#233;action homog&#232;ne de leur part devant les grands &#233;v&#233;nements. Alors que, entre les deux &#233;l&#233;ments de la coalition, passait le front de la guerre civile, les soviets r&#233;unirent effectivement autour d'eux toutes les forces vives de la nation. Se brisant contre cette muraille, l'offensive des g&#233;n&#233;raux tomba en poussi&#232;re. On ne pouvait demander une le&#231;on plus d&#233;monstrative. &#034; Malgr&#233; tous les efforts faits par le pouvoir pour &#233;carter et priver de force les soviets &#8212; disait &#224; ce sujet une d&#233;claration des bolcheviks &#8212; les soviets manifest&#232;rent toute l'invincibilit&#233;&#8230; de la puissance et de l'initiative des masses populaires dans la p&#233;riode de la r&#233;pression exerc&#233;e contre la mutinerie kornilovienne&#8230; Apr&#232;s cette nouvelle &#233;preuve que rien n'effacera plus de la conscience des ouvriers, des soldats et des paysans, le cri de ralliement pouss&#233; d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution par notre parti &#8212; &#034; tout le pouvoir aux soviets &#034; &#8212; devint la voix de tout le pays r&#233;volutionnaire. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doumas municipales, qui avaient tent&#233; de rivaliser avec les soviets, s'&#233;clips&#232;rent pendant les jours de danger et s'effac&#232;rent. La Douma de P&#233;trograd envoyait obs&#233;quieusement une d&#233;l&#233;gation au Soviet &#034; pour &#233;lucider la situation g&#233;n&#233;rale et &#233;tablir un contact &#034;. Il e&#251;t sembl&#233; que les soviets, &#233;lus par une partie de la population de la ville, devaient avoir moins d'influence et de puissance que les doumas &#233;lues par la population tout enti&#232;re. Mais la dialectique du processus r&#233;volutionnaire montre que, dans certaines conditions historiques, la partie est infiniment plus grande que le tout. De m&#234;me que dans le gouvernement, les conciliateurs &#224; la douma faisaient bloc avec les cadets contre les bolcheviks, et ce bloc paralysait la douma, ainsi que le gouvernement. Par contre, le Soviet s'av&#233;ra la forme naturelle d'une collaboration d&#233;fensive des conciliateurs avec les bolcheviks contre l'offensive de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les journ&#233;es korniloviennes s'ouvrit, pour les soviets, un nouveau chapitre. Bien qu'il rest&#226;t encore aux conciliateurs un bon nombre de &#034; bourgs pourris &#034;, surtout dans la garnison, le Soviet de P&#233;trograd donna de la bande si fortement dans le sens bolchevik qu'il &#233;tonna les deux camps : celui de droite et celui de gauche. Dans la nuit du 31 ao&#251;t au 1er septembre, toujours sous la pr&#233;sidence du m&#234;me Tchkh&#233;idz&#233;, le Soviet vota pour le pouvoir des ouvriers et des paysans. Les membres de la base des factions conciliatrices soutinrent presque tous la r&#233;solution des bolcheviks. La motion concurrente de Ts&#233;r&#233;telli recueillit une quinzaine de voix. Le pr&#233;sidium conciliateur n'en croyait pas ses yeux. De droite, l'on exigea un vote nominal qui dura jusqu'&#224; trois heures du matin. Pour ne point voter ouvertement contre leurs partis, bien des d&#233;l&#233;gu&#233;s sortirent. Et pourtant, malgr&#233; tous les moyens de pression, la r&#233;solution des bolcheviks obtint, apr&#232;s pointage, 279 voix contre 115. C'&#233;tait un fait de grande importance. C'&#233;tait le commencement de la fin. Le pr&#233;sidium, abasourdi, d&#233;clara qu'il d&#233;posait ses pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 septembre, &#224; la session unifi&#233;e des organes sovi&#233;tiques russes en Finlande, fut adopt&#233;e par 700 voix contre 13, avec 36 abstentions, une r&#233;solution pour le pouvoir des soviets. Le 5, le Soviet de Moscou marcha dans la voie de P&#233;trograd : par 355 suffrages contre 254, non seulement il exprima sa d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du gouvernement provisoire, consid&#233;r&#233; comme instrument de contre-r&#233;volution, mais il condamna la politique de coalition du Comit&#233; ex&#233;cutif. Le pr&#233;sidium &#224; la t&#234;te duquel se trouvait Khintchouk d&#233;clara qu'il donnait sa d&#233;mission. Le Congr&#232;s des soviets de la Sib&#233;rie centrale qui s'ouvrit le 5 septembre &#224; Krasno&#239;arsk se d&#233;roula tout entier sous le drapeau du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, la r&#233;solution des bolcheviks est adopt&#233;e au soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers de Kiev par une majorit&#233; de 130 voix contre 66, bien que la fraction bolcheviste officielle ne compt&#226;t que 95 membres. Au Congr&#232;s des soviets de Finlande qui s'ouvrit le 10, 150 000 matelots, soldats et ouvriers russes &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par 65 bolcheviks, 48 socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et quelques sans-parti. Le Soviet des d&#233;put&#233;s paysans de la province de P&#233;trograd &#233;lut comme d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique le bolchevik Sergu&#233;iev. Il fut manifeste, encore une fois, que dans les cas o&#249; le parti r&#233;ussit, par l'interm&#233;diaire des ouvriers ou des soldats, &#224; se lier directement avec le village, la classe paysanne se place volontiers sous son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;pond&#233;rance du parti bolchevik dans le Soviet de P&#233;trograd se confirma dramatiquement dans la s&#233;ance historique du 9 septembre. Toutes les fractions avaient convoqu&#233; le ban et l'arri&#232;re-ban de leurs membres : &#034; Il s'agit du sort du Soviet. &#034; La r&#233;union fut d'environ un millier de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats. Le vote du 1er septembre avait-il &#233;t&#233; un simple &#233;pisode, engendr&#233; par la composition accidentelle de l'assembl&#233;e, ou bien signifiait-il un complet changement de la politique du Soviet ? c'est ainsi qu'&#233;tait pos&#233;e la question. Craignant de ne pas r&#233;unir la majorit&#233; des voix contre le pr&#233;sidium dans lequel entraient tous les leaders conciliateurs : Tchkh&#233;idz&#233;, Ts&#233;r&#233;telli, Tchernov, Gotz, Dan, Skob&#233;lev, la fraction bolcheviste proposa d'&#233;lire un Pr&#233;sidium sur les bases proportionnelles ; cette proposition qui, jusqu'&#224; un certain point, estompait l'acuit&#233; du conflit de principe et qui provoqua, par cons&#233;quent, un v&#233;h&#233;ment bl&#226;me de L&#233;nine, eut cet avantage tactique qu'elle garantit un appui aux &#233;l&#233;ments h&#233;sitants. Mais Ts&#233;r&#233;telli repoussa le compromis. Le pr&#233;sidium veut savoir si le Soviet a effectivement chang&#233; de direction : &#034; Nous ne pouvons appliquer la tactique des bolcheviks. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de r&#233;solution apport&#233; par la droite disait que le vote du 1er septembre ne correspondait point &#224; la ligne politique du Soviet qui continuait &#224; faire confiance &#224; son pr&#233;sidium. Il ne restait plus aux bolcheviks qu'&#224; relever le d&#233;fi, et ils y proc&#233;d&#232;rent en hommes tout pr&#234;ts. Trotsky, qui parut au Soviet pour la premi&#232;re fois apr&#232;s sa mise en libert&#233;, et qui fut accueilli avec ferveur par une partie consid&#233;rable de l'assembl&#233;e (les deux parties pesaient, dans leur for int&#233;rieur, les applaudissements : majorit&#233; ou non-majorit&#233; ?) demanda avant le vote une explication : K&#233;rensky faisait-il toujours partie du pr&#233;sidium ? Apr&#232;s une minute d'h&#233;sitation, le pr&#233;sidium, ayant r&#233;pondu affirmativement, lui qui &#233;tait d&#233;j&#224; bien charg&#233; de p&#233;ch&#233;s, s'attachait lui-m&#234;me au pied un lourd boulet. L'adversaire n'avait besoin que de cela. &#034; Nous &#233;tions profond&#233;ment persuad&#233;s &#8212; d&#233;clara Trotsky &#8212; &#8230; que K&#233;rensky ne pouvait faire partie du pr&#233;sidium. Nous nous &#233;tions tromp&#233;s. Actuellement, entre Dan et Tchkh&#233;idz&#233;, se dresse le fant&#244;me de K&#233;rensky&#8230; Quand on vous invite &#224; approuver la ligne politique du pr&#233;sidium, n'oubliez pas que, par l&#224;-m&#234;me, l'on vous propose d'agr&#233;er la politique de K&#233;rensky. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;ance eut lieu dans une tension qui atteignait la limite. L'ordre se maintint gr&#226;ce &#224; l'effort de tous et de chacun pour ne pas en arriver &#224; une explosion. Tous voulaient faire au plus vite le compte des amis et des adversaires. Tous comprenaient que l'on d&#233;cidait la question du pouvoir, de la guerre, du sort de la r&#233;volution, On d&#233;cida que l'on voterait en sortant par une porte. On invita &#224; sortir ceux qui acceptaient la d&#233;mission du pr&#233;sidium : il &#233;tait plus facile de sortir &#224; la minorit&#233; qu'&#224; la majorit&#233;, A tous les bouts de la salle, une agitation passionn&#233;e, mais &#224; mi-voix. Le vieux pr&#233;sidium ou bien un nouveau ? La coalition ou bien le pouvoir sovi&#233;tique ? Devant les portes, beaucoup de peuple s'&#233;tait amass&#233;, beaucoup trop &#224; l'estimation du pr&#233;sidium, Les leaders des bolcheviks comptaient, de leur c&#244;t&#233;, qu'il leur manquerait environ une centaine de voix pour avoir la majorit&#233; : &#034; Et ce sera encore beau ! &#034; se disaient-ils, se consolant d'avance. Les ouvriers et les soldats, en longues files, s'alignent devant les portes. Une rumeur contenue de voix, de brefs &#233;clats de discussion. D'un c&#244;t&#233;, un cri perce : &#034; Korniloviens ! &#034; Et d'autre part : &#034; H&#233;ros de Juillet ! &#034; La proc&#233;dure se prolonge environ une heure. Les plateaux de l'invisible balance oscillent. Le pr&#233;sidium, dans une &#233;motion &#224; peine contenue, reste tout le temps sur l'estrade. Enfin, le scrutin a &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; et est annonc&#233; : pour le pr&#233;sidium et la coalition, 414 voix contre 519, et 67 abstentions ! La nouvelle majorit&#233; applaudit temp&#233;tueusement, avec exaltation et fureur, Elle en a le droit : la victoire a co&#251;t&#233; cher. Une bonne partie de la route a &#233;t&#233; parcourue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans avoir pu encore se remettre du coup port&#233;, les leaders d&#233;poss&#233;d&#233;s descendent de l'estrade, la face longue. Ts&#233;r&#233;telli ne peut se retenir de formuler une proph&#233;tie mena&#231;ante. &#034; Nous descendons de cette tribune &#8212; crie-t-il, se retournant &#224; demi dans sa marche &#8212; conscient d'avoir port&#233; pendant six mois hautement et dignement le drapeau de la r&#233;volution. Maintenant, ce drapeau est pass&#233; en vos mains. Nous pouvons seulement exprimer le souhait que vous le teniez au moins pour la moiti&#233; de ce d&#233;lai ! &#034; Ts&#233;r&#233;telli s'&#233;tait cruellement tromp&#233; au sujet des d&#233;lais comme au sujet de tout le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de P&#233;trograd, anc&#234;tre de tous les autres soviets, se trouva d&#233;sormais sous la direction des bolcheviks qui &#233;taient encore hier &#034; une insignifiante poign&#233;e de d&#233;magogues &#034;. Trotsky rappela, du haut de la tribune du pr&#233;sidium, que les bolcheviks n'avaient pas encore &#233;t&#233; lav&#233;s de l'accusation d'&#234;tre au service de l'&#233;tat-major allemand. &#034; Que les Milioukov et les Goutchkov racontent jour par jour leur existence. Ils ne le feront pas, mais nous, nous sommes, pour chaque jour, pr&#234;ts &#224; rendre compte de nos actes, nous n'avons rien &#224; cacher au peuple russe&#8230; &#034; Le Soviet de P&#233;trograd adopta une r&#233;solution sp&#233;ciale, stigmatisant de son m&#233;pris les auteurs, les propagateurs et les auxiliaires de la calomnie. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks entraient dans leur droits de succession, Leur h&#233;ritage se trouva &#224; la fois grandiose et extr&#234;mement mince, Le Comit&#233; ex&#233;cutif central supprima &#224; temps voulu au Soviet de P&#233;trograd les deux journaux qu'il avait cr&#233;&#233;s, tous les services de direction, toutes les ressources financi&#232;res et techniques, y compris les machines &#224; &#233;crire et les encriers. De nombreuses automobiles qui, depuis les Journ&#233;es de F&#233;vrier, avaient &#233;t&#233; mises &#224; la disposition du Soviet, se trouv&#232;rent sans exception livr&#233;es &#224; l'Olympe conciliateur. Les nouveaux dirigeants n'avaient ni caisse, ni journal, ni appareils de bureaux, ni moyen de transport, ni porte-plume, ni crayons. Rien que des murs d&#233;pouill&#233;s et l'ardente confiance des ouvriers et des soldats. Cela se trouva parfaitement suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le revirement radical de la politique du Soviet, les rangs des conciliateurs commenc&#232;rent &#224; fondre encore plus rapidement. Le 11 septembre, quand Dan d&#233;fendait devant le Soviet de P&#233;trograd la coalition, alors que Trotsky se pronon&#231;ait pour le pouvoir des soviets, la coalition fut repouss&#233;e par toutes les voix contre dix, avec sept abstentions ! Le m&#234;me jour, le Soviet de Moscou condamna &#224; l'unanimit&#233; les mesures de r&#233;pression contre les bolcheviks. Les conciliateurs se virent bient&#244;t rejet&#233;s dans un &#034; fort &#233;troit secteur de droite, pareil &#224; celui que les bolcheviks avaient occup&#233;, au d&#233;but de la r&#233;volution, sur la gauche. Mais quelle diff&#233;rence ! Les bolcheviks avaient toujours &#233;t&#233; plus forts dans les masses que dans les soviets. Les conciliateurs, par contre, conservaient encore dans les soviets plus de place que dans les masses. Les bolcheviks, dans la p&#233;riode de leur faiblesse, avaient pour eux l'avenir. Aux conciliateurs il ne restait qu'un pass&#233; dont ils n'avaient pas lieu d'&#234;tre fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En modifiant son courant, le Soviet de P&#233;trograd changea aussi d'aspect. Les leaders conciliateurs disparurent tout &#224; fait de l'horizon, se retranchant dans le Comit&#233; ex&#233;cutif ; ils furent remplac&#233;s au Soviet par des &#233;toiles de deuxi&#232;me et de troisi&#232;me grandeur. Avec Ts&#233;r&#233;telli, Tchernov, Avksentiev, Skob&#233;lev, cess&#232;rent de se montrer des amis et des admirateurs des ministres d&#233;mocrates, les officiers radicaux et les dames, les &#233;crivains &#224; demi socialistes, les personnes instruites et r&#233;put&#233;es. Le Soviet devint plus homog&#232;ne, plus gris, plus sombre, plus s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re coalition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le &#224; sa tradition : ne r&#233;sister &#224; aucun choc s&#233;rieux, le gouvernement provisoire s'effondra, comme on se le rappelle, dans la nuit du 26 ao&#251;t. Les cadets sortirent pour faciliter le travail de Kornilov. Les socialistes sortirent pour faciliter le travail de K&#233;rensky. Une nouvelle crise gouvernementale s'ouvrit. Avant tout se posa la question de K&#233;rensky lui-m&#234;me : le chef du gouvernement se trouvait complice de la conspiration. L'indignation contre lui &#233;tait si grande qu'&#224; entendre seulement mentionner son nom, les leaders conciliateurs recouraient m&#234;me au vocabulaire bolchevik. Tchernov, qui venait de sauter du train minist&#233;riel en pleine marche, &#233;crivait dans l'organe central de son parti au sujet du &#034; cafouillis dans lequel on n'arrivait pas &#224; comprendre o&#249; finissait Kornilov et o&#249; commen&#231;ait Filonenko avec Savinkov, o&#249; finissait Savinkov et o&#249; commen&#231;ait le gouvernement provisoire, en tant que tel &#034;. L'allusion &#233;tait suffisamment claire : &#034; Le gouvernement provisoire en tant que tel &#034;, - c'&#233;tait bien K&#233;rensky qui appartenait au m&#234;me parti que Tchernov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en se soulageant l'&#226;me avec des gros mots, les conciliateurs d&#233;cid&#232;rent qu'ils ne pourraient se passer de K&#233;rensky. S'ils emp&#234;ch&#232;rent K&#233;rensky d'amnistier Kornilov, ils s'empress&#232;rent eux-m&#234;mes d'amnistier K&#233;rensky. En guise de compensation ce dernier accepta de faire une concession au sujet du mode de gouvernement de la Russie. La veille encore, l'on estimait que cette question ne pouvait &#234;tre d&#233;cid&#233;e que par l'Assembl&#233;e constituante. Maintenant, les obstacles juridiques &#233;taient d'un seul coup &#233;cart&#233;s. La destitution de Kornilov dans la d&#233;claration du gouvernement s'expliquait par la n&#233;cessit&#233; &#034; de sauver la patrie, la libert&#233; et le r&#233;gime r&#233;publicain &#034;. Cette aum&#244;ne purement verbale et d'ailleurs tardive &#224; la gauche ne consolidait nullement, bien entendu, l'autorit&#233; du gouvernement, d'autant plus que Kornilov lui aussi se d&#233;clarait r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 ao&#251;t, K&#233;rensky dut cong&#233;dier Savinkov qui, quelques jours apr&#232;s, fut exclu m&#234;me du parti socialiste-r&#233;volutionnaire si accueillant &#224; tous. Mais l'on nomma aussit&#244;t au poste de g&#233;n&#233;ral-gouverneur quelqu'un qui valait politiquement autant que Savinkov, Paltchinsky, lequel commen&#231;a par interdire le journal des bolch&#233;viks. Les Comit&#233;s ex&#233;cutifs protest&#232;rent. Les Izvestia d&#233;nomm&#232;rent cet acte &#034; une grossi&#232;re provocation &#034;. Paltchinsky dut &#234;tre balay&#233; dans les trois jours. Combien peu K&#233;rensky se disposait en g&#233;n&#233;ral &#224; changer le cours de sa politique, on le voit par ce fait que, d&#232;s le 31, il formait un nouveau gouvernement avec la participation des cadets. M&#234;me les socialistes-r&#233;volutionnaires ne purent accepter cela : ils menac&#232;rent de rappeler leurs repr&#233;sentants. La nouvelle recette gouvernementale fut trouv&#233;e par Ts&#233;r&#233;telli : &#034; Conserver l'id&#233;e de la coalition et se d&#233;barrasser de tous les &#233;l&#233;ments qui p&#232;sent d'un poids trop lourd sur le gouvernement. &#034; &#034; L'id&#233;e de la coalition se fortifie - chantait en accompagnement Skob&#233;lev - mais, dans la composition du gouvernement, il ne peut y avoir de place pour le parti qui est li&#233; avec la conspiration de Kornilov. &#034; K&#233;rensky n'&#233;tait pas d'accord avec cette limitation et, dans son genre, il avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition avec la bourgeoisie, mais &#224; l'exclusion du parti bourgeois dirigeant, &#233;tait d'une &#233;vidente absurdit&#233;. C'est ce qu'indiqua Kam&#233;nev qui, dans une s&#233;ance unifi&#233;e des Comit&#233;s ex&#233;cutifs, avec le ton qui lui est propre de sermonneur, tirait des conclusions des &#233;v&#233;nements r&#233;cents : &#034; Vous voulez nous jeter sur la voie encore plus dangereuse d'une coalition avec des groupes irresponsables. Mais vous avez oubli&#233; la coalition form&#233;e et consolid&#233;e par les p&#233;rilleux &#233;v&#233;nements de ces jours derniers, la coalition entre le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, la paysannerie et l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. &#034; L'orateur bolchevik rappela les paroles prononc&#233;es par Trotsky, le 25 mai, d&#233;fendant les marins de Cronstadt contre les accusations de Ts&#233;r&#233;telli : &#034; Lorsqu'un g&#233;n&#233;ral contre-r&#233;volutionnaire tentera de passer le n&#339;ud coulant au cou de la r&#233;volution, les cadets savonneront la corde, mais les matelots de Cronstadt surgiront pour lutter et mourir avec nous. &#034; Ce rappel tombait au c&#339;ur de la situation. Devant les palabres sur &#034; l'unit&#233; de la d&#233;mocratie &#034; et sur la &#034; coalition honn&#234;te &#034;, Kam&#233;nev r&#233;pondait : &#034; L'unit&#233; de la d&#233;mocratie d&#233;pend de savoir si vous irez ou non dans une coalition avec le district de Vyborg&#8230; Toute autre coalition est malhonn&#234;te. &#034; Le discours de Kam&#233;nev produisit indubitablement une impression que Soukhanov enregistre en ces termes : &#034; Kam&#233;nev parla avec beaucoup d'intelligence et de tact. &#034; Mais l'affaire n'alla pas au-del&#224; d'une impression. Les voies des deux parties &#233;taient d&#233;termin&#233;es d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture des conciliateurs avec les cadets avait en somme, d&#233;s le d&#233;but, un caract&#232;re tout &#224; fait d&#233;monstratif. Les lib&#233;raux korniloviens comprenaient eux-m&#234;mes que, sous peu, ils feraient mieux de rester dans l'ombre. Dans la coulisse, l'on avait d&#233;cid&#233;, d'apr&#232;s un accord &#233;vident avec les cadets, de cr&#233;er un gouvernement &#224; tel point &#233;lev&#233; au-dessus de toutes les forces r&#233;elles de la nation que son caract&#232;re provisoire ne ferait doute pour personne. Outre K&#233;rensky, le Directoire, compos&#233; de cinq membres, comprenait le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res T&#233;r&#233;chtchenko, qui &#233;tait d&#233;j&#224; devenu inamovible gr&#226;ce &#224; sa liaison avec la diplomatie de l'Entente ; le commandant du corps d'arm&#233;e de Moscou, Verkhovsky, promu d'urgence pour cette fin, de colonel qu'il &#233;tait, au grade de g&#233;n&#233;ral ; l'amiral Verd&#233;revsky, relax&#233; d'urgence, pour ce but, de la prison ; enfin, le douteux menchevik Nikitine que son propre parti reconnut bient&#244;t suffisamment m&#251;r pour &#234;tre exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir vaincu Kornilov par les mains d'autrui, K&#233;rensky, semblait-il, se souciait seulement d'appliquer le programme kornilovien. Kornilov voulait unir le pouvoir du g&#233;n&#233;ralissime &#224; celui du chef de gouvernement. K&#233;rensky r&#233;alisa cela. Kornilov avait l'intention de dissimuler une dictature personnelle sous les apparences d'un Directoire de cinq membres. K&#233;rensky r&#233;alisa cela. Tchernov, dont la d&#233;mission &#233;tait exig&#233;e par la bourgeoisie, fut expuls&#233; par K&#233;rensky du palais d'Hiver. Le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;iev, h&#233;ros du parti cadet et candidat de ce dernier au poste de ministre-pr&#233;sident, fut nomm&#233; par K&#233;rensky chef de l'&#233;tat-major du Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, c'est-&#224;-dire, en fait, chef de l'arm&#233;e. Dans un ordre du jour &#224; l'arm&#233;e et &#224; la flotte, K&#233;rensky enjoignait de cesser la lutte politique dans les troupes, c'est-&#224;-dire d'en revenir au point de d&#233;part. Du fond de son refuge, L&#233;nine caract&#233;risait la situation au sommet avec l'extr&#234;me simplicit&#233; qui lui &#233;tait propre : &#034; K&#233;rensky est un kornilovien qui s'est brouill&#233; avec Kornilov par hasard et qui continue &#224; &#234;tre en liaison des plus intimes avec les autres korniloviens. &#034; Un seul malheur : la victoire remport&#233;e sur la contre-r&#233;volution est beaucoup plus profonde qu'il ne le fallait pour les plans personnels de K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directoire se h&#226;ta de faire sortir de prison l'ancien ministre de la Guerre Goutchkov, consid&#233;r&#233; comme un des instigateurs du complot. Sur les instigateurs cadets, la justice, en g&#233;n&#233;ral, ne leva point le bras. Dans ces conditions, il devenait de plus en plus difficile de retenir plus longtemps les bolcheviks sous les verrous. Le gouvernement trouva une issue : sans relever les bolcheviks du chef d'accusation, les mettre en libert&#233; sous caution. Le Soviet syndical de P&#233;trograd prit &#224; sa charge &#034; l'honneur de verser la caution pour le digne leader du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#034; : le 4 septembre, Trotsky fut relax&#233; sous une caution modeste, fictive en somme, de trois mille roubles. Dans son Histoire des troubles en Russie, le g&#233;n&#233;ral D&#233;nikine &#233;crit path&#233;tiquement : &#034; Le 1er septembre, le g&#233;n&#233;ral Kornilov fut mis en &#233;tat d'arrestation, mais, le 4 septembre, le m&#234;me gouvernement provisoire remit en libert&#233; Bronstein-Trostky. La Russie doit se souvenir de ces deux dates. &#034; La lib&#233;ration des bolcheviks sous garantie se continua pendant plusieurs jours. Les lib&#233;r&#233;s des prisons ne perdaient pas de temps : les masses attendaient et appelaient, le parti avait besoin d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la mise en libert&#233; de Trotsky, K&#233;rensky publia un ordre du jour dans lequel, reconnaissant que &#034; les Comit&#233;s avaient assur&#233; un appui essentiel au pouvoir gouvernemental &#034;, il leur ordonnait de cesser d'agir. M&#234;me les Izvestia reconnurent que l'auteur de cette ordonnance avait montr&#233; &#034; une assez faible compr&#233;hension &#034; des circonstances. La conf&#233;rence interdistricts des soviets &#224; P&#233;trograd d&#233;cida : &#034; ne point dissoudre les organisations r&#233;volutionnaires pour la lutte vis-&#224;-vis de la contre-r&#233;volution &#034;. La pression d'en bas &#233;tait si forte que le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, conciliateur, r&#233;solut de ne pas admettre les ordres de K&#233;rensky et appela ses organes locaux, &#034; en raison de la situation alarmante qui subsistait, &#224; travailler avec l'&#233;nergie et l'endurance de nagu&#232;re &#034;. K&#233;rensky se tut : il ne lui restait rien d'autre &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout-puissant chef du Directoire devait, &#224; chaque pas, constater que la situation avait chang&#233;, que la r&#233;sistance s'&#233;tait accrue et qu'il fallait modifier quelque chose, du moins en paroles. Le 7 septembre, Verkhovsky d&#233;clara &#224; la presse que le programme de r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'arm&#233;e, &#233;labor&#233; avant le soul&#232;vement de Kornilov, devait &#234;tre, pour le moment, rejet&#233;, car &#034; dans l'&#233;tat psychologique actuel de l'arm&#233;e &#034;, il n'am&#232;nerait qu'une plus compl&#232;te d&#233;composition de celle-ci. Pour marquer la nouvelle &#232;re, le ministre de la Guerre parut devant le Comit&#233; ex&#233;cutif. Que l'on ne s'inqui&#232;te pas : le g&#233;n&#233;ral Al&#233;x&#233;iev partira et, en m&#234;me temps, partiront tous ceux qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, ont eu des accointances avec le soul&#232;vement kornilovien. Il faut inculquer &#224; l'arm&#233;e de sains principes &#034; non point par des mitrailleuses et des naga&#239;kas, mais en propageant les id&#233;es du droit, de la justice et d'une s&#233;v&#232;re discipline &#034;. Cela sentait tout &#224; fait les journ&#233;es printani&#232;res de la r&#233;volution. Mais, au dehors, c'&#233;tait septembre, l'automne venait. Alexe&#239;ev fut effectivement destitu&#233; quelques jours apr&#232;s, et il fut remplac&#233; par le g&#233;n&#233;ral Doukhonine : l'avantage de ce g&#233;n&#233;ral &#233;tait en ceci qu'on ne le connaissait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre de revanche pour les concessions, les ministres de la Guerre et de la Marine exigeaient du Comit&#233; ex&#233;cutif une aide imm&#233;diate : les officiers se trouvent plac&#233;s sous l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, cela va surtout mal dans la flotte de la Baltique, il faut obtenir l'apaisement des matelots. Apr&#232;s de longs d&#233;bats, il fut d&#233;cid&#233;, comme toujours, d'envoyer &#224; la flotte une d&#233;l&#233;gation, et les conciliateurs insist&#232;rent pour que l'on y compr&#238;t des bolcheviks, et, avant tout, Trotsky : c'est seulement dans ce cas que la d&#233;l&#233;gation peut compter r&#233;ussir. &#034; Nous repoussons r&#233;solument - r&#233;pliqua Trotsky - la forme de collaboration avec le gouvernement qu'a d&#233;fendue Ts&#233;r&#233;telli&#8230; Le gouvernement m&#232;ne une politique radicalement fausse, antipopulaire et incontr&#244;l&#233;e ; et lorsque cette politique tombe dans une impasse ou aboutit &#224; une catastrophe, les organisations r&#233;volutionnaires ont l'ingrat devoir de rem&#233;dier aux cons&#233;quences in&#233;vitables&#8230; Une des t&#226;ches de cette d&#233;l&#233;gation, comme vous la formulez, est de mener une enqu&#234;te dans les garnisons sur &#034; les forces obscures &#034;, c'est-&#224;-dire sur les provocateurs et les espions&#8230; Avez-vous donc oubli&#233; que moi-m&#234;me je suis cit&#233; en justice d'apr&#232;s l'article 108 du code ?&#8230; Dans la lutte contre les lynchages, nous marchons par nos propres voies&#8230; non point la main dans la main avec le procureur et le contre-espionnage, mais comme parti r&#233;volutionnaire qui persuade, organise et &#233;duque. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convocation de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e pendant les journ&#233;es du soul&#232;vement kornilovien. Elle devait, encore une fois, montrer la force de la d&#233;mocratie, inspirer du respect pour elle aux adversaires de droite et de gauche, et - ce n'&#233;tait pas le moindre des probl&#232;mes - refr&#233;ner K&#233;rensky, en proie &#224; une nouvelle ardeur. Les conciliateurs comptaient s&#233;rieusement soumettre le gouvernement &#224; une quelconque repr&#233;sentation improvis&#233;e jusqu'&#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. La bourgeoisie, d'avance, fut hostile &#224; la Conf&#233;rence, voyant en elle une tentative pour consolider les positions que la d&#233;mocratie avait reconquises apr&#232;s la victoire sur Kornilov. &#034; La manigance de Ts&#233;r&#233;telli - &#233;crit Milioukov dans son Histoire - &#233;tait en somme une compl&#232;te capitulation devant les plans de L&#233;nine et de Trotsky. &#034; Tout au contraire : la manigance de Ts&#233;r&#233;telli visait &#224; paralyser la lutte des bolcheviks pour le pouvoir des soviets. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique s'opposait au congr&#232;s des soviets. Les conciliateurs voulaient cr&#233;er pour eux une nouvelle base, essayant d'&#233;craser les soviets par une combinaison artificielle de toutes sortes d'organisations. Les d&#233;mocrates r&#233;partissaient les voix selon leur gr&#233;, se guidant sur une seule pr&#233;occupation : s'assurer une majorit&#233; incontestable. Les organisations du sommet se trouv&#232;rent repr&#233;sent&#233;es d'une fa&#231;on incomparablement plus compl&#232;te que celles de la base. Les organes d'administration autonome, dans ce nombre les zemstvos non d&#233;mocratis&#233;s, obtinrent une pr&#233;pond&#233;rance formidable sur les soviets. Les coop&#233;rateurs se trouv&#232;rent dans le r&#244;le de dispensateurs des destins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coop&#233;rateurs qui, auparavant, n'avaient occup&#233; aucune place dans la politique, s'engag&#232;rent pour la premi&#232;re fois sur ce terrain pendant les journ&#233;es de la Conf&#233;rence de Moscou et, d&#232;s lors, commenc&#232;rent &#224; figurer non autrement que comme repr&#233;sentants de vingt millions de leurs membres, ou bien, encore plus simplement, au nom de &#034; la moiti&#233; de la population de la Russie &#034;. Par ses racines, la coop&#233;ration s'implantait dans la campagne au moyen de ses couches sup&#233;rieures qui approuvaient la &#034; juste &#034; expropriation des propri&#233;taires nobles sous condition que leurs propres lots, &#224; eux coop&#233;rateurs, fr&#233;quemment tr&#232;s importants, feraient l'objet non seulement d'une protection, mais d'une augmentation. Les leaders de la coop&#233;ration &#233;taient recrut&#233;s parmi les intellectuels lib&#233;ralo-populistes, partiellement lib&#233;ralo-marxistes, qui &#233;tablissaient un pont naturel entre les cadets et les conciliateurs. A l'&#233;gard des bolcheviks, les coop&#233;rateurs manifestaient une haine analogue &#224; celle du koulak pour le journalier insoumis. Pour se fortifier contre les bolcheviks, les conciliateurs s'agripp&#232;rent avidement aux coop&#233;rateurs qui avaient jet&#233; le masque de la neutralit&#233;. L&#233;nine stigmatisait cruellement les cuisiniers de l'officine d&#233;mocratique. &#034; Dix soldats ou ouvriers convaincus d'une fabrique arri&#233;r&#233;e - &#233;crivait-il - valent mille fois mieux que des centaines de d&#233;l&#233;gu&#233;s&#8230; frelat&#233;s. &#034; Trotsky d&#233;montrait au Soviet de P&#233;trograd que les fonctionnaires de la coop&#233;ration exprimaient aussi peu la volont&#233; politique des paysans qu'un m&#233;decin n'exprime les intentions politiques de ses clients ou qu'un commis des postes n'exprime les opinions des exp&#233;diteurs et des destinataires de lettres. &#034; Les coop&#233;rateurs doivent &#234;tre de bons organisateurs, marchands, comptables, mais, quant &#224; la d&#233;fense des droits de classe, les paysans comme les ouvriers la remettent &#224; leurs soviets. &#034; Cela n'emp&#234;cha pas les coop&#233;rateurs d'obtenir cent cinquante si&#232;ges et, avec les zemstvos r&#233;form&#233;s et toutes autres organisations que l'on tirait par les cheveux, d'alt&#233;rer compl&#232;tement le caract&#232;re de la repr&#233;sentation des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet de P&#233;trograd mit dans la liste de ses d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la Conf&#233;rence L&#233;nine et Zinoviev. Le gouvernement donna l'ordre de les arr&#234;ter tous deux &#224; leur entr&#233;e dans l'&#233;difice du th&#233;&#226;tre, mais non point dans la salle m&#234;me des s&#233;ances : tel &#233;tait, &#233;videmment, le compromis entre les conciliateurs et K&#233;rensky. Mais l'affaire se borna &#224; une manifestation politique du Soviet : ni L&#233;nine ni Zinoviev ne se disposaient &#224; se montrer &#224; la Conf&#233;rence. L&#233;nine estimait que les bolcheviks n'avaient en somme rien &#224; y faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence s'ouvrit le 14 septembre, exactement un mois apr&#232;s la Conf&#233;rence d'&#201;tat, dans la salle de spectacle du th&#233;&#226;tre Alexandrine. Le chiffre des repr&#233;sentants valid&#233;s s'&#233;leva &#224; mille sept cent soixante-quinze. Environ mille deux cents assist&#232;rent &#224; l'ouverture. Les bolcheviks, bien entendu, &#233;taient en minorit&#233;. Mais, malgr&#233; tous les subterfuges du syst&#232;me &#233;lectoral, ils repr&#233;sentaient un groupe tr&#232;s imposant qui, sur certaines questions, rassemblait autour de lui plus du tiers de l'assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il de la dignit&#233; d'un gouvernement fort de para&#238;tre devant on ne sait quelle conf&#233;rence &#034; particuli&#232;re &#034; ? Cette question fut l'objet de grandes tergiversations au palais d'Hiver et, par r&#233;percussion, d'&#233;motions profondes au th&#233;&#226;tre Alexandrine. A la fin des fins, le chef du gouvernement d&#233;cida de se produire devant la d&#233;mocratie. &#034; Accueilli par des applaudissements - dit Chliapnikov, racontant l'apparition de K&#233;rensky - il se dirigea vers le praesidium pour serrer la main &#224; ceux qui si&#233;geaient au bureau. Le tour vint &#224; nous (bolcheviks) qui &#233;tions assis &#224; peu de distance l'un de l'autre. Nous &#233;change&#226;mes un coup d'&#339;il et conv&#238;nmes rapidement de ne point lui serrer la main. Un geste th&#233;&#226;tral par-dessus la table - je me d&#233;tournai de la main qui m'&#233;tait tendue, et K&#233;rensky, le bras en avant, ne trouvant point nos mains, alla plus loin. &#034; Le chef du gouvernement trouva le m&#234;me accueil sur le flanc oppos&#233;, chez les korniloviens. Or, exception faite des bolcheviks et des korniloviens, il ne restait d&#233;j&#224; plus de forces r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraint par toutes les circonstances de pr&#233;senter des explications au sujet de son r&#244;le dans le complot, K&#233;rensky, cette fois encore, compta trop sur ses facult&#233;s d'improvisation. &#034; Je sais ce qu'ils voulaient, - ces mots lui &#233;chapp&#232;rent, - parce qu'avant de chercher Kornilov ils venaient me trouver et me proposaient cette route. &#034; De la gauche, l'on crie : &#034; Qui est-ce qui venait ?&#8230; Qui est-ce qui offrait ? &#034; &#201;pouvant&#233; par la r&#233;sonance de ses propres paroles, K&#233;rensky s'&#233;tait d&#233;j&#224; renferm&#233; en lui-m&#234;me. Mais les dessous politiques du complot se d&#233;couvrirent m&#234;me pour les moins avertis. Un conciliateur ukrainien, Porch, d&#233;clarait, &#233;tant de retour, &#224; la Rada de Kiev : &#034; K&#233;rensky n'a pas r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer qu'il &#233;tait &#233;tranger &#224; l'insurrection kornilovienne. &#034; Mais le chef du gouvernement s'assena lui-m&#234;me, dans son discours, un autre coup non moins dur. Quand, en r&#233;ponse &#224; des phrases dont tout le monde &#233;tait las : &#034; Au moment du danger, tous viendront et s'expliqueront &#034;, etc., on lui criait : &#034; Eh bien, et la peine de mort ? &#034;, l'orateur, ayant perdu son &#233;quilibre d'une fa&#231;on tout &#224; fait inattendue pour tous, comme probablement pour lui-m&#234;me, s'&#233;cria : &#034; Attendez d'abord qu'au moins une sentence de mort ait &#233;t&#233; sign&#233;e par moi, g&#233;n&#233;ralissime, et alors je vous permettrai de me maudire. &#034; Un soldat s'avance vers l'estrade et lui crie &#224; bout portant : &#034; Vous &#234;tes le malheur du pays ! &#034; Tiens, tiens ! Lui, K&#233;rensky, &#233;tait pr&#234;t &#224; oublier le haut poste qu'il occupait pour s'expliquer avec la Conf&#233;rence simplement en homme. &#034; Mais tous ne comprennent pas ici l'homme. &#034; Par suite, il emploiera le langage du pouvoir : &#034; Quiconque osera&#8230; &#034; H&#233;las ! on avait d&#233;j&#224; entendu &#231;a &#224; Moscou, et Kornilov avait pourtant os&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si la peine de mort &#233;tait indispensable, - demandait Trotsky dans son discours, - comment donc lui, K&#233;rensky, se d&#233;cide-t-il &#224; dire qu'il n'en fera pas usage ? Et si, d'autre part, il croit possible de s'engager devant la d&#233;mocratie &#224; ne pas appliquer la peine de mort&#8230; il transforme le r&#233;tablissement de cette peine en un acte d'&#233;tourderie qui d&#233;passe les bornes de la criminalit&#233;. &#034; Toute la salle &#233;tait d'accord l&#224;-dessus, les uns en silence, les autres bruyamment. &#034; K&#233;rensky, par son aveu, discr&#233;dita fortement et lui-m&#234;me et le gouvernement provisoire &#224; ce moment-l&#224; &#034;, d&#233;clare son coll&#232;gue et admirateur, D&#233;mianov, adjoint au ministre de la Justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un des ministres n'a pu raconter ce que le gouvernement avait fait &#224; proprement parler, sinon de r&#233;soudre les probl&#232;mes de sa propre existence. Des mesures &#233;conomiques ? On ne peut en indiquer une seule. Une politique de paix ? &#034; Je ne sais - disait l'ancien ministre de la Justice, Zaroudny, le plus franc de tous si le gouvernement provisoire a fait quelque chose &#224; cet &#233;gard, je n'en ai rien vu. &#034; Zaroudny se plaignait d'un ton stup&#233;fait de constater que &#034; tout le pouvoir s'&#233;tait trouv&#233; entre les mains d'un seul homme &#034; qui, d'un signe, convoquait ou renvoyait des ministres. Ts&#233;r&#233;telli, imprudemment, reprit ce th&#232;me : &#034; Que la d&#233;mocratie s'en prenne &#224; elle-m&#234;me si, en haut, son repr&#233;sentant a le vertige. &#034; Mais justement Ts&#233;r&#233;telli incarnait plus que tous autres en lui-m&#234;me ces traits de la d&#233;mocratie qui engendrait les tendances bonapartistes du pouvoir. &#034; Pourquoi K&#233;rensky a-t-il occup&#233; la place qu'il d&#233;tient aujourd'hui ? - r&#233;pliquait Trotsky ; l'accession de K&#233;rensky n'est due qu'&#224; la faiblesse et &#224; l'irr&#233;solution de la d&#233;mocratie&#8230; Je n'ai pas entendu ici un seul orateur qui aurait pris sur lui l'honneur peu enviable de d&#233;fendre le Directoire ou son pr&#233;sident&#8230; &#034; Apr&#232;s une explosion de protestations, l'orateur continue : &#034; Je regrette beaucoup que ce point de vue, qui trouve dans la salle une si v&#233;h&#233;mente expression, n'ait pas &#233;t&#233; traduit d'une fa&#231;on nette &#224; cette tribune. Pas un orateur n'est mont&#233; ici pour nous dire : &#034; A quoi bon discutez-vous avec l'ancienne coalition, pourquoi r&#233;fl&#233;chissez-vous&#8230; &#224; la coalition future ? Nous avons K&#233;rensky et cela nous suffit&#8230; &#034; Mais la fa&#231;on bolcheviste de poser la question joint presque automatiquement Ts&#233;r&#233;telli &#224; Zaroudny, et eux deux &#224; K&#233;rensky. Milioukov &#233;crivait l&#224;-dessus fort justement : Zaroudny pouvait se plaindre de l'autoritarisme de K&#233;rensky. Ts&#233;r&#233;telli pouvait indiquer que le chef du gouvernement avait le vertige - &#034; c'&#233;taient des mots &#034; ; mais lorsque Trotsky constatait qu'&#224; la Conf&#233;rence personne ne s'&#233;tait charg&#233; de d&#233;fendre ouvertement K&#233;rensky &#034; l'assembl&#233;e sentit tout de suite que celui qui parlait &#233;tait l'ennemi commun &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet du pouvoir, ceux qui le repr&#233;sentaient n'en parlaient point autrement que comme d'un fardeau et d'une calamit&#233;. La lutte pour le pouvoir ? Le ministre P&#233;ch&#233;khonov pr&#234;chait : &#034; Le pouvoir se pr&#233;sente maintenant tel que tous s'en d&#233;tournent en se signant. &#034; Ainsi vraiment ? Kornilov ne se d&#233;tournait pas avec des signes de croix. Mais la le&#231;on toute r&#233;cente &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; demi oubli&#233;e. Ts&#233;r&#233;telli s'indignait contre les bolcheviks qui ne prenaient pas eux-m&#234;mes le pouvoir et qui poussaient au pouvoir les soviets. La pens&#233;e de Ts&#233;r&#233;telli fut reprise par d'autres. Oui, les bolcheviks doivent prendre le pouvoir, disait-on &#224; mi-voix au bureau du pr&#233;sidium. Avksentiev se tourna vers Chliapnikov, qui &#233;tait assis non loin de lui : &#034; Prenez le pouvoir, les masses vous suivent. &#034; R&#233;pondant &#224; son voisin sur le m&#234;me ton, Chliapnikov proposa que le pouvoir f&#251;t d'abord d&#233;pos&#233; sur le bureau du pr&#233;sidium. Les d&#233;fis &#224; demi ironiques qui s'adressaient aux bolcheviks, soit dans le discours &#224; la tribune, soit dans les entretiens de couloirs, &#233;taient partiellement des railleries, partiellement des investigations. Que pensent faire par la suite ces hommes qui sont arriv&#233;s &#224; la t&#234;te des soviets de P&#233;trograd, de Moscou et de nombreux soviets provinciaux ? Est-il possible qu'ils osent r&#233;ellement s'emparer du pouvoir ? On n'y croyait pas. Deux jours avant le discours provocant de Ts&#233;r&#233;telli, la Rietch &#233;crivait que le meilleur moyen de se d&#233;barrasser du bolchevisme pour de longues ann&#233;es serait de confier &#224; ses leaders les destin&#233;es du pays ; mais &#034; ces tristes h&#233;ros du jour ne s'empressent nullement de saisir le pouvoir dans son int&#233;gralit&#233;,&#8230; pratiquement leur position ne peut &#234;tre prise en consid&#233;ration d'aucun point de vue. &#034; Cette arrogante conclusion &#233;tait, pour le moins, h&#226;tive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense avantage des bolcheviks, jusqu'&#224; pr&#233;sent peut-&#234;tre non encore appr&#233;ci&#233; comme il conviendrait, consistait en ceci qu'ils comprenaient parfaitement leurs adversaires, on pourrait dire qu'ils voyaient en eux par transparence. ils y &#233;taient aid&#233;s par la m&#233;thode mat&#233;rialiste, et par l'&#233;cole l&#233;niniste de la clart&#233; et de la simplicit&#233;, et par la vive circonspection d'hommes qui ont r&#233;solu de marcher jusqu'au bout. Par centre, les lib&#233;raux et les conciliateurs se figuraient les bolcheviks suivant les besoins du moment. Il ne pouvait en &#234;tre autrement : les partis auxquels leur d&#233;veloppement n'a pas laiss&#233; d'issue n'ont jamais montr&#233; la capacit&#233; de regarder la r&#233;alit&#233; en face, de m&#234;me qu'un malade incurable n'est pas capable de regarder en face sa maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sans croire au soul&#232;vement des bolcheviks, les conciliateurs le redoutaient. C'est ce que K&#233;rensky exprima mieux que tous. &#034; Ne vous y trompez pas - s'&#233;cria-t-il tout &#224; coup dans son discours - ne croyez pas que, si je suis traqu&#233; par les bolcheviks, il n'y ait pas derri&#232;re moi les forces de la d&#233;mocratie. Ne croyez pas que je manque de points d'appui. Sachez bien que si vous entreprenez quelque chose, les chemins de fer s'arr&#234;teront, les d&#233;p&#234;ches ne seront pas transmises&#8230; &#034; Une partie de la salle applaudit, une partie, troubl&#233;e, se tait, le groupe bolchevik rit aux &#233;clats. Mauvaise, la dictature qui est oblig&#233;e de d&#233;montrer qu'elle ne manque pas de points d'appui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;fis ironiques, aux accusations de l&#226;chet&#233; et aux menaces absurdes, les bolcheviks r&#233;pondirent dans leur d&#233;claration : &#034; Luttant pour la conqu&#234;te du pouvoir en vue de la r&#233;alisation de son programme, notre parti n'a jamais tendu et ne tend point &#224; s'emparer du pouvoir contre la volont&#233; organis&#233;e de la majorit&#233; des masses laborieuses du pays. &#034; Cela signifiait : nous prendrons le pouvoir en tant que parti de la majorit&#233; sovi&#233;tique. Les termes concernant &#034; la volont&#233; organis&#233;e des travailleurs &#034; se rapportaient au prochain congr&#232;s des soviets. &#034; Parmi les d&#233;cisions et propositions de la Conf&#233;rence pr&#233;sente&#8230; - disait la d&#233;claration, - peuvent trouver leur voie de r&#233;alisation seulement celles qui seront admises par le Congr&#232;s panrusse des soviets&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Trotsky lisait la d&#233;claration des bolcheviks, mentionnant la n&#233;cessit&#233; d'armer imm&#233;diatement les ouvriers, des exclamations persistantes &#233;clat&#232;rent sur les bancs de la majorit&#233; : &#034; Pour quoi, pour quoi ? &#034; C'&#233;tait toujours la m&#234;me note d'alarme et de provocation. Pour quoi ? &#034; Pour constituer effectivement une citadelle oppos&#233;e &#224; la contre-r&#233;volution &#034;, r&#233;pond l'orateur. Mais non seulement pour cela. &#034; Je vous dis, au nom de notre parti et des masses prol&#233;tariennes qui le suivent, que les ouvriers arm&#233;s&#8230; d&#233;fendront le pays de la r&#233;volution contre les troupes imp&#233;rialistes avec un h&#233;ro&#239;sme tel que l'histoire de Russie n'en a jamais connu de pareil&#8230; &#034; Ts&#233;r&#233;telli caract&#233;risa cette promesse qui divisait nettement la salle comme une phrase vide de sens. L'histoire de l'arm&#233;e rouge a, dans la suite, r&#233;fut&#233; ce qu'il disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les heures ardentes o&#249; les leaders conciliateurs repoussaient la coalition avec les cadets &#233;taient rest&#233;es loin en arri&#232;re : sans les cadets, la coalition se trouva impossible. On n'allait pas, vraiment, prendre le pouvoir soi-m&#234;me ! &#034; Nous aurions pu nous saisir du pouvoir d&#232;s le 27 f&#233;vrier - ratiocinait Skob&#233;lev mais&#8230; nous employ&#226;mes toute la vertu de notre influence &#224; aider les &#233;l&#233;ments bourgeois &#224; se remettre de leur trouble&#8230; pour qu'ils vinssent au pouvoir. &#034; Pourquoi donc ces messieurs avaient-ils emp&#234;ch&#233; les korniloviens, remis de leur trouble, de s'emparer du pouvoir ? Un pouvoir purement bourgeois, expliquait Ts&#233;r&#233;telli, est encore impossible : cela provoquerait une guerre civile. Il fallait battre Kornilov pour que, par son entreprise d'aventurier, il n'emp&#234;ch&#226;t point la bourgeoisie de venir au pouvoir en quelques &#233;tapes. &#034; Maintenant que la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire est sortie victorieuse, le moment est particuli&#232;rement favorable pour une coalition. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie politique de la coalition fut exprim&#233;e par son leader Berkenheim : &#034; Que nous le voulions ou non, la bourgeoisie est la classe &#224; laquelle appartiendra le pouvoir. &#034; Le vieux r&#233;volutionnaire populiste Minor suppliait la Conf&#233;rence de se prononcer unanimement pour la coalition. Autrement, &#034; inutile de se faire des illusions : nous &#233;gorgerons &#034;. &#8211; Qui ? criait-on des si&#232;ges de gauche. &#034; Nous nous &#233;gorgerons entre nous &#034;, termina Minor dans un silence sinistre. Mais pourtant, d'apr&#232;s l'id&#233;e des cadets, le bloc gouvernemental &#233;tait n&#233;cessaire pour la lutte contre la &#034; voyouterie anarchique &#034; des bolcheviks : &#034; En cela r&#233;sidait proprement l'id&#233;e de la coalition &#034;, expliqua Milioukov avec une enti&#232;re franchise. Alors que Minor esp&#233;rait que la coalition permettrait de ne pas s'entr'&#233;gorger, Milioukov, par contre, esp&#233;rait fermement que la coalition donnerait la possibilit&#233;, &#224; forces jointes, d'&#233;gorger les bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les d&#233;bats sur la coalition, Riazanov lut un &#233;ditorial de la Rietch du 29 ao&#251;t que Milioukov avait retir&#233; au dernier moment, laissant dans le journal une colonne blanche : &#034; Oui, nous n'avons pas peur de dire que le g&#233;n&#233;ral Kornilov poursuivait les m&#234;mes desseins que ceux que nous estimons indispensables pour le salut de la patrie. &#034; La citation fut impressionnante. &#034; Oh ! oui, des sauveteurs ! &#034; - ces mots partent de la gauche de l'assembl&#233;e. Mais les cadets ont des d&#233;fenseurs : car enfin l'&#233;ditorial n'a pas &#233;t&#233; imprim&#233; ! En outre, les cadets n'ont pas &#233;t&#233; tous pour Kornilov, il faut faire une diff&#233;rence entre les p&#233;cheurs et les justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; On dit que l'on ne peut accuser le parti cadet d'avoir particip&#233; tout entier au soul&#232;vement kornilovien, - r&#233;pliquait Trotsky. Ici, Znamensky nous a dit, non point pour la premi&#232;re fois, &#224; nous autres bolcheviks : vous avez protest&#233; parce que nous rendions responsable tout votre parti pour le mouvement des 3-5 juillet ; ne revenez pas aux m&#234;mes erreurs, ne rendez pas responsables tous les cadets pour le soul&#232;vement de Kornilov. Mais, dans cette comparaison, il y a, selon moi, un petit lapsus : quand on accusait les bolcheviks d'avoir provoqu&#233; le mouvement des 3-5 juillet, il s'agissait de les inviter &#224; prendre place non au minist&#232;re, mais bien plut&#244;t dans la prison de Kresty. Cette distinction, je l'esp&#232;re, ne sera pas contest&#233;e par (le ministre de la Justice) Zaroudny. Nous aussi disons : si vous d&#233;sirez tra&#238;ner les cadets en prison pour le mouvement kornilovien, ne faites pas la chose en gros, mais examinez s&#233;par&#233;ment chaque cadet sous toutes ses faces. (Rires ; des voix : Bravo !) Mais s'il s'agit de faire entrer le parti cadet dans le minist&#232;re, le point d&#233;cisif n'est pas de savoir si tel ou tel cadet s'est trouv&#233; dans la coulisse en accord avec Kornilov ; de savoir que Maklakov se tenait &#224; la table d'&#233;coute quand Savinkov menait des pourparlers t&#233;l&#233;graphiques avec Kornilov ; de savoir que Roditchev s'&#233;tait rendu dans la province du Don et avait eu des pourparlers politiques avec Kal&#233;dine ; non, l'affaire n'est point l&#224; ; elle consiste en ceci que toute la presse bourgeoise ou bien a salu&#233; ouvertement l'action de Kornilov, ou bien a gard&#233; un silence prudent, en attendant la victoire de celui-ci&#8230; Voil&#224; pourquoi je dis que vous n'avez point de partenaires pour la coalition ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, un repr&#233;sentant d'Helsingfors et de Sv&#233;aborg, le matelot Chichkine, disait, sur le m&#234;me th&#232;me, plus bri&#232;vement et persuasivement : &#034; Le minist&#232;re de coalition ne jouira chez les matelots de la flotte baltique et de la garnison de Finlande ni de la confiance, ni d'un appui&#8230; Contre la cr&#233;ation d'un minist&#232;re de coalition, les matelots ont hiss&#233; les pavillons de combat. &#034; Les arguments de la raison n'agissaient point. Le matelot Chichkine employait l'argument des pi&#232;ces d'artillerie navale. Il fut enti&#232;rement approuv&#233; par d'autres matelots qui montaient la garde aux issues de la salle des s&#233;ances. Boukharine raconta plus tard comment &#034; les matelots plac&#233;s en sentinelles par K&#233;rensky pour prot&#233;ger la Conf&#233;rence d&#233;mocratique contre nous autres bolcheviks, s'adressaient &#224; Trotsky et lui demandaient en faisant cliqueter leurs ba&#239;onnettes : &#034; Est-ce qu'on va pouvoir bient&#244;t travailler avec ce truc-l&#224; ? &#034; Il n'y avait l&#224; qu'une r&#233;p&#233;tition de la question que les matelots de l'Aurore avaient pos&#233;e dans leur entrevue avec les prisonniers de Kresty. Mais maintenant les temps approchaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n&#233;glige les nuances, il est facile d'&#233;tablir dans la Conf&#233;rence trois groupes : un centre vaste mais extr&#234;mement instable, qui n'ose pas prendre le pouvoir, accepte la coalition mais ne veut point des cadets ; une aile droite, faible, qui tient pour K&#233;rensky et la coalition avec la bourgeoisie sans aucune limitation ; une aile gauche, deux fois plus forte, qui tient pour le pouvoir des soviets, ou bien pour un gouvernement socialiste. A la r&#233;union des d&#233;l&#233;gu&#233;s sovi&#233;tiques de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, Trotsky se pronon&#231;a pour la transmission du pouvoir aux soviets, Martov pour un minist&#232;re socialiste homog&#232;ne. La premi&#232;re formule r&#233;unit quatre vingt-six suffrages, la deuxi&#232;me, quatre-vingt-dix-sept. Formellement il n'y avait gu&#232;re que la moiti&#233; des soviets ouvriers et soldats qui eussent &#224; ce moment des bolcheviks &#224; leur t&#234;te, l'autre moiti&#233; h&#233;sitait entre les bolcheviks et les conciliateurs. Mais les bolcheviks parlaient au nom des puissants soviets des centres les plus industriels et les plus instruits du pays ; dans les soviets, ils &#233;taient infiniment plus forts que dans la Conf&#233;rence et, dans le prol&#233;tariat et l'arm&#233;e, infiniment plus forts que dans les soviets. Les soviets attard&#233;s ne cessaient pas de chercher &#224; rejoindre les plus avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la coalition vot&#232;rent &#224; la Conf&#233;rence 766 d&#233;put&#233;s contre 688, avec 38 abstentions. Les deux camps &#233;taient presque en &#233;quilibre ! Un amendement excluant les cadets de la coalition r&#233;unit une majorit&#233; : 595 voix contre 493 avec 72 abstentions. Mais l'&#233;limination des cadets rendait la coalition inop&#233;rante. Par suite, la r&#233;solution dans l'ensemble fut rejet&#233;e par une majorit&#233; de 813 voix, c'est-&#224;-dire par un bloc des flancs extr&#234;mes, partisans r&#233;solus et adversaires irr&#233;conciliables de la coalition, contre le centre qui avait fondu jusqu'&#224; 183 voix, avec 80 abstentions. Ce fut le mieux group&#233; de tous les votes ; mais il fut aussi st&#233;rile que l'id&#233;e m&#234;me de la coalition avec les cadets qu'il repoussait. &#034; Sur la question radicalement essentielle - &#233;crit justement Milioukov - la Conf&#233;rence resta ainsi sans opinion et sans formule. &#034; Que restait-il &#224; faire aux leaders ? Fouler aux pieds la volont&#233; de la &#034; d&#233;mocratie &#034;, qui avait rejet&#233; leur propre volont&#233;. On convoque un pr&#233;sidium de repr&#233;sentants des partis et des groupes pour r&#233;viser la question d&#233;j&#224; r&#233;solue par le pl&#233;num. R&#233;sultat : 50 voix pour la coalition, 60 contre. Maintenant, semble-t-il, c'est clair. La question de la responsabilit&#233; du gouvernement devant l'organe permanent de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique est ent&#233;rin&#233;e &#233;galement, &#224; l'unanimit&#233;, par le m&#234;me pr&#233;sidium &#233;largi. Pour l'adjonction &#224; cet organe de repr&#233;sentants de la bourgeoisie, 56 mains se l&#232;vent contre 48 avec 10 abstentions. Survient K&#233;rensky pour d&#233;clarer qu'&#224; un gouvernement purement socialiste il refuse de participer. Apr&#232;s cela, le probl&#232;me se ram&#232;ne &#224; renvoyer dans leurs foyers les membres de cette malheureuse Conf&#233;rence, en la rempla&#231;ant par une institution dans laquelle les partisans d'une coalition inconditionn&#233;e seraient en majorit&#233;. Pour arriver au r&#233;sultat d&#233;sir&#233;, il suffit de conna&#238;tre les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de l'arithm&#233;tique. Au nom du pr&#233;sidium, Ts&#233;r&#233;telli soumet &#224; la Conf&#233;rence une motion disant en substance que l'organe repr&#233;sentatif est appel&#233; &#034; &#224; collaborer &#224; la cr&#233;ation du pouvoir &#034; et que le gouvernement doit &#034; sanctionner cet organe &#034; : les r&#234;ves de remontrances &#224; K&#233;rensky sont ainsi renvoy&#233;s aux archives. Compl&#233;t&#233; dans la proportion convenable avec des repr&#233;sentants de la bourgeoisie, le futur Soviet de la R&#233;publique, ou pr&#233;parlement, aura pour t&#226;che de sanctionner un gouvernement de coalition comptant des cadets. La r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli signifie exactement le contraire de ce que voulait la Conf&#233;rence et de ce que venait de d&#233;cider le praesidium. Mais la d&#233;composition, l'effondrement, la d&#233;moralisation sont tels que l'assembl&#233;e adopte la capitulation qu'on lui propose sous une forme l&#233;g&#232;rement d&#233;guis&#233;e par 829 voix contre 106, avec 69 abstentions. &#034; Eh bien ! vous avez remport&#233; la victoire pour le moment, messieurs les conciliateurs et messieurs les cadets - &#233;crit le journal des bolcheviks. Jouez votre jeu. Faites une nouvelle exp&#233;rience. Ce sera la derni&#232;re, nous vous le garantissons. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; La Conf&#233;rence d&#233;mocratique - dit Stank&#233;vitch - frappa m&#234;me ceux qui en avaient pris l'initiative par une extraordinaire dispersion de la pens&#233;e. &#034; Dans les partis conciliateurs, &#034; compl&#232;te discorde &#034; ; de droite, dans le milieu bourgeois, &#034; grognements sourds, calomnie colport&#233;es &#224; mi-voix, lent grignotement des derniers restes de l'autorit&#233; gouvernementale&#8230; Et seulement &#224; gauche, consolidation des forces et de l'&#233;tat d'esprit &#034;. Voil&#224; ce que dit un adversaire, voil&#224; comment t&#233;moigne un ennemi qui, en Octobre encore, tirera sur les bolcheviks. La parade de la d&#233;mocratie &#224; P&#233;trograd fut pour les conciliateurs ce que pour K&#233;rensky avait &#233;t&#233;, &#224; Moscou, la parade de l'unit&#233; nationale : une confession publique d'incapacit&#233;, une revue du marasme politique. Si la Conf&#233;rence d'&#201;tat avait donn&#233; une impulsion au soul&#232;vement de Kornilov, la Conf&#233;rence d&#233;mocratique d&#233;blaya d&#233;finitivement la route pour l'insurrection des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de se s&#233;parer, la Conf&#233;rence constitua un organe permanent, en y d&#233;l&#233;guant 15 % de l'effectif de chaque groupe, au total environ 350 d&#233;l&#233;gu&#233;s. Les institutions des classes poss&#233;dantes devaient obtenir en outre 120 si&#232;ges. Le gouvernement ajouta de son c&#244;t&#233; 20 si&#232;ges pour les Cosaques. Le tout devait constituer le Soviet de la R&#233;publique, ou pr&#233;parlement, qui devait repr&#233;senter la nation jusqu'&#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard du Soviet de la R&#233;publique posa imm&#233;diatement pour les bolcheviks un grave probl&#232;me de tactique : irait-on ou n'irait-on pas ? Le boycottage des institutions parlementaires du c&#244;t&#233; des anarchistes et des demi-anarchistes est dict&#233; par le d&#233;sir de ne pas soumettre leur impuissance &#224; la v&#233;rification des masses et de conserver ainsi leur droit &#224; une attitude passivement alti&#232;re qui ne donne pas froid aux ennemis ni chaud aux amis. Un parti r&#233;volutionnaire n'a le droit de tourner le dos au parlement que s'il se donne pour but imm&#233;diat de renverser le r&#233;gime existant ; pendant les ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es entre les deux r&#233;volutions, L&#233;nine a &#233;tudi&#233; d'une fa&#231;on tr&#232;s p&#233;n&#233;trante les probl&#232;mes du parlementarisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un parlement censitaire peut s'av&#233;rer, et s'est av&#233;r&#233; plus d'une fois dans l'histoire, comme l'expression d'un rapport effectif des classes : telles furent, par exemple, les Doumas d'Empire apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution de 1905-1907. Boycotter de tels parlements, c'est boycotter le rapport effectif des forces au lieu de le modifier dans le sens de la r&#233;volution. Mais le pr&#233;parlement de Ts&#233;r&#233;telli-K&#233;rensky ne r&#233;pondait en aucune mesure au rapport des forces. Il &#233;tait engendr&#233; par l'impuissance et la ruse des sommets, par la croyance en une mystique des institutions, par le f&#233;tichisme de la forme, par l'espoir de soumettre &#224; ce f&#233;tichisme un ennemi infiniment plus fort et de le discipliner ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour forcer la r&#233;volution &#224; passer, pliant le dos et t&#232;te basse, sous le joug du pr&#233;parlement, il fallait pr&#233;alablement sinon &#233;craser la r&#233;volution, du moins lui infliger une d&#233;faite s&#233;rieuse. En r&#233;alit&#233;, la d&#233;faite avait &#233;t&#233; essuy&#233;e trois semaines auparavant par l'avant-garde de la bourgeoisie. La r&#233;volution, par contre, trouvait un afflux de forces. Elle se donnait pour but non point une r&#233;publique bourgeoise, mais une r&#233;publique d'ouvriers et de paysans, et elle n'avait aucun motif de passer en rampant sous le joug du pr&#233;parlement, alors qu'elle se d&#233;veloppait de plus en plus largement dans les soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 septembre, le Comit&#233; central des bolcheviks convoqua une conf&#233;rence du parti, compos&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s bolcheviks de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, des membres du Comit&#233; central et du Comit&#233; de P&#233;trograd. En qualit&#233; de rapporteur au nom du Comit&#233; central, Trotsky proposa le mot d'ordre du boycottage &#224; l'&#233;gard du pr&#233;parlement. Cette proposition rencontra l'opposition r&#233;solue des uns (Kam&#233;nev, Rykov, Riazanov) et l'assentiment des autres (Sverdlov, Ioff&#233;, Staline). Le Comit&#233; central, s'&#233;tant divis&#233; &#224; parties &#233;gales sur la question litigieuse, se vit forc&#233;, en d&#233;pit des statuts et de la tradition du parti, de soumettre la question &#224; la d&#233;cision de la Conf&#233;rence. Deux rapporteurs : Trotsky et Rykov, se pr&#233;sent&#232;rent pour exprimer des points de vue oppos&#233;s. Il pouvait sembler, et cela semblait &#224; la majorit&#233;, que les ardents d&#233;bats avaient un caract&#232;re de pure tactique. En r&#233;alit&#233;, la discussion renouvelait les dissensions d'avril et pr&#233;parait celles d'Octobre. La question &#233;tait de savoir si le parti adaptait ses t&#226;ches au d&#233;veloppement de la r&#233;publique bourgeoise ou bien si, vraiment, il se donnait pour but de conqu&#233;rir le pouvoir. Par une majorit&#233; de soixante-dix-sept voix contre cinquante, la conf&#233;rence du parti repoussa le mot d'ordre du boycottage. Le 22 septembre, Riazanov trouva la possibilit&#233; de d&#233;clarer &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, au nom du parti, que les bolcheviks envoyaient leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s au pr&#233;parlement pour &#034; d&#233;noncer, dans cette nouvelle forteresse des conciliateurs, toutes tentatives d'une nouvelle coalition avec la bourgeoisie &#034;. Cela avait un ton radical. Mais, au fond, cela signifiait que l'on remplacerait la politique de l'action r&#233;volutionnaire par la politique d'une opposition accusatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;ses d'avril de L&#233;nine avaient &#233;t&#233; formellement assimil&#233;es par tout le parti ; mais, dans chaque grande question, en dessous d'elles, &#233;mergeaient les &#233;tats d'esprit de mars, encore tr&#232;s forts dans la couche sup&#233;rieure du parti qui, en bien des points du pays, commen&#231;ait seulement &#224; se s&#233;parer des mencheviks. L&#233;nine ne put se m&#234;ler &#224; la discussion qu'avec du retard. Le 23 septembre, il &#233;crivait : &#034; Il faut boycotter le pr&#233;parlement. Il faut se retirer dans les soviets d'ouvriers, de soldats et de paysans, se retirer dans les syndicats, se retirer en g&#233;n&#233;ral dans les masses. Il faut les appeler &#224; la lutte. Il faut leur donner un mot d'ordre juste et clair : chasser la bande bonapartiste de K&#233;rensky avec son fallacieux pr&#233;parlement&#8230; Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires n'ont pas accept&#233;, m&#234;me apr&#232;s l'aventure kornilovienne, notre compromis&#8230; Lutte implacable contre eux. Implacable leur exclusion de toutes les organisations r&#233;volutionnaires&#8230; Trotsky &#233;tait pour le boycottage. Bravo, camarade Trotsky ! Le mot d'ordre du boycottage est battu dans la fraction des bolcheviks qui se sont r&#233;unis &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique. Mais vive le boycottage ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la question p&#233;n&#233;trait profond&#233;ment dans le parti, plus d&#233;finitivement se modifiait le rapport des forces en faveur du boycottage. Dans presque toutes les organisations locales se constituaient une majorit&#233; et une minorit&#233;. Dans le Comit&#233; de Kiev, par exemple, les partisans du boycottage, ayant &#224; leur t&#234;te Evgu&#233;nia Boch, constituaient une faible minorit&#233;, mais d&#233;j&#224;, quelques jours apr&#232;s, &#224; la conf&#233;rence de la ville, une majorit&#233; &#233;crasante votait une r&#233;solution de boycottage du pr&#233;parlement : &#034; On ne doit pas perdre du temps &#224; bavarder et &#224; semer des illusions. &#034; Le parti se h&#226;tait de corriger ses sommets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, se d&#233;battant contre les molles pr&#233;tentions de la d&#233;mocratie, K&#233;rensky faisait tout ce qu'il pouvait pour montrer aux cadets qu'il avait le poing solide. Le 18 septembre, il &#233;dicta l'ordonnance inattendue de dissoudre le Comit&#233; central de la flotte de guerre. Les matelots r&#233;pondirent : &#034; Consid&#233;rer l'ordonnance de dissolution du Tsentroflot comme ill&#233;gale, donc non applicable et exiger qu'elle soit imm&#233;diatement rapport&#233;e. &#034; A l'affaire se m&#234;la le Comit&#233; ex&#233;cutif ; il procura &#224; K&#233;rensky un pr&#233;texte de forme pour retirer, trois jours apr&#232;s, son ordonnance. A Tachkent, le Soviet, compos&#233; en majorit&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires, avait pris entre ses mains le pouvoir, destituant les vieux fonctionnaires. K&#233;rensky envoya au g&#233;n&#233;ral d&#233;sign&#233; pour r&#233;primer le soul&#232;vement de Tachkent un t&#233;l&#233;gramme : &#034; N'entrer dans aucuns pourparlers avec les mutins&#8230; Les mesures les plus d&#233;cisives sont n&#233;cessaires. &#034; Les troupes arriv&#232;rent, occup&#232;rent la ville et mirent en &#233;tat d'arrestation les repr&#233;sentants du pouvoir sovi&#233;tique. Imm&#233;diatement &#233;clata une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, avec la participation de quarante syndicats ; pendant huit jours les journaux ne sortirent point, la garnison se mit en effervescence. C'est ainsi que, poursuivant le fant&#244;me de l'ordre, le gouvernement semait l'anarchie bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour m&#234;me o&#249; la Conf&#233;rence avait vot&#233; une r&#233;solution contre la coalition avec les cadets, le Comit&#233; central du parti cadet invita Konovalov et Kichkine &#224; accepter l'offre faite par K&#233;rensky d'entrer dans le cabinet minist&#233;riel. La baguette du chef d'orchestre &#233;tait, disait-on, celle de Buchanan. Il ne faut pas, probablement, prendre cela trop &#224; la lettre ; sinon Buchanan lui-m&#234;me, c'&#233;tait son ombre qui menait le concert : il fallait cr&#233;er un gouvernement acceptable pour les Alli&#233;s. Les industriels et les financiers de Moscou s'ent&#234;taient, cherchaient &#224; se mettre en valeur, posaient des ultimatums. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique s'&#233;puisait dans des votes successifs, s'imaginant qu'ils avaient une signification r&#233;elle. En r&#233;alit&#233;, la question se d&#233;cidait au palais d'Hiver, dans les s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res des d&#233;bris du gouvernement avec les repr&#233;sentants des partis de coalition. Les cadets y envoyaient leurs korniloviens les plus ouvertement d&#233;clar&#233;s. Tous essayaient de se persuader mutuellement de la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233;. Ts&#233;r&#233;telli, intarissable puits de lieux communs, d&#233;couvrit que l'obstacle principal &#224; un accord &#034; se trouvait jusqu'&#224; pr&#233;sent dans une m&#233;fiance r&#233;ciproque&#8230; Cette m&#233;fiance doit &#234;tre &#233;limin&#233;e &#034;. Le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res T&#233;r&#233;chtchenko calcula que sur cent quatre-vingt-dix-sept jours d'existence du gouvernement r&#233;volutionnaire, cinquante-six avaient &#233;t&#233; occup&#233;s par des crises. Et il n'expliqua pas &#224; quoi avaient &#233;t&#233; employ&#233;s les autres jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me que la Conf&#233;rence d&#233;mocratique n'e&#251;t adopt&#233; la r&#233;solution de Ts&#233;r&#233;telli, contraire &#224; ses desseins, les correspondants des journaux anglais et am&#233;ricains communiquaient par t&#233;l&#233;graphe que la coalition avec les cadets &#233;tait garantie et donnaient avec assurance les noms des nouveaux ministres. De son c&#244;t&#233;, le Conseil moscovite des personnalit&#233;s en vue, sous la pr&#233;sidence du toujours lui-m&#234;me Rodzianko, f&#233;licitait un de ses membres, Tr&#233;tiakov, d'avoir &#233;t&#233; invit&#233; &#224; participer au gouvernement. Le 9 ao&#251;t, ces messieurs avaient envoy&#233; un t&#233;l&#233;gramme &#224; Kornilov : &#034; A l'heure dangereuse d'une p&#233;nible &#233;preuve, toute la Russie pensante tourne ses regards vers vous avec espoir et avec foi. &#034; K&#233;rensky accepta avec condescendance l'existence d'un pr&#233;parlement, sous condition que &#034; l'on reconna&#238;trait que l'organisation du pouvoir et le recrutement des membres du gouvernement appartiendraient uniquement au gouvernement provisoire &#034;, Cette condition humiliante fut dict&#233;e par les cadets. La bourgeoisie ne pouvait, bien entendu, ne point comprendre que la composition de l'Assembl&#233;e constituante serait pour elle beaucoup moins favorable que celle du pr&#233;parlement : &#034; Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante doivent - d'apr&#232;s Milioukov - donner un r&#233;sultat tout &#224; fait accidentel et, peut-&#234;tre, d&#233;sastreux. &#034; Si, n&#233;anmoins, le parti cadet, qui avait r&#233;cemment encore essay&#233; de subordonner le gouvernement &#224; la Douma tsariste, refusait cat&#233;goriquement de reconna&#238;tre au pr&#233;parlement des droits l&#233;gislatifs, c'&#233;tait seulement et exclusivement parce qu'il ne perdait pas l'espoir d'annihiler l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Ou bien Kornilov, ou bien L&#233;nine &#034; - c'est ainsi que Milioukov posait l'alternative. L&#233;nine, de son c&#244;t&#233;, &#233;crivait : &#034; Ou bien le pouvoir des soviets, ou bien le kornilovisme. Il n'y a pas de milieu. &#034; C'est &#224; ce point que Milioukov et L&#233;nine co&#239;ncidaient dans leur jugement sur la situation, et non point par hasard : en contrepoids aux h&#233;ros de la phrase conciliatrice c'&#233;taient deux repr&#233;sentants s&#233;rieux des classes fondamentales de la soci&#233;t&#233;. D&#233;j&#224; la Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou avait clairement montr&#233;, d'apr&#232;s les termes m&#234;mes de Milioukov, que &#034; le pays se partageait en deux camps entre lesquels il ne pouvait y avoir de conciliation ni d'accord sur le fond &#034;. Mais l&#224; o&#249;, entre deux camps de la soci&#233;t&#233;, il ne peut y avoir d'accord, l'affaire se r&#233;sout par la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les cadets, ni les bolcheviks ne retiraient, cependant, le mot d'ordre de l'Assembl&#233;e constituante. Pour les cadets elle &#233;tait n&#233;cessaire comme la plus haute instance en appel contre les r&#233;formes sociales imm&#233;diates, contre les soviets, contre la r&#233;volution. L'ombre que la d&#233;mocratie projetait devant elle, sous l'apparence de l'Assembl&#233;e constituante - la bourgeoisie s'en servait pour s'opposer &#224; la vivante d&#233;mocratie. La bourgeoisie n'aurait pu ouvertement rejeter l'Assembl&#233;e constituante qu'apr&#232;s avoir &#233;cras&#233; les bolcheviks. Elle en &#233;tait encore loin. A l'&#233;tape indiqu&#233;e, les cadets s'effor&#231;aient de garantir l'ind&#233;pendance du gouvernement contre les organisations li&#233;es avec les masses afin de se le soumettre d'autant plus s&#251;rement et int&#233;gralement ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les bolcheviks aussi, qui ne voyaient point d'issue dans les voies de la d&#233;mocratie formelle, ne renon&#231;aient pas encore &#224; l'id&#233;e d'une Assembl&#233;e constituante. Et ils ne pouvaient faire autrement sans briser avec le r&#233;alisme r&#233;volutionnaire. La marche ult&#233;rieure des &#233;v&#233;nements cr&#233;erait-elle des conditions pour la victoire compl&#232;te du prol&#233;tariat ? Cela ne pouvait &#234;tre pr&#233;vu avec une absolue certitude. Mais, en dehors de la dictature des soviets et jusqu'&#224; cette dictature, l'Assembl&#233;e constituante devait se montrer comme la plus haute conqu&#234;te de la r&#233;volution. Exactement comme les bolcheviks d&#233;fendaient les soviets de conciliateurs et les municipalit&#233;s d&#233;mocratiques contre Kornilov, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre l'Assembl&#233;e constituante contre les attentats de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de trente jours se termina enfin par la cr&#233;ation d'un nouveau gouvernement. Le principal r&#244;le apr&#232;s K&#233;rensky revenait &#224; un des plus riches industriels de Moscou Konovalov, qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, finan&#231;ait le journal de Gorki, avait &#233;t&#233; ensuite membre du premier gouvernement de coalition, avait d&#233;missionn&#233; en protestant apr&#232;s le premier Congr&#232;s des soviets, &#233;tait entr&#233; dans le parti cadet quand celui-ci &#233;tait m&#251;r pour l'affaire kornilovienne, et rentrait maintenant dans le gouvernement, en qualit&#233; de vice-pr&#233;sident et de ministre du Commerce et de l'Industrie. Outre Konovalov, les postes minist&#233;riels furent occup&#233;s par : Tr&#233;tiakov, pr&#233;sident du Comit&#233; de la Bourse de Moscou, et Smirnov, pr&#233;sident du Comit&#233; des Industries de guerre de Moscou. Le sucrier de Kiev, T&#233;r&#233;chtchenko, restait ministre des Affaires &#233;trang&#232;res. Les autres ministres, dans ce nombre les socialistes, ne se distinguaient point par des signes particuliers, mais &#233;taient tout dispos&#233;s &#224; ne point rompre l'harmonie. L'Entente pouvait &#234;tre d'autant plus satisfaite du gouvernement, qu'&#224; Londres on laissait comme ambassadeur le vieux diplomate Nabokov, qu'on envoyait &#224; Paris le cadet Maklakov, alli&#233; de Kornilov et de Savinkov, &#224; Berne le &#034; progressiste &#034; Efr&#233;mov : la lutte pour la paix d&#233;mocratique &#233;tait remise entre des mains s&#251;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration du nouveau gouvernement donnait une parodie perfide de la d&#233;claration de la d&#233;mocratie &#224; Moscou. Le sens de la coalition n'&#233;tait cependant pas inclus dans le programme des transformations ; il avait d'essayer de parachever l'&#339;uvre des Journ&#233;es de Juillet : d&#233;capiter la r&#233;volution en &#233;crasant les bolcheviks. Mais l&#224;, le Rabotchi Pout (la Voie ouvri&#232;re), une des m&#233;tamorphoses de la Pravda, rappelait insolemment aux Alli&#233;s ceci : &#034; Vous avez oubli&#233; que les bolcheviks sont maintenant les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ! &#034; Ce rappel tombait juste sur le point douloureux. &#034; De soi-m&#234;me - reconna&#238;t Milioukov se posait la question fatale : N'est-il pas trop tard ? N'est-il pas trop tard pour d&#233;clarer la guerre aux bolcheviks ? &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, probablement, vraiment trop tard. Le jour o&#249; se formait le nouveau gouvernement avec six ministres bourgeois et dix &#224; demi-socialistes, s'achevait la formation du nouveau Comit&#233; ex&#233;cutif du Soviet de P&#233;trograd, qui comprenait treize bolcheviks, six socialistes-r&#233;volutionnaires et trois mencheviks. La coalition gouvernementale fut accueillie par le Soviet dans une r&#233;solution propos&#233;e par Trotsky, son nouveau pr&#233;sident. &#034; Le nouveau gouvernement&#8230; entrera dans l'histoire de la r&#233;volution comme un gouvernement de guerre civile&#8230; La nouvelle de la formation d'un nouveau pouvoir rencontrera du c&#244;t&#233; de toute la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire une seule r&#233;ponse : D&#233;mission !&#8230; S'appuyant sur cette voix unanime de la v&#233;ritable d&#233;mocratie, le congr&#232;s panrusse des soviets cr&#233;era un pouvoir v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire. &#034; Les adversaires avaient envie de ne voir dans cette r&#233;solution qu'un vote ordinaire de d&#233;fiance. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait un programme d'insurrection. Pour que le programme f&#251;t rempli, il faudrait juste un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La courbe &#233;conomique continuait &#224; d&#233;cliner brutalement. Le gouvernement, le Comit&#233; ex&#233;cutif central, le pr&#233;parlement bient&#244;t reconstitu&#233; enregistraient les faits et les sympt&#244;mes de d&#233;clin comme des motifs contre l'anarchie, les bolcheviks, la r&#233;volution. Mais ils n'avaient m&#234;me pas l'ombre d'un plan &#233;conomique. Le service qui existait aupr&#232;s du gouvernement pour la r&#233;glementation de l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale ne fit pas une seule d&#233;marche s&#233;rieuse. Les industriels fermaient les entreprises. Le mouvement ferroviaire &#233;tait restreint par suite du manque de charbon. Dans les villes s'&#233;teignaient les centrales d'&#233;lectricit&#233;. La presse hurlait &#224; la catastrophe. Les prix montaient. Les ouvriers faisaient gr&#232;ve, une cat&#233;gorie apr&#232;s l'autre, malgr&#233; les avertissements du parti, des soviets, des syndicats. N'&#233;vitaient les conflits que les couches de la classe ouvri&#232;re qui marchaient d&#233;j&#224; enti&#232;rement vers l'insurrection. Et, semble-t-il, c'&#233;tait P&#233;trograd qui restait le plus calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son inattention devant les masses, par son indiff&#233;rence &#233;tourdie devant leurs besoins, par des phrases provocatrices en r&#233;ponse aux protestations et aux cris de d&#233;sespoir, le gouvernement soulevait tout le monde contre lui. On e&#251;t cru qu'il faisait expr&#232;s de rechercher des conflits. Les ouvriers et les employ&#233;s de chemins de fer, presque depuis l'insurrection de F&#233;vrier, r&#233;clamaient un rel&#232;vement des salaires. Les commissions se succ&#233;daient, personne ne donnait de r&#233;ponse, les cheminots &#233;taient de plus en plus irrit&#233;s. Les conciliateurs les calmaient. Le Vikjel (Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse des cheminots) imposait la mod&#233;ration. Mais, le 24 septembre, il y eut une explosion. C'est seulement alors que le gouvernement se ressaisit, certaines concessions furent faites aux cheminots, et la gr&#232;ve, qui &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233;e &#224; s'&#233;tendre &#224; une grande partie du r&#233;seau, cessa le 27 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t et septembre deviennent les mois d'une rapide aggravation de la situation &#233;conomique. D&#233;j&#224;, pendant les journ&#233;es korniloviennes, la ration de pain avait &#233;t&#233; r&#233;duite, &#224; Moscou comme &#224; P&#233;trograd, &#224; une demi-livre par jour. Dans le district de Moscou, on commen&#231;a &#224; ne plus d&#233;livrer que deux livres par semaine. Les contr&#233;es de la Volga, le Midi, le front et l'arri&#232;re tout proche, toutes les r&#233;gions du pays passent par une terrible crise d'approvisionnement. Dans la r&#233;gion textile voisine de Moscou, certaines fabriques commenc&#232;rent &#224; &#234;tre affam&#233;es au sens litt&#233;ral du mot. Les ouvriers et les ouvri&#232;res de la fabrique Smirnov - le propri&#233;taire avait justement &#233;t&#233; enr&#244;l&#233; en ces jours-l&#224; comme contr&#244;leur d'&#201;tat dans la nouvelle coalition minist&#233;rielle - manifestaient dans la localit&#233; voisine d'Or&#233;khovo-Zou&#233;vo avec des pancartes : &#034; Nous avons faim. &#034; &#034; Nos enfants ont faim. &#034; &#034; Quiconque n'est pas avec nous est contre nous. &#034; Les ouvriers d'Or&#233;khovo-Zou&#233;vo et les soldats de l'h&#244;pital militaire de l'endroit partageaient avec les manifestants leurs mis&#233;rable rations : c'&#233;tait une autre coalition qui s'&#233;levait contre celle du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux, chaque jour, enregistraient de nouveaux et de nouveaux foyers de conflits et de r&#233;voltes. Les protestations venaient des ouvriers, des soldats, du petit peuple des villes. Les femme de soldats exigeaient un rel&#232;vement des allocations, le logement et le bois d'hiver. L'agitation des Cent-Noirs t&#226;chait de se trouver un aliment dans la faim des masses. Le journal cadet de Moscou, les Rouski&#233; Vi&#233;domosti (Informations russes) qui, autrefois, combinait le lib&#233;ralisme avec le populisme, consid&#233;rait maintenant avec haine et d&#233;go&#251;t le v&#233;ritable peuple. &#034; Dans toute la Russie a d&#233;ferl&#233; une grande vague de d&#233;sordre, &#233;crivaient les professeurs lib&#233;raux. La violence des &#233;l&#233;ments d&#233;cha&#238;n&#233;s et de stupides pogromes&#8230; g&#234;nent plus que tout la lutte contre le flot&#8230; Recourir aux mesures de r&#233;pression, &#224; la collaboration de la force arm&#233;e&#8230; mais, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette force arm&#233;e, dans la personne des soldats des garnisons locales, qui joue le r&#244;le principal dans les pogromes&#8230; La foule&#8230; descend dans la rue et commence &#224; se sentir ma&#238;tresse de la situation. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur de Saratov faisait savoir au ministre de la Justice Maliantovitch, qui, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re r&#233;volution, s'&#233;tait compt&#233; parmi les bolcheviks : &#034; Le principal malheur, contre lequel il n'y a point possibilit&#233; de lutter, ce sont les soldats&#8230; Les lynchages, les arrestations et perquisitions arbitraires, toutes les r&#233;quisitions possibles - tout cela, dans la majorit&#233; des cas, est effectu&#233; ou bien exclusivement par des soldats, ou bien avec leur participation directe. &#034; A Saratov m&#234;me, dans les chefs-lieux de districts, dans les bourgs, &#034; compl&#232;te d&#233;ficience d'une aide quelconque aux services judiciaires &#034;. Le parquet n'arrive pas &#224; enregistrer les crimes qui sont accomplis par tout le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ne se faisaient pas d'illusions au sujet des difficult&#233;s qui devaient les assaillir avec le pouvoir. &#034; En proclamant le mot d'ordre : &#034; Tout le pouvoir aux soviets ! &#034; - disait le nouveau pr&#233;sident du Soviet de P&#233;trograd - nous savons que ce mot d'ordre ne caut&#233;risera pas instantan&#233;ment tous les ulc&#232;res. Nous avons besoin d'un pouvoir constitu&#233; sur le mod&#232;le de la direction d'un syndicat qui donne aux gr&#233;vistes tout ce qu'il peut, ne cache rien, et quand il ne peut donner, en convient franchement&#8230; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res s&#233;ances du gouvernement fut consacr&#233;e &#224; &#034; l'anarchie &#034; dans les provinces, surtout dans les campagnes. Il fut de nouveau reconnu indispensable &#034; de ne point s'arr&#234;ter devant les mesures les plus r&#233;solues &#034;. Entre temps, le gouvernement d&#233;couvrait que la cause des insucc&#232;s de la lutte contre las d&#233;sordres r&#233;sidait dans &#034; l'insuffisante popularit&#233; &#034; des commissaires gouvernementaux parmi les masses de la population paysanne. Pour rem&#233;dier &#224; la situation, il fut d&#233;cid&#233; d'organiser d'urgence dans toutes les provinces qu'avaient gagn&#233;es les d&#233;sordres &#034; des comit&#233;s extraordinaires du gouvernement provisoire &#034;. D&#232;s lors, la paysannerie devra accueillir les exp&#233;ditions punitives par des acclamations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'irr&#233;sistibles forces historiques entra&#238;naient les dirigeants vers la chute. Personne ne croyait s&#233;rieusement au succ&#232;s du nouveau gouvernement. L'isolement de K&#233;rensky &#233;tait irr&#233;parable. Les classes poss&#233;dantes ne pouvaient oublier qu'il avait trahi Kornilov. &#034; Quiconque &#233;tait pr&#234;t &#224; se battre contre les bolcheviks - &#233;crit l'officier cosaque Kakliouguine - ne voulait pas le faire au nom et pour la d&#233;fense du gouvernement provisoire. &#034; Tout en s'accrochant au pouvoir, K&#233;rensky lui-m&#234;me n'osait en faire un emploi quelconque. La force croissante de la r&#233;sistance paralysait &#224; fond sa volont&#233;. Il &#233;ludait toutes d&#233;cisions et &#233;vitait le palais d'Hiver, o&#249; la situation l'obligeait &#224; agir. Presque imm&#233;diatement apr&#232;s la formation du nouveau gouvernement, il glissa subrepticement la pr&#233;sidence &#224; Konovalov et partit lui-m&#234;me pour le Grand Quartier G&#233;n&#233;ral, o&#249; l'on n'avait pas le moins du monde besoin de lui. Il ne revint &#224; P&#233;trograd que pour ouvrir le pr&#233;parlement. Retenu par les ministres, il n'en repartit pas moins, le 14, pour le front. K&#233;rensky fuyait un sort qui le harcelait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus proche collaborateur de K&#233;rensky et son rempla&#231;ant, tombait, d'apr&#232;s Nabokov, dans le d&#233;sespoir en voyant l'inconstance de K&#233;rensky et l'absolue impossibilit&#233; de compter sur sa parole. Mais les &#233;tats d'&#226;me des autres membres du Cabinet diff&#233;raient peu de ceux de leur chef. Les ministres scrutaient anxieusement, pr&#234;taient l'oreille, attendaient, se tiraient d'affaire par des paperasses et s'occupaient de v&#233;tilles. Le ministre de la Justice Maliantovitch fut, raconte Nabokov, extr&#234;mement pr&#233;occup&#233; quand il apprit que les s&#233;nateurs n'avaient pas voulu recevoir leur nouveau coll&#232;gue Sokolov en redingote noire. &#034; Qu'en pensez-vous ? Que faut-il faire ? demandait Maliantovitch angoiss&#233;. D'apr&#232;s un rite &#233;tabli par K&#233;rensky et qui &#233;tait rigoureusement observ&#233;, les ministres s'interpellaient entre eux, non point selon l'usage russe, par le pr&#233;nom et le patronyme, comme de simples mortels, mais, d'apr&#232;s la fonction - &#034; Monsieur le ministre de ceci ou de cela &#034; - comme il convient aux repr&#233;sentants d'un pouvoir fort. Les souvenirs de ceux qui furent du gouvernement ont un air satirique. Au sujet de son ministre de la Guerre, K&#233;rensky lui-m&#234;me &#233;crivait par la suite : &#034; Ce fut la plus malencontreuse de toutes les nominations : Verkhovsky apporta dans son activit&#233; quelque chose d'imperceptiblement comique. &#034; Mais le malheur est en ceci qu'une nuance de comique involontaire s'&#233;tendait sur toute l'activit&#233; du gouvernement provisoire : ces gens ne savaient ce qu'ils avaient &#224; faire ni comment se tourner. Ils ne gouvernaient pas, mais ils jouaient aux gouvernants comme des &#233;coliers jouent au soldat - seulement c'&#233;tait bien moins amusant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant en t&#233;moin, Milioukov caract&#233;rise en traits fort nets l'&#233;tat d'esprit du chef du gouvernement en cette p&#233;riode : &#034; Ayant perdu le terrain sous lui, plus cela durait, plus K&#233;rensky manifestait tous les sympt&#244;mes d'un &#233;tat pathologique qui pourrait s'appeler, dans le langage de la m&#233;decine, &#034; une neurasth&#233;nie psychique &#034;. Le cercle des proches amis savait depuis longtemps qu'apr&#232;s des moments d'extr&#234;me d&#233;ch&#233;ance de l'&#233;nergie, dans la matin&#233;e, K&#233;rensky passait, dans la seconde moiti&#233; de la journ&#233;e, &#224; une extr&#234;me excitation sous l'influence des produits pharmaceutiques qu'il absorbait. &#034; Milioukov explique l'influence particuli&#232;re du ministre cadet Kichkine, psychiatre de sa profession, par son habile fa&#231;on de traiter le patient. Nous laissons enti&#232;rement ces renseignements sous la responsabilit&#233; de l'historien lib&#233;ral qui avait, &#224; vrai dire, toutes les possibilit&#233;s de savoir la v&#233;rit&#233;, mais qui &#233;tait loin de choisir toujours la v&#233;rit&#233; comme son plus haut crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages d'un Stank&#233;vitch, si proche de K&#233;rensky, confirment la caract&#233;ristique sinon psychiatrique, du moins psychologique, donn&#233;e par Milioukov. &#034; K&#233;rensky produisit sur moi - &#233;crit Stank&#233;vitch - l'impression de quelque chose de d&#233;sertique dans toute la situation et d'un calme &#233;trange, inou&#239;. Aupr&#232;s de lui se trouvaient seulement ses in&#233;vitables petits &#034; aides de camp &#034;. Mais il n'y avait plus la foule qui l'avait auparavant entour&#233;, ni les d&#233;l&#233;gations, ni les projecteurs&#8230; Il y eut d'&#233;tranges loisirs et j'eus la rare possibilit&#233; de causer avec lui pendant des heures enti&#232;res, au cours desquelles il montrait une bizarre nonchalance. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute nouvelle transformation du gouvernement s'accomplissait au nom d'un pouvoir fort, et chaque nouveau cabinet minist&#233;riel d&#233;butait sur le ton majeur, pour tomber peu de jours apr&#232;s dans la prostration. Il attendait ensuite une impulsion ext&#233;rieure pour s'&#233;crouler. L'impulsion &#233;tait chaque fois donn&#233;e par le mouvement des masses. La transformation du gouvernement, si l'on rejette les apparences trompeuses, se produisait chaque fois dans une direction oppos&#233;e au mouvement des masses. Le passage d'un gouvernement &#224; un autre &#233;tait rempli par une crise qui, chaque fois, prenait un caract&#232;re de plus en plus persistant et morbide. Chaque nouvelle crise gaspillait une partie du pouvoir de l'&#201;tat, affaiblissait la r&#233;volution, d&#233;moralisait les dirigeants. Le Comit&#233; ex&#233;cutif des deux premiers mois avait pu tout faire, m&#234;me appeler nominalement au pouvoir la bourgeoisie. Dans les deux mois qui suivirent, le gouvernement provisoire, joint au Comit&#233; ex&#233;cutif, pouvait encore beaucoup, m&#234;me ouvrir une offensive sur le front. Le troisi&#232;me gouvernement, avec un Comit&#233; ex&#233;cutif affaibli, &#233;tait capable d'entreprendre l'&#233;crasement des bolcheviks, mais n'&#233;tait pas capable de le mener jusqu'au bout. Le quatri&#232;me gouvernement, qui surgit apr&#232;s la plus longue crise, n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus capable de rien. A peine n&#233;, il se mourait et, les yeux ouverts, attendait son fossoyeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de la r&#233;volution russe de L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les grandes &#233;vocations de la R&#233;volution d'Octobre en Russie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les grandes &#233;vocations de la R&#233;volution d'Octobre en Russie &lt;br class='autobr' /&gt;
Un an apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gramsci/1918/03/one-year.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.retronews.fr/journal/la-correspondance-internationale/07-decembre-1921/1071/4111169/1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Sept ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grandes &#233;vocations de la R&#233;volution d'Octobre en Russie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gramsci/1918/03/one-year.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/gramsci/1918/03/one-year.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.retronews.fr/journal/la-correspondance-internationale/07-decembre-1921/1071/4111169/1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.retronews.fr/journal/la-correspondance-internationale/07-decembre-1921/1071/4111169/1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915g.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915g.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/raskolnikov/works/1925/00/Raskolnikov_1925.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/raskolnikov/works/1925/00/Raskolnikov_1925.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k14138448.r=Histoire%20populaire%20de%20la%20R%C3%A9volution%20d%27octobre%20%20S.%20A.%20Piontkovsky?rk=21459;2&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k14138448.r=Histoire%20populaire%20de%20la%20R%C3%A9volution%20d%27octobre%20%20S.%20A.%20Piontkovsky?rk=21459;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Treize ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr47.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr47.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/octobre.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/octobre.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv29.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv29.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-sept ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1924/09/19240915.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/08/trois.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/08/trois.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1947/07/serge_19470700.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/serge/works/1947/07/serge_19470700.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-sept ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2937&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2937&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1329&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1329&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cent ans apr&#232;s la R&#233;volution russe d'octobre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4274&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4274&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/11/24/phro-n24.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2017/11/24/phro-n24.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.contretemps.eu/read-offline/17168/revolution-russe-histoire-memoires.print&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.contretemps.eu/read-offline/17168/revolution-russe-histoire-memoires.print&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses adversaires eux aussi comm&#233;morent &#224; leur mani&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/07/01016-20171107ARTFIG00015-revolution-de-1917-un-siecle-apres-les-russes-blancs-n-oublient-pas.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/11/07/01016-20171107ARTFIG00015-revolution-de-1917-un-siecle-apres-les-russes-blancs-n-oublient-pas.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/planete/2017/10/20/24-25-octobre-la-nuit-rouge_1604595/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/planete/2017/10/20/24-25-octobre-la-nuit-rouge_1604595/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/europe/article/2007/11/05/octobre-1917-un-etrange-coup-d-etat_974674_3214.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/europe/article/2007/11/05/octobre-1917-un-etrange-coup-d-etat_974674_3214.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/le-centieme-anniversaire-du-coup-detat-revolutionnaire-doctobre-1917&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/le-centieme-anniversaire-du-coup-detat-revolutionnaire-doctobre-1917&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poutine comm&#233;more&#8230; Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2017/03/24/31005-20170324ARTFIG00338-centenaire-de-1917-poutine-prefere-staline-a-lenine.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2017/03/24/31005-20170324ARTFIG00338-centenaire-de-1917-poutine-prefere-staline-a-lenine.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lematin.ch/story/cent-ans-apres-sa-mort-lenine-oublie-des-russes-et-meprise-par-poutine-103025086&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lematin.ch/story/cent-ans-apres-sa-mort-lenine-oublie-des-russes-et-meprise-par-poutine-103025086&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/histoire/pour-poutine-lenine-a-ete-un-agent-de-l-etranger-21-01-2024-2550290_1615.php#11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/histoire/pour-poutine-lenine-a-ete-un-agent-de-l-etranger-21-01-2024-2550290_1615.php#11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;voltes de 1918 &#224; 1922 au Japon</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8028</link>
		<guid isPermaLink="true">https://matierevolution.fr/spip.php?article8028</guid>
		<dc:date>2025-12-06T23:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>Japon Japan</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;voltes de 1918 &#224; 1922 au Japon &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;meutes du riz de 1918 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; &#233;meutes du riz &#187; qui touch&#232;rent le pays durant l'&#233;t&#233; 1918 sont sans doute le plus grand soul&#232;vement populaire qu'ait connu le Japon au cours de son histoire. Le mouvement concerna 38 villes, 153 bourgs et 77 villages, selon des rapports sans doute sous &#233;valu&#233;s, entra&#238;nant environ 700 000 personnes, peut-&#234;tre plus encore, dans des manifestations et des cort&#232;ges de rue dont certains tourn&#232;rent &#224; l'affrontement avec la police ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot131" rel="tag"&gt;Japon Japan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;voltes de 1918 &#224; 1922 au Japon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;meutes du riz de 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; &#233;meutes du riz &#187; qui touch&#232;rent le pays durant l'&#233;t&#233; 1918 sont sans doute le plus grand soul&#232;vement populaire qu'ait connu le Japon au cours de son histoire. Le mouvement concerna 38 villes, 153 bourgs et 77 villages, selon des rapports sans doute sous &#233;valu&#233;s, entra&#238;nant environ 700 000 personnes, peut-&#234;tre plus encore, dans des manifestations et des cort&#232;ges de rue dont certains tourn&#232;rent &#224; l'affrontement avec la police ou l'arm&#233;e1. Ces &#233;meutes sonn&#232;rent comme un coup de tonnerre dans un pays o&#249; l'agitation politique et sociale &#233;tait non pas inexistante mais somme toute mesur&#233;e. Elles furent tr&#232;s vite comprises comme un mouvement de nature ambigu&#235;, &#224; la fois une r&#233;volte du type de celles qui avaient &#233;clat&#233; sous l'ancien r&#233;gime Tokugawa et dans les premi&#232;res ann&#233;es Meiji2, un ikki &#19968;&#25542;, et dans ce cas, le plus important mais aussi &#8211; on le sait aujourd'hui &#8211; le dernier d'entre eux. On y vit aussi un mouvement de col&#232;re populaire, alliant aux anciens modes de protestation des revendications touchant aux conditions d'existence, de travail et aux salaires. Quoi qu'il en soit, les contemporains constat&#232;rent que les &#233;meutes du riz apparaissaient comme un tournant dans l'histoire politique et sociale du Japon au d&#233;but du xxe si&#232;cle, d&#233;clenchant dans leur foul&#233;e une vague de protestations, notamment dans la classe ouvri&#232;re, le tout dans un contexte international de mont&#233;e de l'agitation sociale au lendemain de la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 3 &#192; la suite des mouvements de gr&#232;ve qui atteignirent un nombre record en 1907, la police proc&#233;da &#224; d (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 4 &#192; partir du printemps 1910, des rafles polici&#232;res aboutirent &#224; plus d'une centaine d'arrestations p (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 5 En ao&#251;t 1910, Ishikawa Takuboku, proche des milieux socialistes, proposa au journal T&#333;ky&#333; Asahi shi (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 6 Arahata (2016 [1975] : 383).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2La r&#233;pression qui frappa au Japon le mouvement socialiste et plus g&#233;n&#233;ralement le mouvement ouvrier &#224; partir de 19073, puis la vague d'arrestations de 1910 suivie d'ex&#233;cutions en janvier 1911 dans le cadre de l'affaire du complot de l&#232;se-majest&#233; (taigyaku jiken &#22823;&#36870;&#20107;&#20214;)4, d&#233;sorganis&#232;rent, voire d&#233;capit&#232;rent, un mouvement social naissant. Le jeune po&#232;te Ishikawa Takuboku &#30707;&#24029;&#21828;&#26408; (1886-1912) &#233;voqua alors en une formule qui devint c&#233;l&#232;bre une &#171; p&#233;riode de repli &#187;, &#171; une p&#233;riode bloqu&#233;e &#187;5. Outre la r&#233;pression proprement dite et la surveillance polici&#232;re incessante, la crainte d'&#234;tre m&#234;l&#233; de pr&#232;s ou de loin &#224; un complot contre l'empereur &#233;loignait les sympathisants de la cause socialiste, isolant encore un peu plus les militants. Cet isolement fut d'ailleurs aggrav&#233; par la scission des partis socialistes europ&#233;ens qui, presque tous, ralli&#232;rent la cause nationale pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale. Entre 1910-1911 et 1917-1918, le mouvement socialiste d'un c&#244;t&#233;, et le mouvement ouvrier syndical de l'autre, connurent ce qui au Japon est qualifi&#233; d'&#171; &#232;re d'hiver &#187; ou de &#171; p&#233;riode d'hibernation &#187; (fuyu no jidai &#20908;&#12398;&#26178;&#20195;). La tendance g&#233;n&#233;rale &#233;tait au repli. Les rares militants &#233;taient arr&#234;t&#233;s pour simple distribution de tracts et la d&#233;moralisation les gagnait6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3Pourtant, l'agitation continua dans les ann&#233;es 1913-1918. Mais il s'agissait d'une agitation politique qui touchait plut&#244;t les nouvelles couches moyennes urbaines, avec le d&#233;veloppement d'un mouvement en faveur du suffrage universel (masculin) en remplacement du suffrage censitaire &#233;litiste, et cherchant &#224; promouvoir un gouvernement repr&#233;sentant les forces parlementaires et non les anciennes factions f&#233;odales. Certains lib&#233;raux voyaient dans le changement de r&#232;gne imp&#233;rial en 1912 l'av&#232;nement sinon d'une nouvelle politique, du moins d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le contexte politique : de la nature de la d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 7 Les ministres de la guerre et de la marine ne pouvaient &#234;tre issus que des cadres de l'arm&#233;e de ter (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4En 1912, le cabinet Saionji, sous l'influence du parti Seiy&#363;kai &#25919;&#21451;&#20250;, refusa, pour des raisons budg&#233;taires, la cr&#233;ation des deux nouvelles divisions r&#233;clam&#233;es par l'arm&#233;e de terre pour le maintien de l'ordre en Cor&#233;e. Le ministre de la Guerre d&#233;missionna mais l'arm&#233;e de terre refusa d'en d&#233;signer un nouveau7 : ce fut la premi&#232;re &#233;preuve de force entre un cabinet civil et l'&#233;tat-major. Saionji Kinmochi &#35199;&#22290;&#23546;&#20844;&#26395; (1849-1940) fut alors contraint de d&#233;missionner. Katsura Tar&#333; &#26690;&#22826;&#37070; (1848-1913) forma un cabinet conservateur en s'appuyant sur les forces traditionnelles, les anciennes cliques f&#233;odales (hanbatsu &#34281;&#38309;) des fiefs du Sud-Ouest, la bureaucratie et l'&#233;tat-major des deux armes. Mais une partie de la presse se d&#233;cha&#238;na contre ce retour en force des milieux les plus traditionnels. L'opposition se mobilisa avec des mots d'ordre du type &#171; Prot&#233;geons le r&#233;gime constitutionnel ! &#187;, &#171; &#192; bas les cliques f&#233;odales ! &#187;. Certains milieux financiers pr&#234;t&#232;rent de l'argent aux d&#233;put&#233;s et aux journalistes d'opposition pour d&#233;clencher une dynamique susceptible de faire tomber le gouvernement Katsura, fra&#238;chement mis en place. Ce dernier mena&#231;a d'user de la censure et de la r&#233;pression mais, d&#233;but 1913, des manifestations populaires contre le gouvernement emp&#234;ch&#232;rent la Di&#232;te de si&#233;ger, tandis que des locaux de police et des si&#232;ges de journaux &#233;taient incendi&#233;s. Apr&#232;s 53 jours de gouvernement, Katsura d&#233;missionna devant le risque de d&#233;bordement g&#233;n&#233;ral. Le coup de force de l'arm&#233;e avait &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 8 Kamiya (1986 :1).&lt;br class='autobr' /&gt; 9 Des f&#233;ministes s'engag&#232;rent de leur c&#244;t&#233;, non sans r&#233;sultats, pour le suffrage universel r&#233;el et la (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5La d&#233;mission de Katsura sonna le coup d'envoi de la vague d&#233;mocratique dite de Taish&#333;. &#192; titre d'exemple, &#224; Namerikawa, sur la c&#244;te de la mer du Japon, l'un des bourgs o&#249; d&#233;buteront les &#233;meutes de 1918, 800 personnes vinrent &#233;couter le 21 juin 1913 les orateurs du mouvement qui d&#233;non&#231;aient les cliques f&#233;odales monopolisant le pouvoir et parlaient en faveur du suffrage universel8. Ce mouvement pour le suffrage universel (masculin), fusen und&#333; &#26222;&#36984;&#36939;&#21205;, gagna sans cesse en importance apr&#232;s 1913 et pourtant le gouvernement ne c&#233;da qu'en 19259. D&#232;s 1914, par un curieux effet de retournement, la propagande en faveur de la guerre contre l'Allemagne reprit le th&#232;me de la lutte contre le militarisme allemand au nom des id&#233;aux d&#233;mocratiques proclam&#233;s par les alli&#233;s. La propagande belliciste offrit ainsi au mouvement d&#233;mocratique une nouvelle raison d'esp&#233;rer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 10 Yoshino (1984 [1916] : 113).&lt;br class='autobr' /&gt; 11 Yoshino (1984 [1916] : 110).&lt;br class='autobr' /&gt; 12 Yoshino (1984 [1916]).&lt;br class='autobr' /&gt; 13 Le mot circulait d&#233;j&#224; et avait &#233;t&#233; utilis&#233; par plusieurs journalistes avant que Yoshino n'en donne (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 14 Yoshino (1984 [1916] : 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6Parmi les porte-paroles de ce mouvement, un professeur de l'universit&#233; imp&#233;riale de Tokyo, Yoshino Sakuz&#333; &#21513;&#37326;&#20316;&#36896; (1878-1933), inventa un discours particulier sur la d&#233;mocratie, la d&#233;mocratie de type minpon shugi &#27665;&#26412;&#20027;&#32681;, d&#233;mocratie au sein du r&#233;gime imp&#233;rial. Pour traduire le mot de d&#233;mocratie, on parlait au Japon &#224; la fin du xixe si&#232;cle de minshu shugi &#27665;&#20027;&#20027;&#32681; (doctrine o&#249; le peuple est son propre ma&#238;tre, doctrine socialisante et dangereuse, nous dit Yoshino10) ou de shumin shugi &#20027;&#27665;&#20027;&#32681; (doctrine o&#249; le ma&#238;tre est le peuple). On a &#233;galement pu &#233;voquer minsh&#363; shugi &#27665;&#34886;&#20027;&#32681; (doctrine des masses populaires) et m&#234;me heimin shugi &#24179;&#27665;&#20027;&#32681; (doctrine du peuple). C'est finalement le premier terme qui va l'emporter, et passer aussi en chinois (m&#237;nzh&#468; zh&#468; y&#236;), en cor&#233;en (minju ju&#365;i) et m&#234;me en vietnamien (d&#226;nch&#7911; ch&#7911; ngh&#297;a). Yoshino avance de son c&#244;t&#233; l'expression de minpon shugi (doctrine o&#249; le peuple est au fondement des choses), dont il nous explique qu'elle est la traduction en japonais du mot occidental &#171; d&#233;mocratie &#187;11. Tous ces termes constitu&#232;rent les mots-cl&#233;s des discours politiques lib&#233;raux au cours de l'&#232;re Taish&#333; (1912-1926). Minpon shugi, m&#234;me s'il se retrouve dans de rares occurrences chez Mencius pour d&#233;signer la politique, est quasi inexistant en chinois et tr&#232;s peu usit&#233; en cor&#233;en. Yoshino se fit vraiment remarquer quand, d&#233;j&#224; professeur &#224; l'universit&#233;, il publia un long article dans la revue Ch&#363;&#333; k&#333;ron &#20013;&#22830;&#20844;&#35542;, en janvier 1916, intitul&#233; &#171; Les principes du gouvernement constitutionnel et les moyens de les r&#233;aliser pleinement12 &#187;. Dans cet article, il &#233;voquait pour la premi&#232;re fois son id&#233;e de minpon shugi, de &#171; d&#233;mocratie &#224; la japonaise &#187;13. Le concept de minpon shugi &#8211; mot aujourd'hui quelque peu d&#233;mod&#233; &#8211; r&#233;sonne fortement car il associe empereur, nation et d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire qu'il op&#232;re une forme de synth&#232;se entre les tenants de l'autorit&#233; imp&#233;riale, les thurif&#233;raires de la nation et les classes moyennes qui revendiquent une participation plus active aux d&#233;cisions politiques. Pour Yoshino, ce concept rel&#232;ve de la science politique moderne. Il pose la question : comment faire progresser les id&#233;es et les pratiques d&#233;mocratiques dans le cadre de la constitution imp&#233;riale ? Pour lui, minpon shugi est non seulement la traduction du concept occidental de d&#233;mocratie mais a aussi pour signification le fait que &#171; les objectifs fondamentaux de l'activit&#233; souveraine de l'&#201;tat doivent r&#233;sider dans le peuple14 &#187;. Selon Yoshino, un r&#233;gime constitutionnel ne peut se limiter &#224; l'application stricte de la Constitution, mais doit se consacrer &#224; la mise en pratique de l'esprit qui a pr&#233;sid&#233; &#224; la mise en place de ladite Constitution. Et quel est donc cet esprit ? Yoshino r&#233;pond : ce sont les trois principes fondamentaux de la protection des droits du peuple, de la s&#233;paration des trois pouvoirs (ex&#233;cutif, l&#233;gislatif et judiciaire), du syst&#232;me d'&#233;lection des repr&#233;sentants du peuple. L'&#233;largissement r&#233;el des droits du peuple est possible, selon lui, dans le cadre de la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 15 Yoshino (1984 [1916] : 121).&lt;br class='autobr' /&gt; 16 Yoshino (1984 [1916] : 179-180). &#192; propos du droit de vote pour les femmes, Yoshino reste assez amb (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7Pour Yoshino, le fondement spirituel de la Constitution, c'est la d&#233;mocratie en tant que telle. La politique n'a pour objet que le bonheur de la population ordinaire et toute d&#233;cision politique doit se situer dans ce cadre15. Assurer la protection du peuple, respecter la s&#233;paration des pouvoirs ex&#233;cutif, l&#233;gislatif et judiciaire, &#233;lire des assembl&#233;es au suffrage universel, tels doivent &#234;tre les principes ultimes d'un gouvernement constitutionnel. Pour cela, il est n&#233;cessaire d'assurer le respect de la libert&#233; d'expression et d'&#233;largir le suffrage censitaire en vigueur. Yoshino oppose &#171; la population ordinaire &#187; aux &#171; classes privil&#233;gi&#233;es &#187;, c'est-&#224;-dire l'aristocratie qui b&#233;n&#233;ficie de sa position historique et les capitalistes qui ont profit&#233; de la conjoncture r&#233;cente. Contre &#171; les partisans de l'invasion, le militarisme, le capitalisme, les tenants des privil&#232;ges de classe &#187;, il pr&#233;conise &#171; la domination de la sagesse et de la morale du peuple &#187; (kokumin chitoku &#22269;&#27665;&#30693;&#24499;), &#171; un principe immuable qui devrait dominer le monde &#187;. Une d&#233;mocratie r&#233;elle au Japon permettrait, &#224; son avis, &#171; d'avancer avec le reste du monde &#187;, mais cette avanc&#233;e reste li&#233;e au niveau g&#233;n&#233;ral d'&#233;ducation du peuple. Il termine en proclamant haut et fort la n&#233;cessit&#233; d'un syst&#232;me fond&#233; sur le gouvernement des partis politiques &#233;lus au Parlement au suffrage universel, la supr&#233;matie de la Chambre basse sur la Chambre des pairs, la responsabilit&#233; du cabinet devant le Parlement16, et se prononce en faveur de r&#233;formes d&#233;mocratiques dans le cadre de la Constitution imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 17 Duus et Scheiner (1998 : 174).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8Il n'est pas inint&#233;ressant &#224; ce stade de remarquer qu'&#224; c&#244;t&#233; d'un vocabulaire tr&#232;s influenc&#233; par la philosophie politique occidentale, Yoshino, et d'autres d&#233;mocrates dans son sillage, utilisent dans leurs travaux une rh&#233;torique largement tir&#233;e des classiques chinois. &#192; partir d'expressions forg&#233;es autour de quatre id&#233;ogrammes comme kanmin d&#333;ky&#333; &#23448;&#27665;&#21516;&#20849; (coop&#233;ration du peuple et des fonctionnaires), kunmin d&#333;chi &#21531;&#27665;&#21516;&#27835; ou kunmin d&#333;sei &#21531;&#27665;&#21516;&#25919; (gouvernement conjoint du souverain et du peuple), banmin d&#333;chi &#19975;&#27665;&#21516;&#27835; (gouvernement conjoint de tout le peuple), expressions issues du r&#233;pertoire chinois, ils tentent de faire passer l'id&#233;e d'un processus engendr&#233; par des notions traditionnelles, comme si ces tournures avaient valeur int&#233;grative en recr&#233;ant du connu et du commun17. Ces conceptions reposent finalement sur un m&#233;lange de foi dans le progr&#232;s mais aussi de volont&#233; tr&#232;s influenc&#233;e par la pens&#233;e classique de faire triompher la morale et l'harmonie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 18 Yamakawa (1976 [1918] : 15-35).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9D&#232;s leur parution, les th&#232;ses de Yoshino furent critiqu&#233;es par des socialistes qui lui reproch&#232;rent d'abandonner certains principes essentiels, de couper l'id&#233;e de d&#233;mocratie en tranches, d'en r&#233;duire le sens. Ils l'accus&#232;rent de ne vouloir que le d&#233;veloppement de pratiques d&#233;mocratiques dans le cadre d'un &#201;tat domin&#233; par l'empereur : le minpon shugi serait ainsi une sorte de &#171; d&#233;mocratie imp&#233;riale &#187;, une d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me qui, par essence, est non d&#233;mocratique. Yoshino aurait renonc&#233; en fait &#224; l'id&#233;e d&#233;mocratique d'&#171; un gouvernement du peuple pour le peuple par le peuple &#187;, selon la fameuse expression de Lincoln. Plus grave, il aurait abandonn&#233; au profit de l'institution imp&#233;riale l'id&#233;e d'une souverainet&#233; populaire18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 19 Narita (2007 : 31).&lt;br class='autobr' /&gt; 20 Stegewerns (2003 : 127).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10L'historien Narita Ry&#363;ichi nuance cependant ces critiques : Yoshino &#233;tait un pragmatique qui savait la r&#233;pression toujours possible. Il aurait en fait tent&#233; un compromis pour vider de leur substance les tendances autoritaires manifest&#233;es dans le texte constitutionnel. En clair, il n'&#233;tait pas en d&#233;saccord avec les tenants d'une conception plus radicale de la d&#233;mocratie, mais &#233;tait plus attach&#233; aux r&#233;formes &#224; venir de la Constitution qu'&#224; sa critique th&#233;orique19. Yoshino voulait faire savoir aux vieux conservateurs que la &#171; d&#233;mocratie &#187; (minpon shugi) ne mena&#231;ait pas le corps national, le kokutai &#22269;&#20307;. Le drame de Yoshino n&#233;anmoins, c'est qu'il fut en avance sur son temps dans les ann&#233;es 1914-18 et critiqu&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1919-1920 par une nouvelle g&#233;n&#233;ration pour sa relative mod&#233;ration20. Pourtant sa pens&#233;e influen&#231;a consid&#233;rablement ses contemporains jusque dans des milieux a priori peu vers&#233;s dans les d&#233;bats th&#233;oriques de science politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le boom &#233;conomique de la guerre : profiteurs et mis&#233;rables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 21 Pour un indice de la production industrielle (indice Nagoya kosh&#333;) on passe de 100 en 1914 &#224; 487 en (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 22 Crawcour (1997 : 101).&lt;br class='autobr' /&gt; 23 Imai (1998 [1974] : 105). Sur une base 100 en 1914, les salaires &#233;taient &#224; 115 environ quand les pr (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11Au cours des ann&#233;es de guerre, le capitalisme japonais, qui avait achev&#233; sa r&#233;volution industrielle dans les premi&#232;res ann&#233;es du xxe si&#232;cle, accomplit un v&#233;ritable bond en avant21. Profitant des difficult&#233;s des Alli&#233;s en guerre, le Japon imposa ses produits sur les principaux march&#233;s d'Asie, notamment la Chine et, pour la premi&#232;re fois, exporta &#224; destination de l'Europe certains produits m&#233;tallurgiques et miniers ainsi que des fournitures militaires. Le poids de l'industrie lourde s'accrut tandis que naissait une puissante industrie chimique. C'est le moment o&#249; apparurent des conglom&#233;rats, les zaibatsu &#36001;&#38309;, comparables par leur taille aux grandes entreprises am&#233;ricaines, allemandes ou britanniques. Entre 1914 et 1918, on estime que le PNB s'accrut de 40 % et que la croissance atteignit 9 % par an22. Pour la premi&#232;re fois, le poids des activit&#233;s industrielles d&#233;passa celui des activit&#233;s agricoles. Cette activit&#233; industrielle donna un coup de fouet aux exportations et au commerce maritime en particulier. Entre 1914 et 1918, les prix doubl&#232;rent en moyenne alors que les salaires connurent un d&#233;crochage notable, la hausse nominale n'&#233;tant que de 50 % environ23. Dans l'industrie, les profits s'accumulaient tandis que surgissaient de &#171; nouveaux riches &#187;, les narikin &#25104;&#37329;, ceux qui avaient su profiter de la croissance rapide pour faire fortune en peu de temps. Ces nouveaux magnats s'enrichirent dans les secteurs industriels les plus divers (pharmacie, teinturerie, m&#233;tallurgie, papeterie, textile&#8230;), mais les fortunes les plus impressionnantes tout autant que soudaines apparurent surtout dans l'exploitation des mines, puis dans le secteur de l'appareillage &#233;lectrique (Hitachi par exemple) et du transport maritime. Le nombre des ouvriers travaillant dans le secteur moderne de l'industrie doubla entre 1914 et 1919, notamment dans l'industrie lourde et les transports. La nouvelle classe ouvri&#232;re &#233;tait compos&#233;e d&#233;sormais de plus en plus de travailleurs masculins adultes et qualifi&#233;s, alors que la premi&#232;re industrialisation fond&#233;e sur l'industrie l&#233;g&#232;re (textile surtout) avait &#233;t&#233; le fait d'une main-d'&#339;uvre f&#233;minine tr&#232;s jeune et peu qualifi&#233;e. On eut donc au Japon, toutes proportions gard&#233;es, un ph&#233;nom&#232;ne &#224; l'inverse de ce qui se produisit dans les pays d'Europe o&#249; la Premi&#232;re Guerre mondiale favorisa plut&#244;t l'essor du travail industriel f&#233;minin. Dans le cas japonais, la f&#233;minisation du salariat &#224; cette &#233;poque toucha plut&#244;t le secteur des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 24 Le nombre de mouvements sociaux portant sur l'am&#233;lioration des salaires passe de 25 en 1914, &#224; 304 (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12Ce d&#233;veloppement rapide de l'industrie japonaise dans les ann&#233;es 1914-1918 fut &#224; l'origine d'un retournement de la conjoncture politique, fruit d'une crise dans les relations du travail : la raret&#233; de la main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e cr&#233;a un rapport de force nouveau et relativement favorable aux travailleurs, qui cherch&#232;rent d&#232;s lors &#224; obtenir de meilleurs salaires24. Dans un contexte international nouveau &#8211; li&#233; principalement &#224; la r&#233;volution russe &#8211; o&#249; les mouvements sociaux touch&#232;rent de nombreux pays d'Europe, le nombre de travailleurs japonais en gr&#232;ve s'accrut en 1917 avant de conna&#238;tre un premier pic en 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 25 Hamon (2007 : 234 sqq.).&lt;br class='autobr' /&gt; 26 Eguchi (1989 : 74-75).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13Le nombre des amicales et mutuelles ouvri&#232;res, qui jouaient dans les faits le r&#244;le de syndicats non officiels, &#233;tait en constante augmentation &#224; la fin des ann&#233;es 1910. Suzuki Bunji &#37428;&#26408;&#25991;&#27835; (1885-1946), dipl&#244;m&#233; de l'universit&#233; de Tokyo converti au protestantisme et pr&#233;occup&#233; de questions sociales, fonda en 1912 la Y&#363;aikai &#21451;&#24859;&#20250; (L'Amicale), con&#231;ue comme une soci&#233;t&#233; ouvri&#232;re de secours mutuel. Cette association, qui ne comptait qu'une quinzaine de membres &#224; ses d&#233;buts, mettait l'accent sur le d&#233;veloppement harmonieux des relations entre patrons et ouvriers. Suzuki entretenait d'excellentes relations avec Samuel Gompers (1850-1924), le charismatique leader de la F&#233;d&#233;ration am&#233;ricaine du travail (AFL), qu'il avait rencontr&#233; lors d'un s&#233;jour aux &#201;tats-Unis, et il avait dans l'id&#233;e de fonder un syndicat ouvrier de type am&#233;ricain, qui chercherait &#224; obtenir des r&#233;formes substantielles en n&#233;gociant des compromis avec le patronat. La Y&#363;aikai re&#231;ut le patronage de Shibusawa Eiichi &#28171;&#27810;&#26628;&#19968; (1840-1931), l'un des capitaines de l'industrie et de la finance les plus en vue de son temps25. En 1915, elle comptait plus de 6 000 membres, 22 000 au printemps 191826.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 27 Garon (1987 : 10-38).&lt;br class='autobr' /&gt; 28 Il s'agit en fait, malgr&#233; ce titre, d'un essai &#233;conomique sur la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&#192; partir du milieu des ann&#233;es 1910, la question sociale fut en effet l'objet d'une litt&#233;rature dans les revues et la presse27. Dans cette veine, il faut signaler notamment Binb&#333; monogatari &#36007;&#20047;&#29289;&#35486; (Roman de la mis&#232;re)28, compos&#233; en livre en 1917, &#224; la suite d'une s&#233;rie d'articles publi&#233;s l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente dans l'&#332;saka Asahi shinbun &#22823;&#38442;&#26397;&#26085;&#26032;&#32862;. L'auteur, un &#233;conomiste qui venait d'&#234;tre nomm&#233; professeur de l'universit&#233; imp&#233;riale de Kyoto, Kawakami Hajime &#27827;&#19978;&#32903; (1879-1946), r&#233;digea cet essai &#224; son retour d'un s&#233;jour en Europe (1913-1915).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 29 Kawakami (2008 [1917] : 4).&lt;br class='autobr' /&gt; 30 Yokoyama (1985 [1899]). Voir, &#224; ce sujet, Souyri (2016 : 363-368).&lt;br class='autobr' /&gt; 31 Kawakami (2008 [1917] : 13).&lt;br class='autobr' /&gt; 32 Kawakami (2008 [1917] : 16).&lt;br class='autobr' /&gt; 33 Kawakami (2008 [1917] : 163).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15Dans l'introduction de son ouvrage, Kawakami &#233;crit : &#171; L'homme ne vit pas seulement de pain, mais il ne vit pas non plus sans pain : c'est en gardant pareille id&#233;e en t&#234;te que l'auteur de ces lignes a r&#233;dig&#233; cet ouvrage29 &#187;. Kawakami montre que dans les pays d'Europe les plus d&#233;velopp&#233;s la pauvret&#233; touche une majorit&#233; de la population et qu'au Japon, pays qui a su profiter de la conjoncture n&#233;e de la Premi&#232;re Guerre mondiale pour d&#233;velopper une &#233;conomie capitaliste solide, la guerre donne naissance &#224; un groupe social de &#171; nouveaux riches &#187;. Mais cette prosp&#233;rit&#233; a ses ombres, car elle a aussi favoris&#233; l'&#233;mergence d'une mis&#232;re sociale, aggrav&#233;e par la hausse des prix. Kawakami part d'une constatation terrible : alors que l'&#233;conomie ne cesse de se d&#233;velopper, le nombre de pauvres, au lieu de reculer, ne fait que s'accro&#238;tre. Il analyse le ph&#233;nom&#232;ne d'un point de vue humaniste, avec le souci de faire prendre conscience au lecteur des lacunes et des insuffisances criantes des syst&#232;mes de pr&#233;voyance sociale et de solidarit&#233;. Kawakami &#233;crit l&#224;, sans le vouloir, une sorte de bestseller (120 000 exemplaires vendus d&#232;s la premi&#232;re &#233;dition), un peu &#224; l'image de celui r&#233;dig&#233; par Yokoyama Gennosuke &#27178;&#23665;&#28304;&#20043;&#21161; (1871-1915) presque vingt ans plus t&#244;t30. &#171; Il est &#233;tonnant de voir pareille mis&#232;re dans des pays civilis&#233;s comme les n&#244;tres &#187; &#233;crit Kawakami dans l'introduction de son essai, avec presque de la na&#239;vet&#233;31. Plus loin, constatant que tous les pays occidentaux sont confront&#233;s &#224; cette m&#234;me question et qu'en Angleterre, &#171; l'un des pays les plus riches du monde, les pauvres forment encore 30 % de la population32 &#187;, il conclut : &#171; la mis&#232;re est la grande maladie du xxe si&#232;cle &#187;. Pour gu&#233;rir cette maladie, il ne voit qu'une seule solution, l'implication active de l'&#201;tat et &#171; la r&#233;forme de l'opinion33 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 34 Kawakami (2008 [1917] : 110).&lt;br class='autobr' /&gt; 35 Kawakami Hajime devint marxiste au cours des ann&#233;es 1920, fut expuls&#233; de l'universit&#233; de Kyoto en 1 (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16Kawakami Hajime s'interroge sur l'absurdit&#233; d'un syst&#232;me qu'il juge incapable de se r&#233;former et se rapproche des th&#232;ses d&#233;fendues par les socialistes. Le probl&#232;me r&#233;side, selon lui, dans la demande qui est insuffisante et ne pousse pas le syst&#232;me &#224; produire autant qu'il faut, d'autant que le peu de richesse produite est mal r&#233;parti ou redistribu&#233;. L'&#201;tat doit intervenir par des lois somptuaires pour obliger les riches &#224; ne pas surconsommer34. Kawakami reste dans une logique &#171; asiatique &#187;, c'est-&#224;-dire dans l'id&#233;e tr&#232;s confuc&#233;enne que l'harmonie sociale est le produit d'une forme de vertu, et que le chaos est le fruit de l'exc&#232;s. &#201;go&#239;sme et individualisme conduisent, sous pr&#233;texte de libert&#233;, &#224; cr&#233;er de la pauvret&#233;. C'est donc au nom d'autres principes, plus moraux, que l'ordre peut &#234;tre r&#233;tabli. En fin de compte, ce n'est pas l'&#233;conomie elle-m&#234;me mais la vertu, mise en &#339;uvre par l'&#201;tat, qui peut combattre les d&#233;sordres de l'&#233;conomie. Et Kawakami de se montrer finalement partisan d'un &#171; &#233;tatisme &#233;conomique &#187; fond&#233; sur des principes moraux. Il faut bien reconna&#238;tre que, jusqu'alors, les &#233;conomistes ne traitaient souvent que de l'enrichissement ou de l'&#233;pargne. Kawakami fut sans doute l'un des premiers universitaires japonais &#224; se pencher sur le ph&#233;nom&#232;ne de la pauvret&#233;35. On mesure dans son discours &#8211; comme dans celui de Yoshino, nous l'avons vu &#8211; la pr&#233;gnance des r&#233;f&#233;rences classiques confuc&#233;ennes &#224; c&#244;t&#233; de r&#233;flexions inspir&#233;es par la lecture d'Adam Smith ou de Karl Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 36 Imai (1998 [1974] : 93 sqq.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17La premi&#232;re loi sociale vot&#233;e en 1911 entra en vigueur en 1916, mais la r&#233;putation du travail en usine, assimil&#233; au bagne, restait terrible. Les principales dispositions de la nouvelle loi pr&#233;voyaient l'interdiction du travail en usine aux enfants de moins de 12 ans et l'interdiction du travail de nuit (entre 22 h et 4 h du matin&#8230;) pour les femmes et les gar&#231;ons de moins de 15 ans. La dur&#233;e de la journ&#233;e de travail ne pouvait exc&#233;der 12 heures. Les soins li&#233;s aux accidents du travail devaient &#234;tre pris en charge par les employeurs. Dans les faits, bien peu de ces mesures furent mises en place en 1916. C'est sous l'impact des conflits sociaux des ann&#233;es 1920 que la plupart des employeurs durent se r&#233;soudre &#224; appliquer la l&#233;gislation en vigueur36.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution russe vue du Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 37 Arahata (2016 [1975] : 384).&lt;br class='autobr' /&gt; 38 Ishibashi Tanzan, &#171; Kagekiha o enjo seyo &#187; &#36942;&#28608;&#27966;&#12434;&#25588;&#21161;&#12379;&#12424; (Aidons les factions extr&#233;mistes), T&#333;y&#333; keizai (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18La r&#233;volution russe, qui chassa le tsar en mars 1917 (r&#233;volution de F&#233;vrier), puis se radicalisa pour d&#233;boucher sur la prise du pouvoir par les bolcheviques d&#233;but novembre (r&#233;volution d'Octobre), suscita, au Japon comme ailleurs, un immense int&#233;r&#234;t parmi les intellectuels et les travailleurs. Dans la presse, les mots jadis r&#233;serv&#233;s &#224; la propagande socialiste &#8211; comme &#171; capitalisme &#187;, &#171; socialisme &#187;, &#171; exploitation &#187;, &#171; classe sociale &#187; &#8211; se retrouvaient d&#233;sormais sous la plume de journalistes et d'essayistes. &#171; Le mot de &#8220;r&#233;volution&#8221; &#233;tait sur toutes les l&#232;vres37 &#187;. Dans son &#233;dition du 10 novembre 1917, le T&#333;ky&#333; Asahi shinbun &#26481;&#20140;&#26397;&#26085;&#26032;&#32862; titra sur la prise du pouvoir en Russie par des &#171; factions extr&#233;mistes d'ouvriers et de soldats &#187;. En quelques semaines, le mot extr&#233;miste devint synonyme de bolchevique, et le terme restera longtemps pour qualifier le nouveau pouvoir russe. Pourtant, la proclamation par ce dernier du principe d'une paix sans annexions ni compensations et la d&#233;nonciation de la diplomatie secr&#232;te suscit&#232;rent de grands espoirs parmi ceux qui comprenaient que les relations internationales fond&#233;es sur des rapports de force cyniques n'avaient fait que d&#233;boucher sur la catastrophe de la guerre. Mettre de l'ordre dans les relations entre nations n&#233;cessitait d'imaginer de nouvelles formes de coop&#233;ration mondiale, et l'attitude des dirigeants bolcheviques suscita, dans un premier temps, de l'empathie dans une grande partie de l'opinion publique japonaise, y compris parmi les classes moyennes. Dans un article paru dans le T&#333;y&#333; keizai shinp&#333; &#26481;&#27915;&#32076;&#28168;&#26032;&#22577; en juillet 1918 et consacr&#233; au &#171; nouveau r&#233;gime extr&#233;miste russe &#187;, le journaliste Ishibashi Tanzan &#30707;&#27211;&#28251;&#23665; (1884-1973) rappelait que les &#171; troubles &#187; qui avaient &#233;clat&#233; dans ce pays &#233;taient le produit d'une &#171; guerre civile de classes, elle-m&#234;me cons&#233;quence d'une situation &#233;conomique &#187;, et qu'on aurait tort de n&#233;gliger ce que pense profond&#233;ment le peuple russe et de le laisser &#224; son sort. &#192; l'encontre du sentiment du gouvernement japonais, Ishibashi concluait qu'il &#171; fallait reconna&#238;tre le r&#233;gime extr&#233;miste russe et m&#234;me l'aider38 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19L'&#233;mergence du r&#233;gime bolchevique eut &#233;videmment de lourdes cons&#233;quences sur les rapports de force entre grandes puissances en Asie. Inquiets des effets sociaux et politiques de l'effondrement du pouvoir tsariste, les dirigeants japonais estimaient le nouveau r&#233;gime communiste inacceptable. La convention russo-japonaise d'amiti&#233;, renouvel&#233;e en 1916, fut rapidement d&#233;nonc&#233;e par Tokyo. Pour certains commentateurs, l'effondrement de l'ancien r&#233;gime en Russie faisait craindre qu'il n'advienne quelque chose de semblable au Japon, avec une remise en cause de la monarchie imp&#233;riale. Mais d'autres &#8211; une partie des cadres de l'arm&#233;e et certains milieux d'affaires &#8211; y voyaient une occasion en or pour avoir les mains libres en Mandchourie du Nord et en Sib&#233;rie. La r&#233;volution victorieuse &#224; P&#233;trograd pouvait bien signifier une extension possible de la sph&#232;re d'influence japonaise et, en d&#233;finitive, une bonne opportunit&#233; pour ceux qui r&#234;vaient d'expansion sur le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 39 Fin 1917, les Alli&#233;s envoy&#232;rent des troupes &#224; Arkhangelsk. Fin 1918, des troupes fran&#231;aises d&#233;barqu (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20Inquiets n&#233;anmoins des premiers succ&#232;s de l'Arm&#233;e rouge, les Occidentaux, et notamment Washington, press&#232;rent le Japon, &#224; partir de mai 1918, de venir en aide aux 50 000 prisonniers tch&#233;coslovaques de Sib&#233;rie qui avaient profit&#233; du chaos pour se constituer en arm&#233;e anti-bolchevique. Il fut finalement d&#233;cid&#233; le 20 juillet que le Japon interviendrait militairement en Sib&#233;rie, avec l'appui am&#233;ricain, tandis que les alli&#233;s ouvriraient un nouveau front, plus tard, en Ukraine, &#224; partir de la Mer Noire39. L'intervention japonaise aurait pour objectif de constituer un r&#233;gime contre-r&#233;volutionnaire dans l'Extr&#234;me-Orient sib&#233;rien et de placer la Mandchourie du Nord sous influence japonaise, tout en pesant plus fortement sur le gouvernement chinois, lui-m&#234;me fort inquiet de la pression communiste sur ses fronti&#232;res septentrionales. Le d&#233;part du premier contingent japonais pour Vladivostok fut fix&#233; au 14 ao&#251;t 1918.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La jacquerie des femmes de l'Etch&#363; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 40 La population totale du Japon passe d'environ 44 millions d'habitants en 1900 &#224; 55 millions en 1920&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21Or, au cours de l'ann&#233;e 1918, la bonne conjoncture li&#233;e &#224; l'expansion &#233;conomique avait d&#233;clench&#233; des ph&#233;nom&#232;nes inflationnistes difficiles &#224; ma&#238;triser. Hausse d&#233;mographique40, am&#233;lioration du niveau de vie des couches moyennes urbaines, prol&#233;tariat industriel dont les salaires repartaient &#224; la hausse, allaient dans le sens d'une &#233;l&#233;vation de la demande, notamment en riz. Le syst&#232;me de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re ne poussait cependant gu&#232;re ni &#224; une augmentation de la production ni &#224; des gains de productivit&#233; dans la riziculture. En fait la production agricole stagnait. L'offre restait inf&#233;rieure &#224; la demande. En pr&#233;vision de la mont&#233;e des prix, les marchands de riz stock&#232;rent. Malgr&#233; l'inqui&#233;tude d&#233;clar&#233;e des dirigeants, dont certains craignaient une explosion de type russe, aucune mesure particuli&#232;re ne fut prise pour am&#233;liorer le sort des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 41 En avril 1917, le prix du koku de riz est de 20 yens. En avril 1918, il est d&#233;j&#224; de 33 yens, 40 yen (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22De leur c&#244;t&#233;, les autorit&#233;s r&#233;quisitionnaient le peu de riz qui restait sur le march&#233; pour &#233;quiper les soldats sur le d&#233;part vers la Sib&#233;rie. Le prix du riz se mit &#224; flamber entre avril et juillet puis explosa d&#233;but ao&#251;t41. &#192; l'inqui&#233;tude devant la hausse des prix succ&#233;da soudain une grande anxi&#233;t&#233;. Dans les milieux populaires, on redoutait la faim. L'annonce que le gouvernement s'appr&#234;tait &#224; envoyer des troupes en Sib&#233;rie quand le peuple &#233;tait au bord de la disette survenait on ne peut plus mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 42 Ces bourgades avaient une forte densit&#233;. Uozu comptait 15 000 habitants, Mizuhashi 7 000 et Namerik (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23Le premier incident s&#233;rieux &#233;clata le 23 juillet &#224; Uozu (d&#233;partement de Toyama), un port de la mer du Japon. L&#224;, le prix du riz avait augment&#233; de 35 % depuis janvier. Une cinquantaine de femmes de marins se rassembl&#232;rent sur le port et entrav&#232;rent le chargement d'un bateau transportant du riz en direction de Nemuro pour les soldats en partance. La police dispersa les manifestantes mais la presse rapporta l'incident. Des mouvements de m&#234;me type impliquant des femmes &#233;clat&#232;rent les jours suivants dans les autres ports de la r&#233;gion, &#224; Mizuhashi et &#224; Namerikawa notamment. Au large de ces ports, les eaux &#233;taient peu poissonneuses et la plupart des hommes &#233;taient sur les bateaux, en pleine campagne de p&#234;che, vers Hokkaid&#333; ou Sakhaline. Les femmes, seules &#224; la maison, s'inqui&#233;taient de la hausse des prix. Cette population urbaine de p&#234;cheurs &#233;tait d'autant plus vuln&#233;rable qu'elle &#233;tait totalement coup&#233;e de la paysannerie de l'arri&#232;re-pays, et ne pouvait gu&#232;re compter sur des revenus d'appoint42.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 43 Komatsu (2009 : 167).&lt;br class='autobr' /&gt; 44 Komatsu (2009 : 168).&lt;br class='autobr' /&gt; 45 Tachibana (2014 : 80).&lt;br class='autobr' /&gt; 46 La formule ichimi d&#333;shin &#19968;&#21619;&#21516;&#24515; signifie &#171; les c&#339;urs &#224; l'unisson &#187;. Elle se retrouve dans les serment (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 47 Ninomiya (1990 : 391 sqq.). Voir aussi Katsumata (2011 : 249 sqq.).&lt;br class='autobr' /&gt; 48 Notamment des &#233;meutes dites &#171; bandori &#187; (bandori s&#333;d&#333; &#12496;&#12531;&#12489;&#12522;&#39442;&#21205;), de l'appellation locale du mino &#34001;, l (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 49 Katsuyama (2010 : 39).&lt;br class='autobr' /&gt; 50 Kamiya (2004 : 150).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24&#192; partir du 3 ao&#251;t, des cort&#232;ges de femmes se form&#232;rent dans plusieurs agglom&#233;rations de la r&#233;gion. Les manifestantes r&#233;clamaient le riz &#171; &#224; sa juste valeur &#187; (tekisei kakaku &#36969;&#27491;&#20385;&#26684;), l'aide aux plus d&#233;munis et l'interdiction des exportations. Des affichettes appelaient la foule (qui se fit de plus en plus masculine) &#224; se rendre &#224; la nuit tomb&#233;e au sanctuaire local. On faisait sonner le gong comme un tocsin puis on d&#233;boulait en cort&#232;ge devant les maisons des accapareurs de riz, on brisait les r&#233;verb&#232;res, coupait les fils t&#233;l&#233;graphiques et, dans l'obscurit&#233; totale &#224; l'exception des torches apport&#233;es par les manifestants, les maisons &#233;taient prises d'assaut et d&#233;molies (uchikowashi &#25171;&#12385;&#22730;&#12375;)43. Si la police intervenait, elle &#233;tait accueillie par des jets de tuiles et de pierres. On s'emparait des sacs de riz et parfois m&#234;me on jetait le riz depuis le toit sur la foule (&#171; Il pleut du riz, comme c'est dr&#244;le ! &#187;)44. Les manifestants scandaient washira zenbu ga ichimi yazo &#12431;&#12375;&#12425;&#20840;&#37096;&#12364;&#19968;&#21619;&#12420;&#12382;45 (tous ensemble, tous ensemble !), reprenant cette expression ichimi tout droit sortie des r&#233;voltes des temps m&#233;di&#233;vaux46. D&#232;s le 25 juillet, le Hokuriku Times &#21271;&#38520;&#12479;&#12452;&#12512;&#12473; titrait : &#171; l'ikki &#224; l'assaut des maisons de marchands de riz &#187;. Plusieurs journaux &#233;voqu&#232;rent d&#233;but ao&#251;t &#171; la jacquerie des femmes de l'Etch&#363; &#187; (Etch&#363; nyob&#333; ikki &#36234;&#20013;&#22899;&#25151;&#19968;&#25542;), de l'ancien nom de la province qui correspondait au d&#233;partement de Toyama, et la presse nationale relaya l'information. Ces mouvements ressemblaient en effet &#224; s'y m&#233;prendre aux pouss&#233;es de fureur populaire de la premi&#232;re moiti&#233; du xixe si&#232;cle, &#224; l'&#233;poque des Tokugawa, quand on envahissait et d&#233;molissait les maisons des usuriers et des marchands47. La presse ne manqua pas de le relever, d'autant que la r&#233;gion avait connu de nombreux incidents &#224; l'&#233;poque Meiji48. Entre le 23 juillet et le 19 ao&#251;t, on ne compta pas moins de vingt-deux nuits d'&#233;meutes dans la r&#233;gion, regroupant selon le cas entre quelques dizaines et un millier de personnes. Ainsi la police rapporta, pour la seule bourgade de Namerikawa, trois cents manifestantes le 5 ao&#251;t, plus d'un millier d'hommes et de femmes le 6 ao&#251;t, sept cents personnes le 7, et six cents personnes manifestant dans deux endroits diff&#233;rents de la ville, soit mille deux cents personnes en tout, le 8 ao&#251;t49. &#192; chaque fois, les femmes semblent avoir lanc&#233; le mouvement, qui gagne en puissance avec le renfort d'&#233;l&#233;ments masculins, ceux-ci attisant la col&#232;re et la violence de la foule. Parmi les hommes qui particip&#232;rent aux manifestations, le petit peuple : ouvriers des chantiers, journaliers, marchands colporteurs, rejoints parfois par des gens &#224; peine plus ais&#233;s, petits commer&#231;ants, ouvriers imprimeurs, vanniers, voire employ&#233;s de commerce&#8230; &#192; chaque fois, le m&#234;me sc&#233;nario : on se rassemble devant la maison d'un sp&#233;culateur ou consid&#233;r&#233; comme tel (le 6 ao&#251;t &#224; Namerikawa, la foule regroup&#233;e devant la maison d'un grossiste, Kanegawa S&#333;saemon, comptait pr&#232;s de 2 000 personnes selon les t&#233;moins, les deux tiers &#233;tant des femmes50). On fait le si&#232;ge du grenier, on menace de br&#251;ler le b&#226;timent voire d'en massacrer les occupants (notons n&#233;anmoins que nulle part cette derni&#232;re menace ne fut mise &#224; ex&#233;cution).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25Mais une autre inqui&#233;tude devint perceptible dont la presse se fit aussi l'&#233;cho. Le Toyama ky&#363;h&#333; &#23500;&#23665;&#24613;&#22577; le nota dans son &#233;dition du 7 ao&#251;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 51 Cit&#233; par Imai (1998 [1974] : 175).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La jacquerie des femmes de l'Etch&#363; fait penser &#233;videmment aux &#233;meutes de la faim qui ont &#233;clat&#233; en f&#233;vrier de l'an dernier dans les villes russes51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26Le m&#234;me jour, le journal local de Takaoka, le Takaoka shinp&#333; &#39640;&#23713;&#26032;&#22577;, &#233;tait encore plus explicite, sur le mode lyrique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 52 Imai (1998 [1974] : 175).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;volution russe a d&#233;bord&#233; du chaudron. Le militarisme allemand, lui aussi, sera t&#244;t ou tard maudit et expuls&#233; du chaudron. Les &#233;meutes populaires qui ont &#233;clat&#233; &#224; Nishi Mizuhashi, &#224; Higashi Mizuhashi et &#224; Namerikawa nous envoient un signal social effrayant. M&#234;me s'il a &#233;t&#233; facile pour la police de r&#233;tablir l'ordre, pourra-t-on pour autant calmer les esprits52 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes se g&#233;n&#233;ralisent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 53 Komatsu (2009 : 165).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27Or, &#224; partir du 8 ao&#251;t, le mouvement &#8211; dont la presse avait largement rendu compte &#8211; changea soudain de nature53. Circonscrit g&#233;ographiquement aux ports de la Mer du Japon, et socialement pour l'essentiel aux femmes de p&#234;cheurs, il s'&#233;tendit soudain aux villes de l'int&#233;rieur, commen&#231;ant par celles de l'ouest du pays (des &#233;meutes &#233;clat&#232;rent &#224; Okayama, Wakayama, Kyoto, Osaka). &#192; Nagoya, le 10 ao&#251;t, le bruit se r&#233;pandit qu'un grand meeting se tiendrait le soir dans le parc de Tsurumai pour &#233;voquer la lutte contre la hausse des prix, et plus de 10 000 personnes se rassembl&#232;rent, ouvriers, &#233;tudiants, employ&#233;s de commerce, pour &#233;couter les discours. La foule commen&#231;a &#224; jeter des pierres sur les cordons de policiers, puis d&#233;cida de s'en prendre aux maisons de commerce qui stockaient le riz, et l'&#233;meute commen&#231;a. Le lendemain soir, 50 000 personnes se rassembl&#232;rent au parc de nouveau, selon la police, et le lendemain encore 30 000. Le 11 ao&#251;t, les troubles gagn&#232;rent K&#333;be et le lendemain, les ouvriers des chantiers navals Mitsubishi provoqu&#232;rent le chaos dans l'usine : le soir, la ville &#233;tait livr&#233;e &#224; l'&#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28L'envoy&#233; sp&#233;cial du journal T&#333;ky&#333; nichi nichi shinbun &#26481;&#20140;&#26085;&#12293;&#26032;&#32862; t&#233;moigne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 54 Reproduit dans Imai (1998 [1974] : 177-178).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand la nuit tomba, la ville de K&#333;be &#233;tait en proie &#224; une gigantesque &#233;meute. Dans l'avenue de Sakaemachi, un, deux, trois groupes, plus encore, marchaient en vocif&#233;rant. La maison de commerce Suzuki, sise &#224; Sakaemachi yonch&#333;me, &#233;tait en flammes. Le b&#226;timent du Heishinkan, o&#249; se trouvent les bureaux d'un pr&#234;teur sur gages r&#233;put&#233; dur avec le petit peuple, br&#251;lait &#233;galement, ainsi que les entrep&#244;ts de Hy&#333;go de raffinage du riz qui appartiennent &#224; la maison Suzuki. Les trois &#233;tages du b&#226;timent du K&#333;be shinbun, le journal de K&#333;be qui se fait souvent l'avocat des int&#233;r&#234;ts Suzuki, furent incendi&#233;s. Les aci&#233;ries de Wakinohama &#233;taient en cendres ainsi que le si&#232;ge de la caisse des d&#233;p&#244;ts de K&#333;be. L'incendie toucha aussi le si&#232;ge principal de la maison Suzuki, au Grand H&#244;tel, au milieu des cris et des insultes de la foule.&lt;br class='autobr' /&gt; Le lendemain, le 13 ao&#251;t au matin, je pris un pousse-pousse pour faire le tour de la ville et nous f&#251;mes retenus par un groupe de gens qui nous bloqu&#232;rent le passage. Un homme &#224; l'air convaincu qui semblait &#234;tre le chef, nu avec un linge en coton autour de la taille et un sabre fourr&#233; autour des hanches, s'en prit &#224; moi qui &#233;tais perch&#233; en haut de la voiture : &#171; Quand nous sommes en train de mater les salopards qui s'en prennent &#224; notre existence, toi tu te balades en voiture ? C'est honteux. Descends de l&#224; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Je me rendis alors au parc de la Minato o&#249;, devant un sanctuaire entour&#233; d'arbres, avait lieu un meeting improvis&#233;. Des hommes, un bandeau ceint autour du front, v&#234;tus d'une veste &#224; rayures blanches, criaient des slogans : &#171; &#192; bas le cabinet Terauchi ! Salauds de riches ! Cette nuit, on va aller chercher le riz que vous avez cach&#233;54 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 55 Komatsu (2009 : 170).&lt;br class='autobr' /&gt; 56 Narita (2007 : 88).&lt;br class='autobr' /&gt; 57 On y rapporte toutefois quelques incidents mineurs, comme &#224; Hakodate le 18 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29Dans la plupart des villes du Kansai, &#224; Kyoto notamment, les gens des ghettos de discrimin&#233;s (buraku &#37096;&#33853;) jou&#232;rent un r&#244;le important, &#224; c&#244;t&#233; de personnes issues de milieux populaires divers, exasp&#233;r&#233;es par la hausse des prix. &#192; Fukui, la foule attaqua la pr&#233;fecture et un commissariat. Puis le 13 ao&#251;t, les &#233;meutes gagn&#232;rent Tokyo, le Kant&#333; et le Ky&#363;sh&#363;. Les forces de l'ordre tir&#232;rent sur la foule pour disperser les manifestants. De nombreuses villes japonaises connurent des sc&#232;nes d'&#233;meute au cours de ces journ&#233;es. En certains endroits, les danses de la f&#234;te du Bon, la f&#234;te des morts, le 15 ao&#251;t, d&#233;g&#233;n&#233;r&#232;rent et les danseurs se mu&#232;rent en &#233;meutiers, comme &#224; K&#333;ga, dans le d&#233;partement de Shiga55. Pass&#233; la mi-ao&#251;t, le mouvement gagna les villages de l'int&#233;rieur ainsi que les agglom&#233;rations mini&#232;res comme Miike dans le nord de Ky&#363;sh&#363;. En ao&#251;t 1918, on d&#233;nombrait 108 usines en gr&#232;ve, un record ! Des troubles &#233;clat&#232;rent jusqu'&#224; S&#233;oul, le 28 ao&#251;t, contre la hausse des prix du riz56. Tout le pays, sauf Okinawa, le nord de Honsh&#363; et Hokkaid&#333;57, fut touch&#233; par ce mouvement d'une ampleur tout &#224; fait inconnue jusqu'alors. Le 12 septembre, les mineurs de Manda, &#224; Miike, &#233;taient quasiment en &#233;tat d'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 58 Komatsu (2009 : 166).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30Le retournement de la conjoncture contribua &#224; calmer les esprits &#224; partir de la fin ao&#251;t. Pris de panique devant l'ampleur de l'&#233;meute, les marchands jet&#232;rent sur le march&#233; les stocks qu'ils d&#233;tenaient, faisant redescendre rapidement le prix du koku de riz &#224; des niveaux plus raisonnables. &#192; la mi-septembre, les prix &#233;taient revenus aux niveaux de 1916. Mais les &#233;meutes s'&#233;taient succ&#233;d&#233; &#224; un rythme quasi ininterrompu pendant pr&#232;s de six semaines. D&#233;bord&#233;e, la police fut remplac&#233;e par l'arm&#233;e d&#232;s le 11 ao&#251;t &#224; Kyoto. &#192; Kure, l'infanterie de marine fut mobilis&#233;e contre la foule le 18 ao&#251;t, faisant quatre morts58. Environ 100 000 hommes de troupe particip&#232;rent &#224; la r&#233;pression des &#233;meutes. On releva en tout une trentaine de tu&#233;s, ce qui est finalement assez peu, eu &#233;gard &#224; la violence d&#233;ploy&#233;e. Plusieurs milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es, sept cents d'entre elles furent condamn&#233;es &#224; des peines de prison, dont soixante-et-onze &#224; des peines de travaux forc&#233;s. Deux condamn&#233;s &#224; mort furent ex&#233;cut&#233;s (issus du ghetto des burakumin de Wakayama). La plupart des personnes arr&#234;t&#233;es et condamn&#233;es &#233;taient des hommes jeunes, issus des milieux les plus humbles de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 59 Eguchi (1989 : 74), Kinbara (2009 [1973] : 19-20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31De nombreux contemporains, ne pouvant s'expliquer l'ampleur des &#233;meutes, soup&#231;onn&#232;rent un complot organis&#233;59. Le mouvement avait pourtant &#233;clat&#233; sans leaders, sans organisation, de mani&#232;re tout &#224; fait spontan&#233;e. Les socialistes ou les syndicalistes n'y eurent aucune influence notable. On a vu que les femmes jou&#232;rent un r&#244;le central dans les premi&#232;res manifestations. Dans les grandes villes, c'est le petit peuple qui entra en action : prol&#233;taires des petits m&#233;tiers, ouvriers des usines, parias des quartiers discrimin&#233;s, mineurs, m&#233;tallos des aci&#233;ries, travailleurs cor&#233;ens puis, plus tard, quand le mouvement toucha les campagnes, petits paysans qui s'en prirent aux propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 60 Imai (1998 [1974] : 182-183).&lt;br class='autobr' /&gt; 61 Ishibashi Tanzan, &#171; S&#333;sh&#333; no seijiteki igi &#20105;&#35359;&#12398;&#25919;&#27835;&#30340;&#24847;&#32681; &#187; (La signification politique de la contestatio (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 62 Arahata (2016 [1975] : 388).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32Le gouvernement commit par ailleurs une erreur strat&#233;gique en cherchant &#224; museler la presse pour l'emp&#234;cher de relater l'importance des &#233;v&#233;nements. D&#232;s le 7 ao&#251;t, le Takaoka shinp&#333; &#39640;&#23713;&#26032;&#22577;, jug&#233; trop en empathie avec les manifestants, fut censur&#233;. Le 14, le gouvernement interdit &#224; la presse nationale de rapporter l'ampleur des &#233;meutes. Il est vrai que les journalistes utilisaient un m&#233;talangage en &#233;voquant le mot ikki ou les pratiques d'uchikowashi (d&#233;molissage) qui r&#233;sonnaient dans les oreilles populaires et &#233;taient parfaitement compr&#233;hensibles. Rendus furieux par une censure brutale sur l'information, les patrons de presse et les journalistes organis&#232;rent d&#232;s lors r&#233;unions sur r&#233;unions, &#224; Tokyo, dans le Kansai et ailleurs en province, pour protester. La plupart d'entre eux avaient d&#233;j&#224; particip&#233; au mouvement contre le cabinet Katsura en 1913. &#171; Les &#233;meutes ne sont pas le fait de la presse mais des erreurs du gouvernement &#187;, proclamaient de nombreuses motions de journalistes vot&#233;es en assembl&#233;e. Une grande partie des journaux mena alors campagne contre le gouvernement Terauchi, accus&#233; d'inertie, qui devait &#171; d&#233;sormais tirer les cons&#233;quences de ses erreurs60 &#187;. La bataille pour la baisse du prix du riz se doubla d&#232;s lors d'une bataille pour la libert&#233; d'expression, largement inspir&#233;e des th&#232;ses de Yoshino Sakuz&#333;. D&#232;s septembre, Ishibashi Tanzan note que ces &#233;meutes seraient in&#233;vitables tant que le fonctionnement politique serait aussi scl&#233;ros&#233;. Pour lui, les couches prol&#233;tariennes n'avaient fait que chercher &#224; se d&#233;fendre et les &#233;meutes &#233;taient donc le reflet de la gravit&#233; de la crise politique61. De son c&#244;t&#233;, le socialiste Arahata Kanson &#33618;&#30033;&#23506;&#26449; (1887-1981) explique dans ses m&#233;moires que &#171; face &#224; un peuple qui crevait de faim, le gouvernement n'a pas pris la moindre mesure et d'ailleurs, s'il en avait prise une, elle aurait &#233;t&#233; probablement d'un effet mineur. Le peuple a donc pris les choses en main62 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 63 Eguchi (1989 : 59-60) ; Kinbara (2009 : 93).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;33Devant l'ampleur de la crise et l'hostilit&#233; de la presse, le gouvernement Terauchi fut contraint &#224; la d&#233;mission le 21 septembre. Hara Takashi &#21407;&#25964; (1856-1921), un dirigeant de parti parlementaire non issu des anciennes coteries f&#233;odales du Sud-Ouest, devint chef de gouvernement. C'&#233;tait l&#224; une premi&#232;re et un coup s&#233;v&#232;re port&#233; &#224; l'oligarchie politique qui pr&#233;sidait aux destin&#233;es du pays depuis la restauration monarchique63. De leur c&#244;t&#233;, les populations japonaises n'avaient gu&#232;re appr&#233;ci&#233; de voir l'arm&#233;e intervenir contre elles. On peut lire dans l'&#233;ditorial du 22 ao&#251;t de l'&#332;saka Asahi shinbun :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 64 Cit&#233; par Imai (1998 [1974] : 181). L'exp&#233;dition en Sib&#233;rie, d&#233;cid&#233;e dans le secret des &#233;tats-majors (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jusqu'&#224; pr&#233;sent, quand l'&#201;tat utilisait la force dans les affaires internationales, le peuple japonais approuvait avec fr&#233;n&#233;sie les mouvements de troupes &#224; l'&#233;tranger, comme si les territoires conquis allaient lui appartenir. Or d&#233;sormais il ne s'int&#233;resse plus aux op&#233;rations ext&#233;rieures qui ne semblent plus le concerner. Quand les autorit&#233;s politiques &#233;voquent un moment capital qui se joue sur les th&#233;&#226;tres d'op&#233;ration &#224; l'&#233;tranger, le peuple ne se demande plus si ce sera utile au pays. Chacun s'interroge plut&#244;t sur l'utilit&#233; de tout cela pour son profit personnel64.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;res r&#233;flexions sur la crise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 65 Komatsu (2009 : 168).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;34Les observateurs qui se sont alors pench&#233;s sur cette crise y virent la conjonction de plusieurs mouvements. D'abord une anxi&#233;t&#233; populaire devant les difficult&#233;s croissantes &#224; assurer la stabilit&#233; du foyer alors que l'inflation d&#233;rapait et que le gouvernement, pr&#233;occup&#233; par l'exp&#233;dition de Sib&#233;rie, restait inerte. C'est ce qui fut &#224; l'origine de la col&#232;re des femmes de p&#234;cheurs notamment. Dans les villes, le petit peuple se r&#233;volta contre &#171; l'immoralit&#233; des riches &#187; qui continuaient de sp&#233;culer sur la mis&#232;re des bonnes gens. Aliment&#233; par l'inflation, per&#231;ue comme une man&#339;uvre pour s'enrichir encore sur leur dos, le ressentiment contre les nantis joua certainement un r&#244;le essentiel. L'absence de syst&#232;mes d'aide laissa les plus pauvres d&#233;munis face &#224; la flamb&#233;e des prix, et l'inexistence de moyens pour contrecarrer la crise fut comprise comme une trahison de la n&#233;cessaire bienveillance que devaient exercer les plus puissants &#224; l'&#233;gard des plus faibles, dans le cadre de repr&#233;sentations g&#233;n&#233;rales aux accents toujours confucianistes. Les puissants avaient en quelque sorte failli &#224; leur devoir de protection et, dans ces conditions, la violence paraissait l&#233;gitime. On fit pr&#233;valoir une &#171; &#233;conomie morale &#187; et un certain sens de la justice, pr&#233;occupations qui r&#233;sonnaient comme en ad&#233;quation avec les th&#232;ses de Kawakami Hajime, rappel&#233;es ci-dessus. &#192; la question des autorit&#233;s qui demandaient aux manifestants arr&#234;t&#233;s s'ils ne regrettaient pas d'avoir particip&#233; aux &#233;meutes, nombreux furent ceux qui r&#233;pondirent : &#171; Mais pourquoi donc devrais-je le regretter ? C'est cela qui a fait baisser le prix du riz, non65 ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 66 Got&#333; Shinpei dans son journal personnel, cit&#233; par Kinbara (2009 : 19).&lt;br class='autobr' /&gt; 67 Gordon (1991 : 108).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35L'intervention des gens des ghettos, les descendants des parias, qui vinrent grossir les rangs des &#233;meutiers, notamment dans les villes du Kansai, &#233;tait &#233;videmment li&#233;e &#224; la hausse des prix mais ces gens &#233;taient aussi exasp&#233;r&#233;s par un sentiment g&#233;n&#233;ral et de plus en plus insupportable de ne pas &#234;tre trait&#233;s comme les autres. Le mouvement des mineurs et des petits paysans &#8211; qui se propagea alors que les prix avaient commenc&#233; &#224; redescendre &#8211; traduisit aussi une exasp&#233;ration contre les conditions de travail difficiles auxquelles ils &#233;taient r&#233;duits. Les tensions sociales qui &#233;clat&#232;rent au grand jour en septembre relevaient d&#233;j&#224; d'une autre dimension qui d&#233;passait la lutte contre la chert&#233;. Got&#333; Shinpei &#24460;&#34276;&#26032;&#24179; (1857-1929), alors ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, pensait qu'il s'agissait l&#224; d'une manifestation extr&#234;me de la guerre des classes66. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; paralys&#233;s par l'atmo&#173;sph&#232;re de &#171; l'&#232;re d'hiver &#187;, ouvriers, mineurs et petits paysans redressaient en effet la t&#234;te. Leur mouvement pr&#233;figurait l'agitation sociale qui caract&#233;risera la nouvelle p&#233;riode67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 68 Cit&#233; par Duus &amp; Scheiner (1998 : 177).&lt;br class='autobr' /&gt; 69 Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36Au-del&#224; des &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes, la violence qu'exprimait le mouvement renvoyait &#8211; et nombreux furent les analystes de l'&#233;poque qui le not&#232;rent &#8211; &#224; une incapacit&#233; profonde du syst&#232;me politique japonais d'alors &#224; prendre en compte les aspirations des couches sociales subalternes, qui se sentirent abandonn&#233;es par l'&#201;tat. Certains, comme les d&#233;mocrates Yoshino Sakuz&#333; ou Ishibashi Tanzan, accus&#232;rent un gouvernement incapable d'&#234;tre &#224; l'&#233;coute du peuple et point&#232;rent du doigt la bureaucratie d'&#201;tat et le Parlement, totalement d&#233;nu&#233;s, l'un comme l'autre, de la moindre volont&#233; de comprendre les difficult&#233;s populaires et de leur trouver une solution. Fukuda Tokuz&#333; &#31119;&#30000;&#24499;&#19977; (1874-1930) pensait que l'impr&#233;voyance du gouvernement avait pouss&#233; le peuple &#171; &#224; un point extr&#234;me &#187; o&#249; le droit &#224; la vie l'emporte sur le droit de propri&#233;t&#233;68. Au bout du compte, l'aggravation sensible des divisions sociales, la distribution in&#233;gale de la richesse, les difficult&#233;s &#233;conomiques combin&#233;es &#224; l'imp&#233;ritie des classes poss&#233;dantes, avaient pouss&#233; le peuple dans la rue69. Le socialiste Katayama Sen &#29255;&#23665;&#28508; (1859-1933), &#224; l'&#233;poque en exil aux &#201;tats-Unis, cherchant &#224; saisir le sens historique de l'&#233;pisode, y voyait la premi&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution &#224; venir. Plus tard, il &#233;crira depuis Moscou, en 1933 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 70 Katayama (1963 [1933] : 453).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les classes laborieuses au Japon ont consenti de lourds et terribles sacrifices lors des &#233;meutes du riz. Mais le mouvement de 1918, c'est la premi&#232;re action de lutte des masses qui a fait trembler les classes exploiteuses de ce pays70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 71 Matsuo Takayoshi, cit&#233; par Meyer (2005 : 70-71).&lt;br class='autobr' /&gt; 72 Sur ces questions, voir en fran&#231;ais L&#233;vy (2014) et Souyri (2016 : 431-455).&lt;br class='autobr' /&gt; 73 Une synth&#232;se sur le r&#244;le des femmes dans les &#233;meutes d'ancien r&#233;gime par Tsutsumi Y&#333;ko dans Hosaka (...)&lt;br class='autobr' /&gt; 74 On notera que l'&#233;pisode inflationniste de 1918 touche de nombreuses contr&#233;es en Asie : la Cor&#233;e en (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37&#192; l'automne 1918, la capitulation d'un ministre conservateur, incapable de r&#233;agir &#224; une crise sociale, donna de l'espoir &#224; tous ceux qui luttaient contre un syst&#232;me qui ne laissait gu&#232;re de place &#224; la libre expression et &#224; la contestation. Tous ceux qui, dans les classes moyennes, s'&#233;taient oppos&#233;s les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes &#224; un syst&#232;me politique verrouill&#233; par les anciennes cliques f&#233;odales des principaut&#233;s du Sud-Ouest, le Conseil priv&#233; de l'empereur (S&#363;mitsuin &#26530;&#23494;&#38498;), les Anciens (genr&#333; &#20803;&#32769;) et les factions militaires, retrouv&#232;rent espoir. Certes, les &#233;meutes du riz ont pu &#234;tre d&#233;crites comme la cons&#233;quence d'une grave mais classique crise de subsistance que les structures modernes ne permettaient pas de juguler, l&#224; o&#249; les m&#233;canismes traditionnels seigneuriaux de r&#233;gulation sous les Tokugawa se r&#233;v&#233;laient relativement efficaces. Mais dans les grandes villes comme &#224; Tokyo, les &#233;meutiers ne s'en prirent pas qu'aux maisons des sp&#233;culateurs, ils jet&#232;rent des pierres sur les grands magasins de Nihonbashi, sur les boutiques de v&#234;tements chics de Ginza, sur les restaurants, les banques et les b&#226;timents des grandes entreprises qui incarnaient l'enrichissement brutal de certains, bref s'en prirent &#224; tout ce qui repr&#233;sentait ce luxe des couches moyennes et sup&#233;rieures auxquels les manifestants n'avaient pas acc&#232;s. Et comment ignorer, dans la foul&#233;e de ces &#233;meutes, la tenue d'un congr&#232;s national des syndicats en ao&#251;t 1919 et la naissance de groupuscules prol&#233;tariens dont certains seront &#224; l'origine du Parti communiste ? Le r&#244;le remarqu&#233; dans les manifestations des discrimin&#233;s issus des ghettos de buraku est souvent consid&#233;r&#233; comme le premier pas qui mena &#224; la naissance de l'organisation des parias, la Suiheisha &#27700;&#24179;&#31038;, fond&#233;e en 192271. Enfin, le r&#244;le des femmes dans le d&#233;clenchement des &#233;meutes intervint dans un contexte de contestation grandissante de la position subordonn&#233;e des femmes dans la soci&#233;t&#233;72, m&#234;me si on se rend compte aujourd'hui qu'elles ont toujours jou&#233; un r&#244;le important dans les r&#233;voltes sous l'ancien r&#233;gime Tokugawa73. Nombreux furent les observateurs de l'&#233;poque qui comprirent que les &#171; &#233;meutes du riz &#187; n'&#233;taient pas qu'une fureur populaire de type classique li&#233;e &#224; une crise de subsistance, mais qu'il s'agissait d'une crise politique, sociale, &#233;conomique de grande ampleur qui, d'une certaine mani&#232;re, contribuait &#224; &#171; d&#233;livrer une soci&#233;t&#233; bloqu&#233;e &#187; par un couvercle de plomb, celui de la r&#233;pression contre le mouvement social74.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 75 Le nombre d'&#233;tudiants est de 24 000 en 1900, de 47 000 en 1910, de 80 000 en 1920. &#192; partir de 1918 (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38L'ann&#233;e 1918 marque, &#224; n'en pas douter, un jalon dans l'histoire de l'archipel, &#224; l'origine d'un nouveau cycle de contestations et de ruptures : le Japon n'est plus seulement une soci&#233;t&#233; engag&#233;e dans un processus de modernisation, qui progresse avec plus ou moins de bonheur. L'ambigu&#239;t&#233; du mouvement, &#224; la fois fureur populaire de type classique et mouvement social ancr&#233; dans la r&#233;alit&#233; du monde capitaliste, est &#224; l'image du Japon de cette &#233;poque, o&#249; cohabitent des modes de pens&#233;e qui s'inscrivent tout autant dans le vocabulaire et l'id&#233;ologie &#171; &#224; la chinoise &#187; que dans des discours cherchant &#224; r&#233;guler les syst&#232;mes d'exploitation, pour les am&#233;liorer ou les d&#233;passer. Les &#233;meutes du riz sont un tournant non seulement parce qu'elles correspondent &#224; l'irruption d'une conflictualit&#233; sociale sans commune mesure avec ce qui &#233;tait connu jusqu'alors, et qui se manifestera pendant toutes les ann&#233;es 1920, mais parce qu'elles indiquent aussi la fin d'un cycle de r&#233;volte, celui de l'&#233;meute spontan&#233;e et brutale qui marqua toute l'histoire du Japon au xixe si&#232;cle. Le nouveau cycle qui commence alors traduit tout autant l'&#233;mergence d'une classe ouvri&#232;re combative que l'essor d'une soci&#233;t&#233; de masse avec une nouvelle culture de la consommation (taish&#363; bunka &#22823;&#34886;&#25991;&#21270;), ou encore de nouvelles couches intellectuelles d'une g&#233;n&#233;ration pass&#233;e par les lyc&#233;es et les universit&#233;s75, c'est-&#224;-dire &#233;duqu&#233;e dans le cadre d'un syst&#232;me de pens&#233;e largement diff&#233;rent de celui qui forma la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39Le Japon se trouve d&#232;s lors impliqu&#233;, comme les autres pays avanc&#233;s de son temps, dans une crise des relations sociales dont la r&#233;solution se pose en termes de plus en plus antagoniques. La mont&#233;e du mouvement ouvrier &#224; partir des ann&#233;es 1918-1919, la crise de l'&#233;conomie qui frappe le syst&#232;me en 1930, l'imp&#233;rialisme et l'intervention de l'&#201;tat comme rem&#232;des &#224; la crise, les tendances autoritaires de plus en plus affirm&#233;es dans le corps social puis finalement la guerre, sont des processus que connaissent nombre de soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es dans les ann&#233;es 1920 et 1930. Le Japon n'y &#233;chappe pas. En ce sens, il n'est plus un pays engag&#233; dans la modernisation de ses structures, il est d&#233;j&#224; un pays &#171; moderne &#187; confront&#233; &#224; une crise g&#233;n&#233;rale de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ebisu/1868&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/ebisu/1868&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_du_riz_de_1918&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_du_riz_de_1918&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/katayama/works/1921/07/japon.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/katayama/works/1921/07/japon.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/history/international/comintern/sections/britain/periodicals/communist_review/1922/08/class_war_japan.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/history/international/comintern/sections/britain/periodicals/communist_review/1922/08/class_war_japan.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme au Japon, entre &#233;meutes du riz et r&#233;pression g&#233;n&#233;ralis&#233;e (1918-1938)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/lrf/4522&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/lrf/4522&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1884&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Chichibu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Chichibu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi en 1637&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9bellion_de_Shimabara&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9bellion_de_Shimabara&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un roman bolchevik sur la r&#233;volution russe de 1917 avant Octobre...</title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article8453</link>
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		<dc:date>2025-11-25T23:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un roman sur la r&#233;volution russe de 1917 avant Octobre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le tourbillon &#187; de Alexis D&#233;midov &lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Quatri&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Cinqui&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Sixi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Septi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Huiti&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Neuvi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Dixi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Onzi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Douzi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volte du Potemkine &lt;br class='autobr' /&gt;
https://pandor.u-bourgogne.fr/pleade/functions/ead/detached/BMP/brb2381.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233;moignages sur la r&#233;volution russe (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique160" rel="directory"&gt;24- COMMENTAIRES DE LIVRES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18439 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/-1945-93902.jpg' width=&#034;352&#034; height=&#034;234&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un roman sur la r&#233;volution russe de 1917 avant Octobre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le tourbillon &#187; de Alexis D&#233;midov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18255 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img047-4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 30.5 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18328 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/tourb2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16.2 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18329 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/tourb3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 20 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18381 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/tourb4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 18.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18418 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/tourb1.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 9 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sixi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18424 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img056-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16.4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Septi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18436 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img057-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 17.3 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Huiti&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18437 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img058-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 6.6 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Neuvi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18462 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img060-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 14.1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dixi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18475 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img061-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 5.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Onzi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18476 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img062-2.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Douzi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_18496 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/pdf/img066-3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 10.7 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte du Potemkine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://pandor.u-bourgogne.fr/pleade/functions/ead/detached/BMP/brb2381.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://pandor.u-bourgogne.fr/pleade/functions/ead/detached/BMP/brb2381.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moignages sur la r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3151&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3151&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/fevrier.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/fevrier.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/octobre.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/octobre.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1932/11/321125.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1004385j&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1004385j&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1413802x/f7.item&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1413802x/f7.item&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'analyse politique et sociale de Trotsky durant la r&#233;volution russe de 1917 avant la r&#233;volution d'Octobre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'analyse politique et sociale de Trotsky durant la r&#233;volution russe de 1917 avant la r&#233;volution d'Octobre Mai 1917 - Paix et r&#233;action &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la s&#233;ance du 3 mars 1916 de la douma, M. Milioukov r&#233;pondait en ces termes &#224; une critique de la gauche : &#171; Je ne suis pas certain que le gouvernement soit en train de nous conduire &#224; la d&#233;faite, mais ce dont je suis s&#251;r, c'est qu'une r&#233;volution en Russie nous y conduirait indubitablement et que nos ennemis ont par cons&#233;quent toute raison de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'analyse politique et sociale de Trotsky durant la r&#233;volution russe de 1917 avant la r&#233;volution d'Octobre&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_16570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/-2834-2f520.jpg' width=&#034;350&#034; height=&#034;246&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/png/lenin-trotsky3-150x150.png' width=&#034;150&#034; height=&#034;150&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai 1917 - Paix et r&#233;action&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &#192; la s&#233;ance du 3 mars 1916 de la douma, M. Milioukov r&#233;pondait en ces termes &#224; une critique de la gauche : &#171; Je ne suis pas certain que le gouvernement soit en train de nous conduire &#224; la d&#233;faite, mais ce dont je suis s&#251;r, c'est qu'une r&#233;volution en Russie nous y conduirait indubitablement et que nos ennemis ont par cons&#233;quent toute raison de la souhaiter. Si on me disait qu'organiser la Russie pour la victoire &#233;quivaut &#224; l'organiser pour la r&#233;volution, je r&#233;pondrais : il vaut mieux, tant que dure la guerre, la laisser en l'&#233;tat d'inorganisation o&#249; elle se trouve. &#187; Cette citation est int&#233;ressante &#224; deux points de vue. Non seulement elle prouve que, l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente encore, M. Milioukov consid&#233;rait que des int&#233;r&#234;ts pro-allemands &#233;taient &#224; l'&#339;uvre dans toute r&#233;volution quelle qu'elle soit, et pas seulement chez les internationalistes, mais aussi qu'elle est l'expression caract&#233;ristique d'un sycophante lib&#233;ral. La pr&#233;diction de M. Milioukov est tr&#232;s int&#233;ressante : &#171; Je sais qu'une r&#233;volution en Russie nous conduirait indubitablement &#224; la d&#233;faite &#187;. Pourquoi cette certitude ? En tant qu'historien, M. Milioukov doit savoir qu'il y a eu des r&#233;volutions qui ont men&#233; &#224; la victoire. Mais en tant qu'homme d'&#201;tat imp&#233;rialiste, M. Milioukov ne peut pas ne pas voir que l'id&#233;e de conqu&#233;rir Constantinople, l'Arm&#233;nie et la Galicie est incapable de susciter l'enthousiasme des masses r&#233;volutionnaires. M. Milioukov sentait et m&#234;me savait que, dans sa guerre, la r&#233;volution ne pouvait amener la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, lorsque la r&#233;volution a &#233;clat&#233;, M. Milioukov a tent&#233; aussit&#244;t de l'atteler au char de l'imp&#233;rialisme alli&#233;. C'est pourquoi il fut accueilli avec ravissement par les tintements sonores et m&#233;talliques de tous les coffres-forts de Londres, Paris, et New York. Mais cette tentative se heurta &#224; la r&#233;sistance presque instinctive des ouvriers et des soldats. M. Milioukov a &#233;t&#233; chass&#233; du gouvernement ; assur&#233;ment, pour lui, la r&#233;volution ne fut pas synonyme de victoire1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milioukov &#233;tait parti, mais la guerre continuait. Un gouvernement de coalition fut form&#233;, compos&#233; de d&#233;mocrates petit-bourgeois et de repr&#233;sentants de la bourgeoisie qui avaient dissimul&#233; jusque-l&#224;, pour un temps, leurs griffes imp&#233;rialistes. Nulle part peut-&#234;tre cette coalition n'a mieux r&#233;v&#233;l&#233; son caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire que dans le domaine de la politique internationale, c'est-&#224;-dire avant tout de la guerre. La grande bourgeoisie a envoy&#233; ses repr&#233;sentants au gouvernement pour y d&#233;fendre l'id&#233;e d'&#171; une offensive sur le front et une fid&#233;lit&#233; inalt&#233;rable envers nos alli&#233;s &#187; (r&#233;solution du congr&#232;s du parti cadet). Les d&#233;mocrates petit-bourgeois, qui se baptisaient &#171; socialistes &#187;, sont entr&#233;s au gouvernement pour, &#171; sans s'isoler &#187; de la grande bourgeoisie et de ses alli&#233;s imp&#233;rialistes, terminer la guerre le plus vite possible et le moins mal possible pour tous les bellig&#233;rants : sans annexions, sans indemnit&#233;s ni tributs, et m&#234;me avec la garantie de l'autod&#233;termination nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ministres capitalistes ont renonc&#233; aux annexions, en attendant des jours plus favorables. En &#233;change de cette concession purement verbale, ils ont obtenu de leurs coll&#232;gues d&#233;mocrates petit-bourgeois la promesse ferme de ne pas d&#233;serter le capable de reprendre l'offensive. En renon&#231;ant (momentan&#233;ment) &#224; Constantinople, les imp&#233;rialistes faisaient un sacrifice insignifiant dans la mesure o&#249;, apr&#232;s trois ans de guerre, la route vers Constantinople n'avait pas raccourci mais rallong&#233;. Mais les d&#233;mocrates, en &#233;change de cette renonciation toutes platonique &#224; une tr&#232;s hypoth&#233;tique Constantinople par les lib&#233;raux, ont assum&#233; tout l'h&#233;ritage du gouvernement tsariste, reconnu tous les trait&#233;s conclus par ce gouvernement en mis toute l'autorit&#233; et le prestige de la r&#233;volution au service de la discipline et de l'offensive. Cela impliquait tout d'abord, pour les &#171; leaders &#187; de la r&#233;volution, la renonciation &#224; toute politique internationale ind&#233;pendante, et cette politique conclusion parut toute naturelle au parti petit-bourgeois qui, d&#232;s qu'il fut dans la majorit&#233;, abandonna volontairement tout le pouvoir qu'il d&#233;tenait. Ayant charg&#233; le prince Lvof de cr&#233;er une administration r&#233;volutionnaire, M. Chingarev de remettre sur pied les finances de la r&#233;volution, M. Konovalov d'organiser l'industrie, la d&#233;mocratie petite-bourgeoise ne pouvait que laisser le soin &#224; MM. Ribot, Lloyd George et Wilson de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la Russie r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la r&#233;volution, dans sa phase actuelle, n'ait pas chang&#233; le caract&#232;re de la guerre, elle n'en a pas moins exerc&#233; une profonde influence sur l'agent actif de la guerre, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e. Le soldat a commenc&#233; &#224; se demander pourquoi il verse son sang, auquel il donne maintenant plus de prix que sous le tsarisme. Et imm&#233;diatement la question des trait&#233;s secrets s'est pos&#233;e de fa&#231;on imp&#233;rative. Remettre l'arm&#233;e en &#233;tat de se battre signifiait dans ces conditions briser la r&#233;sistance d&#233;mocratiquement r&#233;volutionnaire des soldats, mettre &#224; nouveau en sommeil leur conscience &#233;veill&#233;e depuis peu et, jusqu'&#224; ce que la principe de la &#171; r&#233;vision &#187; des anciens trait&#233;s soit annonc&#233;, placer l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire au service des buts de l'ancien r&#233;gime. Cette t&#226;che &#233;tait trop lourde pour l'octobriste-bourbonien 2 Goutchkov, et elle l'a &#233;cras&#233;. Il ne fallait rien de moins qu'un &#171; socialiste &#187; pour la r&#233;aliser. Et on l'a trouv&#233; en la personne du &#171; plus populaire &#187; des ministres K&#233;rensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En exploitant &#224; fond sa popularit&#233; pour acc&#233;l&#233;rer la pr&#233;paration de l'offensive (sur tout le front imp&#233;rialiste des Alli&#233;s), K&#233;rensky devient naturellement le favori des classes poss&#233;dantes. Non seulement le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Terechtchenko, approuve la haute estime dans laquelle nos Alli&#233;s tiennent les &#171; efforts &#187; de K&#233;rensky, non seulement Rietch, qui critique si s&#233;v&#232;rement les ministres de gauche, n'arr&#234;te pas de f&#233;liciter le ministre de l'Arm&#233;e et de la Marine K&#233;rensky, mais m&#234;me Rodzianko consid&#232;re de son devoir de souligner &#171; les nobles et patriotes t&#226;ches &#187; dans lesquelles est engag&#233; notre ministre de l'Arm&#233;e et de la Marine K&#233;rensky : &#171; Ce jeune homme (pour citer Rodzianko, pr&#233;sident octobriste de la Douma) ressuscite chaque jour avec une vigueur redoubl&#233;e, pour le plus grand bien de son pays et du travail constructif. &#187; Circonstance glorieuse qui n'emp&#234;che cependant pas Rodzianko d'esp&#233;rer qu'une fois que le &#171; travail constructif &#187; de K&#233;rensky aura atteint le niveau convenable les efforts de Goutchkov pourront luis succ&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res de Terechtchenko s'efforce de persuader les Alli&#233;s de sacrifier leurs app&#233;tits imp&#233;rialistes sur l'autel de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Il serait difficile d'imaginer entreprise plus infructueuse et, malgr&#233; son caract&#232;re tragique et humiliant, plus ridicule que celle-l&#224; ! Lorsque M. Terechtchenko, &#224; la mani&#232;re d'un &#233;ditorialiste de journal de province du genre d&#233;mocratique, tente d'expliquer aux chefs endurcis du brigandage international que la r&#233;volution russe est vraiment &#171; un mouvement intellectuel puissant, exprimant la volont&#233; du peuple russe dans sa lutte pour l'&#233;galit&#233; [&#8230;] &#187;, etc., quand, de plus, il &#171; ne doute pas &#187; qu'&#171; une union &#233;troite entre la Russie et ses alli&#233;s (les chefs endurcis du brigandage international) assurera de la fa&#231;on la plus compl&#232;te possible un accord sur toutes les questions qui sont en jeu dans les principes proclam&#233;s par la r&#233;volution russe &#187;, il est difficile de se d&#233;barrasser d'un sentiment de d&#233;go&#251;t devant un tel m&#233;lange d'impuissance, d'hypocrisie et de stupidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce document de Terechtchenko, la bourgeoisie, semble-t-il, s'est r&#233;serv&#233; tous les passages d&#233;cisifs : &#171; fid&#233;lit&#233; inalt&#233;rable &#224; la cause des Alli&#233;s &#187;, &#171; inviolabilit&#233; de la promesse de ne pas conclure une paix s&#233;par&#233;e &#187; et renvoi de la r&#233;vision des buts de guerre &#224; &#171; un moment favorable &#187;, ce qui revient &#224; demander au soldat russe, jusqu'&#224; ce qu'arrive ce &#171; moment favorable &#187;, de verser son sang pour ces buts de guerre imp&#233;rialiste qu'il semble pr&#233;cis&#233;ment si peu opportun de publier, si peu opportun de r&#233;viser ? Tout l'horizon politique de Ts&#233;r&#233;telli, se r&#233;v&#232;le dans la fatuit&#233; complaisante avec laquelle il recommande &#224; l'attention du congr&#232;s panrusse ce document diplomatique qui contient selon lui &#171; des paroles claires et franches, dans le langage d'un gouvernement r&#233;volutionnaire, sur les buts de la r&#233;volution russe &#187;. On ne peut nier une chose : les appels l&#226;ches et impuissants adress&#233;s &#224; Lloyd George et &#224; Wilson sont r&#233;dig&#233;s dans les m&#234;mes termes que ceux du comit&#233; ex&#233;cutif des soviets aux Albert Thomas, Scheidemann et Henderson. Dans les deux textes, il y a tout au long une identit&#233; de but et &#8211; qui sait ? &#8211; peut-&#234;tre m&#234;me une identit&#233; d'auteur3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve une parfaite appr&#233;ciation de ces toutes derni&#232;res notes diplomatiques du tandem Terechtchenko-Tseretelli dans un endroit &#224; premi&#232;re vue inattendu : L'Entente, journal publi&#233; en fran&#231;ais &#224; Petrograd et organe pr&#233;cis&#233;ment de ces Alli&#233;s auxquels Terechtchenko et Tchernov jurent une &#171; ind&#233;fectible all&#233;geance &#187;. Nous admettons volontiers, la publication de cette note &#233;tait attendue avec une certaine inqui&#233;tude. &#187; En fait, il n'est pas facile, comme l'admet cet organe officiel, de trouver une formule qui concilie les buts contradictoires des Alli&#233;s. &#171; En ce qui concerne la Russie, en particulier, la position du gouvernement provisoire &#233;tait plut&#244;t d&#233;licate et pleine de danger. D'un c&#244;t&#233;, il &#233;tait oblig&#233; de tenir compte du point de vue du conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers et soldats et, autant que possible, de repr&#233;senter ce point de vue ; de l'autre, il lui fallait m&#233;nager les relations internationales et les puissances amies, auxquelles il &#233;tait impossible d'imposer la d&#233;cision du conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et le gouvernement provisoirement est sorti de cette &#233;preuve pur et sans tache. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le document qui est sous nos yeux, nous avons donc les principaux points du cat&#233;chisme r&#233;volutionnaire couch&#233;, enregistr&#233;s et scell&#233;s par l'autorit&#233; du gouvernement provisoire. Rien d'essentiel ne manque. Tous les beaux r&#234;ves, tous les jolis mots du dictionnaire sont correctement utilis&#233;s. On y trouve l'&#233;galit&#233;, la libert&#233; et la justice dans les relations internationales. Donc tout y est4, au moins dans les termes. Le plus rouge des camarades ne peut y trouver &#224; redire ; de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, le gouvernement provisoire n'a rien &#224; craindre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais, et les Alli&#233;s ? &#187;, demande L'Entente. &#171; S'ils l'&#233;tudient attentivement et la lisent entre les lignes (!), &#224; la lumi&#232;re de la bonne volont&#233; et de l'amiti&#233; pour la jeune d&#233;mocratie russe, les Alli&#233;s pourront trouver en divers points de la note&#8230; certains passages agr&#233;ables de nature &#224; raffermir leur confiance quelque peu vacillante. Ils savent bien que la position du gouvernement provisoire n'est pas des plus commodes et que ses efforts en prose ne doivent pas &#234;tre pris trop &#224; la lettre&#8230; La garantie fondamentale que le gouvernement donne aux Alli&#233;s consiste en ce que&#8230; l'accord sign&#233; &#224; Londres le 5 septembre 1914 (engagement &#224; ne pas signer de paix s&#233;par&#233;e) ne doit pas &#234;tre r&#233;vis&#233;. Cela nous satisfait compl&#232;tement pour le moment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous aussi. En fait, il serait difficile d'&#233;mettre un jugement plus m&#233;prisant sur la &#171; prose &#187; de Terechtchenko-Ts&#233;r&#233;telli que celui dans le tr&#232;s officiel L'Entente, qui tire son inspiration de l'ambassade de France. Cette appr&#233;ciation, qui n'est en aucun cas inamicale pour Terechtchenko ou ceux qui sont derri&#232;re lui, porte un coup mortel aux &#171; efforts constructifs &#187; de Ts&#233;r&#233;telli, qui nous a si chaudement recommand&#233; le &#171; langage franc et ouvert &#187; de ce document. &#171; Rien n'a &#233;t&#233; oubli&#233;, jure-t-il devant le congr&#232;s, il satisfera la conscience des plus rouges des camarades. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils se trompent, ces experts en prose diplomatique : ils ne satisfont personne. N'est-il pas significatif que les &#233;v&#233;nements de la vie r&#233;elle r&#233;pondent aux appels de K&#233;rensky et aux remontrances et aux menaces de Ts&#233;r&#233;telli par un coup aussi terrible que la r&#233;volte des marins de la mer Noire 5 ? On nous avait dit que c'&#233;tait l&#224;, chez les marins, qu'&#233;tait la citadelle de K&#233;rensky, le foyer du &#171; patriotisme &#187; qui r&#233;clamait l'offensive. Les faits ont, une fois de plus, administr&#233; une correction impitoyable. En adoptant la position des anciens accords imp&#233;rialistes en politique &#233;trang&#232;re, en capitulant &#224; l'int&#233;rieur devant les classes poss&#233;dantes, il &#233;tait impossible d'unir l'arm&#233;e par une combinaison d'enthousiasme r&#233;volutionnaire, et de discipline. Et le &#171; gros b&#226;ton &#187; de K&#233;rensky s'est, heureusement, r&#233;v&#233;l&#233; beaucoup trop court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, cette voie &#224; coup s&#251;r ne m&#232;ne nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vperiod, juin 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Le 1er mai, Milioukov, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, entreprit dans une note aux gouvernements alli&#233;s d'honorer les engagements du r&#233;gime tsariste en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re. Cela provoqua des manifestations de protestation et des affrontements de rue. Il fut chass&#233; du cabinet et remplac&#233; par Ts&#233;r&#233;telli, jusqu'alors ministre des Finances. Le 18 mai, un gouvernement de coalition fut form&#233;, avec la participation des socialistes. Lvof restait Premier ministre, K&#233;rensky devenait ministre de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Octobriste : parti monarchiste et pro-imp&#233;rialiste qui soutenait le &#171; Manifeste du tsar &#187; d'octobre 1905 ; dirig&#233; par Goutchkov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Au d&#233;but de la r&#233;volution, les mod&#233;r&#233;s des soviets firent appel, par l'interm&#233;diaire du comit&#233; ex&#233;cutif, aux socialistes et au prol&#233;tariat des pays bellig&#233;rants pour qu'ils rompent avec leurs gouvernements imp&#233;rialistes ; mais peu &#224; peu cette politique r&#233;volutionnaire fut abandonn&#233;e, et le comit&#233; ex&#233;cutif participa &#224; la honteuse r&#233;union des social-patriotes de Stockholm, malgr&#233; les protestations des bolcheviks. Il suffit, pour marquer le caract&#232;re non r&#233;volutionnaire du comit&#233; ex&#233;cutif, de dire qu'il collabora avec Scheidemann, Albert Thomas (France), Henderson (Angleterre) et autres social-patriotes. Le socialisme mod&#233;r&#233; agit comme le commis voyageur [en fran&#231;ais dans le texte &#8211; [N.d.T.] de la diplomatie bourgeoise. Un des documents secrets publi&#233;s apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir des bolcheviks montre le v&#233;ritable caract&#232;re de la conf&#233;rence de Stockholm, avec laquelle, soit dit en passant, les socialistes ind&#233;pendants d'Allemagne refus&#232;rent affaire : il s'agit d'un t&#233;l&#233;gramme dat&#233; du 18 ao&#251;t, adress&#233; par l'ambassadeur de Russie &#224; Stockholm avec Branting, l'un des organisateurs social-patriotes de la conf&#233;d&#233;ration si K&#233;rensky la jugeait inopportune et qu'il userait de son influence sur le comit&#233; scandinavo-hollandais &#224; cette fin. Le t&#233;l&#233;gramme concluait en demandant le secret sur cette conversation, afin de ne pas compromettre Branting, car sinon on perdrait une source importante d'information ! Pas &#233;tonnant qu'elle ait &#233;t&#233; une mis&#233;rable faillite. (Note de Luis C. Fraina, 1918.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 En fran&#231;ais dans le texte (N.d.T.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 &#192; partir du 19 juin 1917 se produisent des r&#233;voltes dans la flotte de la mer Noire. L'amiral Koltchak fut renvers&#233; et, sous l'influence des bolcheviks, les marins &#233;lurent leurs propres chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1917/power/art01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/trotsky/1917/power/art01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Juin 1917 - La double impuissance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les conditions de la guerre d&#233;forment et obscurcissent l'action des forces int&#233;rieures de la r&#233;volution. Mais son cours n'en restera pas moins d&#233;termin&#233; par ces m&#234;mes forces int&#233;rieures, c'est-&#224;-dire les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution, qui montait depuis 1912, a vu, dans un premier temps, son &#233;lan bris&#233; par la guerre, mais ensuite, gr&#226;ce &#224; l'intervention h&#233;ro&#239;que d'une arm&#233;e exasp&#233;r&#233;e, elle s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e dans la combativit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent. La capacit&#233; de r&#233;sistance de l'ancien r&#233;gime avait &#233;t&#233; d&#233;finitivement min&#233;e par le d&#233;roulement de la guerre. Les partis politique qui auraient pu jouer le r&#244;le de m&#233;diateurs entre la monarchie et le peuple se trouv&#232;rent tout &#224; coup suspendus dans les airs en raison des formidables pouss&#233;es venues d'en bas et furent oblig&#233;s au dernier moment de faire le saut p&#233;rilleux vers les rivages s&#251;rs de la r&#233;volution. Cela conf&#233;ra &#224; la r&#233;volution, pour un temps, l'apparence ext&#233;rieure d'une parfaite harmonie nationale. Pour la premi&#232;re fois dans toute son histoire, le lib&#233;ralisme bourgeois se sentit &#171; li&#233; &#187; aux masses &#8211; et c'est cela qui dut lui donner l'id&#233;e d'utiliser l'esprit r&#233;volutionnaire &#171; universel &#187; au service de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions, les buts, les participants de la guerre ne chang&#232;rent pas. Goutchkov et Milioukov, les membres les plus ouvertement pro-imp&#233;rialistes de l'&#233;quipe politique de l'ancien r&#233;gime, &#233;taient maintenant les ma&#238;tres des destin&#233;es de la Russie r&#233;volutionnaire. Naturellement, la guerre, dont la nature restait fondamentalement la m&#234;me que sous le tsarisme &#8211; contre le m&#234;me ennemi, avec les m&#234;mes alli&#233;s, avec les m&#234;mes engagements internationaux &#8211;, devait maintenant se transformer en une &#171; guerre pour la r&#233;volution &#187;. Pour les capitalistes, cela &#233;quivalait &#224; mobiliser la r&#233;volution, avec toutes les forces et les passions qu'elle avait stimul&#233;es, au service de l'imp&#233;rialisme. Les Milioukov consentirent magnanimement &#224; qualifier le &#171; chiffon rouge &#187; d'embl&#232;me sacr&#233; &#8211; &#224; condition que les masses laborieuses se montrent pr&#234;tes &#224; mourir avec b&#233;atitude, sous ce chiffon rouge, pour Constantinople et les d&#233;troits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pied fourchu imp&#233;rialiste de Milioukov d&#233;passait de fa&#231;on trop voyante. Pour gagner les masses et canaliser leur &#233;nergie r&#233;volutionnaire vers une offensive sur le front ext&#233;rieur, il fallait des m&#233;thodes plus &#233;labor&#233;es et, par-dessus tout, on avait besoin de nouveaux partis politiques, dont les programmes n'aient pas encore &#233;t&#233; compromis et dont la r&#233;putation n'ait pas encore &#233;t&#233; ternie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les trouva. Dans les ann&#233;es de contre-r&#233;volution, en particulier lors du dernier boom industriel, le capital avait soumis et dompt&#233; intellectuellement plusieurs milliers de r&#233;volutionnaires de 1905, sans se soucier de leurs &#171; notions &#187; travaillistes ou marxistes. Et parmi les intellectuels &#171; socialistes &#187; apparurent d'assez nombreux groupes br&#251;lant de prendre part &#224; la r&#233;pression des luttes sociales et &#224; l'entra&#238;nement des masses vers les buts &#171; patriotiques &#187;. Main dans la main avec l'intelligentsia, mise en vedette &#224; l'&#233;poque de la contre-r&#233;volution, venaient les faiseurs de compromis, qui avaient &#233;t&#233; d&#233;finitivement effray&#233;s par l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1905, et depuis lors avaient cultiv&#233; un seul et unique talent : &#234;tre agr&#233;able &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition de la bourgeoisie au tsarisme &#8211; sur une base imp&#233;rialiste toutefois &#8211; avait, d&#232;s avant la r&#233;volution, fourni la base n&#233;cessaire &#224; un rapprochement entre socialistes opportunistes et classes poss&#233;dantes. &#192; la Douma, K&#233;rensky et Tchk&#233;idz&#233; con&#231;urent leur politique comme annexe au bloc progressiste, et les Gvozdiev et Bogdanov &#171; socialistes &#187;, particip&#232;rent avec les Goutchkov aux comit&#233;s de l'industrie de guerre. Mais l'existence du tsarisme rendait tr&#232;s difficile la d&#233;fense ouverte du patriotisme &#171; gouvernemental &#187;. La r&#233;volution balaya tous les obstacles de ce genre. La capitulation devant les partis capitalistes s'appela d&#233;sormais &#171; unit&#233; d&#233;mocratique &#187;, la discipline de l'&#201;tat bourgeois se transforma soudain en &#171; discipline r&#233;volutionnaire &#187; et, pour finir, la participation &#224; une guerre de la r&#233;volution contre une d&#233;faite ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intelligentsia nationaliste, qui avait &#233;t&#233; pr&#233;dite, appel&#233;e et entra&#238;n&#233;e par le social-patriote Strouv&#233; dans son journal Vyekhi, rencontra soudain un soutien inattendu et g&#233;n&#233;reux dans la faiblesse des secteurs les plus arri&#233;r&#233;s du peuple, qui avaient &#233;t&#233; organis&#233;s de force pour constituer l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est uniquement parce que la r&#233;volution a &#233;clat&#233; au cours d'une guerre que les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois de la ville et de la campagne ont pris automatiquement l'apparence d'une force organis&#233;e et commenc&#233; &#224; exercer sur les membres du conseil des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers et soldats une influence d&#233;passant de loin le pouvoir qu'auraient eu ces classes atomis&#233;es et arri&#233;r&#233;es en toute autre circonstance. L'intelligentsia menchevik-populiste a trouv&#233; dans cette masse de provinciaux attard&#233;s, pour la plupart encore &#224; peine &#233;veill&#233;s politiquement, un soutien tout &#224; fait naturel au d&#233;but. En amenant les classes petites-bourgeoises &#224; un accord avec le lib&#233;ralisme bourgeois, qui venait &#224; nouveau de r&#233;v&#233;ler en beaut&#233; son incapacit&#233; &#224; guider les masses populaires de fa&#231;on ind&#233;pendante, l'intelligentsia menchevik-populiste s'acquit, gr&#226;ce &#224; la pression des masses, une certaine influence, y compris dans les couches prol&#233;tariennes, momentan&#233;ment rel&#233;gu&#233;es au second plan par l'importance num&#233;rique de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, on aurait pu croire que toutes les contradictions de classe avaient disparu, que toute la soci&#233;t&#233; avait &#233;t&#233; repl&#226;tr&#233;e avec des morceaux d'id&#233;ologie menchevik-populiste et que, gr&#226;ce aux &#171; efforts constructifs &#187; de K&#233;rensky, Tchk&#233;idz&#233; et Dan, une tr&#234;ve nationale entre les classes avait &#233;t&#233; conclue. D'o&#249; une surprise et une stupeur sans pareilles lorsque s'affirma &#224; nouveau une politique prol&#233;tarienne ind&#233;pendante ; d'o&#249; ce concert de lamentations furieuses et, pour tout dire, r&#233;voltantes contre les r&#233;volutionnaires socialistes, destructeurs de l'harmonie universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels petits-bourgeois, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; hiss&#233;s par le soviet des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers et soldats &#224; des hauteurs pour lesquelles ils n'&#233;taient absolument pas pr&#233;par&#233;s, furent effray&#233;s par-dessus tout par l'id&#233;e de responsabilit&#233; et remirent donc respectueusement leur pouvoir au minist&#232;re f&#233;odalo-capitaliste issu de la Douma du 3 juin. La terreur sacr&#233;e du petit-bourgeois devant le pouvoir d'&#201;tat, tr&#232;s &#233;vidente dans le cas des populistes (travaillistes), &#233;tait voil&#233;e, chez les mencheviks-patriotes, par des socialistes d'assumer le fardeau du pouvoir dans une r&#233;volution bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi naquit le &#171; double pouvoir &#187;, qu'on pourrait plus justement qualifier de double impuissance. La bourgeoisie d&#233;tenait l'autorit&#233; au nom de l'ordre et de la guerre jusqu'&#224; la victoire ; mais, sans les soviets, elle ne pouvait gouverner ; ces derniers avaient avec le gouvernement des rapports de demi-confiance respectueuse, &#224; laquelle se m&#234;lait la peur que le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, par un geste maladroit, ne renverse tout ce bel &#233;difice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#233;trang&#232;re cyniquement provocatrice de Milioukov amena une crise. Conscient de l'&#233;tendue de la panique dans les rangs des leaders petits-bourgeois quand ils &#233;taient confront&#233;s aux probl&#232;mes du pouvoir, le parti bourgeois commen&#231;a &#224; utiliser en ce domaine le chantage pur et simple : en mena&#231;ant de faire la gr&#232;ve du gouvernement, c'est-&#224;-dire de cesser de participer au pouvoir, il exigea que le soviet lui fournisse un certain nombre de potiches socialistes, dont la fonction dans le cabinet de coalition devait &#234;tre de renforcer la confiance des masses dans le gouvernement et, de cette fa&#231;on, de mettre fin au &#171; double pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant l'ultimatum, les mencheviks-patriotes s'empress&#232;rent de laisser tomber leurs derniers restes de pr&#233;jug&#233;s marxistes contre la participation &#224; un gouvernement bourgeois et entra&#238;n&#232;rent avec eux les &#171; leaders &#187; travaillistes du soviet qui, pour leur part, n'&#233;taient embarrass&#233;s par aucune surcharge de principes ou de pr&#233;jug&#233;s. Cela &#233;tait particuli&#232;rement clair chez Tchernov, qui ne revint des conf&#233;rences de Kienthal et de Zimmerwald1, o&#249; il avait excommuni&#233; Vandervelde, Guesde et Sembat, que pour entrer dans le minist&#232;re du prince Lvov et de Chingariev. Bien s&#251;r, les mencheviks-patriotes russe firent remarquer que le minist&#233;rialisme russe n'avait rien &#224; voir avec le minist&#233;rialisme fran&#231;ais ou belge, car il &#233;tait le produit de circonstances tr&#232;s exceptionnelles, pr&#233;vues par la r&#233;solution contre le minist&#233;rialisme du congr&#232;s d'Amsterdam (1904)2. Pourtant, ils ne faisaient que r&#233;p&#233;ter comme des perroquets les arguments des minist&#233;rialistes fran&#231;ais et belges, tout en continuant &#224; invoquer constamment la &#171; nature exceptionnelle des circonstances &#187;. K&#233;rensky, dont la th&#233;&#226;tralit&#233; verbeuse cache n&#233;anmoins quelques traces de pertinence, classa quant &#224; lui tr&#232;s correctement le minist&#233;rialisme russe dans la m&#234;me cat&#233;gorie que celui d'Europe occidentale et d&#233;clara dans son discours d'Helsingfors que c'&#233;tait surtout gr&#226;ce &#224; lui, K&#233;rensky, que les socialistes russes avaient en deux mois accompli un chemin que les socialistes d'Europe occidentale avaient mis dix ans &#224; parcourir. Marx avait bien raison de dire que la r&#233;volution est la locomotive de l'histoire ! Le gouvernement de coalition &#233;tait condamn&#233; par l'histoire avant m&#234;me sa formation. S'il avait &#233;t&#233; constitu&#233; imm&#233;diatement apr&#232;s la chute du tsarisme, comme expression de l'&#171; unit&#233; r&#233;volutionnaire de la nation &#187;, il aurait peut-&#234;tre pu contenir, pour un temps, l'affrontement des forces de la r&#233;volution. Mais le premier gouvernement fut le minist&#232;re Goutchkov-Milioukov. Son existence ne dura que le temps de d&#233;voiler l'inanit&#233; de l'&#171; unit&#233; nationale &#187; et d'&#233;veiller la r&#233;sistance r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat aux tentatives de la bourgeoisie pour prostituer la r&#233;volution aux int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes. Le gouvernement de coalition, qui apparaissait manifestement comme un pis-aller, ne pouvait dans ces conditions pr&#233;venir la catastrophe ; il &#233;tait lui-m&#234;me destin&#233; &#224; devenir la principale pomme de discorde, la principale source de conflit et de divergences dans les rangs de la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187;. Son existence politique &#8211; car nous ne parlerons pas de ses &#171; activit&#233;s &#187; &#8211; n'est qu'une lente agonie, d&#233;cemment envelopp&#233;e dans des flots de paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lutter contre la faillite compl&#232;te dans le domaine &#233;conomique, en particulier dans celui du ravitaillement, la commission &#233;conomique du comit&#233; ex&#233;cutif des soviets &#233;labora un plan qui devait &#233;tendre la gestion &#233;tatique aux branches industrielles les plus importantes. Les m&#234;mes de la commission &#233;conomique diff&#232;rent des leaders non pas tant par leurs tendances politiques que par une connaissance approfondie de la situation &#233;conomique du pays. C'est justement pour cette raison qu'ils sont arriv&#233;s &#224; des conclusions d'un caract&#232;re profond&#233;ment r&#233;volutionnaire. La seule chose dont manque leur organisation, c'est de la force motrice d'une politique r&#233;volutionnaire. Le gouvernement, capitaliste dans sa majorit&#233;, ne pouvait &#233;videmment pas donner naissance &#224; un syst&#232;me diam&#233;tralement oppos&#233; aux int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes des classes poss&#233;dantes. Si Skobelev, le ministre du Travail menchevique, ne le comprenait pas, cela fut en revanche tr&#232;s bien compris par le s&#233;rieux et efficace Konovalov, repr&#233;sentant du commerce et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mission de Konovalov 3 a port&#233; un coup fatal au gouvernement de coalition. L'ensemble de la presse bourgeoise l'exprima nettement. On recommen&#231;a alors &#224; jouer sur la terreur panique des dirigeants du soviet : la bourgeoisie mena&#231;a d'abandonner le pouvoir nouveau-n&#233; devant leur porte. Les &#171; dirigeants &#187; r&#233;pondirent en faisant croire que rien de sp&#233;cial ne s'&#233;tait pass&#233;. Puisque le repr&#233;sentant s&#233;rieux du capital nous a quitt&#233;s, invitons M. Bourishkine. Mais Bourishkine refusa avec obstination de participer &#224; des op&#233;rations chirurgicales sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Alors commen&#231;a la qu&#234;te d'un ministre du Commerce et de l'Industrie &#171; ind&#233;pendant &#187;, un homme qui n'aurait derri&#232;re lui rien ni personne et qui pourrait servir de bo&#238;te aux lettres inoffensive pour les revendications contradictoires du travail et du capital. Pendant ce temps, les d&#233;penses continuent sur leur lanc&#233;e et l'activit&#233; gouvernementale consiste surtout &#224; faire marcher la planche &#224; billets, &#224; imprimer des assignats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant pour coll&#232;gues et a&#238;n&#233;s MM. Lvov et Chingariev, Tchernov n'a pas pu &#233;taler, dans les questions agraires, ne serait-ce que le radicalisme verbal si caract&#233;ristique de ce repr&#233;sentant typique de la petite bourgeoisie. Pleinement conscient du r&#244;le qui lui &#233;tait assign&#233;, Tchernov s'est pr&#233;sent&#233; non pas comme le repr&#233;sentant de la r&#233;volution agraire, mais comme celui des statistiques agricoles ! Selon l'interpr&#233;tation lib&#233;rale bourgeoise, que les ministres ont &#233;galement adopt&#233;e, les masses doivent suspendre le processus r&#233;volutionnaire et attendre passivement la convocation de l'Assembl&#233;e constituante et, d&#232;s que les socialistes-r&#233;volutionnaires entrent dans le gouvernement des propri&#233;taires fonciers et des industriels, les attaques des paysans contre le syst&#232;me agricole f&#233;odal sont stigmatis&#233;es comme de l'anarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique internationale, l'effondrement des &#171; plans de paix &#187; annonc&#233;s par le gouvernement de coalition s'est produit de fa&#231;on beaucoup plus rapide et catastrophique qu'on aurait pu s'y attendre. M. Ribot, Premier ministre fran&#231;ais, a non seulement rejet&#233; cat&#233;goriquement et sans c&#233;r&#233;monie le plan de paix russe, tout en r&#233;affirmant solennellement l'absolue n&#233;cessit&#233; de poursuivre la guerre jusqu'&#224; la &#171; victoire totale &#187;, mais encore a refus&#233; aux sociaux-patriotes fran&#231;ais leurs passeports pour la conf&#233;rence de Stockholm, qui avait pourtant &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e avec la collaboration des coll&#232;gues et alli&#233;s de M. Ribot, les ministres socialistes russes. Le gouvernement italien, dont la politique de conqu&#234;te coloniale s'est toujours distingu&#233;e par un cynisme inou&#239;, par un &#171; &#233;go&#239;sme sacr&#233; &#187;, r&#233;pliqua &#224; la formule de &#171; paix sans annexions &#187; par l'annexion s&#233;par&#233;e de l'Albanie4. Notre gouvernement, ministres socialistes compris, a bloqu&#233; pendant deux semaines la publication de la r&#233;ponse des Alli&#233;s, croyant &#233;videmment &#224; l'efficacit&#233; d'exp&#233;dients aussi minables pour &#233;viter la banqueroute de sa politique. En bref, le probl&#232;me de la situation internationale de la Russie, le probl&#232;me de savoir pour quelle cause le soldat russe devrait &#234;tre pr&#234;t &#224; se battre et &#224; mourir, est toujours aussi aigu que le jour o&#249; le portefeuille des Affaires &#233;trang&#232;res fut arrach&#233; &#224; Milioukov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au minist&#232;re de l'Arm&#233;e et de la Marine, qui continue &#224; s'octroyer la part du lion dans les &#233;nergies et les ressources nationales, la politique du verbe et de la rh&#233;torique r&#232;gne sans partage. Mais les causes mat&#233;rielles et psychologiques de l'&#233;tat actuel de l'arm&#233;e sont trop profondes pour &#234;tre r&#233;gl&#233;es par la prose et la po&#233;sie minist&#233;rielles. Le remplacement du g&#233;n&#233;ral Alexe&#239;ev par le g&#233;n&#233;ral Broussilov signifie sans aucun doute un changement pour ces deux officiers, mais aucun pour l'arm&#233;e. La pr&#233;paration du peuple et de l'arm&#233;e &#224; une &#171; offensive &#187;, puis l'abandon soudain de ce slogan pour celui, moins pr&#233;cis, de &#171; pr&#233;paration &#224; une offensive &#187; montrent que le minist&#232;re de l'Arm&#233;e et de la Marine est toujours aussi peu capable de conduire la nation &#224; la victoire que le minist&#232;re de M. Terechtchenko l'&#233;tait de la conduire &#224; la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de l'impuissance du gouvernement provisoire atteint son apog&#233;e avec l'activit&#233; du minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res qui, pour employer les termes des d&#233;l&#233;gu&#233;s les plus loyaux du soviet paysan, remplit &#171; avec partialit&#233; &#187; les bureaux des administrations locales de propri&#233;taires f&#233;odaux. Les efforts de la partie active de la population qui arrive &#224; obtenir des pouvoirs au niveau communal, par droit de conqu&#234;te et sans attendre l'Assembl&#233;e constituante, sont aussit&#244;t tax&#233;s, dans le jargon policier des Dan, d'&#171; anarchie &#187;, et rencontrent l'opposition &#233;nergique du gouvernement qui, de par sa composition, est incapable de toute action &#233;nergique vraiment cr&#233;atrice. Dans les tout derniers jours, cette politique banquerouti&#232;re a trouv&#233; son expression la plus &#233;c&#339;urante dans l'incident de Cronstadt5. La campagne inf&#226;me et malhonn&#234;te de la presse bourgeoise contre Cronstadt, qui est pour elle le symbole de l'internationalisme r&#233;volutionnaire et de la m&#233;fiance envers le gouvernement de coalition &#8211; et donc de la politique ind&#233;pendante des larges masses populaires &#8211;, non seulement gagne le gouvernement et les leaders du soviet, mais a aussi transform&#233; Ts&#233;r&#233;telli et Skobolev en chefs de file de la honteuse r&#233;pression contre les marins, soldats et travailleurs de Cronstadt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; l'internationalisme supplantait syst&#233;matiquement le social-patriotisme dans les usines, les ateliers et parmi les soldats du front, les ministres socialistes, soumis envers leurs ma&#238;tres, se risquaient au jeu hasardeux de d&#233;truire d'un seul coup l'avant-garde prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire et de pr&#233;parer ainsi le &#171; moment psychologique &#187; pour l'ouverture de la session du congr&#232;s panrusse des soviets. Rallier la d&#233;mocratie paysanne petite-bourgeoise sous le drapeau du lib&#233;ralisme bourgeois, alli&#233; et prisonnier du capital anglo-fran&#231;ais et am&#233;ricain, pour isoler politiquement et &#171; discipliner &#187; le prol&#233;tariat : telle est d&#233;sormais la t&#226;che principale &#224; laquelle le bloc gouvernemental des mencheviks et des social-r&#233;volutionnaires consacre toutes ses &#233;nergies. Les menaces cyniques de r&#233;pression sanglante et les provocations &#224; la violence ouverte constituent un &#233;l&#233;ment essentiel de cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agonie du gouvernement de coalition a commenc&#233; e jour m&#234;me de sa naissance. Les r&#233;volutionnaires doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour emp&#234;cher cette agonie de se terminer dans les convulsions de la guerre civile. La seule fa&#231;on d'y arriver n'est pas dans une politique de soumission et d'esquive, qui ne fait qu'aiguiser l'app&#233;tit de politiciens aux dents longues, mais bien plut&#244;t dans une politique offensive sur toute la ligne. Nous ne les laisserons pas nous isoler : nous devons les isoler, eux. Nous devons r&#233;pondre aux initiatives minables et m&#233;prisables du gouvernement de coalition en faisant comprendre m&#234;me aux secteurs les plus arri&#233;r&#233;s des masses laborieuses le sens de cette coalition qui parade publiquement sous le masque de la r&#233;volution. Aux m&#233;thodes des classes poss&#233;dantes et de leur appendice mencheviks-social-r&#233;volutionnaire, que ce soit sur le probl&#232;me du ravitaillement, nous devons opposer les m&#233;thodes du prol&#233;tariat. C'est seulement de cette fa&#231;on qu'on peut isoler le lib&#233;ralisme et gagner au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire une influence d&#233;cisive sur les masses urbaines et rurales. En m&#234;me temps que la chute in&#233;vitable de l'actuel gouvernement se produira celle des leaders actuels du soviet des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers et soldats. L'actuelle minorit&#233; du soviet a maintenant la possibilit&#233; de pr&#233;server l'autorit&#233; du soviet en tant que repr&#233;sentant de la r&#233;volution et de lui assurer la poursuite de ses fonctions en tant que pouvoir central. Cela deviendra plus clair chaque jour. La p&#233;riode de &#171; double impuissance &#187;, avec un gouvernement qui ne peut pas et un soviet qui n'ose pas, doit in&#233;vitablement culminer dans une crise d'une gravit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent. Il est de notre devoir de tendre toutes nos &#233;nergies en pr&#233;vision de cette crise, de fa&#231;on que le probl&#232;me du pouvoir soit abord&#233; dans toutes ses implications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Izvestia, 3 juin 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vperiod, 8 juin 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Du nom de deux villages suisses o&#249; se tinrent deux conf&#233;rences internationales contre la guerre, les 5-8 septembre 1915 et 24-30 avril 1916. Apr&#232;s la cr&#233;ation de la IIIe Internationale, l'union de Zimmerwald fut dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Ce congr&#232;s de la IIe Internationale se tint en ao&#251;t 1904. Les social-d&#233;mocrates allemands, avec Bebel &#224; leur t&#234;te, r&#233;ussirent &#224; faire passer une r&#233;solution condamnant l'acceptation par les socialistes fran&#231;ais de portefeuilles dans le gouvernement bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Konovalov &#233;tait ministre du Commerce dans le premier gouvernement de coalition. Il d&#233;missionna le 31 mai 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 L'Albanie &#233;tait devenue un &#201;tat ind&#233;pendant &#224; la suite de la d&#233;faite de la Turquie dans la premi&#232;re guerre des Balkans (trait&#233; de Londres, 30 mai 1913). L'Italie envahit l'Albanie en 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 D&#233;but juin, les marins de la Baltique et les masses de Cronstadt se soulev&#232;rent contre le gouvernement provisoire ; l'&#233;pith&#232;te la plus utilis&#233;e contre eux dans la presse russe et &#233;trang&#232;re fut celle d'&#171; anarchistes &#187;. Le soviet de Cronstadt avait, par 210 voix contre 40, d&#233;savou&#233; le gouvernement provisoire, d&#233;clarant qu'il ne reconnaissait que l'autorit&#233; du soviet de Petrograd. Cet acte fut d&#233;form&#233; en tentative de s&#233;cession. Les marins de la Baltique furent une force r&#233;volutionnaire active &#224; toutes les &#233;tapes de la r&#233;volution &#8211; contre le tsarisme, contre le gouvernement provisoire et dans le renversement de K&#233;rensky par les bolcheviks. (Note de Luis C. Fraina, 1918.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/06/farce.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/06/farce.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Juillet 1917 - La crise de juillet &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le sang a coul&#233; dans les rues de Petrograd. Un chapitre tragique s'est ajout&#233; &#224; la r&#233;volution russe. Qui est responsable ? &#171; Les bolcheviks &#187;, r&#233;pond l'homme de la rue, r&#233;p&#233;tant ce que lui disent ses journaux. L'ensemble de ces tragiques &#233;v&#233;nements se r&#233;sume, pour la bourgeoisie et les politiciens opportunistes, dans ces mots : arr&#234;tez les meneurs et d&#233;sarmez les masses. Et l'objectif est d'&#233;tablir l'&#171; ordre r&#233;volutionnaire &#187;. Les social-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, en arr&#234;tant et en d&#233;sarmant les bolcheviks, sont pr&#234;ts &#224; r&#233;tablir l'&#171; ordre &#187;. Il n'y a qu'un probl&#232;me : quel ordre, et pour qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a soulev&#233; d'immenses espoirs dans les masses. Parmi celles de Petrograd, qui ont jou&#233; un r&#244;le dirigeant dans la r&#233;volution, ces espoirs, ces attentes &#233;taient entretenues avec une ferveur particuli&#232;re. C'&#233;tait la t&#226;che du parti social-d&#233;mocrate que de transformer ces espoirs et ces attentes en programme politique clairement d&#233;fini, de fa&#231;on &#224; diriger l'impatience r&#233;volutionnaire des masses vers une action politique organis&#233;e. La r&#233;volution &#233;tait confront&#233;e au probl&#232;me du pouvoir. Nous &#233;tions, comme les bolcheviks1, partisans de la remise de tout le pouvoir au comit&#233; central des conseils de d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers, soldats et paysans. Les classes sup&#233;rieures, elles, et nous devons y inclure les social-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, exhortaient les masses &#224; soutenir le gouvernement Milioukov-Goutchkov. Jusqu'au dernier moment, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la d&#233;mission de ces personnages, les plus &#233;videmment pro-imp&#233;rialistes du premier gouvernement provisoire, les deux partis que nous avons mentionn&#233;s rest&#232;rent fermement solidaires du gouvernement provisoire, les deux partis que nous avons mentionn&#233;s rest&#232;rent fermement solidaires du gouvernement sur toute la ligne. C'est seulement apr&#232;s le remaniement gouvernemental que les masses apprirent par leurs propres journaux qu'on ne leur avait pas dit toute la v&#233;rit&#233;, qu'on les avait tromp&#233;es. On leur avait dit alors qu'elles devaient avoir confiance dans le nouveau gouvernement &#171; de coalition &#187;. La social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire pr&#233;dit que le nouveau gouvernement ne diff&#233;rait pas fondamentalement de l'ancien, qu'il ne ferait aucune concession &#224; la r&#233;volution et trahirait une fois de plus les espoirs des masses. Et c'est bien ce qui arriva. Apr&#232;s deux mois de faiblesse, de demande de confiance, d'exhortations verbeuses, le gouvernement ne fut plus capable de dissimuler sa position qui consistait &#224; embrouiller les probl&#232;mes : il devint &#233;vident que les masses, une fois de plus, avaient &#233;t&#233; tromp&#233;es, et cette fois plus cruellement que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impatience et la m&#233;fiance de la majorit&#233; des ouvriers et soldats de Petrograd allaient croissant, non pas de jour en jour mais d'heure en heure. Ces sentiments, aliment&#233;s par la guerre qui se prolongeait sans espoir pour tous ceux qui y participaient, par la d&#233;sorganisation &#233;conomique, par la pr&#233;paration occulte de la paralysie des principaux secteurs de la production, trouv&#232;rent leur expression politique imm&#233;diate dans le mot d'ordre : &#171; Tout le pouvoir aux soviets ! &#187; La d&#233;mission des cadets et la d&#233;monstration d&#233;finitive de la faillite interne du gouvernement provisoire persuad&#232;rent encore plus profond&#233;ment les masses qu'elles avaient raison de s'opposer aux dirigeants officiels des soviets. Les h&#233;sitations des social-r&#233;volutionnaires et des mencheviks ne firent que mettre de l'huile sur le feu. Les exigences, les pers&#233;cutions presque, envers la garnison de Petrograd, &#224; laquelle on demandait de commencer une offensive, eurent le m&#234;me effet. Une explosion devint in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les partis, y compris les bolcheviks, ont tout fait pour emp&#234;cher les masses de manifester le 16 juillet ; mais les masses ont manifest&#233;, et qui plus est, ont manifest&#233; en armes. Tous les agitateurs, tous les repr&#233;sentants de district ont dit le soir du 16 que la manifestation du 17, tant que la question du pouvoir restait en suspens, aurait forc&#233;ment lieu et qu'aucune mesure ne pourrait retenir le peuple. C'est la seule raison pour laquelle le parti bolchevique et, avec lui, notre organisation ont d&#233;cid&#233; de ne pas rester &#224; l'&#233;cart en se lavant les mains, mais de faire tout ce qui &#233;tait en leur pouvoir pour transformer le 17 juillet en une manifestation de masse pacifique. L'appel du 17 juillet n'avait pas d'autre signification. Il &#233;tait bien s&#251;r &#233;vident, &#233;tant donn&#233; l'intervention certaine de bandes contre-r&#233;volutionnaires, que des affrontements sanglants se produiraient. Il aurait &#233;t&#233; possible, il est vrai, de priver les masses de toute direction politique, de les d&#233;capiter politiquement pour ainsi dire et, en refusant de les diriger, de les abandonner &#224; leur sort. Mais nous ne pouvions ni ne voulions, en tant que parti ouvrier, adopter cette tactique de Ponce Pilate : nous avons d&#233;cid&#233; de nous joindre aux masses et de faire corps avec elles, pour introduire dans leur agitation &#233;l&#233;mentaire le plus grand degr&#233; d'organisation possible &#233;tant donn&#233; les circonstances, et r&#233;duire ainsi au minimum le nombre des victimes probables. Les faits sont bien connus. Le sang a coul&#233;. Et maintenant la presse &#171; influente &#187; de la bourgeoisie et d'autres journaux &#224; son service essaient de nous faire porter l'enti&#232;re responsabilit&#233; des cons&#233;quences &#8211; de la pauvret&#233;, de l'&#233;puisement, de la d&#233;saffection et de la r&#233;bellion des masses. Pour atteindre ce but, pour compl&#233;ter ce travail de mobilisation contre-r&#233;volutionnaire, contre le parti du prol&#233;tariat, des racailles anonymes, semi-anonymes, ou d&#233;j&#224; bien connues, se mettent &#224; r&#233;pandre des accusations de corruption : le sang a coul&#233; &#224; cause des bolcheviks, et les bolcheviks agissent sous les ordres de Guillaume II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous connaissons aujourd'hui des jours d'&#233;preuve. La fermet&#233; des masses, leur sang-froid, la fid&#233;lit&#233; de leurs &#171; amis &#187;, tout cela est soumis &#224; un test. Nous aussi, nous sommes soumis &#224; ce test, et nous en sortirons plus forts et plus unis que de toutes les &#233;preuves pr&#233;c&#233;dentes. La vie est avec nous et lutte pour nous. Le nouveau remaniement gouvernemental, impos&#233; par une situation in&#233;luctable et par la mis&#233;rable timidit&#233; des partis au pouvoir, ne changera rien et ne r&#233;soudra rien. Il faut un changement radical de tout le syst&#232;me. Il faut un pouvoir r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de Ts&#233;r&#233;telli, K&#233;rensky vise directement &#224; d&#233;sarmer et &#224; affaiblir l'aile gauche de la r&#233;volution. Si, avec ces m&#233;thodes, ils r&#233;ussissent &#224; r&#233;tablir l'&#171; ordre &#187;, ils seront les premiers &#8211; apr&#232;s nous, bien s&#251;r &#8211; &#224; tomber victimes de cet &#171; ordre &#187;. Mais ils n'y r&#233;ussiront pas. La contradiction est trop profonde, les probl&#232;mes sont trop &#233;normes pour pouvoir &#234;tre r&#233;solus par de simples mesures polici&#232;res. Apr&#232;s les jours d'&#233;preuve viendront les jours de progr&#232;s et de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vperiod, juillet 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Trotsky &#233;tait &#224; l'&#233;poque membre de l'Organisation interrayons (Mezhrayontsi) qui fusionna avec les bolcheviks en juillet 1917. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/07/journees.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/07/journees.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ao&#251;t 1917 - Que s'est-il pass&#233; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Personne ne peut expliquer de fa&#231;on satisfaisante pourquoi il doit y avoir une conf&#233;rence &#224; Moscou. Mieux : tous ceux qui doivent y participer d&#233;clarent (sinc&#232;rement ou pas) qu'ils ignorent le but de leur invitation &#224; Moscou. Et presque tous manifestent m&#233;fiance et m&#233;pris en parlant de la conf&#233;rence. Mais malgr&#233; tout ils y vont tous. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous laissons de c&#244;t&#233; le prol&#233;tariat, qui occupe une position sp&#233;cifique, les participants &#224; la conf&#233;rence de Moscou peuvent &#234;tre divis&#233;s en trois groupes : les repr&#233;sentants des classes capitalistes, les organisations petites-bourgeoises et le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes poss&#233;dantes trouvent leur repr&#233;sentation la plus achev&#233;e dans le parti constitutionnel-d&#233;mocrate, les cadets. Derri&#232;re eux, il y a les grands propri&#233;taires terriens, les organisations du capital commercial et industriel, les cliques financi&#232;res, les universit&#233;s ? Chacun de ces groupes a ses int&#233;r&#234;ts propres et ses perspectives politiques propres. Mais le danger commun, qui les menace tous, vient des masses de travailleurs, de paysans et de soldats, et ce danger entra&#238;ne toutes les classes capitalistes &#224; former une seule et vaste union contre-r&#233;volutionnaire. Sans suspendre leurs intrigues monarchiques et leurs conspirations, les cercles de la cour, de la bureautique et de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral consid&#232;rent cependant qu'il est absolument n&#233;cessaire en ce moment de soutenir les cadets. Et les lib&#233;raux bourgeois, tout en jetant des regards soup&#231;onneux du c&#244;t&#233; de la clique monarchiste, accordent en ce moment une tr&#232;s grande valeur &#224; son soutien contre la r&#233;volution. En ce sens, le parti cadet devient une sorte de repr&#233;sentant g&#233;n&#233;ral de toutes les vari&#233;t&#233;s d'int&#233;r&#234;ts de la grande et petite propri&#233;t&#233;. Toutes les exigences des classes poss&#233;dantes, toutes les exactions des exploiteurs fusionnent aujourd'hui dans le cynisme capitaliste et l'insolence imp&#233;rialiste de Milioukov. Sa politique est la suivante : rester &#224; l'aff&#251;t de tous les faux pas du r&#233;gime r&#233;volutionnaire de toutes ses fautes et de tous ses &#233;checs, en profitant pour le moment de la &#171; collaboration &#187; des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, les mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, les compromettre par cette collaboration et attendre son heure. Et, derri&#232;re Milioukov, c'est le tsariste Gourko qui attend son heure &#224; lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pseudo-d&#233;mocratie des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks s'appuie sur les masses paysannes, la petite bourgeoisie urbaine et les ouvriers les plus arri&#233;r&#233;s. &#192; ce propos, il faut noter que, plus on avance, plus il devient clair que la force de l'association r&#233;side dans les socialistes-r&#233;volutionnaires et que les mencheviks sont la cinqui&#232;me roue du carrosse. Sous la conduite de ces deux partis, les soviets d'ouvriers et de soldats, qui ont &#233;t&#233; port&#233;s &#224; une hauteur extraordinaire par les convulsions cataclysmiques des masses, perdent rapidement leur importance et retombent dans l'oubli. Pourquoi ? Marx a soulign&#233; que, quand l'histoire administre un coup s&#233;v&#232;re sur le nez des philistins, ils ne cherchent jamais la cause de leur &#233;chec dans leur propre incapacit&#233;, mais d&#233;couvrent invariablement la malveillance ou l'intrigue de quelqu'un d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Ts&#233;r&#233;telli s'empresse de voir dans le &#171; complot &#187; des 16-18 juillet la &#171; paille &#187; qui explique le lamentable &#233;chec de toute sa politique. Quand les Lieber, les Gotz et les Voitinsky S.R. et mencheviks ont sauv&#233; l'ordre face &#224; l'&#171; anarchie &#187; (ordre qui, soit dit en passant, n'&#233;tait pas menac&#233;), ces messieurs ont cru fermement que, comme les oies qui sauv&#232;rent le Capitole, ils m&#233;ritaient une r&#233;compense. Et quand ils se sont aper&#231;us que le m&#233;pris de la bourgeoisie envers eux augmentait proportionnellement &#224; leur z&#232;le conciliateur envers le prol&#233;tariat, ils ont &#233;t&#233; stup&#233;fi&#233;s. Ts&#233;r&#233;telli, ce m&#234;me Ts&#233;r&#233;telli qui savait si bien jongler avec les lieux communs rebattus, s'est vu liquider comme &#187; un r&#233;volutionnaire par trop encombrant. C'&#233;tait limpide : le r&#233;giment de mitrailleur 1 avait &#171; g&#226;ch&#233; la r&#233;volution (en refusant d'ob&#233;ir, sauf sous certaines conditions, &#224; K&#233;rensky qui leur ordonnait d'aller au front et en participant aux &#233;v&#233;nements des 16-17 juillet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si Ts&#233;r&#233;telli, avec son parti, s'est retrouv&#233; dans les rangs de la contre-r&#233;volution, de Polovtsev et des cadets militaires, pour les aider &#224; d&#233;sarmer les travailleurs dans l'int&#233;r&#234;t de la contre-r&#233;volution, ce n'est pas la faute de Ts&#233;r&#233;telli et de son jeu politique, mais celle du r&#233;giment de mitrailleurs &#233;gar&#233; par les bolcheviks. Telle est la philosophie de l'histoire profess&#233;e par les banquiers politiques des philistins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les journ&#233;es des 16, 17 et 18 juillet ont marqu&#233; un tournant dans le cours de la r&#233;volution, en d&#233;montrant l'incapacit&#233; totale des partis dirigeants de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise &#224; prendre en main le pouvoir. Apr&#232;s l'effondrement lamentable du gouvernement de coalition, il est devenu &#233;vident qu'il n'y avait pas d'autre solution que la prise du pouvoir par les soviets. Mais les mencheviks et les S.R. ont h&#233;sit&#233;. Prendre le pouvoir, se sont-ils dit, signifierait rompre avec les banquiers et les diplomates : politique dangereuse. Et quand, malgr&#233; le sombre pr&#233;sage des 16-18 juillet, les leaders du soviet ont continu&#233; &#224; courir apr&#232;s Efimov, les classes poss&#233;dantes n'ont pu comprendre que les politiciens du soviet &#233;taient &#224; leur service, tout comme un petit boutiquier est au service est au service d'un banquier, c'est-&#224;-dire chapeau bas. Et c'est ce qui a encourag&#233; la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire ant&#233;rieure de la r&#233;volution r&#233;side dans ce qu'on appelle le &#171; double pouvoir &#187;. Cette expression, qui vient des lib&#233;raux, est &#224; vrai dire tr&#232;s superficielle. On n'a pas &#233;puis&#233; le probl&#232;me quand on a dit qu'&#224; c&#244;t&#233; du gouvernement il y avait le soviet, qui s'acquittait d'un nombre consid&#233;rable de fonctions gouvernementales ; car les Dan et les Ts&#233;r&#233;telli ont fait tout leur possible pour supprimer, &#171; sans douleur &#187;, cette division du pouvoir, en le remettant tout entier au gouvernement. La v&#233;rit&#233;, c'est que derri&#232;re le soviet et derri&#232;re le gouvernement il y aurait deux syst&#232;mes diff&#233;rents, reposant sur des int&#233;r&#234;ts de classe diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le soviet, il y avait les organisations de travailleurs qui supplantaient, dans chaque usine l'autocratie des capitalistes et &#233;tablissaient dans l'industrie un r&#233;gime r&#233;publicain incompatible avec l'anarchie capitaliste et exigeant un contr&#244;le d'&#201;tat irr&#233;vocable sur la production. Pour d&#233;fendre leurs droits de propri&#233;t&#233;, les capitalistes ont cherch&#233; du secours en haut, aupr&#232;s du gouvernement, l'ont pouss&#233; avec une &#233;nergie toujours accrue contre les soviets et l'ont forc&#233; &#224; accepter la conclusion qu'il ne poss&#233;dait pas d'appareil ind&#233;pendant, c'est-&#224;-dire pas d'instrument de r&#233;pression contre les masses travailleuses. D'o&#249; les lamentations sur le &#171; double pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re le soviet, il y avait l'organisation &#233;lectorale de l'arm&#233;e et toute l'administration de la d&#233;mocratie des soldats. Le gouvernement provisoire, qui s'alignait sur Lloyd George, Ribot et Wilson, reconnaissait les anciennes obligations du tsarisme et pratiquait les anciennes m&#233;thodes de la diplomatie secr&#232;te, ne pouvait que se heurter &#224; l'hostilit&#233; active du nouveau r&#233;gime de l'arm&#233;e. L'opposition venue d'en haut avait perdu presque tout son effet au moment o&#249; elle atteignait le soviet. D'o&#249; les plaintes sur le &#171; double pouvoir &#187;, surtout de la part de l'&#233;tat major-g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le soviet paysan lui aussi, malgr&#233; l'opportunisme lamentable et le chauvinisme grossier de ses leaders, &#233;tait soumis &#224; une pression accrue de la base, o&#249; la confiscation de la terre prenait une allure d'autant plus mena&#231;ante que le gouvernement s'y opposait plus fortement. On voit jusqu'&#224; quel point ce dernier jouait le r&#244;le de repr&#233;sentant du grand capital dans le fait que la derni&#232;re ordonnance polici&#232;re de Ts&#233;r&#233;telli ne diff&#233;rait en rien des ordonnances du prince Lvov. Et, partout dans les provinces o&#249; les soviets et les comit&#233;s de paysans tentaient d'instaurer un nouveau r&#233;gime agraire, ils se trouvaient en conflit aigu avec l'autorit&#233; &#171; r&#233;volutionnaire &#187; du gouvernement provisoire, qui se transformait de plus en plus en chien de garde de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La poursuite de la r&#233;volution rendait n&#233;cessaire le passage de tout le pouvoir aux mains du soviet et son utilisation dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs contre les poss&#233;dants. Et l'approfondissement de la lutte contre les classes capitalistes exige l'attribution du r&#244;le dirigeant, dans les masses laborieuses, &#224; leur fraction la plus r&#233;solue, c'est-&#224;-dire au prol&#233;tariat industriel. Pour introduire le contr&#244;le sur la production et la distribution, le prol&#233;tariat pourrait se r&#233;clamer de pr&#233;c&#233;dents tr&#232;s importants en Europe occidentale, notamment le pr&#233;tendu &#171; socialisme de guerre &#187; en Allemagne. Mais comme, en Russie, ce travail d'organisation ne pourrait s'accomplir que sur la base d'une r&#233;volution agraire et sous la direction d'un pouvoir r&#233;ellement r&#233;volutionnaire, et le contr&#244;le sur la production et l'organisation progressive de ce pouvoir r&#233;volutionnaire prendraient forc&#233;ment une direction hostile aux int&#233;r&#234;ts capitalistes. &#192; un moment o&#249; les classes poss&#233;dantes s'effor&#231;aient, &#224; travers le gouvernement provisoire, d'&#233;tablir une r&#233;publique capitaliste &#171; forte &#187;, le passage de tout le pouvoir aux soviets, bien que n'&#233;tant absolument pas synonyme de &#171; socialisme &#187;, aurait en tout cas bris&#233; l'opposition de la bourgeoisie et, en liaison avec les forces productives existantes et la situation en Europe occidentale, aurait impos&#233; une direction et une transformation de l'organisation &#233;conomique qui seraient all&#233;es dans le sens des int&#233;r&#234;ts des masses laborieuses. Rejetant les cha&#238;nes du pouvoir capitaliste, la r&#233;volution serait devenue permanente, c'est-&#224;-dire continue ; elle aurait utilis&#233; son pouvoir non pas pour perp&#233;tuer la loi de l'exploitation capitaliste, mais, au contraire, pour la d&#233;truire. Ses r&#233;alisations ultimes dans ce domaine auraient d&#233;pendu des succ&#232;s de la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe. D'un autre c&#244;t&#233;, la r&#233;volution en Russie pourrait donner &#224; la r&#233;volution en Europe occidentale un &#233;lan d'autant plus grand qu'elle mettrait plus de r&#233;solution et de courage &#224; abattre l'opposition de sa propre bourgeoisie. Telle &#233;tait, et reste, la seule et unique perspective r&#233;elle pour la poursuite de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour les id&#233;ologues philistins, cette perspective &#233;tait &#171; utopique &#187;. Que voulaient-ils, eux ? Ils n'ont jamais &#233;t&#233; capables de le dire eux-m&#234;mes. Ts&#233;r&#233;telli a abondamment parl&#233; de &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187;, sans comprendre ce que cela signifie r&#233;ellement. Les social-r&#233;volutionnaires ne sont pas les seuls &#224; avoir pris l'habitude de naviguer dans les vagues de la phras&#233;ologie d&#233;mocratique ; les mencheviks, eux aussi, ont abandonn&#233; leurs crit&#232;res de classe d&#232;s que ceux-ci ont r&#233;v&#233;l&#233; trop clairement le caract&#232;re petit-bourgeois de leur politique. La r&#232;gle de la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; explique tout et justifie tout. Et, quand les Cent-Noirs 2 mettent leurs mains sales dans les poches des bolcheviks, ils le font au nom d'une autorit&#233; qui n'est rien moins que celle de la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187;. Mais n'anticipons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En repr&#233;sentant, comme elle l'a fait, le pouvoir de la bourgeoisie, ou plut&#244;t la neutralisation du pouvoir par la coalition, la d&#233;mocratie S.R. et menchevique a en effet d&#233;capit&#233; la r&#233;volution. D'un autre c&#244;t&#233;, en d&#233;fendant les soviets comme son organe, la d&#233;mocratie petite-bourgeoise a en fait emp&#234;ch&#233; le gouvernement de cr&#233;er un appareil administratif quelconque dans les provinces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#233;tait non seulement impuissant &#224; mal faire. Les soviets, d&#233;bordant de plans ambitieux, ne pouvaient en r&#233;aliser aucun. La r&#233;publique capitaliste, implant&#233;e d'en haut, et la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, form&#233;e par en bas, se paralysant mutuellement. Partout o&#249; elles se heurtaient, surgissaient d'innombrables querelles. Le ministre et les commissaires supprimaient l'organe d'auto-gouvernement r&#233;volutionnaire, les commandants fulminaient contre les comit&#233;s de soldats, les soviets allaient et venaient entre les masses et le gouvernement. Les crises se succ&#233;daient, les ministres arrivaient et partaient. Plus les mesures d'autorit&#233; r&#233;pressive devenaient inop&#233;rantes et incoh&#233;rentes, plus le m&#233;contentement des masses augmentaient. Vue d'en haut, toute la vie devait avoir l'allure d'un torrent &#233;cumeux d'&#171; anarchie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait &#233;vident que le timide dualisme de la &#171; d&#233;mocratie &#187; petite-bourgeoise portait en lui-m&#234;me sa faillite. Et plus les probl&#232;mes de la r&#233;volution s'approfondissaient, plus cette faillite devenait douloureusement &#233;vidente. L'&#201;tat tout entier marchait sur la t&#234;te, ou plut&#244;t sur ses deux ou trois t&#234;tes. Un geste inconsid&#233;r&#233; de la part de Milioukov, K&#233;rensky ou Ts&#233;r&#233;telli mena&#231;ait de renverser tout l'&#233;difice. Et de jour en jour l'alternative apparaissait plus in&#233;luctable : ou le soviet doit assumer le pouvoir, ou le gouvernement capitaliste balaiera le soviet. Il suffisait d'un choc ext&#233;rieur pour d&#233;truire l'&#233;quilibre de l'organisation tout enti&#232;re. Ce choc ext&#233;rieur donn&#233; &#224; un syst&#232;me d&#233;j&#224; condamn&#233; de l'int&#233;rieur prit la forme des &#233;v&#233;nements de s 16-18 juillet. L'&#171; idylle &#187; petite-bourgeoise, b&#226;tie sur l'union &#171; amicale &#187; de deux syst&#232;mes qui s'excluent mutuellement, re&#231;ut le coup de gr&#226;ce. Et Ts&#233;r&#233;telli put consigner dans ses m&#233;moires que son plan pour le salut de la Russie avait &#233;t&#233; sabot&#233; par le r&#233;giment des tirailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proletarii, n&#176; 1, 13 ao&#251;t 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Le premier r&#233;giment de mitrailleurs, plus actif que le deuxi&#232;me, avait soutenu la r&#233;volution d&#232;s le d&#233;but et s'&#233;tait install&#233; &#224; Vyborg, quartier ouvrier de Petrograd. Il fut &#224; la t&#234;te des manifestations de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Bandes semi-l&#233;gales qui &#233;cumaient le pays depuis la r&#233;volution de 1905, appuyant la r&#233;pression officielle par le terrorisme. Elles organisaient des pogroms et avaient &#224; leur actif pr&#232;s de 50 000 victimes juives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/que.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/que.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ao&#251;t 1917 - Et maintenant ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Il est quasiment certain que le gouvernement actuel, qui est l'incarnation m&#234;me de l'incomp&#233;tence ind&#233;cise et malveillante, ne soutiendra pas le choc de l'attaque subie &#224; Moscou et conna&#238;tra de nouveaux remaniements. Ce n'est pas en vain que le g&#233;n&#233;ral Kornilov explique qu'il ne faut pas craindre une nouvelle crise politique. Une telle crise, &#224; l'heure actuelle, peut &#234;tre tr&#232;s rapidement surmont&#233;e par un nouveau glissement &#224; droite. Savoir si K&#233;rensky obtiendra ou non, dans ces circonstance par rapport au contr&#244;le organis&#233; de la d&#233;mocratie, qui sera remplac&#233; par rapport au contr&#244;le organis&#233; de la d&#233;mocratie, qui sera remplac&#233; par un &#171; gouvernement invisible &#187; (et d'autant plus r&#233;el) des cliques imp&#233;rialistes ; savoir si le nouveau gouvernement entretiendra des relations pr&#233;cises avec l'&#233;tat-major des classes poss&#233;dantes qui sera sans aucun doute cr&#233;&#233; par la conf&#233;rence de Moscou ; savoir quelle sera la place des bonapartistes &#171; socialistes &#187; dans la nouvelle combinaison gouvernementale : tout cela est secondaire. Mais, m&#234;me si l'attaque de la bourgeoisie devait aboutir &#224; une nouvelle sortie des cadets du gouvernement, le pouvoir usurp&#233; de la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; ne serait en aucune fa&#231;on un pouvoir r&#233;ellement r&#233;volutionnaire et d&#233;mocratique. Compl&#232;tement ligot&#233;s par leurs compromis contre les travailleurs et les soldats de r&#233;serve, les leaders officiels du soviet seraient contraints de poursuivre leur politique de double jeu et d'opportunisme. En quittant le minist&#232;re, Konovalov n'a fait que transf&#233;rer sa mission sur les &#233;paules de Skobelev1. Le minist&#232;re K&#233;rensky-Ts&#233;r&#233;telli, m&#234;me sans les cadets, continuerait &#224; appliquer un programme semi-cadet. L'&#233;limination des cadets n'est qu'une goutte d'eau dans la mer ; ce qu'il faut, c'est du sang neuf et des m&#233;thodes nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence de Moscou, en tout cas, cl&#244;t et r&#233;sume toute la phase de la r&#233;volution pendant laquelle le r&#244;le dirigeant &#233;tait tenu par la tactique S.R. et menchevique de coop&#233;ration avec la bourgeoisie, coop&#233;ration fond&#233;e sur la renonciation aux buts propres de la r&#233;volution et leur subordination &#224; l'id&#233;e d'une coalition avec les ennemis de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution russe est un produit de la guerre. Celle-ci lui a fourni l'instrument n&#233;cessaire d'une organisation &#224; l'&#233;chelle nationale, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e. La paysannerie, qui constitue la majeure partie de la population, a &#233;t&#233;, au moment de la r&#233;volution, organis&#233;e de force. Les soviets de d&#233;l&#233;gu&#233;s de soldats ont oblig&#233; l'arm&#233;e &#224; d&#233;signer ses repr&#233;sentants politiques, et les masses paysannes ont automatiquement envoy&#233; au soviet les intellectuels semi-lib&#233;raux, qui traduisaient le vague de leurs espoirs et de leurs aspirations dans le langage de l'opportunisme mesquin et chicaneur le plus m&#233;prisable. L'intelligentsia petite-bourgeoise, qui est, &#224; tous les points de vue, sous la d&#233;pendance de la grande bourgeoisie, a pris la direction de la paysannerie. Les soviets de d&#233;l&#233;gu&#233;s de soldats-paysans ont obtenu une nette majorit&#233; sur les repr&#233;sentants des travailleurs. L'avant-garde prol&#233;tarienne de Petrograd fut d&#233;cr&#233;t&#233;e masse ignorante. La fine fleur de la r&#233;volution se r&#233;v&#233;la, en la personne des S.R. et mencheviks de f&#233;vrier, des intellectuels &#171; provinciaux &#187;, appuy&#233;s sur les paysans. Sur cette base s'&#233;leva, par l'interm&#233;diaire d'&#233;lections &#224; deux et trois niveaux, le comit&#233; ex&#233;cutif central. Le soviet de Petrograd, qui, au cours de la premi&#232;re p&#233;riode, remplissait des fonctions &#224; l'&#233;chelle de la nation, &#233;tait soumis depuis le d&#233;but &#224; l'influence directe des masses r&#233;volutionnaires. Le comit&#233; central, au contraire, planait dans les nuages des cimes bureaucratiques r&#233;volutionnaires, coup&#233; des ouvriers et soldats de Petrograd et hostile &#224; leur &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de rappeler que le comit&#233; central a jug&#233; n&#233;cessaire de rappeler des troupes du front pour briser les manifestations de Petrograd qui, au moment de l'arriv&#233;e des troupes, avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; stopp&#233;es par les manifestants eux-m&#234;mes. Les dirigeants philistins ont commis un suicide politique quand ils ont refus&#233; de voir autre chose que chaos, anarchie et &#233;meutes dans la tendance &#8211; qui &#233;tait la cons&#233;quence naturelle de toute l'orientation du pays &#8211; &#224; &#233;quiper, &#224; armer la r&#233;volution de tout l'appareil de l'autorit&#233;. En d&#233;sarmant les ouvriers et les soldats de Petrograd, les Ts&#233;r&#233;telli, les Dan, les Tchernov ont d&#233;sarm&#233; l'avant-garde de la r&#233;volution et caus&#233; un pr&#233;judice irr&#233;parable &#224; l'influence de leur propre comit&#233; ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, confront&#233;s aux empi&#233;tements de la contre-r&#233;volution, ces politiciens parlent de r&#233;tablir l'autorit&#233; et l'importance des soviets. Leur mot d'ordre abstrait de poser la question constitue d&#233;j&#224; un proc&#233;d&#233; profond&#233;ment r&#233;actionnaire. Sous un pr&#233;tendu appel &#224; l'organisation, c'est une tentative de contourner la question des buts politiques et des m&#233;thodes de lutte. Organiser les masses pour &#171; relever l'autorit&#233; &#187; des soviets est une entreprise lamentable et inutile. Les masses avaient confiance dans les soviets, elles les suivaient, elles les ont &#233;lev&#233;s &#224; une hauteur extraordinaire. Et le r&#233;sultat qu'elles ont pu constater, c'est la reddition des soviets devant les pires ennemis des masses. Il serait pu&#233;ril de supposer que les masses pourraient ou voudraient recommencer une exp&#233;rience historique d&#233;j&#224; tranch&#233;e. Pour que les masses, apr&#232;s avoir perdu confiance dans le centre aujourd'hui dominant de la d&#233;mocratie, ne perdent pas aussi confiance dans la r&#233;volution elle-m&#234;me, il faut leur fournir un jugement critique sur tout le travail politique accompli jusqu'ici au cours de la r&#233;volution, et cela &#233;quivaut &#224; une condamnation sans appel de tous les &#171; efforts &#187; des leaders S.R. et mencheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, nous dirons aux masses : ils rejettent toute la responsabilit&#233; sur le dos des bolcheviks, mais pourquoi ont-ils &#233;t&#233; incapables de battre les bolcheviks ? Ils avaient pour eux non seulement la majorit&#233; des soviets, mais aussi toute l'autorit&#233; du gouvernement, et ils ont quand m&#234;me trouv&#233; le moyen de se faire battre par un &#171; complot &#187; de ceux qu'ils appellent une bande infime de bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements des 16-18 juillet, les S.R. et les mencheviks, &#224; Petrograd, n'ont cess&#233; de s'affaiblir, tandis que les bolcheviks se renfor&#231;aient. M&#234;me chose &#224; Moscou. Cela d&#233;montre clairement que la r&#233;volution &#224; mesure qu'elle d&#233;veloppe, fait que la politique des bolcheviks exprime les exigences tandis que la &#171; majorit&#233; &#187; S.R. et menchevique ne fait que perp&#233;tuer l'impuissance et l'arri&#233;ration ant&#233;rieures des masses. Mais, aujourd'hui cet immobilisme n'est plus de mise ; il doit donc &#234;tre impos&#233; et renforc&#233; par la r&#233;pression la plus f&#233;roce. Ces gens se battent contre la logique la plus f&#233;roce. Ces gens se battent contre la logique m&#234;me de la r&#233;volution, et c'est pourquoi on les trouve dans le m&#234;me camp que les ennemis de classe conscients de la r&#233;volution. Et c'est justement pour cette raison que nous avons le devoir d'affaiblir la confiance qu'on a envers eux, au nom du jour de la r&#233;volution qui est notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re absolument vide du mot d'ordre &#171; renforcement des soviets &#187; ressort le plus clairement du monde des relations entre le comit&#233; ex&#233;cutif central et le soviet, appuy&#233; sur les rangs avanc&#233;s du prol&#233;tariat et des soldats qui sont pass&#233;s de leur c&#244;t&#233;, marchait de plus en plus r&#233;solument vers les positions du socialisme r&#233;volutionnaire, le comit&#233; ex&#233;cutif central a syst&#233;matiquement sap&#233; l'autorit&#233; et l'importance du soviet de Petrograd. Pendant des mois entiers, celui-ci n'a pas &#233;t&#233; convoqu&#233;. On lui a, de fait, enlev&#233; son journal, les Izvestia, o&#249; les pens&#233;es et la vie du prol&#233;tariat de Petrograd ne trouvent plus aucune expression. Quand la presse bourgeoise en fureur calomnie et diffame les dirigeants du prol&#233;tariat de Petrograd, les Izvestia ne voient rien et n'entendent rien. Dans ces circonstances, quel peut bien &#234;tre le sens du mot d'ordre &#171; renforcement des soviets &#187; ? Une seule r&#233;ponse est possible. Il veut dire renforcer le soviet de Petrograd contre le comit&#233; ex&#233;cutif central, qui s'est bureaucratis&#233; et dont la composition est demeur&#233;e inchang&#233;e. Nous devons obtenir pour le soviet de Petrograd l'ind&#233;pendance compl&#232;te d'organisation, de protection et de fonctionnement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le probl&#232;me le plus important, et sa r&#233;solution est le premier point &#224; l'ordre du jour. Le soviet de Petrograd doit devenir le centre d'une nouvelle mobilisation r&#233;volutionnaire des masses de travailleurs, de soldats et de paysans, dans une nouvelle lutte pour le pouvoir. Nous devons soutenir de toutes nos forces l'initiative prise par la conf&#233;rence des comit&#233;s d'ouvriers d'usine, pour la convocation du congr&#232;s panrusse des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers. Pour que le prol&#233;tariat puisse rallier les masses appauvries de soldats et de paysans, sa politique doit &#234;tre radicale et inexorablement oppos&#233;e &#224; la tactique du comit&#233; ex&#233;cutif central. Il est clair, d'apr&#232;s la Novaia Zin d'une union entre mencheviks et nous est vaine, r&#233;actionnaire et utopique. Ce r&#233;sultat ne peut &#234;tre obtenu que si le prol&#233;tariat en tant que classe restructure son organisation centrale &#224; l'&#233;chelle du pays. Il nous est impossible de pr&#233;dire tous les tours et d&#233;tours du cheminement de l'histoire. En tant que parti politique, nous ne pouvons pas &#234;tre tenus pour responsables du cours de l'histoire. Mais nous n'en sommes que plus responsables devant notre classe : la rendre capable de mener &#224; bien sa mission &#224; travers toutes les d&#233;viations du cheminement historique, voil&#224; notre devoir fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dirigeantes, avec le &#171; gouvernement de salut 2 &#187;, font tout ce qui est en leur pouvoir pour imposer les probl&#232;mes politiques de la r&#233;volution &#224; l'attention non seulement des travailleurs, mais aussi de l'arm&#233;e et des provinces, et sous une forme aussi aigu&#235; que possible. Les S.R. et les mencheviks ont fait et font encore tout ce qu'ils peuvent pour &#233;taler devant les secteurs les plus larges des masses laborieuses du pays la faillite compl&#232;te de leur tactique. Il appartient maintenant &#224; notre parti, avec &#233;nergie, vigilance et insistance, de tirer toutes les conclusions in&#233;vitables de la situation actuelle et de se mettre la t&#234;te des masses d&#233;sh&#233;rit&#233;es et &#233;puis&#233;es pour livrer une bataille r&#233;solue en faveur de leur dictature r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proletarii, n&#176; 4, 17 ao&#251;t 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Konovalov, ministre du Commerce dans le gouvernement provisoire du prince Lvov, d&#233;missionna le 31 mai 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Cf. chap. 2, note 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/maintenant.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/maintenant.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ao&#251;t 1917 - Le caract&#232;re de la r&#233;volution russe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Les scribes et politiciens lib&#233;raux et S.R.-mencheviques se soucient beaucoup de la signification sociologique de la r&#233;volution russe. Est-ce une r&#233;volution bourgeoise, ou quelque autre type de r&#233;volution bourgeoise, ou quelque autre type de r&#233;volution ? &#192; premi&#232;re vue, cette th&#233;orisation acad&#233;mique peut para&#238;tre un peu &#233;nigmatique. Les lib&#233;raux n'ont rien &#224; gagner &#224; r&#233;v&#233;ler les int&#233;r&#234;ts de la classe qui sont derri&#232;re &#171; leur &#187; r&#233;volution. Quant aux &#171; socialistes &#187; petits-bourgeois, ils n'utilisent pas, en g&#233;n&#233;ral, mais pr&#233;f&#232;rent invoquer le &#171; sens commun &#187;, autrement dit m&#233;diocrit&#233; et l'absence de principes. Le fait est que le jugement de Milioukov-Dan, inspir&#233; par Pl&#233;khanov, sur le caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution russe ne contient pas une once de th&#233;orie. Ni Yedinstvo, ni Rietch, ni Dieu, ni la Rabotchaia Gazeta ne se cassent la t&#234;te pour pr&#233;ciser ce qu'ils entendent par r&#233;volution bourgeoise. Le but de leurs man&#339;uvres est purement pratique : il s'agit de d&#233;montrer le &#171; droit &#187; de la r&#233;volution bourgeoise &#224; exercer le pouvoir. M&#234;me si les soviets repr&#233;sentent la majorit&#233; de la population politiquement form&#233;e, m&#234;me si dans toutes les &#233;lections d&#233;mocratiques, &#224; la ville comme &#224; la campagne, les partis capitalistes ont &#233;t&#233; balay&#233;s avec &#233;clat, &#171; puisque la r&#233;volution a un caract&#232;re bourgeois &#187;, il est n&#233;cessaire de pr&#233;server les privil&#232;ges de la bourgeoisie et de lui accorder au gouvernement un r&#244;le auquel la configuration des groupes politiques dans le pays ne lui donne absolument pas droit. Si nous devons agir conform&#233;ment aux principes du parlementarisme d&#233;mocratique, il est clair que le pouvoir appartient aux sociaux-r&#233;volutionnaires, soit seuls, soit alli&#233;s aux mencheviks. Mais, comme &#171; notre r&#233;volution est une r&#233;volution bourgeoise &#187;, les principes de la d&#233;mocratie sont suspendus et les repr&#233;sentants de l'&#233;crasante majorit&#233; du peuple re&#231;oivent cinq si&#232;ges au minist&#232;re, alors que les repr&#233;sentants d'une infime minorit&#233; en obtiennent deux fois plus. Au diable la d&#233;mocratie ! Et vive la sociologie de Pl&#233;khanov !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suppose que vous voudriez une r&#233;volution bourgeoise sans la bourgeoisie ? &#187;, demande finement Pl&#233;khanov, appelant &#224; la rescousse Engels et la dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est exactement &#231;a, interrompt Milioukov. Nous, les cadets, nous serions pr&#234;ts &#224; abandonner le pouvoir que le peuple, de toute &#233;vidence, ne veut pas nous donner. Mais nous ne pouvons pas nous d&#233;rober devant la science. &#187; Et il se r&#233;f&#232;re au &#171; marxisme &#187; de Pl&#233;khanov comme autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque notre r&#233;volution est une r&#233;volution bourgeoise, expliquent Pl&#233;khanov, Dan et Potressov, nous devons former une alliance politique entre les travailleurs et les exploiteurs. Et, &#224; la lumi&#232;re de cette sociologie, la pitrerie de la poign&#233;e de mains entre Boublikov et Ts&#233;r&#233;telli se r&#233;v&#232;le dans toute sa signification historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un ennui, c'est que ce m&#234;me caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution, qui sert maintenant &#224; justifier la coalition entre les socialistes et les capitalistes, a, pendant un bon nombre d'ann&#233;es, &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; par ces m&#234;mes mencheviks comme menant &#224; des conclusions diam&#233;tralement oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque dans une r&#233;volution bourgeoise, avaient-ils l'habitude de dire, le gouvernement au pouvoir ne peut avoir d'autre fonction que de sauvegarder la domination de la bourgeoisie, il est clair que le socialisme n'a rien &#224; faire avec lui, que sa place n'est pas au gouvernement mais dans l'opposition. Pl&#233;khanov consid&#233;rait que les socialistes ne pouvaient &#224; aucune condition participer &#224; un gouvernement bourgeois, et il attaqu&#233; violemment Kautsky, dont la fermet&#233; admettait, sur ce point, certaines exception. &#171; Tempora legesque mutantur 1 &#187;, disaient les gentlemen de l'ancien r&#233;gime. Et il semble que ce soit le cas pour les &#171; lois &#187; de la sociologie de Pl&#233;khanov, peu importe la contradiction entre les opinions des mencheviks et de leur leader Pl&#233;khanov, car, quand on compare leurs d&#233;clarations d'avant la r&#233;volution et celles d'aujourd'hui, une pens&#233;e unique domine les deux formules : c'est qu'on ne peut pas faire une r&#233;volution bourgeoise &#171; sans la bourgeoisie &#187;. &#192; premi&#232;re vue, cela peut para&#238;tre une &#233;vidence. Mais c'est seulement une sottise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'humanit&#233; n'a pas commenc&#233; avec la conf&#233;rence de Moscou. Il y a eu des r&#233;volutions avant. &#192; la fin du xviiie si&#232;cle, il y eut en France une r&#233;volution, qu'on appelle, et &#224; juste titre, la &#171; Grande R&#233;volution &#187;. C'&#233;tait une r&#233;volution bourgeoise. Au cours d'une de ses phases, le pouvoir tomba aux mains des jacobins, qui &#233;taient soutenus par les &#171; sans-culottes &#187;, c'est-&#224;-dire les travailleurs semi-prol&#233;taires des villes, et qui interpos&#232;rent entre eux et les Girondins, le parti lib&#233;ral de la bourgeoisie, les cadets de l'&#233;poque, le rectangle net de la guillotine. C'est seulement la dictature des jacobins qui a donn&#233; &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise son importance historique, qui a fait d'elle la &#171; Grande R&#233;volution &#187;. Et pourtant cette dictature fut instaur&#233;e non seulement sans la bourgeoisie, mais encore contre elle et malgr&#233; elle. Robespierre, &#224; qui il ne fut pas donn&#233; de s'initier aux id&#233;es de Pl&#233;khanov, renversa toutes les lois de la sociologie et, au lieu de serrer la main des Girondins, il leur coupa la t&#234;te. C'&#233;tait cruel, sans aucun doute. Mais cette cruaut&#233; n'a pas emp&#234;ch&#233; la R&#233;volution fran&#231;aise de devenir &#171; Grande &#187;, dans les limites de son caract&#232;re bourgeois. Marx, au nom duquel on commet aujourd'hui tant de m&#233;faits dans notre pays, a dit que &#171; toute la Terreur en France ne fut rien d'autre qu'une m&#233;thode pl&#233;b&#233;ienne d'en finir avec les ennemis de la bourgeoisie2 &#187; Et, comme cette bourgeoisie avait tr&#232;s peur de ces m&#233;thodes pl&#233;b&#233;iennes pour en finir avec les ennemis du peuple, les Jacobins non seulement priv&#232;rent la bourgeoisie du pouvoir, mais encore lui appliqu&#232;rent une loi de fer et de sang chaque fois qu'elle faisait une tentative quelconque pour arr&#234;ter ou &#171; mod&#233;rer &#187; le travail des Jacobins. Il est clair par cons&#233;quent que les jacobins ont accompli une r&#233;volution bourgeoise sans la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de la r&#233;volution anglaise de 1648, Engels a &#233;crit : &#171; Pour que la bourgeoisie puisse r&#233;colter tous les fruits parvenus &#224; maturit&#233;, il fallait que la r&#233;volution d&#233;passe de loin ses buts premiers, comme ce fut &#224; nouveau le cas en France en 1793 et en Allemagne en 1848. C'est l&#224; certainement une des lois de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; bourgeoise3. &#187; On voit que la loi d'Engels est diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; la construction ing&#233;nieuse de Pl&#233;khanov que les mencheviks ont adopt&#233;e et r&#233;pandue partout comme &#233;tant du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut bien s&#251;r objecter que les Jacobins appartenaient eux-m&#234;mes &#224; la bourgeoisie, la petite bourgeoisie. C'est tout &#224; fait vrai. Mais n'est-ce pas aussi le cas de la pr&#233;tendue &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; dirig&#233;e par les S.R. et les mencheviks ? Entre le parti cadet, qui repr&#233;sente les int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires plus ou moins grands, et les sociaux-r&#233;volutionnaires, il n'y a eu aucun parti interm&#233;diaire, dans aucune &#233;lection que ce soit, &#224; la ville ou &#224; la campagne. Il s'ensuit avec une certitude math&#233;matique que la petite bourgeoisie doit avoir trouv&#233; sa repr&#233;sentation politique dans les rangs des sociaux-r&#233;volutionnaires. Les mencheviks, dont la politique ne diff&#232;re pas d'un cheveu de celle des S.R., refl&#232;tent les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts de classe. Cela n'est pas contradictoire avec le fait qu'ils sont aussi soutenus par une fraction des travailleurs les plus arri&#233;r&#233;s et les plus conservateurs et privil&#233;gi&#233;s. Pourquoi les S.R. ont-ils &#233;t&#233; incapables d'assumer le pouvoir ? Dans quel sens et pourquoi le caract&#232;re &#171; bourgeois &#187; de la r&#233;volution russe (si on suppose que tel est le cas) obligerait-il les S.R. et les mencheviks &#224; remplacer les m&#233;thodes pl&#233;b&#233;iennes des Jacobins par le proc&#233;d&#233; bien &#233;lev&#233; d'un accord avec la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire ? Il faut &#233;videmment en chercher la raison non dans le caract&#232;re lamentable de notre d&#233;mocratie petite-bourgeoise. Au lieu d'utiliser le pouvoir qu'elle a en main comme organe de la r&#233;alisation des exigences essentielles de l'histoire, notre d&#233;mocratie frauduleuse a respectueusement repass&#233; tout le pouvoir r&#233;el &#224; la clique contre-r&#233;volutionnaire et militaro-imp&#233;rialiste, et Ts&#233;r&#233;telli, &#224; la conf&#233;rence de Moscou, a m&#234;me pu se glorifier de ce que les soviets n'avaient pas abandonn&#233; le pouvoir de force, apr&#232;s une d&#233;faite dans une lutte courageuse, mais de son plein gr&#233;, comme preuve d'auto-effacement politique. Ce n'est pas avec la douceur du veau qui tend le cou au couteau du boucher qu'on peut conqu&#233;rir de nouveaux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre les terroristes de la Convention et les capitulards de Moscou, c'est la diff&#233;rence entre des tigres et des veaux : une diff&#233;rence de courage. Mais cette diff&#233;rence n'est pas fondamentale. Elle ne fait que masquer une diff&#233;rence d&#233;cisive dans le personnel de la d&#233;mocratie lui-m&#234;me. Les Jacobins trouvaient leur base dans le classes de petits poss&#233;dants ou les non-poss&#233;dants, incluant l'embryon de prol&#233;tariat industriel est sorti de la d&#233;mocratie impr&#233;cise pour occuper dans l'histoire une position o&#249; il exerce une influence de premi&#232;re importance. La d&#233;mocratie petite-bourgeoise perdait ses qualit&#233;s r&#233;volutionnaires les plus pr&#233;cieuses &#224; mesure que ces qualit&#233;s se d&#233;veloppaient dans le prol&#233;tariat qui se d&#233;gageait de la tutelle petite-bourgeoise. Ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; son tour est d&#251; au degr&#233; incomparablement plus &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement capitaliste en Russie par rapport &#224; la France de la fin du xviiie si&#232;cle. Le pouvoir r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat russe, qui ne peut absolument pas &#234;tre mesur&#233; d'apr&#232;s son importance num&#233;rique, est fond&#233; sur son pouvoir productif immense, qui appara&#238;t plus clairement que jamais en temps de guerre. La menace d'une gr&#232;ve des chemins de fer nous rappelle &#224; nouveau, aujourd'hui, combien tout le pays d&#233;pend du travail concentr&#233; du prol&#233;tariat. Le parti petit-bourgeois-paysan, au tout d&#233;but de la r&#233;volution, &#233;tait soumis au feu crois&#233; des groupes puissants form&#233;s par les classes imp&#233;rialistes d'un c&#244;t&#233; et le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et internationaliste de l'autre. Dans sa lutte pour exercer une influence propre sur les travailleurs, la petite bourgeoisie n'a cess&#233; de se vanter de son &#171; talent &#224; g&#233;rer l'&#201;tat &#187;, de son &#171; patriotisme &#187;, et elle est ainsi tomb&#233;e dans une d&#233;pendance servile par rapport aux groupes capitalistes contre-r&#233;volutionnaires. En m&#234;me temps, elle a perdu toute possibilit&#233; de liquider ne serait-ce que l'ancienne barbarie qui impr&#233;gnait les secteurs de la population qui lui &#233;taient encore attach&#233;s. La lutte des S.R. et des mencheviks pour influencer le prol&#233;tariat c&#233;dait de plus en plus la place &#224; une lutte du parti prol&#233;tarien pour obtenir la direction des masses semi-prol&#233;tariennes des villes et des villages. Parce qu'ils ont &#171; de leur plein gr&#233; &#187; transmis leur pouvoir aux cliques bourgeoises, les S.R. et les mencheviks ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de transmettre int&#233;gralement la mission r&#233;volutionnaire au parti du prol&#233;tariat. Cela seul suffit &#224; montrer que la tentative pour trancher les questions tactiques fondamentales par une simple r&#233;f&#233;rence au caract&#232;re &#171; bourgeois &#187; de notre r&#233;volution peut seulement r&#233;ussir &#224; semer la confusion dans l'esprit des travailleurs arri&#233;r&#233;s et &#224; tromper les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la r&#233;volution de 1848 en France, le prol&#233;tariat fait d&#233;j&#224; des efforts h&#233;ro&#239;ques pour agir de fa&#231;on autonome. Mais il n'a encore ni th&#233;orie r&#233;volutionnaire claire ni organisation de classe reconnue. Son importance dans la production est infiniment moindre que la fonction &#233;conomique actuelle du prol&#233;tariat russe. De plus, derri&#232;re 1848 il y avait une autre grande r&#233;volution, qui avait r&#233;solu &#224; sa mani&#232;re la question agraire, et il en r&#233;sulta un isolement tr&#232;s net du prol&#233;tariat, surtout &#224; Paris, par rapport aux masses paysannes. Notre situation &#224; cet &#233;gard est infiniment plus favorable. Les hypoth&#232;ques sur la terre, les obligations vexatoires en tout genre et l'exploitation rapace de l'&#201;glise s'imposent &#224; la r&#233;volution comme des probl&#232;mes in&#233;luctables, qui exigent des mesures courageuses et sans compromis. L'&#171; isolement &#187; de notre parti par rapport aux S.R. et aux mencheviks ne signifierait pas du tout un isolement du prol&#233;tariat par rapport aux masses opprim&#233;es des villes et des campagnes. Au contraire, une opposition politique r&#233;solue du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire &#224; la d&#233;fection perfide des leaders actuels du soviet ne peut qu'entra&#238;ner une diff&#233;renciation salutaire parmi les millions de paysans, arracher les paysans pauvres &#224; l'influence tra&#238;tresse des puissants moujiks social-r&#233;volutionnaires, et faire du prol&#233;tariat socialiste le leader v&#233;ritable de la r&#233;volution populaire, &#171; pl&#233;b&#233;ienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, une simple r&#233;f&#233;rence vide de sens au caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution russe ne nous dit absolument rien sur le caract&#232;re international de son milieu. Et c'est l&#224; un facteur de premi&#232;re importance. La grande r&#233;volution jacobine se trouva confront&#233;e &#224; une Europe arri&#233;r&#233;e, f&#233;odale et monarchiste. Le r&#233;gime jacobin tomba, laissant la place au r&#233;gime bonapartiste, sous le poids de l'effort surhumain qu'il dut fournir pour subsister contre les forces unies du Moyen Age. La r&#233;volution russe, au contraire, trouve devant elle une Europe qui l'a distanc&#233;e de beaucoup et qui est parvenue au degr&#233; le plus &#233;lev&#233; du d&#233;veloppement capitaliste. Le massacre actuel montre que l'Europe a atteint le point de saturation capitaliste, qu'elle ne peut plus continuer &#224; vivre et cro&#238;tre sur la base de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ce chaos de sang et de ruines est l'insurrection furieuse des forces muettes et sombres de la production, c'est la r&#233;volte du fer et de l'acier contre la domination du profit, contre l'esclavage salari&#233;, contre la mis&#233;rable impasse de nos relations humaines. Le capitalisme, pris dans l'incendie d'une guerre qu'il a lui-m&#234;me d&#233;clench&#233;e, crie &#224; l'humanit&#233; par la bouche de ses canons : &#171; Sois victorieuse, ou je t'ensevelirai sous mes ruine quand je tomberai ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;volution pass&#233;e, les milliers d'ann&#233;es d'histoire humaine, de lutte des classes, d'accumulation culturelle sont concentr&#233;es maintenant dans l'unique probl&#232;me de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il n'y a pas d'autre r&#233;ponse et pas d'autre issue. Et c'est l&#224; ce qui fait la force formidable de la r&#233;volution russe. Ce n'est pas une r&#233;volution &#171; nationale &#187;, dans le royaume des hallucinations des xviiie et xixe si&#232;cles. Notre patrie dans le temps, c'est le xxe si&#232;cle. Le sort futur de la r&#233;volution russe d&#233;pend directement du cours et du r&#233;sultat de la guerre, c'est-&#224;-dire de l'&#233;volution des contradictions de classes en Europe, auxquelles cette guerre imp&#233;rialiste donne une nature catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les K&#233;rensky et les Kornilov ont commenc&#233; trop t&#244;t &#224; parler le langage de dictateurs rivaux. Les Kaledine ont montr&#233; les dents trop t&#244;t. Le ren&#233;gat Ts&#233;r&#233;telli a saisi trop t&#244;t le doigt m&#233;prisant que lui tendait la contre-r&#233;volution. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la r&#233;volution n'a dit que son premier mot. Elle a encore des r&#233;serves formidables en Europe occidentale. Au lieu de la poign&#233;e de mains des chefs de gang r&#233;actionnaires et des bons &#224; rien de la petite bourgeoisie viendra la grande &#233;treinte du prol&#233;tariat russe et du prol&#233;tariat d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proletarii, n&#176; 8, 22 ao&#251;t 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Les temps et les lois changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Marx, La bourgeoisie et la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Engels, Socialisme utopique et Socialisme scientifique, &#201;ditions sociales, Paris, 1951, p. 99. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/caractere.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/08/caractere.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Septembre 1917 - Discours &#224; la conf&#233;rence d&#233;mocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Camarades et citoyens ! Nous ne voulons pas entendre de bons conseils, nous voulons un rapport. M&#234;me Peschekonov, en guise de rapport, nous a lu une sorte de po&#232;me en prose sur les avantages de la coalition. Il a dit que les ministres cadets, dans le gouvernement de coalition, ne s'&#233;taient livr&#233;s (Dieu merci !) &#224; aucun sabotage ; ils n'ont fait que rester assis et attendre en disant : &#171; Nous allons simplement voir comment vous, socialistes, vous nous trahissez. &#187; J'ai dit que c'est du sabotage de la part d'un parti politique, un parti capitaliste, i-un parti tr&#232;s influent, que d'entrer dans le gouvernement, &#224; un moment des plus critiques de l'histoire, uniquement pour pouvoir observer de l'int&#233;rieur comment les repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie se trahissent, quand de l'ext&#233;rieur, ce m&#234;me parti aide Kornilov. Le citoyen Peschekonov a promis alors de m'expliquer la diff&#233;rence entre sabotage et politique. Mais il a oubli&#233; de tenir sa promesse. Un autre ministre d'un autre parti, un cadet, a tir&#233; certaines conclusions de son exp&#233;rience de ministre, mais dans un sens politique plus pr&#233;cis. Je veux parler de Kolochkine. Il a justifi&#233; sa d&#233;mission en disant que les pouvoirs extraordinaires attribu&#233;s &#224; K&#233;rensky ont r&#233;duit les autres ministres &#224; n'&#234;tre que les ex&#233;cutants des ordres du ministre-pr&#233;sident, et qu'il n'&#233;tait pas pr&#234;t, quant &#224; lui, &#224; accepter cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le dis franchement : en lisant ces mots, j'ai &#233;t&#233; tent&#233; d'applaudir notre ennemi Kolochkine. Il a parl&#233; ici avec dignit&#233; politique et avec dignit&#233; humaine. Il y a actuellement de grandes divergences d'opinion parmi nous sur le minist&#232;re de coalition d&#233;missionnaire, aussi bien que sur celui &#224; venir1. Mais, je vous le demande, y a-t-il une divergence quelconque sur le gouvernement en place aujourd'hui, et qui parle aujourd'hui au nom de la Russie ? Je n'ai pas entendu ici un seul orateur revendiquer l'honneur peu enviable de d&#233;fendre ce monstre) cinq t&#234;tes qu'est le directoire, ou son pr&#233;sident K&#233;rensky. (D&#233;sordre, applaudissements et protestations de &#171; Vive K&#233;rensky ! &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous souvenez peut-&#234;tre comment, de cette m&#234;me tribune, un autre ancien ministre, Ts&#233;r&#233;telli, a parl&#233; de sa propre exp&#233;rience, en homme tr&#232;s clairvoyant en-t en diplomate ; il a dit que toute la faute en &#233;tait au peuple lui-m&#234;me, car c'&#233;tait lui qui avait &#233;lev&#233; un individu &#224; une j-hauteur telle qu'il ne pouvait que le d&#233;cevoir. Il n'a pas nomm&#233; cet individu, mais vous me croirez tous si je vous affirme qu'il ne pensait pas &#224; Terechtchenko.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le discours qu'il a fait ici, K&#233;rensky a r&#233;pondu &#224; nos remarques sur la peine de mort 2 en disant : &#171; Vous pouvez me condamner si jamais je signe un seul arr&#234;t de mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la peine de mort, peine que K&#233;rensky lui-m&#234;me a abolie jadis, &#233;tait n&#233;cessaire, alors, je vous le demande, comment K&#233;rensky peut-il dire &#224; la conf&#233;rence d&#233;mocratique qu'il n'utilisera jamais la peine de mort ? Et s'il nous dit qu'il juge possible de s'engager &#224; ne pas utiliser la peine de mort contre le peuple, alors je dis qu'en parlant ainsi il a fait de l'introduction de la peine de mort une e chose si futile que c'en est presque criminel. (Cris de &#171; C'est vrai ! &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait refl&#232;te la totale d&#233;gradation actuelle de la r&#233;publique russe. Cette r&#233;publique n'a ni repr&#233;sentation nationale reconnue ni gouvernement responsable. Et si tous, divis&#233;s sur tant d'autres questions, nous sommes d'accord sur un point, c'est bien celui-ci : il est indigne d'un grand peuple, et encore plus d'un peuple qui a accompli une grande r&#233;volution, de tol&#233;rer que le pouvoir soit concentr&#233; dans les mains d'une seule personne, et d'une personne qui n'est pas responsable devant le peuple. (Applaudissements.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarade, de nombreux orateurs ont soulign&#233; que, dans la p&#233;riode actuelle, le fardeau du pouvoir est lourd et tyrannique, et ils d&#233;conseillent &#224; la d&#233;mocratie russe, jeune et inexp&#233;riment&#233;e, d'assumer ce fardeau ; que peut-on dire alors, je vous le demande, s'il est assum&#233; par une seule personne, qui n'a en aucune occasion montr&#233; de talent particulier, ni comme chef d'arm&#233;e ni comme l&#233;gislateur ? (Cris : &#171; &#199;a suffit ! &#187; et &#171; continuez ! &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je regrette infiniment que le point de vue qui s'exprime maintenant avec tant d'&#233;nergie dans ces cris de protestation n'ait jusqu'&#224; pr&#233;sent trouv&#233; aucune expression articul&#233;e &#224; cette tribune (D&#233;sordre et applaudissements.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un orateur n'est mont&#233; &#224; cette tribune pour nous dire : &#171; Pourquoi vous quereller &#224; propos de l'ancienne coalition, pourquoi discuter de la future coalition ? Vous avez Alexandre K&#233;rensky, et cela doit vous suffire ! &#187; Personne n'a dit cela. (Ces mots soul&#232;vent une nouvelle temp&#234;te de protestations. &#171; Je me tairai jusqu'&#224; ce que l'ordre soit r&#233;tabli dans cette salle &#187;, d&#233;clare Trotsky d'une voix ferme et d&#233;cid&#233;e. Le pr&#233;sident r&#233;ussit &#224; r&#233;tablir l'ordre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parti n'a jamais attribu&#233; la responsabilit&#233; du r&#233;gime actuel &#224; la mauvaise volont&#233; d'un individu quelconque. Au mois de mai, quand j'ai parl&#233; au soviet des d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers et soldats de Petrograd, j'ai dit : &#171; C'est vous, les partis en lutte, qui cr&#233;ez vous-m&#234;mes un r&#233;gime dans lequel la personne qui portera la plus lourde responsabilit&#233; sera oblig&#233;e, ind&#233;pendamment de sa propre volont&#233;, de devenir le futur Bonaparte russe.. &#187; (D&#233;sordre, cris : &#171; Mensonges ! D&#233;magogie ! &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, il ne peut y avoir ici de d&#233;magogie, car ce qui est dit ici en fait, c'est simplement que certaines circonstances politiques engendrent in&#233;vitablement une tendance vers un r&#233;gime autocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont ces circonstances ? Nous les &#233;non&#231;ons comme suit : il se d&#233;roule dans la soci&#233;t&#233; moderne une lutte grave et acharn&#233;e. Ici en Russie, dans une p&#233;riode de r&#233;volution, quand les masses, &#233;mergeant des profondeur, prennent pour la premi&#232;re fois conscience d'elles-m&#234;mes en tant que classe, classe cruellement bless&#233;e &#224; travers des si&#232;cles d'oppression, quand elles se con&#231;oivent pour la premi&#232;re fois comme sujets politiques, comme personnes l&#233;gales, comme classe qui commence &#224; attaquer les fondements de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, alors, dans une telle p&#233;riode, la lutte de classe prend une forme des plus intenses et des plus ardentes. La d&#233;mocratie &#8211; ce que nous appelons la d&#233;mocratie &#8211;, c'est l'expression politique de ces masses travailleuses, des ouvriers, des paysans et des soldats. La bureaucratie et la noblesse d&#233;fendent les droits de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La lutte entre ces deux partis est maintenant in&#233;vitable, camarades, car la r&#233;volution a, pour parler comme les classes poss&#233;dantes, lib&#233;r&#233; les couches inf&#233;rieures du peuple. La lutte entre ces deux partis, qu'elle prenne une forme ou une autre, s'intensifie et &#233;volue suivant son cours naturel de d&#233;veloppement, auquel aucune &#233;loquence et aucun programme ne peuvent r&#233;sister. Maintenant que les forces motrices de la r&#233;volution se sont r&#233;v&#233;l&#233;es dans leur s&#233;paration, un gouvernement de coalition signifie soit le stade ultime de la stupidit&#233; politique, et cela ne peut durer, soit le plus haut degr&#233; d'imposture de la part des classes poss&#233;dantes qui tentent de priver les masses de direction en s&#233;duisant les chefs les meilleurs et les plus influents pour les attirer dans un pi&#232;ge, dans le but soit d'abandonner les masses (ou, comme ils disent, les &#171; &#233;l&#233;ments lib&#233;r&#233;s &#187;) &#224; leurs propre ressources, soit de les noyer dans leur propre sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades ! Les d&#233;fenseurs de la coalition disent qu'un gouvernement purement capitaliste est impossible. Pourquoi un tel gouvernement est-il impossible ? Le populiste Minor a soutenu qu'un minist&#232;re socialiste serait aussi &#233;ph&#233;m&#232;re qu'un gouvernement de coalition. Ce n'est un compliment ni pour le minist&#232;re de coalition ni pour un minist&#232;re socialiste. Je vous le demande : pourquoi ne pourrait-on pas laisser le gouvernement enti&#232;rement aux mains des capitalistes ? On nous dit que c'est impossible. Camarades, Ts&#233;r&#233;telli a soutenu tout &#224; fait justement que cela provoquerait une guerre civile. Donc les relations entre les masses et les classes poss&#233;dantes sont si tendues que la prise en main du gouvernement par les classes poss&#233;dantes donnerait le signal de la guerre civile. Tant les contradictions sont aigu&#235;s, tendues et fortes, tout &#224; fait ind&#233;pendamment des projets des bolcheviks !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un tel moment d'interr&#232;gne historique, o&#249; les classes poss&#233;dantes ne peuvent se saisir compl&#232;tement du pouvoir et o&#249; les organes du peuple n'osent pas encore s'en saisir, l'id&#233;e d'un arbitre, d'un dictateur, d'un Bonaparte, d'un Napol&#233;on, est n&#233;e. Voil&#224; pourquoi K&#233;rensky a pu occuper la position qu'il d&#233;tient maintenant. Ce sont la faiblesse et l'ind&#233;cision de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire qui ont cr&#233;&#233; la position de K&#233;rensky. (Applaudissements.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, une fois de plus, vous r&#233;p&#233;tez l'exp&#233;rience d'une coalition, alors qu'elle a fait son temps, alors que les cadets sont entr&#233;s deux fois dans la coalition et l'ont quitt&#233;e deux fois 3 &#8211; et sur ce point, camarades, il faut noter que leur but dans les deux cas, dans leur entr&#233;e comme dans leur sortie, &#233;tait le m&#234;me, &#224; savoir saboter le travail du gouvernement r&#233;volutionnaire &#8211;, alors que vous avez &#233;t&#233; t&#233;moins de l'affaire Kornilov 4, ce faisant vous inviteriez les cadets, j'en suis fermement convaincu, &#224; faire plus que r&#233;p&#233;ter l'exp&#233;rience pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on a dit qu'on ne peut accuser le parti cadet tout entier d'avoir particip&#233; &#224; la r&#233;bellion de Kornilov. Si je ne me trompe, c'est le camarade Znamensky qui nous a dit, &#224; nous les bolcheviks (et ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois que nous l'entendions) : &#171; Vous avez protest&#233; quand nous avons rendu responsable l'ensemble de votre parti, en tant que parti, du mouvement du 18 juillet. Alors ne r&#233;p&#233;tez pas l'erreur qu'ont commise quelques-uns d'entre nous, et ne rendez pas tous les cadets responsables de la r&#233;bellion de Kornilov. &#187; Cette comparaison est, &#224; mon avis, quelque peu inad&#233;quate, car, si on a accus&#233; (&#224; tort ou &#224; raison, c'est un autre probl&#232;me) les bolcheviks d'avoir lanc&#233;, ou m&#234;me provoqu&#233;, le mouvement des 16-18 juillet, ce ne fut pas pour les inviter &#224; entrer au gouvernement, mais pour les inviter &#224; entrer &#224; la prison Kresty5. (Rires.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, camarades, une petite diff&#233;rence que m&#234;me le citoyen Zaroudny, j'esp&#232;re, ne contestera pas. Nous vous disons : si vous voulez emprisonner les cadets &#224; cause de la r&#233;bellion de Kornilov, alors ne le faites pas sans r&#233;fl&#233;chir, mais examinez le cas de chaque cadet un &#224; un, et sous tous les angles. (Rires et cris : &#171; Bravo ! &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, camarades, si vous invitez un parti &#224; entrer au gouvernement, disons par exemple &#224; titre de paradoxe (et seulement &#224; ce titre), le parti bolchevique&#8230; (Rires.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien. Si vous voulez un minist&#232;re dont le travail consisterai &#224; d&#233;sarmer les travailleurs, &#224; &#233;loigner la garnison r&#233;volutionnaire ou &#224; rappeler le troisi&#232;me corps de cavalerie, alors je dirai que les bolcheviks, qui sont, en tout ou en partie, li&#233;s au mouvement des 16-18 juillet, sont dans leur ensemble, en tant que parti, totalement inaptes &#224; la t&#226;che de d&#233;sarmer Petrograd, sa garnison et ses ouvriers. (Rires.) Car, camarades, bien que les 16-18 juillet nous n'ayons pas appel&#233; les travailleurs &#224; descendre dans la rue, toutes nos sympathies allaient aux soldats et aux travailleurs qu'on a par la suite d&#233;sarm&#233;s et dispers&#233;s ; nous &#233;tions en complet accord avec leurs revendications, nous ha&#239;ssons ce qu'ils ha&#239;ssaient, nus aimions ce qu'ils aimaient&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#171; Vous avez arr&#234;t&#233; Tchernov &#187;, crie une voix dans la salle ; L'orateur r&#233;pond.) Si je ne me trompe, Tchernov est ici, et il peut confirmer (Tchernov approuve de la t&#234;te) que la violence faite &#224; Tchernov n'a pas &#233;t&#233; commise par les manifestants, mais par un petit groupe de gens visiblement criminels dont j'ai &#224; nouveau rencontr&#233; le chef, qui &#233;tait prisonnier de droit commun, &#224; la prison Kresty6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, camarades, la question n'est pas l&#224;. S'il s'agissait seulement du parti cadet et de son entr&#233;e au gouvernement, le fait qu'un membre ou l'autre de ce parti se cache dans la coulisse avec Kornilov, le fait que Maklakov &#233;tait au t&#233;l&#233;phone &#233;tait au t&#233;l&#233;phone quand Savinkov n&#233;gociait avec Kornilov, le fait que Roditchev est all&#233; dans le district du Don pour conclure un accord politique avec Kaledine, tout cela importe peu ; mais ce qui est important, c'est que toute la presse capitaliste de tous les pays a propag&#233; les mensonges, les pens&#233;es, les sentiments et les souhaits de la classe capitaliste. Voil&#224; pourquoi je dis qu'il nous est absolument impossible d'envisager la question d'une coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Tchernov, bien s&#251;r, est tr&#232;s optimiste et dit : &#171; Attendons &#187; ; mais, premi&#232;rement, la question du pouvoir est une question d'aujourd'hui et, deuxi&#232;mement, il affirme, en s'appuyant sur la th&#233;orie marxiste (le marxisme de Lieber et Dan, devenu maintenant &#8211; ironie de l'histoire &#8211; une arme adapt&#233;e aux besoins des S.R.), il affirme donc, sur la base de la th&#233;orie marxiste : &#171; Il faut attendre, peut-&#234;tre un nouveau parti d&#233;mocratique na&#238;tra-t-il au cours de la r&#233;volution. &#187; Personnellement, j'ai appris du marxisme que, quand les travailleurs entrent en sc&#232;ne comme force ind&#233;pendante, chacun de leurs pas, loin de renforcer la d&#233;mocratie bourgeoise l'affaiblit, en lib&#233;rant la masse des travailleurs de l'influence capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a sugg&#233;r&#233; d'attendre la renaissance et le renforcement de la d&#233;mocratie capitaliste et de former alors avec elle un front uni. C'est l&#224; la plus grande illusion que l'on puisse se faire. Nous ne voulons pas, camarades, fonder nos espoirs sur l'id&#233;e que la d&#233;mocratie bourgeoise, sous la forme qu'elle avait dans le syst&#232;me capitaliste, peut ressusciter parmi nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le camarade Trotsky lit la d&#233;claration de la fraction bolchevique7. Pendant sa lecture, des cris : &#171; Pourquoi ? Pourquoi ? &#187;, &#233;clatent sur le c&#244;t&#233; droit de la salle, &#224; propos des clauses sur la n&#233;cessit&#233; imm&#233;diate d'armer les travailleurs. L'orateur r&#233;pond &#224; ces cris par l'intervention suivante.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Le 6 ao&#251;t, le deuxi&#232;me gouvernement de coalition, form&#233; quinze jours auparavant, fut dissous, et un troisi&#232;me fut form&#233;, qui dura jusqu'&#224; l'insurrection d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 La peine capitale, abolie le 25 mars, fut r&#233;introduite par le gouvernement provisoire le 25 juillet 1917 pour les d&#233;lits militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Premi&#232;re d&#233;mission des cadets : celle de Milioukov le 15 mai. Deuxi&#232;me d&#233;mission : celle des cinq ministres cadets du premier gouvernement de coalition, les 15-16 juillet. Les cadets r&#233;int&#232;grent la nouvelle coalition form&#233;e par K&#233;rensky le 6 ao&#251;t, avec Nekrassov (Premier ministre adjoint et ministre des Finances).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Le commandant en chef Kornilov se rebella contre le gouvernement provisoire et les soviets le 6 septembre, et fit marcher la cavalerie (avec la &#171; Division sauvage &#187; des cosaques du Caucase) contre Petrograd. Les masses r&#233;volutionnaires eurent raison de la r&#233;volte qui ne dura que cinq jours, et Kornilov fut arr&#234;t&#233; le 14 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 La prison Kresty fut construite &#224; Petrograd en 1893 sur le mod&#232;le am&#233;ricain ; elle pouvait loger plus de mille prisonniers. Trotsky y fut emprisonn&#233; du 4 ao&#251;t au 17 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Tchernov &#233;chappa au lynchage gr&#226;ce &#224; l'intervention personnelle de Trotsky le 17 juillet 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Cf. supra, 7. Discours &#224; la conf&#233;rence d&#233;mocratique, note 1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/09/conference.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1917/09/conference.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5 Octobre 1917 - R&#233;solution du Soviet de Petrograd sur la Conf&#233;rence d&#233;mocratique.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de Petrograd, apr&#232;s avoir discut&#233; de la situation critique lors d'une r&#233;union d'urgence, consid&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le pays est sous la menace d'une nouvelle attaque de la contre-r&#233;volution. L'imp&#233;rialisme international, en &#233;troite alliance avec la bourgeoisie russe, pr&#233;pare des mesures communes pour &#233;trangler les ouvriers, les soldats et les paysans r&#233;volutionnaires. Les organisations contre-r&#233;volutionnaires du capital existent toujours, et m&#234;me maintenant la soi-disant Conf&#233;rence des personnalit&#233;s publiques si&#232;ge &#224; Moscou, qui &#233;tait le centre organisateur du discours de Kornilov. La Conf&#233;rence d&#233;mocratique artificiellement constitu&#233;e, convoqu&#233;e dans le but de parvenir &#224; un accord avec les &#233;l&#233;ments qualifi&#233;s, s'est r&#233;v&#233;l&#233;e totalement impuissante ; tandis que ses sections de droite lancent des ultimatums et vont en rupture directe avec la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, pour soutenir le gouvernement dans ses d&#233;marches contre-r&#233;volutionnaires. Le Gouvernement provisoire, par nombre de ses ordres, s'efforce manifestement de d&#233;sorganiser les forces de la r&#233;volution. Il dissout les organisations r&#233;volutionnaires d&#233;mocratiques de la flotte, a l'intention d'introduire les conspirateurs Kornilov-Cadet dans le gouvernement, nomme le Kornilovite Klembovsky expos&#233; au conseil militaire, etc. Tout cela cr&#233;e une tension extr&#234;me dans la situation et met devant le prol&#233;tariat, la paysannerie et les soldats la question de repousser ce qui pourrait arriver dans des actions contre-r&#233;volutionnaires dans un proche avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La conf&#233;rence d&#233;mocratique artificiellement bricol&#233;e n'am&#233;liore en rien la situation enchev&#234;tr&#233;e. Au contraire, incapable, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de cette s&#233;lection artificielle, de r&#233;soudre la question du pouvoir r&#233;volutionnaire, elle cr&#233;e l'apparence de l'impuissance de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. En m&#234;me temps, il f&#233;d&#232;re en son sein une droite essentiellement antid&#233;mocratique, qui lance des ultimatums &#224; la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire et est pr&#234;te &#224; tout moment &#224; passer dans le camp de la contre-r&#233;volution ouverte, en consolidant les positions des encensoirs et des ouvrant ainsi le champ &#224; toutes sortes d'aventures contre-r&#233;volutionnaires. Ainsi, la politique de conciliation et d'ind&#233;cision, au lieu de renforcer l'influence de la d&#233;mocratie, d&#233;sorganise ses forces et doit &#234;tre d&#233;finitivement abandonn&#233;e. Le soi-disant pr&#233;-parlement est en train de se transformer en une organisation o&#249; les parties les plus conservatrices de la d&#233;mocratie se voient accorder une place d&#233;cisive au d&#233;triment des organisations r&#233;volutionnaires d'ouvriers, de soldats et de paysans. Un tel pr&#233;-parlement menace de se transformer en une couverture pour de nouveaux accords avec la bourgeoisie, pour de nouveaux retards de l'Assembl&#233;e constituante, pour prolonger davantage la politique imp&#233;rialiste et, par cons&#233;quent, pour aggraver davantage la ruine du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Par cons&#233;quent, la contre-r&#233;volution ne peut &#234;tre repouss&#233;e que par des centres organis&#233;s de d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire - les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats et paysans et leurs organes subsidiaires, qui &#224; l'&#233;poque de Kornilov avaient d&#233;j&#224; prouv&#233; leur puissance dans la lutte contre l'assaut des ennemis de la r&#233;volution - les propri&#233;taires terriens, les capitalistes et les g&#233;n&#233;raux. Seuls les Soviets, repr&#233;sentant la force des masses r&#233;volutionnaires pr&#234;tes &#224; l'action, ont pu &#233;craser la r&#233;bellion arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Kornilov et de la bourgeoisie cadette, et eux seuls peuvent sauver la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Les Sovi&#233;tiques doivent maintenant mobiliser toutes leurs forces pour se pr&#233;parer &#224; une nouvelle vague de contre-r&#233;volution et ne pas se laisser surprendre par elle. Partout o&#249; se trouve entre leurs mains la pl&#233;nitude du pouvoir, ils ne doivent en aucun cas le perdre. Les comit&#233;s r&#233;volutionnaires qu'ils ont cr&#233;&#233;s &#224; l'&#233;poque de Kornilov doivent avoir tout leur appareil pr&#234;t. L&#224; o&#249; les Soviets ne poss&#232;dent pas cette pleine puissance, ils doivent renforcer leurs positions de toutes les mani&#232;res possibles, maintenir leurs organisations en pleine pr&#233;paration, cr&#233;er, si n&#233;cessaire, des corps sp&#233;ciaux pour la lutte contre la contre-r&#233;volution et surveiller avec vigilance l'organisation des forces ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Afin d'unir et de coordonner les actions de tous les Soviets dans leur lutte contre le danger imminent et de r&#233;soudre la question de l'organisation du pouvoir r&#233;volutionnaire, la convocation imm&#233;diate du Congr&#232;s des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, soldats et paysans est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://iskra-research.org/Trotsky/sochineniia/1917/19171005-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://iskra-research.org/Trotsky/sochineniia/1917/19171005-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le &#034;trotskysme&#034; en 1917&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1904, j'&#233;tais en dehors des deux fractions de la social-d&#233;mocratie. J'avais v&#233;cu les ann&#233;es de la premi&#232;re r&#233;volution, 1905-1907, c&#244;te &#224; c&#244;te avec les bolcheviks. Pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, je d&#233;fendis les m&#233;thodes de la r&#233;volution contre les mench&#233;viks dans la presse marxiste internationale. Je ne perdais cependant pas l'espoir de voir les mench&#233;viks s'orienter vers la gauche et je fis une s&#233;rie de tentatives d'unification. C'est seulement pendant la guerre que je compris que ces tentatives seraient inutiles. A New-York, au d&#233;but de mars, j'&#233;crivis une s&#233;rie d'articles consacr&#233;s &#224; l'&#233;tude des forces de classes et des perspectives de la r&#233;volution russe. En ce m&#234;me temps, L&#233;nine envoyait de Gen&#232;ve &#224; P&#233;trograd ses Lettres de loin. Ecrits sur deux points du monde que s&#233;pare l'oc&#233;an, ces articles donnent une analyse identique de la situation et expriment des pr&#233;visions toutes pareilles. Toutes les formules essentielles &#8212;sur l'attitude &#224; prendre &#224; l'&#233;gard des paysans, de la bourgeoisie, du gouvernement provisoire, de la guerre, de la r&#233;volution internationale, sont absolument identiques. Sur la pierre &#224; aiguiser de l'histoire, v&#233;rification fut faite alors des rapports du &#171; trotskysme &#187; et du l&#233;ninisme. Cette v&#233;rification eut lieu dans les conditions d'une exp&#233;rience de chimie pure. Je ne connaissais pas le jugement de L&#233;nine. Je partais de mes propres pr&#233;misses et de ma propre exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. Et j'indiquais les m&#234;mes perspectives, la m&#234;me ligne strat&#233;gique que donnait L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, peut-&#234;tre, &#224; cette &#233;poque, la question &#233;tait-elle claire pour tout le monde et la solution tout aussi bien pr&#233;vue pour tous. Non ! Au contraire ! Le jugement de L&#233;nine fut en cette p&#233;riode &#8212;jusqu'au 4 avril 1917, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; son apparition sur l'ar&#232;ne de P&#233;trograd,&#8212; un jugement personnel, individuel. Pas un des dirigeants du parti se trouvant alors en Russie, &#8212;pas un !&#8212; n'avait m&#234;me l'id&#233;e de gouverner vers la dictature du prol&#233;tariat, vers la r&#233;volution socialiste. La conf&#233;rence du parti qui avait r&#233;uni, &#224; la veille de l'arriv&#233;e de L&#233;nine, quelques dizaines de bolcheviks, avait montr&#233; qu'aucun d'eux n'allait en pens&#233;e au-del&#224; de la d&#233;mocratie. Ce n'est pas sans intention que les proc&#232;s-verbaux de cette conf&#233;rence restent cach&#233;s jusqu'&#224; ce jour. Staline &#233;tait d'avis de soutenir le gouvernement provisoire de Goutchkov-Milioukov et d'arriver &#224; une fusion des bolcheviks avec les mench&#233;viks. La m&#234;me attitude fut prise (ou bien une attitude encore plus opportuniste) par Rykov, Kam&#233;nev, Molotov, Tomsky, Kalinine et tous autres dirigeants ou &#224; demi dirigeants actuels. Iaroslavsky, Ordjonikidz&#233;, le pr&#233;sident du comit&#233; ex&#233;cutif central de l'Ukraine, P&#233;trovsky, et d'autres, publiaient, pendant la r&#233;volution de f&#233;vrier, &#224; Iakoutsk, en commun avec les mench&#233;viks, un journal appel&#233; le Social-D&#233;mocrate, dans lequel ils d&#233;veloppaient les id&#233;es les plus vulgaires de l'opportunisme provincial. Si l'on reproduisait actuellement certains articles du Social-D&#233;mocrate d'Iakoutsk dont Iaroslavsky &#233;tait le r&#233;dacteur en chef, on tuerait id&#233;ologiquement cet homme, en admettant toutefois qu'il soit possible de l'ex&#233;cuter id&#233;ologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la garde actuelle du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Qu'en diverses occasions, ces hommes aient r&#233;p&#233;t&#233; les paroles et imit&#233; les gestes de L&#233;nine, cela, je le sais. Mais, au d&#233;but de 1917, ils &#233;taient livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. La situation &#233;tait difficile. C'est alors qu'ils auraient d&#251; montrer ce qu'ils avaient appris &#224; l'&#233;cole de L&#233;nine et ce dont ils &#233;taient capables sans L&#233;nine. Qu'ils d&#233;signent seulement, parmi eux, un seul qui de lui-m&#234;me ait su aborder la position qui fut identiquement formul&#233;e par L&#233;nine &#224; Gen&#232;ve et par moi &#224; New-York. Ils ne trouveront pas un nom. La Pravda de P&#233;trograd, dont les r&#233;dacteurs en chef, avant l'arriv&#233;e de L&#233;nine, &#233;taient Staline et Kam&#233;nev, est rest&#233;e &#224; tout jamais un monument d'esprit born&#233;, d'aveuglement et d'opportunisme. Cependant la masse du parti, comme la classe ouvri&#232;re dans son ensemble, se dirigeait spontan&#233;ment vers la lutte pour le pouvoir. Il n'y avait pas en somme d'autre voie, ni pour le parti ni pour le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;fendre, pendant les ann&#233;es de la r&#233;action, la perspective de la r&#233;volution permanente, il fallait des pr&#233;visions th&#233;oriques. Pour lancer, en mars 1917, le mot d'ordre de la lutte pour le pouvoir, il suffisait, ce me semble, du flair politique. Les facult&#233;s de pr&#233;vision et m&#234;me de flair ne se sont r&#233;v&#233;l&#233;es chez aucun &#8212;pas un !&#8212; des dirigeants actuels. Pas un d'entre eux, en mars 1917, n'avait d&#233;pass&#233; la position du petit bourgeois d&#233;mocrate de gauche. Aucun d'entre eux n'a pass&#233; convenablement l'examen de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrivai &#224; P&#233;trograd un mois apr&#232;s L&#233;nine. Exactement le temps pendant lequel j'avais &#233;t&#233; retenu au Canada par Lloyd George. Je trouvai la situation dans le parti essentiellement modifi&#233;e. L&#233;nine avait fait appel &#224; la masse des partisans contre leurs tristes leaders. Il mena une lutte syst&#233;matique contre ces &#171; vieux bolcheviks &#8212;&#233;crivait-il&#8212; qui ont d&#233;j&#224; jou&#233; plus d'une fois un triste r&#244;le dans l'histoire de notre parti, r&#233;p&#233;tant sans y rien comprendre une formule apprise par coeur, au lieu d'&#233;tudier les particularit&#233;s de la nouvelle et vivante situation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kam&#233;nev et Rykov tent&#232;rent de r&#233;sister. Staline, en silence, se mit &#224; l'&#233;cart. Il n'existe pas, pour l'&#233;poque, un seul article o&#249; celui-ci ait fait effort pour juger sa politique de la veille et s'ouvrir un chemin dans le sens de la position l&#233;niniste. Il se tut tout simplement. Il s'&#233;tait trop compromis par la d&#233;sastreuse direction qu'il avait donn&#233;e pendant le premier mois de la r&#233;volution. Il pr&#233;f&#233;ra se retirer dans l'ombre. Il ne prit publiquement nulle part la d&#233;fense des id&#233;es de L&#233;nine. Il &#233;ludait et attendait. Durant les mois o&#249; se fit la pr&#233;paration th&#233;orique et politique d'Octobre, o&#249; s'engag&#232;rent le plus s&#233;rieusement les responsabilit&#233;s, Staline n'eut tout simplement pas d'existence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'arrivai dans le pays, un bon nombre d'organisations social-d&#233;mocrates groupaient encore des mench&#233;viks et des bolcheviks. C'&#233;tait la cons&#233;quence naturelle de la position que Staline, Kam&#233;nev et d'autres avaient prise non seulement au d&#233;but de la r&#233;volution, mais aussi pendant la guerre, bien que, il faut en convenir, l'attitude de Staline en temps de guerre soit rest&#233;e inconnue de tous : il n'a pas &#233;crit une seule ligne sur cette question qui n'est pas d'une mince importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, les manuels de l'Internationale communiste, dans le monde entier &#8212;pour les Jeunesses communistes en Scandinavie et les pionniers en Australie&#8212; r&#233;p&#232;tent &#224; sati&#233;t&#233; que Trotsky, en ao&#251;t 1912, fit une tentative pour unifier les bolcheviks avec les mench&#233;viks. En revanche, il n'est dit nulle part que Staline, en mars 1917, pr&#234;chait une alliance avec le parti de Ts&#233;r&#233;telli et qu'en fait, jusqu'au milieu de 1917, L&#233;nine ne parvint pas &#224; d&#233;gager le parti du marais o&#249; l'avaient entra&#238;n&#233; les dirigeants temporaires d'alors, actuellement devenus les &#233;pigones. Le fait que pas un d'entre eux ne comprit, au d&#233;but de la r&#233;volution, le sens et la direction de celle-ci est maintenant interpr&#233;t&#233; comme proc&#233;dant de vues dialectiques particuli&#232;rement profondes, s'opposant &#224; l'h&#233;r&#233;sie du trotskysme qui osa non seulement comprendre les faits de la veille, mais aussi pr&#233;voir ceux du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, arriv&#233; &#224; P&#233;tersbourg, je d&#233;clarai &#224; Kam&#233;nev que je n'objectais rien aux fameuses &#171; th&#232;ses d'avril &#187; de L&#233;nine, qui d&#233;terminaient le cours nouveau du parti, Kam&#233;nev me r&#233;pondit seulement :
&lt;br /&gt;&#8212; Je crois bien !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me d'avoir adh&#233;r&#233; en bonne et due forme au parti, je contribuai &#224; l'&#233;laboration des plus importants documents du bolchevisme. Il ne vint &#224; l'esprit de personne de demander si j'avais renonc&#233; au &#171; trotskysme &#187; comme l'ont voulu savoir, &#224; mille reprises, depuis, dans la p&#233;riode de d&#233;cadence des &#233;pigones, les Cachin, les Thaelmann et autres parasites de la r&#233;volution d'Octobre. Si, &#224; cette &#233;poque, on a pu voir le trotskysme oppos&#233; au l&#233;ninisme, ce fut seulement en ce sens que, dans les sph&#232;res sup&#233;rieures du parti, pendant avril, L&#233;nine fut accus&#233; de trotskysme. Kam&#233;nev en parlait ainsi, ouvertement et avec persistance. D'autres disaient de m&#234;me, mais d'une fa&#231;on plus circonspecte, dans les coulisses. Des dizaines de &#171; vieux bolcheviks &#187; me d&#233;clar&#232;rent, apr&#232;s mon arriv&#233;e en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Maintenant, c'est f&#234;te dans votre rue !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus forc&#233; de d&#233;montrer que L&#233;nine n'avait pas adopt&#233; ma position, qu'il avait simplement &#233;tendu la sienne et que, par la suite de cette &#233;volution, o&#249; l'alg&#232;bre se simplifiait en arithm&#233;tique, l'identit&#233; de nos id&#233;es s'&#233;tait manifest&#233;e. Il en fut bien ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s nos premi&#232;res rencontres, et plus encore apr&#232;s les Journ&#233;es de juillet, L&#233;nine donnait l'impression d'une extr&#234;me concentration int&#233;rieure, d'un ramassement sur lui-m&#234;me pouss&#233; au dernier degr&#233; &#8212;sous des apparences de calme et de simplicit&#233; prosa&#239;que. Le r&#233;gime k&#233;renskyste semblait, en ces jours-l&#224;, tout-puissant. Le bolchevisme n'&#233;tait repr&#233;sent&#233; que par une &#171; petite bande insignifiante &#187;. C'est ainsi qu'il &#233;tait trait&#233; officiellement. Le parti lui-m&#234;me ne se rendait pas encore compte de la force qu'il allait avoir le lendemain. Et, cependant, L&#233;nine le conduisait, en toute assurance, vers les plus hautes t&#226;ches. Je m'attelai au travail et aidai L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux mois avant Octobre, j'&#233;crivais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour nous, l'internationalisme n'est pas une id&#233;e abstraite, n'existant seulement que pour &#234;tre trahie &#224; la premi&#232;re occasion (ce qu'elle est pour un Ts&#233;r&#233;telli ou un Tchernov) ; c'est un principe qui nous dirige imm&#233;diatement et est profond&#233;ment pratique. Un succ&#232;s durable, d&#233;cisif, n'est pas concevable pour nous en dehors d'une r&#233;volution europ&#233;enne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des noms de Ts&#233;r&#233;telli et de Tchernov, je ne pouvais pas alors encore ranger celui de Staline, philosophe du socialisme dans un seul pays. Je terminais mon article par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;volution permanente contre le carnage permanent ! Telle est la lutte dont l'enjeu est le sort de l'humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut imprim&#233; dans l'organe central de notre parti, le 7 septembre et reproduit en brochure. Pourquoi mes critiques actuels gard&#232;rent-ils alors le silence sur le mot d'ordre h&#233;r&#233;tique d'une r&#233;volution permanente ? O&#249; &#233;taient-ils ? Les uns, comme Staline, attendaient les &#233;v&#233;nements en regardant de c&#244;t&#233; et d'autre ; les autres, comme Zinoviev, se cachaient sous la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus grosse question est celle-ci : comment L&#233;nine a-t-il pu tol&#233;rer ma propagande h&#233;r&#233;tique ? Quand il &#233;tait question de th&#233;orie, il ne connaissait ni condescendance ni indulgence. Comment a-t-il pu supporter que le &#171; trotskysme &#187; f&#251;t pr&#234;ch&#233; dans l'organe central du parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre 1917, &#224; une s&#233;ance du comit&#233; de P&#233;trograd (le proc&#232;s-verbal de cette s&#233;ance, historique sous tous rapports, est tenu secret jusqu'&#224; pr&#233;sent), L&#233;nine d&#233;clara que depuis que Trotsky s'&#233;tait convaincu de l'impossibilit&#233; d'une alliance avec les mench&#233;viks, &#171; il n'y avait pas de meilleur bolchevik que lui &#187;. Il montra par l&#224; clairement, et non pour la premi&#232;re fois, que si quelque chose nous s&#233;parait, ce n'&#233;tait pas la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, c'&#233;tait une question plus restreinte, quoique tr&#232;s importante, sur les rapports &#224; garder envers le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetant un coup d'oeil r&#233;trospectif, deux ans apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, L&#233;nine &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment de la conqu&#234;te du pouvoir, lorsque fut cr&#233;&#233;e la r&#233;publique des soviets, le bolchevisme avait attir&#233; &#224; lui tout ce qu'il y avait de meilleur dans les tendances de la pens&#233;e socialiste proches de lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-il y avoir l'ombre d'un doute qu'en parlant d'une fa&#231;on aussi marqu&#233;e des tendances de la pens&#233;e socialiste les plus proches du bolchevisme, L&#233;nine avait en vue tout d'abord ce que l'on appelle maintenant le &#171; trotskysme historique &#187; ? En effet, quelle autre tendance pouvait &#234;tre plus proche du bolchevisme que celle que je repr&#233;sentais ? Qui donc L&#233;nine pouvait-il avoir en Vue ? Marcel Cachin ? Thaelmann ? Pour L&#233;nine, lorsqu'il passait en revue l'&#233;volution du parti dans son ensemble, le trotskysme n'&#233;tait pas quelque chose d'&#233;tranger ou d'hostile ; c'&#233;tait, au contraire, le courant de la pens&#233;e socialiste le plus proche du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;ritable marche des id&#233;es n'eut, on le voit, rien de commun avec la caricature mensong&#232;re qu'en ont faite, profitant de la mort de L&#233;nine et de la vague de r&#233;action, les &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv30.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>History of the Russian Revolution</title>
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		<dc:date>2025-10-03T10:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;History of the Russian Revolution to Brest-Litovsk &lt;br class='autobr' /&gt;
Leon Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
1918 &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
The present booklet was, for the most part, written in snatches, in circumstances but little favourable to concentrated works. It was at Brest-Litovsk, between the sittings of the Peace Conference, that the different chapters of this sketch, which has for its main purpose to acquaint the workers of the world with the causes, progress, and meaning of the Russian November Revolution, were put together. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;History of the Russian Revolution to Brest-Litovsk&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leon Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The present booklet was, for the most part, written in snatches, in circumstances but little favourable to concentrated works. It was at Brest-Litovsk, between the sittings of the Peace Conference, that the different chapters of this sketch, which has for its main purpose to acquaint the workers of the world with the causes, progress, and meaning of the Russian November Revolution, were put together. History willed it that the delegates of the most revolutionary regime the world has ever known had to sit at the same diplomatic table with the representatives of the most reactionary caste among all the ruling classes. At the sittings of the Peace Conference we did not for one moment forget that we were the representatives of a revolutionary Class. We addressed our speeches to the war-weary workers of all countries, Our energies were sustained by the profound Conviction that the final word in ending the war, as in all other questions, would be said by the European working class. When speaking to K&#252;hlmann and Czernin, we all the time had in our mind's eye our friends and comrades, Karl Liehknecht and Fritz Adler. My own free time I devoted to preparing a pamphlet intended for the workers of Germany, Austria-Hungary, and of all other countries. The bourgeois Press of the whole of Europe is unanimous in its slanders and execrations of the proletarian regime in Russia. The Socialist &#034;patriotic&#034; Press, bereft of courage and of faith in its own work, has revealed a total incapacity to understand and to interpret to the working masses the meaning of the Russian Revolution. I want to come to their help by means of the present booklet. I believe that the revolutionary workers of Europe and of other parts of the world will understand us. I believe that they will, in the near future, start on the same Work as we are now engaged in, but that, aided by their greater experience and their more perfect intellectual and technical means, they will perform this work more thoroughly, and will help us to overcome all difficulties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKY,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BREST-LITOVSK,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;February 12, 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Part I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE RUSSIAN REVOLUTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EVENTS at the present time succeed one another so rapidly that it is difficult to reproduce them from memory even in their simple chronological order. I have no. papers or documents at hand. At the same time the periodical breaks in the negotiations at Brest-Litovsk give me a certain amount of leisure Which, under present conditions, is not likely to recur. I shall, therefore, try to sketch from memory the course and development of the November Revolution, reserving to myself the right to complete and correct my narrative at some future date, with the aid of documentary evidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What distinguished our party almost from the very first stage of the Revolution was the firm conviction that the logic of events would eventually place it in power. I am not speaking here of the theoreticians of our party, who, many years before the Revolution, even before the Revolution of 1905, had come to the conclusion, from a close analysis of the class relations in Russia, that the victorious Course of a revolution would inevitably place the power of the State in the hands of the proletariat, supported by the wide masses of the poorest peasantry. The main foundation for this belief was the insignificance of the Russian middle-class democracy and the concentrated character of Russian industry, and, therefore, the immense social importance of the Russian working class. The insignificance of the Russian middle-class democracy is but the obverse side of the power and importance of the proletariat. True, the war temporarily deceived many people on this point, and, above all, it deceived the leading sections of middle-class democracy itself. The war assigned the decisive role in the Revolution to the army, and the old army was the peasantry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Had the Revolution developed more normally, that is, in conditions of peace-time, such as prevailed in 1912, when it really began, the proletariat would inevitably have taken the leading role throughout, whilst the peasant masses would have been gradually towed along by the proletariat into the revolutionary whirlpool ... But the war imparted an entirely different logic to the course of events. The army had organized the peasantry, not on a political, but on a military basis. Before the peasant masses found themselves united on a common platform of definite revolutionary demands and ideas, they had already become united in regiments, divisions, corps, and armies. The lower middle-class democrats, scattered throughout this army, and playing a leading part in it both in a military and intellectual sense, were almost entirely imbued with middle-class revolutionary sentiments. The deep social discontent of the masses grew ever deeper and strove for expression, particularly owing to the military d&#233;b&#226;cle of Tsardom. Immediately the Revolution broke out, the advanced sections of the proletariat revived the traditions of 1905 by calling upon the popular masses to organize in representative bodies, viz, the &#8220;Councils&#8221; of delegates (Soviets).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The army thus had to send representatives to revolutionary bodies before its political consciousness in any way corresponded to the level of the rapidly developing revolutionary events. Whom could the soldiers send as their representatives ? Naturally, only those intellectuals and semi-intellectuals who were to be found in their midst and who possessed at least a minimum amount of political knowledge, and were capable of giving utterance to it. In this way, by the will of the awakening army, the lower middle-class intellectuals found themselves suddenly raised to a position of enormous influence. Doctors, engineers, lawyers, journalists, who in pre-war days had led a humdrum private life and laid no claim of any sort to political influence, became, overnight, representatives of whole corps and armies, and discovered that they were the &#8220;leaders&#8221; of the Revolution. The haziness of their political ideas fully corresponded to the formless state of the revolutionary consciousness of the masses themselves. They contemptuously looked down upon us as mere sectarians because we were urging the social demands of the working Class and the peasants in a most resolute and uncompromising fashion. At the same time these lower middle-class democrats, in spite of their proud demeanour of revolutionary upstarts, felt a profound diffidence both in their own capacities and in the masses who had raised them to such an unexpectedly high place. Calling themselves Socialists and really regarding themselves as such, these intellectuals looked up to the political authority of the Liberal bourgeoisie, to its knowledge and its methods, with an ill-concealed respect. Hence the endeavour of the lower middle-class leaders to obtain, at all costs, the co-operation of the Liberal middle class by way of an alliance or coalition. The programme of the party of Socialist Revolutionaries, based as it all is on vague humanitarian formul&#230;, and employing general sentiments and moral constructions in the place of class-war methods, was the most suitable spiritual dress that could have been found for these improvised leaders. Their efforts to find some sort of support for their own intellectual and political helplessness in the impressive political and scientific knowledge of the bourgeoisie found a theoretical Sanction in the teaching of the Mensheviks, who argued that the present Revolution was a bourgeois revolution, and could not, therefore, be carried through without the participation of the bourgeoisie in the Government. A natural bloc was thus formed between the Socialist Revolutionaries and Mensheviks, expressing both the timid and hesitating political mind of the middle-class intellectuals and its vassal attitude towards Imperialist Liberalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To us, it was perfectly clear that the logic of the class struggle would sooner or later destroy this temporary combination and fling aside the leaders of this period of transition. The hegemony of the lower middle-class intellectuals was at the bottom the expression of the fact that the peasantry, suddenly called to take part in organized political life through the machinery of the army, had by sheer weight of numbers pushed aside and overwhelmed the proletariat for the time being. Even more, in so far as the middle-class leaders had been raised to a dizzy height by the powerful mass of the army, the working class itself, with the exception of its advanced sections, could not but become imbued with a certain political respect for them and try to maintain political contact with them for fear of finding themselves divorced from the peasantry. And this was a very serious matter, for the older generation still remembered the lesson of 1905, when the proletariat was crushed, just because the massive peasant reserves had not come up in time for the decisive battles. That is why in the first phase of the new Revolution also the proletarian masses showed themselves highly accessible to the political ideology of the Socialist Revolutionaries and the Mensheviks &#8211; specially as the Revolution had aroused the hitherto slumbering backward masses of workers, and thus made the hazy radicalism of the intellectuals a sort of preparatory school for them. The Council of Workers', Soldiers', and Peasants' Delegates meant in these conditions the predominance of peasant amorphousness over proletarian Socialism, and the predominance of intellectual Radicalism over the peasant amorphousness. The structure of Soviets rose so rapidly to a gigantic height mainly because of the leading part played in their labours by the intellectuals, with their technical knowledge and middle-class connections. But to us it was perfectly clear that this grand structure was built on deep internal contradictions and would, inevitably collapse at the next stage of the Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE QUESTION OF WAR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Revolution grew directly out of the war, and the latter became the touchstone for all parties and forces of the Revolution. The intellectual leaders had been against the war. Many of them, while the Tsar was still on his throne, considered themselves as belonging to the left wing of the International, and were Zimmerwaldians. But everything changed immediately they felt themselves to be in &#8220;responsible&#8221; positions. To pursue a revolutionary Socialist policy would have meant in the circumstances a break with their own and the Entente bourgeoisie, but, as we have said, the political impotence of the middle-class intellectuals and semi-intellectuals led them to seek protection in an alliance with bourgeois Liberalism. Hence the pitiful and truly disgraceful role of the middle-class leaders in respect of the question of the war. They confined themselves to lamentations and rhetoric, and addressed secret exhortations and entreaties to the Allied Governments, while, in practice, they walked the same paths as the Liberal bourgeoisie. The soldiers in the trenches were, of course, unable to follow the argument that the war, in which they had fought for three years, had changed its character because certain new personalities, calling themselves Socialist Revolutionaries and Mensheviks, were taking part in the Government at Petrograd. Miliukoff had replaced the tchtnovnik Pokrovsky, Terestchenko then succeeded Miliukoff &#8211; that meant that bureaucratic perfidy was first replaced by militant Cadet Imperialism, then by unprincipled nebulousness and political servility ; but this did not result in any objective changes, and there seemed no way out of the terrible vicious circle of the war. In this lay the primary cause for the further dissolution of the army. The agitators had been telling the masses of soldiers that the Tsarist Government had been driving them to slaughter for no object or senses ; but those who replaced the Tsar were able neither to change the character of the war in any way nor to make a fight for peace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During the first months of the Revolution there had been a mere marking of time. This provoked the impatience alike of the army and of the Allied Governments. Hence the offensive of July 1st. It had been demanded by the Allies, who insisted that the old Tsarist bills must be honoured by the Revolution. Frightened at their own impotence and at the growing discontent of the masses, the lower middle-class leaders readily accepted these demands. They, indeed, began to think that an attack by the Russian Army was all that was wanted in order to attain peace. An offensive began to appear to them as a way out of the wilderness, as a means of solving the problem of the situation, as the one hope of salvation. It is difficult to imagine a more monstrous and more criminal illusion. At that time they spoke of the offensive in exactly the same terms in which the Social-Patriots of all countries had spoken at the beginning of the war about the necessity of supporting the cause of national defence, of strengthening the sacred unity of the nation, etc. All their Zimmerwaldian Internationalism vanished as by magic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To us, who were in opposition, it was clear that the offensive was a terribly perilous step, that it might even endanger the whole Revolution. We warned all and sundry that the army, newly awakened and shaken as it was by the thunder of events which as yet it had only half understood, could not be sent into battle without previously imparting to it new ideas which it could assimilate We warned, remonstrated, threatened., But the parties in power, bound as they were to the bourgeoisie, had no other way left open to them, and naturally treated us with enmity and implacable hatred.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE CAMPAIGN AGAINST THE BOLSHEVIKS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The future historian will be unable, without deep emotion, to look through the Russian papers for May and June 1917, when the minds of the people were being prepared for the offensive. Almost all the articles, without exception, in all the official and semi-official organs were directed against the Bolsheviks. There was scarcely a charge, scarcely a calumny, that was not levelled against us in that period. Of course, the leading role in this campaign was played by the Cadet bourgeoisie, whose class instinct led it to recognize that the question at issue was not merely the offensive, but the entire further course of the Revolution and, in the first place, the form of Government authority. The whole bourgeois machinery for manufacturing &#8220;public opinion&#8221; was put into motion at full steam. All the Government offices and institutions, publications, public platforms, and university chairs were drawn into the service of this one general aim : of making the Bolsheviks impossible as a political party. In this concentrated effort and in this dramatic newspaper campaign against the Bolsheviks were already contained the first germs of the civil war which was bound to accompany the next phase of the Revolution. The sole aim of all this incitement and slander was to create an impenetrable wall of estrangement and enmity between the labouring masses on the one hand and &#8220;educated society&#8221; on the other.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Liberal bourgeoisie understood that it could not win the support of the masses without the help of the lower middle-class democrats, who, as we pointed out above, had temporarily become the leaders of the revolutionary organizations. Consequently, the immediate aim of the political incitements against the Bolsheviks was to bring about an irreconcilable feeling of enmity between our party and the wide ranks of the Socialist intellectuals, who, having broken away from the proletariat, could not but fall into political bondage to the Liberal bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was during the first All-Russian Congress of the Soviets that the first alarming crash of thunder occurred, which warned of the coming storm. Our party had projected an armed demonstration at Petrograd for June 23rd. Its proximate object was to bring pressure to bear upon the Congress. &#8220;Take over the power in the State &#8221; &#8211; this it was that the Petrograd workers wanted to tell the Socialist Revolutionaries and Mensheviks who had, come from all parts of the country. &#8220;Spurn the bourgeoisie ! Have done with the idea of coalition, and take the reins of power into your own hands !&#8221; We were quite certain that if the Socialist Revolutionaries and Mensheviks broke with the Liberal bourgeoisie, they would be compelled to seek support from the most energetic and most advanced elements of the proletariat, which would thus obtain the leading role in the Revolution. But that was just what frightened the lower middle-class leaders. In conjunction with the Government, in which they had their own representatives, and shoulder to shoulder with the Liberal and counterrevolutionary bourgeoisie, they opened a truly savage campaign against the projected demonstration so soon as they got, wind of it. Everything possible was set in motion against us. We were at that time a small minority at the Congress, and we gave way ; the demonstration did not take place. But all the same it left a very deep mark in the minds of the two contending parties, and made the gulf between them deeper and their mutual antagonism more acute. At the closed sitting of the Presidential Bureau of the Congress, in which also representatives of the various parties took place, Tsereteli, then a member of the Coalition Government, speaking with all the resoluteness of a narrow-minded lower middle-class doctrinaire, declared that the only danger threatening the Revolution was the Bolsheviks and the Petrograd workers who had been armed by them. He therefore argued that the people &#8220;who did not know how to use arms&#8221; must be disarmed. Of course, he had in mind the Petrograd workers and that portion of the Petrograd garrison which supported our party. However, no disarming took place, as the political and psychological conditions were not yet ripe enough for such an extreme measure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To compensate the masses for the loss of their demonstration, the Congress of the Soviets itself organized an unarmed demonstration on July 1st. And that day became the day of our political triumph. The masses turned out in overwhelming numbers, but although they came out in answer to the call of the official Soviet authority &#8211; a sort of counterblast to the miscarried demonstration of June 23rd &#8211; the workers and soldiers had inscribed on their banners and placards the demands and battle-cries of our party : &#8220;Down with the secret treaties !&#8221; &#8220;Down with the policy of strategical offensives !&#8221; &#8220;Long live an honourable peace !&#8221; &#8220;Down with the ten capitalist Ministers !&#8221; &#8220;All power for the Soviets !&#8221; There were only three placards with expressions of confidence in the Coalition Government : one from a Cossack regiment, another from the Plekhanoff group, and a third from the Petrograd &#8220;Bund,&#8221; an organization consisting largely of non-proletarian elements. This demonstration proved not only to our opponents, but also, to ourselves, that we were far stronger in Petrograd than had been imagined.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE OFFENSIVE OF JULY 1ST.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As a result of this demonstration of the revolutionary masses a Government crisis seemed inevitable. But the impression made by the demonstration was wiped out by the news from the front announcing that the revolutionary army had taken the offensive. On the very same day when the workers and garrison of Petrograd had been demanding the publication of the secret treaties and a public offer of peace, Kerensky had thrown the revolutionary troops into the offensive. This, of course, was no fortuitous coincidence. Everything had been arranged beforehand, and the moment for the offensive had been chosen not on military, but on political grounds. On July 2nd there was a series of so-called patriotic demonstrations in the streets of Petrograd. The Nevsky Prospekt, the main bourgeois artery, was full of excited groups of people, amongst which officers, journalists, and well-dressed ladies were carrying on a bitter campaign against the Bolsheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first news of the results of the offensive was favourable, and the leading Liberal organs considered that the chief task had been accomplished &#8211; that the blow struck on July 1st, quite apart from what might be its subsequent military developments, would prove fatal to the further progress of the Revolution. It would lead to the re-establishment of the old army discipline and strengthen the commanding position of the Liberal bourgeoisie in the country. We, however, had predicted something else besides. In a special declaration which we read out at the first Congress of the Soviets a few days before the offensive, we had stated that that offensive would inevitably destroy the internal coherence of the army, that it would put different sections of it against one another, and that it would lend an enormous preponderance to the counterrevolutionary elements, since the maintenance of discipline in a shattered army, whose vigour had not been renewed by new ideals, would be impossible without the employment of brutal measures of repression. In other words, we had predicted in that declaration all those consequences which were subsequently comprised under the name of Kornilovism. We considered that the Revolution was running the greatest danger alike in the case of the offensive succeeding (which, however, we did not believe) and in the case of its failing, as we thought to be almost inevitable. The success of the offensive would have the effect of uniting the lower with the upper middle class in common chauvinistic aspirations, thus isolating the revolutionary proletariat, while its failure might lead to the complete collapse of the army, to a chaotic retreat, the loss of more provinces, and the disappointment and despair of the masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Events turned out in accordance with the second part of the alternative. The news of the victorious advance of the army did not continue long. It was succeeded by gloomy communications regarding the refusal of many sections of the army to support the attacking troops, the terrible losses among the officers, who sometimes alone formed shock battalions, and so on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The background to these military events was formed by growing difficulties in the internal life of the country. The Coalition Government had not made a single decisive step forward in the solution of the agrarian, industrial, or national questions. The food supply and transport were becoming more and more dislocated. Local conflicts became more and more frequent. The Socialist Ministers tried to persuade the masses to wait. All decisions and measures were being put off, including the convocation of the Constituent Assembly. The insolvency and instability of the regime were obvious. There were two possible ways out : either to hurl the bourgeoisie from power and allow the Revolution to go forward, or to &#8220;restrain&#8221; the masses by means of brutal repression. Kerensky and Tsereteli were pursuing a middle course, and only succeeded in making the confusion worse confounded. When once the Cadets, by far the cleverer and more far-seeing representatives in the Coalition, saw that the failure of the July offensive might strike a heavy blow not only at the Revolution, but also at the parties standing at the head of affairs, they hastened to step aside for the time being, thus throwing the whole weight of the responsibility on their colleagues of the Left. On July 15th a Ministerial crisis broke out, ostensibly over the Ukrainian question. This was altogether a moment of great political tension in every sense. Deputations and individual delegates arrived from different parts of the front, bearing the tale of the chaos which now reigned supreme in the army as a result of the offensive. The so-called Government Press demanded stern measures of repression. Similar demands commenced to appear more and more frequently in the so-called Socialist Press. Kerensky was more and more rapidly, or, rather, more and more openly, passing over to the side of the Cadets and the Cadet generals, ostentatiously displaying his enmity and, indeed, hatred towards the revolutionary parties in general. The Allied Embassies were exerting pressure on the Government, demanding the re-establishment of discipline and the continuation of the offensive. Confusion reigned supreme in Government circles, whilst the indignation of the workers grew apace and imperatively demanded some outlet. &#8220;Seize the opportunity of the resignation of the Cadet Ministers and assume complete control over the Government&#8221; : such was the call of the Petrograd workers on the leading Soviet parties, the Socialist Revolutionaries and the Mensheviks. I remember the sitting of the Executive Committee of July 15th. The Socialist Ministers reported on the new Government crisis. We waited with intense interest to hear what position they would take up now that the Government had ingloriously gone to pieces at the first serious test provoked by the Coalition policy itself. Tsereteli was the reporter. He explained to us very fully that the concessions he and Terestchenko had made to the Kieff Rada in no way meant the dismemberment of the country, and did not justify the action of the Cadets in leaving the Ministry. Tsereteli charged the Cadet leaders with being doctrinaires on the question of centralism, with a want of understanding of the need of a compromise with the Ukrainians, and so forth. The impression made by the reporter was really a pitiful one. The hopeless doctrinaire of the Coalition accusing the Cadets of being doctrinaires &#8211; the Cadets, those sober-minded political champions of Capitalism, who had seized the first opportunity for making their political bailiffs pay the cost for the fateful turn which they had imparted to the course of events by the July offensive. After all the experiences of the Coalition, it might have seemed that there could be only one way out, viz, to break with the Cadets and to form a purely Soviet Government. The correlation of forces inside the Soviets at the time was such that a Soviet Government would have meant, from a party point of view, the concentration of power in the hands of the Socialist Revolutionaries and Mensheviks. We were deliberately aiming at such a result, since the constant re-elections to the Soviets provided the necessary machinery for securing a sufficiently faithful reflection of the growing radicalization of the masses of the workers and soldiers. We foresaw that after the break of the Coalition with the bourgeoisie the radical tendencies would necessarily gain the upper hand on the Soviets. In such conditions the struggle of the proletariat for power would naturally shift to the floor of the Soviet organizations, and would proceed in a painless fashion. On their part, having broken with the bourgeoisie, the lower middle-class democrats would themselves become the target for its attacks, and would, therefore be Compelled to seek a closer alliance with the Socialist Working class, and sooner or later their political amorphousness and irresolution would be overcome by the labouring masses under the influence of our criticism. This is why we urged the two leading Soviet parties to take the reins of power into their own hands, although we ourselves had no confidence in them, and frankly said so.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But even after the Ministerial crisis of July 15th, Tsereteli and those who thought with him did not give up their pet idea of a coalition. They explained to the Executive Committee that the chief Cadet leaders were, it was true, demoralized by doctrinairism and even by counter-revolutionary sympathies, but that in the provinces there were many bourgeois elements who would march side by side with the revolutionary democracy and whose co-operation would be secured by the co-option of some representatives of the upper middle class, in the new Ministry. Dan was already placing high hopes on a new Radical-Democratic party which had been concocted about that time by a few doubtful politicians. The news that the Coalition had broken to pieces only to give rise to a new Coalition spread rapidly throughout Petrograd, and created a wave of dismay and indignation in the workers' and soldiers' quarters. This was the origin of the events of July 16th-18th.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE JULY DAYS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Already during the sitting of the Executive Committee we had been informed over the telephone that the machine-gun regiment was getting ready for a demonstration. We then took measures, also over the telephone, to restrain it ; but important events were preparing underneath. Representatives of army units disbanded for insubordination were coming from the front with alarming accounts of repressions, which made the Petrograd garrison very uneasy. The discontent of the Petrograd workers with the official leaders was proving the more acute, as Tsereteli, Dan, and Tshkheidze were obviously bent on falsifying the sentiments of the proletariat by trying to prevent the Petrograd Soviet from giving expression to the new views of the labouring masses. The All-Russian Executive Committee, elected at the June Congress and depending for support on the more backward provinces, was pushing the Petrograd Soviet more and more to the background and was taking into its own hands even the conduct of purely Petrograd affairs. A conflict was inevitable. The workers and soldiers were exerting pressure from below, giving violent expression to their discontent with the official policy of the Soviet, and demanded from our party more drastic action. We considered that in view of the still backward condition of the provinces the hour for such action had not yet struck ; but at the same time we feared lest the events at the front might produce an immense confusion in the ranks of the revolutionary workers and create despair among them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the ranks of our party, the attitude towards the events of July 16th-18th was perfectly definite. On the one hand, there was the fear that Petrograd might become isolated from the more backward provinces ; on the other hand, there was the hope that an active and energetic intervention of Petrograd might save the situation. The party propagandists in the lower ranks went hand to hand with the masses and carried on an uncompromising agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There was still some hope that a demonstration of the revolutionary masses might break down the obstinate doctrinairism of the Coalitionists and compel them to realize at last that they could only maintain themselves in power if they completely broke with the bourgeoisie. Contrary to what was said and written at the time in the bourgeois Press, there was no intention whatever in our party of seizing the reins of power by means of an armed rising. It was only a revolutionary demonstration which broke out spontaneously, though guided by us politically. The Central Executive Committee was sitting at the Taurida Palace when the stormy waves of armed soldiers and workers surrounded the Palace on every side. Among the demonstrators there was, undoubtedly, an insignificant minority of Anarchists who were ready to use arms against the Soviet Centre. There were also some, obviously hired, Black Hundred elements who tried to seize the occasion for causing a riot and pogroms. It was from these elements that demands emanated for the arrest of Tchernoff and Tsereteli, for the forcible suppression of the Central Committee, etc. There was even an actual attempt made to arrest Tchernoff. Subsequently, at Kresty Prison, I met a sailor who had taken part in that attempt. He turned out to have been an ordinary criminal and had been imprisoned at the Kresky for burglary. But the bourgeois and compromise-mongers' press had described the whole movement as being merely of a pogrom and counter-revolutionary character, and yet, at the same time, as a Bolshevik maneuver, having as its direct object the seizure of power by armed coercion of the Central Executive Committee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The movement of July 16th-18th showed with perfect clearness that the leading parties of the Soviet lived in Petrograd in a complete political vacuum. It is true that the garrison was by no means entirely with us at that time. There were among it units which still hesitated, were still undecided and passive. But apart from the ensigns, there was not a single unit among the garrison, which was willing to fight against us in defence of the Government or the leading parties in the Soviet. It was from the front that troops had to be fetched. The entire strategy of Tsereteli, Tchernoff, and others, during those July days was to gain time so as to enable Kerensky to draw &#8220;reliable&#8221; troops into Petrograd. Delegation after delegation entered the Taurida Palace, which was surrounded by a huge armed crowd, and demanded a complete break with the bourgeoisie, energetic measures of social reform, and the commencement of peace negotiations. We, Bolsheviks, met every new detachment of demonstrators, either in the street or in the Palace, with harangues, calling on them to be calm, and assuring them that with the masses in their present mood the compromise-mongers would be unable to form a new Coalition Ministry. The men of Kronstadt were particularly determined, and it was only with difficulty that we could keep them within the bounds of a bare demonstration. On July 17th the demonstration assumed a still more formidable character &#8211; this time under the direct leadership of our party. The Soviet leaders seemed to have lost their heads ; their speeches were of an evasive character ; the answers given by Tchkheidze, the Ulysses, to the delegations were bereft of all political sense. It was clear that the political leaders were but marking time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the night of July 17th &#8220;trustworthy&#8221; troops commenced to arrive from the front. During the sitting of the Executive Committee, the Taurida Palace was suddenly filled with the brass notes of the Marseillaise. The faces of the members of the Presidential Bureau changed immediately. Confidence, which had been so conspicuously lacking during the last few days, once more made its appearance. It was the Volhynian Regiment of the Guards which had arrived, the same regiment which a few months later marched at the head of the November Revolution under our banners.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From that moment everything changed. There was no longer any need to stand on ceremony with the delegations of workers and soldiers or the representatives of the Baltic Fleet. Speeches were delivered from the tribune of the Executive Committee about an armed &#8220;rebellion&#8221; which had now been &#8220;suppressed&#8221; by the faithful revolutionary troops. The Bolsheviks were declared to be a counter-revolutionary party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fright which the bourgeoisie had undergone during the two days of armed demonstration now became transformed into a raging hate which was displayed not only in the columns of their papers, but also in the streets of Petrograd, especially on the Nevsky Prospekt, where individual workers and soldiers were mercilessly beaten when caught carrying on their &#8220;criminal&#8221; agitation. Ensigns, officers, members of shock battalions, Knights of St. George, became masters of the situation, and rabid counter-revolutionaries placed themselves at their head. A ruthless suppression of workers' organizations and of institutions of our party was carried out throughout the city. There were arrests, raids, physical ill-treatment, and individual murders. In the night of July 17th-18th the then Minister of Justice, Pereverzeff, issued to the Press &#8220;documents&#8221; purporting to prove that at the head of the Bolshevik party there stood paid agents of Germany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The leaders of the Socialist Revolutionary and Menshevik parties had known us too long and too well to believe this accusation, but at the same time they were too closely interested in its success against us to protest against it publicly. Even now one cannot recall, without disgust, the orgy of lies poured forth in the columns of all the bourgeois and Coalitionist Press. Our papers were suppressed. Revolutionary Petrograd then felt that the provinces and the army were as yet far from being with it. For a brief moment the workers were stricken with dismay. In the Petrograd garrison the disbanded regiments were sternly repressed, and individual units were disarmed. All this time the Soviet leaders were busy fabricating a new Ministry to include third-rate middle-class groups which, without in any way strengthening the Government, only deprived it of the last vestiges of revolutionary initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the meantime, events at the front were taking their course. The whole army had been shaken to its foundation. The soldiers saw that the vast majority of the officers who had camouflaged themselves at the beginning of the Revolution were, in reality, deeply hostile to the new regime. At the Main Headquarters there was now going on quite openly a selection of counter-revolutionary elements. The Bolshevik publications were ruthlessly persecuted. The offensive had long ago given way to a tragic retreat. The bourgeois Press was savagely slandering the army, and although on the eve of the offensive the governing parties had declared that we were an insignificant handful, that the army knew nothing of us and cared less, now that their adventure of the offensive had ended so tragically, these same people and parties were throwing the whole responsibility for the failure on us. The prisons were packed to overflowing with revolutionary soldiers and workers. For the investigation of the affair of July 16th-18th all the old wolves of Tsarist judiciary were recalled ; yet the Socialist Revolutionaries and Mensheviks dared demand of Lenin, Zinovieff, and other comrades that they should voluntarily give themselves up to &#8220;justice !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AFTER THE JULY DAYS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The feeling of dismay in the workers' quarters soon passed, and gave way to a new wave of revolutionary enthusiasm, not only among the proletariat, but even among the Petrograd garrison. The Coalitionists were losing all influence, and the wave of Bolshevism commenced to spread throughout the country and penetrated, in spite of all obstacles, even into the army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The new Coalition Ministry, with Kerensky at its head, now openly entered on the path of repressions. The Ministry re-established the death penalty for soldiers, our papers were put down and our propagandists were arrested. But all this only increased our influence. In spite of all hindrances placed in the way of re-elections to the Petrograd Soviet, the relative strength of the parties had altered to such an extent that on many important questions we were already in a majority. Exactly the same happened in the Moscow Soviet. At that time, in company with many other comrades, I was already in prison at Kresty, having been arrested for taking part in the agitation and organization of the armed rising of July 16th-18th in agreement with the German Government and with the object of aiding the military plans of the Hohenzollerns. The well-known examining magistrate of the Tsarist regime, Alexandroff, who had conducted several prosecutions against revolutionaries, now received the mission to protect the Republic against the counter-revolutionary Bolsheviks. Under the old regime prisoners used to be divided into political and criminal ; now a new terminology was introduced : criminals and Bolsheviks. Amongst the arrested soldiers bitter perplexity reigned. Young men from the villages who had never before taken part in politics, but who had thought that the Revolution had made them free once for all, now stared with amazement at the bolted doors and the grated windows. During our walks in the courtyard they anxiously asked me each time what it all meant and how it would all end. I comforted them by saying that we should come out victorious in the end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KORNILOFF'S RISING.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The end of August was marked by the rising of General Korniloff. It was the immediate result of the mobilisation of the counter-revolutionary forces, to which the offensive of July had given a great impetus. At the celebrated State Conference at Moscow in the latter half of August, Kerensky tried to take up a position midway between the propertied classes and lower middleclass democrats. The Bolsheviks were regarded as standing altogether outside the law. Kerensky threatened them with &#8220;blood and iron&#8221; amidst a storm of applause from the propertied sections of the Conference and the traitorous silence of the lower middle-class democrats. But Kerensky's hysterical cries and threats did not satisfy the leaders of the counter-revolutionary cause. They saw only too well the revolutionary wave that was spreading throughout the country, enveloping the workers, the peasants, and the army, and they considered it imperative to employ immediately the most extreme measures in order to teach the masses an unforgettable lesson. In agreement with the propertied bourgeoisie, which saw in him its hero, Korniloff took this risky matter on his shoulders. Kerensky, Savinkoff, Filonenko, and other Socialist Revolutionaries in or about office took part in his plot, but all of them betrayed Korniloff as soon as they saw that if he should come out victorious they themselves would be thrown overboard. I lived through the episode in prison and followed it up in the papers : free access to the papers was the only important difference between Kerensky's prison regime and the old one. The adventure of the Cossack General fell through ; in six months of the Revolution the masses had developed sufficient spirit and strength of organization to repel any open counter-revolutionary attack. The Coalitionist Soviet parties were frightened to the last degree by the possible developments of the Korniloff plot, which threatened to sweep away not only the Bolsheviks, but the whole of the Revolution, together with its leading parties. The Socialist Revolutionaries and the Mensheviks then set out to &#8220;legalize&#8221; the position of the Bolsheviks, but only by half and with numerous reservations, scenting possible dangers in the future. The same Kronstadt sailors who, after the July occurrence, had been branded as hooligans and counter-revolutionaries, were now summoned to Petrograd to defend the Revolution against the Korniloff danger. They came without demur, without taunts, without any reminders of the past, and took up the most responsible positions. I had then a perfect right to remind Tsereteli of the words I had thrown at him in May when he was abusing the men of Kronstadt : &#8220;When a counter-revolutionary general tries to tie a knot round the throat of the Revolution, the Cadets will be soaping the rope and the Kronstadt sailors will come to help us and to die with us.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Soviet organizations displayed everywhere at the rear and at the front their vitality and strength in the fight against the Korniloff rising. Scarcely anywhere did matters come to actual fighting. The revolutionary masses simply paralysed the General's plot. Just as in July the Coalitionists could find no soldiers to fight against us among the Petrograd garrison, so now Korniloff could find no soldiers at the front to fight against the Revolution. He could only act at all by deceit, and the efforts of the propagandists soon put an end to his designs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Judging by the papers, I hoped for a very rapid development of events and for an early passing of the Government authority into the hands of the Soviets. The growth of the influence and strength of the Bolsheviks was undoubted, and it had now received an irresistible impetus. The Bolsheviks had warned against the Coalition, against the July offensive, and had foretold the Korniloff rebellion. The popular masses could now see that we had been right. At the most anxious moments of the Korniloff plot, when the Caucasian &#8220;Savage&#8221; Division was marching on Petrograd, the Petrograd Soviet, with the unwilling connivance of the Government, had armed the workers. The regiments which had been summoned against us had long ago become transformed in the hot atmosphere of Petrograd, and were now entirely on our side. The Korniloff attempt was bound finally to open the eyes of the army to the inadmissibility of any further understanding with the bourgeois counter-revolutionaries. One might, therefore, well have expected that the suppression of the Korniloff attempt would be followed by an immediate effort of the revolutionary forces, guided by our party, to obtain power. But events developed more slowly. In spite of the intensity of revolutionary feeling, the masses had become more wary since the severe lesson of the July days, and forswore all spontaneous action, waiting for a direct call and guidance from their leaders. But the leaders of our party, too, were in a waiting mood. In these circumstances the winding up of the Korniloff adventure, although it had fundamentally altered the correlation of forces in our favour, did not lead to any immediate political changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE STRUGGLE WITHIN THE SOVIETS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By that time the predominance of our party in the Petrograd Soviet became definite. This was made evident in a dramatic form in connection with the question of the constitution of the Presidential Bureau. At the time when the Socialist Revolutionaries and the Mensheviks reigned supreme in the Soviets, they tried all they could to isolate the Bolsheviks. Even when we had at least one-third of the total seats on the Petrograd Soviet, they would not admit a single representative of our party to the Presidential Bureau. After the Petrograd Soviet had passed a resolution in favour of a purely Soviet Government by a somewhat precarious majority, our group demanded the constitution of a Coalition Presidency on the basis of proportional representation. The old Bureau, which included Tchkheidze, Tsereteli, Kerensky, Skobeleff, and Tchernoff, would not hear of this. It is worth while remembering this just now, when the other parties talk of the need of a &#8220;united democratic front&#8221; and accuse us of exclusiveness. A special meeting of the Petrograd Soviet was called to decide the constitution of the Bureau. Both sides mobilized all their forces and reserves for this struggle. Tsereteli came out with a programmatic speech and argued that the question of the Presidential Bureau was really a question of policy. We thought we should get a little less than half of the votes, and were prepared to consider this as a success. To our own great surprise the voting by roll-call showed more than a hundred majority in our favour. &#8220;During six months,&#8221; said Tsereteli, &#8220;we stood at the head of the Petrograd Soviet and led it from victory to victory. We hope that you will at least remain half that time at the posts you are about to take up.&#8221; A similar change of the directing parties took place in the Moscow Soviet. The provincial Soviets, too, passed one after the other into the hands of the Bolsheviks. The time was getting near for the summoning of an All-Russian Congress of Soviets. But the leading group of the Central Executive Committee was trying all it could to put the Congress off to the dim and distant future, in the hope of making it altogether impossible. It was evident that the new Congress would give our party a majority, would elect a new Central Executive Committee corresponding to the new orientation of the parties, and would rob the Coalitionists of their most important stronghold. The struggle for the calling together of the All-Russian Congress of the Soviets thus became a matter of the greatest importance to us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As against this, the Mensheviks and Socialist Revolutionaries made a proposal for the calling together of a Democratic Conference. This body, they thought, they would be able to play off both against us and against Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The head of the Government had by this time taken up quite an independent and irresponsible position. He had been raised to power in the first period of the Revolution by the Petrograd Soviet. Kerensky had entered the Ministry in the first instance without any provisional decision of the Soviet, but the latter subsequently approved of the step. After the first Congress of the Soviets the Socialist Ministers were considered to be responsible to the Central Executive Committee. Their Cadet allies were only answerable to their own party. After the July days the Central Executive Committee, meeting the wishes of the bourgeoisie, freed the Socialist Ministers from their responsibility to the Soviets, for the purpose, as it was alleged at the time, of creating a revolutionary dictatorship. This also is worth while remembering just now, when the very same people who were concocting the dictatorship of a small circle are now hurling charges and slanders against the dictatorship of a class.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Moscow State Conference, at which the artificially selected propertied and democratic representatives balanced one another, had had for its chief aim the consolidation of Kerensky's power over the classes and parties. This aim had only been attained in appearance. In reality the Moscow Conference only revealed Kerensky's complete impotence, for he was almost equally a stranger to the propertied elements and to the lower middle-class democracy. But as the Liberals and the Conservatives applauded his tirades against the democracy, while the Coalitionists gave him a great ovation when he very guardedly disowned the counter-revolutionaries, he gained the impression that he was supported by both sides and disposed of unlimited authority. He threatened the workers and the revolutionary soldiers with blood and iron. His policy went still further along the road of conspiracies with Korniloff, which compromised him in the eyes of the Coalitionists. Tsereteli, in his characteristically vague diplomatic phrases, spoke of &#8220;personal&#8221; factors in politics and the necessity of circumscribing them. It was this task that the Democratic Conference had to discharge, composed as it was of representatives of the Soviets, Municipal Councils, Zemstvos, trade unions and co-operative societies &#8211; all selected in an arbitrary manner. The chief problem, however, was to provide for a sufficiently Conservative complexion of the Conference, to dissolve the Soviets once for all in the amorphous mass of democracy, and to consolidate their own power by means of this new organization against the tide of Bolshevism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It will not be out of place here to note in a few words the difference between the political role of the Soviets and the democratic organs of self-government. Philistines have more than once pointed out to us that the new Municipal Councils and Zemstvos elected by universal suffrage are incomparably more democratic than the Soviets, and possess a more valid right to represent the whole population. This formal democratic criterion, however, has no real meaning in revolutionary times. Revolution is distinguished by this : that, the, consciousness of the masses undergoes rapid changes. New sections of the population constantly gain experience, revise their views of yesterday, work out new ones, reject old leaders, follow others, and press ever forward. In times of Revolution the (formally) democratic organizations, based on the ponderous mechanism of universal suffrage, inevitably lag behind the development of the political views of the masses. Not so the Soviets. They depend directly on organic groups, such as workshops, factories, mines, companies, regiments, etc. In these cases, of course, there are no such legal guarantees for the perfect accuracy of the elections as in those to Municipal Councils and Zemstvos, but there is the far more important guarantee of the direct and immediate contact of the deputy with his electors. The member of the Town Council or Zemstvo depends on an amorphous mass of electors who invest him with authority for one year, and then dissolve. The Soviet electors, on the other hand, remain in permanent contact with one another by the very conditions of their life and work ; their deputy is always under their direct observation and may at any moment be given new instructions, and, if necessary, may be censured, recalled, and replaced by somebody else.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As the general political evolution of the preceding months of the Revolution had been marked by the growing influence of the Bolsheviks at the expense of the Coalitionist parties, it was quite natural that this process should have been reflected most clearly and fully on the Soviets the Town Councils and Zemstvos, in spite of all their formal democratic character, expressing not so much the sentiments of the masses today as those of yesterday. This explains the gravitation towards the Town Councils and Zemstvos on the part of those parties which have been losing ever more and more their footing in the revolutionary class. This question will again crop up, only on a larger scale, when we come to the Constituent Assembly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Part II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE DEMOCRATIC CONFERENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Democratic Conference, called together by Tsereteli and his coadjutors towards the end of September, was of an entirely artificial character, consisting, as it did, of a combination of representatives of Soviets with those of the organs of local self-government in such a proportion as to give a preponderance to the Coalitionist parties. The offspring of helplessness and confusion, the Conference ended in a pitiful fiasco. The propertied bourgeoisie regarded it with the greatest animosity, seeing in it an attempt to drive it from the position to which it had advanced at the Moscow gathering, On the other hand, the revolutionary working class and the masses of the peasantry and soldiers had condemned in advance the methods of adulteration used in calling the Conference together. The immediate task of the Coalitionists was to form a &#8220;responsible&#8221; Ministry. But even this was not attained. Kerensky did not want and would not allow any principle of responsibility, because the bourgeoisie at his back would not allow it. Non-responsibility before the organs of the so-called democracy meant, in effect, responsibility before the Cadets and the Allied Embassies. For the present this was sufficient for the bourgeoisie. On the question of coalition, the Conference revealed its complete insolvency. The number of votes cast for the principle of a coalition with the bourgeoisie was only little more than that cast against all Coalitions, and a majority of votes was cast against a coalition with the Cadets. But With the exception of the latter, there were no parties among the bourgeoisie worth mentioning with whom a Coalition could be entered into. Tsereteli fully explained this to the assembly. If the assembly did not understand this, so much the worse for it ! And so behind the back of the Conference pourparlers were carried on unabashed with the very Cadets whom it had rejected, it having been decided that the Cadets should be treated not as Cadets, but as public men Pressed from the right and from the left, the lower middle-class democrats submitted to all this mockery of themselves and thereby demonstrated their complete political impotence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Council was elected from the Democratic Conference, which it was decided should be completed by the addition of some representatives of the propertied classes ; and this Provisional &#8220;Parliament&#8221; was to fill the gap until the meeting of the Constituent Assembly. The new Coalition Ministry, contrary to Tsereteli's original plan, but in entire accordance with the plans of the bourgeoisie, was to maintain its formal independence as against the Provisional Parliament. The whole proceeding gave the impression of a pitiful and impotent product of a mind divorced from life, behind which could clearly be seen the complete capitulation of the lower middle-class democrats to that same propertied Liberal bourgeoisie which only a month before had openly supported Korniloff's attempt against the Revolution. The whole thing, then, amounted practically to the re-establishment and the perpetuation of the coalition with the Liberal bourgeoisie. There could no longer be any doubt that, quite independent of the composition of the future Constituent Assembly, the Government power would be in the hands of the bourgeoisie, since the Coalitionist parties, in spite of all the preponderance Secured to them by the popular masses, were unalterably bent on a coalition with the Cadets, considering it impossible to form any Government without the aid of the bourgeoisie. The popular masses regarded Miliukoff's party with the greatest hostility. At all elections in the course of the Revolution the Cadets invariably suffered severe defeats ; yet the very same parties, the Socialist Revolutionaries and Mensheviks, who smote the Cadet party at the elections hip and thigh, would, after the elections, invariably reserve for them a place of honour in the Coalition Cabinet. It was natural in these circumstances that the masses began to perceive more and more clearly that the Coalitionist parties were in reality playing the r8le of bailiffs and office-holders for the Liberal bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DIFFICULTIES AT THE FRONT AND THE REAR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meanwhile the internal situation was deteriorating and becoming more and more complicated. The war was dragging along without aim, without sense, without any perspective. The Government was taking no steps to extricate itself from the vicious circle. The ridiculous plan was put forward of sending Skobeleff to Paris in order to influence the Allied Imperialists, but no sensible person attached to it any serious importance. Korniloff surrendered Riga to the Germans in order to terrorize public opinion and so to gain a favourable opportunity for establishing an iron discipline in the army. Petrograd was threatened, and the middle-class elements were Welcoming the danger with evident malignancy. Rodzianko, the former President of the Duma, openly said that the surrender of demoralized Petrograd to the Germans would constitute no great misfortune. He referred to the case of Riga, where, following upon the entry of the Germans, the Soviets were dissolved and strict order was established with the help of the old police. True, the Baltic Fleet would be lost ; but the fleet had been demoralized by revolutionary propaganda, and the loss would, therefore, not be so very great. This cynicism of the garrulous grand seigneur expressed the secret thoughts of wide circles of the bourgeoisie. The handing over of Petrograd to the Germans would not really mean its final loss. By the peace treaty Petrograd would be returned, but it would in the interval have been disciplined by German militarism. The Revolution in the meantime would be decapitated, and could therefore be more easily grappled with. Kerensky's Government had, in fact, no serious intention of defending the capital, and public opinion was being prepared for its possible surrender. Government offices were being transferred from Petrograd to Moscow and other towns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was in such circumstances that the Soldiers' Section of the Petrograd Soviet met at a full session. The general feeling was tense and agitated. If the Government was unable to defend Petrograd, let it conclude peace. And if it was incapable of concluding peace, let it clear out. This was how the Soldiers' Section expressed their views of the condition of affairs. This was the first signal of the coming November Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the front the position of affairs was going from bad to worse. A cold autumn, wet and muddy, was drawing near. There was the prospect of a fourth winter campaign. The food Supply was becoming worse every day. In the rear they had forgotten about the front. There were no reliefs, no reinforcements, and no warm clothing. The number of deserters was increasing daily. The old army committees, elected at the beginning of the Revolution, still remained in their places and supported Kerensky's policy Re-elections were prohibited. An abyss was formed between the army committees and the masses of the army, and finally the soldiers began to detest the committees. Again and again delegates from the trenches would arrive at Petrograd and ask point-blank, at the sittings of the Soviet &#8220;What are we to do now ? Who will end the war, and how shall it be done ? Why is the Petrograd Soviet silent ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE INEVITABLE STRUGGLE FOR POWER.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Petrograd Soviet was not silent. It demanded the immediate assumption of authority by the central and local Soviets, the immediate transference of the land to the peasants, the establishment of control by the workers over industry, and the immediate initiation of peace negotiations. So long as we had been in opposition, the cry &#8220;All power to the Soviets !&#8221; was a battle-cry of propaganda, but since we became a majority on all the chief Soviets it imposed upon us the duty of taking up an immediate and direct struggle for power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the villages the position of affairs had become complicated and confused to the last degree. The Revolution had promised the land to the peasants, but had forbidden the latter to touch the land till the meeting of the Constituent Assembly. The peasants at first waited patiently, but when they began to lose patience the Coalition Government resorted to measures of repression. In the meantime the prospect of the meeting of the Constituent Assembly was becoming dimmer and dimmer. The bourgeoisie was insisting that the Constituent Assembly should not be summoned until after the conclusion of peace. The peasant masses, on the other hand, were becoming more and more impatient, and what we had predicted at the beginning of the Revolution was now Coming true. The peasant masses began to grab the land on their own authority. Reprisals became more frequent and severe, and the revolutionary land committees began to be arrested &#8211; here and there. In some districts Kerensky even proclaimed martial law. Delegates from the villages began to stream to Petrograd, and complained to the Soviet that they were being arrested while trying to carry out the programme of the Soviets and handing over the estates of the private landowners to the peasants' committees. The peasants demanded our protection. We replied that we could only help them if the government power were in our hands. Hence it followed that if the Soviets did not want to become mere talking-shops they were bound to make an effort to get the power into their own hands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was absurd to fight for the authority of the Soviets six or eight weeks before the, meeting of the Constituent Assembly &#8211; so we were told by the friends on the Right. But we were not in the least infected by this fetichism of the Constituent Assembly. In the first place, there were no guarantees that it would really be summoned. The break-up of the army, the wholesale desertions, the disorganization of the food supply, the agrarian revolution &#8211; all went to create an atmosphere but little favourable to the holding of elections to the Assembly. Moreover, the possible surrender of Petrograd to the Germans threatened to make such elections altogether impossible. In the second place, even if the Constituent Assembly were to be summoned under the direction of the old parties, on the old party lists, it could only become a protection for, and a confirmation of, the coalition principle of government. Neither the Socialist Revolutionaries nor the Mensheviks were capable of assuming authority without the help of the bourgeoisie. Only a revolutionary class Could break the vicious circle in which the Revolution was floundering and disintegrating. It was essential that the authority should be snatched from the hands of those elements which directly or indirectly were serving the interests of the bourgeoisie and used the Government machinery for obstructing the revolutionary demands of the people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE STRUGGLE FOR THE SOVIET CONGRESS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All power to the Soviets : such was the demand of our party. In the preceding period this meant, in terms of party divisions, complete authority for the Socialist Revolutionaries and Mensheviks as against the coalition with the Liberal bourgeoisie. Now, however, in November 1917, this demand meant the complete supremacy of the revolutionary proletariat, headed now by the Bolshevik party. The question at issue was the dictatorship of the working class, which was leading, or, to be more correct, was capable of leading, the millions of the poorest peasantry. This was the historical meaning of the November rising.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Everything conspired to lead the party along this path. From the very first days of the Revolution we had insisted on the need and the inevitability of the assumption of the entire government authority by the Soviets. The majority of the Soviets, after an intense internal struggle, adopted our standpoint and took up this demand. We were getting ready for the second All-Russian Congress of the Soviets, at which we expected a complete victory for our party. The Central Executive Committee, on the other hand, under the direction of Dan (the cautious Tshkheidze left for the Caucasus in good time) did everything possible to hinder the meeting of the Soviet Congress. After great efforts, supported by the Soviet group at the Democratic Conference, we at last obtained the fixing of a definite date for the Congress November 7th. This date has now become the greatest date in Russian history. As a preliminary, we called together in Petrograd a conference of the Soviets of the Northern Provinces, including also the Baltic Fleet and the Moscow Soviet. We had a definite majority at this conference. We also obtained some protection on the right flank from the left wing of the Socialist Revolutionaries, and laid the foundation for the business-like organization of the November rising.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE CONFLICT OVER THE PETROGRAD GARRISON.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But even before that, before the conference of the Northern Soviets, something happened which was destined to play a most important part in the corning political struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the middle of October there appeared at a sitting of the Executive Committee the Soviet representative attached to the staff of the Petrograd military district, who informed us that the Main Headquarters were demanding the despatch of two-thirds of the Petrograd garrison to the front. What for ? For the defence of Petrograd ! The despatch was not to take place immediately, but it was necessary to get ready for it at once. The Staff asked the Petrograd Soviet to approve of this plan. We pricked up our ears. Already at the end of August five revolutionary regiments had been, wholly or in part, removed from Petrograd. This had been done on the demand of the then Commander-in-Chief, Korniloff, who at that very time was preparing to throw the Caucasian &#8220;Savage&#8221; Division against Petrograd with the object of settling with the revolutionary capital once and for all. We had thus already had the experience of a purely political redistribution of troops, carried out on the pretext of military operations. It may be noted here, by way of anticipation, that documents which fell into our hands after the November Revolution showed, without any p05sibility of doubt, that the proposed evacuation of the Petrograd garrison in reality had absolutely nothing to do with military operations, and was forced on the Commander-in-Chief, Dukhonin, against his will by no other than Kerensky himself, who was anxious to clear Petrograd of the most revolutionary soldiers, that is, of those most hostile to himself.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But this was not known in the middle of October, and our suspicions were met by a storm of patriotic indignation. The military Staff tried to hurry us on, and Kerensky was impatient, as the ground beneath his feet was fast becoming too hot for him. We, however, did not hurry to answer. Certainly, Petrograd was in danger, and the terrible question of the defence of the capital exercised us greatly. But after the experience of the Korniloff days, after Rodzianko's words regarding salvation by a German occupation of Petrograd, how could we be assured that Petrograd would not be wilfully surrendered to the Germans as a punishment for its rebellious spirit ? The Executive Committee refused to give its signature to the demand for the removal of two-thirds of the Petrograd garrison without examination. We declared that we must have proof of the reality of the military need which dictated the demand, and for that purpose some organization to examine the question must be created. Thus arose the idea of establishing, side by side with the Soldiers' Section of the Soviets, that is, with the political representation of the garrison, a purely operative organ in the form of the Military Revolutionary Committee which ultimately acquired enormous power and became practically the instrument of the November Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Undoubtedly, already at that time, when we were proposing the Creation of an organ to concentrate in its hands all the threads of the purely military direction of the Petrograd garrison, we were clearly realizing that this organ might become an invaluable revolutionary weapon. We were already at that time deliberately and openly steering for a rising and organizing ourselves for it. The opening of the All-Russian Congress of Soviets was fixed, as we said before, for November 7th, and there could be no longer any doubt that it would declare in favour of the assumption of supreme authority by the Soviets. But such a decision would have to be carried out at once, otherwise it would simply become a worthless platonic demonstration. It would have been in accord with the logic of the situation if we had fixed our rising for November 7th. The bourgeois Press, indeed, took this for granted. But the fate of the Congress depended, in the first instance, on the Petrograd garrison. Would it allow Kerensky to surround the Congress and to break it up with the help of a few hundreds or thousands of ensigns, cadets, and members of shock battalions ? The very attempt to get the garrison out of Petrograd &#8211; did it not signify that the Government was preparing to break up the Congress of the Soviets ? It would have been strange indeed if it were not, seeing that we were mobilizing quite openly, in face of the whole country, all the strength of the Soviets for the purpose of dealing the Coalition Government a mortal blow.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And so the whole conflict in Petrograd was coming to an issue over the question of the fate of its garrison. In the first place, of course, it affected the soldiers, but the workers, too, evinced the liveliest interest in it, as they feared that on the removal of the troops they might be crushed by the military cadets and Cossacks. The conflict was thus assuming a very acute character, and the question over which it was tending to an issue was very unfavourable to the Kerensky Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parallel with this struggle over the garrison was also going on the previously mentioned struggle for the summoning of the Soviet Congress, in connection with which we were proclaiming openly, in the name of the Petrograd Soviet and the conference of the Soviets of the Northern District, that the second Soviet Congress must dismiss the Kerensky Government and become the real master of Russia. Practically the rising was already proceeding, and was developing in the face of the whole country.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During October the question of the rising played also an important part in the internal life of our party. Lenin, who was in hiding in Finland, wrote numerous letters insisting on more energetic tactics. Amongst the rank and file there was great fermentation and growing discontent, because the Bolshevik Party, now in a majority in the Soviets, was not putting its own battle-cries into practice. On October 28th a secret meeting of the Central Committee of our party took place, at which Lenin was present. On the order of the day was the question of the rising. With only two dissentients it was unanimously decided that the only means of saving the Revolution and the country from complete destruction was an armed rising, which must have for its object the conquest of supreme government authority by the Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE DEMOCRATIC COUNCIL AND THE PROVISIONAL PARLIAMENT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Democratic Council which arose out of the Democratic Conference inherited all the impotence of the latter. The old Soviet parties, the Socialist Revolutionaries and the Mensheviks, had secured for themselves an artificial majority on the Council, apparently for the purpose of exposing still more thoroughly their entire political prostration. Behind the scenes Tsereteli was carrying on intricate negotiations with Kerensky and the representatives of the &#8220;propertied elements,&#8221; as they began terming them in the Council in order to avoid the &#8220;insulting&#8221; term &#8220;bourgeoisie.&#8221; Tsereteli's report on the progress and results of these negotiations sounded very much like a funeral oration over the grave of a whole revolutionary period. It turned out that neither Kerensky nor the propertied elements would agree to the principle of Ministerial responsibility to the new semi-representative body. On the other hand, it was impossible to find &#8220;business-like&#8221; public men outside the Cadet Party. The organizers of the business had to give in on both points, which capitulation was so much the more delightful as the Democratic Conference had been called together specially for the purpose of putting an end to the irresponsible regime, the Conference, moreover, explicitly rejecting all Coalition with the Cadets. At the last few meetings of the Democratic Council before the new Revolution there was a general atmosphere of great tension and practical impotence. The Council reflected not the progress of the Revolution, but the dissolution of parties whom the Revolution had left far behind.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Already during the session of the Democratic Conference I had raised the question in our party of making a demonstrative exit from the Conference and of boycotting the Democratic Council. It was necessary to demonstrate to the masses by our action that the Coalitionists had brought the Revolution into an impasse. The struggle for the formation of a Soviet Government could only be carried on by revolutionary an methods. It was imperative to wrest the authority from the hands of those who had proved themselves incapable for good and who were fast losing all capability even for active harm. It was necessary to oppose our political method through the mobilization of all forces around the Soviets, through the All-Russian Congress of the Soviets, through a rising, to their method of action through an artificially selected &#8220;Provisional Parliament&#8221; and a problematic Constituent Assembly. This could only be accomplished by an open and public break with the body created by Tsereteli and his friends, and by concentrating all the attention and strength of the working class on the Soviet organizations. It was for these reasons that I proposed a demonstrative exit from the Democratic Conference and a revolutionary agitation in the factories and among the troops against the attempt to adulterate the will of the Revolution and again to direct its further course into the groove of co-operation with the bourgeoisie. Lenin expressed himself in the same sense in a letter which we received a few days later. But among the leaders of the party there was still considerable hesitation. The July Days had left a very deep impression on the party. The masses of workers and soldiers had shaken off the impression made by the July reprisals much more rapidly than many of our leading comrades who feared the break-up of the Revolution by another premature attempt on the part of the masses. In our group at the Democratic Conference I obtained fifty votes for my proposal against seventy cast in favour of participating in the Democratic Council. But our experience on that Council very soon strengthened the left wing of the party. It became only too evident that the method of compromises bordering on mere swindles, which had for its aim to secure the leadership of the Revolution for the propertied classes assisted by the Coalitionists who had lost all footing amongst the wide masses, was not the way out of the impasse into which the flabby middle-class democrats had brought the Revolution. By the time when the Democratic Council, supplemented by representatives of the propertied classes, became transformed into a &#8220;Provisional Parliament,&#8221; the psychological readiness of our party to break away from this body was already ripe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE SOCIALIST REVOLUTIONARIES AND THE MENSHEVIKS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The question before us at the time was whether the Socialist Revolutionaries of the Left would follow us along this path. This group was then in the process of formation, which from our party point of view was much too slow and hesitating. At the beginning of the Revolution, the Socialist Revolutionary Party became by far the strongest in the whole political field. The peasants, soldiers, and even the masses of the workers voted for the Socialist Revolutionaries. They themselves had not expected anything of the kind, and more than once it had seemed as though there was a danger that the party might choke in the waves of its own success. With the exception of the purely capitalist and landowning classes and the well-to-do intellectuals, all and everybody flocked to the banners of the Socialist Revolutionaries. And this entirely corresponded to the first stage in the Revolution, when the class boundaries had not yet had time to make themselves visible, when the yearning after a united revolutionary front found expression in the nebulous programme of a party which was ready to shelter alike the workers afraid of losing contact with the peasantry, the peasants seeking land and freedom, the intellectuals anxious to guide both these classes, and the official trying to adapt himself to the new order of things. When Kerensky, who, under the Tsarist Government, had belonged to the &#8220;Group of Toil,&#8221; joined the Socialist Revolutionaries after the victory of the Revolution, the popularity of this party began to grow in correspondence with the advance of Kerensky himself along the road of power. Many colonels and generals, out of respect &#8211; not always platonic &#8211; for the War Minister, hastened to inscribe their names in the rolls of the party of the erstwhile terrorists. The old Socialist Revolutionaries, belonging to the old revolutionary school, were already at that time regarding somewhat uneasily the ever-growing number of &#8220;March&#8221; Socialist Revolutionaries, that is to say, those members who had only found their revolutionary souls in March, after the Revolution had overthrown the old regime and had raised the Socialist Revolutionaries to power. In this way the party contained in its amorphousness not only the internal contradictions of the developing Revolution, but also all the prejudices of the backward peasant masses and all the sentimentalism, instability, and ambitions of the intellectual sections of the population. It was quite evident that the party could not exist long in such a form. In point of ideas it proved to be impotent from the very beginning. It was the Mensheviks who played the leading political role in the first stages of the Revolution. They had passed through the Marxian school, and had derived from it certain methods and habits which had helped them to find their way sufficiently in the political situation to adulterate &#8220;scientificaily&#8221; the real meaning of the present class struggle and to secure, in the highest degree possible under the given conditions, the supremacy of the Liberal bourgeoisie. This is the reason why the Mensheviks, who were the direct advocates of the right of the bourgeoisie to power, so quickly spent themselves and were, by the time of the November Revolution, finally reduced almost to a cipher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Socialist Revolutionaries were also losing their influence more and more, first among the workers, then in the army, and finally also in the villages. Nevertheless, at the time of the November Revolution they were still numerically a very powerful party. But class antagonisms were undermining it from within. As against its right wing, which in the persons of its most chauvinist elements, such as Avksentieff, Breshko-Breshkovskaya, Savinkoff and others, finally went over to the counter-revolutionaries, a left wing was in process of formation, which tried to maintain a contact with the labouring masses. If we bear in mind the fact that the Socialist Revolutionary Avksentieff, in his capacity as Minister of the Interior, was arresting the peasant land committees consisting almost entirely of Socialist Revolutionaries, for their grappling with the agrarian question on their own authority, the amplitude of disagreements within this party will become sufficiently clear.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the centre stood the traditional leader of the party, Tchernoff, an experienced writer, well read in Socialist literature, an old hand in party struggles, he was the invariable leader of the party at the time when the party's life concentrated in refugees' circles abroad. The Revolution, which, in its first indiscriminate onward rush, had raised the Socialist Revolutionaries to a tremendous height, automatically also raised Tchernoff, but only to show his complete incapability even among the leading political personages of the first period. Those minor qualifications which secured for Tchernoff a preponderance in the foreign circles of the party proved to be far too light in the scales of the Revolution. He confined himself to abstaining from all responsible decisions, to avoiding and evading all critical issues, to waiting upon events, and to refraining from all positive activity. Such tactics secured to him, for the time being, the position of a centre between the two flanks of the party, the distance between which was growing ever wider and wider. But the unity of the party could no longer be maintained. Savinkoff, the erstwhile terrorist, had taken part in the Korniloff plot, was on most cordial terms with the counterrevolutionary circles of the Cossack officers, and was preparing a crushing blow for the Petrograd workers and soldiers, amongst whom were not a few Socialist Revolutionaries of the Left. As a sop to this left wing, the Centre expelled Savinkoff from the party, but it dared not raise its hand against Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the Provisional Parliament the party showed itself to be hopelessly divided. The three groups acted independently of one another, although all were marching under the same party banner. At the same time none of these groups had any clear idea as to what it wanted. The formal predominance of this party in the Constituent Assembly would only have meant the continuation of the same political sterility and impotence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE VOICE OF THE FRONT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Before leaving the Provisional Parliament, where, according to the political statistics of Kerensky and Tsereteli, we only had about fifty seats, we organized a meeting with the Left Socialist Revolutionary group. They, however, refused to follow us, on the ground that it was necessary for them to prove to the peasantry by a practical experiment the hopelessness of that Parliament. &#8220;We think it our duty to warn you,&#8221; said one of their leaders, &#8220;that if you mean to leave the Provisional Parliament with the object of immediately descending into the street for an open struggle, we shall not follow you.&#8221; The bourgeois and Coalitionist Press accused us of aiming at a break-up of the Provisional Parliament for the sole purpose of creating a revolutionary situation. Our group in the Provisional Parliament decided not to wait for the Left Socialist Revolutionaries, but to act independently. The declaration of our party, read from the rostrum of the Provisional Parliament and explaining our reason for breaking away from this institution, was met with a howl of execration and impotent rage from the majority groups. In the Petrograd Soviet, where our action was approved by an overwhelming majority, the leader of the small group of &#8220;Internationalist&#8221; Mensheviks, Martoff, argued with us that our exit from the Provisional Council of the Republic (such was the official designation of this disreputable institution) would only then have any sense if we intended to pass immediately to an open offensive against the present Government. But that was just what we did intend doing. The agents of the Liberal bourgeoisie were quite right when they accused us of desiring to create a revolutionary situation. We saw that the only way out of the hopeless state of affairs was by means of an open rising and a direct seizure of power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Again, as during the July days, the Press and all other organs of so-called public opinion were set in motion against us. The most poisonous weapons were once more got out of the arsenals of the July days, where they had been deposited after the Korniloff rising. Vain efforts ! The masses flocked to us irresistibly, and their spirit rose hourly higher and higher. Delegates would arrive from the trenches and ask us, at the sittings of the Petrograd Soviet : &#8220;How long will this unbearable situation last ? The soldiers have authorized us to tell you that if by the 15th of November no decisive steps are taken towards peace, the trenches will be evacuated, and the whole army will march back to the rear !&#8221; Such a resolve had really spread all along the front. The soldiers were distributing from one sector to the other proclamations drawn up by themselves, Calling on all soldiers not to remain in the trenches after the first snow. &#8220;You have forgotten all about us,&#8221; the trench delegates would exclaim at the sittings of the Soviet &#8220;if you do not find some way out, we shall come here ourselves and scatter our enemies with our bayonets, but you, too, together with them.&#8221; Within a few weeks the Petrograd Soviet became the centre of attraction for the whole army. After the change of its policy and the new election of its Presidential Bureau, its resolutions had been infusing into the exhausted and despairing troops new hopes that a way out of the impossible situation might at length be found on the lines laid down by the Bolsheviks, namely, by the publication of the secret treaties and the immediate proposal of an armistice on all fronts. &#8220;You say that full authority should pass into the hands of the Soviets ? Then take it. Are you afraid that the front may not support you ? Cast aside all doubt ; the overwhelming mass of the soldiers are entirely on your side.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the meantime the conflict regarding the evacuation of the Petrograd garrison was proceeding apace. There were almost daily meetings of the garrison, consisting of company, regimental, and other committees. The influence of our party in the garrison became absolute and quite undivided. The Staff of the Petrograd military district was in a state of extreme confusion. At one time they would try to enter into regular relations with us ; at other times, urged on by the leaders of the Central Executive Committee, they would threaten us with repression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE COMMISSIONERS OF THE MILITARY&lt;br class='autobr' /&gt;
REVOLUTIONARY COMMITTEE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We have already mentioned the formation of a special Military Revolutionary Committee attached to the Petrograd Soviet, which was intended by us as a sort of Soviet Staff of the Petrograd garrison, by way of a counter-weight to Kereusky's Staff. &#8220;But the existence of two Staffs cannot be tolerated,&#8221; urged the doctrinaire representatives of the Coalitionist parties. &#8220;Is, however,&#8221; we replied, &#8220;a state of things tolerable in which the garrison has no confidence in the official Staff and fears that the removal of troops from Petrograd may be dictated by some new counter-revolutionary design ?&#8221; &#8220;But the creation of a new Staff means an insurrection,&#8221; argued the Right ; &#8220;your Military Revolutionary Committee will have for its aim not so much the examination of the military intentions and orders of the military authorities, as the preparation and execution of a revolt against the present Government.&#8221; This argument was perfectly just, but for this very reason it did not frighten any of us. The necessity of overthrowing the Coalition Government was recognized by the overwhelming majority of the Soviet. The more convincingly the Mensheviks and Socialist Revolutionaries were demonstrating that the Military Revolutionary Committee would inevitably become an instrument of revolt, the more readily did the Petrograd Soviet support this new militant organ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first business of the Military Revolutionary Committee was to appoint Commissioners to all sections of the Petrograd garrison and to all the most important institutions of the capital and suburbs. We received intelligence from various quarters that the Government, or, rather, the Government parties, were busily organizing and arming their forces. From different stores, Government and private, they were removing rifles, revolvers, machine guns and cartridges for the purpose of arming the cadets, students, and, generally, the young bourgeoisie. It was essential to take some preventive measures at once. Commissioners were appointed to all stores and depots of arms, and they became masters of the situation practically without opposition. True, the commandants and proprietors of the stores tried to refuse them recognition, but it was sufficient for the Commissioners to appeal to the soldiers' committee or to the employees of the particular store in order to break down the opposition almost immediately. Henceforth arms were only issued under direct orders from our Commissioners.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The regiments of the Petrograd garrison, indeed, had had their Commissioners before this, but they used to be appointed by the Central Executive Committee. We have already mentioned that after the June Congress of the Soviets, and particularly after the demonstration of July 1st, which showed the growing strength of the Bolsheviks, the Coalitionist parties had almost entirely shut out the Petrograd Soviet from all practical influence on the course of events m the revolutionary capital. The direction of the affairs of the Petrograd garrison was concentrated in the hands of the Central Executive Committee. Now the question was how to install Soviet Commissioners everywhere. This was only accomplished thanks to the energetic co-operation of the masses of the soldiers. Regiment after regiment would declare, at the end of meetings addressed by speakers from various parties, that they would only recognize the Commissioners appointed by the Petrograd Soviet, and would do nothing without their sanction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the appointment of these Commissioners the military organization of the Bolsheviks played a very important part. Already before the July days this organization had done a great deal of propaganda work. On July 18th the cycling battalion, brought into Petrograd by Kerensky, had sacked the villa of Mlle. Krzeszinska, where the military organization of our party was located. The majority of its leaders and many of the rank and file were arrested, the papers were suppressed, and the printing machinery was destroyed. Only very slowly did the party again set up its press, but this time underground. Its military organization embraced only a few hundred men of the Petrograd garrison, but they included many determined and absolutely devoted revolutionary soldiers, young officers, and, principally, ensigns who had been imprisoned by Kerensky during July and August. All these now placed themselves at the disposal of the Military Revolutionary Committee and were appointed to the most responsible militant posts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It will not be out of place, however, to note here that it was exactly the members of the military organization of our party who, in November, adopted an attitude of extreme caution and even of some scepticism towards the idea of an immediate rising. The exclusive character of the organization and its avowedly military character involuntarily inclined its leaders to overestimate the importance of the purely technical means of an insurrection, and from this point of view we were undoubtedly very weak. Our strength lay in the revolutionary spirit of the masses and in their readiness to fight under our banner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE SWELLING TIDE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Side by side with the work of organization a raging and tearing agitation was being carried on. It was a period of incessant meetings at factories, in the Modern and Ciniselli Circuses, in the clubs and barracks. The atmosphere at all these meetings was decidedly electric. Every mention of an insurrection was met with a storm of applause and cries of approval. The bourgeois Press only intensified the general state of alarm. My order to the Sestroretski Small Arms Factory about the issue of 5,000 rifles to the Red Guard called forth an indescribable panic in bourgeois circles. They talked and wrote constantly about a general massacre that was being prepared. This, of course, did not in the least prevent the workers of the Sestroretski Factory from issuing arms to the Red Guards. The more furiously the bourgeois Press slandered and execrated us, the more ardently did the masses respond to our call. It became more and more evident to both sides that the crisis was bound to come to a head in the course of the next few days. The Socialist Revolutionary and Menshevik Press were frantically agitated : &#8220;The Revolution is in the greatest danger ! A repetition of the July days is being prepared on an immensely greater scale and will therefore be bound to have still more ruinous results.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorki, in his paper Novaya Zhizn (New Life), daily prophesied the coming collapse of the whole cultural life of the country. In general, the Socialist red paint was vanishing with astonishing rapidly from the bourgeois intellectuals as the stern reign of the working-class dictatorship drew nearer. On the other hand, the soldiers, even of the more backward regiments, were greeting the Commissioners of the Military Revolutionary Committee with enthusiasm. Delegates were arriving from Cossack troops and from the Socialist minority amongst the cadets, promising, in case of an open collision, to secure, at least, the neutrality of their men. It was evident that Kerensky's Government was simply hanging in the air, without any firm ground under its feet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Military Staff of the district entered into negotiations with us and proposed a compromise. In order to get an idea of the strength of resistance of our foe we entered into pourparlers. But the nerves of the Staff were all on edge. Now they would admonish, then they would threaten us, and even declared that our Commissioners were illegal &#8211; which ban, of course, did not in the least interfere with their work. The Central Executive Committee, in agreement with the Military Staff, appointed Staff Captain Malevsky to be Chief Commissioner for the Petrograd military district, and generously consented to recognize our Commissioners, provided they were subordinated to their Chief Commissioner. This proposal was rejected and the negotiations were broken off.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prominent Mensheviks and Socialist Revolutionaries would come to us as mediators, reason with and threaten us, foretelling our doom and the doom of the Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE PETROGRAD SOVIET DAY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The building of the Smolny Institute was at that time already in the hands of the Petrograd Soviet and of our party. The Mensheviks and the Right Socialist Revolutionaries had moved to Marie Palace, where the scarcely born Provisional Parliament was almost breathing its last. Kerensky made a great speech in the Provisional Parliament, in which, accompanied by the stormy applause of the bourgeois section, he attempted to conceal his impotence behind hysterical threats. The Military Staff made a last attempt at resistance. It sent an invitation to various units of the garrison, asking them to appoint two delegates from each unit to discuss the question of the evacuation of troops from the capital. The conference was fixed for one o'clock, November 4th. The regiments immediately informed us of this invitation, and we at once called a meeting of the garrison over the telephone for eleven o'clock in the morning. Some of the delegates, however, found their way to the Staff, but only to declare that without the permission of the Petrograd Soviet they would not go an inch anywhere. The garrison meeting almost unanimously reaffirmed its loyalty to the Military Revolutionary Committee. Opposition came only from the official representatives of the former Soviet parties, but it found no support whatever among the delegates of the regiments. The attempt of the Military Staff only showed the more clearly that the ground beneath our feet was firm. In the front ranks stood the Volhynian Regiment &#8211; the same one which, on the night of July 16th-17th, had marched to the strains of its band into the Taurida Palace for the purpose of putting down the Bolsheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Central Executive Committee, as was stated above, held possession of the funds and the Press of the Petrograd Soviet. All efforts to obtain possession even of one of these papers had proved of no avail. Hence about the middle of October steps had been taken to establish an independent paper for the Petrograd Soviet. But all the printing establishments were occupied, and their owners boycotted us, with the connivance of the Central Executive Committee. It was, therefore, decided to organize a Petrograd Soviet Day for the purpose of promoting an extended propaganda and collecting money for the establishment of a paper. This day had been fixed a fortnight previously for November 4th, and thus coincided with the date when the insurrection was publicly coming to view. The hostile Press was announcing it as an established fact that in November there would be an armed rising of the Bolsheviks in the streets of Petrograd. No one doubted that there would be a revolt. The only question was when. Efforts were made to guess and to predict, in order to elicit from us either a denial or an admission. All in vain. The Soviet calmly and confidently was forging ahead, paying no heed to the howl of bourgeois public opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;November 4th became the day of the review of the forces of the proletarian army. It went off splendidly in all respects. In spite of the warnings emanating from the Right that rivers of blood would flow in the streets of Petrograd on that day, the masses of the people poured out into the streets in huge waves to take part in the meetings of the Soviet. All our oratorical strength was made full use of ; all public places were packed ; meetings went on continuously for hours. These were addressed by speakers from our party ; by delegates who had come from different parts of the country to take part in the Congress of Soviets ; by speakers from the front, from the Left Socialist Revolutionaries, and from the Anarchists. The halls were simply overwhelmed by the masses of workers and soldiers. There had been few such meetings in Petrograd even during the Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A considerable section of the lower middle class was greatly disturbed &#8211; not so much actually frightened as made uneasy by the warnings and slanders of the bourgeois Press. Tens of thousands of people beat in huge waves against the walls of the People's Palace, overflowed into the corridors, and filled the halls. From the columns enormous garlands of human heads, hands, and feet were hanging down like bunches of grapes. The air seemed impregnated with an electric current, such as is fclt at the most critical moments of a revolution. &#8220;Down with Kerensky's Government !&#8221; &#8220;Down with the war !&#8221; &#8220;All authority to the Soviets !&#8221; Not one of the representatives of the former Soviet parties dared step forward before this colossal gathering with a word of opposition. The triumph of the Petrograd Soviet was unique and undivided. The campaign was in reality already won. All that remained was to deal the phantom Government a final military blow.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE GAINING OVER OF THE WAVERING UNITS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The more cautious elements in our own midst, however, warned us that there were still some units of troops which were not with us &#8211; the Cossacks, the Cavalry Regiment, the Semenoff Guards, and the Cyclist Regiment. Propagandists and Commissioners were appointed to these units. Their reports seemed perfectly satisfactory. The heated atmosphere was affecting every one and everything, and even the most conservative elements of the army were unable to withstand the general tendency of the Petrograd garrison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I went to an open-air meeting of the Semenoff regiment which was considered to be the chief support of the Kerensky Government. The best-known speakers of the Right wing were there. They clung to the conservative regiment of the Guards as to the last prop of the Coalition Ministry. But it was of no avail. The regiment declared in our favour by an overwhelming majority, and did not even allow the former Ministers to finish their speeches. Those groups which still opposed the demands of the Soviet consisted mainly of officers, volunteers, and, generally, of the middle-class intellectuals and semi-intellectuals. The workers and peasant masses were wholly on our side. The cleavage was pretty well along a straight social line.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The central military basis of Petrograd is the Peter and Paul Fortress. We appointed as its commandant a young ensign who soon proved himself to be almost born for the place and in a few hours became complete master of the situation. The &#8220;lawful&#8221; military authorities stepped aside to wait and see what might happen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For reasons given above, the Cyclist Regiment was considered by us a very unreliable unit. On November 5th I went to the fortress at about two o'clock in the afternoon. In the courtyard a meeting was being held. The speakers of the Right wing were most cautious and evasive, carefully avoiding any question about Kerensky, whose name, even in soldiers' circles, always gave rise to cries of protest and indignation. They, however, listened to us and adhered to us. At four o'clock the cyclists held a battalion meeting in a neighbouring place, in the Modern Circus. Amongst the speakers was the Quartermaster-General Paradeloff. He, too, spoke very, very cautiously. Far gone were the days when the official and semi-official orators never spoke of the workers' party otherwise than as a band of traitors and hirelings of the German Kaiser. The Assistant-Chief of the Staff came up to me and said : &#8220;Let us, for goodness' sake, come to some understanding.&#8221; But it was now too late. Against only thirty votes, the battalion declared itself, after a debate, in favour of the assumption of authority by the Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE BEGINNING OF THE INSURRECTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Kerensky Government was casting about for help from' one quarter to another. It recalled two new cyclist battalions from the front and a mortar battery, and tried to call out some cavalry. The cyclists, when on their way, sent a telegram to the Petrograd Soviet : &#8220;We are being taken to Petrograd. We do not know for what purpose. Kindly explain.&#8221; We asked them to stop and to send a delegation to us. When the latter arrived, they declared at the meeting of the Soviet that the battalion was entirely on our side. This aroused a new storm of enthusiasm. The battalion was ordered to enter the town immediately.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The number of delegates from the front increased day by day. They came for information on the position of affairs. They took our literature and went back to the front in order to : spread the news that the Petrograd Soviet was carrying on a struggle for the assumption of authority by the workers, soldiers, and peasants. &#8220;The trenches will support you,&#8221; they told us. The old army committees, on the other hand, which had not been re-elected for the last four or five months, were sending us threatening telegrams. But these frightened no one. We knew perfectly well that the committees were quite out of touch with the masses of the soldiers, as was the Central Executive Committee in regard to the local Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Military Revolutionary Committee appointed Commissioners to all the railway stations. They kept all in-coming and out-going trains under close observation, and particularly watched all movements of troops. A continuous telephonic and motor connection was set up with all neighbouring towns and their garrisons. It was the duty of all the Soviets in agreement with the Petrograd Soviet to see to it that no counterrevolutionary troops, or rather troops deceived by the Government, entered Petrograd. The lower ranks of the railway servants at the stations and railway workers gave ready recognition to our Commissioners.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On November 6th a difficulty arose at the Telephone Exchange. We were refused connection. The cadets had entrenched themselves at the Central Telephone Exchange, and under their protection the telephone girls came out in opposition to the Soviet. This was the first manifestation of the future sabotage of the officials and civil servants. The Military Revolutionary Committee sent a detachment to the Telephone Exchange and put two small guns at the entrance. So began thc seizure of the administrative offices. Sailors and Red Guards were stationed in small detachments at the Telegraph Office, at the Post Office, and other public offices, and measures were taken to gain possession of the State Bank. The Soviet Centre, the Smolny Institute, was converted into a fortress. In the attic there we still had, as a legacy from the Central Executive Committee, a score or so of machine guns, but they had been neglected, and the men in charge of them had lost all discipline. We summoned to the Smolny an additional machine-gun detachment, and early in the morning the soldiers were loudly wheeling their machine guns along the long stone Corridors of the Smolny Institute. Some Mensheviks and Socialist Revolutionaries, who, were still at the Institute, would now and then put their heads out of the doors with astonished or frightened faces. The Soviet and also the garrison held daily meetings at the Institute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the third floor, in a small corner room, the Military Revolutionary Committee was in permanent session. Hither flowed all information regarding the movements of troops, the frame of mind of soldiers and workers, the progress of propaganda in the barracks, the doings of the hooligans, the conferences held by the bourgeois politicians, life in the Winter Palace, and the intentions of the former Soviet parties. Our informants came from every quarter, and included workers, officers, house porters, Socialist cadets, servants, and fashionable ladies. Many brought only ridiculous nonsense ; others, however, gave us very valuable information. The decisive moment was drawing near. It was clear that there could be no turning back.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On November 6th, in the evening, Kerensky came to the Provisional Parliament and demanded its approval of repressive measures against the Bolsheviks &#8211; but the Provisional Parliament was in a pitiful state of confusion and well-nigh dissolution. The Cadets were urging the Right Socialist Revolutionaries to accept a vote of confidence ; the Right Socialist Revolutionaries were exerting pressure on the Centre ; the Centre wavered ; and the Left Socialist Revolutionaries were carrying on a policy of Parliamentary opposition. After a number of conferences, discussions and hesitations, the resolution of the Left wing was adopted, condemning the seditious movement of the Soviet, but placing the responsibility for this on the anti-democratic policy of the Government. At the same time, we were daily receiving by post letters informing us of the numberless death sentences passed on us, of infernal machines, of the imminent blowing up of the Smolny Institute, etc. The bourgeois Press was savage with hatred and fear. Gorki, completely forgetting his own Song of the Falcon, continued to prophesy in his paper, the Novaya Zhizn, the coming end of the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The members of the Military Revolutionary Committee had not left the Smolny Institute for the last week. They slept in snatches on sofas, constantly wakened by couriers, scouts, cyclists, telegraphists, and telephone bells. The most anxious night was that of November 6th-7th. We were informed from Pavlovsk by telephone that the Government was summoning the artillerists from there and the ensigns from the Peterhoff School. Kerensky had collected in the Winter Palace cadets, officers, and &#8220;shockers.&#8221; We ordered, by telephone, detachments of trustworthy military guards to bar all entrances to Petrograd and to send agitators to meet the detachments summoned by the Government. If they could not be kept back by reason, then arms were to be employed. All our conversations were carried on perfectly openly over the telephone, and were, therefore, accessible to the Government's agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Our Commissioners informed us that our friends were keeping watch over all entrances to Petrograd. A portion of the Oranienbaum cadets did, however, get past our barriers in the night, and we followed up their further movements by telephone. We strengthened the outside guards of the Smolny by summoning another company. We maintained a continuous connection with all parts of the garrison. Squads on duty kept watch in all regiments. Delegates from every unit were constantly, day and night, at the disposal of the Military Revolutionary Committee. An order was issued to put down ruthlessly every Black Hundred agitation, to use arms at the first attempts at street pogroms, and to act, if necessary, without mercy. During this decisive night all the most important points in the city passed into our hands almost without resistance, without fighting, without victims. The State Bank was guarded by Government sentries and an armoured car. The building was surrounded from all sides by our detachments, the armoured car was seized unawares, and the Bank passed into the hands of the Military Revolutionary Committee without a single shot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the Neva, below the Franco-Russian Works, stood the cruiser Aurora undergoing repair. Her crew consisted entirely of sailors wholeheartedly devoted to the Revolution. When, at the end of August, Korniloff was threatening Petrograd, the sailors of the Aurora were summoned to protect the Winter Palace. And although they were already extremely hostile to Kerensky's Government, they knew that their duty was to repel the attempt of the counterrevolutionaries, and they took up their positions without a word. When the danger passed, they were again pushed aside. Now, in these days of the November insurrection, they were too dangerous. The Ministry of the Marine gave orders to the Aurora to get under way and leave Petrograd waters. The crew immediately informed us of this fact. We countermanded the order, and the cruiser remained ready, at any moment, to use all her forces on behalf of the Soviet authority.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE DECISIVE DAY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the dawn of November 7th the men and women employed at the party's printing works came to the Smolny and informed us that the Government had stopped our chief party paper and also the new organ of the Petrograd Soviet. The printing works had had their doors sealed up by some Government agents. The Military Revolutionary Committee at once countermanded the order, took both papers under its protection, and placed the high honour of protecting the freedom of the Socialist Press from counter-revolutionary attempts on the valiant Volhynian Regiment. After this, work was resumed and went on continuously at the printing office, and both papers came out at the appointed hour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Government was still in session in the Winter Palace, but it had already become a mere shadow of its former self. It had ceased to exist politically. In the course of November 7th the Winter Palace was gradually surrounded from all sides by our troops. At one o'clock in the afternoon, in the name of the Military Revolutionary Committee, I announced at the sitting of the Petrograd Soviet that Kerensky's Government no longer existed, and that, pending the decision of the All-Russian Congress of Soviets, the Government authority would be assumed by the Military Revolutionary Committee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lenin had left Finland some days previously and was living in hiding in a working-class quarter in a suburb. On November 7th he came secretly to the Smolny. Judging by the newspapers, he had gained the impression that we were coming to a compromise with the Kerensky Government. The bourgeois Press had shrieked so much about the coming revolt, the march of armed soldiers in the streets, the pillage, and the inevitable rivers of blood, that it did not perceive the insurrection which, in reality, was now taking place, and accepted the negotiations between ourselves and the Military Staff at their face value. All this time, quietly, without any street fighting, without firing or bloodshed, one Government institution after another was being seized by highly disciplined detachments of soldiers, sailors, and Red Guards, in accordance with the exact telephone instructions emanating from the little room on the third floor of the Smolny Institute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the evening, the second All-Russian Congress of the Soviets held a preliminary meeting.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The report of the Central Executive Committee was submitted by Dan. He delivered an indictment against the rebels, the usurpers, and sedition-mongers, and tried to frighten the meeting by predicting the inevitable collapse of the insurrection, which in a day or two, he said, would be suppressed by troops from the front. His speech sounded exceedingly unconvincing and very much out of place in a hall in which the overwhelming majority of delegates were following with the greatest enthusiasm the victorious march of the Petrograd rising.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By this time the Winter Palace was surrounded, though not yet taken. From time to time shots were fired from the windows at the besiegers who were slowly and very carefully closing in upon the building. From the Peter and Paul Fortress a few shells were fired at the Palace, their distant sounds reaching the Smolny. Martoff, with impotent indignation, was speaking from the rostrum of civil war, and particularly of the siege of the Winter Palace where, among the other Ministers, there were &#8211; oh, horror of horrors ! &#8211; members of the Menshevik Party. Two sailors, who had come to give news from the scenes of struggle, took the platform against him. They reminded our accusers of the July offensive, of the whole perfidious policy of the old Government, of the re-establishment of the death penalty for soldiers, of the arrests, of the sacking of revolutionary organizations, and vowed that they would either conquer or die. They it was who brought us the news of the first victims on our side on the Palace Square.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Every one rose as though moved by some invisible signal, and with a unanimity which is only provoked by a deep moral intensity of feeling sung a Funeral March. He who lived through this moment will never forget it. The meeting came to an abrupt end. It was impossible to sit there, calmly discussing the theoretical question as to the method of constructing the Government, with the echo reaching our ears of the fighting and firing at the walls of the Winter Palace, where, as a matter of fact, the fate of this very Government was already being decided.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The taking of the Palace, however, was a protracted business, and this caused some wavering amongst the less determined elements of the Congress. The Right wing, through its spokesmen, prophesied our early doom. All were waiting anxiously for news from the Winter Palace. After some time, Antonoff, who, had been directing the operations, arrived. At once there was dead silence in the hail. The Winter Palace had been taken. Kerensky had taken flight. The other Ministers had been arrested and conveyed to the Peter and Paul Fortress. The first chapter of the November Revolution was at an end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Right Socialist Revolutionaries and the Mensheviks, numbering altogether about sixty persons, that is, about one-tenth of the Congress, left the meeting under protest. As they could do nothing else, they &#8220;threw the whole responsibility&#8221; for whatever might now happen on the Bolsheviks and the Left Socialist Revolutionaries. The latter were still wavering. Their past bound them closely to Tchernoff's party. The Right wing of this party had now shifted entirely towards the lower middle class and their intellectuals, to the well-to-do peasants in the villages ; in all, decisive questions it was marching hand in hand with the Liberal bourgeoisie against us. The more revolutionary elements of the party, reflecting the Radicalism of the social aspirations of the poorest peasantry, gravitated to the proletariat and its party. They were afraid, however, to cut the umbilical cord which bound them with the old party. When we were about to leave the Provisional Parliament, they refused to follow us and warned us against &#8220;adventures.&#8221; But the insurrection forced them to choose either for or against the Soviet. Not without hesitation, they were concentrating their forces on the same side of the barricade where we stood.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Part III&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE FORMATION OF THE COUNCIL OF&lt;br class='autobr' /&gt;
PEOPLE'S COMMISSIONERS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The victory at Petrograd was complete. The Military Revolutionary Committee had the reins of power completely in its hands. We issued our first decrees abolishing the death penalty, ordering new elections to the army committees, and so on. But here we discovered that we were cut off from the provinces. The superior officials at the railways and in the post and telegraph administration were against us. The old army committees, the Town Councils, and Zemstvos continued to bombard the Smolny Institute with minatory telegrams, proclaiming war against us and promising to sweep away the rebels in a very short time. Our telegrams, decrees, and explanations could not reach the provinces, as the Petrograd Telegraph Agency refused to serve us. The capital being thus isolated from the rest of the country, there readily spread very perturbing and fantastic rumours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On perceiving that the Soviet had really assumed power, that the members of the old Government had been arrested, and that in the streets of Petrograd armed soldiers were masters of the situation, the bourgeois and Coalitionist Press raised a frenzied campaign against us, the like of which had never been known before. Scarcely a lie or calumny existed which they did not hurl against the Military Revolutionary Committee, its directors and Commissioners.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On November 8th a meeting of the Petrograd Soviet took place, at which were also present the delegates of the All-Russian Congress of the Soviets, the members of the garrison conference, and numerous members of the party. Here, for the first time after an interval of four months, Lenin and Zinoviev took the platform amidst a most enthusiastic Ovation. But mixed with the joy of our victory was some uneasiness as to how the country would receive the news of the insurrection, and whether the Soviets would be able to maintain their power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the evening of the same day a meeting of the Congress of the Soviets took place, which was of prime importance. Lenin introduced two decrees, on peace and on the land. Both were adopted unanimously after a short discussion. At this meeting, too, a new central authority was formed &#8211; the Council of People's Commissioners.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Central Committee of our party made an effort to come to an agreement with the Left Socialist Revolutionaries. They were invited to take part in the formation of a Soviet Government. But they were undecided : they thought that the new Government ought to be formed from all the parties in the Soviet, on the basis of a coalition. The Mensheviks and the Right Socialist Revolutionaries, however, had broken off relations with the Congress of the Soviets, considering imperative a coalition with anti-Soviet parties. We could do nothing else than suggest that the Left Socialist Revolutionaries should endeavour to get their neighbours on the right to rejoin the revolutionary fold. And whilst they were busying themselves with this hopeless task, we considered ourselves bound to take the whole responsibility of government on our own shoulders. The list of People's Commissioners was consequently made up exclusively of Bolsheviks. There was undoubtedly a certain amount of political danger in this. The transformation was really a bit too, sudden. Just to think of it : the leaders of this party had but yesterday lain under an accusation provided by Article 108 of the Code, that is to say, accused of high treason ! But there was no other choice for us. The other Soviet groups hesitated and refused, preferring to wait upon events before committing themselves. And, after all, we had no doubt that our party alone was capable of producing a really revolutionary Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE FIRST DAYS OF THE NEW REGIME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The decrees regarding land and peace, confirmed by the Soviet Congress, were printed in vast numbers of copies and distributed throughout the length and breadth of the country by delegates from the front, by peasant messengers coming from the villages, and by propagandists whom we sent to the provinces and trenches. At the same time we continued the organization and arming of the Red Guard, who, together with the old garrison and sailors, were performing the arduous guard duties. The Council of People's Commissioners was taking over one Government institution after another, but everywhere were meeting with the passive resistance of the higher and middle officials. The former Soviet parties did everything they Could to get support from these classes and thus to organize a sabotage of the new authority. Our enemies were quite certain that the whole business was a mere episode, that it was only a question of a day or two, perhaps of a week, and the Soviet Government would be overthrown ... At the Smolny, the first foreign Consuls and members of the Embassies put in their appearance, impelled as much by business motives as by curiosity. Newspaper correspondents also hurried thither with their notebooks and cameras. All hastened to get a glimpse of the new Government, certain that in a day or two it would be too late.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the city complete order reigned. The sailors, soldiers, and Red Guards behaved in these first days with exemplary discipline and maintained stern revolutionary order.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Among our enemies there was a growing fear lest the &#8220;episode&#034; should continue too long ; and very soon they began to organize the first attack against the new Government. The initiative emanated from the Socialist Revolutionaries and Mensheviks. In the previous phases of the Revolution, they had not been anxious, and indeed had not dared, to take the entire power into their hands. In correspondence with their political position as go-betweens, they contented themselves with serving in the Coalition Government in the capacity of assistants, critics, friendly opponents, and apologists for the bourgeoisie. At all elections they conscientiously cast anathemas on the Liberal bourgeoisie, but in the Government they as regularly united with it. Thanks to these tactics, they succeeded in the course of the first six months of the Revolution in completely forfeiting the confidence of the popular masses and of the army, and now the November Revolution had finally hurled them from power. Yet only yesterday they had still considered themselves masters of the situation. The leaders of the Bolsheviks whom they persecuted had been obliged to live &#8220;illegally&#8221; and in hiding, just as under the Tsardom. Today, however, the Bolsheviks were in power, and the former Ministers and the Coalitionists and their coadjutors were swept aside and left without any influence on the further course of events. They did not want and could not believe that this sudden transformation signified the beginning of a new epoch. They wanted and forced themselves to think that it was all a mere accident, a misunderstanding, which Could be righted by a few energetic speeches and indicting articles, but at every turn they stumbled upon ever increasing and irresistible obstacles. Hence their blind and truly savage hatred towards us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bourgeois politicians would not, of course, make up their minds to go into the fire themselves. Instead, they were pushing forward the Socialist Revolutionaries and Mensheviks, who in their struggle against us had acquired all that energy which they had so sadly lacked when they were in semi-power. Their organs were spreading the most fantastic rumours and slanders. In their name appeared proclamations containing direct appeals to the people to destroy the new Government. They, too, organized the officials for sabotage and the cadets for military action against us &#8211; throughout November 9th and 10th we continued to receive constant threats by telegram from the army committees, Town Councils, Zemstvos, and the managing committee of the railway union. The Nevsky Prospekt, the chief artery of the bourgeoisie of the capital, became more and more animated. The bourgeois youth were awakening from their torpor, and, urged on by the Press, were unfolding at the Nevsky Prospekt an energetic agitation against the Soviet Government. Helped by crowds of bourgeois cadets, they were disarming individual Red Guardsmen, and in side streets were shooting down sailors and Red Guards. A group of cadets seized the Telephone Exchange. They also made attempts to seize the Telegraph and Post Office. Finally, we were informed that three armoured cars had fallen into the hands of some unknown military organization hostile to us. The bourgeois elements were evidently raising their heads. The press was announcing that we were fast approaching our last hour. Our people intercepted some secret orders from which it was clear that a military organization had been formed against the Petrograd Soviet at the head of which stood a so-called Committee for the Defence of the Revolution, created by the City Council and the old Central Executive Committee. Both in the latter and in the City Council, the Right Socialist Revolutionaries and the Mensheviks were the leading parties. This Committee had at its disposal cadets, students, and many counter-revolutionary officers, who, behind the backs of the Coalitionists, were hoping to deliver a death-blow to the Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE CADET RISING OF NOVEMBER 11TH&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The chief basis for the counter-revolutionary organizations was the Cadet and Engineering Schools, where a considerable quantity of arms and munitions were stored and from which raids were carried out against the institutions of the Revolutionary Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Detachments of Red Guards and sailors surrounded the Cadet School and sent parlementaires to demand the surrender of arms. The besieged replied with bullets. The besiegers were marking time, and a crowd collected round them. Now and again a stray shot from within would hit a passer-by. The skirmish seemed to be getting prolonged indefinitely and was threatening to have a demoralizing effect on the revolutionary detachments. It was imperative to resort to drastic measures. The duty of disarming the cadets was then placed on the commander of the Peter and Paul Fortress, Ensign B &#8211; who closely surrounded the Cadet School, brought up some armoured cars and artillery, and delivered an ultimatum to the cadets to surrender in ten minutes. They answered with renewed fire from the windows. At the end of the ten minutes, B&#8212; commanded the artillery to open fire. The first shots made a wide gaping breach in the walls, and the cadets surrendered, although many of them tried to escape and, in so doing, continued firing at their pursuers. The exasperation and bitterness accompanying every civil war was soon engendered. The sailors undoubtedly committed cruelties on individual cadets. The bourgeois Press afterwards accused the sailors and the Soviet Government of inhumanity and savagery. But it was silent on one point that the Revolution of November 7th-8th had been accomplished without a single shot and without a single victim, and that it was only the counter-revolutionary plot which had been organized by the bourgeoisie and which threw its young men into the cauldron of a civil war against the workers, soldiers, and sailors that led to inevitable atrocities and victims. The events of November 11th effected a radical change in the temper of the Petrograd people. The struggle took on a more tragic aspect. At the same time our enemies at length realized that the position of affairs was much more serious than they had thought, and that the Soviet by no means intended to give up the power it had just won, merely at the bidding of the capitalist Press and cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The clearance of Petrograd of all counterrevolutionary hotbeds went on with great intensity. The cadets were disarmed almost entirely, and those who took part in the rising were arrested and imprisoned in the Peter and Paul Fortress, or taken to Kronstadt. Those papers which had been openly calling for a rising against the Soviet authority were suppressed. An order was also issued for the arrest of some of the leaders of the former Soviet parties whose names appeared in the intercepted counterrevolutionary correspondence. With this, all military resistance to the new authority was finally broken in the capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Then followed a prolonged and exhausting struggle with the &#8220;Italian&#8221; strike of officials, technical staffs, employees of Government departments, etc. These individuals, although belonging for the most part, in point of pay, to the oppressed class, adhere by their mode of life and their psychology to the bourgeoisie. They had faithfully served the State when Tsarism stood at its head, and they continued to serve it faithfully when authority passed into the hands of the Imperialist bourgeoisie. Afterwards, in the next period of the Revolution, they passed over with all their knowledge and their technical skill to the service of the Coalition Government. When, however, the insurgent workers, soldiers, and peasants hurled the exploiting classes from the helm of the State and tried to take the direction of affairs into their own hands, the officials and employees revolted and absolutely refused to support the new Government in any way whatever. As time went on, this sabotage spread more and more, its organizers being, in the main, Socialist Revolutionaries and Mensheviks, and its financial support being derived from the banks of the Entente Embassies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KERENSKY'S ADVANCE ON PETROGRAD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The growing stability of the Soviet's power in Petrograd made the middle-class groups transfer all their hopes to military help from outside. The Petrograd Telegraph Agency, the Railway Telegraph, and the Radio-Telegraph Station of Tsarskoye Selo were sending wire after wire reporting that great military forces were moving on Petrograd with the object of suppressing the rebels and establishing order. Kerensky had fled to the front, and the papers of the bourgeois parties were announcing that he was leading numberless troops against the Bolsheviks. We were cut off from the rest of the country, as the telegraph stations refused to send our messages. But the soldiers who, by tens and hundreds, were daily coming to see us to bring messages from their regiments, divisions, and corps, all kept on saying to us : &#8220;Don't be afraid of the front ; the whole front is entirely on your side ; give your orders and we are ready at a moment's notice to send a division or a corps to assist you.&#034; The army was in the same state as all the rest ; the rank and file were on our side, the upper ten against us. Of course, the upper ten had the technical military machinery in their hands. Various sections of our million-headed army found themselves isolated from one another. We, on our part, were isolated from the army and from the country. Nevertheless, the news of the Soviet's power at Petrograd and of its decrees was, In spite of all obstacles, spreading all over the country, and stirred the provincial Soviets to revolt against the old authority.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The news of Kerensky's march on Petrograd at the head of troops was soon confirmed and took a more definite shape. We were informed from Tsarskoye Selo of the approach of Cossack &#232;chelons who had passed through Luga. A proclamation was distributed in the capital, signed by Kerensky and General Krasnoff, inviting the whole garrison to join the Government's troops who in a few hours' time would occupy Petrograd. The rebellion of the cadets on November 11th was undoubtedly connected with Kerensky's enterprise, but it burst out too soon, owing to our energetic action. An order was issued to the garrison of Tsarskoye Selo to call upon the advancing Cossacks' &#232;chelons to submit to the authority of the Soviet, and, in case of refusal, to disarm them. But the garrison of Tsarskoye Selo was ill-adapted for military operations. It had no artillery and no leaders, as the officers were hostile to the Soviet. The Cossacks seized the radio-telegraph station of Tsarskoye Selo, the most powerful of its kind in the country, and continued to advance. The garrisons of Peterhoff, Krasnoye Selo, and Gatchina showed no initiative and no resolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After an almost bloodless victory at Petrograd, the soldiers were convinced that, in future, things would continue the same course : it would be sufficient to send an able agitator to the Cossacks to explain to them the objects of the workers' revolution, and the Cossacks would lay down their arms. It was by means of speeches and fraternization that the Korniloff counterrevolutionary rebellion had been overpowered. It was by means of agitation and the cleverly planned seizure of offices that Kerensky's Government had been deposed without any fighting. The same methods were now being applied by the leaders of the Tsarskoye Selo, Krasnoye Selo, and Gatchina Soviets against the Cossacks of General Krasnoff, but this time without success. The Cossacks did not manifest any great enthusiasm or resolve, and continued to advance. Some of the Cossacks' detached sections reached Gatchina and Krasnoye Selo, a few skirmishes between them and the local garrisons took place, and some of the garrison troops were disarmed. We, at first, had no idea of the size of Kerensky's forces. Some asserted that General Krasnoff was at the head of ten thousand men, others estimated that he could not have more than one thousand, while the papers and manifestoes of the hostile parties were announcing in huge letters that two corps were concentrated near Tsarskoye Selo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A state of uncertainty also reigned in the Petrograd garrison. Scarcely had they won one bloodless victory than they had to come out against an enemy whose strength was unknown, and wage battles the issue of which was uncertain. The plan of sending fresh agitators and proclamations to the Cossacks was being constantly discussed at garrison conferences, since it seemed inconceivable to the soldiers that the Cossacks could refuse to adopt the standpoint which the Petrograd garrison had fought to assert. Meanwhile, the advance sections of the Cossacks were approaching Petrograd, and we expected that the decisive struggle would take place in the streets of the capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The greatest determination was shown by the soldiers of the Red Guard. They demanded arms, munitions, and leaders. But the whole of the military machine was in a state of complete disorganization, partly from neglect and partly from malice. The officers had gone, many of them had fled ; rifles were in one place, munitions in another. Our artillery was in a still worse condition. Guns, gun-carriages, shells were scattered here and there, and had to be searched for in all sorts of places. The regiments were short of engineering tools and field telephones. The revolutionary staff, which tried hard to restore order from above, stumbled against insurmountable obstacles, chiefly in the shape of the sabotage organized by the military technical personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We then decided to make a direct appeal to the working classes. We explained to them that all the conquests of the Revolution were at stake, and that only their energy, initiative, and self-sacrifice could save them and consolidate the new regime of the Workers' and Peasants' Government. This appeal was crowned almost instantly with great practical success. Thousands of workmen came out and moved towards the positions occupied by Kerensky's troops and began to dig trenches. The workmen in the gun factories took in hand the fitting up of guns, the supply of munitions from the military stores, the requisition of horses ; they placed the guns in position, organized the commissariat department, obtained engines, motors, and cars, requisitioned the stocks of provisions and fodder, arranged sanitary colunms &#8211; in a word, they built up and prepared for battle that military machine which we had in vain tried to create from above by the authority of the revolutionary General Staff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When dozens of guns appeared in position, the spirit of our soldiers changed at once. Under cover of artillery they were ready to resist the attack of the Cossacks. The first line consisted of sailors and Red Guards. A few officers, whose political ideas were not ours, but who were honestly devoted to their regiments, led their soldiers to their positions and superintended their activities against Krasnoff's Cossacks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE COLLAPSE OF KERENSKY'S ADVENTURE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meantime the telegraph here and abroad was busy spreading news according to which the Bolsheviks' adventure was at an end. Kerensky had entered Petrograd, and order had been restored by his iron hand. At the same time, the bourgeois Press of Petrograd, comforted by the proximity of Kerensky's troops, was telling its readers about the complete demoralization of the Petrograd garrison, about the Cossacks' irresistible advance and their numerous artillery, and was predicting the coming doom of the Smolny. Our greatest difficulty, as already stated, consisted in the absence of an efficient technical apparatus and of men able to direct the military activities. Even those officers who had conscientiously accompanied their soldiers to the positions declined to accept the post of Commander-in-Chief.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After various attempts to solve the problem we selected, the following combination : a garrison meeting elected a committee of five persons who were charged with supreme control over all operations against the counter-revolutionary troops advancing on Petrograd. This committee then came to an agreement with the Colonel of the General Staff, Muravieff, who during Kerensky's regime had been in opposition, and now, on his own initiative, had offered his services to the Soviet Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On November 12th, in the night which was very cold, Muravieff and I motored to the military positions. Carts loaded with provisions, fodder, guns, and munitions were moving all along the road in the same direction. All that had been organized by the workers of various factories. Pickets of Red Guards stopped our car several times in order to verify our pass. Since the first days of the November Revolution all the cars of the city had been commandeered, and without a pass from Smolny no car was allowed to move in the streets or suburbs of the capital. The vigilance of the Red Guard was beyond all praise. Armed with rifles, they had been standing round the small bonfires for hours and hours, and the sight of these young armed workmen standing in the snow in the light of bonfires was the best symbol of the proletarian Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We found a good number of guns at the positions, and there was no lack of munitions. The decisive action took place on that very day, between Krasnoye Selo and Tsarskoye Selo. After a fierce artillery bombardment, the Cossacks, who had advanced as long as they met with no serious resistance, hastily fell back. They had all along been misled by tales about the atrocities of the Bolsheviks who intended to sell Russia to the Kaiser. They had been made to believe that the whole garrison of Petrograd was impatiently expecting them as liberators. The first serious resistance made havoc in their lines and doomed the whole of Kerensky's adventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The retreat of General Krasnoff's Cossacks gave us a chance of retaking the radio station of Tsarskoye Selo, and I at once wired the news of the victory over Kerensky's troops.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here is the text of the wire &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PULKOVO VILLAGE STAFF, 2.10 a.m.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The night of November 12th-13th will become historical. The attempt of Kerensky to lead counter-revolutionary troops against the capital, the seat of the Revolution, has met with a decisive repulse. Kerensky is in retreat ; we are advancing. Soldiers, sailors, and workmen of Petrograd have shown that they are anxious to, and know how to, assert the will and power of the workers' democracy with their arms. The bourgeoisie strove to isolate the revolutionary army ; Kerensky attempted to crush it under the Cossack's heel. Both attempts have proved a miserable failure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The great idea of the supreme power of the workers and peasants' democracy has consolidated the ranks of our army and steeled its will. The whole country will now perceive that the power of the Soviets is not a passing event, but an irrefutable fact of the rule of workers, soldiers, and peasants. The repulse of Kerensky is a repulse of the bourgeoisie, the landlords, and the Kornilovites. The repulse of Kerensky is the establishment of the people's right to a peaceful and free life, to land, bread, and power. The Pulkovo detachment has, by its valiant deeds, consolidated the cause of the Workers and Peasants' Revolution. A return to the past is impossible. There are still struggle, obstacles, and sacrifices in front of us. But the road is open and victory is certain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revolutionary Russia and the Soviet Government have a right to be proud of their Pulkovo detachment and its Commander, Colonel Walden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eternal memory to the fallen ! Glory to the warriors of the Revolution, soldiers and officers faithful to the people !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Long live revolutionary, popular, Socialist Russia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On behalf of the Council of the People's Commissioners,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKY&lt;br class='autobr' /&gt;
November 13, 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We subsequently learnt from our friends abroad that the German wireless stations had received an order from the High Command not to intercept this message. Thus the first action of the German Government, in respect of the November events, betrayed the fear lest they should cause a fermentation in Germany itself. Austria-Hungary intercepted a portion of our message, and, as far as we know, it became the source of information from which all Europe learned that Kerensky's luckless attempt to regain power had ended in a miserable failure. Signs of fermentation were now apparent among Krasnoff's Cossacks. They began sending scouts to Petrograd and even official delegates to the Smolny. There they were able to see for themselves that perfect order reigned at Petrograd, maintained by the garrison which was supporting the Soviet Government. The disorganization among the Cossacks became the greater as they soon realized the absurdity of the idea of capturing Petrograd by means of a thousand or so cavalrymen, since the promised support from the front was not forthcoming.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krasnoff, with his Cossacks, retreated towards Gatchina, and when we reached there the following day, the members of his staff were already practically prisoners in the hands of the Cossacks themselves. Our garrison at Gatchina was in occupation of all the most important positions. The Cossacks, although not disarmed, were absolutely incapable of further resistance. They desired one thing only, viz. to be allowed to return to the Don as soon as possible, or at least to the front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Gatchina Palace was a curious sight. All the entrances were guarded by strong pickets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the gates were artillery and armoured cars. The spacious rooms of the Palace, the walls of which were covered with valuable paintings, were crowded with soldiers and sailors and Red Guardsmen. On the tables of costly wood were scattered soldiers' clothes, pipes, and sardine boxes. One of the rooms was occupied by the staff of General Krasnoff. The floor was covered with mattresses, soldiers' coats, and caps. The representative of the Military Revolutionary Committee who accompanied me entered the room occupied by the staff, lowered his rifle upside down with a clang, and, leaning on it, declared &#8220;General Krasnoff, you and your staff are prisoners of the Soviet.&#8221; Armed Red Guardsmen immediately took up posts at both doors of the room. Kerensky was not there ; he had fled, as he fled previously from the Winter Palace. General Krasnoff described the circumstances of his escape in his written evidence handed in on November 14th. I publish here this curious document verbatim &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;November 14, 1917, 6 p.m.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It was about 3 p.m. when I was summoned by the Commander-in-Chief [Kerensky]. He was very agitated and nervous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;General,&#8221; said he, &#8220;you have betrayed me : your own Cossacks here definitely say that they will arrest me and hand me over to the sailors.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Yes,&#8221; said I &#8220;they talk a good deal about it, and I know that there is no sympathy with you anywhere.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Do the officers say the same ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Yes ; the officers are exactly those who are the most discontented with you.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;What shall I do ? I shall have to take my life.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;If you are an honest man you will go. at once with a white flag to Petrograd and appear before the Revolutionary Committee and talk the matter over as the head of the Government.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Yes, I will do that, General&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I will give you a guard and I will get a sailor to go with you.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;No ; any one but a sailor. You know Dybenko is here.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I do not know who Dybenko is.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;He is my enemy.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Well, nothing is to be done. You have engaged in a big game and you must take risks.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Very well ; I will go to-night.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Why in the night ? That would he a flight. Go openly and calmly ; let everybody see that you are not trying to escape.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Very well. Only give me a convoy which I can trust.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Agreed.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I went out, called a Cossack of the 10th Don Cossacks' Regiment, Russkoff, and ordered him to appoint eight Cossacks to form a bodyguard for the Commander-in-Chief.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Half an hour later the Cossacks came in to tell me that they could not find Kerensky anywhere &#8211; that he had fled. I raised the alarm and ordered a search to be made for him ; I am inclined to think that he could not have fled from Gatchina and is still hiding somewhere here.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MAJOR-GENERAL KRASNOFF&lt;br class='autobr' /&gt;
Commander of The 11th Corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Such was the end of this business.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nevertheless, our opponents did not want to surrender or to admit that the question of government authority had been settled. They Still nourished hopes of help from the front. The leaders of the ex-Soviet parties &#8211; Tchernoff, Tsereteli, Avksentieff, Gotz, and others, one after another, went to the front to negotiate with the old army committees gathered at Dukhonin's headquarters, tried to incite him to resist, and, according to the Press, even attempted to form at his quarters a new Ministry. But nothing came of it. The old army committees had lost all their influence, and the front was feverishly busy calling together conferences for the new elections to all the army organizations at the front. At these re-elections the Soviets' regime was everywhere victorious.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meanwhile our detachments were moving by rail further from Gatchina towards Luga and Pskoff. There they met several trains with &#8220;shockers&#8221; and Cossacks, who had either been summoned by Kerensky or despatched by various generals. An armed conflict occurred between our troops and one of these Cossack &#232;chelons. But the majority of the soldiers sent from the front to Petrograd, on meeting with the representatives of the Soviet troops, immediately declared that they had been deceived and that they would not raise their arms against the authority of the workers and soldiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INTERNAL FRICTIONS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the meantime the struggle for the establishment of the Soviet regime was spreading all over the country. In Moscow this struggle was particularly protracted and bloody. Perhaps this was due not the least to the fact that the leaders of the Revolution did not act at once with all the determination needed in offensive operations. In a civil war, more than in any other, victory can be secured only by a prompt and continuous offensive. Hesitation is dangerous, negotiations are risky, the policy of marking time is ruinous. One must always remember that the masses of the people have never been in possession of power, that they have always been under the heel of other classes, and that therefore they lack political self-confidence. Any hesitation shown in the revolutionary centres has an immediate deteriorating effect on them. Only when the revolutionary party firmly and unflinchingly speeds to its goal can it help the working masses to overcome all the slavish instincts inherited from centuries and lead the masses to victory. Only a resolute offensive secures victory with a minimum expenditure of strength and with the least losses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the attainment of resolute and firm tactics is just the difficulty. The lack of confidence of the masses in their own strength, the lack of experience of power, are reflected also in the leaders who, besides, are all the time under the powerful pressure of bourgeois public opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bare idea of the possibility of the establishment of a Workers' Government filled our bourgeois Liberals with hatred and spite. These feelings they expressed in the numberless papers they had at their disposal. Next came our intellectuals, who, with all their profession of Radicalism and the socialistic colouring of their thought, were yet harbouring in the depth of their consciousness a most slavish admission of the bourgeoisie's might and its art of ruling. All these intellectuals, with their socialistic plumage, at once shifted towards the Right, regarding the consolidation of the power of the Soviets as the beginning of the end. Following on the heels of the representatives of Liberal professions walked the old bureaucracy, the administrative and technical personnel, all ! those elements who, morally and materially, live on the crumbs falling from the table of the bourgeoisie. The opposition of all these classes was mostly of a passive character, especially after the suppression of the cadet rebellion, but for that very reason it often seemed insurmountable. At every step we were refused assistance. The officials would either leave the Government offices or, remaining there, refused point-blank to work for us. They would not surrender the books or funds. The telephone exchanges refused to connect us. The telegraph offices would mutilate or delay our messages. We could not find translators, stenographers, or even copyists, etc. All that created such an atmosphere that some among us, even some of those at the head of our party, began to doubt whether the working masses would be able, in face of such resistance on the part of the bourgeois classes, to set in order the machinery of Government and remain in power. Here and there were heard voices advising an agreement. But with whom ? With the bourgeois Liberals ? Such a coalition had been already tried, and it drove the Revolution into a terrible bog. The insurrection of Novemher 7th was an act of self-preservation on the part of the masses, after a period of impotence and treason on the part of the Coalition Government. The only coalition which still remained to be tried was the coalition within the ranks of the so-called revolutionary democracy, that is, of all Soviet parties. Such a coalition we had virtually proposed from the very beginning, at the sitting of the second All-Russian Congress on November 7th. The Kerensky Government had just been overturned and we had proposed to the Soviet Congress to take over the government authority. But the parties of the Right had left us and banged the door behind them. And it was the very best they could have done. They represented but an insignificant section at the Congress. They were no longer supported by the masses, since even those sections of the people who, by their apathy, were still supporting them, were gradually drifting over to our side. The coalition with the Right wing of the Socialist Revolutionaries and Mensheviks would not have broadened the social basis of the Soviet Government ; at the same time it would have introduced into its personnel elements demoralized through and through by political skepticism and by worship of bourgeois Liberalism. All the strength of the new authority lay in the radicalism of its programme, in the determination with which it acted. To tie oneself to the groups of Tchernoff and Tsereteli would have meant to put shackles on the arms and legs of the new authority and to cause the masses to lose confidence in it in no time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Our nearest neighbours on the right were the so-called &#8220;Left&#8221; Socialist Revolutionaries. On the whole they were quite ready to support us, but at the same time they desired to form a Coalition Socialist Government. The Central Committee of the Railway Union, the Central Committee of the Post and Telegraph Employees, the Union of Government Officials &#8211; all these organizations were against us. At the head of our own party some were urging the need of coming to an agreement with these organizations in some way or other. But on what basis ? All those above mentioned leading organizations of the past regime had already outlived themselves. Their relationship to the lower officials was roughly the same as that of the old army committees to the soldier masses in the trenches. History had drawn a deep line of demarcation between the higher and lower strata. An unprincipled alliance with these worn-out leading organizations of yesterday was doomed to an inevitable collapse. In order to overpower the sabotage and the aristocratic pretensions of those above, it was necessary to lean for support firmly and resolutely on the rank and file. We left to the Socialist Revolutionaries the task of continuing the hopeless attempts to effect a compromise. Our own policy was, on the contrary, to mobilize those who laboured at the bottom of the scale against all those representative bodies which had supported the Kerensky regime. This uncompromising policy caused friction and even a split amongst the leaders of our own party. At the Central Executive Committee, the Left Socialist Revolutionaries protested against the severity of the measures adopted by the new Government, and insisted on the necessity of compromises. The protest was supported by a section of the Bolsheviks, and three People's Commissioners resigned and left the Government. Some other active members of the party expressed their fundamental solidarity with those who had resigned. This made a tremendous impression in various bourgeois and intellectual circles : it was now evident that the Bolsheviks, whom the cadets and the Cossacks of General Krasnoff had failed to crush, were bound to perish, together with the Soviet regime, as a result of internal dissolution. However, the masses never noticed the split at all, and unanimously supported the Council of the People's Commissioners not only against the counterrevolutionary plotters and the saboteurs, but also against all compromise-mongers and sceptics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE FATE OF THE CONSTITUENT ASSEMBLY.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When, after Korniloff's adventure, the paramount parties on the Soviets made an attempt to make amends for their previous attitude of indulgence towards the counter-revolutionary bourgeoisie, they demanded the speedy convocation of the Constituent Assembly. Kerensky, who had just been saved by the Soviets from the too close embrace of his ally Korniloff, was obliged to give in. The Constituent Assembly was fixed for the end of November. But the circumstances had by that time become such that no guarantee whatsoever was available that the Constituent Assembly would, indeed, be called together. Complete disorganization reigned at the front, the number of deserters was growing every day, and the soldiers threatened to leave the trenches in regiments and corps and to withdraw to the rear, devastating everything on their way. In the country districts seizures of private lands and livestock were going on in a most haphazard fashion. Martial law was in consequence proclaimed in many places. Meanwhile the German troops continued to advance, took Riga and threatened Petrograd. The Right wing of the bourgeoisie was openly rejoicing over the danger threatening the revolutionary capital. The Government offices had been evacuated from Petrograd. and Kerensky intended to transfer the seat of his Government to Moscow. All that made the possibility of the Constituent Assembly being called together not only remote, but well-nigh unlikely. From this point of view the November coup d'&#232;tat may have been regarded as the salvation of the Constituent Assembly as well as of the Revolution as a whole. And when we argued that the road to the Constituent Assembly lay not through Tsereteli's Provisional Parliament, but through the seizure of power by the Soviets, we were absolutely sincere. But the endless postponements of the summoning of the Constituent Assembly had not been without effect on it. Announced in the first days of the Revolution, it made its appearance after eight or nine months of a severe struggle between classes and parties. It came too late to have still a chance of playing a constructive r6le. Its intrinsic futility had been predetermined by one single fact which at first might have appeared as of small importance, but which later on affected the fate of the Constituent Assembly tremendously.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;During the first phases of the Revolution the party of the Socialist Revolutionaries had been numerically the strongest. I have already mentioned its amorphous condition and its mixed social composition. The Revolution had been irresistibly leading to the internal differentiation among those who were marching under the Populist banner. The left wing of this party, representing a portion of the industrial workers and the great masses of the poorer peasantry, was separating more and more from the rest, and ultimately found itself in an irreconcilable opposition to the leaders of the Socialist Revolutionary Party, who represented the lower and middle bourgeoisie. But the inertia of the party frame and traditions delayed the inevitable split. The proportional system of elections rests, as is well known, entirely on party lists. As these lists had been drawn up two or three months before the November Revolution, the names of the Left and the Right Socialist Revolutionaries figured p&#234;lem&#234;le in the same list, under the banner of the same party. In this way, by the time of the November Revolution, when the Right Socialist Revolutionaries were already arresting members of the Left Socialist Revolutionaries, and the Left were joining the Bolsheviks for the overthrow of the Government of the Socialist Revolutionary Kerensky, the old lists were still retaining their validity, and peasants at the elections for the Constituent Assembly were obliged to vote for lists headed by Kerensky's name and containing names of Left Socialist Revolutionaries who were taking part in the conspiracy against him.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The months preceding the November Revolution were marked by an incessant orientation of the masses towards the Left and a wholesale flow of the workers, soldiers, and peasants into the ranks of the Bolsheviks. During the same period the same process was manifesting itself in the ranks of the Socialist Revolutionary Party in the shape of the extension of the Left wing at the expense of the Right. Yet three-fourths of the names figuring on the party lists of the Socialist Revolutionaries were those of the old leaders of the Right wing, whose revolutionary reputation had been forfeited completely during their coalition with the Liberal bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To this must be added the fact that the elections took place during the first weeks following the November Revolution. The news of the change was spreading in slowly widening circles from the capital to the provinces, from the towns to the villages. In many places the masses of peasantry had a very vague idea of what had taken place in Petrograd and Moscow. They nominally voted for &#8220;Land and Liberty,&#8221; for their representatives on the land committees, who, for the most part, were following the Populist banner. In effect, they were voting for Kerensky and Avksentieff, who were dissolving those very land committees and arresting their members. The result of it all was a most incredible political paradox : one of the two parties which were to dissolve the Constituent Assembly, viz. the Left Socialist Revolutionaries, was actually elected on the same lists as the party which had obtained the majority in the Constituent Assembly. These facts show clearly what a belated product the Constituent Assembly was in comparison with the actual progress of party warfare and party differentiations. We must now examine the question also from the point of view of principle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE PRINCIPLES OF DEMOCRACY AND&lt;br class='autobr' /&gt;
THE DICTATORSHIP OF THE PROLETARIAT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As Marxists, we have never been worshippers of formal democracy. In a society split into classes, the democratic institutions, far from abolishing the class struggle, only lend the class interests a highly imperfect form of expression. The possessing classes have always at their disposal thousands of means to, pervert and adulterate the will of the labouring masses. In time of revolution democratic institutions form a still less perfect apparatus for the expression of the class struggle. Marx called Revolution &#8220;the locomotive of history.&#8221; The open and direct struggle for power enables the labouring masses to acquire in a short time a wealth of political experience and thus rapidly to pass from one, stage to another in the process of their mental evolution. The ponderous mechanism of democratic institutions cannot keep pace with this evolution &#8211; and this in proportion to the vastness of the country and the imperfection of the technical apparatus at its disposal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Right Socialist Revolutionaries were in a majority at the Constituent Assembly. In accordance with parliamentary usage, they should have formed the Government. But the Right Socialist Revolutionaries had had the chance of forming such a Government during the whole period of Revolution before November. Yet they had refrained from doing so, had handed over the lion's share of power to the Liberal bourgeoisie, and exactly for that reason they had lost the last vestige of influence among the most revolutionary sections of the people by the very time when the numerical composition of the Constituent Assembly placed them under the formal obligation to assume the reins of government. The working class, together with the Red Guard, were deeply hostile to the Right Socialist Revolutionaries. The overwhelming majority of the army supported the Bolsheviks. The revolutionary elements in the villages divided their sympathies between the. Left Socialist Revolutionaries and the Bolsheviks. The sailors, who had been so prominent in all the incidents of the Revolution, were almost to a man with our party. The Right Socialist Revolutionaries had, in fact, been compelled to leave the Soviets, which had assumed power in November, that is, before the Constituent Assembly. On what support could a Ministry formed by such a majority of the Constituent Assembly depend ? It would have had behind it the rich of the villages, intellectuals, and the old officialdom, and perhaps would have found support, for the time being, among the middle class. But such a Government would have been completely deprived of the material apparatus of power. In the centres of political life, like Petrograd, it would have met at once with an uncompromising resistance. If the Soviets had, in accordance with the formal logic of democratic institutions, handed over their power to the party of Kerensky and Tchernoff, the new Govemment, discredited and impotent, would have only succeeded in temporarily confusing the political life of the country, and would have been overthrown by a new rising within a few weeks. The Soviets decided to reduce this belated historical experiment to a minimum, and dissolved the Constituent Assembly on the very day when it assembled.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On this account our party has been made the butt of most violent accusations. No doubt the dissolution of the Constituent Assembly made a very unfavourable impression in the leading quarters of the Socialist parties of the West, and the politically unavoidable and necessary act was denounced there as a piece of party tyranny and sectarian arbitrariness. Kautsky, with his customary pedantry, explained in a series of articles the mutual relationship between the Socialist and Revolutionary tasks of the proletariat and the regime of political democracy. He endeavoured to prove that the observance of the principle of democracy was always, in the last resort, advantageous to the working class. Of course, in a general way, and on the whole, that is true. But Kautsky reduced this historical truth to a piece of professorial banality. If it always, in the end, pays the proletariat to wage its class struggle and even to exercise its dictatorship within the frame of democratic institutions, it does not at all follow that history always affords the chance of such a combination. It does not follow from the Marxian theory at all that history invariably creates conditions which are the most &#8220;advantageous&#8221; to the proletariat. It is at present difficult to say what course the Revolution would have taken if the Constituent Assembly had been summoned in its second or third month. Very probably the parties of the Socialist Revolutionaries and Mensheviks, which then predominated, would have discredited themselves, together with : the Constituent Assembly, in the eyes not only of the more active elements which were supporting the Soviets, but even in those of the backward popular masses, whose hopes would have been bound up, not with the Soviets, but with the Constituent Assembly. In such circumstances the dissolution of the Constituent Assembly might have been followed by new elections from which the parties of the Left would have emerged in a majority. But the course of events went in a different direction. The elections to the Constituent Assembly took place in the ninth month of the Revolution, and by that time the class struggle had reached such a degree of intensity that it burst, by its internal pressure, the formal framework of democracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The proletariat led the army and lower masses of peasantry. These classes were in a state of direct and fierce revolt against the Right Socialist Revolutionaries. Yet, thanks to the cumbrous machinery of democratic elections, this party obtained a majority in the Constituent Assembly, representing the pre-November phase of the Revolution. This was a contradiction which could not be solved within the framework of formal democracy, and only political pedants, who do not clearly realize the revolutionary logic of the relations of classes, can, in face of the situation resulting from the November events, preach to the proletariat banal truths concerning the advantages of democracy for waging the class war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;History chose to put the problem in a form much more concrete and acute. The Constituent Assembly, by its composition, was obliged to hand over the reins of power to the Tchernoff-Kerensky-Tsereteli group. Was this group capable of guiding the Revolution ? Could they find support In the class which formed the backbone of the Revolution ? No. The material class-contents of the Revolution came into an irreconcilable conflict with its democratic forms. Thereby the fate of the Constituent Assembly was decided in advance. Its dissolution appeared as the only Conceivable surgical way out of the contradictory situation which was not of our making, but had been brought about by the preceding course of events.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Part IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE PEACE NEGOTIATIONS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At an historical night sitting, the Second All-Russian Congress of Soviets adopted the historical Peace Decree. At that time the power of the Soviets was still only consolidating in the most important centres of the country, while the number of people abroad who had confidence in it was quite insignificant. We carried the decrees unanimously, but to many it appeared to be merely a political demonstration. The Compromise-mongers kept repeating at every street corner that our resolution could not lead to any practical results, since, on the one hand, the German Imperialists would not recognize and would not even condescend to talk with us, and, on the other hand, our allies would declare war on us for entering into separate peace negotiations. It was under the shadow of these gloomy predictions that we were making our first steps towards a universal democratic peace. The Decree was accepted on November 8th, when Kerensky and Krasnoff were at the very gates of Petrograd, and on November 20th we communicated over the wireless our proposals for the conclusion of a general peace both to our allies and enemies. By way of reply the Allied Governments addressed, through their military agents, remonstrances to General Dukhonin, the Commander-in-Chief, stating that all further steps on our part towards separate peace negotiations would lead to most serious results. We, on our part, replied on November 24th to this protest by a manifesto to all workers, soldiers, and peasants, declaring that under no circumstances should we allow our army to shed its blood by order of any foreign bourgeoisie. We brushed aside the threats of the Western Imperialists and assumed full responsibility for our peace policy before the international working class. First of all, by way of discharging our previous pledges, we published the secret treaties and declared that we repudiated all that was opposed in them to the interests of the popular masses everywhere. The capitalist Governments tried to play off our disclosures against one another, but the popular masses everywhere understood us and appreciated our action. Not a single Socialist patriotic paper, as far as we know, dared protest against this radical change effected by the Government of workers and peasants in all traditional methods of diplomacy, against our repudiation of its evil and unscrupulous intrigues. We made it the aim and purpose of our diplomacy to enlighten the popular masses, to open their eyes as to the nature of the policy of their respective Governments, and to fuse them in one common struggle against, and hatred of, the bourgeois-capitalist regime. The German bourgeois Press accused us of protracting the negotiations, but the peoples themselves eagerly listened everywhere to the dialogues at Brest, and thereby, in the course of the two and a half months during which the peace negotiations proceeded, a service was rendered to the cause of peace which has been acknowledged even by honest enemies. For the first time the question of peace was raised in such a way that it could no longer be distorted by any machinations behind the scenes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On December 5th we signed the agreement for the suspension of hostilities along the whole front, from the Baltic to the Black Sea. We again appealed to the Allies to join us and to conduct the peace negotiations together with us. We received no answer, although this time our allies did not try to intimidate us by threats. The peace negotiations began on December 22nd, six weeks after the adoption of the Peace Decree. This shows that the accusations levelled at us by the hireling and Socialist traitor Press, that we had not tried to come to an understanding with the Allies, were nothing but lies. For six weeks we kept on informing them of every step we made, and constantly appealed to them to join us in the peace negotiations. We can face the people of France, Italy, and Great Britain with a clear conscience. We did all we could to prevail upon the belligerent nations to join us in the peace negotiations. The responsibility for our separate peace negotiations rests not upon us, but upon the Imperialists of the West, as well as those Russian parties which all along had been predicting an early death to the Workers' and Peasants' Government and urging the Allies not to take seriously our peace Initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anyhow, on December 22nd the peace negotiations were opened. Our delegates made a declaration of principles defining the basis of a general democratic peace in the precise terms of the Decree of November 8th. The other side demanded an adjournment of the sittings ; but their resumption was put off, on K&#252;hlmann's motion, from day to day. It was obvious that the delegates of the Quadruple Alliance had considerable difficulty in drawing up their reply to our declaration. At last, on December 25th, the reply came. The diplomats of the Quadruple Alliance adhered to the democratic formul&#230; of a peace without annexations and contributions on the principle of self-determination of nations. We could see clearly that this was merely a piece of make-believe. But we did not expect even that, for is not hypocrisy the tribute paid by vice to virtue ? The fact that the German Imperialists considered it necessary to pay this tribute to our democratic principles was, in our eyes, evidence of the rather serious internal condition of Germany. But although, on the whole, we had no illusions as to the democratic leanings of K&#252;hlmann and Czernin &#8211; we were only too well acquainted with the nature of the German and Austrian ruling classes &#8211; it must, nevertheless, be candidly admitted that we did not at the time anticipate that the actual proposals of the German Imperialists would be separated by such a wide gulf from the formul&#230; presented to us by K&#252;hlmann on December 25th as a sort of plagiarism of the Russian Revolution. We, indeed, did not expect such an acme of impudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The masses of the working classes in Russia were deeply impressed by K&#252;hlmann's reply. They read in it the fear of the ruling classes of the Central Empires in face of the discontent and growing impatience of the masses in Germany. On December 28th, a gigantic workers' and soldiers' demonstration took place in Petrograd in favour of a democratic peace. But the next morning our delegates returned from Brest-Litovsk and brought those predatory demands which K&#252;hlmann had presented on behalf of the Central Empires by way of interpretation of his so-called democratic formul&#230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At first it may appear difficult to understand what exactly were the expectations of the German diplomacy when they presented their democratic formul&#230; in order, two or three days later, to reveal their brutal appetites. The theoretical debates, too, about those democratic formul&#230;for the most part initiated by K&#252;hlmann himself &#8211; may seem to have been rather a risky affair. It ought to have been clear to them from the beginning that on this battlefield the diplomacy of the Central Empires could scarcely gain any laurels. But the secret of K&#252;hlmann's conduct of diplomacy lay in that he was profoundly convinced that we would be ready to play duets with him. The trend of his thought was approximately as follows : Russia must have peace. The Bolsheviks had obtained power thanks to their fight for peace. The Bolsheviks wanted to remain in power. This was only possible on one condition, namely, the conclusion of peace. True, they had committed themselves to a definite democratic peace programme. But what were the diplomats for, if not for disguising black as white ? They, the Germans, would make the position easier for the Bolsheviks by hiding their spoil and plunder beneath a democratic formula. Bolshevik diplomacy would have sufficient grounds for not desiring to probe too deeply for the political essence of their enticing formulae, or, rather, for not revealing it to the eyes of the world. In other words, K&#252;hlmann hoped to come to a tacit understanding with us. He would pay us back in our fine formula, and we should give him an opportunity of obtaining provinces and whole nationalities for the benefit of the Central Empires without any protest on our side. In the eyes of the German working classes, therefore, this violent annexation would receive the sanction of the Russian Revolution. When, during the negotiations, we made it clear that we were not discussing mere empty formul&#230; and decorative screens hiding a secret bargain, but the democratic foundations of the cohabitation of nations, K&#252;hlmann took it as a malevolent breach of a tacit agreement. He would not for anything in the world budge even an inch from his formula of December 25th. Relying on his refined bureaucratic and legal logic, he tried his best to prove to the world that there was no difference whatever between black and white, and that it was only due to our malicious will that we were insisting on it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Count Czernin, the representative of Austria-Hungary, played at these negotiations a part which no one would call impressive or dignified. He clumsily seconded and undertook at air critical moments, on behalf of K&#252;hlmann, to make the most violent and cynical declarations. As against this, General Hoffman would often introduce a most refreshing note into the negotiations. Without shamming any great sympathy with the diplomatic niceties of K&#252;hlmann, General Hoffman many times banged his soldier's boot on the table, at which the most intricate legal debates were carried on. For our part, we had not a moment's doubt that at these negotiations General Hoffman's boot was the only serious reality.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The presence of the representatives of the Kieff Rada at the negotiations was a great trump card in K&#252;hlmann's hands. To the Ukrainian lower middle class, who were then in power, their &#8220;recognition&#8221; by the capitalist Governments of Europe seemed the most important thing in the world. At first, the Rada had offered its services to the Allied Imperialists and got from them some pocket-money. It then sent delegates to Brest-Litovsk in order to obtain from the Austro-German Governments, behind the backs of the peoples of Russia, the recognition of their legitimate birth. Scarcely had the Kieff diplomats entered on the road of &#8220;international&#8221; relations than they manifested the same out look and the same moral level which had hitherto been a characteristic feature of the petty Balkan politicians. Messrs. K&#252;hlmann and Czernin, of course, did not indulge in any illusions as to the solvency of the new partner at the negotiations. But they realized quite correctly that by the attendance of the Kieff delegates the game was fated to become more complicated, but also more promising to them. At their first appearance at Brest-Litovsk the Kieff delegation defined the Ukraine as a component part of the nascent Federal Republic of Russia. That was an obvious embarrassment to the diplomats of the Central Powers, whose chief concern was to turn the Russian Republic into a new Balkan Peninsula. At their second appearance, the diplomats of the Rada declared, under the dictation of Austro-German diplomacy, that from that moment the Ukraine no longer desired to form part of the Russian Federation and would constitute henceforth an independent Republic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In order to give the readers a clear idea of the situation in which the Soviet Government was placed at the last stage of the peace negotiations, I think it useful to reproduce here the main passages of the speech which the author of these lines delivered, as the People's Commissioner for Foreign Affairs, at the sitting of the Central Executive Committee on February 27, 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE SPEECH OF THE PEOPLE'S COMMISSIONER FOR FOREIGN AFFAIRS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Comrades, &#8211; Russia of the Soviets has not only to build the new, but also to sum up the results of the past and, to a certain extent &#8211; a very large extent indeed &#8211; to settle old accounts, above all, the accounts of the present war which has now lasted three and a half years. The war has been a test of the economic resources of the belligerent nations. The fate of Russia, a poor, backward country, was, a war of attrition, pre-determined from the beginning. In the mighty conflict of the military machines the decisive r6le belonged, in the last resort, to the ability of the respective nations to adapt their industry in the shortest possible time, and thus to turn out again and again, with constantly increasing rapidity and in ever-increasing quantities, the engines of destruction which have been wearing out in no time in this terrible slaughter of nations. At the beginning of the war every, or almost every, country, even the most backward, could be in possession of powerful engines of destruction, since those machines could be obtained from abroad. All backward countries did possess them, including Russia. But the war soon wears out its dead capital, unless it is constantly replenished. The military power of every individual country drawn into the whirlwind of the worldwide war was measured by the ability to make guns, shells, and other engines of destruction by its own means during the war itself. If the war had decided the question of the balance of power in a very short time, Russia, speaking theoretically, might have come out on the victorious side. But the war dragged on, and did so by no means accidentally. The mere fact that during the preceding half-century all international politics had been reduced to the establishment of the so-called balance of power, that IS, to the greatest possible equalization of the military forces of the adversaries, was bound, m view of the strength and Wealth of the modern capitalist nations, to make the war a protracted business. The result has been, first and foremost, the exhaustion of the poorer, less economically developed countries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germany proved to be the most powerfull country in the military sense, owing to the mighty development of her industry and the new, rational, up-to-date structure of that industry side by side with the archaic structure of her State. France, with her economic system largely based on small production, proved to be very much behind Germany, while even such a powerful Colonial Empire as England showed herself weaker than Germany, owing to the more conservative, routine-like character of her industries. When the will of History summoned revolutionary Russia to initiate peace negotiations, we had no doubt whatever that, failing the intervention of the decisive power of the world's revolutionary proletariat, we should have to pay in full for over three and a half years of war. We knew perfectly well that German Imperialism was an enemy imbued with the consciousness of its own colossal strength, as manifested so glaringly in the present war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All the arguments of the bourgeois cliques which keep telling us that we should have been incomparably stronger had we conducted our peace negotiations in conjunction with our Allies are fundamentally wrong. If we were to carry on, at some distant future, the peace negotiations in conjunction with the Allies, we should, in the first place, have had to go on with the war ; but seeing how our country was exhausted and weakened, its continuation, not its cessation, would have led to further exhaustion and ruin. We should thus have had to foot the bill of the war in conditions still more unfavourable to us. Even if the camp which Russia had joined on account of the international intrigues of Tsardom and the bourgeoisie &#8211; the camp, that is, at the head of which stands Great Britain &#8211; should come out of the war completely victorious (granting for the moment this rather improbable eventuality), it does not follow, comrades, that our country would also have come Out victorious, since Russia, inside this victorious camp, would have been still more exhausted and ruined by the long-drawn-out war than it is now. The masters of that camp, who would have gathered all the fruits of victory &#8211; that is, England and America &#8211; would, in their treatment of our country, have displayed the same methods which were employed by Germany at the peace negotiations. It would be absurd and childish, in appraising the policy of the Imperialist Countries, to start from other premises than their naked self-interest and material strength. Hence, if we, as a nation, are now weakened in the face of the Imperialist world, we are so. not because we broke away from the fiery circle of the war after previously shaking off the chains of international military obligations &#8211; no, we are weakened by the same policy of Tsardom and the bourgeois classes against which we fought, as a revolutionary party, both before and during the war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;You remember, comrades, the conditions in which our delegates went to Brest-Litovsk last time, direct from one of the sittings of the Third All-Russian Congress of Soviets. We had informed you then of the state of negotiations and of the demands of the enemy. These demands, as you no doubt remember, amounted to disguised, or rather semi-disguised, annexationist claims to Lithuania, Courland, part of Livonia, the Moon Sound Islands, and a semi-masked indemnity which we then computed at six to eight or even ten thousand million roubles. In the interval, which lasted ten days, serious disturbances broke out in Austria and strikes took place among the labouring masses there &#8211; the first act of recognition of our methods of conducting the peace negotiations on the part of the proletariat of the Central Powers in face of the annexationist demands of German Imperialism. How miserable are the allegations of the bourgeois Press, that it took us two months' talk with K&#252;hlmann before we discovered that the German Imperialists would demand robbers' terms. No, we knew that beforehand. But we tried to turn our &#8220;conversations&#8221; with the representatives of German Imperialism into a means of strengthening those forces which were struggling against it. We did not promise in this connection any miracles, but we asserted that our way was the only way still left at the disposal of revolutionary democracy for securing the chances of its further development.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;One may complain that the proletariat of other countries, especially of the Central Empires, is passing to an open revolutionary struggle too slowly. Yes, the tempo of its advance is much too slow. But in Austria-Hungary we saw a movement which assumed the proportions of a national event and which was a direct and immediate result of the Brest-Litovsk negotiations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Before we departed from here we discussed the matter together, and we said that we had no reason to believe that that wave would sweep away the Austro-Hungarian militarism. Had we been convinced to the contrary, we should have certainly given the pledge so eagerly demanded from us by certain persons, namely, that we should never sign a separate treaty with Germany. I said at the time that it was impossible for us to make such a pledge, as it would have been tantamount to pledging ourselves to defeat German Imperialism. We held the secret of no such victory in our hands, and in so far as we could not pledge ourselves to Change the balance and correlation of the world's powers in a very short period of time, we openly and honestly declared that the revolutionary Government might, under certain circumstances, be compelled to accept an annexationist peace. For not the acceptance of a peace forced upon us by the course of events, but an attempt to hide its predatory character from our own people would have been the beginning of the end of the revolutionary Government.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the same time we pointed out that we were departing for Brest in order to continue the negotiations in circumstances which were apparently becoming more favourable to us and less advantageous to our adversaries. We were watching the events in Austria-Hungary, and various circumstances made us think that, as hinted at by Socialist spokesmen in the Reichstag, Germany was on the eve of similar events. Such were our hopes, and then in the course of the first days of our new stay at Brest the wireless brought us via Vilna the first news that a tremendous strike movement had broken out in Berlin, which, like the movement in Austria-Hungary, was the direct result of the Brest-Litovsk negotiations. But, as it often happens, in consequence of the &#8220;dialectical,&#8221; double-edged, character of the class struggle, it was just this powerful swing of the proletarian movement, such as Germany had never seen before, that aroused the propertied classes and caused them to close their ranks and to take up a more irreconcilable attitude. The German ruling classes are only too well imbued with the instinct of self-preservation, and they understood that any, even partial concession, under such circumstances, when they were being pressed by the masses of their own people, would have been tantamount to a capitulation before the idea of revolution. That is &#8220;why, after the first period of conferences, when K&#252;hlmann had been deliberately delaying the negotiations by either postponing the sittings or wasting them on minor questions of form, he, as soon as the strike had been suppressed and his masters, he felt, were for the time being out of danger, reverted to his old accents of complete self-confidence, and redoubled his aggressiveness. Our negotiations became complicated owing to the participation of the Kieff Rada. We reported the facts of the case last time. The Rada delegates made their appearance at a time when the Rada still represented a fairly strong organization in the Ukraine and when the issue of the struggle had not yet been decided. Just at that moment we made the Rada an official offer to conclude with us a definite agreement, the principal term of which was our demand that the Rada should proclaim Kaledin and Korniloff enemies of the Revolution and refrain from interfering in our fight against them. The Kieff delegates arrived at the moment when we were cherishing hopes of coming to an agreement with it on both heads. We had already made clear to the Rada that so long as it was recognized by the Ukrainian people we should admit it to the negotiations as an independent member of the Conference. But in proportion as things in Russia and the Ukraine developed, and the antagonism between the democratic masses and the Rada was becoming deeper and deeper, the readiness of the Rada also increased to conclude any sort of peace with the Central Powers, and, if necessary, to invite German Imperialism to intervene in the internal affairs of the Ukrainian Republic in order to support the Rada against the Russian Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On February 9th we learned that the peace negotiations between the Rada and the Central Powers had been successfully completed behind our backs. February 9th was the birthday of Prince Leopold of Bavaria, and, as is the custom in monarchical countries, the solemn, historical act of signing the treaty was fixed for this festal day &#8211; whether with the Rada's agreement or not we do not know. General Hoffman caused the artillery to fire a salute in honour of Leopold of Bavaria, having previously asked the Ukrainians' permission to do so, as, according to that treaty, Brest-Litovsk had been incorporated with the Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, at the very moment when General Hoffman was asking the Kieff Rada for permission to fire a salute in honour of Prince Leopold, events had advanced so far that, with the exception of Brest-Litovsk, but little territory was left under the Rada's authority. On the strength of telegrams which we had received from Petrograd we officially informed the delegates of the Central Powers that the Kieff Rada was no longer in existence &#8211; a fact which was by no means immaterial for the course of the peace negotiations. We proposed to Count Czernin to send representatives, accompanied by our officers, to the territory of the Ukraine in order to see on the spot whether his co-partner, the Kieff Rada, was still in existence or not. Czernin at first seemed to jump at the idea, but when we raised the question whether the treaty with the Kieff delegation would only be signed after the return of his messengers or not, he began to hesitate and promised to consult K4llhmann, and having done so, sent us a reply in the negative. This was on February 8th, and on the following day they were obliged to sign the treaty. That brooked no delay, not only because of Prince Leopold's birthday, but also because of a more serious circumstance, which, of course, K&#252;hlmann had explained to Czernin : &#8220;If we send our representatives to the Ukraine now, they may find that the Rada is no longer in existence, and then we should have to face the Russian delegates only ; which of course would greatly thwart our chances at the negotiations.&#8221; We were told by the Austro-Hungarian delegates : &#8220;Leave alone the question of principles, place the problem on a practical footing &#8211; then the German delegates will try to meet you. It is impossible that the Germans should desire to continue the war for the sake, for instance, of the Moon Sound Islands, if you formulate your demands more concretely ...&#8221; We answered : &#8220; Very well, we are ready to test the conciliatory attitude of your colleagues, the German delegates. So far we have been discussing the question of the right of self-determination of Lithuanians, Poles, Letts, Esthonians, etc., and have elucidated the fact that there is no chance for the self-determination of these small nations. Let us now see what kind of self-determination you intend to allot to the Russian people, and what are the military strategical plans and devices behind your seizure of the Moon Islands. The Moon Islands, as part of the Esthonian Republic, as a possession of the Russian Federal Republic, have a defensive value, while in the hands of Germany they are means of offence and constitute a menace to the most vital centres of our country, particularly to Petrograd.&#8221; But, of course, Hoffman had not the slightest intention of making any concessions. Then the decisive moment came. We could not declare war &#8211; we were too weak. The army was in a state of complete internal dissolution. In order to save our country from ruin it was necessary to re-establish the internal organization of the labouring masses. This moral union could be established only by constructive work in the villages, in the workshop and the factory. The masses, who had passed through the colossal suffering and the catastrophic experiences of the war, had to be brought back to the fields and factories, where they could be rejuvenated morally and physically by work and thus be enabled to create the necessary internal discipline. There was no other way of salvation for our country, which had to pay the penalty for the sins committed by Tsardom and the bourgeoisie. We were forced to get out of the war and lead our army out of the slaughter. At the same time we declared to German Imperialism, straight in the face : &#8220;The peace terms which you force us to accept are those of violence and plunder. We cannot allow you, diplomats, to tell the German workers : &#8216;You branded our demands as annexationist ; look here, those demands have been signed by the Russian Revolution !' Yes, we are weak, &#8216;we cannot fight at present, but we have enough of revolutionary courage to tell you that we will never of our own free will sign the terms which you are writing with your sword across the bodies of the living peoples'.&#8221; We refused to give our signatures, and I believe, comrades, that we acted as we ought to have acted.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comrades, I do not want to say that a further advance of the Germans against us is out of the question. Such a statement would be too risky, considering the power of the German Imperialist Party. But I think that by the position we have taken up on the question we have made any advance a very embarrassing affair for the German militarists. What would happen if they should nevertheless advance ? There is only one answer to this question. If it is still possible to raise the spirit in the most revolutionary and healthy elements in our exhausted country, reduced as it is to desperate straits, if it is still possible for Russia to rise for the defence of our Revolution and the territories of the Revolution, it is possible only as a result of the present situation, as a result of our coming out of the war and of our refusal to sign the peace treaty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;THE SECOND WAR AND THE SIGNING OF PEACE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The German Government, during the first days after the breaking off of the negotiations, hesitated, uncertain as to which course to. choose. The politicians and diplomats thought apparently that the chief thing bad been accomplished, and that there was no need to run after our signatures. The military, however, were in all circumstances prepared to break through the framework outlined by the German Government in the Brest-Litovsk treaty. Professor Kriege, adviser to the German delegation, told one of our delegates that in the present conditions there could be no question of a new German offensive against Russia. Count Mirbach, then at the head of the German mission in Russia, left for Berlin assuring us that a satisfactory agreement on the exchange of prisoners had been reached. But all this did not prevent General Hoffman from announcing, on the fifth day after the breaking off of the negotiations, the end of the armistice, the seven days' notice being antedated by him from the day of the last sitting at Brest. It would be truly out of place to waste time here, in righteous indignation at this dishonourable act, for it is but in keeping with the general diplomatic and military morality of all the governing classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The new German offensive developed under conditions which were deadly to Russia. Instead of the agreed seven days' warning, we only had two days'. This spread a panic in the ranks of the army, already in a state of chronic dissolution. There could scarcely be any question of resistance. The soldiers would not believe that the Germans would advance, after we had declared the state of war at an end. The panic-stricken retreat paralysed even the will of those individual regiments which were ready to take up fighting positions. In the working-class quarters of Petrograd and Moscow the indignation at the treacherous and truly buccaneering German attack knew no bounds. The workers were ready, in those tragic days and nights, to enlist in the army in their tens of thousands. But the necessary organization was lagging far behind. Individual guerrilla detachments, full of enthusiasm, perceived their helplessness at the first serious encounter with the German regular troops, and this was, of course, followed by a further depression of spirits. The old army, long ago mortally wounded, was falling to pieces, and was only blocking up all ways and by-ways. The new army, on the other hand, was arising much too slowly amidst the general exhaustion and the terrible dislocation of industry and transport. The only real serious obstacle in the path of the German advance was the huge distances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Austria-Hungary had her eyes chiefly on the Ukraine. Through its delegates the Rada had made a direct request to the Central Empires for military help against the Soviets, which by that time had obtained complete victory throughout Ukrainia. In this way the Ukrainian lower middle-class democracy, in its fight with the workers and the poorest peasantry, had voluntarily opened the gates to foreign invasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the same time the Government of Svinhufvud was seeking the help of German bayonets against the Finnish proletariat. German militarism was assuming quite openly, in the face of the whole world, the role of executioner of the Russian workers' and peasants' revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the ranks of our party there arose a heated discussion as to whether we should, under such conditions, submit to the German ultimatum and sign a new treaty which &#8211; we were all quite convinced of that &#8211; would contain far more onerous conditions than those we had been offered at Brest-Litovsk. The representatives of one school of thought considered that at the present moment, when the Germans were effectively intervening in the internal struggles on the territory of the Russian Republic, it was unthinkable to make peace in one part of Russia and remain passive whilst in the north and south the German troops were establishing a regime of bourgeois dictatorship. Another school of thought, at the head of which stood Lenin, argued that every interval, every breathing space, however short, would be of the greatest value for the internal consolidation of Russia and for the restoration of her capacity for self-defence. After our absolute inability to defend ourselves at the present moment from the attacks of the enemy had been demonstrated so tragically before the whole country and the whole world, our conclusion of peace would be understood everywhere as an act forced on us by the cruel law of the correlation of forces. It would be mere Childishness to base our action on abstract revolutionary morals. The question at issue was not how to perish with honour, but how, in the end, we could live through to victory. The Russian revolution wants to live, must live, and must by all possible means refuse to be drawn into battle far beyond her strength she must win time in the expectation that the revolutionary movement in the West would come to her aid. German Imperialism was still at close and fierce grip with British and American militarism. Only for this reason was it possible to conclude peace between Germany and Russia. We must not let this opportunity slip by. The well-being of the Revolution was the supreme law I We must accept the peace which we dared not refuse we must gain some time for intensive work in the interior, including the reconstruction of our army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the Congress of the Communist Party, just as at the fourth Congress of the Soviets, those in favour of peace were in a majority. Many of those who in January had been opposed to signing the Brest peace treaty were now in favour of peace. &#8220;At that time,&#8221; said they, &#8220;our signature would have been understood by the British and French workers as a miserable capitulation without any attempt to avoid it ; even the base insinuations of the Anglo-French chauvinists about a secret agreement between the Soviet Government and the Germans might have met with some acceptance in certain sections of the Western European workers, had we then signed the peace treaty. But after our refusal to sign, after the new German offensive against us, after our attempt at resistance, after our military weakness has been demonstrated to the whole world with such awful clearness, no one will dare reproach us with having capitulated without a struggle.&#8221; The Brest-Litovsk treaty, the second, more onerous edition, was duly signed and ratified.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the meantime, in the Ukraine and in Finland the executioners were going on with their grim work, threatening more and more the most vital centres of Great Russia. Thus, the question of the very existence of Russia as an independent country became indissolubly bound up with the question of a European revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CONCLUSION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When our party was assuming the reins of Government, we knew beforehand &#8220;what difficulties we should undoubtedly meet on our way. Economically the country had been exhausted by the war to the last degree. The Revolution had destroyed the old administrative machinery without having had the opportunity of creating a new one m its place. Millions of workers had been forcibly torn away from the economic life of the country, thrown out of their class, and morally and mentally shattered by three years of war. A colossal war industry on an insufficiently developed economic foundation had sucked up the very life-blood of the nation, and its demobilization presented the greatest difficulties. The phenomena inseparable from economic and political anarchy had spread widely throughout the country. The Russian peasantry had been for centuries welded together by the barbarous discipline of the land and bent down from above by the iron discipline of Tsardom. The state of our economic development had undermined the one discipline and the Revolution destroyed the other. Psychologically, the Revolution meant an awakening of human individuality in the peasant masses. The anarchical form in which this awakening found expression was but the inevitable result of the previous repression. It will only be possible to arrive at the establishment of a new order of things, based on the control of production by the producers themselves, by a general internal deliverance from the anarchical forms of the Revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, the propertied classes, although forcibly removed from power, refuse to give up their positions without a fight. The Revolution has raised in an acute form the question of private property in land and the means of production, that is, the question. of the life and death of the exploiting classes. Politically this means a constant &#8211; sometlmes covert, sometimes overt &#8211; bitter civil war. In its turn, civil war necessarily brings in its train anarchist tendencies in the movement of the labouring masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In view of the dislocation of finance, industry, transport, and the food supply, a protracted civil war, therefore, is bound to cause gigantic difficulties in the way of the constructive work of organization. Nevertheless, the Soviet regime has every right to look forward to the future with confidence. Only an exact inventory of the resources of the country ; only a national universal plan of organization of production ; only a prudent and economical distribution of all products can save the country. And this is just Socialism. Either a descent to the state of a mere colony, or a Socialist transformation &#8211; such is the alternative which faces our country.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This war has undermined the foundations of the entire capitalist world, and in this lies our invincible strength. The Imperialist ring which is choking us will be broken by a proletarian revolution. We no more doubt this for one moment than we ever doubted the final downfall of Tsardorn during the long decades of our underground work.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To struggle, to close our ranks, to establish discipline of labour and a Socialist order, to increase the productivity of labour, and not to be balked by any obstacle &#8211; such is our watchword. History is working for us. A proletarian revolution in Europe and America will break out sooner or later, and it will free not only the Ukraine, Poland, Lithuania, Courland, and Finland, but the whole of suffering humanity.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trotsky raconte la r&#233;volution russe</title>
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		<dc:date>2025-09-28T22:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;En anglais : &lt;br class='autobr' /&gt;
History of the Russian Revolution to Brest-Litovsk (1918) &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/archive/trotsky/1918/hrr/index.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Histoire de la r&#233;volution russe jusqu'&#224; la paix de Brest-Litovsk &lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1918 &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sent livret a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &#233;crit par bribes, dans des circonstances peu favorables aux travaux pouss&#233;s. C'est &#224; Brest-Litovsk, entre les s&#233;ances de la Conf&#233;rence de la paix, que les diff&#233;rents chapitres de cette esquisse, qui a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En anglais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;History of the Russian Revolution to Brest-Litovsk&lt;br class='autobr' /&gt;
(1918)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1918/hrr/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/archive/trotsky/1918/hrr/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Histoire de la r&#233;volution russe jusqu'&#224; la paix de Brest-Litovsk&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent livret a &#233;t&#233;, pour l'essentiel, &#233;crit par bribes, dans des circonstances peu favorables aux travaux pouss&#233;s. C'est &#224; Brest-Litovsk, entre les s&#233;ances de la Conf&#233;rence de la paix, que les diff&#233;rents chapitres de cette esquisse, qui a pour but principal de faire conna&#238;tre aux ouvriers du monde les causes, les progr&#232;s et le sens de la R&#233;volution russe de novembre, ont &#233;t&#233; r&#233;unis. L'histoire a voulu que les d&#233;l&#233;gu&#233;s du r&#233;gime le plus r&#233;volutionnaire que le monde ait jamais connu devaient s'asseoir &#224; la m&#234;me table diplomatique avec les repr&#233;sentants de la caste la plus r&#233;actionnaire parmi toutes les classes dirigeantes. Aux s&#233;ances de la Conf&#233;rence de la Paix, nous n'avons pas oubli&#233; un seul instant que nous &#233;tions les repr&#233;sentants d'une classe r&#233;volutionnaire. Nous avons adress&#233; nos discours aux travailleurs fatigu&#233;s de la guerre de tous les pays. Nos &#233;nergies &#233;taient soutenues par la conviction profonde que le dernier mot pour mettre fin &#224; la guerre, comme pour toutes les autres questions, serait dit par la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne. Lorsque nous parlions &#224; K&#252;hlmann et Czernin, nous avions toujours en t&#234;te nos amis et camarades, Karl Liehknecht et Fritz Adler. J'ai consacr&#233; mon temps libre &#224; pr&#233;parer une brochure destin&#233;e aux ouvriers d'Allemagne, d'Autriche-Hongrie et de tous les autres pays. La presse bourgeoise de toute l'Europe est unanime dans ses calomnies et ses ex&#233;crations du r&#233;gime prol&#233;tarien en Russie. La presse socialiste &#171; patriotique &#187;, d&#233;pourvue de courage et de foi dans son propre travail, a r&#233;v&#233;l&#233; une incapacit&#233; totale &#224; comprendre et &#224; interpr&#233;ter aux masses laborieuses le sens de la R&#233;volution russe. Je veux leur venir en aide par le biais du pr&#233;sent livret. Je crois que les ouvriers r&#233;volutionnaires d'Europe et d'autres parties du monde nous comprendront. Je crois qu'ils commenceront, dans un proche avenir, le m&#234;me travail que celui dans lequel nous sommes actuellement engag&#233;s, mais que, aid&#233;s par leur plus grande exp&#233;rience et leurs moyens intellectuels et techniques plus parfaits, ils accompliront ce travail de mani&#232;re plus approfondie, et aide-nous &#224; surmonter toutes les difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. TROTSKI, BREST-LITOVSK, 12 f&#233;vrier 1918&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#232;re partie&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA R&#201;VOLUTION RUSSE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements actuels se succ&#232;dent si rapidement qu'il est difficile de les reproduire de m&#233;moire, m&#234;me dans leur simple ordre chronologique. Je n'ai pas papiers ou documents &#224; port&#233;e de main. En m&#234;me temps, les interruptions p&#233;riodiques des n&#233;gociations de Brest-Litovsk me donnent un certain loisir qui, dans les conditions actuelles, ne risque pas de se reproduire. Je t&#226;cherai donc d'esquisser de m&#233;moire le cours et le d&#233;veloppement de la R&#233;volution de novembre, en me r&#233;servant le droit de compl&#233;ter et de corriger mon r&#233;cit &#224; une date ult&#233;rieure, &#224; l'aide de pi&#232;ces justificatives. Ce qui distingue notre parti presque d&#232;s la premi&#232;re &#233;tape de la R&#233;volution, c'est la ferme conviction que la logique des &#233;v&#233;nements finira par le mettre au pouvoir. Des th&#233;oriciens de notre parti, bien des ann&#233;es avant la R&#233;volution, voire avant la R&#233;volution de 1905, &#233;taient arriv&#233;s &#224; la conclusion, d'une analyse approfondie des rapports de classe en Russie, que le cours victorieux de la r&#233;volution mettrait in&#233;vitablement le pouvoir de l'&#201;tat entre les mains du prol&#233;tariat, soutenu par les larges masses de la paysannerie la plus pauvre. Le fondement principal de cette croyance &#233;tait l'insignifiance de la d&#233;mocratie de la classe moyenne russe et le caract&#232;re concentr&#233; de l'industrie russe, et, par cons&#233;quent, l'immense importance sociale de la classe ouvri&#232;re russe. L'insignifiance de la d&#233;mocratie bourgeoise russe n'est que l'envers du pouvoir et de l'importance du prol&#233;tariat. Certes, la guerre a tromp&#233; momentan&#233;ment beaucoup de monde sur ce point, et surtout elle a tromp&#233; les fractions dirigeantes de la d&#233;mocratie bourgeoise elle-m&#234;me. La guerre assignait &#224; l'arm&#233;e le r&#244;le d&#233;cisif dans la R&#233;volution, et l'ancienne arm&#233;e &#233;tait la paysannerie. Si la R&#233;volution s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e plus normalement, c'est-&#224;-dire dans des conditions de paix, telles qu'elles pr&#233;valaient en 1912, date &#224; laquelle elle a r&#233;ellement commenc&#233;, le prol&#233;tariat aurait in&#233;vitablement tenu le premier r&#244;le tout au long, tandis que les masses paysannes auraient &#233;t&#233; progressivement entra&#238;n&#233;es par le prol&#233;tariat dans le tourbillon r&#233;volutionnaire... Mais la guerre a donn&#233; au cours des &#233;v&#233;nements une toute autre logique. L'arm&#233;e avait organis&#233; la paysannerie, non pas sur une base politique, mais sur une base militaire. Avant que les masses paysannes ne se retrouvent unies sur une plate-forme commune de revendications et d'id&#233;es r&#233;volutionnaires d&#233;finies, elles s'&#233;taient d&#233;j&#224; unies en r&#233;giments, divisions, corps et arm&#233;es. Les petits bourgeois d&#233;mocrates, dispers&#233;s dans toute cette arm&#233;e et y jouant un r&#244;le de premier plan tant au sens militaire qu'intellectuel, &#233;taient presque enti&#232;rement impr&#233;gn&#233;s de sentiments r&#233;volutionnaires bourgeois. Le profond m&#233;contentement social des masses s'aggravait et cherchait &#224; s'exprimer, notamment &#224; cause de la d&#233;b&#226;cle militaire du Tsarisme. D&#232;s que la R&#233;volution &#233;clate, les sections avanc&#233;es du prol&#233;tariat renouent avec les traditions de 1905 en appelant les masses populaires &#224; s'organiser en corps repr&#233;sentatifs, &#224; savoir les &#171; Conseils &#187; de d&#233;l&#233;gu&#233;s (Soviets). L'arm&#233;e a donc d&#251; envoyer des repr&#233;sentants aux organes r&#233;volutionnaires avant que sa conscience politique ne corresponde de quelque fa&#231;on que ce soit au niveau des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires qui se d&#233;veloppaient rapidement. Qui les soldats pouvaient-ils envoyer comme leurs repr&#233;sentants ? Naturellement, seuls les intellectuels et semi-intellectuels qui se trouvaient parmi eux et qui poss&#233;daient au moins un minimum de connaissances politiques et &#233;taient capables de les exprimer. Ainsi, par la volont&#233; de l'arm&#233;e qui s'&#233;veillait, les intellectuels de la petite bourgeoisie se trouv&#232;rent soudain &#233;lev&#233;s &#224; une position d'influence &#233;norme. M&#233;decins, ing&#233;nieurs, avocats, journalistes, qui, avant la guerre, menaient une vie priv&#233;e banale et ne revendiquaient aucune influence politique, devinrent, du jour au lendemain, les repr&#233;sentants de corps et d'arm&#233;es entiers, et d&#233;couvrirent qu'ils &#233;taient les &#171; chefs &#187; de la R&#233;volution. Le flou de leurs id&#233;es politiques correspondait pleinement &#224; l'&#233;tat informe de la conscience r&#233;volutionnaire des masses elles-m&#234;mes. Ils nous consid&#233;raient avec m&#233;pris comme de simples sectaires parce que nous d&#233;fendions les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re et des paysans de la mani&#232;re la plus r&#233;solue et la plus intransigeante. En m&#234;me temps, ces d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie, malgr&#233; leur fi&#232;re allure de parvenus r&#233;volutionnaires, &#233;prouvaient une profonde m&#233;fiance &#224; la fois dans leurs propres capacit&#233;s et dans les masses qui les avaient &#233;lev&#233;s &#224; une place si inattendue. Se disant socialistes et se consid&#233;rant r&#233;ellement comme tels, ces intellectuels s'en remettaient &#224; l'autorit&#233; politique de la bourgeoisie lib&#233;rale, &#224; ses connaissances et &#224; ses m&#233;thodes, avec un respect mal dissimul&#233;. D'o&#249; la tentative des chefs de la petite bourgeoisie d'obtenir &#224; tout prix la coop&#233;ration de la bourgeoisie lib&#233;rale par le biais d'une alliance ou d'une coalition. Le programme du parti des socialistes-r&#233;volutionnaires, fond&#233; comme il l'est sur de vagues formules humanitaires, et employant des sentiments g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'OFFENSIVE DU 1ER JUILLET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A la suite de cette manifestation des masses r&#233;volutionnaires, une crise gouvernementale semblait in&#233;vitable. Mais l'impression faite par la manifestation a &#233;t&#233; an&#233;antie par les nouvelles du front annon&#231;ant que l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire avait pris l'offensive. Le jour m&#234;me o&#249; les ouvriers et la garnison de P&#233;trograd r&#233;clamaient la publication des trait&#233;s secrets et une offre publique de paix, Kerensky avait jet&#233; les troupes r&#233;volutionnaires &#224; l'offensive. Ce n'&#233;tait bien s&#251;r pas une co&#239;ncidence fortuite. Tout avait &#233;t&#233; arrang&#233; d'avance et le moment de l'offensive avait &#233;t&#233; choisi non pas pour des raisons militaires, mais pour des raisons politiques. Le 2 juillet, il y a eu une s&#233;rie de manifestations dites patriotiques dans les rues de Petrograd. La perspective Nevski, la principale art&#232;re bourgeoise, &#233;tait pleine de groupes de gens excit&#233;s, parmi lesquels des officiers, des journalistes et des dames bien habill&#233;es menaient une campagne acharn&#233;e contre les bolcheviks. Les premi&#232;res nouvelles des r&#233;sultats de l'offensive &#233;taient favorables, et les principaux organes lib&#233;raux consid&#233;raient que la t&#226;che principale avait &#233;t&#233; accomplie - que le coup port&#233; le 1er juillet, ind&#233;pendamment de ce qui pourrait &#234;tre ses d&#233;veloppements militaires ult&#233;rieurs, serait fatal &#224; la nouveaux progr&#232;s de la R&#233;volution. Elle conduirait au r&#233;tablissement de l'ancienne discipline militaire et renforcerait la position dominante de la bourgeoisie lib&#233;rale dans le pays. Nous avions pourtant pr&#233;dit autre chose. Dans une d&#233;claration sp&#233;ciale que nous avons lue au premier congr&#232;s des soviets quelques jours avant l'offensive, nous avions d&#233;clar&#233; que cette offensive d&#233;truirait in&#233;vitablement la coh&#233;rence interne de l'arm&#233;e, qu'elle mettrait en opposition diff&#233;rentes sections de celle-ci, et qu'elle pr&#234;terait une &#233;norme pr&#233;pond&#233;rance aux &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires, puisque le maintien de la discipline dans une arm&#233;e bris&#233;e, dont la vigueur n'avait pas &#233;t&#233; renouvel&#233;e par de nouveaux id&#233;aux, serait impossible sans l'emploi de mesures brutales de r&#233;pression. En d'autres termes, nous avions pr&#233;dit dans cette d&#233;claration toutes les cons&#233;quences qui furent ensuite comprises sous le nom de kornilovisme. Nous consid&#233;rions que la R&#233;volution courait le plus grand danger aussi bien en cas de r&#233;ussite de l'offensive (ce que nous ne croyions pourtant pas) qu'en cas d'&#233;chec, que nous pensions presque in&#233;vitable. Le succ&#232;s de l'offensive aurait pour effet d'unir la petite et la grande bourgeoisie dans des aspirations chauvines communes, isolant ainsi le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, tandis que son &#233;chec pourrait conduire &#224; l'effondrement complet de l'arm&#233;e, &#224; un recul chaotique, &#224; la perte de plus de provinces, et la d&#233;ception et le d&#233;sespoir des masses. Les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;roul&#233;s conform&#233;ment &#224; la deuxi&#232;me partie de l'alternative. La nouvelle de l'avance victorieuse de l'arm&#233;e ne dura pas longtemps. Lui succ&#233;d&#232;rent de sombres communications sur le refus de plusieurs sections de l'arm&#233;e de soutenir les troupes d'assaut, les pertes terribles parmi les officiers, qui parfois seuls formaient des bataillons de choc, etc. L'arri&#232;re-plan de ces &#233;v&#233;nements militaires a &#233;t&#233; form&#233; par des difficult&#233;s croissantes dans la vie int&#233;rieure du pays. Le gouvernement de coalition n'avait pas fait un seul pas d&#233;cisif dans la solution des questions agraires, industrielles ou nationales. L'approvisionnement alimentaire et les transports devenaient de plus en plus d&#233;sorganis&#233;s. Les conflits locaux sont devenus de plus en plus fr&#233;quents. Les ministres socialistes ont essay&#233; de persuader les masses d'attendre. Toutes les d&#233;cisions et mesures &#233;taient remises &#224; plus tard, y compris la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. L'insolvabilit&#233; et l'instabilit&#233; du r&#233;gime &#233;taient &#233;videntes. Il y avait deux issues possibles : soit chasser la bourgeoisie du pouvoir et laisser la R&#233;volution avancer, soit &#171; contenir &#187; les masses par une r&#233;pression brutale. Kerensky et Tsereteli poursuivaient une voie m&#233;diane et ne parvenaient qu'&#224; aggraver la confusion. Lorsqu'une fois les cadets, de loin les repr&#233;sentants les plus intelligents et les plus clairvoyants de la coalition, virent que l'&#233;chec de l'offensive de juillet risquait de porter un coup dur non seulement &#224; la R&#233;volution, mais aussi aux partis &#224; la t&#234;te des affaires, ils s'empress&#232;rent de se retirer provisoirement, rejetant ainsi tout le poids de la responsabilit&#233; sur leurs coll&#232;gues de gauche. Le 15 juillet, une crise minist&#233;rielle &#233;clate, ostensiblement &#224; propos de la question ukrainienne. Ce fut tout &#224; fait un moment de grande tension politique dans tous les sens. Des d&#233;putations et des d&#233;l&#233;gu&#233;s individuels arriv&#232;rent de diff&#233;rentes parties du front, portant le r&#233;cit du chaos qui r&#233;gnait d&#233;sormais en ma&#238;tre dans l'arm&#233;e &#224; la suite de l'offensive. La soi-disant presse gouvernementale a exig&#233; des mesures de r&#233;pression s&#233;v&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des revendications similaires ont commenc&#233; &#224; appara&#238;tre de plus en plus fr&#233;quemment dans la soi-disant presse socialiste. Kerensky passait de plus en plus rapidement, ou plut&#244;t de plus en plus ouvertement, du c&#244;t&#233; des cadets et des g&#233;n&#233;raux cadets, affichant avec ostentation son inimiti&#233; et m&#234;me sa haine envers les partis r&#233;volutionnaires en g&#233;n&#233;ral. Les ambassades alli&#233;es faisaient pression sur le gouvernement, exigeant le r&#233;tablissement de la discipline et la poursuite de l'offensive. La confusion r&#233;gnait dans les milieux gouvernementaux, tandis que l'indignation des ouvriers grandissait et exigeait imp&#233;rativement un d&#233;bouch&#233;. &#171; Saisir l'occasion de la d&#233;mission des ministres cadets et prendre le contr&#244;le total du gouvernement &#187; : tel &#233;tait l'appel des ouvriers de P&#233;trograd aux principaux partis sovi&#233;tiques, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks. Je me souviens de la s&#233;ance du comit&#233; ex&#233;cutif du 15 juillet. Les ministres socialistes ont rendu compte de la nouvelle crise gouvernementale. Nous attendions avec un vif int&#233;r&#234;t de savoir quelle position ils prendraient maintenant que le gouvernement s'&#233;tait effondr&#233; sans gloire lors de la premi&#232;re &#233;preuve s&#233;rieuse provoqu&#233;e par la politique de la coalition elle-m&#234;me. Tsereteli &#233;tait le journaliste. Il nous expliqua tr&#232;s amplement que les concessions que lui et Terestchenko avaient faites &#224; la Kieff Rada ne signifiaient en aucun cas le d&#233;membrement du pays, et ne justifiaient pas l'action des cadets en quittant le minist&#232;re. Tsereteli accuse les chefs cadets d'&#234;tre des doctrinaires sur la question du centralisme, de ne pas comprendre la n&#233;cessit&#233; d'un compromis avec les Ukrainiens, etc. L'impression faite par le journaliste &#233;tait vraiment pitoyable. Le doctrinaire d&#233;sesp&#233;r&#233; de la Coalition accusant les Cadets d'&#234;tre des doctrinaires - les Cadets, ces champions politiques sobres du Capitalisme, qui avaient saisi la premi&#232;re occasion pour faire payer &#224; leurs huissiers politiques le prix du tournant fatidique qu'ils avaient imprim&#233; au cours des &#233;v&#233;nements par l'offensive de juillet. Apr&#232;s toutes les exp&#233;riences de la Coalition, il aurait pu sembler qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule issue, &#224; savoir rompre avec les cadets et former un gouvernement purement sovi&#233;tique. La corr&#233;lation des forces &#224; l'int&#233;rieur des soviets &#224; l'&#233;poque &#233;tait telle qu'un gouvernement sovi&#233;tique aurait signifi&#233;, du point de vue du parti, la concentration du pouvoir entre les mains des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Nous visions d&#233;lib&#233;r&#233;ment un tel r&#233;sultat, car les constantes r&#233;&#233;lections aux soviets fournissaient les m&#233;canismes n&#233;cessaires pour assurer un reflet suffisamment fid&#232;le de la radicalisation croissante des masses ouvri&#232;res et militaires. Nous avions pr&#233;vu qu'apr&#232;s la rupture de la coalition avec la bourgeoisie, les tendances radicales prendraient n&#233;cessairement le dessus sur les soviets. Dans de telles conditions, la lutte du prol&#233;tariat pour le pouvoir se d&#233;placerait naturellement vers le Basedes organisations sovi&#233;tiques et se d&#233;roulerait de mani&#232;re indolore. De leur c&#244;t&#233;, ayant rompu avec la bourgeoisie, les d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie deviendraient eux-m&#234;mes la cible de ses attaques, et seraient donc contraints de rechercher une alliance plus &#233;troite avec la classe ouvri&#232;re socialiste, et t&#244;t ou tard leur amorphisme politique et l'irr&#233;solution serait vaincue par les masses laborieuses sous l'influence de notre critique. C'est pourquoi nous avons exhort&#233; les deux principaux partis sovi&#233;tiques &#224; prendre eux-m&#234;mes les r&#234;nes du pouvoir, bien que nous n'ayons pas nous-m&#234;mes confiance en eux, et l'avons dit franchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me apr&#232;s la crise minist&#233;rielle du 15 juillet, Tsereteli et ceux qui pensaient avec lui n'ont pas abandonn&#233; leur id&#233;e favorite de coalition. Ils expliqu&#232;rent au Comit&#233; ex&#233;cutif que les principaux chefs cadets &#233;taient, il est vrai, d&#233;moralis&#233;s par le doctrinarisme et m&#234;me par des sympathies contre-r&#233;volutionnaires, mais qu'en province il y avait beaucoup d'&#233;l&#233;ments bourgeois qui marcheraient aux c&#244;t&#233;s de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire et dont les la coop&#233;ration serait assur&#233;e par la cooptation de certains repr&#233;sentants de la haute bourgeoisie, dans le nouveau minist&#232;re. Dan fondait d&#233;j&#224; de grands espoirs sur un nouveau parti radical-d&#233;mocrate qui avait &#233;t&#233; concoct&#233; &#224; cette &#233;poque par quelques politiciens douteux. La nouvelle que la coalition s'&#233;tait bris&#233;e pour donner naissance &#224; une nouvelle coalition se r&#233;pandit rapidement dans tout Petrograd et provoqua une vague de consternation et d'indignation dans les quartiers des ouvriers et des soldats. Ce fut l'origine des &#233;v&#233;nements du 16 au 18 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES JOURS DE JUILLET&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; D&#233;j&#224; lors de la s&#233;ance du Comit&#233; Ex&#233;cutif, nous avions &#233;t&#233; inform&#233;s par t&#233;l&#233;phone que le r&#233;giment de mitrailleuses se pr&#233;parait pour une manifestation. Nous avons alors pris des mesures, &#233;galement par t&#233;l&#233;phone, pour le contenir ; mais des &#233;v&#233;nements importants se pr&#233;paraient en dessous. Des repr&#233;sentants d'unit&#233;s de l'arm&#233;e licenci&#233;es pour insubordination arrivaient du front avec des r&#233;cits alarmants de r&#233;pressions, ce qui rendait la garnison de Petrograd tr&#232;s mal &#224; l'aise. Le m&#233;contentement des ouvriers de P&#233;trograd envers les dirigeants officiels se r&#233;v&#233;la d'autant plus aigu que Tsereteli, Dan et Tshkheidze &#233;taient manifestement d&#233;termin&#233;s &#224; falsifier les sentiments du prol&#233;tariat en essayant d'emp&#234;cher le soviet de P&#233;trograd d'exprimer les nouvelles vues des travailleurs. masses. Le Comit&#233; ex&#233;cutif panrusse, &#233;lu au Congr&#232;s de juin et d&#233;pendant pour l'appui des provinces les plus arri&#233;r&#233;es, repoussait de plus en plus le Soviet de P&#233;trograd et prenait en main m&#234;me la conduite des affaires purement p&#233;trogradiennes. Un conflit &#233;tait in&#233;vitable. Les ouvriers et les soldats exer&#231;aient une pression d'en bas, exprimaient violemment leur m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard de la politique officielle du soviet et exigeaient de notre parti une action plus radicale. Nous consid&#233;rions qu'&#233;tant donn&#233; l'&#233;tat encore arri&#233;r&#233; des provinces, l'heure d'une telle action n'avait pas encore sonn&#233; ; mais en m&#234;me temps nous craignions que les &#233;v&#233;nements du front ne produisent une immense confusion dans les rangs des ouvriers r&#233;volutionnaires et ne cr&#233;ent parmi eux le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de notre parti, l'attitude vis-&#224;-vis des &#233;v&#233;nements du 16 au 18 juillet &#233;tait parfaitement nette. D'un c&#244;t&#233;, il y avait la crainte que P&#233;trograd ne s'isole des provinces les plus arri&#233;r&#233;es ; d'autre part, il y avait l'espoir qu'une intervention active et &#233;nergique de P&#233;trograd pourrait sauver la situation. Les propagandistes du parti dans les rangs inf&#233;rieurs allaient main dans la main avec les masses et menaient une agitation sans compromis. On esp&#233;rait encore qu'une manifestation des masses r&#233;volutionnaires briserait le doctrinarisme obstin&#233; des coalitions et les obligerait &#224; comprendre enfin qu'ils ne pourraient se maintenir au pouvoir que s'ils rompaient compl&#232;tement avec la bourgeoisie. Contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit et &#233;crit &#224; l'&#233;poque dans la presse bourgeoise, il n'y avait aucune intention dans notre parti de s'emparer des r&#234;nes du pouvoir par un soul&#232;vement arm&#233;. Ce n'&#233;tait qu'une manifestation r&#233;volutionnaire qui &#233;clata spontan&#233;ment, quoique guid&#233;e par nous politiquement. Le Comit&#233; Ex&#233;cutif Central si&#233;geait au Palais Tauride lorsque les vagues orageuses de soldats et d'ouvriers arm&#233;s encercl&#232;rent le Palais de tous c&#244;t&#233;s. Parmi les manifestants, il y avait, sans aucun doute, une minorit&#233; insignifiante d'anarchistes qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; utiliser les armes contre le centre sovi&#233;tique. Il y avait aussi des &#233;l&#233;ments des Cent-Noirs, &#233;videmment embauch&#233;s, qui ont tent&#233; de saisir l'occasion pour provoquer une &#233;meute et des pogroms. C'est de ces &#233;l&#233;ments qu'&#233;manent les demandes d'arrestation de Tchernoff et de Ts&#233;r&#233;t&#233;li, de suppression forc&#233;e du Comit&#233; central, etc. Il y a m&#234;me eu une v&#233;ritable tentative d'arrestation de Tchernoff. Par la suite, &#224; la prison de Kresty, j'ai rencontr&#233; un marin qui avait particip&#233; &#224; cette tentative. Il s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un criminel ordinaire et avait &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; au Kresky pour cambriolage. Mais la presse bourgeoise et marchande de compromis avait d&#233;crit l'ensemble du mouvement comme &#233;tant simplement un pogrom et un caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire, et pourtant, en m&#234;me temps, comme une man&#339;uvre bolchevique, ayant pour objet direct la prise du pouvoir par des armes coercition du Comit&#233; ex&#233;cutif central. Le mouvement du 16 au 18 juillet montrait avec une parfaite clart&#233; que les partis dirigeants du soviet vivaient &#224; Petrograd dans un vide politique complet. Il est vrai que la garnison n'&#233;tait pas du tout avec nous &#224; ce moment-l&#224;. Il y avait parmi elle des unit&#233;s qui h&#233;sitaient encore, &#233;taient encore ind&#233;cises et passives. Mais &#224; part les enseignes, il n'y avait pas une seule unit&#233; parmi la garnison qui veuille se battre contre nous pour d&#233;fendre le gouvernement ou les principaux partis du soviet. C'&#233;tait du front qu'il fallait aller chercher les troupes. Toute la strat&#233;gie de Tsereteli, Tchernoff et autres, pendant ces journ&#233;es de juillet, &#233;tait de gagner du temps pour permettre &#224; Kerensky d'attirer des troupes &#171; fiables &#187; &#224; Petrograd. D&#233;l&#233;gation apr&#232;s d&#233;l&#233;gation, p&#233;n&#232;trent dans le palais de Tauride, entour&#233; d'une immense foule arm&#233;e, et r&#233;clament une rupture totale avec la bourgeoisie, des mesures &#233;nergiques de r&#233;forme sociale et l'ouverture de n&#233;gociations de paix. Nous, bolcheviks, avons rencontr&#233; chaque nouveau d&#233;tachement de manifestants, soit dans la rue, soit au Palais, avec des harangues, les appelant au calme, et les assurant qu'avec les masses dans leur humeur actuelle les marchands de compromis seraient incapables de former un nouveau minist&#232;re de coalition. Les hommes de Kronstadt &#233;taient particuli&#232;rement d&#233;termin&#233;s, et ce n'&#233;tait qu'avec peine que nous pouvions les maintenir dans les limites d'une d&#233;monstration nue. Le 17 juillet, la manifestation prit un caract&#232;re encore plus redoutable, cette fois sous la direction directe de notre parti. Les dirigeants sovi&#233;tiques semblaient avoir perdu la t&#234;te ; leurs discours &#233;taient d'un caract&#232;re &#233;vasif ; les r&#233;ponses donn&#233;es par Tchkheidze, l'Ulysse, aux d&#233;l&#233;gations &#233;taient d&#233;nu&#233;es de tout sens politique. Il &#233;tait clair que les dirigeants politiques ne faisaient que marquer le pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 17 juillet, des troupes &#171; dignes de confiance &#187; commenc&#232;rent &#224; arriver du front. Lors de la s&#233;ance du Comit&#233; Ex&#233;cutif, le Palais Tauride s'emplit soudain des notes de cuivres de la Marseillaise. Les visages des membres du Bureau pr&#233;sidentiel ont imm&#233;diatement chang&#233;. La confiance, qui avait tant manqu&#233; ces derniers jours, refait son apparition. C'&#233;tait le R&#233;giment Volhynien des Gardes qui &#233;tait arriv&#233;, le m&#234;me r&#233;giment qui quelques mois plus tard marcha &#224; la t&#234;te de la R&#233;volution de Novembre sous nos banni&#232;res. A partir de ce moment, tout a chang&#233;. Il n'y avait plus besoin de se tenir debout avec les d&#233;l&#233;gations d'ouvriers et de soldats ou les repr&#233;sentants de la flotte baltique. Des discours furent prononc&#233;s &#224; la tribune du Comit&#233; ex&#233;cutif au sujet d'une &#171; r&#233;bellion &#187; arm&#233;e d&#233;sormais &#171; r&#233;prim&#233;e &#187; par les fid&#232;les troupes r&#233;volutionnaires. Les bolcheviks ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;s parti contre-r&#233;volutionnaire. La frayeur qu'avait &#233;prouv&#233;e la bourgeoisie pendant les deux jours de manifestation arm&#233;e se transforma maintenant en une haine furieuse qui s'&#233;tala non seulement dans les colonnes de leurs journaux, mais aussi dans les rues de Petrograd, en particulier sur la Perspective Nevsky, o&#249; des travailleurs individuels et les soldats &#233;taient impitoyablement battus lorsqu'ils &#233;taient surpris en train de mener leur agitation &#171; criminelle &#187;. Enseignes, officiers, membres de bataillons de choc, chevaliers de Saint-Georges, devinrent ma&#238;tres de la situation, et des contre-r&#233;volutionnaires enrag&#233;s se mirent &#224; leur t&#234;te. Une r&#233;pression impitoyable des organisations ouvri&#232;res et des institutions de notre parti a &#233;t&#233; men&#233;e dans toute la ville. Il y a eu des arrestations, des raids, des mauvais traitements physiques et des meurtres individuels. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, le ministre de la Justice de l'&#233;poque, Pereverzeff, d&#233;livra &#224; la presse des &#171; documents &#187; pr&#233;tendant prouver qu'&#224; la t&#234;te du parti bolchevique se trouvaient des agents salari&#233;s de l'Allemagne. Les dirigeants des partis socialistes-r&#233;volutionnaires et mencheviks nous connaissaient depuis trop longtemps et trop bien pour croire &#224; cette accusation, mais en m&#234;me temps ils &#233;taient trop int&#233;ress&#233;s par son succ&#232;s contre nous pour protester publiquement contre elle. Aujourd'hui encore, on ne peut se rappeler sans d&#233;go&#251;t l'orgie de mensonges r&#233;pandue dans les colonnes de toute la presse bourgeoise et coalitionniste. Nos papiers ont &#233;t&#233; supprim&#233;s. Petrograd r&#233;volutionnaire sentit alors que les provinces et l'arm&#233;e &#233;taient encore loin d'&#234;tre avec elle. Pendant un bref instant, les ouvriers furent frapp&#233;s de consternation. Dans la garnison de Petrograd, les r&#233;giments licenci&#233;s ont &#233;t&#233; s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;s et des unit&#233;s individuelles ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;es. Pendant tout ce temps, les dirigeants sovi&#233;tiques s'affairaient &#224; fabriquer un nouveau minist&#232;re auquel appartenaient des classes moyennes de troisi&#232;me ordre qui, sans pour autant renforcer le gouvernement, ne faisaient que le priver des derniers vestiges de l'initiative r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les &#233;v&#233;nements au front suivaient leur cours. Toute l'arm&#233;e avait &#233;t&#233; &#233;branl&#233;e dans ses fondements. Les soldats virent que la grande majorit&#233; des officiers qui s'&#233;taient camoufl&#233;s au d&#233;but de la R&#233;volution &#233;taient, en r&#233;alit&#233;, profond&#233;ment hostiles au nouveau r&#233;gime. Au Grand Quartier G&#233;n&#233;ral se d&#233;roulait maintenant tout &#224; fait ouvertement une s&#233;lection d'&#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les publications bolcheviques ont &#233;t&#233; impitoyablement pers&#233;cut&#233;es. L'offensive avait depuis longtemps fait place &#224; une retraite tragique. La presse bourgeoise calomniait sauvagement l'arm&#233;e, et bien qu'&#224; la veille de l'offensive les partis au pouvoir aient d&#233;clar&#233; que nous &#233;tions une poign&#233;e insignifiante, que l'arm&#233;e ne savait rien de nous et s'en souciait moins, maintenant que leur aventure de l'offensive s'&#233;tait termin&#233;e ainsi tragiquement, ces m&#234;mes personnes et partis rejetaient sur nous toute la responsabilit&#233; de l'&#233;chec. Les prisons &#233;taient pleines &#224; craquer de soldats et d'ouvriers r&#233;volutionnaires. Pour l'instruction de l'affaire du 16-18 juillet tous les vieux loups de la justice tsariste ont &#233;t&#233; rappel&#233;s ; pourtant, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks os&#232;rent exiger de L&#233;nine, Zinovieff et d'autres camarades qu'ils se rendent volontairement &#224; la &#171; justice !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;APR&#200;S LES JOURS DE JUILLET &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de consternation dans les quartiers ouvriers passa bient&#244;t et fit place &#224; une nouvelle vague d'enthousiasme r&#233;volutionnaire, non seulement parmi le prol&#233;tariat, mais m&#234;me parmi la garnison de Petrograd. Les coalitions perdaient toute influence, et la vague du bolchevisme commen&#231;ait &#224; se r&#233;pandre dans tout le pays et p&#233;n&#233;trait, malgr&#233; tous les obstacles, jusque dans l'arm&#233;e. Le nouveau minist&#232;re de coalition, avec Kerensky &#224; sa t&#234;te, s'engage d&#233;sormais ouvertement dans la voie de la r&#233;pression. Le minist&#232;re a r&#233;tabli la peine de mort pour les soldats, nos papiers ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s et nos propagandistes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Mais tout cela n'a fait qu'augmenter notre influence. Malgr&#233; tous les obstacles plac&#233;s sur la voie des r&#233;&#233;lections au soviet de P&#233;trograd, la force relative des partis s'&#233;tait tellement alt&#233;r&#233;e que, sur de nombreuses questions importantes, nous &#233;tions d&#233;j&#224; majoritaires. Exactement la m&#234;me chose s'est produite dans le Soviet de Moscou. A cette &#233;poque, en compagnie de beaucoup d'autres camarades, j'&#233;tais d&#233;j&#224; en prison &#224; Kresty, ayant &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour avoir particip&#233; &#224; l'agitation et &#224; l'organisation du soul&#232;vement arm&#233; du 16-18 juillet en accord avec le gouvernement allemand et dans le but de aider les plans militaires des Hohenzollern. Le c&#233;l&#232;bre juge d'instruction du r&#233;gime tsariste, Alexandroff, qui avait men&#233; plusieurs poursuites contre des r&#233;volutionnaires, avait d&#233;sormais pour mission de prot&#233;ger la R&#233;publique contre les bolcheviks contre-r&#233;volutionnaires. Sous l'ancien r&#233;gime, les prisonniers &#233;taient divis&#233;s en prisonniers politiques et criminels ; maintenant une nouvelle terminologie a &#233;t&#233; introduite : criminels et bolcheviks. Parmi les soldats arr&#234;t&#233;s r&#233;gnait une am&#232;re perplexit&#233;. Des jeunes gens des villages qui n'avaient jamais pris part &#224; la politique, mais qui pensaient que la R&#233;volution les avait rendus libres une fois pour toutes, regardaient maintenant avec stup&#233;faction les portes verrouill&#233;es et les fen&#234;tres grillag&#233;es. Au cours de nos promenades dans la cour, ils me demandaient &#224; chaque fois anxieusement ce que tout cela signifiait et comment tout cela finirait. Je les ai r&#233;confort&#233;s en leur disant que nous devrions sortir vainqueurs &#224; la fin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ASCENSION DE KORNILOV &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La fin du mois d'ao&#251;t est marqu&#233;e par le soul&#232;vement du g&#233;n&#233;ral KorniloV. C'&#233;tait le r&#233;sultat imm&#233;diat de la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires, &#224; laquelle l'offensive de juillet avait donn&#233; une grande impulsion. Lors de la c&#233;l&#232;bre Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou, dans la seconde moiti&#233; d'ao&#251;t, Kerensky tenta de se situer &#224; mi-chemin entre les classes poss&#233;dantes et les d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie. Les bolcheviks &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme totalement hors la loi. Kerensky les a menac&#233;s de &#171; sang et de fer &#187; au milieu d'une temp&#234;te d'applaudissements des sections poss&#233;dantes de la Conf&#233;rence et du silence tra&#238;tre des d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie. Mais les cris hyst&#233;riques et les menaces de Kerensky n'ont pas satisfait les dirigeants de la cause contre-r&#233;volutionnaire. Ils ne voyaient que trop bien la vague r&#233;volutionnaire qui se r&#233;pandait dans tout le pays, enveloppant les ouvriers, les paysans et l'arm&#233;e, et ils jugeaient imp&#233;ratif d'employer imm&#233;diatement les mesures les plus extr&#234;mes pour donner aux masses une le&#231;on inoubliable. En accord avec la bourgeoisie poss&#233;dante, qui voyait en lui son h&#233;ros, Korniloff prit cette affaire risqu&#233;e sur ses &#233;paules. Kerensky, Savinkoff, Filonenko et d'autres socialistes-r&#233;volutionnaires en poste ou &#224; peu pr&#232;s particip&#232;rent &#224; son complot, mais tous trahirent Korniloff d&#232;s qu'ils virent que s'il sortait vainqueur, ils seraient eux-m&#234;mes jet&#233;s par-dessus bord. J'ai v&#233;cu l'&#233;pisode en prison et l'ai suivi dans les journaux : le libre acc&#232;s aux journaux &#233;tait la seule diff&#233;rence importante entre le r&#233;gime carc&#233;ral de Kerensky et l'ancien. L'aventure du g&#233;n&#233;ral cosaque &#233;choua ; en six mois de R&#233;volution, les masses avaient d&#233;velopp&#233; suffisamment d'esprit et de force d'organisation pour repousser toute attaque contre-r&#233;volutionnaire ouverte. Les partis sovi&#233;tiques de coalition &#233;taient effray&#233;s au dernier degr&#233; par les d&#233;veloppements possibles du complot Korniloff, qui mena&#231;ait d'emporter non seulement les bolcheviks, mais toute la R&#233;volution, avec ses partis dirigeants. Les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks entreprennent alors de &#171; l&#233;galiser &#187; la position des bolcheviks, mais seulement &#224; moiti&#233; et avec de nombreuses r&#233;serves, flairant les dangers possibles dans l'avenir. Les m&#234;mes marins de Kronstadt qui, apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement de juillet, avaient &#233;t&#233; stigmatis&#233;s comme des hooligans et des contre-r&#233;volutionnaires, &#233;taient maintenant appel&#233;s &#224; Petrograd pour d&#233;fendre la R&#233;volution contre le danger Korniloff. Ils sont venus sans h&#233;sitation, sans railleries, sans aucun rappel du pass&#233;, et ont pris les positions les plus responsables. J'avais alors parfaitement le droit de rappeler &#224; Tsereteli les paroles que je lui avais lanc&#233;es en mai lorsqu'il injuriait les hommes de Cronstadt : &#171; Quand un g&#233;n&#233;ral contre-r&#233;volutionnaire essaie de faire un n&#339;ud &#224; la gorge de la R&#233;volution, les cadets savonner la corde et les marins de Kronstadt viendront nous aider et mourir avec nous. Les organisations sovi&#233;tiques d&#233;ploy&#232;rent partout &#224; l'arri&#232;re et au front leur vitalit&#233; et leur force dans la lutte contre le soul&#232;vement de Korniloff. A peine n'importe o&#249; les choses se sont-elles transform&#233;es en combats r&#233;els. Les masses r&#233;volutionnaires ont simplement paralys&#233; le complot du g&#233;n&#233;ral. De m&#234;me qu'en juillet les coalitions ne pouvaient trouver aucun soldat pour lutter contre nous dans la garnison de P&#233;trograd, de m&#234;me Korniloff ne pouvait trouver aucun soldat au front pour lutter contre la R&#233;volution. Il ne pouvait agir que par tromperie, et les efforts des propagandistes mirent bient&#244;t fin &#224; ses desseins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A en juger par les papiers, j'esp&#233;rais un d&#233;veloppement tr&#232;s rapide des &#233;v&#233;nements et un passage rapide de l'autorit&#233; gouvernementale aux mains des Soviets. La croissance de l'influence et de la force des bolcheviks &#233;tait incontestable, et elle avait maintenant re&#231;u une impulsion irr&#233;sistible. Les bolcheviks avaient mis en garde contre la coalition, contre l'offensive de juillet et avaient pr&#233;dit la r&#233;bellion de Korniloff. Les masses populaires pouvaient maintenant voir que nous avions eu raison. Aux moments les plus inquiets du complot Korniloff, alors que la division &#171; sauvage &#187; du Caucase marchait sur P&#233;trograd, le soviet de P&#233;trograd, avec la connivence involontaire du gouvernement, avait arm&#233; les ouvriers. Les r&#233;giments qui avaient &#233;t&#233; convoqu&#233;s contre nous s'&#233;taient depuis longtemps transform&#233;s dans l'atmosph&#232;re chaude de P&#233;trograd, et &#233;taient maintenant enti&#232;rement de notre c&#244;t&#233;. La tentative de Korniloff devait finalement ouvrir les yeux de l'arm&#233;e sur l'inadmissibilit&#233; de toute entente ult&#233;rieure avec les contre-r&#233;volutionnaires bourgeois. On aurait donc bien pu s'attendre &#224; ce que la suppression de l'attentat de Korniloff soit suivie d'un effort imm&#233;diat des forces r&#233;volutionnaires, guid&#233;es par notre parti, pour obtenir le pouvoir. Mais les &#233;v&#233;nements se sont d&#233;velopp&#233;s plus lentement. Malgr&#233; l'intensit&#233; du sentiment r&#233;volutionnaire, les masses &#233;taient devenues plus m&#233;fiantes depuis la s&#233;v&#232;re le&#231;on des journ&#233;es de juillet, et renon&#231;aient &#224; toute action spontan&#233;e, attendant un appel direct et des conseils de leurs dirigeants. Mais les chefs de notre parti, eux aussi, attendaient. Dans ces conditions, la cl&#244;ture de l'aventure Korniloff, bien qu'elle e&#251;t fondamentalement modifi&#233; le rapport de forces en notre faveur, n'entra&#238;na pas de changements politiques imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE AU SEIN DU CAMP SOVI&#201;TIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, la pr&#233;dominance de notre parti dans le soviet de P&#233;trograd devint d&#233;finitive. Cela s'est manifest&#233; sous une forme dramatique &#224; propos de la question de la constitution du Bureau pr&#233;sidentiel. A l'&#233;poque o&#249; les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks r&#233;gnaient en ma&#238;tres dans les soviets, ils ont tout essay&#233; pour isoler les bolcheviks. M&#234;me lorsque nous avions au moins un tiers du total des si&#232;ges au soviet de P&#233;trograd, ils n'admettaient pas un seul repr&#233;sentant de notre parti au bureau pr&#233;sidentiel. Apr&#232;s que le soviet de Petrograd eut adopt&#233; une r&#233;solution en faveur d'un gouvernement purement sovi&#233;tique &#224; une majorit&#233; quelque peu pr&#233;caire, notre groupe a demand&#233; la constitution d'une pr&#233;sidence de coalition sur la base de la repr&#233;sentation proportionnelle. L'ancien Bureau, qui comprenait Tchkheidze, Tsereteli, Kerensky, Skobeleff et Tchernoff, n'en entendit rien. Cela vaut la peine de le rappeler tout &#224; l'heure, alors que les autres partis parlent de la n&#233;cessit&#233; d'un &#171; front d&#233;mocratique uni &#187; et nous accusent d'exclusivisme. Une r&#233;union sp&#233;ciale du Soviet de P&#233;trograd fut convoqu&#233;e pour d&#233;cider de la constitution du Bureau. Les deux parties ont mobilis&#233; toutes leurs forces et r&#233;serves pour cette lutte. Tsereteli est sorti avec un discours programmatique et a fait valoir que la question du bureau pr&#233;sidentiel &#233;tait vraiment une question de politique. Nous pensions que nous devrions obtenir un peu moins de la moiti&#233; des voix et &#233;tions pr&#234;ts &#224; consid&#233;rer cela comme un succ&#232;s. A notre grande surprise, le vote par appel nominal a montr&#233; plus d'une centaine de majorit&#233;s en notre faveur. &#171; Pendant six mois, dit Tsereteli, nous nous sommes tenus &#224; la t&#234;te du soviet de P&#233;trograd et l'avons men&#233; de victoire en victoire. Nous esp&#233;rons que vous resterez au moins la moiti&#233; de ce temps aux postes que vous &#234;tes sur le point d'occuper. Un changement similaire des partis directeurs eut lieu au Soviet de Moscou. Les Soviets de province pass&#232;rent eux aussi l'un apr&#232;s l'autre aux mains des bolcheviks. L'heure de la convocation d'un Congr&#232;s panrusse des Soviets approchait. Mais le groupe dirigeant du Comit&#233; ex&#233;cutif central s'effor&#231;ait de repousser le Congr&#232;s dans un avenir sombre et lointain, dans l'espoir de le rendre totalement impossible. Il &#233;tait &#233;vident que le nouveau Congr&#232;s donnerait la majorit&#233; &#224; notre parti, &#233;lirait un nouveau Comit&#233; ex&#233;cutif central correspondant &#224; la nouvelle orientation des partis, et priverait les coalitionnistes de leur plus important bastion. La lutte pour la convocation du Congr&#232;s panrusse des Soviets devint ainsi pour nous une question de la plus haute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires ont propos&#233; la convocation d'une conf&#233;rence d&#233;mocratique. Ce corps, pensaient-ils, ils pourraient jouer &#224; la fois contre nous et contre Kerensky. Le chef du gouvernement avait alors adopt&#233; une position tout &#224; fait ind&#233;pendante et irresponsable. Il avait &#233;t&#233; port&#233; au pouvoir dans la premi&#232;re p&#233;riode de la R&#233;volution par le soviet de P&#233;trograd. Kerensky &#233;tait entr&#233; dans un premier temps au minist&#232;re sans aucune d&#233;cision provisoire du soviet, mais celui-ci approuva ensuite la d&#233;marche. Apr&#232;s le premier Congr&#232;s des Soviets, les ministres socialistes &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme responsables devant le Comit&#233; ex&#233;cutif central. Leurs alli&#233;s cadets n'&#233;taient responsables que devant leur propre parti. Apr&#232;s les journ&#233;es de juillet, le Comit&#233; ex&#233;cutif central, r&#233;pondant aux v&#339;ux de la bourgeoisie, lib&#233;ra les ministres socialistes de leur responsabilit&#233; envers les soviets, dans le but, comme on le pr&#233;tendait &#224; l'&#233;poque, de cr&#233;er une dictature r&#233;volutionnaire. Cela vaut aussi la peine d'&#234;tre rappel&#233; tout &#224; l'heure, alors que les m&#234;mes personnes qui concoctaient la dictature d'un petit cercle lancent maintenant des accusations et des calomnies contre la dictature d'une classe. La Conf&#233;rence d'&#201;tat de Moscou, au cours de laquelle s'&#233;quilibraient les repr&#233;sentants de la propri&#233;t&#233; et de la d&#233;mocratie artificiellement s&#233;lectionn&#233;s, avait eu pour objectif principal la consolidation du pouvoir de Kerensky sur les classes et les partis. Ce but n'avait &#233;t&#233; atteint qu'en apparence. En r&#233;alit&#233;, la conf&#233;rence de Moscou ne fit que r&#233;v&#233;ler l'impuissance totale de Kerensky, car il &#233;tait presque &#233;galement &#233;tranger aux &#233;l&#233;ments poss&#233;dants et &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise. Mais comme les lib&#233;raux et les conservateurs applaudissaient &#224; ses tirades contre la d&#233;mocratie, tandis que les coalitions lui faisaient une grande ovation en d&#233;savouant tr&#232;s prudemment les contre-r&#233;volutionnaires, il eut l'impression qu'il &#233;tait soutenu des deux c&#244;t&#233;s et disposait d'une autorit&#233; illimit&#233;e. Il mena&#231;a les ouvriers et les soldats r&#233;volutionnaires de sang et de fer. Sa politique allait encore plus loin dans la voie des complots avec Korniloff, qui le compromettaient aux yeux des coalitions. Tsereteli, dans ses phrases diplomatiques typiquement vagues, parlait de facteurs &#171; personnels &#187; en politique et de la n&#233;cessit&#233; de les circonscrire. C'est &#224; cette t&#226;che que devait s'acquitter la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, compos&#233;e de repr&#233;sentants des soviets, des conseils municipaux, des Zemstvos, des syndicats et des soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives, tous choisis de mani&#232;re arbitraire. Le principal probl&#232;me, cependant, &#233;tait de donner &#224; la Conf&#233;rence un aspect suffisamment conservateur, de dissoudre une fois pour toutes les Soviets dans la masse amorphe de la d&#233;mocratie, et de consolider leur propre pouvoir par cette nouvelle organisation &#224; contre-courant du bolchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera pas d&#233;plac&#233; ici de noter en quelques mots la diff&#233;rence entre le r&#244;le politique des soviets et les organes d&#233;mocratiques du self-government. Les Philistins nous ont fait remarquer plus d'une fois que les nouveaux Conseils municipaux et Zemstvos &#233;lus au suffrage universel sont incomparablement plus d&#233;mocratiques que les Sovi&#233;tiques et poss&#232;dent un droit plus valable de repr&#233;senter l'ensemble de la population. Ce crit&#232;re d&#233;mocratique formel, cependant, n'a pas de sens r&#233;el &#224; l'&#233;poque r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution se distingue par ceci : que la conscience des masses subit des changements rapides. De nouvelles sections de la population acqui&#232;rent constamment de l'exp&#233;rience, r&#233;visent leurs vues d'hier, en &#233;laborent de nouvelles, rejettent les anciens dirigeants, suivent les autres et vont toujours de l'avant. A l'&#233;poque de la R&#233;volution, les organisations (formellement) d&#233;mocratiques, fond&#233;es sur le lourd m&#233;canisme du suffrage universel, sont in&#233;vitablement en retard sur le d&#233;veloppement des opinions politiques des masses. Ce n'est pas le cas des Sovi&#233;tiques. Ils d&#233;pendent directement des groupes organiques, tels que les ateliers, les usines, les mines, les entreprises, les r&#233;giments, etc. Dans ces cas, bien s&#251;r, il n'y a pas de garanties l&#233;gales pour la parfaite exactitude des &#233;lections comme dans celles des conseils municipaux et des Zemstvos, mais il y a la garantie bien plus importante du contact direct et imm&#233;diat du d&#233;put&#233; avec ses &#233;lecteurs. Le membre du Conseil municipal ou Zemstvo d&#233;pend d'une masse amorphe d'&#233;lecteurs qui l'investissent d'autorit&#233; pour un an, puis se dissolvent. Les &#233;lecteurs sovi&#233;tiques, au contraire, restent en contact permanent les uns avec les autres par les conditions m&#234;mes de leur vie et de leur travail ; leur suppl&#233;ant est toujours sous leur observation directe et peut &#224; tout moment recevoir de nouvelles instructions et, s'il y a lieu, &#234;tre censur&#233;, rappel&#233; et remplac&#233; par quelqu'un d'autre. Comme l'&#233;volution politique g&#233;n&#233;rale des mois pr&#233;c&#233;dents de la R&#233;volution avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par l'influence croissante des bolcheviks aux d&#233;pens des partis coalitionnistes, il &#233;tait tout &#224; fait naturel que ce processus se soit refl&#233;t&#233; le plus clairement et pleinement sur les soviets. Conseils et Zemstvos, malgr&#233; tout leur caract&#232;re d&#233;mocratique formel, exprimant moins les sentiments des masses d'aujourd'hui que ceux d'hier. Ceci explique la gravitation vers les mairies et les Zemstvos de la part de ces partis qui perdent de plus en plus pied dans la classe r&#233;volutionnaire. Cette question resurgira, mais &#224; plus grande &#233;chelle, lorsque nous en viendrons &#224; l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA CONF&#201;RENCE D&#201;MOCRATIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La Conf&#233;rence d&#233;mocratique, r&#233;unie par Tsereteli et ses coadjuteurs vers la fin de septembre, &#233;tait d'un caract&#232;re enti&#232;rement artificiel, consistant, comme elle l'a fait, en une combinaison de repr&#233;sentants des soviets avec ceux des organes de l'autonomie locale dans un tel proportion pour donner une pr&#233;pond&#233;rance aux partis coalitionnistes. Fruit de l'impuissance et de la confusion, la Conf&#233;rence s'est termin&#233;e par un pitoyable fiasco. La bourgeoisie poss&#233;dante la consid&#233;rait avec la plus grande animosit&#233;, y voyant une tentative de la chasser de la position o&#249; elle s'&#233;tait avanc&#233;e au rassemblement de Moscou. D'autre part, la classe ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire et les masses de la paysannerie et des soldats avaient condamn&#233; &#224; l'avance les m&#233;thodes de falsification utilis&#233;es pour convoquer la Conf&#233;rence. La t&#226;che imm&#233;diate des coalitionnistes &#233;tait de former un minist&#232;re &#171; responsable &#187;. Mais m&#234;me cela n'a pas &#233;t&#233; atteint. Kerensky ne voulait et n'admettait aucun principe de responsabilit&#233;, parce que la bourgeoisie derri&#232;re lui ne l'admettait pas. L'irresponsabilit&#233; devant les organes de la soi-disant d&#233;mocratie signifiait, en effet, la responsabilit&#233; devant les cadets et les ambassades alli&#233;es. Pour le moment, cela suffisait &#224; la bourgeoisie. Sur la question de la coalition, la Conf&#233;rence r&#233;v&#233;la son insolvabilit&#233; totale. Le nombre de suffrages exprim&#233;s pour le principe d'une coalition avec la bourgeoisie n'&#233;tait gu&#232;re plus &#233;lev&#233; que celui exprim&#233; contre toutes les coalitions, et une majorit&#233; de suffrages ont &#233;t&#233; exprim&#233;es contre une coalition avec les cadets. Mais &#224; l'exception de ce dernier, il n'y avait aucun parti parmi la bourgeoisie digne de mention avec lequel une coalition pourrait &#234;tre conclue. Tsereteli a pleinement expliqu&#233; cela &#224; l'assembl&#233;e. Si l'assembl&#233;e n'a pas compris cela, tant pis pour elle ! Et ainsi, dans le dos de la Conf&#233;rence, des pourparlers se poursuivaient sans vergogne avec les cadets m&#234;mes qu'elle avait rejet&#233;s, il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que les cadets seraient trait&#233;s non pas en cadets, mais en hommes publics Press&#233;s de droite et de gauche, les les petits bourgeois d&#233;mocrates se sont soumis &#224; toutes ces moqueries d'eux-m&#234;mes et ont ainsi d&#233;montr&#233; leur compl&#232;te impuissance politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Conseil fut &#233;lu de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique, qu'il fut d&#233;cid&#233; de compl&#233;ter par l'adjonction de quelques repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes ; et ce &#171; Parlement &#187; provisoire devait combler le vide jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante. Le nouveau minist&#232;re de coalition, contrairement au plan initial de Tsereteli, mais en totale conformit&#233; avec les plans de la bourgeoisie, devait maintenir son ind&#233;pendance formelle vis-&#224;-vis du Parlement provisoire. Tout le processus donnait l'impression d'un produit pitoyable et impuissant d'un esprit coup&#233; de la vie, derri&#232;re lequel on voyait clairement la capitulation compl&#232;te des d&#233;mocrates de la petite bourgeoisie devant cette m&#234;me bourgeoisie lib&#233;rale poss&#233;dante qui, un mois auparavant seulement, avait ouvertement soutenu la proposition de Korniloff. tentative contre la R&#233;volution. Le tout revenait donc pratiquement au r&#233;tablissement et &#224; la perp&#233;tuation de la coalition avec la bourgeoisie lib&#233;rale. Il ne fait plus aucun doute que, bien ind&#233;pendamment de la composition de la future Assembl&#233;e constituante, le pouvoir du gouvernement serait entre les mains de la bourgeoisie, puisque les partis coalitions, malgr&#233; toute la pr&#233;pond&#233;rance que leur assurent les masses populaires , &#233;taient r&#233;solument d&#233;cid&#233;s &#224; une coalition avec les cadets, consid&#233;rant qu'il &#233;tait impossible de former un gouvernement sans l'aide de la bourgeoisie. Les masses populaires consid&#233;raient le parti de Miliukoff avec la plus grande hostilit&#233;. A toutes les &#233;lections au cours de la R&#233;volution, les cadets subirent invariablement de s&#233;v&#232;res d&#233;faites ; pourtant les m&#234;mes partis, socialistes-r&#233;volutionnaires et mencheviks, qui frapp&#232;rent le parti cadet aux &#233;lections &#224; la hanche et &#224; la cuisse, leur r&#233;serveraient invariablement une place d'honneur dans le cabinet de coalition apr&#232;s les &#233;lections. Il &#233;tait naturel dans ces circonstances que les masses commenc&#232;rent &#224; s'apercevoir de plus en plus clairement que les partis coalitions jouaient en r&#233;alit&#233; le r&#244;le d'huissiers et d'administrateurs pour la bourgeoisie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DIFFICULTES AU FRONT ET A L'ARRIERE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la situation int&#233;rieure se d&#233;t&#233;riorait et se compliquait de plus en plus. La guerre se tra&#238;nait sans but, sans sens, sans perspective. Le gouvernement ne prend aucune mesure pour se sortir du cercle vicieux. Le plan ridicule fut avanc&#233; d'envoyer Skobeleff &#224; Paris afin d'influencer les imp&#233;rialistes alli&#233;s, mais aucune personne sens&#233;e n'y attacha d'importance s&#233;rieuse. Korniloff livra Riga aux Allemands afin de terroriser l'opinion publique et ainsi d'avoir une occasion favorable pour &#233;tablir une discipline de fer dans l'arm&#233;e. P&#233;trograd &#233;tait menac&#233;e, et les &#233;l&#233;ments bourgeois accueillaient le danger avec une malignit&#233; &#233;vidente. Rodzianko, l'ancien pr&#233;sident de la Douma, a d&#233;clar&#233; ouvertement que la reddition de Petrograd d&#233;moralis&#233;e aux Allemands ne constituerait pas un grand malheur. Il a &#233;voqu&#233; le cas de Riga, o&#249;, &#224; la suite de l'entr&#233;e des Allemands, les soviets ont &#233;t&#233; dissous et un ordre strict a &#233;t&#233; instaur&#233; avec l'aide de l'ancienne police. Certes, la flotte de la Baltique serait perdue ; mais la flotte avait &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233;e par la propagande r&#233;volutionnaire, et la perte ne serait donc pas si grande. Ce cynisme du grand seigneur bavard exprimait les pens&#233;es secr&#232;tes de larges cercles de la bourgeoisie. La remise de Petrograd aux Allemands ne signifierait pas vraiment sa perte d&#233;finitive. Par le trait&#233; de paix, Petrograd serait rendue, mais elle aurait &#233;t&#233; dans l'intervalle disciplin&#233;e par le militarisme allemand. Entre-temps, la R&#233;volution serait d&#233;capit&#233;e et pourrait donc &#234;tre plus facilement combattue. Le gouvernement Kerensky n'avait, en effet, aucune intention s&#233;rieuse de d&#233;fendre la capitale, et l'opinion publique se pr&#233;parait &#224; sa capitulation &#233;ventuelle. Les bureaux du gouvernement &#233;taient transf&#233;r&#233;s de Petrograd &#224; Moscou et dans d'autres villes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans de telles circonstances que la section des soldats du soviet de P&#233;trograd se r&#233;unit en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re. Le sentiment g&#233;n&#233;ral &#233;tait tendu et agit&#233;. Si le gouvernement n'a pas pu d&#233;fendre Petrograd, qu'il conclue la paix. Et s'il &#233;tait incapable de conclure la paix, qu'il se d&#233;gage. C'est ainsi que la Section des soldats exprima son point de vue sur la situation. Ce fut le premier signal de la prochaine r&#233;volution de novembre. Au front, la situation des affaires allait de mal en pis. Un automne froid, humide et boueux approchait. Il y avait la perspective d'une quatri&#232;me campagne d'hiver. L'approvisionnement alimentaire empirait chaque jour. A l'arri&#232;re, ils avaient oubli&#233; l'avant. Il n'y avait pas de rel&#232;ves, pas de renforts et pas de v&#234;tements chauds. Le nombre de d&#233;serteurs augmentait de jour en jour. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e, &#233;lus au d&#233;but de la R&#233;volution, restaient toujours &#224; leur place et soutenaient la politique de Kerensky. Les r&#233;&#233;lections &#233;taient interdites. Un ab&#238;me s'est form&#233; entre les comit&#233;s d'arm&#233;e et les masses de l'arm&#233;e, et enfin les soldats ont commenc&#233; &#224; d&#233;tester les comit&#233;s. &#192; maintes reprises, des d&#233;l&#233;gu&#233;s des tranch&#233;es arrivaient &#224; Petrograd et demandaient &#224; bout portant, aux s&#233;ances du soviet : &#171; Que devons-nous faire maintenant ? Qui mettra fin &#224; la guerre, et comment cela se fera-t-il ? Pourquoi le soviet de Petrograd est-il silencieux ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE IN&#201;VITABLE POUR LE POUVOIR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le soviet de Petrograd n'&#233;tait pas silencieux. Elle exigeait la prise d'autorit&#233; imm&#233;diate par les soviets centraux et locaux, le transfert imm&#233;diat de la terre aux paysans, l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le par les ouvriers sur l'industrie et l'ouverture imm&#233;diate de n&#233;gociations de paix. Tant que nous &#233;tions dans l'opposition, le cri &#171; Tout le pouvoir aux Sovi&#233;tiques ! &#233;tait un cri de guerre de propagande, mais depuis que nous sommes devenus majoritaires dans tous les grands soviets, il nous a impos&#233; le devoir d'entreprendre une lutte imm&#233;diate et directe pour le pouvoir. Dans les villages, la situation &#233;tait devenue compliqu&#233;e et confuse au dernier degr&#233;. La R&#233;volution avait promis la terre aux paysans, mais avait interdit &#224; ces derniers d'y toucher jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante. Les paysans ont d'abord attendu patiemment, mais quand ils ont commenc&#233; &#224; perdre patience, le gouvernement de coalition a eu recours &#224; des mesures de r&#233;pression. Entre-temps, la perspective de la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante s'estompait de plus en plus. La bourgeoisie insistait pour que l'Assembl&#233;e constituante ne soit convoqu&#233;e qu'apr&#232;s la conclusion de la paix. Les masses paysannes, au contraire, s'impatientaient de plus en plus, et ce que nous avions pr&#233;dit au d&#233;but de la R&#233;volution se r&#233;alisait maintenant. Les masses paysannes ont commenc&#233; &#224; s'emparer de la terre de leur propre autorit&#233;. Les repr&#233;sailles devinrent plus fr&#233;quentes et plus s&#233;v&#232;res, et les comit&#233;s terriens r&#233;volutionnaires commenc&#232;rent &#224; &#234;tre arr&#234;t&#233;s &#8211; ici et l&#224;. Dans certains districts, Kerensky a m&#234;me proclam&#233; la loi martiale. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s des villages ont commenc&#233; &#224; affluer &#224; Petrograd et se sont plaints au soviet d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s alors qu'ils tentaient de mettre en &#339;uvre le programme des soviets et de remettre les domaines des propri&#233;taires priv&#233;s aux comit&#233;s de paysans. Les paysans r&#233;clamaient notre protection. Nous avons r&#233;pondu que nous ne pouvions les aider que si le pouvoir gouvernemental &#233;tait entre nos mains. D'o&#249; il s'ensuit que si les Sovi&#233;tiques ne voulaient pas devenir de simples bavardages, ils devaient faire un effort pour s'emparer du pouvoir. Il &#233;tait absurde de se battre pour l'autorit&#233; des soviets six ou huit semaines avant la r&#233;union de l'Assembl&#233;e constituante &#8211; nous ont dit les amis de droite. Mais nous n'&#233;tions nullement contamin&#233;s par ce f&#233;tichisme de la Constituante. En premier lieu, il n'y avait aucune garantie qu'il serait r&#233;ellement convoqu&#233;. L'&#233;clatement de l'arm&#233;e, les d&#233;sertions massives, la d&#233;sorganisation de l'approvisionnement alimentaire, la r&#233;volution agraire, tout va cr&#233;er une atmosph&#232;re mais peu favorable &#224; la tenue d'&#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e. De plus, la possible reddition de Petrograd aux Allemands mena&#231;ait de rendre de telles &#233;lections tout &#224; fait impossibles. En second lieu, m&#234;me si l'Assembl&#233;e constituante devait &#234;tre convoqu&#233;e sous la direction des anciens partis, sur les anciennes listes des partis, elle ne pourrait devenir qu'une protection et une confirmation du principe de coalition du gouvernement. Ni les socialistes-r&#233;volutionnaires ni les mencheviks n'&#233;taient capables d'assumer l'autorit&#233; sans l'aide de la bourgeoisie. Seule une classe r&#233;volutionnaire pouvait briser le cercle vicieux dans lequel la R&#233;volution pataugeait et se d&#233;sint&#233;grait. Il &#233;tait essentiel que l'autorit&#233; soit arrach&#233;e des mains des &#233;l&#233;ments qui, directement ou indirectement, servaient les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie et utilisaient l'appareil gouvernemental pour faire obstacle aux revendications r&#233;volutionnaires du peuple&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA LUTTE POUR LE CONGR&#200;S SOVIETIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Tout le pouvoir aux soviets : telle &#233;tait l'exigence de notre parti. Dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, cela signifiait, en termes de divisions de parti, une autorit&#233; compl&#232;te pour les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks face &#224; la coalition avec la bourgeoisie lib&#233;rale. Maintenant, cependant, en novembre 1917, cette demande signifiait la supr&#233;matie compl&#232;te du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, dirig&#233; maintenant par le parti bolchevik. La question en jeu &#233;tait la dictature de la classe ouvri&#232;re, qui dirigeait, ou, pour &#234;tre plus correct, &#233;tait capable de diriger, les millions de paysans les plus pauvres. C'&#233;tait le sens historique du soul&#232;vement de novembre. Tout concourait &#224; conduire le parti dans cette voie. D&#232;s les premiers jours de la R&#233;volution, nous avions insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; et l'in&#233;vitabilit&#233; de la prise en charge de l'enti&#232;re autorit&#233; du gouvernement par les soviets. La majorit&#233; des soviets, apr&#232;s une intense lutte interne, a adopt&#233; notre point de vue et a repris cette revendication. Nous nous pr&#233;parions pour le deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse des Soviets, auquel nous attendions une victoire compl&#232;te de notre parti. Le Comit&#233; ex&#233;cutif central, au contraire, sous la direction de Dan (le prudent Tshkheidze partit &#224; temps pour le Caucase) fit tout son possible pour emp&#234;cher la r&#233;union du Congr&#232;s des Soviets. Apr&#232;s de grands efforts, soutenus par le groupe sovi&#233;tique &#224; la Conf&#233;rence d&#233;mocratique, nous obtenons enfin la fixation d'une date d&#233;finitive pour le Congr&#232;s du 7 novembre. Cette date est maintenant devenue la plus grande date de l'histoire de la Russie. Au pr&#233;alable, nous avons convoqu&#233; &#224; Petrograd une conf&#233;rence des Soviets des provinces du Nord, comprenant aussi la flotte baltique et le Soviet de Moscou. Nous avions une majorit&#233; nette &#224; cette conf&#233;rence. Nous avons &#233;galement obtenu une certaine protection sur le flanc droit de l'aile gauche des socialistes-r&#233;volutionnaires et pos&#233; les bases de l'organisation commerciale du soul&#232;vement de novembre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONFLIT SUR LA GARNISON DE PETROGRAD&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me avant cela, avant la conf&#233;rence des Soviets du Nord, il s'est pass&#233; quelque chose qui &#233;tait destin&#233; &#224; jouer un r&#244;le des plus importants dans la lutte politique naissante. A la mi-octobre, apparut &#224; une s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif le repr&#233;sentant sovi&#233;tique attach&#233; &#224; l'&#233;tat-major du district militaire de P&#233;trograd, qui nous apprit que le Grand Quartier g&#233;n&#233;ral demandait l'envoi des deux tiers de la garnison de P&#233;trograd au front. Pourquoi ? Pour la d&#233;fense de Petrograd ! L'exp&#233;dition ne devait pas avoir lieu tout de suite, mais il fallait s'y pr&#233;parer tout de suite. L'&#233;tat-major a demand&#233; au Soviet de P&#233;trograd d'approuver ce plan. Nous avons dress&#233; nos oreilles. D&#233;j&#224; &#224; la fin du mois d'ao&#251;t, cinq r&#233;giments r&#233;volutionnaires avaient &#233;t&#233;, en tout ou en partie, retir&#233;s de Petrograd. Cela avait &#233;t&#233; fait &#224; la demande du commandant en chef de l'&#233;poque, Korniloff, qui s'appr&#234;tait &#224; ce moment m&#234;me &#224; jeter la division &#171; sauvage &#187; du Caucase contre Petrograd dans le but de r&#233;gler une fois pour toutes avec la capitale r&#233;volutionnaire. Nous avions donc d&#233;j&#224; fait l'exp&#233;rience d'une redistribution purement politique des troupes, effectu&#233;e sous pr&#233;texte d'op&#233;rations militaires. On peut noter ici, &#224; titre d'anticipation, que les documents qui nous sont tomb&#233;s entre les mains apr&#232;s la r&#233;volution de novembre ont montr&#233;, sans aucun doute possible, que le projet d'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd n'avait en r&#233;alit&#233; absolument rien &#224; voir avec des op&#233;rations militaires, et fut impos&#233; au commandant en chef Dukhonine, contre son gr&#233;, par nul autre que Kerensky lui-m&#234;me, soucieux de d&#233;barrasser P&#233;trograd des soldats les plus r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire les plus hostiles &#224; lui-m&#234;me. Mais cela n'&#233;tait pas connu &#224; la mi-octobre, et nos soup&#231;ons se heurt&#232;rent &#224; une temp&#234;te d'indignation patriotique. L'&#233;tat-major essaya de nous presser et Kerensky s'impatienta, car le Basesous ses pieds devenait rapidement trop chaud pour lui. Cependant, nous ne nous sommes pas empress&#233;s de r&#233;pondre. Certes, P&#233;trograd &#233;tait en danger, et la terrible question de la d&#233;fense de la capitale nous exer&#231;ait beaucoup. Mais apr&#232;s l'exp&#233;rience des jours Korniloff, apr&#232;s les paroles de Rodzianko concernant le salut par une occupation allemande de P&#233;trograd, comment pourrions-nous &#234;tre assur&#233;s que P&#233;trograd ne serait pas volontairement livr&#233; aux Allemands en punition de son esprit rebelle ? Le Comit&#233; Ex&#233;cutif refusa de signer sans examen la demande de destitution des deux tiers de la garnison de P&#233;trograd. Nous avons d&#233;clar&#233; que nous devons avoir la preuve de la r&#233;alit&#233; du besoin militaire qui a dict&#233; la demande, et &#224; cette fin, une organisation pour examiner la question doit &#234;tre cr&#233;&#233;e. C'est ainsi qu'est n&#233;e l'id&#233;e d'&#233;tablir, &#224; c&#244;t&#233; de la Section des soldats des soviets, c'est-&#224;-dire avec la repr&#233;sentation politique de la garnison, un organe purement op&#233;rationnel sous la forme du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire qui a finalement acquis un pouvoir &#233;norme et est devenu pratiquement l'instrument de la R&#233;volution de novembre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, d&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque, lorsque nous proposions la Cr&#233;ation d'un organe pour concentrer entre ses mains tous les fils de la direction purement militaire de la garnison de P&#233;trograd, nous nous rendions bien compte que cet organe pourrait devenir une arme r&#233;volutionnaire pr&#233;cieuse. Nous &#233;tions d&#233;j&#224; &#224; ce moment-l&#224; d&#233;lib&#233;r&#233;ment et ouvertement en train de diriger un soul&#232;vement et de nous organiser pour cela. L'ouverture du Congr&#232;s panrusse des soviets &#233;tait fix&#233;e, comme nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment, au 7 novembre, et il ne faisait plus de doute qu'il se prononcerait en faveur de la prise de l'autorit&#233; supr&#234;me par les soviets. Mais une telle d&#233;cision devrait &#234;tre prise imm&#233;diatement, sinon elle deviendrait simplement une d&#233;monstration platonique sans valeur. Cela aurait &#233;t&#233; en accord avec la logique de la situation si nous avions fix&#233; notre hausse au 7 novembre. La presse bourgeoise, en effet, tenait cela pour acquis. Mais le sort du Congr&#232;s d&#233;pendait, en premier lieu, de la garnison de P&#233;trograd. Permettrait-il &#224; Kerensky d'encercler le Congr&#232;s et de le briser avec l'aide de quelques centaines ou milliers d'enseignes, d'&#233;l&#232;ves-officiers et de membres de bataillons de choc ? La tentative m&#234;me de faire sortir la garnison de P&#233;trograd ne signifiait-elle pas que le gouvernement se pr&#233;parait &#224; briser le Congr&#232;s des soviets ? Cela aurait &#233;t&#233; &#233;trange en effet sinon, vu que nous mobilisions tr&#232;s ouvertement, face &#224; tout le pays, toute la force des Sovi&#233;tiques dans le but de porter un coup mortel au gouvernement de coalition. C'est ainsi que tout le conflit &#224; P&#233;trograd touchait &#224; la question du sort de sa garnison. En premier lieu, bien s&#251;r, elle toucha les soldats, mais les ouvriers aussi y montr&#232;rent le plus vif int&#233;r&#234;t, craignant qu'au retrait des troupes, ils ne fussent &#233;cras&#233;s par les cadets militaires et les cosaques. Le conflit prenait ainsi un caract&#232;re tr&#232;s aigu, et la question sur laquelle il tendait &#224; se poser &#233;tait tr&#232;s d&#233;favorable au gouvernement Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; cette lutte pour la garnison se d&#233;roulait aussi la lutte mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment pour la convocation du Congr&#232;s des Soviets, &#224; l'occasion de laquelle nous proclamions ouvertement, au nom du Soviet de P&#233;trograd et de la conf&#233;rence des Soviets du District Nord, que le deuxi&#232;me Congr&#232;s sovi&#233;tique doit rejeter le gouvernement Kerensky et devenir le v&#233;ritable ma&#238;tre de la Russie. Pratiquement le soul&#232;vement &#233;tait d&#233;j&#224; en marche, et se d&#233;veloppait &#224; la face de tout le pays. Au cours du mois d'octobre, la question du soul&#232;vement joua aussi un r&#244;le important dans la vie int&#233;rieure de notre parti. L&#233;nine, qui se cachait en Finlande, a &#233;crit de nombreuses lettres insistant sur des tactiques plus &#233;nergiques. Dans la base, il y avait une grande fermentation et un m&#233;contentement croissant, parce que le parti bolchevik, maintenant majoritaire dans les soviets, ne mettait pas en pratique ses propres cris de guerre. Le 28 octobre eut lieu une r&#233;union secr&#232;te du Comit&#233; central de notre parti, &#224; laquelle L&#233;nine &#233;tait pr&#233;sent. A l'ordre du jour &#233;tait la question du soul&#232;vement. Avec seulement deux dissidents, il fut d&#233;cid&#233; &#224; l'unanimit&#233; que le seul moyen de sauver la R&#233;volution et le pays d'une destruction compl&#232;te &#233;tait un soul&#232;vement arm&#233;, qui devait avoir pour objet la conqu&#234;te de l'autorit&#233; gouvernementale supr&#234;me par les Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONSEIL D&#201;MOCRATIQUE ET LE PARLEMENT PROVISOIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil D&#233;mocratique issu de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique h&#233;rita de toute l'impuissance de cette derni&#232;re. Les vieux partis sovi&#233;tiques, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, s'&#233;taient assur&#233;s une majorit&#233; artificielle au Conseil, apparemment dans le but d'exposer plus compl&#232;tement encore toute leur prostration politique. Dans les coulisses, Tsereteli menait des n&#233;gociations complexes avec Kerensky et les repr&#233;sentants des &#171; &#233;l&#233;ments propri&#233;taires &#187;, comme ils ont commenc&#233; &#224; les appeler au Conseil afin d'&#233;viter le terme &#171; insultant &#187; de &#171; bourgeoisie &#187;. Le rapport de Tsereteli sur les progr&#232;s et les r&#233;sultats de ces n&#233;gociations ressemblait beaucoup &#224; une oraison fun&#232;bre sur la tombe de toute une p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Il s'est av&#233;r&#233; que ni Kerensky ni les &#233;l&#233;ments propri&#233;taires n'accepteraient le principe de la responsabilit&#233; minist&#233;rielle envers le nouvel organe semi-repr&#233;sentatif. D'autre part, il &#233;tait impossible de trouver des hommes publics &#171; comme des affaires &#187; en dehors du Parti des cadets. Les organisateurs de l'affaire durent c&#233;der sur ces deux points, dont la capitulation fut d'autant plus d&#233;licieuse que la Conf&#233;rence d&#233;mocrate avait &#233;t&#233; convoqu&#233;e sp&#233;cialement pour mettre fin au r&#233;gime irresponsable, la Conf&#233;rence d'ailleurs rejetant explicitement toute Coalition avec les cadets. Aux derni&#232;res r&#233;unions du Conseil d&#233;mocratique avant la nouvelle r&#233;volution, il y avait une atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale de grande tension et d'impuissance pratique. Le Conseil refl&#233;tait non les progr&#232;s de la R&#233;volution, mais la dissolution de partis que la R&#233;volution avait laiss&#233;s loin derri&#232;re. D&#233;j&#224; lors de la session de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique j'avais soulev&#233; la question dans notre parti de faire une sortie d&#233;monstrative de la Conf&#233;rence et de boycotter le Conseil D&#233;mocratique. Il fallait d&#233;montrer aux masses par notre action que les coalitions avaient mis la R&#233;volution dans une impasse. La lutte pour la formation d'un gouvernement sovi&#233;tique ne pouvait &#234;tre men&#233;e que par des m&#233;thodes r&#233;volutionnaires. Il &#233;tait imp&#233;ratif d'arracher l'autorit&#233; des mains de ceux qui s'&#233;taient montr&#233;s incapables pour de bon et qui perdaient rapidement toute capacit&#233; m&#234;me de nuire activement. Il fallait opposer notre m&#233;thode politique par la mobilisation de toutes les forces autour des soviets, par le Congr&#232;s panrusse des soviets, par un soul&#232;vement, &#224; leur mode d'action par un &#171; Parlement provisoire &#187; artificiellement choisi et une Assembl&#233;e constituante probl&#233;matique. . Cela ne pouvait &#234;tre accompli que par une rupture ouverte et publique avec le corps cr&#233;&#233; par Tsereteli et ses amis, et en concentrant toute l'attention et la force de la classe ouvri&#232;re sur les organisations sovi&#233;tiques. C'est pour ces raisons que j'ai propos&#233; une sortie d&#233;monstrative de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et une agitation r&#233;volutionnaire dans les usines et parmi les troupes contre la tentative de d&#233;naturer la volont&#233; de la R&#233;volution et de l'orienter &#224; nouveau dans le sillon de la coop&#233;ration. avec la bourgeoisie. L&#233;nine s'est exprim&#233; dans le m&#234;me sens dans une lettre que nous avons re&#231;ue quelques jours plus tard. Mais parmi les chefs du parti, les h&#233;sitations &#233;taient encore consid&#233;rables. Les journ&#233;es de juillet avaient laiss&#233; une tr&#232;s forte impression sur la f&#234;te. Les masses d'ouvriers et de soldats s'&#233;taient d&#233;barrass&#233;es de l'impression des repr&#233;sailles de juillet bien plus rapidement que nombre de nos camarades dirigeants qui craignaient l'&#233;clatement de la R&#233;volution par une nouvelle tentative pr&#233;matur&#233;e des masses. Dans notre groupe &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique, j'ai obtenu cinquante voix pour ma proposition contre soixante-dix en faveur de la participation au Conseil D&#233;mocratique. Mais notre exp&#233;rience au sein de ce Conseil a tr&#232;s vite renforc&#233; l'aile gauche du parti. Il ne devint que trop &#233;vident que la m&#233;thode des compromis confinant &#224; la simple escroquerie, qui avait pour but d'assurer la direction de la R&#233;volution aux classes poss&#233;dantes aid&#233;es par les coalitions qui avaient perdu pied parmi les larges masses, n'&#233;tait pas la solution. de l'impasse dans laquelle les flasques d&#233;mocrates bourgeois avaient entra&#238;n&#233; la R&#233;volution. Au moment o&#249; le Conseil d&#233;mocratique, compl&#233;t&#233; par des repr&#233;sentants des classes poss&#233;dantes, s'est transform&#233; en un &#171; Parlement provisoire &#187;, la volont&#233; psychologique de notre parti de rompre avec cet organe &#233;tait d&#233;j&#224; m&#251;re&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES SOCIALISTES R&#201;VOLUTIONNAIRES ET LES MENCHEVIKS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; La question qui se posait alors &#224; nous &#233;tait de savoir si les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche nous suivraient dans cette voie. Ce groupe &#233;tait alors en voie de formation, ce qui de notre point de vue parti &#233;tait beaucoup trop lent et h&#233;sitant. Au d&#233;but de la R&#233;volution, le Parti socialiste r&#233;volutionnaire est devenu de loin le plus fort dans tout le domaine politique. Les paysans, les soldats et m&#234;me les masses ouvri&#232;res ont vot&#233; pour les socialistes-r&#233;volutionnaires. Eux-m&#234;mes ne s'attendaient &#224; rien de tel, et plus d'une fois il avait sembl&#233; qu'il y avait un danger que le parti s'&#233;touff&#226;t dans les vagues de son propre succ&#232;s. A l'exception des classes purement capitalistes et propri&#233;taires terriens et des intellectuels ais&#233;s, tout le monde a afflu&#233; sous les banni&#232;res des socialistes-r&#233;volutionnaires. Et cela correspondait tout &#224; fait &#224; la premi&#232;re &#233;tape de la R&#233;volution, o&#249; les fronti&#232;res de classe n'avaient pas encore eu le temps de se manifester, o&#249; le d&#233;sir d'un front unique r&#233;volutionnaire s'exprimait dans le programme n&#233;buleux d'un parti pr&#234;t &#224; abriter &#224; la fois les les ouvriers craignant de perdre le contact avec la paysannerie, les paysans en qu&#234;te de terre et de libert&#233;, les intellectuels soucieux de guider ces deux classes, et le fonctionnaire essayant de s'adapter au nouvel ordre des choses. Lorsque Kerensky, qui, sous le gouvernement tsariste, avait appartenu au &#034;Groupe du Travail&#034;, rejoignit les socialistes-r&#233;volutionnaires apr&#232;s la victoire de la R&#233;volution, la popularit&#233; de ce parti commen&#231;a &#224; cro&#238;tre en correspondance avec l'avanc&#233;e de Kerensky lui-m&#234;me le long de la route. du pouvoir. De nombreux colonels et g&#233;n&#233;raux, par respect &#8211; pas toujours platonique &#8211; pour le ministre de la Guerre, se sont empress&#233;s d'inscrire leurs noms dans les registres du parti des anciens terroristes. Les vieux socialistes-r&#233;volutionnaires, appartenant &#224; l'ancienne &#233;cole r&#233;volutionnaire, regardaient d&#233;j&#224; avec une certaine inqui&#233;tude le nombre toujours croissant de socialistes-r&#233;volutionnaires de &#171; mars &#187;, c'est-&#224;-dire ces membres qui n'avaient retrouv&#233; leur &#226;me r&#233;volutionnaire qu'en mars, apr&#232;s la R&#233;volution avait renvers&#233; l'ancien r&#233;gime et port&#233; au pouvoir les socialistes-r&#233;volutionnaires. De cette mani&#232;re, le parti contenait dans son amorphe non seulement les contradictions internes de la R&#233;volution en d&#233;veloppement, mais aussi tous les pr&#233;jug&#233;s des masses paysannes arri&#233;r&#233;es et tout le sentimentalisme, l'instabilit&#233; et les ambitions des couches intellectuelles de la population. Il &#233;tait bien &#233;vident que le parti ne pouvait pas exister longtemps sous une telle forme. Du point de vue des id&#233;es, elle s'est av&#233;r&#233;e impuissante d&#232;s le d&#233;but. Ce sont les mencheviks qui ont jou&#233; le r&#244;le politique de premier plan dans les premi&#232;res &#233;tapes de la R&#233;volution. Ils &#233;taient pass&#233;s par l'&#233;cole marxienne et en avaient tir&#233; certaines m&#233;thodes et habitudes qui les avaient aid&#233;s &#224; s'orienter suffisamment dans la situation politique pour d&#233;naturer &#171; scientifiquement &#187; le vrai sens de la lutte des classes actuelle et pour s'assurer, au plus haut point, degr&#233; possible dans les conditions donn&#233;es, la supr&#233;matie de la bourgeoisie lib&#233;rale. C'est la raison pour laquelle les mencheviks, qui &#233;taient les avocats directs du droit de la bourgeoisie au pouvoir, se sont si vite &#233;puis&#233;s et ont &#233;t&#233;, au moment de la R&#233;volution de novembre, finalement r&#233;duits presque &#224; un chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires perdaient aussi de plus en plus de leur influence, d'abord parmi les ouvriers, puis dans l'arm&#233;e, et enfin aussi dans les villages. N&#233;anmoins, &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution de novembre, ils &#233;taient encore num&#233;riquement un parti tr&#232;s puissant. Mais les antagonismes de classe le minaient de l'int&#233;rieur. Face &#224; son aile droite qui, en la personne de ses &#233;l&#233;ments les plus chauvins, comme Avksentieff, Breshko-Breshkovskaya, Savinkoff et autres, passa finalement aux contre-r&#233;volutionnaires, une aile gauche &#233;tait en voie de formation, qui tentait de maintenir un contact avec les masses laborieuses. Si l'on garde &#224; l'esprit le fait que le socialiste r&#233;volutionnaire Avksentieff, en sa qualit&#233; de ministre de l'Int&#233;rieur, arr&#234;tait les comit&#233;s fonciers paysans compos&#233;s presque exclusivement de socialistes-r&#233;volutionnaires, pour qu'ils s'attaquent de leur propre chef &#224; la question agraire, l'ampleur de la les d&#233;saccords au sein de ce parti deviendront suffisamment clairs. Au centre se tenait le chef traditionnel du parti, Tchernoff, un &#233;crivain exp&#233;riment&#233;, cultiv&#233; dans la litt&#233;rature socialiste, un habitu&#233; des luttes de parti, il &#233;tait le chef invariable du parti &#224; l'&#233;poque o&#249; la vie du parti se concentrait dans les cercles de r&#233;fugi&#233;s. &#224; l'&#233;tranger. La R&#233;volution, qui, dans sa premi&#232;re course en avant sans discernement, avait &#233;lev&#233; les socialistes-r&#233;volutionnaires &#224; une hauteur &#233;norme, &#233;leva automatiquement aussi Tchernoff, mais seulement pour montrer son incapacit&#233; totale, m&#234;me parmi les principaux personnages politiques de la premi&#232;re p&#233;riode. Ces qualit&#233;s mineures qui assuraient &#224; Tchernoff une pr&#233;pond&#233;rance dans les cercles &#233;trangers du parti se r&#233;v&#233;l&#232;rent bien trop l&#233;g&#232;res dans la balance de la R&#233;volution. Il s'est born&#233; &#224; s'abstenir de toute d&#233;cision responsable, &#224; &#233;viter et &#224; &#233;luder tous les probl&#232;mes critiques, &#224; attendre les &#233;v&#233;nements et &#224; s'abstenir de toute activit&#233; positive. Une telle tactique lui assura, pour le moment, la position d'un centre entre les deux flancs du parti, dont la distance s'&#233;largissait de plus en plus. Mais l'unit&#233; du parti ne pouvait plus &#234;tre maintenue. Savinkoff, l'ancien terroriste, avait particip&#233; au complot Korniloff, &#233;tait en tr&#232;s bons termes avec les cercles contre-r&#233;volutionnaires des officiers cosaques, et pr&#233;parait un coup dur pour les ouvriers et les soldats de P&#233;trograd, parmi lesquels se trouvaient de nombreux socialistes-r&#233;volutionnaires de la gauche. En guise de coup de pouce &#224; cette aile gauche, le Centre a exclu Savinkoff du parti, mais il n'a pas os&#233; lever la main contre Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Parlement provisoire, le parti se montra d&#233;sesp&#233;r&#233;ment divis&#233;. Les trois groupes ont agi ind&#233;pendamment les uns des autres, bien que tous marchaient sous la m&#234;me banni&#232;re du parti. En m&#234;me temps, aucun de ces groupes n'avait une id&#233;e claire de ce qu'il voulait. La pr&#233;dominance formelle de ce parti dans l'Assembl&#233;e constituante n'aurait signifi&#233; que la continuation de la m&#234;me st&#233;rilit&#233; et de la m&#234;me impuissance politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA VOIX DU FRONT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de quitter le Parlement provisoire, o&#249;, d'apr&#232;s les statistiques politiques de Kerensky et Tsereteli, nous n'avions qu'une cinquantaine de si&#232;ges, nous avons organis&#233; une rencontre avec le groupe socialiste-r&#233;volutionnaire de gauche. Ils refus&#232;rent cependant de nous suivre, au motif qu'il leur fallait prouver &#224; la paysannerie par une exp&#233;rience pratique le d&#233;sespoir de ce Parlement. &#034;Nous pensons qu'il est de notre devoir de vous avertir&#034;, a d&#233;clar&#233; l'un de leurs dirigeants, &#034;que si vous avez l'intention de quitter le Parlement provisoire dans le but de descendre imm&#233;diatement dans la rue pour une lutte ouverte, nous ne vous suivrons pas.&#034; La presse bourgeoise et coalitionniste nous accusait de viser un d&#233;mant&#232;lement du Parlement provisoire dans le seul but de cr&#233;er une situation r&#233;volutionnaire. Notre groupe au Parlement provisoire a d&#233;cid&#233; de ne pas attendre les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, mais d'agir de mani&#232;re ind&#233;pendante. La d&#233;claration de notre parti, lue &#224; la tribune du Parlement provisoire et expliquant notre raison de rompre avec cette institution, a &#233;t&#233; accueillie par un hurlement d'ex&#233;cration et de rage impuissante de la part des groupes majoritaires. Au Soviet de P&#233;trograd, o&#249; notre action a &#233;t&#233; approuv&#233;e &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, le chef du petit groupe des mencheviks &#171; internationalistes &#187;, Martoff, a soutenu avec nous que notre sortie du Conseil provisoire de la R&#233;publique (telle &#233;tait la d&#233;signation officielle de ce institution peu recommandable) n'aurait alors de sens que si l'on entendait passer imm&#233;diatement &#224; une offensive ouverte contre le gouvernement actuel. Mais c'&#233;tait exactement ce que nous avions l'intention de faire. Les agents de la bourgeoisie lib&#233;rale avaient bien raison de nous accuser de vouloir cr&#233;er une situation r&#233;volutionnaire. Nous avons vu que le seul moyen de sortir de la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#233;tait au moyen d'un soul&#232;vement ouvert et d'une prise directe du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, comme pendant les journ&#233;es de juillet, la presse et tous les autres organes de la soi-disant opinion publique se sont mis en branle contre nous. Les armes les plus v&#233;n&#233;neuses furent une fois de plus sorties des arsenaux des journ&#233;es de juillet, o&#249; elles avaient &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es apr&#232;s le soul&#232;vement de Korniloff. Vains efforts ! Les masses affluaient irr&#233;sistiblement vers nous, et leur esprit s'&#233;levait d'heure en heure de plus en plus haut. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s arrivaient des tranch&#233;es et nous demandaient, lors des s&#233;ances du soviet de P&#233;trograd : &#171; Combien de temps durera cette situation insupportable ? Les soldats nous ont autoris&#233;s &#224; vous dire que si d'ici le 15 novembre aucune mesure d&#233;cisive n'est prise vers la paix, les tranch&#233;es seront &#233;vacu&#233;es et toute l'arm&#233;e reculera en marche arri&#232;re ! Une telle r&#233;solution s'&#233;tait vraiment r&#233;pandue tout le long du front. Les soldats distribuaient d'un secteur &#224; l'autre des proclamations r&#233;dig&#233;es par eux-m&#234;mes, appelant tous les soldats &#224; ne pas rester dans les tranch&#233;es apr&#232;s les premi&#232;res neiges. &#171; Vous nous avez tout oubli&#233;s, s'exclamaient les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tranch&#233;e aux s&#233;ances du soviet, si vous ne trouvez pas une issue, nous viendrons nous-m&#234;mes disperser nos ennemis &#224; coups de ba&#239;onnette, mais vous aussi, avec eux.&#034; En quelques semaines, le soviet de Petrograd devint le centre d'attraction de toute l'arm&#233;e. Apr&#232;s le changement de politique et la nouvelle &#233;lection de son bureau pr&#233;sidentiel, ses r&#233;solutions avaient insuffl&#233; dans les troupes &#233;puis&#233;es et d&#233;sesp&#233;r&#233;es de nouveaux espoirs qu'une issue &#224; l'impossible situation pourrait enfin &#234;tre trouv&#233;e dans les lignes trac&#233;es par les bolcheviks, &#224; savoir, par la publication des trait&#233;s secrets et la proposition imm&#233;diate d'un armistice sur tous les fronts. &#171; Vous dites que la pleine autorit&#233; doit passer entre les mains des Sovi&#233;tiques ? Alors prends-le. Avez-vous peur que le front ne vous soutienne pas ? Rejetez tout doute ; la masse &#233;crasante des soldats est enti&#232;rement de votre c&#244;t&#233;. Pendant ce temps, le conflit concernant l'&#233;vacuation de la garnison de Petrograd avan&#231;ait rapidement. Il y avait des r&#233;unions presque quotidiennes de la garnison, compos&#233;e des comit&#233;s de compagnie, de r&#233;giment et d'autres. L'influence de notre parti dans la garnison devint absolue et tout &#224; fait indivise. L'&#233;tat-major du district militaire de Petrograd &#233;tait dans un &#233;tat de confusion extr&#234;me. &#192; un moment donn&#233;, ils essaieraient d'entrer en relations r&#233;guli&#232;res avec nous ; d'autres fois, pouss&#233;s par les dirigeants du Comit&#233; ex&#233;cutif central, ils nous mena&#231;aient de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES COMMISSAIRES DE L'ARM&#201;E &#8211; LE COMIT&#201; MILITAIRE R&#201;VOLUTIONNAIRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; la formation d'un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire sp&#233;cial rattach&#233; au soviet de P&#233;trograd, que nous entendions comme une sorte d'&#233;tat-major sovi&#233;tique de la garnison de P&#233;trograd, en guise de contrepoids &#224; l'&#233;tat-major de Kereusky. &#171; Mais l'existence de deux &#233;tats-majors ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e &#187;, ont exhort&#233; les repr&#233;sentants doctrinaires des partis coalitionnistes. &#171; Est-ce, cependant, avons-nous r&#233;pondu, un &#233;tat de choses tol&#233;rable dans lequel la garnison n'a aucune confiance dans l'&#233;tat-major officiel et craint que le retrait des troupes de Petrograd ne soit dict&#233; par un nouveau dessein contre-r&#233;volutionnaire ? &#187; &#171; Mais la cr&#233;ation d'un nouvel &#233;tat-major signifie une insurrection &#187;, arguait la droite ; &#171; votre Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire aura pour but non pas tant l'examen des intentions et des ordres militaires des autorit&#233;s militaires, que la pr&#233;paration et l'ex&#233;cution d'une r&#233;volte contre le gouvernement actuel. &#187; Cet argument &#233;tait parfaitement juste, mais pour cette raison m&#234;me il n'effrayait aucun d'entre nous. La n&#233;cessit&#233; de renverser le gouvernement de coalition a &#233;t&#233; reconnue par l'&#233;crasante majorit&#233; des Sovi&#233;tiques. Plus les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires d&#233;montraient de mani&#232;re convaincante que le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire deviendrait in&#233;vitablement un instrument de r&#233;volte, plus le soviet de P&#233;trograd soutenait volontiers ce nouvel organe militant. La premi&#232;re t&#226;che du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire &#233;tait de nommer des commissaires &#224; toutes les sections de la garnison de P&#233;trograd et &#224; toutes les institutions les plus importantes de la capitale et des faubourgs. Nous avons re&#231;u des informations de diverses parties selon lesquelles le gouvernement, ou plut&#244;t les partis gouvernementaux, s'employaient activement &#224; organiser et &#224; armer leurs forces. De diff&#233;rents magasins, gouvernementaux et priv&#233;s, ils enlevaient des fusils, des revolvers, des mitrailleuses et des cartouches dans le but d'armer les cadets, les &#233;tudiants et, en g&#233;n&#233;ral, la jeune bourgeoisie. Il est essentiel de prendre imm&#233;diatement des mesures pr&#233;ventives. Des commissaires furent nomm&#233;s dans tous les magasins et d&#233;p&#244;ts d'armes, et ils devinrent ma&#238;tres de la situation pratiquement sans opposition. Certes, les commandants et propri&#233;taires des magasins essay&#232;rent de leur refuser la reconnaissance, mais il suffisait aux commissaires de faire appel au comit&#233; des soldats ou aux employ&#233;s du magasin en question pour briser presque imm&#233;diatement l'opposition. D&#233;sormais, les armes ne furent d&#233;livr&#233;es que sur ordre direct de nos commissaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;giments de la garnison de P&#233;trograd, en effet, avaient eu leurs commissaires avant cela, mais ils &#233;taient nomm&#233;s par le Comit&#233; ex&#233;cutif central. Nous avons d&#233;j&#224; signal&#233; qu'apr&#232;s le congr&#232;s des soviets de juin, et surtout apr&#232;s la manifestation du 1er juillet, qui montra la mont&#233;e en puissance des bolcheviks, les partis coalitions avaient presque enti&#232;rement exclu le soviet de P&#233;trograd de toute influence pratique sur le cours des &#233;v&#233;nements dans la capitale r&#233;volutionnaire. La direction des affaires de la garnison de Petrograd &#233;tait concentr&#233;e entre les mains du Comit&#233; ex&#233;cutif central. Maintenant, la question &#233;tait de savoir comment installer des commissaires sovi&#233;tiques partout. Cela n'a &#233;t&#233; accompli que gr&#226;ce &#224; la coop&#233;ration &#233;nergique des masses des soldats. R&#233;giment apr&#232;s r&#233;giment d&#233;clareraient, &#224; l'issue de r&#233;unions interpell&#233;es par des orateurs de divers partis, qu'ils ne reconna&#238;traient que les commissaires nomm&#233;s par le Soviet de P&#233;trograd et ne feraient rien sans leur sanction. Dans la nomination de ces commissaires, l'organisation militaire des bolcheviks joua un r&#244;le tr&#232;s important. D&#233;j&#224; avant les jours de juillet, cette organisation avait fait un gros travail de propagande. Le 18 juillet, le bataillon cycliste, amen&#233; &#224; P&#233;trograd par Kerensky, avait saccag&#233; la villa de Mlle. Krzeszinska, o&#249; se trouvait l'organisation militaire de notre parti. La majorit&#233; de ses dirigeants et une grande partie de la base ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, les journaux ont &#233;t&#233; supprim&#233;s et les machines d'impression ont &#233;t&#233; d&#233;truites. Ce n'est que tr&#232;s lentement que le parti r&#233;installa sa presse, mais cette fois dans la clandestinit&#233;. Son organisation militaire ne comprenait que quelques centaines d'hommes de la garnison de Petrograd, mais elle comprenait de nombreux soldats r&#233;volutionnaires d&#233;termin&#233;s et absolument d&#233;vou&#233;s, de jeunes officiers et, principalement, des enseignes qui avaient &#233;t&#233; emprisonn&#233;s par Kerensky en juillet et ao&#251;t. Tous ceux-ci se mirent alors &#224; la disposition du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et furent nomm&#233;s aux postes militants les plus responsables. Il ne sera cependant pas d&#233;plac&#233; de noter ici que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les membres de l'organisation militaire de notre parti qui, en novembre, ont adopt&#233; une attitude d'une extr&#234;me prudence et m&#234;me d'un certain scepticisme &#224; l'id&#233;e d'un soul&#232;vement imm&#233;diat. Le caract&#232;re exclusif de l'organisation et son caract&#232;re avou&#233; militaire inclinaient involontairement ses dirigeants &#224; surestimer l'importance des moyens purement techniques d'une insurrection, et de ce point de vue nous &#233;tions sans doute tr&#232;s faibles. Notre force r&#233;side dans l'esprit r&#233;volutionnaire des masses et dans leur volont&#233; de combattre sous notre banni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA MAR&#201;E MONTANTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; A c&#244;t&#233; du travail d'organisation s'exer&#231;ait une agitation rageuse et d&#233;chirante. C'&#233;tait une p&#233;riode de rencontres incessantes dans les usines, dans les cirques Moderne et Ciniselli, dans les clubs et les casernes. L'ambiance de toutes ces r&#233;unions &#233;tait d&#233;cid&#233;ment &#233;lectrique. Chaque mention d'une insurrection a &#233;t&#233; accueillie avec une temp&#234;te d'applaudissements et de cris d'approbation. La presse bourgeoise ne fit qu'intensifier l'&#233;tat d'alarme g&#233;n&#233;ral. Mon ordre &#224; l'usine d'armes l&#233;g&#232;res Sestroretski concernant la distribution de 5 000 fusils &#224; la Garde rouge a provoqu&#233; une panique indescriptible dans les cercles bourgeois. Ils parlaient et &#233;crivaient constamment sur un massacre g&#233;n&#233;ral qui se pr&#233;parait. Cela, bien entendu, n'emp&#234;cha nullement les ouvriers de l'usine Sestroretski de distribuer des armes aux gardes rouges. Plus la presse bourgeoise nous calomniait et nous ex&#233;crait avec fureur, plus les masses r&#233;pondaient avec ardeur &#224; notre appel. Il devenait de plus en plus &#233;vident pour les deux parties que la crise allait s'aggraver au cours des prochains jours. La presse socialiste-r&#233;volutionnaire et mench&#233;vique s'agite fr&#233;n&#233;tiquement : &#171; La R&#233;volution est dans le plus grand danger ! Une r&#233;p&#233;tition des journ&#233;es de juillet se pr&#233;pare &#224; une &#233;chelle immens&#233;ment plus grande et aura donc forc&#233;ment des r&#233;sultats encore plus ruineux. &#187; Gorki, dans son journal Novaya Zhizn (Nouvelle vie), a proph&#233;tis&#233; quotidiennement l'effondrement prochain de toute la vie culturelle du pays. En g&#233;n&#233;ral, la peinture rouge socialiste disparaissait avec une rapidit&#233; &#233;tonnante chez les intellectuels bourgeois &#224; mesure que se rapprochait le r&#232;gne s&#233;v&#232;re de la dictature de la classe ouvri&#232;re. D'autre part, les soldats, m&#234;me des r&#233;giments les plus arri&#233;r&#233;s, saluaient avec enthousiasme les commissaires du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s arrivaient des troupes cosaques et de la minorit&#233; socialiste parmi les cadets, promettant, en cas de collision ouverte, d'assurer au moins la neutralit&#233; de leurs hommes. Il &#233;tait &#233;vident que le gouvernement Kerensky &#233;tait simplement suspendu en l'air, sans aucune terre ferme sous ses pieds. L'&#233;tat-major du district a entam&#233; des n&#233;gociations avec nous et a propos&#233; un compromis. Afin d'avoir une id&#233;e de la force de r&#233;sistance de notre ennemi, nous sommes entr&#233;s en pourparlers. Mais les nerfs de l'&#233;tat-major &#233;taient &#224; fleur de peau. Maintenant, ils admonestaient, puis ils nous mena&#231;aient, et d&#233;claraient m&#234;me que nos commissaires &#233;taient ill&#233;gaux &#8211; cette interdiction, bien s&#251;r, n'entra&#238;nait aucune entrave &#224; leur travail. Le Comit&#233; ex&#233;cutif central, en accord avec l'&#233;tat-major, nomma le capitaine d'&#233;tat-major Malevsky commissaire en chef du district militaire de P&#233;trograd, et consentit g&#233;n&#233;reusement &#224; reconna&#238;tre nos commissaires, &#224; condition qu'ils fussent subordonn&#233;s &#224; leur commissaire en chef. Cette proposition a &#233;t&#233; rejet&#233;e et les n&#233;gociations ont &#233;t&#233; rompues. D'&#233;minents mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires viendraient &#224; nous en tant que m&#233;diateurs, nous raisonneraient et nous menaceraient, pr&#233;disant notre malheur et celui de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA JOURN&#201;E DU SOVIET DE PETROGRAD &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le b&#226;timent de l'Institut Smolny &#233;tait alors d&#233;j&#224; entre les mains du soviet de P&#233;trograd et de notre parti. Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite s'&#233;taient install&#233;s au palais Marie, o&#249; le Parlement provisoire &#224; peine n&#233; expirait presque. Kerensky fit un grand discours au Parlement provisoire, dans lequel, accompagn&#233; des applaudissements orageux de la section bourgeoise, il tenta de cacher son impuissance derri&#232;re des menaces hyst&#233;riques. L'&#233;tat-major fit une derni&#232;re tentative de r&#233;sistance. Il envoya une invitation &#224; diverses unit&#233;s de la garnison, leur demandant de d&#233;signer deux d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque unit&#233; pour discuter de la question de l'&#233;vacuation des troupes de la capitale. La conf&#233;rence &#233;tait fix&#233;e &#224; 13 heures, le 4 novembre. Les r&#233;giments nous inform&#232;rent aussit&#244;t de cette invitation, et nous convoqu&#226;mes aussit&#244;t la garnison par t&#233;l&#233;phone &#224; onze heures du matin. Certains d&#233;l&#233;gu&#233;s, cependant, ont trouv&#233; le chemin de l'&#233;tat-major, mais seulement pour d&#233;clarer que sans la permission du Soviet de P&#233;trograd, ils n'iraient nulle part. La garnison r&#233;unie r&#233;affirma presque &#224; l'unanimit&#233; sa loyaut&#233; au Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. L'opposition ne venait que des repr&#233;sentants officiels des anciens partis sovi&#233;tiques, mais elle ne trouvait aucun appui parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s des r&#233;giments. La tentative de l'&#233;tat-major n'a fait que montrer plus clairement que le Basesous nos pieds &#233;tait ferme. Au premier rang se tenait le r&#233;giment de Volhynie &#8211; le m&#234;me qui, dans la nuit du 16 au 17 juillet, avait march&#233; &#224; la corde de sa troupe dans le palais de Taurida dans le but d'abattre les bolcheviks. Le Comit&#233; ex&#233;cutif central, comme il a &#233;t&#233; dit plus haut, &#233;tait en possession des fonds et de la presse du soviet de P&#233;trograd. Tous les efforts pour obtenir la possession m&#234;me d'un de ces papiers s'&#233;taient av&#233;r&#233;s vains. Ainsi, vers la mi-octobre, des mesures avaient &#233;t&#233; prises pour &#233;tablir un journal ind&#233;pendant pour le Soviet de P&#233;trograd. Mais toutes les imprimeries &#233;taient occup&#233;es, et leurs propri&#233;taires nous boycottaient, avec la connivence du Comit&#233; ex&#233;cutif central. Il fut donc d&#233;cid&#233; d'organiser une Journ&#233;e sovi&#233;tique de Petrograd dans le but de promouvoir une propagande &#233;tendue et de collecter de l'argent pour la cr&#233;ation d'un journal. Ce jour avait &#233;t&#233; fix&#233; quinze jours auparavant au 4 novembre, et co&#239;ncidait donc avec la date o&#249; l'insurrection se manifestait publiquement. La presse hostile annon&#231;ait comme un fait &#233;tabli qu'en novembre il y aurait un soul&#232;vement arm&#233; des bolcheviks dans les rues de Petrograd. Personne ne doutait qu'il y aurait une r&#233;volte. La seule question &#233;tait quand. On s'est efforc&#233; de deviner et de pr&#233;voir, afin d'obtenir de nous soit un d&#233;menti, soit un aveu. Tout cela en vain. Le soviet allait de l'avant avec calme et assurance, sans pr&#234;ter attention aux hurlements de l'opinion publique bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 novembre est devenu le jour de la revue des forces de l'arm&#233;e prol&#233;tarienne. Il s'est magnifiquement d&#233;roul&#233; &#224; tous &#233;gards. Malgr&#233; les avertissements &#233;manant de la droite selon lesquels des fleuves de sang couleraient ce jour-l&#224; dans les rues de P&#233;trograd, les masses populaires se sont pr&#233;cipit&#233;es dans les rues par vagues &#233;normes pour participer aux r&#233;unions du soviet. Toute notre force oratoire a &#233;t&#233; pleinement mise &#224; profit ; tous les lieux publics &#233;taient bond&#233;s ; les r&#233;unions duraient sans interruption pendant des heures. Ceux-ci ont &#233;t&#233; abord&#233;s par des orateurs de notre parti ; par des d&#233;l&#233;gu&#233;s venus de diff&#233;rentes r&#233;gions du pays pour participer au Congr&#232;s des Soviets ; par des orateurs du front, des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et des anarchistes. Les salles &#233;taient simplement submerg&#233;es par les masses d'ouvriers et de soldats. Il y avait eu peu de r&#233;unions de ce genre &#224; Petrograd, m&#234;me pendant la R&#233;volution. Une partie consid&#233;rable de la petite bourgeoisie &#233;tait fortement troubl&#233;e, moins effray&#233;e qu'inqui&#233;t&#233;e par les avertissements et les calomnies de la presse bourgeoise. Des dizaines de milliers de personnes battaient en &#233;normes vagues contre les murs du Palais du Peuple, d&#233;bordaient dans les couloirs et remplissaient les salles. Des colonnes, d'&#233;normes guirlandes de t&#234;tes, de mains et de pieds humains pendaient comme des grappes de raisin. L'air semblait impr&#233;gn&#233; d'un courant &#233;lectrique, tel qu'il se produit aux moments les plus critiques d'une r&#233;volution. &#171; A bas le gouvernement Kerensky ! &#171; A bas la guerre ! &#171; Toute autorit&#233; aux Sovi&#233;tiques ! &#187; Aucun des repr&#233;sentants des anciens partis sovi&#233;tiques n'a os&#233; s'avancer devant ce rassemblement colossal avec un mot d'opposition. Le triomphe du soviet de Petrograd &#233;tait unique et sans partage. La campagne &#233;tait en r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; gagn&#233;e. Il ne restait plus qu'&#224; porter un dernier coup militaire au gouvernement fant&#244;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA VICTOIRE DES UNIT&#201;S EN MOUVEMENT &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments les plus prudents parmi nous, cependant, nous avertirent qu'il y avait encore quelques unit&#233;s de troupes qui n'&#233;taient pas avec nous &#8211; les Cosaques, le R&#233;giment de cavalerie, les Gardes Semenoff et le R&#233;giment de cyclistes. Des propagandistes et des commissaires ont &#233;t&#233; nomm&#233;s &#224; ces unit&#233;s. Leurs rapports semblaient parfaitement satisfaisants. L'atmosph&#232;re surchauff&#233;e affectait tout le monde et m&#234;me les &#233;l&#233;ments les plus conservateurs de l'arm&#233;e ne pouvaient r&#233;sister &#224; la tendance g&#233;n&#233;rale de la garnison de Petrograd. Je suis all&#233; &#224; une r&#233;union en plein air du r&#233;giment de Semenoff qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le principal soutien du gouvernement Kerensky. Les orateurs les plus connus de la droite &#233;taient l&#224;. Ils s'accrochaient au r&#233;giment conservateur des Gardes comme au dernier pilier du minist&#232;re de la coalition. Mais cela n'a servi &#224; rien. Le r&#233;giment s'est d&#233;clar&#233; en notre faveur &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, et n'a m&#234;me pas permis aux anciens ministres de terminer leurs discours. Les groupes qui s'opposaient encore aux exigences du soviet se composaient principalement d'officiers, de volontaires et, en g&#233;n&#233;ral, d'intellectuels et de semi-intellectuels de la classe moyenne. Les masses ouvri&#232;res et paysannes &#233;taient enti&#232;rement de notre c&#244;t&#233;. Le clivage &#233;tait assez bien le long d'une ligne sociale droite. La base militaire centrale de Petrograd est la forteresse Pierre et Paul. Nous nomm&#226;mes pour commandant un jeune enseigne qui se montra bient&#244;t presque n&#233; pour la place et devint en quelques heures le ma&#238;tre complet de la situation. Les autorit&#233;s militaires &#171; l&#233;gales &#187; se sont retir&#233;es pour attendre et voir ce qui pourrait arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les raisons &#233;voqu&#233;es ci-dessus, le Cyclist Regiment &#233;tait consid&#233;r&#233; par nous comme une unit&#233; tr&#232;s peu fiable. Le 5 novembre, je suis all&#233; &#224; la forteresse vers deux heures de l'apr&#232;s-midi. Dans la cour se tenait une r&#233;union. Les orateurs de l'aile droite se montraient des plus prudents et &#233;vasifs, &#233;vitant soigneusement toute question sur Kerensky, dont le nom, m&#234;me dans les milieux militaires, suscitait toujours des cris de protestation et d'indignation. Cependant, ils nous ont &#233;cout&#233;s et ont adh&#233;r&#233; &#224; nous. A quatre heures, les cyclistes ont tenu une r&#233;union de bataillon dans un endroit voisin, dans le cirque moderne. Parmi les orateurs figurait le quartier-ma&#238;tre g&#233;n&#233;ral Paradeloff. Lui aussi parlait tr&#232;s, tr&#232;s prudemment. Il est loin le temps o&#249; les orateurs officiels et officieux ne parlaient jamais du parti ouvrier que comme d'une bande de tra&#238;tres et de mercenaires du Kaiser allemand. L'adjoint au chef d'&#233;tat-major s'est approch&#233; de moi et m'a dit : &#171; Pour l'amour de Dieu, arrivons &#224; nous entendre. &#187; Mais il &#233;tait maintenant trop tard. Contre seulement trente voix, le bataillon s'est prononc&#233;, apr&#232;s un d&#233;bat, en faveur de la prise d'autorit&#233; par les Sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE D&#201;BUT DE L'INSURRECTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement Kerensky cherchait de l'aide d'un quartier &#224; l'autre. Il rappela du front deux nouveaux bataillons de cyclistes et une batterie de mortiers, et tenta d'appeler de la cavalerie. Les cyclistes, en route, envoy&#232;rent un t&#233;l&#233;gramme au soviet de P&#233;trograd : &#171; On nous emm&#232;ne &#224; P&#233;trograd. On ne sait pas dans quel but. Veuillez expliquer. Nous leur avons demand&#233; de s'arr&#234;ter et de nous envoyer une d&#233;l&#233;gation. Lorsque ces derniers arriv&#232;rent, ils d&#233;clar&#232;rent &#224; la r&#233;union du soviet que le bataillon &#233;tait enti&#232;rement de notre c&#244;t&#233;. Cela a suscit&#233; une nouvelle temp&#234;te d'enthousiasme. Le bataillon re&#231;ut l'ordre d'entrer imm&#233;diatement dans la ville ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s du front augmentait de jour en jour. Ils venaient se renseigner sur la situation. Ils ont pris notre litt&#233;rature et sont retourn&#233;s au front pour : r&#233;pandre la nouvelle que le soviet de P&#233;trograd menait une lutte pour la prise de l'autorit&#233; par les ouvriers, les soldats et les paysans. &#171; Les tranch&#233;es vous soutiendront &#187;, nous ont-ils dit. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e, au contraire, qui n'avaient pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus depuis quatre ou cinq mois, nous envoyaient des t&#233;l&#233;grammes mena&#231;ants. Mais ceux-ci n'effrayaient personne. Nous savions parfaitement que les comit&#233;s &#233;taient compl&#232;tement d&#233;connect&#233;s de la masse des soldats, de m&#234;me que le Comit&#233; ex&#233;cutif central &#224; l'&#233;gard des soviets locaux. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire nomma des commissaires dans toutes les gares. Ils surveillaient de pr&#232;s tous les trains entrants et sortants et surveillaient en particulier tous les mouvements de troupes. Une liaison t&#233;l&#233;phonique et automobile continue s'&#233;tablit avec toutes les villes voisines et leurs garnisons. Il &#233;tait du devoir de tous les soviets, en accord avec le soviet de P&#233;trograd, de veiller &#224; ce qu'aucune troupe contre-r&#233;volutionnaire, ou plut&#244;t tromp&#233;e par le gouvernement, n'entre &#224; P&#233;trograd. Les rangs inf&#233;rieurs des cheminots des gares et des cheminots reconnaissaient volontiers nos commissaires. Le 6 novembre, une difficult&#233; surgit au central t&#233;l&#233;phonique. On nous a refus&#233; la connexion. Les cadets s'&#233;taient retranch&#233;s au central t&#233;l&#233;phonique, et sous leur protection, les filles du t&#233;l&#233;phone se sont oppos&#233;es au soviet. Ce fut la premi&#232;re manifestation du futur sabotage des fonctionnaires et fonctionnaires. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire envoya un d&#233;tachement au central t&#233;l&#233;phonique et mit deux petits canons &#224; l'entr&#233;e. Ainsi commen&#231;a la saisie des bureaux administratifs. Les marins et les gardes rouges &#233;taient stationn&#233;s en petits d&#233;tachements au bureau du t&#233;l&#233;graphe, &#224; la poste et dans d'autres bureaux publics, et des mesures ont &#233;t&#233; prises pour prendre possession de la Banque d'&#201;tat. Le Centre sovi&#233;tique, l'Institut Smolny, a &#233;t&#233; transform&#233; en forteresse. Dans le grenier, nous avions encore, en h&#233;ritage du Comit&#233; ex&#233;cutif central, une vingtaine de mitrailleuses, mais elles avaient &#233;t&#233; d&#233;laiss&#233;es, et les hommes qui en avaient la charge avaient perdu toute discipline. Nous avons appel&#233; sur le Smolny un d&#233;tachement de mitrailleuses suppl&#233;mentaire, et t&#244;t le matin, les soldats faisaient tourner bruyamment leurs mitrailleuses le long des longs couloirs de pierre de l'Institut Smolny. Certains mencheviks et socialistes-r&#233;volutionnaires, qui &#233;taient encore &#224; l'Institut, sortaient parfois la t&#234;te par les portes avec des visages &#233;tonn&#233;s ou effray&#233;s. Le soviet et aussi la garnison se r&#233;unissaient quotidiennement &#224; l'Institut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me &#233;tage, dans une petite salle d'angle, le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire si&#233;geait en permanence. Ici affluaient toutes les informations concernant les mouvements de troupes, l'&#233;tat d'esprit des soldats et des ouvriers, les progr&#232;s de la propagande dans les casernes, les agissements des voyous, les conf&#233;rences tenues par les politiciens bourgeois, la vie au Palais d'Hiver et les intentions des anciens partis sovi&#233;tiques. Nos informateurs venaient de toutes parts et comprenaient des ouvriers, des officiers, des concierges, des cadets socialistes, des domestiques et des dames &#224; la mode. Beaucoup n'apportaient que des absurdit&#233;s ridicules ; d'autres, cependant, nous ont donn&#233; des informations tr&#232;s pr&#233;cieuses. Le moment d&#233;cisif approchait. Il &#233;tait clair qu'il ne pouvait y avoir de retour en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 novembre, dans la soir&#233;e, Kerensky se pr&#233;senta au Parlement provisoire et demanda son approbation de mesures r&#233;pressives contre les bolcheviks &#8211; mais le Parlement provisoire &#233;tait dans un piteux &#233;tat de confusion et presque de dissolution. Les cadets pressaient les r&#233;volutionnaires socialistes de droite d'accepter un vote de confiance ; les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite faisaient pression sur le centre ; le Centre vacilla ; et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche menaient une politique d'opposition parlementaire. Apr&#232;s plusieurs conf&#233;rences, discussions et h&#233;sitations, la r&#233;solution de l'aile gauche fut adopt&#233;e, condamnant le mouvement s&#233;ditieux du soviet, mais en faisant porter la responsabilit&#233; sur la politique antid&#233;mocratique du gouvernement. En m&#234;me temps,nous recevions chaque jour par la poste des lettres nous informant des innombrables condamnations &#224; mort prononc&#233;es contre nous, des machines infernales, de l'explosion imminente de l'institut Smolny, etc. La presse bourgeoise &#233;tait f&#233;roce de haine et de peur. Gorki, oubliant compl&#232;tement le sienLe Chant du Faucon , continuait de proph&#233;tiser dans son journal, le Novaya Zhizn , la fin prochaine du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire n'avaient pas quitt&#233; l'Institut Smolny depuis une semaine. Ils dormaient par bribes sur des canap&#233;s, constamment r&#233;veill&#233;s par des courriers, des &#233;claireurs, des cyclistes, des t&#233;l&#233;graphistes et des sonnettes t&#233;l&#233;phoniques. La nuit la plus anxieuse fut celle du 6 au 7 novembre. Nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s de Pavlovsk par t&#233;l&#233;phone que le gouvernement y convoquait les artilleurs et les enseignes de l'&#233;cole Peterhoff. Kerensky avait rassembl&#233; au Palais d'Hiver des cadets, des officiers et des &#171; chocs &#187;. Nous avons ordonn&#233;, par t&#233;l&#233;phone, &#224; des d&#233;tachements de gardes militaires dignes de confiance de barrer toutes les entr&#233;es &#224; P&#233;trograd et d'envoyer des agitateurs &#224; la rencontre des d&#233;tachements convoqu&#233;s par le gouvernement. S'ils ne pouvaient &#234;tre retenus par la raison, alors les armes devaient &#234;tre employ&#233;es. Toutes nos conversations se sont d&#233;roul&#233;es parfaitement ouvertement au t&#233;l&#233;phone et ont donc &#233;t&#233;accessible aux agents de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos commissaires nous inform&#232;rent que nos amis surveillaient toutes les entr&#233;es de P&#233;trograd. Une partie des cadets d'Oranienbaum a cependant franchi nos barri&#232;res dans la nuit et nous avons suivi leurs d&#233;placements ult&#233;rieurs par t&#233;l&#233;phone. Nous avons renforc&#233; les gardes ext&#233;rieurs du Smolny en convoquant une autre compagnie. Nous maintenions un lien continu avec toutes les parties de la garnison. Des escouades de service montaient la garde dans tous les r&#233;giments. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque unit&#233; &#233;taient constamment, jour et nuit, &#224; la disposition du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Un ordre fut donn&#233; de r&#233;primer impitoyablement toute agitation des Cent-Noirs, d'utiliser les armes aux premi&#232;res tentatives de pogroms de rue et d'agir, si n&#233;cessaire, sans piti&#233;. Pendant cette nuit d&#233;cisive, tous les points les plus importants de la ville pass&#232;rent entre nos mains presque sans r&#233;sistance, sans combat,sans victimes. La Banque d'&#201;tat &#233;tait gard&#233;e par des sentinelles du gouvernement et une voiture blind&#233;e. Le b&#226;timent &#233;tait encercl&#233; de toutes parts par nos d&#233;tachements, l'automitrailleuse a &#233;t&#233; saisie &#224; l'improviste, et la Banque est pass&#233;e aux mains du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire sans un seul coup de feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la Neva, en contrebas de l'usine franco-russe, se tenait le croiseur Aurora en r&#233;paration. Son &#233;quipage &#233;tait enti&#232;rement compos&#233; de marins d&#233;vou&#233;s de tout c&#339;ur &#224; la R&#233;volution. Lorsque, fin ao&#251;t, Korniloff mena&#231;ait Petrograd, les marins de l' Aurora furent somm&#233;s de prot&#233;ger le Palais d'Hiver. Et bien qu'ils fussent d&#233;j&#224; extr&#234;mement hostiles au gouvernement de Kerensky, ils savaient que leur devoir &#233;tait de repousser la tentative des contre-r&#233;volutionnaires, et ils prirent position sans un mot. Lorsque le danger est pass&#233;, ils ont de nouveau &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s. Or, en ces jours d'insurrection de novembre, ils &#233;taient trop dangereux. Le minist&#232;re de la Marine a donn&#233; des ordres &#224; l' Aurorapour se mettre en route et quitter les eaux de Petrograd. L'&#233;quipage nous a imm&#233;diatement inform&#233; de ce fait. Nous avons annul&#233; l'ordre, et le croiseur est rest&#233; pr&#234;t, &#224; tout moment, &#224; utiliser toutes ses forces au nom de l'autorit&#233; sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE JOUR D&#201;CISIF&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A l'aube du 7 novembre, les hommes et les femmes employ&#233;s &#224; l'imprimerie du parti vinrent au Smolny et nous inform&#232;rent que le gouvernement avait arr&#234;t&#233; notre principal journal du parti ainsi que le nouvel organe du soviet de P&#233;trograd. L'imprimerie avait vu ses portes scell&#233;es par des agents du gouvernement. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire a imm&#233;diatement annul&#233; l'ordre, pris les deux journaux sous sa protection et plac&#233; le grand honneur de prot&#233;ger la libert&#233; de la presse socialiste contre les tentatives contre-r&#233;volutionnaires contre le vaillant r&#233;giment de Volhynie. Apr&#232;s cela, le travail a repris et s'est poursuivi sans interruption &#224; l'imprimerie, et les deux journaux sont sortis &#224; l'heure dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement si&#233;geait toujours au Palais d'Hiver, mais il n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus que l'ombre de lui-m&#234;me. Il avait cess&#233; d'exister politiquement. Dans le courant du 7 novembre, le Palais d'Hiver fut progressivement encercl&#233; de toutes parts par nos troupes. A une heure de l'apr&#232;s-midi, au nom du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, j'annon&#231;ai &#224; la s&#233;ance du soviet de P&#233;trograd que le gouvernement de Kerensky n'existait plus et qu'en attendant la d&#233;cision du Congr&#232;s panrusse des soviets, le L'autorit&#233; gouvernementale serait assum&#233;e par le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine avait quitt&#233; la Finlande quelques jours auparavant et vivait cach&#233; dans un quartier ouvrier d'une banlieue. Le 7 novembre, il vint secr&#232;tement au Smolny. A en juger par les journaux, il avait eu l'impression que nous parvenions &#224; un compromis avec le gouvernement Kerensky. La presse bourgeoise avait tant cri&#233; sur la r&#233;volte &#224; venir, la marche des soldats arm&#233;s dans les rues, le pillage et les in&#233;vitables fleuves de sang, qu'elle ne s'aper&#231;ut pas de l'insurrection qui, en r&#233;alit&#233;, avait lieu maintenant, et accepta les n&#233;gociations entre nous et l'&#233;tat-major &#224; leur valeur nominale. Pendant tout ce temps, tranquillement, sans combats de rue, sans tirs ni effusion de sang, une institution gouvernementale apr&#232;s l'autre &#233;tait saisie par des d&#233;tachements tr&#232;s disciplin&#233;s de soldats, de marins et de gardes rouges,conform&#233;ment aux instructions t&#233;l&#233;phoniques exactes &#233;manant de la petite salle au troisi&#232;me &#233;tage de l'Institut Smolny.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soir&#233;e, le deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse des Soviets a tenu une r&#233;union pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport du Comit&#233; ex&#233;cutif central a &#233;t&#233; soumis par Dan. Il pronon&#231;a un r&#233;quisitoire contre les rebelles, les usurpateurs et les s&#233;ditieux, et tenta d'effrayer l'assembl&#233;e en pr&#233;disant l'effondrement in&#233;vitable de l'insurrection, qui dans un jour ou deux, dit-il, serait r&#233;prim&#233;e par les troupes du front. Son discours semblait extr&#234;mement peu convaincant et tr&#232;s d&#233;plac&#233; dans une salle o&#249; l'&#233;crasante majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s suivaient avec le plus grand enthousiasme la marche victorieuse du soul&#232;vement de Petrograd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, le Palais d'Hiver &#233;tait encercl&#233;, mais pas encore pris. De temps en temps, des coups de feu &#233;taient tir&#233;s des fen&#234;tres sur les assi&#233;geants qui se rapprochaient lentement et tr&#232;s prudemment du b&#226;timent. De la forteresse Pierre et Paul, quelques obus ont &#233;t&#233; tir&#233;s sur le palais, leurs sons lointains atteignant le Smolny. Martoff, avec une indignation impuissante, parlait du haut de la tribune de la guerre civile, et particuli&#232;rement du si&#232;ge du Palais d'Hiver o&#249;, parmi les autres ministres, il y avait &#8211; &#244; horreur des horreurs ! &#8211; les membres du Parti menchevik. Deux matelots, venus donner des nouvelles des sc&#232;nes de lutte, prirent contre lui l'estrade. Ils ont rappel&#233; &#224; nos accusateurs l'offensive de juillet, toute la politique perfide de l'ancien gouvernement, le r&#233;tablissement de la peine de mort pour les militaires, les arrestations,du limogeage des organisations r&#233;volutionnaires, et jura qu'elles allaient vaincre ou mourir. C'est eux qui nous ont apport&#233; la nouvelle des premi&#232;res victimes de notre c&#244;t&#233; sur la place du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun se leva comme &#233;mu par quelque signal invisible, et avec une unanimit&#233; qui n'est provoqu&#233;e que par une profonde intensit&#233; morale du sentiment chant&#233; une Marche Fun&#232;bre . Celui qui a v&#233;cu ce moment ne l'oubliera jamais. La r&#233;union a pris fin brutalement. Il &#233;tait impossible de s'asseoir l&#224;, &#224; discuter calmement la question th&#233;orique de la m&#233;thode de construction du gouvernement, avec l'&#233;cho jusqu'&#224; nos oreilles des combats et des tirs sur les murs du Palais d'Hiver, o&#249;, en effet, le sort de ce m&#234;me gouvernement &#233;tait d&#233;j&#224; en train d'&#234;tre d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise du Palais, cependant, fut une affaire de longue haleine, ce qui provoqua quelques h&#233;sitations parmi les &#233;l&#233;ments les moins d&#233;termin&#233;s du Congr&#232;s. L'aile droite, par l'interm&#233;diaire de ses porte-parole, a proph&#233;tis&#233; notre malheur pr&#233;coce. Tous attendaient avec impatience des nouvelles du Palais d'Hiver. Au bout de quelque temps, Antonoff, qui dirigeait les op&#233;rations, arriva. Aussit&#244;t, il y eut un silence de mort dans la gr&#234;le. Le Palais d'Hiver avait &#233;t&#233; pris. Kerensky avait pris la fuite. Les autres ministres avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et conduits &#224; la forteresse Pierre et Paul. Le premier chapitre de la R&#233;volution de novembre touchait &#224; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks, au nombre d'une soixantaine de personnes, soit environ un dixi&#232;me du Congr&#232;s, quitt&#232;rent la r&#233;union en protestant. Comme ils ne pouvaient rien faire d'autre, ils &#171; rejet&#232;rent l'enti&#232;re responsabilit&#233; &#187; de tout ce qui pouvait arriver maintenant sur les bolcheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Ces derniers h&#233;sitaient encore. Leur pass&#233; les liait &#233;troitement au parti de Tchernoff. L'aile droite de ce parti s'&#233;tait maintenant enti&#232;rement d&#233;plac&#233;e vers la petite bourgeoisie et ses intellectuels, vers les paysans ais&#233;s des villages ; dans toutes les questions d&#233;cisives, il marchait main dans la main avec la bourgeoisie lib&#233;rale contre nous. Les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires du parti, refl&#233;tant le radicalisme des aspirations sociales de la paysannerie la plus pauvre, gravitaient autour du prol&#233;tariat et de son parti. Ils avaient peur, cependant,de couper le cordon ombilical qui les liait &#224; l'ancien parti. Lorsque nous &#233;tions sur le point de quitter le Parlement provisoire, ils ont refus&#233; de nous suivre et nous ont mis en garde contre les &#171; aventures &#187;. Mais l'insurrection les for&#231;a &#224; choisir pour ou contre le soviet. Non sans h&#233;sitation, ils concentraient leurs forces du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barricade o&#249; nous nous trouvions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Partie III&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA FORMATION DU CONSEIL DES COMMISSAIRES DU PEUPLE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Petrograd &#233;tait compl&#232;te. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire avait enti&#232;rement les r&#234;nes du pouvoir. Nous avons publi&#233; nos premiers d&#233;crets abolissant la peine de mort, ordonnant de nouvelles &#233;lections dans les comit&#233;s de l'arm&#233;e, etc. Mais ici, nous avons d&#233;couvert que nous &#233;tions coup&#233;s des provinces. Les hauts fonctionnaires des chemins de fer et de l'administration des postes et t&#233;l&#233;graphes &#233;taient contre nous. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e, les conseils municipaux et les Zemstvos continu&#232;rent &#224; bombarder l'Institut Smolny de t&#233;l&#233;grammes minatoires, nous proclamant la guerre et promettant de balayer les rebelles en tr&#232;s peu de temps. Nos t&#233;l&#233;grammes, d&#233;crets et explications ne purent parvenir aux provinces, l'agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;trograd refusant de nous servir. La capitale &#233;tant ainsi isol&#233;e du reste du pays,il se r&#233;pandit volontiers des rumeurs tr&#232;s inqui&#233;tantes et fantastiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
En s'apercevant que le soviet avait r&#233;ellement pris le pouvoir, que les membres de l'ancien gouvernement avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, et que dans les rues de Petrograd des soldats arm&#233;s &#233;taient ma&#238;tres de la situation, la presse bourgeoise et coalitionniste mena contre nous une campagne effr&#233;n&#233;e, comme dont on n'avait jamais connu auparavant. Il n'existait gu&#232;re de mensonge ou de calomnie qu'ils ne lan&#231;assent contre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, ses directeurs et ses commissaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 novembre eut lieu une r&#233;union du Soviet de P&#233;trograd, &#224; laquelle assist&#232;rent &#233;galement les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Congr&#232;s panrusse des Soviets, les membres de la conf&#233;rence de garnison et de nombreux membres du parti. Ici, pour la premi&#232;re fois apr&#232;s un intervalle de quatre mois, L&#233;nine et Zinoviev prirent la parole au milieu d'une Ovation des plus enthousiastes. Mais &#224; la joie de notre victoire se m&#234;lait une certaine inqui&#233;tude quant &#224; la fa&#231;on dont le pays recevrait la nouvelle de l'insurrection et si les Sovi&#233;tiques seraient en mesure de maintenir leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir du m&#234;me jour eut lieu une r&#233;union du Congr&#232;s des Soviets, qui fut de premi&#232;re importance. L&#233;nine a introduit deux d&#233;crets, sur la paix et sur la terre. Tous deux ont &#233;t&#233; adopt&#233;s &#224; l'unanimit&#233; apr&#232;s une courte discussion. Lors de cette r&#233;union, &#233;galement, une nouvelle autorit&#233; centrale a &#233;t&#233; form&#233;e &#8211; le Conseil des commissaires du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; central de notre parti s'effor&#231;a de s'entendre avec les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche. Ils ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; participer &#224; la formation d'un gouvernement sovi&#233;tique. Mais ils &#233;taient ind&#233;cis : ils pensaient que le nouveau gouvernement devait &#234;tre form&#233; de tous les partis du soviet, sur la base d'une coalition. Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite avaient cependant rompu leurs relations avec le Congr&#232;s des soviets, jugeant imp&#233;rative une coalition avec les partis antisovi&#233;tiques. Nous ne pouvions rien faire d'autre que sugg&#233;rer que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche s'efforcent d'amener leurs voisins de droite &#224; rejoindre le giron r&#233;volutionnaire. Et tandis qu'ils s'occupaient de cette t&#226;che d&#233;sesp&#233;r&#233;e, nous nous consid&#233;rions oblig&#233;s de prendre sur nos &#233;paules toute la responsabilit&#233; du gouvernement.La liste des commissaires du peuple &#233;tait donc compos&#233;e exclusivement de bolcheviks. Il y avait sans doute l&#224; un certain danger politique. La transformation &#233;tait vraiment un peu trop, soudaine. Il suffit d'y penser : les dirigeants de ce parti n'avaient qu'hier l'objet d'une accusation pr&#233;vue par l'article 108 du code, c'est-&#224;-dire accus&#233; de haute trahison ! Mais il n'y avait pas d'autre choix pour nous. Les autres groupes sovi&#233;tiques h&#233;sit&#232;rent et refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant attendre les &#233;v&#233;nements avant de s'engager. Et, apr&#232;s tout, nous n'avions aucun doute que notre parti seul &#233;tait capable de produire un gouvernement vraiment r&#233;volutionnaire.les chefs de ce parti n'avaient qu'hier l'objet d'une accusation pr&#233;vue par l'article 108 du code, c'est-&#224;-dire accus&#233; de haute trahison ! Mais il n'y avait pas d'autre choix pour nous. Les autres groupes sovi&#233;tiques h&#233;sit&#232;rent et refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant attendre les &#233;v&#233;nements avant de s'engager. Et, apr&#232;s tout, nous n'avions aucun doute que notre parti seul &#233;tait capable de produire un gouvernement vraiment r&#233;volutionnaire.les chefs de ce parti n'avaient qu'hier l'objet d'une accusation pr&#233;vue par l'article 108 du code, c'est-&#224;-dire accus&#233; de haute trahison ! Mais il n'y avait pas d'autre choix pour nous. Les autres groupes sovi&#233;tiques h&#233;sit&#232;rent et refus&#232;rent, pr&#233;f&#233;rant attendre les &#233;v&#233;nements avant de s'engager. Et, apr&#232;s tout, nous n'avions aucun doute que notre parti seul &#233;tait capable de produire un gouvernement vraiment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES PREMIERS JOURS DU NOUVEAU R&#201;GIME&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;crets concernant la terre et la paix, confirm&#233;s par le Congr&#232;s sovi&#233;tique, furent imprim&#233;s en grand nombre et distribu&#233;s dans tout le pays par des d&#233;l&#233;gu&#233;s du front, par des messagers paysans venant des villages et par des propagandistes que nous envoyions. aux provinces et aux tranch&#233;es. En m&#234;me temps, nous continuions l'organisation et l'armement de la garde rouge, qui, avec l'ancienne garnison et les matelots, ex&#233;cutait les t&#226;ches ardues de la garde. Le Conseil des commissaires du peuple s'emparait des institutions gouvernementales les unes apr&#232;s les autres, mais se heurtait partout &#224; la r&#233;sistance passive des hauts et moyens fonctionnaires. Les anciens partis sovi&#233;tiques ont tout fait pour obtenir le soutien de ces classes et ainsi organiser un sabotagede la nouvelle autorit&#233;. Nos ennemis &#233;taient bien certains que toute l'affaire n'&#233;tait qu'un &#233;pisode, qu'il ne s'agissait que d'un jour ou deux, d'une semaine peut-&#234;tre, et le gouvernement sovi&#233;tique serait renvers&#233;... Au Smolny, les premiers consuls &#233;trangers et des membres des ambassades firent leur apparition, pouss&#233;s autant par des motifs d'affaires que par curiosit&#233;. Des correspondants de journaux s'y sont &#233;galement pr&#233;cipit&#233;s avec leurs cahiers et leurs appareils photo. Tous s'empress&#232;rent d'apercevoir le nouveau gouvernement, certains que dans un jour ou deux il serait trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ville r&#233;gnait l'ordre complet. Les marins, les soldats et les gardes rouges se sont comport&#233;s en ces premiers jours avec une discipline exemplaire et ont maintenu un ordre r&#233;volutionnaire s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi nos ennemis, la crainte grandissait que l'&#171; &#233;pisode &#187; ne se prolonge&#226;t trop longtemps ; et tr&#232;s vite ils commenc&#232;rent &#224; organiser la premi&#232;re attaque contre le nouveau gouvernement. L'initiative &#233;mana des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Dans les phases pr&#233;c&#233;dentes de la R&#233;volution , ils n'avaient pas voulu, et m&#234;me os&#233;, prendre tout le pouvoir entre leurs mains. En correspondance avec leur position politique d'interm&#233;diaires, ils se sont content&#233;s de servir dans le gouvernement de coalition en qualit&#233; d'assistants, de critiques, adversaires amicaux et apologistes de la bourgeoisie. A toutes les &#233;lections, ils jetaient consciencieusement des anath&#232;mes sur la bourgeoisie lib&#233;rale, mais dans le gouvernement ils s'unissaient aussi r&#233;guli&#232;rement avec elle. Gr&#226;ce &#224; cette tactique,ils r&#233;ussirent au cours des six premiers mois de la R&#233;volution &#224; perdre compl&#232;tement la confiance des masses populaires et de l'arm&#233;e, et voil&#224; que la R&#233;volution de novembre les avait enfin chass&#233;s du pouvoir. Pourtant, hier encore, ils se consid&#233;raient encore ma&#238;tres de la situation. Les chefs des bolcheviks qu'ils pers&#233;cutaient avaient &#233;t&#233; oblig&#233;s de vivre &#171; ill&#233;galement &#187; et dans la clandestinit&#233;, tout comme sous le tsarisme. Aujourd'hui, cependant, les bolcheviks &#233;taient au pouvoir, et les anciens ministres et les coalitions et leurs coadjuteurs ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;s et laiss&#233;s sans aucune influence sur la suite des &#233;v&#233;nements. Ils ne voulaient pas et ne pouvaient pas croire que cette transformation soudaine signifiait le d&#233;but d'une nouvelle &#233;poque. Ils voulaient et se for&#231;aient &#224; penser que tout cela n'&#233;tait qu'un simple accident, un malentendu,ce qui pourrait &#234;tre redress&#233; par quelques discours &#233;nergiques et articles d'accusation, mais &#224; chaque tournant ils butaient sur des obstacles toujours croissants et irr&#233;sistibles. D'o&#249; leur haine aveugle et vraiment sauvage &#224; notre &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiciens bourgeois, bien entendu, ne se d&#233;cideraient pas &#224; aller eux-m&#234;mes au feu. Au lieu de cela, ils poussaient en avant les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks qui, dans leur lutte contre nous, avaient acquis toute cette &#233;nergie qui leur manquait si cruellement lorsqu'ils &#233;taient &#224; demi-pouvoir. Leurs organes r&#233;pandaient les rumeurs et les calomnies les plus fantastiques. En leur nom figuraient des proclamations contenant des appels directs au peuple pour qu'il d&#233;truise le nouveau gouvernement. Eux aussi ont organis&#233; les fonctionnaires pour le sabotage et les cadets pour l'action militaire contre nous - tout au long des 9 et 10 novembre, nous avons continu&#233; &#224; recevoir des menaces constantes par t&#233;l&#233;gramme des comit&#233;s de l'arm&#233;e, des conseils municipaux, des Zemstvos et du comit&#233; directeur du syndicat des chemins de fer. La Perspective Nevski, art&#232;re principale de la bourgeoisie de la capitale,s'anime de plus en plus. La jeunesse bourgeoise sortait de sa torpeur et, pouss&#233;e par la presse, d&#233;ployait &#224; la perspective Nevski une agitation &#233;nergique contre le gouvernement sovi&#233;tique. Aid&#233;s par des foules de cadets bourgeois, ils d&#233;sarmaient des gardes rouges individuels et, dans les rues lat&#233;rales, abattaient des marins et des gardes rouges. Un groupe de cadets s'empare du central t&#233;l&#233;phonique. Ils ont &#233;galement tent&#233; de s'emparer du t&#233;l&#233;graphe et du bureau de poste. Enfin, nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s que trois voitures blind&#233;es &#233;taient tomb&#233;es entre les mains d'une organisation militaire inconnue qui nous &#233;tait hostile. Les &#233;l&#233;ments bourgeois relevaient &#233;videmment la t&#234;te. La presse annon&#231;ait que nous approchions &#224; grands pas de notre derni&#232;re heure.Nos gens ont intercept&#233; des ordres secrets d'o&#249; il &#233;tait clair qu'une organisation militaire avait &#233;t&#233; form&#233;e contre le soviet de P&#233;trograd &#224; la t&#234;te duquel se tenait un soi-disant Comit&#233; pour la d&#233;fense de la r&#233;volution, cr&#233;&#233; par le conseil municipal et l'ancien ex&#233;cutif central. Comit&#233;. Tant dans ce dernier que dans le conseil municipal, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks &#233;taient les principaux partis. Ce Comit&#233; disposait d'&#233;l&#232;ves-officiers, d'&#233;tudiants et de nombreux officiers contre-r&#233;volutionnaires qui, dans le dos des coalitions, esp&#233;raient porter un coup mortel aux Sovi&#233;tiques.les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks &#233;taient les principaux partis. Ce Comit&#233; disposait d'&#233;l&#232;ves-officiers, d'&#233;tudiants et de nombreux officiers contre-r&#233;volutionnaires qui, dans le dos des coalitions, esp&#233;raient porter un coup mortel aux Sovi&#233;tiques.les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les mencheviks &#233;taient les principaux partis. Ce Comit&#233; disposait d'&#233;l&#232;ves-officiers, d'&#233;tudiants et de nombreux officiers contre-r&#233;volutionnaires qui, dans le dos des coalitions, esp&#233;raient porter un coup mortel aux Sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA PROVOCATION DES CADETS DU 11 NOVEMBRE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La base principale des organisations contre-r&#233;volutionnaires &#233;tait les &#233;coles de cadets et d'ing&#233;nieurs, o&#249; une quantit&#233; consid&#233;rable d'armes et de munitions &#233;taient stock&#233;es et &#224; partir desquelles des raids &#233;taient men&#233;s contre les institutions du gouvernement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;tachements de gardes rouges et de marins ont encercl&#233; l'&#233;cole des cadets et envoy&#233; des parlementairesd'exiger la remise des armes. Les assi&#233;g&#233;s ont r&#233;pondu par des balles. Les assi&#233;geants marquaient le pas, et une foule s'assemblait autour d'eux. De temps en temps, un coup de feu &#233;gar&#233; de l'int&#233;rieur frappait un passant. L'escarmouche semblait se prolonger ind&#233;finiment et mena&#231;ait d'avoir un effet d&#233;moralisant sur les d&#233;tachements r&#233;volutionnaires. Il &#233;tait imp&#233;ratif de recourir &#224; des mesures drastiques. Le devoir de d&#233;sarmer les cadets a ensuite &#233;t&#233; confi&#233; au commandant de la forteresse Pierre et Paul, l'enseigne B - qui a &#233;troitement entour&#233; l'&#233;cole des cadets, a amen&#233; des voitures blind&#233;es et de l'artillerie et a lanc&#233; un ultimatum aux cadets pour qu'ils se rendent dans dix minutes. Ils ont r&#233;pondu par un nouveau feu des fen&#234;tres. Au bout de dix minutes, B&#8212; ordonna &#224; l'artillerie d'ouvrir le feu. Les premiers coups de feu firent une large br&#232;che b&#233;ante dans les murs, et les cadets se rendirent,bien que beaucoup d'entre eux aient tent&#233; de s'&#233;chapper et, ce faisant, ont continu&#233; &#224; tirer sur leurs poursuivants. L'exasp&#233;ration et l'amertume accompagnant chaque guerre civile furent bient&#244;t engendr&#233;es. Les marins ont sans aucun doute commis des cruaut&#233;s sur des cadets individuels. La presse bourgeoise accusa ensuite les marins et le gouvernement sovi&#233;tique d'inhumanit&#233; et de sauvagerie. Mais on tait sur un point que la R&#233;volution du 7-8 novembre s'&#233;tait accomplie sans un seul coup et sans une seule victime, et que ce n'&#233;tait que le complot contre-r&#233;volutionnaire qui avait &#233;t&#233; organis&#233; par la bourgeoisie et qui a jet&#233; ses jeunes hommes dans le chaudron d'une guerre civile contre les travailleurs, les soldats et les marins qui a conduit &#224; des atrocit&#233;s et des victimes in&#233;vitables. Les &#233;v&#233;nements du 11 novembre ont provoqu&#233; un changement radical dans l'humeur du peuple de Petrograd.La lutte prit un aspect plus tragique. En m&#234;me temps, nos ennemis comprirent enfin que la situation &#233;tait bien plus grave qu'ils ne l'avaient pens&#233;, et que le soviet n'avait nullement l'intention d'abandonner le pouvoir qu'il venait de conqu&#233;rir, simplement sur l'ordre de la presse capitaliste et cadets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nettoyage de Petrograd de tous les foyers contre-r&#233;volutionnaires se poursuivit avec une grande intensit&#233;. Les cadets furent presque enti&#232;rement d&#233;sarm&#233;s et ceux qui prirent part au soul&#232;vement furent arr&#234;t&#233;s et emprisonn&#233;s dans la forteresse Pierre et Paul, ou emmen&#233;s &#224; Cronstadt. Les journaux qui appelaient ouvertement &#224; un soul&#232;vement contre l'autorit&#233; sovi&#233;tique furent supprim&#233;s. Un ordre a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;mis pour l'arrestation de certains des dirigeants des anciens partis sovi&#233;tiques dont les noms figuraient dans la correspondance contre-r&#233;volutionnaire intercept&#233;e. Avec cela, toute r&#233;sistance militaire &#224; la nouvelle autorit&#233; a finalement &#233;t&#233; bris&#233;e dans la capitale.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'ensuivit alors une lutte prolong&#233;e et &#233;puisante avec la gr&#232;ve &#171; italienne &#187; des fonctionnaires, personnels techniques, employ&#233;s des services gouvernementaux, etc. Ces individus, bien qu'appartenant pour la plupart, au point de vue des salaires, &#224; la classe opprim&#233;e, adh&#232;rent par leur r&#233;gime de la vie et leur psychologie &#224; la bourgeoisie. Ils avaient fid&#232;lement servi l'&#201;tat lorsque le tsarisme &#233;tait &#224; sa t&#234;te, et ils ont continu&#233; &#224; le servir fid&#232;lement lorsque l'autorit&#233; est pass&#233;e aux mains de la bourgeoisie imp&#233;rialiste. Ensuite, dans la p&#233;riode suivante de la R&#233;volution, ils pass&#232;rent avec toutes leurs connaissances et leur habilet&#233; technique au service du gouvernement de coalition. Quand, cependant, les ouvriers, les soldats et les paysans insurg&#233;s ont jet&#233; les classes exploiteuses du gouvernail de l'&#201;tat et ont essay&#233; de prendre la direction des affaires en main,les fonctionnaires et les employ&#233;s se r&#233;volt&#232;rent et refus&#232;rent cat&#233;goriquement de soutenir le nouveau gouvernement de quelque mani&#232;re que ce soit. Au fil du temps, ce sabotage se r&#233;pandit de plus en plus, ses organisateurs &#233;tant pour l'essentiel des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, et son soutien financier provenait des banques des ambassades de l'Entente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'AVANCEE DE KERENSKY SUR PETROGRAD&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La stabilit&#233; croissante du pouvoir sovi&#233;tique &#224; Petrograd fit que les groupes bourgeois transf&#233;r&#232;rent tous leurs espoirs &#224; l'aide militaire de l'ext&#233;rieur. L'agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;trograd, le t&#233;l&#233;graphe ferroviaire et la station radiot&#233;l&#233;graphique de Tsarsko&#239;e Selo envoyaient fil sur fil rapportant que de grandes forces militaires se dirigeaient vers Petrograd dans le but de r&#233;primer les rebelles et d'&#233;tablir l'ordre. Kerensky s'&#233;tait enfui au front, et les journaux des partis bourgeois annon&#231;aient qu'il menait des troupes sans nombre contre les bolcheviks. Nous &#233;tions coup&#233;s du reste du pays, les stations t&#233;l&#233;graphiques refusant d'envoyer nos messages. Mais les soldats qui, par dizaines et par centaines, venaient chaque jour nous voir pour apporter des messages de leurs r&#233;giments, divisions et corps, n'arr&#234;taient pas de nous dire : &#171; N'ayez pas peur du front ;tout le devant est enti&#232;rement de votre c&#244;t&#233; ; donnez vos ordres et nous sommes pr&#234;ts &#224; tout moment &#224; envoyer une division ou un corps pour vous aider. &#187; L'arm&#233;e &#233;tait dans le m&#234;me &#233;tat que toutes les autres ; la base &#233;tait pour nous, les dix sup&#233;rieurs contre nous. Bien s&#251;r, les dix sup&#233;rieurs avaient entre leurs mains l'appareil militaire technique. Diverses sections de notre arm&#233;e d'un million de t&#234;tes se sont retrouv&#233;es isol&#233;es les unes des autres. Nous, de notre c&#244;t&#233;, &#233;tions isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, les nouvelles du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit malgr&#233; tous les obstacles dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.L'arm&#233;e &#233;tait dans le m&#234;me &#233;tat que toutes les autres ; la base &#233;tait de notre c&#244;t&#233;, les dix sup&#233;rieurs contre nous. Bien s&#251;r, les dix sup&#233;rieurs avaient la machinerie militaire technique entre leurs mains. Diverses sections de notre arm&#233;e d'un million de t&#234;tes se sont retrouv&#233;es isol&#233;es les unes des autres. Nous, de notre c&#244;t&#233;, &#233;tions isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.L'arm&#233;e &#233;tait dans le m&#234;me &#233;tat que toutes les autres ; la base &#233;tait de notre c&#244;t&#233;, les dix sup&#233;rieurs contre nous. Bien s&#251;r, les dix sup&#233;rieurs avaient la machinerie militaire technique entre leurs mains. Diverses sections de notre arm&#233;e d'un million de t&#234;tes se sont retrouv&#233;es isol&#233;es les unes des autres. Nous, de notre c&#244;t&#233;, &#233;tions isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.&#233;taient isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.&#233;taient isol&#233;s de l'arm&#233;e et du pays. N&#233;anmoins, la nouvelle du pouvoir du soviet &#224; P&#233;trograd et de ses d&#233;crets se r&#233;pandit, malgr&#233; tous les obstacles, dans tout le pays et poussa les soviets de province &#224; se r&#233;volter contre l'ancienne autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de la marche de Kerensky sur P&#233;trograd &#224; la t&#234;te des troupes se confirma bient&#244;t et prit une forme plus pr&#233;cise. Nous avons &#233;t&#233; inform&#233;s par Tsarsko&#239;e Selo de l'approche d'&#233;chelons cosaques qui &#233;taient pass&#233;s par Luga. Une proclamation fut distribu&#233;e dans la capitale, sign&#233;e par Kerensky et le g&#233;n&#233;ral Krasnoff, invitant toute la garnison &#224; se joindre aux troupes du gouvernement qui, dans quelques heures, occuperaient P&#233;trograd. La r&#233;bellion des cadets du 11 novembre &#233;tait sans doute li&#233;e &#224; l'entreprise de Kerensky, mais elle &#233;clata trop t&#244;t, gr&#226;ce &#224; notre action &#233;nergique. Ordre fut donn&#233; &#224; la garnison de Tsarsko&#239;e Selo d'inviter les &#232;chelons cosaques en marche &#224; se soumettre &#224; l'autorit&#233; du soviet et, en cas de refus, de les d&#233;sarmer. Mais la garnison de Tsarsko&#239;e Selo &#233;tait inadapt&#233;e aux op&#233;rations militaires.Il n'avait ni artillerie ni chefs, car les officiers &#233;taient hostiles au soviet. Les Cosaques s'empar&#232;rent de la station radiot&#233;l&#233;graphique de Tsarsko&#239;e Selo, la plus puissante du genre dans le pays, et continu&#232;rent d'avancer. Les garnisons de Peterhoff, Krasno&#239;e Selo et Gatchina n'ont montr&#233; aucune initiative et aucune r&#233;solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une victoire presque sans effusion de sang &#224; Petrograd, les soldats &#233;taient convaincus qu'&#224; l'avenir les choses continueraient le m&#234;me cours : il suffirait d'envoyer un habile agitateur chez les Cosaques pour leur expliquer les buts de la r&#233;volution ouvri&#232;re, et le Les cosaques d&#233;poseraient les armes. C'est par les discours et la fraternisation que la r&#233;bellion contre-r&#233;volutionnaire de Korniloff avait &#233;t&#233; ma&#238;tris&#233;e. C'&#233;tait au moyen de l'agitation et de la prise de fonctions savamment planifi&#233;e que le gouvernement Kerensky avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233; sans combat. Les m&#234;mes m&#233;thodes &#233;taient maintenant appliqu&#233;es par les chefs des Soviets de Tsarsko&#239;e Selo, de Krasno&#239;e Selo et de Gatchina contre les Cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff, mais cette fois sans succ&#232;s. Les Cosaques ne manifest&#232;rent ni grand enthousiasme ni r&#233;solution et continu&#232;rent &#224; avancer.Certaines des sections d&#233;tach&#233;es des Cosaques ont atteint Gatchina et Krasnoye Selo, quelques escarmouches entre eux et les garnisons locales ont eu lieu, et certaines des troupes de la garnison ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;es. Au d&#233;but, nous n'avions aucune id&#233;e de la taille des forces de Kerensky. Les uns affirmaient que le g&#233;n&#233;ral Krasnoff &#233;tait &#224; la t&#234;te de dix mille hommes, d'autres estimaient qu'il ne pouvait en avoir plus de mille, tandis que les journaux et manifestes des partis ennemis annon&#231;aient en lettres &#233;normes que deux corps &#233;taient concentr&#233;s pr&#232;s de Tsarsko&#239;e Selo.d'autres estimaient qu'il ne pouvait en avoir plus d'un millier, tandis que les journaux et les manifestes des partis ennemis annon&#231;aient en grosses lettres que deux corps &#233;taient concentr&#233;s pr&#232;s de Tsarsko&#239;e Selo.d'autres estimaient qu'il ne pouvait en avoir plus d'un millier, tandis que les journaux et les manifestes des partis ennemis annon&#231;aient en grosses lettres que deux corps &#233;taient concentr&#233;s pr&#232;s de Tsarsko&#239;e Selo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tat d'incertitude r&#233;gnait &#233;galement dans la garnison de Petrograd. A peine eurent-ils remport&#233; une victoire sans effusion de sang qu'ils durent affronter un ennemi dont la force &#233;tait inconnue et livrer des batailles dont l'issue &#233;tait incertaine. Le projet d'envoyer de nouveaux agitateurs et proclamations aux Cosaques &#233;tait constamment discut&#233; dans les conf&#233;rences de garnison, car il paraissait inconcevable aux soldats que les Cosaques pussent refuser d'adopter le point de vue que la garnison de Petrograd s'&#233;tait battue pour d&#233;fendre. Pendant ce temps, les sections avanc&#233;es des Cosaques approchaient de P&#233;trograd, et nous nous attendions &#224; ce que la lutte d&#233;cisive se d&#233;roule dans les rues de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus grande d&#233;termination a &#233;t&#233; montr&#233;e par les soldats de la Garde rouge. Ils r&#233;clamaient des armes, des munitions et des chefs. Mais toute la machine militaire &#233;tait dans un &#233;tat de d&#233;sorganisation compl&#232;te, en partie par n&#233;gligence et en partie par m&#233;chancet&#233;. Les officiers &#233;taient partis, beaucoup d'entre eux avaient fui ; les fusils &#233;taient &#224; un endroit, les munitions &#224; un autre. Notre artillerie &#233;tait dans un &#233;tat encore pire. Des fusils, des aff&#251;ts, des obus &#233;taient &#233;parpill&#233;s &#231;&#224; et l&#224;, et il fallait les chercher dans toutes sortes d'endroits. Les r&#233;giments manquaient d'outils d'ing&#233;nierie et de t&#233;l&#233;phones de campagne. L'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire, qui s'efforce de r&#233;tablir l'ordre d'en haut, bute sur des obstacles insurmontables, principalement sous la forme du sabotage organis&#233; par le personnel technique militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons alors d&#233;cid&#233; de faire un appel direct aux classes populaires. Nous leur avons expliqu&#233; que toutes les conqu&#234;tes de la R&#233;volution &#233;taient en jeu, et que seules leur &#233;nergie, leur initiative et leur abn&#233;gation pouvaient les sauver et consolider le nouveau r&#233;gime du gouvernement ouvrier et paysan. Cet appel fut couronn&#233; presque instantan&#233;ment d'un grand succ&#232;s pratique. Des milliers d'ouvriers sortirent et se dirig&#232;rent vers les positions occup&#233;es par les troupes de Kerensky et commenc&#232;rent &#224; creuser des tranch&#233;es. Les ouvriers des fabriques d'armes s'occupaient de l'armement des fusils, de l'approvisionnement en munitions des magasins militaires, de la r&#233;quisition des chevaux ; ils mirent en place les canons, organis&#232;rent l'intendance, obtinrent des machines, des moteurs et des voitures, r&#233;quisitionn&#232;rent les stocks de vivres et de fourrages, dispos&#232;rent des colonnes sanitaires, en un mot,ils &#233;difi&#232;rent et pr&#233;par&#232;rent au combat cette machine militaire que nous avions vainement tent&#233; de cr&#233;er d'en haut par l'autorit&#233; de l'&#233;tat-major r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque des dizaines de canons sont apparus en position, l'esprit de nos soldats a chang&#233; d'un coup. Sous couvert d'artillerie, ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; r&#233;sister &#224; l'attaque des Cosaques. La premi&#232;re ligne &#233;tait compos&#233;e de marins et de gardes rouges. Quelques officiers, dont les id&#233;es politiques n'&#233;taient pas les n&#244;tres, mais qui &#233;taient honn&#234;tement d&#233;vou&#233;s &#224; leurs r&#233;giments, menaient leurs soldats &#224; leurs positions et surveillaient leurs activit&#233;s contre les Cosaques de Krasnoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EFFONDREMENT DE L'AVENTURE DE KERENSKY&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le t&#233;l&#233;graphe d'ici et d'ailleurs s'occupait de r&#233;pandre des nouvelles selon lesquelles l'aventure des bolcheviks &#233;tait termin&#233;e. Kerensky &#233;tait entr&#233; &#224; P&#233;trograd, et l'ordre avait &#233;t&#233; r&#233;tabli par sa main de fer. En m&#234;me temps, la presse bourgeoise de P&#233;trograd, r&#233;confort&#233;e par la proximit&#233; des troupes de Kerensky, racontait &#224; ses lecteurs la d&#233;moralisation compl&#232;te de la garnison de P&#233;trograd, l'avance irr&#233;sistible des Cosaques et leur nombreuse artillerie, et pr&#233;disait la fin prochaine de le Smolny. Notre plus grande difficult&#233;, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, consistait en l'absence d'un appareil technique efficace et d'hommes capables de diriger les activit&#233;s militaires. M&#234;me les officiers qui avaient consciencieusement accompagn&#233; leurs soldats sur les positions ont refus&#233; d'accepter le poste de commandant en chef.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s diverses tentatives pour r&#233;soudre le probl&#232;me que nous avons choisi, la combinaison suivante : une r&#233;union de garnison a &#233;lu un comit&#233; de cinq personnes qui ont &#233;t&#233; charg&#233;s du contr&#244;le supr&#234;me de toutes les op&#233;rations contre les troupes contre-r&#233;volutionnaires avan&#231;ant sur Petrograd. Ce comit&#233; s'entendit alors avec le colonel de l'&#233;tat-major Muravieff, qui, sous le r&#233;gime de Kerensky, avait &#233;t&#233; dans l'opposition, et maintenant, de sa propre initiative, offrait ses services au gouvernement sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 novembre, dans la nuit tr&#232;s froide, Muravieff et moi nous sommes rendus en voiture aux positions militaires. Des charrettes charg&#233;es de vivres, de fourrages, de fusils et de munitions circulaient tout le long de la route dans le m&#234;me sens. Tout cela avait &#233;t&#233; organis&#233; par les ouvriers de diverses usines. Des piquets de gardes rouges ont arr&#234;t&#233; notre voiture plusieurs fois afin de v&#233;rifier notre laissez-passer. Depuis les premiers jours de la R&#233;volution de novembre, toutes les voitures de la ville avaient &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;es, et sans laissez-passer de Smolny aucune voiture n'&#233;tait autoris&#233;e &#224; circuler dans les rues ou les faubourgs de la capitale. La vigilance de la garde rouge &#233;tait au-del&#224; de tout &#233;loge. Arm&#233;s de fusils, ils se tenaient depuis des heures et des heures autour des petits feux de joie, et la vue de ces jeunes ouvriers arm&#233;s debout dans la neige &#224; la lumi&#232;re des feux de joie &#233;tait le meilleur symbole de la R&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons trouv&#233; un bon nombre de canons sur les positions, et les munitions ne manquaient pas. L'action d&#233;cisive a eu lieu ce jour-l&#224;, entre Krasno&#239;e Selo et Tsarsko&#239;e Selo. Apr&#232;s un violent bombardement d'artillerie, les Cosaques, qui avaient avanc&#233; tant qu'ils n'avaient rencontr&#233; aucune r&#233;sistance s&#233;rieuse, recul&#232;rent pr&#233;cipitamment. Ils avaient toujours &#233;t&#233; induits en erreur par des r&#233;cits sur les atrocit&#233;s des bolcheviks qui avaient l'intention de vendre la Russie au Kaiser. On leur avait fait croire que toute la garnison de P&#233;trograd les attendait avec impatience en lib&#233;rateurs. La premi&#232;re r&#233;sistance s&#233;rieuse fit des ravages dans leurs lignes et condamna toute l'aventure de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La retraite des Cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff nous donna l'occasion de reprendre la radio de Tsarsko&#239;e Selo, et je t&#233;l&#233;graphiai aussit&#244;t la nouvelle de la victoire sur les troupes de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le texte du fil &#8211;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PERSONNEL DU VILLAGE DE PULKOVO, 2h10&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 12 au 13 novembre deviendra historique. La tentative de Kerensky de conduire des troupes contre-r&#233;volutionnaires contre la capitale, si&#232;ge de la R&#233;volution, a rencontr&#233; un &#233;chec d&#233;cisif. Kerensky recule ; nous avan&#231;ons. Soldats, marins et ouvriers de P&#233;trograd ont montr&#233; qu'ils sont soucieux et savent affirmer par leurs armes la volont&#233; et la puissance de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. La bourgeoisie s'effor&#231;ait d'isoler l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire ; Kerensky tenta de l'&#233;craser sous le talon du cosaque. Les deux tentatives se sont av&#233;r&#233;es un &#233;chec cuisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande id&#233;e du pouvoir supr&#234;me de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re et paysanne a consolid&#233; les rangs de notre arm&#233;e et renforc&#233; sa volont&#233;. Le pays tout entier s'apercevra maintenant que le pouvoir des soviets n'est pas un &#233;v&#233;nement passager, mais un fait irr&#233;futable du pouvoir des ouvriers, des soldats et des paysans. Le rejet de Kerensky est un rejet de la bourgeoisie, des propri&#233;taires terriens et des Kornilovites. Le refus de Kerensky est l'&#233;tablissement du droit du peuple &#224; une vie paisible et libre, &#224; la terre, au pain et au pouvoir. Le d&#233;tachement de Pulkovo a, par ses actes vaillants, consolid&#233; la cause de la R&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne. Un retour dans le pass&#233; est impossible. Il y a encore des luttes, des obstacles et des sacrifices devant nous. Mais la route est ouverte et la victoire est certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie r&#233;volutionnaire et le gouvernement sovi&#233;tique ont le droit d'&#234;tre fiers de leur d&#233;tachement de Pulkovo et de son commandant, le colonel Walden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;moire &#233;ternelle aux morts ! Gloire aux guerriers de la R&#233;volution, soldats et officiers fid&#232;les au peuple !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la Russie r&#233;volutionnaire, populaire et socialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom du Conseil des commissaires du peuple,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L. TROTSKI&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 novembre 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous appr&#238;mes par la suite par nos amis &#233;trangers que les radios allemandes avaient re&#231;u l'ordre du haut commandement de ne pas intercepter ce message. Ainsi la premi&#232;re action du gouvernement allemand, &#224; l'&#233;gard des &#233;v&#233;nements de novembre, trahit la crainte qu'ils ne provoquent une fermentation en Allemagne m&#234;me. L'Autriche-Hongrie a intercept&#233; une partie de notre message et, pour autant que nous le sachions, il est devenu la source d'informations &#224; partir de laquelle toute l'Europe a appris que la tentative malheureuse de Kerensky pour reprendre le pouvoir s'&#233;tait sold&#233;e par un &#233;chec lamentable. Des signes de fermentation &#233;taient maintenant apparents parmi les Cosaques de Krasnoff. Ils ont commenc&#233; &#224; envoyer des &#233;claireurs &#224; Petrograd et m&#234;me des d&#233;l&#233;gu&#233;s officiels &#224; Smolny. L&#224;, ils purent constater par eux-m&#234;mes qu'un ordre parfait r&#233;gnait &#224; P&#233;trograd, maintenu par la garnison qui soutenait le gouvernement sovi&#233;tique.La d&#233;sorganisation des Cosaques devint d'autant plus grande qu'ils se rendirent vite compte de l'absurdit&#233; de l'id&#233;e de s'emparer de P&#233;trograd au moyen d'un millier de cavaliers, puisque le soutien promis du front ne se faisait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Krasnoff, avec ses Cosaques, se replia vers Gatchina, et lorsque nous y arriv&#226;mes le lendemain, les membres de son &#233;tat-major &#233;taient d&#233;j&#224; pratiquement prisonniers aux mains des Cosaques eux-m&#234;mes. Notre garnison de Gatchina occupait toutes les positions les plus importantes. Les Cosaques, bien que non d&#233;sarm&#233;s, &#233;taient absolument incapables de r&#233;sister davantage. Ils d&#233;siraient une seule chose, &#224; savoir. &#234;tre autoris&#233; &#224; retourner au Don le plus t&#244;t possible, ou au moins au front.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le palais de Gatchina &#233;tait un spectacle curieux. Toutes les entr&#233;es &#233;taient gard&#233;es par de solides piquets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux portes se trouvaient l'artillerie et les voitures blind&#233;es. Les salles spacieuses du palais, dont les murs &#233;taient couverts de peintures pr&#233;cieuses, &#233;taient encombr&#233;es de soldats, de marins et de gardes rouges. Sur les tables de bois pr&#233;cieux &#233;taient &#233;parpill&#233;s des v&#234;tements de soldats, des pipes et des bo&#238;tes de sardines. Une des chambres &#233;tait occup&#233;e par l'&#233;tat-major du g&#233;n&#233;ral Krasnoff. Le Base&#233;tait recouvert de matelas, de manteaux de soldats et de casquettes. Le repr&#233;sentant du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire qui m'accompagnait entra dans la pi&#232;ce occup&#233;e par l'&#233;tat-major, renversa son fusil avec un bruit sourd et, s'appuyant dessus, d&#233;clara : &#171; G&#233;n&#233;ral Krasnoff, vous et votre &#233;tat-major &#234;tes prisonniers du soviet. Des gardes rouges arm&#233;s ont imm&#233;diatement pris position aux deux portes de la salle. Kerensky n'&#233;tait pas l&#224; ; il s'&#233;tait enfui, comme il s'&#233;tait enfui auparavant du Palais d'Hiver.Le g&#233;n&#233;ral Krasnoff a d&#233;crit les circonstances de son &#233;vasion dans son t&#233;moignage &#233;crit remis le 14 novembre. Je publie ici ce curieux documentmot &#224; mot -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 novembre 1917, 18h&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait environ 15 heures lorsque j'ai &#233;t&#233; convoqu&#233; par le commandant en chef [Kerensky]. Il &#233;tait tr&#232;s agit&#233; et nerveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; G&#233;n&#233;ral, dit-il, vous m'avez trahi : vos propres Cosaques ici disent bien qu'ils m'arr&#234;teront et me livreront aux marins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Oui, dis-je, ils en parlent beaucoup, et je sais qu'il n'y a de sympathie pour vous nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Est-ce que les officiers disent la m&#234;me chose ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Oui ; les officiers sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui sont le plus m&#233;contents de vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que dois-je faire ? Je vais devoir me suicider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#234;tes un honn&#234;te homme, vous irez. imm&#233;diatement avec un drapeau blanc &#224; Petrograd et compara&#238;tre devant le Comit&#233; r&#233;volutionnaire et discuter de la question en tant que chef du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, je vais le faire, g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vais vous donner un garde et j'aurai un matelot pour vous accompagner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Non ; tout sauf un marin. Vous savez que Dybenko est ici.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je ne sais pas qui est Dybenko.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est mon ennemi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Eh bien, il n'y a rien &#224; faire. Vous vous &#234;tes engag&#233; dans un grand jeu et vous devez prendre des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tr&#232;s bien ; J'irai ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi dans la nuit ? Ce serait lui un vol. Allez ouvertement et calmement ; faites voir &#224; tout le monde que vous n'essayez pas de vous &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Tr&#232;s bien. Donnez-moi seulement un convoi auquel je peux avoir confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Convenu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis sorti, j'ai appel&#233; un cosaque du 10e r&#233;giment de cosaques du Don, Russkoff, et lui ai ordonn&#233; de nommer huit cosaques pour former une garde du corps pour le commandant en chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi-heure plus tard, les Cosaques sont entr&#233;s pour me dire qu'ils ne pouvaient trouver Kerensky nulle part &#8211; qu'il s'&#233;tait enfui. Je sonnai l'alarme et ordonnai de le rechercher ; Je suis enclin &#224; penser qu'il n'a pas pu fuir Gatchina et qu'il se cache toujours quelque part ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MAJOR-GENERAL KRASNOFF&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commandant du 11e Corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle fut la fin de cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nos adversaires ne voulaient pas se rendre ni admettre que la question de l'autorit&#233; gouvernementale &#233;tait r&#233;gl&#233;e. Ils nourrissaient encore des espoirs d'aide du front. Les chefs des partis ex-sovi&#233;tiques - Tchernoff, Tsereteli, Avksentieff, G&#246;tz, etc., se succ&#232;dent au front pour n&#233;gocier avec les anciens comit&#233;s de l'arm&#233;e r&#233;unis au quartier g&#233;n&#233;ral de Dukhonine, tentent de l'inciter &#224; r&#233;sister et, selon &#224; la presse, tenta m&#234;me de former dans ses quartiers un nouveau minist&#232;re. Mais cela n'a rien donn&#233;. Les anciens comit&#233;s d'arm&#233;e avaient perdu toute influence, et le front &#233;tait f&#233;brilement occup&#233; &#224; convoquer des conf&#233;rences pour les nouvelles &#233;lections &#224; toutes les organisations de l'arm&#233;e du front. A ces r&#233;&#233;lections, le r&#233;gime sovi&#233;tique &#233;tait partout victorieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, nos d&#233;tachements se d&#233;pla&#231;aient par chemin de fer plus loin de Gatchina vers Luga et Pskoff. L&#224;, ils ont rencontr&#233; plusieurs trains avec des &#171; chocs &#187; et des Cosaques, qui avaient &#233;t&#233; soit convoqu&#233;s par Kerensky, soit envoy&#233;s par divers g&#233;n&#233;raux. Un conflit arm&#233; &#233;clata entre nos troupes et l'une de ces &#232;chelons cosaques. Mais la plupart des soldats envoy&#233;s du front &#224; Petrograd, en rencontrant les repr&#233;sentants des troupes sovi&#233;tiques, d&#233;clar&#232;rent aussit&#244;t qu'ils s'&#233;taient tromp&#233;s et qu'ils ne l&#232;veraient pas les armes contre l'autorit&#233; des ouvriers et des soldats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;FRICTIONS INTERNES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la lutte pour l'instauration du r&#233;gime sovi&#233;tique s'&#233;tendait dans tout le pays. A Moscou, cette lutte fut particuli&#232;rement longue et sanglante. Peut-&#234;tre cela n'&#233;tait-il pas du tout d&#251; au fait que les chefs de la R&#233;volution n'ont pas agi d'embl&#233;e avec toute la d&#233;termination n&#233;cessaire aux op&#233;rations offensives. Dans une guerre civile, plus que dans toute autre, la victoire ne peut &#234;tre assur&#233;e que par une offensive prompte et continue. L'h&#233;sitation est dangereuse, les n&#233;gociations sont risqu&#233;es, la politique de marquer le pas est ruineuse. Il faut toujours se rappeler que les masses populaires n'ont jamais &#233;t&#233; en possession du pouvoir, qu'elles ont toujours &#233;t&#233; sous la botte des autres classes, et que par cons&#233;quent elles manquent de confiance en elles-m&#234;mes politiquement. Toute h&#233;sitation manifest&#233;e dans les centres r&#233;volutionnaires les d&#233;grade imm&#233;diatement.Ce n'est que lorsque le parti r&#233;volutionnaire se pr&#233;cipite fermement et sans broncher vers son but qu'il peut aider les masses travailleuses &#224; surmonter tous les instincts d'esclavage h&#233;rit&#233;s des si&#232;cles et conduire les masses &#224; la victoire. Seule une offensive r&#233;solue assure la victoire avec un minimum de d&#233;pense de force et avec le moins de pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;alisation de tactiques r&#233;solues et fermes n'est que la difficult&#233;. Le manque de confiance des masses en leur propre force, le manque d'exp&#233;rience du pouvoir, se refl&#232;tent aussi dans les dirigeants qui, d'ailleurs, sont tout le temps sous la puissante pression de l'opinion publique bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simple id&#233;e de la possibilit&#233; de l'&#233;tablissement d'un gouvernement ouvrier remplissait nos lib&#233;raux bourgeois de haine et de d&#233;pit. Ces sentiments, ils les exprimaient dans les innombrables papiers dont ils disposaient. Viennent ensuite nos intellectuels qui, avec toute leur profession de radicalisme et la coloration socialiste de leur pens&#233;e, rec&#232;lent pourtant au fond de leur conscience l'aveu le plus servile de la puissance de la bourgeoisie et de son art de gouverner. Tous ces intellectuels au plumage socialiste se sont d'un coup tourn&#233;s vers la droite, consid&#233;rant la consolidation du pouvoir des soviets comme le d&#233;but de la fin. Dans la foul&#233;e des repr&#233;sentants des professions lib&#233;rales marchaient la vieille bureaucratie, le personnel administratif et technique, tout ! les &#233;l&#233;ments qui, moralement et mat&#233;riellement,vivre des miettes tombant de la table de la bourgeoisie. L'opposition de toutes ces classes &#233;tait surtout de caract&#232;re passif, surtout apr&#232;s la suppression de la r&#233;bellion des cadets, mais pour cette raison m&#234;me, elle semblait souvent insurmontable. A chaque pas, on nous refusait de l'aide. Soit les fonctionnaires quittaient les bureaux du gouvernement, soit, y demeurant, refusaient cat&#233;goriquement de travailler pour nous. Ils ne rendraient pas les livres ou les fonds. Les centraux t&#233;l&#233;phoniques ont refus&#233; de nous connecter. Les bureaux t&#233;l&#233;graphiques mutileraient ou retarderaient nos messages. Nous n'avons pas pu trouver de traducteurs, de st&#233;nographes, ni m&#234;me de copistes, etc. Tout cela a cr&#233;&#233; une telle atmosph&#232;re que certains d'entre nous, m&#234;me certains &#224; la t&#234;te de notre parti, se sont mis &#224; douter que les masses laborieuses puissent, face aux une telle r&#233;sistance de la part des classes bourgeoises,mettre de l'ordre dans l'appareil gouvernemental et rester au pouvoir. Ici et l&#224;, des voix conseillaient un accord. Mais avec qui ? Avec les lib&#233;raux bourgeois ? Une telle coalition avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tent&#233;e, et elle entra&#238;na la R&#233;volution dans un terrible bourbier. L'insurrection du 7 novembre &#233;tait un acte de conservation de la part des masses, apr&#232;s une p&#233;riode d'impuissance et de trahison de la part du gouvernement de coalition. La seule coalition qui restait &#224; essayer &#233;tait la coalition dans les rangs de la d&#233;mocratie dite r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire de tous les partis sovi&#233;tiques. Une telle coalition, nous l'avions pratiquement propos&#233;e d&#232;s le d&#233;but, lors de la s&#233;ance du deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse le 7 novembre. Le gouvernement Kerensky venait d'&#234;tre renvers&#233; et nous avions propos&#233; au Congr&#232;s sovi&#233;tique de reprendre l'autorit&#233; gouvernementale.Mais les partis de droite nous avaient quitt&#233;s et avaient claqu&#233; la porte derri&#232;re eux. Et c'&#233;tait le mieux qu'ils aient pu faire. Ils ne repr&#233;sentaient qu'une section insignifiante au Congr&#232;s. Ils n'&#233;taient plus soutenus par les masses, puisque m&#234;me les fractions du peuple qui, par leur apathie, les soutenaient encore, d&#233;rivaient peu &#224; peu de notre c&#244;t&#233;. La coalition avec l'aile droite des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks n'aurait pas &#233;largi la base sociale du gouvernement sovi&#233;tique ; en m&#234;me temps, il aurait introduit dans son personnel des &#233;l&#233;ments d&#233;moralis&#233;s de part en part par le scepticisme politique et par le culte du lib&#233;ralisme bourgeois. Toute la force de la nouvelle autorit&#233; r&#233;sidait dans la radicalit&#233; de son programme, dans la d&#233;termination avec laquelle elle agissait.S'attacher aux groupes de Tchernoff et de Ts&#233;r&#233;t&#233;li aurait signifi&#233; mettre des fers aux bras et aux jambes de la nouvelle autorit&#233; et faire perdre rapidement confiance aux masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos voisins les plus proches &#224; droite &#233;taient les soi-disant socialistes-r&#233;volutionnaires de &#171; gauche &#187;. Dans l'ensemble, ils &#233;taient tout &#224; fait pr&#234;ts &#224; nous soutenir, mais en m&#234;me temps ils voulaient former un gouvernement socialiste de coalition. Le Comit&#233; central de l'Union des chemins de fer, le Comit&#233; central des employ&#233;s des postes et t&#233;l&#233;graphes, l'Union des fonctionnaires gouvernementaux &#8211; toutes ces organisations &#233;taient contre nous. A la t&#234;te de notre propre parti, certains insistaient sur la n&#233;cessit&#233; de s'entendre avec ces organisations d'une mani&#232;re ou d'une autre. Mais sur quelle base ? Toutes les organisations dirigeantes mentionn&#233;es ci-dessus du r&#233;gime pass&#233; avaient d&#233;j&#224; surv&#233;cu &#224; elles-m&#234;mes. Leur relation avec les fonctionnaires inf&#233;rieurs &#233;tait &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me que celle des anciens comit&#233;s de l'arm&#233;e avec les masses de soldats dans les tranch&#233;es. L'histoire avait trac&#233; une ligne de d&#233;marcation profonde entre les couches sup&#233;rieures et inf&#233;rieures.Une alliance sans scrupules avec ces organisations dirigeantes &#233;puis&#233;es d'hier &#233;tait vou&#233;e &#224; un effondrement in&#233;vitable. Pour vaincre le sabotage et les pr&#233;tentions aristocratiques d'en haut, il fallait s'appuyer fermement et r&#233;solument sur la base. Nous avons laiss&#233; aux socialistes-r&#233;volutionnaires le soin de poursuivre les tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de parvenir &#224; un compromis. Notre propre politique &#233;tait au contraire de mobiliser ceux qui travaillaient au bas de l'&#233;chelle contre toutes ces instances repr&#233;sentatives qui avaient soutenu le r&#233;gime de Kerensky. Cette politique intransigeante a provoqu&#233; des frictions et m&#234;me une scission parmi les dirigeants de notre propre parti. Au Comit&#233; ex&#233;cutif central, les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche ont protest&#233; contre la s&#233;v&#233;rit&#233; des mesures adopt&#233;es par le nouveau gouvernement,et insist&#233; sur la n&#233;cessit&#233; de compromis. La protestation a &#233;t&#233; soutenue par une section des bolcheviks, et trois commissaires du peuple ont d&#233;missionn&#233; et ont quitt&#233; le gouvernement. Quelques autres membres actifs du parti ont exprim&#233; leur solidarit&#233; fondamentale avec les d&#233;missionnaires. Cela fit une forte impression dans divers cercles bourgeois et intellectuels : il &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, &#224; la suite de troubles internes. dissolution. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et leset trois commissaires du peuple ont d&#233;missionn&#233; et ont quitt&#233; le gouvernement. Quelques autres membres actifs du parti ont exprim&#233; leur solidarit&#233; fondamentale avec les d&#233;missionnaires. Cela fit une forte impression dans divers cercles bourgeois et intellectuels : il &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, &#224; la suite de troubles internes. dissolution. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et leset trois commissaires du peuple ont d&#233;missionn&#233; et ont quitt&#233; le gouvernement. Quelques autres membres actifs du parti ont exprim&#233; leur solidarit&#233; fondamentale avec les d&#233;missionnaires. Cela fit une forte impression dans divers cercles bourgeois et intellectuels : il &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, &#224; la suite de troubles internes. dissolution. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et lesil &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas &#233;cras&#233;s, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, par suite de la dissolution interne. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et lesil &#233;tait maintenant &#233;vident que les bolcheviks, que les cadets et les cosaques du g&#233;n&#233;ral Krasnoff n'avaient pas &#233;cras&#233;s, devaient p&#233;rir, avec le r&#233;gime sovi&#233;tique, par suite de la dissolution interne. Cependant, les masses n'ont jamais remarqu&#233; la scission et ont unanimement soutenu le Conseil des commissaires du peuple non seulement contre les comploteurs contre-r&#233;volutionnaires et lessaboteurs , mais aussi contre tous les marchands de compromis et les sceptiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE SORT DE L'ASSEMBLEE CONSTITUANTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, apr&#232;s l'aventure de Korniloff, les partis supr&#234;mes sur les soviets tent&#232;rent de r&#233;parer leur ancienne attitude d'indulgence envers la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire, ils demand&#232;rent la convocation rapide de l'Assembl&#233;e constituante. Kerensky, qui venait d'&#234;tre sauv&#233; par les Sovi&#233;tiques de l'&#233;treinte trop &#233;troite de son alli&#233; Korniloff, dut c&#233;der. L'Assembl&#233;e constituante fut fix&#233;e &#224; la fin de novembre. Mais les circonstances &#233;taient alors devenues telles qu'aucune garantie n'&#233;tait disponible quant &#224; la convocation de l'Assembl&#233;e constituante. La d&#233;sorganisation compl&#232;te r&#233;gnait au front, le nombre des d&#233;serteurs augmentait chaque jour, et les soldats mena&#231;aient de quitter les tranch&#233;es en r&#233;giments et en corps et de se replier sur l'arri&#232;re, d&#233;vastant tout sur leur passage.Dans les campagnes, les saisies de terres priv&#233;es et de b&#233;tail se d&#233;roulaient de mani&#232;re tr&#232;s al&#233;atoire. La loi martiale fut en cons&#233;quence proclam&#233;e en de nombreux endroits. Pendant ce temps, les troupes allemandes continuaient d'avancer, prenaient Riga et mena&#231;aient Petrograd. L'aile droite de la bourgeoisie se r&#233;jouissait ouvertement du danger mena&#231;ant le capital r&#233;volutionnaire. Les bureaux du gouvernement avaient &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s de Petrograd. et Kerensky avait l'intention de transf&#233;rer le si&#232;ge de son gouvernement &#224; Moscou. Tout cela rendait la possibilit&#233; de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante non seulement lointaine, mais presque improbable. De ce point de vue, le coup d'&#201;tat de novembre a pu &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le salut de l'Assembl&#233;e constituante ainsi que de la R&#233;volution dans son ensemble.Et lorsque nous avons soutenu que la route vers l'Assembl&#233;e constituante ne passait pas par le Parlement provisoire de Tsereteli, mais par la prise du pouvoir par les Sovi&#233;tiques, nous &#233;tions absolument sinc&#232;res. Mais les ajournements interminables de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante n'avaient pas &#233;t&#233; sans effet sur elle. Annonc&#233; dans les premiers jours de la R&#233;volution, il fait son apparition apr&#232;s huit ou neuf mois d'une lutte acharn&#233;e entre les classes et les partis. Il est venu trop tard pour avoir encore une chance de jouer un r&#244;le constructif. Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Mais les ajournements interminables de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante n'avaient pas &#233;t&#233; sans effet sur elle. Annonc&#233; dans les premiers jours de la R&#233;volution, il fait son apparition apr&#232;s huit ou neuf mois d'une lutte acharn&#233;e entre les classes et les partis. Il est venu trop tard pour avoir encore une chance de jouer un r&#244;le constructif. Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Mais les ajournements interminables de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante n'avaient pas &#233;t&#233; sans effet sur elle. Annonc&#233; dans les premiers jours de la R&#233;volution, il fait son apparition apr&#232;s huit ou neuf mois d'une lutte acharn&#233;e entre les classes et les partis. Il est venu trop tard pour avoir encore une chance de jouer un r&#244;le constructif. Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.Sa futilit&#233; intrins&#232;que avait &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233;e par un seul fait qui d'abord aurait pu para&#238;tre de peu d'importance, mais qui plus tard affecta &#233;norm&#233;ment le sort de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premi&#232;res phases de la R&#233;volution, le parti des socialistes-r&#233;volutionnaires avait &#233;t&#233; num&#233;riquement le plus fort. J'ai d&#233;j&#224; mentionn&#233; son &#233;tat amorphe et sa composition sociale mixte. La R&#233;volution avait irr&#233;sistiblement conduit &#224; la diff&#233;renciation interne entre ceux qui marchaient sous la banni&#232;re populiste. L'aile gauche de ce parti, repr&#233;sentant une partie des ouvriers de l'industrie et les grandes masses de la paysannerie la plus pauvre, se s&#233;parait de plus en plus du reste et s'est finalement retrouv&#233;e dans une opposition irr&#233;conciliable aux dirigeants du Parti socialiste r&#233;volutionnaire, qui repr&#233;sentait la basse et la moyenne bourgeoisie. Mais l'inertie du cadre du parti et des traditions retarda l'in&#233;vitable scission. Le syst&#232;me &#233;lectoral proportionnel repose, comme on le sait, enti&#232;rement sur les listes des partis.Ces listes ayant &#233;t&#233; dress&#233;es deux ou trois mois avant la R&#233;volution de novembre, figuraient les noms des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et de droite.p&#234;lem&#234;le dans la m&#234;me liste, sous la banni&#232;re du m&#234;me parti. De cette fa&#231;on, au moment de la R&#233;volution de novembre, alors que les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite arr&#234;taient d&#233;j&#224; des membres des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et que la gauche rejoignait les bolcheviks pour renverser le gouvernement du socialiste r&#233;volutionnaire Kerensky, les anciennes listes &#233;taient conservant leur validit&#233;, et les paysans aux &#233;lections de l'Assembl&#233;e constituante &#233;taient oblig&#233;s de voter pour des listes dirig&#233;es par le nom de Kerensky et contenant des noms de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche qui participaient &#224; la conspiration contre lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mois qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la R&#233;volution de novembre ont &#233;t&#233; marqu&#233;s par une orientation incessante des masses vers la gauche et un afflux massif d'ouvriers, de soldats et de paysans dans les rangs des bolcheviks. A la m&#234;me &#233;poque, le m&#234;me processus se manifestait dans les rangs du Parti socialiste r&#233;volutionnaire sous la forme de l'extension de l'aile gauche aux d&#233;pens de la droite. Pourtant, les trois quarts des noms figurant sur les listes des partis des socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient ceux des anciens dirigeants de l'aile droite, dont la r&#233;putation r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; compl&#232;tement perdue lors de leur coalition avec la bourgeoisie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute le fait que les &#233;lections se sont d&#233;roul&#233;es dans les premi&#232;res semaines qui ont suivi la R&#233;volution de novembre. La nouvelle du changement se r&#233;pandait en cercles qui s'&#233;largissaient lentement de la capitale aux provinces, des villes aux villages. Dans de nombreux endroits, les masses paysannes avaient une id&#233;e tr&#232;s vague de ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; Petrograd et &#224; Moscou. Ils vot&#232;rent nominalement pour &#171; Terre et Libert&#233; &#187;, pour leurs repr&#233;sentants dans les comit&#233;s fonciers, qui, pour la plupart, suivaient la banni&#232;re populiste. En effet, ils votaient pour Kerensky et Avksentieff, qui dissolvaient ces m&#234;mes comit&#233;s fonciers et arr&#234;taient leurs membres. Le r&#233;sultat de tout cela fut un paradoxe politique des plus incroyables : l'un des deux partis qui devaient dissoudre l'Assembl&#233;e constituante, &#224; savoir. les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche,fut en fait &#233;lu sur les m&#234;mes listes que le parti qui avait obtenu la majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Ces faits montrent clairement quel produit tardif l'Assembl&#233;e constituante fut par rapport aux progr&#232;s r&#233;els de la guerre des partis et des diff&#233;renciations des partis. Nous devons maintenant examiner la question &#233;galement du point de vue du principe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES PRINCIPES DE LA DEMOCRATIE ET LA DICTATURE DU PROLETARIAT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En tant que marxistes, nous n'avons jamais &#233;t&#233; des adorateurs de la d&#233;mocratie formelle. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e en classes, les institutions d&#233;mocratiques, loin d'abolir la lutte des classes, ne font que pr&#234;ter aux int&#233;r&#234;ts de classe une forme d'expression tr&#232;s imparfaite. Les classes poss&#233;dantes ont toujours &#224; leur disposition des milliers de moyens pour pervertir et adult&#233;rer la volont&#233; des masses laborieuses. En temps de r&#233;volution, les institutions d&#233;mocratiques forment un appareil encore moins parfait pour l'expression de la lutte des classes. Marx appelait la R&#233;volution &#171; la locomotive de l'histoire &#187;. La lutte ouverte et directe pour le pouvoir permet aux masses laborieuses d'acqu&#233;rir en peu de temps une riche exp&#233;rience politique et ainsi de passer rapidement d'une &#233;tape &#224; une autre dans le processus de leur &#233;volution mentale.Le lourd m&#233;canisme des institutions d&#233;mocratiques ne peut suivre cette &#233;volution &#8211; et ce en proportion de l'immensit&#233; du pays et de l'imperfection de l'appareil technique dont il dispose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite &#233;taient majoritaires &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Selon l'usage parlementaire, ils auraient d&#251; former le gouvernement. Mais les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite avaient eu la chance de former un tel gouvernement pendant toute la p&#233;riode de la R&#233;volution avant novembre. Pourtant, ils s'&#233;taient abstenus de le faire, avaient c&#233;d&#233; la part du lion du pouvoir &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison qu'ils avaient perdu le dernier vestige d'influence parmi les sections les plus r&#233;volutionnaires du peuple au moment m&#234;me o&#249; la composition num&#233;rique de l'Assembl&#233;e constituante les a plac&#233;s dans l'obligation formelle d'assumer les r&#234;nes du gouvernement. La classe ouvri&#232;re, ainsi que la Garde rouge, &#233;taient profond&#233;ment hostiles aux socialistes-r&#233;volutionnaires de droite.L'&#233;crasante majorit&#233; de l'arm&#233;e soutenait les bolcheviks. Les &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires dans les villages ont partag&#233; leurs sympathies entre les. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et les bolcheviks. Les matelots, qui avaient &#233;t&#233; si importants dans tous les incidents de la R&#233;volution, &#233;taient presque un homme avec notre parti. Les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite avaient, en effet, &#233;t&#233; contraints de quitter les soviets, qui avaient pris le pouvoir en novembre, c'est-&#224;-dire avant l'Assembl&#233;e constituante. De quel appui un minist&#232;re form&#233; par une telle majorit&#233; de l'Assembl&#233;e constituante pouvait-il d&#233;pendre ? Elle aurait eu derri&#232;re elle les riches des villages, les intellectuels et la vieille administration, et aurait peut-&#234;tre trouv&#233; des appuis, pour l'instant, parmi la bourgeoisie. Mais un tel gouvernement aurait &#233;t&#233; compl&#232;tement priv&#233; de l'appareil mat&#233;riel du pouvoir.Dans les centres de la vie politique, comme &#224; P&#233;trograd, elle se serait aussit&#244;t heurt&#233;e &#224; une r&#233;sistance intransigeante. Si les Sovi&#233;tiques avaient, conform&#233;ment &#224; la logique formelle des institutions d&#233;mocratiques, remis leur pouvoir au parti de Kerensky et de Tchernoff, le nouveau gouvernement, discr&#233;dit&#233; et impuissant, n'aurait r&#233;ussi qu'&#224; brouiller momentan&#233;ment la vie politique du pays, et aurait &#233;t&#233; renvers&#233; par un nouveau soul&#232;vement en quelques semaines. Les Sovi&#233;tiques d&#233;cid&#232;rent de r&#233;duire au minimum cette exp&#233;rience historique tardive et dissolv&#232;rent la Constituante le jour m&#234;me o&#249; elle se r&#233;unissait.le nouveau gouvernement, discr&#233;dit&#233; et impuissant, n'aurait r&#233;ussi qu'&#224; troubler momentan&#233;ment la vie politique du pays, et aurait &#233;t&#233; renvers&#233; par un nouveau soul&#232;vement en quelques semaines. Les Sovi&#233;tiques d&#233;cid&#232;rent de r&#233;duire au minimum cette exp&#233;rience historique tardive et dissolv&#232;rent la Constituante le jour m&#234;me o&#249; elle se r&#233;unissait.le nouveau gouvernement, discr&#233;dit&#233; et impuissant, n'aurait r&#233;ussi qu'&#224; troubler momentan&#233;ment la vie politique du pays, et aurait &#233;t&#233; renvers&#233; par un nouveau soul&#232;vement en quelques semaines. Les Sovi&#233;tiques d&#233;cid&#232;rent de r&#233;duire au minimum cette exp&#233;rience historique tardive et dissolv&#232;rent la Constituante le jour m&#234;me o&#249; elle se r&#233;unissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison, notre parti a &#233;t&#233; la cible des accusations les plus violentes. Nul doute que la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante fit une impression tr&#232;s d&#233;favorable dans la direction des partis socialistes d'Occident, et l'acte politiquement in&#233;vitable et n&#233;cessaire y fut d&#233;nonc&#233; comme un acte de tyrannie de parti et d'arbitraire sectaire. Kautsky, avec son p&#233;dantisme coutumier, a expliqu&#233; dans une s&#233;rie d'articles la relation mutuelle entre les t&#226;ches socialistes et r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat et le r&#233;gime de d&#233;mocratie politique. Il s'effor&#231;a de prouver que le respect du principe de la d&#233;mocratie &#233;tait toujours, en dernier ressort, avantageux pour la classe ouvri&#232;re. Bien s&#251;r, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, et dans l'ensemble, c'est vrai. Mais Kautsky r&#233;duisit cette v&#233;rit&#233; historique &#224; une banalit&#233; professorale. Si c'est toujours,en fin de compte, paie le prol&#233;tariat pour mener sa lutte de classe et m&#234;me pour exercer sa dictature dans le cadre d'institutions d&#233;mocratiques, il ne s'ensuit pas du tout que l'histoire offre toujours la chance d'une telle combinaison. Il ne r&#233;sulte nullement de la th&#233;orie marxienne que l'histoire cr&#233;e invariablement les conditions les plus &#171; avantageuses &#187; pour le prol&#233;tariat. Il est difficile aujourd'hui de dire quelle aurait &#233;t&#233; la marche de la R&#233;volution si l'Assembl&#233;e constituante avait &#233;t&#233; convoqu&#233;e dans son deuxi&#232;me ou troisi&#232;me mois. Tr&#232;s probablement les partis des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks, qui pr&#233;dominaient alors, se seraient discr&#233;dit&#233;s, avec : l'Assembl&#233;e constituante, non seulement aux yeux des &#233;l&#233;ments les plus actifs qui soutenaient les soviets, mais m&#234;me &#224; ceux des arri&#233;r&#233;s masses populaires,dont les espoirs auraient &#233;t&#233; li&#233;s, non aux soviets, mais &#224; l'Assembl&#233;e constituante. Dans de telles circonstances, la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante aurait pu &#234;tre suivie de nouvelles &#233;lections d'o&#249; les partis de gauche seraient sortis majoritaires. Mais le cours des &#233;v&#233;nements est all&#233; dans une direction diff&#233;rente. Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante eurent lieu au neuvi&#232;me mois de la R&#233;volution, et &#224; ce moment-l&#224; la lutte des classes avait atteint un tel degr&#233; d'intensit&#233; qu'elle fit &#233;clater, par sa pression int&#233;rieure, le cadre formel de la d&#233;mocratie.Mais le cours des &#233;v&#233;nements est all&#233; dans une direction diff&#233;rente. Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante eurent lieu au neuvi&#232;me mois de la R&#233;volution, et &#224; ce moment-l&#224; la lutte des classes avait atteint un tel degr&#233; d'intensit&#233; qu'elle fit &#233;clater, par sa pression int&#233;rieure, le cadre formel de la d&#233;mocratie.Mais le cours des &#233;v&#233;nements est all&#233; dans une direction diff&#233;rente. Les &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e constituante eurent lieu au neuvi&#232;me mois de la R&#233;volution, et &#224; ce moment-l&#224; la lutte des classes avait atteint un tel degr&#233; d'intensit&#233; qu'elle fit &#233;clater, par sa pression int&#233;rieure, le cadre formel de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat dirigeait l'arm&#233;e et les masses inf&#233;rieures de la paysannerie. Ces classes &#233;taient dans un &#233;tat de r&#233;volte directe et f&#233;roce contre les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite. Pourtant, gr&#226;ce &#224; la lourde machine des &#233;lections d&#233;mocratiques, ce parti a obtenu la majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e constituante, repr&#233;sentant la phase pr&#233;-novembre de la R&#233;volution. C'&#233;tait une contradiction qui ne pouvait &#234;tre r&#233;solue dans le cadre de la d&#233;mocratie formelle, et seuls les p&#233;dants politiques, qui ne r&#233;alisent pas clairement la logique r&#233;volutionnaire des rapports de classes, peuvent, face &#224; la situation r&#233;sultant des &#233;v&#233;nements de novembre, pr&#234;cher &#224; les v&#233;rit&#233;s banales du prol&#233;tariat concernant les avantages de la d&#233;mocratie pour mener la guerre des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a choisi de poser le probl&#232;me sous une forme beaucoup plus concr&#232;te et aigu&#235;. L'Assembl&#233;e constituante, par sa composition, fut oblig&#233;e de c&#233;der les r&#234;nes du pouvoir au groupe Tchernoff-Kerensky-Tsereteli. Ce groupe &#233;tait-il capable de guider la R&#233;volution ? Pourraient-ils trouver un appui dans la classe qui formait l'&#233;pine dorsale de la R&#233;volution ? Non. Le contenu mat&#233;riel de classe de la R&#233;volution est entr&#233; en conflit irr&#233;conciliable avec ses formes d&#233;mocratiques. Ainsi le sort de l'Assembl&#233;e constituante &#233;tait d&#233;cid&#233; d'avance. Sa dissolution apparaissait comme la seule voie chirurgicale envisageable pour sortir de la situation contradictoire qui n'&#233;tait pas de notre fait, mais avait &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le cours des &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partie IV&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LES N&#201;GOCIATIONS DE PAIX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une s&#233;ance nocturne historique, le deuxi&#232;me Congr&#232;s panrusse des Soviets a adopt&#233; le d&#233;cret de paix historique. A cette &#233;poque, le pouvoir des Soviets ne se consolidait encore que dans les centres les plus importants du pays, tandis que le nombre de personnes &#224; l'&#233;tranger qui lui faisaient confiance &#233;tait tout &#224; fait insignifiant. Nous avons adopt&#233; les d&#233;crets &#224; l'unanimit&#233;, mais pour beaucoup, cela semblait n'&#234;tre qu'une d&#233;monstration politique. Les marchands de compromis r&#233;p&#233;taient &#224; chaque coin de rue que notre r&#233;solution ne pouvait aboutir &#224; aucun r&#233;sultat pratique, puisque, d'une part, les imp&#233;rialistes allemands ne reconna&#238;traient pas et ne daigneraient m&#234;me pas nous parler, et, d'autre part , nos alli&#233;s nous d&#233;clareraient la guerre pour avoir entam&#233; des n&#233;gociations de paix s&#233;par&#233;es.C'est &#224; l'ombre de ces sombres pr&#233;dictions que nous faisions nos premiers pas vers une paix d&#233;mocratique universelle. Le d&#233;cret fut accept&#233; le 8 novembre, lorsque Kerensky et Krasnoff &#233;taient aux portes m&#234;mes de P&#233;trograd, et le 20 novembre nous communiqu&#226;mes par radio nos propositions pour la conclusion d'une paix g&#233;n&#233;rale &#224; nos alli&#233;s et ennemis. En guise de r&#233;ponse, les gouvernements alli&#233;s adress&#232;rent, par l'interm&#233;diaire de leurs agents militaires, des remontrances au g&#233;n&#233;ral Dukhonin, commandant en chef, d&#233;clarant que toute nouvelle d&#233;marche de notre part vers des n&#233;gociations de paix s&#233;par&#233;es conduirait aux r&#233;sultats les plus s&#233;rieux. Nous avons, de notre c&#244;t&#233;, r&#233;pondu le 24 novembre &#224; cette protestation par un manifeste &#224; tous les ouvriers, soldats et paysans, d&#233;clarant qu'en aucun cas nous ne devrions permettre &#224; notre arm&#233;e de verser son sang sur ordre d'une quelconque bourgeoisie &#233;trang&#232;re.Nous avons &#233;cart&#233; les menaces des imp&#233;rialistes occidentaux et assum&#233; l'enti&#232;re responsabilit&#233; de notre politique de paix devant la classe ouvri&#232;re internationale. Tout d'abord, pour nous acquitter de nos engagements ant&#233;rieurs, nous avons publi&#233; les trait&#233;s secrets et d&#233;clar&#233; que nous r&#233;pudiions tout ce qui s'y opposait aux int&#233;r&#234;ts des masses populaires partout. Les gouvernements capitalistes ont essay&#233; de monter nos r&#233;v&#233;lations les uns contre les autres, mais les masses populaires partout nous ont compris et appr&#233;ci&#233; notre action. Pas un seul journal socialiste patriotique, &#224; notre connaissance, n'a os&#233; protester contre ce changement radical op&#233;r&#233; par le gouvernement des ouvriers et des paysans dans toutes les m&#233;thodes traditionnelles de la diplomatie, contre notre r&#233;pudiation de ses intrigues malfaisantes et sans scrupules. Nous avons fait le but et le but de notre diplomatie d'&#233;clairer les masses populaires,d'ouvrir leurs yeux sur la nature de la politique de leurs gouvernements respectifs, et de les fusionner dans une lutte commune contre et la haine du r&#233;gime bourgeois-capitaliste. La presse bourgeoise allemande nous accusait de prolonger les n&#233;gociations, mais les peuples eux-m&#234;mes &#233;coutaient partout avec avidit&#233; les dialogues de Brest, et ainsi, au cours des deux mois et demi pendant lesquels se d&#233;roul&#232;rent les n&#233;gociations de paix, un service fut rendu &#224; la cause de paix qui a &#233;t&#233; reconnue m&#234;me par des ennemis honn&#234;tes. Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.La presse bourgeoise allemande nous accusait de prolonger les n&#233;gociations, mais les peuples eux-m&#234;mes &#233;coutaient partout avec avidit&#233; les dialogues de Brest, et ainsi, au cours des deux mois et demi pendant lesquels se d&#233;roul&#232;rent les n&#233;gociations de paix, un service fut rendu &#224; la cause de paix qui a &#233;t&#233; reconnue m&#234;me par des ennemis honn&#234;tes. Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.La presse bourgeoise allemande nous accusait de prolonger les n&#233;gociations, mais les peuples eux-m&#234;mes &#233;coutaient partout avec avidit&#233; les dialogues de Brest, et ainsi, au cours des deux mois et demi pendant lesquels se d&#233;roul&#232;rent les n&#233;gociations de paix, un service fut rendu &#224; la cause de paix qui a &#233;t&#233; reconnue m&#234;me par des ennemis honn&#234;tes. Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.Pour la premi&#232;re fois, la question de la paix &#233;tait pos&#233;e de telle mani&#232;re qu'elle ne pouvait plus &#234;tre d&#233;form&#233;e par des machinations en coulisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 d&#233;cembre, nous avons sign&#233; l'accord de suspension des hostilit&#233;s sur tout le front, de la Baltique &#224; la mer Noire. Nous avons de nouveau lanc&#233; un appel aux Alli&#233;s pour qu'ils se joignent &#224; nous et m&#232;nent les n&#233;gociations de paix avec nous. Nous n'avons re&#231;u aucune r&#233;ponse, bien que cette fois nos alli&#233;s n'aient pas essay&#233; de nous intimider par des menaces. Les n&#233;gociations de paix ont commenc&#233; le 22 d&#233;cembre, six semaines apr&#232;s l'adoption du d&#233;cret de paix. Cela montre que les accusations port&#233;es contre nous par la presse mercenaire et tra&#238;tre socialiste, que nous n'avions pas essay&#233; de nous entendre avec les Alli&#233;s, n'&#233;taient que des mensonges. Pendant six semaines, nous avons continu&#233; &#224; les informer de chaque pas que nous avons fait et nous les avons constamment exhort&#233;s &#224; nous rejoindre dans les n&#233;gociations de paix. Nous pouvons affronter les peuples de France, d'Italie et de Grande-Bretagne la conscience tranquille.Nous avons fait tout notre possible pour convaincre les nations bellig&#233;rantes de se joindre &#224; nous dans les n&#233;gociations de paix. La responsabilit&#233; de nos n&#233;gociations de paix s&#233;par&#233;es ne repose pas sur nous, mais sur les imp&#233;rialistes de l'Occident, ainsi que sur les partis russes qui, depuis toujours, ont pr&#233;dit une mort pr&#233;matur&#233;e au gouvernement ouvrier et paysan et exhort&#233; les Alli&#233;s &#224; ne pas prendre s&#233;rieusement notre Initiative de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le 22 d&#233;cembre, les n&#233;gociations de paix ont &#233;t&#233; ouvertes. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s ont fait une d&#233;claration de principes d&#233;finissant les bases d'une paix d&#233;mocratique g&#233;n&#233;rale dans les termes pr&#233;cis du d&#233;cret du 8 novembre. L'autre c&#244;t&#233; a demand&#233; un ajournement des s&#233;ances ; mais leur reprise &#233;tait diff&#233;r&#233;e, sur proposition de K&#252;hlmann, de jour en jour. Il &#233;tait &#233;vident que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Quadruple Alliance avaient beaucoup de mal &#224; r&#233;diger leur r&#233;ponse &#224; notre d&#233;claration. Enfin, le 25 d&#233;cembre, la r&#233;ponse arriva. Les diplomates de la Quadruple Alliance ont adh&#233;r&#233; &#224; la formule d&#233;mocratique d'une paix sans annexions et contributions sur le principe de l'autod&#233;termination des nations. Nous pouvions voir clairement qu'il ne s'agissait que d'un semblant. Mais nous ne nous attendions m&#234;me pas &#224; cela,car l'hypocrisie n'est-elle pas le tribut pay&#233; par le vice &#224; la vertu ? Le fait que les imp&#233;rialistes allemands aient jug&#233; n&#233;cessaire de rendre ce tribut &#224; nos principes d&#233;mocratiques &#233;tait, &#224; nos yeux, une preuve de la situation int&#233;rieure assez grave de l'Allemagne. Mais si, dans l'ensemble, nous ne nous faisions aucune illusion sur les tendances d&#233;mocratiques de K&#252;hlmann et de Czernin - nous ne connaissions que trop bien la nature des classes dominantes allemande et autrichienne - il faut n&#233;anmoins admettre franchement que nous n'avons pas &#224; l'&#233;poque anticiper que lenous ne nous faisions aucune illusion sur les tendances d&#233;mocratiques de K&#252;hlmann et de Czernin - nous ne connaissions que trop bien la nature des classes dirigeantes allemande et autrichienne - il faut n&#233;anmoins admettre franchement que nous n'avions pas pr&#233;vu &#224; l'&#233;poque que lanous ne nous faisions aucune illusion sur les tendances d&#233;mocratiques de K&#252;hlmann et de Czernin - nous ne connaissions que trop bien la nature des classes dirigeantes allemande et autrichienne - il faut n&#233;anmoins admettre franchement que nous n'avions pas pr&#233;vu &#224; l'&#233;poque que lales propositions r&#233;elles des imp&#233;rialistes allemands seraient s&#233;par&#233;es par un si large gouffre de la formule que K&#252;hlmann nous a pr&#233;sent&#233;e le 25 d&#233;cembre comme une sorte de plagiat de la r&#233;volution russe. En effet, nous ne nous attendions pas &#224; un tel comble d'impudence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses des classes ouvri&#232;res en Russie ont &#233;t&#233; profond&#233;ment impressionn&#233;es par la r&#233;ponse de K&#252;hlmann. Ils y lisaient la peur des classes dirigeantes des Empires centraux face au m&#233;contentement et &#224; l'impatience croissante des masses en Allemagne. Le 28 d&#233;cembre, une gigantesque manifestation d'ouvriers et de soldats a lieu &#224; Petrograd en faveur d'une paix d&#233;mocratique. Mais le lendemain matin, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s revinrent de Brest-Litovsk et apport&#232;rent ces revendications pr&#233;datrices que K&#252;hlmann avait pr&#233;sent&#233;es au nom des Empires centraux en guise d'interpr&#233;tation de sa soi-disant formule d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier abord, il peut para&#238;tre difficile de comprendre quelles &#233;taient exactement les attentes de la diplomatie allemande lorsqu'elle pr&#233;senta ses formules d&#233;mocratiques pour, deux ou trois jours plus tard, r&#233;v&#233;ler ses app&#233;tits brutaux. Les d&#233;bats th&#233;oriques, aussi, sur ces formules d&#233;mocratiques &#8211; pour la plupart initi&#233;s par K&#252;hlmann lui-m&#234;me &#8211; peuvent sembler avoir &#233;t&#233; une affaire plut&#244;t risqu&#233;e. Il aurait d&#251; &#234;tre clair pour eux d&#232;s le d&#233;but que sur ce champ de bataille, la diplomatie des Empires centraux ne pouvait gu&#232;re gagner de lauriers. Mais le secret de la conduite diplomatique de K&#252;hlmann &#233;tait qu'il &#233;tait profond&#233;ment convaincu que nous serions pr&#234;ts &#224; jouer en duo avec lui. La tendance de sa pens&#233;e &#233;tait approximativement la suivante : la Russie doit avoir la paix. Les bolcheviks avaient obtenu le pouvoir gr&#226;ce &#224; leur combat pour la paix. Les bolcheviks voulaient rester au pouvoir.Cela n'&#233;tait possible qu'&#224; une condition, &#224; savoir la conclusion de la paix. Certes, ils s'&#233;taient engag&#233;s dans un programme de paix d&#233;mocratique d&#233;fini. Mais &#224; quoi servaient les diplomates, sinon pour d&#233;guiser le noir en blanc ? Eux, les Allemands, faciliteraient la situation des bolcheviks en cachant leur butin et leur pillage sous une formule d&#233;mocratique. La diplomatie bolchevique aurait des raisons suffisantes pour ne pas vouloir sonder trop profond&#233;ment l'essence politique de leurs formules all&#233;chantes, ou plut&#244;t pour ne pas la r&#233;v&#233;ler aux yeux du monde. En d'autres termes, K&#252;hlmann esp&#233;rait parvenir &#224; un accord tacite avec nous. Il nous rembourserait dans notre belle formule, et nous lui donnerions l'occasion d'obtenir des provinces et des nationalit&#233;s enti&#232;res au profit des Empires Centraux sans aucune protestation de notre part.Aux yeux des classes ouvri&#232;res allemandes, donc, cette annexion violente recevrait la sanction de la R&#233;volution russe. Lorsque, au cours des n&#233;gociations, nous avons clairement indiqu&#233; que nous ne discutions pas de simples formules vides et de paravents d&#233;coratifs cachant un march&#233; secret, mais des fondements d&#233;mocratiques de la cohabitation des nations, K&#252;hlmann a pris cela pour une violation malveillante d'un accord tacite. Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.nous avons pr&#233;cis&#233; qu'il ne s'agissait pas de simples formules vides et d'&#233;crans d&#233;coratifs cachant un march&#233; secret, mais des fondements d&#233;mocratiques de la cohabitation des nations, K&#252;hlmann l'a pris comme une violation malveillante d'un accord tacite. Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.nous avons pr&#233;cis&#233; qu'il ne s'agissait pas de simples formules vides et d'&#233;crans d&#233;coratifs cachant un march&#233; secret, mais des fondements d&#233;mocratiques de la cohabitation des nations, K&#252;hlmann l'a pris comme une violation malveillante d'un accord tacite. Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.Pour rien au monde, il ne bougerait m&#234;me d'un pouce de sa formule du 25 d&#233;cembre. S'appuyant sur sa logique bureaucratique et juridique raffin&#233;e, il fit de son mieux pour prouver au monde qu'il n'y avait aucune diff&#233;rence entre le noir et le blanc, et que ce n'&#233;tait que par notre volont&#233; malveillante que nous insistions l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comte Czernin, repr&#233;sentant de l'Autriche-Hongrie, joua &#224; ces n&#233;gociations un r&#244;le que personne n'appellerait impressionnant ou digne. Il seconda maladroitement et entreprit &#224; l'air des moments critiques, au nom de K&#252;hlmann, de faire les d&#233;clarations les plus violentes et les plus cyniques. Par contre, le g&#233;n&#233;ral Hoffman introduisait souvent une note des plus rafra&#238;chissantes dans les n&#233;gociations. Sans faire semblant d'avoir une grande sympathie pour les subtilit&#233;s diplomatiques de K&#252;hlmann, le g&#233;n&#233;ral Hoffman a frapp&#233; &#224; plusieurs reprises sa botte de soldat sur la table, au cours de laquelle les d&#233;bats juridiques les plus complexes ont &#233;t&#233; men&#233;s. Pour notre part, nous ne doutons pas un instant qu'&#224; ces n&#233;gociations la botte du g&#233;n&#233;ral Hoffman &#233;tait la seule r&#233;alit&#233; s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence des repr&#233;sentants de la Kieff Rada aux n&#233;gociations &#233;tait un grand atout entre les mains de K&#252;hlmann. Pour la petite bourgeoisie ukrainienne, alors au pouvoir, sa &#171; reconnaissance &#187; par les gouvernements capitalistes d'Europe semblait la chose la plus importante au monde. Au d&#233;but, la Rada avait offert ses services aux imp&#233;rialistes alli&#233;s et en avait tir&#233; de l'argent de poche. Elle envoya alors des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; Brest-Litovsk afin d'obtenir des gouvernements austro-allemands, dans le dos des peuples de Russie, la reconnaissance de leur l&#233;gitime naissance. A peine les diplomates de Kieff s'&#233;taient-ils engag&#233;s sur la voie des relations &#171; internationales &#187; qu'ils manifestaient le m&#234;me regard et le m&#234;me niveau moral qui avaient jusqu'alors caract&#233;ris&#233;s les petits politiciens balkaniques. MM. K&#252;hlmann et Czernin, bien s&#251;r,ne se faisait aucune illusion sur la solvabilit&#233; du nouveau partenaire aux n&#233;gociations. Mais ils se sont rendu compte &#224; juste titre que par la pr&#233;sence des d&#233;l&#233;gu&#233;s de Kieff, le jeu &#233;tait vou&#233; &#224; devenir plus compliqu&#233;, mais aussi plus prometteur pour eux. Lors de leur premi&#232;re apparition &#224; Brest-Litovsk, la d&#233;l&#233;gation Kieff a d&#233;fini l'Ukraine comme une partie int&#233;grante de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Russie naissante. C'&#233;tait un embarras &#233;vident pour les diplomates des puissances centrales, dont le souci principal &#233;tait de faire de la R&#233;publique russe une nouvelle p&#233;ninsule balkanique. Lors de leur seconde comparution, les diplomates de la Rada ont d&#233;clar&#233;, sous la dict&#233;e de la diplomatie austro-allemande, qu'&#224; partir de ce moment l'Ukraine ne souhaitait plus faire partie de la F&#233;d&#233;ration de Russie et constituerait d&#233;sormais une R&#233;publique ind&#233;pendante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de donner aux lecteurs une id&#233;e claire de la situation dans laquelle se trouvait le gouvernement sovi&#233;tique &#224; la derni&#232;re &#233;tape des n&#233;gociations de paix, je crois utile de reproduire ici les principaux passages du discours que l'auteur de ces lignes a prononc&#233;, ainsi que le commissaire du peuple aux affaires &#233;trang&#232;res, lors de la s&#233;ance du Comit&#233; ex&#233;cutif central du 27 f&#233;vrier 1918.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE DISCOURS DU COMMISSAIRE DU PEUPLE AUX AFFAIRES &#201;TRANG&#200;RES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Camarades, &#8211; la Russie des Soviets n'a pas seulement &#224; construire le nouveau, mais aussi &#224; r&#233;sumer les r&#233;sultats du pass&#233; et, dans une certaine mesure &#8211; dans une tr&#232;s large mesure m&#234;me &#8211; &#224; r&#233;gler les anciens comptes, surtout les comptes de la guerre actuelle qui dure maintenant depuis trois ans et demi. La guerre a &#233;t&#233; un test des ressources &#233;conomiques des nations bellig&#233;rantes. Le sort de la Russie, pays pauvre et arri&#233;r&#233;, &#233;tait une guerre d'usure, pr&#233;d&#233;termin&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Dans le puissant conflit des machines militaires, le r&#244;le d&#233;cisif appartenait, en dernier ressort, &#224; la capacit&#233; des nations respectives d'adapter leur industrie dans les plus brefs d&#233;lais, et ainsi de se produire encore et encore, avec une rapidit&#233; et une rapidit&#233; sans cesse croissantes. des quantit&#233;s toujours plus importantes,les engins de destruction qui se sont us&#233;s en un rien de temps dans ce terrible massacre des nations. Au d&#233;but de la guerre, tout ou presque tous les pays, m&#234;me les plus arri&#233;r&#233;s, pouvaient &#234;tre en possession de puissants engins de destruction, puisque ces machines pouvaient &#234;tre obtenues &#224; l'&#233;tranger. Tous les pays arri&#233;r&#233;s les poss&#233;daient, y compris la Russie. Mais la guerre &#233;puise bient&#244;t son capital mort, &#224; moins qu'il ne soit constamment reconstitu&#233;. La puissance militaire de chaque pays entra&#238;n&#233; dans le tourbillon de la guerre mondiale &#233;tait mesur&#233;e par sa capacit&#233; &#224; fabriquer des armes &#224; feu, des obus et d'autres engins de destruction par ses propres moyens pendant la guerre elle-m&#234;me. Si la guerre avait d&#233;cid&#233; en tr&#232;s peu de temps la question du rapport de force, la Russie, th&#233;oriquement parlant, aurait pu sortir du c&#244;t&#233; victorieux. Mais la guerre s'&#233;ternisait,et ne l'a fait nullement par accident. Le simple fait qu'au cours du demi-si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent toute politique internationale s'&#233;tait r&#233;duite &#224; l'&#233;tablissement de ce qu'on appelle l'&#233;quilibre des forces, que l'EI, &#224; la plus grande &#233;galisation possible des forces militaires des adversaires, &#233;tait li&#233;, aux yeux de la force et la richesse des nations capitalistes modernes, pour faire de la guerre une entreprise de longue haleine. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, d'abord et avant tout, l'&#233;puisement des pays les plus pauvres et les moins d&#233;velopp&#233;s &#233;conomiquement.faire de la guerre une entreprise de longue haleine. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, d'abord et avant tout, l'&#233;puisement des pays les plus pauvres et les moins d&#233;velopp&#233;s &#233;conomiquement.faire de la guerre une entreprise de longue haleine. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233;, d'abord et avant tout, l'&#233;puisement des pays les plus pauvres et les moins d&#233;velopp&#233;s &#233;conomiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre le pays le plus puissant au sens militaire, en raison du puissant d&#233;veloppement de son industrie et de la nouvelle structure rationnelle et moderne de cette industrie &#224; c&#244;t&#233; de la structure archa&#239;que de son &#201;tat. La France, avec son syst&#232;me &#233;conomique largement bas&#233; sur la petite production, s'est av&#233;r&#233;e tr&#232;s en retard sur l'Allemagne, tandis que m&#234;me un empire colonial aussi puissant que l'Angleterre s'est montr&#233; plus faible que l'Allemagne, en raison du caract&#232;re plus conservateur et routinier de ses industries. Lorsque la volont&#233; de l'Histoire a somm&#233; la Russie r&#233;volutionnaire d'engager des n&#233;gociations de paix, nous n'avions aucun doute que, faute d'intervention de la puissance d&#233;cisive du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire mondial, nous devions payer int&#233;gralement plus de trois ans et demi de guerre.Nous savions parfaitement que l'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait un ennemi impr&#233;gn&#233; de la conscience de sa propre force colossale, telle qu'elle s'est manifest&#233;e de mani&#232;re si flagrante dans la guerre actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les arguments des cliques bourgeoises qui ne cessent de nous dire que nous aurions &#233;t&#233; incomparablement plus forts si nous avions men&#233; nos n&#233;gociations de paix avec nos alli&#233;s sont fondamentalement faux. Si nous devions poursuivre, dans un avenir lointain, les n&#233;gociations de paix avec les Alli&#233;s, nous aurions d&#251;, en premier lieu, continuer la guerre ; mais vu comment notre pays &#233;tait &#233;puis&#233; et affaibli, sa continuation, non sa cessation, aurait conduit &#224; un &#233;puisement et &#224; une ruine suppl&#233;mentaires. Nous aurions donc d&#251; payer la facture de la guerre dans des conditions encore plus d&#233;favorables pour nous. M&#234;me si le camp auquel la Russie avait adh&#233;r&#233; &#224; cause des intrigues internationales du tsarisme et de la bourgeoisie - le camp, c'est-&#224;-dire&#224; la t&#234;te de laquelle se trouve la Grande-Bretagne - devrait sortir de la guerre tout &#224; fait victorieuse (en admettant pour le moment cette &#233;ventualit&#233; assez improbable), il ne s'ensuit pas, camarades, que notre pays serait &#233;galement sorti vainqueur, puisque la Russie, &#224; l'int&#233;rieur de cette camp victorieux, aurait &#233;t&#233; encore plus &#233;puis&#233; et ruin&#233; par la longue guerre qu'il ne l'est maintenant. Les ma&#238;tres de ce camp, qui auraient r&#233;colt&#233; tous les fruits de la victoire, c'est-&#224;-dire l'Angleterre et l'Am&#233;rique, auraient, dans leur traitement de notre pays, fait preuve des m&#234;mes m&#233;thodes que celles employ&#233;es par l'Allemagne lors des n&#233;gociations de paix. Il serait absurde et pu&#233;ril, en &#233;valuant la politique des pays imp&#233;rialistes, de partir d'autres pr&#233;misses que leur pur int&#233;r&#234;t et leur force mat&#233;rielle. Par cons&#233;quent, si nous, en tant que nation,sommes maintenant affaiblis face au monde imp&#233;rialiste, nous le sommes. non pas parce que nous avons rompu avec le cercle ardent de la guerre apr&#232;s avoir auparavant secou&#233; les cha&#238;nes des obligations militaires internationales - non, nous sommes affaiblis par la m&#234;me politique du tsarisme et des classes bourgeoises contre lesquelles nous nous sommes battus, en tant que parti r&#233;volutionnaire, &#224; la fois avant et pendant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous souvenez, camarades, des conditions dans lesquelles nos d&#233;l&#233;gu&#233;s se sont rendus la derni&#232;re fois &#224; Brest-Litovsk, en direct d'une des s&#233;ances du IIIe Congr&#232;s panrusse des soviets. Nous vous avions alors inform&#233; de l'&#233;tat des n&#233;gociations et des exigences de l'ennemi. Ces demandes, comme vous vous en souvenez sans doute, &#233;quivalaient &#224; des revendications annexionnistes d&#233;guis&#233;es, ou plut&#244;t &#224; moiti&#233; d&#233;guis&#233;es, sur la Lituanie, la Courlande, une partie de la Livonie, les &#238;les du Son de la Lune, et une indemnit&#233; &#224; moiti&#233; masqu&#233;e que nous avons ensuite calcul&#233;e &#224; six &#224; huit ou m&#234;me dix milliards de roubles. Dans l'intervalle, qui dura dix jours,de graves troubles &#233;clat&#232;rent en Autriche et des gr&#232;ves eurent lieu parmi les masses laborieuses - le premier acte de reconnaissance de nos m&#233;thodes de conduite des n&#233;gociations de paix de la part du prol&#233;tariat des puissances centrales face aux exigences annexionnistes de l'imp&#233;rialisme allemand. Comme sont mis&#233;rables les all&#233;gations de la presse bourgeoise, selon lesquelles il nous a fallu deux mois de conversation avec K&#252;hlmann avant de d&#233;couvrir que les imp&#233;rialistes allemands exigeraient des termes de voleurs. Non, nous le savions avant. Mais nous avons essay&#233; de faire de nos &#171; conversations &#187; avec les repr&#233;sentants de l'imp&#233;rialisme allemand un moyen de renforcer les forces qui luttaient contre lui. Nous n'avons promis &#224; cet &#233;gard aucun miracle,mais nous affirmions que notre voie &#233;tait la seule voie encore &#224; la disposition de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire pour assurer les chances de son d&#233;veloppement ult&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On peut se plaindre que le prol&#233;tariat des autres pays, en particulier des Empires centraux, passe trop lentement &#224; une lutte r&#233;volutionnaire ouverte. Oui, le rythme de son avance est beaucoup trop lent. Mais en Autriche-Hongrie nous avons assist&#233; &#224; un mouvement qui a pris les proportions d'un &#233;v&#233;nement national et qui a &#233;t&#233; le r&#233;sultat direct et imm&#233;diat des n&#233;gociations de Brest-Litovsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de partir d'ici, nous avons discut&#233; de la question ensemble, et nous avons dit que nous n'avions aucune raison de croire que cette vague balayerait le militarisme austro-hongrois. Si nous avions &#233;t&#233; convaincus du contraire, nous aurions certainement donn&#233; l'engagement si vivement demand&#233; de nous par certaines personnes, &#224; savoir que nous ne signerions jamais un trait&#233; s&#233;par&#233; avec l'Allemagne. J'ai dit &#224; l'&#233;poque qu'il nous &#233;tait impossible de prendre un tel engagement, car cela aurait &#233;t&#233; &#233;quivalent &#224; nous engager &#224; vaincre l'imp&#233;rialisme allemand. Nous n'avions pas le secret d'une telle victoire entre nos mains, et dans la mesure o&#249; nous ne pouvions pas nous engager &#224; changer l'&#233;quilibre et la corr&#233;lation des puissances du monde dans un tr&#232;s court laps de temps, nous avons d&#233;clar&#233; ouvertement et honn&#234;tement que le gouvernement r&#233;volutionnaire pourrait , dans certaines circonstances,&#234;tre oblig&#233; d'accepter une paix annexionniste. Car non pas l'acceptation d'une paix impos&#233;e par le cours des &#233;v&#233;nements, mais une tentative de cacher son caract&#232;re pr&#233;dateur &#224; notre propre peuple aurait &#233;t&#233; le d&#233;but de la fin du gouvernement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous signalions que nous partions pour Brest afin de continuer les n&#233;gociations dans des circonstances qui nous devenaient apparemment plus favorables et moins avantageuses pour nos adversaires. Nous observions les &#233;v&#233;nements en Autriche-Hongrie, et diverses circonstances nous ont fait penser que, comme l'ont laiss&#233; entendre des porte-parole socialistes au Reichstag, l'Allemagne &#233;tait &#224; la veille d'&#233;v&#233;nements similaires. Telles &#233;taient nos esp&#233;rances, et puis, au cours des premiers jours de notre nouveau s&#233;jour &#224; Brest, la radio nous apporta via Vilna la premi&#232;re nouvelle qu'un formidable mouvement de gr&#232;ve avait &#233;clat&#233; &#224; Berlin, qui, comme le mouvement en Autriche-Hongrie, &#233;tait le r&#233;sultat direct des n&#233;gociations de Brest-Litovsk. Mais, comme il arrive souvent, en raison du caract&#232;re &#171; dialectique &#187;, &#224; double tranchant, de la lutte des classes,c'est pr&#233;cis&#233;ment ce basculement puissant du mouvement prol&#233;tarien, tel que l'Allemagne n'en avait jamais vu auparavant, qui a r&#233;veill&#233; les classes poss&#233;dantes et les a amen&#233;es &#224; resserrer leurs rangs et &#224; adopter une attitude plus inconciliable. Les classes dirigeantes allemandes ne sont que trop impr&#233;gn&#233;es de l'instinct de conservation, et elles ont compris que toute concession, m&#234;me partielle, dans de telles circonstances, alors qu'elles &#233;taient press&#233;es par les masses de leur propre peuple, aurait &#233;t&#233; &#233;quivalente &#224; une capitulation devant l'id&#233;e de r&#233;volution. C'est pourquoi, apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode de conf&#233;rences, alors que K&#252;hlmann avait d&#233;lib&#233;r&#233;ment retard&#233; les n&#233;gociations soit en ajournant les s&#233;ances, soit en les gaspillant sur des questions de forme mineures, il se sentit, d&#232;s que la gr&#232;ve fut r&#233;prim&#233;e et ses ma&#238;tres, , &#233;taient pour le moment hors de danger,il reprit ses vieux accents de pleine assurance et redoubla d'agressivit&#233;. Nos n&#233;gociations se sont compliqu&#233;es du fait de la participation de la Kieff Rada. Nous avons rapport&#233; les faits de l'affaire la derni&#232;re fois. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la Rada font leur apparition &#224; un moment o&#249; la Rada repr&#233;sente encore une organisation assez forte en Ukraine et o&#249; l'issue de la lutte n'est pas encore tranch&#233;e. Juste &#224; ce moment-l&#224;, nous f&#238;mes &#224; la Rada une offre officielle pour conclure avec nous un accord d&#233;finitif, dont le terme principal &#233;tait notre demande que la Rada proclame Kaledin et Korniloff ennemis de la R&#233;volution et s'abstienne de s'immiscer dans notre combat contre eux. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s du Kieff sont arriv&#233;s au moment o&#249; nous caressions l'espoir de nous mettre d'accord avec lui sur les deux fronts.Nous avions d&#233;j&#224; clairement indiqu&#233; &#224; la Rada que tant qu'elle &#233;tait reconnue par le peuple ukrainien, nous devions l'admettre aux n&#233;gociations en tant que membre ind&#233;pendant de la Conf&#233;rence. Mais &#224; mesure que les choses se d&#233;veloppaient en Russie et en Ukraine, et que l'antagonisme entre les masses d&#233;mocratiques et la Rada devenait de plus en plus profond, la disposition de la Rada augmentait &#233;galement &#224; conclure toute sorte de paix avec les puissances centrales, et, si n&#233;cessaire , pour inviter l'imp&#233;rialisme allemand &#224; intervenir dans les affaires int&#233;rieures de la R&#233;publique ukrainienne afin de soutenir la Rada contre la r&#233;volution russe.et l'antagonisme entre les masses d&#233;mocratiques et la Rada devenait de plus en plus profond, la disposition de la Rada augmentait &#233;galement pour conclure toute sorte de paix avec les puissances centrales, et, si n&#233;cessaire, pour inviter l'imp&#233;rialisme allemand &#224; intervenir dans les affaires int&#233;rieures de la R&#233;publique ukrainienne afin de soutenir la Rada contre la r&#233;volution russe.et l'antagonisme entre les masses d&#233;mocratiques et la Rada devenait de plus en plus profond, la disposition de la Rada augmentait &#233;galement pour conclure toute sorte de paix avec les puissances centrales, et, si n&#233;cessaire, pour inviter l'imp&#233;rialisme allemand &#224; intervenir dans les affaires int&#233;rieures de la R&#233;publique ukrainienne afin de soutenir la Rada contre la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 f&#233;vrier, nous avons appris que les n&#233;gociations de paix entre la Rada et les puissances centrales s'&#233;taient achev&#233;es avec succ&#232;s dans notre dos. Le 9 f&#233;vrier &#233;tait l'anniversaire du prince L&#233;opold de Bavi&#232;re et, comme c'est la coutume dans les pays monarchiques, l'acte solennel et historique de la signature du trait&#233; a &#233;t&#233; fix&#233; pour ce jour de f&#234;te - avec l'accord ou non de la Rada, nous ne le savons pas. Le g&#233;n&#233;ral Hoffman fit tirer un salut de l'artillerie en l'honneur de L&#233;opold de Bavi&#232;re, apr&#232;s avoir pr&#233;alablement demand&#233; aux Ukrainiens la permission de le faire, car, selon ce trait&#233;, Brest-Litovsk avait &#233;t&#233; incorpor&#233;e &#224; l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, au moment m&#234;me o&#249; le g&#233;n&#233;ral Hoffman demandait &#224; la Kieff Rada l'autorisation de tirer un salut en l'honneur du prince L&#233;opold, les &#233;v&#233;nements avaient tellement avanc&#233; qu'&#224; l'exception de Brest-Litovsk, peu de territoire restait sous l'autorit&#233; de la Rada. . Forts des t&#233;l&#233;grammes que nous avions re&#231;us de P&#233;trograd, nous informions officiellement les d&#233;l&#233;gu&#233;s des puissances centrales que la Kieff Rada n'existait plus, ce qui n'&#233;tait pas sans importance pour le cours des n&#233;gociations de paix. Nous avons propos&#233; au comte Czernin d'envoyer des repr&#233;sentants, accompagn&#233;s de nos officiers, sur le territoire de l'Ukraine afin de voir sur place si son co-associ&#233;, le Kieff Rada, existait encore ou non. Czernin a d'abord sembl&#233; sauter &#224; l'id&#233;e,mais lorsque nous pos&#226;mes la question de savoir si le trait&#233; avec la d&#233;l&#233;gation de Kieff ne serait sign&#233; qu'apr&#232;s le retour de ses messagers ou non, il commen&#231;a &#224; h&#233;siter et promit de consulter K4llhmann, et l'ayant fait, nous envoya une r&#233;ponse n&#233;gative. C'&#233;tait le 8 f&#233;vrier, et le lendemain ils furent oblig&#233;s de signer le trait&#233;. Cela n'a subi aucun retard, non seulement &#224; cause de l'anniversaire du prince L&#233;opold, mais aussi &#224; cause d'une circonstance plus grave, que, bien s&#251;r, K&#252;hlmann avait expliqu&#233;e &#224; Czernin : &#171; Si nous envoyons nos repr&#233;sentants en Ukraine maintenant, ils d&#233;couvriront peut-&#234;tre que la Rada n'existe plus, et alors nous n'aurions &#224; faire face qu'aux d&#233;l&#233;gu&#233;s russes ; ce qui, bien s&#251;r, contrecarrerait grandement nos chances de n&#233;gocier. &#187; Les d&#233;l&#233;gu&#233;s austro-hongrois nous ont dit : &#171; Laissons de c&#244;t&#233; la question des principes,placez le probl&#232;me sur une base pratique &#8211; alors les d&#233;l&#233;gu&#233;s allemands essaieront de vous rencontrer. Il est impossible que les Allemands veuillent continuer la guerre pour le bien, par exemple, des &#238;les du Son de la Lune, si vous formulez plus concr&#232;tement vos revendications... l'attitude de vos coll&#232;gues, les d&#233;l&#233;gu&#233;s allemands. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons discut&#233; de la question du droit &#224; l'autod&#233;termination des Lituaniens, des Polonais, des Lettons, des Esthoniens, etc., et avons &#233;lucid&#233; le fait qu'il n'y a aucune chance pour l'autod&#233;termination de ces petites nations. Voyons maintenant quel type d'autod&#233;termination vous avez l'intention d'attribuer au peuple russe, et quels sont les plans et dispositifs militaires strat&#233;giques derri&#232;re votre prise des &#238;les de la Lune. Les &#238;les de la Lune, faisant partie de la R&#233;publique esthonienne,en tant que possession de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale de Russie, ont une valeur d&#233;fensive, tandis qu'entre les mains de l'Allemagne, ils sont des moyens d'offensive et constituent une menace pour les centres les plus vitaux de notre pays, en particulier pour P&#233;trograd. Mais, bien s&#251;r, Hoffman n'avait pas la moindre intention de faire des concessions. Puis vint le moment d&#233;cisif. Nous ne pouvions pas d&#233;clarer la guerre &#8211; nous &#233;tions trop faibles. L'arm&#233;e &#233;tait dans un &#233;tat de compl&#232;te dissolution interne. Pour sauver notre pays de la ruine, il fallait r&#233;tablir l'organisation int&#233;rieure des masses laborieuses. Cette union morale ne pouvait s'&#233;tablir que par un travail constructif dans les villages, &#224; l'atelier et &#224; l'usine. Les masses, qui avaient travers&#233; les souffrances colossales et les exp&#233;riences catastrophiques de la guerre, devaient &#234;tre ramen&#233;es aux champs et aux usines,o&#249; ils pourraient &#234;tre rajeunis moralement et physiquement par le travail et ainsi &#234;tre en mesure de cr&#233;er la discipline interne n&#233;cessaire. Il n'y avait pas d'autre voie de salut pour notre pays, qui devait payer le prix des p&#233;ch&#233;s commis par le tsarisme et la bourgeoisie. Nous avons &#233;t&#233; forc&#233;s de sortir de la guerre et de sortir notre arm&#233;e du massacre. En m&#234;me temps, nous d&#233;clarions sans d&#233;tour &#224; l'imp&#233;rialisme allemand : &#171; Les conditions de paix que vous nous forcez &#224; accepter sont celles de la violence et du pillage. Nous ne pouvons pas vous permettre, diplomates, de dire aux ouvriers allemands : &#171; Vous avez qualifi&#233; nos revendications d'annexionnistes ; regardez ici, ces demandes ont &#233;t&#233; sign&#233;es par la r&#233;volution russe ! Oui, nous sommes faibles, 'nous ne pouvons pas nous battre actuellement,mais nous avons assez de courage r&#233;volutionnaire pour vous dire que nous ne signerons jamais de notre plein gr&#233; les termes que vous &#233;crivez avec votre &#233;p&#233;e sur les corps des peuples vivants. Nous avons refus&#233; de donner nos signatures, et je crois, camarades, que nous avons agi comme nous aurions d&#251; agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camarades, je ne veux pas dire qu'une nouvelle avanc&#233;e des Allemands contre nous est hors de question. Une telle d&#233;claration serait trop risqu&#233;e, compte tenu de la puissance du Parti imp&#233;rialiste allemand. Mais je pense que par la position que nous avons prise sur la question, nous avons fait de toute avanc&#233;e une affaire tr&#232;s embarrassante pour les militaristes allemands. Que se passerait-il s'ils devaient n&#233;anmoins avancer ? Il n'y a qu'une seule r&#233;ponse &#224; cette question. S'il est encore possible d'&#233;lever l'esprit dans les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;volutionnaires et les plus sains de notre pays &#233;puis&#233;, r&#233;duit qu'il est &#224; des d&#233;troits d&#233;sesp&#233;r&#233;s, s'il est encore possible &#224; la Russie de se lever pour la d&#233;fense de notre R&#233;volution et des territoires de la R&#233;volution , cela n'est possible qu'en raison de la situation actuelle, en raison de notre sortie de guerre et de notre refus de signer le trait&#233; de paix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LA SECONDE GUERRE ET LA SIGNATURE DE LA PAIX.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement allemand, pendant les premiers jours qui suivirent la rupture des n&#233;gociations, h&#233;sita, incertain quant &#224; la marche &#224; suivre. choisir. Les politiciens et les diplomates pensaient apparemment que l'essentiel &#233;tait accompli et qu'il n'y avait pas lieu de courir apr&#232;s nos signatures. Les militaires, cependant, &#233;taient en toutes circonstances pr&#234;ts &#224; briser le cadre trac&#233; par le gouvernement allemand dans le trait&#233; de Brest-Litovsk. Le professeur Kriege, conseiller de la d&#233;l&#233;gation allemande, d&#233;clara &#224; l'un de nos d&#233;l&#233;gu&#233;s que, dans les conditions actuelles, il ne pouvait &#234;tre question d'une nouvelle offensive allemande contre la Russie. Le comte Mirbach, alors &#224; la t&#234;te de la mission allemande en Russie, partit pour Berlin nous assurant qu'un accord satisfaisant sur l'&#233;change de prisonniers avait &#233;t&#233; trouv&#233;. Mais tout cela n'a pas emp&#234;ch&#233; le g&#233;n&#233;ral Hoffman d'annoncer,le cinqui&#232;me jour apr&#232;s la rupture des n&#233;gociations, la fin de l'armistice, le pr&#233;avis de sept jours &#233;tant anticip&#233; par lui du jour de la derni&#232;re s&#233;ance &#224; Brest. Il serait vraiment d&#233;plac&#233; de perdre du temps ici, dans une juste indignation devant cet acte d&#233;shonorant, car il n'est que conforme &#224; la morale diplomatique et militaire g&#233;n&#233;rale de toutes les classes dirigeantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle offensive allemande se d&#233;veloppa dans des conditions mortelles pour la Russie. Au lieu de l'avertissement convenu de sept jours, nous n'avions que deux jours. Cela s&#232;me la panique dans les rangs de l'arm&#233;e, d&#233;j&#224; en &#233;tat de dissolution chronique. Il ne pouvait gu&#232;re &#234;tre question de r&#233;sistance. Les soldats ne croiraient pas que les Allemands avanceraient, apr&#232;s que nous ayons d&#233;clar&#233; la fin de l'&#233;tat de guerre. La retraite affol&#233;e paralysa m&#234;me la volont&#233; de ces r&#233;giments individuels qui &#233;taient pr&#234;ts &#224; prendre des positions de combat. Dans les quartiers ouvriers de P&#233;trograd et de Moscou, l'indignation contre l'attaque allemande tra&#238;tresse et v&#233;ritablement flibuste ne connaissait pas de limites. Les ouvriers &#233;taient pr&#234;ts, en ces jours et ces nuits tragiques, &#224; s'enr&#244;ler dans l'arm&#233;e par dizaines de milliers. Mais l'organisation n&#233;cessaire &#233;tait loin derri&#232;re.Des d&#233;tachements de gu&#233;rilla individuels, pleins d'enthousiasme, ont per&#231;u leur impuissance lors de la premi&#232;re rencontre s&#233;rieuse avec les troupes r&#233;guli&#232;res allemandes, et cela a &#233;t&#233;, bien s&#251;r, suivi d'une nouvelle d&#233;pression des esprits. La vieille arm&#233;e, jadis mortellement bless&#233;e, tombait en morceaux et ne faisait que bloquer tous les chemins et d&#233;tours. La nouvelle arm&#233;e, au contraire, se levait beaucoup trop lentement au milieu de l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et de la terrible dislocation de l'industrie et des transports. Le seul v&#233;ritable obstacle s&#233;rieux sur le chemin de l'avance allemande &#233;tait les distances &#233;normes.et ne faisait que bloquer tous les chemins et d&#233;tours. La nouvelle arm&#233;e, au contraire, se levait beaucoup trop lentement au milieu de l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et de la terrible dislocation de l'industrie et des transports. Le seul v&#233;ritable obstacle s&#233;rieux sur le chemin de l'avance allemande &#233;tait les distances &#233;normes.et ne faisait que bloquer tous les chemins et d&#233;tours. La nouvelle arm&#233;e, au contraire, se levait beaucoup trop lentement au milieu de l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et de la terrible dislocation de l'industrie et des transports. Le seul v&#233;ritable obstacle s&#233;rieux sur le chemin de l'avance allemande &#233;tait les distances &#233;normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Autriche-Hongrie avait les yeux riv&#233;s principalement sur l'Ukraine. Par l'interm&#233;diaire de ses d&#233;l&#233;gu&#233;s, la Rada avait demand&#233; directement aux empires centraux une aide militaire contre les Sovi&#233;tiques, qui avaient alors obtenu une victoire compl&#232;te dans toute l'Ukraine. C'est ainsi que la d&#233;mocratie bourgeoise ukrainienne, dans sa lutte contre les ouvriers et les paysans les plus pauvres, avait volontairement ouvert les portes &#224; l'invasion &#233;trang&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps, le gouvernement de Svinhufvud cherchait l'aide des ba&#239;onnettes allemandes contre le prol&#233;tariat finlandais. Le militarisme allemand assumait tr&#232;s ouvertement, face au monde entier, le r&#244;le de bourreau de la r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les rangs de notre parti s'&#233;leva une vive discussion sur la question de savoir si nous devions, dans de telles conditions, nous soumettre &#224; l'ultimatum allemand et signer un nouveau trait&#233; qui, nous en &#233;tions tous bien convaincus, contiendrait des conditions bien plus on&#233;reuses que celles que nous avait &#233;t&#233; offert &#224; Brest-Litovsk. Les repr&#233;sentants d'une &#233;cole de pens&#233;e consid&#233;raient qu'&#224; l'heure actuelle, alors que les Allemands intervenaient effectivement dans les luttes internes sur le territoire de la R&#233;publique russe, il &#233;tait impensable de faire la paix dans une partie de la Russie et de rester passif tandis que dans le nord et au sud, les troupes allemandes instituaient un r&#233;gime de dictature bourgeoise. Une autre &#233;cole de pens&#233;e, &#224; la t&#234;te de laquelle se tenait L&#233;nine, soutenait que chaque intervalle, chaque r&#233;pit, aussi court soit-il,serait de la plus grande valeur pour la consolidation int&#233;rieure de la Russie et pour la restauration de sa capacit&#233; d'autod&#233;fense. Apr&#232;s que notre incapacit&#233; absolue &#224; nous d&#233;fendre &#224; l'heure actuelle contre les attaques de l'ennemi ait &#233;t&#233; si tragiquement d&#233;montr&#233;e devant tout le pays et le monde entier, notre conclusion de la paix serait comprise partout comme un acte impos&#233; par la cruelle loi de la corr&#233;lation des forces. Ce serait de la pure pu&#233;rilit&#233; que de fonder notre action sur une morale r&#233;volutionnaire abstraite. La question n'&#233;tait pas de savoir comment p&#233;rir avec honneur, mais comment, en fin de compte, nous pourrions vivre jusqu'&#224; la victoire. La r&#233;volution russe veut vivre, doit vivre,et doit par tous les moyens refuser d'&#234;tre entra&#238;n&#233;e dans la bataille bien au-del&#224; de ses forces, elle doit gagner du temps dans l'espoir que le mouvement r&#233;volutionnaire en Occident viendrait &#224; son secours. L'imp&#233;rialisme allemand &#233;tait toujours en prise &#233;troite et f&#233;roce avec le militarisme britannique et am&#233;ricain. Ce n'est que pour cette raison qu'il fut possible de conclure la paix entre l'Allemagne et la Russie. Nous ne devons pas laisser passer cette opportunit&#233;. Le bien-&#234;tre de la R&#233;volution &#233;tait la loi supr&#234;me. Nous devons accepter la paix que nous n'avons pas os&#233; refuser, nous devons gagner du temps pour un travail intensif &#224; l'int&#233;rieur, y compris la reconstruction de notre arm&#233;e.Le bien-&#234;tre de la R&#233;volution &#233;tait la loi supr&#234;me. Nous devons accepter la paix que nous n'avons pas os&#233; refuser, nous devons gagner du temps pour un travail intensif &#224; l'int&#233;rieur, y compris la reconstruction de notre arm&#233;e.Le bien-&#234;tre de la R&#233;volution &#233;tait la loi supr&#234;me. Nous devons accepter la paix que nous n'avons pas os&#233; refuser, nous devons gagner du temps pour un travail intensif &#224; l'int&#233;rieur, y compris la reconstruction de notre arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s du Parti communiste, comme au IVe Congr&#232;s des Soviets, les partisans de la paix &#233;taient majoritaires. Beaucoup de ceux qui, en janvier, s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; la signature du trait&#233; de paix de Brest sont d&#233;sormais favorables &#224; la paix. &#171; A cette &#233;poque, disaient-ils, notre signature aurait &#233;t&#233; comprise par les ouvriers anglais et fran&#231;ais comme une mis&#233;rable capitulation sans aucune tentative pour l'&#233;viter ; m&#234;me les insinuations basses des chauvins anglo-fran&#231;ais au sujet d'un accord secret entre le gouvernement sovi&#233;tique et les Allemands auraient pu &#234;tre quelque peu accept&#233;es par certaines sections des travailleurs d'Europe occidentale, si nous avions alors sign&#233; le trait&#233; de paix. Mais apr&#232;s notre refus de signer, apr&#232;s la nouvelle offensive allemande contre nous, apr&#232;s notre tentative de r&#233;sistance,apr&#232;s que notre faiblesse militaire aura &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;e au monde entier avec une si affreuse clart&#233;, personne n'osera nous reprocher d'avoir capitul&#233; sans lutter. Le trait&#233; de Brest-Litovsk, la deuxi&#232;me &#233;dition, plus on&#233;reuse, fut d&#251;ment sign&#233; et ratifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, en Ukraine et en Finlande, les bourreaux poursuivaient leur sombre besogne, mena&#231;ant de plus en plus les centres les plus vitaux de la Grande Russie. Ainsi, la question de l'existence m&#234;me de la Russie en tant que pays ind&#233;pendant est devenue indissolublement li&#233;e &#224; la question d'une r&#233;volution europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lorsque notre parti prenait les r&#234;nes du gouvernement, nous savions d'avance &#171; quelles difficult&#233;s nous devions sans doute rencontrer sur notre chemin. &#201;conomiquement, le pays avait &#233;t&#233; &#233;puis&#233; par la guerre au dernier degr&#233;. La R&#233;volution avait d&#233;truit l'ancien appareil administratif sans avoir eu l'occasion d'en cr&#233;er un nouveau &#224; sa place. Des millions d'ouvriers avaient &#233;t&#233; arrach&#233;s de force &#224; la vie &#233;conomique du pays, jet&#233;s hors de leur classe et bris&#233;s moralement et mentalement par trois ann&#233;es de guerre. Une industrie de guerre colossale sur des bases &#233;conomiques insuffisamment d&#233;velopp&#233;es avait aspir&#233; les forces vives de la nation, et sa d&#233;mobilisation pr&#233;sentait les plus grandes difficult&#233;s. Les ph&#233;nom&#232;nes ins&#233;parables de l'anarchie &#233;conomique et politique s'&#233;taient largement r&#233;pandus dans tout le pays.La paysannerie russe &#233;tait depuis des si&#232;cles soud&#233;e par la discipline barbare du pays et courb&#233;e d'en haut par la discipline de fer du tsarisme. L'&#233;tat de notre d&#233;veloppement &#233;conomique avait min&#233; une discipline et la R&#233;volution d&#233;truit l'autre. Psychologiquement, la R&#233;volution signifiait un &#233;veil de l'individualit&#233; humaine dans les masses paysannes. La forme anarchique sous laquelle ce r&#233;veil s'est exprim&#233; n'&#233;tait que le r&#233;sultat in&#233;vitable de la r&#233;pression pr&#233;c&#233;dente. Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.L'&#233;tat de notre d&#233;veloppement &#233;conomique avait min&#233; une discipline et la R&#233;volution d&#233;truit l'autre. Psychologiquement, la R&#233;volution signifiait un &#233;veil de l'individualit&#233; humaine dans les masses paysannes. La forme anarchique sous laquelle ce r&#233;veil s'est exprim&#233; n'&#233;tait que le r&#233;sultat in&#233;vitable de la r&#233;pression pr&#233;c&#233;dente. Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.L'&#233;tat de notre d&#233;veloppement &#233;conomique avait min&#233; une discipline et la R&#233;volution d&#233;truit l'autre. Psychologiquement, la R&#233;volution signifiait un &#233;veil de l'individualit&#233; humaine dans les masses paysannes. La forme anarchique sous laquelle ce r&#233;veil s'est exprim&#233; n'&#233;tait que le r&#233;sultat in&#233;vitable de la r&#233;pression pr&#233;c&#233;dente. Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.Il ne sera possible d'arriver &#224; l'&#233;tablissement d'un nouvel ordre de choses, fond&#233; sur le contr&#244;le de la production par les producteurs eux-m&#234;mes, que par une d&#233;livrance int&#233;rieure g&#233;n&#233;rale des formes anarchiques de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les classes poss&#233;dantes, bien qu'&#233;vinc&#233;es de force, refusent d'abandonner leurs positions sans combattre. La R&#233;volution a pos&#233; sous une forme aigu&#235; la question de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et des moyens de production, c'est-&#224;-dire la question. de la vie et de la mort des classes exploiteuses. Politiquement, cela signifie une guerre civile constante &#8211; parfois secr&#232;te, parfois ouverte &#8211; am&#232;re. A son tour, la guerre civile entra&#238;ne n&#233;cessairement dans le mouvement des masses laborieuses des tendances anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la dislocation de la finance, de l'industrie, des transports et de l'approvisionnement alimentaire, une guerre civile prolong&#233;e, par cons&#233;quent, ne manquera pas de causer des difficult&#233;s gigantesques sur la voie du travail constructif de l'organisation. N&#233;anmoins, le r&#233;gime sovi&#233;tique a parfaitement le droit d'envisager l'avenir avec confiance. Seul un inventaire exact des ressources du pays ; seulement un plan national universel d'organisation de la production ; seule une distribution prudente et &#233;conomique de tous les produits peut sauver le pays. Et ce n'est que du socialisme. Soit une descente &#224; l'&#233;tat de simple colonie, soit une transformation socialiste, telle est l'alternative qui se pr&#233;sente &#224; notre pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette guerre a sap&#233; les fondements de tout le monde capitaliste, et c'est en cela que r&#233;side notre force invincible. L'anneau imp&#233;rialiste qui nous &#233;touffe sera bris&#233; par une r&#233;volution prol&#233;tarienne. Nous n'en doutons pas plus un instant que nous n'avons jamais dout&#233; de la chute finale de Tsardorn pendant les longues d&#233;cennies de notre travail souterrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutter, resserrer nos rangs, instaurer une discipline du travail et un ordre socialiste, augmenter la productivit&#233; du travail, et ne pas &#234;tre rebut&#233; par aucun obstacle, tel est notre mot d'ordre. L'histoire travaille pour nous. Une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Europe et en Am&#233;rique &#233;clatera t&#244;t ou tard, et elle lib&#233;rera non seulement l'Ukraine, la Pologne, la Lituanie, la Courlande et la Finlande, mais toute l'humanit&#233; souffrante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de 1919 en France trahies par les syndicats...</title>
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		<dc:date>2025-09-22T22:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de 1919 en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand la r&#233;volution ouvri&#232;re en France aurait pu renverser l'imp&#233;rialisme mondial, les syndicats l'ont sauv&#233;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'&#233;clatent les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires en France, peu apr&#232;s la fin de la premi&#232;re guerre mondiale, la situation mondiale est r&#233;volutionnaire. La situation n'est pas stabilis&#233;e, ni au plan &#233;conomique, ni social, ni politique. Les peuples en ont marre et se r&#233;voltent partout. Les soviets sont une perspective pour tous et pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/une_du_populaire_journal_socialiste_3_juin_1919.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/une_du_populaire_journal_socialiste_3_juin_1919.jpg' width=&#034;1261&#034; height=&#034;780&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/le-libertaire-8-juin-1919v.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/le-libertaire-8-juin-1919v.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;1353&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_18182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/le-libertaire-8-juin-1919.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://matierevolution.fr/IMG/jpg/le-libertaire-8-juin-1919.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;667&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires de 1919 en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand la r&#233;volution ouvri&#232;re en France aurait pu renverser l'imp&#233;rialisme mondial, les syndicats l'ont sauv&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'&#233;clatent les gr&#232;ves r&#233;volutionnaires en France, peu apr&#232;s la fin de la premi&#232;re guerre mondiale, la situation mondiale est r&#233;volutionnaire. La situation n'est pas stabilis&#233;e, ni au plan &#233;conomique, ni social, ni politique. Les peuples en ont marre et se r&#233;voltent partout. Les soviets sont une perspective pour tous et pas seulement en Russie. La Russie, m&#234;me gravement menac&#233;e militairement, n'est pas encore isol&#233;e. Rien n'est stable en Europe et pas m&#234;me ses grandes puissances imp&#233;rialistes, vaincues comme l'Allemagne ou vainqueur comme la France et l'Angleterre ou encore moiti&#233;-moiti&#233; comme l'Italie. Partout la r&#233;volution prol&#233;tarienne menace de rejoindre la Russie des soviets contre la domination mondiale imp&#233;rialiste. La situation de l'Allemagne est d&#233;terminante mais celle de la France p&#232;se aussi d'un grand poids. La principale force imp&#233;rialiste et contre-r&#233;volutionnaire en Europe est la France. Une lutte prol&#233;tarienne r&#233;volutionnaire en France serait un tr&#232;s grand signal. La bourgeoisie et les forces r&#233;formistes ne s'y trompent pas et elles manoeuvrent de mani&#232;re tr&#232;s serr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les gr&#232;ves, dit le courageux syndicaliste r&#233;volutionnaire Monatte, fusent de tous c&#244;t&#233;s.&#034; Mais sa situation de faillite &#034;ne permet pas &#224; la C.G.T. de les conduire&#034;. Il faut un appareil nouveau. Il n'est pas possible de suspendre le mouvement jusqu'&#224; ce qu'on ait pu b&#226;tir l'organisation n&#233;cessaire pour le diriger. D'un autre c&#244;t&#233;, ces gr&#232;ves spontan&#233;es qui tendent &#224; se transformer en initiatives r&#233;volutionnaires ne peuvent mener &#224; la victoire sans l'existence d'une organisation r&#233;volutionnaire authentique qui ne mente pas aux travailleurs, qui ne les trompe pas, qui ne les enlise pas dans les cloaques du parlementarisme ou de la collaboration de classes, mais les conduise, sans d&#233;vier d'un pouce, vers le but final. Une telle organisation est encore &#224; cr&#233;er.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;O&#249; va-t-on ? o&#249; va-t-on ? De m&#233;contentement en m&#233;contentement, de gr&#232;ve en gr&#232;ve, de gr&#232;ve mi-corporative et mi-politique en gr&#232;ve purement politique, on va tout droit &#224; la faillite de la bourgeoisie, c'est-&#224;-dire &#224; la r&#233;volution. Les masses m&#233;contentes font de larges pas sur cette voie.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce qu'&#233;crit la Vie ouvri&#232;re, le journal de Monatte et de Rosmer [4]. Les repr&#233;sentants r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat fran&#231;ais, son noyau communiste - aussi bien d'origine socialiste que d'origine syndicaliste - ne sont pas tr&#232;s nombreux, mais ils ont une connaissance claire et compl&#232;te des objectifs du mouvement prol&#233;tarien. Ils auront pour t&#226;che d'int&#233;grer solidement parmi eux les nouveaux dirigeants qui surgissent pendant les gr&#232;ves, dans les manifestations et, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, au cours de toutes les actions du mouvement authentique des masses. Leur tache consiste &#224; assumer d&#232;s aujourd'hui, sans crainte des difficult&#233;s, la direction de ce mouvement spontan&#233;, et &#224; constituer sur le terrain leur propre organisation, un appareil n&#233; du soul&#232;vement direct du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mener &#224; bien cette t&#226;che, ils doivent rompre totalement avec la discipline des organisations qui sont contre-r&#233;volutionnaires, puisque oppos&#233;es aux objectifs fondamentaux du mouvement, en l'occurrence, le parti de Renaudel-Longuet et le syndicat de Jouhaux-Merrheim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les masses, certes, n'ont que faiblement r&#233;pondu &#224; l'appel &#224; la gr&#232;ve du 21 juillet pour protester contre l'intervention de l'entente dans les affaires russes [5]. Ce ne sont pas les ouvriers qui sont &#224; bl&#226;mer. Au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, les ouvriers en g&#233;n&#233;ral et les ouvriers fran&#231;ais en particulier ont &#233;t&#233; tromp&#233;s avec plus de m&#233;thode, plus de diabolique habilet&#233; que jamais auparavant dans l'histoire : jamais les cons&#233;quences n'en ont &#233;t&#233; aussi tragiques. La majorit&#233; de ces dirigeants qui pronon&#231;aient de m&#233;morables discours appelant les travailleurs &#224; lutter contre le capitalisme ont rev&#234;tu ouvertement en 1914 la livr&#233;e de l'imp&#233;rialisme. Les organisations officielles du syndicat et du parti, associ&#233;s dans l'esprit des travailleurs &#224; l'id&#233;e de leur &#233;mancipation, se sont faites les instruments du capitalisme. A partir de l&#224;, la classe ouvri&#232;re a connu non seulement d'incroyables difficult&#233;s d'organisation, mais encore une v&#233;ritable d&#233;b&#226;cle id&#233;ologique : les difficult&#233;s qu'elle doit surmonter pour en sortir sont en proportion du r&#244;le que joue encore la vieille organisation dans la vie des couches ouvri&#232;res d'avant-garde.&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re tente h&#233;ro&#239;quement aujourd'hui. de se remettre debout, de secouer les traces de cette chute. D'o&#249; un afflux sans pr&#233;c&#233;dent dans les syndicats [6]. En m&#234;me temps, cette classe ouvri&#232;re id&#233;ologiquement d&#233;sarm&#233;e et politiquement d&#233;sorient&#233;e, s'efforce, au prix de mille difficult&#233;s, de se forger une nouvelle orientation. Son effort, loin d'&#234;tre facilit&#233;, serait au contraire terriblement frein&#233; Si les dirigeants r&#233;volutionnaires devaient se confiner dans une attitude d'attentisme. Au lieu de s'enfermer dans le cadre des organisations du vieux parti et des syndicats, ils doivent, devant les masses, faire preuve d'ind&#233;pendance et de la plus grande r&#233;solution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels que soient les motifs invoqu&#233;s pour pr&#233;server 1'&#034;unit&#233;&#034;, les masses r&#233;volutionnaires ne comprendraient pas pourquoi les hommes qui les appellent &#224; la r&#233;volution continueraient &#224; s'asseoir &#224; la m&#234;me table que ceux qui les ont dup&#233;s, et en particulier que ces individus qui les ont honteusement et cyniquement trahis pendant la guerre. Les masses r&#233;volutionnaires estiment &#224; son juste prix l'unit&#233; dans la lutte, mais elles ne comprendraient que mal le maintien de l'unit&#233; entre les combattants r&#233;volutionnaires et la clique de Jouhaux-Merrheim et Renaudel-Longuet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les conditions pr&#233;sentes, le mot d'ordre de sauvegarde de l'unit&#233; a sa source dans la psychologie des organisations officielles, de ces dirigeants, pr&#233;sidents, secr&#233;taires, d&#233;put&#233;s, journalistes, permanents de l'appareil des anciennes organisations du parti et des syndicats qui sentent le sol se d&#233;rober sous leurs pas. Le prol&#233;tariat a le choix : se morceler, s'&#233;parpiller et hisser ainsi sur le pavois les serviteurs privil&#233;gi&#233;s de l'imp&#233;rialisme, ou bien serrer &#233;troitement les rangs pour se soulever contre l'imp&#233;rialisme. La classe ouvri&#232;re a besoin de l'unit&#233; r&#233;volutionnaire ; elle a besoin de l'unit&#233; de son soul&#232;vement de classe ; mais l'unit&#233; des organisations qui ne font que se survivre constitue pr&#233;cis&#233;ment un obstacle de plus en plus s&#233;rieux sur la voie de l'unit&#233; du soul&#232;vement r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Les masses ont &#233;t&#233; d&#233;sorient&#233;es par la guerre. Elles ont aujourd'hui plus qu'avant besoin de clart&#233; dans les id&#233;es, de pr&#233;cision dans les mots d'ordre. Elles ont besoin d'une route qui soit droite, de dirigeants qui n'h&#233;sitent pas. Chercher, pour des raisons tactiques, &#224; pr&#233;server l'&#034;unit&#233;&#034;, &#233;quivaudrait &#224; chercher &#224; pratiquer une caricature de parlementarisme - comme s'il y avait, dans le mouvement r&#233;volutionnaire, des &#034;conseils des ministres&#034;, avec une opposition, des r&#232;glements et des statuts, des enqu&#234;tes et des votes de confiance... En demeurant dans la m&#234;me organisation que les partisans de la collaboration de classes, l'opposition communiste se met du m&#234;me coup sous la d&#233;pendance des &#034;conciliateurs&#034;. Elle gaspille son &#233;nergie en efforts pour s'adapter au &#034;parlementarisme&#034; des syndicats et du parti. Des questions mineures et des incidents sans port&#233;e r&#233;elle prennent du coup une importance d&#233;mesur&#233;e aux d&#233;pens des questions fondamentales du mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La pratique de cette caricature de parlementarisme &#224; l'int&#233;rieur des organisations ouvri&#232;res a bien d'autres cons&#233;quences. Les secr&#233;taires et les pr&#233;sidents, les ministres socialistes, les journalistes et les d&#233;put&#233;s accusent ceux de l'opposition de vouloir prendre leurs fauteuils ou leurs portefeuilles. L'opposition doit se chercher des excuses, se justifier ; elle en vient &#224; signet des d&#233;clarations o&#249; elle affirme son &#034;estime&#034; pour les dirigeants de l'autre bord et laisse entendre qu'elle lutte pour des &#034;principes&#034;, non contre des &#034;personnes&#034;. Et cette com&#233;die ne fait que consolider les conciliateurs dans les postes qu'ils occupent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Vie ouvri&#232;re du 24 septembre affirme que le vote de confiance du congr&#232;s des m&#233;tallos ne signifiait pas qu'il endossait la politique de ses dirigeants &#034;conciliateurs&#034;, mais seulement qu'il avait ainsi exprim&#233; confiance et sympathie &#224; la personne des secr&#233;taires [7]. En d'autres termes, c'&#233;tait un vote sentimental, petit-bourgeois, non une courageuse politique de classe. Le camarade Carron s'attache &#224; d&#233;montrer que les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui ont &#233;mis ce vote, et surtout les masses qui les suivent, sont compl&#232;tement d'accord en esprit avec les partisans de la III&#176; Internationale. En r&#233;alit&#233;, s'ils ont vot&#233; la confiance en leurs dirigeants, c'est parce qu'ils se sont laiss&#233;s abuser par les arguments fallacieux selon lesquels il faut combattre les id&#233;es et non les personnes. Finalement, en votant la confiance &#224; Merrheim, ils maintiennent &#224; un poste responsable un homme qui pr&#234;che l'opportunisme, la conciliation et la soumission au capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au congr&#232;s des travailleurs des Postes et T&#233;l&#233;graphes, la politique &#034;conciliatrice&#034; de la direction a &#233;t&#233; approuv&#233;e par 197 voix contre 23 et 7 abstentions. Un membre de cette direction, l'internationaliste Victor Roux, &#233;crit que nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;prouvaient simplement beaucoup de sympathie pour le secr&#233;taire du syndicat, le conciliateur Borderez dont la valeur morale, dit-il, est incontest&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je reconnais, personnellement, &#233;crit-il, qu'il a rendu de grands services &#224; l'organisation en des temps difficiles&#034; (La Vie ouvri&#232;re, 15 septembre 1919).&lt;br class='autobr' /&gt;
Jouhaux, Renaudel, Longuet, Merrheim et d'autres, quels que soient les &#034;services&#034; qu'ils aient pu rendre dans le pass&#233;, se comportent aujourd'hui comme des repr&#233;sentants du syst&#232;me bourgeois dont ils constituent le principal soutien. En fonction de ce r&#244;le qui est le leur, c'est dans leur propre int&#233;r&#234;t qu'ils s'efforcent de grossir aux yeux du prol&#233;tariat toutes les concessions de la bourgeoisie, puisqu'elles sont, apr&#232;s tout, le fruit de leur diplomatie. Tout en critiquant le capitalisme, ils s'efforcent de l'embellir et, apr&#232;s bien des discours, en viennent &#224; leur conclusion, la n&#233;cessit&#233; de s'adapter - c'est-&#224;-dire de se soumettre - &#224; la domination du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pire crime des dirigeants du syndicalisme r&#233;gnant - Rosmer l'a bien vu - consiste en ce qu'ils &#034;ont remplac&#233; l'action directe de la classe ouvri&#232;re par la sollicitation de faveurs aupr&#232;s du gouvernement&#034;. Mais il est impossible de modifier cette tactique contre-r&#233;volutionnaire en &#034;sollicitant&#034; &#224; notre tour les social-imp&#233;rialistes du mouvement syndical et politique. Quand les Jouhaux, Renaudel, Merrheim et Longuet s'emploient &#224; convaincre les d&#233;put&#233;s capitalistes et bourgeois qu'ils doivent faire des concessions &#224; la classe ouvri&#232;re, les repr&#233;sentants authentiques du prol&#233;tariat ne peuvent pas, eux, perdre leur temps en cherchant &#224; convaincre Renaudel et Longuet de la n&#233;cessit&#233; d'une lutte r&#233;volutionnaire. Pour se d&#233;barrasser des d&#233;put&#233;s capitalistes et bourgeois, la classe ouvri&#232;re doit chasser de ses organisations les Renaudel et les Longuet.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre ces gens-l&#224; ne doit pas &#234;tre men&#233;e comme s'il s'agissait d'une querelle de famille ou d'une discussion acad&#233;mique, mais de fa&#231;on conforme &#224; la gravit&#233; de l'enjeu, afin que l'ab&#238;me qui nous s&#233;pare des social-imp&#233;rialistes apparaisse dans toute sa profondeur devant la conscience des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre devoir est d'utiliser &#224; fond les &#233;pouvantables le&#231;ons de la guerre imp&#233;rialiste. Nous devons faire assimiler par les masses l'exp&#233;rience de la derni&#232;re p&#233;riode, et leur faire comprendre qu'elles ne peuvent plus continuer &#224; vivre sous le r&#232;gne du capitalisme. Nous avons le devoir de porter &#224; son paroxysme, au plus haut degr&#233; r&#233;volutionnaire, la haine qui s'&#233;veille dans les masses contre le capitalisme, contre les capitalistes, contre l'Etat capitaliste et ses organes. Nous devons apprendre aux masses &#224; ha&#239;r non seulement les capitalistes, mais tous ceux qui d&#233;fendent le capitalisme, qui tentent de dissimuler ses plaies naus&#233;abondes, qui cherchent &#224; excuser ou &#224; minimiser ses crimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'&#233;chec de la manifestation du 21 juin, Monatte &#233;crivait : &#034;Les masses sauront qu'il n'est plus possible d&#233;sormais d'h&#233;siter et de s'abuser soi-m&#234;me par de faux espoirs ; et qu'il est n&#233;cessaire d'&#233;purer sans merci le personnel des syndicats.&#034; (La Vie ouvri&#232;re 25 juin 1919).&lt;br class='autobr' /&gt;
En politique, la lutte contre des principes faux implique une lutte contre les individus qui les personnifient. R&#233;g&#233;n&#233;rer le mouvement ouvrier signifie chasser de ses rangs tous ceux qui se sont d&#233;shonor&#233;s en trahissant, tous ceux qui ont sap&#233; la confiance ouvri&#232;re dans les mots d'ordre r&#233;volutionnaires, qui ont sap&#233; leur confiance en leur propre force. L'indulgence, la sentimentalit&#233;, la bienveillance sur des questions de cette nature se paient au prix des int&#233;r&#234;ts vitaux du prol&#233;tariat. Les masses qui s'&#233;veillent exigent que tout soit dit &#224; haute voix, qu'un chat soit appel&#233; un chat, qu'il n'y ait pas de demi-teintes impr&#233;cises, mais une d&#233;marcation claire et pr&#233;cise en politique, que les tra&#238;tres soient boycott&#233;s et chass&#233;s, que leurs places soient prises par des r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s corps et &#226;me &#224; leur cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
La camarade Louise Saumoneau trace le tableau suivant de la lutte pour r&#233;pandre l'influence des id&#233;es de la III&#176; Internationale au cours de la r&#233;cente campagne &#233;lectorale : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous pouvons toujours poursuivre tr&#232;s facilement la propagande qu'il faut mener &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur des organisations dans de larges r&#233;unions publiques pendant les &#233;lections (...). La r&#233;sistance &#224; l'Internationale r&#233;volutionnaire trouve son principal appui parmi les anciens cadres qui ont si pi&#232;trement dirig&#233; le navire de notre parti pendant la guerre. Nos jeunes et ardents camarades, pleins de z&#232;le r&#233;volutionnaire, doivent s'employer et employer leur volont&#233; &#224; acqu&#233;rir certaines habitudes et connaissances pratiques indispensables au bon fonctionnement d'une organisation. Ces connaissances s'assimilent tr&#232;s vite et pourtant, dans les conditions actuelles de la lutte, elles servent de couverture &#224; toutes sortes de baudruches et contribuent &#224; accentuer la fatale influence de ces cadavres vivants dess&#233;ch&#233;s au sein de nos organisations. Partout il faut que les forces de la jeunesse animent la classe r&#233;volutionnaire qui s'est dress&#233;e au combat pour la III&#176; Internationale ; partout il faut qu'elles s'implantent, qu'elles remplacent tous ceux sur qui p&#232;sent les quatre ann&#233;es pendant lesquelles ils ont reni&#233; les principes socialistes, et cela, m&#234;me s'il faut les jeter dehors, t&#234;te premi&#232;re.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants faillis du socialisme et du syndicalisme, r&#233;volutionnaires de la phrase hier, dociles capitulards aujourd'hui, refusent d'endosser eux-m&#234;mes la responsabilit&#233; de leur reniement et la rejettent sur le prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Congr&#232;s de Lyon, Bidegarray, secr&#233;taire de la F&#233;d&#233;ration des cheminots, a rejet&#233; sur les masses ouvri&#232;res la responsabilit&#233; de tout ce qui est arriv&#233; : &#034;Il est s&#251;r que les syndicats ont grandi num&#233;riquement. Mais, parmi les travailleurs organis&#233;s, il y a beaucoup trop peu de syndicalistes. Les gens s'int&#233;ressent seulement &#224; leurs propres probl&#232;mes imm&#233;diats&#034; &#034;En chaque &#234;tre humain, philosophe Bidegarray, sommeille un cochon.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rouger, d&#233;l&#233;gu&#233; de Limoges bl&#226;me le prol&#233;tariat pour tout. C'est de la faute du prol&#233;tariat. &#034;Les masses ne sont pas suffisamment &#233;clair&#233;es. Elles rejoignent les syndicats seulement pour obtenir l'augmentation des salaires.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Merrheim, secr&#233;taire du syndicat des m&#233;tallurgistes, fait des effets de tribune avec sa &#034;bonne conscience&#034;. C'est que lui, voyez-vous, est all&#233; &#224; Zimmerwald - comme s'il s'&#233;tait agi d'un pique-nique syndical de plus ! Il s'agissait pour lui d'une sorte de petit p&#232;lerinage pacifiste qu'il a entrepris pour apaiser sa conscience. Car lui, Merrheim, s'est battu. Mais il n'a pas pu &#233;veiller les masses. &#034;Non, je n'ai pas trahi la classe ouvri&#232;re, c'est la classe ouvri&#232;re qui m'a trahi.&#034; Voil&#224; ce qu'il a dit, textuellement !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syndicaliste Dumoulin, un &#034;honn&#234;te&#034; ren&#233;gat du type Merrheim - zimmerwaldien au d&#233;but de la guerre, mais compagnon d'armes fid&#232;le de Jouhaux aujourd'hui - d&#233;clarait au congr&#232;s de Tours du syndicat de l'Enseignement que la France n'&#233;tait pas pr&#234;te pour une r&#233;volution, car les masses n'&#233;taient pas &#034;m&#251;res&#034;. Mais cela ne lui suffit pas, il s'en prend aux enseignants internationalistes et leur reproche... l'&#233;tat arri&#233;r&#233; du prol&#233;tariat - comme si l'&#233;ducation des masses laborieuses se faisait v&#233;ritablement dans la mis&#233;rable &#233;cole bourgeoise pour enfants de prol&#233;taires, et non dans la puissante &#233;cole de la vie, sous l'influence des patrons, du gouvernement, de l'Eglise, de la presse bourgeoise, des d&#233;put&#233;s et des &#034;malheureux bergers&#034; du syndicalisme [8].&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ren&#233;gats, les l&#226;ches et les sceptiques d&#233;sormais compl&#232;tement avilis, s'en vont r&#233;p&#233;tant la m&#234;me phrase : &#034;Les masses ne sont pas m&#251;res&#034; Que faut-il en conclure ? Seulement ceci : il faut renoncer au socialisme, et pas seulement pour un temps, mais d&#233;finitivement. Car si les masses qui ont connu la longue &#233;cole pr&#233;paratoire de la lutte politique et syndicale, puis les quatre ann&#233;es de massacre, n'ont pas m&#251;ri pour la r&#233;volution, quand et comment m&#251;riront-elles ? Merrheim et les siens supposent-ils que Cl&#233;menceau, vainqueur, va cr&#233;er, dans les murs de l'Etat capitaliste, un r&#233;seau d'&#034;acad&#233;mies&#034; pour l'&#233;ducation socialiste des masses ? Si le capitalisme est r&#233;ellement capable de reproduire d'une g&#233;n&#233;ration sur l'autre, les cha&#238;nes de l'esclavage du salariat, alors les couches profondes du prol&#233;tariat continueront &#224; charrier, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, l'obscurantisme et l'ignorance. Si les masses prol&#233;tariennes pouvaient atteindre sous le capitalisme un niveau &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement mental et intellectuel, le capitalisme ne serait pas, apr&#232;s tout, si mauvais, et la r&#233;volution sociale ne serait pas n&#233;cessaire. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le capitalisme le maintient dans sa servitude mentale et intellectuelle que le prol&#233;tariat doit faire la r&#233;volution. C'est sous la direction de l'avant-garde que les masses, qui ne sont pas encore assez m&#251;res, m&#251;riront au cours de la r&#233;volution. Si la r&#233;volution ne se produit pas, les masses tomberont dans un &#233;tat de prostration et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble conna&#238;tra la d&#233;cadence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des millions d'ouvriers nouveaux venus affluent dans les syndicats. En Angleterre, ce grand flux a doubl&#233; les effectifs syndicaux, qui atteignent aujourd'hui 5.200.000 membres. En France, le nombre de syndiqu&#233;s est pass&#233; de 400.000 &#224; la veille de la guerre &#224; deux millions aujourd'hui [9]. Quels changements cette augmentation num&#233;rique entra&#238;ne-t-elle dans la politique du syndicalisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les ouvriers rejoignent les syndicats dans leurs souci de gains mat&#233;riels imm&#233;diats&#034;, d&#233;clarent les conciliateurs. C'est compl&#232;tement faux. L'afflux des ouvriers dans les organisations syndicales ne s'explique pas par de petites questions mat&#233;rielles : il s'explique par un fait colossal, la guerre mondiale. Les masses ouvri&#232;res - et pas seulement leurs couches sup&#233;rieures, mais aussi les plus basses - sont transport&#233;es, secou&#233;es par cet immense bouleversement historique. Chaque prol&#233;taire a ressenti individuellement, &#224; un degr&#233; sans pr&#233;c&#233;dent, sa propre impuissance devant la puissante machine de l'imp&#233;rialisme. L'imp&#233;rieux besoin de nouer des liens, l'imp&#233;rieux besoin d'unifier et de consolider les forces ouvri&#232;res, s'est fait sentir plus que jamais auparavant. C'est de l&#224; que provient l'afflux de millions d'ouvriers dans les syndicats et dans les soviets de d&#233;put&#233;s, dans des organisations qui n'exigent pas une pr&#233;paration politique sp&#233;ciale, mais incarnent l'expression la plus g&#233;n&#233;rale et la plus directe &#224; la fois de la lutte de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant perdu confiance dans les masses prol&#233;tariennes, les r&#233;formistes de l'esp&#232;ce Merrheim-Longuet doivent aller chercher secours chez les repr&#233;sentants &#034;&#233;clair&#233;s&#034; et &#034;humanitaires&#034; de la bourgeoisie. En fait, leur nullit&#233; politique ne se refl&#232;te nulle part mieux que dans leur respectueuse extase devant le&#034; grand d&#233;mocrate&#034; Woodrow Wilson. Des gens qui pr&#233;tendent pourtant repr&#233;senter la classe ouvri&#232;re se r&#233;v&#232;lent capables de croire s&#233;rieusement que le capitalisme am&#233;ricain pourrait placer &#224; la t&#234;te de son Etat un homme avec qui la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne pourrait marcher la main dans la main ? Ces messieurs n'ont apparemment jamais entendu parler ni des v&#233;ritables raisons de l'entr&#233;e en guerre de l'Am&#233;rique, ni des r&#233;pugnants marchandages de Wall Street, ni du r&#244;le m&#234;me de Wilson &#224; qui les grands capitalistes des Etats-Unis ont donn&#233; pour mission de brandir les mots d'ordre du pacifisme philistin afin de couvrir les traces de leurs rapines et de leurs crimes ? Peut-&#234;tre ont-ils imagin&#233; que Wilson allait contrecarrer les plans de ses capitalistes et imposer son programme contre la volont&#233; de ses milliardaires ? Peut-&#234;tre ont-ils escompt&#233; que Wilson saurait, par ses litanies et ses pr&#234;ches, contraindre Lloyd George et Cl&#233;menceau &#224; s'occuper s&#233;rieusement de lib&#233;rer les peuples faibles et opprim&#233;s et d'&#233;tablir la paix universelle ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas tr&#232;s longtemps - apr&#232;s l'&#233;difiante le&#231;on des n&#233;gociations dites &#034;de paix&#034; de Versailles -, Merrheim, au congr&#232;s de Lyon [10], s'en prit au syndicaliste Lepetit qui s'&#233;tait permis - comble de l'horreur - de parler irrespectueusement de M. Wilson. &#034;Personne n'a le droit, proclama-t-i1, d'insulter M. Wilson dans un congr&#232;s syndical.&#034; Quel prix Merrheim fait-il payer pour la tranquillit&#233; de sa conscience ? Si son l&#233;chage de bottes ne lui est pas pay&#233; en dollars - et nous accordons bien volontiers que tel n'est pas le cas - , il n'en demeure pas moins celui d'un laquais rampant devant le &#034;d&#233;mocrate&#034; puissant par la gr&#226;ce du dollar. Il faut &#234;tre tomb&#233; au dernier degr&#233; de la d&#233;gradation morale pour tenter ainsi de rattacher les espoirs de la classe ouvri&#232;re aux &#034;honn&#234;tes gens&#034; de la bourgeoisie. Des &#034;chefs&#034; capables d'une telle politique n'ont rien &#224; voir avec le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Il faut les chasser sans. merci. &#034;Les hommes qui ont perp&#233;tr&#233; tout cela, disait Monatte &#224; Lyon, sont indignes de demeurer les interpr&#232;tes des id&#233;es du mouvement ouvrier fran&#231;ais.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections l&#233;gislatives marqueront une &#233;tape dans le d&#233;veloppement politique en France. Elles signifient la disparition des groupements politiques interm&#233;diaires. A travers la Chambre des d&#233;put&#233;s, la bourgeoisie a remis le pouvoir &#224; l'oligarchie financi&#232;re, et cette derni&#232;re a charg&#233; les g&#233;n&#233;raux de conqu&#233;rir le pays pour son compte ; leur sanglante besogne effectu&#233;e, les g&#233;n&#233;raux, d'accord avec les agents de change, utilisent le syst&#232;me parlementaire pour mobiliser les exploiteurs et les vampires, tous ceux qui convoitent, aspirent au butin, tous ceux qu'&#233;pouvante l'&#233;veil r&#233;volutionnaire des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Chambre est en train de devenir l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral politique de la contre-r&#233;volution. La r&#233;volution, elle, est en train de sortir dans la rue et tente de constituer son propre &#233;tat-major, hors du Parlement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;limination dans le pays, des groupes interm&#233;diaires du centre, radicaux et radicaux-socialistes, annonce in&#233;luctablement un ph&#233;nom&#232;ne identique dans le mouvement ouvrier. Longuet et Merrheim ont pu subsister sur la base des espoirs qu'ils mettaient dans les forces r&#233;formistes &#034;&#233;clair&#233;es&#034; de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La faillite de ces derni&#232;res condamne &#224; mort la tendance Longuet-Merrheim quand l'objet dispara&#238;t, son ombre dispara&#238;t aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes les ombres qui sont aujourd'hui entre Renaudel et Loriot, entre Jouhaux et Monatte, dispara&#238;tront de la circulation dans le plus bref d&#233;lai. Seuls demeureront les deux camps fondamentaux : Cl&#233;menceau et ses troupes d'un c&#244;t&#233;, les communistes r&#233;volutionnaires de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne peut &#234;tre seulement question de sauvegarder plus longtemps l' &#034;unit&#233;&#034;, m&#234;me formelle, du parti et des syndicats. La r&#233;volution prol&#233;tarienne doit cr&#233;er et cr&#233;era son propre &#233;tat-major politique central &#224; partir des communistes et des syndicalistes, unis, de la tendance communiste r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;courag&#233; et d&#233;rout&#233; par les r&#233;volutions russe et allemande, Kautsky avait accroch&#233; tous ses espoirs &#224; la France et &#224; l'Angleterre o&#249;, selon lui, l'humanitarisme accoutr&#233; des d&#233;froques de la d&#233;mocratie allait enfin l'emporter. Nous pouvons en r&#233;alit&#233; constater que dans ces pays, au sommet de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, le pouvoir a &#233;t&#233; conquis par la r&#233;action de la pire esp&#232;ce, bestiale, exhalant les vapeurs du chauvinisme, montrant ses crocs, l'oeil inject&#233; de sang. Pour l'affronter, le prol&#233;tariat s'est dress&#233;, pr&#234;t &#224; assumer sans piti&#233; sa revanche pour toutes les d&#233;faites pass&#233;es, les humiliations, les tortures qu'il a d&#251; subir. Il n'y aura pas de quartier : ce sera une lutte &#224; mort. La classe ouvri&#232;re vaincra. La dictature prol&#233;tarienne balaiera alors le tas d'ordure de la d&#233;mocratie bourgeoise et ouvrira la voie au syst&#232;me communiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Aux &#233;lections de novembre 1919, le Bloc national, coalition des droites et des nationalistes avait emport&#233; les deux tiers des si&#232;ges : sa campagne avait &#233;t&#233; men&#233;e sur le double th&#232;me de l'union nationale et de la lutte contre le bolchevisme dont Cl&#233;menceau s'&#233;tait fait le champion, notamment dans son c&#233;l&#232;bre discours de Strasbourg, le 3 novembre. De ce point de vue, il &#233;tait juste de qualifier de &#034;cl&#233;menciste&#034; le Bloc national, m&#234;me si, quelques semaines apr&#232;s, ses &#233;lus devaient montrer &#224; l'adresse de l'homme la plus noire ingratitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] C'est en avril 1905 qu'avaient fusionn&#233;, pour former le parti socialiste (S.F.I.O.), le parti socialiste de France, de Jules Guesde, et le parti socialiste fran&#231;ais de Jean Jaur&#232;s, eux-m&#234;mes r&#233;sultats de fusions ant&#233;rieures entre groupes et partis longtemps rivaux. Cette unit&#233; &#233;tait en fait le r&#233;sultat des efforts patients de l'Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Trotsky fait ici allusion au Comit&#233; pour la Troisi&#232;me Internationale. Le 1&#176; septembre 1919, il avait &#233;crit une lettre &#224; Loriot, Rosmer, Monatte, P&#233;ricat, montrant qu'il les tenait pour les &#034;camarades de France&#034; des bolcheviks russes.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] &#034;La Vie ouvri&#232;re&#034; reparaissait depuis le 1&#176; avril 1919 comme hebdomadaire. Dans le premier num&#233;ro, Rosmer avait &#233;crit :&#034;La guerre a &#233;t&#233; la grande &#233;preuve, elle a &#233;tabli un nouveau classement. D'un c&#244;t&#233; les tra&#238;tres, les d&#233;faillants du socialisme, ceux qui, devant la r&#233;volution, s'aper&#231;oivent qu'ils ne sont que de simples d&#233;mocrates ; de l'autre, les r&#233;volutionnaires. Il ne peut pas, en effet, y avoir deux Internationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Le 27 mai 1919, le C.N. de la C.G.T. avait d&#233;cid&#233; de pr&#233;parer avec les syndicats britanniques et italiens une action internationale contre l'intervention alli&#233;e en Russie. Apr&#232;s plusieurs semaines d'h&#233;sitations et de tergiversations, la date de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut fix&#233;e au 21 juillet. Le 20, apr&#232;s un rapport de Jouhaux sur - les r&#233;sultats d'un sondage aupr&#232;s des responsables d'Unions. D&#233;partementales., le comit&#233; conf&#233;d&#233;ral, estimant que la gr&#232;ve serait un &#233;chec, la d&#233;commandait. Les terrassiers de Paris et les charpentiers en fer d&#233;bray&#232;rent seuls &#224; la date pr&#233;vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] La C.G.T. comptait 213.000 membres en 1914. Le chiffre, tomb&#233; &#224; 41.000 en 1915, remontait &#224; 83.000 en 1916, atteignait ensuite 240.000 en 1917, 500.000 en 1918, pour d&#233;passer 850.000 en mai 1919 et culminer &#224; 1.136.000 au moment o&#249; Trotsky &#233;crivait. Le record sera atteint en mai 1920, toujours selon les chiffres officiels, avec 1.634.673 cotisants f&#233;d&#233;raux.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Merrheim &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l'un des quatre secr&#233;taires de la F&#233;d&#233;ration des m&#233;taux.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Le congr&#232;s de la f&#233;d&#233;ration de l'enseignement s'&#233;tait tenu &#224; Tours du 7 au 10 ao&#251;t 1919. Dumoulin, qui repr&#233;sentait la direction de la C.G.T., avait d&#251; y subir - sans panache - les attaques de ses anciens amis minoritaires, au pouvoir dans la f&#233;d&#233;ration dont Louis Bonet devenait secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Ces chiffres paraissent quelque peu exag&#233;r&#233;s. Cf. ci-dessus.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Il s'agit du congr&#232;s de la C.G.T., &#224; Lyon, du 15 au 21 septembre 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/11/lt19191120.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/11/lt19191120.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie de G. Davranche : &#171; Un printemps d'occasions manqu&#233;es &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	23 avril Vote des huit heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	24 avril Le Comit&#233; d'entente de la m&#233;tallurgie parisienne maintient la revendication de la semaine anglaise avec hausse des salaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	1er mai Manifestation &#233;norme. Nombreux bless&#233;s, un mort. La CGT n'appelle pas &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	27 mai La CGT d&#233;cide de coorganiser avec les belges, les italiens et les britanniques une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour 1) la d&#233;mobilisation rapide et totale ; 2) l'amnistie des pacifistes ; 3) la non-intervention militaire en Russie et en Hongrie. Les n&#233;gociations pour trouver une date commune vont tra&#238;ner des semaines. Ultimatum du Comit&#233; d'entente de la m&#233;tallurgie parisienne au patronat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	1er juin Le Comit&#233; d'entente appelle &#224; la gr&#232;ve. Raz-de-mar&#233;e imm&#233;diat : 170 000 gr&#233;vistes, bient&#244;t suivis par 20 000 dans les transports publics et quelques milliers de peintres.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	4 juin Les gr&#233;vistes de Saint-Denis somment &#171; le gouvernement de remettre le pouvoir entre les mains de la classe ouvri&#232;re &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	8 juin Le Comit&#233; d'entente rompt les n&#233;gociations avec le patronat qui refuse l'augmentation des salaires et l'&#233;galite hommes-femmes ; met en place des &#171; soupes communistes &#187; pour les gr&#233;vistes ; demande &#224; la f&#233;d&#233;ration de lancer une gr&#232;ve nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	11 juin La f&#233;d&#233;ration rejette la gr&#232;ve nationale par 6 voix contre 4.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	15 juin Les transports publics reprennent le travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	17 juin Premiers signes de reprise dans certaines entreprises. Au Comit&#233; d'entente, certains veulent maintenir la gr&#232;ve sur le terrain exclusivement corporatif ; d'autres veulent affirmer son caract&#232;re r&#233;volutionnaire. Finalement on d&#233;cide de maintenir les revendications &#233;conomiques, mais d'interpeler de nouveau la f&#233;d&#233;ration pour une gr&#232;ve nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	22 juin Le Comite d'action envahit la r&#233;union de la f&#233;d&#233;ration des M&#233;taux en exigeant l'appel a la gr&#232;ve nationale. La f&#233;d&#233;ration refuse et renvoie la balle au Cartel interf&#233;d&#233;ral (dockers, mineurs, cheminots, m&#233;tallos) pour une gr&#232;ve generale.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	25 juin Le Cartel interf&#233;d&#233;ral refuse d'appeler a la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. D&#233;couragement des gr&#233;vistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	27 juin Un meeting du Comit&#233; d'action d&#233;cide la reprise du travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	28 juin Le Comite d'entente appelle &#224; la reprise. Capitulation sans conditions.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	20 juillet La CGT annule la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale internationale du 21 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lautreterreliberee.fr/conferences/guillaume-davranche-la-greve-des-metallos-et-la-revolution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lautreterreliberee.fr/conferences/guillaume-davranche-la-greve-des-metallos-et-la-revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1919 : Les &#171; manitous &#187; de la CGT sabotent la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.unioncommunistelibertaire.org/Juin-1919-Les-manitous-de-la-CGT-sabotent-la-revolution&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unioncommunistelibertaire.org/Juin-1919-Les-manitous-de-la-CGT-sabotent-la-revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire sur la vague de gr&#232;ves de 1919 en France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_juin_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ves_de_juin_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2019-05-01-la-vague-de-greves-du-printemps-1919_119600.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lutte-ouvriere.org/journal/article/2019-05-01-la-vague-de-greves-du-printemps-1919_119600.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-une-nouvelle-generation-militante/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-une-nouvelle-generation-militante/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/1919-Premier-mai-sans-pareil&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/1919-Premier-mai-sans-pareil&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://materialisme-dialectique.com/le-tournant-des-greves-de-1919/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://materialisme-dialectique.com/le-tournant-des-greves-de-1919/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-demobilisation-remobilisation/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://journal.ccas.fr/grandes-greves-de-1919-demobilisation-remobilisation/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'Etat fran&#231;ais se pr&#233;parait &#224; &#233;craser une possible r&#233;volution prol&#233;tarienne en France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://archives.aisne.fr/documents-du-mois/document-faire-face-a-la-menace-revolutionnaire-le-plan-secret-de-surete-et-de-protection-159/n:85&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://archives.aisne.fr/documents-du-mois/document-faire-face-a-la-menace-revolutionnaire-le-plan-secret-de-surete-et-de-protection-159/n:85&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monatte d&#233;crivait la situation en France en mars 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1919/03/monatte_19190300.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/monatte/works/1919/03/monatte_19190300.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique des syndicats et des partis face aux gr&#232;ves menant &#224; la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4831&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4831&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky : &#171; la France est devenue le rempart de la contre-r&#233;volution capitaliste&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/09/lt19190901.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1919/09/lt19190901.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contexte international&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution spartakiste en Allemagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_spartakiste_de_Berlin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_spartakiste_de_Berlin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution en Allemagne en 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution en Allemagne en 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er janvier : fondation du Parti communiste d'Allemagne (KPD) par la Ligue Spartakus.&lt;br class='autobr' /&gt;
5-12 janvier : r&#233;volte spartakiste de Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 janvier : &lt;br class='autobr' /&gt;
o	cr&#233;ation du Parti des travailleurs allemands (DAP), qui devient en 1920 le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;o	d&#233;but de l'insurrection spartakiste men&#233;e par les dirigeants berlinois du parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant, les d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;volutionnaires et les spartakistes. L'insurrection est &#233;cras&#233;e du 9 au 12 janvier par le ministre social-d&#233;mocrate de la Reichswehr Gustav Noske et par les corps francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 janvier : une r&#233;publique sovi&#233;tique est proclam&#233;e &#224; Br&#234;me. Elle dure quatre semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 janvier : Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont assassin&#233;s par des corps francs charg&#233;s par Gustav Noske, ministre SPD de la D&#233;fense, d'&#233;craser la r&#233;volte spartakiste pendant la r&#233;volution allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 janvier : &#233;lections &#224; l'Assembl&#233;e nationale constituante. Victoire du SPD, du Zentrum et du DDP (d&#233;mocrates) qui obtiennent les 3/4 des suffrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 f&#233;vrier : la nouvelle assembl&#233;e se r&#233;unit &#224; Weimar.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 f&#233;vrier : &#233;lection de Friedrich Ebert pr&#233;sident du Reich.&lt;br class='autobr' /&gt;
13 f&#233;vrier : Philipp Scheidemann forme un gouvernement de coalition.&lt;br class='autobr' /&gt;
21 f&#233;vrier : assassinat du dirigeant social-d&#233;mocrate des Conseils de Bavi&#232;re, Kurt Eisner, &#224; Munich.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 mars : &#224; l'appel du Parti communiste d'Allemagne, les conseils ouvriers de Berlin d&#233;clenchent une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Le ministre de la Reichswehr proclame l'&#233;tat de si&#232;ge suivi le lendemain par des affrontements entre les manifestants et l'arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
4-13 mars : la r&#233;pression de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Berlin par la police et l'arm&#233;e fait 12 000 morts. Arrestation de militants spartakistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 avril : proclamation de la r&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
7 avril : tentative de r&#233;volution communiste en Bavi&#232;re. Proclamation de la r&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 avril : apr&#232;s &#234;tre parvenus &#224; un accord sur les r&#233;parations allemandes et sur la Sarre, les Alli&#233;s s'entendent sur l'occupation temporaire de la Rh&#233;nanie par les troupes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 avril : l'arm&#233;e et les corps francs entrent en Bavi&#232;re pour &#233;craser l'insurrection d&#233;clench&#233;e le 7 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er-8 mai : l'arm&#233;e et les corps franc prennent Munich. Fin de la r&#233;publique des conseils de Bavi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 mai : le projet de trait&#233; est soumis &#224; la d&#233;l&#233;gation allemande &#224; Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 mai : l'Assembl&#233;e nationale constituante allemande, r&#233;unie en session extraordinaire, rejette le projet de trait&#233; soumis &#224; la d&#233;l&#233;gation allemande &#224; Versailles le 7 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 juin : les Alli&#233;s adressent un ultimatum &#224; l'Allemagne. Berlin a sept jours pour accepter les conditions de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 juin : le Gouvernement Scheidemann, refusant de prendre la responsabilit&#233; de signer le trait&#233; de Versailles. Friedrich Ebert reste &#224; son poste et le lendemain confie &#224; un cabinet de coalition dirig&#233; par Gustav Bauer la t&#226;che d'accepter le &#171; Diktat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 juin : sabordage de la flotte de guerre allemande &#224; Scapa Flow dans les &#238;les Orcades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 - 23 juin : l'assembl&#233;e de Weimar s'incline &#224; 237 voix contre 138 et approuve le trait&#233; de Versailles. Elle rejette cependant les articles sur la responsabilit&#233; et les criminels de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 juin : le trait&#233; de Versailles est sign&#233;, y compris les articles jug&#233;s &#171; honteux &#187; par l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 juillet : l'Assembl&#233;e nationale adopte la constitution de Weimar, proclam&#233;e le 11 ao&#251;t. Le chancelier du Reich et le gouvernement du Reich seront responsables devant le Reichstag, &#233;lu pour quatre ans au suffrage universel et qui peut &#234;tre dissout par le pr&#233;sident du Reich (&#233;lu pour 7 ans). Le Reichsrat, form&#233; des repr&#233;sentants des diff&#233;rents L&#228;nder, remplace le Bundesrat mais voit sa comp&#233;tence r&#233;duite (pouvoir suspensif). Le Reich comprend 17 L&#228;nder au lieu de 25, &#224; la suite de la fusion de sept principaut&#233;s en un &#201;tat de Thuringe. Le pouvoir f&#233;d&#233;ral est renforc&#233; (perception de presque tous les imp&#244;ts).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 ao&#251;t : la Constitution de Bamberg, adopt&#233; le 12, est promulgu&#233;e par la Bavi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16-17 ao&#251;t : d&#233;but d'une insurrection des populations polonaises contre l'autorit&#233; allemande en Haute-Sil&#233;sie. Le 19 ao&#251;t, l'&#233;tat de si&#232;ge est proclam&#233;. Le 24 l'insurrection est d&#233;finitivement r&#233;prim&#233;e par les corps francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 septembre : les Alli&#233;s imposent &#224; l'Allemagne de renoncer &#224; l'article 61 de la constitution de Weimar qui pr&#233;voyait la possibilit&#233; d'un Anschluss (unification) entre l'Allemagne et l'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 septembre : dans une brasserie de Munich, Adolf Hitler prend la parole &#224; un meeting du Parti ouvrier allemand, fond&#233; en janvier. Le 19 octobre, il sollicite son adh&#233;sion &#224; ce parti avec l'approbation de ses sup&#233;rieurs, qui est accept&#233;e le 1er janvier 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 novembre : devant la commission d'enqu&#234;te du Reichstag, Hindenburg, qui a d&#233;missionn&#233; le 25 juin, rejette la responsabilit&#233; de la d&#233;faite sur les dissensions entre partis et sur la propagande r&#233;volutionnaire (th&#232;se du &#171; coup de poignard dans le dos &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution hongroise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4761&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4761&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vague des conseils d'usine en 1919 en Italie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5677&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.org/spip.php?article5677&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution &#233;gyptienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9gyptienne_de_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_%C3%A9gyptienne_de_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;31 Janvier 1919 : &#8220;battle of George Square&#8221; en Angleterre. Charge de la police &#224; Glasgow lors d'une gr&#232;ve pour la r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Battle_of_George_Square?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Battle_of_George_Square?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 1919 : r&#233;pression violente de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Argentine (200 ouvriers assassin&#233;s)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_tragique_(Argentine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Semaine_tragique_(Argentine&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 1919 : premier congr&#232;s panafricain &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_panafricain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_panafricain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919 : mouvement insurrectionnel en Cor&#233;e contre l'occupation japonaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_1er_mars&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_1er_mars&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1919 : r&#233;volution hongroise des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mars 1919 : en Hongrie, apr&#232;s la fusion des partis communiste et social-d&#233;mocrate, B&#233;la Kun prend le pouvoir et proclame la r&#233;publique des conseils de Hongrie sur le mod&#232;le des Soviets russes. Cet interm&#232;de communiste dure jusqu'au 1er ao&#251;t. Le 26 mars, le gouvernement de B&#233;la Kun nationalise toutes les entreprises industrielles et commerciales. Il prend des d&#233;crets sociaux pour les femmes et les enfants, des mesures de contr&#244;le sur la presse, la culture et les professions lib&#233;rales. Le 4 avril, il lance une r&#233;forme agraire, qui attribue les terres confisqu&#233;es aux grands propri&#233;taires &#224; des coop&#233;ratives, alors que les paysans et le prol&#233;tariat agraire s'attendent &#224; leur distribution. La Hongrie conna&#238;t bient&#244;t la p&#233;nurie, le rationnement et l'inflation (la couronne chute de 90 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 avril : les Hongrois proclament la &#171; r&#233;volution en danger &#187;. Plus de 40 000 ouvriers s'enr&#244;lent dans l'arm&#233;e rouge en six jours &#224; l'appel de B&#233;la Kun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 avril : les troupes polonaises conduites par J&#243;zef Pi&#322;sudski entrent dans Vilnius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique lituano-bi&#233;lorusse.&lt;br class='autobr' /&gt;
1er mai : offensive tch&#232;que en Hongrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
10 juin : B&#233;la Kun refuse l'offre de r&#232;glement du conflit par Alli&#233;s et lance une nouvelle offensive.&lt;br class='autobr' /&gt;
12-13 juin : congr&#232;s du Parti des communistes de Hongrie La supr&#233;matie des communistes hongrois est consacr&#233;e au congr&#232;s du parti, suivi de l'Assembl&#233;e nationale des Conseils (14-23 juin), une sorte de Constituante qui adopte le principe de la dictature du prol&#233;tariat et le nom d'&#201;tat socialiste f&#233;d&#233;ratif. &lt;br class='autobr' /&gt;
24 juin : &#233;chec d'une tentative de putsch contre-r&#233;volutionnaire &#224; Budapest&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 juillet : la Galicie orientale devient un protectorat polonais apr&#232;s la conf&#233;rence de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
20 juillet : l'arm&#233;e rouge hongroise lance une offensive contre les Roumains mais est &#233;cras&#233;e &#224; Kis&#250;jsz&#225;ll&#225;s le 24 juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
1er ao&#251;t : d&#233;mission du gouvernement des conseils en Hongrie. B&#233;la Kun s'exile &#224; Vienne[106]. Gyula Peidl, pr&#233;sident du syndicat des imprimeurs oppos&#233; &#224; la R&#233;publique des conseils de Hongrie, forme un gouvernement socialiste (fin le 6 ao&#251;t).&lt;br class='autobr' /&gt;
3 ao&#251;t : les troupes roumaines occupent Budapest apr&#232;s la chute de B&#233;la Kun et y restent jusqu'en novembre. Le 6 ao&#251;t, Istv&#225;n Friedrich force le cabinet de Gyula Peidl &#224; d&#233;missionner et forme un gouvernement contre-r&#233;volutionnaire[113]. D&#233;but de la Terreur blanche en Hongrie (1919-1920).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 avril 1919 : assassinat d'Emiliano Zapata, un tournant de la r&#233;volution mexicaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 1919 : r&#233;pression violente de la r&#233;volte en Inde par les troupes anglaises&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rowlatt_Act&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Rowlatt_Act&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Amritsar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_d%27Amritsar&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 1919 : mouvement r&#233;volutionnaire en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_4_Mai&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_du_4_Mai&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 mai 1919 : d&#233;but de la premi&#232;re r&#233;volte kurde contre les Britanniques en Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet 1919 : mise en place de la dictature de Augusto Bernardino Legu&#237;a au P&#233;rou contre le peuple en r&#233;volte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 juillet 1919 : gr&#232;ve des cheminots au Portugal qui dure jusqu'en septembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juillet 1919 : d&#233;but de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Sierra Leone accompagn&#233;e d'&#233;meutes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volte alaouite en Syrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_alaouite_de_1919&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volte_alaouite_de_1919&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but de la terreur blanche des imp&#233;rialismes et des arm&#233;es contre-r&#233;volutionnaires russes contre le pouvoir des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4309&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e pro-imp&#233;rialiste polonaise attaque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sovi%C3%A9to-polonaise&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_sovi%C3%A9to-polonaise&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 janvier 1919 : apr&#232;s avoir pris Oufa le 31 d&#233;cembre, l'Arm&#233;e rouge prend Orenbourg. Elle vainc en 1919-1920 les troupes russes contre-r&#233;volutionnaires r&#233;fugi&#233;es dans les steppes et occupe le Kazakhstan. La Kirghizie, apr&#232;s avoir r&#233;sist&#233; aux bolcheviks, est rattach&#233;e &#224; la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique autonome (RSSA) du Turkestan au sein de la R&#233;publique socialiste f&#233;d&#233;rative sovi&#233;tique de Russie (RSFSR) jusqu'en 1924[&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 f&#233;vrier 1919 : Kiev est reconquise par les bolch&#233;viks qui chassent le gouvernement du Directoire de la R&#233;publique populaire ukrainienne (Simon Petlioura)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19-21 avril 1919 : mutinerie des marins fran&#231;ais de l'escadre de la mer Noire qui faisait la guerre contre la Russie des soviets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er juillet : l'arm&#233;e rouge reprend Perm, puis Iekaterinbourg le 14, franchit l'Oural et atteint Tcheliabinsk le 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 juillet : l'arm&#233;e tch&#232;que met fin &#224; la r&#233;publique slovaque des Conseils proclam&#233;e le 16 juin avec l'aide de l'arm&#233;e rouge hongroise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 octobre : succ&#232;s de l'Arm&#233;e rouge sur les troupes russes blanches en Sib&#233;rie apr&#232;s la bataille de Tobolsk-Petropavlovsk. Les Bolcheviks gagnent du terrain sur le front oriental ; le 14 novembre, ils prennent Omsk, la capitale de Koltchak, puis Novossibirsk (14 d&#233;cembre), Tomsk (20 d&#233;cembre), Krasno&#239;arsk (6 janvier 1920), Irkoutsk (7 mars 1920).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 octobre : l'Arm&#233;e rouge reprend Tsarsko&#239;e Selo puis Yamburg le 15 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE POINT DE VUE IMPERIALISTE SUR LA VAGUE REVOLUTIONNAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
La vague r&#233;volutionnaire en Europe 1918-1920, vue par les dirigeants politiques de l'imp&#233;rialisme&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 24 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson (USA) : C'est en ce moment une v&#233;ritable course contre la montre entre la paix et l'anarchie et le public commence &#224; manifester son impatience. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George (GB) : (...) Je propose donc, avec la Pr&#233;sident Wilson, que nous nous r&#233;unissions entre chefs de gouvernements, deux fois par jour s'il le faut, pour aller plus vire, et que nous commencions d&#232;s demain. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 25 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Alby : La question du ravitaillement d'Odessa est pos&#233; par une s&#233;rie de t&#233;l&#233;grammes des g&#233;n&#233;raux Berthelot et Franchet d'Esp&#233;rey (...) nous oblige &#224; trouver le moyen de nourrir, &#224; Odessa et autour de cette ville, un million de personnes. Si nous ne pouvons pas le faire, il est inutile de songer &#224; garder Odessa.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;ponse &#224; une question pos&#233;e par M. Lloyd George sur les effectifs alli&#233;s &#224; Odessa, le g&#233;n&#233;ral Alby r&#233;pond qu'ils s'&#233;l&#232;vent &#224; environ 25.000 hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau (France) : Ce matin m&#234;me, le g&#233;n&#233;ral d'Esp&#233;rey a demand&#233; qu'on lui envoie pour Odessa des troupes polonaises d'Italie. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Alby : L'Italie est dispos&#233;e &#224; envoyer 7.000 Polonais (...) Les autorit&#233;s russes d'Odessa demandent qu'on leur fournisse du pain &#224; raison de 1.000 tonnes par semaine, (...) 15.000 tonnes de charbon par mois sont absolument n&#233;cessaires, sans quoi le danger d'une r&#233;volte de la population serait tr&#232;s grand. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je suis frapp&#233;, dans des d&#233;p&#234;ches qu'on nous a lues, de ces mots : &#171; La population d'Odessa nous est hostile &#187;. S'il en est ainsi, on peut se demander &#224; quoi sert de garder cet &#238;lot entour&#233;, presque submerg&#233; par le bolchevisme. (...) Cela me confirme dans ma politique, qui est de laisser la Russie aux Bolcheviks &#8211; ils cuiront dans leur jus jusqu'&#224; ce que les circonstances aient rendu les Russes plus sages - et de nous borner &#224; emp&#234;cher le bolchevisme d'envahir d'autres parties de l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai entendu tout r&#233;cemment M.Bratiano qui consid&#232;re que ce qu'il y a de plus important &#224; faire en Roumanie : 1&#176; de nourrir la population 2&#176; d'&#233;quiper l'arm&#233;e 3&#176; de donner la terre aux paysans. Ce sont des moyens intelligents et efficaces de pr&#233;server la Roumanie du bolchevisme. Mais devons-nous nous obstiner &#224; garder Odessa, dont la population se soul&#232;vera d&#232;s que les Bolcheviks feront leur apparition ? Il vaut mieux concentrer tous nos moyens de d&#233;fense en Roumanie et &#233;tablir l&#224; notre barri&#232;re contre le bolchevisme. (...) La population sib&#233;rienne est-elle favorable &#224; Koltchak ou non ?&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Thwaites : Koltchak para&#238;t soutenu par la population ; mais un mouvement de m&#233;contentement et une tendance au bolchevisme se produisent dans la r&#233;gion occup&#233;e par les Japonais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Si Odessa tombe, qu'arrivera-t-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Thwaites : Les Bolcheviks attaqueront imm&#233;diatement la Roumanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Colonel Kish : (...) L'occupation d'Odessa par les Bolcheviks donnera en Russie l'impression d'une grande victoire remport&#233;e par eux sur les Alli&#233;s. L'&#233;v&#233;nement serait donc important du point de vue moral. Mais c'est la seule raison s&#233;rieuse que nous ayons de garder Odessa. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Le p&#233;ril bolcheviste s'&#233;tend en ce moment vers le sud et vers la Hongrie ; il continuera &#224; s'&#233;tendre tant qu'il ne sera pas arr&#234;t&#233; ; il faut l'arr&#234;ter &#224; Odessa et &#224; Lemberg. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mar&#233;chal Foch : Abandonner Odessa, c'est abandonner la Russie du sud, mais &#224; vrai dire elle est d&#233;j&#224; perdue et nous ne la perdrons pas une seconde fois&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : je demanderai au Mar&#233;chal Foch s'il a un nom &#224; nous fournir pour le g&#233;n&#233;ral qui prendrait le commandement de l'arm&#233;e roumaine. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 26 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Loucheur : 30 milliards minimum est (...) ce que je crois sinc&#232;rement l'Allemagne capable de payer (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Si les dirigeants allemands arrivent &#224; la conclusion que ce qu'ils ont de mieux &#224; faire est d'imiter la Hongrie et de faire alliance avec les Bolcheviks, s'ils pr&#233;f&#232;rent le risque d'une anarchie de quelques ann&#233;es &#224; une servitude de trente-cinq ans que ferons-nous ? (...) Si nous avions &#224; occuper un pays tr&#232;s peupl&#233;, comme la Westphalie, tandis que l'Allemagne autour de nous se rel&#232;verait ou serait agit&#233;e par un bolchevisme contagieux, quels ne seraient pas nos d&#233;penses et nos risques ? (...) Ma conviction est que les Allemands ne signeront pas les propositions qu'on envisage (...) L'Allemagne passera au Bolchevisme. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je ne puis qu'exprimer mon admiration pour l'esprit qui se manifeste dans les paroles de M.Lloyd George. Il n'y a rien de plus honorable que d'&#234;tre chass&#233; du pouvoir parce qu'on a eu raison. (...) le gouvernement de Weimar est sans cr&#233;dit. S'il ne peut rester au pouvoir, il sera remplac&#233; par un gouvernement tel qu'il sera impossible de traiter avec lui. (...) Nous devons &#224; la paix du monde de ne pas donner &#224; l'Allemagne la tentation de se jeter dans le Bolchevisme, nous ne savons que trop les relations des chefs bolcheviks avec l'Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : J'approuve fondamentalement M.Lloyd George et M. Wilson, mais je ne crois pas qu'il y ait d&#233;saccord entre eux et M.Loucheur qui, en homme d'affaires exp&#233;riment&#233;, se garderait bien de rien faire qui p&#251;t tuer la poule aux &#339;ufs d'or. (...) Nous avons raison de craindre le bolchevisme chez l'ennemi (les pays vaincus) et d'&#233;viter d'en provoquer le d&#233;veloppement, mais il ne faudrait pas le r&#233;pandre chez nous-m&#234;mes. (...) soit en France soit en Angleterre. Il est bien de vouloir m&#233;nager les vaincus, mais il ne faudrait pas perdre de vue les vainqueurs. Si un mouvement r&#233;volutionnaire devait se produire quelque part, parce que nos solutions para&#238;traient injustes, que ce ne soit pas chez nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : (...) Je sais quelque chose du danger bolcheviste dans nos pays ; je le combats moi-m&#234;me depuis plusieurs semaines (...) Le r&#233;sultat, c'est que des syndicalistes comme Smilie, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des mineurs, qui auraient pu devenir un danger formidable, finissent par nous aider &#224; &#233;viter un conflit. Les capitalistes anglais &#8211;dieu merci ! &#8211; ont peur, et cela les rend raisonnables. Mais en ce qui concerne les conditions de paix, ce qui pourrait provoquer une explosion du bolchevisme en Angleterre, ce ne serait pas le reproche d'avoir demand&#233; trop peu &#224; l'ennemi, mais celui de lui avoir demand&#233; trop. L'ouvrier anglais ne veut pas accabler le peuple allemand par des exigences excessives. (...) De toutes mani&#232;res, nous allons imposer &#224; l'Allemagne une paix tr&#232;s dure : elle n'aura plus de colonies, plus de flotte, elle perdra 6 ou 7 millions d'habitants, une grande partie de ses richesses naturelles : presque tout son fer, une grande partie de son charbon. Militairement, nous la r&#233;duisons &#224; l'&#233;tat de la Gr&#232;ce, et au point de vue naval, &#224; celui de la R&#233;publique Argentine. Et sur tous ces points nous sommes enti&#232;rement d'accord. (...) Si vous ajoutez &#224; cela des conditions secondaires qui puissent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme injustes, ce sera peut-&#234;tre la goutte d'eau qui fera d&#233;border le vase. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 27 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je ne crains pas dans l'avenir les guerres pr&#233;par&#233;es par les complots secrets des gouvernements mais plut&#244;t les conflits cr&#233;&#233;s par le m&#233;contentement des populations. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mar&#233;chal Foch : Pour arr&#234;ter l'infiltration bolcheviste il faut cr&#233;er une barri&#232;re en Pologne et en Roumanie, fermant la br&#232;che de Lemberg, et assainir les points de l'arri&#232;re qui peuvent &#234;tre infect&#233;s, comme la Hongrie, en assurant le maintien des communications par Vienne. En ce qui concerne particuli&#232;rement la Roumanie, les mesures n&#233;cessaires sont pr&#233;vues en d&#233;tail pour envoyer &#224; son arm&#233;e les effets et &#233;quipements qui lui manquent. Cette arm&#233;e sera plac&#233;e sous le commandement d'un g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais. Vienne sera occup&#233;e par des troupes alli&#233;es sous un commandement am&#233;ricain. (...) Nous sommes d'accord sur l'aide &#224; donner &#224; l'arm&#233;e roumaine et sur l'&#233;vacuation d'Odessa, qui est li&#233;e &#224; notre action en Roumanie. (...) Quant &#224; l'id&#233;e d'op&#233;rer la jonction entre les forces polonaises et roumaines pour faire face &#224; l'est, c'est le pr&#233;lude d'une marche vers et cela nous conduit &#224; la question d'une intervention militaire en Russie. Nous avons examin&#233; cette question plus d'une fois et nous sommes chaque fois arriv&#233;s &#224; la conclusion qu'il ne fallait pas penser &#224; une intervention militaire. (...) L'&#233;vacuation d'Odessa est consid&#233;r&#233;e comme le moyen de reporter des ressources, dont l'emploi &#224; Odessa ne pouvait conduire &#224; aucun r&#233;sultat satisfaisant, sur la Roumanie pour compl&#233;ter ses moyens de d&#233;fense. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mar&#233;chal Foch (chef des arm&#233;es alli&#233;es) : Pour arr&#234;ter l'infiltration bolcheviste il faut cr&#233;er une barri&#232;re en Pologne et en Roumanie, fermant la br&#232;che de Lemberg, et assainir les points de l'arri&#232;re qui peuvent &#234;tre infect&#233;s, comme la Hongrie, en assurant le maintien des communications par Vienne. (...) Contre une maladie &#233;pid&#233;mique, on fait un cordon sanitaire : on place un douanier tous les deux cent m&#232;tres et on emp&#234;che les gens de passer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando (Italie) : Je demande la permission de lire deux t&#233;l&#233;grammes que nous recevons de notre commissaire italien &#224; Vienne sur la situation. Le premier nous informe qu'on a re&#231;u &#224; Vienne une d&#233;p&#234;che du gouvernement r&#233;volutionnaire de Budapest, invitant le prol&#233;tariat viennois &#224; suivre l'exemple des Hongrois. Il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; par les r&#233;volutionnaires viennois de former un conseil de travailleurs, de mani&#232;re &#224; les mettre en &#233;tat de prendre le pouvoir (...) Le second t&#233;l&#233;gramme (...) consid&#232;re l'infiltration bolcheviste comme probable si la garde populaire n'est pas d&#233;sarm&#233;e. Le gouvernement est faible, mais il suffirait, pour r&#233;tablir la situation, d'envoyer &#224; Vienne deux r&#233;giments am&#233;ricains qui seraient re&#231;us avec soulagement par la majorit&#233; de la population. Une d&#233;claration des Alli&#233;s au sujet des approvisionnements produirait un effet utile mais ne servirait &#224; rien si elle venait apr&#232;s le triomphe des bolchevistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Diaz : Le bolchevisme est un mouvement populaire qui se manifeste partout o&#249; les vivres manquent et o&#249; l'autorit&#233; centrale est faible. (...) Son succ&#232;s para&#238;t li&#233; aux succ&#232;s du mouvement bolcheviste russe.. (...) la fermentation qui se produit actuellement n'a pas lieu seulement &#224; Vienne, mais jusque dans les pays slov&#232;nes, partout en un mot o&#249; la population souffre de l'insuffisance du ravitaillement. En occupant Vienne fortement, on tient les voies de communication et on arr&#234;te ce progr&#232;s mena&#231;ant. Ce qu'il faut c'est donner aux populations l'impression que nous apportons des vivres, l'ordre et la s&#233;curit&#233;. Sans cela elles se jetteront instinctivement du c&#244;t&#233; du d&#233;sordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Bliss : Le mot &#171; bolcheviste &#187; revient si souvent dans nos d&#233;bats qu'&#233;videmment il donne le ton &#224; tout ce qui vient d'&#234;tre dit. Si nous remplacions par le mot &#171; r&#233;volutionnaire &#187;, ce serait peut-&#234;tre plus clair. Le bolchevisme est la forme prise par le mouvement r&#233;volutionnaire dans les pays arri&#233;r&#233;s qui ont particuli&#232;rement souffert. D'ailleurs nous entendons dire, tant&#244;t que le bolchevisme russe est un produit allemand, tant&#244;t que c'est un mouvement essentiellement russe et qui, de l'est, vient envahir l'Europe. S'il &#233;tait certain qu'il vient de Russie, c'est l&#224; &#233;videmment qu'il faudrait le tuer. Mais le probl&#232;me est plus difficile. Un cordon sanitaire pourrait arr&#234;ter les bolchevistes, mais non le bolchevisme, et pour en faire une barri&#232;re v&#233;ritable, il faudrait d&#233;ployer des forces tr&#232;s consid&#233;rables depuis la Baltique jusqu'&#224; la mer Noire. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : La question n'est-elle pas de savoir s'il est possible d'organiser une r&#233;sistance arm&#233;e contre le bolchevisme, ce qui veut dire : avons-nous, non seulement les troupes qu'il faut, mais les moyens mat&#233;riels, et le sentiment public qui nous soutiendrait ? A mon avis, essayer d'arr&#234;ter un mouvement r&#233;volutionnaire par des arm&#233;es en ligne, c'est employer un balai pour arr&#234;ter une grande mar&#233;e. Les arm&#233;es, d'ailleurs, peuvent s'impr&#233;gner du bolchevisme qu'elles seraient charg&#233;es de combattre. Un germe de sympathie existe entre les forces qu'on voudrait opposer. Le seul moyen d'agir contre le bolchevisme, c'est d'en faire dispara&#238;tre les causes. (...) Une de ces causes est l'incertitude des populations au sujet de leurs fronti&#232;res de demain, des gouvernements auxquels elles devront ob&#233;ir, et, en m&#234;me temps, leur d&#233;tresse parce qu'elles manquent de vivres, de moyens de transport et de moyens de travail. (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 28 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je crains beaucoup la transformation de l'enthousiasme en d&#233;sespoir aussi violent que le bolchevisme qui dit : &#171; il n'y a pas de justice dans le monde, tout ce qu'on peut faire c'est se venger par la force des injustices commises auparavant par la force. &#187; (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 29 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : L'armistice nous autorise &#224; envoyer des troupes en Pologne pour le maintien de l'ordre. Il faut bien faire comprendre aux Allemands que c'est dans ce but et pour prot&#233;ger la Pologne des bolcheviks russes que les troupes du g&#233;n&#233;ral Haller sont envoy&#233;es &#224; Varsovie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il n'est pas de l'int&#233;r&#234;t du gouvernement allemand de nous emp&#234;cher de former une barri&#232;re contre le bolchevisme. (...) Sachons prendre une d&#233;cision ; ne faisons pas avec la Hongrie comme avec la Russie ; une Russie nous suffit. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 31 mars 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pichon : Que s'est-il pass&#233; (en Hongrie) ? (...) Le d&#233;part du comte Karoliyi et (. .) la chute du gouvernement (...). Une r&#233;publique des soviets a &#233;t&#233; proclam&#233;e. Nos missions ont &#233;t&#233; chass&#233;es et le premier acte du nouveau gouvernement a &#233;t&#233; de s'adresser &#224; L&#233;nine et de lui dire qu'on &#233;tait pr&#234;ts &#224; marcher avec lui. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il faut avant tout &#233;claircir la situation. Le gouvernement de Budapest (...) est un gouvernement de soviets parce que c'est la forme de gouvernement &#224; la mode et il peut y avoir bien des esp&#232;ces de soviets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pichon : La Hongrie nous r&#233;pond par la r&#233;volution, par l'expulsion de nos missions. Nous sommes li&#233;s &#224; la Roumanie, &#224; qui nous avons promis de lib&#233;rer les populations transylvaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il faut &#233;viter, par une attitude trop dure, de pousser un pays apr&#232;s l'autre dans le bolchevisme. Le m&#234;me danger existe &#224; Vienne. Si nous avions &#224; jeter l&#224; une ligne de d&#233;marcation, Vienne pourrait se jeter le lendemain dans le bolchevisme. Si de pareils &#233;v&#233;nements se r&#233;p&#232;tent, nous n'aurons pas de paix, parce que nous ne trouverons plus personne pour le conclure. En ce qui concerne la Hongrie (...) il ne servirait &#224; rien de lui dire &#171; Nous ne voulons rien avoir &#224; faire avec vous (...) nous n'avons jamais rien eu &#224; faire, ni les uns ni les autres, avec des gouvernements r&#233;volutionnaires. &#187; Quant &#224; moi, je suis pr&#234;t &#224; entrer en conversation avec n'importe quel coquin (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Le comte Karolyi est un homme fatigu&#233;, qui a jet&#233; le manche apr&#232;s la cogn&#233;e, et le bolchevisme n'a eu qu'&#224; prendre une place vide. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 8 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Nous avons re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de notre l&#233;gation en Suisse nous annon&#231;ant que la proclamation de la r&#233;publique des soviets &#224; Vienne est probable pour le 14 de ce mois, &#224; moins que Vienne ne soit occup&#233;e par les Alli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Qui propose-t-on d'envoyer occuper Vienne ? pourquoi, si nous suivions ces suggestions, n'occuperions-nous pas l'Europe enti&#232;re ? Nos repr&#233;sentants &#224; Berlin nous tiennent le m&#234;me langage ; il n'y aurait plus de raison de s'arr&#234;ter. (...) J'ai re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme du War Office me faisant conna&#238;tre que la situation en Allemagne s'aggrave et que l'on craint une catastrophe. (...) Aujourd'hui, nous apprenons la proclamation de la r&#233;publique des soviets en Bavi&#232;re. Le danger est que, quand nous demanderons aux d&#233;l&#233;gu&#233;s allemands : &#171; qui repr&#233;sentez-vous ? &#187;, ils ne sachent que r&#233;pondre. (...) Nous sommes d'accord pour examiner ce que nous aurons &#224; faire non seulement si l'Allemagne tombe en d&#233;composition, mais aussi si la situation s'aggrave en Autriche et dans les pays voisins. (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 16 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Balfour : Il y a, sur la c&#244;te de la Baltique, des troupes allemandes qui luttent contre les Bolcheviks et qui nous demandent de les aider en leur fournissant du charbon et des vivres et m&#234;me en leur permettant de recevoir des renforts d'Allemagne. Nous avons consenti (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 18 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pr&#233;sident Wilson donne lecture du texte sur la Pologne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Un article que je n'aime pas est celui qui demande la dissolution des conseils d'ouvriers et de soldats. L'ex&#233;cution n'en est pas facile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : C'est ce que nous avons fait sur les territoires que nous occupons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Sans doute, mais nous nous d&#233;sirons pr&#233;cis&#233;ment &#233;viter d'avoir &#224; occuper cette r&#233;gion &#233;loign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 21 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Quant &#224; moi, j'ai toujours eu le souci de calmer l'opinion. (...) Si je revenais en Italie en apportant une paix qui provoquerait un soul&#232;vement de la population, je rendrai un mauvais service au monde entier. Si l'opinion du pr&#233;sident Wilson pr&#233;vaut, il y aura une r&#233;volution en Italie, n'en doutez pas. R&#233;cemment des &#233;chauffour&#233;es se sont produites &#224; Rome et &#224; Milan entre les bolchevistes et les patriotes. Ce sont les bolchevistes qui ont &#233;t&#233; battus. A Milan, deux d'entre eux ont &#233;t&#233; tu&#233;s. Or cet &#233;l&#233;ment nationaliste qui est si excit&#233; en ce moment ferait la r&#233;volution si la paix lui paraissait mauvaise (...) Une Italie d&#233;&#231;ue et m&#233;contente, ce sera la r&#233;volution et un danger pour le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balfour : Mais supposez que l'Italie se brouille avec les Etats-Unis, je ne vois pas comment la vie &#233;conomique pourra continuer, et, dans ce cas, comment &#233;viterez vous la r&#233;volution sociale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : J'ai encore espoir d &#233;viter la r&#233;volution sociale si je reste avec mon pays. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 22 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai peur d'une crise que nous ne puissions plus ma&#238;triser (...) Notre pauvre Europe est comme un terrain sem&#233; de grenades ; si on y met le pied, tout saute. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 23 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il n'est pas possible de faire quoi que ce soit dans ce pays (l'Allemagne) avant que la population ait les vivres et les moyens de travail indispensables. La disette, au sens le plus g&#233;n&#233;ral du mot, est le terrain sur lequel cro&#238;t le bolchevisme. (...) Je ne peux pas consentir &#224; donner &#224; donner &#224; l'Italie ce qui serait la cause d'une s&#233;paration dangereuse entre le monde slave et l'Europe occidentale. Nous sommes devant une alternative : ou nous attirerons les slaves du sud vers l'Europe occidentale et vers la Soci&#233;t&#233; des Nations, ou nous les rejetterons vers la Russie et le bolchevisme. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 24 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Dans les villes (allemandes) il y a du bolchevisme. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 29 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Vandervelde : Nous avons, &#224; l'heure pr&#233;sente, 800.000 ch&#244;meurs survivent avec une allocation de 777 &#224; 14 francs par semaine. La vie, en Belgique, est trois fois plus ch&#232;re qu'en 1914. Cependant l'ordre et le calme n'ont cess&#233; d'y r&#233;gner. Ce qui les a maintenus, c'est d'abord l'organisation tr&#232;s forte de notre parti ouvrier dont je suis fier de dire qu'elle est la plus puissante garantie d'ordre qui existe dans notre pays (...). Je ne suis pas suspect de vues extr&#234;mes (...) Dans le discours que j'ai prononc&#233; en s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re sur les conditions de travail, j'ai dit que les ouvriers belges, ayant &#224; choisir entre la m&#233;thode anglaise et la m&#233;thode russe, avaient choisi la m&#233;thode anglaise. Mr Lloyd George m'a dit qu'il &#233;tait fier de voir que les ouvriers belges reconnaissaient l'excellence de la m&#233;thode britannique. Mais pour que cela dure, il est indispensable que vous nous aidiez : il y va de l'avenir de nos travailleurs et de notre pays m&#234;me. &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 30 avril 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Pour l'emploi du temps, il a &#233;t&#233; propos&#233; d'&#233;tudier la semaine prochaine les questions relatives &#224; la paix en Autriche. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui me rallie &#224; la proposition de M. Lloyd George, c'est l'effet moral que la convocation aura en Autriche. Les d&#233;p&#234;ches que nous recevons de Vienne indiquent l'urgence de soutenir le gouvernement actuel. La disette, le sentiment que la paix n'est pas en vue, cr&#233;ent un &#233;tat d'esprit dangereux (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je propose d'entendre M. Tcha&#239;kovsky le chef du gouvernement d'Arkhangel (...) Les renseignements que nous recevons indiquent que Koltchak avance et pourra sans doute rejoindre Arkhangel (...) et, d'autre part, que le gouvernement de L&#233;nine est encore puissant, mais incline peu &#224; peu vers une politique plus mod&#233;r&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Nos informations tendent &#224; montrer que la puissance des Bolcheviks d&#233;cline.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Ici nos informations diff&#232;rent. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Un des &#233;l&#233;ments qui troublent la paix du monde est la pers&#233;cution des Juifs. Vous savez qu'ils sont particuli&#232;rement mal trait&#233;s en Pologne et qu'ils sont priv&#233;s des droits de citoyen en Roumanie. (...) Rappelez-vous que, quand les Juifs &#233;taient trait&#233;s en hors la loi en Angleterre, ils agissaient comme des gens hors la loi. Notre d&#233;sir est de les ramener partout dans la loi commune. (...) (Suite le 3 mai) Nos gouvernements, du moins les gouvernements britannique et am&#233;ricain, ont pris, vis-&#224;-vis des Juifs, l'engagement d'&#233;tablir en Palestine quelque chose qui ressemble &#224; un Etat isra&#233;lite, et les Arabes y sont tr&#232;s oppos&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite le 17 mai) Ce n'est pas seulement un sentiment de bienveillance &#224; l'&#233;gard des Juifs, mais par l'incertitude du danger que le traitement injuste des Juifs cr&#233;e dans diff&#233;rentes parties de l'Europe. Le r&#244;le des Juifs dans le mouvement bolcheviste est d&#251; sans aucun doute &#224; l'oppression que leur race a subi pendant si longtemps. Les pers&#233;cutions emp&#234;chent le sentiment patriotique de na&#238;tre et provoquent l'esprit de r&#233;volte. A moins que nous ne portions rem&#232;de &#224; la situation des Juifs, elle restera un danger pour le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite 6 juin) France, Italie, Grande Bretagne, Etats-Unis, ce n'est pas sur leurs territoires que l'on trouve cet &#233;l&#233;ment juif qui peut devenir un danger pour la paix en Europe, mais en Russie, en Roumanie, en Pologne, partout o&#249; les Juifs sont pers&#233;cut&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Cette difficult&#233; subsistera jusqu'&#224; ce que les Polonais deviennent assez intelligents pour savoir tirer parti de leurs Juifs, comme le font les Allemands.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Suite 23 juin) Pr&#233;sident Wilson Le plus important est d'apaiser les inqui&#233;tudes des Juifs. Je crains toujours de laisser subsister de ce c&#244;t&#233; un ferment dangereux. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 2 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : On me fait savoir que, dans plusieurs villes d'Italie, des soldats anglais ont &#233;t&#233; insult&#233;s dans les rues. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : En jetant un cristal dans un liquide, on le fait parfois cristalliser tout entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Quelquefois aussi, on provoque une explosion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : L'explosion s'est d&#233;j&#224; produite. (...) l'attitude de l'Italie est indubitablement agressive. (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 7 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je voudrai vous parler de la Russie La situation s'y transforme de la fa&#231;on la plus remarquable : nous assistons &#224; un v&#233;ritable effondrement du bolchevisme, &#224; tel point que le cabinet britannique sollicite de nous une d&#233;cision imm&#233;diate sur notre politique en Russie. D'apr&#232;s nos renseignements, Koltchak est sur le point de joindre ses forces &#224; celles d'Arkhangel ; il est possible aussi qu'il arrive &#224; bref d&#233;lai &#224; Moscou et y &#233;tablisse un nouveau gouvernement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Que fournissez-vous &#224; Koltchak et &#224; D&#233;nikine ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Des armes et des munitions. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 8 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Rien n'a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; sur les fronti&#232;res de la Russie ou celles qu'il a lieu d'&#233;tablir &#224; l'int&#233;rieur de l'ancien empire russe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 9 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Quand nous essay&#226;mes pour la premi&#232;re fois d'envoyer des vivres aux populations russes (...) des troupes am&#233;ricaines ont assur&#233; la police du chemin de fer entre le Pacifique et Irkoutsk. Notre gouvernement n'a pas confiance dans l'amiral Koltchak qui est soutenu par la France et l'Angleterre. (...) Dans ces conditions, nous devons ou prendre le parti de soutenir Koltchak et de renforcer notre arm&#233;e d'occupation, ou nous retirer totalement. Mais si nous augmentons nos effectifs, le Japon fera de m&#234;me. Quand nous sommes all&#233;s en Sib&#233;rie, nous nous &#233;tions entendus avec le Japon pour envoyer l&#224;-bas des forces &#233;quivalentes. En fait, nous avons envoy&#233; 9000 hommes et le japon 12000. Mais, peu &#224; peu, il a augment&#233; ses effectifs et les a port&#233;s &#224; 70.000 hommes. (...) Si, d'autre part, nous renfor&#231;ons les troupes qui gardent le chemin de fer, je crains une coalition entre les Cosaques et les Japonais contre nous. Pour moi j'ai toujours &#233;t&#233; d'avis de nous retirer de Russie (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : (...) Il devient n&#233;cessaire de nous entendre sur une politique commune en Russie. D'apr&#232;s nos renseignements, l'amiral Koltchak avance rapidement &#224; l'ouest de l'Oural et cela semble d&#233;montrer que les Bolcheviks n'ont plus la force de r&#233;sister, ou que les moyens de transport leur manquent compl&#232;tement. Quelles sont les derni&#232;res nouvelles ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sir Maurice Hankey : Les derniers t&#233;l&#233;grammes montrent que l'amiral Koltchak envoie des forces &#224; la fois dans la direction d'Arkhangel et vers le sud-ouest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous avons certainement le droit de demander &#224; Koltchak quelles sont ses intentions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : D'abord sur la question agraire, il faut lui demander s'il est bien r&#233;solu &#224; ne pas reprendre la terre aux paysans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : D'apr&#232;s les informations que j'ai re&#231;ues d'un homme qui conna&#238;t tr&#232;s bien la Russie et sa situation pr&#233;sente, les paysans se sont empar&#233;s de la terre irr&#233;guli&#232;rement et au hasard. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il faut se r&#233;signer &#224; des irr&#233;gularit&#233;s de ce genre dans une r&#233;volution : le fait s'est produit lors de la r&#233;volution fran&#231;aise. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Si l'amiral Koltchak peut nous rejoindre, c'est la fin du bolchevisme. ( ..)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Les troupes am&#233;ricaines d'Arkhangel ne sont pas bien sures. (...) Il est toujours dangereux de se m&#234;ler de r&#233;volutions &#233;trang&#232;res. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Ici ce sont des Russes qui agissent et nous ne ferons que les seconder. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lord Robert Cecil : Le grand probl&#232;me que nous avons &#224; r&#233;soudre est de remettre l'Europe au travail. Partout, le ch&#244;mage se d&#233;veloppe, surtout dans les Etats nouveaux. Se borner &#224; nourrir cette population de ch&#244;meurs serait presque sans effet au point de vue politique : s'ils sont nourris et sans travail, ils seront encore plus dispos&#233;s &#224; se r&#233;volter que dans la plus extr&#234;me d&#233;tresse. (...) Ce qui est certain, c'est que si rien n'est fait, nous nous trouverons en pr&#233;sence du chaos et de l'anarchie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 10 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Une intransigeance de notre part aurait pour r&#233;sultat une r&#233;volution en Pologne. et, pour commencer, la chute de son gouvernement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai re&#231;u ce matin un autre rapport qui me dit qu'&#224; mesure que Koltchak avance, il se produit des d&#233;sordres derri&#232;re lui. Les Bolcheviks ont quelques succ&#232;s en Sib&#233;rie orientale. Cela ne veut-il pas dire que l'on croit que si Koltchak r&#233;ussissait, le but final de son entourage serait le retour au pass&#233; ? Ne croit-on pas que c'est &#224; cela que les Alli&#233;s veulent l'aider ? (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 17 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Maharadjah de Bikaner : Nous ne pouvons que d&#233;conseiller de la mani&#232;re la plus formelle tout partage de la Turquie (...) C'est avec tout le sentiment de ma responsabilit&#233; que j'appelle votre attention sur le danger de d&#233;sordre et de haine que cette question contient, non seulement pour l'Inde mais pour le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Montagu : Il y a un danger v&#233;ritable chez les peuples musulmans. (...) Un Am&#233;ricain qui avait &#233;t&#233; prisonnier des Bolcheviks &#224; Tachkent (...) a &#233;t&#233; frapp&#233; par l'attitude des Musulmans &#224; l'&#233;gard des Alli&#233;s : le sentiment parmi eux &#233;tait que la Conf&#233;rence prenait position contre l'Islam. Je n'ai pas besoin de rappeler les &#233;v&#233;nements r&#233;cents qui se sont produits en Egypte et dans l'Afghanistan. Dans le Pendjab, des agitateurs hindous, excit&#233;s par les Bolcheviks, provoquaient les populations &#224; la r&#233;volte. (...) Il est sans exemple que l'on ait ainsi ouvert les mosqu&#233;es &#224; des pr&#233;dicateurs ou &#224; des orateurs qui n'appartenaient pas eux-m&#234;mes &#224; la religion musulmane. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 19 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : La situation &#224; Varsovie est certainement dangereuse. L'opinion est tr&#232;s mont&#233;e et aux excitations nationalistes se m&#234;lent des menaces de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des postes et des chemins de fer. (...) Paderewski nous avertit qu'une intransigeance compl&#232;te de notre part aurait pour r&#233;sultat une r&#233;volution en Pologne et, pour commencer, la chute de son gouvernement. (...) Le seul moyen de r&#233;gler la question hongroise est une intervention militaire. Il n'y aurait pas de r&#233;sistance. (...) On nous conseille d'envoyer &#224; Budapest une mission politique ayant &#224; sa t&#234;te un homme comme le g&#233;n&#233;ral Smuts pour assurer l'&#233;tablissement d'un gouvernement stable. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Nous sommes au milieu des sables mouvants. (...) Avez-vous vu le t&#233;l&#233;gramme de L&#233;nine qui accuse les troupes de Denikine d'atrocit&#233;s. J'ai bien peur qu'en fait les atrocit&#233;s n'aient lieu des deux c&#244;t&#233;s. Que penser des victoires de Koltchak ? (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : M&#234;me incertitude au sujet de la Hongrie. Nous recevons des rapports sur l'impopularit&#233; de la dictature du prol&#233;tariat. (...) La conclusion de mon repr&#233;sentant est que le seul moyen de r&#233;gler la question hongroise est une intervention militaire. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Il me para&#238;t bien difficile d'occuper Budapest. Que nous demandera-t-on d'occuper ensuite ? Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'on nous invite &#224; occuper telle ou telle partie de l'Europe. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : J'ai donn&#233; au D&#233;partement d'Etat l'instruction d'entrer directement en communication avec l'amiral Koltchak et de lui poser un certain nombre de questions, notamment sur ses intentions en ce qui concerne l'Assembl&#233;e Constituante et le r&#233;gime agraire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 20 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lord Robert Cecil : L&#233;nine ne veut pas accepter la condition de suspension des hostilit&#233;s. Apr&#232;s consultation avec le Conseil supr&#234;me &#233;conomique, je conseille aux gouvernements de choisir entre deux politiques : il faut ou &#233;craser les Bolcheviks ou imposer aux diff&#233;rents groupes bellig&#233;rants de la Russie (...) qu'une Constituante soit imm&#233;diatement convoqu&#233;e. En tout cas, il ne faut pas essayer de m&#234;ler les deux syst&#232;mes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Si nous cessons d'envoyer des armes &#224; Koltchak et &#224; Denikine, ce n'est pas cela qui arr&#234;tera L&#233;nine. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : D'un c&#244;t&#233;, nous avons des r&#233;volutionnaires violents et sans scrupules, de l'autre des gens qui pr&#233;tendent agir dans l'int&#233;r&#234;t de l'ordre, mais dont les intentions nous sont suspectes. Toutefois, nous avons le devoir de ne pas abandonner ceux dont nous avons eu besoin (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Nous aurons aussi &#224; examiner la question des provinces baltiques. (. ;) Comment faire fond sur ces populations ? Nous avons &#224; un moment donn&#233; cherch&#233; &#224; leur distribuer des armes pour combattre contre les Bolcheviks, mais nous y avons renonc&#233;, parce que nous trouvions trop peu de gens en qui on p&#251;t avoir confiance. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 21 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Le monde musulman s'agite, vous savez nos difficult&#233;s en Egypte, l'Afghanistan est en &#233;tat de guerre avec nous. Pendant la guerre nous avons lev&#233; dans les Indes plus d'un million d'hommes, presque tous musulmans, ce sont eux qui ont support&#233; presque tout le poids de la lutte contre la Turquie, quoique encadr&#233;s par des troupes blanches. Le monde musulman n'oublie pas cela. La division de la partie proprement turque de l'Asie Mineure serait injuste et impolitique (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Le Rond : Les Ukrainiens n'ont que m&#233;diocrement r&#233;sist&#233; aux Bolchevistes. (...) Les Polonais sont beaucoup plus capables qu'eux d'arr&#234;ter la marche en avant du bolchevisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
G&#233;n&#233;ral Botha : Les Polonais, avec des munitions qu'ils re&#231;oivent de nous, attaquent des gens qui ne sont pas nos ennemis (Ukraine). S'ils ont besoin de ce que nous leur donnons pour combattre les Bolchevistes, nous sommes pr&#234;ts &#224; continuer &#224; le leur donner. (...) Si nous tol&#233;rons ce que la Pologne fait aujourd'hui, nous jetterons nous-m&#234;mes le peuple ukrainien dans les bras des Bolcheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Si Paderewski tombe et que nous coupions les vivres &#224; la Pologne, la Pologne elle-m&#234;me ne deviendra-t-elle pas bolcheviste ? Le gouvernement de Paderewski est comme une digue contre le d&#233;sordre, et peut-&#234;tre la seule possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Les Polonais estiment que le moyen de combattre les Bolchevistes n'est pas de s'unir avec les Ukrainiens contre eux, mais de supprimer les Ukrainiens. Quarante millions d'Ukrainiens, s'ils sont foul&#233;s aux pieds, se soul&#232;veraient contre nous et pourraient cr&#233;er un nouveau bolchevisme quand l'ancien se serait effondr&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 23 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Je regrette beaucoup de ne pas pouvoir nier que l'&#233;tat d'esprit en Italie est fort pr&#233;occupant. C'est un aveu qui me co&#251;te beaucoup. L'exasp&#233;ration de l'opinion italienne vient en partie de la fatigue de la guerre, en partie de la sensation d'anxi&#233;t&#233; provenant du fait que l'Italie ne voit pas les questions qui l'int&#233;ressent recevoir leur solution. (...) Il en est r&#233;sult&#233; une tension qui va, je le reconnais, jusqu'&#224; la folie de la pers&#233;cution ; et cela se tourne contre le gouvernement italien lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : N'est-ce pas l'Angleterre qui a fourni la plus grande partie des armes et des munitions &#224; Koltchak et &#224; Denikine ? Les Etats-Unis n'ont rien fourni, sauf aux Tch&#233;coslovaques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : C'est en effet la Grande-Bretagne qui a fait la plus grande partie de ces fournitures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Nous en avons fait aussi mais moins que vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Notre r&#244;le est diff&#233;rent. Nous n'avons fait que venir en aide aux Tch&#233;coslovaques et assurer en partie la garde du chemin de fer transsib&#233;rien. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il faut reprendre la question de l'armement des petits Etats de l'Europe centrale. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous laisserons des troupes &#224; la Pologne &#224; cause du voisinage de la Russie. Nous laisserons des troupes &#224; la Roumanie pour la m&#234;me raison. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 24 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous craignons que l'amiral Koltchak, le g&#233;n&#233;ral Denikine et le gouvernement d'Arkhangel ne soient soumis &#224; des influences contre-r&#233;volutionnaires et que, s'ils n'ont pris aucun engagement vis-&#224;-vis de nous, leur victoire n'aboutisse &#224; une r&#233;action qui conduirait sans doute &#224; de nouveaux d&#233;sordres et &#224; une nouvelle r&#233;volution. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : En Angleterre, le sentiment contre l'action de toute troupe britannique en Russie est de plus en plus fort. En revanche, nous pouvons laisser tous les individus qui, de leur propre gr&#233;, s'engageront au service d'un des gouvernements russes (Koltchak ou Denikine), leur fournir cette sorte d'assistance individuelle. En fait, lorsque nous avons demand&#233; des volontaires pour notre corps d'occupation d'Arkhangel, nous en avons trouv&#233; beaucoup. (...) D'ailleurs, ce qu'il faut en Russie, ce sont avant tout des sp&#233;cialistes, artilleurs, aviateurs, etc&#8230; (&#8230;) Il est peut-&#234;tre mieux de ne m&#234;me pas mentionner ces volontaires dans notre d&#233;p&#234;che (...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Ce n'est pas moi qu'il faut persuader mais le Congr&#232;s des Etats-Unis qui s'est montr&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent hostile &#224; l'id&#233;e de toute intervention en Russie. Je crois que cette attitude pourra changer si l'amiral Koltchak r&#233;ponde d'une mani&#232;re satisfaisante aux questions que nous allons lui poser. (...) Mais, pour aider l'amiral Koltchak dans sa marche vers l'ouest, nous ne lui fournissons que des moyens mat&#233;riels, en laissant aux individus le droit de s'engager volontairement dans les arm&#233;es russes. (...) Notre ambassadeur &#224; Tokyo est en route pour Omsk ; il doit voir l'amiral Koltchak et se former une opinion sur lui et son entourage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Il serait bon d'envoyer quelqu'un faire la m&#234;me enqu&#234;te chez le g&#233;n&#233;ral Denikine. (...) Denikine est entour&#233; de bons officiers mais dont les m&#233;thodes sont brutales : ils ont fusill&#233; quinze mille bolchevistes apr&#232;s les avoir fait prisonniers. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 26 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Le trait&#233; de Londres a &#233;t&#233; conclu dans des circonstances qu,i depuis, se sont modifi&#233;es. (...) L'opinion du monde elle-m&#234;me s'est modifi&#233;e. (...) le monde n'avait pas encore compris qu'il y avait l&#224; une question qui le regardait (l'oppression des peuples colonis&#233;s mena&#231;ant de se joindre &#224; la r&#233;volution russe et europ&#233;enne) et dans laquelle son avenir m&#234;me &#233;tait en jeu, c'est ce qui n'a &#233;t&#233; compris que graduellement aux Etats-Unis et dans d'autres pays. (...) C'est alors que j'ai fait au Congr&#232;s mon discours sur nos buts de guerre (. ;) mes quatorze points (...). Le trait&#233; de Londres est fond&#233; sur l'id&#233;e de l'ancienne politique europ&#233;enne que la puissance la plus forte a le droit de r&#233;gler le sort de la plus faible. (...) Si aujourd'hui cette id&#233;e &#233;tait maintenue, elle provoquerait des r&#233;actions fatales &#224; la paix du monde. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 28 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Nous allons discuter (...) pour tous les petits Etats (...) la question de la limitation de leurs armements (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il y a, dans cette partie du monde, un facteur inconnu : c'est la Russie. Ne pouvons-nous pas dire que, l&#224; o&#249; ce facteur peut se faire sentir, des forces militaires pourront &#234;tre maintenues suffisantes pour parer &#224; toute &#233;ventualit&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : ce qu'il faut surtout, c'est ne pas trop h&#226;ter le d&#233;sarmement des Etats d'Europe centrale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je crains ce qui peut arriver si ces Etats ont des arm&#233;es tr&#232;s sup&#233;rieures &#224; celle de l'Autriche. Je n'ai pas grande confiance dans la Roumanie, dans la Serbie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il vaut mieux &#233;tablir un r&#233;gime provisoire tant que la p&#233;riode d'incertitude et de d&#233;sordre continue. Il est impossible aujourd'hui, quand l'est de l'Europe est dans un &#233;tat si critique, de militer d&#233;finitivement les forces de chaque Etat. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 29 mai 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : En Russie, rien n'a plus contribu&#233; &#224; rendre les Bolcheviks populaires que l'occupation &#233;trang&#232;re. (En Europe centrale) il faut &#233;viter que l'occupation irrite la population, accumule les haines et cr&#233;e un danger pour l'Europe enti&#232;re. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 2 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'estime qu'il est de mon devoir de vous indiquer la situation de la d&#233;l&#233;gation britannique en ce qui concerne le trait&#233; de paix. Elle est difficile. Notre opinion publique d&#233;sire avant tout la paix (...) elle ne soutiendrait pas un gouvernement qui reprendrait la guerre. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 3 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Je crains que Koltchak n'ait subi un &#233;chec s&#233;rieux. &#187; &#171; 6 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Wilson donne lecture du t&#233;l&#233;gramme de l'amiral Koltchak en r&#233;ponse &#224; la demande de garanties des Alli&#233;s : (...) &#171; Il para&#238;t impossible de rappeler l'assembl&#233;e de 1917 &#233;lue sous un r&#233;gime de violence bolcheviste et dont les membres sont maintenant en majorit&#233; dans les rangs des Soviets. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 9 juin1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je prie les membres du Conseil militaire interalli&#233; de nous faire conna&#238;tre la situation militaire en Hongrie. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai des informations r&#233;centes d'un Anglais, venu de Budapest, et d'ailleurs tr&#232;s hostile &#224; Bela Kun. Il rejette toute la faute de ce qui est arriv&#233; sur les Roumains. (...) Bela Kun, &#224; ce moment, &#233;tait perdu. Il &#233;tait isol&#233; dans Budapest. Sa situation pouvait se comparer &#224; celle de la Commune de Paris imm&#233;diatement avant sa chute. L'avance des Roumains a soulev&#233; le sentiment national hongrois et donn&#233; &#224; Bela Kun une arm&#233;e (...) J'ai re&#231;u deux t&#233;l&#233;grammes de notre repr&#233;sentant militaire &#224; Prague. Le premier dit que la situation est tr&#232;s grave, que les Tch&#232;ques manquent de munitions, que Presbourg est menac&#233; et que le bolchevisme se d&#233;veloppe en Slovaquie. Le second annonce qu'&#224; la requ&#234;te du Pr&#233;sident Masaryk, le g&#233;n&#233;ral Pell&#233; a &#233;t&#233; plac&#233; &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e tch&#233;coslovaque et la loi martiale proclam&#233;e &#224; Presbourg. (...) Le g&#233;n&#233;ral Franchet d'Esperey, qui nous repr&#233;sente tous, a donn&#233; une premi&#232;re fois aux Roumains ordre de s'arr&#234;ter. Cet ordre n'a pas &#233;t&#233; ob&#233;i. (...) Je propose d'arr&#234;ter tout envoi de mat&#233;riel &#224; la Roumanie jusqu'&#224; ce qu'elle ait ob&#233;i &#224; notre ordre. (...) La plus grande partie de nos difficult&#233;s vient de ce que les Etats qui sont nos amis refusent de suivre nos instructions. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je n'aime pas jouer les d&#233;p&#244;ts de munitions. Cela peut produire des explosions. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Les Allemands ne savent plus o&#249; ils en sont. Ils ressemblent &#224; un homme pris dans un cyclone, &#224; qui l'on demanderait tout &#224; coup : &#171; &#224; quel prix vendez-vous votre cheval ? &#187; D'ailleurs nous sommes un peu dans la m&#234;me situation. (...) Il faut aboutir. Nous ne pourrons tenir aucune des autres nations tant que nous n'aurons pas fait la paix avec l'Allemagne. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 10 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous vous avons convoqu&#233;s, Messieurs, parce que nous sommes tr&#232;s pr&#233;occup&#233;s de la situation militaire en Hongrie et autour de la Hongrie. (...) Cette seconde offensive (roumaine) a eu comme cons&#233;quence la chute de Karolyi, dont l'attitude envers l'Entente &#233;tait plus amicale que celle d'aucun autre homme d'Etat hongrois .C'est alors que Bela Kun s'empara du pouvoir. Son gouvernement n'&#233;tait pas de nature &#224; &#234;tre accept&#233; par les classes les plus &#233;tablies de la population. Mais quand les Tch&#232;ques, &#224; leur tour, attaqu&#232;rent le territoire hongrois. On nous rapporte que les officiers de l'ancienne arm&#233;e hongroise eux-m&#234;mes vinrent se ranger autour du gouvernement de Bela Kun. Celui-ci donc arriv&#233; au pouvoir en cons&#233;quence de l'offensive roumaine y a &#233;t&#233; consolid&#233; par l'offensive tch&#232;que. Rien ne peut &#234;tre plus fatal &#224; notre politique. (...) Nous devons &#233;viter de cr&#233;er nous-m&#234;mes le bolchevisme en donnant aux populations des pays ennemis de justes raisons de m&#233;contentement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 12 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : En r&#233;ponse &#224; l'amiral Koltchak, nous ne pouvons faire plus que lui promettre notre appui. Il est impossible de reconna&#238;tre son gouvernement comme celui de toute la Russie. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : Il y a en Italie une gr&#232;ve qui me pr&#233;occupe (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : J'ai eu quelques renseignements sur ce qui s'est pass&#233; &#224; Rome pendant la visite de Ramsay MacDonald. Les socialistes italiens &#233;taient d'avis de faire un coup, d'accord avec les groupes ouvriers de France et d'Angleterre. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Orlando : L'agitation qui a lieu en Italie en ce moment est surtout dirig&#233;e contre la hausse des prix. Il y a eu quelques incidents s&#233;rieux &#224; La Spezia : une personne a &#233;t&#233; tu&#233;e et deux bless&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Cette question des prix me pr&#233;occupe beaucoup et je crois que nous devrons bient&#244;t faire un effort pour la r&#233;soudre en commun. A mon avis, il faudra &#233;tablir un syst&#232;me d'achats interalli&#233;s. Autrement nous courrons &#224; une r&#233;volution dans toute l'Europe. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 13 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Les moyens militaires &#224; employer si les Allemands refusent de signer (la paix) ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s. Mais, &#224; mon avis, le meilleur moyen d'obtenir la signature, c'est d'annoncer d&#232;s maintenant que nous nous pr&#233;parons, en cas de refus, &#224; reprendre le blocus. (...) Ce que je veux, c'est h&#226;ter la conclusion de la paix. Si la paix ne vient pas promptement, je crains un chaos qui serait bien pire que tout ce qu'ont pu faire des ann&#233;es de blocus (...) J'ai peur de trouver &#224; Berlin un autre Moscou (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : La famine a produit ailleurs le chaos et je crains qu'elle ne le produise aussi en Allemagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Lloyd George n'a pas envie d'aller &#224; Berlin, moi non plus. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 17 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Le Conseil &#233;conomique nous demande s'il n'y a pas lieu de lever le blocus de la Russie bolcheviste et de la Hongrie d&#232;s la signature du trait&#233; avec l'Allemagne. La question, en r&#233;alit&#233;, se borne &#224; savoir si les allemands seront les seuls &#224; avoir le droit de commercer avec la Russie. (...) Si je croyais que nous puissions &#233;craser les Bolcheviks cette ann&#233;e, je serai d'avis de faire un grand effort auquel participeraient les flottes anglaise et fran&#231;aise. Mais l'amiral Koltchak vient d'&#234;tre repouss&#233; &#224; trois cent kilom&#232;tres en arri&#232;re. Une des ses arm&#233;es est d&#233;truite. (...) Pour moi, l'amiral Koltchak ne battra pas L&#233;nine. Il arrivera plut&#244;t un moment o&#249; les adversaires se rapprocheront pour mettre fin &#224; l'anarchie. Il semble que les affaires militaires des Bolcheviks soient bien conduites. Mais les observateurs qui nous renseignent disent que la pure doctrine bolcheviste est de plus en plus abandonn&#233;e et que ce qui se constitue l&#224;-bas, c'est un Etat qui ne diff&#232;re pas sensiblement d'un Etat bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Etes-vous s&#251;r du fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Il est peut-&#234;tre encore trop t&#244;t pour le croire. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Il faut, en tout cas, tenir l'engagement que nous venons de prendre vis-&#224;-vis de l'amiral Koltchak.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Certainement. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Nous ne nous sommes engag&#233;s d'ailleurs qu'&#224; l'aider en lui fournissant du mat&#233;riel. (...) La question est celle-ci : sommes-nous en guerre avec la Russie bolcheviste ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Des troupes britanniques sont &#224; Arkhangel. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je vous signale que le Conseil interalli&#233; des transports maritimes a donn&#233; hier l'ordre d'arr&#234;ter les navires charg&#233;s de vivres &#224; destination des ports de la Baltique (...) Je rappelle que j'ai beaucoup insist&#233; pour que nous commencions par l'action militaire et que nous n'ayons recours au blocus qu'en dernier lieu. (...) Je ne suis pas d'avis de r&#233;duire &#224; la famine la population d'un grand pays, sauf si c'est le dernier moyen d'action qui nous reste (...) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 23 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Balfour : Une d&#233;p&#234;che intercept&#233;e du gouvernement de Weimar &#224; la d&#233;l&#233;gation allemande de Versailles (...) : le gouvernement allemand se d&#233;clare pr&#234;t &#224; signer. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : M. Winston Churchill viendra sous peu vous parler du rapatriement des Tch&#232;ques par Arkhangel. On r&#233;clame instamment en Boh&#234;me le retour des troupes tch&#232;ques de Russie. M. Winston Churchill est surtout pr&#233;occup&#233; d'&#233;tablir, si cela est possible, des communications entre l'amiral Koltchak et Arkhangel, et les troupes tch&#232;ques sur le retour pourraient y aider. Mais il faut pour cela qu'elles soient remplac&#233;es le long du Transsib&#233;rien par des troupes japonaises et am&#233;ricaines. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 25 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Si nous prenons l'attitude qu'il faut, je crois qu'il y aura en Pologne des troubles locaux, mais pas de lutte arm&#233;e. En tout cas, il ne faut pas laisser grandir le mouvement. (...) Le pr&#233;sident Wilson nous prie de ne pas recommencer la guerre. Je le crois bien ! Mon pays a souffert plus que tout autre. Il s'&#233;l&#232;ve en France un cri universel pour la d&#233;mobilisation. (...) Toutefois, il y a un int&#233;r&#234;t supr&#234;me qui s'&#233;l&#232;ve au dessus du d&#233;sir l&#233;gitime d'en finir avec la guerre : il ne faut pas que les r&#233;sultats de la guerre nous &#233;chappent par notre faiblesse. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lecture d'un rapport de la commission des affaires baltiques sur l'avance allemande qui se poursuit syst&#233;matiquement. Le danger du c&#244;t&#233; des Bolcheviks n'est pas moins s&#233;rieux. (...) Un rapport annexe provenant des agents des Puissances alli&#233;es et associ&#233;es dans la Baltique demande l'envoi d'une mission militaire interalli&#233;e sous le commandement d'un g&#233;n&#233;ral anglais. Il demande &#233;galement l'envoi d'instructeurs et d'armes. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Voil&#224; des gens qui se battent pour leur libert&#233;, et qui ne pourront pas continuer si nous ne leur envoyons pas d'argent. Pour ce qui est de les approvisionner en vivres et en munitions j'y suis pr&#234;t et je sui d'avis de leur envoyer la mission demand&#233;e. (...) Vous vous souvenez de l'&#233;chec et du recul de l'amiral Koltchak : il a perdu trois cent kilom&#232;tres de terrain. Mais en m&#234;me temps D&#233;nikine avance du c&#244;t&#233; du sud et les cosaques du Don se sont lev&#233;s pour l'aider. (...) D'apr&#232;s un rapport, m&#234;me si le front bolchevik &#233;tait perc&#233;, les tch&#233;coslovaques n'arriveraient pas &#224; Arkhangel en temps voulu pour y &#234;tre embarqu&#233;s avant l'hiver. Nous pouvons leur proposer de faire un effort pour h&#226;ter leur lib&#233;ration mais nous courrons quelque risque si l'effort ne r&#233;ussit pas. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 26 juin 1919&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : J'ai re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de Bela Kun il y a quelques jours. Il demandait des garanties dont la premi&#232;re &#233;tait la reconnaissance de la r&#233;publique des soviets. Je n'ai pas r&#233;pondu. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Lloyd George : Nous ne pouvons pas dire que nous ne reconna&#238;trons jamais un gouvernement de soviets. Si d&#233;fectueux que soit ce genre de gouvernement, il est, somme toute, plus repr&#233;sentatif que l'&#233;tait celui du tsar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Cette reconnaissance pr&#233;senterait ici des dangers r&#233;els. &#187; &#171; 28 juin 1919 (derni&#232;re r&#233;union du Conseil des Quatre)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : Je ferai observer que nos d&#233;lib&#233;rations ont eu le caract&#232;re de conversations priv&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clemenceau : Assur&#233;ment, publier ces comptes-rendus serait tout ce qu'il pourrait y avoir de plus dangereux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident Wilson : (...) Si j'avais pens&#233; que cette question se poserait, je n'aurai jamais consenti &#224; ce qu'on pr&#238;t des notes. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les d&#233;lib&#233;rations du Conseil des Quatre &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compte-rendu officiel des chefs d'Etat des grandes puissances&lt;br class='autobr' /&gt;
(Wilson pr&#233;sident des Etats-Unis, Lloyd George chef du gouvernement anglais, Clemenceau chef du gouvernement fran&#231;ais, Orlando chef du gouvernement italien, Paderewski chef du gouvernement polonais, Montagu secr&#233;taire d'Etat pour l'Inde)&lt;br class='autobr' /&gt;
Edition du CNRS 1955&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Boukharine expliquait que Trotsky &#233;tait le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution </title>
		<link>https://matierevolution.fr/spip.php?article7735</link>
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		<dc:date>2025-09-17T22:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1917-1919</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie) &lt;br class='autobr' /&gt;
1917 &lt;br class='autobr' /&gt;
N.I. Boukharine &lt;br class='autobr' /&gt;
A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot39" rel="tag"&gt;1917-1919&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la dictature de l'imp&#233;rialisme &#224; la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(extrait de La lutte des classes et la R&#233;volution en Russie)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N.I. Boukharine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la glorieuse m&#233;moire des ouvriers et soldats de Moscou fusill&#233;s par les assassins bourgeois dans les grandes journ&#233;es d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La contre-r&#233;volution se h&#226;te trop de f&#234;ter sa victoire. Les balles ne nourrissent pas les affam&#233;s. La cravache des cosaques ne s&#232;che pas les larmes des m&#232;res et des &#233;pouses. Ni les cha&#238;nes, ni les n&#339;uds coulants n'&#233;puisent la mer des souffrances. La ba&#239;onnette ne calme pas les peuples. Les ordres des g&#233;n&#233;raux n'arr&#234;tent pas la d&#233;b&#226;cle de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait le manifeste des bolch&#233;viki de juillet, publi&#233; le 12 ao&#251;t, le jour de la convocation de la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'&#233;tait pas pass&#233; trois mois depuis la victoire de la clique imp&#233;rialiste, o&#249; les galons des g&#233;n&#233;raux et les coffres-forts incombustibles des banquiers &#233;taient devenus le symbole du gouvernement russe de pair avec la pique cosaque et les tribunaux &#171; &#224; tir rapide &#187;, lorsqu'un bond dialectique de l'histoire renversa compl&#232;tement l'ancien rapport du &#171; peuple &#187; au pouvoir. Dans l'incendie d'une affreuse guerre civile, le front imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; enfonc&#233; par la pouss&#233;e vigoureuse de la masse des ouvriers et des soldats. La &#171; poign&#233;e d'espions allemands &#187;, comme les bourgeois haineux appelaient les chefs du prol&#233;tariat, a &#233;t&#233; port&#233;e par la vague r&#233;volutionnaire au sommet de l'appareil nouveau du pouvoir des Soviets. La dictature de l'imp&#233;rialisme s'est chang&#233;e en dictature du prol&#233;tariat et des soldats-paysans, qui ont saisis leurs ennemis de classe dans leurs mains de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette fa&#231;on la r&#233;volution russe a pass&#233; &#224; une phase nouvelle, la phase de la r&#233;volution socialiste. Les millions d'hommes dont se composent les classes laborieuses sont entr&#233;s en mouvement ; par leur soul&#232;vement victorieux, ils ont provoqu&#233; en m&#234;me temps une incroyable exasp&#233;ration de la part de toutes les couches de la soci&#233;t&#233;, li&#233;es au capital financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du r&#233;gime imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par toute l'histoire pr&#233;c&#233;dente de la r&#233;volution. Mais cette chute et la victoire du prol&#233;tariat appuy&#233; par le peuple pauvre des campagnes, victoire qui a ouvert des horizons inappr&#233;ciables &#224; l'univers entier, n'est pas encore le commencement d'une &#233;poque organique. La r&#233;sistance de la bourgeoisie est seulement transport&#233;e dans d'autres centres et un autre milieu, et le pouvoir prol&#233;tario-paysan est plac&#233; devant la n&#233;cessit&#233; de briser cette r&#233;sistance &#224; quelque prix que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital international qui &#224; tous les carrefours lance l'anath&#232;me sur &#171; la grande &#233;meute &#187; des ouvriers et des soldats, soutient par tous les moyens la lutte arm&#233;e de la contre-r&#233;volution et la &#171; sape lente &#187; des intellectuels et de leurs protecteurs par patriotisme. Et devant le prol&#233;tariat se pose, plus aigu que jamais, le probl&#232;me de la r&#233;volution internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les hommes ne se posent que des probl&#232;mes qu'ils peuvent r&#233;soudre. Tout l'ensemble des rapports qui se sont form&#233;s en Europe, m&#232;ne &#224; cette fin in&#233;vitable. Ainsi la r&#233;volution permanente en Russie se transforme en r&#233;volution europ&#233;enne du prol&#233;tariat, arm&#233; par ce m&#234;me &#201;tat imp&#233;rialiste sur la t&#234;te duquel il l&#232;ve d&#233;j&#224; le couteau luisant de la guillotine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le minist&#232;re &#171; ind&#233;pendant &#187;. &#8212; La Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la contre-r&#233;volution lors des journ&#233;es de juillet a abouti &#224; un minist&#232;re form&#233; de ministres ne &#171; d&#233;pendant de personne, que de leur conscience &#187;, c'est-&#224;- dire tout simplement d&#233;pendant compl&#232;tement du capital. L'organe officiel de Milioukov, Retch, l'a d&#233;clar&#233; urbi et orbi : &#171; Les exigences des cadets &#8212; &#233;crivait ce journal &#8212; ont certainement &#233;t&#233; pos&#233;es &#224; la base de l'activit&#233; du gouvernement tout entier... C'est justement pour cela, puisque les exigences fondamentales des cadets ont &#233;t&#233; accept&#233;es, que le parti n'a pas cru possible de poursuivre la discussion pour des diff&#233;renciations sp&#233;cifiques de parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la forme o&#249; s'est moul&#233;e la victoire effective de la contre-r&#233;volution ne fut pas une forme de gouvernement purement cadet, mais l'instauration du r&#233;gime bonapartiste de Kerensky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de juillet, qui constitu&#232;rent un moment critique de la lutte r&#233;volutionnaire, ont &#233;t&#233; en fait un demi-soul&#232;vement contre la bourgeoisie. La masse des ouvriers et des soldats, pouss&#233;e par la politique du gouvernement, est sortie dans la rue, mais elle n'&#233;tait pas capable alors d'une action d&#233;cisive. Le parti prol&#233;tarien, qui d&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, avait conquis les sympathies des ouvriers et des soldats p&#233;tersbourgeois, comprenant toute la complexit&#233; de la situation et le caract&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233; du soul&#232;vement, se pronon&#231;ait contre l'action. Cette derni&#232;re a pris ainsi le caract&#232;re ind&#233;cis d'une d&#233;monstration &#224; demi-pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'action de juillet fut un demi-soul&#232;vement, en revanche la victoire de la contre-r&#233;volution a &#233;t&#233; dans une certaine mesure aussi une demi-victoire. Les ultra-imp&#233;rialistes ne purent organiser la boucherie, malgr&#233; tous leurs efforts. L'offensive de la contre-r&#233;volution commen&#231;a sur le front entier. Mais les forces du patriotisme de clinquant des fabricants et des manufacturiers, malgr&#233; la protection des cravaches cosaques, des mitrailleuses, du contre-espionnage et de l'appareil judiciaire tsariste, n'en furent pas moins insuffisantes pour sucer d&#233;finitivement &#224; mort le prol&#233;tariat et la garnison. La contre-r&#233;volution n'&#233;tait pas encore assez forte pour disperser les Soviets, alors que les Soviets &#233;taient d&#233;j&#224; trop faibles pour mener une contre-attaque d&#233;cisive et puissante : tra&#238;tres au prol&#233;tariat, le sceau de Ca&#239;n sur le front, ils souffraient maintenant eux-m&#234;mes sous le fardeau des suites de cette trahison. Ils s'&#233;taient transform&#233;s en un paravent, en une forme d&#233;corative derri&#232;re laquelle se cachait un contenu r&#233;actionnaire. Mais la d&#233;mocratie authentique &#8212; la d&#233;mocratie ouvri&#232;re en premier lieu &#8212; &#233;tait, elle aussi, hors d'&#233;tat de rejeter en arri&#232;re par un coup subit l'imp&#233;rialisme dont l'impudence croissait sans cesse : car elle &#233;tait, sinon compl&#232;tement en d&#233;route, du moins affaiblie et temporairement d&#233;sorganis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;tait cr&#233;&#233; cet &#233;quilibre relatif des forces sociales qui forma une base au bonapartisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bonapartisme est caract&#233;ris&#233; par le fait que des individus distincts acqui&#232;rent une importance hors de toute proportion avec leur r&#244;le r&#233;el. Ils ne poss&#232;dent pas de base sociale autonome comme appui. Mais c'est &#224; eux n&#233;anmoins qu'appartient le pouvoir dans l'&#201;tat. La personnalit&#233; du bonapartiste peut avoir de l'importance par elle-m&#234;me &#8230; tel fut Napol&#233;on Ier, tel fut C&#233;sar. Mais elle peut &#234;tre mis&#233;rable et m&#233;prisable par essence, telle la personnalit&#233; de Napol&#233;on III, ce &#171; passager sur le tr&#244;ne royal &#187;, ou telle encore celle de Kerensky. Dans l'un et l'autre cas cependant, le sens social du bonapartisme reste le m&#234;me : il exprime une forme cach&#233;e de la victoire de la contre-r&#233;volution, le dernier degr&#233; avant le pouvoir tout nu, d&#233;couvert, de la clique r&#233;actionnaire. Subjectivement, le bonapartiste s'imagine qu'il se tient entre les classes, utilisant pour soi la lutte des classes, &#171; tirant des bord&#233;es &#187; entre les classes. Objectivement, il n'est que l'instrument des classes poss&#233;dantes, qui l'utilisent. Dans ces conditions, ce qu'on appelle la lutte sur deux fronts est la lutte cach&#233;e du front contre la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ordinairement, le h&#233;ros du jeu bonapartiste est un ren&#233;gat. Il doit passer d'abord par un stage d&#233;mocratique donn&#233;, avant que d'&#234;tre re&#231;u dans les salons politiques des dominateurs du monde. Il lui faut l'aur&#233;ole du &#171; h&#233;ros populaire &#187;, du &#171; sauveur de la patrie &#187;. Il lui faut la popularit&#233; parmi les masses, les ovations et &#171; l'amour du peuple &#187;. Cela peut &#234;tre un aventurier au pass&#233; suspect, ou un r&#233;volutionnaire honn&#234;te dans le pass&#233;, se tournant vers un pr&#233;sent suspect ; cela peut &#234;tre un civil qui devient un militaire, cherchant &#224; se cr&#233;er une garde pr&#233;torienne, ou un militaire qui s'empare des affaires civiles ; cela peut &#234;tre un homme d'action, qui, par ses &#171; exploits &#187;, met en valeur son h&#233;ro&#239;sme, ou un h&#233;ros phraseur, un charlatan de la langue, laquelle se meut d'autant plus vite que plus grande est l'infirmit&#233; intellectuelle de son possesseur. Mais il faut absolument qu'il &#171; sauve &#187;. Le r&#244;le du lib&#233;rateur-messie, &#8212; voici l'&#233;tiquette professionnelle de tout bonaparte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, lorsque le capital financier eut besoin d'un homme de paille, cet homme ait &#233;t&#233; Kerensky. Il renfermait en lui les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires pour que l'aristocratie de l'argent appos&#226;t bienveillamment sur ce &#171; d&#233;mocrate &#187; le sceau de son approbation et de sa reconnaissance. Dans le pass&#233; &#8212; r&#233;volutionnaire, mais pas des plus fermes ; h&#233;ros de la r&#233;volution du printemps avec ses &#233;lans sentimentaux et sa fraternisation des soldats-paysans avec l'agrarien Rodzianko ; cabotin et phraseur jusqu'&#224; la moelle des os, qui sait et pleurer et rire, et s'arracher tragiquement les cheveux et embrasser la terre &#8212; lorsque les circonstances l'exigent ; favori du grand public et aventurier qui promet ; sp&#233;cialiste de la prostitution de la r&#233;volution, qui abrite habilement le pillage imp&#233;rialiste sous le drapeau rouge ; poltron qui traite bravement ses adversaires politiques de poltrons ; membre du parti socialiste, qui en &#233;lude &#224; chaque pas les dispositions ; cr&#233;ature des &#171; organes pl&#233;nipotentiaires &#187;, qui au fond se moque de ces organes ; homme qui a sauv&#233; Nicolas II de la peine de mort, mais qui a introduit, pour des consid&#233;rations &#171; d&#233;mocratiques &#187;, la peine de mort pour les soldats ; partisan de la r&#233;volution, qui soufflette cette r&#233;volution &#224; la face ; ennemi de l'imp&#233;rialisme allemand, qui vend sous &#171; la sauce r&#233;volutionnaire &#187; le sang des soldats russes &#224; l'imp&#233;rialisme anglais, et qui, derri&#232;re les coulisses de la diplomatie secr&#232;te, rampe &#224; genoux devant le capital alli&#233; ; enfin, lib&#233;rateur jur&#233; de la patrie, qui ne prononce le nom de celle-ci qu'avec un enrouement plein de v&#233;n&#233;ration, magicien et enchanteur, qui par les attributs de la splendeur imp&#233;riale fait habilement apercevoir le chemin du salut, &#8212; n'&#233;tait-ce pas l&#224; le petit homme convenant aux industriels unifi&#233;s et aux gros bonnets des exploitations mini&#232;res, aux maraudeurs et aux sp&#233;culateurs, aux endosseurs des commandes de l'Etat et des gros dividendes, aux grands rentiers et aux agrariens, aux propri&#233;taires d'immeubles et aux cocottes, aux chevaliers de la Bourse et aux archev&#234;ques de l'Eglise orthodoxe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir bonapartiste de Kerensky devait servir de pont transitoire pour le sauvetage des b&#233;n&#233;fices capitalistes et de la rente fonci&#232;re hors des atteintes des ouvriers et des paysans. Entre le peuple et le bloc des grands propri&#233;taires, ce pouvoir a pris le r&#244;le d'un arbitre, d'un &#171; pouvoir omni-national &#187; qui &#233;tait cens&#233; se tenir au-dessus des classes, mais qui dans les replis des chancelleries de minist&#232;re, agiotait avec les ennemis d&#233;clar&#233;s du peuple. Les sommit&#233;s de la bancocratie pensaient d&#233;j&#224; parvenir &#224; l'&#233;tablissement de leur domination inexpugnable, en passant par le pont du r&#233;gime de Kerensky. Cependant, ils n'avaient pas escompt&#233; une circonstance, qui diff&#233;renciait essentiellement le fruit h&#226;tif du bonapartisme russe de ses mod&#232;les de l'Europe occidentale. A l'Occident, le bonapartisme poussait, alors que les probl&#232;mes pos&#233;s par la r&#233;volution &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;solus ; et le bonapartisme &#171; suo-modo &#187; de Kerensky cr&#251;t &#224; une p&#233;riode o&#249; presque tous les probl&#232;mes de la r&#233;volution attendaient d'&#234;tre r&#233;solus : les paysans commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; perdre patience, ne recevant pas la terre ; les ouvriers et toutes les couches pauvres souffraient cruellement de la d&#233;sorganisation ; toutes les classes inf&#233;rieures de la ville et de la campagne, avec la masse des soldats, avaient soif de paix. En un mot, les aspirations subjectives des larges masses du peuple, comme la situation objective des affaires, ne pouvaient &#234;tre r&#233;solues par les m&#233;thodes dont disposaient Kerensky avec le Milioukov-des-Dardanelles qui regardait derri&#232;re son dos. La faillite de cette politique &#233;tait in&#233;vitable, et elle arriva plus t&#244;t que l'on ne pouvait s'y attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187; proclama solennellement la paix civile, et, comme il sied &#224; des prostitu&#233;s de la r&#233;volution, d&#233;clara que &#171; toute l'invincible puissance de la r&#233;volution russe serait employ&#233;e au salut de la Russie et &#224; la restauration de son honneur souill&#233; par la l&#226;chet&#233; et par une honteuse poltronnerie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; salut de la Russie &#187; ces messieurs entendaient le service du capital. Par &#171; honteuse poltronnerie &#187;, &#8212; l'esprit r&#233;volutionnaire des soldats, qui en d&#233;pit de la peine de mort marchaient contre leurs bourreaux. Par &#171; puissance de la r&#233;volution &#187;, &#8212; les assauts furieux d'une bande de contre-r&#233;volutionnaires. Comment les dirigeants bourgeois n'auraient-ils pas employ&#233; comme troupes de couverture un &#171; pouvoir r&#233;volutionnaire &#187; aussi excellent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte contre la r&#233;volution sous le pavillon de la lutte avec la contre-r&#233;volution &#8212; telle &#233;tait l'essence de la politique du gouvernement &#171; ind&#233;pendant &#187;. La presse bourgeoise, avec ses mercenaires hautement qualifi&#233;s, pr&#234;chait sur tous les tons, de pair avec la th&#233;orie de l'espionnage, la th&#233;orie de la &#171; contre-r&#233;volution de gauche &#187;, encourageant avec bienveillance &#8212; et quelquefois m&#234;me les grondant un peu &#8212; les adroits serviteurs des appartements minist&#233;riels. &#171; La contre-r&#233;volution &#8212; &#233;crivait le journal des millionnaires moscovites, le Roussko&#239;e Slowo, &#8212; est venue de nos jours, non du c&#244;t&#233; dont on l'attendait selon la th&#233;orie et l'habitude, non de droite, mais de gauche, non des bourgeois, mais de la part de l'extr&#234;me aile gauche de la r&#233;volution russe &#187; (Roussko&#239;e Slowo du 6/19 VIII 1917). Et pour cette raison, vive la lutte avec la &#171; contre-r&#233;volution &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la directive que donnaient au gouvernement ind&#233;pendant les dirigeants de la banque, de la bourse et des syndicats. Au Congr&#232;s du commerce et de l'industrie de Moscou, le millionnaire et le m&#233;c&#232;ne bien connu Riabouchinsky mit ouvertement en avant un programme cynique pour l'&#233;tranglement criminel de la r&#233;volution, la dissolution des Soviets, le blocus de la classe ouvri&#232;re par la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre Gouvernement Provisoire &#8212; a d&#233;clar&#233; Riabouchinsky &#8212; se trouvait sous l'influence de personnes &#233;trang&#232;res. En fait, nous &#233;tions domin&#233;s par une poign&#233;e de charlatans... Le pouvoir ne favorise pas les classes commer&#231;antes et industrielles... Il est n&#233;cessaire que l'Etat se place un tant soit peu (!) au point de vue de la classe commer&#231;ante et industrielle. Le gouvernement doit &#234;tre bourgeois par ses pens&#233;es et bourgeois par ses actions... Il est possible que pour sortir de cette situation, il soit n&#233;cessaire de faire appel au bras d&#233;charn&#233; de la faim, &#224; une mis&#232;re du peuple qui saisisse &#224; la gorge les faux amis du peuple, les Soviets et les comit&#233;s d&#233;mocratiques &#187;. Les applaudissements furieux des gros porte-monnaies couvrirent ce discours v&#233;ritablement cannibale. Et c'est dans ce discours que le gouvernement du bonapartiste puisait d&#233;j&#224; son inspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si durant la p&#233;riode des &#171; gouvernements d&#233;pendants &#187; la bourgeoisie financi&#232;re et capitaliste avait eu recours au sabotage organis&#233;, en cet instant, alors que l'appareil de l'Etat &#233;tait en fait tomb&#233; entre ses mains &#224; elle, elle d&#233;cida, par des coups simultan&#233;s dans le domaine politique comme dans le domaine &#233;conomique, de s'assurer la consolidation de sa victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en juillet avait eu lieu le Congr&#232;s des treize organisations d'entreprises les plus importantes avec, en t&#234;te, le Conseil des Congr&#232;s des Banques par Actions, rois du naphte et du sucre, barons de la houille et marchands de bois, &#171; as &#187; des chemins de fer et monopolisateurs du cuir, empereurs de la m&#233;tallurgie et fabricants de papier, &#8212; tous ils en vinrent &#224; la conclusion unanime, qu'une union panrusse du capital &#233;tait n&#233;cessaire. Ainsi surgit le &#171; Comit&#233; Principal de l'Industrie Unifi&#233;e &#187;, alias &#171; Comit&#233; de D&#233;fense de l'Industrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; D&#233;fense de l'Industrie &#187;, apr&#232;s plus ample examen, se r&#233;duisait &#224; l'attaque contre les ouvriers. Apr&#232;s la d&#233;faite du parti prol&#233;tarien en juillet, le grand capital se d&#233;lectait d&#233;j&#224; d'avance de la restauration de l'autocratie dans les fabriques ci les usines, o&#249; les organisations des ouvriers r&#233;volutionnaires avaient brid&#233; leurs propres seigneurs. Le programme du capital financier fut formul&#233; bri&#232;vement et clairement par son organe officiel L'Industrie et le Commerce : &#171; Restauration de l'ordre dans les fabriques et les usines &#187;, &#171; Discipline de fer &#224; l'arri&#232;re et sur le front &#187; (Industrie et Commerce, n&#176; 26-27). En se fondant sur cette &#171; base &#187;, messieurs les industriels esp&#233;raient bien b&#226;tir une superstructure correspondante, limitant le salaire des ouvriers, s'assurant des dividendes maxima, introduisant pour les ouvriers le travail obligatoire des for&#231;ats et faisant comprendre aux ouvriers que &#171; le pouvoir ferme &#233;tait ressuscit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sycophantes, savants ou non, des classes dominantes qui, &#224; la solde du capital, se sentent aussi bien que l'Isra&#233;lite dans le sein d'Abraham, compl&#233;taient et &#171; motivaient &#187; ce programme. Le chien de garde des int&#233;r&#234;ts des propri&#233;taires fonciers, le professeur Migouline, le m&#234;me qui dans son livre Pour le Tricentenaire de la maison des Romanoff, l&#233;chait tour &#224; tour les bottes de tous les repr&#233;sentants de cette &#171; maison &#187;, excusez-moi d'en parler, ornait les pages du Nouvel Economiste de ses exigences d'une discipline militaire pour les chemins de fer et par sa d&#233;fense du Droit fondamental de l'homme et du citoyen, &#8212; le droit &#224; la propri&#233;t&#233;. Et la presse d&#233;veloppait d&#233;j&#224; des plans de ch&#226;timents et de r&#233;pression in concreto...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement Provisoire &#171; correspondait &#187; d'une fa&#231;on assez r&#233;ussie &#224; ce programme. Il est vrai qu'il ne sortait pas d'un &#233;tat permanent d'accablement, et que son caract&#232;re provisoire ne contredisait nullement le caract&#232;re permanent de cet accablement. Chaque s&#233;ance presque du gouvernement s'achevait d'une fa&#231;on tragique : il &#233;tait arriv&#233; une d&#233;l&#233;gation du front &#8212; son rapport produisait une &#171; impression accablante &#187; ; on annon&#231;ait des d&#233;lits forestiers, &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les bolch&#233;viki obtenaient des succ&#232;s &#8212; le gouvernement en &#233;tait &#171; accabl&#233; &#187; ; les paysans exigeaient de la terre &#8212; il en &#233;tait de nouveau &#171; accabl&#233; &#187; ; les ouvriers se mettaient en gr&#232;ve &#8212; cela agissait &#171; p&#233;niblement &#187; sur le gouvernement. Les comptes rendus de toutes ses s&#233;ances s'ach&#232;vent sans exception par ces mots. &#199;a aurait pu &#234;tre une trag&#233;die, si en r&#233;alit&#233; ce n'e&#251;t &#233;t&#233; une com&#233;die. Car l'accablement du gouvernement ne l'emp&#234;chait par extraordinaire en aucune fa&#231;on de r&#233;primer le peuple ainsi que l'exigeaient le capital et la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les paysans, le gouvernement de Kerensky partit en guerre au moyen d'arrestations, d'exp&#233;ditions, de r&#233;pression, de jugements. On jugeait pour la transgression des vieux trait&#233;s du temps du servage et pour la mise &#224; ex&#233;cution des instructions de Tchernov ; on mettait en prison les paysans ordinaires et les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux comit&#233;s terriens ; on arr&#234;tait les simples membres et les pr&#233;sidents de ces comit&#233;s. Les uns et les autres &#233;chouaient au banc des accus&#233;s et allaient peupler les appartements gratuits de sa nouvelle &#171; Majest&#233; &#187;. C'est ainsi que le pouvoir r&#233;primait dans les gouvernements de Pskov, Moguilev, Podolie, etc., oubliant sans doute de penser &#224; la socialisation des terres qui figure dans le programme du parti pr&#233;sid&#233; par Kerensky. Ici s'est d&#233;voil&#233; avec une extr&#234;me clart&#233; le sens social du pouvoir bonapartiste. En apparence &#8212; le gouvernement &#171; moujik &#187; d'un socialiste paysan. En r&#233;alit&#233; &#8212; le poing rapace du capital usurier. En paroles &#8212; terre et libert&#233;. En fait &#8212; la d&#233;fense arm&#233;e de la propri&#233;t&#233; agraire. &#171; En principe &#187; &#8212; la libre initiative des organisations paysannes. En r&#233;alit&#233; &#8212; la camisole de force, le tribunal criminel et les policiers de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre les ouvriers, on menait la politique qu'exigeaient les industriels unifi&#233;s. Ceux-ci ne pouvaient encore prendre le prol&#233;tariat &#224; la gorge. Mais presque tous les produits de l'activit&#233; l&#233;gislative dans le domaine &#233;conomique se ramenaient &#224; toutes sortes de chausse-trappes pos&#233;es par le pouvoir d'Etat imp&#233;rialiste aux ouvriers &#171; n&#233;gligents &#187; qui se hasardaient &#224; porter atteinte au droit sacr&#233; utendi et abutendi.1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore moins dissimul&#233;e fut l'offensive contre les organisations politiques du prol&#233;tariat et contre ses &#171; droits et franchises &#187;. La presse a &#233;t&#233; mise presque hors la loi, les assembl&#233;es abandonn&#233;es &#224; la disposition de deux minist&#232;res, la Guerre et l'Int&#233;rieur. Le parti prol&#233;tarien a &#233;t&#233; serr&#233; dans l'&#233;tau d'une position sp&#233;ciale, laquelle empirait &#224; mesure que les administrateurs z&#233;l&#233;s avaient plus de libert&#233; d'initiative. Et, comme r&#233;sultat d'un aplatissement sans exemple devant les pillards de la guerre mondiale, et du triomphe d'un byzantinisme servile, les l&#233;gislateurs du Palais d'Hiver annonc&#232;rent au monde entier une nouvelle loi sur les offenses faites aux Majest&#233;s &#233;trang&#232;res et &#224; leurs repr&#233;sentants, ch&#226;tiant de prison toute r&#233;v&#233;lation du pillage international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e paysanne partagea le sort du peuple entier. Elle fut livr&#233;e par le &#171; d&#233;mocrate &#187; Kerensky au bon plaisir et aux d&#233;pr&#233;dations des g&#233;n&#233;raux du tzar, qui organis&#232;rent dans le quartier-g&#233;n&#233;ral l'&#233;tat-major de la contre-r&#233;volution arm&#233;e. &#171; Discipline de fer &#187;, c'est-&#224;-dire f&#233;roce r&#233;pression des soldats ; justice militaire de campagne &#224; tir rapide, que les tra&#238;tres &#224; la r&#233;volution avaient le front et l'audace d'appeler r&#233;volutionnaire ; calomnie syst&#233;matique la plus &#233;hont&#233;e des soldats, organis&#233;e par le m&#234;me quartier-g&#233;n&#233;ral, tout cela se m&#234;la en un peloton de boue et de sang, au moyen duquel on pensait &#233;touffer l'esprit r&#233;volutionnaire de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature imp&#233;rialiste, qui dans la personne de l'aventurier cr&#233;&#233; par la &#171; r&#233;volution &#187;, avait pos&#233; sa botte ensanglant&#233;e sur le pays entier, se fit sentir aussi sur les r&#233;gions fronti&#232;res. Etait-il possible, en effet, d'oublier le grand droit des nations &#224; l'autod&#233;termination ? Et par la d&#233;monstration de ce droit, les filous du &#171; d&#233;mocratisme &#187; dispers&#232;rent la Di&#232;te finlandaise, la mena&#231;ant de la force arm&#233;e, et en Ukraine mirent en avant une argumentation sous forme de cuirassiers pour le plus grand triomphe de la &#171; libert&#233; et de la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'imp&#233;rialisme russe montrait les dents &#224; ses colonies, sous le couvert du secret diplomatique, Kerensky et Terechtchenko jouaient la d&#233;go&#251;tante com&#233;die de la vente aux ench&#232;res de leur pass&#233; socialiste, s'entendant avec Lloyd George au sujet de la liquidation de la Conf&#233;rence internationale des social-patriotes &#224; Stockholm. Ayant d&#233;chir&#233;, derri&#232;re les coulisses des secrets d'Etat, le malheureux projet des &#171; socialistes &#187;, Lloyd George d&#233;clara au nom des quatre puissances de l'Entente, que les passeports pour la Conf&#233;rence ne seraient pas donn&#233;s, car &#171; au moment o&#249; en Russie l'on prend les premi&#232;res mesures pour r&#233;tablir la discipline et pour enrayer la fraternisation sur le front, rien ne saurait &#234;tre plus nuisible qu'une Conf&#233;rence avec la participation de sujets ennemis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'accompagnateur temporaire de l'imp&#233;rialisme britannique en Russie annon&#231;a solennellement que la &#171; d&#233;cision des questions de la guerre et de la paix lui appartenait &#224; lui seul, en union &#233;troite avec les gouvernements des pays- alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement central de l'Etat incarnait d&#233;j&#224; la dictature imp&#233;rialiste, par cela m&#234;me une large carri&#232;re s'offrait &#224; la mobilisation des forces contre-r&#233;volutionnaires. Pour autant que le vieil appareil tzariste (l'Okhrana, transmu&#233;e en contre-espionnage, comprenant les juges, les fonctionnaires, tout ce que l'on appelait l' &#171; administration &#187;, les g&#233;n&#233;raux et les officiers) existait encore, pour autant qu'il n'avait pas &#233;t&#233; r&#233;duit en miettes par la r&#233;volution du printemps, il recommen&#231;a &#224; fleurir, absorbant les sucs vivifiants de la r&#233;action. A son aide arrivaient les volontaires de la bourgeoisie, la presse, les cellules contre-r&#233;volutionnaires multipli&#233;es, les conf&#233;rences et les congr&#232;s de toutes les esp&#232;ces, les organisations monarchiques demandant une &#171; r&#233;publique &#187;, et les cercles &#171; r&#233;publicains &#187; r&#233;clamant &#224; grands cris une monarchie, les conspirations des g&#233;n&#233;raux et des P&#232;res de l'Eglise, des chevaliers de la croix militaire de St-Georges et des &#171; as &#187; de l'industrie, des agrariens-propri&#233;taires-fonciers aux cheveux gris et des casse-cous junkers et banquiers, des grands seigneurs &#224; h&#233;morro&#239;des et des &#171; hardis cosaques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces personnalit&#233;s, ces groupes, ces organisations et ces soci&#233;t&#233;s, teint&#233;es de la couleur noir-vert de la r&#233;action bourgeoise, exprimaient par elles-m&#234;mes le bloc des poss&#233;dants, le &#171; parti de l'ordre &#187; unifi&#233;, qui marchait en rangs serr&#233;s contre le parti du soul&#232;vement prol&#233;tarien. Le centre d'affaires organisateur de cette clique fut ce que l'on appelait la &#171; conf&#233;rence des hommes politiques de Moscou &#187;, dirig&#233;e par les millionnaires avec en t&#234;te Rodzianko et Riabouchinsky ; parmi les savants consultants qui se mirent &#224; leur service, se trouvait, entre autres, toute la &#171; troupe des hommes c&#233;l&#232;bres &#187; : &#171; l'auteur du premier manifeste social-d&#233;mocrate &#187; prof. Strouv&#233; ; le sp&#233;cialiste de la philosophie id&#233;aliste prof. Novgorodsev, qui mit l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de Kant au service des bourreaux, de Kerensky et des coffre forts des Riabouchinsky ; le prof. Boulgakov, marxiste transform&#233; en un &#171; P&#232;re savant &#187; qui par erreur ne portait pas la soutane ; M. Berdiaev, unissant adroitement le culte de l'Aphrodite C&#233;leste au culte du m&#233;tal d'origine des plus terrestre &#8212; les mots &#171; Bildung und Besitz &#187; ( &#171; les hommes cultiv&#233;s et les poss&#233;dants &#187; ), &#171; union de la science et de l'industrie &#187;, form&#232;rent pour ainsi dire le rempart de l'offensive d&#233;cisive qui se pr&#233;parait. Ces hommes s'unirent, repr&#233;sentant la &#171; force militaire &#187;, les g&#233;n&#233;raux du tsar et les chefs des Cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions centrales du parti de la libert&#233; du peuple, ce parti classique du capital financier et de l'imp&#233;rialisme russe, constitu&#232;rent l'&#233;tat-major des id&#233;es et de la politique de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La banque domine maintenant les syndicats, la Bourse, le commerce et l'industrie. Et, comme la petite industrie d&#233;pend actuellement de la grande et qu'en m&#234;me temps e&#252;e d&#233;pend des banques, comme les propri&#233;taires d'immeubles et les petits-bourgeois, les propri&#233;taires fonciers et les manufacturiers, les rois des trusts et les loups de Bourse sont tous soumis &#224; l'h&#233;g&#233;monie du capital &#8212; leurs groupements politiques sont devenus seulement un appareil de secours du parti dominant de tous les poss&#233;dants exasp&#233;r&#233;s, du parti de la &#171; libert&#233; du peuple &#187;. L'&#233;tendard vert de l'esp&#233;rance en la conservation de l'ordre capitaliste, contre l'&#233;tendard rouge du socialisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d&#233;cisif que la r&#233;action voulait porter &#224; la r&#233;volution, devait s'abriter sous le pavillon &#171; omninational &#187;. Il fallait accommoder les &#171; conqu&#234;tes &#187; du capital &#224; la sauce de &#171; l'ordre et la patrie &#187;. Il fallait cr&#233;er l'apparence d'une sanction omninationale pour le coup d'Etat d&#233;finitif qui arrivait, pour la restauration et le retour &#224; la monarchie, &#224; laquelle les &#171; r&#233;publicains &#187; de mars aspiraient comme le poisson aspire &#224; l'eau. Il fallait enfin se cr&#233;er une base solide d'organisation. Ainsi naquit l'id&#233;e de la Conf&#233;rence d'Etat de Moscou, des nouveaux Etats g&#233;n&#233;raux, o&#249; les &#171; cadavres &#187; de la Douma d'Empire devaient saisir &#224; la gorge la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la bourgeoisie se consolidait, ses app&#233;tits croissaient toujours davantage. Maintenant les sommit&#233;s bourgeoises trouvaient d&#233;j&#224; insuffisante la politique de Kerensky et de sa clique. Kerensky personnifiait sa dictature. Mais Kerensky &#233;tait un &#233;tranger, &#233;chou&#233; dans la bourgeoise. Kerensky servait le capital sans y &#234;tre forc&#233;, pour ses propres int&#233;r&#234;ts. Mais Kerensky avait des &#171; p&#233;ch&#233;s de jeunesse &#187;. Kerensky &#233;tait pr&#234;t &#224; l&#233;cher les bottes du capital. Mais Kerensky n'en &#233;tait pas moins un h&#233;ros en phrases et non en action. Sa destin&#233;e, il l'avait d&#233;j&#224; accomplie : par l'offensive de juillet, il avait aid&#233; le capital &#224; attacher les masses du peuple au char de l'imp&#233;rialisme ; par la d&#233;faite de juillet du prol&#233;tariat, il avait aid&#233; le capital &#224; brider les ouvriers et les soldats, il avait introduit la peine de mort sur le front. Mais il avait d&#233;j&#224; presque fini d'user sa popularit&#233;. Ayant r&#233;alis&#233; tout ce qu'exigeait de lui la bourgeoisie, il avait perdu tout cr&#233;dit aupr&#232;s de la masse. Ayant rempli son mandat en faveur des &#171; capitaines de l'industrie &#187;, il avait d&#233;j&#224; fait ha&#239;r son nom par le prol&#233;tariat et les soldats. Il &#233;tait r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de citron exprim&#233;, de beau parleur dont les phrases ne sont que ridicules. Il continuait &#224; parler au nom de la r&#233;volution, mais on lui jetait d&#233;j&#224; &#224; la face le nom de tra&#238;tre &#224; la r&#233;volution. Ses objurgations n'agissaient pas. Sa figure avait cess&#233; d'en imposer. Derri&#232;re l'&#233;clat ext&#233;rieur et le murmure tragique, les masses avaient d&#233;j&#224; distingu&#233; le vagabond vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie exigeait maintenant un dictateur militaire et Kerensky n'&#233;tait qu'un bavard civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que se pr&#233;para le terrain favorable &#224; l'apparition d'un nouveau pr&#233;tendant au r&#244;le historique de &#171; sauveur de la patrie &#187;. Pour &#234;tre ce pr&#233;tendant, l'aristocratie d'argent, les cercles commerciaux et industriels et les propri&#233;taires de latifundia d&#233;sign&#232;rent Kornilov. La Conf&#233;rence de Moscou devait proclamer dictateur ce g&#233;n&#233;ral-sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#187; ? Elle se trouvait dans un &#233;tat de confusion et de prostration compl&#232;te. Les organes sovi&#233;tistes, le C.C.E. en t&#234;te, continuaient &#224; pr&#234;cher l'union de toutes les &#171; forces vives &#187;, mais troubl&#233;s par les mots d'ordre de Riabouchinsky, ils commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; regarder avec inqui&#233;tude de tous les c&#244;t&#233;s. Ils tent&#232;rent de convoquer une &#171; Conf&#233;rence de d&#233;fense &#187;, mais elle n'eut pour r&#233;sultat que des attaques contre les bolch&#233;viki. Ils tent&#232;rent de &#171; critiquer &#187; les Riabouchinsky, mais leurs critiques ne furent que les pitoyables balbutiements d'un esclave peureux. Ayant exclu les bolch&#233;viki de la d&#233;l&#233;gation, pour &#171; antipatriotisme &#187;, ils s'unirent en fait aux mots d'ordre &#171; omninationaux &#187; du gouvernement, qui avait fui la r&#233;volution &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat veillait. Il voyait le danger terrible qui approchait de plus en plus, et il mobilisait ses forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Conf&#233;rence de Moscou. &#8212; Le complot de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une gr&#232;ve de protestation, d'indignation et de m&#233;pris que le prol&#233;tariat de Moscou opposa aux repr&#233;sentants du &#171; peuple &#187; arriv&#233;s de toutes parts, en galons de g&#233;n&#233;raux, en fracs et en mitres archi&#233;piscopales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, notre premier et terrible avertissement &#224; messieurs les contre-r&#233;volutionnaires ! &#187; &#8212; &#233;crivait l'organe de Moscou du parti du prol&#233;tariat, le Social-d&#233;mocrate. 41 unions professionnelles d&#233;cid&#232;rent &#224; une majorit&#233; &#233;crasante de d&#233;clarer cette gr&#232;ve. Il est vrai que les poltrons &#171; r&#233;volutionnaires &#187; du Soviet de Moscou, socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viki, &#233;tant en paroles les repr&#233;sentants des masses, ne craignaient rien tant qu'une action de ces masses, et se h&#226;t&#232;rent de &#171; contremander &#187; la gr&#232;ve pour adopter une r&#233;solution d&#233;clarant que la gr&#232;ve &#233;tait &#171; funeste &#224; la r&#233;volution &#187;. Mais le prol&#233;tariat de Moscou confirma de nouveau sa d&#233;cision, et quatre cent mille ouvriers, comme un seul homme, relev&#232;rent le mot d'ordre de leurs organisations de classe. Et cependant qu'au nom du pr&#233;sident de la Douma noire, Rodzianko, arrivaient chaque jour des t&#233;l&#233;grammes de congratulation de la part des comit&#233;s de Bourse, des unions de propri&#233;taires fonciers et des organisations commerciales et industrielles, de toutes parts arrivaient les nouvelles des gr&#232;ves et des d&#233;monstrations du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la &#171; conscience publique &#187; des sommit&#233;s bourgeoises-militaires agraires entra en une collision extr&#234;mement aigu&#235; avec la &#171; conscience publique &#187; du prol&#233;tariat. &#171; Vive la dictature militaire ! &#187; criaient les &#171; hommes du cens &#187;. &#171; A bas la contre-r&#233;volution ! &#187; d&#233;clarait avec d&#233;cision le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clique bourgeoise-monarchiste s'&#233;tait impos&#233; le but d'agir par deux voies : par la voie de l'action &#171; parlementaire &#187; &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et par la voie de l'action extra-parlementaire des junkers, des Cosaques et des officiers, en t&#232;te desquels les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires et sous la dictature personnelle de Kornilov. Le terrain d'une telle action &#233;tait soigneusement pr&#233;par&#233;. On appelait &#224; Moscou les r&#233;giments de Cosaques. Les chevaliers de la croix de St-Georges mobilisaient en h&#226;te leurs &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les directeurs des &#233;coles militaires mettaient au point leurs mitrailleuses et en appelaient aux junkers, leur offrant de se &#171; lever en masse &#187;. Et pour les citadins, les petits boutiquiers, les marchands de grains, les nombreux fonctionnaires, les comm&#232;res, les &#171; intellectuels &#187;, tous ces avocats et ces journalistes, ces instituteurs et ces professeurs, ces popes et ces anciens brigadiers de police, ces rats de Palais et ces ing&#233;nieurs, ces artistes et ces docteurs en m&#233;decine &#8212; on leur pr&#233;parait l'entr&#233;e triomphale de Kornilov, qui devait, passant &#224; cheval sous des arcs de triomphe, aller &#171; baiser &#187;, &#224; l'exemple des tsars, l'ic&#244;ne d'Iversky devant les troupes &#233;chelonn&#233;es et criant &#171; un hourra enthousiaste &#187; pour le sauveur du monde bourgeois, et devant le public semant des fleurs sur son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le citadin, qui applaudissait auparavant Kerensky apr&#232;s avoir, en mars, pleur&#233; des larmes d'attendrissement devant le &#171; premier r&#233;volutionnaire &#187; Rodzianko, le petit bourgeois attach&#233; au char de l'imp&#233;rialisme aspirait vraiment &#224; l'&#171; ordre &#187; et &#224; un &#171; pouvoir ferme &#187;. Il s'indignait positivement de tout : il s'indignait de voir les soldats suspendus absolument inutilement aux marchepieds des tramways, et il se r&#233;jouissait sinc&#232;rement lorsqu'ils se cassaient le cou ! il s'indignait des femmes de chambre et des concierges qui gagnaient maintenant un peu plus de 10 roubles par mois et qui avaient l'audace d'exiger une existence humaine ; il s'indignait des Soviets qui &#171; pillaient &#187; les propri&#233;taires et r&#233;quisitionnaient les locaux vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme une marchande des halles il accueillait avidement toutes les calomnies dirig&#233;es contre la r&#233;volution, et les r&#233;pandait imm&#233;diatement dans ses feuilles, ses journaux, ses proclamations, ses conversations &#224; haute voix et ses insinuations &#224; l'oreille. Le veston graisseux du charcutier et le costume &#233;l&#233;gant de la danseuse d'Op&#233;ra s'y rencontraient d'une fa&#231;on touchante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce citadin-l&#224; qui devait jouer le r&#244;le du &#171; peuple &#187; couronnant, de concert avec la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187;, le nouveau Messie qui devait sauver les &#171; gens comme il faut &#187; de la &#171; tyrannie des soldats ne faisant pas la guerre et des ouvriers ne travaillant pas &#187;2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence de Moscou, d&#233;j&#224; proclam&#233;e &#171; d'Etat &#187; fut une com&#233;die historique de premi&#232;re grandeur. A peine serait-il possible de trouver un exemple d'hypocrisie plus profonde que les sc&#232;nes qui se jouaient dans la salle d'op&#233;ra du Grand Th&#233;&#226;tre, comme d'apr&#232;s une partition. Tout ce qui s'y passait &#233;tait un march&#233; o&#249; se jouait une lutte fictive, un march&#233; sans l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence repr&#233;sentait un march&#233; entre les chefs petits-bourgeois et les gens du cens, mais c'&#233;tait aussi un march&#233; entre deux dictateurs dont l'un &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent, et l'autre, dont on ne faisait encore qu'attendre la venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;galisation du front avait lieu suivant les mots d'ordre du parti de la libert&#233; populaire &#187; &#8212; &#233;crivait l'officieux cadet Retch3, en bouclant le bilan de la com&#233;die. Ainsi, semblait-il, cette pi&#232;ce avait plus ou moins atteint son but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence parlait au nom de la &#171; nation &#187;. En r&#233;alit&#233;, les fondements de la nation, le prol&#233;tariat et les paysans pauvres en avaient &#233;t&#233; exclus. En revanche, toutes les nuances du bloc des poss&#233;dants avaient &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;es. Le marchandage avait lieu en l'absence du ma&#238;tre. Mais il n'en &#233;tait pas moins un marchandage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enrouements imp&#233;rialement arrogants de Kerensky lorsqu'il promettait du fer et du sang au prol&#233;tariat, seraient d'introduction aux sc&#232;nes &#233;c&#339;urantes de fraternisation entre les gouvernants gav&#233;s par le capital et les h&#233;ros des perfidies petit-bourgeoises, entre le Bonaparte ex-avou&#233;, juriste et le dictateur des g&#233;n&#233;raux cosaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky savait que Kornilov concentrait des troupes pour tenter un coup d'Etat arm&#233;. Mais il le saluait comme &#171; le premier soldat de la R&#233;volution &#187;, au milieu des hurlements enthousiastes de tous les buffles et requins de la Bourse. Et en m&#234;me temps, &#171; &#224; toute &#233;ventualit&#233; &#187;, on faisait des contre-pr&#233;paratifs, et les deux adversaires allaient prudemment passer la nuit dans des wagons, pr&#234;ts &#224; chaque instant &#224; un d&#233;part pr&#233;cipit&#233;. Tseretelli savait que la d&#233;mocratie n'avait rien &#224; attendre de la r&#233;action qui se d&#233;veloppait &#224; toute vitesse. Mais il serrait avec effusion la main de la clique financi&#232;re Boublikoff, la suppliant &#8212; comme l'&#233;crivirent plus tard les Izvestia du C.C.E. d&#233;fensiste &#8212; d'&#171; effacer pour un temps les malentendus de classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triumvirat : Alexeiev, Kornilov, Kal&#233;dine &#8212; d&#233;veloppa pleinement le programme de tortures &#233;labor&#233; par les capitalistes de la finance. Coup de gr&#226;ce &#224; la r&#233;volution, destruction des &#171; Soviets et comit&#233;s &#187;, balayer compl&#232;tement ou rendre absolument inoffensives les organisations militaires &#8212; tel &#233;tait le programme des g&#233;n&#233;raux, approuv&#233; par l'usine, la propri&#233;t&#233;, la banque et la Bourse. Mais pas uniquement par ceux-ci, ni directement. Le discours-programme lu par Kornilov avait &#233;t&#233; &#233;crit pour le g&#233;n&#233;ral, par le lieutenant de Kerensky, Philonenko, le m&#234;me Philonenko qui avait, avec Savinkov, &#233;tabli pour Kerensky le projet de la peine de mort dans l'arm&#233;e. Inutile de dire que les Milioukov et les Riabouchinsky s'&#233;taient fix&#233; la m&#234;me ligne de conduite que leurs amis militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on appelait la &#171; d&#233;mocratie &#187;, c'est-&#224;-dire les Soviets, les conseillers municipaux, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, qui agissaient sous le manteau de la r&#233;volution, arriva &#224; la Conf&#233;rence avec une d&#233;claration qui diminuait encore la plateforme d&#233;j&#224; si fragile des d&#233;fensistes. La lutte pour la paix avait presque compl&#232;tement cess&#233; (ce n'est pas en vain que le journal de l'Okhrana, le Novo&#239;e Vr&#233;mia, &#233;crivait que &#171; la Russie avait montr&#233; qu'elle n'&#233;tait nullement un troupeau internationaliste ! &#187;) &#8212; tout avait &#233;t&#233; ramen&#233; .m mot d'ordre &#171; omninational &#187; de la d&#233;fense. &#171; Prudence &#187; et &#171; r&#233;alisme &#187; sur toute la ligne ! Pas un pas sans la permission du ma&#238;tre qui crie d&#233;j&#224; : &#171; coucher &#187; ! M&#234;me l'organe de la r&#233;volution mod&#233;r&#233;e et de la mod&#233;ration r&#233;volutionnaire, la Nova&#239;a Jizn, appr&#233;ciant la d&#233;claration de Tchkheidz&#233;, demandait avec stup&#233;faction : &#171; La fantaisie la plus folle de Milioukov et de Goutchkov aurait-elle pu exiger quelque chose de plus il y a deux mois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les app&#233;tits de la bourgeoisie croissaient sans cesse, il &#233;tait inutile d'en attendre de la reconnaissance envers les capitulants de la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Et lorsque Tchernov, ce menu filou de la politique, qui cache sa poltronnerie sous des r&#233;flexions sur l'&#233;thique, se mit &#224; applaudir Kal&#233;dine alors que celui-ci protestait contre les accusations de contre-r&#233;volution dont on accablait les Cosaques, le brave g&#233;n&#233;ral lui fit une r&#233;ponse insultante, en d&#233;clarant qu'&#171; il n'y avait pas de place pour les d&#233;faitistes au sein du gouvernement ! &#187;. En vain s'&#233;tendit-on sur les &#171; sacrifices &#187;, sur les &#171; concessions mutuelles &#187;, sur les &#171; probl&#232;mes omninationaux &#187; ; en vain le &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; Tseretelli versa-t-il des torrents de larmes, en vain le &#171; chef retrait&#233; &#187; Plekhanov multiplia-t-il les anecdotes ; en vain le n&#233;gateur de tout Etat, admirateur de la Conf&#233;rence d'Etat, le prince Kropotkine, prodigua-t-il ses enseignements, second&#233; de tous les grands-p&#232;res et de toutes les grands-m&#232;res de la r&#233;volution russe : les capitalistes et leurs id&#233;ologues maintinrent leur point de vue. Ils le maintinrent dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de l'affaire : la &#171; d&#233;mocratie &#187; se montra ob&#233;issante. On pouvait lui faire pleine confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le petit boutiquier me chante victoire m&#234;me lorsqu'on soufflette l'une de ses joues : ne comprenez-vous pas qu'il a encore une force qui aurait pu &#234;tre soufflet&#233;e ? C'est pourquoi les chefs &#171; d&#233;mocrates &#187; regardaient chacune de leurs d&#233;faites comme une victoire. Quelques-uns d'entre eux reconnaissaient que la &#171; d&#233;mocratie &#187; avait recul&#233;. Mais c'est justement &#8212; assurait &#171; l'organe de la pens&#233;e socialiste &#187; le Dien, qui a mis sa pens&#233;e &#224; la solde du capital des banques &#8212; &#171; c'est justement parce qu'elle (la d&#233;mocratie) &#233;tait forte, qu'elle a eu l'audace de reculer &#187;. &#171; L'audace de reculer ! &#187; &#8212; telle &#233;tait &#171; l'audace &#187; de messieurs Tseretelli et Tchkheidz&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou fut un march&#233; comportant un coup de barre &#224; droite, ce fait ne servit pas seulement les r&#233;actionnaires naturels : le capital international y &#233;tait, lui aussi, profond&#233;ment int&#233;ress&#233;. Les ambassadeurs alli&#233;s, entass&#233;s dans la loge imp&#233;riale ne salu&#232;rent personne avec autant de chaleur que le trio sanguinaire des g&#233;n&#233;raux. L'on comprend que le &#171; plus proche r&#233;sultat de la Conf&#233;rence de Moscou ait &#233;t&#233; la possibilit&#233; de conclure un emprunt de cinq milliards sur le march&#233; &#233;tranger4 &#187;. Ce fut d'autant plus &#171; possible &#187; que le g&#233;n&#233;ral Kornilov mena&#231;ait ouvertement de rendre Riga, exigeant la peine de mort &#224; l'arri&#232;re. Il &#171; ex&#233;cuta &#187; plus tard cette menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; ne se transforma pas en un Long Parlement, comme l'esp&#233;raient ces messieurs du Novo&#239;e Vr&#233;mia. Mais aussi il n'y eut pas de coup d'Etat ext&#233;rieur, comme celui qu'invoquaient ardemment les bourgeois de toutes les nuances. Il est vrai que le &#171; nom &#187; du &#171; h&#233;ros &#187; volait d&#233;j&#224; sur toutes les bouches. L'aventurier militaire, l'&#171; honn&#234;te &#233;p&#233;e &#187;, born&#233;, mais allant droit au but, ce g&#233;n&#233;ral trapu &#224; la physionomie de Kalmouk, qui avait la ferme r&#233;solution de noyer les rues des villes dans le sang des ouvriers et, au moyen des fusillades, d'en finir avec les soldats r&#233;volutionnaires, &#233;tait tout &#224; fait l'homme qu'il fallait &#224; Milioukov et &#224; Riabouchinsky. A ses audiences, on arrivait avec des rapports comme l'on arrive avec des rapports chez les &#171; personnes augustes &#187; : Poutilov et Riabouchinsky, le diplomate suspect Aladyine, le chef du parti cadet Prilioukov, &#8212; tous se prosternaient successivement aux pieds du bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si fort que d&#233;sirassent ceux qui aspiraient &#224; la dictature du g&#233;n&#233;ral, que la Conf&#233;rence de Moscou sanctionn&#226;t le coup d'&#201;tat, celui-ci n'eut pas lieu. Messieurs les g&#233;n&#233;raux s'aper&#231;urent que le prol&#233;tariat, qui avait salu&#233; de sa gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale les rapaces assembl&#233;s, avait r&#233;agi. Il fallait gagner du temps. Il convenait donc de mobiliser les forces militaires de la contre-r&#233;volution, afin de saigner &#224; blanc d'un coup d&#233;cisif les ouvriers rebelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le complot fut remis, mais non supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus importante des op&#233;rations pr&#233;paratoires &#224; ce complot fut la monstrueuse provocation sur le front. Kornilov rendit Riga en &#233;change de la peine de mort. A dessein, par fractions, on envoya &#224; une perte certaine les meilleurs r&#233;giments des tirailleurs lettons, enti&#232;rement bolch&#233;vistes. Kornilov jouait &#224; coup s&#251;r. S'ils avaient refus&#233; d'ob&#233;ir &#224; l'ordre, on aurait pu leur attribuer la responsabilit&#233; de la d&#233;faite et les d&#233;truire par la main des bourreaux. La peine de mort aurait alors envahi le pays tout entier. S'ils ob&#233;issaient, ils &#233;taient d&#233;truits par les balles allemandes. Ils ob&#233;irent, pour ne pas donner aux chevaliers de la contre-r&#233;volution la possibilit&#233; de calomnier les bolch&#233;viki. Et ils p&#233;rirent. Mais la mort ne les pr&#233;serva pas de la calomnie. En m&#234;me temps que Kornilov &#171; rassurait &#187; les pillards alli&#233;s par des renseignements secrets, leur communiquant les v&#233;ritables motifs de la reddition de Riga, de son quartier-g&#233;n&#233;ral il r&#233;pandait les calomnies les plus honteuses sur ses soldats. C'est en vain que les organisations militaires protestaient : c'est en vain m&#234;me que protestaient les commissaires du Gouvernement Provisoire : en vain Vo&#239;tinsky, qui aux journ&#233;es de juillet pr&#234;chait les fusillades d'ouvriers, jurait-il &#171; &#224; la face du pays tout entier &#187;, que les soldats se comportaient h&#233;ro&#239;quement. Le quartier-g&#233;n&#233;ral mentait sans interruption, racontant des histoires d'abandons illicites des positions, d'insubordination aux ordres, d'agents allemands. Une nouvelle vague boueuse de mensonges sans pr&#233;c&#233;dent et de perfide pers&#233;cution des soldats avait inond&#233; le pays entier. Les journaux &#171; hautement patriotiques &#187; des magnats du capital repr&#233;sentaient l'arm&#233;e comme une cohue de mis&#233;rables poltrons, comme une bande sauvage de pillards. Et en r&#233;ponse aux communiqu&#233;s officiels russes, envoy&#233;s par le &#171; commandant en chef &#187;, arrivait l'&#233;cho de la presse capitaliste d'Occident et d'Am&#233;rique. Le Matin et le Times, le Temps et le Daily Chronicle fourmillaient d'&#233;pith&#232;tes choisies, d'injures &#224; l'adresse d'une arm&#233;e trahie par les g&#233;n&#233;raux et par la bourgeoisie : &#171; fuite sans combat &#187;, &#171; d&#233;sob&#233;issance aux ordres &#187;, &#171; ridicules comit&#233;s d'arm&#233;e &#187;, &#171; esprit de trahison que l'on observe parmi les troupes russes &#187;, &#171; r&#233;tablissement d'une discipline de fer &#187;, &#8212; en un mot, toute la terminologie russe des policiers du Novo&#239;e Vr&#233;mia et des imp&#233;rialistes de la Retch &#233;tait brillamment assimil&#233;e par les &#171; alli&#233;s &#187;, qui &#233;taient secr&#232;tement inform&#233;s de tout et ne faisaient qu'aider les Milioukov &#224; atteindre le but d&#233;sir&#233; : la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la &#171; d&#233;mocratie &#187; ? L'arm&#233;e de l'union sacr&#233;e poursuivait son ancienne politique : terroris&#233;e par les cris d'&#171; anarchie &#187;, pitoyable, battue, cette &#171; d&#233;mocratie &#187; de Tchkh&#233;&#239;dz&#233; et de Tseretelli, de Liber et de Dan ne trouvait en soi que le courage de tomber sur les bolch&#233;viki qui menaient une campagne &#233;nergique contre les fusillades et les supplices. Les choses en vinrent au point que le Novo&#239;e Vr&#233;mia &#233;crivait avec pleine raison : &#171; Ouvrez les Izvestia des Sov. des D&#233;p. Ouv. &#187; Cela m&#234;me qu'imprimait le Novo&#239;e Vr&#233;mia en avril, remplit maintenant les colonnes de ce journal gouvernemental. Avec un retard de deux mois ? &#8212; C'est en g&#233;n&#233;ral la norme pour la lente r&#233;flexion des camarades &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Avec un retard de deux mois &#187;, la d&#233;mocratie (!) r&#233;volutionnaire (! !) s'&#233;tait approch&#233;e des positions des gens de Souvorine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le bloc des partis petit-bourgeois, qui perdait la confiance des masses, s'amusait &#224; une capitulation permanente devant les forces contre-r&#233;volutionnaires, le bloc de ces derni&#232;res continuait &#224; se pr&#233;parer en vue de l'organisation de l'action. A l'arri&#232;re et sur le front, dans les capitales et sur le Don, des centres de combat de la contre-r&#233;volution se formaient. Le &#171; commandant en chef &#187; et le &#171; premier soldat de la r&#233;volution &#187; redistribuaient fi&#233;vreusement les forces militaires, &#233;vacuant les troupes r&#233;volutionnaires des centres de la r&#233;volution et remplissant ceux-ci d'unit&#233;s de cavalerie &#171; s&#251;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce travail pr&#233;paratoire &#233;tait men&#233; sous le mot d'ordre invent&#233; par les provocateurs des cadets et des g&#233;n&#233;raux : lutte contre le complot des bolch&#233;viki. Pr&#233;parant le complot des agrariens et des capitalistes, ils protestaient contre un complot des ouvriers ; emmenant les troupes du front, ils accusaient de trahison les partis du prol&#233;tariat ; organisant la contre-r&#233;volution, l'esprit contre-r&#233;volutionnaire des ouvriers et des soldats provoquait leurs hurlements ; allant vers la guerre civile, ils trompettaient que le prol&#233;tariat la pr&#233;parait ; d&#233;fendant les armes &#224; la main les b&#233;n&#233;fices du capital, ils d&#233;claraient que le mot d'ordre des ouvriers &#233;tait le mot d'ordre de la bourgeoisie fran&#231;aise : &#171; enrichissez- vous ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour les journaux capitalistes &#171; fixaient la date &#187; du soul&#232;vement bolch&#233;vik. Chaque jour, &#233;crivant sur les &#171; pogroms &#187; &#224; venir qu'&#233;taient cens&#233;s devoir produire les bolch&#233;viki, excitant le petit propri&#233;taire, qui par nature est poltron, mais devient sanguinaire d&#232;s qu'il se sent en s&#251;ret&#233;, les filous du gros capital &#171; cr&#233;aient l'atmosph&#232;re &#187; pour le coup d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evaluant sobrement la situation &#8212; t&#233;l&#233;graphiait secr&#232;tement au minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, le directeur de la chancellerie diplomatique aupr&#232;s de l'&#233;tat-major dans le G. Q.-G., Troubetsko&#239;. &#8212; il faut reconna&#238;tre que l'effectif entier du commandement, la majorit&#233; &#233;crasante de l'effectif des officiers et les meilleures unit&#233;s de combat de l'ann&#233;e suivront Kornilov. De son c&#244;t&#233; se mettront &#224; l'arri&#232;re, tous les Cosaques, la plus grande partie des &#233;coles militaires, ainsi que les meilleures unit&#233;s de ligne. A la force physique il faut ajouter... la sympathie morale de toutes les couches non-socialistes de la population, et dans les classes inf&#233;rieures... une indiff&#233;rence qui se soumettra &#224; chaque coup de cravache. Il est hors de doute qu'une quantit&#233; &#233;norme des socialistes de mars ne tarderont pas &#224; passer de leur c&#244;t&#233;... L'on ne peut dire que Kornilov pr&#233;pare le triomphe de Guillaume II, car au moment pr&#233;sent, les troupes allemandes n'ont plus &#224; triompher que de nos espaces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le &#171; rapport r&#233;el des forces &#187; &#233;tait &#233;valu&#233; par les conspirateurs de la contre-r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ensemble, le complot contre-r&#233;volutionnaire embrassait trois milieux. Le cercle le plus vaste comprenait entre autres le Gouvernement Provisoire avec Kerensky en t&#234;te. C'&#233;tait le march&#233; de deux dictateurs contre la r&#233;volution, march&#233; qui avait &#233;t&#233; consolid&#233; dans de multiples pourparlers de derri&#232;re les coulisses, cach&#233;s non seulement aux yeux du peuple mais aussi &#224; ceux des chefs de cette m&#234;me &#171; d&#233;mocratie &#187; qui suivait encore Kerensky. Le second cercle, plus &#233;troit, comprenait la conspiration de Kornilov dans son sens propre. Ici &#233;taient mobilis&#233;es toutes les forces les plus s&#251;res de la contre-r&#233;volution avec les g&#233;n&#233;raux r&#233;actionnaires en t&#234;te. Enfin, le troisi&#232;me cercle, la conspiration dans la conspiration, contenait la conspiration monarchique d'une poign&#233;e d'anciens courtisans de Nicolas II, sous la direction d'une paire de s&#233;nateurs, d'officiers titr&#233;s de la garde, de l'ex-demoiselle d'honneur Marguerite Dournovo, des grands-ducs et des ma&#238;tres-chanteurs filous de la clique du Palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky, qui comprenait fort bien que la bourgeoisie avait besoin non plus de lui, mais de Kornilov, allait toujours plus loin sur le chemin de l'adaptation au courant contre-r&#233;volutionnaire. Mais il lui fallait l'apparence au moins d'une liaison avec les masses. Sa position &#233;tait en fait la m&#234;me que la situation d'un agent provocateur qui s'est emp&#234;tr&#233; dans les filets de l'Okhrana : s'il ne trahit pas, on le renvoie ; mais on le renvoie tout aussi bien lorsqu'il est d&#233;voil&#233; par les r&#233;volutionnaires qu'il trahissait. Kerensky avait d&#233;j&#224; perdu presque tout cr&#233;dit aupr&#232;s des masses. Mais pour remplir ses honorables fonctions, il devait encore faire un geste de menace &#224; droite, pour en r&#233;alit&#233; remplir son r&#244;le de massacreur par rapport aux gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'avancer ouvertement contre Kornilov &#8212; cela e&#251;t signifi&#233; rompre avec la clique des financiers et des g&#233;n&#233;raux ; mais entrer ouvertement en alliance avec eux, &#8230;. e&#251;t signifi&#233; d&#233;truire les derniers restes de confiance envers sa propre personne, dont la r&#233;putation &#233;tait d&#233;j&#224; sans cela fortement avari&#233;e. En pr&#233;sence de ces conditions, il ne restait qu'une chose &#224; faire : tout en jouant la com&#233;die de la lutte, entrer en r&#233;alit&#233; dans des marchandages de coulisses, c'est-&#224;-dire en fait entrer dans la conspiration contre la r&#233;volution. Ceci &#233;tait d'autant plus facile &#224; faire, que tous les lieutenants de Kerensky &#233;taient d'enrag&#233;s kornilovistes : Savinkov, Philonenko, Bourtsef, sans m&#234;me parler des membres du parti cadet, &#233;taient de chaleureux partisans du coup d'&#201;tat en faveur de la propri&#233;t&#233; des nobles et des bureaux des banquiers. C'est pourquoi les premiers pr&#233;paratifs pour la lutte (et pour la lutte non plus contre les &#171; bolch&#233;viki &#187; seulement, mais contre les soviets mench&#233;viki et social-r&#233;volutionnaires) furent faits selon les dispositions des com&#233;diens bonapartistes ; et Savinkov, de l'aveu m&#234;me de Kerensky, concentrait vers P&#233;tersbourg le 3me corps de cavalerie pour venir &#224; bout de cette m&#234;me d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, pour un partisan de laquelle il se donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 ao&#251;t, Kornilov pr&#233;senta son ultimatum par l'interm&#233;diaire du prince Lvov, un des ministres du premier gouvernement &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. Kerensky &#171; arr&#234;te &#187; Lvov. Kornilov, dans le quartier-g&#233;n&#233;ral duquel s'&#233;taient embusqu&#233;s les &#171; hommes politiques &#187;, &#233;dite un manifeste solennel &#171; au peuple russe &#187;, o&#249; il d&#233;clare que le gouvernement est aux mains des Allemands et des bolch&#233;viki. Les &#171; op&#233;rations militaires &#187; commencent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; Goutchkov, Rodzianko, Nabokov et les autres chefs de la bourgeoisie des cadets et des bandes noires organisent l'incursion des brigands du quartier-g&#233;n&#233;ral, les ministres cadets font sauter le gouvernement de l'int&#233;rieur, afin d'affaiblir leurs nigauds de coll&#232;gues &#171; socialistes &#187;. Le cabinet se disperse avec bruit et fracas. Une confusion incroyable commence parmi les &#171; dirigeants &#187;. Apr&#232;s des supplications, des pourparlers, des menaces et des pri&#232;res, dans le r&#233;seau des plus sales intrigues, le monde voit poindre le gouvernement Kerensky-Kichkine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bourse r&#233;pond &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne de Kornilov par un rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des valeurs. Le capital international applaudit dans sa presse avec une rare unanimit&#233; au &#171; sauveur de la Russie &#187;. Non seulement les organes de la bancocratie alli&#233;e, tels que le Times, le Temps ou les mercenaires des trusts am&#233;ricains, mais la presse imp&#233;rialiste allemande, elle aussi, salue avec enthousiasme le nouveau h&#233;ros. Le gouvernement anglais met &#224; la disposition de Kornilov ses automobiles blind&#233;es, afin d'aider &#224; la r&#233;pression de P&#233;tersbourg rouge. L'armement et les finances sont dirig&#233;s contre les ouvriers et les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment avec le mouvement des troupes korniloviennes vers P&#233;tersbourg, l'ultimatum de la contre-r&#233;volution est soutenu par la menace d'ouvrir le front aux Allemands. La main droite de Kornilov, le g&#233;n&#233;ral Loukomsky, d&#233;clare que le front sera ouvert et qu'un armistice s&#233;par&#233; sera conclu, afin de jeter les troupes dans le bain sanglant de la capitale. Patriotes brevet&#233;s, gardiens jur&#233;s de la &#171; fiert&#233; nationale &#187;, Saint-Georges au c&#339;ur noir et &#224; la doublure rouge, ces g&#233;n&#233;raux &#233;taient pr&#234;ts &#224; ramper bassement devant la ba&#239;onnette prussienne, uniquement pour pouvoir diriger une partie de leurs troupes contre le prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vent d'orage passa sur le pays. Le prol&#233;tariat, qui avait veill&#233; tout le temps, qui avait vainement appel&#233; et averti la d&#233;mocratie petite-bourgeoise du danger mena&#231;ant, tressaillit. Les ouvriers des capitales et des provinces coururent aux armes. Partout o&#249; il y avait la moindre possibilit&#233; de trouver des d&#233;fenseurs d'acier pour la libert&#233;, les prol&#233;taires s'armaient. En un instant P&#233;tersbourg cr&#233;a une garde rouge. Les ouvriers des fabriques de canons doubl&#232;rent d'un coup la productivit&#233; de ces fabriques et se mirent &#224; fournir des mitrailleuses, des canons et des munitions pour la d&#233;fense contre leurs adversaires de classes. Le parti prol&#233;tarien, les bolch&#233;viki, proclama le mot d'ordre de la lutte jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, de la lutte, non pour Kerensky, mais pour la r&#233;volution. Et pourtant, en cet instant critique, la marche m&#234;me de la lutte fit occuper les postes dangereux par la classe ouvri&#232;re et par son parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets et la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, pris d'une mortelle terreur, se pr&#233;cipit&#232;rent vers les prol&#233;taires. Les matelots bolch&#233;vistes de Kronstadt, que l'on avait tant calomni&#233;s, que l'on avait nomm&#233; contre-r&#233;volutionnaires et ennemis de la libert&#233;, furent proclam&#233;s ses meilleurs d&#233;fenseurs et appel&#233;s en toute h&#226;te &#224; P&#233;tersbourg. Les ouvriers, contre lesquels, en juillet, on faisait venir les r&#233;giments de cavalerie &#171; s&#251;rs &#187; et les &#171; unit&#233;s de choc &#187;, furent d&#233;clar&#233;s rempart de la r&#233;volution. Le parti du prol&#233;tariat, auparavant trait&#233; comme un ramassis de criminels, de provocateurs et d'espions, fut r&#233;habilit&#233; dans les vingt-quatre heures et reconnu un alli&#233; bienvenu. Les chefs sovi&#233;tistes de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; de la classe ouvri&#232;re : ils comprenaient parfaitement que la contre-r&#233;volution avait sa logique ; ils savaient que la bande kornilovienne victorieuse balayerait non seulement les bolch&#233;viki, mais tous les coalitionnistes ; ils voyaient que la r&#233;action &#233;tait pr&#234;te &#224; tout d&#233;truire, les &#171; Soviets et les comit&#233;s &#187;, suivant la demande de Milioukov et de Riabouchinsky. Et, tremblant de tous leurs membres, ils se mirent &#224; glapir plaintivement sur l'&#171; unit&#233; du front r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e des masses fut extraordinairement forte. Litt&#233;ralement toutes les organisations ouvri&#232;res se lev&#232;rent. Dans les Soviets, malgr&#233; la majorit&#233; coalitionniste, on sentit les pulsations d'une nouvelle art&#232;re combative. Partout &#8212; dans les capitales et dans les villes perdues des provinces &#8212; il se cr&#233;ait des organes r&#233;volutionnaires du pouvoir. A P&#233;tersbourg et &#224; Moscou, le peuple arm&#233; r&#233;apparut sur la sc&#232;ne. Et partout o&#249; il &#233;tait question seulement de mobilisation des forces, de pression sur les troupes, de collectivit&#233;s de combat responsables, le parti du prol&#233;tariat se trouvait &#234;tre l'organisation la plus hardie, la plus d&#233;cid&#233;e et la plus capable de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Kornilov se fl&#233;trit avant d'avoir eu le temps de fleurir. Les forces militaires de Kornilov, qui marchaient sur P&#233;tersbourg, ayant &#233;t&#233; tromp&#233;es par leurs g&#233;n&#233;raux, se d&#233;composaient d&#232;s leur premier contact avec les troupes envoy&#233;es contre elles, non par Kerensky, qui jouait la com&#233;die, mais par les organisations sovi&#233;tistes, auxquelles avait pass&#233; en fait la direction militaire. Et dans les centres urbains, o&#249; les chevaliers de la Croix de St- Georges, les soldats de choc et les femmes de choc, les officiers et les g&#233;n&#233;raux, avaient tant parl&#233; du &#171; jour &#187; de joie, et o&#249; ils avaient avec une telle &#171; intr&#233;pidit&#233; &#187; arbor&#233; les cocardes korniloviennes, d&#233;montrant leur m&#233;pris souverain envers la &#171; pl&#232;be d&#233;cha&#238;n&#233;e &#187; &#8212; ces h&#233;ros ne se d&#233;cid&#232;rent pas du tout &#224; agir. Ils connaissaient la valeur de leurs alli&#233;s &#8212; la masse des petits propri&#233;taires, qui n'est audacieuse que lorsqu'elle est en s&#233;curit&#233;. L'appui de Kal&#233;dine, qui devait marcher venant du sud et couper le nord des transports de bl&#233;, s'exprima seulement par le fait que l'on envoya vers Moscou durant quelques jours, des wagons de melons d'eau et de tournesols au lieu de bl&#233;. L'attaque des brigands contre le peuple avait &#233;chou&#233;. Les conspirateurs avaient &#233;videmment trop pr&#233;sum&#233; de leurs forces. Mais ils avaient aussi trop m&#233;pris&#233; les forces de la r&#233;volution. &#171; Les bas-fonds des villes &#187; ne montraient aucune disposition &#224; se soumettre aux &#171; coups de cravaches &#187;, comme l'esp&#233;raient les bandits du capital. Ces bas-fonds, en r&#233;ponse &#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne du g&#233;n&#233;ral s'&#233;taient &#233;cri&#233;s unanimement : &#171; La mort ou la victoire ! &#187; et avec un enthousiasme que seul est capable de d&#233;velopper une classe de travailleurs, brillants d'inspiration, comprenant leurs grandes destin&#233;es historiques ; jeunes et h&#233;ro&#239;ques, ils s'&#233;taient pr&#233;cipit&#233;s aux avant- postes de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraternisation fut la m&#233;thode fondamentale de dissolution des troupes korniloviennes. M&#234;me les Turkm&#232;nes-Tekk&#233;s &#224; moiti&#233; sauvages, dont le fougueux g&#233;n&#233;ral avait donn&#233; des cohortes choisies pour le salut de la civilisation bourgeoise, m&#234;me ces &#171; sauvages &#187; que l'on avait imagin&#233; d'apprivoiser pour ma&#238;triser les Huns du &#171; socialisme, du communisme et de l'anarchie &#187;, perdaient leur d&#233;vouement servile &#224; Kornilov. L'offensive militaire sur le front int&#233;rieur, que l'on pr&#233;parait dans les salons les plus &#233;l&#233;gants des m&#233;c&#232;nes russes, au sujet de laquelle la presse bourgeoise avait sonn&#233; les grands carillons de toutes ses cloches, cette offensive s'&#233;tait soudain rid&#233;e comme une vessie o&#249; l'on pique une aiguille, et l'aust&#232;re h&#233;ros de la bourgeoisie ne repr&#233;sentait plus qu'un homme stupidement ent&#234;t&#233;, qui se distingue par tout ce que l'on voudra, sauf par le g&#233;nie d'un triomphateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;meute kornilovienne joua un r&#244;le diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; celui que cherchait la cabale bourgeoise : elle ouvrit les yeux non seulement aux ouvriers retardataires, mais aux paysans, non seulement aux hommes de l'arri&#232;re, mais aux soldats du front ; elle provoqua un immense regroupement de forces et consolida extraordinairement la position du parti du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir coalitionniste, qui avait ouvert toutes grandes les portes pour l'entr&#233;e solennelle de la contre-r&#233;volution, n'avait pu surgir ni se maintenir qu'en se basant sur la confiance inconsciente des masses capitalistes et sur leur d&#233;fensisme de bonne foi. Et c'est &#224; ce m&#234;me titre que les masses avaient pu reconna&#238;tre pour guides les socialistes- r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viki. L'excitation joyeuse, sentimentalement na&#239;ve, de la r&#233;volution de mars, de cette r&#233;volution &#171; omninationale &#187;, o&#249; m&#234;me les filous br&#251;l&#233;s de l'oligarchie financi&#232;re faisaient semblant d'&#234;tre attendris et approchaient des mouchoirs blancs de leurs yeux bouffis de graisse, la confiance des masses tromp&#233;es envers les pesants &#171; chefs de la r&#233;volution &#187; v&#234;tus de noir, tels que les Rodzianko et les Lvov &#8212; s'en allait maintenant en fum&#233;e. Le d&#233;veloppement de la lutte des classes brisait toutes les illusions, faisait tomber tous les voiles, arrachant impitoyablement leurs masques &#224; tous les h&#233;ros du mensonge et montrant aux masses le v&#233;ritable visage de rapaces de ces &#171; bienfaiteurs du peuple &#187;. Les imp&#233;rialistes bourgeois et la presse de la social-trahison, auxquels l'on croyait auparavant, &#224; ce point que pendant les journ&#233;es de juillet la bourgeoisie avait r&#233;ussi &#224; cr&#233;er un &#233;tat de si&#232;ge contre le parti prol&#233;tarien traqu&#233; &#224; tous les carrefours, avaient maintenant perdu la confiance des masses, d&#233;finitivement et irr&#233;vocablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, qui d&#233;j&#224; au temps de la Conf&#233;rence de Moscou suivait en sa majorit&#233; la social-d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, perdait rapidement tout ce qui lui restait d'illusions petites-bourgeoises autrefois inh&#233;rentes &#224; ces couches attard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans avaient vu dans l'action de Kornilov une attaque de la part des propri&#233;taires fonciers et une menace r&#233;elle &#224; leurs r&#234;ves terriens. Si jusque-l&#224; les paysans, &#224; la grande joie de tous les grands propri&#233;taires, avaient &#171; support&#233; &#187; et remis la d&#233;cision de la question &#171; jusqu'&#224; la r&#233;union de l'Assembl&#233;e Constituante &#187;, ce &#224; quoi s'appliquaient et s'occupaient messieurs les socialistes-r&#233;volutionnaires, en revanche leur patience m&#234;me &#233;tait maintenant &#224; bout. Aussit&#244;t apr&#232;s le mouvement kornilovien des propri&#233;taires, un immense mouvement des paysans se dessina, se muant parfois en un v&#233;ritable soul&#232;vement des paysans. La presse capitaliste signalait avec terreur ce fait, inscrivant les &#171; d&#233;sordres &#187; agraires dans la rubrique de &#171; l'anarchie &#187; et des &#171; pillages &#187;. En r&#233;alit&#233;, le mouvement agraire &#233;tait l'indice du d&#233;veloppement de la conscience des paysans, qui ne se contentaient plus des &#233;ternelles promesses. Les &#171; usurpations illicites &#187;, si ha&#239;es de la bourgeoisie, &#233;taient devenues des &#233;v&#233;nements ordinaires. La terre fuyait rapidement des mains des propri&#233;taires et commen&#231;ait &#224; se d&#233;poser solidement entre les mains des paysans. L'arm&#233;e, qui jadis croyait aveugl&#233;ment en Kerensky, attir&#233;e dans la honteuse offensive de juin, &#233;tait maintenant, apr&#232;s le coup de cravache du bourreau, remplie de haine envers tout l'effectif de commandement, y compris les officiers. L'effectif de commandement, qui s'&#233;tait montr&#233; enti&#232;rement korniloviste, avait introduit la peine de mort, avait calomni&#233; et pers&#233;cut&#233; les soldats, les trahissant &#224; chaque pas, traitant l'ancien &#171; saint animal &#187; comme une vile pl&#232;be &#8212; cet effectif de commandement avait senti se poser sur lui le regard fixe et rempli de haine d'une arm&#233;e de plusieurs millions d'hommes. La lutte de classes qui secouait la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, s'&#233;tait transport&#233;e sur le front avec une force incroyable. Une fois pour toutes, l'arm&#233;e avait rejet&#233; de dessus soi le joug des imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'&#233;pop&#233;e kornilovienne avait aiguis&#233; &#224; l'extr&#234;me les questions nationales. Cette aventure avait &#233;t&#233; une tentative d&#233;sesp&#233;r&#233;e de l'imp&#233;rialisme de grande puissance russe. Sous le faux mot d'ordre d'une &#171; Russie une et indivisible &#187;, que mettaient en avant les g&#233;n&#233;raux patriotisants et les patriotes g&#233;n&#233;ralisant de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187;, se dissimulait la politique habituelle de strangulation des pillards imp&#233;rialistes, qui s'en d&#233;lectaient encore aux temps b&#233;nis du tsarisme. Et si les g&#233;n&#233;raux &#224; cravache et sans cravache mettaient en avant le mot d'ordre &#171; une et indivisible &#187;, cela signifiait que ceux que l'on appelait &#171; allog&#232;nes &#187; devaient commencer &#224; crier au secours. Aussi l'&#171; aventure &#187; kornilovienne et sa d&#233;faite provoqu&#232;rent-elles la croissance des tendances nationalistes et s&#233;paratistes et la d&#233;composition de l'imp&#233;rialisme russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement politique de la conscience de classes de larges masses populaires, s'exprima dans la compl&#232;te banqueroute des partis coalitionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mench&#233;viki s'appuyaient en majeure partie sur les couches arri&#233;r&#233;es, contamin&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s, les esp&#233;rances et les croyances petite-bourgeoises de la classe ouvri&#232;re ; car la banqueroute des illusions allait particuli&#232;rement vite parmi le prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment : ces illusions s'usaient avec une rapidit&#233; presque catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes-r&#233;volutionnaires &#233;taient entr&#233;s dans une p&#233;riode de d&#233;composition int&#233;rieure, se divisant avec toujours plus d'acuit&#233; en id&#233;ologues du solide moujik qui doit triompher du monde entier et en id&#233;ologues des paysans les plus pauvres ; ce processus a trouv&#233; son expression dans la d&#233;marcation chez les socialistes-r&#233;volutionnaires d'une aile gauche, qui se renfor&#231;ait chaque jour. Enfin, formant boule de neige, le parti du prol&#233;tariat s'&#233;tait augment&#233;. Le pays se s&#233;parait de plus en plus en deux camps ennemis : l'un, &#8212; en t&#234;te duquel se tenait le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire et son parti &#8212; devenait le camp de tous les travailleurs, le camp &#171; populaire &#187; ; et l'autre &#8212; r&#233;unissait toutes les fractions des classes dominantes, depuis l'ex-demoiselle d'honneur jusqu'au marchand de grains et l'usurier de village ; &#224; la t&#234;te de ce camp se trouvait le capital financier et le parti de la trahison populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche des &#233;v&#233;nements avait pos&#233; maintenant devant la camarilla bourgeoise le probl&#232;me direct de la guerre civile. La confiance disparue des masses envers le capital, la compl&#232;te d&#233;composition des partis coalitionnistes, la croissance fi&#233;vreusement rapide du parti du prol&#233;tariat, tout cela for&#231;ait la bourgeoisie &#224; s'orienter vers la guerre civile. Gouverner par le mensonge, la flatterie, la coalition ; gouverner par l'interm&#233;diaire des tra&#238;tres &#171; socialistes &#187; ; jouer aux d&#233;mocrates en brandissant le glaive de la peine de mort, devenait impossible. Il restait une chose &#224; faire : une nouvelle tentative de contre-r&#233;volution arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant que d'en arriver &#224; la bataille d&#233;finitive, l'histoire for&#231;a le pays &#224; passer encore une fois sous les fourches caudines d'une com&#233;die panrusse : la &#171; Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; liquidation &#187; de l'aventure Kornilov. &#8212; La Conf&#233;rence D&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e d'en bas avait fait d&#233;vier le n&#339;ud coulant qu'avait d&#233;j&#224; savonn&#233; pour le peuple Saurus Kornilov, lequel avait recueilli par avance, les lauriers de la reconnaissance bourgeoise. Que le gouvernement bonapartiste le voul&#251;t ou non &#8212; le fait restait un fait. Il n'y avait plus qu'&#224; compter d'une fa&#231;on ou d'une autre avec ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la situation de Kerensky tra&#231;ait une ligne de conduite : continuer la fiction de la &#171; lutte avec la contre- r&#233;volution &#187; et en r&#233;alit&#233; lutter &#224; gauche. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment l&#224; l'essentiel de cette farce (politique) que signifiait par elle-m&#234;me la &#171; liquidation &#187; de l'aventure de Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pouvoir &#187; lui-m&#234;me commen&#231;a &#224; se montrer sous un aspect vraiment tragi-comique. Une crise succ&#233;dait &#224; l'autre. A l'arri&#232;re-plan de la corruption politique g&#233;n&#233;rale des milieux dirigeants, s'agitait une bande d'&#233;perviers bonapartistes, form&#233;e d'&#233;l&#233;ments de la plus grande diversit&#233;, pr&#233;tendant aux premiers r&#244;les : Savinkov, ex-militant et terroriste, plus tard auteur d'une hom&#233;lie larmoyante contre l'assassinat et enfin auteur de la peine de mort : Philonenko, homme dont, selon son propre aveu, &#171; les paupi&#232;res ne clignaient pas &#187; et &#171; la voix ne tremblait pas &#187; en pronon&#231;ant la peine de mort pour les soldats, &#171; socialiste &#187; qui &#233;dulcorait les aphorismes korniloviens d'une certaine proportion de sadico-sologoubisme de son propre cru ; Kerensky en personne, et toute une compagnie de ses &#171; aides &#187; cad&#233;tomorphes et m&#234;me cadets, qui se tenaient devant la porte et ne faisaient que &#171; convoiter &#187;. Enfin, l'&#233;cume boueuse des duperies mutuelles et des march&#233;s de derri&#232;re les coulisses, donna naissance &#224; un directoire russe, suspect sous tous les rapports et dont les parrains furent d'un c&#244;t&#233; Tseretelli-Gotz, et de l'autre, les h&#233;ros du parti cadet qui pr&#233;f&#233;raient demeurer derri&#232;re les coulisses. Le &#171; Conseil des cinq &#187; ne brillait pas par les noms : &#224; sa t&#234;te se mit naturellement Kerensky, qui en investit quatre autres &#224; &#171; son image et &#224; sa ressemblance &#187; : Tereschtchenko, Verkhovsky, Verderevsky et Nikitine, un r&#244;le technique &#233;tant r&#233;serv&#233; &#224; Verkhovsky et &#224; Verderevsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se forma le directoire, qui devait &#233;videmment &#234;tre un pont conduisant au consulat. Le na&#239;f travailliste Boulat reconnut ouvertement l'habilet&#233; du citoyen Kerensky : &#171; Pendant que nous nous disputions et que nous discourions ici, le pouvoir fut cr&#233;&#233; sans notre aide... Qui sait, peut-&#234;tre m&#234;me n'aurons-nous plus &#224; nous r&#233;unir ici [c'est-&#224;-dire dans le Com. Ex&#233;c. Centr. &#8212; note de N. Bouk.]. La loi martiale est d&#233;cr&#233;t&#233;e chez nous. On arrivera chez nous, on invoquera tel ou tel paragraphe et l'on nous dispersera... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, le pouvoir s'&#233;difia simplement : il fut &#233;lu par Kerensky, approuv&#233; par Kerensky, rendu responsable devant Kerensky. Kerensky &#8212; telle est l'unique source du pouvoir ind&#233;pendant. Kerensky &#8212; tel est le seul vase d'&#233;lection de la gr&#226;ce d&#233;vers&#233;e encore par le gouvernement de la premi&#232;re heure. Kerensky &#233;tait le chef &#171; reconnu de tous &#187; dans l'&#171; Etat russe &#187;. Ainsi du moins, semblait-il. Et il en &#233;tait effectivement ainsi. Mais en fait, c'&#233;taient l&#224; les derniers efforts de la clique des tra&#238;tres &#224; la d&#233;mocratie, qui commen&#231;ait &#224; r&#233;v&#233;ler un &#233;quilibre de plus en plus instable, ayant perdu d&#233;j&#224; tout point d'appui &#224; gauche, et perdant rapidement &#8212; malgr&#233; tous ses efforts pour le retenir &#8212; son point d'appui &#224; droite. L'organisation d'un directoire signifiait en fait la victoire pacifique du g&#233;n&#233;ral Kornilov : c'&#233;tait le fruit l&#233;gal du march&#233; ill&#233;gal entre le h&#233;ros de la cravache et l'aventurier de la langue. Le plan de Kornilov consistait pr&#233;cis&#233;ment en la formation d'un directoire. Il est vrai qu'au moment d&#233;cisif, Kerensky n'avait pas soutenu Kornilov ; autrement, &#224; la t&#234;te du directoire l'on aurait vu Kornilov. Mais, de fait, un pouvoir personnifi&#233; en cinq dictateurs et ne d&#233;pendant de personne que d'un dictateur-chef, un tel pouvoir constituait la victoire compl&#232;te des principes du g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu correspondait pleinement &#224; la forme. La &#171; liquidation &#187; de la r&#233;volte de Kornilov prit le caract&#232;re d'un v&#233;ritable persiflage des masses. Tout d'abord, Kornilov solennellement proclam&#233; tra&#238;tre, demeura en fait commandant en chef jusqu'&#224; son remplacement. Puis Kerensky se nomma commandant en chef, d&#233;signant comme chef d'&#233;tat-major &#8212; c'est-&#224;-dire encore une fois comme commandant en chef effectif &#8212; le g&#233;n&#233;ral Alex&#233;&#239;eff, le bourreau tsariste, le meilleur ami du g&#233;n&#233;ral Kornilov, le participant direct de la conspiration kornilovienne et l'interm&#233;diaire entre Kornilov, Riabouchinsky et Milioukov ; Alex&#233;&#239;eff, qui au d&#233;but de la r&#233;volution mena&#231;ait de fusiller &#171; les bandes r&#233;volutionnaires qui venaient de P&#233;tersbourg ! &#187;, Alex&#233;&#239;eff, que lui-m&#234;me il avait d&#251; chasser sous la pouss&#233;e de la col&#232;re et de l'indignation g&#233;n&#233;rale !, Alex&#233;&#239;eff, qui, &#224; la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques de Moscou avait prononc&#233; des &#171; paroles d'or &#187;, qu'il r&#233;p&#233;ta &#224; la &#171; Conf&#233;rence d'Etat &#187; et qui furent imprim&#233;es par Riabouchinsky sur la recommandation de Milioukov ! Et c'est cet individu-l&#224; qui fut d&#233;sign&#233; pour &#233;purer l'arm&#233;e des &#233;l&#233;ments de la contre-r&#233;volution ! Bien plus. Lui-m&#234;me, un participant de la conspiration, fut charg&#233; d'instruire l'affaire de la conspiration. Kerensky lui-m&#234;me, souill&#233; de cette boue, chargea son complice d'instruire l'affaire de leur principal associ&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proclam&#233; tra&#238;tre, le commandant en chef arriva donc dans un h&#244;tel de premi&#232;re classe au lieu d'arriver &#224; l'&#233;chafaud, et re&#231;ut pour le &#171; surveiller &#187; les troupes qui lui &#233;taient fid&#232;les. Le cadet Paltchinsky fut charg&#233; de la surveillance de P&#233;tersbourg. Les g&#233;n&#233;raux les plus r&#233;actionnaires, qui seulement par n&#233;gligence n'avaient pas eu le temps de passer ouvertement du c&#244;t&#233; de Kornilov (ou par poltronnerie ne l'avaient pas voulu), furent laiss&#233;s &#224; leurs postes ou re&#231;urent de l'avancement. Les comit&#233;s r&#233;volutionnaires qui avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s aux journ&#233;es korniloviennes et qui avaient dirig&#233; les op&#233;rations militaires contre Kornilov, furent d&#233;clar&#233;s hors la loi. Eux, qui avaient sauv&#233; la r&#233;volution et la r&#233;publique, furent d&#233;clar&#233;s &#171; ennemis de la r&#233;publique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les actes ind&#233;pendants &#8212; disait l'ordre du 4 septembre &#8212; ne doivent pas &#234;tre admis dans l'avenir, et le Gouvernement Provisoire luttera contre eux, comme &#233;tant des actes anarchiques et nuisibles &#224; la r&#233;publique &#187;. Ceci se passait en m&#234;me temps que la &#171; lutte &#187; contre Kornilov, cette lutte ne rev&#234;tant &#233;videmment aucun caract&#232;re &#171; anarchique &#187;, est exerc&#233;e par une bande d'aigrefins kornilovistes. Cela, au moment o&#249; des pourparlers officiels sont engag&#233;s pour faire entrer dans le cabinet des chefs du parti cadet, compromis dans la conspiration ; au moment o&#249; Maklakov est nomm&#233; ambassadeur &#224; l'&#233;tranger !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les masses, il fallait malgr&#233; tout trouver une &#171; couverture &#187;. On la trouva en tombant sur les gardes dirig&#233;s par l'ex-demoiselle d'honneur. En g&#233;n&#233;ral, il &#233;tait impossible de dissimuler la conspiration. Eh bien ! que Marguerite Khitrovo paie en bloc ! &#8212; tel &#233;tait le plan de la respectable compagnie qui livra volontiers le groupe de ses presque partisans, afin de sortir elle-m&#234;me plus ou moins s&#232;che de l'eau. Une ridicule &#171; r&#233;pression des conspirateurs &#187; commen&#231;a : on nettoya l'&#171; Aigle Imp&#233;rial &#187; &#224; Kiev, la soci&#233;t&#233; &#171; le H&#233;ros Russe &#187;, on arr&#234;ta (pour les rel&#226;cher imm&#233;diatement apr&#232;s) une paire d'ex-grands ducs, mais on laissa prudemment de c&#244;t&#233; l'&#226;me de la conspiration v&#233;ritable, et non d'op&#233;rette : Milioukov et Goutchkov, Rodzianko et Riabouchinsky, Poutilov et Vychnegradsky, Kornilov et Kal&#233;dine, le comit&#233; central du parti de la trahison populaire et la &#171; petite conf&#233;rence &#187; des hommes politiques-conspirateurs &#8212; en un mot tous ceux qui, de connivence avec Kerensky, avaient men&#233; les pourparlers pour le plan de la &#171; dictature collective &#187; de sang et de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux capitalistes qui, aux jours o&#249; l'on attendait la glorieuse venue de Kornilov, aiguisaient f&#233;rocement leurs dents, et avaient commenc&#233; &#224; se calmer aux jours de sa d&#233;faite, relev&#232;rent de nouveau la t&#234;te et recommenc&#232;rent &#224; passer &#224; l'offensive. Les personnages officiels repr&#233;sentant l'autorit&#233; judiciaire blanchissaient Kornilov avec la m&#234;me impudence qui leur avait permis auparavant de noircir le parti du prol&#233;tariat. Et de connivence avec le procureur r&#233;actionnaire Alexandrov, le &#171; d&#233;mocrate &#187; Stahl d&#233;clarait, en montrant du doigt les bolch&#233;viki : &#171; J'estime que la conspiration de droite et celle de gauche sont &#233;galement criminelles devant le pays &#187; et les obligeants juristes-journalistes expliquaient qu'il n'y avait pas eu de la part de Kornilov de crime &#171; contre l'ordre existant &#187;, pour la simple raison qu'&#171; il n'y a pas maintenant en Russie d'ordre existant &#187;5. Ceux que l'on qualifie d'intellectuels &#8212; les historiens, les avocats, les po&#232;tes, les savants et les dilettantes &#8212; s'&#233;lanc&#232;rent de nouveau &#224; l'attaque contre les ouvriers : le presque-marxiste professeur Wipper, oubliant ses esquisses de la th&#233;orie de la connaissance historique, racontait dans l'organe de Riabouchinsky que la r&#233;volution russe tout enti&#232;re engendra la mauvaise volont&#233; des g&#233;n&#233;raux allemands, et son coll&#232;gue au journal, Balmont, qui jadis avait chant&#233; le soul&#232;vement ouvrier, commen&#231;ait &#224; composer des odes inspir&#233;es &#224; Kornilov, nommant avec servilit&#233; ce possesseur d'une physionomie obtuse d'Asiatique, le &#171; fier cygne &#187; de la civilisation russe. Cependant, messieurs les capitalistes &#233;taient &#233;galement tr&#232;s m&#233;contents de la conduite de Kerensky, dont ils exigeaient une plus grande d&#233;cision, ou sa d&#233;mission en faveur de Kornilov. Ceci &#233;tait un plan &#233;labor&#233; par les conspirateurs. Kerensky n'avait-il pas, au lieu de soutenir Kornilov par la force arm&#233;e au moment le plus critique, jou&#233; la com&#233;die de la lutte contre lui ? Un tel r&#244;le ne convenait plus du tout aux tentatives r&#233;elles, aux rois des industries textile et m&#233;tallurgique. Et ils commenc&#232;rent une campagne &#233;nergique qui d&#233;voila enti&#232;rement le double jeu du &#171; d&#233;mocrate &#187; ha&#239; de la d&#233;mocratie, Kerensky. La campagne fut ouverte par l'organe de Riabouchinsky Outro Rossii. On d&#233;montra documentairement la participation de Kerensky &#224; l'&#233;laboration du plan de dictature militaire, ainsi qu'&#224; l'intention d'&#233;craser P&#233;tersbourg et Kronstadt, &#224; l'appel du troisi&#232;me corps militaire, &#224; la provocation du &#171; complot des bolch&#233;viki &#187; et &#224; la pr&#233;paration de la dissolution des Soviets ; il surnagea tout un fatras d'intrigues, de tromperies et de duperies mutuelles. Chaque jour nouveau apportait des informations plus sensationnelles les unes que les autres. Il devenait &#233;vident pour tout le monde qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'aventure Kornilov, il existait une aventure Kerensky, qui ne se diff&#233;renciait &#171; principiellement &#187; de la premi&#232;re que par plus de duplicit&#233; et de poltronnerie. &#171; Tu veux te d&#233;filer ? Mais tu es n&#244;tre, tu as d&#233;j&#224; vendu ton &#226;me et tu as re&#231;u une avance consid&#233;rable ! &#187; &#8212; disait le diable bourgeois au minist&#233;riable pan Twardovsky, qui poss&#233;dait d&#233;j&#224; alors un compte-courant de presque un million.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts du directoire de Kerensky pour effacer ses p&#233;ch&#233;s devant la bourgeoisie, cette derni&#232;re, sauvant Kornilov, montait &#224; l'assaut. Il est vrai que Kerensky avait proclam&#233; la r&#233;publique, afin de d&#233;montrer qu'en Russie &#171; il y a de l'ordre &#187;. Mais il avait supprim&#233; &#224; P&#233;tersbourg le Rabotchy6 et la Nova&#239;a Jizn. Sous pr&#233;texte de lutte contre l'anarchie, il pr&#233;parait en h&#226;te des exp&#233;ditions de r&#233;pression contre le Soviet de Tachkent et menait des pourparlers avec les gros bonnets de Moscou : Konovalov, Bourychkine, Tchetverikov, Tretiakov et Smirkov, c'est-&#224;-dire la fleur de la &#171; petite Conf&#233;rence &#187; de Moscou. Il tentait de dissoudre la &#171; Centre-flotte &#187;. Il nommait au Conseil Militaire le kornilovien av&#233;r&#233; Klembovsky. Et cependant la bourgeoisie ne graciait plus son commis : il lui en fallait un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'en haut l'on jouait sans interruption aux &#171; chevaux-fondus &#187; de minist&#232;res, ce petit jeu qui &#233;tait si caract&#233;ristique du r&#233;gime tsariste, lequel s'imaginait pouvoir par des substitutions de personnes arranger les choses, dans les basses couches il se passait un processus de &#171; gauchissement &#187; rapide. Ce processus trouva aussi son expression dans le changement de position des principaux Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs petit-bourgeois perdaient de plus en plus, m&#234;me leur propre assiette. Si auparavant ils exprimaient heureusement le caract&#232;re irr&#233;solu de la petite bourgeoisie &#8212; des paysans, des gueux des villes, des couches arri&#233;r&#233;es de la classe ouvri&#232;re, &#8212; en revanche, ils tournaient maintenant assez nettement &#224; droite : la masse de la petite bourgeoisie t&#233;moignait d'une forte attraction vers le prol&#233;tariat ; ses chefs t&#233;moignaient d'une attraction plus forte encore vers le grand capital. Le sommet bureaucratis&#233; du Com. Cent. Ex&#233;c., qui sous la pression des masses, avait pour un certain temps mod&#233;r&#233; quelque peu son ardeur r&#233;actionnaire et son empressement servile, s'&#233;tait de nouveau pr&#233;cipit&#233; &#224; toute vitesse vers le bloc avec la bourgeoisie du cens, et, craignant de reconna&#238;tre ouvertement son respect pour les cadets compl&#232;tement compromis par l'aventure Kornilov, les tra&#238;nait au gouvernement en qualit&#233; de &#171; candidatures d'affaires &#187; &#8212; masque sous lequel agissent constamment les jongleurs politiques et les menteurs de profession. Dans ces conditions, craignant la contagion bolch&#233;vik grandissante, ces messieurs, d&#233;j&#224; &#224; moiti&#233; entr&#233;s en accord avec les gens du cens, et transform&#233;s eux-m&#234;mes en &#171; petits bonapartes &#187;, devaient chercher un point d'appui social autre que celui qu'ils avaient auparavant. Et d'autre part il leur fallait, en pr&#233;sence du rapide accroissement du bolch&#233;visme non seulement dans le pays, mais dans les organisations sovi&#233;tistes, opposer aux Soviets quelque autre force &#171; &#233;galement &#8212; d&#233;mocratique &#187;, et avec cela panrusse. Refouler les Soviets en arri&#232;re, sanctionner la coalition, cr&#233;er l'organisation d'une solide bourgeoisie moyenne, pour que gr&#226;ce &#224; celle-ci p&#251;t gouverner l'oligarchie des finances ; enfin, pr&#233;venir la pouss&#233;e des bolch&#233;viki en opposant une solide barri&#232;re &#171; d&#233;mocratique &#187; &#224; l'&#171; anarchie &#187; r&#233;volutionnaire, tel &#233;tait le plan des Liber et des Dan, dont les noms sont d&#233;j&#224; devenus des qualificatifs pour les personnages du type social-tra&#238;tre7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces besoins que surgit le plan de la &#171; Conf&#233;rence d&#233;mocratique &#187;. Le but pos&#233; par les sommit&#233;s du Com. Cent. Ex&#233;c. consistait en la cr&#233;ation d'une d&#233;mocratie &#224; la margarine. Il n'y a rien d'&#233;tonnant &#224; ce que ce but ne put se r&#233;aliser que par la voie d'un faux. Si la Conf&#233;rence &#171; d'&#201;tat &#187; de Moscou devait falsifier la voix de la &#171; nation &#187;, en substituant &#224; cette nation des bourreaux galonn&#233;s et sans galons, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique devait falsifier la voix de la d&#233;mocratie, en substituant aux paysans, aux soldats et aux ouvriers, le bourgeois moyen ais&#233; et l'intellectuel korniloviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Soviets, ces uniques repr&#233;sentants de la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire, avaient acquis la troisi&#232;me place. Au premier rang l'on avait dispos&#233; les repr&#233;sentants des zemstvos, des villes, des coop&#233;ratives, auxquels se joignait toute une queue d'organisations professionnelles-intellectuelles. Les zemstvos pouvaient d'autant plus facilement servir de nouvelle base aux chefs d&#233;&#231;us dans leurs calculs, que beaucoup d'entre eux n'avaient m&#234;me pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lus, et de cette fa&#231;on, le sceau du tsarisme au front, pouvaient servir &#224; n'importe quel truquage, pourvu qu'il f&#251;t &#224; reculons. Les villes exprimaient d&#233;j&#224; une lassitude de la r&#233;volution ; la majorit&#233; soc.-r&#233;volut. de droite et cadette des conseils municipaux, qui approuvait les ex&#233;cutions, ne correspondait plus &#224; aucun titre &#224; la disposition d'esprit des grandes masses des villes. Enfin, les employ&#233;s des coop&#233;ratives, que les paysans ais&#233;s &#233;lisaient pour se livrer au commerce des harengs et du savon et auxquels ils n'avaient jamais remis aucun mandat politique, poss&#233;daient la confiance enti&#232;re du citoyen Tseretelli ; car la Jeanne d'Arc des politiciens de coop&#233;rative, Mme Kouskova, avait d&#233;clar&#233; au Congr&#232;s des coop&#233;ratives, parmi les hurlements enthousiastes de ses partisans du camp des cadets, qu'elle se ferait couper la main, si cette main venait &#224; d&#233;poser un bulletin portant les candidats de ce m&#234;me parti auquel appartenait la belliqueuse coop&#233;rante ; m&#234;me les mencheviki liberdanovites lui semblaient trop rouges !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant falsifi&#233;e par essence, la Conf&#233;rence D&#233;mocratique ne pouvait manquer de s'occuper de falsifications durant toute la p&#233;riode de son activit&#233;. D&#233;j&#224; Kerensky, qui avait pr&#233;alablement d&#233;fini par la voie de la presse le caract&#232;re priv&#233; de la Conf&#233;rence (pour &#234;tre &#171; d'Etat, &#187; il y manquait tout de m&#234;me Riabouchinsky et Kal&#233;dine !) avait &#171; donn&#233; le ton &#187; &#224; la respectable assembl&#233;e en d&#233;clarant : &#171; l'aventure Kornilov a &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;e par moi (c'est-&#224;-dire par Kerensky) jusqu'au bout &#187;. (Ceci pr&#233;cis&#233;ment alors que la commission d'enqu&#234;te avait dit publiquement qu'il lui &#171; &#233;tait p&#233;nible d'interroger Kornilov ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les discours sans fin des ministres pass&#233;s et pr&#233;sents se mirent &#224; couler, et &#224; leur suite des repr&#233;sentants innombrables d'innombrables organisations. Tchernov racontait comment dans le minist&#232;re de coalition, on l'emp&#234;chait de travailler, &#8212; et il se pronon&#231;ait pour le minist&#232;re de coalition. Skobelev, qui jadis avait promis de pr&#233;lever 100 % sur la bourgeoisie, narrait d'une voix inintelligible les difficult&#233;s du travail et prenait parti pour la coalition. Zaroudny amusait le public de mauvaises anecdotes de la vie des ministres, affirmant qu'il n'avait rien compris et qu'il ne comprenait rien, et parlait aussi en faveur de la coalition. En un mot, tous les ministres habitu&#233;s aux commodit&#233;s de la coalition la d&#233;fendaient de toutes leurs forces. Et la &#171; masse &#187; habilement cuisin&#233;e par des sp&#233;cialistes de la duperie, fournit 766 voix &#224; la coalition, et 688 contre. Les Soviets avaient par une majorit&#233; &#233;crasante vot&#233; contre ; par une majorit&#233; plus &#233;crasante encore, avaient vot&#233; contre, les unions professionnelles ; la flotte s'&#233;tait prononc&#233;e contre sans une exception ; m&#234;me une moiti&#233; des anciennes organisations d'arm&#233;e avait rejet&#233; la coalition. Les coalitionnistes triomph&#232;rent gr&#226;ce &#224; ceux auxquels ils avaient d'avance assur&#233; la sup&#233;riorit&#233; : gr&#226;ce aux membres des zemstvos, aux conseillers municipaux, aux coop&#233;rateurs, unis aux social-tra&#238;tres de toutes les autres institutions. Mais lorsque l'on posa la question des cadets, m&#234;me cette majorit&#233; choisie n'osa pas voter pour le parti korniloviste de la trahison populaire. Les rossignols de la social-trahison eurent beau chanter, ce num&#233;ro n'eut aucun succ&#232;s. Et lorsqu'il fut d&#233;montr&#233; jusqu'&#224; l'&#233;vidence que la coalition avec la bourgeoisie sans les cadets &#233;tait un non-sens ; lorsque les mench&#233;viki et les soc.-r&#233;volut. virent se poser devant eux la question de l'organisation du pouvoir socialiste &#171; sans bourgeois &#187;, ils recul&#232;rent avec horreur devant une telle perspective et vot&#232;rent contre la R&#233;volution dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta que la Conf&#233;rence D&#233;mocratique vit s'&#233;crouler sa propre r&#233;solution, prouvant ainsi son indigence, d&#233;couvrant sa nudit&#233; s&#233;nile et de loqueteuse apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici parurent sur la sc&#232;ne les prestidigitateurs de profession, dont le premier &#233;tait le &#171; noble Tseretelli. &#187; Gr&#226;ce &#224; une v&#233;ritable fraude, c'est tout juste s'ils ne parvinrent pas &#224; faire triompher la r&#233;solution la plus honteuse, proposant de cr&#233;er un organe &#171; sanctionn&#233; &#187; par le bonaparte et destin&#233; &#224; &#171; seconder &#187; le gouvernement pour la cr&#233;ation du pouvoir. Les bolcb&#233;viki, Trotski en t&#234;te, dont les discours brillants et courageux mettaient hors d'eux-m&#234;mes tous les buffles et tous les valets de la bourgeoisie, firent une sortie d&#233;monstrative en r&#233;ponse &#224; des sc&#232;nes de moquerie et d'infamie. Les amendements gliss&#233;s par Tseretelli furent toutefois retir&#233;s. Mais la politique effective qui r&#233;sultait du march&#233; conclu entre Kerensky, Tseretelli, Gotz &amp; Cie, entre les gens des coop&#233;ratives et ceux du cens, derri&#232;re lesquels se tenait aussi le ha&#239;ssable parti de la trahison populaire, cette politique continua &#224; &#234;tre mise en &#339;uvre par les h&#233;ros de la Conf&#233;rence, m&#234;me apr&#232;s tous ces &#233;v&#233;nements. Les r&#233;solutions vot&#233;es offraient, lors de la cr&#233;ation du pouvoir, d'&#171; exiger la r&#233;alisation du programme du 14 ao&#251;t &#187;, c'est-&#224;-dire de ce programme que Tchkheidz&#233; avait si chaudement d&#233;fendu en pr&#233;sence de Kal&#233;dine et en l'absence du prol&#233;tariat, &#224; la Conf&#233;rence de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la Conf&#233;rence de Moscou au Grand Th&#233;&#226;tre avait &#233;t&#233; la sage-femme du complot de Kornilov, la montagne de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique aurait accouch&#233; avant tout de la ridicule souris du &#171; pr&#233;-parlement &#187;. Un organe de promulgation des lois plac&#233; aupr&#232;s de Kerensky et priv&#233; de tout pouvoir, un mis&#233;rable bureau dans lequel l'effectif fortement r&#233;duit de la Conf&#233;rence &#233;tait compl&#233;t&#233; par une masse compacte d'hommes du cens, les cadets en t&#234;te, contre lesquels la Conf&#233;rence avait jadis vot&#233; &#8212; tel fut le r&#233;sultat des discussions &#171; sur le pouvoir &#187;. Le probl&#232;me qui consistait &#224; mettre fin &#224; l'irresponsabilit&#233; du bonaparte avait trouv&#233; sa solution dans la cr&#233;ation d'une pr&#233;-Douma, responsable pr&#233;cis&#233;ment devant celui dont elle devait vaincre l'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence D&#233;mocratique se montra st&#233;rile comme le figuier de l'&#201;vangile. Mais lorsque messieurs les cadets se r&#233;jouissaient malignement de l'&#171; impuissance de la d&#233;mocratie &#187;, ils comprenaient parfaitement que leur joie &#233;tait toute de fa&#231;ade. Ils savaient parfaitement que l'impuissance du charroi de &#171; d&#233;mocrates &#187; amen&#233; par Tseretelli et approuv&#233; par Kerensky, avait peu de chose de commun avec la d&#233;mocratie qui se renfor&#231;ait tous les jours derri&#232;re les murs du th&#233;&#226;tre Alexandre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la suite des &#233;v&#233;nements &#8212; &#233;crivait l'organe de la banque, Rousska&#239;a Volia, &#224; l'ouverture de la Conf&#233;rence D&#233;mocratique &#8212; des &#233;v&#233;nements remplissant la p&#233;riode allant du moment de la d&#233;faite sur le front, au moment de la d&#233;faite de la contre-r&#233;volution, est que le bolch&#233;visme d&#233;magogique a relev&#233; la t&#234;te et que la &#171; d&#233;mocratie organis&#233;e &#187; de P&#233;trograd s'est trouv&#233;e prisonni&#232;re des l&#233;ninistes. On peut dire aussi que ce r&#233;sultat politique du sixi&#232;me mois de la r&#233;volution est &#171; bouleversant &#187;, si relative que puisse &#234;tre sa signification... La Conf&#233;rence des organisations d&#233;mocratiques s'est ouverte sous l'action pesante de ces -&#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'irr&#233;sistible croissance du parti du prol&#233;tariat, qui, comme l'a d&#233;clar&#233; avec toute la profondeur de sentiments dont elle est capable, une dame patronnesse, Mme Breschkovska&#239;a &#8212; &#171; g&#226;te nos braves, nos bons ouvriers, paysans et soldats &#187;. Ce renforcement de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire du travail mettait la bourgeoisie dans une situation v&#233;ritablement critique. Dans le pays, un conflit succ&#233;dait &#224; l'autre : gr&#232;ve des ouvriers des chemins de fer, troubles paysans toujours croissants --- mobilisation des forces sovi&#233;tistes &#8212; n'&#233;tait-il pas clair que la vague de la guerre civile submergerait le piteux &#233;difice du pr&#233;-parlement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de la guerre civile. La R&#233;volution d'octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le pouvoir aux Soviets ! &#187; &#171; Convocation du Second Congr&#232;s ! &#187; &#8212; tel &#233;tait le mot d'ordre avec lequel les bolch&#233;viki allaient &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique et au pr&#233;-parlement. Le parti du prol&#233;tariat comprenait parfaitement l'in&#233;vitabilit&#233; objective de la guerre civile. Il ne restait &#224; la grande bourgeoisie d'autre issue que d'attaquer ouvertement le peuple, contre lequel elle menait une guerre de partisans permanente. En r&#233;ponse au mot d'ordre du prol&#233;tariat, Kerensky saccageait le Soviet de Tachkent ; en r&#233;ponse &#224; la voix des paysans, &#171; son &#187; Gouvernement continuait les arrestations de comit&#233;s terriens ; en r&#233;ponse aux supplications des ouvriers des chemins de fer et des mineurs du Don, on les &#171; r&#233;primait &#187; ; en r&#233;ponse aux demandes de reconnaissance des droits de la Finlande, on y envoyait des exp&#233;ditions destin&#233;es &#224; la pacification et l'on en &#233;loignait les unit&#233;s r&#233;volutionnaires ; en r&#233;ponse aux r&#233;solutions des ouvriers r&#233;clamant la mise en libert&#233; des bolch&#233;viki, on lib&#233;rait les anciens ge&#244;liers et les gendarmes ; enfin, en r&#233;ponse &#224; la clameur unanime du peuple entier : &#171; &#224; bas les tra&#238;tres-cadets ! &#187;, Kerensky forma un minist&#232;re cadet &#224; l'aide de laquais en livr&#233;e, anciens socialistes. Apr&#232;s toutes les r&#233;v&#233;lations, apr&#232;s la pers&#233;cution de l'arm&#233;e par les cadets, apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volte et de la trahison des cadets, apr&#232;s la tra&#238;trise de Riga, apr&#232;s le jeu monstrueux de provocation, dont l'enjeu &#233;tait la peine de mort &#8212; Kerensky jette le d&#233;fi, nommant au minist&#232;re des tra&#238;tres stigmatis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de guerre civile &#8212; c'est sous ce nom qu'est entr&#233; dans l'histoire le nouveau cabinet de la r&#233;publique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Konovalov, le plus important des industriels moscovites, l'id&#233;ologue et le praticien du sabotage panrusse &#8212; est nomm&#233; ministre du commerce et de l'industrie, et suppl&#233;ant du premier ministre. Tout n'est-il pas fini d&#233;sormais pour les lock-outers ? Tretiakov, encore un industriel et un boursier, l'un des monopolisateurs du rayon textile &#8212; est nomm&#233; pr&#233;sident du Conseil &#233;conomique. La d&#233;sorganisation ne va-t-elle pas &#234;tre maintenant &#233;cart&#233;e ? Comme contr&#244;leur d'Etat on d&#233;signe Smirnov, Smirnov, qui non seulement dans, sa fabrique donnait &#224; ses ouvriers un salaire de famine, les privait de feu et d'eau, mais faisait mourir de faim ses chevaux, afin d'avoir plus tard la possibilit&#233; de fermer son entreprise pour des raisons politiques. N'y aura-t-il pas maintenant un contr&#244;le suffisant sur les finances de l'Etat ? Est-ce que cet anthropophage ne remettra pas en ordre le m&#233;nage d&#233;sorganis&#233; du peuple ? Terechtchenko reste ministre des Affaires Etrang&#232;res. Mais n'a-t-il pas prouv&#233; l'ardeur de son z&#232;le pour la cause de la paix ? Efremov est nomm&#233; ministre pl&#233;nipotentiaire et envoy&#233; extraordinaire en Suisse. Mais ne s'est-il pas recommand&#233; comme le meilleur ami de l'imp&#233;rialisme anglais ? Et n'est-ce pas l&#224; la meilleure garantie pour la paix et la libert&#233; ? Kichkine, avec lequel les Soviets de Moscou ont refus&#233; d'avoir aucune esp&#232;ce de rapport, est confirm&#233; dans son titre de ministre de l'Assistance. Qui donc peut douter qu'il ne remplisse son devoir envers la R&#233;volution ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;bulosit&#233; &#171; socialiste &#187; &#8212; le collaborateur du Roussko&#239;e Slowo, Bernatzki, l'&#171; ouvrier &#187; Gvozdev, l'avocat Maliantovitch et les autres dii minores dispos&#233;s autour du noyau fortement imp&#233;rialiste (noyau &#171; d'affaires &#187;) des cadets et des korniloviens &#8212; &#233;tait d'avance destin&#233;e &#224; rester accroch&#233;e derri&#232;re le char triomphal du &#171; commerce et de l'industrie &#187;. Il est vrai que le cabinet avait &#233;t&#233; approuv&#233; par Monsieur Buchanan. Bien plus, les bons amis anglo-fran&#231;ais avaient eu recours tout simplement &#224; des exactions politiques et au chantage, afin d'obtenir du Gouvernement de leur nouvelle demie-colonie l'effectif d&#233;sir&#233;, et ce Gouvernement ne parvint au pouvoir qu'apr&#232;s de myst&#233;rieuses conf&#233;rences des petits bonapartes de Russie avec l'ambassadeur de Sa Majest&#233; George. Mais le peuple russe n'en recevait aucun soulagement. Le r&#244;le objectif du nouveau cabinet ne pouvait &#234;tre douteux : c'&#233;tait la provocation &#224; la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs du Gouvernement Provisoire esp&#233;raient avec cela &#234;tre soutenus par les petits propri&#233;taires et par les gens du juste milieu qui s'&#233;taient group&#233;s &#224; la Conf&#233;rence D&#233;mocratique sous l'h&#233;g&#233;monie politique des coop&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois le dire franchement &#187; &#8212; &#233;crivait dans le journal &#171; banquier-d&#233;mocratique &#187; Den &#8212; l'un de ses collaborateurs les plus importants : &#171; partageant compl&#232;tement le programme politique de la coop&#233;ration &#187; &#8212; &#171; il est impossible de ne pas voir et de ne pas sentir que c'est de l&#224; que partira la masse des combattants aspirant &#224; la revanche pour tout ce que le bolch&#233;visme, dans le sens le plus large de ce mot, a apport&#233; et apporte avec lui de sombre et de mauvais. Et j'en suis convaincu : ce ne sera pas seulement une lutte de paroles &#187;. Et l'organe officieux de Kerensky, Savinkov et C&#176;, Volia Naroda, sonnait le tocsin et appelait tout le monde au ralliement sous l'&#233;tendard de la lutte contre le bolch&#233;visme, affirmant qu' &#171; il n'y avait pas de place pour le coalitionnisme &#187; et que la &#171; d&#233;mocratie devait s'unir et, d'une main de fer, forcer le bolch&#233;visme &#224; ob&#233;ir &#224; sa volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exasp&#233;ration croissante du marchand de grains, de l'avocat et du coop&#233;rateur se refl&#233;tait la terreur du poss&#233;dant devant le communisme mena&#231;ant. Cette terreur les inondait d'une sueur froide : leur imagination effray&#233;e se repr&#233;sentait d&#233;j&#224; les horreurs des pillages, des massacres, du &#171; partage &#187; g&#233;n&#233;ral, des pogroms et du &#171; carnage &#187;. Le bourgeois moyen, malgr&#233; son r&#233;alisme indigent et sali de petit commer&#231;ant, n'est au fond jamais r&#233;aliste, et malgr&#233; son rationalisme qui veut &#234;tre sobre, il est domin&#233; tout entier par deux sortes d'&#233;motions : la peur, quand ses affaires vont mal, et la vengeance quand &#171; il &#187; a triomph&#233;. Il ferme d'une cha&#238;ne la porte de sa demeure et glisse son portefeuille sous son oreiller, lorsqu'aucune n&#233;cessit&#233; ne s'en fait sentir m&#234;me au point de vue de ses int&#233;r&#234;ts ; il devient taciturne comme un asc&#232;te, en lisant avec volupt&#233; les articles braillards de ses id&#233;ologues, alors qu'on lui laisse encore pleine libert&#233; de parole. Mais il cr&#232;ve de sa canne les yeux de ses ennemis vaincus, et il est pr&#234;t &#224; amener sa femme, sa fille et sa s&#339;ur pour assister &#224; l'ex&#233;cution de ses adversaires politiques. Son abjection et sa vindicte sont directement proportionnelles &#224; sa l&#226;chet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si exag&#233;r&#233;es que fussent les &#171; horreurs &#187; que pr&#233;voyait ce bourgeois, son instinct presque animal lui permettait de deviner que la collision &#233;tait in&#233;vitable. Pendant ce temps, le capital financier la pr&#233;parait en toute connaissance de cause et mobilisait toutes ses forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la pouss&#233;e des classes dans ce sens gagnait toutes les directions &#224; la fois. Dans le domaine &#233;conomique, on introduisait syst&#233;matiquement et avec obstination le plan de Riabouchinsky &#8212; prendre les ouvriers par la &#171; main osseuse de la faim &#187;. Les lockouts &#171; cach&#233;s &#187; et &#171; ouverts &#187; se multipliaient toujours. En pr&#233;sence de l'effondrement complet de l'industrie et de la d&#233;sorganisation &#233;conomique compl&#232;te, la &#171; classe commerciale-industrielle &#187; versait savamment de l'huile sur le feu par un sabotage consciencieusement calcul&#233; et toujours croissant. Messieurs les ministres d&#233;cid&#232;rent enfin de centraliser cette affaire et d'organiser la d&#233;sorganisation, en &#233;levant le sabotage &#224; la hauteur de principe d'un probl&#232;me int&#233;ressant l'Etat et la nation. C'est pr&#233;cis&#233;ment dans ce but, c'est-&#224;-dire dans le but de l'augmentation artificielle du ch&#244;mage et de la famine, d&#233;j&#224; grands par ailleurs, que les Smirnov et les Konovalov commenc&#232;rent &#224; provoquer avec tout le z&#232;le dont ils &#233;taient capables le &#171; d&#233;chargement &#187; &#8212; de P&#233;tersbourg d'abord (c'&#233;tait le point le plus rouge, et par cons&#233;quent le plus dangereux), puis ensuite du district de Moscou. Et pendant que les commer&#231;ants et les industriels op&#233;raient dans les fabriques et les usines, les &#233;tablissements financiers commenc&#232;rent &#224; suivre dans des proportions encore plus grandes la m&#234;me politique par rapport aux conseils municipaux &#171; nouveaux &#187;, et surtout aux bolch&#233;vistes, leur refusant n'importe quel cr&#233;dit. En effet, pouvait-on inventer une affaire plus &#171; pan-nationale &#187; que le lent resserrement du n&#339;ud coulant d&#233;j&#224; savonn&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique compl&#233;tait l'&#233;conomie nationale. Et avant tout, la politique internationale. Les ardents patriotes &#233;taient tout pr&#234;ts &#224; conclure n'importe quelle paix en &#233;change de la pacification des ouvriers et des paysans. Les myst&#233;rieuses conf&#233;rences &#224; l'&#233;tranger, au sujet desquelles il sourdait quelques informations dans la presse, exprimaient ce besoin arriv&#233; &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;parer la reddition de P&#233;trograd en m&#234;me temps que sa destruction par les canons allemands &#8212; &#233;tait devenu la pens&#233;e secr&#232;te des bourgeois russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des coups de main arm&#233;s se pr&#233;paraient aussi &#224; l'int&#233;rieur. L'on vit la mobilisation g&#233;n&#233;rale et les organisations d&#233;faites lors des journ&#233;es de Kornilov, retranch&#233;es le plus solidement possible sur le Don. De cette Vend&#233;e russe devait sortir la croisade contre la r&#233;volution du peuple russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re de son c&#244;t&#233; tendait tous ses efforts, se pr&#233;parant &#224; passer de la d&#233;fensive &#224; l'offensive. Pour les grandes masses ouvri&#232;res, la n&#233;cessit&#233; de la lutte pour le pouvoir se faisait sentir plus que jamais. Les gr&#232;ves &#233;conomiques par lesquelles le prol&#233;tariat avait tent&#233; de r&#233;pondre &#224; la pouss&#233;e du capital n'&#233;taient d'aucun secours. Elles &#233;taient directement suscit&#233;es par provocation du capital, qui transformait cet instrument de lutte en des knock-out de la part des ouvriers. Le pouvoir aux Soviets ! Le pouvoir au Congr&#232;s des Soviets ! A bas le Gouvernement ! &#8212; ces mots d'ordre &#233;taient devenus si populaires qu'ils n'avaient besoin d'aucune explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans augmentaient toujours plus leur activit&#233;, passant au soul&#232;vement direct contre les propri&#233;taires du sol ; les r&#233;pressions quelles qu'elles fussent ne pouvaient plus les intimider, bien qu'elles lui tombassent en abondance sur la t&#234;te. La crise m&#251;rissait avec une rapidit&#233; stup&#233;fiante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration publi&#233;e par le nouveau Gouvernement confirmait pleinement les pires craintes : conduire la guerre &#171; en union avec les alli&#233;s &#187; ; &#171; mettre en ordre les rapports fonciers sans violation des droits de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re existante &#187; ; relever les imp&#244;ts indirects ; enfin, mener &#171; la lutte la plus d&#233;cid&#233;e, la plus suivie, la plus syst&#233;matique contre toutes les manifestations de la contre-r&#233;volution et de l'anarchie &#187; &#8212; tel &#233;tait ce &#171; programme &#187;. Traduit en langue vulgaire, il signifiait : brigandage international, protection des agrariens, spoliation des masses, &#233;tranglement de la R&#233;volution. Tel devait &#234;tre et tel fut le programme du Gouvernement de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la question de l'&#233;dification du pouvoir, elle devait &#234;tre &#171; r&#233;solue &#187; par la &#171; situation du Conseil Provisoire de la R&#233;publique Russe &#187;, publi&#233;e sous la signature du citoyen Konovalov. Cette &#171; position &#187; r&#233;v&#233;la avec une clart&#233; surprenante le r&#244;le des tra&#238;tres du social- patriotisme : ils avaient atteint le but de leurs d&#233;sirs ! Les droits d&#233;j&#224; fort &#233;court&#233;s de la d&#233;mocratie y &#233;taient plum&#233;s de tous les c&#244;t&#233;s. On autorisait avec bienveillance le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; &#224; &#171; discuter les projets l&#233;gislatifs, au sujet desquels le Gouvernement Provisoire reconna&#238;t n&#233;cessaire de prendre l'avis du Conseil &#187; &#8212; telles furent les honorables fonctions de cette chancellerie de cour de Kerensky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187; consultatif, qui devait &#234;tre en m&#234;me temps un rempart contre l'Assembl&#233;e Constituante (Lvov, Karavulov et d'autres criaient d&#233;j&#224; &#224; la n&#233;cessit&#233; de remettre encore une fois les &#233;lections), et contre les Soviets des ouvriers, soldats et paysans &#8212; fut, au fond, de prime abord d&#233;truit par le parti du prol&#233;tariat. Les bolch&#233;viki se retir&#232;rent de ce pr&#233;-parlement &#171; r&#233;form&#233; &#187;, et il perdit imm&#233;diatement la signification d'un centre o&#249; se refl&#232;te enti&#232;rement le degr&#233; de tension de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat mobilisait avec toujours plus de pers&#233;v&#233;rance les forces des Soviets. Le Comit&#233; R&#233;gional de l'arm&#233;e, de la Flotte et des Ouvriers de Finlande publia un appel tranchant contre le Gouvernement, qui envoyait des troupes contre-r&#233;volutionnaires en Finlande ; on commen&#231;a &#224; pr&#233;parer une s&#233;rie de Congr&#232;s r&#233;gionaux et de soldats. Un travail fi&#233;vreux commen&#231;a pour la convocation du Congr&#232;s panrusse d&#233;cid&#233; &#233;galement en son temps &#8212; sous une forte pression de la part des masses &#8212; par le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif. Le foyer de la vie politique devenait ainsi non le lamentable Conseil de la R&#233;publique, mais le Congr&#232;s approchant de la R&#233;volution russe. Au centre de ce travail de mobilisation se tenait le Soviet de P&#233;tersbourg, qui avait d&#233;monstrativement &#233;lu pr&#233;sident Trotsky, le tribun le plus brillant du soul&#232;vement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les sommit&#233;s de la vieille bureaucratie des Soviets, ceux qui encore au temps de la Conf&#233;rence d&#233;mocratique reniaient les Soviets, sentant que leur terrain &#233;tait enfin d&#233;finitivement perdu, &#233;tablirent alors leur trahison compl&#232;te. L'organe officiel des Soviets engagea donc la lutte pour la destruction de ces Soviets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous (!) voulons remplacer &#8212; &#233;crivaient les Izvestia &#8212; l'organisation provisoire des Soviets par une organisation permanente compl&#232;te et g&#233;n&#233;rale de l'ordre, de la vie de l'Etat et des r&#233;gions. Lorsque l'autocratie fut tomb&#233;e et avec elle tout l'ordre bureaucratique, nous (!) avons construit les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers, comme des baraques provisoires o&#249; p&#251;t trouver un refuge la d&#233;mocratie enti&#232;re. Maintenant, au lieu de baraques, l'on construit un b&#226;timent d&#233;finitif en pierres de taille, et, naturellement, les gens quittent constamment les baraques pour des installations plus commodes, &#224; mesure que l'on ach&#232;ve de construire un &#233;tage apr&#232;s l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fensistes sans abri d&#233;cid&#232;rent de passer aux &#171; installations plus commodes &#187; de la nouvelle Douma de Boulyguine, qui pouvait &#171; poser des questions &#187; &#224; la clique incontr&#244;l&#233;e de la bourgeoisie... Des &#171; d&#233;mocrates &#187; et des &#171; socialistes &#187; &#233;taient tomb&#233;s si bas ! Mais ils ne se content&#232;rent pas de proclamer leur reniement : ils commenc&#232;rent une campagne acharn&#233;e pour couler le Congr&#232;s d&#233;j&#224; fix&#233; au 20 octobre. Dans le Bureau du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, le citoyen Dan, ce vieux renard du coalitionnisme, de l'hypocrisie et des transactions de derri&#232;re la coulisse, posa le premier la question de contremander le Congr&#232;s. Cela ne lui r&#233;ussit pas. Mais tous les agents locaux du Comit&#233; Central Ex&#233;cutif, tous les mench&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite cherch&#232;rent &#224; couler le Congr&#232;s ou tout au moins &#224; le discr&#233;diter : &#171; par ce Congr&#232;s on d&#233;pr&#233;cie la Constituante &#187; ; ce congr&#232;s est inutile, car &#171; pour le moment nous avons le Conseil de la R&#233;publique &#187; , ce congr&#232;s, c'est la d&#233;magogie bolch&#233;viste qui jette la d&#233;mocratie dans les bras de la contre-r&#233;volution &#187;, etc., etc., &#8212; ainsi trompettaient partout et &#224; tout moment, ceux qui, en fait, n'avaient pas de place dans les grandes organisations de classes des ouvriers et des paysans ressuscit&#233;s &#224; une vie nouvelle au milieu des temp&#234;tes de la bataille sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des d&#233;fensistes contre le Congr&#232;s &#233;tait cependant d'avance vou&#233;e &#224; un &#233;chec complet par la marche progressive de la lutte des classes dont la flamme ne faisait que grandir de jour en jour. Les propri&#233;taires fonciers, les marchands, les industriels, suppliaient d&#233;j&#224; t&#233;l&#233;graphiquement le Gouvernement de leur envoyer de l'artillerie et des troupes pour la r&#233;pression des paysans, &#8212; le Gouvernement satisfaisait &#224; leurs demandes et enjoignait par circulaire &#224; ses commissaires d'appliquer la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; ; il amenait de tous c&#244;t&#233;s &#224; P&#233;tersbourg des junkers et des troupes de choc ; Tachkent, et en particulier le Soviet de Tachkent, form&#233; de socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, &#233;tait devenu le but constant des aspirations conqu&#233;rantes de Kerensky-Konovalov ; contre les Finnois, on menait la m&#234;me campagne de violence, et m&#234;me le plus &#171; d&#233;mocrate &#187; des ministres, Verkhovsky, donnait secr&#232;tement des ordres pour qu'on arr&#234;t&#226;t des commissaires du Comit&#233; R&#233;gional en cas de &#171; r&#233;sistance &#187; de leur part ; le contr&#244;leur d'Etat, le saboteur Smirnov, avait d&#233;j&#224; accompli une offensive directe contre tous les soviets, en &#233;laborant un projet pour leur r&#233;vision, comme s'ils avaient form&#233; un d&#233;partement de police aupr&#232;s du minist&#232;re de l'int&#233;rieur ; &#224; Minsk l'on avait ferm&#233; le tr&#232;s populaire Molot ; chez les Lettons, l'on avait ferm&#233; le Volnyi Stri&#233;lok ; pour &#233;difier la classe ouvri&#232;re, dans les myst&#232;res des chancelleries minist&#233;rielles, on pr&#233;parait d&#233;j&#224; la loi sur l'arbitrage obligatoire, c'est-&#224;-dire la loi contre les gr&#232;ves. Les bandes contre-r&#233;volutionnaires avaient commenc&#233; &#224; mener presque ouvertement une propagande antis&#233;mite de pogroms, contre laquelle le Gouvernement ne trouvait aucune mesure &#224; prendre. En revanche, ce Gouvernement approuva tacitement l'ex&#233;cution des soldats russes en France, dont certaines nouvelles &#233;taient arriv&#233;es jusqu'au pays, puis par l'organe de Terechtchenko, il mit &#224; la retraite Skobelev, que le Comit&#233; Central Ex&#233;cutif envoyait saluer les diplomates alli&#233;s, avec des instructions plus que mod&#233;r&#233;es : m&#234;me lui ne paraissait d&#233;j&#224; plus convenir &#224; la cordiale compagnie Terechtchenko-Maklakov-Alexeiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et avec tout cela les cheminots ont le dessus ; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Bakou brise la r&#233;sistance du capital ; les &#233;lections aux Doumas de districts &#224; Moscou, donnent une brillante victoire aux bolch&#233;viki, &#233;levant le nombre de leurs voix de 11 &#224; 50 % ; le Congr&#232;s de la flotte Baltique se d&#233;clare enti&#232;rement pour les bolch&#233;viki ; le district entier de Moscou s'agite et bouillonne : les tanneurs sont en gr&#232;ve, les employ&#233;s de la ville se pr&#233;parent &#224; entrer en gr&#232;ve, avec les travailleurs sur bois, les ouvriers des industries textiles, les m&#233;tallurgistes ; dans les Soviets, l'on d&#233;molit radicalement tout le pass&#233; : les r&#233;&#233;lections proclament unanimement le triomphe des bolch&#233;viki ; &#231;&#224; et l&#224;, les ouvriers descendent dans les rues et exigent d&#233;j&#224; que les Soviets passent des paroles &#224; l'action ; enfin, la III&#232;me conf&#233;rence de Zimmerwald et le soul&#232;vement des matelots allemands font concevoir de nouveaux espoirs en un mouvement de l'autre c&#244;t&#233; des tranch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 septembre arrive la nouvelle de l'occupation par les Allemands d'Oesel. Puis l'on re&#231;oit les d&#233;tails sur les combats maritimes, d&#233;tails qui font d&#233;couvrir une nouvelle et monstrueuse provocation internationale sur le front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;voile que la flotte anglaise avait tranquillement laiss&#233; p&#233;rir en h&#233;ros la flotte baltique rouge qui &#233;tait all&#233;e au combat. Il se d&#233;voile que le Gouvernement avait lui-m&#234;me pris des dispositions pour l'enl&#232;vement des canons qui prot&#233;geaient la route de P&#233;tersbourg. Il se d&#233;voile que le chef de la petite conf&#233;rence des politiciens moscovites, peu auparavant convaincu de livraisons frauduleuses, Rodzianko, avait dans son rapport presque exig&#233; la reddition de P&#233;tersbourg et de Kronstadt et s'&#233;tait extasi&#233; devant les ex&#233;cutions et l' &#171; ordre &#187; qu'avaient introduit &#224; Riga les Schutzleute de Guillaume II. C'est peu de Riga ! Il faut que l'on d&#233;truise la &#171; flotte pervertie ! &#187; Il faut que p&#233;risse Kronstadt ! A bas P&#233;tersbourg ! Le mot d'ordre du Gouvernement : &#171; &#224; Moscou ! &#187; &#8212; devint clair pour tout le monde : ils fuyaient la R&#233;volution, ces tra&#238;tres, ils filaient, comme jadis Thiers avait fil&#233; de Paris &#224; Versailles. Qu'il ne s'agissait pas du tout l&#224; du p&#233;ril allemand, &#8212; c'est ce qu'avait r&#233;v&#233;l&#233; le g&#233;n&#233;ral Alexeiev en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;tendue du nouveau complot s'&#233;tait maintenant r&#233;v&#233;l&#233;e. A P&#233;tersbourg, Paltchinsky devait venir &#224; bout des ouvriers, en aggravant le ch&#244;mage et en &#171; d&#233;chargeant &#187; la ville, transformant le prol&#233;tariat conscient en des va-nu-pieds chroniques, incapables d'aucune esp&#232;ce de r&#233;sistance ; les centres de la r&#233;volution &#8212; la Finlande, P&#233;tersbourg, Kronstadt, la flotte &#8212; qu'ils soient tous, au pis-aller d&#233;truits avec tous leurs maudits Soviets et Comit&#233;s, par le feu des pi&#232;ces allemandes, avec la neutralit&#233; bienveillante des &#171; alli&#233;s &#187; ; le Gouvernement s'organise &#224; Moscou, &#224; c&#244;t&#233; de la petite conf&#233;rence, dans la patrie des Konovalov et des Tretiakovski ; sur le Don il se forme une &#171; arm&#233;e d&#233;vou&#233;e &#187;. Tel &#233;tait, en d&#233;sespoir de cause, le dernier des gros enjeux du capital russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces militaires de la contre-r&#233;volution se mobilisaient en effet &#224; fond. Les g&#233;n&#233;raux cosaques avaient introduit la lev&#233;e en masse, fortifi&#233; les stanitzi, s'armaient de mitrailleuses et commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; exp&#233;dier leurs unit&#233;s dans la Russie centrale ; les officiers organisaient en secret des d&#233;tachements de marche, form&#233;s d'officiers ; les junkers prenaient le fusil de nouveau &#8212; comme au temps de Kornilov. &#8212; Les militaires professionnels disaient d&#233;j&#224; avec orgueil que ce qui allait venir ne serait pas l'&#171; essai sur le papier &#187; de Kornilov, mais quelque chose de beaucoup plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dissolvant la Douma d'Empire, le Gouvernement n'avait fait un geste &#224; gauche, qu'afin de continuer sa politique de droite en g&#233;n&#233;ral. Il &#233;tait, par le fait, devenu le centre dirigeant de la contre-r&#233;volution des Cosaques et des cadets ; il s'&#233;criait d&#233;j&#224; : &#171; b&#233;ni soit qui vient au nom de Kornilow &#187;, t&#226;chant par tous les moyens de provoquer la &#171; r&#233;volte des bolch&#233;viki. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti du prol&#233;tariat comprenait tout le s&#233;rieux de la situation. Il n'&#233;tait plus question maintenant de d&#233;monstrations seulement ou de demi-d&#233;monstrations. Les masses se pr&#233;paraient au v&#233;ritable combat, non plus au combat de com&#233;die. Elles ne seraient pas all&#233;es &#224; une simple d&#233;monstration. Tous comprenaient fort bien que l'&#233;poque des paroles, de l'agitation, de la propagande, le temps de la pr&#233;paration &#233;tait pass&#233; : il faut agir, ou autrement on nous &#233;crasera &#8212; telle &#233;tait la disposition d'esprit presque aust&#232;re des masses. Aucun tapage, aucune excitation joyeuse ni sentimentale : des pens&#233;es d'affaires, des paroles d'affaires, une ferme r&#233;solution de lutter jusqu'au bout, d'accepter le combat et de le continuer de toutes ses forces jusqu'&#224; la d&#233;faite ou jusqu'&#224; la victoire &#8212; voici ce que pensaient, voici ce que sentaient les prol&#233;taires, en se pr&#233;parant &#224; la lutte. Le parti discutait la question du soul&#232;vement : l'extr&#234;me aile droite avait d&#233;j&#224; arbor&#233; le pavillon de combat &#8212; il fallait relever le gant et passer imm&#233;diatement &#224; l'offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier coup de feu fut tir&#233; par la contre-r&#233;volution : des unit&#233;s cosaques saccag&#232;rent le soviet de Kalouga. Ce ne fut qu'&#224; un pur hasard que les membres du Soviet durent de n'&#234;tre pas fusill&#233;s. Tout subit un saccage barbare, uniquement parce que la vague du m&#233;contentement populaire avait mis &#224; la t&#234;te du Soviet de Kalouga les bolch&#233;viki ; les troupes cosaques avaient r&#233;solu de s'entra&#238;ner contre eux, dirig&#233;es par le commissaire du gouvernement provisoire et avec la participation bienveillante des politiciens de la Douma locale. Le commissaire comme les &#171; politiciens &#187; se trouv&#232;rent &#234;tre des &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;. Le premier mot dans la trahison et l'assassinat leur appartenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de Kalouga forc&#232;rent les Soviets &#224; aller rapidement de l'avant. Pendant ce temps, le Soviet de P&#233;tersbourg adoptait d&#233;j&#224; la position de combat : une r&#233;solution tranchante contre le Gouvernement indiquait que les op&#233;rations militaires &#233;taient proches. Les matelots de Kronstadt vouaient &#224; la mal&#233;diction le &#171; mis&#233;rable bonaparte &#187; ; le Congr&#232;s des Soviets de la r&#233;gion septentrionale se d&#233;roula comme une parade r&#233;gl&#233;e et ordonn&#233;e de l'arm&#233;e de la R&#233;volution ; le Congr&#232;s des repr&#233;sentants du VIe corps d'arm&#233;e d&#233;clara refuser quelque aide que ce f&#251;t au Gouvernement de Kerensky et proclama la n&#233;cessit&#233; du pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre, le Soviet des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats de P&#233;tersbourg d&#233;cida d'organiser un Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire. Le Comit&#233; central de la flotte de la Baltique, le Comit&#233; r&#233;gional de Finlande, les Comit&#233;s de fabrique et d'usine, les unions professionnelles, le Soviet de P&#233;tersbourg des d&#233;put&#233;s paysans, l'organisation militaire du parti, etc., y envoy&#232;rent leurs repr&#233;sentants. C'&#233;tait l&#224; l'&#233;tat-major militaire de la nouvelle R&#233;volution et du soul&#232;vement contre la dictature imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, au sein du &#171; Conseil de la R&#233;publique &#187;, la droite organisait des ovations bruyantes au g&#233;n&#233;ral Alexeiev, et l'ap&#244;tre de l'imp&#233;rialisme russe, le cadet Pierre Strouv&#233;, d&#233;clarait que &#171; pour le nom glorieux du g&#233;n&#233;ral Kornilov nous donnerions notre vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#233;tersbourg, sous les yeux de la population tout enti&#232;re, on se met ouvertement &#224; pr&#233;parer le soul&#232;vement. Les ouvriers s'arment. Les soldats s'arment. De tous c&#244;t&#233;s on concentre des forces. Des unit&#233;s d'arm&#233;e, des corps d'arm&#233;e entiers envoient leurs salutations et la promesse de leur soutien. Le congr&#232;s de la Ve arm&#233;e se prononce pour le passage imm&#233;diat de la terre aux paysans. Toutes les forces tendues, l'on attend la solution de la crise, se pr&#233;parant &#224; s'y m&#234;ler au moment d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le branle est donn&#233; par le conflit entre le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire et l'&#233;tat-major du district, qui refuse de reconna&#238;tre les pleins pouvoirs du Comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devient &#233;vident pour tous qu'une collision est in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre (4 novembre), l'on fixe le &#171; jour du Soviet de P&#233;tersbourg &#187; qui se transforme en une revue g&#233;n&#233;rale des forces de la R&#233;volution. Le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire prend des mesures pour la protection de la ville, nomme des commissaires dans toutes les unit&#233;s militaires et aux points les plus importants. La disposition effective des forces militaires passe de cette fa&#231;on au Soviet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 24 au 25 octobre (6 au 7 novembre), les troupes r&#233;volutionnaires occup&#232;rent les gares, la poste, le t&#233;l&#233;graphe, la Banque d'Etat, l'Agence t&#233;l&#233;graphique de P&#233;tersbourg (P. T. A.). Des ministres isol&#233;s furent arr&#234;t&#233;s. A 6 h. du soir, la veille encore, le Gouvernement Provisoire avait tent&#233; de supprimer le journal Rabotchiy i Soldat8. Et la m&#234;me nuit, une partie de ce m&#234;me Gouvernement se trouvait d&#233;j&#224; sous cl&#233;. Le pouvoir bonapartiste &#233;tait renvers&#233; sans qu'on e&#251;t vers&#233; une goutte de sang &#8212; si unie, si r&#233;guli&#232;re et si puissante avait &#233;t&#233; la pouss&#233;e des ouvriers et des soldats marchant au combat pour le pouvoir des Soviets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre (7 novembre), Trotsky, le tribun brillant et courageux du soul&#232;vement, l'ap&#244;tre infatigable et enflamm&#233; de la R&#233;volution, d&#233;clara au nom du Comit&#233; r&#233;volutionnaire militaire au Soviet de P&#233;trograd, sous le tonnerre d'applaudissements des assistants, que &#171; le Gouvernement Provisoire n'existait plus &#187;. Et comme une preuve vivante de ce fait, para&#238;t &#224; la tribune, salu&#233; d'une formidable ovation, L&#233;nine, que la nouvelle r&#233;volution lib&#233;rait du myst&#232;re dont il avait d&#251; s'entourer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 10 heures du soir s'ouvre le second Congr&#232;s panrusse des Soviets. D&#232;s les premiers mots, il devient clair qu'il n'y a pas de place l&#224; pour les d&#233;fensistes. Ma&#238;tres de la situation dans le pass&#233;, ils quittent maintenant le Congr&#232;s ; &#224; leur suite sort aussi la poign&#233;e des &#171; internationalistes &#187; dirig&#233;s par Martoff, qui se sont tout &#224; coup mis &#224; hurler &#224; la &#171; violence &#187; et &#224; la &#171; conspiration &#187;. Les r&#233;solutions du Congr&#232;s n'en devinrent que plus unanimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kerensky avait introduit la peine de mort. Le Congr&#232;s l'abolit en premier lieu. Kerensky mettait en prison les membres des Comit&#233;s fonciers. Le Congr&#232;s mit en libert&#233; les paysans, les ouvriers, les soldats qui souffraient dans les cachots du Gouvernement bonapartiste. Les d&#233;crets relatifs &#224; la paix et &#224; la terre, qui offraient des pourparlers de paix imm&#233;diats et la remise des terres aux paysans, furent accept&#233;s avec un enthousiasme comme on n'en avait encore jamais vu. La proclamation du pouvoir des Soviets et l'&#233;lection du Conseil des Commissaires du Peuple, avec L&#233;nine en t&#234;te, souleva une joie imp&#233;tueuse du c&#244;t&#233; des ouvriers et des soldats et d&#233;cha&#238;na une haine rageuse, brutale, du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie devenue folle de peur. L&#233;nine &#224; la t&#234;te du Gouvernement russe &#8212; cela ne devait-il pas sembler le monde renvers&#233; &#224; tous les &#171; &#233;l&#233;ments bien intentionn&#233;s &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; P&#233;tersbourg le pouvoir avait &#233;t&#233; conquis presque sans un coup de feu, en revanche dans l'autre centre &#8212; &#224; Moscou &#8212; la lutte avait &#233;t&#233; acharn&#233;e et cruelle. Ici s'&#233;taient dessin&#233;s plus nettement que partout ailleurs, tous les groupements de classes, qui s'&#233;taient instruites dans l'action, dans le processus de la lutte arm&#233;e, les positions des classes, des groupes, des partis, des organisations. Les ouvriers, dirig&#233;s par le parti du prol&#233;tariat &#8212; avaient assum&#233; la plus grande responsabilit&#233;. Les soldats,&#8212; toute la garnison comme un seul homme &#8212; marchaient de pair avec les ouvriers. Les bolch&#233;viki et les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche &#8212; d'un c&#244;t&#233; de la barricade. La grande bourgeoisie, les propri&#233;taires, les socialistes-r&#233;volutionnaires de droite et les sommit&#233;s des organisations mench&#233;vistes, les g&#233;n&#233;raux, les officiers, les junkers et les Cosaques &#8212; de l'autre. Fusil contre fusil ! Mitrailleuse contre mitrailleuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat de Moscou &#233;tait entr&#233; dans la lutte sans y &#234;tre pr&#233;par&#233;. Son but &#233;tait un but unique &#8212; soutenir les camarades de P&#233;tersbourg. P&#233;rir, mais soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le signal du soul&#232;vement fut donn&#233; par le parti du prol&#233;tariat, en occupant le poste de ses d&#233;tachements arm&#233;s. Plus loin, les &#233;v&#233;nements se d&#233;veloppent vertigineusement vite. Organisation du Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire, occupation du Kremlin, sa reddition, combats au centre et &#224; la p&#233;riph&#233;rie ; moment tragique o&#249; les d&#233;tachements des junkers expulsent presque les troupes sovi&#233;tistes du centre ; leur &#233;chec, et, enfin, h&#226;t&#233;e par le feu de l'artillerie lourde, la victoire &#8212; sous le tonnerre des pi&#232;ces de si&#232;ge, le p&#233;tillement des mitrailleuses et le sifflement des balles de fusil, toutes ces sc&#232;nes paraissaient et disparaissaient devant la &#171; tr&#232;s pieuse &#187; capitale de la Russie, qui vivait d&#233;j&#224; pour la seconde fois un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire fut obtenue uniquement gr&#226;ce &#224; l'h&#233;ro&#239;sme exclusif des ouvriers et des soldats eux-m&#234;mes. Les gardes-rouges se battaient comme de v&#233;ritables lions de la R&#233;volution, avec un d&#233;vouement aveugle, avec une bravoure ne connaissant pas la peur. Coude &#224; coude avec eux marchaient les soldats, le d&#233;tachement de Dvinsk &#224; leur t&#234;te, le d&#233;tachement de choc de la R&#233;volution. Ces soldats de Dvinsk avaient &#233;t&#233; jet&#233;s dans les prisons du front, puis dans la prison de Boutyr par le socialiste-r&#233;volutionnaire Kerensky. Ils avaient &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;s par les ouvriers de Moscou. Et ils avaient jur&#233; de lutter jusqu'au bout. La lutte de Moscou fut r&#233;ellement la lutte des masses elles-m&#234;mes, &#233;nergiques, d&#233;brouillardes, actives et braves, comme seuls peuvent &#234;tre braves des fils du peuple qui rejettent les cha&#238;nes de l'esclavage et de l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le peuple se battaient les d&#233;tachements des junkers sous le commandement du soc.-r&#233;volut. Riabtzev. Le centre organisateur g&#233;n&#233;ral &#233;tait la Douma municipale, qui avait cr&#233;&#233; le &#171; Comit&#233; de Salut &#187; contre-r&#233;volutionnaire. Le soc.-r&#233;volut. Roudnev compl&#233;tait heureusement le soc.-r&#233;volut. Riabtzev, ayant cr&#233;&#233; et arm&#233; la garde blanche de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande bourgeoisie avait pr&#233;f&#233;r&#233; agir dans l'ombre. N'avait-elle pas des agents suffisamment s&#251;rs dans les terroristes du pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine quelques jours auparavant, ces social-tra&#238;tres avaient protest&#233; dans les Soviets contre la garde-rouge, craignant, disaient-ils, une &#171; scission entre les soldats et les ouvriers &#187;. Maintenant que soldats et ouvriers s'&#233;taient mis &#224; verser en commun leur sang, ces messieurs avaient arm&#233; les fils de famille, propri&#233;taires et bourgeois, dirigeant leurs fusils contre les soldats et contre les ouvriers ! Le Soviet de Moscou des d&#233;put&#233;s des soldats, o&#249; la majorit&#233; appartenait aux soc.-r&#233;volut. et aux mench&#233;viki, si&#233;geant dans le m&#234;me &#233;difice que les chefs des prol&#233;taires et des paysans soulev&#233;s, avait fourni des cadres choisis d'espions de Kerensky, qui suivaient, livraient, trahissaient et jugeaient les bolch&#233;viki faits prisonniers. Les soldats le destitu&#232;rent. Mais les g&#233;n&#233;raux &#171; socialistes &#187; des coalitionnistes continu&#232;rent son &#339;uvre. Ayant adopt&#233; tout d'abord le &#171; noble &#187; mot d'ordre : &#171; Assez de sang vers&#233; &#187;, ces mis&#233;rables imprimaient par centaines de mille exemplaires des nouvelles mensong&#232;res annon&#231;ant que Kerensky avait d&#233;j&#224; pris P&#233;tersbourg ; il leur fallait (car c'&#233;tait l&#224; ce qu'il fallait au capital) briser les forces des ouvriers et des soldats, non seulement par la force de la garde blanche, mais aussi par la force du mensonge et de la calomnie massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais trop profonde &#233;tait la haine envers les oppresseurs. Moscou fut pris de force. Mais il fut pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre (11 novembre), &#224; P&#233;tersbourg, les anciens chefs de la petite bourgeoisie tent&#232;rent de soulever une r&#233;volte des junkers. La r&#233;volte fut r&#233;prim&#233;e en quelques heures, et son organisateur &#8212; G&#246;tz &#8212; s'enfuit. Kerensky, ayant rassembl&#233; le reste de ses troupes, marcha un instant sur P&#233;tersbourg. Mais les troupes rouges le battirent &#224; plate couture sous Gatchina, et lui, qui avait solennellement d&#233;clar&#233; que ceux qui tenteraient de renverser la coalition, passeraient par-dessus son cadavre, prit la fuite honteusement, tel un l&#226;che et un perfide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance arm&#233;e, la R&#233;volution avait vaincu dans les centres importants. Ce fait tranchait la destin&#233;e de l'ancien pouvoir. La dictature des imp&#233;rialistes avait &#233;t&#233; remplac&#233;e par la dictature du prol&#233;tariat, soutenu par les campagnes pauvres. Plus tard commen&#231;a son offensive contre l'ennemi qui avait d&#233;j&#224; rendu sa principale position, et sa lutte h&#233;ro&#239;que contre l'imp&#233;rialisme mondial, lutte pour la destruction du capital, pour la mise en ex&#233;cution active de la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie distingue toutes les r&#233;volutions en &#171; glorieuses r&#233;volutions &#187; et en &#171; grandes r&#233;voltes &#187;. Les glorieuses r&#233;volutions &#8212; c'est lorsque les ouvriers et les paysans tirent les marrons du feu pour la bourgeoisie ; les &#171; grandes r&#233;voltes &#187;, c'est lorsque les ouvriers ne veulent pas se contenter d'un r&#244;le aussi modeste ; c'est lorsqu'ils d&#233;passent les limites fix&#233;es par le capital. &#171; Nec plus ultra &#187; dit la &#171; glorieuse r&#233;volution &#187; au prol&#233;tariat : &#171; le pouvoir et la propri&#233;t&#233; appartiennent &#224; la bourgeoisie &#187;. &#171; En avant, au-del&#224; de ce trait maudit ; en avant, place au socialisme &#187; dit la &#171; grande r&#233;volte &#187;. La R&#233;volution d'octobre a &#233;t&#233; une &#171; grande r&#233;volte &#187; pour la bourgeoisie. Mais pour le prol&#233;tariat elle a &#233;t&#233; r&#233;ellement une glorieuse r&#233;volution. Sous ce rapport, entre mars et octobre, il y a un ab&#238;me profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde a &#233;t&#233; forc&#233; de &#171; saluer &#187; la R&#233;volution d'octobre ; elle &#233;tait &#171; claire &#187;, sous des &#171; v&#234;tements purs &#187;, &#171; lumineuse &#187;, &#171; innocente &#187;, &#8212; car elle &#233;tait &#171; omninationale &#187;. Puisqu'elle avait re&#231;u le sceau, m&#234;me des ennemis de toutes les r&#233;volutions comment n'e&#251;t-elle pas &#233;t&#233; bonne et belle ? Aux yeux de la bourgeoisie, la R&#233;volution de mars &#233;tait, en somme, acceptable, parce qu'ayant renvers&#233; les sauvages agrariens, elle avait livr&#233; le pouvoir &#224; la bourgeoisie imp&#233;rialiste. A cela, les bourgeois &#171; consentaient &#187;. Ici, le r&#244;le lib&#233;rateur de la R&#233;volution leur semblait clair : n'&#233;taient-ils pas parvenus les premiers &#224; se placer derri&#232;re le bouclier du pouvoir ! Il est vrai que d&#232;s le premier jour ils avaient senti que la R&#233;volution irait de l'avant, qu'il leur fallait &#234;tre sur leurs gardes ; mais, tout en pr&#233;parant la corde, ils souriaient joyeusement, s'extasiaient et pleuraient de cet &#171; enthousiasme r&#233;volutionnaire &#187; dont soudain furent saisis tous ceux qui, quelques jours auparavant, se donnaient encore le mot d'ordre &#171; plut&#244;t la d&#233;faite que la R&#233;volution &#187;. Les publicistes et les po&#232;tes appelaient la R&#233;volution : la R&#233;surrection du Christ, parce que le pouvoir agrarien tsariste qui &#233;crasait quelque peu les pieds de la &#171; classe commerciale et industrielle &#187; avait &#233;t&#233; pr&#233;cipit&#233;, et que le Christ bourgeois s'&#233;tait dress&#233; sur ses deux pieds aupr&#232;s du pouvoir. Tous les &#171; intellectuels &#187; vivant des aum&#244;nes de la table des seigneurs, en commen&#231;ant par les ex-solistes de S. M. et en finissant par la boh&#232;me irr&#233;ductible, applaudirent unanimement &#224; la R&#233;volution de mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre se pr&#233;sentait devant la &#171; soci&#233;t&#233; instruite la R&#233;volution ouvri&#232;re d'octobre. Inanim&#233;e, &#233;troitement de classe, couverte de sang, vandalesque, &#171; sans un grain d'id&#233;alisme &#187;, violente, conspiratrice, quelque chose comme une r&#233;volution &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187; &#8212; telle &#233;tait, aux yeux des pillards capitalistes, la plus grande r&#233;volution du prol&#233;tariat qu'ait vu le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; capitaliste est une loi de la nature &#8212; c'est l&#224; un axiome de la r&#233;volution bourgeoise qui d&#233;livre cette propri&#233;t&#233; et son annexe personnelle, des biens du f&#233;odalisme. La propri&#233;t&#233; capitaliste est destin&#233;e &#224; &#234;tre d&#233;truite avec les restes du f&#233;odalisme &#8212; c'est l&#224; l'axiome de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. C'est pourquoi la r&#233;volution prol&#233;tarienne est la n&#233;gation de la r&#233;volution bourgeoise ; elle est la n&#233;gation de l'ordre bourgeois en g&#233;n&#233;ral. Dans la r&#233;volution bourgeoise, la soci&#233;t&#233; ne perd que sa vieille coquille politique, le pouvoir passe des mains d'un groupe de poss&#233;dants aux mains d'un autre, des mains des nobles aux mains de la bourgeoisie. Il est vrai que comme la bourgeoisie accomplit cette op&#233;ration tout de m&#234;me un peu risqu&#233;e, par les mains des ouvriers, des paysans, de la petite bourgeoisie, quelque chose change pourtant dans les rapports de production. Mais le monopole de classe des poss&#233;dants reste intact. En principe, non seulement il n'est pas aboli, mais il en re&#231;oit son fondement capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute autre est la r&#233;volution socialiste ; c'est avant tout la r&#233;volution des rapports de production. Car elle ne modifie pas la monopolisation des moyens de production par une poign&#233;e de poss&#233;dants : elle d&#233;truit cette monopolisation. Elle ne signifie pas le changement de place des groupes poss&#233;dants : mais leur expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bourgeoise actuelle est la r&#233;p&#233;tition des &#233;v&#233;nements que l'Occident a v&#233;cus il y a cent ans. La r&#233;volution socialiste est un nouveau levier qui renverse tous les rapports constitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement victorieux d'octobre a montr&#233; que non seulement la r&#233;volution socialiste est possible en Russie, mais qu'elle y est historiquement indispensable. Contre les forces r&#233;unies de l'ennemi s'est avanc&#233;e la masse innombrable, qui a balay&#233; cet ennemi dans les centres principaux de la vie sociale avec une facilit&#233; &#224; laquelle personne ne s'attendait. Les bavards pu&#233;rils de la pens&#233;e &#171; socialiste &#187; tournant &#224; vide, qui voient leur vocation historique dans la critique du communisme ouvrier, ne comprenaient et ne comprennent pas que le fait m&#234;me de la dictature victorieuse t&#233;moigne d&#233;j&#224; de la justesse historique du bouleversement socialiste. Mais l'unique activit&#233; cr&#233;atrice dont les chefs en retraite de la petite bourgeoisie soient capables durant la lutte h&#233;ro&#239;que, est l'invention d'&#233;pith&#232;tes injurieuses nouvelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande R&#233;volution d'octobre, accueillie par les hurlements sauvages et les grincements de dents de la bourgeoisie, devait immanquablement trouver son &#233;cho parmi le prol&#233;tariat de l'Europe occidentale : pour la premi&#232;re fois, depuis qu'existe la lutte de classes, le prol&#233;tariat a pris d'une main ferme le pouvoir d'Etat. Le spectre rouge du communisme est apparu, gigantesque ! La bancocratie europ&#233;enne commence &#224; s'agiter et &#224; se pr&#233;cipiter. Elle aspirait &#224; une d&#233;pression d&#233;finitive des bolch&#233;viki &#8212; elle a vu venir la r&#233;pression de la bourgeoisie russe. Au pouvoir se trouve le parti qu'elle ha&#239;t le plus, le plus extr&#234;me, le plus cons&#233;quent, le plus anticapitaliste, le plus r&#233;volutionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le magasin &#224; poudre de la vieille Europe ensanglant&#233;e, est tomb&#233; le brandon de la R&#233;volution socialiste russe. Elle n'est pas morte. Elle vit. Elle s'&#233;largit. Et elle se confondra in&#233;vitablement avec l'immense soul&#232;vement triomphal du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Dans le droit romain , la propri&#233;t&#233; est d&#233;finie par le &#171; droit d'user et d'abuser &#187; (jus utendi et abutendi). (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Novo&#239;e Vremia, 11/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Retch, 16/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Birjev&#239;a Vi&#233;domosti, 17/8/1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Rousko&#239;e Slovo, 25/VII 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Rabotchy Put, nom sous lequel est publi&#233; la Pravda entre le 3(16) septembre et le 26 octobre (8 novembre) 1917. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 En Russie, l'on dit couramment maintenant &#171; un liberdanovetz &#187; pour un social-patriote du type Liber et Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Titre utilis&#233; alors par la Pravda. (Note de la MIA)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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